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MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUILLET. 1742 .
RICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
Impillow
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy!
THE NEW YORD
PUBLICLIBRARY
33520
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FEQUNDATIONS
LA
›
AVIS.
>
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU Commis an
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur «commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir,
On prie très -inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M, Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , de les faire porter sur
T'heure à la Pofte on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIZ XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
AV
JUILLET.
1742.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LA VIE CHAMPETRE ,
S
OD E.
A M. Duclaire.
Ur cette rive charmante
Accourez Nymphes des Bois ;
Aux fons que ma Lyre enfante
Mêlez vos tendres Haut- bois ;
Et toi , Mufe de Sicile ,
Dont l'air aimable & tranquille
A ij Infpire
3.1.10
1486 MERCURE DE FRANCE
Infpire de doux concerts
Dans cet agréable azile
Unis ta voix à mes airs.
*
Pour un coeur qui n'enviſage
Que des biens purs & charmans ,
Dans ce fortuné Boccage
Qu'on paffe d'heureux momens !
Exemts d'ennuis & de craintes ,
Sans embarras , fans contraintes ,
On laiffe couler fes jours ;
On vit fans former des plaintes ;
On raifonne fans détours.
*
Soûmife aux Loix d'Epicure
L'agréable
, vérité ,
Sous une fage parure
T
Y fait briller la gayté .
Aimable , tendre & fidelle ,
* Que les perfonnes fauffement prévenuës fur Epi
cure , ne s'imaginent pas que je veux parler ici de cette
morale qui ne fait confifter le bonheur de l'homme
que dans une vie molle & fenfuelle ; j'entens feutement
, ainsi que le penfoit ce Philofophe , que c'eft
à l'honnêteté à regler tous nos défirs , & à leur prefcrire
des bornes , & que l'amour d'une vertu pure
tranquille doit toujours en être l'objet , dans quelques
circonftances où l'on puiffe fe rencontrer,
On
JUILLET.
1742 1487
On voit regner autour d'elle-
La candeur , l'aménité ,
La franchife naturelle ,
Et l'honnête volupté .
*
Sous ces Ormeaux , fous ces Hêtres ,
Voltigent les vrais loisirs ;
Toujours fur ces bords champêtres
On jouit des vrais plaifirs ;
On y goûte en affurance
Les doux fruits de l'abondance ;
Tout s'y préfente à nos voeux ;
On y vit dans l'innocence ;
On y vit toujours heureux .
*
L'Or , le Marbre & le Porphire ,
N'y choquent jamais les yeux ;
Partout on y voit reluire
Des objets plus précieux ;
D'une main habile & fûre ,
L'ingénieufe Nature
Nous y conftruit des Palais ,
Elle en conduit la ftructure
*
Les toits font d'épais feuillages ;
A ij
L'ombre
1488 MERCURE DE FRANCE
L'ombre leur fert de lambris ,
Et de riantes images
Tapiffent leurs murs fleuris ;
Autour regnent les Fontaines ,
Plus loin , au milieu des Plaines ,
On voit des fruits & des fleurs ;
Partout les tendres haleines
Y font fentir leurs douceurs.
*
Unis par de douces chaînes ,
L'amitié fait nos plaifirs ;
Nous vivons ici fans peines .
Sans chagrins & fans défirs.
Souvent les foeurs d'Uranie
Echauffent notre génie ,
Qui produit des fruits divers ;
Sur une rive fleurie
Chacun y chante fes Vers.
*
Celui dont la mélodie
Sçait mieux charmer les efprits ,
Sans débat , fans jaloufie ,
Reçoit la palme & le prix ;
L'un préfente une houlette ;
D'un bouquet de Violette
L'autre lui fait un préfent ;
Tircis
JUILLET.
1742. 1489
Tircis donne une Muſette ;
"
Life un Agneau bondifſant .
*
Vaine yvreffe du portique ,
Tu ne troubles point nos jours
De ta vertu fophiftique
Nous connoiffons les détours ;
Nous méprifons l'art frivole
De ton odieuſe École ;
Jamais on n'en eft féduit ;
Ta fageffe nous défole ;
Le bon feas feul nous conduit,
*
Ainfi , fans craindre du crime
Les fubterfuges trompeurs ,
Jamais rien d'illégitime
Ne donne atteinte à nos coeurs,
Les paffions en filence
Permettent à l'innocence
De regler nos fentinens ;
Nous vivons fans défiance ,
Sans ennuis & fans tourmens.
*
Quel bonheur ! non ,
fur la Terre
Il n'en est pas de plus doux .
A iiij
Les
1490 MERCURE DE FRANCE
Les Rois , les Rois , cher Duclaire ,
Sont moins fortunés que nous.
En vain fous leur Diadême
Un orgueilleux ftratagême
Leur offre le vrai bonheur ;
Leur félicité fuprême
N'eft qu'une agréable erreur .
*
Du Pays qui t'a vû naître
Et qui te retient encor ,
A ma voix tendre & champêtre ;
Cher ami , prends ton eflor ;
Viens fous ces ombres chéries
De nos fages rêveries
Partager les doux tranſports ;
Nos Bois , nos vertes Prairies ,
Te rapellent fur ces bords .
L'Abbé de Borville.
LETTRE
JUILLET. 1742 1491
> LETTRE de M. Clerot , Avocat au Parlement
de Rouen, écrite au R. Pere D. P. B.
fur le Commerce des Phéniciens & d'Ale
xandrie dans les Gaules Septentrionales.
Ans préambule , mon R. P. j'accepte
Stefpece de Cartel que vous me propofez
dans le premier volume du Mercure de Decembre
dernier ; & comme j'aime à combattre
fans rufe ni détour,voici quel est mon or
dre de bataille.
, D'abord je fais un Effai de mes armes en
démontrant que le Commerce des Phéniciens
& d'Alexandrie dans les Gaules Septentrionales
, n'eft point une Chimere , comme
vous le prétendez ; je donne enfuite fur
l'ennemi , parce que j'éxamine en Critique
quelles font les authorités que quelques Sçavans
pourroient m'opofer ; & comme je déveloperai
de la même maniere plufieurs endroits
de la Defcription de la Haute Normandie
, qui ont raport à notre conteftation , je
laifferai au Public à juger qui des deux
Combattans doit remporter le prix. Voila
mon R. P. un Projet qui préfente naturel
lement trois Ouvrages differens , & cela
de mande un certain tems.
A v Dans
1492 MERCURE DE FRANCE
Dans le premier , il s'agit de démontrer
que
>
les Phéniciens & les Alexandrins ont
commercé , & ont eu des Etabliſſemens dans
les Gaules Septentrionales. Pour ne nous
point éloigner des principes , repréfentonsnous
les Phéniciens , tels qu'ils étoient dès
les premiers fiécles , je veux dire , dans ces
tems anciens , que nous pouvons fürement
faire remonter jufques à 1 5oo. ans avant J.C.
La commodité de leurs Ports , la fertilité de
leur Terroir , jointes à l'excellence de leur
induftrie , les avoient déterminés fi naturellement
à la Navigation , qu'on les regardoit
genéralement comme les Inventeurs des Navires
, & les premiers Négocians de la Terre.
Mais de quelles richeffes leur Contrée , qui
a été , à tous égards , la Terre de Promiffion,
n'étoit elle pas remplie ? Elle avoit des Carrieres
de Marbre , des Forêts de Cedre , &
tout ce qu'on peut fouhaiter pour les agrémens
ou pour les néceffités de la vie : Tyr ,
qui étoit leur Capitale , s'étoit renduë fameufe
, non feulement par fes découvertes
importantes , comme l'Art de l'Ecriture , la
teinture de Pourpre , la fabrique du Verre &
autres , mais encore par de célébres Navigations
qur lui avoient procuré des Tréfors immenfes.
Vous le fçavez , mon R. P. les Edifices
publics de Tyr , fes Maifons , fes Comptoirs
même ne préfentoient qu'Or & Argent, Bois
rares
JUILLET. 1742 1493
rares & Pierres précieufes ; en un mot , l'opulence
des Tyriens étoit parvenuë à ce
point , que par le moyen de leur Roy Hiram,
David & Salomon , lors de la conftruction
du Temple , avoient rendu dans Jerufalem
l'argent auffi commun que les pierres , Liu.
des Rois , chap. 10 .
5 :
Des Commerçans fi fameux devoient exciter
l'émulation de leurs Voifins : auffi differens
Ports s'éleverent - ils le long de la Mediterranée
, avec des fuccès également rapides.
Une feconde Tyr & une troifiéme furpafferent
bien- tôt la premiére , & furent
même confondues avec celle- ci , comme fi
elles n'euffent été qu'une feule & même
Ville. Sidon , fille de l'ancienne Tyr , devint
auffi dans le même tems la Rivale defa
Mere ; enfin toute la Syrie , qui , felon
Herodote , s'étendoit alors jufqu'aux confins
de l'Egypte , fut commerçante avec des Flotes
confidérables ; l'Egypte même y prit
quelque part , & tous les Peuples des environs
, comme les Cananéens , les Hébreux ,
& autres , fe rendirent volontiers dans les
Ports Phéniciens , attirés par les richeffes du
Commerce.
Ces célébres Navigateurs ne mettant plus
de bornes à l'étendue de leur Commerce ,
commencerent , mon R. P. à avoir des
Comptoirs & des Etabliffemens dans les
A vj
Lieux
1494 MERCURE DE FRANCE
Lieux éloignés , où leurs Navigations eurent
quelques accès. Delà ces Colonies de Tyr
& de Sidon , qui fe répandirent bien - tôt
dans les Illes de la Mediterranée , dans l'Afie
Mineure , dans la Grece & dans l'Afrique ;
delà ces autres Colonies des mêmes Villes ,
répandues vers l'Europe , & fur les Côtes
de l'Océan , après que les Flottes Phéniciennes
furent parvenues à paffer le Détroit de
Gibraltar.
# Vous n'ignorez pas , mon R. P. que ce
non plus ultra des Anciens fût franchi 358 .
ans avant la Fondation de Rome , & plus
de 1000. ans avant J. C. C'eft là l'Epoque
de l'extrême Puiffance des Phéniciens ; ils
eurent alors l'empire des Mers , & devinrent
en quelque maniere, par leur Commerce , les
Maîtres de l'Univers ; d'où vient qu'Ifaie
ch. 23. regarde ces fameux Négocians comme
les Princes du Monde maritime & leurs
Caiffiers , comme les premiers de la Terre
commerçante , cujus Negociatores , Principes
e Inflitores ejus inclyti terra.
Il faut entrer ici dans le détail de nos
preuves , & cela en continuant mon efpece
d'ordre Chronologique,fous desEpoques certaines.
Je dis donc que felon Velleius Paterculus
, Strabon, Pomponius Mela , & autres ,'
ce furent les Négocians de la fuperbe Tyr ,
qui ; dans le tems dont je viens de parler .
édifierent
JUILLET . 17427 1499
difiérent la Ville de Cadix , y éleverent un
Temple à Hercule , & y établirent une retraite
leurs Flottes ; ils eurent pour ,
felon
Pline , Liv. 3. ch 1. differentes autres Colonies
fur l'Ocean de l'Iberie , jufques vers le
Confluant de la Nyve & de l'Adour ; enfin
i nous en croyons les Interprétes , c'eſt là
l'ancienne Tarteffus , où ces célébres Négocians
envoyoient les nombreuſes Flottes dont
parlent en tant d'endroits l'Ecriture , les Hif-
Toriens , les Géographes & les Poëtes . Cela
pofé , mon R. P. feroit il contre les regles
de préfumer que ces Navigateurs , fi fameux,
'entreprenans & fi riches, euffent pouffé plus
Join la découverte , & établi enfin des Comptoirs
fur l'Ocean des Gaules ?
En effet , donnez- vous la peine de voir les
Auteurs cités dans la Géographie Sacrée de
Bochard , Chap. 39. 40. vous trouverez ,
ఈ
mon R. P. que les Phéniciens poufferent la
Navigation jufques à la fameufe Thulé dans
le Nord ; vous aprendrez que ces célébres
Négocians tirerent des Caffiterides , Ifles de
la Grande Bretagne , de l'or , de l'argent , du
fer , du cuivre , du plomb , de l'érain , des
grains , des peaux , des chiens de chaffe , &
autres marchandifes ; enfin vous conclûrez
vec ce qu'il y a de Gens raiſonnabies , que
Dour aprêter ces marchandiſes , les tirer de
intérieur du Pays , & les charger , il falloit
des
1496 MERCURE DE FRANCE
des Comptoirs & des Etabliffemens . Olim
foli Phonices hoc Commerciumfecerunt e gadibus
, celantes omnibus iftam navigationem
c'eft ainfi que s'explique Strabon , lib. 3.
*
Voilà , mon R. P. une preuve bien décifive
en faveur de ce que vous apellez mon
fyftême ; car fi ce que nous difent plufieurs
Auteurs modernes , eft vrai , entr'autres, celui
qui nous a donné des Notes fur les anciennes
Loix de la Mer , le Pere Fournier
Jéfuite , en fes Ouvrages Hidrogeographiques
, & M. Huet en fon Hiftoire de la
Navigation des Anciens , que dans les premiers
tems , avant la découverte de la Bouffole
, on ne pouvoit naviguer qu'en côtoyant
le rivage , en fe fixant par quelques Etoiles ,
& en obfervant des Lieux de retraite , en cas
de tempête , il eft indubitable que les Phćniciens
n'ont pû faire le Commerce des Caffiterides
& du Nord , fans avoir des Comptoirs
& des Etabliffe mens fur nos Côtes.
>
Auffi , mon R. P. tous les Auteurs , tant
anciens que modernes , qui nous ont parlé
des Découvertes antiques de la Gaule , raportent
quantité de Monumens Phéniciens
trouvés jufques vers les extrémités de l'Allemagne.
Tacite , chap. 2. de fa Germanie
nous affûre que les Allemands prétendoient
avoir eu chés eux Hercule , la Divinité favorite
des Tyriens , cette Divinité à laquelle
"
ils
JUILLET. 1742. 1497
ils élevoient des Temples dans les Lieux où
ils faifoient quelques Etabliffemens. Il ajoute
chap. 9. en parlant de cette Partie des Sueves
qui offroient des Sacrifices à Ifis , que
le culte de cette Déeffe leur avoit été aporté
par des Etrangers , d'où vient qu'ils la révéroient
fous la figure d'un Vaiffeau . Enfin il
dit, ch. 34.qu'une Tradition ancienne en Germanie
, portoit qu'il y avoit eu vers l'Ocean
Germanique des Colomnes d'Hercule ; cela
ne conviendroit- il pas à notre Pays de Caux,
que je ferai voir avoir été défigné par les
Anciens comme la fin & l'extrémité de la
Terre ? En un mot , mon R. P. le Pere Dom
J. Martin , de votre Ordre , nous affûre dans
fon Hiftoire de la Religion des Gaulois , qu'en
differens tems on a trouvé dans les Gaules
plufieurs Figures habillées à la Phénicienne
& il nous raporte les Infcriptions de plufieurs
Tombeaux élevés à l'honneur des Négocians
Syriens ; il eft donc vrai que ces Négocians
ont eu des Etabliffemens dans les
Gaules ; mais fortifions toujours nos preuves.
Il paroît dans les Mémoires de Céfar ;
que long- tems avant lui les Peuples de Vannes
, nos Voifins , avoient des Flottes confidérables
, & entretenoient une correfpondance
avec la Grande Bretagne ; d'où cela
pouvoit-il venir , fi non des Phéniciens , qui
foli
1498 MERCURE DE FRANCE
,
foli olim hoc Commercium fecerunt ? Et ci
effet , mon R. P. en comparant la Defcription
que ce grand Capitaine nous donne des
Vaiffeaux de ces Gaulois avec celle que plufieurs
Auteurs nous ont laiffée des Vaiffeaux
Phéniciens nous trouverons que les uns &
les autres font de la même ſtructure , navigant
dans le même ordre , & envoyés felon
les mêmes loix. Ceci ne feroit- il pas concluant
? Pouffons cependant encore plus loin
les preuves ; c'eft en réuniffant les autorités
& les raifonnemens que ce qui pourroit être
dans de certains efprits fufceptible de problême
, devient néceffairement une démonf
tration.
›
Les differens Ports que Céfar trouva fur
l'Océan feptentrional des Gaules , près de
notre Pays de Caux , devoient y avoir été
pratiqués long tems avant lui ; car il en parle
comme de Lieux d'où on paffoit ordinairement
dans la Grande Bretagne ; il nous fait
entendre même qu'il y avoit des Marchands
qui entretenoient correfpondance avec ceux
de cette Ifle ; enfin il nous aprend que dans
ces Ports on pouvoit retirer des Flottes nombreufes.
Or , qui pouvoit avoir pratiqué ces
Ports pour comnercer avec la Grande Bretagne
ce n'étoient fûrement pas les Belges ;
ils étoient au tems de Céfar des nouveaux
venus de Germanie , qui avoient chaffé une
partie
JUILLET.. 1741. 1499
partie des anciens Habitans du Pays, & qui ,
pour la plûpart , ne vouloient ni Villes ni
Commerce. C'étoient donc les Phéniciens ;
car dans ces premiers tems il n'y avoit qu'eux
qui commerçaffent avec la Grande Bretagne
, Olim foli Phoenices hoc Commercium fecerunt
: mais voyons quels étoient les Gaulois
, eux -mêmes , dans ces premiers tems ;
ils nous fourniront encore des
preuves
Commerce des Phéniciens dans les Gaules
Septentrionales .
du
Les Hiftoires Romaines , en parlant de
ceux qui pafferent les Alpes, pour s'établir au
delà , vers l'an de Rome 161 , & 594. avant
J. C. & de ceux qui prirent ou brûlerent
Rome quelque tems après , nous donnentelles
même lieu de penfer que ces Guerriers
avoient eû quelque relation avec des Peuples
policés & commerçants , comme l'étoient
les Phéniciens. En effet , mon R. P. ces Braves
, qui , felon Florus , Liv. 2. ch. 13. fortoient
des extrémités du Monde , & du bout
de l'Océan , ce qui fignifie , comme je l'ai
déja dit , les Pays de Caux & la Picardie
ne firent point la Guerre en Sauvages , mais
en hommes inftruits dans l'art de combattre ;
ils divifoient leurs troupes en Gens de pié ,
& en Gens de cheval , les uns ayant le
cafque & la cuiraffe , armés de lances & de
aches ; les autres ayant des habits legers ;
armés
S00284
1500 MERCURE DE FRANCE
rmés de javelots , de piques & de dards ;
ous combattant dans l'ordre le plus réguier
, & ayant , comme les Phéniciens , des
tentes, des bannieres , des armes , en un mot ,
des Equipages plus riches que ceux de leurs
ennemis , ces Peuples étoient fi formidables
pour Rome , qu'il ne falloit pas moins qu'un
Dictateur créé exprès pour leur opofer; Salufte
bell. Jug. ne craint point de dire , que Rome
qui armoit ordinairement pour fa gloire ,
étoit obligée d'armer contre les Gaulois pour
fon falut. Tite- live , Liv.. 38. avouë que la
République Romaine cut plus de peine à ſe
défendre de ces Peuples , qu'à fubjuguer le
refte de l'Univers ; n'eft- il pas évident qu'il
n'y avoit que la liaifon avec des Gens de
Commerce & opulens , comme les Phéniciens
,
qui
eût
pû
conduire
les
Gaulois
à ce degré
de puiffance
& d'habileté
? Ils
avoient
encore
cela
de
commun
avec
les
Marchands
Phéniciens
, qu'ils
fçavoient
adroi
tement
profiter
des
négociations
, & avoient
la précaution
d'avoir
dans
leurs
tentes
des
mefures
& des
balances
ajustées
à leurs
intérêts
: n'eft
ce pas , mon
R. P. ce que
l'Ecritu
re en cent
endroits
, & une
infinité
d'Auteurs
,
reprochent
aux
Négocians
de Tyr
& de Sidon
? Vous
n'avez
pas
oublié
le
Tyriofque
bilingues
de Virgile
, & le Sed
Phoenicium
quidam
de la République
de Platon
. Tout
nous
JUILLET. 1742 150
Nous annonce donc un Commerce Phéni
eien avec les Gaulois ; mais j'ai promis de
fuivre dans une efpece d'ordre chronologique
ce Commerce , parce que j'en veux
toujours venir au point où il intéreffe les
Gaules voyons donc une nouvelle Epoque
qui femble y aporter quelque changement.
Tout le monde fçait que les Rois de Babilone
, vers l'an 220 de Rome , & 536. ans
avant J. C. fubjuguerent la Syrie , qui com
prenoit alors la Phénicie , la Paleſtine , & la
Judée ; vous n'ignorez pas que prefque tous
les Habitans de cette fertile Contrée , Phéniciens
& Juifs , furent emmenés en efclavage
, & qu'on y fubftitua des Caldéens ou
Affyriens ; enfin, mon R. P. l'Ecriture & nos
Hiftoriens vous ont apris que le Grand Cirus ,'
peu de tems après , réunit ces differentes Provinces
, & Babilone même , à l'Empire des
Perfes ; enforte que tout le Pays , jufqu'en
Egypte , reçût les Loix & les Coûtumes
Perfanes. Mais penfez - vous que dans ces révolutions
Tyr & Sidon ayent été tellement
renversées qu'elles n'ont plus eu de Commerce
avec les Nations ? Croyez-vous qu'on
doive prendre abfolument à la lettre ce que
ies Prophétes difent de la défolation de ces
deux fameufes Villes ? Non , non , mon R.P.les
tems étoient marqués pour le rétabliſſement
du
1502 MERCURE DE FRANCE
du Commerce Phénicien , cum univerfis re
gnis terra Tyr & Sidon , fous la dépendance
de Babilone , Perfane ou Caldéenne , reprirent
bien tôt leurs Navigations dans les differentes
Mers , foit de l'Afie , foit de l'Afrique
ou de l'Europe , & elles eurent d'autant
plus la facilité de reprendre leurs Etabliffemens
fur l'Océan que les Juifs avec les
Nations voisines , dans la vuë de fe dérober
à une captivité , qu'ils fuportoient impatiemment
, s'embarquoient volontiers pour les
Contrées les plus éloignées.
>
Il y a ii des preuves qui me paroiffent
bien décifives ; car enfin , mon R. P. l'Ecriture
, elle même , dans Ifaïe , Chap. 23. dit
que l'importante Ville de Tyr devoit encore
fournir des Marchandifes à l'Univers ; les
Historiens & les Poëtes nous aprennent que
les Phéniciens, fous le nom de Syriens , fe
répandoient par toute la Terre , & fi nous
en croyons Philon dans fes differens Livres ,
entr'autres ceux contre Flaccus , ou de Legat.
at Caïum , les Juifs & les Syriens com nerçoient
dans toutes les Villes de l'Univers ;
il ajoute même en fon Livre de la Vie Contemplative
, que ceux de la Secte des Effenéens
, dont il raporte les moeurs , ſe ſont
étendus jufques chés les Barbares , ce qui ,
dans le fens où il écrit , fignifie les Gaulois ;
joignons à cela , mon R. P. l'authorité de
Jofephe
JUILLET 1501
J
. 1742.
Jofephe , dans le Liv 14. chap . 12. de fes
Antiquités Judaïques ; il entreprend de prouver
, qu'il n'y avoit pas un Lieu au Monde
où l'on ne trouvât des Juifs , tant il est vrai
que le Commerce de Syrie en multiplioit
les Etabliffemens jufques chés les Nations
les plus éloignées , & par conf quent parmi
nous. Enfin, Tyr & Sidon s'étoient relevées
fous les Perfes , au point qu'elles oferent
méprifer les forces d'Àlexandre , tout victorieux
qu'il étoit de Darius . Perfonne donc
je le répete , ne peut raiſonnablement douter
des Navigations & des Comptoirs de la Syrię
dans les Gaules.
Non , mon R. P. il ne vous eft plus per
mis de regarder ces Navigations & ces Etabliffemens
, comme des Fables ; c'eſt delà
sûrement que nous retrouvons chés les Gaulois
l'Oannes des Babiloniens , le Mithras
des Perles , l'Aftarte des Sidoniens , l'Hercule
de l'ancienne Tyr , le Mercure des Phé
niciens , le Thos , le Thois & le Teuthaute ;
tant de l'Egypte que de la Syrie ; c'eft delà
fûrement que dans la Grande Bretagne , &
dans les Gaules Septentrionales , jufqu'aux
extrémités de la Germanie , nous avons une
infinité d'Antiquités Perfannes , Syriennes &
Egyptiennes ; il ne faut , pour fe convaincre
de ces verités , que conferer avec le Pere D.
Martin , Cambden , Thomas Gale , Grutter,
Alting,
504 MERCURE DE FRANCE
Alting , Pontanus & autres ; mais nous
avons encore un nouvel Evenement , c'eſt
la deftruction de Tyr & de Sidon , vers l'an
de Rome 420 , & 334 ans avant J. C.
Voyons fi cela ne nous interrompra point
dans notre ordre chronologique.
Il n'y eut ici prefque point de changemens
pour le Commerce de l'Orient avec
nos Gaules Septentrionales ; Tyr & Sidon fe
releverent en quelque forte ; au moins , mon
R. P. elles regnerent , pour ainfi dire , par
leurs Colonies ; car la fameuſe Carthage
qui étoit une des premieres , & la plus im
portante , avoit déja rempli les Mers de fon
nomen effet elle étoit prefque devenue à
fon tour la Reine du Commerce maritime ;
n'eft- ce pas delà , comme de Cadix , autre.
Colonie Phénicienne fur l'Océan ? que fe
répandirent dans toute l'Europe le Langage ,
les Moeurs , les Loix & les Coûtumes Puniques
? Il ne faut pas obmettre , mon R P. ,
que de ces Colonies il paffa jufqu'aux extrémités
de la Terre , des Juifs , des Syriens ,
& autres , dévoués , comme eux , au Commerce.
Vous trouverez mes preuves
dans une
infinité d'Auteurs , cités par Bochard ,
je vous ai déja parlé , Taillepied , en fa République
des Druides , Ramus & Goffelin , de
Moribus Gallorum , l'Auteur de l'Hiftoire
Critique de la République des Lettres , &
dont
મ
le
JUILLET. 1742 1505
Le nouvel Auteur de l'Hiftoire des Celtes , &
autres, que je vous défignerois avec plus d'étenduë
, fi je n'étois reſtraint dans les bornes
que l'on me preferit.
La fuite cy- après.
FABLE ALLEGORIQUE ,
La Colombe aux aproches de la mort.
LAMO
A mort depuis long- tems exerce fon empire
Sur tout homme qui vit , fur tout ce qui refpire.
Le Deſtin , il est vrai , favorable à nos voeux
Nous laiffe quelquefois goûter un fort heureux ;
Mais le tombeau toûjours fut comme une barriere
Où va fe terminer la plus longue carriere.
N'importe , fi la mort a fçû nous allarmer ,
Aſon tour la vertu fçaura bien nous calmer.
La Colombe , dit - on , vécut plufieurs années ;
Après avoir coulé d'heureufes destinées ,
Elle voit Atropos , les cifeaux à la main ;
Auffi-tôt elle perd ſon air doux & ſerain ;
Se réveillant bien- tôt de cette léthargie ,
C'en eft donc fait , dit- elle , il faut quitter la vie.
Les grands & les petits fubiffent même fort ;
Mais un coeur innocent doit-il craindre la mort ?
CONS:
7506 MERCURE DE FRANCE
CORDATO ,
CONSTITUTION faite par S. A
M. le Prince CONSTANTIN MAURO
Prince des deux Valachies
de Moldavie , le 7. Février 1740. Por..
tant Supreffion de plufieurs Impofitions onéreufes
aux Habitans de la Valachie , &
preferivant plufieurs Régles utiles an Gonvernement
de cette Province.
Our fatisfaire le defir qui nous a tou
Piours animé de foulager les Peuples , &
conformément aux Confeils du feu Prince
de glorieufe mémoire , notre Seigneur &
Pere NICOLAS ALEXANDRE MAURO
CORDATO; après une férieufe réflexion
mous avons travaillé , à faire les etabliffemens
dont on va voir le détail . Ayant
reconnu qu'ils ne pouvoient être que très
utiles à la Province , nous leur avons donné
la force & l'authenticité convenables , &
pour cet effet , nous y avons fait apofer le
Sceau de notre Principauté.
C'est pourquoi nous requerons que tous
les Princes , foit de notre Famille , ou de
quelque autre que ce puiffe être , que Dieu
élevera au Gouvernement de cette Province
, foûtiennent de toute leur autorité
la force & la teneur de ce Decret , parceque
nous
JUILLET. 1742. 1507
hous fommes perfuadés , que dans fa pleine
éxécution ils trouveront leur utilité unie à
celle de toute la Nation . Que s'il fe trouvoit
parmi les Nobles quelqu'un qui travaillât
à faire changer cette préfente Conftitution
, nous le déclarons Rebelle aux Ordres
de fon Souverain , & ennemi de la Patrie.
Nous fouhaitons donc de toute la fincérité
de notre coeur , que fuivant les lumiéres
de la grace divine , ils travaillent tous de
concert à foûtenir & à obferver eux - mêmes
tous ces établiſſemens.
DECLARATION du Clergé & de la Nobleffe
, faite au Prince , à l'occafion de fes
nouveaux Etabliſſemens.
que
Il eft des bienfaits qu'on ne fçauroit die
gnement reconnoître ; tels font ceux , dont
nous a comblé Son Alteffe notre Sereniffime-
& très Clement Prince CoNSTANTIN .
Par fa droiture & fon grand fçavoir dans le
Gouvernement, il eft devenu, grace au Ciel,
le Pere de la Patrie . C'eft à fa Prudence
l'Etat Ecclefiaftique & l'Etat Séculier font
redevables des avantages dont ils joüiffent.
Les Reglemens de S. A. S. en font une
preuve convaincante . Nous nous difpenferons
de nous étendre fur fa vigilance continuelle
, fa fagacité & fon grand art de gouwerner
, qualités qui ont été foûtenues de
?
B cette
1508 MERCURE DE FRANCE -
cette fidélité à toute épreuve , que fes Ancêtres
lui ont tranfmife , après l'avoir gardée
eux - mêmes dans le glorieux miniſtére du
très floriffant Empire , & qui lui ont mérité,
l'eftime & la confiance du Très - Augufte Empereur
: Soûtenu par le bras du Tout- Puiffant,
il a gardé & confervé cette Province au
milieu des troubles d'une guerre allumée entre
trois differens Empires ; enfin ce qui
nous fait le plus vivement fentir , ce que
nous devons à Notre Sereniffime Prince
c'eft , que nous avons vû , que cette guerre
a prefque ruiné les Provinces voifines , malgré
la bonne intention de leurs Gouverneurs,
dans ce tems même , où nous felicitons
Notre Prince , de nous avoir confervés .
>
Quoique nous nous regardions incapables
de remercier dignement Notre bienfaiſanı
Seigneur , cependant , pour qu'on ne nous
taxe pas d'ingratitude , nous voulons tranſmettre
fes belles actions aux Nations voifines
, à notre pofterité la plus reculée , & a
tous les habitans de cette Principauté , qui
ne font pas moins obligés que nous ,
de faire
éclater les fentimens de leur vive reconnoiffance
, & nous fouhaitons , que notre prefent
témoignage foit un monument éternel
pour la glorieuse mémoire de Notre Maîtr
& de Notre Bienfacteur , afin que par ce
moyen nos Princes , fes futurs Succeffeurs
foient
JUILLE T. 1742. 1509
foient engagés à fuivre fon exemple.
ARTICLE I. Sur la Contribution des
Monaftéres.
›
Quoique les Monaftéres ayent toujours
payé les Tributs comme quelques uns
nous ont parû tellement deftitués de biens ;
qu'on a laiffé à l'abandon les lieux où ils
avoient été bâtis , comme d'autres fe font
trouvés tellement chargés de dettes, que faute
de Prêtres , le Service Divin ne fe faifoit plus
aux heures réglées , & que d'ailleurs les Abbés
, fous prétexte de lever la Contribution ,
vexoient à leur gré les Monaftéres , Nous
avons ordonné que les Monaftéres feront à
l'avenir exempts de la Contribution .
ARTICLE II. Au fujet des Abbés des
Monaftéres.
›
Etant venu à notre connoiffance , que
les Abbés , loin d'avoir à coeur le bien
commun de leurs Monaftéres , tournoient
à leur profit les revenus & les autres chofes
apartenant auxdits Monaftéres : Nous avons
ordonné que dans l'Affemblée Générale des
Abbés on en choifiroit huit , connus par leur
probité & par leur pieté, qu'ils port. roient le
tître de Procureurs des Monafteres, & que les
Abbés , tant des grands que des petits Monaftéres
ou Chapelles , leur rendroient compte
Bij
de
asio MERCURE DE FRANCE
de tous les revenus annuels , même les plus
petits de leur Monaftére . Avons ordonné
aux Procureurs de travailler avec une bonne
oeconomie à augmenter de tout leur pou
voir les revenus des Monaftéres.
ARTICLE III. Sur la Contribution des
Prêtres.
Quoique ce foit un ancien ufage dans ce
Pays , d'éxiger le tribut des Prêtres , cependant
comme le tréfor public n'en retiroit
pas un grand avantage , parce que plufieurs
d'entre eux font dans une grande indigence ,
& peuvent à peine fournir à leur propre fubfiftance
, voyant d'ailleurs , que les Collec
teurs ne pouvoient pas , fans une forte d'indécence
agir contre les Prêtres , qui plufieurs
fois inquietés par ces Collecteurs ,
dont ils dépendoient par raport au tribut
avoient fermé les Eglifes , & interrompu
l'exercice du Service Divin , Nous avons
exempté les Prêtres du tribut , jugeant , qu'il
n'étoit pas convenable que l'exaction du
tribut dérangeât les faints exercices de la
Religion,
,
ARTICLE IV. Au fujet des Archi
prêtres dans les differens Districts.
Tous les ans les Archiprêtres , qui vont
dans les Eglifes exercer leur infpection , &
inftruire
JUILLET . 1742 1511
Inftruire les Eccléfiaftiques & les Paroiffiens,
ne fe contentant pas de diriger les affaires
qui regardoient purement les Eglifes , fe mêloient
de chofes qui convenoient peu à leur
caractére , comme d'avoir des Prifons , où
ils reteroient des Criminels & autres perfonnes
, defquelles ils exigeoient injuftement
des fommes d'argent confidérables ,
pour remedier à un tel abus , Nous ordonnons
que deformais les Archiprêtres n'auront
aucun droit de faire emprifonner qui
que ce foit.
ARTICLE V. Sur les Nobles , qui exercent
la Juftice.
Quoique les Nobles , qui ont été revêtus
de quelque charge dans la Province
n'ayent eû jufqu'à prefent aucune retribution
du tréfor public , cependant pour leur
faire fentir les effets de notre liberalité
pour les mettre en état de s'acquitter dignement
de leurs emplois , & pour qu'un plus
grand nombre d'entre eux fe chargent des
affaires publiques , afin qu'on puiffe plus facilement
donner audience à ce grand nombre
de fupliants , qui s'affemblent de toutes
parts dans cette Capitale , il a été ordonné
que tous les Nobles , qui ne feroient point
occupés dans quelque emploi dans la Province
& au dehors de cette Ville , & qui
B iij
?
fui1512
MERCURE DE FRANCE
fuivant Notre Cour , donneroient leurs avis
par écrit fur les differens procès de particuliers
, reçevroient un falaire convenable
pour récompenfe de leurs travaux dans l'ad
miniftration de la Juftice.
ARTICLE VI. En faveur des Nobles
Ayant vu avec douleur , que la contribution
qu'on impofoit fur les Nobles , avoit
réduit plufieurs familles dans la derniere mifére
, il nous a paru peu convenable , que
des familles d'une Nobleffe reconnuë &
confirmée par les Lettres Patentes des Princes
nos Prédeceffeurs, tombaffent dans l'indigence
, à caufe de la contribution , c'eſt
pourquoi Nous avons 'ordonné qu'ils en feroient
exempts.
*
ARTICLE VII. Des Commifaires établis
dans les Districts , en qualité de Juges.
Comme plufieurs habitans ne pouvoient
à raison de leur pauvreté , fatisfaire aux frais
d'un long voyage , pour venir faire juger
leurs Procès à notre Cour , & comme ils ne
pouvoient le faire rendre juftice par les Capitaines
des Diſtricts , Nous avons établi des
Commiffaires , choidis dans le Corps de la
Nobleffe , & Nous leur avons accordé une
penfion fur notre Tréfor public , leur avons
ordonné de rendre la justice aux pauvres
do
JUILLET. 17423 1513
'de les mettre à l'abri de toute injuſtice &
violence de la part des Collecteurs du tribut ,
d'avoir l'oeil à l'Election des Burgraves , &
fur tout d'empêcher qu'on n'oprime les pauvres
, & que les Collecteurs ne les chargent
d'aucune contribution , pour les frais qu'ils
font obligés de faire pour lever le tribut.
ARTICLE VIII . Touchant les Dépenfes
des Collecteurs du Tribut dans toute
la Province,
Les Collecteurs du Tribut , qui parcouroient
la Province pour s'acquitter de leur
Emploi , ont jufqu'à prefent été dans la
mauvaiſe coûtume de charger à leur gré les
Villages & les Bourgs des frais de leur dépenfe
, ce qui donnoit occafion aux Burgraves
de faire des repartitions fur les habitans
, lefquelles furpafloient fouvent du double
ou du triple les frais que les Collecteurs
avoient exigé defdits Burgraves. Nous avons
fait de très expreffes défenfes , qu'aucuns
Collecteurs ne faffent dans la fuite aucune dépenfe
au défavantage des Villages ou des
Bourgs , leur avons ordonné de tirer leur
fubfiftance du falaire & des deniers que
nous leur avons affignés fur notre Tréfor
public , parce que nous avons voulu délivrer
les habitans de cette injufte contribution
.
B iiij
AR1514
MERCURE DE FRANCE
ARTICLE IX . au fujet de la Contribution
fur les Boeufs & Vaches , apellée
vulgairement Vaccarit .
>
Les Princes nos Prédeceffeurs ne pouvant
trouver de moyens affés efficaces, pour
fe mettre en état de fatisfaire à toutes les
dépenfes publiques , que les circonstances
des tems font naître journellement ; le Prince
Conftantin Brancovan , dans un tems
où la Province étoit en bon état , ajouta aux
Contributions ordinaires , qui n'étant pas levées,
fuivant une bonne méthode , donnoient
lieu à bien des injuftices , la Contribution
apellée Vaccarit ; efle confiftoit alors en
trente trois Afpres : ( a ) par chaque Boeuf,
& autant par chaque Vache. Or, comme fuivant
l'ufage & l'état du Païs , les habitans
tirent prefque toute leur fubfiftance de la
multitude de leurs animaux , chacun pour
fe fouftraire au tribut , commença à les vendre
& à s'en défaire , deforte que la feconde
année le nombre en étoit extrémement diminué
; alors on fe trouva dans la neceffité
d'augmenter la taxe au point , que fous les
Succeffeurs du Prince Brancovan , la taxe
fur chaque animal monta jufqu'à 76. Afpres.
Enfin les befoins étant devenus encore plus
preffants , on leva cette impofition deux fois
(a) Un Afpre vaut fix deniers, Monnoye de France,
l'an,
JUILLET. 1742. 1515
l'an , & on l'augmenta jufqu'à 152 Afpres ;
delà il arriva que non feulement les pauvres
furent privés de l'utile & douce ſubſiſtance ,
que leur fourriffoient leurs troupeaux mais
même que les Eccléfiaftiques , les Nobles
& tous les Habitans , qui avoient des Poſfeffions
, ne pouvoient cultiver les terres ;
delà s'enfuivit une fi grande difette , que la
plus grande mefure de blé couroit dix Talairs.
( b) Celle de millet , & de blé de Turquie
, huit , les bêtes à cornes , dix & quinze
Talairs ; celles qui étoient graffes , vingt Talairs
; la Hocque de viande valoit dix - huit
Afpres ; celle de beure , foixante , au lieu
qu'avant ce tribut ; la grande mefure de blé
ne coutoit que 90. Afpres , celle de millet
trente , une vache , deux Talairs , un boeuf,
cinq , une Hocque de viande , trois . Afpres ,
la hocque de beure dix , ce qui fit que dans
le tems de la guerre , la difette des vivres
étant encore devenue plus grande , il étoit
impoffible d'exécuter les Ordonnances Impériales
; bien plus les habitans fe difperfoient
, parce que faute d'animaux , les pauvres
payfans fe trouvoient dans la néceffité
de quitter leurs demeures. Quoique
les derniers Pri ces nos prédecefleurs euffent
fait tous leurs efforts pour abolir ce tribut ,
(b) Un Talair vaut à peu près cinquante-cinq
Jols , Monnoye de France,
B v
زا
1516 MERCURE DE FRANCE
il ne leur avoit pas été poffible de conduire
leurs deffeins à une heureufe fin. Le Prince
Nicolas Alexandre , d'heureufe mémoire ,
notre Seigneur & Pere , n'avoit jamais perdu
de vue ce Projet , & dans l'efperance
que Nous pourrions un jour être élevés au
Gouvernement , il Nous communiquoit fes
vuës & fes projets , & Nous faifoit une vive
peinture des malheurs qu'attiroit après foi
cette impofition pernicieuſe , afin de Nous
engager , en cas , que par la faveur du Ciel
nous fuffions élevés au Gouvernement 2
tenter tous les moyens poffibles , pour détruire
une contribution , fi contraire au bien
de la Province .
,
Dieu Nous ayant découvert les voyes
convenables
, pour exécuter ce Projet , Nous
avons ordonné , que le Vaccarit feroit pour
toujours fuprimé.
ARTICLE X. De la Contribution fur chaque
Arpent de Vigne , apellée vulgairement
Pogonarit.
Ce tribut que payoient chaque année
les Poffeffeurs d'Arpens de Vigne, a été pareillement
établi , pour fournir aux néceffités
de la Province , mais ne fourniſſant
pas une fomme affés confidérable , quand il
s'agiffoit de faire quelque grande dépense
pour les befoins de l'Etat , loin de lui” être
de
JUILLET. 1742 1517
de quelque utilité , il lui étoit très -préjudiciable.
3
En effet , avant l'établiſſement de ce tribut
, il y avoit une fi grande quantité de
vins , que tout le monde pouvoit en avoir
fuffifamment, d'ailleurs les Monaftéres & tous
les habitans trouvoient dans la vente de
leurs vins une reſſource utile pour le foûtien
de leur famille. Mais la contribution du Pogonarit
, jointe aux dépenfes que les vignes
exigent de ceux qui les cultivent , obligea
les habitans à abandonner les travaux néceffaires
à leur culture , ce qui fit qu'on abandonna
la moitié des vignes , & que les autres
qu'on ne cultiva qu'avec negligence,perdirent
prefque toute leur fertilité ; delà furvint
une extréme difette de vins , & le prix
en devint exorbitant ; la hocque de vin fe
vendoit 30. Afpres , & avant cet impôt elle
n'en coutoit que deux
,
Cette contribution, fit encore beaucoup
de tort au Tréfor public , en ce que les pauvres
, pour ne pas payer le Pogonarit qu'on
éxigeoit d'eux , quoiqu'ils ne cultivaffent pas
leurs vignes , quittoient leurs Etabliſſemens
pour fe tranfporter dans d'autres Lieux . C'eft
pourquoi , pour nous conformer aux avis de
feu notre Seigneur & Pere le Prince Nicolas
Alexandre , & pour faire connoître que rien
ne nous touche plus vivement que le bien
B VJ
public ',
1518 MERCURE DE FRANCE
public , Nous avons , de l'avis de notre
Confeil , aboli cette pernicieufe contribution.
ARTICLE XI. En faveur de ceux qui ont
des Poffeffions dans cette Province.
Il nous a paru injufte , que les payfans !
qui' tiroient leur fubfiftance des Poffeffions
& des Terres apartenantes aux Monaftéres
à la Nobleffe , ou aux autres Habitans, quittaffent
les Poffeffions de l'un , pour entrer
dans celles de l'autre . Car delà il s'enfuivoit
, que certains Propriétaires & Terriers
avoient dans leur bien grand nombre de
payfans , tandis que les Poffeffions de quelques
autres reftoient défertes & fans culture.
Pour obvier à cet inconvénient , il nous a
paru équitable d'ordonner , que tout Habitant
, établi dans la Poffeffion d'autrai , demeureroit
au fervice de fon Maître , travailleroit
pour lui un certain nombre de jours
pendant le cours de l'année , & lui paye
roit , comme il eft d'ufige , le dixiéme du
revenu .
ARTICLE XII . Qui ordonne que les Habitans
payeront le tribut dans le Lieu où ils
demeurent.
Comme les Habitans d'un Bourg ou Village
, quand il s'agiffoit de payer le tribut ,
affûreient ,'
JUILLET. 1742 . 1519
affûroient , pour fe fouftraire au payement ;
qu'ils étoient fujets à un autre Bourg ou Village
, & quoi qu'établis dans un District ,
difoient , qu'ils payoient dans un autre : ces
mauvais prétextes caufant beaucoup de confufion
, & donnant lieu aux Burgraves de
faire de fourdes rapines , par des réparti
tions injuftes , qu'ils faifoient fur les autres
Habitans , Nous avons expreffément défendu
une pareille manoeuvre & avons en
conféquence ordonné , que , quiconque feroit
établi dans un Bourg ou Village , y
payeroit le tribut , & non ailleurs.
>
ARTICLE XIII. De la Contribution
annuelle , payable à quatre trimestres.
DISCOURS du Clergé de la Nobleffe:
Comme nous avons remarqué , que les
Reglemens faits pour lever les Contributions
, loin de nous être utiles , attiroient
avec un grand défordre la perte de la Province
, nous nous fommes plufieurs fois affemblés
devant Son Alteffe Sereniffime , pour
trouver quelques moyens de faire lever la
Contribution , fuivant une méthode équitable
& utile , afin de nous mettre par- là en
état d'exécuter les Mandemens de l'Empereur
, & de fatisfaire à toutes les néceffités
& charges de la Province.
A
1520 MERCURE DE FRANCE
A ces fins , notre Séreniffime Prince Conse
TANTIN, éclairé des lumieres du Ciel , a , du
confentement de fon Confeil , établi quatre
trimeftres par chaque année , pour faire les
répartitions & les collections du tribut qui
fera payé par tête , fuivant le pouvoir de chacun
; un an après ce Reglement, nous avons
reconnû qu'on a levé les deniers publics fans
aucune vexation des pauvres , que tous les
habitans commençoient à fe trouver mieux
& plus ftables dans leur établiffement , que
les Mandemens de l'Empereur étoient exécutés
avec facilité , que les autres affaires
publiques fe faifoient dans un très bon
ordre , & enfin que le nombre des Peuples
augmentoit.
tems ,
•
,
A la vûë de tant d'avantages , nous avons
eû recours à la clémence de notre Prince
nous l'avons prié d'abolir tous les Reglemens
qu'on avoit établis jufqu'à préfent , pour
la levée du tribut , d'établir , non pour un
mais pour toujours , que le tribut fe
payeroit déformais quatre fois l'an feulement;
fçavoir , une fois par chaque trimestre. Son.
Alteffe Sereniffime , après avoir favorablement
écouté nos prie es , à confirmé ce juſte Reglement
, & pour le revêtir de l'autorité néceffaire
, elle y a fait apofer le Sceau de fa
Principauté.
Et Nous , pour empêcher que qui que ce
foit ,
JUILLET. 1742 .
1521
foit , National ou Etranger , donne aucune
atteinte à ces Reglemens , dictés pour la juf
te adminiſtration de la Province & pour Putilité
publique , & afin que quelqu'un ne
foit affés hardi pour rapeller le Vaccarit & le
Pogonarit , Nous déclarons que quiconque
oferoit faire de pareilles entrepriſes , foit regardé
comme un rebelle & comme ennemi
de la Patrie. En foi de quoi Nous avons figné
de notre propre main toute cette préfente
Conftitution.
LISTE de ceux qui ont figné cette
Conftitution en Valachie.
ECCLESIASTIQUES.
Les trois Archevêques .
Deux Evêques.
Les huit Procureurs des Monaftéres .
Soixante & neuf Abbés des Monaftéres ,
NOBLES.
Le Sous- Gouverneur, en Charge, de la Valachie
Tranfalutaine .
LeGouverneur Emerite de la même Province,
Le Grand Juge.
Le Grand Chancelier , en Charge .
Le Grand Chancelier Emerite.
Le Grand Tréforier , en Charge .
Le Grand Tréforier Emerite.
Le
1522 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Géneral de la Cavalerie & Grand
Ecuyer ou Porte Epée.
Le Grand Commiffaire des vivres.
Le Grand Maréchal de la Cour , en Charge.
Deux Emérites.
Le Grand Echanfon , en Charge.
Deux Emérites.
Le Grand Maître d'Hôtel , en Charge .
Trois Emérites.
Le Grand Maître des Ecuries , en Charge.
Quatre Emérites.
Le Géneral d'Infanterie .
Un Emérite.
Le Capitaine des Nobles , qui fervent volontairement.
Le Grand Ecuyer tranchant , en Charge.
Un Emérite .
Le Grand Infpecteur des Equipages , en
Charge.
Un Emérite.
Le Grand Réferendaire.
Deux Emérites.
Le Grand Pourvoyeur des vivres, en Charge.
Deux Emerites.
Le Grand Maître de Camp , en Charge.
Trois Emérites .
Le Crand Maître des Fourages , en Charge:
Deux Emérites .
Le Grand Camerier , en Charge .
Un Emérite.
Le
JUILLET . 1742 1523
Le Sur -Intendant des Mines de Sel.
Le Grand Maître des Doüanes.
LISTE des Districts de la Valachie.
Argis.
Oltoul.
Romanatz .
Rimnik.
Buzeou.
Sekoiani .
Praorva. Voulcfia.
Jalomaitza.. Dolzi .
Etfovoul. Gorzi.
Dembovitza. Mechedintz .
Ulaska.
Teleorman .
Mufcieloul .
Boukoureft,
Kraiova.
L'an 1741. le premier de Septembre , le
Sereniffime Prince Conftantin , ayant été élevé
au Gouvernement de la Moldavie , cette
Conftitution fut acceptée dans une Affemblée
de tous les Ordres de la Province , &
fouffignée par les Etats Eccléfiaftique & Séculier
, excepté feulement l'Article ſecond ,
touchant l'Election des Procureurs des Monaftéres
, lequel Article n'a point encore été
cxécuté .
LISTE des Ecclefiaftiques & des Nobles
qui ont fonfcrit la prefente Conftitution
en Moldavie.
L'Archevêque.
Trois Evêques.
Quatre
1524 MERCURE DE FRANCE
Quatre Archiprêtres.
Quarante fept Abbés des Monaftéres.
LISTE des Nobles.
Le Grand Chancelier , en Charge.
Six Emérites .
Le Grand General de la Cavalerie , & Grand
Ecuyer ou Porte Epée.
Le Grand Maréchal de la Cour , en Charge.
Un Emérite .
Le Grand Echanfon , en Charge.
Un Emérite.
Le Grand Tréforier.
Le Grand Maître d'Hôtel , en Charge.
Trois Emérites .
Le Grand Maître des Ecuries , en Charge .
Deux Emérites.
Le Grand Géneral d'Infanterie.
Un Emérite.
Le Grand Ecuyer tranchant , en Charge .
Huit Emérites .
Le Grand Commiffaire des vivres, en Charge .
Cinq Emérites.
Le Grand Infpecteur des Equipages , en
Charge.
Six Emérites.
Le Grand Maître de Camp , en Charge .
Cinq Emérites.
Le Grand Maitre d'Artillerie , en Charge.
uit Emérites.
H Grand Camérier.
LISTE
JUILLET. 1742. 8525
LISTE des Diſtricts de la Moldavie
Sucfiava. Orheyoul.
Niamzoul.
Bakeoul.
Poutna.
Tekuefioul.
Kovórloui.
Toutova.
Valloujoul
Talchi.
Soroka.
Czerneoutz .
Herteoul.
Dorohogerit,
Borochan.
Kerligatoura.
Territoire d'Yaffi.
La Ville d'Yaffi.
Lapoufna.
ODE
A M. l'Evêque de Graffe , Abbé de Lerins ;
Ou
de S. Chinian , & c.
U fuis- je ? quelle frenéfie
Me faifit , agite mes fens !
Eft- ce le Dieu de l'harmonie
Qui va m'infpirer des accens ?
Loin d'ici , Déité frivole ;
Tu n'es qu'une brillante Idole
Qu'enfanta follement l'erreur ;
Vérité , que mon coeur adore ,
Vérité fainte , je t'implore ,
Viens fur l'aile de la candeur.
Montre
$26 MERCURE DE FRANCE
Montre à mes yeux , Fille Céleste ,
Un Prélat vraiment vertueux ,
Qui de fon Trône , humble & modefte ;
Chaffe le luxe faftueux ;
Qui dans le fein de la fageffe
Vient empreffé puifer fans ceffe
Des loix pour réformer les coeurs ;
Et qui , pour fon troupeau qu'il aime
Pieux ennemi de lui - même ,
Des faifons brave les rigueurs,
*
Couvert d'une gloire immortelle ,
Će Prélat frape mes regards ;
C'est ANTELMI , de qui le zéle
Brille , éclate de toutes parts .
Dans la fainte ardeur qui le guide
Je vois cet Apôtre intrépide
Porter l'Evangile en cent lieux ;
La foi qui l'anime & l'enflâme ,
Dans des hameaux offre à fon ame
Les charmes les plus précieux..
*
•
Là , fur les coeurs fon éloquence
Exerce un empire charmant ;
Des fertiles traits qu'elle lance ,
Ils font bleffés heureuſement ;
Là , d'une riante parure
1
Embel
JUILLET.
F527 1742
Embelliffant la vertu pure ,
Il la rend aimable aux Mortels .
Il la foûtient par fes exemples ;:
Partout il lui dreffe des Temples ;
Sa main décore les Autels.
*
Eglife fainte , Mere aimable ;
Forme en ces jours de doux Concerts
Que tes chants , Sion adorable ,
Percent le vafte fein des airs .
Par des traits dignes de mémoire ,
ANTELMI jaloux de ta gloire ,
Défend tes éternelles loix ;
L'Enfer , ton ennemi finiftre ,
Le crime fon fatal Miniftre ,
Frémiffent au bruit de fa voix,
*
Tel que par la vive lumiere ,
L'Aftre qui nous prête ſes feux ,
Perce & diffipe en fa carriere
Les nuages , voiles des Cieux ;
Tel mon Prélat infatigable ,
Par la parole profitable ,
Du vice détruit les noirceurs ,
Et confond le noir artifice
Qui nous conduit au précipice
Par des fentiers femés de fleurs,
Parlez
# 528 MERCURE DE FRANCE
Parlez , vous que fa main facrée
Abreuve des céleftes Eaux ,
Répondez , pieuſe Contrée ,
Théatre heureux de fes travaux ;
Mais quand un feu que Dieu fait naître
T'enleve cet augufte Maître ,
GRASSE , languis - tu fans apui ?
Non ; fon amour t'en eft un gage ;
Il fe reproduit dans le Sage *
Qu'il fait afféoir auprès de lui,
*
Vous , dont l'amorce enchantérefle
Nous rend vos poiſons précieux ,
Fiere grandeur , vaine richeſſe ,
Vous ne fafcinez point fes yeux ;
Du pauvre , au fein de la mifere ,
Il aime à fe montrer le pere ;
Tout retentit de fa bonté .
Tu crains , GRASS , ( ta crainte eft jufte , )
Que fur un Trône plus auguſte
Ton Prélat ne foit tranſporté.
* M. Maria , fon Grand- Vicaire.
Par M. VIDAL , de Cabris , en Provence.
SUITE
JUILLET . 1742. 1529
SUITE de la Lettre de M. Clerot au R:
Pere D. G. D. P. fur le Commerce des
Phéniciens , &c..
1
L s'agit ici de parler d'Alexandrie , ce fameux
Entrepôt de l'Orient pour l'Occident
; perfonne n'ignore , mon R. P. que
cette Ville , élevée fur les ruines de Tyr &
de Sidon , vers l'an 420. de Rome , & qu ‹lques
3 30. ans avant J. C. entreprit elle feule
tout le Commerce de la Phénicie. Aléxandie
qui l'avoit bâtie , l'avoit peuplée de
Grecs , de Syriens , de Perfes , de Juifs & c,
tous Commerçans . Philon nous affûre que
de cinq grands Quartiers ou Cantons , dans
lefquels on divifoit cette importante Ville
il y en avoit deux uniquement pour les
Juifs , fans ce qui en étoit encore répandu
dans les trois autres portions , où étoient
diftribués les Egyptiens , ceux de Syrie , les
Perfes & autres ; n'eft-il pas évident que
d'une Ville femblable on a dû voir renaître
l'ancien Commerce des Phéniciens ,ce Commerce
qui s'étendoit jufques dans les Gaules
feptentrionales ?
" En effet , mon R. P. on ne voit ici qu'une
efpece de tranflation des Négocians & du
Commerce
1530 MERCURE DE FRANCE
,
Commerce de Tyr & de Sidon à Alexandrie
; je le répete , cette derniere Ville raffembla
en elle tout ce qui avoit rendu les
autres recommandables & célébres . A la verité
Tyr & Sidon firent , comme je l'ai obfervé
quelques efforts pour s'élever au
degré de grandeur où elles avoient été ;
les Rois qui regnerent en Syrie & le long
de la Mer , voulurent ranimer leur Commerce
, mais ces Rois même par leurs fréquentes
guerres , & les peuples par leurs
fréquentes rebellions, ayant rendu les efforts
de Tyr prefque fans fuccès , Alexandre n'en
cut que plus de facilité à augmenter fa puiffance
, & à multiplier fes Colonies ; en effet
les Juifs & les Syriens s'y rendoient de toures
parts pour s'y embarquer , & fe dérober
à cette fervitude qui fe perpetuoit toujours,
Vous fçavez mon R. P. que de cette perpetuité
d'esclavage vint le Proverbe Judai &
Syri Nationes nata fervituti. Cic. Orat. de
Proconf.
Enfin , fi Alexandrie partagea encore pena
dant quelque tems l'empire de la Mer , &
le Commerce des Gaules , avec ce qu'il y
avoit de Syriens libres , Carthage & les autres
Colonies Phéniciennes, l'Afrique & l'Ef
pagne en guerre lui laifferent bien - tôt le titre
de Reine du Commerce maritime , tant de
l'Afie que de l'Europe . Delà cette diftinc-
›
tion
JUILLET. 1742 . 1531
tion fameufe , qui , comme je l'ai obfervé ,
la fit nommer , au tems même de Strabon
l'Entrepôt général de l'Orient à l'Occident ;
delà cette multitude d'Alexandrins , qui
avoient des Comptoirs , non- feulement dans
toutes les Villes commerçantes de l'Afie & de
l'Afrique , mais dans Rome même , dans les
principales Villes maritimes de la Mediterranée
Européenne , & jufques fur l'Ocean
Septentrional des Gaules ; Vous n'ignorez
pas , mon R. P. que les fuperftitions Egyptiennes
& Hébraïques , que Tacite en fes
Annales , liv. 2. ch. 15. & Suetone en la viè
de Tibere , ch. 16. difent avoir été condamnées
à Rome , fe pratiquoient par les Alexandrins
& les Syriens , établis depuis longtems
dans cette grande Ville ; vous n'ignorez
pas ce que raportent Vopifque & d'autres
Auteurs , que ces modes & commodités
Egyptiennes , ces Etoffes de foye & de
Lin , Syriennes , ces Toiles brodées & ces
Tapifferies Babiloniennes , introduites nonfeulement
dans Rome , mais dans les prin
cipales Villes de la République , jufques
fur nos Côtes Septentrionales , venoient d'Alexandrie.
Combien , en effet , ce Port fa
meux , les précieux reftes de Tyr & de Si
don , & les Colonies Phéniciennes , nous
ont-ils tranfmis d'utilités & de découvertes ?
C'eft de l'Egypte que nous avons apris à faire
C Mos
1532 MERCURE DE FRANCE
nos premiers Jardins, & à pratiquer les commodités
de nos Apartemens. La Cervoife ou
Biere des Gaulois , venoit d'Alexandrie &
de Syrie ; l'art de diffoudre les métaux , de
préparer l'or & l'argent , de dorer & étamer
le cuivre & autres chofes femblables , par où
les Gaulois fe font rendus recommandables ,
ont pris leur origine chés les Phéniciens &
les Alexandrins ; en un mot , mon R. P..
lifez Herodote & les Auteurs , tant Grecs
que Latins , cités dans la Géographie de
Bechard , ou dans la Navigation des Anciens
de M. Huet , vous trouverez qu'Alexandrie
& fes Colonies alloient chercher le Plomb
& l'Etain , le Cuivre & le Fer jufqu'au-delà
des Caffiterides , qu'elles commerçoient pareillement
dans les Gaules Septentrionales ,'
jufqu'en Germanie fi ces Auteurs ne
vous fatisfont pas , & s'il vous refte encore
quelques doutes fur ce que vous apellez
mon Systême , conférez avec tant d'Ecrivains
déja cités , Roüillard en fa Parthenie
au Hiftoire de Chartres , Marcel en fon premier
Tome , où il traite de l'une & l'autre
Gaule , Childrey , en fon Hiftoire naturelle
d'Angleterre , Alting en fes Notices Germaniques
, & le R. P. Martin , votre Confrere ;
dont je vous ai déja parlé,
Ces Auteurs réunis vous feront,fans doute,
revenir de votre prévention , en vous apre
JUILLET. 1742: 1533
nant quelles font les traces ou les veftiges de
la navigation des Phéniciens & des Alexandrins
vers la Grande Bretagne , les Gaules
Septentrionales & la Germanic ; vous en tirerez
fûrement certe conféquence naturelle,'
qu'Alexandrie , ainſi que les Phéniciens ou
Syriens , ont dû avoir des Etabliſſemens &
des Comptoirs parmi nous , à peu près com
me nous fommes obligés à préſent d'en
avoir dans tout le Levant , en Afrique , &
dans l'Amérique , malgré les avantages de
la découverte de la Bouffole.
ges
En effet , mon R. P. felon ces Auteurs que
je vous prie de confülter attentivement , les
Druides réuniffoient dans leur Théologie &
leur Philofophie , tout ce que les Prêtres
d'Egypte , les Infpirés de Syrie , & les Made
Perſe avoient enſeigné , enforte
enforte que
généralement tous les Ecrivains , tant de
I'Orient que de l'Occident , ne fe repréfentoient
les uns & les autres , que comme une
même espece de Prêtres & de Philofophes.
Il y avoit chés les Druides & chés tous les
Gaulois le même culte, les mêmes myſteres,
les mêmes Fêtes & Jours célébres , les mêmes
Cérémonies Religieufes , la même dif
cipline , le même habit de cérémonie , le
même ordre de Sacrifice qu'en Egypte , en
Syrie , en Caldée , en Perfe ; les Gaules & la
Phénicie avoient mêmes obſervations & cal-
Cij culs
34 MERCURE DE FRANCE
, culs aftronomiques même maniere de
compter les jours , les mois & les années ;
ne célébroit on pas jufques fur nos Côtes
les Néomenies des Syriens & ,les Théophanies
d'Egypte ? Les Saifons étoient défignées
chés nous comme à Tyr & à Sidon ; felon
l'ordre des Prêtres & des Magiftrats , on y
confacroit comme en Egypte & chés les
Phéniciens , des Bocages , des Marais , des
Montagnes , des Villes , des Provinces ;
nous avons eu , à la difference près , que le
feul Dialecte ya mise , nos Leontopol , nos
Bufirite & autres ; mais ce qu'il y a de fingulier
eft une conformité d'ufages , qui ne
peut avoir été entre les deux Peuples , que
par une relation intime ; nous avons avec
les Juifs & les Syriens porté nos Dieux au
bout de bâtons , & il nous en reste encore
quelques veftiges ; nous avons , comme en
Caldée, défigné nos jours par nuits, & il y en
a encore des preuves dans certaines manieres
de parler. N'eft- il pas vrai , mon R. P. que
dans les Gaules on adminiftroit la Juſtice ,
comme en Syrie, dans un marché , à la porte
de la Ville , & dans la cour du Préteur ?
N'eft- il pas vrai que nos Magiftrats Civils
étoient diftingués , défignés , & habillés de
la même maniere que chés les Phéniciens ?
On fçait, qu'à l'égard des moeurs , les Gaules
voient , comm. ks Juifs , les animaux immondes
JUILLET. 1742. 1535
>
mondes , les épreuves domeftiques , les tems
de féparation ; en un mot , il n'y a rien eû
dans l'Egypte , la Syrie , la Caldée & la
Perfe , qu'on n'ait trouvé chés les Gaulois
dans la Grande Bretagne , & en Germanie :
on a même découvert , que certains Simples,
certains Arbustes , certains Minéraux , n'étoient
en recommandation chés les Gaulois ,
que parce que les Phéniciens , les premiers ,
en avoient fait cas ; on a trouvé vers nos
Côtes de Baffe Normandie , des figures qui
nous ont apris que la Médecine Phénicienne
& Grecque y a été fuivie ; on a découvert
dans les Mines d'Etain de la Grande Bretagne
des preuves que les Grecs y ont travaillé
; il eft donc vrai que le Commerce
d'Aicxandrie , comme celui des Phéniciens ,
s'eft étendu jufques fur nos Côtes Septentrionales
; cela eft d'autant plus évident , qu'il
n'étoit pas plus poffible aux Alexandrins
qu'il ne l'avoit été aux premiers Phéniciens
de naviguer vers la Grande Bretagne & les
Gaules , fans y avoir de Comptoirs , ou des
Etabliffemens fixes. Je le repete , cela étoit
abfolument néceſſaire , pour tirer les Marchandiſes
de l'intérieur du Pays , les aprêter
& les charger : mais il faut continuer notre
efpece d'ordre chronologique ; nous allons
entrer dans ces tems d'obſcurité , où il ſemble
que le Commerce de l'Orient dans les
C iij Gaules
1536 MERCURE DE FRANCE
Gaules ait difparu. Vous trouverez peut
être ici , ce qui vous a dérobé , & à tant
d'autres , la connoiffance des Verités Hiſtoriques
, que je veux vous expofer.
Les guerres que les Romains porterent dans
PAfrique & dans l'Afie , les révolutions de
l'Espagne , & fur tout la ruine de Carthage.
vers l'an de Rome 600 , & environ 155 .
ans avant J. C. commencerent à interrompre
le Commerce maritime de l'Orient en
Occident ; d'autres évenemens , prefque dans
le même tems , acheverent de l'interdire au
point que je le vois prefque oublié ; en effet
les Pyrates s'étoient multipliés de telle forte
dans l'une & l'autre Mer , qu'on n'ofoit
prefque plus naviguer , que la plupart des
Ports étoient devenus déferts , que Rome
même étoit comme bloquée , fans pouvoir
cominercer dans la Mediterranée ; qu'enfin,
felon Florus , il ne fallut pas moins de 15.-
Efcadres pour les difperfer ; il faut ajoûter à
cela , mon R. P. que les Cimbres , les Teutons
& les Germains , avec des armées de
deux à trois cent mille hommes , avoient ,
à differentes reprifes , traversé les Gaules
& les avoient défolées par des ravages , tels
qu'on peut fe l'imaginer de peuples barbares
comme les Cimbres ; que les Belges , autres
peuples venus de Germanie , s'étoient emparés
de tout le Pays qui eft au Nord de la
Seine ,
JUILLET. 1742 : 1537
Seine , jufqu'au Rhin , & non - feulement
en avoient chaffé les anciens habitans , juſqu'à
les forcer de fe retirer dans la Grande
Bretagne , mais déclarons hautement , au
moins quelques- uns d'eux , comme les Mo
rins , les Menapiens , les Nerviens & autres ,
qu'ils ne vouloient ni Villes , ni Çommerce ;
vous pensez bien , mon R. P. que dans ces
étonnantes révolutions l'état des Gaules
étoit extrêmement changé ; cependant les
preuves que les Syriens & ceux d'Alexandrie
s'y étoient établis , ne fe perdirent pas ,
comme quelques - uns fe l'imaginent ; plufieurs
Auteurs nous aprennent que fous le
nom général de Marchands ou Négocians ,
les Syriens , les Alexandrins , les Juifs &
les Caldéens faifoient feuls le Commerce des
Villes Gauloifes : voyons ce Point critique
de notre Diſſertation Chronologique , il eſt
intéreffant.
·
Vous fçavez , mon R. P. que dans ces
tems on entendoit communément par le
nom de Marchand , un Syrien , ou un Cananéen
, ou , ce.qui eft la même chofe , un
Phénicien ; vous vous reffouvenez , fans
doute , que je l'ai prouvé par S. Jerôme ,
qui le dit en termes exprès , & vous n'ignorez
pas que je le puis encore prouver par
des autorités qui ne fouffrent point de
contradiction. En effet , felon les Interpré
Ciiij
tes ,
1538 MERCURE DE FRANCE
tes , les Marchands , dont il eft parlé en faint
Mathieu , C. 11. v. 12. étoient des Phéniciens
ou Syriens ; il eft conftant que dans la
Vulgate , en differens endroits où l'Hébreu
parle du Phénicien ou du Syrien , S. Jérôme
T'a rendu par le nom de Marchand ; & actuellement
une infinité de Sçavans traduiſent
par le mot Marchand le Phénicien ou le
Cananéen : ceci pofe , mon R. P. voyons
fi , quand Cefar entra dans les Gaules , il n'y
trouva pas de ces Phéniciens ou Syriens
défignés par la qualité de Marchands , & f
dans fes Mémoires il ne les diftingue pas
expreffément des Gaulois.
fr
D'abord , dans le Livre premier , en par
lant de la réfolution qu'il a prife de fortifier
Befançon contre l'armée d'Arioviste , il dit
qu'il fut informé du deffein de ce Géneral
Allemand , par le raport des Gaulois & des
Marchands , vocibus Gallorum ac Mercatorum
, il n'y a perfonne qui ne fente que
Cefar fait ici une diférence entre le Gaulois
& le Marchand ; c'eft dans le même efprit
qu'en parlant de la grande Bretagne , Liv. 4 .
il dit que les Gaulois ne fçavent prefque
rien de cette Ifle, parce que perfonne , ajoûte
t'il, n'y aborde, à moins qu'on ne compte les
Marchands , encore ceux - ci ne connoiffoientils
que la Côte & les Villes du rivage ; on ne
peut pas douter qu'il n'y ait là encore une
diftinction
JUILLET. 1742. 1539
diftinction entre le Gaulois & le Marchand ;
mais je veux trouver de ces Marchands fur
les Côtes de notre Pays de Caux & en correfpondance
ou en commerce avec la Grande
Bretagne , car c'eft là ce qui défignera
mes Pheniciens , qui olim foli boc commercium
fecerunt ; voyons fur cela mes preuves.
Cefar étant entré chés les Morins,Peuples,
qui, comme l'obferve Dion Caffius , Liv. 39.
n'avoient point de Villes , non plus que
les Menapiens leurs voifins , & les Nerviens ,
aux extrémités de l'Amienois , il convoqua
les Marchands des environs du Port , où il
devoit s'embarquer , itaque convocatis adfe
undiquè mercatoribus. Voilà d'abord des Marchands
, qui ne pouvant être chés les Morins
&leurs voifins au- delà, devoient être vers nos
Côtes , en deçà ; mais une preuve que ces Syriens
ou Phéniciens étoient effectivement fur
nos Côtes en relation avec ceux de la Grande
Bretagne , c'est que Cefar au même Livre
dit en termes exprès , que les Marchands de
nos Côtes informerent ceux de la Grande
Bretagne de fon deffein : il faut ajoûter cette
obfervation , qui eft importante , pourquoi
mon R. P. chés les Morins , les Menapiens
& les Nerviens , ne voit- on que peu de veftiges
du commerce des Phéniciens & des
Grecs , qu'on ne voit prefque point parmi
eux de Monumens Syriens ou Grecs , qu'ils
C v ne
1540 MERCURE DE FRANCE
ne fçavent feulement pas parler Grec ? C'eſt
que ce font des Barbares qui ont déſolé le
Pays , & qui ne veulent point que les Marchands
abordent chés eux ; pourquoi au
contraire les Sueves & les Helvetiens ont- ils
de la vénération pour Ifis , Déeffe d'Alexandrie
& de l'Egypte ? C'est qu'au raport de
Cefar , Liv. 4. Ch. 1. ils fouffroient que les
Marchands commerçaffent chés eux ; _ on
trouvoit par la même raifon dans leur Pays
des Monumens écrits en lettres Grecques ,
Tabula reperta funt litteris Gracis confecta.
Mais les Romains étant devenus les maîtres
de la Syrie , d'Alexandrie & autres Contrées
de l'Orient , comme des Gaules , de la Grande
Bretagne & autres Pays de l'Occident,
l'ancien Commerce dût reprendre fon cours,
c'eft ce qu'il faut examiner.
Perfonne n'ignore le Commerce que faifoit
Alexandrie , à Rome , & fur les Côtes
de la Mediterranée dès les commencemens
de l'Empire , on fçait que par ce Commerce
& par une correfpondance avec les Syriens ,
les Juifs , & autres Négocians femblables
la Religion Chrétienne paffa de l'Orient à
Lyon & dans le midi des Gaules ; n'en feroit-
il point arrivé de même pour le Septentrion
? Si nous fuivons les commencemens
de la Religion Chrétienne de ce côté là
nous trouverons que le même commerce ,
la
JUILLET. 1742. 1541
fa même correfpondance l'avoient introduite
dans la Grande Bretagne & aux extremités
Septentrionales des Gaules , que je foûtiens
toujours être , dans le langage des Anciens
notre Pays de Caux , avec la Picardie; en effet
Tertulien en fon Liv. contre les Juifs , ne
dit - il pas expreffément que la doctrine de
J.C. étoit connue dans la Bretagne avant que
les Romains s'y fuffent abfolument établis ?
Ne voyons - nous pas dans Gregoire de Tours,
Liv. 9. Ch. 39. que cette même doctrine
avoit été reçûë dès les premiers tems aux
extremités des Gaules , Gallicanis in finibus ?
Ceci conferé avec ce Fait conftant que la
premiere difcipline , les premiers ufages , &
le premier miniftére de nos Eglifes nous
viennent d'Alexandrie & de Syrie , il fera
aifé de nous convaincre que le Commerce &
la correspondance ont facilité ces avantages .
Mais portons plus loin nos preuves.
Le jeune Agrippa dans Jofephe , Liv. z.
de la guerre des Juifs , démontre à cette
Nation que de la Gaule il leur vient une
infinité de richeffes , ce qui ne pouvoir être
que par Alexandrie , l'entrepôt entre l'Orient
& POccident. Nous voyons dans les Loix
Romaines des Codes de Théodofe & de
-Juftinien , les Syriens & les Effeniens d'Alexandrie
repréfentés comme Commerçans
non feulement dans les Gaules , mais dans
Cv tout
>
1542 MERCURE DE FRANCE
tout l'Empire Romain & confondus fous le
nouveau nom de Calicola, avec les Juifs , les
Samaritains , & autres iffus d'eux. Nous fçavons
, mon R. P. que leur Langue , qui étoit
la même que celle de Carthage , & qui par
cette raiſon étoit apellée Punique , étoit
encore reçûë , non feulement dans les Gaules
, mais dans toutes les Villes de l'Occident
, parce qu'ils y étoient établis , d'où
vient que le Jurifconfulte Ulpian dans la Loi
II. au dig. de fidei com. tertio , permet de tef
ter en Latin ou en Grec , en Punique ou en
Gaulois ; enfin à l'avenement des differentes
Nations de la Germanie dans les Gaules , on
retrouve encore que les Syriens & les Juifs
y commerçoient : lifez , mon R. P. , lifez
S. Jerôme fur Ezechiel , les Loix des Bour
guignons & des Vifigots , Salvien de Marfeille
& autres , vous trouverez que ces
Commerçans occupoient les premiers quartiers
des Villes , & étoient les feuls. qui y
trafiquoient. Si vous voulez vous donner la
peine de voir Sidonius Apollinaris & les Auteurs
qui l'ont illuftré , comme Savaron ou
le Pere Sirmond , ils vous aprendront que
je n'ai point avancé une chimere , quand j'ai
dit que les Syriens , ou ce qui eft la même
chofe , les Phéniciens , faifoient encore figure
en France fous nos Rois de la premiere Race
Eft-il poffible , mon R. P. , que vous n'ayez
pas
JUILLET. 1742. 1543
pas lû dans Gregoire de Tours , Liv. 8. Ch. 1.
que ce furent ces fortes de Négocians qui
haranguerent le Roy Gontran , Lingua Syrorum
, quand ce Prince entra pour la premiere
fois dans Orleans ? Quoi , mon R.
P. vous ignorez ce que dit le même Hiftorien
, Liv. 10. Ch. 26. , qu'un riche Syrien
la bourfe à la main , trouva le moyen de fe
placer fur le Siége Epifcopal d'une des premieres
Villes du Royaume , & Syros de ge
nerefuo Ecclefiaftica domui miniftros prafuit ?
Lifez ces Auteurs que je vous ai cités , &
conferez-les avec les Mabillon , les Dachery ,
les Ruinard, les le Cointe , les Pontanus , les
Leibnits, les Echard & autres que vous devez
abfolument connoître , vous vous convaincrez
bien tôt que du Grec, des Alexandrins ,
des Syriens & des Juifs vint l'ufage chés nos
Gaulois Romains & chés les premiers François
, de fe fervir de nombre de caracteres
Grecs , d'écrire même encore quelquefois
comme les anciens Grecs de gauche à droite
& de droite à gauche , de défigner differentes
chofes en Grec derivées du Syrien , & d'avoir
une infinité de Cérémonies & de Fêtes toutes
Grecques & Egyptiennes , encore une fois ,
mon R. P. voyez les quatre Livres de Joachin
Peronius , de Lingua Gallica cum Graca
cognatione , la Celtopadie de Picard , le Pere
Pezeron dans l'Antiquité des Celtes, Voffius
de
1544 MERCURE DE FRANCE
1
de vitiis fermonis & une infinité d'autres Au
reurs , ils vous aprendront qu'actuellement
dans notre Pays de Caux & en Picardie , les
Payfans fe fervent encore de dictions toutes
Grecques ; qu'en dites-vous ? Ai-je véritablement
adopté une chimere quand je me
fuis imaginé que les Phéniciens ou Syriens ,
les Juifs & les Grecs d'Alexandrie , leurs
Colonies & les Peuples iffus d'eux , ont
commerce & ont eu des établiſſemens fur
les Côtes Septentrionales des Gaules ? Vous
dites dans vos remarques , qu'il vous afuffi
d'expofer mon Systeme pour le décréditer, qu'il
n'y a pas une ame au monde, excepté la mienne,
qui ait penfé comme moi , que vous vous êtes
bien donné de garde en parlant des Antiquités
du Pays de Caux, de citer les Navigations des
Phéniciens : qu'enfin vous fouhaiteriez avoir
une Lifte de ceux qui om été de mon fentiment
touchant le Commrce de ces Peuples ; raporter
vos expreffions comme je le fais ici , eſt toute
la réponſe que je prétends y faire , je laiffe
au Public éclairé les réflexions qui fe préfentent
naturellement. J'examinerai cependant
dans un autre Ouvrage ce que les Sçavans
, qui ne font pas de mon fentiment,
pourront m'opofer. Je fuis véritablement &
avec refpect , M. R. P. , &c.
A Rouen , le 1. Mars 1742.
VERS
JUILLET. 1742. 1545
"
VERS de M. P.... âgé de neuf ans
à Mlle D..... âgée de buit."
QuiUi croiroit , gentille Brunette ,
Que vous fuffiez fi peu difcrette ,
Que de montrer à tout venant
Ce
que le tendre fentiment
Me fait quelquefois vous écrire ?
Je vous conte mon`doux martyre ,
Car c'en eft un de ne pouvoir ,
Autant que je voudrois , vous voir.
Je me retourne la cervelle ,
Pour en fortir quelqu'étincelle ,
Qui puiffe vous prouver l'ardeur
Dont pour vous s'enflâme mon coeur ;
Je me prive de l'amufette
De grignotter la tartelette ;
Je fais mon plaifir le plus doux
De toujours m'occuper de vous ,
Et quand d'une façon furtive
Je vous envoye une miſſive ,
Tout auffi - tôt à la Maman
On va montrer le compliment.
Des Vers ! dit-on , il faut les lire s
Cela donne matiere à rire ;
On s'en fait un amuſement ,
1546 MERCURE DE FRANCE
Et feule vouss êtes la caufe
Qui fait que de nous deux on glofe ;
Faites-y bien refléxion ;
Pour moi , de la difcretion
Je me donnerois pour modéle ;
Si par fois un peu moins cruelle ,
De votre part à mon amour ,
Je recevois quelque retour ,
Votre efprit qui toujours femille ,
Et de jolis dires fourmille ,
Pour moi feul encor n'a dit rien.
Daignez donc me faire ce bien ,
Que j'attens avec tant d'envie ,
Et qu'aucun rival de fa vie
N'ofera plus me difputer ,
Car vous ne pouvez pas douter
Que , quand pour vous il faut combattre ,
On est toujours prêt à ſe battre .
Adieu , vous dis , jufqu'au revoir ,
Et je vous donne le bon foir.
A Lille , en Flandres , ce 22. Avril 1742.
LET
JUILLET.
X547 1742:
LETTRE de M. de D. L. M.à M....
au fujet des Confeils donnés à M. R.
La
'Ecrit que vous avez lû dans le Mercure
de Juin , quoique très - bon pour ce qu'il
entreprend , ne vous formera point une idée
fuffifante des confeils donnés à M. Racine
fur fon Poëme de la Religion . Je vais tâcher
de fupléer tout ce que j'y aurois defiré.
Premiérement l'Auteur de cet Ecrit paroît
d'un génie admirablement fingulier dans fes
goûts & fes averfions littéraires . Vous ne devineriez
jamais toutes les chofes qui lui déplaifent
, & celles qui donnent dans fon
fens.
Il n'aime point , par exemple , que le Mer
cure ait quitté fon ancien titre de Galant , &
il le lui fait reprendre , pour plus de grace ,
aparemment.
Il aime encore moins qu'il ait renoncé au
caractére frivole , & fi l'on fuit le plan qu'il
laiffe entrevoir , on rendra au Mercure , pour
fon édification , ce bienheureux caractére.
C'eft , felon lui , une profanation des chofes
faintes , que d'y inférer quelque chofe qui
ait raport à la Religion . Au refte , tant d'honnêtes
gens à qui il eft arrivé d'être ainfi des
pro1548
MERCURE DE FRANCE
profanateurs , pourront aifément s'en confoler
, s'ils font réfléxion que l'anonime , en
les condamnant , condamne auffi le jugement
du Public , qui penſe d'une maniere
toute opofće .
Ce n'eft pas tout , ce grave Réformateur
trouve encore que les Auteurs même font
>
quelquefois des hommes un peu incompetens
dit- il. Si , par exemple , un homme d'efprit
a tourné fon goût du côté du Théatre , il
ne lui fera plus permis de fe difcerner des
impies , & d'inférer dans le Mercure une
profeffion publique de fa haine pour Pimpieté
, il eft incompétent. Queile délicateffe
de Religion ! Si un autre eft occupé aux affaires
féculieres,comme à celles de la Finance ou
de la Guerre , ou , fi vous voulez , à celles du
Commerce,il eft pareillement incompétent , &
le voilà fous l'interdit de notre Réformateur.
Par la même raifon , M. Rouſſeau eft
encore un incompétent . Et comment cela ,
me direz-vous ? c'eft qu'il a fait comme on
fait , quand on renonce férieufement à un
mauvais parti, en preuve de fon fincere retour
à Dieu , il a donné tout l'éclat poffible à fa
rupture avec le parti de l'impieté , à qui il
a fortement reproché les principes fecrets
qui font la fource & le fondement de fes
Dogmes affreux. Tout le monde eft édifié
d'une réparation fi complette , qu'il a confir
mé
JUILLET. 1742. 1549
mée durant plufieurs années par une vie de
retraite confacrée à tout le férieux de la Religion
, & confommée par une mort vraiment
chrétienne ; notre Confeiller réformateur
au contraire , en eft fcandalife , & pour témoigner
fon indignation contre M. Rouffeau
, il lui donne très- finement le nom de
Docteur, mais jamais le titre de Monfieur,qu'il
acorde pourtant volontiers à M. de la Mothe
, mort il y a déja long- tems. Non content
de cette punition finguliere , il blâme
fon difcernement & fon jugement en fait de
Poëfie , fon raiſonnement dans tous fes Ou→
vrages , & même fon talent poëtique en fait
de grands Vers. Ce n'eft pas tout , & ceci
eft plus férieux , il attaque fes licences paffees
, & lui reproche fort honnêtement des
pechés que la miféricorde de Dieu a couverts
, & que fa pénitence aura réparés ,
comme il y a tout lieu de l'efperer. Cepen
dant, il veut que ce foit avec une extrême cha
rité que l'on attaque les incrédules . Ainfi il
entend , fans doute , les incrédules non convertis
, car pour ceux qui le font férieuſe
ment , vous voyez quelle charité il montre
à leur égard ; en même tems il demande
qu'on ait de la politeffe avec les Morts , aparemment
en imitation d'un fi bel exemple
qu'il en donne lui - même. Mais , me direzvous
, ce n'eft donc pas avec tous les Morts
qu'il
1550 MERCURE DE FRANCE
qu'il demande qu'on ait eette politeffe ? Vous
avez raifon. C'eft avec Bayle , par prédilection
à tous les autres ; fes Ouvrages font
dit-il , le fondement de toutes les Bibliothéques
; entendez cela , fi vous pouvez ,
pour moi j'y renonce.
M. Racine s'eft élevé contre le mauvais
goût, qui s'efforce de s'introduire dans notre
Littérature ; cet homme- ci trouve de l'indécence
dans cette critique vague & générale ,
& pour preuve il apelle cela invectiver contre
les Auteurs fes Confreres ; & cependant l
a dit précedemment en Profe , & plus fortement
encore , ce que M. R.... avoit dit en
Vers , il a dit qu'il reste peu de bon goût en
France. Vous voyez , M. combien il y a
d'arrangement & de fuite dans les idées de
ce grave Confeiller.
Cependant , pour faire voir la fuperiorité
de fa Dialectique , il releve des Vers de M.
Racine , dont la pensée va à dire que Dieu
ne peut autorifer une erreur il trouve cet
argument faux , parce que Dieu permet , ditil
, qu'ils foient trompés par le Mahometime
que Dieu , comme tout le monde fçait , ne
paroît nullement autorifer , & qu'il permet
encore qu'ilsfoient trompés par la Morale de
Confucius , qui eft , dit- il , une Morale auftere
admirable.
Or , comme on eft quelquefois peu intel
>
ligible ,
JUILLET. 1742. 1551
ligible,lorfqu'on a l'efprit fort profond, il faut
que l'efprit de cet homme - ci le foit éminemment.
Caron ne conçoit point comment une
Morale auftere& admirable eſt une erreur qui
trompe & qui féduit : elle pourroit , à la ve
rité , fervir d'ocafion à l'erreur , mais la Mo
rale de Confucius n'eft point ce qui a introduit
à la Chine l'Idolâtrie , qui lui ef
poftérieure ; ainfi le terme d'erreur qui trom,
pe & qui féduit , ne lui convient de nulle
forte. On ne comprend pas davantage com.
ment le Mahométifme , que Dieu n'a jamais
femblé autorifer , eft une preuve que Dieu
peut permettre qu'une erreur abuſe de fon
nom pour féduire les hommes. Si donc ce
qui n'eft pas intelligible, eft admirable , il y
a de quoi fuccomber icifous le poids de l'admiration.
Afin de fentir mieux la profondeur infcru
table de cette Dialectique de l'anonime , il
faut fe placer au même point de vue où
étoient les premiers Chrétiens. Nés dans la
Religion des Idoles , ils y avoient vécu jufqu'alors
, fans que la connoiffance d'un feul
Dieu , publiée affés haut par les Philofophes
, & répandue encore plus par les Juifs ,
qui étoient eux-mêmes répandus par toute
la terre , eût fait autre chofe que fraper leurs
oreilles , fans pénétrer jufqu'à leur coeur.
Mais des hommes fimples & fans Lettres
leur
1552 MERCURE DE FRANCE
leur viennent annoncer cette même verité ;
& Dieu , qui fe révele en même tems à leur
coeur , ôte le voile de leur efprit , tout prend
une nouvelle face à leurs yeux ; cette premiere
verité , jufqu'alors méconnuë , devient
pour eux comme la premiere lettre de créan
ce des Apôtres , & les Miracles qu'ils leur
oyent faire , achevent de les convaincre
qu'ils font autorifés de cet Etre Suprême
qu'ils annoncent. Enfin les nouveaux Chrétiens
difent : puifque Dieu autoriſe ainfi ces
hommes divins , il ne permettra pas qu'ils fe
"trompent , & nous enfeignent l'erreur. Voila
ce que la Dialectique de notre Confeiller
anonime reprouve comme un faux raifonnement
! Qu'est-ce donc que jufteffe de raiſonnement
, felon lui ? Or ce raifonnement des
premiers Chrétiens eft encore celui des Chré
tiens d'aujourd'hui . C'eft la Religion Chrétienne
, difent-ils , qui a fait connoître à
l'Univers fon Maître ; & par cela feul elle a
pris un tel afcendant que Mahomet lui même
s'eft vû forcé d'en être l'Echo fur ce
grand article : il eft donc impoffible que
cette Religion , qui eft divine en cela , foit
une erreur dans le refte de fa Doctrine. C'eft
à toutefois un faux raifonnement. Voicz
comme l'Univers fe trompe au jugement de
notre Dialecticien Confeiller. Ah ! Si les
Déïſtes étoient avec autant de fincerité qu'ils
CH
JUILLET. 1742. 1553
en font le femblant , de zélés partifans de
l'unité de Dieu , fe pourroit- il qu'ils ne fuffent
pas pénétrés de reconnoiffance envers
la fainte Religion à qui ils font redevables
de cette précieuſe verité ?
Mais revenons aux admirables Confeils de
l'anonime ; il ne veut pas que l'on parle du
Hazard, parce que les Ecoliers de Seconde, ditil,
fçavent que le Hazard n'eft qu'un nom , &
que le grand fyftême des Matérialiſtes eſt la
néceffité. Mais cette néceffité eft -elle ellemême
autre chofe qu'un nom ? Et ne fait on
pas fur fon fujet les mêmes queftions que
fur le Hazard ? Qu'est-ce que cette néceffité ?
Eft- elle corps Eft - elle efprit ? Eft - elle fubftance
? Eft-elle attribut ou mode ? Eft - ce un
Etre réel ? Ou n'eft - elle que notre maniere
de concevoir les chofes ? Eft - elle diftincte
du fujer en qui elle réfide ? ou n'eft elle que
lè fujet même néceffité ? Que répondent ils
à ces questions ? Des airs fuffifans , & un
fafte charlatan , mais jamais rien de clair &
de précis. En effet quelle difference у a- t'il
du Hazard à ce fatum Stoïcien , à cette néceffité
aveugle du Matérialiſme ? C'eſt toujours
les chofes être & arriver fans qu'il y ait
aucune raifon , aucune volonté qui en décide,
& qui les détermine ; c'est toujours le
néant qui eft la fouveraine cauſe de tout. Et
voila ce qu'on ofe apeller un grand fyftême !
Car
1554 MERCURE DE FRANCE
Car enfin , pour mettre au fait ceux qui n'y
font point , il faut qu'ils fçachent que c'eft
ici le point fondamental de tout le Matérialisme.
Tout eft , difent-ils , ce qu'il eft
par une néceffité naturelle. La lumiere doit
néceffairement éclairer , dès qu'elle eft lumiere
, & les yeux doivent voir dès qu'ils
ont toute l'organiſation qui leur convient.
Mais quelle eft l'intelligence qui veut que
la .
lumiere & les yeux foient ce qu'ils font ?
Oh ! vous allez trop loin : il faut refpecter le
myftere de cette fublime Philofophie. On
vous a dit que tout eft ce qu'il eft par la
néceffité de fa nature. Si vous n'êtes pas
content , on vous ajoûtera encore que , de
votre aveu , il faut bien que quelque chofe
exifte : eh bien ? ce quelque chofe eſt tout ce
que nous voyons ; ainfi , felon vous- même
ce quelque chofe eft donc tout ce qu'il eft
par une néceffité naturelle , Vous voyez
Monfieur , que je plaide bien la caufe du
Matérialife ; ils ne peuvent pas m'accufer
d'affoiblir leur fophifme fondamental. Mais
revenez toujours à leur demander s'il y a
quelque intelligence qui veuille ces chofes
telles qu'elles font ; tenez ferme là - deffus
fans vous laiffer éblouir par les fophifmes
dont ils font prodigues à milliers , & vous
verrez qu'ils feront réduits à vous avouer que
non ; ce qui veut dire en bon françois , que
cette
น
JUILLET. 1742. 1555
cette nature est néceffitée dans tout ce qu'elle
eft , & il n'y a pourtant rien qui la néceffite
; que tout est déterminé & arrêté , & perfonne
ne le veut , perfonne ne le détermine
; que tout eft effentiellement paffif, & il
n'y a point de principe actif; que tout eft
effet , & il n'y a point de caufe ; qu'ainfi
Hazard ou néceffité tout cela indifferemment
ne veut dire que la négation de l'Etre
fuprême.
En verité il faut bien aimer à être la dupe
de l'irréligion , pour fe repaître de pareilles
pauvretés , ou plûtôt de pareilles indignités
! Car que deviennent la confcience ,
l'honneur , l'amour de la vertu , la connoiffance
de la verité , la diftinction du bien &
du mal , le culte de Dieu , l'efprit de ſocieté
, en un mot , fi l'homme n'eft rien de.
plus que la matiere qui le compofe ? Si les
combinaifons inévitables d'une matiere toute
néceffitée , opérent tout en lui , que peut on
attendre de la raiſon , du bon fens , de l'éducation,
des principes de conduite , des Loix ?
Tout eft réduit à rien , & l'homme , abaiffé.
au- deffous des bêtes , que nous ne croïons
point néceffitées dans toutes leurs actions ,
n'eft plus qu'un automate , même en fait de
fentimens & de raiſonnemens , comme en
fait de mouvemens corporels. Quelle dégra-:
dation ! Quel abrutiffement ! Quelle baffeffe !
D Quel
1556 MERCURE
DE FRANCE
Quel oprobre ! Il faut donc être bien aveuglé
, pour mettre fa confiance dans le fophifme,
jufqu'à dire, que c'eſt là un ſyſtême;'
& un grand fyftême encore ! Mais auffi pourroit
- on avoir de la raifon , de l'intelligence ,
du bon fens contre Dieu ? Eft ce que Dieu
peut mettre en nous quelque chofe de vrai
contre lui- même ? C'est ce que vous ſçavez
mieux que moi , M. Vous n'êtes point
de ces Chrétiens peu conféquens , qui s'imaginent
que l'impieté puife dans la lumiere
qui nous vient de Dieu feul , de quoi con-
Dieu tredire Dieu , & qui ne voyent pas que
ne peut jamais avoir rien de contraire à lui
que le menfonge. Mais je vais plus loin que
je n'aurois crû,
Enfin je vous ferai encore une obſervasion
fur un trait de l'anonime , dans lequel
il a voulu donner une preuve de fon goût
hiftorique,de fon difcernement critique , & a
prétendu faire voir qu'il n'étoit en rien inférieur
à lui -même . Vous fçavez bien , M. que
le tems de l'avenement de J. C. étoit annoncé
d'une maniere fi certaine , que lorsqu'il
eft venu , tout le monde s'y attendoit. Les
Juifs comptoient avec tant d'affurance fur
ce grand évenement , qu'il y eut des flateurs
qui en firent leur Cour à Hérode , & le prirent
pour le Meffie , Les Romains en étoient
tellement frapés,que Virgile entonna la trom
pette
JUILLET. 1742 . 1557
pette dans une Eglogue , pour en célebrer
l'aproche , & fe livra à tout fon enthouſiaſme
au fujet des circonftances que les Sybilles
en avoient publiées , & qui devoient rendre
un tel évenement défirable à tout l'Univers ;
dans la fuite ce bruit devint fi grand , fi général
, & parut fi férieux aux Empereurs ,
qu'il y en eut un qui fit rechercher les Parens
de J. C. pour les mettre à mort , & qui fit
périr tous ceux qu'il put découvrir. Enfin ,
ce qui confirme que le défiré des Nations
devoit alors les tenir dans l'attente , c'eſt que
les Juifs y font encore reftés depuis ce temslà
jufqu'à préfent. Eh bien, M.notre fage anonime
ne s'accommodant pas de ce concours
éclatant de témoignages de la Miffion de
J. C. le traite de mauvaise raison qui affoiblit
la caufe de J. C. Et quelle preuve donne -t'il
d'une déciſion fi paradoxe ? Le croiriez-vous ?
c'eft d'apeller cela un je ne fçais quel bruit ;
qui ne courût que du tems de Vefpafien. II
nous donne donc fon autorité toute pure
comme devant nous tenir lieu de tout . Qu'il
eft heureux d'avoir ainfi un génie tranfcendant
, qui abrege les queftions d'un feul
coup !
Il y auroit encore d'autres chofes à admirer
dans ce rare Ecrit , que l'on croiroit aifément
venir de quelque jeune homme , qui
n'eft en peine que de faire montre de viva-
Dij cité ,>
1558 MERCURE DE FRANCE
mais vous
cité , & de donner , felon fes propres ex
preffions , de l'effor à fon ame ,
viendrez à Paris , & vous verrez la Piéce.
elle -même. En voila affés pour me procurer
l'honneur de vous dire que je fuis , &c.
D. L. M.
Je ne puis m'empêcher , M. de re
prendre la plumé , & de revenir encore ,
premierement à nos Matérialistes. Ces graves
Philofophes ont eu à ménager deux
intérêts entiérement incompatibles : l'un ,
de tâcher d'être moins fots qu'Epicure
avec fa déclinaifon des atomes & fon Ha
zard , qui équivaut , à je ne fçais quoi ,
c'est-à- dire , à rien ; l'autre , de dire cependant
comme lui , que tout vient de la matiere
. Ce dernier article demandoit que rien.
de fpirituel ne précédât ni ne fût un préalable
à l'Etre matériel quelconque , & le premier
éxigeoit auffi qu'on ne nous donnât
point encore le je ne fçais quoi, ce rien, pour
principe & pour cauſe fuprême de tout. Dans
une fituation fi embaraffante , ces Meffieurs
ont cru tout concilier , en établiſſant leur né
ceffité brute & géométrique tout enſemble ,
chef- d'oeuvre digne de leur génie ! Vous ve
nez de voir s'ils ont par là évité l'inconvé
nient où Epicure eft tombé. Mais à l'égard
du fecond article ont-ils mieux réülfi ?
Voyons : la matiere eft , difent -ils , tout ce
qu'elle
JUILLET. 1742 1559
qu'elle eft par une néceffité géométrique
comme il eft néceffaire que les trois angles
d'un triangle foient égaux à deux droits , &
que les rayons d'un cercle parfait foient
égaux entr'eux. Mais obfervez , M. que ces
loix , ces regles géométriques font chofes
fpirituelles ainfi voila pourtant , malgré
qu'ils en ayent , l'Etre fpirituel qui tient encore
le fceptre , & qui décide de tout dans
la matiere. Il est donc faux que tout vienne
de la matiere , & qu'elle foit par elle-même
, & par fa propre néceffité tout ce qu'elle
eft , puifque cette néceffité toute fpirituelle ,
ne fe trouve que dans les loix , les regles de
verité , qui déterminent toutes fes combinaifons.
De plus , ces loix fouveraines , ces
regles de verité , cette néceffité géométri
que , dont les combinaifons de la matiere
font totalement l'effet , elles doivent fubfifter
quelque part , puifqu'elles ne fubfiftent point
en elles - mêmes , qu'elles ne font point des
fubftances
, & que des regles , des loix , des
verités , que perfonne ne connoîtroit , ne feroient
nulles regles , nulles loix , nulles verités.
Il faut donc , de toute néceffité , qu'elles
fubfiftent dans une intelligence qui les
connoît & les veut telles qu'elles font.
Eh bien ne voila - t'il pas tout le travail des
Matérialistes qui fe diffipe en fumée , pour
avoir voulu donner à leur fyftême un fonde-
Diij ment
1560 MERCURE DE FRANCE
ment qui eût feulement une aparence de
verité ?
Qu'ils font burlefques de vouloir dire
quelque chofe de fenfe , & parler de verité ,
en fuprimant la fource & l'Auteur de toute
verité ! Affurément le travers d'Epicure eft
encore moins ridicule . Car au moins a - t'il
fenti , que quand on veut tourner le dos à
P'Etre Souverain , il ne faut plus s'embaraffer
de verité & de bon fens. Que nos Matérialiſtes
comprennent une fois ceci , & ils
épargneront enfin au genre humain tout ce
burlefque qu'ils nous donnent gravement
pour de la Philofophie.
En fecond lieu , l'anonime veut que l'on
attaque certains incrédules dont il raporte
les Dogmes. Mais s'il plaît à ces incrédules
de faire à la Religion de fauffes imputations,
leur impofture fe réfute d'elle - même . Ils ne
veulent point , par exemple , que Dieu ait de
la prédilection pour un peuple. Or jamais la
Religion , feule vraie a - t'elle admis en Dieu
une prédilection injufte qui confifteroit à enrichir
les uns aux dépens des autres ; ou déraifonnable
, qui préfereroit fans raifon les
uns aux autres ? Ils ne fçauroient donc attaquer
dans la Religion une telle prédilection,
puis qu'elle n'y eft pas , à moins qu'ils ne
foient de ces gens , qui prétendent réfuter la
Religion fans la fçavoir , ce qui n'eſt que
trop
JUILLET. 1742. 1561
trop commun. Mais fi la prédilection qu'ils
attaquent , eft celle dont parle S. Paul dans
cette célebre exclamation qu'il fait fur la
hauteur & les richeffes incompréhensibles
de la fageffe & de la fcience de Dieu , ils
font eux - mêmes les plus déraifonables de
tous les hommes. Quoi ! ils reconoîtroient
une prédilection qui feroit infiniment fage ,
infiniment juſte , & ils la condamneroient ?
C'eft à eux de voir s'ils pourront jamais fe
tirer de ce Dilême .
Dieu qui eſt toujours , comme ils le diſent ,'
le Pere de tous les hommes , ne met rien que
de bon dans chacun d'eux , ne fait que du
bien à tous. Mais il doit y avoir des diſtinctions
perfonnelles entr'eux ; il doit y avoir
de l'ordre dans leurs diverfes fituations en
ce monde. Ainfi les uns doivent être Rois ,
les autres peuples ; les uns riches , pour communiquer
les richeffes temporelles , les autres
pauvres ou induftrieux , pour pouvoir
mériter cette communication ; les uns plus
éclairés des lumieres de l'efprit , les autres
moins , à fin de recevoir des premiers ce qui
leur manque . Faire autrement , mettre tour
dans tous , c'est tout confondre. En un mot
le monde des efprits eft du moins autant
que le monde corporel , le Royaume de l'ordre
: ainfi , de toute néceffité , il faut qu'il y
ait des places premieres , & d'autes pofte-
D iiij rieures,
1
1562 MERCURE DE FRANCE
rieures , des hommes qui foient avant , &
d'autres après , des fujets préferés à d'autres
fujets. Toutes les pierres d'un Bâtiment ne
peuvent être placées au Frontifpice ; toutes
les parties d'un corps humain ne peuvent
être l'oeil ou le front. Cette prédilection eft
donc un fait que l'expérience ne peut contefter
, & auquel la raifon ne peut fe refufer
d'aplaudir , puifque non - feulement elle eſt
infiniment jufte, infiniment fage, mais qu'elle
eft encore , comme nous venons de le voir.
néceffaire dans l'hypothéfe préfente . Laiffons
donc ces incrédules délibérer , & chercher
ce qu'ils répondront à cela.
Ils ne veulent pas non plus que Dieu qui
imprime , difent- ils , dans tous les coeurs la
loi naturelle , regarde dans fa fureur les peuples
qui la violent. En verité cela mérite - t'il
une réfutation ? Le Dieu que ces gens -là fe
font forgé , n'eft qu'une miférable idole ,
qui fait des loix fans fe foucier fi on les obfeive
, qui eft , dit - on , le Pere de tous les
hommes , & qui ne s'embaraffe point s'il y
en a qui volent , qui tuent , qui empoifon
nent leurs freres , qui ne hait point le mal ,
qui ne récompenfe point le bien , pour qui
le vrai & le faux font également indifferens.
Dieu ne nous a point donné la raifon , difent-
ils encore, pour éxiger qu'on croye ce que
cette raison réprouve ; il ne nous éclaire point
pour
JUILLET. 1742 : 1563
pour nous aveugler. Ceci eft une fauffe imputation
. On ne peut reprocher à la Religion
que ce qu'elle dit : Or elle n'a jamais dit
nulle part que Dieu nous donne la raison pour
exiger qu'on croye ce que cette raiſon reprouve
, & qu'il nous éclaire pour nous
aveugler. Car il ne s'agit point de ce que
peut nous objecter une raiſon auffi bornée
que la nôtre . Cela n'eft point la Religion
revelée , de laquelle feule il eft ici queſtion..
Or depuis dix-fept fiecles , cette Religion
ne ceffe de dire que Dieu qui eft l'Auteur
de notre raiſon comme de notre foi ne
,
peut fe contredire lui-même. Qu'ainfi toute
prétendue raifon qui nous dit le contraire
de notre foi , n'eft point la vraie & droite
raifon qui vient de Dieu . Par conféquent ,
tout ce qu'il peut y avoir de vrai dans cette
imputation calomnieufe , que l'incrédulité
fait ici à la Religion , c'eft qu'il y a des
points de foi qui ont une aparence de contradiction
avec les lumieres de notre raifon.
Mais cette même foi nous oblige en
même tems d'affirmer de toutes nos forces
contre tout l'enfer , & tous fes émiffaires
, quelque rage qu'ils en puiffent concevoir
, que malgré cette aparence il n'y a
rien que nous croyons être plus parfaitement
d'accord ( quoique nous ne puiffions pas toujours
démontrer cet accord ) que nos vraies
D v lumieres
1564 MERCURE DE FRANCE
lumieres naturelles avec nos lumieres furnaturelles
, puifqu'elles viennent les unes
& les autres de la même fource , qui eft un
Dieu infiniment fage ; & que dire le contraire
, c'eft fe renoncer indignement pour
Chrétien. Que l'impieté hurle & exhale
tout ce qu'elle voudra , il ne faut donc
point paffer outre avec elle , jufqu'à ce qu'ell
ait enfin répondu à cette question qui lui
déplaît fi fort : Dieu eft- il contraire à luimême
, oui ou non ?
Enfin pour mettre au jour l'inconcevable
folie des Déïftes , dont l'anonime ſe plaît à
multiplier le nombre , il faut fe rapeller dans
quel prodigieux aveuglement l'Univers reſta
plongé jusqu'à J. C. au fujet de la Religion .
Comment les Peuples les mieux policés , les
Nations les plus éclairées ont donné fur cet
article fi effentiel , dans les travers les plus
honteux ; qu'il n'eft point de vice , point de
crime qui n'ait été confacré , point d'extravagance
qui n'ait trouvé fa place dans quelqu'une
des Religions du Paganiſme ; & que
depuis J. C. les diverfes Héréfies & le Mahometifme
, ont encore ajoûté aux abominations
anciennes des erreurs nouvelles , & de
nouvelles indignités .
Voilà donc l'efprit humain convaincu fans
réplique & par une expérience de près de
fept mille ans , de fon infuffifance naturelle
pour
JUILLET. 1565 1742.
pour les chofes de la Religion. Tout ce qu'il
à de droiture & de lumiere ne peut donc lui
fervir qu'à défefperer d'arriver jamais à la vérité
fur ce grand article , vers lequel cependant
il fe fent emporté par toute la pente de
fa propre Nature. Mais ôter encore à la Religion
Chrétienne , comme font les Déïftes ;
l'avantage d'être la Religion feule vraye , ce
feroit ajoûter , s'il étoit poffible , à la certi
tude de cette conviction , qui équivaut à tou
te la certitude des Mathématiques . Cepen
dant l'efprit humain ne peut fe paffer de Religion.
C'est encore une expérience de tous
les fiecles , par laquelle nous fommes con
vaincus qu'il faut être ou dénaturé , ou entierement
ftupide , pour ne point déſirer de
fçavoir quel eft fon Auteur , d'où l'on vient,
où l'on va , ce que l'on deviendra dans cet
avenir éternel & qui eft fi proche de nous.
De quel côté le Genre humain fe tournera- t'il
donc ? Qui pourra l'éclairer enfin ? Où trouvera-
t'il fa reffource ? Ce fera , qui l'auroit
crû ! qui jamais auroit pû s'y attendre ! Ce
fera , fi l'on écoute le Déifme , dans fa
Doctrine , que l'on trouvera cette reffource
inefperée. Tout l'Univers s'eft trompé &
fe trompe encore ; lui feul a la vérité en
partage ; lui feul eft parvenu à cette haute
fagelle où n'a pû atteindre tout ce qu'il y
a cû jufqu'à préfent de plus éclairé & de plus
D vj vertueux
1566 MERCURE DE FRANCE
vertueux parmi les hommes. Lui feul fçait
parler de Dieu & des chofes divines de la
maniere la plus fage & la plus digne de ces
grands objets.
Mais après une expérience de tant de fiécles
, nous ferions bien infenfés de nous en
raporter à tout autre qu'à une autorité infaillible.
Eh bien , c'eft lui , c'eft le Déïſme qui
eft cette lumiere célefte & infaillible , fufcitée
de Dieu pour adreffer le Genre humain à
fon véritable terme. Que l'Univers fe taiſe &
l'écoute .
Voilà , M. ce que c'eft que le Déïſme .
Quel prodige ! Quel Monftre de folie & de
présomption ! Mais croyez - vous que ceux
qui fuivent ce fyftême , donnent effectivement
dans une fi extravagante présomption ?
Non , vous êtes trop éclairé , & je fuis perfuadé
que je ne penfe que ce que vous penfez
, qu'ils ne prennent ce fyftême que pour
ce qu'il eft,c'est- à - dire une miférable impofture
, controuvée pour faire parade d'impudence,
& fe moquer de Dieu & des hommes.
Je vous laiffe à vos refléxions fur ce fujet.
Pour la commodité du Public , on trouvera cette
Piéce Quai des Auguftins , chés la veuve du Bourg ,
à côté de la petiteporte de l'Eglife.
ODE
JUILLET . 1742: 7567
but: fist st:stst:stot
ODE ,
A M. le Marquis de Vence.
I Lluftre Chantre de la Seine ,
Qui n'as pû dérober tes jours
Aux traits de la Parque inhumaine ,
Renais & vole à mon fecours ;
Inſpire- moi ce beau génie ,
Ce noble feu , cette harmonie ,
Qui dans tes Chants eut tant d'apas ;
Si tu fecondes mon audace ,
Mes Vers, comme les tiens , feront fur le Parnaffe )
Vainqueurs des tems & du trépas,
*
Déja tu me remets ta Lire ,
O Ciel quels tranſports raviffans !
Où fuis-je ? Quel nouveau délire
Agite & charme tous mes fens !
Rouffeau , c'eft ta voix qui m'anime j
Tu me dévoiles l'art fublime
Dont ton efprit fut revêtu.
Je ne crains plus le fort J'Icare ;
Mortels écoutez moi , je vais , nouveau Pindare ,
Immortalifer la vertu .
Hâtons
8568 MERCURE DE FRANCE ›
Hâtons- nous , courons à fon Temple ;
Quel éclat pur & radieux !
Vence , c'est toi que j'y contemple ,
Tes attraits y frapent mes yeux ;
En toi j'admire & je révere
Ces fentimens , ce caractére ,
Ce coeur , de tous les coeurs chéri ;
Mais que vois -je ! quelle Déefle !
Minerve fend les Airs ; elle-même s'empreſſe
De nous montrer fon Faveri.
*
" Qu'on rende hommage, nous dit- elle ,
Au Mortel par mes mains formé
" C'eft mon fujet le plus fidele ,
» C'est mon ſujet le plus aimé.
Moins grand encor par fa nobleffe
" Que par cette aimable fageffe
» Que le Ciel fit germer en lui ;
» Il ſçait qu'une naiſſance illuftre
N'eft qu'un phantôme vain, & perd fon plus beau
luftre ,
» Si la vertu n'en eft l'apui .
»Toujours à fes defirs propice ,
Je l'enrichis de mes attraits ;
» Il m'aime , & le fameux Uliffe
»Fut moins digne de mes bienfaits.
» La
JUILLET . 1742
8589
La prudence eft fon apanage ,
» Le vrai mérite eft lon partage ;
» Le devoir fait ſes doux plaiſirs ,
» Et fon ame toujours égale ,
Prend l'équité pour guide , & fuit l'obſcur dédale
» Des paffions & des défirs.
*
Mes loix lui furent toujours cheres
Son exemple en eft le foutien ;
regne fur les coeurs finceres
Je regne feule fur le fien.
» C'eſt à l'ombre de mon Egide
;
» Que dans les lieux où je préfide ,
» Je le fis moi-même arriver.
33
Fuyez , noirs Sectateurs du vice ,
+
Sages , accourez tous ; ce Temple eft l'Edifice
» Que mon Héros vient d'élever.
*
Ainfi nous parle la Déeffe ;
Mufe , redouble tes efforts ;
Fais éclater ton allegreffe
Par les plus aimables accords ;
Ranime le feu de ta verve
Chante celui fur qui Minerve
A répandu des biens réels ;
Il faut qu'à mes tranſports tu cedes ,
Provence ,
1570 MERCURE DE FRANCE
Provence, aplaudis-toi ; dans ton ſein tu poffédes
Le plus aimable des Mortels.
*
Ah ! que fans ceffe tu renommes
Ce Mortel fage , officieux ;
Sa bonté le rend cher aux hommes ;
Sa candeur le rend cher aux Dieux.
De nos jours Horace & Mecêne ,
Chéri des Nimphes d'Hipocrene ,
Il ne vit que pour être heureux ;
La tendre amitié fuit fes traces ,
Et la Sageffe en lui , s'allie avec les Graces ;
Il eft aimable & vertueux .
Par M. B* d'Aix.
PROCESSION
鼎鼎鼎
SOLEM NELLE
que les Religieux Bénédictins de l'Abbaye
Royale de S.Denis en France font tous lesfept
ans , de leur Eglife en celle de Montmartre.
It
Left difficile de fixer précisément le
tems où a commencé l'ufage de la Proceffion
que les Religieux Benedictins de l'Abbaye
de S. Denis en France font à Montmartre
tous les fept ans . Il paroît qu'on ne doit
point ad.nettre d'autre origine de cette coûtume
(
JUILLET.. 1742. 1571
tume que celle qui eft commune à toutes
les autres Eglifes de France . Perfonne n'ignore
combien les longues Proceffions étoient
autrefois à la mode , & avec quelle ardeur
on fe portoit à cette pratique de dévotion .
Peu à peu ce zéle s'eft rallenti à mesure que
la pieté des Fideles s'eft refroidie . Chaque
Eglife avoit fes Stations propres & fes Proceffions
particulieres. L'Abbaye de S. Denis
avoit également les fiennes , & nous voyons
qu'entre un grand nombre de Proceffions qui
s'y faifoient , dès le XIH . fiècle de l'Eglife ,
celle de Montmartre y tenoit ordinairement le
premier rang, prééminence légitimement dûë,
tant à caufe de l'importance dy Lieu, que par
l'union intime qui fe trouve entre ces deux
Abbayes ; & rien n'étoit plus convenable
de que porter avec pompe & magnificence
les précieufes Reliques d'un faint Martyr, du
lieu de fa fepulture au Théatre glorieux de
fon Triomphe
.
Si l'Abbaye de S.Denis a abrogé un nombre
de ces grandes Proceffions , comme on a fait
en tant d'autres Lieux du Royaume, elle n'a
point touché à celle de Montmartre , où tant
de raifons l'y déterminoient , & où le premier
efprit d'une inftitution toute fainte s'eft
parfaitement perpétué. Elle a donc confervé
l'ufage d'y aller proceffionellement de fept
ans en fept ans , & on voit que , depuis près
dc
1572 MERCURE DE FRANCE
de deux cent ans que cet ufage eft ainfi fixé
il n'a fouffert aucune interruption .
Cette Proceffion n'a point de jour déterminé
, cependant on la fait un Dimanche ou
un jour de Fête , pour la plus grande commodité
du Peuple , & ordinairement le jour
de S. Jacques & de S. Philipe , lorſqu'il n'y
a point d'empêchement , mais toujours depuis
Pâques jufqu'à la Pentecôte . On a foin
d'en avertir le Public par des Affiches, pofées
aux Lieux accoûtumés. Elle s'eft faire cette
année avec la pompe & la folemnité ordinaire
, le Dimanche fixième jour de Mai , dans
l'ordre & les cérémonies que l'on va marquer.
Dès la veille on fonna toutes les Cloches
de l'Abbaye à midi & au foir ; le Clergé Séculier
& Régulier de la Ville , averti de fe
trouver à l'Eglife à l'heure & en la maniere accoûtumée
, s'y rendit vers les cinq heures du
matin . Le Chantre de l'Abbaye commença à
entonner l'Antienne Exurge Domine , &c.
enfuite le Répons De Jerufalem exeunt reliquia
, &c. pendant lequel on partit au fon
des Cloches & des Tambours.
Les Pelerins de S.Jacques avec leurs Croix
& leurs habits de Pelerins, commencerent la
Proceffion ; les P P. Récolets , en très - grand
nombre, les fuivirent immédiatement; enfuite
les Curés , au nombre de fept , avec tout
le Clergé de leurs Paroiffes ; ils étoient fuivis
Love
21
19
JUILLET. 1742 ∙1573'
des Chanoines de la Collégiale Royale de
S. Paul à S. Denis de l'Etrée ; marchoit enfin
toute la Communauté de l'Abbaye de Saint
Denis , au nombre de plus de cent Religieux ,
& la Proceffion étoit terminée par le Chef
de leur glorieux Patron , porté par douze
Religieux , revêtus de Tuniques , qui fe fuccédoient
tour à tour , fuivis du Religieux
Célebrant , revêtu d'une Châpe. La Compagnie
des Chevaliers de l'Arquebuſe , établie
S. Denis , en habits uniformes , marchoit
fur deux lignes , aux côtés de la fainte Relique
, étant fous les armes , Drapeau déployé
& les Tambours battant . Cette Compagnie
n'abandonne jamais le S. Chef, depuis le moment
qu'elle s'eft rendue auprès de lui dans
l'Abbaye , avant le départ de la Proceffion ,
jufqu'à- ce qu'il foit rentré dans l'Eglife de
l'Abbaye ; & dans celle de Montmartre pendant
tout le tems qu'il y eft expofé , deux
Arquebufiers fous les armes font fans ceffe
auprès de lui en faction .
Ce précieux Chef eft enfermé dans un Re
liquaire magnifique , qui fait l'une des plus
grandes richeſſes de tout le Tréfor. L'Image
du S. Martyr eft de pur or. Sa Mitre eft toute
couverte de Pierreries & de Perles , auffi
bien que les pendans. Les deux Anges qui
foûtiennent ce Chef, font de vermeil doré ;
le troifiéme , qui eft fur le devant , eft auffi
de
1574 MERCURE DE FRANCE
de vermeil . Le Reliquaire qu'il tient en fes
mains eft d'or & enrichi de Perles & de Pierres
précieufes fans nombre . Dans ce petit Re .
liquire eft renfermé un offement de l'épaule
de S. Denis. Ce fut l'Abbé Mathieu de Vendôme
qui fit enchaffer ainfi le Chef de ce
S. Apôtre des Gaules. La Tranflation s'en fit
par Simon , Cardinal , du Titre de Ste Cecile
& Légat Apoftolique , depuis Pape , fous le
nom de Martin IV. en préfence du Roy Philipe
le Hardi , & de tous les Seigneurs de fa
Cour.
C'est dans cet ordre que partit la Procef
fion de l'Abbaye , & qu'elle fe mit en marche
vers Montmartre, en chantant des Hymnes
, des Répons & des Pleaumes , conformes
à la folemnité. Etant arrivée au Village
de Clignancour , près d'une petite Chapelle ,
fituée fur le penchant de la Montagne , on fit
la Station ordinaire , pendant laquelle arriva
le Clergé nombreux de l'Abbaye de Montmartre
, ayant à fa tête l'Abbé de la Rochefoucault,
neveu de Madame l'Abbeffe ,Grand
Vicaire de l'Archevêché de Bourges , & Député
à l'Affemblée du Clergé ; il étoit revêtu
pardeffus fon Surplis , d'une Etole & d'une
Châpe de couleur rouge , accompagné de
deux autres Eccléfiaftiqués , également en
Châpes . Après les encenfemens & quelques
Antiennes , chantées par les Religieux de
S.
JUILLET . 1742. 1575
$ . Denis , qui tiennent feuls le Choeur , la
Proceffion continua fa marche , en chantant
un Hymne de Santeüil , compofée exprès
pour cette Cérémonie.
A la porte de l'Abbaye de Montmartre, en
dehors , étoit un détachement de quatre Bri
gades de la Maréchauffée Génerale de l'Ifle
de France , ordonné par M. le Comte de
Maurepas , pour prévenir le défordre qui
pourroit arriver par la grande affluence du
Peuple. Ce détachement s'eft trouvé fur le
paffage de la Proceffion , à ſon arrivée & à ſa
fortie , ayant l'épée haute ; il étoit commandé
par M. Rulhiere , Lieutenant.
\ Lorfqu'on fut arrivé à l'Eglife de l'Abbaye
de Montmartre , tout le Clergé entra dans le
Choeur des Dames Religieufes , par la porte
des Sacremens , au fon des Orgues & des
Cloches , où après avoir chanté un Répons
en l'honneur de S. Denis , & fait les encenfemens
accoûtumés , le P. Souprieur de Saint
Denis , en l'absence du Grand Prieur , y célebra
la premiere grande Meffe , avec des
Ornemen's magnifiques , affifté de deux Diacres
& de deux Sous- Diacres , pareillement
revêtus , de deux Acolites & de deux Thuriferaires
, en Tuniques , tous Religieux ; elle
fut chantée par les cinq Chantres , en Châpes,
& par la Communauté de S. Denis , qui occupoit
toutes les Chaires des Dames lesquelles
1576 MERCURE
DE FRANCE
lés étoient à genoux devant la grille où étoit
expofée la fainte Relique .
Cette grande Meffe finie , les Religieux fe
retirerent & allerent dans des apartemens
preparés en dehors , pour y prendre quelques
rafraîchiffemens
, auffi- bien que le refte du
Clergé Séculier & Régulier , & les autres
Membres de la Proceffion . Pendant ce tems
là , les Dames Religieufes chanterent une autre
grande Meffe folemnelle , célebrée par
P. Doyen de S. Denis , avec un égal nombre
d'Officiers Religieux qu'à la premiere grande
Meſſe.
le
Quelque tems après , avant que de fortit
de l'Eglife , le P. Souprieur , affifté de deux
Religieux en Châpes , préfenta la Relique de
S. Denis à baifer à Madame l'Abbeſſe , aux
Religieufes
& aux Penfionnaires
; & pen- dant cette Cérémonie
on chanta au Choeur
le Te Deum , enfuite on commença
les gran
des Litanies , & la Proceffion retourna dans.
le même ordre qu'elle étoit venuë le matin ,
& rentra dans l'Eglife de l'Abbaye S. Denis ,
au fon des Cloches , des Tambours & des
Orgues. On fit quelques Prieres, & ainſi finit
la Solemnité vers les cinq heures du foir.
C'est ainsi que s'eft faite cette année 1742 .
comme les précédentes , depuis plus de deux
cent ans fans interruption , la Proceffion génerale
de Montmartre. Le concours prodigieux
JUILLET. 1742 .
1577
gieux & infini de Paris & des Environs , la
rend , à juste titre une des Proceffions des
plus folemnelles de toute la France,
Les Religieux de S. Denis n'épargnant rien
pour que tout s'y paffe avec la décence &
P'ordre convenable , plufieurs Suiffes accompagnent
la Proceffion & veillent avec grand
foin à en écarter tout ce qui pourroit en troubler
l'arrangement & la tranquillité ; le recueillement
& la dévotion font le propre
de cette Cérémonie Chrétienne , chacun
empreffant , a l'envi , d'accompagner fon
aint Patron , du Lieu où il repofe depuis
fant de fiécles , en celui qu'il a arrofé de fon
ang. On a vû cette année avec étonnement
des Vieillards , Religieux de l'Abbaye , faire
ce long trajet avec une ferveur que rien n'a
û arrêter. On y admira , entre autres , le P.
Dom Paul Noel , âgé de 88. ans , qui y a
iffifté à pied comme les autres.
Si les Religieux de S, Denis ont fait paroître
en cette occafion tout ce qu'on pouvoit
attendre de leur zéle , les Dames de
Montmartre n'ont rien oublié de leur côté
pour donner des marques fenfibles & de
leur attention & de leur pieté . Plufieurs
jours auparavant , ce n'étoient parmi elles
que Prieres , Neuvaines & autres Actes de
Religion , pour que Dieu accordât un tems
Fonvenable , qui pût leur procurer la grace
de
1578 MERCURE
DE FRANCE
de rendre à leur faint Patron leurs tendres
& pieux devoirs. Madame
l'Abbeffe
s'eft donné des foins
& des attentions
infinies. Plufieurs
Dames
de la premiere
qualité , s'étoient
renduës
dans cette Abbaye
, pour participer
aux gra- ces attachées
à cette fainte Solemnité
.
Enfin, pour renouveller
& pour conftater
la
mémoire
d'un fi pieux Evenement
, les Offi- ciers de la Juftice
de S. Denis & de celle de
Montmartre
,qui ne quitterent
point laProcef fion , drefferent
un Procès verbal de tout ce
qui s'étoit paffé dans cette fainte Cérémonie
, pour tranfmettre
cetreMémoire
à la Pofterité
.
On a dû expliquer
l'Enigme
& le Logogryphe
du Mercure
de Juin , premier volu- me , par l'Encenfoir
& Idolatrie . On trouve
dans le Logogryphe
, La , Roi , Ode , Joïe ;
Oie
Or , Air , Dal , Ville de Bretagne ,
Loi , Rat , Lire , Lit & Lie.
****************
ENIGM
E.
LE&teur , pourras - tu bien deviner mon effence ?
Je fuis ( le croiroit- on ? ) & fans ame & fans corps
Et c'est moi qui de tòut donne l'intelligence ;
JUILL È T.
1579 1742.
Ma nature partout n'agit que par refforts ;
J'ai dans tous les Palais ma plus noble ſéance ;
Sans fortir du dedans je m'exerce au dehors ;
Aucun Juge ne peut me forcer au filence ,
Et fans force , fouvent , je dompte les plus forts.
Aux Humains tous les jours je rends mille ſervices,
Le Sexe fait de moi fes plus chères délices ;
Sans partage , je ſuis en mille endroits divers ;
Vers le bien , vers le mal mon penchant eſt extrême
;
Je naquis au moment qu'on crea l'Univers ;
Perfonne ne dira qui je fuis , que moi- même.
P
LOGOGRYP HE
Our te définir ma nature ,
Aprens , Lecteur , qu'elle eft très-pure ,
Et que l'or feul peut fe vanters
Sur moi de pouvoir l'empower.
A mon éclat tout eft fenfible ;
Pour m'avoir on fait l'impoffible ;
Six lettres brillent dans mon nom ,
Et l'on va voir fi j'ai raiſon.
On rencontre dans ma ftructure
L'heureux rival de la Nature ;
Un animal rufé , petit ;
Un Coloffe , fans contredit ;
2 Ce
1580 MERCURE DE FRANCE
Ce qui voile une main très- belle ,
Et qu'on ne voit guére fans elle ;
Celui qui s'intrigue pour nous .
Ce qu'un Cocher peut dire à tous ;
Note remarquable en Muſique ;
Un mal , dit-on , diabolique ;
Ce que , pour en être affûré ,
On va demander au Curé ,
Fleuve renommé dans le Monde ;
Ce que
fait le Poiffon dans l'Onde ;
Ce que compofent dauze mois ;
Grade où le renferment les Rois ;
Ce qui gâte un charmant vifage ;
Du Taneur l'ame de l'ouvrage ,
Je pourrois , me donnant l'effor ,
Fournir quelqu'autre mot encor ,
Mais j'abandonne la partie ,
Et je borne isi ma folia ;
Un bon Logogryphe aujourd'hui
.Ne peut caufer que de l'ennui ,
J
Laffichard.
AUTRE.
E fuis piquant , fimple & ruſtique.;
En divers cas , bon ſpécifique ;
Au quadrupede parcffeux
P'offre un aliment favoureux ,
It
JUILLET.
1742. 1588
Et P'Artifan que l'ardeur pique ,
Me trouve utile, à ſa fabrique.
Sept lettres compoſent mon nom a
Or , à préſent me connoît on ?
Lecteur , ce n'eſt pas tout encore ,
Je prens vingt formes qu'on ignore .
Je présente au premier coup d'oeil
D'un Dieu le roulant apareil ;
Puis l'Ouvrier d'un Véhicule
Une commune particule ;
Le mot qui clôt tous les Edits ;
Mot qu'on penfa bannir jadis ;
Ce qui feduit le coeur de l'homme ;
Le Titre d'une Dame à Rome ;
On trouve en moi des Empereurs ,
Des Rois , des Princes , des Auteurs ;
Une petite Ville en France ;
Un mets dans les tems d'abſtinence ;
Le cri terrible du Normand ,
Ce qui fur l'humide Element
Caufe de funeftes naufrages ;
Le Naucher des ombres Rivages ;
Un Inftrument pour le Chaffeur ;
L'Outil qui donne la douceur
A la peau brute encore dure ;
Le vent qui fouffle la froidure ;
Le plaifir d'un coeur génereux ;
;
E ij Co
1582 MERCURE DE FRANCE .
Ce qu'est tout Globe plein ou creux ;
Ce qui dans le Latin Langage ,
De chaque jour fait le partage ;
Une boche cù va ſe loger
Le rouage de l'Horloger ;
Pucelle guerriere , héroïque ;
Enfin une Ville d'Afrique ;
Que dis-je un des freres d'Aran
Un Sectateur de l'Alcoran
Qui tint le Sceptre de Turquie ;
Une Riviere en Italie
Un Baume d'agréable odeur ,
Vanté chés le Saint Conducteur,
Et dans les fons cette jufteffe ,
Qui de nos fens fe rend maîtreffe.
NOU
JUILLET. 1742 1583
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , & c.
ESCRIPTION de Paris , de Ver-
Dfailles,de Marly,&c. Par M. PIGANIOL
DE LA FORCE , Tome II. Contenant
les Quartiers de S. Jacques de la Boucherie
de Ste Opportune, du Louvre, du Palais Royal
>
ruë
de Montmartre , avec des Figures en Tailledouce.
Nouvelle Edition , 1. vol. 8 °. A Paris
chés Théodore le Gras, Grand - Salle du Palais ,
àl'L couronnées Charles - Nicolas Poirion, ruë
S. Jacques , vis-à- vis la ruë des Noyers , à
L'Empereur ; Defprez & Cavelier , fils ,
S. Jacques , aux trois Vertus , M. DCC. XLII .
Nous ne répeterons point qu'à la tête de
chaque Quartier , on en trouve le Plan &
une Deſcription exacte , avec fes Rues & fes
limites . L'Auteur entre enfuite dans un curiéux
détail de ce qu'on y trouve de plus
remarquable ; détail inftructif , intéreffant
& qui ne laiffe rien à défirer à un Lecteur
intelligent , capable même d'amufer utilement
ceux qui ne fe piquent pas d'une certaine
Littérature .
>
Le Quartier du Louvre , ou de S. Germain
de l'Auxerrois , ouvre un vaſte champ
E iij
à la
1984 MERCURE DE FRANCE
à la figacité & à la capacité de notre Hifto
rien , qui prend toujours les chofes , & fur
tour les grands Sujets , dès leur origine ,
en fait d'Hitoire , d'une maniere également
folide & agréable , fans oublier les fecours
que tire l'Histoire d'une faine Critique , &
de corriger de tems en tems , en faveur de
la verité , les erreurs de quelques Ecrivains
quand ces erreurs font manifeftés , & de
quelque conféquence.
Le Louvre , avec toutes fes Dépendances ,
fait la matiere de ce qu'on trouve de plus
curieux , de plus recherché , & de plus heureuſement
exécuté ; dans ce fecond Volume
l'Article eft long , & n'a rien d'ennuyeux :
il eft orné d'ailleurs de plufieurs Plans exacts
& bien gravés.
>
On peut dire prefque la même chofe du
Quartier du Palais Roval : fur l'un & fur
l'autre , nous nous abftenons d'entrer dans
quelque détail , parce qu'il feroit preſque
impo lible de nous borner , & de ne pas
fortir des regles que nous fommes obligés
de nous preferire.
JOURNE'E SAINTE , dédiée à Madame
d'Orleans , ancienne Abbeffe de Chelles , par
M. l'Abbé CHAUCHON , Aumônier de M le
Duc d'Orleans , Premier Prince du Sang ,
vol. in- 12. A Paris , chés Lottin , Imprimeur,
Libraire ,
E
JUILLET. 1742: 7585
Libraire , ruë faint Jacques , à la Verité.
M. DCC. XLII.
Tout eft Saint dans ce petit Livre , & ne
refpire que la folide pieté , depuis l'Epitre
Dedicatoire à Madame l'ancienne Abbeffe
de Chelles , jufqu'à la fin . Les Perfonnes du
Monde les plus diftraites , & qui ne peuvent
pratiquer de longs Exercices , ne fçauroient
du moins refufer leur attention à ce
qui eft contenu dans ce précieux Recueil de
Prieres & de Méditations , toutes tirées de
J'Esprit de l'Ecriture Sainte & des plus pures
fources de la faine Doctrine . Sanctifier les
Journées par de pareilles Pratiques, c'eft, avec
grace du Seigneur, le moyen d'arriver enfin
heureuſement au grand jour de l'Eternité.
la
On écrit de Rome qu'on y a publié le
21. Avril dernier , par ordre du Pape , le
Decret de Béatification de la vénérable
Jeanne de Valois , Reine de France , Fondatrice
des Réligieufes Annonciades de
l'Ordre de S. François. Et que le 18. Juin
S. S. avoit donné un Brefde confirmation du
même Decret.
HISTOIRE GENERALE de Languedoc
, avec les Notes & les Pieces juftifica
tives , compofée fur les Auteurs & les Titres
originaux , & enrichie de divers Monumens.
Par un Religieux Benedictin de la Congréga-
E iiij tion
1586 MERCURE DE FRANCE
tion de S. Maur. TOME QUATRI E'ME . A
Paris , chés Jacques Vincent 1742 .
L'Auteur de cette Hiftoire , toujours infatigable
dans fes travaux , avoit fini fon
troifiéme Tome , à peu près à la mort de
S. Louis , arrivée l'an 1270 , dans le tems
que la ville de Touloufe avoit encore fes
Comtes particuliers. Il commence celui ci
par la réunion de ce Comté , faite à la Couronne
l'an 1271 , après la mort d'Alphonfe ,
Comte de Poitiers , rere du Roi S. Louis ,
& de Jeanne Comteffe de Touloufe , fon
Epoufe ; & il le finit à l'an 1443. par la derniere
Erection du Parlement de Languedoc :
ce qui fait la matiere de huit Livres.
Un des principaux Evenemens qui y font
décrits , eft la guerre entre la France & l'Angleterre
, qui dura plus d'un fiecle . Le Languedoc
effuya alors de fréquentes incurfions
de la part des Anglois , qui en foumirent
une partie , & de diverfes Compagnies de
brigands qui le défolerent. L'Auteur ne manque
pas d'infinuer fouvent que cette Province
avoit alors beaucoup plus d'étenduë
qu'elle n'en a aujourd'hui , & qu'elle comprenoit
le Rouergue , le Quercy , le Perigord
, l'Agenois , la Bigorre & c.
Ce qui eft encore bien détaillé dans le
même Volume , c'eft l'origine & les fuites
du differend qui s'éleva entre les Maifons
de
JUILLET. 1742. 1587
'de Foix & d'Armagnac , au fujet de la fucceffion
de Bearn , & qui dura pendant près
d'un fiecle ; plufieurs circonftances intéreſfantes
touchant l'Inquifition & les Inquifiteurs
de Toulouſe & de Carcaffonne , &
leurs procedures ; un grand nombre d'Affemblées
des Etats generaux & particuliers
de la Province ; le récit de diverfes impofitions
levées dans le Languedoc , &c.
Parmi les Marieres Eccléfiaftiques qui y
font traitées dès l'an 1272 , font les differends
de Maurin , Archevêque de Narbonne
, qui foûtint que l'Archevêque de Tolede,
en paffant dans la Province , n'avoir pu faire
porter la Croix devant lui , & qui fit battre
dès 1271 , de la Monnoie pour prouver fon
droit contre le Vicomte de Narbonne . Ce
même Archevêque jetta les fondemens du
Choeur de fon Eglife Cathédrale , du titre
de S. Juft , Martyr d'Efpagne. Ce Choeur
étant un des plus beaux du Royaume , Dom
Vaiffette en donne la Repréſentation.
Il en fait de même de l'Eglife Cathédrale
d'Albi , du titre de Ste Cécile , à l'an 1282 .
Raportant en ce Lieu la chofe dès l'origine ,
il dit que Bernard de Caftanet , Evêque de
cette Ville en 1277 , convint avec les Chanoines
Réguliers de cette Eglife , de la transférer
du Lieu où elle étoit fituée , fur le perchant
de la riviere du Tarn , dans le Lieu où
E v
1588 MERCURE DE FRANCE
on la voit aujourd'hui. On commença l'ou
vrage de fon tems , lequel ne fut fini qu'en
1485. L'Auteur allûre qu'elle eſt une des
plus belles & des plus fingulières du Royau,
me. Le Chapitre d'Albi fut fécularifé dans
le tems que l'on commença cer Edifice . A
l'occafion de ce Bâtiment magnifique , Dom
Vaiffette a fait deffiner les Orgues nouvelles
que M. de la Croix de Caftries , Archevêque
, a données depuis peu , & dont la magnificence
a été décrite dans un de nos
Journaux. LaDefcription du Tombeau dų
Roy Philipe le Hardi dans l'Eglife de Nar-.
bonne , le repréfente comme un Ouvrage
très délicat. Philipe le Bel n'y fit mettre
que les chairs du Corps de ce Prince , mort
à Perpignan ; les os furent portés à S. Denis
en France.
Un des Articles les mieux traités dans le
Livre fuivant , eft celui des deux Guillaumes
Duranti , Evêques de Mende à l'an 1291 ,
La Note que l'Auteur fait à l'occaſion du
premier , mort en 1296. donne un parfait
éclairciffement à ceux qui fouhaitoient fçavoir
de quel Paimiffon il étoit natif, & leur
prouve que ce n'eft pas de celui du Diocèfe
de Riez mais de celui du Diocéfe de Beziers
, & que fi cet Evêque a paffé pour
Provençal de naiffance , c'eft qu'on donnoit
Mercure de Juillet 1737 •
"
alors
JUILLET. 1742. 1389
alors le nom de Provence à une bonne partie
du Languedoc .
Onvoit à l'an 1296. que ce fut l'Hérefie des
Fratricelles , qui engagea Philipe le Bel à
favorifer les Inquifiteurs. On y lit en quelle
exécration fut Pierre Jean d'Olive , dans
l'Ordre de S. François , même après la mort.
A l'an 1302. on lit que Philipe le Bel avoit
défendu les Jouxtes & les Tournois durant la
guerre
de Flandres . Le Lieutenant du Sénéchal
de Carcaffonne fit défenſe de la part de
Ice Prince , de célébrer une table ronde ou
jouxte qu'on avoit préparée à Narbonne hors
du Bourg. Les Chevaliers ne laifferent pas
de fe difpofer pour ce Spectacle , mais le
Vicomte de Narbonne en arrêta quelques - uns
prifonniers , fit enlever les pieux & les toiles
de Lin qu'on avoit tendues , avec les armes
qui étoient fur une table ronde , fçavoir , les
lances , un bouclier de fer , un heaume & c.
On trouvera à l'an 1304. des Anectotes curieufes
fur Jean de Pecquigy , Vidame d'Amiens,
qui étoit dans le parti du Roy contre
les Inquifiteurs. En ce commencement du
xiv. fiecle Dom Vaiffette parle fouvent des
Commiffaires de ce Prince dans le Languedoc.
L'un des plus connus fut Pierre de
Latilly , Chanoine de Paris , depuis Evêque
de Châlons fur Marne , dont les Copiſtes
des Titres de ce tems - là ont défiguré le
E vj nom
1590 MERCURE DE FRANCE
nom , en l'apellant tantôt Pierre de Latillac ;
& tantôt Pierre d'Atillan .
L'an 1306 contient la reconnoiffance que
l'Eglife de Viviers fit de la Souveraineté de
nos Rois. Le Traité eft fpécifié fort au long.
A la même année fe voit une preuve que les
Juifs de Carcaflone poffedoient des immeubles.
A l'an 1307.fe trouve le partage fait entre
le Roy & l'Evêque de Mende , lequel eft
auffi fort circonftancié. L'érection de l'Evêché
de Toulouſe enArchevêché par Jean XXII.en
1317. eft fuivie de celles des Evêchés de Montauban
, S. Papoul , Lombez & Rieux , qui
furent placés dans des Abbayes de chaque
Ville , excepté celui de Rieux , dont le Siege
fut fixé dans la Paroiffe de Notre - Dame.
Lavaur , Mirepoix , S. Pons & Aleth furent
auffi érigés alors en Evêchés ; nous omettons
les Collegiales que le même Pape fit
ériger dans le même tems. On trouvera à
l'an 1319. les Actes curieux du Procès , qui
fut fait à Bernard Delicieux , Chef des Mineurs
de la Secte de Jean'd'Olive.
Les Paftoureaux , fort connus dans l'Hiftorre
de France , fe fentirent fi forts en Languedoc
l'an 1320 , qu'ils y affiégerent fur les
Juifs le Château de Verdun , frué fur la
Garonne. Ils furent entiérement diffipés proche
Carcaffone . L'année fuivante il y eut des
képreux brûlés vifs , pour avoir empoisonné
les
JUILLET. 1742 1591
les fontaines. On reconnut par les procédures
, que quelques Juifs avoient été du
complot.
corps
Autant ces derniers traits font désagréables
à lire , autant eft- on égayé par l'Histoire
de l'établiſſement des Jeux Floraux de Touloufe
, qui eft décrite für l'an 1324. Par tout
ce que l'Auteur en raporte dans le de
l'Ouvrage & dans une Note , il eft évident
qu'il faut attribuer l'origine de la diftribution
des Prix de cette Académie , à ſept Citoyens
de Toulouſe , amateurs de la Poëfie
Provençale vers le commencement du XIV .
fiecle : & Clemence Ifaure , à laquelle on a
depuis érigé une Statuë n'en eft que la
Reftauratrice ou feconde Fondatrice dans
l'Acte de Réformation de l'Univerfité de
Toulouſe , qui eft raporté à Pan 1334 , &
fut faite en conféquence de la Bulle que
Jean XXII. donna pour cet effet en 1329 .
on obferve que les Statuts rédigés par les
Commiffaires , défendirent aux Ecoliers les
danfes , les banquets , les Comédiens , les
Hiftrions , lorsqu'ils prennent leurs dégrés ;
& le repas qu'ils donneront en cette occafion
, eft reglé à quinze francs de monnoie
courante. Il leur eft auffi défendu de tenir
des enfans fur les Fonts.
Nous aprenons à l'an 1344. que l'Archevêque
de Narbonne voulut détruire alors le
Capitole
1592 MERCURE DE FRANCE
Capitole de la Ville , fitué fur une éminence,
pour bâtir à la place une Eglife des Repen
mais que le Juge Royal de Beziers
s'opofa à cette démolition , enforte que ce
Capitole fubfifta jufqu'en 1451 .
•
ties ,
La Cérémonie de la Réconciliation des
Comtes de Foix & d'Armagnac , en préſence
de la Ste Euchariftie , eft un Fait remarquable
à l'an 1377. L'Hiſtoire de la Révolte des
habitans de Montpellier , & de la grace qui
leur fut accordée , eft très- bien détaillée à
l'an 1380. Ony trouve un ample Suplément
à ce qu'en ont dit les Chroniques de Saint
Denis. Ce ne fut pas la feule occafion où la
Province reffentit la clemence du Roy. Ce
Prince déclara par des Lettres du mois de
Mars 1383. qu'il remettoit les rebellions ,
défobéïflances, Tuchineries & c. aux habitans
de Toulouſe , Carcaffonne , Narbonne, Nifmes
&c. On voit dans la page fuivante que
ce terme de Tuchinerie venoit des Tuchins ,
certaine espece de brigands.
> On trouvera dans le même volume , à la
page 396. la Repréſentation d'une Peinture
qui fe voit fur la muraille du Cloître des
Carmes de Touloufe , où Charles V 1. fit
un voeu à Notre -Dame de Bonne- Efperance,
à l'occafion du péril où il fe trouva, en chaffant
dans la Foreft de Bouconne , voifine de
cette Ville : ce fait fe raporte à l'an 1389
,
Celui
JUILLET.
1593 1742
,
Celui du tumulte des Ecoliers de l'Univerfité
pour foûtenir un Archevêque de Touloufe
contre fon Contendant , eft raporté à
l'an 1406. Ils en vinrent jufqu'à prendre
les armes , en faveur de celui qui étoit du
parti du Pape Benoît XIII .
L'Auteur traitant à l'an 1421. de la repriſe
de la ville d'Aigues- mortes fur les Bourguignons
, par Charles de Bourbon , Capitaine-
Général en Languedoc , n'admet pas le fait
raporté par La Faille , en fes Annales de Touloufe
; fçavoir , que les habitans couperent
la gorge à la garnifon Bourguignonne , qu'ils
en jetterent les corps dans une foffe , avec
quantité de fel , pour empêcher leur corrup
tion , d'où feroit venu le Proverbe de Bourguignon
falé ; il regarde cela comme une
Fable. Les Etats de Languedoc , tenus en
1424. dans le Village d'Efpaly , proche le
Puy- en- Vellay, font une preuve qu'il y avoir
en ce Lieu un Château capable de loger
Charles VII. qui y fut préfent . On voit
dans le refte de cette Hiftoire differentes
courſes des Routiers , les Etats fouvent tenus
à Beziers , l'extinction des Comtes de
Comminges , dont le Comté fut réuni à la
Couronne en 1442 .
Dom Vaiffette , en finiffant , raſſemble ce
qu'il a pû trouver fur les anciens uſages des
centfoixante & dix années,dont il a fait l'Hif
toire.
1594 MERCURE DE FRANCE
toire . Il démontre l'origine du nom de Languedoc
, de maniere à ne plus douter que
ce nom ne vienne de ce que dans cette Province
& dans toutes les autres Méridionales,
on difoit oc pour
oui. Il en raporte une preuve
de l'an 1290 : c'étoit la même Langue
qu'en Latin , on apelloit Lingua Provincialis
: il faut voir fa Note v1. En rapellant en
general ce qui fe paffa de plus remarquable
dans les Univerfités de la même Province ,
il indique l'Ordonnance par laquelle Charles
VI. voulut en 1396. que l'on ne fit aucune
difficulté de livrer chaque année à l'Ecole
de Medecine de Montpellier un cadavre
pour les diffections anatomiques. L'uſage d'avoir
des bâteleurs pour divertir , étoit permis
le jour de la reception d'un Licentié de l'Univerfité
de Toulouſe. Le Droit Ecrit faifoit
la regle des Décifions dans les Procez , Entre
les coûtumes particulieres étoit celle de la
punition de l'adultere , qui obligeoit ceux
qui auroient été furpris en flagrant délic , à
courir tout nuds dans la rue , ou à payer
une amende au Roy , & quelquefois aux
deux peines enfemble ; il y avoit cependant
des cas où l'on condamnoit à la mort fuivant
la difpofition du Droit Romain.
Philipe le Bel abolit la fervitude dans la
Sénéchauffée de Touloufe , & vrai - femblablement
dans le refte de la Province. L'Auteur
1
JUILLET. 1742. 1595
teur raſſemble enfuite tout ce qu'il a pû
trouver fur le Commerce du Languedoc ,
fans oublier les Juifs qui ont contribué à le
faire fleurir. Cette Nation fut chaffée pendant
quelques années , & eut bien de la
peine à rentrer dans le Pays. Sous Charles
V. on ne fouffroit point de Juifs dans la ville
du Puy ; & lorfqu'il en paroiffoit quelqu'un,
il étoit jufticiable des Enfans de Choeur de
la Cathédrale . On trouve une Sentence renduë
le 17. Juin 1373. par ces Enfans de
Choeur , qui condamne un Juif à trois cent
livres d'amende.
On voit auffi une preuve , que dès l'an
1345. la poudre à canon étoit connue dans
le Languedoc ; on lit dans une Quittance
de l'Artillier de Touloufe ces expreffions :
Pro octo libris pulveris pro canon bus. Le fuplice
commun des criminels n'étoit pas de
les pendre , comme on faifoit en France
mais de les noyer. La foye étoit fi rare
que douze livres , achetées pour la Reine
Montpellier en 1345. couterent chacune 76
fols. Une coûtume finguliere qui regarde le
Mariage , étoit que celui qui tenoit en Fief
la Viguerie de Narbonne , avoit le droit de
conduire à l'Eglife les nouvelles Mariées ,
de les ramener chés elles . On lui donnoit
pour cela un repas , & on nourriſſoit ſon
cheval , s'il le prêtoit pour conduire la Mariée.
1596 MERCURE DE FRANCE
riée . Il y avoit un ufage encore plus Lingu➡
lier à l'Enterrement des Barons & autres
Chevaliers . On faifoit coucher dans le Lit
de parade un homme vivant , armé de pied
en cap , pour repréſenter la perfonne du
défunt. On trouve dans les comptes de la
Maifon de Polignac , qu'en 1375 on donna
cinq fols à un nommé Blaife , pour avoir
fait le Chevalier mort , à la fépulture de Jean
fils de Randonnet Armand , Vicomte de
Polignac.
Outre les Notes en forme de Differtations
qui enrichiffent cette Hiftoire , elle
contient plufieurs Piéces très curieuſes. Nous
en avons déja indiqué quelques - unes , mais
nous n'avons pas parlé de la plus étenduë
qui eft une Chronique de Guillaume Bardin ,
Confeiller- Clerc au Parlement de Touloufe.
depuis l'an 1031 jufqu'à l'an 1454 , qui
renferme des traits fort curieux , mais qui
paroiffent douteux à l'Auteur , parce qu'il
croit que cette Chronique eft fupofée ; fur
quoi il s'explique & dans l'Avertiſſement &
dans plufieurs Notes . On y voit à l'an 1327
comment le fieur d'Efcalquences , l'un des
Capitouls ou Confuls de Toulouſe , voulut
qu'on fit fes Obfeques chés les Dominicains
, tout vivant qu'il étoit . Il fe fit mettre
le 22 Avril dans une biere , revétu comme
un mort , les mains jointes , & entouré
de
JUILLET. 1742: 1597
de 40 flambeaux. Lors qu'on eut chanté la
grande Meffe des Morts , on alla prendre le
corps à la maison , on l'aporta à l'Eglife , &
on le plaça auprès du Grand Autel. La Cérémonie
n'alla pas plus loin ; le prétendu
Mort fortit de fa biere , revint au logis avec
fes Confreres , & les régala d'un repas funébre.
L'Archevêque étoit alors abfent. Lors
qu'il cut apris cette Hiftoire à fon retour
il convoqua un Concile des Evêques & Abbés
de fa Province , qui fut tenu le 8 Juim.
On y condamna cette pratique , comme étant
fans exemple & fans tondement , & on la
déclara fuperftitieuſe , avec défenſe à tous
Eccléfiaftiques , tant féculiers que réguliers ,
de jamais exécuter une pareille cérémonie
fous peine d'excommunication . A l'an 1350 .
il est fait mention de l'Ordonnance du Roy
Jean contre l'horrible priſon des Moines de
Languedoc , apellée Vade in pace ; on y remarque
que les Cordeliers & les Jacobins
furent les plus opiniâtres , à foûtenir qu'il
n'y falloit aporter aucun adouciffement. La
Piéce LXXIX . eft intitulée : Lettres des Rois
Philipe le Long & Charles IV. au fujet des
Lépreux qui avoient empoifonné les puits & les
fontaines. Celles de Philipe font datées de
Crécy du 18. Août 1321. & font tirées des
Archives de l'Evêque d'Alby; les autres font
de l'année fuivante. On peut voir ce fait raporté
1598 MERCURE DE FRANCE .
porté dans la continuation de la Chronique
de Guillaume de Nangis à l'an 1321 : car
le complot des Lépreux étoit pour tout le
Royaume .
La Piéce 130 confifte en des Lettres de
Charles V. touchant les habits des femmes
de Montpellier.Ce Prince confirmá en 1367.
les Statuts que les Confuls de cette Ville
avoient faits pour réprimer le luxe de ces
Dames ; il y a auffi des articles qui regardent
les habits des hommes . On fe douté
bien qu'un tel Reglement , rédigé en Latin ,
fourmille de mots forgés. La 135. Piéce regarde
le don que le même Roy fit l'an 1368 .
au Pape Urbain V. de la moitié du Pont
d'Avignon , à commencer du côté de la
Ville.
Nous croyons , en finiffant, devoir fair remarquer
aux Lecteurs que DomVaiffette dans
fon Avertiffement, s'étend fort au long, pour
fe juftifier de quelques accufations que des
Ecrivains célébres lui ont intentées , en rendant
compte de fon troifiéme Tome , fur
ce qu'il s'eft beaucoup fervi de l'Ouvrage
d'un anonime touchant les Croisades , &
qu'il s'eft quelquefois défié de Pierre des
Vaux de Cernay. Ne pouvant faire un Extrait
de cette juftification , qui remplit plufieurs
pages in-folio , nous nous contenterons
de raporter l'aveu fuivant que fait lé
fçavang
JUILLET. 17423 1599
fçavant Benedictin » Excepté quelques en-
" droits où nous avons décrit fur l'autorité
de cet anonime des circonftances ou ob
» mifes par les autres Hiftoriens , ou plus
» détaillées , détail qui la plûpart du tems
❤ne décide rien au fujet des Promoteurs &
des Auteurs de l'expédition , & que les
Journaliſtes auroient employées eux - mê
» mes s'ils avoient été en notre place :
tout le refte de ce que nous raportons de
» ce célebre évenement , n'eft apuyé que
fur les Hiftoriens du tems , reconnus gé
* neralement pour bons Catholiques , fur
» les Epîtres des Papes , des Cardinaux &
des Evêques , fur les Chartes de nos Rois
» & autres Monumens femblables, confervés
pour la plupart dans le Tréfor des Chartes
du Roy . Si des fources fi pures changent
les idées fur ce qu'on avoit cru juf
qu'ici touchant la Croifade contre les Al-
» bigeois , eft- ce notre faute ? C'est aux
Journalistes à faire voir qu'on ne doit
* avoir aucun égard à ces Monumens , & à
» en entreprendre la Critique. Mais parce
que le Pere Fontenay aura embraffe un
"
ཟླ་
parti différent du nôtre , & qu'il aura pris
" Pierre de Vaux- Cernay pour fon principal-
» & prefque fon unique guide, qu'on ne puiffe
s'en écarter fans abandonner la justice &
la verité , c'est ce que tout efprit équi
» table
600 MERCURE
DE FRANCE
» table ne pourra comprendre
. Le Pere de
Fontenay a eu fes raifons dans le choix
» qu'il a fait de fes autorités , & nous avons
» cu les nôtres.
par
REFLEXIONS
de l'Empereur Marc-
Aurele-Antonin , furnommé le Philofophe
diftribuées
ordre de Matieres , avec quel
ques Remarques qui fervent à l'éclairciffement
du Texte , un vol. in 12. à Paris , an
Palais , chés de Nully , grand'Sale , du côté
de la Cour des Aides , à l'Ecu de France ,
& à la Palme M. DCC . XLII.
On voit au Frontispice
le Bufte de l'Empereur
Marc- Aurele , gravé d'après fes Médailles
, & au milieu du Titre du Livre, il y
a une petite Gravûre qui repréfente
le mê- me Empereur
, en Armure , feul dans fa
tente , au milieu de fon camp , écrivant
tranquillement
fes Réfléxions
. Cette Gravûre
fait allufion aux endroits du Livre où
Marc-Aurele dit : Ceci a été écrit dans le
Camp , au Pays des Quades.
...
Les Réfléxions de Marc- Aurele , Empereur
Romain , originairement
écrites en grec,
ont été traduites dans toutes les Langues :
c'eſt un Livre très -connu & infiniment eftimé.
La derniere Traduction
Françoiſe eſt
celle de M. & Mde Dacier : c'eſt la meil .
Ieure , mais elle avoit deux défauts confidérables,
JUILLET. 1742 1601
bles. Le premier , qui venoit des Traducteurs
, étoit une longue & ennuyeufe Préface
, accompagnée d'une Vie de Marc-
Aurele , écrite dans le même goût , & de
Notes encore plus ennuyeuſes . On a retranché
dans l'Edition , qui paroît aujourd'hui
toutes ces fuperfluités. On n'y a mis qu'un
très -petit nombre de Notes , abfolument
Déceffaires pour l'intelligence du Texte. On
a réduit la Vie de Marc- Aurele à un fimple
Abregé de fes Actions militaires , dans le
deffein de montrer que Marc- Aurele , pour
être fi bien inftruit des maximes , qui font
propres à rendre un homme heureux dans
la vie privée n'en étoit pas moins un grand
Guerrier & un grand Prince.
Le fecond défaut étoit dans le Texte
même des Réfléxions de Marc- Aurele . L'Editeur
a fort bien fenti que ces Réfléxions
placées fans ordre , perdoient beaucoup de
leur mérite. Ce n'étoit , dit - il , qu'un paſſage
continuel d'une matiere à une autre , ce qui
fatignoit l'efprit , & confondoit les idées , loin
de former une agréable varieté. Il les a raſſemblées
avec beaucoup d'art fous 36 Titres
differens , qui forment autant de Chapitres.
Il a fallu , fans doute , bien de la méditation
du difcernement pour voir les raports
jue tant de Réfléxions diverfes pouvoient
avoir à un même objet. On a même obſervé
que
1602 MERCURE DE FRANCE
que quelques penfées , dont on ne comprenoit
pas bien le fens , dans le Texte original
, font devenues fenfibles & lumineu-
Les par le feul effet du changement de place.
L'Editeur paroît avoir mis de l'ordre dans
la fuite même des penfées , compriſes fous
chaque Titre , & dans l'arrangement des
Chapitres travail qui fait autant l'éloge de
fon Efprit , que de celui de fon Coeur . Il a
mis enfin la derniere main à un Ouvrage ,
qui , malgré l'imperfection où il avoit été
laiffe par fon Auteur , étoit regardé comme
le plus grand effort de la raifon humaine
qui fut parvenu juſqu'à nous.
On aprend que c'eft à M. Joly , Avocat
au Parlement de Paris , qu'on eft redevable
de cet Ouvrage.
THEATRE CRITIQUE , ou Difcours differens
fur toutes fortes de Matieres , pour dé
truire les erreurs communes . Traduit de l'Ef
pagnol du R. Pere DOM BENOÎT JERÔME
FEIJOO , Benedictin , par le Traducteur de.
l'Hiftoire Génerale d'Eſpagne . I. Brochure
in- 12 . de 51. pages. A Paris , chés Pierre
Clement, Quai de Gêvres , M. DCC . XLII.
Voici le commencement d'une Entreprife
, qui doit intereffer tous les Gens
de Lettres. Nous pouvons dire qu'elle est
digne de celui qui l'a faite , & nous ofons
réponJUILLET.
1742 твоз
ofons répondre du fuccès. Il y a déja longtems
que nous avons dit en differens termes
ce que l'Auteur François obſerve au commencement
de fa Préface. De tous les Pays
de l'Europe où la République Litteraire a des
Sujets , on n'en connoît, dit- il , aucun avec lequel
la France ait moins de communication
qu'avec l'Espagne . Quoique la contiguité &
l'étroite alliance des deux Monarchies Temblaffent
exiger de la part des deux Peuples
une entiere correfpondance , les François
qui travaillent depuis fi long- tems & avec
tant de fuccès à parvenir aux premiers rangs
parmi les Sçavans , daignent à peine , pour
la plûpart , s'informer des Ouvrages des Efpagnols
. A en juger par une indifference fi
marquée , on fe fent volontiers porté à re
garder un Homme de Lettres Eſpagnol comme
un Phénomene .
Notre Auteur cherchant enfuite la caufe
de cette indifference , croit avec quelque
fondement l'avoir trouvée dans la difference
de caracteres des deux Nations . L'humeur
vive du François , dit- il , ne peut en
effet guére s'accommoder du flegme fi naturel
à l'Eſpagnol . Celui - ci ne s'attache qu'au
folide & au profond ; l'autre veut encore du
brillant & du léger . Tout Ouvrage qui ne
réünit point toutes ces parties , fur tout les
deux dernieres , eft condamné en France à
F périx
1604 MERCURE DE FRANCE
périr chés le Libraire qui a ofé l'imprimer ou
s'en charger.
Quelle injuftice ! s'écrie le judicieux Ecrivain
, pourquoi ne pas
faire grace à un Livre
dans quelque ftyle qu'il foit , quand il eſt
rempli d'érudition , & qu'il peut être utile ?
La fcience eft - elle donc l'esclave de la gayeté ?
Et ne peut-elle pas fe préfenter avec ce férieux
qui eft fi digne d'elle ? Il en apelle au
jugement de ceux d'entre les François qui
font fes véritables Enfans , c'eft - à - dire , qui
portent à juste titre le nom de Sçavans.
C'eft cependant dans une circonftance fi
délicate , & muni d'un apel auffi folide , que
juridique, qu'il entreprend de donner la Traduction
Françoiſe d'un Théatre Critique Efpagnol
, dont le premier volume a déja eû
cinq Editions dans le Pays , & les autres
à proportion du tems qu'ils ont parû pour la
premiere fois.
Il avertit enfuite, en qualité de Traducteur,
que l'Auteur de ce grand Ouvrage eft le célebre
Bénedictin Eſpagnol Doм BENOÎTJEROME
FEIJO0 , s'abftenant de faire ici fon
Eloge , par un Dilemme très fenfé , qu'il adref
fe au Public. Ou vous lirez le Théatre Critique,
dit- il, ou vous ne le lirez pas; fi vous le
lifez , il publiera le mérite de fon Auteur ,
vous ne le lifez pas , il importe peu à ce Sçavant
d'être connu de vous , &c. Il travaille
actuellement
fi
JUILLET. 1742. 1605
actuellement , ajoûte - t'il , à fon XII . Volume
, & il affûre avoir encore des Materiaux
pour beaucoup d'autres. En propofant donc
cette Traduction , c'eft pour l'Auteur François
une entrepriſe de longue haleine , & il
a raifon de l'envifager ainfi , mais il y a lieu
d'efperer beaucoup de fa fagacité & de font
affiduité à un Labeur dont il eft très - capable .
Il fe propofe de donner tout l'Ouvrage ,
Difcours à Difcours , c'eft- à - dire , un chaque
mois , ou tous les quinze jours , en cas que
l'on y prenne goût & c.
Après cette Expofition , fuivent les Titres
des Differtations ou des Difcours du I. Tome
du Théatre Critique , dans l'ordre que voici .
1. Voix du peuple. II . Vertu & vice. III . Оpulence
& Pauvreté. I V. Politique la plus rafinée.
V. Medecine. V I. Regime pour conferver
lafanté. VII. Apologie de la Profeffion des
Gens de Lettres. VIII . Aftrologie Judiciaire
& Almanachs. ÌX. Eclypfes. X. Cometes . XI .
Années Climatériques. XII . Vieilleffe du Monde.
XIII . Corollaire fur la matiere du Difcours
précedent , contre les Philofophes Moderne :
XIV. Mufique des Eglifes . XV. Parallele des
Langues. XVI. Deffenfe des Femmes.
Cette premiere Brochure contient , outre
la Traduction de la Préface de l'Auteur original
, la Traduction du premier de tous les
Difcours , intitulé LA VOIX DU PEUPLE .
Fij Nous
1606 MERCURE DE FRANCE
Nous y renvoyons le Lecteur , en nous con
tentant de dire , après avoir lû les quatre
premiers Volumes du Théatre Critique dans
la Langue originale , & en avoir rendu
compte dans le tems , que ces Traductions
nous paroiffent claires , exactes , & venir de
la plume d'un homme , qui poffede parfaitement
les deux Langues .
la troifiéme La feconde Brochure pour le
prochain Mercure.
DICTIONAIRE MILITAIRE , ou Recueil
Alphabétique de tous les termes propres à
l'Art de la Guerre. On y a joint l'explication
des Travaux qui fervent à l'attaque & à
la défenfe des Places , & des détails hiftoriques
fur l'origine & la nature des differentes
efpeces , tant d'Offices Militaires , anciens
& modernes , que des Armes , qui ont
été en ufage dans les différens tems de la
Monarchie ; dédié au Prince de Turenne
Colonel Général de la Cavalerie Françoiſe
& Etrangere, Vol. in - 12 . 2 , liv . 1o . fols.
A Paris , chés Giffey , rue de la vieille
Boucleric , & Bordelet , rue S. Jacques, 1742.
>
Livres nouveaux qui fe trouvent chés Gabriel
Martin , Libraire , ruë S. Jacques.
Cabaffutii Theoria & praxis Juris Canonici,
cum Notis Joan. Petri Gibert , in -fol. imprimé
à Poitiers , Traité
JUILLET. 1742 1607
TRAITE' de l'Orthographe Françoiſe , en
forme de Dictionaire : nouvelle Edition ,
in- 8. impr. à Poitiers.
CORPS & Compilation des Commentateurs
fur la Coûtume de Poitou , par M.
Boucheul , 2. vol . in fol . impr. à Poitiers.
TRAITE' des Conventions de fucceder, par
le même M. Boucheul , in - 4° . imprimé à
Poitiers.
Inftitutiones Theologica, ( Theologie de Poitiers
. ) 4. vol . in - 12. impr. à Poitiers.
LA MESURE DE LA TERRE, par MM. Picard
& Maupertuis , in - 8 ° .
FIGURE DES ASTRES , par M. de Maupertuis
, in-8°.
OEUVRES de P. & Th. Corneille, nouvelle
Edition , 11. vel . in- 12.
OEUVRES de M. Racine : nouvelle Edition,
2. vol. in- 12.
DICTIONAIRE de Cas de Confcience , par
M. Pontas , nouvelle Edition , 3. vol . in-fol.
NOUVEAU Dictionnaire de Cas de Confcienc
par MM. de Lamet & Fromageau ,
2. vol . in -fol.
SUITE ET FIN de l'Hiftoire Romaine d'Echard
, jufqu'à la priſe de Conftantinople par
les Turcs , 4. vol. in 12.
LE TOME IV. du Traité de la Police de
M. Delamare , par M. le Cler du Brillet ,
avec deux nouveaux Plans de Paris , in fol.
MORTS
,
1608 MERCURE DE FRANCE
MORTS de Sçavans.
Jean- Baptifte le Laboureur , Ecuyer , Seigneur
de Blezanval , mourut le s . Avril , dans la 85. année
de fon âge , à Saint Denis , en France. Il
a exercé la Charge de Bailly General du Duché
d'Enguien, & enfuite celle de la Ville & Pairie de S.
Denis . Il a de plus travaillé, en qualité de Subdélegué
, fous MM. Bignon , d'Argenvilliers , de Harlay
, Hérault & d'Argenfon , Intendans de la Géneralité
de Paris . Il s'eft conduit dans ces differentes
Charges avec beaucoup d'intrégrité , de défintereffement
& d'honneur.
Il étoit fils de Louis le Laboureur , Ecuyer , Seigneur
de Chateaumont , Préfident , Tréforier de
France en la Géneralité de Bordeaux , Bailly Géne
ral de la Duché Pairie de Montmorency , neveu de
Jean le Laboureur , Prieur de Juvigné, & petit neveu
de Claude le Laboureur , tous fort connus dans la
République des Lettres , fon Pere , par differens Ou
vrages de Poëhe ; fon Oncle , par les fçavantes Additions
aux Mémoires de Caftelnau , par le Voyage
de la Maréchale de Guebriant ; par fa netteté & la
précision fur l'origine des premieres Maifons de
l'Europe ; par plufieurs autres Ouvrages donnés au
Public , & par fes Manufcrits confervés dans la Bibliothéque
du Roy.
Claude le Laboureur avoit été Prévôt de l'Abbaye
fécularifée de l'Ifle - Barbe , près de Lyon , dont
il a écrit l'Hiftoire fous ce titre : Les Mazures de
life- Barbe lex Lyon, &c.a . vol . in- 4° . Lyon, 1665.
Il avoit auparavant publié , Notes & Corrections
faites fur le Bréviaire de Lyon, 1. vol . in-8°. Lyon ,
1643 .
Depuis , il compofa un Difcours fur l'origine des
Armoiries , contre l'Ouvrage du P. Menerier , 1 .
vol. Lyon.
Enfin
E
JUILLET. 1742. 1609
Enfin l'Histoire Généalogique de la Maison de
Sainte Colombe, & autres Maisons alliées,, 1. vol .
in- 8°. Lyon , 1673 .
Le 16. Le P. Pierre Brumoy , Jefuite , qui continuoit
l'Hiſtoire de l'Eglife Gallicane , & qui étoit
connu par plufieurs Ouvrages de Litterature , qu'il a
donnés au Public , mourut à Paris , en la Maiſon Profeffe
de fa Compagnie dans la 54. année de fon âge .
Arnaud de la Rouviere , Ecuyer , ancien Avocat
au Parlement de Provence , connu par divers Ouvrages
utiles de fa Profeffion , mourut à Aix le
26. dans la 73. année de fon âge . Il étoit fils
puîné de noble Pierre de la Rouviere , Docteur és
Droits & de la Faculté de Médecine de l'Univerfité
d'Avignon, Membre de la Societé Royale des Scien
ces de Londres , fameux par plufieurs Ouvrages inprimés
& Manufcrits de Science , de Belles - Lettres
& de Poëfie ; & de D. Anne de Marck. Il étoit petit-
fils de Laurent de la Rouviere , Ecuyer , ancien
Capitaine dans le Régiment de Normandie , qui
s'étoit diftingué dans prefque toutes les Guerres du
Regne de Louis XIV. fingulierement au Combat de
Nortlingue , où il reçut un coup de feu dans l'épaule
droite , après avoir enlevé un Drapeau aux
Ennemis.
Arnaud de la Rouviere publia en l'année 1730 .
an Traité fur la Révocation des Donations par la
naissance ou furvenance des enfans , c. 1. vol, infolio.
A Paris , chés Cavelier.
Un autre Traité du Droit de retour , &c. 2. vol .
in- 12. A Paris , chés Huart , 1737. dédié à M. de
la Tour , Premier Préfident du Parlement & Intendant
de Provence .
Un autre Ouvrage De la Révocation des Donations,
Legs , c. par l'ingratitude & l'incapacité des Domataires
, 1. vol. in 4° . A Toulouse , 1738. dédié à
Fi M.
1610 MERCURE DE FRANCE
M. le Duc de Villars , Gouverneur de Provence.
Il a laiffé d'autres Ouvrages manufcrits, un Traité
dela Simonie de la Confidence . De l'Alienation des
Biens d'Eglife. De la Révocation des Donations , troifiéme
Editon , augmentée de plus de la moitié . De la
matiere pour un jufte Volume du Journal du Palais
de Provence , auquel il travailloit , & plufieurs
Ouvrages de Poëfie .
M. de la Rouviere laiffe un digne neveu en la
perfonne de M. de la Rouviere , Confeiller du Roy
en la Sénechauffée & Siége Géneral de Provence .
ME'DAILLE DE L'EMPEREUR.
Nous avons donné dans les Mercures de Mars &
d'Avril de cette année , la Gravûre des Médailles
qui ont été frapées au fujet de l'Election de l'Empereur
; nous avons fait graver pareillement celle
qui regarde le Couronnement de S. M. I. que nous
avons reçue depuis peu , & qui furpaffe les précédentes
par la beauté du travail.
D'un côté eft la Tête de l'Empereur , couronnée
de Laurier , avec cette Inſcription : CAROLUS VII .
D. G. Roм . IMP. SEMPER . AUG.
Et fur le Revers , l'Allemagne , fous la figure
d'une Femme , affife au pied d'un Palmier , la
Couronne Impériale fur la tête , ayant à ſon côté
l'Ecu des Armes de l'Empire ou l'Aigle à deux têtes
couronnée. Auprès de l'Ecu eft un Lion accroupi , la
tête comme l'Allemagne , tenant dans les pattes un
Globe , furmonté d'une Croix . L'Allemagne tient
d'une main un Rameau d'Olivier , & de l'autre une
Corne d'abondance. Au côté droit de la Médaille
eft un Soleil Levant , & de l'autre une fuite de jeunes
Palmiers. Pour Légende autour , FELICITAS
IMPERII
VII
D.G
CAROLYS
VESTNER
OROM.
IM
P.
SEMP
AVG
.
AR
CITAS
FELICI
IMPERII
RENASASCENS.
CORONAT. FRANCOF
2.12 FEBR.1742-
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
JUILLET. 1742. .1611
IMPERII RENASCENS. Et dans l'Exergue : CORONAT.
FRANCOF . D. 12. FEBR. M. DCC. XLII.
ESTAMPES NOUVELLES.
DEPART DE CHASSE , grande & belle Eftampe
en large , gravée par J. B. le Bas , d'après
C. Wan Falens , dédiée à M. Robert-François
de Surmont , Chevalier , Seigneur de Fontaine.
Cette Eftampe , gravée d'après le Tableau Original
qui eft dans le Cabinet de Mad. Wan Falens ; fe
vend chés le fieur le Bas , Graveur du Roy , au bas
de la rue de la Harpe.
DE'FILE' D'EQUIPAGE , grande Eftampe en
large , foigneufement gravée par J. Moyreau , d'après
le Tableau de Philipe Wauvremens , de 33 .
pouces de large , fur 25. pouces & demi de haut , du
Cabinet du Prince d'Ifenghien , Maréchal de France.
Elle fe vend chés le fieur Moyreau , Graveur du
Roy , ruë S. Jacques , à la vieille Pofte.
Mad. la veuve Chereau , vient de mettre en vente
deux nouvelles Eftampes en large , gravées par le
fieur Dupin , d'après Antoine Wateau ; la premiere
eft intitulée , l'Amour mal accompagné , la feconde,
Départ pour les Ifes. On lit des Vers au bas de ces
Eftampes.
Le Sieur Petit , Graveur , rue S. Jacques , à fa
Couronne d'Epines près les Mathurins , qui continuë
de graver la Suite des Portraits des Hommes
Illuftres du feu fieur Defrochers , Graveur du Roy,
vient de mettre au jour celui de CHARLES- FREDERIC,
Roy de Pruffe , Electeur de Brandebourg né à Berlin
, le 24. Janvier 1712. d'après M. Pefne , Pein-
F v tre
>
1612 MERCURE DE FRANCE
tre à Berlin , gravé par J. G. Will. On lit ces Vers
au bas , de M. le Chevalier de Neufville .
S'il fut par la naiſſance au Trône deftiné ,
Les droits de fes vertus font- ils moins légitimes ?
Héros dans les actions , Héros dans ſes maximes ,
Il eft Roy , Philofophe & Soldat couronné.
Le même Sr Petit vient auffi de mettre en vente
les
quatre differentes heures du jour , fçavoir , le
Matin , le Midi , l'après dîner , & le Soir ; la premiere
de ces Estampes eft exprimée par une femme
à fa Toilette, tenant ſa Boëte à mouches . On lit ces
Vers au bas de M. Roy.
Ces taches artificielles
Donnent aux yeux , au teint , plus de vivacité ,
Mais en les plaçant mal , on s'expoſe , avec elles ,
A défigurer la beauté.
La feconde , par une Femme avec un Parafol ,
occupée à regler fa Montre. On lit ces Vers au bas
de M. de Neufville.
Sans ſoins prenez le temps tout comme il fe rencontre
;
D'une Belle Amour feul doit être l'Horloger ,
Et l'on n'a pas besoin d'avoir reglé fa Montre
Pour fçavoir l'heure du Berger.
La troifiéme , par une Dame à la promenade
c'eft le Portrait de Mlle Sallé , célebre par fes ta
lens pour la danfe . On lit ces Vers au bas de M.
Desforges Maillard.
A l'abri
"
ן י
JUILLET.
1613 1742.
A l'abri duSoleil & des traits de l'Amour ,
Cloris fçait s'amufer de ces Oifeaux fideles ;
Mille autres joueraient mieux pendant l'ardeur du
jour ,
Avec des Moineaux francs qu'avec des Tourterelles.
Et la quatriéme , eft une jeune Perfonne qui
tient un Mafque , prête à aller au Bal . On lit ces
Vers au bas de M. Roy.
Un Spectacle muet ! quelle fource d'ennui !
Il faut par les propos que le Bal le foûtienne
Mais , voulant attaquer la liberté d'autrui ,
Ne riſquerai - je point la mienne ?
Ces quatre Estampes font gravées par le S. Petit s
les deux premieres & la quatrième , d'après M. Boucher
, dont les grands talens font allés connus , &
la troifiéme , d'après M. Fenouil. On trouve auff
chés le même Graveur le Portrait du Roy de Polo,
gne , Electeur de Sàxe .
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
avec fuccès , chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou ; il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur , ceux de
XLIII. Roy
SAINT LOUIS IX. du nom ,
de France , mort près de Tunis le 25 Août 1270.
après 44 ans de Regne , definé par A. Boizot , &
gravé par Pinffio.
CHRISTIAN WOLFF , Profefeur de Mathémati
ques & de Philofophie à Marbourg , des Académies
F vj de
1614 MERCURE DE FRANCE
de Paris & de Berlin , peint par A. D. & gravé påt
J. G. Will.
Le fieur le Rouge , Ingénieur Géographe du Roy,
à Paris , rue des Auguftins , vient de publier une
nouvelle Carte de Boheme , réduite fur celle de 25.
feuilles , faite à Prague ; une Carte nouvelle du
Royaume de Pruffe , inconnue en France jufqu'à
préfent.
Le nouveau Recueil de toutes les Cartes que
l'Auteur vient de donner , fe vend auffi à Lille ,
chés M. le Rouge , Architecte , vis- à vis S. Etienne ;
à Strasbourg , chés M. Dulfeker , fils ; à Nancy ,
chés M. Prifton ; à Lion , chés M. Dode ; à Avignon,
chés M. Julianis , à la Rochelle , chés M Salvin ;
à Charleville , chés M. Thefin , Libraire .
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Mé
decin du Roy , ayant vâ la guérifon d'un grand
Prélat , des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il
avoit fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel
a fait à la Dame de Leftrade une penfion fa vie durant
, & ayant apris d'ailleurs la guerifon de plufieurs
autres Perfonnes confidérables , & qu'elle
traitoit ces Maladies depuis plus de 40. ans avec
fuccès & aplaudiffement a bien voulu donnei fon
Aprobation pour débiter fes Remedes , pour l'utili
té & le foulagement du Public , fçavoir , une Eau
qui guérit les Dartres vives & farineufes , Boutons,
Rougeurs , Taches de rouffeur & autres Maladies
de la Peau ; & un Baume b anc en confiftance de
Pomade , qui ôte les cavités & les rougeurs après
la petite vérole ; les taches jaunes & le hâle , unit &
blanchit le teint. Ces Remedes fe gardent tant que
Pon veut , & peuvent fe tranſporter partout .
.
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4. & 6. liyres
JUILLET.
1613 1742
vres & au- deffus , felon la grandeur. Les Pots de
Baume blanc font de 3. livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols.
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la
Comédie Françoiſe , chés un Granetier , au premier
Etage. Il y a une Affiche au - deffus de la porte.
LE BUVEUR MALADE ,
Q
CHANSON.
Uelle eft ma peine ? 6 Ciel I crioit Grégoire
De vin quelle abondance , & cruelle faveur !
Tout le monde va boire ,
Eh je ne le puis par malheur ;
Un feu cuifant me dévore ; je tremble ,
Je brule , je friffonne enfemble
De mon zele , Bacchus , eft ce donc là le prix ?
Soulage moi , grand Dieu , que je chéris ;
Prolonge le deftin d'un Bûveur qui t'implore ;
Fais que du vin nouveau je puiffe boire encore.
SPEC16
MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
出價
Lique donna la derniere Repréſentation
E 15. Juillet l'Académie Royale de Mu
du Ballet des Elemens , & le 17 , elle reprit
la Paftorale Héroïque d'é , dont le premier
Rôle fut joué par la Dlle le Maure . Le fieur
Chaffé , l'un des premiers Acteurs de ce
Théatre , qui s'étoit retiré depuis deux ou
trois ans , y eft rentré , & a rempli le Rôle
d'Hilas , parfaitement au gré du Public , qui
lui a fait un accueil des plus favorables.
Le in , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragédie de Brutus , de M. de
Voltaire , dans laquelle le fieur de la Noue
joua le Rôle de Titus avec aplaudiffement.
Le 18 Juin , les Comédiens Italiens remirent
au Théatre la Comédie des Menteurs
Embarraffes , laquelle avoit été repréſentée
pour la premiere fois en Italien , & en cinq
Actes en profe , le 15. May 1720 , fous le
Titre de la Buggia imbroglia , il Buggiardo .
Le feu Geur Romagnefi crut avec raifon que
le Public la verroit avec la même fatisfaction ,
traduite en Vers françois. Son attente ne fut
point
JUILLET. 3742. 1617
point trompée , & il la donna au Public avec
un très-grand fuccès le 22. Août 1735. fous
le Titre de la Feinte inutile , également convenable
au Sujet de la Piece . On peut voir
P'Extrait qu'on en a donné au mois d'Octobre
1735
.
Le 2. Juillet , les mêmes Comédiens remirent
auffi au Théatre la Tragi- Comédie
de la Vie eft un Songe , tirée de l'Efpagnol
de Lopes de Vega , fous le titre . La Vida es
Sueno. Cette Piéce Italienne & en cinq Actes,
avoit été jouée fur le même Theatre avec
un très -grand fuccès en 1717. M de Boiff
la mit en Vers en 1732 , & la réduiſit en
trois Actes ; elle fut repréfentée & reçûë
très -favorablement au mois de Novembre
de la même année . On peut voir l'Extrait de
la Piéce Italienne dans le Mercure de Mars
1717.
Le 26, ils donnerent une Comédie Italien
ne en cinq Actes , fous le Titre de Lo Smemorato
ou l'Amant Diftrait . Cette Piéce
qui demande un continuel jeu de Theatre
a été parfaitement bien repréfentée , & reçûë
favorablement.
Le 7. l'Opera Comique donna une Piéce
nouvelle d'un Acte , en Vaudevilles , avec
un Divertiffement de Chants & de Danfes ,
intitulée l'Antiquaire , laquelle fut fuivie de
deux
1618 MERCURE DE FRANCE
deux autres Piéces ; la premiere , intitulée le
Nouvellifte , & la feconde la Mere Embar
raffée : toutes ces Piéces font bien exécutées
, ainfi que les Divertiffemens ; le fieur
Grimaldi , qui avoit paru à la derniere Foire
de S. Germain , danfà une Entrée en Scaramouche
avec aplaudiffement.
Le 25 , on remit au Théatre la Piéce de
la Cherchenfe d'Efprit , laquelle fut precédée
de celles du Nouvellifte & du Sant du Foffe ,
dont on a déja parlé ces Piéces furent fuivies
d'une Chacone nouvelle , & d'un Ballet
Chinois fort bien exécuté.
EXTRAIT d'une Piéce intitulée le Prix
de Cythere , repréſentée ſur le Théatre de
L'Opera Comique à la derniere Foire Saint
Germain le 12. Fevrier 174.2.
'Auteur ne fe nomme pas , mais s'il dérobę
à fon nom les éloges qui lui font
dûs , il ne les mérite pas moins. Les lecteurs
en jugeront par cet ingénieux Prologue prononcé
par la Dlle Darimath.
Meffieurs , vous attendez dans la Piéce nouvelle
Le ſtyle vif , leger , charmant
D'une riante bagatelle ;
L'y trouverez vous ? nullement.
Nous avons tâché feulement
De plaire par le fentiment,
Al
JUILLET . 1742 1619
3
Ah ! par le fentiment ! on nous la donne belle ;
C'est bien ici fon élément ,
Dit un Cauftique en ce moment ;
Ces Gens ont perdu la cervelle •
Je vais fiffler affûrement.
Eb ! Monfieur , un peu d'indulgence ;
Ou que , du moins , votre filence
Laiffe écouter tranquillement .
Faut- il d'abord qu'on épilogue ?
Partout , le fentiment fut toûjours de faiſon ;
Eh ! pourquoi le bannir de notre dialogue
Souffrez , à ce fujet , une comparaison.
Les Orangers , dans les Champs d'Heſperie ,'
Hauts , touffus , croiffent par Forêts ;
Sur leur cime , toûjours Aleurie
Les Pommes d'or font briller leurs attraits
Et les Rameaux font courbés ſous le faix ,
Les Nimphes quittent la prairie ,
Pour folâtrer fous leur ombrage épais ,
Et refpirer à longs traits
Les doux parfums & le frais.
Ces arbres , cultivés en France ,
Ont , il eft vrai , beaucoup dégénéré ,
Mais , malgré cette difference ,
Un parterre , fans eux , n'eft jamais bien paré.
On les voit furpaffer encore ,
Quoiqu'ici délicats & nains ,
Tous les autres préfens de Pomone & de Flore ,
Qui
1620 MERCURE DE FRANCE
Qui font l'honneur de nos jardins.
Les fentimens , Meffieurs , font de pareille efpece ;
Ils ont toujours droit de charmer ;
Tranfplantons-les , ils fe font eftimer ,
Et confervent leur nobleffe.
Peut-être eft- ce une erreur ; daignez nous animer,'
Dans l'épreuve qu'on en va faire .
Notre deffein eft temeraire ;
On n'atteint pas d'abord le vrai ;
Mais , lorſque l'on tente un effai ,
L'unique but , Meffieurs , eft de vous plaire ;
Ce point feul merite ſalaire.
La Scéne de cette Comédie Epifodique ,
eft dans l'Ifle deCythere ; l'Amour, & Hebé ,
Déeffe de la Jeuneffe, commencent l'Action
Théatrale. L'Amour demande à Hebé fi l'on
a annoncé le prix qu'il propofe aux Amants
de tout fexe & de toutes nations . Hebé lui
répond que fes ordres ont été fidelement
exécutés & chante ces Vers , fur l'air :
A l'ombre de ce vert Bocage.
On fçait déja dans tout Cythere ,
Que , pour l'Amant le plus épris ,
Venus , votre divine Mere ,
Réſerve trois baifers pour prix ,
Et que la plus parfaite amante ,
Dont vous aprouvez les ardeurs ,2.
Obtiendra
JUILLET. 17423 1621
Obtiendra la faveur charmante
De triompher de tous les coeurs.
Pour achever l'expofition , l'Amour commet
la jeune Hebé à l'examen de ceux qui
fe croiront dignes du prix.
L'Amour s'étant retiré , un Hollandois &
une Hollandoife viennent fe préfenter au
Tribunal Souverain de la Déeffe de la Jeu
neffe.
Le Hollandois dit à Hebé : Bonjour
Mamfelle , enfeigne - moi Monfir l'Amour ;
Hebé lui ayant fait entendre que c'eft à elle
qu'il faut s'adreffer pour obtenir le prix que
l'Amour a propofé , le Hollandois lui répond
que parmi eux l'Amour confifte dans le Ma
riage , & pour en donner un exemple par luimême
, il ajoute , qu'il s'eft marié par Lettre
de Change , & qu'il y avoit dans la facture,
entre autres chofes : Item , j'envoye à vous ,
Monfir, une Fille bien conduionnée , pour en
faire votrefemme . Il chante ces Vers , fur l'air ;
Faporte une plume.
Dans votre famille
Point manquer d'Enfans ,
Car ce jeune Fille
N'avoir que trente ans ;
Elle eft jeune , groffe , & forte
Yous ferez content ;
Mais
1822 MERCURE DE FRANCE
Mais le meilleur , c'eft qu'elle aporte
De l'argent comptant.
La Hollandoife , pour prouver à Hebé
qu'en fait de Mariage c'eft- là le véritable
Amour , & non les amufemens inutiles des
autres Peuples , chante , fur l'air : Hom
hom , encore vit-on.
En Amour , tout cela doit naire .
Où peut conduire
L'excès de ces foins familiers ?
Il faut produire
Des Heritiers ,
De peur que la race ne ceffe :
J'en ai , Déeffe ,
Bien environ un quarterón ;
Hom ! Hom ! encore vit- on.
Hebé , les congédie avec cette réponſe
Je ne puis vous adjuger le prix ; vous n'avez
jamais connu l'Amour.
de
Nous avons fuprimné la premiere Scéne qui
eft entre un Afiatique & une Georgienne
peur d'être trop longs ; par la même raifon
nous pafferons légerement fur celles qui
nous restent à parcourir ; en voici une d'un
Efpagnol . Il débute par ces quatre Vers
chantés fur l'air des Folies d'Espagne.
Charmant e
JUILLET. 17428 1623
"
Charmante Hebé , fi l'amour , la conftance ,
Accompagnés des foins les plus foûmis ,
En ce grand jour obtiennent récompenfe ,
Qui mieux que moi doit recevoir le prix ?
1
Hebé lui ayant demandé un détail de ſes
droits , l'Espagnol lui répond , fur l'air ,
la Liberté , d'elle -même , eft charmante,
J'ai de tout tems furpaffé les modéles
Des coeurs fidéles ,
Tendres , conftans ;
Sans jamais la traiter de cruelle ;
Sous le balcon de ma chere Iſabelle
J'ai foûpiré pendant vingt ans .
Il cite encore cette circonftance par où il
prétend que fon amour doit l'emporter fur
celui de tous fes concurrens , & chante , fur
l'air , la Nuit dans les bras du Repos.
En faifant ma ronde une nuit ,
Je vois la porte à demi cloſe ;
J'entre & parviens jufqu'au réduit
Où mon inhumaine repofe ;
D'un courage fans pareil ,
A tout hazard je m'expoſe ;
Elle goûtoit le fommeil ,
Et j'attends en paix fon reveil.
Un Amour fi pacifique n'eft pas jugé digne
du
1624 MERCURE DE FRANCE
du prix , & ce détail de ces droits n'eft pas
jugé fuffifant au Tribunal d'Hebé ; elle le
renvoye après lui avoir chanté , fur l'air , je
fommeille.
Quand l'Eſpagnol , plaintif Amant
Soupire & pleure fon tourment ,
On fommeille ;
J'aime mieux un François actif ,
Quoique fouvent un peu trop vif ;
Cela réveille;
Quoique , par ce dernier couplet , Hebé
femble prévenue en faveur des François par
raport à la vivacité de leur Amour , ce n'eft
pas pourtant à eux qu'elle deftine le prix de
Cythere ; un François & une Françoiſe qui
viennent fe préfenter à elle pour l'obtenir ,
s'en montrent fi indignes par leur inconftance
, qu'elle compte pour rien tous les autres
titres qu'ils prétendent faire valoir : elle leur
dit en les renvoyant , & en adreffant la parole
à la Françoife : fur l'air , une faveur ;
Lifette.
Notre prix ne fe donne
Qu'à la fincérité ;
Votre Amour , ma mignone ;
N'eft rien que vanité
Et cet amant folâtre ,
Es
JUILLET.
17427 1625
En fuivant vos apas ,
Lui-même s'idolâtre ;
Non , non , vous n'aimez pas.
Un Sauvage & une Sauvageffe , qui fuccé
dent au François & à la Françoife aportent
des titres plus réels & plus dignes d'être
couronnés ; Hebé demande à l'Aurore , c'eſt
le nom de la tendre Sauvageffe , pourquoi
elle aime fon Itis , c'eft ainfi que le Sauvage
s'apelle ; c'eft , répond-elle , parce qu'il eſt
aimable. A une pareille demande Itis répond
: regardez-la. Le Sauvage dit ces quatre
Vers , pour prouver le peu de cas ¡qu'on
fait chés eux des biens de la Fortune.
>
Nos coeurs , en formant leur lien ,
Ne connoiffent ni tien , ni mien ;
La nature et tout notre bien ;
Elle ne nous refuſe rien .
Il ajoute encore : fur l'air : Cela m'est égal.
Lui plaire eft mon principal >
Et quoique fon choix m'honore ,
M'en vanter feroit fort mal :
Content d'être aimé d'Aurore ,
Qu'on le fçache , ou qu'on l'ignore ;
Cela m'est égal .
Hebé , fatisfaite de leur maniere d'aimer ,
leur
1626 MERCURE DE FRANCE
leur décerne le prix ; ils le refufent ; l'Amou
qui furvient , aprouve ce modefte refus qu'
les rend encore plus dignes de fes faveurs
Le Divertiffement dont cet Opera Comique
eſt ſuivi , eſt très- brillant & couronne l'Ou ;
vrage.
pre-
On mande de Moſcow du onze du mois
dernier , que le 9, la Czarine affifta à la
miere Repréſentation d'un Opera Italien
intitulé la Clémence de Titus. Le Sujet du
Prologue eft la Ruffie affligée & confolée.
L'Auteur y rapelle plufieurs des circonftances
qui ont précédé l'avenement de S. M.
Cz . au Trône , & de celles qui l'ont fuivi ;
& la Clemence de la Czarine , comparée à
celle de Titus , fait la liaiſon de ce Prologue
avec l'Opera .
NOUVELLES ETRANGERES .
TURQUIE .
Na apris de Conftantinople du 27. Mai dernier
, que les Miniftres Plénipotentiaires , qui
s'étoient affemblés à Erzerum de la part du Grand
Seigneur & de celle de Thamas Kouli Kan , s'étant
féparés , fans avoir pû parvenir à un accommodement
entre les deux Puiffances , il fut réfolu le 15 .
Avril dernier dans le Divan , de faire tous les préparatifs
JUILLET. 1742. 1627
paratifs néceffaires pour foûtenir avec fuccès la
guerre contre les Perfans , & de faire marcher deux
armées chacune de 8occo . hommes , l'une vers
Erzerum , & l'autre du côté de Hamadan .
On donna ordre en même- tems d'établir des
Magafins confiderables dans ces deux Places & dans
quelques Villes voifines , & l'on manda à Achmet
Pacha Seraskier de Bagdad , de faire publier une
Déclaration de guerre contre la Perſe.
Pendant que le Grand Vifir étoit occupé du foin
de regler la marche des troupes , & de pourvoir à
leur fubfiftance , le parti qui étoit opofé à ce Miniftre
, & à la tête duquel étoit la Sultane Validé , fecondée
du CapiAga & du KiflerAga, Chefs des Eunuques
blancs & des Eunuques noirs, eft venu à bout de
procurer la difgrace de ce Premier Miniftre , & le 21.
Mai dernier, le GrandVifir ayant été mandé au Serail ,
le Grand Seigneur , après lui avoir redemandé les
Sceaux de l'Empire , le fit arrêter & conduire dans
une chambre de l'apartement du Boftangi Bachi.
Le même jour la Hauteffe nomma Grand Vifir
Ali Pacha Hekim Oglou , & elle ordonna que le
Capitan Pacha exerceroit les fonctions de Kaima➡
can, & feroit chargé de l'adminiftration génerale des
affaires , en attendant l'arrivée du Grand Vifir , qui
ayant déja rempli pendant trois ans , fous le Regne
précedent, la Charge de Premier Miniftre, & ayant
enfuite été déposé , a eû depuis ce tems - là le commandement
en chef des troupes Ottomanes fur les
Côtes de la Mer Noire .
Après qu'on a eû tiré du Grand Viir déposé tous
les éclairciffemens dont on croyoit avoir befoin , on
l'a conduit dans l'Ile de Rhodes , où il doit demeurer
en exil. Tous les biens ont été confifqués , &
fes amis craignoient même qu'on ne lui ôtât la vie,
mais fon fils , qui eſt du nombre des Ichoglans , &
G qui
1628 MERCURE DE FRANCE
qui eft fort aimé du Grand Seigneur , a obtenu la
grace de ce Premier Miniftre , qu'on accufe de pluhieurs
prévarications.
O
RUSSIE.
Na apris de Moſcow du 18. Mai - dernier ,
que le 8. lendemain du jour auquel la Czarine
a été couronnée , S. M. Cz. accompagnée de toute
fa Cour , fe rendit de fon apartement à la Sale du
Trône , dans l'ordre fuivant.
Un détachement des Gardes du Corps , qu'on
nomme à préfent les Chevaliers Gardes ; les Pages
de la Czarine ; fes Ecuyers & fes Chambellans ; les
Premiers Gentilshommes de fa Chambre & les autres
principaux Officiers de fa Maiſon ; fes Demoifelles
d'honneur ; fes Dames du Palais , fa Dame
d'Arours & la premiere Dame d'honneur ; les Con
feillers des differens Confeils ; les Archevêques &
Evêques ; les Géneraux & les Miniftres d'Etat .
Le Prince de Heffe Hombourg marchoit immé
diatement devant la Czarine , qui avoit à fa droite
le Prince de Kourakin , fon Grand Ecuyer , & à fa
gauche M. de Rofomoffsky, Grand Veneur de Ruffie
, & qui étoit fuivie des Comtes de Woronzoff &
de Schuwaloff , Capitaines Lieutenans des deux
Compagnies des Chevaliers Gardes . S. M. Cz . avoit
la Couronne fur la tête , & la queuë de fa robe
étoit portée par le Comte de Soltikow , Grand
Maître de fa Maiſon , & foûtenue par fix Chambel
lans. La marche étoit fermée par un grand nombre
d'Officiers de la Maifon de la Czarine , & par un
détachement des Chevaliers Gardes.
La Czarine s'étant placée fur fon Trône , les Miniftres
d'Etat , les Géneraux , les Archevêques &
Evêques, & les Confeillers des differens Confeils ,
furent
JUILLET. 1742 1629
furent admis , ainsi que les principales Dames de la
Cour , à lui baiſer la main ; Elle dîna enfuite en public
avec le Duc de Holftein Gottorp & le Prince de
Heffe Hombourg , dans le Salon qui eft au bout de
la grande Galerie du Palais du Kremelin , & en
fortant de table elle paffa fur le balcon d'une Sale
voifine , d'où elle fit jetter beaucoup d'argent au
peuple , auquel on abandonna deux boeufs rôtis &
deux grandes machines chargées de toutes fortes
de volaille & de gibier . L'après midi , on fit couler
deux fontaines de vin dans la Place vis - à - vis le Palais
, & le foir les principaux Edifices de la Ville
furent magnifiquement illuminés .
·
La Czarine retourna le 9. à la Sale du Trône ,
avec le même cortege que le jour précédent , & elle
y donna une audience publique à l'Ambaſſadeur de
Thamas Kouli - Kan . Après cette audience , elle reçut
les complimens des Députés de la Noblefle de
Livonie & d'Efthonie , & elle admit à lui bailer la
main , les Préſidens & les Députés des Tribunaux
fes Premiers Gentilshommes de la Chambre , les
autres principaux Officiers de fa Maiſon , les Capitaines
Lieutenans des Chevaliers Gardes , les Colonels
& les Officiers de l'Etat Major des trois Régimens
des Gardes à pied Les Miniftres d'Etat ,
Géneraux & les principales Dames de la Cour , eurent
l'honneur de dîn r ce jour- là avec S. M. Cz.
qui fit jetter de l'argent au Peuple , de même que
la veille .
les
Le 10. la Czarine fut complimentée par l'Académie
des Sciences , par l'Univerfité & par le Corps
de Ville , qui lui préfenta deux grandes Coupes
d'or , travaillées avec beaucoup d'art . Les Députés
des Provinces & des principales Villes , eurent enfuite
audience de S. M. Cz . laquelle , après que fes
Demoiselles d'honneur , fes Chambellans , & les
Gij princi1630
MERCURE DE FRANCE
principaux Officiers de la Maiſon du Duc de Holftein
Gottorp , lui eurent bailé la main , reçut les
complimens du Prince & de la Princeffe de Militene
, du Prince & de la Princeffe de Grufin , des
Kans de plufieurs Nations de Tartares , des Députés
des Calmouques & des Cofaques du Tanaïs , de
Grebensky & de Jaitsky. La Czarine dîna avec les
Miniftres Etrangers , le Prince & la Princeffe de
Militene , le Prince & la Princeffe de Grufin ; elle
firjetter une troifiéme fois de l'argent au peuple ; on
promena dans la Ville quatre Chars de Triomphe ,
remplis de toutes fortes de vivres , qui furent abandonnés
au pillage , & la nuit fuivante il y eut des
réjouiffances publiques & des illuminations dans
toute la Ville.
On mande de Riga, que le Prince & la Princeffe
de Brunſwick Bevern , impatiens de ne pas voir fi
nir leur détention , avoient voulu fe fauver de la
Citadelle de cette Ville , & qu'ils avoient gagné le
Capitaine d'un Vaiffeau Etranger , qui devoit les
recevoir fur fon bord , & qui voyant que le projet
avoit été découvert , avoit remis promptement à la
voile. Le Commandant de la Place ayant donné
avis à la Czarine de la tentative faite par le Prince
& la Princeffe de Brunſwick Bevern , pour recou
vrer leur liberté , il a reçû ordre de leur déclarer ,
que puifqu'ils avoient abufé de la permiffion qu'on
leur avoit donnée de recevoir des vifites , on ne laiffe
roit plus aprocher d'eux que des perſonnes dont la
fidelité ne feroit point fufpecte . On a augmenté leur
garde jufqu'à 600. hommes , & ils ne peuvent plus
avoir de communication qu'avec le Commandant
& avec quelques Officiers de la Garniſon de la Citadelle
.
Quelques Soldats du Régiment des Gardes de
Preobrazenski s'étant enyviés , il y a quelque tems,
ils
JUILLET . 1742. 1631
ils commirent plufieurs excès dans un Caffé établi
par un François à Pétersbourg , & ils y blefferent
deux Officiers des troupes de la Czarine , l'un François
& l'autre Anglois , qui voulurent s'opofer à
leurs violences . Ils coururent enfuite avec fureur .
dans les rues , infultant & bleffant plufieurs Etrangers
qu'ils rencontrerent , & étant allés à leurs
Corps de Garde , ils voulurent engager leurs camarades
à maffacrer tous les Etrangers.qui font à Pétersbourg
, mais le Gouvernement prit d'abord de
fi bonnes mefures , qu'il fit cefler ce défordre , & on
en arrêta les auteurs . La Czarine a ordonné qu'on
inftruisît leur procès , & elle a fait publier un De-,
cret, qui porte que, quoiqu'elle foit difpofée à préferer
les Mofcovites aux Etrangers , lorfque les uns
& les autres mériteront également fes graces , elle
n'a point oublié que les derniers ont beaucoup contribué
à augmenter la gloire & le bonheur de la
Ruffie ; que par cette raifon ils lui font auffi chers
que fes Sujets , & qu'elle fera punir rigoureufement
tous ceux qui maltraiteront ou offenferont le moindre
Etranger , fous quelque prétexte que ce puiffe
être.
Les derniers avis reçus de Mofcow le onze du
mois dernier , portent que le 9. la Czarine foupa
en public avec le Duc de Holftein - Gottorp , le
Prince & la Princeffe de Heffe- Hombourg, & quelques
Miniftres Etrangers , & qu'il y eut enfuite un
Bal mafqué dans la nouvelle Sale que S. M. Cz . a
fait ajoûter à fon apartement du Palais de Petershoff.
Cette Princeffe donna encore le 1o. un autre
Bal dans la même Sale , & l'on tira un très - beau
Feu d'artifice devant le Palais , lequel étoit entierement
illuminé , ainfi que la plupart des Edifices
publics de Moſcow. Cette derniere Fête a terminé
les réjouiffances auxquelles le Couronnement de la
Czarine a donné occafion . Giij AL1632
MERCURE DE FRANCE
ALLEMAGNE.
Na apris de Vienne du 2. du mois dernier ,
qu'il arriva de Baviere le 30. Mai paffé un
courier , par lequel la Reine fut informée que le
28. un détachement des troupes de S. M. commandé
par le Major General Helfreich , avoit attaqué
un détachement des troupes Impériales & de celles
de S. M T. C. à la tête duquel le Maréchal de Terring
& le Duc d'Harcourt s'étoient mis en marche ,
pour s'emparer d'un Pont que le Comte de Kevenhuller
a fait jetter fur le Danube , près du Châ–
teau d'Hickelsberg, que les troupes de part & d'autre
avoient combattu avec beaucoup de valeur ;
que les ennemis avoient d'abord remporté quelque
avantage , & qu'ils avoient repouffe le détachement
du Major General Helfreich jufqu'à une lieuë
d'Hickelsberg , mais qu'un Corps de Huffards , qui
étoient poftés dans un Bois , en étant fortis pour
aller au fecours de ce Major Géneral , le Maréchal
de Terring & le Dic d'Harcourt s'étoient retirés .
Le Prince Charles de Loraine a mandé à la Rei
ne , qu'ayant jugé à propos de le raprocher de la
Moravie , il étoit allé camper fous Teutfchbrod .
Le Roy de Pruffe a fait propofer à ce Prince un
échange des prifonniers.
Un Courier a raporté qu'un Regiment de Huffards
des troupes de la Reine de Hongrie , avoit
fait une courfe jufqu'à Pardubitz , & qu'il s'y étoit
emparé d'un Magafin dans lequel il y avoit 1800 .
rations de fourage , deft.nées pour l'Armée Pruf
fienne .
Le Comte de Kevenhuller reçut le r2 . du mois
dernier de l'armée commandée par le Prince Char
les de Loraine , un courier dont les Dépêches
contiennent le détail ſuivant.
Auff-tôt
JUILLET. 1742. 1633
Auffi-tôt que la Reine de Hongrie eut été informée
de l'avantage remporté le 25. du mois de Mai
dernier par le Maréchal de Broglie fur le Prince
de Lobkowitz , elle manda au Prince Charles de
Loraine , de marcher avec toute la diligence pof
fible , pour s'opofer aux entrepriſes que l'arinée
Françoile pourroit former contre Budweiff , & contre
les autres Poftes voifins qui étoient occupés par
les troupes Autrichiennes. En conféquence des ordres
de S. M. H. le Prince Charles de Loraine
quitta le 30. les environs de Teutshbrod , & il alla
camper le même jour à Humpolez ; le lendemain
à Pilgram , & le premier du mois dernier à Sobieſ
law , où les troupes fe font repofées pendant deux
jours.
Ce Prince ayant apris que 3000. hommes des
troupes Françoifes étoient poftés à Thein fous les
ordres du Comte d'Aubigné , & que le Duc de
Boufflers , à la tête d'un autre Corps des mêmes
troupes , s'étoit avancé à Krumlau , il réſolut d'obliger
le premier de ces deux Corps , de repaffer
le Moldaw , & pour cet effet , après avoir été joint
par l'armée du Prince de Lobkowitz , il fe remit
en marche le 4 , pour ſe raprocher de cette riviere.
L'Avant-garde que commandoit le Prince de Birkenfeld
, & qui étoit compofée de tous les Grenadiers
de l'Armée , des Regimens de Cuiraffiers ,
& de 400. Croates , arriva à fept heures du foir
vis - à - vis de Thein . Toute l'Armée demeura en bataille
pendant la nuit , & le . à la pointe du jour,
elle marcha pour attaquer le Comte d'Aubigné ,
qui ayant abandonné le pofte de Thein , qu'il ne
pouvoit efperer de défendre , fe retira de l'autre
côté du Pont que le Maréchal de Broglie avoit
fait jetter fur le Moldaw. Le détachement , qui
étoit fous les ordres du Comte d'Aubigné , foû-
G iiij tiat
1634 MERCURE DE FRANCE
tint long- tems avec une valeur extraordinaire tous
les efforts des troupes Autrichiennes ; mais le
Comte d'Aubigné , craignant d'être coupé par un
Corps confidérable de Cavalerie , auquel le Prince
Charles de Loraine fi : paffer le Moldaw à la faveur
d'un gué , prit le parti d'aller rejoindre le
Maréchal de Broglie . Le Prince Charles de Loraine
détacha en même tems les Grenadiers à cheval
, les Carabiniers & les Huffards , pour inquiéter
le Comte d'Aubigné dans ſa retraite , & toute
l'armée de la Reine d'Hongrie ayant paffé.le Moldaw
, le Maréchal de Broglie , qui n'avoit pas
de forces fuffifantes pour hazarder le combat , fe
retira fous Pifceck .
' Le lendemain , le Prince Charles de Loraine s'aprocha
de ce Pofte ; mais le Maréchal de Broglie
en étoit déja décampé , & il alla fe pofter à Bernaw
près de Prague.
>
On a apris du 17. du mois dernier que la Reine
ayant envoyé au Lord Hindford , Miniftre Plénipotentiaire
du Roy de la Grande - Bretagne auprès
du Roy de Prufle , des pleins pouvoirs pour terminer
les differends de la Cour de Vienne avec
celle de Berlin , S. M. reçut avis le 13 , que le Roy
de Pruffe avoit accepté les propofitions d'accommodement
qui lui avoient été faites de la part de
la Reine par le Lord Hindford , & le 14 , on fit
partir pour Breflaw un Courier chargé de la Ratification
du Traité de Paix entre les deux Puiffances
, figné par la Reine .
Le Prince Charles de Loraine a dépêché le Marquis
Spada , pour informer S. M. qu'ayant été
joint par le Prince de Lobckowitz , il avoit marché
pour attaquer l'armée Franço e , commandée
par le Maréchal de Broglie , & que ce Général
s'étoit retiré de l'autre côté de la riviere de Beraun ,
après
JUILLET. 1742. 1635
après avoir abandonné les Poftes que les François
occupoient fur le Moldaw & fur la Votava.
}
Les Lettres reçues de l'Armée de Baviere , portent
que le Comte de Kevenhuller étoit toujours
campé à Wilshoven , & que depuis quelque tems
il ne s'étoit paffé rien de confidérable entre les
troupes de la Reine & celles qui font fous les or
dres du Duc d'Harcourt & du Maréchal de Terring.
La Reine aprit le 24. du mois dernier que l'ar
mée commandée par le Prince Charles de Loraine
, ayant quitté le 14 , les environs de Brzefnitz
elle étoit allée camper le même jour à Touchitz ,
le lendemain à Boriſch , & le 16 a Pilfenetz ; que
le même jour le Prince de Lobckowitz , à la tête
d'un Détachement de Huffards avoit marché à
Pilfen , & qu'il s'étoit emparé de ce Polte ; que le
18 , l'armée étoit décampée de Pilfenetz , & qu'elle
s'étoit avancée à Rotichow ; qu'elle s'étoit remiſe
en marche le jour fuivant ; que le 20 , elle étoit
arrivée à Zebrach , & qu'elle devoir , après qu'elle
auroit pris un jour de repos, s'aprocher de Bernaw.
Les mêmes avis portent que le Maréchal de Broglie
, qui avoit campé pendant quelques jours
près de ce Bourg , s'étoit retiré fous Prague avec
l'armée Françoife qu'il commande , & qu'il étoit
pofté de telle maniere , qu'il feroit difficile de le
forcer dans fon Camp..
L
PRAGUE.
Es Lettres reçues de cette Ville du 12 du mois
dernier , portent , que
fur l'avis que le Maréchal
de Broglie reçût le 4. de la jonction de l'armée
du Prince Charles de Loraine & de celle du
Prince de Lobkowitz , ce Géneral fe détermina à
G V faire
1636 MERCURE DE FRANCE
f .
aire replier du côté de Vódnian l'armée qu'il
commande , & qu'il envoya ordre au Duc de Bouf-
Aers , qui étoit à Krumlau avec une Brigade d'infanterie
& trois Régimens de Dragons , de fe retiter
par Praketitz & par Volin à Pilceck . La défenſe
que le Corps de troupes , commandé par le Comte
d'Aubigné , a faite au paffage du Moldaw , a donné
le tems au Maréchal de Broglie , de repaffer le
ruiffeau de Vodnian , avant que les ennemis fuffent
à portée de l'attaquer ; mais à peine le Maréchal
de Broglie eut il mis ce ruiffeau entre l'armée
Françoite & celle de la Reine de Hongrie , que les
Autrichiens parurent de l'autre côté , en ordre de
bataille . Les deux armées demeurerent en préfence
toute la journée du 6 , fans que les ennemis
ofaffent attaquer les François . Un Détachement
des troupes Autrichiennes tâcha de s'emparer d'un
Village , qui étoit au front de l'Armée Françoife ,
& il fut repouffé avec une perte confidérable. La
nuit fuivante , le Maréchal de Broglie gagna unë
marche fur le Prince Charles de Loraine , & le 7 ,
à la pointe du jour , il rentra dans le camp de Pifceck
, où il fut joint par le Corps de troupes qui
étoit fous les ordres du Duc de Boufflers .
Le Maréchal de Broglie ayant apris le 8 , que
les ennemis marchoient par leur gauche vers Rackonitz
& Stregna , il conjectura que leur deffein
étoit de paffer la Votava , & de lui couper la communication
avec les Troupes Pruffiennes & Saxones
, & il prit la réfolution de ne pas demeurer
plus long tems à Pifceck. Il s'eft retiré à Bernaw
près de Prague , & il s'y eft pofté de maniere que
les ennemis ne peuvent l'empêcher d'être joint par
les renforts qu'il attend.
On mande de Ratisbonne du 14 du mois dernier
, que l'Empereur a envoyé aux Magistrats de
Cette
JUILLET. 1742. 1637
,
cette Ville un Refcript , par lequel S. M. I. réïtere
l'ordre qu'elle leur a donné de faire fermer tous les
Colleges de la Diette de l'Empire , & de refufer
l'entrée du Palais , où cette Diette a coûtume de
tenir les Séances aux Miniftres de la Reine de
Hongrie , lefquels , malgré les défenfes de l'Empereur
, avoient continué jufqu'à préfent de s'y
aflembler. Les troupes de l'Empereur & celles du
Roy de France occupent toujours les mêmes camps ,
& le Comte de Kevenhuller n'a point non plus
changé de pofition .
Quelques Régimens des troupes Palatines , lefquels
étoient dans le Haut Palatinat , fe font mis
en marche , pour aller renforcer l'Armée commandée
par le Maréchal de Terring.
Il a palé par Ratisbonne un grand nombre de
piéces de canon , deftinées pour les troupes qui
font fous les ordres du Duc d'Harcourt , & l'on
embarque à Ingolftadt pluheurs canons de batterie
, pour les tranfporter au Camp de ce Géneral.
Les Huffards de l'armée de la Reine de Hongrie
ont recommencé à faire des courfes de ce
côté- ci du Danube , & un de leurs Détachemens
s'avança il y a quelque tems jufqu'à trois lieues de
Prague.
On a apris de Ratisbonne du 30. du mois dernier
, que les Troupes Heffoifes , que l'Empereur
a pris à fon fervice , ont joint l'armée de S. M. I.
commandée par le Maréchal de Terring , & que les
troupes Palatines , ainfi que celles des Cercles ,
étoient en marche , pour fe rendre auffi au camp
de ce Géneral .
La plus grande partie de l'armée Autrichienne ,
qui eft fous les ordres du Comte de Kevenhuller ,
a repafé le Danube , & il n'eft refté du côté de
Ratisbonne que quelques troupes , pour conferver
G vj la
1638 MERCURE DE FRANCE
la communication avec Munich , dont la garniſon
n'eft plus compofée que de 4000. hommes , le
Comte de Kevenhuller en ayant tiré , 000 , pour
renforcer fon armée . Ce Géneral fait travailler
avec toute la diligence poffible , à augmenter les
Fortifications de cette Place.
Les avis reçûs de Boheme portent que le Maréchal
de Broglie , qui eft toujours campé à Weiffemberg
, avoit obligé les habitans de Prague de
remettre toutes les armes qu'ils avoient chés eux ;
que le 22. du mois dernier , l'armée Autrichienne
commandée par le Prince Charles de Loraine , étoit
décampée de Zebrach , & qu'elle s'étoit avancée à
Tufchung ; qu'elle avoit marché le 23. à Horczlitz
& que le lendemain , elle étoit allée occuper un
Camp que le Prince Charles de Loraine avoit fair
tracer près de Zinonitz , à une demie lieuë de Praque.
Le Grand Duc de Tofcane arriva le 27. à
l'armée .
PRUSSE.
N aprend de Berlin du 3. du mois dernier ,
que les lettres écrites de l'armée que le Roy
de Pruffe commande , marquent qu'il y arrivoit
tous les jours un grand nombre de déferteurs de
l'armée du Prince Charles de Loraine.
On mande de Breſlaw , que le 27. Mai dernier ,
on avoit chanté le Te Deum dans toutes les Eglifes .
de cette Ville , en action de graces de la derniere
victoire de S. M. Pr. qu'il y avoit eû une triple décharge
de l'artillerie des remparts , & de la moufqueterie
de la Garnifon , & que le Cardinal Sinzendorf
avoit donné , ainfi que le Prince de Collowrath,.
une Fête magnifique à l'occafion de cette victoire .
On a apris de Boheme , que l'armée du Roy de
Pruffe eft cantonnée des deux côtés de l'Elbe , & que
Sa
JUILLET. 1742. 1639
S. M. Pr. a établi fon quarrier géneral à Maleſchaw
, entre Janowitz & Czaflaw.
Il arriva le 17. du mois dernier un courier , par
lequel on aprit que la Paix étoit conclue entre
S. M. Pr. & la Reine de Hongrie , & que le Traité.
avoit été figné le onze à Breflaw par le Comte de
Podewils , Miniftre du Cabinet , au nom du Roy ,
& par le Lord Hindford , Envoyé Extraordinaire
du Roy de la Grande- Bretagne , au nom de la Reine
de Hongrie., dont ce Miniftre avoit reçû des
pleins pouvoirs pour cet effet .
Par ce Traité , la Reine de Hongrie cede au Roy
en toute proprieté , outre le Comté de Glatz , fitué
dans le Royaume de Boheme , la Haute & la Baffe
Siléfie , à l'exception de la Principauté de Tefchen
& du Duché de Troppau , à condition que le Roy
acquittera les capitaux & les interêts des fommes
qui ont été prêtées au feu Empereur par la Grande
Bretagne fur les revenus des Ferines de cette Province.
Les deux Puiſances font convenuës par le même
Traité ,, que le Roy obferveroit une exacte neutralité
dans la guerre entre les Alliés & la Reine de
Hongrie ,& qu'il retireroit les troupes du Royaume
de Boheme dans le terme de quinze jours , après la
ſignature du Traité , de l'execution duquel le Roy
de la Grande - Bretagne s'eft rendu garant.
Un article de ce Traité porte que le Roy de Pologne
, Electeur de Saxe , fera invité à y acceder, &
qu'on fera la même propofition à la République de
Hollande , à laquelle le Roy payera , fi elle confent
à l'acceffion , les fommes das aux Hollandois
par le feu Empereur fur la Siléfie .
Quoique ce Traité eût été figné le onze , il n'a.
été rendu public que le 15. après que le Comte de
Podewils & le Lord Hindford en eurent reçû les
ratifications. Selon
1640 MERCURE DE FRANCE
Selon les dernieres lettres reçues de Kuttenberg ,
où l'armée du Roy étoit campée , lorfque le Lord
Hindford & le Comte de Podewils font convenus
des conditions de cet accommodement, le Roy invita
le 15. tous les Officiers Géneraux qui fervent
fous fes ordres , à dîner avec lui ; & S. M. en fe metrant
à table , leur déclara qu'elle avoit accepté les
propofitions qui lui avoient été faites par la Reine
de Hongrie , & que les differends de la Cour de Ber
lin avec celle de Vienne étoient entierement terminés.
Le 22. la Paix fat publiée dans le Camp , au
bruit de plufieurs falves d'artillerie & de moufqueterie
, & le Roy donna ordre que toutes les troupes
fe difpofa fent à fortir du Royaume de Boheme.
On aprend de Brin du 4. de ce mois , que les
Articles Préliminaires de Pax qui ont été fignés
le onze du mois dernier à Breflaw par le Comte de
Podewils , au nom du Roy de Pryffe , & par le Lord
Hindford , au nom de la Reine de Hongrie , ont
été rendus publics , & qu'ils portent qu'il y aura déformais
une paix inviolable, & une fincere union entre
S. M. & cette Prince le , que l'une des deux Puif.
fances ne pourra fournir aucun fecours direct ni indirect
aux ennemis de l'autre , ni contracter avec
eux aucune Alliance contraire à ce qui fera reglé
par le Traité qu'elles doivent conclure ; que chacu
ne d'elles accordera une Amnifte génerale à ceux
de les Sujets qui ont déferté de les troupes , ou qui
ont abandonne fon parri pendant la guerre ; que
toutes les hot ités cefferont le par & d'autre le
jour même de la fignature des Articles Préliminaires,
& que feize jours après la fignatare , le Roy retirera
toutes les troupes du Royaume de Boheme ;
que S. M. H. tant en fon nom qu'à celui de fes
fucceffeurs cede au Roy à perpétuité , en toute proprieté
JUILLET. 1742 . 1641
prieté & avec une entiere fouveraineté & indépendance
, la Baffe & la Haute Siléfie , à l'exception
de la Principauté de Tefchen , du Duché & de la
Ville de Troppau , de la Seigneurie de Herrendorff,
du Pays qui eft au- delà de la Riviere d'Opau , & de
quelques autres Diftricts, qui font partie de la Moravie
, quoiqu'ils foient enclavés dans la Haute Siléfie
; qu'elle cede auffi à S. M. la Ville & le Châ--
teau de Glatz avec le Comté de ce nom ; que le Roy
de fon côté renonce à toutes fes autres prétentions ,
qu'il fe charge feul du remboursement des fommes
que le feu Empereur avoit empruntées de la
Grande-Bretagne fur les revenus de la Siléfie ; qu'il
fera libre à tous ceux qui voudront quitter les Pays
cedés au Roy par la Reine de Hongrie , d'établir
ailleurs leur réfi ence , de vendre leurs biens
pendant l'efpace de cinq années , & de faire paffer
leur argent où ils jugeront à propos, fans qu'on puiffe
à ce fujet les inquieter ni leur faire payer aucun
droit ; que le koy confervera aux habitans de la Siléfie
& du Comté de Glatz , la jou flance de leurs
privileges & le libre exercice de la Religion Catholique
, & qu'ils feront déchargés de toutes les fommes
dont ils peuvent être redevables à l'occafion
des contributions qui ont été exigées d'eux par
S. M. avant la paix ; que tous les prifonniers de
guerre , qui ont été faits refpe &tivement par les
troupes des deux Puiflances , feront remis en liberté
, fans payer aucune rançon ; que tout ce qui regarde
le commerce entre les Etats refpe &tifs des
Parties contractantes , fera reglé dans le Traité de
paix qui doit être conclu par les Miniftres Plénipotentiaires
qu'elles nommeront pour cet effet , que
le Roy de la Grande - Bretagne , tant en cette qualité
que comme Electeur de Hanover , fera garant
de l'execution de ce Traité ; que S. M. & la Reine
de
1642 MERCURE DE FRANCE
de Hongrie font convenus d'inviter 1 Roy de Po
logne , Electeur de Saxe , à y acceder , pourvû que
16. jours après qu'on lui aura donné part de la
conclufion de la paix entre le Roy & S. M. H. it
retire fes troupes du Royaume de Boheme , & que
la même invitation fera faite à la Czarine , au Roy
de Dinnemarck , à la République de Hollande &
au Duc de Wolfenbuttel.
Ο
ITALIE.
Na apris du Bolonois , que le 28. Mai dernier
, les troupes Eſpagnoles & Napolitaines ,
qui fe font avancées fur le bord du Panaro , avoient
fait un fourage géneral dans les environs de Crefpelano
, de Peroto & de Puniappo .
Les Lettres reçues du Modenois portent que l'armée
du Roy de Sardaigne formoit une Ligne de
près de cinq mille d'étendue depuis Spilemberto
jufqu'à Sant Ambrogio , & que les troupes de la
Reine de Hongrie étoient poftées entre ce Bourg
& celui de Buon Porto .
Le Roy de Sardaigne & le Comte de Traun
n'ayant pû engager le Duc de Modene à fe déclarer
en faveur de la Reine de Hongrie , ils lui en
voyerent le premier du mois dernier le Baron de
Carpné pour lui dire qu'il pourroit demeurer neutre
, s'il vouloit leur donner la Citadelle de Modene
pour fûreté , mais que s'il n'acceptoit pas cette
condition , les troupes Autrichiennes & Piémon
toiles formeroient le fiége de la Citadelle , & qu'on
ne lui laiffoit que jufqu'au 7. pour le déterminer .
Le Duc de Modene répondit qu'il perfiftoit dans
la réfolution d'obferver une exacte neutralité , &
qu'il croiroit la violèr n recevant des troupes Etrangeres
dans la Citadelle de fa Capitale , & le Baron
de
JUILLET
. 1643 1742:
de Carpné étan retourné le 7. à Saffuolo , pour fça- , voir les dernieres intentions de ce Prince , le Duc
de Modene lui répeta la même déclaration qu'il lui
avoit déja faite .
Le même jour , le Roy de Sardaigne & le Comte
de Traun reçûrent avis que dès le 6. toute la gar- nifon qui étoit dans Modene , s'étoit retirée dans la
Citadelle , & que le Duc de Modene avoit donné
ordre au Géneral Paludi , qui y commande , de fe
défendre jufqu'à la derniere extremité . Ils furent
auffi informés que le Duc &la Ducheffe de Modene
étoient partis de Saffuolo , pour ſe rendre dans le
Ferrarois.
Les Magiftrats de Modene envoyerent le foir du
même jour quatre Députés au Camp du Roy de Sardaigne , pour lui remettre les clefs de la Ville ,
& le Roy de Sardaigne affûra ces Députés que les troupes Autrichiennes & Piémontoifes ne cauleroient
aucun préjudice au Duc de Modene ni aux
habitans , & qu'elles obferveroient une exacte dilcipline
.
Le lendemain , à fix heures du matin , le Régide
la Reine de Hon- ment de Diesbach , des troupes
grie , & ceux de Piémont & de la Reine , des trou.
pes du Roy de Sardaigne , entrerent dans la Ville
fous les ordres du Comte de Cumiane , Officier Géneral
aú ſervice de ce Prince . Le Roy de Sardaigne
& le Comte de Traun , commencerent en même
tems à faire les difpofitions néceffaires pour affiéger la Citadelle dans les formes. Ils firent ouvrir la
tranchée dès la nuit fuivante , & ils établirent une
batterie de 14. mortiers , qui fut en état de tirer
le 13 .
de
La garnifon de la Citadelle fait un féu très- vif
d'artillerie contre les Affiégeans , qui employent
leur côté toute la diligence poffible à avancer leurs
travaux . On
1644 MERCURE DE FRANCE
On a publié un ordre du Roy de Sardaigne & du
Comte de Traun à tous les habitans du Duché de
Modene , de ne garder chés eux aucunes armes .
Il Y eut le 5. du mois dernier , près de Spilim➡
berto une rencontre entre un détachement des troupes
Espagnoles & les Hullards des troupes Autri
chiennes , & ces derniers ont fait quelques prifon
niers . Les mêmes Huflards ont fait une courte du
côté de Bologne , & ils ont enlevé un Lieutenant
Colonel , deux Capitaines & un Quartier Maître
des troupes du Roy des deux Siciles .
Le Duc & la Ducheffe de Modene doivent le
rendre du Ferrarois à Venife , & le Prince Héreditaire
, leur fils , eft allé à Maſſa , avec la Princeſſe ,
fon épouse.
Le Roy de Sardaigne & le Comte de Traun ont
ordonné à la Bourgeoifie de Modene , de payer
chaque Soldat trois fols de Piéinont , par jour.
On a apris de Modene du 29 du mois dernier ,
que la garnifon qui étoit dans la Citadelle de cette
Ville , demanda le 28. à capituler , après s'être dé→
fendue avec une extrême valeur , & après avoir fait
plufieurs forties dans lefquelles elie a tué beaucoup
de monde aux affiégeans .
Il a été reglé par la Capitulation , fignée le 29 .
que cette garnifon fe rendroit prifonniere de guerre
, mais que les Officiers fortiroient avec leurs
épées , & qu'il auroient la liberté de fe retirer fur
leur parole où ils jugeroient à propos ; qu'ils pour
roient , ainfi que les Soldats , emporter tout ce qui
leur apartient , & que le Roy de Sardaigne feroit
fournir à la garnifon les chariots néceffaires pour
cet effet
; que les Régimens , tant Nationaux qu'E
trangers , dont cette garnifon étoit compofée , feroient
conduits par des efcortes aux differens Lieux
qu'il plairoit au Roy de Sardaigne de leur indiquer
pour
JUILLET. 1742. 1645
pour y demeurer , & que ce Prince auroit foin de
pourvoir à leur fubftance ; qu'il fe réferveroit le
droit de punir les déferteurs des troupes Autrichiennes
& Piémontoiſes , qui feroient trouvés dans
la Citadelle , ou d'ufer de clémence à leur égard ;
qu'il feroit permis au Commandant de la Citadelle
d'entrer dans la Ville , & d'y pafler quelque tems ,
pour mettre orde à fes affaires domeftiques , avant que
d'aller joindre le Duc de Modene ; qu'auffitôt après
la fignature de la Capitulation , des détachemens
des troupes de la Reine de Hongrie & du Roy de
Sardaigne prendroient poffeffion des deux portes de
la Citadelle : que les Soldats de la garnifon feroient
défarmés , & que les affiégés remettroient leur artillerie
& leurs munitions , foit de guerre , foit de
bouche , aux Commiffaires nommés par le Roy de
Sardaigne & par le Comte de Traun.
S. M. a détaché le Comte d'Apremont , Lieutenant
Géneral de fes armées , avec un Corps de
3c00. hommes de Cavalerie pour obferver les
mouvemens du Duc de Montemar .
Un Valet de Chambre du Cardinal Paffionei
trouvé depuis peu à Rome une Pierre antique gravée
, fur laquelle eft la tête d'Alexandre le Grand,
& qui eft eftimée d'un grand prix.
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 26, du mois dernier,
que l'Intendant de Marine de S. Sébaſtien a
fait fçavoir au Roy, que Don François de Jaureguy,
Commandant la Frégate la Notre-Dame del Coro ,
y avoit conduit un Brigantin Anglois , dont il s'étoit
emparé le 12. Mai dernier , vers le 35. dégré
de Latitude Septentrionale , & que le 12. du mois
dernier un Vaiffeau de la même Nation avoit été
pris
747 MERCURE DE FRANCE
pris à la hauteur des Ifles de Glenan par là Galiotte
l'Amitié.
S. M. a apris par des lettres de l'Intendant de
Ma ine de Bilbao , que le 3. & le 5. il étoit entré
dans ce Port deux prifes faites par l'Armateur Don
Juan Florent de Miranda .
Un Bâtiment de Melilla , armé en courſe , enleva
le 9. près de Malaga la Balandre Angloiſe l'Endeawour
, commandée par le Capitaine Philipe Hogan.
On mande de Madrid du 3. de ce mois , que les
derniers avis reçûs de Vigo , portent qu'un Armateur
Espagnol y avoit conduit le Vaiffeau Anglois
le Heatchote , qui revenoit de la Caroline Méridionale
, & dont il s'est emparé vers le 44. & le 45 .
degré de Latitude Septentrionale.
Les Efpagnols ont encore pris les Vaiffeaux la
fainte Marguerite & le Prince de Galles , comman .
dés par les Capitaines Andries & Smith ; l'un en allant
de Gibraltar à Dunquerque , & l'autre en revenant
de Terre- Neuve .
NAPLES.
Na apris de Naples du 19. du mois dernier ,
que quoiqu'il n'y ait aucune aparence que les
Anglois penfent à former quelque entreprife contre
cette Ville , le Gouvernement a jugé à propos
de fe préparer à tout évenement , fur la nouvelle
qu'il a reçûë du départ du Contre-Amiral Leftock ,
que l'Amiral Matthews a détaché de Villefranche
pour une expédition avec une partie de l'Efcadre
Angloife qui eft dans la Méditerranée , & que l'on
a pris à Naples toutes les mesures néceffaires pour
fe mettre également à l'abri de la ſurpriſe & de
I'nfulte.
PORTUGAL .
JUILLET . 1742. 1647
O
PORTUGAL.
N aprend de Lisbonne , qu'on efpere de voir
la fanté du Roy de Portugal fe rétablir.
Les Religieux Hieronimites ont tenu depuis peu
dans leur Convent de Belem un Chapitre Géneral,
& ils ont élû pour General de leur Congrégation
le Pere Sauveur Correa de Sa , Docteur de la Faculté
de Théologie de l'Univerfité de Coïmbre
Qualificateur du Saint Office , Confulteur de la Bulle
de la Croifade , & Examinateur des trois Ordres
Militaires .
L
GENES ET ISLE DE CORSE. 势
E 16. du mois dernier un Pinque Eſpagnol ,armé
en courfe, s'empara à la vue de Genes, d'un petit
Bâtiment Anglois , chargé d'environ 2000. mines
de bled , qui étoit forti du Port quelque tems après
lui . Ce Pinque ayant voulu revenir à Genes avec
fa prife , on lui tira des remparts plufieurs volées
de canon , pour l'obliger de le relâcher , ce qui détermina
l'Armateur a reprendre le large.
On a apris du Modenois , que les troupes Efpagnoles
& Napolitaines , commandées par le Duc de
Montemar , étoient actuellement en préſence de
celles de la Reine de Hongrie & du Roy de Sardaigne
, & qu'elles n'en étoient féparées que par le
Panaro , fur lequel le Roy de Sardaigne a fait jetter
un Pont , dont la tête eſt défenduë par une de
mie Lune.
On a apris en même- tems que le Roy de Sardaigne
n'avoit donné au Duc de Modene que jufqu'au
18. du mois dernier pour le déterminer à fe déclarer
en faveur de la Reine de Hongrie , que le Duc
de Modene avoit fait conduire beaucoup de vivres ,
de
1648 MERCURE DE FRANCE
de munitions & d'artillerie dans la Citadelle de
Modene , & qu'il y avoit aparence qu'il perfitoit
dans le deffein de ne point fe joindre au Roy de
Sardaigne .
Suivant les dernieres lettres de Lombardie , l'armée
Espagnole & Napolitaine & celle de la Reine
de Hongrie & du Roy de Sardaigne font toujours
dans la même pofition ; le quartier géneral de ce
Prince eft à Columbara , près de Modene ; celui du
Comte de Traun à Foffalto , & celui du Duc de
Montemar à un Village près du Fort Urbin , de
l'autre côté du Panaro . Les deux armées femblent
ne penſer , chacune de leur côté , qu'à fe retrancher
, & quelques bataillons , auxquels le Roy de
Sardaigne avoit fait paffer le Panaro , font retournés
joindre les troupes Piémontoiles.
On mande de la Baftie , que les douze Députés
des Provinces avoient remis au Marquis Spinola de
la part des Piéves, un Mémoire , qui contenoit plufieurs
propofitions que la République ne pouvoit
accepter , & dans lequel les peuples de l'Ine de
Corfe fembloient plutôt vouloir donner la loi , que
fe difpofer à la recevoir.
Le Marquis Spinola , en attendant les ordres de
la République à ce fujet , a fair marcher un détachement
de 300. homines à Roftino , où il y avoit
déja un pareil détachement .
On reçût le 30. du mois dernier à Genes la nouvelle
de la prife de la Citadelle de Modene , & depuis
on a apris que les troupes Efpagnoles & Napolitaines
, commandées par le Duc de Montemar
étoient décampées de Caſtel Franco , & qu'ayant
côtoyé le Panaro , elles s'étoient avancées à Buondeno
; que le Duc de Montemar y avoit fait paſſer
le Panaro à 25. Compagnies de Grenadiers , qui
avoient pris pofte fur l'autre bord.
Selon
L
JUILLET. 1742: 1649
pa-
Selon les avis reçûs de la Baftie , les Corfes
roiffent fort irrités de ce que les douze Députés des
Provinces , par crainte ou par complaifance pour
le Marquis Spinola , n'ont point ſuivi leurs inftructions
dans le Mémoire qu'ils lui ont remis , & de ce
qu'ils n'y ont point fait mention de la garantie & de
la protection du Roy de France.
Ces avis ajoûtent que les principaux habitans de
la Balagna s'étoient affemblés à ce sujet , & qu'ils
avoient tous figné une proteftation par laquelle ils
défavoüoient ce Mémoire & les démarches des Députés
. On a lieu de craindre que le feu de la révolte
ne te rallume dans plufieurs Piéves , & que les habitans
de celles de la Balagna & de Caccia ont déja
pris les armes ; & 300. hommes des troupes de la
République , lefquels étoient dans la premiere de
ces deux Piéves , fe font retirés précipitamment à
Corte , dans la crainte d'être attaqués par les Rebelles.
Les dernieres lettres de Corfe , portent que les
habitans paroiffent moins difpofés, que jamais à recevoir
les loix qu'on veut leur impofer , & que le
Marquis Spinola a été obligé de fufpendre l'établiſ
fement de la nouvelle taxe , pour ne pas donner OCcafion
à une troifiéme révolte .
On mande de Modene , que la Citadelle de cette
Ville ne devoit être évacuée par la garnifon que le
3. de ce mois , & que le Roy de Sardaigne s'étoit
propofé de fe mettre le 4. en marche , pour s'apro
cher de l'armée commandée par le Duc de Montemar,
mais qu'il feroit obligé de demeurer encore
quelques jours dans le Modenois , afin de donner
au Comte de Traun le tems de pourvoir à la fub
fiftance des troupes Autrichiennes.
Le Duc de Montemar a repaffé le Panaro , & il
n'eft refté du côté de Genes qu'une petite partie
des
165 MERCURE DE FRANCE
des troupes Espagnoles , pour couvrir la tête des
Ponts que ce Géneral a fait jetter fur cette riviere.
L
12.
GRANDE BRETAGN E.
Es lettres de Londres du 14. du mois dernier ,
portent qu'on a reçû avis de Saint Kitt , que le
Avril il y avoit eu une action très vive entre les
Vaffeaux l'Etham & le Lively , commandés par les
Capitaines Smith & Stewart , & trois Vaiffeaux de
guerre Espagnols .
Les trois Bataillons des Régimens des Gardes à
pied qui font arrivés à Oftende le onze du mois
dernier , en font partis le 13. pour fe rendre à Gand ,
& les quatre Régimens qui ont paffé la Mer avec
ces trois Bataillons , font allés à Bruges,
Trois des Commiffaires , chargés d'examiner la
conduite du Comte d'Orford , fe font transportés
au Bureau de la Compagnie de la Mer du Sud , &
ayant vifité les Regiftres de cette Compagnie , ils
en ont paraphé & fcellé fept , qu'ils ont ordonné
de porter devant le Comitté fecret .
Les Efpagnols fe font emparés des Vaiffeaux
Marchands le Burne , le Guillaume & Sara , le
Fowler , le Cheval Marin , la Sufanne & le Prince
Guillaume.
Le Vaiffeau de guerre le Dauphin , commandé
par le Capitaine Holburne , a conduit à Plymouth
un Armateur Efpagnol , qu'il a enlevé à la hauteur
de l'ifle d'Oueflant , & qui avoit fur fon bord 102.
hommes d'équipage . Cet Armateur eft le même qui
avoit pris il y a quelque tems le Vaiffeau le Nonveau
Shoream.
HOLLANDI
JUILLET. 1742. 16511
€ HOLLANDE ET PAYS -BAS.
ON mande de Bruxelles du 16.dumois dernier
, que le fecond
Convoy
des troupes
Angloifes
, que le Roy de la Grande
- Bretagne
s'eft
engagé
d'envoyer
dans les Pays- Bas , arriva
le onze
à Oftende
, & qu'il eft compofé
de trois Bataillons
des Gardes
à pied de S. M. Br. & de quatre
Régimens
, qui font chacun
de 800. hommes
.
Le troifiéme Convoi des troupes Angloifes deftinées
à paffer la Mer , eft arrivé à la vue d'Oftende.
Le 18. de ce mois & les jours fuivans , les Diamans
& les Bijoux de la feuë Archiducheffe Gouvernante
des Pays - Bas , ont dû être vendus publi- .
quement à Bruxelles à l'Hôtel d'Orange ,& cette vente
s'eft faite au plus offrant & en argent de change.
*****************
FRANC E.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
Lic
E 30. Juin , l'Abbé du Refnel , Acadé
micien de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres , fut reçu dans
l'Académie Françoife , à la place vacante
pár la mort de l'Abbé du Bos . Il fit un trèsbeau
Difcours , auquel le Duc de Richelieu ,
Directeur de l'Académie , répondit avec autant
d'efprit que d'éloquence .
Le 14. de ce mois , le Prince de Campo-
H Florido
652 MERCURE DE FRANCE
Florido , Ambaffadeur du Roy d'Espagne
eur , en long manteau de deuil , une Audience
particuliere du Roy , dans laquelle il !
donna part à S. M. de la mort de la Reine
Douairiere d'Espagne , & il préfenta au Roy
à cette occafion une Lettre du Roy d'Eſpagne.
Le Prince de Campo Florido cut enfuite
audience de la Reine , de Monſeigneur
le Dauphin , & de Mefdames de France , &
il fut conduit à toutes ces Audiences par le
Chevalier de Saintot , Introducteur des Ami
baffadeurs.
Le 19 , le Roy prit le deüil en violet pour
la mort de la Reine Douairiere d'Eſpagne .
M. l'Abbé Desjardins , Docteur de Sorbonne
, prêcha devant le Roy , le jour de la
Pentecôte derniere . L'objet de fon Diſcours
fut la néceffité que l'homme a du S. Efprit
Il fit voir dans fon premier Point , qu'il eft
néceffaire à tous , pour fe conduire dans les
routes du Salur.
Dans le fecond Point , qu'il eft néceffaire
aux Supérieurs de la Societé civile , pour
leur aprendre à y conduire les autres .
Il montra dans le premier Point , que
Phomme a beſoin de lumiere , pour découvrir
fes devoirs , & de force pour les rem
plir ; qu'on ne trouve la veritable lumiere ,
&
JUILLET. 1742.
& la veritable force , que dans le S Efprit.
=
Le fecond Point roula fur la maniere dont
les Apôtres conduifitent les premiers Chré
tiens qu'ils formerent. Il dir que cce: fût par
les Verités que ce même Efprit leur avoit
enfeignées , par la charité dont il les avoi
enflammés , par la fermeté qu'il leur avoit
communiquée. Il les propofa pour modéles
à ceux qui font chargés de la conduite des
ames , & du gouvernement des peuples.
Le 4 & le 7 Juillet , il y eut Concert chés
la Reine. M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Muſique du Roy en femeftre , fit exé¬
cuter le Ballet de l'Europe Galantes les prin
cipaux Rôles furent très bien remplis par
les Diles La Lande , Romainville , Abec , &
Mathieu , & par les fieurs Le Cler , Poirier
d'Angerville , Tavernier , Dubourg & Be
noit
Le 9 , la Reine entendit le Ballet des Fêtes
Venitiennes ; les mêmes Acteurs & le feur
Jeliot chanterent les principaux Rôles.
Le ri , le 14 , & le 16 , on concerta la
Tragédie de Thetis & Pelée , laquelle fut exé
cutée par les mêmes Acteurs.es
Le 18 le 21 , & le 23 , la Reine entendit
la Tragédie d'Amadis de Gaule ; chantée par
les mêmes Acteurs , & par le fieur Gode
nefche.
Hij Les
(3)
1654 MERCURE DE FRANCE
Les Vaiffeaux de la Compagnie des Indes ,
le Penthievre, l'Argonaute & la Baleine, dont
le retour prochain avoit été annoncé par les
trois Vaifeaux arrivés au Port de l'Orient
à la fin du mois de May dernier , font entrés
depuis peu dans le même Port , & ils font
très - richement chargés . Les Vaiffeaux le Penthievre
& l'Argonaute viennent de Bengale
& de Pondichery , & le dernier ayant touché
, en revenant , à l'Ile de France , il y a
trouvé un Bâtiment qui avoit été dépêché
du Fort de Mahé , Etabliffement François à
la Côte de Malabar , par lequel il a apris
que M. de la Bourdonaye étoit arrivé à Mahé
avec les fix Vaifleaux qu'il commandoit
affés à propos pour conferver cet Etabliſſe
ment , lequel étoit attaqué depuis dix - huit
mois par les Princes voifins , & dont la garnifon
composée de 100. hommes d'Infanterie
Françoife , & de 900. Noirs , n'étoit plus
en état de réfifter aux efforts des attaquans ,
qui étoient au nombre de 15000. M. de la
Bourdonaye étant débarqué avec 1500. hommes
, & y ayant joint la garnifon du Fort ,
il a attaqué les ennemis dans leurs Retranchemens
, & après une action très vive , dans
laquelle les Officiers & les troupes , le font
également diftingués , M. de la Bourdonaye
a forcé les Princes , qui attaquoient le Fort ,
à demander la paix , aux conditions de laquelle
JUILLET. 17426 1655
.
9 uelle on travailloit
au départ
du Bâtiment qui eft venu aporter
cette nouvelle
à l'ifle
de France .
La Grand Chambre du Parlement de Paris
termina à l'Audience le 13. Juin , la grande
Affaire de la veuve Bourgelat , contre les
Sieurs Dugas de Grange - Blanche & Conforts ,
lefquels ont été renvoyés de l'accufation contre
eux intentée , comme téméraire & calomnieufe
; l'Arrêt condamne la veuve Bourgelat
en 30. mille livres de domages & intérêts,'
& ordonne la fupreffion des termes injurieux
répandus dans les Mémoires , & permet la
publication de cet Arrêt , lequel en confénce
a été affiché le 11. du même mois
quence
dans tous les endroits accoûtumés de la Ville
& Fauxbourgs de Paris.
,
La Loterie Royale établie par Arrêt du
Confeil du 13. Février dernier , en faveur
des Pauvres , fut tirée pour la troisième fois
en la grande Sale de l'Hôtel de Ville
de Paris en préſence de Mrs les Prevôt
des Marchands & Echevins le 18. Juillet.
La Liſte générale des Billets gagnans fut publiée
le lendemain. Le Gros Lot qui eft de
100000. liv. eft échu au N ° 24406. fous la
Devife A Sainte Marie. Le fecond Lot qui
eft de 60000. liv . eft échu au N ° 26702. fous
la Devife Par complaisance.
Hij SEP
1656 MERCURE DE FRANCE
SERVICE SOLEMNEL fait pour
Sa Majefté Catholique la Reine Douairiere
d'Espagne, dans l'Eglife de l'Abbaye Royale
de Sainte Geneviève du Mont à Paris , le
Juillet , par ordre des RR. P P. Abbé
Religieux de cette Abbaye.
$
E.Portail&la Nefétoient rendus ennoir,
à la
hauteur de 25. pieds , le Jubé depuis le grand
CHRIST jufqu'à terre , le Choeur , depuis les Stales
baffes jufqu'au premier ordre d'Architecture , & le
Rond Point depuis le ceintre de la voute jufqu'en
bas ; fur cette tenture étoient attachés trois les de
velours noir , ornés d'Armoiries , & entre les deux
premiers lés du haut & celui du bas étoient pofées
les grandes Armoiries , il y en avoit quatre dans le
Rond Point, neuf dans le Choeur , trois au Jubé du
côté de la Nef & autant dans la même proportion , au
Portail. Sur les Tribunes on avoit mis neuf Girandoles
, dont l'une étoit au milieu , au- deffus de la
Porte du haur L'Aigle du Chour étoit couvert
d'un tapis noir , au devant de l'Aigle étoient quatre
tabourets couverts en noir pour les Chantres , &
trois bancs pour un nombre de Chanoines Rguliers.
Au- deffus du Tombeau de CLOVIS , on avoit
élevé un Dais en forme de Baldaquin , garni de 4.
pommes de velours noir,furmontées de plumes blanches
; le fond formoi une Croix de Moire d'argent,
fur un velours noir , avec quatre grandes Armoiries
aux angles de ce Dais quel étoit fufpendu à la
voute du Choeur , à cinq pieds de diftance feulement
; de ce Baldaquin romboient quatre grands
rideaux de toile noire & blanche . garnis de larmes
en argent & de Croix en or , ces rideaux avoient
dix huit aunes de long , relevés deux fois en grou-
PE
3 1742. 1657
JUILLET
.
pes & une fois en feftons , ils étoient attachés à
quatre piliers de l'Eglife avec des cor ions d'argent,
ornés de glands & de crêpines d'argent.
Sous ce Dais étoit la Repréſentation , élevée de
dix pieds , couverte d'un Drap mortuaire de velours
noir , bordé d'hermine , partagé par une Croix de
moire d'argent , avec deux grandes Armoiries ou
Ecuffons de chaque côté , & fur cette Repréfenta
tion etoit pofée une Couronne couverte d'un crêpe ,
qui tomboit jufqu'à terre. Autour de cette Repréfentation
étoient placés quatre gradins de differente
hauteur garnis pendant les Vigiles , de 100. chandeliers
d'argent avec leurs cierges et Armoiries . Aux
'pieds de la Repréfentation il y avoit deux tabourets
couverts d'un drap noir , pour les deux Amôniers
de la Reine , qui ont affifté à tout l'Office en Rochets
et en Manteaux longs.
On avoit élevé au - deſſus du Maître Autel un Dais
30. pieds de hauteur, fur lequel étoient 4. pommes
couvertes de velours noir, garnies de plumes et d'aigrettes
blanches ; le fond de ce Dais formoit parei
lement une Croix de moire d'argent fur du velours
noir, aux quatre angles duquel étoient pareillement
quatre grandes Armoiries ; la queuë de ce Dais formoit
auffi une Croix ornée de larmes en broderie
d'argent , avec des Armoiries aux quatre coins. A
ce dais étoient attachés deux rideaux de moire d'argent
herminés , relevés en feftons aux deux côtés
de la queue du Dais ; enfuite de cette queue étoient
deux gradins , couverts de drap noir , fur lesquels
on avoit mis 14. chandeliers d'argent , avec leurs
'cierges et Armoiries , et parmi ces cierges trois girandoles
garnies de cierges fans Armoiries .
La girandole du milieu portoit fur le premier &
le fecond gradin , aux pieds de laquelle il y avoit une .
Armoirie ou Ecullon pour couvrir l'efpace des 2.
Hiiij gradins
1658 MERCURE DE FRANCE
gradins , les 2 autres girandoles étoient pofées aux
extrémités du gradin d'en bas , au- deffous duquel
étoit placé un Rétable d'Autel des pieds de haut ,
formant une Croix ornée de larmes d'argent en
broderie avec des galons.Aux 4. angles de ce Rétable
, il y avoit 4. têtes de morts relevées en boffe
d'argent , aux côtés du Rétable 2. rideaux de toile
noire garnis de larmes d'argent , relevés en feftons ;
& au- deffus du Rétable gradins couverts d'un
drap noir , avec 3 Armoiries à chaque gradin ,
attachées fur le drap . On avoit mis fur ces gradins
22 chandeliers d'argent avec leurs cierges , garnis
d'Armoiries ,
Au milieu de ces chandeliers étoit pofée une
grande Croix d'argent , au pied de laquelle il y
avoit un voile noir en broderie d'argent . Pour placer
tous ces ornemens on avoit élargi le Maître-
Autel & les marche- pieds de 20 pouces ; aux côtés
de l'Autel on avoit mis 2 petites crédences , avec
chacune leur Rétable , ornées d'un cadre de velours
noir , fur lequel étoit brodée en argent une tête de
mort , avec 3 chandeliers , garnis de leurs cierges
& Armoiries fur chaque crédence , dont 2 aux extrémités
de chaque crédence & un plus grand
derriere. Le devant d'Autel étoit d'un beau velours .
noir, dont le contour étoit d'une broderie d'argent;
large d'un pied , & relevée en boffe , & au milieu
un cartouche repréfentant la Réfurrection du
Lazare.
>
La Baluftrade & tout le Sanctuaire étoient couverts
d'un drap noir . Le Candelabre du Choeur étoit
garni de 7 cierges . On avoit pratiqué hors le Sanctuaire
Eftrades qui alloient jufqu'aux grilles du
choeur , & fur ces Eftrades , qui étoient couvertes
d'un tapis noir , on avoit placé des chaifes , tabouplians
& couffins , couverts auffi en noir rets >
pour
JUILLET. 1742. 1659
pour le grand deuil . A droite du côté de l'Epitre
étoient les Dames , & à gauche du côté de
l'Evangile les Meffieurs ; on avoit mis auffi aux
premieres ftalles du côté droit , en entrant dans le
Choeur , plufieurs couffins couverts en noir pour les
Archevêques & Evêques qui ont affifté à ce Service.
La Meffe fut célebrée par le R. P. Abbé de Ste
Genevieve en habits pontificaux , il avoit un Prêtre
Affiftant en Chape ; un Diacre & Soudiacre d'Office
en Dalmatiques , Etoles & Manipules , deux Soudiacres
& deux Diacres d'honneur en Dalmatiques ;
un Porte Mitre , & un Porte Livre en Chapes ;
deux Acolytes en Tuniques & un Thuriferaire en
Surplis , quatre Chantres en Chapes pendant tout
Office ; deux jeunes Chanoines Réguliers , auff
en Chapes, chanterent le Graduel . Pendant la Profe
on fonna les 4 plus groffes Cloches ; tous ces Offciers
faluerent la Repréfentation & le Duc de
Chartres , à mesure qu'ils étoient obligés de paffer
devant ; PEpitre fut chantée par le Soudiacre
d'Office , fur un pupitre , couvert d'un tapis de
velours noir , brodé de larmes d'argent , qui étoie
au milieu du Chocur entre l'Aigle & la Repréfentation
, accompagné des deux Soudiacres d'honneur
, l'Evangile fut auffi chanté fur ce mème
pupitre par le Diacre d'Office , précedé du Thuriferaire
, des deux Acolytes , des Soudiacres d'Offce
, & accompagné des deux Diacres d'honneur.
"
Le Duc de Chartres , qui a affifté à ce Service
étoit placé fur l'Eftrade du côté de l'Evangile , il
avoit à les côtés l'Ambaſſadeur d'Efpagne , le Maréchal
de Biron , M. d'Argenfon , Chancelier du
Duc d'Orleans ; & derriere , plufieurs Aumôniers
en Rochets & Manteaux longs , avec les Grands
Officiers de la Reine d'Espagne , dont les Dames
d'Honneur & plufieurs autres Dames de diſtinction
Hy étoien
1660 MERCURE DE FRANCE
étoient placées fur l'autre Eftrade du côté de l'IS
pitre. Le Grand- Prieur , étoit monté à la Tribune
de la Reine , & le Maréchal de Noailles à celle du
Duc d'Orleans ; l'Archevêque de Paris , & l'Evêque
de Nitrie étoient placés aux premieres Stalles du
Choeur.
Sur la fin de la Meffe on diftribua des cierges à
toutes les perfonnes qui étoient dans les Stalles ; &
après la Meffe, le R. P. Abbé ayant été revêtu d'une
Chape , fe rendit avec tous fes Officiers aux pieds
de la Repréfentation , après avoir falué en paffant
le Duc de Charres , pour faire l'Abfoute &c. pendant
lequel tems on fonna encore les 4 plus groffes
Cloches de cette Eglife .
J
MORTS ET MARIAGES.
Ean Frain , Sr de la Motte , né le 10 Septembre
1641. en la Paro ffe de S. Martin de la Ville de
Vitré , Evêché de Rennes , Province de Bretagne ,
ancien Avocat au Parlement de cette Province ,
Confeiller du Roy , fon Avocat & Procureur dai
Siége des Traittes & Gabelles , Avocat Fifcal
& Procureur Fifcal Ho oraire de la Sénéchauflée de
Vitré, y mourut le 31 Octobre 1740. âgé d'environ
99. ans , fans s'être jamas fervi de Lurettes , ayant
toujours confervé la bonté de fa mémoire , ſon
efprit & fon bon fens juſqu'au dernier moment de
fa vie.
-La nommée Moulié , eſt morte à Aiguillon dans
la 112. année de fon âge.
Le 14. Avril dernier , Jean- Baptifte Fleurian , Marquis
d'Armenonville, Gouverneur & Grand- Bailli de
la Ville de Chartres, Bailli d'Epée de Bar- fur- Seine,
Brig- dick
JUILLET. 1742. 1661
Brigadier des Armées du Roy , de la Promotion du
15. Mars 1740. & Meftre de Camp d'un Régiment
de Dragons , par Commiffion du 14. Decembre
1727. mourut en Boheme , dans la 31. année de
fon âge , étant né le 26 Decembre 1711. Il avoit
envoyé en France la démiſſion de fon Régiment . Il
étoit fils unique de feu Jofeph - Jean - Baptiste Fleuriau
, Comte de Morville , Miniftre , & ci- devant
Sécretaire d'Etat , Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'Or , Gouverneur & Grand- Bailli de Chartres,
mort le 3. Février 1732. dans la 46. année de fon
âge, & de Charlotte- Elizabeth de Vienne, à préſent
fa veuve. Le Marquis d'Armenonville avoit été marié
le 22. Decembre 1735 avec Anne- Philiberte-
Jeanne Amelot de Chaillou , fille de Jean-Jacques
Amelot , Seigneur de Chaillou , Miniftre & Sécretaire
d'Etat , ayant le Département des Affaires
Etrangeres , ci - devant Intendant des Finances , &
de défunte Anne- Marie- Pauline Bombarde , premiere
femme . Il n'en a point cû d'eufans . Il laiſſe
deux Soeurs , qui font , Jeannne- Thereſe Fleuriau
de Morville , mariée le 29. Juillet 1728. avec Alexandre
- Nicolas de la Rochefoucaud , Marquis de
Surgeres , qui a obtenu le Régiment de Dragons de
fon beau -frere ; & Marguerite -Charlotte Fleuriau
de Morville , mariée le 22. Decembre 1740. avec
Pierre- Emmanuel de Cruffol de Senectaire, Vicomte
de Leftrange & de Leully , Baron de Privas ,
apellé le Marquis de Cruffol , Colonel du Régiment
de l'Ile de France , Infanterie , par Commiffion
du 15. Avril 1738.
fa
Le même jour , Louis - Etienne Berthelot de
Duchy , Confeiller au Parlement de Paris en la feconde
Chambre des Enquêtes , reçû le 19. Juillet
1740. mourut âgé de 21. ans . Il étoit fils aîné de
Louis-Henri Berthelot de Saint Laurent , Maître
Hvj des
1662 MERCURE DE FRANCE
*
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , depuis
1724. & auparavant Préfident à Mortier du Parle
ment de Metz , & de Loüife Piécourt fon épouſe.
Le dix - neuf , Dame Antoinette Angelique
de la Salle , Epoufe de Pierre Porlier , Confeiller
du Roy en fes Confeils , Maître ordinaire en
fa Chambre des Comptes à Paris , & Confeiller
en l'Hôtel de Ville , avec lequel elle avoit été mariée
le 26. Mars 1722. mourut fans avoir eu d'enfans ,
âgée de 41. ans paffés , étant née le 3. Mars 1701 ..
Elle étoit fille de feu Simon de la Salle , Maîtreordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris
mort le 6. Avril 1728. âgé de 70. ans , & de dé-
- funte Marie- Michelle Fournier , morte le 21. Août
1734. âgée de 63. ans.
Le .. Avril .... Thoynard de Montzuzain , Gentilhomme
à Drapeau dans le Régiment des Gardes
Françoites depuis un an , & fecond fils de Barthelemi
Toynard , Baron de Vouldy , Montzuzain
Vouë , S. Remi , S. Martin , Seigneur de Monteay
Jouy , Ligny , &c. l'un des Fermiers Généraux
des Fermes du Roy , & de Marie de S. Pierre , mou
' rut âgé de 21. ans.
Le 20. Dame Marie -Jeanne- Louife le Coufturier .
Epoufe de Charles - François de Montholon , Seigneur
d'Aubervillier , Confeiller au Parlement de
Paris , de la feconde Chambre des Enquêtes , avec
lequel elle avoit été mariée le 4. Novembre 17342
mourut âgée de 27 à 28. ans , laiffant un fils unique.
Elle étoit fille d'Euftache- François le Coufturier
, Seigneur de Mauregard & du Mefnil , Préfi
dent en la cinquiéme Chambre des Enquêtes du
Parlement de Paris , depuis 1738. ci-devant Préfident
au Grand Confeil , & de feuë Marie-Marguerite
Bofc, fa premiere femme .
Le 21...... Emé de Gniffrey de Monteynard,
Marquis
JUILLET.
1742 1663
Marquis de Marcies , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , ancien Gouverneur des Ville &
Arfenal de Grenoble , & du Baillage de Graifivaudan
, mourut à Grenoble , âgé de 65. ans , univerfellement
regretté . Hlaiffe pour fils le Comte de
Marcieu , Guidon de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde ordinaire du Roy, en faveur duquel
il s'étoit démis au mois de Mai 1739. du Gouver
nement de la Ville de Grenoble..
Le 23. Jacques Gabriel , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel depuis 1722. premier Architecte du
Roy , & premier Ingenieur des Ponts & Chauffées
de France , ci- devant Controlleur Général des Bâtimens
& Jardins du Roy , Arts & Manufactures de
France , & Architecte ordinaire de S. M. mourut à
Fontainebleau dans la 76. année de fon âge . Il
étoit veufen premieres nôces de Marie de Lefpine ,
-morte le 11. Août 1694. & en fecondes d'Elifabeth
Benier , morte le 16. Mai 1719. Il laifle
postérité.
9 Le 24. Jacques Robbe , Prêtre Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de la Maiſon &
Societé de Sorbonne du 31. Janvier 1715. Grand-
Maître & Principal c'u College Mazarin , place à
laquelle il avoit été élû au lieu de feu Jean - Antoine-
Paftel , le 15. May 1724 ; Prieur Commandataire
de S. Pierre de Cannes , ancien Profeffeur Royal
en Théologie , mourut à Paris , âgé d'environ
65. ans.
Le même jour, Robert Perot, Prêtre du Diocèfe
de Chartres , Abbé Commandataire de l'Abbaye de
l'Etoile , Ordre de Prémontrés , Diocèle de Blois ,
depuis 1702. & Prieur du Mont aux Malades, Ordre
de S. Auguftin Diocèfe de Rouen du 20. Janvier
1716. Lecteur du Roy & Garde de la Bibliothéque
de fon Cabinet depuis 1716, ci - devant Inf
tituteur
14 MERCURE DE FRANCE
tituteur de S. M. & Chanoine de l'Eglife Cathédrale
de Notre- Dame de Chartres , mourut à Verfailles
, dans la 82. année de fon âge , étant né à
Chartres le 4. Fevrier 1661.
Le 26. Jean Joffe , Prêtre , Recteur actuel de l'Univerfité
de Paris , mourut au College de Lifieux
âgé d'environ 48. ans . Il fut enterré le 30. fuivant
à S. Etienne du Mont fa Paroiffe , avec beaucoup
de Pompe & de Cérémonie , l'Univerfité qui
a fait les frais de fes Funérailles , ayant aſſiſté en
Corps à fes Obfeques .
Le même jour , Benoît - Jean -François Amyet ,
Seigneur d'Inville , Confeiller & Sous- Doyen de la
Cour des Aydes de Paris , où il avoit été reçu le
26. Mars 1687. mourut dans la 79. année de fon
âge , ayant étt batifé le 5. Decembre 1663. Il étoit
fils aîné de Jean Amyot , Ecuyer , Seigneur d'Inville
, Receveur Général & Payeur des Rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , mo t Doyen de fa Compagnie
le 25. Juillet 1714. dans la 88. année de ſon
Age , & de Marie Hatte , morte le 17. Avril 1694 .
âgée de 58. as . Il avoit été marié le 26. Avril
1687. avec Marguerite Yvonnet , feconde fille de
Pierre Yvonnet , Ecoyer Seigneur de Bauneville ,
& de Marie Anne Hardouin de S. Jacques . Il en
laiffe des enfans.
Le 28. Charles de Fontaines , Seigneur de la Neuville
au Bos , Hwiry & Veron en Picardie , apellé
le Marquis de Fontaines , Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment Royal Piémont , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , mourut à Linich
près de Juliers , dans ' Armée du Roy du Bas Rhin ,
dans la 1. année de fon âge , étant né le 21. Juin
1691. Il n'a oit point éré marié Illaiſle pour frere
& foeurs René de Fontaines , Chevalier non piofés
de l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , né le
JUILLET. 1742 1665
Is. Decembre 1704. Anne de Fontaines , Dame
d'honneur de la Princefle de Conty , & époufe de
Jean -Pierre , Marquis de Fontanges , & Louife de
Fontaines , Religieufe Cordeliere à Abbeville. Ils
font tous enfans de feu Nicolas de Fontaines , Seigneur
d'Hwiry , la Neuville au Bos , & Veron ,
Maréchal des Camps & Armées du Roy , & ancien
Meftre de Camp de Cavalerie , & de Marie- Louiſe-
Charlotte de Pelard de Givry , morte le 8. Septembre
1730 , âgée d'environ 70. aus . Cette maiſon de
Fontaines eft une des plus anciennes & illuftres de
la Province de Picardie. La Morliére en a donné
la Généalogie dans fes Antiquités d'Amiens .
Le premier Mai , Pierre - Joſeph Carrion , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Lieutenant
de Vaiffeaux du Roy , depuis 1693 , mourut au
Havre en Normandie , âgé de 88 ans. Le mémoire
par lequel on nous fait part de la mort de cet ancien
Officier , porte que fa famille eft d'une nobleſfe
fi ancienne , qu'elle remonte jufqu'à l'an 1300 ;
qu'elle eft alliée entr'autres avec les Maifons de
Beauvau , du Bellay , & de Lenoncourt , & que
celui dont on annonce la mort , étoit fils puîné de
Pierre Carrion , Seigneur de l'Epronniere en Anjou
, qu commandoit en 165i un Efc dron de
PArriere Ban , & qui fut fait dans le même tems
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy.
Celui ci avoit pour frere puîné François Carrion
Seigneur du Petit- Pont , Colonel d'Infanterie , &
mo t' Lieutenant de Roy de la Baffée , lequel a fait
branche ; & pour fæeurs Claude - Marie Carrion
mariée avec François Camu de Fontaine - Villefort ;
Perrine Helene Carrion , mariée avec Jean- Georges
de Gruter , Gentilhomme Allemand , Meftre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie de fon nom
& Marie- Sufanne Carrion , mariée avec Antoine >
de
1666 MERCURE DE FRANCE
de la Haye Monbault . Celui qui vient de mourir
avoit épousé en 1692. Etiennette Tixfier , fille de
noble homme André Tixfier , Seigneur de S. Prix,
de laquelle il laiffe trois garçons , qui font André
Jofeph Carrion qui a fervi dans la Marine , Charles
Carrion Prêtre , Prieur de Preveffin & Jean-
Baptifte Carrion , Gouverneur de Montluel en
Breffe , & Gentilhomme de Mademoiſelle Louife-
Anne de Bourbon - Condé .
,
Le 2 , Julien - Denis Coignet , Seigneur des Clayes,
Vaucreffon , &c. Confeiller en la Grand'Chambre
du Parlement de Paris , où il avoit été reçu le 16
Février 1707 , mourut à Paris , âgé d'environ 58
ans. Il étoit fils de Julien Coignet , Seigneur des
Clayes , près de Villepreux , mort Confeiller Honoraire
au même Parlement le premier Janvier
1696. âgé de 50 ans , & de Catherine- Françoife de
Launay , morte le 17 Septembre 1684. Il avoit été
marié , avec Marie- Anne le Feron , morte le
8 Octobre 1732. dans la 48. année de íon âge ,
laquelle étoit fille de Jerôme le Feron , Seigneur
d'Orville & de Louvre en Parifis , Confeiller au
Parlement de Paris , & de Marie de Paris Branf
court ; & 2°. avec ... du Pleffis , qu'il lai le veuve
fans enfans . Il refte de fa premiere femme une fille
unique , mariée avec Jean - Baptifte Moreau , Seigneur
de S. Juft , Confeiller au Parlement de Paris ,
ala feconde Chambre des Enquêtes.
Le 4 , Jean Baptifte Comte de Polaftron , Lieute
nant General des Armées du Roy , Gouverneur du
Neuf Brifac , & ci - devant Sous-Gouverneur de
Monfeigneur le Dauphin , mourut à Volin en
Boheme , âgé de 5 ans. Il fut d'abord Garçon
Major du Régiment du Roy , puis Colonel du
Regiment de Forez le 4
Février 1704 Il fervit à
la tête de ce Régiment en Espagne , où il emporta
d'emblée
JUILLET.
1742: 1667
>
d'emblée le 14 Janvier 1706. la Ville de Grans en
Arragon , qui fut pillée & brûlée. Il paffa la même
année en Italie , & il f rvit au Siége de Turin. Il
avoit obtenu au mois de Février de la même année
le Gouvernement de Caſtillon & de Caftillonnet en
Perigord , vacant par la mort de fon pere . Il fervit
au Siége de Gironne qui fut pris le 25 Janvier
1711. Le Régiment de la Couronne lui fut donné
au mois de Février 1712. Il fervit en 1714. à la tête
de ce Régiment au Siége de Barcelonne , où il fur
bleffé la nuit du 13 au 14 Septembre de trois coups
au bras & au côté , à l'attaque du Baſtion de Sainte
Claire. Il fut fait le 25 du même mois de Septembre
Infpecteur Géneral d'Infanterie , & Brigadier
le premier Février 1719. Il fut nommé au mois de
Septembre 173. pour fervir pendant l'hyver fur
la Frontiere de Champagne . Il fut fait Maréchal
de Camp le 20 Février 1734. & été nommé
ayant
au mois d'Avril fuivant pour être employé en cette
qualité pendant la prochaine Campagne dans l'Armée
d'Allemagne , il fe trouva au Siége de Philifbourg.
L'hyver fuivant il fut employé dans le
Département des trois Evêchés , & Frontieres de
Champagne, I continua de fervir en Allemagne
pendant la Campagne de 1735. Il fut nommé le 12
Novembre de la même année Sous Gouverneur de
Monfeigneur le Dauphin , & fait Lieutenant Géneral
des Armées du Roy le 24 Février 1738. &
Gouverneur du Neuf Brifac en Alface au mois
d'Avril fuivant. Il fut nommé au mois de Juillet
1741 pour être employé en qualité de Lieutenant
General dans l'Armée deſtinée à paffer en Baviere .
Il paffa le Rhin le 22 Septembre à la tête d une
colonne des troupes de cette Armée , avec laquelle
il arriva à Lawingen le 9 Octobre . Il fe trouva le
26 Novembre à la prife de Prague , où il commanda
1668 MERCURE DE FRANCE
da une attaque qui fut fort vive , quelques jours
après , il fut chargé du commandement d'un Corps
confidérable de troupes , avec lequel il chaffa les
Autrichiens de Willinow , & leur enleva un con
voi de farines & de forages. Le ; Janvier de la
préfenté année , il marcha avec le Corps de troupes
qui etoit tous les ordres & s'empara du poſte de
Teufchbrod , où il fit 200. hommes prifonniers de
guerre. Il étoit fils aîne de Denis Cote de Polaftron
, Seigneur de Lorac & d. Villeneuve , Chevalier
Grand Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Lieutenant Géneral des Armées du Roy ,
Commandant pour 5. M. dans les trois Evêchés de
S. Malo de Dol , & de S. Brieu , Gouverneur de
Mont Dauphin en Dauphiné , & de Ciftilion &
Caftillonnet , mort le 28 Février 1706 agé de 64
ans , & de Henriette de Foucaude, Comteffe de
S. Girons , & Baronne d'Aubret.Il avoit été mariề
le 17 Novembre 1715 avec Françoile -Jeanne-
Yoland de Mirmind , Com:eff: de Pieyffan , veuve
de François d'Arennes Lieutenant General des
Armées du Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Gouverneur de la Ville & Province d'I
vree en Piémont , & fille de Jean- François de Mir
mand , Comte de Pleyffan , & de Marie Yoland de
Portalès. Il en laiffe des enfans , entr'autres une
fille mariée le 17 Septembre 1736. avec Eleonor
François Comte d'Andlaw , en Alface , Mestre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie , ci - devant
Chaftelleraud par Commiffion du 24 Février 1734.
9
Les, Nicolas François Berthelot de Jouy ,
Ecuyer , ci-devant Avocat Géneral aux Requêtes de
l'Hôtel du Roy, & Confeiller- Secretaire des Commandemens
de feue Madame la Dauphine , Ayeule
de S. M. regnante , en furvivance , mourut à Paris
dans la 82, année de fon âge , étant né le 16 Fe-
Vries
JUILLET . 17423 1669
Vrier 1661. Il étoit fils aîné de François Berthelot
Seigneur de Joui , près de Verfales , Comte de
Pine S. Laurent en Canada , Confeiller - Secretaire
du Roy , Maifon , Couronne de France & de
fes Finances , Commiffaire Géneral de l'Artillerie
des Poudres & Salpêtres de France , Fermier Gé̟-
neral des Gabelles & cinq groffes Fermes , Tréfo
zier Géneral des Maifon & Finances , & enfuite
Secretaire des Commandemens de feuë Madame la
Dauphine Victoire de Baviere , mort le 3 Juin
1712. à l'âge de 84 ans ; & d'Anne Regnault d'U
chy , fa feconde femme , morte le 21 Août 1693 .
Il avoit été marié le 2 Juillet 1706. avec Marie-
Catherine Begon , fille de Michel Begon , Seigneur
de Montfermel , & de Catherine Guymont . Il en
laifle François Nicolas Berthelot de Bellebat , Sous-
Lieutenant au Régiment des Gardes Françoiſes , &
Sidonie Catherine Berthelot , mariée le 27 Octobre
1731. avec ..... Seguier , Seigneur de S.
Briffon. F
>
Le même jour , D. Marie - Benedicte Durand de
Villeblan , veuve de François d'Aleflo , Seigneur
d'Eragny , Gouverneur , & Lieutenant Géneral
pour le Roy des Ines & Terres - fermes de l'Amérique,
& auparavant Capitaine au Régiment des
Gardes Françoifes , mourut à Paris dans la Maiſon
des Dames de Miramion , âgée d'environ 86 ans
& fur inhumée le lendemain aux Minimes de la
Place Royale dans la Sépulture des d'Aleffo . La Dé.
funte étoit fille de Leonard Durand , Seigneur de
Villeblain , & de Françoife de Riviere. Elle avoit
eu une fille Religieufe a la Préſentation de Senlis
& un fils nommé Alexandre - François d'Aleffo d'Eragny
, qui avoit fervi dans la Marine , & dont la
veuve .... Pocquet , fille d'un Secretaire du Roy
à la Martinique mourut au mois de Mars dernier.
àPontoife, ayant eu deux fils Le
1670 MERCURE DE FRANCE
Le 6. Mai , Dame Marguerite- Elizabeth Bigot ;
veuve d'Etienne Hallée , Seigneur de la Baronie
de la Mothe-Saint Jean . Confeiller Secretaire du
Roy Mailon- Couronne de France & de fes Finances
honoraire , Chevalier de l'Ordre de S Michel ,
& ancien premier Commis du grand Comptant du
Trefor Royal , avec lequel elle avoit été mariée en
1703. & dont on a raporté la mort dans le Mercure
de Novembre dernier , p . 2547. mourut , âgée
d'environ 60. ans .
Le 9 , Françoife Melanie de Pechpeirou de Comminges
de Guitaut , Dile d'Epoiffes , Soeur du Com.
te de Guitaut , Lieutenant Géneral des armées du
Roy , & fille de Guillaume de Pechpeita de Comminges
, Comte de Guitaut , Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur des lles de Sainte Marguerite
& de S. Honorat de Lerins . Gouverneur de Châtillon
fur Seine , & Grand- Bailli d'Auxois , mort
le 27 Decembre 1685. & d'Elfabeth- Antoinette de
Verthamon , fa feconde femme , mourut à Paris ,
âgée de 60 ans .
Le 11 , Louis de la Rochefoucaud , Marquis de
Montendre , ci-devant Capitaine de Vaiffeaux dù
Roy de la Promotion de 1704. & Capitaine Colonel
des Suiffes de la Garde de feu Charles de
France , Duc de Berry , mourut à Paris , dans la
73. année de fon âge , étant né le 14 Decembre
1669. Il étoit fils de feu Louis- Charles de la
Rochefoucaud de Fonfeque , Marquis de Montendre
, Seigneur de Montguion , Aguré , &c. & de
fenë Anne Pithou ; & il avoit été marié le 16 Septembre
1710. avec Sufanne d'Argouges , fille de
feu Florent d'Argouges , Seigneur & Baron du
Pleffis d'Argouges , le Fay Billot , Tilvaut , les
Greves & d'Urtubife , Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , & de Louiſe du Vau ;
mais il n'en laiffe point d'enfans, Le
SU
JUILLET. 1742. 1671
Le 12 , Jofeph Privat de Molieres , Prêtre , Profeffeur
Koyal en Philofophie , Affocié ordinaire
de l'Académie Koyale des Sciences , où il avoit été
reçu en 1721 Membre de la Societé Royale de
Londres , Auteur de plufieurs Ouvrages de Mathématique
, & de Phyfique , mourut au College
Royal , Place de Cambray à Paris , âgé d'environ
68 ans.
Le 13 , Nicolas Andry , Confeiller du Roy ,
Lecteur & Profeffeur en Medecine au College
Royal de France , Doyen des Profeffeurs de ce
College , Cenfeur Royal de Livres , Docteur
Régent & ancien Doyen de la Faculté de Medecine
de Paris , connu par un grand nombre d'Ouvrages,
& qui avoit travaillé long- tems au Journal des .
Sçavans de Paris , mourut âgé de plus de 80 ans .
Le 15 , Jofeph de Mefmes , Marquis de Ravignan ,
Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis , Lieutenant General des Armées du Roy ,
Gouverneur de la Ville de Guife en Picardie , & cilevant
Directeur Géneral d'infanterie , qui étoit
arti de Paris le 31 Mars dernier , pour le rendre à
'Armée du Roy en Allemagne , mourut à Strauingen
en Baviere , dans la 73 année de fon âge
tant né dans la Paroiffe de Perquier , Diocèle
Aire en Gascogne , le 4 Février 1670. li avoit
ommencé par être Page du Roy en fa petitc Ecurie
il fut reçu au mois de Novembre 1687. il fut
ait en la même année sénechal & Gouverneur des
Villes du Mont de Marfan , Turfan , & Gavardan
1 lieu de feu fon pere. En fortant de Page il fut
cceffivement Officier de Dragons Enfeigne
11694. & Sous Lieutenant en 1695. au Régiment
les Gardes Françoifes , " Colonel du Régiment de
Foix en 1696. & fait Brigadier d'Infanterie le 10
Février 1704. Il fervit au Siége de Lille en 1708. &
>
il
1671 MERCURE DE FRANCE
il y fut bleffé, mais légerement , à l'eftomach . Il fut
déclaré Maréchal de Camp le 12 Novembre de la
même année. Il fervit au Siége de Tournay au mois
de Juillet 1709. & fe trouva le 11 Septembre fuivant
à la Bataille de Malplaquet , après laquelle il
fut nommé Inspecteur d'Infanterie . Il attaqua &
défit entierement près de S. Eloi Vive für la Lis le
19 Septembre 1710. un grand Convoi de munitions
de guerre venant de Gand , & commandé par le
Comte d'Athlone , qui fut fait prifonnier. Ses fer
vices furent récompenfés au mois de Novembre
fuivant d'une penfion de 2000 livres . Il commanda
les Troupes Françoites dans Bouchain , pendant le
Siége de cette Place , qui fut obligée de fe rendre
Je 13 Septembre 1711. après 22 jours de tranchée
ouverte Il demeura prifonnier de guerre en vertu
de la Capitulation. Il fut fait Lieutenant General
des Armées du Roy le 8 Mars 1718. Commandeur
de l'Ordre de S. Louis à 4000 livres de penfion le
20 Avril 1779 & Directeur Géneral de l'infanterie
Je 4 Juillet fuivänt , le Gouvernement de Guife lui
fut donnée au mois de Septembre 1736. & il obtiar
la Grand- Croix de l'Ordre de S Louis le 2 Février
1737. Il étoit fils d'Alcibiade de Mefmes , Seigneur
de Perquier , de Ravignan & de Luffon , Sénechal
& Gouverneur des Villes du Mont de Marfan , de
Turtan & Gavardan , ancien Capitaine au Régi
ment de Navarre , mort en 1687. & de Marie
d'Arrac de Vignes . Il avoir été marié le 9 Juin
1712. avec Mane Albertine Racine fille de Michel
Racine , vivant Receveur Général des Finances de
la Généralité d'Alençon , & de Petronille Vanderl
linde. I la laiffe veuve fans enfans.
Le 16 , Denis- Simon de Mauroy , Lieutenant
General des Armées du Roy , ancien Infpecteur
General de fa Cavalerie , ancien Maréchal General
des
JUILLET.1742.7 1.673
Logis de fes Camps & Armées , & Gouverneur
des Ville & Chateau de Tarafcon mourut à Paris
igé d'environ so ans Il avoit commencé à fryin
en 1673. en qualité de Cornette , depuis il fut
Icceffivement Capitaine de Cavalerie en 1674.
Lieutenant Colonel du Régiment de Courtebonne
en 1688. & Meftre de Camp du Régiment de Ca❤
valerie , ci-devant d'Humieres , en 1690. Il eut au
mois d'Octobre de la même année le Gouvernement
de Tarafcon. Il fervit à la priſe de Savillan en
Piémont en 1691 , & il fut beffé à la Bataille de la
Marfaille en 1693. Il fut fait Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis le 8. Février 1694 Brigadier
de Cavalerie le 19 Janvier 1702. Inſpecteur Géneral
de Cavalerie en 1703. Maréchal de Camp le 10
Février 1704. Maréchal General des Logis des
Camps & Armées du Roy au mois de Mars 1798.
& enfin Lieutenant Géneral à la Promotion du s
Mai 1718. Il étoit fils de Denis de Mauroy
ci
devant Auditeur, en la Chambre des Compres de
Paris , mort le 7 Juillet 1688. & de Françoiſe
Heurlot , morte, le 17 Novembre 1675. Il avoit
poulé Anne le Maire morte le 9 Mars 1715. de
laquelle il laiffe deux filles , dont une Religieufe , &
rançois Denis de Mauroy, né le 9 Octobre 1698,9
Pabord Cornette dans le Régiment de Marteville
en 1714. puis Capitaine de Cavalerie dans le Régiment
Dauphin en 1718. & Meftre de Camp à la
fuite de ce Régiment au mois de Mai 1719. Il fit
en cette qualité la même année la Campagne en
Espagne & il fut fait Brigadier des Armées du Roy
Ze 18 Octobre 1734 I fert actuellement à l'Armés
de la Meufe , commandée par le Maréchal de Maile
lebois. Il eft veuf de Genevieve -Franço fe de Pleurre,
dont la mort eft raportée dans le Mercure de`
Novembre 1739. p. 2718, & de laquelle il a un fi's
une fille. Le
1674 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , D. Marie Brunet de Rancy ;
Dame de Comblaville , Vaux - la - Roïne , &c . épouse
de Louis- Henri François Colbert , Comte de
Croly , Lieutenant General des armées du Roy ,
Lieutenant pour S. M. dans l'Evêché & Comté
Nantois , Gouverneur de Crecy en Brie , ci- devant
Ambaffadeur de France en Suede , avec lequel elle
avoit été mariée le 30 Décembre 1711 , mourut au
Château de Madrid , dans le Bois de Boulogne , âgée
de 49 ans. Elle étoit fille de Paul- Etienne Brunet de
Rancy , Seigneur d'Evry-les - Châteaux , Egrenay ,
Comblaville , Vaux - la - Roïne , Confeiller- Secretaire
du Roy , Maiſon , Couronne de France & de fes
Finances , & Fermier Géneral des Fermes de S. M.
mort le 19 Août 1717. & de Genevieve Colbert ,
morte le 18 Novembre 1734. Elle laiſſe un fils âgé
de 14 à 15 ans , qu'elle a fait fon légataire univerfel
, & une fille mariée au mois de Janvier 1731 .
avec François Gilbert Colbert , Marquis de Chabannois
& dc S. Pouange.
Le même jour , Antoine Grondeau , Ecuyer ,
Sieur de Flobert , Commiffaire Ordonnateur des
armées du Roy , & Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , mourut à Paris , dans la 77. année de
fon âge , étant né le 13 Mars 1666. Il étoit fils.
d'Antoine Grondeau , Confeiller- Secretaire du Roy,
Maifon , Couronne de France & de fes Finances ,
mort le 29 Janvier 1690 & de Marie de S. Gobert ,
& il avoit épousé en 1704. Marie- Magdelaine de
Gafpardon , native de Cazal dans le Montferrat ,
laquelle obtint des Lettres de naturalité en France
au mois de Janvier1705 . Elle étoit fille du Comte de
Gafpardon , Lieutenant Géneral en Italie. Il laiffe
d'elle Frederic- Antoine Grondeau , Sieur de Flo
bert , Ingénieur en fecond au fervice du Roy d'Ef--
pagne , & Marie, Charlotte- Therefe Grondeau de
* Flobert
JUILLET. 1742 1675
Flobert , mariée le 25 Novembre 1726. avec Charles-
Felix Rondé , Tréforier Géneral des Fortifications.
Le 17 , Abdon Victor de Riencourt d'Orival
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , dans
lequel il fut reçu de minorité au Grand - Prieuré de
France en 1701. mourut à Paris , dans la 44 année
de fon âge , étant né au Château d'Orival , Diocèſe
de Rouen , le 16 Juillet 1698. Il étoit frere puîné
de Charles-François de Riencourt , Marquis d'Orival
, Brigadier des Armées du Roy , de la Promotion
du premier Février 1719. ci- devant Meftre de
Camp du Régiment de Dragons de la Reine , marié
avec Marie d'Angennes , de laquelle il a Marie-
Adelaide de Riencourt d'Orival , file unique ,
mariée le 2 Janvier de la préfente année 1742 .
avec Pierre- Cefar de S. Georges , Marquis de
Verac , Lieutenant Géneral en Poitou ; & d'Alfonfe-
Theodore de Riencourt d'Orival , Capitaine
au Régiment des Gardes Françoifes , & Brigadier
des Armées du Roy , de la Promotion du 15 Mars
1740. tous trois fils de Jean- Auguftin de Riencourt,
Marquis d'Orival , Seigneur de Bergicourt , & de
Marie- Anne des Friches Doria de Brafſeuſe. Cette
Maiſon de Riencourt eft originaire de Picardie , &
porte d'argent à trois faces de gueules frettées
d'or.
Y
Le 20. Dame ..... Moreau, veuve depuis le 19.
Novembre 1739 de Jean - Charles de Bonnevie , Seigneur
du Marquifat de Vervins en Picardie , Confeiller
& Commiffaire aux Requêtes du Palais du
Parlement de Paris , avec lequel elle avoit été mariée
au mois d'Avril 1733 , mourut à Paris âgée de
22 ans , laiffant une fille unique âgée de 4. ans ;
elle étoit fille de Pierre-Jacques Moreau , Seigneur
de Naffigny , Préfident en la premiere Chambre
I des
1676 MERCURE DE FRANCE
des Requêtes du Palais du Parlement de Paris , &
de Claude- Françoife -Antoinette Damorefan de
Précigny.
Le 21. Paul Mérault , Prêtre , mourut à Paris ,
âgé d'environ 45.ans . Il étoit fils de feu Alexandre
René Mérault , Seigneur de Villeron , Conie , Immonville
, & Monminard , Confeiller honoraire en
la Grand'Chambre du Parlement de Paris , mort le
10. Février 1718 , & d'Elifabeth le Boiftel fa premiere
femme. Il étoit frere germain de René Mérault
, Préſident du Bureau des Finances , & Chambre
du Domaine de la Generalité de Paris , reçu à
cette Charge en 1740 , & qui a eu pour mere Marie
Sufanne Fornier de Montagny , feconde femme
de fon pere , morte le 26. Février 1715 L'Abbé
Mérault qui vient de mourir , étoit oncle de Charles-
René Mérault , Seigneur de Villeron , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy.
Le même jour , Dame Louife- Charlotte -Fran◄
çoife d'Hallencourt de Dromenil , Epoufe de Charles-
Brulart , Marquis de Genlis, Diocèle de Noyon ,
avec lequel elle avoit été mariée au mois de Novembre
1726. , mourut à Paris , âgée d'environ 32
ans , laiflant ; fils en bas âge. Son corps a été
tranfporté de S. André des Arts aux Grands Auguftins
, où il a été inhumé dans la fepulture de la
Famille de Brulart . Elle étoit niéce de Charles-
François d'Hallencourt de Dromefnil , Evêque de
Verdun , & fille d'Emmanuel Jofeph d'Hallencourt
, Marquis de Diomefnil , ci -devant Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Dauphins , & de Louiſe de Proify.
Le 25. D...... Dezallier , épouſe de Claude-
Jacques de Beze de-Lys , Confeiller au Parlement
de Paris , à la feconde Chambre des Enquêtes ,
avec lequel elle avoit été mariée en 1741. mourut
en
JUILLET. 1742 1677
en couches d'une fille , fon premier enfant ; cette
Dame étoit fille d'Antoine- Jofeph Dezallier , fieur
d'Argenville , Confeiller , Secretaire du Roy , Maifon
Couronne de France & de fes Finances , &
Maître ordinaire en fa Chambre des Comptes de
Paris .
•
Le même jour, François Prat , Confeiller - Secretaire
du Roy , Maiſon , Couronne de France & de
fes Finances , reçu en cet Office en 1720 , & Receveur
general des Finances de la Generalité de Paris,
mourut à fa maifon de Valenton , âgé de 73 ans
fans avoir été marié . Il laiffe pour heritiers Paul-
François Bigres , fieur de Chevilly , Treforier-
Payeur des gages des Officiers du Grand Confeil
& .... Bigres , Epoufe de Jacques- Eufebe Chafpoux
, fieur de Verneuil , Secrétaire de la Chambrė
& du Cabinet du Roy , & Introducteur de Ambaffadeurs
, frere & foeur , fes neveu & niéce , enfans
de Paul - François Bigres , Confeiller - Secrétaire du
Roy , Maifon Couronne de France & de fes Finances
, & Tréforier Payeur des gages des Officiers
du Grand Confeil , mort le 8. Juillet 1720 & de
Marie- Felice Prat , morte Avril 1727 .
Le même jour . ...... de Roban , Comte de
5. Pol , feul fils de Charles de Rohan , Prince de
Soubife , Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde ordinaire du Roy , &
Brigadier de fes Armées & de feuë Anne - Marie-
Louiſe de la Tour de Bouillon , morte le 19. Septembre
1739 , mourut à Paris dans la troifiéme année
de fon âge , étant né le 12. Septembre 1739 .
le
23.
Le 27. Jacques Gobelin , Confeiller du Roy , Auditeur
honoraire en fa Chambre des Comptes de
Paris , Charge en laquelle il avoit été reçu au lieu
de feu Nicolas Gobelin , fon pere , le 29. Avril
1690. & de laquelle il s'étoit démis au mois de
I ij Mai
1678 MERCURE DE FRANCE
Mai 1740 , en faveur d'André Boyer , fon beaufrere
, mourut âgé de 87 ans , fans pofterité .
Le 28. D. Françoife - Chrétienne Dauvet , Epoufe
d'Adrien d'Herbouville , Marquis d'Herbouville ,
Seigneur de S. Jean du Cardonnay , la Cour - le-
Comte , la Gaillarde , le Bourgd'un , Luneray ,
S. Pierre le vieux , Baron de Longueval , Lagny
le Marqué, Bellau , &c. Meftre de Camp de Cavalerie
, ci-devant premier Enfeigne des Gendarmes
de la Garde du Roy , avec lequel elle avoit été mariée
le 21. Mai 1705 , mourut à Paris , âgée d'environ
59. ans, & laiffant des enfans . Elle étoit fille
de feu Louis Anne Dauvet , Comte d'Eguilly
Marquis de S. Phal , Baron de Bellan , & de feue
D. Marie-Magdelaine de Chambes- Monforeau.
-
9
Le 30. D. Marie Luillier , veuve depuis le 21 .
Août 1700. de Jofeph - Guillaume Seigneur de la
Vieuxville , Marquis de Maulle , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy , & Secretaire
des Commandemens de feue Madame la Dauphine,
Mere du Roy regnant , avec lequel elle avoit été
mariée au mois d'Avril 1680, mourut à Paris, âgée
de 88. ans ; elle avoit eu pour enfans Alexandre-
Guillaume fieur de la Vieuxville , Secretaire des
Commandemens de la Reine regnante , mort le 28 .
Février 1733. fans pofterité ; Pierre - Guillaume de
la Vieuxville mort Evêque de Bayonne le 39.
Juin 1734. Marie Guillaume de la Vieuxville ,
morte veuve de Pierre Pollart , Seigneur de Villequoy
, Confeiller au Parlement de Paris , le ro
Janvier 1716. laiffant des filles , qui font mariées
& Henriette-Guillaume de la Vieuxville , femme de
Pierre Poulletier , Confeiller d'Etat , ci - devant Intendant
à Lyon , morte à Lyon au mois de Mai
1717, laiffant des enfans.
-
Le même jour , D. Marie- Marguerite de Carvoifin,
JUILLET. 1676 1742 .
fin , Dame d'Achy , veuve depuis le 11. Févrie
1740. de Pierre Brunet , Baron de Chailly , Comte
de Serigny , Maître des Requêtes honoraire de
l'Hôtel du Roy , & Préfident en la Chambre des
Comptes de Paris , avec lequel elle avoit été mariée
le 8. Janvier 1720. mourut à Paris , fans enfans ,
dans la 66. année de fon âge , ayant été baptifée
le 20. Janvier 1683. Elle étoit fiile de François-
Philipe de Carvoifin , Seigneur d'Achy en Pic. rdie ,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , Chevance
de l'Ordre militaire de S. Louis , ancien Mestre de
Camp d'une Brigade du Régiment Royal des Carabiniers
, mort le 29. Novembre 1718 âgé de 81 .
ans , & de Marie -Magdelaine Budé , Dame de Villiers
fur Marne .
Le premier Juin , D. Marie Nigot , veuve fans
enfans depuis le 14 Août 1713. de Nicolas de
Laiftre , Confeiller au Parlement de Paris , avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Novembre
1695. mourut à Paris , âgée de 82 ans . Elle étoit
fille de Jacques Nigot , Confeiller - Secretaire du
Roy , Maifon , Couronne de France & de fes Finances
> mort le 7 Juin 1693. & de Germaine
Thierriac , & tante de Jacques Nigot , Seigneur
de S. Sauveur , Préfident en la Chambre des Comptes
de Paris.
Le mêmejour , Jean - François de Queffe de Val
court , Seigneur de Marfilly en Bourgogne , Maréchal
des Camps & Armées du Roy , Mestre de
Camp d'une des Brigades du Régiment Royal des
Carabiniers , mourut à Paris , dans la 71 année de
fon âge. Il avoit obtenu dès 1722. le Brevet de
Meftre de Camp de Cavalerie , & étant depuis
long- tems Lieutenant - Colonel d'une Brigade de
Carabiniers , il en fut fait Chef , au mois d'Octob
-1733 . & Brigadier des Armées du Roy le pre-
1 iij
mier
1680 MERCURE DE FRANCE
mier Août 1734. Il ſe diſtingua extrêmement le 19
Septembre fuivant à la Bataille de Guaftalla , à la
tête des Carabiniers, dont il prit le Commandement
après que deux autres Chefs de Brigade de ce Corps
curent été mis hors de combat par leurs bleffures ;
it fit mettre pied à terre à 40 Carabiniers par efcadron
, & il les fit marcher le fabre à la main aux
ennemis ; qui furent fi intimidés de cette action
Hardie , qu'ils prirent la fuite . Il avoit été élevé au
grade de Maréchal de Camp le 15 Mars 1740. Son
fils aîné , qui étoit Major de fa Brigade , mourut
au mois d'Avril dernier à l'armée du Roy en
Boheme , dont il étoit Maréchal des Logis . Il laiffe
un autre fils , qui eft Louis-François Quelle de
Valcourt , Prêtre , Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , de la Maiſon Royale de Navarre,
du 2 Avril 1734. Doyen de l'Eglife Collégiale de
S. Sauveur de Metz , & Abbé Commandataire de
l'Abbaye de Fontenelles , Ordre de S. Auguftin ,
Diocèle de Luçon , depuis le mois de Juin 1736.
La nuit du au 3 , D. Pauline - Corifande de Pas
de Feuquieres , veuve depuis le 25 Mars 1738. de
Joachim-Adolphe de Seigliere de Boisfranc , Marquis
de Soyecourt , Brigadier des Armées du Roy ,
& Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , mourut
à Paris , dans la 39 année de fon âge , étant née
le 29 Janvier 1704. On a marqué de qui elle étoit
fille , & on a parlé de fes enfans dans le Mercure du
mois de Mai 1738 , p . 1022. en raportant la mort
de fon mari .
Le 3 , Nicolas le Féron , Seigneur d'Orville , &
de Louvre en Parifis , Confeiller du Roy . en fes
Confeils , Préfident Honoraire au Parlement de
Paris , mourut en fon Château de Louvre , dans la
62 année de fon âge , étant né le 17 Janvier 1681 .
Il avoit été reçu Confeiller au Parlement à la Premiere
JUILLE T. 1742. 1681
miere Chambre des Enquêtes le 7 Mars 1703. & en
fuite Préfident en la même Chambre le 22 Février
1709. & il s'étoit démis de cette Charge en 1731.
ayant obtenu des Lettres d'Honoraire. Il étoit fils
de jerôme leFéron ,Seigneur des mêmes lieux d'Orville
, & de Louvre , mort Sous-Doyen du Parlement
de Paris , le 20 Novembre 1717. dans la 87 .
année de fon âge ; & de Marie de Paris , d'une
Famille de la Ville de Rheims , morte le 12 Mai
1710. Il avoit été marié le 11 Juillet 1719. avec
Louife-Melanie Berger , dont la mort eft raportée
dans le Mercure d'Août 1734. p . 1890. Elle étoit
fille unique de René Berger , Receveur General &
Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris ,
mort Doyen de fa Compagnie en 1740 & de
Marie-Anne Defchamps , fa veuve . Il laifle d'elle un
fils & deux filles , non encore pourvus
Le 4 , Antoine le Moine Prêtre , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , du 28 Septembre
1688. Senieur de la Maiſon & Societé de Sorbonne ,
Vicaire Géneral du Cardinal de Rohan , Evêque de
Strafboug , & de l'Evêque de Lifieux , mourut à
Paris , en la Maifon de Sorbonne , âgé de 86 ans.
Le 7 , D. Marie- Anne- Geneviève de Maillé ,
Dame du Houffay , dans le Pays Chartrain , époufe
de Philipe-Claude de Montboiffier- Beaufort- Canile
liac , apelle le Marquis de Montboiffier , Lieutenant
General des Armées du Roy , & Capitaine-
Lieutenant de la feconde Compagnie des Moufquetaires
de la Garde ordinaire de S. M. avec lequel
elle avoit été mariée le 8 Juin 1711. mourut à
Paris âgée de 48 ans , laiffant plufieurs enfans , dont
l'aîné des fils , apellé le Comte de Montboiffier , eft
premier Cornette de la feconde Compagnie des
Moufquetaires , & Meftre de Camp de Cavalerie ,
& a été marié le 8 Mai 1733. avec Louiſe - Elifabeth
I iiij
de
1682 MERCURE DE FRANCE
de Collins de Mortaigne , fille unique de feu Aňtoine-
François de Collins , Comte de Mortaigne ,
Seigneur de Jaftingue & de Ham , premier Ecuyer
de feue Elifabeth- Charlotte de Baviere , Duchefle
Douairiere, d'Orleans , & ancien Capitaine de la
Compagnie des Gendarmes de Bourgogne , & de
Charlote de Rohan Guimenée . On a raporté le
mariage de la fille aînée de la défunte avec François-
Antoine- Alexandre d'Albignac , Marquis de
Caftelnau- en-Gevaudan , dans le Mercure de Novembre
1733. p. 2527. La Marquife de Montboiffier
étoit fille unique de Louis-Jofeph de Maillé-
Benheard , Baron de Coulonces , & de Siqueville
Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes Flamans ;
mort âgé de 32 ans le 3 Juillet 1698. & de Marie
Mallier du Houfflay , morte en fon Château du
Houffay en 1719.
Le même jour , D. Claude-Loüife de Lory ,
Epoufe de Charles de la Martelliere , Seigneur de
Chancey , la Corte , Vaux , Orfeüil , Moteux
Confeiller-Secretaire du Roy , Maiſon , Couronne
de France & de fes Finances , ci - devant Gouverneur
de la Ville de Langres , mourut à Paris âgée d'environ
36 ans , laiffant des enfans ; elle étoit fille
unique de Jacques de Lory , Seigneur de la Gardette
, Confeiller du Roy , Maître ordinaire en fa
Chambre des Comptes à Paris , mort le 16 Novembre
1727. & d'Elifabeth Loüife Droüyn d'Aubigny,
fa veuve , femme en fecondes nôces de Guillaume-
Charles le Févre , ci-devant Seigneur de la Valette ,
Biars , la Salle , S. Remy , Gentilhomme ordinaire
de feue Madame la Dauphine , mere du Roy
regnant.
Le 8 , Dlle Jofephine- Eulalie de Boufflers , fille
de Jofeph-Marie Duc de Boufflers , Pair de France ,
Gouverneur Géneral de Flandres , de Haynault , &
des
JUILLE T. 1742. 1683
des Ville & Citadelle de Lille , Grand- Bailly ,
& Gouverneur de la Ville de Beauvais , & Lieutenant
de Roy au Gouvernement de l'Ile de France ,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , & de
Magdeleine Angelique de Neufville de Villeroy ,
mourut à Paris , âgée de 14 ans , 9 mois & 4
jours , étant née le 4 Septembre 1727 .
Le 10 , François-Vincent- Marc de Beauvau de
Craon , Prêtre , Primat de l'Eglife Collegiale de
Nancy en Loraine , Protonotaire du S. Siége Apoftolique
du nombre des participans , & c. fils aîné
de Marc de Beauvau , Prince du S. Empire Romain
, & de Craon , Grand d'Espagne de la premiere
claffe , Marquis de Harouel , Baron d'Autray
, de S. Georges & de Turkeftin , Seigneur de
Morlai , de Tomblaine , Jurville , Bazemont , &
Chanteheu , Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'Or Adminiftrateur & Commandant du Grand
-Duché de Tofcane , & ci- devant Grand Ecuyer de
Loraine , & d'Anne-Marguerite de Ligniville ,
Dame d'honneur de la Ducheffe Douairiere de
Loraine , mourut à Paris , âgé de 29 ans , 5 mois
& 17 jours , étant né à Luneville en Loraine le 23
Janvier 1713 .
>
Le 12 , Jean-Henri Cochois , Prêtre , Bachelier
en Théologie , de la Maifon de Sorbonne , Abbé
Commandataire de l'Abbaye de S. Cheron , Ordre
de S. Auguftin , Diocèfe de Chartres , depuis la 22
Mai 1706. Chanoine de l'Eglife Cathedrale de
Soiffons, & Confeiller, Commiffaire de la Chambre
Souveraine des Décimes , pour le Diocèfe de Soiffons
, mourut à Paris .
Le ..... Charles- Emmanuel , Marquis de Vallé ,
Vidame du Mans , Baron de la Rochemabile , Seigneur
de Balon , &c. Brigadier des Armées du Roy ,
Meftre de Camp , Lieutenant du Régiment Dan-
Iv phi
1684 MERCURE DE FRANCE
>
phin , de Dragons , & Gouverneur du Château
Royal du Pleffis - les-Tours , ayant eu ce Régiment
& ce Gouvernement au mois d'Avril 1741. à la
mort de fon frere aîné mourut à Prague en
Boheme , âgé de 36 ans , étant né le 10 Mai
1706. Il n'a point été marié , non plus que fon
frere aîné , dont la mort eft raportée dans le Mercure
de Juin 1741. p . 1243 .
Le 15 , mourut à Paris , Louis-Alexandre Picquet
de Meleffe , Grand-Prevôt de la Maréchauffée dans
la Province de Bretagne , & Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis .
en
Le 21 , Guillaume Lair , Prêtre , Docteur
Theologie de la Faculté de Paris , du 29 Mai 1696.
Chapelain dans l'Eglife Métropolitaine de Paris
& Curé de l'Eglife Royale & Paroiffiale de 5 .
Barthelemy en la Cité de Paris , depuis 1728 .
mourut âgé d'environ 76 ans .
Le 24 , Nicolas Dorbay , Ecuyer , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , du 9 Novembre 1738.
Architecte de la premiere claffe , & Contrôleur
des Bâtimens du Roy , mourut à Paris , âgé de
63 ans.
Le même jour , Etienne Bochart , Seigneur de
Saron , Confeiller du Roy en fes Conſeils , Préfident
Honoraire en la Prèmiere Chambre des
Enquêtes du Parlement de Paris , mourut âgé de 74
ans. Il avoit été reçu d'abord Confeiller à la Cinquiéme
Chambre des Enquêtes le to Déc. 1692 .
puis Préfident en la Premiere des Enquêtes le 12
Août 1704. Il s'étoit démis de cette Charge en
1740. & il avoit obtenu des Lettres d'Honoraire.
Il étoit fils de feu Jean Bochart , Seigneur de Saron,
mort Sous-Doyen du Parlement de Paris , le 20
Août 1709. dans la 81. année de fon âge , & de
Marie Cazet de Vautorte , morte âgée de 85 ans le
8.
JUILLET. 1742. 1685
8. Septembre 1723. Il avoit été marié le 13 Août
1697. avec Jeanne - Philiberte Camus morte à
l'âge de 41 ans , le premier Mai 1711 , laquelle
étoit fille de Nicolas Camus , Seigneur de Pontcarré
, vivant Conſeiller d'honneur au Parlement
de Paris , & de Marguerite Helene Durand. Il
avoit eu d'elle défunt Jean- Baptiſte Bochart de
Saron , auffi Préſident en la Premiere Chambre des
Enquêtes du Parlemenr de Paris , mort à l'âge de
29 ans , le 22 Mai 1731. laiffant un fils unique de
Marie - Anne Brayer qu'il avoit épousée le 15
Mars 1729 ; & Elie Bochart de Saron , Confeiller
Clerc en la Grand'Chambre du Parlement de Paris ,
où il a été reçu le 18 Août 1724.
Le 27 , D. Elifabeth- Marie Goyon , veuve depuis
le 17 Octobre 1715. de Theodore de Beringhen ,
Seigneur Vicomte de Plehedel en Bretagne , Confeiller
au Parlement de Paris , avec lequel elle avoit
été mariée au mois de Janvier 1685. mourut à
Paris , âgée d'environ 72. ans. Elle étoit fille de
Claude-Charles Goyon , des Barons de la Mouffaye ,
Baron de Marcé , Vicomte de Terchamp , mort au
mois de Décembre 1693 , & de Marie d'Apelvoifin
, Vicomteffe de Farcé en Bretagne .
Le même jour , mourut à Paris D. Charlotte-
Julie Hazon , époufe de Hugues Florent- Gabriel
Payen de Montmort , Seigneur de S. Germain en
partie , Confeiller , Maître d'Hôtel ordinaire du
Roy. Elle étoit feconde fille de Jean-Baptifte
Hazon , Confeiller au Châtelet de Paris .
Le 28 , Frere François Dauvet des Mareftz , Chevalier
, Bailli , Grand- Croix , & Grand-Tréforier
de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem ( Dignité à laquelle
eft attachée la Commanderie de S. Jean en
l'Ile de Corbeil ) & Commandeur de la Comman
derie d'Oefmont en Picardie , mourut à Paris , dans
I vj la
686 MERCURE DE FRANCE
la 86. année de fon âge , étant né le 17 Janvier
1657. Il avoit été reçu de minorité au Grand- Prieuré
de France le 17 Janvier 1664. Il étoit fils de
Pierre Dauvet , Seigneur de Treigny , Bouffé ,
Launay , & Repentigny , & de Louife-Marie de
Myon d'Auvillars .
Y
Le 6 Juillet , D. Julie-Françoise de Cruffol , veuve
depuis le 3 Novembre 1736. de Louis-Antoine de
Pardaillan de Gondrin , Duc d'Antin Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roy , Marquis de
Montefpan , & de Gondrin , Seigneur des Duchés
d'Epernon , & de Bellegarde , Vicomte de Murat ,
Baron de Curfé , de Moncontour , de Langon , &
du Fort de Chailli , Seigneur de Chancy , Prenoy .
d'Oyron , &c. Lieutenant Géneral des Armées du
Roy , & de la Haute & Baſſe Alface , Suntgaw , &
Brifgaw , Gouverneur & Lieutenant Géneral pour
S. M. des Ville & Duché d'Orleans , Pays Orleanois
, Chartrain , Perchegoüet , Saloyne , Vendômois
, Blaifois & dépendances d'iceux , & de la
Ville & Château d'Amboife , Directeur Géneral des
Bâtimens & Jardins du Roy , Arts , Manufactures
& Académies Royales, Miniftre d'Etat , avec lequel
elle avoit été mariée le 21 Août 1686. mourut à
Paris , âgée de 73 ans . Elle étoit fille d'Emmanuel
de Cruffol , Duc d'Uzès , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur de Saintonge , &
d'Engoumois , mort le premier Juillet 1692. & de
Marie-Julie de Sainte Maure de Montauzier, møfte
le 14 Avril 1695. Elle laiffe pour petic-fils Louis de
Pardaillan de Gondrin , Duc d'Antin , Pair de France
, né le 7 Novembre 1707. Gouverneur des Ville
& Duché d'Orleans , Pays Orleanois , Chartrain ,
&c. & des Ville & Château d'Amboife , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , & Brigadier des Armées
du Roy, qui eft marié avec Françoife Guyonne
de
JUILLET . 1742. 168
de Montmorency- Luxembourg , & qui en a des
enfans.
Le 10. D. Judith d'Aumalle , veuve fans enfans
depuis le 28. Octobre 1712. de Louis de Cruffol de
Montfalez , apellé le Marquis de Cruffol d'Uzés
Prince de Soyon , avec lequel elle avoit été mariée
le 26. Octobre 1697. étant veuve en premieres nôces
de Jean de Maubert , Seigneur de Boisgibault ,
mourut à Paris , âgée de 92. ans . Elle étoit fille de
Louis d'Aumalle , Seigneur de Perthe & de Gondreville
, & de D. Jeanne de Pas de Feuquieres.
Le 13. D. Gabrielle Martin , veuve depuis le 20.
Mai 1741. de Louis- Guillaume Jubert de Bouville,
Marquis de Clere-- Pannilleufe , Baron de Dangu ,
. Seigneur de S. Martin aux Buneaux , Vinnerville ,
&c . Confeiller du Roy en tous les Confeils d'Etat
& Privé , dont la mort eft raportée dans le Mercure
de Juin 1741. fecond volume , page 1466. mourut
à Paris , ayant eû pour enfans André Jubert de Bouville
, Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy depuis
1723. marié en 1724 avec . ... Guyot , fille
de feu François Guyot , Sr de Chenifot , Receveur
Géneral des Finances à Rouen & Secretaire du
Confeil , Direction & Finances ; & de Jeanne- Julie
Berger , Louis -Nicolas Jubert , apellé le Comte de
Bouville , Premier Cornette des Chevau- Legers
Dauphins , Meftre de Camp de Cavalerie , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis ; Auguſtin-
Touffaint Jubert de Bouville , Sous - Lieutenant dans
le Régiment des Gardes Françoifes , où il entra en
1726. Alfonfe Jubert, Chevalier de Bouville , Lieutenant
de Vaiffeaux du Roy , depuis le mois de Mai
1741. Bernard- Marie - Gabriel Jubert de Bouville ,
Chanoine de l'Eglife de Chartres ; défunte Félicité
Jubert de Bouville , mariée au mois de Juillet
1733. avec Jean-François Guyot de Chenifot , Seigneur
1688 MERCURE DE FRANCE
gneur de Villers , Receveur Géneral des Finances de
Rouen , & morte à l'âge de 22. ans le 16. Septembre
1735 , laiffant une fille unique ; & .... Jubert
de Bouville , Religieufe .
Le 17. Charles-Jofeph de Fortia , Confeiller ordinaire
du Roy en tous fes Confeils d'Etat & Privé,
& Chef du Confeil du Prince de Condé , mourut à
Paris , âgé de 74. ans . Il fut d'abord Confeiller au
Châtelet en 1690. puis en la Cour des Aides le 15 .
Decembre 1695. & enfin au Parlement de Paris en
la feconde Chambre des Enquêtes le 28. Juin 1698.
& étant Chef du Confeil du feu Duc de Bourbon
il fut fait Confeiller d'honneur au Parlement en
1716. & Confeiller d'Etat en 1723. Il étoit fils unique
de Charles de Fortia , Seigneur de Boisvoifin &
de Chailly , mort le s . Décembre 1685. & d'Anne
Alexandre , morte le 7. Novembre 1691. Il avoit
été marié , 1 ° . avec Marie - Magdeleine Larcher ,
morte fans enfans à l'âge de 19. ans , le 3. Octobre
1696. laquelle étoit fille de feu Jean - Baptifte
Larcher , Seigneur de Pocancy , Confeiller en la
Cour des Aides de Paris , & de Marie le Clerc ;
& 2°. au mois de Juillet 1698. avec Marie-
Magdeleine Thomas , morte en 1719. fille unique
de Jean Thomas , Confeiller au Châtelet de Paris ,
& de Marie-Anne Gigault. Il laiffe d'e le Jean - Jofeph
de Fortia , ci - devant Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment de Bourbon , marié le 2. Mai
1726. avec Marie - Magdeleine Frizon , fille de feu
Nicolas- Remi Frizon , Seigneur de Blamont , Prefident
en la quatriéme Chambre des Enquêtes du
Parlement de Paris , & de Louife -Nicole de la Salle ,
Charles de Fortia , Abbé Commandataire de l'Abbaye
de S. Martin d'Epernay, Ordre de S. Auguftin,
Diocèse de Rheims , qu'il a obtenuë au mois d'A
vril 1724. Deux autres fils , dont un Religieux de
"
Ste
JUILLET. 1742: 1689
Ste Croix de la Bretonnerie ; & Marie- Anne de For
tia , mariée le 14. Septembre 1730. avec Gafpard
de Fortia , fon parent , Marquis de Montréal , dans
le Comtat Venaiffin , Meftre de Camp de Cavalerie ,
& Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis . Il
avoit eû une fille aînée , dont la mort eſt raportée
dans le Mercure d'Octobre 1740. page. 2325 ; elle
n'a point laiffé d'enfans .
Le 19. Jean- Louis Thiroux de Lailly , Seigneur
d'Arconville , l'un des Fermiers Géneraux des Fermes
Unies du Roy , & des Poftes & Relais de France
, ci-devant Tiéforier Géneral de la Maiſon de
S. M mourut à Paris , âgé d'environ 62. ans . Il
étoit fils aîné de Lazare- Louis Thiroux , ancien Fermier
Géneral , Adminiſtrateur de l'Hôtel - Dieu , &
de la Maiſon des Incurables de Paris , mort le 6 .
Avril dernier , & de Marie Brunet , morte le 24.
Mars 1722. & il avoit été marié avec Claude Buffot
de Millery , de laquelle il laiffe Louis- Lazare Thiroux
, Seigneur d'Arconville , reçû Confeiller &
Commiffaire aux Requêtes du Palais du Parlement
de Paris , de la premiere Chambre , le 30. Juillet
1732. & marié le 28. Février 1735. avec la fille aînée
de .... Darlus , Secretaire du Roy , & Fermier
Géneral ; . . . . Thiroux de Montregard , Tréforier
Géneral de la Maiſon du Roy , par la démiſſion de
fon pere en 1735. en furvivance duquel il a été
nommé au mois d'Avril dernier , l'un des Fermiers
des Poftes . Celui - ci avoit époufé en 1735. ....
Paignon , morte en 1739 ; .... Thiroux d'Efperfennes
, reçû Confeiller au Grand - Confeil le 12.
Septembre 1736. & Grand Raporteur en la Chancellerie
de France en 1739. puis Maître des Requê
tes de l'Hôtel du Roy depuis environ 6. mois ; Catherine
Thiroux , mariée le 27. May 1732. avec
Charles-François Huguet de Semonville , reçû Confeiller
690 MERCURE DE FRANCE
feiller au Parlement de Paris , à la quatriéme
Chambre des Enquêtes le 21. Janvier 1733 .
& ...... Thiroux , mariée le 30. Janvier dernier
avec Pierre-Marie Thiroux , Seigneur d'Oüarville
en Beauffe , fon co fin germain , Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , depuis 1740 .
Le 12. Juin, furent mariés Adrien-Clement Silva,
Confeiller au Grand- Confeil , reçû à cette Charge
le 4. Août 1740. fils de Jean- Baptifte Silva, Ecuyer,
Premier Médecin Confultant du Roy , Médecin ordinaire
du Prince de Condé , Docteur-Régent de la
Faculté de Médecine de Paris , & de feue Magdeleine
Prevoft , & Damoiſelle Marie Antoinette
Coüet , fille de Pierre-Michel Coüet , Seigneur
d'Eaubonne Confeiller-Secretaire honoraire du
Roy , Maifon , Couronne de France & de fes Finances
, & de D. Therefe- Antoinette de Bony.
›
Le 26. Jacques - François-Maxime de Chaftenet ,
Marquis de Puyfegur , Comte de Cheffy , Colonel
du Régiment de Vexin , par Commiffion du 15.
Avril 1738. fils de Jacques de Chaftenet , Marquis
de Puyfegur , Chevalier des Ordres du Roy , Maréchal
de France , Gouverneur de Condé , & de défunte
Jeanne Henriette de Fourcy dc Cheffy ,
marié avec Dlle Marie Margueritte Maffon , fille
de François Gafpard Maffon , Préfident en la premiere
Chambre des Enquêtes du Parlement de Paris
, & de Marie- Marguerite Chevalier.
fut
NOM:
JUILLET. 1742 1691
NOMBRE des Baptêmes , Mariages ,
Enfans Trouvés & Morts de la Ville &
Fauxbourgs de Paris pendant l'année 1741 .
Sçavoir :
Baptêmes ,
Mariages ,
Enfans Trouvés ,
Morts ,
18578
3928
3388
232667
Maifons Religieufes,hommes & filles , 304 23574
Au Cimetiere Etranger ,
Partant le nombre des Morts de l'année
1741. excede celui des Baptêmes de
Le nombre des Baptêmes de 1741. eft diminué
de celui de 1740. de
Celui des Mariages eft diminué de
Celui des Morts eft diminué de
Celui des Enfans Trouvés eft augmenté de
4996
54
89
1710
2-88
On écrit de Tours , que le 27. du mois de
Juin dernier, le R. P. de la Motte , Cordelier , Docteur
de Sorbonne , prononça dans la grande Eglife
de l'Abbaye de Fontevrault , l'Oraifon funebre de
Madame Louife- Françoise de Rochechouart de Mortemart
, Abbeffe , Chef & Génerale de l'Ordre de
Fontevrault. L'Orateur parla avec beaucoup d'éloquence
des Vertus Chrétiennes & Religieufes , &
des grandes qualités de cette illuftre Abbeffe.
On a parlé de fa Mort édifiante , & de fa Pompe
funebre dans le Mercure du mois de Mai dernier
, page 1263. Il ne manquoit plus que fon
Eloge fi bien mérité , & dont le P. de la Moste
vient de s'acquitter.
ARRETS
4692 MERCURE DE FRANCE
ARRETS NOTABLES.
A
RREST du 23. Janvier , qui ordonne qu'en
payant par les Syndics & Habitans des Marches
communes & franches de Bretagne & Poitou ,
la fomme de dix - huit mille livres par chacun an
tant que le Dixiéme aura lieu , à commencer du
premier Octobre dernier , ils demeureront déchargés
de l'exécution de la Déclaration du Roy du
19. Août 1741.
AUTRE du même jour , & Lettres Patentes fur
icelui , qui ordonnent qu'en payant par les Etats de
Lille , Douay & Orchies , la fomme de trois cent
foixante-dix mille livres par année , tant que le
Dixiéme aura lieu à commencer du premier Octobre
1741. les Habitans defdits Pays demeureront
déchargés de l'exécution de la Déclaration du Roy
du 29. Août dernier,
4.4
AUTRE de la Cour des Monnoyes , du 24. qui
condamne les nommés Jean le Cocq & René Blaudau
, ſe diſant Marchands Forains , en trois livres
d'amende folidairement , pour s'être immifcés de
vendre & débiter des Ouvrages d'Orfévrerie fans
titre ni qualité , & leur fait défenfes de récidiver
fous plus grande peine.
>
ARREST du 30. qui ordonne qu'en payant par
les Etats de Bretagne , la fomme de deux millions
deux cent cinquante mille livres pour les trois derniers
mois de l'année 1741. & l'année entiere 1742 .
à raifon de dix- huit cent mille livres par année , les
Habitans
JUILLET. 1693 1742
Habitans de la Province de Bretagne demeureront
déchargés pendant ledit tems , de l'exécution de la
Déclaration du 29. Août dernier.
ORDONNANCE de M. l'Intendant de la Géneralité
de Paris , du 31. concernant l'établiffement
des Garniſons Militaires , pour le recouvrement
des impofitions dans la Généralité de Paris .
ARREST du 6. Fevrier , qui établit des précautions
pour empêcher la fraude des Droits fur les
Huiles qui fortent de la Géneralité de Châlons , à
la faveur de l'abonnement defdits Droits accordé
aux Habitans de ladite Géneralité.
SENTENCE du 12.du Baillage & Capitainerie de
laVarenne des Tuilleries, Pont de S. Cloud, & c. qui
condamne François Bienfait , Pêcheur , demeurant
au Port de Neuilly , en trente livres d'amende ,
pour avoir par deux fois differentes , paffé dans fon
Bateau , des Chaffeurs , dans les Illes de Neuilly &
Villiers , fans avoir averti les Gardes.
ARREST du 13. qui ordonne qu'en payant par
les Syndics Géneraux de la Province de Bearn , la
famme de quatre- vingt - dix mille livres par chacune
année , à commencer du premier Octobre
1741. tant & fi long- tems que le Dixiéme aura
lieu , les habitans de ladite Province de Bearn feront
déchargés de l'exécution de la Déclaration du
29. Août dernier.
AUTRE du même jour, qui ordonne qu'en payant
par le Clergé de la Haute Alface & de Bale , la
fomme de cinquante mille livres par chacune année
, à commencer du premier Octobre 1741. tant
&
1694 MERCURE DE FRANCE
& fi long-tems que le Dixième aura lieu , les biens
& revenus de ces Clergés demeureront déchargés
de l'exécution de la Déclarion du 29. Août dernier,
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en payant
par les Députés de la Nobleffe & du Tiers Etat des
Pays de Breffe , Bugey & Gex , la fomme de deux
cent foixante-dix mille livres par chacun an , à
commencer au premier Octobre 1741. tant & fi
long- tems que le Dixieme aura lieu , lefdits Pays de
Breffe , Bugey & Gex demeureront déhargés de
l'exécution de la Déclaration du 29. Août dernier.
?
AUTRE du même jour , qui fixe l'abonnement
du Dixiéme du revenu des biens de M. fe
Duc d'Orleans , à la fomme de quatre - vingt mille
livres par an , tant que la levée du Dixiéme aura
Tieu en ce non compris la retenue du Dixiéme
qui fera faite féparément fur fa Penfion de cent
cinquante mille livres, fur les gages & attributions
de fon Gouvernement de Dauphiné , & fur les
parties de rentes pour lefquelles il eft employé dans
les differens Etats de Sa Majefté.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Etats du Pays & Communautés de
Bigorre , la fomme de foixante mille livres
par
chacune année , à commencer du premier Octobre
1741. tant & fi long- tems que le Dixiéme aura
lieu , les biens & revenus fitués dans lefdits Etats
demeureront déchargés de l'exécution de la Déclaration
du 29 Août dernier.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
dans le courant de la préfente année 1742. les
Titulaires des privileges ou permiffions pour diffetens
JUILLET. 1742 1695
rens Etabliffemens , qui ont tenté inutilement ou
négligé jufqu'à préfent d'en faire ufage , feront
tenus de les exercer & faire valoir , & d'en juftifier
devant les Sieurs Intendans des Provinces du
Royaume , faute de quoi lefdits privileges ou permiffions
demeureront nuls & révoqués .
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en payant
par le Clergé du Diocèfe de Strasbourg, la femme de
vingt-deux mille cinq cent livres par chacun an ,
a commencer du premier O&obre 1741. tant que
la levée du Dixieme aura lieu les biens dudit
Clergé de Strasbourg démeureront déchargés de
l'exécution de la Déclaration du 29 Août dernier.
>
AUTRE du même jour ,qui ordonne qu'en payant
par le Clergé des Diocèle & Principauté d'Orange ,
la fomme de trois mille livres par forme de don
gratuit , les biens de ce Clergé demeureront déchargés
de l'exécution de la Déclaration du 29
Août 1741 .
AUTRE du 20 Février , qui ordonne qu'en
payant par le Tréforier du Pays de Neboufan , entre
les mains du Receveur General des Finances
d'Aufch , la fomme de quatre mille cinq cent livres
par chacune année , tant que le Dixiéme aura lieu ,
à commencer du premier Octobre 1741. les habitans
dudit Pays de Neboufan demeureront déchar
gés de l'exécution de la Déclaration du 29 Août
dernier.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Villes & Communautés de la Principauté
d'Orange , & par les Proprietaires des Fiefs
en dépendant , la fomme de dix mille livres par
chacung
1696 MERCURE DE FRANCE
2
chacune année , à commencer du premier Octobre
1741. & tant que le Dixiéme aura lieu , leurs biens
demeureront déchargés de l'exécution de la Décla
ration du Roy du 29 Août dernier.
AUTRE du même jour , qui ordonne que fans
s'arrêter aux Déclarations fournies par les anciens
Proprietaires des biens- fonds , pendant le précedent
Dixieme , & fans avoir égard aux Rôles arrêtés
en 1736. ceux qui font & feront formés pour
l'impofition ordonnée être faite par la Déclaration
du 29 Août dernier,feront arrêtés fur le pied du vé❤
ritable produit des biens , tel qu'il aura été ou fera
reconnu par les préposés pour en faire les vérifica
tions dans tout le Royaume .
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par le Syndic ou Tréforier des Etats du
Pays de Soule , entre les mains du Receveur Géneral
des Finances de la Géneralité d'Auſch , la fomme
de huit mille livres par chacune année , tant
que le Dixiéme aura lieu , à commencer du premier
Octobre dernier , les Habitans dudit Pays de
meureront déchargés de l'execution de la Déclaration
du 29. Août 1741 .
AUTRE du 6. Mars , qui ordonne qu'en payant
par le Syndic General des Baftilles de Marfan , la
fomme de douze mille livres par chacun an . tant
que la levée du Dixiéme aura lieu , à commencer
du premier Octobre 1741. les Habitans dudit Pays
demeureront déchargés de l'exécution de la Déclacation
du 29. Août dernier,
TABLE
TABL E.
P
IECES FUGITIVES. La Vie Champêtre ,
Ode , 1485
Lettre fur le Commerce des Phéniciens & d'Alexandrie
, 149 1
La Colombe aux aproches de la Mort , Fable, 1sos
Conftitutions du Prince Conftantin Mauro Cordato
,
Ode à l'Evêque de Graffe >
1506
1525
Suite de la Lettre fur le Commerce des Phéniciens
, I529
Vers de M. P. âgé de neuf ans , à Mlle D. âgée de
huit ,
1545
Lettre de M. D. L. M, au fujet des Confeils donnés
à M. R.
Ode à M. le Marquis de Vence ,
1547
1567
Proceffion des Bénedictins à Montmartre ; 1570
Enigme , Logogryphes ,
1578
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
Journée Sainte , par l'Abbé Chauchon ,
&c. Defcription de Paris , Tome II . 1583
1584
Hiftoire Génerale du Languedoc ,
1585
Reflexions de l'Empereur Marc Aurele Antonin ,
1600
Théatre Critique fur toute forte de matieres , traduit
de l'Espagnol ,
1602
Dictionaire Militaire 1606
Livres nouveaux chés G. Martin , ruë S.Jacques, ibid.
Morts de Sçavans ,
1603
Médaille de l'Empereur ,
1610
Eftampes nouvelles , Cartes , &c,
1611
Chanfon notée ,
1615
Spectacles , Pieces remifes, & c.
1616
Extrait du Prix de Cythere, Opera Comique , 1618
Nou
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Ruffie , &c . 1620
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1651
Concerts à la Cour , 1653
Affaire de la veuve Bourgelat terminée au Parlement
Loterie Royale tirée ,
1655
ibid.
Service folemnel pour la Reine d'Eſpagne à ſainte
Génevieve ,
Morts & Mariages ,
Nombre des Baptêmes , &c .
Arrets Notables ,
1656
1660
1691
1692
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 15 so. ligne 1o, de , lifez, en ,
P. 1589. 1. 22. Pecquigy , lifez , Pecquigny.
P. 1591. 1. 24. prennent , l. prenoient.
P. 1608. 1. 8. d'Argenvilliers, l . d'Angervilliers.
P. 1610. 1. 26. couronnée , ôtez ce mot.
Même page , ligne fuivante , tête , 1. tête cons
ronnée.
P. 1651. 1. 2. dans , 1. à
La Médaille gravée doit regarder la page
La Chanfon notée la page
1610
1615
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
AOUST. 1742.
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLII.
Avec Aprobation & Privilege du
AVIS.
eft
L'ADRESSE generale of a
›
au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auror t
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'ou
lui indiquera.
Paix XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
A O UST.
1
1742.
PIECES FUGITIVES
en Vers et en Prose.
PLUTUS RENDU CLAIR-VOYANT,
A
ALLEGORIE.
>
U tems jadis , ainfi que de nos jours ,
Le Dieu Plutus , au dire des Poëtes ,
Etoit aveugle , & jamais de fecours
Ne fit fortir de fes riches caffettes ,
Pour en aider gens d'efprit & de bien ,
Ains au contraire , à tout fot & vaurien
Il prodiguoit fes faveurs les plus grandes ;
A ij Même
1700 MERCURE DE FRANCE
Même fouvent prévenoit leurs demandes ,
D'où s'enfuivoit grand défordre ici bas ;
Cris des Sçavans , que l'on n'écoutoit pas ;
Plaintes des bons , mattés par l'indigence ;
Ris des méchans , qu'infpiroit l'infolence,
Or de ces maux le principe & le point ,
C'eſt que Plutus du tout n'y voyoit point ;
Si que voulant de biens combler un Sage ,
Quelque Narquois ſe trouvoit au paſſage ,
Qui finement attrapoit le tréfor ;
Puis à mal faire il employoit fon or.
Du qui pro quo gémiffoit ' honnête homme ;
Mais vainement , & pour le dire en ſomme ,
Trop für étoit qu'en ce vafte Univers
Meller Plutus faifoit tout de travers.
A chaque inftant , fur fotifes pareilles ,
On fatiguoit de Jupin les oreilles ,
En le priant qu'il voulût y pourvoir ;
Que par un trait digne de fon pouvoir ,
L'aveugle Dieu pût recouvrer la vûë ,
Et la vertu n'être plus dépourvûë ,
Comme elle étoit , de fes dons précieux ;
( Dons trop long-tems en proye aux vicieux ; )
Tant qu'à la fin Jupiter , las d'entendre
Ces cris perçans , réfolut de defcendre
Dans ces bas Lieux , pour examiner tout ,
Et , vifitant de l'un à l'autre bout
Lo
A O UST. 1742: 1701
Le Monde entier , trouver quelques recettes ,
Dont la vertu rendît vifieres nettes
Au bon Plutus , comme il étoit requis ;
De quoi s'étant avec grand foin enquis ,
A Montpellier il termine fa courſe ,
Lieu renommé , le principe & la fource
Des beaux fecrets qu'Eſculape a tranſmis ,
Dont Chicoyneau fut fidei- commis .
En cet endroit , prefque fans nul obftacle
Se vit enfin l'inesperé Miracle
Du Dieu Plutus devenu clair - voyant ,
Cheminant droit , actif & prévoyant.
Pour en donner une preuve authentique ,
Il confulta d'abord la voix publique
Sur le fujet d'un jeune Citoyen ,
Homme à talens , fage Stoïcien .
Chacun en fait la peinture fidele ,
Vante l'efprit , la candeur & le zele ,
Le caractere humain , compatiffant ,
Dont fur les coeurs eft l'attrait fi puiſſant.
En fa faveur Plutus fe détermine ,
Vers fon logis promptement s'achemine ,
A pleines mains y répand fes bienfaits ,
Et de bien loin furpaffe fes fouhaits.
Puis attentif aux voeux de la Province ,
En confultant les intérêts du Prince
Sur le rollet fçût le faire trier ,
A iij Et
1702 MERCURE DE FRANCE
Et des Etats nommer Grand Tréforier.
Tout aprouva la fage préférence ,
Et de Plutus exalta la prudence .
Ce n'eft pas tout : ce Dieu fi recherché ,
Après le pere , au fils s'eſt attaché ,
Trouvant en lui plus de vertus encore ;
Titre au-deffus du rang qui le décore ,
A quoi , fans peine , on le voit allier
Le don de plaire , & fe concilier
Tous les efprits , fans que la noire envie
Ofe attaquer une ſi belle vie ;
D'où je conclus que l'on ne fçauroit mieux
Prouver qu'enfin Plutus a de bons yeux.
ENVO I
Génereux Lamoffon , agréez un hommage
Offert par la fincerité ;
Vous reconnoîtrez au langage
Que c'eft elle qui l'a dicté.
Par M. S. du C...
LETS
A O UST. 1742 1793
LETTRE de M. & Anville , Géographe
du Roy , à M. de la Roque , au sujet d'un
Lien nommé anciennement Chora.
V
Ous avez inferé , Monfieur , dans le
Mercure du mois d'Avril une Lettre
de M. l'Abbé Le Beuf,fur le Lieu de Chora,
dont j'ai parlé par occafion dans les Eclairciffemens
Géographiques fur l'ancienne Gaule.
Vous voudrez bien que la Réponse que je
fais à cette Lettre paroiffe auffi par la voie
de votre Journal .
Je croyois avoir pris tous les ménagemens
poffibles pour ne point bleffer la délicateffe
de M. l'Abbé L. B. J'avois même expofe , &
dans la Préface , & dans le Corps de mon
Ouvrage , les motifs qui m'ont obligé d'écrire
contre fa Differtation fur le Genabum :
cependant ces motifs ne l'ont point touché
& il me regarde comme un agreffeur , qui
On peut juger par la
lecture de l'Ouvrage , fi je prens avec lui le
ton d'un homme qui cherche à attaquer : on
y trouvera au contraire beaucoup d'égards
pour un Auteur , qui fur des fupofitions dérange
avec affûrance une partie confidérable
de la Géographie de l'ancienne Gaule , tranf
l'attaque le p
A j
porte
1704 MERCURE DE FRANCE
porte à fa volonté les limites d'anciennes
Cités ou Peuples , obſcurcit les Marches de
Céfar dans un des plus beaux Morceaux de
fes Commentaires .
La pofition du Genabum eft l'objet qui m'a
déterminé à écrire . Si je réclame en faveur
du fentiment de MM. de Valois & Lancelot
, qui avoient fixé le Genabum à Orleans ,
& fi je fais voir en termes modérés que cette
pofition eft inconteftable , étant fondée fur
le témoignage des anciens Ecrivains , Latins
& Grecs , qui ont parlé de ce Lieu , fur le
Texte & fur les Marches de Céfar, fur les anciens
Itinéraires , & prouvée par les veftiges
des Voies Romaines , qui fubfiftent encore
de nos jours ; M. L. B. s'imagine que j'écris
à deffein de l'attaquer , lui à qui il n'eft jamais
arrivé de contredire aucune Carte , ni
aucun autre de mes Ouvrages.
Je ferai toujours fort obligé à M. L. B ,
quand il voudra me faire connoître des fautes
dont je me reconnois très capable ; il me
rendra un fervice effentiel. Dans tous mes
Ouvrages je cherche le vrai : ceux qui prennent
la peine de les fuivre , peuvent s'apercevoir
que je corrige moi même volontiers
les fautes qui me font échapées dans des Ouvrages
précédens.
Mais , dans les corrections qu'il plaira à
M, L. B. de me faire , je le prie de me traiter
avec
A O UST. 1742. 1705
19
avec équité ; & qu'il ne dife pas , par exemple
( Merc. d'Avril, p. 712.) que je foutiens
» perpétuellement que les Diocéfes de France
» font encore aujourd'hui partagés , com ne
» l'étoient les Territoires des Villes du tems
» des Gaulois , & avant que la Domination
» Romaine eût fuccédé à la leur. » Il auroit
pû remarquer ce que j'en dis , Eclairciff. p.
234. " En général , le Gouvernement Ec-
» cléfiaftique en France a été réglé fur le
» Gouvernement Civil , tel qu'il étoit lors
» de l'établiffement du Chriftianifme dans
» les Provinces de la Gaule ; enforte que les
» anciens Diocèles répondent aux Territoires
» des anciens Peuples . Et p. 171. » L'étendue
des anciens Diocèles répond presque
toujours au Territoire des anciennes Cités . »
Il auroit pû voir p. 172 , que je dis expreffément
» qu'il y a des cas d'exception à cette
propofition génerale .
19
1º. Je ne parle que des anciens Diocèfes ;
M.L.B. me fait parler des Diocèfes, tels qu'ils
font aujourd'hui . 2 °. Je dis qu'en général
prefque toujours, & cependant avec quelque
exception , les anciens Diocèfes répondent
aux anciens Territoires ; M. L. B. veut que je
le foutienne perpétuellement. 3 ° . Je dis , que
les anciens Diocefes répondent aux Territor
res des Cités , tels qu'ils étoient partagés lors
de l'établiffement du Chriftianifme dins les
A v Gaule
1706 MERCURE DE FRANCE
Gaules ( c'est- à - dire au fecond , & même au
troifiéme fiècle pour les Provinces Septentrionales
. ) M. L. B. me fait parler des Territoires
, comme ils étoient du tems des Gaulois
, & avant que la Domination Romaine
eût fuccedé à la leur.
Cette derniere imputation eft d'autant plus
injufte , qu'après avoir raporté p. 234 , les
Fines,Fins, qui fe trouvent fur les confins de
Chartres , d'Orleans , de Sens & d'Auxerre ,
je conclus ainfi » ce qui démontre que les
limites de ces Diocèfes font les mêmes
" que les fines des Cités de Chartres , d'Orleans
, de Sens & d'Auxerre fous l'Empire
Romain. » J'aurois pû ajoûter dans cet endroir
des Eclairciffemens , un autre Lieu de
Fins , fitué dans la Paroiffe de Talci , Diocèſe
de Blois , & fort près du clocher de Concrie ,
Diocèse d'Orleans , lequel Fins m'a été donné
par la Carte manufcrite de Blois . D'où il réfulte
, que le Diocèfe de Chartres ( dont
celui de Blois a été diftrait ) & le Diocèfe
d'Orleans , étoient féparés fous l'Empire Romain
, quoique du tems de Céfar ces deux
Villes fuffent compriſes dans le Territoire
des Carnutes.
Je reviens à la Lettre de M. L. B. Il laiffe
à d'autres le foin d'examiner mon Traité préliminaire
fur les mesures des chemins ; il réferve
pour quelques Notes ce qu'il doit donner encore
A O UST. 1742. 1707
core fur le Vellaunodunum , & fur le Genabum
; il ne paroît occupé pour le préfent que
du Chora ; la pofition de ce Lieu , quoique
moins confidérable en lui - même , intéreffe
le Géographe Hiftorien . J'avois , dit modestement
( Eclair. p 364. ) qu'elle fuffre quelque
difficulté ; il s'écrie ( Merc. p . 71 2. ) Je ne
me ferois jamais attendu qu'un Géographe exact
eût attaqué la pofition que je lui a donnée.
Voyons donc fi j'ai violé l'éxactitude Géographique
je raffemble fous un point de
vue les preuves de l'opinion de M. L B , &
les difficultés que j'y opoſe .
Ammien-Marcellin parle du Lieu Chora.
Il fe trouve mentionné dans la Notice des
Provinces de l'Empire. Les Statuts de S. Aunaire
, Evêque d'Auxerre au fixiéme fiécle ,
font mention de Chora Vicus. Jonas , Auteur
du feptiéme , dans la vie de S. Colomban ,
le dénomme Chora. Le Moine Aimoin , vers
la fin du neuviéme , nomme auffi le Bourg
ou Village Cora. Le Chora , fuivant Ammien,
étoit fur la grande Voie Romaine , entre Autun
& Auxerre ; Jonas le place entre Avalon
& Auxerre ; S. Aunaire & Aimoin le fixent
dans le Diocèfe d'Auxerre. Ainfi , en raffemblant
toutes ces défignations , le Chora étoit
fitué dans le Diocèſe d'Auxerre , fur la Voie
Romaine,aux environs de la Riviere de Chora
( la Cure. ) C'est donc dans cet efpace , qui
A vj eft
1708 MERCURE DE FRANCE
eft d'environ trois lieues communes de
France , qu'il faut chercher le Lieu Chora.
M. L. B. ayant découvert dans l'Hiftoire
de Gui , Evêque d'Auxerre , qu'il y eft fait
mention de Pêcheurs fur la Terre de Crévan
"
cela n'eft pas étonnant en un Lieu fitué fur
deux Rivieres ) il en infere que Crévan eft
l'ancien Chora ; parce que , dit- il , il y aura
eu une Pêcherie ; on conftruifit fur la Cure des
Eclufes , nommées anciennement Venna ,
( n'y a- t'il nulle autre part des Pêcheurs fans
Pêcherie ou Eclufe . Et pourquoi plûtôt fur
la Cure que fur l'Yonne ? Delà le Lieu nommé
Cora Vicus fut depuis nommé Cora- Venna,
que dans les Actes on apella depuis Cora-
Vennum. ( Il eſt prié de citer quelqu'un de
ces Actes . ) Et dans le tems que le Langage
vulgaire a limé , pour ainfi dire , le Latin ...
» on a dit Creven parmi le peuple au VIII .
» fiécle ; d'où dans le 1x. & x . fiécle.... les
Actuaires ... ontforgé le mot Latin Creven-
» num. On difoit en Latin , non pas Cora
fimplement, ( c pendant Jonas difoit au vII .
fiécle , ad vicum quem Choram vocant ; &
Aimoin à la fin du 1x , in vico quodam , qui
Cora nuncupatur. ) mais Core vicus , ce qui
»fe rendoit en Langage vulgaire par Corvic
" ou Crévic ( où en est la preuve ? ) » nom
S primitif ufité parmi les Géographes. ( M.
1. B. ) Etat des Sciences en France depuis
. و د
CharleA
O UST. 1709 1742.
>
Charlemagne jufqu'an Roi Robert , Recueil
>> Tom. II. p. 90. a obfervé que peu de Sçavans
s'embaraffoient de fçavoir quels étoient
» les differens Peuples qui habiroient la Ter
re. " Les Géographes qui s'embaraffoient du
Corvic ou du Crévic, étoient aparemment du
» Pays d'Auxerre ( mais le Peuple préfera
» dès le 1x . fiècle le nom de Crévan , plus
» aifé à prononcer que celui de Crévia ;
( Pourquoi le Peuple ne prononçoit il pas
de Cora venna , Crévanne , comme il a prenoncé
Charle- vanne de Caroli- venna ? Il faut
avouer que le Langage vulgaire n'a
le Latin d'une maniere uniforme . )
pas limé
Telle eft la gradation des fupofitions qu'avance
M. L. B pour établir le Chora à Crévan.
On ne peut pas entreprendre férieufement
de les réfuter : car M. L. B. peut- il simaginer
, qu'il n'y a point de Pêcheurs fans
Vanne ou Eclufe ? Où a t'il apris que ceux
de Crévan avoient une Vanne fur la Cure ?
Dans quels Actes a-t'il lû Core Vennum ? Et
quand tout cela feroit vrai , s'enfuivroit - il
que Crévan étoit le Cora ou le Cora vicus ,
qui auroit été enfin remplacé par Cora vennum
? Est-ce manquer d'exactitude que de
ne pas aplaudir à du pareilles idées ?
J'avois opofe ( Eclairc p. 366. ) à toutes
ces fupofitions de M. L. B. que Crévan étant
nommé dans une Charte de l'an 901. Crevennum
3
1710 MERCURE DE FRANCE
›
vennum , & cela relativement au tems de
Charles Martel , c'eft à dire , pour un fait
arrivé au commencement du huitiéme fiécle ,
il ne pouvoit être le lieu Chora , qui au commencement
du neuvième ſiècle , eſt encore
nommé par Aimoin fimplement Cora. Le
Langage vulgaire auroit- il limé le Latin juſqu'à
la Cour de Charles le Simple ? Et l'Evêque
Hérifrid , qui demandoit au Roy la reftitution
d'une Terre confidérable , qui- fuivant
M. L.B. fe nommoit encore Cora vicus fous
Charles - Martel , & avoit été enlevée à l'Eglife
d'Auxerre par ce Prince , auroit-il demandé
dans fa Suplique la reftitution de
Villa Crevennum &c. fans autre explication ?
L'importance de l'objet , le rifque de n'être
point entendu , demandoient l'expreffion des
deux noms , de l'ancien tems au tems de l'ufurpation
, & du moderne au tems de la requête.
L'Evêque n'en fait aucune mention; il parle
feulement de Villa Crevennum , eidem matri
Ecclefia olim abftracta . J'en infere que le nom
de Crevennum étoit déja établi au commencement
du buitiéme fiécle ; & il eft affés fingulier
que
M. L. B. dife dans fa Lettre » fi Crévan
étoit un Lieu confidérable au 1x . fiécle
» pourquoi n'auroit il pas été connu au fixié-
» me , & même au viII ? C'eft ce que M.
» d'Anville fera obligé de nous aprendre
Je fais plus qu'il ne demande , je dis (Eclaire .
"
P.
1
A
A O UST.
1742: 1711
p. 367. ) que Crévan eft un nom ancien &
Celtique fuivant l'aparence : je cite ( ibid. ) plufieurs
Lieux en France , nommés Crévan
dont le nom ne peut dériver de Chora- venna,
& dont il eft difficile de fçavoir l'origine &
la fignification.
La pofition de Chora à Crévan étant toute
gratuite & purement arbitraire , je recherchai
fur les Cartes de ces Cantons s'il n'y avoit
pas quelque pofition fur la Voie Romaine ,
qui fût convenable . Je trouvai dans la Carte
de Bourgogne de M. de Lifle , un Lieu vis- àvis
d'Arci, nommé Querre , dont l'Analogie
ne differe point du Chora ; mais cette pofition
étant omife dans la Carte du Diocèfe d'Auxerre
de M. Sanfon , je fis faire des informations
fur les Lieux , & on me répondit qu'on
ne connoiffoit plus de Querre aux environs
d'Arci , comme j'ai eu l'attention d'en avertir
( Eclairc. p. 368. ) Cependant j'obferve que
M. de Lifle ne l'aura pas imaginé ; & M.L.B.
aura de la peine à perfuader , que le Graveur
au lieu d'écrire Arci-fur-Cure , en une feule
pofition , en ait fait deux avec des caractéres
diftinctifs , qu'il ait écrit Querre au lieu de
Cure , & que M. de Lifle n'eft pas l'Auteur
de cet arangement. Le Graveur aura- t'il fait
la même faute dans la Carte de Champagne
du même Auteur , où Querre & Arci font
deux pofitions diftinctes Au refte , je ne
perfifte
1712 MERCURE DE FRANCE
perſiſte pas à dire , comme prétend M. L. B.
que le Querre a dû exifter ; je dis feulement
que le Chora devoit être fur la Voye Romaine,
&fur la Cure , au deffus de Crivan ; & que
toutes ces convenances fe rencontrent dans
l'emplacement que M. de Lifle a donné au
Querre , & vers le Lieu où M.de Lifle a placé
le Querre. Et j'établis cette pofition fur la
route donnée par le Moine Aimoin , qui fait
paffer les Reliques des SS. George & Aurele,
de Cora à Bazarne, & de Bazerne à Auxerre.
Elles venoient du Canton de Beaune en Bourgogne
; d'où il réfulte que Cora étoit plus éloigné
d'Auxerre que Bazerne , & à plus forte raifon
que Crévan , puifque fuivant M. L. B. les
Reliques pafferent de Bazerne à Crévan , delà
à Iranci & à Auxerre; & il n'avoit pû placer le
Cora d'Aimoin à Crévan , qu'en renversant
l'ordre de la route, tranflationis ordinem, comme
on peut le voir, Eclairc. p . 370. Ce n'eſt
done point fur une des fautes de M. de Liſle,
qui peut-être n'en fait ici aucune, c'eft encore
moins fur un amas de fupofitions arbitraires,
que je place le Chora au - deffus de Crévan .
Quoique les Religieux qui portoient les
Reliques , allaffent de connoiſſances en connoiffances
; comme Aimoin ne fait mention
d'aucune de ces connoiffances entre le Pays
Beaunois & Cora , on peut croire qu'ils fuivirent
la grande Voye depuis Saulieu juſqu'à
Cora ,
A O UST. 1742 1713
Cure ,
Cora , qui étoit fur la même Voye. J'ai apris
qu'il y a un Lieu nommé Querri , fur la
à un quatt de lieuë au -deffus de Vermanton
; M. L. B. qui eft forti fouvent de fon
cabinet , & qui a fait fouvent des defcentes
fur les Lieux , peut nous inftruire fi ce Lieu
exiſte, s'il eft fur la grande Voye de Challon
fur Saône à Auxerre ; on pourra , ſur le raport
des noms , y placer le Chora ; cette pofition
s'accordera avec ce que les Anciens
difent du Chora , & avec ce que j'ai avancé
dans les Eclairciffemens , que Chora eft audeffus
de Crévan vers Arci.
Je ne releve point quelques difficultés de
M. L. B. fur la pofition du Chora aux environs
d'Arci : que S. Colomban n'auroit fait
en un jour que quatre lieuës de chemin au
lieu de fix ; je ne fçais point quelle diligence
faifoit le vénérable Abbé dans les voyages :
Qu'il y auroit eu fur la Cure deux villages
également apellés Cure , à quatre lieuës l'un
de l'autre ; il citera , quand il voudra , des
Lieux de même nom encore moins éloignés,
par exemple, Méri le fec & Méri fur Yonne,
dans le pays dont il s'agit :
Que S. Aunaire dans fa Deſcription , marquant
pour le premier jour du mois Epoigni,
pour le 2. Venouffe , pour le 3. Goix & Naintri
ou Nitri , pour le 4. Cora vicus cum clero
populo, pour le 5. Bazerne & Accolai ,
pour
1714 MERCURE DE FRANCE
pour le 6. Méri - fur -Yonne , le Core vicus
entre Goix & Bazerne ne peut être que Crévan.
Quelle induction peut -on tirer de cette
Defcription , dans laquelle S. Aunaire paffe
de Venouffe à Goix , éloigné de quatre lieuës,
& à Nitri qui eft à fix lieues de Venouffe ?
De plus S. Aunaire ayant fuivi les confins du
Diocèfe à Venouffe près de Pontigny , à
Nitri du côté de Noyers , pourquoi Cora
vicus , en fuivant le même ordre , ne feroit il
pas aux environs d'Arci , près des confins du
Diocèle d'Autun ?
>
Je remercie M. L. B. de la correction qu'il
fait à la Carte inferée dans les Eclairciff. en
difant que la grande Voye eft fur la droite ,
& non à la gauche d'Iranci. Je n'ai pas compris
ce qu'il dit du chemin de Noyers à Auxerre
, & il femble qu'il n'en eft queſtion ni
dans la Differtation , ni dans la Carte . Si Survoie
près d'Auxerre eft un Hameau inconnu ,
c'eft une faute de la Carte de M. de Lifle :
mais Mangi , ou plutôt Nangi fous - voie ne
pourroit- il pas donner quelque réalité au
Sur-voie ? Ces deux Lieux font voifins , la
dénomination de fous voie n'eft ni contredite
ni corrigée par M. L. B. lors même qu'il corrige
le nom de Mangi. Sur- voie & fous- voie
font relatifs . M. L. B. fera bien de donner
en détail la fuite de la Voye Romaine d'Avalon
à Auxerre , qui , felon lui , tombe directement
A O UST. 1742: 1715
Bement au Ruiffeau de Vallan , dans la prairie
de l'ancien Autric : mais il doit obferver ,
que la dénomination de fous- voie , donnée
à Nangi à caufe du paffage de la Voye Romaine
fur la droite de l'Yonne ne permet
pas de tranfporter cette même Voye à la
gauche de l'Yonne , fur le Ruiffeau de
Vallan.
>
M. L. B. peut écrire autant qu'il lui plaira
fur Chora , il peut même perſiſter à dire
que Core - vennum a remplacé Corvic ou
Crévic ; je ne le fatiguerai pas par une nouvelle
Réponse . Je verrai avec plaifir les
Notes qu'il promet fur le Genabum , qui eft
le premier & le principal objet de ma Differtation
. J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , ce 28. Mai 1742 .
EPITRE
'A M. l'Abbé Goujet , Auteur du Suplément
de Moreri au fujet de fa nouvelle
Bibliothéque Françoise.
Goujet , de ta Bibliothéque
Je fais l'emplette avec plaifir ;
Elle fçait charmer mon loiſir ;
J'y trouve une grace intrinféque ,
Qui
18
MERCURE DE
FRANCE
Qui regne en tout ce que tu dis .
Tes Jugemens font des Edits ,
Dont la cabale ni l'envie
N'oferoient jamais apeller ,
Ou fi quelque fombre génie
Jaloux de ce qu'on lui dénie ,
Se trouvoit tenté de parler ,
Il n'oferoit le révéler.
Quelle vafte Litterature !
Quel champ immenfe de travaux !
Pour nous combien de traits nouveaux ,
Dont pas un n'eſt à l'avanture !
Ce font Portraits coloriés
Suivant les Loix de la Nature ,
Et qui juftement variés ,
Offrent tout l'Art de la Peinture .
>
Vauprivas & la Croix du Maine ,
Baillet & quelqu'autre Sçavant
Baillet , qui perça plus avant ,
S'étoient emparés du Domaine ,
Dont nous allons au premier jour
Te voir les exclure à ton tour.
*
Mais , croyant te frayer la route ;
Dis-moi , n'ont- ils jamais vû goute ?
Leur efprit fécond & fubtil
* Il n'a encore parû que quatre Tomes de cet exwellent
Ouvrage.
AOUST. 1717 1742.
A- 'il roujours tenu le fil
Dans ces Pays pleins de ravines ,
Sinueux , hériffés d'épines ,
Où d'un pas rapide & leger
On te voit marcher fans danger ?
Ont-ils toujours avec juſteſſe ,
Avec art & délicatefle ,
Expofé les points critiqués ,
Et les ont -ils bien expliqué< ?
Ou bien impartiaux Critiques ,
N'ont-ils point de traits fatyriques
Sali quelques-uns des Portraits.
Dont ils ont paré leurs Extraits ?
Souvent , quoiqu'on en puiffe dire ,
La Critique avec la Satyrę
S'allie imperceptiblement ;
C'est l'effet du tempéramment.
. Nous n'amortiffons qu'avec peine
Ce ferment qui réſide en nous ;
C'eſt un ulcere , une cangrene ,
Qui plus ou moins nous corrompt tous .
Mais fans prétendre ici médire ,
Moi , chétif, de tes Précurseurs ,
J'ai prefque dit que ces Auteurs ,
Ces Erudits que l'on admire ,
S'ils ont écrit bien fçavamment ,
Ils ont négligé trop fouvent
Les gracés , l'agrément du ftyle ,
Qu'il™
1
1718 MERCURE DE FRANCE
Qu'il femble que ta main diſtile
Sur tes OEuvres en ſe joüant ;
Et quand on offre élégamment
Chaque trait peint d'après Nature ,
Sans hyperbole , fans enflure ,
C'eft-là le comble affûrément.
Par M. de la Soriniere , en Anjou.
LETTRE de M. Nericault Deftouches
à M. le Chevalier de la Roque.
D
Es occupations très - férieuſes & trèsimportantes
pour moi ,Monfieur, m'empêchent
depuis long - tems de vous envoyer
quelques-unes de ces Piéces Fugitives , que
je médite affés fouvent pour votre Journal ,
& que j'avois réfolu de vous fournir exactement
tous les mois ; mais une Lettre qui
vous eft adreffée dans le Mercure du mois
de Mai dernier, me force à rompre le filence
aujourd'hui.
Je ne fçais à qui je dois atrribuer ce petit
Ouvrage . Je fçais feulement qu'il n'y a qu'un
galant homme & un habile homme qui puif
fe l'avoir écrit , & que s'il vouloit fe donner
la peine d'écrire fouvent & plus amplement ,
le Public lui enfçauroit très- bon gré. Pour
moi ,
A OUS T. 1742. 1719
moi , je déclare que j'ai lû fa Lettre avec autant
de plaifir que d'édification , & que je
lui fuis fort redevable de ce qu'il a bien
voulu prendre mon parti contre l'Auteur des
Confeils à M. Racine , fur fon Poëme de la
Religion.
que
Ce Confeiller charitable m'avoit révolté
& je m'étois propofé d'abord d'exercer ma
charité envers lui , par quelques avis dont if
me paroffoit avoir beaucoup plus befoin
M. Racine ; mais toute reflexion faite , je
crûs devoir fufpendre ce premier mouvement
, jufqu'à ce que la perfonne à qui les
Confeils étoient directement adreffés , eût
jugé à propos de lui témoigner fa recon
noiffance.
Comme M. Racine a differé jufqu'à préſent
à s'acquitter de ce devoir , & qu'il s'eft , en
quelque maniere, laiffé prévenir par le judi
cieux Auteur de la Lettre inferée dans votre
Journal , il trouvera bon que je prenne auffi
les devants dans la carriere où je l'attends
avec tout le Public.
Mon deffein n'eft pas de fournir des ar
mes à M. Racine ; j'ai conçû une trop hau
te idée de fes forces , pour préfumer que
mon fecours lui foit néceflaire . Ce qu'il y a
de certain, c'est que je ne puis me défendre,
fans le défendre lui - même . Il s'agit de fçavoir
fi les Poëtes profanent la Religion quand
ils
720 MERCURE DE FRANCE
ils ofent s'élever contre ceux qui l'attaquents
au lieu de la foûtenir , ils l'exposent à la
rifée des Déiftes , des Athées & des Impies ; &
fi fes Partifans finceres ont fujet de s'inquieter
& de gémir , lorfque des hommes qui
n'ont pas arboré le Bonnet & la Fourure , fe
déclarent ouvertement & publiquement pour
elle. Car voila ce que prétend M. le Confeiller
, dont le zéle ne m'impofe pas plus qu'à
l'Auteur de la Lettre qui vous a été écrite .
Je vous avoue même que mes foupçons
vont plus loin que les judicieuſes conjectures
de cet Auteur , & que j'ai beaucoup de
penchant à m'imaginer , M. que le Donneur
d'avis , & tous ceux qui affectent la même
délicateffe & les mêmes allarmes , en cachent
la véritable caufe fous les dehors d'un zéle
fpecieux , & qu'ils ne veulent décourager
ceux qui brûlent d'un zele ardent & fincere ,
& qui , fans ménagement , ont le courage
de le faire éclater , que parce que ces démonftrations
rigoureufes les déconcertent &
leur caufent un dépit qui n'oferoit s'exhaler,
mais qui fe foulage par de fauffes marques
de crainte & d'inquietude. C'eft le perfonnage
qu'ont toujours joué , & que joüeront toujours
les ennemis fecrets de la Religion.
Qu'un Docteur de profeffion la défende , ils
difent que fon Ouvrage elt imparfait ; qu'un
homme qui n'a pas brillé fur les bancs de
l'Ecole
AOUS T. 17420 1721
T'Ecole , vienne à l'appui , ces Mrs le traitent
de téméraire , & entreprennent d'abord
de lui donner un ridicule ; ils proteſtent
contre fon incompétence .
Mais , M. le Confeiller , comment faut- il
donc s'y prendre ? Quel titre , quelle qualité
faut-il avoir pour ne. vous pas paroître incompétent
? Vous êtes furieufemenr délicat
Vous prétendez qu'on n'a pas fait encore un
bon Livre pour prouver la vérité de la Re
ligion ; les plus grands hommes qui l'ont entrepris,
vous paroiffent avoir échoué dans ce
deffein Les Grotius, les Abadies, les Paſcals;
les de Meaux , & tant d'autres qui fe font fignalés
heureufement dans cette carriere ,
n'ont pû trouver le moyen de vous impofer.
Qui fera donc le grand Ecrivain qui aura ce
bonheur ? Ce ne fera pas un Poëte affûrément
, car non - feulement vous le récufez
mais vous vous fcandalifez de ce qu'il ofe fe
mettre fur les rangs. Docteurs , beaux Ef
prits , Poëtes enfin , tous vous font égale
ment odieux , dès qu'ils prennent les armes
contre les Incrédules . Eh ! M. le Confeiller ,
parlez ouvertement : dites que ..... mais
vous n'oferiez ; voilà ce qui vous défole.
Oh!bien, malgré vous , nous irons notre train.
Vous aurez beau protefter contre l'incompétence
, vous aurez beau nous donner des
confeils , vous aurez beau paroître ſaiſi d'une
B extrême
1722 MERCURE DE FRANCE
&
extrême douleur,en voyant les chofesfacrées ainfi
profanées, livrées à l'injufte dérifion desEfpris
forts , nous continuerons à faire en public
notre profeffion de foi , ne fût- ce que pour
vous déclarer bien authentiquement , que
nous ne fommes pas , à beaucoup près , fi
délicats que vous , & que nous croyons la
Religion Chrétienne fi bien prouvée , fi bien
démontrée par les Faits , par les Prophéties
par les Grands Hommes , dont vous méprifez
les Ouvrages , que nous nous faiſons
gloire de témoigner au Public , que nous
fommes abfolument convaincus qu'elle eft
émanée directement d'un Dieu tout - puiſſant,
tout jufte , tout miféricordieux , qu'elle eſt
parvenue jufqu'à nous dans fa pureté , &
qu'elle fe foûtiendra jufqu'à la confommation
des tems , en dépit des Efprits forts &
des Donneurs de Confeils.
Nous le dirons , nous l'écrirons , tant en
Profe qu'en Vers , & nous oferons même
vous foûtenir en face , que la Poëfie eft le
langage le plus énergique pour défendre &
pour étaler les faintes vérités que la Révélation
& la Tradition nous ont tranfmifes
Pour vous en couvaincre , nous vous cited
rons les plus faints & les plus anciens de tous
les Poëmes , le Cantique des Cantiques , le
Cantique de Moife , les Pfeaumes de David,
& tant d'autres productions du S. Eſprit.
Si
A O UST. 1742: 1723
Si vous dites , pour rejetter ces exemples ;
que ces Poëtes Divins étoient infpirés , &
que nous fommes bien éloignés de l'être , nous
Vous répondrons premierement , que nous
tâchons de répeter dans notre langage ce
qu'ils ont dit dans le langage du S. Elprit , &
que puifant dans une fource fi pure , nous në
⚫difons rien qui puiffe vous allarmer , encore
moins vous fcandalifer.
En fecond lieu, nous vous repréfentons que
dans tous les fiécles de l'Eglife , les plus fain.
tes vérités de la Religion ont été exposées en
Vers à la pieté des Fidéles , & fur cela vous
nous permettrez de vous rapeller des exemples
qui vous convaincront que nous fommes
bien autorifés à les fuivre , & que fi vous ne
les aviez pas ignorés ou diffimulés , l'entreprife
de M. Racine ne vous auroit pas parû
fi témeraire.
Commençons par vous citer Aufone , qui
a fait tant d'honneur à la Ville de Bourdeaux
, où il étoit né. L'exemple n'eft pas ré
cent, comme vous voyez , puifque je remon
te jufqu'à l'Empire de Valentin & de Valen
tinien . Vous fçavez ou vous ne fçavez pas ,
M. le Confeiller , que le dernier de ces Empereurs
avoit tant d'eftime pour Auſone¦¦
qu'il lui confia l'éducation de fon fils Gratien
. Vous ne devez pas ignorer que le même
Aufone a fait quantité de Poëlies profa-
Bij nes
1724 MERCURE DE FRANCE
nes , entre lefquelles on compte cent qua
rante-fix Epigrammes, dont plufieurs ne font
pas fort édifiantes , comme il eſt aiſé de le
prouver par celle- ci , qui eft la 142.
De uxore deformi.
Deformis uxor cui fit , ancilla elegans :
Uxorem habere , fubigere ancillam velit .
Cependant le croiriez-vous ? Ce Poëte que
vous auriez regardé comme incompétent , a
fignalé fon zéle & fon génie. en faveur de la
Religion avec tout le fuccès poffible. Pour
s'en convaincre , on n'a qu'à lire fon Ephéméride,
entre autres , cette belle Oraifon qui
commence par les Vers fuivans .
ORATIO .
Omnipotens , folo mentis mihi cognite cultu ,
Ignorate malis , & nulli ignote piorum ;
Principio , extremoque carens ; antiquior ævo ,
Quod fuit , aut veniet , &c.
Je voudrois pouvoir inferer ici toute cette
Oraifon , qui renferme les principaux Myftéres
de la Religion Chrétienne, mais ce feroit
faire un Volume , & non pas une Lettre .
L'Auteur de l'Avis à M. Racine doit fçavoir
qu'Aufone n'étoit ni un Docteur , ni un
Pere de l'Eglife , comme il peut le voir par
les Vers fuivans , extraits de l'Ephéméride.
EGRESSIO
A O UST. 1742 1725
EGRESSI O.
Satis precum datum Deo ;
Quamvis fatis nunquam réi
Fiat precatu Numini .
Habitum forenfem da puer ,
Dicendum amicis eft ave ,
Valeque , quod fit mutuum ,
&c.
Cependant voilà un Poëte dont les Ouvrages
font parfemés de Piéces Chrétiennes ,
Vous y verrez des Vers pour la Fête de Pâques.
San&ta falutiferi redeunt folemnia Chrifti ,
Et devota pii celebrant jejunia myftæ , & c.
Tu Verbum, Pater alme , tuum , natumque , Deumque,
Concedis terris totum , fimilemque, paremque ,
Ex vero verum , vivâque ab origine vivum , &c.
Voilà un Poëte Théologien. Et de quelle
condition étoit ce Théologien ? Un Homme
de Lettres , un bel efprit , qui par fes vertus
& par fon mérite , étoit parvenu jufqu'au
Confulat ; Fait inconteftable , & prouvé par
fon Idylle huitiéme , dont voici le titre :
Precatio Aufonii Confulis defignati , pridie
Kalendas Januarii , fafcibus fumptis.
Je ne citerai point d'autres Paffages d'Aufone
, dont je pourrois me fervir ici très - utilement
, pour prouver que dès les premiers
fiécles de l'Eglife , les Poëtes ne l'ont nulle-
Biij ment
1726 MERCURE DE FRANCE
ment fcandalifée , quand ils ont fignalé leur
enthouſiaſme ſur les plus faintes vérités de
la Religion Chrétienne ; je me fonde fur
beaucoup d'autres exemples anciens & modernes.
Voici Claudien , ce grand Poëte , qui vient
à mon fecours par une de fes Piéces ,intitulée :
Carmen Pafchale.
Chrifte potens rerum , redeantis conditor ævi ,
Vox fummi , fenfufque Dei : quem fudit in altâ
Mente Pater , tantique dedit confortia regni ,
Impia qui noftræ domuiſti crimina vitæ ,
Paffus corporeâ mundi veſtire figurâ ,
Affarique palam Populos hominemque fateri
Quemque utero inclufum Mariæ , mox numine vifo
Virginei tumuere finus , innuptaque Mater
Arcano ftupuit compleri vifcera partu ,
Auctorem paritura fuum , & c.
C'eft avec beaucoup de peine que je res
tranche le reste de ce magnifique Morceau ,
mais j'en ai tant d'autres à citer , que je ne
finirois point fi je les inferois ici dans toute
leur étendue. Voici les titres des quatre Pieces
qui fuivent celles - ci , deux en Grec.
Εις τὸν Σωτήρα . Εἰς τὸν Δεσότω Χρισόν.
Deux en Latin, Laus Chrifti, Miracula Chrifti.
Je ne puis m'empêcher de tranfcrire les quatre
premiers Vers de la derniere .
Angelus
A O UST. 1727 1742:
Angelus alloquitur Mariam , quo præfcia Verbo
Concipiat , falva Virginitate , Deum . ·
Dant tibi Chaldæi prænuncia munera Reges ,
Myrrham homo ,Rex aurum, fufcipe thura Deus, &c.
Ce Poète , comme vous voyez , M. eft
bien au fait des Myftéres de notre Religion ,
& les exprime avec les plus vives couleurs
de la Poëfie . Croyez vous , comme le Donneur
d'avis , qu'il les ait profanés en les traïtant
avec tant d'élégance & de majefté ? Penfez
-vous que l'Eglife ait eû lieu de fe plaindre
de lui ? Ne doit- on pas convenir , au
contraire, qu'elle peut s'aplaudir qu'un Poëte
profane qui floriffoit fous l'Empire de
Théodofe & fous celui de fes fils Arcadius
& Honorius , ait laiffé un fi beau & fi riche
Monument des grandes & faintes vérités
qu'elle profeffoit & qu'elle profeffera toujours
?
>
"
1.
Je n'ignore pas que les Critiques pourront
m'objecter qu'on doute que le Claudien que
je cite , foit l'Auteur de ces belles Piéces
Chrétiennes ; que d'un côté Chriftophorus
Landinus affûre que Claudien ayant renoncé
au culte des faux Dieux pour embraſſer la
Religion Chrétienne avoit compofé ces
Ouvrages de pieté , afin de fignaler fa foi ,
& que d'un autre côté , des Auteurs graves
& refpectables , S. Auguftin même , dans fa
Bij Cité
1728 MERCURE DE FRANCE
Cité de Dieu , prétendent que Claudien étoit
un Payen très - opiniâtre , & que Paul Diacre
eft du même ſentiment ; quoiqu'il en foit, M.
il est toujours vrai que fi ces beaux Vers font
d'un autre Claudien , ils ont été composés du
tems de l'Empereur Théodofe , & cela fuffit
pour prouver qu'ils font très anciens.
Citerai-je préfentement le Poëme de Si-
'donius Apollinaris , intitulé , Eucharifticum
ad Fauftum Reienfem Epifcopum ? Que le
'Donneur d'avis life cette Piece , il y verra de
quelle maniere ce Poëte s'exprime fur le
Myftére de la Rédemption. Trouvera - t'il
mauvais que Sidonius ait dit à ce sujet , en
s'adreffant à Jefus- Chrift ?
Expers peccati , pro peccatoribus amplum
Fis pretium , veterem que novus, vice foenoris ,Adam
Dum moreris ,de morte rapis : fic mortua mors eft &c.
Sera t'il fâché qu'un Poëte Philofophe &
Chrétien entreprenne de prouver aux Athées
l'exiftance d'un Dieu , en leur foûtenant
qu'elle eft manifeftement démontrée par l'ordre
auffi conftant qu'admirable , qui regne
dans l'Univers. Dira- t'il que Boëce étoit un
téméraire de traiter en Vers une matiére fi
fublime dans fes Livres de la Confolation ?
Qu'il le dife , s'il l'ofe ; pour nous , nous ne
cefferons point de lire avec autant de plaifir
que
A O UST . 1742. 1729
que d'admiration , fon Poëme VI . du quatriéme
Livre , ou fi vous voulez , fon Metrum
fextum , qui commence ainfi :
Si vis Coeli jura Tonantis
Purâ folers cernere mente ,
Afpice fummi culmina Coeli.
Illie jufto foedere rerum
Veterem fervant fidera partem , & c.
Hæc temperies alit ac profert ,
Quicquid vitam fpirat in orbe :
Eadem rapiens condit , & aufert ,
Obitu mergens ora fupremo.
Sedet interea Conditor altus ,
Rerumque regens flectit habenas
Rex & Dominus , fons & origo ,
Lex, & fapiens arbiter æqui , & c.
La Profe peut- elle atteindre à ce fublime ,
& quiconque lira ce Morceau fi précieux, ne
conviendra - t'il pas que la Poëfic femble être
deftinée à exprimer les Vérités adorables ,
qui font le defefpoir des Impies ? Cependant
Boëce qui en fit un fi bel ufage , n'étoit pas
un Théologien de profeffion . C'étoit un Philofophe
du fixiéme fiecle , Philofophe qui
avoit été honoré des plus grandes Dignités ,
& qui fut facrifié à la cruelle politique de
Théodoric , Roy des Goths .
B v Puis je
1730 MERCURE DE FRANCE
Puis- je mieux prouver que la Poëfie a toujours
été en droit de défendre la Religion
Chrétienne contre fes plus ardens ennemis
qu'en faifant voir que Tertullien même s'eſt
fervi de ce langage , pour confondre Marcion
? J'avoue que Tertullien , qui vivoit du
tems de l'Empereur Severe , n'étoit pas un
bon Poëte , fi nous en jugeons par cet Ouvråge,
où il peche fouvent contre la quantité ;
mais n'importe , c'eſt un Poëte Chrétien , &
cela me fuffit. Voulez -vous voir le fujet de
fon Poëme ? Vous en jugerez par les titres
de fes cinq Livres .
Le premier eft intitulé : De Unico Deo , &
en voici l'Argument , qui ne chatoüillera pas
les oreilles des Lecteurs qui font leurs délices
de Virgile , d'Horace , de Tibulle , de € atulle
, de Properce & d'Ovide.
Primus erit referens inimici ex ordine verba
Quæ refuga illicitè molitus protulit amens ;
Hinc etiam carnis fpes & victoria Chrifti ,
Et fpecies breviter falfarum dicta viarum.
Voici le titre du fecond Livre : De Concor
dia veteris & nova Legis. L'argument ne confifte
qu'en deux Vers.
Inde fequens , conjuncta docet Myſteria Legis ,
Inque novo Deus quæ foedere tradidit unus.
Le titre du troifiéme Livre eft ce qui fuit
De
A OUST. 1742. 1731
De Concordia Patrum veteris & Novi Teftamenti.
L'argument de ce Livre eft en deux
Vers , comme le précédent.
Tertius , ingenuâ gentem de Matre creat am
Vatibus & patribus facratos effe miniſtros.
D
De Marcionis Antithefibus , eft le titre du
quatriéme Livre , dont l'argument eft expliqué
dans les trois Vers fuivans.
Quartus & ipfe refert obſcura piacula Legis
Effe typum veteris,,quæ paruit hoftia verè ,
Jam dudum expectata piis cùm femine ſancto.
Le cinquiéme expofe les diverfes Hérefies
de Marcion : De Varis ejus Harefibus . Deux
Vers font l'argument de ce Livre .
Hic quinctus multos nexus nodofque refolvit ;
In planum mala convolvit quæcumque latebant.
Ajoûtons à tout ceci , que le même Tertullien
a fait un Poëme fur le Jugement dernier
où vous trouverez ces Vers , qui ne manquent
pas de beauté :
Ipfe fedens Dominus, fublimi lumine clarus ,
Atque potens, cunctis micat in virtutibus ignis ,
Excelfoque Throno coelefti fede corufcat ,
Martyribus Septus , & c.
Un autre Poëme adreffé à un Sénateur
B vj Apoftat :
1732 MERCURE DE FRANCE
Apoftat : Senatorem increpat , quod antea
Chriftianus & Conful, Ifidis feu Matris Deum
Sacerdos fieri non fit veritus. Hortatur itaque
ut , &c. Enfin un troifiéme Poëme , intitulé
de Jona & Ninive.
Peut- on traiter en Vers des matiéres plus
graves & plus faintes ?
Saint Cyprien , qui a fouffert le Martyre
dans la deux cent foixantiéme année de Jefus-
Chrift , n'a- t'il pas compofé deux Poëmes
, dont le premier eft intitulé Genefis , &
commence ainſi ?
Principio Dominus Coelum Terramque creavit.
Et le fecond a pour titre , Sodoma. J'err
citerai quelques Vers.
Jam Deus omnipotens primævi tempora fæcli ,
Vindice diluvio , cunctis aboleverat undis ,
Quas Coelum fparfit terræ, maris expuit æquor, & c,
Et plufieurs Vers après :
Sic Sodomûm meruit tellus ardentibus uri
Flammis , & finis portendere figna futuri , &c.
Mais voici un trait bien plus décifif en
faveur de la Poëfie . Juvencus , Poëte Efpagnol
, d'une des plus illuftres Familles de fon
Païs , comme nous l'aprerons de S. Jerôme ,
& qui floriffoit fous l'Empire de Conftantius
& de Conftant , a compofe un Poëme en Vers
hexametres
A O UST . 1742: 1733
hexametres, dont les quatre Livres contien
nent les quatre Evangiles , avec toute l'exactitude
que requiert une matiere fi fainte , &
avec tout le génie qu'on peut défirer dans
un grand Poëte . S. Jerôme garantit le jugement
que j'en porte , puifqu'il cite en quelque
endroit des Vers de notre Juvencus
après avoir extrêmément loué fa doctrine &
fon éloquence.
Après un pareil exemple , à quoi la Poëfic
ne peut -elle pas prétendre ? A quel fublime
dégré ne peut - elle pas s'élever ? Y a - t-il matiere
fi fainte , fi facrée qu'elle ne puiffe pas
embraffer ? Et paffe - t-elle fes droits quand
elle entreprend de prouver la verité de la
Religion Chrétienne , & de confondre les
impies , les Déïftes & les Athées ? Faudrat-
il nous apuyer encore de l'exemple de tant
de Saints & grands Perfonnages qui font devenus
Poëtes , ou pour prouver l'existence ,
ou pour chanter les louanges de Dieu , d'un
ton plus fublime que celui de la plus belle
Profe ? Tout le monde ne fçait- il pas que S
Hilaire , Evêque de Poitiers , s'eft rendu célebre
par les Hymnes qu'il a compofées , &,
par fon Poëme intitulé Genefis ? Ignore ton
que Marius Victorinus , Africain , qui enfeignoit
la Rhétorique à Rome , fous l'Empire
de Conftance , & qui même l'a enfeignée à
S. Jerôme , a fait un Poëme fur le Martyre
des
"
1734 MERCURE DE FRANCE
des Machabées ? Qui n'a pas les Hymnes
de S. Ambroife ? Quel eft l'homme un pcu
Lettré, qui ignore que Claudius Marius Victor
qui profeffoit la Rhétorique à Marseille , fous
l'Empire de Zenon , a fait en Vers des Commentaires
fur la Genefe ? Rien n'eft plus re
marquable . Se fervir du langage poëtique ,
pour commenter un Livre auffi divin que la
Genefe ! Que pourra dire après cela , M. le
Confeiller ? ofera - t - il prétendre encore que
les Poëtes font incompétens en matiére de
Religion , & qu'il ne leur apartient pas de
foûtenir nos Myftéres ? Dois - je lui dire par
furabondance de droit, que les Papes mêmes
n'ont pas craint d'exalter la Religion & de
faire l'éloge de fes Martyrs en langage poëtique
? Pour s'en convaincre , on n'a qu'à lire les
éloges que le Pape S. Damaſe a composés fur
ce fujet . Il a même fait deux Acroftiches fur
le faint nom de Jefus.
Mais c'étoit un Pape , me répondrez -vous.
A lui permis de traiter de pareilles matières ;
tant en Vers qu'en Profe.
Rien de plus facile que de vous répliquer
par un autre exemple ; connoiſſez - vous
Aurelius Prudens Clemens ? C'eſt un Poëte
que Sidonius Apollinaris ofe comparer à
Horace . Ce n'étoit pas un Prêtre ; ce n'étoit
pas un Pape , c'étoit un homme Confulaire
par conféquent bien éloigné de la fainte Profeffion
,
A O UST . 1742: 1735
.
feffion , qui autorife à défendre la Religion
contre les Sophifmes des Mécréans. Et cependant
cet homme Confulaire , qui d'abord
avoit fait la profeffion d'Avocat , & qui enfuite
étoit parvenu par fa valeur & par fon
mérite , aux premieres Charges militaires ,
apuyé de l'eftime & de l'amitié de l'Empereur
Théodofe s'eft acquis une gloire im
mortelle , felon le jugement des plus célebres
Critiques , par le Poëme qu'il a mis au
jour , pour louer la conftance des Martyrs,
comme celle de S. Laurent , de S. Vincent
& de plufieurs autres qu'il eft inutile de citer.
Il a fait des Vers fur la Naiffance de
Jefus- Chrift, & fur fa Vie & fes Miracles.
>
Mais ce n'eft pas tout . Ce Poëte Conful
a vivement attaqué & combattu les ennemis
du Chriftianifme , & principalement
Symmaque , homme Confulaire comme lui ,
& le Payen le plus opiniâtre & le plus entêté
de ce tems -là .
-
Voulez-vous encore un Poëte Confulaire
fous l'Empire de Gratien ? C'eft Pontius Paulinus
; je ne fçais file Donneur d'avis a jamais
lu fes Vers ; comme j'en doute, il faut lui en
citer quelques uns , & je ne puis mieux
choifir, ce me femble , que l'Oraifon que ce
Pontius Paulinus adreffe à Dieu avec une
candeur digne des premiers fiécles de
l'Eglife.
ORATIO.
1736 MERCURE DE FRANCE
·
ORATIO AD DEUM.
Omnipotens genitor , rerum cui fumma poteftas ,
Exaudi ; fi jufta precor. Ne fit mihi triftis
Ulla dies , placidam nox rumpat nulla quietem ,
Nec placeant aliena mihi : quin & mea profint
Supplicibus , nullufque habeat mihi vota nocendi ,
Aut habeat nocitura mihi . Male velle facultas
Nulla fit : at bene poffe adfit tranquilla poteftas
Mens contenta fuo , nec turpi dedita lucro ,
Vincat corporeas , cafto bene confcia lecto
Illecebras ; turpesque jocos , obfcenaque dicta
Oderit illa nocens , & multum grata malignis
Auribus, effu o femper rea lingua veneno.
Non obitu afligar cujuſquam , aut funere crefcam
Invideam nunquam cuiquam, nec mentiar unquam.
Adfit læta domus , epulifque adludat inemptis
Verna fatur , fidufque comes, nitidufque minifter ,
Morigera & conjux , carâque ex conjuge nati .
Moribus hæc caftis tribuit Deus. Hi fibi mores
Perpetuam fpondent ventura in fæcula vitam .
Il me femble que voila des titres bien
glorieux & bien authentiques en faveur de
la Poëfie ; mais quelles exclamations ne feroit
pas M. le Confeiller , s'il arrivoit aujourd'hui
qu'une femme s'avisât de produire un
Ouvrage en Vers , où elle réfumeroit tout ce
que contiennent l'Ancien & le Nouveau
Teftament ?
A O UST. 1742 : 1737
Teftament ? Et cependant , M. c'eft ce qu'une
Dame de la premiere diftinction , * femme
d'Adelphe , Proconful , a exécuté fous
l'Empire d'Honorius & de Théodoſe le jeune.
Et de quelle maniere ? par des Centons ;
c'eft - à dire par des Vers de Virgile ; deforte
que par l'adreffe & la fagacité de cette Da
me illuftre , il fe trouve que Virgile , en
quelque forte a compofé la Vie de JESUSCHRIST
, c'est ce qui paroîtroit impoſſible ,
fi nous n'avions pas cet Ouvrage fous nos
yeux , Ouvrage auffi précieux que fingulier ,
dont vous me permettrez de vous citer quelques
Paffages. Je les prends dans ce qui
concerne le Nouveau Teftament.
DE NATIVITATE CHRISTI .
Jamque aderat promiffa dies , quo tempore primum
Extulit os facrum divinæ ftirpis origo
Miffa fub imperio , venitque in corpore
Miſta Deo , fubiit cari genitoris imago .
virtus
DOCET SACRAMENTUM.
Poftquam prima quies epulis , menfæque remotæ
Ipfe inter primos genitori inftaurat honores
Sufpiciens Coelum , tunc facta filentia linguis.
Dat manibus fruges, dulcefque à fontibus undas;
Implevitque mero pateram, rituſque Sacrorum
Edocet , immifcetque preces, ac talia fatur , &c.
* Proba Falconia.
DI
1738 MERCURE DE FRANCE
DE ASCENSIONE CHRISTI.
His demum exactis , fpirantes dimovet auras
Aera per tenerum , coloque invectus aperto
Mortales vifus medio in fermone relinquit.
Infert fe feptus nebulâ , mirabile dictu .
Aft illum folio ftellantis gloria Cali
Accipit , æternumque tenet per fæcula nomen.
Ex illo celebratus honos , iætique minores
Servavere diem , tot jam labentibus annis.
1 decus , î noftrum , tantarum gloria rerum ,
Semper honos , nomenque tuum , laudefque manebunt,
Et nos & tua , dexter, adi pede facra fecundo
Annua quæ differre nefas ; celebrate faventes
Hunc , focii , morem facrorum , hunc ipfe teneto ,
O dulcis conjux , & fi pietate merentur ,
Hac cafti maneant in relligione nepotes
Après un Exemple auffi décifif en faveur
des Poëtes, qui confacrent leur génie & leurs
Ouvrages à la Religion , que puis - je alléguer
encore, pour les autorifer , pour les encourager
à fuivre de fi faints Modéles , &
pour les juftifier dans l'efprit du Donneur
d'Avis ? Citerai- je les Poëfies Chrétiennes
de Sedullius , intitulées Pafchale Opus , feu
mirabilium divinorum ? D'Alcimus Avitus ,
Evêque de Vienne , non moins illuftre par
fa Sainteté , que par la beauté de ſon génie
&
A O UST . 1742 1739
& par les charmes de fon éloquence ? De
Venantius Honorius Fortunatus , Evêque de
Poitiers , dont la veine auffi féconde qu'élegante
, a produit un Recueil très- ample de
Poëfies Sacrées , qu'on ne peut lire fans plaifir
& fans édification ?
Si je paffe préfentement à nos Poëtes modernes
, quelle foule d'exemples ne puis- je
point entaffer ici ? Que de Traductions des
Pleaumes de David en Vers François ! Que
de Stances , que d'Odes › que d'Elegies
Chrétiennes ! Eh que dit Monfieur le Confeiller
de la Traduction de l'Imitation deFe-
Jus- Chrift , faire en Vers François , par le
grand Corneille, avec un fuccès prodigieux?
S'en eft -on fcandalife ? S'eft - on récrié contre
ce faint effor d'une Mufe , qui jufqu'alors
ne s'étoit fignalée que fur le Théatre ? At'on
crié contre fon Polieute contre fa
Théodore ? A-t'on jamais rien produit de plus
édifiant que les Tragédies d'Eſther & d'Athalie
, Chef- d'oeuvres immortels de l'illuftre
pere de M. Racine ? Qu'a donc fait de fi
criminel ce digne fils d'un pere fi célébre ,
en formant le defféin de raffembler dans un
Poëme la plupart des preuves dont les plus
nobles AthletesChrétiens s'étoient fervis pour
combattre & pour atterrer les impies & les
incrédules ? Ofera- t'on dire déformais qu'il
n'eft pas permis de traiter en Vers des ma-
,
›
tieres
1740 MERCURE DE FRANCÊ
tieres fi faintes & fi fublimes ? Une infinite
d'exemples , & d'exemples frapans & décififs
, prouvent le contraire ; je défie M. le
Confeiller d'alléguer rien de raifonnable &
de concluant contre une coûtume & une
poffeffion fi-bien établies ; & je foûtiens à ce
Donneur d'avis , que M. Racine eft parfaite .
ment juftifié , par raport à l'objet de fon
Poëme. Si cet Ouvrage eft repréhenſible ,
ce ne peut être par le fond. Les Critiques ne
peuvent tout au plus attaquer que la forme.
Eft- elle défectueufe , ou ne l'eft - elle pas ?
c'est ce qu'il faut examiner férieufement.
Adhucfub Judice lis eft.
L'entreprenne qui voudra , je n'ai rien à dire
fur cet article , & je compte que M. Racine
fçaura fe défendre ,fi on l'attaque à cet égard .
Mais , diront Meffieurs les délicats, qu'eft il
befoin de faire encore des Ouvrages , foit en
Profe , foit en Vers , pour prouver la verité
de la Religion Chrétienne ? N'eft - elle pas
affés bien prouvée ? Incontestablement ; j'en
conviens. Nul efprit raisonnable , éclairé , judicieux
, ne peut fe défendre d'acquiefcer à
des preuves i folides & fi démonftratives .
Mais, à la honte éternelle de notre ſiècle , je
ne fçais combien d'efprits forts , ouou plûtôt
d'efprits faux , de demi -fçavans , de libertins
& d'impies , s'élevent aujourd'hui contre
cette Religion " fi fainte , fi confolante
AOUST . 1742.
1741
fi raisonnable , fi divine, & fi bien prouvée ;
& parce qu'elle les gêne , les humilie , leur
fait de continuels reproches , & leur infpire ,
malgré qu'ils en ayent , des frayeurs qui les
tourmentent & les défefperent , ils ont la témérité
d'entreprendre d'en fapper les fondemens.
Ils efent même dogmatifer publiquement
, & renouvellent fans ceffe de pitoya
bles fophifmes , que la Vérité , qui ne peut
jamais périr , a foudroyés mille & mille fois.
Il eft donc jufte , raisonnable , & même néceffaire
, de leur renouveller des preuves
qu'ils feignent de méprifer , ou que la plûpart
d'entr'eux ignorent pleinement . M. Ra
cine , tout rempli de ce faint zéle , a crû que
la Poefie , qui frape bien plus vivement que
la plus belle Profe , feroit un inftrument utile
& efficace , pour parvenir à une fin fi louable
& fi légitime , & il a dû le croire fur la
foi de tant de graves & faints Auteurs , qui
l'avoient précedé dans cette noble carriere,
A mon égard , j'ai peu de chofes à dire ,
puifqu'en juftifiant M. Racine , je me fuis
uftifié moi- même d'avoir publié plufieurs
petits Poënies contre les ennemis de la Religion
Chrétienne . Peut être que l'Auteur de
Avisfincere , cu prétendu tel , voudra bien
me les paffer préfèrtement ; mais je fens que
mes Cuyrages en Profe fur le même Sujet ,
ne lui paroîtront jamais dignes de fon aprobation
1742 MERCURE DE FRANCE
bation , parce qu'il me croira toujours un peu
incompétent fur ces matieres . N'oferois -je
me flater , qu'après avoir lû cette Lettre , il
conviendra , malgré lui - même , qu'elles font
un peu plus de mon reffort , qu'il ne fe l'étoit
imaginé , & que fi j'ai ofé entreprendre
de les traiter dans quelques- unes de mes Let
tres , que votre Journal a communiquées au
Public , ce n'eft pas fans avoir fait une étude
férieufe & profonde de ce qui concerne un
Sujet fi grave & fi refpectable ?
Mais fupofons toujours avec lui mon_in
sompétence , c'eft aller , ce me femble au- delà
de l'impoliteffe , que de me blâmer à cet
égard , puifque je n'avois tenté cette entre
prife , qu'aux preflantes inftances d'un Ami
également eftimable , & par fes talens & par
fon zéle fincere pour la Religion * ; & que
j'avois protefté au commencement & à la fin
de ces Lettres, que je fentois qu'il ne me convenoit
nullement d'entrer dans cette carriere,
& que j'étois bien honteux d'avoir ofé Per
treprendre. Il me femble qu'il y a de la du
reté à m'en faire un reproche , après une pa
reille proteftation ; mais , toutes chofes bien
pefées , il doit m'être très indifferent , & je
puis aller même jufqu'à le méprifer , puifque
tant de gens qui aiment fincerement la Religion
, & qui l'aiment d'autant plus , qu'ils ,
* M. Tanevot
Long
AOUS T. 17420 1743
l'ont ferieufement étudiée & aprofondie
non feulement n'ont pas blâmé mon effor
mais même lui ont donné des loüanges
dont je n'ofois me flater . Vous fçavez mieux
que perfonne , M. l'effet que mes Lettres
ont produit fur les Lecteurs de votre Journal
, & je vous fuplic de me marquer fincérement
fi j'ai lieu de me repentir ou de m'aplaudir
de les avoir écrites.
*
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c.
NERICAULT DESTOUCHES.
A Fortoiſeau , ce 29. Juin 1742.
默默默默默默默默默默默默默然找找找找默默默器
AM. N. DESTOUCHES , fur fes Lettres
imprimées dans plufieurs Mercures.
LOrfqu'à la honte de notre âge ,
Le fard & le libertinage
Infectent les Ecrits de tant de vains Rimeurs
DESTOUCHES , que tu fais un bien plus digne uſage
Du doux commerce des neuf Soeurs !
Poëte naturel & fage ,
Que tes Vers font pour moi d'aimables Enchanteurs!
Que j'aime , en les lifant , à voir Plaute, Terence ,
Catulle & Martial , embraffer la défenfe
Du bon Goût & des bonnes Moeurs !
2
FRIGOT .
EX
1744 MERCURE DE FRANCE
****************
EXPERIENCES de Phyfiquefaites en
préfence de l'Ambaſſadeur du Gr. Seigneur,
par M. l'Abbé Nollet.
M
R l'Ambaffadeur du Grand - Seigneur
ayant pris jour avec M. l'Abbé Noller,
pour aller vifiter fon Ecole de Phyfique Expérimentale,
Son Ex . s'y rendit un Dimanche,
vers les dix heures du matin , & s'y rencon
tra avec plufieurs * Perfonnes d'un mérite
diftingué , qui avoient été invitées .
En entrant dans la Sale des Expériences ;
il parut agréablement furpris du grand nom
bre de machines qu'il y aperçut , de l'ordre &
de la propreté qu'il y remarqua ; j'avois oüi
dire ( dit-il ) que les Cours de Phyſique de M.
l'Abbé fe faifoient en 16. ou i8 . Leçons , dont
chacune duroit environ deux heures : eft- il
poffible qu'en fi peu de tems on puiffe mettre
en oeuvre tous ces beaux Inftruments ? M.
l'Abbé Nollet prenant la parole , fit une ré
ponfe dont nous croyons devoir faire part
au Public , pour lui faire fçavoir à quoi en
cft aujourd'hui cet Etabliffement , & les dif
* MM. le Président de Montefquien , de la Fautriere
, le Chevalier de Caftelane , de Maupertuis , de
Voltaire , &c.
ferentes
AOUS T. 1745 17420
férentes formes qu'il eft en état de prendre
pour fe conformer au goût & aux befoins
de ceux qui voudront en profiter.
»
ces ,
"
» En formant cette nombreuſe Collection
» de Machines , je me fuis , dit- il , propofa
» deux chofes , 1º. De varier les Expérienafin
que ceux qui auroient déjà affifté
» à mes Cours , & qui auroient befoin de ſe
» retracer les principes qui s'y enfeignent ,'
puffent les revoir fans dégoût , & qu'ils y
» retrouvaffent la même Théorie apuyée fur
» de nouvelles preuves. 2 °. De pouvoir enfeigner
d'une maniere plus détaillée & plus
» complette les differentes parties de la Phyfique
aux perfonnes qui auroient plus de
» tems à y donner , comme je fais depuis
quelques années pour des Seigneurs Etran-
" gers qui voyagent en France , ou four
de
» jeunes gens nouvellement fortis de leurs
claffes que les parens envoyent travailler
» avec moi. Ainfi tout ce que V. E. voit ici
» ne fert pas dans un Cours ordinaire : car
» j'employe des Expériences autant qu'il en
>>
faut , pour intereffer l'attention , & pour
» fixer les Connoiffances s mais je me garde
» bien d'abonder en fuperflus , & de donner
» à un ſpectacle puérile , le tems que je dois
> employer plus utilement à établir des prin-
» cipes , & à expliquer les phénomenes qui
peuvent s'y raporter,
C On
1746 MERCURE DE FRANCE
On voit par cette réponse que M. l'Abbé
Nollet a pris toutes les mesures néceſſaires
pour rendre fes leçons utiles & agréables à
toutes fortes de perfonnes , qu'il eſt attentif
à leur donner toujours de la nouveauté pour
ceux qui les revoyent plufieurs fois , & que
ce ne feroit point fa faute , fi on les confondoit
avec les répétitions d'Expériences triviales
qui fe font quelquefois fans ordre , fans
liaifon , fans intelligence , & qui n'ont d'autre
but que d'amufer les yeux .
La premiere chofe qui intereffa la curiofité
de M. l'Ambaffadeur , ce fut une machine
qui fert à faire des Expériences fur les forces
centrales ; on la mit donc en oeuvre , & l'on
fit voir , foit en comparant des corps folides
enfemble , foit en comparant des liquides
entr'eux , foit enfin en employant des folides
& des liqueurs en même tems.
1 ° . Que tous les corps qui fe meuvent
dans la circonférence d'un Cercle , ou feulement
dans une Ligne courbe , tendent
toujours à s'éloigner du centre de leur mou
vement.
2°. Que cette Tendance ( apellée Force
Centrifuge ) fe mefure , comme la quantité
du mouvement , par la maffe & par la vîteffe,
& qu'on peut l'augmenter ou la diminuer
en augmentant ou en diminuant l'une o
l'autre de ces deux quantités,
3
UST 1742: 1747
3. Que quand plufieurs corps circulent
enfemble , ceux qui ont le plus de force
centrifuge , foit par la maffe , foit par la vîteffe
, font toujours les plus éloignés du centre
de la circulation commune.
que
4°. Qu'il y a tel cas où la force Centripéte
d'un corps n'eft l'effet de la force cen
trifuge d'un autre , qui circule , ou avec lui ;
ou auprès de lui.
-
Ces propofitions apuyées par 10 ou 12
Expériences , auffi convaincantes que curieufes
, fervirent de fondement à l'explication
de plufieurs phénoménes très intéreffans ,
& tous ceux qui étoient préfens fentirent
combien ces fortes de preuvess étoient сара-
bles d'aider l'efprit à concevoir , par exemple
, pour quoi la Lune & les autres Planetes
demeurent conftamment dans leurs orbites ;
pourquoi la péfanteur actuelle des corps eft
moindre vers l'Equateur que vers les Poles ;
ce qu'il en résulte pour la figure de la Terre
& c .
Α propos de la péfanteur ; on fit voir
qu'elle eft égale dans tous les corps , & que
la plus petite plume tombe auffi vire que la
plus groffe maffe de plomb , quand ni l'un
ni l'autre ne trouvent aucun obſtacle à leur
chute,
On fit voir auffi que tous les corps gra
ves accelerent en tombant ; que cette accé
Cij leration
1748 MERCURE DE FRANCE
leration leur fait parcourir des efpaces qui
répondent au quarré des tems , & que la péfanteur
agiffant fur un corps dirigé felaruac
ligne droite , paralelle ou oblique à l'horilui
fait décrire une courbe que l'on
nomme Parabole. Les diférentes Expériences
qu'on employa prouverent clairement que
ces loix ont lieu pour les liquides , ainfi que
pour les folides , & qu'il n'y a aucune mariere
connue , qu'on puiffe apeller légere.
zon ,
Une Machine fort élégante , & d'un ufage
très- commode , fut employée pour prouver
ce grand principe hydroftatique , que les
liqueurs péfent fur le fond & contre les parois
de leurs vailleaux , à raifon de leur
hauteur perpendiculaire à l'horifon , quelle
que
foit leur quantité ; ce qui donne lieu à
des effets très-furprenans.
On expliqua ce paradoxe par la nature des
fluides , & l'on en fit des aplications utiles
aux pompes , réſervoirs , digues , & aux ma,
chines bydrauliques qui font en ufage ..
Une efpece de balance affortie d'un grand
nombre de vaiffeaux de cristal , & d'autres
inftrumens ingénieufement imaginés , fervit
enfuite à comparer diférentes liqueurs eng
tr'elles , par raport à leur péfanteur spécifi
que , & le poids des folides aves celui des
fiquides.
On vit par cette comparaiſon pourquoi la
familie
A O UST. 1742 1749
Hami , la fumée , les vapeurs &c. s'élevent
en l'air , comment les poiffons dans l'eau
les oifeaux dans l'air , fe portent de bas en
haut ou de haut en bas ; par quelle raifon les
noyés , après avoir demeuré quelque tems
au fond de l'eau , remontent à la furface
& c.
On paffa enfuite à quelques Expériences
curieufes & délicates fur le Mouvement compofé
, & fur le choc des corps ; & comme
M. l'Abbé Nollet diftinguoit toujours ce
qui devoit être à la rigueur , de ce qui étoit
en conféquence des obftacles inféparables de
l'état naturel , on lui demanda ce qu'il entendoit
par ces obftacles qui rendoient les
effets moindres qu'on ne devoit les attendre
, felon les Regles qu'il établiffoit .
Cette queftion donna lieu à pluſieurs belles
Expériences , dont les unes , en prouvant
la réfiftance de l'air , & en general celle des
milieux , aprirent en même tems de quelle
maniere on doit en faire l'eftimation ; les
autres firent connoître en quoi confiftent les
frotemens , à quoi l'on doit avoir égard
pour les mefurer , ce qu'il faut faire pour les
diminuer , ou pour les augmenter &c , &
l'on finit par conclure que c'étoit perdre
fon tems , que de chercher le mouvement
perpétuel méchanique.
M. l'Ambaffadeur demanda enfuite à voir
C iij
les
1750 MERCURE DE FRANCE
les Inftruments qui fervent aux Expériences
de l'air.
M. l'Abbé Nollet dit à S. E. en lui montrant
un corps de tablétes où ils étoient ran
gés , qu'il avoit de quoi fournir à plus de
cent cinquante Expériences de cette espéce ;
& il commença par lui faire voir & lui
expliquer la Machine du vuide , qu'il apelle
Simple , parce qu'elle n'a qu'une pompe , &
qu'il dit avoir beaucoup perfectionnée.
Après celle- ci , il en montra une autre ,
compofée de deux pompes , qu'il a nouvel-
, lement inventées , & dont la conftruction
parut fort ingénieufe. Cette derniere Machine
peut étre manoeuvrée par toutes fortes de
perfonnes , parce qu'elle fe meut avec une
manivelle , & que les communications s'cuvrent
& fe ferment par le même moteur qui
fait agir les piſtons ; elle a l'avantage d'être
fort éxacte , parce qu'elle n'a aucunes foupapes
, & elle n'a
& elle n'a pas l'inconvénient des autres
Machines de cette efpece , qui éxigent
un entretien pénible & prefque continuel.
Ces deux Machines Pneumatiques font
afforties de maniere , qu'on peut tranfmettre
dans le vuide toutes fortes de mouvements ;
& parmi un grand nombre d'Expériences curieufes
qui furent faites , il y en cut plufieurs
où l'on vit tourner & fecoüer très-rapide
ment des corps dans le récipient , fans
fans que
l'air y rentrât.
Nous
AOUST. 17427 1751
Nous ne raporterons point ici en détail
toutes les Expériences que l'on fit dans le
vuide. Nous ne nous arrêterons qu'à la premiere
; quoi qu'elle foit la plus fimple de
toutes , l'explication qu'on y joignit nous a
paru mériter quelqu'attention ,
M. l'Abbé Nollet couvrit la Platine de la
Machine Pneumatique d'un Récipient , fous
lequel il enferma un petit Barométre , après
quoi il fit agit la pompe , & on remarqua
1º. que le vaiffeau de verre s'attacha fortement
à la Platine ; 2 ° que pendant les deux
ou trois premiers coups de pifton , il fe fit
dans le Récipient une efpéce de brouillard ,
qu'on vit tournoyer & tomber. 3 °. Qu'après
un certain nombre de coups de pompe le
Mercure du petit Barométre baiffa jufqu'à ce
qu'enfin il s'en falloit peu qu'il ne fût à niveau
dans les deux branches.
Alors , adreffant la parole à M. l'Ambaffadeur
, V. E. fçaura , dit- il , que cette Expérience
bien entendue difpenfe d'en faire
beaucoup d'autres : car elle prouve parfaite-
*ment bien que l'air eft élastique ; qu'ici- bas
où nous le refpirons , fon effort eft comprimé
; que ce fluide eft péfant comme tous
les autres , que fa péfanteur agit de même
dans tous les Sens ; qu'il n'eft pas pur , mais
chargé de corpufcules étrangers , qui ne fe
dilatent pas comme lui ; & qu'enfin on ne
C iiij peut
1752 MERCURE DE FRANCE
peut pas en évacuer entiérement ce vaiffeau ,
avec une pompe quelque parfaite qu'elle
puiffe être.
1° Il paroît évidemment que l'air a du
reffort , & que ce reffort eft comprimé , puis
qu'il s'étend du Récipient dans la pompe
lors qu'on la vuide , en faifant baiffer le
piſton.
2º. L'air extérieur fait fentir fa péfanteur
fur le vaiffeau & fous la Platine , lorfque
celui du dedans a été raréfié , & que l'Equilibre
eft rompu entre l'un & l'autre , ce qui
devient évident par l'adhérence du Récipient.
3 °. La vapeur qu'on aperçoit n'eft autre
chofe qu'un affemblage de petits corps étrandont
l'air fe deffaifit en fe dilatant
& qui font abandonnés alors à leur propre
poids.
gers ,
>
4°. Il fuit de la façon dont fe fait le vuide ,
qu'il ne peut jamais être parfait , car l'air ne
paffe du Récipient dans le corps de la pompe,
qu'en fe partageant uniformément entre
les deux capacités , fuivant le raport qu'elles
ont entr'elles fa denſité diminuë donc en
progreffion géométrique , & par conféquent
ne peut point être réduite à zéro : en un mot,.
quand la Machine a fait tout ce qu'elle peut
faire , le Récipient eft encore plein d'air
d'un air fort raréfié , à la verité , mais toujours
A OUS T. 1742. 1753
Jours en état d'empêcher que le Mercure ne
defcende à niveau . C'eſt une chofe avouée
de tous ceux qui ont quelque connoiffance
de Phyfique expérimentale : je n'ai jamais
trouvé qu'un Phyficien qui m'ait conteſté ce
fait , en me faifant voir une Machine Pneumatique
, qui faifoit baiffer le Mercure de
fon petit Barométre , non-feulement au ni
veau , mais même plus bas que le niveau ;
je n'eus point de peine à lui faire avoüier ,
en préſence de témoins, qu'il avoit été trompé
par fon Artiſte , car je fis voir clairement
qu'il y avoit de l'air dans le haut du Barometre
d'épreuve , & je lui fis remarquer que
le tuyau en étoit capillaire : une feule de ces
deux caufes fuffifoit pour le défabufer , aufli
le fut- il , car il fçavoit fort bien qu'un peu
d'air confervé au - deffus du Mercure aidoit
fon abaiffement, & il n'ignoroit pas que cette
liqueur métallique , tout au contraire des
autres , fe tient plus bas dans les tuyaux
étroits , que dans ceux qui font plus larges .
Après les Expériences fur l'air raréfié , on
en fit d'autres fur l'air condenfé , & entre
plufieurs effets furprenans , on vit celui d'un
fufil à vent , qui étant une fois chargé d'air
peut fervir à tirer fucceffivement 12. bales
dont la derniere perce encore une planche à
20. pas.
2
L'eau confidérée fous les trois états de
CY glace
2754 MERCURE DE FRANCE
glace , de liquide & de vapeurs , devint en
Tuite le fujet de plufieurs belles Expériences ,
d'Explications curieufes , & d'Applications
intéreffantes.
On vit entr'autres la fameufe Expérience
'de l'incompreffibilité de l'eau , faite pour la
premiere fois dans l'Académie del Cimento ,
& citée depuis par M. Newton , comme un
fait digne d'admiration.
Après l'eau on examina le feu ; on vit des
Phoſphores de toutes efpeces , des Fermentations
fingulieres , des Fulminations fort
propres à faire concevoir de quelle maniere
fe forment les Météores enflammés .
Une très-jolie Machine qui fait voir fenfi
blement que la chaleur augmente le volume
des corps , & qui mefure leur dilatation jufques
à la partie d'une ligne , & un
Eolypile monté fur des roues , qui par l'Explofion
de la vapeur recule très- promptement
& fort loin ; ce qui fervit à expliquer
le recul des canons , l'élevation des fufees ,
&c.
I
1600
с
S. E. demanda enfuite les Expériences de
' Electricité ; on fit choix des plus délicates ,
& des plus furprenantes : en effet les Globes
lumineux & les étincelles de feu qui parurent
fortir du vifage & des mains d'un hom .
me fufpendu fur des cordons de foye , &
d'une Dame qui fe tint debout fur un gâ
teau
A O UST. 1742 1753
teau de réfine , cauferent beaucoup de furprife
à M. l'Ambaffadeur , & à ceux de la
Compagnie , qui n'avoient point encore vû
ces phénoménes.
On en demanda l'explication à M. l'Abbé
Nollet , & on le queftionna fur l'utilité de
cette découverte qui a fait tant de bruit dans
ces derniers tems.
Pour des Explications , dit- il , j'avouë ingenuement
que je n'en fçais point que je
puiffe expofer avec quelque confiance ; &
en pareil cas , ma coûtume eft de me taire
plutôt que de hazarder des conjectures qui
ne me paroiffent point encore allés bien
apuyées , j'ai fait quelques obfervations en
repétant ces Expériences en differens tems ,
qui femblent m'avoir mis fur la voye ,
mais je n'ai garde de précipiter mon jugement
dans une matiere auffi délicate , & j'at
tendrai du tems & de mon aplication les
éclairciffemens dont jai encore befoin.
Quant à l'utilité de ces découvertes , elle
n'eft peut-être pas égale à l'accueil honora
ble qu'on leur fait ; mais nous ne fçavons pas
ce qu'elles nous vaudront dans la fuite ;
quand on admira pour la premiere fois la
vertu de l'aiman , fçavoit- on alors qu'on en
feroit une Bouffole ?
Si je fais entrer dans mes Leçons des Faits
que je ne puis expliquer , j'en tire au moins
C vj
cet
1756 MERCURE DE FRANCE
cet avantage , de faire connoître de faire connoître par des
exemples , qu'il y a quantité d'effets naturels,
capables de furprendre par leur nouveauté ,
& qu'il faut aprendre par ceux que l'on connoît
, à n'être point la dupe des autres qu'on
ignore , quand on a affaire à gens qui en
abuſent.
Il reftoit encore à voir beaucoup de cho
fes curieufes , & furtout ces fameufes Expériences
fur la Lumiere & fur les Couleurs
qui font tant d'honneur à M. Newton , &
qui en font même à ceux qui ont l'adreffe
de les bien répeter ; mais il y avoit quatre
heures que la Séance duroit , & l'heure du
dîner obligea de la finir .
M. l'Ambaffadeur très - fatisfait de tout ce
qu'il avoit vû , & de la maniere dont M.
l'Abbé Nollet s'étoit expliqué , le remercia
avec beaucoup de politeffe , & lui propoſa
de donner des Leçons à M. fon Fils . Peu de
jours après il le lui envoya en effet, avec M le
Maréchal d'Ambaffade & plufieurs perfonnes
de fa fuite , mais la difficulté de fe faire
entendre fur des matieres étrangeres aux Interpretes
, rendit la chofe tout- à - fait impraticable
pour le peu de tems qu'on y avoit
deſtiné.
L'ETE'
A OUST. 1742. 1757
L'E'TE' ,
ODE A DA MIS.
LEE Soleil fur notre hémisphere
Ramene les âpres chaleurs ,
Tout reffent déja les ardeurs
De la faifon caniculaire ,
Et l'aimable Printems , ce pere des plaifirs ,
S'eſt enfui fur l'aîle légere
Des Jeux , des Ris & des Zéphirs.
*
Veux-tu d'un deftin plus paifible
Ne goûter jamais la douceur ?
Damis , aux fouhaits de mon coeur
Le tien fera- t'il infenfible
Quitte , quitte la Ville ; un plus charmant féjour
T'offre un azile inacceffible
Aux traits brûlans du Dieu du jour.
*
De la Déeffe dont la fille
Sçût enflammer le Dieu des Morts ,
Viens voir les précieux tréfors ,
Dont toute la Campagne brille ;
Les Faunes, les Silvains, accourent en ces lieux .
L'Ep
7,8 MERCURE DE FRANCE
L'Epi tombe fous la faucille ,
Dont font armés ces demi - Dieux.
**
Que nos chants lui rendent hommages
Si Flore nous donne des fleurs ,
Si Bacchus chéri des Buveurs ,
Du Nectar nous offre l'ufage ,
Cérès doit l'emporter fur leurs belles faifons ,
Quand elle nous donne en partage
La richeffe de fes moiffons.
*
N'eft- il pas tems que tu t'évades
D'un lieu qui fçait trop t'attacher ?
Viens voir l'Onde fur ce Rocher
Faire de bruyantes cafcades ;
Son liquide criſtal forme mille Ruiffeaux ,
Où les Nimphes & les Driades
Vont goûter la fraîcheur des Eaux ,'
'Ami , c'est ici qu'on ignore
Les foins qui troublent l'Univers.
Souvent , fous ces ombrages verds
Mes pas vont devancer l'Aurore ;
Ici je puis du jour éviter la chaleur ,
Mais de l'amour , qui me dévore ,
Chaque inftant redouble l'ardeur.
Déja
A O UST. 1742 1759
Déja le Deftin moins févere
T'accorde à mes ardens defirs ;
Tu ramenes les doux plaifirs
Dans ce Bocage folitaire.
Tu prends ta Lyre , ô Ciel ! je crois fur ce gazon
Entendre l'Amant de Glicére ,
Ou le Galant Anacreon .
*
Ah ! que ta Mufe immortaliſe
Ces Objets , ces jeunes Beautés ,
Ces aimables Divinités ,
Par qui l'Amour nous tyrannife ,
Et tu verras encor dans des plaifirs divers ,
Mon ame de leurs traits éprife ,
Mes fens enchantés de tes Vers .
Près d'elles l'Amour nous apelle ,
O Dieux ! quelles vives ardeurs !
Ne pourrons- nous fléchir leurs coeurs
Par une conftance éternelle ?
D'aucun autre défir le mien n'eſt enflammé ;
Eft-il de fortune plus belle
Que celle d'être Amant aimé ?
Par M. B ** , d'Aix
EX
760 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre , écrite à M. le
C. D. L. R. au fujet d'une Pierre antique ;
trouvée dans l'Enclos du Monaftére des
Religieufes de la Fidelité d' Angers.
E de
N conféquence de ce qui eft marqué
dans l'Avertiffement du Mercure
France du mois de Janvier de cette année ,
je vous adreffe , M. l'empreinte d'une Pierre
antique , gravée en creux , pour fournir à
Mrs les Antiquaires une nouvelle matiere de
Differtation. Je m'abftiens d'exprimer ce que
je penſe fur le Sujet repréfenté fur cette Pier
re , & ce que m'en ont dit plufieurs perfonnes
afin qu'aucune prévention n'ait part à
l'explication que l'on en pourra donner , &
parce que d'ailleurs perfonne n'a entierement
expliqué ce Sujet.
,
Cette Pierre , qui eft une Cornaline tachée,
fut trouvée il y a environ 60. ans dans
l'enceinte d'un Amphitéatre , dont on voit
encore les reftes dans l'Enclos du Monaftére
des Religieufes de la Fidelité d'Angers. Je la
tiens d'un ancien Jardinier de cette Maifon
lequel l'avoit trouvée dans l'efpace
que contenoit cet Amphitéatre , fous une
vieille fouche de Meurier , à la profondeur
d'environ 4. pieds. Les reftes de cet Edifice
3
Le
Sacrifice
a
Grave
Mars
en
Grandeur
dela
creux sur
tachée .
une Cornaline
Pierre .
Sornique Sculpsil
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATION8
.
A O UST. 1742. 1761
fe trouvent renfermés depuis environ 120 .
ans dans l'Enclos du Monaftere de ces Religieufes
, où M. l'Evêque permet quelquefois
aux Curieux d'entrer,pour y voir ce refte
d'Antiquité.
Devenu poffeffeur de cette Pierre , je
m'empreffai de vérifier fon antiquité par
quelque preuve un peu plus déciſive que Pinf
pection de la Pierre même . J'en trouvai une ,
ce me femble , dans l'Extrait des Chroniques
d'Anjou , imprimées en 1529. qui me fut
communiqué. J'y lûs à la page 15. Chapitre
IX . ce qui fuit.
En ce tems pendant que Cefar guerroyoit les
Gaules & Cies Armoricques , il fit à Angiers
à Tours & à Chartres , hyverner plufieurs de
fes Legions , comme appert par fes Commentaires
. Et dit- on pour verité que César étant
au Pays d'Anjou , fit édifier & conſtruire un
Château & Théatre pour fa demeure , bors la
Ville d'Angiers , près l'ung des portaux
d'icelle , lequel eft à préfent en ruine , & n'y
paroît plus queles fondemens , & eft en Langage
Angevin appellé Grohan, auquel Lieu les habitans
& anciens du Pays difent par plufieurs fois
avoir vu maintes vifions & phantômes. Et
bienfouvent ( pour ce que au Lieu où étoit le
Théatre y a maintenant des Vignes ) l'on a trouvé
en bêchant en tour lefditsfondemens , des Piéges
deMonnoye d'airain & de métal, au nom de
Jules
9762 MERCURE DE FRANCE
Jules Cefar , d'autres fes Succeffeurs en
l'Empire , &c.
Je me flate , M. que quand la Pierre Antique
ne mériteroit pas , par elle-même ,
l'attention des Curieux , vous ne trouveriez
pas indifferent , pour un nombre d'Antiquaide
fçavoir qu'il fe trouve un refte d'Edifice
antique à Angers, tel qu'il eft exprimé
dans l'Extrait des Chroniques d'Anjou , que
je viens de tranfcrire. J'ai l'honneur d'être ,
&c. Ce onze Juillet 1742.
ręs ,
EXPLICATION de cette Pierre antique
représentant un Sacrifice à Mars
victorieux. Par M. D. G.
Cette Pierre repréfente le Bufte du Dieu
Mars , élevé fur un Cippe , ou piédeſtal en
forme de colonne , qui occupe le milieu du
Sujet. Deux femmes font aux côtés. L'une
tient d'une main une Patere , fur laquelle est
l'Encens deſtiné au Sacrifice , & de l'autre
elle montre le Feu facré , allumé fur un Au
tel très- fimple , compofé de quelques pier
res ou mottes de terre , qui eft au pied du
Cippe. L'autre femme , à la ceinture de laquelle
on remarque le couteau victimaire
dans fon étui , préfente un Verrat ou petit
Cochon de lait , une des Victimes les plus
ordinaires qu'on offroit à ce Dieu. Derriere
le Cippe , s'éleve un Laurier , dont les ra
meaux paffent fur le Bufte, Toutes
A O UST. 1942. 1763
Toutes ces chofes défignent un Sacrifice à
Mars. On fçait cependant que les Miniftres
de fon Culte ne pouvoient être que des
hommes , que l'on nommoit Saliens. Ainfi
le Sacrifice défigné dans cette Pierre antique
, ne peut être regardé que comme un
de ces Sacrifices particuliers de pieté , expri4
mé fur cette Pierre , ( comme on en voit
beaucoup d'autres confacrés à la Santé , )
offert par deux femmes , en reconnoiffance
de quelque victoire remportée , ou
par leurs
Epoux , ou par leurs Parens , d'autant mieux
que le Laurier qu'on voit , défigne la victoire.
En fuivant ce fentiment que le Sujet préfente
, il n'eft pas douteux que cette Pierre
n'ait été gravée pour conferver le fouvenir
de la pieté & de la tendreffe de deux femmes
diftinguées. On laiſſe aux Sçavans à dire
quelque chofe de mieux fur ce ſujet.
BOUQUET ,
A Mile Sog... préſenté le 24. Juillet 1742.
Conduit par ma vive tendreffe
Dans un riant Bofquet, où la Reine des fleurs
Sous l'émail enchanté des plus belles couleurs
De fes parfums étale la richeſſe ¡
Рона
1764 MERCURE DE FRANCE
Pour vous je courois ce matin ,
Sage & raviffante Thémire ,
>
Cueillir le Lys , l'OEiliet , la Rofe , le Jaſmin
Quand tout à coup le fenfible Zéphire ,
Qui veilloit à ce butin ,
Voulant m'arrêter la main ,
En courroux m'eft venu dire :
A qui deftinez-vous des préfens fi chéris?
» Pour dépouiller ainfi nos Champs fleuris ,
» Devez vous de quelque Immortelle
Parer les Autels en ce jour ?
Il entend votre nom , & d'un battement d'aîle ,
Signe d'un doux tranfport , veut lui - même à fon
tour ,
sur la Guirlande nouvelle ,
Que vous cherchoit mon amour "
Cueillir la fleur la plus belle .
fa
Flore s'en aperçoit ; ſa jalouſe frayeur ,
Qui le fuivoit des yeux , vivement le rapelle ,
Et vient pour punir l'infidelle ,
Ternir de mon Bouquet l'éclat & la fraîcheur.
Mais en dépit de la Cruelle ,
Je puis vous faire une offrande éternelle
C'eft l'offrande de mon coeur.
Par le Chevalier de Franville.
DISו
ד
DISSERTATION du R. P. M. Texte,
D. fur une Médaille de Philipe VI. Roy
de France , qui a pour Légende VOTA
MEA DOMINO REDDAM.
Srd
I de toutes les victoires que nos Rois
Très -Chrétiens ont remportées fur les
Flamans , celles de Philipe le Bel à Mons en
Puelle , en 1304. & de Philipe de Valois à
Mont- Caffel, en 1328 font les plus célebres,
on peut dire auffi que jamais leur pieté n'a
parû avec tant d'édification que dans les
très- humbles actions de graces que les Vainqueurs
en ont rendues à Dieu , qui leur avoit
donné l'avantage fur leurs ennemis , & à la
fainte Vierge , par l'interceffion de daquelle
ils avoient visiblement reffenti dans l'occafion
l'effet de leurs prieres : Nifi divina Majeftas
adfuiffet , Flandri de eis triumphaſſent ;
dit la Chronique de Zantfliet , depuis 1230,
jufqu'à 1461. raportée par Dom Martenne ;
Vet. Script. T. V. p. 190 .
?
Tous les Hiftoriens conviennent que 1'E
glife dans laquelle ces deux Rois , chargés
de Lauriers, s'acquitterent de ce jufte devoir ,
étoit confacrée à Dieu , fous Pinvocation de
la fainte Vierge ; mais le Lecteur fera furpris
de voir combien leurs fentimens font diffe
Jens
1766 MERCURE DE гKA
•
rens , pour détermier cette même Eglife, &
leur peu de conformité dans leur narration
fur ce Fait.
Voyons prémierement l'occafion du bienfait
accordépar le Ciel dans le péril, à ces deux
Princes , & enfuite nous tâcherons , en expliquant
une Médaille de Philipe VI. de dé
couvir le véritable Lieu de leur jufte recond
noiffance ; commençons par Philipe le Bel.
»
>>
33
Le Pape Benoît XI . Dominicain , ne fut
» pas plutôt élû après le décès de Boniface
» VIII. qu'il envoya , dit M. le Gendte , Chanoine
de N. D. de Paris , Hift. de France!
» T. II . p. 446. 1718. un Bref au Roy, pour
l'abfoudre de toutes Cenfures grace inefi
perée , qui fit grand plaifir à Philipe le Bel,
» dans un tems où il avoit befoin de réünir
toutes les forces pour dompter l'orgueil des
» Flamans ; leur infolence étoit montée au
plus haut point, depuis que deux ans de fui
» te , étant allé à leur Pays , il n'avoit ofé les
» combattre ; ils furent vaincus l'année d'après
fur Mer, proche Ziriefée, & fur Terre
» près de Mons en Puelle ; l'armée Françoise
» les attaqua le 18. Août au matin , elle força
» leur retranchement , & de 6o. mille hom
» mes qu'ils étoient , en tua 15. à 16. mille ;
» ces féroces Rebelles fe rallierent fur le foir,
& percerent en moins d'un quart d'heure
jufqu'au Pavillon du Roy , lequel étonné
"
"?
dic
A O UST. 1742. 1767
"9
fait fi
promp-
» dit Mézeray, d'un tel amas ,
» tement , prononça ces paroles : N'aurons-
» nous jamais fait , je crois qu'il pleut des Fla-
» mans ? Philipe, continue M. le Gendre , ne
s'effraya point , & aprés avoir ramaffé une
partie de fes bonnes troupes , il tua dans
» cette occafion 7. à 8. mille des ennemis.
Premiere Epoque du bienfait reçû du Ciel,
dans le péril où fe trouva Philipe le Bel. Le
fecond Evenement fut en faveur du Roy
Philipe de Valois , au Siége de la Ville de
Mont-Caffel , où il courut fortune d'êre pris
ou tué , dit Dupleix , T. II . p . 450 .
Les trois fils de Philipe le Bel , Louis X,
Philipe V. & Charles IV. qui lui fuccederent
l'un après l'autre, depuis 1314. que leur Pere
mourut , jufqu'en 1328. étant décédés fans
enfans mâles , Philipe VI leur coufin , monta
fur le Trône ; il étoit fils de Charles de
France , Comte de Valois , & d'Alençon ,
frere de Philipe le Bel , tous deux petits- fils
de S. Louis Charles II. frere unique du
Roy , époufa Marie d'Efpagne , & eut pour
apanagne le Comté d'Alençon, Charles III .
leur fils aîné , qui fucceda à ce Comté à l'âge
de huit ans , préférant , à la veille d'être
Roy de France , fi la Famille de Philipe VI.
eût manqué , l'humble état de Religieux à
l'éclat d'une Couronne , fit profeffion dans
l'Ordre de S. Dominique , felon le Gallia
Chrift
ཟ / ལཔ LVA AY
Christ. & les Auteurs de l'Hiftoire de France ,
à l'exemple de fa tante Ifabeau de Valois, &
de fa foeur Ifabeau d'Alençon , qui avoient
pris l'habit de cet Ordre à Poifly. Il mourut
Archevêque de Lyon en 1375.
Le Roy Philipe de Valois ,fon oncle voulant
fignaler fa générosité la premiere année de fon
Regne , en donnant du fecours au Comte
de Flandres , un de fes premiers Vaffaux ,
lequel , en lui rendant hommage , lui en
avoit demandé contre fes Sujets rebelles ,
conclut dans un Confeil la déclaration de la
guerre contre les Flamans , en difant , qui
m'aimera me fuivra.
Le premier Continuateur de la Chronique
de Nangis , depuis 1301. jufqu'en 1340 .
raportée dans le Spicilege de Dom Dachery,
T. HII. p. 90. Edit. de 1723. nous fait une
Relation fi édifiante des faintes difpofitions
dans lesquelles ce Monarque entreprit
cette Expédition , que nous croyons ne de
voir pas la paffer fous filence.
Avant que de partir , il fe leva un jour de
grand matin , vilita à pied , accompagné de
peu de fes gens , plufieurs Eglifes de Paris ,
alla à l'Hôtel Dieu , y fervit à manger aux
pauvres malades , leur baifa les mains , &
leur diftribua des aumônes . Un autre jour, il
fit le voyage de S. Denis en France , y porta
en verfant des larmes de dévotion , cum lacrimis
A O UST. 1742 1769
crimis , dit l'Auteur , les Reliques du S. Martyr
, & de plufieurs autres, depuis le Lieu où
elles repofent jufques fur l'Autel du Saint ,
devant lequel ayant entendu la Meffe , célébrée
par Guy de Caftres , alors Abbé , en préfence
des principaux de fa Cour , il reçut de
fa main , l'Etendart nommé Oriflamme , &
partit pour aller affieger la Ville de Caffel en
Flandre.
Voici ce qu'en a écrit M. le Gendre ,
T. II. p. 46. Louis de Creffy , Comte de
» Flandre , eût été paiſible, fi par fon impru
» dence il n'eût fait révolter les groffes Vil-
» les contre lui , Philipe de Valois , fon pa-
» rent , fon ami & fon Seigneur , marcha
» pour le fecourir ; l'armée du Roy étoit de
30 mille hommes , l'armée des Rebelles
» de 16 à 17. qui avoit pour Géneral un petit
» Marchand de Poiffon , appellé Colin Żan-
» nequin ; ce Géneral Chaffe- Marée , ne man.
» quoit de coeur ni d'efprit ; il s'en fallut
» bien
peu qu'il ne défit l'armée Françoife.
» Colin, trois jours de fuite, y porta du plus
» beau poiffon , qu'il donnoit à bon marché,
» afin d'y être bien venu , & d'avoir plus de
» liberté d'obferver ce qui s'y faifoit's on y
» joüoit , on y danfoit , on y étoit long- tems
» à table , on y dormoit la meridianne , & li
» garde s'y faifoit fi mal , que profitat de ce
» défordre , Colin forma le deffein de fur- ,
D pren ir
1770 MERCURE DE FRANCE
" prendre le Roy dans fon Camp , & afin dẹ
» le mieux tromper, il lui préfenta la bataille
>> pour le 24 du mois d'Août ( felon l'ufage
de ce tems là ) & ne laiffa pas l'avant- veille
» ( le Continuateur de Nangis dit la veille )
* du jour marqué pour le combat , de s'apro-
» cher à la fourdine ; les Flamands entrerent
» dans le Camp fur les deux heures après
» midi , tandis qu'on y repofoit , & gardant
» un grand filence ils poufferent fans être
» aperçus , jufqu'à la tente du Roy : heureufement
fon Confeffeur , qui étoit un Do-
» minicain , n'étoit point encore endormi ;
» fans cela tout étoit perdu. Ce Religieux
» effrayé , ayant vîte éveillé le Roy , & fait
fonner le boutefelle , les troupes s'armerent
» & donnerent fur les Flamands avec tant
» d'impétuofité , qu'elles les hacherent en
» piéces ; leur Géneral voyant les choſes défefperées
, fe jetta dans la mêlée , aimant
» mieux fe faire affommer que de furvivre à
» fa défaite.
>>
C'eft ainfi que M. le Gendre termine fa
Relation , à peu près conforme à celle du
Continuateur de Nangis , lequel déclare
avoir lû celle que le Roy envoya de toute
cette action à l'Abbé de S. Denys , lui préfent
, ainfi qu'il paroît vouloir l'infinuer ;
Exercitus Flamingoram , dit- il , tendens in
quantum poterat verfus tentorium Regis , cum
jam
A O UST. 1742 1771
jam multum appropinquarent , primus verò qui
boc Regi volenti quiefcere nunciavit , fuit unus
Frater Pradicator , Regis Confeffor, cum omnes
alii dormirent vel ftupefacti effent , & ecce D.
Milo de Nacheriis Regis vexillator tentorium
Regis ingreditur confirmans verbum Fratris.
L'avis du Confeffeur reconnu véritable , le
Roy en profita , évita le péril & gagna la
bataille. Quo audito Rex ad arma cucurrit...
ceffit victoria Regi.... de Flamingis fufpicabatur
occiforum , tam in loco conflictus , quam
extra per diverficula XX. m. 11. c . Minus
ficut Rex Francia teftificatus fuit per fuas fi
gillatas litteras fuper hoc Abbati Santi Dio
nyfii directas , quas vidi.
»
M. l'Abbé de Choifi , Hift. Eccléfiaftiq .
T.VII.p.143.confirme ceFait en ces termes:
» Les Flamands furprirent le Camp ; le Roy
» eut à peine le tems de s'armer , avec l'aide
» de fon Confeffeur, Nicolas Gorand Domi-
» nicain , qui le premier s'aperçût que les
» Flamands s'aprochoient.
39
» Les Etats de la Maifon du Roy Philipe
» VI. de 1328. dit M. Archon , Chapelle des
Rois, T.II. p.237. nous aprennent les noms
» de fon Confeffeur, & de fes Eccléfiaſtiques.
» Le Confeffeur s'apelloit Nicolas Gorand ,
» de l'Ordre de S. Dominique , Docteur
en Theologie, ( qui avertit le Roy du péril
» à Caffel. ) Le nom de l'Aumônier eft Guil-
Dij » laume
1772 MERCURE DE FRANCE
وو
» laume de Foucherolles. Le Clerc de l'Au
» mône , Nicolas de Neufville , Archidiacre
» de l'Eglife de Chartres . Les Clercs de la
Chapelle ... & Denis le Grand . Tous ces
noms & ces emplois differens , fi bien détaillés
, prouvent l'exactitude de l'Abbé
Archon à copier l'Etat de la Maiſon de ce
Roy , car Guillaume de Melun qui y eſt
compris, étoit Archevêque de Sens en 1330.
ftyle nouveau , & Denis le Grand , figne ,
Chapelain du Roy notre Sire , dans un Reçû,
dit Archon , fait le 14. Avril 1348 .
›
, Pour ce qui eft du P. Nicolas Gorand le
P. Mallet, fon Confrere , fait fon éloge dans
fon Traité des Hommes Illuftres de notre
Couvent de Paris , comme d'un grand homme
, eftimé des deux Cours de France & de
Navarre. » Ce n'eft donc pas , dit- il de
» merveille fi Philipe de Valois, Roy de Fran-
» ce , lui donna la direction de fa confcien-
» ce. Philipe , Roy de Navarre , Comte d'E-
» vreux , & fa femme Jeanne de France , lui
témoignerent auffi leur affection & à
» cette Maifon de Paris ; car tous deux nous
» donnerent chacun leur coeur , lui en 1343 ,
» & elle en 1349.
" >
Comme leur tombeau rend très - certain
ce choix de la fépulture de ces deux cleurs
dans notre Eglife , il faut auffi convenir que
la difference viſible qui eft entre Nicolas de
Gorran 3
A OUS T. 1742. 1773
Gorran , Confeffeur de Philipe le Bel , qui
felon le P. Echard , avoit donné un Ouvrage
dès 1267. & Nicolas Gorand fon Confrere ,
Confeffeur de Philipe VI. 61. ans après , en
1328. doit empêcher qu'on ne les confonde
ainfi que l'a fait le P.Echard , T.I.p.4 38.Script.
Ord. Pr. donné en 1719. qui des deux n'en a
fait qu'un. » Je fuis furpris , dit- il, Autores in-
» ter fe digladiari , que les Auteurs difputent
» de quel Philipe,de Gorran a été Confeffeur,
» puifqu'il l'a été de Philipe le Bel.
Ces deux Rois également reconnoiffans du
bienfait reçû dans le péril , ne manquerent
pas à leur retour , d'aller fe profterner aux
pieds des Autels , pour remercier Dieu & la
Sainte Vierge. Philipe le Bel le fit dans l'Eglife
de Notre Dame de Paris. La figure
Equeftre d'un Roy armé qu'on y voit, en eft
un illuftre monument , & le témoignage du
Continuateur de Nangis , qui a écrit , que
ce fut à l'Eglife de N. D. de Chartres ,
non pas à celle de Paris , que Philipe VI.
offrit le même cheval , & les mêmes armes
qu'il avoit au Combat de Mont- Caffel , ne
permet pas de douter que l'Effigie de Paris
ne foit celle de Philipe le Bel .
&
M. de Piganiol , fi connu par plufieurs
beaux Ouvrages , après avoir avoué qu'il y a
des Sçavans qui attribuent cette Effigie à
Philipe VI. la donne à Philipe le Bel ,
D iij
T.
1774 MERCURE DE FRANCE
T. I. p. 377. de la Defcription de Paris , pur
bliée en 1742.
L'Auteur Anonyme des Memoires de Litterature
, T. VI. publié en 1728. en uſe de
même ; il cite , p. 125. Paul Emile , Chanoine
de N. D. de Paris , qui dans la Vie de
Philipe le Bel , écrite vers l'année 1500. a
dit : Pulcher Rex Lutetia ad Virginis Aram
Statuam Equeftrem pofuit ; il cite auffi la VI.
Leçon de l'ancien & du nouveau Bréviaire
de l'Eglife de Paris , au 18. Août , où on
lit,Philippus Pulcher Statuam fuam Equeftrem
erigi voluit. L'Anonyme ajoûte plufieurs autres
preuves , & finit en difant : » Ainfi après
» avoir bien difcuté cette queftion , je crois
» qu'il doit demeurer comme une verité
» conftante , pour ceux qui écriront à l'ave-
» nir les Antiquités de Paris , que ce n'eft
» qu'une Statuë votive , ex voto, de Philipe le
» Bel.
>>
"
Philipe IV , difent les Auteurs de l'Hift.
» Généalogique de la Maiſon de France , T. I.
» p . 95. édit. de 1726. gagna une fignalée
» bataille contre les Flamands le 18. Août
» 1304. à Mons en Puelle ; c'eft en mémoire
» de cette Victoire , qu'il fit une Fondation à
» l'Eglife de Notre - Dame de Paris , & c'eft
» de lui dont on voit la figure à cheval de-
» vant l'Autel de la Sainte Vierge ; il fit auffi
» en même tems une fondation à Chartres .
Le
AOUST. 17427 1775
Le R. P. du Bois de l'Oratoire , parle de
la premiere Fondation, T.II.p. 535. dans fon
Hift. de l'Eglife de Paris. Philippus Rex...
nos Ecclefie Parifienfi in ipfius Virginis bonorem
fundata , centum Libras annui redditus
concedimus. Actum in Caftris prope infulam
anno M. CCC. IV. menfe Septembri.
La Fondation faite pour Chartres eft tout
au long dans le III . Tom. p. 698. du Spicilege
de Dom Dachery , Placuit altiffimo...
in Loco qui dicitur Mons in pabula , Lieu fécond
en paturages , ( Le P. Gaguin dit en
peupliers, Mons populorum , ) gloriofum nobis
de Flamingis prebere triumphum.... Ecclefia
Carnotenfi in ipfius Virginis honorem fundata,
tentum libras concedimus annui redditus. A&tum
in Caftris prope infulam , anno M. CCC. IV.
menfe Septembri.
Monumens certains de la jufte reconnoiffance
de Philipe le Bel , bien plus glorieux à
ce vainqueur des Flamands , qui (pour me fervir
de l'expreffion de ce Roy ) étoient venus
fondre fur lui comme une pluye , que ne
l'avoit été fa valeur à les repouffer.
"
» Dom Felibien , Benedictin , Auteur de
» l'Hiftoire de la Ville de Paris T. I. p. 469.
» Ed. 1725. blâme Corrozet d'avoir mal
apliqué ces deux Fondations dans fes An-
» tiquités de Paris. Corrozet , dit- il , qui
» pouvoit avoir quelque legere idée de ces
Diiij » Letres,
ر د
1776 MERCURE DE FRANCE
>>
ود
>>
"
Lettres , les attribue à Philipe de Valois
mal à propos , & cela l'a induit dans une
erreur , que quelques Auteurs ont fuivi ,
qui eft d'attribuer à Philipe de Valois la
Figure Equeftre qui fe voit à Notre- Dame
" de Paris , & de dire qu'elle y fut miſe après
» la Bataille de Mont-Caffel en 1329 ; on
» fait tous les ans , tant à Notre Dame de
" Paris , qu'à S. Denis , Commémoration
» de la Victoire de Philipe le Bel , le 18 .
» Août , fous le nom de Notre-Dame de la
» Victoire .
ן כ >>Jufqu'iciDomFelibienparlejufte,mais
» il fe trompe lui-même quand il ajoûte : Le
» Continuateur de Nangis , l'Auteur le plus
» ancien , qui ait parlé de cette Entrée de
כ כ
Philipe le Bel à N. D. de Paris , à fon
>> retour de la Bataille de Mons- en - Puelle ,
» s'eft exprimé d'une maniere qui ne tombe
>> pas fous les fens , lors qu'il dit que ce Roy
» portant fes armes , & fon cheval , il pré-
» fenta le tout à l'Eglife , Arma & Equum deferens
devotiffimè præfentavit. Ces feuls mots
Latins , que raporte Dom Felibien , prouvent
évidemment qu'il fe trompe , lorfqu'il cite le
Continuateur de Nangis , qui ne les a employés
qu'en 1328 pour Philipe de Valois
après la Victoire de Mont- Caffel , fans qu'il
en ait dit un feul mot en 1304. en parlant
de celle de Mons- en-Puelle, On fera convaincu
A O UST. 1742. 1777
vaincu de cette verité par les deux Paffages
de ce Continuateur qui fuivent.
•
Anno M. CCC . IV . Philippus IV ... bậc
partâ victoriâ , Ecclefia B. M. Parifius aliïſque
quàm plurimis Ecclefiis Regni fui , certos
redditus affignare curavit ; il n'y eft parlé ni
de cheval ni d'armes, au lieu que le Continuateur
a mis l'un & l'autre dans fa relation de la
Victoire de Caffel , remportée par Philipe de
Valois en 1328. T. III . pag. 90. Spicilege de
Dachery.
Philipe VI. dit- il , étant de retour en
France , après avoir pris la Ville de Mont-
Caffel , alla à S. Denis ; dans la fuite il fit le
voyage de Chartres , où il offrit le cheval fur
lequel il étoit monté , & les armes qu'il portoit
le jour du combat.
Rex verò in Franciâ exiftens B. Dionyfium
primitus devotè , & humiliter viſitavit , &poftea
ivit CAR NOTUM , & Ecclefiam
B. Maria ingreffus coram imagine , eifdem armis
quibus in Bello armatus fuerat , fe armari
fecit , & fuper Equum cui exiftenti in bello
infiderat, afcenfus, B. M. cui fe in belli peri.
culo facturum dona voverat , Ecclefia ejufdem,
arma & Equum deferens devotiffimè prafentavit,
Le Lecteur trouve ici la Phraſe latine que
Dom Felibien a mal apliquée à Philipe le
Bel.
Mezeray opofe à ce Texte fi clair
D v
une
Médaille
1778 MERCURE DE FRANCE
revers ,
Médaille qui eft gravée dans fon Hiftoire de
France , T. II . p. 422. Il n'en donne que le
de même que l'Auteur de * la France
métallique , fur lequel revers un Roy de
France eft repréſenté à cheval , & armé
avec cette Legende , Vota mea Domino reddam
, & dans l'Exergue , M. CCC. XXIX .
و د
Voyez , dit Mezeray, la Statuë fur la Mé-
» daille tout de même qu'elle eft dans la Nef
» de N. D. de Paris, contre le premier pilier
» à main droite. On tient ( il avouë par - là que
» ce n'eft qu'une opinion ) que Philipe entra
» jufques -là tout armé , & monté , au re-
» tour de la Bataille de Caffel, & qu'il offrit
» fon cheval & fes armes, & T. II . p. 391. il
>> dit : Quelques-uns tiennent que c'eft celle
de Philipe le Bel , pour un femblable retour
de Flandres .
que
pas
le
Convenons donc que cette Médaille de
M. CCC. XXIX . ne peut être de Philipe
de Valois , mais nous n'y découvrons
moindre veftige , qui fixe l'accompliffement
de ce Vou , plutôt à Paris qu'à Chartres.
Que fi on a recours à la reffemblance des
deux Figures , il faut dire qu'on ne devoit
pas repréfenter deux Rois , l'oncle & le
neveu , victorieux des Flamans , autrement
que dans la même fituation d'une Figure
Equeftre & armée ; de combien d'Empe-
* Jacques de Bie , 1. vol. fol. Paris 1635.
rcurs
A O UST. 1742: 1779
reurs & de Rois ne voyons - nous pas de
femblables Médailles ?
Pour nous , fondés fur le témoignage déja
raporté du Continuateur de Nangis , lequel
a écrit que Philipe V I. offrit fon cheval &
fes armes à N. D. de Chartres , Offrande
de deux mêmes chofes, qu'il ne fçauroit avoir
faite deux fois , nous fommes perfuadés que
I'Effigie du Roy , qui eſt à N. D. de Paris
eft de Philipe le Bel , & que celle qui eft fur
la Médaille , eft un Monument de l'Offrandc
faite à Chartres par Philipe de Valois.
و
Sur tout depuis que la Chronique de ce
Continuateur de Nangis a paru dans une
feconde Edition du Spicilege de Dom Dachery
, en 1723 , avec ce Titre : Nova Editio
ad fidem , manufcriptorum Codicum expurgata
, où l'on voit que M. de la Barre qui l'a
donnée , & que les differens fentimens fur
ce fujet avoient rendu très - circonfpect à
bien déchiffrer ce mot CAR NOTUM dans
l'ancien Manufcrit , l'a employé dans fon
Edition , ce Sçavant comprit fort bien que
ce terme ne pouvant pas être corrigé fur un
Manufcrit plus ancien , puifqu'on n'en trouve
point, ni être changé par conjecture, n'y ayant
( pour la fonder , aucun raport entre Carnotum
& Parifios ) le plus fur étoit d'y laiffer
ce mot, comme veritablement employé dans
le Manufcrit.
A Paris , le 19. Juillet 1742. D vj
1780 MERCURE DE FRANCE
STANCES
Imitées du Pleaume CV. Confitemini
Domino , c.
Celebrons la gloire immortelle
Du Créateur de l'Univers ;
Sa miféricorde éternelle
Préfente un champ vafte à nos Vers.
Mais d'une Mufe trop hardie
Modérons le pieux tranſport ,
Pour chanter fa gloire infinie
Je fais un inutile effort.
Heureux celui dont la juftice
Conduit le coeur , guide les pas ,
Qui bien loin des fentiers du vice ,
Sage , ne s'en aproche pas !
Qu'il parle , fa langue éloquente
Formera d'aimables accens ;
Jamais d'une main innocente
Dieu n'a fçû dédaigner l'encens.
Seigneur , de nos malheureux Peres
Trop fidéles imitateurs ,
Des châtimens les plus féveres
Nous
A OUST. 1742 1781
Nous méritons les traits vengeurs ;
Mais nous implorons ta clémence ;
Qu'elle s'intereffe pour nous ;
De ton invincible puiffance
Qu'elle défarme le courroux.
Lorfque l'Egiptienne Plage
Retint nos Peres affervis
Au trifte joug de l'esclavage ,
Par des prodiges inoüis ,
Dieu fit ceffer la fervitude
Où le Nil les vit gémiffans ;
Mais contre leur ingratitude
Ses bienfaits furent impuiffans.
Ils éclaterent en murmures
Dès qu'ils furent loin du danger ;
De la noirceur de leurs injures
Le Ciel auroit dû ſe venger ;
Dieu pourtant oubliant ce crime
Leur fraya des fentiers nouveaux ;
Du milieu du profond abîme
Il écarta toutes les Eaux.
Dans le Lieu même où la Baleine
'Avoit fon plus fecret réduit ,
Ifraël ne voit qu'une Plaine ;
Il la traverſe , on le pourſuit ,
L'Ennem
1781 MERCURE DE FRANCE
L'Ennemi veut fuivre fa trace ;
Le flot revient avec fureur ,
Châtie une infolente audace ,
Engloutit le Perfécuteur .
Ifraël alors fat fenfible
Aux bienfaits du Maître des Cieux;
Il adora le coup terrible
D'un bras miféricordieux ;
Mais étrange viciffitude
De l'efprit & du coeur humain !
Aujourd'hui plein de gratitude ,
Il eft ingrat le lendemain.
Sinne préfentant qu'indigence
A fon heureufe liberté
Il fe rapelle l'abondance
De fa dure captivité.
A l'inftant le murmure éclate ,
Un bruit confus des cris pervers
Annoncent une race ingrate ,
Qui regrette fes triſtes fers .
f
Mais ce murmure de fes crimes
N'eft qu'un foible commencement ;
Bien- tôt nous verrons des victimes
* Defert entre Elim & Sinaï , où arriva le murz
mures Exod, 16. V. « .
Da
AOUS T. 1783 1742.
Du plus horrible châtiment .
Ciel jufqu'où va l'efprit d'intrigue
D'un Datan & d'un Abiron ?
Quels font les objets de leur ligue ?
C'eft Moiſe , c'eſt Aaron .
De la révolte audacieufe
La Terre engloutit les Auteurs ;
Contre leur troupe factieufe
S'allumerent des feux vengeurs ;
Mais inutilement Dieu tonne
Contre ce Peuple criminel ;
Son courroux n'a rien dont s'étonne
La malignité d'Ifraël.
Elle va braver fa colere
Par un excès plas monftrueux ;
Irriter le Ciel , lui déplaire ,
N'eft pas affés présomptueux.
D'un Veau l'Idole inanimée
Qu'elle éleve dans le Deſert
Reçoit l'inutile fumée
D'un encens par le crime offert.
*
y
L'Eternel prend en main la foudre ;
Il eft armé pour terraſſer ,
Pour réduire Ifraël en poudre ;
Bientôt il va le renverser ¿
:
1784 MERCURE DE FRANCE
Il frape .... cependant Moïfe
Lui promet un prompt repentir ,
Et par la priere ſoûmiſe
Retient le coup prêt à partir.
Peuple ingrat , quitte la manie
De multiplier tes forfaits ;
Que ton affreufe Idolatrie
Soit le dernier de tes excès.
Vain langage ; quoiqu'on l'invite
Il n'a point apris à changer.
Pécheur conftant , l'Ifraëlite
Fut toujours pénitent léger.
On lui dit de la Terre heureufe ,
Qu'il attendoit depuis long- tems ,
Qu'impitoyable , furieuſe ,
Elle mange fes habitans ; *
C'en eft aflés , il est rebelle ;
Qu'on lui parle , il n'écoute plus ;
Contre fa frayeur infidelle
Tous les difcours font fuperflus.
Eh bien dans ce Defert aride
Les Murmurareurs périront ;
Leurs enfans fous un autre guide ,
* Terra quam luftravimus devorat habitatores fuosį
Num. 13. V. 33 .
Dans
A O UST. 1742 . 1785
Dans quarante ans en fortiront.
Dieu leve la main , il en jure ,
Et paffant à des tems nouveaux ,
De leur difperfion future
Il leur annonce tous les maux.
Cependant quel fpectacle infâme
Vient le préfenter à mes yeux !
De Madiam je vois la femme
Entrer dans le Camp des Hébreux ;
Elle les mene au Sacrifice
D'une impure Divinité ,
Et les plonge dans l'immondice
D'une horrible impudicité.
Phinée à cette impure flâme
Ne peut retenir fa fureur ;
Le zéle , qui brule fon ame ,
Se change en une fainte horreur ;
Du Ciel il va venger la gloire ;
Il fe leve , & de rang en rang ,
Il éterniſe ſa mémoire ,
En répandant un mauvais fang.
>
Je ne parle point du murmure
Aux Eaux de contradiction
Où de Moïfe la foi pure
Souffrit quelque altération ;
1786 MERCURE DE FRANCE
Je paffe de la folitude
Au-delà des bords du Jourdain ,
Pour faire une nouvelle étude
Des écarts d'un Peuple mutin.
Quand vous aurez fait la conquête
Des champs qui vous font deftinés
Hébreux , dit il , que rien n'arrête
Les ordres qui vous font donnés ;
Immolez la race maudite
Qui les poffedoit avant vous s
Que cette Nation profcrite
Expire entiere fons vos coups.
Tel étoit l'ordre de Moïfe ,
Ordre qu'il falloit respecter ;
Mais la Nation peu foûmife
Négligea de l'exécuter.
On commence par laiffer vivre
Un Peuple impie & plein d'erreurs ,
Enfuite on s'accoûtume à fuivre
Sa Religion & fes moeurs.
Avec lui dans les mêmes Temples
On profeſſe la même foi ;
Les plus pernicieux exemples
Ne caufent plus aucun effroi ;
Le défordre n'a plus de digue
;
Ifraël
A O UST. 1742 .
1787
aël perd tous fentimens ,
craint les Dieux , & leur prodigue
e fang de fes propres enfans.
Par de précieuſes victimes
n apaife ces Dieux d'airain ;
On ne leur plaît que par des crimes ,
t qu'à force d'être inhumain .
ieux meurtriers de leurs filles ,
es Peres égorgent leurs fils
s ont dépeuplé leurs familles ,
Et n'en font pas même attendris.
;
Ce fang corrompu ſur la terre
Pinfecte d'une horrible odeur
Elle en fournit pour le Tonnerre
Une plus maligne vapeur .
Le Créateur fçait faire uſage
De ce que l'on croyoit perdu ,
Foudroyant fon propre héritage
our venger le fang répandu.
Pour la Juftice i la foudroye ;
engeur des malheureux Enfans
livre les Peres en proye
1 d'impitoyables Tyrans ;
ux- ci les accablent de chaînes ;
les punir ingénieux ,
Ils
1788
MERCURE DE
FRANCE
Ils
inventent
d'affreuses
peines ,
Pour les rendre plus
malheureux.
Dans cette
affliction
extrême ,
Si Jacob eft
vraiment contrit ;
Devant la
Majefté
ſuprême
S'il
s'abaiffe , pleure , gémit ,
Ce Dieu , que fa révolte
outrage ,
Oubliant fon
iniquité ,
Fait
fucceder à
l'esclavage
Une parfaite liberté .
Une fois
devenu fidéle ,
Ah! que ne l'eft - il donc
toujours !
D'une paix folide ,
éternelle ,
Rien ne
pourroit finir le cours ;
Mais une
légereté d'ame
Egare ce Peuple pervers ;
Scélerat , pénitent , infâme ,
Il prend , quitte , & reprend les fers
Seigneur , nos extrêmes miferes
Méritent ta
compaffion ;
Daigne enfin nous rendre à nos freres ;
Et nous reconduire à Sion .
Nous chanterons dans l'allegreffe
Ton nom Saint , Puiffant , Eternel ,
A O UST. 1742
-1789.
nous repeterons fans ceffe ,
i foit le Dieu d'Ifraël !
Par un Chanoine de Pecquigny .
{ ***************
1RREST du Parlement de Dijon du 14.
Mars 1742. aufujet d'un Livrefcandaleux,
E jour le Procureur Géneral du Roy
eft entré & a dit :
MESSIEURS >
Je viens mettre fous les yeux de la Cour
ne Brochure qu'on a répandue en cette Vile
, & qui a pour titre : Pigmalion , ou la Staue
animée , à Londres , ches Samuel Harding,
1741. Une premiere lecture a excité le zéle
& l'indignation du Ministére public .
Quelque petit que foit cet Ouvrage dans
on volume , l'Auteur a eû la malheureuſe
dreffe d'y recueillir tout ce que le libertinade
l'efprit & du coeur peut imaginer, pour
errompre l'un & l'autre.
Il m'eft trifte de vous aprendre qu'on en
vort fur tout à la Religion & aux moeurs
ces deux grands biens de l'homme & de la
Societé . L'Etre fuprême , dont l'idée & le
som feul démontre l'éxiftence , & dont les
eux, & la Terre annoncent la gloire & la
préfence
1790 MERCURE DE FRANCE
préfence par tant de merveilles & de bien
faits , eft non- feulement méconnu dans c
Libelle , mais hardiment confondu avec ces
termes vuides & aveugles de Nature & d'U
nivers : fon culte & fa doctrine annoncés
par fes Miniftres , traités de vaines chimeres;
les liens les plus refpectables de la Societé ,
indignement méprifés; la religion du ferment
n'est qu'un ufage réfervé aux foux &
aux imbécilles ; le Mariage marqué au Sceau
de la Religion , une formalité introduite par
l'utilité & la curiofité des Prêtres .
Jufques - là cette miferable Critique de ce
qu'il y a de plus facré , ne mériteroit peutêtre
que de la compaffion & du mépris , fi
l'Auteur y bornoit fes maximens infenfées ,
mais il est allé plus loin , & dans l'impuiffance
d'accréditer chés les perfonnes inftruites
fes preuves impies par des raifonnemens
extravagans & qui deshonorent la raifon , il
cherche au moins à rendre , pour ainfi dire ,
fon impieté populaire , en l'infinuant aux efprits
qu'il fupofe foibles ou moins attentifs
& dans cette vûë , il affecte d'adreffer fon Livre
à une Femme , comme moins éclairée
& plus curieufe.
C'eft dans cet endroit de ce miférable Libelle
, que l'art & le poifon font plus dangereux
. Convaincu par fon propre exemple ,
qu'en cette matière c'eft toujours le coe
qui
A OUST . 1742 . 1791
i déregle l'efprit , l'Auteur s'épuife en palelles
infenfés & en fictions honteufes fur
compte de fa Statue, dont il ne fait qu'une
ête animée par un inſtinct brutal, en la donantnéanmoins
pour une Femme doüée, à fa
façon, d'intelligence & de penfees.
Ici l'Auteur le démafque , & fe montre
très - inftruit dans l'art de la volupté , qu'il
tâche d'annoblir , & dont il fait le reffort
unique de fon Idole ; l'Auteur ne rougit
point de faire des peintures obfcênes & des
defcriptions étudiées de la moleffe & du
vice ; il érige le plaifir en Divinité & en Reine
, à laquelle il faut , dit-il, tout facrifier.
Voilà où aboutiffent les leçons que ce
Maître voluptueux donne à une jeune Femme
, en ne lui montrant pour Divinité que
la Déeffe impure du Paganisme , qui s'y trou
ve expreffément défignée .
Si une courte analyfe vous a , Mrs , déja
foulevés contre ce Livre , lorfque vous cons
noîtrez par une lecture entiere & exacte tout
le fond des excès & des abominations dont
il cft rempli , vous vous emprefferez de le
faire périr dans les flames ; & c'est à quoi le
Procureur General du Roy conclud , & aux
défenfes à toutes perfonnes de le vendre
diftribuer , & même de le garder , enſemble
tous autres Libelles qui peuvent bleffer la
Religion , corrompre les moeurs ou troubler
l'Etat,
1792 MERCURE DE FRANCE
›
que
preul'Etat
, aux peines portées par les anciennes
& nouvelles Ordonnances , & par les Reglemens
, fous la réſerve expreffe de pourſuivre
ces informations contre ceux qui contreviendront
à ces défenfes , même de demander &
obtenir Monitoire , pour acquérir des
ves de la contravention , & la faire punir
avec autant d'éclat de féverité ; & pour
ôter tout prétexte d'ignorance , que l'Arrêt
qui interviendra fera publié & affiché partout
où befoin fera , & regiftré fur le Livre
de la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de cette Ville , dont les Syndics certifieront
la Cour. Le Procureur Géneral du
Roy retiré , vûë la Brochure par lui laiffée
fur le Bureau , & les Opinions priſes :
LA COUR a ordonné & ordonne que
le Livre qui a pour titre : Pigmalion , ou la
Statue animée , à Londres , chés Samuël Harding
, 1741. fera laceré & brulé par l'Exécu
teur de la Haute Juftice , en la Place & audevant
de la principale Porte & entrée du
Palais fait défenfes à toutes perfonnes de le
vendre , diſtribuer , & même de le garder
enfemble tous autres Livres qui peuvent
bleffer la Religion , corrompre les moeurs ,
ou troubler l'Etat,à peine d'être procedé extraordinairement
contre les Contrevenans ,
& iceux punis fuivant la rigueur des Ordonnances
, Arrêts & Reglemens : ordonne que
A O UST. 1742 1793
partout
le préfent Arrêt fera publié & affiché
où befoin fera , & regiſtré fur le Livre de la
Communauté des Libraires & Imprimeurs
de cette Ville , dont les Sindics feront tenus
de certifier la Cour dans huitaine. FAIT en
Parlement à Dijon , le 14. Mars 1742. Signé
Chancelier.
Le préfent Arrêt a été par moi Albert Pagot
, Clerc Juré au Greffe de la Cour , lû &
prononcé à la Porte & principale entrée du
Palais , & enfuite le Livre qui a pour titre ,
Pigmalion ou la Statue animée, remis entre les
mains de l'Exécuteur de la Haute Justice , &
par lui laceré & brûlé , ce jourd'hui 15 .
Mars 1742. Collationné , figné , Pagot.
*********************
LE MAGISTRAT
QUI SE MESLE DE TOUT,
CONTE.
UN Exécuteur malhabile
Faifoit Janguir un Patient ;
Certain Magiftrat de la Ville ,
Par avanture là préſent ,
Lui cria , dépêche , imbécille ,
Et donne moins , fi tu le peux ,
De tourment à ce malheureux .
L'autre.
1
1794 MERCURE DE FRANCE
L'autre , lui répond en colere ,
Venez en ma place le faire ,
Si vous croyez
le faire mieux.
Par M. Desforges Maillard .
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Juillet , font la Parole ,
Argent & Chardon . On trouve dans le premier
Logogryphe , Art , Rat , Geant , Gan ,
Agent , Gare, Re , Rage , Age , Tage , Nage,
An , Rang , Tane , Tan ; & dans le fecond ,
Char , Charon , On , Car, Or , Dona , Conrad,
Craon , Cardon , Haro , Roc , Caron , Cor
Hard , Nord , Don , Rond , Hora , Cran ,
Darc , Oran , Nachor , Orchan , Arno ,
Nard , & Acord.
**************
ENIGM E.
S Ecourable au befoin , je confervai jadis
症
Et ton pere & celui de tout ce qui reſpire ;
Mais , foûmis aux rigueurs d'un tirannique Empire ,
Souvent je fais périr celui par qui je ſuis .
J'aporte tour- à tour les chagrins & la joye ,
Et fi j'ai quelquefois enrichi des Pays ,
J'ai caufé tous les maux de Colchos & de Troye.
Da
A O , US T. 1742 1799
De mes yeux meurtriers, quand je veux innocens ,
J'annonce la paix ou la guerre ;
Très- folide Enfant de la Terre ,
Quand il plaît à deux infolens ,
Je fuis brifé comme du verre.
Guidé par la vertu d'un caillou curieux ,
Sans aîles & fans pieds je vas de Plage en Plage ;
Faifant fervir à mon uſage
Le Feu , la Terre , l'Air , & la Mer & les Cieux ;
La fcience la plus profonde ,
Malgré fes beaux raifonnemens ,
Tombée en des égaremens ,
Sans moi ne fçauroit rien encor de l'autre Monde.
LOGO G R Y P H E.
J E fuis un Inftrument mobile ,
Souple , à la volonté docile ,
>
Bon , juſte & mauvais tour- à-tour ;
Aux Cieux tantôt je fais la fainte cour ,
Tantôt prêtant mon miniftére au vice ,
A l'Enfer je me rends propice ;
Je fais & je venge des torts .
Six piéces compofent mon corps ,
Et deux membres font mon partage .
J'offre d'abord le principe de l'âge ,
Puis l'envelope d'un Bambin ;
E ij Le
1796 MERCURE
DE FRANCE
Le marche pied du foudroyant Jupin ,
Retournez -vous , c'eft un Efprit Célefte ;
Ce qu'un yvrogne abhorre , fuit , détefte ;
Le bien du pauvre en nos guérets ;
Un piége aux Oiſeaux indiſcrets ;
Ce qui des nuits vient écarter les ombres ;
Je contiens le moindre des nombres ;
Un mal honteux , une pefte à la peau ;
Ce qu'en Latin le paifible Troupeau
Doit redouter de l'ennemi vorace ;
Un Inftrument qui dans l'air chaſſe
Le fuperflu de la blonde Cérès ;
Des ans le rapide progrès ;
Le mot du guet , favori chés la None ;
Que l'on reçoit & que l'on donne ;
Un Sel acide & minéral ;
L'objet aigu d'un Plan Géométral
;
Une antique Ville de France ;
Le bas d'un mont , d'une éminence ;
Un Fief affranchi de tous droits ;
Ce qu'un Office eft dans la main des Rois ;
Un Bourg de Galice , en Eſpagne ;
La table où mange un Porc & fa compagne ;
Ce que
Le effet d'un clair Ruiffeau ;
pur
fait le Poiffon dans l'eau ,
Des Monts , aux confins de l'Iftrie ;
Un Fleuve enfin dans la Hongrie.
AUTRE
AOUST . 1742. 1797
JE
AUTR E.
E fuis , Lecteur , ce tribut que l'Eglife
Exige chaque jour de ceux de fes Enfans ,
Qui tirent fes émolumens.
Je vais t'offrir par l'analyſe
Celle dont l'efprit orgueilleux ,
Fatal à toute la Nature ,
Nous fait fentir encor les effets malheureux
De fon avide morfure ;
Un corps fragile & tranſparent ;
Le Canton qui fépare & la Marne & la Seine ;
De l'Animal , compagnon de Silene ,
Le fot & ridicule chant ;
Ce qui du lugubre Héraclite
Differencioit Démocrite ;
Le lot de chaque Humain, dont hélas ! trop fouvent
Nous regrettons l'uſage & la durée ;
Ce qui , dans le tems que Morphée
Verfe fur nous fes paifibles pavots ,
Nous promene des biens aux maux ;
Certain Animal amphibie ;
Ce qui fert de cercueil , & tantôt de boiffon ;
Un cartilagineux Poiffon ;
E iij
Ce
1798 MERCURE DE FRANCE
Ce qui nourrit la charmante Prairie ;
Ce que l'on boit, fans s'en apercevoir.
Adieu , Lecteur , juſqu'au revoir.
Par M. David Reynard , Ecolier de Rhétori
que au College de Villefranche , en Beaujolois.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , &c.
D
, ESCRIPTION de Paris , &c . Par
M. PIGANIOL DE LA FORCE.
Tome III . Contenant les Quartiers de S.Euftache
, des Halles , de S. Martin , de S. Denis ,
de la Greve, avec des Figures en Taille - douce.
Nouvelle Edition . 1. vol . 8 ° . de 540. pages. A
Paris , chés Théodore le Gras , Defprez , Cavelier
fils , & Charles- Nicolas Poirion , ruë S.
Jacques , à l'Empereur. M. DCC . XLII .
L'Auteur commence à parler du Quartier
de S. Euftache , par l'Eglife qui lui donne
le nom. Son origine n'eft pas bien connuë ;
il
y a preuve qu'elle étoit érigée en Paroiffe
en l'année 1254. L'Eglife d'aujourd'hui fut
commencée le 19. Août 153 2. mais ce vafte
Bâtiment n'a été achevé qu'en 1642. par les
liberalités du Chancelier Seguier , & de
Claude de Bullion , Sur- Intendant des Finances,
A O UST. 1742 1799
".
hances. Ce que notre Auteur y trouve de
plus hardi , eft le petit clocher qui ne
porte que fur des pieux , foutenus fur quatre
piliers , c'eft-à- dire fur les deux de la Porte
du Choeur , & fur les deux qui font vis - àvis
, à droite & à gauche , fans porter en
aucune maniere fur la voute de l'Eglife.
Parmi les Ornemens , ou les curieufes
Beautés qui font dans l'intérieur de cette
Eglife , on diftingue le Tombeau de Jean-
Baptifte Colbert , Controlleur General des
Finances , Sur- Intendant des Bâtimens , Secretaire
& Miniftre d'Etat , mort le 6.
Septembre 1683. âgé de 64. ans . Ce Monument
, qui eft un des plus beaux qu'il y ait
en France , eft du Deffein de Le Brun , & de
l'exécution de Baptifte Tuby , & d'Antoine
Coyzevox. M. Colbert y eft repréfenté à genoux
fur un Sarcophage ou Tombeau de marbre
noir. Un Ange tient devant lui un Livre
ouvert , dans lequel ce Miniftre femble prier
Dieu. La Religion & l'Abondance affifes
& de grandeur naturelle , fervent d'accompagnement.
Toutes ces Figures font d'un
choix & d'une correction de Deffein admirables.
Ce beau Monument a été gravé , & on
en voit la Figure en Taille- douce dans le Livre
dont nous rendons compte .
Dans ce même Quartier , l'Article de
l'Hôtel de Soiffons eft d'une affés grande
E iiij étendue,
1800 MERCURE DE FRANCE
étenduë , & n'ennuye point , parce qu'on y
aprend beaucoup de chofes qui regardent
l'Hiftoire ancienne & moderne de la Ville
de Paris. Selon notre Auteur il n'y a point
en France , après le Louvre , de Maifon
plus noble , ni plus illuftrée que cet Hôtel ,
puifque depuis près de cinq cent ans , il a
fervi de demeure aux plus grands Princes
du Monde . Il remarque aufli fort à propos
que deux des plus grands Généraux d'Armée
de ces deux derniers fiécles , ont pris naiffance
dans l'enceinte de l'Hôtel de Soiffons ;
fçavoir , le Prince Louis- Guillaume de Bade ,
qui y naquit l'an 1655 , & mourut à Raftat
en 1707 , & le Prince Eugene de Savoye ,
qui y vint au monde le 18. Octobre 1663 ,
& eft mort à Vienne le 21. Avril 1736 .
La Deſcription de l'Hôtel de Toulouſe
fait encore un Article confidérable & digne
de toute l'attention d'un Lecteur curieux.
Nous ne pouvons mieux faire que de
renvoyer le Lecteur au Livre , & nous en
ufons de même pour tout ce qui concerne le
détail des autres Quartiers , écrits dans ce
Volume , ne nous étant pas poffible , à caufe
des bornes de notre Journal , d'en uler aus
trement.
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire de
la Fête des Foux , qui ſe faifoit autrefois dans
plufieurs
A O UST. 1742. 1801
plufieurs Eglifes , par M. du Tilliot , Gentilhomme
Ordinaire de fon Alteffe Royale
M. le Duc de Berry. A Lausanne & à
Geneve, chés Marc - Michel Boufquet & Compagnie.
1741 .
Quoique bien des gens ne puiffent s'imaginer
qu'il y a eu des fiécles où l'on pouffoit
les extravagances jufqu'à en commettre impunément
dans les Eglifes , il n'en eft pas
moins vrai que ces abus ont exifté veritablement
, & qu'on en trouve les preuves en
plufieurs fortes de Livres & de Monumens
les plus avérés. Ce font ces fragmens de témoignages
répandus de côté & d'autre
que M. du Tilliot de Dijon a cru devoir
réunir , en dédiant.ce Recueil à M. le Préfident
Bouhier , de l'Académie Françoiſe .
>
Nous ne repeterons pas ici ce qu'il a cru
ne pouvoir fe difpenfer de dire des Saturnales
des Anciens , d'où il croit qu'eft émanée
la Fête des Foux. Les Faits les plus confidérables
& les plus déplorables , qui regardent
cette Fête , font l'Election que l'on y
faifoit d'un Evêque des Foux dans les Cathédrales
, & d'un Pape dans les Eglifes
exemptes . Le Clergé affiftoit à la Cérémonie
du jour , en habits de Mafcarade , & on s'y
comportoit d'une maniere , qui eft raportée
en tant de Livres , qu'il eft inutile de nous
y arrêter. Nous avons même rendu publi-
E v ques
1802 MERCURE DE FRANCE
ques dans notre Journal plufieurs Lettres
qui entroient daus de certains détails fur ces
ufages bouffons.
Il y avoit , felon Beleth , Chanoine d'Amiens
, & Durand , Evêque de Mende
quatre jours de réjouiffance dans l'Eglife ;
le 26. Decembre étoit la Fête des Diacres
le 27. celle des Prêtres , le 28. celle des
Enfans , & le 1. Janvier celle des Soudiacres.
On peut voir là-deffus l'Histoire de
Paris de Dom Lobineau , T. I. p . 224. &
500. Nous ne doutons point que le Cérémonial
d'une Métropolitaine , où le Pere
Theophile Raynaud dit avoir vû la Profe
de l'Afne , ne foit celui de Sens , où on la
trouve encore dans un Volume particulier
très bien conditionné , & duquel nous avons
'donné l'Extrait dans le Mercure de Decem
bre 1726. T. I. avec la Profe dont on vient
de parler. M. du Tilliot a raproché de ce
Trait , celui qu'on lit chés Marlot , Hiftoire
de la Métropole de Reims , T. II . p . 769
où l'on aprend en même tems comment
ces ufages y furent modérés , & enfin fuprimés.
Deslyons paroît avoir crû dans fon
Paganifme du Roy boit , que la Fête des Foux
n'a duré que quatre cent ans , mais il ſe
trompe felon notre Auteur ; elle a été plus
long - tems en vigueur , au moins en certaines
Eglifes. Le Pere Ferry , Jefuite , raporte en
fon
A OUST. 1803 1742.
fon Hiftoire de Challons fur Saone , que ce
ne fut que fous l'Epifcopat de Cyrus de
Thiard , mort en 1624 , que ceffa l'ufage d'y
habiller un Enfant en Evêque , & celui des
Chanoines qui avoient coutume de danfer
en rond dans le Preau proche de la Cathédrale
, après les Complies de la Pentecôte .
A S. Etienne de Dijon , où il n'y avoit pas
d'Evêque , on créoit un Préchantre des Foux,
auquel on faifoit la barbe fur un Théatre ,
dreffé devant l'Eglife .
L'Auteur renvoye ici au Mercure de Juillet
1725. touchant les Cavalcades Eccléfiaftiques.
Mais en continuant la matiere de la
Fête des Foux , il cite une Cathédrale où
l'on élifoit tous les ans l'Abbé des Foux, fçavoir
le 18. Juillet , jour de S. Arnoul : nous
avons apris que c'eft celle d'Auxerre , & que
l'Affemblée fe tenoit devant la Cathédrale .
fous un gros orme , qui n'a péri que par la
rigueur de l'hiver de 1709. Il y avoit à Rhodez
l'Abbé de la Malgouverne , & à Viviers
un autre Abbé , dont il eft amplement parlé
dans le VII . Tome des Mémoires de TAcadémie
des Belles - Lettres .
L'ancienne coûtume du Clergé d'Evreux
d'aller couper en cérémonie des branches
d'arbres le premier jour de Mai , cft pareillement
dans notre Journal , Avril 1726 :
c'eft delà que M. du Tilliot l'a tirée . On y
E vj
voit
1804 MERCURE DE FRANCE
voit jufqu'où les abus entraînent , après avoir
commencé par des chofes legeres ; ces fortes
de ramées , pour parer les Eglifes , ne ſe pra
tiquent plus qu'aux Fêtes de Patrons ; encore
ont- elles ceffé prefque par tout , depuis
que les Tapifferies en verdures font
devenues communes. Dans la même Eglife
d'Evreux , où les Chanoines joüoient aux
quilles fur les voutes , dans le tems ci deffus
marqué , un Chanoine , Diacre , nommé
Bouteille , en fondant fon Obit pour le même
tems , ordonna que pendant cet Obit
on étendroit fur le pavé de l'Eglife , au milieu
du Choeur , le Drap mortuaire , avec
fes Armes parlantes , fçavoir , quatre bouteilles
aux quatre coins du poëlle , & une au
milieu , le tout au profit des Chantres qui y
auroient affifté .
Le ridicule de la Fête des Foux s'introduifit
auffi dans les Monaftéres. La Lettre de
Neuré à Gaffendi , fait mention de ce qui fe
paffoit chés les Cordeliers d'Antibes. Ce
Trait n'a pas été oublié dans une Edition de
Moreri. On peut confulter aufli notre Jour
nal de Septembre 1739 .
M. du Tilliot rapelle aux pages 27. & 39:
d'après M. Thiers , la quête du nom d'Aguilaneuf,
au Diocèfe d'Angers , & d'après M.
Lancelot , le Cérémonial de Viviers , cité
déja ci- deſſus , & inféré dans le Gloffaire de
Du
A O UST. 1742 1805
Du Cange , nouvelle Edition. Il n'auroit pas
oublié ce qui eft raporté du Bâton de la Fête
des Foux de N. D. de Paris , dont M. l'Abbé
Lebeuf a touché quelque chofe en fon dernier
volume in - 12 . traitant du Poëte Léonius
, Chanoine de Paris , s'il en avoit eû
connoiffance. La mention faite de ce Bâton
par un Perfonnage grave du XII . fiécle , eft
une chofe remarquable.
Ce Recueil finit par les differentes Ordon
nances faites contre ces abus Eccléfiaftiques
, parmi lesquelles eft un Arrêt du Parlement
de Dijon du 19 Janvier 1552 , qui
abolit la Fête des Foux par tout fon reffort
fur la doleance & requête des Doyen & Cha⇒
pitre de S. Vincent de Challons.
La feconde Partie de l'Ouvrage dont nous
rendons compte , contient l'Hiftoire des réjouiffances
qui fe faifoient autrefois en Bourgogne
& ailleurs , fous le nom de Mere-
Folie , Gaillardons &c . L'origine n'en remonte
pas fi haut que celle des Divertiffemens
Eccléfiaftiques. Le Pere Meneſtrier a
cru qu'elle pouvoit venir d'Engilbert de Cleves
, Gouverneur du Duché de Bourgogne ,
à l'exemple de celle qu'Adolphe de Cleves
avoit établie à Cleves en 1381. Cette Societé
étoit compofée de trente-fix Gentilshommes
ou Seigneurs qui s'affembloient vers
le tems des vendanges , & élifoient un Roy- ve
Dans
1806 MERCURE DE FRANCE
Dans le préliminaire de l'acte d'établiſſement;
il eft dit que cette Societé fera apellée la Societé
du Fou. Le premier Article ordonnoit
que chacun des Affociés porteroit un fou d'ar
gent , brodé ou coufu fur fon habit , faute
de quoi il payoit pour les pauvres l'amende
de trois vieux tournois. Les noms des trentecinq
Seigneurs font raportés dans l'Hiſtoire
de Cambray , T. II. p. 3o . Plufieurs Villes
des Pays- Bas , dépendantes des Ducs de Bourgogne
, avoient de femblables Fêtes . Il y
avoit à Lille le Prince d'Amour ou le Prince
des Foux. Sa Fête s'apelloit la Fête de l'Epinette.
On faifoit auffi la même Fête à Tournay.
A Douay fe célébroit la Fête aux Afnes;
à Bouchain , celle du Prevôt des Etourdis.
Voyez Doutreman , Hift. de Valenciennes ,
Partie II. chap. 26. On fit à Langres fur la
fin du xvj . fiécle une mafcarade de la Merefolle
, qui inftruifoit de jeunes foux , & qui
leur aprenoit à danfer le Branle des fabots.
En plufieurs autres Villes il y avoit de ces
fortes de bouffonneries , accompagnées de
Mufiques ridicules . Tantôt c'étoient des ânes
qui chantoient , tantôt des loups , des finges ,
des renards , ou autres animaux qui joüoient
de la flûtesquelquefois on racloit & on frottoit
un gril avec des limes , au lieu de violons.
A Paris , l'an 1511. dans la Repréfentation
de la Mere-folle , donnée aux Halles , les
paroles
A O UST. 1742 1807
paroles du Trio n'avoient que deux mots
diverfement combinés :
Tout par raiſon ,
Raifon par tout ,
Par tout raiſon .
La Lettre fur l'Abbé des Cornards , publiée
dans le Mercure d'Avril 1725 , & compoféc
à Evreux , trouve ici fa place naturelle . Le
petit imprimé de Rouen de l'an 1587 , intitulé
Les Triomphes de l'Abbaye des Cornards,
c. n'auroit pas mal figuré auffi en ce lieu .
L'Auteur paffe enfuite aux Remarques Latines
de M. de la Mare , fur la Societé de la
Mere- folle de Dijon , mais il fe fert des ter
mes du Pere Meneftrier , pour nous aprendre
que ces fpectacles fe donnoient à Dijon
au tems du Carnaval , où les Perfonnes de
Qualité , déguifées en Vignerons, chantoient
fur des chariots des Chanfons & des Satyres.
Cette Compagnie fubfiftoit dès l'an 1454.
dans les Etats de Philipe le Bon , Duc de
Bourgogne, & fut confirmée par Jean d'Amboife
, Evêque de Langres. Ici l'Auteur raporte
le Mandement de ce Duc en vers bur
lefques. Il commence ainfi :
Phelippes par la grace de Dieu ,
Duc de Bourgoigne , ce bon Lieu.
Et
1808 MERCURE DE FRANCE
Et finit par ces Vers :
Donné fous notre Sceel fecret ,
Et en l'abſence du Decret
De noftre eftroit & grand Confeil .
Le jour Saint Jehan , un Vendredy ,
Devant dîner , après midy ,
De Decembre vingt- feptiéme ,
Des heures quafi la deuxième
Avec le feing de notre main
Qu'y avons mis le lendemain ,
Sans plus la matiere débattre ,
Mil quatre cent cinquante quatre.
La confirmation de l'Evêque Diocéfain
eft dans le même ſtyle.
Cette Compagnie étoit d'Infanterie ; leurs
habits étoient bigarés de vert , de rouge &
de jaune , avec un bonnet de même couleur,
à deux pointes ou deux cornes , & des fonnettes
ou grelots , & ils tenoient en main
des Marotes ornées d'une tête de fou . Le
Chef s'apelloit la Mere-folle ; on le prenoit
parmi ceux qui s'étoient rendus les plus recommandables
; il avoit toute fa Cour & fes
Officiers. Les Jugemens qu'ils rendoient s'éxécutoient
, nonobftant l'apel qui fe relevoit
directement au Parlement. L'Infanterie qui
étoit de plus de 200. hommes , portoit un
Etendart , où étoient repréfentées des Têtes
de
1
A O UST . 1742 1809
de foux , fans nombre , & pour Devife :
Stultorum infinitus eft numerus. On expédioit
à ceux qu'on recevoit , des Patentes en parchemin
, écrites en lettres vertes , rouges &
jaunes , avec un Sceau pareillement des trois
couleurs , où étoit empreinte la figure d'une
femme affife avec la Marotte en main .
Quand ils s'affembloient pour manger ,
chacun aportoit fon plat. La Mere-folle avoit
50. Suiffes pour fa garde , qui étoient les plus
riches Artifans de la Ville. La Compagnie
dans fes Solemnités, marchoit avec de grands
chariots peints , traînés par fix chevaux caparaçonés
des trois couleurs de l'Ordre . C'étoit
là qu'étoient récités ces Vers apellés
Plauftra injuriarum. On peut voir dans le
Livre les Officiers qui précedoient & qui fui •
voient : Quelquefois on dreffoit un Théatre
fur le chariot , & les Acteurs y déclamoient
leurs Vers.
S'il arrivoit à Dijon quelques larcins , meurtres
, mariages bizarres , féduction de filles ,
&c. alors tout étoit à pied ; on habilloit une
perfonne de la troupe , demême que ceux à
qui la chofe étoit arrivée , & c'étoit ce qu'on
apelloit faire marcher la Mere- folle ou l'In
fanterie.
Quand quelqu'un fe préfentoit pour être
admis , le Fifcal verd lui faifoit des queftions
en rime il devoit répondre de mêmc
,'
810 MERCURE DE FRANCE
me , & avec ingénuité , finon on differoit fa
réception. Si c'étoit un homme de condition
, il répondoit affis. Après avoir été admis
, on lui mettoit fur la tête le chaperon
des trois couleurs , & on lui affignoit des
gages fur des droits imaginaires. Si quelqu'un
, qui n'étoit pas de la Compagnie ,
avoit mal parlé d'Elle , ou fait tort à quelqu'un
de fes Membres , il étoit affigné devant
la Mere folle, qui le condamnoit à boire
plufieurs verres d'eau , ou à une amende
pécuniaire. S'il refufoit de comparoître , on
envoyoit chés lui en garnifon fix Gardes de la
Mere-folle , qui fe faifoient régaler fplendidement
& à fes dépens , par le plus prochain
Traiteur, jufqu'à ce qu'il eût fatisfait . On dés
tendoit les tapifferies, & on vendoit fes meubles
, le tout fans modération ni apel.
M. du Tilliot raporte enfuite quelques actes
de réception. On y voit celui de Henri
de Bourbon , Prince de Condé , de l'an
1626 , du Comte d'Harcourt , de M. de la
Riviere , Evêque de Langres &c. ce qui eſt
fuivi de Formules , d'Inſtitutions d'Officiers,
d'Invitations aux Affemblées , de Mandemens
, de Contraintes, & Commiffions pour
affigner. La plupart de ces Piéces font en
Vers burlefques. Le tout eft terminé par
quelques chanfons qui y ont raport , foit en
Langage Bourguignon , foit en François .
Cet
A O UST. 17421 7811
Cet Ouvrage eft orné d'une douzaine de
Figures en Tailles - douces , qui repréfentent
les chofes au plus naturel. La premiere eft
une Eftampe repréfentant la Folie ; la feconde
repréfente le chariot de l'Infanterie Dijonnoiſe
, au deffous duquel fe lifent ces
deux Vers :
Le Monde eft plein de foux , & qui n'en veut pas
voir
Doit le tenir tout feul , & caffer ſon miroir .
Les Libraires paroiffent n'avoir rien épargné
pour embellir l'Edition de ce Livre . Il
feroit feulement à fouhaiter qu'ils n'euffent
pas laiffé tant d'efpace entre chacun des articles
qui ont raport enfemble , & qui font
une fuite l'un de l'autre , & que ces articles
qui doivent être liés , ne commençaffent pas
par un mot mis entierement en petites capitales.
AVIS AU PUBLIC.
و
Babuty , Libraire à Paris , rue S. Jacques ,
donne avis au Public qu'il a actuellement
fous preffe l'Hiftoire des Hommes Illuftres
, de l'Ordre de faint Dominique : c'eſtà
- dire , des Papes , des Cardinaux , des Prélats
éminens en Science & en Sainteté des
célébres Docteurs , & des autres grands Perfonnages
, qui ont le plus illuftré cet Ordre ,
depuis
;
1812 MERCURE DE FRANCE
depuis la mort du faint Fondateur , jufqu'au
Pontificat de Benoît XIII .
L'Auteur , fans oublier plufieurs faints Religieux
, qui ont travaillé à fe perfectionner
dans le filence du Cloître , a particuliérement
choifi ceux , qui , par la fuperiorité de
leurs talens , & par l'ufage qu'ils en ont fait,
ont rendu des fervices fignalés à la République
Chrétienne dans les grands Emplois
qu'elle leur a confiés : le fujet & la maniere
dont il eft traité , felon l'ordre chronologique ,
la méthode , l'exactitude , les Remarques
critiques , les Recherches curieufes , & l'attention
de l'Auteur à lier l'Hiftoire de ces
Hommes Illuftres avec celle de l'Eglife , &
de leur fiécle ; tout cela ne peut que rendre
fon Ouvrage utile & intéreffant , également
propre à inftruire , à édifier la pieté des Fidéles
, & à contenter la curiofité des Sçavans :
le Public qui a aplaudi à fon premier coup
d'effai dans la Vie de faint Thomas , a aufti
reçû favorablement celle de faint Dominique
& de fes premiersDifciples.Et ce que des Ecrivains
défintéreffés ont dit de celle - ci , on le ,
dira , fans doute, avec autant ou plus de raiſon ,
de l'Ouvrage qu'on va publier, qui eſt une fuite
naturelle de l'autre . » Cette Hiftoire n'in-
» téreffe pas feulement ceux qui profeffent
» le même Inftitut : la part que ces Grands
» Hommes ont euë aux importantes affaires
» de
"
AOUST. 1742 1813
>>
» de l'Eglife dans leur tems , & l'édification
qu'elle en a reçue , lui donnent une place
» confidérable dans fes Annales , & la ma-
" niere fçavante & critique , dont elle eſt
» compofée , la rend digne de l'attention de
» ceux qui cultivent cette partie de la Litté-
» rature à laquelle elle fe raporte » : *
Enfin l'attention continuelle qu'a le Sr
Babuty à refpecter le Public , l'a engagé à
n'employer dans l'impreffion de cetOuvrage,
qui aura plufieurs Volumes in-4° , que des
Caractéres neufs , & le plus beau Papier carré
fin d'Auvergne . Il efpere mettre en vente le
premier Volume au mois de Septembre 1742 ,
On vend à Paris , chés le Gras , Grand'Sale
du Palais , la veuve Piffot , à la defcente du
Pont- neuf , & Chaubert , à l'entrée du Quai
des Auguſtins , du côté du Pont S. Michel ,
la Grammaire Françoife avec les Regles de
l'Ortographe , à la portée de toutes fortes de
perfonnes. Par M. Jacquier , vol. in - 8 °. Prix
trois livres , relié ; & un petit Dillionaire
François , dont l'Ortographe eft prouvée par
principes , fervant de fuplément aux autres
Dictionaires , & très - utile à ceux qui font
obligés d'écrire , par le même Auteur ; vol .
in- 1 2. Prix cinquante fols , relié. Les Librai-
* Journal de Trévoux , ou Mémoires pour l'Hiftoire
des Sciences des Beaux-Arts, Mai 1741. p . 480.
res
1814 MERCURE DE FRANCE
tes de Province qui en voudront de la premiere
main , s'adrefferont aux fieurs Briaffon
& Defpilly , auffi Libraires , à Paris , à l'entrée
de la rue S. Jacques.
LE PARFAIT INGENIEUR FRANÇOIS , ou la
Fortification offenfive & défenſive, contenant
la Conſtruction , l'Attaque & la Défenſe des
Places Régulieres & Irrégulieres , felon les
Méthodes de M. de VAUBAN & des plus
habiles Auteurs de l'Europe , qui ont écrit
fur cette Science. NOUVELLE EDITION ,
corrigée & augmentée de la Relation du
Sicge de LILLE , & du Siege de NAMUR ,
& enrichie de plus de cinquante Planches.
Par M. l'Abbé DEIDIER , Profeffeur
Royal des Mathématiques , à l'Ecole d'Artillerie
de la Fere . 1. vol. 4°. de 336. pp. A
Paris , chés Charles -Antoine Jombert , Libraire
du Roy , pour l'Artillerie & le Génie
ci- devant rue S.Jacques , & aujourd'hui Quai
des Auguftins , au coin de la rue Gille- coeur
à l'Image Notre Dame . M. DCC . XLII.
L'Impreffion de cet Ouvrage ne peut qu'être
utile aux progrès de l'Art Militaire . C'eſt
le fentiment de M. Pitot , qui l'a lû par ordre
de M. le Chancelier , & qui ajoûte dans
fon Aprobation , que les Méthodes de fortifier
les Places fuivant les meilleurs Auteurs ;
y font expliquées avec tout l'ordre & toute
la clarté qu'on peut défirer,
Nous
A O UST. 1742 1815
Nous fommes priés d'avertir le Public qu'il
faut pas confondre ce Livre avec celuiqui
a pour Titre : Cours de la Science Miliaire
, & c. & qui a été imprimé à la Haye
hés Vanduren : ce font deux Ouvrages tout
ifférens , & de différens Auteurs .
HISTOIRE ROMAINE , depuis la Fondation
de Rome jufqu'à la Bataille d'Actium , c'efta-
dire , jufqu'à la fin de la République . Par
M. Rollin , ancien Recteur de l'Univerfité
e Paris , Profeffeur d'Eloquence au College
Royal , & Affocié à l'Académie Royale des
afcriptions & Belles - Lettres . Tome VII , in-
12. pag. 632. avec une Carte Géographique
de la Gaule Cifalpine , par le fieur Danville ;
Géographe du Roy, A Paris , chés la veuve
Etienne , Libraire , rue Saint Jacques , à la
Vertu . 1741 .
Ce nouveau volume contient quatre Livres
: le 22 , le 23 , le 24 & 25 , & renferme
l'espace qui s'est écoulé depuis l'an de Rome
555 , jufqu'en l'année 31.
3
TRAITE' des Pétrifications , avec figures.
A Paris , chés Briaffon , ruë Ș. Jacques , à la
Science. 1. vol. 4. 1742. Cet Ouvrage eft
divifé en deux Parties. Dans la premiere ,
P'Auteur , après avoir dédié fon Livre à M.
de Reaumur , entre en matiére par une Differtation
1816 MERCURE DE FRANCE
>
fertation fur l'origine des Pierres , & il fou
tient par l'autorité de divers Phénomenes ,
que le plus grand nombre de ces Pierres vient
de la formation de la Terre ou de fon renouvellement
par le Déluge. Il parle enfuite
de l'origine des Pétrifications qui repréfentent
des Corps Marins , qu'il raporte de
même au Déluge. Il combat par les obfervations
qu'il a faites fur les teftacées , les
erustacées , & fur plufieurs Plantes marines
, par lui remarquées dans les Montagnes
de Suiffe , & principalement fur le
Mont Jura & les environs , l'opinion de ceux
qui conjecturent que le Globe de la Terre
augmente en volume dans fa partie folide, &c,
La feconde Partie eft compofée de plufieurs
Tables , dont la premiere eft celle des
Foffiles ; la feconde , des Auteurs qui ont
écrit des Pétrifications ; la troifiéme , des
divers endroits des quatre Parties du Monde
où fe trouvent des Pétrifications ; la quatriéme,
des Figures , avec quelques Remarques
fur ces Figures. Les Planches font au nombre
de 60.contenant 440.Figures toutes deffinées
d'après le naturel , & gravées par M , Brand
Peintre. L'Auteur eſt M. Bourquel , Profelfeur
de Philofophie à Neuchatel
TRAITE' des Sens , par M. le Cat , Doc
teur en Médecine & Chirurgien en chef de
P'HôtelA
OUST . 1817 1742
I'Hôtel- Dieu de Roüen. 1. vol. 8 °. 1742. A
Paris , chés Guillaume Cavelier , Pere , près
S. Severin.
On vient d'achever à l'Imprimerie Royale
l'Edition de l'ORIENS CHRISTIANUS , dù
célebre P. le Quien , de l'Ordre de S. Dominique
, qui fe diftribuera à Paris , Quai des
Auguftins , chés Piget , à l'Image S. Jacques ;
& rue S. Jacques au deffus de la rue des
Noyers , chés Durand , à S. Landry & au
Griffon.
-
Cegrand Ouvrage , dont il fuffit de nommer
l'Auteur pour prévenir favorablement le
Public , contient en trois volumes in-folio ,
l'Hiftoire abrégée des Eglifes de tout
l'Orient.
Le premier volume traite du Patriarchat de
Conftantinople , & des Sièges qui font renfermés
dans trois de fes grands Diocèfes , le
Pont , l'Afie & la Thrace : on n'a pû y faire
entrer le quatriéme grand Diocèfè , qui eft
celui de l'Illyrie Orientale .
Le fecond volume comprend , outre l'11-
lyrie Orientale , les Patriarchats d'Alexandrie
& d'Antioche , avec les Provinces qui
en dépendent , & les deux grandes Eglifes
des Chaldéens & des Jacobites .
Le troifiéme contient l'Eglife des Maronites
du Mont Liban , le Patriarchat de Jé-
F rufalem ,
1818 MERCURE DE FRANCE
rufalem , & l'Hiftoire abrégée des Evêques
Latins qui , depuis les Croifades , ont occupé
differens Sièges des quatre Patriarchats.
Plufieurs Differtations , foit à la tête des
volumes , foit répandues
dans le texte ,
éclairciffent
les points difficiles
de l'Hiſtoire
.
Chaque
volume
eft accompagné
de Tables
très- amples , dont l'ufage fe trouve
indiqué
dans la Préface
générale.
On conçoit aifément par cette notice fommaire
de l'ORIENS CHRISTIANUS , que
l'Ouvrage du P , le Quien doit être regardé
comme une fuite & comme une partie trèsimportante
de l'Hiftoire Byzantine.
Les Exemplaires en petit papier ſe vendrons
60 livres en blanc , en grand papier 90 livres
en blanc.
THEATRE CRITIQUE ou Difcours differens
fur toute forte de Matieres , pour détruire
les erreurs communes , &c. II . & III.
Brochures. A Paris , chés Pierre Clément
Quai de Gêvres. M. CC. XLII .
Des Perfonnes de confidération inftruites
du mérite de l'Ouvrage du fameux Bénedictin
Efpagnol , Dom Benoit - Jerôme Feijoo , dit
l'Auteur de la Traduction , foit pour en avoir
lû differens morceaux , foit pour en avoir vû
l'éloge qui en a été fait dans les Mercures
de France du mois de Juin 1731 , & du
mois
A O UST. 1742 1819
par mois d'Avril 1732 , lui ont demandé
préférence le III. Difcours , demande , qui
l'a jetté dans l'embarras , parce qu'elle eft
contraire à l'ordre qu'il s'eft d'abord propofé
de fuivre mais le judicieux Auteur a trouvé
le moyen de concilier fa bonne volonté pour
des amis diftingués , avec les engagemens
qu'il a contractés envers le Public , en donnant,
pour cette fois feulement, deux Difcours
enfemble dans l'ordre indiqué ; c'eft ce qui
fait que cette nouvelle Brochure eft , pour
ainsi dire , double , & contient deux Differtations.
La premiere divifée en huit Paragraphes ,
eft intitulée , VERTU ET VICE ; & la feconde
en douze Paragraphes , PROSPERITE ' ET
ADVERSITE' , ou CBSCURITE ' ET HAUTE
FORTUNE.
Au refte , fi rendre un compte exact d'un
bon Livre , & en faire connoître l'Auteur ,
c'eft faire fon éloge , l'Auteur de la Traduction
a eu quelque raifon de fe fervir de ce
terme , en parlant de ce que nous en avons
dit dans les Mercures cités ci -deffus : nous
avons en effet inftruit le Public avec quelque
étendue de ce que contiennent les quatre
premiers volumes de ce grand Ouvrage ; ce
qui nous difpenfe d'entrer dans aucun détail
à l'égard de ces premieres Brochures.
Il eft encore vrai que ce font les Auteurs
Fij
du
1820 MERCURE DE FRANCE
,
du Mercure , qui ont les premiers fait cons
noître ce même Ouvrage en France après
que M. Boyer , Medecin du Roy , Docteur-
Régent en Medecine de la Faculté de Paris ,
en eût aporté les premiers tomes , au retour
de fon Voyage à la Cour de Madrid en l'année
1731. Enfin nous ne fçaurions omettre
que les Mercures contenant les Extraits dont
on vient de parler , ayant été envoyés aų R.
P. Dom Feijoo , ce fçavant Auteur en a paru
content , & a bien voulu nous en marquer fa
fatisfaction par une lettre françoife , toute
de fa main , datée de la Ville d'Oviedo le
9. Février 1732. que nous nous faifons un
honneur de garder .
Oviedo eft une Ville confidérable , & la
Capitale de toutes les Afturies , avec Siége
d'Evêché , Univerfité , &c.
LE TEMPLE DE GNIDE , revû , corrigé &
augmenté , à Londres , fe trouve à Paris
chés Huart , Imprimeur Libraire de Monfeigneur
le Dauphin , rue S. Jacques , Cet Ou
vrage eft orné de très-belles Vignettes ,
DESCRIPTION de la Ville de Lyon , avec
des recherches fur les Hommes célebres
qu'elle a produits . 1. vol. 8 °. de 283. PPA
Lyon, rue Merciere , de l'Imprimerie d'Aimé
de la Roche , Imprimeur de M. le Duc
de
A OUS T. 1821
1742 :
de Villeroy , & de la Ville , à l'Occafion .
M. DCC . XLI.
On trouve à la tête de ce Livre un Aver
tiffement , par lequel l'Auteur déclare que la
Defcription de la Ville de Paris de M. Brice
a fervi de modéle à celle- ci . C'eft en effet ,
dit -il , ce qu'il y a de meilleur en ce genre ,
foit quant au Plan géneral , & à l'arrangement
des Matieres , foit par raport au bon
goût & à l'excellente Critique qui y_regne
d'un bout à l'autre , au fujet de divers Ouvrages
de Peinture , Sculpture & Architecture ,
dont il y eft fait mention ; elle eft , ajoûtet-
il
,
s'il
d'autant plus eftimable à cet égard ,
qu'il eft vrai de dire qu'on n'a rien de pareil ,
& que tous les autres Livres de cette espece
dégenerent ou en éloges outrés ou en fimples
Catalogues ce qui les rend incapables
de remplir l'attente des Curieux .
L'Auteur déclare en même tems que
s'eft crû obligé de faire ufage de la Critique ,
il a tâché de l'employer avec tous les ménagemens
poffibles , & qu'on doit être perfuadé
qu'elle a été guidée uniquement par l'a
mour du vrai , & par le zéle le plus vif pour
la perfection des Beaux Arts .
C'eft en fuivant le même modéle , conti
nuë t- il , qu'on a cherché à faire connoître
les Lyonnois qui fe font diftingués par quelque
endroit.
Fiij Cependant
1822 MERCURE DE FRANCE
Cependant il a femblé à notre Auteur qu'a
fin de jetter une forte de varieté dans cet
Ouvrage , on pouvoit fe permettre quelques
digreffions hiftoriques , lorfque l'occaſion les
fifoit naître ; mais on a eu foin , dit- il , d'être
plus réservé fur ce point que M. Brice
qui paroît leur avoir donné trop d'étenduë ,
& y revenir trop fréquemment.
>
Pour ce qui eft de l'ordre obfervé dans
cette Defcription , on la commence par le
Quartier de la Place de LOUIS LE GRAND ,
qui fe trouvant fitué à l'une des extrémités
de la Ville , fournit l'occafion d'en faire tout
le circuit , fans revenir fur fes pas , & fans
revoir les mêmes objets . C'eſt d'ailleurs une
des premieres chofes qui attire la curiofité
des Etrangers.
L'Auteur finit par une Refléxion qui fera
du goût de tous les Gens de Lettres , & qui
plaira à tous les bons Compatriotes . Un Ouvrage
, dit il , fur le Plan de celui - ci , exécuté
à l'égard des principales Villes de l'Europe
ne feroit point fans merite dans la
République des Lettres , & parmi les Gens
de goût. On fçauroit du moins à quoi s'en
tenir fur bien des chofes , & on ne feroit
pas obligé d'avoir recours aux Dictionaires ,
dont la plupart des Articles de cette nature ,
puifés chés des Faifeurs de Relations , font
remplis de bévues & de fautes groffiéres.
LES
A O UST. 1742: 1823
T
LES POESIES du Roy de Navarre , avec des
Notes & un Gloffaire françois , précédées
de l'Hiftcire des Révolutions de la Langue
Françoife , depuis Charlemagne jufqu'à Saint
Louis , d'un Difcours fur l'ancienneté des
Chanfons françoifes , & de quelques autres
Piéces . Deux volumes in 8 ° . Le premier de
262 pages , le fecond de 330. A Paris , chés
les Freres Guerin , rue S. Jacques.
Ces Poëfies n'avoient été lûës jufqu'à préfent
que par ceux qui peuvent jouir des Manufcrits
; elles étoient néanmoins très-célébres.
Le Sçavant qui vient de les publier , a
mis par là tout le monde en état d'en juger
à préfent par foi même. Nous allons ufer
des premiers des avantages que procure
l'Impreflion.
L'Auteur de ces Poëfies , dont l'augufte
qualité de Roy ne nous ébloüit point affes ,
pour ne pas admirer encore davantage celle
de Poëte , nous a paru auffi délicat dans fes
expreffions , que tendre dans fes fentimens.
Que peut- on écrire de plus fin & de plus
fpirituel que ce qu'il dit dans fa VI. Chanfon
, où il prouve , que la Beauté , la bonne
Grace font les enfans de l'Amour ;
mour naît d'elles , & que les trois ne font
qu'un ?
De fine Amor vient Séance & Beauté
que
TA.
Fiiij E:
1824 MERCURE DE FRANCE
Et Amor vient de ces deux autres - fi ,
Tout trois font un Ki bien ia penſé
Ja ne feront à nul jor départi , & c.
>
Ailleurs ( Chanſon xxiv. ) il montre que
les Empereurs , les Rois , peuvent donner de
L'Or , des Terres , des Fiefs , mais que l'Amour,
plus puiffant qu'eux , fauve l'homme de la
mort , lui donne une joye pure.
Empereres , ne Rois n'ont nul pooir
Envers Amors ; ce vos vuil - je prover ;
Il puent bien doner de l'Or , avoir ,
Terres & Fiez & forfez pardoner ,
Mes Amors puet home de mort garder , &c .
Ceux de nos Poëtes modernes qui s'étudient
au Genre Lyrique , trouveront ici un
excellent modéle à imiter en bien des choſes.
L'Edition que nous tenons de M.Levefque
de la Ravaliere , n'eft point de celles où l'on
fent que tout le merite de l'Editeur conſiſte
à avoir fçû lire & copier des Manufcrits ; ce
que M. Levefque a mis du fien , eft auffi
confidérable que les Poëfies mêmes.
Le premier volume eft compofé d'une Préface
, qui offre le précis de l'Ouvrage; elle eſt
terminée par un Abregé de la vie du Poëte ,
qui fe nommoit Thibaut IV. Il fut Comte
Palatin de Champagne & de Brie , & Roy
de Navarre ; fa mort arriva en l'année 1253.
de
A O UST. 1742% 1825
de forte que l'on reconnoît dans fes Vers en
quel état étoient notre Langue & notre Poëfie
, à la fin du Regne de Philipe Augufte,
& fous ceux de Louis VIII. & de S. Louis.
>
Cinq Lettres , déja connues dans nos
Mercures auxquelles les Chanfons de
Thibaut ont donné occafion , fuivent cette
Préface. M. Levefque y foûtient , que les
Chanfons qu'il publie , n'ont point été faites
pour la Reine Blanche , Mere de S. Louis
comme quelques Hiftoriens & la Tradition
l'avoient fait croire mal - à- propos juſqu'à
préfent.
Il paffe enfuite à l'Hiftoire des Révolutions
de la Langue Françoife , qui nous a
parû remplie de Recherches intereffantes &
de chofes nouvelles. Ce n'eft plus la Provence
( felon M. L. ) qui a donné les premiers
Ecrivains François , c'eſt à la Normandie
que nous les devons. La Patrie des Malherbes
, des Corneilles , des Fontenelles , a
été celle des premiers Peres de notre Poëfie .
Ce fentiment , pour fe faire adopter , avoit
befoin de preuves telles que celles qu'en donne
M. Levefque. Il faut les lire dans l'Ouvrage
même. Cette Hiftoire finit par un Tableau
racourci de tout ce que l'Hiſtorien a
dit;voici fes propres termes : » Telles font les
» Révolutions de la Langue Françoife depuis
» Charlemagne. Elle cut quelque éclat au
E v » com1826
MERCURE DE FRANCE
"3
» commencement de fon Regne. L'amour
qu'il conçût pour le Latin , & qu'il infpira
" au Clergé, & l'odieufe pareffe des hommes.
» du Monde , qui mépriferent toute forte
» d'étude , la laifferent tomber dans l'obfcurité
; elle ne conferva que fon exiſtence ,
& le privilege d'être toujours la Langue
» vulgaire ; elle fut differente de celle qui
» eſt venue dans la fuite avec les Rois de la
ود
"
troifiéme Race . Celle- ci eut d'abord des-
»jours lumineux , mais ce ne furent que des
» lueurs paffageres. Elle n'a commencé à jet-
» ter une lumiere fixe & conftante, que fous
Philipe Augufte ; depuis cet inftant , cha-
» que année de fon Hiftoire eft marquée par
quelque avantage nouveau ; elle parvint
fous le Regne de Saint Louis au point
" d'avoir été regardée comme la Langue la
plus parfaite de toutes les Langues , que
" l'on parloit dans le même fiécle.
"
"
L'Epoque de la naiffance des Chanfons
Françoifes eft à peu près la même que celle
où notre Langue commença à fe montrer
dans le Monde avec un certain éclat. Les
Chanfons tenoient alors lieu d'Opera , de
Cantate , de Cantatille , & de toute autre
Poëfie chantante . Elles étoient faites
pour les Concerts , & n'étoient point auffi
triviales qu'elles le font devenues dans la
fuite.
Le
A O UST. 1742 1827
Le fecond Volume contient les Poëfies de
Thibaut. L'Editeur a répandu à propos des
Notes , dont la plupart fervent à faire connoître
ceux qui font nommés dans ces
Chanfons , & comme ces Poëfies auroient
été lettres clofes pour la plûpart des Lecteurs,
à cauſe de la vieilleffe de leur Langage , il y
a à la fin un Gloffaire , pour expliquer les
mots les plus anciens. A la tête du Gloffaire
fe lifent deux Vers d'Horace , dont l'aplica
tion eft ici très - jufte.
• · • Verborum vetus interit atas ,
Et Juvenum ritu florent modo nata , vigentque .
Notre Auteur les a rendus ainfi en notre
Langue.
Zéphir donne des fleurs , Aquilon les ravage ,
Tel des mots parmi nous naît & périt l'uſage.
Les Amateurs de la Mufique ancienne
trouveront à la fin quelques Couplets de
Chanfons , avec la Note de Mufique , telle
qu'elle eft dans les Manuſcrits.
» Qu'on ne s'attende point que laMufique
» de ces tems- là offre aux oreilles les mêmes
» charmes que celle d'aujourd'hui ; le goût
" varie felon les fiécles ....
... Cependant il
" eft des perfonnes , qui fçavent que chaque
» Art a fa naiffance , que la Mufique a eû la
F vj fienne,
""
1828 MERCURE DE FRANCE
N fienne , & que ces tems offrent des chofes ,
» dont l'efprit eft autant touché, que l'oreille
» eft flatée d'un beau Morceau de Muſique
» moderne .
Nous ne pouvons mieux finir cet Extrait ,
qu'en donnant aux Imprimeurs de ce Livre
les éloges qui leur font dûs ; la beauté du
Papier , celle des Caractéres qu'ils ont employés
, n'échaperont pas aux yeux des
Connoiffeurs ; cet Ouvrage montre à quel
point de perfection les Freres Guerin portent
leur Art.
ME'THODE pour étudier la Géographie,
où l'on donne une Defcription exacte de
l'Univers , formée fur les Obfervations de
l'Académie Royale des Sciences , & fur les
Auteurs originaux ; avec un Difcours Préliminaire
, un Catalogue des Cartes , Relations
, Voyages & Defcriptions , par M.
I'Abbé Lenglet Dufresnoy , troifiéme Edition ,
in-12. A Paris , chés Rollin & de Bure 1742 .
huit Volumes .
Voici enfin la nouvelle Edition de la Méthode
Géographique de M. l'Abbé Lenglet ,
fouvent demandée ; & attendue depuis plus
de trois ans. On peut dire néanmoins que le
Public ne perd point à fon attente ; car nonfeulement
l'Auteur a corrigé quelques fautes
d'inattention , prefque inévitables dans
des
A OUS T. 1742. 1829
des Ouvrages d'un auffi grand détail , mais
encore il a augmenté fon Livre d'un nombre
infini de Remarques effentielles : il y a même
du neuf dans fes Obfervations. D'abord, c'eftà
- dire , dans l'Edition de 1716 , il ne comprenoit
que quatre Volumes ; celle de
1735 en avoit un de plus , & cette troifiéme
Edition en a jufques à huit ; mais huit
fi bien fournis qu'on en pourroit faire douze,
s'ils étoient réduits à la forme & au nombre
de pages des deux premieres Editions .
Les Additions ne font point de celles
que l'on ne fait que par de fimples augmentations
, coufuës à l'ancien Texte. C'eft le
plus fouvent un fyftême rédigé & formé fur
les Cartes originales , & fur les Defcriptions
des Nations , des Etats ou des Royaumes.
C'est ce qu'on peut remarquer par l'Empire
de Ruffie , dont tout le Plan eft tiré ſur la
Carte originale de M. Kyrilow , Sécretaire
du Souverain Senat de Pétersbourg ; l'Auteur
a même confulté d'illuftres Ruffiens ;
qui font à Paris , pour lever les doutes qu'il
pouvoit avoir fur ce vafte Empire.
Il en eft de même des autres Royaumes
& Principautés , où tout eft raproché de
l'Etat préfent de l'Europe.
D'ailleurs , on connoît le caractére naturel
de l'Auteur , qui ne cherche ni biais ni detours
pour dire ce qu'il penfe ; il agit dans
cet
1830 MERCURE DE FRANCE
cet Ouvrage avec le même efprit de vivacité
& de liberté , le Public a paru content de fa
maniere de parler & d'écrire , & il continue
toujours fur le même ton. Il ne prodigue
point fes louanges ; c'eſt le bien dont il eft
le plus avare , & lors qu'il s'échape quelquefois
jufqu'à la Critique , il s'apuye toujours
fur quelques points effentiels , car il neglige
les bagatelles. Il ne juge point qu'elles méritent
d'être relevées .
OBSERVATION de la Comete qui a paru
auprés de la Conftellation de Cephée, cette
année 1742. Faite à Toulon par le R. P. Du
Catelard , Jefuite , Hydrographe du Roy.
Le Détail de cette Obfervation fe trouve
dans le Journal de Trévoux du mois de Juin
dernier , depuis le 26. Mars 1742. jufqu'au
11. Avril , jour qui a précedé l'entiere difparution
de ce Phénomene.
Voici la copie du Projet imprimé d'un
Ouvrage Périodique qu'on va publier à Rome,&
qui nous paroît intéreffant pour toute
la République des Lettres.
Niccolo , è Marco Pagliarini, Mercanti
Librari Romani a j Letterati d'Italia, falute :
» Confiderande noi efferfi in varie citta
d'Italia prefo l'affunto di communicare
» alla Republica Letteraria le opere erudite
2 che
A O UST. 1742. 1835
" che di tempo in tempo fono date alla luce
da i dotti infigni Italiani ; ma che fi manca
» in notizie delle opere , che fi vanno publi-
" cando di là da j monti , il che è di difpia-
" cere a molti che defirando approfitarfi : e
>> quantunque nelle Novelle letterarie di Ve-
" nezia , e di Firenze fe ne parli , effendo
» però in loro principale fcopo il riferire le
" opere Italiane , non fanno che dare il tito-
" lo , o un pigolo faggio delle poche opere
» oltramontane che riferiscono . Quindi fi è
>> che abbiamo determinato di dar fuori una
» opera periodica , il cui titolo fara . Notizie
" Letterarie oltramontane per ufo de' Letterati
» d'Italia , in quarto . Ogni mefe fe ne darà
» fuori quattro fogli volanti , ad ogni fei
mefi un tomo : conterrano quæfti le più
» belle notizie filofofiche , geometriche , filologiche
, e antiquarie, che nella Francia,
» Ingliterra , Olanda , Alemagna , e Moſco
» via fi anderano di mano in mano pubbli-
» cando , con un chiaro , fuccinto , e critico
" ragguaglio delle medefime : Escludendo-
» ne fempre le Opere Theologiche , o che
» riguardano affari di religione , delle quali
» fe ne riportera i folo titolo. Si dara principio
alla pubblicazione de i primi fogli d'en-
» tro il futuro menfe di Agofto , in buona
>> Carta , ed ottime carattere , onde chi fi
» vorra affociare alla prefente edizione , po-
2 trà
»
ور
לכ
1832 MERCURE DE FRANCE
,
>> trà rimetteres anticipatamente il prezzo
» de medefimi fei mefi nelle noftri mani ,
» dichiarandofi fe i fogli li vogliono o di
» meſe in meſe , o ogni fei mefi ; che noi
» faremo pronti a fervili a loro piacimente .
» Il prezzo adunque di ciafcheduno di quef-
» ti Tomi fara per gli affociati di paoli fei , e
per i non affociati paoli dieci . Speriamo ,
» che questa noftra fatica deve effere gradita,
» il che ci dara ftimolo alla continuazione , e
» ad intraprandere altre opere per voſtro
» utile . E vivete felici.
Nous aprenons en même tems qu'il fe
publie à Venize un Recueil de Piéces , qui .
n'eft guere connu en France , & pour lequel
nous invitons nos Libraires d'avoir quelque
empreffement. Il a pour titre , Racolta d'Opufculi
fcientifici & philologici ; & il y en a
déja xxiv. volumes in - 12. L'Editeur eft le
P. Angelo Calogiera , Camaldule. On y trouve
Tom. III . un Exemple d'une longue vie
& d'une très- belle vieilleffe , dans l'Hiſtoire
de la Vie de la Comteffe Beatrix Papafava ,
morte en l'année 1729. âgée de cent deux
ans , fept mois & un jour.
DISSERTATION fur l'Euchariftie contre
le P. Le Brun & M. Renaudot , où l'on
montre le vrai fentiment de S. Ephrem & de
fes
A O UST. 1742 1833
fes Difciples , touchant la forme de ce Sacrement
&c . Par le P. Pierre Benedetti , Jefuite!
1. Vol. fol. à Rome , 1740.
Cet Ouvrage eft en Latin, & digne de l'érudition
du R. P. Benedetti , Maronite du
Mont Liban , qui a eu tant de part à la belle
Edition des OEuvres de S. Ephrem , faite
fous les Aufpices de S. E. le Cardinal Quirini
, laquelle vient de paroître. Cet Auteur
marche fur les traces des célebres Maronites
fes Compatriotes , qui ont rendu à l'Eglife
des Services importans ; tels font Jean Hef
ronite , Dominicain , & Archevêque ; Gabriel
Sionite , Abraham Ecchellenfis , & de nos
jours le fçavant Etienne d'Eden , Patriarche
d'Antioche & de la Nation Maronite , Auteur
de plufieurs Ouvrages fur la Religion &c.
& Faufte Nairon , Profeffeur. des Langues
Orientales au College de la Sapience , &
Interprete de la Congrégation de la Propagande.
Ajoûtons que le P. Benedetti eft auffi
un fort bon Humaniste , qui s'eft particulierement
diftingué depuis peu par fix Piéces
de Vers , qu'il a compofees en trois Langues
, deux en Arabe , deux en Chaldéen ;
& deux en Syriaque , pour honorer la Pompe
Funebre du vénérable Serviteur de Dieu
Philippe Franci , Prêtre Florentin , & Fon
dateur de l'Hôpital de S. Philipe Neri , &c .
Jaquelle Pompe Funebre vient d'être imprimée
1834 MER CURE DE FRANCE
mée à Florence à la fuite de la Vie de ce
pieux Fondateur , avec toutes les Piéces en
Vers & en Profe qui ont été composées fur
ce Sujet.
De Rome. On a publié le premier Volume
du grand Recueil de Monumens Aniques ,
que le Pape Clement XII . avoit ramaffés à
grands frais , & qu'il avoit dépofés dans le
Capitole. Pour conferver & pour communiquer
, autant qu'il eft poffible , aux Sçavans
de tous les Pays , un fi précieux tréfor , on
a jugé à propos de faire deiner & de faire
graver en cuivre toutes les parties qui le
compofent.L'Ouvrage entier formera 5. Vol.
Le premier qui paroît , contient les Portraits
des Hommes Illuftres , de linés par Dominique
Campiglia , Peintre célebre , & gravés
par Ch. Gregori & par d'autres habiles Maîtres.
Le prix de ce Volume en petit papier
eft de so . Jules , qui font 26. livres 5. fols ,
Monnoye de France , & de 55. en grand papier
, c'est -à - dire environ 28. livres 17. fols
6. deniers. Le fecond Volume comprendra
les Portraits des Empereurs & des Princes
des Familles de chaque Empereur. Le troifiéme
fera pour les Statues ; le quatciéme
pour les Ouvrages gravés en relief. On mettra
dans le cinquiéme les autres Monumens
qu'on n'aura pû faire entrer dans les précédens
. Il
で
A O UST. 1742 . 1835
II paroît dans la même Ville un Ouvrage
intitulé , Della gente Curzia e dell' era di Q
Curzio l'Iftorico ragionamento del Conte Giovan
Francefco Giuseppe Bagnolo , mandato ad
un' amico , il feg Conte .... con annotazioni
del Medefimo Autore. In Bologna , a S. Tommafo
d'Aquino , 1741. in 8 ° . de 223. pages!
Cet Ouvrage comprend deux Parties ; dans
la premiere , l'Auteur traite de la Famille
Curtia , & dans la feconde , il fixe le tems
auquel a vécu l'Hiftorien Q. Curce. Il prétend
que cette Famille tire fon origine du
célébre Metius Curtius , Géneral des Sabins ,
qui s'établit à Rome dans le tems que les Sabins
s'incorporerent à la République Romaine
; que Metius Curtius fut mis au rang
des Patriciens , & que fes defcendans ont tou
jours eû la même diſtinction dans la Répu
blique. M. le Comte Bagnolo vient enfuite à
la fecode Partie ; Il y foûtient que Q. Curce
a écrit fon Hiftoire dans les dernieres années
du Regne de Conftantin le Grand.
De Verone. Nouvelle Edition des OEuvres
de SULPICE SEVERE , fous le titre de Sulpicii
Severi Opera ad Mff. Codices emendata ,
rotifque , obfervationibus & differtationibus illuftrata
, ftudio & labore Hieronimi de Prato
Veronenfis , Congregationis Oratorii , ejufdem
Civitatis Presbiteri. Tomus primus. Verona ,
Typis
1837 MERCURE DE FRANCE
Typis Seminarii apud Auguftinum Carattos
nium , 1741. in 4. Il paroît que l'Editeur
n'a rien négligé de tout ce qui pouvoit rendre
cette Edition la plus parfaite & la plus
ample de toutes celles qui ont été données
jufqu'à préfent ; il a revû le Texte fur les
meilleures Editions , & fur les Manufcrits ,
principalement fur celui de Verone , qui eft
de 517. Il l'a illuftrée de Remarques & de
plufieurs Differtations ; il rend raifon des
corrections qu'il fait ; il défend les fentimens
de fon Auteur , furtout contre la Critique
de M. le Clerc , & il éclaircit plufieurs
Faits rélatifs à l'Hiftoire de Sulpice Sévere.
Voici ce que contient le premier Volume :
Sulpicii Severi ad Defiderium in Lib . fuum de
Vita B. Martini Prafatio , de B. Martini
Vita Liber : Epiftola ad Eufebium Presbyterum
ad Aurelium Diaconum ; ad Baſſulam
focrum fuum : Dialogi tres.
L'Académie Royale des Sciences & Beaux - Arts
établie à Pau , diſtribuëra le premier Fevrier 1743 .
deux Prix . Le premier eft destiné à un Ouvrage
d'Eloquence , dont le Sujet fera : La difference des
Climats où les hommes naiffent , contribuë- t'elle à
celle de leurs efprits ?
Elle diftribuera auffi le même jour un fecond
Prix à une Ode fur ce Sujet . Les Confolations des
Chrétien dans l'adverfité.
Les Ouvrages feront adreffés à M. Dubau , Sécretaire
1
で
A O UST. 1742. 1837
retaire de l'Académie ; on n'en recevra aucun
après le mois de Novembre 1742. & s'ils ne font
alfranchis des frais du port.
Chaque Auteur mettra à la fin de fon Ouvrage
une Sentence , & la repetera au- deffus d'un Biller
cacheté , dans lequel il aura écrit fon nom Les
Difcours ne pourront exceder une demie heure de
Je &ture.
ESTAMPES NOUVELLES.
Le fieur le Bas vient de graver deux très - bellesEf
tampes en large d'après Berghem, intitulées le Midi
& l'Après dînée ; elles fe vendent chés lui rue de la
Harpe , vis- à- vis la rue Percée , elles font dédiées à
M. le Baron de Thiers , Meftre de Camp de Dragons
& Maréchal des Logis des Aimées du Roy.
Il paroît auffi tout nouvellement une quatrième
Suite des Cris de Paris ou Etudes prites dans le
bas Peuple , en douze Morceaux en hauteur , fous
divers titres , tels que l'Afficheur , la Savoyarde , le
Petit Mercier , le Vendeur d'Encre , le Crieur de la
Lifte de Loterie, le Vielleux , le Sonneur pour arrofer
les rues & pour allumer les Lanternes , la Vendeuse
de Salade ; le Crieur de Moulinets & Jouets d'Enfans
; le Provençal , joüant du Tambourin & de la
Flute ; le Barbier , & la Vendeuse de Brandevin . Ces
Eftampes font gravées à l'Eau forte , par C. & terminées
au Burin par Et . Feffard , fur les Deffeins de
M. Bouchardon , qu'il fuffit de nommer pour en
faire connoître le mérite. On trouve ces Estampes
à Paris , chés Fellard , Cloître S. Germain de l'Auxerrois
, en entrant par la rue de l'Arbre -fec , la
premiere maifon neuve.
La
838 MERCURE DE FRANCE
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
avec fuccès , chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou ; il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur , ceux de
PHILIPS III. DIT LE HARDI , XLIV. Roy
de France , mort à Perpignan le 6. Octobre 1285,
après 15. ans de Regne , definé par A. Boizot , &
gravé par Pinffio.
> NICOLAS BRULART SEIGNEUR DE SILLERI ,
Chancelier de France , mort le premier Octobre
1624. âgé de 80. ans .
LOUIS - ALEXANDRE DE BOURBON , COMTE DE
TOULOUSE , né le 6. Juin 1678 mort le premier
Decembre 1737. âgé de 60. ans , peint par Hiacinte
Rigaud , & gravé par Fiquet.
FRANÇOISE - MARGUERITE DE SEVIGNE , COMTESSE
DE GRIGNAN , morte le 13. Août 1705.
peinte par Ferdinand , & gravée par Pinffio.
JEAN-LOUIS PETIT , Chirurgien Juré à Paris ,
de l'Académie Royale des Sciences , & de la Societé
Royale de Londres , Cenfeur & Démonftra
teur Royal , ancien Prévôt de S. Côme , & Sécretaire
de l'Académie Royale de Chirurgie , peint par
Vigé , & gravé par Balechou.
Le Sieur Petit , Graveur , ruë S. Jacques , à la
Couronne d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver la Suite des Portraits des Hommes
Illuftres du feu fieur Defrochers , Graveur du Roy,
vient de mettre au jour ceux de ,
MARIE DE RABUTIN CHANTAL , MARQUISE DE
SEVIGNE'. On lit ces Vers au bas.
Pour tranſmettre mon nom jufqu'aux dernieres
Races ,
Je
t
A OUST. 1839
1742
e ne me parai pas de Grec ni de Latin ,
Mais d'un Génie heureux , façonné par les Graces ,
Sous les Leçons de Rabutin.
FRANÇOISE -MARGUERITE DE SEVIGNE , COMESSE
DE GRIGNAN . On lit ces Vers au bas.
On me pardonneroit de vanter ma beauté ;
Mais qu'est- ce donc pour moi qu'un honneur fi
vulgaire ?
Rien ne me flate tant que d'avoir hérité
De l'efprit, encor plus que des traits de ma Mere
TABLEAUX IMPRIM E'S.
Nous avons fait part dans plufieurs de nos Jour
naux des efpérances que donnoit aux Amateurs
le nouvel Art d'imprimer les Tableaux avec trois
Planches , & c'eft avec un grand plaifir que nous
en annonçons aujourd'hui le fuccès.
Nous profiterons de l'occafion , pour répondre à
ceux qui voudroient laiffer entrevoir que l'art d'imprimer
des Estampes colorées n'eft pas un nouvel
Art , & il ne faut pour cela que fuivre la Gravûre
dans fes differens âges.
C'eft un Orfévre de Florence, nommé Finiguerra;
tout le monde le fçait , qui eft le premier Inventeur
de la Gravûre en Taille -douce.
Albert Dure & Lucas , de Leyde , perfectionne
rent la Gravûre fur bois & fur cuivre , & c'eft preſ..
que dans le même tems qu'on a commencé à gra
yer à l'Eau forte.
» Un certain Hugo de Carpi, inventa, dit Phélibien,,
» dans fes Principes d'Architecture , une maniere de
graver en bois , par le moyen de laquelle les Ef
tampes
1840 MERCURE DE FRANCE
tampes paroiffent comme lavées de clair o' ſcuti
Ilfaifoit pour cet effet trois fortes de Planches d'un
meme dellein , lefquelles fe tiro: ent l'une après
l'autre fous la Preffe pour imprimer une même
Eftampe ; elles étoient gravées de façon que l'une
fervoit pour les jours & les grandes lumieres ,
» l'autre pour les demi - teintes, & la troifiéme pour
les contours & les ombres forres.
"
Certe maniere de graver , dont parle ici Phélibien ,
eft affes connue parmi les Curieux ; François Mazuel ,
dit le Parmelan , qui s'apliqua à la perfectioneer ,
s'en eft fervi pour multiplier fes Ouvrages , & nous
connoifions plufieurs Tableaux d'Abraham Blomart,
qui ont été gravés par Frederic , fon fils , dans le
même gente de Gravûre.
N. PAllemand a travaillé , avec quelque aparence
de fuccès , fur les mêmes principes dans le
commencement du fiéele de Louis XIV . & nous
avons vu , il y a quelques années , plufieurs Deffeins
du Cabinet de M. Crozat , imprimés , à peu
près dans le même goût. Mais peur on confondre
cette maniere de graver avec celle dont nous parlons
aujourd'hui La Gravûre en bois , jette dans
fon clair obfcur , une féchereffe qui fait dire , au
premier coup d'oeil , qu'il valloit mieux s'en tenic
au trait point de dégradation , point de foupleſſe ,
tout eft dur.
:
Ici l'Eftampe foûtient la comparaiſon du Tablau
, elle aproche de la Nature même, & il faut un
examen bien détaillé ,pour prononcer entre le Burin
& le Pinceau .
L'Angleterre a vu naître les premiers effais du
nouvel Art ; le feu fieur le Blond , qui en eft l'Inventeur
, y mit fucceffivement au jour differens
morceaux qui furent affés bien reçus des Connoif
feurs en ce genre , pour faire naître des projets de
Soufcription.
A O UST. 1742 1841
Boufcription. Des circonstances particuliéres , qu'il
feroit inutile de raporter ici , ayant fait avorter ces
projets en Angleterre , l'Inventeur vint offrir à la
France les fécrets de fon Art ; on y connut bien-tôt
de quelle utilité devoient être des Eftampes colorées
fous la Preffe , & fur le raport des Académies des
Sciences , de Peinture , Sculpture & Gravûre , le
fieur le Blond obtint un Privilege exclufif de faire
graver & imprimer en couleur avec trois Planches .
Le fieur Gautier de Marfeilie , obtint après
la mort du fieur le Blond , une Permiffion particuliere
d'imprimer des Eftampes colorées , & les Commilaires
nommés par le Roy pour veiller à la confervation
& aux progrès du nouvel Art , ont fait
paffer enfin au fieur Gautier le même Privilege qui
avoit été accordé au fieur le Blond.
peu peu
Ce n'eft qu'après un long examen des Talens du
Sr Gautier , qu'il a été jugé capable de remplir les
intentions du Privilege . Il s'agit fur tout de faire en
de tems & à de frais , des Tableaux qu'on
puifle multiplier dans les Livres qui traiteront de
l'Anatomie , de la Botanique , de l'Hiftoire Naturelle
, de la Géographie , & de tous les Arts en géneral
& en particulier ; Portraits , Fruits , Infectes
Tableaux d'Hiftoire , tout ce qu'on a coloré jufqu'à
préfent fur le Chevalet , fort de la Preffe avec
le même coloris.
PRIX DES TABLEAUX.
Diogene dans un bois avec fes amis , d'après
Salvator Rofa , du Cabinet du Marquis de Broglio ,
grandeur de 24. pouces , fur 19. & demi . Prix en
feuille 5. livres ; doublé de toile & verniffé , 6. livres
4. fols , monté fur chaffis & vernis 6. iv. 15. f.
Démosthène réfléchiſſant ſur la vie de l'homme
G d'après
1
1342 MERCURE DE FRANCE
d'après le même Auteur , Pendant au précédent ,
même grandeur & même prix .
Une Vierge & la Sainte Famille , d'après le Carache
, de 17. pouces & demi , fur 13. & demi, en
feuille 2. livres , doublé de toile & vernis , 2. liv .
15. fols , monté fur chaſſis & vernis , 2. 1. 18. f.
Portrait de M. du Frefny , Poëte , d'après M. Coy.
pel , du Cabinet de M. de C.... même grandeur
& même prix du précedent.
Une Suzanne & lesVieillards dans un Jardin , d'a
près M. de Troye , grandeur de 15. pouces & demi
, fur 12 Prix en feuille 1. livre 10. fols ; collé
& verniffé fur toile , 2. livres 2. fols ; monté fur
chaffis & vernis , 2. livres 5. fols .
Bethzabée , fortant des Bains , d'après le même ,
Pendant au précedent , même grandeur & même
prix.
Deux jeunes Enfans comme Nature , d'après le
Correge , du Cabinet de M. le Marquis de Broglio,
même grandeur , prix en feüille 2. livres ; collé fur
toile & vernis , 2. livres 12. fols ; monté fur chalfis
& vernis 2. livres 15. fols.
Un vieux Chimifte dans fon Laboratoire , d'après
Albert Durer , du Cabinet de M. de la Moffon ,
même grandeur & même prix.
Une Tete d'Anatomie , préparée par M. Duverney
, du Jardin du Roy , où l'on voit la démontration
des muſcles de la tête & de la face , peinte &
gravée d'après Nature par l'Auteur , même grandeur
& même prix .
Un Paysage d'après M. de la Joue ; grandeur 10 .
pouces & demi , fur 8. & demi ; prix en feuille une
livre ; collé & verniffé fur toile , une livre 8 fols ;
monté fur chaffis & vernis , une
livre 10. fols.
Un Tableau repréfentant des Prunes dans un
baffin ; un autre , repréfentant des Pêches , peint
Par
AOUS T. 17427 1843
"
S.
par l'Auteur ; même grandeur & même prix.
Une Tete d'Anatomie en petit , femblable à la précedente
; grandeur , 7. pouces & demi , fur . trois
quarts ; prix en feuille 1o. fols ; collé & verniffé fur
toile , 14. fols ; monté fur chaffis & verniffé, 15. f.
L'Auteur travaille actuellement à des Deffus de
Porte & de Cheminées , repréfentant des Fruits &
des Paylages de grandeurs ordinaires.
Les Tableaux de nouvelle invention ci- deffus ,
fortant de la Preffe avec toutes les couleurs naturelles
, font differens des Eftampes colorées ou
enluminées en détrempe ; la difference de l'un à
l'autre s'aperçoit en paffant un linge mouillé deffus .
Ces Eftampes ou Tableaux fe vendent chés l'Au
teur , rue S. Honoré , chés M. le Bon , vis- à - vis les
Peres de l'Oratoire , où eft fon Enfeigne ; chés le
Sr Defprez , aux Quinze- vingt, & à "erſailles , chés
la Dile Dauvillé , rue Satory , au Caffé Dauphin .
L'Expofition des Tableaux , Sculptures , Gravûres ,
Deffeins & autres Ouvrages de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture , établie à Paris , fous la
protection du Roy , a commencé le 25. Août , jour
de la Fête de S. Louis, dans le grand Salon du Louvre
, par les foins du fieur Portail , Garde des Plans
& Tableaux du Roy , pour finir le 21. Septembre
prochain. Cette Expofition a été ordonnée , felon
l'intention du Roy , par M Orry, Miniftre d'Etat,
Contrôleur Géneral des Finances , Directeur Géneral
des Bâtimens , Jardins , Arts & Manufactures
du Roy, & Vice - Protecteur de l'Académie . Nous ne
manquerons pas d'en parler dans le premier Journal
, la matiere étant trop abondante pour pouvoir
entrer dans celui- ci . ·
On vient de mettre en vente un nouveau Livre
Gij
de
1044 ME
E
L
de Sonates pour le Clavecin , avec un accompa
gnement
de Violon , de la compofition de M. Corrette
; ces differentes Piéces peuvent auffi être jouées
fur le Clavecin feul . On les trouve à Paris , chés la
veuve Boivin , rue S. Honoré , à la Regle d'or , &
chés le Cler , rue du Roulle , à la Croix d'or. Le
prix eft de 8. livres.
Le fieur Le Rouge, Ingénieur- Géographe du Roy;
vient de publier un Morceau curieux & intereflant,
fous ce titre , PLAN des Environs de PRAGUE des
Camps des deux Armées , dédié à M. le Prince de
SOUBIZE. A Paris , chés l'Auteur , ruë des Auguſtins
, vis - à- vis le Panier fleuri .
Le fieur Neilson , Chirurgien Ecoffois , reçû à S.
Côme , pour la guérifon des Hernies ou Defcentes ,
traite ces maladies avec beaucoup de fuccès , par le
fecours des Bandages Elaftiques qu'il a inventés pour
les Hommes, Femmes & Enfans. Ces Bandages font
fort aprouvés, non feulement parce qu'ils font trèslegers
& commodes à porter jour & nuit , mais auffi
parce qu'ils font très - utiles par raport à leurs reſforts
, qui compriment la partie malade , ferment
exactement l'ouverture qui a cauflé la Defcente , &
réfiftent aux impulfions que font les parties inté
rieures, foit à cheval ou à pied. En envoyant la mefure
prife au tour du corps fur les Aînes , marquant
fur-tout l'état de la Defcente , & le côté ma,
lade , on eft affûré de les avoir juftes , auffi - bien
que ceux qu'il fait pour le Nombril.
Il donne fon avis ,felon l'âge & le tempéramment,
il prépare des Remedes qui lui font particuliers &
convenables à ces Maladies.
Voyant que les Chaffeurs & ceux qui courent à
sheral ou en chaife , qui prêchent , chantent , danfent
de
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
1-
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4734
C
ཨ ༠ ཐྭརཱ ༤༠༠༠
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1
HE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRA
f
1
ASTOR
, LENOX
endi
TILDE
FOUNDATIONS
.
A O UST. 1849 1742
fent , font des Armes , &c. font continuellement
exposés à ces maladies , il a auffi inventé des Bandages
Elaftiques , t . ès- légers , commodes & néceffaires
à porter pendant ces exercices , ou d'autres
violens , pour le garantir des maux & prévenir les
incommodités qui arrivent tous les jours Il demeure
toujours à Paris , ruë Dauphine, au Cocq d'or,
au premier apartement. Il ne reçoit point de Lettres
fans que le port en foit payé.
CHANSON.
LE Soleil trop ardent fait languir la Nature ,
Nos Bois , nos Prés & nos Côteaux
Perdent l'éclat de leur verdure ,
Et nos Ruiffeaux
Leur doux murmure ;
L'ardeur de fes rayons brûlans
Détruit les dons de Cérès & de Flore ,
Mais fes feux ne font point encor fi violens ,
Que ceux dont l'Amour me dévore .
RONDEAU
LE Dieu du myftere
Flate les Amours ;
Sans lui les douceurs de Cithere
Languiroient toujours.
Les plaifirs fecrets
G iij Pour
1846 MERCURE DE FRANCE
Pour les indifcrets
Ne font pas faits.
Le Dieu du myftere ,
Flate les Amours ;
Sans lui les douceurs de Cithere
Languiroient toujours.
Quoiqu'Iris foit moins févere ,
Un Amant de fon coeur
Doit peindre la rigueur .
Le Dieu du myftere
Flate les Amours ;
Sans lui les douceurs de Cithere
Languiroient tojours.
S -PECTACLES.
*XXX
EXTRAIT de la Comédie intitulée le Valet
embarraffé ou la Vieille Amoureufe , Piéce
en Vers & en trois Actes , représentée à
l'Hôtel de Bourgogne , le 29. Mai dernier
annoncée dans le Mereure du même mois .
ACTEURS.
Le Comte Damis , Pere de Julie
Ergafte , Oncle d'Ariſte
>
le Sieur
Riccoboni.
le Sr Mario.
Madame de Durmont , Soeur du Comte ,
la Dile Belmont.
Julie ,
A O UST. 17420
1847
> Julie , Fille du Comte
Arifte , Amant de Julie ,
la Dlle Silvia.
le Sr Rochard.
Valentin , Valet d'Arifte , le Sr Deshayes.
Rofette , Suivante de Julie , la Dlle Thomaſſin.
Arlequin , Concierge du Château , le Sr
Carlin.
Deux Chirurgiens.
La Scene eft vis- à-vis le Château du Comte ,
C
Ette Piéce a été fort bien reçûë du Public
; nous n'avons fi long - tems differé
d'en donner l'Extrait dans ce Journal , que
pour être en état d'y inferer des morceaux à
la faveur de l'Impreffion .
Arifte , Amant de Julie , Fille du Comte
Damis , étant devenu amoureux d'elle , pour
l'avoir vûë à l'Opera , ou à la Comédie , fe
traveftit en Soldat avec Valentin , fon Valet
de Chambre ils tentent tous deux
d'entrer dans un Château , où elle est enfermée
fous la garde d'une vieille Tante , Sour
de fon Pere. Voici par où Valentin débute ,
parlant à Arifte fon Maître :
,
>
Dieu veuille en ce Château que d'une Hô:eſſe
affable
Nous puiffions recevoir un accueil agreable !
Mon cher Maître, avec vous je n'en fais pas le fin ;
Giiij
La
1848 MER CURE DE FRANCE
Le corps extenué de fatigue & de faim ,
Après avoir goûté d'un peu de bonne chere ,
Deux heures de repos feroient bien mon affaire:
C'est pour moi que je parle ; à des beſoins fi bas ,
Sans fe deshonorer , l'Amour ne defcend pas ,
De fa propre fubftance il fe nourrit lui même ;
Lui ſeul´il ſe ſuffit ; on a tout , quand on aime .
Arifte ne prend pas le change fur ce début
ironique ; il convient avec Valentin que
l'amour lui a fait entreprendre ce projet qu'il
lui reproche ; il lui aprend fa paffion pour
Julie. Il ne s'agit plus , lui dit- il , que de
nous introduire dans ce Château qui renferme
l'objet de ma tendrefle ; Valentin continuant
à le prendre fur le ton ironique , lui
répond :
Au Château cette nuit fi nous mettions le feu :
Dans le logis auffi - tôt grand vacarme ;
On s'éveille , on fe leve , & chacun prend l'allarme
;
La porte s'ouvre , on fort , on cherche du fecours ;
A la faveur du trouble & de ce grand concours ,
Nous pouvons aifément tous deux nous introduire ,
Chés votre Belle alors nous étant fait conduire . ..
Arifte plein de fon amour trouve ce projet
merveilleux ; Valentin lui dit :
Il eft
extravagant ;
POMY
A O UST: 1742 1849
Pour faire votre cour à la belle Julie ,
Vous voulez débuter , Monfieur , par l'incendie ?
Et, pour préfent de nôce, offrant à fes beaux yeux,
Les débris confumés du bien de ſes Ayeux ,
En faire à votre gloire élever un trophée
Et fi Julie étoit dans la flâme étouffée....
"
Arifte avoue à Valentin qu'il voit le ridi
cule de ce projet ; il en imagine un beaucoup
plus raisonnable , c'eft de demander
une retraite dans ce Château , fous prétexte
que l'un d'eux ayant été bleffé a befoin de
fecours . Valentin ne fe prête qu'avec peine à
ce dernier expédient , mais voyant aprocher
Arlequin , Concierge du Château il confent
à contrefaire le bleffé , & fe couche fur le
gazon , après avoir envelopé fon bras de
l'écharpe de fon Maître. Voilà à peu près ce
qui fe paffe dans la premiere Scéne . Nous
ferons beaucoup plus fuccincts dans les autres
, pour ne point aller au delà des bornes
prefcrites.
Arlequin à la vûë de deux Soldats , qu'il
prend pour des voleurs , ne fe croit pas trop
en fureté ; ils ont beau exciter fa pitié , il eft
inexorable , mais une bourfe qu'on laiffe
tomber à fes pieds & qu'il s'aproprie , parce
qu'aucun des deux prétendus Soldats ne la
reclame , le fléchit. Il leur promet de les fervir
; il leur aprend qu'il n'y a dans ce Châ-
Gv tem
1850 MERCURE DE FRANCE
teau qu'une vieille Tante , une aimable Niécc
, Fille du Comte Damis , abfent depuis
deux ans. Voici le confeil qu'il leur donne
& fur lequel Valentin fonde l'efperance du
fuccès.
Il faudra commencer par cajoler la Tante ,
Porter même vos foins jufqu'aux tendres égards ;
Mais , furtout , de la Niéce éloignez vos regards ;
Un feul peut vous trahir ; il faut y prendre garde.
Ils lui promettent d'obferver exactement
la loi qu'il leur prefcrit. Arlequin les quitte,
pour aller prévenir la Tante.
Valentin veut abandonner une entrepriſe
dans laquelle il prévoit bien des difficultés ,
& c'eft ici où il commence à juftifier le titre
de la Piéce ; me voilà affés embarraffé , ditil
à Arifte :
Convenez que je fuis un homme univerfel ,
Si je puis me tirer de tout ceci fans peine.
Me voilà , de Valet , aprentif Capitaine ,
Malade & bien bleffé ; d'homme ſain , vigoureux ,
Je dois faire le fou , quand je fuis des plus fages ;
Suis- je , à la fois , chargé d'affés de perfonnages
Madame de Durmond arrive avec Julic &
Arlequin. La vûë de deux Soldats effarouche
d'abord la Tante. Elle veut leur refufer l'azile
qu'ils lui demandent , mais Valentin lui
jette
A O UST. 1742. 1851
pour ja jette des regards qui l'attendriffent ;
Niéce elle reconnoît dans Arifte cet aimabl
inconnu qu'elle a vû aux Spectacles & qu
n'a déja fait que trop d'impreffion fur fon
jeune coeur ; Arifte ne la voit pas plûtôt qu'il
oublie le confeil qu'Arlequin lui a donné ;
il lui parle d'une maniere à donner des foupçons
à la vieille furveillante ; autre embarras
pour Valentin ; voici comment il s'en tire
en parlant bas à Madame de Durmont :
Son efprit fe dérange en de certains momens ;
..... cela lui vient d'un excès de tendreffe ;
De la perte qu'il fit jadis d'une Maîtreffe :
Il en penfa d'abord mourir de défeſpoir ;
Il croit depuis ce tems , lai parler & la voir ;
Si tôt qu'il fe rencontre auprès de quelque Belle ;
Cette idée , à préfent , chés lui fe renouvelle .
>
Mad, de Durmont ne feroit pas fi crédu
le , fi elle étoit moins fenfible . Valentin
qu'elle prend pour un homme , bien au def
fus de ce qu'il paroît , l'occupe toute entiere ;
elle le lui fait connoître par tous fes difcours
; il en feroit très - content , fans un ordre
qui lui paroît cruel , c'eft qu'elle le condamne
à une longue diette , de peur que les
alimens ne nuifent à fa bleffure , & voilà encore
un embarras pour Valentin , qui ne
s'accommode pas de l'abftinence .
G vj Julie
1852 MERCURE DE FRANCE
› Julie commence le fecond Acte elle
cherche un Portrait que Mad. de Durmont a
perdu , & que Valentin a trouvé ; mais ce
n'eft pas ce Portrait qui l'occupe le plus ;
elle fe rapelle les traits d'un inconnu qu'elle
a vû à la Comédie , & cet inconnu eft ce
même Arifte qu'elle vient de revoir ; voici
comment elle exprime les fentimens fécrets
de fon coeur.
Mais , quand je l'examine & que j'y veux rêver ,
Cet air me frape au point que j'y crois retrouver
Les traits d'un inconnu , dont à la Comédie
Le regard affidu , mais plein de modeſtie,
Mit un trouble en mes fens dont mon coeur fur
furpris.
C'eft lui-même , & fes yeux m'en ont affés apris
Pour connoître le but de fa métamorphofe....
fa
Helas ! à quel danger ſa pourſuite m'expoſe !
Nous paffons ici fous filence ce qui regar
de Valentin condamné à faire diette ; Rofet
te lui promet de le fecourir en lui donnant
de quoi manger & boire à l'infçû de Mad.
de Durmont ; des Chirurgiens viennent de
la part de cette vieille amoureufe pour le
panfer , mais quelques piftoles données par
Arifte le tirent de ce nouvel embarras . Arifte
ne parle de fon amour à Julie qu'à la fin de
ce fecond Acte ; elle veut le fuir , mais il
l'arrête;
AOUST.
1742. 1853
T'arrête ; il fe jette à fes genoux & lui dit
tendrement :
Vous voyez un Amant foûmis à vos genoux ,
Qui croit pouvoir , Madame , aſpirer juſqu'à vous,
Que fa délicateffe empêchoit de paroître ,
Mais que
l'amour , plus fort , veut vous faire com
noître ,
Si vous lui permettez enfin de s'exprimer.
Ce n'eft pas d'aujourd'hui qu'il ofe vous aimer &c.
Julie lui répond avec autant de fageffe que
d'amour.
..... · un auftere devoir
Défend de vous parler , & même de vous voir.
Ignorez-vous encor qu'un obftacle invincible
Vous interdit l'eſpoir de me trouver fenfible ,
Que mon coeur par mon Pere à d'autres voeux
promis ,
Ne fçauroit jamais être heureux , s'il n'eſt ſoûmis
S'il ne fçait s'immoler au pouvoir qui le lie
S'il ne fuit la raiſon , & s'il ne vous oublie à
A
Rofette qui eft préfente à cette tendre,
converfation , les raffure contre la trifte nouvelle
du prochain retour du Comte Damisqui
amene avec lui un futur Epoux pour
Julie. Voici comment cette fecourable Confidente
finit ce fecond Acte en s'adreffant
d'abord à Arifte & enfuite à Julie :
Que
1854 MERCURE DE FRANCE
Que craindre , ayant pour vous , & l'Amour &
Rofette ?
Mais rentrez au plus vîte ; & nous , faifons retraits ;
à
part •
J'embarque nos Amans , & je les mets à bord ,
Mais je laiffe à l'Amour à les conduire au port .
Arlequin commence le troifiéme & der
nier Acte par ce Monologue :
Quel défordre au Château , lorſqu'à fon arrivée
Le Comte va trouver fa four folle achevée ,
Et que de deux gaillards , reçus maîtres chés lui ,
Ces Dames ont fait choix pour charmer leur ennui!
Comme il n'eft pas doüé d'un naturel fort tendre
C'eft à moi fans façon qu'il pourroit bien s'en
prendre .
Prenons confeil , avant qu'il puiſſe être arrivé ,
D'un homme fenfé , qui .... le voilà tout trouvé.
Arlequin dit ce dernier Hemiftiche, parce
que le Comte Damis fe préfente à fes yeux ;
il veut fe retirer prévoyant l'orage prêt à fon
dre fur lui , mais le Comte l'arrête ; les réponfes
ambiguës du Valet donnent des foupçons
au Maître , Arlequin ne peut lui cacher
que deux Soldats qui fe difent de fon Régi
ment ont été reçûs chés lui par droit d'hofpitalité.
Les foupçons du Comte fe fortifient ;
il
A O UST. 1742. 1855
il défend à Arlequin d'annoncer fon arrivée .
Malgré la défenfe du Comte , Arlequin
inftruit Arifte & Valentin de la fituation embarraffante
où ils fe trouvent tous . Arlequin
s'étant retiré, Valentin demande à Ariſte d'où
vient qu'il paroît fi content ; Arifte lui aprend
que c'eft par la permiffion que Julie lui a
donnée de la demander en mariage à fon
Pere ; Valentin lui répond qu'il n'a point fon
pareil pour les illufions ; il lui confeille de
quitter une entreprife fi folle. Arifte n'y confent
point , & voyant Madame de Durmont
aprocher , il le laiffe aux prifes avec cette
folle :
Mad. de Durmont , ravie d'avoir un tête
à tête avec Valentin , lui déclare l'amour
qu'elle a pour lui ; c'eft - là un nouvel embarras
pour ce Valet ; il ne fçait comment s'en
tirer ; il a beau lui dire qu'il n'eft qu'un pauvre
miferable , elle ne veut pas l'en croire , ce
qui l'oblige à dire à parte :
Pour lui déplaire , en vain , je fais tous mes efforts
Il faut que pour m'aimer elle ait le diable au
corps.
Mad. de Durmont perd enfin toute retenuë
; elle lui propofe de l'emmener en Canada
, où fon Pere , jadis Gouverneur de la
nouvelle France , a laiffé des biens immenfes
; eh ! pourfuit - elle ,
856 MERCURE DE FRANCE
C'eft-là que par d'heureux liens ,
A l'abri du reproche , & goûtant fan's envie
Le folide agrément d'une commode vie ,
Eloignés pour jamais de ces climats pervers ;
L'un de l'autre charmés & feuls dans l'Univers ,
Nous pourrons ,
fatisfaits d'une tranquille joye ,
Nous-mêmes , nous filer des jours d'or & de foye.
Pour fon malheur , le Comte , fon Frere ,
s'étant avancé vers elle fans être aperçû , a
entendu cette belle déclaration d'amour ;
après lui en avoir fait toute la honte , il
lui dit qu'il ne fçauroit mieux l'en punir,
qu'en l'envoyant en Canada avec fon nouvel
Amant ; Valentin veut fe retirer , mais le
Comte le retient, & lui fait fubir un interrogatoire
qui lui paroît plus embarraffant que
tout ce qu'il a trouvé de plus pénible dans
la folle entrepriſe de fon Maître . Cependant
le Comte , & Mad. de Durmont , le preffent
toujours plus vivement ; il ne trouve point
de meilleur ftratagême que de feindre qu'il
eft engagé ailleurs , & de le prouver par le
Portrait dont nous avons parlé , & qu'il a
trouvé à fon arrivée. Ce Portrait eft juftement
celui de Madame de Durmont , peinte
en Flore ; Valentin n'avoit garde de la reconnoître
dans des traits fi differens de ceux
qui lui reſtoient ; trente ans s'étoient paffés
depuis
A O UST. 1742 1857
depuis qu'elle s'étoit fait peindre. Elle prend
cette feinte de Valentin pour une déclaration
l'amour des plus galantes ; elle lui dit tendrement
qu'elle va bien-tôt lui amener cet
objet de fa tendreffe & fe retire pour s'aller
habiller en Déeffe Flore . Le Comte Damis
qui ne comprend rien non plus que Valentin,
à ce que Madame de Durmont dit au fujet
du Portrait & de l'Original de la Flore en
queftion veut faire emprifonner ce Valet
embarraffé ; Valentin apelle au fecours ; Ergafte
vient ; c'eſt juſtement l'Oncle d'Arifte,
que le Comte Damis a amené avec lui , pour
époufer fa Niéce. Valentin qui le reconnoît ,
commence à refpirer , & ne doute point que
le Neveu ne fuplante 1'Oncle . Julie vient fe
jetter aux pieds de fon Pere , & le prie de
vouloir bien ne la point condamner à époufer
Ergafte ; Arifte prie à fon tour fon Oncle
de ceffer d'être fon Rival, attendu que la belle
Julie fe déclare en fa faveur ; pour achever
la Comédie , Madame de Durmont revient
déguifée en Flore, & fournit un jeu de Théa
tre affés plaifant. Le Comte Damis ne balance
pas à préferer le Neveu à l'Oncle , qui ne
cede pas fans répugnance l'aimable objet
dont on lui avoit promis de le mettre en poffeffion
, & pour Madame de Durmont , elle
renonce au voyage de Canada dès qu'elle
aprend que l'objet de fon fol amour n'eft.
qu'un Valet, Le
* 858 MERCURE DE FRANCE
Le 2. Août , les mêmes Comédiens remirent
au Théatre la Comédie de la Fauffe Suivante
ou le Fourbe Puni , de M. de Marivaux.
La Dlle Silvia y jouë le principal Rolle de la
Piéce , d'une maniere à ne rien laiffer à défirer.
On donna le même jour une petite Piéce
nouvelle en Vers , & en un Acte , de M.
Guyot de Merville , qui a pour Titre , les
Dieux Travestis , laquelle a été reçûë très favorablement
, elle eft terminée par un joli
Divertiffement qui a été fort aplaudi. On
parlera plus au long de cette nouveauté.
Le 18. les mêmes Comédiens repréfenterent
les Menteurs Embarraffes , & la petite ,
Piéce nouvelle des Dieux Traveftis , dont on,
vient de parler. Le fieur Campioni , & la Dile
fon Epoufe , tous deux de Venife , parurent
pour la premiere fois & danſerent deux
diférentes Entrées , dans les Intermedes de
ces deux Comédies , avec un aplaudiffement
général.
Le fieur Carlo Bertinazzi , né à Turin ,
qui avoit débuté l'année derniere fur ce
Théatre par le Rolle d'Arlequin , & le fieur
Balleti , fils du fieur Mario & de la Dlle
Silvia , pour les Rolles d'Amoureux , ont été
reçûs depuis peu dans la Troupe du Roy .
Le 2. Août , l'Académie Royale de Mufique
A O UST. 1742: 1859
que remit au Théatre la Tragédie d'Ajax ;
e Poëme eft de M. Meneffon , & la Mufique.
le M. Bertin . Cette Piéce qui fut donnée
pour la premiere fois au mois d'Avril 1716.
reprife en Juin 1726 , eft très-bien remife
, & rien ne manque du côté de l'exécution.
Le fieur Chaffé , qui avoit joüé le même
Rolle d'Ajax en 1726 , le remplit aujourd'hui
avec aplaudiffement ; ceux de Caf
fandre & de Corebe , font parfaitement bien
rendus par la Dlle Chevalier , & par le fieur.
Jelyot. L'exécution des Ballets dans les Divertiffemens
n'a pas moins fait de plaifir.
On peut voir ce qu'on a dit de cette Piéce ,
quand elle a été repriſe en . 1726 ( dans le
Mercure de Juillet de la même année , page
2654.
Le 9. Août , les Comédiens François donnerent
la premiere repréfentation d'une
Tragédie nouvelle de M. de Voltaire , intitulée
Mahomet , laquelle a été retirée par
l'Auteur après la troifiéme Repréſentation.
On en parlera plus au long. *
Le 23 , les mêmes Comédiens donnerent
ane Piéce nouvelle en Vers & en trois Actes,
intitulée la Fête d'Auteuil , terminée par un
Divertiffement de Chants & de Danfes. On
parlera de cette nouveauté.
Les fieurs Baron & de Bonneval , nouveaux
1860 MERCURE DE FRANCE
veaux Comédiens , qui avoient débuté fut
ce Théatre fur la fin de l'année derniere ,
ont été reçus dans la Troupe du Roy.
Les fleurs de la Noue & Paulin , & la Dlle
Gautier auffi nouveaux Comédiens , ont eté
reçûs , depuis peu , dans la même Troupe.
Le premier Août, l'Opera Comique donna
une Piece nouvelle d'un Acte enVaudevilles,
qui a pour Titre les Acteurs Juges , laquelle
a été reçue favorablement du Public. Cette
Piéce qui eft fuivie du Nouvelifte & du Sant
du Foffe, eft ornée de deux Pantomimes, exécutées
par le fieur & la Dlle Grimaldi , avec
toute la préciſion & la vivacité convenables
à ces fortes de Danſes ; on a vû l'une de ces
Pantomimes exécutée fur le Théatre de l'O
pera , & fur celui de l'Hôtel de Bourgogne ,
fous le Titre des Jardiniers.
Le 8 , ils remirent au Théatre une petite
Piéce d'un Acte , intitulée le Rien , & d'un
nouveau Divertiſſement , qui a pour Titre
'Oeil du Maître , qui a été aplaudi.
Le 28 , le même Opera Comique donna
une Piéce nouvelle en deux Actes,intitulée La
Fauffe Duegne, fujet tiré de l'Efpagnol , ornée
de Divertiffemens, de Chants & de Danſe , laquelle
a été aplaudie , de même que les deux
Pantomimes des Jardiniers , & des Sabotiers,
exécutées par le St Grimaldi, & par la Dlle fa
foeur.
A OUST. 1861 1742.
ceur. La nouvelle Piéce eft terminée par une
troifiéme Pantomime , intitulée l'Oeil du
Maître ,, dont ont vient de parler , & qu'on
voit toujours avec plaifir .
NOUVELLES ETRANGERES,
b
TURQUIE .
Na apris de Conftantinople , que depuis la
dépofition du dernier Grand Vifir , on commençoit
à croire que la paix pourroit fe conclure
entre la Turquie & la Perfe , & qu'il y avoit du
noins beaucoup d'aparence qu'il ne fe paffercit
ien d'important cette année entre les armées des
eux Puffances . Le nouveau Grand Viſir paroît être
rincipalement occupé du foin de rétablir l'abonlance
, furtout à Conftantinople , où les vivres font
nontés à un prix exceffif.
Le Chiaoux Bacha a été dépofé depuis peu , &
les biens ont été confifqués ; le Grand Tréforier de
PEmpire Ottoman eft menacé de fubir le même
fort, & la plupart des Pachas & des autres Officiers,
qui avoient été privés de leurs Charges fous la
précedent Miniftere , ont été rapellés ,
RUSSIE.
N mande de Mofcow du 18. du mois
Juin dernier,que le 1 ;, le Comte de Saxe, Lieucenant
Géneral des Armées de S. M. T. C. lequel
étoit arrivé de Drefde le jour précedent , fut préfentá
1862 MERCURE DE FRANCE
3
· fenté à la Czarine par le Marquis de la Chétardie
& que ce Seigneur fir des repréſentations à S. M.
Cz . au fujet des droits qu'il prétend avoir fur le
Duché de Curlande. La Czarine lui ayant dit qu'il
en pouvoit conférer avec le Prince de Helle- Hombourg
& avec le Comte de Beftuchef , le Comte
de Saxe a eû de fréquens entretiens avec l'un &
l'autre , & l'on efpere que cette affaire pourra s'ac
commoder.
Le Comte Erneft Biron continuë de demeurer à
Jaraflaw , qui n'eft qu'à une petite diſtance de Mofcow
, & il y eft logé dans le Château avec toute
fa famille. S. M. Czarienne, qui lui a affigně vingt
Roubles par jour pour fon entretien , lui a permis
non-feulement de prendre le nombre de domeftiques
qu'il jugera à propos , mais encore de fe promener
& de chaffer dans les environs de Jarañaw.
Il a déja fair plufieurs inftances pour obtenir une
- entiere liberté , & pour pouvoir fe retirer en Allemagne
, mais la Czarine lui a fait dire qu'il devoit
fe contenter de la bonté qu'elle avoit euë de le rapeller
de fon exil , & qu'il lui convenoit d'attendre
patiemment ce qu'elle voudroit dans la fuite ordonner
de fon fort.
La Czarine ayant bien voulu faire l'honneur au
Marquis de la Chétardie , Ambaffadeur du Roy de
France , d'aller fouper chés lui le 17. du mois de
Juin dernier , S. M. Cz . accompagnée du Duc d
Holftein-Gottorp ainfi que du Prince & de la Princeffe
de Hombourg , fe rendit ce jour- là vers les
fept heures du foir à l'Hôtel de cet Amballadeur.
Auffi- tôt qu'elle y fut arrivée , on commença
un Concert , qui fut exécuté par les plus habiles
Muficiens que le Marquis de la Chétardie
avoit pû railembler , & qui dura jufqu'à neuf heures.
S. M. Cz. paffa enfuite dans la Sale où elle de
VOIT
A O UST. 1742 1863
Voit fouper , & qui étoit ornée & éclairée avec une
magnificence extraordinaire. La table de la Czarine
n'étoit que de douze couverts , & il y eut deux
autres tables de vingt - cinq couverts chacune , pour
les Seigneurs & Dames qui avoient accompagné
S. M. Čz. Ces trois tables furent fervies chacune
à fept fervices , avec autant de délicateiſe que de
profufion , & l'on admira furtout la beauté & la
varieté du deffert. La Czarine demeura jufqu'à minuit
chés l'Ambafladeur , & elle lui témoigna en fe
retirant , qu'elle étoit extrêmément fatisfaite de la
maniere dont il avoit reçûë .
S. M. Cz. a beaucoup d'égards pour le Comte
de Saxe .
Les Soldats du Régiment des Gardes , qui ont
commis il y a quelque tems à Pétersbourg de fi
grands défordres , ont été condamnés par le Con-
Teil de Guerre , à recevoir le Knout , & plufieurs
de leurs camarades ayant formé une nouvelle émeute
à cette occafion , on a été obligé d'arrêter encore
un grand nombre de ces féditieux .
Les Lettres de Mofcow marquent que le Comra
de Saxe en étoit parti le quatre du mois paffé ,
pour fe rendre à l'armée Françoife qui eft en Bacre.
La Czarine a fait préfent d'une Tabatiere & d'une
Montre , enrichies de diamans , à M. de Magne ,
Capitaine dans le Régiment de Tournefis , qui
ayant accompagné en qualité de Gentilhomme le
Marquis de la Chétardie , Ambaffadeur de S. M.
T. C. a été chargé par cet Ambaffadeur de queles
commiffions relatives aux Négociations entre
Ja Mofcovie & la Suede .
S. M. Cz . a accordé au Prince de Heffe- Hombourg
le titre de Feldt-Maréchal General de fes
nées.
ALLE864
MERCURE DE FRANCE
ALLEMAGNE,
Y
N mande de Vienne du 21. du mois dernier ,
qu'un détachement du Régiment de Bareith
a conduit 150. prifonniers de guerre , qu'on a envoyés
en Hongrie fous l'eſcorte d'un autre déta◄
chement.
Le Prince Charles de Loraine a mandé à la
Reine , qu'une partie de la groffe artillerie qu'on
a fait partir de Vienne pour l'armée de Boheme ,
étoit arrivée au camp de Konigshal , & que le refte
y étoit attendu inceffamment.
S. M. H. a apris que le Comte de Kevenhuller
avoit détaché un Corps de troupes fous les ordres
du Major General Berenklaw, pour couvrir les Places
propres à conferver la communication entre la
Baviere & la Boheme.
On mande de Prague , que le Maréchal de Broglie
étant forti de fon camp à la tête d'un détachement
confidérable d'Infanterie & de Cavalerie ,
pour reconnoître le Corps de troupes que le Génefal
Feftetitz a amené de Moravie , ce Maréchal fur
attaqué par une partie des troupes dont ce Corps
eft compofé & qu'après un combat qui a été trèsvif
de part & d'autre , qui a duré plufieurs heures
le Maréchal de Broglie eft rentré dans fon camp.
FRANCFORT,
'Empereur a nommé Lieutenans - Feldt- Mare-
Schoen & de Gabrielis , le Comte Jofeph de Preyfing
& le Prince de Saxe Hildsburghaufen , pare
du Prince de ce nom qui eft au Service de la Rent
de Hongrie , & S. M. I. a fait Majors Génera
AOUST.
1865 1742
le Comte de Truchfes Wurtzbach , M. de Wachfenftein
, le Baron de Zwirbi M. de Krotfchan
& M. de Wittgenstein.
>
M. de Raab , Confeiller Privé de l'Evêque de
Wurtzbourg , a été nommé fecond Commiflaire de
l'Empereur à la Diette de l'Empire.
S. M. I. a déclaré le Comte de Pioſaſque , Gé→
neral de Cavalerie , le Comte de Florimond , Géneral
d'Artillerie , le Comte de Lodron , Lieute
nant Feldt Maréchal ; le Prince Augufte de Bade
le Comte d'Oettingen & M. Frederic , Majors Gé
peraux.
Le Géneral Speretti , le Comte Maximilien de
Terring , & les Barons de Preyfing , de Mayrhoffer
& de Hartmann , ont obtenu des places de Confeillers
Privés de l'Empereur.
La Diette de l'Empire continue ſes Séances à
Francfort , & S. M. I. a adreffé à cette Aſſemblée
deux Décrets de Commiffion , l'un pour exhorter
les Etats de l'Empire à faire reparer les Fortifications
de Philisbourg , & l'autre pour demander
qu'ils nomment des Commiffaires qui puiffent régler
ce qui concerne la Chambre Impériale de
Wetzlar .
On écrit de Francfort que l'état de l'Armée de
M. le Maréchal de Mailiebois , allant en Baviere eft
conforme au détail qui fuit :
Premiere Divifion , partant le
M. le Maréchal.
Lieutenans Géneraux.
Mis de Balincourt.
de Lutteaux ,
Maréchaux de Camp.
Mrs de Puttanges.
de Coigny.
9. Août
Prince de Pons.
de Pontchartrain.
de Maulevrier.
Infanterie.
Champagne ,
Artois ,
Puiguyon .
H
3 .
I. S
I.
Poitou
1866 MERCURE DE FRANCE
Poitou ,
Beauvoifis
,
3.7
1. S
Royal Comtois , 1 .
La Gendarmerie ,
Royal Rouffillon ,
81
3
3. Rozen ,
Regim. de Dragons
24
Artillerie
.
LesCompagnies
franches
de la Croix & de
Vandal.
M. de Malezieu , moitié
de l'Artillerie & moitié
de fon Bataillon .
La Compagnie de Mineurs
& celle d'Ouvriers.
Etat Major.
M. l'Intendant.
M. de Salieres & Aides;
M. de la Touche.
M. de Maillac , Major
General des Dragons.
Une Brigade d'Ingé Quatre Commiffaires des
nieurs. Guerres.
Seconde , partant le 11 .
Lieutenans Generaux, Dauphin Etranger, 3 .
Mrs de la Mothe.
de Lautrec.
Maréchaux de Camp.
Mrs de Chazerons.
de Brezé.
de Croiffy.
Infanterie.
Lyonnois ,
Rouergue
Provence ,
3.
•
I1.
S
Montmorin ,
Fitzjames , 3:36
Artillerie.
M. de Melay , l'autra
moitié de l'Artillerie
& de fon Bataillon .
La Compagnie franche
de Dulunent.
Une Brigade d'Ingé
nieurs.
Etat Major,
Mrs de Modene.
de la Neuville .
Bourgogne ,
I.
Guyenne ,
I.
Blaifois
Cavalerie.
Dauphin ,
Bourbon , }
Guerres,
QuatreCommiffaires des
Troifiéme
A O UST. 1742 1867
Troifiéme Divifion , partant le 13 .
Maréchaux de Camp. La Couronne ,
Mrs de Louvigny.
D'Efpinay .
de Clermont.
du Châtelet.
de Maupeou.
de Rendan.
Infanterie.
Limofin ,
Vermandois ,
Pontieu ,
Santerre ,
2 .
I. រ
I.
I.
Cavalerie.
Saxe ,
Bretagne ,
Saint Aignan ,
Berry ,
Barbançon ,
3.
2.
3.
}
3.5
Etat Major.
Mrs de Chauvelin .
de Bonnac .
de Tirconnel.
3 .
2.
} 6.
:} $
QuatreCommiffaires des
Guerres .
Quatrième , partant le 14.
Lieutenans Géneraux.
Mrs de Montal.
de
Philippes .
de Vaudray.
de Saint Vallier.
d'Nautefort.
de Contades.
Maréchaux de Camp.
Infanterie.
Bourbonnois ,
Angoumois ,
Biron ,
Marfan
Périgord ,
Guife ,
3 .
I. S
I.
3 .
1.)
Cavalerie.
Royal Etranger , 3 .
d'Aumont ,
Condé ,
2.
3..
Royal Piémont , 3.26
Conty ,
}:"},"
La Compagnie franche
de Du Moulin.
Mrs de Gayon.
Le Chevalier de Maillac.
Quatre Commiffaires des
Guerres.
HAMBOUR G.
Elon les derniers avis de Boheme , le Maréchal
Sde Belle - Ifle & le Comte de Konigleg fe
rendirent le 2. Juillet dernier au Château de Ko-
Hij mor1868
MERCURE DE FRANCE
morzan , près de Prague , ayant mené avec eux ,
ainfi qu'on en étoit convenu , des eſcortes égales .
& ils eurent enſemble une conference , après la
quelle ils firent partir chacun un courier pour leurs
Cours .
On a apris de Dresde , que le Roy de Pologne ,
Electeur de Saxe avoit demandé deux mois , pour
prendre fon parti fur la propofition qui lui a été
faite d'acceder au Traité conclu entre la Reine de
Hongrie & le Roy de Prufle , & qu'en attendant il
étoit convenu d'une fufpenfion d'armes avec S.
M. Hongroife . ་ ་ ་ །
4
Selon les lettres écrites de Prague , le Grand
Duc de Tofcane , accompagné du Prince Charles
de Loraine , & du Comte de Konigleg , alla le 10
du mois dernier reconnoître les environs de la Place
& les poftes avancés de l'armée Françoiſe , commandée
par le Maréchal de Broglie.
Un Commiffaire des vivres eft allé à Konigſgratz
par ordre du Grand Duc de Toſcane , pour faire
tranfporter au camp des troupes Autrichiennes un
magafin de fourages que le Roy de Pruffe avait
établi dans cette Place , & qui a été cedé à la Reine
par S. M. Pruffienne.
On a apris de Boheme , que la garniſon , qui a
défendu fi long- tems le Château de Frawemberg ,
avoit été enfin obligée de rendre ce Château aux
woupes Autrichiennes qui le tenoient affliégé,
band
Odernier
ITALIE
.
Numande de la Mirandole du 23. du mois
, que les troupes Autrichiennes &
Piemontoifes étant entrées dans cette Principauté
après la prife de la Citadelle de Modene , & que le
Roy de Sardaigne étant allé camper à la Concordia
, fix Bataillons des troupes de ce Prince , commandés
A O UST. 1742. 1869
果
"
mandés par le Comte de Schulembourg , Lieutenant
Géneral , qui avoit fous fes ordres le Comte
de Monbercel , Maréchal de Camp , & M. Neeffe,
Brigadier , s'avancerent à San Martino avec un dé
tachement de 1500. Autrichiens & de soo , Croa
tes.
La nuit fuivante , le Roy de Sardaigne fit ouvrir
la tranchée devant cette Ville par 2000. Fufiliers &
par trois Compagnies de Grénadiers , & malgré un
affés grand feu que la garnifon fit du chemin couvert
, la premiere Parallele & les Boyaux de communication
le trouvérent le 16. au matin en état
de couvrir les travailleurs , qui continuerent pendant
la journée de les élargir & de les perfectionner.
Quinze cent hommes des troupes Autrichiennes
& Piémontoifes furent employés la nuit du 16. au
17. à prolonger la Parallele ; les affiégeans avoient
auffi commandé rooo . Paylans , pour travail er aux
Boyaux de communication , mais ils n'en pûrent
raffembler que 75.
Le 17 , la Parallele fut confidérablement prolongée
fur la droite & fur la gauche , & les affiégeans
acheverent de la perfectionner , de même
que la queue de la tranchée , où ils étoient fort
incommodés par le canon de la place.
Ils firent la nuit du 18. un crochet fur la gauche
de la tranchée , & ils travaillerent à établir fur leur
droite une Batterie de vingt canons & deux autres
de mortiers . Pendant cette nuit & pendant les deux
jours précedens , la garnifon ne ceffa point de faire
un feu très- vif.
Le 19 , un Corps de huit Bataillons Piémontois
& un détachement des troupes de la Reine de Hongrie
, plus fort de 500. hommes que le premier
releva les troupes qui avoient pris pofte à San
H iij Martino
1870 MERCURE DE FRANCE
Martino par ordre du Roy de Sardaigne.
La Batterie de mortiers de ce Prince fut entierement
établie le 20 , & les Autrichiens avancerent
beaucoup l'établiffement de la leur.M. Terful, Capitaine
d'Artillerie dans les troupes Piémontoiſes , fut
thé d'un coup de canon , en allant tracer le magafin
de la premiere de ces Batteries , & un Canonier
y eut un bras emporté . Le Roy de Sardaigne alla le
foir vifiter la tranchée , & pendant qu'il y étoit ,
un détachement de la garnifon fit une fortie à la
faveur d'une pièce de bled , le long de laquelle il
marcha à couvert jufqu'à la tranchée ; ce détachement
tua quelques Soldats aux affiégeans , mais la
crainte d'être coupé l'obligea bien- tôt de rentrer
dans la Place .
Les Autrichiens ayant achevé le 21. leur Batterie
de mortiers , elle commença ce jour là , ainfi que
celle du Roy de Sardaigne , à jetter un grand nom
bre de bombes dans la Place . Le même jour les affiégeans
perfectionnerent les Platteformes de leur
Batterie de canons , & bien- tôt après elle tira avec
tant de fuccès , que le 22 au matin , elle fit breche.
Le Comte Martinoni , Gouverneur de la Place ,
défefperant alors de pouvoir faire une plus longue
réfiftance , fit arborer le Drapeau blanc , & il envoya
un Officier au camp des affiégeans , pour demander
à capituler.
On eft convenu par la Capitulation , que trois
heures après qu'elle auroit été fignée , la principale
porte de la Ville feroit remife aux troupes Autrichiennes
& Piémontoifes ; que les Soldats des trou
pes Nationales de la garnifon auroient la liberté de
fe retirer chés eux , mais que les Officiers refteroient
prifonniers de guerre , jufqu'à ce que les
Forts de Monte Alfonfo , de Seftola & de Verrugola
, fe fuflent rendus ; que les Officiers des troupes
A O UST. 1742. 1871
pes Etrangeres de la garnifon feroient traités comme
ceux des troupes Nationales , mais que les Soldats
des premieres de ces troupes ne feroient libres
qu'à la fin de la campagne ; & que les uns & les
autres ne feroient renvoyés qu'après s'être engagés
à ne point fervir contre la Reine de Hongrie ni
contre le Roy de Sardaigne pendant la préfente
guerre ; que tous les Officiers , foit Nationaux foir
E rangers pourroient emmener avec eux leurs
équipages & emporter tout ce qui leur apartient, &
que les malades & bleffés de la garnifon demeureroient
jufqu'à leur entiere guérifon dans la Place ,
où l'on auroit le même foin d'eux , que fi elle étoit
encore au pouvoir du Duc de Modene . ,
•
Les lettres de Cezena du 8. de ce mois portent
que le Roy de Sardaigne ayant apris qu'il y avoit
derriere la Ville de Forli un détachement des troupes
fpagnoles , il donna ordre à 350. hommes de
Cavalerie & à 200 Huffards, d'aller attaquer ce détachement,
qui , ayant paffé le pont du Ronco , fe replia
fur Forlimpopoli ; 40. Huffards Autrichiens &
30. Dragons Piémontois , en le fuivant , furent
coupés par une troupe de Dragons Eſpagnols & de
Miquelets , qui leur tuerent 5. hommes & en firent
8. prifonniers,
O
ESPAGNE.
T
N mande de Madrid du 10- du mois dernier
que l'Intendant de Marine du Ferol a fair fçavoir
au Roy , que l'Armateur Jean Fernand Villar
Commandant la Barque la Bonne Aventure , y
avoit conduit un Brigantin Anglois , nommé le
Prince de Galles , qui avoit fait voile d'Excefter pour
le Portugal , & qui étoit chargé de 1950. quintaux
de moruë .
Une Balandre Angloife , à bord de laquelle il y
Hi avoit
1872 MERCURE DE FRANCE
avoit 656. Barriques de beurre falé , a été priſe pa
l'Armateur Louis d'Olivet .
Un Vaiffeau de guerre du Roy d'Espagne s'eft
emparé depuis peu de fept Bâtimens Anglois , da
nombre defquels eft le London , & il les a conduits
à la Vera Cruz .
Les Vaiffeaux l'Elizabeth & l'Heureux ont auffi
été pris par les Espagnols.
M. Jacques Lindley , Commandant le Vaiſſeau
le S. Jean Baptifte , a raporté qu'en venant de
Neuwcaſtle aux Dunes , il avoit vû un autre Armateur
s'emparer d'une Balandre Angloife.
Le 10. du mois dernier le Prince de S. Nicandre,
Ambaffadeur Extraordinaire du Roy des Deux Sici
les , donna une très belle Fête à l'occafion de la
naiſſance de la Princeffe , dont Madame de France,
époufe de l'Infant Don Philipe , eft accouchée depuis
quelque tems . Une magnifique Galerie que ce
Miniftre avoit fait conftruire , & qui étoit formée
par un double rang de Colonnes d'Ordre Corinthien
, environnoit la Place fituée vis - à- vis de fon
Hôtel , & elle regnoit le long , des deux côtés de
la rue qui y conduit ; elle étoit ouverte des deux
côtés de la Place & de la rue , & du côté opofé ,
ornée de riches tapilferies auffi-bien que de ta
bleaux tranfparens qui repréfentoient plufieurs fujets
allégoriques . L'illumination de cette Galerie
& celle de l'Hôtel de l'Ambaffadeur, ont été un des
Spectacles les plus agréables qu'il y ait jamais eû en
ce genre. Le Prince & la Princeffe des Afturies alle.
rent avec les Infants & les Infantes pour le voir , &
ils s'arrêterent long-tems dans la Place vis - à-vis
PHôtel du Prince de Saint Nicandre , dans deux
Angles de laquelle étoient deux grands Amphiteatres
, remplis de Muficiens , qui exécuterent pendant
toute la nuit diverfes fuites de Symphonie.
Ов
AOUST. 1873
17421
On a apris de Lisbonne que le Roy de Portugal
commençoit à remuer le bras dont la paralyfie ' lui
avoit ôté l'ufage.
Les Armateurs Eſpagnols fe font emparés de
cinq Vaiffeaux Anglois.
L'Infant Don Philipe a mandé au Roy , qu'il
s'étoit rendu d'Antibes à Graffe , afin d'être plus à
portée de faire la revue des troupes Efpagnoles qui
font en Provence.
Deux Frégates Angloifes , l'une de so, canons
& l'autre de 30. étant entrées le 11. du mois dernier
pendant la nuit dans une petite Rade près de
Porto Novo , les équipages de ces Frégates defcendirent
à terre , & mirent le feu à quelques mai
fons du Hameau de San Genio ; ils marcherent enfuite
à Porto Novo , dans le deffein d'attaquer ce
Bourg , mais l'Armateur Don Michel Santos Cambronero
en ayant été averti , il envoya ordre à
l'équipage de fon Vaiffeau , qui étoit à la Côte , de
venir le joindre , & ayant raflemblé plufieurs Payfans
auxquels il diftribua des armes , il furprit les
ennemis dans un défilé , leur tua 40. hommes , &
les força de regagner promptement leurs bords.
On mande de Madrid du 7 de ce mois , qu'une
Frégate du Roy a pris à la hauteur du Cap de Trefolco
, près de Melilla , les deux Vaiffeaux Anglois
la Fleur de mer & le Bloffon , qui revenoient de
Smirne , & qu'elle les conduifit le 18. du mois dernier
à Malaga.
Le même jour , l'Armateur Sebaſtien de Morale's
entra dans le Port avec deux autres Bâtimens Anglois
, nommés le Tems & P'Expédition , dont il
s'étoit emparé le 16 , dans les environs du Cap de
Gata , & qui étoient chargés de munitions de
guerre deftinées pour Port Mahen.
Hv PORT
1874 MERCURE DE FR ANCE
O
PORTUGA L.
Na apris de Lisbonne du 24. du mois dernier
, que la fanté du Roy de Portugal étant
prefque entierement rétablie , on avoit chanté le
TeDeum en actions de graces dans l'Eglife Patriar
chale , ainfi que dans toutes les autres Eglifes de
la Ville , & que les Italiens établis à Lisbonne ,
voient fait chanter avec beaucoup de folemnité
dans l'Eglife de leur Nation , qui étoit ornée &
éclairée avec une très - grande magnificence .
l'a-
Le 6. du mois dernier , les Religieufes de l'Annonciade
célebrerent avec une grande folemnité la
Fête de la Béatification de Jeanne de Valois , premiere
femme de Louis XII, Roy de France , laquelle
eft Inftitutrice de leur Ordre. La Béatification
de cette Princeffe a été auffi célebrée par P'Ordre
de S. François , & particulierement par les Religieux
de l'Obfervance , qui ont les Religieufes
de l'Annonciade fous leur direction.
Les Religieux du Tiers Ordre de la Pénitence
tinrent le 9. un Chapitre Géneral dans lequel ils
élurent pour Provincial le Pere Emanuel de l'Incarnation.
NAPLES.
N mande du 10. du mois dernier , que quatre
Vaiffeaux de guerre Anglois , croifant fur les
Côtes du Royaume de Naples, fituées le long de la
Mer Adriatique, le Roy a ordonné que deux Régimens
de troupes reglées & jooo . hommes de
Milices s'avançaffent de ce côté ,pour garder les endroits
par lefquels on pourroit tenter une defcente.
Deux Galeres de S. M. furent rencontrées au
commencement du mois dernier par deux Vaiffeaux
1
AOUST. 17421 1875
feaux de guerre de la même Nation , lefquels voulurent
les obliger d'amener;fur le refus qu'elles firent
de mettre leur canot à la Mer , les Anglois les
canonnerent , mais ils ne purent les joindre , & les
deux Galeres , après avoir tiré plufieurs coups de
leurs courfiers , fe retirerent à Caſtelamare.
GENES ET ISLE DE CORSE.
U qu'un détachement de l'armée commandée par
N courier , qui a paffé par Genes , a raporte
le Duc de Montemar avoit taillé en piéces un
Corps de Huffards des troupes de la Reine de Hongric
. & qu'il étoit arrivé à Modene 14. ou 15.chariots
remplis de bleffés .
On mande de Livourne qu'on y fentit le 23 Juin
dernier une nouvelle fecoufle de tremblement de
terre , mais qu'elle n'a caufé aucun dommage confidérable
.
On a apris depuis de Bologne , que l'armée Au
trichienne & Piémontoife , laquelle étoit campée à
Finale di Modena , s'eft avancée à Buen Porto , &
que le Roy de Sardaigne y a établi fon quartier
géneral.
Un détachement de Miquelets des troupes du
Roy d'Espagne étant allé reconnoître le Camp occupé
par celles de la Reine de Hongrie & du
Roy de Sardaigne , les Huffards Autrichiens artaquerent
ce détachement , qui feignit d'abord de
prendre la fuite, pour les attirer dans une embufcade
, & l'ayant pourfuivi avec trop de vivacité , ils
furent envelopes par un autre Corps de Miquelets
qui en cua un grand nombre & mit le refte en fuite.
Le Roy de Sardaigne a fait arrêter le Marquis Luchefini
, Gouverneur de Reggio pour le Duc de
Modene , parce que cet Officier a voulu favorifer
Hv Péyafion
1876 MERCURE DE FRANCE
l'évasion d'une centaine de Soldats de la garnifon
qui a été faite prifonniere de guerre dans la Citadelle
de Modene.
O
GRANDE BRETAGNE.
N aprend de Londres du 19. du mois dernier,
que les lettres qu'on a reçûës par les derniers
Vaiffeaux arrivés de la Jamaïque , marquent que
Cinq Vaiffeaux de guerre ayant été détachés par
l'Amiral Vernon , avec douze Bâtimens de tranf
port , chargés de troupes , pour tenter une defcente
du côté de Panama , les troupes qui étoient fur ces
Bâtimens étoient tombées dans une embuscade, peu
après être débarquées , & qu'elles avoient été obligées
de regagner promptement leurs Vaiffeaux ,
après avoir fait une perte confidérable .
On écrit d'Antigoa , que le 12. du mois d'Avril
dernier , il y avoit eû un combat très - vif dans les
environs de Porto Rico entre les Vaiffeaux l'Eltham
& le Lyvely , & deux Vaiffeaux de guerre de
S.M.C. que les Espagnols avoient eû soo . hommes
de tués ou de bleflés en cette occafion, & que P'un
des Vaiffeaux ennemis avoit été fi maltraité par le
canon de l'Eltham, qu'il avoit coulé à fond en rentrant
dans le Port de Porto Rico .
Le onze du mois dernier , le Vaiffeau de guerre la
Lime, commandé par le Capitaine Pritchard ,r entra
dans le Port de Plymouth avec un Armateur Efpagnol
qu'il avoit pris le s . à la hauteur de S. Sebaſtien
, & dont l'équipage étoit de 110. hommes .
Le Roy fe rendit le 26. du mois dernier à la
Chambre des Pairs avec les cérémonies accoûtumées
, & S. M. ayant mandé la Chambre des
Communes , fit le Difcours fuivant.
MYLORDS
AOUS T. 1742 1877
MYLORDS ET MESSIEURS . Cette Séance a duré fi
long- tems au- delà des Séances ordinaires , & la Saifon
eft fi avancée , que je fuis perfuadé que vous étes
tous bien aifes de goûter quelque repos . Je vous informai
au commencement de cette Séance , des efforts que
j'avois faits pour procurer un accommodement entre les
Puiffances , dont l'union étoit très néceſſaire dans cette
conjoncture critique . Le Traité qui vient d'être conclu
entre la Reine de Hongrie le Roy de Pruffe fous
ma médiation , & qui eft fi fort a l'honneur de la
Grande-Bretagne , doit indubitablement produire les
fuites les plus avantageufes pour la caufe commune. La
généreuse affistance donnée par cette Nation à fes anciens
naturels Alliés , doit , après Dieu , être regardée
comme la principale caufe des fuccès des armes
Autrichiennes enAllemagne , de la jonction des Troupes
du Roy de Sardaigne à celles de la Reine de Hongrie
en Italie , & des difpofitions favorables des Etats
Généraux, & d'autres grandes Puiffances . Ces heureux
évenemens ne peuvent manquer de donner de
l'encouragement à nos amis , & d'établir la réputation
de nos forces de notre jufte influence dans les
affaires du dehors . Si pour mieux foutenir & défendre
la Reine de Hongrie , & pour assurer la Balance du
Pouvoir , laquelle m'a été recommandée d'une façon
fi particuliere par mon Parlement , il devenoit néceffaire
que je contractaſſe de nouveaux engagemens , ou
que je priffe de nouvelles meſures , je compte que votre
zele votre perfeverance dans une fi jufte cause , me
mettront en état de les remplir. Dans le cours de ces
importantes affaires j'ai été je continuerai d'être
attentifà faire les plus grands efforts pour foutenir la
guerre contre l'Espagne , laquelle eft de la plus grande
importance au Commerce à la Navigation de mes
Sujets , que je me ferai toujours un principal devoir de
favorifer de proteger.
MES1878
MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
L'ardeur , l'unanimité , & la promptitude avec lef
quelles vous avez accordé des Subfides fi confiderables
pour le fervice de cette année , demandent que je vous
en faſſe mes remercimens particuliers , & elles font de
nouvelles preuves de votre zéle pour moi , & de la part
que vous prenez au véritable interêt de votre Patrie.
Le fuccès avec lequel on a levé ces Subfides , doit convaincre
tout le monde du crédit établi chés cette
Nation.
MYLORDS ET MESSIEURS . J'ai la plus grande confiance
en l'affection de mon Peuple , & je ne manquerai
point de la cultiver par une attention continuelle à
maintenir fes droits ſes libertés , & à contribuer à
fon bonheur. Faites vos efforts , chacun dans vos Provinces
, pour que mes bonnes intentions y foient pleinement
connues , pour calmer & diffiper toutes arimofités
& toutes divifions ; pour défendre mon autorité
mon Gouvernement, & pour conferver la paix,
& le bon ordre dans le Royaume.
L'équipage d'une Frégate arrivée de la Jamaï
que , a raporté que deux Armateurs de cette Ifle y
avoient conduit trois Bâtimens Efpagnols , chargez
de Vif argent , & que deux autres Vaiffeaux de la
même Nation , qui alloient de Barracoa au Cap
François , avoient été pris par un Armateur de Philadelphie.
Le Vaiffeau de guerre le Newcastle entra le zo . du
mois dernier dans le Port de Plymouth avec un
Armateur Espagnol qui avoit cent hommes d'équ—
page.
On a apris que le 4. Convoi des troupes qui ont
reçû ordre de le rendre dans les Pays- Bas , étoit
arrivé le 4. de ce mois à Oftende .
Le premier , le Roy ordonna que tous les Offi
ciers , dont les Régimens font en Flandres , jo
guient
A O UST. 1742: 1879
guiffent inceffamment leurs Corps , & plufieurs
partirent le même jour ; pour aller s'embarquer à
Gravefend .
Un Vaiffeau , qui croifoit à la hauteur de Porto
Rico , a coulé à fond un Bâtiment Eſpagnol de 16
canons après un combat qui a duré depuis quatre
heures après midi jufqu'à neuf heures du foir
L'équipage d'un Vaiffean arrivé de Boſton , a
raporté que le Capitaine Ball avoit fait dans la
Baye des Honduras quatre prifes confidérables .
On a apris de Philadelphie , qu'un Armateur y a
conduit deux autres prifes qu'il a faites le 18. du
mois de Mars dernier au Nord de l'Ile de Cuba .
le Le Vaiffeau les deux Freres , commandé par
Capitaine Ryand s'eft emparé de quatre Bâtimens
dans les environs de Charles Town.
Deux Brigantins Anglois , qui avoient été enlevés
par les Efpagnols , ont été repris par le Vaiffeau
de guerre le Sunderland.
Trois Armateurs Eſpagnols ont attaqué entre
Alicante & Malaga deux Vaiffeaux Anglois , & ils
s'en font rendus maîtres .
Les Vaiffeaux le Foxhunter , le Betty , le Guillau
me & le Sarah , font auffi tombés entre les mains
des Espagnols .
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
N mande de Buxelles du 21. du mois de Juin
dernier ,que le troifiéme Convoi des troupes
auxquelles le Roy de la Grande- Bretagne a ordonné
de fe rendre dans les Pays- Bas , arriva le 8. à
Ottende , & qu'il étoit compofé de 36. Bâtimens ,
bord defquels étoient quatre Régimens d'Infanterie
& deux de Dragons. Ces Régimens débarquerent le
jendemain & ils prirent auffi- tôt la route de Bruges,
1880 MERCURE DE FRANCE
à l'exception d'un des Régimens de Dragons , qui
eft resté à Oftende jufqu'à nouvel ordre .
Les Bâtimens fur lefquels ces troupes ont traver
fé la Mer , ont aporté 30. piéces de canon de fonte
& une grande quantité de munitions de guerre .
On affûre qu'une partie des troupes Angloifes
campera avec celles de la Reine .
On a apris de Dunkerque , qu'un Armateur
Efpagnol qui conduifoit une prife , ayant été pour
fuivi par un Armateur Anglois , qui lui étoit fort
fuperieur en canon & en équipage , il avoit été
obligé d'échouer contre la Côte , & d'abandonner
le Bâtiment dont il s'étoit emparé.
****************
MORT DES PAYS ETR ANGERS.
E 21. Juillet dernier , entre huit & neuf heures'
du foir , Don François Infant de Portugal ,
l'aîné des trois Freres du Roy Regnant , mourut
Lisbonne d'une Colique accompagnée d'une fiévre
violente , après quatre jours de maladie , âgé de
51. ans , un mois & 27 jours , étant né le 25. Mai
1691 .
ERANAOUST.
1742. 1881
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 30. du mois dernier , le Roy entendit
Lasla Chapelle du Château de Verfailles
la Meffe de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique ,
pour l'Anniverfaire de la feuë Reine , Marie-
Thérefe d'Autriche , Epoufe du feu Roy
Louis XIV.
Le Roy a nommé Meftre de Camp ;
Lieutenant du Regiment Dauphin , Dragons
, le Marquis de Puyguion , Colonel du
Régiment d'Infanterie de fon nom , & l'un
des Gentils hommes de la Manche de Monfeigneur
le Dauphin.
Le Comte dePrunier Saintandre ,Brigadier
des armées du Roy , & Sous Lieutenant des
Chevau - Legers de Monſeigneur Le Dauphin ,
a été nommé à la Charge de Capitaine Lieutenant
des Gendarmes d'Orleans , vacante
par la démiffion du Marquis d'Eftrehans
qui a été pourvu de la Compagnie des Chevau-
Legers de la Reine .
Le 9. de ce mois , le Roy quitta le deüil
que
1
1882 MERCURE DE FRANCE
que S. M. avoit pris le 19. du mois dernier
pour la mort de la Reine Doüairiere d'Eſpa
gne.
Le 14. la Reine entendit la Meffe dans la
Chapelle du Château , & S. M. communia
par les mains du Cardinal de Fleury , fon
Grand Aumônier .
Le 15. Fête de l'Affomption de la Sainte
Vierge , le Roy & la Reine entendirent dans
la même Chapelle la Meffe chantée par la
Mufique , pendant laquelle l'Archevêque
d'Aufch , l'Evêque de Vannes , l'Evêque de
S Flour , & l'Evêque d'Oleron , prêter ent
ferment de fidelité entre les mains de S. M.
L'après -midi , le Roy accompagné de
Monfeigneur le Dauphin , du Duc de Chartres
, du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu , & du Duc de Penthiévre , aſſiſta aux
Vêpres , & enfuite à la Proceffion¸ à laquelle
l'Abbé Broffeau , Chapelain ordinaire
de la Mufique , officia . La Reine entendit
les Vêpres dans la Tribune .
Le même jour , la Proceffion folemnelle
qui fe fait tous les ans à pareil jour , en exécution
du Væeu de Louis XIII , fe fit avec
les Cérémonies ordinaires , & l'Abbé d'Har
court , Doyen du Chapitre de l'Eglife Métropolitaine
, y officia . Le Parlement , la
Chambre
A OUS T. 1742. 1.88
Chambre des Compres , la Cour des Aides,
& le Corps de Ville y affifterent.
Le 16 , dans l'Affemblée Générale du
Corps de Ville , M. de Vatan fut continué
Prévôt des Marchands : M. Hurel , Notaire
& M. Perichon furent élûs Echevins.
Jean Moreau Sieur de Sechelles , Maître
des Requêtes Honoraire de l'Hôtel du Roy,
Intendant de la Province de Hainaut depuis
le mois de Janvier 1727 , & de l'Armée
Françoiſe en Bohéme , a été nommé Confeiller
d'Etat à la place vacante par la mort
de Charles - Jofeph de Fortia.
L'agrément du Régiment d'Infanterie ,
dont étoit Colonel Charles François de Granges
de Surgeres , Marquis de Puiguyon , à
préfent Meftre de Camp , Lieutenant du
Régiment Dauphin de Dragons , a été donné
à ..
de Broglio , Comte de Revel ,
Capitaine dans le Regiment Royal Rouffillon
, Cavalerie , & troifiéme fils du Maréchal
de Broglio , Général de l'Armée Fran
çoiſe en Bohéme.
Celui du Régiment Dauphin Etranger ;
de Cavalerie , dont étoit Meſtre de Camp
depuis le 15 Avril 1738. Louis Melchior
Armand , Vicomte de Polignac , qui quitte
lo
1884 MERCURE DE FRANCE
le Service , à Louis Armand Vicomte de Sei
gliére de Boisfranc , Comte de Soyecourt ,
Lieutenant au Regiment du Roy , Infanterie.
,
Et celui du Régiment de Berry , auffi de
Cavalerie , dont étoit Meftre de Camp , depuis
le mois de Février dernier , Michel-
Charles Dorothée de Roncherolles , Marquis
de Pont- S.- Pierre , Brigadier des Armées
du Roy , qui étoit ci devant Mestre
de Camp , Lieutenant du Régiment Royal
Cravates , depuis le 12. Avril 1725, & qui
vient dêtre fait Enfeigne d'une des Compagnies
des Gardes - du - Corps de S. M à..
le Gendre de Collande , Capitaine au Regis
ment de Dragons de la Reine.
Le 22. de ce mois les Députés des Etats
de la Province de Languedoc curent audience
du Roy , étant préfentés à S. M. par
le Prince de Dombes Gouverneur de la
Province , & par le Comte de S. Florentin ,
Sécrétaire d'Etat , & conduits en la maniere
accoûtumée par le Marquis de Dreux ,
Grand -Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé ,
l'Evêque d'Uzès, qui porta la parole ; du Marquis
de Ganges , pour la Nobleffe ; de Mrs
de Servies & Pignieu , Députés du Tiers-
Etat , & de M. de Montferrier , Syndic Général
de la Province.
de
Les
A O UST . 1742. 1835
Les mêmes Députés eurent enfuite Audience
de la Reine & de Monfeigneur le
-Dauphin.
Le 23. le Corps de Ville fe rendit à Verfailles
, & le Duc de Gêvres , Gouverneur
de Paris , étant à la tête , il eur audience
du Roy avec les Cérémonies accoûtumées .
Il fut préfenté à S. M. par le Comte de Maurepas,
Miniftre & Sécrétaire d'Etat , & conduit
par le Marquis de Dreux , Grand - Maitre
des Cérémonies. Le Prevôt des Mar
chands & les deux nouveaux Echevins , prêterent
entre les mains du Roy le Serment de
fidelité , dont le Comte de Maurepas fit la
la lecture , ainfi que du Scrutin , qui fut
préfenté par M. Chicoyneau , Avocat du
Roy au Châtelet , lequel fit un très beau
Difcours.
·
Le même jour , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre fes refpects à la Reine
à Monfeigneur le Dauphin,& à Mefdames de
France.
>
Le 25. Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le
Corps de Ville affifta , alla , fuivant la Coû
tume , à la Chapelle du Château des Tuilleries
, où ces Religieux célébrerent la Meffe.
La
1886 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , l'Académie Françoiſe cé
lébra la Fête de S. Louis dans la Chapelle
du Louvre. Pendant la Meffe , qui fut dite
par l'Archevêque de Sens , l'un des Quarante
de cette Académie , on chanta un Motet ,
mis en Mufique par le fieur Dornel, & l'Abbé
Couti , Curé de Villiers Fort- Oiſeau , prononça
le Panégyrique du Saint.
L'Académie Royale des Infcriptions &
Belles Lettres & celle des Sciences, célébrerent
la même Fête dans l'Eglife des Prêtres
de l'Oratoire , où le Panégyrique du Saint
fut prononcé par l'Abbé des Vignes , Curé
de Ste Croix de la Cité. Il y eur auffi un
très -beau Motet en Mufique , qui fut chanté
pendant la Meffe , de la compofition du fieur
du Bouffet.
Le Roy a nommé Miniftres d'Etat le Cardinal
de Tencin , & M. d'Argenfon , Confeiller
d'Etat Ordinaire , & Intendant de la
Généralité de Paris.
Le 15. Fête de l'Affomption de la Vierge ,
on chanta au Concert Spirituel du Château
des Tuilleries le Motet : Lauda Jeruſalem
Dominum , du fieur Cheron , qui fut ſuivi
d'un Concerto de Vivaldi , & d'un petit Motet
à voix feule du fieur le Menu ; le fieur
dc
A OUS T. 1742 1887
de Mondonville exécuta enfuite un Concerto
qui fut fuivi du Motet Jubilate Deo tous
deux de fa compoſition , lequel termina le
Concert,
›
Le 24. veille de la Fête de S. Louis , le
Concert d'Inftrumens que l'AcadémieRoyale
donne tous les ans au Château des Tuilleries
, à l'occaſion de la Fête du Roy, fut exécuté
par un grand nombre d'excellens Symphoniſtes
de la même Académie , qui jouerent
differens Morceaux de Mufique de M.
de Lully , & d'autres Maîtres anciens & mo
dernes.
Le 28 , le 30 Juillet , & le premier Août,'
il y eut Concert chés la Reine ; M. de Blamont
, Sur- Intendant de la Mufique de la
Chambre , fit chanter l'Opera d'Hefione de
M. Campra , les principaux Rolles furent
chantés par les Dlles Defchamps & Romainville
, & par les fieurs d'Angerville , Poirier ,'
Benoît , Dubourg & de la Garde.
Le 4 , le 6 , & le 8 , la Reine entendit
l'Opera de Tancrede , du même Auteur
exécuté parfaitement par les mêmes Acteurs.
Le 11 , le 18 , & le 20 , on concerta
l'Opera d'Atys , dans lequel les mêmes Su
jets remplirent les principaux Rôles.
La
1888 MERCURE DE FRANCE
}
Le 22. S. M. fouhaita d'entendre le Ballet
des Amours des Dieux , qui fit beaucoup de
plaifir, & qui fut exécuté par les mêmes Acteurs
& par la Dlle la Lande, & le Sr Jelyor.
Le 25 , Fête de S. Louis , M. de Blamont
fit exécuter au Souper du Roy fes Simphonies
du Retour des Dieux , par les
lons de la Chambre.
24. Vio-
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Poiffy;
lexs . Juillet.
L
E onze Juillet dernier , Madame de
S. Hermine , Religieufe du Monaftere
Royal de S. Louis de Poifli , Ordre de Saint
Dominique , qui avoit été nommée le 11.
Mai par S. M. pour fucceder à feue Me de
Mailly , Pricure perpetuelle de cette Maiſon ,
fut miſe en poffeffion par M. l'Abbé de Saint
Hermine, Aumônier de la Reine & délégué à
cet effet de l'Official de Chartres.
>
La Cérémonie fût des plus refpectables ,
& attira un concours extraordinaire , tant
de la Cour que de Paris , de S. Germain
de Poiffy & des environs. Ce fut pour le public
un beau fpectacle de voir la joie d'une
Communauté , qui après avoir défiré & de
mandé avec toute l'ardeur & l'unanimité
pollible Madame de S. Hermine pour Supéricure
, fe voyoit au comble de fes défirs .
Cette
A O UST:
1742 1889
Cetté Cérémonie fut précedée la veille par
une diftribution de pains en faveur des
Pauvres de Poiffi , & de plufieurs Villages
E des environs.
Le lendemain, après un grand repas, où ſe
trouva un grand nombre de perfonnes de la
premiere diftinction, tant de la Cour que de
la Ville , M. l'Abbé de S. Hermine conduifie
Mad. de S. Hermine à la place de Supérieure
dans le Chapitre. Là au milieu de toute
l'Affemblée , il fit un Difcours auffi éloquent
que précis , dans lequel , après avoir relevé
en peu de mots les belles & rares qualités
qui faifoient regretter Mad.de Mailly, & qui
rendront à jamais fa mémoire refpectable , il
E complimenta la Communauté fur la joye
qu'elle reffentoit d'avoir pour Supérieure
celle- la même qu'elle avoit défiré fi unanimement
, lui donna enfuite tous les éloges
qu'on fçait qu'elle mérite à fi juſte titre , &
termina fon Difcours par une invitation preffante
à Mad. de
S.Hermine, de prendre part
à la joye commune , & de s'élever au- deffus
d'un excès d'humilité , qui lui faifant oublier
tous les rares talens qui la rendoient
digne de gouverner , ne l'occupoit uniques
ment que du poids de la Supériorité dont
elle fe trouvoit accablée ; fentiment qu'elle
n'a ceffé de marquer depuis le jour de fa nomination,
•
I De lä
1898 MERCURE DE FRANCE
De là elle fut conduite au Choeur , où
après les Cérémonies ordinaires les Dames'
Religisules entonnerent un Te Deum , dont
les Verfets furent alternativement chantés
par la Mufique des Dames & par celle de
Notre- Dame de Paris. L'éxécution de ce
morceau de Muſique , de la compofition de
M. l'Abbé Homer , & fait exprès pour cette
Cérémonie , fut extrémement goûtée & applaudie
par tous les connoiffeurs .
Vers la fin du Te Deum , les Dames Religieules
,conformément à l'ufage, mais fuivant
encore plus en cela leur goût & leur inclination
allerent , chacune felon fon rang , em
braffer leur nouvelle Supérieure , Cérémonie
qui fut prolongée par toutes les Dames de la
Cour , qui fe firent un devoir & un plaifir
de marquer ainfi la part qu'elles prenoient à
à la Fête. Le Te Deum fini, on la reconduifit
à fon apartement , & le refte de la journée
fut employé à recevoir des complimens , &
à faire donner tous les rafraîchiflemens dont
on pouvoit avoir befoin.
1
S
Le lendemain 12. les Domeftiques & Ouvriers
de la Maifon , voulant auffi fignaler
leur zéle d'une façon particuliere , firent tirer
fur le foir un Feu d'artifice , ils n'épar
gnerent rien pour le rendre digne de la Fête
qu'on célébroit . Ce Feu fut fuivi d'un repas
qui leur fut donné par les ordres de Madame
A O UST . 1891 1742.
me , & où au milieu de l'abondance & de
la bonne chere , ils fçurent parfaitement allier
la joye & la bonne humeur avec tout le
refpect qu'ils devoient à Mad. de S.Hermine
& à fa Maifon.
Ainfi finit une Fête dans laquelle tout le
monde publioit que jamais Supérieure n'avoit
été tant défirée , tant fêtée , tant aimée
& n'avoit jamais autant merité de l'être.
L'Armée du Roy , qui étoit fur le Bas-
Rhin , s'eft mife en marche pour fe rendre
en Boheme par la Franconie . La premiere
divifion de cette Armée eft partie de Duffeldorp
le . de ce mois , & elle eft commandée
par
le Maréchal de Maillebois , lequel
a fous fes ordres le Marquis de Balincourt ,
M. de Lutteaux , & le Marquis de Vaudrey-
Licutenans Généraux ; le Marquis de Buranges
, le Comte de Coigny , le Prince de
Pons , le Marquis de Pontchartrain , & le
Marquis de Maulévrier , Maréchaux de
Camp. La feconde divifion eft partie le 10.
fous les ordres du Comte de la Motte-Houdancourt
, & du Comte de Lautrec , Lieutenans-
Généraux , du Marquis de Chazeron,
du Marquis de Brezé , & du Marquis de
Croiffy , Maréchaux de Camp. La troifiéme
divifion s'eft mife en marche le 13 , fous les
I ij
ordres
1892 MERCURE DE FRANCE
ordres de M. de Louvigny , du Marquis
d'Epinay , & du Marquis de Clermont Gallerande
, Lieutenans Généraux ; du Marquis
du Châtelet , du Marquis de Maupeou , &
du Duc de Randan , Maréchaux de Camp.
La quatriéme divifion eft partie le 14. fous
les ordres du Marquis de Montal & de M.
Philippes , Lieutenans Géneraux ; du Chevalier
de Saint Vallier , du Marquis d'Hautefort
, & de M. de Contades , Maréchaux
de Camp.
Cette armée eft allée camper le prea
mier jour de fa marche à Upladen , le fecond
à Diutz , & le troifiéme à Sicberg ,
où elle a féjourné le quatrième. Elle s'eft
avancée le cinquième à Warth , le fixiéme à
Kitkhriberg , & le feptiéme à Altenkircken
, où elle a dû prendre un jour de reg
pos
Go Le Vendredi 3. Aoûr on a jugé à la Tournelle
Criminelle la Caufe anonncée dans la
Gazette de France du 29 Mai dernier , pendante
entre le fieur, Quane , Banquier à
Paris , & autres , & le nommé Journault .
fe difant Commis par le Chancelier d'An
gleterre.
L'objet de cette Affaire étoit une Plaint .
en Rapt , & un Apel comme d'abus du Ma
tiag
$A OUST. 1742: 1893
riage contracté entre la Dlle Deodata Roach,
& le fieur Quane , fils.
Cette Caufe importante a été plaidée pendant
neuf Audiances , par MM . Delaverdy ,
ô Hanlon ; Simon de Morar & Aubry pour
le fieur Quane & conforts, & par M. Gucau
de Reverſeau pour le nommé Journault.
M. l'Avocat General de Voifin , digne he
ritier des vertus & des talens de fon illuftre
Pere , a fait voir avec cette juftelle d'efprit
& cette force d'éloquence , qui font l'admiration
du Public , que les mineures dont
il s'agiffoit , n'étant point Angloifes , & le
Mariage ayant été celebré fuivant les Loix
de l'Eglife & de l'Etat , la plainte & l'apel
comme d'abus n'étoient ni fondés ni reccvables.
L'Arrêt qui eft intervenu a prononcé qu'il
n'y avoit point d'abus dans le Mariage , & a
declaré Journault non recevable dans fa
plainte , & l'a condamné en tous les dépens .
Cet évenement juftifie pleinement la conduite
du fieur Quane , & détruit toutes les
impoftures que le folliciteur Journault avoit
ofe répandre dans le Public contre lui...
2120
La Loterie Royale établie par Arrêt du
Confeil du 13. Février dernier , en faveur
des Pauvres , fut tirée pour la quatriéine &
derniere fois en la grande Sale de l'Hôtel
I iij
de
1894 MERCURE DE FRANCE १
de Ville de Paris , en préfence de Mrs les
Prevôt des Marchands & Echevins le 29.
Août. La Lifte génerale des Billets gagnans
fut publiée le lendemain. Le Gros Lot , qui
eft de 200000. liv. eft échu au Nº 17740.
qui a pour Devife, La Lettre Initiale G. Le fecond
Lot , qui eft de 100000. liv. eſt échu
au N° 9107. fous la Deviſe , Pour aller planter
des choux.
EPITRE
A M. le Brun , Prêtre , Vicaire de S. Flocel ,
en Cotentin , fur un Pain de Sucre envoyé
de S. Lô à Montebourg , au fujet duquel on
a intenté un Procès ou il étoit Part.e.
O Tọi , qui n'es qu'un Vicaire ,
Et devrois être Curé ,
Bien que le fecond degré
Ait toûjours fçû fatisfaire
Ton coeur humble & moderé ;
Cher le Brun , qui t'es montré .
Sage , & peu fait pour le lucre ,
En terminant , à res frais ,
L'amer & fâcheux Procès
Que fit naître un pain de Sucre ,
Daigne favorablement
Recevois
A O UST. 1742
1895
Recevoir mon Compliment
Sur cette oeuvre fi ſenſée ,
Par qui fort heureuſement
L'Eglife eft débarraffée
D'un Schifme qu'eût enfanté
L'ennemi de l'équité ,
Ce pernicieux génie ,
Qui ruine tous les ans
Force Manceaux & Normands ;
Monftre à face rembrunie ,
Qui de fes vils Courtfans
Comptoit pour rien la manie ;
L'esclavage & les tourmens ,
S'il n'eût fur d'honnêtes gens
Exercé fa tyrannie.
Or , grace à tes quatre francs ,
C'eft une affaire finie .
Et tu n'as point trop payć
Ce Pain de Sucre employé.
A confire des Oranges ,
Si dans un joyeux repas
Où brilleront les apaş
Du charmant Dieu des Vendanges ;
Un jour , au gré de tes voeux ,
Tu vois ce Sucre fameux
S'attirant mille louanges ,
Radoucir tous les efprits
I iiij Qu'il
1896 MERCURE DE FRANCE
Qu'il pouroit avoir aigris.
D'ailleurs l'argent qu'il te coûte
Doit te paroître , fans doute ,
Dépensé bien à propos ;
Ami , quand tu confideres
Ce qu'en troublant ton repos ,
Et l'union de Confrere ,
Qu'a bon titre tu révéres 30003
Ledit Sucre eût operé ,
Si le Procès eût duré. et
Eh ! quel Spectacle terrible ,
Ami , quel fcandale horrible ,
Si Gens d'Eglife entraînés
Par une colere extrême ,
S'étoient entre-chicanés
Dans le Saint temps de Carême !
Alors tout le Cotentin
Se rapellant le Lutrin ,
Dont Boileau fit un Poëme
Auroit crié : Jufte Ciel , `
Peut- il entrer tant defiel
Dans l'amé des Dévots même &
Puis on eût vû , dans ce cas
Clercs , Procureurs , Avocats ,
Vendant bien cher leur befogne,
A leurs Clients malheureux ,
S'en mocquer à qui mieux mieux ;
16q & a
A
པཎྜ་༢
# 1 }
Puis
AOUSTON (17420) 1897
Puis les Juges de Vallogne ,
Gardant le Sucre pour eux ,
De ce fujer de querelle
Aux Plaideurs , tout balancé ,
Auroient feulement laiffé
L'envelope & la ficelle ,
Avec un grand pied de nés.
Puis mes Plaideurs confternés
D'une catastrophe telle ,
Chacun à part , auroient dit :
Sucre , principe maudit
Des noirs chagrins que j'éprouve ,
O qu'en venant de Saint-Lô ,
Ne fus - tu jetté dans l'eau
Ou de la Vire , ou de l'Ouve !
D'un plus long Procès voilà.
Ce qu'auroient produit les fuites ;
Et des Oranges confites
Valent mieux que tout cela.
F. M. Frigot.
MORTS ET MARIAGES.
21
E9 Juillet, mourut à Paris, Alfonfe de Leftenon,
Seigneur de la Chaubruere, Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Lieutenant Général d'Artillerie
au Département de Picardie , & Brigadier des
Armées du Roi , du 20 Février 1734.
I v Le
1898 MERCURE DE FRANCE
Le 19 , D. Catherine de Champagne de Villaines,
époute de Louis Cefar le Tellier de Courtanvaux ,
Comte d'Estrées , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , avec lequel elle avoit été manée le 26
Mai 1739 , mourut à Paris (ans enfans dans la
vingt huitieme annee de ton âge . Elle é out four
puînée de Marie de Champagne de Villaines , époufe
de C far Gabriel de Choiful , Seigneur , Comte
de la Riviere . Chevigny , &c Meftre de Camp,
L'eutenant du Regiment de Conti , Cavalerie , de
puis 1739 , & auparavant Sons- Lieutenant des Gendarmes
E offois , l'une & l'autre filles & feules heritieres
de feu René Brandelis de Champagne , Mar
quis de Villaines , & de la Varenne , Baron de
fainte Sufanne , & de la Fleche S. Komain , Seigneur
de la Chardiniere , du Mefnil - Sanfon , & c.
mort le s Avril 1723 , âgé de 72 ans , & de Dame
Catherine . Therefe le Royer.
Le 24 , Dame Catherine Elifabeth Gabrielle de
Fourcy , époufe d'Antoine Hyacinthe de Mainville
, Comte de Marigny , Maréchal des Camps &
armées du Roy , ci devant Capitaine Lieutenant de
la Compagnie des Chevau- Legers d'Orleans , avec
lequel elle avoit été marié le 11 Avril 1726 mourut
à Paris dans la quarante - feptiéme année de fon
âge , étant née le 3 Février 1696 Elle étoit faut
puînée de feuë la Maréchale de Puyfegur , dont la
mo t eft raportée dans le Mercure de Décembre
1737 , vol. 1. p . 2731 , où l'on a fait mention des
pere & mere de ces deux Dames.
Le 30 , Dame Louife Emilie Touftain des Crefn
nes , époufe depuis le 12 Décembre 1740 , de Gaf
pard- François Touftain , Seigneur de Richebourg :
& de S, Martin du Manoir , fon coufin ,
S. Martin du Manoir , près de Montivilliers , et
Normandie , âgée de vingt-fept ans , laiffant un
mourut •
fill.
A O UST . 1742 1899
1
Elle unique âgée de cinq mois. On a raporté fon
mariage dans le Mercure de Décembre 1740 ›
+
I. P. 2757 .
Le 4
vol.
·9
λούς Dame Marie Antoine Bautru de
Nogent époufe de Charles- Armand de Gontaut ,
Duc de Biron , Pair & premier Maréchal de France
, Chevalier des Ordres du Roy , Gouverneur de
la Ville de Landau,, avec lequel elle avoit été ma¬
riée au mois de Septembre 1686 , mou ut à Paris
âgée de 76. ans . Elle étoit fille d'Armand Bautru
Comte de Nogent , Maî re de la Garderobe dy
Roy , Maréchal de fes Camps & armées , & Lieutenant
Géneral au Gouvernemen du bas Auvergne ,
tué au paffage du Rhin à Tolhous , le 12. Juin
1672. & de Diane - Charlotte de Caumont de Lau
zun , morte le 4. Novembre 1720. Elle avoit eu
jufqu'à 26. enfans , dont une partie moururent en
bas âge , les autres font raportés dans l'’Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne,. tom. 7. pagi
307. dans le D & onnaite de Moreri, Edit . de 1725
& 1732. & dans le Suplement de 1735. fous le
nom de Biron , où nous renvoyons
Le 5. mourut à Paris Dame Magdelaine- Angelique
de Pally , veuve de Jacqu s- François d'Oléançon
, Seigneur de Vil erville , Lieutenant-Colonel
du Régiment Meftre de Camp General des Dra
gons.
Le 7. Placide , Baron de Marullo ( ou de Maroulle
en François ) Duc de Jean Pau dans le Meflinois, en
Sicile , mousut à Paris âgé de 84. ans. On a parlé
de cette Mailon Menoife , & de l'occafion de fa
retraite en France dans le Mercure du mois d'Avril
1727. pag. 686 en raportant la mort de Jean- Antoine
de Maroulle , Abbé de la Frenade , Diocèfe
de Saintes .
Le 10. mourut le nommé Pierre Le Duc , dit la
Ivj Bourgade
1900 MERCURE DE FRANCE
Bourgade , âgé de 96. ans. Il étoit Valet de Chame
bre de M. Occart , Commiffaire Ordonnateur des
Guerres. 3x
Le 12. Dame Marguerite- Pelagie Danycan , Dame
de Sainte Génevieve des Bois , veuve depuis le
25. Décembre 1730. de Michel. Charles Amelot de
Gournay , Préfident du Parlement de Paris , avec
lequel elle avoit été mariée le 25. Octobre 1708.
mourut en fon Château de Sainte Génevieve des
Bois, près Montlheri , âgée d'environ 48 ans . Elle
étoit fille de Noël Danycan de Lefpine , Seigneur
du Pleffis , Silly , Oifery , &c. Confeiller - Secretai
redu Roy , Maiſon Couronne de France & de fes
Finances , Maître ordinaire en fa Chambre des
Comptes de Paris , Chevalier de l'Ordre Royal de
S. Michel , mort le 8. Mai 1735. & de Marguerite
Chanteifeau , fa premiere femme. Elle lale pour
enfans Michelle - Catherine Amelot , mariée le 27.
Décembre 1725. avec Jofeph Antoine Crozat ,
Marquis de Tugny , Lecteur du Cabinet du Roa,
& Maître des Requêtes ordinaire de fon Hôtel ,
puis Préfident en la Quatriéme Chambre des, Eaquêtes
du Parlement de Paris en 1726. Charge
dont il s'eft démis en 1740. & Michel -Marie- Noël
Amelot , né le 12. Décembre 1713. reçû Confeiller
au Parlement de Paris le zo. Décembre 1736.
puis Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy en 1739. & Préfident au Grand Confeil .
Le 19. Jean- Baptifte Silva , natif de Bourdeaux ,
Docteur- Régent de la Faulté de Medecine de Paris
, Medecin Confultant du Roi , & Medecin du
Prince de Condé , & auparavant du feu Duc de
Bourbon , mourut à l'Hôtel de Condé à Paris , âgé
d'environ 61. ans. Il étoit veuf de Marie - Magdelaine
Prevoſt , morte le 2. Novembre 1733. Il laiſſe
d'elle un fils , dont on a raporté le mariage dans
le
AOUST. 1742: 19017
Te Mercure de Juillet dernier pag. 1690. & une fille
mariée avec François Renard de Bouffac , Rece
veur General des Finances de Limoges.
Le 21. Dame Marie- Catherine Quantin , veuve
depuis le 16. Décembre 1722. de Louis Lebas de
Girangy , Seigneur de Claye , ci - devant Tréforier
General des Gardes du Corps du Roy , & de fes
Grenadiers à Cheval , avec lequel elle avoit été mariée
le 18. Octobre 1706. mourut à Paris âgée d'en◄
viron 5, ans. Elle étoit fille de feu Jean Quantin
premier Valet de Garderobe , & Maître d'Hôtel du
Roy, & de défunte Marie- Angelique Poiffon , premiere
femme de Chambre de la Dauphine Marie
Adelaide de Savoye , morte le 25. Juin 1731. La
Dame de Girangy eft mere de Marie- Therefe Lebas
de Girangy , veuve depuis le 13. Juin 1741. de
Jean-Baptifte le Clerc de Boisguiche , Seigneur
de Riberpré , du Hamel , & Pierre - Fitte.
Le 15. Août , Louis-Leon Le Bouthillier , Comte
de Beaujeu , ci - devant Chevalier de Malte , & Capitaine
dans le Régiment du Roy, Infanterie , dans
la derniere guerre d'Italie , fecond fils de Jacques-
Leon le Bouthillier de Chavigny , Marquis de
Beaujeu , mort Confeiller Honoraire de la Grand'
Chambre du Parlement de Paris , le z . Novembre
1712. & de Dame Françoife - Louife de Mefgtigny,
morte le is. Janvier 172 9. fut marié avec Ďemoi- .
felle Elifabeth - Marie du Puis de Valliere , fille de
Pierre du Puis , Maître des Requêtes Honoraire de
P'Hôtel du Roi , Préfident Honoraire au Grand
Confeil , & Confeiller Honoraire au Parlement de
Paris , & de Dame- Marie -Anne- Charlotte Ruau du
Tronchot. Le marié avoit épousé en premieres nôces
la Demoiſelle le Bouthillier de Chavigny , fa
coufine , morte en 1735. de laquelle il a une fille .
Son
1902 MERCURE DE FRANCE
Son frere aîné , apellé le Marquis de Bouthillier &
lui ont hérité des biens confiderables de la fimule
de Mefgrigny , par la mort de la Demoiselle de
Mefgrigny eur tante , arrivée l'année derniere .
Claude Alexandre de Pons , Comte de Rennepont ,
Capitaine de Dragons au Regiment de la Suze fils
de Claude Alexandre de Pons Marquis de Rennepont
, Seigneur de Roche , Betincourt & autres
Lieux , Maréchal des Camps & Armées du Roy , &
de Dame Anne-Dorothé : de Bethamviller , époufa
la nuit du zo au 21. de ce mois , Marie Louife-
Chrétienne de S. Blimond , fille de Claude , Marquis
de S. Blimond , Vicomte de Seigneville , Seigneur
de Panié , Sallenelle , Tilloy , Herlicourt
& aurres Lieux , Mettre de Camp de Cavalerie , &
de défunte Louiſe Charlotte- Ja , queline de Monceaux
d'Auxy d'Anfwoille , couline germaine du
Marquis d'Auxy , Chevalier des Ordres du Roy.
Ce mariage fut célebré par M. P'Abbé de Choifeui
, Aumônier de Sa Majefté , & Primat de Lorainė
, à l'Hôtel du Marquis de Breteuil , Miniftre
& Secretaire d'Etat , ancle à la mode de Bretagne.
de la mariée.
完売
ARRETS NOTABLES.
A
RREST du 13. Mars , portant Réglement
pour les Toiles à voiles qui fe fabriquent à
Lokorn n , Poulan , & autres Lieux des environs ,
Province de Bretagne , par lequel S. M , ordonne
Pexecution des 6. Articles contenus audit Arrêt ,
&c.
AUTRE du même jour , qui fait défenfes aux
Villes
A O UST. 1742. 1903
Villes & Comm nautés de proceder à aucunes élec
tions d'officiers , & qui ordonne que les Officiers
électits qui , au jour de la publication du préfent
Ariêt , fe trouveront exercer aucuns defdits offices ,
continueront de le faire , juſqu'à ce qu'il y ait été
pourvû.
AUTRE du 20. Mars qui ordonne l'exécu
tion de la D claration du 26. Mars 1768. en conféquence
, ordonne que le dr it de Centiéme denier
fera payé pour le rachat des Rentes foncieres nonrachetables
, fur le pied des fommes payées pous
Pextinction defdites Rentes.
ORDONNANCE du Roy , du 24. pour remettre
les cent bataillons de Milice à douze Compagnies
compofées de cinquante hommes chacune.
ARREST du 26. qui en interprétant celui
du 22 Novembre 1689. fait défenfes à tous
Marchands , Négocians & autres , de faire venir
des Pays étrangers , ni introduire & faire entrer
dans le Royaume , aucunes fortes de toiles de fil
teint ou peint , foit que le fil dont elles font compofées
foit entiérement teint ou peint ou qu'elles
foient feulement rayées ou marquées de fil de couleur.
ORDONNANCE de Noffeigneurs les Maréchaux
de France , du 19. Avril , portant défeufes
aux Prifonniers détenus par leurs ordres , de jouer
fur leur parole , par laquelle il est dit ce qui fuit :
Nous défendons à toutes perfonnes détenues par
nos ordres , foit dans les prifous royales d Fortl'Evêque
, ſoit dans les autres pritons , de jouer aux
jeux de cartes , de dez & autres jeux de bazard , &
de
1904 MERCURE DE FRANCE
de contracter aucunes dettes à ce ſujet , ſous peine
d'être mis au cachot auffi - tôt que nous en ferons
informés ; leur déclarant que nous ne voulons con--
noître dorénavant d'aucunes dettes de cette nature,
& qu'en cas qu'ils contreviennent à nos défenſes ,
le débiteur & le créancier feront également punis
ORDONNANCE DU ROY , du 25. portant
Réglement, pour le fervice des Officiers & Soldats
qui compofent les quinze bataillons de Milice que
le Roy a destinés à fortifier fes Régimens d'Infanterie
françoife , ceux de Cavalerie & de Dragons de
fon armée fervant en Boheme , à l'exception des
Carabiniers , qui feront rendus complets confor
mément à fes précedentes Ordonnances.
ARREST du 8. Mai , qui ordonne qu'en
payant par les Prévôt des Marchands & Echevins
de la Ville de Paris , la fomme de cent quatrevingt-
dix mille livres par chacune année , tant que
la levée du Dixiéme aura lieu les revenus patrimo
niaux de ladite Ville demeureront déchargés de
l'exécution de la Déclaration du 29. Août 1741 .
AUTRE du même jour , portant qu'à l'avenir
les droits d'entrée & de fortie des cinq groffes
Fermes fur les Morues féches de la pêche françoife
, feront acquittés au poids , à raifon de trois fols
du cent pefant à l'entrée , & quatre fols fix deniers
à la fortie ; à l'exception de celles provenant de la
pêche des hab tans des Ports de la Province de Normandie
, dont les droits font fixés par les Ariêts du
Confeil des 31. Decembre 1664. 22. Janvier & 26 .
Mars 1665 & 24. Avri 1725. & fans déroger aux
exemptions accordées par les Réglemens rendus en
faveur des Morues de la pêche de l'ifle Royale &
)
་ ་ ་
autres •
AOUST . 1742: 1905
autres , lefquels feront exécutés pour les tems
énoncés.
! ' ,
AUTRE du même jour , qui ordonne que tous
propriétaires de Fonds & Heritages , Maiſons &
Offices , ne pourront retenir le Dixiéme des arrérages
des rentes , penfions & autres redevances , de
quelque nature qu'elles foient , dûës au Clergé.
3
AUTRE du 11. qui ordonne que les deniers
provenans des revenus des Bénéfices dont M. le
Cardinal de Polignac étoit poffeffeur au jour de fon
décès , feront remis entre les mains de l'Econome,
nonobftant tous jugemens , faifies & opofitions.
AUTRE du 15. qui ordonne qu'en payant
annuellement par les habitans du Pays de Provence,
la fomme de fept cent mille livres , y compris le
contingent des Villes de Marfeille & d'Atles , des
Communautés des Terres adjacentes & Villes fran
ches ; de celles d'Oreille , de la Vallée de Barcelonnette
& des fiefs nobles , tant que le Dixiéme aura
lien , à commencer ៨០ premier Octobre 1741. les
habitans dudit pays de Provence demeureront déchargés
de l'exécution de la Déclaration du 19.
Août dernier.
AUTRE du 28. en interprétation de celui du
14. Septembre 1741. portant Réglement pour le
tranfport des marchandifes de Librairie , Eftampes
& autres Imprimés venant de Rouen à Paris , par
lequel il eft dit ce qui fuit :
Sa Majefté étant en fon Confeil , a commis &
commet le fieur Néel Infpecteur à Paris , pour
l'exécution de l'Arrêt de Réglement du 14. Seprembre
1741. pour pourfuivre à la Requête , devant
1906. MERCURE DE FRANCE
vant le Geur Feydeau de Marville Lieutenant Géne
ral de Police , la punition de toutes les contraven
tions qui auront été conftatés , contre les difpofitions
dudit Arrêt de Réglement , enſemble pour
faire , tant pour l'exécution dudit Réglement , que
pour l'exécution des jugemens qui feront rendus
par ledit fieur de Marville , toutes les pourfuites &
procédures qu'il jugera néceffaires . Veut Sa Majefté
que les Voituriers qui n'auront aucunes marchandifes
de Librairie dans leur chargement , foient
tenus d'en faire une mention particuliére dans l'affirmation
qu'ils feront de leurs Inventaires devant le
Juge de la Viconté de l'Eau à Rouen , auquel Sa
Maj fté enjoint d'envoyer audit fieur de Marville ,
des extraits defdits Inventaires & Déclarations , & c.
SENTENCE de Police du premier Juin qui
Condamne la Damoiſelle Caron en mille livres d'amende
, pour avoir tenu chés elle une Académie de
Jeu.
EDIT du Roy , portant création de 600c00. liv.
de Rentes fur la Ferme génerale des Poftes , donné
aerfailles au mois de Juin , Régiftré en Parlement
le 27. du même mois .
a
ARREST du 19. pour l'ouverture de l'Annuel
de l'année 1743. par lequel il eft dir que tous les
Officiers de udicature , Police , Finance , & autres
fujets à fes revenus cafuels , feront admis au payement
du Prêt & Droit annuel de leurs Offices , pour
l'année 1743. à commencer du premier Octobre
1742. jufqu'au dernier Décembre enfuivant ladite
année inclufivement , &c.
AUTRE du 21. qui ordonne que fans avoir
égard
AOUS T. 1907 1742
egard à l'Arrêt du Parlement de Rennes , les fcellés
apolés à l'Abbaye de S. Méen , feront levés , &
l'Inventaire fait par les Juges Royaux de Ploermel.
AUTRE du 26. qui ordonne qu'en payant par
le Clergé du Comté de Bourgogne , la fomme de
37500. liv. par chacun an , tant que la levée du Di,
xiéme aura lieu , ledit Clergé fera exempt de l'exé,
cution de la Déclaration du 29. Août 1741 .
ORDONNANCE du Roy du 1. Juillet , pour
regler le rang que les Milices doivent tenir avec les
autres troupes d'Infanterie.
*
LETTRES PATENTES du Roy, du même jour,
qui nomment des Commillaires pour paffer les
Contrats de Conftitution de 600000. liv . de Rentes
créées fur la Ferme générale des Poftes , par l'Edit
du mois de Juin dernier.
ORDONNANCE du Roy du 13 pour admettre
les Déferteurs des Troupes de Sa Majefté , qui fe
trouvent actuellement engagés dans d'autres Régimens
, à profiter de la derniere Amniftie , en conti
nuant de fervir dans les Régimens où ils le font
enrôlés , pendant le tems porté par leur Ergagement.
ARREST de la Cour de Parlement , du 9. Août ,
au fujet d'un Imprimé in - 4°. & c. par lequel il eft
dit ce qui fuit :
Ce jour , toutes les Chambres affemblées , fuivant
l'arrêté du 7. du préfent mois , les Gens du
Roi font entrés ; & Maître Guillaume François-
Louis Joly de Fleury Avocat dudit Seigneur Roy
portant la parole ont dit
Qu'ils
1908 MERCURE DE FRANCE
Qu'ils ont reconnu fans peine à la feule inſpection
de l'Ecrit intitulé : Cas de Confcience , dont la
Cour leur a remis un Exemplaire le 7. de ce mois ,
qu'il paroît être du nombre de ceux qui ont déja
formé plus d'une fois le principal objet de leurs inquiétudes
, & qui ont été pour eux dans plufieurs
occafions de puiffans motifs pour exciter leur miniftére.
Que dans le commencement de cet Ouvrage ,
l'Auteur fupofe que deux perfonnes , qu'il défigne
par des noms empruntés , déclarent qu'ils font foumis
de coeur & d'efprit fux décifions de l'Eglife ,
& même à la Conftitution Unigenitus , fi l'Eglife la
reconnoît pour une de ces déciñons ; & qu'à la fin
I
ce même Ouvrage , le même Auteur décide qu'un
Confeffeur attaché à l'Eglife, ne peut les abfoudre,
ni confentir qu'ils participent à la Table Sacrée , à
moins qu'ils ne renoncent à leurs préjugés ,& qu'ils
ne donnent un témoignage clair & précis de leur foumiffion
pure & fimple à la Conftitution Unigenitus.
Qu'à la vue de cette décifion & de la queſtion qui
la précede , il eft difficile de ne pas fentir le trouble
qu'un Ectit de ce caractére cít capable de jetter dans
des efprits.
*
Que s'ils ignorent le deffein de ceux qui ont ofé
Je répandre dans le Public , ils ne peuvent diffimuler
à la Cour les conféquences dangereufes qu'il peut
produire , & que ces conféquences qui fe manifef
tent d'elles mêmes , pour ainfi diré , femblent les
difpenfer d'entrer dans le détail des principes dont
on abufe dans cet Ecrit par les aplications qu'on ca
fait.
Qu'ainfi ils croyent ne devoir porter leurs réflexions
que fur le danger d'un pareil Ouvrage , dont
il eft fi important de prévenir les fuites , & fur la
sonduite encore plus répréhensible de Maître Carbora
AOUS T. 1742 1909
bon , Lieutenant Géneral de Police de Reims , qui
en a permis l'impreſſion .
Que c'eft pour remplir ces vûes qu'ils eftiment
devoir demander à la Cour la fuppreffion de cet
Ecrit , & requerir qu'il foit fait défenſes audit Carbon
, Lieutenant Géneral de Police de Reims , de
plus à l'avenir accorder de femblables permiffions ',
à peine de punition exemplaire , conformement aux
Conclufions par écrit qu'ils laiffent à la Cour , avec
PExemplaire de l'Imprimé qu'elle leur a remis entre
les mains .
1922 #7
P Eux retirés : Vû ledit Imprimé in 4º . intitulé :
Cas de Confcience , commençant par ces mots , Trence
& Terencienne , contenant 15 , pag. où eft à la
fin la permiffion d'imprimer , à Reims le 31. Mai
1742. Signé , Carbon , Lieutenant Géneral de Police.
Et plus bas , à Reims , chez Regnault Florentin
, Imprimeur du Roy : La matiere miſe en Dé
Irberation .
La Cour , ordonne que l'Imprimé dont eft queltion
, fera laceré & jetté au feu au bas du grand Efcalier
du Palais , pard'Exécuteur de la Haute-Juftice
, à la levée de la Cour , comme tendant à autorifer
le Schifme , en déclarant qu'un Miniftre ne
peut , fans être prévaricateur & coupable du Corps
& du Sang de Jefus- Chrift , confentir que les Fide
les participent à la Table Sacrée , à moins qu'ils ne
donnent un témoimagnage claie & précis de leur
foumiffion pure & fimple à la Conſtitution Uniga-
3 nitus. Ordonne que Carbon , Lieutenant General
de Police de la Ville de Reims , fera tenu dans
quinzaine du jour de la fignification du préſent Ar
rêt , à la requête du Procureur Genéral du Roy, de
fe rendre aux pieds de la Cour , pour y rendre
compte de fa conduite , & être par la Cour , toutes
les Chambres allemblées , ordonné ce qu'il apartiendra
1916 MERCURE DE FRANCE
tiendra : Ordonne que le préfent Arrêt feia imprimé
, lû , publié & affiché , & que copies colla
tionnées feront envoyées aux Bailliages et Sénéchauffées
du Reffort , pour y être lû et publié ,
l'Aulience tenant , et enregistré Enjoint aux Subftituts
du Procureur Général du Roy d'y tenir la
main , et d'en certifier la Cour dans un mois. tait
en Parlement. Signé , DUFRANC.
ARREST du 12. Au fujet des unions de Bénéfices
, faites aux Evêchés des Provics de Languedoc
et de Guyenne depuis le trezieme fiecte , par
lequel S. M. ordonne , qu'en attendant que fur le
compte qui fera rendu à S. M de l'état des Chapitres
des Eglifes Cathédrales du Languedoc et de
la Guyenne , dont la dotation confiite principalement
en Bénéfices anciennement unis auxdits Chapitres
, il lui ait plû d'expliquer fes inte tions au Lujet
defdites unions , il fort furfis a toutes pourfuites
et procedures faites ou à faire , en que que Siége ou
Tribunal qu'elles puiffent avoir éte ou être portées,
de la part de ceux qui auroient obtenu en Cour de
Rome des Provifions defdits Bénéfices , fous prétexte
de la nullité des unions faites auxdits Chapidéfenfes
à tres : Sa Majeſté faiſant inhibitions,
tous Juges de ftatuer fur lefdites pourfutes et procedures
, jufqu'à ce que par Elle il en ait été autrement
ordonné à peine de nullité et de caffation
des jugemens , fi aucuns étoient rendus au préjudice
du préfent Arrêt , & c.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Plutus rendu Clair
voyant ,
Play
Lettre au fujet du Lieu nommé Chora ,
1700
1703
Epitre
Epitre à M. l'Abbé Goujet , fur fa nouvelle Bibothéque
Françoile ,
Lettre de M. N. Det ouches à M. D. L. R.
Vers à M. Deftouches ,
1715
1718
1743
Experiences de Phyfique , par l'Abbé Nollet , 1744
L'Eté , Ode à Damis
1757
1763
Extrait de Lettre au fujet d'une Pierre antique , 1760
Bouquet à Mlle ...
Diflertation fur une Médaille de Philipe VI . Roy
de France ,
Stance fur le Peaume CV. Confitemini ,
Arrêt du Parlement de Dijon , & c.
Le Magiftrat qui fe mêle de tour , Conte ,
Enigne ,
Logogryphes , ..
›
1765
c . 1780
1787
1793
1794
1798
NOUVELLES LITTERA RES DES BEAUX - ARTS
&c. Defcription de Paris Tome III ,
Mémoire pour (ervir à l'Hiftoire des Foux , 1800
Avis au Public fur l'Hiftoire des Hommes Illuftres
de l'Ordre de S. Dominique ,"
Grammaire Franç . & Regles de l'Ortographe, 1813
Le parfait Ingenieur François ,
1811
1814
Hift . Komaine , depuis la Fondation de Rome , 1815
Traité des Petrifications , avec figures , ibid.
Traité des Sens , par M. le Cat
Oriens Chriftianus , du P. le Quien
1816
1817
Théatre Critique fur toute for e de Matieres, 1818
Le Temple de Gnide ,
Defcription de la Ville de Lyon ,
1820
ibid.
Les Poëfies du Roy de Navarre ,avec des Notes, 1823
Méthode pour étudier la Géographie ,
1828
Obferv. fur la Comete qui a paru cette année, 1830
Projet d'un Ouvrage qu'on doit impr. à Rome ibid.
Autre Ouvrage imprimé à Venife ,
#
1832
ibid.
Differtation fur l'Euchariftie , & autres Ouvrages
imprimes en Italie ,
Académie Royale de Pau , Prix à diftribuer , 1836
Eftampes nouvelles , & Tableaux imprimés , 1837
Chanfor
Chanfon notée ; 1845
Spectacles , Extrait du Valet embaraffé , 1846*
Acteurs nouveaux , reçûs au Théatre Italien , 18,8
Ajax remis au Théatre ,
1859
Mahomet , Tragédie nouv. & la Fête d'Auteuil, bid.
Nouveaux Acteurs reçûs au Théatre François , ibid.
Opera Comique , Piéces nouvelles , &c. 1860
Nouvelles Etrangeres , Tu: quie , Ruffie , & c. 1861
Divifions de l'armée du Maréch . de Maillebois , 1865
Mort des Pays Etrangers , 1880
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1881
Nouveaux Miniftres d'Etat ,
Concerts à la Cour ,
1886
1887
1888 Extrait de Lettre écrite de Poiffy ?
Marche de l'armée du Maréch . de Maillebois, 1898
Affaire jugée à la Tournelle ,
Loterie Royale tirée ,
Epitre à M. le Brun
Morts & Mariages ,
Arrêts Notables,
1891
1893
1894
1897
1901
Errata de Juillet.
Age 1578. ligne 14. pour tranſmettre cette
Mémoire, lifex pour en tranfmettie la Mémoire
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1701 , ligne 8. dont Chycoineau fut fideis
commis , life , A Chicoyneau parfidei- commis.
P. 1773. 1. 19. fon , l. à fon . P. 1800. 1. 24. écrits,
A conten
65.1, 17.depuis peu, ôtez ces moss.
V4DAAdultegrave, doit regarder la page
£4 Chanjon notes la page
1762
1845
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUILLET. 1742 .
RICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
Impillow
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy!
THE NEW YORD
PUBLICLIBRARY
33520
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FEQUNDATIONS
LA
›
AVIS.
>
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU Commis an
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur «commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir,
On prie très -inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M, Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , de les faire porter sur
T'heure à la Pofte on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIZ XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
AV
JUILLET.
1742.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LA VIE CHAMPETRE ,
S
OD E.
A M. Duclaire.
Ur cette rive charmante
Accourez Nymphes des Bois ;
Aux fons que ma Lyre enfante
Mêlez vos tendres Haut- bois ;
Et toi , Mufe de Sicile ,
Dont l'air aimable & tranquille
A ij Infpire
3.1.10
1486 MERCURE DE FRANCE
Infpire de doux concerts
Dans cet agréable azile
Unis ta voix à mes airs.
*
Pour un coeur qui n'enviſage
Que des biens purs & charmans ,
Dans ce fortuné Boccage
Qu'on paffe d'heureux momens !
Exemts d'ennuis & de craintes ,
Sans embarras , fans contraintes ,
On laiffe couler fes jours ;
On vit fans former des plaintes ;
On raifonne fans détours.
*
Soûmife aux Loix d'Epicure
L'agréable
, vérité ,
Sous une fage parure
T
Y fait briller la gayté .
Aimable , tendre & fidelle ,
* Que les perfonnes fauffement prévenuës fur Epi
cure , ne s'imaginent pas que je veux parler ici de cette
morale qui ne fait confifter le bonheur de l'homme
que dans une vie molle & fenfuelle ; j'entens feutement
, ainsi que le penfoit ce Philofophe , que c'eft
à l'honnêteté à regler tous nos défirs , & à leur prefcrire
des bornes , & que l'amour d'une vertu pure
tranquille doit toujours en être l'objet , dans quelques
circonftances où l'on puiffe fe rencontrer,
On
JUILLET.
1742 1487
On voit regner autour d'elle-
La candeur , l'aménité ,
La franchife naturelle ,
Et l'honnête volupté .
*
Sous ces Ormeaux , fous ces Hêtres ,
Voltigent les vrais loisirs ;
Toujours fur ces bords champêtres
On jouit des vrais plaifirs ;
On y goûte en affurance
Les doux fruits de l'abondance ;
Tout s'y préfente à nos voeux ;
On y vit dans l'innocence ;
On y vit toujours heureux .
*
L'Or , le Marbre & le Porphire ,
N'y choquent jamais les yeux ;
Partout on y voit reluire
Des objets plus précieux ;
D'une main habile & fûre ,
L'ingénieufe Nature
Nous y conftruit des Palais ,
Elle en conduit la ftructure
*
Les toits font d'épais feuillages ;
A ij
L'ombre
1488 MERCURE DE FRANCE
L'ombre leur fert de lambris ,
Et de riantes images
Tapiffent leurs murs fleuris ;
Autour regnent les Fontaines ,
Plus loin , au milieu des Plaines ,
On voit des fruits & des fleurs ;
Partout les tendres haleines
Y font fentir leurs douceurs.
*
Unis par de douces chaînes ,
L'amitié fait nos plaifirs ;
Nous vivons ici fans peines .
Sans chagrins & fans défirs.
Souvent les foeurs d'Uranie
Echauffent notre génie ,
Qui produit des fruits divers ;
Sur une rive fleurie
Chacun y chante fes Vers.
*
Celui dont la mélodie
Sçait mieux charmer les efprits ,
Sans débat , fans jaloufie ,
Reçoit la palme & le prix ;
L'un préfente une houlette ;
D'un bouquet de Violette
L'autre lui fait un préfent ;
Tircis
JUILLET.
1742. 1489
Tircis donne une Muſette ;
"
Life un Agneau bondifſant .
*
Vaine yvreffe du portique ,
Tu ne troubles point nos jours
De ta vertu fophiftique
Nous connoiffons les détours ;
Nous méprifons l'art frivole
De ton odieuſe École ;
Jamais on n'en eft féduit ;
Ta fageffe nous défole ;
Le bon feas feul nous conduit,
*
Ainfi , fans craindre du crime
Les fubterfuges trompeurs ,
Jamais rien d'illégitime
Ne donne atteinte à nos coeurs,
Les paffions en filence
Permettent à l'innocence
De regler nos fentinens ;
Nous vivons fans défiance ,
Sans ennuis & fans tourmens.
*
Quel bonheur ! non ,
fur la Terre
Il n'en est pas de plus doux .
A iiij
Les
1490 MERCURE DE FRANCE
Les Rois , les Rois , cher Duclaire ,
Sont moins fortunés que nous.
En vain fous leur Diadême
Un orgueilleux ftratagême
Leur offre le vrai bonheur ;
Leur félicité fuprême
N'eft qu'une agréable erreur .
*
Du Pays qui t'a vû naître
Et qui te retient encor ,
A ma voix tendre & champêtre ;
Cher ami , prends ton eflor ;
Viens fous ces ombres chéries
De nos fages rêveries
Partager les doux tranſports ;
Nos Bois , nos vertes Prairies ,
Te rapellent fur ces bords .
L'Abbé de Borville.
LETTRE
JUILLET. 1742 1491
> LETTRE de M. Clerot , Avocat au Parlement
de Rouen, écrite au R. Pere D. P. B.
fur le Commerce des Phéniciens & d'Ale
xandrie dans les Gaules Septentrionales.
Ans préambule , mon R. P. j'accepte
Stefpece de Cartel que vous me propofez
dans le premier volume du Mercure de Decembre
dernier ; & comme j'aime à combattre
fans rufe ni détour,voici quel est mon or
dre de bataille.
, D'abord je fais un Effai de mes armes en
démontrant que le Commerce des Phéniciens
& d'Alexandrie dans les Gaules Septentrionales
, n'eft point une Chimere , comme
vous le prétendez ; je donne enfuite fur
l'ennemi , parce que j'éxamine en Critique
quelles font les authorités que quelques Sçavans
pourroient m'opofer ; & comme je déveloperai
de la même maniere plufieurs endroits
de la Defcription de la Haute Normandie
, qui ont raport à notre conteftation , je
laifferai au Public à juger qui des deux
Combattans doit remporter le prix. Voila
mon R. P. un Projet qui préfente naturel
lement trois Ouvrages differens , & cela
de mande un certain tems.
A v Dans
1492 MERCURE DE FRANCE
Dans le premier , il s'agit de démontrer
que
>
les Phéniciens & les Alexandrins ont
commercé , & ont eu des Etabliſſemens dans
les Gaules Septentrionales. Pour ne nous
point éloigner des principes , repréfentonsnous
les Phéniciens , tels qu'ils étoient dès
les premiers fiécles , je veux dire , dans ces
tems anciens , que nous pouvons fürement
faire remonter jufques à 1 5oo. ans avant J.C.
La commodité de leurs Ports , la fertilité de
leur Terroir , jointes à l'excellence de leur
induftrie , les avoient déterminés fi naturellement
à la Navigation , qu'on les regardoit
genéralement comme les Inventeurs des Navires
, & les premiers Négocians de la Terre.
Mais de quelles richeffes leur Contrée , qui
a été , à tous égards , la Terre de Promiffion,
n'étoit elle pas remplie ? Elle avoit des Carrieres
de Marbre , des Forêts de Cedre , &
tout ce qu'on peut fouhaiter pour les agrémens
ou pour les néceffités de la vie : Tyr ,
qui étoit leur Capitale , s'étoit renduë fameufe
, non feulement par fes découvertes
importantes , comme l'Art de l'Ecriture , la
teinture de Pourpre , la fabrique du Verre &
autres , mais encore par de célébres Navigations
qur lui avoient procuré des Tréfors immenfes.
Vous le fçavez , mon R. P. les Edifices
publics de Tyr , fes Maifons , fes Comptoirs
même ne préfentoient qu'Or & Argent, Bois
rares
JUILLET. 1742 1493
rares & Pierres précieufes ; en un mot , l'opulence
des Tyriens étoit parvenuë à ce
point , que par le moyen de leur Roy Hiram,
David & Salomon , lors de la conftruction
du Temple , avoient rendu dans Jerufalem
l'argent auffi commun que les pierres , Liu.
des Rois , chap. 10 .
5 :
Des Commerçans fi fameux devoient exciter
l'émulation de leurs Voifins : auffi differens
Ports s'éleverent - ils le long de la Mediterranée
, avec des fuccès également rapides.
Une feconde Tyr & une troifiéme furpafferent
bien- tôt la premiére , & furent
même confondues avec celle- ci , comme fi
elles n'euffent été qu'une feule & même
Ville. Sidon , fille de l'ancienne Tyr , devint
auffi dans le même tems la Rivale defa
Mere ; enfin toute la Syrie , qui , felon
Herodote , s'étendoit alors jufqu'aux confins
de l'Egypte , fut commerçante avec des Flotes
confidérables ; l'Egypte même y prit
quelque part , & tous les Peuples des environs
, comme les Cananéens , les Hébreux ,
& autres , fe rendirent volontiers dans les
Ports Phéniciens , attirés par les richeffes du
Commerce.
Ces célébres Navigateurs ne mettant plus
de bornes à l'étendue de leur Commerce ,
commencerent , mon R. P. à avoir des
Comptoirs & des Etabliffemens dans les
A vj
Lieux
1494 MERCURE DE FRANCE
Lieux éloignés , où leurs Navigations eurent
quelques accès. Delà ces Colonies de Tyr
& de Sidon , qui fe répandirent bien - tôt
dans les Illes de la Mediterranée , dans l'Afie
Mineure , dans la Grece & dans l'Afrique ;
delà ces autres Colonies des mêmes Villes ,
répandues vers l'Europe , & fur les Côtes
de l'Océan , après que les Flottes Phéniciennes
furent parvenues à paffer le Détroit de
Gibraltar.
# Vous n'ignorez pas , mon R. P. que ce
non plus ultra des Anciens fût franchi 358 .
ans avant la Fondation de Rome , & plus
de 1000. ans avant J. C. C'eft là l'Epoque
de l'extrême Puiffance des Phéniciens ; ils
eurent alors l'empire des Mers , & devinrent
en quelque maniere, par leur Commerce , les
Maîtres de l'Univers ; d'où vient qu'Ifaie
ch. 23. regarde ces fameux Négocians comme
les Princes du Monde maritime & leurs
Caiffiers , comme les premiers de la Terre
commerçante , cujus Negociatores , Principes
e Inflitores ejus inclyti terra.
Il faut entrer ici dans le détail de nos
preuves , & cela en continuant mon efpece
d'ordre Chronologique,fous desEpoques certaines.
Je dis donc que felon Velleius Paterculus
, Strabon, Pomponius Mela , & autres ,'
ce furent les Négocians de la fuperbe Tyr ,
qui ; dans le tems dont je viens de parler .
édifierent
JUILLET . 17427 1499
difiérent la Ville de Cadix , y éleverent un
Temple à Hercule , & y établirent une retraite
leurs Flottes ; ils eurent pour ,
felon
Pline , Liv. 3. ch 1. differentes autres Colonies
fur l'Ocean de l'Iberie , jufques vers le
Confluant de la Nyve & de l'Adour ; enfin
i nous en croyons les Interprétes , c'eſt là
l'ancienne Tarteffus , où ces célébres Négocians
envoyoient les nombreuſes Flottes dont
parlent en tant d'endroits l'Ecriture , les Hif-
Toriens , les Géographes & les Poëtes . Cela
pofé , mon R. P. feroit il contre les regles
de préfumer que ces Navigateurs , fi fameux,
'entreprenans & fi riches, euffent pouffé plus
Join la découverte , & établi enfin des Comptoirs
fur l'Ocean des Gaules ?
En effet , donnez- vous la peine de voir les
Auteurs cités dans la Géographie Sacrée de
Bochard , Chap. 39. 40. vous trouverez ,
ఈ
mon R. P. que les Phéniciens poufferent la
Navigation jufques à la fameufe Thulé dans
le Nord ; vous aprendrez que ces célébres
Négocians tirerent des Caffiterides , Ifles de
la Grande Bretagne , de l'or , de l'argent , du
fer , du cuivre , du plomb , de l'érain , des
grains , des peaux , des chiens de chaffe , &
autres marchandifes ; enfin vous conclûrez
vec ce qu'il y a de Gens raiſonnabies , que
Dour aprêter ces marchandiſes , les tirer de
intérieur du Pays , & les charger , il falloit
des
1496 MERCURE DE FRANCE
des Comptoirs & des Etabliffemens . Olim
foli Phonices hoc Commerciumfecerunt e gadibus
, celantes omnibus iftam navigationem
c'eft ainfi que s'explique Strabon , lib. 3.
*
Voilà , mon R. P. une preuve bien décifive
en faveur de ce que vous apellez mon
fyftême ; car fi ce que nous difent plufieurs
Auteurs modernes , eft vrai , entr'autres, celui
qui nous a donné des Notes fur les anciennes
Loix de la Mer , le Pere Fournier
Jéfuite , en fes Ouvrages Hidrogeographiques
, & M. Huet en fon Hiftoire de la
Navigation des Anciens , que dans les premiers
tems , avant la découverte de la Bouffole
, on ne pouvoit naviguer qu'en côtoyant
le rivage , en fe fixant par quelques Etoiles ,
& en obfervant des Lieux de retraite , en cas
de tempête , il eft indubitable que les Phćniciens
n'ont pû faire le Commerce des Caffiterides
& du Nord , fans avoir des Comptoirs
& des Etabliffe mens fur nos Côtes.
>
Auffi , mon R. P. tous les Auteurs , tant
anciens que modernes , qui nous ont parlé
des Découvertes antiques de la Gaule , raportent
quantité de Monumens Phéniciens
trouvés jufques vers les extrémités de l'Allemagne.
Tacite , chap. 2. de fa Germanie
nous affûre que les Allemands prétendoient
avoir eu chés eux Hercule , la Divinité favorite
des Tyriens , cette Divinité à laquelle
"
ils
JUILLET. 1742. 1497
ils élevoient des Temples dans les Lieux où
ils faifoient quelques Etabliffemens. Il ajoute
chap. 9. en parlant de cette Partie des Sueves
qui offroient des Sacrifices à Ifis , que
le culte de cette Déeffe leur avoit été aporté
par des Etrangers , d'où vient qu'ils la révéroient
fous la figure d'un Vaiffeau . Enfin il
dit, ch. 34.qu'une Tradition ancienne en Germanie
, portoit qu'il y avoit eu vers l'Ocean
Germanique des Colomnes d'Hercule ; cela
ne conviendroit- il pas à notre Pays de Caux,
que je ferai voir avoir été défigné par les
Anciens comme la fin & l'extrémité de la
Terre ? En un mot , mon R. P. le Pere Dom
J. Martin , de votre Ordre , nous affûre dans
fon Hiftoire de la Religion des Gaulois , qu'en
differens tems on a trouvé dans les Gaules
plufieurs Figures habillées à la Phénicienne
& il nous raporte les Infcriptions de plufieurs
Tombeaux élevés à l'honneur des Négocians
Syriens ; il eft donc vrai que ces Négocians
ont eu des Etabliffemens dans les
Gaules ; mais fortifions toujours nos preuves.
Il paroît dans les Mémoires de Céfar ;
que long- tems avant lui les Peuples de Vannes
, nos Voifins , avoient des Flottes confidérables
, & entretenoient une correfpondance
avec la Grande Bretagne ; d'où cela
pouvoit-il venir , fi non des Phéniciens , qui
foli
1498 MERCURE DE FRANCE
,
foli olim hoc Commercium fecerunt ? Et ci
effet , mon R. P. en comparant la Defcription
que ce grand Capitaine nous donne des
Vaiffeaux de ces Gaulois avec celle que plufieurs
Auteurs nous ont laiffée des Vaiffeaux
Phéniciens nous trouverons que les uns &
les autres font de la même ſtructure , navigant
dans le même ordre , & envoyés felon
les mêmes loix. Ceci ne feroit- il pas concluant
? Pouffons cependant encore plus loin
les preuves ; c'eft en réuniffant les autorités
& les raifonnemens que ce qui pourroit être
dans de certains efprits fufceptible de problême
, devient néceffairement une démonf
tration.
›
Les differens Ports que Céfar trouva fur
l'Océan feptentrional des Gaules , près de
notre Pays de Caux , devoient y avoir été
pratiqués long tems avant lui ; car il en parle
comme de Lieux d'où on paffoit ordinairement
dans la Grande Bretagne ; il nous fait
entendre même qu'il y avoit des Marchands
qui entretenoient correfpondance avec ceux
de cette Ifle ; enfin il nous aprend que dans
ces Ports on pouvoit retirer des Flottes nombreufes.
Or , qui pouvoit avoir pratiqué ces
Ports pour comnercer avec la Grande Bretagne
ce n'étoient fûrement pas les Belges ;
ils étoient au tems de Céfar des nouveaux
venus de Germanie , qui avoient chaffé une
partie
JUILLET.. 1741. 1499
partie des anciens Habitans du Pays, & qui ,
pour la plûpart , ne vouloient ni Villes ni
Commerce. C'étoient donc les Phéniciens ;
car dans ces premiers tems il n'y avoit qu'eux
qui commerçaffent avec la Grande Bretagne
, Olim foli Phoenices hoc Commercium fecerunt
: mais voyons quels étoient les Gaulois
, eux -mêmes , dans ces premiers tems ;
ils nous fourniront encore des
preuves
Commerce des Phéniciens dans les Gaules
Septentrionales .
du
Les Hiftoires Romaines , en parlant de
ceux qui pafferent les Alpes, pour s'établir au
delà , vers l'an de Rome 161 , & 594. avant
J. C. & de ceux qui prirent ou brûlerent
Rome quelque tems après , nous donnentelles
même lieu de penfer que ces Guerriers
avoient eû quelque relation avec des Peuples
policés & commerçants , comme l'étoient
les Phéniciens. En effet , mon R. P. ces Braves
, qui , felon Florus , Liv. 2. ch. 13. fortoient
des extrémités du Monde , & du bout
de l'Océan , ce qui fignifie , comme je l'ai
déja dit , les Pays de Caux & la Picardie
ne firent point la Guerre en Sauvages , mais
en hommes inftruits dans l'art de combattre ;
ils divifoient leurs troupes en Gens de pié ,
& en Gens de cheval , les uns ayant le
cafque & la cuiraffe , armés de lances & de
aches ; les autres ayant des habits legers ;
armés
S00284
1500 MERCURE DE FRANCE
rmés de javelots , de piques & de dards ;
ous combattant dans l'ordre le plus réguier
, & ayant , comme les Phéniciens , des
tentes, des bannieres , des armes , en un mot ,
des Equipages plus riches que ceux de leurs
ennemis , ces Peuples étoient fi formidables
pour Rome , qu'il ne falloit pas moins qu'un
Dictateur créé exprès pour leur opofer; Salufte
bell. Jug. ne craint point de dire , que Rome
qui armoit ordinairement pour fa gloire ,
étoit obligée d'armer contre les Gaulois pour
fon falut. Tite- live , Liv.. 38. avouë que la
République Romaine cut plus de peine à ſe
défendre de ces Peuples , qu'à fubjuguer le
refte de l'Univers ; n'eft- il pas évident qu'il
n'y avoit que la liaifon avec des Gens de
Commerce & opulens , comme les Phéniciens
,
qui
eût
pû
conduire
les
Gaulois
à ce degré
de puiffance
& d'habileté
? Ils
avoient
encore
cela
de
commun
avec
les
Marchands
Phéniciens
, qu'ils
fçavoient
adroi
tement
profiter
des
négociations
, & avoient
la précaution
d'avoir
dans
leurs
tentes
des
mefures
& des
balances
ajustées
à leurs
intérêts
: n'eft
ce pas , mon
R. P. ce que
l'Ecritu
re en cent
endroits
, & une
infinité
d'Auteurs
,
reprochent
aux
Négocians
de Tyr
& de Sidon
? Vous
n'avez
pas
oublié
le
Tyriofque
bilingues
de Virgile
, & le Sed
Phoenicium
quidam
de la République
de Platon
. Tout
nous
JUILLET. 1742 150
Nous annonce donc un Commerce Phéni
eien avec les Gaulois ; mais j'ai promis de
fuivre dans une efpece d'ordre chronologique
ce Commerce , parce que j'en veux
toujours venir au point où il intéreffe les
Gaules voyons donc une nouvelle Epoque
qui femble y aporter quelque changement.
Tout le monde fçait que les Rois de Babilone
, vers l'an 220 de Rome , & 536. ans
avant J. C. fubjuguerent la Syrie , qui com
prenoit alors la Phénicie , la Paleſtine , & la
Judée ; vous n'ignorez pas que prefque tous
les Habitans de cette fertile Contrée , Phéniciens
& Juifs , furent emmenés en efclavage
, & qu'on y fubftitua des Caldéens ou
Affyriens ; enfin, mon R. P. l'Ecriture & nos
Hiftoriens vous ont apris que le Grand Cirus ,'
peu de tems après , réunit ces differentes Provinces
, & Babilone même , à l'Empire des
Perfes ; enforte que tout le Pays , jufqu'en
Egypte , reçût les Loix & les Coûtumes
Perfanes. Mais penfez - vous que dans ces révolutions
Tyr & Sidon ayent été tellement
renversées qu'elles n'ont plus eu de Commerce
avec les Nations ? Croyez-vous qu'on
doive prendre abfolument à la lettre ce que
ies Prophétes difent de la défolation de ces
deux fameufes Villes ? Non , non , mon R.P.les
tems étoient marqués pour le rétabliſſement
du
1502 MERCURE DE FRANCE
du Commerce Phénicien , cum univerfis re
gnis terra Tyr & Sidon , fous la dépendance
de Babilone , Perfane ou Caldéenne , reprirent
bien tôt leurs Navigations dans les differentes
Mers , foit de l'Afie , foit de l'Afrique
ou de l'Europe , & elles eurent d'autant
plus la facilité de reprendre leurs Etabliffemens
fur l'Océan que les Juifs avec les
Nations voisines , dans la vuë de fe dérober
à une captivité , qu'ils fuportoient impatiemment
, s'embarquoient volontiers pour les
Contrées les plus éloignées.
>
Il y a ii des preuves qui me paroiffent
bien décifives ; car enfin , mon R. P. l'Ecriture
, elle même , dans Ifaïe , Chap. 23. dit
que l'importante Ville de Tyr devoit encore
fournir des Marchandifes à l'Univers ; les
Historiens & les Poëtes nous aprennent que
les Phéniciens, fous le nom de Syriens , fe
répandoient par toute la Terre , & fi nous
en croyons Philon dans fes differens Livres ,
entr'autres ceux contre Flaccus , ou de Legat.
at Caïum , les Juifs & les Syriens com nerçoient
dans toutes les Villes de l'Univers ;
il ajoute même en fon Livre de la Vie Contemplative
, que ceux de la Secte des Effenéens
, dont il raporte les moeurs , ſe ſont
étendus jufques chés les Barbares , ce qui ,
dans le fens où il écrit , fignifie les Gaulois ;
joignons à cela , mon R. P. l'authorité de
Jofephe
JUILLET 1501
J
. 1742.
Jofephe , dans le Liv 14. chap . 12. de fes
Antiquités Judaïques ; il entreprend de prouver
, qu'il n'y avoit pas un Lieu au Monde
où l'on ne trouvât des Juifs , tant il est vrai
que le Commerce de Syrie en multiplioit
les Etabliffemens jufques chés les Nations
les plus éloignées , & par conf quent parmi
nous. Enfin, Tyr & Sidon s'étoient relevées
fous les Perfes , au point qu'elles oferent
méprifer les forces d'Àlexandre , tout victorieux
qu'il étoit de Darius . Perfonne donc
je le répete , ne peut raiſonnablement douter
des Navigations & des Comptoirs de la Syrię
dans les Gaules.
Non , mon R. P. il ne vous eft plus per
mis de regarder ces Navigations & ces Etabliffemens
, comme des Fables ; c'eſt delà
sûrement que nous retrouvons chés les Gaulois
l'Oannes des Babiloniens , le Mithras
des Perles , l'Aftarte des Sidoniens , l'Hercule
de l'ancienne Tyr , le Mercure des Phé
niciens , le Thos , le Thois & le Teuthaute ;
tant de l'Egypte que de la Syrie ; c'eft delà
fûrement que dans la Grande Bretagne , &
dans les Gaules Septentrionales , jufqu'aux
extrémités de la Germanie , nous avons une
infinité d'Antiquités Perfannes , Syriennes &
Egyptiennes ; il ne faut , pour fe convaincre
de ces verités , que conferer avec le Pere D.
Martin , Cambden , Thomas Gale , Grutter,
Alting,
504 MERCURE DE FRANCE
Alting , Pontanus & autres ; mais nous
avons encore un nouvel Evenement , c'eſt
la deftruction de Tyr & de Sidon , vers l'an
de Rome 420 , & 334 ans avant J. C.
Voyons fi cela ne nous interrompra point
dans notre ordre chronologique.
Il n'y eut ici prefque point de changemens
pour le Commerce de l'Orient avec
nos Gaules Septentrionales ; Tyr & Sidon fe
releverent en quelque forte ; au moins , mon
R. P. elles regnerent , pour ainfi dire , par
leurs Colonies ; car la fameuſe Carthage
qui étoit une des premieres , & la plus im
portante , avoit déja rempli les Mers de fon
nomen effet elle étoit prefque devenue à
fon tour la Reine du Commerce maritime ;
n'eft- ce pas delà , comme de Cadix , autre.
Colonie Phénicienne fur l'Océan ? que fe
répandirent dans toute l'Europe le Langage ,
les Moeurs , les Loix & les Coûtumes Puniques
? Il ne faut pas obmettre , mon R P. ,
que de ces Colonies il paffa jufqu'aux extrémités
de la Terre , des Juifs , des Syriens ,
& autres , dévoués , comme eux , au Commerce.
Vous trouverez mes preuves
dans une
infinité d'Auteurs , cités par Bochard ,
je vous ai déja parlé , Taillepied , en fa République
des Druides , Ramus & Goffelin , de
Moribus Gallorum , l'Auteur de l'Hiftoire
Critique de la République des Lettres , &
dont
મ
le
JUILLET. 1742 1505
Le nouvel Auteur de l'Hiftoire des Celtes , &
autres, que je vous défignerois avec plus d'étenduë
, fi je n'étois reſtraint dans les bornes
que l'on me preferit.
La fuite cy- après.
FABLE ALLEGORIQUE ,
La Colombe aux aproches de la mort.
LAMO
A mort depuis long- tems exerce fon empire
Sur tout homme qui vit , fur tout ce qui refpire.
Le Deſtin , il est vrai , favorable à nos voeux
Nous laiffe quelquefois goûter un fort heureux ;
Mais le tombeau toûjours fut comme une barriere
Où va fe terminer la plus longue carriere.
N'importe , fi la mort a fçû nous allarmer ,
Aſon tour la vertu fçaura bien nous calmer.
La Colombe , dit - on , vécut plufieurs années ;
Après avoir coulé d'heureufes destinées ,
Elle voit Atropos , les cifeaux à la main ;
Auffi-tôt elle perd ſon air doux & ſerain ;
Se réveillant bien- tôt de cette léthargie ,
C'en eft donc fait , dit- elle , il faut quitter la vie.
Les grands & les petits fubiffent même fort ;
Mais un coeur innocent doit-il craindre la mort ?
CONS:
7506 MERCURE DE FRANCE
CORDATO ,
CONSTITUTION faite par S. A
M. le Prince CONSTANTIN MAURO
Prince des deux Valachies
de Moldavie , le 7. Février 1740. Por..
tant Supreffion de plufieurs Impofitions onéreufes
aux Habitans de la Valachie , &
preferivant plufieurs Régles utiles an Gonvernement
de cette Province.
Our fatisfaire le defir qui nous a tou
Piours animé de foulager les Peuples , &
conformément aux Confeils du feu Prince
de glorieufe mémoire , notre Seigneur &
Pere NICOLAS ALEXANDRE MAURO
CORDATO; après une férieufe réflexion
mous avons travaillé , à faire les etabliffemens
dont on va voir le détail . Ayant
reconnu qu'ils ne pouvoient être que très
utiles à la Province , nous leur avons donné
la force & l'authenticité convenables , &
pour cet effet , nous y avons fait apofer le
Sceau de notre Principauté.
C'est pourquoi nous requerons que tous
les Princes , foit de notre Famille , ou de
quelque autre que ce puiffe être , que Dieu
élevera au Gouvernement de cette Province
, foûtiennent de toute leur autorité
la force & la teneur de ce Decret , parceque
nous
JUILLET. 1742. 1507
hous fommes perfuadés , que dans fa pleine
éxécution ils trouveront leur utilité unie à
celle de toute la Nation . Que s'il fe trouvoit
parmi les Nobles quelqu'un qui travaillât
à faire changer cette préfente Conftitution
, nous le déclarons Rebelle aux Ordres
de fon Souverain , & ennemi de la Patrie.
Nous fouhaitons donc de toute la fincérité
de notre coeur , que fuivant les lumiéres
de la grace divine , ils travaillent tous de
concert à foûtenir & à obferver eux - mêmes
tous ces établiſſemens.
DECLARATION du Clergé & de la Nobleffe
, faite au Prince , à l'occafion de fes
nouveaux Etabliſſemens.
que
Il eft des bienfaits qu'on ne fçauroit die
gnement reconnoître ; tels font ceux , dont
nous a comblé Son Alteffe notre Sereniffime-
& très Clement Prince CoNSTANTIN .
Par fa droiture & fon grand fçavoir dans le
Gouvernement, il eft devenu, grace au Ciel,
le Pere de la Patrie . C'eft à fa Prudence
l'Etat Ecclefiaftique & l'Etat Séculier font
redevables des avantages dont ils joüiffent.
Les Reglemens de S. A. S. en font une
preuve convaincante . Nous nous difpenferons
de nous étendre fur fa vigilance continuelle
, fa fagacité & fon grand art de gouwerner
, qualités qui ont été foûtenues de
?
B cette
1508 MERCURE DE FRANCE -
cette fidélité à toute épreuve , que fes Ancêtres
lui ont tranfmife , après l'avoir gardée
eux - mêmes dans le glorieux miniſtére du
très floriffant Empire , & qui lui ont mérité,
l'eftime & la confiance du Très - Augufte Empereur
: Soûtenu par le bras du Tout- Puiffant,
il a gardé & confervé cette Province au
milieu des troubles d'une guerre allumée entre
trois differens Empires ; enfin ce qui
nous fait le plus vivement fentir , ce que
nous devons à Notre Sereniffime Prince
c'eft , que nous avons vû , que cette guerre
a prefque ruiné les Provinces voifines , malgré
la bonne intention de leurs Gouverneurs,
dans ce tems même , où nous felicitons
Notre Prince , de nous avoir confervés .
>
Quoique nous nous regardions incapables
de remercier dignement Notre bienfaiſanı
Seigneur , cependant , pour qu'on ne nous
taxe pas d'ingratitude , nous voulons tranſmettre
fes belles actions aux Nations voifines
, à notre pofterité la plus reculée , & a
tous les habitans de cette Principauté , qui
ne font pas moins obligés que nous ,
de faire
éclater les fentimens de leur vive reconnoiffance
, & nous fouhaitons , que notre prefent
témoignage foit un monument éternel
pour la glorieuse mémoire de Notre Maîtr
& de Notre Bienfacteur , afin que par ce
moyen nos Princes , fes futurs Succeffeurs
foient
JUILLE T. 1742. 1509
foient engagés à fuivre fon exemple.
ARTICLE I. Sur la Contribution des
Monaftéres.
›
Quoique les Monaftéres ayent toujours
payé les Tributs comme quelques uns
nous ont parû tellement deftitués de biens ;
qu'on a laiffé à l'abandon les lieux où ils
avoient été bâtis , comme d'autres fe font
trouvés tellement chargés de dettes, que faute
de Prêtres , le Service Divin ne fe faifoit plus
aux heures réglées , & que d'ailleurs les Abbés
, fous prétexte de lever la Contribution ,
vexoient à leur gré les Monaftéres , Nous
avons ordonné que les Monaftéres feront à
l'avenir exempts de la Contribution .
ARTICLE II. Au fujet des Abbés des
Monaftéres.
›
Etant venu à notre connoiffance , que
les Abbés , loin d'avoir à coeur le bien
commun de leurs Monaftéres , tournoient
à leur profit les revenus & les autres chofes
apartenant auxdits Monaftéres : Nous avons
ordonné que dans l'Affemblée Générale des
Abbés on en choifiroit huit , connus par leur
probité & par leur pieté, qu'ils port. roient le
tître de Procureurs des Monafteres, & que les
Abbés , tant des grands que des petits Monaftéres
ou Chapelles , leur rendroient compte
Bij
de
asio MERCURE DE FRANCE
de tous les revenus annuels , même les plus
petits de leur Monaftére . Avons ordonné
aux Procureurs de travailler avec une bonne
oeconomie à augmenter de tout leur pou
voir les revenus des Monaftéres.
ARTICLE III. Sur la Contribution des
Prêtres.
Quoique ce foit un ancien ufage dans ce
Pays , d'éxiger le tribut des Prêtres , cependant
comme le tréfor public n'en retiroit
pas un grand avantage , parce que plufieurs
d'entre eux font dans une grande indigence ,
& peuvent à peine fournir à leur propre fubfiftance
, voyant d'ailleurs , que les Collec
teurs ne pouvoient pas , fans une forte d'indécence
agir contre les Prêtres , qui plufieurs
fois inquietés par ces Collecteurs ,
dont ils dépendoient par raport au tribut
avoient fermé les Eglifes , & interrompu
l'exercice du Service Divin , Nous avons
exempté les Prêtres du tribut , jugeant , qu'il
n'étoit pas convenable que l'exaction du
tribut dérangeât les faints exercices de la
Religion,
,
ARTICLE IV. Au fujet des Archi
prêtres dans les differens Districts.
Tous les ans les Archiprêtres , qui vont
dans les Eglifes exercer leur infpection , &
inftruire
JUILLET . 1742 1511
Inftruire les Eccléfiaftiques & les Paroiffiens,
ne fe contentant pas de diriger les affaires
qui regardoient purement les Eglifes , fe mêloient
de chofes qui convenoient peu à leur
caractére , comme d'avoir des Prifons , où
ils reteroient des Criminels & autres perfonnes
, defquelles ils exigeoient injuftement
des fommes d'argent confidérables ,
pour remedier à un tel abus , Nous ordonnons
que deformais les Archiprêtres n'auront
aucun droit de faire emprifonner qui
que ce foit.
ARTICLE V. Sur les Nobles , qui exercent
la Juftice.
Quoique les Nobles , qui ont été revêtus
de quelque charge dans la Province
n'ayent eû jufqu'à prefent aucune retribution
du tréfor public , cependant pour leur
faire fentir les effets de notre liberalité
pour les mettre en état de s'acquitter dignement
de leurs emplois , & pour qu'un plus
grand nombre d'entre eux fe chargent des
affaires publiques , afin qu'on puiffe plus facilement
donner audience à ce grand nombre
de fupliants , qui s'affemblent de toutes
parts dans cette Capitale , il a été ordonné
que tous les Nobles , qui ne feroient point
occupés dans quelque emploi dans la Province
& au dehors de cette Ville , & qui
B iij
?
fui1512
MERCURE DE FRANCE
fuivant Notre Cour , donneroient leurs avis
par écrit fur les differens procès de particuliers
, reçevroient un falaire convenable
pour récompenfe de leurs travaux dans l'ad
miniftration de la Juftice.
ARTICLE VI. En faveur des Nobles
Ayant vu avec douleur , que la contribution
qu'on impofoit fur les Nobles , avoit
réduit plufieurs familles dans la derniere mifére
, il nous a paru peu convenable , que
des familles d'une Nobleffe reconnuë &
confirmée par les Lettres Patentes des Princes
nos Prédeceffeurs, tombaffent dans l'indigence
, à caufe de la contribution , c'eſt
pourquoi Nous avons 'ordonné qu'ils en feroient
exempts.
*
ARTICLE VII. Des Commifaires établis
dans les Districts , en qualité de Juges.
Comme plufieurs habitans ne pouvoient
à raison de leur pauvreté , fatisfaire aux frais
d'un long voyage , pour venir faire juger
leurs Procès à notre Cour , & comme ils ne
pouvoient le faire rendre juftice par les Capitaines
des Diſtricts , Nous avons établi des
Commiffaires , choidis dans le Corps de la
Nobleffe , & Nous leur avons accordé une
penfion fur notre Tréfor public , leur avons
ordonné de rendre la justice aux pauvres
do
JUILLET. 17423 1513
'de les mettre à l'abri de toute injuſtice &
violence de la part des Collecteurs du tribut ,
d'avoir l'oeil à l'Election des Burgraves , &
fur tout d'empêcher qu'on n'oprime les pauvres
, & que les Collecteurs ne les chargent
d'aucune contribution , pour les frais qu'ils
font obligés de faire pour lever le tribut.
ARTICLE VIII . Touchant les Dépenfes
des Collecteurs du Tribut dans toute
la Province,
Les Collecteurs du Tribut , qui parcouroient
la Province pour s'acquitter de leur
Emploi , ont jufqu'à prefent été dans la
mauvaiſe coûtume de charger à leur gré les
Villages & les Bourgs des frais de leur dépenfe
, ce qui donnoit occafion aux Burgraves
de faire des repartitions fur les habitans
, lefquelles furpafloient fouvent du double
ou du triple les frais que les Collecteurs
avoient exigé defdits Burgraves. Nous avons
fait de très expreffes défenfes , qu'aucuns
Collecteurs ne faffent dans la fuite aucune dépenfe
au défavantage des Villages ou des
Bourgs , leur avons ordonné de tirer leur
fubfiftance du falaire & des deniers que
nous leur avons affignés fur notre Tréfor
public , parce que nous avons voulu délivrer
les habitans de cette injufte contribution
.
B iiij
AR1514
MERCURE DE FRANCE
ARTICLE IX . au fujet de la Contribution
fur les Boeufs & Vaches , apellée
vulgairement Vaccarit .
>
Les Princes nos Prédeceffeurs ne pouvant
trouver de moyens affés efficaces, pour
fe mettre en état de fatisfaire à toutes les
dépenfes publiques , que les circonstances
des tems font naître journellement ; le Prince
Conftantin Brancovan , dans un tems
où la Province étoit en bon état , ajouta aux
Contributions ordinaires , qui n'étant pas levées,
fuivant une bonne méthode , donnoient
lieu à bien des injuftices , la Contribution
apellée Vaccarit ; efle confiftoit alors en
trente trois Afpres : ( a ) par chaque Boeuf,
& autant par chaque Vache. Or, comme fuivant
l'ufage & l'état du Païs , les habitans
tirent prefque toute leur fubfiftance de la
multitude de leurs animaux , chacun pour
fe fouftraire au tribut , commença à les vendre
& à s'en défaire , deforte que la feconde
année le nombre en étoit extrémement diminué
; alors on fe trouva dans la neceffité
d'augmenter la taxe au point , que fous les
Succeffeurs du Prince Brancovan , la taxe
fur chaque animal monta jufqu'à 76. Afpres.
Enfin les befoins étant devenus encore plus
preffants , on leva cette impofition deux fois
(a) Un Afpre vaut fix deniers, Monnoye de France,
l'an,
JUILLET. 1742. 1515
l'an , & on l'augmenta jufqu'à 152 Afpres ;
delà il arriva que non feulement les pauvres
furent privés de l'utile & douce ſubſiſtance ,
que leur fourriffoient leurs troupeaux mais
même que les Eccléfiaftiques , les Nobles
& tous les Habitans , qui avoient des Poſfeffions
, ne pouvoient cultiver les terres ;
delà s'enfuivit une fi grande difette , que la
plus grande mefure de blé couroit dix Talairs.
( b) Celle de millet , & de blé de Turquie
, huit , les bêtes à cornes , dix & quinze
Talairs ; celles qui étoient graffes , vingt Talairs
; la Hocque de viande valoit dix - huit
Afpres ; celle de beure , foixante , au lieu
qu'avant ce tribut ; la grande mefure de blé
ne coutoit que 90. Afpres , celle de millet
trente , une vache , deux Talairs , un boeuf,
cinq , une Hocque de viande , trois . Afpres ,
la hocque de beure dix , ce qui fit que dans
le tems de la guerre , la difette des vivres
étant encore devenue plus grande , il étoit
impoffible d'exécuter les Ordonnances Impériales
; bien plus les habitans fe difperfoient
, parce que faute d'animaux , les pauvres
payfans fe trouvoient dans la néceffité
de quitter leurs demeures. Quoique
les derniers Pri ces nos prédecefleurs euffent
fait tous leurs efforts pour abolir ce tribut ,
(b) Un Talair vaut à peu près cinquante-cinq
Jols , Monnoye de France,
B v
زا
1516 MERCURE DE FRANCE
il ne leur avoit pas été poffible de conduire
leurs deffeins à une heureufe fin. Le Prince
Nicolas Alexandre , d'heureufe mémoire ,
notre Seigneur & Pere , n'avoit jamais perdu
de vue ce Projet , & dans l'efperance
que Nous pourrions un jour être élevés au
Gouvernement , il Nous communiquoit fes
vuës & fes projets , & Nous faifoit une vive
peinture des malheurs qu'attiroit après foi
cette impofition pernicieuſe , afin de Nous
engager , en cas , que par la faveur du Ciel
nous fuffions élevés au Gouvernement 2
tenter tous les moyens poffibles , pour détruire
une contribution , fi contraire au bien
de la Province .
,
Dieu Nous ayant découvert les voyes
convenables
, pour exécuter ce Projet , Nous
avons ordonné , que le Vaccarit feroit pour
toujours fuprimé.
ARTICLE X. De la Contribution fur chaque
Arpent de Vigne , apellée vulgairement
Pogonarit.
Ce tribut que payoient chaque année
les Poffeffeurs d'Arpens de Vigne, a été pareillement
établi , pour fournir aux néceffités
de la Province , mais ne fourniſſant
pas une fomme affés confidérable , quand il
s'agiffoit de faire quelque grande dépense
pour les befoins de l'Etat , loin de lui” être
de
JUILLET. 1742 1517
de quelque utilité , il lui étoit très -préjudiciable.
3
En effet , avant l'établiſſement de ce tribut
, il y avoit une fi grande quantité de
vins , que tout le monde pouvoit en avoir
fuffifamment, d'ailleurs les Monaftéres & tous
les habitans trouvoient dans la vente de
leurs vins une reſſource utile pour le foûtien
de leur famille. Mais la contribution du Pogonarit
, jointe aux dépenfes que les vignes
exigent de ceux qui les cultivent , obligea
les habitans à abandonner les travaux néceffaires
à leur culture , ce qui fit qu'on abandonna
la moitié des vignes , & que les autres
qu'on ne cultiva qu'avec negligence,perdirent
prefque toute leur fertilité ; delà furvint
une extréme difette de vins , & le prix
en devint exorbitant ; la hocque de vin fe
vendoit 30. Afpres , & avant cet impôt elle
n'en coutoit que deux
,
Cette contribution, fit encore beaucoup
de tort au Tréfor public , en ce que les pauvres
, pour ne pas payer le Pogonarit qu'on
éxigeoit d'eux , quoiqu'ils ne cultivaffent pas
leurs vignes , quittoient leurs Etabliſſemens
pour fe tranfporter dans d'autres Lieux . C'eft
pourquoi , pour nous conformer aux avis de
feu notre Seigneur & Pere le Prince Nicolas
Alexandre , & pour faire connoître que rien
ne nous touche plus vivement que le bien
B VJ
public ',
1518 MERCURE DE FRANCE
public , Nous avons , de l'avis de notre
Confeil , aboli cette pernicieufe contribution.
ARTICLE XI. En faveur de ceux qui ont
des Poffeffions dans cette Province.
Il nous a paru injufte , que les payfans !
qui' tiroient leur fubfiftance des Poffeffions
& des Terres apartenantes aux Monaftéres
à la Nobleffe , ou aux autres Habitans, quittaffent
les Poffeffions de l'un , pour entrer
dans celles de l'autre . Car delà il s'enfuivoit
, que certains Propriétaires & Terriers
avoient dans leur bien grand nombre de
payfans , tandis que les Poffeffions de quelques
autres reftoient défertes & fans culture.
Pour obvier à cet inconvénient , il nous a
paru équitable d'ordonner , que tout Habitant
, établi dans la Poffeffion d'autrai , demeureroit
au fervice de fon Maître , travailleroit
pour lui un certain nombre de jours
pendant le cours de l'année , & lui paye
roit , comme il eft d'ufige , le dixiéme du
revenu .
ARTICLE XII . Qui ordonne que les Habitans
payeront le tribut dans le Lieu où ils
demeurent.
Comme les Habitans d'un Bourg ou Village
, quand il s'agiffoit de payer le tribut ,
affûreient ,'
JUILLET. 1742 . 1519
affûroient , pour fe fouftraire au payement ;
qu'ils étoient fujets à un autre Bourg ou Village
, & quoi qu'établis dans un District ,
difoient , qu'ils payoient dans un autre : ces
mauvais prétextes caufant beaucoup de confufion
, & donnant lieu aux Burgraves de
faire de fourdes rapines , par des réparti
tions injuftes , qu'ils faifoient fur les autres
Habitans , Nous avons expreffément défendu
une pareille manoeuvre & avons en
conféquence ordonné , que , quiconque feroit
établi dans un Bourg ou Village , y
payeroit le tribut , & non ailleurs.
>
ARTICLE XIII. De la Contribution
annuelle , payable à quatre trimestres.
DISCOURS du Clergé de la Nobleffe:
Comme nous avons remarqué , que les
Reglemens faits pour lever les Contributions
, loin de nous être utiles , attiroient
avec un grand défordre la perte de la Province
, nous nous fommes plufieurs fois affemblés
devant Son Alteffe Sereniffime , pour
trouver quelques moyens de faire lever la
Contribution , fuivant une méthode équitable
& utile , afin de nous mettre par- là en
état d'exécuter les Mandemens de l'Empereur
, & de fatisfaire à toutes les néceffités
& charges de la Province.
A
1520 MERCURE DE FRANCE
A ces fins , notre Séreniffime Prince Conse
TANTIN, éclairé des lumieres du Ciel , a , du
confentement de fon Confeil , établi quatre
trimeftres par chaque année , pour faire les
répartitions & les collections du tribut qui
fera payé par tête , fuivant le pouvoir de chacun
; un an après ce Reglement, nous avons
reconnû qu'on a levé les deniers publics fans
aucune vexation des pauvres , que tous les
habitans commençoient à fe trouver mieux
& plus ftables dans leur établiffement , que
les Mandemens de l'Empereur étoient exécutés
avec facilité , que les autres affaires
publiques fe faifoient dans un très bon
ordre , & enfin que le nombre des Peuples
augmentoit.
tems ,
•
,
A la vûë de tant d'avantages , nous avons
eû recours à la clémence de notre Prince
nous l'avons prié d'abolir tous les Reglemens
qu'on avoit établis jufqu'à préfent , pour
la levée du tribut , d'établir , non pour un
mais pour toujours , que le tribut fe
payeroit déformais quatre fois l'an feulement;
fçavoir , une fois par chaque trimestre. Son.
Alteffe Sereniffime , après avoir favorablement
écouté nos prie es , à confirmé ce juſte Reglement
, & pour le revêtir de l'autorité néceffaire
, elle y a fait apofer le Sceau de fa
Principauté.
Et Nous , pour empêcher que qui que ce
foit ,
JUILLET. 1742 .
1521
foit , National ou Etranger , donne aucune
atteinte à ces Reglemens , dictés pour la juf
te adminiſtration de la Province & pour Putilité
publique , & afin que quelqu'un ne
foit affés hardi pour rapeller le Vaccarit & le
Pogonarit , Nous déclarons que quiconque
oferoit faire de pareilles entrepriſes , foit regardé
comme un rebelle & comme ennemi
de la Patrie. En foi de quoi Nous avons figné
de notre propre main toute cette préfente
Conftitution.
LISTE de ceux qui ont figné cette
Conftitution en Valachie.
ECCLESIASTIQUES.
Les trois Archevêques .
Deux Evêques.
Les huit Procureurs des Monaftéres .
Soixante & neuf Abbés des Monaftéres ,
NOBLES.
Le Sous- Gouverneur, en Charge, de la Valachie
Tranfalutaine .
LeGouverneur Emerite de la même Province,
Le Grand Juge.
Le Grand Chancelier , en Charge .
Le Grand Chancelier Emerite.
Le Grand Tréforier , en Charge .
Le Grand Tréforier Emerite.
Le
1522 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Géneral de la Cavalerie & Grand
Ecuyer ou Porte Epée.
Le Grand Commiffaire des vivres.
Le Grand Maréchal de la Cour , en Charge.
Deux Emérites.
Le Grand Echanfon , en Charge.
Deux Emérites.
Le Grand Maître d'Hôtel , en Charge .
Trois Emérites.
Le Grand Maître des Ecuries , en Charge.
Quatre Emérites.
Le Géneral d'Infanterie .
Un Emérite.
Le Capitaine des Nobles , qui fervent volontairement.
Le Grand Ecuyer tranchant , en Charge.
Un Emérite .
Le Grand Infpecteur des Equipages , en
Charge.
Un Emérite.
Le Grand Réferendaire.
Deux Emérites.
Le Grand Pourvoyeur des vivres, en Charge.
Deux Emerites.
Le Grand Maître de Camp , en Charge.
Trois Emérites .
Le Crand Maître des Fourages , en Charge:
Deux Emérites .
Le Grand Camerier , en Charge .
Un Emérite.
Le
JUILLET . 1742 1523
Le Sur -Intendant des Mines de Sel.
Le Grand Maître des Doüanes.
LISTE des Districts de la Valachie.
Argis.
Oltoul.
Romanatz .
Rimnik.
Buzeou.
Sekoiani .
Praorva. Voulcfia.
Jalomaitza.. Dolzi .
Etfovoul. Gorzi.
Dembovitza. Mechedintz .
Ulaska.
Teleorman .
Mufcieloul .
Boukoureft,
Kraiova.
L'an 1741. le premier de Septembre , le
Sereniffime Prince Conftantin , ayant été élevé
au Gouvernement de la Moldavie , cette
Conftitution fut acceptée dans une Affemblée
de tous les Ordres de la Province , &
fouffignée par les Etats Eccléfiaftique & Séculier
, excepté feulement l'Article ſecond ,
touchant l'Election des Procureurs des Monaftéres
, lequel Article n'a point encore été
cxécuté .
LISTE des Ecclefiaftiques & des Nobles
qui ont fonfcrit la prefente Conftitution
en Moldavie.
L'Archevêque.
Trois Evêques.
Quatre
1524 MERCURE DE FRANCE
Quatre Archiprêtres.
Quarante fept Abbés des Monaftéres.
LISTE des Nobles.
Le Grand Chancelier , en Charge.
Six Emérites .
Le Grand General de la Cavalerie , & Grand
Ecuyer ou Porte Epée.
Le Grand Maréchal de la Cour , en Charge.
Un Emérite .
Le Grand Echanfon , en Charge.
Un Emérite.
Le Grand Tréforier.
Le Grand Maître d'Hôtel , en Charge.
Trois Emérites .
Le Grand Maître des Ecuries , en Charge .
Deux Emérites.
Le Grand Géneral d'Infanterie.
Un Emérite.
Le Grand Ecuyer tranchant , en Charge .
Huit Emérites .
Le Grand Commiffaire des vivres, en Charge .
Cinq Emérites.
Le Grand Infpecteur des Equipages , en
Charge.
Six Emérites.
Le Grand Maître de Camp , en Charge .
Cinq Emérites.
Le Grand Maitre d'Artillerie , en Charge.
uit Emérites.
H Grand Camérier.
LISTE
JUILLET. 1742. 8525
LISTE des Diſtricts de la Moldavie
Sucfiava. Orheyoul.
Niamzoul.
Bakeoul.
Poutna.
Tekuefioul.
Kovórloui.
Toutova.
Valloujoul
Talchi.
Soroka.
Czerneoutz .
Herteoul.
Dorohogerit,
Borochan.
Kerligatoura.
Territoire d'Yaffi.
La Ville d'Yaffi.
Lapoufna.
ODE
A M. l'Evêque de Graffe , Abbé de Lerins ;
Ou
de S. Chinian , & c.
U fuis- je ? quelle frenéfie
Me faifit , agite mes fens !
Eft- ce le Dieu de l'harmonie
Qui va m'infpirer des accens ?
Loin d'ici , Déité frivole ;
Tu n'es qu'une brillante Idole
Qu'enfanta follement l'erreur ;
Vérité , que mon coeur adore ,
Vérité fainte , je t'implore ,
Viens fur l'aile de la candeur.
Montre
$26 MERCURE DE FRANCE
Montre à mes yeux , Fille Céleste ,
Un Prélat vraiment vertueux ,
Qui de fon Trône , humble & modefte ;
Chaffe le luxe faftueux ;
Qui dans le fein de la fageffe
Vient empreffé puifer fans ceffe
Des loix pour réformer les coeurs ;
Et qui , pour fon troupeau qu'il aime
Pieux ennemi de lui - même ,
Des faifons brave les rigueurs,
*
Couvert d'une gloire immortelle ,
Će Prélat frape mes regards ;
C'est ANTELMI , de qui le zéle
Brille , éclate de toutes parts .
Dans la fainte ardeur qui le guide
Je vois cet Apôtre intrépide
Porter l'Evangile en cent lieux ;
La foi qui l'anime & l'enflâme ,
Dans des hameaux offre à fon ame
Les charmes les plus précieux..
*
•
Là , fur les coeurs fon éloquence
Exerce un empire charmant ;
Des fertiles traits qu'elle lance ,
Ils font bleffés heureuſement ;
Là , d'une riante parure
1
Embel
JUILLET.
F527 1742
Embelliffant la vertu pure ,
Il la rend aimable aux Mortels .
Il la foûtient par fes exemples ;:
Partout il lui dreffe des Temples ;
Sa main décore les Autels.
*
Eglife fainte , Mere aimable ;
Forme en ces jours de doux Concerts
Que tes chants , Sion adorable ,
Percent le vafte fein des airs .
Par des traits dignes de mémoire ,
ANTELMI jaloux de ta gloire ,
Défend tes éternelles loix ;
L'Enfer , ton ennemi finiftre ,
Le crime fon fatal Miniftre ,
Frémiffent au bruit de fa voix,
*
Tel que par la vive lumiere ,
L'Aftre qui nous prête ſes feux ,
Perce & diffipe en fa carriere
Les nuages , voiles des Cieux ;
Tel mon Prélat infatigable ,
Par la parole profitable ,
Du vice détruit les noirceurs ,
Et confond le noir artifice
Qui nous conduit au précipice
Par des fentiers femés de fleurs,
Parlez
# 528 MERCURE DE FRANCE
Parlez , vous que fa main facrée
Abreuve des céleftes Eaux ,
Répondez , pieuſe Contrée ,
Théatre heureux de fes travaux ;
Mais quand un feu que Dieu fait naître
T'enleve cet augufte Maître ,
GRASSE , languis - tu fans apui ?
Non ; fon amour t'en eft un gage ;
Il fe reproduit dans le Sage *
Qu'il fait afféoir auprès de lui,
*
Vous , dont l'amorce enchantérefle
Nous rend vos poiſons précieux ,
Fiere grandeur , vaine richeſſe ,
Vous ne fafcinez point fes yeux ;
Du pauvre , au fein de la mifere ,
Il aime à fe montrer le pere ;
Tout retentit de fa bonté .
Tu crains , GRASS , ( ta crainte eft jufte , )
Que fur un Trône plus auguſte
Ton Prélat ne foit tranſporté.
* M. Maria , fon Grand- Vicaire.
Par M. VIDAL , de Cabris , en Provence.
SUITE
JUILLET . 1742. 1529
SUITE de la Lettre de M. Clerot au R:
Pere D. G. D. P. fur le Commerce des
Phéniciens , &c..
1
L s'agit ici de parler d'Alexandrie , ce fameux
Entrepôt de l'Orient pour l'Occident
; perfonne n'ignore , mon R. P. que
cette Ville , élevée fur les ruines de Tyr &
de Sidon , vers l'an 420. de Rome , & qu ‹lques
3 30. ans avant J. C. entreprit elle feule
tout le Commerce de la Phénicie. Aléxandie
qui l'avoit bâtie , l'avoit peuplée de
Grecs , de Syriens , de Perfes , de Juifs & c,
tous Commerçans . Philon nous affûre que
de cinq grands Quartiers ou Cantons , dans
lefquels on divifoit cette importante Ville
il y en avoit deux uniquement pour les
Juifs , fans ce qui en étoit encore répandu
dans les trois autres portions , où étoient
diftribués les Egyptiens , ceux de Syrie , les
Perfes & autres ; n'eft-il pas évident que
d'une Ville femblable on a dû voir renaître
l'ancien Commerce des Phéniciens ,ce Commerce
qui s'étendoit jufques dans les Gaules
feptentrionales ?
" En effet , mon R. P. on ne voit ici qu'une
efpece de tranflation des Négocians & du
Commerce
1530 MERCURE DE FRANCE
,
Commerce de Tyr & de Sidon à Alexandrie
; je le répete , cette derniere Ville raffembla
en elle tout ce qui avoit rendu les
autres recommandables & célébres . A la verité
Tyr & Sidon firent , comme je l'ai obfervé
quelques efforts pour s'élever au
degré de grandeur où elles avoient été ;
les Rois qui regnerent en Syrie & le long
de la Mer , voulurent ranimer leur Commerce
, mais ces Rois même par leurs fréquentes
guerres , & les peuples par leurs
fréquentes rebellions, ayant rendu les efforts
de Tyr prefque fans fuccès , Alexandre n'en
cut que plus de facilité à augmenter fa puiffance
, & à multiplier fes Colonies ; en effet
les Juifs & les Syriens s'y rendoient de toures
parts pour s'y embarquer , & fe dérober
à cette fervitude qui fe perpetuoit toujours,
Vous fçavez mon R. P. que de cette perpetuité
d'esclavage vint le Proverbe Judai &
Syri Nationes nata fervituti. Cic. Orat. de
Proconf.
Enfin , fi Alexandrie partagea encore pena
dant quelque tems l'empire de la Mer , &
le Commerce des Gaules , avec ce qu'il y
avoit de Syriens libres , Carthage & les autres
Colonies Phéniciennes, l'Afrique & l'Ef
pagne en guerre lui laifferent bien - tôt le titre
de Reine du Commerce maritime , tant de
l'Afie que de l'Europe . Delà cette diftinc-
›
tion
JUILLET. 1742 . 1531
tion fameufe , qui , comme je l'ai obfervé ,
la fit nommer , au tems même de Strabon
l'Entrepôt général de l'Orient à l'Occident ;
delà cette multitude d'Alexandrins , qui
avoient des Comptoirs , non- feulement dans
toutes les Villes commerçantes de l'Afie & de
l'Afrique , mais dans Rome même , dans les
principales Villes maritimes de la Mediterranée
Européenne , & jufques fur l'Ocean
Septentrional des Gaules ; Vous n'ignorez
pas , mon R. P. que les fuperftitions Egyptiennes
& Hébraïques , que Tacite en fes
Annales , liv. 2. ch. 15. & Suetone en la viè
de Tibere , ch. 16. difent avoir été condamnées
à Rome , fe pratiquoient par les Alexandrins
& les Syriens , établis depuis longtems
dans cette grande Ville ; vous n'ignorez
pas ce que raportent Vopifque & d'autres
Auteurs , que ces modes & commodités
Egyptiennes , ces Etoffes de foye & de
Lin , Syriennes , ces Toiles brodées & ces
Tapifferies Babiloniennes , introduites nonfeulement
dans Rome , mais dans les prin
cipales Villes de la République , jufques
fur nos Côtes Septentrionales , venoient d'Alexandrie.
Combien , en effet , ce Port fa
meux , les précieux reftes de Tyr & de Si
don , & les Colonies Phéniciennes , nous
ont-ils tranfmis d'utilités & de découvertes ?
C'eft de l'Egypte que nous avons apris à faire
C Mos
1532 MERCURE DE FRANCE
nos premiers Jardins, & à pratiquer les commodités
de nos Apartemens. La Cervoife ou
Biere des Gaulois , venoit d'Alexandrie &
de Syrie ; l'art de diffoudre les métaux , de
préparer l'or & l'argent , de dorer & étamer
le cuivre & autres chofes femblables , par où
les Gaulois fe font rendus recommandables ,
ont pris leur origine chés les Phéniciens &
les Alexandrins ; en un mot , mon R. P..
lifez Herodote & les Auteurs , tant Grecs
que Latins , cités dans la Géographie de
Bechard , ou dans la Navigation des Anciens
de M. Huet , vous trouverez qu'Alexandrie
& fes Colonies alloient chercher le Plomb
& l'Etain , le Cuivre & le Fer jufqu'au-delà
des Caffiterides , qu'elles commerçoient pareillement
dans les Gaules Septentrionales ,'
jufqu'en Germanie fi ces Auteurs ne
vous fatisfont pas , & s'il vous refte encore
quelques doutes fur ce que vous apellez
mon Systême , conférez avec tant d'Ecrivains
déja cités , Roüillard en fa Parthenie
au Hiftoire de Chartres , Marcel en fon premier
Tome , où il traite de l'une & l'autre
Gaule , Childrey , en fon Hiftoire naturelle
d'Angleterre , Alting en fes Notices Germaniques
, & le R. P. Martin , votre Confrere ;
dont je vous ai déja parlé,
Ces Auteurs réunis vous feront,fans doute,
revenir de votre prévention , en vous apre
JUILLET. 1742: 1533
nant quelles font les traces ou les veftiges de
la navigation des Phéniciens & des Alexandrins
vers la Grande Bretagne , les Gaules
Septentrionales & la Germanic ; vous en tirerez
fûrement certe conféquence naturelle,'
qu'Alexandrie , ainſi que les Phéniciens ou
Syriens , ont dû avoir des Etabliſſemens &
des Comptoirs parmi nous , à peu près com
me nous fommes obligés à préſent d'en
avoir dans tout le Levant , en Afrique , &
dans l'Amérique , malgré les avantages de
la découverte de la Bouffole.
ges
En effet , mon R. P. felon ces Auteurs que
je vous prie de confülter attentivement , les
Druides réuniffoient dans leur Théologie &
leur Philofophie , tout ce que les Prêtres
d'Egypte , les Infpirés de Syrie , & les Made
Perſe avoient enſeigné , enforte
enforte que
généralement tous les Ecrivains , tant de
I'Orient que de l'Occident , ne fe repréfentoient
les uns & les autres , que comme une
même espece de Prêtres & de Philofophes.
Il y avoit chés les Druides & chés tous les
Gaulois le même culte, les mêmes myſteres,
les mêmes Fêtes & Jours célébres , les mêmes
Cérémonies Religieufes , la même dif
cipline , le même habit de cérémonie , le
même ordre de Sacrifice qu'en Egypte , en
Syrie , en Caldée , en Perfe ; les Gaules & la
Phénicie avoient mêmes obſervations & cal-
Cij culs
34 MERCURE DE FRANCE
, culs aftronomiques même maniere de
compter les jours , les mois & les années ;
ne célébroit on pas jufques fur nos Côtes
les Néomenies des Syriens & ,les Théophanies
d'Egypte ? Les Saifons étoient défignées
chés nous comme à Tyr & à Sidon ; felon
l'ordre des Prêtres & des Magiftrats , on y
confacroit comme en Egypte & chés les
Phéniciens , des Bocages , des Marais , des
Montagnes , des Villes , des Provinces ;
nous avons eu , à la difference près , que le
feul Dialecte ya mise , nos Leontopol , nos
Bufirite & autres ; mais ce qu'il y a de fingulier
eft une conformité d'ufages , qui ne
peut avoir été entre les deux Peuples , que
par une relation intime ; nous avons avec
les Juifs & les Syriens porté nos Dieux au
bout de bâtons , & il nous en reste encore
quelques veftiges ; nous avons , comme en
Caldée, défigné nos jours par nuits, & il y en
a encore des preuves dans certaines manieres
de parler. N'eft- il pas vrai , mon R. P. que
dans les Gaules on adminiftroit la Juſtice ,
comme en Syrie, dans un marché , à la porte
de la Ville , & dans la cour du Préteur ?
N'eft- il pas vrai que nos Magiftrats Civils
étoient diftingués , défignés , & habillés de
la même maniere que chés les Phéniciens ?
On fçait, qu'à l'égard des moeurs , les Gaules
voient , comm. ks Juifs , les animaux immondes
JUILLET. 1742. 1535
>
mondes , les épreuves domeftiques , les tems
de féparation ; en un mot , il n'y a rien eû
dans l'Egypte , la Syrie , la Caldée & la
Perfe , qu'on n'ait trouvé chés les Gaulois
dans la Grande Bretagne , & en Germanie :
on a même découvert , que certains Simples,
certains Arbustes , certains Minéraux , n'étoient
en recommandation chés les Gaulois ,
que parce que les Phéniciens , les premiers ,
en avoient fait cas ; on a trouvé vers nos
Côtes de Baffe Normandie , des figures qui
nous ont apris que la Médecine Phénicienne
& Grecque y a été fuivie ; on a découvert
dans les Mines d'Etain de la Grande Bretagne
des preuves que les Grecs y ont travaillé
; il eft donc vrai que le Commerce
d'Aicxandrie , comme celui des Phéniciens ,
s'eft étendu jufques fur nos Côtes Septentrionales
; cela eft d'autant plus évident , qu'il
n'étoit pas plus poffible aux Alexandrins
qu'il ne l'avoit été aux premiers Phéniciens
de naviguer vers la Grande Bretagne & les
Gaules , fans y avoir de Comptoirs , ou des
Etabliffemens fixes. Je le repete , cela étoit
abfolument néceſſaire , pour tirer les Marchandiſes
de l'intérieur du Pays , les aprêter
& les charger : mais il faut continuer notre
efpece d'ordre chronologique ; nous allons
entrer dans ces tems d'obſcurité , où il ſemble
que le Commerce de l'Orient dans les
C iij Gaules
1536 MERCURE DE FRANCE
Gaules ait difparu. Vous trouverez peut
être ici , ce qui vous a dérobé , & à tant
d'autres , la connoiffance des Verités Hiſtoriques
, que je veux vous expofer.
Les guerres que les Romains porterent dans
PAfrique & dans l'Afie , les révolutions de
l'Espagne , & fur tout la ruine de Carthage.
vers l'an de Rome 600 , & environ 155 .
ans avant J. C. commencerent à interrompre
le Commerce maritime de l'Orient en
Occident ; d'autres évenemens , prefque dans
le même tems , acheverent de l'interdire au
point que je le vois prefque oublié ; en effet
les Pyrates s'étoient multipliés de telle forte
dans l'une & l'autre Mer , qu'on n'ofoit
prefque plus naviguer , que la plupart des
Ports étoient devenus déferts , que Rome
même étoit comme bloquée , fans pouvoir
cominercer dans la Mediterranée ; qu'enfin,
felon Florus , il ne fallut pas moins de 15.-
Efcadres pour les difperfer ; il faut ajoûter à
cela , mon R. P. que les Cimbres , les Teutons
& les Germains , avec des armées de
deux à trois cent mille hommes , avoient ,
à differentes reprifes , traversé les Gaules
& les avoient défolées par des ravages , tels
qu'on peut fe l'imaginer de peuples barbares
comme les Cimbres ; que les Belges , autres
peuples venus de Germanie , s'étoient emparés
de tout le Pays qui eft au Nord de la
Seine ,
JUILLET. 1742 : 1537
Seine , jufqu'au Rhin , & non - feulement
en avoient chaffé les anciens habitans , juſqu'à
les forcer de fe retirer dans la Grande
Bretagne , mais déclarons hautement , au
moins quelques- uns d'eux , comme les Mo
rins , les Menapiens , les Nerviens & autres ,
qu'ils ne vouloient ni Villes , ni Çommerce ;
vous pensez bien , mon R. P. que dans ces
étonnantes révolutions l'état des Gaules
étoit extrêmement changé ; cependant les
preuves que les Syriens & ceux d'Alexandrie
s'y étoient établis , ne fe perdirent pas ,
comme quelques - uns fe l'imaginent ; plufieurs
Auteurs nous aprennent que fous le
nom général de Marchands ou Négocians ,
les Syriens , les Alexandrins , les Juifs &
les Caldéens faifoient feuls le Commerce des
Villes Gauloifes : voyons ce Point critique
de notre Diſſertation Chronologique , il eſt
intéreffant.
·
Vous fçavez , mon R. P. que dans ces
tems on entendoit communément par le
nom de Marchand , un Syrien , ou un Cananéen
, ou , ce.qui eft la même chofe , un
Phénicien ; vous vous reffouvenez , fans
doute , que je l'ai prouvé par S. Jerôme ,
qui le dit en termes exprès , & vous n'ignorez
pas que je le puis encore prouver par
des autorités qui ne fouffrent point de
contradiction. En effet , felon les Interpré
Ciiij
tes ,
1538 MERCURE DE FRANCE
tes , les Marchands , dont il eft parlé en faint
Mathieu , C. 11. v. 12. étoient des Phéniciens
ou Syriens ; il eft conftant que dans la
Vulgate , en differens endroits où l'Hébreu
parle du Phénicien ou du Syrien , S. Jérôme
T'a rendu par le nom de Marchand ; & actuellement
une infinité de Sçavans traduiſent
par le mot Marchand le Phénicien ou le
Cananéen : ceci pofe , mon R. P. voyons
fi , quand Cefar entra dans les Gaules , il n'y
trouva pas de ces Phéniciens ou Syriens
défignés par la qualité de Marchands , & f
dans fes Mémoires il ne les diftingue pas
expreffément des Gaulois.
fr
D'abord , dans le Livre premier , en par
lant de la réfolution qu'il a prife de fortifier
Befançon contre l'armée d'Arioviste , il dit
qu'il fut informé du deffein de ce Géneral
Allemand , par le raport des Gaulois & des
Marchands , vocibus Gallorum ac Mercatorum
, il n'y a perfonne qui ne fente que
Cefar fait ici une diférence entre le Gaulois
& le Marchand ; c'eft dans le même efprit
qu'en parlant de la grande Bretagne , Liv. 4 .
il dit que les Gaulois ne fçavent prefque
rien de cette Ifle, parce que perfonne , ajoûte
t'il, n'y aborde, à moins qu'on ne compte les
Marchands , encore ceux - ci ne connoiffoientils
que la Côte & les Villes du rivage ; on ne
peut pas douter qu'il n'y ait là encore une
diftinction
JUILLET. 1742. 1539
diftinction entre le Gaulois & le Marchand ;
mais je veux trouver de ces Marchands fur
les Côtes de notre Pays de Caux & en correfpondance
ou en commerce avec la Grande
Bretagne , car c'eft là ce qui défignera
mes Pheniciens , qui olim foli boc commercium
fecerunt ; voyons fur cela mes preuves.
Cefar étant entré chés les Morins,Peuples,
qui, comme l'obferve Dion Caffius , Liv. 39.
n'avoient point de Villes , non plus que
les Menapiens leurs voifins , & les Nerviens ,
aux extrémités de l'Amienois , il convoqua
les Marchands des environs du Port , où il
devoit s'embarquer , itaque convocatis adfe
undiquè mercatoribus. Voilà d'abord des Marchands
, qui ne pouvant être chés les Morins
&leurs voifins au- delà, devoient être vers nos
Côtes , en deçà ; mais une preuve que ces Syriens
ou Phéniciens étoient effectivement fur
nos Côtes en relation avec ceux de la Grande
Bretagne , c'est que Cefar au même Livre
dit en termes exprès , que les Marchands de
nos Côtes informerent ceux de la Grande
Bretagne de fon deffein : il faut ajoûter cette
obfervation , qui eft importante , pourquoi
mon R. P. chés les Morins , les Menapiens
& les Nerviens , ne voit- on que peu de veftiges
du commerce des Phéniciens & des
Grecs , qu'on ne voit prefque point parmi
eux de Monumens Syriens ou Grecs , qu'ils
C v ne
1540 MERCURE DE FRANCE
ne fçavent feulement pas parler Grec ? C'eſt
que ce font des Barbares qui ont déſolé le
Pays , & qui ne veulent point que les Marchands
abordent chés eux ; pourquoi au
contraire les Sueves & les Helvetiens ont- ils
de la vénération pour Ifis , Déeffe d'Alexandrie
& de l'Egypte ? C'est qu'au raport de
Cefar , Liv. 4. Ch. 1. ils fouffroient que les
Marchands commerçaffent chés eux ; _ on
trouvoit par la même raifon dans leur Pays
des Monumens écrits en lettres Grecques ,
Tabula reperta funt litteris Gracis confecta.
Mais les Romains étant devenus les maîtres
de la Syrie , d'Alexandrie & autres Contrées
de l'Orient , comme des Gaules , de la Grande
Bretagne & autres Pays de l'Occident,
l'ancien Commerce dût reprendre fon cours,
c'eft ce qu'il faut examiner.
Perfonne n'ignore le Commerce que faifoit
Alexandrie , à Rome , & fur les Côtes
de la Mediterranée dès les commencemens
de l'Empire , on fçait que par ce Commerce
& par une correfpondance avec les Syriens ,
les Juifs , & autres Négocians femblables
la Religion Chrétienne paffa de l'Orient à
Lyon & dans le midi des Gaules ; n'en feroit-
il point arrivé de même pour le Septentrion
? Si nous fuivons les commencemens
de la Religion Chrétienne de ce côté là
nous trouverons que le même commerce ,
la
JUILLET. 1742. 1541
fa même correfpondance l'avoient introduite
dans la Grande Bretagne & aux extremités
Septentrionales des Gaules , que je foûtiens
toujours être , dans le langage des Anciens
notre Pays de Caux , avec la Picardie; en effet
Tertulien en fon Liv. contre les Juifs , ne
dit - il pas expreffément que la doctrine de
J.C. étoit connue dans la Bretagne avant que
les Romains s'y fuffent abfolument établis ?
Ne voyons - nous pas dans Gregoire de Tours,
Liv. 9. Ch. 39. que cette même doctrine
avoit été reçûë dès les premiers tems aux
extremités des Gaules , Gallicanis in finibus ?
Ceci conferé avec ce Fait conftant que la
premiere difcipline , les premiers ufages , &
le premier miniftére de nos Eglifes nous
viennent d'Alexandrie & de Syrie , il fera
aifé de nous convaincre que le Commerce &
la correspondance ont facilité ces avantages .
Mais portons plus loin nos preuves.
Le jeune Agrippa dans Jofephe , Liv. z.
de la guerre des Juifs , démontre à cette
Nation que de la Gaule il leur vient une
infinité de richeffes , ce qui ne pouvoir être
que par Alexandrie , l'entrepôt entre l'Orient
& POccident. Nous voyons dans les Loix
Romaines des Codes de Théodofe & de
-Juftinien , les Syriens & les Effeniens d'Alexandrie
repréfentés comme Commerçans
non feulement dans les Gaules , mais dans
Cv tout
>
1542 MERCURE DE FRANCE
tout l'Empire Romain & confondus fous le
nouveau nom de Calicola, avec les Juifs , les
Samaritains , & autres iffus d'eux. Nous fçavons
, mon R. P. que leur Langue , qui étoit
la même que celle de Carthage , & qui par
cette raiſon étoit apellée Punique , étoit
encore reçûë , non feulement dans les Gaules
, mais dans toutes les Villes de l'Occident
, parce qu'ils y étoient établis , d'où
vient que le Jurifconfulte Ulpian dans la Loi
II. au dig. de fidei com. tertio , permet de tef
ter en Latin ou en Grec , en Punique ou en
Gaulois ; enfin à l'avenement des differentes
Nations de la Germanie dans les Gaules , on
retrouve encore que les Syriens & les Juifs
y commerçoient : lifez , mon R. P. , lifez
S. Jerôme fur Ezechiel , les Loix des Bour
guignons & des Vifigots , Salvien de Marfeille
& autres , vous trouverez que ces
Commerçans occupoient les premiers quartiers
des Villes , & étoient les feuls. qui y
trafiquoient. Si vous voulez vous donner la
peine de voir Sidonius Apollinaris & les Auteurs
qui l'ont illuftré , comme Savaron ou
le Pere Sirmond , ils vous aprendront que
je n'ai point avancé une chimere , quand j'ai
dit que les Syriens , ou ce qui eft la même
chofe , les Phéniciens , faifoient encore figure
en France fous nos Rois de la premiere Race
Eft-il poffible , mon R. P. , que vous n'ayez
pas
JUILLET. 1742. 1543
pas lû dans Gregoire de Tours , Liv. 8. Ch. 1.
que ce furent ces fortes de Négocians qui
haranguerent le Roy Gontran , Lingua Syrorum
, quand ce Prince entra pour la premiere
fois dans Orleans ? Quoi , mon R.
P. vous ignorez ce que dit le même Hiftorien
, Liv. 10. Ch. 26. , qu'un riche Syrien
la bourfe à la main , trouva le moyen de fe
placer fur le Siége Epifcopal d'une des premieres
Villes du Royaume , & Syros de ge
nerefuo Ecclefiaftica domui miniftros prafuit ?
Lifez ces Auteurs que je vous ai cités , &
conferez-les avec les Mabillon , les Dachery ,
les Ruinard, les le Cointe , les Pontanus , les
Leibnits, les Echard & autres que vous devez
abfolument connoître , vous vous convaincrez
bien tôt que du Grec, des Alexandrins ,
des Syriens & des Juifs vint l'ufage chés nos
Gaulois Romains & chés les premiers François
, de fe fervir de nombre de caracteres
Grecs , d'écrire même encore quelquefois
comme les anciens Grecs de gauche à droite
& de droite à gauche , de défigner differentes
chofes en Grec derivées du Syrien , & d'avoir
une infinité de Cérémonies & de Fêtes toutes
Grecques & Egyptiennes , encore une fois ,
mon R. P. voyez les quatre Livres de Joachin
Peronius , de Lingua Gallica cum Graca
cognatione , la Celtopadie de Picard , le Pere
Pezeron dans l'Antiquité des Celtes, Voffius
de
1544 MERCURE DE FRANCE
1
de vitiis fermonis & une infinité d'autres Au
reurs , ils vous aprendront qu'actuellement
dans notre Pays de Caux & en Picardie , les
Payfans fe fervent encore de dictions toutes
Grecques ; qu'en dites-vous ? Ai-je véritablement
adopté une chimere quand je me
fuis imaginé que les Phéniciens ou Syriens ,
les Juifs & les Grecs d'Alexandrie , leurs
Colonies & les Peuples iffus d'eux , ont
commerce & ont eu des établiſſemens fur
les Côtes Septentrionales des Gaules ? Vous
dites dans vos remarques , qu'il vous afuffi
d'expofer mon Systeme pour le décréditer, qu'il
n'y a pas une ame au monde, excepté la mienne,
qui ait penfé comme moi , que vous vous êtes
bien donné de garde en parlant des Antiquités
du Pays de Caux, de citer les Navigations des
Phéniciens : qu'enfin vous fouhaiteriez avoir
une Lifte de ceux qui om été de mon fentiment
touchant le Commrce de ces Peuples ; raporter
vos expreffions comme je le fais ici , eſt toute
la réponſe que je prétends y faire , je laiffe
au Public éclairé les réflexions qui fe préfentent
naturellement. J'examinerai cependant
dans un autre Ouvrage ce que les Sçavans
, qui ne font pas de mon fentiment,
pourront m'opofer. Je fuis véritablement &
avec refpect , M. R. P. , &c.
A Rouen , le 1. Mars 1742.
VERS
JUILLET. 1742. 1545
"
VERS de M. P.... âgé de neuf ans
à Mlle D..... âgée de buit."
QuiUi croiroit , gentille Brunette ,
Que vous fuffiez fi peu difcrette ,
Que de montrer à tout venant
Ce
que le tendre fentiment
Me fait quelquefois vous écrire ?
Je vous conte mon`doux martyre ,
Car c'en eft un de ne pouvoir ,
Autant que je voudrois , vous voir.
Je me retourne la cervelle ,
Pour en fortir quelqu'étincelle ,
Qui puiffe vous prouver l'ardeur
Dont pour vous s'enflâme mon coeur ;
Je me prive de l'amufette
De grignotter la tartelette ;
Je fais mon plaifir le plus doux
De toujours m'occuper de vous ,
Et quand d'une façon furtive
Je vous envoye une miſſive ,
Tout auffi - tôt à la Maman
On va montrer le compliment.
Des Vers ! dit-on , il faut les lire s
Cela donne matiere à rire ;
On s'en fait un amuſement ,
1546 MERCURE DE FRANCE
Et feule vouss êtes la caufe
Qui fait que de nous deux on glofe ;
Faites-y bien refléxion ;
Pour moi , de la difcretion
Je me donnerois pour modéle ;
Si par fois un peu moins cruelle ,
De votre part à mon amour ,
Je recevois quelque retour ,
Votre efprit qui toujours femille ,
Et de jolis dires fourmille ,
Pour moi feul encor n'a dit rien.
Daignez donc me faire ce bien ,
Que j'attens avec tant d'envie ,
Et qu'aucun rival de fa vie
N'ofera plus me difputer ,
Car vous ne pouvez pas douter
Que , quand pour vous il faut combattre ,
On est toujours prêt à ſe battre .
Adieu , vous dis , jufqu'au revoir ,
Et je vous donne le bon foir.
A Lille , en Flandres , ce 22. Avril 1742.
LET
JUILLET.
X547 1742:
LETTRE de M. de D. L. M.à M....
au fujet des Confeils donnés à M. R.
La
'Ecrit que vous avez lû dans le Mercure
de Juin , quoique très - bon pour ce qu'il
entreprend , ne vous formera point une idée
fuffifante des confeils donnés à M. Racine
fur fon Poëme de la Religion . Je vais tâcher
de fupléer tout ce que j'y aurois defiré.
Premiérement l'Auteur de cet Ecrit paroît
d'un génie admirablement fingulier dans fes
goûts & fes averfions littéraires . Vous ne devineriez
jamais toutes les chofes qui lui déplaifent
, & celles qui donnent dans fon
fens.
Il n'aime point , par exemple , que le Mer
cure ait quitté fon ancien titre de Galant , &
il le lui fait reprendre , pour plus de grace ,
aparemment.
Il aime encore moins qu'il ait renoncé au
caractére frivole , & fi l'on fuit le plan qu'il
laiffe entrevoir , on rendra au Mercure , pour
fon édification , ce bienheureux caractére.
C'eft , felon lui , une profanation des chofes
faintes , que d'y inférer quelque chofe qui
ait raport à la Religion . Au refte , tant d'honnêtes
gens à qui il eft arrivé d'être ainfi des
pro1548
MERCURE DE FRANCE
profanateurs , pourront aifément s'en confoler
, s'ils font réfléxion que l'anonime , en
les condamnant , condamne auffi le jugement
du Public , qui penſe d'une maniere
toute opofće .
Ce n'eft pas tout , ce grave Réformateur
trouve encore que les Auteurs même font
>
quelquefois des hommes un peu incompetens
dit- il. Si , par exemple , un homme d'efprit
a tourné fon goût du côté du Théatre , il
ne lui fera plus permis de fe difcerner des
impies , & d'inférer dans le Mercure une
profeffion publique de fa haine pour Pimpieté
, il eft incompétent. Queile délicateffe
de Religion ! Si un autre eft occupé aux affaires
féculieres,comme à celles de la Finance ou
de la Guerre , ou , fi vous voulez , à celles du
Commerce,il eft pareillement incompétent , &
le voilà fous l'interdit de notre Réformateur.
Par la même raifon , M. Rouſſeau eft
encore un incompétent . Et comment cela ,
me direz-vous ? c'eft qu'il a fait comme on
fait , quand on renonce férieufement à un
mauvais parti, en preuve de fon fincere retour
à Dieu , il a donné tout l'éclat poffible à fa
rupture avec le parti de l'impieté , à qui il
a fortement reproché les principes fecrets
qui font la fource & le fondement de fes
Dogmes affreux. Tout le monde eft édifié
d'une réparation fi complette , qu'il a confir
mé
JUILLET. 1742. 1549
mée durant plufieurs années par une vie de
retraite confacrée à tout le férieux de la Religion
, & confommée par une mort vraiment
chrétienne ; notre Confeiller réformateur
au contraire , en eft fcandalife , & pour témoigner
fon indignation contre M. Rouffeau
, il lui donne très- finement le nom de
Docteur, mais jamais le titre de Monfieur,qu'il
acorde pourtant volontiers à M. de la Mothe
, mort il y a déja long- tems. Non content
de cette punition finguliere , il blâme
fon difcernement & fon jugement en fait de
Poëfie , fon raiſonnement dans tous fes Ou→
vrages , & même fon talent poëtique en fait
de grands Vers. Ce n'eft pas tout , & ceci
eft plus férieux , il attaque fes licences paffees
, & lui reproche fort honnêtement des
pechés que la miféricorde de Dieu a couverts
, & que fa pénitence aura réparés ,
comme il y a tout lieu de l'efperer. Cepen
dant, il veut que ce foit avec une extrême cha
rité que l'on attaque les incrédules . Ainfi il
entend , fans doute , les incrédules non convertis
, car pour ceux qui le font férieuſe
ment , vous voyez quelle charité il montre
à leur égard ; en même tems il demande
qu'on ait de la politeffe avec les Morts , aparemment
en imitation d'un fi bel exemple
qu'il en donne lui - même. Mais , me direzvous
, ce n'eft donc pas avec tous les Morts
qu'il
1550 MERCURE DE FRANCE
qu'il demande qu'on ait eette politeffe ? Vous
avez raifon. C'eft avec Bayle , par prédilection
à tous les autres ; fes Ouvrages font
dit-il , le fondement de toutes les Bibliothéques
; entendez cela , fi vous pouvez ,
pour moi j'y renonce.
M. Racine s'eft élevé contre le mauvais
goût, qui s'efforce de s'introduire dans notre
Littérature ; cet homme- ci trouve de l'indécence
dans cette critique vague & générale ,
& pour preuve il apelle cela invectiver contre
les Auteurs fes Confreres ; & cependant l
a dit précedemment en Profe , & plus fortement
encore , ce que M. R.... avoit dit en
Vers , il a dit qu'il reste peu de bon goût en
France. Vous voyez , M. combien il y a
d'arrangement & de fuite dans les idées de
ce grave Confeiller.
Cependant , pour faire voir la fuperiorité
de fa Dialectique , il releve des Vers de M.
Racine , dont la pensée va à dire que Dieu
ne peut autorifer une erreur il trouve cet
argument faux , parce que Dieu permet , ditil
, qu'ils foient trompés par le Mahometime
que Dieu , comme tout le monde fçait , ne
paroît nullement autorifer , & qu'il permet
encore qu'ilsfoient trompés par la Morale de
Confucius , qui eft , dit- il , une Morale auftere
admirable.
Or , comme on eft quelquefois peu intel
>
ligible ,
JUILLET. 1742. 1551
ligible,lorfqu'on a l'efprit fort profond, il faut
que l'efprit de cet homme - ci le foit éminemment.
Caron ne conçoit point comment une
Morale auftere& admirable eſt une erreur qui
trompe & qui féduit : elle pourroit , à la ve
rité , fervir d'ocafion à l'erreur , mais la Mo
rale de Confucius n'eft point ce qui a introduit
à la Chine l'Idolâtrie , qui lui ef
poftérieure ; ainfi le terme d'erreur qui trom,
pe & qui féduit , ne lui convient de nulle
forte. On ne comprend pas davantage com.
ment le Mahométifme , que Dieu n'a jamais
femblé autorifer , eft une preuve que Dieu
peut permettre qu'une erreur abuſe de fon
nom pour féduire les hommes. Si donc ce
qui n'eft pas intelligible, eft admirable , il y
a de quoi fuccomber icifous le poids de l'admiration.
Afin de fentir mieux la profondeur infcru
table de cette Dialectique de l'anonime , il
faut fe placer au même point de vue où
étoient les premiers Chrétiens. Nés dans la
Religion des Idoles , ils y avoient vécu jufqu'alors
, fans que la connoiffance d'un feul
Dieu , publiée affés haut par les Philofophes
, & répandue encore plus par les Juifs ,
qui étoient eux-mêmes répandus par toute
la terre , eût fait autre chofe que fraper leurs
oreilles , fans pénétrer jufqu'à leur coeur.
Mais des hommes fimples & fans Lettres
leur
1552 MERCURE DE FRANCE
leur viennent annoncer cette même verité ;
& Dieu , qui fe révele en même tems à leur
coeur , ôte le voile de leur efprit , tout prend
une nouvelle face à leurs yeux ; cette premiere
verité , jufqu'alors méconnuë , devient
pour eux comme la premiere lettre de créan
ce des Apôtres , & les Miracles qu'ils leur
oyent faire , achevent de les convaincre
qu'ils font autorifés de cet Etre Suprême
qu'ils annoncent. Enfin les nouveaux Chrétiens
difent : puifque Dieu autoriſe ainfi ces
hommes divins , il ne permettra pas qu'ils fe
"trompent , & nous enfeignent l'erreur. Voila
ce que la Dialectique de notre Confeiller
anonime reprouve comme un faux raifonnement
! Qu'est-ce donc que jufteffe de raiſonnement
, felon lui ? Or ce raifonnement des
premiers Chrétiens eft encore celui des Chré
tiens d'aujourd'hui . C'eft la Religion Chrétienne
, difent-ils , qui a fait connoître à
l'Univers fon Maître ; & par cela feul elle a
pris un tel afcendant que Mahomet lui même
s'eft vû forcé d'en être l'Echo fur ce
grand article : il eft donc impoffible que
cette Religion , qui eft divine en cela , foit
une erreur dans le refte de fa Doctrine. C'eft
à toutefois un faux raifonnement. Voicz
comme l'Univers fe trompe au jugement de
notre Dialecticien Confeiller. Ah ! Si les
Déïſtes étoient avec autant de fincerité qu'ils
CH
JUILLET. 1742. 1553
en font le femblant , de zélés partifans de
l'unité de Dieu , fe pourroit- il qu'ils ne fuffent
pas pénétrés de reconnoiffance envers
la fainte Religion à qui ils font redevables
de cette précieuſe verité ?
Mais revenons aux admirables Confeils de
l'anonime ; il ne veut pas que l'on parle du
Hazard, parce que les Ecoliers de Seconde, ditil,
fçavent que le Hazard n'eft qu'un nom , &
que le grand fyftême des Matérialiſtes eſt la
néceffité. Mais cette néceffité eft -elle ellemême
autre chofe qu'un nom ? Et ne fait on
pas fur fon fujet les mêmes queftions que
fur le Hazard ? Qu'est-ce que cette néceffité ?
Eft- elle corps Eft - elle efprit ? Eft - elle fubftance
? Eft-elle attribut ou mode ? Eft - ce un
Etre réel ? Ou n'eft - elle que notre maniere
de concevoir les chofes ? Eft - elle diftincte
du fujer en qui elle réfide ? ou n'eft elle que
lè fujet même néceffité ? Que répondent ils
à ces questions ? Des airs fuffifans , & un
fafte charlatan , mais jamais rien de clair &
de précis. En effet quelle difference у a- t'il
du Hazard à ce fatum Stoïcien , à cette néceffité
aveugle du Matérialiſme ? C'eſt toujours
les chofes être & arriver fans qu'il y ait
aucune raifon , aucune volonté qui en décide,
& qui les détermine ; c'est toujours le
néant qui eft la fouveraine cauſe de tout. Et
voila ce qu'on ofe apeller un grand fyftême !
Car
1554 MERCURE DE FRANCE
Car enfin , pour mettre au fait ceux qui n'y
font point , il faut qu'ils fçachent que c'eft
ici le point fondamental de tout le Matérialisme.
Tout eft , difent-ils , ce qu'il eft
par une néceffité naturelle. La lumiere doit
néceffairement éclairer , dès qu'elle eft lumiere
, & les yeux doivent voir dès qu'ils
ont toute l'organiſation qui leur convient.
Mais quelle eft l'intelligence qui veut que
la .
lumiere & les yeux foient ce qu'ils font ?
Oh ! vous allez trop loin : il faut refpecter le
myftere de cette fublime Philofophie. On
vous a dit que tout eft ce qu'il eft par la
néceffité de fa nature. Si vous n'êtes pas
content , on vous ajoûtera encore que , de
votre aveu , il faut bien que quelque chofe
exifte : eh bien ? ce quelque chofe eſt tout ce
que nous voyons ; ainfi , felon vous- même
ce quelque chofe eft donc tout ce qu'il eft
par une néceffité naturelle , Vous voyez
Monfieur , que je plaide bien la caufe du
Matérialife ; ils ne peuvent pas m'accufer
d'affoiblir leur fophifme fondamental. Mais
revenez toujours à leur demander s'il y a
quelque intelligence qui veuille ces chofes
telles qu'elles font ; tenez ferme là - deffus
fans vous laiffer éblouir par les fophifmes
dont ils font prodigues à milliers , & vous
verrez qu'ils feront réduits à vous avouer que
non ; ce qui veut dire en bon françois , que
cette
น
JUILLET. 1742. 1555
cette nature est néceffitée dans tout ce qu'elle
eft , & il n'y a pourtant rien qui la néceffite
; que tout est déterminé & arrêté , & perfonne
ne le veut , perfonne ne le détermine
; que tout eft effentiellement paffif, & il
n'y a point de principe actif; que tout eft
effet , & il n'y a point de caufe ; qu'ainfi
Hazard ou néceffité tout cela indifferemment
ne veut dire que la négation de l'Etre
fuprême.
En verité il faut bien aimer à être la dupe
de l'irréligion , pour fe repaître de pareilles
pauvretés , ou plûtôt de pareilles indignités
! Car que deviennent la confcience ,
l'honneur , l'amour de la vertu , la connoiffance
de la verité , la diftinction du bien &
du mal , le culte de Dieu , l'efprit de ſocieté
, en un mot , fi l'homme n'eft rien de.
plus que la matiere qui le compofe ? Si les
combinaifons inévitables d'une matiere toute
néceffitée , opérent tout en lui , que peut on
attendre de la raiſon , du bon fens , de l'éducation,
des principes de conduite , des Loix ?
Tout eft réduit à rien , & l'homme , abaiffé.
au- deffous des bêtes , que nous ne croïons
point néceffitées dans toutes leurs actions ,
n'eft plus qu'un automate , même en fait de
fentimens & de raiſonnemens , comme en
fait de mouvemens corporels. Quelle dégra-:
dation ! Quel abrutiffement ! Quelle baffeffe !
D Quel
1556 MERCURE
DE FRANCE
Quel oprobre ! Il faut donc être bien aveuglé
, pour mettre fa confiance dans le fophifme,
jufqu'à dire, que c'eſt là un ſyſtême;'
& un grand fyftême encore ! Mais auffi pourroit
- on avoir de la raifon , de l'intelligence ,
du bon fens contre Dieu ? Eft ce que Dieu
peut mettre en nous quelque chofe de vrai
contre lui- même ? C'est ce que vous ſçavez
mieux que moi , M. Vous n'êtes point
de ces Chrétiens peu conféquens , qui s'imaginent
que l'impieté puife dans la lumiere
qui nous vient de Dieu feul , de quoi con-
Dieu tredire Dieu , & qui ne voyent pas que
ne peut jamais avoir rien de contraire à lui
que le menfonge. Mais je vais plus loin que
je n'aurois crû,
Enfin je vous ferai encore une obſervasion
fur un trait de l'anonime , dans lequel
il a voulu donner une preuve de fon goût
hiftorique,de fon difcernement critique , & a
prétendu faire voir qu'il n'étoit en rien inférieur
à lui -même . Vous fçavez bien , M. que
le tems de l'avenement de J. C. étoit annoncé
d'une maniere fi certaine , que lorsqu'il
eft venu , tout le monde s'y attendoit. Les
Juifs comptoient avec tant d'affurance fur
ce grand évenement , qu'il y eut des flateurs
qui en firent leur Cour à Hérode , & le prirent
pour le Meffie , Les Romains en étoient
tellement frapés,que Virgile entonna la trom
pette
JUILLET. 1742 . 1557
pette dans une Eglogue , pour en célebrer
l'aproche , & fe livra à tout fon enthouſiaſme
au fujet des circonftances que les Sybilles
en avoient publiées , & qui devoient rendre
un tel évenement défirable à tout l'Univers ;
dans la fuite ce bruit devint fi grand , fi général
, & parut fi férieux aux Empereurs ,
qu'il y en eut un qui fit rechercher les Parens
de J. C. pour les mettre à mort , & qui fit
périr tous ceux qu'il put découvrir. Enfin ,
ce qui confirme que le défiré des Nations
devoit alors les tenir dans l'attente , c'eſt que
les Juifs y font encore reftés depuis ce temslà
jufqu'à préfent. Eh bien, M.notre fage anonime
ne s'accommodant pas de ce concours
éclatant de témoignages de la Miffion de
J. C. le traite de mauvaise raison qui affoiblit
la caufe de J. C. Et quelle preuve donne -t'il
d'une déciſion fi paradoxe ? Le croiriez-vous ?
c'eft d'apeller cela un je ne fçais quel bruit ;
qui ne courût que du tems de Vefpafien. II
nous donne donc fon autorité toute pure
comme devant nous tenir lieu de tout . Qu'il
eft heureux d'avoir ainfi un génie tranfcendant
, qui abrege les queftions d'un feul
coup !
Il y auroit encore d'autres chofes à admirer
dans ce rare Ecrit , que l'on croiroit aifément
venir de quelque jeune homme , qui
n'eft en peine que de faire montre de viva-
Dij cité ,>
1558 MERCURE DE FRANCE
mais vous
cité , & de donner , felon fes propres ex
preffions , de l'effor à fon ame ,
viendrez à Paris , & vous verrez la Piéce.
elle -même. En voila affés pour me procurer
l'honneur de vous dire que je fuis , &c.
D. L. M.
Je ne puis m'empêcher , M. de re
prendre la plumé , & de revenir encore ,
premierement à nos Matérialistes. Ces graves
Philofophes ont eu à ménager deux
intérêts entiérement incompatibles : l'un ,
de tâcher d'être moins fots qu'Epicure
avec fa déclinaifon des atomes & fon Ha
zard , qui équivaut , à je ne fçais quoi ,
c'est-à- dire , à rien ; l'autre , de dire cependant
comme lui , que tout vient de la matiere
. Ce dernier article demandoit que rien.
de fpirituel ne précédât ni ne fût un préalable
à l'Etre matériel quelconque , & le premier
éxigeoit auffi qu'on ne nous donnât
point encore le je ne fçais quoi, ce rien, pour
principe & pour cauſe fuprême de tout. Dans
une fituation fi embaraffante , ces Meffieurs
ont cru tout concilier , en établiſſant leur né
ceffité brute & géométrique tout enſemble ,
chef- d'oeuvre digne de leur génie ! Vous ve
nez de voir s'ils ont par là évité l'inconvé
nient où Epicure eft tombé. Mais à l'égard
du fecond article ont-ils mieux réülfi ?
Voyons : la matiere eft , difent -ils , tout ce
qu'elle
JUILLET. 1742 1559
qu'elle eft par une néceffité géométrique
comme il eft néceffaire que les trois angles
d'un triangle foient égaux à deux droits , &
que les rayons d'un cercle parfait foient
égaux entr'eux. Mais obfervez , M. que ces
loix , ces regles géométriques font chofes
fpirituelles ainfi voila pourtant , malgré
qu'ils en ayent , l'Etre fpirituel qui tient encore
le fceptre , & qui décide de tout dans
la matiere. Il est donc faux que tout vienne
de la matiere , & qu'elle foit par elle-même
, & par fa propre néceffité tout ce qu'elle
eft , puifque cette néceffité toute fpirituelle ,
ne fe trouve que dans les loix , les regles de
verité , qui déterminent toutes fes combinaifons.
De plus , ces loix fouveraines , ces
regles de verité , cette néceffité géométri
que , dont les combinaifons de la matiere
font totalement l'effet , elles doivent fubfifter
quelque part , puifqu'elles ne fubfiftent point
en elles - mêmes , qu'elles ne font point des
fubftances
, & que des regles , des loix , des
verités , que perfonne ne connoîtroit , ne feroient
nulles regles , nulles loix , nulles verités.
Il faut donc , de toute néceffité , qu'elles
fubfiftent dans une intelligence qui les
connoît & les veut telles qu'elles font.
Eh bien ne voila - t'il pas tout le travail des
Matérialistes qui fe diffipe en fumée , pour
avoir voulu donner à leur fyftême un fonde-
Diij ment
1560 MERCURE DE FRANCE
ment qui eût feulement une aparence de
verité ?
Qu'ils font burlefques de vouloir dire
quelque chofe de fenfe , & parler de verité ,
en fuprimant la fource & l'Auteur de toute
verité ! Affurément le travers d'Epicure eft
encore moins ridicule . Car au moins a - t'il
fenti , que quand on veut tourner le dos à
P'Etre Souverain , il ne faut plus s'embaraffer
de verité & de bon fens. Que nos Matérialiſtes
comprennent une fois ceci , & ils
épargneront enfin au genre humain tout ce
burlefque qu'ils nous donnent gravement
pour de la Philofophie.
En fecond lieu , l'anonime veut que l'on
attaque certains incrédules dont il raporte
les Dogmes. Mais s'il plaît à ces incrédules
de faire à la Religion de fauffes imputations,
leur impofture fe réfute d'elle - même . Ils ne
veulent point , par exemple , que Dieu ait de
la prédilection pour un peuple. Or jamais la
Religion , feule vraie a - t'elle admis en Dieu
une prédilection injufte qui confifteroit à enrichir
les uns aux dépens des autres ; ou déraifonnable
, qui préfereroit fans raifon les
uns aux autres ? Ils ne fçauroient donc attaquer
dans la Religion une telle prédilection,
puis qu'elle n'y eft pas , à moins qu'ils ne
foient de ces gens , qui prétendent réfuter la
Religion fans la fçavoir , ce qui n'eſt que
trop
JUILLET. 1742. 1561
trop commun. Mais fi la prédilection qu'ils
attaquent , eft celle dont parle S. Paul dans
cette célebre exclamation qu'il fait fur la
hauteur & les richeffes incompréhensibles
de la fageffe & de la fcience de Dieu , ils
font eux - mêmes les plus déraifonables de
tous les hommes. Quoi ! ils reconoîtroient
une prédilection qui feroit infiniment fage ,
infiniment juſte , & ils la condamneroient ?
C'eft à eux de voir s'ils pourront jamais fe
tirer de ce Dilême .
Dieu qui eſt toujours , comme ils le diſent ,'
le Pere de tous les hommes , ne met rien que
de bon dans chacun d'eux , ne fait que du
bien à tous. Mais il doit y avoir des diſtinctions
perfonnelles entr'eux ; il doit y avoir
de l'ordre dans leurs diverfes fituations en
ce monde. Ainfi les uns doivent être Rois ,
les autres peuples ; les uns riches , pour communiquer
les richeffes temporelles , les autres
pauvres ou induftrieux , pour pouvoir
mériter cette communication ; les uns plus
éclairés des lumieres de l'efprit , les autres
moins , à fin de recevoir des premiers ce qui
leur manque . Faire autrement , mettre tour
dans tous , c'est tout confondre. En un mot
le monde des efprits eft du moins autant
que le monde corporel , le Royaume de l'ordre
: ainfi , de toute néceffité , il faut qu'il y
ait des places premieres , & d'autes pofte-
D iiij rieures,
1
1562 MERCURE DE FRANCE
rieures , des hommes qui foient avant , &
d'autres après , des fujets préferés à d'autres
fujets. Toutes les pierres d'un Bâtiment ne
peuvent être placées au Frontifpice ; toutes
les parties d'un corps humain ne peuvent
être l'oeil ou le front. Cette prédilection eft
donc un fait que l'expérience ne peut contefter
, & auquel la raifon ne peut fe refufer
d'aplaudir , puifque non - feulement elle eſt
infiniment jufte, infiniment fage, mais qu'elle
eft encore , comme nous venons de le voir.
néceffaire dans l'hypothéfe préfente . Laiffons
donc ces incrédules délibérer , & chercher
ce qu'ils répondront à cela.
Ils ne veulent pas non plus que Dieu qui
imprime , difent- ils , dans tous les coeurs la
loi naturelle , regarde dans fa fureur les peuples
qui la violent. En verité cela mérite - t'il
une réfutation ? Le Dieu que ces gens -là fe
font forgé , n'eft qu'une miférable idole ,
qui fait des loix fans fe foucier fi on les obfeive
, qui eft , dit - on , le Pere de tous les
hommes , & qui ne s'embaraffe point s'il y
en a qui volent , qui tuent , qui empoifon
nent leurs freres , qui ne hait point le mal ,
qui ne récompenfe point le bien , pour qui
le vrai & le faux font également indifferens.
Dieu ne nous a point donné la raifon , difent-
ils encore, pour éxiger qu'on croye ce que
cette raison réprouve ; il ne nous éclaire point
pour
JUILLET. 1742 : 1563
pour nous aveugler. Ceci eft une fauffe imputation
. On ne peut reprocher à la Religion
que ce qu'elle dit : Or elle n'a jamais dit
nulle part que Dieu nous donne la raison pour
exiger qu'on croye ce que cette raiſon reprouve
, & qu'il nous éclaire pour nous
aveugler. Car il ne s'agit point de ce que
peut nous objecter une raiſon auffi bornée
que la nôtre . Cela n'eft point la Religion
revelée , de laquelle feule il eft ici queſtion..
Or depuis dix-fept fiecles , cette Religion
ne ceffe de dire que Dieu qui eft l'Auteur
de notre raiſon comme de notre foi ne
,
peut fe contredire lui-même. Qu'ainfi toute
prétendue raifon qui nous dit le contraire
de notre foi , n'eft point la vraie & droite
raifon qui vient de Dieu . Par conféquent ,
tout ce qu'il peut y avoir de vrai dans cette
imputation calomnieufe , que l'incrédulité
fait ici à la Religion , c'eft qu'il y a des
points de foi qui ont une aparence de contradiction
avec les lumieres de notre raifon.
Mais cette même foi nous oblige en
même tems d'affirmer de toutes nos forces
contre tout l'enfer , & tous fes émiffaires
, quelque rage qu'ils en puiffent concevoir
, que malgré cette aparence il n'y a
rien que nous croyons être plus parfaitement
d'accord ( quoique nous ne puiffions pas toujours
démontrer cet accord ) que nos vraies
D v lumieres
1564 MERCURE DE FRANCE
lumieres naturelles avec nos lumieres furnaturelles
, puifqu'elles viennent les unes
& les autres de la même fource , qui eft un
Dieu infiniment fage ; & que dire le contraire
, c'eft fe renoncer indignement pour
Chrétien. Que l'impieté hurle & exhale
tout ce qu'elle voudra , il ne faut donc
point paffer outre avec elle , jufqu'à ce qu'ell
ait enfin répondu à cette question qui lui
déplaît fi fort : Dieu eft- il contraire à luimême
, oui ou non ?
Enfin pour mettre au jour l'inconcevable
folie des Déïftes , dont l'anonime ſe plaît à
multiplier le nombre , il faut fe rapeller dans
quel prodigieux aveuglement l'Univers reſta
plongé jusqu'à J. C. au fujet de la Religion .
Comment les Peuples les mieux policés , les
Nations les plus éclairées ont donné fur cet
article fi effentiel , dans les travers les plus
honteux ; qu'il n'eft point de vice , point de
crime qui n'ait été confacré , point d'extravagance
qui n'ait trouvé fa place dans quelqu'une
des Religions du Paganiſme ; & que
depuis J. C. les diverfes Héréfies & le Mahometifme
, ont encore ajoûté aux abominations
anciennes des erreurs nouvelles , & de
nouvelles indignités .
Voilà donc l'efprit humain convaincu fans
réplique & par une expérience de près de
fept mille ans , de fon infuffifance naturelle
pour
JUILLET. 1565 1742.
pour les chofes de la Religion. Tout ce qu'il
à de droiture & de lumiere ne peut donc lui
fervir qu'à défefperer d'arriver jamais à la vérité
fur ce grand article , vers lequel cependant
il fe fent emporté par toute la pente de
fa propre Nature. Mais ôter encore à la Religion
Chrétienne , comme font les Déïftes ;
l'avantage d'être la Religion feule vraye , ce
feroit ajoûter , s'il étoit poffible , à la certi
tude de cette conviction , qui équivaut à tou
te la certitude des Mathématiques . Cepen
dant l'efprit humain ne peut fe paffer de Religion.
C'est encore une expérience de tous
les fiecles , par laquelle nous fommes con
vaincus qu'il faut être ou dénaturé , ou entierement
ftupide , pour ne point déſirer de
fçavoir quel eft fon Auteur , d'où l'on vient,
où l'on va , ce que l'on deviendra dans cet
avenir éternel & qui eft fi proche de nous.
De quel côté le Genre humain fe tournera- t'il
donc ? Qui pourra l'éclairer enfin ? Où trouvera-
t'il fa reffource ? Ce fera , qui l'auroit
crû ! qui jamais auroit pû s'y attendre ! Ce
fera , fi l'on écoute le Déifme , dans fa
Doctrine , que l'on trouvera cette reffource
inefperée. Tout l'Univers s'eft trompé &
fe trompe encore ; lui feul a la vérité en
partage ; lui feul eft parvenu à cette haute
fagelle où n'a pû atteindre tout ce qu'il y
a cû jufqu'à préfent de plus éclairé & de plus
D vj vertueux
1566 MERCURE DE FRANCE
vertueux parmi les hommes. Lui feul fçait
parler de Dieu & des chofes divines de la
maniere la plus fage & la plus digne de ces
grands objets.
Mais après une expérience de tant de fiécles
, nous ferions bien infenfés de nous en
raporter à tout autre qu'à une autorité infaillible.
Eh bien , c'eft lui , c'eft le Déïſme qui
eft cette lumiere célefte & infaillible , fufcitée
de Dieu pour adreffer le Genre humain à
fon véritable terme. Que l'Univers fe taiſe &
l'écoute .
Voilà , M. ce que c'eft que le Déïſme .
Quel prodige ! Quel Monftre de folie & de
présomption ! Mais croyez - vous que ceux
qui fuivent ce fyftême , donnent effectivement
dans une fi extravagante présomption ?
Non , vous êtes trop éclairé , & je fuis perfuadé
que je ne penfe que ce que vous penfez
, qu'ils ne prennent ce fyftême que pour
ce qu'il eft,c'est- à - dire une miférable impofture
, controuvée pour faire parade d'impudence,
& fe moquer de Dieu & des hommes.
Je vous laiffe à vos refléxions fur ce fujet.
Pour la commodité du Public , on trouvera cette
Piéce Quai des Auguftins , chés la veuve du Bourg ,
à côté de la petiteporte de l'Eglife.
ODE
JUILLET . 1742: 7567
but: fist st:stst:stot
ODE ,
A M. le Marquis de Vence.
I Lluftre Chantre de la Seine ,
Qui n'as pû dérober tes jours
Aux traits de la Parque inhumaine ,
Renais & vole à mon fecours ;
Inſpire- moi ce beau génie ,
Ce noble feu , cette harmonie ,
Qui dans tes Chants eut tant d'apas ;
Si tu fecondes mon audace ,
Mes Vers, comme les tiens , feront fur le Parnaffe )
Vainqueurs des tems & du trépas,
*
Déja tu me remets ta Lire ,
O Ciel quels tranſports raviffans !
Où fuis-je ? Quel nouveau délire
Agite & charme tous mes fens !
Rouffeau , c'eft ta voix qui m'anime j
Tu me dévoiles l'art fublime
Dont ton efprit fut revêtu.
Je ne crains plus le fort J'Icare ;
Mortels écoutez moi , je vais , nouveau Pindare ,
Immortalifer la vertu .
Hâtons
8568 MERCURE DE FRANCE ›
Hâtons- nous , courons à fon Temple ;
Quel éclat pur & radieux !
Vence , c'est toi que j'y contemple ,
Tes attraits y frapent mes yeux ;
En toi j'admire & je révere
Ces fentimens , ce caractére ,
Ce coeur , de tous les coeurs chéri ;
Mais que vois -je ! quelle Déefle !
Minerve fend les Airs ; elle-même s'empreſſe
De nous montrer fon Faveri.
*
" Qu'on rende hommage, nous dit- elle ,
Au Mortel par mes mains formé
" C'eft mon fujet le plus fidele ,
» C'est mon ſujet le plus aimé.
Moins grand encor par fa nobleffe
" Que par cette aimable fageffe
» Que le Ciel fit germer en lui ;
» Il ſçait qu'une naiſſance illuftre
N'eft qu'un phantôme vain, & perd fon plus beau
luftre ,
» Si la vertu n'en eft l'apui .
»Toujours à fes defirs propice ,
Je l'enrichis de mes attraits ;
» Il m'aime , & le fameux Uliffe
»Fut moins digne de mes bienfaits.
» La
JUILLET . 1742
8589
La prudence eft fon apanage ,
» Le vrai mérite eft lon partage ;
» Le devoir fait ſes doux plaiſirs ,
» Et fon ame toujours égale ,
Prend l'équité pour guide , & fuit l'obſcur dédale
» Des paffions & des défirs.
*
Mes loix lui furent toujours cheres
Son exemple en eft le foutien ;
regne fur les coeurs finceres
Je regne feule fur le fien.
» C'eſt à l'ombre de mon Egide
;
» Que dans les lieux où je préfide ,
» Je le fis moi-même arriver.
33
Fuyez , noirs Sectateurs du vice ,
+
Sages , accourez tous ; ce Temple eft l'Edifice
» Que mon Héros vient d'élever.
*
Ainfi nous parle la Déeffe ;
Mufe , redouble tes efforts ;
Fais éclater ton allegreffe
Par les plus aimables accords ;
Ranime le feu de ta verve
Chante celui fur qui Minerve
A répandu des biens réels ;
Il faut qu'à mes tranſports tu cedes ,
Provence ,
1570 MERCURE DE FRANCE
Provence, aplaudis-toi ; dans ton ſein tu poffédes
Le plus aimable des Mortels.
*
Ah ! que fans ceffe tu renommes
Ce Mortel fage , officieux ;
Sa bonté le rend cher aux hommes ;
Sa candeur le rend cher aux Dieux.
De nos jours Horace & Mecêne ,
Chéri des Nimphes d'Hipocrene ,
Il ne vit que pour être heureux ;
La tendre amitié fuit fes traces ,
Et la Sageffe en lui , s'allie avec les Graces ;
Il eft aimable & vertueux .
Par M. B* d'Aix.
PROCESSION
鼎鼎鼎
SOLEM NELLE
que les Religieux Bénédictins de l'Abbaye
Royale de S.Denis en France font tous lesfept
ans , de leur Eglife en celle de Montmartre.
It
Left difficile de fixer précisément le
tems où a commencé l'ufage de la Proceffion
que les Religieux Benedictins de l'Abbaye
de S. Denis en France font à Montmartre
tous les fept ans . Il paroît qu'on ne doit
point ad.nettre d'autre origine de cette coûtume
(
JUILLET.. 1742. 1571
tume que celle qui eft commune à toutes
les autres Eglifes de France . Perfonne n'ignore
combien les longues Proceffions étoient
autrefois à la mode , & avec quelle ardeur
on fe portoit à cette pratique de dévotion .
Peu à peu ce zéle s'eft rallenti à mesure que
la pieté des Fideles s'eft refroidie . Chaque
Eglife avoit fes Stations propres & fes Proceffions
particulieres. L'Abbaye de S. Denis
avoit également les fiennes , & nous voyons
qu'entre un grand nombre de Proceffions qui
s'y faifoient , dès le XIH . fiècle de l'Eglife ,
celle de Montmartre y tenoit ordinairement le
premier rang, prééminence légitimement dûë,
tant à caufe de l'importance dy Lieu, que par
l'union intime qui fe trouve entre ces deux
Abbayes ; & rien n'étoit plus convenable
de que porter avec pompe & magnificence
les précieufes Reliques d'un faint Martyr, du
lieu de fa fepulture au Théatre glorieux de
fon Triomphe
.
Si l'Abbaye de S.Denis a abrogé un nombre
de ces grandes Proceffions , comme on a fait
en tant d'autres Lieux du Royaume, elle n'a
point touché à celle de Montmartre , où tant
de raifons l'y déterminoient , & où le premier
efprit d'une inftitution toute fainte s'eft
parfaitement perpétué. Elle a donc confervé
l'ufage d'y aller proceffionellement de fept
ans en fept ans , & on voit que , depuis près
dc
1572 MERCURE DE FRANCE
de deux cent ans que cet ufage eft ainfi fixé
il n'a fouffert aucune interruption .
Cette Proceffion n'a point de jour déterminé
, cependant on la fait un Dimanche ou
un jour de Fête , pour la plus grande commodité
du Peuple , & ordinairement le jour
de S. Jacques & de S. Philipe , lorſqu'il n'y
a point d'empêchement , mais toujours depuis
Pâques jufqu'à la Pentecôte . On a foin
d'en avertir le Public par des Affiches, pofées
aux Lieux accoûtumés. Elle s'eft faire cette
année avec la pompe & la folemnité ordinaire
, le Dimanche fixième jour de Mai , dans
l'ordre & les cérémonies que l'on va marquer.
Dès la veille on fonna toutes les Cloches
de l'Abbaye à midi & au foir ; le Clergé Séculier
& Régulier de la Ville , averti de fe
trouver à l'Eglife à l'heure & en la maniere accoûtumée
, s'y rendit vers les cinq heures du
matin . Le Chantre de l'Abbaye commença à
entonner l'Antienne Exurge Domine , &c.
enfuite le Répons De Jerufalem exeunt reliquia
, &c. pendant lequel on partit au fon
des Cloches & des Tambours.
Les Pelerins de S.Jacques avec leurs Croix
& leurs habits de Pelerins, commencerent la
Proceffion ; les P P. Récolets , en très - grand
nombre, les fuivirent immédiatement; enfuite
les Curés , au nombre de fept , avec tout
le Clergé de leurs Paroiffes ; ils étoient fuivis
Love
21
19
JUILLET. 1742 ∙1573'
des Chanoines de la Collégiale Royale de
S. Paul à S. Denis de l'Etrée ; marchoit enfin
toute la Communauté de l'Abbaye de Saint
Denis , au nombre de plus de cent Religieux ,
& la Proceffion étoit terminée par le Chef
de leur glorieux Patron , porté par douze
Religieux , revêtus de Tuniques , qui fe fuccédoient
tour à tour , fuivis du Religieux
Célebrant , revêtu d'une Châpe. La Compagnie
des Chevaliers de l'Arquebuſe , établie
S. Denis , en habits uniformes , marchoit
fur deux lignes , aux côtés de la fainte Relique
, étant fous les armes , Drapeau déployé
& les Tambours battant . Cette Compagnie
n'abandonne jamais le S. Chef, depuis le moment
qu'elle s'eft rendue auprès de lui dans
l'Abbaye , avant le départ de la Proceffion ,
jufqu'à- ce qu'il foit rentré dans l'Eglife de
l'Abbaye ; & dans celle de Montmartre pendant
tout le tems qu'il y eft expofé , deux
Arquebufiers fous les armes font fans ceffe
auprès de lui en faction .
Ce précieux Chef eft enfermé dans un Re
liquaire magnifique , qui fait l'une des plus
grandes richeſſes de tout le Tréfor. L'Image
du S. Martyr eft de pur or. Sa Mitre eft toute
couverte de Pierreries & de Perles , auffi
bien que les pendans. Les deux Anges qui
foûtiennent ce Chef, font de vermeil doré ;
le troifiéme , qui eft fur le devant , eft auffi
de
1574 MERCURE DE FRANCE
de vermeil . Le Reliquaire qu'il tient en fes
mains eft d'or & enrichi de Perles & de Pierres
précieufes fans nombre . Dans ce petit Re .
liquire eft renfermé un offement de l'épaule
de S. Denis. Ce fut l'Abbé Mathieu de Vendôme
qui fit enchaffer ainfi le Chef de ce
S. Apôtre des Gaules. La Tranflation s'en fit
par Simon , Cardinal , du Titre de Ste Cecile
& Légat Apoftolique , depuis Pape , fous le
nom de Martin IV. en préfence du Roy Philipe
le Hardi , & de tous les Seigneurs de fa
Cour.
C'est dans cet ordre que partit la Procef
fion de l'Abbaye , & qu'elle fe mit en marche
vers Montmartre, en chantant des Hymnes
, des Répons & des Pleaumes , conformes
à la folemnité. Etant arrivée au Village
de Clignancour , près d'une petite Chapelle ,
fituée fur le penchant de la Montagne , on fit
la Station ordinaire , pendant laquelle arriva
le Clergé nombreux de l'Abbaye de Montmartre
, ayant à fa tête l'Abbé de la Rochefoucault,
neveu de Madame l'Abbeffe ,Grand
Vicaire de l'Archevêché de Bourges , & Député
à l'Affemblée du Clergé ; il étoit revêtu
pardeffus fon Surplis , d'une Etole & d'une
Châpe de couleur rouge , accompagné de
deux autres Eccléfiaftiqués , également en
Châpes . Après les encenfemens & quelques
Antiennes , chantées par les Religieux de
S.
JUILLET . 1742. 1575
$ . Denis , qui tiennent feuls le Choeur , la
Proceffion continua fa marche , en chantant
un Hymne de Santeüil , compofée exprès
pour cette Cérémonie.
A la porte de l'Abbaye de Montmartre, en
dehors , étoit un détachement de quatre Bri
gades de la Maréchauffée Génerale de l'Ifle
de France , ordonné par M. le Comte de
Maurepas , pour prévenir le défordre qui
pourroit arriver par la grande affluence du
Peuple. Ce détachement s'eft trouvé fur le
paffage de la Proceffion , à ſon arrivée & à ſa
fortie , ayant l'épée haute ; il étoit commandé
par M. Rulhiere , Lieutenant.
\ Lorfqu'on fut arrivé à l'Eglife de l'Abbaye
de Montmartre , tout le Clergé entra dans le
Choeur des Dames Religieufes , par la porte
des Sacremens , au fon des Orgues & des
Cloches , où après avoir chanté un Répons
en l'honneur de S. Denis , & fait les encenfemens
accoûtumés , le P. Souprieur de Saint
Denis , en l'absence du Grand Prieur , y célebra
la premiere grande Meffe , avec des
Ornemen's magnifiques , affifté de deux Diacres
& de deux Sous- Diacres , pareillement
revêtus , de deux Acolites & de deux Thuriferaires
, en Tuniques , tous Religieux ; elle
fut chantée par les cinq Chantres , en Châpes,
& par la Communauté de S. Denis , qui occupoit
toutes les Chaires des Dames lesquelles
1576 MERCURE
DE FRANCE
lés étoient à genoux devant la grille où étoit
expofée la fainte Relique .
Cette grande Meffe finie , les Religieux fe
retirerent & allerent dans des apartemens
preparés en dehors , pour y prendre quelques
rafraîchiffemens
, auffi- bien que le refte du
Clergé Séculier & Régulier , & les autres
Membres de la Proceffion . Pendant ce tems
là , les Dames Religieufes chanterent une autre
grande Meffe folemnelle , célebrée par
P. Doyen de S. Denis , avec un égal nombre
d'Officiers Religieux qu'à la premiere grande
Meſſe.
le
Quelque tems après , avant que de fortit
de l'Eglife , le P. Souprieur , affifté de deux
Religieux en Châpes , préfenta la Relique de
S. Denis à baifer à Madame l'Abbeſſe , aux
Religieufes
& aux Penfionnaires
; & pen- dant cette Cérémonie
on chanta au Choeur
le Te Deum , enfuite on commença
les gran
des Litanies , & la Proceffion retourna dans.
le même ordre qu'elle étoit venuë le matin ,
& rentra dans l'Eglife de l'Abbaye S. Denis ,
au fon des Cloches , des Tambours & des
Orgues. On fit quelques Prieres, & ainſi finit
la Solemnité vers les cinq heures du foir.
C'est ainsi que s'eft faite cette année 1742 .
comme les précédentes , depuis plus de deux
cent ans fans interruption , la Proceffion génerale
de Montmartre. Le concours prodigieux
JUILLET. 1742 .
1577
gieux & infini de Paris & des Environs , la
rend , à juste titre une des Proceffions des
plus folemnelles de toute la France,
Les Religieux de S. Denis n'épargnant rien
pour que tout s'y paffe avec la décence &
P'ordre convenable , plufieurs Suiffes accompagnent
la Proceffion & veillent avec grand
foin à en écarter tout ce qui pourroit en troubler
l'arrangement & la tranquillité ; le recueillement
& la dévotion font le propre
de cette Cérémonie Chrétienne , chacun
empreffant , a l'envi , d'accompagner fon
aint Patron , du Lieu où il repofe depuis
fant de fiécles , en celui qu'il a arrofé de fon
ang. On a vû cette année avec étonnement
des Vieillards , Religieux de l'Abbaye , faire
ce long trajet avec une ferveur que rien n'a
û arrêter. On y admira , entre autres , le P.
Dom Paul Noel , âgé de 88. ans , qui y a
iffifté à pied comme les autres.
Si les Religieux de S, Denis ont fait paroître
en cette occafion tout ce qu'on pouvoit
attendre de leur zéle , les Dames de
Montmartre n'ont rien oublié de leur côté
pour donner des marques fenfibles & de
leur attention & de leur pieté . Plufieurs
jours auparavant , ce n'étoient parmi elles
que Prieres , Neuvaines & autres Actes de
Religion , pour que Dieu accordât un tems
Fonvenable , qui pût leur procurer la grace
de
1578 MERCURE
DE FRANCE
de rendre à leur faint Patron leurs tendres
& pieux devoirs. Madame
l'Abbeffe
s'eft donné des foins
& des attentions
infinies. Plufieurs
Dames
de la premiere
qualité , s'étoient
renduës
dans cette Abbaye
, pour participer
aux gra- ces attachées
à cette fainte Solemnité
.
Enfin, pour renouveller
& pour conftater
la
mémoire
d'un fi pieux Evenement
, les Offi- ciers de la Juftice
de S. Denis & de celle de
Montmartre
,qui ne quitterent
point laProcef fion , drefferent
un Procès verbal de tout ce
qui s'étoit paffé dans cette fainte Cérémonie
, pour tranfmettre
cetreMémoire
à la Pofterité
.
On a dû expliquer
l'Enigme
& le Logogryphe
du Mercure
de Juin , premier volu- me , par l'Encenfoir
& Idolatrie . On trouve
dans le Logogryphe
, La , Roi , Ode , Joïe ;
Oie
Or , Air , Dal , Ville de Bretagne ,
Loi , Rat , Lire , Lit & Lie.
****************
ENIGM
E.
LE&teur , pourras - tu bien deviner mon effence ?
Je fuis ( le croiroit- on ? ) & fans ame & fans corps
Et c'est moi qui de tòut donne l'intelligence ;
JUILL È T.
1579 1742.
Ma nature partout n'agit que par refforts ;
J'ai dans tous les Palais ma plus noble ſéance ;
Sans fortir du dedans je m'exerce au dehors ;
Aucun Juge ne peut me forcer au filence ,
Et fans force , fouvent , je dompte les plus forts.
Aux Humains tous les jours je rends mille ſervices,
Le Sexe fait de moi fes plus chères délices ;
Sans partage , je ſuis en mille endroits divers ;
Vers le bien , vers le mal mon penchant eſt extrême
;
Je naquis au moment qu'on crea l'Univers ;
Perfonne ne dira qui je fuis , que moi- même.
P
LOGOGRYP HE
Our te définir ma nature ,
Aprens , Lecteur , qu'elle eft très-pure ,
Et que l'or feul peut fe vanters
Sur moi de pouvoir l'empower.
A mon éclat tout eft fenfible ;
Pour m'avoir on fait l'impoffible ;
Six lettres brillent dans mon nom ,
Et l'on va voir fi j'ai raiſon.
On rencontre dans ma ftructure
L'heureux rival de la Nature ;
Un animal rufé , petit ;
Un Coloffe , fans contredit ;
2 Ce
1580 MERCURE DE FRANCE
Ce qui voile une main très- belle ,
Et qu'on ne voit guére fans elle ;
Celui qui s'intrigue pour nous .
Ce qu'un Cocher peut dire à tous ;
Note remarquable en Muſique ;
Un mal , dit-on , diabolique ;
Ce que , pour en être affûré ,
On va demander au Curé ,
Fleuve renommé dans le Monde ;
Ce que
fait le Poiffon dans l'Onde ;
Ce que compofent dauze mois ;
Grade où le renferment les Rois ;
Ce qui gâte un charmant vifage ;
Du Taneur l'ame de l'ouvrage ,
Je pourrois , me donnant l'effor ,
Fournir quelqu'autre mot encor ,
Mais j'abandonne la partie ,
Et je borne isi ma folia ;
Un bon Logogryphe aujourd'hui
.Ne peut caufer que de l'ennui ,
J
Laffichard.
AUTRE.
E fuis piquant , fimple & ruſtique.;
En divers cas , bon ſpécifique ;
Au quadrupede parcffeux
P'offre un aliment favoureux ,
It
JUILLET.
1742. 1588
Et P'Artifan que l'ardeur pique ,
Me trouve utile, à ſa fabrique.
Sept lettres compoſent mon nom a
Or , à préſent me connoît on ?
Lecteur , ce n'eſt pas tout encore ,
Je prens vingt formes qu'on ignore .
Je présente au premier coup d'oeil
D'un Dieu le roulant apareil ;
Puis l'Ouvrier d'un Véhicule
Une commune particule ;
Le mot qui clôt tous les Edits ;
Mot qu'on penfa bannir jadis ;
Ce qui feduit le coeur de l'homme ;
Le Titre d'une Dame à Rome ;
On trouve en moi des Empereurs ,
Des Rois , des Princes , des Auteurs ;
Une petite Ville en France ;
Un mets dans les tems d'abſtinence ;
Le cri terrible du Normand ,
Ce qui fur l'humide Element
Caufe de funeftes naufrages ;
Le Naucher des ombres Rivages ;
Un Inftrument pour le Chaffeur ;
L'Outil qui donne la douceur
A la peau brute encore dure ;
Le vent qui fouffle la froidure ;
Le plaifir d'un coeur génereux ;
;
E ij Co
1582 MERCURE DE FRANCE .
Ce qu'est tout Globe plein ou creux ;
Ce qui dans le Latin Langage ,
De chaque jour fait le partage ;
Une boche cù va ſe loger
Le rouage de l'Horloger ;
Pucelle guerriere , héroïque ;
Enfin une Ville d'Afrique ;
Que dis-je un des freres d'Aran
Un Sectateur de l'Alcoran
Qui tint le Sceptre de Turquie ;
Une Riviere en Italie
Un Baume d'agréable odeur ,
Vanté chés le Saint Conducteur,
Et dans les fons cette jufteffe ,
Qui de nos fens fe rend maîtreffe.
NOU
JUILLET. 1742 1583
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , & c.
ESCRIPTION de Paris , de Ver-
Dfailles,de Marly,&c. Par M. PIGANIOL
DE LA FORCE , Tome II. Contenant
les Quartiers de S. Jacques de la Boucherie
de Ste Opportune, du Louvre, du Palais Royal
>
ruë
de Montmartre , avec des Figures en Tailledouce.
Nouvelle Edition , 1. vol. 8 °. A Paris
chés Théodore le Gras, Grand - Salle du Palais ,
àl'L couronnées Charles - Nicolas Poirion, ruë
S. Jacques , vis-à- vis la ruë des Noyers , à
L'Empereur ; Defprez & Cavelier , fils ,
S. Jacques , aux trois Vertus , M. DCC. XLII .
Nous ne répeterons point qu'à la tête de
chaque Quartier , on en trouve le Plan &
une Deſcription exacte , avec fes Rues & fes
limites . L'Auteur entre enfuite dans un curiéux
détail de ce qu'on y trouve de plus
remarquable ; détail inftructif , intéreffant
& qui ne laiffe rien à défirer à un Lecteur
intelligent , capable même d'amufer utilement
ceux qui ne fe piquent pas d'une certaine
Littérature .
>
Le Quartier du Louvre , ou de S. Germain
de l'Auxerrois , ouvre un vaſte champ
E iij
à la
1984 MERCURE DE FRANCE
à la figacité & à la capacité de notre Hifto
rien , qui prend toujours les chofes , & fur
tour les grands Sujets , dès leur origine ,
en fait d'Hitoire , d'une maniere également
folide & agréable , fans oublier les fecours
que tire l'Histoire d'une faine Critique , &
de corriger de tems en tems , en faveur de
la verité , les erreurs de quelques Ecrivains
quand ces erreurs font manifeftés , & de
quelque conféquence.
Le Louvre , avec toutes fes Dépendances ,
fait la matiere de ce qu'on trouve de plus
curieux , de plus recherché , & de plus heureuſement
exécuté ; dans ce fecond Volume
l'Article eft long , & n'a rien d'ennuyeux :
il eft orné d'ailleurs de plufieurs Plans exacts
& bien gravés.
>
On peut dire prefque la même chofe du
Quartier du Palais Roval : fur l'un & fur
l'autre , nous nous abftenons d'entrer dans
quelque détail , parce qu'il feroit preſque
impo lible de nous borner , & de ne pas
fortir des regles que nous fommes obligés
de nous preferire.
JOURNE'E SAINTE , dédiée à Madame
d'Orleans , ancienne Abbeffe de Chelles , par
M. l'Abbé CHAUCHON , Aumônier de M le
Duc d'Orleans , Premier Prince du Sang ,
vol. in- 12. A Paris , chés Lottin , Imprimeur,
Libraire ,
E
JUILLET. 1742: 7585
Libraire , ruë faint Jacques , à la Verité.
M. DCC. XLII.
Tout eft Saint dans ce petit Livre , & ne
refpire que la folide pieté , depuis l'Epitre
Dedicatoire à Madame l'ancienne Abbeffe
de Chelles , jufqu'à la fin . Les Perfonnes du
Monde les plus diftraites , & qui ne peuvent
pratiquer de longs Exercices , ne fçauroient
du moins refufer leur attention à ce
qui eft contenu dans ce précieux Recueil de
Prieres & de Méditations , toutes tirées de
J'Esprit de l'Ecriture Sainte & des plus pures
fources de la faine Doctrine . Sanctifier les
Journées par de pareilles Pratiques, c'eft, avec
grace du Seigneur, le moyen d'arriver enfin
heureuſement au grand jour de l'Eternité.
la
On écrit de Rome qu'on y a publié le
21. Avril dernier , par ordre du Pape , le
Decret de Béatification de la vénérable
Jeanne de Valois , Reine de France , Fondatrice
des Réligieufes Annonciades de
l'Ordre de S. François. Et que le 18. Juin
S. S. avoit donné un Brefde confirmation du
même Decret.
HISTOIRE GENERALE de Languedoc
, avec les Notes & les Pieces juftifica
tives , compofée fur les Auteurs & les Titres
originaux , & enrichie de divers Monumens.
Par un Religieux Benedictin de la Congréga-
E iiij tion
1586 MERCURE DE FRANCE
tion de S. Maur. TOME QUATRI E'ME . A
Paris , chés Jacques Vincent 1742 .
L'Auteur de cette Hiftoire , toujours infatigable
dans fes travaux , avoit fini fon
troifiéme Tome , à peu près à la mort de
S. Louis , arrivée l'an 1270 , dans le tems
que la ville de Touloufe avoit encore fes
Comtes particuliers. Il commence celui ci
par la réunion de ce Comté , faite à la Couronne
l'an 1271 , après la mort d'Alphonfe ,
Comte de Poitiers , rere du Roi S. Louis ,
& de Jeanne Comteffe de Touloufe , fon
Epoufe ; & il le finit à l'an 1443. par la derniere
Erection du Parlement de Languedoc :
ce qui fait la matiere de huit Livres.
Un des principaux Evenemens qui y font
décrits , eft la guerre entre la France & l'Angleterre
, qui dura plus d'un fiecle . Le Languedoc
effuya alors de fréquentes incurfions
de la part des Anglois , qui en foumirent
une partie , & de diverfes Compagnies de
brigands qui le défolerent. L'Auteur ne manque
pas d'infinuer fouvent que cette Province
avoit alors beaucoup plus d'étenduë
qu'elle n'en a aujourd'hui , & qu'elle comprenoit
le Rouergue , le Quercy , le Perigord
, l'Agenois , la Bigorre & c.
Ce qui eft encore bien détaillé dans le
même Volume , c'eft l'origine & les fuites
du differend qui s'éleva entre les Maifons
de
JUILLET. 1742. 1587
'de Foix & d'Armagnac , au fujet de la fucceffion
de Bearn , & qui dura pendant près
d'un fiecle ; plufieurs circonftances intéreſfantes
touchant l'Inquifition & les Inquifiteurs
de Toulouſe & de Carcaffonne , &
leurs procedures ; un grand nombre d'Affemblées
des Etats generaux & particuliers
de la Province ; le récit de diverfes impofitions
levées dans le Languedoc , &c.
Parmi les Marieres Eccléfiaftiques qui y
font traitées dès l'an 1272 , font les differends
de Maurin , Archevêque de Narbonne
, qui foûtint que l'Archevêque de Tolede,
en paffant dans la Province , n'avoir pu faire
porter la Croix devant lui , & qui fit battre
dès 1271 , de la Monnoie pour prouver fon
droit contre le Vicomte de Narbonne . Ce
même Archevêque jetta les fondemens du
Choeur de fon Eglife Cathédrale , du titre
de S. Juft , Martyr d'Efpagne. Ce Choeur
étant un des plus beaux du Royaume , Dom
Vaiffette en donne la Repréſentation.
Il en fait de même de l'Eglife Cathédrale
d'Albi , du titre de Ste Cécile , à l'an 1282 .
Raportant en ce Lieu la chofe dès l'origine ,
il dit que Bernard de Caftanet , Evêque de
cette Ville en 1277 , convint avec les Chanoines
Réguliers de cette Eglife , de la transférer
du Lieu où elle étoit fituée , fur le perchant
de la riviere du Tarn , dans le Lieu où
E v
1588 MERCURE DE FRANCE
on la voit aujourd'hui. On commença l'ou
vrage de fon tems , lequel ne fut fini qu'en
1485. L'Auteur allûre qu'elle eſt une des
plus belles & des plus fingulières du Royau,
me. Le Chapitre d'Albi fut fécularifé dans
le tems que l'on commença cer Edifice . A
l'occafion de ce Bâtiment magnifique , Dom
Vaiffette a fait deffiner les Orgues nouvelles
que M. de la Croix de Caftries , Archevêque
, a données depuis peu , & dont la magnificence
a été décrite dans un de nos
Journaux. LaDefcription du Tombeau dų
Roy Philipe le Hardi dans l'Eglife de Nar-.
bonne , le repréfente comme un Ouvrage
très délicat. Philipe le Bel n'y fit mettre
que les chairs du Corps de ce Prince , mort
à Perpignan ; les os furent portés à S. Denis
en France.
Un des Articles les mieux traités dans le
Livre fuivant , eft celui des deux Guillaumes
Duranti , Evêques de Mende à l'an 1291 ,
La Note que l'Auteur fait à l'occaſion du
premier , mort en 1296. donne un parfait
éclairciffement à ceux qui fouhaitoient fçavoir
de quel Paimiffon il étoit natif, & leur
prouve que ce n'eft pas de celui du Diocèfe
de Riez mais de celui du Diocéfe de Beziers
, & que fi cet Evêque a paffé pour
Provençal de naiffance , c'eft qu'on donnoit
Mercure de Juillet 1737 •
"
alors
JUILLET. 1742. 1389
alors le nom de Provence à une bonne partie
du Languedoc .
Onvoit à l'an 1296. que ce fut l'Hérefie des
Fratricelles , qui engagea Philipe le Bel à
favorifer les Inquifiteurs. On y lit en quelle
exécration fut Pierre Jean d'Olive , dans
l'Ordre de S. François , même après la mort.
A l'an 1302. on lit que Philipe le Bel avoit
défendu les Jouxtes & les Tournois durant la
guerre
de Flandres . Le Lieutenant du Sénéchal
de Carcaffonne fit défenſe de la part de
Ice Prince , de célébrer une table ronde ou
jouxte qu'on avoit préparée à Narbonne hors
du Bourg. Les Chevaliers ne laifferent pas
de fe difpofer pour ce Spectacle , mais le
Vicomte de Narbonne en arrêta quelques - uns
prifonniers , fit enlever les pieux & les toiles
de Lin qu'on avoit tendues , avec les armes
qui étoient fur une table ronde , fçavoir , les
lances , un bouclier de fer , un heaume & c.
On trouvera à l'an 1304. des Anectotes curieufes
fur Jean de Pecquigy , Vidame d'Amiens,
qui étoit dans le parti du Roy contre
les Inquifiteurs. En ce commencement du
xiv. fiecle Dom Vaiffette parle fouvent des
Commiffaires de ce Prince dans le Languedoc.
L'un des plus connus fut Pierre de
Latilly , Chanoine de Paris , depuis Evêque
de Châlons fur Marne , dont les Copiſtes
des Titres de ce tems - là ont défiguré le
E vj nom
1590 MERCURE DE FRANCE
nom , en l'apellant tantôt Pierre de Latillac ;
& tantôt Pierre d'Atillan .
L'an 1306 contient la reconnoiffance que
l'Eglife de Viviers fit de la Souveraineté de
nos Rois. Le Traité eft fpécifié fort au long.
A la même année fe voit une preuve que les
Juifs de Carcaflone poffedoient des immeubles.
A l'an 1307.fe trouve le partage fait entre
le Roy & l'Evêque de Mende , lequel eft
auffi fort circonftancié. L'érection de l'Evêché
de Toulouſe enArchevêché par Jean XXII.en
1317. eft fuivie de celles des Evêchés de Montauban
, S. Papoul , Lombez & Rieux , qui
furent placés dans des Abbayes de chaque
Ville , excepté celui de Rieux , dont le Siege
fut fixé dans la Paroiffe de Notre - Dame.
Lavaur , Mirepoix , S. Pons & Aleth furent
auffi érigés alors en Evêchés ; nous omettons
les Collegiales que le même Pape fit
ériger dans le même tems. On trouvera à
l'an 1319. les Actes curieux du Procès , qui
fut fait à Bernard Delicieux , Chef des Mineurs
de la Secte de Jean'd'Olive.
Les Paftoureaux , fort connus dans l'Hiftorre
de France , fe fentirent fi forts en Languedoc
l'an 1320 , qu'ils y affiégerent fur les
Juifs le Château de Verdun , frué fur la
Garonne. Ils furent entiérement diffipés proche
Carcaffone . L'année fuivante il y eut des
képreux brûlés vifs , pour avoir empoisonné
les
JUILLET. 1742 1591
les fontaines. On reconnut par les procédures
, que quelques Juifs avoient été du
complot.
corps
Autant ces derniers traits font désagréables
à lire , autant eft- on égayé par l'Histoire
de l'établiſſement des Jeux Floraux de Touloufe
, qui eft décrite für l'an 1324. Par tout
ce que l'Auteur en raporte dans le de
l'Ouvrage & dans une Note , il eft évident
qu'il faut attribuer l'origine de la diftribution
des Prix de cette Académie , à ſept Citoyens
de Toulouſe , amateurs de la Poëfie
Provençale vers le commencement du XIV .
fiecle : & Clemence Ifaure , à laquelle on a
depuis érigé une Statuë n'en eft que la
Reftauratrice ou feconde Fondatrice dans
l'Acte de Réformation de l'Univerfité de
Toulouſe , qui eft raporté à Pan 1334 , &
fut faite en conféquence de la Bulle que
Jean XXII. donna pour cet effet en 1329 .
on obferve que les Statuts rédigés par les
Commiffaires , défendirent aux Ecoliers les
danfes , les banquets , les Comédiens , les
Hiftrions , lorsqu'ils prennent leurs dégrés ;
& le repas qu'ils donneront en cette occafion
, eft reglé à quinze francs de monnoie
courante. Il leur eft auffi défendu de tenir
des enfans fur les Fonts.
Nous aprenons à l'an 1344. que l'Archevêque
de Narbonne voulut détruire alors le
Capitole
1592 MERCURE DE FRANCE
Capitole de la Ville , fitué fur une éminence,
pour bâtir à la place une Eglife des Repen
mais que le Juge Royal de Beziers
s'opofa à cette démolition , enforte que ce
Capitole fubfifta jufqu'en 1451 .
•
ties ,
La Cérémonie de la Réconciliation des
Comtes de Foix & d'Armagnac , en préſence
de la Ste Euchariftie , eft un Fait remarquable
à l'an 1377. L'Hiſtoire de la Révolte des
habitans de Montpellier , & de la grace qui
leur fut accordée , eft très- bien détaillée à
l'an 1380. Ony trouve un ample Suplément
à ce qu'en ont dit les Chroniques de Saint
Denis. Ce ne fut pas la feule occafion où la
Province reffentit la clemence du Roy. Ce
Prince déclara par des Lettres du mois de
Mars 1383. qu'il remettoit les rebellions ,
défobéïflances, Tuchineries & c. aux habitans
de Toulouſe , Carcaffonne , Narbonne, Nifmes
&c. On voit dans la page fuivante que
ce terme de Tuchinerie venoit des Tuchins ,
certaine espece de brigands.
> On trouvera dans le même volume , à la
page 396. la Repréſentation d'une Peinture
qui fe voit fur la muraille du Cloître des
Carmes de Touloufe , où Charles V 1. fit
un voeu à Notre -Dame de Bonne- Efperance,
à l'occafion du péril où il fe trouva, en chaffant
dans la Foreft de Bouconne , voifine de
cette Ville : ce fait fe raporte à l'an 1389
,
Celui
JUILLET.
1593 1742
,
Celui du tumulte des Ecoliers de l'Univerfité
pour foûtenir un Archevêque de Touloufe
contre fon Contendant , eft raporté à
l'an 1406. Ils en vinrent jufqu'à prendre
les armes , en faveur de celui qui étoit du
parti du Pape Benoît XIII .
L'Auteur traitant à l'an 1421. de la repriſe
de la ville d'Aigues- mortes fur les Bourguignons
, par Charles de Bourbon , Capitaine-
Général en Languedoc , n'admet pas le fait
raporté par La Faille , en fes Annales de Touloufe
; fçavoir , que les habitans couperent
la gorge à la garnifon Bourguignonne , qu'ils
en jetterent les corps dans une foffe , avec
quantité de fel , pour empêcher leur corrup
tion , d'où feroit venu le Proverbe de Bourguignon
falé ; il regarde cela comme une
Fable. Les Etats de Languedoc , tenus en
1424. dans le Village d'Efpaly , proche le
Puy- en- Vellay, font une preuve qu'il y avoir
en ce Lieu un Château capable de loger
Charles VII. qui y fut préfent . On voit
dans le refte de cette Hiftoire differentes
courſes des Routiers , les Etats fouvent tenus
à Beziers , l'extinction des Comtes de
Comminges , dont le Comté fut réuni à la
Couronne en 1442 .
Dom Vaiffette , en finiffant , raſſemble ce
qu'il a pû trouver fur les anciens uſages des
centfoixante & dix années,dont il a fait l'Hif
toire.
1594 MERCURE DE FRANCE
toire . Il démontre l'origine du nom de Languedoc
, de maniere à ne plus douter que
ce nom ne vienne de ce que dans cette Province
& dans toutes les autres Méridionales,
on difoit oc pour
oui. Il en raporte une preuve
de l'an 1290 : c'étoit la même Langue
qu'en Latin , on apelloit Lingua Provincialis
: il faut voir fa Note v1. En rapellant en
general ce qui fe paffa de plus remarquable
dans les Univerfités de la même Province ,
il indique l'Ordonnance par laquelle Charles
VI. voulut en 1396. que l'on ne fit aucune
difficulté de livrer chaque année à l'Ecole
de Medecine de Montpellier un cadavre
pour les diffections anatomiques. L'uſage d'avoir
des bâteleurs pour divertir , étoit permis
le jour de la reception d'un Licentié de l'Univerfité
de Toulouſe. Le Droit Ecrit faifoit
la regle des Décifions dans les Procez , Entre
les coûtumes particulieres étoit celle de la
punition de l'adultere , qui obligeoit ceux
qui auroient été furpris en flagrant délic , à
courir tout nuds dans la rue , ou à payer
une amende au Roy , & quelquefois aux
deux peines enfemble ; il y avoit cependant
des cas où l'on condamnoit à la mort fuivant
la difpofition du Droit Romain.
Philipe le Bel abolit la fervitude dans la
Sénéchauffée de Touloufe , & vrai - femblablement
dans le refte de la Province. L'Auteur
1
JUILLET. 1742. 1595
teur raſſemble enfuite tout ce qu'il a pû
trouver fur le Commerce du Languedoc ,
fans oublier les Juifs qui ont contribué à le
faire fleurir. Cette Nation fut chaffée pendant
quelques années , & eut bien de la
peine à rentrer dans le Pays. Sous Charles
V. on ne fouffroit point de Juifs dans la ville
du Puy ; & lorfqu'il en paroiffoit quelqu'un,
il étoit jufticiable des Enfans de Choeur de
la Cathédrale . On trouve une Sentence renduë
le 17. Juin 1373. par ces Enfans de
Choeur , qui condamne un Juif à trois cent
livres d'amende.
On voit auffi une preuve , que dès l'an
1345. la poudre à canon étoit connue dans
le Languedoc ; on lit dans une Quittance
de l'Artillier de Touloufe ces expreffions :
Pro octo libris pulveris pro canon bus. Le fuplice
commun des criminels n'étoit pas de
les pendre , comme on faifoit en France
mais de les noyer. La foye étoit fi rare
que douze livres , achetées pour la Reine
Montpellier en 1345. couterent chacune 76
fols. Une coûtume finguliere qui regarde le
Mariage , étoit que celui qui tenoit en Fief
la Viguerie de Narbonne , avoit le droit de
conduire à l'Eglife les nouvelles Mariées ,
de les ramener chés elles . On lui donnoit
pour cela un repas , & on nourriſſoit ſon
cheval , s'il le prêtoit pour conduire la Mariée.
1596 MERCURE DE FRANCE
riée . Il y avoit un ufage encore plus Lingu➡
lier à l'Enterrement des Barons & autres
Chevaliers . On faifoit coucher dans le Lit
de parade un homme vivant , armé de pied
en cap , pour repréſenter la perfonne du
défunt. On trouve dans les comptes de la
Maifon de Polignac , qu'en 1375 on donna
cinq fols à un nommé Blaife , pour avoir
fait le Chevalier mort , à la fépulture de Jean
fils de Randonnet Armand , Vicomte de
Polignac.
Outre les Notes en forme de Differtations
qui enrichiffent cette Hiftoire , elle
contient plufieurs Piéces très curieuſes. Nous
en avons déja indiqué quelques - unes , mais
nous n'avons pas parlé de la plus étenduë
qui eft une Chronique de Guillaume Bardin ,
Confeiller- Clerc au Parlement de Touloufe.
depuis l'an 1031 jufqu'à l'an 1454 , qui
renferme des traits fort curieux , mais qui
paroiffent douteux à l'Auteur , parce qu'il
croit que cette Chronique eft fupofée ; fur
quoi il s'explique & dans l'Avertiſſement &
dans plufieurs Notes . On y voit à l'an 1327
comment le fieur d'Efcalquences , l'un des
Capitouls ou Confuls de Toulouſe , voulut
qu'on fit fes Obfeques chés les Dominicains
, tout vivant qu'il étoit . Il fe fit mettre
le 22 Avril dans une biere , revétu comme
un mort , les mains jointes , & entouré
de
JUILLET. 1742: 1597
de 40 flambeaux. Lors qu'on eut chanté la
grande Meffe des Morts , on alla prendre le
corps à la maison , on l'aporta à l'Eglife , &
on le plaça auprès du Grand Autel. La Cérémonie
n'alla pas plus loin ; le prétendu
Mort fortit de fa biere , revint au logis avec
fes Confreres , & les régala d'un repas funébre.
L'Archevêque étoit alors abfent. Lors
qu'il cut apris cette Hiftoire à fon retour
il convoqua un Concile des Evêques & Abbés
de fa Province , qui fut tenu le 8 Juim.
On y condamna cette pratique , comme étant
fans exemple & fans tondement , & on la
déclara fuperftitieuſe , avec défenſe à tous
Eccléfiaftiques , tant féculiers que réguliers ,
de jamais exécuter une pareille cérémonie
fous peine d'excommunication . A l'an 1350 .
il est fait mention de l'Ordonnance du Roy
Jean contre l'horrible priſon des Moines de
Languedoc , apellée Vade in pace ; on y remarque
que les Cordeliers & les Jacobins
furent les plus opiniâtres , à foûtenir qu'il
n'y falloit aporter aucun adouciffement. La
Piéce LXXIX . eft intitulée : Lettres des Rois
Philipe le Long & Charles IV. au fujet des
Lépreux qui avoient empoifonné les puits & les
fontaines. Celles de Philipe font datées de
Crécy du 18. Août 1321. & font tirées des
Archives de l'Evêque d'Alby; les autres font
de l'année fuivante. On peut voir ce fait raporté
1598 MERCURE DE FRANCE .
porté dans la continuation de la Chronique
de Guillaume de Nangis à l'an 1321 : car
le complot des Lépreux étoit pour tout le
Royaume .
La Piéce 130 confifte en des Lettres de
Charles V. touchant les habits des femmes
de Montpellier.Ce Prince confirmá en 1367.
les Statuts que les Confuls de cette Ville
avoient faits pour réprimer le luxe de ces
Dames ; il y a auffi des articles qui regardent
les habits des hommes . On fe douté
bien qu'un tel Reglement , rédigé en Latin ,
fourmille de mots forgés. La 135. Piéce regarde
le don que le même Roy fit l'an 1368 .
au Pape Urbain V. de la moitié du Pont
d'Avignon , à commencer du côté de la
Ville.
Nous croyons , en finiffant, devoir fair remarquer
aux Lecteurs que DomVaiffette dans
fon Avertiffement, s'étend fort au long, pour
fe juftifier de quelques accufations que des
Ecrivains célébres lui ont intentées , en rendant
compte de fon troifiéme Tome , fur
ce qu'il s'eft beaucoup fervi de l'Ouvrage
d'un anonime touchant les Croisades , &
qu'il s'eft quelquefois défié de Pierre des
Vaux de Cernay. Ne pouvant faire un Extrait
de cette juftification , qui remplit plufieurs
pages in-folio , nous nous contenterons
de raporter l'aveu fuivant que fait lé
fçavang
JUILLET. 17423 1599
fçavant Benedictin » Excepté quelques en-
" droits où nous avons décrit fur l'autorité
de cet anonime des circonftances ou ob
» mifes par les autres Hiftoriens , ou plus
» détaillées , détail qui la plûpart du tems
❤ne décide rien au fujet des Promoteurs &
des Auteurs de l'expédition , & que les
Journaliſtes auroient employées eux - mê
» mes s'ils avoient été en notre place :
tout le refte de ce que nous raportons de
» ce célebre évenement , n'eft apuyé que
fur les Hiftoriens du tems , reconnus gé
* neralement pour bons Catholiques , fur
» les Epîtres des Papes , des Cardinaux &
des Evêques , fur les Chartes de nos Rois
» & autres Monumens femblables, confervés
pour la plupart dans le Tréfor des Chartes
du Roy . Si des fources fi pures changent
les idées fur ce qu'on avoit cru juf
qu'ici touchant la Croifade contre les Al-
» bigeois , eft- ce notre faute ? C'est aux
Journalistes à faire voir qu'on ne doit
* avoir aucun égard à ces Monumens , & à
» en entreprendre la Critique. Mais parce
que le Pere Fontenay aura embraffe un
"
ཟླ་
parti différent du nôtre , & qu'il aura pris
" Pierre de Vaux- Cernay pour fon principal-
» & prefque fon unique guide, qu'on ne puiffe
s'en écarter fans abandonner la justice &
la verité , c'est ce que tout efprit équi
» table
600 MERCURE
DE FRANCE
» table ne pourra comprendre
. Le Pere de
Fontenay a eu fes raifons dans le choix
» qu'il a fait de fes autorités , & nous avons
» cu les nôtres.
par
REFLEXIONS
de l'Empereur Marc-
Aurele-Antonin , furnommé le Philofophe
diftribuées
ordre de Matieres , avec quel
ques Remarques qui fervent à l'éclairciffement
du Texte , un vol. in 12. à Paris , an
Palais , chés de Nully , grand'Sale , du côté
de la Cour des Aides , à l'Ecu de France ,
& à la Palme M. DCC . XLII.
On voit au Frontispice
le Bufte de l'Empereur
Marc- Aurele , gravé d'après fes Médailles
, & au milieu du Titre du Livre, il y
a une petite Gravûre qui repréfente
le mê- me Empereur
, en Armure , feul dans fa
tente , au milieu de fon camp , écrivant
tranquillement
fes Réfléxions
. Cette Gravûre
fait allufion aux endroits du Livre où
Marc-Aurele dit : Ceci a été écrit dans le
Camp , au Pays des Quades.
...
Les Réfléxions de Marc- Aurele , Empereur
Romain , originairement
écrites en grec,
ont été traduites dans toutes les Langues :
c'eſt un Livre très -connu & infiniment eftimé.
La derniere Traduction
Françoiſe eſt
celle de M. & Mde Dacier : c'eſt la meil .
Ieure , mais elle avoit deux défauts confidérables,
JUILLET. 1742 1601
bles. Le premier , qui venoit des Traducteurs
, étoit une longue & ennuyeufe Préface
, accompagnée d'une Vie de Marc-
Aurele , écrite dans le même goût , & de
Notes encore plus ennuyeuſes . On a retranché
dans l'Edition , qui paroît aujourd'hui
toutes ces fuperfluités. On n'y a mis qu'un
très -petit nombre de Notes , abfolument
Déceffaires pour l'intelligence du Texte. On
a réduit la Vie de Marc- Aurele à un fimple
Abregé de fes Actions militaires , dans le
deffein de montrer que Marc- Aurele , pour
être fi bien inftruit des maximes , qui font
propres à rendre un homme heureux dans
la vie privée n'en étoit pas moins un grand
Guerrier & un grand Prince.
Le fecond défaut étoit dans le Texte
même des Réfléxions de Marc- Aurele . L'Editeur
a fort bien fenti que ces Réfléxions
placées fans ordre , perdoient beaucoup de
leur mérite. Ce n'étoit , dit - il , qu'un paſſage
continuel d'une matiere à une autre , ce qui
fatignoit l'efprit , & confondoit les idées , loin
de former une agréable varieté. Il les a raſſemblées
avec beaucoup d'art fous 36 Titres
differens , qui forment autant de Chapitres.
Il a fallu , fans doute , bien de la méditation
du difcernement pour voir les raports
jue tant de Réfléxions diverfes pouvoient
avoir à un même objet. On a même obſervé
que
1602 MERCURE DE FRANCE
que quelques penfées , dont on ne comprenoit
pas bien le fens , dans le Texte original
, font devenues fenfibles & lumineu-
Les par le feul effet du changement de place.
L'Editeur paroît avoir mis de l'ordre dans
la fuite même des penfées , compriſes fous
chaque Titre , & dans l'arrangement des
Chapitres travail qui fait autant l'éloge de
fon Efprit , que de celui de fon Coeur . Il a
mis enfin la derniere main à un Ouvrage ,
qui , malgré l'imperfection où il avoit été
laiffe par fon Auteur , étoit regardé comme
le plus grand effort de la raifon humaine
qui fut parvenu juſqu'à nous.
On aprend que c'eft à M. Joly , Avocat
au Parlement de Paris , qu'on eft redevable
de cet Ouvrage.
THEATRE CRITIQUE , ou Difcours differens
fur toutes fortes de Matieres , pour dé
truire les erreurs communes . Traduit de l'Ef
pagnol du R. Pere DOM BENOÎT JERÔME
FEIJOO , Benedictin , par le Traducteur de.
l'Hiftoire Génerale d'Eſpagne . I. Brochure
in- 12 . de 51. pages. A Paris , chés Pierre
Clement, Quai de Gêvres , M. DCC . XLII.
Voici le commencement d'une Entreprife
, qui doit intereffer tous les Gens
de Lettres. Nous pouvons dire qu'elle est
digne de celui qui l'a faite , & nous ofons
réponJUILLET.
1742 твоз
ofons répondre du fuccès. Il y a déja longtems
que nous avons dit en differens termes
ce que l'Auteur François obſerve au commencement
de fa Préface. De tous les Pays
de l'Europe où la République Litteraire a des
Sujets , on n'en connoît, dit- il , aucun avec lequel
la France ait moins de communication
qu'avec l'Espagne . Quoique la contiguité &
l'étroite alliance des deux Monarchies Temblaffent
exiger de la part des deux Peuples
une entiere correfpondance , les François
qui travaillent depuis fi long- tems & avec
tant de fuccès à parvenir aux premiers rangs
parmi les Sçavans , daignent à peine , pour
la plûpart , s'informer des Ouvrages des Efpagnols
. A en juger par une indifference fi
marquée , on fe fent volontiers porté à re
garder un Homme de Lettres Eſpagnol comme
un Phénomene .
Notre Auteur cherchant enfuite la caufe
de cette indifference , croit avec quelque
fondement l'avoir trouvée dans la difference
de caracteres des deux Nations . L'humeur
vive du François , dit- il , ne peut en
effet guére s'accommoder du flegme fi naturel
à l'Eſpagnol . Celui - ci ne s'attache qu'au
folide & au profond ; l'autre veut encore du
brillant & du léger . Tout Ouvrage qui ne
réünit point toutes ces parties , fur tout les
deux dernieres , eft condamné en France à
F périx
1604 MERCURE DE FRANCE
périr chés le Libraire qui a ofé l'imprimer ou
s'en charger.
Quelle injuftice ! s'écrie le judicieux Ecrivain
, pourquoi ne pas
faire grace à un Livre
dans quelque ftyle qu'il foit , quand il eſt
rempli d'érudition , & qu'il peut être utile ?
La fcience eft - elle donc l'esclave de la gayeté ?
Et ne peut-elle pas fe préfenter avec ce férieux
qui eft fi digne d'elle ? Il en apelle au
jugement de ceux d'entre les François qui
font fes véritables Enfans , c'eft - à - dire , qui
portent à juste titre le nom de Sçavans.
C'eft cependant dans une circonftance fi
délicate , & muni d'un apel auffi folide , que
juridique, qu'il entreprend de donner la Traduction
Françoiſe d'un Théatre Critique Efpagnol
, dont le premier volume a déja eû
cinq Editions dans le Pays , & les autres
à proportion du tems qu'ils ont parû pour la
premiere fois.
Il avertit enfuite, en qualité de Traducteur,
que l'Auteur de ce grand Ouvrage eft le célebre
Bénedictin Eſpagnol Doм BENOÎTJEROME
FEIJO0 , s'abftenant de faire ici fon
Eloge , par un Dilemme très fenfé , qu'il adref
fe au Public. Ou vous lirez le Théatre Critique,
dit- il, ou vous ne le lirez pas; fi vous le
lifez , il publiera le mérite de fon Auteur ,
vous ne le lifez pas , il importe peu à ce Sçavant
d'être connu de vous , &c. Il travaille
actuellement
fi
JUILLET. 1742. 1605
actuellement , ajoûte - t'il , à fon XII . Volume
, & il affûre avoir encore des Materiaux
pour beaucoup d'autres. En propofant donc
cette Traduction , c'eft pour l'Auteur François
une entrepriſe de longue haleine , & il
a raifon de l'envifager ainfi , mais il y a lieu
d'efperer beaucoup de fa fagacité & de font
affiduité à un Labeur dont il eft très - capable .
Il fe propofe de donner tout l'Ouvrage ,
Difcours à Difcours , c'eft- à - dire , un chaque
mois , ou tous les quinze jours , en cas que
l'on y prenne goût & c.
Après cette Expofition , fuivent les Titres
des Differtations ou des Difcours du I. Tome
du Théatre Critique , dans l'ordre que voici .
1. Voix du peuple. II . Vertu & vice. III . Оpulence
& Pauvreté. I V. Politique la plus rafinée.
V. Medecine. V I. Regime pour conferver
lafanté. VII. Apologie de la Profeffion des
Gens de Lettres. VIII . Aftrologie Judiciaire
& Almanachs. ÌX. Eclypfes. X. Cometes . XI .
Années Climatériques. XII . Vieilleffe du Monde.
XIII . Corollaire fur la matiere du Difcours
précedent , contre les Philofophes Moderne :
XIV. Mufique des Eglifes . XV. Parallele des
Langues. XVI. Deffenfe des Femmes.
Cette premiere Brochure contient , outre
la Traduction de la Préface de l'Auteur original
, la Traduction du premier de tous les
Difcours , intitulé LA VOIX DU PEUPLE .
Fij Nous
1606 MERCURE DE FRANCE
Nous y renvoyons le Lecteur , en nous con
tentant de dire , après avoir lû les quatre
premiers Volumes du Théatre Critique dans
la Langue originale , & en avoir rendu
compte dans le tems , que ces Traductions
nous paroiffent claires , exactes , & venir de
la plume d'un homme , qui poffede parfaitement
les deux Langues .
la troifiéme La feconde Brochure pour le
prochain Mercure.
DICTIONAIRE MILITAIRE , ou Recueil
Alphabétique de tous les termes propres à
l'Art de la Guerre. On y a joint l'explication
des Travaux qui fervent à l'attaque & à
la défenfe des Places , & des détails hiftoriques
fur l'origine & la nature des differentes
efpeces , tant d'Offices Militaires , anciens
& modernes , que des Armes , qui ont
été en ufage dans les différens tems de la
Monarchie ; dédié au Prince de Turenne
Colonel Général de la Cavalerie Françoiſe
& Etrangere, Vol. in - 12 . 2 , liv . 1o . fols.
A Paris , chés Giffey , rue de la vieille
Boucleric , & Bordelet , rue S. Jacques, 1742.
>
Livres nouveaux qui fe trouvent chés Gabriel
Martin , Libraire , ruë S. Jacques.
Cabaffutii Theoria & praxis Juris Canonici,
cum Notis Joan. Petri Gibert , in -fol. imprimé
à Poitiers , Traité
JUILLET. 1742 1607
TRAITE' de l'Orthographe Françoiſe , en
forme de Dictionaire : nouvelle Edition ,
in- 8. impr. à Poitiers.
CORPS & Compilation des Commentateurs
fur la Coûtume de Poitou , par M.
Boucheul , 2. vol . in fol . impr. à Poitiers.
TRAITE' des Conventions de fucceder, par
le même M. Boucheul , in - 4° . imprimé à
Poitiers.
Inftitutiones Theologica, ( Theologie de Poitiers
. ) 4. vol . in - 12. impr. à Poitiers.
LA MESURE DE LA TERRE, par MM. Picard
& Maupertuis , in - 8 ° .
FIGURE DES ASTRES , par M. de Maupertuis
, in-8°.
OEUVRES de P. & Th. Corneille, nouvelle
Edition , 11. vel . in- 12.
OEUVRES de M. Racine : nouvelle Edition,
2. vol. in- 12.
DICTIONAIRE de Cas de Confcience , par
M. Pontas , nouvelle Edition , 3. vol . in-fol.
NOUVEAU Dictionnaire de Cas de Confcienc
par MM. de Lamet & Fromageau ,
2. vol . in -fol.
SUITE ET FIN de l'Hiftoire Romaine d'Echard
, jufqu'à la priſe de Conftantinople par
les Turcs , 4. vol. in 12.
LE TOME IV. du Traité de la Police de
M. Delamare , par M. le Cler du Brillet ,
avec deux nouveaux Plans de Paris , in fol.
MORTS
,
1608 MERCURE DE FRANCE
MORTS de Sçavans.
Jean- Baptifte le Laboureur , Ecuyer , Seigneur
de Blezanval , mourut le s . Avril , dans la 85. année
de fon âge , à Saint Denis , en France. Il
a exercé la Charge de Bailly General du Duché
d'Enguien, & enfuite celle de la Ville & Pairie de S.
Denis . Il a de plus travaillé, en qualité de Subdélegué
, fous MM. Bignon , d'Argenvilliers , de Harlay
, Hérault & d'Argenfon , Intendans de la Géneralité
de Paris . Il s'eft conduit dans ces differentes
Charges avec beaucoup d'intrégrité , de défintereffement
& d'honneur.
Il étoit fils de Louis le Laboureur , Ecuyer , Seigneur
de Chateaumont , Préfident , Tréforier de
France en la Géneralité de Bordeaux , Bailly Géne
ral de la Duché Pairie de Montmorency , neveu de
Jean le Laboureur , Prieur de Juvigné, & petit neveu
de Claude le Laboureur , tous fort connus dans la
République des Lettres , fon Pere , par differens Ou
vrages de Poëhe ; fon Oncle , par les fçavantes Additions
aux Mémoires de Caftelnau , par le Voyage
de la Maréchale de Guebriant ; par fa netteté & la
précision fur l'origine des premieres Maifons de
l'Europe ; par plufieurs autres Ouvrages donnés au
Public , & par fes Manufcrits confervés dans la Bibliothéque
du Roy.
Claude le Laboureur avoit été Prévôt de l'Abbaye
fécularifée de l'Ifle - Barbe , près de Lyon , dont
il a écrit l'Hiftoire fous ce titre : Les Mazures de
life- Barbe lex Lyon, &c.a . vol . in- 4° . Lyon, 1665.
Il avoit auparavant publié , Notes & Corrections
faites fur le Bréviaire de Lyon, 1. vol . in-8°. Lyon ,
1643 .
Depuis , il compofa un Difcours fur l'origine des
Armoiries , contre l'Ouvrage du P. Menerier , 1 .
vol. Lyon.
Enfin
E
JUILLET. 1742. 1609
Enfin l'Histoire Généalogique de la Maison de
Sainte Colombe, & autres Maisons alliées,, 1. vol .
in- 8°. Lyon , 1673 .
Le 16. Le P. Pierre Brumoy , Jefuite , qui continuoit
l'Hiſtoire de l'Eglife Gallicane , & qui étoit
connu par plufieurs Ouvrages de Litterature , qu'il a
donnés au Public , mourut à Paris , en la Maiſon Profeffe
de fa Compagnie dans la 54. année de fon âge .
Arnaud de la Rouviere , Ecuyer , ancien Avocat
au Parlement de Provence , connu par divers Ouvrages
utiles de fa Profeffion , mourut à Aix le
26. dans la 73. année de fon âge . Il étoit fils
puîné de noble Pierre de la Rouviere , Docteur és
Droits & de la Faculté de Médecine de l'Univerfité
d'Avignon, Membre de la Societé Royale des Scien
ces de Londres , fameux par plufieurs Ouvrages inprimés
& Manufcrits de Science , de Belles - Lettres
& de Poëfie ; & de D. Anne de Marck. Il étoit petit-
fils de Laurent de la Rouviere , Ecuyer , ancien
Capitaine dans le Régiment de Normandie , qui
s'étoit diftingué dans prefque toutes les Guerres du
Regne de Louis XIV. fingulierement au Combat de
Nortlingue , où il reçut un coup de feu dans l'épaule
droite , après avoir enlevé un Drapeau aux
Ennemis.
Arnaud de la Rouviere publia en l'année 1730 .
an Traité fur la Révocation des Donations par la
naissance ou furvenance des enfans , c. 1. vol, infolio.
A Paris , chés Cavelier.
Un autre Traité du Droit de retour , &c. 2. vol .
in- 12. A Paris , chés Huart , 1737. dédié à M. de
la Tour , Premier Préfident du Parlement & Intendant
de Provence .
Un autre Ouvrage De la Révocation des Donations,
Legs , c. par l'ingratitude & l'incapacité des Domataires
, 1. vol. in 4° . A Toulouse , 1738. dédié à
Fi M.
1610 MERCURE DE FRANCE
M. le Duc de Villars , Gouverneur de Provence.
Il a laiffé d'autres Ouvrages manufcrits, un Traité
dela Simonie de la Confidence . De l'Alienation des
Biens d'Eglife. De la Révocation des Donations , troifiéme
Editon , augmentée de plus de la moitié . De la
matiere pour un jufte Volume du Journal du Palais
de Provence , auquel il travailloit , & plufieurs
Ouvrages de Poëfie .
M. de la Rouviere laiffe un digne neveu en la
perfonne de M. de la Rouviere , Confeiller du Roy
en la Sénechauffée & Siége Géneral de Provence .
ME'DAILLE DE L'EMPEREUR.
Nous avons donné dans les Mercures de Mars &
d'Avril de cette année , la Gravûre des Médailles
qui ont été frapées au fujet de l'Election de l'Empereur
; nous avons fait graver pareillement celle
qui regarde le Couronnement de S. M. I. que nous
avons reçue depuis peu , & qui furpaffe les précédentes
par la beauté du travail.
D'un côté eft la Tête de l'Empereur , couronnée
de Laurier , avec cette Inſcription : CAROLUS VII .
D. G. Roм . IMP. SEMPER . AUG.
Et fur le Revers , l'Allemagne , fous la figure
d'une Femme , affife au pied d'un Palmier , la
Couronne Impériale fur la tête , ayant à ſon côté
l'Ecu des Armes de l'Empire ou l'Aigle à deux têtes
couronnée. Auprès de l'Ecu eft un Lion accroupi , la
tête comme l'Allemagne , tenant dans les pattes un
Globe , furmonté d'une Croix . L'Allemagne tient
d'une main un Rameau d'Olivier , & de l'autre une
Corne d'abondance. Au côté droit de la Médaille
eft un Soleil Levant , & de l'autre une fuite de jeunes
Palmiers. Pour Légende autour , FELICITAS
IMPERII
VII
D.G
CAROLYS
VESTNER
OROM.
IM
P.
SEMP
AVG
.
AR
CITAS
FELICI
IMPERII
RENASASCENS.
CORONAT. FRANCOF
2.12 FEBR.1742-
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
JUILLET. 1742. .1611
IMPERII RENASCENS. Et dans l'Exergue : CORONAT.
FRANCOF . D. 12. FEBR. M. DCC. XLII.
ESTAMPES NOUVELLES.
DEPART DE CHASSE , grande & belle Eftampe
en large , gravée par J. B. le Bas , d'après
C. Wan Falens , dédiée à M. Robert-François
de Surmont , Chevalier , Seigneur de Fontaine.
Cette Eftampe , gravée d'après le Tableau Original
qui eft dans le Cabinet de Mad. Wan Falens ; fe
vend chés le fieur le Bas , Graveur du Roy , au bas
de la rue de la Harpe.
DE'FILE' D'EQUIPAGE , grande Eftampe en
large , foigneufement gravée par J. Moyreau , d'après
le Tableau de Philipe Wauvremens , de 33 .
pouces de large , fur 25. pouces & demi de haut , du
Cabinet du Prince d'Ifenghien , Maréchal de France.
Elle fe vend chés le fieur Moyreau , Graveur du
Roy , ruë S. Jacques , à la vieille Pofte.
Mad. la veuve Chereau , vient de mettre en vente
deux nouvelles Eftampes en large , gravées par le
fieur Dupin , d'après Antoine Wateau ; la premiere
eft intitulée , l'Amour mal accompagné , la feconde,
Départ pour les Ifes. On lit des Vers au bas de ces
Eftampes.
Le Sieur Petit , Graveur , rue S. Jacques , à fa
Couronne d'Epines près les Mathurins , qui continuë
de graver la Suite des Portraits des Hommes
Illuftres du feu fieur Defrochers , Graveur du Roy,
vient de mettre au jour celui de CHARLES- FREDERIC,
Roy de Pruffe , Electeur de Brandebourg né à Berlin
, le 24. Janvier 1712. d'après M. Pefne , Pein-
F v tre
>
1612 MERCURE DE FRANCE
tre à Berlin , gravé par J. G. Will. On lit ces Vers
au bas , de M. le Chevalier de Neufville .
S'il fut par la naiſſance au Trône deftiné ,
Les droits de fes vertus font- ils moins légitimes ?
Héros dans les actions , Héros dans ſes maximes ,
Il eft Roy , Philofophe & Soldat couronné.
Le même Sr Petit vient auffi de mettre en vente
les
quatre differentes heures du jour , fçavoir , le
Matin , le Midi , l'après dîner , & le Soir ; la premiere
de ces Estampes eft exprimée par une femme
à fa Toilette, tenant ſa Boëte à mouches . On lit ces
Vers au bas de M. Roy.
Ces taches artificielles
Donnent aux yeux , au teint , plus de vivacité ,
Mais en les plaçant mal , on s'expoſe , avec elles ,
A défigurer la beauté.
La feconde , par une Femme avec un Parafol ,
occupée à regler fa Montre. On lit ces Vers au bas
de M. de Neufville.
Sans ſoins prenez le temps tout comme il fe rencontre
;
D'une Belle Amour feul doit être l'Horloger ,
Et l'on n'a pas besoin d'avoir reglé fa Montre
Pour fçavoir l'heure du Berger.
La troifiéme , par une Dame à la promenade
c'eft le Portrait de Mlle Sallé , célebre par fes ta
lens pour la danfe . On lit ces Vers au bas de M.
Desforges Maillard.
A l'abri
"
ן י
JUILLET.
1613 1742.
A l'abri duSoleil & des traits de l'Amour ,
Cloris fçait s'amufer de ces Oifeaux fideles ;
Mille autres joueraient mieux pendant l'ardeur du
jour ,
Avec des Moineaux francs qu'avec des Tourterelles.
Et la quatriéme , eft une jeune Perfonne qui
tient un Mafque , prête à aller au Bal . On lit ces
Vers au bas de M. Roy.
Un Spectacle muet ! quelle fource d'ennui !
Il faut par les propos que le Bal le foûtienne
Mais , voulant attaquer la liberté d'autrui ,
Ne riſquerai - je point la mienne ?
Ces quatre Estampes font gravées par le S. Petit s
les deux premieres & la quatrième , d'après M. Boucher
, dont les grands talens font allés connus , &
la troifiéme , d'après M. Fenouil. On trouve auff
chés le même Graveur le Portrait du Roy de Polo,
gne , Electeur de Sàxe .
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
avec fuccès , chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou ; il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur , ceux de
XLIII. Roy
SAINT LOUIS IX. du nom ,
de France , mort près de Tunis le 25 Août 1270.
après 44 ans de Regne , definé par A. Boizot , &
gravé par Pinffio.
CHRISTIAN WOLFF , Profefeur de Mathémati
ques & de Philofophie à Marbourg , des Académies
F vj de
1614 MERCURE DE FRANCE
de Paris & de Berlin , peint par A. D. & gravé påt
J. G. Will.
Le fieur le Rouge , Ingénieur Géographe du Roy,
à Paris , rue des Auguftins , vient de publier une
nouvelle Carte de Boheme , réduite fur celle de 25.
feuilles , faite à Prague ; une Carte nouvelle du
Royaume de Pruffe , inconnue en France jufqu'à
préfent.
Le nouveau Recueil de toutes les Cartes que
l'Auteur vient de donner , fe vend auffi à Lille ,
chés M. le Rouge , Architecte , vis- à vis S. Etienne ;
à Strasbourg , chés M. Dulfeker , fils ; à Nancy ,
chés M. Prifton ; à Lion , chés M. Dode ; à Avignon,
chés M. Julianis , à la Rochelle , chés M Salvin ;
à Charleville , chés M. Thefin , Libraire .
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Mé
decin du Roy , ayant vâ la guérifon d'un grand
Prélat , des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il
avoit fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel
a fait à la Dame de Leftrade une penfion fa vie durant
, & ayant apris d'ailleurs la guerifon de plufieurs
autres Perfonnes confidérables , & qu'elle
traitoit ces Maladies depuis plus de 40. ans avec
fuccès & aplaudiffement a bien voulu donnei fon
Aprobation pour débiter fes Remedes , pour l'utili
té & le foulagement du Public , fçavoir , une Eau
qui guérit les Dartres vives & farineufes , Boutons,
Rougeurs , Taches de rouffeur & autres Maladies
de la Peau ; & un Baume b anc en confiftance de
Pomade , qui ôte les cavités & les rougeurs après
la petite vérole ; les taches jaunes & le hâle , unit &
blanchit le teint. Ces Remedes fe gardent tant que
Pon veut , & peuvent fe tranſporter partout .
.
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4. & 6. liyres
JUILLET.
1613 1742
vres & au- deffus , felon la grandeur. Les Pots de
Baume blanc font de 3. livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols.
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la
Comédie Françoiſe , chés un Granetier , au premier
Etage. Il y a une Affiche au - deffus de la porte.
LE BUVEUR MALADE ,
Q
CHANSON.
Uelle eft ma peine ? 6 Ciel I crioit Grégoire
De vin quelle abondance , & cruelle faveur !
Tout le monde va boire ,
Eh je ne le puis par malheur ;
Un feu cuifant me dévore ; je tremble ,
Je brule , je friffonne enfemble
De mon zele , Bacchus , eft ce donc là le prix ?
Soulage moi , grand Dieu , que je chéris ;
Prolonge le deftin d'un Bûveur qui t'implore ;
Fais que du vin nouveau je puiffe boire encore.
SPEC16
MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
出價
Lique donna la derniere Repréſentation
E 15. Juillet l'Académie Royale de Mu
du Ballet des Elemens , & le 17 , elle reprit
la Paftorale Héroïque d'é , dont le premier
Rôle fut joué par la Dlle le Maure . Le fieur
Chaffé , l'un des premiers Acteurs de ce
Théatre , qui s'étoit retiré depuis deux ou
trois ans , y eft rentré , & a rempli le Rôle
d'Hilas , parfaitement au gré du Public , qui
lui a fait un accueil des plus favorables.
Le in , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragédie de Brutus , de M. de
Voltaire , dans laquelle le fieur de la Noue
joua le Rôle de Titus avec aplaudiffement.
Le 18 Juin , les Comédiens Italiens remirent
au Théatre la Comédie des Menteurs
Embarraffes , laquelle avoit été repréſentée
pour la premiere fois en Italien , & en cinq
Actes en profe , le 15. May 1720 , fous le
Titre de la Buggia imbroglia , il Buggiardo .
Le feu Geur Romagnefi crut avec raifon que
le Public la verroit avec la même fatisfaction ,
traduite en Vers françois. Son attente ne fut
point
JUILLET. 3742. 1617
point trompée , & il la donna au Public avec
un très-grand fuccès le 22. Août 1735. fous
le Titre de la Feinte inutile , également convenable
au Sujet de la Piece . On peut voir
P'Extrait qu'on en a donné au mois d'Octobre
1735
.
Le 2. Juillet , les mêmes Comédiens remirent
auffi au Théatre la Tragi- Comédie
de la Vie eft un Songe , tirée de l'Efpagnol
de Lopes de Vega , fous le titre . La Vida es
Sueno. Cette Piéce Italienne & en cinq Actes,
avoit été jouée fur le même Theatre avec
un très -grand fuccès en 1717. M de Boiff
la mit en Vers en 1732 , & la réduiſit en
trois Actes ; elle fut repréfentée & reçûë
très -favorablement au mois de Novembre
de la même année . On peut voir l'Extrait de
la Piéce Italienne dans le Mercure de Mars
1717.
Le 26, ils donnerent une Comédie Italien
ne en cinq Actes , fous le Titre de Lo Smemorato
ou l'Amant Diftrait . Cette Piéce
qui demande un continuel jeu de Theatre
a été parfaitement bien repréfentée , & reçûë
favorablement.
Le 7. l'Opera Comique donna une Piéce
nouvelle d'un Acte , en Vaudevilles , avec
un Divertiffement de Chants & de Danfes ,
intitulée l'Antiquaire , laquelle fut fuivie de
deux
1618 MERCURE DE FRANCE
deux autres Piéces ; la premiere , intitulée le
Nouvellifte , & la feconde la Mere Embar
raffée : toutes ces Piéces font bien exécutées
, ainfi que les Divertiffemens ; le fieur
Grimaldi , qui avoit paru à la derniere Foire
de S. Germain , danfà une Entrée en Scaramouche
avec aplaudiffement.
Le 25 , on remit au Théatre la Piéce de
la Cherchenfe d'Efprit , laquelle fut precédée
de celles du Nouvellifte & du Sant du Foffe ,
dont on a déja parlé ces Piéces furent fuivies
d'une Chacone nouvelle , & d'un Ballet
Chinois fort bien exécuté.
EXTRAIT d'une Piéce intitulée le Prix
de Cythere , repréſentée ſur le Théatre de
L'Opera Comique à la derniere Foire Saint
Germain le 12. Fevrier 174.2.
'Auteur ne fe nomme pas , mais s'il dérobę
à fon nom les éloges qui lui font
dûs , il ne les mérite pas moins. Les lecteurs
en jugeront par cet ingénieux Prologue prononcé
par la Dlle Darimath.
Meffieurs , vous attendez dans la Piéce nouvelle
Le ſtyle vif , leger , charmant
D'une riante bagatelle ;
L'y trouverez vous ? nullement.
Nous avons tâché feulement
De plaire par le fentiment,
Al
JUILLET . 1742 1619
3
Ah ! par le fentiment ! on nous la donne belle ;
C'est bien ici fon élément ,
Dit un Cauftique en ce moment ;
Ces Gens ont perdu la cervelle •
Je vais fiffler affûrement.
Eb ! Monfieur , un peu d'indulgence ;
Ou que , du moins , votre filence
Laiffe écouter tranquillement .
Faut- il d'abord qu'on épilogue ?
Partout , le fentiment fut toûjours de faiſon ;
Eh ! pourquoi le bannir de notre dialogue
Souffrez , à ce fujet , une comparaison.
Les Orangers , dans les Champs d'Heſperie ,'
Hauts , touffus , croiffent par Forêts ;
Sur leur cime , toûjours Aleurie
Les Pommes d'or font briller leurs attraits
Et les Rameaux font courbés ſous le faix ,
Les Nimphes quittent la prairie ,
Pour folâtrer fous leur ombrage épais ,
Et refpirer à longs traits
Les doux parfums & le frais.
Ces arbres , cultivés en France ,
Ont , il eft vrai , beaucoup dégénéré ,
Mais , malgré cette difference ,
Un parterre , fans eux , n'eft jamais bien paré.
On les voit furpaffer encore ,
Quoiqu'ici délicats & nains ,
Tous les autres préfens de Pomone & de Flore ,
Qui
1620 MERCURE DE FRANCE
Qui font l'honneur de nos jardins.
Les fentimens , Meffieurs , font de pareille efpece ;
Ils ont toujours droit de charmer ;
Tranfplantons-les , ils fe font eftimer ,
Et confervent leur nobleffe.
Peut-être eft- ce une erreur ; daignez nous animer,'
Dans l'épreuve qu'on en va faire .
Notre deffein eft temeraire ;
On n'atteint pas d'abord le vrai ;
Mais , lorſque l'on tente un effai ,
L'unique but , Meffieurs , eft de vous plaire ;
Ce point feul merite ſalaire.
La Scéne de cette Comédie Epifodique ,
eft dans l'Ifle deCythere ; l'Amour, & Hebé ,
Déeffe de la Jeuneffe, commencent l'Action
Théatrale. L'Amour demande à Hebé fi l'on
a annoncé le prix qu'il propofe aux Amants
de tout fexe & de toutes nations . Hebé lui
répond que fes ordres ont été fidelement
exécutés & chante ces Vers , fur l'air :
A l'ombre de ce vert Bocage.
On fçait déja dans tout Cythere ,
Que , pour l'Amant le plus épris ,
Venus , votre divine Mere ,
Réſerve trois baifers pour prix ,
Et que la plus parfaite amante ,
Dont vous aprouvez les ardeurs ,2.
Obtiendra
JUILLET. 17423 1621
Obtiendra la faveur charmante
De triompher de tous les coeurs.
Pour achever l'expofition , l'Amour commet
la jeune Hebé à l'examen de ceux qui
fe croiront dignes du prix.
L'Amour s'étant retiré , un Hollandois &
une Hollandoife viennent fe préfenter au
Tribunal Souverain de la Déeffe de la Jeu
neffe.
Le Hollandois dit à Hebé : Bonjour
Mamfelle , enfeigne - moi Monfir l'Amour ;
Hebé lui ayant fait entendre que c'eft à elle
qu'il faut s'adreffer pour obtenir le prix que
l'Amour a propofé , le Hollandois lui répond
que parmi eux l'Amour confifte dans le Ma
riage , & pour en donner un exemple par luimême
, il ajoute , qu'il s'eft marié par Lettre
de Change , & qu'il y avoit dans la facture,
entre autres chofes : Item , j'envoye à vous ,
Monfir, une Fille bien conduionnée , pour en
faire votrefemme . Il chante ces Vers , fur l'air ;
Faporte une plume.
Dans votre famille
Point manquer d'Enfans ,
Car ce jeune Fille
N'avoir que trente ans ;
Elle eft jeune , groffe , & forte
Yous ferez content ;
Mais
1822 MERCURE DE FRANCE
Mais le meilleur , c'eft qu'elle aporte
De l'argent comptant.
La Hollandoife , pour prouver à Hebé
qu'en fait de Mariage c'eft- là le véritable
Amour , & non les amufemens inutiles des
autres Peuples , chante , fur l'air : Hom
hom , encore vit-on.
En Amour , tout cela doit naire .
Où peut conduire
L'excès de ces foins familiers ?
Il faut produire
Des Heritiers ,
De peur que la race ne ceffe :
J'en ai , Déeffe ,
Bien environ un quarterón ;
Hom ! Hom ! encore vit- on.
Hebé , les congédie avec cette réponſe
Je ne puis vous adjuger le prix ; vous n'avez
jamais connu l'Amour.
de
Nous avons fuprimné la premiere Scéne qui
eft entre un Afiatique & une Georgienne
peur d'être trop longs ; par la même raifon
nous pafferons légerement fur celles qui
nous restent à parcourir ; en voici une d'un
Efpagnol . Il débute par ces quatre Vers
chantés fur l'air des Folies d'Espagne.
Charmant e
JUILLET. 17428 1623
"
Charmante Hebé , fi l'amour , la conftance ,
Accompagnés des foins les plus foûmis ,
En ce grand jour obtiennent récompenfe ,
Qui mieux que moi doit recevoir le prix ?
1
Hebé lui ayant demandé un détail de ſes
droits , l'Espagnol lui répond , fur l'air ,
la Liberté , d'elle -même , eft charmante,
J'ai de tout tems furpaffé les modéles
Des coeurs fidéles ,
Tendres , conftans ;
Sans jamais la traiter de cruelle ;
Sous le balcon de ma chere Iſabelle
J'ai foûpiré pendant vingt ans .
Il cite encore cette circonftance par où il
prétend que fon amour doit l'emporter fur
celui de tous fes concurrens , & chante , fur
l'air , la Nuit dans les bras du Repos.
En faifant ma ronde une nuit ,
Je vois la porte à demi cloſe ;
J'entre & parviens jufqu'au réduit
Où mon inhumaine repofe ;
D'un courage fans pareil ,
A tout hazard je m'expoſe ;
Elle goûtoit le fommeil ,
Et j'attends en paix fon reveil.
Un Amour fi pacifique n'eft pas jugé digne
du
1624 MERCURE DE FRANCE
du prix , & ce détail de ces droits n'eft pas
jugé fuffifant au Tribunal d'Hebé ; elle le
renvoye après lui avoir chanté , fur l'air , je
fommeille.
Quand l'Eſpagnol , plaintif Amant
Soupire & pleure fon tourment ,
On fommeille ;
J'aime mieux un François actif ,
Quoique fouvent un peu trop vif ;
Cela réveille;
Quoique , par ce dernier couplet , Hebé
femble prévenue en faveur des François par
raport à la vivacité de leur Amour , ce n'eft
pas pourtant à eux qu'elle deftine le prix de
Cythere ; un François & une Françoiſe qui
viennent fe préfenter à elle pour l'obtenir ,
s'en montrent fi indignes par leur inconftance
, qu'elle compte pour rien tous les autres
titres qu'ils prétendent faire valoir : elle leur
dit en les renvoyant , & en adreffant la parole
à la Françoife : fur l'air , une faveur ;
Lifette.
Notre prix ne fe donne
Qu'à la fincérité ;
Votre Amour , ma mignone ;
N'eft rien que vanité
Et cet amant folâtre ,
Es
JUILLET.
17427 1625
En fuivant vos apas ,
Lui-même s'idolâtre ;
Non , non , vous n'aimez pas.
Un Sauvage & une Sauvageffe , qui fuccé
dent au François & à la Françoife aportent
des titres plus réels & plus dignes d'être
couronnés ; Hebé demande à l'Aurore , c'eſt
le nom de la tendre Sauvageffe , pourquoi
elle aime fon Itis , c'eft ainfi que le Sauvage
s'apelle ; c'eft , répond-elle , parce qu'il eſt
aimable. A une pareille demande Itis répond
: regardez-la. Le Sauvage dit ces quatre
Vers , pour prouver le peu de cas ¡qu'on
fait chés eux des biens de la Fortune.
>
Nos coeurs , en formant leur lien ,
Ne connoiffent ni tien , ni mien ;
La nature et tout notre bien ;
Elle ne nous refuſe rien .
Il ajoute encore : fur l'air : Cela m'est égal.
Lui plaire eft mon principal >
Et quoique fon choix m'honore ,
M'en vanter feroit fort mal :
Content d'être aimé d'Aurore ,
Qu'on le fçache , ou qu'on l'ignore ;
Cela m'est égal .
Hebé , fatisfaite de leur maniere d'aimer ,
leur
1626 MERCURE DE FRANCE
leur décerne le prix ; ils le refufent ; l'Amou
qui furvient , aprouve ce modefte refus qu'
les rend encore plus dignes de fes faveurs
Le Divertiffement dont cet Opera Comique
eſt ſuivi , eſt très- brillant & couronne l'Ou ;
vrage.
pre-
On mande de Moſcow du onze du mois
dernier , que le 9, la Czarine affifta à la
miere Repréſentation d'un Opera Italien
intitulé la Clémence de Titus. Le Sujet du
Prologue eft la Ruffie affligée & confolée.
L'Auteur y rapelle plufieurs des circonftances
qui ont précédé l'avenement de S. M.
Cz . au Trône , & de celles qui l'ont fuivi ;
& la Clemence de la Czarine , comparée à
celle de Titus , fait la liaiſon de ce Prologue
avec l'Opera .
NOUVELLES ETRANGERES .
TURQUIE .
Na apris de Conftantinople du 27. Mai dernier
, que les Miniftres Plénipotentiaires , qui
s'étoient affemblés à Erzerum de la part du Grand
Seigneur & de celle de Thamas Kouli Kan , s'étant
féparés , fans avoir pû parvenir à un accommodement
entre les deux Puiffances , il fut réfolu le 15 .
Avril dernier dans le Divan , de faire tous les préparatifs
JUILLET. 1742. 1627
paratifs néceffaires pour foûtenir avec fuccès la
guerre contre les Perfans , & de faire marcher deux
armées chacune de 8occo . hommes , l'une vers
Erzerum , & l'autre du côté de Hamadan .
On donna ordre en même- tems d'établir des
Magafins confiderables dans ces deux Places & dans
quelques Villes voifines , & l'on manda à Achmet
Pacha Seraskier de Bagdad , de faire publier une
Déclaration de guerre contre la Perſe.
Pendant que le Grand Vifir étoit occupé du foin
de regler la marche des troupes , & de pourvoir à
leur fubfiftance , le parti qui étoit opofé à ce Miniftre
, & à la tête duquel étoit la Sultane Validé , fecondée
du CapiAga & du KiflerAga, Chefs des Eunuques
blancs & des Eunuques noirs, eft venu à bout de
procurer la difgrace de ce Premier Miniftre , & le 21.
Mai dernier, le GrandVifir ayant été mandé au Serail ,
le Grand Seigneur , après lui avoir redemandé les
Sceaux de l'Empire , le fit arrêter & conduire dans
une chambre de l'apartement du Boftangi Bachi.
Le même jour la Hauteffe nomma Grand Vifir
Ali Pacha Hekim Oglou , & elle ordonna que le
Capitan Pacha exerceroit les fonctions de Kaima➡
can, & feroit chargé de l'adminiftration génerale des
affaires , en attendant l'arrivée du Grand Vifir , qui
ayant déja rempli pendant trois ans , fous le Regne
précedent, la Charge de Premier Miniftre, & ayant
enfuite été déposé , a eû depuis ce tems - là le commandement
en chef des troupes Ottomanes fur les
Côtes de la Mer Noire .
Après qu'on a eû tiré du Grand Viir déposé tous
les éclairciffemens dont on croyoit avoir befoin , on
l'a conduit dans l'Ile de Rhodes , où il doit demeurer
en exil. Tous les biens ont été confifqués , &
fes amis craignoient même qu'on ne lui ôtât la vie,
mais fon fils , qui eſt du nombre des Ichoglans , &
G qui
1628 MERCURE DE FRANCE
qui eft fort aimé du Grand Seigneur , a obtenu la
grace de ce Premier Miniftre , qu'on accufe de pluhieurs
prévarications.
O
RUSSIE.
Na apris de Moſcow du 18. Mai - dernier ,
que le 8. lendemain du jour auquel la Czarine
a été couronnée , S. M. Cz. accompagnée de toute
fa Cour , fe rendit de fon apartement à la Sale du
Trône , dans l'ordre fuivant.
Un détachement des Gardes du Corps , qu'on
nomme à préfent les Chevaliers Gardes ; les Pages
de la Czarine ; fes Ecuyers & fes Chambellans ; les
Premiers Gentilshommes de fa Chambre & les autres
principaux Officiers de fa Maiſon ; fes Demoifelles
d'honneur ; fes Dames du Palais , fa Dame
d'Arours & la premiere Dame d'honneur ; les Con
feillers des differens Confeils ; les Archevêques &
Evêques ; les Géneraux & les Miniftres d'Etat .
Le Prince de Heffe Hombourg marchoit immé
diatement devant la Czarine , qui avoit à fa droite
le Prince de Kourakin , fon Grand Ecuyer , & à fa
gauche M. de Rofomoffsky, Grand Veneur de Ruffie
, & qui étoit fuivie des Comtes de Woronzoff &
de Schuwaloff , Capitaines Lieutenans des deux
Compagnies des Chevaliers Gardes . S. M. Cz . avoit
la Couronne fur la tête , & la queuë de fa robe
étoit portée par le Comte de Soltikow , Grand
Maître de fa Maiſon , & foûtenue par fix Chambel
lans. La marche étoit fermée par un grand nombre
d'Officiers de la Maifon de la Czarine , & par un
détachement des Chevaliers Gardes.
La Czarine s'étant placée fur fon Trône , les Miniftres
d'Etat , les Géneraux , les Archevêques &
Evêques, & les Confeillers des differens Confeils ,
furent
JUILLET. 1742 1629
furent admis , ainsi que les principales Dames de la
Cour , à lui baiſer la main ; Elle dîna enfuite en public
avec le Duc de Holftein Gottorp & le Prince de
Heffe Hombourg , dans le Salon qui eft au bout de
la grande Galerie du Palais du Kremelin , & en
fortant de table elle paffa fur le balcon d'une Sale
voifine , d'où elle fit jetter beaucoup d'argent au
peuple , auquel on abandonna deux boeufs rôtis &
deux grandes machines chargées de toutes fortes
de volaille & de gibier . L'après midi , on fit couler
deux fontaines de vin dans la Place vis - à - vis le Palais
, & le foir les principaux Edifices de la Ville
furent magnifiquement illuminés .
·
La Czarine retourna le 9. à la Sale du Trône ,
avec le même cortege que le jour précédent , & elle
y donna une audience publique à l'Ambaſſadeur de
Thamas Kouli - Kan . Après cette audience , elle reçut
les complimens des Députés de la Noblefle de
Livonie & d'Efthonie , & elle admit à lui bailer la
main , les Préſidens & les Députés des Tribunaux
fes Premiers Gentilshommes de la Chambre , les
autres principaux Officiers de fa Maiſon , les Capitaines
Lieutenans des Chevaliers Gardes , les Colonels
& les Officiers de l'Etat Major des trois Régimens
des Gardes à pied Les Miniftres d'Etat ,
Géneraux & les principales Dames de la Cour , eurent
l'honneur de dîn r ce jour- là avec S. M. Cz.
qui fit jetter de l'argent au Peuple , de même que
la veille .
les
Le 10. la Czarine fut complimentée par l'Académie
des Sciences , par l'Univerfité & par le Corps
de Ville , qui lui préfenta deux grandes Coupes
d'or , travaillées avec beaucoup d'art . Les Députés
des Provinces & des principales Villes , eurent enfuite
audience de S. M. Cz . laquelle , après que fes
Demoiselles d'honneur , fes Chambellans , & les
Gij princi1630
MERCURE DE FRANCE
principaux Officiers de la Maiſon du Duc de Holftein
Gottorp , lui eurent bailé la main , reçut les
complimens du Prince & de la Princeffe de Militene
, du Prince & de la Princeffe de Grufin , des
Kans de plufieurs Nations de Tartares , des Députés
des Calmouques & des Cofaques du Tanaïs , de
Grebensky & de Jaitsky. La Czarine dîna avec les
Miniftres Etrangers , le Prince & la Princeffe de
Militene , le Prince & la Princeffe de Grufin ; elle
firjetter une troifiéme fois de l'argent au peuple ; on
promena dans la Ville quatre Chars de Triomphe ,
remplis de toutes fortes de vivres , qui furent abandonnés
au pillage , & la nuit fuivante il y eut des
réjouiffances publiques & des illuminations dans
toute la Ville.
On mande de Riga, que le Prince & la Princeffe
de Brunſwick Bevern , impatiens de ne pas voir fi
nir leur détention , avoient voulu fe fauver de la
Citadelle de cette Ville , & qu'ils avoient gagné le
Capitaine d'un Vaiffeau Etranger , qui devoit les
recevoir fur fon bord , & qui voyant que le projet
avoit été découvert , avoit remis promptement à la
voile. Le Commandant de la Place ayant donné
avis à la Czarine de la tentative faite par le Prince
& la Princeffe de Brunſwick Bevern , pour recou
vrer leur liberté , il a reçû ordre de leur déclarer ,
que puifqu'ils avoient abufé de la permiffion qu'on
leur avoit donnée de recevoir des vifites , on ne laiffe
roit plus aprocher d'eux que des perſonnes dont la
fidelité ne feroit point fufpecte . On a augmenté leur
garde jufqu'à 600. hommes , & ils ne peuvent plus
avoir de communication qu'avec le Commandant
& avec quelques Officiers de la Garniſon de la Citadelle
.
Quelques Soldats du Régiment des Gardes de
Preobrazenski s'étant enyviés , il y a quelque tems,
ils
JUILLET . 1742. 1631
ils commirent plufieurs excès dans un Caffé établi
par un François à Pétersbourg , & ils y blefferent
deux Officiers des troupes de la Czarine , l'un François
& l'autre Anglois , qui voulurent s'opofer à
leurs violences . Ils coururent enfuite avec fureur .
dans les rues , infultant & bleffant plufieurs Etrangers
qu'ils rencontrerent , & étant allés à leurs
Corps de Garde , ils voulurent engager leurs camarades
à maffacrer tous les Etrangers.qui font à Pétersbourg
, mais le Gouvernement prit d'abord de
fi bonnes mefures , qu'il fit cefler ce défordre , & on
en arrêta les auteurs . La Czarine a ordonné qu'on
inftruisît leur procès , & elle a fait publier un De-,
cret, qui porte que, quoiqu'elle foit difpofée à préferer
les Mofcovites aux Etrangers , lorfque les uns
& les autres mériteront également fes graces , elle
n'a point oublié que les derniers ont beaucoup contribué
à augmenter la gloire & le bonheur de la
Ruffie ; que par cette raifon ils lui font auffi chers
que fes Sujets , & qu'elle fera punir rigoureufement
tous ceux qui maltraiteront ou offenferont le moindre
Etranger , fous quelque prétexte que ce puiffe
être.
Les derniers avis reçus de Mofcow le onze du
mois dernier , portent que le 9. la Czarine foupa
en public avec le Duc de Holftein - Gottorp , le
Prince & la Princeffe de Heffe- Hombourg, & quelques
Miniftres Etrangers , & qu'il y eut enfuite un
Bal mafqué dans la nouvelle Sale que S. M. Cz . a
fait ajoûter à fon apartement du Palais de Petershoff.
Cette Princeffe donna encore le 1o. un autre
Bal dans la même Sale , & l'on tira un très - beau
Feu d'artifice devant le Palais , lequel étoit entierement
illuminé , ainfi que la plupart des Edifices
publics de Moſcow. Cette derniere Fête a terminé
les réjouiffances auxquelles le Couronnement de la
Czarine a donné occafion . Giij AL1632
MERCURE DE FRANCE
ALLEMAGNE.
Na apris de Vienne du 2. du mois dernier ,
qu'il arriva de Baviere le 30. Mai paffé un
courier , par lequel la Reine fut informée que le
28. un détachement des troupes de S. M. commandé
par le Major General Helfreich , avoit attaqué
un détachement des troupes Impériales & de celles
de S. M T. C. à la tête duquel le Maréchal de Terring
& le Duc d'Harcourt s'étoient mis en marche ,
pour s'emparer d'un Pont que le Comte de Kevenhuller
a fait jetter fur le Danube , près du Châ–
teau d'Hickelsberg, que les troupes de part & d'autre
avoient combattu avec beaucoup de valeur ;
que les ennemis avoient d'abord remporté quelque
avantage , & qu'ils avoient repouffe le détachement
du Major General Helfreich jufqu'à une lieuë
d'Hickelsberg , mais qu'un Corps de Huffards , qui
étoient poftés dans un Bois , en étant fortis pour
aller au fecours de ce Major Géneral , le Maréchal
de Terring & le Dic d'Harcourt s'étoient retirés .
Le Prince Charles de Loraine a mandé à la Rei
ne , qu'ayant jugé à propos de le raprocher de la
Moravie , il étoit allé camper fous Teutfchbrod .
Le Roy de Pruffe a fait propofer à ce Prince un
échange des prifonniers.
Un Courier a raporté qu'un Regiment de Huffards
des troupes de la Reine de Hongrie , avoit
fait une courfe jufqu'à Pardubitz , & qu'il s'y étoit
emparé d'un Magafin dans lequel il y avoit 1800 .
rations de fourage , deft.nées pour l'Armée Pruf
fienne .
Le Comte de Kevenhuller reçut le r2 . du mois
dernier de l'armée commandée par le Prince Char
les de Loraine , un courier dont les Dépêches
contiennent le détail ſuivant.
Auff-tôt
JUILLET. 1742. 1633
Auffi-tôt que la Reine de Hongrie eut été informée
de l'avantage remporté le 25. du mois de Mai
dernier par le Maréchal de Broglie fur le Prince
de Lobkowitz , elle manda au Prince Charles de
Loraine , de marcher avec toute la diligence pof
fible , pour s'opofer aux entrepriſes que l'arinée
Françoile pourroit former contre Budweiff , & contre
les autres Poftes voifins qui étoient occupés par
les troupes Autrichiennes. En conféquence des ordres
de S. M. H. le Prince Charles de Loraine
quitta le 30. les environs de Teutshbrod , & il alla
camper le même jour à Humpolez ; le lendemain
à Pilgram , & le premier du mois dernier à Sobieſ
law , où les troupes fe font repofées pendant deux
jours.
Ce Prince ayant apris que 3000. hommes des
troupes Françoifes étoient poftés à Thein fous les
ordres du Comte d'Aubigné , & que le Duc de
Boufflers , à la tête d'un autre Corps des mêmes
troupes , s'étoit avancé à Krumlau , il réſolut d'obliger
le premier de ces deux Corps , de repaffer
le Moldaw , & pour cet effet , après avoir été joint
par l'armée du Prince de Lobkowitz , il fe remit
en marche le 4 , pour ſe raprocher de cette riviere.
L'Avant-garde que commandoit le Prince de Birkenfeld
, & qui étoit compofée de tous les Grenadiers
de l'Armée , des Regimens de Cuiraffiers ,
& de 400. Croates , arriva à fept heures du foir
vis - à - vis de Thein . Toute l'Armée demeura en bataille
pendant la nuit , & le . à la pointe du jour,
elle marcha pour attaquer le Comte d'Aubigné ,
qui ayant abandonné le pofte de Thein , qu'il ne
pouvoit efperer de défendre , fe retira de l'autre
côté du Pont que le Maréchal de Broglie avoit
fait jetter fur le Moldaw. Le détachement , qui
étoit fous les ordres du Comte d'Aubigné , foû-
G iiij tiat
1634 MERCURE DE FRANCE
tint long- tems avec une valeur extraordinaire tous
les efforts des troupes Autrichiennes ; mais le
Comte d'Aubigné , craignant d'être coupé par un
Corps confidérable de Cavalerie , auquel le Prince
Charles de Loraine fi : paffer le Moldaw à la faveur
d'un gué , prit le parti d'aller rejoindre le
Maréchal de Broglie . Le Prince Charles de Loraine
détacha en même tems les Grenadiers à cheval
, les Carabiniers & les Huffards , pour inquiéter
le Comte d'Aubigné dans ſa retraite , & toute
l'armée de la Reine d'Hongrie ayant paffé.le Moldaw
, le Maréchal de Broglie , qui n'avoit pas
de forces fuffifantes pour hazarder le combat , fe
retira fous Pifceck .
' Le lendemain , le Prince Charles de Loraine s'aprocha
de ce Pofte ; mais le Maréchal de Broglie
en étoit déja décampé , & il alla fe pofter à Bernaw
près de Prague.
>
On a apris du 17. du mois dernier que la Reine
ayant envoyé au Lord Hindford , Miniftre Plénipotentiaire
du Roy de la Grande - Bretagne auprès
du Roy de Prufle , des pleins pouvoirs pour terminer
les differends de la Cour de Vienne avec
celle de Berlin , S. M. reçut avis le 13 , que le Roy
de Pruffe avoit accepté les propofitions d'accommodement
qui lui avoient été faites de la part de
la Reine par le Lord Hindford , & le 14 , on fit
partir pour Breflaw un Courier chargé de la Ratification
du Traité de Paix entre les deux Puiffances
, figné par la Reine .
Le Prince Charles de Loraine a dépêché le Marquis
Spada , pour informer S. M. qu'ayant été
joint par le Prince de Lobckowitz , il avoit marché
pour attaquer l'armée Franço e , commandée
par le Maréchal de Broglie , & que ce Général
s'étoit retiré de l'autre côté de la riviere de Beraun ,
après
JUILLET. 1742. 1635
après avoir abandonné les Poftes que les François
occupoient fur le Moldaw & fur la Votava.
}
Les Lettres reçues de l'Armée de Baviere , portent
que le Comte de Kevenhuller étoit toujours
campé à Wilshoven , & que depuis quelque tems
il ne s'étoit paffé rien de confidérable entre les
troupes de la Reine & celles qui font fous les or
dres du Duc d'Harcourt & du Maréchal de Terring.
La Reine aprit le 24. du mois dernier que l'ar
mée commandée par le Prince Charles de Loraine
, ayant quitté le 14 , les environs de Brzefnitz
elle étoit allée camper le même jour à Touchitz ,
le lendemain à Boriſch , & le 16 a Pilfenetz ; que
le même jour le Prince de Lobckowitz , à la tête
d'un Détachement de Huffards avoit marché à
Pilfen , & qu'il s'étoit emparé de ce Polte ; que le
18 , l'armée étoit décampée de Pilfenetz , & qu'elle
s'étoit avancée à Rotichow ; qu'elle s'étoit remiſe
en marche le jour fuivant ; que le 20 , elle étoit
arrivée à Zebrach , & qu'elle devoir , après qu'elle
auroit pris un jour de repos, s'aprocher de Bernaw.
Les mêmes avis portent que le Maréchal de Broglie
, qui avoit campé pendant quelques jours
près de ce Bourg , s'étoit retiré fous Prague avec
l'armée Françoife qu'il commande , & qu'il étoit
pofté de telle maniere , qu'il feroit difficile de le
forcer dans fon Camp..
L
PRAGUE.
Es Lettres reçues de cette Ville du 12 du mois
dernier , portent , que
fur l'avis que le Maréchal
de Broglie reçût le 4. de la jonction de l'armée
du Prince Charles de Loraine & de celle du
Prince de Lobkowitz , ce Géneral fe détermina à
G V faire
1636 MERCURE DE FRANCE
f .
aire replier du côté de Vódnian l'armée qu'il
commande , & qu'il envoya ordre au Duc de Bouf-
Aers , qui étoit à Krumlau avec une Brigade d'infanterie
& trois Régimens de Dragons , de fe retiter
par Praketitz & par Volin à Pilceck . La défenſe
que le Corps de troupes , commandé par le Comte
d'Aubigné , a faite au paffage du Moldaw , a donné
le tems au Maréchal de Broglie , de repaffer le
ruiffeau de Vodnian , avant que les ennemis fuffent
à portée de l'attaquer ; mais à peine le Maréchal
de Broglie eut il mis ce ruiffeau entre l'armée
Françoite & celle de la Reine de Hongrie , que les
Autrichiens parurent de l'autre côté , en ordre de
bataille . Les deux armées demeurerent en préfence
toute la journée du 6 , fans que les ennemis
ofaffent attaquer les François . Un Détachement
des troupes Autrichiennes tâcha de s'emparer d'un
Village , qui étoit au front de l'Armée Françoife ,
& il fut repouffé avec une perte confidérable. La
nuit fuivante , le Maréchal de Broglie gagna unë
marche fur le Prince Charles de Loraine , & le 7 ,
à la pointe du jour , il rentra dans le camp de Pifceck
, où il fut joint par le Corps de troupes qui
étoit fous les ordres du Duc de Boufflers .
Le Maréchal de Broglie ayant apris le 8 , que
les ennemis marchoient par leur gauche vers Rackonitz
& Stregna , il conjectura que leur deffein
étoit de paffer la Votava , & de lui couper la communication
avec les Troupes Pruffiennes & Saxones
, & il prit la réfolution de ne pas demeurer
plus long tems à Pifceck. Il s'eft retiré à Bernaw
près de Prague , & il s'y eft pofté de maniere que
les ennemis ne peuvent l'empêcher d'être joint par
les renforts qu'il attend.
On mande de Ratisbonne du 14 du mois dernier
, que l'Empereur a envoyé aux Magistrats de
Cette
JUILLET. 1742. 1637
,
cette Ville un Refcript , par lequel S. M. I. réïtere
l'ordre qu'elle leur a donné de faire fermer tous les
Colleges de la Diette de l'Empire , & de refufer
l'entrée du Palais , où cette Diette a coûtume de
tenir les Séances aux Miniftres de la Reine de
Hongrie , lefquels , malgré les défenfes de l'Empereur
, avoient continué jufqu'à préfent de s'y
aflembler. Les troupes de l'Empereur & celles du
Roy de France occupent toujours les mêmes camps ,
& le Comte de Kevenhuller n'a point non plus
changé de pofition .
Quelques Régimens des troupes Palatines , lefquels
étoient dans le Haut Palatinat , fe font mis
en marche , pour aller renforcer l'Armée commandée
par le Maréchal de Terring.
Il a palé par Ratisbonne un grand nombre de
piéces de canon , deftinées pour les troupes qui
font fous les ordres du Duc d'Harcourt , & l'on
embarque à Ingolftadt pluheurs canons de batterie
, pour les tranfporter au Camp de ce Géneral.
Les Huffards de l'armée de la Reine de Hongrie
ont recommencé à faire des courfes de ce
côté- ci du Danube , & un de leurs Détachemens
s'avança il y a quelque tems jufqu'à trois lieues de
Prague.
On a apris de Ratisbonne du 30. du mois dernier
, que les Troupes Heffoifes , que l'Empereur
a pris à fon fervice , ont joint l'armée de S. M. I.
commandée par le Maréchal de Terring , & que les
troupes Palatines , ainfi que celles des Cercles ,
étoient en marche , pour fe rendre auffi au camp
de ce Géneral .
La plus grande partie de l'armée Autrichienne ,
qui eft fous les ordres du Comte de Kevenhuller ,
a repafé le Danube , & il n'eft refté du côté de
Ratisbonne que quelques troupes , pour conferver
G vj la
1638 MERCURE DE FRANCE
la communication avec Munich , dont la garniſon
n'eft plus compofée que de 4000. hommes , le
Comte de Kevenhuller en ayant tiré , 000 , pour
renforcer fon armée . Ce Géneral fait travailler
avec toute la diligence poffible , à augmenter les
Fortifications de cette Place.
Les avis reçûs de Boheme portent que le Maréchal
de Broglie , qui eft toujours campé à Weiffemberg
, avoit obligé les habitans de Prague de
remettre toutes les armes qu'ils avoient chés eux ;
que le 22. du mois dernier , l'armée Autrichienne
commandée par le Prince Charles de Loraine , étoit
décampée de Zebrach , & qu'elle s'étoit avancée à
Tufchung ; qu'elle avoit marché le 23. à Horczlitz
& que le lendemain , elle étoit allée occuper un
Camp que le Prince Charles de Loraine avoit fair
tracer près de Zinonitz , à une demie lieuë de Praque.
Le Grand Duc de Tofcane arriva le 27. à
l'armée .
PRUSSE.
N aprend de Berlin du 3. du mois dernier ,
que les lettres écrites de l'armée que le Roy
de Pruffe commande , marquent qu'il y arrivoit
tous les jours un grand nombre de déferteurs de
l'armée du Prince Charles de Loraine.
On mande de Breſlaw , que le 27. Mai dernier ,
on avoit chanté le Te Deum dans toutes les Eglifes .
de cette Ville , en action de graces de la derniere
victoire de S. M. Pr. qu'il y avoit eû une triple décharge
de l'artillerie des remparts , & de la moufqueterie
de la Garnifon , & que le Cardinal Sinzendorf
avoit donné , ainfi que le Prince de Collowrath,.
une Fête magnifique à l'occafion de cette victoire .
On a apris de Boheme , que l'armée du Roy de
Pruffe eft cantonnée des deux côtés de l'Elbe , & que
Sa
JUILLET. 1742. 1639
S. M. Pr. a établi fon quarrier géneral à Maleſchaw
, entre Janowitz & Czaflaw.
Il arriva le 17. du mois dernier un courier , par
lequel on aprit que la Paix étoit conclue entre
S. M. Pr. & la Reine de Hongrie , & que le Traité.
avoit été figné le onze à Breflaw par le Comte de
Podewils , Miniftre du Cabinet , au nom du Roy ,
& par le Lord Hindford , Envoyé Extraordinaire
du Roy de la Grande- Bretagne , au nom de la Reine
de Hongrie., dont ce Miniftre avoit reçû des
pleins pouvoirs pour cet effet .
Par ce Traité , la Reine de Hongrie cede au Roy
en toute proprieté , outre le Comté de Glatz , fitué
dans le Royaume de Boheme , la Haute & la Baffe
Siléfie , à l'exception de la Principauté de Tefchen
& du Duché de Troppau , à condition que le Roy
acquittera les capitaux & les interêts des fommes
qui ont été prêtées au feu Empereur par la Grande
Bretagne fur les revenus des Ferines de cette Province.
Les deux Puiſances font convenuës par le même
Traité ,, que le Roy obferveroit une exacte neutralité
dans la guerre entre les Alliés & la Reine de
Hongrie ,& qu'il retireroit les troupes du Royaume
de Boheme dans le terme de quinze jours , après la
ſignature du Traité , de l'execution duquel le Roy
de la Grande - Bretagne s'eft rendu garant.
Un article de ce Traité porte que le Roy de Pologne
, Electeur de Saxe , fera invité à y acceder, &
qu'on fera la même propofition à la République de
Hollande , à laquelle le Roy payera , fi elle confent
à l'acceffion , les fommes das aux Hollandois
par le feu Empereur fur la Siléfie .
Quoique ce Traité eût été figné le onze , il n'a.
été rendu public que le 15. après que le Comte de
Podewils & le Lord Hindford en eurent reçû les
ratifications. Selon
1640 MERCURE DE FRANCE
Selon les dernieres lettres reçues de Kuttenberg ,
où l'armée du Roy étoit campée , lorfque le Lord
Hindford & le Comte de Podewils font convenus
des conditions de cet accommodement, le Roy invita
le 15. tous les Officiers Géneraux qui fervent
fous fes ordres , à dîner avec lui ; & S. M. en fe metrant
à table , leur déclara qu'elle avoit accepté les
propofitions qui lui avoient été faites par la Reine
de Hongrie , & que les differends de la Cour de Ber
lin avec celle de Vienne étoient entierement terminés.
Le 22. la Paix fat publiée dans le Camp , au
bruit de plufieurs falves d'artillerie & de moufqueterie
, & le Roy donna ordre que toutes les troupes
fe difpofa fent à fortir du Royaume de Boheme.
On aprend de Brin du 4. de ce mois , que les
Articles Préliminaires de Pax qui ont été fignés
le onze du mois dernier à Breflaw par le Comte de
Podewils , au nom du Roy de Pryffe , & par le Lord
Hindford , au nom de la Reine de Hongrie , ont
été rendus publics , & qu'ils portent qu'il y aura déformais
une paix inviolable, & une fincere union entre
S. M. & cette Prince le , que l'une des deux Puif.
fances ne pourra fournir aucun fecours direct ni indirect
aux ennemis de l'autre , ni contracter avec
eux aucune Alliance contraire à ce qui fera reglé
par le Traité qu'elles doivent conclure ; que chacu
ne d'elles accordera une Amnifte génerale à ceux
de les Sujets qui ont déferté de les troupes , ou qui
ont abandonne fon parri pendant la guerre ; que
toutes les hot ités cefferont le par & d'autre le
jour même de la fignature des Articles Préliminaires,
& que feize jours après la fignatare , le Roy retirera
toutes les troupes du Royaume de Boheme ;
que S. M. H. tant en fon nom qu'à celui de fes
fucceffeurs cede au Roy à perpétuité , en toute proprieté
JUILLET. 1742 . 1641
prieté & avec une entiere fouveraineté & indépendance
, la Baffe & la Haute Siléfie , à l'exception
de la Principauté de Tefchen , du Duché & de la
Ville de Troppau , de la Seigneurie de Herrendorff,
du Pays qui eft au- delà de la Riviere d'Opau , & de
quelques autres Diftricts, qui font partie de la Moravie
, quoiqu'ils foient enclavés dans la Haute Siléfie
; qu'elle cede auffi à S. M. la Ville & le Châ--
teau de Glatz avec le Comté de ce nom ; que le Roy
de fon côté renonce à toutes fes autres prétentions ,
qu'il fe charge feul du remboursement des fommes
que le feu Empereur avoit empruntées de la
Grande-Bretagne fur les revenus de la Siléfie ; qu'il
fera libre à tous ceux qui voudront quitter les Pays
cedés au Roy par la Reine de Hongrie , d'établir
ailleurs leur réfi ence , de vendre leurs biens
pendant l'efpace de cinq années , & de faire paffer
leur argent où ils jugeront à propos, fans qu'on puiffe
à ce fujet les inquieter ni leur faire payer aucun
droit ; que le koy confervera aux habitans de la Siléfie
& du Comté de Glatz , la jou flance de leurs
privileges & le libre exercice de la Religion Catholique
, & qu'ils feront déchargés de toutes les fommes
dont ils peuvent être redevables à l'occafion
des contributions qui ont été exigées d'eux par
S. M. avant la paix ; que tous les prifonniers de
guerre , qui ont été faits refpe &tivement par les
troupes des deux Puiflances , feront remis en liberté
, fans payer aucune rançon ; que tout ce qui regarde
le commerce entre les Etats refpe &tifs des
Parties contractantes , fera reglé dans le Traité de
paix qui doit être conclu par les Miniftres Plénipotentiaires
qu'elles nommeront pour cet effet , que
le Roy de la Grande - Bretagne , tant en cette qualité
que comme Electeur de Hanover , fera garant
de l'execution de ce Traité ; que S. M. & la Reine
de
1642 MERCURE DE FRANCE
de Hongrie font convenus d'inviter 1 Roy de Po
logne , Electeur de Saxe , à y acceder , pourvû que
16. jours après qu'on lui aura donné part de la
conclufion de la paix entre le Roy & S. M. H. it
retire fes troupes du Royaume de Boheme , & que
la même invitation fera faite à la Czarine , au Roy
de Dinnemarck , à la République de Hollande &
au Duc de Wolfenbuttel.
Ο
ITALIE.
Na apris du Bolonois , que le 28. Mai dernier
, les troupes Eſpagnoles & Napolitaines ,
qui fe font avancées fur le bord du Panaro , avoient
fait un fourage géneral dans les environs de Crefpelano
, de Peroto & de Puniappo .
Les Lettres reçues du Modenois portent que l'armée
du Roy de Sardaigne formoit une Ligne de
près de cinq mille d'étendue depuis Spilemberto
jufqu'à Sant Ambrogio , & que les troupes de la
Reine de Hongrie étoient poftées entre ce Bourg
& celui de Buon Porto .
Le Roy de Sardaigne & le Comte de Traun
n'ayant pû engager le Duc de Modene à fe déclarer
en faveur de la Reine de Hongrie , ils lui en
voyerent le premier du mois dernier le Baron de
Carpné pour lui dire qu'il pourroit demeurer neutre
, s'il vouloit leur donner la Citadelle de Modene
pour fûreté , mais que s'il n'acceptoit pas cette
condition , les troupes Autrichiennes & Piémon
toiles formeroient le fiége de la Citadelle , & qu'on
ne lui laiffoit que jufqu'au 7. pour le déterminer .
Le Duc de Modene répondit qu'il perfiftoit dans
la réfolution d'obferver une exacte neutralité , &
qu'il croiroit la violèr n recevant des troupes Etrangeres
dans la Citadelle de fa Capitale , & le Baron
de
JUILLET
. 1643 1742:
de Carpné étan retourné le 7. à Saffuolo , pour fça- , voir les dernieres intentions de ce Prince , le Duc
de Modene lui répeta la même déclaration qu'il lui
avoit déja faite .
Le même jour , le Roy de Sardaigne & le Comte
de Traun reçûrent avis que dès le 6. toute la gar- nifon qui étoit dans Modene , s'étoit retirée dans la
Citadelle , & que le Duc de Modene avoit donné
ordre au Géneral Paludi , qui y commande , de fe
défendre jufqu'à la derniere extremité . Ils furent
auffi informés que le Duc &la Ducheffe de Modene
étoient partis de Saffuolo , pour ſe rendre dans le
Ferrarois.
Les Magiftrats de Modene envoyerent le foir du
même jour quatre Députés au Camp du Roy de Sardaigne , pour lui remettre les clefs de la Ville ,
& le Roy de Sardaigne affûra ces Députés que les troupes Autrichiennes & Piémontoifes ne cauleroient
aucun préjudice au Duc de Modene ni aux
habitans , & qu'elles obferveroient une exacte dilcipline
.
Le lendemain , à fix heures du matin , le Régide
la Reine de Hon- ment de Diesbach , des troupes
grie , & ceux de Piémont & de la Reine , des trou.
pes du Roy de Sardaigne , entrerent dans la Ville
fous les ordres du Comte de Cumiane , Officier Géneral
aú ſervice de ce Prince . Le Roy de Sardaigne
& le Comte de Traun , commencerent en même
tems à faire les difpofitions néceffaires pour affiéger la Citadelle dans les formes. Ils firent ouvrir la
tranchée dès la nuit fuivante , & ils établirent une
batterie de 14. mortiers , qui fut en état de tirer
le 13 .
de
La garnifon de la Citadelle fait un féu très- vif
d'artillerie contre les Affiégeans , qui employent
leur côté toute la diligence poffible à avancer leurs
travaux . On
1644 MERCURE DE FRANCE
On a publié un ordre du Roy de Sardaigne & du
Comte de Traun à tous les habitans du Duché de
Modene , de ne garder chés eux aucunes armes .
Il Y eut le 5. du mois dernier , près de Spilim➡
berto une rencontre entre un détachement des troupes
Espagnoles & les Hullards des troupes Autri
chiennes , & ces derniers ont fait quelques prifon
niers . Les mêmes Huflards ont fait une courte du
côté de Bologne , & ils ont enlevé un Lieutenant
Colonel , deux Capitaines & un Quartier Maître
des troupes du Roy des deux Siciles .
Le Duc & la Ducheffe de Modene doivent le
rendre du Ferrarois à Venife , & le Prince Héreditaire
, leur fils , eft allé à Maſſa , avec la Princeſſe ,
fon épouse.
Le Roy de Sardaigne & le Comte de Traun ont
ordonné à la Bourgeoifie de Modene , de payer
chaque Soldat trois fols de Piéinont , par jour.
On a apris de Modene du 29 du mois dernier ,
que la garnifon qui étoit dans la Citadelle de cette
Ville , demanda le 28. à capituler , après s'être dé→
fendue avec une extrême valeur , & après avoir fait
plufieurs forties dans lefquelles elie a tué beaucoup
de monde aux affiégeans .
Il a été reglé par la Capitulation , fignée le 29 .
que cette garnifon fe rendroit prifonniere de guerre
, mais que les Officiers fortiroient avec leurs
épées , & qu'il auroient la liberté de fe retirer fur
leur parole où ils jugeroient à propos ; qu'ils pour
roient , ainfi que les Soldats , emporter tout ce qui
leur apartient , & que le Roy de Sardaigne feroit
fournir à la garnifon les chariots néceffaires pour
cet effet
; que les Régimens , tant Nationaux qu'E
trangers , dont cette garnifon étoit compofée , feroient
conduits par des efcortes aux differens Lieux
qu'il plairoit au Roy de Sardaigne de leur indiquer
pour
JUILLET. 1742. 1645
pour y demeurer , & que ce Prince auroit foin de
pourvoir à leur fubftance ; qu'il fe réferveroit le
droit de punir les déferteurs des troupes Autrichiennes
& Piémontoiſes , qui feroient trouvés dans
la Citadelle , ou d'ufer de clémence à leur égard ;
qu'il feroit permis au Commandant de la Citadelle
d'entrer dans la Ville , & d'y pafler quelque tems ,
pour mettre orde à fes affaires domeftiques , avant que
d'aller joindre le Duc de Modene ; qu'auffitôt après
la fignature de la Capitulation , des détachemens
des troupes de la Reine de Hongrie & du Roy de
Sardaigne prendroient poffeffion des deux portes de
la Citadelle : que les Soldats de la garnifon feroient
défarmés , & que les affiégés remettroient leur artillerie
& leurs munitions , foit de guerre , foit de
bouche , aux Commiffaires nommés par le Roy de
Sardaigne & par le Comte de Traun.
S. M. a détaché le Comte d'Apremont , Lieutenant
Géneral de fes armées , avec un Corps de
3c00. hommes de Cavalerie pour obferver les
mouvemens du Duc de Montemar .
Un Valet de Chambre du Cardinal Paffionei
trouvé depuis peu à Rome une Pierre antique gravée
, fur laquelle eft la tête d'Alexandre le Grand,
& qui eft eftimée d'un grand prix.
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 26, du mois dernier,
que l'Intendant de Marine de S. Sébaſtien a
fait fçavoir au Roy, que Don François de Jaureguy,
Commandant la Frégate la Notre-Dame del Coro ,
y avoit conduit un Brigantin Anglois , dont il s'étoit
emparé le 12. Mai dernier , vers le 35. dégré
de Latitude Septentrionale , & que le 12. du mois
dernier un Vaiffeau de la même Nation avoit été
pris
747 MERCURE DE FRANCE
pris à la hauteur des Ifles de Glenan par là Galiotte
l'Amitié.
S. M. a apris par des lettres de l'Intendant de
Ma ine de Bilbao , que le 3. & le 5. il étoit entré
dans ce Port deux prifes faites par l'Armateur Don
Juan Florent de Miranda .
Un Bâtiment de Melilla , armé en courſe , enleva
le 9. près de Malaga la Balandre Angloiſe l'Endeawour
, commandée par le Capitaine Philipe Hogan.
On mande de Madrid du 3. de ce mois , que les
derniers avis reçûs de Vigo , portent qu'un Armateur
Espagnol y avoit conduit le Vaiffeau Anglois
le Heatchote , qui revenoit de la Caroline Méridionale
, & dont il s'est emparé vers le 44. & le 45 .
degré de Latitude Septentrionale.
Les Efpagnols ont encore pris les Vaiffeaux la
fainte Marguerite & le Prince de Galles , comman .
dés par les Capitaines Andries & Smith ; l'un en allant
de Gibraltar à Dunquerque , & l'autre en revenant
de Terre- Neuve .
NAPLES.
Na apris de Naples du 19. du mois dernier ,
que quoiqu'il n'y ait aucune aparence que les
Anglois penfent à former quelque entreprife contre
cette Ville , le Gouvernement a jugé à propos
de fe préparer à tout évenement , fur la nouvelle
qu'il a reçûë du départ du Contre-Amiral Leftock ,
que l'Amiral Matthews a détaché de Villefranche
pour une expédition avec une partie de l'Efcadre
Angloife qui eft dans la Méditerranée , & que l'on
a pris à Naples toutes les mesures néceffaires pour
fe mettre également à l'abri de la ſurpriſe & de
I'nfulte.
PORTUGAL .
JUILLET . 1742. 1647
O
PORTUGAL.
N aprend de Lisbonne , qu'on efpere de voir
la fanté du Roy de Portugal fe rétablir.
Les Religieux Hieronimites ont tenu depuis peu
dans leur Convent de Belem un Chapitre Géneral,
& ils ont élû pour General de leur Congrégation
le Pere Sauveur Correa de Sa , Docteur de la Faculté
de Théologie de l'Univerfité de Coïmbre
Qualificateur du Saint Office , Confulteur de la Bulle
de la Croifade , & Examinateur des trois Ordres
Militaires .
L
GENES ET ISLE DE CORSE. 势
E 16. du mois dernier un Pinque Eſpagnol ,armé
en courfe, s'empara à la vue de Genes, d'un petit
Bâtiment Anglois , chargé d'environ 2000. mines
de bled , qui étoit forti du Port quelque tems après
lui . Ce Pinque ayant voulu revenir à Genes avec
fa prife , on lui tira des remparts plufieurs volées
de canon , pour l'obliger de le relâcher , ce qui détermina
l'Armateur a reprendre le large.
On a apris du Modenois , que les troupes Efpagnoles
& Napolitaines , commandées par le Duc de
Montemar , étoient actuellement en préſence de
celles de la Reine de Hongrie & du Roy de Sardaigne
, & qu'elles n'en étoient féparées que par le
Panaro , fur lequel le Roy de Sardaigne a fait jetter
un Pont , dont la tête eſt défenduë par une de
mie Lune.
On a apris en même- tems que le Roy de Sardaigne
n'avoit donné au Duc de Modene que jufqu'au
18. du mois dernier pour le déterminer à fe déclarer
en faveur de la Reine de Hongrie , que le Duc
de Modene avoit fait conduire beaucoup de vivres ,
de
1648 MERCURE DE FRANCE
de munitions & d'artillerie dans la Citadelle de
Modene , & qu'il y avoit aparence qu'il perfitoit
dans le deffein de ne point fe joindre au Roy de
Sardaigne .
Suivant les dernieres lettres de Lombardie , l'armée
Espagnole & Napolitaine & celle de la Reine
de Hongrie & du Roy de Sardaigne font toujours
dans la même pofition ; le quartier géneral de ce
Prince eft à Columbara , près de Modene ; celui du
Comte de Traun à Foffalto , & celui du Duc de
Montemar à un Village près du Fort Urbin , de
l'autre côté du Panaro . Les deux armées femblent
ne penſer , chacune de leur côté , qu'à fe retrancher
, & quelques bataillons , auxquels le Roy de
Sardaigne avoit fait paffer le Panaro , font retournés
joindre les troupes Piémontoiles.
On mande de la Baftie , que les douze Députés
des Provinces avoient remis au Marquis Spinola de
la part des Piéves, un Mémoire , qui contenoit plufieurs
propofitions que la République ne pouvoit
accepter , & dans lequel les peuples de l'Ine de
Corfe fembloient plutôt vouloir donner la loi , que
fe difpofer à la recevoir.
Le Marquis Spinola , en attendant les ordres de
la République à ce fujet , a fair marcher un détachement
de 300. homines à Roftino , où il y avoit
déja un pareil détachement .
On reçût le 30. du mois dernier à Genes la nouvelle
de la prife de la Citadelle de Modene , & depuis
on a apris que les troupes Efpagnoles & Napolitaines
, commandées par le Duc de Montemar
étoient décampées de Caſtel Franco , & qu'ayant
côtoyé le Panaro , elles s'étoient avancées à Buondeno
; que le Duc de Montemar y avoit fait paſſer
le Panaro à 25. Compagnies de Grenadiers , qui
avoient pris pofte fur l'autre bord.
Selon
L
JUILLET. 1742: 1649
pa-
Selon les avis reçûs de la Baftie , les Corfes
roiffent fort irrités de ce que les douze Députés des
Provinces , par crainte ou par complaifance pour
le Marquis Spinola , n'ont point ſuivi leurs inftructions
dans le Mémoire qu'ils lui ont remis , & de ce
qu'ils n'y ont point fait mention de la garantie & de
la protection du Roy de France.
Ces avis ajoûtent que les principaux habitans de
la Balagna s'étoient affemblés à ce sujet , & qu'ils
avoient tous figné une proteftation par laquelle ils
défavoüoient ce Mémoire & les démarches des Députés
. On a lieu de craindre que le feu de la révolte
ne te rallume dans plufieurs Piéves , & que les habitans
de celles de la Balagna & de Caccia ont déja
pris les armes ; & 300. hommes des troupes de la
République , lefquels étoient dans la premiere de
ces deux Piéves , fe font retirés précipitamment à
Corte , dans la crainte d'être attaqués par les Rebelles.
Les dernieres lettres de Corfe , portent que les
habitans paroiffent moins difpofés, que jamais à recevoir
les loix qu'on veut leur impofer , & que le
Marquis Spinola a été obligé de fufpendre l'établiſ
fement de la nouvelle taxe , pour ne pas donner OCcafion
à une troifiéme révolte .
On mande de Modene , que la Citadelle de cette
Ville ne devoit être évacuée par la garnifon que le
3. de ce mois , & que le Roy de Sardaigne s'étoit
propofé de fe mettre le 4. en marche , pour s'apro
cher de l'armée commandée par le Duc de Montemar,
mais qu'il feroit obligé de demeurer encore
quelques jours dans le Modenois , afin de donner
au Comte de Traun le tems de pourvoir à la fub
fiftance des troupes Autrichiennes.
Le Duc de Montemar a repaffé le Panaro , & il
n'eft refté du côté de Genes qu'une petite partie
des
165 MERCURE DE FRANCE
des troupes Espagnoles , pour couvrir la tête des
Ponts que ce Géneral a fait jetter fur cette riviere.
L
12.
GRANDE BRETAGN E.
Es lettres de Londres du 14. du mois dernier ,
portent qu'on a reçû avis de Saint Kitt , que le
Avril il y avoit eu une action très vive entre les
Vaffeaux l'Etham & le Lively , commandés par les
Capitaines Smith & Stewart , & trois Vaiffeaux de
guerre Espagnols .
Les trois Bataillons des Régimens des Gardes à
pied qui font arrivés à Oftende le onze du mois
dernier , en font partis le 13. pour fe rendre à Gand ,
& les quatre Régimens qui ont paffé la Mer avec
ces trois Bataillons , font allés à Bruges,
Trois des Commiffaires , chargés d'examiner la
conduite du Comte d'Orford , fe font transportés
au Bureau de la Compagnie de la Mer du Sud , &
ayant vifité les Regiftres de cette Compagnie , ils
en ont paraphé & fcellé fept , qu'ils ont ordonné
de porter devant le Comitté fecret .
Les Efpagnols fe font emparés des Vaiffeaux
Marchands le Burne , le Guillaume & Sara , le
Fowler , le Cheval Marin , la Sufanne & le Prince
Guillaume.
Le Vaiffeau de guerre le Dauphin , commandé
par le Capitaine Holburne , a conduit à Plymouth
un Armateur Efpagnol , qu'il a enlevé à la hauteur
de l'ifle d'Oueflant , & qui avoit fur fon bord 102.
hommes d'équipage . Cet Armateur eft le même qui
avoit pris il y a quelque tems le Vaiffeau le Nonveau
Shoream.
HOLLANDI
JUILLET. 1742. 16511
€ HOLLANDE ET PAYS -BAS.
ON mande de Bruxelles du 16.dumois dernier
, que le fecond
Convoy
des troupes
Angloifes
, que le Roy de la Grande
- Bretagne
s'eft
engagé
d'envoyer
dans les Pays- Bas , arriva
le onze
à Oftende
, & qu'il eft compofé
de trois Bataillons
des Gardes
à pied de S. M. Br. & de quatre
Régimens
, qui font chacun
de 800. hommes
.
Le troifiéme Convoi des troupes Angloifes deftinées
à paffer la Mer , eft arrivé à la vue d'Oftende.
Le 18. de ce mois & les jours fuivans , les Diamans
& les Bijoux de la feuë Archiducheffe Gouvernante
des Pays - Bas , ont dû être vendus publi- .
quement à Bruxelles à l'Hôtel d'Orange ,& cette vente
s'eft faite au plus offrant & en argent de change.
*****************
FRANC E.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
Lic
E 30. Juin , l'Abbé du Refnel , Acadé
micien de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres , fut reçu dans
l'Académie Françoife , à la place vacante
pár la mort de l'Abbé du Bos . Il fit un trèsbeau
Difcours , auquel le Duc de Richelieu ,
Directeur de l'Académie , répondit avec autant
d'efprit que d'éloquence .
Le 14. de ce mois , le Prince de Campo-
H Florido
652 MERCURE DE FRANCE
Florido , Ambaffadeur du Roy d'Espagne
eur , en long manteau de deuil , une Audience
particuliere du Roy , dans laquelle il !
donna part à S. M. de la mort de la Reine
Douairiere d'Espagne , & il préfenta au Roy
à cette occafion une Lettre du Roy d'Eſpagne.
Le Prince de Campo Florido cut enfuite
audience de la Reine , de Monſeigneur
le Dauphin , & de Mefdames de France , &
il fut conduit à toutes ces Audiences par le
Chevalier de Saintot , Introducteur des Ami
baffadeurs.
Le 19 , le Roy prit le deüil en violet pour
la mort de la Reine Douairiere d'Eſpagne .
M. l'Abbé Desjardins , Docteur de Sorbonne
, prêcha devant le Roy , le jour de la
Pentecôte derniere . L'objet de fon Diſcours
fut la néceffité que l'homme a du S. Efprit
Il fit voir dans fon premier Point , qu'il eft
néceffaire à tous , pour fe conduire dans les
routes du Salur.
Dans le fecond Point , qu'il eft néceffaire
aux Supérieurs de la Societé civile , pour
leur aprendre à y conduire les autres .
Il montra dans le premier Point , que
Phomme a beſoin de lumiere , pour découvrir
fes devoirs , & de force pour les rem
plir ; qu'on ne trouve la veritable lumiere ,
&
JUILLET. 1742.
& la veritable force , que dans le S Efprit.
=
Le fecond Point roula fur la maniere dont
les Apôtres conduifitent les premiers Chré
tiens qu'ils formerent. Il dir que cce: fût par
les Verités que ce même Efprit leur avoit
enfeignées , par la charité dont il les avoi
enflammés , par la fermeté qu'il leur avoit
communiquée. Il les propofa pour modéles
à ceux qui font chargés de la conduite des
ames , & du gouvernement des peuples.
Le 4 & le 7 Juillet , il y eut Concert chés
la Reine. M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Muſique du Roy en femeftre , fit exé¬
cuter le Ballet de l'Europe Galantes les prin
cipaux Rôles furent très bien remplis par
les Diles La Lande , Romainville , Abec , &
Mathieu , & par les fieurs Le Cler , Poirier
d'Angerville , Tavernier , Dubourg & Be
noit
Le 9 , la Reine entendit le Ballet des Fêtes
Venitiennes ; les mêmes Acteurs & le feur
Jeliot chanterent les principaux Rôles.
Le ri , le 14 , & le 16 , on concerta la
Tragédie de Thetis & Pelée , laquelle fut exé
cutée par les mêmes Acteurs.es
Le 18 le 21 , & le 23 , la Reine entendit
la Tragédie d'Amadis de Gaule ; chantée par
les mêmes Acteurs , & par le fieur Gode
nefche.
Hij Les
(3)
1654 MERCURE DE FRANCE
Les Vaiffeaux de la Compagnie des Indes ,
le Penthievre, l'Argonaute & la Baleine, dont
le retour prochain avoit été annoncé par les
trois Vaifeaux arrivés au Port de l'Orient
à la fin du mois de May dernier , font entrés
depuis peu dans le même Port , & ils font
très - richement chargés . Les Vaiffeaux le Penthievre
& l'Argonaute viennent de Bengale
& de Pondichery , & le dernier ayant touché
, en revenant , à l'Ile de France , il y a
trouvé un Bâtiment qui avoit été dépêché
du Fort de Mahé , Etabliffement François à
la Côte de Malabar , par lequel il a apris
que M. de la Bourdonaye étoit arrivé à Mahé
avec les fix Vaifleaux qu'il commandoit
affés à propos pour conferver cet Etabliſſe
ment , lequel étoit attaqué depuis dix - huit
mois par les Princes voifins , & dont la garnifon
composée de 100. hommes d'Infanterie
Françoife , & de 900. Noirs , n'étoit plus
en état de réfifter aux efforts des attaquans ,
qui étoient au nombre de 15000. M. de la
Bourdonaye étant débarqué avec 1500. hommes
, & y ayant joint la garnifon du Fort ,
il a attaqué les ennemis dans leurs Retranchemens
, & après une action très vive , dans
laquelle les Officiers & les troupes , le font
également diftingués , M. de la Bourdonaye
a forcé les Princes , qui attaquoient le Fort ,
à demander la paix , aux conditions de laquelle
JUILLET. 17426 1655
.
9 uelle on travailloit
au départ
du Bâtiment qui eft venu aporter
cette nouvelle
à l'ifle
de France .
La Grand Chambre du Parlement de Paris
termina à l'Audience le 13. Juin , la grande
Affaire de la veuve Bourgelat , contre les
Sieurs Dugas de Grange - Blanche & Conforts ,
lefquels ont été renvoyés de l'accufation contre
eux intentée , comme téméraire & calomnieufe
; l'Arrêt condamne la veuve Bourgelat
en 30. mille livres de domages & intérêts,'
& ordonne la fupreffion des termes injurieux
répandus dans les Mémoires , & permet la
publication de cet Arrêt , lequel en confénce
a été affiché le 11. du même mois
quence
dans tous les endroits accoûtumés de la Ville
& Fauxbourgs de Paris.
,
La Loterie Royale établie par Arrêt du
Confeil du 13. Février dernier , en faveur
des Pauvres , fut tirée pour la troisième fois
en la grande Sale de l'Hôtel de Ville
de Paris en préſence de Mrs les Prevôt
des Marchands & Echevins le 18. Juillet.
La Liſte générale des Billets gagnans fut publiée
le lendemain. Le Gros Lot qui eft de
100000. liv. eft échu au N ° 24406. fous la
Devife A Sainte Marie. Le fecond Lot qui
eft de 60000. liv . eft échu au N ° 26702. fous
la Devife Par complaisance.
Hij SEP
1656 MERCURE DE FRANCE
SERVICE SOLEMNEL fait pour
Sa Majefté Catholique la Reine Douairiere
d'Espagne, dans l'Eglife de l'Abbaye Royale
de Sainte Geneviève du Mont à Paris , le
Juillet , par ordre des RR. P P. Abbé
Religieux de cette Abbaye.
$
E.Portail&la Nefétoient rendus ennoir,
à la
hauteur de 25. pieds , le Jubé depuis le grand
CHRIST jufqu'à terre , le Choeur , depuis les Stales
baffes jufqu'au premier ordre d'Architecture , & le
Rond Point depuis le ceintre de la voute jufqu'en
bas ; fur cette tenture étoient attachés trois les de
velours noir , ornés d'Armoiries , & entre les deux
premiers lés du haut & celui du bas étoient pofées
les grandes Armoiries , il y en avoit quatre dans le
Rond Point, neuf dans le Choeur , trois au Jubé du
côté de la Nef & autant dans la même proportion , au
Portail. Sur les Tribunes on avoit mis neuf Girandoles
, dont l'une étoit au milieu , au- deffus de la
Porte du haur L'Aigle du Chour étoit couvert
d'un tapis noir , au devant de l'Aigle étoient quatre
tabourets couverts en noir pour les Chantres , &
trois bancs pour un nombre de Chanoines Rguliers.
Au- deffus du Tombeau de CLOVIS , on avoit
élevé un Dais en forme de Baldaquin , garni de 4.
pommes de velours noir,furmontées de plumes blanches
; le fond formoi une Croix de Moire d'argent,
fur un velours noir , avec quatre grandes Armoiries
aux angles de ce Dais quel étoit fufpendu à la
voute du Choeur , à cinq pieds de diftance feulement
; de ce Baldaquin romboient quatre grands
rideaux de toile noire & blanche . garnis de larmes
en argent & de Croix en or , ces rideaux avoient
dix huit aunes de long , relevés deux fois en grou-
PE
3 1742. 1657
JUILLET
.
pes & une fois en feftons , ils étoient attachés à
quatre piliers de l'Eglife avec des cor ions d'argent,
ornés de glands & de crêpines d'argent.
Sous ce Dais étoit la Repréſentation , élevée de
dix pieds , couverte d'un Drap mortuaire de velours
noir , bordé d'hermine , partagé par une Croix de
moire d'argent , avec deux grandes Armoiries ou
Ecuffons de chaque côté , & fur cette Repréfenta
tion etoit pofée une Couronne couverte d'un crêpe ,
qui tomboit jufqu'à terre. Autour de cette Repréfentation
étoient placés quatre gradins de differente
hauteur garnis pendant les Vigiles , de 100. chandeliers
d'argent avec leurs cierges et Armoiries . Aux
'pieds de la Repréfentation il y avoit deux tabourets
couverts d'un drap noir , pour les deux Amôniers
de la Reine , qui ont affifté à tout l'Office en Rochets
et en Manteaux longs.
On avoit élevé au - deſſus du Maître Autel un Dais
30. pieds de hauteur, fur lequel étoient 4. pommes
couvertes de velours noir, garnies de plumes et d'aigrettes
blanches ; le fond de ce Dais formoit parei
lement une Croix de moire d'argent fur du velours
noir, aux quatre angles duquel étoient pareillement
quatre grandes Armoiries ; la queuë de ce Dais formoit
auffi une Croix ornée de larmes en broderie
d'argent , avec des Armoiries aux quatre coins. A
ce dais étoient attachés deux rideaux de moire d'argent
herminés , relevés en feftons aux deux côtés
de la queue du Dais ; enfuite de cette queue étoient
deux gradins , couverts de drap noir , fur lesquels
on avoit mis 14. chandeliers d'argent , avec leurs
'cierges et Armoiries , et parmi ces cierges trois girandoles
garnies de cierges fans Armoiries .
La girandole du milieu portoit fur le premier &
le fecond gradin , aux pieds de laquelle il y avoit une .
Armoirie ou Ecullon pour couvrir l'efpace des 2.
Hiiij gradins
1658 MERCURE DE FRANCE
gradins , les 2 autres girandoles étoient pofées aux
extrémités du gradin d'en bas , au- deffous duquel
étoit placé un Rétable d'Autel des pieds de haut ,
formant une Croix ornée de larmes d'argent en
broderie avec des galons.Aux 4. angles de ce Rétable
, il y avoit 4. têtes de morts relevées en boffe
d'argent , aux côtés du Rétable 2. rideaux de toile
noire garnis de larmes d'argent , relevés en feftons ;
& au- deffus du Rétable gradins couverts d'un
drap noir , avec 3 Armoiries à chaque gradin ,
attachées fur le drap . On avoit mis fur ces gradins
22 chandeliers d'argent avec leurs cierges , garnis
d'Armoiries ,
Au milieu de ces chandeliers étoit pofée une
grande Croix d'argent , au pied de laquelle il y
avoit un voile noir en broderie d'argent . Pour placer
tous ces ornemens on avoit élargi le Maître-
Autel & les marche- pieds de 20 pouces ; aux côtés
de l'Autel on avoit mis 2 petites crédences , avec
chacune leur Rétable , ornées d'un cadre de velours
noir , fur lequel étoit brodée en argent une tête de
mort , avec 3 chandeliers , garnis de leurs cierges
& Armoiries fur chaque crédence , dont 2 aux extrémités
de chaque crédence & un plus grand
derriere. Le devant d'Autel étoit d'un beau velours .
noir, dont le contour étoit d'une broderie d'argent;
large d'un pied , & relevée en boffe , & au milieu
un cartouche repréfentant la Réfurrection du
Lazare.
>
La Baluftrade & tout le Sanctuaire étoient couverts
d'un drap noir . Le Candelabre du Choeur étoit
garni de 7 cierges . On avoit pratiqué hors le Sanctuaire
Eftrades qui alloient jufqu'aux grilles du
choeur , & fur ces Eftrades , qui étoient couvertes
d'un tapis noir , on avoit placé des chaifes , tabouplians
& couffins , couverts auffi en noir rets >
pour
JUILLET. 1742. 1659
pour le grand deuil . A droite du côté de l'Epitre
étoient les Dames , & à gauche du côté de
l'Evangile les Meffieurs ; on avoit mis auffi aux
premieres ftalles du côté droit , en entrant dans le
Choeur , plufieurs couffins couverts en noir pour les
Archevêques & Evêques qui ont affifté à ce Service.
La Meffe fut célebrée par le R. P. Abbé de Ste
Genevieve en habits pontificaux , il avoit un Prêtre
Affiftant en Chape ; un Diacre & Soudiacre d'Office
en Dalmatiques , Etoles & Manipules , deux Soudiacres
& deux Diacres d'honneur en Dalmatiques ;
un Porte Mitre , & un Porte Livre en Chapes ;
deux Acolytes en Tuniques & un Thuriferaire en
Surplis , quatre Chantres en Chapes pendant tout
Office ; deux jeunes Chanoines Réguliers , auff
en Chapes, chanterent le Graduel . Pendant la Profe
on fonna les 4 plus groffes Cloches ; tous ces Offciers
faluerent la Repréfentation & le Duc de
Chartres , à mesure qu'ils étoient obligés de paffer
devant ; PEpitre fut chantée par le Soudiacre
d'Office , fur un pupitre , couvert d'un tapis de
velours noir , brodé de larmes d'argent , qui étoie
au milieu du Chocur entre l'Aigle & la Repréfentation
, accompagné des deux Soudiacres d'honneur
, l'Evangile fut auffi chanté fur ce mème
pupitre par le Diacre d'Office , précedé du Thuriferaire
, des deux Acolytes , des Soudiacres d'Offce
, & accompagné des deux Diacres d'honneur.
"
Le Duc de Chartres , qui a affifté à ce Service
étoit placé fur l'Eftrade du côté de l'Evangile , il
avoit à les côtés l'Ambaſſadeur d'Efpagne , le Maréchal
de Biron , M. d'Argenfon , Chancelier du
Duc d'Orleans ; & derriere , plufieurs Aumôniers
en Rochets & Manteaux longs , avec les Grands
Officiers de la Reine d'Espagne , dont les Dames
d'Honneur & plufieurs autres Dames de diſtinction
Hy étoien
1660 MERCURE DE FRANCE
étoient placées fur l'autre Eftrade du côté de l'IS
pitre. Le Grand- Prieur , étoit monté à la Tribune
de la Reine , & le Maréchal de Noailles à celle du
Duc d'Orleans ; l'Archevêque de Paris , & l'Evêque
de Nitrie étoient placés aux premieres Stalles du
Choeur.
Sur la fin de la Meffe on diftribua des cierges à
toutes les perfonnes qui étoient dans les Stalles ; &
après la Meffe, le R. P. Abbé ayant été revêtu d'une
Chape , fe rendit avec tous fes Officiers aux pieds
de la Repréfentation , après avoir falué en paffant
le Duc de Charres , pour faire l'Abfoute &c. pendant
lequel tems on fonna encore les 4 plus groffes
Cloches de cette Eglife .
J
MORTS ET MARIAGES.
Ean Frain , Sr de la Motte , né le 10 Septembre
1641. en la Paro ffe de S. Martin de la Ville de
Vitré , Evêché de Rennes , Province de Bretagne ,
ancien Avocat au Parlement de cette Province ,
Confeiller du Roy , fon Avocat & Procureur dai
Siége des Traittes & Gabelles , Avocat Fifcal
& Procureur Fifcal Ho oraire de la Sénéchauflée de
Vitré, y mourut le 31 Octobre 1740. âgé d'environ
99. ans , fans s'être jamas fervi de Lurettes , ayant
toujours confervé la bonté de fa mémoire , ſon
efprit & fon bon fens juſqu'au dernier moment de
fa vie.
-La nommée Moulié , eſt morte à Aiguillon dans
la 112. année de fon âge.
Le 14. Avril dernier , Jean- Baptifte Fleurian , Marquis
d'Armenonville, Gouverneur & Grand- Bailli de
la Ville de Chartres, Bailli d'Epée de Bar- fur- Seine,
Brig- dick
JUILLET. 1742. 1661
Brigadier des Armées du Roy , de la Promotion du
15. Mars 1740. & Meftre de Camp d'un Régiment
de Dragons , par Commiffion du 14. Decembre
1727. mourut en Boheme , dans la 31. année de
fon âge , étant né le 26 Decembre 1711. Il avoit
envoyé en France la démiſſion de fon Régiment . Il
étoit fils unique de feu Jofeph - Jean - Baptiste Fleuriau
, Comte de Morville , Miniftre , & ci- devant
Sécretaire d'Etat , Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'Or , Gouverneur & Grand- Bailli de Chartres,
mort le 3. Février 1732. dans la 46. année de fon
âge, & de Charlotte- Elizabeth de Vienne, à préſent
fa veuve. Le Marquis d'Armenonville avoit été marié
le 22. Decembre 1735 avec Anne- Philiberte-
Jeanne Amelot de Chaillou , fille de Jean-Jacques
Amelot , Seigneur de Chaillou , Miniftre & Sécretaire
d'Etat , ayant le Département des Affaires
Etrangeres , ci - devant Intendant des Finances , &
de défunte Anne- Marie- Pauline Bombarde , premiere
femme . Il n'en a point cû d'eufans . Il laiſſe
deux Soeurs , qui font , Jeannne- Thereſe Fleuriau
de Morville , mariée le 29. Juillet 1728. avec Alexandre
- Nicolas de la Rochefoucaud , Marquis de
Surgeres , qui a obtenu le Régiment de Dragons de
fon beau -frere ; & Marguerite -Charlotte Fleuriau
de Morville , mariée le 22. Decembre 1740. avec
Pierre- Emmanuel de Cruffol de Senectaire, Vicomte
de Leftrange & de Leully , Baron de Privas ,
apellé le Marquis de Cruffol , Colonel du Régiment
de l'Ile de France , Infanterie , par Commiffion
du 15. Avril 1738.
fa
Le même jour , Louis - Etienne Berthelot de
Duchy , Confeiller au Parlement de Paris en la feconde
Chambre des Enquêtes , reçû le 19. Juillet
1740. mourut âgé de 21. ans . Il étoit fils aîné de
Louis-Henri Berthelot de Saint Laurent , Maître
Hvj des
1662 MERCURE DE FRANCE
*
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , depuis
1724. & auparavant Préfident à Mortier du Parle
ment de Metz , & de Loüife Piécourt fon épouſe.
Le dix - neuf , Dame Antoinette Angelique
de la Salle , Epoufe de Pierre Porlier , Confeiller
du Roy en fes Confeils , Maître ordinaire en
fa Chambre des Comptes à Paris , & Confeiller
en l'Hôtel de Ville , avec lequel elle avoit été mariée
le 26. Mars 1722. mourut fans avoir eu d'enfans ,
âgée de 41. ans paffés , étant née le 3. Mars 1701 ..
Elle étoit fille de feu Simon de la Salle , Maîtreordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris
mort le 6. Avril 1728. âgé de 70. ans , & de dé-
- funte Marie- Michelle Fournier , morte le 21. Août
1734. âgée de 63. ans.
Le .. Avril .... Thoynard de Montzuzain , Gentilhomme
à Drapeau dans le Régiment des Gardes
Françoites depuis un an , & fecond fils de Barthelemi
Toynard , Baron de Vouldy , Montzuzain
Vouë , S. Remi , S. Martin , Seigneur de Monteay
Jouy , Ligny , &c. l'un des Fermiers Généraux
des Fermes du Roy , & de Marie de S. Pierre , mou
' rut âgé de 21. ans.
Le 20. Dame Marie -Jeanne- Louife le Coufturier .
Epoufe de Charles - François de Montholon , Seigneur
d'Aubervillier , Confeiller au Parlement de
Paris , de la feconde Chambre des Enquêtes , avec
lequel elle avoit été mariée le 4. Novembre 17342
mourut âgée de 27 à 28. ans , laiffant un fils unique.
Elle étoit fille d'Euftache- François le Coufturier
, Seigneur de Mauregard & du Mefnil , Préfi
dent en la cinquiéme Chambre des Enquêtes du
Parlement de Paris , depuis 1738. ci-devant Préfident
au Grand Confeil , & de feuë Marie-Marguerite
Bofc, fa premiere femme .
Le 21...... Emé de Gniffrey de Monteynard,
Marquis
JUILLET.
1742 1663
Marquis de Marcies , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , ancien Gouverneur des Ville &
Arfenal de Grenoble , & du Baillage de Graifivaudan
, mourut à Grenoble , âgé de 65. ans , univerfellement
regretté . Hlaiffe pour fils le Comte de
Marcieu , Guidon de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde ordinaire du Roy, en faveur duquel
il s'étoit démis au mois de Mai 1739. du Gouver
nement de la Ville de Grenoble..
Le 23. Jacques Gabriel , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel depuis 1722. premier Architecte du
Roy , & premier Ingenieur des Ponts & Chauffées
de France , ci- devant Controlleur Général des Bâtimens
& Jardins du Roy , Arts & Manufactures de
France , & Architecte ordinaire de S. M. mourut à
Fontainebleau dans la 76. année de fon âge . Il
étoit veufen premieres nôces de Marie de Lefpine ,
-morte le 11. Août 1694. & en fecondes d'Elifabeth
Benier , morte le 16. Mai 1719. Il laifle
postérité.
9 Le 24. Jacques Robbe , Prêtre Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de la Maiſon &
Societé de Sorbonne du 31. Janvier 1715. Grand-
Maître & Principal c'u College Mazarin , place à
laquelle il avoit été élû au lieu de feu Jean - Antoine-
Paftel , le 15. May 1724 ; Prieur Commandataire
de S. Pierre de Cannes , ancien Profeffeur Royal
en Théologie , mourut à Paris , âgé d'environ
65. ans.
Le même jour, Robert Perot, Prêtre du Diocèfe
de Chartres , Abbé Commandataire de l'Abbaye de
l'Etoile , Ordre de Prémontrés , Diocèle de Blois ,
depuis 1702. & Prieur du Mont aux Malades, Ordre
de S. Auguftin Diocèfe de Rouen du 20. Janvier
1716. Lecteur du Roy & Garde de la Bibliothéque
de fon Cabinet depuis 1716, ci - devant Inf
tituteur
14 MERCURE DE FRANCE
tituteur de S. M. & Chanoine de l'Eglife Cathédrale
de Notre- Dame de Chartres , mourut à Verfailles
, dans la 82. année de fon âge , étant né à
Chartres le 4. Fevrier 1661.
Le 26. Jean Joffe , Prêtre , Recteur actuel de l'Univerfité
de Paris , mourut au College de Lifieux
âgé d'environ 48. ans . Il fut enterré le 30. fuivant
à S. Etienne du Mont fa Paroiffe , avec beaucoup
de Pompe & de Cérémonie , l'Univerfité qui
a fait les frais de fes Funérailles , ayant aſſiſté en
Corps à fes Obfeques .
Le même jour , Benoît - Jean -François Amyet ,
Seigneur d'Inville , Confeiller & Sous- Doyen de la
Cour des Aydes de Paris , où il avoit été reçu le
26. Mars 1687. mourut dans la 79. année de fon
âge , ayant étt batifé le 5. Decembre 1663. Il étoit
fils aîné de Jean Amyot , Ecuyer , Seigneur d'Inville
, Receveur Général & Payeur des Rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , mo t Doyen de fa Compagnie
le 25. Juillet 1714. dans la 88. année de ſon
Age , & de Marie Hatte , morte le 17. Avril 1694 .
âgée de 58. as . Il avoit été marié le 26. Avril
1687. avec Marguerite Yvonnet , feconde fille de
Pierre Yvonnet , Ecoyer Seigneur de Bauneville ,
& de Marie Anne Hardouin de S. Jacques . Il en
laiffe des enfans.
Le 28. Charles de Fontaines , Seigneur de la Neuville
au Bos , Hwiry & Veron en Picardie , apellé
le Marquis de Fontaines , Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment Royal Piémont , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , mourut à Linich
près de Juliers , dans ' Armée du Roy du Bas Rhin ,
dans la 1. année de fon âge , étant né le 21. Juin
1691. Il n'a oit point éré marié Illaiſle pour frere
& foeurs René de Fontaines , Chevalier non piofés
de l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , né le
JUILLET. 1742 1665
Is. Decembre 1704. Anne de Fontaines , Dame
d'honneur de la Princefle de Conty , & époufe de
Jean -Pierre , Marquis de Fontanges , & Louife de
Fontaines , Religieufe Cordeliere à Abbeville. Ils
font tous enfans de feu Nicolas de Fontaines , Seigneur
d'Hwiry , la Neuville au Bos , & Veron ,
Maréchal des Camps & Armées du Roy , & ancien
Meftre de Camp de Cavalerie , & de Marie- Louiſe-
Charlotte de Pelard de Givry , morte le 8. Septembre
1730 , âgée d'environ 70. aus . Cette maiſon de
Fontaines eft une des plus anciennes & illuftres de
la Province de Picardie. La Morliére en a donné
la Généalogie dans fes Antiquités d'Amiens .
Le premier Mai , Pierre - Joſeph Carrion , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Lieutenant
de Vaiffeaux du Roy , depuis 1693 , mourut au
Havre en Normandie , âgé de 88 ans. Le mémoire
par lequel on nous fait part de la mort de cet ancien
Officier , porte que fa famille eft d'une nobleſfe
fi ancienne , qu'elle remonte jufqu'à l'an 1300 ;
qu'elle eft alliée entr'autres avec les Maifons de
Beauvau , du Bellay , & de Lenoncourt , & que
celui dont on annonce la mort , étoit fils puîné de
Pierre Carrion , Seigneur de l'Epronniere en Anjou
, qu commandoit en 165i un Efc dron de
PArriere Ban , & qui fut fait dans le même tems
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy.
Celui ci avoit pour frere puîné François Carrion
Seigneur du Petit- Pont , Colonel d'Infanterie , &
mo t' Lieutenant de Roy de la Baffée , lequel a fait
branche ; & pour fæeurs Claude - Marie Carrion
mariée avec François Camu de Fontaine - Villefort ;
Perrine Helene Carrion , mariée avec Jean- Georges
de Gruter , Gentilhomme Allemand , Meftre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie de fon nom
& Marie- Sufanne Carrion , mariée avec Antoine >
de
1666 MERCURE DE FRANCE
de la Haye Monbault . Celui qui vient de mourir
avoit épousé en 1692. Etiennette Tixfier , fille de
noble homme André Tixfier , Seigneur de S. Prix,
de laquelle il laiffe trois garçons , qui font André
Jofeph Carrion qui a fervi dans la Marine , Charles
Carrion Prêtre , Prieur de Preveffin & Jean-
Baptifte Carrion , Gouverneur de Montluel en
Breffe , & Gentilhomme de Mademoiſelle Louife-
Anne de Bourbon - Condé .
,
Le 2 , Julien - Denis Coignet , Seigneur des Clayes,
Vaucreffon , &c. Confeiller en la Grand'Chambre
du Parlement de Paris , où il avoit été reçu le 16
Février 1707 , mourut à Paris , âgé d'environ 58
ans. Il étoit fils de Julien Coignet , Seigneur des
Clayes , près de Villepreux , mort Confeiller Honoraire
au même Parlement le premier Janvier
1696. âgé de 50 ans , & de Catherine- Françoife de
Launay , morte le 17 Septembre 1684. Il avoit été
marié , avec Marie- Anne le Feron , morte le
8 Octobre 1732. dans la 48. année de íon âge ,
laquelle étoit fille de Jerôme le Feron , Seigneur
d'Orville & de Louvre en Parifis , Confeiller au
Parlement de Paris , & de Marie de Paris Branf
court ; & 2°. avec ... du Pleffis , qu'il lai le veuve
fans enfans . Il refte de fa premiere femme une fille
unique , mariée avec Jean - Baptifte Moreau , Seigneur
de S. Juft , Confeiller au Parlement de Paris ,
ala feconde Chambre des Enquêtes.
Le 4 , Jean Baptifte Comte de Polaftron , Lieute
nant General des Armées du Roy , Gouverneur du
Neuf Brifac , & ci - devant Sous-Gouverneur de
Monfeigneur le Dauphin , mourut à Volin en
Boheme , âgé de 5 ans. Il fut d'abord Garçon
Major du Régiment du Roy , puis Colonel du
Regiment de Forez le 4
Février 1704 Il fervit à
la tête de ce Régiment en Espagne , où il emporta
d'emblée
JUILLET.
1742: 1667
>
d'emblée le 14 Janvier 1706. la Ville de Grans en
Arragon , qui fut pillée & brûlée. Il paffa la même
année en Italie , & il f rvit au Siége de Turin. Il
avoit obtenu au mois de Février de la même année
le Gouvernement de Caſtillon & de Caftillonnet en
Perigord , vacant par la mort de fon pere . Il fervit
au Siége de Gironne qui fut pris le 25 Janvier
1711. Le Régiment de la Couronne lui fut donné
au mois de Février 1712. Il fervit en 1714. à la tête
de ce Régiment au Siége de Barcelonne , où il fur
bleffé la nuit du 13 au 14 Septembre de trois coups
au bras & au côté , à l'attaque du Baſtion de Sainte
Claire. Il fut fait le 25 du même mois de Septembre
Infpecteur Géneral d'Infanterie , & Brigadier
le premier Février 1719. Il fut nommé au mois de
Septembre 173. pour fervir pendant l'hyver fur
la Frontiere de Champagne . Il fut fait Maréchal
de Camp le 20 Février 1734. & été nommé
ayant
au mois d'Avril fuivant pour être employé en cette
qualité pendant la prochaine Campagne dans l'Armée
d'Allemagne , il fe trouva au Siége de Philifbourg.
L'hyver fuivant il fut employé dans le
Département des trois Evêchés , & Frontieres de
Champagne, I continua de fervir en Allemagne
pendant la Campagne de 1735. Il fut nommé le 12
Novembre de la même année Sous Gouverneur de
Monfeigneur le Dauphin , & fait Lieutenant Géneral
des Armées du Roy le 24 Février 1738. &
Gouverneur du Neuf Brifac en Alface au mois
d'Avril fuivant. Il fut nommé au mois de Juillet
1741 pour être employé en qualité de Lieutenant
General dans l'Armée deſtinée à paffer en Baviere .
Il paffa le Rhin le 22 Septembre à la tête d une
colonne des troupes de cette Armée , avec laquelle
il arriva à Lawingen le 9 Octobre . Il fe trouva le
26 Novembre à la prife de Prague , où il commanda
1668 MERCURE DE FRANCE
da une attaque qui fut fort vive , quelques jours
après , il fut chargé du commandement d'un Corps
confidérable de troupes , avec lequel il chaffa les
Autrichiens de Willinow , & leur enleva un con
voi de farines & de forages. Le ; Janvier de la
préfenté année , il marcha avec le Corps de troupes
qui etoit tous les ordres & s'empara du poſte de
Teufchbrod , où il fit 200. hommes prifonniers de
guerre. Il étoit fils aîne de Denis Cote de Polaftron
, Seigneur de Lorac & d. Villeneuve , Chevalier
Grand Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Lieutenant Géneral des Armées du Roy ,
Commandant pour 5. M. dans les trois Evêchés de
S. Malo de Dol , & de S. Brieu , Gouverneur de
Mont Dauphin en Dauphiné , & de Ciftilion &
Caftillonnet , mort le 28 Février 1706 agé de 64
ans , & de Henriette de Foucaude, Comteffe de
S. Girons , & Baronne d'Aubret.Il avoit été mariề
le 17 Novembre 1715 avec Françoile -Jeanne-
Yoland de Mirmind , Com:eff: de Pieyffan , veuve
de François d'Arennes Lieutenant General des
Armées du Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Gouverneur de la Ville & Province d'I
vree en Piémont , & fille de Jean- François de Mir
mand , Comte de Pleyffan , & de Marie Yoland de
Portalès. Il en laiffe des enfans , entr'autres une
fille mariée le 17 Septembre 1736. avec Eleonor
François Comte d'Andlaw , en Alface , Mestre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie , ci - devant
Chaftelleraud par Commiffion du 24 Février 1734.
9
Les, Nicolas François Berthelot de Jouy ,
Ecuyer , ci-devant Avocat Géneral aux Requêtes de
l'Hôtel du Roy, & Confeiller- Secretaire des Commandemens
de feue Madame la Dauphine , Ayeule
de S. M. regnante , en furvivance , mourut à Paris
dans la 82, année de fon âge , étant né le 16 Fe-
Vries
JUILLET . 17423 1669
Vrier 1661. Il étoit fils aîné de François Berthelot
Seigneur de Joui , près de Verfales , Comte de
Pine S. Laurent en Canada , Confeiller - Secretaire
du Roy , Maifon , Couronne de France & de
fes Finances , Commiffaire Géneral de l'Artillerie
des Poudres & Salpêtres de France , Fermier Gé̟-
neral des Gabelles & cinq groffes Fermes , Tréfo
zier Géneral des Maifon & Finances , & enfuite
Secretaire des Commandemens de feuë Madame la
Dauphine Victoire de Baviere , mort le 3 Juin
1712. à l'âge de 84 ans ; & d'Anne Regnault d'U
chy , fa feconde femme , morte le 21 Août 1693 .
Il avoit été marié le 2 Juillet 1706. avec Marie-
Catherine Begon , fille de Michel Begon , Seigneur
de Montfermel , & de Catherine Guymont . Il en
laifle François Nicolas Berthelot de Bellebat , Sous-
Lieutenant au Régiment des Gardes Françoiſes , &
Sidonie Catherine Berthelot , mariée le 27 Octobre
1731. avec ..... Seguier , Seigneur de S.
Briffon. F
>
Le même jour , D. Marie - Benedicte Durand de
Villeblan , veuve de François d'Aleflo , Seigneur
d'Eragny , Gouverneur , & Lieutenant Géneral
pour le Roy des Ines & Terres - fermes de l'Amérique,
& auparavant Capitaine au Régiment des
Gardes Françoifes , mourut à Paris dans la Maiſon
des Dames de Miramion , âgée d'environ 86 ans
& fur inhumée le lendemain aux Minimes de la
Place Royale dans la Sépulture des d'Aleffo . La Dé.
funte étoit fille de Leonard Durand , Seigneur de
Villeblain , & de Françoife de Riviere. Elle avoit
eu une fille Religieufe a la Préſentation de Senlis
& un fils nommé Alexandre - François d'Aleffo d'Eragny
, qui avoit fervi dans la Marine , & dont la
veuve .... Pocquet , fille d'un Secretaire du Roy
à la Martinique mourut au mois de Mars dernier.
àPontoife, ayant eu deux fils Le
1670 MERCURE DE FRANCE
Le 6. Mai , Dame Marguerite- Elizabeth Bigot ;
veuve d'Etienne Hallée , Seigneur de la Baronie
de la Mothe-Saint Jean . Confeiller Secretaire du
Roy Mailon- Couronne de France & de fes Finances
honoraire , Chevalier de l'Ordre de S Michel ,
& ancien premier Commis du grand Comptant du
Trefor Royal , avec lequel elle avoit été mariée en
1703. & dont on a raporté la mort dans le Mercure
de Novembre dernier , p . 2547. mourut , âgée
d'environ 60. ans .
Le 9 , Françoife Melanie de Pechpeirou de Comminges
de Guitaut , Dile d'Epoiffes , Soeur du Com.
te de Guitaut , Lieutenant Géneral des armées du
Roy , & fille de Guillaume de Pechpeita de Comminges
, Comte de Guitaut , Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur des lles de Sainte Marguerite
& de S. Honorat de Lerins . Gouverneur de Châtillon
fur Seine , & Grand- Bailli d'Auxois , mort
le 27 Decembre 1685. & d'Elfabeth- Antoinette de
Verthamon , fa feconde femme , mourut à Paris ,
âgée de 60 ans .
Le 11 , Louis de la Rochefoucaud , Marquis de
Montendre , ci-devant Capitaine de Vaiffeaux dù
Roy de la Promotion de 1704. & Capitaine Colonel
des Suiffes de la Garde de feu Charles de
France , Duc de Berry , mourut à Paris , dans la
73. année de fon âge , étant né le 14 Decembre
1669. Il étoit fils de feu Louis- Charles de la
Rochefoucaud de Fonfeque , Marquis de Montendre
, Seigneur de Montguion , Aguré , &c. & de
fenë Anne Pithou ; & il avoit été marié le 16 Septembre
1710. avec Sufanne d'Argouges , fille de
feu Florent d'Argouges , Seigneur & Baron du
Pleffis d'Argouges , le Fay Billot , Tilvaut , les
Greves & d'Urtubife , Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , & de Louiſe du Vau ;
mais il n'en laiffe point d'enfans, Le
SU
JUILLET. 1742. 1671
Le 12 , Jofeph Privat de Molieres , Prêtre , Profeffeur
Koyal en Philofophie , Affocié ordinaire
de l'Académie Koyale des Sciences , où il avoit été
reçu en 1721 Membre de la Societé Royale de
Londres , Auteur de plufieurs Ouvrages de Mathématique
, & de Phyfique , mourut au College
Royal , Place de Cambray à Paris , âgé d'environ
68 ans.
Le 13 , Nicolas Andry , Confeiller du Roy ,
Lecteur & Profeffeur en Medecine au College
Royal de France , Doyen des Profeffeurs de ce
College , Cenfeur Royal de Livres , Docteur
Régent & ancien Doyen de la Faculté de Medecine
de Paris , connu par un grand nombre d'Ouvrages,
& qui avoit travaillé long- tems au Journal des .
Sçavans de Paris , mourut âgé de plus de 80 ans .
Le 15 , Jofeph de Mefmes , Marquis de Ravignan ,
Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis , Lieutenant General des Armées du Roy ,
Gouverneur de la Ville de Guife en Picardie , & cilevant
Directeur Géneral d'infanterie , qui étoit
arti de Paris le 31 Mars dernier , pour le rendre à
'Armée du Roy en Allemagne , mourut à Strauingen
en Baviere , dans la 73 année de fon âge
tant né dans la Paroiffe de Perquier , Diocèle
Aire en Gascogne , le 4 Février 1670. li avoit
ommencé par être Page du Roy en fa petitc Ecurie
il fut reçu au mois de Novembre 1687. il fut
ait en la même année sénechal & Gouverneur des
Villes du Mont de Marfan , Turfan , & Gavardan
1 lieu de feu fon pere. En fortant de Page il fut
cceffivement Officier de Dragons Enfeigne
11694. & Sous Lieutenant en 1695. au Régiment
les Gardes Françoifes , " Colonel du Régiment de
Foix en 1696. & fait Brigadier d'Infanterie le 10
Février 1704. Il fervit au Siége de Lille en 1708. &
>
il
1671 MERCURE DE FRANCE
il y fut bleffé, mais légerement , à l'eftomach . Il fut
déclaré Maréchal de Camp le 12 Novembre de la
même année. Il fervit au Siége de Tournay au mois
de Juillet 1709. & fe trouva le 11 Septembre fuivant
à la Bataille de Malplaquet , après laquelle il
fut nommé Inspecteur d'Infanterie . Il attaqua &
défit entierement près de S. Eloi Vive für la Lis le
19 Septembre 1710. un grand Convoi de munitions
de guerre venant de Gand , & commandé par le
Comte d'Athlone , qui fut fait prifonnier. Ses fer
vices furent récompenfés au mois de Novembre
fuivant d'une penfion de 2000 livres . Il commanda
les Troupes Françoites dans Bouchain , pendant le
Siége de cette Place , qui fut obligée de fe rendre
Je 13 Septembre 1711. après 22 jours de tranchée
ouverte Il demeura prifonnier de guerre en vertu
de la Capitulation. Il fut fait Lieutenant General
des Armées du Roy le 8 Mars 1718. Commandeur
de l'Ordre de S. Louis à 4000 livres de penfion le
20 Avril 1779 & Directeur Géneral de l'infanterie
Je 4 Juillet fuivänt , le Gouvernement de Guife lui
fut donnée au mois de Septembre 1736. & il obtiar
la Grand- Croix de l'Ordre de S Louis le 2 Février
1737. Il étoit fils d'Alcibiade de Mefmes , Seigneur
de Perquier , de Ravignan & de Luffon , Sénechal
& Gouverneur des Villes du Mont de Marfan , de
Turtan & Gavardan , ancien Capitaine au Régi
ment de Navarre , mort en 1687. & de Marie
d'Arrac de Vignes . Il avoir été marié le 9 Juin
1712. avec Mane Albertine Racine fille de Michel
Racine , vivant Receveur Général des Finances de
la Généralité d'Alençon , & de Petronille Vanderl
linde. I la laiffe veuve fans enfans.
Le 16 , Denis- Simon de Mauroy , Lieutenant
General des Armées du Roy , ancien Infpecteur
General de fa Cavalerie , ancien Maréchal General
des
JUILLET.1742.7 1.673
Logis de fes Camps & Armées , & Gouverneur
des Ville & Chateau de Tarafcon mourut à Paris
igé d'environ so ans Il avoit commencé à fryin
en 1673. en qualité de Cornette , depuis il fut
Icceffivement Capitaine de Cavalerie en 1674.
Lieutenant Colonel du Régiment de Courtebonne
en 1688. & Meftre de Camp du Régiment de Ca❤
valerie , ci-devant d'Humieres , en 1690. Il eut au
mois d'Octobre de la même année le Gouvernement
de Tarafcon. Il fervit à la priſe de Savillan en
Piémont en 1691 , & il fut beffé à la Bataille de la
Marfaille en 1693. Il fut fait Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis le 8. Février 1694 Brigadier
de Cavalerie le 19 Janvier 1702. Inſpecteur Géneral
de Cavalerie en 1703. Maréchal de Camp le 10
Février 1704. Maréchal General des Logis des
Camps & Armées du Roy au mois de Mars 1798.
& enfin Lieutenant Géneral à la Promotion du s
Mai 1718. Il étoit fils de Denis de Mauroy
ci
devant Auditeur, en la Chambre des Compres de
Paris , mort le 7 Juillet 1688. & de Françoiſe
Heurlot , morte, le 17 Novembre 1675. Il avoit
poulé Anne le Maire morte le 9 Mars 1715. de
laquelle il laiffe deux filles , dont une Religieufe , &
rançois Denis de Mauroy, né le 9 Octobre 1698,9
Pabord Cornette dans le Régiment de Marteville
en 1714. puis Capitaine de Cavalerie dans le Régiment
Dauphin en 1718. & Meftre de Camp à la
fuite de ce Régiment au mois de Mai 1719. Il fit
en cette qualité la même année la Campagne en
Espagne & il fut fait Brigadier des Armées du Roy
Ze 18 Octobre 1734 I fert actuellement à l'Armés
de la Meufe , commandée par le Maréchal de Maile
lebois. Il eft veuf de Genevieve -Franço fe de Pleurre,
dont la mort eft raportée dans le Mercure de`
Novembre 1739. p. 2718, & de laquelle il a un fi's
une fille. Le
1674 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , D. Marie Brunet de Rancy ;
Dame de Comblaville , Vaux - la - Roïne , &c . épouse
de Louis- Henri François Colbert , Comte de
Croly , Lieutenant General des armées du Roy ,
Lieutenant pour S. M. dans l'Evêché & Comté
Nantois , Gouverneur de Crecy en Brie , ci- devant
Ambaffadeur de France en Suede , avec lequel elle
avoit été mariée le 30 Décembre 1711 , mourut au
Château de Madrid , dans le Bois de Boulogne , âgée
de 49 ans. Elle étoit fille de Paul- Etienne Brunet de
Rancy , Seigneur d'Evry-les - Châteaux , Egrenay ,
Comblaville , Vaux - la - Roïne , Confeiller- Secretaire
du Roy , Maiſon , Couronne de France & de fes
Finances , & Fermier Géneral des Fermes de S. M.
mort le 19 Août 1717. & de Genevieve Colbert ,
morte le 18 Novembre 1734. Elle laiſſe un fils âgé
de 14 à 15 ans , qu'elle a fait fon légataire univerfel
, & une fille mariée au mois de Janvier 1731 .
avec François Gilbert Colbert , Marquis de Chabannois
& dc S. Pouange.
Le même jour , Antoine Grondeau , Ecuyer ,
Sieur de Flobert , Commiffaire Ordonnateur des
armées du Roy , & Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , mourut à Paris , dans la 77. année de
fon âge , étant né le 13 Mars 1666. Il étoit fils.
d'Antoine Grondeau , Confeiller- Secretaire du Roy,
Maifon , Couronne de France & de fes Finances ,
mort le 29 Janvier 1690 & de Marie de S. Gobert ,
& il avoit épousé en 1704. Marie- Magdelaine de
Gafpardon , native de Cazal dans le Montferrat ,
laquelle obtint des Lettres de naturalité en France
au mois de Janvier1705 . Elle étoit fille du Comte de
Gafpardon , Lieutenant Géneral en Italie. Il laiffe
d'elle Frederic- Antoine Grondeau , Sieur de Flo
bert , Ingénieur en fecond au fervice du Roy d'Ef--
pagne , & Marie, Charlotte- Therefe Grondeau de
* Flobert
JUILLET. 1742 1675
Flobert , mariée le 25 Novembre 1726. avec Charles-
Felix Rondé , Tréforier Géneral des Fortifications.
Le 17 , Abdon Victor de Riencourt d'Orival
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , dans
lequel il fut reçu de minorité au Grand - Prieuré de
France en 1701. mourut à Paris , dans la 44 année
de fon âge , étant né au Château d'Orival , Diocèſe
de Rouen , le 16 Juillet 1698. Il étoit frere puîné
de Charles-François de Riencourt , Marquis d'Orival
, Brigadier des Armées du Roy , de la Promotion
du premier Février 1719. ci- devant Meftre de
Camp du Régiment de Dragons de la Reine , marié
avec Marie d'Angennes , de laquelle il a Marie-
Adelaide de Riencourt d'Orival , file unique ,
mariée le 2 Janvier de la préfente année 1742 .
avec Pierre- Cefar de S. Georges , Marquis de
Verac , Lieutenant Géneral en Poitou ; & d'Alfonfe-
Theodore de Riencourt d'Orival , Capitaine
au Régiment des Gardes Françoifes , & Brigadier
des Armées du Roy , de la Promotion du 15 Mars
1740. tous trois fils de Jean- Auguftin de Riencourt,
Marquis d'Orival , Seigneur de Bergicourt , & de
Marie- Anne des Friches Doria de Brafſeuſe. Cette
Maiſon de Riencourt eft originaire de Picardie , &
porte d'argent à trois faces de gueules frettées
d'or.
Y
Le 20. Dame ..... Moreau, veuve depuis le 19.
Novembre 1739 de Jean - Charles de Bonnevie , Seigneur
du Marquifat de Vervins en Picardie , Confeiller
& Commiffaire aux Requêtes du Palais du
Parlement de Paris , avec lequel elle avoit été mariée
au mois d'Avril 1733 , mourut à Paris âgée de
22 ans , laiffant une fille unique âgée de 4. ans ;
elle étoit fille de Pierre-Jacques Moreau , Seigneur
de Naffigny , Préfident en la premiere Chambre
I des
1676 MERCURE DE FRANCE
des Requêtes du Palais du Parlement de Paris , &
de Claude- Françoife -Antoinette Damorefan de
Précigny.
Le 21. Paul Mérault , Prêtre , mourut à Paris ,
âgé d'environ 45.ans . Il étoit fils de feu Alexandre
René Mérault , Seigneur de Villeron , Conie , Immonville
, & Monminard , Confeiller honoraire en
la Grand'Chambre du Parlement de Paris , mort le
10. Février 1718 , & d'Elifabeth le Boiftel fa premiere
femme. Il étoit frere germain de René Mérault
, Préſident du Bureau des Finances , & Chambre
du Domaine de la Generalité de Paris , reçu à
cette Charge en 1740 , & qui a eu pour mere Marie
Sufanne Fornier de Montagny , feconde femme
de fon pere , morte le 26. Février 1715 L'Abbé
Mérault qui vient de mourir , étoit oncle de Charles-
René Mérault , Seigneur de Villeron , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy.
Le même jour , Dame Louife- Charlotte -Fran◄
çoife d'Hallencourt de Dromenil , Epoufe de Charles-
Brulart , Marquis de Genlis, Diocèle de Noyon ,
avec lequel elle avoit été mariée au mois de Novembre
1726. , mourut à Paris , âgée d'environ 32
ans , laiflant ; fils en bas âge. Son corps a été
tranfporté de S. André des Arts aux Grands Auguftins
, où il a été inhumé dans la fepulture de la
Famille de Brulart . Elle étoit niéce de Charles-
François d'Hallencourt de Dromefnil , Evêque de
Verdun , & fille d'Emmanuel Jofeph d'Hallencourt
, Marquis de Diomefnil , ci -devant Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Dauphins , & de Louiſe de Proify.
Le 25. D...... Dezallier , épouſe de Claude-
Jacques de Beze de-Lys , Confeiller au Parlement
de Paris , à la feconde Chambre des Enquêtes ,
avec lequel elle avoit été mariée en 1741. mourut
en
JUILLET. 1742 1677
en couches d'une fille , fon premier enfant ; cette
Dame étoit fille d'Antoine- Jofeph Dezallier , fieur
d'Argenville , Confeiller , Secretaire du Roy , Maifon
Couronne de France & de fes Finances , &
Maître ordinaire en fa Chambre des Comptes de
Paris .
•
Le même jour, François Prat , Confeiller - Secretaire
du Roy , Maiſon , Couronne de France & de
fes Finances , reçu en cet Office en 1720 , & Receveur
general des Finances de la Generalité de Paris,
mourut à fa maifon de Valenton , âgé de 73 ans
fans avoir été marié . Il laiffe pour heritiers Paul-
François Bigres , fieur de Chevilly , Treforier-
Payeur des gages des Officiers du Grand Confeil
& .... Bigres , Epoufe de Jacques- Eufebe Chafpoux
, fieur de Verneuil , Secrétaire de la Chambrė
& du Cabinet du Roy , & Introducteur de Ambaffadeurs
, frere & foeur , fes neveu & niéce , enfans
de Paul - François Bigres , Confeiller - Secrétaire du
Roy , Maifon Couronne de France & de fes Finances
, & Tréforier Payeur des gages des Officiers
du Grand Confeil , mort le 8. Juillet 1720 & de
Marie- Felice Prat , morte Avril 1727 .
Le même jour . ...... de Roban , Comte de
5. Pol , feul fils de Charles de Rohan , Prince de
Soubife , Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde ordinaire du Roy , &
Brigadier de fes Armées & de feuë Anne - Marie-
Louiſe de la Tour de Bouillon , morte le 19. Septembre
1739 , mourut à Paris dans la troifiéme année
de fon âge , étant né le 12. Septembre 1739 .
le
23.
Le 27. Jacques Gobelin , Confeiller du Roy , Auditeur
honoraire en fa Chambre des Comptes de
Paris , Charge en laquelle il avoit été reçu au lieu
de feu Nicolas Gobelin , fon pere , le 29. Avril
1690. & de laquelle il s'étoit démis au mois de
I ij Mai
1678 MERCURE DE FRANCE
Mai 1740 , en faveur d'André Boyer , fon beaufrere
, mourut âgé de 87 ans , fans pofterité .
Le 28. D. Françoife - Chrétienne Dauvet , Epoufe
d'Adrien d'Herbouville , Marquis d'Herbouville ,
Seigneur de S. Jean du Cardonnay , la Cour - le-
Comte , la Gaillarde , le Bourgd'un , Luneray ,
S. Pierre le vieux , Baron de Longueval , Lagny
le Marqué, Bellau , &c. Meftre de Camp de Cavalerie
, ci-devant premier Enfeigne des Gendarmes
de la Garde du Roy , avec lequel elle avoit été mariée
le 21. Mai 1705 , mourut à Paris , âgée d'environ
59. ans, & laiffant des enfans . Elle étoit fille
de feu Louis Anne Dauvet , Comte d'Eguilly
Marquis de S. Phal , Baron de Bellan , & de feue
D. Marie-Magdelaine de Chambes- Monforeau.
-
9
Le 30. D. Marie Luillier , veuve depuis le 21 .
Août 1700. de Jofeph - Guillaume Seigneur de la
Vieuxville , Marquis de Maulle , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy , & Secretaire
des Commandemens de feue Madame la Dauphine,
Mere du Roy regnant , avec lequel elle avoit été
mariée au mois d'Avril 1680, mourut à Paris, âgée
de 88. ans ; elle avoit eu pour enfans Alexandre-
Guillaume fieur de la Vieuxville , Secretaire des
Commandemens de la Reine regnante , mort le 28 .
Février 1733. fans pofterité ; Pierre - Guillaume de
la Vieuxville mort Evêque de Bayonne le 39.
Juin 1734. Marie Guillaume de la Vieuxville ,
morte veuve de Pierre Pollart , Seigneur de Villequoy
, Confeiller au Parlement de Paris , le ro
Janvier 1716. laiffant des filles , qui font mariées
& Henriette-Guillaume de la Vieuxville , femme de
Pierre Poulletier , Confeiller d'Etat , ci - devant Intendant
à Lyon , morte à Lyon au mois de Mai
1717, laiffant des enfans.
-
Le même jour , D. Marie- Marguerite de Carvoifin,
JUILLET. 1676 1742 .
fin , Dame d'Achy , veuve depuis le 11. Févrie
1740. de Pierre Brunet , Baron de Chailly , Comte
de Serigny , Maître des Requêtes honoraire de
l'Hôtel du Roy , & Préfident en la Chambre des
Comptes de Paris , avec lequel elle avoit été mariée
le 8. Janvier 1720. mourut à Paris , fans enfans ,
dans la 66. année de fon âge , ayant été baptifée
le 20. Janvier 1683. Elle étoit fiile de François-
Philipe de Carvoifin , Seigneur d'Achy en Pic. rdie ,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , Chevance
de l'Ordre militaire de S. Louis , ancien Mestre de
Camp d'une Brigade du Régiment Royal des Carabiniers
, mort le 29. Novembre 1718 âgé de 81 .
ans , & de Marie -Magdelaine Budé , Dame de Villiers
fur Marne .
Le premier Juin , D. Marie Nigot , veuve fans
enfans depuis le 14 Août 1713. de Nicolas de
Laiftre , Confeiller au Parlement de Paris , avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Novembre
1695. mourut à Paris , âgée de 82 ans . Elle étoit
fille de Jacques Nigot , Confeiller - Secretaire du
Roy , Maifon , Couronne de France & de fes Finances
> mort le 7 Juin 1693. & de Germaine
Thierriac , & tante de Jacques Nigot , Seigneur
de S. Sauveur , Préfident en la Chambre des Comptes
de Paris.
Le mêmejour , Jean - François de Queffe de Val
court , Seigneur de Marfilly en Bourgogne , Maréchal
des Camps & Armées du Roy , Mestre de
Camp d'une des Brigades du Régiment Royal des
Carabiniers , mourut à Paris , dans la 71 année de
fon âge. Il avoit obtenu dès 1722. le Brevet de
Meftre de Camp de Cavalerie , & étant depuis
long- tems Lieutenant - Colonel d'une Brigade de
Carabiniers , il en fut fait Chef , au mois d'Octob
-1733 . & Brigadier des Armées du Roy le pre-
1 iij
mier
1680 MERCURE DE FRANCE
mier Août 1734. Il ſe diſtingua extrêmement le 19
Septembre fuivant à la Bataille de Guaftalla , à la
tête des Carabiniers, dont il prit le Commandement
après que deux autres Chefs de Brigade de ce Corps
curent été mis hors de combat par leurs bleffures ;
it fit mettre pied à terre à 40 Carabiniers par efcadron
, & il les fit marcher le fabre à la main aux
ennemis ; qui furent fi intimidés de cette action
Hardie , qu'ils prirent la fuite . Il avoit été élevé au
grade de Maréchal de Camp le 15 Mars 1740. Son
fils aîné , qui étoit Major de fa Brigade , mourut
au mois d'Avril dernier à l'armée du Roy en
Boheme , dont il étoit Maréchal des Logis . Il laiffe
un autre fils , qui eft Louis-François Quelle de
Valcourt , Prêtre , Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , de la Maiſon Royale de Navarre,
du 2 Avril 1734. Doyen de l'Eglife Collégiale de
S. Sauveur de Metz , & Abbé Commandataire de
l'Abbaye de Fontenelles , Ordre de S. Auguftin ,
Diocèle de Luçon , depuis le mois de Juin 1736.
La nuit du au 3 , D. Pauline - Corifande de Pas
de Feuquieres , veuve depuis le 25 Mars 1738. de
Joachim-Adolphe de Seigliere de Boisfranc , Marquis
de Soyecourt , Brigadier des Armées du Roy ,
& Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , mourut
à Paris , dans la 39 année de fon âge , étant née
le 29 Janvier 1704. On a marqué de qui elle étoit
fille , & on a parlé de fes enfans dans le Mercure du
mois de Mai 1738 , p . 1022. en raportant la mort
de fon mari .
Le 3 , Nicolas le Féron , Seigneur d'Orville , &
de Louvre en Parifis , Confeiller du Roy . en fes
Confeils , Préfident Honoraire au Parlement de
Paris , mourut en fon Château de Louvre , dans la
62 année de fon âge , étant né le 17 Janvier 1681 .
Il avoit été reçu Confeiller au Parlement à la Premiere
JUILLE T. 1742. 1681
miere Chambre des Enquêtes le 7 Mars 1703. & en
fuite Préfident en la même Chambre le 22 Février
1709. & il s'étoit démis de cette Charge en 1731.
ayant obtenu des Lettres d'Honoraire. Il étoit fils
de jerôme leFéron ,Seigneur des mêmes lieux d'Orville
, & de Louvre , mort Sous-Doyen du Parlement
de Paris , le 20 Novembre 1717. dans la 87 .
année de fon âge ; & de Marie de Paris , d'une
Famille de la Ville de Rheims , morte le 12 Mai
1710. Il avoit été marié le 11 Juillet 1719. avec
Louife-Melanie Berger , dont la mort eft raportée
dans le Mercure d'Août 1734. p . 1890. Elle étoit
fille unique de René Berger , Receveur General &
Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris ,
mort Doyen de fa Compagnie en 1740 & de
Marie-Anne Defchamps , fa veuve . Il laifle d'elle un
fils & deux filles , non encore pourvus
Le 4 , Antoine le Moine Prêtre , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , du 28 Septembre
1688. Senieur de la Maiſon & Societé de Sorbonne ,
Vicaire Géneral du Cardinal de Rohan , Evêque de
Strafboug , & de l'Evêque de Lifieux , mourut à
Paris , en la Maifon de Sorbonne , âgé de 86 ans.
Le 7 , D. Marie- Anne- Geneviève de Maillé ,
Dame du Houffay , dans le Pays Chartrain , époufe
de Philipe-Claude de Montboiffier- Beaufort- Canile
liac , apelle le Marquis de Montboiffier , Lieutenant
General des Armées du Roy , & Capitaine-
Lieutenant de la feconde Compagnie des Moufquetaires
de la Garde ordinaire de S. M. avec lequel
elle avoit été mariée le 8 Juin 1711. mourut à
Paris âgée de 48 ans , laiffant plufieurs enfans , dont
l'aîné des fils , apellé le Comte de Montboiffier , eft
premier Cornette de la feconde Compagnie des
Moufquetaires , & Meftre de Camp de Cavalerie ,
& a été marié le 8 Mai 1733. avec Louiſe - Elifabeth
I iiij
de
1682 MERCURE DE FRANCE
de Collins de Mortaigne , fille unique de feu Aňtoine-
François de Collins , Comte de Mortaigne ,
Seigneur de Jaftingue & de Ham , premier Ecuyer
de feue Elifabeth- Charlotte de Baviere , Duchefle
Douairiere, d'Orleans , & ancien Capitaine de la
Compagnie des Gendarmes de Bourgogne , & de
Charlote de Rohan Guimenée . On a raporté le
mariage de la fille aînée de la défunte avec François-
Antoine- Alexandre d'Albignac , Marquis de
Caftelnau- en-Gevaudan , dans le Mercure de Novembre
1733. p. 2527. La Marquife de Montboiffier
étoit fille unique de Louis-Jofeph de Maillé-
Benheard , Baron de Coulonces , & de Siqueville
Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes Flamans ;
mort âgé de 32 ans le 3 Juillet 1698. & de Marie
Mallier du Houfflay , morte en fon Château du
Houffay en 1719.
Le même jour , D. Claude-Loüife de Lory ,
Epoufe de Charles de la Martelliere , Seigneur de
Chancey , la Corte , Vaux , Orfeüil , Moteux
Confeiller-Secretaire du Roy , Maiſon , Couronne
de France & de fes Finances , ci - devant Gouverneur
de la Ville de Langres , mourut à Paris âgée d'environ
36 ans , laiffant des enfans ; elle étoit fille
unique de Jacques de Lory , Seigneur de la Gardette
, Confeiller du Roy , Maître ordinaire en fa
Chambre des Comptes à Paris , mort le 16 Novembre
1727. & d'Elifabeth Loüife Droüyn d'Aubigny,
fa veuve , femme en fecondes nôces de Guillaume-
Charles le Févre , ci-devant Seigneur de la Valette ,
Biars , la Salle , S. Remy , Gentilhomme ordinaire
de feue Madame la Dauphine , mere du Roy
regnant.
Le 8 , Dlle Jofephine- Eulalie de Boufflers , fille
de Jofeph-Marie Duc de Boufflers , Pair de France ,
Gouverneur Géneral de Flandres , de Haynault , &
des
JUILLE T. 1742. 1683
des Ville & Citadelle de Lille , Grand- Bailly ,
& Gouverneur de la Ville de Beauvais , & Lieutenant
de Roy au Gouvernement de l'Ile de France ,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , & de
Magdeleine Angelique de Neufville de Villeroy ,
mourut à Paris , âgée de 14 ans , 9 mois & 4
jours , étant née le 4 Septembre 1727 .
Le 10 , François-Vincent- Marc de Beauvau de
Craon , Prêtre , Primat de l'Eglife Collegiale de
Nancy en Loraine , Protonotaire du S. Siége Apoftolique
du nombre des participans , & c. fils aîné
de Marc de Beauvau , Prince du S. Empire Romain
, & de Craon , Grand d'Espagne de la premiere
claffe , Marquis de Harouel , Baron d'Autray
, de S. Georges & de Turkeftin , Seigneur de
Morlai , de Tomblaine , Jurville , Bazemont , &
Chanteheu , Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'Or Adminiftrateur & Commandant du Grand
-Duché de Tofcane , & ci- devant Grand Ecuyer de
Loraine , & d'Anne-Marguerite de Ligniville ,
Dame d'honneur de la Ducheffe Douairiere de
Loraine , mourut à Paris , âgé de 29 ans , 5 mois
& 17 jours , étant né à Luneville en Loraine le 23
Janvier 1713 .
>
Le 12 , Jean-Henri Cochois , Prêtre , Bachelier
en Théologie , de la Maifon de Sorbonne , Abbé
Commandataire de l'Abbaye de S. Cheron , Ordre
de S. Auguftin , Diocèfe de Chartres , depuis la 22
Mai 1706. Chanoine de l'Eglife Cathedrale de
Soiffons, & Confeiller, Commiffaire de la Chambre
Souveraine des Décimes , pour le Diocèfe de Soiffons
, mourut à Paris .
Le ..... Charles- Emmanuel , Marquis de Vallé ,
Vidame du Mans , Baron de la Rochemabile , Seigneur
de Balon , &c. Brigadier des Armées du Roy ,
Meftre de Camp , Lieutenant du Régiment Dan-
Iv phi
1684 MERCURE DE FRANCE
>
phin , de Dragons , & Gouverneur du Château
Royal du Pleffis - les-Tours , ayant eu ce Régiment
& ce Gouvernement au mois d'Avril 1741. à la
mort de fon frere aîné mourut à Prague en
Boheme , âgé de 36 ans , étant né le 10 Mai
1706. Il n'a point été marié , non plus que fon
frere aîné , dont la mort eft raportée dans le Mercure
de Juin 1741. p . 1243 .
Le 15 , mourut à Paris , Louis-Alexandre Picquet
de Meleffe , Grand-Prevôt de la Maréchauffée dans
la Province de Bretagne , & Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis .
en
Le 21 , Guillaume Lair , Prêtre , Docteur
Theologie de la Faculté de Paris , du 29 Mai 1696.
Chapelain dans l'Eglife Métropolitaine de Paris
& Curé de l'Eglife Royale & Paroiffiale de 5 .
Barthelemy en la Cité de Paris , depuis 1728 .
mourut âgé d'environ 76 ans .
Le 24 , Nicolas Dorbay , Ecuyer , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , du 9 Novembre 1738.
Architecte de la premiere claffe , & Contrôleur
des Bâtimens du Roy , mourut à Paris , âgé de
63 ans.
Le même jour , Etienne Bochart , Seigneur de
Saron , Confeiller du Roy en fes Conſeils , Préfident
Honoraire en la Prèmiere Chambre des
Enquêtes du Parlement de Paris , mourut âgé de 74
ans. Il avoit été reçu d'abord Confeiller à la Cinquiéme
Chambre des Enquêtes le to Déc. 1692 .
puis Préfident en la Premiere des Enquêtes le 12
Août 1704. Il s'étoit démis de cette Charge en
1740. & il avoit obtenu des Lettres d'Honoraire.
Il étoit fils de feu Jean Bochart , Seigneur de Saron,
mort Sous-Doyen du Parlement de Paris , le 20
Août 1709. dans la 81. année de fon âge , & de
Marie Cazet de Vautorte , morte âgée de 85 ans le
8.
JUILLET. 1742. 1685
8. Septembre 1723. Il avoit été marié le 13 Août
1697. avec Jeanne - Philiberte Camus morte à
l'âge de 41 ans , le premier Mai 1711 , laquelle
étoit fille de Nicolas Camus , Seigneur de Pontcarré
, vivant Conſeiller d'honneur au Parlement
de Paris , & de Marguerite Helene Durand. Il
avoit eu d'elle défunt Jean- Baptiſte Bochart de
Saron , auffi Préſident en la Premiere Chambre des
Enquêtes du Parlemenr de Paris , mort à l'âge de
29 ans , le 22 Mai 1731. laiffant un fils unique de
Marie - Anne Brayer qu'il avoit épousée le 15
Mars 1729 ; & Elie Bochart de Saron , Confeiller
Clerc en la Grand'Chambre du Parlement de Paris ,
où il a été reçu le 18 Août 1724.
Le 27 , D. Elifabeth- Marie Goyon , veuve depuis
le 17 Octobre 1715. de Theodore de Beringhen ,
Seigneur Vicomte de Plehedel en Bretagne , Confeiller
au Parlement de Paris , avec lequel elle avoit
été mariée au mois de Janvier 1685. mourut à
Paris , âgée d'environ 72. ans. Elle étoit fille de
Claude-Charles Goyon , des Barons de la Mouffaye ,
Baron de Marcé , Vicomte de Terchamp , mort au
mois de Décembre 1693 , & de Marie d'Apelvoifin
, Vicomteffe de Farcé en Bretagne .
Le même jour , mourut à Paris D. Charlotte-
Julie Hazon , époufe de Hugues Florent- Gabriel
Payen de Montmort , Seigneur de S. Germain en
partie , Confeiller , Maître d'Hôtel ordinaire du
Roy. Elle étoit feconde fille de Jean-Baptifte
Hazon , Confeiller au Châtelet de Paris .
Le 28 , Frere François Dauvet des Mareftz , Chevalier
, Bailli , Grand- Croix , & Grand-Tréforier
de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem ( Dignité à laquelle
eft attachée la Commanderie de S. Jean en
l'Ile de Corbeil ) & Commandeur de la Comman
derie d'Oefmont en Picardie , mourut à Paris , dans
I vj la
686 MERCURE DE FRANCE
la 86. année de fon âge , étant né le 17 Janvier
1657. Il avoit été reçu de minorité au Grand- Prieuré
de France le 17 Janvier 1664. Il étoit fils de
Pierre Dauvet , Seigneur de Treigny , Bouffé ,
Launay , & Repentigny , & de Louife-Marie de
Myon d'Auvillars .
Y
Le 6 Juillet , D. Julie-Françoise de Cruffol , veuve
depuis le 3 Novembre 1736. de Louis-Antoine de
Pardaillan de Gondrin , Duc d'Antin Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roy , Marquis de
Montefpan , & de Gondrin , Seigneur des Duchés
d'Epernon , & de Bellegarde , Vicomte de Murat ,
Baron de Curfé , de Moncontour , de Langon , &
du Fort de Chailli , Seigneur de Chancy , Prenoy .
d'Oyron , &c. Lieutenant Géneral des Armées du
Roy , & de la Haute & Baſſe Alface , Suntgaw , &
Brifgaw , Gouverneur & Lieutenant Géneral pour
S. M. des Ville & Duché d'Orleans , Pays Orleanois
, Chartrain , Perchegoüet , Saloyne , Vendômois
, Blaifois & dépendances d'iceux , & de la
Ville & Château d'Amboife , Directeur Géneral des
Bâtimens & Jardins du Roy , Arts , Manufactures
& Académies Royales, Miniftre d'Etat , avec lequel
elle avoit été mariée le 21 Août 1686. mourut à
Paris , âgée de 73 ans . Elle étoit fille d'Emmanuel
de Cruffol , Duc d'Uzès , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur de Saintonge , &
d'Engoumois , mort le premier Juillet 1692. & de
Marie-Julie de Sainte Maure de Montauzier, møfte
le 14 Avril 1695. Elle laiffe pour petic-fils Louis de
Pardaillan de Gondrin , Duc d'Antin , Pair de France
, né le 7 Novembre 1707. Gouverneur des Ville
& Duché d'Orleans , Pays Orleanois , Chartrain ,
&c. & des Ville & Château d'Amboife , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , & Brigadier des Armées
du Roy, qui eft marié avec Françoife Guyonne
de
JUILLET . 1742. 168
de Montmorency- Luxembourg , & qui en a des
enfans.
Le 10. D. Judith d'Aumalle , veuve fans enfans
depuis le 28. Octobre 1712. de Louis de Cruffol de
Montfalez , apellé le Marquis de Cruffol d'Uzés
Prince de Soyon , avec lequel elle avoit été mariée
le 26. Octobre 1697. étant veuve en premieres nôces
de Jean de Maubert , Seigneur de Boisgibault ,
mourut à Paris , âgée de 92. ans . Elle étoit fille de
Louis d'Aumalle , Seigneur de Perthe & de Gondreville
, & de D. Jeanne de Pas de Feuquieres.
Le 13. D. Gabrielle Martin , veuve depuis le 20.
Mai 1741. de Louis- Guillaume Jubert de Bouville,
Marquis de Clere-- Pannilleufe , Baron de Dangu ,
. Seigneur de S. Martin aux Buneaux , Vinnerville ,
&c . Confeiller du Roy en tous les Confeils d'Etat
& Privé , dont la mort eft raportée dans le Mercure
de Juin 1741. fecond volume , page 1466. mourut
à Paris , ayant eû pour enfans André Jubert de Bouville
, Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy depuis
1723. marié en 1724 avec . ... Guyot , fille
de feu François Guyot , Sr de Chenifot , Receveur
Géneral des Finances à Rouen & Secretaire du
Confeil , Direction & Finances ; & de Jeanne- Julie
Berger , Louis -Nicolas Jubert , apellé le Comte de
Bouville , Premier Cornette des Chevau- Legers
Dauphins , Meftre de Camp de Cavalerie , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis ; Auguſtin-
Touffaint Jubert de Bouville , Sous - Lieutenant dans
le Régiment des Gardes Françoifes , où il entra en
1726. Alfonfe Jubert, Chevalier de Bouville , Lieutenant
de Vaiffeaux du Roy , depuis le mois de Mai
1741. Bernard- Marie - Gabriel Jubert de Bouville ,
Chanoine de l'Eglife de Chartres ; défunte Félicité
Jubert de Bouville , mariée au mois de Juillet
1733. avec Jean-François Guyot de Chenifot , Seigneur
1688 MERCURE DE FRANCE
gneur de Villers , Receveur Géneral des Finances de
Rouen , & morte à l'âge de 22. ans le 16. Septembre
1735 , laiffant une fille unique ; & .... Jubert
de Bouville , Religieufe .
Le 17. Charles-Jofeph de Fortia , Confeiller ordinaire
du Roy en tous fes Confeils d'Etat & Privé,
& Chef du Confeil du Prince de Condé , mourut à
Paris , âgé de 74. ans . Il fut d'abord Confeiller au
Châtelet en 1690. puis en la Cour des Aides le 15 .
Decembre 1695. & enfin au Parlement de Paris en
la feconde Chambre des Enquêtes le 28. Juin 1698.
& étant Chef du Confeil du feu Duc de Bourbon
il fut fait Confeiller d'honneur au Parlement en
1716. & Confeiller d'Etat en 1723. Il étoit fils unique
de Charles de Fortia , Seigneur de Boisvoifin &
de Chailly , mort le s . Décembre 1685. & d'Anne
Alexandre , morte le 7. Novembre 1691. Il avoit
été marié , 1 ° . avec Marie - Magdeleine Larcher ,
morte fans enfans à l'âge de 19. ans , le 3. Octobre
1696. laquelle étoit fille de feu Jean - Baptifte
Larcher , Seigneur de Pocancy , Confeiller en la
Cour des Aides de Paris , & de Marie le Clerc ;
& 2°. au mois de Juillet 1698. avec Marie-
Magdeleine Thomas , morte en 1719. fille unique
de Jean Thomas , Confeiller au Châtelet de Paris ,
& de Marie-Anne Gigault. Il laiffe d'e le Jean - Jofeph
de Fortia , ci - devant Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment de Bourbon , marié le 2. Mai
1726. avec Marie - Magdeleine Frizon , fille de feu
Nicolas- Remi Frizon , Seigneur de Blamont , Prefident
en la quatriéme Chambre des Enquêtes du
Parlement de Paris , & de Louife -Nicole de la Salle ,
Charles de Fortia , Abbé Commandataire de l'Abbaye
de S. Martin d'Epernay, Ordre de S. Auguftin,
Diocèse de Rheims , qu'il a obtenuë au mois d'A
vril 1724. Deux autres fils , dont un Religieux de
"
Ste
JUILLET. 1742: 1689
Ste Croix de la Bretonnerie ; & Marie- Anne de For
tia , mariée le 14. Septembre 1730. avec Gafpard
de Fortia , fon parent , Marquis de Montréal , dans
le Comtat Venaiffin , Meftre de Camp de Cavalerie ,
& Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis . Il
avoit eû une fille aînée , dont la mort eſt raportée
dans le Mercure d'Octobre 1740. page. 2325 ; elle
n'a point laiffé d'enfans .
Le 19. Jean- Louis Thiroux de Lailly , Seigneur
d'Arconville , l'un des Fermiers Géneraux des Fermes
Unies du Roy , & des Poftes & Relais de France
, ci-devant Tiéforier Géneral de la Maiſon de
S. M mourut à Paris , âgé d'environ 62. ans . Il
étoit fils aîné de Lazare- Louis Thiroux , ancien Fermier
Géneral , Adminiſtrateur de l'Hôtel - Dieu , &
de la Maiſon des Incurables de Paris , mort le 6 .
Avril dernier , & de Marie Brunet , morte le 24.
Mars 1722. & il avoit été marié avec Claude Buffot
de Millery , de laquelle il laiffe Louis- Lazare Thiroux
, Seigneur d'Arconville , reçû Confeiller &
Commiffaire aux Requêtes du Palais du Parlement
de Paris , de la premiere Chambre , le 30. Juillet
1732. & marié le 28. Février 1735. avec la fille aînée
de .... Darlus , Secretaire du Roy , & Fermier
Géneral ; . . . . Thiroux de Montregard , Tréforier
Géneral de la Maiſon du Roy , par la démiſſion de
fon pere en 1735. en furvivance duquel il a été
nommé au mois d'Avril dernier , l'un des Fermiers
des Poftes . Celui - ci avoit époufé en 1735. ....
Paignon , morte en 1739 ; .... Thiroux d'Efperfennes
, reçû Confeiller au Grand - Confeil le 12.
Septembre 1736. & Grand Raporteur en la Chancellerie
de France en 1739. puis Maître des Requê
tes de l'Hôtel du Roy depuis environ 6. mois ; Catherine
Thiroux , mariée le 27. May 1732. avec
Charles-François Huguet de Semonville , reçû Confeiller
690 MERCURE DE FRANCE
feiller au Parlement de Paris , à la quatriéme
Chambre des Enquêtes le 21. Janvier 1733 .
& ...... Thiroux , mariée le 30. Janvier dernier
avec Pierre-Marie Thiroux , Seigneur d'Oüarville
en Beauffe , fon co fin germain , Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , depuis 1740 .
Le 12. Juin, furent mariés Adrien-Clement Silva,
Confeiller au Grand- Confeil , reçû à cette Charge
le 4. Août 1740. fils de Jean- Baptifte Silva, Ecuyer,
Premier Médecin Confultant du Roy , Médecin ordinaire
du Prince de Condé , Docteur-Régent de la
Faculté de Médecine de Paris , & de feue Magdeleine
Prevoft , & Damoiſelle Marie Antoinette
Coüet , fille de Pierre-Michel Coüet , Seigneur
d'Eaubonne Confeiller-Secretaire honoraire du
Roy , Maifon , Couronne de France & de fes Finances
, & de D. Therefe- Antoinette de Bony.
›
Le 26. Jacques - François-Maxime de Chaftenet ,
Marquis de Puyfegur , Comte de Cheffy , Colonel
du Régiment de Vexin , par Commiffion du 15.
Avril 1738. fils de Jacques de Chaftenet , Marquis
de Puyfegur , Chevalier des Ordres du Roy , Maréchal
de France , Gouverneur de Condé , & de défunte
Jeanne Henriette de Fourcy dc Cheffy ,
marié avec Dlle Marie Margueritte Maffon , fille
de François Gafpard Maffon , Préfident en la premiere
Chambre des Enquêtes du Parlement de Paris
, & de Marie- Marguerite Chevalier.
fut
NOM:
JUILLET. 1742 1691
NOMBRE des Baptêmes , Mariages ,
Enfans Trouvés & Morts de la Ville &
Fauxbourgs de Paris pendant l'année 1741 .
Sçavoir :
Baptêmes ,
Mariages ,
Enfans Trouvés ,
Morts ,
18578
3928
3388
232667
Maifons Religieufes,hommes & filles , 304 23574
Au Cimetiere Etranger ,
Partant le nombre des Morts de l'année
1741. excede celui des Baptêmes de
Le nombre des Baptêmes de 1741. eft diminué
de celui de 1740. de
Celui des Mariages eft diminué de
Celui des Morts eft diminué de
Celui des Enfans Trouvés eft augmenté de
4996
54
89
1710
2-88
On écrit de Tours , que le 27. du mois de
Juin dernier, le R. P. de la Motte , Cordelier , Docteur
de Sorbonne , prononça dans la grande Eglife
de l'Abbaye de Fontevrault , l'Oraifon funebre de
Madame Louife- Françoise de Rochechouart de Mortemart
, Abbeffe , Chef & Génerale de l'Ordre de
Fontevrault. L'Orateur parla avec beaucoup d'éloquence
des Vertus Chrétiennes & Religieufes , &
des grandes qualités de cette illuftre Abbeffe.
On a parlé de fa Mort édifiante , & de fa Pompe
funebre dans le Mercure du mois de Mai dernier
, page 1263. Il ne manquoit plus que fon
Eloge fi bien mérité , & dont le P. de la Moste
vient de s'acquitter.
ARRETS
4692 MERCURE DE FRANCE
ARRETS NOTABLES.
A
RREST du 23. Janvier , qui ordonne qu'en
payant par les Syndics & Habitans des Marches
communes & franches de Bretagne & Poitou ,
la fomme de dix - huit mille livres par chacun an
tant que le Dixiéme aura lieu , à commencer du
premier Octobre dernier , ils demeureront déchargés
de l'exécution de la Déclaration du Roy du
19. Août 1741.
AUTRE du même jour , & Lettres Patentes fur
icelui , qui ordonnent qu'en payant par les Etats de
Lille , Douay & Orchies , la fomme de trois cent
foixante-dix mille livres par année , tant que le
Dixiéme aura lieu à commencer du premier Octobre
1741. les Habitans defdits Pays demeureront
déchargés de l'exécution de la Déclaration du Roy
du 29. Août dernier,
4.4
AUTRE de la Cour des Monnoyes , du 24. qui
condamne les nommés Jean le Cocq & René Blaudau
, ſe diſant Marchands Forains , en trois livres
d'amende folidairement , pour s'être immifcés de
vendre & débiter des Ouvrages d'Orfévrerie fans
titre ni qualité , & leur fait défenfes de récidiver
fous plus grande peine.
>
ARREST du 30. qui ordonne qu'en payant par
les Etats de Bretagne , la fomme de deux millions
deux cent cinquante mille livres pour les trois derniers
mois de l'année 1741. & l'année entiere 1742 .
à raifon de dix- huit cent mille livres par année , les
Habitans
JUILLET. 1693 1742
Habitans de la Province de Bretagne demeureront
déchargés pendant ledit tems , de l'exécution de la
Déclaration du 29. Août dernier.
ORDONNANCE de M. l'Intendant de la Géneralité
de Paris , du 31. concernant l'établiffement
des Garniſons Militaires , pour le recouvrement
des impofitions dans la Généralité de Paris .
ARREST du 6. Fevrier , qui établit des précautions
pour empêcher la fraude des Droits fur les
Huiles qui fortent de la Géneralité de Châlons , à
la faveur de l'abonnement defdits Droits accordé
aux Habitans de ladite Géneralité.
SENTENCE du 12.du Baillage & Capitainerie de
laVarenne des Tuilleries, Pont de S. Cloud, & c. qui
condamne François Bienfait , Pêcheur , demeurant
au Port de Neuilly , en trente livres d'amende ,
pour avoir par deux fois differentes , paffé dans fon
Bateau , des Chaffeurs , dans les Illes de Neuilly &
Villiers , fans avoir averti les Gardes.
ARREST du 13. qui ordonne qu'en payant par
les Syndics Géneraux de la Province de Bearn , la
famme de quatre- vingt - dix mille livres par chacune
année , à commencer du premier Octobre
1741. tant & fi long- tems que le Dixiéme aura
lieu , les habitans de ladite Province de Bearn feront
déchargés de l'exécution de la Déclaration du
29. Août dernier.
AUTRE du même jour, qui ordonne qu'en payant
par le Clergé de la Haute Alface & de Bale , la
fomme de cinquante mille livres par chacune année
, à commencer du premier Octobre 1741. tant
&
1694 MERCURE DE FRANCE
& fi long-tems que le Dixième aura lieu , les biens
& revenus de ces Clergés demeureront déchargés
de l'exécution de la Déclarion du 29. Août dernier,
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en payant
par les Députés de la Nobleffe & du Tiers Etat des
Pays de Breffe , Bugey & Gex , la fomme de deux
cent foixante-dix mille livres par chacun an , à
commencer au premier Octobre 1741. tant & fi
long- tems que le Dixieme aura lieu , lefdits Pays de
Breffe , Bugey & Gex demeureront déhargés de
l'exécution de la Déclaration du 29. Août dernier.
?
AUTRE du même jour , qui fixe l'abonnement
du Dixiéme du revenu des biens de M. fe
Duc d'Orleans , à la fomme de quatre - vingt mille
livres par an , tant que la levée du Dixiéme aura
Tieu en ce non compris la retenue du Dixiéme
qui fera faite féparément fur fa Penfion de cent
cinquante mille livres, fur les gages & attributions
de fon Gouvernement de Dauphiné , & fur les
parties de rentes pour lefquelles il eft employé dans
les differens Etats de Sa Majefté.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Etats du Pays & Communautés de
Bigorre , la fomme de foixante mille livres
par
chacune année , à commencer du premier Octobre
1741. tant & fi long- tems que le Dixiéme aura
lieu , les biens & revenus fitués dans lefdits Etats
demeureront déchargés de l'exécution de la Déclaration
du 29 Août dernier.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
dans le courant de la préfente année 1742. les
Titulaires des privileges ou permiffions pour diffetens
JUILLET. 1742 1695
rens Etabliffemens , qui ont tenté inutilement ou
négligé jufqu'à préfent d'en faire ufage , feront
tenus de les exercer & faire valoir , & d'en juftifier
devant les Sieurs Intendans des Provinces du
Royaume , faute de quoi lefdits privileges ou permiffions
demeureront nuls & révoqués .
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en payant
par le Clergé du Diocèfe de Strasbourg, la femme de
vingt-deux mille cinq cent livres par chacun an ,
a commencer du premier O&obre 1741. tant que
la levée du Dixieme aura lieu les biens dudit
Clergé de Strasbourg démeureront déchargés de
l'exécution de la Déclaration du 29 Août dernier.
>
AUTRE du même jour ,qui ordonne qu'en payant
par le Clergé des Diocèle & Principauté d'Orange ,
la fomme de trois mille livres par forme de don
gratuit , les biens de ce Clergé demeureront déchargés
de l'exécution de la Déclaration du 29
Août 1741 .
AUTRE du 20 Février , qui ordonne qu'en
payant par le Tréforier du Pays de Neboufan , entre
les mains du Receveur General des Finances
d'Aufch , la fomme de quatre mille cinq cent livres
par chacune année , tant que le Dixiéme aura lieu ,
à commencer du premier Octobre 1741. les habitans
dudit Pays de Neboufan demeureront déchar
gés de l'exécution de la Déclaration du 29 Août
dernier.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Villes & Communautés de la Principauté
d'Orange , & par les Proprietaires des Fiefs
en dépendant , la fomme de dix mille livres par
chacung
1696 MERCURE DE FRANCE
2
chacune année , à commencer du premier Octobre
1741. & tant que le Dixiéme aura lieu , leurs biens
demeureront déchargés de l'exécution de la Décla
ration du Roy du 29 Août dernier.
AUTRE du même jour , qui ordonne que fans
s'arrêter aux Déclarations fournies par les anciens
Proprietaires des biens- fonds , pendant le précedent
Dixieme , & fans avoir égard aux Rôles arrêtés
en 1736. ceux qui font & feront formés pour
l'impofition ordonnée être faite par la Déclaration
du 29 Août dernier,feront arrêtés fur le pied du vé❤
ritable produit des biens , tel qu'il aura été ou fera
reconnu par les préposés pour en faire les vérifica
tions dans tout le Royaume .
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par le Syndic ou Tréforier des Etats du
Pays de Soule , entre les mains du Receveur Géneral
des Finances de la Géneralité d'Auſch , la fomme
de huit mille livres par chacune année , tant
que le Dixiéme aura lieu , à commencer du premier
Octobre dernier , les Habitans dudit Pays de
meureront déchargés de l'execution de la Déclaration
du 29. Août 1741 .
AUTRE du 6. Mars , qui ordonne qu'en payant
par le Syndic General des Baftilles de Marfan , la
fomme de douze mille livres par chacun an . tant
que la levée du Dixiéme aura lieu , à commencer
du premier Octobre 1741. les Habitans dudit Pays
demeureront déchargés de l'exécution de la Déclacation
du 29. Août dernier,
TABLE
TABL E.
P
IECES FUGITIVES. La Vie Champêtre ,
Ode , 1485
Lettre fur le Commerce des Phéniciens & d'Alexandrie
, 149 1
La Colombe aux aproches de la Mort , Fable, 1sos
Conftitutions du Prince Conftantin Mauro Cordato
,
Ode à l'Evêque de Graffe >
1506
1525
Suite de la Lettre fur le Commerce des Phéniciens
, I529
Vers de M. P. âgé de neuf ans , à Mlle D. âgée de
huit ,
1545
Lettre de M. D. L. M, au fujet des Confeils donnés
à M. R.
Ode à M. le Marquis de Vence ,
1547
1567
Proceffion des Bénedictins à Montmartre ; 1570
Enigme , Logogryphes ,
1578
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
Journée Sainte , par l'Abbé Chauchon ,
&c. Defcription de Paris , Tome II . 1583
1584
Hiftoire Génerale du Languedoc ,
1585
Reflexions de l'Empereur Marc Aurele Antonin ,
1600
Théatre Critique fur toute forte de matieres , traduit
de l'Espagnol ,
1602
Dictionaire Militaire 1606
Livres nouveaux chés G. Martin , ruë S.Jacques, ibid.
Morts de Sçavans ,
1603
Médaille de l'Empereur ,
1610
Eftampes nouvelles , Cartes , &c,
1611
Chanfon notée ,
1615
Spectacles , Pieces remifes, & c.
1616
Extrait du Prix de Cythere, Opera Comique , 1618
Nou
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Ruffie , &c . 1620
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1651
Concerts à la Cour , 1653
Affaire de la veuve Bourgelat terminée au Parlement
Loterie Royale tirée ,
1655
ibid.
Service folemnel pour la Reine d'Eſpagne à ſainte
Génevieve ,
Morts & Mariages ,
Nombre des Baptêmes , &c .
Arrets Notables ,
1656
1660
1691
1692
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 15 so. ligne 1o, de , lifez, en ,
P. 1589. 1. 22. Pecquigy , lifez , Pecquigny.
P. 1591. 1. 24. prennent , l. prenoient.
P. 1608. 1. 8. d'Argenvilliers, l . d'Angervilliers.
P. 1610. 1. 26. couronnée , ôtez ce mot.
Même page , ligne fuivante , tête , 1. tête cons
ronnée.
P. 1651. 1. 2. dans , 1. à
La Médaille gravée doit regarder la page
La Chanfon notée la page
1610
1615
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
AOUST. 1742.
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLII.
Avec Aprobation & Privilege du
AVIS.
eft
L'ADRESSE generale of a
›
au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auror t
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'ou
lui indiquera.
Paix XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
A O UST.
1
1742.
PIECES FUGITIVES
en Vers et en Prose.
PLUTUS RENDU CLAIR-VOYANT,
A
ALLEGORIE.
>
U tems jadis , ainfi que de nos jours ,
Le Dieu Plutus , au dire des Poëtes ,
Etoit aveugle , & jamais de fecours
Ne fit fortir de fes riches caffettes ,
Pour en aider gens d'efprit & de bien ,
Ains au contraire , à tout fot & vaurien
Il prodiguoit fes faveurs les plus grandes ;
A ij Même
1700 MERCURE DE FRANCE
Même fouvent prévenoit leurs demandes ,
D'où s'enfuivoit grand défordre ici bas ;
Cris des Sçavans , que l'on n'écoutoit pas ;
Plaintes des bons , mattés par l'indigence ;
Ris des méchans , qu'infpiroit l'infolence,
Or de ces maux le principe & le point ,
C'eſt que Plutus du tout n'y voyoit point ;
Si que voulant de biens combler un Sage ,
Quelque Narquois ſe trouvoit au paſſage ,
Qui finement attrapoit le tréfor ;
Puis à mal faire il employoit fon or.
Du qui pro quo gémiffoit ' honnête homme ;
Mais vainement , & pour le dire en ſomme ,
Trop für étoit qu'en ce vafte Univers
Meller Plutus faifoit tout de travers.
A chaque inftant , fur fotifes pareilles ,
On fatiguoit de Jupin les oreilles ,
En le priant qu'il voulût y pourvoir ;
Que par un trait digne de fon pouvoir ,
L'aveugle Dieu pût recouvrer la vûë ,
Et la vertu n'être plus dépourvûë ,
Comme elle étoit , de fes dons précieux ;
( Dons trop long-tems en proye aux vicieux ; )
Tant qu'à la fin Jupiter , las d'entendre
Ces cris perçans , réfolut de defcendre
Dans ces bas Lieux , pour examiner tout ,
Et , vifitant de l'un à l'autre bout
Lo
A O UST. 1742: 1701
Le Monde entier , trouver quelques recettes ,
Dont la vertu rendît vifieres nettes
Au bon Plutus , comme il étoit requis ;
De quoi s'étant avec grand foin enquis ,
A Montpellier il termine fa courſe ,
Lieu renommé , le principe & la fource
Des beaux fecrets qu'Eſculape a tranſmis ,
Dont Chicoyneau fut fidei- commis .
En cet endroit , prefque fans nul obftacle
Se vit enfin l'inesperé Miracle
Du Dieu Plutus devenu clair - voyant ,
Cheminant droit , actif & prévoyant.
Pour en donner une preuve authentique ,
Il confulta d'abord la voix publique
Sur le fujet d'un jeune Citoyen ,
Homme à talens , fage Stoïcien .
Chacun en fait la peinture fidele ,
Vante l'efprit , la candeur & le zele ,
Le caractere humain , compatiffant ,
Dont fur les coeurs eft l'attrait fi puiſſant.
En fa faveur Plutus fe détermine ,
Vers fon logis promptement s'achemine ,
A pleines mains y répand fes bienfaits ,
Et de bien loin furpaffe fes fouhaits.
Puis attentif aux voeux de la Province ,
En confultant les intérêts du Prince
Sur le rollet fçût le faire trier ,
A iij Et
1702 MERCURE DE FRANCE
Et des Etats nommer Grand Tréforier.
Tout aprouva la fage préférence ,
Et de Plutus exalta la prudence .
Ce n'eft pas tout : ce Dieu fi recherché ,
Après le pere , au fils s'eſt attaché ,
Trouvant en lui plus de vertus encore ;
Titre au-deffus du rang qui le décore ,
A quoi , fans peine , on le voit allier
Le don de plaire , & fe concilier
Tous les efprits , fans que la noire envie
Ofe attaquer une ſi belle vie ;
D'où je conclus que l'on ne fçauroit mieux
Prouver qu'enfin Plutus a de bons yeux.
ENVO I
Génereux Lamoffon , agréez un hommage
Offert par la fincerité ;
Vous reconnoîtrez au langage
Que c'eft elle qui l'a dicté.
Par M. S. du C...
LETS
A O UST. 1742 1793
LETTRE de M. & Anville , Géographe
du Roy , à M. de la Roque , au sujet d'un
Lien nommé anciennement Chora.
V
Ous avez inferé , Monfieur , dans le
Mercure du mois d'Avril une Lettre
de M. l'Abbé Le Beuf,fur le Lieu de Chora,
dont j'ai parlé par occafion dans les Eclairciffemens
Géographiques fur l'ancienne Gaule.
Vous voudrez bien que la Réponse que je
fais à cette Lettre paroiffe auffi par la voie
de votre Journal .
Je croyois avoir pris tous les ménagemens
poffibles pour ne point bleffer la délicateffe
de M. l'Abbé L. B. J'avois même expofe , &
dans la Préface , & dans le Corps de mon
Ouvrage , les motifs qui m'ont obligé d'écrire
contre fa Differtation fur le Genabum :
cependant ces motifs ne l'ont point touché
& il me regarde comme un agreffeur , qui
On peut juger par la
lecture de l'Ouvrage , fi je prens avec lui le
ton d'un homme qui cherche à attaquer : on
y trouvera au contraire beaucoup d'égards
pour un Auteur , qui fur des fupofitions dérange
avec affûrance une partie confidérable
de la Géographie de l'ancienne Gaule , tranf
l'attaque le p
A j
porte
1704 MERCURE DE FRANCE
porte à fa volonté les limites d'anciennes
Cités ou Peuples , obſcurcit les Marches de
Céfar dans un des plus beaux Morceaux de
fes Commentaires .
La pofition du Genabum eft l'objet qui m'a
déterminé à écrire . Si je réclame en faveur
du fentiment de MM. de Valois & Lancelot
, qui avoient fixé le Genabum à Orleans ,
& fi je fais voir en termes modérés que cette
pofition eft inconteftable , étant fondée fur
le témoignage des anciens Ecrivains , Latins
& Grecs , qui ont parlé de ce Lieu , fur le
Texte & fur les Marches de Céfar, fur les anciens
Itinéraires , & prouvée par les veftiges
des Voies Romaines , qui fubfiftent encore
de nos jours ; M. L. B. s'imagine que j'écris
à deffein de l'attaquer , lui à qui il n'eft jamais
arrivé de contredire aucune Carte , ni
aucun autre de mes Ouvrages.
Je ferai toujours fort obligé à M. L. B ,
quand il voudra me faire connoître des fautes
dont je me reconnois très capable ; il me
rendra un fervice effentiel. Dans tous mes
Ouvrages je cherche le vrai : ceux qui prennent
la peine de les fuivre , peuvent s'apercevoir
que je corrige moi même volontiers
les fautes qui me font échapées dans des Ouvrages
précédens.
Mais , dans les corrections qu'il plaira à
M, L. B. de me faire , je le prie de me traiter
avec
A O UST. 1742. 1705
19
avec équité ; & qu'il ne dife pas , par exemple
( Merc. d'Avril, p. 712.) que je foutiens
» perpétuellement que les Diocéfes de France
» font encore aujourd'hui partagés , com ne
» l'étoient les Territoires des Villes du tems
» des Gaulois , & avant que la Domination
» Romaine eût fuccédé à la leur. » Il auroit
pû remarquer ce que j'en dis , Eclairciff. p.
234. " En général , le Gouvernement Ec-
» cléfiaftique en France a été réglé fur le
» Gouvernement Civil , tel qu'il étoit lors
» de l'établiffement du Chriftianifme dans
» les Provinces de la Gaule ; enforte que les
» anciens Diocèles répondent aux Territoires
» des anciens Peuples . Et p. 171. » L'étendue
des anciens Diocèles répond presque
toujours au Territoire des anciennes Cités . »
Il auroit pû voir p. 172 , que je dis expreffément
» qu'il y a des cas d'exception à cette
propofition génerale .
19
1º. Je ne parle que des anciens Diocèfes ;
M.L.B. me fait parler des Diocèfes, tels qu'ils
font aujourd'hui . 2 °. Je dis qu'en général
prefque toujours, & cependant avec quelque
exception , les anciens Diocèfes répondent
aux anciens Territoires ; M. L. B. veut que je
le foutienne perpétuellement. 3 ° . Je dis , que
les anciens Diocefes répondent aux Territor
res des Cités , tels qu'ils étoient partagés lors
de l'établiffement du Chriftianifme dins les
A v Gaule
1706 MERCURE DE FRANCE
Gaules ( c'est- à - dire au fecond , & même au
troifiéme fiècle pour les Provinces Septentrionales
. ) M. L. B. me fait parler des Territoires
, comme ils étoient du tems des Gaulois
, & avant que la Domination Romaine
eût fuccedé à la leur.
Cette derniere imputation eft d'autant plus
injufte , qu'après avoir raporté p. 234 , les
Fines,Fins, qui fe trouvent fur les confins de
Chartres , d'Orleans , de Sens & d'Auxerre ,
je conclus ainfi » ce qui démontre que les
limites de ces Diocèfes font les mêmes
" que les fines des Cités de Chartres , d'Orleans
, de Sens & d'Auxerre fous l'Empire
Romain. » J'aurois pû ajoûter dans cet endroir
des Eclairciffemens , un autre Lieu de
Fins , fitué dans la Paroiffe de Talci , Diocèſe
de Blois , & fort près du clocher de Concrie ,
Diocèse d'Orleans , lequel Fins m'a été donné
par la Carte manufcrite de Blois . D'où il réfulte
, que le Diocèfe de Chartres ( dont
celui de Blois a été diftrait ) & le Diocèfe
d'Orleans , étoient féparés fous l'Empire Romain
, quoique du tems de Céfar ces deux
Villes fuffent compriſes dans le Territoire
des Carnutes.
Je reviens à la Lettre de M. L. B. Il laiffe
à d'autres le foin d'examiner mon Traité préliminaire
fur les mesures des chemins ; il réferve
pour quelques Notes ce qu'il doit donner encore
A O UST. 1742. 1707
core fur le Vellaunodunum , & fur le Genabum
; il ne paroît occupé pour le préfent que
du Chora ; la pofition de ce Lieu , quoique
moins confidérable en lui - même , intéreffe
le Géographe Hiftorien . J'avois , dit modestement
( Eclair. p 364. ) qu'elle fuffre quelque
difficulté ; il s'écrie ( Merc. p . 71 2. ) Je ne
me ferois jamais attendu qu'un Géographe exact
eût attaqué la pofition que je lui a donnée.
Voyons donc fi j'ai violé l'éxactitude Géographique
je raffemble fous un point de
vue les preuves de l'opinion de M. L B , &
les difficultés que j'y opoſe .
Ammien-Marcellin parle du Lieu Chora.
Il fe trouve mentionné dans la Notice des
Provinces de l'Empire. Les Statuts de S. Aunaire
, Evêque d'Auxerre au fixiéme fiécle ,
font mention de Chora Vicus. Jonas , Auteur
du feptiéme , dans la vie de S. Colomban ,
le dénomme Chora. Le Moine Aimoin , vers
la fin du neuviéme , nomme auffi le Bourg
ou Village Cora. Le Chora , fuivant Ammien,
étoit fur la grande Voie Romaine , entre Autun
& Auxerre ; Jonas le place entre Avalon
& Auxerre ; S. Aunaire & Aimoin le fixent
dans le Diocèfe d'Auxerre. Ainfi , en raffemblant
toutes ces défignations , le Chora étoit
fitué dans le Diocèſe d'Auxerre , fur la Voie
Romaine,aux environs de la Riviere de Chora
( la Cure. ) C'est donc dans cet efpace , qui
A vj eft
1708 MERCURE DE FRANCE
eft d'environ trois lieues communes de
France , qu'il faut chercher le Lieu Chora.
M. L. B. ayant découvert dans l'Hiftoire
de Gui , Evêque d'Auxerre , qu'il y eft fait
mention de Pêcheurs fur la Terre de Crévan
"
cela n'eft pas étonnant en un Lieu fitué fur
deux Rivieres ) il en infere que Crévan eft
l'ancien Chora ; parce que , dit- il , il y aura
eu une Pêcherie ; on conftruifit fur la Cure des
Eclufes , nommées anciennement Venna ,
( n'y a- t'il nulle autre part des Pêcheurs fans
Pêcherie ou Eclufe . Et pourquoi plûtôt fur
la Cure que fur l'Yonne ? Delà le Lieu nommé
Cora Vicus fut depuis nommé Cora- Venna,
que dans les Actes on apella depuis Cora-
Vennum. ( Il eſt prié de citer quelqu'un de
ces Actes . ) Et dans le tems que le Langage
vulgaire a limé , pour ainfi dire , le Latin ...
» on a dit Creven parmi le peuple au VIII .
» fiécle ; d'où dans le 1x. & x . fiécle.... les
Actuaires ... ontforgé le mot Latin Creven-
» num. On difoit en Latin , non pas Cora
fimplement, ( c pendant Jonas difoit au vII .
fiécle , ad vicum quem Choram vocant ; &
Aimoin à la fin du 1x , in vico quodam , qui
Cora nuncupatur. ) mais Core vicus , ce qui
»fe rendoit en Langage vulgaire par Corvic
" ou Crévic ( où en est la preuve ? ) » nom
S primitif ufité parmi les Géographes. ( M.
1. B. ) Etat des Sciences en France depuis
. و د
CharleA
O UST. 1709 1742.
>
Charlemagne jufqu'an Roi Robert , Recueil
>> Tom. II. p. 90. a obfervé que peu de Sçavans
s'embaraffoient de fçavoir quels étoient
» les differens Peuples qui habiroient la Ter
re. " Les Géographes qui s'embaraffoient du
Corvic ou du Crévic, étoient aparemment du
» Pays d'Auxerre ( mais le Peuple préfera
» dès le 1x . fiècle le nom de Crévan , plus
» aifé à prononcer que celui de Crévia ;
( Pourquoi le Peuple ne prononçoit il pas
de Cora venna , Crévanne , comme il a prenoncé
Charle- vanne de Caroli- venna ? Il faut
avouer que le Langage vulgaire n'a
le Latin d'une maniere uniforme . )
pas limé
Telle eft la gradation des fupofitions qu'avance
M. L. B pour établir le Chora à Crévan.
On ne peut pas entreprendre férieufement
de les réfuter : car M. L. B. peut- il simaginer
, qu'il n'y a point de Pêcheurs fans
Vanne ou Eclufe ? Où a t'il apris que ceux
de Crévan avoient une Vanne fur la Cure ?
Dans quels Actes a-t'il lû Core Vennum ? Et
quand tout cela feroit vrai , s'enfuivroit - il
que Crévan étoit le Cora ou le Cora vicus ,
qui auroit été enfin remplacé par Cora vennum
? Est-ce manquer d'exactitude que de
ne pas aplaudir à du pareilles idées ?
J'avois opofe ( Eclairc p. 366. ) à toutes
ces fupofitions de M. L. B. que Crévan étant
nommé dans une Charte de l'an 901. Crevennum
3
1710 MERCURE DE FRANCE
›
vennum , & cela relativement au tems de
Charles Martel , c'eft à dire , pour un fait
arrivé au commencement du huitiéme fiécle ,
il ne pouvoit être le lieu Chora , qui au commencement
du neuvième ſiècle , eſt encore
nommé par Aimoin fimplement Cora. Le
Langage vulgaire auroit- il limé le Latin juſqu'à
la Cour de Charles le Simple ? Et l'Evêque
Hérifrid , qui demandoit au Roy la reftitution
d'une Terre confidérable , qui- fuivant
M. L.B. fe nommoit encore Cora vicus fous
Charles - Martel , & avoit été enlevée à l'Eglife
d'Auxerre par ce Prince , auroit-il demandé
dans fa Suplique la reftitution de
Villa Crevennum &c. fans autre explication ?
L'importance de l'objet , le rifque de n'être
point entendu , demandoient l'expreffion des
deux noms , de l'ancien tems au tems de l'ufurpation
, & du moderne au tems de la requête.
L'Evêque n'en fait aucune mention; il parle
feulement de Villa Crevennum , eidem matri
Ecclefia olim abftracta . J'en infere que le nom
de Crevennum étoit déja établi au commencement
du buitiéme fiécle ; & il eft affés fingulier
que
M. L. B. dife dans fa Lettre » fi Crévan
étoit un Lieu confidérable au 1x . fiécle
» pourquoi n'auroit il pas été connu au fixié-
» me , & même au viII ? C'eft ce que M.
» d'Anville fera obligé de nous aprendre
Je fais plus qu'il ne demande , je dis (Eclaire .
"
P.
1
A
A O UST.
1742: 1711
p. 367. ) que Crévan eft un nom ancien &
Celtique fuivant l'aparence : je cite ( ibid. ) plufieurs
Lieux en France , nommés Crévan
dont le nom ne peut dériver de Chora- venna,
& dont il eft difficile de fçavoir l'origine &
la fignification.
La pofition de Chora à Crévan étant toute
gratuite & purement arbitraire , je recherchai
fur les Cartes de ces Cantons s'il n'y avoit
pas quelque pofition fur la Voie Romaine ,
qui fût convenable . Je trouvai dans la Carte
de Bourgogne de M. de Lifle , un Lieu vis- àvis
d'Arci, nommé Querre , dont l'Analogie
ne differe point du Chora ; mais cette pofition
étant omife dans la Carte du Diocèfe d'Auxerre
de M. Sanfon , je fis faire des informations
fur les Lieux , & on me répondit qu'on
ne connoiffoit plus de Querre aux environs
d'Arci , comme j'ai eu l'attention d'en avertir
( Eclairc. p. 368. ) Cependant j'obferve que
M. de Lifle ne l'aura pas imaginé ; & M.L.B.
aura de la peine à perfuader , que le Graveur
au lieu d'écrire Arci-fur-Cure , en une feule
pofition , en ait fait deux avec des caractéres
diftinctifs , qu'il ait écrit Querre au lieu de
Cure , & que M. de Lifle n'eft pas l'Auteur
de cet arangement. Le Graveur aura- t'il fait
la même faute dans la Carte de Champagne
du même Auteur , où Querre & Arci font
deux pofitions diftinctes Au refte , je ne
perfifte
1712 MERCURE DE FRANCE
perſiſte pas à dire , comme prétend M. L. B.
que le Querre a dû exifter ; je dis feulement
que le Chora devoit être fur la Voye Romaine,
&fur la Cure , au deffus de Crivan ; & que
toutes ces convenances fe rencontrent dans
l'emplacement que M. de Lifle a donné au
Querre , & vers le Lieu où M.de Lifle a placé
le Querre. Et j'établis cette pofition fur la
route donnée par le Moine Aimoin , qui fait
paffer les Reliques des SS. George & Aurele,
de Cora à Bazarne, & de Bazerne à Auxerre.
Elles venoient du Canton de Beaune en Bourgogne
; d'où il réfulte que Cora étoit plus éloigné
d'Auxerre que Bazerne , & à plus forte raifon
que Crévan , puifque fuivant M. L. B. les
Reliques pafferent de Bazerne à Crévan , delà
à Iranci & à Auxerre; & il n'avoit pû placer le
Cora d'Aimoin à Crévan , qu'en renversant
l'ordre de la route, tranflationis ordinem, comme
on peut le voir, Eclairc. p . 370. Ce n'eſt
done point fur une des fautes de M. de Liſle,
qui peut-être n'en fait ici aucune, c'eft encore
moins fur un amas de fupofitions arbitraires,
que je place le Chora au - deffus de Crévan .
Quoique les Religieux qui portoient les
Reliques , allaffent de connoiſſances en connoiffances
; comme Aimoin ne fait mention
d'aucune de ces connoiffances entre le Pays
Beaunois & Cora , on peut croire qu'ils fuivirent
la grande Voye depuis Saulieu juſqu'à
Cora ,
A O UST. 1742 1713
Cure ,
Cora , qui étoit fur la même Voye. J'ai apris
qu'il y a un Lieu nommé Querri , fur la
à un quatt de lieuë au -deffus de Vermanton
; M. L. B. qui eft forti fouvent de fon
cabinet , & qui a fait fouvent des defcentes
fur les Lieux , peut nous inftruire fi ce Lieu
exiſte, s'il eft fur la grande Voye de Challon
fur Saône à Auxerre ; on pourra , ſur le raport
des noms , y placer le Chora ; cette pofition
s'accordera avec ce que les Anciens
difent du Chora , & avec ce que j'ai avancé
dans les Eclairciffemens , que Chora eft audeffus
de Crévan vers Arci.
Je ne releve point quelques difficultés de
M. L. B. fur la pofition du Chora aux environs
d'Arci : que S. Colomban n'auroit fait
en un jour que quatre lieuës de chemin au
lieu de fix ; je ne fçais point quelle diligence
faifoit le vénérable Abbé dans les voyages :
Qu'il y auroit eu fur la Cure deux villages
également apellés Cure , à quatre lieuës l'un
de l'autre ; il citera , quand il voudra , des
Lieux de même nom encore moins éloignés,
par exemple, Méri le fec & Méri fur Yonne,
dans le pays dont il s'agit :
Que S. Aunaire dans fa Deſcription , marquant
pour le premier jour du mois Epoigni,
pour le 2. Venouffe , pour le 3. Goix & Naintri
ou Nitri , pour le 4. Cora vicus cum clero
populo, pour le 5. Bazerne & Accolai ,
pour
1714 MERCURE DE FRANCE
pour le 6. Méri - fur -Yonne , le Core vicus
entre Goix & Bazerne ne peut être que Crévan.
Quelle induction peut -on tirer de cette
Defcription , dans laquelle S. Aunaire paffe
de Venouffe à Goix , éloigné de quatre lieuës,
& à Nitri qui eft à fix lieues de Venouffe ?
De plus S. Aunaire ayant fuivi les confins du
Diocèfe à Venouffe près de Pontigny , à
Nitri du côté de Noyers , pourquoi Cora
vicus , en fuivant le même ordre , ne feroit il
pas aux environs d'Arci , près des confins du
Diocèle d'Autun ?
>
Je remercie M. L. B. de la correction qu'il
fait à la Carte inferée dans les Eclairciff. en
difant que la grande Voye eft fur la droite ,
& non à la gauche d'Iranci. Je n'ai pas compris
ce qu'il dit du chemin de Noyers à Auxerre
, & il femble qu'il n'en eft queſtion ni
dans la Differtation , ni dans la Carte . Si Survoie
près d'Auxerre eft un Hameau inconnu ,
c'eft une faute de la Carte de M. de Lifle :
mais Mangi , ou plutôt Nangi fous - voie ne
pourroit- il pas donner quelque réalité au
Sur-voie ? Ces deux Lieux font voifins , la
dénomination de fous voie n'eft ni contredite
ni corrigée par M. L. B. lors même qu'il corrige
le nom de Mangi. Sur- voie & fous- voie
font relatifs . M. L. B. fera bien de donner
en détail la fuite de la Voye Romaine d'Avalon
à Auxerre , qui , felon lui , tombe directement
A O UST. 1742: 1715
Bement au Ruiffeau de Vallan , dans la prairie
de l'ancien Autric : mais il doit obferver ,
que la dénomination de fous- voie , donnée
à Nangi à caufe du paffage de la Voye Romaine
fur la droite de l'Yonne ne permet
pas de tranfporter cette même Voye à la
gauche de l'Yonne , fur le Ruiffeau de
Vallan.
>
M. L. B. peut écrire autant qu'il lui plaira
fur Chora , il peut même perſiſter à dire
que Core - vennum a remplacé Corvic ou
Crévic ; je ne le fatiguerai pas par une nouvelle
Réponse . Je verrai avec plaifir les
Notes qu'il promet fur le Genabum , qui eft
le premier & le principal objet de ma Differtation
. J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , ce 28. Mai 1742 .
EPITRE
'A M. l'Abbé Goujet , Auteur du Suplément
de Moreri au fujet de fa nouvelle
Bibliothéque Françoise.
Goujet , de ta Bibliothéque
Je fais l'emplette avec plaifir ;
Elle fçait charmer mon loiſir ;
J'y trouve une grace intrinféque ,
Qui
18
MERCURE DE
FRANCE
Qui regne en tout ce que tu dis .
Tes Jugemens font des Edits ,
Dont la cabale ni l'envie
N'oferoient jamais apeller ,
Ou fi quelque fombre génie
Jaloux de ce qu'on lui dénie ,
Se trouvoit tenté de parler ,
Il n'oferoit le révéler.
Quelle vafte Litterature !
Quel champ immenfe de travaux !
Pour nous combien de traits nouveaux ,
Dont pas un n'eſt à l'avanture !
Ce font Portraits coloriés
Suivant les Loix de la Nature ,
Et qui juftement variés ,
Offrent tout l'Art de la Peinture .
>
Vauprivas & la Croix du Maine ,
Baillet & quelqu'autre Sçavant
Baillet , qui perça plus avant ,
S'étoient emparés du Domaine ,
Dont nous allons au premier jour
Te voir les exclure à ton tour.
*
Mais , croyant te frayer la route ;
Dis-moi , n'ont- ils jamais vû goute ?
Leur efprit fécond & fubtil
* Il n'a encore parû que quatre Tomes de cet exwellent
Ouvrage.
AOUST. 1717 1742.
A- 'il roujours tenu le fil
Dans ces Pays pleins de ravines ,
Sinueux , hériffés d'épines ,
Où d'un pas rapide & leger
On te voit marcher fans danger ?
Ont-ils toujours avec juſteſſe ,
Avec art & délicatefle ,
Expofé les points critiqués ,
Et les ont -ils bien expliqué< ?
Ou bien impartiaux Critiques ,
N'ont-ils point de traits fatyriques
Sali quelques-uns des Portraits.
Dont ils ont paré leurs Extraits ?
Souvent , quoiqu'on en puiffe dire ,
La Critique avec la Satyrę
S'allie imperceptiblement ;
C'est l'effet du tempéramment.
. Nous n'amortiffons qu'avec peine
Ce ferment qui réſide en nous ;
C'eſt un ulcere , une cangrene ,
Qui plus ou moins nous corrompt tous .
Mais fans prétendre ici médire ,
Moi , chétif, de tes Précurseurs ,
J'ai prefque dit que ces Auteurs ,
Ces Erudits que l'on admire ,
S'ils ont écrit bien fçavamment ,
Ils ont négligé trop fouvent
Les gracés , l'agrément du ftyle ,
Qu'il™
1
1718 MERCURE DE FRANCE
Qu'il femble que ta main diſtile
Sur tes OEuvres en ſe joüant ;
Et quand on offre élégamment
Chaque trait peint d'après Nature ,
Sans hyperbole , fans enflure ,
C'eft-là le comble affûrément.
Par M. de la Soriniere , en Anjou.
LETTRE de M. Nericault Deftouches
à M. le Chevalier de la Roque.
D
Es occupations très - férieuſes & trèsimportantes
pour moi ,Monfieur, m'empêchent
depuis long - tems de vous envoyer
quelques-unes de ces Piéces Fugitives , que
je médite affés fouvent pour votre Journal ,
& que j'avois réfolu de vous fournir exactement
tous les mois ; mais une Lettre qui
vous eft adreffée dans le Mercure du mois
de Mai dernier, me force à rompre le filence
aujourd'hui.
Je ne fçais à qui je dois atrribuer ce petit
Ouvrage . Je fçais feulement qu'il n'y a qu'un
galant homme & un habile homme qui puif
fe l'avoir écrit , & que s'il vouloit fe donner
la peine d'écrire fouvent & plus amplement ,
le Public lui enfçauroit très- bon gré. Pour
moi ,
A OUS T. 1742. 1719
moi , je déclare que j'ai lû fa Lettre avec autant
de plaifir que d'édification , & que je
lui fuis fort redevable de ce qu'il a bien
voulu prendre mon parti contre l'Auteur des
Confeils à M. Racine , fur fon Poëme de la
Religion.
que
Ce Confeiller charitable m'avoit révolté
& je m'étois propofé d'abord d'exercer ma
charité envers lui , par quelques avis dont if
me paroffoit avoir beaucoup plus befoin
M. Racine ; mais toute reflexion faite , je
crûs devoir fufpendre ce premier mouvement
, jufqu'à ce que la perfonne à qui les
Confeils étoient directement adreffés , eût
jugé à propos de lui témoigner fa recon
noiffance.
Comme M. Racine a differé jufqu'à préſent
à s'acquitter de ce devoir , & qu'il s'eft , en
quelque maniere, laiffé prévenir par le judi
cieux Auteur de la Lettre inferée dans votre
Journal , il trouvera bon que je prenne auffi
les devants dans la carriere où je l'attends
avec tout le Public.
Mon deffein n'eft pas de fournir des ar
mes à M. Racine ; j'ai conçû une trop hau
te idée de fes forces , pour préfumer que
mon fecours lui foit néceflaire . Ce qu'il y a
de certain, c'est que je ne puis me défendre,
fans le défendre lui - même . Il s'agit de fçavoir
fi les Poëtes profanent la Religion quand
ils
720 MERCURE DE FRANCE
ils ofent s'élever contre ceux qui l'attaquents
au lieu de la foûtenir , ils l'exposent à la
rifée des Déiftes , des Athées & des Impies ; &
fi fes Partifans finceres ont fujet de s'inquieter
& de gémir , lorfque des hommes qui
n'ont pas arboré le Bonnet & la Fourure , fe
déclarent ouvertement & publiquement pour
elle. Car voila ce que prétend M. le Confeiller
, dont le zéle ne m'impofe pas plus qu'à
l'Auteur de la Lettre qui vous a été écrite .
Je vous avoue même que mes foupçons
vont plus loin que les judicieuſes conjectures
de cet Auteur , & que j'ai beaucoup de
penchant à m'imaginer , M. que le Donneur
d'avis , & tous ceux qui affectent la même
délicateffe & les mêmes allarmes , en cachent
la véritable caufe fous les dehors d'un zéle
fpecieux , & qu'ils ne veulent décourager
ceux qui brûlent d'un zele ardent & fincere ,
& qui , fans ménagement , ont le courage
de le faire éclater , que parce que ces démonftrations
rigoureufes les déconcertent &
leur caufent un dépit qui n'oferoit s'exhaler,
mais qui fe foulage par de fauffes marques
de crainte & d'inquietude. C'eft le perfonnage
qu'ont toujours joué , & que joüeront toujours
les ennemis fecrets de la Religion.
Qu'un Docteur de profeffion la défende , ils
difent que fon Ouvrage elt imparfait ; qu'un
homme qui n'a pas brillé fur les bancs de
l'Ecole
AOUS T. 17420 1721
T'Ecole , vienne à l'appui , ces Mrs le traitent
de téméraire , & entreprennent d'abord
de lui donner un ridicule ; ils proteſtent
contre fon incompétence .
Mais , M. le Confeiller , comment faut- il
donc s'y prendre ? Quel titre , quelle qualité
faut-il avoir pour ne. vous pas paroître incompétent
? Vous êtes furieufemenr délicat
Vous prétendez qu'on n'a pas fait encore un
bon Livre pour prouver la vérité de la Re
ligion ; les plus grands hommes qui l'ont entrepris,
vous paroiffent avoir échoué dans ce
deffein Les Grotius, les Abadies, les Paſcals;
les de Meaux , & tant d'autres qui fe font fignalés
heureufement dans cette carriere ,
n'ont pû trouver le moyen de vous impofer.
Qui fera donc le grand Ecrivain qui aura ce
bonheur ? Ce ne fera pas un Poëte affûrément
, car non - feulement vous le récufez
mais vous vous fcandalifez de ce qu'il ofe fe
mettre fur les rangs. Docteurs , beaux Ef
prits , Poëtes enfin , tous vous font égale
ment odieux , dès qu'ils prennent les armes
contre les Incrédules . Eh ! M. le Confeiller ,
parlez ouvertement : dites que ..... mais
vous n'oferiez ; voilà ce qui vous défole.
Oh!bien, malgré vous , nous irons notre train.
Vous aurez beau protefter contre l'incompétence
, vous aurez beau nous donner des
confeils , vous aurez beau paroître ſaiſi d'une
B extrême
1722 MERCURE DE FRANCE
&
extrême douleur,en voyant les chofesfacrées ainfi
profanées, livrées à l'injufte dérifion desEfpris
forts , nous continuerons à faire en public
notre profeffion de foi , ne fût- ce que pour
vous déclarer bien authentiquement , que
nous ne fommes pas , à beaucoup près , fi
délicats que vous , & que nous croyons la
Religion Chrétienne fi bien prouvée , fi bien
démontrée par les Faits , par les Prophéties
par les Grands Hommes , dont vous méprifez
les Ouvrages , que nous nous faiſons
gloire de témoigner au Public , que nous
fommes abfolument convaincus qu'elle eft
émanée directement d'un Dieu tout - puiſſant,
tout jufte , tout miféricordieux , qu'elle eſt
parvenue jufqu'à nous dans fa pureté , &
qu'elle fe foûtiendra jufqu'à la confommation
des tems , en dépit des Efprits forts &
des Donneurs de Confeils.
Nous le dirons , nous l'écrirons , tant en
Profe qu'en Vers , & nous oferons même
vous foûtenir en face , que la Poëfie eft le
langage le plus énergique pour défendre &
pour étaler les faintes vérités que la Révélation
& la Tradition nous ont tranfmifes
Pour vous en couvaincre , nous vous cited
rons les plus faints & les plus anciens de tous
les Poëmes , le Cantique des Cantiques , le
Cantique de Moife , les Pfeaumes de David,
& tant d'autres productions du S. Eſprit.
Si
A O UST. 1742: 1723
Si vous dites , pour rejetter ces exemples ;
que ces Poëtes Divins étoient infpirés , &
que nous fommes bien éloignés de l'être , nous
Vous répondrons premierement , que nous
tâchons de répeter dans notre langage ce
qu'ils ont dit dans le langage du S. Elprit , &
que puifant dans une fource fi pure , nous në
⚫difons rien qui puiffe vous allarmer , encore
moins vous fcandalifer.
En fecond lieu, nous vous repréfentons que
dans tous les fiécles de l'Eglife , les plus fain.
tes vérités de la Religion ont été exposées en
Vers à la pieté des Fidéles , & fur cela vous
nous permettrez de vous rapeller des exemples
qui vous convaincront que nous fommes
bien autorifés à les fuivre , & que fi vous ne
les aviez pas ignorés ou diffimulés , l'entreprife
de M. Racine ne vous auroit pas parû
fi témeraire.
Commençons par vous citer Aufone , qui
a fait tant d'honneur à la Ville de Bourdeaux
, où il étoit né. L'exemple n'eft pas ré
cent, comme vous voyez , puifque je remon
te jufqu'à l'Empire de Valentin & de Valen
tinien . Vous fçavez ou vous ne fçavez pas ,
M. le Confeiller , que le dernier de ces Empereurs
avoit tant d'eftime pour Auſone¦¦
qu'il lui confia l'éducation de fon fils Gratien
. Vous ne devez pas ignorer que le même
Aufone a fait quantité de Poëlies profa-
Bij nes
1724 MERCURE DE FRANCE
nes , entre lefquelles on compte cent qua
rante-fix Epigrammes, dont plufieurs ne font
pas fort édifiantes , comme il eſt aiſé de le
prouver par celle- ci , qui eft la 142.
De uxore deformi.
Deformis uxor cui fit , ancilla elegans :
Uxorem habere , fubigere ancillam velit .
Cependant le croiriez-vous ? Ce Poëte que
vous auriez regardé comme incompétent , a
fignalé fon zéle & fon génie. en faveur de la
Religion avec tout le fuccès poffible. Pour
s'en convaincre , on n'a qu'à lire fon Ephéméride,
entre autres , cette belle Oraifon qui
commence par les Vers fuivans .
ORATIO .
Omnipotens , folo mentis mihi cognite cultu ,
Ignorate malis , & nulli ignote piorum ;
Principio , extremoque carens ; antiquior ævo ,
Quod fuit , aut veniet , &c.
Je voudrois pouvoir inferer ici toute cette
Oraifon , qui renferme les principaux Myftéres
de la Religion Chrétienne, mais ce feroit
faire un Volume , & non pas une Lettre .
L'Auteur de l'Avis à M. Racine doit fçavoir
qu'Aufone n'étoit ni un Docteur , ni un
Pere de l'Eglife , comme il peut le voir par
les Vers fuivans , extraits de l'Ephéméride.
EGRESSIO
A O UST. 1742 1725
EGRESSI O.
Satis precum datum Deo ;
Quamvis fatis nunquam réi
Fiat precatu Numini .
Habitum forenfem da puer ,
Dicendum amicis eft ave ,
Valeque , quod fit mutuum ,
&c.
Cependant voilà un Poëte dont les Ouvrages
font parfemés de Piéces Chrétiennes ,
Vous y verrez des Vers pour la Fête de Pâques.
San&ta falutiferi redeunt folemnia Chrifti ,
Et devota pii celebrant jejunia myftæ , & c.
Tu Verbum, Pater alme , tuum , natumque , Deumque,
Concedis terris totum , fimilemque, paremque ,
Ex vero verum , vivâque ab origine vivum , &c.
Voilà un Poëte Théologien. Et de quelle
condition étoit ce Théologien ? Un Homme
de Lettres , un bel efprit , qui par fes vertus
& par fon mérite , étoit parvenu jufqu'au
Confulat ; Fait inconteftable , & prouvé par
fon Idylle huitiéme , dont voici le titre :
Precatio Aufonii Confulis defignati , pridie
Kalendas Januarii , fafcibus fumptis.
Je ne citerai point d'autres Paffages d'Aufone
, dont je pourrois me fervir ici très - utilement
, pour prouver que dès les premiers
fiécles de l'Eglife , les Poëtes ne l'ont nulle-
Biij ment
1726 MERCURE DE FRANCE
ment fcandalifée , quand ils ont fignalé leur
enthouſiaſme ſur les plus faintes vérités de
la Religion Chrétienne ; je me fonde fur
beaucoup d'autres exemples anciens & modernes.
Voici Claudien , ce grand Poëte , qui vient
à mon fecours par une de fes Piéces ,intitulée :
Carmen Pafchale.
Chrifte potens rerum , redeantis conditor ævi ,
Vox fummi , fenfufque Dei : quem fudit in altâ
Mente Pater , tantique dedit confortia regni ,
Impia qui noftræ domuiſti crimina vitæ ,
Paffus corporeâ mundi veſtire figurâ ,
Affarique palam Populos hominemque fateri
Quemque utero inclufum Mariæ , mox numine vifo
Virginei tumuere finus , innuptaque Mater
Arcano ftupuit compleri vifcera partu ,
Auctorem paritura fuum , & c.
C'eft avec beaucoup de peine que je res
tranche le reste de ce magnifique Morceau ,
mais j'en ai tant d'autres à citer , que je ne
finirois point fi je les inferois ici dans toute
leur étendue. Voici les titres des quatre Pieces
qui fuivent celles - ci , deux en Grec.
Εις τὸν Σωτήρα . Εἰς τὸν Δεσότω Χρισόν.
Deux en Latin, Laus Chrifti, Miracula Chrifti.
Je ne puis m'empêcher de tranfcrire les quatre
premiers Vers de la derniere .
Angelus
A O UST. 1727 1742:
Angelus alloquitur Mariam , quo præfcia Verbo
Concipiat , falva Virginitate , Deum . ·
Dant tibi Chaldæi prænuncia munera Reges ,
Myrrham homo ,Rex aurum, fufcipe thura Deus, &c.
Ce Poète , comme vous voyez , M. eft
bien au fait des Myftéres de notre Religion ,
& les exprime avec les plus vives couleurs
de la Poëfie . Croyez vous , comme le Donneur
d'avis , qu'il les ait profanés en les traïtant
avec tant d'élégance & de majefté ? Penfez
-vous que l'Eglife ait eû lieu de fe plaindre
de lui ? Ne doit- on pas convenir , au
contraire, qu'elle peut s'aplaudir qu'un Poëte
profane qui floriffoit fous l'Empire de
Théodofe & fous celui de fes fils Arcadius
& Honorius , ait laiffé un fi beau & fi riche
Monument des grandes & faintes vérités
qu'elle profeffoit & qu'elle profeffera toujours
?
>
"
1.
Je n'ignore pas que les Critiques pourront
m'objecter qu'on doute que le Claudien que
je cite , foit l'Auteur de ces belles Piéces
Chrétiennes ; que d'un côté Chriftophorus
Landinus affûre que Claudien ayant renoncé
au culte des faux Dieux pour embraſſer la
Religion Chrétienne avoit compofé ces
Ouvrages de pieté , afin de fignaler fa foi ,
& que d'un autre côté , des Auteurs graves
& refpectables , S. Auguftin même , dans fa
Bij Cité
1728 MERCURE DE FRANCE
Cité de Dieu , prétendent que Claudien étoit
un Payen très - opiniâtre , & que Paul Diacre
eft du même ſentiment ; quoiqu'il en foit, M.
il est toujours vrai que fi ces beaux Vers font
d'un autre Claudien , ils ont été composés du
tems de l'Empereur Théodofe , & cela fuffit
pour prouver qu'ils font très anciens.
Citerai-je préfentement le Poëme de Si-
'donius Apollinaris , intitulé , Eucharifticum
ad Fauftum Reienfem Epifcopum ? Que le
'Donneur d'avis life cette Piece , il y verra de
quelle maniere ce Poëte s'exprime fur le
Myftére de la Rédemption. Trouvera - t'il
mauvais que Sidonius ait dit à ce sujet , en
s'adreffant à Jefus- Chrift ?
Expers peccati , pro peccatoribus amplum
Fis pretium , veterem que novus, vice foenoris ,Adam
Dum moreris ,de morte rapis : fic mortua mors eft &c.
Sera t'il fâché qu'un Poëte Philofophe &
Chrétien entreprenne de prouver aux Athées
l'exiftance d'un Dieu , en leur foûtenant
qu'elle eft manifeftement démontrée par l'ordre
auffi conftant qu'admirable , qui regne
dans l'Univers. Dira- t'il que Boëce étoit un
téméraire de traiter en Vers une matiére fi
fublime dans fes Livres de la Confolation ?
Qu'il le dife , s'il l'ofe ; pour nous , nous ne
cefferons point de lire avec autant de plaifir
que
A O UST . 1742. 1729
que d'admiration , fon Poëme VI . du quatriéme
Livre , ou fi vous voulez , fon Metrum
fextum , qui commence ainfi :
Si vis Coeli jura Tonantis
Purâ folers cernere mente ,
Afpice fummi culmina Coeli.
Illie jufto foedere rerum
Veterem fervant fidera partem , & c.
Hæc temperies alit ac profert ,
Quicquid vitam fpirat in orbe :
Eadem rapiens condit , & aufert ,
Obitu mergens ora fupremo.
Sedet interea Conditor altus ,
Rerumque regens flectit habenas
Rex & Dominus , fons & origo ,
Lex, & fapiens arbiter æqui , & c.
La Profe peut- elle atteindre à ce fublime ,
& quiconque lira ce Morceau fi précieux, ne
conviendra - t'il pas que la Poëfic femble être
deftinée à exprimer les Vérités adorables ,
qui font le defefpoir des Impies ? Cependant
Boëce qui en fit un fi bel ufage , n'étoit pas
un Théologien de profeffion . C'étoit un Philofophe
du fixiéme fiecle , Philofophe qui
avoit été honoré des plus grandes Dignités ,
& qui fut facrifié à la cruelle politique de
Théodoric , Roy des Goths .
B v Puis je
1730 MERCURE DE FRANCE
Puis- je mieux prouver que la Poëfie a toujours
été en droit de défendre la Religion
Chrétienne contre fes plus ardens ennemis
qu'en faifant voir que Tertullien même s'eſt
fervi de ce langage , pour confondre Marcion
? J'avoue que Tertullien , qui vivoit du
tems de l'Empereur Severe , n'étoit pas un
bon Poëte , fi nous en jugeons par cet Ouvråge,
où il peche fouvent contre la quantité ;
mais n'importe , c'eſt un Poëte Chrétien , &
cela me fuffit. Voulez -vous voir le fujet de
fon Poëme ? Vous en jugerez par les titres
de fes cinq Livres .
Le premier eft intitulé : De Unico Deo , &
en voici l'Argument , qui ne chatoüillera pas
les oreilles des Lecteurs qui font leurs délices
de Virgile , d'Horace , de Tibulle , de € atulle
, de Properce & d'Ovide.
Primus erit referens inimici ex ordine verba
Quæ refuga illicitè molitus protulit amens ;
Hinc etiam carnis fpes & victoria Chrifti ,
Et fpecies breviter falfarum dicta viarum.
Voici le titre du fecond Livre : De Concor
dia veteris & nova Legis. L'argument ne confifte
qu'en deux Vers.
Inde fequens , conjuncta docet Myſteria Legis ,
Inque novo Deus quæ foedere tradidit unus.
Le titre du troifiéme Livre eft ce qui fuit
De
A OUST. 1742. 1731
De Concordia Patrum veteris & Novi Teftamenti.
L'argument de ce Livre eft en deux
Vers , comme le précédent.
Tertius , ingenuâ gentem de Matre creat am
Vatibus & patribus facratos effe miniſtros.
D
De Marcionis Antithefibus , eft le titre du
quatriéme Livre , dont l'argument eft expliqué
dans les trois Vers fuivans.
Quartus & ipfe refert obſcura piacula Legis
Effe typum veteris,,quæ paruit hoftia verè ,
Jam dudum expectata piis cùm femine ſancto.
Le cinquiéme expofe les diverfes Hérefies
de Marcion : De Varis ejus Harefibus . Deux
Vers font l'argument de ce Livre .
Hic quinctus multos nexus nodofque refolvit ;
In planum mala convolvit quæcumque latebant.
Ajoûtons à tout ceci , que le même Tertullien
a fait un Poëme fur le Jugement dernier
où vous trouverez ces Vers , qui ne manquent
pas de beauté :
Ipfe fedens Dominus, fublimi lumine clarus ,
Atque potens, cunctis micat in virtutibus ignis ,
Excelfoque Throno coelefti fede corufcat ,
Martyribus Septus , & c.
Un autre Poëme adreffé à un Sénateur
B vj Apoftat :
1732 MERCURE DE FRANCE
Apoftat : Senatorem increpat , quod antea
Chriftianus & Conful, Ifidis feu Matris Deum
Sacerdos fieri non fit veritus. Hortatur itaque
ut , &c. Enfin un troifiéme Poëme , intitulé
de Jona & Ninive.
Peut- on traiter en Vers des matiéres plus
graves & plus faintes ?
Saint Cyprien , qui a fouffert le Martyre
dans la deux cent foixantiéme année de Jefus-
Chrift , n'a- t'il pas compofé deux Poëmes
, dont le premier eft intitulé Genefis , &
commence ainſi ?
Principio Dominus Coelum Terramque creavit.
Et le fecond a pour titre , Sodoma. J'err
citerai quelques Vers.
Jam Deus omnipotens primævi tempora fæcli ,
Vindice diluvio , cunctis aboleverat undis ,
Quas Coelum fparfit terræ, maris expuit æquor, & c,
Et plufieurs Vers après :
Sic Sodomûm meruit tellus ardentibus uri
Flammis , & finis portendere figna futuri , &c.
Mais voici un trait bien plus décifif en
faveur de la Poëfie . Juvencus , Poëte Efpagnol
, d'une des plus illuftres Familles de fon
Païs , comme nous l'aprerons de S. Jerôme ,
& qui floriffoit fous l'Empire de Conftantius
& de Conftant , a compofe un Poëme en Vers
hexametres
A O UST . 1742: 1733
hexametres, dont les quatre Livres contien
nent les quatre Evangiles , avec toute l'exactitude
que requiert une matiere fi fainte , &
avec tout le génie qu'on peut défirer dans
un grand Poëte . S. Jerôme garantit le jugement
que j'en porte , puifqu'il cite en quelque
endroit des Vers de notre Juvencus
après avoir extrêmément loué fa doctrine &
fon éloquence.
Après un pareil exemple , à quoi la Poëfic
ne peut -elle pas prétendre ? A quel fublime
dégré ne peut - elle pas s'élever ? Y a - t-il matiere
fi fainte , fi facrée qu'elle ne puiffe pas
embraffer ? Et paffe - t-elle fes droits quand
elle entreprend de prouver la verité de la
Religion Chrétienne , & de confondre les
impies , les Déïftes & les Athées ? Faudrat-
il nous apuyer encore de l'exemple de tant
de Saints & grands Perfonnages qui font devenus
Poëtes , ou pour prouver l'existence ,
ou pour chanter les louanges de Dieu , d'un
ton plus fublime que celui de la plus belle
Profe ? Tout le monde ne fçait- il pas que S
Hilaire , Evêque de Poitiers , s'eft rendu célebre
par les Hymnes qu'il a compofées , &,
par fon Poëme intitulé Genefis ? Ignore ton
que Marius Victorinus , Africain , qui enfeignoit
la Rhétorique à Rome , fous l'Empire
de Conftance , & qui même l'a enfeignée à
S. Jerôme , a fait un Poëme fur le Martyre
des
"
1734 MERCURE DE FRANCE
des Machabées ? Qui n'a pas les Hymnes
de S. Ambroife ? Quel eft l'homme un pcu
Lettré, qui ignore que Claudius Marius Victor
qui profeffoit la Rhétorique à Marseille , fous
l'Empire de Zenon , a fait en Vers des Commentaires
fur la Genefe ? Rien n'eft plus re
marquable . Se fervir du langage poëtique ,
pour commenter un Livre auffi divin que la
Genefe ! Que pourra dire après cela , M. le
Confeiller ? ofera - t - il prétendre encore que
les Poëtes font incompétens en matiére de
Religion , & qu'il ne leur apartient pas de
foûtenir nos Myftéres ? Dois - je lui dire par
furabondance de droit, que les Papes mêmes
n'ont pas craint d'exalter la Religion & de
faire l'éloge de fes Martyrs en langage poëtique
? Pour s'en convaincre , on n'a qu'à lire les
éloges que le Pape S. Damaſe a composés fur
ce fujet . Il a même fait deux Acroftiches fur
le faint nom de Jefus.
Mais c'étoit un Pape , me répondrez -vous.
A lui permis de traiter de pareilles matières ;
tant en Vers qu'en Profe.
Rien de plus facile que de vous répliquer
par un autre exemple ; connoiſſez - vous
Aurelius Prudens Clemens ? C'eſt un Poëte
que Sidonius Apollinaris ofe comparer à
Horace . Ce n'étoit pas un Prêtre ; ce n'étoit
pas un Pape , c'étoit un homme Confulaire
par conféquent bien éloigné de la fainte Profeffion
,
A O UST . 1742: 1735
.
feffion , qui autorife à défendre la Religion
contre les Sophifmes des Mécréans. Et cependant
cet homme Confulaire , qui d'abord
avoit fait la profeffion d'Avocat , & qui enfuite
étoit parvenu par fa valeur & par fon
mérite , aux premieres Charges militaires ,
apuyé de l'eftime & de l'amitié de l'Empereur
Théodofe s'eft acquis une gloire im
mortelle , felon le jugement des plus célebres
Critiques , par le Poëme qu'il a mis au
jour , pour louer la conftance des Martyrs,
comme celle de S. Laurent , de S. Vincent
& de plufieurs autres qu'il eft inutile de citer.
Il a fait des Vers fur la Naiffance de
Jefus- Chrift, & fur fa Vie & fes Miracles.
>
Mais ce n'eft pas tout . Ce Poëte Conful
a vivement attaqué & combattu les ennemis
du Chriftianifme , & principalement
Symmaque , homme Confulaire comme lui ,
& le Payen le plus opiniâtre & le plus entêté
de ce tems -là .
-
Voulez-vous encore un Poëte Confulaire
fous l'Empire de Gratien ? C'eft Pontius Paulinus
; je ne fçais file Donneur d'avis a jamais
lu fes Vers ; comme j'en doute, il faut lui en
citer quelques uns , & je ne puis mieux
choifir, ce me femble , que l'Oraifon que ce
Pontius Paulinus adreffe à Dieu avec une
candeur digne des premiers fiécles de
l'Eglife.
ORATIO.
1736 MERCURE DE FRANCE
·
ORATIO AD DEUM.
Omnipotens genitor , rerum cui fumma poteftas ,
Exaudi ; fi jufta precor. Ne fit mihi triftis
Ulla dies , placidam nox rumpat nulla quietem ,
Nec placeant aliena mihi : quin & mea profint
Supplicibus , nullufque habeat mihi vota nocendi ,
Aut habeat nocitura mihi . Male velle facultas
Nulla fit : at bene poffe adfit tranquilla poteftas
Mens contenta fuo , nec turpi dedita lucro ,
Vincat corporeas , cafto bene confcia lecto
Illecebras ; turpesque jocos , obfcenaque dicta
Oderit illa nocens , & multum grata malignis
Auribus, effu o femper rea lingua veneno.
Non obitu afligar cujuſquam , aut funere crefcam
Invideam nunquam cuiquam, nec mentiar unquam.
Adfit læta domus , epulifque adludat inemptis
Verna fatur , fidufque comes, nitidufque minifter ,
Morigera & conjux , carâque ex conjuge nati .
Moribus hæc caftis tribuit Deus. Hi fibi mores
Perpetuam fpondent ventura in fæcula vitam .
Il me femble que voila des titres bien
glorieux & bien authentiques en faveur de
la Poëfie ; mais quelles exclamations ne feroit
pas M. le Confeiller , s'il arrivoit aujourd'hui
qu'une femme s'avisât de produire un
Ouvrage en Vers , où elle réfumeroit tout ce
que contiennent l'Ancien & le Nouveau
Teftament ?
A O UST. 1742 : 1737
Teftament ? Et cependant , M. c'eft ce qu'une
Dame de la premiere diftinction , * femme
d'Adelphe , Proconful , a exécuté fous
l'Empire d'Honorius & de Théodoſe le jeune.
Et de quelle maniere ? par des Centons ;
c'eft - à dire par des Vers de Virgile ; deforte
que par l'adreffe & la fagacité de cette Da
me illuftre , il fe trouve que Virgile , en
quelque forte a compofé la Vie de JESUSCHRIST
, c'est ce qui paroîtroit impoſſible ,
fi nous n'avions pas cet Ouvrage fous nos
yeux , Ouvrage auffi précieux que fingulier ,
dont vous me permettrez de vous citer quelques
Paffages. Je les prends dans ce qui
concerne le Nouveau Teftament.
DE NATIVITATE CHRISTI .
Jamque aderat promiffa dies , quo tempore primum
Extulit os facrum divinæ ftirpis origo
Miffa fub imperio , venitque in corpore
Miſta Deo , fubiit cari genitoris imago .
virtus
DOCET SACRAMENTUM.
Poftquam prima quies epulis , menfæque remotæ
Ipfe inter primos genitori inftaurat honores
Sufpiciens Coelum , tunc facta filentia linguis.
Dat manibus fruges, dulcefque à fontibus undas;
Implevitque mero pateram, rituſque Sacrorum
Edocet , immifcetque preces, ac talia fatur , &c.
* Proba Falconia.
DI
1738 MERCURE DE FRANCE
DE ASCENSIONE CHRISTI.
His demum exactis , fpirantes dimovet auras
Aera per tenerum , coloque invectus aperto
Mortales vifus medio in fermone relinquit.
Infert fe feptus nebulâ , mirabile dictu .
Aft illum folio ftellantis gloria Cali
Accipit , æternumque tenet per fæcula nomen.
Ex illo celebratus honos , iætique minores
Servavere diem , tot jam labentibus annis.
1 decus , î noftrum , tantarum gloria rerum ,
Semper honos , nomenque tuum , laudefque manebunt,
Et nos & tua , dexter, adi pede facra fecundo
Annua quæ differre nefas ; celebrate faventes
Hunc , focii , morem facrorum , hunc ipfe teneto ,
O dulcis conjux , & fi pietate merentur ,
Hac cafti maneant in relligione nepotes
Après un Exemple auffi décifif en faveur
des Poëtes, qui confacrent leur génie & leurs
Ouvrages à la Religion , que puis - je alléguer
encore, pour les autorifer , pour les encourager
à fuivre de fi faints Modéles , &
pour les juftifier dans l'efprit du Donneur
d'Avis ? Citerai- je les Poëfies Chrétiennes
de Sedullius , intitulées Pafchale Opus , feu
mirabilium divinorum ? D'Alcimus Avitus ,
Evêque de Vienne , non moins illuftre par
fa Sainteté , que par la beauté de ſon génie
&
A O UST . 1742 1739
& par les charmes de fon éloquence ? De
Venantius Honorius Fortunatus , Evêque de
Poitiers , dont la veine auffi féconde qu'élegante
, a produit un Recueil très- ample de
Poëfies Sacrées , qu'on ne peut lire fans plaifir
& fans édification ?
Si je paffe préfentement à nos Poëtes modernes
, quelle foule d'exemples ne puis- je
point entaffer ici ? Que de Traductions des
Pleaumes de David en Vers François ! Que
de Stances , que d'Odes › que d'Elegies
Chrétiennes ! Eh que dit Monfieur le Confeiller
de la Traduction de l'Imitation deFe-
Jus- Chrift , faire en Vers François , par le
grand Corneille, avec un fuccès prodigieux?
S'en eft -on fcandalife ? S'eft - on récrié contre
ce faint effor d'une Mufe , qui jufqu'alors
ne s'étoit fignalée que fur le Théatre ? At'on
crié contre fon Polieute contre fa
Théodore ? A-t'on jamais rien produit de plus
édifiant que les Tragédies d'Eſther & d'Athalie
, Chef- d'oeuvres immortels de l'illuftre
pere de M. Racine ? Qu'a donc fait de fi
criminel ce digne fils d'un pere fi célébre ,
en formant le defféin de raffembler dans un
Poëme la plupart des preuves dont les plus
nobles AthletesChrétiens s'étoient fervis pour
combattre & pour atterrer les impies & les
incrédules ? Ofera- t'on dire déformais qu'il
n'eft pas permis de traiter en Vers des ma-
,
›
tieres
1740 MERCURE DE FRANCÊ
tieres fi faintes & fi fublimes ? Une infinite
d'exemples , & d'exemples frapans & décififs
, prouvent le contraire ; je défie M. le
Confeiller d'alléguer rien de raifonnable &
de concluant contre une coûtume & une
poffeffion fi-bien établies ; & je foûtiens à ce
Donneur d'avis , que M. Racine eft parfaite .
ment juftifié , par raport à l'objet de fon
Poëme. Si cet Ouvrage eft repréhenſible ,
ce ne peut être par le fond. Les Critiques ne
peuvent tout au plus attaquer que la forme.
Eft- elle défectueufe , ou ne l'eft - elle pas ?
c'est ce qu'il faut examiner férieufement.
Adhucfub Judice lis eft.
L'entreprenne qui voudra , je n'ai rien à dire
fur cet article , & je compte que M. Racine
fçaura fe défendre ,fi on l'attaque à cet égard .
Mais , diront Meffieurs les délicats, qu'eft il
befoin de faire encore des Ouvrages , foit en
Profe , foit en Vers , pour prouver la verité
de la Religion Chrétienne ? N'eft - elle pas
affés bien prouvée ? Incontestablement ; j'en
conviens. Nul efprit raisonnable , éclairé , judicieux
, ne peut fe défendre d'acquiefcer à
des preuves i folides & fi démonftratives .
Mais, à la honte éternelle de notre ſiècle , je
ne fçais combien d'efprits forts , ouou plûtôt
d'efprits faux , de demi -fçavans , de libertins
& d'impies , s'élevent aujourd'hui contre
cette Religion " fi fainte , fi confolante
AOUST . 1742.
1741
fi raisonnable , fi divine, & fi bien prouvée ;
& parce qu'elle les gêne , les humilie , leur
fait de continuels reproches , & leur infpire ,
malgré qu'ils en ayent , des frayeurs qui les
tourmentent & les défefperent , ils ont la témérité
d'entreprendre d'en fapper les fondemens.
Ils efent même dogmatifer publiquement
, & renouvellent fans ceffe de pitoya
bles fophifmes , que la Vérité , qui ne peut
jamais périr , a foudroyés mille & mille fois.
Il eft donc jufte , raisonnable , & même néceffaire
, de leur renouveller des preuves
qu'ils feignent de méprifer , ou que la plûpart
d'entr'eux ignorent pleinement . M. Ra
cine , tout rempli de ce faint zéle , a crû que
la Poefie , qui frape bien plus vivement que
la plus belle Profe , feroit un inftrument utile
& efficace , pour parvenir à une fin fi louable
& fi légitime , & il a dû le croire fur la
foi de tant de graves & faints Auteurs , qui
l'avoient précedé dans cette noble carriere,
A mon égard , j'ai peu de chofes à dire ,
puifqu'en juftifiant M. Racine , je me fuis
uftifié moi- même d'avoir publié plufieurs
petits Poënies contre les ennemis de la Religion
Chrétienne . Peut être que l'Auteur de
Avisfincere , cu prétendu tel , voudra bien
me les paffer préfèrtement ; mais je fens que
mes Cuyrages en Profe fur le même Sujet ,
ne lui paroîtront jamais dignes de fon aprobation
1742 MERCURE DE FRANCE
bation , parce qu'il me croira toujours un peu
incompétent fur ces matieres . N'oferois -je
me flater , qu'après avoir lû cette Lettre , il
conviendra , malgré lui - même , qu'elles font
un peu plus de mon reffort , qu'il ne fe l'étoit
imaginé , & que fi j'ai ofé entreprendre
de les traiter dans quelques- unes de mes Let
tres , que votre Journal a communiquées au
Public , ce n'eft pas fans avoir fait une étude
férieufe & profonde de ce qui concerne un
Sujet fi grave & fi refpectable ?
Mais fupofons toujours avec lui mon_in
sompétence , c'eft aller , ce me femble au- delà
de l'impoliteffe , que de me blâmer à cet
égard , puifque je n'avois tenté cette entre
prife , qu'aux preflantes inftances d'un Ami
également eftimable , & par fes talens & par
fon zéle fincere pour la Religion * ; & que
j'avois protefté au commencement & à la fin
de ces Lettres, que je fentois qu'il ne me convenoit
nullement d'entrer dans cette carriere,
& que j'étois bien honteux d'avoir ofé Per
treprendre. Il me femble qu'il y a de la du
reté à m'en faire un reproche , après une pa
reille proteftation ; mais , toutes chofes bien
pefées , il doit m'être très indifferent , & je
puis aller même jufqu'à le méprifer , puifque
tant de gens qui aiment fincerement la Religion
, & qui l'aiment d'autant plus , qu'ils ,
* M. Tanevot
Long
AOUS T. 17420 1743
l'ont ferieufement étudiée & aprofondie
non feulement n'ont pas blâmé mon effor
mais même lui ont donné des loüanges
dont je n'ofois me flater . Vous fçavez mieux
que perfonne , M. l'effet que mes Lettres
ont produit fur les Lecteurs de votre Journal
, & je vous fuplic de me marquer fincérement
fi j'ai lieu de me repentir ou de m'aplaudir
de les avoir écrites.
*
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c.
NERICAULT DESTOUCHES.
A Fortoiſeau , ce 29. Juin 1742.
默默默默默默默默默默默默默然找找找找默默默器
AM. N. DESTOUCHES , fur fes Lettres
imprimées dans plufieurs Mercures.
LOrfqu'à la honte de notre âge ,
Le fard & le libertinage
Infectent les Ecrits de tant de vains Rimeurs
DESTOUCHES , que tu fais un bien plus digne uſage
Du doux commerce des neuf Soeurs !
Poëte naturel & fage ,
Que tes Vers font pour moi d'aimables Enchanteurs!
Que j'aime , en les lifant , à voir Plaute, Terence ,
Catulle & Martial , embraffer la défenfe
Du bon Goût & des bonnes Moeurs !
2
FRIGOT .
EX
1744 MERCURE DE FRANCE
****************
EXPERIENCES de Phyfiquefaites en
préfence de l'Ambaſſadeur du Gr. Seigneur,
par M. l'Abbé Nollet.
M
R l'Ambaffadeur du Grand - Seigneur
ayant pris jour avec M. l'Abbé Noller,
pour aller vifiter fon Ecole de Phyfique Expérimentale,
Son Ex . s'y rendit un Dimanche,
vers les dix heures du matin , & s'y rencon
tra avec plufieurs * Perfonnes d'un mérite
diftingué , qui avoient été invitées .
En entrant dans la Sale des Expériences ;
il parut agréablement furpris du grand nom
bre de machines qu'il y aperçut , de l'ordre &
de la propreté qu'il y remarqua ; j'avois oüi
dire ( dit-il ) que les Cours de Phyſique de M.
l'Abbé fe faifoient en 16. ou i8 . Leçons , dont
chacune duroit environ deux heures : eft- il
poffible qu'en fi peu de tems on puiffe mettre
en oeuvre tous ces beaux Inftruments ? M.
l'Abbé Nollet prenant la parole , fit une ré
ponfe dont nous croyons devoir faire part
au Public , pour lui faire fçavoir à quoi en
cft aujourd'hui cet Etabliffement , & les dif
* MM. le Président de Montefquien , de la Fautriere
, le Chevalier de Caftelane , de Maupertuis , de
Voltaire , &c.
ferentes
AOUS T. 1745 17420
férentes formes qu'il eft en état de prendre
pour fe conformer au goût & aux befoins
de ceux qui voudront en profiter.
»
ces ,
"
» En formant cette nombreuſe Collection
» de Machines , je me fuis , dit- il , propofa
» deux chofes , 1º. De varier les Expérienafin
que ceux qui auroient déjà affifté
» à mes Cours , & qui auroient befoin de ſe
» retracer les principes qui s'y enfeignent ,'
puffent les revoir fans dégoût , & qu'ils y
» retrouvaffent la même Théorie apuyée fur
» de nouvelles preuves. 2 °. De pouvoir enfeigner
d'une maniere plus détaillée & plus
» complette les differentes parties de la Phyfique
aux perfonnes qui auroient plus de
» tems à y donner , comme je fais depuis
quelques années pour des Seigneurs Etran-
" gers qui voyagent en France , ou four
de
» jeunes gens nouvellement fortis de leurs
claffes que les parens envoyent travailler
» avec moi. Ainfi tout ce que V. E. voit ici
» ne fert pas dans un Cours ordinaire : car
» j'employe des Expériences autant qu'il en
>>
faut , pour intereffer l'attention , & pour
» fixer les Connoiffances s mais je me garde
» bien d'abonder en fuperflus , & de donner
» à un ſpectacle puérile , le tems que je dois
> employer plus utilement à établir des prin-
» cipes , & à expliquer les phénomenes qui
peuvent s'y raporter,
C On
1746 MERCURE DE FRANCE
On voit par cette réponse que M. l'Abbé
Nollet a pris toutes les mesures néceſſaires
pour rendre fes leçons utiles & agréables à
toutes fortes de perfonnes , qu'il eſt attentif
à leur donner toujours de la nouveauté pour
ceux qui les revoyent plufieurs fois , & que
ce ne feroit point fa faute , fi on les confondoit
avec les répétitions d'Expériences triviales
qui fe font quelquefois fans ordre , fans
liaifon , fans intelligence , & qui n'ont d'autre
but que d'amufer les yeux .
La premiere chofe qui intereffa la curiofité
de M. l'Ambaffadeur , ce fut une machine
qui fert à faire des Expériences fur les forces
centrales ; on la mit donc en oeuvre , & l'on
fit voir , foit en comparant des corps folides
enfemble , foit en comparant des liquides
entr'eux , foit enfin en employant des folides
& des liqueurs en même tems.
1 ° . Que tous les corps qui fe meuvent
dans la circonférence d'un Cercle , ou feulement
dans une Ligne courbe , tendent
toujours à s'éloigner du centre de leur mou
vement.
2°. Que cette Tendance ( apellée Force
Centrifuge ) fe mefure , comme la quantité
du mouvement , par la maffe & par la vîteffe,
& qu'on peut l'augmenter ou la diminuer
en augmentant ou en diminuant l'une o
l'autre de ces deux quantités,
3
UST 1742: 1747
3. Que quand plufieurs corps circulent
enfemble , ceux qui ont le plus de force
centrifuge , foit par la maffe , foit par la vîteffe
, font toujours les plus éloignés du centre
de la circulation commune.
que
4°. Qu'il y a tel cas où la force Centripéte
d'un corps n'eft l'effet de la force cen
trifuge d'un autre , qui circule , ou avec lui ;
ou auprès de lui.
-
Ces propofitions apuyées par 10 ou 12
Expériences , auffi convaincantes que curieufes
, fervirent de fondement à l'explication
de plufieurs phénoménes très intéreffans ,
& tous ceux qui étoient préfens fentirent
combien ces fortes de preuvess étoient сара-
bles d'aider l'efprit à concevoir , par exemple
, pour quoi la Lune & les autres Planetes
demeurent conftamment dans leurs orbites ;
pourquoi la péfanteur actuelle des corps eft
moindre vers l'Equateur que vers les Poles ;
ce qu'il en résulte pour la figure de la Terre
& c .
Α propos de la péfanteur ; on fit voir
qu'elle eft égale dans tous les corps , & que
la plus petite plume tombe auffi vire que la
plus groffe maffe de plomb , quand ni l'un
ni l'autre ne trouvent aucun obſtacle à leur
chute,
On fit voir auffi que tous les corps gra
ves accelerent en tombant ; que cette accé
Cij leration
1748 MERCURE DE FRANCE
leration leur fait parcourir des efpaces qui
répondent au quarré des tems , & que la péfanteur
agiffant fur un corps dirigé felaruac
ligne droite , paralelle ou oblique à l'horilui
fait décrire une courbe que l'on
nomme Parabole. Les diférentes Expériences
qu'on employa prouverent clairement que
ces loix ont lieu pour les liquides , ainfi que
pour les folides , & qu'il n'y a aucune mariere
connue , qu'on puiffe apeller légere.
zon ,
Une Machine fort élégante , & d'un ufage
très- commode , fut employée pour prouver
ce grand principe hydroftatique , que les
liqueurs péfent fur le fond & contre les parois
de leurs vailleaux , à raifon de leur
hauteur perpendiculaire à l'horifon , quelle
que
foit leur quantité ; ce qui donne lieu à
des effets très-furprenans.
On expliqua ce paradoxe par la nature des
fluides , & l'on en fit des aplications utiles
aux pompes , réſervoirs , digues , & aux ma,
chines bydrauliques qui font en ufage ..
Une efpece de balance affortie d'un grand
nombre de vaiffeaux de cristal , & d'autres
inftrumens ingénieufement imaginés , fervit
enfuite à comparer diférentes liqueurs eng
tr'elles , par raport à leur péfanteur spécifi
que , & le poids des folides aves celui des
fiquides.
On vit par cette comparaiſon pourquoi la
familie
A O UST. 1742 1749
Hami , la fumée , les vapeurs &c. s'élevent
en l'air , comment les poiffons dans l'eau
les oifeaux dans l'air , fe portent de bas en
haut ou de haut en bas ; par quelle raifon les
noyés , après avoir demeuré quelque tems
au fond de l'eau , remontent à la furface
& c.
On paffa enfuite à quelques Expériences
curieufes & délicates fur le Mouvement compofé
, & fur le choc des corps ; & comme
M. l'Abbé Nollet diftinguoit toujours ce
qui devoit être à la rigueur , de ce qui étoit
en conféquence des obftacles inféparables de
l'état naturel , on lui demanda ce qu'il entendoit
par ces obftacles qui rendoient les
effets moindres qu'on ne devoit les attendre
, felon les Regles qu'il établiffoit .
Cette queftion donna lieu à pluſieurs belles
Expériences , dont les unes , en prouvant
la réfiftance de l'air , & en general celle des
milieux , aprirent en même tems de quelle
maniere on doit en faire l'eftimation ; les
autres firent connoître en quoi confiftent les
frotemens , à quoi l'on doit avoir égard
pour les mefurer , ce qu'il faut faire pour les
diminuer , ou pour les augmenter &c , &
l'on finit par conclure que c'étoit perdre
fon tems , que de chercher le mouvement
perpétuel méchanique.
M. l'Ambaffadeur demanda enfuite à voir
C iij
les
1750 MERCURE DE FRANCE
les Inftruments qui fervent aux Expériences
de l'air.
M. l'Abbé Nollet dit à S. E. en lui montrant
un corps de tablétes où ils étoient ran
gés , qu'il avoit de quoi fournir à plus de
cent cinquante Expériences de cette espéce ;
& il commença par lui faire voir & lui
expliquer la Machine du vuide , qu'il apelle
Simple , parce qu'elle n'a qu'une pompe , &
qu'il dit avoir beaucoup perfectionnée.
Après celle- ci , il en montra une autre ,
compofée de deux pompes , qu'il a nouvel-
, lement inventées , & dont la conftruction
parut fort ingénieufe. Cette derniere Machine
peut étre manoeuvrée par toutes fortes de
perfonnes , parce qu'elle fe meut avec une
manivelle , & que les communications s'cuvrent
& fe ferment par le même moteur qui
fait agir les piſtons ; elle a l'avantage d'être
fort éxacte , parce qu'elle n'a aucunes foupapes
, & elle n'a
& elle n'a pas l'inconvénient des autres
Machines de cette efpece , qui éxigent
un entretien pénible & prefque continuel.
Ces deux Machines Pneumatiques font
afforties de maniere , qu'on peut tranfmettre
dans le vuide toutes fortes de mouvements ;
& parmi un grand nombre d'Expériences curieufes
qui furent faites , il y en cut plufieurs
où l'on vit tourner & fecoüer très-rapide
ment des corps dans le récipient , fans
fans que
l'air y rentrât.
Nous
AOUST. 17427 1751
Nous ne raporterons point ici en détail
toutes les Expériences que l'on fit dans le
vuide. Nous ne nous arrêterons qu'à la premiere
; quoi qu'elle foit la plus fimple de
toutes , l'explication qu'on y joignit nous a
paru mériter quelqu'attention ,
M. l'Abbé Nollet couvrit la Platine de la
Machine Pneumatique d'un Récipient , fous
lequel il enferma un petit Barométre , après
quoi il fit agit la pompe , & on remarqua
1º. que le vaiffeau de verre s'attacha fortement
à la Platine ; 2 ° que pendant les deux
ou trois premiers coups de pifton , il fe fit
dans le Récipient une efpéce de brouillard ,
qu'on vit tournoyer & tomber. 3 °. Qu'après
un certain nombre de coups de pompe le
Mercure du petit Barométre baiffa jufqu'à ce
qu'enfin il s'en falloit peu qu'il ne fût à niveau
dans les deux branches.
Alors , adreffant la parole à M. l'Ambaffadeur
, V. E. fçaura , dit- il , que cette Expérience
bien entendue difpenfe d'en faire
beaucoup d'autres : car elle prouve parfaite-
*ment bien que l'air eft élastique ; qu'ici- bas
où nous le refpirons , fon effort eft comprimé
; que ce fluide eft péfant comme tous
les autres , que fa péfanteur agit de même
dans tous les Sens ; qu'il n'eft pas pur , mais
chargé de corpufcules étrangers , qui ne fe
dilatent pas comme lui ; & qu'enfin on ne
C iiij peut
1752 MERCURE DE FRANCE
peut pas en évacuer entiérement ce vaiffeau ,
avec une pompe quelque parfaite qu'elle
puiffe être.
1° Il paroît évidemment que l'air a du
reffort , & que ce reffort eft comprimé , puis
qu'il s'étend du Récipient dans la pompe
lors qu'on la vuide , en faifant baiffer le
piſton.
2º. L'air extérieur fait fentir fa péfanteur
fur le vaiffeau & fous la Platine , lorfque
celui du dedans a été raréfié , & que l'Equilibre
eft rompu entre l'un & l'autre , ce qui
devient évident par l'adhérence du Récipient.
3 °. La vapeur qu'on aperçoit n'eft autre
chofe qu'un affemblage de petits corps étrandont
l'air fe deffaifit en fe dilatant
& qui font abandonnés alors à leur propre
poids.
gers ,
>
4°. Il fuit de la façon dont fe fait le vuide ,
qu'il ne peut jamais être parfait , car l'air ne
paffe du Récipient dans le corps de la pompe,
qu'en fe partageant uniformément entre
les deux capacités , fuivant le raport qu'elles
ont entr'elles fa denſité diminuë donc en
progreffion géométrique , & par conféquent
ne peut point être réduite à zéro : en un mot,.
quand la Machine a fait tout ce qu'elle peut
faire , le Récipient eft encore plein d'air
d'un air fort raréfié , à la verité , mais toujours
A OUS T. 1742. 1753
Jours en état d'empêcher que le Mercure ne
defcende à niveau . C'eſt une chofe avouée
de tous ceux qui ont quelque connoiffance
de Phyfique expérimentale : je n'ai jamais
trouvé qu'un Phyficien qui m'ait conteſté ce
fait , en me faifant voir une Machine Pneumatique
, qui faifoit baiffer le Mercure de
fon petit Barométre , non-feulement au ni
veau , mais même plus bas que le niveau ;
je n'eus point de peine à lui faire avoüier ,
en préſence de témoins, qu'il avoit été trompé
par fon Artiſte , car je fis voir clairement
qu'il y avoit de l'air dans le haut du Barometre
d'épreuve , & je lui fis remarquer que
le tuyau en étoit capillaire : une feule de ces
deux caufes fuffifoit pour le défabufer , aufli
le fut- il , car il fçavoit fort bien qu'un peu
d'air confervé au - deffus du Mercure aidoit
fon abaiffement, & il n'ignoroit pas que cette
liqueur métallique , tout au contraire des
autres , fe tient plus bas dans les tuyaux
étroits , que dans ceux qui font plus larges .
Après les Expériences fur l'air raréfié , on
en fit d'autres fur l'air condenfé , & entre
plufieurs effets furprenans , on vit celui d'un
fufil à vent , qui étant une fois chargé d'air
peut fervir à tirer fucceffivement 12. bales
dont la derniere perce encore une planche à
20. pas.
2
L'eau confidérée fous les trois états de
CY glace
2754 MERCURE DE FRANCE
glace , de liquide & de vapeurs , devint en
Tuite le fujet de plufieurs belles Expériences ,
d'Explications curieufes , & d'Applications
intéreffantes.
On vit entr'autres la fameufe Expérience
'de l'incompreffibilité de l'eau , faite pour la
premiere fois dans l'Académie del Cimento ,
& citée depuis par M. Newton , comme un
fait digne d'admiration.
Après l'eau on examina le feu ; on vit des
Phoſphores de toutes efpeces , des Fermentations
fingulieres , des Fulminations fort
propres à faire concevoir de quelle maniere
fe forment les Météores enflammés .
Une très-jolie Machine qui fait voir fenfi
blement que la chaleur augmente le volume
des corps , & qui mefure leur dilatation jufques
à la partie d'une ligne , & un
Eolypile monté fur des roues , qui par l'Explofion
de la vapeur recule très- promptement
& fort loin ; ce qui fervit à expliquer
le recul des canons , l'élevation des fufees ,
&c.
I
1600
с
S. E. demanda enfuite les Expériences de
' Electricité ; on fit choix des plus délicates ,
& des plus furprenantes : en effet les Globes
lumineux & les étincelles de feu qui parurent
fortir du vifage & des mains d'un hom .
me fufpendu fur des cordons de foye , &
d'une Dame qui fe tint debout fur un gâ
teau
A O UST. 1742 1753
teau de réfine , cauferent beaucoup de furprife
à M. l'Ambaffadeur , & à ceux de la
Compagnie , qui n'avoient point encore vû
ces phénoménes.
On en demanda l'explication à M. l'Abbé
Nollet , & on le queftionna fur l'utilité de
cette découverte qui a fait tant de bruit dans
ces derniers tems.
Pour des Explications , dit- il , j'avouë ingenuement
que je n'en fçais point que je
puiffe expofer avec quelque confiance ; &
en pareil cas , ma coûtume eft de me taire
plutôt que de hazarder des conjectures qui
ne me paroiffent point encore allés bien
apuyées , j'ai fait quelques obfervations en
repétant ces Expériences en differens tems ,
qui femblent m'avoir mis fur la voye ,
mais je n'ai garde de précipiter mon jugement
dans une matiere auffi délicate , & j'at
tendrai du tems & de mon aplication les
éclairciffemens dont jai encore befoin.
Quant à l'utilité de ces découvertes , elle
n'eft peut-être pas égale à l'accueil honora
ble qu'on leur fait ; mais nous ne fçavons pas
ce qu'elles nous vaudront dans la fuite ;
quand on admira pour la premiere fois la
vertu de l'aiman , fçavoit- on alors qu'on en
feroit une Bouffole ?
Si je fais entrer dans mes Leçons des Faits
que je ne puis expliquer , j'en tire au moins
C vj
cet
1756 MERCURE DE FRANCE
cet avantage , de faire connoître de faire connoître par des
exemples , qu'il y a quantité d'effets naturels,
capables de furprendre par leur nouveauté ,
& qu'il faut aprendre par ceux que l'on connoît
, à n'être point la dupe des autres qu'on
ignore , quand on a affaire à gens qui en
abuſent.
Il reftoit encore à voir beaucoup de cho
fes curieufes , & furtout ces fameufes Expériences
fur la Lumiere & fur les Couleurs
qui font tant d'honneur à M. Newton , &
qui en font même à ceux qui ont l'adreffe
de les bien répeter ; mais il y avoit quatre
heures que la Séance duroit , & l'heure du
dîner obligea de la finir .
M. l'Ambaffadeur très - fatisfait de tout ce
qu'il avoit vû , & de la maniere dont M.
l'Abbé Nollet s'étoit expliqué , le remercia
avec beaucoup de politeffe , & lui propoſa
de donner des Leçons à M. fon Fils . Peu de
jours après il le lui envoya en effet, avec M le
Maréchal d'Ambaffade & plufieurs perfonnes
de fa fuite , mais la difficulté de fe faire
entendre fur des matieres étrangeres aux Interpretes
, rendit la chofe tout- à - fait impraticable
pour le peu de tems qu'on y avoit
deſtiné.
L'ETE'
A OUST. 1742. 1757
L'E'TE' ,
ODE A DA MIS.
LEE Soleil fur notre hémisphere
Ramene les âpres chaleurs ,
Tout reffent déja les ardeurs
De la faifon caniculaire ,
Et l'aimable Printems , ce pere des plaifirs ,
S'eſt enfui fur l'aîle légere
Des Jeux , des Ris & des Zéphirs.
*
Veux-tu d'un deftin plus paifible
Ne goûter jamais la douceur ?
Damis , aux fouhaits de mon coeur
Le tien fera- t'il infenfible
Quitte , quitte la Ville ; un plus charmant féjour
T'offre un azile inacceffible
Aux traits brûlans du Dieu du jour.
*
De la Déeffe dont la fille
Sçût enflammer le Dieu des Morts ,
Viens voir les précieux tréfors ,
Dont toute la Campagne brille ;
Les Faunes, les Silvains, accourent en ces lieux .
L'Ep
7,8 MERCURE DE FRANCE
L'Epi tombe fous la faucille ,
Dont font armés ces demi - Dieux.
**
Que nos chants lui rendent hommages
Si Flore nous donne des fleurs ,
Si Bacchus chéri des Buveurs ,
Du Nectar nous offre l'ufage ,
Cérès doit l'emporter fur leurs belles faifons ,
Quand elle nous donne en partage
La richeffe de fes moiffons.
*
N'eft- il pas tems que tu t'évades
D'un lieu qui fçait trop t'attacher ?
Viens voir l'Onde fur ce Rocher
Faire de bruyantes cafcades ;
Son liquide criſtal forme mille Ruiffeaux ,
Où les Nimphes & les Driades
Vont goûter la fraîcheur des Eaux ,'
'Ami , c'est ici qu'on ignore
Les foins qui troublent l'Univers.
Souvent , fous ces ombrages verds
Mes pas vont devancer l'Aurore ;
Ici je puis du jour éviter la chaleur ,
Mais de l'amour , qui me dévore ,
Chaque inftant redouble l'ardeur.
Déja
A O UST. 1742 1759
Déja le Deftin moins févere
T'accorde à mes ardens defirs ;
Tu ramenes les doux plaifirs
Dans ce Bocage folitaire.
Tu prends ta Lyre , ô Ciel ! je crois fur ce gazon
Entendre l'Amant de Glicére ,
Ou le Galant Anacreon .
*
Ah ! que ta Mufe immortaliſe
Ces Objets , ces jeunes Beautés ,
Ces aimables Divinités ,
Par qui l'Amour nous tyrannife ,
Et tu verras encor dans des plaifirs divers ,
Mon ame de leurs traits éprife ,
Mes fens enchantés de tes Vers .
Près d'elles l'Amour nous apelle ,
O Dieux ! quelles vives ardeurs !
Ne pourrons- nous fléchir leurs coeurs
Par une conftance éternelle ?
D'aucun autre défir le mien n'eſt enflammé ;
Eft-il de fortune plus belle
Que celle d'être Amant aimé ?
Par M. B ** , d'Aix
EX
760 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre , écrite à M. le
C. D. L. R. au fujet d'une Pierre antique ;
trouvée dans l'Enclos du Monaftére des
Religieufes de la Fidelité d' Angers.
E de
N conféquence de ce qui eft marqué
dans l'Avertiffement du Mercure
France du mois de Janvier de cette année ,
je vous adreffe , M. l'empreinte d'une Pierre
antique , gravée en creux , pour fournir à
Mrs les Antiquaires une nouvelle matiere de
Differtation. Je m'abftiens d'exprimer ce que
je penſe fur le Sujet repréfenté fur cette Pier
re , & ce que m'en ont dit plufieurs perfonnes
afin qu'aucune prévention n'ait part à
l'explication que l'on en pourra donner , &
parce que d'ailleurs perfonne n'a entierement
expliqué ce Sujet.
,
Cette Pierre , qui eft une Cornaline tachée,
fut trouvée il y a environ 60. ans dans
l'enceinte d'un Amphitéatre , dont on voit
encore les reftes dans l'Enclos du Monaftére
des Religieufes de la Fidelité d'Angers. Je la
tiens d'un ancien Jardinier de cette Maifon
lequel l'avoit trouvée dans l'efpace
que contenoit cet Amphitéatre , fous une
vieille fouche de Meurier , à la profondeur
d'environ 4. pieds. Les reftes de cet Edifice
3
Le
Sacrifice
a
Grave
Mars
en
Grandeur
dela
creux sur
tachée .
une Cornaline
Pierre .
Sornique Sculpsil
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATION8
.
A O UST. 1742. 1761
fe trouvent renfermés depuis environ 120 .
ans dans l'Enclos du Monaftere de ces Religieufes
, où M. l'Evêque permet quelquefois
aux Curieux d'entrer,pour y voir ce refte
d'Antiquité.
Devenu poffeffeur de cette Pierre , je
m'empreffai de vérifier fon antiquité par
quelque preuve un peu plus déciſive que Pinf
pection de la Pierre même . J'en trouvai une ,
ce me femble , dans l'Extrait des Chroniques
d'Anjou , imprimées en 1529. qui me fut
communiqué. J'y lûs à la page 15. Chapitre
IX . ce qui fuit.
En ce tems pendant que Cefar guerroyoit les
Gaules & Cies Armoricques , il fit à Angiers
à Tours & à Chartres , hyverner plufieurs de
fes Legions , comme appert par fes Commentaires
. Et dit- on pour verité que César étant
au Pays d'Anjou , fit édifier & conſtruire un
Château & Théatre pour fa demeure , bors la
Ville d'Angiers , près l'ung des portaux
d'icelle , lequel eft à préfent en ruine , & n'y
paroît plus queles fondemens , & eft en Langage
Angevin appellé Grohan, auquel Lieu les habitans
& anciens du Pays difent par plufieurs fois
avoir vu maintes vifions & phantômes. Et
bienfouvent ( pour ce que au Lieu où étoit le
Théatre y a maintenant des Vignes ) l'on a trouvé
en bêchant en tour lefditsfondemens , des Piéges
deMonnoye d'airain & de métal, au nom de
Jules
9762 MERCURE DE FRANCE
Jules Cefar , d'autres fes Succeffeurs en
l'Empire , &c.
Je me flate , M. que quand la Pierre Antique
ne mériteroit pas , par elle-même ,
l'attention des Curieux , vous ne trouveriez
pas indifferent , pour un nombre d'Antiquaide
fçavoir qu'il fe trouve un refte d'Edifice
antique à Angers, tel qu'il eft exprimé
dans l'Extrait des Chroniques d'Anjou , que
je viens de tranfcrire. J'ai l'honneur d'être ,
&c. Ce onze Juillet 1742.
ręs ,
EXPLICATION de cette Pierre antique
représentant un Sacrifice à Mars
victorieux. Par M. D. G.
Cette Pierre repréfente le Bufte du Dieu
Mars , élevé fur un Cippe , ou piédeſtal en
forme de colonne , qui occupe le milieu du
Sujet. Deux femmes font aux côtés. L'une
tient d'une main une Patere , fur laquelle est
l'Encens deſtiné au Sacrifice , & de l'autre
elle montre le Feu facré , allumé fur un Au
tel très- fimple , compofé de quelques pier
res ou mottes de terre , qui eft au pied du
Cippe. L'autre femme , à la ceinture de laquelle
on remarque le couteau victimaire
dans fon étui , préfente un Verrat ou petit
Cochon de lait , une des Victimes les plus
ordinaires qu'on offroit à ce Dieu. Derriere
le Cippe , s'éleve un Laurier , dont les ra
meaux paffent fur le Bufte, Toutes
A O UST. 1942. 1763
Toutes ces chofes défignent un Sacrifice à
Mars. On fçait cependant que les Miniftres
de fon Culte ne pouvoient être que des
hommes , que l'on nommoit Saliens. Ainfi
le Sacrifice défigné dans cette Pierre antique
, ne peut être regardé que comme un
de ces Sacrifices particuliers de pieté , expri4
mé fur cette Pierre , ( comme on en voit
beaucoup d'autres confacrés à la Santé , )
offert par deux femmes , en reconnoiffance
de quelque victoire remportée , ou
par leurs
Epoux , ou par leurs Parens , d'autant mieux
que le Laurier qu'on voit , défigne la victoire.
En fuivant ce fentiment que le Sujet préfente
, il n'eft pas douteux que cette Pierre
n'ait été gravée pour conferver le fouvenir
de la pieté & de la tendreffe de deux femmes
diftinguées. On laiſſe aux Sçavans à dire
quelque chofe de mieux fur ce ſujet.
BOUQUET ,
A Mile Sog... préſenté le 24. Juillet 1742.
Conduit par ma vive tendreffe
Dans un riant Bofquet, où la Reine des fleurs
Sous l'émail enchanté des plus belles couleurs
De fes parfums étale la richeſſe ¡
Рона
1764 MERCURE DE FRANCE
Pour vous je courois ce matin ,
Sage & raviffante Thémire ,
>
Cueillir le Lys , l'OEiliet , la Rofe , le Jaſmin
Quand tout à coup le fenfible Zéphire ,
Qui veilloit à ce butin ,
Voulant m'arrêter la main ,
En courroux m'eft venu dire :
A qui deftinez-vous des préfens fi chéris?
» Pour dépouiller ainfi nos Champs fleuris ,
» Devez vous de quelque Immortelle
Parer les Autels en ce jour ?
Il entend votre nom , & d'un battement d'aîle ,
Signe d'un doux tranfport , veut lui - même à fon
tour ,
sur la Guirlande nouvelle ,
Que vous cherchoit mon amour "
Cueillir la fleur la plus belle .
fa
Flore s'en aperçoit ; ſa jalouſe frayeur ,
Qui le fuivoit des yeux , vivement le rapelle ,
Et vient pour punir l'infidelle ,
Ternir de mon Bouquet l'éclat & la fraîcheur.
Mais en dépit de la Cruelle ,
Je puis vous faire une offrande éternelle
C'eft l'offrande de mon coeur.
Par le Chevalier de Franville.
DISו
ד
DISSERTATION du R. P. M. Texte,
D. fur une Médaille de Philipe VI. Roy
de France , qui a pour Légende VOTA
MEA DOMINO REDDAM.
Srd
I de toutes les victoires que nos Rois
Très -Chrétiens ont remportées fur les
Flamans , celles de Philipe le Bel à Mons en
Puelle , en 1304. & de Philipe de Valois à
Mont- Caffel, en 1328 font les plus célebres,
on peut dire auffi que jamais leur pieté n'a
parû avec tant d'édification que dans les
très- humbles actions de graces que les Vainqueurs
en ont rendues à Dieu , qui leur avoit
donné l'avantage fur leurs ennemis , & à la
fainte Vierge , par l'interceffion de daquelle
ils avoient visiblement reffenti dans l'occafion
l'effet de leurs prieres : Nifi divina Majeftas
adfuiffet , Flandri de eis triumphaſſent ;
dit la Chronique de Zantfliet , depuis 1230,
jufqu'à 1461. raportée par Dom Martenne ;
Vet. Script. T. V. p. 190 .
?
Tous les Hiftoriens conviennent que 1'E
glife dans laquelle ces deux Rois , chargés
de Lauriers, s'acquitterent de ce jufte devoir ,
étoit confacrée à Dieu , fous Pinvocation de
la fainte Vierge ; mais le Lecteur fera furpris
de voir combien leurs fentimens font diffe
Jens
1766 MERCURE DE гKA
•
rens , pour détermier cette même Eglife, &
leur peu de conformité dans leur narration
fur ce Fait.
Voyons prémierement l'occafion du bienfait
accordépar le Ciel dans le péril, à ces deux
Princes , & enfuite nous tâcherons , en expliquant
une Médaille de Philipe VI. de dé
couvir le véritable Lieu de leur jufte recond
noiffance ; commençons par Philipe le Bel.
»
>>
33
Le Pape Benoît XI . Dominicain , ne fut
» pas plutôt élû après le décès de Boniface
» VIII. qu'il envoya , dit M. le Gendte , Chanoine
de N. D. de Paris , Hift. de France!
» T. II . p. 446. 1718. un Bref au Roy, pour
l'abfoudre de toutes Cenfures grace inefi
perée , qui fit grand plaifir à Philipe le Bel,
» dans un tems où il avoit befoin de réünir
toutes les forces pour dompter l'orgueil des
» Flamans ; leur infolence étoit montée au
plus haut point, depuis que deux ans de fui
» te , étant allé à leur Pays , il n'avoit ofé les
» combattre ; ils furent vaincus l'année d'après
fur Mer, proche Ziriefée, & fur Terre
» près de Mons en Puelle ; l'armée Françoise
» les attaqua le 18. Août au matin , elle força
» leur retranchement , & de 6o. mille hom
» mes qu'ils étoient , en tua 15. à 16. mille ;
» ces féroces Rebelles fe rallierent fur le foir,
& percerent en moins d'un quart d'heure
jufqu'au Pavillon du Roy , lequel étonné
"
"?
dic
A O UST. 1742. 1767
"9
fait fi
promp-
» dit Mézeray, d'un tel amas ,
» tement , prononça ces paroles : N'aurons-
» nous jamais fait , je crois qu'il pleut des Fla-
» mans ? Philipe, continue M. le Gendre , ne
s'effraya point , & aprés avoir ramaffé une
partie de fes bonnes troupes , il tua dans
» cette occafion 7. à 8. mille des ennemis.
Premiere Epoque du bienfait reçû du Ciel,
dans le péril où fe trouva Philipe le Bel. Le
fecond Evenement fut en faveur du Roy
Philipe de Valois , au Siége de la Ville de
Mont-Caffel , où il courut fortune d'êre pris
ou tué , dit Dupleix , T. II . p . 450 .
Les trois fils de Philipe le Bel , Louis X,
Philipe V. & Charles IV. qui lui fuccederent
l'un après l'autre, depuis 1314. que leur Pere
mourut , jufqu'en 1328. étant décédés fans
enfans mâles , Philipe VI leur coufin , monta
fur le Trône ; il étoit fils de Charles de
France , Comte de Valois , & d'Alençon ,
frere de Philipe le Bel , tous deux petits- fils
de S. Louis Charles II. frere unique du
Roy , époufa Marie d'Efpagne , & eut pour
apanagne le Comté d'Alençon, Charles III .
leur fils aîné , qui fucceda à ce Comté à l'âge
de huit ans , préférant , à la veille d'être
Roy de France , fi la Famille de Philipe VI.
eût manqué , l'humble état de Religieux à
l'éclat d'une Couronne , fit profeffion dans
l'Ordre de S. Dominique , felon le Gallia
Chrift
ཟ / ལཔ LVA AY
Christ. & les Auteurs de l'Hiftoire de France ,
à l'exemple de fa tante Ifabeau de Valois, &
de fa foeur Ifabeau d'Alençon , qui avoient
pris l'habit de cet Ordre à Poifly. Il mourut
Archevêque de Lyon en 1375.
Le Roy Philipe de Valois ,fon oncle voulant
fignaler fa générosité la premiere année de fon
Regne , en donnant du fecours au Comte
de Flandres , un de fes premiers Vaffaux ,
lequel , en lui rendant hommage , lui en
avoit demandé contre fes Sujets rebelles ,
conclut dans un Confeil la déclaration de la
guerre contre les Flamans , en difant , qui
m'aimera me fuivra.
Le premier Continuateur de la Chronique
de Nangis , depuis 1301. jufqu'en 1340 .
raportée dans le Spicilege de Dom Dachery,
T. HII. p. 90. Edit. de 1723. nous fait une
Relation fi édifiante des faintes difpofitions
dans lesquelles ce Monarque entreprit
cette Expédition , que nous croyons ne de
voir pas la paffer fous filence.
Avant que de partir , il fe leva un jour de
grand matin , vilita à pied , accompagné de
peu de fes gens , plufieurs Eglifes de Paris ,
alla à l'Hôtel Dieu , y fervit à manger aux
pauvres malades , leur baifa les mains , &
leur diftribua des aumônes . Un autre jour, il
fit le voyage de S. Denis en France , y porta
en verfant des larmes de dévotion , cum lacrimis
A O UST. 1742 1769
crimis , dit l'Auteur , les Reliques du S. Martyr
, & de plufieurs autres, depuis le Lieu où
elles repofent jufques fur l'Autel du Saint ,
devant lequel ayant entendu la Meffe , célébrée
par Guy de Caftres , alors Abbé , en préfence
des principaux de fa Cour , il reçut de
fa main , l'Etendart nommé Oriflamme , &
partit pour aller affieger la Ville de Caffel en
Flandre.
Voici ce qu'en a écrit M. le Gendre ,
T. II. p. 46. Louis de Creffy , Comte de
» Flandre , eût été paiſible, fi par fon impru
» dence il n'eût fait révolter les groffes Vil-
» les contre lui , Philipe de Valois , fon pa-
» rent , fon ami & fon Seigneur , marcha
» pour le fecourir ; l'armée du Roy étoit de
30 mille hommes , l'armée des Rebelles
» de 16 à 17. qui avoit pour Géneral un petit
» Marchand de Poiffon , appellé Colin Żan-
» nequin ; ce Géneral Chaffe- Marée , ne man.
» quoit de coeur ni d'efprit ; il s'en fallut
» bien
peu qu'il ne défit l'armée Françoife.
» Colin, trois jours de fuite, y porta du plus
» beau poiffon , qu'il donnoit à bon marché,
» afin d'y être bien venu , & d'avoir plus de
» liberté d'obferver ce qui s'y faifoit's on y
» joüoit , on y danfoit , on y étoit long- tems
» à table , on y dormoit la meridianne , & li
» garde s'y faifoit fi mal , que profitat de ce
» défordre , Colin forma le deffein de fur- ,
D pren ir
1770 MERCURE DE FRANCE
" prendre le Roy dans fon Camp , & afin dẹ
» le mieux tromper, il lui préfenta la bataille
>> pour le 24 du mois d'Août ( felon l'ufage
de ce tems là ) & ne laiffa pas l'avant- veille
» ( le Continuateur de Nangis dit la veille )
* du jour marqué pour le combat , de s'apro-
» cher à la fourdine ; les Flamands entrerent
» dans le Camp fur les deux heures après
» midi , tandis qu'on y repofoit , & gardant
» un grand filence ils poufferent fans être
» aperçus , jufqu'à la tente du Roy : heureufement
fon Confeffeur , qui étoit un Do-
» minicain , n'étoit point encore endormi ;
» fans cela tout étoit perdu. Ce Religieux
» effrayé , ayant vîte éveillé le Roy , & fait
fonner le boutefelle , les troupes s'armerent
» & donnerent fur les Flamands avec tant
» d'impétuofité , qu'elles les hacherent en
» piéces ; leur Géneral voyant les choſes défefperées
, fe jetta dans la mêlée , aimant
» mieux fe faire affommer que de furvivre à
» fa défaite.
>>
C'eft ainfi que M. le Gendre termine fa
Relation , à peu près conforme à celle du
Continuateur de Nangis , lequel déclare
avoir lû celle que le Roy envoya de toute
cette action à l'Abbé de S. Denys , lui préfent
, ainfi qu'il paroît vouloir l'infinuer ;
Exercitus Flamingoram , dit- il , tendens in
quantum poterat verfus tentorium Regis , cum
jam
A O UST. 1742 1771
jam multum appropinquarent , primus verò qui
boc Regi volenti quiefcere nunciavit , fuit unus
Frater Pradicator , Regis Confeffor, cum omnes
alii dormirent vel ftupefacti effent , & ecce D.
Milo de Nacheriis Regis vexillator tentorium
Regis ingreditur confirmans verbum Fratris.
L'avis du Confeffeur reconnu véritable , le
Roy en profita , évita le péril & gagna la
bataille. Quo audito Rex ad arma cucurrit...
ceffit victoria Regi.... de Flamingis fufpicabatur
occiforum , tam in loco conflictus , quam
extra per diverficula XX. m. 11. c . Minus
ficut Rex Francia teftificatus fuit per fuas fi
gillatas litteras fuper hoc Abbati Santi Dio
nyfii directas , quas vidi.
»
M. l'Abbé de Choifi , Hift. Eccléfiaftiq .
T.VII.p.143.confirme ceFait en ces termes:
» Les Flamands furprirent le Camp ; le Roy
» eut à peine le tems de s'armer , avec l'aide
» de fon Confeffeur, Nicolas Gorand Domi-
» nicain , qui le premier s'aperçût que les
» Flamands s'aprochoient.
39
» Les Etats de la Maifon du Roy Philipe
» VI. de 1328. dit M. Archon , Chapelle des
Rois, T.II. p.237. nous aprennent les noms
» de fon Confeffeur, & de fes Eccléfiaſtiques.
» Le Confeffeur s'apelloit Nicolas Gorand ,
» de l'Ordre de S. Dominique , Docteur
en Theologie, ( qui avertit le Roy du péril
» à Caffel. ) Le nom de l'Aumônier eft Guil-
Dij » laume
1772 MERCURE DE FRANCE
وو
» laume de Foucherolles. Le Clerc de l'Au
» mône , Nicolas de Neufville , Archidiacre
» de l'Eglife de Chartres . Les Clercs de la
Chapelle ... & Denis le Grand . Tous ces
noms & ces emplois differens , fi bien détaillés
, prouvent l'exactitude de l'Abbé
Archon à copier l'Etat de la Maiſon de ce
Roy , car Guillaume de Melun qui y eſt
compris, étoit Archevêque de Sens en 1330.
ftyle nouveau , & Denis le Grand , figne ,
Chapelain du Roy notre Sire , dans un Reçû,
dit Archon , fait le 14. Avril 1348 .
›
, Pour ce qui eft du P. Nicolas Gorand le
P. Mallet, fon Confrere , fait fon éloge dans
fon Traité des Hommes Illuftres de notre
Couvent de Paris , comme d'un grand homme
, eftimé des deux Cours de France & de
Navarre. » Ce n'eft donc pas , dit- il de
» merveille fi Philipe de Valois, Roy de Fran-
» ce , lui donna la direction de fa confcien-
» ce. Philipe , Roy de Navarre , Comte d'E-
» vreux , & fa femme Jeanne de France , lui
témoignerent auffi leur affection & à
» cette Maifon de Paris ; car tous deux nous
» donnerent chacun leur coeur , lui en 1343 ,
» & elle en 1349.
" >
Comme leur tombeau rend très - certain
ce choix de la fépulture de ces deux cleurs
dans notre Eglife , il faut auffi convenir que
la difference viſible qui eft entre Nicolas de
Gorran 3
A OUS T. 1742. 1773
Gorran , Confeffeur de Philipe le Bel , qui
felon le P. Echard , avoit donné un Ouvrage
dès 1267. & Nicolas Gorand fon Confrere ,
Confeffeur de Philipe VI. 61. ans après , en
1328. doit empêcher qu'on ne les confonde
ainfi que l'a fait le P.Echard , T.I.p.4 38.Script.
Ord. Pr. donné en 1719. qui des deux n'en a
fait qu'un. » Je fuis furpris , dit- il, Autores in-
» ter fe digladiari , que les Auteurs difputent
» de quel Philipe,de Gorran a été Confeffeur,
» puifqu'il l'a été de Philipe le Bel.
Ces deux Rois également reconnoiffans du
bienfait reçû dans le péril , ne manquerent
pas à leur retour , d'aller fe profterner aux
pieds des Autels , pour remercier Dieu & la
Sainte Vierge. Philipe le Bel le fit dans l'Eglife
de Notre Dame de Paris. La figure
Equeftre d'un Roy armé qu'on y voit, en eft
un illuftre monument , & le témoignage du
Continuateur de Nangis , qui a écrit , que
ce fut à l'Eglife de N. D. de Chartres ,
non pas à celle de Paris , que Philipe VI.
offrit le même cheval , & les mêmes armes
qu'il avoit au Combat de Mont- Caffel , ne
permet pas de douter que l'Effigie de Paris
ne foit celle de Philipe le Bel .
&
M. de Piganiol , fi connu par plufieurs
beaux Ouvrages , après avoir avoué qu'il y a
des Sçavans qui attribuent cette Effigie à
Philipe VI. la donne à Philipe le Bel ,
D iij
T.
1774 MERCURE DE FRANCE
T. I. p. 377. de la Defcription de Paris , pur
bliée en 1742.
L'Auteur Anonyme des Memoires de Litterature
, T. VI. publié en 1728. en uſe de
même ; il cite , p. 125. Paul Emile , Chanoine
de N. D. de Paris , qui dans la Vie de
Philipe le Bel , écrite vers l'année 1500. a
dit : Pulcher Rex Lutetia ad Virginis Aram
Statuam Equeftrem pofuit ; il cite auffi la VI.
Leçon de l'ancien & du nouveau Bréviaire
de l'Eglife de Paris , au 18. Août , où on
lit,Philippus Pulcher Statuam fuam Equeftrem
erigi voluit. L'Anonyme ajoûte plufieurs autres
preuves , & finit en difant : » Ainfi après
» avoir bien difcuté cette queftion , je crois
» qu'il doit demeurer comme une verité
» conftante , pour ceux qui écriront à l'ave-
» nir les Antiquités de Paris , que ce n'eft
» qu'une Statuë votive , ex voto, de Philipe le
» Bel.
>>
"
Philipe IV , difent les Auteurs de l'Hift.
» Généalogique de la Maiſon de France , T. I.
» p . 95. édit. de 1726. gagna une fignalée
» bataille contre les Flamands le 18. Août
» 1304. à Mons en Puelle ; c'eft en mémoire
» de cette Victoire , qu'il fit une Fondation à
» l'Eglife de Notre - Dame de Paris , & c'eft
» de lui dont on voit la figure à cheval de-
» vant l'Autel de la Sainte Vierge ; il fit auffi
» en même tems une fondation à Chartres .
Le
AOUST. 17427 1775
Le R. P. du Bois de l'Oratoire , parle de
la premiere Fondation, T.II.p. 535. dans fon
Hift. de l'Eglife de Paris. Philippus Rex...
nos Ecclefie Parifienfi in ipfius Virginis bonorem
fundata , centum Libras annui redditus
concedimus. Actum in Caftris prope infulam
anno M. CCC. IV. menfe Septembri.
La Fondation faite pour Chartres eft tout
au long dans le III . Tom. p. 698. du Spicilege
de Dom Dachery , Placuit altiffimo...
in Loco qui dicitur Mons in pabula , Lieu fécond
en paturages , ( Le P. Gaguin dit en
peupliers, Mons populorum , ) gloriofum nobis
de Flamingis prebere triumphum.... Ecclefia
Carnotenfi in ipfius Virginis honorem fundata,
tentum libras concedimus annui redditus. A&tum
in Caftris prope infulam , anno M. CCC. IV.
menfe Septembri.
Monumens certains de la jufte reconnoiffance
de Philipe le Bel , bien plus glorieux à
ce vainqueur des Flamands , qui (pour me fervir
de l'expreffion de ce Roy ) étoient venus
fondre fur lui comme une pluye , que ne
l'avoit été fa valeur à les repouffer.
"
» Dom Felibien , Benedictin , Auteur de
» l'Hiftoire de la Ville de Paris T. I. p. 469.
» Ed. 1725. blâme Corrozet d'avoir mal
apliqué ces deux Fondations dans fes An-
» tiquités de Paris. Corrozet , dit- il , qui
» pouvoit avoir quelque legere idée de ces
Diiij » Letres,
ر د
1776 MERCURE DE FRANCE
>>
ود
>>
"
Lettres , les attribue à Philipe de Valois
mal à propos , & cela l'a induit dans une
erreur , que quelques Auteurs ont fuivi ,
qui eft d'attribuer à Philipe de Valois la
Figure Equeftre qui fe voit à Notre- Dame
" de Paris , & de dire qu'elle y fut miſe après
» la Bataille de Mont-Caffel en 1329 ; on
» fait tous les ans , tant à Notre Dame de
" Paris , qu'à S. Denis , Commémoration
» de la Victoire de Philipe le Bel , le 18 .
» Août , fous le nom de Notre-Dame de la
» Victoire .
ן כ >>Jufqu'iciDomFelibienparlejufte,mais
» il fe trompe lui-même quand il ajoûte : Le
» Continuateur de Nangis , l'Auteur le plus
» ancien , qui ait parlé de cette Entrée de
כ כ
Philipe le Bel à N. D. de Paris , à fon
>> retour de la Bataille de Mons- en - Puelle ,
» s'eft exprimé d'une maniere qui ne tombe
>> pas fous les fens , lors qu'il dit que ce Roy
» portant fes armes , & fon cheval , il pré-
» fenta le tout à l'Eglife , Arma & Equum deferens
devotiffimè præfentavit. Ces feuls mots
Latins , que raporte Dom Felibien , prouvent
évidemment qu'il fe trompe , lorfqu'il cite le
Continuateur de Nangis , qui ne les a employés
qu'en 1328 pour Philipe de Valois
après la Victoire de Mont- Caffel , fans qu'il
en ait dit un feul mot en 1304. en parlant
de celle de Mons- en-Puelle, On fera convaincu
A O UST. 1742. 1777
vaincu de cette verité par les deux Paffages
de ce Continuateur qui fuivent.
•
Anno M. CCC . IV . Philippus IV ... bậc
partâ victoriâ , Ecclefia B. M. Parifius aliïſque
quàm plurimis Ecclefiis Regni fui , certos
redditus affignare curavit ; il n'y eft parlé ni
de cheval ni d'armes, au lieu que le Continuateur
a mis l'un & l'autre dans fa relation de la
Victoire de Caffel , remportée par Philipe de
Valois en 1328. T. III . pag. 90. Spicilege de
Dachery.
Philipe VI. dit- il , étant de retour en
France , après avoir pris la Ville de Mont-
Caffel , alla à S. Denis ; dans la fuite il fit le
voyage de Chartres , où il offrit le cheval fur
lequel il étoit monté , & les armes qu'il portoit
le jour du combat.
Rex verò in Franciâ exiftens B. Dionyfium
primitus devotè , & humiliter viſitavit , &poftea
ivit CAR NOTUM , & Ecclefiam
B. Maria ingreffus coram imagine , eifdem armis
quibus in Bello armatus fuerat , fe armari
fecit , & fuper Equum cui exiftenti in bello
infiderat, afcenfus, B. M. cui fe in belli peri.
culo facturum dona voverat , Ecclefia ejufdem,
arma & Equum deferens devotiffimè prafentavit,
Le Lecteur trouve ici la Phraſe latine que
Dom Felibien a mal apliquée à Philipe le
Bel.
Mezeray opofe à ce Texte fi clair
D v
une
Médaille
1778 MERCURE DE FRANCE
revers ,
Médaille qui eft gravée dans fon Hiftoire de
France , T. II . p. 422. Il n'en donne que le
de même que l'Auteur de * la France
métallique , fur lequel revers un Roy de
France eft repréſenté à cheval , & armé
avec cette Legende , Vota mea Domino reddam
, & dans l'Exergue , M. CCC. XXIX .
و د
Voyez , dit Mezeray, la Statuë fur la Mé-
» daille tout de même qu'elle eft dans la Nef
» de N. D. de Paris, contre le premier pilier
» à main droite. On tient ( il avouë par - là que
» ce n'eft qu'une opinion ) que Philipe entra
» jufques -là tout armé , & monté , au re-
» tour de la Bataille de Caffel, & qu'il offrit
» fon cheval & fes armes, & T. II . p. 391. il
>> dit : Quelques-uns tiennent que c'eft celle
de Philipe le Bel , pour un femblable retour
de Flandres .
que
pas
le
Convenons donc que cette Médaille de
M. CCC. XXIX . ne peut être de Philipe
de Valois , mais nous n'y découvrons
moindre veftige , qui fixe l'accompliffement
de ce Vou , plutôt à Paris qu'à Chartres.
Que fi on a recours à la reffemblance des
deux Figures , il faut dire qu'on ne devoit
pas repréfenter deux Rois , l'oncle & le
neveu , victorieux des Flamans , autrement
que dans la même fituation d'une Figure
Equeftre & armée ; de combien d'Empe-
* Jacques de Bie , 1. vol. fol. Paris 1635.
rcurs
A O UST. 1742: 1779
reurs & de Rois ne voyons - nous pas de
femblables Médailles ?
Pour nous , fondés fur le témoignage déja
raporté du Continuateur de Nangis , lequel
a écrit que Philipe V I. offrit fon cheval &
fes armes à N. D. de Chartres , Offrande
de deux mêmes chofes, qu'il ne fçauroit avoir
faite deux fois , nous fommes perfuadés que
I'Effigie du Roy , qui eſt à N. D. de Paris
eft de Philipe le Bel , & que celle qui eft fur
la Médaille , eft un Monument de l'Offrandc
faite à Chartres par Philipe de Valois.
و
Sur tout depuis que la Chronique de ce
Continuateur de Nangis a paru dans une
feconde Edition du Spicilege de Dom Dachery
, en 1723 , avec ce Titre : Nova Editio
ad fidem , manufcriptorum Codicum expurgata
, où l'on voit que M. de la Barre qui l'a
donnée , & que les differens fentimens fur
ce fujet avoient rendu très - circonfpect à
bien déchiffrer ce mot CAR NOTUM dans
l'ancien Manufcrit , l'a employé dans fon
Edition , ce Sçavant comprit fort bien que
ce terme ne pouvant pas être corrigé fur un
Manufcrit plus ancien , puifqu'on n'en trouve
point, ni être changé par conjecture, n'y ayant
( pour la fonder , aucun raport entre Carnotum
& Parifios ) le plus fur étoit d'y laiffer
ce mot, comme veritablement employé dans
le Manufcrit.
A Paris , le 19. Juillet 1742. D vj
1780 MERCURE DE FRANCE
STANCES
Imitées du Pleaume CV. Confitemini
Domino , c.
Celebrons la gloire immortelle
Du Créateur de l'Univers ;
Sa miféricorde éternelle
Préfente un champ vafte à nos Vers.
Mais d'une Mufe trop hardie
Modérons le pieux tranſport ,
Pour chanter fa gloire infinie
Je fais un inutile effort.
Heureux celui dont la juftice
Conduit le coeur , guide les pas ,
Qui bien loin des fentiers du vice ,
Sage , ne s'en aproche pas !
Qu'il parle , fa langue éloquente
Formera d'aimables accens ;
Jamais d'une main innocente
Dieu n'a fçû dédaigner l'encens.
Seigneur , de nos malheureux Peres
Trop fidéles imitateurs ,
Des châtimens les plus féveres
Nous
A OUST. 1742 1781
Nous méritons les traits vengeurs ;
Mais nous implorons ta clémence ;
Qu'elle s'intereffe pour nous ;
De ton invincible puiffance
Qu'elle défarme le courroux.
Lorfque l'Egiptienne Plage
Retint nos Peres affervis
Au trifte joug de l'esclavage ,
Par des prodiges inoüis ,
Dieu fit ceffer la fervitude
Où le Nil les vit gémiffans ;
Mais contre leur ingratitude
Ses bienfaits furent impuiffans.
Ils éclaterent en murmures
Dès qu'ils furent loin du danger ;
De la noirceur de leurs injures
Le Ciel auroit dû ſe venger ;
Dieu pourtant oubliant ce crime
Leur fraya des fentiers nouveaux ;
Du milieu du profond abîme
Il écarta toutes les Eaux.
Dans le Lieu même où la Baleine
'Avoit fon plus fecret réduit ,
Ifraël ne voit qu'une Plaine ;
Il la traverſe , on le pourſuit ,
L'Ennem
1781 MERCURE DE FRANCE
L'Ennemi veut fuivre fa trace ;
Le flot revient avec fureur ,
Châtie une infolente audace ,
Engloutit le Perfécuteur .
Ifraël alors fat fenfible
Aux bienfaits du Maître des Cieux;
Il adora le coup terrible
D'un bras miféricordieux ;
Mais étrange viciffitude
De l'efprit & du coeur humain !
Aujourd'hui plein de gratitude ,
Il eft ingrat le lendemain.
Sinne préfentant qu'indigence
A fon heureufe liberté
Il fe rapelle l'abondance
De fa dure captivité.
A l'inftant le murmure éclate ,
Un bruit confus des cris pervers
Annoncent une race ingrate ,
Qui regrette fes triſtes fers .
f
Mais ce murmure de fes crimes
N'eft qu'un foible commencement ;
Bien- tôt nous verrons des victimes
* Defert entre Elim & Sinaï , où arriva le murz
mures Exod, 16. V. « .
Da
AOUS T. 1783 1742.
Du plus horrible châtiment .
Ciel jufqu'où va l'efprit d'intrigue
D'un Datan & d'un Abiron ?
Quels font les objets de leur ligue ?
C'eft Moiſe , c'eſt Aaron .
De la révolte audacieufe
La Terre engloutit les Auteurs ;
Contre leur troupe factieufe
S'allumerent des feux vengeurs ;
Mais inutilement Dieu tonne
Contre ce Peuple criminel ;
Son courroux n'a rien dont s'étonne
La malignité d'Ifraël.
Elle va braver fa colere
Par un excès plas monftrueux ;
Irriter le Ciel , lui déplaire ,
N'eft pas affés présomptueux.
D'un Veau l'Idole inanimée
Qu'elle éleve dans le Deſert
Reçoit l'inutile fumée
D'un encens par le crime offert.
*
y
L'Eternel prend en main la foudre ;
Il eft armé pour terraſſer ,
Pour réduire Ifraël en poudre ;
Bientôt il va le renverser ¿
:
1784 MERCURE DE FRANCE
Il frape .... cependant Moïfe
Lui promet un prompt repentir ,
Et par la priere ſoûmiſe
Retient le coup prêt à partir.
Peuple ingrat , quitte la manie
De multiplier tes forfaits ;
Que ton affreufe Idolatrie
Soit le dernier de tes excès.
Vain langage ; quoiqu'on l'invite
Il n'a point apris à changer.
Pécheur conftant , l'Ifraëlite
Fut toujours pénitent léger.
On lui dit de la Terre heureufe ,
Qu'il attendoit depuis long- tems ,
Qu'impitoyable , furieuſe ,
Elle mange fes habitans ; *
C'en eft aflés , il est rebelle ;
Qu'on lui parle , il n'écoute plus ;
Contre fa frayeur infidelle
Tous les difcours font fuperflus.
Eh bien dans ce Defert aride
Les Murmurareurs périront ;
Leurs enfans fous un autre guide ,
* Terra quam luftravimus devorat habitatores fuosį
Num. 13. V. 33 .
Dans
A O UST. 1742 . 1785
Dans quarante ans en fortiront.
Dieu leve la main , il en jure ,
Et paffant à des tems nouveaux ,
De leur difperfion future
Il leur annonce tous les maux.
Cependant quel fpectacle infâme
Vient le préfenter à mes yeux !
De Madiam je vois la femme
Entrer dans le Camp des Hébreux ;
Elle les mene au Sacrifice
D'une impure Divinité ,
Et les plonge dans l'immondice
D'une horrible impudicité.
Phinée à cette impure flâme
Ne peut retenir fa fureur ;
Le zéle , qui brule fon ame ,
Se change en une fainte horreur ;
Du Ciel il va venger la gloire ;
Il fe leve , & de rang en rang ,
Il éterniſe ſa mémoire ,
En répandant un mauvais fang.
>
Je ne parle point du murmure
Aux Eaux de contradiction
Où de Moïfe la foi pure
Souffrit quelque altération ;
1786 MERCURE DE FRANCE
Je paffe de la folitude
Au-delà des bords du Jourdain ,
Pour faire une nouvelle étude
Des écarts d'un Peuple mutin.
Quand vous aurez fait la conquête
Des champs qui vous font deftinés
Hébreux , dit il , que rien n'arrête
Les ordres qui vous font donnés ;
Immolez la race maudite
Qui les poffedoit avant vous s
Que cette Nation profcrite
Expire entiere fons vos coups.
Tel étoit l'ordre de Moïfe ,
Ordre qu'il falloit respecter ;
Mais la Nation peu foûmife
Négligea de l'exécuter.
On commence par laiffer vivre
Un Peuple impie & plein d'erreurs ,
Enfuite on s'accoûtume à fuivre
Sa Religion & fes moeurs.
Avec lui dans les mêmes Temples
On profeſſe la même foi ;
Les plus pernicieux exemples
Ne caufent plus aucun effroi ;
Le défordre n'a plus de digue
;
Ifraël
A O UST. 1742 .
1787
aël perd tous fentimens ,
craint les Dieux , & leur prodigue
e fang de fes propres enfans.
Par de précieuſes victimes
n apaife ces Dieux d'airain ;
On ne leur plaît que par des crimes ,
t qu'à force d'être inhumain .
ieux meurtriers de leurs filles ,
es Peres égorgent leurs fils
s ont dépeuplé leurs familles ,
Et n'en font pas même attendris.
;
Ce fang corrompu ſur la terre
Pinfecte d'une horrible odeur
Elle en fournit pour le Tonnerre
Une plus maligne vapeur .
Le Créateur fçait faire uſage
De ce que l'on croyoit perdu ,
Foudroyant fon propre héritage
our venger le fang répandu.
Pour la Juftice i la foudroye ;
engeur des malheureux Enfans
livre les Peres en proye
1 d'impitoyables Tyrans ;
ux- ci les accablent de chaînes ;
les punir ingénieux ,
Ils
1788
MERCURE DE
FRANCE
Ils
inventent
d'affreuses
peines ,
Pour les rendre plus
malheureux.
Dans cette
affliction
extrême ,
Si Jacob eft
vraiment contrit ;
Devant la
Majefté
ſuprême
S'il
s'abaiffe , pleure , gémit ,
Ce Dieu , que fa révolte
outrage ,
Oubliant fon
iniquité ,
Fait
fucceder à
l'esclavage
Une parfaite liberté .
Une fois
devenu fidéle ,
Ah! que ne l'eft - il donc
toujours !
D'une paix folide ,
éternelle ,
Rien ne
pourroit finir le cours ;
Mais une
légereté d'ame
Egare ce Peuple pervers ;
Scélerat , pénitent , infâme ,
Il prend , quitte , & reprend les fers
Seigneur , nos extrêmes miferes
Méritent ta
compaffion ;
Daigne enfin nous rendre à nos freres ;
Et nous reconduire à Sion .
Nous chanterons dans l'allegreffe
Ton nom Saint , Puiffant , Eternel ,
A O UST. 1742
-1789.
nous repeterons fans ceffe ,
i foit le Dieu d'Ifraël !
Par un Chanoine de Pecquigny .
{ ***************
1RREST du Parlement de Dijon du 14.
Mars 1742. aufujet d'un Livrefcandaleux,
E jour le Procureur Géneral du Roy
eft entré & a dit :
MESSIEURS >
Je viens mettre fous les yeux de la Cour
ne Brochure qu'on a répandue en cette Vile
, & qui a pour titre : Pigmalion , ou la Staue
animée , à Londres , ches Samuel Harding,
1741. Une premiere lecture a excité le zéle
& l'indignation du Ministére public .
Quelque petit que foit cet Ouvrage dans
on volume , l'Auteur a eû la malheureuſe
dreffe d'y recueillir tout ce que le libertinade
l'efprit & du coeur peut imaginer, pour
errompre l'un & l'autre.
Il m'eft trifte de vous aprendre qu'on en
vort fur tout à la Religion & aux moeurs
ces deux grands biens de l'homme & de la
Societé . L'Etre fuprême , dont l'idée & le
som feul démontre l'éxiftence , & dont les
eux, & la Terre annoncent la gloire & la
préfence
1790 MERCURE DE FRANCE
préfence par tant de merveilles & de bien
faits , eft non- feulement méconnu dans c
Libelle , mais hardiment confondu avec ces
termes vuides & aveugles de Nature & d'U
nivers : fon culte & fa doctrine annoncés
par fes Miniftres , traités de vaines chimeres;
les liens les plus refpectables de la Societé ,
indignement méprifés; la religion du ferment
n'est qu'un ufage réfervé aux foux &
aux imbécilles ; le Mariage marqué au Sceau
de la Religion , une formalité introduite par
l'utilité & la curiofité des Prêtres .
Jufques - là cette miferable Critique de ce
qu'il y a de plus facré , ne mériteroit peutêtre
que de la compaffion & du mépris , fi
l'Auteur y bornoit fes maximens infenfées ,
mais il est allé plus loin , & dans l'impuiffance
d'accréditer chés les perfonnes inftruites
fes preuves impies par des raifonnemens
extravagans & qui deshonorent la raifon , il
cherche au moins à rendre , pour ainfi dire ,
fon impieté populaire , en l'infinuant aux efprits
qu'il fupofe foibles ou moins attentifs
& dans cette vûë , il affecte d'adreffer fon Livre
à une Femme , comme moins éclairée
& plus curieufe.
C'eft dans cet endroit de ce miférable Libelle
, que l'art & le poifon font plus dangereux
. Convaincu par fon propre exemple ,
qu'en cette matière c'eft toujours le coe
qui
A OUST . 1742 . 1791
i déregle l'efprit , l'Auteur s'épuife en palelles
infenfés & en fictions honteufes fur
compte de fa Statue, dont il ne fait qu'une
ête animée par un inſtinct brutal, en la donantnéanmoins
pour une Femme doüée, à fa
façon, d'intelligence & de penfees.
Ici l'Auteur le démafque , & fe montre
très - inftruit dans l'art de la volupté , qu'il
tâche d'annoblir , & dont il fait le reffort
unique de fon Idole ; l'Auteur ne rougit
point de faire des peintures obfcênes & des
defcriptions étudiées de la moleffe & du
vice ; il érige le plaifir en Divinité & en Reine
, à laquelle il faut , dit-il, tout facrifier.
Voilà où aboutiffent les leçons que ce
Maître voluptueux donne à une jeune Femme
, en ne lui montrant pour Divinité que
la Déeffe impure du Paganisme , qui s'y trou
ve expreffément défignée .
Si une courte analyfe vous a , Mrs , déja
foulevés contre ce Livre , lorfque vous cons
noîtrez par une lecture entiere & exacte tout
le fond des excès & des abominations dont
il cft rempli , vous vous emprefferez de le
faire périr dans les flames ; & c'est à quoi le
Procureur General du Roy conclud , & aux
défenfes à toutes perfonnes de le vendre
diftribuer , & même de le garder , enſemble
tous autres Libelles qui peuvent bleffer la
Religion , corrompre les moeurs ou troubler
l'Etat,
1792 MERCURE DE FRANCE
›
que
preul'Etat
, aux peines portées par les anciennes
& nouvelles Ordonnances , & par les Reglemens
, fous la réſerve expreffe de pourſuivre
ces informations contre ceux qui contreviendront
à ces défenfes , même de demander &
obtenir Monitoire , pour acquérir des
ves de la contravention , & la faire punir
avec autant d'éclat de féverité ; & pour
ôter tout prétexte d'ignorance , que l'Arrêt
qui interviendra fera publié & affiché partout
où befoin fera , & regiftré fur le Livre
de la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de cette Ville , dont les Syndics certifieront
la Cour. Le Procureur Géneral du
Roy retiré , vûë la Brochure par lui laiffée
fur le Bureau , & les Opinions priſes :
LA COUR a ordonné & ordonne que
le Livre qui a pour titre : Pigmalion , ou la
Statue animée , à Londres , chés Samuël Harding
, 1741. fera laceré & brulé par l'Exécu
teur de la Haute Juftice , en la Place & audevant
de la principale Porte & entrée du
Palais fait défenfes à toutes perfonnes de le
vendre , diſtribuer , & même de le garder
enfemble tous autres Livres qui peuvent
bleffer la Religion , corrompre les moeurs ,
ou troubler l'Etat,à peine d'être procedé extraordinairement
contre les Contrevenans ,
& iceux punis fuivant la rigueur des Ordonnances
, Arrêts & Reglemens : ordonne que
A O UST. 1742 1793
partout
le préfent Arrêt fera publié & affiché
où befoin fera , & regiſtré fur le Livre de la
Communauté des Libraires & Imprimeurs
de cette Ville , dont les Sindics feront tenus
de certifier la Cour dans huitaine. FAIT en
Parlement à Dijon , le 14. Mars 1742. Signé
Chancelier.
Le préfent Arrêt a été par moi Albert Pagot
, Clerc Juré au Greffe de la Cour , lû &
prononcé à la Porte & principale entrée du
Palais , & enfuite le Livre qui a pour titre ,
Pigmalion ou la Statue animée, remis entre les
mains de l'Exécuteur de la Haute Justice , &
par lui laceré & brûlé , ce jourd'hui 15 .
Mars 1742. Collationné , figné , Pagot.
*********************
LE MAGISTRAT
QUI SE MESLE DE TOUT,
CONTE.
UN Exécuteur malhabile
Faifoit Janguir un Patient ;
Certain Magiftrat de la Ville ,
Par avanture là préſent ,
Lui cria , dépêche , imbécille ,
Et donne moins , fi tu le peux ,
De tourment à ce malheureux .
L'autre.
1
1794 MERCURE DE FRANCE
L'autre , lui répond en colere ,
Venez en ma place le faire ,
Si vous croyez
le faire mieux.
Par M. Desforges Maillard .
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Juillet , font la Parole ,
Argent & Chardon . On trouve dans le premier
Logogryphe , Art , Rat , Geant , Gan ,
Agent , Gare, Re , Rage , Age , Tage , Nage,
An , Rang , Tane , Tan ; & dans le fecond ,
Char , Charon , On , Car, Or , Dona , Conrad,
Craon , Cardon , Haro , Roc , Caron , Cor
Hard , Nord , Don , Rond , Hora , Cran ,
Darc , Oran , Nachor , Orchan , Arno ,
Nard , & Acord.
**************
ENIGM E.
S Ecourable au befoin , je confervai jadis
症
Et ton pere & celui de tout ce qui reſpire ;
Mais , foûmis aux rigueurs d'un tirannique Empire ,
Souvent je fais périr celui par qui je ſuis .
J'aporte tour- à tour les chagrins & la joye ,
Et fi j'ai quelquefois enrichi des Pays ,
J'ai caufé tous les maux de Colchos & de Troye.
Da
A O , US T. 1742 1799
De mes yeux meurtriers, quand je veux innocens ,
J'annonce la paix ou la guerre ;
Très- folide Enfant de la Terre ,
Quand il plaît à deux infolens ,
Je fuis brifé comme du verre.
Guidé par la vertu d'un caillou curieux ,
Sans aîles & fans pieds je vas de Plage en Plage ;
Faifant fervir à mon uſage
Le Feu , la Terre , l'Air , & la Mer & les Cieux ;
La fcience la plus profonde ,
Malgré fes beaux raifonnemens ,
Tombée en des égaremens ,
Sans moi ne fçauroit rien encor de l'autre Monde.
LOGO G R Y P H E.
J E fuis un Inftrument mobile ,
Souple , à la volonté docile ,
>
Bon , juſte & mauvais tour- à-tour ;
Aux Cieux tantôt je fais la fainte cour ,
Tantôt prêtant mon miniftére au vice ,
A l'Enfer je me rends propice ;
Je fais & je venge des torts .
Six piéces compofent mon corps ,
Et deux membres font mon partage .
J'offre d'abord le principe de l'âge ,
Puis l'envelope d'un Bambin ;
E ij Le
1796 MERCURE
DE FRANCE
Le marche pied du foudroyant Jupin ,
Retournez -vous , c'eft un Efprit Célefte ;
Ce qu'un yvrogne abhorre , fuit , détefte ;
Le bien du pauvre en nos guérets ;
Un piége aux Oiſeaux indiſcrets ;
Ce qui des nuits vient écarter les ombres ;
Je contiens le moindre des nombres ;
Un mal honteux , une pefte à la peau ;
Ce qu'en Latin le paifible Troupeau
Doit redouter de l'ennemi vorace ;
Un Inftrument qui dans l'air chaſſe
Le fuperflu de la blonde Cérès ;
Des ans le rapide progrès ;
Le mot du guet , favori chés la None ;
Que l'on reçoit & que l'on donne ;
Un Sel acide & minéral ;
L'objet aigu d'un Plan Géométral
;
Une antique Ville de France ;
Le bas d'un mont , d'une éminence ;
Un Fief affranchi de tous droits ;
Ce qu'un Office eft dans la main des Rois ;
Un Bourg de Galice , en Eſpagne ;
La table où mange un Porc & fa compagne ;
Ce que
Le effet d'un clair Ruiffeau ;
pur
fait le Poiffon dans l'eau ,
Des Monts , aux confins de l'Iftrie ;
Un Fleuve enfin dans la Hongrie.
AUTRE
AOUST . 1742. 1797
JE
AUTR E.
E fuis , Lecteur , ce tribut que l'Eglife
Exige chaque jour de ceux de fes Enfans ,
Qui tirent fes émolumens.
Je vais t'offrir par l'analyſe
Celle dont l'efprit orgueilleux ,
Fatal à toute la Nature ,
Nous fait fentir encor les effets malheureux
De fon avide morfure ;
Un corps fragile & tranſparent ;
Le Canton qui fépare & la Marne & la Seine ;
De l'Animal , compagnon de Silene ,
Le fot & ridicule chant ;
Ce qui du lugubre Héraclite
Differencioit Démocrite ;
Le lot de chaque Humain, dont hélas ! trop fouvent
Nous regrettons l'uſage & la durée ;
Ce qui , dans le tems que Morphée
Verfe fur nous fes paifibles pavots ,
Nous promene des biens aux maux ;
Certain Animal amphibie ;
Ce qui fert de cercueil , & tantôt de boiffon ;
Un cartilagineux Poiffon ;
E iij
Ce
1798 MERCURE DE FRANCE
Ce qui nourrit la charmante Prairie ;
Ce que l'on boit, fans s'en apercevoir.
Adieu , Lecteur , juſqu'au revoir.
Par M. David Reynard , Ecolier de Rhétori
que au College de Villefranche , en Beaujolois.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , &c.
D
, ESCRIPTION de Paris , &c . Par
M. PIGANIOL DE LA FORCE.
Tome III . Contenant les Quartiers de S.Euftache
, des Halles , de S. Martin , de S. Denis ,
de la Greve, avec des Figures en Taille - douce.
Nouvelle Edition . 1. vol . 8 ° . de 540. pages. A
Paris , chés Théodore le Gras , Defprez , Cavelier
fils , & Charles- Nicolas Poirion , ruë S.
Jacques , à l'Empereur. M. DCC . XLII .
L'Auteur commence à parler du Quartier
de S. Euftache , par l'Eglife qui lui donne
le nom. Son origine n'eft pas bien connuë ;
il
y a preuve qu'elle étoit érigée en Paroiffe
en l'année 1254. L'Eglife d'aujourd'hui fut
commencée le 19. Août 153 2. mais ce vafte
Bâtiment n'a été achevé qu'en 1642. par les
liberalités du Chancelier Seguier , & de
Claude de Bullion , Sur- Intendant des Finances,
A O UST. 1742 1799
".
hances. Ce que notre Auteur y trouve de
plus hardi , eft le petit clocher qui ne
porte que fur des pieux , foutenus fur quatre
piliers , c'eft-à- dire fur les deux de la Porte
du Choeur , & fur les deux qui font vis - àvis
, à droite & à gauche , fans porter en
aucune maniere fur la voute de l'Eglife.
Parmi les Ornemens , ou les curieufes
Beautés qui font dans l'intérieur de cette
Eglife , on diftingue le Tombeau de Jean-
Baptifte Colbert , Controlleur General des
Finances , Sur- Intendant des Bâtimens , Secretaire
& Miniftre d'Etat , mort le 6.
Septembre 1683. âgé de 64. ans . Ce Monument
, qui eft un des plus beaux qu'il y ait
en France , eft du Deffein de Le Brun , & de
l'exécution de Baptifte Tuby , & d'Antoine
Coyzevox. M. Colbert y eft repréfenté à genoux
fur un Sarcophage ou Tombeau de marbre
noir. Un Ange tient devant lui un Livre
ouvert , dans lequel ce Miniftre femble prier
Dieu. La Religion & l'Abondance affifes
& de grandeur naturelle , fervent d'accompagnement.
Toutes ces Figures font d'un
choix & d'une correction de Deffein admirables.
Ce beau Monument a été gravé , & on
en voit la Figure en Taille- douce dans le Livre
dont nous rendons compte .
Dans ce même Quartier , l'Article de
l'Hôtel de Soiffons eft d'une affés grande
E iiij étendue,
1800 MERCURE DE FRANCE
étenduë , & n'ennuye point , parce qu'on y
aprend beaucoup de chofes qui regardent
l'Hiftoire ancienne & moderne de la Ville
de Paris. Selon notre Auteur il n'y a point
en France , après le Louvre , de Maifon
plus noble , ni plus illuftrée que cet Hôtel ,
puifque depuis près de cinq cent ans , il a
fervi de demeure aux plus grands Princes
du Monde . Il remarque aufli fort à propos
que deux des plus grands Généraux d'Armée
de ces deux derniers fiécles , ont pris naiffance
dans l'enceinte de l'Hôtel de Soiffons ;
fçavoir , le Prince Louis- Guillaume de Bade ,
qui y naquit l'an 1655 , & mourut à Raftat
en 1707 , & le Prince Eugene de Savoye ,
qui y vint au monde le 18. Octobre 1663 ,
& eft mort à Vienne le 21. Avril 1736 .
La Deſcription de l'Hôtel de Toulouſe
fait encore un Article confidérable & digne
de toute l'attention d'un Lecteur curieux.
Nous ne pouvons mieux faire que de
renvoyer le Lecteur au Livre , & nous en
ufons de même pour tout ce qui concerne le
détail des autres Quartiers , écrits dans ce
Volume , ne nous étant pas poffible , à caufe
des bornes de notre Journal , d'en uler aus
trement.
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire de
la Fête des Foux , qui ſe faifoit autrefois dans
plufieurs
A O UST. 1742. 1801
plufieurs Eglifes , par M. du Tilliot , Gentilhomme
Ordinaire de fon Alteffe Royale
M. le Duc de Berry. A Lausanne & à
Geneve, chés Marc - Michel Boufquet & Compagnie.
1741 .
Quoique bien des gens ne puiffent s'imaginer
qu'il y a eu des fiécles où l'on pouffoit
les extravagances jufqu'à en commettre impunément
dans les Eglifes , il n'en eft pas
moins vrai que ces abus ont exifté veritablement
, & qu'on en trouve les preuves en
plufieurs fortes de Livres & de Monumens
les plus avérés. Ce font ces fragmens de témoignages
répandus de côté & d'autre
que M. du Tilliot de Dijon a cru devoir
réunir , en dédiant.ce Recueil à M. le Préfident
Bouhier , de l'Académie Françoiſe .
>
Nous ne repeterons pas ici ce qu'il a cru
ne pouvoir fe difpenfer de dire des Saturnales
des Anciens , d'où il croit qu'eft émanée
la Fête des Foux. Les Faits les plus confidérables
& les plus déplorables , qui regardent
cette Fête , font l'Election que l'on y
faifoit d'un Evêque des Foux dans les Cathédrales
, & d'un Pape dans les Eglifes
exemptes . Le Clergé affiftoit à la Cérémonie
du jour , en habits de Mafcarade , & on s'y
comportoit d'une maniere , qui eft raportée
en tant de Livres , qu'il eft inutile de nous
y arrêter. Nous avons même rendu publi-
E v ques
1802 MERCURE DE FRANCE
ques dans notre Journal plufieurs Lettres
qui entroient daus de certains détails fur ces
ufages bouffons.
Il y avoit , felon Beleth , Chanoine d'Amiens
, & Durand , Evêque de Mende
quatre jours de réjouiffance dans l'Eglife ;
le 26. Decembre étoit la Fête des Diacres
le 27. celle des Prêtres , le 28. celle des
Enfans , & le 1. Janvier celle des Soudiacres.
On peut voir là-deffus l'Histoire de
Paris de Dom Lobineau , T. I. p . 224. &
500. Nous ne doutons point que le Cérémonial
d'une Métropolitaine , où le Pere
Theophile Raynaud dit avoir vû la Profe
de l'Afne , ne foit celui de Sens , où on la
trouve encore dans un Volume particulier
très bien conditionné , & duquel nous avons
'donné l'Extrait dans le Mercure de Decem
bre 1726. T. I. avec la Profe dont on vient
de parler. M. du Tilliot a raproché de ce
Trait , celui qu'on lit chés Marlot , Hiftoire
de la Métropole de Reims , T. II . p . 769
où l'on aprend en même tems comment
ces ufages y furent modérés , & enfin fuprimés.
Deslyons paroît avoir crû dans fon
Paganifme du Roy boit , que la Fête des Foux
n'a duré que quatre cent ans , mais il ſe
trompe felon notre Auteur ; elle a été plus
long - tems en vigueur , au moins en certaines
Eglifes. Le Pere Ferry , Jefuite , raporte en
fon
A OUST. 1803 1742.
fon Hiftoire de Challons fur Saone , que ce
ne fut que fous l'Epifcopat de Cyrus de
Thiard , mort en 1624 , que ceffa l'ufage d'y
habiller un Enfant en Evêque , & celui des
Chanoines qui avoient coutume de danfer
en rond dans le Preau proche de la Cathédrale
, après les Complies de la Pentecôte .
A S. Etienne de Dijon , où il n'y avoit pas
d'Evêque , on créoit un Préchantre des Foux,
auquel on faifoit la barbe fur un Théatre ,
dreffé devant l'Eglife .
L'Auteur renvoye ici au Mercure de Juillet
1725. touchant les Cavalcades Eccléfiaftiques.
Mais en continuant la matiere de la
Fête des Foux , il cite une Cathédrale où
l'on élifoit tous les ans l'Abbé des Foux, fçavoir
le 18. Juillet , jour de S. Arnoul : nous
avons apris que c'eft celle d'Auxerre , & que
l'Affemblée fe tenoit devant la Cathédrale .
fous un gros orme , qui n'a péri que par la
rigueur de l'hiver de 1709. Il y avoit à Rhodez
l'Abbé de la Malgouverne , & à Viviers
un autre Abbé , dont il eft amplement parlé
dans le VII . Tome des Mémoires de TAcadémie
des Belles - Lettres .
L'ancienne coûtume du Clergé d'Evreux
d'aller couper en cérémonie des branches
d'arbres le premier jour de Mai , cft pareillement
dans notre Journal , Avril 1726 :
c'eft delà que M. du Tilliot l'a tirée . On y
E vj
voit
1804 MERCURE DE FRANCE
voit jufqu'où les abus entraînent , après avoir
commencé par des chofes legeres ; ces fortes
de ramées , pour parer les Eglifes , ne ſe pra
tiquent plus qu'aux Fêtes de Patrons ; encore
ont- elles ceffé prefque par tout , depuis
que les Tapifferies en verdures font
devenues communes. Dans la même Eglife
d'Evreux , où les Chanoines joüoient aux
quilles fur les voutes , dans le tems ci deffus
marqué , un Chanoine , Diacre , nommé
Bouteille , en fondant fon Obit pour le même
tems , ordonna que pendant cet Obit
on étendroit fur le pavé de l'Eglife , au milieu
du Choeur , le Drap mortuaire , avec
fes Armes parlantes , fçavoir , quatre bouteilles
aux quatre coins du poëlle , & une au
milieu , le tout au profit des Chantres qui y
auroient affifté .
Le ridicule de la Fête des Foux s'introduifit
auffi dans les Monaftéres. La Lettre de
Neuré à Gaffendi , fait mention de ce qui fe
paffoit chés les Cordeliers d'Antibes. Ce
Trait n'a pas été oublié dans une Edition de
Moreri. On peut confulter aufli notre Jour
nal de Septembre 1739 .
M. du Tilliot rapelle aux pages 27. & 39:
d'après M. Thiers , la quête du nom d'Aguilaneuf,
au Diocèfe d'Angers , & d'après M.
Lancelot , le Cérémonial de Viviers , cité
déja ci- deſſus , & inféré dans le Gloffaire de
Du
A O UST. 1742 1805
Du Cange , nouvelle Edition. Il n'auroit pas
oublié ce qui eft raporté du Bâton de la Fête
des Foux de N. D. de Paris , dont M. l'Abbé
Lebeuf a touché quelque chofe en fon dernier
volume in - 12 . traitant du Poëte Léonius
, Chanoine de Paris , s'il en avoit eû
connoiffance. La mention faite de ce Bâton
par un Perfonnage grave du XII . fiécle , eft
une chofe remarquable.
Ce Recueil finit par les differentes Ordon
nances faites contre ces abus Eccléfiaftiques
, parmi lesquelles eft un Arrêt du Parlement
de Dijon du 19 Janvier 1552 , qui
abolit la Fête des Foux par tout fon reffort
fur la doleance & requête des Doyen & Cha⇒
pitre de S. Vincent de Challons.
La feconde Partie de l'Ouvrage dont nous
rendons compte , contient l'Hiftoire des réjouiffances
qui fe faifoient autrefois en Bourgogne
& ailleurs , fous le nom de Mere-
Folie , Gaillardons &c . L'origine n'en remonte
pas fi haut que celle des Divertiffemens
Eccléfiaftiques. Le Pere Meneſtrier a
cru qu'elle pouvoit venir d'Engilbert de Cleves
, Gouverneur du Duché de Bourgogne ,
à l'exemple de celle qu'Adolphe de Cleves
avoit établie à Cleves en 1381. Cette Societé
étoit compofée de trente-fix Gentilshommes
ou Seigneurs qui s'affembloient vers
le tems des vendanges , & élifoient un Roy- ve
Dans
1806 MERCURE DE FRANCE
Dans le préliminaire de l'acte d'établiſſement;
il eft dit que cette Societé fera apellée la Societé
du Fou. Le premier Article ordonnoit
que chacun des Affociés porteroit un fou d'ar
gent , brodé ou coufu fur fon habit , faute
de quoi il payoit pour les pauvres l'amende
de trois vieux tournois. Les noms des trentecinq
Seigneurs font raportés dans l'Hiſtoire
de Cambray , T. II. p. 3o . Plufieurs Villes
des Pays- Bas , dépendantes des Ducs de Bourgogne
, avoient de femblables Fêtes . Il y
avoit à Lille le Prince d'Amour ou le Prince
des Foux. Sa Fête s'apelloit la Fête de l'Epinette.
On faifoit auffi la même Fête à Tournay.
A Douay fe célébroit la Fête aux Afnes;
à Bouchain , celle du Prevôt des Etourdis.
Voyez Doutreman , Hift. de Valenciennes ,
Partie II. chap. 26. On fit à Langres fur la
fin du xvj . fiécle une mafcarade de la Merefolle
, qui inftruifoit de jeunes foux , & qui
leur aprenoit à danfer le Branle des fabots.
En plufieurs autres Villes il y avoit de ces
fortes de bouffonneries , accompagnées de
Mufiques ridicules . Tantôt c'étoient des ânes
qui chantoient , tantôt des loups , des finges ,
des renards , ou autres animaux qui joüoient
de la flûtesquelquefois on racloit & on frottoit
un gril avec des limes , au lieu de violons.
A Paris , l'an 1511. dans la Repréfentation
de la Mere-folle , donnée aux Halles , les
paroles
A O UST. 1742 1807
paroles du Trio n'avoient que deux mots
diverfement combinés :
Tout par raiſon ,
Raifon par tout ,
Par tout raiſon .
La Lettre fur l'Abbé des Cornards , publiée
dans le Mercure d'Avril 1725 , & compoféc
à Evreux , trouve ici fa place naturelle . Le
petit imprimé de Rouen de l'an 1587 , intitulé
Les Triomphes de l'Abbaye des Cornards,
c. n'auroit pas mal figuré auffi en ce lieu .
L'Auteur paffe enfuite aux Remarques Latines
de M. de la Mare , fur la Societé de la
Mere- folle de Dijon , mais il fe fert des ter
mes du Pere Meneftrier , pour nous aprendre
que ces fpectacles fe donnoient à Dijon
au tems du Carnaval , où les Perfonnes de
Qualité , déguifées en Vignerons, chantoient
fur des chariots des Chanfons & des Satyres.
Cette Compagnie fubfiftoit dès l'an 1454.
dans les Etats de Philipe le Bon , Duc de
Bourgogne, & fut confirmée par Jean d'Amboife
, Evêque de Langres. Ici l'Auteur raporte
le Mandement de ce Duc en vers bur
lefques. Il commence ainfi :
Phelippes par la grace de Dieu ,
Duc de Bourgoigne , ce bon Lieu.
Et
1808 MERCURE DE FRANCE
Et finit par ces Vers :
Donné fous notre Sceel fecret ,
Et en l'abſence du Decret
De noftre eftroit & grand Confeil .
Le jour Saint Jehan , un Vendredy ,
Devant dîner , après midy ,
De Decembre vingt- feptiéme ,
Des heures quafi la deuxième
Avec le feing de notre main
Qu'y avons mis le lendemain ,
Sans plus la matiere débattre ,
Mil quatre cent cinquante quatre.
La confirmation de l'Evêque Diocéfain
eft dans le même ſtyle.
Cette Compagnie étoit d'Infanterie ; leurs
habits étoient bigarés de vert , de rouge &
de jaune , avec un bonnet de même couleur,
à deux pointes ou deux cornes , & des fonnettes
ou grelots , & ils tenoient en main
des Marotes ornées d'une tête de fou . Le
Chef s'apelloit la Mere-folle ; on le prenoit
parmi ceux qui s'étoient rendus les plus recommandables
; il avoit toute fa Cour & fes
Officiers. Les Jugemens qu'ils rendoient s'éxécutoient
, nonobftant l'apel qui fe relevoit
directement au Parlement. L'Infanterie qui
étoit de plus de 200. hommes , portoit un
Etendart , où étoient repréfentées des Têtes
de
1
A O UST . 1742 1809
de foux , fans nombre , & pour Devife :
Stultorum infinitus eft numerus. On expédioit
à ceux qu'on recevoit , des Patentes en parchemin
, écrites en lettres vertes , rouges &
jaunes , avec un Sceau pareillement des trois
couleurs , où étoit empreinte la figure d'une
femme affife avec la Marotte en main .
Quand ils s'affembloient pour manger ,
chacun aportoit fon plat. La Mere-folle avoit
50. Suiffes pour fa garde , qui étoient les plus
riches Artifans de la Ville. La Compagnie
dans fes Solemnités, marchoit avec de grands
chariots peints , traînés par fix chevaux caparaçonés
des trois couleurs de l'Ordre . C'étoit
là qu'étoient récités ces Vers apellés
Plauftra injuriarum. On peut voir dans le
Livre les Officiers qui précedoient & qui fui •
voient : Quelquefois on dreffoit un Théatre
fur le chariot , & les Acteurs y déclamoient
leurs Vers.
S'il arrivoit à Dijon quelques larcins , meurtres
, mariages bizarres , féduction de filles ,
&c. alors tout étoit à pied ; on habilloit une
perfonne de la troupe , demême que ceux à
qui la chofe étoit arrivée , & c'étoit ce qu'on
apelloit faire marcher la Mere- folle ou l'In
fanterie.
Quand quelqu'un fe préfentoit pour être
admis , le Fifcal verd lui faifoit des queftions
en rime il devoit répondre de mêmc
,'
810 MERCURE DE FRANCE
me , & avec ingénuité , finon on differoit fa
réception. Si c'étoit un homme de condition
, il répondoit affis. Après avoir été admis
, on lui mettoit fur la tête le chaperon
des trois couleurs , & on lui affignoit des
gages fur des droits imaginaires. Si quelqu'un
, qui n'étoit pas de la Compagnie ,
avoit mal parlé d'Elle , ou fait tort à quelqu'un
de fes Membres , il étoit affigné devant
la Mere folle, qui le condamnoit à boire
plufieurs verres d'eau , ou à une amende
pécuniaire. S'il refufoit de comparoître , on
envoyoit chés lui en garnifon fix Gardes de la
Mere-folle , qui fe faifoient régaler fplendidement
& à fes dépens , par le plus prochain
Traiteur, jufqu'à ce qu'il eût fatisfait . On dés
tendoit les tapifferies, & on vendoit fes meubles
, le tout fans modération ni apel.
M. du Tilliot raporte enfuite quelques actes
de réception. On y voit celui de Henri
de Bourbon , Prince de Condé , de l'an
1626 , du Comte d'Harcourt , de M. de la
Riviere , Evêque de Langres &c. ce qui eſt
fuivi de Formules , d'Inſtitutions d'Officiers,
d'Invitations aux Affemblées , de Mandemens
, de Contraintes, & Commiffions pour
affigner. La plupart de ces Piéces font en
Vers burlefques. Le tout eft terminé par
quelques chanfons qui y ont raport , foit en
Langage Bourguignon , foit en François .
Cet
A O UST. 17421 7811
Cet Ouvrage eft orné d'une douzaine de
Figures en Tailles - douces , qui repréfentent
les chofes au plus naturel. La premiere eft
une Eftampe repréfentant la Folie ; la feconde
repréfente le chariot de l'Infanterie Dijonnoiſe
, au deffous duquel fe lifent ces
deux Vers :
Le Monde eft plein de foux , & qui n'en veut pas
voir
Doit le tenir tout feul , & caffer ſon miroir .
Les Libraires paroiffent n'avoir rien épargné
pour embellir l'Edition de ce Livre . Il
feroit feulement à fouhaiter qu'ils n'euffent
pas laiffé tant d'efpace entre chacun des articles
qui ont raport enfemble , & qui font
une fuite l'un de l'autre , & que ces articles
qui doivent être liés , ne commençaffent pas
par un mot mis entierement en petites capitales.
AVIS AU PUBLIC.
و
Babuty , Libraire à Paris , rue S. Jacques ,
donne avis au Public qu'il a actuellement
fous preffe l'Hiftoire des Hommes Illuftres
, de l'Ordre de faint Dominique : c'eſtà
- dire , des Papes , des Cardinaux , des Prélats
éminens en Science & en Sainteté des
célébres Docteurs , & des autres grands Perfonnages
, qui ont le plus illuftré cet Ordre ,
depuis
;
1812 MERCURE DE FRANCE
depuis la mort du faint Fondateur , jufqu'au
Pontificat de Benoît XIII .
L'Auteur , fans oublier plufieurs faints Religieux
, qui ont travaillé à fe perfectionner
dans le filence du Cloître , a particuliérement
choifi ceux , qui , par la fuperiorité de
leurs talens , & par l'ufage qu'ils en ont fait,
ont rendu des fervices fignalés à la République
Chrétienne dans les grands Emplois
qu'elle leur a confiés : le fujet & la maniere
dont il eft traité , felon l'ordre chronologique ,
la méthode , l'exactitude , les Remarques
critiques , les Recherches curieufes , & l'attention
de l'Auteur à lier l'Hiftoire de ces
Hommes Illuftres avec celle de l'Eglife , &
de leur fiécle ; tout cela ne peut que rendre
fon Ouvrage utile & intéreffant , également
propre à inftruire , à édifier la pieté des Fidéles
, & à contenter la curiofité des Sçavans :
le Public qui a aplaudi à fon premier coup
d'effai dans la Vie de faint Thomas , a aufti
reçû favorablement celle de faint Dominique
& de fes premiersDifciples.Et ce que des Ecrivains
défintéreffés ont dit de celle - ci , on le ,
dira , fans doute, avec autant ou plus de raiſon ,
de l'Ouvrage qu'on va publier, qui eſt une fuite
naturelle de l'autre . » Cette Hiftoire n'in-
» téreffe pas feulement ceux qui profeffent
» le même Inftitut : la part que ces Grands
» Hommes ont euë aux importantes affaires
» de
"
AOUST. 1742 1813
>>
» de l'Eglife dans leur tems , & l'édification
qu'elle en a reçue , lui donnent une place
» confidérable dans fes Annales , & la ma-
" niere fçavante & critique , dont elle eſt
» compofée , la rend digne de l'attention de
» ceux qui cultivent cette partie de la Litté-
» rature à laquelle elle fe raporte » : *
Enfin l'attention continuelle qu'a le Sr
Babuty à refpecter le Public , l'a engagé à
n'employer dans l'impreffion de cetOuvrage,
qui aura plufieurs Volumes in-4° , que des
Caractéres neufs , & le plus beau Papier carré
fin d'Auvergne . Il efpere mettre en vente le
premier Volume au mois de Septembre 1742 ,
On vend à Paris , chés le Gras , Grand'Sale
du Palais , la veuve Piffot , à la defcente du
Pont- neuf , & Chaubert , à l'entrée du Quai
des Auguſtins , du côté du Pont S. Michel ,
la Grammaire Françoife avec les Regles de
l'Ortographe , à la portée de toutes fortes de
perfonnes. Par M. Jacquier , vol. in - 8 °. Prix
trois livres , relié ; & un petit Dillionaire
François , dont l'Ortographe eft prouvée par
principes , fervant de fuplément aux autres
Dictionaires , & très - utile à ceux qui font
obligés d'écrire , par le même Auteur ; vol .
in- 1 2. Prix cinquante fols , relié. Les Librai-
* Journal de Trévoux , ou Mémoires pour l'Hiftoire
des Sciences des Beaux-Arts, Mai 1741. p . 480.
res
1814 MERCURE DE FRANCE
tes de Province qui en voudront de la premiere
main , s'adrefferont aux fieurs Briaffon
& Defpilly , auffi Libraires , à Paris , à l'entrée
de la rue S. Jacques.
LE PARFAIT INGENIEUR FRANÇOIS , ou la
Fortification offenfive & défenſive, contenant
la Conſtruction , l'Attaque & la Défenſe des
Places Régulieres & Irrégulieres , felon les
Méthodes de M. de VAUBAN & des plus
habiles Auteurs de l'Europe , qui ont écrit
fur cette Science. NOUVELLE EDITION ,
corrigée & augmentée de la Relation du
Sicge de LILLE , & du Siege de NAMUR ,
& enrichie de plus de cinquante Planches.
Par M. l'Abbé DEIDIER , Profeffeur
Royal des Mathématiques , à l'Ecole d'Artillerie
de la Fere . 1. vol. 4°. de 336. pp. A
Paris , chés Charles -Antoine Jombert , Libraire
du Roy , pour l'Artillerie & le Génie
ci- devant rue S.Jacques , & aujourd'hui Quai
des Auguftins , au coin de la rue Gille- coeur
à l'Image Notre Dame . M. DCC . XLII.
L'Impreffion de cet Ouvrage ne peut qu'être
utile aux progrès de l'Art Militaire . C'eſt
le fentiment de M. Pitot , qui l'a lû par ordre
de M. le Chancelier , & qui ajoûte dans
fon Aprobation , que les Méthodes de fortifier
les Places fuivant les meilleurs Auteurs ;
y font expliquées avec tout l'ordre & toute
la clarté qu'on peut défirer,
Nous
A O UST. 1742 1815
Nous fommes priés d'avertir le Public qu'il
faut pas confondre ce Livre avec celuiqui
a pour Titre : Cours de la Science Miliaire
, & c. & qui a été imprimé à la Haye
hés Vanduren : ce font deux Ouvrages tout
ifférens , & de différens Auteurs .
HISTOIRE ROMAINE , depuis la Fondation
de Rome jufqu'à la Bataille d'Actium , c'efta-
dire , jufqu'à la fin de la République . Par
M. Rollin , ancien Recteur de l'Univerfité
e Paris , Profeffeur d'Eloquence au College
Royal , & Affocié à l'Académie Royale des
afcriptions & Belles - Lettres . Tome VII , in-
12. pag. 632. avec une Carte Géographique
de la Gaule Cifalpine , par le fieur Danville ;
Géographe du Roy, A Paris , chés la veuve
Etienne , Libraire , rue Saint Jacques , à la
Vertu . 1741 .
Ce nouveau volume contient quatre Livres
: le 22 , le 23 , le 24 & 25 , & renferme
l'espace qui s'est écoulé depuis l'an de Rome
555 , jufqu'en l'année 31.
3
TRAITE' des Pétrifications , avec figures.
A Paris , chés Briaffon , ruë Ș. Jacques , à la
Science. 1. vol. 4. 1742. Cet Ouvrage eft
divifé en deux Parties. Dans la premiere ,
P'Auteur , après avoir dédié fon Livre à M.
de Reaumur , entre en matiére par une Differtation
1816 MERCURE DE FRANCE
>
fertation fur l'origine des Pierres , & il fou
tient par l'autorité de divers Phénomenes ,
que le plus grand nombre de ces Pierres vient
de la formation de la Terre ou de fon renouvellement
par le Déluge. Il parle enfuite
de l'origine des Pétrifications qui repréfentent
des Corps Marins , qu'il raporte de
même au Déluge. Il combat par les obfervations
qu'il a faites fur les teftacées , les
erustacées , & fur plufieurs Plantes marines
, par lui remarquées dans les Montagnes
de Suiffe , & principalement fur le
Mont Jura & les environs , l'opinion de ceux
qui conjecturent que le Globe de la Terre
augmente en volume dans fa partie folide, &c,
La feconde Partie eft compofée de plufieurs
Tables , dont la premiere eft celle des
Foffiles ; la feconde , des Auteurs qui ont
écrit des Pétrifications ; la troifiéme , des
divers endroits des quatre Parties du Monde
où fe trouvent des Pétrifications ; la quatriéme,
des Figures , avec quelques Remarques
fur ces Figures. Les Planches font au nombre
de 60.contenant 440.Figures toutes deffinées
d'après le naturel , & gravées par M , Brand
Peintre. L'Auteur eſt M. Bourquel , Profelfeur
de Philofophie à Neuchatel
TRAITE' des Sens , par M. le Cat , Doc
teur en Médecine & Chirurgien en chef de
P'HôtelA
OUST . 1817 1742
I'Hôtel- Dieu de Roüen. 1. vol. 8 °. 1742. A
Paris , chés Guillaume Cavelier , Pere , près
S. Severin.
On vient d'achever à l'Imprimerie Royale
l'Edition de l'ORIENS CHRISTIANUS , dù
célebre P. le Quien , de l'Ordre de S. Dominique
, qui fe diftribuera à Paris , Quai des
Auguftins , chés Piget , à l'Image S. Jacques ;
& rue S. Jacques au deffus de la rue des
Noyers , chés Durand , à S. Landry & au
Griffon.
-
Cegrand Ouvrage , dont il fuffit de nommer
l'Auteur pour prévenir favorablement le
Public , contient en trois volumes in-folio ,
l'Hiftoire abrégée des Eglifes de tout
l'Orient.
Le premier volume traite du Patriarchat de
Conftantinople , & des Sièges qui font renfermés
dans trois de fes grands Diocèfes , le
Pont , l'Afie & la Thrace : on n'a pû y faire
entrer le quatriéme grand Diocèfè , qui eft
celui de l'Illyrie Orientale .
Le fecond volume comprend , outre l'11-
lyrie Orientale , les Patriarchats d'Alexandrie
& d'Antioche , avec les Provinces qui
en dépendent , & les deux grandes Eglifes
des Chaldéens & des Jacobites .
Le troifiéme contient l'Eglife des Maronites
du Mont Liban , le Patriarchat de Jé-
F rufalem ,
1818 MERCURE DE FRANCE
rufalem , & l'Hiftoire abrégée des Evêques
Latins qui , depuis les Croifades , ont occupé
differens Sièges des quatre Patriarchats.
Plufieurs Differtations , foit à la tête des
volumes , foit répandues
dans le texte ,
éclairciffent
les points difficiles
de l'Hiſtoire
.
Chaque
volume
eft accompagné
de Tables
très- amples , dont l'ufage fe trouve
indiqué
dans la Préface
générale.
On conçoit aifément par cette notice fommaire
de l'ORIENS CHRISTIANUS , que
l'Ouvrage du P , le Quien doit être regardé
comme une fuite & comme une partie trèsimportante
de l'Hiftoire Byzantine.
Les Exemplaires en petit papier ſe vendrons
60 livres en blanc , en grand papier 90 livres
en blanc.
THEATRE CRITIQUE ou Difcours differens
fur toute forte de Matieres , pour détruire
les erreurs communes , &c. II . & III.
Brochures. A Paris , chés Pierre Clément
Quai de Gêvres. M. CC. XLII .
Des Perfonnes de confidération inftruites
du mérite de l'Ouvrage du fameux Bénedictin
Efpagnol , Dom Benoit - Jerôme Feijoo , dit
l'Auteur de la Traduction , foit pour en avoir
lû differens morceaux , foit pour en avoir vû
l'éloge qui en a été fait dans les Mercures
de France du mois de Juin 1731 , & du
mois
A O UST. 1742 1819
par mois d'Avril 1732 , lui ont demandé
préférence le III. Difcours , demande , qui
l'a jetté dans l'embarras , parce qu'elle eft
contraire à l'ordre qu'il s'eft d'abord propofé
de fuivre mais le judicieux Auteur a trouvé
le moyen de concilier fa bonne volonté pour
des amis diftingués , avec les engagemens
qu'il a contractés envers le Public , en donnant,
pour cette fois feulement, deux Difcours
enfemble dans l'ordre indiqué ; c'eft ce qui
fait que cette nouvelle Brochure eft , pour
ainsi dire , double , & contient deux Differtations.
La premiere divifée en huit Paragraphes ,
eft intitulée , VERTU ET VICE ; & la feconde
en douze Paragraphes , PROSPERITE ' ET
ADVERSITE' , ou CBSCURITE ' ET HAUTE
FORTUNE.
Au refte , fi rendre un compte exact d'un
bon Livre , & en faire connoître l'Auteur ,
c'eft faire fon éloge , l'Auteur de la Traduction
a eu quelque raifon de fe fervir de ce
terme , en parlant de ce que nous en avons
dit dans les Mercures cités ci -deffus : nous
avons en effet inftruit le Public avec quelque
étendue de ce que contiennent les quatre
premiers volumes de ce grand Ouvrage ; ce
qui nous difpenfe d'entrer dans aucun détail
à l'égard de ces premieres Brochures.
Il eft encore vrai que ce font les Auteurs
Fij
du
1820 MERCURE DE FRANCE
,
du Mercure , qui ont les premiers fait cons
noître ce même Ouvrage en France après
que M. Boyer , Medecin du Roy , Docteur-
Régent en Medecine de la Faculté de Paris ,
en eût aporté les premiers tomes , au retour
de fon Voyage à la Cour de Madrid en l'année
1731. Enfin nous ne fçaurions omettre
que les Mercures contenant les Extraits dont
on vient de parler , ayant été envoyés aų R.
P. Dom Feijoo , ce fçavant Auteur en a paru
content , & a bien voulu nous en marquer fa
fatisfaction par une lettre françoife , toute
de fa main , datée de la Ville d'Oviedo le
9. Février 1732. que nous nous faifons un
honneur de garder .
Oviedo eft une Ville confidérable , & la
Capitale de toutes les Afturies , avec Siége
d'Evêché , Univerfité , &c.
LE TEMPLE DE GNIDE , revû , corrigé &
augmenté , à Londres , fe trouve à Paris
chés Huart , Imprimeur Libraire de Monfeigneur
le Dauphin , rue S. Jacques , Cet Ou
vrage eft orné de très-belles Vignettes ,
DESCRIPTION de la Ville de Lyon , avec
des recherches fur les Hommes célebres
qu'elle a produits . 1. vol. 8 °. de 283. PPA
Lyon, rue Merciere , de l'Imprimerie d'Aimé
de la Roche , Imprimeur de M. le Duc
de
A OUS T. 1821
1742 :
de Villeroy , & de la Ville , à l'Occafion .
M. DCC . XLI.
On trouve à la tête de ce Livre un Aver
tiffement , par lequel l'Auteur déclare que la
Defcription de la Ville de Paris de M. Brice
a fervi de modéle à celle- ci . C'eft en effet ,
dit -il , ce qu'il y a de meilleur en ce genre ,
foit quant au Plan géneral , & à l'arrangement
des Matieres , foit par raport au bon
goût & à l'excellente Critique qui y_regne
d'un bout à l'autre , au fujet de divers Ouvrages
de Peinture , Sculpture & Architecture ,
dont il y eft fait mention ; elle eft , ajoûtet-
il
,
s'il
d'autant plus eftimable à cet égard ,
qu'il eft vrai de dire qu'on n'a rien de pareil ,
& que tous les autres Livres de cette espece
dégenerent ou en éloges outrés ou en fimples
Catalogues ce qui les rend incapables
de remplir l'attente des Curieux .
L'Auteur déclare en même tems que
s'eft crû obligé de faire ufage de la Critique ,
il a tâché de l'employer avec tous les ménagemens
poffibles , & qu'on doit être perfuadé
qu'elle a été guidée uniquement par l'a
mour du vrai , & par le zéle le plus vif pour
la perfection des Beaux Arts .
C'eft en fuivant le même modéle , conti
nuë t- il , qu'on a cherché à faire connoître
les Lyonnois qui fe font diftingués par quelque
endroit.
Fiij Cependant
1822 MERCURE DE FRANCE
Cependant il a femblé à notre Auteur qu'a
fin de jetter une forte de varieté dans cet
Ouvrage , on pouvoit fe permettre quelques
digreffions hiftoriques , lorfque l'occaſion les
fifoit naître ; mais on a eu foin , dit- il , d'être
plus réservé fur ce point que M. Brice
qui paroît leur avoir donné trop d'étenduë ,
& y revenir trop fréquemment.
>
Pour ce qui eft de l'ordre obfervé dans
cette Defcription , on la commence par le
Quartier de la Place de LOUIS LE GRAND ,
qui fe trouvant fitué à l'une des extrémités
de la Ville , fournit l'occafion d'en faire tout
le circuit , fans revenir fur fes pas , & fans
revoir les mêmes objets . C'eſt d'ailleurs une
des premieres chofes qui attire la curiofité
des Etrangers.
L'Auteur finit par une Refléxion qui fera
du goût de tous les Gens de Lettres , & qui
plaira à tous les bons Compatriotes . Un Ouvrage
, dit il , fur le Plan de celui - ci , exécuté
à l'égard des principales Villes de l'Europe
ne feroit point fans merite dans la
République des Lettres , & parmi les Gens
de goût. On fçauroit du moins à quoi s'en
tenir fur bien des chofes , & on ne feroit
pas obligé d'avoir recours aux Dictionaires ,
dont la plupart des Articles de cette nature ,
puifés chés des Faifeurs de Relations , font
remplis de bévues & de fautes groffiéres.
LES
A O UST. 1742: 1823
T
LES POESIES du Roy de Navarre , avec des
Notes & un Gloffaire françois , précédées
de l'Hiftcire des Révolutions de la Langue
Françoife , depuis Charlemagne jufqu'à Saint
Louis , d'un Difcours fur l'ancienneté des
Chanfons françoifes , & de quelques autres
Piéces . Deux volumes in 8 ° . Le premier de
262 pages , le fecond de 330. A Paris , chés
les Freres Guerin , rue S. Jacques.
Ces Poëfies n'avoient été lûës jufqu'à préfent
que par ceux qui peuvent jouir des Manufcrits
; elles étoient néanmoins très-célébres.
Le Sçavant qui vient de les publier , a
mis par là tout le monde en état d'en juger
à préfent par foi même. Nous allons ufer
des premiers des avantages que procure
l'Impreflion.
L'Auteur de ces Poëfies , dont l'augufte
qualité de Roy ne nous ébloüit point affes ,
pour ne pas admirer encore davantage celle
de Poëte , nous a paru auffi délicat dans fes
expreffions , que tendre dans fes fentimens.
Que peut- on écrire de plus fin & de plus
fpirituel que ce qu'il dit dans fa VI. Chanfon
, où il prouve , que la Beauté , la bonne
Grace font les enfans de l'Amour ;
mour naît d'elles , & que les trois ne font
qu'un ?
De fine Amor vient Séance & Beauté
que
TA.
Fiiij E:
1824 MERCURE DE FRANCE
Et Amor vient de ces deux autres - fi ,
Tout trois font un Ki bien ia penſé
Ja ne feront à nul jor départi , & c.
>
Ailleurs ( Chanſon xxiv. ) il montre que
les Empereurs , les Rois , peuvent donner de
L'Or , des Terres , des Fiefs , mais que l'Amour,
plus puiffant qu'eux , fauve l'homme de la
mort , lui donne une joye pure.
Empereres , ne Rois n'ont nul pooir
Envers Amors ; ce vos vuil - je prover ;
Il puent bien doner de l'Or , avoir ,
Terres & Fiez & forfez pardoner ,
Mes Amors puet home de mort garder , &c .
Ceux de nos Poëtes modernes qui s'étudient
au Genre Lyrique , trouveront ici un
excellent modéle à imiter en bien des choſes.
L'Edition que nous tenons de M.Levefque
de la Ravaliere , n'eft point de celles où l'on
fent que tout le merite de l'Editeur conſiſte
à avoir fçû lire & copier des Manufcrits ; ce
que M. Levefque a mis du fien , eft auffi
confidérable que les Poëfies mêmes.
Le premier volume eft compofé d'une Préface
, qui offre le précis de l'Ouvrage; elle eſt
terminée par un Abregé de la vie du Poëte ,
qui fe nommoit Thibaut IV. Il fut Comte
Palatin de Champagne & de Brie , & Roy
de Navarre ; fa mort arriva en l'année 1253.
de
A O UST. 1742% 1825
de forte que l'on reconnoît dans fes Vers en
quel état étoient notre Langue & notre Poëfie
, à la fin du Regne de Philipe Augufte,
& fous ceux de Louis VIII. & de S. Louis.
>
Cinq Lettres , déja connues dans nos
Mercures auxquelles les Chanfons de
Thibaut ont donné occafion , fuivent cette
Préface. M. Levefque y foûtient , que les
Chanfons qu'il publie , n'ont point été faites
pour la Reine Blanche , Mere de S. Louis
comme quelques Hiftoriens & la Tradition
l'avoient fait croire mal - à- propos juſqu'à
préfent.
Il paffe enfuite à l'Hiftoire des Révolutions
de la Langue Françoife , qui nous a
parû remplie de Recherches intereffantes &
de chofes nouvelles. Ce n'eft plus la Provence
( felon M. L. ) qui a donné les premiers
Ecrivains François , c'eſt à la Normandie
que nous les devons. La Patrie des Malherbes
, des Corneilles , des Fontenelles , a
été celle des premiers Peres de notre Poëfie .
Ce fentiment , pour fe faire adopter , avoit
befoin de preuves telles que celles qu'en donne
M. Levefque. Il faut les lire dans l'Ouvrage
même. Cette Hiftoire finit par un Tableau
racourci de tout ce que l'Hiſtorien a
dit;voici fes propres termes : » Telles font les
» Révolutions de la Langue Françoife depuis
» Charlemagne. Elle cut quelque éclat au
E v » com1826
MERCURE DE FRANCE
"3
» commencement de fon Regne. L'amour
qu'il conçût pour le Latin , & qu'il infpira
" au Clergé, & l'odieufe pareffe des hommes.
» du Monde , qui mépriferent toute forte
» d'étude , la laifferent tomber dans l'obfcurité
; elle ne conferva que fon exiſtence ,
& le privilege d'être toujours la Langue
» vulgaire ; elle fut differente de celle qui
» eſt venue dans la fuite avec les Rois de la
ود
"
troifiéme Race . Celle- ci eut d'abord des-
»jours lumineux , mais ce ne furent que des
» lueurs paffageres. Elle n'a commencé à jet-
» ter une lumiere fixe & conftante, que fous
Philipe Augufte ; depuis cet inftant , cha-
» que année de fon Hiftoire eft marquée par
quelque avantage nouveau ; elle parvint
fous le Regne de Saint Louis au point
" d'avoir été regardée comme la Langue la
plus parfaite de toutes les Langues , que
" l'on parloit dans le même fiécle.
"
"
L'Epoque de la naiffance des Chanfons
Françoifes eft à peu près la même que celle
où notre Langue commença à fe montrer
dans le Monde avec un certain éclat. Les
Chanfons tenoient alors lieu d'Opera , de
Cantate , de Cantatille , & de toute autre
Poëfie chantante . Elles étoient faites
pour les Concerts , & n'étoient point auffi
triviales qu'elles le font devenues dans la
fuite.
Le
A O UST. 1742 1827
Le fecond Volume contient les Poëfies de
Thibaut. L'Editeur a répandu à propos des
Notes , dont la plupart fervent à faire connoître
ceux qui font nommés dans ces
Chanfons , & comme ces Poëfies auroient
été lettres clofes pour la plûpart des Lecteurs,
à cauſe de la vieilleffe de leur Langage , il y
a à la fin un Gloffaire , pour expliquer les
mots les plus anciens. A la tête du Gloffaire
fe lifent deux Vers d'Horace , dont l'aplica
tion eft ici très - jufte.
• · • Verborum vetus interit atas ,
Et Juvenum ritu florent modo nata , vigentque .
Notre Auteur les a rendus ainfi en notre
Langue.
Zéphir donne des fleurs , Aquilon les ravage ,
Tel des mots parmi nous naît & périt l'uſage.
Les Amateurs de la Mufique ancienne
trouveront à la fin quelques Couplets de
Chanfons , avec la Note de Mufique , telle
qu'elle eft dans les Manuſcrits.
» Qu'on ne s'attende point que laMufique
» de ces tems- là offre aux oreilles les mêmes
» charmes que celle d'aujourd'hui ; le goût
" varie felon les fiécles ....
... Cependant il
" eft des perfonnes , qui fçavent que chaque
» Art a fa naiffance , que la Mufique a eû la
F vj fienne,
""
1828 MERCURE DE FRANCE
N fienne , & que ces tems offrent des chofes ,
» dont l'efprit eft autant touché, que l'oreille
» eft flatée d'un beau Morceau de Muſique
» moderne .
Nous ne pouvons mieux finir cet Extrait ,
qu'en donnant aux Imprimeurs de ce Livre
les éloges qui leur font dûs ; la beauté du
Papier , celle des Caractéres qu'ils ont employés
, n'échaperont pas aux yeux des
Connoiffeurs ; cet Ouvrage montre à quel
point de perfection les Freres Guerin portent
leur Art.
ME'THODE pour étudier la Géographie,
où l'on donne une Defcription exacte de
l'Univers , formée fur les Obfervations de
l'Académie Royale des Sciences , & fur les
Auteurs originaux ; avec un Difcours Préliminaire
, un Catalogue des Cartes , Relations
, Voyages & Defcriptions , par M.
I'Abbé Lenglet Dufresnoy , troifiéme Edition ,
in-12. A Paris , chés Rollin & de Bure 1742 .
huit Volumes .
Voici enfin la nouvelle Edition de la Méthode
Géographique de M. l'Abbé Lenglet ,
fouvent demandée ; & attendue depuis plus
de trois ans. On peut dire néanmoins que le
Public ne perd point à fon attente ; car nonfeulement
l'Auteur a corrigé quelques fautes
d'inattention , prefque inévitables dans
des
A OUS T. 1742. 1829
des Ouvrages d'un auffi grand détail , mais
encore il a augmenté fon Livre d'un nombre
infini de Remarques effentielles : il y a même
du neuf dans fes Obfervations. D'abord, c'eftà
- dire , dans l'Edition de 1716 , il ne comprenoit
que quatre Volumes ; celle de
1735 en avoit un de plus , & cette troifiéme
Edition en a jufques à huit ; mais huit
fi bien fournis qu'on en pourroit faire douze,
s'ils étoient réduits à la forme & au nombre
de pages des deux premieres Editions .
Les Additions ne font point de celles
que l'on ne fait que par de fimples augmentations
, coufuës à l'ancien Texte. C'eft le
plus fouvent un fyftême rédigé & formé fur
les Cartes originales , & fur les Defcriptions
des Nations , des Etats ou des Royaumes.
C'est ce qu'on peut remarquer par l'Empire
de Ruffie , dont tout le Plan eft tiré ſur la
Carte originale de M. Kyrilow , Sécretaire
du Souverain Senat de Pétersbourg ; l'Auteur
a même confulté d'illuftres Ruffiens ;
qui font à Paris , pour lever les doutes qu'il
pouvoit avoir fur ce vafte Empire.
Il en eft de même des autres Royaumes
& Principautés , où tout eft raproché de
l'Etat préfent de l'Europe.
D'ailleurs , on connoît le caractére naturel
de l'Auteur , qui ne cherche ni biais ni detours
pour dire ce qu'il penfe ; il agit dans
cet
1830 MERCURE DE FRANCE
cet Ouvrage avec le même efprit de vivacité
& de liberté , le Public a paru content de fa
maniere de parler & d'écrire , & il continue
toujours fur le même ton. Il ne prodigue
point fes louanges ; c'eſt le bien dont il eft
le plus avare , & lors qu'il s'échape quelquefois
jufqu'à la Critique , il s'apuye toujours
fur quelques points effentiels , car il neglige
les bagatelles. Il ne juge point qu'elles méritent
d'être relevées .
OBSERVATION de la Comete qui a paru
auprés de la Conftellation de Cephée, cette
année 1742. Faite à Toulon par le R. P. Du
Catelard , Jefuite , Hydrographe du Roy.
Le Détail de cette Obfervation fe trouve
dans le Journal de Trévoux du mois de Juin
dernier , depuis le 26. Mars 1742. jufqu'au
11. Avril , jour qui a précedé l'entiere difparution
de ce Phénomene.
Voici la copie du Projet imprimé d'un
Ouvrage Périodique qu'on va publier à Rome,&
qui nous paroît intéreffant pour toute
la République des Lettres.
Niccolo , è Marco Pagliarini, Mercanti
Librari Romani a j Letterati d'Italia, falute :
» Confiderande noi efferfi in varie citta
d'Italia prefo l'affunto di communicare
» alla Republica Letteraria le opere erudite
2 che
A O UST. 1742. 1835
" che di tempo in tempo fono date alla luce
da i dotti infigni Italiani ; ma che fi manca
» in notizie delle opere , che fi vanno publi-
" cando di là da j monti , il che è di difpia-
" cere a molti che defirando approfitarfi : e
>> quantunque nelle Novelle letterarie di Ve-
" nezia , e di Firenze fe ne parli , effendo
» però in loro principale fcopo il riferire le
" opere Italiane , non fanno che dare il tito-
" lo , o un pigolo faggio delle poche opere
» oltramontane che riferiscono . Quindi fi è
>> che abbiamo determinato di dar fuori una
» opera periodica , il cui titolo fara . Notizie
" Letterarie oltramontane per ufo de' Letterati
» d'Italia , in quarto . Ogni mefe fe ne darà
» fuori quattro fogli volanti , ad ogni fei
mefi un tomo : conterrano quæfti le più
» belle notizie filofofiche , geometriche , filologiche
, e antiquarie, che nella Francia,
» Ingliterra , Olanda , Alemagna , e Moſco
» via fi anderano di mano in mano pubbli-
» cando , con un chiaro , fuccinto , e critico
" ragguaglio delle medefime : Escludendo-
» ne fempre le Opere Theologiche , o che
» riguardano affari di religione , delle quali
» fe ne riportera i folo titolo. Si dara principio
alla pubblicazione de i primi fogli d'en-
» tro il futuro menfe di Agofto , in buona
>> Carta , ed ottime carattere , onde chi fi
» vorra affociare alla prefente edizione , po-
2 trà
»
ور
לכ
1832 MERCURE DE FRANCE
,
>> trà rimetteres anticipatamente il prezzo
» de medefimi fei mefi nelle noftri mani ,
» dichiarandofi fe i fogli li vogliono o di
» meſe in meſe , o ogni fei mefi ; che noi
» faremo pronti a fervili a loro piacimente .
» Il prezzo adunque di ciafcheduno di quef-
» ti Tomi fara per gli affociati di paoli fei , e
per i non affociati paoli dieci . Speriamo ,
» che questa noftra fatica deve effere gradita,
» il che ci dara ftimolo alla continuazione , e
» ad intraprandere altre opere per voſtro
» utile . E vivete felici.
Nous aprenons en même tems qu'il fe
publie à Venize un Recueil de Piéces , qui .
n'eft guere connu en France , & pour lequel
nous invitons nos Libraires d'avoir quelque
empreffement. Il a pour titre , Racolta d'Opufculi
fcientifici & philologici ; & il y en a
déja xxiv. volumes in - 12. L'Editeur eft le
P. Angelo Calogiera , Camaldule. On y trouve
Tom. III . un Exemple d'une longue vie
& d'une très- belle vieilleffe , dans l'Hiſtoire
de la Vie de la Comteffe Beatrix Papafava ,
morte en l'année 1729. âgée de cent deux
ans , fept mois & un jour.
DISSERTATION fur l'Euchariftie contre
le P. Le Brun & M. Renaudot , où l'on
montre le vrai fentiment de S. Ephrem & de
fes
A O UST. 1742 1833
fes Difciples , touchant la forme de ce Sacrement
&c . Par le P. Pierre Benedetti , Jefuite!
1. Vol. fol. à Rome , 1740.
Cet Ouvrage eft en Latin, & digne de l'érudition
du R. P. Benedetti , Maronite du
Mont Liban , qui a eu tant de part à la belle
Edition des OEuvres de S. Ephrem , faite
fous les Aufpices de S. E. le Cardinal Quirini
, laquelle vient de paroître. Cet Auteur
marche fur les traces des célebres Maronites
fes Compatriotes , qui ont rendu à l'Eglife
des Services importans ; tels font Jean Hef
ronite , Dominicain , & Archevêque ; Gabriel
Sionite , Abraham Ecchellenfis , & de nos
jours le fçavant Etienne d'Eden , Patriarche
d'Antioche & de la Nation Maronite , Auteur
de plufieurs Ouvrages fur la Religion &c.
& Faufte Nairon , Profeffeur. des Langues
Orientales au College de la Sapience , &
Interprete de la Congrégation de la Propagande.
Ajoûtons que le P. Benedetti eft auffi
un fort bon Humaniste , qui s'eft particulierement
diftingué depuis peu par fix Piéces
de Vers , qu'il a compofees en trois Langues
, deux en Arabe , deux en Chaldéen ;
& deux en Syriaque , pour honorer la Pompe
Funebre du vénérable Serviteur de Dieu
Philippe Franci , Prêtre Florentin , & Fon
dateur de l'Hôpital de S. Philipe Neri , &c .
Jaquelle Pompe Funebre vient d'être imprimée
1834 MER CURE DE FRANCE
mée à Florence à la fuite de la Vie de ce
pieux Fondateur , avec toutes les Piéces en
Vers & en Profe qui ont été composées fur
ce Sujet.
De Rome. On a publié le premier Volume
du grand Recueil de Monumens Aniques ,
que le Pape Clement XII . avoit ramaffés à
grands frais , & qu'il avoit dépofés dans le
Capitole. Pour conferver & pour communiquer
, autant qu'il eft poffible , aux Sçavans
de tous les Pays , un fi précieux tréfor , on
a jugé à propos de faire deiner & de faire
graver en cuivre toutes les parties qui le
compofent.L'Ouvrage entier formera 5. Vol.
Le premier qui paroît , contient les Portraits
des Hommes Illuftres , de linés par Dominique
Campiglia , Peintre célebre , & gravés
par Ch. Gregori & par d'autres habiles Maîtres.
Le prix de ce Volume en petit papier
eft de so . Jules , qui font 26. livres 5. fols ,
Monnoye de France , & de 55. en grand papier
, c'est -à - dire environ 28. livres 17. fols
6. deniers. Le fecond Volume comprendra
les Portraits des Empereurs & des Princes
des Familles de chaque Empereur. Le troifiéme
fera pour les Statues ; le quatciéme
pour les Ouvrages gravés en relief. On mettra
dans le cinquiéme les autres Monumens
qu'on n'aura pû faire entrer dans les précédens
. Il
で
A O UST. 1742 . 1835
II paroît dans la même Ville un Ouvrage
intitulé , Della gente Curzia e dell' era di Q
Curzio l'Iftorico ragionamento del Conte Giovan
Francefco Giuseppe Bagnolo , mandato ad
un' amico , il feg Conte .... con annotazioni
del Medefimo Autore. In Bologna , a S. Tommafo
d'Aquino , 1741. in 8 ° . de 223. pages!
Cet Ouvrage comprend deux Parties ; dans
la premiere , l'Auteur traite de la Famille
Curtia , & dans la feconde , il fixe le tems
auquel a vécu l'Hiftorien Q. Curce. Il prétend
que cette Famille tire fon origine du
célébre Metius Curtius , Géneral des Sabins ,
qui s'établit à Rome dans le tems que les Sabins
s'incorporerent à la République Romaine
; que Metius Curtius fut mis au rang
des Patriciens , & que fes defcendans ont tou
jours eû la même diſtinction dans la Répu
blique. M. le Comte Bagnolo vient enfuite à
la fecode Partie ; Il y foûtient que Q. Curce
a écrit fon Hiftoire dans les dernieres années
du Regne de Conftantin le Grand.
De Verone. Nouvelle Edition des OEuvres
de SULPICE SEVERE , fous le titre de Sulpicii
Severi Opera ad Mff. Codices emendata ,
rotifque , obfervationibus & differtationibus illuftrata
, ftudio & labore Hieronimi de Prato
Veronenfis , Congregationis Oratorii , ejufdem
Civitatis Presbiteri. Tomus primus. Verona ,
Typis
1837 MERCURE DE FRANCE
Typis Seminarii apud Auguftinum Carattos
nium , 1741. in 4. Il paroît que l'Editeur
n'a rien négligé de tout ce qui pouvoit rendre
cette Edition la plus parfaite & la plus
ample de toutes celles qui ont été données
jufqu'à préfent ; il a revû le Texte fur les
meilleures Editions , & fur les Manufcrits ,
principalement fur celui de Verone , qui eft
de 517. Il l'a illuftrée de Remarques & de
plufieurs Differtations ; il rend raifon des
corrections qu'il fait ; il défend les fentimens
de fon Auteur , furtout contre la Critique
de M. le Clerc , & il éclaircit plufieurs
Faits rélatifs à l'Hiftoire de Sulpice Sévere.
Voici ce que contient le premier Volume :
Sulpicii Severi ad Defiderium in Lib . fuum de
Vita B. Martini Prafatio , de B. Martini
Vita Liber : Epiftola ad Eufebium Presbyterum
ad Aurelium Diaconum ; ad Baſſulam
focrum fuum : Dialogi tres.
L'Académie Royale des Sciences & Beaux - Arts
établie à Pau , diſtribuëra le premier Fevrier 1743 .
deux Prix . Le premier eft destiné à un Ouvrage
d'Eloquence , dont le Sujet fera : La difference des
Climats où les hommes naiffent , contribuë- t'elle à
celle de leurs efprits ?
Elle diftribuera auffi le même jour un fecond
Prix à une Ode fur ce Sujet . Les Confolations des
Chrétien dans l'adverfité.
Les Ouvrages feront adreffés à M. Dubau , Sécretaire
1
で
A O UST. 1742. 1837
retaire de l'Académie ; on n'en recevra aucun
après le mois de Novembre 1742. & s'ils ne font
alfranchis des frais du port.
Chaque Auteur mettra à la fin de fon Ouvrage
une Sentence , & la repetera au- deffus d'un Biller
cacheté , dans lequel il aura écrit fon nom Les
Difcours ne pourront exceder une demie heure de
Je &ture.
ESTAMPES NOUVELLES.
Le fieur le Bas vient de graver deux très - bellesEf
tampes en large d'après Berghem, intitulées le Midi
& l'Après dînée ; elles fe vendent chés lui rue de la
Harpe , vis- à- vis la rue Percée , elles font dédiées à
M. le Baron de Thiers , Meftre de Camp de Dragons
& Maréchal des Logis des Aimées du Roy.
Il paroît auffi tout nouvellement une quatrième
Suite des Cris de Paris ou Etudes prites dans le
bas Peuple , en douze Morceaux en hauteur , fous
divers titres , tels que l'Afficheur , la Savoyarde , le
Petit Mercier , le Vendeur d'Encre , le Crieur de la
Lifte de Loterie, le Vielleux , le Sonneur pour arrofer
les rues & pour allumer les Lanternes , la Vendeuse
de Salade ; le Crieur de Moulinets & Jouets d'Enfans
; le Provençal , joüant du Tambourin & de la
Flute ; le Barbier , & la Vendeuse de Brandevin . Ces
Eftampes font gravées à l'Eau forte , par C. & terminées
au Burin par Et . Feffard , fur les Deffeins de
M. Bouchardon , qu'il fuffit de nommer pour en
faire connoître le mérite. On trouve ces Estampes
à Paris , chés Fellard , Cloître S. Germain de l'Auxerrois
, en entrant par la rue de l'Arbre -fec , la
premiere maifon neuve.
La
838 MERCURE DE FRANCE
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
avec fuccès , chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou ; il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur , ceux de
PHILIPS III. DIT LE HARDI , XLIV. Roy
de France , mort à Perpignan le 6. Octobre 1285,
après 15. ans de Regne , definé par A. Boizot , &
gravé par Pinffio.
> NICOLAS BRULART SEIGNEUR DE SILLERI ,
Chancelier de France , mort le premier Octobre
1624. âgé de 80. ans .
LOUIS - ALEXANDRE DE BOURBON , COMTE DE
TOULOUSE , né le 6. Juin 1678 mort le premier
Decembre 1737. âgé de 60. ans , peint par Hiacinte
Rigaud , & gravé par Fiquet.
FRANÇOISE - MARGUERITE DE SEVIGNE , COMTESSE
DE GRIGNAN , morte le 13. Août 1705.
peinte par Ferdinand , & gravée par Pinffio.
JEAN-LOUIS PETIT , Chirurgien Juré à Paris ,
de l'Académie Royale des Sciences , & de la Societé
Royale de Londres , Cenfeur & Démonftra
teur Royal , ancien Prévôt de S. Côme , & Sécretaire
de l'Académie Royale de Chirurgie , peint par
Vigé , & gravé par Balechou.
Le Sieur Petit , Graveur , ruë S. Jacques , à la
Couronne d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver la Suite des Portraits des Hommes
Illuftres du feu fieur Defrochers , Graveur du Roy,
vient de mettre au jour ceux de ,
MARIE DE RABUTIN CHANTAL , MARQUISE DE
SEVIGNE'. On lit ces Vers au bas.
Pour tranſmettre mon nom jufqu'aux dernieres
Races ,
Je
t
A OUST. 1839
1742
e ne me parai pas de Grec ni de Latin ,
Mais d'un Génie heureux , façonné par les Graces ,
Sous les Leçons de Rabutin.
FRANÇOISE -MARGUERITE DE SEVIGNE , COMESSE
DE GRIGNAN . On lit ces Vers au bas.
On me pardonneroit de vanter ma beauté ;
Mais qu'est- ce donc pour moi qu'un honneur fi
vulgaire ?
Rien ne me flate tant que d'avoir hérité
De l'efprit, encor plus que des traits de ma Mere
TABLEAUX IMPRIM E'S.
Nous avons fait part dans plufieurs de nos Jour
naux des efpérances que donnoit aux Amateurs
le nouvel Art d'imprimer les Tableaux avec trois
Planches , & c'eft avec un grand plaifir que nous
en annonçons aujourd'hui le fuccès.
Nous profiterons de l'occafion , pour répondre à
ceux qui voudroient laiffer entrevoir que l'art d'imprimer
des Estampes colorées n'eft pas un nouvel
Art , & il ne faut pour cela que fuivre la Gravûre
dans fes differens âges.
C'eft un Orfévre de Florence, nommé Finiguerra;
tout le monde le fçait , qui eft le premier Inventeur
de la Gravûre en Taille -douce.
Albert Dure & Lucas , de Leyde , perfectionne
rent la Gravûre fur bois & fur cuivre , & c'eft preſ..
que dans le même tems qu'on a commencé à gra
yer à l'Eau forte.
» Un certain Hugo de Carpi, inventa, dit Phélibien,,
» dans fes Principes d'Architecture , une maniere de
graver en bois , par le moyen de laquelle les Ef
tampes
1840 MERCURE DE FRANCE
tampes paroiffent comme lavées de clair o' ſcuti
Ilfaifoit pour cet effet trois fortes de Planches d'un
meme dellein , lefquelles fe tiro: ent l'une après
l'autre fous la Preffe pour imprimer une même
Eftampe ; elles étoient gravées de façon que l'une
fervoit pour les jours & les grandes lumieres ,
» l'autre pour les demi - teintes, & la troifiéme pour
les contours & les ombres forres.
"
Certe maniere de graver , dont parle ici Phélibien ,
eft affes connue parmi les Curieux ; François Mazuel ,
dit le Parmelan , qui s'apliqua à la perfectioneer ,
s'en eft fervi pour multiplier fes Ouvrages , & nous
connoifions plufieurs Tableaux d'Abraham Blomart,
qui ont été gravés par Frederic , fon fils , dans le
même gente de Gravûre.
N. PAllemand a travaillé , avec quelque aparence
de fuccès , fur les mêmes principes dans le
commencement du fiéele de Louis XIV . & nous
avons vu , il y a quelques années , plufieurs Deffeins
du Cabinet de M. Crozat , imprimés , à peu
près dans le même goût. Mais peur on confondre
cette maniere de graver avec celle dont nous parlons
aujourd'hui La Gravûre en bois , jette dans
fon clair obfcur , une féchereffe qui fait dire , au
premier coup d'oeil , qu'il valloit mieux s'en tenic
au trait point de dégradation , point de foupleſſe ,
tout eft dur.
:
Ici l'Eftampe foûtient la comparaiſon du Tablau
, elle aproche de la Nature même, & il faut un
examen bien détaillé ,pour prononcer entre le Burin
& le Pinceau .
L'Angleterre a vu naître les premiers effais du
nouvel Art ; le feu fieur le Blond , qui en eft l'Inventeur
, y mit fucceffivement au jour differens
morceaux qui furent affés bien reçus des Connoif
feurs en ce genre , pour faire naître des projets de
Soufcription.
A O UST. 1742 1841
Boufcription. Des circonstances particuliéres , qu'il
feroit inutile de raporter ici , ayant fait avorter ces
projets en Angleterre , l'Inventeur vint offrir à la
France les fécrets de fon Art ; on y connut bien-tôt
de quelle utilité devoient être des Eftampes colorées
fous la Preffe , & fur le raport des Académies des
Sciences , de Peinture , Sculpture & Gravûre , le
fieur le Blond obtint un Privilege exclufif de faire
graver & imprimer en couleur avec trois Planches .
Le fieur Gautier de Marfeilie , obtint après
la mort du fieur le Blond , une Permiffion particuliere
d'imprimer des Eftampes colorées , & les Commilaires
nommés par le Roy pour veiller à la confervation
& aux progrès du nouvel Art , ont fait
paffer enfin au fieur Gautier le même Privilege qui
avoit été accordé au fieur le Blond.
peu peu
Ce n'eft qu'après un long examen des Talens du
Sr Gautier , qu'il a été jugé capable de remplir les
intentions du Privilege . Il s'agit fur tout de faire en
de tems & à de frais , des Tableaux qu'on
puifle multiplier dans les Livres qui traiteront de
l'Anatomie , de la Botanique , de l'Hiftoire Naturelle
, de la Géographie , & de tous les Arts en géneral
& en particulier ; Portraits , Fruits , Infectes
Tableaux d'Hiftoire , tout ce qu'on a coloré jufqu'à
préfent fur le Chevalet , fort de la Preffe avec
le même coloris.
PRIX DES TABLEAUX.
Diogene dans un bois avec fes amis , d'après
Salvator Rofa , du Cabinet du Marquis de Broglio ,
grandeur de 24. pouces , fur 19. & demi . Prix en
feuille 5. livres ; doublé de toile & verniffé , 6. livres
4. fols , monté fur chaffis & vernis 6. iv. 15. f.
Démosthène réfléchiſſant ſur la vie de l'homme
G d'après
1
1342 MERCURE DE FRANCE
d'après le même Auteur , Pendant au précédent ,
même grandeur & même prix .
Une Vierge & la Sainte Famille , d'après le Carache
, de 17. pouces & demi , fur 13. & demi, en
feuille 2. livres , doublé de toile & vernis , 2. liv .
15. fols , monté fur chaſſis & vernis , 2. 1. 18. f.
Portrait de M. du Frefny , Poëte , d'après M. Coy.
pel , du Cabinet de M. de C.... même grandeur
& même prix du précedent.
Une Suzanne & lesVieillards dans un Jardin , d'a
près M. de Troye , grandeur de 15. pouces & demi
, fur 12 Prix en feuille 1. livre 10. fols ; collé
& verniffé fur toile , 2. livres 2. fols ; monté fur
chaffis & vernis , 2. livres 5. fols .
Bethzabée , fortant des Bains , d'après le même ,
Pendant au précedent , même grandeur & même
prix.
Deux jeunes Enfans comme Nature , d'après le
Correge , du Cabinet de M. le Marquis de Broglio,
même grandeur , prix en feüille 2. livres ; collé fur
toile & vernis , 2. livres 12. fols ; monté fur chalfis
& vernis 2. livres 15. fols.
Un vieux Chimifte dans fon Laboratoire , d'après
Albert Durer , du Cabinet de M. de la Moffon ,
même grandeur & même prix.
Une Tete d'Anatomie , préparée par M. Duverney
, du Jardin du Roy , où l'on voit la démontration
des muſcles de la tête & de la face , peinte &
gravée d'après Nature par l'Auteur , même grandeur
& même prix .
Un Paysage d'après M. de la Joue ; grandeur 10 .
pouces & demi , fur 8. & demi ; prix en feuille une
livre ; collé & verniffé fur toile , une livre 8 fols ;
monté fur chaffis & vernis , une
livre 10. fols.
Un Tableau repréfentant des Prunes dans un
baffin ; un autre , repréfentant des Pêches , peint
Par
AOUS T. 17427 1843
"
S.
par l'Auteur ; même grandeur & même prix.
Une Tete d'Anatomie en petit , femblable à la précedente
; grandeur , 7. pouces & demi , fur . trois
quarts ; prix en feuille 1o. fols ; collé & verniffé fur
toile , 14. fols ; monté fur chaffis & verniffé, 15. f.
L'Auteur travaille actuellement à des Deffus de
Porte & de Cheminées , repréfentant des Fruits &
des Paylages de grandeurs ordinaires.
Les Tableaux de nouvelle invention ci- deffus ,
fortant de la Preffe avec toutes les couleurs naturelles
, font differens des Eftampes colorées ou
enluminées en détrempe ; la difference de l'un à
l'autre s'aperçoit en paffant un linge mouillé deffus .
Ces Eftampes ou Tableaux fe vendent chés l'Au
teur , rue S. Honoré , chés M. le Bon , vis- à - vis les
Peres de l'Oratoire , où eft fon Enfeigne ; chés le
Sr Defprez , aux Quinze- vingt, & à "erſailles , chés
la Dile Dauvillé , rue Satory , au Caffé Dauphin .
L'Expofition des Tableaux , Sculptures , Gravûres ,
Deffeins & autres Ouvrages de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture , établie à Paris , fous la
protection du Roy , a commencé le 25. Août , jour
de la Fête de S. Louis, dans le grand Salon du Louvre
, par les foins du fieur Portail , Garde des Plans
& Tableaux du Roy , pour finir le 21. Septembre
prochain. Cette Expofition a été ordonnée , felon
l'intention du Roy , par M Orry, Miniftre d'Etat,
Contrôleur Géneral des Finances , Directeur Géneral
des Bâtimens , Jardins , Arts & Manufactures
du Roy, & Vice - Protecteur de l'Académie . Nous ne
manquerons pas d'en parler dans le premier Journal
, la matiere étant trop abondante pour pouvoir
entrer dans celui- ci . ·
On vient de mettre en vente un nouveau Livre
Gij
de
1044 ME
E
L
de Sonates pour le Clavecin , avec un accompa
gnement
de Violon , de la compofition de M. Corrette
; ces differentes Piéces peuvent auffi être jouées
fur le Clavecin feul . On les trouve à Paris , chés la
veuve Boivin , rue S. Honoré , à la Regle d'or , &
chés le Cler , rue du Roulle , à la Croix d'or. Le
prix eft de 8. livres.
Le fieur Le Rouge, Ingénieur- Géographe du Roy;
vient de publier un Morceau curieux & intereflant,
fous ce titre , PLAN des Environs de PRAGUE des
Camps des deux Armées , dédié à M. le Prince de
SOUBIZE. A Paris , chés l'Auteur , ruë des Auguſtins
, vis - à- vis le Panier fleuri .
Le fieur Neilson , Chirurgien Ecoffois , reçû à S.
Côme , pour la guérifon des Hernies ou Defcentes ,
traite ces maladies avec beaucoup de fuccès , par le
fecours des Bandages Elaftiques qu'il a inventés pour
les Hommes, Femmes & Enfans. Ces Bandages font
fort aprouvés, non feulement parce qu'ils font trèslegers
& commodes à porter jour & nuit , mais auffi
parce qu'ils font très - utiles par raport à leurs reſforts
, qui compriment la partie malade , ferment
exactement l'ouverture qui a cauflé la Defcente , &
réfiftent aux impulfions que font les parties inté
rieures, foit à cheval ou à pied. En envoyant la mefure
prife au tour du corps fur les Aînes , marquant
fur-tout l'état de la Defcente , & le côté ma,
lade , on eft affûré de les avoir juftes , auffi - bien
que ceux qu'il fait pour le Nombril.
Il donne fon avis ,felon l'âge & le tempéramment,
il prépare des Remedes qui lui font particuliers &
convenables à ces Maladies.
Voyant que les Chaffeurs & ceux qui courent à
sheral ou en chaife , qui prêchent , chantent , danfent
de
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
1-
es
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C
ཨ ༠ ཐྭརཱ ༤༠༠༠
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NEW
YORK
PUBLIC
LIBRA
f
1
ASTOR
, LENOX
endi
TILDE
FOUNDATIONS
.
A O UST. 1849 1742
fent , font des Armes , &c. font continuellement
exposés à ces maladies , il a auffi inventé des Bandages
Elaftiques , t . ès- légers , commodes & néceffaires
à porter pendant ces exercices , ou d'autres
violens , pour le garantir des maux & prévenir les
incommodités qui arrivent tous les jours Il demeure
toujours à Paris , ruë Dauphine, au Cocq d'or,
au premier apartement. Il ne reçoit point de Lettres
fans que le port en foit payé.
CHANSON.
LE Soleil trop ardent fait languir la Nature ,
Nos Bois , nos Prés & nos Côteaux
Perdent l'éclat de leur verdure ,
Et nos Ruiffeaux
Leur doux murmure ;
L'ardeur de fes rayons brûlans
Détruit les dons de Cérès & de Flore ,
Mais fes feux ne font point encor fi violens ,
Que ceux dont l'Amour me dévore .
RONDEAU
LE Dieu du myftere
Flate les Amours ;
Sans lui les douceurs de Cithere
Languiroient toujours.
Les plaifirs fecrets
G iij Pour
1846 MERCURE DE FRANCE
Pour les indifcrets
Ne font pas faits.
Le Dieu du myftere ,
Flate les Amours ;
Sans lui les douceurs de Cithere
Languiroient toujours.
Quoiqu'Iris foit moins févere ,
Un Amant de fon coeur
Doit peindre la rigueur .
Le Dieu du myftere
Flate les Amours ;
Sans lui les douceurs de Cithere
Languiroient tojours.
S -PECTACLES.
*XXX
EXTRAIT de la Comédie intitulée le Valet
embarraffé ou la Vieille Amoureufe , Piéce
en Vers & en trois Actes , représentée à
l'Hôtel de Bourgogne , le 29. Mai dernier
annoncée dans le Mereure du même mois .
ACTEURS.
Le Comte Damis , Pere de Julie
Ergafte , Oncle d'Ariſte
>
le Sieur
Riccoboni.
le Sr Mario.
Madame de Durmont , Soeur du Comte ,
la Dile Belmont.
Julie ,
A O UST. 17420
1847
> Julie , Fille du Comte
Arifte , Amant de Julie ,
la Dlle Silvia.
le Sr Rochard.
Valentin , Valet d'Arifte , le Sr Deshayes.
Rofette , Suivante de Julie , la Dlle Thomaſſin.
Arlequin , Concierge du Château , le Sr
Carlin.
Deux Chirurgiens.
La Scene eft vis- à-vis le Château du Comte ,
C
Ette Piéce a été fort bien reçûë du Public
; nous n'avons fi long - tems differé
d'en donner l'Extrait dans ce Journal , que
pour être en état d'y inferer des morceaux à
la faveur de l'Impreffion .
Arifte , Amant de Julie , Fille du Comte
Damis , étant devenu amoureux d'elle , pour
l'avoir vûë à l'Opera , ou à la Comédie , fe
traveftit en Soldat avec Valentin , fon Valet
de Chambre ils tentent tous deux
d'entrer dans un Château , où elle est enfermée
fous la garde d'une vieille Tante , Sour
de fon Pere. Voici par où Valentin débute ,
parlant à Arifte fon Maître :
,
>
Dieu veuille en ce Château que d'une Hô:eſſe
affable
Nous puiffions recevoir un accueil agreable !
Mon cher Maître, avec vous je n'en fais pas le fin ;
Giiij
La
1848 MER CURE DE FRANCE
Le corps extenué de fatigue & de faim ,
Après avoir goûté d'un peu de bonne chere ,
Deux heures de repos feroient bien mon affaire:
C'est pour moi que je parle ; à des beſoins fi bas ,
Sans fe deshonorer , l'Amour ne defcend pas ,
De fa propre fubftance il fe nourrit lui même ;
Lui ſeul´il ſe ſuffit ; on a tout , quand on aime .
Arifte ne prend pas le change fur ce début
ironique ; il convient avec Valentin que
l'amour lui a fait entreprendre ce projet qu'il
lui reproche ; il lui aprend fa paffion pour
Julie. Il ne s'agit plus , lui dit- il , que de
nous introduire dans ce Château qui renferme
l'objet de ma tendrefle ; Valentin continuant
à le prendre fur le ton ironique , lui
répond :
Au Château cette nuit fi nous mettions le feu :
Dans le logis auffi - tôt grand vacarme ;
On s'éveille , on fe leve , & chacun prend l'allarme
;
La porte s'ouvre , on fort , on cherche du fecours ;
A la faveur du trouble & de ce grand concours ,
Nous pouvons aifément tous deux nous introduire ,
Chés votre Belle alors nous étant fait conduire . ..
Arifte plein de fon amour trouve ce projet
merveilleux ; Valentin lui dit :
Il eft
extravagant ;
POMY
A O UST: 1742 1849
Pour faire votre cour à la belle Julie ,
Vous voulez débuter , Monfieur , par l'incendie ?
Et, pour préfent de nôce, offrant à fes beaux yeux,
Les débris confumés du bien de ſes Ayeux ,
En faire à votre gloire élever un trophée
Et fi Julie étoit dans la flâme étouffée....
"
Arifte avoue à Valentin qu'il voit le ridi
cule de ce projet ; il en imagine un beaucoup
plus raisonnable , c'eft de demander
une retraite dans ce Château , fous prétexte
que l'un d'eux ayant été bleffé a befoin de
fecours . Valentin ne fe prête qu'avec peine à
ce dernier expédient , mais voyant aprocher
Arlequin , Concierge du Château il confent
à contrefaire le bleffé , & fe couche fur le
gazon , après avoir envelopé fon bras de
l'écharpe de fon Maître. Voilà à peu près ce
qui fe paffe dans la premiere Scéne . Nous
ferons beaucoup plus fuccincts dans les autres
, pour ne point aller au delà des bornes
prefcrites.
Arlequin à la vûë de deux Soldats , qu'il
prend pour des voleurs , ne fe croit pas trop
en fureté ; ils ont beau exciter fa pitié , il eft
inexorable , mais une bourfe qu'on laiffe
tomber à fes pieds & qu'il s'aproprie , parce
qu'aucun des deux prétendus Soldats ne la
reclame , le fléchit. Il leur promet de les fervir
; il leur aprend qu'il n'y a dans ce Châ-
Gv tem
1850 MERCURE DE FRANCE
teau qu'une vieille Tante , une aimable Niécc
, Fille du Comte Damis , abfent depuis
deux ans. Voici le confeil qu'il leur donne
& fur lequel Valentin fonde l'efperance du
fuccès.
Il faudra commencer par cajoler la Tante ,
Porter même vos foins jufqu'aux tendres égards ;
Mais , furtout , de la Niéce éloignez vos regards ;
Un feul peut vous trahir ; il faut y prendre garde.
Ils lui promettent d'obferver exactement
la loi qu'il leur prefcrit. Arlequin les quitte,
pour aller prévenir la Tante.
Valentin veut abandonner une entrepriſe
dans laquelle il prévoit bien des difficultés ,
& c'eft ici où il commence à juftifier le titre
de la Piéce ; me voilà affés embarraffé , ditil
à Arifte :
Convenez que je fuis un homme univerfel ,
Si je puis me tirer de tout ceci fans peine.
Me voilà , de Valet , aprentif Capitaine ,
Malade & bien bleffé ; d'homme ſain , vigoureux ,
Je dois faire le fou , quand je fuis des plus fages ;
Suis- je , à la fois , chargé d'affés de perfonnages
Madame de Durmond arrive avec Julic &
Arlequin. La vûë de deux Soldats effarouche
d'abord la Tante. Elle veut leur refufer l'azile
qu'ils lui demandent , mais Valentin lui
jette
A O UST. 1742. 1851
pour ja jette des regards qui l'attendriffent ;
Niéce elle reconnoît dans Arifte cet aimabl
inconnu qu'elle a vû aux Spectacles & qu
n'a déja fait que trop d'impreffion fur fon
jeune coeur ; Arifte ne la voit pas plûtôt qu'il
oublie le confeil qu'Arlequin lui a donné ;
il lui parle d'une maniere à donner des foupçons
à la vieille furveillante ; autre embarras
pour Valentin ; voici comment il s'en tire
en parlant bas à Madame de Durmont :
Son efprit fe dérange en de certains momens ;
..... cela lui vient d'un excès de tendreffe ;
De la perte qu'il fit jadis d'une Maîtreffe :
Il en penfa d'abord mourir de défeſpoir ;
Il croit depuis ce tems , lai parler & la voir ;
Si tôt qu'il fe rencontre auprès de quelque Belle ;
Cette idée , à préfent , chés lui fe renouvelle .
>
Mad, de Durmont ne feroit pas fi crédu
le , fi elle étoit moins fenfible . Valentin
qu'elle prend pour un homme , bien au def
fus de ce qu'il paroît , l'occupe toute entiere ;
elle le lui fait connoître par tous fes difcours
; il en feroit très - content , fans un ordre
qui lui paroît cruel , c'eft qu'elle le condamne
à une longue diette , de peur que les
alimens ne nuifent à fa bleffure , & voilà encore
un embarras pour Valentin , qui ne
s'accommode pas de l'abftinence .
G vj Julie
1852 MERCURE DE FRANCE
› Julie commence le fecond Acte elle
cherche un Portrait que Mad. de Durmont a
perdu , & que Valentin a trouvé ; mais ce
n'eft pas ce Portrait qui l'occupe le plus ;
elle fe rapelle les traits d'un inconnu qu'elle
a vû à la Comédie , & cet inconnu eft ce
même Arifte qu'elle vient de revoir ; voici
comment elle exprime les fentimens fécrets
de fon coeur.
Mais , quand je l'examine & que j'y veux rêver ,
Cet air me frape au point que j'y crois retrouver
Les traits d'un inconnu , dont à la Comédie
Le regard affidu , mais plein de modeſtie,
Mit un trouble en mes fens dont mon coeur fur
furpris.
C'eft lui-même , & fes yeux m'en ont affés apris
Pour connoître le but de fa métamorphofe....
fa
Helas ! à quel danger ſa pourſuite m'expoſe !
Nous paffons ici fous filence ce qui regar
de Valentin condamné à faire diette ; Rofet
te lui promet de le fecourir en lui donnant
de quoi manger & boire à l'infçû de Mad.
de Durmont ; des Chirurgiens viennent de
la part de cette vieille amoureufe pour le
panfer , mais quelques piftoles données par
Arifte le tirent de ce nouvel embarras . Arifte
ne parle de fon amour à Julie qu'à la fin de
ce fecond Acte ; elle veut le fuir , mais il
l'arrête;
AOUST.
1742. 1853
T'arrête ; il fe jette à fes genoux & lui dit
tendrement :
Vous voyez un Amant foûmis à vos genoux ,
Qui croit pouvoir , Madame , aſpirer juſqu'à vous,
Que fa délicateffe empêchoit de paroître ,
Mais que
l'amour , plus fort , veut vous faire com
noître ,
Si vous lui permettez enfin de s'exprimer.
Ce n'eft pas d'aujourd'hui qu'il ofe vous aimer &c.
Julie lui répond avec autant de fageffe que
d'amour.
..... · un auftere devoir
Défend de vous parler , & même de vous voir.
Ignorez-vous encor qu'un obftacle invincible
Vous interdit l'eſpoir de me trouver fenfible ,
Que mon coeur par mon Pere à d'autres voeux
promis ,
Ne fçauroit jamais être heureux , s'il n'eſt ſoûmis
S'il ne fçait s'immoler au pouvoir qui le lie
S'il ne fuit la raiſon , & s'il ne vous oublie à
A
Rofette qui eft préfente à cette tendre,
converfation , les raffure contre la trifte nouvelle
du prochain retour du Comte Damisqui
amene avec lui un futur Epoux pour
Julie. Voici comment cette fecourable Confidente
finit ce fecond Acte en s'adreffant
d'abord à Arifte & enfuite à Julie :
Que
1854 MERCURE DE FRANCE
Que craindre , ayant pour vous , & l'Amour &
Rofette ?
Mais rentrez au plus vîte ; & nous , faifons retraits ;
à
part •
J'embarque nos Amans , & je les mets à bord ,
Mais je laiffe à l'Amour à les conduire au port .
Arlequin commence le troifiéme & der
nier Acte par ce Monologue :
Quel défordre au Château , lorſqu'à fon arrivée
Le Comte va trouver fa four folle achevée ,
Et que de deux gaillards , reçus maîtres chés lui ,
Ces Dames ont fait choix pour charmer leur ennui!
Comme il n'eft pas doüé d'un naturel fort tendre
C'eft à moi fans façon qu'il pourroit bien s'en
prendre .
Prenons confeil , avant qu'il puiſſe être arrivé ,
D'un homme fenfé , qui .... le voilà tout trouvé.
Arlequin dit ce dernier Hemiftiche, parce
que le Comte Damis fe préfente à fes yeux ;
il veut fe retirer prévoyant l'orage prêt à fon
dre fur lui , mais le Comte l'arrête ; les réponfes
ambiguës du Valet donnent des foupçons
au Maître , Arlequin ne peut lui cacher
que deux Soldats qui fe difent de fon Régi
ment ont été reçûs chés lui par droit d'hofpitalité.
Les foupçons du Comte fe fortifient ;
il
A O UST. 1742. 1855
il défend à Arlequin d'annoncer fon arrivée .
Malgré la défenfe du Comte , Arlequin
inftruit Arifte & Valentin de la fituation embarraffante
où ils fe trouvent tous . Arlequin
s'étant retiré, Valentin demande à Ariſte d'où
vient qu'il paroît fi content ; Arifte lui aprend
que c'eft par la permiffion que Julie lui a
donnée de la demander en mariage à fon
Pere ; Valentin lui répond qu'il n'a point fon
pareil pour les illufions ; il lui confeille de
quitter une entreprife fi folle. Arifte n'y confent
point , & voyant Madame de Durmont
aprocher , il le laiffe aux prifes avec cette
folle :
Mad. de Durmont , ravie d'avoir un tête
à tête avec Valentin , lui déclare l'amour
qu'elle a pour lui ; c'eft - là un nouvel embarras
pour ce Valet ; il ne fçait comment s'en
tirer ; il a beau lui dire qu'il n'eft qu'un pauvre
miferable , elle ne veut pas l'en croire , ce
qui l'oblige à dire à parte :
Pour lui déplaire , en vain , je fais tous mes efforts
Il faut que pour m'aimer elle ait le diable au
corps.
Mad. de Durmont perd enfin toute retenuë
; elle lui propofe de l'emmener en Canada
, où fon Pere , jadis Gouverneur de la
nouvelle France , a laiffé des biens immenfes
; eh ! pourfuit - elle ,
856 MERCURE DE FRANCE
C'eft-là que par d'heureux liens ,
A l'abri du reproche , & goûtant fan's envie
Le folide agrément d'une commode vie ,
Eloignés pour jamais de ces climats pervers ;
L'un de l'autre charmés & feuls dans l'Univers ,
Nous pourrons ,
fatisfaits d'une tranquille joye ,
Nous-mêmes , nous filer des jours d'or & de foye.
Pour fon malheur , le Comte , fon Frere ,
s'étant avancé vers elle fans être aperçû , a
entendu cette belle déclaration d'amour ;
après lui en avoir fait toute la honte , il
lui dit qu'il ne fçauroit mieux l'en punir,
qu'en l'envoyant en Canada avec fon nouvel
Amant ; Valentin veut fe retirer , mais le
Comte le retient, & lui fait fubir un interrogatoire
qui lui paroît plus embarraffant que
tout ce qu'il a trouvé de plus pénible dans
la folle entrepriſe de fon Maître . Cependant
le Comte , & Mad. de Durmont , le preffent
toujours plus vivement ; il ne trouve point
de meilleur ftratagême que de feindre qu'il
eft engagé ailleurs , & de le prouver par le
Portrait dont nous avons parlé , & qu'il a
trouvé à fon arrivée. Ce Portrait eft juftement
celui de Madame de Durmont , peinte
en Flore ; Valentin n'avoit garde de la reconnoître
dans des traits fi differens de ceux
qui lui reſtoient ; trente ans s'étoient paffés
depuis
A O UST. 1742 1857
depuis qu'elle s'étoit fait peindre. Elle prend
cette feinte de Valentin pour une déclaration
l'amour des plus galantes ; elle lui dit tendrement
qu'elle va bien-tôt lui amener cet
objet de fa tendreffe & fe retire pour s'aller
habiller en Déeffe Flore . Le Comte Damis
qui ne comprend rien non plus que Valentin,
à ce que Madame de Durmont dit au fujet
du Portrait & de l'Original de la Flore en
queftion veut faire emprifonner ce Valet
embarraffé ; Valentin apelle au fecours ; Ergafte
vient ; c'eſt juſtement l'Oncle d'Arifte,
que le Comte Damis a amené avec lui , pour
époufer fa Niéce. Valentin qui le reconnoît ,
commence à refpirer , & ne doute point que
le Neveu ne fuplante 1'Oncle . Julie vient fe
jetter aux pieds de fon Pere , & le prie de
vouloir bien ne la point condamner à époufer
Ergafte ; Arifte prie à fon tour fon Oncle
de ceffer d'être fon Rival, attendu que la belle
Julie fe déclare en fa faveur ; pour achever
la Comédie , Madame de Durmont revient
déguifée en Flore, & fournit un jeu de Théa
tre affés plaifant. Le Comte Damis ne balance
pas à préferer le Neveu à l'Oncle , qui ne
cede pas fans répugnance l'aimable objet
dont on lui avoit promis de le mettre en poffeffion
, & pour Madame de Durmont , elle
renonce au voyage de Canada dès qu'elle
aprend que l'objet de fon fol amour n'eft.
qu'un Valet, Le
* 858 MERCURE DE FRANCE
Le 2. Août , les mêmes Comédiens remirent
au Théatre la Comédie de la Fauffe Suivante
ou le Fourbe Puni , de M. de Marivaux.
La Dlle Silvia y jouë le principal Rolle de la
Piéce , d'une maniere à ne rien laiffer à défirer.
On donna le même jour une petite Piéce
nouvelle en Vers , & en un Acte , de M.
Guyot de Merville , qui a pour Titre , les
Dieux Travestis , laquelle a été reçûë très favorablement
, elle eft terminée par un joli
Divertiffement qui a été fort aplaudi. On
parlera plus au long de cette nouveauté.
Le 18. les mêmes Comédiens repréfenterent
les Menteurs Embarraffes , & la petite ,
Piéce nouvelle des Dieux Traveftis , dont on,
vient de parler. Le fieur Campioni , & la Dile
fon Epoufe , tous deux de Venife , parurent
pour la premiere fois & danſerent deux
diférentes Entrées , dans les Intermedes de
ces deux Comédies , avec un aplaudiffement
général.
Le fieur Carlo Bertinazzi , né à Turin ,
qui avoit débuté l'année derniere fur ce
Théatre par le Rolle d'Arlequin , & le fieur
Balleti , fils du fieur Mario & de la Dlle
Silvia , pour les Rolles d'Amoureux , ont été
reçûs depuis peu dans la Troupe du Roy .
Le 2. Août , l'Académie Royale de Mufique
A O UST. 1742: 1859
que remit au Théatre la Tragédie d'Ajax ;
e Poëme eft de M. Meneffon , & la Mufique.
le M. Bertin . Cette Piéce qui fut donnée
pour la premiere fois au mois d'Avril 1716.
reprife en Juin 1726 , eft très-bien remife
, & rien ne manque du côté de l'exécution.
Le fieur Chaffé , qui avoit joüé le même
Rolle d'Ajax en 1726 , le remplit aujourd'hui
avec aplaudiffement ; ceux de Caf
fandre & de Corebe , font parfaitement bien
rendus par la Dlle Chevalier , & par le fieur.
Jelyot. L'exécution des Ballets dans les Divertiffemens
n'a pas moins fait de plaifir.
On peut voir ce qu'on a dit de cette Piéce ,
quand elle a été repriſe en . 1726 ( dans le
Mercure de Juillet de la même année , page
2654.
Le 9. Août , les Comédiens François donnerent
la premiere repréfentation d'une
Tragédie nouvelle de M. de Voltaire , intitulée
Mahomet , laquelle a été retirée par
l'Auteur après la troifiéme Repréſentation.
On en parlera plus au long. *
Le 23 , les mêmes Comédiens donnerent
ane Piéce nouvelle en Vers & en trois Actes,
intitulée la Fête d'Auteuil , terminée par un
Divertiffement de Chants & de Danfes. On
parlera de cette nouveauté.
Les fieurs Baron & de Bonneval , nouveaux
1860 MERCURE DE FRANCE
veaux Comédiens , qui avoient débuté fut
ce Théatre fur la fin de l'année derniere ,
ont été reçus dans la Troupe du Roy.
Les fleurs de la Noue & Paulin , & la Dlle
Gautier auffi nouveaux Comédiens , ont eté
reçûs , depuis peu , dans la même Troupe.
Le premier Août, l'Opera Comique donna
une Piece nouvelle d'un Acte enVaudevilles,
qui a pour Titre les Acteurs Juges , laquelle
a été reçue favorablement du Public. Cette
Piéce qui eft fuivie du Nouvelifte & du Sant
du Foffe, eft ornée de deux Pantomimes, exécutées
par le fieur & la Dlle Grimaldi , avec
toute la préciſion & la vivacité convenables
à ces fortes de Danſes ; on a vû l'une de ces
Pantomimes exécutée fur le Théatre de l'O
pera , & fur celui de l'Hôtel de Bourgogne ,
fous le Titre des Jardiniers.
Le 8 , ils remirent au Théatre une petite
Piéce d'un Acte , intitulée le Rien , & d'un
nouveau Divertiſſement , qui a pour Titre
'Oeil du Maître , qui a été aplaudi.
Le 28 , le même Opera Comique donna
une Piéce nouvelle en deux Actes,intitulée La
Fauffe Duegne, fujet tiré de l'Efpagnol , ornée
de Divertiffemens, de Chants & de Danſe , laquelle
a été aplaudie , de même que les deux
Pantomimes des Jardiniers , & des Sabotiers,
exécutées par le St Grimaldi, & par la Dlle fa
foeur.
A OUST. 1861 1742.
ceur. La nouvelle Piéce eft terminée par une
troifiéme Pantomime , intitulée l'Oeil du
Maître ,, dont ont vient de parler , & qu'on
voit toujours avec plaifir .
NOUVELLES ETRANGERES,
b
TURQUIE .
Na apris de Conftantinople , que depuis la
dépofition du dernier Grand Vifir , on commençoit
à croire que la paix pourroit fe conclure
entre la Turquie & la Perfe , & qu'il y avoit du
noins beaucoup d'aparence qu'il ne fe paffercit
ien d'important cette année entre les armées des
eux Puffances . Le nouveau Grand Viſir paroît être
rincipalement occupé du foin de rétablir l'abonlance
, furtout à Conftantinople , où les vivres font
nontés à un prix exceffif.
Le Chiaoux Bacha a été dépofé depuis peu , &
les biens ont été confifqués ; le Grand Tréforier de
PEmpire Ottoman eft menacé de fubir le même
fort, & la plupart des Pachas & des autres Officiers,
qui avoient été privés de leurs Charges fous la
précedent Miniftere , ont été rapellés ,
RUSSIE.
N mande de Mofcow du 18. du mois
Juin dernier,que le 1 ;, le Comte de Saxe, Lieucenant
Géneral des Armées de S. M. T. C. lequel
étoit arrivé de Drefde le jour précedent , fut préfentá
1862 MERCURE DE FRANCE
3
· fenté à la Czarine par le Marquis de la Chétardie
& que ce Seigneur fir des repréſentations à S. M.
Cz . au fujet des droits qu'il prétend avoir fur le
Duché de Curlande. La Czarine lui ayant dit qu'il
en pouvoit conférer avec le Prince de Helle- Hombourg
& avec le Comte de Beftuchef , le Comte
de Saxe a eû de fréquens entretiens avec l'un &
l'autre , & l'on efpere que cette affaire pourra s'ac
commoder.
Le Comte Erneft Biron continuë de demeurer à
Jaraflaw , qui n'eft qu'à une petite diſtance de Mofcow
, & il y eft logé dans le Château avec toute
fa famille. S. M. Czarienne, qui lui a affigně vingt
Roubles par jour pour fon entretien , lui a permis
non-feulement de prendre le nombre de domeftiques
qu'il jugera à propos , mais encore de fe promener
& de chaffer dans les environs de Jarañaw.
Il a déja fair plufieurs inftances pour obtenir une
- entiere liberté , & pour pouvoir fe retirer en Allemagne
, mais la Czarine lui a fait dire qu'il devoit
fe contenter de la bonté qu'elle avoit euë de le rapeller
de fon exil , & qu'il lui convenoit d'attendre
patiemment ce qu'elle voudroit dans la fuite ordonner
de fon fort.
La Czarine ayant bien voulu faire l'honneur au
Marquis de la Chétardie , Ambaffadeur du Roy de
France , d'aller fouper chés lui le 17. du mois de
Juin dernier , S. M. Cz . accompagnée du Duc d
Holftein-Gottorp ainfi que du Prince & de la Princeffe
de Hombourg , fe rendit ce jour- là vers les
fept heures du foir à l'Hôtel de cet Amballadeur.
Auffi- tôt qu'elle y fut arrivée , on commença
un Concert , qui fut exécuté par les plus habiles
Muficiens que le Marquis de la Chétardie
avoit pû railembler , & qui dura jufqu'à neuf heures.
S. M. Cz. paffa enfuite dans la Sale où elle de
VOIT
A O UST. 1742 1863
Voit fouper , & qui étoit ornée & éclairée avec une
magnificence extraordinaire. La table de la Czarine
n'étoit que de douze couverts , & il y eut deux
autres tables de vingt - cinq couverts chacune , pour
les Seigneurs & Dames qui avoient accompagné
S. M. Čz. Ces trois tables furent fervies chacune
à fept fervices , avec autant de délicateiſe que de
profufion , & l'on admira furtout la beauté & la
varieté du deffert. La Czarine demeura jufqu'à minuit
chés l'Ambafladeur , & elle lui témoigna en fe
retirant , qu'elle étoit extrêmément fatisfaite de la
maniere dont il avoit reçûë .
S. M. Cz. a beaucoup d'égards pour le Comte
de Saxe .
Les Soldats du Régiment des Gardes , qui ont
commis il y a quelque tems à Pétersbourg de fi
grands défordres , ont été condamnés par le Con-
Teil de Guerre , à recevoir le Knout , & plufieurs
de leurs camarades ayant formé une nouvelle émeute
à cette occafion , on a été obligé d'arrêter encore
un grand nombre de ces féditieux .
Les Lettres de Mofcow marquent que le Comra
de Saxe en étoit parti le quatre du mois paffé ,
pour fe rendre à l'armée Françoife qui eft en Bacre.
La Czarine a fait préfent d'une Tabatiere & d'une
Montre , enrichies de diamans , à M. de Magne ,
Capitaine dans le Régiment de Tournefis , qui
ayant accompagné en qualité de Gentilhomme le
Marquis de la Chétardie , Ambaffadeur de S. M.
T. C. a été chargé par cet Ambaffadeur de queles
commiffions relatives aux Négociations entre
Ja Mofcovie & la Suede .
S. M. Cz . a accordé au Prince de Heffe- Hombourg
le titre de Feldt-Maréchal General de fes
nées.
ALLE864
MERCURE DE FRANCE
ALLEMAGNE,
Y
N mande de Vienne du 21. du mois dernier ,
qu'un détachement du Régiment de Bareith
a conduit 150. prifonniers de guerre , qu'on a envoyés
en Hongrie fous l'eſcorte d'un autre déta◄
chement.
Le Prince Charles de Loraine a mandé à la
Reine , qu'une partie de la groffe artillerie qu'on
a fait partir de Vienne pour l'armée de Boheme ,
étoit arrivée au camp de Konigshal , & que le refte
y étoit attendu inceffamment.
S. M. H. a apris que le Comte de Kevenhuller
avoit détaché un Corps de troupes fous les ordres
du Major General Berenklaw, pour couvrir les Places
propres à conferver la communication entre la
Baviere & la Boheme.
On mande de Prague , que le Maréchal de Broglie
étant forti de fon camp à la tête d'un détachement
confidérable d'Infanterie & de Cavalerie ,
pour reconnoître le Corps de troupes que le Génefal
Feftetitz a amené de Moravie , ce Maréchal fur
attaqué par une partie des troupes dont ce Corps
eft compofé & qu'après un combat qui a été trèsvif
de part & d'autre , qui a duré plufieurs heures
le Maréchal de Broglie eft rentré dans fon camp.
FRANCFORT,
'Empereur a nommé Lieutenans - Feldt- Mare-
Schoen & de Gabrielis , le Comte Jofeph de Preyfing
& le Prince de Saxe Hildsburghaufen , pare
du Prince de ce nom qui eft au Service de la Rent
de Hongrie , & S. M. I. a fait Majors Génera
AOUST.
1865 1742
le Comte de Truchfes Wurtzbach , M. de Wachfenftein
, le Baron de Zwirbi M. de Krotfchan
& M. de Wittgenstein.
>
M. de Raab , Confeiller Privé de l'Evêque de
Wurtzbourg , a été nommé fecond Commiflaire de
l'Empereur à la Diette de l'Empire.
S. M. I. a déclaré le Comte de Pioſaſque , Gé→
neral de Cavalerie , le Comte de Florimond , Géneral
d'Artillerie , le Comte de Lodron , Lieute
nant Feldt Maréchal ; le Prince Augufte de Bade
le Comte d'Oettingen & M. Frederic , Majors Gé
peraux.
Le Géneral Speretti , le Comte Maximilien de
Terring , & les Barons de Preyfing , de Mayrhoffer
& de Hartmann , ont obtenu des places de Confeillers
Privés de l'Empereur.
La Diette de l'Empire continue ſes Séances à
Francfort , & S. M. I. a adreffé à cette Aſſemblée
deux Décrets de Commiffion , l'un pour exhorter
les Etats de l'Empire à faire reparer les Fortifications
de Philisbourg , & l'autre pour demander
qu'ils nomment des Commiffaires qui puiffent régler
ce qui concerne la Chambre Impériale de
Wetzlar .
On écrit de Francfort que l'état de l'Armée de
M. le Maréchal de Mailiebois , allant en Baviere eft
conforme au détail qui fuit :
Premiere Divifion , partant le
M. le Maréchal.
Lieutenans Géneraux.
Mis de Balincourt.
de Lutteaux ,
Maréchaux de Camp.
Mrs de Puttanges.
de Coigny.
9. Août
Prince de Pons.
de Pontchartrain.
de Maulevrier.
Infanterie.
Champagne ,
Artois ,
Puiguyon .
H
3 .
I. S
I.
Poitou
1866 MERCURE DE FRANCE
Poitou ,
Beauvoifis
,
3.7
1. S
Royal Comtois , 1 .
La Gendarmerie ,
Royal Rouffillon ,
81
3
3. Rozen ,
Regim. de Dragons
24
Artillerie
.
LesCompagnies
franches
de la Croix & de
Vandal.
M. de Malezieu , moitié
de l'Artillerie & moitié
de fon Bataillon .
La Compagnie de Mineurs
& celle d'Ouvriers.
Etat Major.
M. l'Intendant.
M. de Salieres & Aides;
M. de la Touche.
M. de Maillac , Major
General des Dragons.
Une Brigade d'Ingé Quatre Commiffaires des
nieurs. Guerres.
Seconde , partant le 11 .
Lieutenans Generaux, Dauphin Etranger, 3 .
Mrs de la Mothe.
de Lautrec.
Maréchaux de Camp.
Mrs de Chazerons.
de Brezé.
de Croiffy.
Infanterie.
Lyonnois ,
Rouergue
Provence ,
3.
•
I1.
S
Montmorin ,
Fitzjames , 3:36
Artillerie.
M. de Melay , l'autra
moitié de l'Artillerie
& de fon Bataillon .
La Compagnie franche
de Dulunent.
Une Brigade d'Ingé
nieurs.
Etat Major,
Mrs de Modene.
de la Neuville .
Bourgogne ,
I.
Guyenne ,
I.
Blaifois
Cavalerie.
Dauphin ,
Bourbon , }
Guerres,
QuatreCommiffaires des
Troifiéme
A O UST. 1742 1867
Troifiéme Divifion , partant le 13 .
Maréchaux de Camp. La Couronne ,
Mrs de Louvigny.
D'Efpinay .
de Clermont.
du Châtelet.
de Maupeou.
de Rendan.
Infanterie.
Limofin ,
Vermandois ,
Pontieu ,
Santerre ,
2 .
I. រ
I.
I.
Cavalerie.
Saxe ,
Bretagne ,
Saint Aignan ,
Berry ,
Barbançon ,
3.
2.
3.
}
3.5
Etat Major.
Mrs de Chauvelin .
de Bonnac .
de Tirconnel.
3 .
2.
} 6.
:} $
QuatreCommiffaires des
Guerres .
Quatrième , partant le 14.
Lieutenans Géneraux.
Mrs de Montal.
de
Philippes .
de Vaudray.
de Saint Vallier.
d'Nautefort.
de Contades.
Maréchaux de Camp.
Infanterie.
Bourbonnois ,
Angoumois ,
Biron ,
Marfan
Périgord ,
Guife ,
3 .
I. S
I.
3 .
1.)
Cavalerie.
Royal Etranger , 3 .
d'Aumont ,
Condé ,
2.
3..
Royal Piémont , 3.26
Conty ,
}:"},"
La Compagnie franche
de Du Moulin.
Mrs de Gayon.
Le Chevalier de Maillac.
Quatre Commiffaires des
Guerres.
HAMBOUR G.
Elon les derniers avis de Boheme , le Maréchal
Sde Belle - Ifle & le Comte de Konigleg fe
rendirent le 2. Juillet dernier au Château de Ko-
Hij mor1868
MERCURE DE FRANCE
morzan , près de Prague , ayant mené avec eux ,
ainfi qu'on en étoit convenu , des eſcortes égales .
& ils eurent enſemble une conference , après la
quelle ils firent partir chacun un courier pour leurs
Cours .
On a apris de Dresde , que le Roy de Pologne ,
Electeur de Saxe avoit demandé deux mois , pour
prendre fon parti fur la propofition qui lui a été
faite d'acceder au Traité conclu entre la Reine de
Hongrie & le Roy de Prufle , & qu'en attendant il
étoit convenu d'une fufpenfion d'armes avec S.
M. Hongroife . ་ ་ ་ །
4
Selon les lettres écrites de Prague , le Grand
Duc de Tofcane , accompagné du Prince Charles
de Loraine , & du Comte de Konigleg , alla le 10
du mois dernier reconnoître les environs de la Place
& les poftes avancés de l'armée Françoiſe , commandée
par le Maréchal de Broglie.
Un Commiffaire des vivres eft allé à Konigſgratz
par ordre du Grand Duc de Toſcane , pour faire
tranfporter au camp des troupes Autrichiennes un
magafin de fourages que le Roy de Pruffe avait
établi dans cette Place , & qui a été cedé à la Reine
par S. M. Pruffienne.
On a apris de Boheme , que la garniſon , qui a
défendu fi long- tems le Château de Frawemberg ,
avoit été enfin obligée de rendre ce Château aux
woupes Autrichiennes qui le tenoient affliégé,
band
Odernier
ITALIE
.
Numande de la Mirandole du 23. du mois
, que les troupes Autrichiennes &
Piemontoifes étant entrées dans cette Principauté
après la prife de la Citadelle de Modene , & que le
Roy de Sardaigne étant allé camper à la Concordia
, fix Bataillons des troupes de ce Prince , commandés
A O UST. 1742. 1869
果
"
mandés par le Comte de Schulembourg , Lieutenant
Géneral , qui avoit fous fes ordres le Comte
de Monbercel , Maréchal de Camp , & M. Neeffe,
Brigadier , s'avancerent à San Martino avec un dé
tachement de 1500. Autrichiens & de soo , Croa
tes.
La nuit fuivante , le Roy de Sardaigne fit ouvrir
la tranchée devant cette Ville par 2000. Fufiliers &
par trois Compagnies de Grénadiers , & malgré un
affés grand feu que la garnifon fit du chemin couvert
, la premiere Parallele & les Boyaux de communication
le trouvérent le 16. au matin en état
de couvrir les travailleurs , qui continuerent pendant
la journée de les élargir & de les perfectionner.
Quinze cent hommes des troupes Autrichiennes
& Piémontoifes furent employés la nuit du 16. au
17. à prolonger la Parallele ; les affiégeans avoient
auffi commandé rooo . Paylans , pour travail er aux
Boyaux de communication , mais ils n'en pûrent
raffembler que 75.
Le 17 , la Parallele fut confidérablement prolongée
fur la droite & fur la gauche , & les affiégeans
acheverent de la perfectionner , de même
que la queue de la tranchée , où ils étoient fort
incommodés par le canon de la place.
Ils firent la nuit du 18. un crochet fur la gauche
de la tranchée , & ils travaillerent à établir fur leur
droite une Batterie de vingt canons & deux autres
de mortiers . Pendant cette nuit & pendant les deux
jours précedens , la garnifon ne ceffa point de faire
un feu très- vif.
Le 19 , un Corps de huit Bataillons Piémontois
& un détachement des troupes de la Reine de Hongrie
, plus fort de 500. hommes que le premier
releva les troupes qui avoient pris pofte à San
H iij Martino
1870 MERCURE DE FRANCE
Martino par ordre du Roy de Sardaigne.
La Batterie de mortiers de ce Prince fut entierement
établie le 20 , & les Autrichiens avancerent
beaucoup l'établiffement de la leur.M. Terful, Capitaine
d'Artillerie dans les troupes Piémontoiſes , fut
thé d'un coup de canon , en allant tracer le magafin
de la premiere de ces Batteries , & un Canonier
y eut un bras emporté . Le Roy de Sardaigne alla le
foir vifiter la tranchée , & pendant qu'il y étoit ,
un détachement de la garnifon fit une fortie à la
faveur d'une pièce de bled , le long de laquelle il
marcha à couvert jufqu'à la tranchée ; ce détachement
tua quelques Soldats aux affiégeans , mais la
crainte d'être coupé l'obligea bien- tôt de rentrer
dans la Place .
Les Autrichiens ayant achevé le 21. leur Batterie
de mortiers , elle commença ce jour là , ainfi que
celle du Roy de Sardaigne , à jetter un grand nom
bre de bombes dans la Place . Le même jour les affiégeans
perfectionnerent les Platteformes de leur
Batterie de canons , & bien- tôt après elle tira avec
tant de fuccès , que le 22 au matin , elle fit breche.
Le Comte Martinoni , Gouverneur de la Place ,
défefperant alors de pouvoir faire une plus longue
réfiftance , fit arborer le Drapeau blanc , & il envoya
un Officier au camp des affiégeans , pour demander
à capituler.
On eft convenu par la Capitulation , que trois
heures après qu'elle auroit été fignée , la principale
porte de la Ville feroit remife aux troupes Autrichiennes
& Piémontoifes ; que les Soldats des trou
pes Nationales de la garnifon auroient la liberté de
fe retirer chés eux , mais que les Officiers refteroient
prifonniers de guerre , jufqu'à ce que les
Forts de Monte Alfonfo , de Seftola & de Verrugola
, fe fuflent rendus ; que les Officiers des troupes
A O UST. 1742. 1871
pes Etrangeres de la garnifon feroient traités comme
ceux des troupes Nationales , mais que les Soldats
des premieres de ces troupes ne feroient libres
qu'à la fin de la campagne ; & que les uns & les
autres ne feroient renvoyés qu'après s'être engagés
à ne point fervir contre la Reine de Hongrie ni
contre le Roy de Sardaigne pendant la préfente
guerre ; que tous les Officiers , foit Nationaux foir
E rangers pourroient emmener avec eux leurs
équipages & emporter tout ce qui leur apartient, &
que les malades & bleffés de la garnifon demeureroient
jufqu'à leur entiere guérifon dans la Place ,
où l'on auroit le même foin d'eux , que fi elle étoit
encore au pouvoir du Duc de Modene . ,
•
Les lettres de Cezena du 8. de ce mois portent
que le Roy de Sardaigne ayant apris qu'il y avoit
derriere la Ville de Forli un détachement des troupes
fpagnoles , il donna ordre à 350. hommes de
Cavalerie & à 200 Huffards, d'aller attaquer ce détachement,
qui , ayant paffé le pont du Ronco , fe replia
fur Forlimpopoli ; 40. Huffards Autrichiens &
30. Dragons Piémontois , en le fuivant , furent
coupés par une troupe de Dragons Eſpagnols & de
Miquelets , qui leur tuerent 5. hommes & en firent
8. prifonniers,
O
ESPAGNE.
T
N mande de Madrid du 10- du mois dernier
que l'Intendant de Marine du Ferol a fair fçavoir
au Roy , que l'Armateur Jean Fernand Villar
Commandant la Barque la Bonne Aventure , y
avoit conduit un Brigantin Anglois , nommé le
Prince de Galles , qui avoit fait voile d'Excefter pour
le Portugal , & qui étoit chargé de 1950. quintaux
de moruë .
Une Balandre Angloife , à bord de laquelle il y
Hi avoit
1872 MERCURE DE FRANCE
avoit 656. Barriques de beurre falé , a été priſe pa
l'Armateur Louis d'Olivet .
Un Vaiffeau de guerre du Roy d'Espagne s'eft
emparé depuis peu de fept Bâtimens Anglois , da
nombre defquels eft le London , & il les a conduits
à la Vera Cruz .
Les Vaiffeaux l'Elizabeth & l'Heureux ont auffi
été pris par les Espagnols.
M. Jacques Lindley , Commandant le Vaiſſeau
le S. Jean Baptifte , a raporté qu'en venant de
Neuwcaſtle aux Dunes , il avoit vû un autre Armateur
s'emparer d'une Balandre Angloife.
Le 10. du mois dernier le Prince de S. Nicandre,
Ambaffadeur Extraordinaire du Roy des Deux Sici
les , donna une très belle Fête à l'occafion de la
naiſſance de la Princeffe , dont Madame de France,
époufe de l'Infant Don Philipe , eft accouchée depuis
quelque tems . Une magnifique Galerie que ce
Miniftre avoit fait conftruire , & qui étoit formée
par un double rang de Colonnes d'Ordre Corinthien
, environnoit la Place fituée vis - à- vis de fon
Hôtel , & elle regnoit le long , des deux côtés de
la rue qui y conduit ; elle étoit ouverte des deux
côtés de la Place & de la rue , & du côté opofé ,
ornée de riches tapilferies auffi-bien que de ta
bleaux tranfparens qui repréfentoient plufieurs fujets
allégoriques . L'illumination de cette Galerie
& celle de l'Hôtel de l'Ambaffadeur, ont été un des
Spectacles les plus agréables qu'il y ait jamais eû en
ce genre. Le Prince & la Princeffe des Afturies alle.
rent avec les Infants & les Infantes pour le voir , &
ils s'arrêterent long-tems dans la Place vis - à-vis
PHôtel du Prince de Saint Nicandre , dans deux
Angles de laquelle étoient deux grands Amphiteatres
, remplis de Muficiens , qui exécuterent pendant
toute la nuit diverfes fuites de Symphonie.
Ов
AOUST. 1873
17421
On a apris de Lisbonne que le Roy de Portugal
commençoit à remuer le bras dont la paralyfie ' lui
avoit ôté l'ufage.
Les Armateurs Eſpagnols fe font emparés de
cinq Vaiffeaux Anglois.
L'Infant Don Philipe a mandé au Roy , qu'il
s'étoit rendu d'Antibes à Graffe , afin d'être plus à
portée de faire la revue des troupes Efpagnoles qui
font en Provence.
Deux Frégates Angloifes , l'une de so, canons
& l'autre de 30. étant entrées le 11. du mois dernier
pendant la nuit dans une petite Rade près de
Porto Novo , les équipages de ces Frégates defcendirent
à terre , & mirent le feu à quelques mai
fons du Hameau de San Genio ; ils marcherent enfuite
à Porto Novo , dans le deffein d'attaquer ce
Bourg , mais l'Armateur Don Michel Santos Cambronero
en ayant été averti , il envoya ordre à
l'équipage de fon Vaiffeau , qui étoit à la Côte , de
venir le joindre , & ayant raflemblé plufieurs Payfans
auxquels il diftribua des armes , il furprit les
ennemis dans un défilé , leur tua 40. hommes , &
les força de regagner promptement leurs bords.
On mande de Madrid du 7 de ce mois , qu'une
Frégate du Roy a pris à la hauteur du Cap de Trefolco
, près de Melilla , les deux Vaiffeaux Anglois
la Fleur de mer & le Bloffon , qui revenoient de
Smirne , & qu'elle les conduifit le 18. du mois dernier
à Malaga.
Le même jour , l'Armateur Sebaſtien de Morale's
entra dans le Port avec deux autres Bâtimens Anglois
, nommés le Tems & P'Expédition , dont il
s'étoit emparé le 16 , dans les environs du Cap de
Gata , & qui étoient chargés de munitions de
guerre deftinées pour Port Mahen.
Hv PORT
1874 MERCURE DE FR ANCE
O
PORTUGA L.
Na apris de Lisbonne du 24. du mois dernier
, que la fanté du Roy de Portugal étant
prefque entierement rétablie , on avoit chanté le
TeDeum en actions de graces dans l'Eglife Patriar
chale , ainfi que dans toutes les autres Eglifes de
la Ville , & que les Italiens établis à Lisbonne ,
voient fait chanter avec beaucoup de folemnité
dans l'Eglife de leur Nation , qui étoit ornée &
éclairée avec une très - grande magnificence .
l'a-
Le 6. du mois dernier , les Religieufes de l'Annonciade
célebrerent avec une grande folemnité la
Fête de la Béatification de Jeanne de Valois , premiere
femme de Louis XII, Roy de France , laquelle
eft Inftitutrice de leur Ordre. La Béatification
de cette Princeffe a été auffi célebrée par P'Ordre
de S. François , & particulierement par les Religieux
de l'Obfervance , qui ont les Religieufes
de l'Annonciade fous leur direction.
Les Religieux du Tiers Ordre de la Pénitence
tinrent le 9. un Chapitre Géneral dans lequel ils
élurent pour Provincial le Pere Emanuel de l'Incarnation.
NAPLES.
N mande du 10. du mois dernier , que quatre
Vaiffeaux de guerre Anglois , croifant fur les
Côtes du Royaume de Naples, fituées le long de la
Mer Adriatique, le Roy a ordonné que deux Régimens
de troupes reglées & jooo . hommes de
Milices s'avançaffent de ce côté ,pour garder les endroits
par lefquels on pourroit tenter une defcente.
Deux Galeres de S. M. furent rencontrées au
commencement du mois dernier par deux Vaiffeaux
1
AOUST. 17421 1875
feaux de guerre de la même Nation , lefquels voulurent
les obliger d'amener;fur le refus qu'elles firent
de mettre leur canot à la Mer , les Anglois les
canonnerent , mais ils ne purent les joindre , & les
deux Galeres , après avoir tiré plufieurs coups de
leurs courfiers , fe retirerent à Caſtelamare.
GENES ET ISLE DE CORSE.
U qu'un détachement de l'armée commandée par
N courier , qui a paffé par Genes , a raporte
le Duc de Montemar avoit taillé en piéces un
Corps de Huffards des troupes de la Reine de Hongric
. & qu'il étoit arrivé à Modene 14. ou 15.chariots
remplis de bleffés .
On mande de Livourne qu'on y fentit le 23 Juin
dernier une nouvelle fecoufle de tremblement de
terre , mais qu'elle n'a caufé aucun dommage confidérable
.
On a apris depuis de Bologne , que l'armée Au
trichienne & Piémontoife , laquelle étoit campée à
Finale di Modena , s'eft avancée à Buen Porto , &
que le Roy de Sardaigne y a établi fon quartier
géneral.
Un détachement de Miquelets des troupes du
Roy d'Espagne étant allé reconnoître le Camp occupé
par celles de la Reine de Hongrie & du
Roy de Sardaigne , les Huffards Autrichiens artaquerent
ce détachement , qui feignit d'abord de
prendre la fuite, pour les attirer dans une embufcade
, & l'ayant pourfuivi avec trop de vivacité , ils
furent envelopes par un autre Corps de Miquelets
qui en cua un grand nombre & mit le refte en fuite.
Le Roy de Sardaigne a fait arrêter le Marquis Luchefini
, Gouverneur de Reggio pour le Duc de
Modene , parce que cet Officier a voulu favorifer
Hv Péyafion
1876 MERCURE DE FRANCE
l'évasion d'une centaine de Soldats de la garnifon
qui a été faite prifonniere de guerre dans la Citadelle
de Modene.
O
GRANDE BRETAGNE.
N aprend de Londres du 19. du mois dernier,
que les lettres qu'on a reçûës par les derniers
Vaiffeaux arrivés de la Jamaïque , marquent que
Cinq Vaiffeaux de guerre ayant été détachés par
l'Amiral Vernon , avec douze Bâtimens de tranf
port , chargés de troupes , pour tenter une defcente
du côté de Panama , les troupes qui étoient fur ces
Bâtimens étoient tombées dans une embuscade, peu
après être débarquées , & qu'elles avoient été obligées
de regagner promptement leurs Vaiffeaux ,
après avoir fait une perte confidérable .
On écrit d'Antigoa , que le 12. du mois d'Avril
dernier , il y avoit eû un combat très - vif dans les
environs de Porto Rico entre les Vaiffeaux l'Eltham
& le Lyvely , & deux Vaiffeaux de guerre de
S.M.C. que les Espagnols avoient eû soo . hommes
de tués ou de bleflés en cette occafion, & que P'un
des Vaiffeaux ennemis avoit été fi maltraité par le
canon de l'Eltham, qu'il avoit coulé à fond en rentrant
dans le Port de Porto Rico .
Le onze du mois dernier , le Vaiffeau de guerre la
Lime, commandé par le Capitaine Pritchard ,r entra
dans le Port de Plymouth avec un Armateur Efpagnol
qu'il avoit pris le s . à la hauteur de S. Sebaſtien
, & dont l'équipage étoit de 110. hommes .
Le Roy fe rendit le 26. du mois dernier à la
Chambre des Pairs avec les cérémonies accoûtumées
, & S. M. ayant mandé la Chambre des
Communes , fit le Difcours fuivant.
MYLORDS
AOUS T. 1742 1877
MYLORDS ET MESSIEURS . Cette Séance a duré fi
long- tems au- delà des Séances ordinaires , & la Saifon
eft fi avancée , que je fuis perfuadé que vous étes
tous bien aifes de goûter quelque repos . Je vous informai
au commencement de cette Séance , des efforts que
j'avois faits pour procurer un accommodement entre les
Puiffances , dont l'union étoit très néceſſaire dans cette
conjoncture critique . Le Traité qui vient d'être conclu
entre la Reine de Hongrie le Roy de Pruffe fous
ma médiation , & qui eft fi fort a l'honneur de la
Grande-Bretagne , doit indubitablement produire les
fuites les plus avantageufes pour la caufe commune. La
généreuse affistance donnée par cette Nation à fes anciens
naturels Alliés , doit , après Dieu , être regardée
comme la principale caufe des fuccès des armes
Autrichiennes enAllemagne , de la jonction des Troupes
du Roy de Sardaigne à celles de la Reine de Hongrie
en Italie , & des difpofitions favorables des Etats
Généraux, & d'autres grandes Puiffances . Ces heureux
évenemens ne peuvent manquer de donner de
l'encouragement à nos amis , & d'établir la réputation
de nos forces de notre jufte influence dans les
affaires du dehors . Si pour mieux foutenir & défendre
la Reine de Hongrie , & pour assurer la Balance du
Pouvoir , laquelle m'a été recommandée d'une façon
fi particuliere par mon Parlement , il devenoit néceffaire
que je contractaſſe de nouveaux engagemens , ou
que je priffe de nouvelles meſures , je compte que votre
zele votre perfeverance dans une fi jufte cause , me
mettront en état de les remplir. Dans le cours de ces
importantes affaires j'ai été je continuerai d'être
attentifà faire les plus grands efforts pour foutenir la
guerre contre l'Espagne , laquelle eft de la plus grande
importance au Commerce à la Navigation de mes
Sujets , que je me ferai toujours un principal devoir de
favorifer de proteger.
MES1878
MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
L'ardeur , l'unanimité , & la promptitude avec lef
quelles vous avez accordé des Subfides fi confiderables
pour le fervice de cette année , demandent que je vous
en faſſe mes remercimens particuliers , & elles font de
nouvelles preuves de votre zéle pour moi , & de la part
que vous prenez au véritable interêt de votre Patrie.
Le fuccès avec lequel on a levé ces Subfides , doit convaincre
tout le monde du crédit établi chés cette
Nation.
MYLORDS ET MESSIEURS . J'ai la plus grande confiance
en l'affection de mon Peuple , & je ne manquerai
point de la cultiver par une attention continuelle à
maintenir fes droits ſes libertés , & à contribuer à
fon bonheur. Faites vos efforts , chacun dans vos Provinces
, pour que mes bonnes intentions y foient pleinement
connues , pour calmer & diffiper toutes arimofités
& toutes divifions ; pour défendre mon autorité
mon Gouvernement, & pour conferver la paix,
& le bon ordre dans le Royaume.
L'équipage d'une Frégate arrivée de la Jamaï
que , a raporté que deux Armateurs de cette Ifle y
avoient conduit trois Bâtimens Efpagnols , chargez
de Vif argent , & que deux autres Vaiffeaux de la
même Nation , qui alloient de Barracoa au Cap
François , avoient été pris par un Armateur de Philadelphie.
Le Vaiffeau de guerre le Newcastle entra le zo . du
mois dernier dans le Port de Plymouth avec un
Armateur Espagnol qui avoit cent hommes d'équ—
page.
On a apris que le 4. Convoi des troupes qui ont
reçû ordre de le rendre dans les Pays- Bas , étoit
arrivé le 4. de ce mois à Oftende .
Le premier , le Roy ordonna que tous les Offi
ciers , dont les Régimens font en Flandres , jo
guient
A O UST. 1742: 1879
guiffent inceffamment leurs Corps , & plufieurs
partirent le même jour ; pour aller s'embarquer à
Gravefend .
Un Vaiffeau , qui croifoit à la hauteur de Porto
Rico , a coulé à fond un Bâtiment Eſpagnol de 16
canons après un combat qui a duré depuis quatre
heures après midi jufqu'à neuf heures du foir
L'équipage d'un Vaiffean arrivé de Boſton , a
raporté que le Capitaine Ball avoit fait dans la
Baye des Honduras quatre prifes confidérables .
On a apris de Philadelphie , qu'un Armateur y a
conduit deux autres prifes qu'il a faites le 18. du
mois de Mars dernier au Nord de l'Ile de Cuba .
le Le Vaiffeau les deux Freres , commandé par
Capitaine Ryand s'eft emparé de quatre Bâtimens
dans les environs de Charles Town.
Deux Brigantins Anglois , qui avoient été enlevés
par les Efpagnols , ont été repris par le Vaiffeau
de guerre le Sunderland.
Trois Armateurs Eſpagnols ont attaqué entre
Alicante & Malaga deux Vaiffeaux Anglois , & ils
s'en font rendus maîtres .
Les Vaiffeaux le Foxhunter , le Betty , le Guillau
me & le Sarah , font auffi tombés entre les mains
des Espagnols .
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
N mande de Buxelles du 21. du mois de Juin
dernier ,que le troifiéme Convoi des troupes
auxquelles le Roy de la Grande- Bretagne a ordonné
de fe rendre dans les Pays- Bas , arriva le 8. à
Ottende , & qu'il étoit compofé de 36. Bâtimens ,
bord defquels étoient quatre Régimens d'Infanterie
& deux de Dragons. Ces Régimens débarquerent le
jendemain & ils prirent auffi- tôt la route de Bruges,
1880 MERCURE DE FRANCE
à l'exception d'un des Régimens de Dragons , qui
eft resté à Oftende jufqu'à nouvel ordre .
Les Bâtimens fur lefquels ces troupes ont traver
fé la Mer , ont aporté 30. piéces de canon de fonte
& une grande quantité de munitions de guerre .
On affûre qu'une partie des troupes Angloifes
campera avec celles de la Reine .
On a apris de Dunkerque , qu'un Armateur
Efpagnol qui conduifoit une prife , ayant été pour
fuivi par un Armateur Anglois , qui lui étoit fort
fuperieur en canon & en équipage , il avoit été
obligé d'échouer contre la Côte , & d'abandonner
le Bâtiment dont il s'étoit emparé.
****************
MORT DES PAYS ETR ANGERS.
E 21. Juillet dernier , entre huit & neuf heures'
du foir , Don François Infant de Portugal ,
l'aîné des trois Freres du Roy Regnant , mourut
Lisbonne d'une Colique accompagnée d'une fiévre
violente , après quatre jours de maladie , âgé de
51. ans , un mois & 27 jours , étant né le 25. Mai
1691 .
ERANAOUST.
1742. 1881
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 30. du mois dernier , le Roy entendit
Lasla Chapelle du Château de Verfailles
la Meffe de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique ,
pour l'Anniverfaire de la feuë Reine , Marie-
Thérefe d'Autriche , Epoufe du feu Roy
Louis XIV.
Le Roy a nommé Meftre de Camp ;
Lieutenant du Regiment Dauphin , Dragons
, le Marquis de Puyguion , Colonel du
Régiment d'Infanterie de fon nom , & l'un
des Gentils hommes de la Manche de Monfeigneur
le Dauphin.
Le Comte dePrunier Saintandre ,Brigadier
des armées du Roy , & Sous Lieutenant des
Chevau - Legers de Monſeigneur Le Dauphin ,
a été nommé à la Charge de Capitaine Lieutenant
des Gendarmes d'Orleans , vacante
par la démiffion du Marquis d'Eftrehans
qui a été pourvu de la Compagnie des Chevau-
Legers de la Reine .
Le 9. de ce mois , le Roy quitta le deüil
que
1
1882 MERCURE DE FRANCE
que S. M. avoit pris le 19. du mois dernier
pour la mort de la Reine Doüairiere d'Eſpa
gne.
Le 14. la Reine entendit la Meffe dans la
Chapelle du Château , & S. M. communia
par les mains du Cardinal de Fleury , fon
Grand Aumônier .
Le 15. Fête de l'Affomption de la Sainte
Vierge , le Roy & la Reine entendirent dans
la même Chapelle la Meffe chantée par la
Mufique , pendant laquelle l'Archevêque
d'Aufch , l'Evêque de Vannes , l'Evêque de
S Flour , & l'Evêque d'Oleron , prêter ent
ferment de fidelité entre les mains de S. M.
L'après -midi , le Roy accompagné de
Monfeigneur le Dauphin , du Duc de Chartres
, du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu , & du Duc de Penthiévre , aſſiſta aux
Vêpres , & enfuite à la Proceffion¸ à laquelle
l'Abbé Broffeau , Chapelain ordinaire
de la Mufique , officia . La Reine entendit
les Vêpres dans la Tribune .
Le même jour , la Proceffion folemnelle
qui fe fait tous les ans à pareil jour , en exécution
du Væeu de Louis XIII , fe fit avec
les Cérémonies ordinaires , & l'Abbé d'Har
court , Doyen du Chapitre de l'Eglife Métropolitaine
, y officia . Le Parlement , la
Chambre
A OUS T. 1742. 1.88
Chambre des Compres , la Cour des Aides,
& le Corps de Ville y affifterent.
Le 16 , dans l'Affemblée Générale du
Corps de Ville , M. de Vatan fut continué
Prévôt des Marchands : M. Hurel , Notaire
& M. Perichon furent élûs Echevins.
Jean Moreau Sieur de Sechelles , Maître
des Requêtes Honoraire de l'Hôtel du Roy,
Intendant de la Province de Hainaut depuis
le mois de Janvier 1727 , & de l'Armée
Françoiſe en Bohéme , a été nommé Confeiller
d'Etat à la place vacante par la mort
de Charles - Jofeph de Fortia.
L'agrément du Régiment d'Infanterie ,
dont étoit Colonel Charles François de Granges
de Surgeres , Marquis de Puiguyon , à
préfent Meftre de Camp , Lieutenant du
Régiment Dauphin de Dragons , a été donné
à ..
de Broglio , Comte de Revel ,
Capitaine dans le Regiment Royal Rouffillon
, Cavalerie , & troifiéme fils du Maréchal
de Broglio , Général de l'Armée Fran
çoiſe en Bohéme.
Celui du Régiment Dauphin Etranger ;
de Cavalerie , dont étoit Meſtre de Camp
depuis le 15 Avril 1738. Louis Melchior
Armand , Vicomte de Polignac , qui quitte
lo
1884 MERCURE DE FRANCE
le Service , à Louis Armand Vicomte de Sei
gliére de Boisfranc , Comte de Soyecourt ,
Lieutenant au Regiment du Roy , Infanterie.
,
Et celui du Régiment de Berry , auffi de
Cavalerie , dont étoit Meftre de Camp , depuis
le mois de Février dernier , Michel-
Charles Dorothée de Roncherolles , Marquis
de Pont- S.- Pierre , Brigadier des Armées
du Roy , qui étoit ci devant Mestre
de Camp , Lieutenant du Régiment Royal
Cravates , depuis le 12. Avril 1725, & qui
vient dêtre fait Enfeigne d'une des Compagnies
des Gardes - du - Corps de S. M à..
le Gendre de Collande , Capitaine au Regis
ment de Dragons de la Reine.
Le 22. de ce mois les Députés des Etats
de la Province de Languedoc curent audience
du Roy , étant préfentés à S. M. par
le Prince de Dombes Gouverneur de la
Province , & par le Comte de S. Florentin ,
Sécrétaire d'Etat , & conduits en la maniere
accoûtumée par le Marquis de Dreux ,
Grand -Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé ,
l'Evêque d'Uzès, qui porta la parole ; du Marquis
de Ganges , pour la Nobleffe ; de Mrs
de Servies & Pignieu , Députés du Tiers-
Etat , & de M. de Montferrier , Syndic Général
de la Province.
de
Les
A O UST . 1742. 1835
Les mêmes Députés eurent enfuite Audience
de la Reine & de Monfeigneur le
-Dauphin.
Le 23. le Corps de Ville fe rendit à Verfailles
, & le Duc de Gêvres , Gouverneur
de Paris , étant à la tête , il eur audience
du Roy avec les Cérémonies accoûtumées .
Il fut préfenté à S. M. par le Comte de Maurepas,
Miniftre & Sécrétaire d'Etat , & conduit
par le Marquis de Dreux , Grand - Maitre
des Cérémonies. Le Prevôt des Mar
chands & les deux nouveaux Echevins , prêterent
entre les mains du Roy le Serment de
fidelité , dont le Comte de Maurepas fit la
la lecture , ainfi que du Scrutin , qui fut
préfenté par M. Chicoyneau , Avocat du
Roy au Châtelet , lequel fit un très beau
Difcours.
·
Le même jour , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre fes refpects à la Reine
à Monfeigneur le Dauphin,& à Mefdames de
France.
>
Le 25. Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le
Corps de Ville affifta , alla , fuivant la Coû
tume , à la Chapelle du Château des Tuilleries
, où ces Religieux célébrerent la Meffe.
La
1886 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , l'Académie Françoiſe cé
lébra la Fête de S. Louis dans la Chapelle
du Louvre. Pendant la Meffe , qui fut dite
par l'Archevêque de Sens , l'un des Quarante
de cette Académie , on chanta un Motet ,
mis en Mufique par le fieur Dornel, & l'Abbé
Couti , Curé de Villiers Fort- Oiſeau , prononça
le Panégyrique du Saint.
L'Académie Royale des Infcriptions &
Belles Lettres & celle des Sciences, célébrerent
la même Fête dans l'Eglife des Prêtres
de l'Oratoire , où le Panégyrique du Saint
fut prononcé par l'Abbé des Vignes , Curé
de Ste Croix de la Cité. Il y eur auffi un
très -beau Motet en Mufique , qui fut chanté
pendant la Meffe , de la compofition du fieur
du Bouffet.
Le Roy a nommé Miniftres d'Etat le Cardinal
de Tencin , & M. d'Argenfon , Confeiller
d'Etat Ordinaire , & Intendant de la
Généralité de Paris.
Le 15. Fête de l'Affomption de la Vierge ,
on chanta au Concert Spirituel du Château
des Tuilleries le Motet : Lauda Jeruſalem
Dominum , du fieur Cheron , qui fut ſuivi
d'un Concerto de Vivaldi , & d'un petit Motet
à voix feule du fieur le Menu ; le fieur
dc
A OUS T. 1742 1887
de Mondonville exécuta enfuite un Concerto
qui fut fuivi du Motet Jubilate Deo tous
deux de fa compoſition , lequel termina le
Concert,
›
Le 24. veille de la Fête de S. Louis , le
Concert d'Inftrumens que l'AcadémieRoyale
donne tous les ans au Château des Tuilleries
, à l'occaſion de la Fête du Roy, fut exécuté
par un grand nombre d'excellens Symphoniſtes
de la même Académie , qui jouerent
differens Morceaux de Mufique de M.
de Lully , & d'autres Maîtres anciens & mo
dernes.
Le 28 , le 30 Juillet , & le premier Août,'
il y eut Concert chés la Reine ; M. de Blamont
, Sur- Intendant de la Mufique de la
Chambre , fit chanter l'Opera d'Hefione de
M. Campra , les principaux Rolles furent
chantés par les Dlles Defchamps & Romainville
, & par les fieurs d'Angerville , Poirier ,'
Benoît , Dubourg & de la Garde.
Le 4 , le 6 , & le 8 , la Reine entendit
l'Opera de Tancrede , du même Auteur
exécuté parfaitement par les mêmes Acteurs.
Le 11 , le 18 , & le 20 , on concerta
l'Opera d'Atys , dans lequel les mêmes Su
jets remplirent les principaux Rôles.
La
1888 MERCURE DE FRANCE
}
Le 22. S. M. fouhaita d'entendre le Ballet
des Amours des Dieux , qui fit beaucoup de
plaifir, & qui fut exécuté par les mêmes Acteurs
& par la Dlle la Lande, & le Sr Jelyor.
Le 25 , Fête de S. Louis , M. de Blamont
fit exécuter au Souper du Roy fes Simphonies
du Retour des Dieux , par les
lons de la Chambre.
24. Vio-
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Poiffy;
lexs . Juillet.
L
E onze Juillet dernier , Madame de
S. Hermine , Religieufe du Monaftere
Royal de S. Louis de Poifli , Ordre de Saint
Dominique , qui avoit été nommée le 11.
Mai par S. M. pour fucceder à feue Me de
Mailly , Pricure perpetuelle de cette Maiſon ,
fut miſe en poffeffion par M. l'Abbé de Saint
Hermine, Aumônier de la Reine & délégué à
cet effet de l'Official de Chartres.
>
La Cérémonie fût des plus refpectables ,
& attira un concours extraordinaire , tant
de la Cour que de Paris , de S. Germain
de Poiffy & des environs. Ce fut pour le public
un beau fpectacle de voir la joie d'une
Communauté , qui après avoir défiré & de
mandé avec toute l'ardeur & l'unanimité
pollible Madame de S. Hermine pour Supéricure
, fe voyoit au comble de fes défirs .
Cette
A O UST:
1742 1889
Cetté Cérémonie fut précedée la veille par
une diftribution de pains en faveur des
Pauvres de Poiffi , & de plufieurs Villages
E des environs.
Le lendemain, après un grand repas, où ſe
trouva un grand nombre de perfonnes de la
premiere diftinction, tant de la Cour que de
la Ville , M. l'Abbé de S. Hermine conduifie
Mad. de S. Hermine à la place de Supérieure
dans le Chapitre. Là au milieu de toute
l'Affemblée , il fit un Difcours auffi éloquent
que précis , dans lequel , après avoir relevé
en peu de mots les belles & rares qualités
qui faifoient regretter Mad.de Mailly, & qui
rendront à jamais fa mémoire refpectable , il
E complimenta la Communauté fur la joye
qu'elle reffentoit d'avoir pour Supérieure
celle- la même qu'elle avoit défiré fi unanimement
, lui donna enfuite tous les éloges
qu'on fçait qu'elle mérite à fi juſte titre , &
termina fon Difcours par une invitation preffante
à Mad. de
S.Hermine, de prendre part
à la joye commune , & de s'élever au- deffus
d'un excès d'humilité , qui lui faifant oublier
tous les rares talens qui la rendoient
digne de gouverner , ne l'occupoit uniques
ment que du poids de la Supériorité dont
elle fe trouvoit accablée ; fentiment qu'elle
n'a ceffé de marquer depuis le jour de fa nomination,
•
I De lä
1898 MERCURE DE FRANCE
De là elle fut conduite au Choeur , où
après les Cérémonies ordinaires les Dames'
Religisules entonnerent un Te Deum , dont
les Verfets furent alternativement chantés
par la Mufique des Dames & par celle de
Notre- Dame de Paris. L'éxécution de ce
morceau de Muſique , de la compofition de
M. l'Abbé Homer , & fait exprès pour cette
Cérémonie , fut extrémement goûtée & applaudie
par tous les connoiffeurs .
Vers la fin du Te Deum , les Dames Religieules
,conformément à l'ufage, mais fuivant
encore plus en cela leur goût & leur inclination
allerent , chacune felon fon rang , em
braffer leur nouvelle Supérieure , Cérémonie
qui fut prolongée par toutes les Dames de la
Cour , qui fe firent un devoir & un plaifir
de marquer ainfi la part qu'elles prenoient à
à la Fête. Le Te Deum fini, on la reconduifit
à fon apartement , & le refte de la journée
fut employé à recevoir des complimens , &
à faire donner tous les rafraîchiflemens dont
on pouvoit avoir befoin.
1
S
Le lendemain 12. les Domeftiques & Ouvriers
de la Maifon , voulant auffi fignaler
leur zéle d'une façon particuliere , firent tirer
fur le foir un Feu d'artifice , ils n'épar
gnerent rien pour le rendre digne de la Fête
qu'on célébroit . Ce Feu fut fuivi d'un repas
qui leur fut donné par les ordres de Madame
A O UST . 1891 1742.
me , & où au milieu de l'abondance & de
la bonne chere , ils fçurent parfaitement allier
la joye & la bonne humeur avec tout le
refpect qu'ils devoient à Mad. de S.Hermine
& à fa Maifon.
Ainfi finit une Fête dans laquelle tout le
monde publioit que jamais Supérieure n'avoit
été tant défirée , tant fêtée , tant aimée
& n'avoit jamais autant merité de l'être.
L'Armée du Roy , qui étoit fur le Bas-
Rhin , s'eft mife en marche pour fe rendre
en Boheme par la Franconie . La premiere
divifion de cette Armée eft partie de Duffeldorp
le . de ce mois , & elle eft commandée
par
le Maréchal de Maillebois , lequel
a fous fes ordres le Marquis de Balincourt ,
M. de Lutteaux , & le Marquis de Vaudrey-
Licutenans Généraux ; le Marquis de Buranges
, le Comte de Coigny , le Prince de
Pons , le Marquis de Pontchartrain , & le
Marquis de Maulévrier , Maréchaux de
Camp. La feconde divifion eft partie le 10.
fous les ordres du Comte de la Motte-Houdancourt
, & du Comte de Lautrec , Lieutenans-
Généraux , du Marquis de Chazeron,
du Marquis de Brezé , & du Marquis de
Croiffy , Maréchaux de Camp. La troifiéme
divifion s'eft mife en marche le 13 , fous les
I ij
ordres
1892 MERCURE DE FRANCE
ordres de M. de Louvigny , du Marquis
d'Epinay , & du Marquis de Clermont Gallerande
, Lieutenans Généraux ; du Marquis
du Châtelet , du Marquis de Maupeou , &
du Duc de Randan , Maréchaux de Camp.
La quatriéme divifion eft partie le 14. fous
les ordres du Marquis de Montal & de M.
Philippes , Lieutenans Géneraux ; du Chevalier
de Saint Vallier , du Marquis d'Hautefort
, & de M. de Contades , Maréchaux
de Camp.
Cette armée eft allée camper le prea
mier jour de fa marche à Upladen , le fecond
à Diutz , & le troifiéme à Sicberg ,
où elle a féjourné le quatrième. Elle s'eft
avancée le cinquième à Warth , le fixiéme à
Kitkhriberg , & le feptiéme à Altenkircken
, où elle a dû prendre un jour de reg
pos
Go Le Vendredi 3. Aoûr on a jugé à la Tournelle
Criminelle la Caufe anonncée dans la
Gazette de France du 29 Mai dernier , pendante
entre le fieur, Quane , Banquier à
Paris , & autres , & le nommé Journault .
fe difant Commis par le Chancelier d'An
gleterre.
L'objet de cette Affaire étoit une Plaint .
en Rapt , & un Apel comme d'abus du Ma
tiag
$A OUST. 1742: 1893
riage contracté entre la Dlle Deodata Roach,
& le fieur Quane , fils.
Cette Caufe importante a été plaidée pendant
neuf Audiances , par MM . Delaverdy ,
ô Hanlon ; Simon de Morar & Aubry pour
le fieur Quane & conforts, & par M. Gucau
de Reverſeau pour le nommé Journault.
M. l'Avocat General de Voifin , digne he
ritier des vertus & des talens de fon illuftre
Pere , a fait voir avec cette juftelle d'efprit
& cette force d'éloquence , qui font l'admiration
du Public , que les mineures dont
il s'agiffoit , n'étant point Angloifes , & le
Mariage ayant été celebré fuivant les Loix
de l'Eglife & de l'Etat , la plainte & l'apel
comme d'abus n'étoient ni fondés ni reccvables.
L'Arrêt qui eft intervenu a prononcé qu'il
n'y avoit point d'abus dans le Mariage , & a
declaré Journault non recevable dans fa
plainte , & l'a condamné en tous les dépens .
Cet évenement juftifie pleinement la conduite
du fieur Quane , & détruit toutes les
impoftures que le folliciteur Journault avoit
ofe répandre dans le Public contre lui...
2120
La Loterie Royale établie par Arrêt du
Confeil du 13. Février dernier , en faveur
des Pauvres , fut tirée pour la quatriéine &
derniere fois en la grande Sale de l'Hôtel
I iij
de
1894 MERCURE DE FRANCE १
de Ville de Paris , en préfence de Mrs les
Prevôt des Marchands & Echevins le 29.
Août. La Lifte génerale des Billets gagnans
fut publiée le lendemain. Le Gros Lot , qui
eft de 200000. liv. eft échu au Nº 17740.
qui a pour Devife, La Lettre Initiale G. Le fecond
Lot , qui eft de 100000. liv. eſt échu
au N° 9107. fous la Deviſe , Pour aller planter
des choux.
EPITRE
A M. le Brun , Prêtre , Vicaire de S. Flocel ,
en Cotentin , fur un Pain de Sucre envoyé
de S. Lô à Montebourg , au fujet duquel on
a intenté un Procès ou il étoit Part.e.
O Tọi , qui n'es qu'un Vicaire ,
Et devrois être Curé ,
Bien que le fecond degré
Ait toûjours fçû fatisfaire
Ton coeur humble & moderé ;
Cher le Brun , qui t'es montré .
Sage , & peu fait pour le lucre ,
En terminant , à res frais ,
L'amer & fâcheux Procès
Que fit naître un pain de Sucre ,
Daigne favorablement
Recevois
A O UST. 1742
1895
Recevoir mon Compliment
Sur cette oeuvre fi ſenſée ,
Par qui fort heureuſement
L'Eglife eft débarraffée
D'un Schifme qu'eût enfanté
L'ennemi de l'équité ,
Ce pernicieux génie ,
Qui ruine tous les ans
Force Manceaux & Normands ;
Monftre à face rembrunie ,
Qui de fes vils Courtfans
Comptoit pour rien la manie ;
L'esclavage & les tourmens ,
S'il n'eût fur d'honnêtes gens
Exercé fa tyrannie.
Or , grace à tes quatre francs ,
C'eft une affaire finie .
Et tu n'as point trop payć
Ce Pain de Sucre employé.
A confire des Oranges ,
Si dans un joyeux repas
Où brilleront les apaş
Du charmant Dieu des Vendanges ;
Un jour , au gré de tes voeux ,
Tu vois ce Sucre fameux
S'attirant mille louanges ,
Radoucir tous les efprits
I iiij Qu'il
1896 MERCURE DE FRANCE
Qu'il pouroit avoir aigris.
D'ailleurs l'argent qu'il te coûte
Doit te paroître , fans doute ,
Dépensé bien à propos ;
Ami , quand tu confideres
Ce qu'en troublant ton repos ,
Et l'union de Confrere ,
Qu'a bon titre tu révéres 30003
Ledit Sucre eût operé ,
Si le Procès eût duré. et
Eh ! quel Spectacle terrible ,
Ami , quel fcandale horrible ,
Si Gens d'Eglife entraînés
Par une colere extrême ,
S'étoient entre-chicanés
Dans le Saint temps de Carême !
Alors tout le Cotentin
Se rapellant le Lutrin ,
Dont Boileau fit un Poëme
Auroit crié : Jufte Ciel , `
Peut- il entrer tant defiel
Dans l'amé des Dévots même &
Puis on eût vû , dans ce cas
Clercs , Procureurs , Avocats ,
Vendant bien cher leur befogne,
A leurs Clients malheureux ,
S'en mocquer à qui mieux mieux ;
16q & a
A
པཎྜ་༢
# 1 }
Puis
AOUSTON (17420) 1897
Puis les Juges de Vallogne ,
Gardant le Sucre pour eux ,
De ce fujer de querelle
Aux Plaideurs , tout balancé ,
Auroient feulement laiffé
L'envelope & la ficelle ,
Avec un grand pied de nés.
Puis mes Plaideurs confternés
D'une catastrophe telle ,
Chacun à part , auroient dit :
Sucre , principe maudit
Des noirs chagrins que j'éprouve ,
O qu'en venant de Saint-Lô ,
Ne fus - tu jetté dans l'eau
Ou de la Vire , ou de l'Ouve !
D'un plus long Procès voilà.
Ce qu'auroient produit les fuites ;
Et des Oranges confites
Valent mieux que tout cela.
F. M. Frigot.
MORTS ET MARIAGES.
21
E9 Juillet, mourut à Paris, Alfonfe de Leftenon,
Seigneur de la Chaubruere, Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Lieutenant Général d'Artillerie
au Département de Picardie , & Brigadier des
Armées du Roi , du 20 Février 1734.
I v Le
1898 MERCURE DE FRANCE
Le 19 , D. Catherine de Champagne de Villaines,
époute de Louis Cefar le Tellier de Courtanvaux ,
Comte d'Estrées , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , avec lequel elle avoit été manée le 26
Mai 1739 , mourut à Paris (ans enfans dans la
vingt huitieme annee de ton âge . Elle é out four
puînée de Marie de Champagne de Villaines , époufe
de C far Gabriel de Choiful , Seigneur , Comte
de la Riviere . Chevigny , &c Meftre de Camp,
L'eutenant du Regiment de Conti , Cavalerie , de
puis 1739 , & auparavant Sons- Lieutenant des Gendarmes
E offois , l'une & l'autre filles & feules heritieres
de feu René Brandelis de Champagne , Mar
quis de Villaines , & de la Varenne , Baron de
fainte Sufanne , & de la Fleche S. Komain , Seigneur
de la Chardiniere , du Mefnil - Sanfon , & c.
mort le s Avril 1723 , âgé de 72 ans , & de Dame
Catherine . Therefe le Royer.
Le 24 , Dame Catherine Elifabeth Gabrielle de
Fourcy , époufe d'Antoine Hyacinthe de Mainville
, Comte de Marigny , Maréchal des Camps &
armées du Roy , ci devant Capitaine Lieutenant de
la Compagnie des Chevau- Legers d'Orleans , avec
lequel elle avoit été marié le 11 Avril 1726 mourut
à Paris dans la quarante - feptiéme année de fon
âge , étant née le 3 Février 1696 Elle étoit faut
puînée de feuë la Maréchale de Puyfegur , dont la
mo t eft raportée dans le Mercure de Décembre
1737 , vol. 1. p . 2731 , où l'on a fait mention des
pere & mere de ces deux Dames.
Le 30 , Dame Louife Emilie Touftain des Crefn
nes , époufe depuis le 12 Décembre 1740 , de Gaf
pard- François Touftain , Seigneur de Richebourg :
& de S, Martin du Manoir , fon coufin ,
S. Martin du Manoir , près de Montivilliers , et
Normandie , âgée de vingt-fept ans , laiffant un
mourut •
fill.
A O UST . 1742 1899
1
Elle unique âgée de cinq mois. On a raporté fon
mariage dans le Mercure de Décembre 1740 ›
+
I. P. 2757 .
Le 4
vol.
·9
λούς Dame Marie Antoine Bautru de
Nogent époufe de Charles- Armand de Gontaut ,
Duc de Biron , Pair & premier Maréchal de France
, Chevalier des Ordres du Roy , Gouverneur de
la Ville de Landau,, avec lequel elle avoit été ma¬
riée au mois de Septembre 1686 , mou ut à Paris
âgée de 76. ans . Elle étoit fille d'Armand Bautru
Comte de Nogent , Maî re de la Garderobe dy
Roy , Maréchal de fes Camps & armées , & Lieutenant
Géneral au Gouvernemen du bas Auvergne ,
tué au paffage du Rhin à Tolhous , le 12. Juin
1672. & de Diane - Charlotte de Caumont de Lau
zun , morte le 4. Novembre 1720. Elle avoit eu
jufqu'à 26. enfans , dont une partie moururent en
bas âge , les autres font raportés dans l'’Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne,. tom. 7. pagi
307. dans le D & onnaite de Moreri, Edit . de 1725
& 1732. & dans le Suplement de 1735. fous le
nom de Biron , où nous renvoyons
Le 5. mourut à Paris Dame Magdelaine- Angelique
de Pally , veuve de Jacqu s- François d'Oléançon
, Seigneur de Vil erville , Lieutenant-Colonel
du Régiment Meftre de Camp General des Dra
gons.
Le 7. Placide , Baron de Marullo ( ou de Maroulle
en François ) Duc de Jean Pau dans le Meflinois, en
Sicile , mousut à Paris âgé de 84. ans. On a parlé
de cette Mailon Menoife , & de l'occafion de fa
retraite en France dans le Mercure du mois d'Avril
1727. pag. 686 en raportant la mort de Jean- Antoine
de Maroulle , Abbé de la Frenade , Diocèfe
de Saintes .
Le 10. mourut le nommé Pierre Le Duc , dit la
Ivj Bourgade
1900 MERCURE DE FRANCE
Bourgade , âgé de 96. ans. Il étoit Valet de Chame
bre de M. Occart , Commiffaire Ordonnateur des
Guerres. 3x
Le 12. Dame Marguerite- Pelagie Danycan , Dame
de Sainte Génevieve des Bois , veuve depuis le
25. Décembre 1730. de Michel. Charles Amelot de
Gournay , Préfident du Parlement de Paris , avec
lequel elle avoit été mariée le 25. Octobre 1708.
mourut en fon Château de Sainte Génevieve des
Bois, près Montlheri , âgée d'environ 48 ans . Elle
étoit fille de Noël Danycan de Lefpine , Seigneur
du Pleffis , Silly , Oifery , &c. Confeiller - Secretai
redu Roy , Maiſon Couronne de France & de fes
Finances , Maître ordinaire en fa Chambre des
Comptes de Paris , Chevalier de l'Ordre Royal de
S. Michel , mort le 8. Mai 1735. & de Marguerite
Chanteifeau , fa premiere femme. Elle lale pour
enfans Michelle - Catherine Amelot , mariée le 27.
Décembre 1725. avec Jofeph Antoine Crozat ,
Marquis de Tugny , Lecteur du Cabinet du Roa,
& Maître des Requêtes ordinaire de fon Hôtel ,
puis Préfident en la Quatriéme Chambre des, Eaquêtes
du Parlement de Paris en 1726. Charge
dont il s'eft démis en 1740. & Michel -Marie- Noël
Amelot , né le 12. Décembre 1713. reçû Confeiller
au Parlement de Paris le zo. Décembre 1736.
puis Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy en 1739. & Préfident au Grand Confeil .
Le 19. Jean- Baptifte Silva , natif de Bourdeaux ,
Docteur- Régent de la Faulté de Medecine de Paris
, Medecin Confultant du Roi , & Medecin du
Prince de Condé , & auparavant du feu Duc de
Bourbon , mourut à l'Hôtel de Condé à Paris , âgé
d'environ 61. ans. Il étoit veuf de Marie - Magdelaine
Prevoſt , morte le 2. Novembre 1733. Il laiſſe
d'elle un fils , dont on a raporté le mariage dans
le
AOUST. 1742: 19017
Te Mercure de Juillet dernier pag. 1690. & une fille
mariée avec François Renard de Bouffac , Rece
veur General des Finances de Limoges.
Le 21. Dame Marie- Catherine Quantin , veuve
depuis le 16. Décembre 1722. de Louis Lebas de
Girangy , Seigneur de Claye , ci - devant Tréforier
General des Gardes du Corps du Roy , & de fes
Grenadiers à Cheval , avec lequel elle avoit été mariée
le 18. Octobre 1706. mourut à Paris âgée d'en◄
viron 5, ans. Elle étoit fille de feu Jean Quantin
premier Valet de Garderobe , & Maître d'Hôtel du
Roy, & de défunte Marie- Angelique Poiffon , premiere
femme de Chambre de la Dauphine Marie
Adelaide de Savoye , morte le 25. Juin 1731. La
Dame de Girangy eft mere de Marie- Therefe Lebas
de Girangy , veuve depuis le 13. Juin 1741. de
Jean-Baptifte le Clerc de Boisguiche , Seigneur
de Riberpré , du Hamel , & Pierre - Fitte.
Le 15. Août , Louis-Leon Le Bouthillier , Comte
de Beaujeu , ci - devant Chevalier de Malte , & Capitaine
dans le Régiment du Roy, Infanterie , dans
la derniere guerre d'Italie , fecond fils de Jacques-
Leon le Bouthillier de Chavigny , Marquis de
Beaujeu , mort Confeiller Honoraire de la Grand'
Chambre du Parlement de Paris , le z . Novembre
1712. & de Dame Françoife - Louife de Mefgtigny,
morte le is. Janvier 172 9. fut marié avec Ďemoi- .
felle Elifabeth - Marie du Puis de Valliere , fille de
Pierre du Puis , Maître des Requêtes Honoraire de
P'Hôtel du Roi , Préfident Honoraire au Grand
Confeil , & Confeiller Honoraire au Parlement de
Paris , & de Dame- Marie -Anne- Charlotte Ruau du
Tronchot. Le marié avoit épousé en premieres nôces
la Demoiſelle le Bouthillier de Chavigny , fa
coufine , morte en 1735. de laquelle il a une fille .
Son
1902 MERCURE DE FRANCE
Son frere aîné , apellé le Marquis de Bouthillier &
lui ont hérité des biens confiderables de la fimule
de Mefgrigny , par la mort de la Demoiselle de
Mefgrigny eur tante , arrivée l'année derniere .
Claude Alexandre de Pons , Comte de Rennepont ,
Capitaine de Dragons au Regiment de la Suze fils
de Claude Alexandre de Pons Marquis de Rennepont
, Seigneur de Roche , Betincourt & autres
Lieux , Maréchal des Camps & Armées du Roy , &
de Dame Anne-Dorothé : de Bethamviller , époufa
la nuit du zo au 21. de ce mois , Marie Louife-
Chrétienne de S. Blimond , fille de Claude , Marquis
de S. Blimond , Vicomte de Seigneville , Seigneur
de Panié , Sallenelle , Tilloy , Herlicourt
& aurres Lieux , Mettre de Camp de Cavalerie , &
de défunte Louiſe Charlotte- Ja , queline de Monceaux
d'Auxy d'Anfwoille , couline germaine du
Marquis d'Auxy , Chevalier des Ordres du Roy.
Ce mariage fut célebré par M. P'Abbé de Choifeui
, Aumônier de Sa Majefté , & Primat de Lorainė
, à l'Hôtel du Marquis de Breteuil , Miniftre
& Secretaire d'Etat , ancle à la mode de Bretagne.
de la mariée.
完売
ARRETS NOTABLES.
A
RREST du 13. Mars , portant Réglement
pour les Toiles à voiles qui fe fabriquent à
Lokorn n , Poulan , & autres Lieux des environs ,
Province de Bretagne , par lequel S. M , ordonne
Pexecution des 6. Articles contenus audit Arrêt ,
&c.
AUTRE du même jour , qui fait défenfes aux
Villes
A O UST. 1742. 1903
Villes & Comm nautés de proceder à aucunes élec
tions d'officiers , & qui ordonne que les Officiers
électits qui , au jour de la publication du préfent
Ariêt , fe trouveront exercer aucuns defdits offices ,
continueront de le faire , juſqu'à ce qu'il y ait été
pourvû.
AUTRE du 20. Mars qui ordonne l'exécu
tion de la D claration du 26. Mars 1768. en conféquence
, ordonne que le dr it de Centiéme denier
fera payé pour le rachat des Rentes foncieres nonrachetables
, fur le pied des fommes payées pous
Pextinction defdites Rentes.
ORDONNANCE du Roy , du 24. pour remettre
les cent bataillons de Milice à douze Compagnies
compofées de cinquante hommes chacune.
ARREST du 26. qui en interprétant celui
du 22 Novembre 1689. fait défenfes à tous
Marchands , Négocians & autres , de faire venir
des Pays étrangers , ni introduire & faire entrer
dans le Royaume , aucunes fortes de toiles de fil
teint ou peint , foit que le fil dont elles font compofées
foit entiérement teint ou peint ou qu'elles
foient feulement rayées ou marquées de fil de couleur.
ORDONNANCE de Noffeigneurs les Maréchaux
de France , du 19. Avril , portant défeufes
aux Prifonniers détenus par leurs ordres , de jouer
fur leur parole , par laquelle il est dit ce qui fuit :
Nous défendons à toutes perfonnes détenues par
nos ordres , foit dans les prifous royales d Fortl'Evêque
, ſoit dans les autres pritons , de jouer aux
jeux de cartes , de dez & autres jeux de bazard , &
de
1904 MERCURE DE FRANCE
de contracter aucunes dettes à ce ſujet , ſous peine
d'être mis au cachot auffi - tôt que nous en ferons
informés ; leur déclarant que nous ne voulons con--
noître dorénavant d'aucunes dettes de cette nature,
& qu'en cas qu'ils contreviennent à nos défenſes ,
le débiteur & le créancier feront également punis
ORDONNANCE DU ROY , du 25. portant
Réglement, pour le fervice des Officiers & Soldats
qui compofent les quinze bataillons de Milice que
le Roy a destinés à fortifier fes Régimens d'Infanterie
françoife , ceux de Cavalerie & de Dragons de
fon armée fervant en Boheme , à l'exception des
Carabiniers , qui feront rendus complets confor
mément à fes précedentes Ordonnances.
ARREST du 8. Mai , qui ordonne qu'en
payant par les Prévôt des Marchands & Echevins
de la Ville de Paris , la fomme de cent quatrevingt-
dix mille livres par chacune année , tant que
la levée du Dixiéme aura lieu les revenus patrimo
niaux de ladite Ville demeureront déchargés de
l'exécution de la Déclaration du 29. Août 1741 .
AUTRE du même jour , portant qu'à l'avenir
les droits d'entrée & de fortie des cinq groffes
Fermes fur les Morues féches de la pêche françoife
, feront acquittés au poids , à raifon de trois fols
du cent pefant à l'entrée , & quatre fols fix deniers
à la fortie ; à l'exception de celles provenant de la
pêche des hab tans des Ports de la Province de Normandie
, dont les droits font fixés par les Ariêts du
Confeil des 31. Decembre 1664. 22. Janvier & 26 .
Mars 1665 & 24. Avri 1725. & fans déroger aux
exemptions accordées par les Réglemens rendus en
faveur des Morues de la pêche de l'ifle Royale &
)
་ ་ ་
autres •
AOUST . 1742: 1905
autres , lefquels feront exécutés pour les tems
énoncés.
! ' ,
AUTRE du même jour , qui ordonne que tous
propriétaires de Fonds & Heritages , Maiſons &
Offices , ne pourront retenir le Dixiéme des arrérages
des rentes , penfions & autres redevances , de
quelque nature qu'elles foient , dûës au Clergé.
3
AUTRE du 11. qui ordonne que les deniers
provenans des revenus des Bénéfices dont M. le
Cardinal de Polignac étoit poffeffeur au jour de fon
décès , feront remis entre les mains de l'Econome,
nonobftant tous jugemens , faifies & opofitions.
AUTRE du 15. qui ordonne qu'en payant
annuellement par les habitans du Pays de Provence,
la fomme de fept cent mille livres , y compris le
contingent des Villes de Marfeille & d'Atles , des
Communautés des Terres adjacentes & Villes fran
ches ; de celles d'Oreille , de la Vallée de Barcelonnette
& des fiefs nobles , tant que le Dixiéme aura
lien , à commencer ៨០ premier Octobre 1741. les
habitans dudit pays de Provence demeureront déchargés
de l'exécution de la Déclaration du 19.
Août dernier.
AUTRE du 28. en interprétation de celui du
14. Septembre 1741. portant Réglement pour le
tranfport des marchandifes de Librairie , Eftampes
& autres Imprimés venant de Rouen à Paris , par
lequel il eft dit ce qui fuit :
Sa Majefté étant en fon Confeil , a commis &
commet le fieur Néel Infpecteur à Paris , pour
l'exécution de l'Arrêt de Réglement du 14. Seprembre
1741. pour pourfuivre à la Requête , devant
1906. MERCURE DE FRANCE
vant le Geur Feydeau de Marville Lieutenant Géne
ral de Police , la punition de toutes les contraven
tions qui auront été conftatés , contre les difpofitions
dudit Arrêt de Réglement , enſemble pour
faire , tant pour l'exécution dudit Réglement , que
pour l'exécution des jugemens qui feront rendus
par ledit fieur de Marville , toutes les pourfuites &
procédures qu'il jugera néceffaires . Veut Sa Majefté
que les Voituriers qui n'auront aucunes marchandifes
de Librairie dans leur chargement , foient
tenus d'en faire une mention particuliére dans l'affirmation
qu'ils feront de leurs Inventaires devant le
Juge de la Viconté de l'Eau à Rouen , auquel Sa
Maj fté enjoint d'envoyer audit fieur de Marville ,
des extraits defdits Inventaires & Déclarations , & c.
SENTENCE de Police du premier Juin qui
Condamne la Damoiſelle Caron en mille livres d'amende
, pour avoir tenu chés elle une Académie de
Jeu.
EDIT du Roy , portant création de 600c00. liv.
de Rentes fur la Ferme génerale des Poftes , donné
aerfailles au mois de Juin , Régiftré en Parlement
le 27. du même mois .
a
ARREST du 19. pour l'ouverture de l'Annuel
de l'année 1743. par lequel il eft dir que tous les
Officiers de udicature , Police , Finance , & autres
fujets à fes revenus cafuels , feront admis au payement
du Prêt & Droit annuel de leurs Offices , pour
l'année 1743. à commencer du premier Octobre
1742. jufqu'au dernier Décembre enfuivant ladite
année inclufivement , &c.
AUTRE du 21. qui ordonne que fans avoir
égard
AOUS T. 1907 1742
egard à l'Arrêt du Parlement de Rennes , les fcellés
apolés à l'Abbaye de S. Méen , feront levés , &
l'Inventaire fait par les Juges Royaux de Ploermel.
AUTRE du 26. qui ordonne qu'en payant par
le Clergé du Comté de Bourgogne , la fomme de
37500. liv. par chacun an , tant que la levée du Di,
xiéme aura lieu , ledit Clergé fera exempt de l'exé,
cution de la Déclaration du 29. Août 1741 .
ORDONNANCE du Roy du 1. Juillet , pour
regler le rang que les Milices doivent tenir avec les
autres troupes d'Infanterie.
*
LETTRES PATENTES du Roy, du même jour,
qui nomment des Commillaires pour paffer les
Contrats de Conftitution de 600000. liv . de Rentes
créées fur la Ferme générale des Poftes , par l'Edit
du mois de Juin dernier.
ORDONNANCE du Roy du 13 pour admettre
les Déferteurs des Troupes de Sa Majefté , qui fe
trouvent actuellement engagés dans d'autres Régimens
, à profiter de la derniere Amniftie , en conti
nuant de fervir dans les Régimens où ils le font
enrôlés , pendant le tems porté par leur Ergagement.
ARREST de la Cour de Parlement , du 9. Août ,
au fujet d'un Imprimé in - 4°. & c. par lequel il eft
dit ce qui fuit :
Ce jour , toutes les Chambres affemblées , fuivant
l'arrêté du 7. du préfent mois , les Gens du
Roi font entrés ; & Maître Guillaume François-
Louis Joly de Fleury Avocat dudit Seigneur Roy
portant la parole ont dit
Qu'ils
1908 MERCURE DE FRANCE
Qu'ils ont reconnu fans peine à la feule inſpection
de l'Ecrit intitulé : Cas de Confcience , dont la
Cour leur a remis un Exemplaire le 7. de ce mois ,
qu'il paroît être du nombre de ceux qui ont déja
formé plus d'une fois le principal objet de leurs inquiétudes
, & qui ont été pour eux dans plufieurs
occafions de puiffans motifs pour exciter leur miniftére.
Que dans le commencement de cet Ouvrage ,
l'Auteur fupofe que deux perfonnes , qu'il défigne
par des noms empruntés , déclarent qu'ils font foumis
de coeur & d'efprit fux décifions de l'Eglife ,
& même à la Conftitution Unigenitus , fi l'Eglife la
reconnoît pour une de ces déciñons ; & qu'à la fin
I
ce même Ouvrage , le même Auteur décide qu'un
Confeffeur attaché à l'Eglife, ne peut les abfoudre,
ni confentir qu'ils participent à la Table Sacrée , à
moins qu'ils ne renoncent à leurs préjugés ,& qu'ils
ne donnent un témoignage clair & précis de leur foumiffion
pure & fimple à la Conftitution Unigenitus.
Qu'à la vue de cette décifion & de la queſtion qui
la précede , il eft difficile de ne pas fentir le trouble
qu'un Ectit de ce caractére cít capable de jetter dans
des efprits.
*
Que s'ils ignorent le deffein de ceux qui ont ofé
Je répandre dans le Public , ils ne peuvent diffimuler
à la Cour les conféquences dangereufes qu'il peut
produire , & que ces conféquences qui fe manifef
tent d'elles mêmes , pour ainfi diré , femblent les
difpenfer d'entrer dans le détail des principes dont
on abufe dans cet Ecrit par les aplications qu'on ca
fait.
Qu'ainfi ils croyent ne devoir porter leurs réflexions
que fur le danger d'un pareil Ouvrage , dont
il eft fi important de prévenir les fuites , & fur la
sonduite encore plus répréhensible de Maître Carbora
AOUS T. 1742 1909
bon , Lieutenant Géneral de Police de Reims , qui
en a permis l'impreſſion .
Que c'eft pour remplir ces vûes qu'ils eftiment
devoir demander à la Cour la fuppreffion de cet
Ecrit , & requerir qu'il foit fait défenſes audit Carbon
, Lieutenant Géneral de Police de Reims , de
plus à l'avenir accorder de femblables permiffions ',
à peine de punition exemplaire , conformement aux
Conclufions par écrit qu'ils laiffent à la Cour , avec
PExemplaire de l'Imprimé qu'elle leur a remis entre
les mains .
1922 #7
P Eux retirés : Vû ledit Imprimé in 4º . intitulé :
Cas de Confcience , commençant par ces mots , Trence
& Terencienne , contenant 15 , pag. où eft à la
fin la permiffion d'imprimer , à Reims le 31. Mai
1742. Signé , Carbon , Lieutenant Géneral de Police.
Et plus bas , à Reims , chez Regnault Florentin
, Imprimeur du Roy : La matiere miſe en Dé
Irberation .
La Cour , ordonne que l'Imprimé dont eft queltion
, fera laceré & jetté au feu au bas du grand Efcalier
du Palais , pard'Exécuteur de la Haute-Juftice
, à la levée de la Cour , comme tendant à autorifer
le Schifme , en déclarant qu'un Miniftre ne
peut , fans être prévaricateur & coupable du Corps
& du Sang de Jefus- Chrift , confentir que les Fide
les participent à la Table Sacrée , à moins qu'ils ne
donnent un témoimagnage claie & précis de leur
foumiffion pure & fimple à la Conſtitution Uniga-
3 nitus. Ordonne que Carbon , Lieutenant General
de Police de la Ville de Reims , fera tenu dans
quinzaine du jour de la fignification du préſent Ar
rêt , à la requête du Procureur Genéral du Roy, de
fe rendre aux pieds de la Cour , pour y rendre
compte de fa conduite , & être par la Cour , toutes
les Chambres allemblées , ordonné ce qu'il apartiendra
1916 MERCURE DE FRANCE
tiendra : Ordonne que le préfent Arrêt feia imprimé
, lû , publié & affiché , & que copies colla
tionnées feront envoyées aux Bailliages et Sénéchauffées
du Reffort , pour y être lû et publié ,
l'Aulience tenant , et enregistré Enjoint aux Subftituts
du Procureur Général du Roy d'y tenir la
main , et d'en certifier la Cour dans un mois. tait
en Parlement. Signé , DUFRANC.
ARREST du 12. Au fujet des unions de Bénéfices
, faites aux Evêchés des Provics de Languedoc
et de Guyenne depuis le trezieme fiecte , par
lequel S. M. ordonne , qu'en attendant que fur le
compte qui fera rendu à S. M de l'état des Chapitres
des Eglifes Cathédrales du Languedoc et de
la Guyenne , dont la dotation confiite principalement
en Bénéfices anciennement unis auxdits Chapitres
, il lui ait plû d'expliquer fes inte tions au Lujet
defdites unions , il fort furfis a toutes pourfuites
et procedures faites ou à faire , en que que Siége ou
Tribunal qu'elles puiffent avoir éte ou être portées,
de la part de ceux qui auroient obtenu en Cour de
Rome des Provifions defdits Bénéfices , fous prétexte
de la nullité des unions faites auxdits Chapidéfenfes
à tres : Sa Majeſté faiſant inhibitions,
tous Juges de ftatuer fur lefdites pourfutes et procedures
, jufqu'à ce que par Elle il en ait été autrement
ordonné à peine de nullité et de caffation
des jugemens , fi aucuns étoient rendus au préjudice
du préfent Arrêt , & c.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Plutus rendu Clair
voyant ,
Play
Lettre au fujet du Lieu nommé Chora ,
1700
1703
Epitre
Epitre à M. l'Abbé Goujet , fur fa nouvelle Bibothéque
Françoile ,
Lettre de M. N. Det ouches à M. D. L. R.
Vers à M. Deftouches ,
1715
1718
1743
Experiences de Phyfique , par l'Abbé Nollet , 1744
L'Eté , Ode à Damis
1757
1763
Extrait de Lettre au fujet d'une Pierre antique , 1760
Bouquet à Mlle ...
Diflertation fur une Médaille de Philipe VI . Roy
de France ,
Stance fur le Peaume CV. Confitemini ,
Arrêt du Parlement de Dijon , & c.
Le Magiftrat qui fe mêle de tour , Conte ,
Enigne ,
Logogryphes , ..
›
1765
c . 1780
1787
1793
1794
1798
NOUVELLES LITTERA RES DES BEAUX - ARTS
&c. Defcription de Paris Tome III ,
Mémoire pour (ervir à l'Hiftoire des Foux , 1800
Avis au Public fur l'Hiftoire des Hommes Illuftres
de l'Ordre de S. Dominique ,"
Grammaire Franç . & Regles de l'Ortographe, 1813
Le parfait Ingenieur François ,
1811
1814
Hift . Komaine , depuis la Fondation de Rome , 1815
Traité des Petrifications , avec figures , ibid.
Traité des Sens , par M. le Cat
Oriens Chriftianus , du P. le Quien
1816
1817
Théatre Critique fur toute for e de Matieres, 1818
Le Temple de Gnide ,
Defcription de la Ville de Lyon ,
1820
ibid.
Les Poëfies du Roy de Navarre ,avec des Notes, 1823
Méthode pour étudier la Géographie ,
1828
Obferv. fur la Comete qui a paru cette année, 1830
Projet d'un Ouvrage qu'on doit impr. à Rome ibid.
Autre Ouvrage imprimé à Venife ,
#
1832
ibid.
Differtation fur l'Euchariftie , & autres Ouvrages
imprimes en Italie ,
Académie Royale de Pau , Prix à diftribuer , 1836
Eftampes nouvelles , & Tableaux imprimés , 1837
Chanfor
Chanfon notée ; 1845
Spectacles , Extrait du Valet embaraffé , 1846*
Acteurs nouveaux , reçûs au Théatre Italien , 18,8
Ajax remis au Théatre ,
1859
Mahomet , Tragédie nouv. & la Fête d'Auteuil, bid.
Nouveaux Acteurs reçûs au Théatre François , ibid.
Opera Comique , Piéces nouvelles , &c. 1860
Nouvelles Etrangeres , Tu: quie , Ruffie , & c. 1861
Divifions de l'armée du Maréch . de Maillebois , 1865
Mort des Pays Etrangers , 1880
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1881
Nouveaux Miniftres d'Etat ,
Concerts à la Cour ,
1886
1887
1888 Extrait de Lettre écrite de Poiffy ?
Marche de l'armée du Maréch . de Maillebois, 1898
Affaire jugée à la Tournelle ,
Loterie Royale tirée ,
Epitre à M. le Brun
Morts & Mariages ,
Arrêts Notables,
1891
1893
1894
1897
1901
Errata de Juillet.
Age 1578. ligne 14. pour tranſmettre cette
Mémoire, lifex pour en tranfmettie la Mémoire
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1701 , ligne 8. dont Chycoineau fut fideis
commis , life , A Chicoyneau parfidei- commis.
P. 1773. 1. 19. fon , l. à fon . P. 1800. 1. 24. écrits,
A conten
65.1, 17.depuis peu, ôtez ces moss.
V4DAAdultegrave, doit regarder la page
£4 Chanjon notes la page
1762
1845
Qualité de la reconnaissance optique de caractères