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MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU RÓT.
MAY.
OUR
COLLIGIT
1742.
SPARGIT
Chés
Tapillos
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
M. DCC. XLII .
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THEN - W YOU
PUBLIC LIBRAR
335283A
VIS.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
"
LA
›
05'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiterent
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auron
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fan
perte de temps , & de les faire porter su
L'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SoLs.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
MAY.
1742 .
PIECES
FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
EPITRE A M.
GRESSET ,
En lui envoyant l'Ode fuivante.
PEre fécond de cent doctes merveilles ,
Philofophe fenfé , Poëte vertueux
Dont les Concerts mélodieux
Charment nos coeurs & nos oreilles ,
Greffet , fi ton génie heureux ,
-Aux jours de ton Printems, fans de pénibles veilles,
Sçait unir le Luth des Chaulieux
A ij A la
1958 MERCURE DE FRANCE
A la Trompette des Corneilles ,
Sans être indifcret à tes yeux
Puis- je bien efperer par des rimes pareilles
D'occuper un moment ton loifir précieux ?
Mais que n'entreprend point un coeur affectueux ?
Des fentimens, qu'en moi tes Ecrits ont fait naître,
J'ofe te crayonner le fincere Tableau .
Ah ! dans les traits qu'ici vient t'offrir mon Pinceau,
Que n'ai - je pû d'un fi grand Maître
Devenir le fidele écho !
Je fçais que dans ce tems , plus que jamais févere
Le Dieu que le Pinde révere
Prodigue rarement fes fublimes faveurs ,
B que tel qui s'eft crû Favori des neuf Soeurs ,
N'en obtint bien fouvent qu'un Laurier éphémere,
Et vit dans fa main témeraire
Un fouffle meurtrier venir faner leurs fleurs,
Mais que courant de Ville en Ville ,
De chés l'Ariftarque au Zoïle ,
Mes Vers le voyent pramenés ;
A l'ombre de ton nom , fatisfait & tranquile ,
Je braverai les Cenfeurs déchaînés .
Ami des Dieux, tel le Chêne immobile ,
Voit fous lui l'Arbriffeau fragile
Conjurer les Vents mutinés.
ODE
MAY.
1059 1742
ODE .
A la Mélancolie.
D
Elicieuſe rêverie ,
Source de cent plaifirs réels ,
Charme du coeur , Mélancolie , (a)
Je viens te dreffer des Autels .
Aux douceurs de ton fage Empire ,
Si jufqu'ici la docte Lyre
" Refufa fes juftes accens
Jaloux de venger cette offenfe ,
Aujourd'hui ma reconnoiffance
Te doit fa plume & fon encens.
*
Doit-on rougir de voir éclore
•
Un goût qui nous vient du berceau }
Là ,
fur mes yeux fermés encore
; Tu faifois luire ton flambeau
A ton influence chérie
Mon ame fe vit aſſervie ;
Voudrois je que ma lâcheté
Te refusât mon tendre hommage ,
Après la Déeffe volage
Que le grand ERASME a chanté ? `( b )
(a) L'Il Penfero du fameux Milton peut juftifier
cet Eloge.
(b) Erafme a fait l'Eloge de la Folie.
A iij
Loin
---
1060 MERCURE DE FRANCE
Loin de moi ce Monftre farouche (c)
Dont un poignard arme la main ;
Monftre au teint livide , à l'oeil louche ,
Nourri de fiel & de venin.
A ce hideux Antropophage
Souvent un criminel ufage
Ofa proftituer ton nom ;
Sot abus ignorance ingrate !
Tu fais un Solon , un Socrate ,
Et lui , n'enfante qu'un Timoa . (d)
*
Jadis aux Maîtres de la Grece ,
Dont l'Univers fuivit la voix ,
Sous la forme de la Sageffe
Tu vins faire adopter tes Loix.
Loin de tout préjugé vulgaire
On vit la vérité févere
Sur tes pas inftruire leurs voeux ;
Durable volupté des Sages , (e)
Tu leur diffipas les nuages
Qui couvroient tant de faux heureux.
(c) La Misantropie .
(d) Cic. de Amic . N. 86.
(e ) Socrate interrogé fur le fort du Roy des Perfes ,
répond gravement qu'il ne peut dire s'il est heureux ,
ne fçachant pas s'il eft homme de bien . Cic. S. Tufc .
N. 34.
Crafus montre à Solon fes trésors , & lui demande
Viens
MAY 1742 . 1061
Viens de nouveau , viens Reine aimable ,
Guéris nos goûts & nos efprits ;
Des biens de ton regne ineffable
Notre raiſon ſent tout le prix .
Elle entend : déja fes maximes ,
Infolence , mere des crimes >
Ont brifé ton Sceptre abhorré ;
La Gravité majestueufe
Chaffe la Joye audacieufe
Et le Ris inconfidéré .
*
Mais l'Efprit fous tes voiles fombres ,
Languira peut être hébêté ,
Et verra fous tes froides ombres
S'éclipſer ſon activité.
Ah ! tempérant la fougue extrême ,
Tu lui fais faire fur lui- même
Cent fois un utile retour ;
Tel je vois au ſein d'un nuage ,
Ou dans un verdoyant feüillage
Se jouer le Pere du jour.
*
s'il connoît quelqu'un qui ſoit plus heureux que lui ;
ce Sage mélancolique lui nomme Tellus, qui eft mort
en combattant pour fa Patrie , laiffant fes Enfans
fort bien élevés . Plut. in Solon .
A iiij Quel
1062 MERCURE DE FRANCE
Quel Spectacle animé m'attire ?
Vertumne a repris fes couleurs ;
Déja fous l'aîle de Zéphire
Je vois ondoyer mille fleurs.
Progné me redit fa querelle ;
L'Echo répond à Philomelle ":
Que manque-t'il à mes défirs ?
Je rêve , & bien-tôt ma Déeffe
Viendra . couronner l'allegreffe
Qui fuit ces innocens plaifirs.
*
Oui , que loin du fracas des Villes ,
Et Souverain de mes inftans ,
J'écarte tous projets futiles ,
Source des ennuis dévorans :
Bois fleuris , demeures paifibles ,
A la douleur inacceffibles ;
Agréable rufticité ,
A mon ame fi fympatique ,
Sans un peu d'air mélancolique
M'offrez-vous la félicité ?
H
Que le fourbe aux vices qu'il aime
Cherche des dehors impofans ,
Qu'un fat , fe cajolant lui même ,
Feigne d'encenfer nos talens .
Que
MAY. 1742. 1063
Que là , l'ignorance décide ;
Qu'ici , rampe un Client perfide ;
Viendront - ils fafciner nos yeux !
Vains efforts ; tout les humilie ;
Déja notre Mélancolie
Les inftruit , & nous venge d'eux.
*
Mais un plus noble foin t'apelle ;
Viens fuputer mes jeunes ans ;
Hélas ! dans ton miroir fidelle
Sans fleurs vient s'offrir mon Printems.
Oui , dois-je le dire à ma honte ?
La vertu m'en demande compte ;
Mais , fille de mon repentir ,
Déja par toi mon coeur foûpire ,
Et tu femble , me faire liré
Dans un vertueux avenir.
1
Par M. Boule , Profeffeur de Rhétorique au
College de Villefranche , en Beaujolois .
A v
AVER
1064 MERCURE DE FRANCE
****************
. AVERTISSEMENT.
EXTRAIT d'un très- ancien Roman , e
Vers François , d'Impreffion Gothique.
ex
N nous a communiqué depuis peu
PExtrait d'un vieux Livre , précieux
par fa rareté , & qui le paroît encore par
d'autres endroits. Cet Extrait fe trouve à
la fuite d'une Lettre écrite à un Ami , pour
Je lui annoncer. Ce font deux Piéces , qui ,
( fi nous ne nous trompons ) doivent plaire
à la plupart de nos Lecteurs ; on nous a
laiffé la liberté de les imprimer ; nous efperons
par là remplacer avec ufure les Hitoriettes
frivoles dont le Mercure étoit autrefois
rempli , & que quelques -uns de nos
Correfpondans ont encore la foibleffe de regretter.
LETTRE de M. de ...... Subdelegné
de M. l'Intendant à Pierre-Latte , à Mr....
Juge de la Ville de Valreas , dans le Comtat.
,
Vous me reprochez toujours , Monfieur ,
que les Bouquins que je fais venir de tems
en tems de Paris , ne peuvent fervir tout au
plus que
de parure faftueufe pour mon petit
Cabinet ,
MAY. 1742 . 1065
Cabinet , & jamais d'amufement réel pour
moi-même. L'accufation eft plus grave que
vous ne pensez , contre un homme qui aime
les Lettres de bonne foi , & uniquement
pour elles- mêmes.
Votre prévention cefferoit bientôt , fi vous
pouviez avoir le courage de lire quelquesuns
des vieux Livres que je pourrois vous
choifir ; mais ce feroit un effort , & les efforts
néceffaires pour détruire un préjugé ,
ou pour faire naître un goût contre lequel
on s'eft toujours revolté , coûtent trop à
l'amour propre , pour efperer qu'il les entreprenne
.
Agréez donc , au lieu d'un Bouquin , que
je vous adreffe l'Extrait d'un Livre extrémement
rare , que je viens de recevoir , &
que j'ai fait acheter dernierement à Paris à
l'Inventaire de feu M. Hallée , Secrétaire du
Roy & c .
Il étoit compris au Catalogue imprimé
fous le numero 637 , au fecond article , &
portoit le Titre qui fuit :
La faulceté , trahifon , & les tours de ceux
qui fuivent le train d'Amours . Paris , chés
Jean Jeannot . petit in - 4°.. Gothique.
Ce Livre exifte , il eft vrai , Monfieur ;
mais il exiſte , à ce que je penfe en bien peu
de Bibliotheques , c'eft ce que je ne fuis plus
à portée de verifier , attaché , comme je le
A vj
fuis ,
1066 MERCURE DE FRANCE
fuis ', dans
le fond
d'une
Province
, & ce
qui vous
importe
aparemment
fort peu.
Je foupçor
ne au li ,
pour
bonnes
raifons
;
auli que l'Ouvrage
eft compofé
bien
avant
l'an
1500.
Cette
date vous
fait frémir
, vous
n'en
augurez
rien de bon ; mais
lifez
, du moins
pa complaifance
, l'Extrait
que j'ai fait pour
vous
, tout
informe
qu'il
puiffe
être ; fupléez
par votre
bon efprit
, à la naïveté
& aux graces
dont
fournille
l'Original
; fupofez
même
, je vous
le permets
, que je vous
en déguite
quelques
legers
défauts
; mais
quand
vous
aurez
lû , convenez
que de tels Ouvrages
, ne fút- ce que par leur fingularité
, peuvent
amufer
autant que d'autres
que je dirois bien , & qu'on me mande
qui ont la vogue .
En un mot , M. n'étouffez
pas de gayete de
coeur vos lumieres
naturelles
, & daignez prononcer
entre votre goût & le mien à ce feul égard , avec cette fage impartialité
que vous faites paroître
dans des affaires
beau- coup plus importantes
.
C'eft cette qualité fi rare , fur laquelle je
compte , c'eft elle qui a augmenté mon eftime
pour vous , & qui a affermi l'amitié avec
laquelle je ferai toute ma vie , M. votre & c.
A Pierre Latte ce 15. Avril 1742 .
EXTRAIT.
Cet Ouvrage qui contient plus de 7000 .
Vers,
M A Y. 1742. 1067
Vers , eft une espece de Roman , ou plutôt
de Songe allegorique , que le Poëte dédie en
finiffant à fa belle Amie , pour qui il l'a entrepris
; c'eft , fans doute , pour ménager ſa
bienveillance , qu'il invective contre l'inconftance
,& la perfidie des hommes , toutes les
fois que l'occafion s'en préfente , & elle fe
préfente fouvent il a auffi grand foin d'exalter
à nos dépens la fidelité du beau Sexe
en fait d'engagement.
"
,
On retrouve dans tout le cours du Poëme ,
à peu près le même tour de génie que dans
le fameux Roman de la Rofe , c'étoit l'unique
modéle & le patron de tous les ouvrages
d'imagination de ce tems là ; & celui- ci
ne paroît pas de beaucoup moins ancien
que la continuation de Jean Clopinel , qui
fut terminée , à ce qu'on croit , en 1307
mais , quoi qu'il en foit , on peut affûrer
qu'avec autant de naïveté & un meilleur
Plan , il regne ici une Morale plus foûtenuë
& mieux décidée ; je ne fçais même ſi l'on
ne pourroit pas avancer que c'en eft en quelque
façon la cenfure où le contrepoifon ,
puifque le Roman de la Roſe donne des préceptes
aux hommes pour conquérir, & celuici
des leçons aux Femmes pour ſe défendre.
Il s'agit d'une Belle & Noble Dame , que
l'Auteur apelle Belliffant , qui dès fon âge
tendre s'étoit uniquement voüée à Raiſon
ne
1068 MERCURE DE FRANCE
ne vouloit écouter qu'elle , & ne fe régloit
que par fes confeils , & Raifon avant toutes
chofes avoit pofté Honneur auprès de cette
belle Dame , pour ne s'en féparer jamais ;
auffi l'aimoit - elle , & le tenoit plus cher que
fa propre vie , le regardant comme fon Défenfeur
, fon Ami , & le véritable Auteur de
fon repos.
Amours , toujours en quête de nouvelles
avantures , entreprend de foûmettre ce coeur
indifferent. Venus & Junon , par une espece
de gageure , s'offrent à le fervir , & y perdent
tour à tour leurs peines. Amours , devenu
plus enflamé par la réfiftance , fait plufieurs
autres tentatives , & les fait toujours
en vain , tous les Mellagers qu'il dépêche
font mal menés ; enfin il prend le parti de
fe déguifer lui- même en Fauconnier étranger
, qui court le Pays depuis la mort de
l'Empereur , fon bon Maître , & fous ce déguifement
il s'infinue petit à petit dans les
bonnes graces de Honneur , à qui la chaffe
à l'oifeau paroît un Divertiffement très - irré
prochable .
Le faux Chaffeur fe prête avec foupleſſe à
toutes les défiances dans lesquelles Honneur
a coûtume de vivre ; il eft le premier à déclamer
contre la Fauffeté & la Trabifon
ordinaire des Amoureux , qui ne s'en font
plus qu'un jeu par le tems qui court , il s'échauffe
MAY. 1742: 1069
chauffe furtout contre Faux femblant ; Honneur
goûte fes maximes , l'engage à reſter à
fon fervice , & c'eft par lui - même qu'Amours
eft introduit dans la maiſon.
La Belle- Dame prend plaifir à voir le nouveau
venu ; du plaifir elle paffe à la curiofité,
de là aux Eloges , & enfin au goût. Raifon ,
qui avoit quelque affaire ailleurs , en a le
vent , & prend l'allarme ; Honneur eft averti
par quelques efpions affidés , mais il croit
devoir prendre le parti d'un Serviteur fi doux
& fi difcret , difant qu'il le reconnoît pour
homme de bien , & que faux Raport ne doit
pas être écouté trop legerement.
Les Avis fe réiterent , les Brocards font
même de la partie ; Honneur a d'abord
quelque peine à fe perfuader que Belliffant
veüille fauffer la foi qu'ils fe font fi folemnellement
jurée l'un à l'autre , mais il en
découvre bientôt affés pour être obligé de
fuïr , il va pourtant , pour n'avoir rien à ſe
reprocher , prendre un congé lamentable de
la Belle - Dame ; on voudroit le retenir , on
regrette beaucoup , Raiſon ſurvient & fait
de fon côté quelques efforts inutiles , mais
elle eft forcée à fon tour de chercher un autre
azile , après avoir reproché à Honneur
fa fimplicite & fon imprudence.
le
Amours , débaraffé de ces deux fâcheux
Surveillans , fait femblant de blâmer leur
retraite
1070 MERCURE DE FRANCE
retraite précipitée , quoi qu'il ne craigne rien
tant que leur retour ; mais voyant fes batteries
en bon train , il commence à fe livrer à
la joye , & ne cherche qu'à l'infpirer à la
Belle Dame ; ce font toutes les nuits nouvelles
Aubades , tous les matins nouveaux
Bouquets , la moindre abfence fait naître
mille Billets paffionnés ; les Banquets , les
Pompes , les Tournois , deviennent plus fréquens
que jamais dans cette Cour : enfin
dans la bonne foi l'un & l'autre , ils comptent
s'aimer & fe voir toujours , & ce fentiment
leur tient lieu de tout le refte de la
nature.
Quelques vieilles Sentinelles que Raifon
avoit autrefois placées autour du Château
continuent à faire le guet pendant la nuit
mais avec moins de vigilance que de coûtume
; Amours invente tous les jours quelque
expédient pour les dérouter , & pour
parler à la Belle - Dame ; car depuis le départ
de Honneur , il n'avoit plus ofé demeurer
fous le même toît avec elle , & Belliffant
elle-même l'avoit contraint , quoiqu'à regret ,
de s'en écarter .
Le Capitaine Danger , Chefde ces vieilles
Vedettes , a beau fe démener , pour ſurprendre
au piége Amours fon plus mortel ennemi
; Amours fçait éluder tous les piéges
& franchir tous les obftacles ; Bell.ffant charmée
MAY. 1742 1071 :
mée de fon courage , ou plutôt de fon
adreffe , l'en eſtime encore davantage.
Mais , pour ne point s'engager à l'étourdie,
elle veut auparavant découvrir à qui elle
a affaire , ne doutant pas que fon Fauconnier
ne foit tout autre que ce qu'il paroît au
dehors ; elle l'envoye donc chercher pour
avoir , ce qu'on apelle une explication :
après plufieurs queftions détournées elle lui
demande d'où vient qu'il l'aime tant,Amours
ne manque pas de répondre que c'eft parce
qu'il ne connoît point de Dame fi acomplie ,'
elle veut fçavoir enfuite quel eft fon état &
fa condition , lui promettant que fa franchiſe
ne lui fera nul tort auprès d'elle , parce
qu'elle prife beaucoup plus Vertu & Maintien
courtois , que noble lignage fans entregent.
Amours confent de lui en faire confidenmais
il s'y prend d'une façon myſtérieufe
, & lui recommande un grand fecret ,
lui fait promettre de ne jamais prononcer
fon vrai nom devant Gens fufpects , & tout
de fuire il lui explique avec complaifance
quel eft fon pouvoir fans bornes , fon ori
gine céleste , les honneurs qu'on lui rend
par toute la Terre , & de tant de biens il finit
par lui en offrir le facrifice , demeurer
, pour
fon fimple Chevalier.
La Belle- Dame , effrayée de reconnoître
celui1072
MERCURE DE FRANCE
celui -là même qu'elle a tant oui blaſoner ;
& dont Honneur & Raifon lui ont tant défendu
l'accointance , a d'abord quelque peine
à fe raffûrer, elle exige des fermens , Amours
n'en excepte aucun des plus forts , en invente
même de nouveaux , & lui dit :
J'ai tout laiffé pour jamais être vôtre ,
Vous le verrez par S. Pierre l'Apôtre.
La Dame dit , onques fous faux vifage
Ne vis joüer fi bien fon perfonnage.
Toutes les proteftations que lui fait Amours,
lui paroiffent convaincantes , & elle s'accorde
à le retenir à fon fervice , pourvû toutefois
qu'il n'efpere & ne demande jamais rien qui
foit deshonnête ; Amours change habilement
de propos , promet monts & merveil
les ; & comme il a l'art de fe rendre invifible
, il retourne plufieurs fois auprès d'elle
& lui fait voir tant de gentilleffes de fa façon
tant de tours de paffe-paffe , impoffibles à
tout autre qu'à lui , qu'il acheve de la gagner.
La crédule Belliflant fe felicite de fa conquête
, & fa confiance pour Amours fait de
tels progrès , qu'elle en vient à le mettre en
poffeffion de fa principale Fortereffe , Place
qu'on avoit regardé jufqu'alors comme imprenable
, & qu'elle étoit füre de défendre
contre tous les Affaillans du monde , tant
qu'Amours
M A Y.
1073 1742.
qu'Amours voudroit en occuper le Gouvernement..
Or, comme il s'agiffoit de paffer le tems ,
& qu'on ne peut pas toûjours chaffer aux
Oifeaux , ni folâtrer le long des Ruiſſeaux ,
ni s'ébattre dans les Prairies , la belle Dame
habituée de longue main par les confeils de
Raifon à ne point demeurer oifive , préparoit
des ameublemens , donnoit des ordres à fes
Officiers , & s'apliquoit furtout à faire travailler
quantité d'excellentes ouvrieres , en
broderie d'or & de foye , mais tous leurs
métiers n'étoient occupés qu'à repréfenter
Amours de toutes les façons & dans toutes
les formes fous lefquelles il ſe plaît à fe déguifer.
Ge n'étoit point encore affez pour Belliffant
de voir cette Figure fi chérie , repetée
fur toutes fes tapifferies & dans tous fes apar
temens ; elle mande en toute diligence les
plus habiles Peintres de tout le Pays , pour
tirer le Portrait de fon Chevalier au plus
naïf qu'il feroit poffible , & tout ce qu'elle
peut raffembler de plus précieux en Bagues ,
Fleurons , Chapelets de Pierreries , tout
jufqu'aux Efcarboucles fut employé avec un
artifice admirable pour orner ce nouveau
Chef-d'oeuvre de Peinture , dont l'étuy feul
cût fuffi pour payer la rançon d'un Roy.
que cette image , ainfi que la nomme Dès
,
l'Au1074
MERCURE DE. FRANCE
l'Auteur , fut miſe en fa perfection , la belle
Dame qui y étoit portraite auffi , n'eût ni
ceffe ni repos qu'elle n'en eût fait un don à
fon bel ami , qui s'en tint fort honoré , &
redoubla à cette occafion toutes les promeffes
, fermens & juremens qu'il lui avoir déja
prodigués au tems de leurs premiers accords.
Cependant , comme
Il n'eft beau tems , ni belle Compagnie
Que tôt ou tard il n'y ait départie ,
Après beaucoup de petites avantures à
huis clos , Amours impatient de fe voir toujours
enfermé en même demeure , commence
à s'apercevoir qu'il aime un peu
moins ; l'ennui le gagne bientôt , il devient
infidéle & parjure , & fe livre aux pernicieux
confeils de Vacabond , efpece de Parafite
bouffon à qui l'on avoit permis
l'entrée du Château , pour defennuyer les
Damoifelles ; voici quel étoit fon caractere.
,
Il fe levoit dès le fon de Matine ,
Pour les aprêts , fçavoir de la Cuiſine ;
Donnoit coup d'oeil à la Rotiſferie ,
Et fi aimoit fort la Bouteillerie :
Mais qu'il y eût fans ceffe de bon vin
Là volontiers étoit le Pelerin . . . .
Gai , il étoit en ſa maniere friſque ,
Affez
MAY . 1075 1742:
"
Affez legier pour dancer la Morifque ,.
Car de cela entendoit la cadance ,
Et fe mêloit auſſi de baſſe dance . . .
Rôti avoit en maint & maint foyer ;
Guere arrêté il n'étoit en un Lieu ,
Et s'en alloic fouvent , fans dire adieu.
Tel étoit le perfonnage à qui Amours
donna toute fa confiance ; ils bâtiffent donc
leur complot à la derobée , & réfolus de
voyager enſemble , Amours pour encoura
ger Vacabond , va lui dire
Aller je veuil , d'ici premier à Romme ,
Devers le Pape impétrer quelque Bulle ;
Près le Palais tu me tiendras ma Mule ,
L'oreille au guet fi rien feroit
vacquant.
C'est -à-dire que de Vacabond , il en veut
faire , felon l'abus de ces tems là , un gros
Bénéficier , qui lui devra fa fortune.
Tant fût procédé entre eux , qu'Amours
& fon Confident prennent jour , font quelques
legers préparatifs , pour ne point donner
de foupçon , & quittent la belle Dame
un beau matin , fous prétexte de Pélérinage .
Elle eft affiégée bientôt après , mais elle fe
défend avec grand courage . Sa premiere attention
eft de tenir l'avenue du Pont bien
fermée ; l'Avanturier amoureux , qui for¬
moit
1076 MERCURE DE FRANCE
›
moit le blocus , demande à l'entretenir au
pied d'une Tour pendant une Tréve , &
veut lui perfuader de fe rendre , mais elle
tient ferme , rompt la Tréve , le bleſſe à la
gorge d'un coup de Flêche & comme il
étoit parti pour cette expédition , dépourvû
de Phyficiens & de Barbiers , ( c'est - à - dire ,
de Médecins & de Chirurgiens ) elle a la
générofité , pour le guerir à fond , de lui
envoyer des Compôtes de Fleurs ; ainfi le
pauvre bleffé eft obligé de lever le Siége ,
& Belliffant fait faire de grandes réjouiffances
.
A peine commençoit- elle à refpirer , après
avoir fait réparer les dehors de fa Place ,
qu'un jeune évaporé arrive au Château ; il
met pied à terre , donne fon courtaut à fon
Page , monte le Perron , entre fans fe faire
annoncer , & vient préfenter fes fervices
contre l'Avanturier amoureux , qui étoit
parti.
La Belle Dame , après les remercimens &
les reverences , lui demande par maniere
de converfation des nouvelles d'Amours
& fous couleur de ne le connoître que de
nom ; l'Evaporé hauffe les épaules , en dit
pis que pendre , & raconte par le menu toutes
fes tromperies & fes legeretés , puis pour
achever de peindre Amours en peu de mots ,
il ajoûte
Tantôt
MA Y. 1077 1742
Tantôt il eft Valet & tan ôt Maître ,
Fort variable & méchant à connoître,
Tantôt il tranche & fair de l'amoureux ,
Tantôt il veut être Religieux.
Brefil ne dit un mot de vérité ,
Je m'en raporte à ceux qui l'ont hanté.
S'il a defir d'une Dame nouvelle ,
De la plus laide , il jure qu'elle eft belle ;
Des plus vilains , il dit qu'ils font gentils ,
Autant & plus que mignons de Paris . . ...
C'eſt un Coquard , un abufeur de filles ,
Qui leur promet de beaux & riches dons ,
Et tout au plus ce font paquets d'éguilles .
La Dame regarde toutes fes accufations
comme autant de bourdes ; elle foupçone
le jeune homme de n'en médire que par envie
, & maintient que rien n'est plus gratieux
qu'Amours ( du moins par oüir dire , )
enfin , ne voulant tien croire de ce que dit
l'Evaporé , elle l'oblige par fon froid accueil
à aller chercher fortune ailleurs , mais avant
que de fe feparer , if dit à la Belle qu'il reviendra
la voir au mois de May , & qu'il
compte avoir fa revanche.
Que de Gens à bonnes fortunes , ont été
depuis jettés dans le même moule !
Pendant tous ces pourparlers , Amours
s'étant défait de tous les remords qu'il devoit
1078 MERCURE DE FRANCE
voit avoir de fa déloyauté envers Belliffant ,
& confiderant qu'il avoit laiſſé dans la Place
fes meilleures befognes , commence à fonger
à fes petits interêts ; if détache adroitement
l'un après l'autre tous les Diamans
Rubis , Turquoiſes , Emaux & tous les
Joyaux de prix , qui environnoient la Boëte
à Portrait , dont elle lui avoit fait préfent ,
il les ferre dans fon Ecrain , & comme un
vrai Petit Maître , il jette enfuite la mignature
fur un fumier , la regardant comme un
bagage de contrebande , après quoi
Chemin il prend , on ne fçait quelles parts ,
Ainfi que vont par Pays les Paillards ,
Pour vifiter les Terres où n'ont rien ;
Chacun au loin ſe dit homme de bien ,
Jufques-à tant qu'il ait trompé quelqu'un .
De fon côté Belliffant , qui ne fe doutoit
'de rien & qui fentoit fa confcience netteaprès
avoir repouffé tant d'attaques , foit par
force , foit par adreffe , ne voyant plus revenir
Amours , fe defefpere & craint tou
jours qu'il ne foit ou malade , ou bleſſé , ou
fait prifonnier par quelqu'un des partis qui
battoient la Campagne .
Elle envoye tous fes Ecuyers & fes Damoifelles
hors du Château , pour s'enquerir
de lui par les grands chemins ; on ne tarde
pas .
a
MAY. 1742. 1079
1
pas à lui aporter
d'affés
mauvaiſes
nouvelles
, & qui pis eft
à lui rendre
fon
Portrait
tout
décoloré
, qu'on
avoit
trouvé
allés
loin
de là , contre
un tas de bouë
.
Elle s'évanouit , & ne revient de ce trifte
état , que pour faire les plaintes les plus touchantes
; elle baife mille fois le Portrait
d'Amours qu'elle avoit fait peindre à côté
du fien , fe fait un nouveau mérite , à fon
gré , de fa conftance inébranlable & de
maintes autres extravagances qui lui échapent.
Mais Raifon , qui étoit aux Ecoutes , &
près de laquelle cette fermeté opiniâtre ne
fert point d'excufe , à beaucoup près , Raifon,
dis-je , ne peut s'empêcher de gémir , elle fe
détermine à porter fes plaintes , & cite l'infortunée
Belliffant au Tribunal de Fortune.
>
La Belle Dame eft livrée par Fortune à
Déconfort , mauvais Garnement qui la
vient fommer avec dureté de fe rendre aux
pieds de la Déeſſe , pour y fubir fon Jugement.
La Belle Dame fe voyant délaiffée de
fon nouvel ami , & pourfuivie par ſes anciens
défenfeurs , fe réfout au départ , mais ,
pour toute grace , elle demande congé à
Déconfort de pouvoir faire fes adieux a la
Verdure , aux Oifeaux , aux Fleurs , aux
Roffignols , & furtout au joli Mai planté
B- devant
1080 MERCURE DE FRANCE
devant fon Château , qu'elle paroît regretter
plus que toute chofe.
Elle part enfin , après une vive apoftrophe
contre le déloyal Amours , à qui elle annonce
qu'elle va mourir par fa lâcheté ; elle
lui recommande encore le Portrait , & le
conjure au moins de faire prier Dieu pour
fon ame.
Toute la Chevalerie & les Suivans de la
Belle Dame fondent en pleurs , en la voyant
entraîner par Déconfort , & maudiffent
mille fois le traître Vacabond , auteur de
tout ce défordre.
Belliffant , après bien des fouffrances ,
arrive à l'audience. Fortune , qui pour le moment
lui étoit contraire , lui fait d'abord
ôter fes plus riches accoûtremens , pour
punition du mauvais ufage qu'elle avoit fait
de fa richeffe & de fes Pierreries ; elle ordonne
enfuite à fes Miniftres ( impitoyables .
comme leur Souveraine ) de la dépouiller
entieremement , mais les beaux & blonds
cheveux de la Belle Dame , en fe dénoüant
& retombant jufqu'à fes genoux , fervent
de parure à fa beauté & de
deur .
>
rempart à fa
pu-
Elle ne cherche aucun détour pour s'ex
eufer ; fes réponſes font humbles , mais
vrayes ; elle avoue en un mot qu'il n'eft plus
en fon pouvoir d'effacer de fon coeur Amours,
&
MAY. 1081 1742.
& qu'elle s'y efforce vainement
mais elle
>
détefte l'heure & le moment qu'elle l'a
connu.
Fortune , qui de fa nature eft muable ;
& change volontiers d'opinion , fe trouve
toute attendrie au récit de Belliffant , &
convient que la pauvre Dame est encore
plus à plaindre que Melluzine , puifque
Raymondin n'offenfa celle ci qu'une feule
fois , & qu'il en mena le deuil , tant qu'il
vécut.
A cette Hiftoire , Fortune ajoûte plufieurs
beaux paffages , tant facrés que prophanes
, pour prouver la perfidie & l'humeur
volage des hommes , auxquels un
baiſer ou un doux regard font tourner la
tête ; Salomon , par exemple ,
Lui qui étoit des autres le plus fage ,
Ne fe voulut contenter des grands biens ;
S'il n'eût aimé les femmes des Payens ....
Que fiquelque homme une femme requerr
Du fait d'amour, elle peut peut réfifter
;
Mais l'homme autant aimeroit enrager
Que refufer de cela quelques filles ,
Parquoi je dis qu'ils font trop plus fragiles .
Toutes ces diftinctions fubtiles ne confolent
point Belliflant ; elle retombe fans
Bij ceffe
1082 MERCUURREE DE FRANCE
ceffe dans le defefpoir , & ne fonge plus
qu'à mourir, pour expier fa faute & terminer
fes malheurs .
Déconfort qui voit fon abbattement, croit
lui faire grace de l'empêcher de languir ; il
s'aproche tout bouffi de colere, pour l'étouffer
, mais Raifon que la Belle Dame a trouvé
le fecret d'apaifer par fon repentir fincere , la
retire d'entre fes mains , & la laiffe maîtreffe
abfoluë d'opter entre Fortune & elle .
La Belle Dame , bien élevée & reconnoif
fante , ne balance point ; elle fe remet fans
nulle réferve fous l'Empire de Raifon , &
préfere les leçons de cette Gouvernante févere
aux Aateries inconftantes de Fortune
que fa merveilleufe Beauté avoit achevé de
féduire , & qui lui offre de grandes reffources
du côté des plaifirs ,jufquia loirl'ad- juſqu'à vouloir
mettre dans fon Sanctuaire , & l'y faire même
affeoir fur les Siéges réfervés pour les plus
grandes Déeffes , ou pour les beautés les
plus exquifes , ce qui eft tout un.
Mais Belliffant demeure inébranlable , en
quoi lui aide beaucoup la fouvenance des
plaifirs fi- tôt paffés & fi tôt perdus ; & quand
un choix fi fage eft une fois bien avere fans
nul mélange d'hypocrifie , le Bail entre Raifon
& la Belle Dame fe renouvelle pour la
vie , avec plus de ftabilité qu'auparavant .
Honneur un peu défiguré , mal en point ,'
&
MAY.. 1742. 1083
& l'oreille baffe, reparoît; on lui propofe de
revenir prendre poffeffion de quelques- uns
des Domaines de la Belle Dame , mais telle
eft fa complexion délicate , qu'il n'a ni vouloir
ni pouvoir de jamais revenir en un lieu
dont il s'eft defemparé une fois , n'eût - ce été
que pour un inftarit.
Honneur offre de faire remplir ce pofte
par fage Remords , fon allié , & l'un de fes
fubftituts , lequel eft agréé à la requête de
Raifon , mais il faut que celui- ci fe contente
d exercer fes fonctions à la fourdine , fans
pouvoir jamais prendre le ton auffi affûré que
faifoit Honneur.
la
Raifon lui a figne pour fa réfidence ,
Place d'armes du Coeur , efpérant bien que
de- là il pourroit pourvoir à tout le refte .
Lelliffant accepte avec foumiffion toutes
les conditions qu'on lui impofe ; elle s'en
impofe elle - même de plus rigoureufes enmais
fans aucune affectation , de
forte que tous les amoureux qui la tourmentoient
, & qui comptoient avoir quelques
droits fur elle , s'évanoüiffent ou fe difperfent
, & la laiffent enfin joüir de fa premiere
tranquillité.
Biij META:
1084 MERCURE DE FRANCE
METAMORPHOSIS Flagrionis & Ferula
in Arbores.
T U quoque Carminibus , celebrabere , Flagrio ,
noftris :
Te quoque noftra canet , Ferula ô blandiſſima ,
Mufa.
Ambo felices ! ( par Fratrum nobile ) digni
Ambo fortunâ meliori & pluribus annis ;
Nec vos in medio fuccifos Aore Juventæ
Defpiciens , alto fruftrà fol evit Olympo .
Tollit ubi ad nubes nifu Parnaffus ovanti
Cervicem geminam , rura inter florea ,
Flagrio cum Nymphis facrifque Sororibus , olim
Ducebat placidos tranquilla per otia foles :
Flagrio quem Cemno natum genitore , profundis
Ediderat Pindi mater Dycæa fub antris
caftis
Nafcentem , Charites , puerum excoepiftis : amicus
Aftitit & cunis amor , & puer ipfe puello
In tenero amplexu Veneres tantumque decorem
Addidit , ut geminum Venus ipfa ftuperet amorem.
Aftitit ipfa etenim Venus , aftitit almaque Pallas ,
Ipfe , ferunt etiam , Phoebus , Phoebique Sorores
Nafcentem lætis oculis videre puel um .
Colludunt temerè per lactea colla capilli
Penden
4
MAY.
1742. 1085
Pendentes : it circum ora rubor ; defluxit ad imos
Aurea palla pedes : mens ilicer ardua , Phabi
Ingenuas ultro puerum impellebat ad artes .
Dilectus Phobo facrifque Sororibus , altas
Parnaffi fedes & fummi culmina Pindi
Ardua fcandebat , penetraliaque abdita Vatum
Lucufque Aonios , & Apollinis antra fubibat.
At pueros puer ingenio fuperabat & arte.
Dux aderat pueris : at enim non ille tumentes
Geftabat fenfus : animum extimulabat inertem .
Nec fua quin etiam virtuti præmia deerant.
Lauris ipfe puer capita infignibat ovantum ,
Lauris ingentes animos addentibus : ipfe
Victori fua dona dabat , laudifque potentes
Subdebat ftimulos , puerili in corde volutans
Jam tum maturos fenfus , animumque virilem.
Arfere invidiâ focii , dotefque malignis
Adfpexere oculis : cæcas hinc fpargere voces :
Crimina moliri , puerum fi perdere poffint.
Opportuna truces occafio promover aufus.
Caftalios dum forte petit de more liquores
Securus Juvenis , focios furor intrat , & imis
Erupere omnes thalamis , fimul agmine facto
Præcipitant ictus : Pars geftat grandia faxa :
Pars torres , ( dedit arma furor) Pars ferrea quaſſat
Tela amens . At tu , clamant , dabis , improbe
poenas ;
Et multa orantem necquicquam ac multa ge-
Bij Dila- mentem
1086 MERCURE DE FRANCE
Dilacerant ; cadit infelix , vultufque decoros
Suffufus lacrymis , Phoebum , Phoebique Sorores
Invocat, Audivit Phoebus , lamentaque fummo
Culmine Parnaffi facræ audivere forores .
At tu , Phoebus ait , puer , haud morieris inultus.
Nunc meritas pueri tanto pro crimine poenas
Vindice te , folvent , & quos hæc edidit ætas
Et quos deinde ferent venientia fæcula , folum
Te pueri metuent , folum ferique nepotes.
Dixit & ad puerum acceffit , flatuque potenti .
Crefce , ait , exitium pueris , & crefcere membra
Imperat in ramos. Virides dant brachia virgas
Pendula crura fuis aliè radicibus hærent :
Vertitur in truncum corpus : virgæque decoris
Emicuere comis . Stupet in nova munera
Et natura novos mirata eft infcia partus.
Cum Nymphis , caftafque inter tum forte Sorores
tellus :
Interea notas Ferula incumbebat ad artes ,
Fratris amans Soror & tanti fecura pericli ;
Germanæ cùm fama necis vulgata per altos
Parnaffi montes , heu ! tandem allabitur au res
Nymphæ infelicis : calor offa repente reliquit :
Lana fluit manibus revoluta , excuffaque veftis
Quam Fratri Soror alma dies noctefque , fuperbum
Perficiebat opus . Ploratibus æthera complet :
Emicat è thalamo morens , & perdita luctu ,
Qua
MAY. 1742. 1087
↓
Quæ Fratri ferat auxilium , cædifque cruenta
Ut figna adfpexit , tandem has dedit ore querelas.
Cui de te tantum licuit , Germane ? Sorori
Que Fratrem fors eripuit defcendis adumbras
Me fine , fed me terra finu prius hauriat imo
Quam poffim fine te invifos producere foles.
Tu vitæ comes , ipfa necis comes ibo , lacufque,
Defcendam ad Stygios : fato me confice eodem
Quifquis es innocuo refperfus fanguine , noftrum
Fratris carnifices , noftrum exhaurite cruorem .
Audiit & gemuit , terrafque allapfus Apollo,
O Nympha , exclamat , Stygias defcendit ad undas
Jam non , diva , tuus , data Flagrio præda nefandæ
Invidiæ fociorum , & triftibus occubat umbris ;
At Fratris te perdit amor , miferanda puella.
Germanum i fequere infelix , pro talibus aufis
A pueris Ferulâ tu vindice fumite poenas ,
Vindice tu virgâ , dixit , tetigitque puellam .
Vertit in arbuftum corpus : jam pulchra rigere
Et variis videas obduci membra figuris.
In frondes coma luxuriat , Ferulamque puellæ
Nomine dixerunt : hinc inftrumenta dolorum ;
Exitium hinc manibus cladesque miferrima tergis ;
Hinc vobis , pueri , feries æterna malorum.
M. de Lugny Duquesne.
B v LET1088
MERCURE DE FRANCE
忠岳
LETTRE de M. L ** . à M. de la R.
V
Ous fçavez qu'il paroît , Monfieur ;
une Brochure intitulée Confeils à M.
Racine fur fon Poème de la Religion , par
un Amateur des Belles Lettre ; ce n'eft pas,
M. pour en porter un jugement géneral
que j'ai l'honneur de vous écrire ,
ni pour préter des armes à M. Racine ; il
eft bon pour ſe défendre , s'il croir de voir
repouffer les coups qu'on effaye de lui porter.
Mais on implique dans la Centure deux
hommes qui ne me pas paroiffent pas avoir le
tort qu'on leur impute , & par équité , ou ,
fi l'on veut , par charité , je me fens porté
à faire leur apologie . Il ne faut pas toûjours
, M. arborer le Bonnet & la Fourure
pour fair des réflexions folides en faveur de
la Religion . Pafcal, la Bruyere & bien d'autres
, que je pourrois nommer , en font un
exemple. Nous vivons dans un fiécle affés
éclairé , pour qu'un homme d'efprit & de
lettres qui aimera la vérité puiffe
par occafion , recueillir quelques raiſonnemens
pour la foûtenir. Sans être Théologien
, on peut connoître une partie des
Preuves de la Religion , & fe mettre ,
›
,
comme
MAY. 1742. 1089
comme dit S. Paul , en état de rendre compte
de fa Foi La Religion eft le bien commun
de tous les hommes , & chacun a droit de
la défendre. C'eft ce qu'ont crû pouvoir
faire M. D. & M. T. car c'est d'eux , fans
doute , qu'on veut parler dans la Brochure
en queſtion. Le dernier a pris un effor modefte
& s'eft renfermé dans quelques réflexions
génerales . M. D. eft entré dans un
plus grand détail , excité par fon ami à fervir
la vérité dans la route qu'il avoit commencé
à s'ouvrir pour cela : il a allégué plufieurs
Prophéties qui annonçoient la Million
de Jefus Chrift . L'Auteur des Confeils dit
>
qu'il a voulu expliquer des Prophéties que
Grotius * Huet Calmet Hardouin
n'ont pû entendre . Je ne fçais pas fi elles
n'ont été que ténebres pour ces Sçavans ;
mais je fcais bien qu'elles ont été lumineufes
pour l'Antiquité Chrétienne ; que S.
Julien Martyr, S.Cyprien , Origene ; S. Chryfoftôme
, S. Jerôme , S. Auguftin , tous les
Peres , & pour dire encore plus , les Apô-
* A s'en tenir à la ponctuation de ces noms dans
la critique , il fembleroit que l'Auteur ne les connoît
pas . Une feule virgule les partage deux à deux
& ne forme que deux perfonnes de quatre ; comme
fi l'une s'apelloit Grotius Huet , & l'autre Calmet
Hardouin . Mais loin de vous tout foupçon d'ignorance
contre l'Auteur.
B vj
tres
1090 MERCURE DE FRANCE.
tres les ont apliquées à Notre Seigneur ,
ce que M. D. a fait d'après eux , * & ce
qu'on fera toujours quand on ne voudra point
chicaner . Grotius lui- même les avoit entendues
comme toute l'Eglife , dans fon excellent
traité de la Vérité de la Religion : ayant
depuis panché du côté des Sociniens , il a
cherché à donner à ces Prophéties d'autres
fens , mais il a été, ainfi que fes nouveaux Maîtres
, fçavamment réfuté , & en dernier lieu
par le Pere Baltus dans fon Livre de la Défenfe
des Prophéties. Il feroit bien fâcheux
pour M. Huet , Dom Calmet & le Pere Hardouin
, de ne s'être pas éclairés fur cela de
da Tradition & des lumieres primitives
mais ne craignons point pour eux , le vrai fens
des Prophéties ne leur a pas plus échapé
qu'aux autres. C'eſt donc bien à tort que
l'Auteur des Confeils conjure M. Racine
après avoir fait le Procès à ces hommes un
peu incompetens , comme il les apelle , d'employer
de meilleures preuves : ce Poëte Chrérien
a pris les fiennes , pour ce qui regarde
les Prophéties , dans l'Hiftoire univerfelle
de M. de Meaux , & c'étoit puifer dans la
fource même de l'Eglife ; on voit qu'il n'a
fait que mettre en vers ce que ce fçavant
* Dans une de fes Lettres imprimées dans le
Mercures.
· Prélat
>
M. A Y. 1742% 1091
Prélat a extrait des Prophétes ; & M. D.
s'y eft entierement conformé . D'où vient
donc cette extrême douleur dont on a été faifi
dit-on , en voyant les chofes facrées , ainfi
prophanées , livrées à l'injufte dérifion des efprits
forts? Quon nous montre que M. D. a
parlé un autre langage que celui des grands
hommes que je viens de citer , & nous
ferons les premiers à partager l'extrême douleur
du Critique. N'y auroit- il point , Monfieur
, ( je parle ici en géneral , & fans aucune
aplication ) n'y auroit il point , disje
, un peu d'affectation dans les plaintes
qu'un certain nombre de gens font , de ce
que la Religion eft fi mal défenduë par
fes apologiftes ? On ofe dire qu'il n'y a pas
un bon Livre dans ce genre. Du Pleffis Mornay
, Grotius , dont le Livre a été traduit en
prefque toutes les Langues , Abadie , dont
l'Ouvrage a fait tant de converfions , Paſcal ,
M. de Meaux & tant d'autres Auteurs qui
ont écrit fur cette matiere , font pitié à ces
Meffieurs. C'eft prendre un étrange intérêt à
la Religion que d'en écarter ce qu'ont fait
pour elle des hommes d'un mérite fi fupérieur
, & qui la plûpart , l'ont aimée & pratiquée
fi fidelement. Je fuis avec toute la confidération
poffible , M. votre très humble ,
& c. L. **
APO1092
MERCURE DE FRANCE
APOPHTEGMES ou Bons - Mots ;
traduits & paraphrafés en Vers
par M. CoCQUARD .
Secret pour vivre heureux.
I.
A Pliquez - vous à vous connoître ;
Dans vos défirs fuyez l'excès ,
Ne vous expofez point aux malheurs que font naître
Et les dettes & les procès.
Nofce te ipfum : ne nimiùm cupias : aris alieni ¿
litis miferiam fac effugias . Brufonius.
I I.
Paroles de Cefar, fur fa tranquillité, dans le
tems que l'on confpiroit contre iui.
Le bruit qui fe répand qu'on a juié ma mort
A ma tranquillité ne porte aucune atteinte :
Il vaut mieux une fois fubir un trifte fort ,
Que de vivre toujours en crainte .
Praftatfubire femel quàm femper timere . Tuningius
III.
Patience ftoique d'Isabelle , femme de Ferdinand
, Ayeule de Charles -Quint.
Ifabelle enduroit une douleur mortelle .
Le
MAY. 1742. 1093
Le remede pour moins fouffrir ,
Etoit de bien crier : qui , moi , crier, dit - elle ?
Non , non , j'aime encor mieux mourir.
V. l'Homme de Cour de Gracian, Max. XCVIII.
IV.
Ne point parler de foi.
On méprife Alcidas , qui , fuivant fes caprices,
Se blâme quelquefois , & fe loue encor plus :
C'eft être fat d'étaler fes vertus ,
C'est être fot de réveler fes vices.
Laudare fe vani , vi: uperare ftulti eft . Ariftote
dans Valere- Max .
V.
Maniere de fe venger des Médifans!
Hélas ! difoit Platon , qu'importe
Si de moi Therfite médit ?
Je veux vivre de telle forte ,
Qu'on ne croira pas ce qu'il dit.
At ego fic vivam , ut maledico fides non habeatur.
Antonius in Meliffa.
V I.
Réponse de Pyrrhus à ceux qui le félicitoient
fur la fanglante Bataille qu'il venoit de gagner,
contre les Romains près d'Afculum .
Votre zé à mes yeux exprime trop de joye .
Il est vrai , du combat je fors ceint de Lauriers ;
Mais
1094 MERCURE DE FRANCE
Mais la plupart de mes Guerriers
Du trépas ont été la proye.
Ah ! G fur les Romains , jaloux
De vos Exploits & de ma gloire ,
On nous voit remporter encore une victoire ;
Mes chers amis , c'eft fait de nous.
Si adhuc femel Romanos vincemus , actum eft de
nobis. Plutarque en la Vie de Pyrrhus .
VII.
Paroles de Périclés mourant , aux principaux
Citoyens d'Athènes , qui comptoient le
nombre de fes Victoires.
>
Mon bras s'eft fignalé par plus d'une victoire ,
Mais la fortune eut part à mes Exploits guerriers
Et d'autres, en courant dans les mêmes fentiers ,
Des traits de leur valeur ont enrichi l'Hiftoire.
Ceffez donc , chers Amis, de compter mes Lauriers;
Confervez plûtôt la mémoire
De ce qui fait ma propre & véritable gloire.
Dites ( & fatisfait je defcends au cercueil )
Tandis que de l'Etat il gouverna les rênes ,
A nul Citoyen d'Athenes
Il n'a fait prendre le deuil .
Plutarque , en la Vie de Periclés .
VIII.
Sur la Liberté.
Brutus , des Cinanois exigeant une fomme ;
Pour
MA Y. 1742 109
Pour ne les pas foûmettre à l'Empire de Rome ,
Tous refuferent de traiter .
La Liberté, Brutus , quand on veut nous la vendre,
N'a plus rien , dirent- ils , qui puiffe nous flater.
Nos Peres ,qui d'eux feuls ont toûjours fçû dépendre,
Ne nous ont pas laiffé de l'or pour l'acheter ,
Mais ils nous ont laiffé du fer pour la défendre.
Ferrum nobis à majoribus quo Urbem tueamur, non
aurum que Libertatem ab Imperatore avaro emamus,
reli&um eft . Valer. Max.
IX.
Secret pour acquérir de la Science.
Comment peut s'acquérir votre talent divin ,
Demandoit on un jour à l'Orateur d'Athenes ?
En confumant , dit Démofthenes ,
Encor plus d'huile que de vin .
Plus olei confumendo quàm vini . Stobée ,
X.
Sotte excufe.
A fon Maître un Efclave ayant manqué de foi ,
Comme on levoit le bras pour châtier ce traître :
Pardon , dit- il , pardon , j'ai failli malgré moi.
Eh bien lui répondit fon Maître ,
Tu feras puni malgré toi .
Servus , non volens erravi . Herus , non volens igitur
ponas dato: Plutarq.
XL
1096 MERCURE DE FRANCE
X I.
Sur le Silence,
Un Petit - Maître eut l'impudence
D'avancer que Solon qui gardoit le silence ;
N'étoit aparemment qu'un fot .
Mais Solon , pour punir ce foupçon témeraire ,
Lui dit : Railleur , fouvent un Sage ne dit mot,
Au lieu qu'un fot ne peut le taire.
Solon cuidam dicenti illum ideo non loqui , quia
infanus effet , nullus , inquit , ftalius tacere poteft .
Brufonius , L. 3. C. 29.
XII
Mépris des affronts d'un Brutal.
Socrate , pour prix d'un bon mot
Reçut des coups d'un maître fot.
Un zelé Difciple du Sage
Lui confeilla d'abord d'intenter un procès
En réparation d'outrage ,
Mais quoique fûr d'un plein fuccès ,
Socrate méprifant l'offenfeur & l'offenſe :
Mon ami , dit-il , un cheval
Qui ruant contre moi m'auroit fait quelque mal ;
Le traînerois - je à l'Audience ?
Si me Afinus calce impetiffet , num diem illi dicevem?
Tuningius .
XIIL
MA Y. 1742. 1097
XIII.
Age propre an Mariage.
A quel âge doit on à l'Hymen s'engager ?
Sur ce point c'eſt Talès qui va vous diriger.
Eres-vous jeune è il faut , dit - il attendre .
Etes vous vieux ? il n'y faut plus prétendre.
Quo tempore ducenda uxor ? Juveni nondum ; ſenš
numquam . Stobæus .
XIV.
L'Arbre qui produit de bon fruit.
Aux branches d'un Figuier , je ne fçais pas pourquoi,
Une femme s'étoit penduë.
Quel Spectacle s'offre à ma vûë ,
S'écria fon Mari , le coeur faifi d'effroi ?
C'eſt ma femme ! & fon corps eft plus froid
marbre .
que la
Un Railleur qui paffoit, lui dit : Eh ! donne - moi
De la greffe d'un fi bon Arbre.
Cuidam deploranti quod uxor fua fe de ficu fufpen
diffet , rogo , inquit , da mihi furculum ex illa arbore,
ut inferam . Tuningius.
XV.
Coûtume finguliere.
Autrefois en Bourgogne , où Chaffeneuz cft né ,
Il s'étoit introduit un fingulier ufage ,
Dont
1098 MERCURE DE FRANCE
Dont cet Auteur rend témoignage.
Un Garçon par Thémis à la mort condamné ,
Et déja conduit fur la place ,
Où l'on devoit punir fon crime capital ,
Echapoit au cordeau fatal ,
Dès qu'une fille offroit , en demandant fa grace ,
De s'unir avec lui par le noeud conjugal.
Que l'ufage au Garçon n'étoit guere propice !
Dit l'Auteur allegué . L'expérience aprend
Qu'on changeoit un moindre fuplice
En un fuplice bien plus grand.
...
Duodecimus cafus ubi quis evitat mortem & confe
quitur gratiam .. Si mulier caminojum qui ad
mortem ducitur , petat fibi in matrimonium dari . &
bac liberatio non eft generalis , quia no procederet in
conjugato , fed tantùm in joluto ... . Videtur ‹i magis
imponi poena .... malam uxorem habebit , &fic
majorem poenam patietur .... Et pro certo , non fine
causa huic condemnato ad mortem parcitur,fi à muliere
petatur , cum incidat in tormentum perpetuum quod
vix narrari aut exprimi poflet , ut fciunt multi quos
docuit experientia ,qui de pradictis atteft ari fciant.Chaf
feneuz , fur la Coûtume de Bourgogne, de Juftitiis,
Rubr. 1. § . v . n . 96. & 99 , pag. 239. & 240. Colon.
Allob. 1616. M. de la Monnoye dans fon Gloffaire
fur fes Noëls Bourguignons , obferve fur le
mot MAIRIAIGE , que Chaffeneux étoit lui - même
un des Multi dont il parle.
RE
MAY 1742: 1097
*******************
REPONSE à une premiere Lettre
adreffée à un Maître de Penfion , fur
L'Effai d'un Bureau Mufical , inferée dans
Le Mercure de France ,
Février 1742.
L ,
'Auteur de cette Lettre anonyme eft
toujours loüable d'avoir donné au
Public , l'idée qu'il s'eft formée de l'Etabliffement
d'un Bureau Muſical , à l'inſtar
du Bureau Typographique . Il a même tâché
d'en définir la figure , l'ordre , & les avantages
que les enfans en pourroient tirer , en
ne leur en faifant pratiquer d'abord , qu'un
de trois ou de fix rangs , qui contiendroit une
partie des difficultés de la Mufique , & qu'il
leur mettroit entre les mains dès leur plus tendre
enfance ,comme une espece d'amufement,
pour leur donner quelques notions des principes
de cette Science .
Mais il n'eft pas mal aifé de reconnoître
par le détail qu'il effaye d'en faire , qu'il n'a
pas faifi le moyen de rendre fufceptibles les
principes effentiels & fondamentaux de cette
Science , à la connoiffance des enfans ou
des jeunes gens qui poffedent déja en tout
ou en partie la pratique du Bureau Typographique
de M. Dumas , d'une maniere à les
conduire par des progreffions fimples & des
regles
300 SCORES
1100 MERCURE DE FRANCE
regles invariables à la parfaite connoiffance
de cet Art , & l'Auteur ne paroît pas affés
foncé dans la pratique , pour en détailler
les difficultés & mettre dans leur véritable
ordre , les differentes progreffions par où
doivent paffer les Eleves, à qui l'on veut enfeigner
la Mufique par ce nouveau Systême.
Une des principales caufes qui peuvent
empêcher cet Auteur de réüffir dans fon
Projet , eft la dénomination qu'il donne à
chaque Notte & à chaque Logette de fon
prétendu Bureau , fous les fyllabes ut ,
mi , fa , fol , la , fi , &c. y ajoûtant même
les femitons , c'est- à - dire , les mols ou
ré
diéfis en fuivant l'ordre du Clavier ; ce
qui eft une erreur pour ce Systême , & l'oblige
à porter fan Bureau à une grande
étendue , & ne lui donne malgré cela que
deux ou trois octaves , avec l'ufage d'une
ou deux clefs feulement dans leur premiere
pofition ; il veut auffi qu'on préfere l'ufage
des noires aux blanches ou rondes , pour
commencer à faire battre la meſure , cette
raifon n'eft apuyée fur aucun bon fondement
, étant plus à propos de commencer
par des Nottes d'une plus grande durée
pour en aprendre la divifion , que par celles
qui en ont été divifées.
La Mufique Pratique eft un Art auffi condéfini
& expliqué qu'aucun autre ; il a
au ,
des
MAY. 1742. I1Or
des regles certaines & évidentes , & par
conféquent peut être rendu , fans en rien.
féparer , dans la fimplicité d'un Bureau Typographique.
Il n'y a pour y réüffir , puiſque
la Mufique peut être regardée comme une La
gue morte ou vivante , qu'à la bien entendre
, la fçavoir & la parler foi - même , pour
l'enſeigner aux autres.
Ne feroit- ce pas induire en erreur un écolier
, que de prétendre lui donner les principes
de la Mufique , par un Bureau Muſical
qui ne donneroit qu'une clef & une espece
de Notte , dont le nom feroit déterminé dans
les differentes logettes du caffeau ? Il faudroit
lui donner autant de Bureaux qu'il y a de
differentes pofitions de clefs , & que chaque
Bureau eût plus de foixante logettes de longueur
, pour donner l'étendue du Clavier
ou du moins vingt trois, fi l'on entend la façon
de les réduire, & encore ignoreroit - il les
tranfpofitions. Cela foit dit en paffant , pour
la Mufique vocale , parce que l'inftrumentale
n'eft point abfolument obligée de connoître
ni d'ufer des regles de la tranfpofition,
attendu que les Symphoniſtes touchent fur
leurs Inftrumens , la Notte que les clefs de
fol , d'ut , ou de fa , leur indiquent , & pratiquent
même tous les mols & diéfis
dont elles font fouvent accompagnées . Tous
ceux qui fçavent la Mufique entendent fort
bien
1102 MERCURE DE FRANCE
celui bien cette difference : il faut donc que
qui veut l'enſeigner par un fyftême nouveau ,
en fçache bien faire le dévelopement.
mi
Les Nottes font des caractéres qui défi
gnent les fons que chaque voix ou Inftrument
peut former. Leurs differentes figures
en indiquent la durée , & les fignes dont
elles peuvent être accompagnées , en marquent
l'élévation ou l'abaiffement , tels que
font les mols , carres & diéfis . Peuton
penfer autrement , qu'une ou plufieurs
Nottes placées au hazard , fur les cinq lignes
ou efpaces de la portée , ne doivent recevoir
aucun nom des fyllables ut , re ,
fa , &c. qu'en conféquence de la clef qui les
précede ? C'est donc à la connoiffance des
trois clefs dont on fe fert en Mufique , à
leurs differentes pofitions & tranfpofitions
que l'on doit apliquer ceux à qui l'on veut
enfeigner cette ſcience . Tous les tons & f
mitons d'un Clavier pouvant être des tons
fondamentaux des differentes piéces de Mufique
ou airs , par raport aux Inftrumens ,
peuvent fe nommer , par raport à la voix ut
ou ré , &c. fuivant la clef naturelle ou chargée
de mols ou diéfis dont on fe fert pour les
faire executer. La Science de connoître fur
quel ton ou femiton eft affis un air apartient
proprement à la Théorie de la Mufique.
L'Auteur de la Lettre a raifon de dire , que
la
MA Y.
1103
1742.
la méthode qui va du fimple au compofe , du
slair à l'obfeur , & du facile au difficile , eft
préférable à celle qui procéde d'une autre maniere
; il faut donc pour donner à des commençans
l'intelligence d'une fcience qui a
été portée à la perfection , aux principes &
régles de laquelle il feroit même dangereux
de toucher , fans s'expofer au trifte fort de
ceux qui fe font avifés de vouloir donner de
nouveaux caractéres & de nouvelles régles
pour la pratiquer , qui n'ont jamais eté allés
tôt dans l'oubli des connoilleurs ; il faut
donc , fans rien déranger de l'ordre & de la
perfection où tant d'habiles Maîtres l'ont
portée , la réduire dans la fimplicité élémentaire
radicale qu'on doit employer avec les enfans
, & proportionner les progreffions de
fes difficultés à la foibleffe de leur âge , de
leur voix & de leur jugement ; c'est ce qui
ne paroît pas pouvoir fe faire par la pratique
d'un Bureau , tel que l'Auteur de la Lettre
l'indique , par une feule clef & une feule efpece
de Nottes déterminées par leurs noms ,
& b rnées par une étendue d'une ou deux
octaves , mêlées de leurs feintes ou femitons
, ce qui feroit plutôt un cahos & un
épouvantail à des en ans ou à des commencans
; qu'un moyen fimple , clair , & facile,
pour les conduire à la poffeffion de cette
Icience qui ne préfente qu'obfcurités & dif-
C ficultés
1104 MERCURE DE FRANCE
ficultés prefque infusmontables à ceux qu'
ignorent les routes fimples & aifées pour y
parvenir.
i
Le Typographaire Mufical d'un tel Bureau
ne fçauroit donner qu'avec la même confufion
, le placement de differentes efpeces de
Nottes , avec diftinction de leur élévation
& de leur valeur , les paufes & filences qui
leur font équivalans , les differens fignes
des mefures , pour indiquer les mouvemens
de viteffe ou de lenteur , l'ufage des mols
carres & diéfis , les points , tremblemens
, cadences , pincés , coulés , ports de
voix & autres agrémens .
›
Mais fans attendre une plus grande explication
fur toutes ces difficultés de la part de
l'Auteur anonyme de la Lettre , l'Auteur de
cette réponſe donnera bientôt le plan géomêtral
du Bureau Typographique Musical
auquel il travaille depuis plus de trois ans
qu'il n'a mis dans l'état où il eft que depuis
environ un an , & qui a été vû par quelquesuns
des Meffieurs de l'Académie des Beau
Arts de Lyon , il y a près de fix mois , depuis
lequel tems il l'a enfeigné. Il fera graver
les planches & mettra bientôt fous
preffe le Traité de fon Bureau Typographique
Mufical , contenant 1 ° . Le Difcours
préliminaire fur l'invention , la commodire
& les avantages de ce Bureau. 2 ° . L'Analyſ
de
MAY. 1742.
1105
de la figure , de fa forme & du placement
ou diftribution des Logettes . 3 ° . Le Typographaire,
pour la maniere de l'étiquetter &
de le garnir. 4° . La pratique du Bureau ou
fa manipulation. Le Projet de ce Traité a
été remis depuis peu de tems à Meffieurs de
l'Académie des Beaux Arts , qui ont nommé
des Commiffaires pour l'examiner. L'Auteur
attend inceffamment leur Certificat & leur
Aprobation, avec d'autant plus de confiance,
qu'il croit l'avoir dirigé d'une façon à contenir
fans confufion , mais avec l'ordre convenable
à l'idée que l'on doit avoir de la
Mufique , toutes les Nottes , fignes , carac
téres & difficultés dont cette fcience eft
remplie , & d'en avoir fait le dévelopement
d'une maniere à ne rien laiffer à douter à celui
qui en fçaura la pratique , tant pour la
Mufique vocale que pour l'inftrumentale .
Dans un petit nombre de Logettes , il
donne cinq octaves & plus d'étendue , c'eſtà
-dire , depuis le ton le plus grave d'une
Baffe , jufques au ton le plus aigu du Violon
démanché , avec l'ufage de toutes les clefs
toutes leurs tranfpofitions , la pratique de
toutes fortes de mefures ufitées dans les
Concerts , la connoiffance de toutes les valeurs
, & l'emploi des fignes des mols ,
carres & diéfis accidentels & autres
agrémens & difficultés.
C ij L2
1106 MERCURE DE FRANCE
La pratique des huit claffes ,fuivant l'ordre
de ce Bureau, conduit l'Eleve non -feulement
à la parfaite connoiffance de la Théorie &
de la Pratique de la Mufique , mais encore à
l'art de compofer à I1.. 2. 3. & 4. parties ,
pour la voix ou pour les Inftrumens , s'il fe
trouve du goût & de l'invention pour arriver
à ce degré de perfection.
Le même Auteur donnera enfuite le Bureau
Typographique pour le plein chant à
l'ufage des Chapitres , Communautés de
Réligieux , Réligieufes & autres.
En voilà affés pour répondre à cette premiere
Lettre ; il attend avec plaifir que fon
ouvrage foit critiqué ; fon émulation ne s'en
rallentira pas , au contraire , il efpere que par
les lumieres qu'il recevra de ceux qui voudront
bien faire connoître leurs fentimens fur
ce fujet,il portera fon Bureau Typographique
Mufical à la perfection. Il aura d'ailleurs à
offrir à ceux qui s'y opoferont formellement
, des Eleves en cette fcience par cette
feule méthode , qui les convaincroit de la
bonté de ce Syſtême & de la beauté de fon
Invention.
A Lyon , ce 12. Avril 1742.
M A Y. 1742 1107
****************
.
A M. J. Pour le jour de fa Fête .
Toi , qui charmes par la douceur
Du plus aimable caractére ,
Toi , dont le coeur droit & fincere ,
Les Sentimens & la Candeur ,
Te font chérir de tous , aimer avec ardeur ;
Toi , qu'à jufte titre j'apelle
Le meilleur de tous les amis ,
Le Heros de Minerve & celui de Themis ,
De la Probité le modelle ,
Au Parnaffe Apollon , Ciceron au Barreau ,
Daigne accepter ces fleurs ; mon amitié fidelle
Qui ne s'éteindra qu'au tombeau ,
Veur , en te les offrant , te témoigner . fon zèle ,
Et te rendre toujours quelqu'hommage nouveau :
Mais de cette amitié fi tendre ,
Mon cher Damis , c'eft vainement
Que ma Mufe veut entreprendre
De te tracer le fentiment .
Le Dieu du Pinde fur ſa Lyre ,
Lui- même ne peut en redire
La douceur & l'enchantement ,
Et l'efprit ne fçauroit fuffire
Pour exprimer du coeur le doux contentemcpt.
L'Amitié nous unit . Sous fon aimable Empire
C iij
Goûtons
1108 MERCURE DE FRANCE
Goûtons le fort le plus charmant.
Au Temple de cette Déeffe
Ami , je vais porter mes voeux & mon encens,
Et dans les tranfports raviffans
D'une vive & charmante yvreſſe ,
Loin des tumultueux defirs ,
Que fait naître aux Mortels P'ambition frivole ,
Je goûterai de vrais plaifirs ,
Et dans ce Temple enfin tu feras mon Idole..
Du 19. Mars 1742.
Par M. B✶✶ d'Aix.
LA VIE d'un Philofophe aimable à M.
de M.
***
, Ue je trouve heureux , Monfieur , celui
qui pailible Spectateur des Révolutions
du monde , n'eft intéreffé que dans celles
des Saifons ! Il voit les Zéphirs fuccéder aux
frimats , & les fruits de l'Automne remplir
l'espérance du Printemps ; il voit éclore la
Rofe dans fes Jardins & jaunir les Epics
dans fes champs . Il voit meurir le Raifin qui
doit enrichir fon Cellier , & répandre à fa
Table la joie toûjours pure & l'aimable faillie
. Une Epoufe complaifante & fidelle , partage
fes plaifirs , prête à partager fes peines,
mais
MAY. 1109
1742.
mais il eft auffi induftrieux à changer en
plaifirs tout ce qui l'environne , que les autres
hommes le font à fe faire des peines toujours
nouvelles . Il n'a pas pris cette Epouſe
dans une Famille avare ou défunie ; il n'a pas
cherché de vains & faftueux Titres , mais
une ancienne probité . Il n'a pas été féduc
par de frivoles attraits , mais les charmes plus
touchans de la modeftie , de la douceur , &
d'une jeuneffe aimable & docile , ont trouvé
fon coeur fenfible . Il fe leve avec l'Aurore
& parcourt fon petit Domaine. Tantôt il
élague lui - même un Arbre , chargé de branches
inutiles , ou bien il va mettre par fa
préfence l'émulation & l'activité parmi des
ouvriers ; tantôt il trouve dans des filets
tendus de la veille , des oyfeaux trop avides.
ou fes chiens prennent devant lui un Liévre
qui l'amufe long- tems par fes défaites ;
il revient , & d'un air fatisfait , il montre fa
proie à fa chere Epoufe. Elle lui a fait préparer
un dîner frugal ; ce n'eft pas pour lui
qu'on cherche au fein des Mers la Sole &
le Turbot , ou qu'on pêche l'Huitre autour
des Rochers . Ce n'eft pas pour lui qu'un
Marchand téméraire tranfporte en Europe
par un long & périlleux trajet les Richeffes
des Canaries. Qu'un Vent brûlant ait dépouillé
les Côteaux de Nuis , de l'Hermitage
& d'Ay ; cette nouvelle confterne éga-
蝎
C iiij lement
1110 MERCURE DE FRANCE
:;
lement la Cour & la Ville , fans lui caufer
la moindre altération. Il trouve dans fon
ménage de quoi nourrir toujours un apétit
qui manque fi fouvent à la fenfualité ; l'exercice
& le repos entretiennent fa fanté ;
il fe promene , il chaffe , il aime le mouvement
& l'occupation . Mais fon efprit eft
tranquille ; il fuit les foins , & n'en a d'autres
, pour ainfi dire , que celui de les éviter
tous. Il jouit d'une précieufe liberté , de cette
premiere liberté , qui fut l'apanage de l'Homme
, & que les Paffions lui ont fait perdre.
Les plaifirs de la Vie font paffagers , mais
nos jours paffent comme eux ; il croit qu'il
eft poffible de faire durer autant les uns que
les autres ; fon ame toujours égale , n'eſt jamais
troublée par la crainte , ni trompée par
T'efpérance. Il faifit le préfent comme le feul
bien , que le deſtin nous ait donné : ce n'eft
rien pour ceux qui le laiffent échaper , mais
c'est tout à celui qui le fçait connoître. Un
Bouquet de Fleurs nouvelles , un ficge de
Gafon eft fouvent entre fon Epouſe & lui
l'occafion d'une tendre agacerie. Elle rougit
encore ; il eft encore plein de la même ardeur.
Pourquoi le droit de fe rendre heureux
ôteroit il quelque chofe à la douceur
de l'être ? Ses careffes femblent faire croître
fa nombreuſe famille , comme le Soleil fait
éclore les Fleurs. Tous fes Enfans portent
fur
MAY . 1742 . 1111
,
far leurs vifages des preuves touchantes d'union
& d'amour dans une vive reffemblance.
Les uns fuivent leur pere à la chaſſe , ou
vont lire auprès de lui , ou foulagent leur
mere dans les foins du ménage. D'autres
font dans l'ignorance & dans les jeux de
l'enfance. Tout ce qui nous ocupe , où nous
inquiette , ou nous afflige ne fait encore
que
les amufer. Un autre eft encore attaché
au fein de fa mere ; elle femble l'aimer davantage
, elle le baife fans ceffe , mais c'eft
plutôt une tendre compaffion de fa foibleffe
& de fon innocence , qu'une injufte préférence.
Le pere entre dans leurs jeux ; il folâtre
avec eux ; on voit fur fon vifage ce ris
naïf, que le coeur & l'efprit ne défavoüent
pas. Il eft quelquefois furpris de n'avoir été
toute la journée qu'un enfant , mais le lendemain
il s'oublie encore ; la Nature ſe jouë
de fa raifon ; heureux de n'en pas faire un
plus dangereux oubli , & de rentrer lorsqu'il
la quitte , dans l'innocente fimplicité de l'enfance
!
Quelles frayeurs , quelles allarmes , s'il
fent la plus legere indifpofition ! Une morne
trifteffe régne chés lui ; tout y prend une
couleur fombre , tout eft en mouvement ;
on fe rencontre à chaque inftant , fans pouvoir
fe parler. II fe rétablit ; les couleurs &
la fanté reparoiffent fur fon teint. Quelle
C v joye !
1112 MERCURE DE FRANCE
Joie ! quels tanfports ! on s'embraffe , on fe
félicite tout femble renaître dans fa maifon.
Tout fouffroit avec lui , & fa fanté devient
celle de tout le monde.
Quelques Amis viennent- ils chés lui , ref
pirer un air plus libre , & paffer quelques
beaux jours d'Eté ? Quel accueil naturel ! Il
leur montre fes Jardins , fes Bois & fes Livres
, & leur dit : Il n'y a plus d'autres maîtres
ici que vous , tout eft à vous ici ; ufezen
comme moi -même . Ils fe partagent alors,
les uns à la Chaffe , les autres à la Promenade
, ou dans le Cabinet. Cependant on leur
aprête un repas p us délicar que fomptueux.
La Maîtreffe elle - même , d'une main adroite
prépare en plufieurs façons le lait de fes Brebis
, & les fruits de fes Vergers. Elle en or
donne la fimétrie. Des Flacons remplis d'un
Vin de plufieurs feuilles décorent le Buffet.
C'est pour fes Amis qu'il étoit réfervé : Que
des hommes qui fe font dérobés au bruit &
aux affa res , trouvent de charmes dans un
féjour au tranquile ! Ils en deviennent Citoyens
, ils ne peuvent fe réfoudre à le quitter.
Que ne fait- on pas pour le leur rendre
plus agréable ? Quelles inftances pour les retenir
? On joint à leur penchant les difficultés
les plus obligeartes , pour éluder leur
départ , mais il faut fe féparer ; on s'éloigne
en foûpirant de ce Lieu plein d'attraits , &
Ac
MAY. 17428
le coeur preffé d'une douleur fecrette , ils arrivent
à la Ville , fans qu'aucun d'entre eux
ait pû rompre le filence. Qu'il eft fâcheux
pour ceux qui fe font livrés au monde , de
rencontrer cette heureuſe médiocrité ! Elle
leur découvre tout d'un coup l'erreur funefte
de leurs fyftêmes , la perte irréparable du
tems , le vuide & la folie des grandeurs humaines
; elle leur raffemble les réfléxions les
plus humiliantes , & leur fait fentir l'amertume
des dégoûts , fans leur donner la force
de fe fouftraire à l'habitude .
*
Je reviens à mon Sage , & je le confidere
dans fon cabinet . C'est l'endroit chéri
d'une maifon agréable. On y voit dans
la varieté , le choix & la propreté , les
graces de l'Albane , & la fineffe du Correge
, la legereté de Ténieres , & le coloris
de Rubens , la précifion du Pouffin , &
les expreffions de le Brun ; enfin ces Talens
enchanteurs & feparés dans les differentes
Ecoles , étalent tour à tour leurs merveil
les à fes yeux. Il croit en les admirant que
les preftiges de l'Art embelliffent la Nature;
mais s'il jette fes regards fur la Campagne
& qu'un lointain gracieux fe préfente à fa
vuë , s'il faifit une Aurore naiffante ou les
beautés inimitables d'un Couchant ferein ,
il reconnoît bientôt que l'Art ne nous feduit
qu'en fuivant de près la Nature. On voit fur
C vj NDE
*
4114 С ГАЛ
;
une Table , dans un fçavant défordre , des
Sphères , des Compas , des Prifmes . Quelles
connoiffances peuvent échaper à celui qui
connoît le prix du Tems , & qui veut en
faire ufage Un autre coin de ce Cabinet
paroît confacré à la Mufique. La France &
I'Italie l'enrichiffent de leurs OEuvres les plus
célébres . On y voit plufieurs Inftrumens :
il les connoît tous, il paroît avoir pour tous le
même goût & la même habileté . S'il jouë de
la Viole, elle femble s'arimer fous fes doigts ;
tantôt elle exprime une heureuſe tendreſſe
fes accords font remplis d'amour & de legereté
; tantôt elle fe plaint des rigueurs d'une
Maî reffe ingrate , elle gémit , elle foûpire ,
& porte au coeur une émotion féduifante.
S'il prend une Flute , fon Epoufe vient mêler
fa voix aux fons flateurs qu'il en tire.
Leurs ames que n'ébranle jamais l'impétuofité
des paffions , en goutent alors les plus
doux mouvemens. L'Afile des Sciences &
des Arts eft fouvent celui des plaifirs . Les
Livres font rangés felon les matiéres qu'ils
contiennent. Ici, l'Hiftoire fournit aux hommes
la plus fûre connoiffance d'eux - mêmes ;
elle n'eft , pour ainfi dire , qu'un tiffu de
leurs égaremens. Là , le vain Philofophe déve-
Jope mieux nos foibleffes , qu'il ne fcait nous en
guérir. Le Stoïque, comme un Médecin, trop
perfuadé de la bonté de fon Art , néglige le
tempeMA
Y.
1742. II1S
temperament. Il aplique les plus âpres cauftiques
, il emploie , les breuvages les plus
amers , & ne méfure rien aux forces du ma
lade ; auffi ne parle- t'on gueres de fes cures.
L'Epicurien plus doux & moins impatient ,
s'efforce de gagner la confiance de ceux qu'il
traite ; il les étudie davantage , & les connoît
mieux ; fes remedes font agréables ; if
les déguife avec délicateffe , mais il attend
encore plus du tems & de la nature , que de
fon fçavoir. Il y a peu de Sages qui n'ayent
paſſé par fes mains , & qui ne lui doivent
leur repos & leur raifon. Mais voici les vrais
& les meilleurs Philofophes , fans fyftêmes
& fans fophifmes. Ils ont crû ne pouvoir
mieux nous corriger ,qu'en attachant notre attention
fur nos ridicules. Ils ont cru ne pouvoir
mieux fe faire entendre , qu'en empruntant
la voix des paffions . C'eft la Bruyere,c'eft
la Rochefoucault , ce font Montagne , Pafcal
& Moliere , Livres où le coeur a autant
de part que l'efprit . Fidéles témoins des fentimens
de leurs Auteurs , ils forment le caractére
, en le nouriffant d'une faine Morale
& d'une expérience judicieufe. D'un autre
côté,font les Livres agréables ; ceux que l'Amour
& les Graces ont produits au fein de
l'enjouëment ; heureux caprices de l'efprit ,
ils en font auffi les délices ! Horace , Def.
préaux , Corneille , qui nous laiffent cueillie
1116 MERCURE DE FRANCE
en même tems les fleurs & les fruits ; Quinaut
, La Fontaine , Rouffeau , La Farre
fi remplis de tendreffe & de facilité ; Voltaire
, ce Caméleon enchanteur , qui fçait
fi bien varier nos plaifirs , & flater l'inconftance
même de nos Goûts ; Hiftorien ,
Poëte , Philofophe , il tient par tout fa place
, & par tout il eſt au premier rang.
,
Vous oublirois-je , délicat Usbeck , vous
dont les peintures font fi vives & fi reffemblantes
: & vous , aimable Sévigné , vous qui
toujours égale & toujours nouvelle , nous
avez montré toutes les reffources du coeur &
toutes les nuances des fentimens, vous,fi j'ofe
le dire , dont le coeur a tant d'eſprit ? vous
oublirois je , doux & leger Greffet , vous
qu'une jeune Mufe infpire , & qui-touchez
fi mollement la Lyre qu'elle vous prête? vous
oublirois -je , Livres charmants, vous qui m'avez
fait fi fouvent paffer des heures fi cour-,
tes ? Il manqueroit felon moi quelque chofe
à la félicité de mon Sage , fi vous n'orniez
pas fon cabinet ? Mais vous en fortez fouvent
, vous êtes du nombre de fes Livres
chéris qu'il porte fur les bords de la Mofelle ;
elle coule au long d'une Prairie riante , qui
termine fes Jardins ; il y a fait planter une
allée de Tilleuls pour donner de l'ombrage
. C'eft là qu'il va refpirer la fraîcheur
d'un beau matin , c'eft là que fouvent le So-
ر
leil
MAY. 1742: III
teil le laiffe en finiffant fa courſe , c'eſt là
qu'il fçait accorder les anciens & les modernes.
L'âge d'un Livre ne captive ni fon refpect
, ni fon fuffrage : la nouveauté ne lui
tient pas auffi lieu de mérite ; il laiffe meurir
ces ouvrages imparfaits , foibles enfans
d'un goût naiffant & de l'avidité d'écrire ;
mais il ne les juge que pour foi même :
quelquefois il confie à fes tablettes les réfléxions
que lui fait naître fon loiſir , & la
comparaifon qu'il en fait avec le tumulte du
monde , & l'agitation des hommes , ou bien
il embellit d'une rime legere les idées fimples
& naïves qu'inſpirent la folitude , & les
agrémens de la Campagne . Ah que le tems
s'écoule vîte dans ce cercle de douceurs ,
d'amuſemens ! Le jour difparoît ; la nuit amene
le filence ; elle eft courommée de Pavots ,
& fuivie des fonges flateurs. O Philofophe ,
ou plutôt Sage , n'est - ce pas encore plus
dire , que votre fituation me paroît heureufe
! Hélas que feroit- ce de s'y trouver &
d'enjouir , fi l'idée même que je m'en forme,
eft un vrai plaifir pour moi¡
&
Voilà mon fonge , mon cher M **, ou
mon tableau comme vous le voudrez ; je le
livre à votre caractére aimable & naturel ;
voyez s'il n'eft pas bien dommage qu'il faille
prendre tous les
ou dans fes defirs ,
traits de cette Peinture ,
oouu ddaannss ffeess regrets.
A Orakonits 1742.
·
11 MERCURE DE FRANCE
EPITRE
JiJist
A M. le M. de M✶ ✶✶
I Liufion Llufion fateufe , Erreur douce & cherie ,
J'implore vos puiffans fecours.
Vous êtes aujourd'hui les plaifirs de ma vie ;
Je vous livre fon trifte cours.
C'estpar vous qu'emporté dans la Sphère des fonges,
Je me dérobe au noir chagrin.
Le préfent abforbé dans de riants menfonges ,
Me laiffe un viſage ferein .
C'est mon art , M *** ; l'efperance féconde ,
En trompant mes ennuis , ne me trompe jamais.
Je vois , fans m'émouvoir , les fecouffes du monde .
Du milieu d'un nuage épais.
Ce Thélescope heureux dans une nuit profonde
Me laiffe découvrir le Soleil de la Paix.
D'un crayon adouci , je trace des images ;
Je vois le doux repos , le vrai bonheur des fages ,
Et ma chere pareffe , avec tous les attraits.
Je vois dans les bois de Cithére
Le terrible Dieu de la Guerre
Auprès de Venus attendri .
L'un vers l'autre penchés fous un Myrthe chéri ,
IIs goûtent la douceur & d'aimer & de plaire ;
L'heureux
MAY. 17427
1119
L'heureux & feduifant myftere
A dans ces Lieux charmans raffemblé les défirs .
Les Amours , les Jeux , les Plaiſirs ,
Sont empreffés autour de leur Divine Mere ;
Leurs mains ont défarmé le fier Dieu des Guerriers
Sur ce front menaçane , où brilloit la colere ,
Ils ont mêlé le Myrthe & la Roſe aux Lauriers
Les uns au bord d'une Onde claire
Vont remplir fon Cafque de feurs.
Les autres d'un regard avide
Admirent ce fer homicide ,
Qui ravage la terre , & produit les malheurs.
Aucun n'ofe y toucher , & leur troupe timide
L'entoure en laiflant voir de naïves frayeurs ;
Mars ne fonge plus à la Thrace ;
Un Triomphe plus doux couronne fon audace ;
La Déeffe fourit à fon charmant vainqueur ;
Les yeux fixés fur elle , il parcourt tous fes charmes
Avec une tendre fureur.
Ce n'eft pas ce tranfport qui feme les allarmes ,
Qui répand la fombre terreur ,
Et fait fouvent couler de précieuſes larmes ;
C'eft la preffante ardeur, c'eft ce trouble touchant ,
C'est la délicieufe yvreſſe ,
Et l'amoureux emportement ,
Qu'aux pieds d'une tendre Maîtreffe
Eprouve fon heureux Amant.
Dans les bras de Venus infidelle à la Gloire
LS
1120 MERCURE DE FRANCE:
Le Dieu ne connoît plus que celle d'être aimé ,
Et Venus voit regner l'Amour & la Victoire
Dans les yeux d'un Amant charmé .
M .. c'eft ainfi , que fouvent je fommeille
Dans le centre agité des vaftes tourbillons ,
Mais la Trompette fonne , & le bruit me réveille ;
Je vois former les Bataillons.
Adieu , cher M *** ah n'eſt ce pas dommage
De perdre en fonges le bel âge !
A Pick 1742.
9
***
>
LETTRE de M.Maillart , ancien Bâtonnier
de l'Ordre des Avocats , à Paris , à M.
Bruffel , Auditeur des Comptes. Du 30.
Avril 1742.
EN
N parcourant , Monfieur , votre excellent
Ufage des Fiefs en France , Edition
de 1739. Tome 1. Liv . 1. Chap. 2. p. 67 .
& fuiv. j'ai refléchi fur ce que vous y avez
écrit à l'occafion d'une Charte de l'année
973. accordée par Ardouin , Archevêque de
Tours , à l'Abbaye de S. Florent , près Saumur
fur Loire , Diocèfe d'Angers.
1. Les Chartes de cet Arch , & de
Thibaut , Comte de Tours & de Blois , ont
déja été imprimées , non feulement aux Col.
91.
M A Y. 1742 1123
91. & 92. du premier Volu ne des Anecdotes
de D.Martenne , Editionde 1717.comme
vous l'indiquez à la page 63. mais encore aux
Col. 93. du fecond Volume de l'Hiftoire
de Bretagne , Edition de 1707. par D.
Lobineau.
&
94.
Voici , Monfieur , ce qu'on trouve encore
au même endroit quelques lignes plus bas :
Situé dans le Fauxbourg de Château Chinon :
comme on pourroit confondre le Château
Chinon dont vous parlez , avec une petite
Ville qui eft la Capitale du Morvent , Frontiere
de Nivernois , il eft bon d'avertir que
ce n'eft pas celle- ci dont il eft parlé dans ces
Chartes , où fe fit ce qui fuit : Quatenùs Locellum
infuburbio Cainonis Caftri fitum ubi
Sanctus Lupantius requiefcit , qui eft ex ratio
ne matris Ecclefia Turonica.
2º. Ce Suburbium eft le Bourg de S. Lo
van , fitué à l'Oüeft de la Ville de Chinon
fur la Riviere de Vienne , laquelle eſt le
Cainonis Caftrum.
3. S. Lupantius , ou Linentius , font en
François S. Lovan , Louan & Lupant , mort
près de Chinon .
J'ai puifé ces notions dans les Col. 628 .
& 1161. des Bollandiſtes , au 25. Janvier
jour de la Fête de S. Lovan , & dans M.
l'Abbé Châtelain , en fes Martyrologe &
Hagiologie.
AM
1122 MERCURE DE FRANCE
Au cas que dans la fuite de votre Ouvra
ge je trouve quelque chofe d'intereſſant
j'aurai l'honneur de vous en faire part.
Je fuis , &c .
Tous
BOUQUET
A M. **
Ous les ans pour Bouquet je te donne des Vers,
Ou des fleurs fraîchement cueillies ,
Qui par les mains de Nanette embellies ,
Charment les yeux par leur éclat divers.
Toi , qui du Mont Sacré méconnois l'art aimable ,
Quand de la Saint Thomas tu vois venir le jour ,
Tu fçais me prouver ton amour ,
En me verfant la liqueur délectable
Qui fait les charmes de la table.
Eft- il des Vers , eft - il des Fleurs
Qui vaillent le jus de la Treille ?
une feule bouteille
Non , non ,
Vaut l'Empire de Flore & celui des neuf Soeurs.
Accepte , cher Ami , les Vers que je te donne ;
C'est ce que peut t'offrir un Enfant d'Apollon ,
Et du Nectar brillant qui coule de la tonne ,
Tu vas je gage , en payer la façon. 2
Laffichard.
RE
-M A Y. 1742
1123
REPONSE à la Lettre de Monfieur
Boyer le jeune für le Genre Epiftolaire , inferée
dans le dernier Mercure de Fevrier
par M. Aftier , le cadet.
J
E dois vous remercier , Monfieur , des
réfléxions judicieufes fur le Genre Epiftolaire
, dont vous avez bien voulu me faire
part. C'eft fans doute dans le deffein de me
mettre dans la néceffité de m'inſtruire , que
vous m'intéreſſez à vous en dire mon fentiment.
Vous fçavez qu'il eft de certains
points importans qu'on néglige prefque toûjours
, faute de fe trouver à portée de leur
donner quelque attention. N'auroit on pas
à fe reprocher de paffer trop légérement fur
des fujets dont on a fi fouvent lieu de faire
ufage ? C'eſt auffi ce qui m'engage , en me
rendant à la folidité de vos raifons , de ne
point me refuſer à ce que vous éxigez de
moi. Nous ne devons pas attendre de nos
foins une parfaite connoiffance fur une matiere
où il y a tant à aprendre ; nous ferons
du moins toûjours redevables à M. de la
Soriniere de nous avoir engagé dans un détail
, qui ne peut que nous être avantageux.
De toutes les études le Genre Epiftolaire
eft celle qu'on cultive le moins. On
peut
124 MERCURE DE FRANCE
peut dire à la honte de gens qui réiffiffent à
Te faire écouter dans la converfation , qu'ils
ne parviennent pas même à écrire raisonnablement
C'eft-là , felon un* Auteur célebre une
façon de décrier nous- mêmes notre efprit & de
faire perdre de l'opinion favorable qu'on en
avoit conçu.On ne négligeroit peut-être pas un
talent fiprécieux , fi on en fentoit bien toute
l'utilité. Quelle reffource plus affûrée pour ſe
concilier tant de differens caractéres ? Quel
moyen plus aifé d'entretenir fes liaiſons ? Par
fon , fecours l'abfence devient fuportable ; &
j'ofe dire qu'on eft prefque dédommagé par
cette maniere de vivre enfemble , de la fe
paration de ceux avec qui on étoit ac .
coûtumé .
C'eft de tous ces avantages que naiffent
tant d'égards & d'attentions , qui en devenant
indifpenfables forment une grande difficulté
en ce genre d'écrire. Ne croyez
pas , M. qu'en vous faifant part de mes
réfléxions , je veuille vous expofer la façon
dont on doit faire une bonne Lettre . S'il y
avoit des régles à prefcrire là - deffus , ce n'eft
qu'après une experience confommée , qu'on
devroit fe flater de les aperçevoir. Le détail
où vous êtes entré,en confidérant s'il ne
faut point d'efprit pour bien écrire , m'a parû
(*) M. de Moncrif. Effais fur la néceffité & les
moyens de plaise.
cm-
C
MAY.
1742 1125
embraffer un fujet fi intéreffant , qu'il me fait
confidérer à mon tour s'il n'en faut pas beaucoup
pour y réuſſir,
Il me femble entendre les partifans du fyftême
que vous avez combattu . Pourquoi , diront-
ils , youloir abfolument éxiger de l'efprit
dans un genre d'écrire , qu'on ne devra jamais
qu'à la fimple nature ? La Lettre eft
une repréfentation de fes fentimens , & un
moyen naturel d'exprimer ce qu'on penfe.
On peut , fans que l'efprit s'en mêle , ' donner
jour à fes fentimens & venir à bout de
s'exprimer. Le fens commun fuffit pour éviter
le défordre où l'on fe jetteroit infailliblement
, pour peu qu'on fuivît là trop grande
effufion du coeur. C'est tout ce qui eft à
obferver dans le ftile Epiftolaire , bien diferent
des autres genres d'écrire , où il eſt impoffible
d'atteindre fans efprit. Il ne s'agit
ici que de s'en tenir à la pure expreffion de
ce qu'on fent , & la nature offre d'elle- même
une voye aifée de le faire . C'eft l'ingénuité
, c'eft la fimplicité qui font tout le
mérite d'une Lettre.
Si l'ingénuité & la fimplicité , à l'aide
d'un peu ddee ffeennss ccoommmmuunn ,, fuffisent pour
faire une bonne Lettre , chacun devra avec
raifon fe promettre de bien écrire 2 Purce
que la Nature n'a refufé à perfonne le droit
>
de
1126 MERCURE DE FRANCE
de déveloper fes fentimens , mais on
doit pas moins , ce me femble , fe propofer
de les repréfenter tels qu'ils font , que de
les expofer de maniere qu'ils puiffent plaire.
Chacun eft en état de fentir ; il n'eft pas
pourtant donné à tout le monde de bien
penfer , & de mettre fes penfées à portée de
faire une agréable impreffion. Quel effet
d'ailleurs peut-on attendre de la lecture des
fentimens hazardés, pour ainfi dire, par euxmêmes
? L'ingénuité plaît , il est vrai , parce
qu'on aime tout ce qui vient du coeur ;
mais il n'en eft pas des fentimens qui doivent
regner dans une Lettre , comme de certaines
naïvetés qu'on reçoit favorablement
dans la converfation . Il faut leur donner une
fuite , & c'eſt à cet arrangement que l'efprit
& le difcernement font fi utiles , pour
profiter des differens tours qui éxigent d'être
employés.
Dans le difcours familier , où la fimplicité
eft une principale qualité , cette fimplicité
plaira rarement , fi elle n'eft accompagnée
d'une attention judicieuſe à corriger dans les
fentimens ce qu'ils auroient de trop naturel.
Il femble qu'on ne devroit être redevable
qu'à la fimple Nature d'une façon de s'exprimer,
qui n'eft à proprement parler, que l'image
des fentimens. Tels cependant que nous
admirons
MAY . 1742. 1127
admirons dans la converſation , ne doivent
qu'à l'efprit le talent de fe faire entendre ,
fuivant les movens qu'ils employent pour y
réüffir. Avec quelle délicateffe n'étalent - ils
point leurs lumières , en les mettant au niveau
de ceux à qui ils les communiquent ?
Quelle facilité à démêler dans les autres ce
qui peut leur être agréable ! On diroit qu'ils
font affés maîtres de leur efprit pour paroître
quelquefois n'en avoir point , & pour en donner
quand il eft à propos , lorfque par ce
moyen ils gagnent d'être plus écoutés . La
Lettre n'eft pas moins fufceptible de ces attentions
; elle fert pour fupléer au défaut de
la converfation. Il fera donc néceffaire d'employer
dans les mêmes occafions le même
efprit & les mêmes égards. On devra d'autant
mieux l'éxiger , qu'on fupole qu'on
aura eu le tems de l'obferver par un jugement
, s'il fe peut , plus repofé.
11 eft des occafions , je n'en difconviens
pas , où l'effufion de ce qu'on exprime n'a
pû être arrangée , par une trop grande liberté
de raifonner , & où l'on réüllit mieux en
n'obfervant pas l'exactitude dans les fentimens
, qu'il eft quelquefois bon de négliger
à un certain point . Mais loin que l'efprit n'y
ait point de part , je dirai qu'il en devient
plus néceffaire. En vain la Nature voudroitelle
venir à bout de perfuader , elle n'a que
D le
1128 MERCURE DE FRANCE ..
le droit de toucher ; c'eft à l'efprit de connoître
les routes qui peuvent y conduire. Il
fentira ces nuances difficiles à apercevoir
foit pour éviter de choquer les uns en ménageant
leur amour propre , ſoit pour s'attirer
les autres , en fe conformant à leur caractére
. Il mefurera l'étendue de fes avantages
, & les diftribuëra felon la diverfité d'égards
& de convenances . Il jugera en un
mot des régles délicates , quand elles pour
ront le mener à fes vûës , lorfqu'une main
habile aura fçû les difpenfer à propos.
Si l'efprit a paru à quelques- uns inutile
dans les Lettres par les inconveniens qui en
naiffent quelquefois, il en eft plus eftimable,
lorfque le difcernement à eu foin de lui donner
des bornes. Si la plupart des Auteurs
même célébres , font tombés dans le dé
faut d'affectation , c'eft qu'accoûtumés dans
d'autres genres d'écrire à donner un libre
cours à leurs penfées , ils ont fuivi dans celui
ci cette habitude d'écrire délicatement ,
quoiqu'elle dût être fubordonnée au fimple
& au naturel. Peut- être que flatés par l'at
trait de penfer mieux que les autres , ils n'ont
point eu l'attention de modérer leurs faillies.
Un jugement plus fain leur auroit fans doute
montré la voye de s'exprimer à la portée de
tout le monde.
Vous avez fort bien remarqué , Monfieur
qu'on
MAY. 1742. 1129
qu'on doit unir au fens commun l'efprit &
la Littérature. Si des gens extrêmement bornés
, même en leur rendant juftice , ont pû
faire de bonnes Lettres , il n'eft pas furprenant
qu'ils fuffent éloquents fur des points
qui les intéreffoient vivement. On peut n'avoir
affés fait uſage de fon efprit pour
pas
montrer qu'on en a ; l'envie de perfuader ce
qui intéreffe , fera l'occafion de le faire paroître.
L'ame pcu accoûtumée de fentir s'agite
alors , & le faifant, pour ainfi dire, jour
à travers fon impuiffance naturelle , elle produit
quelque effort heureux & dévelope des
fentimens dignes d'exciter & de plaire . C'eſt- là
aufli tout ce que peut un homme borné
dès qu'il ne s'agit que d'exprimer ce qui le
touche de près. Au défaut des tours avantageux
que l'efprit lui refufe , il emprunte de
la Nature des traits capables de faire impreffion.
Mais fi on vient à bout de perfuader
ce qu'on fent, feulement parce qu'on le fent,
que fera ce lorsqu'on connoît de plus la maniere
dont on peut l'exprimer ?
L'avantage qu'on reçoit de l'efprit, s'étend
fur les differens fujets qui conftituent le Style
Epiftolaire. On n'y parle pas toujours de fes
propres intérêts, & il fera alors mieux de concilier
les qualités qui peuvent donner plus
de prix à ce qu'on exprime. S'il eft quelquefois
à craindre de devenir ennuyeux pour être
Dij trop
1130 MERCURE DE FRANCE
trop uniforme , la mémoire préfentera les
moyens de la diverfité , par le fécours des
connoiffances
qu'elle y raffemblera . L'imagination
fupléra à la ftérilité des fentimens
par une foule d'idées qu'elle fçaura embellir ,
& le jugement profitant de l'une & de l'autre
, rejettera tout ce qui feroit mal placé &
n'adoptera que ce qui fera propre à unir l'agrément
à la folidité.
La Littérature polit l'efprit , l'éleve , & lui
donne plus de hardieffe , pour fe fervir de
certains tours inconnûs à ceux qui ne font
pas cultivés. C'eft elle qui aprend à faire ufage
de l'art , fans qu'il y paroiffe. Il n'y ſera
plus une méthode à laquelle on devia être
affujetti , mais une maniere d'expoſer fes
fentimens avec clarté , afin qu'ils foient plus
en état de plaire. Combien de penfées qui
perdent de leur agrément par le défaut d'arrangemens
qu'on auroit pû leur donner .
Celui qui fe propofe de perfuader dans fes
Lettres , y réüffira bien mieux s'il a eu attention
d'attacher le Lecteur par plus de
beautés qu'on n'en employe communément.
Il ne lui préfentera rien qui ne le touche en
Pintereflant.
Ne refufons donc pas , Monficur , les fecours
que prefente la Littérature , fi nous
voulons parvenir à nous exprimer avec agrément
; elle tient lieu à quelques- uns de la
déliM
A Y. 1742. 1131
délicateffe qui eft naturelle aux autres. Il
n'apartient , je l'avoue , qu'aux Dames , qui
fçavent fi bien profiter de tout , de fe dédommager
par le fruit de la lecture , de ce
qui leur manque dans l'ufage des belles Lettres.
Elles viennent à bout de débiter leurs
penfées avec plus de fineffe que la plûpart
des Auteurs les plus confommés dans la
Littérature. Elles ne font cependant pas
moins redevables de cette qualité à leur
efprit , qui eft naturellement porté à penfer
délicatement. J'aurai lieu de conclure
qu'il en faut pour bien écrire une Lettre , &
que plus on en a , mieux on y réüllit. Je
fuis , &c .
D'Aix en Provence , le 25. Mars 1742 .
Q
ODE ,
A M. de Voltaire.
Ue de beautés & de merveilles ,
Heureux Voltaire , tu produis !
Avec quel charme de tes veilles
Nous goûtons les aimables fruits !
Aifé , délicat & fublime ,
Volant de la Profe à la Rime ,
Partout tu nous inftruis , tu plais.
D iij
Tou1132
MERCURE DE FRANCE
1
Toujours Apollon & les Graces
S'empreffent à fu.vre tes traces
Et te prodiguent leurs bienfaits .
*
Un Ecrivain trouve fa gloire.
Souvent dans celle des Guerriers .
CHARLES , (a) pour prix de ton Hiftoire ,
Te ceint le front de fes Lauriers .
L'Alexandre de la Suede
Par toi , du tems à qui tout cede ,
Bravera la fatalité .
Tel en fes Portraits noble & jufte ,
Quinte-Curfe , d'un Prince Augufte
Affûra l'immortalité.
*
Cependant mon ame faifie
Ne peut exprimer fes tranſports ;
C'eft toi , fublime Poëfie ,
Dont je fens les divins accords.
Un Chantre ingéniéux , unique ,
Prenant la Trompette héroïque , (b)
De fes fons pénetre les Cieux .
Qu'entens- je ? La Nature entiere
Lui fournit la vafte matiere
De fes Concerts mélodieux.
(a ) Hiftoire de Charles XII. Roy de Suede.
(b) La Henriade , Poëme Epique.
Ici
MAY . 1742 1133
Ici , d'une fanglante Ligue
Sa voix entonne les combats ,
Et d'une formidable intrigue
Dévelope les attentats .
Là , plein de force & d'induftrie ,
Il peint fans fiel , fans flaterie ,
Les vices , les vertus des Grands ,
Des Peuples l'inconftance extrême ,
D'un vainqueus la bonté fuprême ,
Et les cruautés des Tyrans .
*
Figures doctes & brillantes ,
Ordre , ftyle , folidité ,
Sentimens , Images riantes ;
Quel feu quelle varieté !
Lui feul , Virgile de la France ,
Devoit réparer l'indigence .
Dont elle a gémi tant de fois ,
Et d'un Pinceau riche & fidele
Dans HENRI tracer le modéle
Du plus parfait de tous les Rois.
*
Mais tandis que ton Eneïde ,
Voltaire , enchante le Lecteur ,
Je te vois , nouvel Euripide ,
Toucher , ravir le Spectateur.
Diiij
Le
1134 MERCURE DE FRANCE
La Scéne devient ton Empire ;
Tu fçais dans un heureux délire
Soumettre nos coeurs à ta loi ,
Et bien qu'à te nuire obſtinée ,
Souvent la Critique entraînée ,
T'aplaudit même malgré foi .
*
Edipe , (a) alors digne préfage
De tes plus célebres travaux ,
Fit la gloire de ton jeune âge
Et la honte de ſes Rivaux ;
Ainfi dans fa verve féconde
Ta Mufe en tout genre profonde ,
Unit mille talens divers .
Ainfi le feu qui te confume ,
Dans plus d'un immortel volume
Eclaire , embrafe l'Univers.
*
Le principe qui nous anime
Fait nos crimes ou nos vertus.
J'admire l'effort magnanime
Et la fermeté de Brutus ; ( b)
Quand tu nous montres ce grand homme
Immolant au falut de Rome
(a) Tragédie par M. de Voltaire.
(b) Héros d'une Tragédie qui porte ce Titre .
MAY 1742. 1135
Un Fils qu'il condamne à périr ;
Si le Conful me femble auftere ,
Dans fa douleur je trouve un Pere ,
Et je ne puis que m'attendrir.
૧૫૬
*
De quel Spectacle Melpomene
Vient- elle fraper mes efprits ?
Quelle eft cette tragique Scéne , (c)
Où court en foûle tout Paris ?
J'aperçois une jeune Amante ,
Dont la candeur noble , touchante ,
Eprouve les rigueurs du fort ;
Son coeur vertueux ſe déploye ;
Aux plus triftes combats en proye ,
Il cede à la voix du remord .
*
Chere Zaïre , que tes larmes
Font aisément couler nos pleurs !
Nous nous fentons à tes allarmes
Agités des mêmes terreurs .
Si dans l'horreur qui le dévore ,.
Le jaloux Sultan qui t'adore ,
Te rend victime de fes feux ,
Son propre fang qu'il va répandre ,
Tout , prouve qu'il n'eſt que trop tendre
Et moins cruel que malheureux .
(c) Zaïre , Tragédie du même Auteur.
D v Céfar
1136 MERCURE DE FRANCE
Céfar , Alzire , Mariamne . . . . ( «)
Mufe , arrête , c'en eſt aſſés ,
Ofes-tu d'une main profane.
Flétrir cent Lauriers entaffés ?
Refpecte un Héros du Parnaffe ,
Qui plein d'une divine audace ,
Et de fçavoir comme de goût ,
Par tant d'endroits a fait connoître
Qu'il est toujours ce qu'il veut être ,
Qu'en effet il eft presque tout .
Acheve , admirable Voltaire ,
De nouveau charme tous les coeurs.
Ce n'eft qu'au bout de la carriere
Que l'on couronne les Vainqueurs.
Acheve , & tandis que ma Lyre
Du zele brûlant qui l'inſpire
T'offre ici de foibles effais ,
Songe qu'au Temple de Mémoire
La plus ample moiffon de gloire
Mettra le comble à tes fuccès .
Par M. F **
(a ) Autres Piéces tragiques du même Auteur , lequel
a composé quantité d'Ouvrages eftimés , fur toutes
fortes de matieres.
LET
MA Y. 1742. 1137
22
魚薯の
LETTRE de M. Deparcieux , de la
Societé Royale des Sciences de Montpellier ,
à M. de la R.
J
'Ai vû , M. dans la feuille des Obfervations
fur les Ecrits modernes du 24.
Mars dernier, que le fieur Jombert, Libraire
à Paris , vient de faire réïmprimer la Trigonométrie
de M. Ozanam , avec les Tables
des Sinus , & c . & nous annonce dans le Titre
qu'elles ont été exactement revûës & corrigées
par des perfonnes intelligentes & verfées
dans ces Matieres. J'ai voulu examiner
la chofe , & fçavoir quel jugement on pouvoit
porter
fur ces Tables , tant pour le Difcours
, que pour l'exactitude des Calculs
qui eft indifpenfable dans un Ouvrage de
cette efpece ; j'ai été fort furpris , lorfqu'en
moins d'un quart d'heure de tems , & à l'ouverture
du Livre , j'ai trouvé dans ce Livre
fi vanté & revû avec tant de foin , plufieurs
pages pleines de fautes. Jugez , M. combien
le Public , pour qui ces fortes de Livres font
deftinés , doit être fatisfait. Je vais raporter
deux de ces pages , dans l'une defquelles on
trouve fix fautes effentielles , & dans l'autre ,
cinq .
D vj Log.
1138 MERCURE DE FRANCE
D. M au chiffre il y a, doit y avois
Log . Sinus 13 34 I 9
Log Tang. 13
Log. Tang. 13
Log. Tang.
Sécante
43
2 3
44
2 2 3
13 45
2 3
13 54 S
J
17 6 S Log. Sinus 13
A la Table des Nombres naturels.
Logarith.de 4123 6 2 I
Logarith. $4130
Logarith.
4
78
1
4170
On trouve encore 4154. au lieu de 4158 .
& 3176. au lieu de 4176.
Si mes occupations me permettoient de continuer
mon examer , je trouverois , fans doute,
d'autres pages où il y auroit encore davantage
de fautes. Je réferve mes remarques pour
un autre tems ; & lorfque le fieur Jombert
aura corrigé celles - ci , je lui en indiquerai
d'autres ; je l'affûre d'avance qu'il peut fe
préparer à faire un bon nombre de Cartons ;
je les lui indiquerai page à page , & avec le
tems,fon Livre pourra être de quelque utilité.
Quant au Difcours de la Trigonométrie ,
qui eft le même que celui de l'Edition de
1720. le fieur Jombert a quelque raifon de
dire qu'il eft tiré du Cours de M. Ozanam.
Il est vrai qu'on en a pris le quart ou environ
; la moitié eft prife mot à mot dans les
Oeuvres pofthumes de M. Rohault ; l'autre
quart a été pris en partie dans la Trigonomêtrie
• MAY. 1742. 1139
trie que M. Ozanam avoit fait imprimer à
Lyon , avant que de venir à Paris , & le refte
peut apartenir à l'Editeur qui la fit paroître en
1720. trois ans après la mort de M. Ozanam.
Si l'on veut être convaincu de ce que je dis ,
je vais anatomifer cette prétendue Trigonométrie
de M. Ozanam , articie par article ;
on pourra les vérifier ; tout ce que j'avance
y eſt mot à mot.
La 1. & la 2. pages de l'Edition préfente
ou de celle de 1725. font les mêmes que la
premiere & la feconde de la Trigonométrie
du Cours , je veux dire du Cours , tel qu'il
étoit avant la mort de M. Ozanam. La 8.
page eft la même que la 307. des Oeuvres
pofthumes de Rohault ; la 9. eft la 46 .
du Cours ; les Corollaires & tout ce qui fuit
jufqu'à la 22. page , a été pris dans Rohault
depuis la 3 10. jufqu'à la 323. Les pages 23 .
24. 25. & 26. font prifes dans l'Edition de
Lyon depuis la 33. page juſqu'à la 36. Les
pages 28. 29. &c. jufqu'à la 48. ont été prifes
dans le Cours depuis la 78. jufqu'à la 98.
Les pages 49. 5o . & 51. font les mêmes que
les pages 324. 325 & 326. de Rohault . La
53. & la 54. font dans le Cours aux pages
106. & 107. La 55. eft dans Rohault la
334. La 56. eft la 108. du Cours ; la 57. eft
dans Rohault la 328. Les pages 61. jufqu'à
65. font dans Rohault aux pages 617. 618.
&
1140 MERCURE DE FRANCE
& 619. Celles depuis 65. jufqu'à 70. font
dans le Cours depuis 140. juſqu'à 145. Les
pages 71. ju'ſqu'à 91. font dans Rohault depuis
620. jufqu'à 641 .
>
Au refte il importeroit peu au Public que
ce fût un Recueil de plufieurs Auteurs , ou
l'Ouvrage d'un feul , pourvû qu'on pût y
aprendre la Trigonométrie ; mais il y a fi
peu d'ordre , & la compilation eft fi imparfaite
, qu'il y a peu d'écoliers de fix mois qui
ne puiffent faire un meilleur choix de propofitions
; & elles font fi fervilement copiées
qu'on a pris en plufieurs en droits jufqu'aux
citations qui conviennent aux Origi aux
d'où elles ont été tirées , & ne fe raportent
plus dans la copie telle eft la citation qui
eft à la page 33. La Trigonométrie Sphérique
eft fi tronquée , qu'il y manque les quatre
principales Propofitions , d'où dépend la pratique
des Triangles Obliquangles .
,
Ce Libraire , dont le Génie le Travail
, & le Commerce font depuis longtems
confacrés au progrès des hautes Sciences , n'auroit
donc pas dû nous dire qu'il a confulté
des Sçavans de l'Académie Royale des Sciences
, & qu'il ne cherche point à en impoſer
au Public , en fe fervant fi mil à propos d'une
autorité fi refpectable . Tous ceux qui
font affés heureux pour avoir leur aprobation
, fe font honneur de raporter leur témoignage
MAY. 1742. 1141
moignage ; & je m'en ferai toûjours un de
dire, que non feulement MM. de Caffini, de
Mairan , & Pitot ont été les Examinateurs
de mon Ouvrage , & M. de Montcarville
le Cenfeur ; mais auffi que c'eft à leurs fages
confeils que je dois l'heureux fuccès de mon
Livre. J'ai l'honneur d'être , & c.
On a dû expliquer l'Enigme & le Logogryphe
du Mercure d'Avril par Souflet &
Glaciere. On trouve dans le Logogryphe ,
Glace , Cire , Galere , Liere , Ciel , Cigale ,
Rage , Re , La , Arle , Ceila , Ville de la Paleftine
, Gale , Air , & Grêle.
Quo
ENIGM E.
Uoi ! du fein de ma mere on m'arrache vivant,
Pour me faire mourir dans le fein de ma mere !
Quelle douleur eft plus amère ?
Pour que je fois plus éclatant
Et me faire lever la crête ,
Un certain jour de Fête ,
On m'écorche tout vif , on me coupe les bras ;
On fait plus , on me lie , on ne me Jaiffe pas
Le droit de me fervir des armes que je porte ;
Malgré tout cela , j'ai l'honneur
D'être
1142 MERCURE DE FRANCE
D'être en cercle fouvent chés quelque gros Seigneur;
Mais cette ambition vainement me transporte ,
fa
Car je m'y tiens debout, & ne fuis qu'à la porte.
Gueroult , de Fecamp , en Normandie .
********X*X:XXX*******
DE
LOGO GRYPH E.
E la France je fuis une belle Province ;
Je chéris les Loix de mon Prince .
De neuf membres mon corps fe trouve compofé ;
Si tu les prends , Lecteur , dans un fens opofé ,
Otant un tiers de la fomme totale ,
Le beau Sexe par mo : fans ceffe fe fignale.
On me contraint d'aimer l'obfcurité .
Etre pur , je joüis de l'immortalité ;
Sans couleurs , mon aſpect rend un Portrait fidéle ş
En plus d'un Lieu je fers de Sentinelle ;
Cité du premier rang parmi les Hollandois ;
J'offre aux yeux fept Villes de France ;
Le Symbole de l'ignorance ,
Riche ornement , un certain mot François ;
Jadis un Roy par moi perdit la vie ;
Ouvrage que dicta le Dieu de l'Helicon ;
Un Livre qui contient mainte déciſion ,
Du Corps humain une partie ;
Une Arme qui nous fçait inſpirer la terreur ;
De
MAY. 17427 1143
De Sifara j'arrêtai la fureur ;
A l'Opera , chés moi , la Belle prend féance .
Adieu , tréve de complaifance .
Par le Ga *** , du Vigan
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
HP'Espagnol de Jean de Ferreras, enrichie
ISTOIRE génerale d'Espagne , traduite de
de Notes Hiftoriques & Critiques , de Vignettes
de Caries Géographiques. Par M. d'Her-
MILLY ix. vol in 4 ° propofée par foufcription.
A Paris , chés Olmont , Cloufier & Ganeau
M. DCC. XLII.
La République des Lettres en France eſt
en droit de fe plaindre du peu d'empreffement
des Sçavans à raffembler avec ordre
les Evénemens arrivés en Eſpagne , pour en
former un corps d'Hiftoire exact & fuivi .
Ce n'eft pas que quelques- uns d'eux n'aient
déja formé ce projet , & n'aient même pris
la plume pour le remplir. Mais ont ils répondu
à l'attente du Public ? N'ont ils pas
plutôt feulement irrité fa curiofité ? Tel eft
du moins le fort qu'ont eu en général le P.
Charenton dans fa Traduction de Mariana
&
,
1144 MERCURE DE FRANCE
& le P. d'Orleans dans fon Hiftoire des Révolutions
d'Espagne , revue & continuée par
les PP. Rouillé & Brumoy , de la Compagnie
de Jefus. Dès que leurs Ouvrages ont
vû le jour , on les a courus avec avidité. Un
ftyle noble, concis , ferme & énergique fembloit
leur promettre un heureux fuccès ;
mais beaucoup de fautes contre la Chronologie
& la verité de l'Histoire , commifes
par Mariana même , rendues par fon Traducteur
, & adoptées par le P d'Orleans
ont arrêté les fuffrages. L'Abbé de Vayrac
n'a pas été plus heureux dans fon Hiftoire
des Révolutions d'Efpagne , qui a paru avant
celle du P. d'Orléans . Auffi inférieur à cux
pour la diction , qu'il leur eft fupérieur pour
la Chronologie , il n'a pû fe fiire qu'un petit
nombre de partifans , qui n'ont jamais prétendu
juftifier leur attachement pour lui ,
que fur fon exactitude à placer géneralement
tous les faits dans les tems fixes où ils
font arrivés. On a même tout lieu de croire
que ç'a été en cette confideration , que
Pon a montré tant d'ardeur à s'affûrer l'Hiftoire
d'Espagne qu'il avoit promiſe , &
dont on a été privé par la mort de ce Sçavant.
I eft inutile de parler de l'Abbé de
Bellegarde , & de quelques autres qui one
auffi écrit fur l'Espagne , foit dans ce Si
cle , foit dans les précedens : perfonne n'ignore
MAY. 1742
1145
gnore que leurs Ouvrages ont été condamnés
prefque en naiffant à un éternel oubli ,
à l'exception de ce qu'on nous a donné fous
les Tîtres de Délices d'Efpagne & de Portugal
, & d'Etat d'Efpagne , dont on fera toujours
cas.
Quoi qu'après l'exemple de ces hommes
célébres l'on doive craindre de faire naufrage
dans une entrepriſe fi difficile , on s'eft néanmoins
déterminé à donner la Traduction
Françoiſe de l'Hiftoire d'Espagne , composée
par Jean de Ferreras , Ecrivain Efpagnol.
On le fait même avec d'autant plus de confiance
, que
, que les voeux
du Public
font juftement
excités
par l'étroite
alliance
qui fe
trouve
depuis
long - tems entre les deux Nations
, & dont un augufte
Mariage
a récemment
refferré
les noeuds
! D'ailleurs
, cet illuftre
Auteur
eft exempt
de tous les défauts
que l'on reproche
aux autres. Né avec tous
les talens qui caractérisent
les grands
hommes
, & confommé
dans l'étude
des Belles-
Lettres
, il s'eft apliqué
d'une
maniere
particuliere
à la connoiffance
de l'Hiftoire
de fon
Pays. Trouvant
, comme
il le déclare
luimême
dans fa premiere
Préface, que toutes
les Hiftoires
d'Espagne
qui avoient
paru jufques
alors , étoient
défectueufes
, il a entrepris
par zéle pour fa Patrie
& pour la vérité ,
d'en écrire une qui fût plus exacte. A portée ,
de
1146 MERCURE DE FRANCE
de puifer dans les meilleures fources tant anciennes
que modernes , furtout depuis que
Philipe V. fon Souverain l'eût élevé au poſte
de fon premier Bibliothécaire , & mis en état
par fes grandes lumieres de diftinguer le vrai
d'avec le faux , il eft glorieufement parvenu
au but qu'il s'étoit propofé . Toujours guidé
par les Ecrivains les plus fürs & les plus accrédités
, & par une faine critique , il s'eft garanti
de toutes les Fables , qui ont fait
échouer la plupart des Ecrivains d'Eſpagne fes
prédéceffeurs ; & non content d'avoir fi
bien réuffi en ce point , il a orné fa narration
de tous les agrémens dignes des plus fameux
Hiſtoriens. C'eſt le témoignage qu'en
ont rendu , même de fon vivant , les Sçavans
d'Espagne , qui , facrifiant . l'amour propre
à l'équité , n'ont point hésité à lui ceder
parmi eux la premiere place.
Les Critiques de France ne lui ont pas
été moins favorables . Dès qu'ils ont vû fon
Hiftoire d'Espagne , ils ont été frapés du
fuccès avec lequel il a dépouillé les Annales
de fa Nation des Fables qui les défiguroient,
& fixé la Chronologie, tant pour le facré que
pour le prophane ; des recherches qu'il lui a
fallu faire ; des foins qu'il a dû fe donner ;
du jugement fain qui dirige fa critique ; de
la prudence avec laquelle il expofe fon fentiment
, lorfque faute de Monumens fûrs il
eſt
MAY. 1742 . 1147
,
eft contraint d'avoir recours à la conjecture
ou lorfqu'il s'agit de concilier plufieurs Auteurs
, ou d'en adopter un au préjudice de
quelques autres ; de fon attention à préfenter
comme douteux ce qui l'eft réellement ,
à affaifonner le vrai de tout ce qu'il lui faut
fe faire fentir , & à foûmettre fon opinion
aux Sçavans , quand elle n'a d'autre
fondement que la probabilité. En un mot ,
Jean de Ferreras eft fi univerfellement eftimé
dans fon propre Pays , & partout ailleurs ,
que fon nom feul le met au- deffus de tout
éloge.
pour
Après avoir marqué le crédit & la réputation
que s'eft acquife l'Auteur dont on
offre la Traduction , il convient de donner
une idée de fon Ouvrage , & de la conduite
du Traducteur.
,
Malgré les ténebres de la haute Antiquité ,
Ferreras fait commencer fon Hiftoire d'Efpagne
à la premiere origine des Peuples de
cette Peninfule & la conduit jufqu'à la
mort du Roi Philipe II . arrivée en l'année
1598. de l'Ere vulgaire . Elle eft d'autant plus
curieufe & précieuſe , qu'elle eft également
Civile & Eccléfiaftique. Si l'Espagne y eft
le théatre de guerres fanglantes , elle eft auffi
teinte du fang de quantité de Martyrs & de
Confeffeurs. On y trouve l'établiffement de
différens Peuples qui ont fait des conquêtes
en
1148 MERCURE DE FRANCE
·
en Espagne ; l'origine , l'agrandiffement &
la réunion des Royaumes & Etats qui compofent
aujourd'hui cette vafte Monarchie ;
les érections , les accroiffeinens de plufieurs
Ordres Militaires : la naiffance , l'introduction
& les progrès tant du Chriftianifme ,
que des anciens & nouveaux Inftituts dans
cette Péninfule , y font pareillement décrits.
Il y eft parlé des fondations , des deftructions
& des réédifications de Villes ; celles
des Siéges Epifcopaux ,des Monafteres & des
Eglifes particulieres n'y font point omiſes.
Les fucceffions des Rois ou Princes qui ont
regné en Eſpagne , y font raportées ; il en
eft de même de celles des Prélats , autant
du moins qu'il a été poffible de le faire avec
certitude. Ferreras y marque les changemens
arrivés dans le Gouvernement Politique , les
troubles qui fe font élevés , les moyens que
l'on a employés pour les arrêter ou les diffiper
: il a pareillement fait mention des Réformes
dans les Inftituts , des Héréfies &
des Schifmes , des Conciles & des Réglemens
qui furent faits pour réprimer le mal
& empêcher qu'il ne fe fe communiquât.
Tout ce qui regarde enfin ces deux points
Hiftoriques, y eft traité avec éxactitude, élégance
, clarté & préciſion .
pas
Jean de Ferreras perfuadé , que ce n'eſt
affés de raconter des évenemens, mais qu'il faut
encore
MA Y. 1149 1742.
encore en indiquer le tems , & en prouver
l'authenticité , fuit un ordre chronologique
qui eft généralement foûtenu dans tout le
corps de l'Ouvrage , & cite , pour ainsi dire,
à chaque pas , les Auteurs anciens & modernes
, géneraux & particuliers , prophanes
& Eccléfiaftiques , les Chartes , les Epitaphes,
en un mottous les Monumens Hiftori
ques fur lefquels il a travaillé, ou qu'il a confultés.
Les grands hommes qui fe diftinguent
par leurs talens dans les Arts & dans les
Belles- Lettres , ne font pas moins d'honneur
à un Pays, que ceux qui fe fignalent à la tête
des armées. Ferreras, convaincu de cette verité
, parle de tous ceux qui ont illuftré l'Efpagne
par leurs Ecrits , foit pour avoir pris
naiflance dans cette Péninfule , foit pour y
avoir puifé le goût des Lettres . Il a recherché
avec foin tous ces hommes rares , qui fe
font diftingués en tout genre de Littérature
& parmi lefquels fe trouvent , entre autres ,
des Papes , des Rois , des Princes & des Empereurs.
Pour rendre même un hommage.
plus complet à leur mémoire , il en produit
un Catalogue , où toutes leurs productions
font indiquées. Il a ramaffé en même tems
tout ce qui peut avoir raport à cette matierc.
,
Comme l'Ouvrage dont il s'agit , n'eft pas
moins
1150 MERCURE DE FRANCE
moins Critique qu'Hiftorique , le Traducteur.
y a joint des Notes , non feulement pour
faciliter l'intelligence de l'Hiftoire , mais
pour mettre les Lecteurs à portée de juger
par eux - mêmes de fa fupériorité fur tous
ceux qui ont été écrits fur l'Efpagne avant
lui , & des obligations que l'on doit avoir à
l'Auteur , pour avoir diffipé les erreurs , dans
lefquelles plufieurs de nos Ecrivains François
fe font laiffé entraîner par de mauvais
guides. Il s'eft fur- tout attaché à la
Chronologie , jugeant qu'elle eft l'ame de
l'Hiftoire , puifqu'elle en eft le flambeau, qui
met en évidence la vérité & l'exactitude.
Sur ce principe , il l'a augmentée d'une Table
Chronologique des Sommaires qu'il y a ajoûtés
, afin qu'en voyant , comme en abregé ,
les principaux Evénemens , on voye auffi les
tems aufquels ils apartiennent. Pour éclaircir
les points les plus fujets à critique & empêcher
que la prévention ne faffe prendre pour
défaut d'attention , des découvertes qui font
le fruit des travaux & des veilles de l'infatigable
& ftudieux Jean de Ferreras , & engager
les Sçavans à furfeoir dans ces occafions
leur Jugement jufqu'à un mûr examen,
il met à la tête de chacun de fes Tomes une
Préface , où il les examine par forme de Differtation
, autant que la portée de fes lumiereres
peut le lui permettre ; laiffant toutefois
aux
MAY. 1742: 1151
aux Critiques les plus éclairés la liberté d'aprofondir
davantage & de prononcer . Autant
zelé que Ferreras pour la vérité , il invite le
Public à lui faire part de fes connoiffances
& de fes confeils , pour l'aider à pourſuivre
fon travail , & il lui protefte une parfaite
reconnoiffance & une entiere docilité.
L'Ouvrage entier traduit compofera neuf
volumes in quarto . On délivre préfentement
les deux premiers volumes ; les Tomes troifiéme
& quatrième paroîtront au premièr
Mars 1743. & chacune des années fuivantes
on donnera deux volumes , jufqu'à l'en-.
tiere confection de l'Ouvrage. On le trou
vera enrichi d'un Frontifpice , de plufieurs
Vignettes en taille douce , & de Cartes Géographiques
compofées fur l'Auteur même
dont l'exactitude eft univerfellement reconnuë.
›
A l'égard de la continuation que le Traducteur
fe propofe de donner depuis la mort
de Philipe II . où finit Ferreras , jufqu'à nos
jours quoi qu'il ait deffein de fuivre le même
ordre que l'Auteur , il fera fçavoir dans
fon tems par un fecond avis l'étenduë qu'il
aura été obligé de donner à ce morceau
d'Histoire , & la conduite qu'il aura tenue.
Il y indiquera aulli les fources où il aura puife
,les Ecrivains qu'il aura confultés , & les
fecours qu'on lui aura procurés, afin que l'on
E fi
1152 MERCURE
DE FRANCE
foit pleinement convaincu des foins qu'il aura
aportés pour éviter d'adopter des faits apocry
phes ou douteux que la Critique empêche de
recevoir , & pour démêler au contraire le
vrai d'avec le faux,& conferver à la vérité tout
fon prix & toute fa force au milieu des ténébres
, dont la malignité de quelques Ecrivains
a voulu l'obfcurcir.
CONDITIONS DES SOUSCRIPTIONS
.
On délivre préfentement les deux premiers .
volumes , & une promeffe de fournir les
deux volumes fuivans au premier Mars prochain
.
Les Soufcripteurs payeront pour chaque
voluine en blanc 8. liv . 10. f. ce qui fera pour
l'Ouvrage complet la fomme de 76. 1. 10. f.
SÇAVOIR ,
En recevanr préfentement les deux premiers
volumes on payera .
*
25. 1. 10. f.
En retirant les III. & IV. Vo- 17.
lumes
En retirant les V. & VI. vol 17.
En retirant pareillement les
VII. & VIII. 17.
Total 76. 1. 10. f..
De forte qu'il ne fera rien payé en retirant
le IX . Volume ; ainfi les Soufcripteurs ne ſe-'
ron
F
MAY. 1742.
1153
ront jamais en avance que d'un Volume.
A l'égard du grand papier , dont il n'exiſte
que 85. Exemplaires , on payera 15 liv. pour
chaque Volume , en fuivant les mêmes arrangemens
que pour le petit papier.
Ceux qui ne voudront pas foufcrire , payeront
11. liv. pour chaque Volume en petit
papier , & 20. liv . pour chaque Volume en
grand papier.
On ne recevra des Soufcriptions que juf
qu'au premier Octobre prochain .
PARABOLE EVANGELICE
• Myfteria ;
Miracula , & Documenta Chrifti. Colligebat
& ordinabat Jofephus Vallart , Presbyter
Ambianenfis in ufum puerorum Linguam
Latinam difcere incipientium. PARS PRIMA .
>
PARABOLA EVANGELICE. Myfteria Miracula
&c. Tomus II ibidem 1 vol. 8 °. Lutetia
Parifiorum , apud Philippum Nicolaum
Lottin , via San-Jacobaa , ad infigne Veritatis.
M. DCC. XLII .
Cet Ouvrage paroît devoir être d'une grande
utilité à ceux qui commencent l'Etude de la
Langue Latine. Il y a à la Tête une Préface
bien raiſonnée , & qui mérite d'être lûë en
entier.
HISTOIRE DE GUILLAUME LE CONQUEDuc
de Normandie , & Roy d'An-
RANT
E ij gleterre
,
1154 MERCURE DE FRANCE
gleterre , par M. l'Abbé P *** . Quatre Volumes
in- 12 . Le premier de 196. pages , fans
la Préface. Le fecond de pareil nombre Le
troiſième , de 382 , & le quatriéme de 426 ,
fans les Tables des Matiéres. A Paris , chés
Prault , fils , Quai de Conty , 1742.
On parlera de cet Ouvrage le plutôt qu'il
fera poffible.
LES DEUX DERNIERS VOLUMES de l'Hif
toire des Empires de M. l'Abbé Guyon paroiffent
depuis peu. Comme plufieurs Perfonnes
ont acquis les Volumes de ce livre , à
mefure qu'ils ont été imprimés , elles pourroient
être embaraffées de l'ordre qu'elles
doivent tenir dans la lecture de cet Ouvrage
; fur quoi les Libraires ont eru faire plaifir
au Public de donner l'Avis fuivant.
AVIS touchant les douze Volumes de
Hiftoire des Empires & des Républiques ,
depuis le Déluge jufqu'à J. C. par M. l'Abbé
Guyon.
L'Hiftoire des Empires & des Républiques
renferme séparément celles de toutes les Monarchies
Républiques qui fe font fuccedées
en cet ordre
I. L'Hiftoire des anciens Egyptiens , indépendans
de toutes les autres Nations , & qui
ont formé les premiers un Corps politique ,
eft renfermée dans le premier Volume.
II
M A Y.
1742. 1155
•
> II. L'Hiftoire de l'Afie vient enfuite , &
c'est le fecondVolume. Il commence par les
Affyriens. Après eux fuivent les Babyloniens,
qui les ont détrônés. Les Medes fuccéderent
à la puiffance des uns & des autres .
III. On fçait que l'Empire des Perfes les
abforba tous , & leur Hiftoire forme le troifiéme
Volume.
>
IV. Alexandre , Vainqueur des Perfes , mit
fin à leur Monarchie. L'Hiftoire de ce Conquérant
donne occafion de reprendre celle
des Macédoniens depuis fon origine. C'eſt le
quatrième Volume.
V. Les Conquêtes de ce Heros furent divifées
en quatre Monarchies compriſes en autant
de Volumes. 1 °. La fuite des Rois de
Macédoine , fucceffeurs d'Alexandre , cinquiéme
Volume. 2° . Les nouveaux Egyptiens
ou Ptolémées , fixième Volume. 3 ° . Les Syriens
ou Seleucides , feptiéme Volume. 4°. Les
Thraces & les Parthes , buitiéme Volume.
VI. Vient enfuite l'Hiftoire de la Grece ;
depuis fon origine jufqu'à prefent . Celle de
Lacédémone en deux Parties , eft renfermée.
dans les neuviéme & dixiéme Volumes .
VII. Les deux fuivans , onzième & douziéme
, contiennent l'Hiftoire d'Athénes , auffi
étenduë que la précédente.
Tel eft l'ordre des Volumes & de la lecture
de cet Ouvrage , qui fe trouve tout
E iij réüni
1156 MERCURE DE FRANCE
réüni fous un coup d'oeil dans les deux Cartes
Chronologiques , que l'on vend féparément.
Récapitulation de l'ordre des douze Volumes.
,
Tome I. Egyptiens. Tome II. Affyriens
Babyloniens & Medes. Tome III . Perfes
Tome IV. Macédoniens , premiere Partie
Tome V. Macédoniens , feconde Partie . Tóme
V. Macédoniens , feconde Partie . Tome VI.
Les Ptolémées . Tome VII . Les Seleucides.Tom .
VIII . Thraces & Parthes. Tome IX. Origine
de la Mithologie , Argos , Mycene , & Lacedémone
, premiere Partie. Tome X. Lacedé
mone ,feconde Partie . Tome XI . Thebes &
Athenes , premiere Partie. Tome XII . Athenes
,feconde Partie.
Cet Ouvrage ſe vend à Paris , ruë S. Jacq.
chés H. L. Guerin , à S. Thomas d'Aquin
J. Villette , à la Croix d'or , & à S. Bernard,
Ch.J.B. Delefpine, à la Victoire & au Palmier.
LE GEOGRAPHE METHODIQUE , ou Introduction
à la Géographie ancienne & moderne
, à la Chronologie , & à l'Hiftoire , avec,
un Effai fur l'Hiftoire de la Géographie , &
grand nombre de Cartes & de Figures , à
Pufage de M. le Comte de la Marche
par M. l'Abbé de Gourné , premiere Partie
A Paris , chés J. A. Rabinot , Libraire , fur
le
>
MAY. 1742 1157
le Quai des Auguftins , attenant les Enfeignes
du S. Efprit & du Compas. Prix 30. f.
broché
40 . > relié .
LES PSEAUMES dans l'Ordre Hiftorique ,
nouvellement traduits fur l'Hebreu , & inférés
dans l'Hiftoire de David , & dans les
autres Hiftoires de l'Ecriture Sainte , auxquelles
ils ont raport , avec des Argumens &
des Sommaires qui en marquent l'occafion
précife , & le Sujet , & des Prieres à li fin
de chaque Pleaume , tirées d'anciens Manufcrits
du Vatican , lefquelles en renferment
Pabregé , & en font recueillir le fruit. On y
a joint une Table Hiftorique & Géographique
, où l'on explique le nom des Lieux &
des Perfonnes dont il eft parlé dans les Pfeaumes
, & plufieurs autres Tables qui peuvent
rendre l'ufage de ce Livre plus commode &
plus utile. A Paris , chés J. B. La Mefle , le
Pere , ruë vieille Bouclerie , à la Minerve ,
1742. vol. in - 12 . de 524. pp . fans la Préface.
LIVRES IMPRIME'S
nouvellement
chés Briaffon , Libraire à Paris , rue Saint
Jacques , à la Science , & à l'Ange Gardien .
1741 .
Le Théatre Italien de Gherardi , ou Recueil
géneral de toutes les Comédies & Scénes
Françoifes , repréfentées par les Comé-
E iiij
diens
1158 MERCURE DE FRANCE
diens Italiens ( anciens ) du Rov , nouvelle
Edition très belle , avec les Airs gravés à
neuf, de même que les Figures à chaque
Comédie . 8 °. 6. vol. 1741 .
Traité Hiftorique & Critique de l'Opinion
, ou Mémoires pour fervir à l'Hiftoire
de l'efprit humain , nouvelle Edition , corrigée
, & tout-à- fait diférente des précédentes
, avec plus d'un quart d'augmentation
. 1.2 . 7. vol. Fig. 1741 .
Effai fur les Erreurs populaires , ou examen
de plufieurs opinions reçûes comme
vrayes , & qui font fauffes ou douteuses ,
traduit de l'Anglois de Th. Brown . 12.
2. vol.
,
Hiftoire Céleste ou Receuil de toutes
les Obfervations Aftronomiques faites par
ordre du Roy depuis 1666. avec un Dif
cours préliminaire fur le progrès de l'Aftronomie
, où l'on compare les plus récentes
Obfervations à celles qui ont été faites immédiatement
aprés la fondation de l'Obfervatoire
Royal . Par M. Le Monnier , de
l'Académie des Sciences , & c. 4°. Fig.
1741 .
Des Antiquités de la Nation & de la Monarchie
Françoife , par M. le Gendre de
Saint- Aubin , Auteur du Traité de l'Opinion.
4. 1741.
La Théorie Chymique de la Terre , fuivant
M A Y. 1742. 1159
vant les Principes de M. Herm . Boerhaave.
12. 1741 .
Hiftoire de la derniere Révolution de Perfe
, fuivie de l'Hiftoire de Thamas - Kouli
Kan , jusqu'à préfent. 12. 3 vol. 1741 .
Le Chevalier Bayard , Comédie Héroïque ,
par M. Autreau. 8° . 1741 .
Hiftoire des Découve tes & des Conquêtes
des Portugais dans le nouveau monde
par le Pere Laffiteau. 12. 4. vol. Paris , Fig.
1734.
Le même Libraire a reçû nouvellement les
Livres cy- après des Pays Etrangers.
Is. Newtonis Principia Philofophie Mathematica
, cum Commentario RR. PP. Jacquier
& le Sueur. 4°. Tom. 2. Geneva. 1741 .
Défenfe de la Religion contre les Athées
& les Deiftes , traduit de l'Ouvrage Anglois
de Burnet. 8 °. Tom. 3. La Haye 1742.
Inftructions pour les Mariniers , pour défalier
l'eau de la mer. 8°. 1740.
Fortification nouvelle , par P. Feffinger.
8°. Fig. La Haye 1739 :
Hiftoire des deux Triumvirats & d'Auguſte
, par M. de Larrey , nouvelle Edition.
I 2. 4. vol. 1741.
Ifm. Abulfeda de vita & geftis Mahommedis.
Fol. Oxoniæ 1739 .
Alta Canonizationis Sanctorum Pii V. An-
Area Avelini , Felicis à Cantalicia , &c. per
E v Cle1160
MERCURE DE FRANCE
Clementem XI. Fol . Fig. Roma . 1720 .
Alta quadam Ecclefia Ultrajectine & in
vindiciam ejus. 4° Haga. 1737.
Recueil de Lettres galantes en Profe & en
Vers, de Mad. de la Suze & de M. Peliſſon ,
nouvelle Edition , à laquelle on a joint plufieurs
Piéces. 12. 5. vol . Trevoux. 1741 .
Le Voyage de Bachaumont & de la Chapelle
. 12. 1741 .
Le Voyage de Siam , par M. l'Abbé de
Choify. 12. 1741
Abregé de l'effai fur l'Entendement Humain
de M. Locke , traduit de l'Anglois de
M. l'Evêque de faint Afaph , par M. Boffet.
12. 1740.
Les Hommes Illuftres , qui ont paru en
France , par Perraut. 8 °. 2. vol.
Ign. Agricolæ Hiftoria Societatis Jefu. Fol .
3. vol. Augufta 1727.
Adami Relatio Hiftorica de Pacificatione
Weftphalica , cum Notis. 4° Lipfiæ. 1737-
Henr . ab Alwoerden Hiftoria Mich . Serveti.
4°. Helmft. 1727.
Penfées diverfes du C. Oxenstiern . 12. 2.
vol. La Haye.
De la Vanité des Sciences , & de la prééminence
des femmes , par Agrippa , traduit
par Gueudeville. 12. 3. vol. Leyde .
Hiftoire des Révolutions d'Hongrie , dans
laquelle on donne une connoiffance de fon
gouver
MAY. 1161
1742.
gouvernement , avec les Mémoires du Prince
Ragotsky , & ceux de Betlem Nicklos 4°.
2. vol. ou in- 1 2. 6. vol. Fig . La Haye 1739 .
Job. Ammanni Icones & defcriptio Stirpium
rariorum in Imperio Rhutbeno ſponte provenientium.
4°. Fig . Petr. 1739.
Amoenitates Litteraria 8 ° . 14. vol. Vlma.
1730.
Valerii Andreæ & aliorum Bibliotheca Belgica,
feu notitia fcriptorum Belgorum, cum additionibus
fig. 4° . 2. vol. Bruff. 1739.
Analecta ex omni genere litterarum. 4°. 2 .
vol. Lipfie. 1725 .
Reflexions Morales de l'Empereur Marc-
Antonin , avec les Notes. 12. 2. vol. Amst.
1740 ..
Memoires du XVIII . Siècle , par Lamberty.
4°. Tom. 13 & 14. Amft. 1740 .
Abregé de l'Hiftoire Romaine par Demandes
& Réponſes 8 ° . Bruff. 1739 .
Jo. Do Santorini Obfervationes Anatomica
4. Fig. Lugd Bat. 1739 .
Memoires pour fervir à l'Hiftoire de M. le
Tellier de Louvois . 8 °. Amft. 1740.
Traité de la Communication des Maladies
avec les Paffions. 8. La Haye 1739 .
Expedition de trois Vaiffeaux envoyés par
la Compagnie des Indes à la découverte des
Terres Auftrales. 8 °. 2. vol. La Haye 1738.
Lettres fur les Hollandois & fur la Hol-
E
VI
lande ,
1162 MERCURE DE FRANCE:
lande , ancienne & moderne , par la Barre
de Beaumarchais. 8 °. 3. parties La Haye.
1739 .
M. Ang. Andrioli de febribus & morbis
acutis. Fol. Venet. 1711.
Appollonii Pergai Conicorum Lib. VIII.
cum notis. Fol. Oxonie 1710.
Archetypus totius Medicina . Fol. Francofurti.
1737
Arfenal de Chirurgie de J. Schultet , avec
une Differtation nouvelle fur les Monftres
4°. Fig. Lyon 1710.
J. D. Cofchwitz organifmus & mechanifmus
in homine vivo. 4 °. Lipfia 1725 .
Th. Crufii Mifcellanea Silefiaca. 8°. Lipfia.
1722.
Curiofitates Philofophica , feu de Principiis
rerum naturalium. 4. Fig. Londini . 1713 .
Dante della volgar Eloquenza. Fol . Venetiis.
Defirant Concilium Pietatis. 4°. 3. vok.
Roma. 1720.
Ejufdem Auguftinus Vindicatus. 4°. 4•
vol. Reme. 1721 .
Euftathius in Homerum , grec . & lat. Interprete
Al. Poleno . Fol. 3. vol. Florentia.
1732.
Lud. El Dupin , de Veritate. 8 ° . Colon.
1737.
Traité de l'Education , avec des Fables &
des Fig. 12. 2. vol . Amft. 1716.
Toba
MAY. 1163 1742
Tob. Echardi Teftimonia veterum de Chrifto.
4°. Quedl. 1725.
Les Memoires du Marquis Maffei , écrits
par lui - même . 8 °. 2 vol. 1740 .
vel
Bullarii Magni continuatio , que fuplementi
loco fit precedentibus Editionibus Romanis ,
Lugdunenfibus : Accedunt prout in Editione
Romana eorum Pontificum vite quorum bulle
bic recens prodeunt , cum rubricis , fummariis
fcholiis & Indicibus. Fol. 8 ° . vol. Luxemb.
On avertit le Public que les Buftes antiques
, les Statues & autres Ouvrages
de ce
genre , qu'avoit raffemblés feu M. le Cardinal
de Polignac, font actuellement en vente .
On diftribue dans fon Hôtel , ruë de Varenne
, Fauxbourg S. Germain , & chés J. B.
Coignard , Imprimeur , rue S. Jacques , un
Ecrir imprimé , qui en contient le détail . Il
eft intitulé :
ETAT ET DESCRIPTION des Statuës, tant
Coloffales , que de grandeur naturelle , & de
demie. Nature , Bultes grands , moyens , &
demi Buftes , Bas- Reliefs de differentes efpeces
, Urnes , Colomnes , Infcriptions , & auties
Ouvrages antiques , tant Grecs que Ro
mains , trouvés à Rome , affemblés & aportés
en France par feu M. le Cardinal de Polignac
, à vendre en total ou par parties , dans
Les tems quiferont indiqués , 1742.
Le
1164 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Martrot , Libraire à Dijon , vient
de mettre en vente la Bibliothéque des Auteurs
de Bourgogne , Euvre Pofthume de M.
l'Abbé Papillon , Chanoine de la Chapelle
au Riche de Dijon , vûë & augmentée par
M. l'Abbé Joly, Chanoine de la même Egli .
fe. 2. volumes in folio. 1742. Le prix eft de
20. livres en feuilles .
On trouve chés le même Libraire les Eloges
de quelques Auteurs François , compofés
par M. l'Abbé Joly . 1. vol. in-8 °. 1742 ,
Ces deux Livres fe vendent à Paris , chés
la veuve Ganeau , aux Armes de Dombes.
Le nom de ces deux Auteurs , fort connus
dans la République des Lettres , doit
donner une idée avantageufe de ces deux
Ouvrages .
On écrit de Dijon que le premier Volume
in-folio da Commentaire de M. le Préſident
Bouhier , de l'Académie Françoiſe , fur la
Coûtume de Bourgogne , paroîtra au mois
de Juillet prochain , & qu'on imprime actuellement
à Paris , chés Coignard , la Traduction
en Vers François du IV . Livre de
l'Eneïde , avec plufieurs autres Traductions.
Le premier Volume du Recueil des Statuës
, Buftes , & Bas- Reliefs antiques , qui
font à Venife , dans les Lieux publics de
cette
MAY . 1742 : 1169
cette fameufe Ville , & en particulier dans
le Salon qui précede la Bibliothèque de Saint
Marc, a paru à Venife l'année derniere fous le
Titre deMUSEO DELLE STATUE VENEZIANE
&c. 1. vol. fol . forme d' Atlas , & on vient
d'en recevoir à Paris des Exemplaires , qui
confirment la bonne opinion qu'on avoit
conçû de cette Entreprife auffi curieufe
qu'intéreffante. On doit cet Ouvrage à Mrs
Zanetti , qui fe diftinguent depuis long tems
par leur goût & par leur intelligence dans
les Arts qui dépendent du Deffein . Ils ont
deffiné toutes ces précieufes Sculptures avec
grand foin , & ils les ont fait graver au burin
par les plus habiles Graveurs qui foient à
Venife , principalement par le fameux Falloni.
Ces Graveurs ont renouvellé la maniere
de Mellan , à une feule Taille , & en cela
ils ont agi très-fagement ; car cette maniere
eft plus propre que toute autre pour repréfenter
des objets , tels que le Marbre blanc
dont les Ombres doivent être très - vagues .
On fait avec quel fuccès Mellan s'en étoit
fervi lui même , lorfqu'il grava pour le Roy
les Statues & Buftes antiques de S. M.
A l'égard de celles de Venife , que contient
ce Recueil , elles ont un mérite particulier
: c'eft que, connues & eftimées de tous
les fçavans Antiquaires , aucune n'avoit encore
été donnée au Public. Ce premier Vo
Jame
1166 MERCURE DE FRANCE.
lume contient cinquante Statuës , Buftes &
Bas- Reliefs . Le fecond , qui paroîtra inceffamment
, en contiendra autant .
de
On trouve dans le premier ces quatre fameux
Chevaux de Bronze doré , tranſportés
Conftantinople à Venife , lors de la prife
de C. P. par les Venitiens , & qui font placés
au - deffus du Frontifpice de l'Eglife de
S. Marc. Ce font les plus beaux Chevaux
qui nous reftent de l'Antiquité.
Chaque Planche eft fuivie d'une feuille
de Difcours imprimé , & renfermé dans une
bordure d'ornement , gravée en cuivre , à
l'imitation de la belle Hiftoire de Louis XIV,
par Médailles . Ces Difcours remplis d'une
grande érudition font de la compofition de
plufieurs Sçavans d'Italie , entre lefquels on
diftingue Mrs Zeno de Venife , Gori de Flo
rence , Volpi de Padouë , Georgi de Rome ,
& Olivieri de Pefaro
On peut dire que peu d'Ouvrages de cette
efpece ont été autant accueillis que celui - ci.
On en a d'abord propofé trois cent Exemplaires
par foufcription , qui ont été enlevés
en peu de tems. Le prix pour les Soufcripreurs
eft de 18. Sequins ou 132. livres de
France , dont on paye deux tiers en recevant
le premier Volum , & le tiers reſtant ,
fors qu'on recevra le fecond Volume . Ceux
qui voudront foufcrire pourront s'adreffer à
Paris ,
MAY. 17420 1167
Paris , chés Pierre Jean Mariette , Libraire,
ruë S. Jacques , aux Colomnes d'Hercule :
mais il faut fe preffer ; car à peine lui reftet'il
quelques - unes des Soufcriptions qu'on
lui avoit envoyées de Venife.
On aura ainfi infenfiblement tout ce qu'il
y a de fameux en fait de Sculptures Antiques
Italiques : on a le MufeumFlorentinum ,
voici le Mufen Veneto , & on aura dans peu
le Muſeum Capitolinum. Cela , joint à la Gallerie
Juftinienne , & à la fuite des Statues de
Rome , avec les Explications de Maffei ,
fait une fuite auffi magnifique que fingu
liete.
>
On trouve auffi chés le même M. Mariette
une Suite de VûES des Endroits
Les plus remarquables de Venise en 18.
grandes Piéces , & un grand Plan Géométral
de Venife , levé avec beaucoup de précifion.
Ces Vues ont été gravées par Michel
Mariefchi , fameux Peintre de Vûes à Venife
, d'après fes propres Tableaux . Son Por
trait eft à la tête de cette Suite .
LE PASTEUR des Ames , où il eſt d'abord
traité de la dignité & des périls de la Charge
paftorale , enfuite de ce qu'un Paſteur doit à
Dicu , à foi - même , & aux Ames dont il eft
chargé , tiré de la doctrine des Saintes Ecritures
, & de l'autorité des Peres de l'Eglife ,
com:
1168 MERCURE DE FRANCE
compofé en Latin , & dédié à S. Charles
Borromée par le Docteur Charles André
Baffo , de la Congrégation des Oblats de
S. Ambroife , & Prevôt du Bourg de Treffe,
traduit en François par M. J. L. C. Curé
de S...... 3. vol . in- 8 ° . à Toulouse , chés
Jean- François Forest, Libraire, ruë de la Porterie
, près S. Romé . 1740 .
De Modene , M. Muratori continuë fa
grande Entreprise d'un Recueil géneral des
Ecrivains Hiftoriques d'Italie . Nous en fommes
à fon XIII. Volume , qui eft en partie
rempli par l'Histoire Florentine de Jean Villani
, laquelle eft fuivie d'une Hiftoire de Sicile
, qui commence à la mort de l'Empereur
Fréderic II. arrivée en 1250. & finit en
l'année 1294. par Barthelemi de Néocaftro ,
Jurifconfulte de Meffine ; d'une Vie de Nicolas
Acciaioli , Florentin , Grand Sénechal
de la Pouille , écrite par Mathieu Palmerio
Florentin ; & d'un fragment de l'Histoire
de Vicence , par Conforto Pulce , Vicentin .
Ces trois Ouvrages n'avoient jamais été publiés.
De Rome. Le fecond volume de la belle
Edition des Oeuvres de S. Ephrem e n yriaque
& en Latin , entrepriſe fous les aufpices
& fous les yeux du fçavant Cardinal Quirini
continu
<
MAY. 1742. 1169
continuë de fe débiter , & le R. P. Benedetti
, Jefuite Syrien , continue fes foins &
fon aplication infatigable , pour la perfection
& l'entiere confommation de ce grand Ouvrage
, qui contiendra VI . vol. in fol. Celui
dont nous parlons , & qui eft le III . dans.
l'ordre général , fe trouva en état de paroître
dans le tems que le S. Siége fut rempli
par le fçavant Pontife qui gouverne aujourd'hui
l'Eglife. Circonftance , qui n'eft pas
oubliée dans l'Epître Dédicatoire du Cardinal
Quirini à Sa Sainteté. Après cette Epître ,
fuit celle du P. Benedetti au' Cardinal , toute
prife du fond de fon fujet , & auffi inftructive
qu'édifiante. En procurant au Public les
excellens Ouvrages de S. Ephrem , l'Eglife
acquiert, dit il , un témoin fidéle & refpectable
de tous les Points de la Doctrine Catholique
; & qui n'admireroit , ajoûte - t'il , que
ce Saint Solitaire , dont la Patrie étoit audelà
de l'Euphrate , parle comme s'il avoit
été élevé & inftruit fur les bords du Ty
bre ? & c.
Nous avons oublié de dire en fon
lieu , que Meffieurs les Profeffeurs du College
Royal ayant repris leurs exercices
après la quinzaine de Pâques , il y a eu un
nouveau Programme imprimé fur ce ſujet
pareil à peu près à celui dont nous avons
donné
T10 MERCURE DE FRANCE
donné l'Extrait dans les Nouvelles Littérai
res du premier vol. du mois de Decembre
dernier. Nous devons ajoûter que la faute
qui s'étoit gliffée dans le premier Progamme
, dont nous avons averti dans le Mercure
de Fevrier fuivant , ne doit en aucune
façon être attribuée au Maître Imprimeur du
Programme. C'eft lui au contraire qui s'en.
eft aperçu le premier , & qui a eû foin de
faire imprimer dans le fecond Programme
l'article en queftion avec toute l'exactitude
convenable.
EXTRAIT d'un Mémoire lû par M.
Duhamel Dumonceau , à l'Affemblée publique
de l'Académie des Sciences , le Mercredi
4. Avril dernier , qui avoit pour Titre:
Sur le Dévélopement & la Cruë des Os
des Animaux.
L
,
Es Os des Animaux paroiffent roides &
incapables d'extenfion ils croiffent
néanmoins , & l'Os qui dans l'Enfant avoit
au plus 6 pouces de longueur , a 15 ou 18
pouces de long dans l'adulte. C'eft le méchanifme
de ce dévelopement , que M. Duhamel
explique , non par des Supofitions
mais par des Obfervations & des Expériences
.
On
MAY 1742 1171
On fe fouviendra que nous avons donné
en fon tems l'Extrait d'un Mémoire que le
même Auteur lût à l'Académie l'année derniere
fur la réunion des fractures des. Os.
On fe fouviendra qu'il prouva par quantité
d'Expériences que le Cal qui opére cette
réunion , n'eft pas produit , comme on le
croyoit , par un épanchement d'un fuc offeux
, mais qu'on en eft redevable à l'épaiffiffement
& à l'offification de plufieurs Lammes
du Perioft , qui forment une efpece de
Virolle offeufe , laquelle affujetit les bouts
d'Os rompus . Il fit voir que les Lammes
du Perioft , qui étoient d'abord membraneufes
, devenoient enfuite cartilagineufes
& qu'elles acquéroient la dureté des Os.
Si on fe fouvient encore de la comparaifon
que M. Duh. fit entre la réunion des
playes des Arbres , & celle des Os , on fe
doutera bien qu'il y a beaucoup de raport
entre la Cruë des Os dans l'Animal , & celle
du corps ligneux dans les Végétaux. C'eſt
auffi à cette conféquence que l'ont conduit
fes Expériences qui s'accordent toutes , pour
établir une Analogie admirable entre le Végétal
& l'Animal . Ce qu'il fe propofe dans
fon Mémoire , fe réduit donc à établir cette
Analogic,
Il commence par comparer l'Os d'un
Adulte , tel qu'on le tire d'un Animal , avec
une branche d'arbre. Les
7172 MERCURE DE FRANCE
Les Os , dit - il , font envelopés par une
Membrane qu'on nomme le Perioft , & le
corps ligneux des arbres l'eft par l'écorce.
Nous ne fuivrons point notie Auteur dans
la comparaifon qu'il fait entre ces deux efpeces
d'envelopes , qui lui donne lieu de
raporter plufieurs nouvelles Obfervations
tant fur l'écorce que fur le Perioft.
•
Il compare enfuite la Texture du bois
avec celle des Os , & il entre dans des détails
que nous fuprimons", nous contentant
de faire remarquer qu'un Tronc d'arbre &
un Os font formés par un nombre de Couches
qui s'envelopent les unes les autres ;
que dans l'Arbre , comme dans l'Os , ces
Couches font formées par des faiſceaux de
Fibres , qui forment une efpece de rainure ;
que les Os ont leurs pores comme le bois a
les fiens , & c.
Les Obfervations qu'on peut faire fur les
Arbres & fur les Os déja formés , ( dit M.
Duh. ) établiffent donc l'Analogie qu'on
avoit mife en queſtion ; mais ce pourroit
être là le terme de leur reffemblance , & il
ne s'enfuit point du tout que les Os croiffent
comme les Arbres ; c'eft cependant ce qu'il
faut prouver & c ; & pour y parvenir , M.
Duh... raporte l'Expérience fuivante , qui
prouve , que tant que toutes les parties de la
Tige d'un jeune Arbre font herbacées , cette
Tige
MAY. 1742.
1173
Tige s'étend dans toute la longueur , mais
que cette proprieté de s'étendre diminue , à
mefure que le corps ligneux fe forme dans
'intérieur , & qu'elle ceffe entiérement
quand le corps ligneux eft une fois bien
formé .
"9
» Je mets , dit notre Académicien , un
» Maron d'Inde en terre : Quelque tems
après , & auffi - tôt que fa Tige s'eft élevée
» de deux pouces au - deffus du Terrain , je
la divife de lignes en lignes , & je marque
» les divifions avec du vernis coloré. Je
» laiffe profiter mon Arbre , & j'obferve que
» toutes les marques que j'ai faites fur la
Tige , s'écartent les unes des autres : Je
» fends alors la Tige d'un autre Marontier
» de même âge , & je reconnois que fa Tige
eft dans toure fa longueur , tendre , fuccu-
» lente & herbacée. Je reviens quelque tems
après examiner mon jeune Maronier marqué
, & je trouve que les divifions , qui
» font les plus proches des racines , ne s'é-
» cartent plus guére , pendant que celles qui
» font à l'extrémité fupérieure , continuent à
» s'écarter beaucoup . Je cherche encore dans
» un autre Maronier de même âge , à con-
» noître ce qui fe paffe fous l'écorce , & j'a-
" perçois que l'intérieur de ce jeune Arbre
» commence à s'endurcir en bois , feule-
» ment vers le pied , précisément à la partie
>>
99
❞ où
174 MERCURE DE FRANCE
» où les divifions ne s'écartoient plus guére
les unes des autres . Enfin il vient un tems
» où le bois eft entiérement formé fous l'é-
• corce , & alors les marques ne s'écartent
plus ; il n'y a plus aucun allongement.
M. Duh...examine enfuite ce qui fe paffe
à l'égard des Os , & il trouve précisément la
même choſe.
Si l'on pique avec une aiguille la jambe
d'un Poulet qui ne fait que d'éclore , ou d'un
Agneau qui vient de naître , & qu'on tuë
quelque tems après ces animaux pour examiner
l'Os de cette partie , on trouve les impreffions
des piquûres écartées les unes des
autres. Si on fait cette même Expérience fur
des animaux qui ayent acquis plus de la moitié
de leur grandeur , les impreffions qui font
à la partie moyenne de leurs Os , qui eft
l'endroit qui s'endurcit le premier , ne s'écartent
plus ; mais l'extenfion continuë vers
les extrémités . Enfin quand l'animal eft parvenu
à la grandeur où il doit refter les piquûres
ne s'éloignent plus les unes des autres
, d'où on doit conclure que la Cruë des
Os , ou l'extenfion des parties qui les doivent
former , fe fait en raifon contraire du
progrès de l'endurciffement .
Après que M. Duh... a prouvé que le
corps ligneux une fois bien endurci en bois ,
ne s'étend plus en longueur , voici comment
il
MA Y. 1742 . 1175
il s'eft affuré qu'il ceffoit auffi de s'étendre en
groffeur.
Dans le tems de la Séve , il leva un anneau
d'écorce tout autour de la Tige d'un jeune
Arbre : tout de fuite il prit avec un Compas
d'épaiffeur la groffeur du Cilindre ligneux
qu'il avoit découvert , & il entoura vîte ce
Cylindre de bois d'un Fil de cuivre affés délié
, qu'il tortilla pour en faire un anneau
qui devoit fervir à reconnoître la Couche ligneufe
qui avoit été découverte : le Fil de
Laiton refta là ; on remit l'écorce à fa place ,
elle s'y greffa ; l'arbre profita comme les autres
, & au bout de quelques années , quand
l'arbre eut beaucoup augmenté de groffeur
M Duh.... le fcia vis- à-vis de l'endroit où
il avoit laiffé le Fil de Laiton , & il reconnut
que la partie du corps ligneux , qui étoit
renfermée par le Fil de Laiton , n'avoit pas
augmenté de groffeur. Ainfi , quand une fois
le corps ligneux eft forme , il ne s'étend plus
en groffeur , & l'on fçait que cette augmentation
fe fait par les couches intérieures de
l'écorce , qu'on apelle le Liber , qui s'attachent
à l'Obier , pendant qu'à la partie extérieure
de l'écorce , il fe dévelope des Couches
herbacées , qui tiennent lieu de celles
qui fe font converties en Bois.
En eft il de même , dit notre Academicien
, à l'égard des Os ? Pour le reconnoî-
F
tre ,
1176 MERCURE DE FRANCE
tre , il ſe propofa de faire fur les Os des animaux
vivans , la même Expérience qui lui
avoir fi- bien réuffi fur les jeunes Arbres dont
on vient de parler. Il effaya donc d'entourer
POs de l'aîle d'un Pigeoneau avec un fil
d'argent , comme il avoit entouré le Cilndre
de bois , découvert de fon écorce avec
un fil de Laiton .
Après plufieurs tentatives inutiles , il réuffit
à paffer fon fil d'argent fous les tendons.
& à en former un anneau qui renfermoit
POs du jeune animal ; mais il auroit fallu
paffer le fil d'Argent immédiatement fur l'Os
& fous le Périoft ; c'eft ce qu'il ne put exécuter
: ainfi l'organe qui , felon M. Duh..
doit former l'augmentation de groffeur de
l'Os , étoit renfermé par le fil d'Argent , &
les chofes étoient précisément dans le même
état où feroit un jeune Arbre qu'on auroit envelopé
par deffus fon écorce avec un anneau
de fil de Laiton; & quand on tua ce Pigoneau
au bout de 20 jours , on vit que l'Os n'avoit
pas pris de groffeur vis-à-vis l'anneau
de fil d'Argent ; mais il s'étoit formé aux
deux côtés des bourlets , comme il arrive
à un Arbre qu'on a entouré par deffus fon
écorce avec un anneau de fil - de - fer.
Cette Expérience , dit M. Duh.... . établit
encore l'analogie qui fait l'objet de ce Mémoire.
Mais pour prouver inconteftablement
que
MAY. 1742.
1177
que les Os augmentent de groffeur par les
Couches du Périoft qui s'endurciffent, & qui
s'attachent aux Lammes offeufes déja formées
, il faut fe rapeller les Expériences que
M. Duh... a raportées dans fon Mémoire
fur les Fractures.
Toutes ces Expériences , dit enfuite M.
» Duh... me paroiffent décifives , & je crois
» qu'on ne peut s'empêcher d'avouer que les
» os croiffent dans les Animaux par un Mé-
» chaniſme très - femblable à celui que la Na-
» ture obferve pour la Crue du corps li
» gneux néanmoins , comme on ne peut
» jamais raffembler trop de preuves , quand
» on entreprend d'établir un fentiment nou-
» veau , qui détruit les idées auxquelles on
» eft accoûtumé depuis long - tems , j'en
» cherchois par tout , lorfque je me reflou-
» vins d'une Expérience que j'ai raportée
» dans mon Mémoire fur la coloration des
Os des Animaux vivans , par la Rucine de
Garence.
" J'ai dit dans ce Mémoire , ( c'est tou-
» jours M. Duh.... qui parle . ) qu'ayant
» nourri pendant quelque tems de jeunes
" Poulets avec de la pâtée, où je mettois de
la Racine de Garence en poudre , leurs
» Os étoient devenus fort rouges , mais
que
» les ayant remis à la nourriture ordinire
» pendant quelques mois , cette couleur
Fij » avoit
1178 MERCURE DE FRANCE
"
» avoit difparu. Je croyois alors que les par
» ties colorantes de la Garence s'étoient
diffipées , car je n'en fçavois pas affés fur
la Crue des Os pour penfer autrement ;
» mais ayant reconnu par les Expériences
» que je viens de raporter , que les Os augmentent
en groffeur , par les Couches qui
fe détachent du Perioft , je foupçonnai
que les parties colorantes de la Garence
» pourroient bien être reftées adhérentes aux
" Os de mes Poulets , & que fi on ne les
apercevoit plus à lafuperficie de leurs Os ,
" c'étoit parce que les couches rouges étoient
» recouvertes par des couches blanches qui
» s'étoient formées depuis la ceffation de l'u
fage de la Garence .
99
وو
On fent bien quel avantage M. Duh...
devoit retirer de cette Expérience , fi la
chofe fe trouvoit telle qu'il la foupçonnoit
& quelle impatience il avoit de s'en affûrer.
Trois Cochons furent deftinés à éclaircir
fes doutes.
Le premier , qui étoit âgé de fix femaines ,
fut nourri pendant un mois avec la nourriture
ordinaire , dans laquelle on mettoit tous
les jours une once de Garence- grappe ; au
bout du mois on fuprima la Garence , &
l'ayant nourri à l'ordinaire pendant un mois¸
on le tua.
M. Duh... fçia tranfverfalement les Os
des
MAY. 1742. 1179
des Cuiffes & des Jambes de ce Cochon ,
& il s'affûra qu'il avoit bien prévu ce qui
devoit arriver .
La Moëlle étoit environnée par une Couche
d'Os blanc affés épaiffe : c'étoit - là la
portion d'Os qui s'étoit formée pendant les
fix femaines que ce Cochon avoit vécu d'abord
fans Garence.
Ce Cercle d'Os blanc étoit environné par
une Couche auffi épaiffe d'Os rouge : c'étoit
la portion d'Os qui s'étoit formée pendant
l'ufage de la Garence.
Enfin cette Zone rouge étoit recouverte
par une Couche affés épaiffe d'Os blanc : c'étoit
la Couche d'Os qui s'étoit formée , depuis
qu'on avoit retranché la Garence à cet
Animal.
Nous fuprimons l'Hiftoire des deux autres
Cochons : il fuffit de fçavoir que les Os du
fecond avoient alternativement deux Couches
blanches & deux Couches rouges ; &
ceux du troifiéme , trois Couches blanches
& deux Couches rouges.
Peut-on rien défirer de plus fatisfaisant
que cette Expérience ? Il n'y a qu'à fcier les
Os en differens fens pour fuivre pied à pied
leur progrès , tant en longueur qu'en groffeur.
Cet examen qu'on fe doute bien que M.
Duh... a ſuivi avec éxactitude , n'a fait que le
confirmer dans les idées qu'il avoit conçues
Fij fur
1180 MERCURE DE FRANCE
fur la crue des Os , par le travail qui l'avoit
précedé ; mais cette injection qui fe fait par
la voie des alimens , lui a apris bien d'autres
choſes ; elle lui a fait connoître trèspofitivement
le progrès de l'Offification dans
les différens Os , & relativement aux différens
âges ; elle l'a mis à portée de rendre raifon
de la difpofition des Lammes offeufes
telles qu'elles font décrites par les plus illuftres
Anatomiftes ; elle lui a fait naître des
idées bien differentes de celles qu'on peut
prendre dans les Auteurs fur les maladies
des Os , & fur la formation des envelopes
dures des Cruftafes ; mais M. Duh... fe réſerve
de traiter toutes ces chofes dans d'autres
Differtations , & il finit par une Récapitulation
qui donne une idée très - claire de la
crue des Arbres , & dans laquelle on voit
les differens points d'Analogie qui ont été
prouvés dans le Corps du Mémoire.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences , pour l'année 1744.
F5
Eu M. Rouillé de Mefly , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
de fein de contribuer au progrès des Sciences , & à
P'utilité que le Public en pouvoit retirer , a legué à
P'Académie Royale des Sciences un fonds pour deux
Prix , qui feront diftribués à ceux qui , au jugement
de cette Compagnie , auront le mieux réuffi fur
deux differentes fortes de Sujets , qu'il a indiqués.
dans
MAY . 1742. 1181
dans fon Teftament , & dont il a donné des exem
ples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Systême
géneral du Monde , & l'aftronomie Phyfique.
Ce Prix devroit être de 2000 livres , aux termes
du Teftament , & le diftribuer tous les ans . Mais la
diminution des Rentes a obligé de ne le donner
que tous les deux ans , afin de le rendre plus confiderable
, & il fera de 2500. livres .
Les Sujets du fecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de 2000. livres .
Quoique parmi les Piéces qui ont été envoyées
pour concourir au Prix de 1742. fur la Queftion de
l'Aiman , il y en ait quelques unes qui paroiffent
avoir été faites par des perfonnes fçavantes , on n'y
a rien trouvé cependant d'affés précis & d'affés clair
Pour les couronner. L'Académie a donc jugé devoir
propofer le mêine Sujet pour l'année 1744 fçavoir,
L'explication de lAttraction de l'Aiman avec le Fer,
la direction de l'Aiguille aimantée vers le Nord , fa
Deciinaifon &fon Inclinaiſon.
Le Prix fera double , c'eſt à - dire , de rooo. livres
, fuivant les difpofitions de M. de Meflay.
Les Sçavans de toutes les Nations , font invités à
travailler fur ce Sujet , & même les Affociés Etrangers
de l'Académie . Elle s'eft fait la loi d'exclure
les Académiciens regnicoles de prétendre aux Prix.
Ceux qui compoferont , font invités à écrire en
François ou en Latin, mais fans aucune obligation .
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils voudront ,
& P'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles ,
furtout quand il y aura des Calculs d'Algebre .
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages,
Fiiij. mais
182 MERCURE DE FRANCE
mais feulement une Sentence ou Devife . Ils pourront
, s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un Billet
féparé & cacheté par eux , où feront avec cette
même Sentence , leur nom , leurs qualités & leur
adreffe , & ce Billet ne fera ouvert par l'Académie ,
qu'en cas que la Piéce ait remporté le Prix .
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs Ouvrages à Paris au Sécretaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui feront remettre entre les
mains, Dans ce ſecond cas , le Sécretaire en donnera
en même tems à celui qui les lui aura remis , fon
Récepiffé , où fera marquée la Sentence de l'Ouvrage
& fon numero , felon l'ordre ou le tems dans
lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au premier
Septembre 1743. exclufivement .
L'Académie à fon Aflemblée publique d'après Pâques
1744. proclamera la Pièce qui aura remporté
ce Prix .
S'il y a un Récepiffé du Sécretaire pour la Piéce
qui aura remporté le Prix , le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui lui raportera
ce Récepiffé . Il n'y aura à cela nulle autre
formalité.
S'il n'y a pas de Récepiffé du Sécretaire , le Tréforier
ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même, qui
fe fera connoître , ou au Porteur d'une Procuration
de fa part.
ESTAMPES NOUVELLES.
Nous avons annoncé dans le Mercure de May
de l'année derniere , une jolie Eftampe , qui repréfente
une diftribution de grains pour les differentes
Troupes de la Maifon du Roy , gravée par le fieur
le Bas , qui depuis ce tems - là a été reçû à l'Académie.
Nous
MAY. 1742. 1183
•
Nous nous faiſons un vrai plaifir d'annoncer préfentement
une feconde Eftampe , qui fert de Pendant
à la premiere , on y voit repréſenté , avec la
même intelligence , un Payſage d'un goût fingulier,
dont la principale partie eft occupée par des Tentes
que l'on voit dans un point oblique & fuyant ,
n'étant pas poffible de les rendre avec la même
grace dans un allignement de face , telles qu'elles
Le préfentent fur le terrain .
L'efpace du milieu paroît deftiné à camper une
Brigade des Gardes du Corps , les autres Brigades
font cenfées devoir être à droite & à gauche , on
découvre même le fommet des Canonieres voisines .
Sur la hauteur , à gauche & dans l'éloignement ,
on aperçoit une Garde de Cavalerie des mêmes
Troupes mêlées , qui acheve de fe pofter , & quelques
bagages de l'artillerie & des vivres , qui défilent
par les derrieres .
Sur le devant eft un Garde avec fès bettes , en
fentinelle à l'Etendart , qu'il croife , lelon l'ufage ,
avec fon épée nue ; les Timbales font à fes pieds ,
ce qui défigne la premiere Brigade ; un Moufquetaire
vient lui propofer d'eflayer du vin du Rhin ,
aporté au Camp par des Vivandieres Allemandes ,
qu'on voit dans un coin du Tableau , avec quelques
uftanciles pour les cuifines , &c.
L'autre côté , fur le devant , eft occupé par un
Joneftique du Moufquetaire , qui tient le cheval
de fon Maître , & celui d'un Gendarme de la Garde,
affis fur des facs de grain à la tête du Camp , avec
d'autres Gardes.
Tout le Sujet eft orné & varié , autant qu'il en
pouvoit être fufceptible ; on aperçoit dans le lointain
des valets qui menent des chevaux à l'abreuvoir
, d'autres qui remuënt la terre & la tranfpartent
hors du Camp avec des broüettes , quelques
E v Lavan
1184 MERCURE DE FRANCE
Lavandieres , des Barques chargées de fourage fur
la Riviere , un Trompette qui rentre à la quenë du
Camp , un Garde qui fait visiter le pied de fon
cheval , quelques chevaux au piquet , &c. Enfin
nous ne craignons pas d'affûrer que c'est une compofition
heureuſement imaginée , & qui , quoique
renfermée dans un très- petit efpace , ne laifle pas
d'être extrémement riche & amufante .
Il est bon d'obſerver que ces deux Morceaux ont
été gravés au Miroir , afin que les actions , le
port de l'épée , & les autres attitudes du Tableau
ne vinflent point du côté gauche dans la Gravure ,
ce qui fait un affujetiffement confidérable pour le
Graveur.
Ce Morceau est dédié , comme le premier , à M.
le Duc de Villeroy , Pair de France , Capitaine des
Gardes du Corps , & c . & fe trouve pareillement chés
le Sr le Bay , rue de la Harpe .
On diftribue depuis quelque tems chés M. Tardieu
, Graveur du Roy , rue S. Jacques , un Recueilde
40 Eftampes, qu'il a gravées d'après les Tableaux
de N. Dame & autres Eglifes de cette Ville , pour
le Bréviaire de Paris , in - 4° . en huit volumes , qui
vient de paroître ; elles font difpofées de façon qu'il
y en a cinq dans chaque Partie.
Ceux qui defireront un Recueil plus complet
en trouveront chés le même , de 120. Eftampes, ou
il y a des Sujets pour les Dimanches de l'Avent ,
du Carême & autres , & pour les principales Fêtes
de l'Année .
Ce Recueil fait partie d'un autre plus confidérable,
qui renferme les principaux Sujets de la Vie de J.C.
des Actes des Apôtres , de l'Apocalipfe & des Fête ,
de l'année , au nombre de 155. Sujets differens ,
propres à mettre dans des Nouveaux Teftamens &
autres Livres , in- 12 . & in-4.
La
MAY. 1742. 1185
Le même Graveur , a publié depuis peu fept
Eftampes fort bien gravées d'après les Tableaux
de plufieurs Peintres célebres , dans l'ordre qui
fuit .
1. S. Jean l'Evangelifte , d'après M. le Brun.
2. L'Adoration des Rois , de la Foffe.
3. La Naiflance de J. C. du même.
4. S. Grégoire le Grand. de Corneille l'aîné.
5. Repos de la Sainte Famille pendant la Fuite en
Egypte , de Boulogne.
6. S. Ambroife , du méme.
7. S. Jérôme , de Reftout.
Au bas de chaque Eftampe , il y a un Paffage de
P'Ecriture , ou de quelque Pere de l'Eglife .
Il paroît une autre nouvelle Eitampe en hauteur,
gravée par le fieur le Fevre , d'après le fieur Francifque.
Cette Eftampe eft intitulée le Peintre ; on
voit en effet un Peintre dans fon Attelier , qui
travaille d'après le Modéle . Elle fe vend ehés
Filleul. On lit des Vers au bas..
Le Sieur Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la
Couronne d'Epines près les Mathurins , continue
de graver la Suite des Portraits des Hommes Illuftres
du feu fieur Defrochers , Graveur du Roy ; ili
vient de mettre au jour les Portraits fuivans.
Mre FELIX ESNAULT , Docteur de Sorbonne ,
nommé à la Cure de S. Jean en Greve en 1712.
mort le premier Janvier 1742. peint par le Feve
gravé par Baour. On lit ces Vers au bas..
Ce Pafteur , en joignant l'exemple à la parole ,
En échauffant les coeurs , éclairoit les efprits ;
Ses Sermons n'avoienr rien d'une éloquence molle,,
Et la pieté même a dicté fes Ecrits.
E vj Sain
1186 MERCURE DE FRANCE
SAID ACHMET AGA MUTE FERRACA GUEDIKLI,
ZAÏM DE BOZIAZI , Fief du premier ordre , en
Afie , un des Grands Officiers , & Ecuyer de main de
Sa Hauteffe , & Grand Maréchal de l'Ambaſſade en
France.
PIERRE GOUDELIN, Poëte Gafcon né à Touloufe,
mort en 1649. gravé par François Baour , Touloufain
, deffiné par M. Defpats , d'après le Bufte de
M. Arcis , qui eft dans la Galerie des Illuftres de
l'Hôtel de Ville de Touloufe . On lit au bas dans
un Cartouche ces Vers Latins .
Mufarum , Godeline decus , fic ora ferebas ,
Lirida cum caneres , Berteriumque nemus ;
Non meliora tuis tentabit carmina Apollo ,
Tectosagum grato cum volet ore loqui .
Après les Vers Latins fuivent fix Vers Touloufains
, qui difent à peu près la même choſe .
ANTONIUS DE ALEGRIS , CORRIGIENSIS , natus
circ. ann . 1492. Obiit ann . 1534. 4° . Non . Martii
, &c .
Le même Graveur , dont le fonds eft préfentement
de près de fapt cent Portraits d'Homines Illuftres
, avertit le Public que l'on trouve chés lui
le Portrait du Pere de l'Ambaffadeur Turc , ceux
du Fils & du Gendre de cet Ambaffadeur & ceux
du Grand Seigneur , de Thamas Kouli Kan , Roy
de Perfe & de Mahomet , tous de la même
grandeur.
>
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
avec fuccès, chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes
IN
MAY. 1742. 1197
ruë d'Anjou ; il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur , ceux de
PHILIPE II. DIT AUGUSTE , XLI. Roy
de France , mort à Mantes le 14 Juillet 1223 .
après 43. ans de Regne , deffiné par A. Boizot , &
gravé par Pinffio.
LOUIS MAIMBOURG , Jéfuite , né à Nancy en
1610. mort à Paris le 13 : Août 1686. deffiné par
Nivelon & gravé par Fiquet.
NICOLAS BERNIER , Maître de Mufique , cidevant
de la Sainte Chapelle de Paris , enfuite de
La Chapelle du Roy , né à Mantes le 28. Juin 1664 .
mort à Paris le 8. Juillet 1734. peint par L. N. &
gravé par Fiquet .
MARIE- MAGDELEINE PIOCHE DE LA VERGNE ,
COMTESSE DE LA FAYETTE , morte à Paris en Mai
1693. peinte par Ferdinand & gravée par Et .
Feffard.
une
Le fieur Robert , Géographe ordinaire du Roy ,
Eleve & Légataire des fieu s Saufon , qui a déja
augmenté le fond de ces Illuftres Géographes de
plufieurs Cartes , vient d'en donner au Public
trois belles , fçavoir , un Empire Romain ,
France , & un Cours du Pô , depuis Milan jufqu'à
Ferrare. L'Empire Romain eft de deux grandes
feuilles avec des Tables, qui font voir l'origine de la
divifion de cet Empire , en Empire d'Occident &
d'Orient , fa divifion par Préfectures , Diocèles ,
Vicariats & Provinces, avec une colomne des noms
anciens , correfpondans aux noms modernes , pour
faire le paralelle de la Géographie ancienne avec
la moderne.
La France & les Pays circonvoifins juſqu'à l'étenduë
de l'ancienne Gaule , avec une Table qui indique
toutes les differentes divifions que l'on fait de
cette
1188 MERCURE DE FRANCE
;
cette Carte fçavoir trois divifions pour le ſpirituel,
une pour l'adminiſtration des Armes , une pour l'adminiftration
de la Juftice , trois pour les Finances ,
une pour le Département des Eaux & Forêts , une en
12. Gouvernemens Géneraux pour la tenue des
Etats , 7. pour la correfpondance avec l'ancienne
Gaule , & c. Cette Carte eft de même grandeur &
de même plan que les Cartes de l'ancienne Gaule
& de la premiere Race de nos Rois , données au
Public par le même Auteur.
La Carte du Cours du Pô s'étend depuis Pavie
jufqu'à Ferrare , elle eft très - grande & très - détaillée
, elle comprend partie du Milanois , du Bergamafque
, du Breflan , du Véronois , du Vicentin , le-
Cremafco , le Crémonois , le Mantoian , partie.
des Duchés de Plaifance, de Parme , de Modene , &c .
L'Auteur demeure Quai de l'Horloge du Palais
, proche la ruë de Harlay.
Il paroît depuis peu une nouvelle Carte Hydrographique
, qui a pour titre CARTE réduite des
Mers comprises entre l'Afie & l'Amérique , apellées
par les Navigateurs Mer du Sud & Mer Pacifique ,
pour fervir aux Vaiffeaux du Roy , dreffée au Dépôt
des Cartes , Plans & Journaux de la Marine , par
ordre de M. le Comte de Maurepas . 1742 .
Cette Carte eft accompagnée d'un Mémoire de
10. pages in-4° qui rend compte des principales.
Remarques & Obfervations dont on s'eft fervi pour
fa conftruction , & qui fait voir les corrections importantes
qu'il étoit indifpenfable de faire fur les
Cartes Angloiles & Hollandoifes , que nous avons
de ces Mers . Ce Mémoire ek clair & précis , & répand
bien du jour fur plufieurs Endroits de ces
Mers , qui ont fait jufqu'ici l'embarras des meilleurs .
Géographes.
Ceft
MA Y. 1742 1189
C'eft la fuite d'un travail confidérable que l'on
a entrepris depuis quelques années dans ce Dépôt,
pour la perfection de l'Hydrographie & le bien de
la Navigation ; Ouvrage extrêmément utile , dont
on a déja plufieurs Morceaux & dont on doit foubaiter
la continuation .
On trouve ces Cartes chés M. Beliin , Ingénieur
de la Marine , ruë Bertin Poirée , attenant la Coupe
d'or , & chés le fieur Jallot , Géographe du Roy ,
fur le Quai & proche les Auguftins.
Il paroît actuellemet chés le fieur le Rouge , une
Carte de la Haute & Baffe Autriche , en deux feuilles
, fort détaillée , laquelle eft tirée fur celle de
Homann , qui eft très - cftimée , ayant été faite fur
les Lieux. On y remarque les Lignes & les Redoutes
faites par les François.
Autre Carte très curieufe & extrémement divifée
des Etats de la Maifon d'Autriche en Italie , ou
l'on diftingue le Milanois , le Mantoüan , le Duché
de Parme & de Plaisance .
On a pris foin de marquer dans la Carte de
Boheme les Quartiers des deux Armées. On trouve
ces differens Ouvrages chéz l'Auteur , Ingénieur
Géographe du Roy, rue des Grands Auguftins , visà-
vis le Panier fleuri , 1742.
Le fieur de Villeneuve , Maître de Mufique à Paris
, vient de mettre au jour un Divertidement qu'il·
a composé pour l'Ambaffadeur de Turquie , fur de
très jolies paroles de M. B .. à la glone du Roy,
du Grand Seigneur & de l'Ambaſſadeur , le tout
contenant une Ouverture , une Tempête , une Chaconne
, deux Marches , Pune Françoile & l'autre
Turque , des Arts de Violon de caractére , Air de
Trompette , Rigaudons, Menuets, Pallepieds, Arie
tes
1190 MERCURE DE FRANCE
tes chantantes , pour un Matelot & des Bergeres ,
Cantatille , Duo de Deffus & Baffe - Taille , trois
petits Récitatifs , deux Chours ; le tout de facite
exécution , & dans le bon goût , qu'on peut exécuter
avec cinq perfonnes feulement ; fçavoir , un
Deffus & une Baffe - Taille , deux Violons & un
Clavecin , ou Baffe - continue de Viole , ou Violoncel
; & pour les grands Concerts , on y joindra
les parties chantantes des Choeurs , Flutes , Hautbois
, Trompette , avec tous les Inftrumens convenables.
Ce Divertiffement ne dure qu'une demie
heure , & il est très gai . Il a été fort goûté
des François & même des Turcs , qui en ont entendu
l'exécution plufieurs fois . Le prix de ce
Divertiflement n'eft que de 3. livres 12. fols pour
la partition entiere , qui contient tout ; & fi l'on
fouhaite les Parties des Violons avec la Baffecontinue
gravées féparément , pour la plus grande
facilité de l'exécution , elles ne valent que 2 . livres
8. fols . On vend cet Ouvrage chés l'Auteur ,
ruë de Grenelle S. Honoré , à côté d'un Pâtiffier ,
chés la veuve Boivin , Marchande , ruë S. Honoré ,
à la Rege d'or , & chés le Sr le Clerc , Marchand ,
ruë du Roule , à la Croix d'or .
>
Le fieur le Menu de S. Philbert , avertit les Amateurs
de Mufique , qu'il vient de faire graver Hypomene
& Atalante , Cantatille , qui fera inceffamment
fuivie de l'Impatience ; il a donné précedemment
deux autres Cantatilles , intitulées Ariane &
la Vielle , avec deux Recueils d'Airs . Tous ces Ouvrages
fe trouvent à Paris , chés l'Auteur , ruë de la
Ferronnerie , & aux Adreffes ordinaires.
Jacques- François Blondel , Architecte aprouvé de
Mrs de l'Académie Royale d'Architecture , donne
avis
MAY. 1742 119
avis au Public , qu'attendu l'accueil favorable qu'il
a bien voulu faire à fon Traité de la Décoration
des Edifices modernes , mis au jour à Paris en 1739.
chés Charles -Antoine Jombert , Libraire , il va continuer
la troifiéme Partie de fon Traité , qu'il a pro
mis par Suplément , que cette occupation l'affujettiffant
à reſter chés lui , il y reçoit des Eleves , tant
Externes que Penfionnaires , pour leur enfeigner
P'Art d'Architecture , avec toutes les parties qui y
font relatives.
La grande quantité de Materiaux qu'il a amaffés
par le travail immenfe du Recueil des Bâtimens de
France , connû fous le nom d'Architecture Françoife
, mis au jour en quatre Volumes in-folio , chés
Jean Mariette , Libraire , lui fait efperer un fuccès
favorable pour l'éducation & l'avancement de ceux
qui voudront s'initier dans cet Art , foit pour ceux qui
voudront commencer d'étudier cete Science , ou pour
ceux qui en auront déja quelque teinture , ou d'autres
qui n'auront befoin que de quelques - unes
ces parties, pour parvenir à la Géométrie , au Def
fein en géneral , à la Sculpture , Gravûre , Peinture,
Maçonnerie , Coupe de pierres , Menuiferie, Charpenterie
, Serrurerie & autres ; pour cet effet il fe
propofe de former plufieurs Claffes , où entreront
ceux qui lui feront adreffés , felon leur deftination
& leur capacité.
de
Il donnera fes Leçons fur le Terrein une fois la
Semaine , tant pour aprendre la maniere de lever
les Plans , Elevations , Coupes & Profils des plus
grands Monumens & des Maifons particulieres ,
que pour amener fes Eleves à aprofondir par degrés
la connoiffance de la bonne Architecture , qui caractériſe
la plupart des Edifices qui décorent cette
Capitale de la France , en leur mettant fous les
yeux les Bâtimens les plus fimples & les faifant paffer
1192 MERCURE DE FRANCE
fer aux Hôtels les conduifant aux Palais des Grands,
eux Edifices publics , & principalement dans les
Maifons Royales , où nos plus habiles Architectes
ont épuité leur fçavoir .
Il efpere mettre fes Eleves en état au fortie
de cette Etude de mériter le titre d'Architectes
ou d'Entrepreneurs confommés dans la théorie
du Deflein & dans l'expérience de la conftruction
, felon les differens exercices de chaque Entreprife
particuliere , afin de parvenir , en les réuniffant,
à faire un tout bien concerté & tendre à la
perfection de cette Reine des Beaux -Arts , qui eft
le but principal de l'établiſſement de cette Ecole
des Arts.
Il demeure rue des Cordeliers , attenant la ruë de
la Comédie Françoife, dans la maifon de M. de Bo
lac > au premier étage.
Le Sr Reygniers , autrement nommé le Hollandois
, logé aux Galeries du Louvre , vient d'inventer
& exécuter un Fufil à deux coups , tournant qui
a la proprieté avantageufe , que le Chien fe rebande
lorfqu'on tourne les Canons pour tirer le ſecond
coup , ce que l'on defiroit depuis long tems . Ce
Fufil a été préfenté à l'Académie Royale des Sciences
, qui l'a aprouvé & qui a fait délivrer un Certificat
au Sr Reygniers , en ayant reconnu toute
P'utilité . Cette Arme a les avantages des Fufils à plattes
bandes , fans en avoir les inconvéniens, qui font,
1°. qu'on ne peut tirer jufte avec ces derniers, parce
que la vûë n'eft dirigée qu'entre les deux Canons.
2°. C'est que ces Canons ne peuvent être auffi
folides qu'il faudroit qu'ils le fuffent , parce que
le Fufil feroit trop large fi on leur donnoit leur
force convenable , & qu'étant brafés enſemble , ce
qui aigrit beaucoup le fer , ils font d'un très mauvais
MAY. 1193 1742
vais ufage & fujets à crever , & d'ailleurs , c'eft que
le C nonier a la facilité de cacher les défauts de
fon Canon fous la platte bande. 3 °. Un Chaffeur ,
qui a bandé les deux Chiens de fon Fufil pour tirer,
n'ayant eû occafion que de decharger un des Canons
, lorsqu'il veut le recharger , s'il n'a eû ſon
auparavant de mettre au repos le Chien qui n'avoit
pas tiré , il court rifque , en chargeant fon Fufil de
le faire partir. 4 ° . Comme les détentes font trèsproches
l'une de l'autre , il peut arriver qu'une perfonne
fort vive les faffe partir toutes deux en tirant
la premiere un peu fort , ce qui occafionneroit un
recule confidérable qui ne peut arriver aux Fufils
tournants , puifqu'il n'y en a qu'une . S'il arrivoir
par un cas extraordinaire , qu'un Canon de ceux ci
vint à crever , comme il n'y a que celui de deffus
qui tire , l'autre qui eft deffous garantiroit la main .
AVIS aux jeunes Gens de Famille , de
Bourgeois , d'Arts & Métiers.
M. le Chevalier de Luffan , Ingénieur , Directeur
de l'Ecole Militaire , établie à Paris , rue de l'Arbiefec
, par permiffion du Roy , fous la Protection
de Monfeigneur le Dauphin , ayant eû l'honneur
de lui préfenter le premier jour de cette année les
Eleves de cette Ecole , avec un Détachement des
Cadets , deftinés aux Etudes & aux Exercices , qui
font l'objet de l'E abliſſement , le Prince a bien voulu
agréer qu'on continuât de lever la Troupe fous
fon nom & qu'elle fût compofés de 200. jeunes
Gens , depuis l'âge de 12. ans jufqu'à celui de 18 .
pour être inftruits pendant deux ans dans les Mathématiques
, le - Deffein , l'Architecture Civile &
Militaire.
Ces Inftructions ont pour but de répandre dans
[Qus
1194 MERCURE DE FRANCE
telle
tous les Arts & Métiers cet efprit d'ordre & de juf
que donne la Géométrie , & de faire agir par
des principes certains ceux qui peuvent être doüés
du génie de l'invention ; or en y joignant encore
la maniere de réalifer & d'exécuter avec le Dellein
tout ce qui pourra être proposé à chacun dans fa
Profeffion , ne doit- on pas elperer de voir un jour
cette Jeunelle produire des hommes intelligens dans
les differens états qu'ils embrafferont !
Comme on fe propose d'être bien - tôt en état
d'aller faire l'Exercice & les Evolutions militaires
devant Monfeigneur le Dauphin , on donne avis à
la Jeunelle qui aura deffein d'entrer dans ce Corps,
dont le nombre auginente chaque jour , de venir
fe faire inferite inceflamment.
Les Cadets Dauphins feront habillés uniformes
d'un habit de drap blanc , le parement & le colet
bleu , avec un plumet bleu à leur chapeau , la
Cocarde bleue & blanche , le Ceinturon le
Fourniment & la Cartouche de même couleur
couleur aux Armes de Monfeigneur le Dauphin ,
Drapeaux , Tambours & Hautbois . Les Brigadiers
& fous- Brigadiers feront diftingués par un galon
d'or fur la manche ; à l'égard des Capitaines , Lieutenans
& Enfeignes , ils porteront l'uniforme des
Eleves de l'Ecole Militaire , & feront nommés à
leurs Emplois par Monfeigneur le Dauphin . Les
Sales pour l'étude des Mathématiques & du Deffein;
tant de la Figure , du Payfage & de l'Ornement ,
que pour l'Architecture & les Fortifications , feront
ouvertes tous les Mardis & Vendredis , depuis une
heure après midi juſqu'à fix heures du foir.
Les Cadets feront divifés par Claffes , de dix chacune
, composée, autant qu'il fera poffible , de gens
du même Art ou Métier , afin de les inftruire fuivant
l'état qu'ils veulent embraffer . Un des dix Cadets
MAY. 1742. 1193
dets fera nommé Infpecteur , & aura attention aự
travail des neuf autres , pour en rendre compte au
Profeffeur & uu Directeur de l'Ecole .
Les Prix qu'on deftine pour exciter l'émulation
de cette Jeuneffe , font , un Maître d'Armes ou de
Danfe pendant fix mois , au choix du Victorieux .
On ira les Dimanches & Fêtes , après le Service
Divin , aprendre fur le Terrain l'Exercice , pour fe
mettre en état d'attaquer & défendre le Fort Dauphin
, élevé à cet effet dans un Lieu vaſte & commode
, dont les travaux ont dû commencer le premier
May.
leur ›
Ceux qui voudront fe faire recevoir ameneront
pere , mere ou quelques- uns de leurs propour
fe faire infcrire , autrement ils ne feront
point admis.
ches ,
On donnera à chaque Cadet le Reglement qui
doit s'obferver dans le Corps , avec un état de la
dépense qu'il faut faire pour y entrer , qui monte à
cent livres , payables dans le courant de deux années.
On donne avis au Public , que le neuf Juillet
prochain , à trois heures après midi , au Palais du
petit Luxembourg à Paris , on continuëra la vente
des Diamans de feu S. A. S. M. le Duc , au plus of
frant & dernier enchériffeur.
Ceux qui voudront , dans les Pays Etrangers , en
fçavoir la qualité, la forme , la groffeur & le poids,
s'adrefferont ; fçavoir .
A Vienne , à M. Wenzel..
A Francfort , à M. J. L. Harfcher.
A Drefde , aux héritiers de Jacob Deeling.
A Berlin , à Gregory Caquot & Compagnie .
A Leipfick , à M. Fried.
A Hambourg , à M. Pierre His,
196 MERCURE DE FRANCE
A Rome , à M. Girolamo Belloni .
A Genes , à M. Jean - Baptifte Cambiafo,
A Venife , à Mrs Ganaffa & Dalerze.
A Turin , à Mrs Mofnier Moris & Compagnie.
A Mantoue , à M Titafano .
Josué Vanneck.
A Amfterdam , à Mrs André Pels , & Fils.
A Londres , à Mrs Gerard
A Madrid , à M. Maravy .
Mrs les Apoticaires de Paris , qui depuis quelques
années, font dans l'ufage de faire en public la compofition
de la Thériaque , l'ont faite cette année
dans leur Maifon de la rue de l'Arbalê re , Quartier
S. Médard. Les Drogues qui doivent entrer dans
cette compofition , furent expofées le 16. du mois
d'Avril dernier. Le Lieutenant General de Police ,
le Procureur du Roy & la Faculté de Médecine les
examinerent , & trouverent que chaque efpece de
Drogue étoit des mieux choifie & rangée dans un
fort bel ordre. Elles ont été quinze jours expoiées
à la vue du Public , & pendant tout ce tems
il y a eû un grand concours. Le 10. Mai , on pefa
chaque Drogue en préfence des mêmes Magiftrats ,
de la Faculté de Médecine & du Public , & fur le
champ chaque efpece de Racines , de Feuilles , d'Ecorces
, Furs , Graines , Gommes , & c. furent
brilées au Mortier , afin que le Public fût certain
qu'on employoit dans cette célebre Compofition
les mêmes Drogues choifies qu'il avoit vû expolées.
Ces lages précautions prouvent que la Theriaque
de Paris eft parfaite , & qu'elle ne cede en rien à la
Thériaque de Venife.
Le fi ur Defurges , demeurant Cour Abbatiale de
S. Germain des rés , entre les deux Grilles , du
Côté de la rue du Colombier , vend des Vins de
Cerife
THE NEW YORK
PUBLIC LIFRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONĖ,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONA
90
MAY. 1742 1197
Zerife , des plus parfaits , à vingt quatre fols la
inte , ce qui eft un prix fort modique , & nous
ouvons affûrer que cette Liqueur cft fort agréable
boire ; l . uteur a la modeftie de ne lui attribuer
ucune qualité ſpécifique pour guérir ou foulager
uantité de maux , & nous croyons avec lui qu'elle
e fçauroit être contraire à la fanté, que par
l'excès
qu'ou en pourroit faire.
*** ********
CHANSON.
DEE ce Bocage
L'épais feuillage
Aux plus tendres plaifirs nous engage
De ce Bocage
L'épais feuillage
Eft fait exprès
Pour cacher nos jeux fecrets.
Tu fçais , Bergere ,
L'ardeur fincere
Qu'à tes attraits
J'ai juré pour jamais ;
En récompenfe
De ma conftance ,
Dans ce féjour
Rens hommage à l'Amour
De ce Bocage
L'épais feuillage
;
198 MERCURE DE FRANCE
Aux plus tendres plaifirs nous engage ;
De ce Bocage
L'épais feuillage
Eft fait exprès
Pour cacher nos jeux fecrets .
C'est ainsi qu'aux genoux de Silvie ,
Les yeux en feu Colin s'exprimoit l'autre jour ;
Que leur fort devint digne d'envie !
Bien-tôt la Belle , en foupirant , dit à ſon tour ,
De ce Bocage
L'épais feuillage
Aux plus tendres plaifirs nous engage ;
De ce Bocage
L'épais feuillage
Eft fait exprès
Pour cacher nos jeux fecrets .
LE RETOUR DU PRINTEMS ,
MUSETTE .
PRintems , à ton retour >
L'Amour
Soufle à douces haleines ,
Un feu couvert ,
Que l'Hyver
Receloit dans mes veines.
L'oubliois
MAY. 1742. 1199
J'oubliois de Nanon
Le nom ;
J'oubliois la cruelle ,
Dont je fouffris
Les mépris ,
Mais tout me la rapelle .
*६
Roffignols , fes accens
Touchants
Furent votre modéle ;
Vos doux fredons ,
Vos doux fons ,
Vous les aprîtes d'elle.
*
Violettes , Eillets ,
Bluets ,
Vous orniez fa coëffure ;
Ses jolis pieds ,
Tendres Prés ,
Fouloient votre verdure.
*
Enfans de mes foupirs ,
Zéphirs ,
Votre haleine obligeante
Sous le mouchoir
Faifoit voir
Sa gorge encor naiffante.
G
Trft
200 MERCURE DE FRANCE.
&
Trifte fouvenir ,
Martyr
D'une ame trop fenfible !
Pour moi , Printems ,
Votre tems
N'a rien que de terrible.
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Paftorale Héroïque
d'Ifbé , représentée pour la premiere fois ,
par l'Académie Royale de Mufique , le
10. Avril. 1742.
C
E Balet a éprouvé bien des contradictions
pour les paroles & pour la mufique
; mais cette premiere critique a fait
place à un jugement moins rigoureux , de
forte qu'on l'a vû avec quelque fatisfaction .
Au Prologue , le Théatre repréfente le
Jardin des Thuilleries. La Volupté perfonnifiée
, ouvre la Scene avec fa Suite , par
cette priere qu'elle adreffe à l'Amour.
Amour , charmant Amour , Dieu de la volupté ,
Lance tes traits vengears ; tu dois être irrité ;
Tous les coeurs en ces lieux te refuſent l'hommage
Que
MA Y. 1201
1742.
Que l'on rendoit à ta divinité ;
Mais i la clémence t'engage
A faire grace à leur temerité ,
Pour me les affervir , vole fur ce Rivage ;
De leurs foibles defirs viens détruire l'uſage ,
Et reprenons le foin de leur félicité .
Une douce fymphonie annonce la def
cente de l'Amour. Ce Dieu des coeurs fe
plaint à la Volupté du relâchement de leurs
communs Sujets ; voici comment il s'explique
:
Sur ces bords fortunés , que j'ai long tems cheris ,
On fe plaifoit à recevoir ma chaîne ;
Les jeunes coeurs n'y craignoient point la
peine ,
Dont vos plaihrs étoient le prix .
La Volupté le prie de ramener ces heureux
jours ; elle en fait une peinture riante ;
la voici :
J'irritois fous vos loix les feux de la tendreffe
;
Du defir fatisfait renaiffoit le defir.
Si je flatte à prefent les voeux de la Jeuneſſe ;
Le plaifir ſe refuſe à ma délicateſſe ,
Et je me vois fans vous la honte du plaifir.
1
G ij
L'A1202
MERCURE DE FRANCE
L'Amour lui fait entendre que la Mode ;
qui a reçu le jour du caprice & de l'inconftance
, mettra obftacle à ce qu'il va entreprendre
, pour remettre leurs loix en vigueur ,
mais que cela ne l'empêche pas de le tenter
, & pour réuffir dans fon nouveau projet
, il apelle les Plaiſirs & les Jeux.
Cette riante fuite de l'Amour forme la
Fête de ce Prologues la Mode vient l'interrompre
; l'Amour ne peut foûtenir fes
chants & fes danfes & remonte dans fon
Char , après avoir chanté ces quatre vers
adreffés à la Mode.
Les bifarres Concerts qu'en ce jour vous m'offrez¿
Par Apollon jamais ne furent infpirés ;
Sur les Mortels votre Empire m'étonne
A toutes leurs erreurs l'Amour les abandonne,
Pour affûrer la gloire de mon nom ,
Je vole aux rives du Lignon .
Ce dernier vers , s'il n'annonce pas la Paftorale
en queftion , défigne au moins le
Lieu de la Scene.
La Volupté fe retire à l'exemple de l'Amour
; la Mode célébre fon Triomphe &
finit le Prologue par ces vers qu'elle chante
avec le choeur.
L'Amour nous céde la Victoire ;
Quel
MAY. 1742 .
1203
Quel Triomphe eft plus doux ! Célébrons - en la
gloire ;
L'inconftance du goût offre mille douceurs ;
Bravons toûjours l'Amour ; c'eft le Tyran des
coeurs.
le Au premier Acte de la Paftorale
Théatre repréfente un Bois confacré à l'Amour.
1fbé commence ce premier Acte , par ce
Monologue qui , foûtenu de la voix de la
Dile le Maure , a été généralement aplaudi ;
en voici les paroles :
Defirs toûjours détruits & toûjours renaiffans ,
Sufpendez , s'il fe peut , la violence extrême
Du trouble confus que je lens .
Je ne me connois plus moi - même .
Eh ! Quoi ? l'Aftre du jour vient éclairer ces lieux
Alcidon n'y vient point fe montrer à mes yeux !
Faut-il que la douce habitude
De voir tous les jours un Berger ,
Quand on ne le voit pas , foit une inquiétude
Faut- il , quand on le voit , qu'elle foit un danger ?
Defirs toujours détruits , & c.
Alcidon ne tarde pas à répondre à l'impatience
d'lfbé ; il lui fait le premier aveu de fon
amour ; fa Bergere plus timide que lui , garde
le filence fur fes fentimens fecrets , & lui dit :
G iij
Au
1204
MERCURE
DE FRANCE
Au doux penchant qui nous entraîne
Il eſt plus fûr de réſiſter ;
L'Amour cauſe trop de peine ;
Je veux toujours l'éviter .
>
Iphis , Berger , Confident d'Adamas , vient
au nom de ce Chef des Druides , préfider
à la Fête ; cette Fête eft confacrée à l'Amour
, les Bergers & les Bergeres du Lignon
chantent la gloire de cet aimable Maître des
coeurs. Un prix eſt deſtiné aux plus tendres
de fes Sujets , & c'eft à Iſbé & à Alcidon
qu'il eft donné ; pendant la Fête , Alcidont
parle encore de fon amour , mais il n'ofe
nommer fon vainqueur ; Ifbé lui donne
quelque peu de confolation par ces vers :
Ne vous allarmez pas de vos triſtes ſoupirs ;
Souvent un coeur gemit fous le poids de fa chaîne ;
Mais , fi l'Amour ne cauſoit point de peine ,
On mépriferoit fes plaifirs .
L'Acte finit par un très-beau Chour }
dont voici les paroles :
Triomphez , & rendez hommage
A l'aimable Dieu des Amours , &c .
Au fecond Acte , le Théatre repréſente
un Bois facré , & dans le fond , le Palais
d'Adamas, Adamaş
MAY.
1742. 1205
Adamas fait entendre quelle eft la fitum
tion de fon coeur , par ce Monologue :
Amour , Dieu féducteur , Dieu toujours redoutable,
Je ne puis échaper aux rigueurs de ta Loi ;
Tu me vois implorer ton fecours favorable ;
J'ouvre mon coeur aux traits que tu lances fur moi ;
Mais , pour être un Vainqueur aimable ,
Viens flater mes defirs , ou calmer mon effroi .
La jeune Ifbé m'infpire une vive tendreffe ;
La raifon me défend l'efpoir d'en être aimé ,
Mais les puiffans attraits , dont mon coeur eft charmé,
Feront à la raiſon excufer ma foibleffe .
Iphis vient interrompre la douce rêverie
d'Adamas ; ce Druide lui demande à quels
Bergers il a décerné le prix deſtiné aux plus
tendres ; Iphis lui aprend qu'Alcidon & Ìſbé
l'ont remporté ; mais que ces Bergers qui
s'avancent , préférent le bonheur de venir
jouir de fa présence à la gloire du prix qu'ils
ont remporté. Voici le compte qu'il lui
rend de la fituation de leurs ames :
D'un objet qu'an ignore Alcidon fuit les Loix ;
Il fe plaint d'une ingrate , & ſon feu le tourmente ;
Mais Ifbé ſemble encor n'avoir point fait de choix .
Adamas félicite Alcidon & Ifbé du prix
Giiij qu'ils
1206 MERCURE DE FRANCE
qu'ils ont remporté ; Alcidon fe plaint toujours
d'un malheureux amour. Adamas
peut- être par un fentiment jaloux , ou feulement
curieux , demande à Ifbé , fi elle ne
plaint pas le fort de ce Berger ; Iſbé
un fentiment de défiance , lui répond :
, par
Moi ; plaindre cé Berger ! Non ; fi fon coeur foûpire ,
Je ne dois point partager fon tourment.
Adamas lui demande fr elle est également
indiférente pour tous les Bergers qui foûpirent
pour elle après une réponſe équivoque
, il prie ces deux amans de le laiffer.
feul il fait connoître ce qui fe paffe dans
fon coeur , par ce Monologue :
:
Arbres , dont les rameaux s'élévent jufqu'aux Cieux;
Dignes objets de nos hommages
Je tiens du plus puiifant des Dieux
Le pouvoir d'aflembler fous vos facrés ombrages
Les Déités qui regnent dans ces Lieux .
Dieux , qui protegez nos bocages ,
Confidens des fecrets du fort mystérieux ,
Répondez à ma voix , paroiffez à mes yeux
C'eft Adamas qui vous apelle ;
Raflemblez-vous , raſſemblez - vous ,
Marquez lui votre zée ;
Dieux des Bois , vencz tous.
Les
MAY 1742. 1207
Les Dieux des Bois arrivent en repetant
ces quatre vers .
Après la Fête , un des Dieux des Bois prononce
cet Oracle à Adamas .
Le Deftin répandra des fleurs fur ta carriere ;
Il a fixé le fort qui t'attend en ce jour ;
Un Triomphe éclatant naîtra de ton amour ;
N'éxige point d'autre lumiere.
Cet Oracle fait naître une douce eſperance
dans le coeur d'Adamas & l'enhardit à
aller propoſer ſon hymen à Líbé.
Le Théatre reprefente au troifiéme Acte
un Lieu orné pour une Fête.
Ifbé fe plaint du fort qu'elle prévoit ; elle
implore le fecours de l'Amour.
Alcidon vient fe plaindre à fon tour , nonfeulement
de la rigueur du fort , mais de
celle d'Ifbé , à qui il reproche d'avoir dit
à Adamas , en fa préfence même , qu'elle
ne plaignoit pas fon rigoureux martyre. Ibé
s'en excufe tendrement , & dit à Alcidon
en le quittant :
Helas ! Berger , ſoyez conftant ,
Et croyez que l'Amour de mon coeur eft content,.
Charite perfonnage épifodique , dont
PAuteur auroit bien pû fe paffer , vent exer
Gy
1208 MERCURE DE FRANCE
cer fon talent pour la coqueterie auprès d'Alcidon
; voici deux maximes qu'elle chante
avec un art infini , & qui lui eft pourtant
très naturel par les graces qu'elle y met ;
c'eft de la Dlle Feld que nous parlons ici :
Doit on me reprocher de me faire une fête
Quand j'annonce , qu'un coeur à mes voeux s'eft
livré ?
On perd l'honneur d'une conquête ,
Quand le triomphe eft ignoré.
Eprouvez le plaifir de vivre fous ina Loi,
Vous jouirez de l'avantage
De fix rune ame volage,
Je referve le prix au don de votre foi.
Alcidon quitte Charite en gardant les
bienséances qu'un galant homme doit aux
belles , même les plus volages.
Adamas vient fuivi des Peuples qui lui
font affujettis ; Voici comment il déclare
fon amour à Ifbé.
Vos fuprêmes vertus , jeune & belle Bergere ,
Ont en votre faveur déterminé mon choix ;
Vous méritez la couronne des Roist ,
Mais fi mon rang pouvoit vous fatisfaire
Permettez à l'Amour de vous offrir ma main ;
La Fortune pour moi n'aura plus rien à faire ,
Quand vous partagerez men glorieux deftin .
Ibé
MAY. 1742.
1209
Ifbé répond à l'offre d'Adamas avec beaucoup
de circonfpection & de décence. Les
Peuples chantent :
Triomphez & fouffrez l'éclat qui vous étonne ;
Charmante Ifbé , regnez fur nous.
Adamas difére fon hymen , pour donner
à Ifbé , quelques momens qu'elle femble lui
demander , pour calmer le trouble dont elle
eft agitée ; ce qui finit le troifiéme Acte .
Au quatrième , Le Théatre repréfente une
Prairie émaillée de fleurs. On voit dans un
des côtés , la demeure de Cephife.
Ifbé commence cet Acte , par ce Monog
logue.
Laiffe-moi foûpirer , importune Grandeur ;
Tes fuperbes attraits ne me font point envie.
L'Amour a décidé du deſtin de ma vie
Et détourne mes yeux de ta vaine fplendeur,
L'Hymen précipité dont Adamas m'honore
Me détermine enfin à nommer mon vainqueur ;
Ce n'eft qu'un Berger que j'adore ;
Mais il eft le Roi de mon coeur.
Alcidon ayant perdu toute efperance par
l'hymen fatal dont Ifbé fe plaint , vient lui
G vj en
1210 MERCURE DE FRANCE
en témoigner fa vive douleur , Ifbé tâche
de le confoler par cette réponſe .
Mon défefpoir répond aux pleurs que vous verfez ;
Nos malheurs font communs ; il n'eft plus tems de
feindre
Alcidon , je vous aime & c'eſt en dire affés ,
Pour vous faire fentir tout ce que je dois craindre.
Cette tendre réponse , au lieu de confoler
Alcidon , redouble fon défefpoir ; il veus
mourir pour élever fa Bergere au Trône qui
Lui eft offert par fon Kival ; Ifbé s'en offenfe
, & lui fait un crime de fa générosité s
cette Scene eft jouée d part & d´utre avec
toute la chaleur qu'elle demande . Alcidon
perfifte dans le deffein qu'il a formé
quitte fa chere Ifbé en lui difant :
Vous me rendrez juſtice avant la fin du jour.
&
Cephife , Magicienne , inftruite du malheur
d'Ifbé , vient lui offrir le fecours de fon
art ; Ifbé l'accepte : ce qui donne lieu à une
fête magique . Cephife préfide à cette fête 5,
elle la termine par ces vers :
A lfbe.
Le charme eft fait. Goûtez in fort rempli d'apas..
Zéphirs brifez la chaîne.
Ifbe.
MAY. 1211
1742
Ifbé.
Ah ! Ne le tentez pas ↑
L'Amour l'a renduë éternelle ;
Brifez , brifez plûtôt la chaîne d'Adamas.
Cephife irritée de fon refus , l'abandonne
à fon funefte esclavage , & finit l'Acte par ces
vers , repetés par le Choeur :
Pour nous venger , abandonnons fon coeur
Aux foins fâcheux , aux craintes , aux allarmes :
Qu'elle goûte à ſon gré la funefte douceur
De répandre des larmes.
Sous les Loix de l'Amour vainqueur.
Au cinquième & dernier Acte , le Théatre
représente dans le fond , le Temple de
de Jupiter Fharamis.
On paffera légerement fur cet Acte pour
en abreger l'Extrait . Iphis annonce à libé
qu' damas va bientôt recevoir fa foi aux
pieds des Autels ; Ifbé en frémit & fe détermine
à ouvrir fon coeur à ce Chef des Druides
. Adamas ne tarde pas d'arriver au Lieu
fatal ; il commence par offrir un facrifice au
Dieu qu'on y adore , fuivi d'une troupe de
Sacrificateurs de Druides & de Peuples.
Le tonnerre fe fait entendre éclats repar
doublés , & le fang de la Victime refufe de
couler.
1212 MERCURE DE FRANCE.
couler. Alcidon vient s'offrir lui -même à
l'Autel , & dit à Adamas :
Je vous offre une autre Victime ;
Mais c'est à moi de l'immoler.
Il veut fe percer du fer facré ; Ifbé l'arra
che de fa main ; Adamas fe livre à des tranf
ports jaloux ; il ordonne la mort d'Alcidon
mais enfin , après un affés long combat , ſa vertu
l'emporte dans fon coeur fur la violence
d'un amour dont il reconnoît l'injustice ; il
confent qu'Alcidon foit heureux avec Iſbé .
Cette éclatante Victoire qui lui avoit été annoncée
par l'Oracle , eft célébrée par la Suite ,
& donne lieu à une fête des plus gracieuſes ,
par où la Paftorale finit .
Le 10. May , la même Académie donna
par extraordinaire une repréſentation de la
Paftorale d'é , pour les Acteurs , comme
cela fe pratique toutes les années , laquelle
fût terminée par un Pas de trois , exécuté au
gré du Public , par la Dlle Camargo , &
par les fieurs du Moulin & Javilliers.
Le 20. On donna la derniere repréſentation
de la Paftorale Héroïque d'Ibé , & le
22 on remit au Théatre le Balet des Elemens
, dont le Poëme eft de M. Roy , mis
en mufique par M. Destouches , Sur Intendant
de la Mulique du Roi , il n'avoit pas
été
MAY. 1742 . 1213
été remis au Théatre depuis le mois de May
1734. Le Public l'a reçû avec le même plaifir
qu'il a toujours fait , toutes les fois qu'il a
été remis ; nous en avons donné l'Extrait au
mois de Janvier 1722. auquel nous renvoyons
le Lecteur.
Le 14. May , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragédie du Comte
d'Effex de T. Corneille , dans laquelle le St
de la Nouë, nouveau Comédien , joüa pour
la premiere fois le premier rôle de la Piéce
avec toute l'intelligence poffible ; il fut gé
néralement aplaudi par une nombreuſe affemblée.
Ce nouvel Acteur eft l'Auteur de
la Tragédie de Mahomet II . repréfentée fur
le même Théatre le 23. Fevrier 1739. laquelle
fut très bien reçûë du Public. On peut
voir l'Extrait qui en a été donné dans le mois
d'Avril 1739. pag. 781.
Le 19. Les Comédiens Italiens firent l'ouverture
de leur Théatre par une Piéce nouvelle
, en Vers & en trois Actes , intitulée
le Valet embaraffé , de la compofition de
M. Aviffe , Auteur d'une autre Piéce qui a
pour titre la Gouvernante , repréſentée avec
fuccès fur le même Théatre au mois de Novembre
1737. Cette premiere Piéce , qu'on
vient de donner , a été reçûë favorablement
du
1214 MERCURE DE FRANCE
du Public . On en parlera plus au long dans
Le premier Journal.
Le fieur Balleti , nouvel Acteur , qui avoit
fait le Compliment qu'on fait ordinairement
à la clôture du Théatre a fait celui de l'ouverture
, lequel a été aplaudi.
Les mêmes Comédiens ont fait une perte
confidérable en la perfonne du fieur Romagnezy
, un des premiers Acteurs du Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne , mort à Fontainebleau
, le 13. de ce mois , après une maladie
de quinze jours , âgé d'environ 52. ans. Son
Corpsfût transporté le même jour de Fontainebleau
à Paris, & inhumé le lendemain à l'Eglife
de Saint Sauveur fa Paroiffe. Il étoit petit
fils de Cinthio , Comédien de l'ancienne
Troupe Italienne fuprimée en 1697. &
avoit été reçû à celle qui lui a fuccede
en Avril 1725. Il a donné plufieurs Piéces
de Théatre qui ont eû du fuccès , & quantité
de Parodies qui ont été très goûtées.
NOUVELLES ETRANGERES
O
RUSSIE.
Na apris de Moſcow du 12. Mars dernier,2
que la Czarine y étant arrivée le 11. elle y fit
fon Entrée pub iqu avec beaucoup de magnifiau
bruit d'une triple falve d'Artillerie dos
emparts.
gence ,
S. M..
MAY. 1213 1742
S. M. Cz. defcendit de caroffe au Kremelin , &
elle alla à pied vifiter les trois principales Eglifes ,
enfuite étant remontée en caroffe , elle fe rendit au
Palais . Pendant la marche qui dura trois heures ,
on fonna continuellement les cloches de toutes les
Eglifes , & il y eût plufieurs falves d'Artillerie du
Château & de l'Arfenal. La Czarine paſſa ſous quatre
Arcs de Triomphe , & toutes les rues depuis le
quartier des Etrangers jufqu'au Palais , étoient bordées
d'Arbres , garnis de fleurs artificielles. S.M.Cz.
après être arrivée au Palais , dîna en public avec le
Duc de Holftein - Gottorp , & avec le Prince & la
Princeffe de Hombourg . Elle reçût l'après midi , les
complimens de la principale Noblefle de cette Ville
& des Villes voifines fur fon heureuſe arrivée , & à
huit heures du foir elle paffa dans une Sale préparée
pour le Bal que le Duc de Holftein- Gottorp ouvrit
avec la Princelle de Helle Hombourg , & qui dura
jufqu'au lendemain matin . La nuit toutes les maifons
de la Ville furent illuminées , & les principaux
édifices furent onés de Tableaux tranfparens dont
les fujets allégoriques faifoient allufion à la joye
publique.
vée que
minations
Les Habitans de toutes les Villes , par leſquelles
la Czarine a paflé en venant de Pétersbourg , n'ont
rien épargné pour la recevoir d'une maniere digne
d'elle , & dans tous les endroits où elle n'eft arri
de nuit , elle a trouvé de magnifiques illunon
feulement dans l'intérieur des Vil
les , mais encore dans les avenues qui y conduifent.
S. M. Cz. pour marquer combien elle étoit
fenfible aux preuves que les Sujets lui donnoient
de leur zèle , a fait par tout diftribuer de l'argent
au peuple , qui accouroit en foule fur fon
paffage.
La Czarine ayant ordonné que la Fille du Comte
d'Ofterman
1216 MERCURE DE FRANCE
d'Oſterman demeurât à la Cour , & ayant déclaré
qu'elle verroit avec plaifir , qu'il fe préfentât un
parti convenable pour cette Demoifelle , à laquelle
elle a accordé la Terre de Stepanoffsky , qui apartenoit
au Comte d'Ofterman , & qui raporte sooo .
Roubles de revenu , M. Tolstoy , Lieutenant Colonel
d'Artillerie , a épousé cette Demoiſelle avec
l'agrément de S. M. Cz.
M. de Buttler , Chambellan de la Czarine & fon
Miniftre à Mittau , a remis au Confeil de Régence
une lettre que S. M. Cz . a écrite à ce Confeil
pour lui témoigner qu'elle defiroft que le Prince
de Heffe Hombourg fût élû Duc de Curlande &
de Semigalle. La Czarine affûre le Confeil de Régence
dans cette lettre , que fi les Etats de ces
deux Duchés lui marquent en cette occaſion la déférence
qu'elle croit avoir droit d'en attendre , elle
aura une attention particuliere à les proteger , & à
empêcher qu'ils ne foient troublés dans la joüiffance
de leurs droits & de leurs privileges . Le Miniftre de
la Czarine , en remettant au Confeil de Régence la
lettre de cette Princeffe , a donné part aux Confeillers
qui compofent ce Confeil , des ordres qu'il
a reçûs de S. M. Cz . ; de faire tout ce qui dépendroit
de lui , pour engager les principaux de la Nobleffe
à donner leurs fuffrages au Prince de Heffe-
Hombourg.
Le Confeil de Régence a fait réponſe à la lettre
de la Czarine , qu'il ne pouvoit prendre aucune
réfolution au fujet de la demande de S. M. Cz. ;
parce que le Roy & la République de Pologne s'étoient
refervé la connoillance de tout ce qui regarde
la Curlande , la Nation Polonoife regardant
ce Pays comme un Fief qui releve immédiatement
de la Couronne de Pologne.
En attendant que les Etats procedent à l'Election
d'un
MA Y. 1 1217 1742.
d'un nouveau Souverain , toutes les expéditions
font fcellés d'un fceau dans lequel les armes des
Duchés de Curlande & de Semigalle font écartelées
de celles de Pologne & de Lithuanie , & les
Tribunaux rendent la juftice au nom de S. M. Polonoife.
La Nobleffe eft diviſée en differens Partis , &
plufieurs Gentilshommes fe propofent de foûtenir
de tout leur pouvoir dans la prochaine Election les
interêts du Prince Louis Erneft de Brunſwick
Bevern.
Le Prince Antoine Ulrich de Brunswich Bevern
& la Princeffe fon Epoule font toujours retenus.
à Riga , & le bruit court qu'il ne leur fera permis
de retourner en Allemagne , qu'après le couronne ,
ment de la Czarine .
S. M. Cz. ayant été informée que quelques Seigneurs
de fa Cour travailloient à rétablir plufieurs
anciens ufages , elle a déclaré qu'elle vouloit que les.
Reglemens faits le Czar Pierre I. fuflent exactement
obfervés .
par
Mrs de Wifniakow & Cagnoni , Miniftres de la
Czarine à la Porte , s'étant plaints au Grand Vifir
par ordre de S. M. Cz. des défordres commis depuis
peu en Ukraine par les Tartares de Crimée ,
le Grand Vifir a envoyé un Capigi Bachi à Bacciafaray
, pour ordonner au Kan de Crimée d'aller
à Conftantinople rendre compte de fa conduite.
>
Le Géneral Keyth a dépêché un Courier à la
Czarine , pour l'informer qu'un Corps de 800.
Colaques , ayant furpris un détachement des troupes
Suédoiles , compofé de 100. hommes de trou .
pes reglées & de 200. Payfans armés , l'avoit envelopé
; que les Suédois avoient perdu en cette occafion
près de 200. hommes , qu'on leur avoit fait
54. prifonniers, du nombre defquels étoit un Lieutenant
1218 MERCURE DE FRANCE
tenant d'Infanterie , & qu'il n'y avoit eû que
hommes de tués du côté des Colaques.
neuf
Ce Géneral a mandé en même tems qu'environ
20000. hommes de l'armée de S. M. Cz. étoient
en marche pour entrer en Finlande , dans le deffein
de tenter quelque entrepriſe importante , avant
que le Comte de Leuwenhaupt ait pû raffembler
les troupes qui font fous fes ordres , & qui font
encore difperfées , parce que le Comte de Leuwenhaupt
avoit compté fur une prolongation de la ſufpenfion
d'armes .
La Czarine perfiftant dans le deffein de contribuer
de tout fon pouvoir a faire élire le Prince de
Heffe Hombourg , Duc de Curlande , a envoyé
ordre à M. Buckler fon Miniftre à Mittau , de déclarer
aux Etats de ce Duché , que les difficultés
qu'ils prétendent s'opofer à l'Election de ce Prince
, ne doivent point les arrêter , & que S. M. Cz .
fe charge de lever ces difficultés auprès du Roy &
de la République de Pologne .
On apris depuis que le Comte Ernest Biron
étoit arrivé de Sibérie à Mo cow avec la Comteffe
fon époufe , les Comtes Charles & Guftave les freres
& le refte de fa tamille .
"
En paffant à Cazan , il a rencontré les Comtes
de Munich & de Lowenwolde & le Baron de Mengden
, qu'on conduifoit aux Lieux de leur exil , &
qui n'ayant point été avertis de fon rapel , parurent
fort furpris de le voir. On prétend que la Czarine
Fa fait revenir à Mofcow , dans l'efperance de tirer
de lui plufieurs éclairciffemens , que le Prince
& la Princeffe de Brunfw.ck-Bevern refufent de
donner.
Les dernieres Lettres reçûës de Mittau , portent
que les Etats du Duché de Curlande devoient s'af
fembler le mois prochain , pour proceder à l'Election
M A Y. 1742; 1217
lection d'un nouveau Duc , & qu'on ne doutoit
prefque plus , que les fuffrages ne ſe réuniffent en
faveur du Prince de Heffe - Hombourg.
SUIDE.
N mande de Stockolm du 30. Mars dernier ;
que les Mofcovites ayant recommencé fubitement
les hoftilités , qui avoient été ſuſpenduës
par l'Armistice dont le Roy étoit convenu avec la
Czarine , S. M. Su . a envoyé ordre dans toutes les
Provinces , d'y faire de nouvelles levées de Soldats,
qu'elle a auffi ordonné , qu'on équipât le plus
promptement qu'il fe pourroit , tous les Vaiffeaux
qui font en état de fervit , & qu'elle fe propoſe
de mettre en mer cette année une Flotte de plus de
40. Bâtimens , fans y comprendre les Galeres.
On travaille avec beaucoup de diligence aux préparatifs
pour l'embarquement des nouvelles troupes
que le Roy a réfolu de faire paffer en Finlande,
On a reçû avis qu'un Corps de 4. à 5000. Cola- 2
ques avoit fait une irruption dans la partie de la
Finlande , qui apartient au Roy , & qu'ils avoient
pillé quelques Villages.
M. Rumph , Envoyé Extraordinaire de la République
de Hollande à la Cour de Suéde , a préſenté
au Roy un Mémoire qui porte , que les Etats Géne
raux ayant obſervé la plus exacte neutralité depuis
le commencement de la guerre allumée entre la
Suede & la Ruffie , & ayant évité avec foin de donner
à S. M. le moindre fujet de penfer qu'ils euffent
deffein de changer de conduite à fon égard , ils
ont été furpris de voir par le Mémoire qui leur a
été remis par M. Preys, Miniftre du Roy à la Haye,
que la Cour de Suéde concevoit quelque ombrage
de l'escorte qu'ils ont réfolu de donner aux Vaiffeaua
220 MERCURE DE FRANCE
feaux Marchands Hollandois , qui navigeront dans
la Mer Baltique ; que le grand interêt qu'ils ont
dans cette Mer , eft aflés connu , pour qu'il ne foit
pas néceffaire de donner un détail des raiſons qui
les obligent de prendre des mefures pour y proteger
le commerce des Sujets de la République ; que
Failleurs le petit nombre des Vaiffeaux de guerre ,
ordonnés pour cette eſcorte , fait connoître clairement
qu'elle n'eft deftinée que pour la fûreté des
Vaiffeaux Marchands ; que toujours prêts à diffiper
jufqu'au moindre foupçon , ils affûrent de nouveau
S. M. qu'ils n'ont d'autre intention que de vivre
avec elle dans une parfaite amitié , & d'y contribuer
en tout ce qui leur fera poffible ; qu'ils s'attendent
que le Roy voudra bien auffi de fon côté
éloigner toute idée qui leur feroit defavantageufe ,
& remedier aux inconveniens qui réfultent , pour les
Hollandois , du Reglement publié en Suede le 28 .
du mois de Juillet de l'année derniere au fujet du
Commerce ; qu'ils efperent auffi que S. M. leur fera
reftituer inceffamment les Bâtimens Hollandois qui
ont été enlevés par les Armateurs Suedois.
Le Comte de Leuwenhaupt a mandé au Roy ,
que 1200. Cofaques des troupes de la Czarine s'étant
avancés le 8. du mois dernier près de Friedericsham
, dans le deffein d'attaquer les gardes avancées
de l'armée Suédoife , le Baron de Stiernftadt , qui
étoit dans les environs de cette Place avec les Milices
qu'on a levées en Finlande , avoit marché
contre les ennemis , & que ceux- ci à fon aproche
s'étoient retirés précipitamment; que le 10. les Cofaques
étoient revenus en beaucoup plus grand nombre
, & qu'ils avoient attaqué avec vivacite les Milices
commandées par le Baron de Stiernſtad , mais
que ces Milices les avoient repouffés, & les avoient
obligés de fe retirer en défordre ; qu'il y avoit eû
près
MAY. 1742 122N
1
près de cent hommes de tués du côté des Cofaques,
& que les Suédois avoient fait un grand nombre de
prilonniers.
Un détachement des mêmes Milices a fait une
courfe du côté de Wibourg , & il a enlevé un
Convoi deſtiné pour l'armée de S. M. Cz .
ALLEMAGNE.
ONmande de Vienne du 31. Mars dernier ,
que fur les avis qu'on a reçû que les troupes
Pruffiennes , qui s'étoient avancées vers les Frontie
res de la Baffe- Autriche , s'étoient repliées fous
Brinn , & qu'elles paroiffoient fe difpofer à en former
le Siége , la Reine avoit envoyé ordre au Prince
de Lobckowitz , de faire fortir de leurs quartiers
de cantonnement les troupes qui font fous fes ordres
, & de marcher du côté de cette Place , pour
obferver les mouvemens des Pruffiens , dès qu'il
auroit reçû les renforts que le Prince Charles de
Loraine devoit lui envoyer.
S. M a mandé depuis au Prince de Lobckowitz ,
qu'elle deftinoit les troupes qu'il commande , à
remplacer celles qu'elle eft obligée de tirer de l'ar
mée du Prince Charles de Loraine , pour mettre la
Baffe-Autriche à couvert des entreprises des ennemis.
La Reine a apris qu'un détachement de la garnifon
de Brinn , ayant fait une fortie , avoit attaqué
trois Compagnies d'un Régiment d'Infanterie des
troupes Saxonnes , & avoit fait prifonniers un Lieutenant
Colonel , trois Capitaines , quatre Lieutenans
, deux Enfeignes , & 126. Soldats , qui avoient
été conduits dans la Place .
Les fooo. Hongrois , qui avoient abandonné les
environs de Skalitz à l'aproche du Corps de troupes
222 MERCURE DE FRANCE
pes Pruffiennes , commandé par le Prince Théodore
'Anhalt-Deffau , y font retournés depuis que ce
Prince a repaffé la Morave.
On a apris par un courier arrivé de Baviere, que
le Maréchal de Terring s'étant retiré du côté d'Îngolstadt
, pour couvrir cette Place , le Comte de
Kevenhuller avoit fait occuper les poftes de Neuftatt
& de Mosbourg par des détachemens des troupes
de la Reine.
Le Prince Charles de Loraine a fait défiler vers
la Baffe Autriche une partie des troupes Autrichiennes
qui étoient à Neuhauff & dans les environs , &
les troupes commandées par le Prince de Lobckowitz
fe font avancées du côté de Neuhauff, pour renforcer
le petit nombre de troupes qui y étoit refté.
Un courier a raporté qu'il y avoit eû une action
fort vive à Tilchnowtz , près de Brinn , entre un
détachement des troupes Pruffiennes & un Corps
de Hongrois.
Les Hongrois ont attaqué dans les environs de
Czerna Hora un autre detachement de l'armée du
Roy de Pruffe , & les ennemis ont eû en cette occafion
700. hommes de tués ou de bleffés .
Quelques jours avant que les troupes commandées
par le Prince Charles de Loraine commençaffent
à défiler vers la Moravie , ce Prince a envoyé
à Protivin le Comte de Braun , Lieutenant
Feldt-Maréchal , & M. Schutz , Commiffaire des
guerres , pour regler avec les Commiffaires nommés
par les Géneraux de l'Empereur & du Roy de
France, l'échange des prifonniers de guerre qui ont
été faits de part & d'aute.
Le 10. du mois dernier , le Maréchal de Terring
s'étant aproché de la Ville de Kelheim , pour tâsher
de s'en rendre maître , il fut attaqué par le
Major General Berenklaw , qui l'a obligé de fe re-
4
tirer
MAY. 1742. 1223
rer. Les Autrichiens ont fait en cette occafion
plufieurs prifonniers de diftinction , entre leſquels
font le Comte & le Chevalier de Beaujeu , le Comte
de Preyfing , & les Barons d'Uberaker & de
Weichel.
Le Feldt- Maréchal de Konigseg, qui étoit revenu
depuis quelque tems de l'armée de Boheme , partit
le onze du mois dernier , pour ſe rendre en Mora
vie , où il doit commander avec le Prince Charles
de Loraine .
Il arriva le s . de Baviere un courier , par lequel
on aprit que le Lieutenant Feldt - Maréchal Steintz
s'étoit emparé de la Viile & des Salines de Reichenhall
.
Le Prince Charles de Loraine a mandé à la Reine
que la premiere Colonne de l'armée qu'il commande
étoit arrivée le 7 du mois dernier à Znaim,
fur les Frontieres de la Moravie , & qu'elle y avoit
été jointe le lendemain par la feconde Colonne.
la Depuis que ce Prince a reçû les renforts que
Reine de Hongrie lui a envoyés, il a Tous les ordres
douze Régimens d'Infanterie , fçavoir , ceux de
François & Charles de Loraine , de Harrach , de
Thungen , de Waldek , de Molck , de Leopold
Daun , de Jeune Konigleg , de Vettes , de Leopold
Palfy , de Staremberg & de Grune ; les Regimens
de Cavalerie de Lubomirsky , de Hoheneyms , de
Podzdtazky , de Dyemar , de Charles Palfy , de
Birckenfeldt , ceux de Huflards de Nadafti , de Defoffy
,de Carolis & de P.ftwarmagay , & 1200,
Croates .
On a apris que le Roy de Pruffe , ayant pris la
réfalution de fe raprocher de la Boheme , étoit dé
campé de Selowitz , & qu'il avoit retiré de Tracht,
de Paulrand , de Porlitz , d'Aufpitz & de Goling ,
Jes troupes qui occupoient ces poftes,
H Le
1224 MERCURE DE FRANCE
Le Géneral Baroniay ayant reçû avis que 2000,
Saxons s'étoient poftés à Afterlitz , il a invefti ce
Bourg avec les troupes Hongroifes qu'il commande
& il y a fait mettre le feu , pour obliger les ennemis
de fe rendre , mais ceux - ci fe font défendus
avec tant de valeur , qu'ils fe font retirés en bon
ordre , n'ayant fait d'autre perte que celle de trois
piéces de canon .
>
Un détachement de la garnifon de Brinn a
fait une nouvelle fortie & il a attaqué un
Corps de troupes Saxonnes ; il y a eû en cette occafion
un nombre à peu près égal d'hommes de tués
de part & d'autre .
Le Major General Philibert , que le Prince Charles
de Loraine avoit détaché avec 2000. hommes
de Cavalerie Autrichienne & 1000. Croates , pour
inquieter les troupes Saxonnes dans leur marche
vers la Boheme , reçut avis le 14. du mois derniet
, que le Régiment d'Infanterie de Cofel , qui
fait partie de ces troupes , étoit à Offow dans le
District de Kunstadt , & ce Major Général y étant
arrivé le lendemain à la pointe du jour , après avoir
marchépendant toute la nuit, il attaqua ceRégiment,
qui fe défendit long- tems avec beaucoup de valeur ,
mais qui fut enfin obligé de céder au nombre & de
fe retirer en défordre . Le Major Géneral de ce Régiment
a été tué , ainfi que trois Capitaines , cinq
Lieutenans , un pareil nombre d'Enfeignes , & plus
de 300. Soldats , & M. de Sedens , qui en eft Lieutenant
Colonel , a été très - dangereufement bleffé .
Les Autrichiens ont enlevé quatre piéces de canon ,
trois Drapeaux & beaucoup de bagages , & ils ont
fait 180. prifonniers , parmi lefquels font quatre
Capitaines , trois Lieutenans & deux Enfeignes. Ils
n'ont eû que dix hommes de tués & vingt de bleffés .
On a apris que le Géneral Baroniay , fur la nouvelle
MA Y. 1742 . 1225
velle qu'il a reçûë des derniers mouvemens des
troupes Pruffiennes & Saxonnes , s'étoit mis en
marche avec un Corps de 4000. Hongrois , pour
les fuivre .
On mande de Brion , que le 26. Mars dernier ,
M. Anfiferens étant forti de cette Place avec un détachement
de la garnifon , avoit fait une courfe juf
qu'à Scalitz , & qu'il avoit pris 180. chevaux du
Régiment de Dragons de Reichemberg des troupes
Saxonnes.
Les avis reçûs de Tribau , du 12. du mois der
nier , portent que plufieurs mouvemens de l'armée
commandée par le Prince Charles de Loraine & du
Corps de troupes qui eft fous les ordres du Prince
de Lobkowitz , ayant donné lieu au Roy de Pruffe
de croire que ces troupes projettoient quelque entreptile
importante , S. M. Pr. s'eft déterminée à
raffembler les fiennes qui avoient été diftribuées
dans des quartiers de cantonnement.
Depuis qu'elles en font forties , quelques- uns des
Régimens dont elles font compolées , ont eû plufieurs
combats à foûtenir contre divers détachemens
des ennemis . Au commencement du mois dernier ,
un de ces détachemens s'avança , pour attaquer le
Régiment de Sidow , mais quelques Bataillons qui
étoient le plus à portée de joindre ce Régiment ,
marcherent affés promptement à fon fecours , pour
repouffer les Autrichiens , qui firent une perte
confiderable.
Ce mauvais fuccès ne les rebuta pas , & ils crurent
pouvoir le réparer ,en attaquant le Régiment de Dragons
de Mollendorff, Le Colonel de ce Régiment ,
à leur aproche , fit mettre pied à terre à une partie
de fes Dragons , & il fçut fi bien tirer avantage
mouvemens même des Autrichiens , que quoique
les Pruffiens fuffent fort inférieurs en nombre au
Nij détachedes
Y226 MERCURE DE FRANCE
détachement des ennemis , lequel étoit compofé de
hui Efcadrons & de plus de 8000. Huffards , ils le
mirent en déroute , après avoir tué environ 30.hom.
mes , & fait un allés grand nombre de prifonniers.
On mande de Vienne du 28. du mois dernier , que
la nouvelle que l'on a reçûë de la réfolution prife
le Parlement de la Grande - Bretagne , d'accorpar
der à S. M. Br . un nouveau fubfide de sooooo. livres
fterlings , pour aider la Reine de Hongrie à
foûtenir la guerre , a caufé une joye extraordinaire
à la Cour de Vienne .
Un courier , arrivé de Moravie le 24. a raporté ,
que le 22. les troupes Pruffiennes , qui étoient dans
Olmutz , avoient abandonné cette Place . On a apris
en même tems , que les Huffards de l'armée commandée
par le Prince Charles de Loraine avoient
fait prifonniers 400. hommes d'un détachement des
troupes du Roy de Prufle .
Les Croates , qui ont attaqué vers le milieu du
mois dernier le Régiment de Cofel des troupes Saxonnes
, ayant demandé de pouvoir envoyer dans
leur Pays les Drapeaux qu'ils ont enlevés à ce Régiment
, la Reine non feulement , le leur a permis,
mais elle a ordonné qu'on leur diftribuât l'argent
de la Caiffe militaire dont ils fe font emparés .
S. M. H. a chargé M. Knorr , Confeiller de fon
Confeil d'Etat & Referandaire de la Cour , de travailler
à une nouvelle réponſe aux Manifeftes de
l'Empereur, du Roy d'Efpagne, du Roy de Pologne,
Electeur de Saxe , & du Roy de Pruffe.
O
PRAGUE.
1
N mande de cette Ville du 8. du mois der
nier que le train d'artillerie deftiné pour le
Siége d'Egra , compofé de vingt- cinq canons de
batteria
MAY. 1742 1227
་
batterie & de 15. mortiers, étant arrivé devant cette
Place , & que le Comte de Saxe , qui a été chargé
de ce Siége depuis la mort du Marquis de Leuville ,
y étant arrivé le 2. du même mois avec un Corps
de troupes, avoit fait les difpofitions pour l'inveftif
fement de cette Place. On a tiré de l'Arfenal de
Prague vingt mille boulets & un grand nombre de
bombes pour s'en fervir à ce Siége,
La nuit du 7. au 8. la ranchée fut ouverte par le
Régiment de Rochechouart, fous les ordres du Duc
de Luxembourg , Maréchal de Camp , du côté de
la riviere , lequel n'eft défendu que par un Ravelin
qui couvre la tête du Pont.
Le Duc de Bouflers , Maréchal de Camp , montá
la tranchée le 8. avec le Régiment de Berry , & le
10. avec celui de Luxembourg , & le Marquis de
Mirepoix la monta le 9. avec le Régiment de Beauce.
Pendant ces quatre nuits , les travaux des Affiegeans
ont été pouffés jufques fur le Glacis , & l'on
a établi deux Batteries qui produifent tout l'effet
qu'on en peut efperer.
M. des Marais , Commiffaire Provincial d'Artillerie
, a été tué d'un coup de canon de la Ville , &
on a perdu un Grenadier à la fape .
"
On a apris de Boheme , que le 30. Mars dernier
le Prince Charles de Loraine avoit fait attaquer le
Château de Frawemberg par les Pandoures de l'armée
de la Reine de Hongrie , & qu'ils avoient été
repouffés avec une perte confiderable .
Suivant les derniers avis reçus de Baviere ,le Corps
de troupes Autrichiennes , qui avoit invefti la Ville
de Straubingen par ordre du Comte de Kevenhuller
a levé le is . du mois dernier le blocus de cette
Place.
Les lettres de Donawerth marquent que la premiere
Colonne des troupes Françoifes , deftinées a
Hij former
1228 MERCURE DE FRANCE
former une nouvelle armée en Baviere , étoit ar
rivée à Donawerth le premier du mois dernier ,
& que le 2. le Duc d'Harcourt , qui commande
cette Colonne , avoit envoyé le Régiment de Picardie
& un autre Régiment à Neubourg , pour
garantir le Duché de ce nom des courfes des
ennemis .
Un Corps de troupes de la Reine de Hongrie
commandé par le Comte de Wurmbrand , Major
Géneral , ayant investi le 3. du mois dernier Straubingen
, qui étoit bloqué depuis quelque tems par
quelques Régimens des mêmes troupes , les ennemis
travaillerent le 4. & le s . à l'établillement de
trois batteries de canons & de mortiers .
Le 6. ils ouvrirent la tranchée , & depuis ce jour
là jufqu'au 10. leurs batteries ont tiré avec tant de
vivacité , que l'on compte que les affiégeans ont
jetté plus de soo. bombes..
Le Baron Wolwisfen ; Brigadier des armées de
P'Empereur , lequel commande dans cette Place ,
n'a pas fait de fon côté un feu moins vif & moins
foûtenu que celui des affiégeans , & dans les diffezentes
forties qu'il a faites , il a renversé ou comblé
plufieurs fois leurs travaux . Un détache
ment de la garnifon dans une de ces forties a tué
ou fait prifonniers cent cinquante Grenadiers , &
il y a eû quelques autres forties , dans lesquelles
les ennemis ont fait une perte encore plus confidérable
.
Deux jours après l'ouverture de la tranchée , le
Comte de Wurmbrand envoya un Officier avec un
tambour au Baron de Wolwiefen , pour lui décla
rer qu'il n'accorderoit point de Capitulation à la
garniſon, fi elle ne fe rendoit dans un certain tems ,
mais le Baron Wolwiefen fit réponse que la garniſon
étoit déterminée à ſe défendre juſqu'à la derniere
MAY. 1742 1229
niere extrêmité. Le Comte de Wurmbrand ne fûr pas
plûtôt inftruit de la réfolution des affiégés , qu'il
commença à faire tirer à boulets rouges contre la
Ville , & le dommage que fouffrirent plufieurs
maiſons , ne diminua rien de l'ardeur des habitans
à foûtenir le Siége .
Le 1o. le feu des ennemis fut encore plus vif
qu'il n'avoit été les jours précédens , mais fur le
foir ils cefferent tout à coup de tirer , & la nuit fuivante
entre trois & quatre heures du matin , ils décamperent
précipitament , pour fe retirer du côté de
Plattingen.
Le Baron de Wolwiefen détacha auffitôt quelques
troupes de la garnifon , pour les pourfuivre ,
& on leur a enlevé plufieurs chariots chargés de
munitions.
Le Comte d'Herwart eft parti en même tems par
ordre du Baron de Wolwiefen , pour aller porter à
l'Empereur la nouvelle de la levée du Siége.
Les Miniftres , qui affiftent de la part de la Reine
de Hongrie à la Diette de l'Empire , ont remis au
College Electoral un Mémoire contenant plufieurs
représentations de cette Princeffe au fujet du Refcript
par lequel l'Empereur transfere cette Diette à
Francfort.
On mande de cette derniere Ville du 15. du mois
dernier , que le Comte de Montijo , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy d'Espagne auprès de l'Empereur
, fit le 5. en vertu des pouvoirs qu'il avoit
reçûs de S. M. C. la céremonie de donner au Prince
Royal & Electoral de Baviere les marques de l'Ordre
de la Toiſon d'Or.
Le Comte d'Herwart a informé S. M. I. que les
ennemis avoient levé le Siége de Straubingen
qu'ils avoient perdu près de 1200. hommes , &
qu'on leur avoit fait 120. prifonniers. Ha aftûré
Hij que
1230 MERCURE DE FRANCE
que malgré la vivacité de leur feu & le grand nombre
de bombes qu'ils avoient jettés , ils n'avoient
pas caufé à la Ville un dommage auffi confidérable
qu'on l'avoit aprehendé.
Les troupes qui ont été employées au Siége d'Egra
, confiftoient en fix Bataillons & quinze Elcadrons
, & elles étoient compofées des Régimens
d'Infanterie de Rochechouart , de Berry , de Beauce
& de Luxembourg ; du quatriéme Bataillon du
Régiment de Navarre & du troifiéme d'Alface ; du
Régiment Royal Cavalerie ; de deux autres Régimens
de Cavalerie , fçavoir ceux de Fouquet &
d'Andelau ; du Régiment de Dragons Mestre de
Camp Géneral , & de celui d'Armenonville , des
Compagnies Franches de Galhaw , & de 160. Bavarois
. Ces troupes ont été renforcées pendant le
Siége par des Grenadiers tirés des Brigades de Navarre
& de la Marine , dont on avoit formé deux
Bataillons commandés par le Prince des Deux Ponts
& par le Marquis d'Aubigné. Le Comte de Saxe
a été chargé de la conduite du Siége , & il avoit
fous fes ordres le Marquis de Mirepoix & le Duc
de Bouflers , Maréchaux de Camp .
Ce Lieutenant Géneral étant arrivé le 2. du mois
dernier devant cette Place , qu'un Corps de troupes
Françoiſes tenoient bloquée depuis le mois de
Septembre de l'année derniere , il réfolut aprés l'avoir
reconnue , de l'attaquer par le côté de la riviere
, lequel étoit défendu par un double mur , &
couvert d'un Ravelin à la tête du Pont.
:
Le 4. il fit conftruire une Redoute du côté opofé
& ayant dérobé aux affiégés par une fauffe
attaque la connoiffance de l'endroit deſtiné pour
la véritable , il fit ouvrir la tranchée la nuit du 7. au 8.
Pendant les cinq premieres nuits , depuis l'ouver
LUTE
MAY. 1742. 1.231
ture de la tranchée , les travaux furent pouffés julques
fur le Glacis du Ravelin , & l'on établit deux
Batteries qui démonterent le canon du Ravelin &
d'un demi Baftion.
Le travail de la nuit du onze fut un peu retardé
à caufe de l'eau qui entroit dans la Sappe , & les
Affiégés firent un retranchement d'arbres fur le
bord de la riviere , pour empêcher qu'on ne pénétrât
dans le Ravelin par la gorge de cet ouvrage.
Le 12. quoiqu'ils euffent démafqué une Batterie
'de
quatre piéces de canon , laquelle étoit dans le
vieux Château , on s'avança pendant la nuit fur
l'angle faillant du chemin couvert .
Le logement étoit fait dès le 13. au matin fur le
chemin couvert , & l'on tira contre la Batterie du
Château.
Cette Batterie ayant été entierement démontée le
14. on commença à battre en brêche le corps de la
Place , & non feulement on abatrit le chemin de
ronde , mais on perça la premiere muraille . On
éleva en même tems deux Cavaliers pour plonger
dans le chemin couvert , & un détachement de la
garnifon , lequel attaqua les travailleurs , fut repouffé
.
Le 15. on allongea le logement fur la gauche , &
l'on y fit un réduit pour trois mortiers , deftinés à
tirer dans le Ravelin ; on ouvrit à la droite un
boyau , pour s'emparer d'un Fortin dont le feu
pouvoit incommoder , & l'on pouffa la Sappe couverte
jufqu'à la Paliffade , de forte que le logement
embraffoit le chemin couvert.
Le logement ayant encore été allongé le 16. dans
le chemin couvert , & une Batterie y ayant été établie
pour faire brêche au Ravelin , les jours fuivans
furent employés à établir une nouvelle Batterie , &
à faire la defcente du Foffé , dont la Contrefcarpe
B
1232 MERCURE DE FRANCE
fut percée la nuit du 18. au 19. Pendant tout ce
tems là , les Affiegés firent un feu prodigieux de
canon & de moufqueterie , mais le 19. à huit heures
du matin ils arborerent le Drapeau blanc , & le
20. on figna la Capitulation , par laquelle il a été
reglé que le Ravelin & la Porte de la Ville feroient
livrés le même jour aux troupes Françoifes ; que
le 22. la garnifon fortiroit de la Place avec les honneurs
de la guerre , à condition de ne point fervir
contre l'Empereur ni contre les Alliés de S. MI...
jufqu'à ce que les Officiers & les Soldats qui la
compofent , euffent été échangés , & qu'ont eût
payé leur rançon ; qu'elle feroit conduite à Palau ,
& que le Commandant emmeneroit deux piéces de
Canon de trois livres de balle , & un pareil nombre
de chariots couverts dont il ne pourroit fe fervir
pour cacher les déferteurs ; qu'il feroit permis
aux Bourgeois , & aux perfonnes que la Reine de
Hongrie avoit pourvûes de quelques emplois dans
Ja Ville , de fe retirer s'ils le jugeoient à propos ;
que les habitans ne fouffriroient aucun dommage
dans leurs biens , mais que pour ce qui concernoit
leurs privileges , ils s'en iemettroient à la clémence
de l'Empereur , & que la Ville feroit obligée de
faire rétablir à fes dépens le Pont qui avoit été
détruit.
Les François ont perdu environ cent Soldats à
ce Siége , & les Officiers qui ont été tués , font
Mrs Defmarais , Commiffaire Provincial d'Artillerie
; le Duc , Capitaine au Régiment de Piémont
; de Vendin , Capitaine au Régiment de Luxembourg
; de Puygaillard , Lieutenant dans le Régiment
de Rochechouart , & de Lorençon , Lieutenant
dans le Régiment de Dragons d'Armenonville,
M. de Bifcourt , Ingenieur , & Mrs Dorival & de
Savonicie , Officiers d'Artillerie , ont été bleffés ,
ainfi
MAY. 1233 1742.
ainfi que M. Mirof , Lieutenant dans le Régiment
de Penthievre .
On a apris que les troupes Pruffiennes , pendant le
tems qu'elles ont demeuré dans le Royaume de
Hongrie , s'étoient emparées de plufieurs magafins
des ennemis , où elles avoient trouvé 2478. quintaux
de Farine , 5680. mefurès d'avoine , 9000.
rations de pain , & 14000. de biſcuit , & que le
Roy de Pruffe avoit fait acheter un grand nombre
de chevaux dans le Comté de Hollitſch & dans les
Comtés voisins.
On mande de Glatz du 27. du mois dernier , que
la garnifon Autrichienne qui étoit dans cette Place
, & qui ayant été obligée de l'abandonner après
avoir fait une longue réfiftance , s'étoit retirée dans
le Château s'étoit défendue avec beaucoup de valeur
, tant qu'elle avoit efperé de recevoir du fecours
; que le Corps de troupes Pruffiennes , employ
e au Siége de ce Château , fe préparoit le
26. à donner un nouvel affaut , pour tâcher de s'en
emparer , lorfque le Commandant de la garnifon
qui commençoit à manquer de vivres , fit arborer
le Drapeau blanc , & envoya un Officier pour demander
à capituler.
"
Les articles de la Capitulation furent réglés le
même jour , & la garnifon qui n'étoit composée que
de 430. hommes , fortir le 27. du Château avec les
honneurs militaires & deux pi ces de canon , pour
être conduite avec une escorte à l'armée que commande
le Prince Charles de Loraine , 500. hommes:
des troupes du Roy de Pruffe ont été mis en garnifon
dans ee
Château, où l'on a trouvé 40. canons , 6
mortiers & un grand nombre d'armes , mais trèspeu
de munitions de guerre.
Les dernieres Lettres de Rat fbonne portent ,
que l'arrivée des troupes que le Roy de France a
H vj
fait
1234 MERCURE
DE FRANCE
fait paffer en Baviere , ayant déterminé le Comte
de Kevenhuller à abandonner toute la partie de la
Baviere , qui eft en - deçà de l'Inn , & à fe retirer du
côté de Paffaw avec l'armée qu'il commande , ce
Général a envoyé ordre aux troupes Autrichiennes
qui étoient à Munich , à Pludling , à Dinckelfingen
& dans les autres Villes ou poftes dont les ennemis
s'étoient emparés entre le Danube , Pifer & la
Wills , d'aller le rejoindre , & que le 22. du mois
dernier il décampa de Landzhut. Il a laiſſé le Major
Général Berencklaw en arriere avec un Corps de
troupes , pour obferver les mouvemens des troupes
Françoifes & Bavaroifes , & pour empêcher qu'elles
n'inquietaflent les Autrichiens dans leur retraite
.
Les ennemis arriverent à Ortembourg le 25 , &
ayant repaffé l'Inn , ils fe font poftés de l'autre
côté de cette riviere , entre Schardingen & Paffaw.
Ils travaillent avec toute la diligence poffible à fe
retrancher dans leur nouveau Camp , afin de pouvoir
s'y maintenir , pour couvrir la Haute- Au
riche.
par
FRANC FORT.
le Duc
Na apris le 18. du mois dernier , que
Harcourt ayant reçû à Ingolftadt la nouvelle
du peu de fuccès de la tentative faite le 10.
le Maréchal de Terring , pour fe rendre maître
de la Ville de Kelheim , il y marcha avec ſept
Bataillons , mais qu'il aprit en chemin , que les
Autrichiens avoient abandonné ce pofte dont il
s'affûra.
Le jour précédent , les ennemis avoient levé le
Siége de Straubingen , & le Maréchal de Terring
s'eft avancé dans les environs de cette Place avec
les troupes Bavaroifes qu'il commande.
Les
7
MA Y. 1742. X235
Les troupes Autrichiennes , qui occupoient le
pofte de Deckendorff , le font auffi retirées à l'aproche
d'un détachement des troupes Bavaroifes ;
& l'on a été informé que les ennemis fe raflembloient
fur l'ifer entre Pludling & Dingelfingen.
Par leur retraite , les troupes Françoiles & Bavaroifes
font maîtreffes des deux bords du Danube
depuis Ingolstadt jufqu'à Straubingen , d'où l'on
mande que pendant le Siége il n'y avoit eû qu'une
maifon de brûlée , malgré le grand nombre de
boulets rouges que le Comte de Wurmbrand avoit
fait tirer contre cette Place.
Le Comte de Montijo , que le Roy d'Espagne a
nommé fon Ambaffadeur Extraordinaire pour com➡
plimenter l'Empereur fur fon avenement au Trône
Impérial , eut le 14. du mois dernier fon audience
publique de l'Empereur , & le même jour il eut
audience de l'Impératrice.
On mande de Francfort du 25. du mois dernier
que le Chevalier de Broglie dépêché par le Maréchal
fon pere à l'Empereur , pour porter à S. M. I.
la nouvelle de la prife d'Egra , arriva à Francfort
de Prague , & aprit à l'Empereur que cette Place
s'étoit rendue le 19 , & que la garnifon Autrichienne
qui l'a défenduë , s'étoit engagée par la
Capitulation , à ne point fervir contre S. M. I. ni
contre fes Alliés , jufqu'à ce que les Officiers &
les Soldats , dont elle étoit compofée , euffent été
échangés , ou que la Reine de Hongrie cût payé
leur rançon.
Lorfque cette garnifon eft fortie de la Ville , elle
ne confiftoit plus qu'en 938. Soldats & 102. Grénadiers
, & il ne reftoit d'Officiers que le Comman
dant & le Major de la Place , un Colonel , 10 .
Capitaines , 9. Lieutenans & s . Enſeignes,
Les affiégeans ont trouvé dans Egra 13.canons
de
1236 MERCURE DE FRANCE
de fonte , 10. de fer , 6. mortiers , 107. bombes ,
10392. boulets , 226. cartouches, chargées de initrailles
, 304. chargées de balles , 410. grénades ,
460. quintaux de plomb en faumon , 2154. moufquets
, 1041. fufils , 106. moufquetons , 400. cui
raffes , & une grande quantité d'outils , propres
remuer la terre .
Le Maréchal de Terring a mandé à l'Empereur
qu'un détachement des troupes de S. M. I. avoit
totalement défait à quelque diftance de Straubingen
un détachement de Huffards de l'armée commandée
par le Comte de Kevenhuller ; que la plus
grande partie du détachement ennemi avoit été
taillée en piéces , & que le reste avoit été pris ou
mis en fuite.
•
Le pofte de Deckendorff , qui a été abandonné
par les Autrichiens , à l'aproche des troupes que le
Maréchal de Terring a fait marcher , pour l'atta
quer , eft occupé par quatre Compagnies d'Infanterie
Bavaroife , & ce pofte étant fitué au confluent
de l'Ifer & du Danube , les troupes Impériales font
actuellement maîtrelles de la preiniere de ces deux
rivieres.
Le Prince de Furftemberg Stublingen , qui étoit
Cominiffaire du feu Empereur à la Diette de l'Empire
, continuera d'y exercer les mêmes fonctions
pour l'Empereur.
On a recû la nouvelle d'une action qui s'eſt paſfée
le 17. May aux environs de Czaflaw en Boheme
, entre le Roy de Pruffe , & le Prince Charlesde
Lorraine , & dans laquelle le Roy de Pruffe a
eu l'avantage , on attend un détail circonftancié de
cette action,
ITALIE.
MAY. 1742 1237
O
ITALIE.
Naprend de Rome du 14. du mois dernier
que le Pape a ordonné que le ClergéSéculier &
Régulier de cette Ville feroit le 22. une Proceffion
générale , à laquelle Sa Sainteté dévoit affifter avec
le Sacré College , pour obtenir de Dieu qu'il lui
plaife de rendre la paix à l'Europe .
L'Empereur a nommé le Cardinal Borghese
pour avoir foin des affaires de l'Empire en cette
Cour , & le Baron Scarlati , pour y résider en qua.
lité d'Envoye de S. M. I.
Le 11. le Cardinal del Giudice , en conféquence
des ordres qu'il a reçus de la Reine de Hongrie , fit
ôter de la porte de fon Palais les armes du feu Empereur
, & il Y fit mettre celles de S. M. H.
On a apris de Modene , que 200. Soldats de la
garnifon lefquels prétendoient avoir lieu de fe
plaindre de leurs Officiers , ayant formé le complot
de deferter , & étant convenus de fortir enfemble
de la Ville un jour qu ils devoient paffer en
revûë , ils avoient exécuté leur projet ; qu'ils s'étoient
défendus avec beaucoup de valeur contre un
détachement confiderable de Cavalerie , qu'on
avoit envoyé pour tâcher de leur couper le chemin
, & qu'après un affés long combat , dans le
quel ils n'avoient perdu que cinq homes , ils
avoient paffé la riviere de Panaio , & s'étoient fauvés
dans l'Etat Eccléfiaftique .
On mande de Venife du 18. du mois dernier >
que fuivant les derniers avis reçûs de Smirne , le
bruit y couroit que les négociations de paix entre
le Grand Seigneur & Thamas Kouli Kan n'ont pas
eû le fuccès qu'on en attendoit , & que les Miniftres
Pénipotentiaires , qui étoient affemblés à Erzerum
de la part des deux Puiffauces , ont rompa
leurs
1238 MERCURE DE FRANCE
leurs conférences . Ces avis ajoûtent qu'on affûroit
auffi , que Thamas Kouli- Kan , auffi - tôt qu'il ·
avoit été informé de la féparation du Congrès
d'Erzerum , s'étoit avancé du côté de Trébifonde
avec une armée de 70000. hommes ; que fon fils
à la tête de 50000 , avoit marché vers Bagdad
pour en former le Siége , & qu'il y avoit cu une
action près d'Erzerum , entre un Corps de troupes
Perfaunes & 8000. hommes de l'armée Ottomane ,
commandée par Ali Pacha , Seraskier d'Erzerum .
Le is , jour auquel l'entrée publique du Bailly
de Tencin, Ambaſſadeur de la Réligion de Malthe ,
avoit été fixée , M. Ferroni , Archevêque de Damas
& Evêque Aſſiſtant du Trône , qui avoit été nom
mé par le Pape pour remplacer en cette occafion le
Majordôme du Sacré Palais , alla avec M. Canale ,
Protonotaire Apoftolique , & les Maîtres des Cérémonies
, prendre l'Ambaffadeur hors la Porte Flaminia
, dite du Peuple. Après le Cérémonial accou
tumé , l'Ambaffadeur monta à cheval & il fit fon
entrée publique à Rome dans l'ordre fuivant .
Les Tambours du Senat Romain ; un Courier de
la Religion de Malthe , à cheval ; deux Suiffes de
l'Ambailadeur, deux Trompettes & deux Fouriers ;
quatre Fourgons dont les couvertures étoient de
velours verd , galonné d'or , avec les armes de
l'Ambaffadeur ; huit autres Fourgons , avec de pareilles
couvertures , les unes de velours cramoify &
les autres de velours bleu ; deux Officiers de l'Anbaffadeur
, douze Eftafiers , deux Tireurs , quatre
Officiers de l'Ambaffadeur, fes Valets de Chambre,
fix chevaux de main , avec des caparaçons de peau
de Tigre , un autre cheval dont les harnois & la
houffe étoient de velours violet , brodé d'or ; le
Maître d'Hôtel & l'Intendant de l'Ambaffadeur ,
quatre Pages habillés de velours rouge , avec un
galon
>
M A Y 1742 1239
>
galon d'argent fur les coutures ; quatre Gentilshommes
de l'Ambaffadeur , & fon Ecuyer , qui
avoient des habits magnifiquement brodés en or ,
& qui étoient entre deux files d'Eftafiers ; les deux
Compagnies des Chevau - Legers de la Garde du
Pape les mules des Cardinaux Ruffo , Annibal
Albani , Pic de la Mirandole , Ca.affe , Belluga .
Borghese Bichi , Firrao , Centile , Aquaviva,
Riviera , Aldrovandi , Paffionei, Alexandre Albani,
Corfini , Mofca , de Tencin , Colonne & Sagripante
, conduites chacune par des Palefreniers ; les
Gentilshommes des Cardinaux & ceux des Ambaffadeurs
& des Princes Romains ; deux Trompettes
des Chevau Legers . de la Garde du Pape ; les
Ecuyers & les Cameriers de Sa Sainteté ; les
Chevaliers Colonne , de Sciarra , Strozzi , Dominique
& Louis de Buffi , Ricci , Sampieri , Patti
Gigli , Tommafi , Graffi , Gabanes , Modeni ;;
Ghades , Cardona , Guglielmi & de Lerma , Chevaliers
de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem ; les
Commandeurs Papirio , Buffi & Chigi Montori ,
Commandeurs du même Ordre ; les deux Maîtres
des Cérémonies ; la Compagnie des Suiffes de la
Garde de Sa Sainteté , le Lieutenant de cette Compagnie
étant à la tête.
L'Ambaffadeur , précédé de douze Coureurs ,
avoit à la droite M. Ferroni , Archevêque de
Damas , & à fa gauche M. Canale , Protonotaire
Apoftolique ; de chaque côté étoit un Maffier du
Pape. Les Prélats Chigi , Erba , Biglia , Valenti ;
Bajardi , Albani & Millo , Protonotaires Apoftoliques
, marchoient après l'Ambaffadeur , & ils
étoient fuivis des Chapelains de Sa Sainteté , lefquels
avoient leurs robes & leurs chaperons de
Cérémonie. A quelque diftance , étoient les quatre
zaroffes de l'Ambaſſadeur , dans leſquels étoient le
Comte
1240 MERCURE DE FRANCE
Comte Scotti , fon Maître de Chambre , les
Sécretaires de l'Ambaſſadeur , deux de fes Gentilshommes
, & quelques Freres Servans de l'Ordre de
S. Jean de Jérufalem ; la marche étoit fermée
par les caroffes des Cardinaux , des Ambaffideurs ,
des Princes Romains , des Envoyés & des autres
Miniftres Etrangers.
Le 16. du mois dernier , les Peres de la Doctrine
Chrétienne tinrent à Rome un Chapitre Général
dans lequel ils élûrent pour Général de leur Ordre
le Pere Dominique Andreucci , & pour Procureur
Général le Pere Dominique Bertagna .
O
NAPLES.
N aprend de Naples du ro. du mois dernier
que le s. on fit partir fur des mulets pour les
troupes du Roy douze petites piéces de campagne ,
& une grande quantité de munitions de guerre avec
une fomme de 200000.Ducats, en nouvelles efpeces,
fous l'escorte de deux Compagnies d'Artillerie &
d'une Compagnie du Régiment de Cuirafliers de
la Motte .
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 3. du mois dernier ,
que Leurs Majeftés Catholiques ont apris par
les dernieres lettres de l'Infant Don Philipe que ce
Prince étoit arrivé le 24. du mois précedent à
Montpellier.
L'Intendant de Marine du Royaume de Galicé
a mandé au Roy , que le 14 du mois dernier la Frégate
le Saint Jean Baptifte , commandée par l'Armateur
Don Juan Jofeph Herrero , étoit entrée
dans le Port de Corme avec un Vaiffeau Anglois
de i ro tonneaux , chargé de farine & de riz .
Le 17. l'Armateur François Fernandez, qui commande
MA Y. 1241
1742.
mande la Balandre la Notre - Dame de Begona, conduffit
au Port de Santander un Brigantin Anglois ,
qu'il a pris dans la Manche .
L'Infant Don Philipe arriva à Aix le 31. Mars
dernier.
Les dernieres lettres de l'Infant Don Philipe
portent que ce Prince étoit arrivé à Toulon .
L'Intendant du Port du Ferol a mandé à S. M. C.`
que les Frégates le S. Michel & le Mars , avoient
conduit à la Corogne les Vailleaux Anglois le Jean
Etienne & le Falmouth , & que le 22. & le 24. Mars
dernier la premiere de ces deux Frégates s'étoit emparée
de trois autres Bâtimens de la même Nation.
On a apris de Madrid le premier de ce mois , que
pendant le cours du mois dernier , les Armateurs
du Port de S. Sébastien ont fait fur les ennemi, dix '
prifes , dont la valeur monte à 80000. Piaftres , &
que le 19. du mêms mois , un Armateur Biſcayen
eft entré dans le Port de Bilbao avec deux Bâtimens
Anglois , l'un de 120. tonneaux & l'autre de 50.
dont il s'étoit emparé quelques jours auparavant.
Une Frégate a conduit au Port de Lage en Galice
un autre Vailleau de la mêine Nation .
GENES ET ISLE DE CORSE.
ON de
N aprend de la Baftie , que les Bandits de
l'Ifolacci continuent de commettre plufieurs
défordres , & qu'ils avoient enlevé les équipages de
quelques Officiers qui alloient à Corte."
On mande de Venife . que la République a nom
mé le Chevalier André Erizzo & M. François Loredano
, fes Ambaffadeurs Extraordinaires , pour
aller complimenter l'Empereur fur fon avenement
au Trône Impérial .
Les troupes commandées
par le Duc de Montemar
1242 MERCURE DE FRANCE
•
mar ont été jointes par les troupes Napolitaines ,
& elles n'attendent que l'arrivée du Convoi parti
de Naples , pour s'avancer vers la Lombardie .
On a apris que la Reine de Hongrie a envoyé
ordre au Comte de Traun , de faire ramener dans
le Parmeſan l'Artillerie qu'on en avoit tiré , & que
les troupes Autrichiennes , qui s'étoient avancées
dans le Modenois , fe difpofoient à fe retirer dans
le Mantoüan.
Une partie des troupes Eſpagnoles , qui font fous
les ordres du Duc de Montemar , eft déja fur la
Frontiere du Ferrarois , & l'on a reçû avis d'Antibes
, qu'on y attendoit le 19. du mois dernier la
premiere Colonne de celles qui paffent par la France.
Suivant les lettres écrites de la Baftie , les Ban-.
dits de l'Ifolacci ont pillé une Voiture qui alloit de
Roftino à Corte , & dans laquelle il y avoit , outre
plufieurs effets de prix & quelques armes , une fomme
de fooo. livres , deftinée pour le payement des
troupes qui font dans cette derniere Ville. 18. Soldats
qui efcortoient cette Voiture , fe font défendus
avec beaucoup de valeur , mais ils ont été obligés
de ceder au nombre , & ils fe font retirés après un
Jong combat, dans lequel il y a eû deux d'entre eux
de tués & trois de bleffés.
Dans le tems qu'on fe croyoit fur le point de
voir la tranquillité rétablie dans l'Ile de Corfe par
l'Election des douze Députés des Piéves , il a parû
que l'efprit de révolte commençoit à y renaître, les
habitans de quelques Communautés ayant donné
depuis peu de nouvelles marques de leur mauvaiſe
volonté .
Donze des Rebelles , que le Marquis Spinola avoit
fait embarquer pour Livourne , avec défenfes, fous
peine de la vie , de retourner en Corfe , font rentrés
dans cette Ifle , & y ont porté plufieurs fufils
avec quelques munitions de guerre .
MA
1742: Y. 1243
Il eft arrivé à Savonne une Tartane , à bord de
laquelle étoient 28. chevaux des Equipages de l'Infant
Don Philipe.
*
'Les lettres écrites de l'Ile de Corfe . du 25. du
mois dernier, ne contiennent aucune nouvelle intereffante;
elles confirment feulement que la tranquil
lité qui y regnoit en aparence , n'avoit rien de folide
, & que la République avoit fujet de fe défier
des difpofitions des Cortes.
Le Duc de Montemar a établi fon quartier géne
ral à Rimini , & l'avantgarde de l'armée Espagnole
eft à Forli & à Imola.
On recommence à publier que le Roy de Sardaigne
a réfolu d'augmenter la garnifon de Nice , &
celles de quelques Places voifines ; qu'il a détaché
de fon armée pour cet effet cinq Bataillons & quatre
Efcadrons , & qu'il a donné ordre qu'un Corps
de Milice s'aflemblât , pour garder les paffages des
montagnes.
On a apris de Génes du 2. de ce mois , qu'un
courier dépêché par le Duc de Montemar à l'Infant
Don Philipe, qu'on difoit être parti de Toulon le26.
du mois dernier pour le rendre à Antibes , a été arrêté
à Loano , près d'Oneille , par des inconnus qui
lui ont enlevé les lettres dont il étoit chargé.
On a fçu par un autre courier , que le Roy de
Sardaigne , dans le tems qu'il fe difpofoit à quitter
Plaisance pour aller à Parme , avoit reçû des dépêches
qui l'avoient fait changer de refolution .
Le même courier a raporté que l'armée comman .
dée par le Duc de Montemar , & qui eft actuellement
compofée de 3. Bataillons & de 27. Efcadrons
, s'avançoit vers Ferrare , & que l'aproche des
troupes Efpagnoles commençoit à inquieter le
Comte de Traun .
On mande de l'Ifle de Corfe , que les Bandits de
I'Ifolacci
244 MERCURE DE FRANCE
3
'Ifolacci, irrités de ce que plufieurs de leurs parens
ont été conduits dans les prifons de la Baftie , commettent
encore plus de defordres que par le paflé ;
qu'ils ont tué quelques Soldats , pour s'emparer de
leurs armes ; qu'ils ont enlevé celles de quatre Cor
fes du Bourg de Mariani , qui font au fervice de la
République , & qu'ils ont pillé une Voiture chargée
de vivres , qui alloit à Corte.
O
GRANDE BRETAGNE ."
N aprend de Londres du 19. du mois dernier,
que la Chambre des Communes a accordé
S. M. Br. ( ooooo. livres fterlings , pour aider la
Reine de Hongrie a foûtenir la guerre,
Les Efpagnols fe font emparés du Vaiffeau le
Guillaume , qui faifoit voile pour la Barbade , &
du Vaiffeau le Naffau , qui alloit de la Jamaïque à
Boſton dans la nouvelle Angleterre .
Quelques- uns des Commiffaires , chargés d'examiner
la conduite du Comte d'Orford , ont propofé
de faire fubir la queftion à M. Paxton , Solliciteur
de la Tréforerie , s'il perfiftoit à refufer de
donner les éclairciflemens qu'on lui demande fur
l'emploi de trois millions de livres fterlings , dont
on ne trouve aucune décharge dans les Regiſtres
de l'Echiquier & de la Tréforerie .
O
HOLLANDE ET PAYS - BAs.
N mande de la Haye du 27. du mois dernier,
que le Confeil d'Etat a donné ordre qu'à
commencer au 17. de ce mois , toutes les troupes
formaflent des camps particuliers dans les environs
des Villes & des autres endroits où elles font en
garnifon ou en quartiers , & que chaque Commandant
MAY. 1742
1249
mandant fit faire l'exercice tous les jours pendant
un mois au Corps qui eft fous fes ordres.
Il a été reglé par le même Confeil , que l'Etat
feroit rembourfer à chaque Corps les dépenses pour
le tranfport des Tentes & des Bagages , & qu'on
fourniront gratuitement aux troupes le bois & la
paille , pendant tout le tems qu'elles feroient campées.
>
En conféquence des réfolutions prifes à Bruxelles
dans un Confeil d'Etat qui fe tint le trois de ce
mois , le Comte de Harrach a envoyé ordre aux
troupes Autrichiennes , qui font en garnifon à
Oftende , à Bruges , & dans quelques autres Places
, d'en fortir à l'arrivée des troupes Angloifes
qui doivent paffer la Mer . Une partie des troupes
qu'on retirera de ces Places , eft destinée à renforcer
les garnifons de Mons , d'Ath & de Charleroy.
On doit délivrer inceffamment des Tentes aux
troupes , & on travaille avec beaucoup de diligence
à établir des magaſins & à mettre toutes les Villes
des Frontieres en état de défenſe.
XXXXXXXXXXXXXXXXX *****
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
L
E 19. Mars , Eleonore - Louiſe Gonzague, veuve
depuis le 3. Février 1711. de François- Ma
rie de Médicis , Prince de Tofcane , ci - devant Car
dinal , & Protecteur des affaires des Couronnes de
France & d'Efpagne à Rome , avec lequel elle avoit
été mariée le 14. Juillet 1709. & dont elle n'a
point eû d'enfans , mourut à Padoüe , où elle s'étoit
retirée depuis plufieurs années. Elle étoit âgée de
55. ans , 3. mois & 6. jours , étant née le 13. Novembre
1686. Elle étoit fille de Vincent Gonzague,
Duc
1248 MERCURE DE FRANCE
ར
Duc de Guaftalla , Prince de Sabioneda & de Boz→
zolo mort le 18. Avril 1714. & de Marie- Victoire
Gonzague de Guaſtalla , ſa coufine . Elle s'étoit remariée
en fecondes nôces le 30. Decembre 1718 .
avec Philipe Prince de Heffe Darmstadt , mais ce
Mariage fut caffé en 1721. Cette Princefle a fait &
inftitué le Grand Duc regnant de Tofcane , fon
Légataire univerfel .
viere ,
Le 10. Avril , Guillelmine - Amélie , née Ducheſſe
de Brunfwic- Hannover , veuve de Jofeph , Empereur
, & Roy des Romains , Roy de Hongrie & de
Boheme , Archiduc d'Autriche , & c. mort le 17 .
Avril 1711. & avec lequel elle avoit été mariée le
24. Février 1699. mourut à Vienne , âgée de 68 .
ans , 11. mois & 16. jours , étant née le 26. Avril
1673. Elle étoit la derniere fille de Jean- Fréderic
de Brunfwic- Lunebourg , Duc de Hannover, mort
le 18. Decembre 1679. dans la 55 année de fon
age , & de Benedictine - Henriette - Philipe de Ba-
Comtelle Palatine du Rhin , morte à fa Maifon
de Campagne au Village d'Afnieres , près Paris ,
le 12. Août 1730. âgée de 78, ans , 20. jours . Elle
ne laille que deux filles , qui font , Marie-Jofeph-
Benedicte - Antoinette- Therefe Xaviere- Philipine
Archiducheffe d'Autriche , née à Vienne le 8. Decembre
1699. Epoufe de Frederic Augufte , III. du
nom , Roy de Pologne , Grand Duc de Lithuanie,
Duc de Saxe , Electeur & Grand-Maréchal du Saint
Empire Romain , ué le 7. Octobre 1696. avec lequel
elle a été mariée le 3. Septembre 1719. &
Marie-Amelie-Jofeph- Anne- Therefe - Cordule , Archiducheffe
d'Autriche , née à Vienne le 22. Octobre
1701. Epoufe de Charles - Albert , Duc de la
Haute & Baffe Baviere , & du Haut Palatinat du
Rhin , Grand-Maître & Electeur du S. Empire Romain
, né le 6. Août 1697. élû Roy des Romains c
"
24
MAY. 1742. .1247
4. Janvier dernier , & couronné Empereur le 12.
Fevrier fuivant , avec lequel elle a été mariée le 5.
Octobre 1722.
Le 25. Sigisbert Haverkam, Profeffeur en Hiftoire
, en Eloquence & en Langue Grecque qui s'étoit
acquis une très - grande réputation par la vafte
érudition , mourut à Leyde , en Hollande , âgé de
5.8. ans.
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
E Comte de Perelada , Premier Gentilhomme
de la Chambre de l'Infant Don
Philipe , & que ce Prince a envoyé au Roy ,
pour remercier S. M. des honneurs qu ' . lle
lui a fait rendre à fon paffage dans le Royaume
, arriva à Paris le 2 du mois dernier. Le
Roy ayant trouvé bon qu'il s'acquittât de
cette Commiffion
à Choify , le Prince de
Campo - Florido , Amballadeur
du Roy
d'Espagne , cut à Choify le 5. une Audience
particuliere
du Roy , dans laquelle il préfenta
à S. M. le Comte de Perelada. Le Prince
de Campo, Florido fut conduit à cette
Audience
par M. de Verneuil
, Introducteur
des Amballadeurs
.
Le 6 , Ce . Prince eut à Verfailles Audience
particuliere de la Reine , de Monfei
gneur le Dauphin & de Mefdames. Dans ces
I Au1248
MERCURE DE FRANCE
Audiences , auxquelles il fut conduit
même Introducteur , il préfenta le Comte
de Perelada.
Par
le
Le 13 , le Prince de Campo - Florido eut
à Fontainebleau , du Roy , de la Reine , de
Monfigneur le Dauphin , & de Mesdames ,
des Audiences particulieres , dans lesquelles
le Comte de Perelada prit congé. L'Ambaſſadeur
y fut conduit par le Chevalier de Sainpar
tot , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Maréchal Duc de Belle - Ifle partit de
Paris le 12. pour retourner à Francfort.
Le Roy a nommé le Duc de Gêvres , l'un
des quatre Premiers Gentilshommes de fa
Chambre , pour aller de la part de S. M.
complimenter l'Empereur fur fon Election ,
& le Duc de Gévres partit le 19 , pour fe
rendre à Francfort , & s'y acquitter de cette
Commiffion.
Le 14. le Roy & la Reine entendirent dans
la Chapelle du Château de Fontainebleau la
Meffe de Requiem , pendant laquelle le De
profundis fut chanté par la Mufique , pour
T'Anniverfaire de Monfeigneur le Dauphin ,
Ayeul de S. M.
Le 15. le Roy fit rendre à l'Eglife de la
Paroiffe du Château les Pains Bénits, qui furent
préfentés par l'Abbé d'Aydies , Aumônier
de S. M. en quartier.
Le 19, du mois dernier
, l'ouverture
folemnelle
MA Y. 1742. 1249
nelle de l'Affemblée du Clergé de France fe
fit avec les cérémonies accoûtumées dans
l'Eglife des Grands Auguftins , par la Meffe
du S. Efprit , à laquelle les Prélats & autres
Députés , qui compofent l'Affemblée , communierent.
L'Archevêque de Bourges y officia
pontificalement , & l'Evêque de Vence
prêcha avec beaucoup d'éloquence .
Le 2c. le Roy & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Fontainebleau
, la Meffe de Requiem , pendant la
quelle le De profundis fut chanté par la Mufique
, pour l'Anniverfaire de Madame la
Dauphine , Ayeule de S. M.
Le 22. la Reine fit rendre à l'Eglife de la
. Paroiffe du Château les Pains Bénits , qui fu
rent préfentés par l'Abbé de Sainte Hermine,
fon Aumônier en quartier.
Le Comte de Broglie , Colonel du Régiment
de Luxembourg , & qui a été dépêché
au Roy par le Maréchal de Broglie fon pere ,
arriva à Fontainebleau la nuit du 26 , & il a
apris à S. M. que le 19. la Ville d'Egra avoit
demandé à capituler.
Le Roy a fait le Comte de Broglie , Brigadier
de fes Armées .
L'Affemblée Génerale du Clergé a élû pou
Préfidens l'Archevêque de Paris , l'Archevê
que de Bourges , l'Evêque de Poitiers & PEvêque
de Viviers ; l'Abbé de Chapt de Kaf
I ij tignac
1250 MERCURE DE FRANCE
tignac pour Promoteur , & l'Abbé de Togaffe
de la Baftie pour Sécrétaire . *
Le 22. du mois dernier , les Prélats & autres
Députés qui compofent l'Affemblée Générale
du Clergé , allerent à Fontainebleau
rendre leurs refpects au Roy. Ils s'aſſemblerent
dans l'apartement du Château , qui leur
avoit été deftiné , & le Comte de Maurepas
, Miniftre & Sécrétaire d'Etat , étant
venu les prendre pour les préfenter au Roy ,
ils furent conduits à l'Audience de S. M. par
le Marquis de Dreux , Grand - Maître des Cérémonies
, avec les honneurs qui fe rendent
au Clergé , lorfqu'il eft en Corps , les Gardes
du Corps étant en haye & fous les armes
dans leur Sale , & les deux battans des por
tes étant ouverts . L'Archevêque de Bourges
complimenta le Roy , & il parla avec beaucoup
d'éloquence.
L'après-midi , les mêmes Députés eurent
audience de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin.
Le 26 , M. Fagon , Confeiller d'Etat ordinaire
, & au Confeil Royal des Finances ;
M. d'Ormeffon , Confeiller d'Etar ordinaire
& au Confeil Royal des Finances , & M.
Orry , Miniftre d'Etat , & Contrôleur Général
des Finances , Commiffaires du Roy , fe
rendirent à l'Affemblée Générale du Clergé
où ils furent reçus avec les cérémonies ordinaires,
MAY. 1742. 1251
naires. M Fagon ayant fait un Diſcours , auquel
l'Archevêque de Bourges répondit au
nom de l'Affemblée , les Commiffaires du
Roy demanderent de la part de S. M. un
fecours de douze millions , qui a été unaniment
accordé.
Le Roy a donné au Marquis de Surgeres ,
Capitaine Lieutenant de la Compagnie des
Chevau- Legers de la Reine , l'agrément du
Regiment de Dragons , vacant par la démiſfion
du Marquis d'Armenonville , Brigadier
& Mettre de Camp de ce Régiment .
Le 3. de ce mois , Fête de l'Afcenfion de
N. S. le Roy & la Reine entendirent dans
la Chapelle du Château la Meffe chantée par
la Mufique. L'après - midi , leurs Majeftés
affifterent aux Vêpres
Le Roy a donné à M. Gabriel , Architecte
ordinaire de S. M. & Contrôleur des Bâtiment
du Château de Verfailles , la Charge
de Premier Architecte du Roy , vacante par
la mort de M. Gabriel , fon pere.
La Charge d'Architecte ordinaire a été accordée
par S. M. à M. de Cotte , Contrôleur
des Bâtimens du Château de Fontainebleau.
Le 12. la Reine communia par les mains
du Cardinal de Fleury , fon Grand Aumônier.
Le 13. Fête de la Pentecôte , les Cheva-
I iij hers ,
1252 MERCURE DE FRANCE
liers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du S. Efprit ; s'étant affemblés dans le
Cabinet du Roy, vers les onze heures , S. M.
tint un Chapitre , dans lequel l'Information
de vie & moeurs , & la Profeffion de Foi de
Monfeigneur le Dauphin , nommé Chevalier
de l'Ordre du S. Efprit le 2. Février dernier ,
& les preuves de Nobleffe & de Religion
de l'Archevêque de Narbonne , que le Roy
avoit nommé Commandeur du même Ordre
le premier Janvier dernier , furent admifes..
Le Chapitre étant fini , le Marquis de Breteüil
, Commandeur , Prevôt & Maître des
Cérémonies de l'Ordre du S. Efprit , précédé
du Heraut & de l'Huiffier , alla prendre
Monfeigneur le Dauphin dans fon apartement
, & il le conduifit dans le Cabinet de
S. M. qui le reçut Chevalier de l'Ordre de
S. Michel . Le Roy fortit enfuite de fon Cabinct
, pour fe rendre à la Chapelle du Châ
teau ; S. M. étoit précédée de Monfeigneur
le Dauphin , en habit de Novice , du Duc
d'Orleans , du Duc de Chartres , du Comte
de Charolois , du Comte de Clermont , du
Prince de Conty , du Prince de Dombes ,
du Comte d'Eu , du Duc de Penthievre , &
des Chevaliers , Commandeurs & Officiers.
de l'Ordre ; le Cardinal d'Auvergne , l'Archevêque
de Narbonne , & l'Evêque de Lan
gres marchoient derriere S. M. Après le
Vent
MAY. 1742 7253
Veni Creator , qui fut chanté par la Mufique
, le Roy monta à fon Trône , près de
l'Autel où l'Archevêque de Narbonne fut
reçû . S. M. retourna enfuite à ſon Prie Dieu,
& entendit la grande Meffe , célébrée par
l'Archevêque de Bourges , Commandeur de
l'Ordre du S. Efprit , & chantée par la Mufique.
La Meffe étant finie , & le Roy étant
remonté à fon Trône , Monfeigneur le Dauphin
, lequel pendant la Meffe étoit refté à
la place de Novice , entre le Prie - Dieu de
S. M. & le Banc des Chevaliers qui étoient
à la droite , fut conduit au Trône avec les
Cérémonies accoûtumées , & il fut reçû Chevalier
, ayant pour Parains le Duc d'Orleans
& le Duc de Chartres.
La Reine & Mefdames entendirent la mê
me Meffe dans la Tribune.
L'après - midi , leurs Majeftés entendirent
dans la Chapelle du Château le Sermon de
l'Abbé Desjardins , Curé de Franconville
& enfuite les Vêpres chantées par la Muſique.
J
Le Roy , qui étoit parti du Château de
Fontainebleau le 19. de ce mois , arriva à
Verfailles le 23. La Reine y retourna le 17 .
Monfeigneur le Dauphin le 19. & Mefdames
de France le 21 .
Le 24. Fête du S. Sacrement , le Roy , accompagné
de Monfeigneur le Dauphin , du
I iiij Duc
1254 MERCURE DE FRANCE
Duc de Chartres , du Prince de Dombes ,
du Comte d'Eu , du Duc de Penthievre , &
de fes principaux Officiers , fe rendit à l'Eglife
de la Paroiffe du Château , & Sa Majefté
y entendi la grande Melle , 'après avoir
affifté à la Proce lion , laquelle , fuivant la
coûtume , alla à la Chapelle du Château ,
où la Reine fe trouva, lorfque la Proceffion y
arriva .
Le même jour , le Roy prit le deüil pour
la mort de l'Imperatrice Amelie , dont le
Koy de Pologne , El cteur de Saxe , Gendre
de cette Pinceffe , a donné part à Sa
Majefté par une lettre que le Comte de Loos ,
Envoyé Extraordinaire du Roy de Pologne
avoit été chargé de préfenter au Roy.
On a apris de Naples que la Princeffe ;
dont la Reine des deux Siciles eft accouchée
le 25. du mois de Janvier de cette année
étoit morte à Naples la nuit du 2. au 3. du
mois dernier.
BENEFICES DONNE'S.
E. Roy a nom né à l'Evêché de S. Flour.
l'Abbé de Ribeyre , Vicaire Général de
l'Evê hé de Clermont , & qui avoit été nommé
à l'Evêché de Digne.
Sa M. a accordé l'Abbaye Réguliere de
Septfons , Ordre de Cîteaux , Diocèfe d'Aurun
, à Dom Zozime de Guienne , Religieux
de cette Abbaye.
Le
MAY
1742 . 1255
Le 9. du mois dernier , la Reine entendit
à Fontainebleau en Concert , le Prologue &
la premiere Entrée du Ballet des Elemens ,
mis en Mufique par M. Deftouches , Sur - Intendant
de la Mufique du Roy 11 fut continué
le ri. & le 16. & exécuté par les Dlles
Mathieu , de Romainville , Defchamps &
Abec , & par les fieurs Benoît & Poirier ;
les talens & la voix de ce dernier font tous
les jours de nouveaux progrès.
Le 18 , le 23 , & le 25. on chanta devant
1a Reine l'Opera d'Omphale , de la compefition
du même Auteur ; la Dlle de la Lande ,
& la Dlle Peliffier , cy devant une des premieres
Actrices de l'Académie Royale de
Mufique , que le Public regrete tous les
jours , exécuterent avec beaucoup de goût
les rôles d'Argine & d'Omphale , ainfi que
les fieurs Benoît & Poirier , ceux d'Alcide &
d'Iphis , qui furent rendus dans une grande
perfection .
Le 30. Avril , le 2. & le 7. May , la Reine
entendit l'Opera de Telemaque du même
Auteur , exécuté par les mêmes fujets..
On ne peut rien ajoûter à la beauté de ces
differen's Concerts. Les Rôles & la Simphonie
furentparfaitement exécutés ; les Chauts
& tous les Concertans fe furpafferenr , &
s'attirerent les aplaudiffemens de S. M. & de
toute la Cour,
1256 MERCURE DE FRANCE
Le 3.May, Fête de l'Afcenfion , le 13 , Fête de
la Pentecôte, & le 24 , jour de la Fête- Dieu, il
y eut Concert fpirituel au Château des Tuilleries
; on y exécuta differens Motets, à grand
choeur , de Mrs de la Lande , Niel & Mondonville
; on y chanta auffi plufieurs petits
Motets , à voix feule , des fieurs Gaumé &
du Bouffet ; les fieurs de Mondonville &
Cupis exécuterent fur le violon , chacun , des
Concerto & des Sonates au gré du Public , &
chaque Concert a toujouts été terminé par
un Motet à grand choeur.
Le 5. May , ( la Cour étant à Fontainebleau
) les Comédiens Italiens y repréſenterent
la Comédie du Rival Favorable , & la
petite Piéce du Philofophe dupe de l'Amour.
Ces deux Comédies furent terminées par un
Ballet Pantomime , intitulé les Rendez- vous
nocturnes.
Le 8. les Comédiens François repréfenterent
auffi à la Cour ,la Tragédie du Cid , de
P. Corneille , & la petite Comédie du Sicilien.
La Dlle Gautier , nouvelle Actrice , joüa
le Rôle de Chimene dans la premiere Piece
& chanta un Air dans la feconde.
Le 10. on repréfenta l'Ecole des Maris &
les Folies Amoureufes. La même Actrice joüa
le Rôle d'Ifabelle dans la premiere Piece , &
celui d'Agathe dans la feconde.
MORTS
ง
MAY
1742. 1257
*******************
MORTS ET MARIAGE.
E .... Mars , Alfonfe - François de Simiane ,
Leigneur & Comte de Maligny , Abbé Commandataire
de l'Abbaye Royale de Marfillac , Ordre
de S. Benoît , Diocèfe de Cahors , depuis le 8 .
Janvier 1721. & ci -devant Maître de l'Oratoire du
feu Duc d'Orleans , Régent en France , mourut à fa
Terre en Champagne. Il étoit frere puîné du Comte
de Simiane , pere de la Préfidente Durey de Noinville
, dont la mort eſt raportée dans le Mercure
d'Avril 1741. page 827-
.
Le 14. D. Marie-Chriftine Hérault , Epoule de
Jean - Baptifte Guillard , Seigneur de la Vacherie ,
Chambellan du feu Duc de Berry , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis , & Gouverneur
de la Citadelle d'Arras , avec lequel elle avoit été
mariée au mois d'Avril 1707. mourut à Paris , âgée
de 58. ans .. Elle étoit fille de Louis Hérault Ecuyer
Sr du Porche , Receveur des Domaines & Bois de
la Géneralité de Rouen , & de Chriftine Bourret
fa premiere femme , & foeur de pere de feu René
Hérault , Seigneur de Fontaine-Labbé , & de Vau---
creffon , mort Coufeiiler d'Etat , & Intendant de la
Géneralité de Paris , le 2. Août 1740. Elle laiffe
entre autres enfans , Marie Victoire Guillard , ma→
riée le 5. Juillet 1729. avec Jean- Baptifte d'Artaguiette
Diron , Baron d'Aguerre , Marquis de la
Mothe Sainte Heraye .
י
Le r8. Jean du Mouret , Chirurgien du Duc de
Chartres , & poff:ffeur d'un Secret contre le Scorbut
, mourut à Paris , àgé de 82. ans , laiffant deux:
Neveux , auffi Chirurgiens .
Jean-Baptite Dubos , Diacre & Chanoine de
I vjj
BE
1258 MERCURE DE FRANCE
l'Eglife de Beauvais , Abbé Commandataire de
N. D. de Reffon , Prieur de Venerolles , Cenfeur
Royal , l'un des Quarante & Sécretaire perpétuel de
l'Académie Françoiſe , mourut à Paris le 23. Mars ,
âgé d'environ 73. ans .
Le 24. René de Sefmaiſons , Prêtre du Diocèse de
Nantes, Abbé Commandataire des Abbayes de faint
Clément de Metz , Ordre de S. Benoît , & de N.D.
de Ham , Ordre de S. Auguftin, Diocèfe de Noyon ,
mourut à Paris , dans la 62. année de fon âge. Il
avoit été Jéfuite dans la jeuneffe , & enfuite Chevalier
de Malthe, & Moufquetaire du Roy. Depuis ,
il embrafla l'Etat Eccléfiaftique , & fut Abbé de
P'Eglife Collégiale de N. D. de la Grande à Poitiers
, Prieur de S. Etienne de Pardaillan , Diocèfe
de S. Pons , Vicaire Géneral de l'Evêque de Poitiers
& Aumônier du Roy par quartier. Il fut Député aux
Affen blées Génerales du Clergé de France , tenuës
en 1725. & 1730. à la premiere , de la part de la
Province de Narbonne, & à la teconde , pour celle
de Toulonfe. Il fut nommé au mois de Janvier 173 .
à l'Evêché de Soiffons , mais il remit le Bréve : de fa
nomination , & l'Abbaye de Ham lui fut donnée au
mois de May fuivant . Il avoit obtenu celle de faint
Clement de Metz le 29. Mars 1727. La Maifon de
Sefmaifons eft d'une nobleffe fort ancienne de la
Haute-Bretagne . Elle eft connue dès le XII . fiecle,
& eft dénommée dans les anciens Titres en Latin
de fuis Domibus . Ses Armes font de Gueules à trois
maifons d'or. Celui qui vient de mourir étoit de la
Branche des Seigneurs de la Sauffiniere , dans l'Evêché
de Nantes .
Le 27. Jean Charles De la Fontaine - Solare , Scigneur
de la Boiffiere , & c . Chevalier de l'Ordre.
Militaire de S. Louis , ancien Lieutenant de Roy
de Dieppe, y mourut dans fa 97. année, étant né le
50.
MAY.
1212 1.742.
5. May 1655. Il l'étoit depuis 1681. 1on Pere s'étant
démis en fa faveur ; il remit cette Lieutenance
de Roy à fon fils en 1721. & S. M. en confidération
de fes Services , lui en avoit accordé la furvivance
avec le Brevet de Commandant. Il avoit fervi
long -tems avec diftinction tant en qualité de premier
Capitaine au Régiment de Normandie , qu'en
qualité d'Infpecteur des Troupes. Il avoit reçû
plufieurs bleffures confidérables au Siége de Lille
en 1667. & à l'Affaire de Treves en 1674. Sa piété,
de laquelle il ne s'eft jamais démenti depuis fa
plus tendre enfance , & fa charité pour les pauvres,
le font univerfellement regréter . Il a toûjours
confervé jufqu'à fa mort une parfaite fanté , & un
jugement très- fain. De fon mariage en 1682. avec
Marie - Anne Bail d'Orcan , morte âgée de 83. ans
en 1732. il a eu quatre enfans Jean-Charles-
Jofeph Quentin de la Fontaine , Capitaine au Régiment
d'Infanterie de Bretagne , tué à Malplaquet
en 1709. François de la Fontaine- Solare , Comte
de la Boiffiere , Chevalier, de l'Ordre Militaire dé
S. Louis , Lieutenant de Roy de Dieppe , lequel eft
veuf depuis 1729. d'Henriette - Marie de Boulainvilliers
; Elifabeth -Deniſe- Guillemette de la Fontaine
-Solare veuve depuis 1731. d'Henri de
Mornay , Seigneur de Ponchon Chevalier de
P'Ordre Militaire de S. Louis , & Marie- Anne-
Angelique de la Fontaine- Solare , mariée en 1717.
à Jofeph -Jean- Baptifte de la Boifliere de Chambors ,.
Capitaine au Régiment de Bretagne , & Ecuyer
Ordinaire du Roy , fon Coufin Germain , morte en
couches le premier Janvier 1729. Voyez l'Hiftoire
des Grands Officiers fur la Généalogie de la Fon
tainę , tome 8. p. 857.
,
>
>
Le 31. Frere Louis- Bafile de Béthune - Charroft ,
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem, mou
rut
1250 MERCURE DE FRANCE
rut à Paris , âgé d'environ 68. ans. Il avoit autrefois
fervi dans la Marine , & avoit été fait Capitaine
de Vaiffeaux à la promotion du 27. Novembre
1695. Il étoit troifiéme fils de feu Armand de Béthune,
Duc de Charroft , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant Géneral ; & ci-devant
Commandant pour S. M. au Gouvernement des
Provinces de Picardie , Boulonnois , Places de Haynault
, Gravelines ; & Châtellenie de Bourbourg ,
& Gouverneur des Ville & Citadelle de Calais , Fort
de Nieulay , & Pays reconquis , mort le premier
Avril 1717. à l'âge de 77. ans , & de Marie Fouquet
, fille de Nicolas Fouquet , Procureur General
du Parlement de Paris , Miniftre d'Etat , & Surintendant
des Finances , morte le 14. Avril 1716. à
l'âge de 76. ans .
Le 3. Avril , D. Marguerite Lidie de Becdelievre ,
Epoufe de Louis Roger d'Eftampes , Baron , Seigeur
Haut-Jufticier de Mauny , Touberville , Jouveau
, la Houffaye , &c. mourut à Paris , âgée de
28. ans , étant accouchée le jour précedent d'une
fille qui ne vécut qu'une demie heure . Cette Dame:
laiffe deux fils & deux filles . Elle étoit fille unique
de Louis de Becdelievre , Marquis de Cany , Seigneur
de Nettanville , Crefpeville , & c. Confeiller
au Parlement de Normandie , & de feuë Marie-
Anne Cofté de S. Suplix , fa feconde femme.
Le même jour Louis - Thomas du Bois de
Fiennes Olivier , Marquis de Leuville , de Vandeneffe
, & de Givry , Baron d'Anify , Seigneur de
Veroux , & de Poligny- le, Bon , Comte de Fontaine-
Maran , Baron de Neuvy , Seigneur de la
Mauvifliere , Rochebourdeille
, & c. Grand- Bailly
du Pays & Duché de Touraine , Lieutenant Géneral
des Armées du Roy , & Gouverneur de Charlemont ,
en Flandres , mourut au Camp devant Egra , em
Boheme,,
M A Y.
1742.
1260
Boheme , où il commandoit , dans la 74. année de
fon âge , étant né à Paris le 24. Septembre 1668 ..
Il avoit été d'abord Page du Roy en fa grande Ecurie
en 1685. depuis , étant premier Capitaine du Régiment
Dauphin Etranger , de Cavalerie , il fut fait
au mois d'Avril 1700. Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, le premier des fix petits vieux , qu'il acheta
du Comte de Feuquieres . La Charge de Grand.
Bailly de Touraine , vacante par la mort de fon
pere , lui avoit été donnée au mois de Février
précédent. Depuis il fut fait fucceffivement Brigadier
le 20. Juin 1708. Maréchal de Camp le
8. Mars 1718. & Lieutenant Géneral des Armées.
du Roy le 23. Decembre 1731. & le Gouvernement
de Charlemont lui fut donné au mois de Juin 1738.
Il étoit fils aîné de Louis du Bois de Fiennes , Marquis
de Givry , & de Vandeneffe , & Baron d'Anify,
en Nivernois , Seigneur de Maran , la Rochebourdeille
, la Breche- Parçay , & la Foucaudiere , en
Touraine , Grand- Bailly de Touraine , & Lieutenant
Géneral des Armées du Roy , mort le 13. Decembre
1699. âgé de 83. ans , & de Françoife Morant
, Dame de la Garenne & de la Boucherie
morte le 21. Avril 1676. âgée de 28. ans . Le Marquis
de Leuville avoité poufé , 1 °. au mois de May
1708. Loufe-Philipine-Thomé , fille de Pierre Thomé
, Seigneur de Montmagny , & de Ferrieres , l'un
des Fermiers Géneraux des Fermes du Roy , & Tréforier
Géneral des Galeres, & de Françoife Paradis.
Cette Dame mourut fans enfans le 18. May 1724 .
âgée de 35. ans ; 2. le 5. Juin 1725. avec Marie
Voifin, fille de feu Daniel- François Voifin, Seigneur
du Mefnil , Bouray , Janville , & c . Chancelier &
Garde des Sceaux de France , Commandeur des
Ordres du Roy , & de feuë Charlotte Trudaine . II
laiffe de cette derniere des enfans.
"
Le
$262 MERCURE DE FRANCE
Le 4. Auguftin de Ximenés , Seigneur de Vadancourt
, Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
& Maréchal des Camps & Armées du Roy , mou
rut à Volin , en Boheme , dans la 58. année de fon
âge . Il avoit d'abord été Cornette de la Compagnie
des Chevau- Legers de Berri en 1707. Il fut fait enfuite
Colonel - Lieutenant du Régiment Royal Rouffil
on , Infanterie , le 15. Juillet 1708. au lieu &
place de Geofroi de Ximenés , Seigneur de Proify ,
fon frere aîné , qui avoit été tué au Combat d'Oudenarde
le 11. précédent. Il fe démit de ce Régiment
en 1729. & acheta en 1731. une Charge de
Maréchal General des Logis des Camps & Armées
du Roy , dout il fe défit en 1734. Il avoit été fait
Brigadier le premier Fevrier 1719. & Maréchal de
Camp le premier Août 1734. Il étoit fils de Jofeph
de Ximenés , Catalan d'origine , Seigneur des deux
Landeville , Proify , Malzy-le - fourd , les Breuls ,
&c. Lieutenant General des Armées du Roy Che..
valier de l'Ordre Mi'itaire de S. Louis , Gouverneur
de Maubeuge , ci - devant Colonel - Lieutenant
du Régiment Royal Rouffillon , mort au mois de·
Janvier 1706. & de Marie Françoiſe d'Abancourt
de Vadancourt , & il avoit été marié le 8. du mois
de Fevrier 1720 , avec Marie- Lambertine de la Marque,
troifiéme fille de Louis de la Marque , Con'-
feiller Sécretaire du Roy , Maifon Couronne de
Erances & de fes Finances , mort le 19. Octobre
1727. & de Françoile Olivier , morte le. 12. Avril
1720. Il en laifle des enfans.
Le 29. Mars , Charles - Louis d'Argouges , Comte
de Ranes , Mettre de Camp du Régiment de Dragons
de Languedoc , par Commiffion du . 15. Avril
1738 fils de Louis d'Argouges , Marquis de Ranes ,
Maréchal des Camps & Armées du Roy , ci- devant
Mestre
MAY. 1742 1263
Y
Meftre de Camp d'un Régiment de Dragons , & de
Dame Catherine d'Ernothon , fut marié à Paris
a ec Marie Angelique - Claudine - Henriette de Becdeliévre
de Cany , âgée d'environ 20. ans , fille de
Louis de Becde liévre Marquis de Cany , Seigneur
de Neftanville Cefpeville , & c. Confeiller au
Parlement de Normandie , & d feuë Dame Anne
Henriette - Catherine Touftain d'Heberville fa
troifiéme femme.
>
MORT ET POMPE FUNEBRE
de Madame Louife Françoife de Rochechouart
de Mortemart , Albeffe , & Generale
de l'Ordre de Fontevrault. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Abbaye , le 28
Fevrier 1742.
M
ADAME de Fontevrault fe trouvant extrê
mément mal d'un gro Rhume n gligé , qui
avoit eû pour fu te un Abcè formé dans la tête ,
les Dames de l'Abbaye firent aſſembler les Religieux
de S. Jean de l'Habit , pour lui adminiftrez
les Sacremens , & réciter tout de fuite ies Prieres
des Agonizans , au fon d'une groffe cloche qui r
fert que dans ces occafions . I y avoit déj¹ plufieurs
jours qu'on difoit des Meffes dans for Apartement
Abbatial , depuis 4 heures du matin , jufqu'à midi.
Quatre Religieux Prêtres de l'Ordre , étoient prépofés
pour la veiller , conjointement avec 4 Medecins
, deux Religieufes & deux Soeurs Converſes.
Elle reçût les derniers Sacremens avec une éðífiante
Piété , & enfin elle mourut le 16. de ce
mois . Peu de tems après , la grande Prieure accompagnée
de quelques Difcretes , pofa les Sceaux
dans tous les endroits où la Dame Génerale avoit
coûtume
1264 MERCURE DE FRANCE:
coûtume de mettre fes papiers , fon argent , & fes
autres effets .
Le lendemain , on ouvrit fon Corps pour en tirer
le coeur & les entrailles , qui furent inhumés dans
le Cimetiere . On embauma enfuite le Corps , qui
fut exposé pendant neuf jours fur un lit de para e
dreflé dans fon Apartement Abbatial , & entouré
de plus de mille cierges .
Prefque à l'inftant du décès , les Religieux chanterent
le Pfeautier dans la Chambre ou étoit le
Corps , pendant que la Communauté le chantoit au
Chour , ce qui a continué huit jours entiers . Les
Religieux au nombre de 4. à la fois , fe relevoient
alternativement de deux heures en deux heures
pour cet Office , & les Religieufes firent la même
chofe dans le Choeur.
Le fecond jour du décès , la Communauté chanta
les Vigiles dans la Chambre où le Corps étoit expofé
. Le troifiéme , ou porta le Corps à l'Eglife
de l'Abbaye , où on célébra un Service à trois
grandes Meffes , & où les Vigiles furent encore
chantées.
i Le quatrième jour , les Prêtres de la Paroiffe &
les Curés des environs , vinrent faire un autre Service.
Les jours fuivans , les Chanoines de Caude ,
Jes PP. Bénédictins , Carmes , Cordeliers , Capucins
& Récolets , chacuns à leur tour , célébrerent des
Services . Toutes ces Communautés furent défrayées
par l'Abbaye.
Le Corps de Madame la Génerale , fut porté pendant
neuf jours en cérémonie , par fix Diacres ,
les 4. Peres Vifiteurs de Fontevrault tenant les
coins du Drap Mortuaire , dans les trois Convents
qui font dans l'enclos du grand Monaftere ; fçavoir ,
à S. Lazare , à la Magdelaine , & à S. Benoit. On fir
les Obfeques dans chaque Eglife , & le dixième
joar
MAY. 1742. 4265
jour , on fit l'inhumation de la maniere qui fuit.
La Grande Prieure fit la levée du Corps . Les Prêtres
de la Paroiffe , précédés de la Croix , marchoient
les premiers : enfuite les Keligieufes , &
tous les Religieux de la dépendance de l'Abbaye ,
tant ceux qui avoient fait des Services , que ceux de
l'Ordre . Le Corps étoit porté par fix Diacres , &
accompagné des Officiers de l'Abbaye , en grand
deuil. La Dame Chapelaine , portoit un gros livre
couvert d'un crêpe . La Porte Croffe , la tenoit par
le milieu , marchant à côté du Corps , dont le
vifage étoit découvert . Le P. Prieur , en qualité
d'Officiant , marcha le dernier.
On chanta le Libera , depuis le Palais Abbatial ,
jufqu'à l'Eglife . On avoit préparé un Autel dans
' Eglife intérieure , pour y célébrer des Moffes . A
la fin des Prieres , & de toute la Cérémonie , on
rompit les Sceaux de l'Abb.ffe , à trois differentes
repriſes , en difant à haute voix ,
Madame Louife-Françoise de Rochechouart de Mor
temart n'eft plus.
Tous les Lieux par où le Corps paffa , étoient entierement
tendus de noir . Le Cloitre l'étoit en de
dans & en dehors Toute la Maifon Abbatiale l'étoit
en trois rangs de tenture , avec plufieurs Ecuffons
aux Armes de la Maifon de la Défunte.
LETTRE de M *** à M. le C. de **
fur le dernier Article du Mercure de
France , du mois de Novembre 1741.
J
E vous rens graces , M. , de m'avoir inflruit de
ce que contient le dernier Article du Mercure de
Novembre 1741. Comme je ne fuis plus depuis quel
ques tems à portée d'avoir la fuite des Mercures ;
j'aurois ignoré ou apris bien tard , ce qui fait l'ob
jer
1.266 MERCURE DE FRANCE
jet de la lettre de M. le Comte de Vauban , dont
on a donné l'extrait dans cet article . Il a affûrement
bien raison de compter fur la difpofition ou
feroit M de Rothe s'il vivoit encore , de rendre une
pleine & entiere juftice à feu M. le C. du Puy Vauban
on Pere. Il Peftimoit , il l'honnoroit beau-,
coup , & bien loin de penfer à lui dérober la gloi
re dûë à fes fervices , je Pn ai fouvent entendu parler
avec de grands éloges , & regretter de ce qu'ils
n'avoient pas éte mieux récompenfés Je n'ai oint
crû m'écarter de ces fentimens ni diminuer l'éclat
qu'ont eu la valeur & les belles actions de M. ie C.
du Puy- Vauban , ( en difant dans un petit Mémoire
qui fe tro ve au dernier article de la premiere par
tie du Mercure de Juin 1741. ) que la maladie de M.
le C. de Vauban avoit fait rouler fur M. de Rothe
le foin de la défenfe de Bethune , affiégeé par
alliés en 1710. M. de Rothe , alors Marechal de
Camp , étoit , il eft vrai aux ordres de M. le C. de
Vaubin , Lieutenant Général des Armées du Roy ,
& Gouverneur de la Ville , à qui , pour me fervir des
termes de M. le Maréchal de Viliars , fon experience
dans les Siéges, ne la foit rien ignorer . C'eſt
dans une lettre , dont je vais parler , que ce grand
Capitaine s'exprime ainfi . Je n'ignorois point ces
faits , mais j'étois autorifé à croire que la maladie
de M. de Vauban l'avoit reduit à fe repofer fur M. de
Rothe , du foin d'exécuter fes ordres , & d'y fupléer
dans les circonftances où la nature des événemens
?!
les.
la fituation de M. le C. de Vauban n'auroient pas
permis d'avoir recours à lui. J'avois fouvent qui dire
à des Officiers , qui avoient en cette occaſion ſervi à
Bethune , que M. le C. de Vauban avoit été malade
pendant le Siége . Cette idée s'étoit même établie
dans l'efprit de bien des Militaires , & on pour
roit , s'il convenoit , en citer qui occupent aujour
d'hui
MAY. 1742.
1267
hui les premiers rangs , & qui ont parlé , comme
moi , fur cet évenement . Mais ce qui parut encore
d'un plus grand poids que tous ces dilcours c'eft
un billet ou une lettre de M. le Maréchal de
Villars , que le hazard fit trouver à celui qui après
la mort de M. Rothe examina fes papiers. En voici
quelques traits.
39
J'ai écrit , M. une affés longue lettre à M.de Vauban.
Je fuis perfuadé qu'il n'oubliera rien pour
faire une belle détenfe. Je fuis en peine de ce
» qu'on m'a dit qu'il étoit au lit , quand une femme
eft partie de Bethune . Vous fçavez bien ;
» qu'après lui , la défenſe de cette Place vous regarde...
vous pouvez compter que l'on noubliera
tien pour la fecourir. Mais i l'armée des
» ennemis fe trouvoit trop bien poftée & retran-
33 chée pour pouvoir la forcer à une action , j'eſpere
que nous verions la plus belle défenſe qu'il
y ait eu de la Guerre . Vous avez de très bons
Officiers.... Faites -nous voir , fi le cas y échet ,
» comment l'on foûtient des affauts au corps d'une
Place , comment on fe retranche fur les Baftions
» je vous l'ai déja recommandé , & vous me l'avez
» promis... Enfin , je compte , mon cher Rothe ,
que vous ferez merveilles , & répondrez bien
l'eftime que j'ai pour vous. Sur tout , ayez une
» oeconomie continuelle , & pour vous en premier
» dieu , & que vos principaux Officiers ne s'expo-.
>> fent que fort utilement .... furtout une qualité
Irlandoife , fermeté & opiniâtreté , &c.
Cette lettre datée du Camp d'Agny , le 17. Juillet
1710 , c'eſt à dire , trois jours après l'inveftiture
de la Place , eft écrite fur un petit morceau de
papier large de deux doigts , & long de dix ou douze.
L'écriture en eft fort menuë & d'une autre
main que la fignature. Sa feule forme fait voir
qu'elle
1263 MERCURE DE FRANCE
fe qu'elle n'avoit paſſé qu'à la faveur des voyes
crettes , que la fituation où étoit alors Bethune permettoit
d'employer , pour y donner de fes nouvelles
, ou en recevoir. On la dépofée , chés Melin
Notaire ruë faint Antoine , proche la fontaine , à Paris
, afin que ceux qui le jugeroient à propos , puiffent
l'examiner , & elle y reftera trois mois entiers
après celui où cet éclairciffement paroîtra dans le
Mercure.
Ceux qui auront la curiofité de la lire , verront
que ce n'eft point un zéle déplacé pour la gloire de
M. de Rothe , qui a dicté l'article inferé dans le
Mercure du mois de Juin dernier , & conviendront
que s'il y a quelque chofe à rectifier dans la part
qu'on lui donne à la détenfe de Bethune , c'eft qu'il
eût été difficile de s'en former fur de pareilles autorités
une autre idée que celle qu'on a énoncé dans
cet article .
Au refte , de quelque façon que la chofe fe foit
paffée , la réputation de M. le C. de Vauban n'eft
rien moins qu'expolée à en fouffrir . Elle étoit établie
fur des fervices trop longs , trop importans , &
trop éclatans , pour qu'une maladie qui l'auroit mis
quelque tems hors d'état d'agir par lui - même , pût
Pobfcurcir. M. de Villars , bleflé à Malplaquet, n'en
perdit rien de fa gloire , pour avoir laiffé au Maréchal
de Bouflers le foin de la retraite de l'armée .
Vous fçavez , Monfieur , les fentimens tendres &
refpectueux avec lesquels je fuis , votre très- humble
& très-obeiffant ferviteur ***.
Le 15 . Janvier 1742
Le Mercure de Juin prochain contiendra deux Volumes.
On y trouvera avec le Portrait en Taille- douce
de l'Ambassadeur , quelques autres Planches , tout
ce qui concerne l'Ambaffade folemnelle de la Porte
Ottomane à la Cour de France.
TABLE.
Bouquet à M. ***
IECES FUGITIVES. Epitre à M. Greffet , fuivie
P
d'une d'une Ode , 1057
Avertiffement , Extrait d'un ancien Roman , 10641
Metamorphofis Flagrionis , &c.
Lettre de M. .. à M ... ... ...
Apophtegies , ou Bons- Mots traduits ,
Réponse fur l'Effai d'un Bureau Muſical ,
A M. J. pour le jour de la Fête ,
La Vie d'un Philofophe aimable ,
Epitre à M. le M. de M. . . . .
Lettre de M. Maillart , à M. Bruffel ,
Réponse fur le genre Epiftolaire ,
1084
1088
1090
1097
1107
1108
1118
1120
1122
1123
Ode à M. de Voltaire , 1131
Lettre de M. Deparcieux , à M. D. L. R.
1137
1141
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
1143
Parabola Evangelica , & c.
1153
ibid.
"
Enigme , Logogryphes , & c .
& c. Hiftoire génerale d'Espagne ,
Hiftoire de Guillaume le Conquerant
Hiftoire des Empires , 2. derniers volumes , 1154
Avis touchant les 11. vol.de l'Hift . des Empires, ibid.
Le Géographe Méthodique ,
Livres imprimés chés Briaffon ,
1156
1112
Avis pour la vente des Buttes antiques , Statues, &c .
du Cardinal de Polignac , 1163
Recueil des Statues , Buftes & Bas- Keliefs qui font
à Venife , 1164
Le Paſteur des Ames , imprimé à Toulouſe , 1167
Memoire lû à l'Académie des Sciences , fur le dévelopement
& la crué des Os des Animaux , 1170
Prix propofé par la même Acad . pour 1744. 1180
Eftampes nouvelles , Portraits , & c.
Cartes nouvelles , & c ,
1182
1187
Divertiffe
Divertiffement mis en Mufique , & c. 1189
Avis au fujet du Traité des Edifices modernes , 1190
Fufil à deux coups , inventé par le Sr Reygniers , 1192
Avis aux jeunes Gens de Famille , & c . 1193
Avis pour la vente des Diamans de M. le Duc, 1195
Compofition de la Thériaque ,
Vin de Cerife
Chan on no : ée ,
119.6
ibid.
1197
Spectacles, Ex.de la Paft. d'Ifbé, repr àl'Opera , 1200
Balet des Elemens , remis au Théatre ,
Théatre François , nouvel Acteur
1212
1213
ibid. Théatre Italien le Valet embaraffé , Piéces nouv.
Mort de Romagnefy.Acteur du même Théatre, 1214
Nouvelles Etrangeres , Ruffie , Suede ,
Morts des Pays Etrangers ,
& c. ibid.
1245
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1247
Bénéfices donnés ,
Concert Spirituel ,
Piéces jouées à la Cour ,
Morts & Mariage ,
1254
1256
ibid.
1257
PAge
Errata d'Avril,
Age 707. ligne 4. alios , life , alias .
P. 709. 1. 4. tedipum , l . tepidum .
•
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1089. ligne pénultieme , vous , life , nous.
P. 1193. 1. 12. recule , l . recul.
La Chanson notée doit regarder la page
1197
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
JUIN
1742..
RICOLLIGIT
SPARGI
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
La Veuve PiSSOT , Quai de Conty,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLII .
Avec Aprobation & Privilege
A VIS.
L'A
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Fran- ..
goife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pourles faire tenir.
*
On prie très - inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
"perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lni indiqucra.
Parx XXX. Sora
•
MERCURE
DE
FRANce ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
JUI N.. 1742.
***************
PIECES
FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
QUATRAINS
Pour l'Inftruction d'un Enfant , imités du
Latin de Muret.
Nftruifez-vous , mon fils , dès la fleur
de votre âge ,
En gravant ces leçons dans votre fou
venir ;
Mais il ne fuffit pas de les bien retenir ,
Il faut en même-tems les bien mettre en ufage.
A ij
Réverez
1272 MERCURE DE FRANCE
Réverez l'Eternel , demandez - lui la Grace ;
C'eſt le premier devoir , & le plus important.
Réverez Pere & Mere , à qui vous devez tant ,
Et réverez auffi quiconque les remplace.
Le Menfonge fait peur à toute ame bien née ;
Lorfque l'on a peché ( ſouvenez - vous- en bien )
Le Menfonge , mon fils , ne peut fervir de rien ;
La faute qu'on avoue eft bien - tôt pardonnée .
Aprenez volontiers , fans dégoût , fans pareſſe.
Eft- il rien de fi -doux que de beaucoup ſçavoir !
Quiconque a la ſcience , eft en état d'avoir
Ce qu'offrent de plus beau l'honneur & la richeffe.
Si quelqu'un vous reprend , le devoir vous com-
`mande
De l'en remercier , comme d'un grand bienfait ;
Prenez garde , fur tout , qu'il n'ait un jour ſujet
De vous réitérer la même réprimande .
De qui flate le vice abhorrez le faux zéle ;
Son difcours doucereux eft un poiſon fatal .
Lorfqu'on ne reprend pas un Enfant qui fait mal ,
On a pour cet Enfant une haîne réelle.
Par l'apas d'un éloge adroit & peu fincere
Quiconque eut une fois l'art de vous redreffer ,
•
Eft ,
1 JUIN. 1273 1742
Eft , attendez -vous - y , prêt de recommencer ,
l'occafion s'offrira de le faire . Dès que
A croire tout le monde , à ne croire perfonne ,
Le péril est égal pour deux efprits divers .
L'un eft ſouvent trompé par des hommes pervers ,
L'autre eft fouvent trompeur , du moins , on l'en
foupçonne.
Quand de mauvais défirs en fecret vous dévorent ,
Quand vous vous laiſſez vaincre aux folles paffions,
Et que vous commettez d'infâmes actions
Dieu le voit , Dieu le fçait , fi les hommes l'ignorent .
Les fécrets péfent fort. Ne chargez donc des vôtres
Qu'un Ami , reconnu pour difcret Confident.
Sçachez garder vous-même un filence prudent
Sur ce dont vous voulez fe taifent les autres. que
N'arrêtez point vos yeux fur des objets infâmes ;
Ne regardez jamais avec cupidité
Que ce que l'on peut faire avec honnêteté ;
Tout ſpectacle honteux corrompt les jeunes ames.
Aux difcours d'une bouche impudente & perverſe
Refufez conftamment votre oreille , & de plus ,
Non content de hair les difcours diffolus ,
De quiconque les aime évitez le commerce.
A iij
Etudiez.
1274 MERCURE DE FRANCE
Etudiez . Ce foin d'abord vou , femble rude ,
Mais fon utilité vous charmera dans peu.
Le plaifir de jouer finit avec le jeu ,
Le plaifir de fçavoir demeure après l'étude.
> Afin de rapeller notre vigueur bannie ,
S'il faut quelquefois prendre un repos moderé ;
Il n'en eft pas moins vrai que le repos outré ,
En hébêtant les fens , émouffe le génie.
Formez-vous le défir d'être utile à vous-même
L'être aux autres , mon fils , en eſt le vrai moyen.
Si vous n'aimez perfonne , alors , vil Citoyen ,
Vous ne méritez pas que perſonne vous aime .
Les fuccès du méchant n'offrent que de faux
charmes.
Je plaindrois votre coeur , s'il en étoit épris.
Le méchant périra ; le ſujet de ſes ris
Deviendra tôt ou tard le ſujet de fes larmes .
Tandis qu'un fang actif circule dans vos veines ,
De travailler beaucoup faites - vous un plaifir ;
Pour arriver au but d'un honnête loifir ,
Le chemin le plus fûr eft le chemin des peines.
Mon fils, que du travail l'habitude eft charmante t
Elle donne aux vertus la vie & la vigueur.
Les
J. UIN. 1742. 1275'
Les vices les plus bas naiffent dans la langueur ,
Ainfi ques Lézards naiffent dans l'eau dormante.
Voyez dans un Miroir quel est votre viſage ;
S'il eft beau , par vos moeurs ne le profanez pas ;
S'il eft laid , rachetez le défaut des apas ,
Moyennant la beauté d'une conduite fage.
Gardez-vous de commettre un acte , s'il vous femble
Qu'il vous feroit rougir , vous étant imputé .
Refpectez- vous vous- même ; aimez la pureté ;
Et feul tenez-vous lieu de vingt témoins enſemble .
Auffi fage en fes fins, qu'augufte en fes merveilles,
La Nature attentive à nous manifefter
Que nous devons peu dire & beaucoup écouter ,
N'a donné qu'une langue en donnant deux oreilles.
Du Maître vigilant la fréquente vifite
Confervera le bien qu'il aime à conferver.
Veillez & vifitez , fi vous voulez braver
Les perfides deffeins que le voleur médite.
Abftenez-vous du vin, ou du moins, s'il vous tente,
En le trempant beaucoup fauvez votre raison ;
Car boire du vin pur dans la jeune faifon ,
C'eft prodiguer de l'huile à la fournaiſe ardente.
A iiij Ayez
1276 MERCURE DE FRANCE
Ayez l'air gracieux & l'entretien modefte ,
Vous aurez le fecret de gagner des Amis.
Un brufque , un infolent , qui ſe croit tout permis,
Ne doit point s'étonner fi chacun le détefte.
Préferez au défir d'amaffer des richeffes
Le défir plus fenfé d'acquérir des vertus.
Le mérite n'eft point un préfent de Plutus ,
Mais un jufte moyen d'obtenir fes largeſſes .
Aux délices d'aprendre utilement fenfible ,
Lifez les bons Auteurs , & les retenez bien ; /
Car enfin , beaucoup lire & ne retenir rien ,
C'eft, par un vain travail, puifer l'eau dans un Crible .
La honte fuit de près le courroux témeraire ;
Loin d'en être l'esclave , il faut le maîtrifer.
O qu'il eft glorieux de fçavoir mépriser
Ce qui communément excite la calere !
Parler mal , c'eft montrer fon ignorance nuë ;
Parler trop , c'eft fe rendre ennuyeux & gênant ;
Parler bien , parler peu , fait honneur à l'Enfant ;
L'un marque fon efprit , l'autre fa retenuë .
En agitant le Pin fur la Montagne altiere ,
Les Vents dans le Valon épargnent l'Arbriſſeau ;
Cent
J & IN. 1742 . 1277
Cent périls vont troubler le Riche en fon Château,
Qui ne menacent point le Pauvre en fa Chaumiere.
Des fatyriques traits , où le vice eft en butte ,
Quelqu'un veut- il fauver la réputation ?
Attentif fur lui-même , en toute occafion ,
Qu'il aitfoin d'être tel qu'il veut qu'on le répute.
Le Diſciple docile aux ordres de fon Maître ,
D'un honteux châtiment ne craint point la rigueurs
Celui qui les dédaigne , en proye à cette peur ,
Eft toujours malheureux & trop digne de l'être.
Vous en qui la vertu précede les années ,
Enfans chéris du Ciel , que votre fort eft doux !
On vous vante >
on vous aime , on a les yeux fur
vous ;
Tout vous fait efperer d'heureufes deftinées .
Le vicieux , le lâche , éprouve un fort contraire
Nul ne veut feulement l'honorer d'un foûris ;
Il est le vil objet du plus jufte mépris ,
La Fable du Public , l'oprobre de fon Pere.
Mon fils , domptez en vous tout penchant pour le
vice ,
Lorfque vous en avez encor la liberté.
L'habitude devient une néceffité ,
Qui trop fouvent, hélas ! conduit au précipice .
A V La
1278 MERCURE DE FRANCE
La pratique du bien d'abord femble épineufe ,
Mais infenfiblement l'ufage l'adoucit ;
Qui n'ofe rien tenter , jamais ne réüffit ;
Nul obftacle n'arrête une ame génereufe .
Ne vous exaltez pas ; laiffez ce foin aux autres
Il ne feroit en vous qu'un foin defordonné .
Avez-vous reçû d'eux leur avez -vous donné ?
Célebrez leurs bienfaits ; ne dites rien des vôtres.
Quand l'Utile , au ſujet de ce qu'on vous propoſe
Avec l'Honnéte en tout ne paroît pas d'accord ;
Arbitre vertueux , fans héfiter , d'abord
Vous devez à l'Honnête accorder gain de cauſe.
Voilà peu de leçons , gardez-en la mémoire ;
Ce peu , bien pratiqué vous promet d'heureux jours..
Sur tout , du Roy des Rois implorez le fecours ;
Attendez tout de lui , faites tout pour fa gloire..
E. M. F.
MEJUIN.
1279 1742.
MEMOIRE HISTORIQUE
concernant la Seigneurie de Marcouffis & le
Prieuré des Celeftins , qui eft dans le même
Lieu.
>
ARCOUSSIs eft une ancienne Seigneurie
, fituée dans l'Ile de France ,
Diocèfe , Parlement , Intendance & Election
de Paris , à une lieuë de Montlhery. Le
Dictionaire Géographique de la France marque
que ce Lieu eft à cinq licuës de Paris ,
mais on en compte ordinairement fept. L'Eglife
Paroiffiale eft dédiée à la Magdeleine ;
on compte dans cette Paroiffe environ 800 .
habitans.
Cette Seigneurie a toujours apartenu à des
perfonnes de grande confidération ; fçavoir ,
aux Montaigu , aux Graville, aux Balzac , &
aux d'Illiers d'Entragues.
Le plus ancien Seigneur de Marcouffis qui
foit connû , eft Jean Chevalier, Seigneur de
Montaigu & de Marcouffis , Vidame de Laonois
, Confeiller du Roy , & Grand- Maître
d'Hôtel de France pendant les premieres années
du Regne de Charles VI. Quelques Hif
toriens lui donnent auffi le Titre de Prévôt
de Paris , & celui de Grand- Tréforier o
Sur-Intendant des Finances.
A vi
Gerard ,
1280 MERCURE DE FRANCE
Gerard , fon frere , étoit Evêque de Paris ,
& fut inhumé à Marcouffis.
Comme il étoit fils d'un Sécretaire du
Roy , Monftrelet , Hiftorien prévenu pour
le parti des Bourguigons , infére de - là qu'il
n'étoit pas d'extraction noble; mais Dupleix ,
qui a recherché fa Généalogie , dit que fuivant
des Titres authentiques , qui font au
Convent des Célestins de Marcouffis , par lui
fondé , il étoit fils de Girard de Montaigu ,
qui avoit d'abord été Maître en la Chambre
des Comptes & Sécretaire du Roy , qualités
qui relevent l'extraction noble, loin de la détruire,&
qui même alors étoient fouvent conférées
aux Nobles ; que depuis il fut honoré
du Titre de Chevalier, Confeiller & Chambellan
du Roy Charles VI. que ces mêmes.
Titres font gravés fur fon Tombeau dans l'Eglife
de fainte Croix de la Bretonnerie à Paris
,
dans
une
Chapelle
par
lui
fondée
, qui
eft
fermée
, & à main
droite
, où
fe
voit
encore
fon
Effigie
, avec
celle
de
Biete
de
Caffinel
, fa
femme
, qui
étoit
de
l'illuftre
Marfon
de
Lucques
, en
Italie
; & pour
faire
voir
que
Girard
de
Montaigu
étoit
décoré
de
tous
ces
Titres
, avant
que
fon
fils
fût
en
faveur
auprès
du
Roy
, il obferve
que
ce
Gerard
de
Montaigu
mourut
le
18.
Novembre
1390
.
& que
Jean
Juvenal
des
Urfins
, Archevêque
de
Rheims
, Hiftorien
fidéle
de
ce
tems
- là ,
&
JUI N. 1742: 1281
& témoin oculaire du défaftre de Jean de
Montaigu , dit qu'il fut condamné la 16. ou
17. année après qu'il étoit entré en faveur
auprès du Roy , ce qui feroit vers l'an 1393 .
ou 1394. trois ou quatre ans après la mort
de Gerard de Montaigu.
Dupleix ajoûte que le bruit couroit queBiete
de Caffinel avoit eû fon fils Jean des oeuvres
du Roy Charles VI.
C
Quoiqu'il en foit , il eut l'honneur d'entrer
en alliance avec la Maifon de France ;
en effet , de fon Mariage ave Jacqueline de
la Grange , il eut un fils , nommé Charles
qui époufa la fille de Charles d'Albret, Connétable
de France , proche parent du Roy ;
deux de fes filles furent mariées à Jacques &
Pierre de Bourbon , Princes du Sang Royal ;
la troifiéme , nommée Jacqueline , époufa
en premieres nôces le Seigneur de Montbafon
, & en fecondes , Jean Malet , Sire de
Graville , aycul de l'Amiral du même nom ,
auquel elle aporta en mariage la Terre de
Marcouffis.
Pour revenir à Jean de Montaigu , c'étoit
un homme de bien , fort aimé du Peuple .
cependant en 1409. par la brigue du Duc de
Bourgogne , il fut condamné à Paris par des
Commiffaires , à être décapité. Si l'on en
croit l'Infcription qui eft fur fon Tombeau à
Marcouffis , il ne fut exécuté que le 17. Octobre
1282 MERCURE DE FRANCE
tobre 1430. ce qui devroit être d'autant plus
exact , que cette Infcription eft dans l'Eglife
des Célestins de Marcouffis , qui doivent
fçavoir au jufte l'Hiftoire de leur Fondateur ;;
cependant , fuivant nos Annaliftes , Jean de
Montaigu fut décapité en 1409. Cette exécution
fut faite aux Halles , où l'on faifoit
alors toutes les exécutions de Juftice ; Pierre
des Effarts , Prévôt de Paris , un des Juges ,
le plus dévoué au Duc de Bourgogne , y
étoit préfent.
و
Dupleix
dit que fuivant les Actes & Mémoires
qui font au Convent
des Célestins
de Marcouffis
, les Seigneurs
alliés de Jean de
Montaigu
, s'employerent
auprès du Roy
pour fa délivrance
, & que ne l'ayant pû ob- tenir , ils quitterent
la Cour ; que quatre
ans après Charles
de Montaigu
, fon fils avec l'affiftance
& vive follicitation
des mêmes
Célestins
, fit réhabiliter
la mémoire
de
Jean , fon Pere , & rentra dans fes biens qui avoient été confifqués
, fit retirer la tête & fon corps du Gibet ( de Montfaucon
, ) le Prévôt
de Paris y étant , avec des Prêtres
& des luminaires
, & les fit porter & inhumer
avec une pompe funebre
magnifique
, en l'Eglife des Céleftins
de Marçoutlis
, par lui fondée
; que ce génereux
fils fut tué depuis
à la Journée d'Azincourt
, pour la dé- fenfe de la France..
1
Brice
JUIN. 1742 128
Brice qui fait mention de cet Evenement
dans fa Defcription de Paris , en parlant des
Halles , dit que le Roy eut horreur de l'injustice
qui s'étoit faite en fon nom , dans le
tems qu'il avoit l'efprit aliené , qu'il réhabilita
la mémoire & toute la famille de Jean de
Montaigu , à la follicitation des Célestins de
Marcouffis , lefquels allerent détacher le corps
du défunt du Gibet de Montfaucon quatre
mois après la mort ; mais il fe trompe fur cette
époque , car ce ne fut que quatre ans après ,
fçavoir , en 1412. Il obferve auffi que l'ayant
porté à Marcouffis ils lui drefferent un
Tombeau , que l'on voir encore à préfent ;
ils vendirent même une partie de leur Tréfor
pour fournir à toutes ces dépenfes , ce qui
fut un rare exemple de reconnoiffance & de
génerofité pour des Moines , à ce que dit
Jean Juvenal des Urfins , Archevêque de
Rheims , Hiftorien fidéle de ce Regne.
>
Le Château de Marcouffis , dont la plus
grande partie a été bâtie par Jean de Montaigu
, eft fitué dans un fond , au pied d'une
Colline qui le domine, ce qui étoit un grand
défaut dans la pofition de ce Château, ayant
été bâti depuis l'ufage du canon , qui fut introduit
en 1338. Du refte ce Château étoit
très - fort pour ce tems - là, où l'on ne fçavoit
pas encore attaquer les Places avec tant d'art
qu'aujourd'hui.
L'entré
1284 MERCURE DE FRANCE
L'entrée du Château eft couverte par un
Ouvrage avancé , dans lequel on ne peut
entrer que par deux Ponts levis qui font aux
extrémités des flancs . La face de cet Ouvrage
eft flanquée de deux groffes Tours , terraffée
& la courtine fortifiée par un rédent.
Dans une petité tourelle qui eft à côté de la
groffe Tour Méridionale , il y a un Moulin à
bras , dont on fe fervoit pour l'ufage du Château
fur tout dans le tems des guerres. Il y
a dans l'intérieur de cet Ouvrage une cour
quarrée , où les Soldats fe rangeoient en armes
, & autour de laquelle font plufieurs
Corps de garde . Cet Ouvrage eft entouré
d'un foffé revêtu , fort large , lequel , ainfi
que les foffés du Château , eft rempli des
eaux de la petite Riviere de Salmoüille , qui
vient des Etangs de Marcouffis .
Le Château eft entouré de foffés fort larges
; on n'y entre plus que par un Pont-levis
du côté du Midi , qui a toujours été la principale
entrée ; il y avoit un autre Pont- levis
du côté du Nord , qui eſt détruit.
Les Bâtimens du Château forment une
enceinte quarrée , au milieu de laquelle eft:
une cour auffi quarrée , plus longue que large
; les quatre angles exterieurs du Château
font flanqués de quatre groffes Tours rondes,
couvertes d'ardoife , & les courtines font
toutes à machecoulis & galeries , & flanquées,
JUI N. 1742 1289
quées de demi - Tours découvertes.
Le Donjon eft du côté du Midi , au - deffus
de la porte d'entrée du Château ; il eft
flanqué de deux demi-Tours découvertes ,
& au-deffus du Donjon s'éleve une Guérite ,
affés haute pour découvrir au loin dans le
Pays.
Charles VI . eft repréſenté fur un Médaillon
de pierre , qui eft au - deffus de la porte ;
à droite on voit un linteau de pierre de taille
au deffus d'une fenêtre , qui eft éclaté , &
dans lequel eft empreinte la forme d'un gros
boulet de canon ; on voit aufli en d'autres
endroits des marques de plufieurs coups de
canon , que ce Château a effuyé dans le tems
des guerres civiles.
On voit encore au deffus. de la porte la
herle , & des deux côtés les fiches qui fervoient
à porter les moufquets & les piques.
du Corps de garde.
A gauche en entrant eft la Sale des Gardes.
Du même côté , dans le fond de la cour ,
eft la Chapelle , qui eft double , c'eſt - à- dire ,
l'une au rez -de - chauffée , l'autre au niveau
du premier étage ; il n'y a plus que celle- ci
qui foit entretenuë.
Sur les murs de ces deux Chapelles & de
leurs Sacrifties , font ces Lettres Gothiques
ilpadelt, qui font répetées prefque de
pied en pied ; on tient que ce font les Lettres
1286 MERCURE DE FRANCE
tres initiales de ces mots : je l'ai promis à
Dieu & l'ai tenu ; dd''aauuttrreess ddiiffeenntt que c'eft un
mot Syriaque ; on voit auffi fur ces murs les
Armes de Jean de Montaigu , qui font d'argent
, parties d une Croix d'azur , aux quatre
Aigles éployées de gueules , & celles de Jacqueline
de la Grange, fa femme , qui font de
gueules au chef d'Argent , chargées de trois
merlettes de fable.
On a auffi peint fur ces murs des Aigles
éployées , & des feuilles de Courge , que
Jean de Montaigu prenoit pour fon fymbole .
Le Bâtiment qui eft dans le fond de la
cour, & le grand efcalier qui eft à droite, ont
été faits par l'Amiral de Graville , dont on y
voit les Armes & les Ancres , qui font les
attributs du Grand - Amiral.
C'est dans ce corps de logis qu'eft la Sale
de Compagnie , qui eft fort vafte. Sur une
confolle dans le fond de cette Sale , eft la figure
en pierre d'un Cerf de grandeur naturelle
, avec fon bois naturel ; ce Cerf porte
au col un Ecu aux Armes de France , & fur
le piédeftal font plufieurs Salamandres , qui
étoient , comme on fçait , la Devife de François
I. ce qui fait juger que cette Figure a
été mife en mémoire d'un Cerf pris par ce
Prince dans les Bois de Marcouffis.
Il y a fur la plupart des cheminées du
Château de pareilles figures de Cerf, portant
diverfes
JUI N. 1742 1287
diverſes Armoiries de Princes & de grands
Seigneurs , qui font , fans doute , les Armes
de ceux qui ont pris des Cerfs dans les Bois
de Marcouffis.
Sur la cheminée de la grande Sale , on lit
cette Devife : Ignis peffimus omnium Cupido.
Dans un Cabinet qui eft au rez - de - chauffée
, on voit le Portrait d'Henriette de Balzac
, qui fut aimée d'Henri IV . & le Portrait
du Duc de Verneuil , leur Fils naturel, ›
Sur quelques vêtres , & en plufieurs autres
endroirs de la Maifon , on voit les Armes de
France pleines ou écartelées , ce qui fait juger
que les Chambres où se trouvent ces Armes,
ont été occupées par des Princes du Sang.
Le grand efcalier eft dans une Tour ronde
, toute bâtie de brique ; les marches font
de pierres de taille , & difpofées en vis. La
Charpente des Combles eft toute de bois de
Chataignier , & fort belle.
L'entrée des cachots eft à gauche , dans
le coin de la Cour; les baffes foffes font dans
le bas de la Tour la plus feptentrionale , audeffous
du niveau de l'eau des foffés , mais
les murs font fi bien cimentés , que l'eau n'y
pénetre pas.
Lors des troubles de la minorité de Louis
XIV. le Prince de Condé , le Prince de
Conty , & le Duc de Longueville furent
transferés de Vincennes au Château de Mar
couffis
1288 MERCURE DE FRANCE
couffis . Un des Celeftins de Marcouffis alloit
leur dire la Meffe dans le Château ; mais
comme on foupçonna que quelqu'un les informoit
de l'état des affaires publiques , on
les transfera peu de jours après au Havre de
Grace.
Le Parc de Marcouffis contient 80 arpens.
On y voit des Ormes d'une hauteur & d'une
groffeur remarquable . La Salmouille paffe
dans ce Parc , d'où elle va enfuite faire tour."
ner le Moulin de Guillerville .
›
Un des Revenus de cette Terre confifte
dans les deux Etangs qui font près delà ,
dont l'un contient 90 arpens , l'autre 120 ;
on les pêche tous les ans , & leur produit eft
eftimé
3000 par an . Ces Etangs font formés
par les eaux de la Salmonille.
liv.
Le Monaftére des Celeftins de Marcoulis,
eft un Prieuré de l'Ordre de S. Benoît, fondé
par Jean de Montaigu ; il y a 15 Religieux ,
dont le Prieur eft le Chef.
Sur la Porte du Monaftére font les Armes
des Celeftins , qui font .... à la Croix ancrée
, entrelacée d'une S.
Aux deux côtés du Ceintre font deux Figures
de pierre , l'une de S. Benoît , l'autre
S. Celeftin , Pape. Dans la Sale de Compagnie
, il y a quelques Portraits , entr'autres
celui de Jean de Montaigu , Fondateur , ha
billé d'une Cotte - d'Armes , faite comme une
Dalmatique
JUIN. 1742. / 1289
›
Dalmatique , fur laquelle font fes Armes ;
'elles font auffi au haut du Tableau avec cette
Infcription : Jus & Patriam recta ratio prafert.
A côté de lui , fur une colomne , eft
écrit , Jean de Montaigu , Grand - Maîtred'Hôtel
du Roy Charles VI. ès premieres
années de fon Regne , Fondateur de céans.
On y voit auffi le Portrait de Charles de Balzac,
Evêque de Noyon, & celui de Thomas
de Balzac , fon frere , Chevalier de l'Ordre
du Roy.
Les Caves de cette Maiſon font fort belles.
Sur la Porte du Chapitre on voit les Armes
de S. Pierre de Luxembourg , Cardinal ,
de l'Ordre des Celeftins , qui font d'argent ,
au Lyon de gueules.
La Sepulture des Religieux eft dans un
Caveau bâti fous le Chapitre.
Il y a au haut de la Maiſon un petit Logement,
que l'on apelle l'Apartement du Fondateur
, où l'on dit que Jean de Montaigu
venoit fe retirer lors des grandes Fêtes , pour
entendre l'Office , y ayant dans ce Logement
une fenêtre qui donne fur le Sanctuaire de
l'Eglife. La Charpente des Combles eft de
bois de Chataignier , & fort belle à voir.
L'Eglife eft tournée au Levant & au Couchant.
Son Architecture eft gothique ; elle
eft dédiée à la Sainte Trinité , qui eft repréfentée
fur le milieu du Portail par une figure
faite
290 MERCURE DE FRANCE
faite d'une foule pierre , qui repréfente les
trois Perfonnes de la Ste Trinité , réunies depuis
la ceinture en un feul Corps , pour mar
quer l'urité de Dieu.
Sur le côté gauche du Portail eft la figure
de Charles VI. & celle de Jean de Montaigu,
Fondateur , qui eft en habit long , fuivant la
coûtume de ce tems ; à droite eft Ylabeau de
Baviere , femme de Charles VI . & Jacqueline
de la Grange , femme de Jean de Montaigu.
Ces Figures font de pierre de Liaiz ,
& les têtes en font auffi fraîches que fi elles
étoient ſculptées nouvellement, quoiqu'il y ait
plus de 300. ans que cette Eglife ait été bâtie.
On voit dans le Choeur de cette Eglife plufieurs
Tombeaux des Montaigu , des Balzac ,
des d'Entragues & d'autres Perfonnes de confidération
; entre autres celui de Gerard de
Montaigu , Evêque de Paris , frere du Fondateur.
Au-devant de fa Tombe , eft le Tombeau
de Jean de Montaigu , élevé d'environ trois
pieds ; la Figure de Jean de Montaigu eft
couchée fur ce Tombeau ; on lit autour cette
Infcription qui eft en caractéres Gothiques :
Cy gift noble & puiffant Seigneur Jean , en fon
vivant Chevalier Seigneur de Montaigu & de
Marcouffis , Vidame de Laonois , Confeiller
du Roy, & Grand Maître d'Hôtel de France,
Fondateur de ce Monaftere , lequel , en haine
JUI N. 1742. 1298
me des bons & loyaux fervices par lui faits
au Roy & au Royaume , fut par les rebe les
ennemis du Roy , injuftement mis à mort à
Paris le 17. jour d'Octobre , veille de Saint
Luc , l'an 1430. Priez Dieu pour lui.
Derriere le couronnement qui eft fur la
tête de Jean de Montaigu , font ces Vers.
Non vetuit fervata fides Regi Patria que
Ne tandem injuftè traderer ipfe neci .
Et au- deffous :
Pour ce qu'en paix tenois le Sang de France
Et foulageois le Peuple de Grevence ,
Je fouffris mort contre droit & juſtice ,
Et fans raiſon , Dieu fi m'en foit propice.
Dans une Chapelle à gauche , on voit plu
fieurs Tombeaux en Marbre , élevés fur des
colomnes ; fçavoir , celui de Charles de Balzac
, Evêque de Noyon , celui de Thomas
de Balzac , fon frere , Chevalier de l'Ordre
du Roy , Sr de Montaigu , & de . . . . . fa
femme ; ils font repréfentés à genoux . Ce fut
Charles de Balzac , Evêque de Noyon , qui
fit faire ces Tombeaux, & même le fien.
.....
A côté de la Sacriftie , eft 1 Epitaphe de
Henri Pot , Premier Ecuyer Tranchant &
Porte Cornette de Henri III. & depuis de
Henri le Grand , qui fut tué à la Bataille d'Yvry
292 MERCURE DE FRANCE
vry , fils de Guillaume Pot , Seigneur de
Rhodes , Chevalier des deux Ordres , & c .
-La charpente du comble mérite d'être vûë,
tant pour la beauté des bois dont elle eft
compofée , qui font tous de Chataignier
que pour la propreté avec laquelle elle a été
travaillée .
Le Clocher eft fait en aiguille octogone, &
très élevé ; de la Lanterne on découvre jufqu'à
trois lieues de Pays , quoique cette
Eglife foit bâtie dans un fond. Il y a quatre
Cloches , trois dont les Infcriptions font en
caractéres Gothiques , & une en caractéres
modernes.
La couverture de l'Eglife eft en partie d'une
tuil.everdâtre, verniffée , rangée par compartimens
avec de la tuille commune , ce
qui fait un effet très -gracieux à la vûë .
Dans une Armoire de la Sacriftie , eft le
Tréfor , qui quoique peu conſidérable , renferme
plufieurs Piéces curieufes , dont quelques
unes font montées en or. Il y en avoit
lors de la Fondation une plus grande quantité
, mais les Kéligieux en vendirent une
partie pour faire réhabiliter la mémoire de
leur Fondateur. Voici les Piéces les plus curieuſes.
Un Crucifix d'or , dans lequel il y a une
Croix faite du bois de la vraye Croix .
Un autre petit Crucifix , où il y a une
fainte Epine. Un
JUIN. 1742. 1293
ment ,
Un Oftenfoire pour expofer le Saint Sacrefait
en façon de tambour , qui eft de
Criftal de Roche , dans lequel il y a un petit
Croiffant pour pofer l'Hoftie . Cet Oenfoire
eft foûtenu par deux Anges d'or.
Une Sufpenfoire pour mettre un Ciboire .
Une Paix , d'or , où la Circoncifion de N. S.
eft repréſentée en rélief & en Email.
Un Reliquaire , dans lequel eft un Os du
bras de S. Jofeph d'Arimathic , aporté d'Angleterre
lors des perfecutions.
Une Figure d'argent , repréſentant S. Pier
re de Luxembourg, dans laquelle il y a quel
ques Reliques de ce Saint. се
Une autre Figure d'argent , repréfentant
Saint Pierre Célestin, où il y a quelques uns
de fes Os.
Les Chandeliers , la Croix , le Calice , la
Patene & les Burettes de la Chapelle de Charles
de Balzac , Evêque de Noyon , qui les
laiffa en mourant aux Céleftins de Marcouffis.
Il y a encore plufieurs autres Piéces curieufes.
Le Jardin des Célestins eft d'une figure fort
irréguliere , & entrecoupé de plufieurs Jardins
particuliers , que cultivent quelques Rèligieux
; celui du Prieur mérite furtout d'être
vú , tant pour la propreté avec laquelle il eft
entretenu , que pour la varieté des fleurs que
l'on y cultive.
B AMU1294
MERCURE DE FRANCE
AMUSEMENT
POETIQUE,
A Morphée.
TEndre Pere de
l'Indolence ,
Dieu du Sommeil , Dieu des Pavots ,
Toi , que révere le filence ,
Et la nuit , mere du repos ;
Confens que
d'utiles travaux
Succedent à ta nonchalance .
Mon cinquiéme luftre commence
A groffir les triftes fuſeaux
Que tourne la foeur d'Atropos ;
Et pour
dire tout en deux mots :
Les revenus de ma chevance
Ne fourniroient qu'à la dépense
D'un petit nombre de Moineaux .
Rapelle- toi , divin Morphée ,
Cette Solitude ifolée
Où j'aimois à fubir ta Loi ;
C'est là que d'affreufes Montagnes
N'offrent que de vaftes Campagnes ,
Dont l'aspect m'eût glacé d'effroi ;
Mais les objets , par l'habitude ,
Dépouillent ce qu'ils ont de rude ;
LA
JUIN
1298
1742
La Terre à qui l'on doit le jour ,
Fut toujours un charmant féjour.
Là , dans un coin de la Provence,
S'élevent fur une éminence ,
Et forment un petit ( 4 ) Hameau ,
Des Taudis que le bois , le chaume
Défendent de l'air & de l'eau.
C'eſt là , que d'un tranquile fomme
Dormoient mes paiſibles Ayeux ,
Quand la nuit , étalant fes voiles
Ramenoit l'éclat des Etoiles ,
Et venoit leur fermer les yeux.
Un Coq , précurseur de l'Aurore ,
Préfidoit feul à leur réveil ,
Quand les Zéphirs rapelloient Flore ,
Quand , ranimé par le Soleil ,
L'Univers fembloit de fa cendre ,
Renaître , empreffé de reprendre
Du Printems l'aimable apareil.
L'Art qu'aprit au fils de Celée
La fage Nymphe aux cheveux blonds ,
Occupe feul cette Contrée ,
Tant que dans fa Cour Etherée
Eole endort les Aquilons ;
Mais quand la Driade étonnée
Voit la verdure abandonnée
( a ) La Valette.
Bij A
1296 MERCURE DE FRANCE
A leurs fureurs dans les vallons ;
Quand la Nayade infortunée
Eft par leurs fureurs condamnée
A murmurer fous les glaçons ;
Dès-lois , tapis dans leurs maifons ,
Il tâchent d'apailer Borée
Par le vif éclat des tifons.
Les Bergeres que la Nature
Prend encore foin d'y former ,
Sçavent plaire , fçavent charmer
Sans le fecours de l'impoiture ,
Et les Bergers fçavent aimer
Sans brûler d'une flâme impure.
L'innocence , d'une main fûre ,
Sçait encor leur tracer des Loix.
Oui , c'eft fous de ruftiques toîts
Que regne la volupté pure ,
Mais de quoi vais - je t'informer ,
Morphée ? Ah ! je fuis hors d'haleine ,
Un froid fommeil glace ma veine ,
Doux repos , viens la ranimer ,
J'ai dormi ; d'agréables fonges
M'invitent à recommencer .
Dieu charmant des riants menfonges ;
Daigne encore t'intereffer
A ce qui me reste à tracer.
St
JUIN.
1297 1742.
Si , cachant des vérités dures
Sous un aimable coloris ,
Je puis plaire à tes Favoris ,
L'avare , dont les mains impures .
Flétriffent tes Pavots chéris ,
Me verra , prenant ta défenſe ,
Gourmander fa faufle prudence.
Revenons donc à nos Taudis :
Là , meublés ainfi que jadis ,
Les Notables du Lieu , pour vivre ,
Ont du pur froment , des brebis ;
Leurs Celliers même font munis
Du doux Jus , dont l'excès enyvre ,
Qui croît affés loin du Pays.
Mais la plupart infatigables ,
Tant qu'on voit regner les beaux jours ,
Rentrent fous leurs toîts déplorables ,
Quand les Aquilons formidables
De l'Hyver annoncent le cours.
En vain Cerès , tu te dépouilles
Pour ces Mortels infortunés ;
Que leur offres-tu 2 Des dépouilles
Que cent orages mutinés ,
Avant la faux fouvent ravagent ;
Si parfois ils ne t'endommagent ,
Bien-tôt l'avide Tréforier
S'aprête à vuider leur grenier .
1298 MERCURE DE FRANCE
Là , maint Arbriffeau qu'on entaffe ,
Là , des Buiffons contre la glace
Opolent de foibles
remparts ,
Quand de l'Hyver les étendarts
Affiégent pour fix mois la Place ,
Quand fon bruyant Miniftre glace
Leurs Pénates de toutes parts.
Ce Terroir fécond en épines ,
Eft encor plus fécond en eau ;
D'une des fuperbes Colines ,
Qui forment un profond berceau ,
Vers le Nord jaillit un Ruiffeau ,
Qui , Torrent fertile en ruines ,
Et roulant mille affreux Rochers ,
Tout le tems que l'orage dure ,
Offre au Paffant mille dangers .
Après l'orage fon eau pure
Se jouant entre les cailloux ,
Far un agréable murmure ,
Se confole de la verdure
Dont d'autres Ruiffeaux font jaloux.
Mais bien- tôt c'eſt une Riviere
Que mille fources ont groffi ,
Dont l'onde toujours vive & fiere
Fait croître , arrache fans merci ,
L'Ofier , le Peuplier , le Soule ;
Dans fon fein n'admet- elle auffi
Que
JUIN. 2299
1742
Que la Truite qu'elle cajole ,
Et que de Jaffaud ( b ) feulement
Peut lui ravir impunément.
Bords déferts , bords chéris d'Iffole ,
Pourquoi foupirai - je après vous ?
Que m'offrez -vous qui me confole ?
De la perte qui me defole ?
Depuis que j'ai vû fous tes coups ,
Atropos , expirer ma mere ,
Ces bords pour moi n'ont rien de doux ;
Qu'un fouvenir involontaire.
Par M. Boyer de la Valette:
A Lyon le 12. Juillet 1741 .
(b) M. de Jaffaud , Seigneur de Thoraine baſſe ,
dont la Valette dépend:
B iiij
LET
1300 MERCURE DE FRANCE
****************
LETTRE à M. le C. D. L. R. fur un
Sujet de Litterature Grammaticale.
Es differens Morceaux , Monfieur , qui
Lregardent l'éducation , & que vous inque
férez de tems en tems dans votre Mercure
me perfuadent que vous trouverez auffi ce
petit Ecrit digne d'y avoir place . Comme il
m'a été fort utile , j'ai crû que ce feroit obliger
le Public de le lui communiquer.
Le ſtyle en eft , peut-être , un peu négligé ,
mais la matiere en eft traitée avec foin , &
toutes les perfonnes qui deftinent leurs
Enfans aux Etudes ne peuvent que vous
être obligées d'une lecture qui les mettra
en état de juger par elles - mêmes d'une
Queſtion , où il s'agit d'épargner aux Parens
beaucoup de peines d'efprit , & de
dépenfes inutiles , & aux Enfans les chagrins
& les dégoûts qui en rebutent un fi grand
nombre , & les font renoncer pour toujours
aux Belles Lettres . J'ai l'honneur d'être & c.
J
LETTRE fur l'abus des Thêmes.
E ne fçaurois affés vous témoigner , Monfieur
ma ſurpriſe , quand je confidere
quel eft le fujet de votre inquiétude , & de
quel
JUI N. 1742. 1301
›
quel génie font ceux qui vous la font naître .
Vous m'aprenez que M. votre Fils , qui
doit ce me femble , avoir environ 8. à 9.
ans , lit aifément toutes fortes de caracteres
imprimés , ou manufcrits ; que fon Ecriture
fe forme & s'arange ; qu'il a déja des Notions
affés étendues de Géographie & d'Arithmétique
&c. & qu'il commence à connoître
la Note : vous êtes très- content fur tous ces
articles , mais voici le fujet de votre embarras
: cet Enfant , dites vous , explique à l'ouverture
du Livre tout l'Hiftorique de l'Ecriture
Sainte , & en rend affés bien toutes les
raifons grammaticales , mais on ne lui fait
point faire de Thêmes , & fur cela on vous
dit que ce progrès éblouiffant n'eft que Charlatanerie
, & n'a rien de folide .
Puifque vous me faites l'honneur de me
demander mon avis , le plus court eft 1 ° . de
aiffer dire ces gens- là,fans vous en embaraf
fer.On ne peut faire qu'un mauvais ufage de fa
raifon avec ceux qui n'en veulent point avoir.
Car après ce qui a été dit fur ce fujet par les
plus habiles Gens de ce fiecle , il ne peut
plus y avoir de contradicteurs , que ce: ne foient ou des ignorans
, qui fe mêlent
de parler fur une question
, fans s'être donné
la peine de s'en inftruire
, ou des entêtés
&
des gens de mauvaiſe
volonté
, qui préferent
leur caprice
à l'utilité
publique
.
B v En
1302 MERCURE DE FRANCE
En fecond licu , pour vous tranquilifer
vous- même , confidérez , je vous prie , que
tout le travail des Claffes n'eft point pour
parvenir à bien faire des Thêmes , des Vers
Latins , ou même des Harangues , mais à lire
facilement tout Auteur Latin , & à parler
latin au befoin. Or l'ufage & le plus grand
ufage eft l'unique mefure du progrès que l'on
peut faire dans une Langue . Sur ce principe ,
avoué de tout le monde , jugez maintenant
fi M. votre Fils , ocupé durant plufieurs heures
à faire un Thême , peut voir autant de
Latin , que s'il employoit le même tems à
expliquer ou à traduire plufieurs pages d'un
Auteur Latin avec méthode & réflexion.
Vous voyez bien qu'il n'y a nulle comparaifon
entre les deux routes . Mais c'eſt ce que
l'expérience vous confirme d'une maniere
encore plus évidente .
,
M. votre Fils explique t'il de fuite tout
un Chapitre hiftorique de la Bible ou de
quelque autre Auteur de pareille fimplicité
de ftyle ? Eh bien ,' allez dans la Claffe de
Sixième la plus nombreuſe , vous n'y trouverez
peut- être pas deux Enfans qui en fçachent
faire autant. Toutefois ces Enfans - là
ont beaucoup plus d'âge que lui , puifque
le plus grand nombre eft entre 10. & 12.
ans , & ils ont donné au Latin beaucoup
plus de tems , puifque la plupart ont commencé
JUI N. 1742 1303
mencé au plûtard à fept ans cette Etude . Par
confequent il eft conftant que la route qu'ils
tiennent n'eft pas la meilleure.
S'il vous reftoit encore quelque doute , M.
lifez , je vous prie , le petit cahier que je vous
ai tranfcrit. Il vient d'un hom ne qui a pratiqué
long tems , & profeffé toutes les Claffes
, & à qui l'ufage a fait voir les abus infinis
de la Méthode ordinaire , de commencer
l'étude du Latin par les Thêmes Si donc
parmi vos contradicteurs il y en a quelqu'un
qui foit encore capable de raifon, faites- lui lire .
cet Ouvrage, & foyez für que s'il ne fe rend
pas tout à fait , du moins n'ofera t'il jamais
ouvrir la bouche pour foûtenir devant vous
la Méthode qui y eft fi pleinement réfutée.
PREUVES DE'MONSTRATIVES.
→
Que la maniere de commencer les Etudes
du Latin par la compofition des Thêmes
eft la caufe des dégoûts & de l'ignorance de
la plupart des Ecoliers , & la fource des chagrins
, & des dépenfes inutiles des Parens. ,
Il y a fix maximes principales reconnuës
generalement de tout le monde pour les
vrais & unique's fondemens de toute méthode
d'enfeigner.
La premiere , eft d'aller à ce qui eft inconnu
par ce qui eft déja connu .
La feconde , de donner peu de préceptes
B vj
far
304 MERCURE DE FRANCE
fur tout dans les commencemens, avec beau
coup d'ufage , parce que l'homme aprend
plus naturellement par l'ufage que par des
préceptes.
'C
La troifiéme , de diftinguer les premiers
principes d'une maniere fi nette , fi préciſe
que celui qui aprend ne puiffe jamais les
confondre avec les conféquences qui s'enfuivent
, ou avec les diverfes aplications qu'on
en peut faire..
La quatrième , de fe garder auffi de multiplier
les regles fans néceffité .
La cinquième eft , qu'il faut principalement
avec les Enfans fuivre en tout l'ordre
de la Nature , qui ne nous mene jamais dans.
nos conoiffances , que de la pratique à la
Théorie , du particulier & du fenfible ,
général & à l'abſtrait & qui ne fait jamais
commencer par ce qu'il y a de plus difficile.
au
La fixiéme en fait de Langues , eft que chaque
mot de la Langue qu'on aprend , foit
rendu par un autre mot de celle qu'on fçait.
Or la méthode , qui fait commencer l'étude
du Latin par les Thêmes , engage prefque
néceffairement à contredire ces maximes .
1º. On fait paffer les Enfans de leur Langue
maternelle , où ils font fi ignorans qu'ils
y font mille fautes groffieres , fans s'en apercevoir
, encore après plufieurs années de lecture
, on les fait paffer , dis- je , à la Langue
Latinc
JUI N. 1742: 1305
Latine , qu'ils ignorent entiérement , & dont
ils aprenent la Grammaire , fans avoir une
feule idée jufte & précife de celle de leur
propre Langue . Ainfi on leur enfeigne à la
fois quatre chofes toutes differentes , deux
Langues & deux Grammaires , d'un génic
tout opofé , & tout cela réuni enſemble s'apelle
aprendre le Latin .
Delà vient cette confufion d'idées que l'on
remarque dans beaucoup d'Enfans , pleins
d'efprit , & même enfeignés par des Maîtres
foigneux de leur devoir . Delà ce dégoût que
l'on ne manque pas de leur imputer à pareffe
: mais ce qui eft encore plus remarquable
, delà vient que les Enfans les plus capables
de raiſonnement , & par conféquent les
plus propres à être inftruits avec méthode
font ordinairement ceux qui fe rebutent le
plus aisément , & qui deviennent ainfi les.
malheureuſes victimes du mauvais ufage.
Excepté quelques Maîtres , il y a peu de
Gens qui ne conviennent de ce qu'on avance
ici .,
pour peu qu'ils rapcllent à leur mémoire
les premieres années de leurs études . Le
premier pas qu'on y fait eft donc une premiere
faute , qui fe fait ordinairement fentir
dans toute la fuite : on ne va point du connu.
à l'inconnu.
La feconde maxime , tant de fois écrite à
ja tête des Grammaires , eft encore plus vifiblement
1306 MERCURE DE FRANCE
blement contredite : Il faut peu de préceptes
beaucoup d'ufage , parce que l'homme
aprend plus aifément par ufage que par des
préceptes , & que la Théorie ne vient naturellement
qu'après la Pratique . Qui croiroit
cependant qu'un Enfant que l'on met en Sixième
, a deja apris plus de fept ou huit
cent Regles au moins ? Qui pourroit s'imaginer
qu'il faut quelquefois qu'un Enfant de
10. ans & même de 8. foit déja capable d'envifager
des 2. & 3. cent Regles pour faire un
Thême de 10. ou 12. lignes ?
Oui , on peut avancer fans éxagération &
que le Rudiment, la Méthode, les Particules,
les Genres des noms , les Déclinaifons , les
- Preterits & Supins , tout cela produit plus
de mille , tant Regles , qu'Exceptions & Remarques
La Syntaxe feule du Rudiment en
contient plus de cent. La Méthode des Particules
& Paris a 13. Chapitres , dont chacun
eft partagé en un grand nombre d'articles
, qui embraffint quantité de fous articles
; celui du que retranché , tout ſeul , qui
n'eft peut-être que le vingtiéme fous- article
de l'article general du adverbe , fe
partage
en 8. Regles , fans les Exceptions &
Remarques pour le feul que retranché; ce qui
fait en tout 25. Celle de Tours en contient
30. 11 eft aifé de juger fur cela du reste de
cette Méthode , puifque la particule que ne
que
contient
JUIN. 1742. 1307
contient que 13. pages d'un Livre qui en a
128.
Dans de fi petites têtes & auffi legeres , un
tel entaffement de Regles & d'Obfervations
engendre néceffaire ment une horrible confufion
d'idées. Auffi quel en eft le fuccès ? On
leur charge la mémoire de plus de mille Regles,
afin qu'ils parviennent à fçavoir enfin le
latin par routine. Encore font- ils bien heureux
quand ils peuvent en fçavoir un peu de cette
façon là . Car, de tous ceux qui commencent
leurs Etudes , il n'y en a pas le tiers qui les
achevent : Et puis entre ceux qui ont fini
leur Rhétorique , on en trouvera à peine le
quart qui puiffent entendre avec quelque facilité
les Auteurs Latins qu'on ne leur a point.
encore fait voir.
"
La troifiéme maxime eft , que les principes
fondamentaux d'une Science doivent être
établis d'une maniere fi nette , fi diftincte ;
être pour ainfi dire , fi ifolés de toute autre
chofe , qu'il foit impoffible de les confondre
avec d'autres principes moins importans ou
avec leurs conféquences & leurs differentes.
aplications . Telle eft la maxime , en voic. le
renversement. La Syntaxe eft la baze & le
fondement de tout l'édifice grammatical : les
principes en font fi fenfibles , que les Gens
les plus groffiers ne peuvent y manquer fans
s'en apercevoir , pour peu d'attention qu'ils
Y
1308 MERCURE DE FRANCE
y faffent : perfonne ne dit , par exemple ,
mon chapeau est belle , ni la maifon duquel je
vous ai parlé. Ce font des expreffions dont
le contre - fens faute aux yeux de tout le
monde .
Rien n'étoit donc plus naturel que de detacher
ces premiers principes & de les dégager
de tout ce qui pouvoit les offufquer &
les faire perdre de vûë : l'expérience même
prouve la néceffité de cette importante précaution
, puifque les commençans ne font
jamais de faute que contre ces premiers
principes. On avoit devant les yeux la Grammaire
de Port-Royal , qui à l'exemple de
Sanctius & de Scioppius , les a expofés tout
feuls comme les uniques principes de la Langue
latine , dont tout le refte n'eſt que dės
conféquences ou des aplications differentes.
Mais nos faifeurs de Rudimens fe croyant
aparamment plus habiles que ces grands Maîtres
, femblent s'être donné le mot pour les
contredire fur cet article . Ils ont jetté à tort
& à travers dans la Syntaxe ,au milieu des premiers
principes néceffaires à toutes les Langues
, des particules qui ne font que des ufages
arbitraires , & des manieres de parler
particulieres à la Langue Latine , ou même à
la Françoiſe . Qu'arrive t'il delà ? Que le difciple
ne pouvant être plus habile que le Maîconfond
tout , prend toutes ces diverfes
KIC ,
segles
JUIN. 1742 .
1309
regles pour autant de principes fondamentaux
du langage , contre lefquels il eft également
dangereux de pécher.
"
*
:
Il n'eft pas difficile de voir à quoi mene
une pareille confufion . Mais quelles font encore
ces précieufes regles ? La plûpait ſont
fauffes , louches & inutiles. Telle eft , par
exemple , celle du que retranché la voici
telle qu'elle eft propofée dans la plupart des
Rudimens. » Quand la particule que eft après
» un verbe , ce n'eſt pas un relatif , comme
» quand il y a , je crois que , je veux que : En
» un mot quand que ne fe peut réfoudre par
lequel ou laquelle lefquels ou lefquelles¸
" c'eft un que adveibe ; il ne faut pas l'ex- .
» primer en latin , mais il faut mettre le nom
» ou pronom , qui eft après , à l'accufatif ,
» & le verbe fuivant , à l'infinitif. Tout eft
faux dans cette regle : 1 ° . Il eft faux que ce
foit une regle génerale en Latin , qu'après un
verbe le que le retranche , puis qu'il y a incomparablement
plus d'occafions où il s'exprime
. 2 ° . Il eft faux que le verbe qui fuit le
que , doive fe mettre à l'infinitif. Tous les
jours les Enfans font jettés dans l'erreur par
cette regle , lors qu'il y a des Phrafes femblables
à celle- ci : Mon pere croit que mon
coufin , qui écrit fi bien , fera récompenfé.
En fuivant exactement fa regle , l'Enfant ne
manque pas de mettre : Meus pater credit
memm
13 to MERCURE DE FRANCE
meum cognatum quem fcribere tam bene remunerab
tur Rien n'eft donc plus faux que
cette regle. On répond à cela que c'est donc
la parelle ou la ftupidité qui font faire a un
Enfint de pare illes fautes. Le bon fens , diton
, ne fair il pas fentir que l'adverbs que
tombe fur le verbe , fera récompenfe Ainfi
donc on s'aviſe ici d'établir pour principe
que le bon fens doit être le principal guide
des Entans dans l'ufage des principes de
Grammaire , lorfque par tout aill urs la maxime
commune eft de dire que c'eft folie de
vouloir les conduire par le jugement & le
raifonnement , comme les grandes perfonnes
; qu'ils font incapables d'intelligence , &
qu'il n'y a en eux que de la mémoire. Auffi
dans cette prévention ne fonge- t'on point à
les faire raifonner fur l'acord des mots entr'eux
, fur leurs divers raports , & fur la dépendance
qu'ils ont les uns d'avec les autres.
Je dis raifonner , car ce n'eft pas raiſonnement
que cette måuvaife Grammaire , dont
on charge leur mémoire. Y en a- t'il un feul
par exemple , qui puiffe dire par quelle raifon
dans cette regle- ci eſt à l'accuſatif le nom ou
pronom qui fuit ce que retranché ? Combien
de Maîtres ignorent- ils eux -mêmes cette
raifon , quoique ce foit un des premiers principes
de la Syntaxe ? De plus , l'Enfant entend
JUIN. 1742. 1311
.
tend il feulement le Latin qu'il vient de compofer,
pour fentir les contre-fens qu'il y a faits?
A-t'i même la plupart du tems une idée
claire du François qu'il vient de mettre en
Latin ? N'a-t'on pas trouvé le fécret de faire
de fon efprit une espece de machine , où l'imagination
, & fur - tour la mémoire jouent
par des regles inintelligibles , & toutes méchiniques
, com ne un automate pir fes ref
forts: Et puis quel ufage voudroit on qu'il fiſt
ici de fon bon fens ? Quoi ! qu'il fe d'fiâr de
fa regle , & que quand elle lui dit d'une maniere
précife , que le verbe qui eft après le
que retranché fe met à l'infinitif , il ille fe
faire une regle contraire ? On fçait qu'en
fait de principes on ne peut parler trop exactement
, ni avec trop de précifion ; comment
donc peut-on accabler de pareilles regles
des Enfans du plus bas âge , & qui commencent
une étude qui d'elle - même eft fi
rebutante ? Mais plûtôt comment ofe - t'on
dire qu'il faut que leur bon fens fuplée à
tout moment à leurs regles , tandis qu'on
foûtient en même tems qu'on ne doit point
fonger à les conduire par le jugement ?
Enfin , quand on dit que le
che , ce n'eft pas dans le Latin , qui n'eft pas
encore : c'est donc dans le François , & par
conféquent c'est donc fur le François que
doit fe faire l'opération de la regle , fi l'on
,
que fe retranveur
1312 MERCURE DE FRANCE
veut fuivre la route du bon fens ; finon on
doit s'attendre à tous les contre - fens qui
s'enfuivent. Ainfi , que l'on demande à ces
pauvres Enfans , qu'est - ce qui gouverne en
Latin le nom ou pronom à l'accufatif , ils répondent
fort doctement au goût de leurs
Maîtres , que c'eft le que retranché ; ce que
françois qui eft retranché , ce que qui n'eft
point, & qui ne fçauroit être dans cette Phrafe
latine , gouvernoit chés les Romains le nom
ou pronom à l'accufatif, & le verbe à l'infinitif.
Si on veut leur faire expliquer
le Latin qu'ils viennent de compofer ,
fuivant cette judicieuſe regle , la premiere
chofe qu'ils font , c'eft d'avoir recours à leur
françois. Pourquoi ? parce que ce Latin vient
d'être compofé par une méthode toute méchanique
, & qui ne donne pas plus d'intelfigence
du tour & du génie de la Langue
Latine dans ces fortes de Phrafes , que de
l'Hebreu.
Enfin ce qu'il y a d'étonnant , c'eſt que
cette regle du que retranché , cette regle , fi
difficile à exprimer , que chaque Rudiment
tourne à fa façon , fans pouvoir lui donner
fa véritable forme , cette regle fi étenduë
qu'elle fe partage en 30. autres ,
autant de branches , eft, après tout, une regle
inutile , qui n'a jamais été un principe de la
Grammaire latine , & qui en fait éclipfer un
>
comme en
des
JUIN. 1742
1313
I
des premiers principes. Ce principe ignoré
de tous les Difciples , & même de bien des
Maîtres , c'eft que de même que tout verbe
qui n'eft point à l'infinitif , fupofe devant foi
un nominatif exprimé ou fous - entendu de
même tout verbe qui n'eft point à l'infinitif ,
fupofe auffi devant foi un accufatif exprimé
ou fous entendu , à moins que cet infinitif
ne foit pris fubftantivement , & cela fondé
fur ce principe du bon fens : On ne sçauroit
exprimer une action qu'elle ne foit dite de
quelqu'un ; la perfonne dont eft dite l'action,
doit donc être au nominatif , quand le
verbe n'eſt point à l'infinitif ; mais l'infinitif
étant toujours régi par un autre verbe , le nom
de la perfonne ou de la chofe ou le pronom,
qui en tient la place , doit donc être auffi
régi par le même verbe , qui étant ou verbe
actif , ou verbe quí tient lieu d'un actif, gouverne
l'accufatif. En un mot , le nom ou
pronom , qui fuit le prétendu que retranché,
eft à l'accufatif , parce qu'il eft le fujet de
l'action du verbe qui précede.
Ce principe étabii , il eſt donc vifible que
la regle du que retranché devient inutile :
cela fe fentira bien en François . Il y a des
Phraſes où nous nous fervons également du
que adverbe , ou de l'infinitif. Par exemple ,
nous difons également : je crois que je fuis
fage de faire ce que je fais , & encore mieux
·par
1314 MERCURE DE FRANCE
:
par l'infinitif je crois être fage de faire ce que
je fais de même , je crois que j'ai fait mon
devoir en faifant telle chofe, ou bien je crois
avoir fait mon devoir en faifant telle chofe.
Quand comptez- vous que vous reviendrez ,
ou bien, quand comptez - vous revenir? ce qui
veut dire , felon la Phrafe fimple , laquelle
ne fous - entend rien , quand comptez- vous
devoir revenir? je compte que je reviendrai
dans 15. jours , ou bien je compte devoir revenir
dans 15. jours . Il fuffifoit donc de dire
qu'il y a des verbes Latins après lefquels ordinairement
on ne fe fert pas du adverbe ,
mais que l'on tourne feulement la Phraſe par
l'infinitifcomme dans les exemples que lon
vient de citer ; & qu'ainfi , au lieu de dire : je
fçais que mon frere eft fage , on dir en Latin,
mot pour mot, je fçais mon frere être fage : le
difciple verroit bien que le verbe eft à l'infinitif
, puifqu'il vient de l'y mettre , & le
nom ou pronom à l'accufatif , lorfqu'on a
été affes fçavant pour lui enfeigner cette regle
fi effentielle de Syntaxe , que tout infinique
tif
, qui n'eft pas pris fubftantivement , fupofe
un accufatif qui lui tient lieu de nominatif.
Ainfi , en tout cela il n'y a point de principe
nouveau , mais feulement une aplication
nouvelle d'un des premiers principes de
la Syntaxe , qu'on devroit avoir la bonté d'aprendre
,
JUIN. 1742. 1315
prendre , avant que de fe mêler d'enfeigner
& les 30. regles du que retranché deviennent
de na ufage , puifque les diverfes aplications
du principe ne font plus après cela
qu'une affaire de raifonnement , comme les
Méthodistes l'avouent eux - mêmes ici , & en
d'autres endoits , en joignant à leurs regles
celle -ci , comme la plus fûre : En un mot il
faut avoir plus d'égard au fens qu'à tout autre
chofe. Particules de Tours , article
retranché ; ) ce qui eft comme s'ils
difoient , on vous donne 30. regles , parce
qu'il faut bien vous charger la mémoire ,
mais la meilleure , ou plutôt l'unique , c'eſt
votre bon lens.
du
que
A MLLE Couprin , Maîtreffe de Clavecin
de Mesdames de France.
STANCES IRREGULIERE S.
A Ujourdhui la vérité
Nous fait croire , fçavante Fée ,
Ce que la Fable (ur Orphée
Nous a toujours tant vanté.
Jadis , aux fons harmonieux
Du fameux Chantre de Thrace ,
316 MERCURE DE FRANCE
Les Tigres fuivoient la trace
De fes pas victorieux .
Plongé dans de triſtes allarmes ,
Il gémiffoit fur fon malheur ;
Mais c'était de la douleur
Que fa Lyre empruntoit fes charmes.
Sans le fombre & cruel caprice ,
Qui caufa tous les regrets ,
Sans la perte d'Euridice
Ses chants auroient eû moins d'attraits.
Pour vous , dans l'heureux partage
Qui fait votre unique plaifir ,
De votre glorieux loiſir
Vous faites un plus noble uſage .
Ce ne font point des Bois ruftiques
Qui épetent vos Chanfons ;
Ce font des Palais magnifiques
Qui fervent d'Echos à vos fons.
Je ne goûte plus le Miracle
Des Animaux apriv oilés ;
Un plus illuftre 'Spectacle
Frape mes fens defabufés ;
JUI N. 1317 1742
vois d'auguftes Princeffes
Toucher les refforts divers",
Qui fous vos mains enchantereffes
Forment d'agréables Concerts .
Ainfi , quand de votre côté ,
Vous formez leur tendre jeuneffe ,
Elles travaillent fans ceffe
A votre immortalité.
Parmi les noms éclatants
Votre nom trouvera place ;
Et , fans qu'aucun autre l'efface ,
Sera le vainqueur des tems.
LE MIER I.
tttttttt.
DISSERTATION du R. P. M. Texie,
Dominicain , fur ces mots des Prieres des
Agonizans : Délivrez , Seigneur , l'ame de
votre Serviteur , comme vous avez délivré
Abraham de l'Ur des Chaldéens.
V
Ous me marquez , Monfieur , dans la
Lettre que vous m'avez fait i honneur
de m'écrire le 5. Mars 1742. qu'ayant formé
le deffein d'inférer les Prieres des Agonifans
dans le Livre de pieté que vous devez don-
С ner
1318 MERCURE
DE FRANCE
ner au Public, vous feriez bien aife de fçavoir
mon fentiment fur le véritable fens de l'Eglife
dans ces paroles qu'elle employe , &
fouvent répetées , & principalement
dans
celles- ci : Libera , Domine , amimam fervi
tui , ficut liberafti Abraham de Ur Chaldeorum.
Je devrois , M. m'excufer à la vûë de
la grandeur de la difficulté propofée , car il
s'agit de fçavoir fi Abrahan a été quelque.
tems idolâtre , ou toûjours fidele ; je vais
néanmoins
tâcher de vous fatisfaire , après
vous avoir fait remarquer ,
Qu'Abraham , fils de Tharé , nâquit à Vr ,
Ville des Chaldéens , l'an du Monde 2008 .
avant Jeſus - Chrift 2992. de l'Ere vulgaire
1996. felon là fuputation du fçavant Dom
Calmet , Benedictin . Ce Patriarche , le dernier
de fes freres , mais nommé le premier à
caufe de fon mérite , de - même que Sem
avant Japhet , & Jacob avant Efau, étoit âgé
de 86. ans lorfqu'il eut Ifmaël de fa Servante
Agar , & ce ne fût que 4. ans après que
Dieu changea fon nom , ou plûtôt l'allongea
en lui difant : vous ne vous apellerez plus
Abram , mais Abraham , parce que je vous
ai choifi pour être le Pere de plufieurs Nations.
Ainfi , M. pour conferver une uniformité
de nom parmi tant de differentes Epoques,
je ne l'apellerai qu'Abraham.N.de
Lyra ,
Francifcain , & célebre Interprete de l'Ecriture
JUI N.
1319 1742.
*
que
ture Sainte , en a ufé de même , convaincu
cela n'altere en rien le Texte principal ,
cum per hoc , dit- il Tom 1. page 59. fur
la Genefe Sententia non mutetur.
Pour bien entendre le fens de l'Eglife ;
lorfqu'elle dit : Comme vous avez délivré
Abraham de l'Ur des Chaldéens , il faut fçavoir
que le mot d'Ur en Hebreu , fignific
feu , & que c'eft de cet élément , adoré par
les Chaldéens , qu'une de leurs Villes qui
lui étoit confacrée , prit le nom d'Or Ôn
lui donne communément cette origine.
Comme en ce tems là on adoroit principalement
les Aftres dans l'Orient , le feu étant
le ſymbole du Soleil , on entretenoit en fon
honneur un feu facré & perpetuel dans des
Temples découverts. Les Chaldéens adoroient
le feu avec d'autant plus d'attachement
( dit Ruffin , ) que fans expofer les
hommes au Combat , leurs Divinités entroient
dans le champ de Bataille , & cellequi
triomphoit dans ce Combat Divin ,
étoit fenfée la véritable. Ainfi les Dieux
d'or , d'argent , d'airain , &c. étant inférieurs
en activité à l'élément du feu , ce Dieu
avoit facilement la fupériorité fur les autres .
Il fût pourtant obligé de céder une fois à l'Idole
Canope , remplie d'eau , dont des trous
fermés avec de la cire , s'étant ouverts à fon
aproche , l'eau éteignit le feu , & le Sacri-
Cij ficateur
7320 MERCURE DE FRANCE
ficateur du Canope remporta la Victoire .
,
&
Les Géographes ne font pas bien d'accord
fur la fituation de la Ville d'Ur . Baudrand la
met aux confins de l'Arabie deferte ; M de
la Martiniere , dit , dans fon Dictionnaire
Géographique qu'on trouve une Ville
nommée Ura dans la Méfopotamie près de
Nifibe quelques Auteurs font perfuadés
que c'eft d'elle que parle l'Ecriture ,
qu'elle nomme Ur , & par là , Haran ſe
trouve directement fur le chemin qui con- .
duit à la Terre promife ; & afin d'accorder
cette fituation de la Ville d'Ur avec le Texte
de l'Ecriture , qui la met dans la Chaldée
& non pas dans la Méfopotamie , on dit que
la Chaldée contient la Méfopotamie le long
du Tygre. Saint Etienne déclara aux Juifs
( comme il eft raporté aux Actes des Apô
tres , ) que Dieu aparût à Abraham , lorf
qu'il étoit dans la Méfopotamie , & qu'il
vint demeurer à Haran , & un peu plus
bas , il ajoûte qu'il fortir de la Terre des
Chaldéens pour venir à Haran ; ce qui fait
voir que la Chaldée & la Méfopotamie n'é-..
toient alors qu'une même Région .
La fituation de cette Ville étant fixée , on
demande comment elle pouvoit être apellée
Ur en Chaldée à la fortie d'Abraham ;
puifque Cufet , Pere des Chaldéens ( qui la
bâtirent , ) n'étoit pas encore né. Mais Dom
Calme
JUIN. 1742. 1321
Calmet répond , qu'on l'apelloit ainfi du
tems que Moyfe écrivoit cette Hiftoire , &
qu'il ignoroit , ou voulut taire exprès le premier
nom , afin de fe rendre plus intelligible
, en parlant le langage commun:
C'eft de cette Ville d'Ur en Chaldée , Patrie
de Tharé & d'Abraham , & le premier
Théatre de leurs actions , qu'ils fortirent :
Egreffi funt de Ur. Fut-ce par l'ordre de
Dicu , ou de leur choix Y furent - ils qu'elque
tems attachés au culte des Idoles , ou
toûjours fideles adorateurs du vrai Dieu ?
C'est ici le point de la difficulté , pour comprendre
le vrai fens de ce peu de mots , Sicut
liberafti Abraham de Ur Chaldeorum : Comme
vous avez délivré Abraham de l'Ur des
Chaldéens. Les Interprêtes font de differens
fentimens fur ces differens Chefs ; voyons
leurs preuves , pour pouvoir nous déterminer.
و
Pour ce qui eft de la fortie de la famille
de Tharé , on peut dire fans héfiter , qu'elle
fut
par l'ordre de Dieu. Achior parlant à
ceux de Béthulie , leur dit : » Les anciens
>> Juifs Chaldéens d'origine , n'ayant pas
» voulu fuivre les fuperftitions de leur Pays ,
» le Dieu du Ciel dont ils fuivoient la Reli-
» gion , leur ordonna de quitter leur Patrie ; ce
» qui eft conforme à ce Texte de la Vulgate » :
Dieu fit fortir de la Ville d'Ur en Chaldée ,
C iij Tharé
1322 MERCURE DE FRANCE
ןכ
"
Tharé & fa famille , Eduxit eos . Saint Etien
ne le confirme dans les Actes des Apôtres ,
Chap. VII. Abraham , dit - il , fortit du Pays
» des Chaldéens par un ordre exprès de Dieu
qui vouloit le conduire dans la Terre de
» Chanaan qu'il avoit deffein de donner en
héritage à lui & à fes defcendans ; » C'eſt
moi , dit Dieu à Abraham , qui t'ai fait fortir
de la Ville d'Ur par une vocation particu-
Here. Cette vocation arriva , felon M. de la
Martiniere l'an du monde 2082 , avant Jefus-
Chrift 1918 , avant l'Ere vulgaire 1922.
Tharé & Abraham fortis d'Ur , arriverent à
Haran , d'où il eft aifé de croire , ( difent
quelques Interpretes , ) que non feulement
Abraham , mais auffi Tharé & toute fa famille
, ne quitterent la Chaldée , que pour
éviter le commerce des Idolâtres il y en a
même qui ont avancé que le culte du vrai
Dieu , s'étoit confervé jufqu'alors dans la
famille de Tharé , que du moins Abraham
n'adora jamais les Idoles .
Jofephe attribue la fortie de Tharé &
d'Abraham de la Ville d'Ur , à un motif
purement naturel , qui fût la douleur de la
mort d'Aran ; il eft vrai que l'Ecriture marque
cette mort avant leur fortie : Mortuus
eft Aran antè Patrem fuum Tharé , in terra
nativitatis fuæ ; Sur quoi N. de Lyra , dit
que les Juifs ont forgé une fable qui ne s'ac
corde
JUIN. 17423
1323
corde pas avec cet excès de douleur que
Tharé reffentit à la mort de fon fils Aran .
» Abraham ( difent- ils ) accufé par Thare
» devant le Tribunal de Nemrod , de refuſer
» d'adorer le feu , comme par l'ordre du
و و
95
Roy les autres Chaldéens le faifoient , fût
» jetté dans une fournaife ardente . Aran
» préfent difoit dans fon coeur : Si mon frere
» Abraham fort victorieux de ce fuplice ,
j'embrafferai fa Religion ; s'il périt dans le
» feu , j'adorerai cet élément. Le voyant
préfervé , il s'attacha à la Religion d'A-
» braham , & l'ayant déclaré publiquement ,
» il fut jetté dans le feu & en fut confommé
» en préfence de fon Pere Tharé
» voir pas eu autant de foi
» ou pour n'être pas deftiné par la Provi-
» dence à d'auffi grands deffeins que lui ;
» Dieu s'étant contenté de fon facrifice .
Telle eft l'interprétation bizare que les Juifs
donnent à ce Texte de l'Ecriture : Mortuus
eft Aran antè Patremfuum Tharé , ce qui à
la lettre & naturellement fignifie : Tharé
furvécut àfon fils Aran.
que
י
pour n'afon
frere ,
"9
Le Paraphrafte Chaldéen , fur le Chapitre
4. de l'Ecclefiaftique . 13. confirme que
ce fût par l'ordre de Nemrod , que les deux
freres fouffrirent ce traitement cruel , & il
eft dit dans le Texte de la Vulgate L. 11 .
Chap. IX. d'Efdras , qu'Abraham fût ga-
C iiij ranti
1324 MERCURE DE FRANCE
ranti du feu . S. Jerôme , qui dans les quef
tions hébraïques , & l'Auteur de l'addition
à cette narration de N. de Lyra , traitent de
fable , ce que difent les Juifs de l'accufation
de Tharé contre fes fils , ne laiffent pas
de convenir du genre de fuplice ; & S. Jerôme
traduit ainfi les paroles d'Efdras :
» Vous avez tiré Abraham du feu des Chaldéens
, au lieu de dire de la Ville d'Ur .
S. Auguftin , dit dans fes queftions far
» la Genefe ; » On compte les années d'A-
» braham depuis qu'il fûr miraculeufe-
» ment délivré du feu dans lequel il avoit
»été jetté par les Chaldéens , pour n'avoir
pour
» pas voulu adorer cet élément ; quoique
» l'Ecriture n'en parle pas , la tradition des
Juifs nous l'aprend
,
Ainfi ce fait n'étant pas folidement établi ,
& d'ailleurs N. de Lyra & Dom Calmet
difant , fur le Ch . XI . de la Geneſe : Il y a
aparence que cela vient de l'équivoque du
nom d'Ur qui fignifie du feu , ou la Ville
d'Ur , je n'en ferai pas le fondement de la
verfion de ces mots des Prieres des Agonifans
: Comme vous avez délivré Abraham de
Ur des Chaldéens Je dirai feulement que
S. Chrifoltôme , dans fa XXXI . Homélie
fur la Genefe , page 450. du fecond Tome ,
Edition de Fronton le Duc , 1736. prouve
que l'Ecriture confond la calomnie des
Juifs
JUI N. 1742.
1325
Juifs au fujet du fuplice des deux fils de
Tharé fur la dépofition de leur pere , puif
qu'on lit dans le Chapitre XI . de la Genefe :
>> Tharé prit donc Abraham fon fils , &
» Loth fon petit fils , fils d'Aran , & Sarai ,
» fa Bru , femme d'Abraham , & il les fit
» fortir d'Ur en Chaldée pour les conduire
» dans le pays de Chanaan , & étant venus
» à Haran , ils y demeurerent. » Toutes ces
démarches de Tharé , font autant de preuves
de la tendreffe de Pere qu'il eût toûjours
pour fa famille , plûtôt que de l'inhumanité
d'un Tyran.TharéPater Abraham , dit S.Chrifoftôme
, licèt infidélis effet , attamen ob amorem
in filium focius illi peregrinationis effe voluit
; & p. 451. il fait dire à Abraham :
» Mon cher Pere , c'eft pour l'amour de
» moi que vous abandonnez votre Pays ;. ce-
" que ce Pere de l'Eglife reproche à Thare
» & après lui N. de Lyra p. 6o . eft fon obftination
dans l'Idolâtrie & celle de fon fils.
Nachor , malgré le bon exemple & les avis
falutaires d'Abraham. Thare Pater Abraham
frater ejus Nachor declinaverunt ad Idolslatriam
in terrâ Haran, dit N. de Lyra. C'èſtpour
celá que Dieu ne commanda pas feu-
» lement à Abraham de quitter fon Pays :-
Egredere de terrâ tuâ , mais encore de fe
féparer de fes Parens , & de cognatione
tuâ , de peur que leur commerce ne vint
à le pervertir, Cy Dona
و د
»
1326 MERCURE DE FRANCE
Dom Calmet remarque qu'il y a des Interpretes
qui avancent qu'Abraham même
avoit été Idolâtre dans fa jeuneffe. Voici fes
propres termes dans fon Dictionnaire de
la Bible : Abraham paffa les premieres an--
» nées de fa vie dans la maifon de fon Pere :
» Tharé , où l'on adoroit les Idoles . Plu-
» fieurs croyent qu'au commencement lui-
» même fut engagé dans ce faux culte , mais
» que Dieu l'ayant éclairé , il y renonça ; &
dans le Commentaire fur le Chap . XI. de la
Geneſe , le même Dom Calmet dit : S. Au-
ود
guftin femble foûtenir L. XV I. Chap. II.
» de la Cité de Dieu , qu'Abraham n'adora
» jamais les Idoles , mais dans le Chap. der--
>> nier du X. Livre p . 269. il dit clairement
» le contraire ; il enfeigne qu'Abraham de-
» livré des fuperftitions des Chaldéens par
» la vocation de Dieu , commença à fui-
» vre & à adorer le feul vrai Dieu. » Abraë
ham quidem gente Chaldaus , dit S. Auguſtin ,
fedjuffus eft difcedere de terrâ fuâ. Tunc ipfe
primitus à Chaldeorum fuperftitionibus liberatus
, unum verum Deum fequendo coluit , &
» ce fentiment , continue D. Calmet , paroît
» le mieux apuyé , & par l'Ecriture & par
» le grand nombre des Peres & des Inter-
» pretes qui l'ont fuivi. Philon & les Rab-
»bins l'enfeignent fréquemment , &c. Jo-
» fué dit aux Juifs Chap . XXIV. Tharé Pere
d'Abra-
·
JUIN. 1742.
1327
» d'Abraham & de Nachor , dès le com-
» mencement demeuroient au de -là de l'Eu-
» phrate, & y adoroient les Dieux Etrangers,
» il répete la même chofe plus bas .
ود
On voit qu'ils font tous trois engagés fans
exception , dans la même erreur , felon la
remarque de l'Auteur du Synopfis Criticorum
T. 1. p. 269. & plus bas , il dit d'Abraham ::
» Cum adverfarios Deos coleret quafi manu
» injectâ adfe adduxit . Dieu convertit Abra-
» ham , lors même qu'il adoroit des Idoles
qui étoient opofées à fa divine Majeſté.
» Je ne puis fuporter , continuë l'Auteur du
» Synopfis , ceux qui s'efforcent par de foi-
>> bles argumens , de prouver le contraire :
Neque eos audire poffum qui magno conatu
Abrahamum ab hoc fcelere vendicare ftudent
nefcio quibus argutiis.
>>
,,
9
» C'est une opinion affés commune , dit
Bayle , T. 1. p. 46. Diet. Critique ; qu'A-
>> braham fucça avec le lait , le poifon de
» FIdolâtrie ; & ce ne fut felon Jofephe &
» Philon , qu'après avoir bien médité ſur las
>> beauté de l'Univers qu'il en reconnut l'Au
>> teur.
Les autorités de S. Cyrille L. III: contre
Julien T. VI. p. 101. & celle de S. Ephrem,,
T. I. p. 149. me paroiffent d'un grand poids >
pour ce fentiment : Le divin Abraham ,,
» dit le premier , vivoit fous le Regne de
Covi Ninuss
328 MERCURE DE FRANCE
"?
Ninus Roy des Affyriens , il fût de même
» que ceux dont je viens de parler , tiré du
» milieu d'un Peuple Idolâtre , & mis au
» nombre de ceux qui ont éte éclairés de la
>> connoiffance du vrai Dieu . C'eſt de lui
» que nous diſons qu'il a eu le bonheur de
paffer du culte des faux Dieux , à celui
» d'un Dieu , qui en effet & en vérité eft de
» feul. Quem vocatum dicimus à multitudinis
De rum errore , ad ejus qui re eft & veritate
Dei notitiam. Je veux vous expofer ,
» dit S. Ephrem , des modeles de conver-
» fion ; afin que vous apreniez à les imiter :
» Abraham avoit été du nombre des Chal-
» déens Idolâtres , S. Paul Perfécuteur des
» premiers Chrétiens.... illos ego tibi narrabo
, ut illos quos ab errore Dæmonum curavit
Deus , im tari difcas . .Abraham primum
Gentilis erat & Chaldaus , Paulus anteà Perfecutor
& hoftisfuit.
و ر
3
Ce dernier fentiment apuyé für un fi grand
nombre d'autorités , des Domeftiques & des
Etrangers de la fci , & confirmé par le témoignage
de Dom Calmet , un des plus :
fçavans Interpretes Modernes , me paroiffant
le plus certain , voici M. ce me femble la
verfion la plus naturelle de ces mots des
Prieres des Agonizans .
Libera Domine animam fervi tui , ficut li
berafti Abraham de Ur Chaldæorum ..
Délivrez
JUIN 1742. 13257
Delivrez , mon Dieu , l'ame de votre ferviteur
, de tout attachement à la créature ;
afin qu'elle ne foupire qu'après vous ,
de
même qu'Abraham docile à votre voix. , .
abandonna la Ville d'Ur , & le culte fuperftitieux
du feu des Chaldéens , pour n'adorer
que vous feul:
C'eſt ainfi
>
que fans toucher au Texte Latin
que l'Eglife aprouve , & qui doit être inviolable,
vous pourrez, M.paraphrafer les verſions
françoifes des autres articles , par exemple ,
au lieu que tous commencent par ce peu de
mots repetés fans ceffe : Delivrez Seigneur ,
Lame de votre ferviteur , &c. Delivrez Seigneur
,
c. il faudroit entrer dans le fens
de l'Eglife , & demander de quels maux on
fouhaite que le moribond foit délivré , de
quoi perfonne , que je fçache , ne s'eft encore :
avifé , & dire :
Delivrez Seigneur , l'ame de votre fervi
teur , d'une mort éternelle , ainfi que Vous
avez délivré Enoch & Elie de la mort temporelle
, ainfi foit il.
Delivrez , &c. des abîmes de l'Enfer , de
même que vous avez fauvé Noé du naufrage
dans le tems du Deluge.
Delivrez , & c. du glaive de votre Juftice ,
comme vous avez arrêté le bras d'Abraham
prêt à facrifier fon fils Ifaac.
Delivrez , &c.de la fureur dés Démons .
1330 MERCURE DE FRANCE
& de l'ardeur du feu dont ils font embrâſés,
ainfi que vous avez préfervé Loth de la violence
des habitans de Sodome & de l'incendie
de leur Ville.
Delivrez , &c. de la pourfuite des enne
mis de fon falut , par les mérites de votre
fang précieux , de même que vous avez
donné un paffage libre au milieu de la mer -
rouge à Moyfe,pourfuivi par l'armée du Roy
d'Egypte .
Delivrez & c. des flâmes de l'Enfer
comme les trois Ifraëlites le furent de la
fournaife de Babilone.
Delivrez , &c. des faux reproches dont
le Démon voudroit l'épouvanter , ainfi que
Vous avez juftifié Sufanne du crime dont elle
étoit fauffement accufée .
Delivrez , & c. des mains des Miniftres
de votre vangeance
, de même que David
évita celle de Saül furieux , & du Geant
Goliath , ainſi ſoit - il.
Et ficut B. Theclam... liberafti, &c. Nous
vous fuplions auffi de délivrer l'ame de votre
ferviteur de ce lieu de calamité , où l'on
fouffre toute forte de maux , & de lui accorder
l'entrée dans celui où l'on goûte tous
Jes biens l'on que peut defirer. Ainfi foit- il,
Je fuis , Monfieur , &c .
A Paris , ce 10. May 1742.
EPITRE
JUIN 1742 13311
出版
EPITRE
Al'Abbé de la Feillée , au Château de Vezinsi .
Par M. de la Soriniere , en Anjou.
REçois , Abbé très cher, une affès longue Epitre,,
Que ma main deffus mon Pupitre
Te griffonne avec grand plaifir .
Que ne puis - je , dans mon loiſir ,.
Eloigné de ta Seigneurie ,
Egayer ma Philofophie
Par quelque Epitre de ta part !
Ami , tout m'abandonne ; & , fans ceffe à l'écart ,
Si je goûte quelques délices ,
Je ne les dois qu'à mes caprices ,
Ou bien à quelque heureux hazard.
Réduit à l'eau comme un fervent Hermite
Adieu tendrons & jeune Sunamite ;
Adieu feftins jadis tant célebrés ,
Dù fix amis , de Champagne enyvrés ,
Parmi les pots & les cris d'allegreffes ,
Libres de foins & de fouci ,
Chantoient Bachus & leurs vives tendreffes
Voilà comme on vivoit ici .
Quel coup fatal ! quelle viciffitude
Vient changer nos plaifirs en aigre inquietude !
Teul
#332 MERCURE DE FRANCE
Tout paffe , ami ; dis - moi pourquoi
L'homme fur fon pivot , tournant à l'avanture ,
Ne connut jamais d'autre loi
Que l'inconftance toute puré ?
Seroit- il fou peut- être bien ; ·
Et peut- être moi , qui raifonne ,.
Je le prouve en cet entretien ,
Que trop de Morale affaifonne.
Enfin , parlons de toi , que fais- tu donc là bas
Amoureux des Beaux- Arts , le Dieu de la Mufique
T'occupe- t'il toûjours ? & ne te voit- on pas
Dans quelque Salon magnifique ,
Nouvel Emule de Campra ,
Pour concerter quelque Opera·
Enhardir deux naiffantes Mufes , *
Telles que le facré Válon
N'en vit que bien peu dé reclufés
Pour la Chapelle d'Apollon ?
Enfoncé dans ta Botanique ',
Vas-tu par un fçavant effort ,
Sous deux Printems faire la nique·
AMathiole & Tournefort ?
Pour moi , dans mon humeur chagrine ,,
Qui ne fçais que moralifer ,
Je ne puis immortalifer
:
*Les deux Files de Mad, la Marquise de la Tafte
de Vezins,
Que
JUIN. 17420 73.33
Que la bile qui me domine ,
Et coudre mal- adroitement
Dans mes OEuvres rapetacées-
Des refléxions déplacées ,
Qui t'ennuiront affûrément.
A propos ; on m'a dit qu'un beau Feu d'artifice ;
Composé par tes doctes mains ,
Doit éclairer dans peu les fuperbes Jardins
Et le magnifique Edifice
Du Seigneur Marquis de Vezinss
Je vois déja d'ici tes rapides fuſées
Semer l'or & l'azur juſqu'au Ciel élancées.
Courage , ami ; diftingue - toi
Par mille paffe - tems aimablės ,
Et tiens pour fouveraine loi
De fçavoir les rendre durables.
SUITE
1334 MERCURE DE FRANCE
L
SUITE de la Lettre fur l'abus
des Themes.
Es Principes fondamentaux de la Syntaxe
, fe trouvant ainfi noïés dans cette
multitude de regles fauffes , louches & inuriles
, il n'eft donc pas étonnant que des enfans,
déja avancés dans la carriere des Claffes,
faffent encore des fautes énormes contre les
premiers principes .
La quatriéme maxime eft qu'il faut éviter
de multiplier les regles & les principes fans
néceffité. Rien n'eft plus capable de produire
le défordre & la confufion dans les
idées de ceux qu'on enfeigne , que cette vicicufe
multiplication . Nous venons d'en tou
cher quelque chofe dans l'article précedent ,
nous allons le faire voir d'une maniere encore
plus précife. Rien de plus fimple que
la Syntaxe Latine : fi diférente en cela de notre
Syntaxe Françoife , où tout eft en exceptions
& en irrégularités ; celle du Latin ne
préfente prefque par tout que les principes
généraux & communs à toutes les Langues.
Pour s'en convaincre on n'a qu'à ouvrir la
Méthode de P. R. où ils font dans leur plus
grande étendue. Par quel malheureux fecret
sieftJUIN.
1742 · 1535
s'eft-elle donc étendue encore , & multipliée
jufqu'à ce nombre prodigieux de regles que
préfente la méthode des Particules ? C'eſt
que l'on a pris groffiérement le change , à
Foccafion des diférences qu'il y a de la
Phraſe Françoiſe à la Phraſe Latine. Ainfi ce
que l'on établit pour regle dans la Langue.
Latine , n'eft bien fouvent une regle que pour
le François qui va être mis en Latin. On en
vient de voir un exemple dans l'art. du que
retranché , mais en voici un encore plus fen
fible , & qu'il eft à propos de mettre tout
au long pour faire fentir toute l'abfurdité de
cette méthode d'enſeigner.
Particules de Tours , ch. 3. » du change
» ment de l'actif en paffif. Pour changer
» Factif en paffif & le paffif en actif , il faut
» feulement du nominatif du verbe que
» l'on change de voix , en faire fon cas , &
» du cas en faire le nominatif , laiffant le
» verbe au même tems & mouf qu'il étoit
» auparavant. Sur quoi il faut remarquer 1 °.
>> que quand on change l'actif en paſſif, on
" ne prend le cas du verbe actif , pour en
» faire le nominatif du verbe paffif , que
quand ce cas eft à l'accufatif dans la voix
» active . Ainfi , fi le cas du verbe actif n'é-
» toit pas à l'accufatif , il faudroit mettre le
» verbe actif à l'imperfonnel , laiffant le cas
» tel qu'il étoit dans la voix active . 2º. Si le
» verbe
22.
1336 MERCURE DE FRANCE
" verbe actif gouvernoit deux cas différens ;
tels que font ceux- ci , fcribo , mitto , &fero,
» qui gouvernent le datif de la perfonne , &
l'accufatif de la chofe , il faut prendre ce
» lui qui eft à l'accufatif , pour en faire le
» nominatif du paffif , laiffant l'autre au mê
me cas qu'il eût été à l'actif &c.
D'abord il eft vifible que voici une regle
de Grammaire françoife toute purè , & qui
n'apartient en rien à la Langue Latine ; car
quelle eft la Phrafe qu'il faut tourner de l'actif
au palif ? ce n'eft pas la Phrafe latine ,
puifqu'elle n'eft pas encore faite , c'est donc
la Phrafe françoife. Or y a t'il de l'ordre &
de la netteté à confondre ainfi tout enfemble
, les regles latines avec les regles fran
çoifes , la Syntaxe avec les Particules ! Mais
c'eft une regle françoife . Et par quel moïen
le difciple faura -t'il difcerner en françois un
nominatif d'avec un accufatif. Voici une
Phrafe à tourner de l'actif au palif. Dien
aime Pierre. Par où difcernera t'il que Dieu
eft là au nominatif , & Pierre à l'accufatify
Eft -ce par le Latin qui n'y eft pas encore , ou
par une connoiffance exacte des cas fran
çois le devine qui pourra. Ce qu'il y a de
sûr , c'eft qu'il faut néceffairement qu'avant
que de fonger feulement à mettre le moindre
mot Latin , il fçache diftinguer les cas du
thême françois , qu'il a à mettre en latin , &
-
que
1
JUIN. 1742 .
1337
que jamais perfonne ne lui a enfeigné à faire.
cette diftinction , quoique ce foit une des
parties les plus difficiles de la Grammaire
françoiſe. Ainfi , routine toute pure ,
s'il y
réüffit , & ce qui met le comble à l'étonnement
, routine formée d'un entaffement pro
digieux de regles. Mais que les Maîtres fe
fuivent eux mêmes , & ils verront que ce
n'eft prefque jamais que par le Latin , qu'ils
ont préſent à l'efprit , qu'ils fçavent difcerner
les cas françois qu'ils ont devant les
yeux ; & qu'ainfi au lieu de fe mettre au
point de vûë où font leurs Ecoliers , ils veulent
au contraire que leurs Ecoliers ſe mettent
au point de vûe où ils font eux-mêmes.
Encore une petite refléxion : Faire un thême
, c'eft traduire un Difcours François en
Latin , mot pour mot , c'eft- à dire , cas pour
cas , tems pour tems , modes pour modes ,
& c. car un enfant , qui commence fes principes
, n'en fait pas affés pour faire autre
ment. Et fur quel François , je vous prie
compofera - t'il ce Latin ? ce n'eft par fur celui
qu'il a devant les yeux , puifque le Latin qu'il
a à compofer en doit être tout diférent pour
les cas , les tems , les modes &c. C'est donc
fur un certain Français inconnu , qui doit ref
fembler de loin à celui - ci , & qu'il doit mettre
dans un Latin qu'il ne connoîtra point du
tout
338 MERCURE DE FRANCE
tout , n'aïant préfent à l'efprit , avant & après
qu'il l'aura compofé , que le François qu'on
lui a dicté. Que de confufion dans une telle
pratique !
,
En fecond lieu , quel monstrueux entaffement
de termes extraordinaires , pour apren
dre qu'au lieu de dire : Dieu aime Pierre , ou
Mon Ami m'a averti de votre arrivée ,
peut tourner par le paffif, & dire : Pierre eft
aimé de Dicu, & j'ai été averti de votre arrivée
par mon Ami ? Quel eft l'enfant d'un génie
fi bizarement tourné , qu'il ne lui foit
pas plus facile mille fois de changer fur ce
modéle une Phraſe de l'actif au paffif, que
de loger dans fa tête tout le ridicule verbiage
des Particules ? Et quel eft l'hommede
bon fens qui n'avouë qu'il eft plus aifé de
concevoir & de retenir , qu'en Latin on ne
dit pas ; je crois que mon frere eft fage :
mais , je crois mon frere être fage , que de ſe
guinder l'efprit par cette regle abitraite ? Le
que fe retranche , le verbe fuivant fe met à
l'infinitif au même tems & au même moeuf
& le nom ou pronom fe met à l'accufatif.
Enfin les Maîtres ,eux- mêmes , fçavent par
leur propre expérience combien tout ce langage
de Grammaire eft trifte & rebutant , &
qu'ils n'ont pas trop de toute l'attention de
leur efprit , pour s'entendre eux - mêmes
quand ils veulent le parler, que doit - ce done
›
être
JUI N. 1742: 7339
etre pour un jeune enfant , dont le cerveau
n'a encore aucune confiftance ? Tout est là
abftrait & métaphyfiques ce n'eft point tel:
mot en particulier qui eft au nominatif ou à
l'accufatif , tel verbe au paffif; c'eſt un nominatif
ou un paffif en géneral , enfuite on
viendra au particulier : donc c'eſt une regle
en l'air , & pofée fur rien . On fait marcher
ainfi la jeuneffe à tâtons , & fans fçavoir où
elle va , & l'on épuife par des fpéculations
fatiguantes toute la vigueur naiffante de fon
jugement. Car quelle contention ne faut- il
pas avoir pour faifir des combinaiſons auffi
étendues & auffi compliquées ?
par
Si cette fameufe regle étoit néceffaire , on
devoit donc au moins faire préceder l'ufage
& la pratique à la fpéculation ; commencer
donner un modele de Phrafes à retourner
, en faire retourner plufieurs , & puis
faire deffus l'aplication de la regle . On ne le
Cait points on doit donc s'attendre à ce qui
arrive , que rien n'eft plus abftrait , plus difficile
à concevoir , & plus aifé à oublier
c'eft auffi ce qu'une trifte expérience fait voir
tous les jours. L'exemple feul refte dans la
mémoire , & devient le feul guide de celui
qui compofe. C'eft ainſi qu'après mille regles
de cette nature , répetées des 5. & 6. ans de
fuite , les enfans ne compofent cependant
prefque jamais que par routine Car ceci eft
un
340 MERCURE DE FRANCE
un défaut général de toutes les méthodes des
Particules , & qui y regne d'un bout à l'autre.
Mais , encore un coup , à quoi bon de femblables
regles ? Qu'a t'on befoin d'augmenter
aux enfans un fardeau , fous lequel l'ef
prit même des perfonnes faites fuccombe ?
On dira peut- être que l'expérience à fait voir
que les commençans en ont befoin , & que
fans cela ils ne fçauroient jamais , par exemple
, tourner l'actif en paffif. Or cela eft impoffible
à croire-, & il y a mille expériences
du contraire ; & après tout uue pareille réponfe
ne ferviroit qu'à prouver combien la
méthode ordinaire gâte prodigieufement l'efprit
des enfans , s'il ne leur refte pas allés
de bons fens pour pouvoir changer cette
Phrafe Dieu aime Pierre , en cette autre :
Pierre eft aimé de Dieu , à moins de cet artirail
acablant de regles. Routine pour routi
ne ; quand c'en feroit une , ce qui n'eft pas ,
laquelle des deux eft la plus aifée ? Toutes
les regles pareilles à celle- ci font donc en
pure perte , quelque nombreufes qu'elles
foient.
On dément donc ici tout à la fois , nonfeulement
la quatriéme maxime , en multipliant
ainfi les regles fans néceffité , mais auſſi
la cinquième qui confifte à fuivre l'ordre de
Ja Nature , laquelle nous mene toujours dans
nos
JUIN. 1742. 1341
nos connoiffances de la pratique à la Théorie,
du particulier & du fenfible au général & à
l'abſtrait , & jamais autrement , & qui ne
commence jamais par préfenter ce qu'il y a
de plus difficile . Or c'eft ce que font tous les
Rudimens & toutes les Méthodes des Particules
; les Rudimens , en jettant tout d'un
coup les commençans dans toutes les difficultés
d'une Syntaxe, telle qu'ils l'entendent ;
ils offrent à un Enfant qui fait fes premiers
thêmes , toutes les difficultés des verbes
doceo , poenitet , tadet , & femblables
, les queftions de licu & autres difficultés
; qui font au refte purement de leur
invention , & qui font difparoître fur ces articles
les vrais principes de la Syntaxe : & enfuite
les Méthodes des Particules , qui dès
les premieres pages préfentent également les
Latinifme les plus compliqués , comme ce
qu'il y a de plus aifé .
celo, rogo ,
Mais c'est ce que font d'une maniere bien
plus pernicieufe encore , ces Maîtres , qui
fe piquent d'entaffer dans la mémoire de
leurs Diſciples toutes ces fortes de regles &
toute cette méchanique de Grammaire, avant
que d'en venir à la moindre pratique :
quels fleaux du bon efprit ! Je dis
que c'eft
une méchanique toute pure : car qu'est- ce
que méchanique , finon dire qu'il faut
faire telle & telle chofe fans en rendre la
D moindre
1342 MERCURE DE FRANCE
-
moindre raifon ; que tel nom doit être à l'a
cufatif , & tel verbe à l'infinitif , fans pou
voir dire fur quel fondement, & quelle eft la
raifon pour laquelle cela doit être ainfi . Or
que l'on cherche quelle eft, la fource de ce
défordre , on trouvera que c'eft parce que
les Maîtres , eux-mêmes , ignorent abſolument
ce que c'est que Grammaire générale ,
fans laquelle cependant , eût-on paffé toute
fa vie à enfeigner les élemens du Latin , on
ne fçait point veritablement la Grammaire ,
& on n'en connoît , encore une fois , que la
méchanique la plus groffiere.
La fixiéme Maxime que l'on doit ſuivre
dans toute méthode d'enfeigner les Langues,
eft que , autant qu'il eft poffible , chaque
mot de la Langue qu'on aprend , foit rendu
par un autre mot de celle qu'on fçait . Tous
les Maftres conviennent de cette regle quand
il s'agit de la verſion , & ils la fuivent , du
moins de loin. Il faut , difent- ils , commencer
par entendre fon Latin , mot pour mot
fans s'embarraffer du beau François. D'où
vient donc que cette regle leur paroît inutile,
dès qu'il eft queſtion des thêmes? Quoi !
il n'eft plus néceffaire qu'un Enfant entende
mot pour mot le Latin qu'il compofe , ni
même qu'il l'entende du tout ? Il a compofé
12 ou 15 lignes en Latin , demandez lui - en
l'explication ; la premiere chofe qu'il fait
e'eft
JUIN. 1742. 1343
c'eft d'aller chercher fon François ; ôrez - lelui
, ou qu'il ait le tems de l'oublier il entendra
auffi-tôt une page d'Hebreu ; c'eſt un fait
que perfonne n'ignore.
Mais comment pour oit- il l'entendre ? Si ,
par exemple , il a mis mechaniquement , en
fuivant fes prétendues regles , une Phraſe
pareille à celle ci : Je crois que mon frere eſt
Tage , Credo meum fratrem effe fapicntem ,
dira- t'il , credo , je crois , meum fratrem ,
que mon frere , effe , eft ? Il a apris trois
chofes contradictoires à cela , qu'il n'y a
point de que en latin , que le mot françois
eft , forme la troifiéme perfone du préfent de
l'indicatif, & que effe en Latin fignifie être ,
& non pas il eft. Pareillement , dans cette
autre Phrafe, Spero fore ut meus frater ftudeat :
Dira t'ikfpero , j'efpere , fore ut que , par fa
regle il ne doit point y avoir de que , ainfi il
n'y a pas de fens de vouloir qu'il en trouve
un dans cette Phrafe- ci. Mais fçait- il ce que
fignifient les fore,lesfuturum effe ? Les entendil?
Les lui a t'on expliqués ? Il n'a donc compofé
toute cette Phrafe que machinalement.
Ainfi tout ce qu'il fçait eft que ces mots Spero
fore ut frater meus ftudeat , répondent à ceuxci
; j'efpere que mon frere étudiera , fans attacher
d'idée préciſe à chacun d'eux. Or ,
n'eft- ce pas là une routine toute pure , &
ce qu'ily a de prodigieux , une routine que
Dij l'on
>
1344 MERCURE DE FRANCE
l'on n'aquiert qu'à force de regles ? Doit- on
trouver étrange après cela qu'en d'autres occafions
, où il faut que le bon fens fe mette
au deffus de 30 regles , il ne fache plus com
ment en faire ufage ?
De plus , pour entendre une Langue étran
gere ,
il faut fortir des manieres de parler &
du génie de fa Langue. Or cela ne fe peut
faire qu'en raprochant de la Langue qu'on
aprend fa propre Langue, pour lui faire quit
ter fon génie naturel , juſqu'à lui faire rendre
mot pour mot , c'eft - à dire cas pour cas ,
modes pour modes &c. les manieres de parler,
qui font le génie de cette Langue étrangere.
Obferve- t'on cette regle à l'égard du
Latin , quand on fait faire des thêmes ? Ne
laiffe- t'on pas le françois tel qu'il eft ? Ainfi
la plupart des Phraſes du thême qu'on a dicté
à un enfant , ne font donc que des équivalens
françois qui lui voilent les veritables
manieres de parler Latin ; enforte que ce
ne fera qu'après bien des années d'études les
plus dures & les plus pénibles , qu'il viendra
à fe reconnoître , & commencera à entrer
dans le génie de la Langue Latine , lors qu'il
fera prêt de la quitter , pour paffer à d'autres
occupations.
Encore un exemple ; je fupofe qu'un commençant
a mis en Latin cette Phrafe , J'efpere
que mon frere fera fage un jour , Spero meum
fratrem
JUIN. 1742. 1345,
-
fratrem futurum effe fapientem : ce jeune homme
voit métaphyfiquement & d'une maniere
abftraite , qu'il y a là un accufatif & un infinitif
; maif qu'on vienne à lui montrer que
mor à mot cela fignifie , j'efpere mon frere
devoir être un jour fage ; il fera tout étonné
d'une maniere de parler fi étrangere . Tant il
ignore profondément le génie d'une Langue
qu'il étudie pourtant depuis plufieurs années.
Cela va plus loin encore ; un leger détail
va faire fentir combien ce défaut d'intelligence
nuit aux enfans , & leur gâte l'efprit ;
car c'est ici une des principales fources de
cette étonnante confufion d'idées que l'on
remarque dans la plupart des commençans.
Quand , par exemple , un enfant conjugue
le verbe venio , il trouve le futur du fubjonctit
venero , qui fignifie je ferai venu . On
lui fait enfuite mettre dans fon thême cette
Phrafe , fi je viens demain , en Latin Si venero
cras , que peut- il entendre par ce venero ?
De quelque façon qu'il le prenne , il ne peut
que l'induire en erreur , mais ordinairement
il n'hésite point , rien ne lui eft plus naturel
que de croire que venero ne fignifie plus là ,
je ferai venu , mais je viens , & alors il n'eſt
plus fixe fur la fignification de ce mot, puifque
tantôt il lui femble fignifier un tems &
fantôt un autre. Or cet inconvénient reve-
D iij
nant
#346 MERCURE DE FRANCE
1
nant par tout & à tout moment dans le Lating
tant à l'égard des tems & des modes des verbes
, qu'à l'égard des cas des noms , pronoms
& participes , les pauvres Difciples ne font
plus certains de la fignification d'aucun mot
Latin , & n'y attachent aucune idée fixe. On
ne fçauroit en difconvenir. Car un enfant
gâté par une fi ténebreufe routine , ira t'il de
lui- même s'imaginer qu'en Latin on ne dit
pas , fi je viens demain , mais fi je ferai venu
demain ? Il en eft de même des cas : Par
exemple , dans cette Phrafe , Doceo pueros
Grammaticam , j'enfeigne la Grammaire aux
enfans ; cet enfant fe figure néceffairement
que pueros fignifie là aux enfans , & que, aux
enfans , eft un accufatif françois : jugez parlà
s'il conçoit ce que c'est qu'un accufatif..
Il est donc conftant que ni des cas françois ,
ni des cas latins , les enfans n'en ont aucune
idée jufte , non plus que des tems & modes:
des verbes. Ils s'imaginent , par exemple
que le futur du fubjonctif , venero , fignifie
tantôt, je ferai venu ou je viendrai , & tantôt
je viens ; mais s'il fignifie je viens , ce n'eft
donc plus un futur , comme c'en devroit être
uh felon la regle . Quelle confufion d'idées ,
quelles tenebies dans toute cette aveugle .
méchanique ! Mais il ne feroit pas moins
dangereux que le Difciple s'aperçût de luis
même qu'on lui fait mettre en Latin , fi je
ferai
JUIN. 1742. 1347
ferai venu ; car n'étant plein que du génie
de la Langue françoife , & difpofé par là à
regarder comme autant de fautes tout ce qui
en contredit les differentes manieres de parler
, une expreflion fi étrangere ne peut lui
paroître qu'une faute ; ainfi il croira qu'on
lui fait faire des fautes par regles & par principes
, parce qu'au lieu de le prévenir fur les
differences qu'il doit trouver entre le génie
des deux Langues , & de lui faire fentir ces
differences en retournant fon françois mot à
mot , felon les diverfes Phrafes latines , qu'il
doit faire entrer dans fa compofition , on ne
lui en fait jamais voir que les divers équivalens
françois , qui , encore une fois , lui
voilent la vraie fignification de chaque mot*
Latin. Ce n'eft pas tout ; pour redoubler encore
la confufion , on charge les regles d'exemples
latins fi longs , fi éloignés du françois
, qu'ils repréfentent , qu'ils font entiérement
hors de la portée de l'enfance , &
qu'on ne fçauroit les lui rendre parfaitement
intelligibles.
Enfin , comment fait-on pour ne pas voir
que rien ne peut nuire davantage au goût de
la belle Latinité , que ce mauvais Latin , auquel
l'oreille & l'imagination des , enfans
s'habituent pendant tant d'années qu'on leur
fait faire des thêmes ? Eh ! ne feroit il pas
bien plus court de ne leur faire mettre du
D iiij François
1348 MERCURE DE FRANCE
françois en Latin , que lorfque leur imagina
tion formée par l'explication des Auteurs &
remplie des bons modéles de l'Antiquité ,
feroit devenue comme un moule correct &
incapable de donner aux matieres qu'on y
jette une forme qui ne foit pas réguliere &
élegante ?
་ ,
"
Voilà en gros les défauts de la méthode
ordinaire , voilà la caufe du travail infructueux
de tant de Maîtres , voila ce qui rend leur métier
fi pénible , fi ennuieux , fi dégoutant
& ce qui eft encore plus trifte voila
ce qui rebute des études tant d'enfans , ſouvent
d'un efprit très- curieux , très-vif & trèspropre
aux Sciences , & ce qui produit tanɛ
de chagrins & de dépenfes inutiles à leurs
parens . On ne doit pas en attendre d'autres
fuites.
Souvent un enfant fera plein de bon fens
& d'efprit , mais il n'aura pas cette facilité ,
qui fait que l'on entre aifément dans la penfée
d'autrui. C'eſt un défaut allés commun ·
même dans les grandes perfonnes. Avec ce
caractére d'efprit les principes enfeignés , comme
nous venons de le voir , rebutent immanquablement
, & font abfolument perdre
tout courage. Au contraire on en trouvera
d'autres en qui une trop grande facilité produit
le même effet. Ce font des efprits qui
faififfent tout du premier abord , & qui veulent
JUI N. 1742. 1349
lent tout emporter , en volant , pour ainfi
dire , mais à qui il faut auffi une méthode
conforme à leur génie , incapable de s'apéfantir
fur quoi que ce foit. C'eft donc perdre
ces fortes d'efprits , que de les jetter dans
une étude qui demande trop de contention ,
& qui fait tomber fouvent pour le refte de
leur vie tout leur feu & toute leur activité
outre qu'elle peut nuire beaucoup à leur
fanté. Or ces deux caractéres font ceux de
prefque tous les enfans ; les châtimens achevent
enfuite d'étoufer en cux toute émulation
. Les Etudes , & tout ce qui y a raport
leur devient à charge. La Lecture , cette reffource
fi utile pour les moeurs & la Religion
leur eft dès lors odieufe ,& peut être pour toû
jours. Le Lieu , la perfone de celui qui enfeis
gne , les inftructions même de piété , de
probité & de politeffe , tout y
devient pour
eux inutile , & fouvent même dangereux.
par l'averfion qu'ils en prennent quelquefois .
Dans ces difpofitions un jeune homme paile
d'une claffe à l'autre , par tout maltraité
malheureux , & méprife même des autres.
L'effet de ce mépris va fi loin qu'il s'y accoûtume
, c'est ce qu'on ne fauroit trop dép lorer.
Quand une fois la jeuneffe n'eft plus fenfible
à l'honneur, qu'en peut-on attendre ? De
la lâcheté elle tombe prefque néceffairement
dans toutes fortes de vices , les exe.ne
Dy ples
1350 MERCURE DE FRANCE
ples n'en font que trop fréquens.
Qui fe feroit pu imaginer qu'une mauvaiſe
méthode d'enfeigner dût produire de fi
grands maux ? Malheur donc à un homme
qui , comptable à Dieu & à l'Etat de l'inf
truction qu'il donne à la jeuneſſe , ne tait
pas tous les éforts pour les prévenir felon
fes lumieres , & pour n'avoir rien à fe reprocher
dans fa confcience à cet égard , quelques
difficultés qu'il voie à furmonter ! Des
vûës fi férieufes doivent du moins mettre un
homme fage au- deffus de fes petites préventions
& de la vaine répugnance que l'on a à
faire autrement qu'on n'avoit fait jufqu'alors ;.
répugnance dont le principal motif n'eft certainement
pas le bien des enfans .
Car quelles difficultés peut on former con
tre une nouvelle méthode, qui ne foient réfu
tées d'avance par les enfans inftruits felon la
méthode ordinaire? Dès les premieres années
d'études l'efprit de ceux - ci à déja contracté -
un travers & une fauffeté dont les Maîtres
s'aperçoivent fouvent eux - mêmes. Ils font
déja rébutés des études ; l'émulation , la cu--
riofité , la docilité , font éteintes dans le plus
grand nombre d'entr'eux. Ce font des efclaves
que la force feule & la crainte font marcher.
Ainfi avec une méthode plus raiſonnable
faudroit- il donc de fi puiffans éforts pour
faire au moins autant de progrès dans la Langue
1
JUFN. 1742. 1351
gue Latine , qu'on en fait avec la méthode
ordinaire ? Ceux qu'elle fait ne font pas fi
miraculeux. Tout Paris eft témoin qu'ordinairement
les enfans ne peuvent entrer en
Sixième qu'après des 3 & même 4 années de
principes , quelque foin que l'on ait pris de
les bien fuftiger , pour les mettre à ce pointlà
, & l'on regarde comme un efort peu ordinaire
, lorfqu'ils n'y ont employé qu'un an..
Il n'y a donc aucun rifque à fuivre une
route plus fenfée , indiquée par les plus habiles
gens de notre fiècle , & en dernier lieu
par M. Rollin. C'eſt de remettre la compofition
des thêmes à un âge plus avancé , & de
commencer par l'explication des Auteurs :
c'eft là l'ordre de la Nature . On ne débute
point par vouloir écrire dans une Langue que
Pon ignore : Ce projet eft abfurde . Un homme
, par exemple , veut aprendre l'Allemand;
il s'apliqué d'abord à entendre cette Langue,
& il ne parviendra à l'écrire bien que lorfqu'il
en connoîtra affés le génie pour commencer à
L'exprimer.
L'explication des Auteurs Latins doit donc
être le premier degré des études de la Jeuneffe.
Un Latin facile dont le Maître fera aux
enfans la conſtruction la plus éxacte , en ſupléant
tout ce qui eft fous- entendu , & qu'il ex--
pliquera d'abord mot pour mot , c'est- à-dire ,
cas pour cas , &c. & enfuite en meilleur
D vj. françois
1352 MERCURE DE FRANCE
françois , les mettra peu à peu en état d'en
faire autant eux- mêmes , & encore mieux
dans les commencemens , fur tout , une interprétation
interlinéaire , felon la Méthode
de M. Du Marfais , dont on peut voir l'Expofition
chés Ganeau & De Saint 1722.
Or , ce travail continué ainfi plufieurs années,
on peut juger quelle provifion de Latin
ils auront acquis ; & comme ils n'auront jamais
eu devant les yeux que de bons modéles,
combien leur ftyle fera plus Latin qu'il ne l'eft
d'ordinaire , lors qu'ils viendront à compofer
dans cette Langue. Si l'on confidere enfuite
que beaucoup d'Ecoliers doublent plufieurs
claffes , & ne fortent guére des Humanités
qu'à 17 & 18 ans , ce qui en fait des 10
& 12 confacrés au Latin , on trouvera qu'en
emploïant le même tems felon l'ordre que je
viens de tracer , les jeunes gens doivent avoir
expliqué tous les bons Auteurs de la Latinité ,
& qu'ils pourront lire & écrire dans la Langue.
Larine , avec autant de facilité que dans leur
Langue naturelle.
Par tout ce que nous venons de dire , il
doit donc être évident à tout le monde , que
le tems emploïé dans les premieres années à
la compofition des thêmes , eft un tems perdu
, & p.rdu avec d'autant P plus de dommage
qu'on s'eft gâté l'efprit dans un fi miférable tra
vail , & que l'on s'eft prévenu de dégoût pour
les
JUIN.
8355 1742 :
les Belles - Lettres. Auffi , peu de bons génies
échapent ils à ce naufrage prefque géneral.
Cependant j'en refte là , M. ce qui fuit ne
vous regarde point.
L'Auteur indique une nouvelle méthode
pour les thêmes , dont M.votre fils n'a heureufement
que faire maintenant. Tout ce qu'il y
a à fouhaiter,c'eft qu'il profite de fon bonheur,
qu'il explique beaucoup , qu'il retienne en
même tems les faits & tout le tiffu hiftorique,
& à l'aide de la Géographie & d'un peu de
Chronologie , il aura dans pea d'années un
Corps fuivi d'hiftoire , & fera ainfi un grand
Phénomène dans le monde Latinifte .Cela ne
vaudra-t'il pas bien toutes les regles des Particules
que l'on honore fi judicieuſement du
nom de principes ? Au lieu donc que par la
route ordinaire il n'auroit la tête remplie que
d'idées,de termes de Grammaires, & de combinaiſons
grammaticales , il fe la remplira d'idées
de chofes & d'expreffions vraiment Latines
; & comme c'est ce qui manque le plus
aux enfans , il fera en état de primer dans la
compofition du Latin quand le tems en fera
venu, & de continuer en même tems tous fes
autres Exercices , ce qui en fera un homme à
plufieurs talens. J'ai l'honneur d'être....
Pour la commodité du Public , on trouvera cette Piéce
, Quai des Auguftins , chés la veuve du Bourg ,
à côté de la petite porte de l'Eglife.
VERS
1354 MERCURE DE FRANCE
VERS SUR LA SECHERESSE.
Seigneur , à nos voeux fois propice ;
Ecoute nos gémiffemens ;
Fais finir ces longs châtimens
Dont tu punis notre malice.
Ton bras s'eft fait affés fentir
Sur ton Peuple toujours coupable
Que ta bonté , Dieu fecourable ,
Pardonne à notre repentir.
Vois nos maux & notre mifere .
Laiffe - toi toucher à nos pleurs ,
l'excès de nos malheurs ,
Défarme ta jufte colere ..
Et que
Nos crimes ont fermé les Cieux ;
Les Eaux n'arrofent plus la terre ,
Les champs d'une onde falutaire
Sentent le befoin en toux Lieux.
Le Laboureur faifi de crainte ,
Voit par- là fruftrer fon efpoir ;.
Il n'eſt pas même en fon pouvoir
D'étouffer fa trop trifte plainte..
Ton
JUIN. 1355 1742.
Ton Eglife , par ſes ſoupirs
Fait voir l'excès de fa trifteffe ;
Prouve- lui , Grand Dieu , ta tendreffe ,,
En fatisfaifant fes défirs..
Par fes voeux & par Les prieres
Elle demande un prompt fecours
Elle t'implore tous les jours
Dans le plus facré des Myfteres..
O vous , Patronne de Paris ,
A nos voeux toûjours favorable ,
De votre Peuple miſérable
Ecoutez les lugubres cris.
Fléchiffez ce Dieu de juſtice ,.
Que nous avons tant offenſé ;
Sur une coeur de regrets percé ,
Que fon ire fe ralentiffe .
Tel autrefois fur le Carmel,.
On vit un Prophete fenfible
Aux foupirs d'un Peuple infléxibles .
Faire ouvrir les voutes du Ciel..
Ainfi notre fainte Bergere
Exauce fon peuple affligé ,
Qui
1356 MERCURE DE FRANCE
Qui s'en retourne ſoulagé ,
Dès qu'il expofe fa mifere.
Le Ciel fenfible à nos foupirs ,
Se couvre auffi - tôt d'un nuage ;
Le vent fouffle & forme un orage ,
Qui met le comble à nos défirs .
Témoignons par des fons joyeux
Notre ardeur & notre allegreffe ,
Et que nos Cantiques las ceffe.
Retentiflent jufques aux Cieux..
REFLEXIONS fur l'abus & le
mauvais ufage que l'on fait du Style Marotique
, adreffées à Madame la Comteffe
de M.R.par M. de la Soriniere , en Anjou.
IL eft vrai , Madame , que j'ai folemnellement
abjuré la Satyre , mais je n'ai
point renoncé à la faine & judicieuſe critique
, quand je ferai aflés heureux pour la
pouvoir exercer avec difcernement.
J'ofe d'abord répondre des motifs les plus
épurés. Sans jaloufie & fans humeur j'attaquerai
les défauts des Ouvrages dont on
nous inonde mais je refpecterai toûjours
la
JUIN. 1742. 1357
la perfonne des Auteurs. Je ferois fâché
qu'on fe déchaînât contre ma réputation ,
pour avoir enfanté de mauvais Vers ou de
mauvaiſe Profe & je connois de très - honnêtes
gens d'ailleurs , qui font dans le cas .
Tel a du faux dans l'efprit , qui a le coeur
fort droit : & fi le galant homme tenoit néceffairement
au Poëte , il n'y auroit affûrément
pas de plaifir à devenir le Courtifan
des Muſes ; d'un principe fort indiférent de
foi-même il réfulteroit une dangereufe conféquence.
Mais n'eft ce pas vous , Mad. qui m'avez
engagé à fronder le mauvais ufage & l'abus
qu'on fait du Style Marotique ? Vous m'avez
même ordonné de vous communiquer mes
réfléxions dans un terme affés court. Je ne
fçais fi l'ouvrage ne fe reffentira point un pea
trop de l'exactitude avec laquelle j'ai fait
voeu de vous obéir . En tout cas , fi vous me
refufez le loifir de le limer autant qu'il conviendroit
, je dédommagerai le Public par
la briéveté , car j'efpere me renfermer dans
les bornes d'une lettre ordinaire.
C'eft avec raiſon , Madame , que vous
vous plaignez de ce qu'on interprete mal le
précepte du célébre Defpréaux , lorſqu'il
a dit :
» Imitons de Marot l'élégant badinage.
Art Poëtique , Chant I.
co
Ca
1358 MERCURE DE FRANCE
Ce ne font pas proprement les expreffions
de Marot , que ce grand homme nous recommande
d'imiter ; c'eft ce beau naturel
e'eft cette fineffe de penfées qui hait le fard,
& qui abhorre ces idées -fauffes qu'on nous
préfente fouvent , pour nous éblouir fous les
plus magnifiques parures.
Il n'y a point de ftyle qui permette dans
Pexprellion cette groffiéreté qui produit la
corruption du langage , & flétrit tout ce
qu'elle touche. Qu'on fe renferme dans la
penfée de l'illuftre Satyrique , le mot dont
il s'eft fervi répand un affés grand jour fur
le confeil qu'il donne aux Poëtes , & il me
femble que cette épithète d'élégant à badinage
en dit plus qu'il n'en faut pour des efprits
fufceptibles de quelques impreffions dir
vrai beau.
Je ferois bien fâché d'inférer , Mad. qu'on
doit bannir du ftyle Marotique , toute expreflion
purement Marotique : trop de célébres
Auteurs l'ont employée , & avec trop
de fuccès & d'agrément , pour ofer avancer
un principe qui ne tendroit qu'à nous priver
d'un genre d'écrire qui a des beautés réelles.
Mais je voudrois qu'on en ufât comme les la
Fontaine , les Rouffeau , les Chaulieu , les
Ja Fare , l'Abbé de Grécourt , & un petit nombre
d'autres que je pourrois nommer ; & que
ce fût uniquement dans certains ouvrages confacrés
JUIN. 1742. 1359
facrés à ce genre . Mais je ne puis fuporter
qu'on
'on en ufe indiféremment aujourd'hui
dans la prodigieufe multitude d'Ecrits de toute
efpece , dont on furcharge le Public fatigué.
On n'y employe le plus fouvent ce
ftvle , que pour avoir droit de fe laiffer aller
à des négligences qu'on veut faire paffer pour
affectées , ( peut être même pour des gentilleffes
, ) & éluder impunément des réglestrop
gênantes pour des génies fuperficiels &
peu fcrupuleux : c'eft là mon avis.
On fait plus , Mad. on invente des tours &
des mots dont on s'imagine en toute fûreté
pouvoir fauver la barbarie , en difant : cela
eft du ftyle Marorique. Cette expreffion me
paroît finguliere , dira quelqu'un , quelle
locution ce mot me femble controuvé..
Point du tout , répond l'Auteur , d'un air de
complaifance pour fa froide production :
eela eft du ftyle Marotique : eh ! ne voyezvous
pas que la Piéce eft Marotique en cet
endroit ?
.
Non , je ne vois point cela : & je vois
fimplement par les yeux de la raifon que
tout l'ouvrage jure avec lui même , qu'il eft
bas & burlefque , & que par un trait d'injuſtice
impardonnable , on abuſe d'un nom
justement respecté , pour entaffer des fotifes..
Non , je ne puis m'accoûtumer à paffer tout:
d'un coup dans le même Ouvrage du Langage
1360 MERCURE DE FRANCE
gage qu'on rarle fi élégament aujourd'hui
à la Cour de Louis XV. à celui qui regnoit
du tems de François premier : & vous
ne fçauriez vous diffimuler , Marots modernes
, que vous en uſez ainsi , pour favorifer
votre pareffe & fconder votre infu filance .
Effectivement ; quel affemblage , quel mêlange
monstrueux de férieux & de comique ,
de grand & de petit ! Peut -on réünir de fang
froid toutes fortes de caractéres dans un ouvrage
de trois pages ? Cela fait un por pourri
, qu'il n'y a que les lots capables de pouvoir
digérer les eftomachs délicats le rejettent
comme du poifon , & le coeur en demeure
Purjamais affadi.
Depuis l'incomparable Defpréaux , il n'y a
plus eû de Prévôt au Parnaffe , & c'eſt un
grand malheur. De là , cette foule d'Ecrivains
qui ffee perfuadent trop férieufement
être de parfaits imitateurs du Poëte le plus
élégant qui fûr jamais dans fon genre . Je
gagerois même qu'ils fe flatent au fond de
Fame , ( avec ce qu'ils y mettent du leur , )
de furpaffer leur modele : mais ce n'eft
qu'une vaine illuſion : & felon moi , ‘ils reſ
femblent beaucoup plus à Daffouci , * qu'à
Marot,
Si Clément Maret aujourd'hui
* Et jufqu'a Daffouci , tout trouva des Lecteurs .
Defpreaux Art. Poët.
Reparoiffois
JUIN. 1742: 1364
Reparoiffoit fur le Parnafie ,
Chacun le préférant à lui
Voudroit lui difputer fa place.
Il me vient une idée , Mad. Si d'ici à deux
cent ans la Langue Françoife fait autant de
nouveaux progrès qu'elle en a fait depuis les
deux derniers fiécles , affûrément il arrivera
des changemens bien extraordinaires . Mais
à votre avis , Mad quel fera le ftyle du Poëte
d'à préfent , qu'alors on choifira pour faire
fon Marotique ? Pour moi , je voudrois bien
que l'on confacrât celui de M. de Voltaire ;
cela contribueroit beaucoup dans les races futures
à faire connoître le bon goût qui regne
de notre tems ; & par contrecoup les contemporains
de ce grand homine participeroient
à la gloire la plus juftement méritée,
**X*XX*
MADRIGAL de l'Auteur , en adreffant
ces Reflexions à Madame la Com
teffe de M. R.
Q
Ue de talens , grands Dieux , j'admire
chaque inftant !
Figure fine & délicate ,
Ton qui perfuade & qui flate :
Non ; Laure n'en avoit pas tant.
Quand
362 MERCURE DE FRANCE
Quand tu parles Philofophie ,
On croiroit entendre Afpafie
Entre Socrate & Periclès ;
Mêine
argument ,
même fuccès.
D'Apollon touches - tu la Lyre ?
Nous fentons que ce Dieu t'infpire ;
Tu fçais nous p'aire & nous charmer ;
Il ne te manque plus que de fçavoir aimer.
REF LEXIONS ACADE'MIQUES
fur la Verité. Extrait d'une Lettre écrite de
Mâcon le 6. Avril 1742. par M. le Marquis
de Chateau- le-Roux.
L
A Vérité eft dans le monde. Elle eft au
milieu de nous. On la cherche , & c'eft
un bonheur de la trouver. Son propre eft de
nous donner de la droiture & de la probité.
L'homme lui fait pourtant la guerre , & la
dire , c'eft fe mettre en danger. Tel qui fe
pique de regarder tout d'un oeil intégre ,
craint fouvent d'être éclairé par fes raions ,
& aime mieux vivre entre les ténébres & la
que d'y voir trop clair.
lumiere , que
Combien d'Herodes dans le monde , empreffés
à connoître & à entendre parler la
verité ! Elle s'avance dans la perfonne de
Jean
JUI N. 1742: 1363
Jean-Baptifte ; Herodes l'admire d'abord ,
mais fon admiration devient bientôt ftérile.
Il ne peut fouffrir que la Vérité éclaire ce
que la Pallion veut couvrir d'un voile épais.
L'homme eft ainfi attiré par la Curiofité . La
Nouveauté lui plaît. Il voudroit fçavoir ;
mais craignant de fçavoir trop ,
il demeure
dans une fufpenfion d'efprit & de coeur. Il
veut regarder , mais de loin. Le trop grandjour
bleffe un oeil malade . On craint l'incifion
dans une plaie qu'on entretient volontairement.
La lumiere luit , & on fe couvre
d'un voile , peut - être même d'un bandeau
pour ne la pas voir
pro-
୬
Rien n'eft plus contraire à la Vérité que
la flaterie. Loin du commerce du monde
ces hommes qui difent ce qu'il faudroit taire,
& qui taifent ce qu'il faudioit dire. Difcours.
féduifans , complaifance mercenaire , frivoles
ménagemens , injurieux filence , c'eſt le
pre de ces flateurs qui veulent plaire , ou qui
craignent de déplaire . Le Calomniateur of
fenfe moins la Verité que le Flateur. Le premier
l'attaque t'il par des paroles injurieufes
? lle en dévoile plus ailément la tauffeté.
L'autre la bleffe - t'il fecrétement par d'officieux
menfonges Elle arrache le trait plus
difficilement.
La flaterie , quelque fourbe, qu'elle foit
Le couvre toujours du manteau de la Ve ité .
Chés
1364 MERCURE DE FRANCE
Chés elle la pareffe eft un honnête repos.
Elle apelle la diffipation , une noble dépen
fe : la haine , un digne reffentiment : la témérité
, une force fupérieure. Elle donne à
l'amour du Sens , le nom de Civilité mutuelle
, de tendreffe néceffaire , de complaifance
raisonnable , de familiarité permife ; elle
a de l'Eloquence , mais pour attaquer la Verité
dans tous fes retranchemens . La pente
de l'homme à croire bon ce qu'elle dit & ce
qu'elle fait , eft fi grande , qu'un feul clin
d'oeil, un foûrire , un mouvement de tête ,renverfent
en un inftant ce que la Verité croioit
avoir bâti fur de folides fondemens . Elle
l'emporte même fur l'amitié qui eft la compagne
inféparable de la Verité. L'amitié hazarde
tout pour le bien de la perfonne aimée.
La flaterie hazarde le bien , l'honneur , la
réputation de la perfonne qu'elle paroît ai- >
mer , pour contenter fes propres inclinations
. L'ami fans fard réveille un ami de fon
affoupiffement , pour lui faire voir le jour de
la Verité. Le flateur l'endort encore davantage
par fes paroles fpécieufes & fes difcours
enchanteurs.
L'homme aime naturellement le menfonge
pour le menfonge même . Le plus honnête
homme eft furpris quelquefois dans des déguifemens,
qui font les effets d'une vanité et d'une
legereté naturelle . Nous aimons naturellement
JUIN. 1742. 1365
*
ment la fiction , parce qu'elle eft notre propre
ouvrage.La Verité qui n'eft pas émanée de no
tre efprit , & qui eft une qualité céleſte , n'a
pas quelquefois à nos yeux affés d'ornement.
Nous voulons du fpécieux & du fard . La lu
miere des flambeaux convient mieux que le
grand jour pour les jeux de Théatre , & le
menfonge eft plus propre que la Verité pour
les bagatelles de ce monde. Il femble que
l'homme deviendroit mélancholique , s'il ne
fe permettoit d'altérer quelquefois la Verité.
On en fait un jouet , je dirois prefque un
Protée , à qui l'on fait prendre plufieurs formes
. On ne veut nuire à perfonne , mais on
veut fe divertir. On aime un jeune homme
dont la langue eft auffi mobile que le corps ,
& qui fçait auffi joliment inventer ce qu'il ne
fçait pas , qu'il dit agréablement ce qu'il fçaic.
Il a mille jolies chofes à raconter , quand on
lui parle. Il fe fait écouter. Il amufe . Il fait
paffer d'aimables heures . On fçait bien qu'il
n'eft pas éxact dans fes narrations ,
n'importe ; il ment avec grace & efprit .
La Verité peut être confidérée comme une
Montagne , fur le fommet de laquelle l'air
eft ferein , d'où l'on voit avec plaifir , quoique
d'un oeil compatiffant , les erreurs & les
égaremens des foibles humains , d'où l'on
voit les tempêtes qui fe forment des brouillards
malins que l'homme fe plaît à entretemais
E nir
1366 MERCURE
DE FRANCE
nir fur la terre. Montagne bien difficile à
trouver , encore moins aifée à monter ; prefque
inacceffible . Quelques - uns en ont commencé
le chemin ; l'orgueil en a fait culbuter
plufieurs ; prefque tous n'ont pû foûtenir
l'éclat de la lumiere qui y brille , ou plutôt
ont prétendu avoir les yeux trop foibles pour
cela.
Il y a dans le monde trois fortes de Menteurs
. Dans les uns , le Menfonge vient d'un
coeur pervers. Ce font des Gabaonites , qui
difent à Jofué qu'ils viennent de loin , que
leur pain eft moifi , qu'ils font réduits à l'extrémité.
Leur deffein eft de découvrir le fort
& le foible de fes troupes. Dans les autres, le
Menfonge vient d'un Efprit enjoué . C'eft
Sara qui a ri , quand trois jeunes hommes
ont affûré qu'elle auroit un fils. Elle affûre
pourtant qu'elle n'a pas ri. Dans les troifiémes,
le Menfonge vient d'un fond de bonté.
C'eft Raab qui a retiré chés elle des Eſpions.
Le Roy de Jericho veut les faire périr. Elle
dit qu'ils ne font pas dans fa maiſon.
La Nature elle -même nous aprend par fon
exemple à aimer la Verité. Elle ne connoît
point la duplicité , elle eft fimple. Elle a em
horreur la fourberie , elle eſt ingénuë . Dieu
la gouverne par les régles de fon infinie Ve
rité. Elle eft fincere, uniforme , égale à ellemême.
Voiez les animaux, Chacun aide fon
Efpece.
JUIN. 1742
1367
Efpece . Ils connoiffent ce qu'ils fe demandent
les uns aux autres , par de certaines
marques qui leur tiennent en quelque maniere
lieu de langage & qui ne varient
point. L'homme feul , fupérieur aux autres
animaux la parole , & furtout
par
par la
raifon , ne l'emporte point fur eux par la
fincérité.
Il y a des Gens qui ont deux coeurs , diférens
l'un de l'autre . Un coeur pour eux , &
un coeur pour les autres. Un coeur pour eux ,
bizarre , diffimulé , ingrat , perfide . Un coeur
pour les autres , civil , honnête , reconnoiffant
, ami en aparence. Dans l'intérieur tout
eft rufe & fourberie . L'ame eft perfide &
maligne. A l'extérieur tout eft affection &
careffe . L'air eft engageant. Les façons aiſées,
ce femble. Les maniéres civiles . Ils vous portent
des coups mortels en paroiffant vous
embraffer. L'ombre de la Verité marche fur
leurs traces , non fa réalité ; ou plutôt le
Menfonge marche avec eux fous le maſque
de la Verité .
Il y a des Gens qui éloignent d'eux la Verité
, & qui la détournent quand elle s'aproche.
Il y en a d'autres qui fe perfuadent qu'ils
la connoiffent , fans l'avoir jamais vûë . Ici ,
c'eſt entêtement & orgucil. Là , c'eſt négligence
& indifference. Les uns ne voient rien
au milieu d'un grand jour. Les autres difent
E ij qu'ils
1368 MERCURE
DE FRANCE
qu'ils voient , quoique frapés d'un aveugle
ment fatal. Ceux- ci fe flatent de connoître
leurs devoirs , & ne veulent point d'inftructions.
Ceux- là fe foucient peu de s'inftruire .
Pourquoi diférer ou craindre d'aprendre ce
qui fait l'honnête homme ? Quel Métier eft
honorable fans la Verité ? Si elle manque , le
Sujet devient partial : le Sçavant devient opiniâtre
le joucur , fripon : le Marchand fourbe
, l'ami intérellé.
,
Si jamais quelque chofe a dû fervir à découvrir
la Verité , c'eft l'Etude , Ceux pourtant
qui étudient le plus , font quelquefois
ceux qui jettent dans l'erreur. Si par malheur
un homme qui commence
à étudier
s'engage dans cette route , fans fçavoir le chę
min qu'il faut tenir , plus il avance , plus il
s'égare. Il foûtient des fyftêmes erronés
contre toute raifon , ou bien il en invente luimême
, pour avoir le plaifir d'être créateur ,
& pour fe faire des admirateurs
. L'orgueil
qui ordinairement
accompagne
l'étude , gâte
tous les avantages qu'on en pourroit tirer.
-On s'entête des fentimens ambigus d'un Auteur
particulier
, ou l'on fe mêle auffi d'avoir
les ficas. On veut paffer pour profond. On
veut étourdir les Efprits du commun , en paroiffant trouver & voir des Ventés où ils
ne comprennent
rien , & en difant qu'on
croit une impertinence
d'un homme , qui
peut -être
JUIN. 1742. 1369
peut- être ne s'entendoit pas lui- même . Il
faudroit en étudiant les Auteurs anciens &
nouveaux , fe défaire de tout préjugé , ſe
fervir de fa raiſon , en méditant ce qu'on lit,
& ne regarder que fous le nom d'opinion ,
tout ce qui ne s'entend pas. En matiere d'étude
, ce n'eft pas affes de fçavoir , il faut
comprendre. La mémoire eft faillible fans le
jugement. Mais c'eft Ariftote , c'eft Defcartes
qui a parlé mon fentiment n'eft qu'un
Elixir de ce qu'ils ont écrit . Qu'importe , je
vous prie , qu'il y ait eu un Ariftote , un
Defcartes au Monde ? Il m'importe de fçavoir
fi ce qu'on dit être de ces Gens là , eft vrai
ou faux en foi. Ne croira - t'on rien que ce
qui a été écrit par des Gens dont le nom
remplit la bouche ? Leur nom , leur fcience
les qualités de leur efprit ne préocupent
point le mien. Je crois de tout ce qu'ils ont
dit , ce que l'évidence me perfuade de croire.
Ils ne font point ma raifon . Le Monde cft à
preſent avancé en âge. Il devroit , ce femble
, avoir plus d'expérience que jamais.
Combien de chofes où l'on ne voit encore
rien ! Ariftote, Platon , doutoient.Nous doutons
encore. L'efprit de l'homme toujours
borné , doutera toujours . Les opinions des
anciens Sçavans faifoient rire les hommes.
Nous rions auffi de celles des beaux efprits
de nos jours. Donnez- moi une Matiere Phi-
E iij
lofo-
,
1370 MERCURE DE FRANCE
lofophique , fur laquelle on ait dit quelque
chofe de sûr. Nous avons tant d'efprit aujourd'hui
, que lorfque les chofes font trop
claires , nous leur donnons un tour myſtéricux
, qui les rend moins aifées à concevoir.
Certains Commentateurs ont voulu
trouver de la difficulté dans des Paſſages de
Poëtes & de Philofophes , qui n'avoient pas
prétendu y en mettre. Bienheureufe l'Antiqui
té qui a des defcendans fi complaifans , qu'ils
veulent toujours entrevoir de l'Efprit dans
des Gens , qui peut-être dans leur tems n'avoient
rien d'extraordinaire ! Combien de
guerres d'Erudition fur des bagatelles ? Que
de Livres pleins d'Examens ridicules ? Mais
c'eft qu'en comblant de gloire un Auteur
commenté , on efpere que cette gloire rejaillira
fur celui qui commente . L'Auteur ne
mérite pas ces louanges , mais le Commentateur
en profite .
S'il m'étoit permis ici de moralifer , je dirois
que ce n'eft qu'en matiere de Foi , que
l'on ne doit pas aprofondir la Verit . Il n'y
a rien de nouveau à fçavoir fur ce fujet. Calvin
& Luther y en ont pourtant trouvé , &
ils ont erré. En toute autre matiere , pour
fçavoir la Verité , je ne fuis point obligé de
croire ce que les Anciens en ont dit : mais
par rapo t à la Foi , la Verité fe trouve dans
P'Antiquité. Les chofes qui lui apartiennent
s'aprennent
•
JUIN. 1742 1371
s'aprennent par la Tradition . La Raifon ne
peut les découvrir . Les Verités Chrétiennes
veulent de la foi & de la foumiffion. Il eft
vrai que la Raifon eft humiliée de fe voir
ainfi captivée , mais cette humiliation corrige
fes erreurs. Les Heros du Chriftianifme
étoient grands par leur pieté , grands par
leur courage , & par leur force contre les
Tyrans , grands par leur renoncement aux
pompes mondaines. Leur véritable grandeur
cependant confiftoit dans cette foumiffion.
Raifonnemens du Philofophe , Eloquence de
l'Orateur profane , Sageffe politique , Prudence
humaine , vous êtes d'un grand poids
pour régler l'Homme Civil : vous êtes inutiles
pour l'Homme Chrétien . Ces riches Génies
de l'Antiquité , nos Maîtres dans les
plus beaux Arts , ont pris l'effor pour chercher
la Verité en fait de Religion . Ils fe font
évanouis dans leurs penfées , & tout ce
qu'ils ont conclu , n'eft qu'impieté , & que
fuperftition. L'Evangile a été publié. L'Hérétique
, conduit par fa curiofité , a voulu
creuler des abîmes impénétrables , & ſe faire
l'Interprete , le Juge des Oracles Divins. Il a
caufé le fchifme , le fcandale , la partialité ,
le libertinage de créance. Le feul Chrétien
fidele trouve dans fa foi humble , un remede
aux égaremens de l'efprit de l'homme , naturellement
orgueilleux , & un repos inal-
Eij térable
1372 MERCURE DE FRANCE
térable, qui le délivre de toute agitation d'ef
prit & de toute incertitude .
mais
peu
Les femmes n'ont de l'intelligence que
pour ce qui frape les Sens. Elles ne peuvent
pas pénétrer les Verités abftraites. Elles
donnent la mode , les ufages , les belles manieres
. On peut même dire qu'elles reglent
la Langue , & qu'elles en entendent quelquefois
mieux la délicateffe que les hommes.
Elles ont plus de goût pour le fuperficiel ,
d'étenduë d'efprit pour percer 1:
fond de certaines Queftions embarraffées.
Leur imagination effleure les objets , & elles
comprennent plûtôt la maniere que la réalité
des choſes. On pourroit peut-être trouver la
raifon de cette difference. La molleffe du corps.
peut beaucoup contribuer à amollir l'efprit.
Or les femmes cherchent beaucoup plus que
les hommes ce qui flate les Sens , ce qui peut
plaire & donner de l'agrément. L'efprit occupé
de ces minuties eft pareffeux , lorsqu'on
veut l'en faire fortir. Elles font un ufage continuel
de leurs Sens , & elles ont ainfi une
parfaite intelligence des chofes fenfibles . I
eft vrai qu'on a trouvé quelquefois des femmes
d'un efprit fubtil & perçant , & par un
contraire bizarre , des hommes d'un efprit
tardif & leger. Mais ordinairement cela eft
venu de l'éducation , de la conduite , des divertiſſemens
qu'ils ont pris. Ce que je dis là ;
au
JUIN. 1742. 1373
au refte , s'entend quant à l'ordinaire . J'adopte
ce Proverbe : Il n'y a point de Regles
fans exception.
Le Roman eft le plus fubtil corrupteur
de la Verité. Hiftoire Romanefque , rien de
plus commun. On croioit que le bon Sens
l'avoit banni du Monde depuis quelques
années . Mais ce Phenix , dit un bel efprit
de ce fiécle , renaît de fa cendre , & la
mort lui a rendu de nouvelles forces , ou
plutôt il n'a fait que s'endormir , il fe réveille
avec fes graces ordinaires. Le Roman
eft l'ennemi de la Verité dans l'Hiftoire . E.le
veut être fimple , & des Efprits legers ont
voulu lui donner du Merveilleux , qui a diminué
l'éclat de fa beauté , bien - loin de
l'augmenter. N'a - t'il pas infecté l'Hiftoire des
Siécles les plus illuftres ? Les Rolands & les
Renauds ont obfcurci les faits des Charlemagnes.
Le Roman a fait recevoir la loi de Cupidon
aux Legislateurs même de l'Europe &
de l'Univers. L'Hiftoire n'eft plus aujourd'hui
dans bien des points le témoin des Tems ,mais
le témoin des Menfonges . Elle n'eft plus la Lumiere
de la Verité , mais le flambeau de la
calomnie . Ciceron l'apelloit la Meffagere de
l'Antiquité ; elle eft aujourd'hui la Mellagere
de la Fauffeté . Elle n'eft plus la Fille des
grandes Actions , mais l'Elève de la Fable .
Combien le Roman a-t'il inventé de Païs ,
E v
de
1374 MERCURE DE FRANCE
de Fleuves , de Nations ? Il les fait exifter vé
ritablement. Tout paroît vrai . On les cherche
, & on n'en trouve point. Ce qui paroiffoit
réalité , devient chimére , ou en aproche.
Que ne s'en eft il toujours tenu
aux Fleuves du Tendre , aux Fontaines d'Ou
bli , aux Païs des Soucis , aux Peuples de
Jaloufie ! C' ft une Géographie d'amour, qui
ne fent point l'Hiftoire , & qui n'en impo
fe qu'à ceux qui le veulent bien .
L'Homme , & furtout le François , fe
plaît dans les chiméres agréables , enfans
de l'efprit humain , quand il laiffe prendre
le deffus à l'ima nation. L'imagination de
l'Homme quite aifment le vrai pour fe
livrer au merveilleux outré. Nous aimons
ces flateufes illufions , qui fous des noms
imaginaires viennent feduire le coeur par l'ef
prit , qui pr conifent les foibleffes de l'homme
, en le repréfentant au deffus de lui même
& qui furtout allument ou entretiennent
des paffions, quelquefois trop
"
*******›
réelles .
******
LE PHILOSOPHE CHRETIEN,
Q
Par M de la Soriniere , en Anjou.
U'heureux eft le Mortel, qui par fa deſtinée
Dans fon petit manoir prudemment ifolé ,
Evite
P
JUIN. 1742. 1375
Evite des fâcheux la pourfuite obstinée ,
Et voit tout l'Univers fous fes pieds immolé !
Amoureux de fon Stoicifme ,
Il n'eft inquiet , ni troublé ,
Et du fond du Chriftianifme
Aprenant à s'humilier ,
Contre les traits du Pyrronifme
Il fe compofe un Bouclier.
*******************
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rouen,
par M. D. S. J. au fujet de la derniere
Aurore Boréale.
Ly a dans les Airs des exhalaifons lumi-
Ihe
neufes , apellées lumieres Boréales , qui
n'ont pas de cours reglé , qui paroiffent de
tems en tems , & qu'on n'aperçoit que la
nuit dans certaines faifons de l'année . Il en
a parû fur Paris , le 8. Octobre 1641. depuis
neuf heures du foir jufqu'au jour dans
la Zone temperée , entre le Cercle Polaire
& le Tropique du Cancer : il n'y avoit rien
au Nord ni au Sud. Tantôt, elle étoit partagée
, comme des nuages lumineux , en differentes
parties de l'horifon , à une même
hauteur. J'en ai compté jufqu'à cinq ; tantôt
ces nuages fe diffipoient en rayons de lu
miere , lancés vers le Midi , par vibrations
E vj
réite1376
MERCURE DE FRANCE
réiterées , comme fi chaque nuage eût éte
un parc d'artifice , qui ne tiroit point du
côté du Nord , mais feulement du côté du
Midi.
Ces nuages s'étant diffipés , on vit partir
de longs rayons de lumiere du Couchant
d'Hyver au Levant d'Eté , & de pareils rayons
du même Levant au même Couchant ,
comme des gerbes de fufées , qui partoient
& s'élevoient des deux extremités de l'horifon
, en forme de demi -quarts de Cercle.
de chaque côté car ils ne s'éloignoient
point ; il ne faifoit pas le moindre vent , &
s'il en eût fait , l'agitation de l'air les auroit
emportés du même côté , au lieu que leurs
directions étoient abfolument opofées l'une
à l'autre .
Les vibrations étoient femblables à celles
des éclairs qui partent de la nuée , avec
cette difference que chaque éclair ne tire
qu'un coup & s'éteint auffi tôt , & qu'au contraire
chaque rayon tiroit plufieurs coups , &
fe fubdivifoit à chacun en divers jets de lumiere
, ainfi qu'une branche d'arbre fe fubdivife
en plufieurs rameaux .
On peut juger de la région que ces fortes
de lumiéres occupent , par deux circonftances
, l'une , parce que les nuées qui font audeffous
, les dérobent fouvent à nos yeux ,
l'autre, parce que , quand il n'y a point de
nuées ,
JUIN. 1742. 1377
nuées , on voit les étoiles au travers de ces
exhalaiſons . C'eſt une matiere lumineuse qui
n'à pas de corps formé , & qui paroît de
tems en tems , femblable , peut - être
›
à
cette lumiere que Dieu fit au premier jour
de la Création , quand il fépara la lumiére
des tenebres. Avant que de faire le Soleil ,
les Planettes & les Etoiles , qui ne furent
faites que le quatrième jour , la matiere lumineufe
n'étoit pas univerfelle , puifqu'il eft
dit dans la Genéfe , qu'il y avoit auffi des
tenébres . Peut - être la matiere n'étoit - elle
éclairée que d'un côté , & ombrée de l'autre.
Une femblable lumiére aparût aux Ifraëlites
à la fortie d'Egypte fous la conduite de
Moyfe , dans le même tems que les tenébres
couvroient le Camp des Egyptiens , lors du
paffage de la Mer Rouge : fouvent Dieu fe
fert des moyens les plus communs , pour
operer les plus grandes choſes.
Toute lumiere n'eft pas la même : il y a
des Phoſphores naturels , comme il y en a
d'artificiels. Le brouillard qui s'éleve fur les
rivieres eft lumineux , d'une lumiére blanchâtre
, pendant la nuit la plus obfcure .
C'eft fans doute à l'eau qui coule par deffous
, qu'on doit attribuer en partie cet
effet. Du fein de la Mer il fort des étincelles
de lumiére : tout Poiffon de Mer éclaire
pendant la nuit , même dans les tems les
plus obfcurs. J'ai
1378 MERCURE DE FRANCE
J'ai obfervé aux lumiéres Boréales qu'aucun
des rayons ne tend en bas , au lieu que
les éclairs qui fendent la nuée , font effort
en tout fens , tant en bas qu'en haut. Si le
nuage lumineux eft éloigné de l'Horifon
les rayons de lumiere s'élevent d'un demi
quart, ou d'un quart de Cercle; plus le nuage
lumineux cft élevé vers le Zenith , plus les
rayons aprochent de la Ligne Orientale , ce
qui fait juger que la matiére de ces exhalai-
'fons eft plus legere que celle de la Région
qui eft au - deffous , & moins legere que
celle de la Région qui eſt au - deſſus.
que
Pour connoître la Région qu'occupent
les lumiéres Boréales , il faut concevoir
l'efpace immenfe qui fépare la Terre d'avec
les Planettes & les Etoiles , eft ſemblable à
la maffe des eaux , qui couvre une partie de
la Terre. La régle de tous les liquides cft
l'équilibre ; le plus pefant va au fond , le plus
leger gagne le haut ; celui qui eft refpectivement
moins pefant & noins leger , tient
le milieu. C'est l'équilibre , qui fait que
chaque partie des Flu.des s'arrange d'ellemême
à la place qui lui convient .
Le Monde eft diftingué par Régions. On
apelle Region , l'efpace qui contient , qui
produit certaines chofes qu'on ne trouve
point illeurs. L'Eau contient & produit les
Poillons , qui ne vivroient pas fur Terie ,
ce
JUIN. 1742. 1379
ce qui fait que l'Eau eft apellée la Région
des Poiffons. Par la même raiſon , la Terre
eft apellée la Région des Hommes , des
Bêtes , des Plantes , qui fervent à la nourriture
de fes habitans. Les Oiseaux habitent
dans les Airs ; c'eft leur Région , mais ils
n'en occupent qu'une partie , je veux dire
la baffe , qui eft au- deffous de la moyenne
Région.
On diftingue trois Régions dans l'Airs
la baffe , la moyenne & la haute . La baffe ,
eft celle qui environne la Terre , dans laquelle
vôlent les Oifeaux ; la moyenne eft
-celle des Météores , des Nuées , des Orages
, des Tempêtes .
Avant les lumiéres Boréales ' , qui depuis
vingt ans font fréquentes en Europe , on ne
connoiffoit au deffus de la moyenne , que
la haute Region , où font les Planettes & les
Etoiles ; mais les lumiéres Boréales nous
aprennent à connoître une troifiéme Région
, entre la moyenne & la haute , puifque
, par l'experience qu'on a depuis vingt
ans , les lumieres Boréales ne pénetrent pas
dans la moyenne Région , étart fouvent cachées
par les nuées qui font au-deffous , &
ne s'élevent pas juſqu'à la haute Région des
Planettes & des Etoiles qui font au- deſſus ,
puifqu'on les voit au travers.
La haute Région peut être fubdivifée en
diférentes
380 MERCURE DE FRANCE
diférentes parties ; il ne faut pas defefperer
qu'on ne découvre une quatrième Région
pour les Phénomenes fublunaires. On peut
compter autant de Régions qu'il y a de Planettes
, car les diférens Cercles que décrivent
les Planettes autour du Soleil , font
autant de Régions ; chaque Manette à la
fienne , & n'entre pas dans la Région d'une
autre.
Enfin , ce qui n'cft pas indiferent pour la
Phyfique , c'eft que les lumieres Boréales ,
qui font dans un fi grand mouvement , ne
caufent dans la baffe Région de l'Air , ni
vent , ni tempête , ni bruit , ni odeur , ni
froid , ni chaud. On voit les lumiéres Boréales
, on ne les entend pas , on ne les fent
pas , au lieu qu'on entend le vent , qu'on
le fent & qu'on ne le voit pas.
ののふのおみ
BOUQUET
A Mlle ***.
LEs frimats regnoient dans nos Plaines
Et le foufle des Aquilons
Empêchoit de Zéphir les fertiles haleines ;
Nos Prés au lien de fleurs étaloient des glaçons ,
Mais voyant venir votre Fête ,
Et
JUIN. 1381 1742.
Et voulant de Bouquets couronner votre tête ,
Je fis à Flore tant de voeux ,
Que favorable à ma priere ,
Elle commença la carriere ,
Et fit naître pour vous des Bouquets à mes yeux.
L'Aquilon fuit , & Zéphir prend la place ;
Tout m'obéit ; c'est en votre faveur
Que l'Hyver quitte ſa froideur ;
Ne pourriez-vous quitter la vôtre ,
Ou votre amour feroit - il pour un autre ?
L'Hyver n'a que fon tems ; les Zephirs ont le leur,
Mais quand viendra celui de toucher votre coeur ?
P. M. L. G D. L.
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe du
Mercure de Mai , font le Mai & Languedoc.
On trouve dans le Logogryphe , Langue, An.
gle , Ange , Glace , Dogue , Gand , Dole , Dol ;
Agde , Agen , Caën , Eu , Laon , Ane , Galon,
Gaule, Lance, Ode , Code , Cou , Dague ;
Cloud , & Loge.
J
ENIGM E.
E renferme en mon fein ce que la Perfe adore
Un Dieu cruel qui tout dévore ,
FA
1382 MERCURE DE FRANCE
Et qui me rongeroit le fein ,
Si mon ventre n'étoit ou de fer ou d'airain.
Toujours on me tient à la gêne ;
Mon col eft chargé d'une chaîne ,
Et quand je me veux échaper ,
Vers la terre auffi - tôt je me fens entraîner
Car fi-tôt qu'au Ciel je m'élance ,
Je retombe à l'inſtant malgré ma réſiſtance .
LOGO GRTPH E.
Our te prouver , Lecteur , juſqu'où va ma teng
drefle ,
Je fufpens aujourd'hui mes déplorables loix ;
Je quitte ces climats , où féduit par ma voix ,
Le Peuple aveuglement m'adrefle
Un encens que l'erreur brule fur mes Autels.
Neuf pieds me font jouir des honneurs immortels ;
Quo que mon nom déteſté dans la France
M'interdiſe à jamais ces Lieux ,
D'un Logogryphe, ami, j'emprun e la fubftance ,
Pour me dérober à tes yeux .
Voici ma découpure ; un ton de la Muſique ;
Souverain peu connu dans une République ;
En fait de Poëfie , Ouvrage très - vanté ;
Tout l'opofé de la trifteffe ;
Métal , Symbole d'allegreffe ;
Element dout chacun reffent l'utilité ;
Canton
JUIN. 17427
1382
Canton fameux dans la Bretagne ;
Oifeau qu'on éleve en Campagne ;
Ce qui fait fleurir un Etat ;
Infecte , Inftrument en uſage ;
Séjour où le fommeil triomphe avec éclat ;
Excrément que produit un excellent breuvage.
Analyfe , aisément tu pourras me trouver ;
Je me retire , adieu , c'eſt à toi d'y rêver.
L'Abbé Gandet.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
H
ISTOIRE ROMAINE , depuis la Fonda
tion de Rome jufqu'à la Bataille d'Actium
, c'est- à - dire jufqu'à la fin de la République
, par M. Rollin , ancien Recteur de
l'Univerfité de Paris , Prof fleur d'Eloquence
au College Royal , & Affocié à l'Académie
Rovale des Infcriptions & Belles - Lettres.
Tome VI. in 12. de 632. pages , avec une
Carte Géographique de la Gréce , propre
ment dite , par M. Danville , Géographe du
Roy. Paris , chés la veuve Etienne , Libraire
, rue S. Jacques , vis - à - vis la ruë du
Plâtre , à la Vertu , 1741 .
PRINCIPES fur le Mouvement & l'Equili
Libre
Y384 MERCURE DE FRANCE
bre , pour fervir d'introduction aux Méchaniques
& à la Phyfique , par M. Trabaud , Volume
in 4° . de 600. pages . A Paris , chés
Jean Defaint , ruë de S. Jean de Beauvais ,
1741.
HISTOIRE GENERALE des Céremonies ,
Moeurs & Coûtumes Religieufes de tous les
Peuples du monde , repréſentées en 243. Fi
gures , deffinées de la main de Bernard Picard
, avec des Explications Hiftoriques &
Critiques , par M.PAbbé Bannier , de l'A- ,
cadémie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , & par M. l'Abbé le Mafcrier. Tome
III. contenant les Ceremonies Religieufes
des Grecs Schifmatiques & des Proteftans.
In folio de 420. pages , A Paris , chés Rollin
, fils , Quai des Augutins , 1742..
NOUVELLE EDITION DES OEUVRES DE
M. DE FONTENELLE , Confidérablement
augmentée , formant 6. volumes , in- 12 . Le
Portrait de l'Auteur eft à la tête , & il y a à
la
page du titre de chaque volume une Vignette
allégorique aux matieres contenuës
dans ce même Tome . On n'a rien négligé ,
foit caractéres , foit papier , & correction dans
Pimpreffion. A Paris , chés Brunet , pere &
fils Libraires au Palais , 1742.
LA HENRIADE de M. de Voltaire , magnifique
JUI N. 1742 1389
fique Edition , dans laquelle on trouve toutes
les Variantes . L'Ouvrage eft orné de toutes
les Estampes de l'Edition de Londres . A
Paris , chés Jacques Gandouin , Libraire , à
la defcente du Pont-Neuf, 1742,
LA CONTINUATION DE L'HISTOIRE
ROMAINE , de Laurent Echard , juſqu'à
La Prife de Conftantinople , par Mahomet II.
en 1453. 4. vol. in- 12 . 1741. A Paris ,
chés H. L. Guerin , J. Villette , & C. J. B.
Delefpine , Libraires , ruë S. Jacques .
ANATOMIE Raifonnée du Corps Humain
, où l'on donne la maniere de le diffequer
, & où l'on explique les fonctions de l'oeconomie
animale par les feules loix de la circulation
, conformément aux Inftituts de
Médecine , par M. Deidier , Confeiller Médecin
du Roy , ancien Profeffeur de la Faculté
de Montpellier , Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel , de la Societé Royale de
Londres , & Medecin Réal des Galeres de
France à Marfeille . A Paris , chés d'Houry,
feul Imprimeur- Libraire de M. le Duc d'Or
leans , rue de la vieille Bouclerię , 1742 .
Brochure in- 8°. de 442. pag . fans la Préface
de 18. pag. relative au corps de l'Ouvrage .
LIVRE des Affl gés Pénitens. Par M.
PICARD
386 MERCURE DE FRANCE
PICARD DE S. ADON , Docteur de
Sorbonne , & Doyen de l'Eglife de Sainte
Croix d'Etampes. 1. vol. in - 12 . A Paris
chés la Veuve Brocas , rue S. Jacques , an
Chef. S. Jean. M. DCC. XLI.
Dans cet Ouvrage tout eft touchant &
folide ; l'Auteur y promet encore un Traité
complet fur les Afflictions , auquel il travaille
actuellement , ce qui épuiſera fans
doute , une matiere fi intéreffante pour la
Religion , & fi confolante pour les Pénitens
Affligés.
91
TRAITE' DU CONTREPOINT SIMPLE , ou
du Chant fur le Livre , par M. Madin
Prêtre , Chanoine de l'Eglife Royale de S.
Quentin , & Maître de Mufique de la Chapelle
du Roy.
Cet Ouvrage paroît très utile à tous les
Muficiens de tous les Chapitres du Royaume
, pour fe perfectionner dans le Chant
fur le Livre. On trouve ce Traité à Paris ,
au Mont Parnaffe , chés Ballard le Fils , રે
fainte Cecile, rue faint Jean de Bauvais, chés
Boivin , rue faint Honoré à la Regle d'or ,
& chés le Clerc , ruë du Roule , à la Croix
d'or. Prix 3 liv. 10. f. 1742.
LIVRES ETRANGERS arrivés nou
vellement à Paris , chés Briaſſon , Libraire
ruë
JUIN. 1742 1387
e Saint Jacques à la Science-& à l'Ange
Gardien .
Fr. Borromini opus Archettonicum. Fol . 2 :
vol. fig. Roma. 1720. & 1725 .
Opere di Gio Georg. Triffino . Fol. 2. vol.
Verona. 1729.
Ant. Mar. Wafalvæ Opera omnia , five
de aure humana & differtationes Anatomica
cum Epiftolis Anatomicis J. B. Morgagni &
figuris. 4°. 2. vol. Venet. 1740 .
Bernh. Oricellarius de bello Italico. 4°
Londini. 1724.
Les Pierres antiques , gravées par M.
Stoch. Fol. fig. Amft. 1724.
Ant. Perezii Opera omnia Juridica in Codicem
, digeft. Inftitut. & Jus Publicum . Fol,
3. vol. Venet. 1738 .
Projet de la Meſure de la Terre en Ruffie ,
par M. Delifle. 4° . Petersbourg. 1737.
Recueil de Chanfons , avec les Airs notés.
in- 12. 7. vol. La Haye 1737.
Recueil de Litterature , de Philofophie &
d'Hiftoire. in- 12 . Amft. 1730.
Poëfies & Piéces diverfes de M. de la
Suze , & de M. Peliffon. in- 12 . 5. vol. 1741,
Fr. Ber. Mar. de Rubeis Monumenta Ecclefia
Aquileenfis cum Appendice . Fol . Argent.
1740.
сит по-
Dyon. Petavii doctrina temporum ,
tis Harduini. Fol. 3. vol. Verona 1734.
S. Paulini
388 MERCURE DE FRANCE
་
S. Paulini Opera cum notis differtationi
bus Jo. Fr. Madrifii . Fol. Venet. 1738.
Reflexions morales & fatyriques. 8° . Liege !
1730.
Politiques fur l'état & les devoirs des
Chevaliers de Malthe. in 12. 1739 .
G. Ballonii Opera . Medica. 4. 4. vol.
Venet. 1734
Hyp. A Portu de Cultu Dei & hominum.
4°. Venet. 1738 .
Profp . Alpinus de prafagienda vitas morte
grotantium , cum præfatione Herm . Boerhaave
, ex edit. Ay. Day, Gaubii 4° . Venet.
1735 .
Reflexions morales de l'Empereur Marc-
'Antonin , avec des Remarques , par M.
Dacier. in- 12 . 2. vol . Amft . 1740 .
Les Nouvelles de la République des Letttes
, par Mrs Bayle & Bernard. in 12. 56. vol.
Religion des Mahometans , tirée du Latin
de M. Reland , & augmentée de la Confeffion
de Foi Mahométane . in- 12 . La Haye
1721 .
Apicius de Arte Coquinaria , cum annotationibus
Lifteri & notis variorum. 8°. Amft .
1709 .
Architecture de Palladio , augmentée par
J. Leoni. Fol. 2. vol . La Haye. 1726 .
Argumens & Reflexions fur la Bible , par
Oftervald. 4°. Geneve. 1723,
Alph.
JUIN. 1389 1742.
Alph. Ciaconii vita Romanorum Pontificum :
Fol . 4. vol . Roma. 1677 .
Ciriaci Infcriptiones antiqua. Fol . Roma.
1654 .
M. T. Ciceronis Orationes , cum Notis
Cellarii & Wefterhovii . 8 ° . Amft. 1735 .
Opere di Torquato Taffo. Fol. 6. vol. Fi
renze.
-Del Card. Pietro Bembo. Fol. 4. vol. Venezia.
1729.
Burlefche di Francefco Berni . in 12. 3 .
vol. Utrecht. 1726 ..
Fifice da Antonio Vallifnieri . Fol 3. vol.
fig. Venezia. 1733 .
Ocuvres de Clement Marot, avec les notes
& les Oeuvres de J. Marot . in- 12 . 6. vol.
La Haye. 1731 .
Diverfes de M. Locke. in- 12. 2. vol .
Amft. 1732.
M. Ant. Mureti Orationes , Epiftola &
Prafationes. 8° 2. vol. Venet. 1739.
Christ. Lupi Opera omnia. Fol. 12. vol.
Venet. 1724. à 1729.
Ant. Canali Profpectus magni Canalis Venetiani.
Fol. Plano 1735.
M. Fr. Guicchardini Iftoria d'Italia colle
confiderationi di Gian Batfta Leoni . Fol . 2 .
vol. Venezia. 1738. Editio elegantiſſima.
Jof. Th. Rofeti Sistema Medicum. Fol. Menet.
1734.
I, Vol. F Jo.
1390 MERCURE DE FRANCE
Jo. Mar. Lancilii Opera omnia Medica cum
fig. Fol. Venet. 1739.
Carol. Mufitani Opera omnia Medica . Fol.
2. vol. Venet. 1738 .
Poëfie di Rimatrici viventi. 8 ° . Firenze . 1716.
Bulteau Dictionario Portugefe. Fol . 10. vol.
Lisboa,
fcriptis Elia
Ja. Brouckufii Poemata . 4 ° . Amſt .
- Jac. Bruckerus de vita
Ehingeri . 8°. Aug - Vind. 1724.
Jo. Clerici Ars critica. 8 °. 3. vol . Amſt.
1730.
Ejuf. libri Hagiographi. Fol . 2. vol . Amft.
1731 .
Tut. Fl. Clementis Tumulus illuftratus . 4°.
Vrbini 1717.
Differtations Hiftoriques & Théologi-
8°. Luxemb. 1726.
ques
Differtatione critica Intorno all'incompatibilita
del Digiuno coll. Mangiare delle carni ;
da Piet. Copelloti . 8 ° . Venet . 1738 .
Recueil des Epigrammatiftes François anciens
& modernes , avec des notes , par Bru
zen de la Martiniere, in- 12 . 2. vol . Amft. 1720.
Epigrammes d'Owen , trad . en vers françois
, avec le latin à côté. in- 12 . Bruff. 1719.
The Micellanies by Jah. Swift . in - 12. 6.
vol. London. 1638 .
- Lettre fur l'Entoufiafme , traduit de l'An
glois de Myl. Schaffeftbury. in - 12. 1709 ..
Le
1
JUIN. 1742 1391
Le Spectateur ou le Socrate Moderne ,
par Mrs Swift , Addiffon , & autres . in- 12 .
6. vol. Amft . 1741 .
Introduction à l'étude des Sciences , par
M. de la Martiniere . in - 8 ° . La Haye.
Th. Bartholini Epiftola Medicinales . 8°.5:
vol. Haga. 1740.
Hiftoire de l'Empereur Leopold. in- 12.
La Haye 1740.
par
Procès entre l'Eſpagne & l'Angleterre ;
Rouffet. 8°. La Haye 1740.
Les Oeuvres d'Horace , trad. en françois
, avec les Notes de M. Dacier. in 12 .
10. vol. 1730 .
Hiftoire de la Vie de Frederic Guillaume ,
Roy de Pruffe. in 12. 1741.
-Généalogie des Tartares , traduite du
Tartare de Bayardurkan. in- 12. 2. vol. Leyde
fig. 1726.
Introduction à l'Hiftoire d'Afie , d'Afrique
& d'Amérique , par M Bruzen de
la Martiniere , in- 12 . 2. vol . fig. Amft.
1735.
Le même Libraire a imprimé depuis peu ,
les Oeuvres choifies de M. Rouffeau , in - 12 .
1741 .
L'Hiftoire de la Révolution de Perfe , 23
vol. 1741 .
L'Hiftoire de Tamas Kouli - Kan , Roy de
Perfe , in- 12. fig. 1741 .
Fij HIST
1392 MERCURE DE FRANCE
HISTOIRE de Marie Stuart Reine d'Ecoffe
& de France , avec des Piéces Juſtifi :
catives , & des Remarques . 2. vol in - 12 . A
Londres , M. DCC. XLII . Et fe trouve à
Paris , chés Thibouſt , Imprimeur Ordinaire
du Roy , Place de Cambray. Prix 4. liv.
broché.
BIBLIOTHECA S..... five Catalogus
Librorum Bibliothecæ Illuftriff. Viri D. P.
D.S. Digeftus & defcriptus à B. DUPLAIN
Juniore, Bibliopola Lugduni. 1. vol . 8 °. Lugduni.
Apud Fratres Duplain . M. DCC. XLI .
Cette Bibliothéque doit être venduë en
détail à l'amiable,
LA VIE DU PAPE BENOIST XIII. dédiée
au Souverain Pontife Régnant , & compofée
par Alexandre Borgia , Archevêque
& Prince de Fermo , à Rome , 1741. n -4°.
L'Ouvrage eft en Latin.
Il paroît dans la même Ville , le Virgile
imprimé d'après le célébre & ancien Manuf
crit de la Bibliothèque du Vatican ; en voici
le Titre : Antiquiffimi Virgiliani Codicis Fragmenta
Picture , ex Vaticana Bibliotheca
al prifcas imaginum formas à Petro Sancte
Bartholi incife . Roma , ex Chalcographia
R. C. A. Apud pedem Marmoreum A. S.
1741 .
Cet
JUIN. 17422 1393
Cet Ouvrage dédié au Pape , eft un grand
volume in-fol. de 255. pag. & contient des
Fragmens de Virgile , des Remarques , des
Corrections & des Variantes , avec 55. planches
gravées en cuivre , repréfentant toutes
les miniatures dont le manufcrit eft enrichi.
Après l'Epître Dédicatoire , il y a une Préface
compofée par M. Jean Bottari , Garde
de la Bibliothéque du Vatican.
OPUSCULA OMNIA Actis Erudito
rum Lipfienfibus inferta que ad univerfam
Mathefim , Phyficam , Medecinam , Chirurgiam
& Philologiam pertinent ; пес поп
Epitome , fi qua materia , vel criticis animalverfionibus
celebriores . Tomus fecundus ab anno
1688. ad annum 1693. & Supplementa ad
primum decennium , 1741. in 4º . A Veniſe ,
chés J. B. Pafquali , Imprimeur-Libraire.
Ce fecond Volume eft auffi bien imprimé
que le premier , & les Figures en font aufli
belles.
11 paroît chés le même Libraire un Ouvrage
intitulé les vingt Livres de l'Hiftoire
d'Italie , de M. François Guichardin , Gentilhomme
Florentin , 1738 .
LES MEMOIRES de la Marquife de
Tolgaro & du Comte de Cédra , imprimés
à Vtrech, 1742. en deux parties ; la pre-
Fij miere
1394 MERCURE DE FRANCE
miere de 250. pages , & la feconde de 275 .
Brochure in- 12 .
LES OEUVRES de M. Mariotte , 2. vol.
in-4° . 1741. A la Haye , & fe trouvent à
Paris , chés Montalant , Libraire , Quai des
Auguftins , à la Ville de Montpellier.
BOERHAAVE Praxis Medica , en ſept
Volumes in - 12 . à Londres , fe trouve à Paris
, chés le même Libraire .
DE LA HAYE. Pierre Paupie , Libraire
, a imprimé & débite la Traduction de
l'Ouvrage de M. Jean Albert Fabricius , intitulé
: La Théologie de l'Eau , ou Effai fur
la Fonté , la Sageffe , & la Puissance de
Dieu , manifeftées dans la création de l'Eau ,
traduit de l'Allemand , avec de nouvelles remarques
communiquées au Traducteur , 1741 .
in - 8 °.
:
,
DE VERONE . Il paroît une nouvelle
Edition du Paftoral de S. Gregoire , intitulée
Sancti Gregorii I. Regula Paftoralis Liber
ad Joannem Epifcopum Civitatis Ravenna
, juxta celebrem editionem Parifienfem
Monachorum Sancti Benedicti , &c. Apud
Dionyfium Romanfini , in- 12
AVIS AU PUBLIC.
Monfieur Fremy , dont les Nouvelles Litteraires
ont fouvent fait mention , ayant ad
mire
JUI N. 1742: 1395
miré les effets du BUREAU TYPOGRAPHIQUE ,
l'a adopté parmi les differens moyens dont
il fe fert dans fon fyfteme harmonique , pour
adoucir l'amertume des premieres études de
la Jeuneffe , de maniere qu'il admet preſentement
ces fix parties fondamentales , la répétition
harmonique , la dactilolalie , la lecture
emblématique , l'ufage des hiéroglifes ,""
le double expédient pour la profodie , & le
jeu typographique . Ce font autant d'opérations
, qui bien loin d'augmenter les peines
des Maîtres & des Difciples , les abrégent
infiniment avec une agréable variété , & cette
variété prévient les dégouts que caufe ordinairement
un exercice trop continué , ou
du moins , tempere les trop vives impreffions
qu'il peut faire fur le cerveau des enfans.
Nous fommes priés de propofer la Quef
tion qui fuit.
QUESTIO N.
Sçavoir , s'il eft plus avantageux à un
Homme d'être utile qu'agréable , en fupofant
que l'une de ces qualités donne l'exclufion
à l'autre ?
F SEANCE
1396 MERCURE DE FRANCE
SEANCE PUBLIQUE de l'Aca
démie de la Rochelle . Extrait d'une Lettre
écrite à M. D. L. R.
E vais , M. vous rendre compte de la Séance
notre
dernier , M. l'Abbé Briam , qui rempliffoit la place
de Directeur , en fit l'ouverture par un Difcours fur
les fecours mutuels que fe prêtent le Commerce & les
Arts. Je ne veux point vous entretenir de l'oeconomie
& de la diftribution de ce Difcours ; cette par
tie tient trop de l'Ecole; j'aime mieux parcourir avec
vous quelques - unes de ces Defcriptions fleuries où
l'imagination de M. Briam fe plaît quelquefois à
s'égayer. L'Hiftoire feule paroît affujettie à un ordre
rigoureux ; les Difcours Académiques font affranchis
de cetre contrainte . Un génie vif & fécond
fe renferme difficilement dans l'aufterité des regles
& il mérite , fans doute, toujours des Eloges , pourvû
qu'il ne bleffe pas ; ce problême n'eft point difficile
à réfoudre .
M. Briam , établit d'abord les principes de la
correfpondance mutuelle entre les Arts & le Commerce;
le Commerce aide aux progrès des Arts , les
Arts étendent & perfectionnent le Commerce ; ceuxci
languiffent s'ils ne font étayés par une forte d'aifance
, celui - ci fait à peine quelques progrès dans
des fiécles entiers , fi les Arts ne lui prêtent une force
capable de faire jouer tous les differens refforts.
La plus maligne Critique ne fçauroit attaquer
l'antiquité des preuves qu'employe M. Briam . Voici
fes termes. Vous le fçavez , Mrs , la Terre ,
» comme une Forêt immenfe , fembloit être le re-
≫ paire commun & des bêtes féroces & de ces hom-
> mes
JUI N. 1742. 1397
33
mes fauvages qui erroient avec elles ..... L'E-
" gypte prefque feule commença d'offrir le riant
fpectacle d'une terre heureufement cultivée ; peu
» à peu l'on y reconnût la main induftrieufe de
l'homme , né pour la faire valoir ; de tous côtés
» des Jardins délicieux tapiffoient la Campagne , du
» haut des Rivages éleves en terraffes , l'Alt fembloit
imiter la Nature & fe modeler fur elle pour
varier plus utilement fa magnificence . . . . Mais
l'Art ne parut en Egypte dans cette perfection ,
» qu'après avoir reffenti les heureufes influences
» du Commerce ; les fuccès en furent frapans ; déja
des Ports nombreux s'élevent de tous côtés
» fur les bords de la Mer rouge . . . . La Méditer-
» ranée gémit ſous le poids des Vaiffeaux qui la
» couvrent .... Enfin l'Egypte devint le rendezvous
de tous les Peuples & à meture que le
» Commerce s'y fixe , les Arts y font leur domicile .
Les Tyriens fuccedent ici aux Egyptiens . C'est
toûjours M. Briam qui va parler .
Tyr reilerrée par les hautes Montages du Liban
, tourne toutes fes vûes du côté de la Mer ;
» quelle attention à fe pratiquer des Ports excel-
>>
lens Les moindres courbures font tournées avec
» une induſtrie & un travail admirable pour la facilité
& la fûreté du Commerce , dans une Ine
" vo fine d'une côte aride , dans une espece d'écueil
, elle fçait fe dreffer un Trône , de - là elle
regne fur les Mers , eile invite les Nations , &
étend à fon gré fon Sceptre fur elles .... Quel
" amas de biens ignorés ou perdus jufqu'alors , furent
mis en valeur par les Tyriens ! Ils porterent
❞ l'émulation dans tous les climats où ils trafiquerent
; les rivages de l'Inde furent dépouillés des
Perles qui les couvroient , on les arracha de la
Nacre pour en relever la majefté du Diadême
ဘ
"3
?
F V » pour
1398 MERCURE DE FRANCE
ל כ
39
pour en parer la beauté même . Le noir Ethiopien
» connut le prix de fon Yvoire ; on le vit le dard à
» la main s'élancer fur l'Elephant pour le lui ravir...
» Les Infectes , les Reptiles , les Coquillages , tout
» devint précieux , tout devint fufceptible de l'Art ;
» de tous côtés on vit s'étendre fous la navette la
Soye d'un Ver , moins curieux & moins diverfifié
» dans fes métamorphofes naturelles , que par les divers
& riches tiffus que l'Art fçût former de fes
dépouilles ; le fang d'un autre Infecte encore plus
" vil en aparence , teignit en couleur plus vive que
le feu , cette Laine précieufe , qui feule auroit
" mis Tyr en réputation . Le fecret d'une teinture fi
rare , après avoir été perdu pendant plufieurs fiecles
, eit prefque retrouvé par les foins & les re-
» cherches d'un illuftre Confrere. M. de Reaumur.
» Cependant cette Ville fi fameufe tombe fous
les coups
du vainqueur de la Grece ; Alexandrie
eft fondée , & bien - tôt elle réunit avec l'induftrie
des Tyriens , la politeffe & le goût des Grccs....
Un Effin de Sçavans illuftre fes Ecoles par les ob-
» fervations & les découvertes les plus importantes
, par les Systêmes les plus curieux , les mieux
so raifonnés . Un Erafthot ene ofe calculer les diftan-
» ces du G obe ; un Hyparque mefure celles du
» Ciel , il d'figne & donne des noms à des mil-
"
,
liers d'Aftres , pre qu'inconnus avant lui ; le
» célebre Ptolomée renchérit fur eux & après
avoir procuré au Mon de l'invention précieufe des
» Inftrumens de Mathématiques , il établit les liaifons
qui fe trouvent entre la Terre , qui avoit fait
P'objet des méditations d'Erafthotene , & le Ciel ,
dont Hyparq e avoit effayé de regler la diſtance ,
» & c. . . . .
» Tel fut dans Alexa ndrie le fuccès des Arts &
➡ des Sciences, encoura gés par ceux du Commerce:
» fon
JUIN. 1399 1742.
fon Port & fa Bibliothéque s'offrent à la fois à
» l'efprit , Monumens dignes de l'admiration & de
» l'envie de tous les fiécles.
» Le Port paroiffoit le tréfor de tout ce que les
»Pays Etrangers produifoient de plus rare & de
» plus riche ; la Bibliothéque étoit un Recueil
» fomptueux de tout ce que le génie conçût jamais
» de plus grand & de plus lumineux ; ici le concours
» des Peuples de l'Orient & de l'Occident , forme
un fpectacle fuperbe , éblouiffant par la varieté ;
» la Bibliothéque de près d'un million de volumes ,
» écrits en toutes les Langues , frape également les
yeux & l'efprit ; l'imagination demeure errante
» & indéciſe entre tant d'objets , tous dignes de
» fon attention & de fa curiofité
Je ne raporterai qu'un trait de ce qui regarde les
Grecs, quoique M. Briam fe foit aflés étendu fur ce
fujet . Après vous avoir parlé , dit-il , de l'état floriffant
où le Commerce mit les Arts dans Alexan-
» drie , pourrois - je me difpenfer de donner à mes
» preuves une nouvelle force , en vous faifant entre ,
גכ
voir dans Athenes la même liaiſon du Commerce
» avec les Arts ? Ils ue fleurirent dans cette Capitale
de la Grece , que lorfque fon Commerce fe fur
» étendu fur tout l'Archipel , qu'il fe fût répandu
» bien avant dans l'Afie , fait connoîte à l'Egypte , &
» juſques dans les Gaules , où elle établit des Colo-
» nies puiffantes, qui fubfiftent encore de nos jours .
» Devenue dépofitaire de toutes les richeſles de l'Europe
& de l'Afie , par une conféquence naturelle ,
» elle devint auffi le Siége desArts &l'Ecole desSciences.
Ses Citoyens fe rendirent à la fois par leur
» fortune , les maîtres des Villes , par leur éloquen-
» ce la terreur des Rois , par leur politeffe les ar-
» bitres du goût .
Les bornes d'une lettre ne me permettent point , M.
F vj de
1400 MERCURE DE FRANCE
་
de vous raporter les autres preuves de l'Auteur ;
tirées du Commerce moderne & des Etabliſſemens
du Corps Litteraire ; tous ces Faits font ignorés de
peu de perfonnes , & vous ne perdez que dans la
maniere dont M. Briam la raconte , toujours vive ,
ingénieufe & fleurie . Il termina ainfi fon Difcours .
De cet accord mutuel des Arts & du Commer-
ဘ ce , nous voyons fe produire dans la Capitale &
dans quelques Provinces du Royaume , une opu-
» lence qui excite la jaloufie des Etrangers , une
politeffe qu'ils effayeront toujours d'imiter . C'eft
aux foins affidus que les Richelieux , les Colberts,
» les Maurepas ont fucceffivement donnés au
» Commerce , que nous devons des avantages fi
» marqués. La France eft devenue fous leur Minif
» tere le centre des Arts , & a partagé avantageuſe-
» ment les fruits d'un Commerce dont il fembloit
que deux Peuples voifins fe fuffent rendus les
» maîtres & les arbitres , & c. ....
M. l'Abbé Bonvallet lût enfuite un Difcours envoyé
par M. le Chevalier de Solignac , Affocié de
l'Académie , & Sécretaire du Cabinet & des Commandemens
du Roy de Pologne , Duc de Loraine.
Ce Difcours a pour objet le Refpect qui eft dû aux
Jugemens du Public . Il commence en ces termes.
לכ
Il femble que chaque homme en particulier ne
refpecte pas affés le commun des hommes .Eft - il
» rien , dit-on , de plus frivole que les cenfures du
Public Rien de plus bizarre que fes idées ? Rien
» de plus incertain , de plus faux même que fes Jugemens
? Le Public eft un Corps animé d'une infinité
de paffions differentes , qui s'entre - choquent
» & s'entre-détruifent . . . . Une troupe d'hommes
» aveugles , qui , errant au gré de la prévention &
de la malignué , jugent fans examiner , décident
au hazard , aprouvent fans regle , condamnent
» fans raiſon , &c . . . . M.
JUIN. 1742. 1401
M. de Solignac obferve enfuite avec beaucoup
de vérité , que ceux qui affectent le plus de décrier
le Public , ne font pas ceux qui recherchent avec le
moins d'empreffement fon eftime , qui ambitionnent
le moins fes fuffrages Preuve évidente , conclut-
il , qu'ils ne penfent pas fi mal du Public qu'ils
le voudroient faire croire que malgré le mépris
qu'ils témoignent pour les jugemens , ils ne peuvent
s'empêcher de fentir qu'ils font une des regles
des plus fûres & des plus infaillibles que nous puiffions
fuivre , foit dans la pratique des vertus qui
forment le coeur , foit dans l'étude des Sciences qui
embelliffent l'esprit.
"
Qu'eft ce, en effet . que le Public, continue l'Au-
» teur, confideré dans fon vrai point de vûë , & dégagé
des défauts & des imperfections qu'on ole lui
» attribuër ? ... C'eft l'organe le plus fûr que nous
» ayons de la vérité & de la juftice . C'eft dans lui que
réfide cette jufte eftimation du bien & du mal , qui
> nous fait aprécier les objets , & qui nous porte à les
» fuir , ou à les rechercher , fe on qu'ils font en
» effet dignes de haine ou d'amour .
» La vérité la juftice, ont dicté nos Loix , formé
» nos moeurs , & reglé nos ulages . Et il eft vrai que
» dans chacun de nous en particulier , elles ne font
pas toujours la regle de nos Jugemens & de nos
» actions , du moins eft- il fûr qu'elles font répan-
» dues dans toute la focieté , comme dans une four-
» ce publique , où nous devons puifer nos lumieres
& nos fentimens , & où nous trouvons , pour
» ainfi -dire , comme une confcience génerale , fur
» laquelle doivent fe former ou fe rectifier toutes
» les confciences des particuliers . ...
Qu'on décrie le Public tant qu'on voudra . Qu'intereflés
à méprifer fes Jugemens , & furtout fa cenfure
, des efprits faux , déreglés , libertins , nous la
peignent
1401 MERCURE DE FRANCE
39
93
→
peignent avec les plus noires couleurs . Je dis plus .
Que le Public foit tel , en effet , qu'on le plaît à
le repréfenter .... tel que le Monde dans fon
premier cahos , j'y confens. Une matiere infor-
,, me s'éleve des abîmes de l'Eternité , & demeure
fans mouvement & fans vie , entre le néant qui
l'enfante , & le vuide qui la reçoit . Les tenebres
affreufes qui la pénettent , laiflent à peine aper→
cevoir la lumiere naiffante qui fe forme dans fon
fein. Ce n'est qu'à force de défordre & de com ,
» bats que les Elemens qu'elle renferme le débrouillent
, que les Etres s'arrangent , que l'ordre
des jours fe prépare , & que le mouvement
qui l'anime acheve enfin de l'arracher , en quelque
forte , au néant .
ל כ
50
ود
20
ه د
ל כ
Que pouffant auffi loin qu'on pourra cet odieux
paralelle, on nous dépeigne le Public comme l'afile
du trouble & de la confufion . » Des lueurs de raifon
& d'efprit y éclatent à peine dans les immenfes
horreurs de la paffion & de l'ignorance . La
vertu s'y trouve mêlée avec le vice , le vice y
triomphe fouvent de la vertu . Je le veux ; mais je
ne fçais quel efprit fe meut fur la face de l'abîme
& de ce cahos affreux de défordre & de corrup-
» tion, de ce mêlange confus , de cet énorme affemblage
de vérité & d'erreur , de vice & de vertu ,
» de ce cho. éternel de penfées contraires , de fen-
» timens opofés , de penchans divers , d'interêts diso
vifés , fait s'élever un fentiment géneral & pré-
» dominant , qui reclame les droits de la vérité
& de la vertu , fait taire l'erreur & le vice , & ramene
tout aux juftes & invariables idées de la
»justice & de la raifon ....
"
Ainsi , pou fuit M. de Solignac , que les idées
les plus faines fe perdent ou s'alterent dans des So-
»cietés particulieres , que les Syftêmes de Gouver-
→ nement
JUIN. 1403 1742
nement les plus fages y changent ; que les méilleures
Loix y foient profcrites ..... Il reftera
toujours dans le géneral des hommes un goût
fixe & certain , qui apellera de ces renversemens
> honteux , de ces changemens bizarres , qui peu
» à peu fera difparoître ces fan : ômes impurs , en-
» fans de l'illufion & de l'impofture , & élevera à
» leur place les idées éternelles , primitives , originales
du bon , du vrai , du parfait , &c.
pas là que Mais ce n'eft fe bornent les avantages
que nous trouvons dans les Jugemens du Public ;
ils font encore la regle la plus fûre & la plus infaillible
que nous puiffions fuivre dans l'étude des
Sciences, qui embelliffent l'efprit .
Ici M. le Chevalier de Solignac ne craint point.
de fe faire les plus fortes objections, & vous verrez ,
M. avec quel art il fçait les réfoudre.
» Parmi ceux d'entre nous , dit- il, qui font le plus
d'ufage de leur raifon , en eft- il beaucoup en qui
elle brille de tout l'éclat qui lui eft propre ? Jugez-en
» par cette foule de fentimens qui les rend toujours
opofés les uns aux autres .... Combien de fois
» fur un point de Littérature , préciſement le même,
arrive - il de voir éclore des fentimens préciſément
opofés ? Que ce foit prévention , précipi
» tation , orgueil , entêtement , jaloufie . Que l'ef-
» prit de parti anime la plupart des hommes , que
» la vogue les entraîne , que la faveur les féduite
que la haine ou l'amitié les aveugle .... toujours
» eft-il conftant que , fur un feul & même ſujet ,
on entendra prononcer autant de Jugemens dif
ferens les uns des autres , qu'il fe trouvera de
» Juges en état d'en connoître . ...
Que faire alors ? Quel parti prendre ? A qui s'en
raporter Indécis , & comme flottans dans cette diverfité
d'opinions qui partagent les Maîtres de l'Art,
qui
1404 MERCURE DE FRANCE
qui fixera notre incertitude & nos doutes ? Qui formera
, qui affûrera notre goût ? Qui fçaura même
accorder entre eux , & réunir dans les mêmes idées
ces Sçavans divifés & ennemis ? La voix , & fi on
l'ofe dire , le cri du Public , du Public dis - je , luge
d'autant plus facile à confulter , que nulle confidération
ne l'empêche de prononcer ; Juge d'autant
plus integre , que nul interet ne le touche, Juge
d'autant plus éclairé , que nulle ombre de paffion
n'obfcurcit fes lumieres.
အ
C'est là , c'est dans les décisions du Public ,
que nous puiferons » ce bon goût , ce goût fûr ,
» épuré , exquis , que l'on prife tant dans le Monde
fçavant & poli ; cette idée nette & précile de ce
qui fait le mérite des productions de l'efprit ; cette
jufteffe de railon , qui nous fert à connoître & à
fixer leur prix , & qui nous arrachant prefque
» de force à la paffion , au préjugé , à l'erreur , maîtrife
nos Jugemens & les ramene tôt ou tard à
» l'exacte vérité .
"
? Avantages d'autant plus glorieux pour le Public ,
qu'il en a prefque également joui dans tous les fiécles.
La barbarie qui nous a précedés , n'a pû les lui
ravir, & nos dégoûts , nos préventions, nos paffions,
ne les lui enleveront jamais. Le goût le bon goût ,
ce goût fixe , éternel , immuable , réfidera toujours
dans le Public , & le Public fera éternellement l'arbitre
le plus fûr , le plus éclairé , le plus infaillible
de nos fentimens & de nos idées .
5
Qu'il y ait eu des tems où dans les Sciences &
» dans les Arts on ait parû préferer le brillant au fo-
» lide. Que, peu après le Regne d'Augufte , l'exacte
& nerveufeEloquence ait dégeneré. Qu'aux ornemens
fimples , aux peintures naïves , au bon
fens , qui ne doit tirer fon éclat que de fa force ,
» ayent fuccedé des rafinemens outrés , des expref-
» fions
JUIN. 1742. 140
n
fions guindées , de traits hardis & emportés. Que
l'impudence façonnée de Martial , l'énigmatique
brieveté de Tacite , la délicateffe recherchée de
Pline le jeune , l'afféterie choquante de Seneque
le Tragique , l'er flure audacieufe de Lucain
, ayent prefque fait oublier la noble fimpli-
» cité des Térences , la véhémence noble & majeftueufe
des Cicérons , l'harmonie douce & fcrupuleufe
des Virgiles , la vivacité fenfée des Horaces
.... C'a été là , fi l'on veut , une forte d'éclipfe
pour le bon goût ; mais cette écliple n'a été
ni longue , ni entiere . Le bon goût eut bien - tôt repris
tous les droits ; bien-tôt il regne feul . Car
alors même il regnoit , mais on avoit voulu lui affocier
un goût faux & frivole . On fentoit tout le
prix des Auteurs du fiécle d'Augufte , mais on vouloit
eftimer avec eux ceux du fiécle préfent . On ne
refufoit pas à l'Orateur Romain des aplaudiffe mens
trop juftement mérités , mais on croyoit auffi en
devoir à l'ingénieux Panégyrifte de Trajan .
Enfin le voile tomba , le preftige ceffa ; la vraye
idée du grand , du beau , du fublime , perça à travers
l'illufion & l'erreur . » Ainfi dans les plus noirs
» orages , le jour ne laiffe pas de paroître , malgré
» les épailles nuées qui nous dérobent pour un tems
» la vue du Soleil . ....
» Rapellons , Mrs , ce qui eft arrivé dans l'enq
»fance Litteraire de nos peres . Un Ouvrage origi
»nal & prefque inévitable , paroît à peine , qu'un
Miniftre jaloux autant que puillant , forme le deffein
de le détruire. Vous diriez qu'il s'agit d'une
» nouvelle Faction , qu'il doit anéantir , ou d'un
autre Océan , qu'il faut enchaîner ; efforts inuti-
»les. En vain Richelieu arme - t'il contre le Cid
l'Europe entiere . L'Europe , toute accoûtumée
» qu'elle eft à reſpecter fes ordres , la France elle-
20
» même
1466 MERCURE DE FRANCE:
même , le Public , en un mot , apelle du mépris
qu'il veut infpirer pour cette heureufe production
du génie , & plutôt que de lui refufer fes
fuffrages & fon admiration , il l'admire au- delà
» même peut- être de ce qu'elle méritoit d'être ad-
» mirée , & c.
ם כ
....
Vous allez voir , M. un curieux Mémoire fur les
qualités de l'If. M. de Villars , Docteur en Médecine
, paya ainfi le tribut qu'il devoit à l'Académie
pour la réception en qualité d'Académicien Titulaire.
Les Complimens font bannis de ces fortes de
céremonies ; on les remplace par quelque Difcours
eu Differtation fur un Sujet, que le Récipiendaire a
la liberté de choisir .
La Botanique , dit M. de Villars , ébauchée
» par les Anciens , a été perfectionnée par les Modernes
; ils ont cultivé cette partie de l'Hiftoire
Naturelle avec une ardeur extrême , rien ne l'a
» égalée que leur étonnant fuccès . D'habiles Phy-
>> ficiens , d'une main fçavamment hardie , ont fçû
tirer le voile tendu entre eux & le Sanctuaire de
» la Nature ; ils l'ont forcée à ſe montrer & à s'étaler.
Curieux Obfervateurs , par des découvertes
utiles & importantes ; ils ont rendu nos Campagnes
tributaires de nos plaifirs & de nos befoins ; le
» Regne végétal s'eft offert à leurs laborieufes recherches
, & quels tréfors de connoiffances n'en
» ont-ils pas tiré Mais ces vaftes champs , qu'ils ont
dépouillés , nous offrent encore des fleurs qu'ils
n'ont pas cueillies ; ils ont moiffonné , à la vé-
» rité , mais ils ont toujours permis de glaner après
5 eux , & c.
לכ
Entrant enfuite en matiere , l'Auteur fit plufieurs
remarques fur les Bayes de l'lf , fur l'ombre , les
fruits , les fleurs , le fuc , le fel , & c.
» Cet Arbre porte des Bayes , dont le fameux-
» Linnans
JUIN. 1742. 1407
Linnans a affigné la marque diftinctive ; il eſt
» faux qu'il foit le feul qui en porte , celles du Ge-
» niévre & du Laurier , dépofent contre le témoi
33 gnage de ce Naturaliſte ancien , qui voulant don◄
» ner l'Hiftoire de la Nature , n'en a fait que le
» Roman , &c.
ود L'ombredel'IfétoitfiredoutableauxAnciens,
» qu'ils ont donné au poiſon le nom de cet Arbre ;
» en Italie , en Eſpagne , en Allemagne, on l'évitoit
» avec foin ; en Angleterre on la redoutoit fi peu ,
» qu'on plantoit des Ifs à la porte des Temples ; en
» France nous n'éprouvons point fes prétendues
malignes influences; fi l'expérience les avoit conf
» tatées , verroit- on les Ifs décorer les murs des
Tuilleries ; auroit- on préferé le plaifir à la fanté
» Qu'il me foit permis , M. de vous dire , que par-
" courant autrefois les Pyrenées , je me fuis quel
"
"
ו כ
"
"
quefois affis à l'ombre de ces Arbres ; que dans le
" territoire de Narbonne j'ai fouvent repeté cette expérience
, & que dans ces differens climats je n'ai
éprouvé d'autre effet que celui de n'être plus
"brulé par un ardent Soleil , dont l'épais feuillage
de l'if émouloit tous les traits , &c . Selon Plutarque
, l'ombre de l'If n'eft nuifible qu'au tems
» de la fleurifon ; fi cela eft , il en faut attibuer la
» cauſe à l'abondance de la féve , qui occafionne
une plus grande émanation , & aux par ies fulphureufes
qui s'exhalent des vaſes odorans & des
» étamines de la fleur , & c
ן כ
» Le fuc de la fleur de l'If eft d'un goût amer &
» tranfmet au miel cette amertume ; auffi Virgile ,
» dans fes Bucoliques, faifant les voeux les plus avantageux
pour le Berger Lycidas , fouhaite que fes
Abeilles ne recueillent jamais de miel dans les
» Aleurs de l'If, fans doute que ce Poëte fçavoit que
» ces habiles Ouvrieres ne produifoient qu'un miel
›› amer
è
1468 MERCURE DE FRANCE
imer dans l'Ile de Corfe , où elles picorent les
» fleurs de ces Arbres , qui y croiffent en abon-
» dance , & c.
3
» Le fruit de l'If eft rouge , mol , & creufé fur
le devant , en forme de grelot ; fon fuc eft bien
» different de celui de fa fleur , il eft douçâtre . Le
» P. Catrou , dans fes Notes fur Virgile , dit qu'il
paffe pour un poiſon , d'autres afférent que les
" Oifeaux qui en mangent fe laiffent prendre à la
main , & que leur plumage devient noir , fans
doute que ceux qui raportent de pareils faits ont
» voulu s'égayer ; j'ai vu des Oifeaux becqueter le
» fruit de l'If & s'envoler avec la même legereté
qui les avoit portés fur cet Arbre , j'en ai mangé
» en divers Lieux du Royaume , fans en avoir ref-
» fenti aucun mauvais effet. Cependant j'ai remar◄
» qué qu'infulé dans de l'encre il la rend luifante &
la gomme affés , pour l'empêcher de pénetrer le
» papier.
35
ود
Tous les Auteurs conviennent que la feuille &
» les jeunes branches de l'If font un poison pour les
» chevaux ; j'ai obfervé qu'ils n'y touchent pas
quand il eft vert ; ils en mangent feulement lorf
"> que les branches font fanées & jaunes.
Icı M. de Villars , après avoir donné une Differ.
ration anatomique de quelques chevaux qui avoient
été empoisonnés par des feuilles d'If fané , pourſuit
en ces termes. Cette forte de poifon n'attend ja-
» mais fon effet de la lenteur du tems , il le brufque
» & a bien - tôt rongé le tiffu des parties & détruit
» leur reffort . Les chevaux , dont j'ai parlé , ont été
» terraflés en peu de minutes, la diflection en a mon-
ود
tré les parties internes toutes enflées & déchirées .
»L'action du poifon , prefque momentanée , défigne
l'efpece d'un corrofif violent , & c
» Le fel de l'If eft âçre , mordicant, & picotte vivement
JUIN. 1742. 1409
vement les papilles de la langue , nouvelle preuve
de l'activité cauftique de ce poifon ; cependant
» comme il en eft peu dont on ne puifle , avec le
» fecours de l'Art retirer quelque utilité , un ha-
» bile Médecin m'a affûré que l'on faifoit en Ca-
» nada une espece de Bierre purgative , où il entre
» une infufion du bois d'If , chargé de fes Bayes .
» Dans ce cas, les fels diffous dans cette Bierre , ſe
» dépouillent de leur qualité corrofive , n'en con-
»fervent aflés que pour agir doucement fur les
» membranes de l'eftomach , & rendent ainsi cette
Liqueur un Purgatif doux & benin,
fit
La Séance fut terminée par la lecture que
M. Arcere , de l'Oratoire , d'une Ode fur l'Hiftoire;
ce fut le Prix de fon Affociation à l'Académie ;
Pexclufion des Complimens jette , comme vous
voyez , une grande diverfité dans les Tributs des
Récipiendaires.
L'HISTOIRE ,
C
ODE.
Elebres
victimes des Parques ,
Rien ne peut de vos jours rallumer le flambeau ;
Hélas, vous gémiffez ! fiers Guerriers, grands Mo
narques ,
Dans l'obfcure nuit du tombeau.
La mort répand fur vous d'éternelles tenebres
Déja de les voiles funebres
La cruelle a couvert yos noms & vos haut faits ;
Refpectables Mortels , que le tems a vû naître ,
Le tems vous a vû difparoître ,
Et difparoître pour jamais.
*
Eh !
1410 MERCURE DE FRANCE
Eh ! quoi , l'éclat de votre gloire
Dans un abîme affreux feroit enseveli ?
Non , vous ferez placés au Temple de Memoire j
Vous triompherez de l'oubli.
La mort qui vous ravit , ô Héros magnanimes ,
Rendra fes illuftres victimes ;
Bien-tôt vous reverrez la clarté qui nous luit ;
Clio parle : fortez de vos demeures fombres ,
Mânes facrées , auguftes Ombres ,
C'eft elle qui vous reproduit.
*
Par fes foins votre Renommée
Survit à tous les tems , vole dans tous les Lieux ,
Et déformais l'envie , à lui nuire obstinée ,
Ne l'obscurcir à nos yeux. peut
Quel art du premier jour fait renaître l'Aurore
Pour moi ces jours coulent encore ;
Clio , tu vas fixer ces grands Evenemens ,
Que les ans fugitifs emportent fur leurs aîles ;
Je les vois ; tu les renouvelles ;
Paffés , ils font encor préſens .
*
Quel vafte Tableau fe préfente !
Promenons nos regards fur cent objets divers ;
Là, des plus grands fuccès quelle chaîne éclatante !
Ici , quel tiffu de revers !
De
JUIN. 1742. 7417
*
De Bellonne en courroux l'oeil ardent étincelle ;
Le carnage marche avec elle ;
La Barbare en ces Lieux fait triompher la mort ;
Le Vainqueur eft affis fur un Char de victoire ,
Le Vaincu , témoin de fa gloire ,
Soupire & querelle le fort .
܀
Où fuis-je ! quel nouveau Spectacle !
Tout un Peuple eft Soldat , tout Soldat eft Héros ,
Ferme dans fes projets , furmontant les obſtacles ,
Conftant ennemi du repos.
S'il aime , génereux , s'il se venge , implacable ,
Souvent vaincu , mais indomptable ,
Au rang de fes Sujets il fçait mettre les Rois ;
Fier & foulant aux pieds lés Sceptres de la Terre,
Grand dans la Paix , grand dans la Guerre ,
Et plus grand encor par fes Loix.
።
Tout paffe ; la grandeur Romaine
Chancelle , tombe enfin ; de fes pompeux débris
Se forme un vaſte Etat fur les bords de la Seine ;
C'eſt l'heureux Empire des Lys ;
Il a des Rois ; ces Rois font les Dieux tutelaires
Șes Maîtres bien moins que fes Peres ;
Quel effain de François & fçavants & guerriers !
Mars les fait triompher , & la docte Minerve ,
Jaloufe
1
1412 MERCURE
DE FRANCE
Jaloufe de Mars , leur réſerve
Ses Couronnes & fes Lauriers .
*
Un dangereux penchant me guide ;
L'orgueil ingénieux fçait l'art de le cacher ;
Le flateur fur mes maux jette un voile perfide ,
Qu'un foible ami n'ofe arracher ;
Par d'hiftoriques Faits mon ame eſt détrompée ,
D'un trait victorieux frapée ;
Du tyran qui l'oprime elle abhorre la loi ;
L'Hiftoire
des Mortels me peint les injuſtices ;
Je vois mes vices dans leurs vices ,
Et tout devient leçon pour
Dans cette Ecole de fageffe
moi,
Ces hommes fameux par de nobles travaux ,
Enſeignent par l'exemple & fe donnent fans ceffe
Des Eleves & des Rivaux .
Par quel charme inconnu renaiffent les Camilles ,
Les Fabrices , & les Emiles ,
Un Pompée, un Caton , des Trajans , des Titus
Déeſſe , ton crayon immortel & fidele
Nous offre un éternel modéle ,
En éternifant leurs vertus ,
*
Vous qui portez le Diadême ,
De
JUIN 1413 1742
De votre illuftre rang Princes enorgueillis ,
Où font ces Rois fi fiers de leur grandeur fuprême 1
Et des Lauriers qu'ils ont cueillis ?
De vos frêles grandeurs confidérez la pompe ,
Songe vain , faux é.lat qui trompe ;
Paffagere vapeur qui fe perd dans les airs ;
Dans ces faftes , voyez ce Maître de la Terre
Terrible comme le Tonnerre
Il paffe comme les Eclairs.
*
Que vos laborieuſes veilles ,
Favoris de Clio modernes Ecrivains ,
Retracent à nos jouís les bri lantes merveilles
Des Héros Grecs & des Romains ;
Dérobez par vos foins à l'horreur des ténebres
Ces grands noms , ces hommes célebres ,
Qu'une veru fublime éleva jufqu'aux Cieux ;
Que par vous ces Motels, connus dans tous les âges,
Des Dieux refpectable Images ,
Deviennent inmortels comme eux,
" *
Que d'un vafte fçavoir avide
Votre efprit , parcourant l'obfcure antiquité,
Saififfe le Aambeau qui l'éclaire & le guide
Au fentier de la véri é ;
Qu'un travail affidu ; qu'une fage Critique ,
La ccherche fous un voile antique ,
I. Vol.
G Trop
1414 MERCURE DE FRANCE
Trop fouvent confondue avec les fictions ;
Nétalez à nos yeux que dès Faits véritables ;
Loin de vous de frivoles Fables ,
Et des Romans fous de vrais noms.
*
Héros d'éternelle mémoire ,
La terreur des Germains & l'amour des Français,
Viens , illuftre CONTI , décorer notre Hiftoire
De ton nom de tes Exploits ;
J'admire de ton bras les efforts héroïques
Je vois dans les Plaines Belgiques
L'ennemi gémiffant fous les coups abatu ;
Le Deftin envieuxət'enlève una Couronne .
Laiffea d'autres Réckar du Trône ,
ε Il brille moins, que
"
*
ta vertus
*
0 .
Les Princes fone ce que nous fommer;
En Parque te foumet à la loi du trépas ;
Dans ta Maifon auguste on voit paſſer les hommes ;
Mais les Héros nepaſſent passivo (1
Tu revis à nos yeux , Louis eft ton image ,
Emule du vien, fon courage
Sur les Rives du Rhin afronta les hafards
Et s'ilfut comme toi Mars au milieu des Armes ,
Tel qu'Apollon loin des allarmes.
Il eft le Pere des Beaux- Arts .
J'ai l'honneur d'être , & C.
ESTAMPES
JUIN
17421 1419
ESTAMPES NOUVELLES.
Le freur Cochin , le fils , vient de mettre au jour
une Eftampe en large , très bien gravée & d'une
compofition agréable , intitulée la Foire de Campagne,
d'après M Boucher , Peintre diftingué de
PAcadémie Royale de Peinture & de Sculpture,
Elle est dédiée à M. le Marquis de Nicolaï , Premier
Préſident de la Chambre des Comptes . Elle
fe vend à Paris , chés Filieul , ruë S. Jacques , à la
Colonne d'or.
Le Sr J. Balechou, Graveur de Portraits , avertit le
Public qu'on trouve chés ur le Portrait in-4° .du feu
R.P. Porée, de la Compagnie de Jefus, célebre Profeleur
de Rhétorique ; ce Portrait ett très reflem-
Blanc & d'un burin tout - à- fait gracieux . On lit au❤
four, P. Car. Porée, Societ. Jefu Sacerdos , Rethorices
Prof. Lutetia obiit an. falutis 17 + 1 . atatis 65. Et au
bas : Pietate an Ingenio , Poeft , an Eloquentia , Modeftia
major an Fama. Le St Balechou demeure chés
le fieur Bailly, le pere , Maitre Relieur , près le
Puits Certain .
Les talens de M. Pierre Imbert Drevet , le fils .
Graveur du Cabinet du Roy , font fi géneralement
connus du Public , qu'il feroit inutile d'en faire
Péloge; une feúte chofe m rite une attention particuliere.
Il a eû le malheur d'être attaqué d'une
maladie d'efprit , caufée , fans doute , par up excès
d'aplication à fon Art , qui cependant ne l'a pas
empêché de faire depuis plufieurs Ouvrages dignes
des éloges qu'il a toujours mérités tel eft celui dont
il s'agit ici , c'est une très - belle Eft mpe en haueur
, qui repréfente Notre Seigneur , priant au
Jardin des Olives , avec les trois Apôtres endormis ,
Gij qi
1418 MERCURE DE FRANCE
་
qui l'avoient accompagné. Le Tableau eft de la
compofition de M. Reftout , dont le nom feul fair
PEloge. La maniere dont M. Drevet a traité ce
Morceau eft des plus admirab.es , on n'a rien vû de
mieux conduit , ni de mieux railonné , fuivant
les principes de l'Art , & il peut pafler pour un
de fes plus beaux Ouvrages . Le d rangement de
fon efprit , dont il avoit pleine connoiffance , &
dont étoit penetré dans fes bonnes intervalles
, fut pour lui une occafion de laiffer à la Pofterité
une marque finguliere de fon humiliation & de
fa piete , par ces mots qu'on lit , gravés de la main
au bas du Plan de la premiere Terraffe . Gravé
par Pierre Drevet , fils , priez Dieu pour lui. Cette
Eftampe fe trouve chés le Sr Surugue , Graveur du
Roy , rue des Noyers , vis- à- vis 5. Yves . On tro
vera auffi chés lui l'Amour du Vin , & l'Amour de
la Chase , que lui & Pierre Surugue , fon fiis , ont
gravé d'après deux Tableaux du Cabinet de M. le
Duc de Chevreufe , peints par M. Jeaurat.
L'Enfance de l'Amour , gravée par Louis Surugue,
d'après un Deffein de P. Paul Rubens.
Les fept Arts Liberaux repréfentés par des Su
jets Hiftoriques , peints & gravés par le Bourdon ;
dont la grande réputation eft connuë de tout le
monde. Les fept Vertus Hérosques , auffi repréſentées
par des Sujets hifor.ques , tirés d'Hérodote , de
Tite- Live , de Plutarque, & d'autres Auteurs, peints
& gravés par le même Bourdon.
Le Sr le Rouge , Ingénieur- Géographe du Roy, à
Par s , rue des Auguftins , vient de mettre au jour
une nouvelle Carte de la Haute & Balfe Autriche ,
en deux f uilles , ou fur grand Aigle .
Autre de la Lombardie ou le Duché de Milan
de Mantouë , de Parme & de Plaifance . La premicre
JUIN. 17423 1417
a
´miere feüil'e de fon Cours du Danube , contenant
la Suabe , on font exactement marquées les Terr s
de la fucceffion du feu Empereur . Le Tirol , avec
les routes & les p.flages ; la Hongrie ; le Duché de
Carinthie ; la Carniole , le Théatre de la guerre en
Finlande; les dix fept Provinces; les Pays Bas Autrichiens
, & c. une très- belle Carte particuliere de la
Stirie. Les grandes routes font marquées dans toutes
ces Cartes , qu'on a dreflées avec tout le foin
poffible fur les plus nouveaux Mémoires , Ces Cartes
fe vendent auffi à Lille, chés le St le Rouge , Archi
tecte de la Ville . A Abbeville & à Amiens , chés le
Sr Redé. A Strasbourg , chés le Sr Dulseker , le fils .
Toutes ces Cartes forment un Recueil très- inftructifdans
le tems préfent.
Le Sr le Clerc , Ordinaire de la Mufique de la
Chambre du Roy , donne avis au Public qu'il fa
actuellement graver par L. Hue , l'un des meilleurs
Graveurs de Paris , le troifiéme OEuvre de Lacatelli.
Cet OEuvre , connu fous le nom de Larte del
Violino , confifte en 12. Concerto & 24. Caprices ,
dont la Méchanique recherchée , eft capable de
donner la connoiffance des traits les plus difficiles
du Violon .
La cherté exceffive de l'Edition d'Hollande , &
les follicitations des Amateurs de l'Art , ont déterminé
le Sr le Clerc à en faire faire une à Paris , à
beaucoup meilleur marché , & qu'il propoſe par
Soufcription , aux conditions fuivantes.
1°. Le prix de cet Ouvrage fera de 36. liv . pour
ceux qui auront foufcript , & de 48. liv . pour les
autres.
2º. On recevra les Soufcriptions jufqu'au 15.
Septembre prochain , à commencer du 9. Juillet.
3. En payant par les Soufcripteurs la fomme de
Giij 24.
#418 MERCURE DE FRANCE
24. liv . on leur délivrera le Violino primo , & dans
le mois d'Octobre fuivant ils recevront les autres
Parties , en donnant la fomme de 12. livres .
On s'adreffera pour foufcrire , chés le Sr le Clerc,
rue S. Honoré , vis - à - vis le Cul- de fac des PP. de
l'Oratoire , ou chés le Sr le Clerc , Marchand de
Musique , rue du Roule , à la Croix d'or.
M. Roflin , Maitre Ecrivain , ruë S. Martin , an
coin de la petite ruë de Venife , donne avis au Public
, qu'il a obtenu un Privilege pour faire imprimer
fes Ouvrages ; fçavoir , l Arithmétique dans fo
perfection ; les Changes Etrangers & Arbitrages ; las
Tenue des Livres en parties doubles ,fimples & mixtes;
PAlgebre & le Toifé de differens Ouvrages ; le tout
pour la fomme de 120 livres , ainfi que le Sr Roflin
l'expliquera aux perfonnes qui lui feront l'honneus
de l'aller voir.
Le fieur Nicolas le Braffeur , Marchand Papetier
à Paris , rue Aubry Boucher , au grand Livre da
Lyon , a reçû d'un de fes freres , qui eft actuellement
à Pondichery , le fecret de compofer de l'Encre
qui eft parfaite en toute maniere , luifante ',
double & feconde , qui ne s'épaiffit point. Cette
compofition a été aportée de la Chine.
Le fieur Puyo , Architecte , connu par plufieurs
Découvertes utiles au Public , donne avis qu'il a
trouvé le moyen de faire jouer la Mine dans le
fonds des Rivieres , fans détourner les Eaux , &
même dans la Mer , à 25. pieds de profondeur , de
faire en conféquence fauter les Rochers , de quelque
nature qu'ils foient , & d'en enlever les débris ; l'utilité
qui doit en revenir au Public, pour faciliter la
Navigation en plufieurs Rivieres du Royaume, engage
TJU 1 N. 1742: 8419-
gage le fieur Puyo à offr rfes fervices à tous ceux
qui pourront en avoir befoin ; il leur off e même
de faire à fes frais toutes les avances néceflaires ,
dont il ne demandera le remboursement qu'en cas de
réuffite notoire . Ceux qui auront befoin de fes fecours
pourront s'adreffer ou écrire à l'Auteur , chés
M- Cauffale , l'erruquier , rue de l'Arbre-fec ', en
affranchiflant leurs lettres.
Le fieur Dumais , Fabriquant de Bas de Soye ,
donne avis au Public , qu'il a inventé depuis peu ,
& qu'il poffede feul la veritable maniere de reblan
cher & conferver les Bas de Soye blancs , qu'il en
fétablit & repare tous les défauts & les manques
qui s'y font journellement , & cela dans a derniere
perfection. Cette Invention , qui n'a encore rien e
d'égal en ce genre , réuffit au gré de tous ceux qui
en ont vu l'expérience , & qui ont été prépolés
pour en juger , fans parler de plufieurs personnes
de diftinction qu'il a l'honneur de fervir , & qui en
ont fait utilement l'épreuve . Il va chercher luimême
les Bas qu'il faut reblanchir & réparer &
les reporte exactement au tems préfix qu'on fou
haite. Il fabrique & vend toutes fortes de Bas de
Søye , de Trelme , de Perle , &c. & tout ce qu'il y
a , en un mot , de plus parfait en Bas de Soye, bien
renforcés des talons & des pieds d'une maniere
particuliere , fans en diminuer la fineffe &
la qualité ; ce qui , joint à la modicité du prix , lui
attire tous les jours la confiance & l'eftime du Public.
Il vend auffi toute forte de Marchandiſes de
Bonneterie ; il demeure dans la Cour Abbatiale de
S. Germain des Prés , vis - à- vis la Porte de Bois
faifant face à la ruë de Buffy , au Soleil d'or . On
peut lui écrire de quelque endroit que ce foit ; il fait
exactement les Envois qu'on lui ordonne , au tems
& lieu qu'on fouhaite , foit en France , ou en Pays
Etrangers,
Giiij AVİS
1426 MER CURE DE FRANCE
AVIS AU PUBLIC.
Nouvellefaçon d'Habits d'hommes fans aucunes
cutures au dos , au côté , à la manche
ni au parement.
Les cotures des Habits d'étoffes de Laines, que
les hommes portent , leur ôtent beaucoup de la
grace. Quelque foin qu'on employe pour les faire
avec exacti ude il arrive prelque toujours qu'en
menant l'etoffe trop roide ou trop lâche , les Habi's
grimaffent dans le dos .
+
3
Elles ont un autre inconvénient, les coutures des
Habits noirs , celles des Habits d'Ecarlate & des Habits
bleus , blanchiflent en peu de tems , celles des
Habits de drap blanc fe faliflent & fe noirciffent; on
peur dire en géneral , qu'elles caufent la deftruction
des Habits.
Ces inconvéniens , connus de tout le monde ,
font évités dans les Habits imaginés par le fieur
Devarenne , Maître Tailleur à Paris , & Tailleur des
Menus Plaifirs du Roy . Il coupe les Habits de drap
& autres étoffes , pourvû qu'elles ayent une aune
de large , de maniere qu'il n'y a aucune couture au
dos , au côté , au devant de la manche , au revers
de la manche , ni au parement ; on ne voit d'autre
couture que celle de l'épaulette & celle de l'affemblage
de la manche avec le corps . Il n'y a aucune
piéce dans les plis , & tout eft coupé du bon fens .
Il fait auffi les Culottes , même celles de velours,
fans couture entre les jambes , ni fur les côtés . Il ne
prend pas plus d'étoffe pour les Habits de cette
nouvelle façon , qu'on en prend pour les faire de
la façon fuivie jufqu'à préfent. Ces Habits forment
parfaitement la taille des perfonnes.
Le fieur Devarenne demeure Cloitre S. Nicolas
dis
JUIN. 1742. 1421
du Louvre , au Bureau des Diligences de Rouen .
Il travaille pour plufieurs Seigneurs de la Cour.
Il fait également bien les Habits de Prélats , d'Abbés
, & autres Eccléfiaftiques ; les Robes de Palais,
& toute forte d'Habits de céremonies .
Il fait en perfection les Habits de Bal ,
Balets ,
Tragédies , & toute forte d'Habits de Caractére.
Il a auffi le fecret de déluftrer le drap fans le
moüiller ni le racourcir , & fans qu'il perde rien de
La beauté , de telle forte que la pluye ni les éclabouffures
n'y font aucune tache .
DESCRIPTION d'une Lampe trèscommodepourfaire
promtement du Chocolat,
Caffé , &c. qui ne demande ni foin , ni attention
pendant la cuiffon , commode furtout
pour une perfonne feule , qui n'a ni feu , ni
domeftique , principalement l'Eté.
Outes les Lampes à Efprit de vin qu'on a incelles
qui font venues à ma connoiffance , ont cela d'incommode
, qu'il faut néceffairement y en mettre
chaque fois qu'on veut s'en fervir ; grand embarras
& perte de tems ; au lieu que celle en queftion ne
demande à être remplie que deux ou trois fois au plus
tous les mois , en faiſant tous les jours une prife.
1. Faites faire une Boëte ronde de fer blanc , de
5. pouces & demi de diametre en dedans , & de 2.
pouces & demi de haut , bien fermée & foudée par
tout , tant par deffus que par deffous , à la réſerve
d'un petit trou rond dans le deffus , pas tout - à - fait
de deux pouces de diametre par ou on verfe
l'Eprit de vin .
>
2. Une petite plaque ronde de fer blanc , de 3 .
G⭑v pouces
1422 MERCURE DE FRANCE
pouces & demi de diametre , avec un petit trou a
milieu , dans lequel fera foudé un petit tuyau ou
porte- meche , d'environ un pouce & demi de longueur
, pour y faire pafler une meche de coton , ce
petit tuyau doit avancer inégalement dans la pla
que ; le tiers d'un pouce d'un côté , & un pouce
& un quart de l'autre . Le bout le plus long
fert à conduire la meche dans l'Eſprit de vin ; il
doit être percé de quatre petits trous dans fa circonférence
, dont deux au moins doivent être , l'un
vis -à- vis de l'autre , pour y mettre une éguille , la
quelle doit paffer d'outre en outre la meche , & entrer
dans l'autre trou qui eft vis à vis , pour tenir la
meche en état , & toujours de la même hauteur ,
quand par l'experience , on l'aura trouvé au juſte.
C'eft à peu près un bon pouce & un quart. Cette
mefure doit être prife de la furface de la plaque ,
& non pas du bord du portemeche : cette hauteur
réuffit fort bien. Il faut prendre garde , que la meche
ne foit pas trop comprimée, ou étranglée par le
tuyau , afin que l'Efprit de vin y puiffe monter li
brement , & avec facilité.
3. Une plaque ronde de fer blanc , du même diametre
que la grande boete , avec un petit trou au
milieu,pour laiffer paffer la meche : elle fert à cou
vrir la boëte , pour la tenir toujours propre , pour
mieux retenir l'Elprit de vin , & pour affujettir la meche
, & la tenir toujours jufte dans fa place au milieu.
4. Un Cercle de fer blanc d'une ligne ou deux , de
plus de diamettre quella boëte , ( pour pouvoir aiféinent
l'enfermer ,) & une ligne plus haut . Ce Cercle
doit être entierement ouvert en bas , & à moitié
fermé en haut par un Cercle d'un pouce de large ,
pofé & foudé horifontalement , ou à plat , fur le
grand Cercle ; moyennant quoi , il y aura une
grande ouverture ronde dans ce deffus , d'environ
trois pouces neuf lignes de diametre.
S.
JUI N. 1742. 1423
5. Une tube ronde , ou pour ainſi dire , un petit
barril de 3. pouces . lignes de diametre , & de 6 .
pouces de haut , qui fera foudée à l'ouverture cideffus
, qui eft précisément du même diametre
lefquelles deux piéces étant foudées enſemble , font
juftement la figure d'un étui de Calice , beaucoup
plus large à un bout qu'à l'autre , & entierement
ouvert de tous les deux .
Cette Tube eft du même diametre en toute fa
hauteur , qui eft jufte ce qu'il faut , pour admettre
avec une ligne ou deux d'aiſance , la Chocolatiere
dont on va parler . Vers le bas de cette Tube il faut
qu'il y ait 4. grands trous , de 7. ou 8. lignes de
diamettre , pour doner paffage à l'air , fans quoi la
Lampe s'éteindroit. De plus , il faut faire 2. ou 3 .
petits trous des deux côtés de cette Tube , précifement
vis à vis l'un de l'autre , pour recevoir deux
bouts de fil de fer un peu fort ; fur lequel la Chocolatiere
doit pofer. Le plus bas de ces trous doit
être percé à la diftance de trois pouces du fond
enforte qu'il y aura environ un pouce neuf lignes
de diftance entre la meche , & le fond de la Chocolatiere
. On peut faire encore deux autres petits
trous 3. ou 4. lignės plus haut , mais précisément
au deffus des autres , qui pourroient fervir dans
quelque autre occafion , qui ne demande pas un `
feu , ou une chaleur à vive : auquel cas , il faut
changer de place les fils de fer .
6. Un Couvercle un peu convexe , pour couvrir &
fermer ce petit barril. Cela n'eft pas abfolument
néceffaire , mais cela donne bonne grace -à toute la
machine , & empêche la pouffiere , ou autre choſe
de tomber fur la Lampe.
·
>
7. Une grande Chocolatiere , qui doit être né-'
ceffairement de fer blanc double , à caufe de la
force , & de la grande activité du feu , mais fur
G vj tour
1424 MERCURE DE FRANCE
tout , une piéce bien forte au fond. Elle doit avoir
un pied de haut , fans quoi la liqueur s'enfuiroit en
bouillant, ce qui ( outre la perte, qui eſt toujours la
crême) gâteroit & faliroit horriblement toute laLampe
, qui feroit affés difficile à bien nettoyer , parti
culierement fi c'eft du Chocolat , qui s'attache fortement.
Cette Chocolatiere doit être un peu plus large au
fond qu'en haut , comme on les fait comunément :
environ de trois pouces trois lignes de diametre en
dehors , en bas , & feulement de trois pouces en
dedans en haut , avec fon Couvercle movible ;
qui doit la fermer , le mieux qu'il fera poffible , ce
qui avance bien la cuiffon ; il faut un manche de
bois , bien & fortement foudé à la Chocolatiere .
8. Enfin un steignoir qui eft comme une petite
mefurette , dont on fe fert pour mefurer une prife
de Caffé en féve , ou en poudre. Cet éteignoir doit
avoir environ un pouce neuf lignes de hauteur ,
pour qu'il ne plic pas & ne dérange pas la meche,
en éteignant la Lampe .
Avec cette Lampe , on fait une grande priſe de
Chocolat , en 18. ou 20 minutes , qui eft moins
d'un quart d'heure & demi , & fans y donner aucune
attention , ce qui eft un grand article , à
mon avis. 1
Elle
Cette Lampe remplie d'Efprit de vin , dure 10.
ou 12. jours en faifant une prife par jour , fans
qu'il foit néceffaire d'en mettre de nouveau .
pouvoit abfolument parlant durer 15. jours ,
mais il femble , que les trois derniers jours la liqueur
nee monte pas fi abondamment , & par conféquent
, la cuiffon demanderoit quelques minutes
de plus , pour être comme il faut.
Nota , que la meche de coton durera plufieurs
mois , fans avoir beſoin d'être mouchée , & faus
:
devenir
PUBLIC
YORK
ARY .
ABTOR,
MOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS
THE
NEW
YORK
ULIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LEMEX
AND
,
TILDEN
FOUNDATIONS
JUIN. 1742. 1425
devenir noire , & en croute ; à moins qu'on ne la
laiffât s'éteindre , faute de nourriture . La meche
doit ête beaucoup plus groffe que celle d'une
Lampe ordinaire , à peu près double . Il faut une
cuiller de bois à long manche , pour bien remuer.
On en trouve chés les Boiffeliers pour 2. ou 3. fols.
Cette Lampe durera la vie d'un homme , pourv
qu'on ne la laiſſe pas tomber. La premiere piéce
qui pourroit manquer ,
feroit le fond de la Chocolatiere
, qu'on peut faire rétablir pour 8 , ou 10 .
fols , mais après elle dure fort long tems.
Il y a un habile Ouvrier , fört honnête homme ,
& fort au fait de cette Lampe. Il en a déja fait ,
dont on a tout lieu d'être content ; il s'apelle Boiffeau
, à l'enfeigne du Boileau , rue de la Barillerie
, proche la grande Porte du Palais , vis à vis la
ruë de la vieille Draperie .
:
CHANSON.
A vec plaiúr Lifette
Ecoute ma Muferte ;
Mais quand je veux
Lui parler de mes feux ;
Laiffons la bagatelle ,
Dit - elle ;
N'es-tu pas trop heureux ?
Avec plaifir Liſette
Ecoute ta Mufette.
Ma
1426 MERCURE DE FRANCE
Ma voix eft douce & tendres
Lifette aime à l'entendre ;
Mais quand je veux
Lui parler de mes feux ,
Laiffons la bagatelle ,
Dit - elle ;
N'es-tu pas trop heureux ?
Ta voix eft douce & tendre ;
Lifette aime à l'entendre.
*
A mes Moutons fans ceffe
Lifette fait careffe ;
Mais quand je veux
Lui parler de mes feux ;
Laiffons la bagatelle ,
Dit- elle ;
N'es -tu pas trop heureux ?
A mes Moutons fans ceffe
Lifette fait careffe.
**
Pour fon Troupeau Lifette
Se fert de ma shoulette ;
Mais quand je veux
Lui parler de mes feux ,
Laiffons la bagatelle ,
Dit - elle ;
N'es- tu pas trop heureux ?
Pour
2
JUIN. 1742.
1427
Pour fon Troupeau , Lifette
Se fert de ta houlette .
*
Ma voix & ma Mufette ,
Mes Moutons , ma houlette ;
Un fort f doux
Vous fait mille jaloux ;
Mais auprès de Lifette ,
Folette ,
De quoi me fervez vous ,
Ma voix & ma Mufette ,
Mes Moutons , ma houlette ?
CHANSON ETTE.
L'Amour d'un air doux & flateur
Prétendoit féduire mon coeur ,
En m'offrant les biens qu'il poffede
Mais j'avois apris par bonheur ,
Que le bien de ce féducteur
Eft fouvent un mal fans remede.
SPEC
1428 MERCURE DE FRANCE
*******************
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie intitulée
Amour pour Amour , Piéce en Vers & en
trois Actes , précédée d'un Prologue , repréfentée
au Théatre François , le 16. Fevrier
dernier annoncée dans le Mercure
du même mois.
ETTE Piéce eft de M. de la Chauffée ,
CFun des quarante de l'Académie Françoife.
Elle a été parfaitement bien reçûë.
L'Auteur a eu affès de modeftie , pour en
attribuer tout le fuccès à la Dlle Gauffin ,
à qui il l'a dédiée fous le nom de Zemire ;
nous croyons que les Lecteurs verront avec
plaifir l'Epire Dédicatoire qui lui eſt
adreffée.
O Toi , qui m'as prêté tes talens enchanteurs,
Affemblage parfait des dons les plus flateurs ,
Eleve & modéle des graces ,
Aimable & cher objet que Thalie & fes foeurs
Ne peuvent couronner que de ces mêmes fleurs
Que tu fais naître fous tes traces
Si je n'ai point encor effuyé de revers ,
›
Je n'en dois qu'à toi feule un éternel hommage .
Tes charmes & ta voix ſont l'ame de mes vers.
Mais
-JU IN. 1429 1742
Mais que dis-je ? Ils font ton ouvrage ,
Qui les infpira , les a faits ;
Qu'ils te foient confacrés par la reconnoiffance.
Tes yeux n'ont rien laiffé de plus à ma puiffance ;
Et je ne puis t'offrir que tes propres bienfaits
Le Sujet de cette Piéce à revolté les Partifans
trop aufteres de la dignité de la Comédie.
L'Auteur même qui s'eft introduit dans
le Prologue , & qui eft très perfuadé que
la
Féerie ne doit pas être admife dans la Scene
Comique , fait fentir par des à parte , que ce
n'eft pas fans crainte qu'il a hazardé un fujet
fi frivole & fi déplacé ; cependant , pour
l'honneur de fon Ouvrage , il foûtient avec
un efprit infim un genre qu'il défavouë dans
le fond du coeur ; comme la premiere regle
eft de plaire , il dit que le plaifir doit fe préfenter
fous les formes qu'il choifit lui mê.
me , & non fous celles qu'on veut lui pref.
crire felon les regles de l'art ; voici comment
il s'explique en parlant du plaifir :
Loin d'être fes Tyrans , devenez fes eſclaves ;
Ennemi d'un joug rigoureux ,
Si tôt qu'il n'eft plus libre , il devient l'ennui même.
Renoncez au plaifir , ou changez de fyftême .
Quand il cherche à vous rendre heureux ,
Ceffez de lui prefcrire une trifte formule ;
Les moyens qu'il choifit,fout toujours les meilleurs ;
Quelque
1430 MERCURE DE FRANCE
Quelque forme qu'il prenne ici tout comme ailleurs,
Croyez que le plaifir n'eft jamais ridicule ;
Son nom le définit. Dès qu'il eft , c'eft affés
Les regles n'y font rien ; il eft au-deffus d'elles ;
Quant à nous , ne foyons jamais embaraffés ,
Que de le préfenter fous des formes nouvelles ;
C'eft à nous autres d'en trouver ;
C'eft à vous de les apronver.
I
Peut-on excufer plus ingenieufement un
fujer auffi équivoque que celui dont il s'agit
dans la Comédie , qui a pour titre Amour,
pour Amour. Nous n'en donnerons ici
qu'une espece d'Argument , qui peut fuffire
pour donner l'intelligence de l'action théatrale
Une Fée irritée contre un Génie qui lui a
fait l'outrage de ne pas répondre à l'amour
qu'elle a pour lui , fe venge de ce mépris
en le réduifant à la qualité de fimple mortel.
& ne lui promet de lui rendre fon premier
état , que lorsqu'il aura trouvé le fecret de le
faire aimer de quelque belle , fans lui faire
l'aveu de fon Amour ; elle le relegue fur la
terre , fous le nom d'Azor. Pour remplir cet
Arrêt qui lui doit tenir lieu d'Oracle , la Perfe
eft le lieu de fon éxil . La Scene de la Comédie
eft dans un Hameau voifin de Bagdat . C'eft
là , qu'il devient éperduement amoureux
d'une Bergere qui lui fait préferer cette de-l
meure
JUTN. 1742. 1437
meure champètre , aux plus brillans Palais
des Genies. Il ouvre la Scene avec un autre
Genie , que l'Auteur n'a rendu compagnon
de fon éxil , que pour lui donner un Confident
, dont on ne peut guére fe paffer fue
le Theatre. Ce Genie , s'apelle Zaleg ; il eft
foumis aux mêmes loix , fans avoir commis
le même crime ; il fert à l'expofition du Su
jet. Voici comment il parle à Azor , (c'eſt le
nom que le Genie difgracié , dont il femble
n'être que le Valet , a pris parmi les
Mortels. )
Supofez que Zemire , à qui vous pourriez plaire ,
Ait pour vous cet Amour qui vous eft néceffaire ,
S'il demeure fecret , il vous fervira peu .
Il faut qu'elle en faſſe l'aveu ;
Autrement , marché nul , & l'affaire eſt rompuë ;
Il faut qu'avec fincerité ,
Et fans aucune obfcurité ,
Zemire dife d'elle- méme ,
J'aime Azor ; c'eft Azor que j'aime.
Ce font les mots prefcrits , &c.
Azor convient de tout ce que Zaleg lui
dit , & ne laiffe pas d'efperer de remplir les
conditions de fon exil , qui n'a plus rien
d'affligeant pour lui , depuis qu'il a vû l'aimable
Zemire ; il fe retire pour l'aller chercher
fous un ombrage frais , où elle lui a
promis de fe rendre.
Zemire
1432 MERCURE DE FRANCE
Zemire vient fans apercevoir Azor , qui ne
lui eft déja que trop cher . Nadine , f Confi
dente , lui fait la guerre fur fa mél ncolie ; elle
en veut du mal à Azor , dont elle eft devenuë
l'éleve , & qui ne l'entretient que de
chofes qui lui gâtent l'efprit , parce qu'elles
font au deffus de fa portée. Zemire lui fait
entendre par fa réponse , qu'elle eft dans un
état qu'elle ne sçauroit définir ; & cette tehdre
Eleve fait encore mieux connoître aux
Spectareurs , qu'Azor eft un vrai Précepteur
d'Amour par ces Vers :
Avec étonnement je regarde ces Lieux.
Hélas ! depuis un tems que fuis- je devenuë ?
11 femble que habite une terre inconnuë ;
Tout ce qui m'env ronne eft changé por mês yeugi
Je vois differemment ce qui s'offre à na vûë ;
Mes efprits & mes feas n'ont plus le mê ne cours .
J'y trouve un changement qui n'eft que trop vifible
Je me cherche en moi-même , & je m'y perds toujours
.
Je n'ai plus rien de libre , Il ne m'eft pas poffible
De démêler d'où vient le trouble de mon coeur,
C'eft envain que je veux fortir de ma langueur ;
Je m'y fens retenir par d'invincibles charmes ;
Je m'exhale fans ceffe en foûpirs , en regrets ,
Et , fans fçavoir quels font mes fentimens fecrets ,
Souvent je m'attendris , juſqu'à verfer des larmes ;
Cependan
JUI N. 17425 1433
Cependant quelque foit l'état où tu me vois ,
Il ne me déplaît pas , autant que tu le crois.
Nadine s'étant retirée , Zemire continuë de
faire des réflexions , toujours plus confufes
fur les fentimens de fon coeur. Azor vient ;
Zemire , qui le trouve plus rêveur qu'à l'ordineire
, lui en demande le fujer ; il ne lui
en dit rien , de
peur d'en trop dire ; on entend
un bruit de chaffe , qui annonce Affan ; c'est
cette même Fée qu'Azor a méprifce , & qui
a pris la forme d'un Chaffeur , pour acheven
fa vengeance fur fon ingrat. Elle le fait connoître
par cet à parie.
Sous ces traits empruntés continuons toûjours
A me venger d'Azor , en troublant fes amours ;
L'ingrat n'a pu m'aimer ; empêchons qu'on ne
l'aime.
Azor , qui prend le faux Affan pour un
Rival , fe retire , pour entendre un entretien
qui l'intereffe fi fort par raport aux fentimens
jaloux qui commencent à s'emparer
de fon coeur.
Dans cette Scene , Zemire aprerd pour
la premiere fois ce que c'eft que l'Amour ,
qu'Az
Azor lui avoit toûjours caché fous le nom
d'Amitié . Elle eft charmée de reconnoître
qu'Affan ne lui en dit rien qu'elle ne refl nte
pour fon cher Azor ; quelques expreffions
équi
2434 MERCURE DE FRANCE
こ
équivoques font prendre le change à Affan s
il fe jette aux pieds de Zemire , pour la remercier
de fon bonheur prétendu ; Zemire
fe fauve , fans qu'il s'en aperçoive , & le coup
de Théatre eft i adroitement ménagé , qu'Af
fan croyant toujours adreffer la parole à Ze
mire , ne parle qu'à Azor. La Fée transfor
mée le quitte brufquement , en lui difant :
Qu'eſt devenu l'objet dont mon ame eft charmée a
C'est toi qui l'as fait fuir , Rival trop indifcret ;
Refte & devore ici ta honte & ton regret.
Ces vers achevent de troubler Azor ; il
croit que fon Rival eft aimé ; cependant ,
il veut s'en mieux éclaircir avec Zemire , 32
finic ce premier Acte , par ces Vers :
Je pourrois avoir pris une allarme trop forte ...
Je cherche à m'abufer ; je le fens ; mais n'importe
Saififfons une erreur qui flate mes ; defirs
On n'en refufe point de la main des plaifirs.
:
Nous paffons ici tout ce qui regarde l'épifode
de Zaleg & de Nadine ; nous n'en
avons pas befoin pour mettre l'action principale
dans tout fon jour. Zemire rend.
compte à Nadine de la nouvelle découverte
qu'Affan vient de lui faire faire , elle ne
doute plus que ce qu'elle fent pour Azor , ne
foit
JUIN. 1742. 1431
foir ce que la Fée , fous le nom d'Affan , à
apellé Amour. Par un charme ſecret que lę
faux Affan vient de préparer , elle s'endort ;
Nadine la laifle pour ne pas troubler un
repos qu'elle voit lui être fi néceffaire .
Allan vient , pendant qu'elle dort , & s'ex
prime ainfi :
Le charme a réuffi ; Zemire eft endormie.
Sommeil , je t'ai livré ma mortelle Ennemie,
On lui aporte un Coffret ouvert plein de
Perles & de Pierreries qu'il pofe à côté de
Zemire ; il continue à s'expliquer en ces
termes :
Dans un fonge enchanteur , faifons que mon ingrat
Aparoiffe à Zemire avec tout fon éclat ;
Opofons Azor à lui- même‹;i
Puiffe t'il à mon gré lui plaire , l'enflammer ,
Et perdre fon bonheur en ſe faiſant aimer.
Je dois tout efperer de ce double artifice ...
Que m'importe , pourvû qu'un des deux réüffiffe
Azor n'en aura pas un deftin moins fatal
La Fée traveftie fe retire , voyant venir
Azor avec un bouquet à la main . Azor frapë
de l'éclat des Pierreries qu'il trouve à côté
de Zémire endormie , s'écrie ;
•
1436 MERCURE DE FRANCE
O Ciel ! Que vois -je à côté d'elle ?
Les dons de mon Rival ont prévenu les miens.
Qu'elle profufion ! & c.
Il ne peut foûtenir cette vûë fans jaloufie ;
& dit en mettant à fes pieds le bouquer
qu'il a dans la main.
Dépofons à fes pieds une offrande p'us pure .
Puiffe t'elle trouver quelque grace à les yeux !
Ah ! du moins je la tiens des mains de la Nature !
Ce que j'offre à Zemile eftce qu'on offre aux Dieux,
Azor voyant que Zemire fe réveille , fej
dérobe à fes veux ; Zemire fait entendre
ce qui s'eft paffé pendant fon fommeil par ce
Menologue,
Où fuis je ; eft-il bien fûr que ce ne ſoit qu'un fonge?
N'ai-je point en effet difpofé de ma foi ?,
Rafúrons nous ; ce n'est heureuſement pour moi 1
Qu'une de ces erreurs où le fømmeil nous plonge.
Elle fe croit frapée d'une feconde illuſion
à la vue des Perles & des Pierreries dont
fes yeux font bloüis ; elle en méprise - le
vain éclat , & s'attache avec bien plus de
plaifir au bouquet d'Azor ; elle ne doute
point que ce ne foit un préfent de fa main.
Azor vient , elle lui fait voir le cas qu'elle
JU IN. 1742. - 1437
en fait en s'en parant à fes yeux ; elle lui fait
part du fonge qu'elle a fait Elle lui dit , qu'elle
a vû en dormant , ce Génie infenfible , dont
il lui a fouvent parlé ; elle pourſuit ainſi
Un charme invincible
1
Sur lui , comme fur moi s'eft fi fort répandu ,
Qu'alors , vers un Aurel , j'ai fuivi ce Génie ;
Ti m'a dit qu'il falloit que je lui fule unie .
Zemire , qui s'attend à voir Azor s'allar
mer de ce fonge , ne peut foûtenir la tranquillité
& même la joye avec laquelle il l'aprend.
Elle lui reproche fon indifference ;
elle lui rend fon bouquet & le quitte avec
un dépit dont il eft charmé. Azor finit ce
fecond Acte par ce Monologue :
Que fon dépit la rend touchante!
Non , jamais il ne fut un objet plus charmant .
Ah ! Dieux que la beauté s'embellit en aimant ?
Que fon courroux eft cher à mon coeur ! qu'il
m'enchante ! pr
Mais ce n'eft pas affez , s'il ne peut l'engager
A prononcer l'aveu de fa tenoreffe extrême ;
Ne dira t'elle point que c'eft Azor qu'elle aime ?
Fée injufte , a jamais voulez - vous vous venger
Cet aveu fi favorable & fi neceffaire au
dénouement de la Piéce ne tarde guere à v
I. Vol. H 14
1438 MERCURE DE FRANCE
nir. Il eft tems de finir cet Extrait ; nous ferions
trop longs , fi nous déraillions toutes
les beautés que l'Auteur a répandues dans
les Scenes dont il nous refte à parler . Après
bien des plaintes que l'infenfibilité prétenduë
d'Azor arrache à la tendre Zemire , le
moment fatal arrive ; la jaloufe Fée entend
prononcer ces mots à cette Amante deſeſ.
perće :
Je n'efpere jamais aucune guériſon ;.
Mais vous perfuadez ma gloire & ma raiſon ,
A vos lages avis mon amour s'abandonne ,
Je jure entre vos mains qu'ils auront leur effer.
Helas ! quoiqu'il en coûte à ina tendreffe extrême ;
Azor ne fçaura point que de
que c'eſt lui ſeul que j'aime ;
Oui , c'eſt Azor que j'aime,;
Arrêtez , lui dit la Fée c'en eſt fait :
Les mots font prononcés ; c'eft moi qui fuis punie ,
Tu vois devant tes yeux cette Fée ennemie
Qui pourfuivoit un coeur qui n'eft fait que pour toi ;
Jouis de ton bonheur ; ma vengeance eft finie.
;
A ces mots , le Théatre change , & repréfente
un Bofquet orné d'Orangers avec un
Berceau de Fleurs, au milieu duquel eft la Statuë
de Zemire. Azor ayant rempli l'Oracle ,
établit fon féjour dans le Lieu de la Scéne
& la Comédie finit par ces deux Vers :
Ου
JUIN. 17422 1439
Ou peut- on être mieux que dans l'heureux féjour ,
Où l'on trouve Amour pour Amour ?
Nous ajoûtons ici deux Couplets du Vau
deville , chantés par une Habitante.
Coquette & legere à mon tour ,
Je fçais me venger me venger d'un volage ;
-Mais je change d'uſage ,
-Quand je trouve Amour pour Amour,
Le vieux Philémon , l'autre jour ,
Me difoit qu'il voudroit me plaire ,
"Eh que pourroit-il faire ,
"S'il trouvoit Amour pour Amour !
Lego. Mai , la Dlle Gautier , nouvelle
Actrice , débuta pour la premiere fois au
Théatre François , dans la Tragédie du Cid,
& joua le rolle de Chimene , avec beaucoup
d'aplaudiffement ; elle chanta dans la petite
Piéce du Mari Retrouvé , un Air dans le
Divertiffement.
Le 4 , & le 9 Juin , la même Actrice joüa
les rolles de Monime & de Pauline dans les
Tragédies de Mithridate & de Poliente , &
chanta dans la petite Comédie du Galand
Jardinier , le rolle de la Bohémienne.
2
Le 16 , la même Actrice chanta avec beau
coup de goût , dans le Divertiffement de la
-petite Comédie de la Serenade , le dernier
Hij
Air
1440 MERCURE DE FRANCE
Air de la Cantatille d'Hebé , miſe en muſique
par le fieur le Maire ,
Le 11 , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Répréſentation d'une petite
Piéce nouvelle , en Vers & en un Acte , qui
a pour titre les Vieillards Intereffés ou le Dé
dit Inutile , de la compofition de M. Guyot
de Merville , Auteur de plufieurs autres Piéces
, jouées avec fuccès fur le même Théa
tre. On parlera plus au long de cette Comédie
, qui a été reçue favorablement du
Public.
1
Le 13 , les mêmes Comédiens remirent
au Theatre une Piéce Italienne , qui a pour
titre les Quatre Arlequins , excellemment
repréfentée au mois d'Octobre 1716. par le
défunt Thomaffin , lequel eft remplacé au-
'jourd'hui par le fieur Carlin , qui remplie
très bien le Perfonnage d'Arlequin dans ces
'fortes de Piéces , dont tout le mérite ne confifte
que dans un continuel jeu de Théatre ,
exécuté par cet Acteur.
}
Le 6. Juin , les mêmes Comédiens remia
rent au Théatre une Piéce Italienne , en trois
Actes , intitulée la Cameriera laquelle avoit
été repréfntée dans fa nouveauté fur le même
Theatre au mois de Juin 1716 , fous le
titre d'Arlequin , Mari de la Femme de fon
Maitre , ou la Cameriera Nobile.
NOUJUIN.
1441 1742
:
NOUVELLES ETRANGERES.
O
TURQUIE.
Na apris de Conftantinople qu'il eſt ſurvenu
de nouveaux differends entre le Grand Seign
ur & Thamas Kouli- Kan , qui ont fait prendre
à Sa Hautefle la réſolution d'envoyer en Afie la
plus grande partie des troupes Ottomanes qui
étoient en Europe , & d'ordonner au Kan de Cri
mée d'y faire marcher un Corps confidérable de
Tartares.
RUSSIE.
N mande de Pétersbourg du 20. du mois d'A
vril dernier, que le Géneral Keyth a dépêché
un courier à la Czarine , qui a raporté que depuis la
ceffation de la fufpenfion d'armes entre la Ruffie &
la Suede , les détachemens des troupes de S. M. Cz.
qui avoient fait des courfes dans le Pays ennemi , y
avoient brulé près de 800. Métairies ; qu'ils avoient
pillé les Villages de Wederlach , de Peterskirch ,
de Cakis , d'Ugon , de Kides , de Ketkiax , d'Andrus
, de Samly , de Pelgofer , de Jagmofer & de
Nemi , & qu'ils avoient tué plus de 700. Paylans.
On a apris depuis , du 9. du mois dernier, que le 7 .
jour auquel la Czarine avoit fixé la ceremonie de
fon Couronnement , cette céremonie fut annoncée
an Peuple dès quatre heures du matin par une décharge
de 31. coups de canon & par le fon des cloches
de toutes les Eglifes de Mofcow , & que S M.
Cz. , qui avoit quitté quelques jours auparavant le
Palais de Petershoff pour aller occuper celui du
Kremelin , fe rendit vers les neuf heures à l'Eglife
d'Ufpenskoy.
H iij L'Ar1442
MERCURE DE FRANCE
L'Archevêque de Novogrood y facra la Czarine,
qui fe mit elle - même la Couronne fur la tête , & ·
après que S. M. Cz . eut pris le Sceptre & le Globe,
on chanta le Te Deum , au bruit de plufieurs falves
de l'Artillerie des remparts , & de la moufqueterie
des Régimens des Gardes , qui étoient en haye fous
les armes dans toutes les rues du quartier du Kremelin.
La Czarine affifta enfuite au Service Divin
après lequel elle a la vifiter les principales Eglifes
de ce quartier , faifant jetter de l'argent au Peuple
dans les rues où elle paſſa.
Lorfque S , M. Cz . fut retournée au Palais , elle
difpofa des Charges & des Emplois qui vaquoient
& elle nomma plufieurs Chevaliers de l'Ordre de
S. André & de celui de S. Alexandre Newsky.
A trois heures après midi , la Czarine paffa dans
la Sale de Granowitz , où elle devoit dîner , & avant
que de fe mettre à table , elle diftribua des Médailles
d'or aux Seigneurs & aux Dames de fa Cour.
Pendant le dîner , il y eut un Concert , & la Czarine
étant fortie de table à cinq heures , toute la Cour
fe retira , S. M. Cz. ayant témoigné qu'elle vouloit
être feule le reste du jour,
Le Baron de Beftuchef , Vice- Chancelier , M. de
Leftock , Directeur Géneral de la Marine , & M de
Voranzow , Chambellan de la Czarine , ont- été
créés Comtes par S. M. Cz . qui leur a accordé
ainfi qu'au Colonel Schward , des Terres confidé
rables , & qui a nommé lés Epoufes des deux pre
miers , Dames du Palais .
de
SUEDE.
N mande de Stockholm du 20. du mois dernier
, qu'on y publia le 19. une Déclaration
du Roy, laquelle eft intitulée : Exhortation de S. M.
JUIN. 1443 1742. f
fes fideles Sujets particulierement à ceux du Duché
de Finlande , à l'occafion d'un Manifefte attribué a
la Czarine,
Cette Déclaration porte , que le Roy a apris avec
furprife , qu'on répandoit en Finlande , au nom de
S. M. Cz . un Manifefte , par lequel on tâchoit d'engager
les habitans de ce Duché , à renoncer à la fidélité
qu'ils doivent au Roy , en les flatant de l'efpérance
chimérique de fe rendre indépendans que
les fentimens des Finlandois font trop connus du
Roy , pour que S. M. puiffe avoir le moindre doute
fur leur zéle & fur leur attachement , que ceux
qui leur propofent de trahir leur honneur , leur
ferment & leur confcience , ne leur infpirant certainement
que de l'horreur , elle regarde prefque
comme inutile , de les exhorter à ne pas prêter l'oreille
à des confeils pernicieux , qu'ils peuvent reconnoître
par eux - mêmes le peu de confiance qu'on
doit avoir dans les promeffes d'un ennemi ; que ce
n'eft pas la premiere fois que la Cour de Ruffie a
employé de pareils artifices , & qu'après avoir fait
révolter les Peuples du Duché de Novogrood , de
P'Ukraine & de quelques autres Provinces , en leur
offrant de leur procurer les moyens de devenir libres
; elle leur a impofé le joug d'une rude fervitude
, que le Roy , attentif à maintenir la forme du
Gouvernement que fes Sujets ont choifie & établie
eux- mêmes , & n'ayant d'autre objet que de les rendre
heureux , eft affûré qu'ils font faifis d'un jufte
effroi à la feule idée d'une révolution qui changeroit
leur tranquillité préſente en des allarmes continuelles
; que S. M. efpere , avec l'aide du Tout-
Puiffant , non -feulement de défendre le Duché de
Finlande contre les efforts de fes ennemis , mais encore
de rendre à cette Province la même barriere
qu'elle avoit avant la derniere guerre , & qu'elle
Hiiij attend
1444 MERCURE DE FRANCE
attend des Finlandois tous les fecours qu'ils pour
ront lui procurer , pour la feconder dans fes deffeins
, ne doutant point de la force du lien qui eft
entre elle & fes sujets , lien produit par un amour
réciproque & par une confiance mutuelle , & que
S. M. fera toujours prête , lorfque les circonftances
l'exigeront , à ſceller du facrifice de fon propre
fang
Le Roy ajoûte dans cette Déclaration , qu'il n'a
pû voir fans indignation qu'on pofe po ir fondement
dans le Manifeſte répandu en Finlande , que
S. M. a déclaré injuftement la guerre à la Ruffie
& que ce te guerre n'a point été entrepriſe du commun
confentement des Etats du Roy lume , & S. M.
dit qu'elle a expofé dans fon Manifeſte , publié au
commencement de la guerre , les motifs qui l'ont
déterminée à prendre les armes , que les raifons
contenues dans ce Manifefte , ſont ſi fortes , que
la
Cour de Ruffie n'a pû juſqu'à préſent en combattre
la folidité ; que le Roy ne laiffera pas cependant
d'en donner bien tôt une plus ample déduction , &
que tout efprit impartial fera alors en état de juger
la conduite tenue par la Ruffie pendant la paix ,
n'a pas étéplus infuportable pour la Suede , que n'auroit
été une guerre ouverte , que pour ce qui regarde
l'article du Manifefte attribué à la Czarine , dans
lequel on avance que les Etats du Royaume n'ont
pas confenti unanimement à la guerre , cette fauffeté
eft aisée à détruire , puifque perfonne n'ignore
que tous les Députés , qui ont affifté à la derniere
Diette Generale ont marqué un égal empreffement
à fuplier S. M. de venger les torts faits à la Suede
par la Ruffie.
ALLEJ
JUIN. 1742. 1445
"
D
ALLEMAGNE .
Eux couriers arrivés de Moravie ont raporté
que le Corps de troupes Pruffiennes , refté
dans cette Province fous les ordres du Prince Thiery
d'Anhalt Deſſau s'étoit retiré en Siléfie , & qu'il
étoit allé camper entre Jagerndorff & Troppau ;
que les troupes qui avoient été détachées par le
Prince Charles de Loraine , pour inquieter les ennemis
dans leur retraite , ayant rejoint ce Prince
dans le Camp qu'il occupont fous Olmutz , il avoit
quitté ce Camp le 28. du mois d'Avril dernier , &
s'étoit avancé à Profnitz , où il avoit établi fon
quartier géneral ; que le lendemain l'armée avoit
continué la marche , & étoit arrivée à Wifchaw ,
qu'elle s'étoit repofée le 30. & que ce jour là les
Hulards avoient amené 130. prifonniers qu'ils
avoient fait fur les Pruffiens ; que le premier de ce
mois elle étoit décampée de Wifchaw , & qu'elle
étoit arrivée le 2. à Medriz , où elle devoit refter
pendant quelques jours ; que le Prince Charles de
Loraine avoit pris les mesures néceffaires pour s'opofer
aux entreprifes des troupes Pruffiennes & Saxonnes
, & qu'il avoit ordonné que toutes les Milices
de la Moravie s'affemblaffent pour aller garder
conjointement avec quelques troupes reglées , les
paffages par lefquels le PrinceThierry d'Anhalt Def
fau pourroit tenter de rentrer dans cette Province .
[ ་
Le Feldt- Maréchal de Kevenhuller a mandé à la
Reine , qu'ayant envoyé ordre au Major Géneral
Berenklaw , de reprendre poffeffion de la Ville de
Munich , que les troupes de S. M. avoient abandonnée
, ce Major General fit conduire le 4. du
mois dernier fix piéces de canon à Wafferbourg ;
que le s . après y avoir laiffé les magafins & les bagages
fous la garde d'un détachement de 200. hom-
Hv mes ,
1446 MERCURE DE FRANCE
mes , commandé par le Colonel Sckenks , il fe mit
en marche avec le Corps de troupes qui eft fous
fes ordres, & qu'il arriva à Ebersberg . Il ordonna
aux Grenadiers & à 300. hommes des Régimens de
Konigseg & de Welfeck , de prendre les devants
avec les Huffards , les Croates & les Pandoures , &
ayant apris que le Colonel Mentzel avoit déja pris
poite à Bogenhaufen , il s'y rendit , afin de concerter
avec lui les mesures qu'il convenoit de prendre .
Le Major General Berenklaw retourna le même
jour à Ebersberg , où il reçût avis que les habitans
de la Ville de Munich étoient dans la réfo-
Jution de fe défendre le plus long- tems qu'il leur feroit
poffible . Il fit avancer dès le foir même fon Infanterie
près de la Ville ,& il commença l'attaque le
lendemain matin , afin que les habitans euffent
moins de tems pour ſe préparer à la réſiſtance .
Comme tous les Ponts étoient rompus & qu'on ne
pouvoit trouver aucun bateau ni radeau dans les environs
de Munich , il fit réparer avec toute la diligence
poffible , les Ponts qui n'étoient pas entierement
détruits , & l'on en vint à bout , malgré le feu
continuel d'un grand nombre de tireurs, qui étoient
fur l'autre bord de la riviere .
Le lendemain à la pointe du jour , le Régiment
de Welfeck & les Croates pafferent fur ces Ponts ;
ils furent fuivis par deux Bataillons , & s'étant rangés
en bataille , ils favoriferent le paffage du refte
des troupes . Lorfqu'elles furent de l'autre côté de la
riviere , le Major General Berenklaw fit avancer
fon artillerie , pour battre la Ville du côté de la
porte de l'Ifer , pendant que le Comte Leopold
Palfi attaqueroit la porte de Suabe. Les Pandoures
& les Croates penetrerent en même tems dans le
Fauxbourg de Lochel, & ils y mirent le feu en trois
ou quatre endroits . Le Comte Leopold Palfi profita
de
A
1447
JUIN. 1742. *
de ce premier avantage , pour s'emparer du grand
Jardin qui eft dans ce Fauxbourg , & il y établit
une batterie de cinq piéces de canon , qui commença
à tirer fur la Ville & fur l'Arfenal. Un Corps de
Chaffeurs & de Bourgeois de la Place fit tous les ef
forts pour en chaffer le détachement du Comte
Palfi , & il y eut en cette occafion plus de 40. hommes
de tués de ce détachement, mais il fe maintint
dans fon pofte. Le Régiment de Welfeck , de fon
côté , efcalada le rempart , fans être arrêté par le
feu continuel de plufieurs petites piéces de campagne
, chargées à cartouche .
Le Commandant & les Magiftrats voyant qu'il
n'y avoit plus moyen de défendre la Ville , ils
envoyerent des Députés pour demander à capituler,
& le Major General Berenklaw y confentit , aux
mêmes conditions qui leur avoient été accordées
au mois de Decembre dernier.
J
Il a été difficile de contenir pendant l'attaque les
Pandoures & les Croates dans une exacte difcipline
en entrant dans le Fauxbourg de Lochel , ils
y pillerent d'abord les maifons & maffacrerent un
grand nombre d'habitans , mais le Major General
Berenklaw fit ceffer ces violences , auffi- tôt qu'il
en eut été informé.
L
PRAGUE.
30
E Marquis de Valory , Envoyé Extraordinaire
du Rey
de France auprès du Roy de Pruffe , a
apris par un Courier dépêché par fon Sécretaire de
l'armée de S. M. Pr . que ce Prince avoit remporté
le 17. du mois dernier une victoire à Czaflaw fur
Farmée Autrichienne , commandée par le Prince
Charles de Loraine.
Ces Lettres ayant été écrites auffi -tôt après la
Hvj bataille ,
1448 MERCURE DE FRANCE
bataille , elles ne peuvent contenir un détail affés
circonftancié ; elles marquent feulement les particularités
fuivantes.
La Cavalerie Pruffienne a d'abord été un peu ébranlée
, & les Huffards de l'armée ennemie ayant attaqué
les équipages , ils y ont caufé beaucoup de
défordre , mais les Efcadrons qui avoient été rompus
, fe font bien tôt ralliés & ils ont combattu avec
une extrême valeur . L'Infanterie a foûtenu avec
beaucoup d'intrépidité les efforts des Autrichiens ;
non feulement elle n'a pû être entamée , mais elle a
encore enfoncé en plufieurs endroits l'armée de la
Reine d'Hongrie , & les Pruffiens , ayant obligé les
ennemis de reculer & d'abandonner le champ de ba
taille , les ont mis entierement en déroute .
Les Autrichiens ont été pourſuivis fort loin par le
Roy de Pruffe ; on juge que leur perte eft fort
confidérable , la campagne étant femée de corps
morts des ennemis dans l'étenduë de près d'un
inille d'Allemagne . On ne fçait pas encore au jufte
le nombre des prifonniers qu'on a faits . Il n'y a
pas eû 2000. hommes de tués du côté des Pruffiens ,
& ils n'ont prefque point cû de bleffés .
>
a re-
Le Comte de Rottembourg , qui a donné
des marques de la plus grande valeur
çû trois coups de feu , l'un à l'épaule & les deux
autres dans la poitrine , & l'on defefpere de fa vie .
Le Roy de Pruffe lui a rendu vifite , & S. M. Pr.
lui a témoigné avec toute la tendreffe poffible ,
combien elle étoit touchée de l'état fâcheux dans
lequel il fe trouvoit.
La victoire que ce Prince a remportée , eft
d'autant plus glorieufe pour lui , qu'il ne s'attendoit
point à être attaqué par les Autrichiens , &
qu'on affûre que l'armée du Prince Charles étoit
compofée de soooo hommes , fans y comprendre
les Huffards & les Milices. On
JUIN. 1742: 1449
On a reçû depuis.une Relation plus détaillée de
cette victoire ; elle porte que le Roy de Pruffe ayant
jugé à propos de faire fortir les troupes de la Moravie
, S. M. leur avoit fait prendre des quartiers
dans le Royaume de Boheme entre l'Elbe & la
Szazava , & qu'elle les avoit partagées en trois
Corps, avec l'un defquels elle s'étoit poftée à Chrudim
, & dont les deux autres commandées par les
Lieutenans Feldt - Maréchaux de Jeetz & de Kalckftein
, étoient , le premier à Lautomiffel , & le fecond
entre Kuttemberg & Czalaw. Le deffein du
Roy étoit d'attendre dans cette pofition le renfort
de troupes que le Prince Leopold d'Anhalt Defſau
devoit lui amener , & de former après qu'il auroit
été joint par ce Prince , deux armées dont S. M.
deftinoit , l'une à demeurer en Boheme fous fes ordres
, & l'autre à paffer en Silefie .
Une partie du renfort conduit par le Prince Leopold
d'Anhalt Deffau fe rendit le 12. à Chrudim ,.
mais huit Bataillons , dix Efcadrons de Cuiraffiers
& vingt Escadrons de Huffards , des troupes dont ce
renfort étoit compofé , ayant été obligés de demeurer
en arriere , à caufe de la difficulté des chemins , ils
n'étoient pas encore arrivés , lorsque le Roy reçût
avis que le Prince Charles de Loraine s'avançoit
ver la Boheme. Aufſi -tôt S. M. raffembla fes troupes
, & le 13. l'armée entra fur trois Colonnes dans
le Camp qu'elle devoit occuper , l'aîle droite étant
apuyée au Village de Medlefresh , & l'aîle gauche
au ruiffeau de Chrudimska Les magafins de l'armée
étoient diftribués le long de l'Elbe , à Nimbourg ,
à Podibrodt & à Pardubitz , & le Roy avoit fait
jetter un Pont à Kollin fur cette Riviere , mais les
ennemis , qui pafferent le 14. la Szazava, s'emparérent
de ce Pont , & le Prince Charles de Loraine
ayant fait occuper Czaſlaw par 4500. hommes , les
partis
1450 MERCURE DE FRANCE
partis de l'armée de la Reine d'Hongrie fe trouverent
à portée de faire des courfes jufque dans l'Evêché
de Konigfgratz , qui étoit le canton d'où le Roy
pouvoit tirer le plus de vivres & de fourages.
Comme il n'y avoit plus lieu de douter que le
Prince Charles de Loraine ne pensât à couper aux
Pruffiens la communication avec leurs magalins &
avec l'armée Françoiſe , qui eft fous les ordres du
Maréchal de Broglie , & à tâcher de furprendre la
Ville de Prague, S. M. fe mit en marche le 15. avec
10. Bataillons , 10. Efcadrons de Dragons & un
pareil nombre d'Efcadrons de Huffards , après avoir
ordonné au Prince Leopold d'Anhalt Deffau de le
fuivre le lendemain avec le refte des troupes, & elle
s'aprocha de Hermanfteck. Le Roy y ayant apris
qu'un Corps de 7. à 8000. hommes des ennemis
toit campé à Willimov , & que leur armée n'étoit
qu'à une petite diftance , S. M. alla prendre'
pofte à Kuttemberg , tant afin de pouvoir devancer
les ennemis , s'ils prenoient la route de Prague
qu'afin de s'opofer aux entreprifes qu'ils pourroient
former fur les magafins de l'armée Pruffienne .
>
Le 16. au foir , les détachemens que le Roy avoit
envoyés , pour obferver les mouvemens des troupes
de la Reine de Hongrie , amenerent plufieurs
prifonniers , par lefquels on fut informé que le ,
Corps , qui étoit la veille à Willimow , étoit l'avantgarde
de ces troupes ; que ce Corps ayant
apréhendé , lorfque S. M. étoit allée le reconnoître
, d'être attaqué par toute l'armée Pruffienne
s'étoit reployé pendant la nuit vers le Camp du
Prince Charles de Loraine ; que ce jour -là , à midi ,
ce Prince , après avoir réuni toutes les troupes qu'il
a fous les ordres , avoit continué fa marche , &
qu'il avoit pris par les derrieres de Czaſlaw, Le
Prince Leopold d'Anhalt Deflau ne put joindre le
Roy
JUIN 1742. 1451
Roy ce jour là , parce que quelques - uns des chemins
ayant été rompus par les ennemis , il avoit
été obligé de faire un long détour pour fuivre l'armée
. Cette raifon l'avoit empêché d'éxécuter l'ordre
qu'il avoit reçû de S. M. de chaffer de Czaflaw
les 4500. Hongrois qui y étoient poftés , & il n'étoit
arrivé à la vue de ce Bourg que lorsque le
Prince Charles de Loraine étoit déja à portée de le
défendre.
Le Roy decampa de Kuttemberg le 17. à cinq
heures du matin , & S. M. fut à peine fur les hauteurs
de Neuhoff , qu'on vint lui raporter que l'ar
mée de la Reine de Hongrie marchoit fur trois Colonnes
, dans le deffein d'attaquer l'armée Pruffienne.
Sur cette nouvelle , le Roy envoya un Adjudant
Géneral au Prince Leopold , pour lui dire de
gagner les hauteurs avec le corps de l'armée , de
l'y ranger en bataille , de mettre à la premiere li
gne le plus d'Infanterie qu'il pourroit , & de laiffer
a la feconde ligne l'intervalle néceflaire pour y
placer les dix Bataillons & les vingt Efcadrons qui
étoient avec S. M. Le Prince Leopold ayant fait
les difpofitions ordonnées par le Roy , & S. M.
ayant rejoint l'armée , on commença à canonner
les ennemis , qui non feulement étoient déja en
préfence , mais encore avoient eu le tems de fe former.
Le Lieutenant Feldt Maréchal de Bodenbroek,
à la tête d'une partie de la Cavalerie de l'aîle gauche
des Pruffiens , engagea le combat par ordre du
Roy, & cette Cavalerie ; dont le front étoit plus
étendu que celui de la Cavalerie Autrichienne , attaqua
les ennemis avec tant de vivacité , que la Cavalerie
, qui étoit à la premiere ligne de leur aîle
droite , fut d'abord miſe en défordre. Le Comte de
Rottembourg enfonça en même tems deux Régimens
d'Infanterie à l'aile gauche , & pénétra jufqu'à
1452 MERCURE DE FRANCE
qu'à la feconde ligne. Une pouffiere épaiffe , qui
s'éleva , empêcha la Cavalerie de l'aîle gauche de
l'armée Pruffienne , de profiter fur le champ de fon
premier avantage . Comme cette aîle avoit un plus
grand front que les troupes qui lui étoient opofées ,
elle s'étoit reployée , pour attaquer les ennemis de
front & en flanc , & la Cavalerie de la feconde ligue
de l'armée Autrichienne , ayant fait un mouvement
à la faveur de l'obfcurité caulée par la pouf-,
fiere , chargea brufquement en queue les Escadrons
qui avoient pris la premiere ligne de revers , & qui
dans la crainte d'être envelopes , ſe retirerent avec
précipitation , mais pendant ce tems la Cavalerie
de Paîle droite des Pruffiens conferva fon avantage
fur celle de l'aile gauche des ennemis , & les Efcadrons
qui avoient été ébranlés à la gauche , s'étant
ralliés , ils retournerent à la charge , & firent de
fi grands efforts de valeur , qu'ils taillerent en péces
le Régiment de Vettes , & percerent la premiere
ligne de l'aîle droite de l'armée de la Reine
de Hongrie.
Le Prince Charles de Loraine , pour réparer ce
defavantage , fit attaquer par une partie de l'Infanterie
Autrichienne le Village de Sohofiflow , dans
lequel étoit le Régiment de Schwerin . Ce Régiment
y foûtint pendant long tems les efforts des
ennemis , mais ceux -ci ayant mis le feu au Village ,
il fut obligé de l'abandonner , & il fe retira en bataille
fur le flanc des Bataillons qui y faifoient face
pendant que les autres Régimens d'Infanterie Pruffienne
, qui s'étoient avancés pour le fecourir , allerent
fe pofter de l'autre côté de Sohofiffow dans
un chemin creux qui en étoit un peu éloigné . Toute
l'Infanterie Pruffienne fit alors un feu fi vif de
moufqueterie que les ennemis ne purent y réfifter ,
& le Roy s'étant avancé avec l'Infanterie de fon '
•
aîle
JUI N. 1742. 1453
aîle droite , il renverfa tout ce qui ſe préſenta devant
lui . Les Huffards de l'armée Pruffienne attaquerent
de leur côté l'Infanterie de la reconde ligne
des ennemis ; laquelle étoit dégarnie abfolu
ment de Cavalerie , parce qu'une partie des Efcadrons
qui y étoient , avoit pris la fuite , & que les
autres avoient paffé à la premiere ligne pour la
renforcer , & ils firent un grand carnage de cette
Infanterie qui étoit à découvert de tous côtés ,
qui fut obligée de former un Bataillon quarré , pour
pouvoir le défendre .
&
Le Roy ayant enfoncé le Corps de bataille de
Parmée de la Reine de Hongrie , la premiere ligne,
de cette armée ayant été rompuë en trois ou qua
tre endroits , & la Cavalerie Pruffinne fe difpofant
à fe joindre aux Huffards , pour enveloper l'Infanterie
de la feconde ligne , les ennemis furent entierement
mis en déroute , & leur fuite devint génerale.
Il n'y eut que quatre Escadrons , qui tinrent
encore ferme du côté de Czaſlaw . pendant quelques
momens , mais ils s'enfuirent bientôt à l'aproche
du Roy , qui s'affûra ce pofte.
Les Lieutenans Feldt Maréchaux de Kleift & de
Bodenbroek , que le Roy détacha du champ de
Bataille avec trente Efcadrons & les Huffards , ont
pourſuivi les ennemis dans leur retraite pendant
près de trois lieuës.
La Victoire que le Roy a remportée , n'eft
pas moins dûë à la prudence avec laquelle S. M. a fçû
profiter de tous les avantages & remedier aux differens
inconveniens , qu'à fa valeur & à l'activité avec
laquelle elle s'eût portée dans tous les endroits où fa
préfence étoit néceffaire. Toutes les troupes ont auffi
infiniment contribué à cette Victoire par l'ardeur
avec laquelle elles ont combattu , & elles ont donné
des marques de la plus grande intrepidité . Les Autrichiens
1454 MERCURE DE FRANCE
trichiens fe font défendus avec beaucoup de cous
tage , & ils ont fait tout ce qui dépendoit d'eux
Pour retarder leur défaite . On leur a enlevé vingt,
piéces de canon , deux mortiers , quelques Dra-,
peaux & plufieurs Brendarts. Ils ont percy environ
3500. hommes , le nombre de leurs bleflés doit
être auffi confidérable , on a fait dans l'action 12,30.
prifonniers , parmi lefquels eft le Baron de Pallandt
, un de leurs Generaux. Depuis la bataille
plufieurs de leurs Officiers & de leurs Soldats ont
été pris en s'enfuyant , & il eft arrivé plus de 600.
déferteurs au camp de S. M.
Du côté des Pruffiens , il n'y a eû que 1800.
hommes de tués , & de ce nombre font M. de Wer
deck , Major General , le Comte de Mazan , Colonel
Commandant du Régiment de Bodenbroek ,
le Baron de Biſmarck , Colonel Commandant du
Régiment de Bareith ; M. de Kurtzfleich , Colonel
d'un Régiment de Cavalerie ; le Baron de Schwerin ,
Lieutenant Colonel du Régiment du Prince Guillaume
; M. de Schonning , Major du Régiment de
Gefler , & plufieurs autres Officiers . Le Baron de
Waldaw , Lieutenant Feldt Maréchal , le Baron de
Wedel & le Comte de Rottembourg , Majors Gé
neraux , ont été bleffés , & les deux derniers le font
très dangereuſement. Plufieurs Colonels , Lieute
nans Colonels , & environ cent trente autres Officiers
, ont été auffi bleflés .
Le Roy a déclaré fur le champ de bataille , le
Prince Leopold d'Anhalt Deflau , Feldt Maréchal
& le lendemain S. M. fit une Promotion d'Officiers
Généraux .
Le Maréchal de Belleifle arriva à Prague le 22.
du mois dernier , dans le deffein de fe rendre le
jour fuivant au camp du Roy de Pruffe , mais ayant
apris le jour de fon arrivée en cette Ville , que le
Prince
JUIN. 1742 1455
>
Prince de Lobkowitz avoit ouvert la tranchée devant
le Château de Frawenberg ; que le Maréchal
de Broglie , fur le premier avis qu'il en avoit eû
avoit raflemblé le troupes Françoiles qui font fous
fes ordres , & qu'il marchoit pour forcer le Prince
de Lobkowitz de lever le Siége de Frawemberg , il
partit pour le rendre à l'armée.
Le Maréchal de Belleifle joignit le Maréchal de
Broglie le 23. à Protivin , où la plus grande partie
des troupes Françoifes étoit affemblee , & il fe trous
va le 25. au Combat de Sabay , dans lequel il don
na de grandes preuves de fon zéle & de fon
courage.
O
FRANCF OR T.
Na apris de Francfort du 20. du mois dernier
, que le Duc de Gêvres nommé par le
Roy de France pour aller complimenter l'Empereur
fur fon Election , étant arrivé en cette Ville quel
ques jours après qu'on y eut reçû la nouvelle de la
mort de l'Imperatrice Amélie , & que le cérémonial
qui s'obferve à la Cour Impériale , ne permettant
pas à l'Empereur , de donner une audience
publique avant les obfeques de cette Princeffe, S.M I.
pour fatisfaire à l'empreffement qu'elle avoit de recevoir
les témoignages de l'attention de S.M.T.C.fit
fçavoir le 27. Avril dernier au Maréchal de Belleifle
par le Comte de Preyfing , fon Grand Chambel-
Jan , qu'il dépendoit du Duc de Gêvres , de fe faire
préfenter fans cérémonie par le Maréchal de Bel
jeifle , & qu'elle lui donneroit une audience parti
culiere dans fon Cabinet.
En conféquence de la lettre que le Comte de
Preyfing écrivit au Maréchal de Belleifle à ce fujet
, & dans laquelle le cérémonial qui devoit être
obfervé , fi le Duc de Gêvres préféroit de ne prendre
456 MERCURE DE FRANCE
dre fon audience qu'après les obfeques , étoit fixé ,
Je Maréchal de Bellif conduifit le 28. au marin le
Duc de Gêvres chés l'Empereur Ils trouverent les
Trabans de la Garde de § . M. I. en haye & fous
les armes , & ils furent reçûs au haut de l'efcalier ,
par le G and Marechal à la porte de l'antichambre
par e Chambellan de ſervice , & dans la Saïe
du Trône , par le Grand Chambellan , qui alla les
annoncer à 1 Empereur. Le Grand Chambellan
étant revenu fur le champ les prendre
rent dans le Cabinet , où étoit S. M. I. qui les reçût
debout.
ils entre-
Le Duc de Gêvres complimenta l'Empereur de la
part du Roy de France ; & lui remit la Lettre de
S. M. T. C..
Le Maréchal de Bellei le & le Duc de Cêvres , en
fortant du Cabinet de l'Em ereur , furen conduits
àl'apartement de l'Imperatrice par le Comte de
Preyfing , qui étoit demeuré en dehors à la porte
du Cabinet pendant Paudience Deux Ch. mbeilans
de l'Imperatrice , auxquels le Comte de Preyfing
remit le Maréchal de Bellife & le Duc de Gêvres
à la porte de l'antichambre , les introduifirent dans
la Chambre du Dais , où le Maréchal de Beileifle
& le Duc de Gêvres trouverent la Grande Maîtreffe
Ide la Maifon de l'Imperatrice . La Grande Maî–
treffe les conduifit auffitôt dans le Cabinet & ils y
refterent feuls avec l'Imperatrice. Ils eurent enfuite
audience du Prince Royal & des Princeffes .
Le to. du mois dernier , le Duc de Gêvres ent
fon audience de congé de l'Empereur , étant préfenté
de même qu'à la premiere audience , par le
Maréchal de Belleifle , & le même cérémonial
ayant été obſervé , ils allerent en grand deüil à
cette audience, & l'Empereur êtant fort incommodé
de la goute , fut obligé de les recevoir dans fon hit.
Il
1
JUI N. 1742: 1457
44
Il eft arrivé de Boheme un Courier par lequel
PEmpereur a apris qu'il y avoit eû le 17 du majs
dernier à Czaſlaw une action très - vive entre l'ar
mé commandée par le koy de Pruffe & celle qui
eft lou les ordres du Prince Charles de Loraine
que le Roy de Prune étoit demeuré maître du
champ de b. taille , & que les ennemis avoient fait
une perte confiderab e .
Cette action a duré depuis huit heures du matja
jufqu'à onze. Le Roy de Prufle doit principalement
la victoire à ton Infanterie qui a montre une
- valeur extraordinaire , & les ennemis n'ayant pú
- réſiſter à la vivacité avec laquelle cette Infanterie
‹ a combattu , ils le font retires avec précipitation
laiflant leurs morts & leurs bleflés avec vingt piéces
de canon fur le champ de bataille.
On a apris le 29. du mois dernier que le Maréchal
de Broglie ayant été informé que la nuit dụ : 7. au
18. le Prince de Lobckowitz avoit ouvert la tranchée
devant Frawemberg avec huit Régimens d'Infanterie
, de trois Bataillons chacun , fix Regimens
de Cavalerie ; trois de Huffards , & 1000. Pandoures
ou Rafciens , & que ce Général ayant réfolu
de marcher pour forcer le Prince de Lobkowitz
de lever le Siége de ce Château , il envoya ordre
- aux troupes qu'il commande , de fortir de leurs
- quartiers de cantonnement , & de s'affembler à
Protivin. Toutes les Troupes y arriverent le 23 ,
fous les ordres du Comte d'Anbigné & du Marquis
de la Farre , Lieutenans Généraux , & du Comte
de Berranger , Maréchal de Camp , à l'exception
de la Brigade de Navarre , laquelle étant à Volin &
étant plus éloignée que les autres ne put joindre
J'armée que le 24.
Le Maréchal de Broglie , qui voulut attendre
cette Brigade , profita du féjour qu'il étoit obligé
de
1458 MERCURE
DE FRANCE
*
de faire à Protivin , pour s'emparer de Wodnian ,
pofte très- important , qu'il fit attaquer par 32.
Compagnies de Grénasiers , par les Piquets de la
* Cavalere & des Dragons , par ies deux Régimens
de Hilfards & par deux Compagnies Franches ,
avec fix préces de campagne.
Les Hullards qui étoient dans ce poſte , s'étant
"retirés pendant la nuit , M. d'Appelgrehen , & le
"Marquis d'Outoy l'occuperent avec les Grenadiers,
les deux Régimens de Haffards & les deux Compagnies
Franches . La nuit fuivante , un Corps con-
#derable de Hullards ennemis incommoda beaucoup
ces deux Compagnies qui etoient dans le
Fauxbourg , mais fix Compagnies de Grenadiers
étant forties de la Ville , elles obligerent les ennemis
de fe retirer .
Le 2à la pointe du jour , l'armée Françoife
décampa de Protivin, marchant fur deux Colonnes,
" la Cavalerie à la droite & l'Infanterie à la gauche
& lorfque l'avantgarde , après une marche de trois
* lieuës fut arrivée à la vûë du Village de Sahay ,
on découvrit les ennemis , qui étoient en bataille
près de ce Village , & qui commençoient
à défiler , pour fe retirer vers Budeweid. Le Maréchal
de Broglie preffa auffi tóc fa marche , pour
" attaquer l'arriere - garde , & les ennemis s'étant affembles
dans un bois derriere le Village , ce Gé-
~'néral fit mettie en bataille dans la plaine voifine
les Carabiniers , le Régiment de Dragons Mestre
"de Camp Général & celui de Surgeres , & il fit
"border par de l'Infanterie un chemin creux qui
*étoit à la droite de la plaine .
.
Le Prince de Lobckowitz de fon côté fit avancer
la Cavalerie Autrichienne , & la rangea en bataille
vis-à- vis ves Carabiniers & des Dragons de l'armée
Françoiſe , pendant que les Pandoures & les Rafciens
JUIN. 1742. 1459
•
eiens marcherent au Village de Sahay . Ils y arrive -
rent avant la Brigade de Navarre , le Maréchal que
de Broglie y avoit envoyée , & ils mirent le feu à
quelques maisons ; mais cette Brigade les chafla du
Viilage. Le Maréchal de Broglie s'étant aperçû que
les ennemis fe renforçoient confiderablement à la
droite , il s'y tranfporta, & il envoya ordre aux Carabiniers
& aux Dragons , de charger la Cavalerie
Autrichienne.
Le Marquis de Mirepoix , qui en qualité de Ma-
Téchal de Camp commandoit les Carabiniers &
les Dragons , attaqua fi vivement la Cavalerie ennemie
, & il fe conduifit , ainfi que le Duc de Chevreufe
& le Conite de Crequy , qui fervoient fous
fes ordres , en qualité de Brigadiers , avec tant de
prudence & de valeur , que cette Cavalerie , quoique
fort fupérieure en nombre , fut mife en dé-
Toute & repouffée jufque dans le bois .
Le combat a commencé vers les quatre heures
après midi , & il n'a fini qu'à la nuit. La Cavalerie
de l'armée du Roy ne pûr arriver affés tôt , pour
avoir part à cette action , parce que le chemin
qu'elle avoit pris étant coupé par beaucoup de
marais & de ravins , elle für obligée de le quitter ,
pour fuivre la même route que l'Infanterie."
Les François ont eû en cette occation soe , hommes
de tues ou de blefles , & on compte que les
ennemis ' en ont perdu un beaucoup plus grand
nombre.
Le 27 , le Maréchal de Broglie a détaché le
Comte d'Aubigné , Lieutenant Général , & le Mar,
quis de Villemur , Maréchal de Camp , avec une
Brigade d'Infanterie & une de Cavalerie , pour
s'emparer du Pont & de la ville de Thein , ce qu'ils
ont exécuté.
On a apris de Czafláw , ou le Roy de Pruffe eft
campé ,
1460 MERCURE DE FRANCE
campé que ce Prince , depuis la victoite qu'il a
remportée le 17. du mois dernier fur le Prince
Charles de Loraine , avoit détaché 2000 hommes,
tant d'Infanterie que de Dragons & de Huards ,
qui à la vue de l'armée de la Reine de Hongria
avoient chaffé de Willimov le Corps de troupes
Autrichiennes , qui occupoit cette Ville .
Les mêmes lettres portent , que le Prince Charles
de Loraine avoit quitté le camp de Peterku , où il
s'étoit retranché après la perte de la Bataille de
Czallaw , & qu'il fe retiroit du côté de Teutfch-
.brou.
Un courier qui a paffé par cette Ville a raporté
que le Maréchal de Terring & le Duc d'Harcourt
ayant marché avec un détachement de troupes
Impériales & Françoifes , pour chaffer 2.09 hommes
des troupes Autrichiennes , d'un camp qu'ils
occupoient , les ennemis fur la nouvel e de l'aproche
de ce détachement avoient abandonné ce
camp ; que le Maréchal de Terr og & le Duc
Harcourt avoient co..tinué leur marche , dans le
deffen de s'emparer d'un Pont que le Comte de
Kevenhuller a fait jetter fur le Danube près du
Château d'Hitkelsberg , mais qu'ils n'avoient pas
réuffi dans leur projet , & qu'ayant trouvé dans un
bois un détachement des ennemis , fort fupérieur au
leur , ils avoient été obligés de le retirer .
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 8. du mois dernier ,
qu'il y arriva un courier extraordinaire de
Francfort au commencement du mois par lequel
le Roy aprit que le 14. Avril dernier , le Comte de
Montij , nommé Ambiffideur Extraordinaire de
S.M. , pour complimenter l'Empereur fur fon av
nemen
JUIN 1742. 1461
nement au Trône Impérial , avoit eû une audience
publique de l'Empereur , dans laquelle il s'étoit acquitté
de cette commiffion , & qu'il avoit été adm.
s dans le même jour à l'audience de l'impératrice .
Les Armateurs Efpagnols fe font emparés des
Vailleaux Anglois l'Elizabeth , qui alloit à Terre-
Neuve , le Farewel , qui étoit destiné pour Boſton ,
·la Défiance , qui avoit mis à la voile de Darmouth
pour Lisbonne , & le Saint Charles , qui revenoit de
la Caroline Méridionale.
L'intendant de Marine du Royaume de Galice a
mandé au Roy , qu'une Frégate avoit enlevé fur la
Côte de la Guardia un Bâtiment Anglois , chargé
de Sucre & d'Eau de vie.
Les dernieres dépêches de Don Georges de Macazaga
, Conful de la Nation Eſpagnole à Lisbonne ,
marquen que l'Armateur Jean Fernandez avoit
conduit à Porto deux prifes qu'il avoit faites cn.re
le 43. & le 4+ . degré de Latitude Septentrionale.
O
PORTUGAL.
N mande de Lisbonne du 15. du mois dernier
que le 1o. à quatre heures après midi ,
le Roy de Portugal , qui paroiffoit jouir de la plus
parfaite fanté , fut attaqué fubitement d'une paralyfie
, laquelle fe répandit fur la moitié de fon corps;
que cet accident n'ayant rien ôté au Roy de la lberté
de fon efprit , S. M. fe confeffa le même jour,
& qu'on lui admin.ftra le lendemain le Viatique
après .qu'elle eut reçû du Nonce du Pape & des
Comm:flaires des Tiers-Ordres de N. D. du Mont
Carmel & de Saint François, l'abfolution in articulo
mortis. Les remedes que le Roy a pris , ont déja
produit quelque changement dans fon état , & l'on
efpere qu'ils pourront lui procurer le rétabliſſement
de fa fanté.
I.
Vol .
>
I ITALIE
1462 MERCURE DE FRANCE
O
ITALIE.
N aprend de Rome du 28. Avril dernier , que
le Prince Chigi a fait ôter de la porte de fon
Palais les Armes de la Maiſon d'Autriche , pour y
mettre celles de l'Empereur.
GENES ET ISLE DE CORSE.
Na apris de l'Ifle
O de laisdel'ant de Corfe,que lesBandits
cade près de Cazaconni , ils y avoient eû quelques
hommes de tués , du nombre defquels étoit le nommé
Thomas Francini , du Bourg d'Ampugnano, un
de leurs Chefs , & que le corps de ce Rebelle ayant
été porté à la Baftie , il avoit été traîné fur une
claye , & attaché enſuite à une potence , pour y demeurer
expofé.
On mande d'Antibes , que l'Infant d'Espagne
Don Philipe y étoit arrivé le 27. du mois dernier .
Le 30. le Roy de Sardaigne fe rendit de Plaifance
à Parme , étant accompagné de tous les Miniftres
& efcorté de 200. de fes Gardes du Corps & de
deux Bataillons du Régiment des Gardes Piémontoiles.
Le Comte de Traun y arriva de Correggio le
même jour , afin d'affifter à un Confeil de guerre
que ce Prince tint le lendemain .
y
Toutes les troupes Prémontoiſes qui étoient dans
le Duché de Plaiſance , défilent vers e Parmeſan .
Les troupes Autrichiennes commandées par le
Comte de Traun , fe font avancées vers la Concordia
& vers Quadrello, à la droite & la gauche de la
Principauté de la Mirandole , & les Efpagols de
leur côté commencent à s'aprocher de Ferrare .
Les lettres du Bolonois , portent que le Duc de
Montemar y étant entié avec les troupes qui font
fous
JUI N. 1742. 1463
fous fes ordres il avoit établi fon quartier géneral
à Caftel San Pietro , & que l'avantgarde de l'armée
Espagnole s'étoit avancée jufqu'à une lieue de
Bologne.
Les lettres de Corfe portent qu'il étoit débarqué
encore depuis peu dans l'Ile une troupe de quinze
ou feize des Rebelles qui ont été bannis, & qu'ayant
aporté des armes & des munitions de guerre , ils
commettoient plufieurs brigandages avec quelques
autres Intulaires , qui s'étoient joints
O
GRANDE
à eux .
BRETAGNE .
Na apris de Londres du 17. du mois dernier,
que le 11 le Baron de Hafland , Envoyé Extraordinaire
& Plénipotentiaire de ' Empereur , eut
fa premiere audience du Roy , & qu'il fut conduit
à cette audience par e Chevalier Clement Cotterel ,
Maître des Céremonies , & préfenté par le Lord
Carteret , Sécretaire d'Etat
S. M. Br. a augmenté de roooo. livres sterlings
Ja Penfion du Prince d. Gales , & non - feulement
elle a payé toutes les dettes de ce Prince mais elle a
ordonné qu'on lui remit une fomme de 100000 .
livres fterlings .
Le Gouvernement en a fait donner une de $7000.
en Lettres de change à M de Wafner Miniftre de la
Reine de Hongrie , à compte de ce que le Parlement
a accordé , pour aider cette Princelle à foûtenir
la guerre.
Le Vailleau de guerre de vingt canons , commandé
par le Capitaine Georges Dauney , a conduit
à Plymouth un Vaiffeau qui avoit été armé à
Saint Sebastien , pour aller en courfe , & dont l'équipage
étoit de 126. hommes ,
Le Roy eft convenu avec le Roy d'Espagne des
conditions de l'échange des prifonniers qui ont été
I j faits
1464 MERCURE DE FRANCE
faits de part & d'autre par les troupes des deux
Puiffances , & les prifonniers Efpag ols , qui font
en Angleterre , doivent fe rendre à Portsmouth ,
où ils s'embarqueront pour retourner en Espagne.
Le premier tranfport des troupes deftinées à fe
rendre dans les Pays - Bas , eft arrivé à Oftende .
Les Vaiffeaux de guerre le Port Mahon & le Lann,
cefton , revenant de croifer fur les Côtes de Biſcaye,
ont conduit à Plymouth un Vanieau Efpagnol ,
commandé par l'Armateur Don Manuel Jofeph
del Cerro.
On a apris qu'un Armateur de la nouvelle Yorc
avoit pis à la hauteur des Carraques , un autre Bâtiment
de la même Nation , dont la charge eft eftiée
30000. livres sterlings .
HOLLANDE ET PAYS -BAS.
N mande de Bruxelles du 18. du mois der
nier, que le Colonel Bland , Quartier-Maître
General des Troupes Angloifes deftinées à paffer
la Mer , ayant reçû avis par une lettre du Lieutenant
General Honeywood , qui doit commander ces
troupes pendant l'abfence du Comte de Stairs , que
quatre Régimens de ces troupes s'étoient embarqués,
il a donné part de cette nouvelle au Comte de Harrach
, & que le 12. on fit partir un courier pour
Oftende , avec les ordres néceffaires pour la récep
ption de ces troupes .
Le Comte de Lalaing s'eft rendu dans fon Gouvernement
de Bruges, afin de pourvoir aux arrange
mens qu'il convient de prendre pour le même fujet.
Les Cazernes d'Oftende n'étant pas fuffifantes
pour loger les troupes du Roy de la Grande- Bretagne,
on employera auffià cet ufage la maifon qui
a fervi de magafin à l'ancienne Compagnie des Indes,
établie & enfuite fuprimée par le feu Empereur.
On
JUI N.
1465 1742
On a été obligé , pour pouvoir fournir des logemens
dans la Ville de Bruges à celles de ces troupe's
qui doivent y être miles en quartiers , de faire fortir
de cette Place un Régiment qui y étoit en garnison ,
& l'on en a diftribué les Compagnies à Mons , à
Ath & à Charleroy.
On a apris de Bruxelles du 25. du mois dernier ,
que la Reine de Hongrie & l'Evêque Prince de Liége
ont conclu un Cartel , pour fe rendre réciproquement
les deferteurs de leurs troupes ; il doit ſubfifter
pendant dix ans.
Sur le bruit qui s'eft répandu que le Roy de Fran .
ce fe propofoit de faire affembler des troupes en
Flandres , les habitans du plat Pays commencent à
fe retirer avec leurs meilleurs effets dans les Villes
fortifiées .
Le 19. plufieurs Officiers des troupes Angloifes ,
arriverent à Oftende. Quatre Régimens y débarquerent
le 21. & auffi tôt après être defcendes à terre
ils fe font rendus à Bruges.
XXXXXXXXXXXXXXX * XXX
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
On Antoine de Couto de Caftellobranco Figueira
, Chevalier de l'Ordre de Chrift , Com.
mandeur de celui de S. Jacques , Gentilhomme de
la Maifon du Roy de Portugal , Géneral de Bataille
dans les troupes de S. M. & Grand Alcade de Santiago
de Caffem , mourut à Eftremos , en Portugal ,
le 30. Avril dernier , âgé d'environ 73. ans . Il a
compofé des Mémoires qui lui ont acquis beaucoup
de réputation, & qui prouvent qu'il étoit auffi habile
dans l'Art Militaire que dans celui de bien écrire .
Don Juan Homem da Cunha Deça , Gentilhonime
de la Maifon du koy de Portugal , eft mort en
fon Château d'Alvorninha dans la 129. année de
fon âge.
I iij
FRAN1466
MERCURE DE FRANCE
FRANC E..
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , & c .
1. & Reine ,
E 24. May , Fête du S. Sacrement , le
,
feigneur le Dauphin , entendirent les Vêpres
dans la Chapelle du Château de Verſailles ,
& le foir leurs Majeftés y affifterent au Salut ,
qui fut chanté par la Mufique.
Le 31 , jour de l'Octave , le Roy accompagné
du Duc de Chartres , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , & de fes principaux
Officiers , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du
Château , & S. M. après avoir affifté à la
Proceffion , y entendit la grande Meffe.
Pendant l'Octave , leurs Majeftés ant affifté
tous les jours au Salut .
Le 28. après midy , le Roy fit au Champ de
Mars , près du Château de Marly , la revue
de la Compagnie des Gendarmes , de celle
des Chevau- Legers , & des deux Compagnies
des Moufquetaires de la Garde ordinaire
de S. M. Le Roy paffa dans les rangs
& après qu'elles eurent fait l'exercice , S. M.
les vit défiler.
Le 29 , le Marquis Lomellini , Envoyé
Extraordinaire de la République de Genes
eur
JUIN. 1742 1467
eut fon Audience publique de congé du
Roy , & enfuite de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame. Il fut conduit
à ces Audiences par M. de Verneuil ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui étoit
allé le prendre dans les caroffes du Roy &
de la Reine , & ayant été traité par les Officiers
du Roy , il fut reconduit à Paris dans
les caroffes de leurs Majeftés , avec les cérémonies
accoûtumées.
L'Affemblée Générale du Clergé ayant fini
fes Séances , les Prélats & autres Députés
qui la compofent , fe rendirent à Versailles
le 27. May , & ils eurent Audience du Roy
avec les honneurs qu'on rend au Clergé ,
lors qu'il eft en Corps , & avec les cérémonies
obfervées , lorfque les mêmes Députés
rendirent leurs refpects au Roy le 22. du
mois d'Avril dernier. L'Archevêque de Paris,
Préſident de l'Affemblée , étoit à la tête des
Députés , & l'Archevêque d'Arles , qui porta
la parole , complimenta le Roy avec beau
coup d'éloquence .
Le 3. Juin , le Comte d'Ekeblad , Envoyé
Extraordinaire du Roy de Suéde , eut fa premiere
Audience publique du Roy , & il y
fut conduit , ainfi qu'à celle de la Reine ,
& à celles de Monfeigneur le Dauphin & de
Mefdames , par M. de Verneüil , Introducteur
des Ambaffadeurs , qui étoit allé le
I iiij prendre
*
1468 MERCURE DE FRANCE
prendre à Paris dans les caroffes du Roy &
de la Reine. Le Comte d'Ekeblad fut traité
par les Officiers du Roy , & le foir il fut reconduit
à Paris dans les caroffes de leurs
Majestés , avec les cérémonies ordinaires .
Le Prince de Mafferan , Grand d'Eſpagne ,
qui a paffé à Versailles en retournant de Turin
à Madrid , fut préfenté le même jour à
S. M. dans une Audience particuliere que
le Prince de Campo - Florido , Ambaffadeur
du Roy d'Espagne eut du Roy , & à laquelle
il fut conduit par M. de Verneüjl , Introducteur
des Ambaffadeurs . Le Prince de
Mafferan fut préſenté enfuite à la Reine,
à Monfeigneur le Dauphin , & à Mefdames.
Le même jour , le Comte de Borch , Adjudant
Général du Roy de Pruffe , & qui a
été envoyé à Verfailles par ce Prince , pour
donner part au Roy de la Victoire remportée
à Czaflaw par Sa M. Pr. fur les troupes de
la Reine de Hongrie , prit congé du Roy ,
& il fut préſenté dans la Chambre de S. M.
par le même Introducteur des Ambaffadeurs.
On a reçu avis du Port de Lorient , que
le 30. du mois dernier les Vaiffeaux de la
Compagnie des Indes , le Bourbon , le Comte
de Toulouse & le Triton , y étoient arrivés
très- richement chargés , & que par le retour
JUIN 1742. 1459
tour de ces trois Vaiffeaux , dont les deux
premiers viennent de Pondichery , & le troifiéme
de Bengale , on avoit apris que plu
fieurs autres Navires de la même Compagnie
devoient arriver inceffament. On a fçû
en même tems que les Marates s'étoient affemblés
au nombre de 60000. hommes ,
dans le deffein de s'emparer des Villes de la
Côte de Coromandel , habitées par les Européens
, & particuliérement celle de Pondichery
, dins laquelle les Princes Maures ,
qui s'étoient fauvés de la Ville d'Arcate
avoient cherché un azyle ; qu'ils avoient ménacé
ces Villes d'en former le Siege , fi elles
ne payoient des fommes confidérables en
forme de contribution ; mais que fur les préparatifs
faits dans la Ville & la Citadelle de
Pondichery , & dans toutes les autres Villes ,
ils avoient renoncé à leur projet ; qu'ils
avoient demandé au Gouverneur Général des
Etabliffemens François dans le Pays , fon
amitié & celle de toute la Nation , & qu'avant
que de fe retirer , ils lui avoient envoyé
un Serpeau , efpece de marque d'amitié
, qui ne fe donne par les Princes de ces
Contrées , que comme une preuve de grande
diſtinction.
Les Barnabites établis à Paris ont célébré
le 3. Juin , & les deux jours fuivans , la Fête
de la Béatifi ation du Bienheureux Alexan-
I v die
+
1470 MERCURE DE FRANCE
dre Sauli , Supérieur Général de leur Con
grégation , mort Evêque de Pavie , après l'avoir
été d'Aleria , & Apôtre de la Corſe.
L'Archevêque de Paris officia le 3 ,
y
chevêque de Sens le lendemain , & l'Archevêque
d'Auch le 5 .
l'Ar-
Le Marquis Lomellini , Envoyé Extraordinaire
de la République de Génes , eut le 9.
de ce mois , au Palais Royal , une Audience
de Madame la Ducheffe d'Orleans , & il prit
congé de fon Alteffe Royale .
Le même jour , le Comte d'Ekeblad , En→
voyé Extraordinaire du Roy de Suede , eut
fa premiere Audience de fon Alteffe Royale.
Ces deux Envoyés furent conduits à ces
Audiences par M. de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 14. de ce mois , le Roy quitta le deuil
que S. M. avoit pris le 24. du mois dernier ,
pour la mort de l'Impératrice Amélie .
Le Roy a fait Duc le Maréchal de Bro- .
glie .
Le Chevalier Dauger,Lieutenant Général des
Armées du Roy, & qui a été nommé Lieutenant
Général du Rouffillon , & Commandant
dans cette Province , prêta le 17. de ce
mois ferment de fidelité entre les mains de
Sa M.
Les. RR. PP. Bénédictins , de la Congrégation
de S. Maur , firent le 26. Avril
dernier
JUIN. 1742: 1471
dernier dans l'Abbaye de Marmoutiers près
de Tours , l'ouverture de leur Chapitre Général
, où D. René Laneau fut élu de nouveau
Général , & fes deux Affiftans Dom
Pierre Du Biés & D. Jacques- Nicolas Maumouffeau
furent continués dans leur Office.
D. Jean-Bapt. Floyrac , ci- devant Prieur de
S. Germain des Prez , l'eft devenu de Marmoutiers.
Il eſt remplacé dans la premiere
de ces deux Abbayes par D. Jean Bourdet ,
auparavant Vifiteur de la Province de Frante
. Dom Jean- Baptifte Robat a été fait
Prieur du Monaftere des Blancs - Manteaux
à Paris.
›
BENEFICES DONNE'S.
L'Evêché de Digne , vacant par le décès
de M Feydeau , à M. Du Lau , Vicaire
Général de Meaux.
L'Evêché de S. Flour , vacant par le décès
de M. d'Estaing , à M. de R beyre , Prêtre
, Vicaire Général de Clermont .
L'Abbaye de S. Simphorien de Metz ,
vacante par le décès du fieur Gravelle , à
M. de Joveufe , Clerc tonfuré.
L'Abbaye de la Roche , Ordre de Saint
Augustin , Diocéfe de Paris , vacante par le
décès de M. Canut , à M. de la Clüe , Prê
Vicaire Général de Chartres . >
tre
I vj
L'Ab1472
MERCURE DE FRANCE
L'Abbaye de Port Royal , à Paris , Of
dre de Cîteaux , vacante par la démiffion de
Madame de Montmorin de Saint Herem ;"
à Madame de Vauban , Abbeſſe de Montreuil-
aux - Dames.
L'Abbaye de Montreuil - aux - Dames , Ordre
de Cîteaux , Dioceſe de Laon , vacante
par
la démiffion de Madame de Vauban
à Madame d'Harrincour .
L'Abbaye de Sainte Croix de Poitiers ,
Ordre de S Benoît , vacante par le décès
de la Dame de Parabere , à la Dame Def
cars.
Le Prieuré de Neufchatel en Bray , Ordre
de Cîteaux , Diocéfe de Rouen , vacant par
la démiffion de la Dame le Norman , à la
Dame Le Veneur .
,
Le Prieuré fimple de Lancé , Diocéfe de
Blois , vacant par le décès de M. Duval ,
à M. Mergey , Prêtre.
Le 4. & le 6. Juin , il y eut Concert à la
Cour ; la Reine entendit dans fon Salon le
Ballet de la Paix , mis en Mufique par M.
Rebel , Sur Intendant de la Mufique de la
Chambre , en furvivance de M. Deftouches ,
& par M. Francoeur , Compofiteur de la
Mufique de la Chambre. Les principaux
Rolles furent très bien remplis par les Diles
Fel & Romainville , & par les feurs Benoît
& Jelyot.
Le
JUI N. 1742. 1473
Le 9 , le 11 , & le 13 , on donna l'Opera
de Callirboe , de la Compofition de M. Deftouches
, Sur- Intendant de la Mufique de la
Chambre , en femeftre ; les principaux Rolles
furent chantés par les mêmes Acteurs.
Le 16 , le 18 , & le 20 , S. M. entendit
l'Opera de Scanderberg , mis en Mufique par
Mrs Rebel & Francoeur ; les principaux Rôles
furent remplis par les mêmes Acteurs ,
par les Dlles le Page & Mathieu , & par le
hieur Poirier , dont la voix fait toujours le
même plaifir.
Le
23 , le 25 , & le 27.
la Reine
entendit
l'Opera
d'Isbé
, de
la
Compofition
de
M.
Mondonville
, Ordinaire
de
la Mufique
du
Roy
; les
premiers
Rôles
furent
très
- bienrendus
par
les
fieurs
Benoît
&
Jelyot
, & par
la Dile
Mathieu
.
Le 30 , on concerta l'Opera de Marthefie;
de la Compofition de M. Deftouches ; les
principaux Rôles furent très -bien remplis
par les meilleurs Sujets de la Mufique du
Roy , de même que dans les précedens
Concerts dont on vient de parler , tous éxécutés
au gré de S. M. & de toute la Cour.
Le 27. Juin , le Lieutenant Général de
Police , fit l'ouverture de la Foire S. Laurent
, avec les cérémonies accoûtumées . Ce
Magiftrat avoit déja rendu fon Ordonnance
le 17. du même mois , concernant ce qui
doit
1474 MERCURE1 DE FRANCE
doit être obfervé par les Marchands qui y
font établis , & qui renouvelle les défenſes
des jeux de hazard &c .
Le même jour , l'Opera Comique fit auffi
l'ouverture de fon Theatre par une Comédie
en Vaudevilles , en trois Actes , ornée de
trois Divertiffemens , intitulée les deux Suivantes.
Cette Piéce a été aplaudie , de même
que le Ballet , & ont été executés par
de fort bons Sujets. Un jeune Danfeur &
une petite fille , âgée d'environ huit ans
ont danfe un Pas - de- Deux , au gré du Public.
La Loterie Royale établie par Arrêt du
Confeil , du 13. Février dernier , en faveur
des Pauvres , fut tirée pour la feconde fois
en la grande Sale de l'Hôtel-de Ville de Paris,
en prefence de Mrs les Prevôt des Marchands
& Echevins , le 11. Juin . La Liſte
générale des Billets gagnans fut publiée le
lendemain. Le Gros Lot qui eft de 60000.
livres , eft échu au N° 25665 , fous la Devife
Pour Societé. Le fecond Lot qui eft
de 3000. livres , eft échû au N° 35019 .
fous la Devife , Uno itu victoria triplex.
MORTS
JUIN. 1475 1742
********************
MORTS.
E ... Avril .. de Queffe de Valcourt , Sr de Mar
Lilly, Major d'une des cinq Brigades du Régiment
Royal des Carabiniers , & nouvellement Maréchal
General des Logis d l'Armée commandée
par le Maréchal de Broglie , en Boheme , y mourut.
Il étoit fils de ..... de Queffe , Sr de Valcourt ,
Meftre de Camp, Commandant une des cinq Brigades
du Régiment Royal des Carabiniers , & Maréchal
des Camps & Armées du Roy de la promotion
du 15. Mars 1740. il avoit été marié le 3. Avril
de l'année derniere 1741. avec la fille unique de
feu .... du Carrou de Valentienne , Seigneur de
Mefieres , Brigadier des Armées du Roy , & de ...
de Vigny d'Emerville .
Le 6. Lazare- Louis Thiroux , Ecuyer Sieur de
Vaujour , l'un des Adminiftrateurs de l'Hôtel-
Dieu de Paris , & de l'Hôpital des Incurables , autrefois
l'un des Fermiers Géneraux des Fermes du
Roy , mourut à Paris , âgé de 85. ans . Il étoit fils
de Claude Thiroux , Avocat au Parlement de Dijon,
Enquêteur au Baillage & Chancel erie d'Autun , &
Moncenis , Confeil & Vierg de la Ville d'Autun ,
trois fois élû du Tiérs - Etat de la Province de
Bourgogne , qui fut annobli par Lettres du mois de
Juin 1659. confirmées en 166. en confideration
de fes fervices , & de ceux de fon nom , notamment
de Denis Thiroux , fon pere , un des plus célebres
Avocats de fon tems , qui avoit fervi de
Confeil pendant 30. ans à la Ville d'Autun , dont
il fut quatre fois Vierg , & plufieurs fois Député
aux Etats de Bourgogne & à la Cour . Celui qui
vient de mourir avoit époulé Marie Brunet , fille
de
1476 MERCURE DE FRANCE
de Gilles Brunet , Lieutenant Génetal de la Ville de
Beaune , en Bourgogne , & morte le 14. Mars
1722. âgée de 65. ans . Il en laiffe une nombreuſe
postérité , ayant vû avant ſa mort ſa troifiéme géneration
fe multiplier.
Le .... Avril , Jean Baptifte- François Raudot ;
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , Meftre
de Camp de Cavalerie , & ancien Commandant ,
d'une Brigade du Régiment Royal des Carabiniers,
mourut à Paris , dans la 86. année de fon âge ,
étant né le 24. Août 1656. Il étoit fils de Jean
Raudot , Seigneur de Bazerne , & du Coudray ,
Confeiller- Secretaire du Roy , & de fes Finances
Fermier Géneral des Gabelles de France , mort le
3. Février 1660. & de Marguerite Talon , morte le
10. Mai 1674.
Le 12. D. Louife Durey , veuve depuis le 4. Juin
1739.de Jean Maurice Durand de Chalas, Préfident
en la Chambre des Comptes de Bourgogne , Seis
gneur de Pringy , Mathougues , &c. avec lequel:
elle avoit été mariée le s . Février 1709. mourut à
Paris, âgée d'environ 5 ans. On a marqué de
elle étoit fille , & quels étoient fes enfans dans le
Mercure de Juin 1739.premier volume, page 124
en raportant la mort de foa mari .
+
que
Le 13. Guillaume Antoine , Comte & Seigneur
Haut Jufticier de Chaftelux , en Bourgogne , Didcèfe
d'Autun, Vicomte d'Avalon , Baron de Qua : ré,
&c. premier Chanoine héreditaire de l'Eglife Cathédrale
de S. Etienne d'Auxerre , Lieutenant Géneral
des Armées du Roy , Lieutenant General &
Commandant pour S. M. au Gouvernement de la
Province de Rouffillon , Gouverneur de la Ville ,
Citadelle & Château de Seyne , en Provence, mourut
à Perpignan , âgé d'environ 58. ans . Comme il
avoit trois freres aînés , il fut d'abord deſtiné à l'Etat
JUIN. 1742. 1477
cat Eccléfiaftique , mais il y renonça depuis : &
après avoir fervi dans les Moufque : aires , il fut fait
fucceffivement Guidon de la Compagnie des Gendarmes
de Bourgogne le 6. Avril 1704. Enfeigne
de celle des Gendarmes de Berry au mois de Juillet
1706. Sous Lieutenant de celle des Chevau- Legers
de la Reine , & Meftre de Camp de Cavalerie en
1707. Capitaine- Lieutenant des Chevau-Legers de
Beri le 30 Mars 1715. Brigadier le premier Fé
vrier 1719. Capitaine - Lieutenant des Gendar
mes de Flandres en 1723. Maréchal de Camp
le premier Août 1734. Lieutenant Géneral le 24.
Février 1738. & enfin Lieutenant Géneral & Com.
mandant en Rouffillon en 1740. Il étoit qua_
triéme fils de Céfar- Philipe , Comte de Chaftellux
, Vicomte d'Avalon , Baron de Quarré , & c.
Maréchal des Camps & Armées du Roy , mort le
8. Juillet 1695. & de Judith Barrillon , morte au
mois d'Avril 1721. Il avoit été marié le 16. Février
1722. avec Claire- Therefe Dagueffeau , fille
de Henri - François Dagueffeau , Seigneur de Frefne
, Chancelier & Garde des Sceaux de France
Commandeur des Ordres du Roy , & d'Anne le Févre
d'Ormeſſon. Il en laiffe plufieurs enfans. On a
raporté dans le Mercure de Juin 1732 premier volume
, page 1248. la prife de poffeffion de la Digni
té de premier Chanoine héreditaire de l'Eglife d'Auxerre
par le Comte de Chaftellux , qui vient de
mourir , & l'origine de ce Droit.
Le 13. Joachim-Jofeph d'Estaing , Evêque & Seigneur
de S.Flour, en Auvergne , Prieur du Prieuré de
S.Irenée de Lyon , auquel il fut nommé le 31. Mai
1693. mourut en fon Diocèfe , âgé d'environ 88 .
ans. Il étoit Chanoine de l'Eglife Métropolitaine
de S. Jean , & Comte de Lyon , lorſqu'il fut nommé
le 8. Septembre 1693. à l'Evêché de S. Flour .
"
1478 MERCURE DE FRANCE
Il fur Sacré le 3. Janvier 1694. à Paris , dans l'Eglife
de S. Louis des Jéfaites par l'Archevêque d'Albi
, affifté des Evêques de Cahors & de Vence , &
le S. du même mois il prêta ferment de fidelité entre
les mains du Roy. Il affifta en qualité de Dépu
té de la Province , aux Aflemblées Génerales du
Clergé de France , tenues à Paris en 1701. 1715 .
& 1725. & il fut un des Préfidens de ces deux dernieres
. Il étoit fixiéme fis de Jean d'Estaing , Marquis
de Saillians , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , mort en 1675. & de Claude de Combourcier
, Dame du Terrail , en Dauphiné , de Ravel &
de Moiffac , en Auvergne.
Le 14. Samuel de Bruſſe , Chevalier Seigneur de
la Bonniniere , Lieutenant d'une Compagnie de
Grenadiers au Régiment des Gardes Françoifes ,
mourut à Paris , âgé de 65. ans . Il fervoit dans ce
Régiment depuis 1704. qu'il y fut fait Enfeigne. I
monta en 1713. à une Sou- Lieutenance , & en 1730.
à une Lieutenance .
· LOUISE ELIZABETH D'ORLEANS , Reine
Douairiere d'Espagne , Veuve de Louis I , Roy
d'Espagne , mourut à Paris au Palais du Luxembourg
le 16 de ce mois , après une maladie , pendant
laquelle cette Princeffe a donné de grandes
preuves de fa réfignation aux volontés de Dieu ,
& de la folide pieté qui lui a fait paſſer ſa vie dans
la pratique continuelle de toutes les vertus Chrétiennes
. Cette Princeffe étoit âgée de 32 ans 6
mois & cinq jours , étant née à Versailles le onze
Décembre 1709 , & elle étoit Fille de S. A. R.
Philipe d'Orleans , Petit - Fils de France , Régent
du Royaume ; & de Son Alteffe Royale Marie-
Françoise de Bourbon , Ducheffe d'Orleans. La
Reine d'Espagne qui vient de mourir avoit épousé
en 1722. Louis I , Roy d'Espagne , qui mourut à
Madrid
JUI N. 1742. 1479
Ba
Madrid le 31. Aouft 1724 , & l'année fuivante
cette Princeffe étoit revenue en France .
TRANSPORT & Inhumation du Corps
de la Reine d'Espagne dans l'Eglife de Saint
Sulpice.
Toute la façade des apartemens du fonds de la
Cour du Palais du Luxembourg étoit tenduë de dix
lés , avec trois lés de velours , chargés de grands &
petits Ecuffons aux Armes de la Reine d'Espagne .
Le grand Efcalier qui conduit aux apartemens étoit
pareillement tendu du haut en bas jufqu'au pied de
l'efcalier
La grande Sale des Gardes étoit tendue avec trois
lés de velours chargés de grands & petits Ecuffons
aux mêmes Armoiries.
L'Antichambre , le Grand Cabinet & la Grande.
Salle du dépôt étoient entierement tendus , foncés
& garnis de parterre , avec trois lés de velours'
dans tout le pourtour , chargés d'Armoiries. Le
Corps de la Reine fut expofé dans cette derniere
Sale & élevé für une Eftrade de quatre gradins, furmontée
d'un grand Dais de velours , chargé d'écuffons
, & fur les gradins de 90 chandeliers garnis
de cierges . On avoit placé à l'entrée de cette Sale
deux Autels pour y célébrer la Meffe ; ils étoient'
garnis chacun de cierges avec Ecuffons . La Couronne
couverte d'un crêpe avoit été posée ſur un
carreau de velours & placée fur le cercueil , aų
pied duquel étoit le Bénitier .
Le 19 , les Dames du Palais & les Filles d'Honneur
de la Reine , fe placerent dans cette Sale à
l'un des côtés , & les principaux Officiers occuperent
l'autre , pendant qu'on célébroit la Meffe , &
que plufieurs Prêtres de la Paroiffe pfalmodioient
alternativement avec les Religieux Cordeliers.
L'Après
1480 MERCURE DE FRANCE
L'Après midi du même jour , M. le Duc d'Or
leans , accompagné du Duc de Chartres , alla jetter
de l'eau b.nite fur le Corps de la Reine.
Le 20 , qui étoit le dernier jour que le Corps de
la Reine devoit être expofé , les Cordeliers du
Grand Convent , & ceux de l'Ave ,Maria , allerent
lui jetter de l'eau bénite , de même que les Reli .
gieux Carmes de la Place Maubert , & ceux da
Convent des Billetes ; les Grands & Petits Auguf
tins ; les Capucins de la rue S. Honoré , les Peres
de S. Lazare , les PP, de 1 Oratoire & les PP. Théa .
tins , par députation , les Jacobins des ruës S Honoré
& de S Jacques ; les Religieux Feuillans , les
Religieux Bénédictins de l'Abbaye S. Germain des
Prez & de S. Martin Deichamps , les PP. Auguftins
Réformés de la Place des Victoires , les Chanoines
Réguliers de Sainte Génévieve , le R. P. Abb . &
Général à leur tête; les Minimes de la Place Royale,
ceux de Chaillot , & les PP . Kécolets .
La Reine d'Elpagne ayant demandé par fon Teltament
d'être enterrée dans l'Eglife de S. Sulpice fa
Paroiffe , fans aucune pompe , & le Roy ayant
aprouvé que les intentions de la Reine d'Efpagne
fuffent exécutées , le Corps de cette Princeffeey fut
porté le 21 , vers les dix heures du matin , & la
marche commença en cet ordre .
Un Piqueur en manteau & en crêpe , à cheval ,
couvert d'une houffe noire .
Le Clergé de S. Sulpice compofé de
fiaftiques .
•
400. Ecclé-
Cent pauvres Enfans, pris dans les differens Hôpi
taux de la Ville , portant chacun un flambeau .
Huit Officiers à cheval , avec crêpes & houffes
noires.
Un Caroffe à fix chevaux , harnois drapés , dans
lequel étoient quatre Gentilshommes , deftinés à
porter les quatre coins du Poële .
JUIN, 17427 1481
Un fecond Carofle , pareil au précédent, dans le
quel étoient M. Doubler , Garde des Sceaux , Sé
cretaire des Commandemens , Maiſon & Finances ,
& du Cabinet de S. M. C. M. de S. Amarand
Tréforier Général des Maiſon & Finances , & M.
Pidanfat , Contrôleur Général des Maiſon &
Finances.
Un troifiéme Caroffe à huit chevaux caparaçon
nés & croifés de moire d'argent , dans lequel
étoient la Comteffe & la Marquife de la Riviere ,
avec la Marquife de Clermont Gallerande , Dames
du Palais de S. M. C.
Il y avoit dans le quatriéme Caroffe à fix chevaux
, M. le Curé de S. Sulpice en Etole , accompagné
de trois Prêtres .
Dans le cinquiéme Carofle , attelé de huit chevaux
caparaçonnés & croifés de moire d'argent ,
étoit le Corps de la Reine ; Mrs Bourgain & Tallon
, fes Aumôniers , étoient dans le même ca-
Coffe.
Douze Gardes de la Reine , à cheval , en habits
uniformes , portant des flambeaux , des crêpes au
chapeau & aux Bandolieres , marchoient autour
lu Caroffe ; deux de ces Gardes étoient à la tête
les chevaux ; il y avoit encore plufieurs Suiffes de
a Reine , portant auffi des flambeaux , leus halebardes
renversées , & un grand nombre de Vaets
de pied , portant auffi des Aambeaux.
Le Baron de Mafparo , Major Dôme & Capiraine
Colonel de la Compagnie des Gardes du
Corps , François , le Comte d'Efchenay , Ecuyer
Commandant l'Ecurie , M. de Gafcq , Enfeigne des
mêmes Gardes , & M. de Pimodan Lieutenant des
Gardes du Corps , Suiffes , étoient montés fur
des chevaux caparaçonnés , en longs manteaux ,
& en crêpes,
Dans
1482 MERCURE DE FRANCE
6
Dins le dernier Catoffe à fix chevaux caparaçon
nés , étoient Mefdemoiselles de la Tour de Mon
tauban , & de Durfort , Filles d'honneur de la
Reine.
La Marche étoit fermée par un détachement da
Guet à pied , les hallebardes & fufiis renversés.
y eut auffi dès le commencement de la Marche , u
autre détachement du Guet qui avevit bordé les ruts
des deux côtés , depuis la Porte du Palais du Luxembourg
, jufqu'à l'Eglife de S. Sulpice.
M. le Curé célébra la Grande Melle , après que
le Corps de la Reine eut été exposé dans l'Eglife , &
après les Prieres ordinaires , le Corps fur inhumé
dans un Caveau particulier que la Reine d'Espagne
avoit defigné pour le lieu de fa fepulture .
M. le Duc d'Orleans , accompagné du Duc de
Chartres , s'étoit rendun peu auparavant à l'Egh e
de S. S lpice , & il y entendit e Service ; le Chevalier
d'Orleans Grand Prieur de France , l'Arballadeur
'efpagne , M. M. de Biron , de No
les , de Montmorency & d'Ifenghen , Maréchaux
de France y aflittere auffi ; le Comte d'Argenfon
étoit a la tête de la Maifon du Duc d'Orleans , &
la Comtefie de la Riviere , à la tête des Dames du
Palais , & des Filles d'honneur de S. M. C. Il n'y
eut d'autres tentures dans l'Eglife que les Stales
hautes & balles du Choeur , foncées , tous les bas ,
garnis de parterre dans toute l'étendue du choeur
& de la Nef.
TABL E.
P
IECES EUGITIVES. Quatrains
d'un Enfant ,
pour
l'inftruction
1271
Mémoire Hiſt . ſur la Seigneurie de Marcouffis , 1279
Amuſement
#
Amufement Poëtique , à Morphée 1294
Lettre fur un Sujet de Litterat . Grammaticale , 1300
Stances irrégulieres à Mile Couprin , 1315
Diflertation da R. P. Mathieu Texte , fur un endroit
des Pieres des Agonifans , 1317
Epitre à l'Abbé de la Feillée ,
Suite fur l'abus des Thèmes ,
1331
1334
Vers fur la Sécherefle , . 1354
Reflexions au fujer dn Style Marotique 1356 >
Madrigal à la Comtelle de M ... 1361
Reflexions Académiques fur la Vérité , 1362
Le Philofophe Chrétien , 1374
Extrait d'une Lettre fur la derniere Aurore Boreale
,
Bouquet à Mlle ....
Enigme , Logogryphes , &c .
1375
1380
1381
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
& c. Hiftoire Romaine , depuis la Fondation de
Rome , 1383
Principes fur le Mouvement de l'Equilibre , ibid,
Hiftoire Génerale des Céremonies , Moeurs & Coûtumes
Religeufes , & c.
1384.
Nouvelle Edit . des OEuvres de M.de Fontenelle.ibid.
La Henriade de M de Voltaire , ibid.
Continuation de l'Hiftoire Romaine , 1385
Anatomie raifonnée du Corps Humain ibid.
Livre des Affligés Pénitens ,
ibid.
Traité du Contrepoint Simple, Mufique , & c. 1386
ibid.
1392
ibid.
Livres Etrangers , arrivés chés Briaffon ,
Hiftoire de Marie Stuart , Reine d'Ecoffe ,
Bibliotheca S . . . . & c .
La Vie du Pape Benoit XIII imprimée à Rome, ibid.
Le Virgile , d'après un Manufcrit du Vatican , ibid.
Opufcula omnia , &c,
Les vingt Lives de l'Hiftoire d'Italie ,
Mémoires de la Marquife de Toigaro ,
Les OEuvres de M. Mariotte ,
1393
ibid.
ibid.
1394
Tra.
Traduct . de l'Ouvrage de Jean Albert Fabricius, ibid.
Avis fur le Bureau Typographique ,
Question propofée >
Séance de l'Académie de la Rochelle ,
L'Hiftoire , Ode ,
Eftampes nouvelles ,
Cartes nouvelles , & c.
ibid.
1395
1396
3409
1415
1416
1425
Nouvelle Fabrique de Bas de Soye & autres , 1419
Nouvelle Lampe pour faire du Chocolat, & c. 1422
Chanfon notée' ,
-Spectacles, Extrait d'Amour pour Amour , 1428
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Ruffie , &c . 1441
Morts des Pays Etrangers , 1465
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1466
Bénéfices donnés ,
Morts ,
1471
1475
Transport & Inhumation du Corps de la Reine
d'Espagne à S. Sulpice.
Fantes à corriger dans ce Livre.
$479
Age 1275. ligne 2. ques, life,x que les. P. 13136
P1.6. qui n'eftpoint , l. qui ett . I. 1348. l. 4. du
1.
1. un
bas , tout , ôtez ce mot . P. 135s . l. iç . une ,
P. 1416. l. 9. bonnes , l . bons. P. 1423. 1. premiere ,
une Tube ronde , l . un Tube rond . Même page ,
1. 9. cette , l . ce. Même page , 1. 12. cette , l. ce,
Même page , 1. 16. cette , 1. ce . P. 1428. I. 220
fous , l. fur.
La Chanfon notée doit regarder la page 1425
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
CONTENANT
L'Ambaffade folemnelle de la Porte
Ottomane à la Cour de France.
JUIN
.
1742 .
CURI
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palaisi
M. DCC . XLII .
Avec Aprobation & Privilege du Roy
L
A VIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Fran-
Coife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercuré,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très - inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui souhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofteon aux Meffageries qu'on
Lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
HEXSW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND .
TILDEN FOUNDATIONS,
HE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AV
AMBASSADE SOLEMNELLE
De la Porte Ottomane à la Cour
de France.
Es plus puiffans Princes de l'Orient
ont toujours recherché l'Alliance
& l'amitié de la France ,
furtout dans les tems où l'Empire François
a été gouverné par des Monarques
diftingués par leurs qualités perfonnelles ,
& qui ont porté & mérité le furnom de
GRAND. C'est ainsi que le fameux Haroum
Al Rafchid, ou le Jufte ,Ve Calife de la Maifon
des Abbaffides , dont l'Empire s'étendoit
dans les plus belles Parties de l'Orient , envoya
une célebre Ambaffade à CHARLEMAA
ij
GNE
846 MERCURE DE FRANCE
GNE , Roy de France & Empereur , avec des
Préfens magnifiques ; on peut en voir le dé
tail dans l'Hiftoire des Califes , fucceffeurs de
Mahomet , dans la Bibliothèque Orientale
& dans notre Hiſtoire.
ور
ور
*
» Le fuperbe Aaron , Roy de Perfe , dit
Mezeray , méprifant tous les Princes du
» Monde , ne faifoit cas que de l'amitié de
Charlemagne. Il lui envoya cette année
( 802. ) des Pierreries , des Soyes, des Epi-
» ceries & un Elephant des plus grands . Avec
» cela , fçachant qu'il avoit dévotion pour la
» Terre Sainte & pour la Cité de Jérusalem,
» il les lui donna en propre , fe réſervant
» feulement le Titre de fon Lieutenant dans
" ce Pays - là , & c.
C'eft dans ce même efprit que long- tems
après le Grand Soliman , ou SOLIMAN II,
Empereur des Turcs , dont l'Empire étoit un
démembrement de celui des Califes , rechercha
l'amitié & l'alliance de François I. avec
lequel il conclut un Traité d'Union & de
Commerce , qui a continué & qui fubfifte
encore entre les Defcendans de ces deux
* Les Auteurs Occidentaux défigurent ordinairement
les noms & les qualités des Princes de l'Orient.
Celui- ci doit être apellé HAROUM. Il étoit non - feulement
Roy de Perfe, mais encore Souverain de plufieurs
autres Etats. L'Empire des Califes s'étendoit alors felon
Mezeray même , depuis les Indes jufqu'aux Pyrenées.
grands
JUIN. 847 1742.
grands Monarques . C'eft à cette occafion
que fut écrite cette belle Lettre de Soliman II.
à François I. dont nous avons entre les mains
l'original.
›
Sous le Regne du Roy HENRY LE
GRAND. Autre Traité entre la France & la
Porte Ottomane , lequel nous avons auffi
parmi nos Papiers , imprimé à Paris , le Turc
d'un côté & la Traduction Françoiſe vis - àvis
le Texte , il eft intitulé , ARTICLES du
Traité fait en l'année 1604. entre HENRY LE
GRAND , Roy de France & de Navarre , &
SULTAN AMAT , Empereur des Turcs. Par
l'entremise de M. François Savary , Seigneur
de Breves , Confeiller du Roy , &c . Ambaſſadeur
pour S. M. à la Porte dudit Empereur ,
in-4° A Paris de l'Imprimerie des Langues
Orientales, Arabique, Turquefque , Perfique ,
&c. M. DC. x v .
Ce Traité , fuivi de plufieurs autres , fuc
encore renouvellé en 1673. par un autre que
nous poffedons , fous le glorieux Regne de
LOUIS LE GRAND , par les négociations du
Marquis de Nointel, fon Amballadeur. Il eft
imprimé à Marſeille en l'année 1676 .
Trois ou quatre années auparavant , c'eftà
dire en 1669. le Sultan Mehemet IV. avoit
envoyé au Roy , Soliman Muteferaca , en
Ambaffade , laquelle fut comme le Prélimi-
* C'eft Achmet 1. fils de Mahomet III.
A iij naire
848 MERCURE DE FRANCE
naire du Traité dont on vient de parler
Ce même grand Prince , qui avoit vû à ſa
Cour des Ambaffadeurs de Siam , du Roy
d'Ethiopie , & des Envoyés de la Chine , reçût
fur la fin de fon Regne une Ambaſſade
folemnelle de la part de SCHAH HUSSEIN
Roy de Perfe , Prince célebre depuis par fes
difgraces & par les révolutions arrivées dans
fa Famille Royale & dans fes Etats . Mehemet
Riza Beg , Chef de cette Ambaffade , négocia
auffi un Traité d'Alliance & de Commerce
de la part du Roy fon Maître, avec les
Miniftres du Roy , lequel fut heureuſement
conclu & exécuté .
Au commencement du Regne du Roy ;
rrès-heureuſement regnant , qui réunit les
grandes qualités de fes plus illuftres Ancêtres,
arriva en 1721. la magnifique Ambaffade de
Mehemet Effendi , Sur Intendant des Finances
, &c. non feulement pour marquer , ou
pour confirmer la continuation de la bonne
intelligence & de l'amitié de la part du Sultan
ACHMET III. mais fpécialement pour af.
fürer S. M. que les Lieux Saints de Jérufalem,
objets de fa dévotion & le fujet de fes inftances
à la Porte , lefquels menaçoient d'une
ruine prochaine , avoient été heureuſement
& entierement réparés par les permiffions
les ordres exprès & les facilités que le Sultan
& fes Miniftres avoient donnés pour procurer
JUIN, 849
1742?
curer à l'Empereur de France une entiere fatisfaction.
Nous nous croyons bien fondés de nous
expliquer en ces termes au fujet de cette Ambaffade
, puifque les Lettres aportées au Roy
par Mehemet Fffendi , tant du Sultan que du
Grand Vizir , dont nous avons de bonnes
Traductions , ne difent autre chofe .
Enfin nous avons aujourd'hui la fatisfaction
, après que par la médiation du Roy &
fous fes aufpices , la Paix a été rétablie entre
l'Empire d'Allemagne , le Czar & l'Empire
Turc , de voir ici un nouveau Miniftre de la
Porte Ottomane , aporter de nouveaux
gages
de la parfaite amitié & de la bonne intelligence
qui font entre les deux Empires depuis
tant de fiécles , avec cette heureuſe cisconftance
que ce nouvel Ambaffadeur eft le
Fils du fage , fçavant & magnifique Mehemet
Effendi , qui a ci - devant emporté l'eftime
du Roy & de toute la France.
*
Ce digne Fils , qui avoit accompagné fon
illuftre Pere dans fon Ambaffade , fe nomme
Said Mehemet Pacha. Il eft Beiglerbeg de
Romelie , âgé d'environ 45 .
nomination à cette Ambaffade
ans. Après fa
par le Sultan
* BEIGLERBEG ou Seigneur des Seigneurs , celui
de Romelie eft le premier de tous. Il n'y en a que 24
La Romelie la Romanie , c'est la même chofe. C'est
felon les Furcs , le Pays des Grecs ou des Romains .
A iiij MAMUD
,
850 MERCURE DE FRANCE
MAMUD , il partit de Conftantinople avec
toute fa fuite fur des Vaiffeaux François , le
2. du mois d'Août dernier pour fe rendre
en France.
Il arriva à Toulon le 17 du mois de Septembre
, & il entra le même jour au Lazaret
, pour y faire fa Quarantaine : il en fortit
le 14 du mois d'Octobre , & il alla occuper
la maiſon apellée le Jardin du Roy , qui lui
avoit été préparée. M. de Jonville , Gentilhomme
Ordinaire , que le Roy avoit nommé
pour aller de la part de S. M. faire compliment
à l'Ambaſſadeur à fon arrivée , pour
l'accompagner pendant fa route , & pour lui
faire rendre , dans tous les endroits par lefquels
il pafferoit , les honneurs que reçoivent
ordinairement les Ambaffadeurs de la
Porte Ottomane , arriva chés l'Ambaſſadeur,
dès qu'il fut dans la maifon qui lui avoit é
deftinée , & il le complimenta de la
Roy.
50
part du
Un détachement de so hommes monta
la garde chés l'Ambaffadeur , lequel a eu
une pareille Garde pendant tout le tems de
fon féjour à Toulon , dans fon voyage , & à
la Maifon qu'il a occupée dans le Fauxbourg
Saint Antoine à Paris
L'Ambaffadeur partit de Toulon le 7 du
mois de Novembre dans les caroffes que le
Roy avoit fait envoyer d'ici pour lui fervir
&
JUIN:
1742. 851
& à toute fa fuite pendant le voyage . Il arriva
à Lyon le 20 , à Dijon le premier du mois
de Decembre , & le 16 au Fauxbourg Saint
Antoine.
Il a toujours été accompagné dans la route
par differens détachemens des troupes du
Roy : il a été complimenté dans les Villes
de fon paffage , & il y a reçû tous les honneurs
que S. M. avoit ordonné de rendre à
cet Ambaffadeur.
Le 7. Janvier , jour auquel le Roy avoit
fixé l'Entrée publique de l'Ambaffadeur Extraordinaire
du Grand Seigneur à Paris , le
Maréchal de Noailles , & M. de Verneuil ,
Introducteur des Ambaffadeurs , allerent avec
les caroffes de L.M. prendre l'Ambaffadeur aur
Fauxbourg S. Antoine. Après le cérémonial
qui eft en ufage en pareille occafion , l'Ambaffadeur
, le Maréchal de Noailles & l'Introducteur
, étant montés à cheval, l'Ambaſfadeur
fit fon Entrée publique en cette Ville
dans l'ordre fuivant.
La Compagnie des Infpecteurs de Police
à cheval, précedée de Timbales , Trompettes
& Hautbois ; la Compagnie du Guet à cheval
, précedée de Timbales & Trompettes ,
marchant quatre à quatre , M. Duval Commandant
cette Compagnie , étant feul à la
tête ; le caroffe de l'Introducteur , précedé de
quatre chevaux de main, & d'un domestique à
A v cheval
852 MERCURE DE FRANCE
cheval ; fix Gentilshommes du Maréchal de
Noailles, marchant deux à deux ; fon Ecuyers
huit chevaux de main ; deux Suiffes à cheval,
fon caroffe : le Chevalier de Mailly , Meftre
de Camp du Régiment de Dragons de Mailly
, précedé de fes chevaux de main ; les Of
ficiers de ce Régiment , dont les Dragons
marchoient quatre à quatre ; douze chevaux
de main de la Grande & de la Petite Ecurie
du Roy ; fix Interpretes de l'Ambaffadeur , à
cheval , & marchant deux à deux ; trente de
fes Pages ou Officiers , marchant de même ;
quatre Trompet.es de la Chambre du Roy ;
le Chariot fur lequel étoit la Tente que le
Grand Seigneur envoye au Roy ; an Brancard
qui portoit d'autres préfens ; neuf chevaux
que le Grand Seigneur envoye à S. M. &
dont le dernier avoit un harnois très-magnifique
; quatre autres Trompettes de la
Chambre .
>
M. de la Tournelle , Secretaire à la conduite
des Ambaffadeurs , marchant ſeul ; dix
des principaux Officiers de l'Ambaffadeur
deux à deux ; le Maréchal de l'Ambaffade
& le Fils de l'Ambaffadeur ; un fous Ecuyer
de l'Ambaffadeur ; huit chevaux de main
harnachés à la Turque & couverts de Boucliers;
fix Heyduques, marchant deux à deux;
M. de Laria , Interprète du Roy , à cheval.
L'Ambaffadeur , le Maréchal de Noailles à
fa
JUIN. 1742.
853
à fa droite & M. de Verneuil , Introducteur ,
fa gauche , marchant tous trois de front.
Un fous Ecuyer de l'Ambaffadeur , à pied
à la tête de fon cheval , & deux Officiers
des Ecuries du Grand Seigneur à pied aux
deux côtés. L'Ecuyer de l'Ambaffadeur étoit
derriere lui ; fa livrée marchoit en deux files
depuis la croupe de fon cheval ; celles du
Maréchal de Noailles & de l'Introducteur
étoient auprès d'eux ; vingt Maîtres du Régiment
de Beaucaire, Cavalerie, commandés
par un Lieutenant & un Maréchal des Logis,
marchoient fur la droite & fur la gauche de
l'Ambaffadeur.
La Compagnie des Grenadiers à cheval ,
le Marquis de Creil à la tête , marchoit après
l'Ambaffadeur ; le Régiment de Cavalerie de
Beaucaire, le Meftre de Camp & les Officiers
à la tête , venoit enfuite . Le caroffe du Roy
marchoit après le Régiment de Cavalerie ; la
Connétablie étoit aux deux côtés du caroffe
du Roy , lequel étoit fuivi de celui de la Rei
de ceux de Madame la Ducheffe d'Or
leans , du Duc d'Orleans , du Duc de Chartres
, de la Ducheffe de Bourbon , du Comte
de Charolois , du Comte de Clermont , de
la Princeffe de Conty , du Prince de Conty,
de la Ducheffe du Maine , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , de la Comteffe de
Toulouſe , du Duc de Penthievre , & de ce-
A vj lui
,
854 MERCURE DE FRANCE
lui de M. Amelot , Miniftre & Secretaire
d'Etat, ayant le département des affaires Etrangeres.
Un détachement de la Compagnie du
Guet à cheval , fermoit la marche.
L'Ambaffadeur paffa par la grande ruë
du Fauxbourg Saint Antoine , la rue S. Antoine
, la rue Royale , la Place Royale , de
laquelle il fortit par la rue de l'Echarpe ; il
continua fa route par les rues Culture fainte
Catherine , S. Antoine , le Cimetiere Saint
Jean , les rues de la Verrerie , des Lombards,
S. Denis , de la Feronnerie , S. Honoré , du.
Roule , de la Monnoye , le Carrefour des
trois Maries , le Quai de l'Ecole , celui du
Louvre , le Pont Royal , le Quai Məlaquaïs ,
celui de Conty , les rues Dauphine , de la
Comédie Françoife , de Conde , de Vaugirard
, & ayant paflé devant le Palais du Luxembourg
, il arriva à l'Hôtel des Ambaſſadeurs
Extraordinaires , ruë de Tournon .
>
L'Ambaſſadeur trouva fur fon paffage plu-
Geurs Brigades du Guet à cheval & Efcoüades
du Guet à pied ; dans la Place Royale
la Compagnie des Archers de la Ville ; à l'entrée
du Pont Neuf & fur le commencement
du Quai de l'Ecole , la Compagnie du Prevôt
de la Monnoye ,au Carrefour de Buffy ,
celle du Lieutenant de Robe- Courte , & dans
la ruë de Vaugirard , du côté du Palais du
Luxembourg , la Compagnie du Prévôt de
Lorfque
nude.
JUIN. 1742. 855
Lorfque Ambatiaaeur fut defcendu à.
l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires ,
le Maréchal de Noailles l'accompagna jufques
dans la Chambre d'Audience en lui
donnant la main ; il l'établit dans cet Hôtel ,
préparé pour fon logement , & lorfque le
Maréchal de Noailles fe retira , l'Ambaſſadeur
lui fit les honneurs , le vit monter dans fon.
caroffe & partir.
Le 11. Janvier , jour donné par le Roy,
pour l'Audience publique que l'Ambaffadeur
devoit avoir de S. M. le Comte de Brionne
& M. de Verneüil , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent dans les caroffes de Leurs
Majeftés , prendre Saïd Mehemet Pacha à
P'Hotel des Ambaffadeurs Extraordinaires ,.
pour le conduire à Verſailles .
L'Ambaladeur étant arrivé dans l'Avenuë.
du Château à la maifon de M. Bontemps , il
y monta à cheval , pour entrer dans le Château
, & la marche fe fit dans l'ordre fuivant.
Le caroffe de l'Introducteur , précédé comme
il l'avoit été le jour de l'Entrée à Paris ;
deux Gentilshommies du Comte de Brionne ;,
fix chevaux de main ; fon caroſſe ; douze
chevaux de main des deux Ecuries du Roy ;.
les Interpretes de l'Ambaffadeur & fes trente.
Pages ou Officiers , marchant comme à l'En-.
tréesles huit Trompettes de la Chambre ; le Secretaire
à la conduite des Ambaffadeurs , feul
les.
856 MERCURE DE FRANCE
les dix principaux Officiers de l'Ambaffadeur;
le Maréchal de l'Ambaflade , & le Fils de
P'Ambaffadeur. Un Ecuyer précédoit fes huit
chevaux de main , harnachés à la Turque &
couverts de Boucliers. Les Heyduques , le
fous Ecuyer de l'Ambaffadeur & les deux
Officiers des Ecuries du Grand Seigneur ,.
marchoient à pied , comme ils avoient fait à
l'Entrée. L'Interprête du Roy étoit à cheval
devant l'Ambaffadeur , ainfi que le Secretaire
d'Ambaffade , lequel porroit la Lettre du
Grand Seigneur au Roy.
L'Ambaffadeur avoit à fa droite le Comte
de Brionne , à fa gauche M. de Verneüil , Introducteur
des Ambaffadeurs , & ils mar--
choient tous trois de front , la livrée de l'Ambaffadeur
, celle du Comte de Brionne &
celle de l'Introducteur étant auprès d'eux . Le
caroffe du Roy & celui de la Reine fermoient
la marche. Tous les chevaux qui ont fervi en
cette occafion & à l'Entrée , étoient des deux
Ecuries du Roy.
En fortant de la maifon où l'Ambaffadeur
avoit monté à cheval , il trouva le Régiment
des Gardes Françoifes & celui des Gardes
Suiffes ,fous les armes, les Tambours apellant,
les Drapeaux déployés : ces deux Régimens
étoient rangés en bataille dans l'avenue du
Château jufqu'à l'Efplanade , dans laquelle
étoient les détachemens des Gardes du Corps
du
JUIN. 857 1742
du Roy , ceux des Gendarmes & des Chevau
Legers de la Garde , & ceux des deux
Compagnies des Moufquetaires de la Garde,
ces troupes étant en batailles à droite & à
gauche depuis l'avenue jufqu'à la premiere
grille du Château.
Les Compagnies des Gardes Françoiſes &
Suiffes , qui formoient la Garde ordinaire du
Roy , étoient dans l'avant Cour du Château ,
fous les armes , Tambours apellant & Drapeaux
déployés.
L'Ambaffadeurtrouva à la porte de la Cour
du Château les Gardes de la Porte , à leurs
poftes ordinaires , & ceux de la Prévôté de
l'Hôtel , rangés en haye jufqu'à la Sale des
Ambaffadeurs , où l'Ambaffadeur defcendit
de cheval , après avoir fait , fuivant l'ufage ,
le tour de la Cour.
L'Ambaffadeur s'y étant repofé quelque
tems , traverfa la Cour , pour aller à l'Audience
du Roy , étant précédé de tous fes
Officiers , de fes Pages , & fuivi des fes Heyduques
& de fa livrée. Les huit Trompettes
de la Chambre du Roy précedoient l'Ambaffadeur
, qui marchoit entre le Comte de
Brionne & l'Introducteur . Le Secretaire de
l'Ambaffade , portant la Lettre du Grand
Seigneur élevée fur fes mains , & l'Interprete
du Roy , étoient devant l'Ambaffadeur , lequel
fut reçû au bas de l'efcalier qui conduit
au
358 MERCURE DE FRANCE
au grand apartement, par le Marquis de Dreux,
Grand Maître des Ceremonies , & par M.
Defgranges , Maître des Céremonies. Les
Cent Suiffes , leurs Officiers à leur tête
étoient fur l'efcalier , en habits de cérémonie
& la hallebarde à la main .
L'Ambaffadeur fut reçû à la porte de la Sale
des Gardes en dedans , par le Maréchal de
Noailles , Capitaine de la premiere Compagne
des Gardes du Corps , qui étoient en
haye & fous les armes , & étant précedé de
tous les Officiers de fa Maiſon , il traverſa le
grand apartement du Roy , pour arriver à la
Galerie , où S. M. devoit lui donner audience.
On avoit élevé dans le fond de cette Galerie
deux Eftrades , l'une fur l'autre , & le
Trône du Roy étoit placé fur la feconde : on
avoit dreffé fur la droite du Trône , des Gra
dins, lefquels étoient remplis par les Dames;
les Seigneurs de la Cour , & un grand nombre
de perfonnes de diftinction , étoient de
l'autre côté.
Le Roy étoit aflis fur fon Trône , ayant à
fes côtés Monfeigneur le Dauphin & les Princes
de la Maifon Royale . Le Grand- Chambellan
, & le Grand - Maître de la Garderobe
étoient à côté du Trône à la droite. Les Premiers
Gentilshommes de la Chambre étoient
à la gauche . Le Duc de Châtillon & l'ancien
Evêque de Mirepoix étoient derriere Monfeigneur
JUIN. 1742. 855.
Teigneur ic Dauphin , & les Secretaires d'Etat
étoient fur la premiere Eftrade à la droite
du Trône.
Auffi -tôt que l'Ambaffadeur fut arrivé à
l'entrée de la Galerie , & qu'il put être aperçû
du Roy , il fit fa premiere réverence , tenant
la main droite fur fa poitrine , & faiſant
une profonde inclination . Pendant cette réverence
, le Roy fe leva fans fe découvrir.
L'Ambaffadeur s'avança jufqu'au - delà du
milieu de la Galerie , où il fit fa feconde réverence
; il monta enfuite fur l'Estrade , &
étant au bas du degré du Trône , il fit fa troifiéme
réverence , après laquelle le Roy ôta
fon chapeau & le remit fur le champ . L'Ambaffadeur
, qui avoit à fa droite le Comte de
Brionne & le Maréchal de Noailles , & à fa
gauche l'Introducteur , fit au Roy fon compliment
, qui fut expliqué par l'Interprete du
Roy , lequel étoit fur l'Eftrade près de l'Introducteur.
Le Roy répondit à l'Ambaffadeur ,
& après que la réponſe de S. M. eut été expliquée
, le Secretaire de l'Ambaffade monta
fur les marches de la feconde Eftrade , & remit
la Lettre du Grand Seigneur à l'Ambaffadeur
, lequel la préfenta au Roy. S. Majeſté
l'ayant reçûë , la donna à M. Amelot , Mi
niftre & Secretaire d'Etat ayant le Département
des affaires Etrangeres , lequel dans le
moment de l'Audience étoit monté fur la fe-
>
conde
860 MERCURE DE FRANCE
conde Eftrade , & s'étoit avancé auprès du
Trône à la droite du Roy.
L'Ambaffadeur eut enfuite l'honneur de
préfenter à S. M. le Maréchal de l'Ambaffade
& fon Fils. Après cette préfentation ,
l'Ambaffadeur fit une profonde inclination
au Roy , & defcendit les marches du Trône
fans tourner le dos. Le Roy ôta fon chapeau
& le remit fur le champ. L'Ambaffadeur fit
une feconde réverence au bas de la premiere
Eftrade , & la troifiéme à quelque diſtance ,
S. M. étant reftée debout pendant ces trois
réverences. Pendant cette Audience , Monfeigneur
le Dauphin & les Princes demeurerent
toujours découverts .
Y
Après l'Audience du Roy , l'Ambaffadeur
en eut une de Monfeigneur le Dauphin, & il
fut conduit comme il l'avoit été à celle du
Roy. Monfeigneur le Dauphin étoit affis
dans un fauteuil , placé fur une Eftrade &
fous un Dais , il fe leva , lorfque l'Ambaſſadeur
fit fa premiere réverence , & il fe découvrit
un moment lorfque l'Ambaffadeur ar
rivé aux pieds de l'Eftrade , fit fa troifiéme
réverence ; le compliment de l'Ambaſſadeur
& la réponse de Monfeigneur le Dauphin
furent expliqués par l'Interprete du Roy , &
lorfque l'Ambaffadeur cut eû l'honneur de
préfenter à Monfeigeur le Dauphin le Maréchal
de l'Amballade & fon Fils , il repeta les
mêmes
JUIN. 861
1742:
mêmes réverences qu'il avoit faites en arrivant
à cette Audience , dans laquelle il fuivit
le cérémonial obſervé à celle de S. M.
L'Ambaſſadeur étant forti de chés Monfeigneur
le Dauphin , fut conduit par l'Introducteur
dans la petite Galerie de l'apartement
du Roy , où S. M. avoit trouvé bon
qu'on mît la plus grande partie des Préfens
que le Grand Seigneur a envoyés au
Roy , & qui avoient été aportés à Versaillesle
jour précedent. Lorfque l'Ambaffadeur fut
arrivé dans cette Galerie , le Roy qui en fut
averti par l'Introducteur , y paffa , étant accompagné
de M. Amelot : Sa Majefté examina
les Préfens , & parla à l'Ambaſſadeur
avec beaucoup de bonté.
Au fortir de chés le Roy , l'Ambaffadeur
alla en grande céremonie rendre fa vifite au
Cardinal de Fleury , & il y fut conduit par le
Secretaire à la conduite des Ambaffadeurs.
Le Cardinal de Fleury & l'Ambaffadeur entrerent
en même tems par deux portes differentes
dans le Cabinet deftiné à la vifite , &
lorfqu'ils fe joignirent au milieu de ce Cabinet
, le Cardinal de Fleury ôta fon chapeau
& le remit fur le champ. Après le premier
compliment , le Cardinal de Fleury s'étant
mis dans un fauteuil à la place la plus hono
rable , l'Ambaſſadeur qui étoit affis dans un
fauteuil pareil, préfentâ au Cardinal de Fleury
852 MERCURE DE FRANCE
ry une Lettre du Grand Vifir . On aporta enfuite
le caffé & des confitures feches , qui
furent fervies en même tems au Cardinal de
Fleury & à l'Ambaffadeur. Après la vifite
pendant laquelle le Maréchal de l'Ambaffade
& le Fils de l'Ambaffadeur furent préſentés ,
le Cardinal de Fleury & l'Ambaffadeur ſe leverent
, & lorfque ce dernier fe retira , le
Cardinal de Fleury fe découvrit & le vit for- .
tir du Cabinet fans le reconduire.
L'Ambaffadeur fut enfuite traité par les
Officiers du Roy , ainfi que toute fa fuite
& le foir il fut reconduit à l'Hôtel des Am ..
baffadeurs Extraordinaires dans les caroffes
de L M. par M. de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs , avec les cérémonies accoûtumées
L'Ambaffadeur ne fortit point à
cheval de la Cour du Château , comme il y
étoit entré , parce qu'il fit demander au Roy
la grace de l'en difpenfer , ce que S. M. avoit
bien voulu lui accorder.
,
De retour à Paris , l'Ambaffadeur fe prépara
à rendre fes vifites aux Princes du Sang , cependant
il fut acceffible à toutes les Perfonnes
de confidération qui vinrent le vifiter
& qu'il reçût avec toute la politeffe imaginable
; fon Hôtel fut enfin ouvert à tous les
honnêtes Gens qui y viennent encore en foule
, & qui s'en retournent fort fatisfaits en.
toutes manieres. Il reçoit fur tout avec des
égards
•
1
JUIN.
863
1742
égards particuliers les Sçavans & les Gens de
Lettres.
Le Samedi 10. Février , il commença fes
vifites par celle de S. A. S. le Duc d'Orleans ;
ce Prince étant alors à l'Abbaye Ste Geneviéve
, l'Ambaffadeur fut reçû au Palais Royal
par le Duc de Chartres , qui defcendit juf
qu'à la cinquiéme marche de l'efcalier, La
vifite dura environ un quart d'heure , pendant
laquelle le Prince & l'Ambaſſadeur furent
affis chacun dans un fauteuil , vis - à - vis
l'un de l'autre , le Duc de Chartres étant
couvert & n'ôtant fon chapeau que lorsqu'on
nommoit l'Empereur de France & le Grand
Seigneur. Il donna toujours la main à l'Ambaffadeur
, qui fut reconduit jufqu'à fon caroffe
par le Prince , qui le vit partir , après
l'Ambafladeur eut fait un dernier falut
que
debout.
Il continua le lendemain & les jours fuiz
vans fes vifites au Comte de Charolois , au
Comte de Clermont , au Prince de Conty ,
au Prince de Dombes , au Comte d'Eu , &
au Duc de Penthievre . Tout fe paffa de la
même maniere qu'à l'égard du Duc de
Chartres.
L'Ambaffadeur a fait fes vifites avec deux
caroffes ; il étoit dans le premier , accompa
gné du Secretaire à la fuite des Ambaſſadeurs
& de M. de Laria , premier Interprete . Dans le
fecond
864 MERCURE DE FRANCE
fecond caroffe étoient fon Fils & fon Gendre:
a
Les Princes rendant leurs vifites , l'Ambaffadeur
les a reçûs à la defcente du caroffe
dans la Cour de l'Hôtel , & les à conduits
dans une Sale de plein pied , donnant toujours
la main aux Princes , lefquels étoient
couverts , fi ce n'eft en faluant & en parlant
du Roy & du Grand Seigneur.
Comme l'Ambaffadeur eft extrêmément
curieux de belles & de bonnes chofes , &
que fon goût eft excellent , prévenu d'ailleurs
en faveur de la France pour tout ce qui con
cerne les Beaux- Arts , &c. il voit actuellement
tout ce que Paris renferme de plus
confidérable , en commençant par les Temples.
Nous rendrons en tems & lieu un
compte fommaire de toutes ces chofes , &
nous fuivrons ce Miniftre jufqu'au tems de
fon départ pour retourner à Conftantinople.
Cependant pour mettre notre tems à profit
donner aux Lecteurs les inftructions
que nous avons promiſes à l'occaſion de
cette célebre Ambaffade , on trouvera ici
quelques Remarques d'Hiftoire & de Politique,
qui y ont un parfait raport & qui n'ont
jamais été publiées .
& pour
Après la mort de François I. l'Empereur
Charles V. trouva un Rival encore plus redoutable
en la perfonne d'Henri II . fon trèsdigne
Succeffeur. Cependant l'Alliance de
la
1
JUIN. 1742. 865
•
La France avec la Porte Ottomane, qui avoit
commencé fous le Regne précedent , fut
continuée sous ce nouveau Regne , comme
elle l'a été dans tous les fuivans , & telle
qu'elle fubfifte encore aujourd'hui , d'où il a
réfulté un double avantage , d'abord pour la
Religion , qui fous les auſpices de nos Rois,
a été protegée dans toute l'étenduë de l'Empire
Ottoman , les Lieux Saints de la Paleſtine
confervés , &c. & pour le Commerce des
François dans le Levant , dont on ne peut
prefque pas fe paffer , qui a été pareillement
protegé , augmenté & devenu floriffant.
1
Il eft même arrivé que les autres Puiffances
de l'Europe , celles mêmes qui avoient le
plus déclamé contre l'Alliance de la France
avec la Porte , & fur laquelle il fallut toute
P'Eloquence de B. de Montluc pour la juſtifier
auprès d'une très fage République ; ces
mêmes Puiffance , dis - je , ouvrant les yeux
fur leurs propres interêts , ont dans la fuite
fait de pareils Traités d'Alliance & de Commerce
avec le G. S. ayant actuellement à fa
Cour des Miniftres dans le même efprit
avec cette obfervation que les Sujets de ces
differens Princes n'ont fait pendant longtems
le Commerce de Turquie que fous la
Banniere de France , & avec la protection de
l'Ambafladeur du Roy Très Chrétien, lequel
fe mêle feul de tout ce qui concerne notre
Religion
866 MERCURE DE FRANCE
Religion dans les Etats de Sa Hauteffe!
Entrons ici , par maniere de preuve , &
pour fatisfaire plus abondamment la curiofité
des Lecteurs, dans quelque détail au fujet des
differens Miniftres de France , qui ont foûtenu
jufqu'à préfent dans la Capitale de l'Empire
Turc , les intérêts de la Religion , ceux du
Commerce , & la gloire du nom François.
On peut mettre à la tête de tous Antoine
de Rinan , Efpagnol , Gentilhomme de la
Chambre de François I. qui l'employa utilement
dans les premieres Négociations avec
les Miniftres de Soliman II. & qui ayant été
chargé par le même Prince d'une feconde
Ambaffade à la Porte , fut malheureuſement
affaffiné * fur la Riviere de Po , par les Soldats
de la Garniſon de Pavie , que le Marquis du
Guaft Gouverneur du Milanois , avoit
apoftés. Il étoit en compagnie de Céfar Fregofe
, que le même Roy envoyoit vers la République
de Venife , & qui eut le même fort.
,
Sous le Regne d'Henri II.l'Ambaflade de
Conftantinople fut confiée à Gabriel d'Aramont
, Gentilhomme de Gascogne , lequel
après une première Négociation , retourna à
Conftantinople, principalement pour favorifer
Ferdinand de San Severin, Prince de Salerne
, dans le recouvrement du Royaume de
Naples C'eft en faveur de cet Ambaſſadeur
* Mezeray & d'autres Hiftoriens raportent ce Fait.
que
JUIN.
1742: 867
•
que
les Illes d'Hieres en Provence furent érigées
en Marquifat par Lettres du Roy Henri
II . vérifiées au Parlement d'Aix , pour
le tenir en Fief du Roy à certaines charges
& conditions. Varillas , Hift. de Henri II.
P. 200. dit que la Relation de l'Ambaflade
de d'Aramont , eft en Manufcrit dans la Bibliothèque
de M. de Lamoignon.
Quelque tems après , un évenement plus
confidérable engagea Soliman à demander
le renouvellement des Alliances avec la
France . Le Sultan entreprit le Siége de Malthe
par fes Géneraux , Muftapha & Piali,
Pachas; mais » craignant furtout , dit Mezerai
, ( T. III. p 149. ) les armes des
François , fi le bruit des fiennes obligeoit
les Princes Chrétiens de fe liguer contre
lui , il envoya un Chaoux en France , pour
» renouveller les Alliances avec le Roy
( Charles IX. :)) " Le Baron de la Garde ,
qui eut ordre de conduire le Chaoux , le
mena à l'Audience du Roy , qui étoit alors
à Dax , & les Traités furent renouvellés.
N'oublions pas ici que malgré cette Alliance
, la Noblefle Françoife ne perdit point
l'occafion d'un fi fameux Siége , pour fignaler
fon courage & pour acquerir de la gloires
entre les plus diftingués qui s'embar
querent pour cette expédition , notre Hiftorjen
nomme » Philipe Stroffi , fils du
B Maré
868 MERCURE DE , FRANCE
» Maréchal , Briſſac , Bellegarde , Pierre de
» Bourdeilles - Brantome , Hardouin de Villiers
, la Riviere , René Voyer de Paumi
" d'Argenfon,Gouverneur de Tours, & quel-
» ques autres jeunes Seigneurs , dit- il , qui
»y coururent en diligence &c.
>>
On peut mettre ici au nombre des Ambaffades
celébres & confiées à des Perfonmes
autant diftinguées par leur capacité que
par leur haute naiffance , celle de François
de Noailles , Confeiller d'Etat , Evêque de
Dax , que le Roy envoya en 1572. au Sultan
Selim II. fils de Soliman II . Ambaffade
dans laquelle ce Prélat rendit de grands fervices
à la Religion & à toute la Chrétienté .
Ce fut principalement par fon moyen que
les Vénitiens firent leur paix avec le G. S.
après la guerre de Chipres , & c'eft lui qui :
fit juger autentiquement à Vénife la Préféance
de la France fur l'Efpagne. Il a paffé
pour un des plus habiles Négociateurs de
fon tems , dont il a donné de grandes preuves
dans fes Ambaffades de Rome , d'Angleterre
, de Venife , de Conftantinople. Il
étoit le IV. fils de Louis de Noailles & de
Catherine de Pierre- Bufier. Il mourut en
l'année , 1585. & eut pour fucceffeur à l'Evêché
de Dax , Gilles de Noailles , fon frere
puîné. Ce digne frere , qui avoit à peu près
Je même génie , fut d'abord Confeiller au
ParleJUIN
.
1742! 869
Parlement de Guyenne , puis Maître des
Requêtes , enfuite Ambaffadeur en Angleterre
, en Ecoffe , en Pologne & à Conftantinople
; Abbé de l'Ifle , & de Saint Amand.
Il mourut en l'année 1660 .
La France agitée par les Guerres Civiles
du Calvinifme , fuivies des troubles de la
Ligue , ne pouvoit gueres , ce femble , fonger
à entretenir fes Alliances avec la Porte
Ottomane. L'Hiftoire ne parle en effet d'aucone
Ambaffade , depuis celles des deux
Seigneurs de Noailles , jufqu'au Regne de
Henri le Grand : il eft cependant certain que
les Rois Charles IX . & Henry III . ont continué
d'envoyer des Miniftres à Conftantinople
, en faveur particulierement de la Religion
& du Commerce de leurs Sujets.
4.
Nous en avons une preuve certaine dans
l'Hiftoire de Marſeille T. II . L. XIV . ch.
dans lequel chapitre , en continuant de parler
des Hommes Illuftres de cette Ville , l'Auteur
dit que » Chriftophe de Vents , Gentil-
» homme ordinaire du Roy Henri III . étoit
» d'un mérite fi diftingué , qu'en l'année
» 1589. ce Prince l'envoya en Ambaffade à la
Porte, pour traiter avec le G.S. d'affaires im
" portantes , & en particulier pour arrêter les
» Incurfions des Pirates de Barbarie , qui dé-
"foloient le Commerce de France .
Nous ignorons le nom du Prédeceffeur
immédiat
Bij
$76 MERCURE DE FRANCE
immédiat de M. de Vento. Il mériteroit bien
d'être connu , car deux années auparavant, il
avoit foute nu la gloire du nom François &
fon caractére d'Ambaffadeur avec autant d'éclat
& de fermeté , que de fuccès , contre
la prétention des Ambaffadeurs de l'Empereur
, qui entreprirent de le préceder en certaine
* Ceremonie , au préjudice de l'ufage
& de la poffeffion , fondée fur les premiers
Traités. Nous avons une copie écrite en
'Allemand de la Rélation de cette affaire
qui fût très- férieufe , laquelle les Ambaſſadeurs
Impériaux envoyerent à la Cour de
Vienne , pour ſe diſculper d'avoir enfin cedé
à la fermeté du Miniftre François. Cette Rélation
, qu'on peut apeller un Procès-verbal
hiftorique , eft datée de Conftantinople dų
4. Août 1587. & contient un Fait qui mérite
de n'être pas oublié ici , c'eft que Ñ. de Germini
, qui avoit précedé le digne Ambaſſadeur
François , dont nous venons de parler ,
ayant malheureuſement cedé le pas au Miniftre
de l'Empereur , fut condamné en France
d'avoir la tête tranchée , ce qui auroit été éxecuté
, ajoûte la Rélation , mais l'Ambaſſadeur
mourut à Conftantinople peu de tems après.
Chriftophe de Vento , Illuftre Marſeillois
* Cela fe paffa dans l'Eglife des François de Galata
, où les Ambassadeurs vont dans les grandes Fêtes
en Céremonie,
JUIN. 1742. 87*
pat
& d'une Nobleffe diftinguée , cût pour Suc
ceffeur dans cette Ambaffade François Sa
vary , Marquis de Breves & de Maulevrier,
lequel fit un long féjour à Conftantinople.
Il eft à préfumer que M.de Breves s'acquitta
dignement de fon Miniftere , car au retour
de l'Ambaffade , & des voyages dont nous
allons parler , il fut fait Gouverneur du Duc
d'Anjou . Nous ne fçavons point fi ce fut
ordre de la Cour ou pour fatisfaire fa curiofité
qu'il alla de Conftantinople dans le Levant
& en Barbarie , mais nous avons un affés
bon Livre qui porte fon nom , intitulé :
RE ATION des Voyages de M. de Breves ,
tant en Grece, Terre Sainte & Egypte , qu'aux
Royaumes de Tunis & Alger & c. 1. vol. 4.
Paris 1628. C'est dommage que l'Illuftre
Voyageur n'ait pas eû le tems de donner luimême
fon Ouvrage au Public. Il paroît dans
la Préface que fes Mémoires ont été mis en
oeuvre après la mort. On y trouve quelques
inadvertances & deux ou trois défauts de
critique , qu'on peut fort bien mettre fur le
compte des Editeurs.
Mais ce qui doit rendre la Mémoire de M.de
Breves véritablement précieuſe , & ce qu'on
peut apeller fon Ouvrage , c'eft le Traité
d'Alliance & de Commerce qu'il négocia à la
Porte fur la fin de fon Ambaffade , & qu'il
raporta , fans doute lui-même , au Roy fon
Biij Maî
372 MERCURE DE FRANCE
Maître . Il y a lieu de croire que c'est le premier
Traité qui ait été rendu public par l'impreffion
. Nous en avons un Exemplaire , que
nous confervons comme une Piéce , également
curieufe & importante , fur tout pour
le Commerce de la Nation, & pour avoir fervi
de modéle à tous les Traités qui ont été
faits jufqu'à préfent , dans le renouvellement
des Capitulations & c.
Voici d'abord comment il eft intitulé dans
l'Imprimé.
ARTICLES du Traité fait en l'année mil fix
cent quatre , entre HENRI LE GRAND, Roy de
France & de Navarre , & SULTAN AMAT,
Empereur des Turcs. Par l'entremife de Meſfire
François Savary , Seigneur de Breves
Confeiller du Roy en fes Confeils d'Etat &
Privé , lors Ambaſadeur pour ſa Majesté à la
Porte dudit Empereur.
Dans l'Original étoit d'abord le paraphe
ou chiffre du Sultan , en grandes lettres entrelaffées
, qu'on a imité par la gravûre dans
l'impreffion. On y lit ces mots , L'EMPEREUR
AMAT , fils de l'Empereur Mehemet,
toujours victorieux.
Et au deffous eft écrit : MARQUE de la Haute
Famille des Monarques Ottomans , avec la
beauté ,grandeur & fplendeur de laquelle tant
de Paysfont conquis & gouvernés.
Puis le Sultan parle ainfi » Moy , qui fuis
" par
JUIN.
ود
و ر
""
">
"
""
"
17421 873
" par les infinies graces du jufte , grand & »tout puiffant Créateur
, & par l'abondance
» des Miracles
du Chef de fes Prophetes
,
Empereur
des Victorieux
Empereurs
, dif » tributeur
des Couronnes
aux plus grands
» Princes de la Terre , Serviteur
des deux
» très-facrées
Villes , Mecque
& Medine
,' » Protecteur
& Gouverneur
de la Sainte Jé-
» rufalem
; Seigneur
de l'Europe
, Afie , &
Affrique , conquife
avec notre victorieufe
Epée , & épouvantable
Lance. A fçavoir » des Pays & Royaumes
de la Grece , de
» Themefvar
, de Boline , de Seguetvar
, des
Pays & Royaumes
de l'Afie , de la Natolie
, de Caramanie
, de Syrie , d'Egypte
&
» de tous les Pays des Parthes , de Cars , des
Géorgiens
, de la Porte de Fer , de Tifflis , » de Sirvan & du Pays des Tartares
, de Chyde
Diarbek
, d'Alep , de Romanie
, » d'Erzerum
, de Damas , de Babilonne
, de-
»meure des Princes de Coufa , de Baffora ; » de l'Arabie heureufe
, d'Habech
, d'Aden
,
» de Thunis , la Goulette
, Tripoli de Barbarie
, de plufieurs
autres Pays , Villes & Seigneuries
, conquifes
avec notre Puiffan-
»ce Impériale
, Seigneur
des Mers Blanche
» & Noire , & de l'inexpugnable
Fortereffe
d'Agria , de tant d'autres divers Pays , If-
» les , Détroits
, Paffages
, Peuples
, Familles
, Génerations
, & de tant de cent mil-
B iiij » liers
"
"
99
,
74 MERCURE DE FRANCE
99
»liers de victorieux Gens de Guerre , quí
reponfent fous l'obéïffance & juftice de
" Moy , qui fuis L'EMPEREUR AMAT
"fils de l'Empereur Mehemet , de l'Empe-
» reur Amurath , de l'Empereur Selim , de
l'Empereur Soliman , de l'Empereur Se-
» lim , de l'Empereur Bajazeth , de l'Empe
reur Mehemet , de l'Empereur Amurath ,
» & c. Par la grace de DIEU , recours des
» Princes du Monde , & refuge des honora
» bles Empereurs .
ןכ
›
" AU PLUS GLORIEUX , Magnanime , &
Grand Seigneur de la Créance de JESUS.
» élû entre les Princes de la Nation du MES-
» SIE , Médiateur des differends qui furvien-
» nent entre le Peuple Chrétien , Seigneur
» de Grandeur , Majefté & Richeffes , glorieux
Guide des plus grands Princes HEN-
" RI IV. EMPEREUR DE FRANCE ; que la fin
» de fes jours foit heureuſe .
"
Après ce Cérémonial préliminaire le Sultan
continue en ces termes.
"
"
» NOTRE HAUTESSE ayant été priée de la
»part du fieur de Breves , au nom de l'tm
pereur de France , fon Seigneur , comme
fon Confeiller d'Etat , & fon Ambafladeur
ordinaire à notre Porte , de trouver
bon , que les Traités d'Alliances , & les
Capitulations , qui font d'ancienne Mémoire
entre notre Empire & celui de fon-
22 dit
JUIN.
875
1742.
,
dit Souverain Seigneur , fuffent renouvel-
»lées & jurées par notre Hauteffe ; par cette
» confidération & par l'inclination que
» nous avons à conferver cette ancienne
» amitié , nous avons commandé que cette
nouvelle Capitulation foit écrite de la
»teneur qui fuit.
Le Traité entier contient quarante deux
Articles , tous importans & clairement énoncés
; nous n'entrerons point dans leur détail
, nous contentant de nous arrêter fur
quelques - uns qui paroiffent mériter plus
particulierement l'attention des Lecteurs
François ..
-
99
و د
ARTICLE III. » Les Ambaffadeurs qui fe-
→ ront envoyés de la part de SA MAJESTE
» à notre Porte , les Confuls qui feront nom
» més d'elle pour réfider en nos Havres &
Ports , les Marchands, fes Sujets , qui vont
» & viennent par iceux , ne foient inquietés
» en aucune façon que ce foit , mais au con-
» traire reçûs & honorés avec tout le foin qui
» fe doit à la Foi publique ; voulons de plus,
qu'outre l'obfervation de cette notre Ca
pitulation , celle qui fut faite & accordés
"par notre défunt Pere l'Empereur Mehe
met , heureux en fa vie , & * Martyr en fa
و ر
">
* Ce Sultan eft apellé Martyr , parce que fes der--
niers jours furent très - malheureux , & qu'il mourut>
enfin de la Pefte en 1603.
By mort
876 MERCURE DE FRANCE
»mort , foit inviolablement obfervće , & de
» bonne foi .
ور
"
L'ARTICLE IV. confirme ce que nous
avons dit ailleurs , & fait honneur au nom
François . » Les Vénitiens , les Anglois , les Ef-
" pagnols , Portugais , Catalans , Ragufois
» Génois , Florentins , & géneralement tou-
» tes autres Nations quelles qu'elles foient,
» pourront librement venir trafiquer par nos
" Pays , fous l'Aveu & fûreté de la Banniere
» de France , laquelle ils porteront comme
» leur Sauve - Garde , & de cette façon ils
» pourront aller & venir trafiquer par tous
» les Lieux de notre Empire , comme ils y
>> font venus d'ancienneté , obéïffant aux
>> Confuls François qui réfident & demeu-
»rent en nos Havres , & Echelles ..... Vou-
>> lons & commandons auffi que les Sujets
"
dudit Empereur de France , & ceux des
"Princes fes Amis , Alliés , & Conféderés ,
»puiffent fous fon aveu & protection venir
»librement vifiter les SS. Lieux de Jérufa-
» lem , fans qu'il leur foit donné aucun em-
»pêchement. De plus , pour l'honneur &
» amitié d'icelui Empereur , nous voulons
que les Religieux qui demeurent en Jéru-
»falem & fervent l'Eglife de * Coumame
و د
وو
">
* Ou plutôt Comamah : c'est le nom Arabe que
les Mahometans donnent au Temple que les Chré
tiens apellerent la grande Eglife de la Réfurrection ,.
c. bálie par Conftantin.
» c'eftJUIN.
1742. 877
c'eft à dire , le Temple du Saint Sepul-
» chre de notre Seigneur JESUS- CHRIST ,
"y puiffent continuer leur demeure , aller
» & venir fûrement , & fans aucun trouble
» & empêchement , & y foient bien reçûs ,
"protégés , aidés & fecourus en la confi
» dération fufdite.
" ART. V. Derechef , nous voulons &
>> commandons que depuis les Vénitiens &
Anglois , & toutes les autres Nations qui
»font étrangères & alienées de notre Gran-
» de Porte , lefquelles n'y tiennent Ambaffa-
>> deurs , voulans trafiquer en nos Pays , elles
» ayent à y venir fous la banniere & protec-
>> tion de France , fans que jamais Ambaſſa-
» deur d'Angleterre ou autres , ayent la har-
» dieffe de s'en empêcher fous quelque cou-
» leur ou prétexte que ce foit , &c.
" ART. VI. Voulons & ordonnons que
toutes permiffions qui fe trouveront avoir
» été données , ou qui fe pourroient donner
» ci- après par furprife , ou mégarde , contrai
» res à l'Article précédent , foient de nul effet
» & valeur , au contraire que cette préfente
>> Capitulation foit inviolablement gardée &
>> entretenuë.
"
» ART. VII......Nous voulons auffi que ce
qui eft porté par cette notre Capitulation ,
» en faveur & pour la fûreté des François ,
»foit encore dit & entendu en faveur des
B vj
" Na878
MERCURE DE FRANCE
Nations étrangères , qui viennent par nos
Pays ,Terres & Seigneuries fous la banniere
» de France, laquelle banniere elles porteront
» & arboreront pour leur fûreté , & marque
» de leur protection , comme il eft dit ci-
D deffus.
" ART . XVI . Voulons & nous plaît que
» les Interpretes & Truchemens qui fervent
» les Ambaffadeurs d'icelui Empereur de
» France , foient francs & exempts d'impôts
» & de tous fubfides , quels qu'ils foient. •
» ART. XX. Et pour autant qu'icelui Em-
" pereur de France eft entre tous les Rois &
» Princes Chrétiens , le plus noble , & de la
>> plus grande & haute Maifon , & le plus
» parfair Ami que nos Ayeux ayent acquis
» entre lefdits Rois & Princes de la Croyan-
>> ce de JESUS , comme il a été dit ci-deffus
>> en confideration de ce , Nous voulons &
» commandons que fon Ambaffadeur qui
ré notre heureufe Porte , ait la Pré-
» féance fur l'Ambaffa deur d'Espagne , &
>> fur tous ceux des autres Rois ,& Princes "
foit en notre Divan public , ou autres Lieux
» de notre obéiffance où ils fe pourront ren-
..
» contrer.
›
Il y a un Article particulier par lequel les
'Ambaffadeurs de France font déclarés
exempts de toute forte de Droits , foit pour
Etoffes , Meubles , Provifions de leur Maifons
JUIN. 1742.
879
fon ou autrement
même Privilége à l'égard
des Confuls François , Réfidens dans les
Echelles du Levant, avec la Préféance fur les
Confuls des autres Nations.
» ART. XXXII . Se trouvant dans notre
» Empire des Efclaves François , étant recon-
>> nus pour tels des Ambaſſadeurs & Confuls,
>> ceux au pouvoir defquels ils fe trouveront
» faifant refus de les délivrer , foient obligés
» de les amener ou envoyer à notre Porte ,
» afin d'être rendus ainfi & à qui il apar-
» tiendra.
" ART.XXXV. S'il naît quelque conteſta-
»tion ou differend entre des François, c'eſt à
l'Ambaffadeur, ou auxConfuls à les termi-
"ner fans que nos Juges & Officiers puiffent
» s'en mêler , & en prennent aucune con-
» noiffance:
» ART . XLI. Déclarons ceux qui contre-
» viendront à ce notre vouloir , rebelles ,
>> defobéiffans , & perturbateurs du repos pu
» blic , & pour ce , voulons que fans aucune
remife , ils foient condamnês à un grief
» châtiment , étant apréhendés , afin qu'ils
fervent d'exemple à ceux qui auroient en-
» vie de les imiter à mal faire . Et outre la
» promeffe que nous faifons de l'obfervation
» de cette notre Capitulation , nous enten-
>> dons que celles qui ont été faites avec notre
Bifaycul Sultan Soliman , & confécuri
22. Vement
980 MERCURE DE FRANCE
» vement celles qui ont été faites de tems en
» tems par nos Ayeul & Pere, auxquels Dieu
» faffe mifericorde , foient obfervées & en-
» tretenues de bonne foi.
,
l'AART.
XLII . Nous promettons , & jurons
par la verité du Grand DIEU tout- Puiffant
Créateur du Ciel & de la Terre , & par
me de nos Ayeulx & Bifayeulx , de ne contrarier
ni contrevenir à ce qui eft porté par
ce Traité & Capitulation , tant que l'Empereur
de France fera conftant & ferme à la
confervation de notre amitié . Acceptons dès
à préfent la fienne , avec volonté de la tenir
chere & en grande eftime : & telle eft notre
intention & promeffe Imperiale.
ECRIT l'An de l'Hégire 1013. c'est- à - dire
1604. de JESUS CHRIST.
Quand le Roy Henri IV. eut trouvé à propos
de rapeller M. de Breves de fon Ambaffade
, après un long féjour à la Porte Ottomane
, & des fervices importans , ce Grand
Prince nomma le Baron de Salignac pour aller
le relever en cette même qualité. Nous
avons au fujet de ce Seigneur & de fon Ambaffade
les plus amples inftructions , qu'onpuiffe
défirer, dans un gros Volume in-folio ,
qui eft coonfervé dans la Bibliothéque de
l'Abbaye Saint Germain des Prés , parmi les
Manufcrits qui ont apartenu au Chancelier
Seguier , puis au Dac de Coaflin , Evêque
de
JUIN.
1742. 881
de Mets , lequel en mourant en a fait préfent
àcette Abbaye . Ce Manufcrit , qui eft
d'une lecture immenfe, contient auffi des
Relations , des Defcriptions , des Differta
tions , des Faits Hiftoriques , &c . qui paroiffent
venir de bonne main , d'un Auteur , qui
parle de tout en témoin occulaire , & qui
n'a rien épargné pour rendre fon Livre curieux
& intéreffant . Enfin ce Livre pourroit
fort bien être intitulé : Voyage Litteraire de
Conftantinople , de la Grece , de l'Afie Mineure
, de la Palestine & de la Terre Sainte , de
toute la Syrie , de l'Egypte & de la Barbarie ;
de la Sicilè enfin , & d'une partie de l'Italie.
M. de Salignac n'a point fait tous ces
Voyages , mais il avoit mené avec lui à
Conftantinople un homme de Lettres , qui
avoit déja voyagé , & qui voyagea encore de
puis dans tout le Levant , & ailleurs , fous
les aufpices d'un Seigneur qui favorifoit les
Lettres & les Sçavans , qui étoit lui - même
curieux & fçavant. La tentation feroit gran-.
de d'entrer ici dans \quelque détail fur les
principales matiéres , qui rempliffent ce
gros Volume , mais cela nous écarteroit trop
du fujet hiftorique que nous traitons ici : revenons
à l'Ambaffade du Baron de Salignac.
» M. de Salignac , dit notre Auteur au com-
" mencement de fon Livre , Baron dudit
lieu , ayant été norri de tout tems près la
>
»Per82
MERCURE DE FRANCE
د و
39
Perfonne du Grand Roy Henri IV. avec
lequel il fut toujours participant aux loüables
travaux de la Guerre , dont ce grand
Roy avoit prefque toujours été occupé
" toute fa vie , fut en l'année mil fix cent
" quatre expédié de Sa Majefté très -Chré-
"tienne pour être fon Ambaffadeur à Conftantinople
à la Porte ou Cour de Sultan-
Achmet , lors regnant en l'Empire Otto-
" man. Pour cet effet mondit Seigneur de
Salignac ayant donné ordre à fon départ
"de Paris , & reglé fon train , il le fépara en
deux , envoyant l'une partie par l'Italie ,
» l'autre par l'Allemagne avec lui . Il partit
» de Paris le Samedi 4. de Septembre 1604.
" l'an fufdit paffant par la Lorraine , il arriva
"à Nanci le ro. où il fut le bien reçû &
"mieux feftoyé par Son Alteffe de Lorrai-
" ne laquelle le gratifia de fa Compagnie ,.
"pour lui faire voir les fingularités de fa
Ville , favoir l'Arcenal & plufieurs autres
chofes exquifes , dont elle eft enrichie &
» decorée , ce qui étant vû , n'y voulant ſé-
»journer davantage , bien que fon Alteffe
»l'en requît affectionnément , prit congé
» d'elle .....
...s'acheminant par l'Allemagne
où il vit plufieurs Villes & Bourgades de
» Son Alteffe de Baviere , où il fut le bien
» venu & reçû , paffant puis à Saverne ou
» le Capitaine alla recevoir M. l'Ambaf-
» fadeur:
JUIN
.
17422 883
» fadeur à la Porte de la Ville , & le con
>> duifit au Château , où il fut logé & traité
» à l'Allemande avec les fiens . Le jour fui-
» vant, il arriva à Strasbourg , où paffe le fa-
>> meux Fleuve du Rhin , lequel eft traverſé
>> d'un grand Pont de bois de mille ou 1200.
"pas de long , & fut pareillement honora-
»blement reçû du Gouverneur de la Ville.
» Il vifita l'Arcenal , & toutes les fingula
» rités d'icelle les plus remarquables , comme
l'Eglife , la Tour , &c. » Notre Hito
rien fait continuer la route de l'Ambaffadeur
par d'autres Villes d'Allemagne, le faifant
arrêter à Ulme fur le Danube & à Aufbourg,
dont il remarque les fingularités , entre
lefquelles eft , dit - il ,l'excellent & admirable
College des Jefuites , leur Bibliothéque qui
eft incomparable , très fatisfait par - tout de
la reception des Gouverneurs , &c.
>
» Le 23. il palla à Minquen , où pour lors
nétoit le Duc de Baviere , lequel fçachant
>> l'arrivée de M. l'Ambaffadeur , envoya le
>> recevoir par deux de fes Principaux Barons,
» lefquels le conduifirent avec fon train au
» Château , qui fe peut dire l'un des plus
»> fomptueux de toute l'Allemagne , où S. E.
fut magnifiquement traitée & honorée de
» S. A. laquelle le promena ès Lieux les plus
fignalés , comme les Jardins , la Grotte des
» Fontaines, la Sale des Antiques , le Cabines
des
>>
"
4 MERCURE DE FRANCE
des merveilles , lui faifant oüir en icelui
>>fon excellente Mufique , avec infinies au-
» tres raretés..... Il prit congé de S. A. du
>> Prince Albert fon frere , du Cardinal d'Eſt ,
» & de plufieurs Seigneurs dont cette Cour
» eft remplie , la plupart defquels par com-
» mandement du Prince monterent à cheval
» pour conduire S. E. quelque efpace de
chemin , & c .
Après avoir paffé les Alpes il arriva à Veronne
, puis à Padoue le 7. Octobre . Il en
vifita les curiofités , comme le Jardin des
Plantes , le Tombeau de Tite- Live , & c . A
cinq mille de Venife il fut reçû par M. du
Frefne Canaye, Ambaffadeur de France , qui
le conduifit à Vénife dans fa Gondole ; M.
de Salignac trouva en cette Ville l'autre
moitié de fon train , qui s'y étoit renduë
la Bourgogne , le Piemont , &c . L'Hiftorien
décrit fort au long tout ce qui concerne le
féjour fait à Venife , l'Audience du Sénat
donnée aux deux Ambaffadeurs , & c .
par
Enfin M. de Salignac , après avoir refufé
deux Galeres de la République pour le porter
jufqu'à Candie , s'embarqua avec tout fon
monde , chargé d'honneurs & de préfens ,
le 1. Novembre 1604. pour le Voyage de
Conftantinople , fur le Vaiffeau Saint Roch
de Marfeille , commandé par le Capitaine
Pierre Ifnard.
Avan
JUIN
.
885 1742.
Avant que d'entamer le long détail de ce
Voyage , l'Auteur donne une lifte de toutes
les perfonnes qui eurent l'honneur d'entrer
avec lui dans ce Bâtiment , dans laquelle lif
te toute fa Maiſon , jufqu'aux plus bas Officiers
eft fpécifiée . Il nous fuffira de faire ici
mention des perfonnes qui font à la tête de
cette Lifte , à commencer , comme fait notre
Hiftorien , par M. l'Ambaffadeur
, qu'il
qualifie ainfi.
M. Jean de Gontaut de Biron , Baron de
Salignac , Ambaffadeur pour Sa Majesté
Très Chrétienne à Conftantinople .
Jacques de Gontaut Sr du Carlat , frere
dudit Seigneur Ambaffadeur .
Jean de Gontaut , Sr du ...
Nicolas Leídos , Aumônier de l'Ambaſſadeur
, depuis Evêque de Milo .
Henri de Bauveau.
Bernardin d'Aubois.
Pierre de B.on.
Jean Diiern , Allemand .
Ces quatre Gentils hommes fe trouvant à
Venile , voulurent fuivre notre Ambaffadeur.
Ceux qui fuivent , l'avoient accompagné
depuis Paris.
Jean de Campagna.
Henri de Birat , Officier de la Garde-Robe
du Roy.
Jacques de Trillier de la Ferrandiere
Parifien. Jean
$ 86 MERCURE DE FRANCE
Jean de Carbonniere .
Jean Marichal , Chanoine de la Sainte
Chapelle de Paris , Parifien.
Louis Gedouin , premier Secretaire , Parifien.
Jacques Augufte , premier Secretaire , &
depuis Agent.
Louis Denis , Secretaire ordinaire.
Ibrahim Perbanac , Truchement Turc .
Parmi les Officiers , dont on omet ici le
dénombrement , font , un Argentier , un
Chirurgien , un Sommelier , & un Fauconnier.
On feroit un Livre entier , de tout ce qui
eft raporté dans ce Manufcrit , du Voyage de
l'Ambaffadeur , depuis Venife jufqu'à Conf
tantinople , & à l'occafion de ce Voyage.
M. de Salignac s'arrêta particulierement à
Ragufe , puis à Scio , où il fut le Parain du
fils nouveau né d'un Notable de cette Ifle ,
Cérémonie décrite fort au long , à laquelle
affifterent deux Evêques , & qui fut fuivie
de plufieurs réjoüiffances , même d'un Bal à
la maniere des Sciores , qui ont de tout tems
excellé dans la Danfe & dans la Mufique.
Le tems de l'embarquement venu , notre
'Auteur, qui noublie rien , dit, que » M.l'Am
» baffadeur ayant pris congé de fa belle
» Commere , à qui il fit très honnête &
agréable prefent & à fon Filleul ; ordonna
JUIN .
1747 887
99
donna de lui faire délivrer tous les ans la
» fomme de trente fequins , pris des deniers
qui proviennent du droit de fon Ambaffade
, que les Confuls retirent , dont il fut
» toujours payé jufques à la mort du Sei-
» gneur Ambaffadeur , lequel ayant fatisfait
» à tous , s'achemina à cheval au Port avec
grand compagnie.
Ce cortege & les autres circonstances de
l'embarquement font détaillés dans le Chapitre
qui fuit. Le précis eft , que notre Ambaffadeur
fut accompagné & conduit au
Port par les Confuls de France & d'Angleterre
, par le Seigneur Nicolas Mifaqui ,
Pere de fon Filleul , chés qui il avoit logé ,
& par quantité de Gens de qualité , & qu'enfin
le Vaiffeau prêt à mettre à la voile , falua
la Ville de plufieurs coups de canon .
Nous paffons le récit de la fuite de cette Navigation
& les remarques de l'Auteur fur les
principales Ifles de l'Archipel , & c. pour dire
qufituée
au commencement du Canal de que le Vaiffeau arriva enfin vers l'Ifle de Tene
dos ,
l'Hellefpont , aujourd'hui les Dardanelles .
Cette Ifle , les ruines de Troyes , le Fleuve
Scamandre , & c . fourniffent ici une ample
matiere à notre Amateur des Antiquités
Hiftoriques ou Fabuleuſes.
Après avoir paffé les Châteaux des Darda,
melles , le Vaiffeau fut obligé de moüiller
dang
888 MERCURE DE FRANCE
les
dans le petit Port de Nacara , du côté de
l'Afie , & les vents contraires continuant de
foufler , on fut forcé d'y refter àl'ancre 17.
jours entiers , pendant lequel tems ,
Commandans des Châteaux , envoyerent
complimenter M. l'Ambaſſadeur , & firent
porter à fon bord quantité de rafraîchiffemens.
Les jours fuivans , ils vinrent eux - mêmes
le vifiter & lui offrir le plaifir de la
Chaffe , ce qui fut accepté & exécuté avec
toute la fatisfaction poffible , nul Pays au
Monde n'étant plus fertile en bon Gibier
que celui là ; c'eft la Phrygie des Anciens.
Durant ce féjour forcé , le Vaiffeau qui
portoit le Bayle ou l'Ambaffadeur de Vénife,
venant de Conftantinople , de retour de fon
Ambaffade , vint moüiller auprès du Vaiſſeau
François . Le Seigneur Vénitien envoya faire
compliment à M. de Salignac , par le * Conful
de Galipoli qu'il avoit fur fon bord , à
quoi notre Ambaffadeur répondit par une
démarche pareille. De plus , l'Ambaſſadeur
Vénitien voulut bien fe charger d'un Paquet
important pour remettre à l'Ambaffadeur du
Roy auprès de la République , lequel devoit
l'envoyer à la Cour de France de la part de
M. de Salignac.
* Ce Conful étoit un Religieux de l'Ordre de faint
François , homme , dit l'Auteur , de grande eftime
autoritépar tous ces Lieux.
Cependant
JUIN.. 1742. 889
Cependant M. de Breves ayant apris à
Conftantinople que fon Succeffeur étoit arrivé,
& détenu dans le Canal , par le mauvais
tems , » lui envoya un Gentil homme François
, qui étoit M. de Guron l'un de fes
amis , accompagné du Seigneur Dominique
» Fornetti , Interprete du Roy , avec un
» Chaoux & un Janiffaire , & Lettre dudit
» Seigneur de Breves , & Commandement du
>> Grand Seigneur au Capitan Pacha , lequel
» étoit en Mer avec l'Armée , fçavoir à Rho-
» des attendant le bon tems , à ce qu'il eût
» à affifter & faire ordonner deux Galeres au-
>> dit Seigneur Ambaffadeur , pour le con-
» duire lui & les fiens à Conftantinople ,
» comme fut fait peu après.
>
L'Auteur interrompt ici fa narration pour
faire une longue digreffion fur les Châteaux
des Dardanelles , nommés anciennement
Ceftos & Abydos , qu'il alla vifiter , profitant
de la curiofité du Gentilhomme envoyé
par M. de Breves , qui voulut les voir , &
de la continuation du mauvais tems. L'Hif
toire & la Fable , l'Antique & le Moderne ;
font mis en oeuvre pour former une Differtation
que nous prenons la liberté d'omettre
ainfi que tout ce qui regarde le Mont Athos
dont la Defcription Hiſtorique pourra trouver
fa place ailleurs.
Revenons avec l'Auteur aux deux Galeres
890 MERCURE DE FRANCE!
Turques que l'Amiral du G.S. envoya joindre
le Vaiffeau Marſeillois , déja tout apareillé &
prêt à partir du Port de Nacara. L'Ambaffaeur
quoiqu'invité de monter fur une des Galeres
, ne voulut point quitter fon bord , mais la
foibleffe du vent , quoique favorable , obligea
de faire remorquer le Vaiffeau par, les
Galeres , jufqu'au Port de Galipoli , Ville
fituée à l'embouchure de la Propontide , ou
commencement du Canal de l'Hellefpont ,
du côté Oriental ; laiffons difcourir ici notre
Hiftorien fur l'état Ancien & Moderne de
Galipoli , fur l'étimologie de fon nom , dont
il fait honneur aux Anciens Gaulois , & c.
C'est à Galipoli qu'on voit le Tombeau du
Sultan Bajazet , auprès duquel eft une fort
belle Moſquée , & ceux de Sinan Pacha ,
qui prit Galipoli , & de quelques autres
Géneraux Turcs.
C'est dans le Port de Galipoli , que le Baron
de Salignac quitta tout - à - fait ſon Vaiffeau
, pour s'embarquer avec deux de ſes
Gentilshommes , & quatre Officiers les plus
neceffaires fur la Galere d'Aly Rais , après
avoir amplement gratifié le bon Perc Francifcain
, Conful de Galipoli , chés lequel il
avoit logé.
Nous paffons fous filence les divers contre
tems du refte de cette Navigation , qui
obligerent les Galeres de l'Ambaffadeur
de
JUIN
. 1742
891
de revenir deux fois à Galipoli , pour dire
qu'après leur arrivée à l'Ile de Marmara
& quatre jours de féjour , elles arriverent
enfin aux Ifles Rouges , à dix huit milles de
diftance de Conftantinople , où les deux
Galeres retournerent , M. de Salignac comptant
de s'y rendre fur fon propre Vaiffeau.
Comme on étoit dans l'attente de ce Vaiffeau
, on vit arriver à ces Ifles deux autres
Galeres que M. de Breves avoit obtenû , dans
P'une defquelles étoit embarqué M. du Hallier
, fils de M. de Vitry , pour complimenter
de nouveau , & pour recevoir le Baron de
Salignac de la part de M. de Breves . Le nouvel
Ambaffadeur , M. du Hallier , & toute
fa fuite qui n'étoit pas petite , dit l'Auteur
, s'embarquerent auffi- tôt fur les deux
Galeres , & arriverent heureuſement ſur le
foir du fixième jour de Janvier 1605. dans
le Port de Conftantinople , où elles moüillerent
à l'Echelle de Topana , après avoir
tiré plufieurs coups de canon & arboré
leurs Etendarts , Flâmes & Banderoles , & c .
,
On trouva au débarquement plufieurs chevaux
envoyés par M. de Breves , fur lesquels
on monta , & l'Ambaffadeur fe rendit en
grand cortége au Palais de France. L'Auteur
décrit fort au long , la Reception de M. de
Salignac par M. de Breves , les fuites de cette
Reception , & toutes les politeffes de l'an-
C cien
892 MERCURE DE FRANCE
cien Ambaſſadeur , qui le régala de nouveau
& toute fa Suite dans ce Palais , pendant
plus d'un mois , & c.
Le Vaiffeau François arriva cependant à
Conftantinople , le 13. Janvier . L'Auteur
étoit embarqué deffus , ce qui donne lieu à
une longue Narration , fur l'état ancien &
moderne de toutes les Villes & Lieux remarquables
fitués fur les Côtes de l'Hellef
pont , depuis Galipoli jufqu'à Conftantinople
, en y comprenant les Illes de cette
fameufe Mer. Il finit , en remarquant que
le Voyage de l'Ambaffadeur , depuis le départ
de Paris jufqu'à Conftantinople , fût de
fix mois entiers.
Quelques jours après , nos Ambaſſadeurs
allerent rendre vifite au Grand Vifir , c'étoit
comme le préliminaire de l'Audience du
Grand Seigneur ,, qui leur fût accordée à la
premiere demande. Tout cela eft décrit
fort au long dans notre Manufcrit. M. de
Breves étoit à la droite , comme ancien
Ambaffadeur , & comme prêt à partir ,
il reçût quelques préfens d'Etoffes & de Porcelaines
précieufes , de la part du Grand
Seigneur. A la fin de l'Audience , M. de
Breves donna la main à M. de Salignac . Le
premier n'ayant , pour ainfi dire , plus de
fonction , & c.
Notre Ambaffadeur fit enfuite les vifites
ассой.
JUIN
893 1742.
accoûtumées aux principaux Officiers de la
Porte , & enfin aux Ambaffadeurs des Prinqui,
les rendirent peu de
ces Chrétiens
tems après.
.
Laiffons ici notre Hiftorien s'engager dans
un grand détail fur tout ce qui regarde la
fameufe Ville de Conftantinople. Détail ,
qui commence par la Fondation de Byzance
& qui mene un Lecteur extrêmément
loin , car tout ce qui concerne le Gouvernement
de l'Empire Turc , le Serrail du
Grand Seigneur , & c. y eft compris. L'Auteur
revient cependant à ſon féjour au Palais
de France. Mais il ne parle plus de M. de
Breves , que nous avons quelque interêt de
ne pas perdre fitôt de vûë.
Il nous est tombé depuis peu entre les
mains une Edition de la Relation de fes
Voyages , qui nous a parû plus exacte &
plus inftructive , que celle dont nous avons
ci-devant parlé , nous allons en extraire ce
qui concerne directement ce fujet. L'Auteur
commence ainfi .
Après que par l'efpace de vingt deux
» années , M. de Breves eût réfidé Ambaf-
» fadeur à la Porte du Grand Seigneur , avec
» toute la dignité pour la France , le juge-
» ment , l'honneur , & le bonheur en tou-
» tes chofes qu'on fçauroit fouhaiter le
Roy cftimant fa vertu , & le voulant
Cij em .
,
894 MERCURE DE FRANCE
»
>>
>>
>>
employer en de plus importantes affaires
le rapella dès le commencement de l'année
1606. mais avec ordre de faire plainte
au Grand Seigneur , des Incurfions que
" les Corfaires de fes Royaumes de Tunis
» & d'Alger faifoient continuellement fur
» les Vaiffeaux François , & Sujets de Sa
" Majefté. Sa Remontrance mife en confi-
» dération par le Sultan , il en obtint tous
" les Commandemens les plus favorables
» qu'il défira , & pour les préfenter avec
» créance , & avec plus de poids aux Vice-
>> rois & à la Milice qui étoit fur les Lieux
» il fut accompagné d'un Officier Turc , qui
» avoit grand crédit à la Porte,
» La dévotion dudit Seigneur de Breves à
» notre Religion , & le défir de fçavoir &
connoître à l'oeil ce qui peut fervir à ſon
» Roy , à fa Patrie & à foi - même , le fit
» réfoudre avant que de paffer en Barbarie ,
» de vifiter la Terre Sainte , & remarquer
» en fa Navigation , les Côtes Maritimes
» de l'Afie & d'Afrique , les Ifles de l'Ar-
» chipel & le Royaume d'Egypte. Pour
» cet effet , l'an 1605. le quinziéme jour de
O Mai , à neuf heures du foir , nous nous
embarquâmes fur le Galion dudit Seigneur
» de Breves , qui étoit fur le fer à la Plage
» de Pera lez Conftantinople , & le lende-
» main à huit heures du matin , nous fimes
>>
voile
JUIN. 89 $ 17421
» voile , en brave & pompeux Equipage ,
» les Etendarts & Bannieres arborés en divers
endroits du Vaiffeau , les Trompettes
» fonnant , Tambours battant , & avec for-
» ce falves d'efcopeterie , après lefquelles fu-
>> rent tirées trente volées de canons , de-
» vant le Serrail du Grand Seigneur .
Tous ces longs Voyages font divifés en
deux Parties , dont la premier comprend celui
de Conftantinople à Jérufalem , Egypte
Barbarie , & la feconde fon départ d'Egypte,
fes Négociations à Tunis & Alger , &ſon retour
en France. Il arriva heureufement à
Marſeille le 18. Novembre 1605 .
A la fuite de la Relation , titre géneral du
Livre , eft la Traduction du Traité fait en
1604. entre Henri le Grand & le Sultan
Achmet , dont nous avons parlé ci - devant :
ce Traité eft accompagné de quelques notes
, qui aprennent que M. de Breves avoit
fait renouveller les Traités , ou la Capitulation
fous les Regnes des Empereurs Amurat ,
Mehemet , & Achmet.
On y voit auffi que M. de Germini , Prédeceffeur
de M. de Breves , fous le Regne
du Roy Henri III . n'eut pas affés d'industrie
ou de fermeté pour s'opofer aux entrepriſes
des Anglois , qui étoient toujours venus négocier
en Turquie ſous la Banniere de France
, & fous la Protection de nos Ambafla-
C iij deurs,
96 MERCURE DE FRANCE
deurs, ce qui confirme ce que nous avons ra→
porté ailleurs de ce M. de Germini qui avoit
cedé le pas aux Miniftres de l'Empereur , & c.
M. de Breves ajoûte que pour ce qui concerne
les Anglois , il y avoit remedié. » Par le
» moyen , dit- il , de l'intelligence que j'avois
» avec les Principaux Miniftres du Grand
Seigneur , je fis révoquer tout ce qui leur
»avoit été concedé contre l'honneur de no-
» tre Etendart , comme il fe verra par les 4.
» 5. & 6. Articles de la Capitulation.
Il parle auffi de ce qui concerne nos Religieux
, ayant la garde de Saint Sépulchre, &
les Pelerins , qui le vont vifiter , lefquels doivent
à l'avenir être protegés & à couvert de
toute infulte , avanie , &c.
Enfin on fait obferver toutes les précautions
, qu'on a prifes dans ce dernier Traité
pour rendre le Commerce des François plus
protegé & plus floriffant que jamais .
Suit un autre DISCOURS fur l'Alliance qu'a
le Roy avec le Grand Seigneur , & de l'utilité
qu'elle aporte à la Chretienté fait par M.
de Breves . Dans ce Difcours , on reconnoît
un homme parfaitement inftruit & qui penſe
jufte fur tout ce qu'il a entrepris de traiter.
A ce dernier Difcours font ajoûtés , par
maniere de preuves , trois Brefs du Pape
Clement VIII. adreffés à M. de Breves durant
fon Ambaffade , & trois Actes des Pe-.
IGS.
JUIN.
1742. 897
res Gardiens de Jérufalem & de Conftanti
nople , qui témoignent combien eft utile la
Protection de fa Majeſté , non - feulement
aux Religieux qui fervent les Saints Lieux ,
mais à tous ceux qui ont dévotion de les vi
fiter , & à toute la Chrétienté .
Le fecond de ces Actes , daté de Pera lez-
Conftantinople , le 22. Decembre 1604 écrit
en Langue Italienne , eft figné en premier
lieu de cette maniere : Frater Joannes Andreas
Carga,Venetus, Pradicator Generalis, &
Vicarius Generalis Congregationis Conftantinopolitana,
Ordinis Prædicatorum, fuivent les
fignatures de deux autres Religieux Francif
cains conftitués en charge.
On trouve enfuite dans le même Livre ,
quelques autres Piéces curieufes , dont il n'y
en a qu'une qui regarde M. de Breves , &
qui n'apartient point au fujet que nous traitons
, mais qui aprend que ce Seigneur vivoit
encore en l'année 1618. Ce Livre eft
imprimé à Paris 1. vol. 4° . chés Nicolas Gaffe
en l'année 1628. & dédié à M.Camille Savary,
fieur d'Auvoir, Confeiller & Aumônier Ordinaire
de la Reine Mere du Roy , Abbé de
Saint Pierre de Montmajour lez - Arles. Il contient
environ 700. pages.
Il eft tems de revenir au Baron de Salignac
, Succeffeur de M. de Breves , lequel
ne fournit pas une fi longue carriere , car
Ciiij nos
898 MERCURE DE FRANCE
nos Mémoires nous aprennent qu'après s'être
acquitté très dignement de fon Miniſtere ,
il mourut à Conftantinople en l'année 1610.
C'est ici le lieu de rendre juftice à la vérité
, & de réparer une méprife qui fe trouve
dans le Mercure du Mois de Septembre
1735. page 2119. où à l'occaſion du Mariage
du Marquis de Salignac , de la Province
de Limoufin, on a fait le Baron de Salignac
dont il s'agit ici , de la Maiſon de Salignac,
la Mothe Fenelon. La méprife paroît excufable.
Nous en avons été avertis par M. le
Marquis de Bonac au retourde fon Ambaſſade
de Turquie , & depuis M. le Marquis
de Villeneuve fon Succeffeur dans la même
Ambaffade , a bien voulu nous confirmer
la vérité du fait , en nous envoyant .
l'Epitaphe de ce Seigneur qu'il fit copier par
un de fes Secrétaires , fur fon Tombeau de
Marbre dans l'Eglife des Jefuites de Pera.
C'est par là que nous finirons cet Article .
ILLmo. Exxmo. D. D. JOANNI DE GONTAUT
, DE BIRON , BARONI DE SALAGNAC
REG. CHRISTmi. GALLIARUM ORATORI •
APUD IMPERem. OTTHOMNUM. TUMULUM
HIC SUIS SUMPTIBUS FACIENDUM CURAVIT
LUDOVICUS GEDOYN , BENEFICIORUM ACCEPTORUM
MEMOR.
Obiit natus annos LVII . die XII , Octob , anno
M. DC. X. On
JUIN
,
899
1742
.
On y voit l'Ecu de fes Armes , qui font
écartelées d'or de Gueules , qui eft Biron , &
fur le tout d'or à 3. bandes de Sinople , (a)
qui eft Salignac ou Salagnac.
Le Baron de Salignac ne fut pas fi tôt remplacé
dans l'Ambaffade de Conftantinople ;
il mourut , comme on vient de le voir , peu
de tems après l'affreufe catastrophe , qui enleva
à la France l'un de fes plus Grands Rois.
Il paroît cependant que la Porte Ottomane
faifoit toujours un grand cas de notre Alliance
, & qu'elle la cultivoit dans toutes les
occafions. On lit dans le 3. Tome de l'Abbregé
Chronologique de l'Hiftoire de France
de Mezeray p. 1421. qu'étant né au Roy
un fecond fils au mois d'Avril de l'année
1607. lequel prit le titre de Duc d'Orleans ,
il vint un Chaoux de Conftantinople , comme
le Roy étoit à Fontainebleau , ' qui lui aportà
un compliment , & des Lettres de la part du
Grand Seigneur Achmet I. & non pas Mehemet
, comme le dit Mezeray par une méprife
remarquable dans un Auteur fi exact.
Ce ne fut donc que fous la Minorité de
Louis XIII. que la Cour fongea à l'Ambaf
fade de Conftantinople. Achilles de Harlay
(a ) On trouve deux Alliances entre les Maifons de
Gontaut & de Salignac . 1 ° . Gafton de Gontant épousa
en 1456. Catherine de Salignac. 2 ° .Armand de Gontaut
épousa vers l'année 1583. Jeanne de Salignac.
Hiftoire Génealogique , &c. du P. " Anfelme.
Cv Marquis
900 MERCURE DE FRANCE
Marquis de Sancy , y fut nommé ; on ne
pouvoit guere mieux choifir. Il étoit fils
puîné de Nicolas de Harlay de Sancy
Sur-Intendant des Finances , qui rendit de fi
grands fervices à Henri IV. Il fut d'abord
Abbé de Saint Benoît fur Loire , de Villeloin
, & de Chateliers, nommé enfin à l'Evêché
de Lavaur. Son aîné étant mort , il quitta
l'Etat Eccléfiaftique & fe fit connoître fous.
le nom de Marquis de Sancy ; peu de tems
après la Cour l'envoya à Conftantinople , où
il demeura dix années. Comme il étoit fçavant
, prefqu'en en tout genre , & qu'il aprit
les Langues durant fon féjour , il ramaffa un.
grand nombre de Manufcrits , qu'il fit chercher
dans le Levant, & en toutes les Langues
Orientales , tant fur l'Ecriture Sainte ,
les Peres , & l'Hiftoire de l'Eglife , que fur
d'autres matiéres. Le plus curieux & le plus
important de tous ces Manufcrits. eft fansdoute
le Pantateuque Samaritain , qui a fait
tant de bruit dans le Monde Sçavant , &
que le P. Morin de l'Oratoire a donné au
Public avec fes remarques.
De retour de fon Ambaffade , M. de Sancy
reprit l'Etat Eccléfiaftique & entra dans la
Congrégation de l'Oratoire. Il fut un des
douze Prêtres qui accompagnerent en Angleterre
le Pere de Berulle , Instituteur
de cette Congrégation , Premier Géne-
23
xal
JUIN. 1742. 901
>
ral , & enfuite Cardinal. Après la mort de
M. de Berulle , le P. de Sancy fut propofé
pour être fon Succeffeur au Géneralat . Il fut
Supérieur en plufieurs Maiſons , à celle de
Saint Honoré , & nommé en 1631. Evêque
de Saint Malo , où il mourut en 1646. Il a
compofé plufieurs Ouvrages , la plûpart Ma--
nufcrits, entre- autres une curieufe Relation de
la mort tragique du Sultan Ibrahim I. Frere
puîné d'Amurath , IV.
M. de Sancy eut pour Succeffeur à l'Am
baffade de Conftantinople , le Comte de
Marcheville. On aprend par la Vie de M..
de Chafteuil, furnommé le Solitaire du Mont-
Liban , imprimée à Paris , chés le Petit. en
1666.. » que M. de Marcheville aimoit les
» Sçavans ; il avoit déja engagé Gaffendi &
>> plufieurs autres dans le même Voyage , &
>> il voulut mettre auffi M. Defcartes de la
» partie ; mais celui ci s'en excufa fur fes oc-
>> cupations , & d'autres raifons empêche-
» rent Gaffendi & quelques autres , d'être
>> du Voyage.
» Pendant que tout fe difpofoit pour l'em--
Barquement , continue l'Auteur , Mef
>> fieurs de Peirefc , & de Chafteuil régale--
>> rent magnifiquement l'Ambaffadeur à Bau-
» gency. On attendoit encore Mrs Hofte--
nieus & Bochard , autres Sçavans de répu
» tation ; mais ils n'arriverent pas affés à tems..
Cvj L'Amba
902 MERCURE DE FRANCE
L'Ambaffadeur s'embarqua enfin à Mar
feille avec M. de Chaſteuil le vingt Juillet
1631 .
C'est tout ce que nous avons pû aprendre au
fujer de M. de Marcheville & de fon Ambaffade.
Celle de Philipe de Harlay , Comte de
Cefy fuit dans nos Mémoires. Ce Seigneur
avoit épousé en 1610. De . Marie de Bethune,
Fille de Florenfac de Bethune , Seigneur de
Congis ; fon nom eft encore célebre dans
les Archives du Commerce du Levant , par
la grande protection qu'il lui accorda durant
tout le tems de fon Ambaffade , qui fut de
vingt - quatre ans . Il mourut en 1652. & eut
pour Succeffeur N. de la Haye Vantelet
, Maître des Requêtes. , Ce nouveau Miniftre
partit de Marfeille vers l'année 1642 .
& mena avec lui fon fils aîné , qui s'inftruifit
parfaitement de la Politique des Turcs ,
&c. & mérita dans la fuite de fucceder à fon
Pere dans le même Ministére . C'eſt fous M.
de la Haye le Fils , que vint en France Soliman
Aga Muteferaca , Envoyé au feu Roy,
par
de Sultan Mehemet IV. L'Ambaffadeur
arriva au mois de Juillet 1669. & ne partit
de Paris, pour s'en retourner qu'au mois de
Mai de l'année fuivante.
Il eft remarquable que prefque tous les
Ambaffadeurs de France envoyés à la Porte ,
Ottomane , ont été Amateurs des Lettres
&
JUIN. 1742 903
& des Beaux Arts , Protecteurs des Sçavans ,
& encore plus , Protecteurs de la Réligion
& du Commerce .
Cela s'eft particulierement rencontré en la
perfonne du Marquis de Nointel , Charles-
François Olier , Confeiller au Parlement de
Paris , & Succeffeur de M. de la Haye le
fils , Homme qui avoit de vaftes connoiffan
ces , des vûës étendues , grand Amateur du
Bien Public , & en particulier de la gloire
du nom François . Le Chevalier d'Arvieux ,
qui certainement ne l'aimoit pas , pour des
raifons d'interêt & de jaloufie , qu'il nous
aprend lui -même , après avoir fait un certain
portrait de M. de Nointel dans fes Mémoires
, publiés en 1735. par le P. Labat ,
le finit en convenant qu'il étoit fçavant , fort
fage , fort pofé , & fort homme de bien.
Mémoires du Chevalier d'Arvieux T. IV.
P. 243.
M. de Nointel fut nommé au commencement
de l'année 1670 dans le tems de
l'Ambaffade de Soliman Aga . Il alla lui rendre
viſite , à la fin de laquelle Soliman fit
préfent à l'Ambaffadeur François d'un parfaitement
beau Mouchoir enrichi d'une excellente
broderie d'or.
Le Miniftre Turc rendit cette vifite deux
jours après. Elle, dura deux heures entieres
parce qu'elle fut interrompuë par une magnifique
904 MERCURE DE FRANCE
fique collation , & avant que de fe féparer,
M. de Nointel fit préfent d'une très - belle
Montre à Soliman Aga..
Les deux Ambaffadeurs refterent encore
deux mois à Paris , à donner ordre à leurs
équipages . On travailloit cependant au Bureau
de M. de Lionne aux inftructions de M.
de Nointel , & afin que l'Envoyé Turc , qui
devoit partir avec l'Ambaffadeur de France
s'ennuyât moins , on lui fit voir tout qu'il y
avoit de beau & de curieux à Paris & aux
environs. Le Chevalier d'Arvieux entre làdeffus
dans un grand détail , qui paroît ich
inutile.
›
Quelques jours avant le départ , Soliman
Aga alla à Saint Germain prendre congé de
M. de Lionne , après quoi il eut l'honneur
de faluer le Roy , dans le tems que fa Majefté
montoit à cheval pour aller à la chaffe
» Je lui fervis d'Interprete , dit le Chevalier
» D. le Roy le reçût gracieufement & lui dit
» que fon Miniftre lui remettroit la Lettre
» qu'il écrivoit au Grand Seigneur , en ré-
» ponſe de celle qu'il lui avoit aportée..
» J'eus ordre de le préfenter aux Enfans de
» France , & enfuite je lui fis voir tous les
» Apartemens du Château . › On lui fit voir
» la Garde-Robe du Roy ,fon petit Cabinet ,
» les Pierreries de la Couronne , parmi lef-
» quelles eft le fameux Diamant, nommé lè
Sancy,»
A JUIN. 1742: 90
·
» Sancy , du nom de l'Ambaffadeur dont on a
» parlé ci devant , qui en fit l'acquifition pour
» le Roy à Conftantinople , » & géneralement
» tout ce qu'il y avoit de beau , de riche &
» de curieux dans cette Maifon Royale.
.
» Enfin M. de Nointel prit congé du Roy
» & des Miniftres. Il reçût fes dépêches , &
»il fe mir en chemin avec Soliman Aga..
»M. de la Gibertie , Gentilhomme Ordinai-
» re , eut ordre de le conduire juſqu'aux.
» Vaiffeaux. Les deux Ambaffadeurs fe fépa-
»rerent à Aix. Soliman alla droit à Toulon ,
» & M. de Nointel alla droit à Marſeille ,
"pour s'y faire reconnoître dans fa nouvelle
qualité , &c.
وو
Ce que M. D. ajoûte à l'occaſion de la vië
fite que lui rendirent les Fchevins de Marfeille
, ne mérite pas d'être raporté. On y
aperçoit trop un certain efprit d'interêt perfonnel
, & de mécontentement qui fait fou
vent ,voir les chofes autrement qu'elles nefont.
De Marſeille , M. de Nointel fe rendit à
Toulon , où Soliman l'attendoit avec impa
rience , & où ils s'embarquerent enfin le 21 .
Août 1670. au bruit de l'Artillerie , & on,
mit à la voile le lendemain . L'Efcadre étoit
compofée de quatre Vaiffeaux de Guerre ,
commandés par M. d'Apremont.
C'est dommage que M. Galland , que M.
Ambaffadeur emmena avec lui , pour le
fujet
906 MERCURE DE FRANCE
fujet particulier que nous dirons dans la fuite ,
foit mort fans avoir publié la Relation de fes
Voyages ; nous aurions eu le plaifir d'en extraire
ce qu'il y a de plus curieux dans celle
qui concerne le Voyage de M. de Nointel
de Marſeille à Conftantinople , véritable
Voyage Litteraire , dont la lecture fera quelque
jour plaifir aux Amateurs de la belle
Antiquité.
Dedommageons- nous, s'il eft poffible , en
entrant plus directement dans notre fujet ,
par la Relation de l'Arrivée , & de la Reception
de M. de Nointel à Conftantinople ,
en qualité d'Ambaffadeur de France . Elle fe
trouve dans le même Tome des Mémoires
de M. d'Arvieux , p . 254 .
On réçût enfin , dit- il , des nouvelles de
M. de Nointel . J'en ai vû la Relation en
original , & je crois faire plaifir aux Lecteurs
de la leur donner entière .
Les quatre Vaiffeaux du Roy , qui portoient
M. de Nointel & Soliman Aga , étant
arrivés aux Ifles des Princes , devant Conftantinople,
le 22. Octobre 1670. M. d'Apremont
qui les commandoit , envoya dire au
Caïmacan , qu'il avoit des ordres exprès de
ne point faluer le Serrail ni la Ville , à
moins qu'il ne fût aſſûré que l'un & l'autre
lui rendroient le falut. I envoya faire ce
compliment par fon premier Lieutenant ,
accom-
1
JUIN. 1742: ༡༠༡
accompagné du fieur de la Fontaine , Drogman
de l'Ambaffade . Ils eurent Audience fur
le champ , & raporterent que le Caïmacan
avoit été furpris de cette propofition ; qu'il
avoit affemblé auffi - tôt fon Confeil , qui après
une mûre délibération , avoit réſolu de ne
rien faire fans un Ordre exprès du Grand Seigneur
, parce que tous lesVaiffeaux de Guerre
qui entroient, faluoient le Serrail , fans en exiger
de falut , & que ceux de Sa Majesté pou
voient toujours entrer en attendant les ordres
& la réponſe du Grand Sergneur pour le refte.
Les Vaiffeaux qui étoient en pane , apareillerent
fur le champ & moüillerent dans
le Port de Conftantinople , au- deffus de la
Tour de Leandre , qui lui fert de Fanal.
Le lendemain , M. de Nointel reçût dans
fon bord , les Complimens des Ambaſſadeurs
d'Angleterre & de Venife , & ceux
des Refidens de Hollande & de Génes
qui envoyerent leurs premiers Secretaires.
Il defcendit enfuite à terre incognito avec les
Gens ; il s'en alla au Palais de France , & y
demeura jufqu'à ce que tout fût difpofé pour
fon Entrée Publique.
Le 11. Novembre , M. de Nointel fe rendit
de grand matin aux Vaiffeaux du Roy ,
avec toute fa Maiſon. M. de la Haye qu'il
venoit relever , & tous les Capitaines , vinrent
lui faire compliment.
908 MERCURE DE FRANCE
Le Chaoux Bachi , & le Vaivode ou Gou
verneur de Galata , vinrent auffi le compli
menter de la part du Caïmacan. Après les
complimens , on fervit le Caffé , le Sorber
& on donna le Parfum , ce qui termina la
Cérémonie . Ces deux Seigneurs en rentrant
dans leurs Chaloupes , furent falués chacun
de onze coups de canon , & un moment
après , les deux Ambaffadeurs entrerent dans
la leur , qui étoit magnifiquement ornéc ,
& accompagnée des Chaloupes & des Canots
de l'Efcadre Françoife , bien armés , avec
toutes les Maifons des deux Ambaffadeurs ,
& une partie des Officiers de l'Eſcadre , richement
habillés. Ils furent falués de toute
Artillerie ,& de la Moufqueterie des quatre
Vaiffeaux.
En débarquant , ils entrerent dans une
Place , nommée Atmeidan , où la Cavalerie
Turque , & les quarante chevaux que le
Caïmacan avoit envoyés , les attendoient
en bon ordre.
La Marche de cette Entrée , commença
par cent Moufquetaires à pied , apellés
Azaps , armés de gros Moufquers & de Cimeterres
, ayant à leur tête deux Trompettes
François , portant les livrées de l'Ambaffadeur.
Ils étoient commandés par le Kiahia ,
ou Lieutenant du Vaivode , monté fur un
très-beau Cheval Ifabelle..
Cent
JUIN. 17428 909
Cent Janiffaires fuivoient avec leur
grands Bonnets de Cérémonie , fous la conduite
d'un Chaoux Bachi , qui eft un de
leurs Capitaines . Il avoit fur fon Bonnet
trois belles Aigrettes , pour le diftinguer de
fa Troupe.
Les cent Chaoux qui les fuivoient , étoient
armés de Cimeterres & de Maffes d'Armes
montés fur des chevaux , qui ne paroiffoient
pas moins par la vivacité de leurs mouve
mens , que par l'éclat des broderies d'or
dont les Harnois , les Selles & les Houffes
étoient couverts.
Une partie de la Maiſon de M. de Nointel,
marchoit enfuite , fçavoir , les huit Janiffaires
deftinés à fa garde , montés fur de très
beaux chevaux. Son Maître d'Hôtel les
fuivoit feul ; il étoit à la tête de fix Valets de
Chambre , vêtus de drap bleu avec des galons
d'argent. Douze Valets de pied , habillés
des couleurs de leur Maître , avec un
galon d'or , argent & foye , tous très - bien
montés , fuivoient ..
Onvoyoit enfuite deux chevaux de main ,
envoyés par le Caïmacan , pour le fervice
de l'Ambaffadeur. Ils étoient conduits par
deux Palfreniers Turcs. Les Houffes étoient:
en broderie d'or & de perles , les Brides.
& les Etriers d'argent enrichis de Rubis &
d'Emeraudes.
+
Les
10 MERCURE DE FRANCE.
Les Interpretes de France & de Venife, avec
des vestes de fatin & des robbes d'écarlate ,
fourées de Martes Zibelines , & de très
beaux bonnets , alloient enfuite .
Après eux , venoient le Premier Ecuyer
du Caïinacan , deux Lieutenans des Spahis ,
& le Chaoux Bachi du Grand Seigneur, ayant
à fon côté le Vaivode de Galata. Ils étoient
précédés & fuivis de quantité de domeftiques
; l'éclat des habits , l'ordre de leur
marche , leur gravité , la beauté de leurs
armes , la fineffe des chevaux & leurs
fuperbes harnois , augmentoient la décoration
de leur Marche.
,
Quatre Trompettes venoient enfuite , avec
de très riches habits , ayant des Trompettes
d'argent , ornées de banderoles , richement
brodées , & fonnant continuellement.
Inimédiatement après ces Trompettes ;
venoient les deux Ambaffadeurs , marchant
fur la même ligne. M. de la Haye étoit à la
droite , monté fur un fort beau cheval
blanc , richement harnaché . Il étoit vêtu
d'un Jufte au- corps de velours noir , avec
des boutons d'or ; fon chapeau étoit enrichi
d'un cordon de groffes perles.
M. de Nointel marchoit à la gauche. Il
avcit un Jufte-au- corps d'écarlate , couvert
de dentelles or & argent,, & fur fon chapeau
, un bouquet de plumes blanches . Il
montoit
JUIN. 49 1742. 911
montoit unfuperbe cheval Ifabelle , envoyé
par le Caïmacan , dont la felle étoit couverte
d'une houffe de drap d'or enrichi de
perles.
L'Abbé de Nointel fuivoit l'Ambaffadeur
fon frere , accompagné de toute la Nobleſſe
Françoife , très bien montée , & richement
vêtuë .
Les Secretaires des Ambaffadeurs de France
& de Venife continuoient la Maiche . Ils
étoient fuivis de trente Gentilshommes , qui
étoient débarqués des Vaiffeaux , pour groffir
le Cortege. Le Corps des Marchands &
toute la Nation Françoife à cheval, fermoient
la Marche , laquelle dura près de deux heures.
Les rues , les fenêtres des maifons de
toute cette route , étoient remplies jufqu'aux
faîtes , d'un nombre infini de monde de tous
états , & de toute forte de Religions,
Les Ambaffadeurs arriverent ainfi au Palais
de France , où ils furent falués par une
décharge de cent boëtes , de pierriers , &
de toute la Moufqueterie Turque , qui s'étoit
rangée en haye . On fit entrer dans le Palais
les principaux Officiers Turcs ; on les régala
fplendidement , & M. de Nointel leur fit à
tous des préfens confiderables , & fit diftribuer
de grandes largeffes à tous ceux qui
s'étoient trouvés à fon Entrée.
Comme la Cour étoit à Andrinople , M.
dc
"
912 MERCURE DE FRANCE
par
Nointel y arriva le 14.Janvier 1671.conduit
le Chaoux Bachi , avec les caroffes , les
chariots & les chevaux , que le Grand Seigneur
lui avoit fait fournir , avec une fomme
pour fa dépense , comme la Porte a accoû
tumée d'en uſer avec les Ambaſſadeurs , à
l'égard de leur premiere Audience.
Deux ou trois jours après , l'Ambaffadeur
eût fa premiere Audience du Grand Viſir , &
le troifiéme jour de Février , il eût celle du
Grand Seigneur. Ce que nous allons raporter
de cette Audience , eft tiré des Memoires
de M. de la Croix , ( a ) fon Premier Secrétaire
, qui fût préfent à tout , & qui a
fçû éviter une certaine prolixité .
M. l'Ambaffadeur, dit - il , fit fes efforts pour
paroître ce jour là avec plus d'éclat qu'il n'avoit
encore fait,afin que la Pompe & la Magnificence
Françoiſe euffent d'autant plus de luftre,
qu'elles devoient avoir pour fpectateurs,
un des plus Grands Empereurs de l'Orient
& tous les principaux Officiers de fon Empire.
La Nobleffe Françoife , à fon exemple ,
voulant y contribuer de fon côté , fit voir
tout ce que l'Ajuftement François a de beau
& de gálant..
( a ) MEMOIRES du fieur de la Croix , ci- devant
Secrétaire de l'Ambaffade de Conftantinople ,
contenant , &c. 2. vol. in - 12 . A Paris , chés Barbin.
1684.
Le
JUIN.
913 1742.
Le Chaoux Bachi , en habit de cérémonie ,
d'une veſte de brocard à fleurs dor , fur un
fond d'argent , fuivi de so . de fes Officiers ,
& accompagné du Sous- Bachi , avec les
Janiffaires de fa garde , fe trouva dès la
pointe du jour , à la porte de fon Excellence.
L'Ordre de la Marche fût femblable à
celui qui s'obferva à l'Audience du Vifir
à la referve que l'on fit paroître des habits
nouveaux , & que le Cortége fut augmenté
de plufieurs Gentilshommes Allemans &
Polonois , que les Réfidens de ces Nations
avoient envoyés pour honorer la cérémonie ,
& qui avoient mené avec eux beaucoup
de domestiques en bon équipage.
Il fallut traverser la meilleure partie de la
Ville , pour arriver au Serrail du Grand Sei
gneur , qui eft dehors . M. de Nointel mit
pied à terre à la porte , & fût reçû par un
Maître des cérémonies , nommé , Capigilar
Kehajafi , ou Chef des Portiers , qui tenant
un grand bâton d'argent à ſa main , le conduifit
dans une cour de gazon d'une figure
irréguliere , traverfée de plufieurs fentiers
& pavée tout à l'entour , des deux côtés de
laquelle regnent des galeries , qui s'étendent
jufqu'au bâtiment du Palais.
A droite en entrant , on voyoit des Janiffaires
rangés fous la galerie ; le Janiffaire
Aga ;
914 MERCURE DE FRANCE
étoit affis vers le milieu fur une chaife , ayant
auprès de lui le Kehaja - Beig , vêtu d'une
robe de fatin blanc , par- deffus laquelle
il avoit une vefte de velours violet , & un
bonnet de cuir doré , chargé d'une aigrette
fort haute & fort épaiffe , fous laquelle au
derriere de la tête paroiffoit un panache de
plumes noires. Cet Officier étoit affis fur un
banc de pierre , ayant au - deffous de lui
plufieurs Servagis ou Capitaines de Janiffaires
, qui étoienr vêtus & coëffés comme le.
Kehaja -Beig.
Les Compagnies des Janiffaires étoient
rangées dans la Cour hors de la galerie , en
cinq ou fix files fort ferrées .
On voyoit au même endroit en face du
Palais so. Capigis ou Portiers , qui tenoient
fur leur bras chacun une piéce du préfent
que M. l'Ambaffadeur préfentoit à Sa Hauteffe
; il confiftoit en un très beau & riche
tapis de la Savonerie , long de quatre aulnes
fur trois de large , un grand chandelier d'argent
cizelé , à huit branches , une pendule à
boëtte d'écaille de tortuë , enrichie de colonnes
& de feüillages d'argent doré , une
tenture de tapifferie à l'aiguille de douze
morceaux , & 40. veftes magnifiques fçavoir
de drap , de fatin & de brocard , le tout à
fonds d'or & d'argent.
Dans la galerie à gauche , il y avoit une
vingtaine
JUIN. 1742
915
vingtaine de Capigis Bachis , & autant de
Mutaferracas ; on voyoit au- devant de cette
même galerie une douzaine de petits canons
qui fervent aux réjouiffances publiques.
Toute cette Milice obfervoit un filence fi
profond & une contenance fi grave , ayant
les mains croifées fur l'eftomach , qu'à peine
on les voyoit faire quelque mouvement.
Le Maître des cérémonies fit traverfer toute
cette cour à M. l'Ambafladeur ; il fut reçût
à la porte du Divan par le Chiaoux Bachi
, lequel l'introduifit dans la Sale , ouverte
en forme de veſtibule , attenant l'apartement
du Grand Seigneur , & feparée de la cour
par une baluftrade feulement , d'où elle reçoit
le jour ; elle eft entourée de bancs couverts
de brocatelle d'or , avec de petits marche-
pieds , & le plancher eft couvert d'un
grand tapis. L'Endroit où s'affied le Grand Vifir
eft en face , un peu plus élevé , & plus orné
que le refte du banc , attenant un morceau
de menuiferie , placé directement dans
le milieu du mur , au - deffous d'une petite
fenêtre grillée , d'où Sa Hauteffe affifte au
Divan , & découvre la Milice qui eft dans
la cour.
Aullitôt que M. de Nointel fut introduit
dans le Divan , le Grand Vifir fortant de la
chambre où il fe repofoit , vint prendre fa
place ordinaire, & on préfenta en même tems
Dun
1
916 MERCURE DE FRANCE
un tabouret de velours à M, l'Ambaffadeur ;
lequel fit dire par fon Interprete au Miniftre
Ottoman , qu'il fe voyoit enfin au moment
qu'il défiroit depuis fi long- tems , d'être admis
à l'Audience de Sa Hauteffe ; pour lui
rendre la Lettre de l'Empereur de France , &
qu'il prioit fon Excellence de vouloir la lui
préfenter. Le Grand Vifir répondit qu'il étoit
le bien venu , qu'il envoyeroit un Ars au
Grand Seigneur , pour lui donnér avis de
fon arrivée & pour recevoir fes ordres , que
cependant il affifteroit à la cérémonie de la
paye de la Milice. M. de Nointel fe retira
de ce lieu , qui étoit deftiné pour ranger les
facs , & s'affit feul fur un banc qui lui étoit
préparé , & orné comme ceux des Vifirs ;
toute fa fuite étoit debout .
Le Grand Vifir étant affis environ au milieu
du banc , avoit à fa droite Cara Musta
pha Pacha Caimacam , & Mehemet Pacha¸
& à fa gauche le Cadilefquier de Natolie ; le
Nitchangi - Pacha étoit placé fur le bancà
droite , & le Tefterdar Pacha fur celui à
gauche , mais prefque au bout ; les deux
Tefqueredgis , ou Greffiers , étoient affis aux
pieds du Vifir.
Ce premier Miniftre avoit ce jour là une
vefte de Satin cramoifi , fourée de martre
Zibeline , ( à manches pendantes , ) laquelle
en couvroit une autre de fatin blanc ; il avoit
en
JUIN.
1742 917
en tête un grand turban de cérémonie ; les
autres Viſirs & Officiers , qui avoient Séance
au Divan , étoient vêtus à peu près de la
même maniére , mais de couleurs differentes
; le Cadilefquier de Natolie avoit une
vefte de drap violet , avec un turban beaucoup
plus gros que celui des Vifirs . Ils obfervoient
tous un filence & une gravité fi
extraordinaires , que fi le fardeau de leurs
turbans ne les eût obligé quelquefois d'y
porter la main , on les eût pris pour des
Statuës.
Pendant que l'on rangeoit les facs d'argent
au milieu de cette Sale , le Grand Vifir
caufoit avec le Caimacam , lequel , quoiqu'il
fût fon Lieutenant , fon allié & fon ami particulier
, ne s'aprochoit de lui qu'avec beaucoup
de refpect.
፡
La difpofition des facs fut telle . On les
rangea des deux côtés du Vifir , laiffant un
pallage entre deux, pour pouvoir aborder ce
Miniftre ; il y avoit huit rangs de chaque
côté , chaque rang étoit compofé de cinq
tas , & le tas de dix facs de soo . écus chacun
, ce qui faifoit en tout 400000. écus.
Cet arrangement fini , le Reis - Effendi , ou
Sécrétaire d'Etat , s'aprocha du Grand Vifir ,
& lui mit entre les mains un papier qu'il
lút , & l'ayant fait plier , le cacheta de l'anneau
de fon doigt fans l'ôter ; le même Reis-
Dij Effendi
918 MERCURE DE FRANCE
Effendi l'enferma dans un petit fac de fatin
vert & le rendit à ce Premier Miniftre , lequel
s'étant levé , auffi bien que les autres
Vifirs , porta ce fac à fa bouche & à fon
front , & le configna au Chiaoux - Bachi .
Celui - ci l'ayant reçû fur fes deux mains qu'il
tenoit élevées , fe rendit à l'apartement du
Grand Seigneur , marquant beaucoup de refpect
& de gravité. Il étoit précédé du Capigilar
Kehajaffi , Chef des Portiers , qui avoit
une vefte de toile d'argent à fleurs d'or , &
portoit à fa main une groffe canne , garnie
d'argent , dont en marchant il frapoit fur le
Carreau .
Ces Officiers retournerent quelque - tems
après avec la même cérémonie , raportant le
même petit fac , que le Reis - Effendi reçût
& ouvrit , & il en tira un papier cacheté qu'il
préfenta au Grand Vifir qui étoit debout
lequel le baifa & le porta à fon front.
Enfuite le Tefterdar s'étant levé , lût la lifte
des troupes & de tous ceux auxquels l'ar
gent devoit être diftribué ; cette action fut
fuivie d'une grande acclamation de joye de
toutes les Milices. Les Janifaires furent les
premiers partagés par l'ordre des Compagnies
, que l'on apelloit fuivant l'ancienneté,
& ils cûrent 200000. écus.
Le Janiffaire Aga , le Kehajabeig , & plufieurs
Sorvagis , vinrent baifer la vefte du
Grand
JUIN.: 1742
919
Grand Vifir , qu'ils portoient à leur front
& fe retiroient de côté , pour ne pas lui tourner
le dos .
Le refte des facs fut diftribué à plufieurs
autres Officiers , que le Rufnamedgi Efendi ,
ou Garde des Rôlles apelloit fuivant leur
rang.
à
La diftribution étant faite , le Grand Vifir
& les autres fe retirerent dans une chambre ,
à côté du Divan , pour donner le tems au
Janiffaire Aga d'aller baifer la vette du Grand
Seigneur. C'eft la coûtume alors de donner
manger à l'Ambaffadeur & à fa fuite , mais
les Turcs étant alors dans leur Ramazan , ou
tems de jeune , & par conféquent le Grand
Vifir , & les autres qui font les honneurs ,
ne pouvanr pas s'y trouver , il n'y eût point
de repas
.
van ,
M. de Nointel en fortant de la Sale du Difut
conduit fous une Galerie , où il s'arrêta
avec fa fuite pour prendre dix huit caftans
ou veftes de cérémonie . Dans le même-
tems l'Aga des Janiffaires paffa précedé
de trois Sorvagis. Il alloit baifer le bas de la
Vefte du Grand Seigneur , il fut fuivi du Kadilesker
de Natolie ; un moment après , l'arrivée
du Grand Vifir obligea tout le monde
de fe lever & de fe tenir dans un profond
refpect. Il rendit le falut à M. l'Ambaffadeur
, ce que firent aufli Kara Mustapha
D iij
Cai
920 MERCURE DE FRANCE
Caimacam , & Mehemet Pacha , qui l'accompagnoient.
Auffi- tôt que les Viſirs furent entrés , deux
Capigis Bachis , revêtus de Caftans , prirent
M. de Nointel par deffous les bras , ainfi
que les perfonnes de fa fuite , & on les ad .
mit aux Baifemens * du Sultan , introduits par
le Chaoux Bachi , & par le Capigilar Keajaffi.
Comme ceux - ci marchoient d'un pas fort
grave , on eût le tems de confiderer un grand
Portique fort élevé , orné de caracteres Arabes
, mêlés de differens ornemens de dorure
& de peinture. Un caroffe pafferoit aifément
par cette porte. Elle conduit à un Veftibule
ouvert
› par
par lequel on defcend aux
'Jardins du Serail . Le Veftibule eft tout pavé
de marbre , & couvert d'un grand tapis de
pied ' de drap couleur de feu, brodé d'or. On
entre de là , dans la Chambre Imperiale.
A l'entrée de cette Chambre , M. de Nointel
fit une profonde inclination , puis s'arrêta
, ayant toujours à fes cotés les deux
Capigis Bachis &fon premier Interpréte , pen-
'dant que les François de fa fuite , qu'on n'admettoit
qu'un à un , faifoient leur réverence &
fe retiroient auffitôt , fans avoir le tems d'obferver
la difpofition de cette chambre , la ſituation
du Trône , & les places occupées
* Cette expreffion eft Turque & a paſsé dans les Relations
Françoises.
par
JUIN.
921 1742 .
par les Vifirs . Il n'y eut que M. l'Ambaſſadeur
qui pût aifément le faire , & c'eſt de
lui que j'ai apris ce que je vais fommairement
en raporter.
Cette chambre , ornée d'un tapis de pied
de velours cramoifi , brodé d'or & enrichi
de perles , avoit une croifée au coin à droite
en entrant , & à l'autre coin du même côté
étoit placé le Trône du G. S. adolfé contre
le mur. Il étoit élevé de quatre pieds fur des
dégrés , ayant environ cinq pieds de hauteur
fur trois de largeur , le couronnement enrichi
d'une belle Sculpture de bois doré ,
étoit foutenu d'un côté par le coin du mur ,
& de l'autre par une colonne d'or , ou d'argent
doré , pofée fur l'eftrade du Trône . La
colonne éblouiffoit la vie , à caufe de la
quantité de pierreries de toute éfpece , dont
elle étoit chargée , fans parler de quatre
boules de Cristal en forme d'oeufs d'Autruche
, qui ornoient le même Couronnement,
Sa Hauteffe étoit affiffe au milieu de ce
Trône . Elle avoit une vefte de brocard d'or
& argent à fond vert , fourée de martre zibeline
avec des boutons à queue , gros comme
des oeufs de pigeons , enrichis de diamants
; il portoit fur fon Turban d'une gran
deur immenfe , quatre Aigrettes de plumes
de Heron , attachées avec des agraphes des
plus belles pierreries .
D iiij L
922 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Vifir étoit debout à côté droit
'du Trône , & les deux autres grands Officiers
, prefque vis- à- vis .
M. l'Ambaffadeur , qui après toutes les
réverences s'étoit avancé vers le Trône ,
ayant fait une grande inclination de tête
commença fon difcours en ces termes avec
beaucoup de dignité.
"LE TRES -HAUT ET LE TRES - PUISSANT
» EMPEREUR DE FRANCE , m'a fait l'hon-
» neur de me choifir , pour affûrer votre
» HAUTESSE IMPERIALE , qu'elle n'a point de
»plus grand , de plus parfait Ami que SA
» MAJESTE'.
ور
ود
» C'eſt une verité dont je fuplie VOTRE
» HAUTESSE d'être perfuadée ; qu'il n'y a
point de Prince au monde , qui fouhaite
plus que l'Empereur mon Maître , de faire
»connoître à VOTRE HAUTESSE la gran-
" deur de fon affection. ( SA MAJESTE' ne
» peut
douter que VOTRE HAUTESSE ne réponde
à fa bonne volonté , en lui confer-
»vant la même amitié que fes Prédeceffeurs
» ont témoignée aux Empereurs de France ,
» dont il tient fes Couronnes , & recher-
» chant comme il fait les moyens de l'entre-
*
tenir fans interruption , même de l'aug-
»menter , c'eft dans cette penfée que SA
» MAJESTE' m'a commandé de me rendre
auprès de VOTRE HAUTESSE , pour y réfi-
» dea
JUIN.
1742 923
der en qualité de fon Ambaffadeur , y con-
" tinuer la protection du Chriftianifme &
»fervir de continuel témoignage à VOTRE
HAUTESSE de la bonne intelligence qui
» eft entre les deux Empires.
39
وو
ر و
و د
» VOTRE HAUTESSE a trop de lumieres
pour n'être ppaass ppeerrffuuaaddééee qquuee les grandes
» confédérations n'établiffent pas moins la
gloire des Empereurs , que les conquêtes
qu'ils peuvent faire ; c'eft pourquoi l'Empe-
» reur mon Maître , étant le plus grand , & le
»plus confidérable Monarque de la Chrétien-
"té , la bonne correfpondance qui fera entre
"vos perfonnes Impériales , fera très - utile au
» bien des vaftes Etats , & à l'avantage des
Sujets qui font foûmis aux deux plus grands
» Empereurs de la Terre , puifque ceux de
» VOTRE HAUTESSE ne tirent pas moins de
» profit du Commerce des François , que
» ceux- ci en tirent des Marchandifes du Le-
» vant. Ainfi SA MAJESTE' ne peut douter
» que l'intention de VOTRE HAUTESSE no
» foit d'obferver & faire obferver par tout
»fon Empire , les Traités qui ont été faits
"entre leurs glorieux Ancêtres .
""
» Mais comme le tems & les circonftan-
» ces qu'il entraîne avec lui , aportent du
» changement dans les Alliances , & que
» l'antiquité qui les doit rendre vénérables
» les jette fouvent dans un certain oubli
D v
» l'Empe
924 MERCURE DE FRANCE
n
,
» l'Empereur mon Maître , fouhaitant de re-
» medier à certains inconveniens auxquels
» il n'a point contribué , m'a commandé de
» renouveller les CAPITULATIONS afin
qu'étant confirmées , les Sujets de Sa Ma-
» jefté fe trouvent mieux traités que ceux
» des autres Princes Chrétiens ; ( puifqu'ils
» apartiennent au plus Puiffant Monarque de
la Chrétienté , & au plus ancien ami de
» VOTRE HAUTESSE , ) & enfin que les Mi-
» niftres inférieurs & les autres Sujets de la
» Porte , confiderent le renouvellement des
» Traités comme un lien indiffoluble , s'abf-
» tenant deformais d'y contrevenir comme
» ils ont fait par le paffé .
و ر
»
» La Juftice de VOTRE HAUTESSE eft fi
» éclatante , qu'elle n'hefitera pas fans doute ,
» de correſpondre aux juftes deffeins de Sa
Majefté , qui fe promet un heureux & réciproque
fuccès d'une Alliance qu'il prétend
renouveller avec un Empereur
» lequel a donné tant de marques de valeur ,
» par les diverfes expéditions qu'il a déja
» faites dans une fi grande jeuneffe , pour
infpirer de plus près le courage & la va➡
» leur à fes Soldats.
"}
>> Toute la Terre en eft dans l'admiration ;
» mais les fentimens qu'en a l'Empereur mon
» Maître , étant plus proportionnés à ce qui
» eft dû à VOTRE HAUTESSE , il ne confi-
» dére
JUIN... 1742.
925
" dére pas feulement fon courage dans la
" Guerre , mais il admire fa prudence , d'a-
» voir donné les mains à une Paix qui lui
>> procure un retour heureux , avec une réputation
glorieufe , dans l'une des princi
pales Villes de fon Empire , où pour le
» comble de la fatisfaction de VOTRE HAU-
>> TESSE elle aprend maintenant par ma
bouche , que fes grandes qualités font l'objet
de la haute eftime d'un Prince éxercé
» dans les armes , comme fa Majeſté l'a été
» depuis fa jeuneffe , & dont la vie eft déja
» illuftre par tant de victoires.
n
›
» Elles font fi grandes , que la renommée
» n'aura pas manqué d'en porter les nou-
» velles à VOTRE HAUTESSE ; elle l'aura fans
» doute informé de quelle maniere l'Empe-
» reur mon Maître , après avoir foûtenu puif-
" famment dès fon plus bas âge , une Guerre
» de plus de trente ans contre plufieurs Puif-
» fances de l'Europe , il l'a enfin terminée
» par deux Traités de Paix à Munfter & aux
Pyrenées , tous deux très glorieux , & in-
» finiment avantageux , en ce que Sa Ma-
» jefté y a confervé ou acquis un grand nom-
» bre de Places & de Provinces entieres
» dont elle a accrû l'ancien Domaine de fa
» Couronne , & étendû bien loin les limites
de fes vaftes Etats.
و د
ور
و ر
» VOTRE HAUTESSE a fans doute encore
D vj » ſçû
926 MERCURE DE FRANCE
›
» fçû , que la fortune n'étant pas contente
de la grandeur de l'Empereur mon
» Maître lui a fait naître une nouvelle
» occafion de donner des preuves de fa
valeur , & de fon intrepidité. C'eft dans
» la Guerre qu'elle a été obligée de ſoûtenir
» contre l'Espagne , pour fe procurer la juf-
» tice qu'elle lui refufoit touchant les droits
» de la Reine fon Epoufc.
» En cette derniere occafion , Sa Majesté
» fatisfaite de fa gloire , s'eft contentée de
» partager par un nouveau Traité de Paix
» entr- elle & l'Espagne , ce que cette Cou-
» ronne poffedoit dans les Païs bas ; & com-
» me elle fuit continuellement le repos qui
» eft dû à fes grands travaux , depuis qu'elle
» a pris l'adminiſtration de fon Empire dans
» fes feules mains , elle s'eft particulierement
apliquée à fortifier fon Parti de plufieurs
» nouvelles Alliances qu'elle a fait avec d'au-
» tres Rois & Princes , & à donner fa pro-
» tection à fes anciens amis & confédérés ;
» à faire regner les Loix & la Juftice dans
» toutes les Terres de fa Domination , à y
» reformer un grand nombre d'abus , & de
defordres que la licence des Guerres y
avoit laiffé introduire , à faire fleurir les
» Arts , à remettre l'abondance dans fes Etats
» & dans fes Finances , à rétablir fes forces
» maritimes qui font fi confidérables par le
» nombre
»
ود
JUIN .
1742. 927
nombre , la qualité , & la grandeur de fes
» Vaiffeaux , que tous les Princes Chrétiens
» font contraints de lui céder la Domination
de la Mer , & que Sa Majesté fe voit en
» état de faire fentir fa Puiffance partout ,
» foit pour le fecours de fes Alliés , foit pour
» fe faire rendre la juftice qui lui eft dûë.
""
و ر
» Ce font là les qualités que doit poffeder
" un Empereur , qui eft ami de VOTRE
" HAUTES SE. Ce font celles de l'Empereur
mon Maître , qui eft feul capable
» de répondre à la grandeur d'une Alliance
" qui puiffe joindre enfemble les deux plus
» Puiffans & plus Riches Monarques dumon-
» de , & qui ne recevra point d'altération
» de la part de SA MAJESTE' , files Sujets
» de VOTRE HAUTESSE ne violent pas les
» conditions du Traité. Elle m'a commandé
» de l'en affûrer , & de lui remettre cette
» Lettre , qui eft une preuve de fa conftante
» amitié , en lui fouhaitant , comme je fais ,
» une heureuſe prolongation de les jours.
Les Difcours un peu étendus ne fe prononcent
pas ordinairement dans leur entier.
Celui - ci fût mis dans la même bourfe , qui
contenoit la Lettre du Roy , l'un & l'autre
traduits en Turc , afin que le Sultan pût le
le voir à loifir.
La Lettre de Sa Majefté étoit conçûë en
Ces termes .
LETTRE
28 MERCURE DE FRANCE
LETTRE du Roy au Grand Seigneur.
TRE'S-HAUT très Excellent , très Puiſſant
rès Magnanime & Invincible Prince , le
Grand Empereur des Mufulmans SULTAN
MEHEMET en qui tout honneur & verta
abonde , notre très cher & parfait ami.
» La réponſe que nous avons faite le 24
" Avril dernier à la Lettre que V. H. nous
avoit écrite au mois de Juin de l'année
» précedente , laquelle nous avons mife en-
» tre les mains de votre ferviteur Soliman
Aga , dont le retour foit heureux , aura
5 informé V. H. de nos bonnes inten
» tions , tant fur le fujet de l'arrivée de cet
ود
"
Aga à notre Cour Imperiale , ( Gloire
» du Monde , & affûré Refuge & Protec-
» tion de tous les Rois & Pontentats qui
» recourent à fon puiffant & clement apui , )
» que pour le maintien inviolable de l'union
» & étroite amitié entre nos Imperiales Per-
» fonnes , & les vaftes Empires que Dieu ,
» Auteur de tout bien , a foûmis à notre
» obéiffance , & parce qu'en rapellant auprès
» de nous , pour les confidérations marquées
» dans cette réponſe , le Sr de la Haye Vantelet
notre Ambaffadeur Ordinaire à la
» Célébre Porte Ottomane , pour l'employer
en d'autres charges honorables .
Nous avons pris en même tems la réfo-
»lution
"
"
JUIN .
1742 329
lution d'envoyer en fa place , un autre de
nos Miniftres avec le même caractére :
» fuivant le defir que V. H. nous a marqué
n par fa Lettre , que fon ferviteur Soliman
» Aga nous a rendue . Nous avons jetté les
» yeux pour ce fublime emploi fur la per-
» fonne de notre très cher & féal Confeiller
» en tous nos Confeils , & en notre Cour
» de Parlement , le fieur de NOINTEL
>>
»
Magiftrat de grande vertu , mérite , pro-
» bité , fuffifance , & en qui nous avons toute
» confiance . Nous écrivons donc cette Let-
» tre à V. H. afin de la prier de confiderer
» & traiter à l'avenir ledit Sr de Nointel
» dans cette qualité de notre Ambaffadeur
» Ordinaire à ladite Porte , chargé de toutes
» nos affaires , & de celies de nos Sujets ,
" Nous promettant de l'amitié de V. H.
» qu'elle le recevra , l'agréera , & lui fera
" toute forte de bon traitement , lui donnant
la même créance qu'elle pourroit
» donner à nous- mêmes , fur tout ce qu'il
» lui pourra repréfenter dans les occafions
touchant les interêts de nos Sujets , &
>> nommément de faire ceffer les vexations
& avanies qu'on a exercé ci -devant fur eux
» dans les Echelles du Levant & ailleurs.
» dans fon vafte Empire , comme auffi fur
» le renouvellement des anciennes Capitu-
» lations. Nous nous remettons du furplus
›
તે
30 MERCURE DE FRANCE
>> à la vive voix de notre Ambaffadeur. Suz
» ce , Nous prions Dieu qu'il augmente
les jours de V. H. Ecrit à Saint Germain
» en Laye , le 11. Juillet 1670.
Après avoir préfenté cette Lettre M.
de Nointel fit une profonde & derniere
reverence & fe retira avec fes conducteurs ;
qui ne le quitterent qu'à la porte du Serail
où il monta à cheval avec toute fa Suite , &
avec le même Cortége qu'il avoit , en ve
nant chés le Grand Seigneur.
Lorfqu'il fût à deux cent pas du Serail
le Chaoux Bachi le pria de vouloir bien s'arrêter
, pour voir défiler les Janiffaires dont
les premiers au nombre de quatre cent , marchant
deux à deux , portoient chacun fur.
l'épaule des bourfes qu'on leur avoit diftribuées.
Ils étoient fuivis de tous les autres ;
après lefquels venoient le Keha Beig & les
Sorvagis , montés fur de fort beaux chevaux ,
richement harnachés . Ils marchoient deux
à deux , & précédoient le Janiflaire Aga ,
qui étoit environné de plufieurs bas Officiers
des Janiſſaires d'un Oda de ce
même Corps , & de quantité de domef
tiques .
>
La Milice continua de défiler devant l'Am :
baffadeur , en préſence du Tefterdar , & du
Nitchandgi , fuivis du Caimacam & de Mehemet
Pacha , tous montés fur des chevaux ,
dont
JUIN. 1742 931
dont la magnificence des harnois
toit la beauté.
augmen→
On vit enfuite paroître le Grand Vifir monté
fur un cheval blanc d'une rare beauté &
très richement harnaché , aux côtés duquel
marchoient vingt Chateirs , ou Valets de
pied , avec des robes de velours , & de
larges ceintures d'argent doré . Ce qui diftinguoit
ce premier Miniftre des autres Pachas
, c'étoit une Compagnie entiere de Janiffaires
deftinée pour fa garde , portant chacun
un bâton ferré orné d'un fil d'argent
ferpentant à l'entour , & ayant fur l'épaule
droite une peau de Tigre en forme d'écharpe.
Il étoit accomp gné de plufieurs
Officiers de fa Maifon à pied , & tous fes
Courtifans fuperbement montés , le fuivoient
en foule.
M. l'Ambaffadeur continua enfuite fa
Marche , & arriva chés lui avec le Cortége
dont nous avons parlé.
Le 4. Fevrier , il vifita le Mufti , & Cara
Muſtafa Pacha , pour leur rendre les Lettres
que le Roy leur écrivoit , à l'un , comme
Premier Miniftre de la Religion Mahometane
, afin qu'il ne s'oposât point au rés
tabliffement des Eglifes Chrétiennes &
›
,
à l'autre parcequ'il étoit Caïmacam en
charge , lors de l'Ambaffade de Soliman
Aga , & pour réponse à celle qu'il s'étoit
donné
932 MERCURE DE FRANCE
donné l'honneur d'écrire à Sa Majesté.
&
Il vit le Mufti le matin . La Lettre
du Roy fut reçûe avec de grandes démonftrations
de refpect & de joye ,
avec des promeffes réïterées d'être favorable
à l'Ambaffadeur de France & à toute
la Nation dans les occafions où l'on
pourroit avoir beſoin de fon miniftere . On
fervit le café & le forbet , fans oublier les
eaux de fenteur & les parfums . Le Mufti
reçût enfuite de la part de M. l'Ambaſſadeur
une fort belle Pendule avec fix veftes
de drap de fatin & de brocard. Son grand
âge & fes infirmités le difpenferent de
reconduire M. de Nointel qui fe retira accompagné
du Kehaja du Mufti & de plufieurs
de fes Officiers , lefquels ne le quitterent
qu'au bas de l'efcalier , où il monta
à cheval.
La vifite de Cara Muftafa Pacha fe fit l'après-
dîner , & tout s'y paffa avec une fatiffaction
réciproque . Ce Pacha réçût de la
part de M. l'Ambaffadeur une belle Montre
à boëte d'or & plufieurs veftes de differentes
qualités.
Enfin, tout le cérémonial de la Porte étant
rempli , notre Ambaffadeur ne fongea plus
qu'à la confommation de la grande affaire
dont le Roy l'avoit expreffément chargé ;
fçavoir le renouvellement des Capitulations ,
avec
JUIN.
1742. 933
avec de nouveaux Articles , qui étoient importans
à la gloire du Roy , aux intérêts de
la Religion & au bien du Commerce . Cette
Affaire qui avoit échoué fous la précedente
Ambaflade par les mauvaiſes difpofitions du
Vizir Kupruli , aigri par certains incidens ,
fouffrit encore beaucoup de difficultés fous le
Miniftére de M. de Nointel , difficultés fi
grandes , que la Cour fut même fur le point
de le rapeller , &c. & qui cependant par -
fon bon efprit fçût fi bien ménager & le
grand Vifir & les Principaux Officiers de la
Cour du Grand Seigneur , fit des réponſes
fi judicieuſes & fi folides aux principales difficultés,
qu'il eut enfin feul la gloire de terminer
heureufement cette longue & importante
Négociation.
M. de la Croix , fon premier Sécretaire ,
nous aprend page 398. du 1. vol. de fes Mémoires
, qu'enfin les Capitulations furent renouvellées
le 5. Juin 1673. à quoi il ajoûte,
le détail fuivant .
Le Chaoux Bachi & trente de fes Chaoux
allerent prendre M. l'Ambaſſadeur au Villa
ge de Bofnakkeni , où il étoit logé , pour le
conduire à l'Audience du Grand Vifir , des
mains duquel il réçût ce Traité , & le fruit
de fes travaux. Le Miniftre François témoigna
au Grand Vifir fon efpérance de la duż
rée de cette amitié , fi authentiquement renouvellée
,
$34 MERCURE DE FRANCE
nouvellée , qu'il fondoit fur la grande jeus
neffe , & le mérite extraordinaire des deux
Empereurs qui l'avoient contractée , & fur
la prudence du Premier Miniftre de l'Empire
Ottoman. Le Grand Vifir répondit parfaitement
bien à ces compliments , & parût
très content. Il voulut même fe difculper du
retardement de cette heureufe conclufion ,
en affûrant qu'il n'avoit pas tenu à lui qu'elle
n'eût été faite plûtot . Le régal ordinaire de
Café , Sorbet , &c. interrompit la converfation
, & l'Audience finit la confignation
des Lettres du Grand Seigneur , & du Premier
Vifir au Roy , qui accompagnoient le
nouveau Traité .
› par
Cette Lettre étoit enfermée dans une
bourſe de drap d'or , longue d'un quartier
d'aulne , dont l'ouverture étoit fermée avec
un ruban , cachetée du Sceau de Sa Hauteffe
, apliqué fur le ruban , & couvert d'une
petite pièce d'or en coquille. La Sufcription
étoit dans une longue queuë de papier de foye ,
attachée fous le même Sceau , avec le titre de
Padicha Empereur , que la Porte donne feulement
à Sa Majefté très- Chrétienne , entre
tous les Monarques de l'Europe , auffi -bien
qu'au Grand Mogol , entre les Afiatiques.
Les Capitulations étoient dans un fac de
velours cramoify.
La Réligion trouve dans ce Traité une
protection
JUIN .
I 742. 935
protection auffi forte que fpéciale au nom
de Sa Majefté , car non - feulement tous les
Religieux Francs de Jérufalem y font maintenus
dans la poffeffion de la grande Eglife
du Saint Sépulchre , & de tous les Saints
Lieux qu'ils poffedent dans la Ville & au
dehors , mais encore les Evêques , Prélats ,
Eccléfiaftiques , & tous les Religieux qui
font dans l'Empire Ottoman , fous la protection
du Roy , font confervés dans la
jouiffance de leurs biens , & dans l'exercice
de leurs céremonies ; les Eglifes fur lefquelles
les Turcs avoient impofé quelque tribut
pour en permettre l'entrée , en font entierement
déchargées : le rétabliffement de celle
de Saint George de Galata eft permis , & la
liberté accordée de dire la Meffe dans l'Hôpital
du même Lieu ; les Jefuites & les Capucins
François y font fpécialement dénommés
, & tous les autres Religieux en
géneral , afin qu'il ne leur foit fait aucun
tort , & qu'il ne puiffe jamais y avoir lieu à
aucune avanie .
Le Commerce n'eft pas traité moins favorablement
, puifqu'outre qu'il eft reglé que
les Marchands ne foient pas jugés dans les
Echelles , lorfqu'ils auront quelque démêlé
avec les Turcs du Pays , s'il s'agit de plus de
cent livres , qu'ils ne foient pas foumis à
payer le fang de ceux qui auront été tués
dans
936 MERCURE DE FRANCE
dans leur quartier , qu'ils ne payent point la
Douane des Indiennes , non plus que des
Soyes ; il eft encore accordé par le même
Traité , que le droit de Douane fera réduit
de cinq à trois pour cent de toute fortes de
Marchandifes d'entrée & de fortie.
L'Auteur des Mémoires que nous venons
de citer a crû ne pouvoir mieux finir ce premier
volume qu'en y ajoûtant page 403.l'In
terprétation du Traité des Capitulations »
" faite , dit- il , par M. de la Croix , Sécré-
" taire Interpréte du Roy pour les Langues
» Orientales , laquelle étant très-bien & très-
» fidelement exécutée , donnera tout l'em-
» belliffement poffible à fon Ouvrage , qu'il
"pouvoit attendre de celui d'un auffi habile
Homme, univerfellement fçavant dans tou-
"tes les Langues du Levant , & fon inti
» me Ami.
"
ور
Suit la Traduction des Capitulations ,
dont la longueur nous empêche de les inférer
ici . Nous nous contenterons d'en raporter
le Titre géneral , avec quelques circonftances
principales.
LES CAPITULATIONS renouvellées entre
LOUIS XIV. Empereur de France, & MEHEMET
IV. Empereur des Turcs , par l'entremife
de Monfieur CHARLES- FRANÇOIS OLIER DE
NOINTEL , Confeiller du Roy en tous fes Confeils
, & enfa Cour de Parlement de Paris, &
fon Ambaffadeur en Levant.
PREJUIN.
1742 . 937
PRELIMINAIRE.
Voici ce qu'ordonne ce Noble Signe ;
dont la réputation eft fi grande , qui vient
d'un Lieu fi élevé , Signe vraiement Imperial
& du Conquerant du monde , qui par le
Secours Divin , la Protection Celefte , &
les Graces du Souverain Liberateur , vient à
bout de toutes fortes d'entrepriſes.
QUALITE'S DU GRAND SEIGNEUR,
Moi qui fuis par les infinies graces du
Jufte , Grand & Tout- Puiffant Créateur ,
Empereur des Empereurs , Diftributeur des
Couronnes , Serviteur des deux très -Auguftes
& Sacrées Villes de la Mecque & Medine , Protecteur
& Gouverneur de la Sainte Jérufalem
, Seigneur de la plus grande partie de
l'Afie & de l'Afrique , de Temefwar , de l'Ef
clavonie , de Segutuar , & de la Fortereffe
inexpugnable d'Agria , de la Caramanie , de
l'Arabie & de toute la Syrie , de Rhodes &
de Chypres , de Diarbequir , d'Alep , du
Caire de Van , d'Erzerum , de Damas , Lieu
de fûreté & de plaifance , Pays de falut , de
Babylone , Paradis terreftre , & le féjour des
Princes , de Baffora , d'Azac , d'Egypte rare
en fon tems & puiffante , des Villes de Thunis
, de la Goulette , de Tripoli de Barbarie
, de la Ville de Conftantinople , Lieu
de fûreté & le defir des Rois , & de plufieurs
938 MERCURE DE FRANCE.
fieurs Pays , Villes & Seigneuries , des Mers
blanche & noire , Ifles , Détroits , Paffages ,
Peuples , Familles , Générations , & d'un
nombre infini de Victorieux Hommes de
Guerre , qui repofent fous l'obéiffance & juftice
de l'Empereur Mehemet , Fils de l'Empereur
Ibrahim , Neveu de Sultan Amurath ,
Succeffeur des Empereurs Selim & Bajazeth ,
& de l'Empereur Mehemet par la grace de
Dieu , recours des grands Princes , & refuge
des honorables Empereurs .
LES QUALITE's que donne le Grand
Seigneur au Roy.
LA GLOIRE des plus Grands Monarques
de la Terre de la Croyance de JESUS , choifi
entre les Princes Glorieux de la Religion du
MESSIE , la Victoire de toutes les Nations
Chrétiennes , Seigneur de Majefté & d'Honneur
, Patron de Louange & de Gloire.
Louis Empereur de France ; que fa fin
foit heureuſe .
PAR la Lettre que nous avons reçûë des
mains de Charles François Olier , Marquis
de Nointel , de la part de l'Empereur de
France , fon Seigneur , dont il eft le Confeiller
en tous fes Confeils & Ambaffadeur
à notre Porte de Felicité , choifi entre les
Gentilshommes de fon Royaume , Soûtien
de la Profperité du plus Grand de tous les
Grands
1
JUI N. 1742 939
Grands de la Croyance du MESSIE , nous
fommes invités de confentir que les Capitu
lations qui ont long tems duré entre nos
Ayeuls & les Empereurs de France , fuffent
renouvellées : par cette confidération , : & par
l'inclination que nous avons à conferver cette
ancienne amitié , Nous avons accordé un
nouveau Traité , dont voici le contenu .
La Traduction du Traité fuit en entier. I
eft divifé en deux Parties , dont la premiere
comprend en fubftance ce qui étoit déja ftipulé
dans les précédentes Capitulations , &
finit de cette maniere.
نم
DECLARONS voulons que сcсeuиxх qui
contreviendront à cette Noble Capitulation ,
foient tenus pour défobéiffans perturbateurs
du repos public , & qu'en consequence , ils
foient fans aucune remiffion , condamnés à un
griefchâtiment , afin qu'ils fervent d'exemple
à ceux qui oferont les imiter à mal faire ; &
oure les promeffes que nous faifons de l'obfervation
de notre Capitulation , nous entendons
que celles qui ont été faites par notre Prédéceffeur
Sultan Suleiman , auquel Dieu faffe mifericorde
, foient obfervées & entretenues de
bonne foy.
La feconde Partie contient plufieurs Nouveaux
Articles , dont les uns regardent la
Religion , les autres le Commerce , & tous
font à la gloire du Roy , & à l'avantage de
la Nation, E Le
940 MERCURE DE FRANCE
Le Traité finit ainfi . Nous promettons par
la vérité du Puiſſant Créateur du Ciel & de la
Terre , & par les Ames de nos Ayeuls &
Bifayeuls de ne contrevenir à ce qui eft porté
par ces Nobles Capitulations , tant que l'Empereur
de France fera conftant & ferme à la
confervation de notre amitié ; acceptons dès à
prefent la fienne , avec volonté de la tenir chere
enfaire efiime. Telle eft notre promeſſe imperiale,
&c. FAIT à Andrinople le 5 Juin 1673 .
M. de la Croix nous aprend encore que
cette grande affaire n'eût pas plutôt été terminée
, c'est- à - dire , les Capitulations & les
Lettres du Sultan & du premier Vifir au
Roy , ayant été expediées & remifes , que M,
l'Ambafladeur lui fit l'honneur de le choifir
pour les porter à ſa Majeſté.
Il arriva à Paris , dit le Chevalier d'Arvieux
, T. V. p. 53. de fes Memoires , vers
la fin du mois de Novembre 1673. Il étoit
» envoyé expreflément pour y apporter les
» Capitulations renouvellées , &c . Ce renou-
» vellement des Capitulations , fit grand
» bruit à la Cour & à la Ville , & beaucoup
» d'honneur à M. de Nointel , & c . En cela
M. d'Arvieux rend une exacte juftice à la
verité. Mais tout ce qu'il ajoûte au fujet de la
Traduction de ce Traité que le Miniftre lui
ordonna d'abord de faire , & qui fût cependant
faite par M. de la Croix Petis , Secretaire
Interprete
JUIN. 1742 .
940
Interprete du Roy pour la Langue Turque ,
fur ce que celui ci remonta à M. de Pom-
" ponne, qu'ayant acheté cette Charge pour fer-
» vir S. M. en ces fortes de Traductions , ce
» feroit lui faire injuftice , & un grand toit à
» fa réputation , & à fa fortune de ne l'y pas
" emplover &c Tout cela , dis- je , re peut
pas fe foû enir , & fe détruit de foi même
par la feule expofition d'une erreur de fair ,
qui fe trouve dans le Narré du Chevalier
d'Arvieux . Perfonne n'ignore , en effet , que
la qualité de Sécretaire Interprete du Roy
pour les Langues Orientales , n'a jamais été
érigée en Charge , & qu'on ne l'a par conféquent
jamais achetée &c.
D'ailleurs , ce M. de la Croix Petis , dont
on tâche ici d'affoiblir le mérite littéraire
étoit une Perfonne d'une capacité univerſellement
reconnuë , & qui avoit fur- tout une
profonde connoiffance de la Langue Turque.
C'étoit le Pere de M. de la Croix Petis,
mort en l'année 1713. Profeffeur au College
du Roy , & Premier Interprete de S. M. digne
Eleve d'un tel Pere , & dont nous aurons
encore occafion de parler.
Kevenons à M. de Nointel , pour ne pas
omettre , qu'en partant de la Cour pour fon
Ambaffade , il fat chargé d'un foin important
, & qui intérefloit particuliérement la
Religion. Antoine Arnauld , Docteur de
E ij Sorbonne,
941 MERCURE DE FRANCE
Sorbonne , travailloit à fon grand Ouvrage
de la Perpetuité de la Foy &c . dans lequel il
s'engageoit de prouver aux Novateurs que
l'Eglife Orientale a toujours crû & croit encore
aujourd'hui , ce que croit l'Eglife Latine
fur la Tranfubftantiation dans le Sacrement
de l'Euchariftie & c. ce qui ne fe pouvoit
faire avec plus de folidité , qu'en raportant
les témoignages juridiques des principales
Eglifes fur ce point important .
M. de Nointel fit là - deffus tout ce qu'on
devoit attendre de fón zele & de fes lumieres
; c'eft principalement dans cette vûë qu'il
emmena avec lui M. Galland , dont nous
avons déja parlé , lequel s'apliqua d'abord
avec fuccès à l'intelligence du Grec vulgaire,
ce qui le mit en état de conférer utilement
avec un Patriarche Grec de Conftantinople ;
& avec plufieurs Métropolites , que la perfécution
de quelques Pachas , avoient obligez
de fe réfugier dans le Palais de France ,
Il tira d'eux & des autres Chefs de la même
Eglife les Atteftations demandées , en y joignant
tout ce qu'on avoit pû recueillir de
leurs Entretiens.
A l'égard des Eglifes Arménienne & Sy= "
rienne , on en écrivit à M. Baron , Conful
d'Alep , lequel travailla à ſe rendre bien certain
de la Doctrine de ces Eglifes fur le même
Point , de quoi il donna des Preuves par
deux
JUIN. 1742. 943
deux Atteftations autentiques ; l'une du Patriarche
, des Evêques , & de plufieurs Prêtres
Arméniens , réfidens à Alep , l'autre du
Patriarche des Syriens, fouferite pareillement
de ce Patriarche , & de plufieurs Evêques ,
Prêtres & Moines Syriens. Ces deux Actes
font bien & duement légalifés par le même
Conful , qui certifie d'avoir vû apofer les
Seings & les Sceaux en queftion , & c.
M. Baron envoya au d'autres Actes non
moins importans & dans la même forme fur
la créance de quelques autres grandes Eglifes
Orientales , fur le même fujet : ce qu'on
peut voir avec plus de détail dans l'Eloge
de ce vertueux Conful , inferé dans le fecond
Volume du Mercure de Juin 1730.
page 1260 .
Les Originaux de toutes ces Profeffions de
Foy , Atteftations , & autres Actes authentiques
&c. furent dépofés dans la Bibliotheque
de l'Abbaye de S. Germain des Prez ,
& forment en deux gros Volumes in fol.
un Recueil précieux & refpectable en plufieurs
manieres . Il y a à la tête un Procès
Verbal , ou Acte de Dépôt de tous les Monumens
en queſtion , foufcrit par le R. P.
Général des Bénédictins de S. Maur , & fes
Affiftans , par le P. Prieur de S. Germain
par les Bibliotéquaires , par Dom Luc d'Achery
, & d'autres Sçavans de la même Mai-
E iij
,
fon,
و ا
944 MERCURE DE FRANCE
fon. Cet Acte est enfin figné par deux No
taires Apoftoliques .
Après le départ de M. de la Croix , chargé
de porter au Roy les nouvelles Capitulations
, les Lettres du Sultan & du Grand
Vizir , M. de Nointel prit cette occafion
d'aller , pour le bien du commerce , vifiter
les principales Echelles du Levant , d'où il
paffa à Jérufalem , & dans tous les Lieux
les plus célébres de la Terre - Sainte. M. Galland
l'accompagna par tout , il vit même
plus de Pays que M. l'Amb ffadeur , qui
l'envoyoit de tous côtés à la découverte. des
Monumens d'Antiquité & c . ce qui donna
lieu à des acquifitions importantes , dont
on a vû depuis la mort de M. de Nointel
un Echantilon dans le Cabinet de M. Baudelot
, & dont le P. de Montfaucon a publié
quelque chofe dáns fa Paléographie.
C'eft dommage , encore une fois , que M.
Galland foit mort fans avoir donné au Public
la Relation qu'il a faite de cet autre Voyage,
comme il nous en a fouvent affuré dans le
long commerce que nous avons cû enfemble,
nous aurions la fatisfaction d'en donner un
petit Extrait , c'est- à - dire , de fuivre M. de
Nointel dans toutes les Parties de la Syrie ,
& dans fon retour à Conftantinople.
Pour nous dédommager en quelque façon
n'oublions pas de remarquer que nous deyons
JUIN.
1742: 945
vons à ce digne Miniftre François le plus
folide & le plus bel Ouvrage qui ait été fait
& publié fur la Terre Sainte , nous voulons
parler de l'excellent Livre qui porte
pour Titre NOUVEAU VOYAGE de la Terre-
Sainte , enrichi de plufi urs Remarques particulieres
, qui fervn à l'intelligence de la
Sainte Ecriture , & de diverfes Réfléx ons
Chrétiennes qui inftruifent les Ames devotes
dans la connoiffance & lamour de Fefus . Par
le R. P. NAU , de la C mpa nie de Jefus , 1.
vol. 8°. A Paris , chés André Pralard , ruë
S. Farques , àl Occafion M. DCC. 11. feconde,
Edition , de 661. pages.
L'Auteur qui avoit déja vû la Terre-Sainte
quand M. de Nointel y arriva , fe fir un devor
de la parcourir une feconde fois . en
l'accompagnant par tout , ce qui fût d'une
utilité réciproque , & donna lieu à la perfection
de l'ouvrage dont nous venons de
puler Voici com nent s'en explique le Pere
Nau dans fa Préface . » L'honneur que m'a
» fait M. le Marquis de Nointel , Ambaf
» fadeur de France à la Porte Ottomine ,
» de me fouffrir à fa fuite dans la vifite de la
» Terre Sainte , qu'il a entrepriſe avec zele
» & qu'il a faite avec tant de fuccès , m'a
» donné le moyen de faire de plus profon-
و د
des réfléxions fur la vûë de ces Lieux Sa-
» crez , que j'avois le bien de revoir une
E iiij » feconde
946 MERCURE DE FRANCE
» feconde fois , & d'étudier la dignité & la
» Sainteté des Myfteres qui s'y font paffez
» & c.
Ce pieux Miffionnaire ne furvécut pas
beaucoup à la premiere Edition de fon Ouvrage
, qui eft de l'année 1679. Il mourut
faintement à Paris en 1683. après avoir paffé
environ trente ans dans les travaux Evangéliques
des Miffions de fa Compagnie dans la
Province de Syrie , où fa mémoire eft encore
en très grande vénération.
Nous renvoyons à fon Livre pour tout
ce qui concerne M. de Nointel dans cet
édifiant Voyage , où l'on peut croire qu'il
eft fouvent parlé de lui . Nous nous contenterons
d'en extraire un Endroit ou deux .
"9
و د
33.
» Je ne fçai dit - il , L. 1. ch. 2. p 10. fi
depuis que les Mahométans font Maîtres
paifibles de la Terre Sainte , on a jamais
fait un Pélerinage plus beau & plus heu-
» reux que celui que M. le Marquis de
» Nointel a eu la bonté de nous faire faire
» en fa Compagnie. Il avoit un train proportionné
à fa qualité d'Ambaffadeur du
» Roy. Il étoit compofé de quelques Gen-
» tilshommes , & d'un grand nombre d'Of-
» ficiers de fa Mailon , M. de Segla , Con-
» ful de Seyde , homme de naiflance , d'ef
» prit & de coeur , crût qu'il étoit de fon
devoir de l'accompagner . Plufieurs Reli-
» gicux ,
JUIN. 1742. 947
gieux ; & autres Perfonnes de diverfes
» Nations , eûrent le même bonheur , &
» nous vîmes dans fa (a) Tartane avec nos
François , des Efpagnols , des Flamans
» des Hollandois , des Anglois , des Grecs ,
des Arméniens , des Turcs même. Mais
» ce qui étoit infiniment doux , c'étoit d'ê-
" tre avec une perfonne du caractere & du
mérite de M. Ambaffadeur. Les Capitula-
» tions fi avantageufes à la Religion , & au
» Commerce , qu'il avoit obtenues de la
Porte Ottomane , le faifoient confidérer
» comme un Ange libérateur &c. Il donna
» fes ordres pour partir pour Jérufalem le
» Vendredi devant le Dimanche de la Paf-
» fion , qui étoit le 9. Mars de l'année
» 1674.
Et en parlant du Voyage de Jérufalem at
Jourdain , Ch. 2. l. 4 .. » Les Peres de la Terre
Sainte fe trouvant dit il , extrémement
» honorés de la préfence de M. l'Ambaſſadeur
de France ; & voulant lui témoigner
» la reconnoiffance qu'ils avoient des bons
" offices qu'il venoit de leur rendre à la
>> Porte Ottomane , obtinrent du (b ) Lieu-
г
(a) C'étoit pour faire le trajet de Seyde àJafa ,pu
Toppé , qui eft le Por. de Jérusalem .
(b, C'est à cet Officier qu'apartient le droit d'être à
La tête de l'Escorte de la Caravanne des Pelerins dres
Jourdain
E v tenanc
948 MERCURE DE FR ANCE
و و
>>
» tenant du Pacha de Jérufalem de faire ce
Voyage à part , & avant l'arrivée des Pe-
» lerins des autres Nations. Il crût ne de-
» voir rien refufer en confidération du Repréfentant
du plus grand & du plus puif-
" fant des Rois Chrétiens . Il confentit à
» tout ce que l'on défira , & donna ordre à
» fes gens de fe tenir prêts. Nous partîmes
» le Lundi de Pâques au nombre de plus de
» cent Perfonnes , fans compter la Maifon
» & la Milice du Lieutenant. Le (c ) Reve-
» rendiffime Pere Gardien , & quantité des
plus confidérables Religieux accompagne-
» rent comme nous M. l'Ambaffadeur & c.
هو
M. de Nointel n'étoit pas encore de retour
à Conftantinople , lorfque M. de la
Croix, fon Sécretaire, y arriva de la Cour de
France, après s'être acquité très dignement de
la commiffion dont il avoit été honoré . IL
étoit chargé d'un Paquet important dans lequel
étoient les Lettres du Roy au Grand-
Seigneur , & à fon Premier Miniftre , en réponſe
de celles dont il avoit été le Porteur
& qui avoient été écrites à S. M. au fujet
des nouvelles Capitulations.
Comme ce Paquet étoit adreffé à M. l'Ambaffadeur
, M. de la Croix crût qu'il étoit
(c) C'est le Titre qu'on donne au Supérieur Géneral
des Religieux Francifcains , qui ont la garde dis
S. Sépulchre& des autres Lieux Saints.
du
JUIN. 1742. 949
>
du bien du fervice & de fon devoir de faire
quelques démarches pour que le Paquet du
Roy fût inceffamment remis. Il réfolut
nous dit il dans fes Mémoires , T. 11. p. 4.
d'aller chercher M. de Nointel dans l'Archipel
, où il avoit apris qu'il étoit arrivé , en
difpofition de vifiter les fameufes Ruines
d'Athénes : Il le trouva , en effet , dans l'Ifle
de Scio , & lui rendit les Dépêches de la
Cour , & compte de fon Voyage.
M. de Nointel s'embarqua enfuite pour
Smirne le 7. Janvier 1675. & entra en peu
de tems dans le Port de cette fameufe Ville
fur un Vaiffeau du Roy , commandé par M.
Etienne Jean de Marfeille. Tout ce qu'il y
avoit de Bâtimens François & Etrangers dans
ce Port faluerent le Pavillon du Roy & fon
Ambaffadeur , lequel débarqua accompagné
du Conful François , & des Députés de la
Nation. Il fut fuivi de quantité de Chaloupes
, ornées de banderolles & de tapis ,
lefquels aborderent à la Maiſon Confulaire ,
où tout étoit dans une grande joye.
On alla tout de fuite chanter le Te Deum
dans l'Eglife des Capucins , & M. l'Ambaſfadeur,
de retour à la même Maiſon, y reçut de
nouveaux complimens de tous les Confuls ,
qui lui firent une feconde vifite, & de tous les
Marchands , tant François qu'Etrangers.
Quelques jours après M. l'Ambaffadeur
E vj
dlibéra
950 MERCURE DE FRANCE
".
délibéra d'envoyer M. de la Croix à Andri
nople , pour rendre les Lettres du Roy &c .
Il partit , en effet , au commencement du
mois de Février pour ce Voyage , qu'on peut
faire en partie par mer. Il arriva par cette :
voye affés heureufement à Gallipoli , où it.
fut reçu très agréablement par le Conful de
Venife . Nous avons remarqué dans l'Ambaffade
du Baron de Salignac , qu'en ce temslà
le Conful de Gallipoli étoit un Religieuz
Francifcain. Celui qui reçut fi-bien M. De la
Croix , étoit un Prêtre originaire de Scio ,
élevé à Paris , nommé M. Dimitri , très - galant
homme , dont la Maiſon étoit ouverte à
tous les honnêtes Gens & c.
De Gallipoli , M. De la Croix fe rendit en
trois jours de marche à Andrinople , & vit le
même jour le Seigneur Alexandre Maure
Cordato , alors Premier Interprete de la
Porte , dont il fait l'Eloge , lequel lui facilita
toutes chofes , pour s'acquitter heureufement
de fa Commiffion , de quoi M. De
la Croix fait un agréable détail dans les mêmes
Mémoires , raais que nous omettons
pour ne point exceder certaines bornes.
Ce fidele & zelé Secrétaire fe rendit inceffamment
à Conftantinople , où il trouva
M. de Nointel , arrivé au Palais de France
& continuant de remplir fon Miniftere avec
ne fatisfaction univerfelle . Ce qu'il fit juſqu'à
JUIN. 1747 . 958
qu'à la fin de l'année 1679. ou au commence
ment de 1680. qu'après avoir obtenu l'agrément
du Roy pour fon retour en France , id
fut relevé par M. de Guilleragues , dont nous
parlerons bientôt .
Obfervons ici qu'on ne fçauroit lire avec
trop de précaution les Mémoires du Chevalier
d'Arvieux en général ; mais fur tout
quand il s'agit du Marquis de Nointel & de
fon Ambaffade; par furcroît d'inconvénient ,
ces Mémoires n'ont pas été revus par l'Auteur
, qui , fans doute , les auroit corrigés &
rectifiés en plufieurs endroits , l'Editeur qui
les a publiés après fa mort , a tout adopté ,
& n'a rien retranché .
On lit à la page 424. du V. Tome , que
le premier jour de l'année 1678. le Roy jugea
à propos de rapeller le Marquis de Nointel
, fon Ambaffadeur à Conftantinople , &
nomma à fa place M. Gabriel Jofeph De la
Vergne , Vicomte de Guilleragues &c. Cette
annonce fuit immédiatement le titre que voici
: Journal du Voyage d'Alep , en quoi d'abord
elle paroît affés déplacée. Il y auroit auffi une
Remarque à faire fur le terme de rapeller ,
dont M. d'Arvieux a trouvé bon de fe fervir..
Mais qu'il foit permis au moins d'obſerver
que fa Chronologie ne paroît pas jufte ; car
il eft certain que nonobftant ce prétendu rapel
, fixé par lui au premier jour de l'année
16.78..
952 MERCURE DE FRANCE
1678. M. de Nointel étoit encore à Conftantinople
dans tout le courant de l'année
1679. Un Acte important , qui même n'eſt
pas hors de notre Sujet , & que nous nous
faifons un devoir de raporter ici , pour ren
dre juſtice à la vertu & au mérite littéraire ,
le prouve autentiquement.
Cet Acte eft une Atteftation ample & raifonnée
, donnée par M. le Marquis de Noin.
tel à M. De la Croix le fils , à fon retour de
l'Orient , où il avoit été envoyé par M. Colbert
dans fa grande jeuneffe , pour fe perfectionner
dans l'étude des Langues Orientales,
& pour acquérir d'autres connoiffances, concernant
les Sciences & les Arts des Orientaux
: voici la teneur de cet Acte exactement
tranfcrit d'après l'Original
-
CHARLES FRANÇOIS OLIER , Marquis
de Nointel , Confeiller du Roy en tou: fes Con
feils , enfa Cour de Parlement de Paris
Ambaffadeur à la Porte Ottomane .
›
» L'OBLIGATION qui nous eft indifpenfa-
» ble d'accorder à la verité un témoignage
public , lors principalement qu'elle doit
» contribuer au fervice de Sa Majefté , nous
» engage fort agréablement à déclarer & cer-
» tifier à tous qu'il apartiendra l'expérience
» & la connoiffance que nous avons de la
capacité & intelligence de François De la
» Croix , Fils du Sr De la Croix , Secrétaire
R &
JUIN.' 1742. 993
» & Interprete du Roy ès Langues Orienta-
» les. A CES CAUSES nous d'clarons notre
» impuiffance à exprimer fuffifamment la fa-
>> tisfaction que nous reflentons de voir que
» ledit Sr De la Croix , entre tant de Per-
»fonnes qui ont été employées dans les
Voyages & Recherches curieufes des Pays
» les plus éloignés , aye fi bien correfpondu
» aux glorieux deffeins de M. Colbert , qu'il
furpaffé la plupart de ceux qui ont été
» honorez de ces Emplois , ne pouvant lui
» être reproché d'avoir rien épargné de fa
» Penſion , fi ce n'eft ce qu'il a retranché de
» fa nourriture , & des plaifirs les plus légi-
» times , pour acheter des Livres , & pour
» avoir plufieurs fortes de Maîtres ; enforte
>> que faifant confifter toute fa richeffe , non
ou
pas en des (a) Coliers de Sequins , comme
» on l'a vû dans d'autres Sujets , encore
» moins dans une indolence blâmable
» défaut de curiofité , ou dans un abandon-
>> nement à des excès criminels ; enforte qu'il
»peut fe vanter de s'être acquis la véritable
» richeffe pour laquelle il étoit envoyé . Nous
» fommes convaincus qu'il en a fait fon uni-
» que objet ; car mettant à profit la retraite
» que nous lui avons donnée dans notre
» Palais , il en a tiré les moyens de fe don-
33:
(a ) On fais dans le Levant des Coliers de Sequins ,
@amme en France des Ceintures de Louis d'or , ¿ c.
≫ ner
954 MERCURE DE FRANCE
32
"
» ner un plus grand nombre de Maîtres, pour
fe fortifier & fe rendre plus habile dans
les Langues ordinaires & vulgaires de Conftantinople
; au moyen defquels il s'eft
apliqué à l'étude de plufieurs Sciences , &
» Arts des Orientaux , dont les termes pro
» pres , joints aux connoiffances qu'il avoit
déja des Langues Arabe & Perfienne , des
» Poëtes & des Hiftoriens , lui faciliteront
» également la converfation avec les Artiſtes
& avec les Sçavans . Par là il a acquis une
très - grande facilité de traduire ; enforte
» que fans le fecours des Dictionnaires ,
>> nous a fait couramment plufieurs bonnes
» Traductions d'Hiftoires , de Commande-
» mens du G. S. de Capitulations , d'Actes
» de Juſtice , de Lettres des Vizirs , de Let-
>> tres de Particuliers fur diverses matieres
» de Guerre , de Géographie & c.
>>
>>
il
>
Nous l'avons auf employé avec le mê-
» me fuccès à traduire de François en Turc
plufieurs Ecrits contenant divers Points
» dont notre curiofité nous engageoit de tirer
une Inftruction des plus fçavans Turcs,
» & quoique ces Mémoires fuffent fouvent
» affés étendis , en grand nombre , & remplis
de différentes Queftions , il les a expédiés
très- promptement , & nous fommes
perfuadez de la jufteffe de fa Traduction ,
» par les Réponses que nous en avons re-
>>
>>
37
» çûës,,
JUI N. 1742
ق و ر ش ل ا
» çûës , comme nous fommes de même per-
» fuadez de la bonté & fidelité de ſes Ver-
».fions du Turc en François , parce que les
>> lifant avec lui , il nous rendoit raiſon par
étymologie , ou autrement des principales
» expreffions , & de celles qui paroiffoient
» les plus extraordinaires &c. Il a traduit en
» Vers Turcs les Infcriptions faites pour le
» Frontifpice du Louvre, & nous fçavons par
» un très - habile Turc , qu'il eft habile dans
» la Poëtique & dans les Hiftoires Orienta-
» les. Il poffede les différens genres de l'E-
» criture Turque , qui établiffent ici un
» grand degré de capacité ; il s'eft encore
apliqué à la Langue Tartare , dont il y a
beaucoup d'expreffions dans un Livre cu-
» rieux qu'il a traduit.
23
n
ןכ
» Enfin il a fi bien embraffé l'Etude générale
» de tant de Langues &: de Sciences , que cette
généralité ne lui caufant aucune confufion,
» fert notablement à le rendre plus habile
» dans le particulier de chacune , & à être
» très capable de retourner en France , pour
» y confacrer fes fervices à la gloire de ce
grand & très éclairé Miniftre , qui par fa
prudence , fes foins infatigables , & la
» grande pénétration , ne néglige rien, même
de ce qui paroît le plus éloigné , au milieu
» des Affaires les plus importantes du plus
grand des Rois. Nous rendons ces témoi-
מ
""
>>
" gnages
956 MERCURE DE FRANCE
"
gnages audit Sr F. de la Croix , d'autant
plus volontiers , que nous fçavons qu'il n'a
pas hefiré d'intereffer fa fanté , pour ſe per-
» fectionner davantage. Et afin que foy y
»
foit ajoutée , nous avons figné la Préfente
» de notre main , fait contrefigner par notre
» premier Secretaire , & buller du Sceau
» de nos Armes. DONNE' en notre Palais des
Vignes de Pera lez Conftantinople , ce
» vingt feptiéme Mars mil fix cent foixantedix
neuf . Signé OLIER DE NOINTEL : Et
plus bas. Par mondit Seigneur , Signé
» De la Croix , Secretaire.
>>
29
*
M. de Nointel refta encore à Conſtantinople
plufieurs mois de cette même année 1679 .
Il y avoit déja quelque tems qu'il avoit fuplié
le Roy de vouloir bien lui donner un Succeffeur
: alors S. M. nomma à cette Ambaffade
Gabriel Jofeph de la Vergne , Vicomte
de Guilleragues , Sécrétaire de la Chambre
& du Cabinet du Roy , ci- devant Premier-
Préfident de la Cour des Aides & Finances
de Guienne. M. de Guilleragues s'étant embarqué
à Toulon fur un Vaiffeau du Roy
le 11 Septemb.e 1679 , ariva heureuſement
à Conftantinople , & ce même Vaiffeau ramena
en France le Marquis de Nointel .
Nous n'entrerons dans aucun détail fur
cette nouvelle Ambaflade , & nous en uſerons
de mêmeà l'égard des Succeffeurs de
M.
JUIN. 1742. 957
M. de Guilleragues , jufqu'à l'Ambaffade du
Marquis de Bonnac , fur laquelle nous avons
des particularités qui ne fe trouvent point
ailleurs , & qui nous raprochent davantage
du principal objet , qui nous a fait mettre la
main à la plume .
Nous éviterons auffi par là la répétition
de tout ce qui fe trouve déja imprimé fur
cette matiere dans plufieurs Ouvrages publics
, qui font entre les mains de tout le
monde , particulièrement dans les Mercures
Galans de M. de Vifé , qui a commencé
fon Journal à peu près fur la fin de l'Ambaſfade
de M. de Nointel. Il y a encore un
grand détail fur toutes ces matieres dans un
autre Ouvrage public , qui n'eft point rare à
Paris , & dont voici le Titre :
Ambaffades de M. le Comte de Guilleragues
& de M Girardın auprès du Grand Seigneur,
avecplufieurs Pieces curieufs , tirées
des Memoires des Ambaſſaleurs de France à
La Porte &c. 1. vol. in 12. A Paris , chés
Michel Guerout , Libraire , dans la Galerie
neuve du Palais , au Dauphin .
Jean- Louis d'Uffon , Marquis de Bonnic
Maréchal des Camps & Armées du Roy
étoit en Espagne , chargé d'une Commi fion
importante , dont il s'acquitta parfaitement ,
lorfque le feu Roy le nomma à l'Ambaffade
de la Porte , pour laquelle il ne partit qu'en
1716
958 MERCURE DE FRANCE
1716 , & il arriva à Conftantinople au mois
d'Octobre de la même année .
nées
que
C'est rendre juftice à fa mémoire de dire
qu'il fçût fi bien ménager l'efprit des Minif
tres de la Porte , qu'il y fût dans une trèsgrande
confidération pendant les neuf an
dura fon Ambaffade. Il y avoit
alors trente ans qu'on follicitoit la permilion
de réparer la grande voute du principal Dome
de l'Eglife du S. Sépulchre de Jérufalem
qui menaçoit ruine depuis long tems ,
fans pouvoir l'obtenir ; le Marquis de Bonnac
cut le bonheur d'y réaffir malgré la
fuperftition des Turcs , qui défend de réparer
les Eglifes des Chrétiens ; & malgré les
intrigues des Grecs Schifmatiques , qui s'y
opofoient , & qui continuoient de faire des
préfens confidérables aux Grands de la Porte
, pour empêcher cette réparation . Dès
qu'elle fut achevée , le Marquis de Bonnac
détermina le Grand Seigneur à envoyer une
Ambaffade folemnelle au Roy , & fournit
à l'Ambaffadeur un Vaiffeau , pour le tranfporter
en France . Cette Ambaffade fut le
fujet d'une très belle Médaille frapée pour
le Roy , dont nous allons remettre ici la gravûre
fous les yeux des Lecteurs.
L'Ambaffade du Marquis de Bonnac à la
Porte Ottomane , fut diftinguée par un aure
Evénement confidérable. La confiance
qu'avoient
XVI XVII
UILLITAS
TRANANQU
EUROPAE
PAX CUM HISPANIS,
MDCC.XX
XVIII
OPULI
PRO
TIT
US
VICU
SALUTE
IV. AUGUSTI.
MDCC.XXI
CONGRE
RESSUS
FELIX
XV.D.
PRINCIPIS
G.FR
M.DCC.XXI.
ETNAV.REX
SPLENDOR
XIX
NOMINIS
D.V.
ORATOR IMP. TURCARUM
MDCC.XXI
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
48703, LENOX AND
TILOCA SUMDATIONS.
YORK
RARY
BTOR, LINCX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
DOVICUS
XV
.
DU
VIVIER
REX
CHRISTIANISS
CUTIS
ET
VIRTUTIS
JUSTITIE
TURCAS INTER ETRUSSOS
РАХ CONSTITUTA .
VIII .JULIL M-DCC.XXIV
JUIN. 17427 95 %
qu'avoient en lui le Grand Seigneur & le
Czar de Moſcovie , lequel étoit encore aigri
par la Paix forcée que ce Prince avoit
été obligé de conclure avec les Turcs , fur
les bords de la riviere de Prout , fit que ces
deux Puiffances le choifirent pour Miniftre
Médiateur , à l'occafion des troubles de Perſe
, & de l'invafion que le Czar avoit faite
dans quelques Provinces de ce Royaume ;
il s'engagea à cette Médiation en qualité de
Plénipotentiaire du Roy , & il eut le bonheur
de la terminer à la fatisfaction des deux
Parties , & avec l'aprobation du Roy. Il reçut
du Grand- Seigneur à cette occafion une
magnifique Peliffe de Martre Zibeline , &
en même tems l'Audience de congé de Sa
Hauteffe , honneurs qui n'avoient été accordés
à aucun autre Ambaffadeur de France ;
avant lui . Le Czar , d'un autre côté , l'honora
du Colier de fon Ordre de S. André ,
& le Roy lui permit de l'accepter , & de le
porter. La Médiation de la France entre la
Porte & la Mofcovie , eſt le ſujet d'une autre
Médaille frapée pour le Roy , dont voici
encore la grayûre en Taille - douce & c.
Le Roy le nomma enfuite à l'Ambaffade
de Suiffe , pour laquelle il partit dans le mois
de Novembre 1727 ; & quelques années
après , le Roy toujours plus content de fes
Services , lui accorda un Brevet de Confeil
leg
960 MERCURE DE FRANCE
ler d'Etat d'Epée ; mais les incommodités
dont il fut attaqué en Suiffe , l'obligerent à
demander la permiffion de venir paffer quel
que tems en France , pour s'y rétablir ; il y
arriva dans le mois d'Octobre 1736 ; &
voyant que fa fanté étoit toujours foible , il
fe démit de cette Ambaffade entre les mains
de S. M neufmoi après . Enfin le Marquis
de Bonnac eut une attaque d'apopléxie , dont
il mourut à Paris le premier Septembre de
l'année 1738. laiffant de la Dame fon Epouſe,
fille du Maréchal Duc de Biron , d x Enfans ,
dont fix Garçons , l'aîné defquels , apellé
le Marquis d'Uffon , alors âgé d'environ 21 .
ans , fe diftinguoit déja dans la Profeffion
des Armes , en qualité de Capitaine dans le
Regiment de Touraine , Infanterie.
En finiffant cet Article , nous profiterons
de l'occafion , pour conftater un Fair hiſtorique
, qui eft entierement à la gloire du
Roy , à l'honneur de la Religion & de la
Nation Françoife , lequel n'eft touché cideffus
qu'en paffant ; fçavoir , que l'Ambaſſade
folemnelle de Mehemet Effendi , envoyé
au Roy par le G. S. en l'année 1721. avoit
pour principal objet de venir affûrer S. M.
qu'en conféquence de fon intervention , &
de la protection dont elle veut bien honorer
les Religieux Latins , dépofitaires des principaux
Monumens du Chriftianifme dans la
Paleſtine
JUIN. 1742. 964
Paleſtine , S. H. avoit d'abord donné tous
les commandemens néceffaires pour faire
fans délai les importantes réparations , dont
il s'agiffoit dans la grande Egl fe du S. Sépulchre
de Jérufalem , & qu'enfin tous ces
Ouvrages fe trouvoient entierement achevés.
La preuve la plus importante qu'on puiffe
donner de ce Fait , fe trouve dans les Lettres
mêmes dont l'Ambaffadeur de la Porte fut
chargé pour le Roy ; l'une du G. S. l'autre du
Grand Vizir Ibrahim Pacha , Gendre de S. H.
Lettres dans lefqu . lles il n'eft parlé d'autre
chole . Le G. Vizr écrivit auffi par le même
Miniftre & fur le même fujet, des Lettres au
Duc d'Orleans , Régent , & au Maréchal de
Villeroy , Gouverneur de la Perfonne du
Roy.
Le Marquis de Bonnac , quelque tems
après fon retour de Conftantinople , voulut
bien nous accorder une copie de la Traduction
de ces Lertres , dont il avoit négocié
le Sujet & l'Expédition . Les Copies font de
la main de M. Foubert de Bizy , fon premier
Sécrétaire , qui nous les remit par fon ordre ,
accompagnées d'une Lettre du 16. Octobre
1727.
Nous crûmes dès - iors pouvoir en faire part
au Public , & nous ferions encore dans ce
même fentiment , dans l'occafion favorable.
fi
qui fe préfente aujourd'hui de les publier ,
une
62 MERCURE DE FRANCE
ane raifon , que l'on goûtera, fans doute , ne
nous déterminoit autrement.
Ces Lettres traduites du Turc en François
à Conftantinople , font d'une prolixité
étonnante , moins longues cependant
par le fonds de ce qu'elles contiennent , que
par le génie du Traducteur , qui paroît bien
plus Oriental que François , & qui a rendu ,
fouvent , même périphrafé , le Texte Turc
naturellement figuré , d'une maniére outrée ,
enforte qu'au lieu d'un fens clair & ſuivi ,
on trouve de tems en tems un pompeux galimatias
, ou une ennuyeuſe répétition,
De quoi s'agit- il cependant dans ces Lettres
? En voici la fubftance . C'eſt d'affûrer
le Roy , toûjours qualifié d'Empereur de
France , de Monarque le plus diftingué entre
tous les Princes de la Créance de JESUS
le Meffie , d'Arbitre univerfel de toute la
République Chrétienne , & c. que Sa Hauteffe
a donné avec plaifir tous les ordres &
toutes les permiffions néceffaires , qui lui
ont été demandées de la part de S. M. par
le Marquis de Bonnac,fon Ambaffadeur,dont
on parle très - honorablement , pour la réparation
du refpectable Edifice en queftion.
Que le Grand Vifir Ibrahim Pacha , fon
Gendre , dont on fait l'éloge , s'y eft auffi
employé efficacement, en confidération d'un
grand Prince.
JUIN.
963 1742
Que cette importante réparation étant
heureuſement & parfaitement achevée , S. H.
a crû devoir en affûrer S. M. par une Lettre
munie de fon augufte Sceau Impérial , &c.
Enfin , que pour porter cette Lettre , Elle
a fait choix pour fon Ambaffade ur de la perfonne
diftinguée de Mehemet Effendi , dont
le mérite eft fort relevé , actuellement Sur-
Intendant des Finances , & ci - devant Miniftre
Plénipotentiaire de la Porte au Congrès
de Paffarowitz , où il a conclu un Traité
important avec les Miniftres du Roy des Romains
, c'est ainsi qu'eft nommé l'Empereur
d'Allemagne dans cette Lettre.
La Lettre du Grand Vifir contient à peu
près les mêmes chofes, en des termes magnifiques
& fort refpectueux à l'égard du Roy.
Ces Lettres font datées de cette maniere à la
fin : ECRIT à la Ville de Conftantinople la
bien gardée , le quinze de la noble Lune de
Zilcade , l'an 1132. c'est à dire le 19. du
mois de Septembre 1720.
Au bas de la Lettre du G.V.ct avant la date , eft
l'Empreinte de fon Cachet , fur lequel étoient
gravés ces mots. Salut foit fait à ceux qui reconnoiffent
l'Etre Souverain, & qui lui obéiſſent.
Il y a de plus un Ouvrage public , im-
*
INSCRIPTIONES ad res notabiles fpectantes &c.
Authore D. Henrico Ferrand , Tolonenfi , viro Confulari.
1. vol. in-4°. Avenione M. DCC . XXVI.
II. Vol. F primé
964 MERCURE DE FRANCE
primé à Avignon en l'année 1726. dont nous
avons rendu compte dans le Mercure de Fevrier
1727. par lequel il paroît qu'à l'occafion
de l'arrivée du Marquis de Bonnac au
Port de Toulon , revenant de Conftantinople,
il fut compofe une Infcription par ordre
des Confuls de cette Ville , laquelle fait expreffément
mention du fujet de l'Ambaffade
de Mehemet Effendi à la Cour de France, & que
cette Infcription étoit deſtinée ,avec quelques
autres du même Auteur , compofées fur des
Faits Hiftoriques & certains , pour orner la
Sale de l'Hôtel de Ville de Toulon . Voici
cette Infcription.
JOANNI LUDOVICO D'USSON
MARCHIONI DE BONNAC ,
AGMINIS DUCTORI
LUDOVICI XV. BIZANTII LEGATO ,
RELIGIONE ET COMMERCIO PROTECTIS ,
INSTAURATA SANCTI SEPULCHRI
FORNICIS , PER ORATOREM MEHEMET EFFENDI,
REGE CERTIORE FACTO .
NOVIS HONORIBUS A TURCARUM
ET RUSSIA IMPERATORIBUS ORNATO
LEGATIONE NOVEM ΑNNORUM
FELICITER PERACTA.
CONSULES ET CIVITAS TOLONENSIS
PONI C C.
ANNO M. CC . X.X V.
?
Le Roy ayant accordé au Marquis de Bonnac
la permiffion de revenir en France
omma pour aller le remplacer à l'Ambaſſade
JUIN: 1742 965
de de la Porte , le Vicomte d'Andrezel ( N.
Picon ) ci -devant Sécretaire du Cabinet du
Roy , & des Commandemens de Monfeigneur
le Dauphin, Fils de LOUIS LE GRAND,
& en dernier lieu Intendant en Rouffillon.
Il partit de Paris fur la fin de l'année 1723 .
& arriva à Conftantinople à bord de deux
Vaiffeaux de Guerre François , le 13.Septembre
1724. Il fut falué par une décharge génerale
des canons de la Ville , à laquelle les
Vaiffeaux François répondirent par celle de
leur artillerie , après avoir arboré tous leurs
Pavillons , Flammes & Banderolles .
On peut dire que le nouvel Ambaſſadeur
arriva fous d'heureux aufpices & qui fembloient
lui promettre une longue profperité
dans fon Miniftere , car prefque dans le même
tems , le Grand Vifir fit fçavoir à tous les
Ambaſſadeurs , à commencer par celui de
France , que le Grand Seigneur venoir de recevoir
avis , que le Seraskier Achmet Pacha,
Gouverneur de Bagdat , avoit pris d'affaut
l'importante Ville de Hamadan , &
garniſon ayant fait trop de réfiftance , après
les fommations ordinaires , avoit été paffée
au fil de l'épée , &c. Cette grande nouvelle
fut annoncée au Peuple par deux grandes
falves d'artillerie , & on fit en confequence
des réjouiffances extraordinaires pendant fept
jours confécutifs. Les Miniftres Etrangers
que
la
Fij
firent
966 MERCURE DE FRANCE
firent illuminer leurs Palais & donnerent
d'autres marques de joye. Les Vaiffeaux du
Roy témoignerent auffi la leur par plufieurs
falves de leur canon .
Le 2. Octobre fuivant , le Grand Vifir fçachant
que les mêmes Vaiffeaux du Roy devoient
bien-tôt reporter en France le Marquis
de Bonnac , traita magnifiquement les
deux Ambaffadeurs dans fa belle Maifon de
Plaifance , fituée fur le Canal de la Mer
Noire , Repas auquel fe trouverent le Capitan
Pacha Chelebi Mehemet Effendi , ci - devant
Ambaffadeur à la Cour de France , & quelques-
autres des principaux Seigneurs de la
Porte.
Les correspondances que nous avions eûës
avec les Sécretaires de M. le Marquis de
Bonnac , durant fon Ambaſſade , continuerent
avec avantage fous celle de M. d'Andrezel
; nous nous fommes furtout loüés &
aplaudis du commerce litteraire que nous
avons eû avec M. Defroches , fon premier
Sécretaire , dont nous avons parlé dans plufieurs
de nos Journaux , & dont enfin nous
avons malheureufement été obligés de faire
P'Eloge dans les Mercures de Septem. 1736.
& d'Avril 1737. lorſqu'après le décès de M.
d'Andrezel , s'étant attaché à M. le Marquis
de Villeneuve ,fon Succeffeur,il mourut auffi
à Conftantinople au mois de Septembre 1734.
Nous
JUIN. 1742 967
Nous devons au Vicomte d'Andrezel & à
la plume de fon habile Sécretaire , une Piéce
importante , que nous avons imprimée dans
un de nos Journaux. C'eft la Relation des
Conférences tenues pour la Paix fur la Frontiere
des deux Empires , entre les Miniftres
du Grand Seigneur & ceux du Roy
de Perfe , Ouvrage que M. Defroches fçûr
dégager de l'emphafe & des figures du ftyle
Oriental , & qu'il habilla élégamment à la
Françoife , fans rien altérer ni rien omettre
pour le fonds des chofes , & dans lequel il
fit fentir le génie politique des deux Nations ,
la nobleffe des fentimens & la dexterité des
Plénipotentiaires , ce qui rend cette Piéce
extrêmement curieufe , auffi fut- elle goûtée
de tous les habiles
gens.
,
Il y avoit lieu de fe flater que M. d'Andrezel
poufferoit auffi loin qu'aucun de fes
Prédeceffeurs , la carriere qu'il avoit fi heureufement
commencée mais on eut le
malheur de le perdre au bout d'environ
deux années ; il mourut à Conftantinople
d'une hydropifie de poitrine , après une
longue maladie , âgé d'environ 64. ans ,
laiffant de Dame Françoife de Baffompierre ,
deux garçons & une fille. Le P. Poncy de
Neuville , Jéfuite , fit fur cette mort une
fort belle Elegie , qui eft imprimée dans le
premier volume du Mercure de Juin 1727.
P.1254.
Fij La
968 MERCURE DE FRANCE
La nouvelle de la mort du V. d'Andrezel
étant arrivée à la Cour , le Roy nomma pour
lui fucceder à l'Ambaffade de la Porte Ottomane
M.Louis Sauveur de Villeneuve, Lieutenant
Géneral de la Sénéchauffée de Marfeille,
& il eut l'honneur de faluer le Roy en cette
qualité le 25. Mars 1728. S. M. le reçût
très-favorablement.
Il eft fils de François de Villeneuve , Confeiller
au Parlement de Provence , & de D.
Magdeleine de Fourbin Sainte- Croix , proche
parente de M. l'Archevêque de Paris. If
avoit alors quatre freres , fçavoir , François
Renaud de Villeneuve , Évêque de Viviers
nommé auparavant à l'Evêché de Marſeille
lorfque M.deBelzunce fut nommé par leRoy à
l'Evêché de Laon, qu'il refufa ;deux autres freres
Capitaines d'Infanterie dans les Régimens
du Roy & du Maine, & le quatrième Lieutenant
des Galeres , fervant alors fur la Réale.
›
Il a époufé Dame Anne de Bauffet , fille
de Pierre de Bauffet, Lieutenant Géneral , Civil
& Criminel de Marfeille , & de Dame
Théodore Daudiffret. La Maiſon de Bauffet
cft fort ancienne , & a donné des Perſonnages
illuftres dans l'Eglife , dans la Robe ,
& dans l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , qui
compte plufieurs Chevaliers & Commandeurs
de ce nom .
On écrivit alors de Marfeille , que quelque
JUIN. 1742. 969
que regret qu'on cût de perdre un Magiſtrat
de fon caractére , tout le monde avoit aplau
digne choix de Sa Majefté , perfuadé
que M. de Villeneuve poffedoit toutes les
qualités néceffaires pour s'acquitter dignement
d'un Miniftere fi conſidérable , & que
dans fon éloignement même , il feroit rendu
en quelque façon à la Ville de Marſeille , par
Ja protection qu'il accorderoit à fon Commerce
du Levant , par l'aplication fur tout
qu'on fe promettoit d'un génie auffi éclairé
que le fien , à réprimer les abus , que l'avidité
de quelques particuliers voudroit introduire
, & c'eft en partie , ajoûtoit on , ce
qui pouvoit dédommager cette Ville de la
perte qu'elle faifoit de fon premier Magiftrat.
On ne pouvoit gueres penfer plus juſte , ce
qui a été une espece de Prophétie de ce qui
eft effectivement arrivé de favorable & d'avantageux
au Commerce en géneral , & en
particulier à celui des Marfeillois , durant
tout le tems de cette Ambaffade .
M. le Marquis de Villeneuve , ainfi nommé
par le Roy même , s'embarqua à Toulon
fur la fin du mois d'Octobre fuivant , fur les
Vaiffeaux de S. M. lefquels moüillerent le 2 .
Novembre à l'Argentiere , Ifle de l'Archipel.
Les principaux de l'Ifle allerent le complimenter
, & le fuplierent de débarquer , à
caufe du mauvais tems , fur tout par raport à
Fij
Madame
970 MERCURE DE FRANCE
›
Madame l'Ambaffadrice , qui pouvoit en
avoir befoin , à caufe des incommodités de
la Mer. Les Dames Grecques de cette Ifle
également belles & polies, n'eurent pas plûtôt
apris qu'elles auroient l'honneur de la
yoir , qu'elles préparerent une Fête & un
grand Régal , lequel fut fuivi d'un Bal magnifique
, dans le goût & le génie de la Nation
, qui eft exquis pour ces fortes de Divertiflemens.
Le trajet jufqu'à Conftantinople fut heu
reux , & l'arrivée du nouvel Ambaſſadeur
fut extrêmement fêtée par la Nation Fran
çoife, & c. Nous ne repeterons point ici tout
ce que nous avons dit dans le tems en differens
Mercures, des premieres Audiences, des
Céremonies , &c. qui fuivirent cette arrivée ,
ni de tout ce qui regarde la fuite de certe Am .
baffade , parce que l'Histoire en eft route
faite dans nos Journaux , par le foin que nous.
avons eû d'y raporter tout ce qui s'eft paffé de
plus confidérable à cet égard . Nous rapellerons
feulement quelques Faits particuliers ,
intereffans pour nous , & qui ne déplairont
pas au Public
Nous devons au Marquis de Villeneuve
ce que nous avons préfenté à ce même Public
, de curieux & d'exact pour tout ce qui
concerne les Affaires du Levant , & en particulier
celles de Perfe , qui étoient alors
l'objet
JUIN. 1742. 971
l'objet de l'attention de toute l'Europe , &
cela par les bontés que M. l'Ambaffadeur
cut pour nous , & pour M. Defroches , notre
Correfpondant , qu'il protégea toujours , recommandé
feulement par fon mérite , & par
le malheur qu'il avoit eû de perdre le Vicom:
te d'Andrezel & c.
*
Nous lui devons auffi , avec toute l'Eglife
& avec la République des Lettres , les heureux
fuccès qu'ont eû nos empreffemens &
nos foins particuliers , pour procurer au
fçavant Auteur de l'Ouvrage important ,
ORIENS CHRISTIANUS ET AFRICA,
que l'on continuë d'imprimer au Louvre , par
ordre du Roy, tous les Mémoires , qui manquoient
fur plufieurs Eglifes Orientales , &
en particulier fur l'état ancien & moderne de
ces Eglifes , la fuite de leurs Patriarches , & c .
principalement à l'égard de celles des Maronites
du Mont Liban , des Cophtes d'Egypte
, & c. M. l'Ambaſſadeur ayant , nonfeulement
protegé ces Recherches
ayant donné encore tous les ordres néceffaires
, pour les rendre efficaces , & pour en
accelerer l'expédition fur les Lieux , & l'envoi
en France .
,
mais
Enfin nous lui devons en particulier le
fuccès de quelques Recherches , que nous
avons été obligés de faire pour conftater la
Le P. le Quien , Dominicain .
Fv . vérité
972 MERCURE DE FRANCE
vérité d'un Fait , qui nous intereffe , & qui
fe trouve alterée dans un Ouvrage public
intitulé : La Vie de Meffire François Picquet ,
Conful de France & de Hollande , à Alep ,
enfuite Evêque de Cefarople , puis de Babilone
, Vicaire Apoftolique , &c. imprimé à
Paris , 1. vol. 8. chés la Veuve Mergé , en
1732.
Le Fait en queftion , eft que M. François
Baron de Marſeille, Perfonnage illuftre par fa
vertu , * & par la grande réputation , où il
eft encore dans tout le Levant , fût nommé
par le Roy , fous le Miniftére de M. Colbert
, pour fucceder à M. Picquet dans le
Confulat d'Alep ', qui comprenoit alors les
Echelles de Chypres , de Tripoly de Syrie
& d'Alexandrette. Or , dans le Livre dont
nous venons de parler , les expreffions , dont
on fe fert à cet égard , font entendre que
M. Baron ne fut que le Subftitut de M. Picquet
, & que celui-ci reftant toûjours le
Maître du Confulat d'Alep , & ne pouvant
plus l'exercer , il y commit une perfonne à
fa dévotion , &c. ce qui eft abſolument contraire
à la verité , qui aparemment n'a pas
été connue de l'Auteur du Livre , lequel a
écrit là deffus , fur des Mémoires peu
fidéles.
* Son Eloge eft dans les Mercures de Juin. II. vol.
& de Juillet 1730.
Quoiqu'il
JUIN. 1742 973
Quoiqu'il en foit , les Archives de la
Chambre du Commerce de Marfeille d'abord
confultées fur ce fujet , démentent cer endroit
de l'Hiftoire . Celles du Confulat d'Alep
, pareillement confultées , confirment
auffi la vérité que nous foûtenons ; mais
nous n'aurions jamais pû pénétrer dans ce
depôt fi éloign , fans l'autorité de M. le
Marquis de Villeneuve , qui voulut bien envoyer
là deffus fes ordres précis au Conful .
d'Alep ( M. Pelleran , ) lequel les exécuta
avec autant d'exactitude que de célérité.
Nous avons entre les mains , les Actes Juridiques
, extraits fur les Originaux du Confulat
d'Alep , envoyés à Conftantinople par
M, Pelleran , & qui nous font parvenus par.
les foins de M. Defroches , fuivant les intentions
de M. l'Ambaffadeur.
+
Nous finirons ce qui concerne cette Ambaffade
, en difant , qu'on peut affûrer fans
exagération , qu'elle a été remplie d'évepea
mens fi confidérables , & foûtenue avec
tant d'éclat & de dignité , qu'elle a effacé
en quelque façon toutes celles qui ont précédé
, nous n'en rapellerons ici qu'un trait
remarquable , qui concerne la Médiation
du Roy , fouhaitée , demandée & obtenuë ,
par trois grandes Puiffances , fçavoir , l'Empereur
& le Czar de Mofcovie d'une part
& le Sultan Mamouth, Empereur des Turcs
F vj
de
/ ו ד
.
›
de l'autre ; Médiation remplie par notre Ambaffadeur
, feul Médiateur , avec toute la fageffe
, & toute la magnificence poffibles , au
gré & à l'entiere fatisfaction de toutes les
Parties intereffées , dont il avoit les Pleins
Pouvoirs , enfin avec un entier fuccès , puifqu'elle
a été fuivie d'un Traité , qui a donné
la paix à de vaſtes Pays , & à des Nations
entieres. Cet événement glorieux pour le
Roy , & pour fon digne Miniftre à la Porte ,
a mérité d'être immortalife par un Monument
tel la belle Médaille du Roy ,
qui a été frapée peu de tems après , & dont
voici la gravûre en taille-douce.
que
>
D'un côté eft le Portrait de S. Men buſte ,
la Tête couronnée de laurier , avec l'infcription
ordinaire LUD. X V. REX CHRISTIAN.
& fur le Revers , la France , fous
la figure d'une Femme avec les fymboles
qui lui conviennent , affife à l'entrée du
Temple de la Paix , préfente des rameaux
d'Olivier aux Allemands , aux Ruffiens , &
aux Turcs. Ces Nations font auffi figurées
par des Femmes , ayant leurs differens fymboles
qui les caractériſent. Pour Legende
autour , VIRTUTIS ET JUSTITIE
FAMA. Et dans l'Exergue , GERMAN.
ET RUSS. PAX CUM OTT OMA N.
CONCILIATA. M. DCC. XXXIX.
Heureufe époque , qui a terminé une fi belle
AmbafREX
JD •XV LUD
VIRTUTIS
ISS .
CHRISTIANIRE
M.
JUSTITIAE
GERMAN- ET RUSS PAX
CUM OTTOMAN CONCILIATA
MDCCXXXIX.
FAMA
/ד "
Ambaffade , & qui fera toûjours diftinguée
dans notre Hiftoire.
Elle le fera auffi dans les Faftes de la Ville
de Marſeille , dont le Commerce du Levant
a toujours été protegé , & qui deviendra
encore plus floriffant , par le renouvellement
des anciennes Capitulations contenues dans
un nouveau Traité du 28. May 1740. qui a
été négocié & obtenu fous le même Minif
tere , augmenté de plufieurs Articles avantageux
, comme nous le verrons dans la
fuite.
M. le Marquis de Villeneuve , revenu en
France , fut reçû du Roy & de toute la
Cour , avec une diftinction particuliere . Sa
Majefté l'avoit nommé Confeiller de fon
Confeil d'Etat , un peu après la conclufion
du Traité dont on vient de parler , Charge
qui continuë de le dévouer au fervice du
Roy & au bien public .
Sa Majefté avoit nommé cependant à
l'Ambaffade de la Porte , M. le Marquis
de Caftelane , comme nous l'avons marqué
dans le tems , en marquant auffi celui de
fon départ de France , celui de fon arrivée
à Conftantinople , & les autres circonstances
qui regardent fes Audiences , fa reception ,
& c.
que
C'eft fous ce nouvel Ambaffadeur
l'Ambaffade de la Porte à la Cour de France
976 MERCURE DE FRANCE
a été réfoluë , & fi dignement exécutée par
l'illuftre Seigneur Saïd Mehemet Pacha ,
auquel il eft à préfent tems de revenir.
Nous avons oublié de placer en fon lieuquelqu'un
des Complimens qui lui ont été
faits pendant fa route de Toulon à Paris
route fur laquelle on lui a rendu tous les
honneurs ordonnés par S. M. comme nous
l'avons dit à la page 85 1. de ce Livre.
Pour réparer cette omiffion , voici le Dif
cours qui fut adreffé à l'Ambaſſađeur le 15 .
Decembre 1741. par M. le Tenneur , Chevalier
, Seigneur de Goumiers , Confeiller
da Roy en fes Confeils , Préfident , Lieutenant
Géneral , Civil & de Police , du Préfidial
, Bailliage & Châtelet de Melun , étant
à la tête des Officiers de Police de cette
Ville .
*
MONSEIGNEUR ,
» Les Secrets des Princes doivent être impénétrables
à leurs fujets : il y a de la té-
» mérité , quelquefois même du crime à
» vouloir les pénétrer. Nous ofons cepen-"
» dant dire , fans craindre de nous expofer ,
» que le veritable but de l'Ainbaffade Ex-
» traordinaire de MEHEMET EFFENDI , Votre
» illuftre Pere , en l'année 1721. a été de
venir contracter une union indiffoluble
» entre Sa Majesté & Sa Haurelle .
» Les marques éclatantes de diftinction ,
»
que
JUIN. 1742: 977
» que M. le Marquis de Villeneuve , notre
» Ambaffadeur,a reçûës de la Porte Ottoma-
» ne , les infignes faveurs dont les Chrétiens
» ont été comblés dans fon vafte Empire , fa
» confiance fans égale dans la médiation de
» la France , pouffée jufqu'au point de lui
" laiffer fixer les progrès de fes Armes , &
» de la rendre l'Arbitre abfoluë de fes inté-
» rêts dans le fort même de fes conquêtes
» contre le feu Emperour Charles VI.
>>
» Tous ces Evenemens font des preuves
parfaites de l'étroite intelligence qui regne
» entre les deux plus grands Potentats de
» l'Univers . Votre Excellence vient , fans
» doute , pour la cimenter , & pour pren-
» dre les méfures les plus convenables pour
» la pacification des troubles de l'Empire
Germanique , en entrant dans les vûës du
plus fage & du plus équitable Roy , dont
» I'Hiftoire nous conferve le fouvenir , &
» de fon premier & incomparable Miniftre ,
» qui fait , à jufte titre , l'admiration des
» Etrangers & la nôtre.
99
"
» Une Négociation fi importante ne peut
» convenir qu'à un Miniftre auffi éclairé que
» V. E. Puiffe - t'elle voir fes grands deffeins
» fuivis d'une heureufe & prompte exécu-
» tion ; puiffions nous pareillement lui voir
» conferver toujours dans le coeur cette tendre
affection qu'elle femble porter aux
» François.
"
978 MERCURE DE FRANCE
» François ! C'eſt le voeu unanime de notre
» Corps de Police , que j'ai l'honneur de lui
» préfenter , qui ne trouve point d'expreffion
" affés fortes dans ma bouche , pour lui té-
" moigner le profond refpect dont il eft pé-
" nétré pour fon Caractére & pour fa Per
» fonne.
A SON EXCELLENCE
M. l'Ambaffaleur de la Porte Ottomane
à la Cour de France.
DEs Decrets du Divan fage Dépoſitaire ,
Tu lis dans tous les yeux les fecrets de nos coeurs
On le fouvient toûjours de ton illuftre Pere ,
Et l'on fe plaît à voir les dignes Succeffeurs ;
Tu fis briller alors ces graces naturelles
Que le Printems de l'âge autorife toujours ;
La cohorte des Ris , des Jeux & des Amours
T'offrit à chaque pas des conquêtes nouvelles ;
Mais déja ta raiſon connoiffant fon pouvoir ,
D'imiter ME HEMET te faifoit un devoir.
C'eft ainfi que conduit dans la noble carriere ,
Par les foins affidus d'une Divinité ,
Telemaque ne vit que les pas de fon Pere
Pour fuivre le chemin de l'immortalité .
Puiffe ton Fils & toi reporter à Bifance
L'inaltérable Sceau d'une heureuſc Alliance ,
Mais
JUIN. 1742 979
Mais à condition que ce Fils , à fon tour ,
Viendra renouveller celui de notre amour !
Par M. de BONNEVAL.
Nous avons dit page 863. que l'Ambaffadeur
commença le 10 Février fes Vifites
aux Princes du Sang , par celle du Duc
d'Orleans , qu'il les continua le lendemain
& les jours fuivans ; & nous avons obfervé ,
à l'égard de la premiere de ces Vifites , que
le Duc d'Orleans étant alors à l'Abbave de
Sainte Geneviève , l'Ambaſſadeur fut reçû
au Palais Royal par le Duc de Chartres ,
&c. Depuis nous avons apris qu'il retourna
quelques jours après au méme Palais ,
pour voir le Duc d'Orleans. Ce Prince cut
la bonté de lui faire voir les principales
Curiofités de fon Cabinet , particuliérement
les Pierres gravées qui y font en
grand nombre , fur les plus grands Sujets
de la fçavante Antiquité , & des meilleurs
Maîtres. L'Ambaffadeur les vit avec beaucoup
de fatisfaction , & avec des yeux intelligens
. Les Vifites aux Princes furent
achevées le 21. du même mois ; le lendemain
matin il en rendit une particuliere
à M. le Chevalier d'Orleans , Grand Prieur
de France , Géneral des Galeres ; ce Seigneur
alla le lendemain vifiter l'Ambaffadeur.
Ce
980 MERCURE DE FRANCE
Ce Miniftre a parû fort content de nos
Spectacles , & y a affifté peu de jours après
fon Entrée Publique . Dès le 21. Janvier il
alla à l'Opéra , pour voir la repréfentation
de la Paftorale d'Iffé , dont il parut trèsfatisfait.
Il étoit placé dans la Loge du Roy ,
accompagné de fon fils , âgé de 15. à 16,
ans , du Maréchal de l'Ambaffade , & de
M. de Jonville, Gentilhomme Ordinaire du
Roy; fes Officiers furent placés dans d'autres
Loges , au deffus des premieres. La Dlle,
Camargo danfa , par extraordinaire , un Air
avec toute la jufteffe & la vivacité que tout
le monde lui connoît , ce qui plût extrêmement
à l'Ambaſſadeur , ainfi que la brillante
affemblée , dont la Sale étoit compofée
, les décorations , &c.
Le 24. il alla , accompagné des mêmes.
Perfonnes , à l'Hôtel des Comédiens François
, où il vit repréfenter trois differentes.
Piéces , avec des Intermedes de Chants &
de Danfes. La premiere , intitulée Le Fat
puni , la feconde , les trois Coufines , & la
derniere , l'Oracle. La Sale étoit extraordinairement
éclairée par quantité de luftres
garnis de bougies. Le concours y fut prodigieux
, & l'Affemblée des plus brillantes.
L'Ambaffadeur parût très content de ces differens
divertiffemens , qui furent parfaitement
bien exécutés.
Le
JUIN. 1742% 981
Le 29. du même mois , l'Ambaffadeur
alla à l'Hôtel de Bourgogne , pour y voir la
Comédie Italienne ; on y repréfenta auffi
trois differentes Piéces. La premiere , intitulée
l'Epreuve , Comédie Françoife en un
Acte ; la feconde , l'Impatient , Comédie
Italienne , la troifiéme , les Oracles , Parodie
de la Paftorale Héroïque d'Iffé. Trois differens
divertiffemens de Chants & de Danfest,
fervirent d'Intermedes à ces trois Comédies,
& furent très - bien exécutées par la Dile
Roland ,, par le fieur Poitiers , compofiteur
des Ballets, par les deux enfans de ce dernier
Danfeur & par differens Acteurs de la
Troupe Italienne. La Sale avoit été extraordinairement
éclairée par des Luftres & des
Girandoles , garnis de bougies , pofés avec
fymétrie en differens endroits de cette Sale.
L'Ambafladeur tût fört fatisfait de ce brillant
Spectacle , le tout s'étant d'ailleurs paffé avec
beaucoup d'ordre, & fans la moindre confufion,
malgré le grand nombre des Spectateurs.
L'Ambaffadeur a vû en fon tems , la Foire
S. Germain , & quelquefois l'Opéra Comique
de cette Foire.
Il eft enfin retourné aux Grands Spectacles
de Paris lorfqu'on a repréfenté des Pièces confidérables,
& qu'il a jugées dignes de fon attention;
ainfi que le grand Spectacle qu'a donné
le Chevalier Servandoni fur le Théatre du
Châ982
MERCURE DE FRANCE
Château des Tuilleries, par la repréſentation
de l'Hiftoire fabuleufe de Léandre & Hero.
Le 8. Fevrier , les Enfans de Langues du
College des Jefuites , eurent l'honneur d'être
préfentés à l'Ambaffadeur , par M. Defiennes
le fils , Sécretaire Interprete du Roy,
& de complimenter fon Excellence en Langue
Turque. Le Sr Fonton le cadet , fils du
premier Interprete du Roy à Conftantinople,
porta la parole , & s'exprima en ces termes .
$3
" TRE'S- HEUREUX , très- digne , & très
» honorable Prince des Princes , Vice- Roy
» de Romelie , l'unique Perfonne de votre
» noble & illuftre Famille , Ambaffadeur Ex-
" traordinaire de la fublime Porte . Vous , qui
par votre veitu & votre fageffe , & enfin par
» tous les rares talens, dont le Très Haut vous
a favorisé , avez mérité le digne choix , que
» le Puiffant Empereur des Ottomans a fait
de votre Perfonne diftinguée , pour l'envoyer
en Ambaffade à notre Grand Roy
» fon ancien Ami : Permettez , que le plus
» humble des Sujets de S. M. & qui fe regarde
comme l'Atôme des Interpretes ,
» fe conformant à l'exemple de toute la
» France , prenne la liberté de vous témoi-
" gner , après s'être profterné avec beau-
» coup de refpect aux pieds de V. E. la
39
*
* Expreffion Orientale , dont on fe fert , lorsqu'un
Inferieur parle à fes Superieurs.
joye
JUIN. 1742
983
» joye que lui caufe , & à tous fes Compagnons
, votre heurcufe arrivée dans un
Pays , dont les Habitans font à l'envi
" tous leurs éforts pour rendre votre Ambaffade
auffi glorieufe que votre Puiffant Em .
» pereur le peut defirer. Nous ne cefferons
» jamais , MONSEIGNEUR , de faire des
» Voeux , tant pour la confervation des
» jours heureux de V. E. , que pour celle
» de votre cher Fils , qui en fuivant les tra-
> ces d'un auffi digne Pere , fera la fatis face
» tion des illuftres Ottomans , & l'admira-
» tion de toutes les Nations Etrangeres.
Le jeune Orateur n'eût pas plûtôt ceffé de
parler , que fes Compagnons , qui formoient
un demi cercle dans l'apartement de
l'Ambasadeur , firent l'acclamation ordinaire
, fuivant l'ufage des Orientaux , en
difant , d'un ton élevé Amin , Amin , Amin,
Ainfi fait-il.
L'Ambaffadeur répondit en la même Langue
: J'ai écouté avec plaifir , le Compliment
que vous venez de me faire ; je vous exborte
à donner une continuelle aplication à l'étude
pour acquerir la Science dont vous avez be-
Join pour devenir de bons Interprêtes , & pour
vous rendre de plus en plus, dignes de toutes les
bontés dont l'Empereur de France daigne vous
bonorer.
Nous inftruirons dans la fuite le Public ,
de
984 MERCURE DE FRANCE
de tout ce qui concerne l'Etabliffement des
Enfans de Langues dans le College des Jefuites
, de l'origine , & des progrès de cet
Etabliffement , & c.
Le Mardi 27. du même mois ( Fevrier )
l'Ambaffadeur après avoir été à l'Audience
du Roy , eût une Audience de la Reine ,
dans la Grande Galerie de Verfailles ; il alla
enfuite voir Monfeigneur le. Dauphin , qui
répondit d'une maniere fort fpirituelle à fon
Compliment. Il alla dîner chés le Comte
de Noailles , Gouverneur de Verſailles.
Le 12. Mars ,il vifita la Manufacture Roya
le des Tapifleries des Gobelins , & vit dans les
Atteliers tous les differensOuvrages en ce genre
qui s'y fabriquent, qu'il trouva dans un ordre
& dans une perfection infinie. Il vit enfuite
avec la même fatisfaction les Ouvrages
de M.de Neumaifon , qui fe fabriquent dans
la même Manufacture. M.de Cotte, Architec
te ordinaire du Roy, & Contrôleur des Râtimens
du Château de Fontainebleau , lui avoit
fair tendre plufieurs des plus belles Piéces de
Tapifleries dans la Galerie , que l'Ambaſſadeur
trouva parfaitement bien travaillées.
Il alla enfuite voir la Manufacture des Draps
& Teintures en Ecarlate de M. le Chevalier de
Julienne. Il examina avec beaucoup d'attention
les differentes opérations de la fabrique
des Draps, & il fut fi fatisfait de la perfection
de
JUIN. -174-2. 985
de cette Draperie , & des couleurs , qu'il en
prit une Piéce pour fon ufage. Il vifita auffi
le Cabinet de M. le Chevalier de Julienne
rempli de toute forte de Curiofités, Tableaux ,
Bronzes , Porcelaines , Médailles , Coquilles ,
&c. Il s'arrêta long- tems à confidérer tout ce
qui regarde l'Hiftoire Naturelle.
Il alla auffi vifiter Ja Manufacture Royale
de la Savonerie , où fe fabriquent des Tapifleries
de Perfe & du Levant , & il admira
la quantité d'Ouvrages que le Roy y fait
faire . M. de Cotte le reçût & l'accompagna
par tout dans ces differentes Manufactures.
Il alla le lendemain voir M. Pagny , qui
depuis plufieurs années profeffe la Phyfique
Expérimentale , avec beaucoup de fuccès &
d'aplaudiffement . Il admira la décoration
l'ordre , & le bel arrangement de fon Cabinet
, rempli de plus de 400. Machines ,
fçavamment conftruites & propres à faire
toutes fortes d'experiences,anciennes , & nouvelles.
Un nombre d'experiences choifies
fur differens genres , firent d'autant plus de
plaifir à l'Ambaffadeur , qu'il trouva que M.
Pagny les éxécutoit avec facilité , & les expliquoit
avec beaucoup de netteté , en rendant
claires & intelligibles les chofes même
les plus abftraites. Il étoit entré avant trois
heures , & il ne fortit que vers les fept heures
du foir , en marquant à M. Pagny , par
un
986 MERCURE DE FRANCE
un Compliment obligeant , l'entiere fatisfaction
qu'il avoit cu de l'entendre , &c .
Quelque tems après , il fouhaita que M.
de la Tour , dont il connoiſſoit déja le mérite
& la réputation , fit fon Portrait en Paftel
, & il eût pour cela toute la complaifance
& la patience poffibles , fans oublier beaucoup
de politeffe , & bien des égards pour
un fi habile Artiſte , qu'on peut affûrer avoir
fait un vrai chef- d'oeuvre dans ce Portrait.
On vient de tous côtés l'admirer dans l'Apartement
de l'Ambaffadeur , & plufieurs
Poëtes ont déja travaillé deffus. Voici les
Vers que le Chevalier de S. Jory a adreffés à
cette occafion à M. de la Tour.
La Tour , dont le crayon fublime & gracieux
Charme autant notre efprit qu'il ſatisfait nos yeux,
Sur tes divins Portraits , ornemens de la France ,
Ton Portrait de SAID aura la préferance .
Cet Ouvrage accompli , digne de Raphaël ,
N'a rien cependant qui m'étonne .
SAID que l'on revere , enrichit ton Paftel ;
Car voici comme je raiſonne ,
Plus le mérite eft grand , mieux on peint la
perfonne.
Le 20. Mars , il alla à la Bibliothéque du
Roy , accompagné feulement de fon Fils &
de fon Gendre, & y demeura deux heures entieres
;
JUIN. 1742 .
987
tieres ; il fut conduit dans toutes les Galeries
; mais le Lieu où il s'arrêta le plus long
tems , eft le Salon où font les Eftampes qu'il
vit avec un extrême plaifir , fur tout l'admi
rable Recueil de l'Hiftoire Naturelle , qui
contient les Plantes , Fleurs , Oifeaux , Animaux
, Coquilles , &c. peints en miniature ,
commencé dès le tems de Gafton d'Orleans.
L'Ambaffadeur remit en même tems pour la
Bibliothèque Royale , cinq Volumes in -fol .
en Langue Arabe de la nouvelle Imprimerie
de Conftantinople , fçavoir , un Dictionnaire
Turc & Arabe , & Arabe & Turc en
deux Volumes.
Un Traité de Géographie avec des Cartes
, & c.
L'Hiftoire de l'Empire Ottoman , depuis
l'Année de l'Hegire 1000. ( 1591 , de J. C. )
jufqu'à ces derniers tems 2. Vol.
M. Bignon Sur- Intendant de la Bibliothé
que du Roy , Maître des Requêtes , & Intendant
de Soiffons, fit les honneurs avec autant
de politeffe que de dignité.
L'Ambaffadeur a aufli vû quelques unes
des principales Bibliothéques de Paris , particulierement
celle de l'Abbaye de Sainte
Geneviève , il vit avec beaucoup d'attention
le fameux Cabinet des Antiques , & des autres
curiofités affemblées par le fameux Pere
lu Moulinet , beaucoup augmentées depuis
II. Vol. G fon
988 MERCURE DE FRANCE
fon d cès. Il fut affez furpris de trouver dans
ce Cabinet deux Lettres Originales en Langue
Turque , écrites par le Grand Vifir de
Soliman II. à un Grand Prince Chrétien ,
defquelles Lettres on fait faire actuellement
des Traductions , dont on nous a promis la
communication.
Le R. P. General , & Abbé de Sainte
Genevieve à qui l'Ambaffadeur rendit d'abord
vifite , fit les honneurs , & l'accom
pagna par tout , fuivi des deux Bibliothé
quaires & des Principaux de la Maiſon.
Le 30. du même mois , le Roy faifint la
Revûë des Gardes Françoifes , l'Ambaſſadeur
s'y trouva & la vit avec beaucoup de
fatisfaction , & en Homme du Métier.
Depuis ce tems là , il n'a point manqué
d'aller à Versailles tous les Mardis , felon la
coutume des Ambaffadeurs , & d'y faire fa
Cour exactement , mangeant à la table du
Grand Maître , chés les Miniftres , ou chés
quelque Grand Seigneur de la Cour , confideré
, eftimé , & fouhaité par tout.
Le 3. Avail , il donna dans fon Hôtel à
Paris , un fplendide Diner à tous les Am
balladeurs & Miniftres Etrangers , qui font
actuellement en France , auquel les Miniftres
& Secretaires d'Etat furent invités & fo
trouverent. Tout s'y paffa avec beaucoup de
grandeur & de magnificence , & on y fit
une
JUIN. 1742: 989
chere exquife & délicate à la Françoile
Le Roy & toute la Cour fe trouvant quel
tems après à Fontainebleau , l'Ambaffa
que
deur s'y rendit le premier jour de May. Il
eût une Audienc : particuliere du Roy , de la
Reine & de la Famille Royale ; il alla enfuite
à celle de M. le Cardinal de Fleuri , & de
M. Amelot Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires étrangeres. Le lendemain , il
fuivit la Chaffe du Roy dans une Caleche
accompagné de quelques Turcs à Cheval ,
cette Chaffe , où fe trouverent plufieurs Da
mes de la Cour en Caleches , parur lui faire
beaucoup de plaifir . Il dina le 3. chés M.
Amelot , & le 5. à Ponthierri chés M. de
Jonville , d'où il revint à Paris.
En difant ci - deffus que ce Minitre par les
grandes qualités qu'il poffede , eft confideré
, eftimé & fouhairé par tout , nous devions
ajoûter que c'est un furcroît d'agrément
pour lui , & pour les Perfonnes avec
lefquelles il eft obligé de s'entretenir , d'entendre
& de parler , comme il fair , parfai
tement bien notte Langue , laquelle il a
conm ncé d'aprendre de jeunelle dans fon
premier Voyage , qu'il a cultivée depuis , &
dont il a repris le bon ufage durant ſon Ambaffade
, par la lecture de nos meilleurs Livres
& par la converfation des Perfonnes qui
parlent le mieux ; enforte qu'on peut dire
Gij de
990 MERCURE DE FRANCE
de ce digne Ambaffadeur , qu'il n'a befoin
d'aucun fecours pour le faire entendre , &
pour entendre tout ce qu'on veut lui dire ;
enfin que les Interpretes ne font pour lui
d'ufage , que pour la cérémonie & pour
la dignité de fon caractére .
Mais en parlant d'Interprétes , qu'il nous
foit permis de ne pas les oublier dans une
occafion fi favorable de parler en général de
leur Miniftere & des fervices qu'ils rendent
journellement au Roy & au Public. Dans
cette penfée nous allons inferer ici une Piéce
qui les intereffe tous , & qui doit en même
tems piquer leur émulation , Piéce qui a d'ail,
leurs un raport effentiel à notre Sujet.
LETTRE de M. D. L. R écrite à M:
le Marquis de C. au sujet d'une Médaille
Moderne de fon Cabinet.
Vous fçavez , Monfieur , que les Interpretes
font l'ame des grandes affaires , &
des négociations les plus importantes , entre
les Puiffances , entre celles furtout , dont les
Langues font entendues de peu de Perſonnes
: vous fçavez auffi qu'un bon Interprete
doit avoir plus d'une qualité , & quavec la
parfaite intelligence des Langues , qu'il lui
convient d'expliquer eenn ffaa propre Langue
Langue qu'il doit aufli fçavoir à fond , il lui
faut encore un certain caractére d'esprit , fur
four
JUIN. 1742 991
tout un efprit de fageffe , de droiture , & de
fermeté , une certaine étendue , enfin de
connoiffances , & de lumière . Peu s'en faut
M. qu'en fait de droiture & de probité je
n'exige d'un bon Interprete , ce qu'on a cou
tume d'exiger d'un bon Hiſtorien, Ne quid
falfi au leat , ne quid veri non au leat.
, Quoiqu'il en foit , M. , vous m'avez fait
un fenfible plaifir de me communiquer la
curieufe Médaille , frapée fous le Regne de
Louis XIII. , en l'honneur du célébre Jean-
Baptiste Duval , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales. Cela ne pouvoit pas
mieux arriver que dans ce tems ci , où à
l'occafion de l'Ouvrage Hiftorique , entrepris
au fujet de l'Ambaffade actuele de la
Porte Ottomane à la Cour de France , je
m'étois propofé de dire quelque chofe des
Interpretes du Roy qui fe font les plus diftingués
dans ces mêmes Langues , & qui
ont le mieux fervi l'Etat dans l'exercice de
leurs emplois.
Je vous avoue que c'eft pour la premiere
fois , lorsque j'ai vû la Médaille en queftion
, que j'ai entendu parler de Jean- Baptifte
Duval , & j'ai trouvé bien des Gens
de Lettres qui ne le connoiffoient pas mieux
que moi ; mais vous allez voir M. que je ne
me fuis pas endormi fur mon ignorance. In
attendant , & en ufant de la liberté que vous
Giij m'avez
992 MERCURE DE FRANCE
m'avez accordée , j'ai fait graver votre Mé
daille , pour orner l'Ouvrage dont je viens
de parler , & pour continuer de tranfmettre
à la Pofterité la mémoire d'un Sçavant , qui
n'a peut- être point encore eu d'égal dans ce
genre de Litterature. Voici la Defcription
de cette Médaille , laquelle , comme vous
fçavez , eft de la grandeur de la gravûre en
Taille douce que voici.
D'un côté , fon Bufte avec une très - belle
Tête dans le Goût de celles de Vandek , &
cette Infcription autour Jo . BAPTISTA
DUVAL. LING. ORIENT. INTERPRES REG.
M. DC. XXX. & fur le Revers : Mercure
affis fur un petit fiége , tenant fon Caducée
d'une main , pofant l'autre fur le bord d'une
table qui eft devant lui , fur laquelle eft un
Bufte d'Homme & une petite Médaille . De
l'autre côté de la table , eft un Pacha , où
Seigneur Turc debout , la main droite levée
, dans l'attitude d'un Homme qui parle ,
tenant la gauche fur la poignée de fon fabre.
Cela fe paffe dans une falle ornée de Statues
dans leurs niches , & c. Et cette Infcription
au deffus : FRANCIGENA INTERPRES
DIVU м Il y a tout lieu de croire
que c'eft l'ouvrage du célébre Germain Dupré
, qui fut le Maître de Varin .
C'eft le hazard , M. , qui m'a donné la
premiere notion de ce fçavant Interprete. En
cherchant
ISTA
DY
OI
VAL
LING
•
M
DC
XXX
.
00000000
ANCIGENA
AE
IN TERPERES
DIVVM
JUI N. 1742 : 993
cherchant toute autre chofe dans le Mercure
de Janvier 1716. j'ai trouvé au bas de la
page 34. une note de M. l'Abbé le Beuf qui
porte ce qui fuit.
"
J'ai fait tout ce j'ai pû pour découvrir
» ce qu'étoient devenues les Antiquités, qui
» avoient eté ramallées par Jean - Baptifte
» Duval , natif d'Auxerrre , autrefois Pro-
» feffeur des Langues Orientales à Paris , fans
» en avoir pû rien apprendre. Ce fût lui qui
" emporta à Paris , tout ce qu'on avoit trou-
» vé d'ancien jufqu'à l'an 1620. & même de
groffes pierres chargées d'Infcriptions . Il
" y mourut après l'an 1630. dans fa maifon
» fituée rue du Coq.
>>
Cette qualité de Profeffeur des Langues
Orientales à Paris , donnée à notre Duval par
M. L. le Beuf, me fit d'abord penfer qu'on
pourroit trouver fur fon fujet de plus grandes
lumiéres dans les Archives du College
Royal, mais M. Vatry, aujourd'hui Directeur
de ce fameux College , confulté là deffus
me fit l'honneur de répondre en ces termes.
" J'ai trouvé trois Duval Profeffeurs
» Royaux , fçavoir , Guillaume , André &
» Robert. Pour Jean Baptifte Duval , je ne
» crois pas qu'il l'ait jamais été. Il étoit feu-
» lement Interprete du Roy pour les Lan-
» gues Orientales. Il étoit d'Auxerre . On
» peut confulter le Gallia Orientalis de Co-
» lomiers. Giiij II
994 MEK KE DE FRANCE
Il étoit naturel , Monfieur , dans ces circonftances
de nous adreffer à M. l'Abbé le
Beuf lui-même , ce fçavant Abbé étant aujourd'hui
réfident à Paris , & un digne membre
de l'Académie Royale des Belles Lettres.
Vous allez voir par fa réponse que je ne pou-.
vois mieux faire.
Jean- Baptifte Duval , Secretaire du Roy
habile Antiquaire , & Interprete des Langnes
Orientales , étoit natif d'Auxerre . En
l'année 1600. il étudia l'Arabe à Paris fous
Etienne Hubert. Il partit pour Rome en.
1608. Il étoit fort lié avec Jean Hefronite *
& Gabriel Sionite , qui ont fait fon éloge &
celui de fon Cabinet , rempli , difent- ils ,
de tout ce que l'Orient avoit de plus rare .
Hefronite nous apprend dans fes Mours des
Orientaux , une avanture finguliere , arrivée
à Duval dans le tems qu'il étoit à Tripoly
de Syrie. Duval , monté fur un Ane , fe fentant
preflé d'uriner , fatisfit à ce befoin fans
defcendre de fa monture , fe contentant de
la conduire un peu à l'écart , ce qui ayant
été aperçu par quelques Turcs , ceux - ci l'accablerent
d'injures , & d'une grêle de cailloux
, en lui difant en Langue Franque ces
paroles , que Hefronite traduit ainſi . Non te
* Sçavans Maronites du Mont Liban venus à Paris
, à l'occafion de l'Edition de la Bible Poliglotte de
M. leJay, c..
puder
JUIN. 1742 . 99
1
pudet Creaturam Dei animatam urine tu
Spurcitiis maculare . Per Deum te modo infide
lem effe agnofcimus . ( a )
Duval fit tranfporter à Paris plufieurs Infcriptions
Antiques qu'on avoit trouvées à
Auxerre fa Patrie , & on ne fçait ce qu'elles
font devenues. Il mourut à Paris , en l'année
1634. dans fa Maifon , rue du Coq.
ر د
Jacques de Bie habile Graveur , dans fa
Préfice de la France Métallique , imprimée
à Paris en 1636. parle ainfi de Duval. » J'ai
» été aidé par ce fçavant Perfonnage verfé
» en toute forte de curiofités , même en la
» connoiffance des Langues tant Orientales
» que autres ; ce qui lui fit donner place par-
>> mi les Interpretes du Roy en ces Langues
» Etrangeres. Il avoit aufli une grande
connoiffance des Médailles , dont il me
» fournit bon nombre , les décrivit , & en
» expliqua le fens , comme auffi d'aucunes
» de celles que j'avois recueillies . Et afin de
>> rendre l'ouvrage plus parfait & accompli ,
» il eftima à propos employer les Médailles
» de tous les Monarques François , iffus de
» trois Lignées Royales , qui manquoient
» de fon invention , le plus ingénieufement
» qu'il fe pourroit.
ן מ
"
(a ) Entre tous les Mahometans , il n'y en a point de
plus in uporables en fait de fuperftition que ceux de
Danas , & de Tripoly de Syrie .
G v Duval
996 MERCURE DE FRANCE
Duval fit imprimer dans fa Jeuneffe de
longues Piéces de Vers François , au ſujet du
Chapitre Provincial des Cordeliers , tenu à
Auxerre en 1592. quelques Sonnets à la
loüange du P. Trahy , Grand Ligueur , &
d'Etienne Thierrat. Il compofa auffi des
Vers Latins fur la défaite des Reîtres à Auneau
, & une Ode Latine à la gloire du Duc
de Guife . On a de lui plufieurs autres petites
Poëfies , Piéces fugitives: Une traduction
du Livre du Jefuite Cofter , intitulé Sommaire
des Principaux Points controverfés en la
Religion 1600. Il a auffi donné l'Ecole Fran-
Coife , pour apprendre à bien parler & écrire
fuivant l'usage du tems & pratique des bons
Auteurs 1604. Enfin DICTIONARIUM
Latino Arabicum Davidis Regis, Paris . Voyez
Konig Bibliotheca ve us & nova p . 85. Cet
Auteur lui donne encore un Ouvrage . , Item
Ænea Vici Imagines reftituit. Paris , 1629. &
il renvoye au Gallia Orientalis de Colomiez.
Voyez encore Gaffarel , Curiofités inouies
Oc p. 119. où il loue celles du Cabinet de
Duval. Enfin le P. Banduri Benédictin . Ei.
blot Nummaria , &c.
Voila , M. déja une fort bonne Inftruction
fur l'Hifloie Litteraire de J. B. Duval,
Il n'a plus été queftion que de voir par moimême
ce qu'on peut en aprendre de plus
dans le Gailia Orientalis. Tous les Ouvrages
de
1
JUIN. 17424 997
de Colomiez ont , comme vous fçavez été
recueillis , réimprimés & donnés au Public
en un feul Volume 4° . , par les foins de M.
Jean Albert Fabricius Docteur & Profeffeur
à Hambourg. C'eft dans cette Edition faite
en 1709. que j'ai confulté l'Ouvrage particulier
de Colomiez au fujet de Duval.
Ce Docte Aveugle parle de lui à la page
161. de fon Recueil , fous le titre de JoANNES-
BAPTISTA VALLIUS Altifiodorenfis
: il commence par le qualifier d'Interprete
du Roy pour les Langues Orientales
, puis il ajoûte ce que Duval rapporte
lui même dans la Preface de fon Dictionnaire.
Latin Arabe , au fujet d'Antoine Hubert ,
fon premier Maître en la Langue Arabe à
Paris , vers l'année 1600. & de J. B. Raymond
, autre Sçavant dans la même Langue ,
de qui il tira d'autres fecours à Rome en
1608. Colomiez dit enfuite , que Duval
mourut en 1634.
Suivent les Ouvrages de cet habile Interpretes
Valli fcripta , dont on donne la Liſte
que voici . Lifte qui prouve que Colomicz
n'a pas connu tous les Ouvrages de Duval.
EPISTOLA ad Achillem Harlaum Senatus
Principem in Caffiodori opera Parifiis
excufa . An . 16c0 . 2. vol . 8 ° .
CARMEN ad Petrum Danielem J. C. ob
locupletiffimam Mauri Servii Ionorati in Vir-
Gvj gilium
998 MERCURE DE FRANCE
gilium Editionem . Paris , 1600. fol.
DIS TICH ON in Emblemata Alciati cum
Minoris Commentariis. Paris , 1601. 8 °.
GRATULATORIUM Exaftichum
Gabr. Sionita , & Joh. Efronite Maronite ,
de Geographia Nubienfi Verfione Latina. Paris
, 1619. 4
DICTIONARIUM Latino - Arabi
cum Davidis Regis. Paris , 1632. 4°.
Enfin Colomiez ajoûte les témoignages
de quelques Sçavans en faveur de l'érudition
de J. B. Duval TESTIMONIA de Vallio
ejus fcriptis. 1 °. Ceux de Jean Hefronite
& de Gabriel Sionite " Maronites. 2 °. Celui
de Jacques de Bie , Auteur de la France
Métallique , tel à peu près qu'il eft déja rapporté
dans le Mémoire de M. l'Abbe L. B.
On a vû dans ce Mémoire que Duval avec
beaucoup d'autres talens , étoit encore Poëte
François & Latin , ce qui acheve de le prouc'eft
un petit Recueil de Poëfies Latines.
de fa façon , imprimées à Paris en 16 16.fous
fon nom , & avec fa qualité d'Interprete du
Roy pour les Langues Orientales , ce Recueil
m'a été très obligeamment communiqué
par le R. P. Prevôt Chanoine Regulier
& Bibliotequaire de l'Abbaye de Sainte Geneviève
, lequel m'a auffi envoyé le Colomiez
dont j'ai parlé ci - deſſus.
Je n'entrerai , M. dans aucun détail -fur ces
Pocfics
JUI N. 1742
فوو
Poëfies Latines de Duval. La premiere , porte
un titre fingulier , & capable d'abord d'effaroucher.
APOLOGIA pro Alcorano. Ex
otio Fo . Baptifta Duvalli Aliifiodorenfis , Regis
Linguarum Orientalium Interpretis . Cette
Piéce n'eft cependant qu'un badinage & qui
ne tire à aucune conféquence . Le reste du
Recueil contient environ deux cent Epigrammes
fous differens titres , & 53. Epitaphes
fous ce titre SACRA APOTHEOSIS
poft obitum & LA BERTE Funera . EPITAPHIA
ex dolore Jo. Baptiste Duvalli ,
&c. Parifiis. M. DC. XXI . Les Epigrammes
intitulées en gênéral Curiofa , font relatives
à diverfes Piéces rares de fon Cabinet
qui concernent l'Hiftoire Naturelle , ou les
Beaux Arts .
J'eftime , M. , que nous voila fuffifamment
inftruits au fujet de Jean- Baptifte Duval
, & de fon mérite Litteraire , Inftruction
à laquelle votre belle Médaille a donné lieu .
Je fouhaite ce même mérite à tous ceux qui
dans la fuite fe dévoüeront au fervice du
Roy , dans l'intelligence parfaite & dans la
pratique des Langues Orientales . Je continue
M , de vous remercier , & j'ai l'honneur
d'être , & c.
A Paris , le 15. May 17427
ET ATooo
MERCURE DE FRANCE
ETABLISSEMENT des Enfans de
Langue dans le College des R. R. Peres
Jefuites , à Paris.
A l'occafion des Enfans de Langue , qui
eûrent l'honneur de complimenter l'Ambaffadeur
du G. S. le mois de Février dernier ;
nous nous fommes engagés de donner quelque
Inftruction fur cet Etabliffement , qui
eft en partie dû au zele pour le Service da
Roy , & aux prudens Avis du Marquis de
Bonnac. On ne fçauroit tirer cette Inftruction
d'une meilleure Source , que du contenu
dans l'Arrêt du Confeil d'Etat , qui
ordonne & regle cet . Etabliffement : ainfi
nous allons le raporter ici en fon entier.
EXTRAIT du Regiſtre du Confeil d'Etat.
Le Roy étant en fon Confeil , s'étant fait
repréfenter les Arrêts rendus en icelui les 18
Novembre 1669 , 31 Octobre 1670 , & 7
Juin 1718. Par le premier defquels il a été
ordonné que pendant trois ans il feroit envoyé
fix jeunes garçons nés François , par
chacune defdites années , aux Couvents des
Peres Capucins à Conftantinople , & à
Smirne , pour être inftruirs dans la connoif
fance des Langues O ientales , & fe rendre
capables de fervir de Drognans près des
Confuls & Vice- Confuls de la Nation Françoife
,
JUIN. 1742. 100%
coife , dans les Echelles de Levant & de
Barbarie ; Par le fecond , qu'il ne feroit plus
envoyé que fix jeunes garçons pour cet effet
dans lefdits Couvens , de trois en trois ans ;
Et par le troifiéme , le nombre de ces Enfans
de Langue , entretenus & inftruits dans
le Couvent des Capucins de Conftantinople
, a été fixé à douze , & la penfion de
chacun à trois cens cinquante livres , qui
feroient payées par la Chambre du Commerce
de Marfeille , ainfi que par le paffé ,
& par avance de quartier en quartier , à
compter du jour de leur entrée dans ladite
Maifon , jufqu'au jour de leur fortie , de
même que les cent vingt livres accoûtumés
pour l'habillement de chacun , pour une
fois feulement , lors de ladite Entrée : Et Sa
Majefté étant informée que quelques -uns de
ces Enfans de Langue , envoyés audit Couvent
des Capucins de Conftantinople , ne
s'étant pas trouvés avoir les difpofitions naturelles
& neceffaires pour bien aprendre les
Langues Orientales , & fe rendre affés capables
de fervir utilement dans les Emplois
qui leur font diftinés , tant pour fon fervice
prés de fes Ambaffadeurs , que pour celui
de fes Sujets , qui font leur Commerce dans
les Echelles de Levant & de Barbarie , on a
été obligé après une longue inftruction de
les renvoyer en France , & que la Dépenfe
qui
1002 MERCURE DE FRANCE
qui a été faite fur les fonds du Tréfor Royal
depuis l'année 1700. & continuée juſqu'à
prefent par Sa Majefté , pour élever & enfeigner
douze jeunes Orientaux dans le College
des Jefuites à Paris , n'ayant pas prodoit
l'effet que la pieté du feu Roy fon Bifayeul
s'en étoit promis pour le bien de la
Religion en Levant , feroit mieux apliquée
& plus utile en y faifant inftruire dans les
Langues Latine , Turque & Arabe , le nombre
de dix Enfants François ; Elle a eſtimé à
propos d'y aporter le changement neceffaire.
Vû l'avis du Sieur Marquis de Bonnac , Ambaffadeur
de France à Conftantinople . Ouy
le Raport , & tout confideré . SA MAJESTE
E'TANT EN SON CONSEIL de l'avis de
Monfieur le Duc d'Orleans , Regent , a ordonné
& ordonne qu'à l'avenir il fera élevé
dans le College des Jefuites à Paris , au lieu
de douze jeunes Orientaux , dix jeunes Enfans
François , de l'âge de huit ans ou environ
, qui feront par Elle nommés , & pris
alternativement de Familles de fes Sujets
habitans dans le Royaume , & de celles des
Négotians , Drogmans , ou autres François
établis dans les Echelles de Levant , lefquels
y feront inftruits & enfeignés dans
la Langue Latine à l'ordinaire , jufques &
compris la Rhétorique , & en même tems
dans celles Turque & Arabe , par deux Maî
•
tres
JUIN.
1003 1742
tres de ces Langues , qui iront les leur montrer
dans ledit College , aux jours & heures
qui feront reglés , pour être enfuite lefdits
Enfans de Langue envoyés au College des
Capucins de Conftantinople , pour fe perfectionner
dins les Langues Orientales , &
être destinés aux Emplois de Drogmans ;
Voulant Sa Majesté qu'il ne foit plus reçû
dans ledit College des Jefuites aucun defdits
Orientaux , & que pareillement il ne foit
plus reçû defdits Enfans de Langue dans ledit
College des Capucins d. Conftantinople
, que ceux qui auront fait leurs études
dans celui des Jefuites à Paris , & fur fes
ordres exprès ; Et que fi pendant le cours
defdites études à Paris , le Principal du College
, & les Maîtres des Langues Turque &
Arabe connoiflent qu'il y en ait quelques- uns
qui ne foient pas propres à leur deftination ,
ils en rendent compte au Confeil de Marine ,
qui prendra les ordres de Sa Majesté pour
les fairire fortir du College , & pourvoir à
leur remplacement : Ordonne que la dépenfe
tant des penfions des dix Enfans de Langue
aux Jefuites , que les apointemens qui feront
réglés aux deux Maîtres de Langues
Orientales , feront payés par Sa Majesté des
fonds de fon Tréfor Royal , de la même
maniere que l'étoient les penfions des Orientaux
audit College ; Et celles defdits Enfans.
de
T004 MERCURE DE FRANCE
d Langue au College des Capucins de Con
ftantinople , par la Chambre du Commerce
de Marfeille , ainfi qu'il eft accoûtumé . Permet
néanmoins Sa Majefté , que ceux des
Orientaux qui font actuellement aux lefuites
, y reftent jufqu'à ce qu'ils ayent achevé
leurs études , pour être enfuite renvoyés dans
leur Pays. Seront au furplus lefdits Arrêts
des 18. Novembre 1667 , 31. Octobre 1670,
& 7. Juin 1718 , éxécutés felon leur forme
& teneur. Mande audit Sieur Marquis de
Bonnac , & au Sieur Le Bret Confeiller en
fes Confeils , Premier Préfident du Par.ement
de Provence , & Intendant du Commerce
de Levant , de tenir , chacun en droit
foi , la main à leur éxécution , & à celle du
prefent Arrêt. FAIT au Confeil d'Etat du
Roy , Sa Majesté y étant , tenu à Paris le
vingtiéme jour de Juillet mil fept cent
vingt un. Signé FLEURIAU,
Quelque tems après le Roy rendit l'Or
donnance qui fuit fur le même Sujet.
DE PAR LE ROY ,
SA MAJESTE' ayant par Arrêt rendu
en fon Confeil d'Etat le 20 Juillet dernier ,
ordonné l'Etabliffement de dix Enfans de
Langue au College des Jefuites à Paris , pour
y être entretenus à fes dépens , & enfeignés
dans les Langues Latine , Turque & Arabe ,
&
JUIN. 1742. 1009
& qu'à cet effet un Maître des Langues Turque
& Arabe iroit les leur montrer dans ce
College aux jours & heures qui feroient reglés.
Elle a , de l'avis de M. le Duc d'Or
leans , Regent , fait choix du Sieur de Fiennes
, fon premier Interprete , pour enfeigner
à ces Enfans lefdites Langues Turque &
Arabe dans ledit College , aux jours & heures
dont il fera convenu avec le Principal
d'icelui , moyenant quoi il fera payé des
apointemens qui feront reglés & employés
dans le même état de dépenfes qui fera arrêté
pour les Penfions defdits Enfans : Vou
lant Sa Majesté que ledit Sieur de Fiennes ,
fon Interprete , foit affidu & ap'iqué à cette
Inftruction particuliere ; non - feulement en
leur enfeignant ces Langues par la meilleure
Méthode , qui pourra leur en aprendre les
principes & le fonds ; mais encore par les
Entretien's familiers qu'il aura avec eux dans
ces mêmes Langues , pour les mieux former
dans l'habitude de les parler. FAIT à Paris
le premier Septembre mil fept cent vingt un .
Signé Louis , & plus bas Fleurian
Depuis la date de cette Ordonnance M.
de Fiennes , qui étoit alors feul capable de
donner cette Inftruction , a eu & a actuellement
des Ajoints , qui travaillent dans le
même efprit , & avec le même zele à inftruire
cette Jeuneffe ; fçavoir , M. Petis de la
Croix ,
Tc06 MERCURE DE FRANCE
Croix , & M. de Fiennes le fils , Interpretes
du Roy , qui font depuis arrivés du Levant
bien pourvus de ce genre de Littérature ,
en état de remplacer leurs dignes Peres . "
&
Au refte , jamais Etabliſſement n'a été plus
heureufement imaginé & exécuté , que celui
dont il s'agit ici . Le fuccès en eft infaillible ,
& on s'en aperçoit déja. Autrefois les Enfans
de Langue partoient de Paris pour Conftantinople
& pour le Levant fans aucune
teinture , non -feulement des Langues Orien
tales , mais encore pour la plupart de la
Langue Latine & des Humanitez. Il arrivoit
delà , que ceux qui n'étoient pas renvoyés
en France , faute de difpofitions naturelles
pour les Langues Orientales , comme porte
l'Arrêt ; ceux , dis - je , qui n'étoient pas renvoyés
, & qui aprenoient le mieux ces Langues
, ne pouvoient jamais gueres devenir
d'excellens Interpretes , & des Sujets parfaits
, faute d'avoir acquis certaines connoif
fances qui ne s'acquiérent point dans le Levant.
Ainfi il y a tout lieu d'efperer que
nous aurons à l'avenir des Interpretes qui
fçauront parfaitement , outre leur propre
Langue , la Langue Latine , l'Hiftoire , une
bonne partie des Belles - Lettres , avec des
difpofitions pour en acquérir davantage.
Nous nous rapellons ici , avec plaisir , une
partie des Talens heureux , & des progrès
d'un
JUI N. 1743: 1007
d'un jeune Eleve , de l'Ecole des Jefuites ,
qui outre les Langues Turque & Arabe ,
dont il avoit déja une fort bonne teinture ;
fe diftinguoit dans la Poëfie Latine , jufqu'à
compofer des Piéces entieres , qui ont eu
l'aprobation des connoiffeurs , témoin fon
beau Poëme fur les Serins ACANTHIDES ,
CANARIE ,five Spini , gallicè LES SERINS
& c. compofe à l'âge de 15 à 16 ans , un peu
avant fon départ pour Conftantinople dont
on nous écrit bien des chofes fur fon ſujet ,
qui lui font affurément beaucoup d'honneur .
Nous avons parlé de ce jeune Auteur ,
rendu compte de fon Poëme , imprimé chés
Thibouft , dans le Mercure du mois de Juil
let 1737. p. 1585.
&
Le 8. Juin , Diamantes Vlaftus , Patricien.
de Conftantinople , Originaire de Grèce ,
Docteur en Médecine de la Faculté de Padouë,
& Médecin de l'Ambaffadeur Extraor
dinaire du Grand Seigneur , foûtint une
Thefe , aux Ecoles de Médecine , pour fon
aggrégation à la Facu té de Médecine de
Paris , avec beaucoup d'aplaudiffement . Neuf
Docteurs difputerent contre lui , avec toute
la politeffe imaginable , & la politelle fut réciproque.
Il n'y eut pas un Docteur qui ne
lui fit un Compliment gracieux , pour lui &
* Jean -Louis Antoine Clairambault , fils de M. C.
Conful de la Morée.
pour
toos MERCURE DE FRANCE
pour fon illuftre Protecteur , à qui la Thefe
étoit dédiée : voici un de ces Difcours . II
fut prononcé par M.Procope Couteaux , Docteur
Regent , & actuellement Profeffeur.
La Traduction , quoique fidele , n'eft pa fi
énergique que l'Original Latin.
>>
,
Voici , M. le dernier de vos adverfaires
, & celui que vous avez le moins à
» craindre ; car je ne viens pas ici comme
ennemi , ni comme rival vous arracher
» la Palme des mains ; c'eft à titre d'ami
» que je difpute contre vous , & je n'ai
d'autre deffein que de vous propofer des
argumens qui vous donnent lieu de faire
briller votre efprit , votre fcience & votre
éloquence.
"
Avant que de commencer , qu'il me
»foit permis de vous feliciter & nous auffi.
» Vous avez demandé d'être aggregé par-
» mi nous , nous y avons confenti ; l'hon-
» neur eſt égal entre nous. Nous nous fom-
» mes trouvés honorés de votre demande
* vous devez l'être de notre confentement.
Il eft convenable de greffer un fçavant
» Médecin Grec fur la Faculté de Médecine
» de Paris ; cette Infertion eft glorieuſe à
l'arbre & à la branche ; c'eft unir deux
» Nations , qui ont beaucoup de raport enfemble
; car fi autrefois la Grece a été la
» Merc des Arts & des Sciences , on peut
» le
JUIN. 1742. 1009
le dire fur tout de la Médecine , la Franco
» en eft aujourd'hui la Nourrice & la Gou-
» vernante. Les Arts ne reftent pas toujours
» dans le même Lieu , ils voyagent , ils font
» paffés de votre Pays au nôtre.
En vous aggregeant , nous paffons par
» deffus les formes ordinaires , nous dérogeons
à nos ufiges ; mais fi nous faifons
» en cela quelque faute , nous en avons
» une excufe légitime , c'eſt que fon Excel-
» lence a bien voulu nous en prier. En fa-
» veur des Gens Illuftres , & d'un mérite
» éminent , il eſt permis de faire quelque
" chofe d'extrao dinaire.
» Si M. l'Ambaffadeur n'étoit pas préfent ;
» je dirois ce que je fçai de lui , & ce que
» j'en penfe , & on feroit convaincu qu'on .
ne peut rien lui refufer. Ce n'eft point le
» Rejetton de la Race des Turcomins que
» je confidere en lui , ce n'eft point le Gou-
» verneur en chef de la Romanie , ce n'eſt
» point l'Amballadeur , c'eft fa perſonne ,
» c'est lui-même . Comme un autre Dio
» gérre , j'ai cherché un homme , & fans
» avoir befoin de lanterne , je l'ai trouvé
» tel que le défiroit ce Philofophe ; tout le
monde en porte le même jugement. Il a
» été l'objet de la curiofité publique , peut-
» être la victime , & il a emporté les fuffrages
de tous ceux qui l'ont connû. C'eſt à
»La
to MERCURE DE FRANCE
fa recommandation que vous devez le Ti-
» tre que nous vous donnons . Je fuis perfuadé
que ce Titre & la Protection de
" Son Excellence , que vous juftifiez par
»votre capacité , vous éleveront à ce haut
point de gloire que vous méritez ; pourfuivez
votre carriere , M. votre réputa-
» tion fe répandra par tout l'Orient ; j'ofe
» vous le prédire ; tout le préfage , votre
phyfionomie , l'interêt que tout le monde
» prend en vous , les aplaudiffemens que
» vous recevez de cette illuftre Affemblée
•
"
• 33
& la Faveur que le Beau Sexe vous fait
» d'affifter à votre Théfe ; c'eft pour vous
» feul que ces Dames font venues ici , &
» ce qu'il y a de plus admirable , c'eft que
depuis trois heures elles écoutent tranquillement
& patiemment des Difcours
qu'elles n'entendent point , & cependant
elles gardent le filence ; fi ce n'eft pas un
» prodige , c'eft du moins un Phénoméne
qui me paroît propre à juſtifier la prédic
tion que je vous fais .
39
ود
La Sale étoit magnifiquement ornée , &
remplie d'une très nombreufe & très illuf
tre Compagnie , de l'un & de l'autre Sexe .
M. l'Amballadeur y vint à onze heures , &
y refta jufqu'à midi . Plufieurs Docteurs ,
précedés des Bedeaux avec leurs Maffes , allerent
le recevoir , & le conduitirent à une
place
JUIN. ΙΟΙΙ 1742
place qu'on lui avoit préparée. Le Doyen de
la Faculté , & qui préfidoit par extraordi
naire , lui fit une fort belle Harangue , &
l'Ambaffadeur y répondit avec précision &
dignité.
Le 8. Juin , l'Ambaffadeur voyant apro
cher le terme de fon féjour à Paris , & ayant
à peu près fixé le tems de fon départ , voulut
fe débaraffer d'une grande partie de fes Do
meftiques & des gens dont il pouvoit fe paffer
; il les fit partir d'ici par les voitures ordinaires
, leur donnant un Chef pour leur conduite
, avec ordre de l'attendre à Toulon ,
où il doit s'embarquer fur les Vaiffeaux du
Roy, qui doivent le porter à Conftantinople.
Sa Maifon eft des plus confidérables , &
on ne peut pas mieux faire , à cet égard , les
honneurs d'une célebre Ambaflade. On en
jugera par l'Etat exact que nous joignons
içi , tel qu'il nous a été donné par l'un de fes
principaux Officiers .
ETAT de la Maifon de S. E. SAID
MEHEMET Pacha Beiglerbeg de Romelie¸
Ambaffadeur Extraordinaire de la Porte
Ottomane à la Cour de France.
MEKSOUS BEGH , Fils de l'Ambaffadeur.
SAID ACHMET Aga , fon Gendre , Maréchal
de l'Ambaffade , Ecuyer Cavalcadour du
Grand Seigneur.
11. Vol. H. Mus1012
MERCURE DE FRANCE
MUSTAPHA EFFENDI, Sécretaire de l'Ambaffade
, du nombre de ceux du G. Vilir ,
nommés Jeskeretgi , (a) travaillant dans
les Bureaux , dits la grande Fortereffe.
SALIS EFFENDI , Iman , ou Miniftre de
l'Ambaſſadeur , Homme de Loi , c'eſt- àdire
Théologien , & Ju ifconfulte .
Le Sr de Laria, Interprete du Roy.
Mustapha Aga, premier Maître des Céremonies,
Mehemet Aga , Tréforier de l'Ambaffade ,
ayant paye du G. S.
Hullain Aga fecond Maître des Cérémonies.
Ali Chelibi , troifiéme Maître des Céré
monies.
Khaffen Aga , Premier Ecuver.
Le Sr l'Homaca , Premier Interprete , Arménien.
Le Sr Paul Ernia , fecond Interpréte , Ar
ménien.
Le Sr Paul Giamgy , troifiéme Iterpréte
Arménien.
M. DIAMANTES ULASTE , Patricia
de Conftantinople , Originaire de Grece
Médecin de l'Ambaffadeur, ayant des Dc .
meſtiques & trois Droguemans.
Affon Aga, Ecuyer de l'Ambaffadeur , po
fedant un Ziamet , ou Fief du G. S.
Ali, Chaoux ou Huillier des Cérémonies.
(2) Expédiant les Brevets & les Ordonnances.
Mcbemer
JUIN. 1742: 1013
Mehemet , Selidar Aga , ou Porte Sabre .
Mehemet Aga , Premier Maître d'Hôtel.
Ibrahim Chiocadar Aga , ayant inspection
fur l'intérieur de la Maifon. Il commande
100. Spahis dans la Cavalerie du G. S.
Iffonf Aga , Garde du Boul ou Sceau de
fAmballadeur , ayant paye de S. H.
Mehemes Aga , Officier de Cavalerie .
Achmet Aga , Gouverneur du Fils de l'Am
baff deur.
Mehemet Effendi , Sécretaire du Tréfor de
l'Ambafladeur , ayant paye de S. H.
Achmer Aga , Pourvoyeur de la Maiſon ,
ayant paye du G. S.
Hadik Aga, Contrôleur de la Dépenfe du
.. dehors..
Ali Aga, Chaoux , ou Huiffier de l'intérieur.
Ibrahim Aga , autre Hoi fier de l'intérieur.
Mehemet Aga , Chef d'Office.
Abdi Aa , Chantre qui annonce la Priere.
Mehemet Aga , qui a foin d'étendre les Ta-
Pis fur lefquels on fait la Priere.
Mustapha Aga, Ba bier de l'Ambaſſadeur.
Fezoula Aga , Peik Agaffi , préſentant la
1erviette .
Mustapha Aga , ayant foin du blanchiffage .
Dechir Aga , Porteur du Parfum dans les
Céremonies .
Nubigi Mustapha Aga , qui a foin de mettre
& de couvrir la Table à manger
Hij
1
Salis
1014 MERCURE
DE FRANCE
Salis Aga , qui donne à laver.
Abdala Aga , ayant foin du Linge .
Soliman Aga Kavedgi , ou l'Officier chargé
de tout ce qui regarde le Caffé.
Mehemet Aga , qui a foin des Bougies .
Ibrahim Aga , Porte Manteau du jeune Pacha
, Fils de l'Ambaffadeur
.
›
Feraz , le premier des douze Pages .
Salis Aga , Chef des Domestiques.
Ibrahim Aga , premier Valet de pied.
Les Valets de Chambre , les Valets de pied ,
y compris ceux du Maréchal , & des premiers
Officiers , au nombre de cinquante
en tout.
Six Valets de pied de l'Etrier.
Dix autres Domeftiques
, fervant d'Adjoints
¡ aux Agas.
Cina bas Domestiques.
Trois Charirs ou Valers de pied , habillés
d'une façon particuliere , défignant la qua ;
lité de Pacha à trois Queues.
Achmet Aga , premier bas Officier. Deux perfonnes
pour avoir foin des Harnois. Dix Palfreniers
, dont deux font du G. S.
Quatre Palfreniers
Arabes.
Deux Porteurs
d'eau.
Dix perfonnes , dont les uns font pour la
Cuifine , & les autres pour les Tentes.
Quatre Baltagis , bas Officiers des Ecuries
du G. S.
Trois
JUIN. 1742 1015
Trois Tailleurs, & deux Pélifiers Arméniens.
Enfin quatorze Efclaves Turcs , que l'Ambaffadeur
a rachetés à Malthe , & qui
font à fa fuite.
Le tout fait le nombre de cent quatrevingt
trois perfonnes , fans y comprendre
cinq Turcs de diftinction , dont il s'eft fait
accompagner , & à qui il a été bien aife de
faire voir la France.
Le 12. du même mois , l'Ambaffadeur eut
fon Audience publique de congé du Roy ,
étant accompagné par le Prince de Lambefc,
conduit par M. de Verneuil , Introducteur
& des Ambaſſadeurs , lefquels étoient allé le
prendre à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires
dans les caroffes de Leurs Majeftés.
Il trouva dans l'avant- cour du Château
de Versailles les Compagnies des Gardes
Françoifes & Suiffes fous les armes , les
Tambours apellant , & dans la cour les Gardes
de la Porte & ceux de la Prévôté de
l'Hôtel , auffi fous les armes , à leurs poftes
ordinaires. A midi , l'Ambaffadeur traverfa
la cour pour aller à l'Audience du Roy , par
l'Escalier qui conduit au grand Apartement
de S. M. Il fut reçû au bas de cet Escalier ,
fur lequel les Cent- Suifles étoient en habits
de cérémonie , la hallebarde à la main , par
le Marquis de Dreux , Grand - Maître des
Cérémonies , & à la porte de la Sale des
Hiij Gardes ,
1016 MERCURE DE FRANCE
Gardes , en dedans , par le Duc de Béthune,
Capitaine des Gardes du Corps , lefquels
étoient en haye & fous les armes.
Après l'Audience du Roy , l'Ambaffadeur
fat conduit à celle de Monfeigneur le Dauphin
. Il fut traité , ainfi que toute fa Suite ,
par les Officiers du Roy , & le foir il fur
reconduit à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires
dans les caroffes de Leurs Majeftés
par M. de Verneuil , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le 19. l'Ambaffadeur eut une Audience
particuliere du Roy , conduit par le même
Introducteur .
De retour à Paris il alla prendre congé des
Princes du Sang , tefquels lui rendirent la
Vifite , & tout fe paffa dans l'ordre & le même
cérémonial qui furent obfervés lors de fa
premiere Vifite.
Le 23 , veille de S. Jean , il fe rendit fur le
foir à l'Hôtel de Ville , pour voir tirer le Feu
d'artifice qui fe tire tous les ans , accompa
gné de fon Fils , du Maréchal & des principaux
de fa fuite. Il fut placé dans une des
Loges de M le Prevôt des Marchands , qui
Jui fit fervir & à toute fi compagnie , toute
forte de rafraîchiffemens,
L'Ambaffadeur alla le Lundi matin 25.
Juin à Bercy , chés M. Pajot d'Onſenbray ;
il vit d'abord plufieurs Expériences au Miroir
JUIN. 17427 1017
roir ardent de feu M. le Duc d'Orleans , &
fur fort furpris d'y voir bruler du bois dans
l'eau, y fondre des Diamans ; il les a empor
tés pour
pour les faire voir au Grand Seigneur. Le
refte de la matinée , jufqu'au dîner , fut em
ployé à examiner les Cabinets de Chymic ,
de Phyfique & d'Hiftoire Naturelle.
L'après dîner, S. E. fut occupée à plufieurs
Cabinets de Mathématiques. Ceux qui
étoient préfens reconnurent le goût naturel
qu'Elle a pour les Sciences , par les queſtions
& par les refléxions qu'Elle fit fur quantité
de Machines , &c.
Quelque foin que nous ayons pris de ne
rien omettre des actions loüables de notre
Ambaffadeur , nous fommes perfuadés qu'il
nous fera encore échapé quelque chofe digne
de remarque. Voici cependant deux Faits
qui ne feront pas de ce nombre , & qui méritent
une attention particuliere.
Tout le monde fçait que le jour de la Fête-
Dieu la Proceffion de S.Sulpice revient à l'Eglife
de la Paroiffe par la rue de Tournon . M.le
Curé avoit eû la précaution de prier ou de faire
prier l'Ambaffadeur d'empêcher fesGens de
paroître à la porte de fon Hôtel, ni ailleurs fur
le paffage de la Proceffion ; non - feulement
l'Amballadeur le promit & le fit exécuter ,
mais il ajoûta qu'il refpectoit fort les Cérémonies
de la Religion Chrétienne , & il vie
Hij la
1018 MERCURE DE FRANCE
Proceffion d'un lieu particulier , fans être
aperçu de perfonne. Il aplaudit beaucoup à
la Symphonie que M. de Jonville fit placer
à la porte de l'Hôtel , & qui ne ceffa de jouer
des Airs convenables durant le paffage de la
Proceffion.
L'autre Fait n'eft pas moins remarquable .
Un jeune Soldat du Régiment des Gardes
Françoifes étoit en priſon pour cauſe de défertion
, & devoit le lendemain être mis au
Confeil de Guerre , c'eft -à dire condamné à
la mort, ce Confeil étant obligé de juger fuivant
la rigueur des Ordonnances.
Gens de mérite , qui s'intereffoient pour le
malheureux jeune homme , & qui avoient
accès auprès de l'Ambaffadeur, s'aviferent de
lui en parler. Ils le firent d'une maniere affés
pathétique , dont il fut touché , & le déterminerent
enfin à demander fa grace , ajoûtant
qu'il y avoit tout lieu de bien efperer
de fon interceffion. Dieu permit en effet
qu'elle fut efficace ; car après en avoir écrit
au Miniftre de la Guerre , le Roy naturellement
porté à la clémence , & voulant honorer
l'Ambaffadeur d'une diſtinction particuliere,
eut la bonté d'accorder la grace , & dès
le lendemain l'illuftre Interceffeur en reçût
l'affûrance , & c .
La Piéce qui fuit auroit demandé une autre
place , mais il nous a été impoffible de
l'avoir
JUIN. 1742. 1019
l'avoir plûtôt , on vient de nous la remettre
& de nous affûrer que la modeftie de l'Auteur
eft la principale caufe de ce retardement.
COMPLIMENT fait au Roypar Saïd
Mehemet Pacha , Ambassadeur Extraor
dinaire du G. S. le 11. Janvier 1742.
jour de fon Audience publique.
SIRE ,
Je regarde ce jour comme le plus fortu-
» né & le plus glorieux de ma vie , puif-
» qu'honoré du choix du plus grand & plus
gracieux Empereur mon Maître , je viens
» porter les affûrances & les marques de fon
» amitié à V. M. I.
» L'union qui ſubſiſte depuis plus de deux
» fiécles entre ces deux Empires , n'a jamais
» parû avec tant d'éclat que fous le regne des
» deux Princes qui rempliffent aujourd'hui
» ces Trônes éclatans. Jamais la Nation Fran-
Coife n'a été reçûë parmi nous avec tant de
» goût & d'inclinations jamais les Monarques
Ottomans n'ont eût pour des Etrangers
des égards ni des distinctions fi honorables
» que celles qu'ils accordent aux Sujets de
» V. M. I.
»
ود
Mais ce qui eft plus glorieux aux deux
Empires, c'eft ce grand Evenement, qui en
dernier lieu a fait l'attention de toute l'Eu-
Hv » rope.
1020 MERCURE DE FRANCE
"
»rope. Vous n'avez pû , SIRE , voir avee
» indifférence la guerre que des Puiffances liguées
faifoient au plus ancien de vos amis:
la haute fageffe de V. M. qui eft le trait le
plus marqué de fon caractére & le rayon
le plus éclatant de fa gloire , a conçû le
» deffein de rapeller la Juftice & la Paix . Le
»
"
très magnanime Empereur , mon Souve-
» rain , affés puiffant pour réduire les enne-
» mis par la force , a requis la médiation
du plus illuftre des Potentats fes amis s'il a
» bien voulu , à votre confidération , fufpen-
» dre le cours de fes conquêtes & mettre des
» bornes à ſes victoires, pour convaincre l'U-
» nivers étonné , qu'il n'en met aucune à la
» confiance qu'il a en votre amitié .
» Nous avons admiré la prudence de
» V. M. I. dans le difcernement des moyens
» qu'elle a employés à ce grand Ouvrage, &
dans le choix du Miniftre qu'elle a chargé
» de l'execution de fes projets. Le Ciel qui
" protege la juftice & favorife les deffeins
» génereux , a donné à votre noble entrepriſe
» le fuccès le plus éclatant pour le bonheur
des Peuples & pour la gloire de votre
Regne.
»
"
" J'avois vû , SIRE , les premiers préfa-
" ges de cette gloire , lorfqu'accompagnant
l'Ambaffadeur de l'Empire Ottoman, je fus
" témoin de fes félicitations fur votre ave n-
» ment
» ment au Trône. J'admirai dans les graces
» de votre enfance , la beauté de cette Auro-
» re naillante , qui annonçoit dès - lors tout
l'éclat qui vous environne aujourd'hui. Dès-
» lors je me fentis enflâmé du defir de voir
» un jour Votre Majefté comme un Soleil
élevé dans fa courfe , briller aux yeux de
» l'Univers par fes actions vraiment Royales.
La Providence a fait naître cette occafion.
Mes voeux feroient comblés, SIRE,fi après
» avoir affûré Votre Majefté de la haute eſti-
» me du Grand Seigneur mon Maître, de fon
amitié & de fa reconnoiffance , je pouvois
≫apercevoir dans vos regards favorables que
» vous agréez les refpects & la vénération
profonde de fon Ambaffadeur.
L'Ambaffadeur alla fur la fin du mois de
Mai à l'Hôtel Roval des Invalides , accompagné
feulement de fon Fils & du Ma
réchal , après avoir prié M. le Gouverneur
de le recevoir fans cérémonie. Il vifra le
Dôme , les Réfectoires , la Sale du Confeil
où il resta une heure. Le Gouverneur lui fig
préfent de l'Hiftoire de ce magnifique Hôtel,
qui parur lui faire un grand plaifir.
Nous avons dit , page 988. que l'Ambaffadeur
donna le 3. Avril un fplendide dines
à tous les Amballadeurs & Miniftres Etrangers
qui font actuellement en France , & c.
nous devons ajouter que Mrs les Maréchaux.
H vj
de
JULL ་ ་ བ་ ་
de Noailles & de Biron , & M. le Marquis
de Villeneuve , Confeiller d'Etat , ci - devant
Ambaffadeur du Roy à Conftantinople , s'y
trouverent, ayant été invités , avec plufieurs
autres Perfonnes de diftinction.
Peu de jours après fon arrivée à Paris ,
l'Ambaffadeur , accompagné feulement de
fon Fils & de M. de Jonville , fe rendit chés
le fieur Bion , Ingénieur du Roy & Fabricateur
de toute forte d'Inftrumens de Mathématique,
fur le Quai de l'Horloge du Palais,
dont tout le monde connoît la grande réputation
pour cette efpece d'Ouvrages. Il y refta
environ deux heures pour vifiter toutes chofes
avec une fçavante attention , & pour déliberer
fur un Affortiment entier & confidérable
de divers Inftrumens des plus parfaits ,
des plus curieux & des plus utiles , pour les
emporter à Conftantinople.
Il convint de toutes chofes avec ce célebre
Artifte , dont la principale fut que tous les
Inftrumens en queftion feroient par lui faits
exprès , afin qu'ils fuffent terminés avec la
plus grande exactitude & dans la derniere
proprete aqua ubiquement occupé le
fieur Biondant plus trois mois , duram
lequel tens if a cobligé de conferer
fréquemmen av liniftre , pour fe
conformer à fon gouttes lumieres fur
ce fujet.
Ils
JUIN. 1742 1023
Ils ont enfuite été rangés par ordre , & cn
differens compartimens , dans une belle caffette
, doublée très- proprement & faite exprès
pour cet ufage . Il a marqué pour tous
ces Inftrumens une fi grande fatisfaction ,
qu'il s'eft fait un plaifir de les montrer luimême
aux Perfonnes les plus diftinguées ,
& cela avec une complaifance & des atten
tions fingulieres , jufqu'à les conferver foigneufement
fous la clef, comme des bijoux
précieux , & à ne confier cette clef à perfonne.
On ne peut gueres mieux marquer une
noble inclination & un goût décidé pour les
Sciences utiles & pour les Arts qui en dépendent
; ce qui n'eft pas commun parmi les
Seigneurs de fa Nation.
PRESENTS DU ROT , envoyés an
Grand Seigneur , & remis à Saïd Mehemet
Fffendi , Ambaffadeur Extraordinaire de
La Porte Ottomane auprès de S. M.
OUVRAGES D'ORFEVRERIE,
Huit Arbres , repréfentant quatre Palmiers
& quatre Lauriers , portant trente trois pouces
de hauteur , garnis de leurs graines &
fruits , lefquels font difpofés à porter quatre
grolles bougies , dont trois fortent en triangle
& la quatrième du centre , le tout pefant
environ fix cent cinquante Marcs. Ces Arbres
1024 MEKA EUE KANCE
bres ont été faits par M. Ballin , Orfévre ordinaire
du Roy.
Une Table de figure ronde , avec fon pied,
ayant trois pieds & demi de diametre , &
pouvant contenir douze perfonnes à table,
Elle est décorée de divers ornemens , qui
forment des compartimens , pour renfermer
douze Soucoupes , entre lefquelles font des
cuillers à l'ufage des Grands chés les Orientaux
. Du milieu de cette Table s'éleve un
grand Vafe , richement décoré , d'environ
deux pieds de hauteur , & propre à recevoir
differentes Jattes , fuivant la diverfité des
mers , au nombre de quarante.
Outre la Table , il y a de la même main ,
une grande Cuvette ovale , de trente pouces
de longueur , magnifiquement ornée , avec
une belle réperture du milieu de laquelle
s'éleve un Zocle , fur lequel eft pofée une
grande Buire de deux pieds & demi de hauteur
, pour contenir l'eau à laver. Le tout
fai par M. Germain , Orfévre ordinaire du
Roy , pefant environ fix cent marcs.
Toutes les perfonnes entendues & d'un
certain goût , qui ont vû ces differens Ouvrages
, n'ont pû fe laffer d'en admirer l'in-,
vention , la conduite & l'exécution , avoüant
qu'il n'eft peut- être jamais forti des mains de
ces deux excellens Maîtres , rien de plus recherché
& de plus fini ; ce n'eft , au refte
que
JUIN. 1742: 1025
que pour l'exactitude de la narration & pour
ne rien laiffer à défirer aux Lecteurs , qu'on a
parlé du poids matériel de ces Ouvrages. On
fent aflés qu'il y auroit de l'erreur de les
aprécier fur ce pied là , & qu'ici l'Art a infiniment
furpaffé la matiere, fuivant l'expreffion
du plus bel efprit de la Cour d'Augufte.
GLACES de la Manufacture Royale.
Deux grands Miroirs de 15. pieds de haut,
fur huit de large , chacun defquels eft compofe
d'une grande Glace de 95. pouces
de
hauteur , fur 6. de large , & de deux pilaftres
de Glace aux côtés,de la même hauteur,
de 95. pouces , fur 10. de largeur. Ces
Miroirs font ornés d'un Chapiteau , qui fert
de couronnement , & d'un foubaffement au
bas , auffi de Glace . Les Bordures & les ornemens
de ces deux Miroirs , font en Bronze
, dorés d'or moulu , repréfentant les attributs
de l'Empire Orroman , des Trophées.
d'armes & les richeffes de la Mer.
Toutes ces differentes Glaces ont été fournies
par la Manufacture Royale. Les Bordures
& les ornemens en Bronze , doré d'or
moulu , ont été fondus & executés par le Sr
Caffiery ,fur les Deffeins & fous la direction
de M. Gabrici , premier Architecte du Koy.
La grandeur de ces Miroirs ayant exigé
de les démonter entierement , pour pouvoir
les
1026 MERCURE DE FRANCE
les tranfporter avec plus de fûreté à Conftantinople
, le Roy a jugé à propos d'y en-.
voyer cinq Ouvriers , pour les remonter &
les pofer aux Lieux de leur deftination .
TAPIS de la Savonerie , Manufacture Royale
autres Préfens.
Un grand Tapis de foixante & quinze
pieds de longueur , fur vingt - deux pieds &
demi de largeur , femé de fleurs , cornes
d'abondance , & autres ornemens , avec une
Bordure à fonds d'or d'une nouvelle fabrique
& faite exprès.
Deux autres Tapis d'une moindre grandeur
, fans Bordure en or , mais riches en
ornemens & parfaitement beaux .
Trois grands Sofas ou Divans à la Turque,
de drap Ecarlate des Gobelins , enrichis ,
fçavoir , deux de galons & de grandes franges
d'or , & l'autre de galons & de franges
d'argent.
Soixante & douze Careaux ou Couffins ,
pour les trois Divans , couverts de diverfes
Etoffes des plus riches des Manufactures de
la Ville de Lyon.
Un grand jeu d'Orgue complet , dans fon
Buffet , orné de Sculpture & de dorures
verni en vert , fait par le fieur Martin , ferré
& orné de Bronze , doré d'or moulu , de dix
pieds de haut , fur cinq & demi de large.
Deux
JUIN. 1742 1027
Deux grands Coffres de Marqueterie de
Bois des Indes , à fleurs de raport , ornés de
bronze doré d'or moulu , lefquels font remplis
de quantité de differens Vafes & d'uftanciles
à l'ufage de la Table , pour le Caffé , le
Thé , le Sorbet , & les Confitures , le tout
d'orfèvrerie , d'un travail exquis ; & encore
de toute forte d'Inftrumens pour la Chirurgie
, l'Horlogerie , les Mathématiques , l'Armurerie
& l'Optique.
Un Pot à l'eau dans fa Jatte de Cristal de
roche, orné en or cizelé ; le Pot enrichi d'une
grande Jacinthe Orientale , fertie fur le
couvercle.
Une grande Armoire de Marqueterie de
Bois des Indes , à fleurs de raport , à trois
batans , ornée partout de bronze doré d'or
moulu , doublée de Satin bleu , galonné
d'argent.
Un Cabaret de Laque rouge & or , d'ancien
Japon , avec fix grandes Taffes & leurs
Soucoupes de même , une Boëte à fucre &
une Théiere , le tout revétu de Jonc en dehors
, d'un fingulier travail des Indes , les
Taffes doublées d'or.
OURAGES D'OPTIQUE.
Un Microſcope univerfel, dont les Rayons
de lumiere ne parviennent à l'objet qu'après
avoir fouffert refraction & reflexion.
Ce
1028 MERCURE DE FRANCE
Ce Microſcope eft monté fur une Boëte
ronde d'Ebene . Au dedans de la Boete eft
un Miroir concave , incliné de façon qu'il
pui refléchir fes rayons de lumiere à l'objet.
On place une Piéce qui porre un oculairo
fur le devant , & on le difpofe de façon que
les rayons de lumi re , qui fouffrent refraction
au travers de l'oculaire , fe portent def
fus le Miroir , & produifent une belle lumiere
à l'objet.
Ce Microfcope tire fon mouvement d'une
Piéce qui eft attachée au Corps , gliffant le
long d'une regle d'acier , où eft comme inculquée
une autre Piéce au bout de cette regle.
Dans le bas de cette Piece , inculquée à
La regle d'acier , eft une Vis d'un pouce de
longueur , qui paffe à travers de la Piéce qui
tient le Corps , & lui fait faire le mouve
ment dont on a befoin , fuivant les obfervations
que l'on veut faire.
Il y a quatre lentilles de differens foyers ,
pour les differens objets que l'on veut voir.
Chacune de ces lentilles peut groffir les objets
de deux , trois & quatre fois de difference
, par le mouvement que l'on fait faire
à un tuyau
Enfin ce Microſcope eft total & univerfel ;
il a toutes les piéces néceffaires pour toutes les
Expériences qu'on peut fe propofer . Toutes
ces Piéces font d'argent , & le tout cft arrangé
JUIN. 1742: 1029
gé dans une Caffette , couverte de chagrin ,
dont le dedans eft doublé de velours , &
très bien conditionné .
Il y a auffi dans la même Caffette un petit
Télescope à reflexion , de fix pouces de longueur
, avec un petit genou pour le rendre
table lorsqu'on veur voir les objets avec plus
de précifion . Ce Télefcope fait l'effet d'une
Lunette de trois pieds.
Une petite Lunette ou Lorgnette d'Opera ',
d'argent , d'une forme gracicufe , & une Lunette
ordinaire, à châffe d'or, avec fon Etuy
façon de Jafpe , garni d'or.
Tous ces Ouvrages font de la compofition
de M. Lebats , aux Galeries du Louvre, dont
la capacité & la réputation pour ce qui regarde
l'Optique , font connus en France &
dans les Pays Etrangers.
PRESENTS du Roy pour le GrandVifir
Un très -grand Vaſe d'argent , dans fa Ĉuvette
, auffi d'argent , fervant à laver.
Un grand Tapis de la Savonerie.
Un grand Divan de drap Ecarlate , garni
de galons & de crêpines d'or.
Dix huit Careaux de differentes Etoffes
d'or , pour le Divan .
Pour le Reys Effendy , on Chancelier.
Une Cave , contenant fix gros flacons de
Criftal
To3o MERCURE DE FRANCE .
Crial de Roche , garnie d'or ; un Gobelet }
une Soucoupe & un Antonnoir d'or.
Une grande Tablette de Nacre de Perle ;
incrustée & garnie d'or , avec un gros Diamant.
Une Piéce de Drap Ecarlatte.
Pour le Kiaya , ou Lieutenant du G. Vifir.
Une grande Cave , accompagnée d'un Cabaret
du Japon , garni de fix Taffes , d'une
Boëte à Sucre , d'une . Théiere de Jonc des
Indes ; le tour garni & doublé d'or.
Un Déjeuné deCriftal de Roche ,garni d'or.
Une Piece de Drap Ecarlatte.
POUR L'Ambassadeur.
Un gros Diamant brillant.
Deux Tapis de la Savonerie .
Un beau Luftre de Criftal de Roche.
Deux grands Brafiers de Semilor , artiſte
ment travaillés par le fieur Dupleffis .
Quatre Tabatieres d'or.
Un Couvert d'or
Un très- gros Flacon , auffi d'or.
PRESENTS du Roy aux Officiers
de l'Ambassadeur.
AU FILS DE L'AMBASSADEUR .
Un grand Néceffaire pour le Caffé & le Thé ,
garni de toutes fes uftanciles d'argent..
Uns
JUIN. 1742 1031
Une Pendule , ornée de bronze doré d'or
moulu.
Au Maréchal de l'Ambaffade.
Une Cave de Vernis , ancien du Japon, gar-
, nie de fes flacons , & une Tabatiere de
Cristal de Roche , garnie d'or.
Une Montre d'or à répetition.
Un Etui d'or à cure dent.
Au Tréforier de l'Ambaſſade.
Une Montre à Boëte d'or cizelé .
;
J
Une Cave de Bois des Indes , garnie d'un
Gobelet , d'une Soucoupe & de deux
Cuillers d'or.
Au Sécretaire de l'Ambaſſade
Une Montre d'or , enrichie de Diamans .
Un Flacon d'or , artiftement travaillé .
Au Médecin.
Un gros Etuy de Chirurgie , garni d'or .
Une Ecritoire d'or.
A l'Iman , on Aumônier.
Une Montre à répetition , du fieur le Roy ;
dans fa Boëte d'or.
A l'Ecuyer.
Une Montre d'or.
Au premier Maître des Ceremonies.
J'ne Montre d'or .
Au
1032 MERCURE DE FRANCE
Au fecond Maitre des Ceremonies.
Une Montre d'or.
Au premier Drogman.
Une Tabatiere d'or cizelée.
Au fecond Drogman.
Uae Montre d'or.
Au troifiéme Drogman.
Une Montre d'or.
Enfin le Samedi 30 Juin ce digne Ambaſfadeur
partir de Paris en pofte pour s'en retourner
, prenant la route de Fontainebleau ,
où il alla coucher le même jour. In fortant
de l'Hôtel il trouva une infinité de monde
& furtout de pauvres , faifant des acclamations
pour fon heureux voyage ; il marqua
fa fenfibilité par beaucoup de largeffes , qu'il
leur fit en jettant plufieurs fois de l'argent
parmi ce Peuple.
Nous aurons foin d'inftruire le Public de
ce que nous apprendrons au fujer de fon
voyage de Paris en Provence & de fon Embarquement
pour Conftantinople , &c. )
Nous avons parlé ci devant pag. 871. du
Traité d'Alliance & de Commerce entre la
France & la Porte , négocié & conclu à
Conftantinople par l'entremife de M. de
Breves , Ambaffadeur du Roy HENRY LE
GRAND ,
JUI N. 1742 % 1033
GRAND , lequel Traité dont nous avons raporté
les principaux Articles , fut renouvellé
en l'année 1673 , & rendu encore plus utile
à la Religion & au Commerce fous le Regne
du feu Roy , durant l'Ambaffade du Marquis
de Nointel , qui fit ajoûter de nouveaux Ar
ticles , comme nous l'avons dit pag. 933 .
Il ne nous reste plus pour ne rien omettre
de confidérable , à l'occafion de l'Ambaffade
qui fait le fujat de ce volume , que de le
terminer par le troifiéme & dernier Traité
le plus important de tous , conclu tout récemment
par le Miniftere de M. le Marquis
de Villeneuve , comme nous l'avons promis
à la page 975. de ce même Livre.
CAPITULATIONS renouvellées entre
le Royle Grand Seigneur. A Cone
ftantinople , le 28. May 1740.
Vdont la puiffance eft foutenue parles
Oici ce que porte ce Signe Imperial ,
faveurs de l'Eternel Diftributeur des graces ,
& par la multitude des benédictions du
Chef des Prophetes : Que le falut foit augmenté
fur Lui , & fur tous fes Defcendans.
Nous l'Empereur des puiffans Empereurs
l'Appuy des Grands du fiècle , le Diftributeur
des Couronnes aux Rois qui font affis fur
les Thrônes du Monde , l'Ombre de Dieu fur
la terre , le Serviteur des deux illuftres &
nobles
1034 MERCURE DE FRANCE
nobles villes ( la Mecque & Medine ) Lieux
auguftes , facrés , origine de la foy , du côté
defquelles tous les Mufulmans adreffent leurs
voeux ; le Maître & le Protecteur de la fain
te Jérufalem ; le Souverain des trois grandes
Cités, Conftantinople, Andrinople, Brouffe ;
le Maître de Damas , odeur du Paradis , de
Tripoli de Syric , du Caire , fingulier dans
fon efpece ; de toute l'Arabie , de l'Afrique,
de l'Arakagemi , de Baffora , de Lahiffa , de
Dilem, mais furtout de Bagdad, capitale des
Kalifes , de Riffa , de Mouffoul , de Chehvezoul
, de Diarbekir , de Zevilkadvije ,
d'Erzerum l'agréable , de Souvas , d'Adana ,
de la Karamanie , de Kars , de Gildir , Dede
la Morée , de Candie , Chypre
Scio , Rhodes , de la Barbarie , de l'Ethiopie
ou Habeck , d'Alger place de guerre ,
de Tripoli de Barbarie , de Tunis , de la Mer
blanche & de la Mer noire , des Côtes d'Alvan
ger ,
des Pays de la Natolie
, des Royaumes
de la Romelie
, de tout le Kurdiſtan
, de la
Grece
, de la Tartarie
, de la Circaſſie
, de
Cabarta
, de la Georgie
, des nobles
Tribus
des Tartares
, & de tous les Hordes
qui en
dépendent
; de toute
la Bofnie
avec ce qui y
a été annexé
de la Fortereffe
de Belgrade
place
de guerre
; de la Servie
, de même
que
des Fortereffes
& Châteaux
qui s'y trouvent
; des Pays
de l'Albanie
apellée
Arnaoudlik
;
JUIN. 1035 1742.
naoudlik ; de toute la Valachie , de la Moldavie
, & des Fortere fles qui font dans ces
cantons ; & indépendamment de ce que cideffus
Maître de tant d'autres Villes &
Fortereffes, dont on ne fait point l'énumera➡
tion , qui ont été prifes & conquiſes , &
que Nous poffedons par notre juftice Impé
riale , & par notre puiffance victorieuse.
Nous , qui fommes Sukan , fils de Sultan
l'Empereur Mahmoud , fils de l'Empereur
Muftapha , qui étoit fils de l'Empereur Mehemed
, par la bonté parfaite & la grace du
Diftributeur des Royaumes , & par la faveur
de celui dont l'exiftence n'eft pas douteufe
Souverain de toutes les créatures , & le
Refuge des Souverains des plus illuftres familles
, & le Défenfeur des Princes qui ont
eu de l'eftime & de la confiance pour notre
Haute Porte , laquelle eft le centre du bonheur
& de la félicité , & l'azyle de ceux qui
y recourent.
Au plus glorifié entre les grands Princes
de la croyance de Jefus , & qui a été élû
pour être l'Arbitre & le Médiateur des Affaires
de toute la République Chrétienne
plein de grandeur , de gloire & de majeſté ;
poffeffeur des vrayes marques d'honneur &
de dignité , Louis Quinze , Empereur de
France & d'autres vaftes Royaumes qui en
dépendent ; très magnifique , très- honoré
II. Vol.
I notre
038 MERCURE DE FRANCE
:
fublime Maifon Ortomane , nous avons don
né pareillement notre confentement Impérial
, pour que les Articles qui ont été requis
& fur lefquels il a été conféré entre le fufdit
Ambafladeur de France & les Miniftres de
"notre fublime Porte , dont nous avons été
inftruits , y foient ajoûtés & inférés ; notre
volonté & défir Impérial étant de fortifier &
augmenter de jour en jour , l'amitié qui fubfifte
depuis un tems immémorial , entre notre
perpétuelle Porte & l'Empire de France :
le même Empereur ayant pareillement donné
du tems de notre Regne , des preuves convaincantes
de fa vraye amitié ces motifs
joints à l'envie que nous avons de pouvoir
affermir de plus en plus les liens d'une femblable
& fi ancienne amitié , ont fait émouvoir
dans fa Majesté Impériale , des fentimens
conformes . Et comme les fruits que doit
produire cette amitié , font le commerce &
la sûreté des allans & venans , nous confirdans
toute leur mons par ces Préfentes
étendue , les Capitulations anciennes & renouvellées
, de même que les Articles qui y
furent inférés lors de la fufdite date : Nous
voulons encore , pour procurer plus de repos.
aux Négocians , & donner de la vigueur aut
Commerce , les affranchir du droit de Mézeterie
, qu'ils ont payé de toute ancienneté.
Cet article,, de même que plufieurs concer
?
›
nant
JUIN. 1742: 1039
nant le Commerce & sûreté des allans &c.
venans , ont été difcutés , traités & reglés ,
& mis dans une bonne forme , dans les diverfes
conférences qui fe font tenues à ce
fujet , entre le fufdit Ambaffadeur muni de
pleins pouvoirs fuffifans pour traiter fur cette
matiére , & Is perfonnes prépofees de la
part de notre fublime Porte ; de manière que
lorfque tout a été convenu & conclu , notre
fuprême & abfolu . Grand Vizir en a rendu
compte à notre Etrier Impérial. Et comme
notre volonté eft de témoigner dans cette
occafion , le cas & l'eftime que nous faifons
de la conftante amitié de l'Empereur de
France , qui dans ce tems- ci particulierement
, nous a fait connoître la fincerité de
fon coeur à cet effet , nous avons donné
notre figne Impérial , & ordonné l'exécution
des Articles nouvellement accordés & conclus
: Voulons que les Capitulations anciennes
& renouvellées , foient tranfcrites & raportées
exactement , mot pour mot
commencement , & que les Articles nouvellement
regles & accordés , y foient ajoûtés
comme une fuite . C'eft dans cet ordre que
nous avons donné les préfentes Capitulations,
qui ont été remifes & confignées entre les
mains dudit Ambaffadeur , & dont la teneur
eft conçue dans les termes fuivans , par notre
commandement, dont le contenu marque notre
puillance abfoluë. I iij Ici
:
,
1040 MERCURE DE FRANCE
Ici font inferdes mot à mot , bes Capitulations
de 1604. & 1.673 .
Outre que j'accepte & confirme les prê
fentes Capitulations anciennes , de la même
maniére qu'elles font raportées ci- deffus , &
relles qu'elles ont été renouvellées fous le
Regne de l'Empereur , notre Ayeul , de glorieufe
mémoire ; de même , les Articles demandés
, & nouvellement reglés & accordés,
ont été joints aux Capitulations anciennes
raportées & expliquées de la maniére fuivante.
ARTICLE PREMIER.
Outre les prérogatives & prééminences
accordées par les précédentes Capitulations
aux Ambaladeurs & Confuls de l'Empereus
de France , le titre d'Empereur ayant été attribué
d'ancienneté par la permanente fublime
Porte , à fa Majefté , fes Ambaffadeurs &
fes Confuls feront auffi traités & confiderés
par la fublime Porte , avec les honneurs
convenables à ce titre.
ART. II. Les Ambaffadeurs du très
magnifique Empereur de France , de même
que fes Confuls , ſe ferviront de tels Drogmans
qu'ils voudront , & employeront tels
Janiflaires qu'il leur plaira , fans que per:
fonne puiffe leur faire violence, pour les obli
ger de fe fervir de ceux qui ne leur convien→
droient pas. ART
JUIN. 1742 104 1
ART. III. Les Drogmans véritablemen
François , étant les Repréfentans des Ambaffadeurs
& des Confuls , lorfqu'ils interpreteront
au jufte leurs commiflions , & qu'ils
s'acquitteront de leurs fonctions ne
pourront être ni arrêtés , ni emprisonnés ;
& s'ils viennent à manquer à quelque chofe ,
its feront châtiés par leurs Ambaffadeurs ou
Confuls , & ne feront moleftés par aucune
autre perfonne.
ART. IV. Les Valets Rayas , au nombre
de quinze , qui feront au fervice de l'Ambaffadeur
dans fon Palais , feront exemts
des droits & impofitions , & ne pourront
point être inquiétés fur ce fujet.
ART. V. Ceux qui font dépendans de ma
fublime Porte , foit Mufulmans , Rayas ,
au tels autres qu'ils puiffent être , ne pour
ront pas citer , ni forcer les Confuls vérita
blement François , lorfqu'ils auront des
Drogmans , de comparoître perfonnellement
en Juftice ; & il fuffira que ceux- ci comparoiffent
par les Drogmans qu'ils commer
tront à ce fujet , lorfque le cas le requerrera.
ART. VI. Lorfque les Confuls François
ou leurs Subftituts par commandement
voudront arborer leur pavillon felon l'ancien
ufage , dans les Lieux où ils réſident , les
Pachas , les Cadis , & les autres Comman
dans ne pourront pas les en empêcher.
I iiij ART.
1042 MERCURE DE FRANCE
ART. VII . Nous voulons qu'il foit def
tiné pour la garde de la Marfon des Confuls,
les Janiffaires qu'ils demanderont ; & ces
fortes de Janifaires feront protegés par les
Oda Bachis & par les autres Officiers , &
on ne demandera aucun droit ni reconnoiffance
defdits Janıffaires.
ART . VIII. Lorfque les Confuls, Drogmans,
& les autres qui font dépendans de France ,
feront venir du raifin pour leur ufage , dans
des maifons où ils habitent , pour en faire du
vin , & lorfque pour leur provifion ils feront
venir du vin , nous voulons que , tant à
l'entrée ,
, que lors du tranfport , les Janiffaire
Aga , Boftangi- Bachi Topigi - Bachi ,
Vaivodes , & autres Officiers ne puiffent
demander aucuns droits , & qu'on fe conforme
là - deffus au contenu des commandemens
qui ont été donnés par nos Prédécef
feurs , & actuellement par nous.
,
ART. IX . S'il arrive que les Confuls & les
Négocians François ayent quelque conteftation
avec les Confuls & les Négocians d'une
autre Nation Chrétienne, il leur fera permis,
du confentement & vouloir des deux parties,
de renvoyer leurs procès aux Ambaſſadeurs
qui réfident à la fublime Porte ; & tant que
le demandeur & le défendeur ne confentiront
pas à aporter ces fortes de procès qui
furviendront entr'eux , pardevant les Pachas
les
JUIN 1742. 1043
fes Cadis , les autres Commandans , ou les
Doümers,ceux- ci ne pourront pas les y forcer,
én difant qu'ils veulent connoître defdits
procès.
ART. X. Lorfque quelque Marchand
François , ou dépendant de la France , fera
banqueroute averée , ceux qui auront à recevoir
, feront payés fur ce qui restera de fes
effets : & pourvû que le créancier ne foit pas
muni de quelque titre autentique de cautionnement
, foit de l'Ambaffadeur, des Confuls,
des Drogmans, ou de quelqu'autre François ,
on ne pourra pone rechercher leídits Am- .
baffadeur , Confuls , Drog nans & autres
François , pour lefdites dettes , ni les arrêter.
›
ART. XI. Lorſque les Corfaires & autres
Ennemis de notre fublime Poite , auront
comm's quelque déprédation fur les côtes de
notre Empire , les Confuls François & les.
Négociaus ne feront pas inquiétés ni molef
tés ; & on fe conformera fur cet article , au
contenu des commandemens qui ont été
accordés ci devant : & pour la sûreté récipoque
, étant néceffire de pouvoir reconnoître
les fcélérats , apellés Forbans , lorfque
Fes Barbarefques & les autres Bâtimens Corfaires
viendront dans les Echelles de notre-
Empire , nos Commandans & autres Offciers
examineront avec foin les Paffeports
defdits Corlaires ; & les commandemens
Iv accordés:
1044 MERCURE DE FRANCE
•
accordés ci - devant à ce fujet , feront exécua
tés comme par le paflé ; avec cette condi
tion , que les Confuls François examineront
avec foin files Bâtimens qui viendront dans
les ports de nos Echelles , avec le pavillon
de France , font véritablement François : &
de la maniere ci- deflus fpécifiée pour
la sûreté commune , nofdits Officiers & les
Confuls fe donneront des avis réciproques ,
même par écrit , fi le cas le requiert , fur les
informations qu'ils auront prises.
›
ART. XII . L'Empereur de France étant
de tems immémorial , en amitié & bonne
harmonie avec notre Empire ; & le très.
magnifique Empereur de France Regnant
ayant particulierement donné fes foins dans
la négociation de la paix qui vient d'être concluë
: & comme favorifer certaines affaires
de convenance eft un moyen de fortifier
l'amitié , nous voulons à l'égard des Marchandifes
qui feront embarquées dans les
Ports de France , & qui viendront à notre
Porte de félicité , chargées fur de vrais Bâtimens
François , avec manifefte partant des
Ports de France , & portant fon pavillon , de
que celles qui feront chargées à notre
fublime Porte , fur des Bâtimens véritablement
François , pour être portées en France ,
après qu'elles auront payé le droit de douane,
& le Salametlik-Refmi , ou le droit de bon
voyage ,
même
JUIN 1742. 1041
voyage , en conformité des Capitulations
précédentes , foit que ces fortes de Marchandifes
foient vendues ou achetées par d'autres
avec les François , qu'on ne puiffe , fons
quelque prétexte que ce foit , en exiger le
droit de Mézeterie , cet article ayant été uniquement
accordé en confidération de l'amitié
réciproque.
ART. XIII. Comme il a été accordé aux
Marchands François & aux Dépendans de la
France , qu'ils ne payeront des Marchandiſes
qu'ils aporteront de leur propre Pays dans
les Etats de notre domination , non plus que
de celles qu'ils raportent d'ici dans ce Payslà
, que trois pour cent de douane , quoique
dans les précédentes Capitulations on n'ait
compris que les cotons en laine, cotons filés,
maroquins , cires , cuirs , foyes , foyeries ,
indépendamment de cesMarchandifes , &
l'exception toutefois de celles qui font prohibées
, ils pourront charger fans opofition ,
toutes celles qu'ils ont coûtume d'enlever
pour porter dans leur Pays , & qui font fpécifiées
dans le tarif bullé du Douanier
payant la doüane ſuivant les Capitulations
Impériales.
en
ART. XIV. En conformité des mêmes
Capitulations Impériales , les Marchands
François , après avoir payé la douane à raifon
de trois pour cent , & avoir pris le Teskeret
I vj du
1046 MERCURE DE FRANCE
du Douanier , fuivant l'ufage , lorfqu'ils le
préfenteront , il y fera fait honneur , & on ne
pourra pas leur demander une ſeconde
doüane . Et attendu qu'il nous auroit été repréfenté
que certains Douaniers , pouflés par
leur avidité , ne femblent exiger que trois
pour cent en aparence , & que cependant
ils ne ceffent d'en prendre réellement davan
tage , & comme fur l'appréciation des Marchandifes
, il fe trouve une difference notable
fur les diverfes qualités de draps ; inferées
dans le tarif de la douane à Conftantinople
, comme auffi dans ceux de quelques
Echelles , & notamment de celle d'Alep
où les Marchandifes inferées dans le tarif,
excedent les trois pour cent : Pour faire ceffer
là - deffus toute difcuffion à Favenir , il
fera permis de réformer le tarif concernant
les draps que l'on aportera , de façon que la
douane ne puiffe pas exceder les trois pour
conformément aux Capitulations Imcent
,
périales.
*
Il fera libre aux François , de vendre les
Marchandifes qu'is aporteront , à tels de nos
Sujets & Marchands de notre Empire
qu'ils voudront , & on ne pourra pas les inquiéter
, ni former aucune conteftation làdeffus
, fous prétexte de vouloir les acheter
exclufivement à d'autres.
ART. XV. Lorfque les Fez ou bonnets, que
les
JUI N. 1742 1047
les Négocians François aportent de France
eu de Tunis , arrivent à Smyrne , le Doüanier
des droits de Smyrne forme toûjours des
conteſtations à ce sujet , difant que c'est lui
qui doit recevoir les droits de douane defdits
bonnets : & étant néceffaire de mettre
cet article dans une bonne forme , nous voulons
qu'à l'avenir , ledit Douanier ne puiffe
pas exiger le droit de douane deſdits Fez.
que les Négocians François apo : teront
qui ne fe vendront pas à Smyrne ; & dans le
cas qu'ils s'y vendroient , le droit de douane
fur lefdits bonnets , fera , felon l'ufage , exi-,
gé par ledit Doüanier ; mais fi lefdits Fez
viennent à Conftantinople , le droit dedouane
fera payé , felon l'ufage , au grand.
Doüanier.
&.
ART. XVI. Si les Marchands François.
veulent porter des Marchandifes non prohibées
, des Etats de notre Empire , foit par
terre ou par mer , en tems de Paix , par les:
rivieres du Danube & du Tanaïs , dans les
Etats de Mofcovie & Ruffie , & autres Pays,
& en raporter des fufdirs Pays , dans ceux de
la domination de notre Empire ; lorſqu'ils
feront ce commerce , il ne leur fera fait aucune
opofition , pourvu qu'il foit payé par
eux , les mêmes droits de douane , & autres.
droits tels qu'ils puiffent être , que payent
les autres Nations Franques.
ART .
1048: MERCURE DE FRANCE
ART. XVII. Certains envieux , dans la!
vûë de molefter les Négocians François , &,
de troubler leur négoce , contre les Capitu-:
lations , ne pouvant pas exercer leurs deffeins.
contr'eux, attaquent de tems en tems ,fans aucun
droit, & inquietent les Cenfaux qui vont
& qui viennent pour le fervice du négoce
des Francois : Nous voulons qu'à l'avenir
tels Cenfaux ne foient point inquiétés en
aucune maniere : & de quelque Nation que
foient les Cenfaux dont lefdits Marchands
fe ferviront , on ne pourra leur faire violence
, ni les empêcher de fervir.
La Nation Juive ni autres perfonnes
ne pourront prétendre de fucceder
l'emploi de Cenfal , & il fera permis aux
Marchands François de fe fervir de telles
perfonnes qu'ils voudront ; & lorfqu'ils en
chafferont quelqu'un ou bien que leurs:
>
Cenfaux viendront à mourir , on ne pourra
rien exiger , ni prétendre de ceux qui leur
fuccederont , fous prétexte de vouloir avoir
une portion des cenferies ; & ceux qui agiront
contre le contenu de cet article , feront
châtiés.
ART . XVIII. Bien qu'il foit porté par
les Capitulations , que l'Ambaffadeur de
France & les Confuls pourront retirer les
droits de Confulat , des Marchandiſes qui
feront chargées fur les Vaiffeaux de leur
Nation ;
JUIN. 1742% 1049
Nation ; cependant cet article rencontrant
des difficultés de la part des Marchands &
Rayas , fujets de notre Empire , nous ordonnons
que tous ceux de nos Marchands ou
Rayas , qui chargeront des Marchandifes fur
des Vaifleaux François , payent le droit de
Confulat , conformément aux Capitulations,
des Marchandifes qui font fujettes à la
doüane : fi ledit droit n'eft pas compris dans
le contrat de nolifement des Marchandiſes ,
il fera donné des commandemens pour que
les fufdites Marchandifes ne puiffent pas être
retirées de la douane , qu'auparavant le droit
de Confulat n'ait été payé.
ART. XIX. Comme l'Empire Ottoman
abonde en fruits , nous voulons que dans le
tems qu'il y aura abondance de fruits fecs
comme figues , raifins , noiſettes , & autres
fruits femblables, on puiffe envoyer de Fran
ce une fois l'année , deux ou trois Bâtimens
dans les années d'abondance , pour en acheger
, & les charger ; & la douane en fera
payée conformément aux Capitulations Impériales
; & après que les Bâtimens feront
chargés , on les laiffera librement partir.
De plus , il fera permis aux Batimens
François , de prendre du fel , de la maniere
qu'en prennent les Mufulmans , dans l'Ifle
de Chypre, & dans les autres Echelles dépendantes
de notre Empire ; fans que nos Commandans
,
1055 MERCURE DE FRANCE
mandans , Gouverneurs Cadis , & autres
Officiers puiffent les en empêcher , & nous
voulons qu'ils foient protegés en vertu des
anciennes Capitulations renouvellées.
ART. XX. Les Marchands François &
ceux qui dépendent de la France , qui ſeront
munis des Atteftations des Ambaffadeurs ou
des Confuls , pourront voyager avec les paffeports
qu'ils auront pris ; & pour leur fûreté
& leur commodité , ils pourront s'habiller
fuivant l'ufage du Pays , & faire leurs affaires
dans notre vafte Empire ; & ces fortes de
Voyageurs , qui fe tiendront dans leur de
voir , ne feront point inquiétés pour le droit
de Karaich , ni pour aucun autre droit ; &
Forfqu'ils auront des Effets fujets à la Doüane ,
conformément aux capitulations , après en
avoir payé les droits , fuivant la coûtume ,
les Pachas , les Cadis & autres Officiers ne
s'opoferont point à leur paffage ; & de la facon
ci deffus raportée , conformément au
contému des Certificats , il leur fera fourm
des Paffeports ; & quant à ce qui regarde leur
fûreté , on leur accordèra tous les fecours
poffibles .
,
ART. XXI . Les Négocians François , &
ceux qui font fous la prorection de la France,
ne payeront point de droits pour la monnoye
d'or & d'argent qu'ils aportent
dans nos Etats , de inême que pour celle
qu'ils
JUIN. 1742 IOFF
qu'ils en raportent ; & on ne les forcera pas
non plus de convertir leur monnoye en
monnoye de notre Empire , & ils re feront
pas vexés à ce fujet.
ART. XXII. Si un François , ou protegé
de France , commettoit quelque meurtre
, ou quelque autre crime qui exigeât que la
Juftice en prit connoiffance , les Juges de
notre Empire ou autres Commandans , dans
de femblables procès , & dans les endroits
où cela arriveroit , ne pourront y proceder
qu'en préfence de l'Amb fladeur ou des
Confuls, ou leurs Subftiturs ; & afin qu'il ne
fe falle rien de contraire à la noble Juſtice &
aux Capitulations Impériales, il fera procedé
de part & d'autre avec aplication , & il fera fait
toute forte de perquifitions & recherches .
ART. XXIII. En cas que notre Miry
ou quelqu'un de nos Sujets , fe trouvâr porteur
de Lettres de change fur les François !
ceux- ci ne feront obligés de les payer qu'autant
qu'ils les auront acceptées à leur préfentation
; & en cas de refus d'acceptation , on
ne pourra , fans caufe légitime , les inquieter,
ni eux , ni la Nation , mais exiger feulement
une lettre de refus , pour agir en confequence
contre le Tireur , & non contre aucun
autre , & l'Ambaſſadeur on les Confuls pro-
Cureront, autant que faire fe
pourra, le paye
ment de la part du Tireur.
ART.
1052 MERCURE DE FRANCE
ART. XXIV. Les François qui réfi¬
dent dans les Etats de notre Empire , mariés
ou non mariés , tels qu'ils puiffent être , ne
feront point moleftés pour le Karatch.
ART. XXV. Si un Marchand François,
'Artifan , Officier ou Matelot , embraffe la
Religion Mahometane ( excepté les Marchandifes
qui lui apartiennent ) toutes celles
qui fe trouveront entre fes mains , apartenant
à ceux qui dépendent de la France ) après
que la chofe aura été prouvée & vérifiée ) feront
remifes aux Ambaffadeurs & aux Confuls
, pour être enfuite confignées aux Proprietaires
; & dans les endroits où il n'y aura
point de Conful , elles feront remifes aux
perfonnes qu'ils envoyeront de leur part ,
munies des piéces juſtificatives.
ART. XXVI. Si un Marchand François
veut s'en aller quelque part , dès que
FAmbaffadeur ou les Confals refteront caution
pour ce qu'il devra on ne pourra pas
retarder fon voyage , en difant , Payez vos
dettes ; & le procès qui le concerne excedant
quatre mille afpres , il fera renvoyé à notre
fublime Porte , conformément aux Capitu
lations.
ART. XXVII. Les Gens de Juftice
& les Officiers de notre fublime Porte , no
pourront fans néceffité, entrer par force dans
une maifon habitée par un François ; & lorf
que
JUIN. 1742 1053
que le cas requerrera d'y entrer, on en avertira
L'Ambaffadeur ou les Confuls dans les endroits
où il y en aura , & on fe tranſportera
avec les perfonnes qui auront été commifes
de leur part , dans l'endroit en question ; &
fi quelqu'un contrevient à cette difpofition ,
après que cela aura été averé, qu'il foit châtié.
ART. XXVIII . Les affaires qui naif
fent entre les Négocians François & autres
perfonnes , étant une fois jugées & terminées
juridiquement par Hudget , il arrive que les
Pachas , Cadis & autres Officiers veulent les
revoir derechef, de forte qu'il n'y auroit plus
de fûreté pour un procès déja décidé ; & il
nous auroit même été repréſenté que fur un
procès déja décidé dans un Lieu , il interve
noit des Jugemens contradictoires aux premiers.
Sur le cas fpécifié ci-deffus ,les pro
cès que les François auront eû avec d'autres
perfonnes , ayant été une fois vûs & termi
nés juridiquement & par Hudget , ils ne
pourront plus être revûs fur les Lieux; & fi
on requiert de faire revoir de nouveau ces
procès , on ne pourra pas donner des com
mandemens pour faire comparoître les Par→
ties , avant que d'en donner connoiffance à
'Ambaffadeur , & on attendra la réponſe
des Confuls fur les informations qu'on leur
demandera fur l'affaire en question . On ne
pourra pas non plus envoyer des Chaoux ni
des
1056 MERCURE DE FRANCE
né à tel Bâtiment , des mâts , des vergues,
des ancres , des agrés , des voiles , des maté
riaux pour les mâts ; & pour tous les Articles
ci-deſſus , on n'exigera point de donatives.
Et à l'égard des BâtimensFrançois qui abor
deront dans les Echelles , les Fermiers , let
Muffelims, Caradgis , & autres nos Officiers.
ne pourront point les retenir ,fous prétexte de
vouloir exiger le Karatch des paffagers qu'ils
uront , & il leur fera libre de les mener à
l'endroit de leur deftination ; & s'il fe trouve
dans ces Bâtimens , des Rayas fujets au Karatch
, ils donneront , felon leur obligation
le droit de Karatch à l'endroit , afin que dé
cette maniere , il ne foit point fait de tort
au fifc .
ART. XXXII. Lorfque les Mufulmans
cu Sujets de notre fublime Porte , noliferont
dans notre Empire des Bâtimens François
fur lefquels ils chargeront des Marchandifes
four les tranſporter d'une Echelle à l'autre,
il ne leur fera donné aucun empêchement ;
comme il nous a été repréſenté que de tems
à autre, les Sujets de notre Porte , qui nolifent
des Bâtimens François , les quittent pendant
la route , & font difficulté de leur payer les
nolis , conformément à leurs accords ; fi ces
fortes de nolifataires viennent à quitter en
route lefdits Bâtimens nolifés , fans aucune
raiſon légitime , il fera ordonné par les Ca
dis
JUIN.
-1057 1742
dis & autres Commandans , que les nolis
dûs auxdits Capitaines , fuivant leurs Tmeffuk,
leur foient entierement payés.
ART. XXXIII. Les Pachas , les Com.
mandans , Cadis , Douaniers , Vaivodes ,
Muffelims , Officiers, Chefs des Villes , Syndics
& autres, ne contreviendront en rien aux
Capitulations Impériales; & fi de part & d'autre
on contrevient auxdites Capitulations , en
moleftant quelqu'un , foit par paroles , foit
par voye de fait ; de la même façon que les
François feront châtiés par leurs Coufuls &
Supérieurs , conformément aux Capitulations
, de -même il fera donné des ordres ,
fuivant l'exigence des cas, pour punir les Su
jets de notre Porte , des véxations qu'ils auront
commiſes , fur les repréſentations qui en
feront faites par l'Ambaffadeur & les Confuls
, après que le fait en aura été avéré.
ART. XXXIV. Si par malheur il arrivoit
que quelque Bâtiment François échouat
fur les Côtes de notre Empire , il lui fera
donné toute forte de fecours ; & fi le Bâtiment
naufragé peut être rétabli , ou bien que
la Marchandile qui aura été fauvée , foit
chargée fur un autre Bâtiment,pour la porter
à l'endroit de fa deftination , pourvû que ces
Marchandiſes ne foient point négociées fur les
Lieux , on ne pourra pas exiger defdites Marchandises
, la Douanne, ni aucun autre droit
ART.
1036 MERCURE DE FRANCE
né à rel Bâtiment , des mâts , des vergues,
des ancres , des agrés , des voiles , des maté
riaux pour les mâts ; & pour tous les Articles
ci-deffus , on n'exigera point de donatives.
Età l'égard des BâtimensFrançois qui abor
deront dans les Echelles , les Fermiers , les
Muſſelims, Caradgis , & autres nos Officiers.
ne pourront point les retenir ,fous prétexte de
vouloir exiger le Karatch des paffagers qu'ils
uront , & il leur fera libre de les mener à
l'endroit de leur deſtination ; & s'il ſe trouve
dans ces Bâtimens , des Rayas fujets au Karatch
, ils donneront , felon leur obligation ,
le droit de Karatch à l'endroit , afin que dé
cette maniere , il ne foit point fait de tort
au fifc.
ART. XXXII. Lorfque les Mufulmans
cu Sujets de notre fublime Porte , noliferont
dans notre Empire des Bâtimens François
fur lefquels ils chargeront des Marchandifes
four les tranfporter d'une Echelle à l'autre,
il ne leur fera donné aucun empêchement ;
comme il nous a été repréſenté que de tems
à autre, les Sujets de notre Porte , qui noliſent
des Bâtimens François , les quittent pendant
la route , & font difficulté de leur payer les
nolis , conformément à leurs accords ; fi ces
fortes de nolifataires viennent à quitter en
route lefdits Bâtimens nolifés , fans aucune
railon légitime , it fera ordonné par les Ca
dis
JUIN. 1742. -1057
dis & autres Commandans , que les nolis
dûs auxdits Capitaines , fuivant leurs Té
meffuk, leur foient entierement payés.
ART. XXXIII. Les Pachas , les Commandans
, Cadis , Douaniers , Vaivodes ,
Muffelims , Officiers, Chefs des Villes , Syndics
& autres, ne contreviendront en rien aux
Capitulations Impériales; & fi de part & d'autre
on contrevient auxdites Capitulations , en
moleftant quelqu'un , foit par paroles , foit
par voye de fait ; de la même façon que les
François feront châtiés par leurs Coufuls &
Supérieurs , conformément aux Capitulations
, de -même il fera donné des ordres ,
fuivant l'exigence des cas, pour punir les Sujets
de notre Porte , des véxations qu'ils auront
commiſes ,fur les repréſentations qui en
feront faites par l'Ambaladeur & les Confuls
, après que le fait en aura été avéré.
ART. XXXIV. Si par malheur il arrivoit
que quelque Bâtiment François échouat
fur les Côtes de notre Empire , il lui fera
donné toute forte de fecours ; & file Bâtiment
naufragé peut être rétabli , ou bien que
la Marchandile qui aura été fauvée , foit
chargée fur un autre Bâtiment,pour la porter
à l'endroit de fa deftination , pourvû que ces
Marchandiſes ne foient point négociées fur le :
Lieux, on ne pourra pas exiger defdites Marchandiſes
, la Doüanne, ni aucun autre droit
ART .
rost MERCURE
DE FRANCE
ART. XXXV . Les Capitan- Pacha &
Commandans
des Galeres , des Vaiffeaux &
Caravelles , des Galiottes & des autres Bâtimens,
notamment de ceux qui font le Commerce
d'Alexandrie , ne pourront point arréter,
ni inquiéter les Bâtimens François , con- !
tre la teneur des Capitulations
Impériales ,
ni exiger de force des préfens d'eux , fous
quelque prétexte que ce foit ; & lorfqu'on
viendra à rencontrer en Mer des Bâtimens
François , foit de Guerre , foit Marchands
on fe donnera réciproquement
, fuivant l'u
fage , des marques d'amitié.
mer les
>
ART. XXXVI. Les Bâtimens françois
marchands , qui rencontrent en
vaiffeaux de guerre , galeres , & autres Bâtimens
Sultanes , quoiqu'ils foient dans l'intention
de leur rendre les honneurs ufités
ne leur étant pas quelquefois poffible de
mettre fi- tôt qu'ils voudroient , leur chaloupe
en mer pour aller à leur bord , font in- :
quiérés à ce fujet : cependant , pourvû qu'ils
fe mettent en état par leur démarche , de
remplir les ufages pratiqués en ces occa- 1
fions , ils ne pourront pas être moleftés , en
difant : Vous avez tardé de venir à bord..
Les Bâtimens françois ne feront pas détenus
dans nos Ports , fans raifon ; & on ne
pourra point prendre par force , leurs chaloupes
, ni tes matelots , fur-tout pour ceux
defdits
JUIN. 1742. 1059
defdies Bâtimens qui feront chargés de marchandifes
, parce que cela leur cauferoit un
préjudice confidérable , & à l'avenir il ne
fera pas permis de rien commettre de femblable
, & c .
ART. XXXVII. S'il étoit néceffaire
de nolifer quelque Bâtiment françois pour le
compte du Miry , les Commandans & autres
Officiers qui feront chargés de cette
commiffion , avertiront l'Ambafiadeur & les
Confuls , dans les endroits où il y en aura ,
lefquels deftineront les Bâtimens qui fe trouveront
convenables , & dans les endroits où
il n'y en aura point , ils feront nolifés de
leur bon gré , &c.
ART. XXXVIII. Tout ce qui eft
porté par les précedentes capitulations, dans
l'article concernant les Corfaires des Répu
bliques de Barbarie, eft confirmé par celui- ci .
ART. XXXIX . Pour prévenir que dans
la fuite des tems , les Lieux qui font poffe
dés à Jerufalem par les Religieux dépendans
de la France ( de la maniere qu'ils ont été
fpecifiés dans les articles des capitulations
anciennes , actuellement renouvellées ) ne
tombent en ruine ; lorfqu'il fera néceffaire
de les réparer , il fera accordé , à la réquifition
de l'Ambaffadeur de France réfidant à
la Porte , les commandemens conformes à
la juftice , pour ces réparations ; & les Cadis,
K Comman- 11. Vol.
fo68 MERCURE DE FRANCE
Commandans & autres , ne pourront mettre
aucune forte d'empêchement aux choſes ac
cordées par commandement.
Il eft arrivé que nos Officiers , fous prétexte
que l'on auroit fait des réparations fecrettes
dans les fufdits Lieux , faifoient plufieurs
vifites dans l'année , pour rançonner
tes Religieux : c'eft pourquoi nous voulons
que les Pachas , Commandans , Cadis & autres
Officiers qui fe trouvent de ces côtés- là,
ne puiffent faire qu'une vifite
par an , dans
P'Eglife du S. Sépulchre , de même que dans
les autres Eglifes & Lieux de leurs vifites .
Les Evêques & Religieux dépendans de
l'Empereur de France , qui fe trouvent dans
notre Empire bien gardé , feront protegés
tant qu'ils fe contiendront dans leur état ;
& perfonne ne pourra les empêcher d'exer .
cer leur Rit , fuivant l'ufage , dans les Eglifes
qui font entre leurs mains , de même que
dans les autres Lieux qu'ils habitent : &
forfque nos Sujets tributaires, & les François
iront les uns chés les autres pour vente &
pour achat , & pour autres affaires , on ne
pourra pas contre la juftice , les moleſter
pour caufe de cette fréquentation.
Et étant porté par les précédentes capitulations
, qu'ils pourront lire l'Evangile dans
les bornes de leur devoir , dans leur Hôpital
de Galata ; comme cet article n'a pas été
exécuté ,
JUIN. 1742: 1061
exécuté , nous voulons qu'à l'avenir , dans
tel endroit où cet Hôpital pourra fe trou-.
ver , ils puiffent y lire l'Evangile , conformément
aux capitulations Impériales , fans
qu'ils foient inquiétés .
ART. XL. Les Priviléges accordés aux
autres Nations franques , auront lieu auffi à
l'égard des François , voulant qu'ils foiens
traités de la maniere la plus digne , vû que
l'Empereur de France eft plus ancien ami de
notre Empire , que les autres Princes.
ART. XLI. Pour tout ce qui concerne
les François , comme Ambaffadeur, Confuls ,
Drogmans ; les Négocians , Artifans & autres
qui en dépendent ; les Capitaines des
Bâtimens françois , gens de manoeuvre &
autres ; les Religieux , Evêques & autres ,
pourvû qu'ils fe tiennent dans les termes du
devoir , & qu'ils ne faffent rien qui puiffe
altérer l'amitié & les devoirs de la fincerité ,
il fera fait honneur aux préfentes capitulations
anciennes & nouvelles , & nous voulons
qu'elles foient exécutées dans tout ce
qui regarde les quatre differens Etats ci - deflus
Spécifiés : & fi l'on venoit à produire quelque
commandement contre la teneur des
articles des capitulations , foit que ces commandemens
fuffent de date anterieure ou
pofterieure , ils ne feront point exécutés
mais ils reftcront fans nulle valeur , & feront
rayés & biffés.
ART.
Kij
TABLE.
Ifcours Préliminaire , 845
Célebre Ambaffade d'un Calife à l'Empereur
Charlemagne ,
846
Soliman II . Sultan des Turcs , recherche l'amitié de
*
François I.
847.
ibid.
Traité entre Henri le Grand & Achmet I.
Ambaffade de Mahomet IV.au Roy Louis XIV.ibid.
D'Achmet III . au Roy Louis XV. par Méhemet
Effendi 848
-De Sultan Mahmud , au même Monarque, 849
Said Mehemet Pacha , &c . eft chargé de cette Ambafade
,
Détail hiftorique fur fon fujet ,
ibid.
850. &fuiv.
Remarques d'Hiftoire & de Politique à cette occafion
,
864. &fuiv.
Gabriel d'Aramont , Ambaſſadeur de France à la
! Porte fous Henri II.
866
868
869
François & Gilles de Noailles , Evêques de Dax
fous harles IX :
Chriftophe de Vento , Gentilhomme de Marfeille ,
fous Henri III.
François Savary de Breves , fous Henri IV . 871
Jean de Gontaut de Biron , Baron de Salignac , fous
le même Prince , 880
Sa Mort à Conftantinople , fon Tombeau , & c . 898
Achilles de Harlay , Marquis de Sancy , fous
Louis XIII.
900
901. 902
Les Comtes de Marcheville & de Cezy , fous le
même Regne ,
N N. de la Haye , pere & fils , fous Louis XIV . ibid.
Charles - François Olier ,Marquis de Nointel & c.903
Il renouvelle les Traités où les Capitulations en
1473.
920
Gabriel
Gabriel- Jofeph de la Vergne , Vicomte de Guilleragues
lui fuccede ,
Ses Succeffeurs jufqu'en l'année 1716.
956
917
Jean -Louis d'Uffon , Marquis de Bonnac , nommé
en 1716.
958
9,65
N. Picon , Vicomte d'Andrezel , en 1723 .
Louis Sauveur , Marquis de Villeneuve , en 1728 .
968
Il renouvelle les anciens Traités & Capitulations
en 1740 .
Il est nommé Confeiller d'Etat ,
976
ibid.
Le Marquis de Caftelane , fa nomination & fon dé-
" ibid, part en 1740 .
Suite du détail hiftorique de l'Ambaffade de Saïd
Mehemet Pacha ,
Compliment qui lui fut fait à Melun ,
Ver de M. de Bonneval ,
Vifites de l'Ambaſſadeur aux Princes ,
Compliment des Enfans de Langues ,
Réponse de l'Ambafladeur ,
976
ibid.
978
979
982
11 vifite les Manufactures des Gobelins ,
983
984
Celle de la Savonerie ,
Son Portrait en Paſtel , par M. de la Tour ,
985
986
Il va à la Bibliothéque du Roy ', 987
Repas donné aux Miniftres Etrangers , &c .
Son Voyage à Fontainebleau ,
988
989
Lettre fur une Médaille d'un célebre Interprete du
Roy ,
Etabl ffement des Enfans de Langues ,
990
1000
Aggrégation du Médecin de l'Ambaffadeur à la
Faculté de Paris ,
Etat de la Maifon de l'Ambaffadeur ,
1007
1011
Son Audience de Congé , 1015
Deux beaux Traits , 1017
Compliment fait au Roy ,
1019
Préfens du Roy pour le G. S. 1023
Pour le Grand Vifir , &c. 1029
Pour
Pour l'Ambaffadeur , &c. 1030
Départ de l'Ambaffadeur ,
Capitulations renouvellées ,
Errata du premier Volume de Juin.
1032
1033
PAS 431. ligne & Robat , l. Robart .
Age 1324. ligne pénultiéme , 1736. liſez, 1636.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 853. ligne 7. en , lifez , fur.
P. 869. l . 5. 1660. l. 1560 .
au bas.
P. 890. l. 4. & 5. l'Ambaffaeur , 1. l'Ambaffadeur.
P. 894. 1. 24. d'Afrique , i. de l'Afrique.
P. 964. 1. 12. pour , 7. à. I.
1721.
Les Médailles gravées doivent êtres placées , la
premiere , du Roy , Revers , l'Ambaffade de Mebemet
Effendi. Légende , Splendor nominis Galiici
à la page 958
La feconde , du Roy , Revers , la Médiation de
la France entre la Porte & la Mofcovie , par le
Marquis de Bonnac. Légende , Virtutis & Juftitia
fama , 1724. page 959
La troifiéme , du Roy, Revers, la Médiation de la
France entre l'Allemagne , la Ruffie & les Turcs ,
par le Marquis de Villeneuve , même Légende ,
1739.
page 977
La quatrième , de Jean- Baptifte Duval , Interprete
du Roy,
page 999
DE
FRANCE ,
DEDIE AU RÓT.
MAY.
OUR
COLLIGIT
1742.
SPARGIT
Chés
Tapillos
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
M. DCC. XLII .
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THEN - W YOU
PUBLIC LIBRAR
335283A
VIS.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
"
LA
›
05'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiterent
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auron
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fan
perte de temps , & de les faire porter su
L'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SoLs.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
MAY.
1742 .
PIECES
FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
EPITRE A M.
GRESSET ,
En lui envoyant l'Ode fuivante.
PEre fécond de cent doctes merveilles ,
Philofophe fenfé , Poëte vertueux
Dont les Concerts mélodieux
Charment nos coeurs & nos oreilles ,
Greffet , fi ton génie heureux ,
-Aux jours de ton Printems, fans de pénibles veilles,
Sçait unir le Luth des Chaulieux
A ij A la
1958 MERCURE DE FRANCE
A la Trompette des Corneilles ,
Sans être indifcret à tes yeux
Puis- je bien efperer par des rimes pareilles
D'occuper un moment ton loifir précieux ?
Mais que n'entreprend point un coeur affectueux ?
Des fentimens, qu'en moi tes Ecrits ont fait naître,
J'ofe te crayonner le fincere Tableau .
Ah ! dans les traits qu'ici vient t'offrir mon Pinceau,
Que n'ai - je pû d'un fi grand Maître
Devenir le fidele écho !
Je fçais que dans ce tems , plus que jamais févere
Le Dieu que le Pinde révere
Prodigue rarement fes fublimes faveurs ,
B que tel qui s'eft crû Favori des neuf Soeurs ,
N'en obtint bien fouvent qu'un Laurier éphémere,
Et vit dans fa main témeraire
Un fouffle meurtrier venir faner leurs fleurs,
Mais que courant de Ville en Ville ,
De chés l'Ariftarque au Zoïle ,
Mes Vers le voyent pramenés ;
A l'ombre de ton nom , fatisfait & tranquile ,
Je braverai les Cenfeurs déchaînés .
Ami des Dieux, tel le Chêne immobile ,
Voit fous lui l'Arbriffeau fragile
Conjurer les Vents mutinés.
ODE
MAY.
1059 1742
ODE .
A la Mélancolie.
D
Elicieuſe rêverie ,
Source de cent plaifirs réels ,
Charme du coeur , Mélancolie , (a)
Je viens te dreffer des Autels .
Aux douceurs de ton fage Empire ,
Si jufqu'ici la docte Lyre
" Refufa fes juftes accens
Jaloux de venger cette offenfe ,
Aujourd'hui ma reconnoiffance
Te doit fa plume & fon encens.
*
Doit-on rougir de voir éclore
•
Un goût qui nous vient du berceau }
Là ,
fur mes yeux fermés encore
; Tu faifois luire ton flambeau
A ton influence chérie
Mon ame fe vit aſſervie ;
Voudrois je que ma lâcheté
Te refusât mon tendre hommage ,
Après la Déeffe volage
Que le grand ERASME a chanté ? `( b )
(a) L'Il Penfero du fameux Milton peut juftifier
cet Eloge.
(b) Erafme a fait l'Eloge de la Folie.
A iij
Loin
---
1060 MERCURE DE FRANCE
Loin de moi ce Monftre farouche (c)
Dont un poignard arme la main ;
Monftre au teint livide , à l'oeil louche ,
Nourri de fiel & de venin.
A ce hideux Antropophage
Souvent un criminel ufage
Ofa proftituer ton nom ;
Sot abus ignorance ingrate !
Tu fais un Solon , un Socrate ,
Et lui , n'enfante qu'un Timoa . (d)
*
Jadis aux Maîtres de la Grece ,
Dont l'Univers fuivit la voix ,
Sous la forme de la Sageffe
Tu vins faire adopter tes Loix.
Loin de tout préjugé vulgaire
On vit la vérité févere
Sur tes pas inftruire leurs voeux ;
Durable volupté des Sages , (e)
Tu leur diffipas les nuages
Qui couvroient tant de faux heureux.
(c) La Misantropie .
(d) Cic. de Amic . N. 86.
(e ) Socrate interrogé fur le fort du Roy des Perfes ,
répond gravement qu'il ne peut dire s'il est heureux ,
ne fçachant pas s'il eft homme de bien . Cic. S. Tufc .
N. 34.
Crafus montre à Solon fes trésors , & lui demande
Viens
MAY 1742 . 1061
Viens de nouveau , viens Reine aimable ,
Guéris nos goûts & nos efprits ;
Des biens de ton regne ineffable
Notre raiſon ſent tout le prix .
Elle entend : déja fes maximes ,
Infolence , mere des crimes >
Ont brifé ton Sceptre abhorré ;
La Gravité majestueufe
Chaffe la Joye audacieufe
Et le Ris inconfidéré .
*
Mais l'Efprit fous tes voiles fombres ,
Languira peut être hébêté ,
Et verra fous tes froides ombres
S'éclipſer ſon activité.
Ah ! tempérant la fougue extrême ,
Tu lui fais faire fur lui- même
Cent fois un utile retour ;
Tel je vois au ſein d'un nuage ,
Ou dans un verdoyant feüillage
Se jouer le Pere du jour.
*
s'il connoît quelqu'un qui ſoit plus heureux que lui ;
ce Sage mélancolique lui nomme Tellus, qui eft mort
en combattant pour fa Patrie , laiffant fes Enfans
fort bien élevés . Plut. in Solon .
A iiij Quel
1062 MERCURE DE FRANCE
Quel Spectacle animé m'attire ?
Vertumne a repris fes couleurs ;
Déja fous l'aîle de Zéphire
Je vois ondoyer mille fleurs.
Progné me redit fa querelle ;
L'Echo répond à Philomelle ":
Que manque-t'il à mes défirs ?
Je rêve , & bien-tôt ma Déeffe
Viendra . couronner l'allegreffe
Qui fuit ces innocens plaifirs.
*
Oui , que loin du fracas des Villes ,
Et Souverain de mes inftans ,
J'écarte tous projets futiles ,
Source des ennuis dévorans :
Bois fleuris , demeures paifibles ,
A la douleur inacceffibles ;
Agréable rufticité ,
A mon ame fi fympatique ,
Sans un peu d'air mélancolique
M'offrez-vous la félicité ?
H
Que le fourbe aux vices qu'il aime
Cherche des dehors impofans ,
Qu'un fat , fe cajolant lui même ,
Feigne d'encenfer nos talens .
Que
MAY. 1742. 1063
Que là , l'ignorance décide ;
Qu'ici , rampe un Client perfide ;
Viendront - ils fafciner nos yeux !
Vains efforts ; tout les humilie ;
Déja notre Mélancolie
Les inftruit , & nous venge d'eux.
*
Mais un plus noble foin t'apelle ;
Viens fuputer mes jeunes ans ;
Hélas ! dans ton miroir fidelle
Sans fleurs vient s'offrir mon Printems.
Oui , dois-je le dire à ma honte ?
La vertu m'en demande compte ;
Mais , fille de mon repentir ,
Déja par toi mon coeur foûpire ,
Et tu femble , me faire liré
Dans un vertueux avenir.
1
Par M. Boule , Profeffeur de Rhétorique au
College de Villefranche , en Beaujolois .
A v
AVER
1064 MERCURE DE FRANCE
****************
. AVERTISSEMENT.
EXTRAIT d'un très- ancien Roman , e
Vers François , d'Impreffion Gothique.
ex
N nous a communiqué depuis peu
PExtrait d'un vieux Livre , précieux
par fa rareté , & qui le paroît encore par
d'autres endroits. Cet Extrait fe trouve à
la fuite d'une Lettre écrite à un Ami , pour
Je lui annoncer. Ce font deux Piéces , qui ,
( fi nous ne nous trompons ) doivent plaire
à la plupart de nos Lecteurs ; on nous a
laiffé la liberté de les imprimer ; nous efperons
par là remplacer avec ufure les Hitoriettes
frivoles dont le Mercure étoit autrefois
rempli , & que quelques -uns de nos
Correfpondans ont encore la foibleffe de regretter.
LETTRE de M. de ...... Subdelegné
de M. l'Intendant à Pierre-Latte , à Mr....
Juge de la Ville de Valreas , dans le Comtat.
,
Vous me reprochez toujours , Monfieur ,
que les Bouquins que je fais venir de tems
en tems de Paris , ne peuvent fervir tout au
plus que
de parure faftueufe pour mon petit
Cabinet ,
MAY. 1742 . 1065
Cabinet , & jamais d'amufement réel pour
moi-même. L'accufation eft plus grave que
vous ne pensez , contre un homme qui aime
les Lettres de bonne foi , & uniquement
pour elles- mêmes.
Votre prévention cefferoit bientôt , fi vous
pouviez avoir le courage de lire quelquesuns
des vieux Livres que je pourrois vous
choifir ; mais ce feroit un effort , & les efforts
néceffaires pour détruire un préjugé ,
ou pour faire naître un goût contre lequel
on s'eft toujours revolté , coûtent trop à
l'amour propre , pour efperer qu'il les entreprenne
.
Agréez donc , au lieu d'un Bouquin , que
je vous adreffe l'Extrait d'un Livre extrémement
rare , que je viens de recevoir , &
que j'ai fait acheter dernierement à Paris à
l'Inventaire de feu M. Hallée , Secrétaire du
Roy & c .
Il étoit compris au Catalogue imprimé
fous le numero 637 , au fecond article , &
portoit le Titre qui fuit :
La faulceté , trahifon , & les tours de ceux
qui fuivent le train d'Amours . Paris , chés
Jean Jeannot . petit in - 4°.. Gothique.
Ce Livre exifte , il eft vrai , Monfieur ;
mais il exiſte , à ce que je penfe en bien peu
de Bibliotheques , c'eft ce que je ne fuis plus
à portée de verifier , attaché , comme je le
A vj
fuis ,
1066 MERCURE DE FRANCE
fuis ', dans
le fond
d'une
Province
, & ce
qui vous
importe
aparemment
fort peu.
Je foupçor
ne au li ,
pour
bonnes
raifons
;
auli que l'Ouvrage
eft compofé
bien
avant
l'an
1500.
Cette
date vous
fait frémir
, vous
n'en
augurez
rien de bon ; mais
lifez
, du moins
pa complaifance
, l'Extrait
que j'ai fait pour
vous
, tout
informe
qu'il
puiffe
être ; fupléez
par votre
bon efprit
, à la naïveté
& aux graces
dont
fournille
l'Original
; fupofez
même
, je vous
le permets
, que je vous
en déguite
quelques
legers
défauts
; mais
quand
vous
aurez
lû , convenez
que de tels Ouvrages
, ne fút- ce que par leur fingularité
, peuvent
amufer
autant que d'autres
que je dirois bien , & qu'on me mande
qui ont la vogue .
En un mot , M. n'étouffez
pas de gayete de
coeur vos lumieres
naturelles
, & daignez prononcer
entre votre goût & le mien à ce feul égard , avec cette fage impartialité
que vous faites paroître
dans des affaires
beau- coup plus importantes
.
C'eft cette qualité fi rare , fur laquelle je
compte , c'eft elle qui a augmenté mon eftime
pour vous , & qui a affermi l'amitié avec
laquelle je ferai toute ma vie , M. votre & c.
A Pierre Latte ce 15. Avril 1742 .
EXTRAIT.
Cet Ouvrage qui contient plus de 7000 .
Vers,
M A Y. 1742. 1067
Vers , eft une espece de Roman , ou plutôt
de Songe allegorique , que le Poëte dédie en
finiffant à fa belle Amie , pour qui il l'a entrepris
; c'eft , fans doute , pour ménager ſa
bienveillance , qu'il invective contre l'inconftance
,& la perfidie des hommes , toutes les
fois que l'occafion s'en préfente , & elle fe
préfente fouvent il a auffi grand foin d'exalter
à nos dépens la fidelité du beau Sexe
en fait d'engagement.
"
,
On retrouve dans tout le cours du Poëme ,
à peu près le même tour de génie que dans
le fameux Roman de la Rofe , c'étoit l'unique
modéle & le patron de tous les ouvrages
d'imagination de ce tems là ; & celui- ci
ne paroît pas de beaucoup moins ancien
que la continuation de Jean Clopinel , qui
fut terminée , à ce qu'on croit , en 1307
mais , quoi qu'il en foit , on peut affûrer
qu'avec autant de naïveté & un meilleur
Plan , il regne ici une Morale plus foûtenuë
& mieux décidée ; je ne fçais même ſi l'on
ne pourroit pas avancer que c'en eft en quelque
façon la cenfure où le contrepoifon ,
puifque le Roman de la Roſe donne des préceptes
aux hommes pour conquérir, & celuici
des leçons aux Femmes pour ſe défendre.
Il s'agit d'une Belle & Noble Dame , que
l'Auteur apelle Belliffant , qui dès fon âge
tendre s'étoit uniquement voüée à Raiſon
ne
1068 MERCURE DE FRANCE
ne vouloit écouter qu'elle , & ne fe régloit
que par fes confeils , & Raifon avant toutes
chofes avoit pofté Honneur auprès de cette
belle Dame , pour ne s'en féparer jamais ;
auffi l'aimoit - elle , & le tenoit plus cher que
fa propre vie , le regardant comme fon Défenfeur
, fon Ami , & le véritable Auteur de
fon repos.
Amours , toujours en quête de nouvelles
avantures , entreprend de foûmettre ce coeur
indifferent. Venus & Junon , par une espece
de gageure , s'offrent à le fervir , & y perdent
tour à tour leurs peines. Amours , devenu
plus enflamé par la réfiftance , fait plufieurs
autres tentatives , & les fait toujours
en vain , tous les Mellagers qu'il dépêche
font mal menés ; enfin il prend le parti de
fe déguifer lui- même en Fauconnier étranger
, qui court le Pays depuis la mort de
l'Empereur , fon bon Maître , & fous ce déguifement
il s'infinue petit à petit dans les
bonnes graces de Honneur , à qui la chaffe
à l'oifeau paroît un Divertiffement très - irré
prochable .
Le faux Chaffeur fe prête avec foupleſſe à
toutes les défiances dans lesquelles Honneur
a coûtume de vivre ; il eft le premier à déclamer
contre la Fauffeté & la Trabifon
ordinaire des Amoureux , qui ne s'en font
plus qu'un jeu par le tems qui court , il s'échauffe
MAY. 1742: 1069
chauffe furtout contre Faux femblant ; Honneur
goûte fes maximes , l'engage à reſter à
fon fervice , & c'eft par lui - même qu'Amours
eft introduit dans la maiſon.
La Belle- Dame prend plaifir à voir le nouveau
venu ; du plaifir elle paffe à la curiofité,
de là aux Eloges , & enfin au goût. Raifon ,
qui avoit quelque affaire ailleurs , en a le
vent , & prend l'allarme ; Honneur eft averti
par quelques efpions affidés , mais il croit
devoir prendre le parti d'un Serviteur fi doux
& fi difcret , difant qu'il le reconnoît pour
homme de bien , & que faux Raport ne doit
pas être écouté trop legerement.
Les Avis fe réiterent , les Brocards font
même de la partie ; Honneur a d'abord
quelque peine à fe perfuader que Belliffant
veüille fauffer la foi qu'ils fe font fi folemnellement
jurée l'un à l'autre , mais il en
découvre bientôt affés pour être obligé de
fuïr , il va pourtant , pour n'avoir rien à ſe
reprocher , prendre un congé lamentable de
la Belle - Dame ; on voudroit le retenir , on
regrette beaucoup , Raiſon ſurvient & fait
de fon côté quelques efforts inutiles , mais
elle eft forcée à fon tour de chercher un autre
azile , après avoir reproché à Honneur
fa fimplicite & fon imprudence.
le
Amours , débaraffé de ces deux fâcheux
Surveillans , fait femblant de blâmer leur
retraite
1070 MERCURE DE FRANCE
retraite précipitée , quoi qu'il ne craigne rien
tant que leur retour ; mais voyant fes batteries
en bon train , il commence à fe livrer à
la joye , & ne cherche qu'à l'infpirer à la
Belle Dame ; ce font toutes les nuits nouvelles
Aubades , tous les matins nouveaux
Bouquets , la moindre abfence fait naître
mille Billets paffionnés ; les Banquets , les
Pompes , les Tournois , deviennent plus fréquens
que jamais dans cette Cour : enfin
dans la bonne foi l'un & l'autre , ils comptent
s'aimer & fe voir toujours , & ce fentiment
leur tient lieu de tout le refte de la
nature.
Quelques vieilles Sentinelles que Raifon
avoit autrefois placées autour du Château
continuent à faire le guet pendant la nuit
mais avec moins de vigilance que de coûtume
; Amours invente tous les jours quelque
expédient pour les dérouter , & pour
parler à la Belle - Dame ; car depuis le départ
de Honneur , il n'avoit plus ofé demeurer
fous le même toît avec elle , & Belliffant
elle-même l'avoit contraint , quoiqu'à regret ,
de s'en écarter .
Le Capitaine Danger , Chefde ces vieilles
Vedettes , a beau fe démener , pour ſurprendre
au piége Amours fon plus mortel ennemi
; Amours fçait éluder tous les piéges
& franchir tous les obftacles ; Bell.ffant charmée
MAY. 1742 1071 :
mée de fon courage , ou plutôt de fon
adreffe , l'en eſtime encore davantage.
Mais , pour ne point s'engager à l'étourdie,
elle veut auparavant découvrir à qui elle
a affaire , ne doutant pas que fon Fauconnier
ne foit tout autre que ce qu'il paroît au
dehors ; elle l'envoye donc chercher pour
avoir , ce qu'on apelle une explication :
après plufieurs queftions détournées elle lui
demande d'où vient qu'il l'aime tant,Amours
ne manque pas de répondre que c'eft parce
qu'il ne connoît point de Dame fi acomplie ,'
elle veut fçavoir enfuite quel eft fon état &
fa condition , lui promettant que fa franchiſe
ne lui fera nul tort auprès d'elle , parce
qu'elle prife beaucoup plus Vertu & Maintien
courtois , que noble lignage fans entregent.
Amours confent de lui en faire confidenmais
il s'y prend d'une façon myſtérieufe
, & lui recommande un grand fecret ,
lui fait promettre de ne jamais prononcer
fon vrai nom devant Gens fufpects , & tout
de fuire il lui explique avec complaifance
quel eft fon pouvoir fans bornes , fon ori
gine céleste , les honneurs qu'on lui rend
par toute la Terre , & de tant de biens il finit
par lui en offrir le facrifice , demeurer
, pour
fon fimple Chevalier.
La Belle- Dame , effrayée de reconnoître
celui1072
MERCURE DE FRANCE
celui -là même qu'elle a tant oui blaſoner ;
& dont Honneur & Raifon lui ont tant défendu
l'accointance , a d'abord quelque peine
à fe raffûrer, elle exige des fermens , Amours
n'en excepte aucun des plus forts , en invente
même de nouveaux , & lui dit :
J'ai tout laiffé pour jamais être vôtre ,
Vous le verrez par S. Pierre l'Apôtre.
La Dame dit , onques fous faux vifage
Ne vis joüer fi bien fon perfonnage.
Toutes les proteftations que lui fait Amours,
lui paroiffent convaincantes , & elle s'accorde
à le retenir à fon fervice , pourvû toutefois
qu'il n'efpere & ne demande jamais rien qui
foit deshonnête ; Amours change habilement
de propos , promet monts & merveil
les ; & comme il a l'art de fe rendre invifible
, il retourne plufieurs fois auprès d'elle
& lui fait voir tant de gentilleffes de fa façon
tant de tours de paffe-paffe , impoffibles à
tout autre qu'à lui , qu'il acheve de la gagner.
La crédule Belliflant fe felicite de fa conquête
, & fa confiance pour Amours fait de
tels progrès , qu'elle en vient à le mettre en
poffeffion de fa principale Fortereffe , Place
qu'on avoit regardé jufqu'alors comme imprenable
, & qu'elle étoit füre de défendre
contre tous les Affaillans du monde , tant
qu'Amours
M A Y.
1073 1742.
qu'Amours voudroit en occuper le Gouvernement..
Or, comme il s'agiffoit de paffer le tems ,
& qu'on ne peut pas toûjours chaffer aux
Oifeaux , ni folâtrer le long des Ruiſſeaux ,
ni s'ébattre dans les Prairies , la belle Dame
habituée de longue main par les confeils de
Raifon à ne point demeurer oifive , préparoit
des ameublemens , donnoit des ordres à fes
Officiers , & s'apliquoit furtout à faire travailler
quantité d'excellentes ouvrieres , en
broderie d'or & de foye , mais tous leurs
métiers n'étoient occupés qu'à repréfenter
Amours de toutes les façons & dans toutes
les formes fous lefquelles il ſe plaît à fe déguifer.
Ge n'étoit point encore affez pour Belliffant
de voir cette Figure fi chérie , repetée
fur toutes fes tapifferies & dans tous fes apar
temens ; elle mande en toute diligence les
plus habiles Peintres de tout le Pays , pour
tirer le Portrait de fon Chevalier au plus
naïf qu'il feroit poffible , & tout ce qu'elle
peut raffembler de plus précieux en Bagues ,
Fleurons , Chapelets de Pierreries , tout
jufqu'aux Efcarboucles fut employé avec un
artifice admirable pour orner ce nouveau
Chef-d'oeuvre de Peinture , dont l'étuy feul
cût fuffi pour payer la rançon d'un Roy.
que cette image , ainfi que la nomme Dès
,
l'Au1074
MERCURE DE. FRANCE
l'Auteur , fut miſe en fa perfection , la belle
Dame qui y étoit portraite auffi , n'eût ni
ceffe ni repos qu'elle n'en eût fait un don à
fon bel ami , qui s'en tint fort honoré , &
redoubla à cette occafion toutes les promeffes
, fermens & juremens qu'il lui avoir déja
prodigués au tems de leurs premiers accords.
Cependant , comme
Il n'eft beau tems , ni belle Compagnie
Que tôt ou tard il n'y ait départie ,
Après beaucoup de petites avantures à
huis clos , Amours impatient de fe voir toujours
enfermé en même demeure , commence
à s'apercevoir qu'il aime un peu
moins ; l'ennui le gagne bientôt , il devient
infidéle & parjure , & fe livre aux pernicieux
confeils de Vacabond , efpece de Parafite
bouffon à qui l'on avoit permis
l'entrée du Château , pour defennuyer les
Damoifelles ; voici quel étoit fon caractere.
,
Il fe levoit dès le fon de Matine ,
Pour les aprêts , fçavoir de la Cuiſine ;
Donnoit coup d'oeil à la Rotiſferie ,
Et fi aimoit fort la Bouteillerie :
Mais qu'il y eût fans ceffe de bon vin
Là volontiers étoit le Pelerin . . . .
Gai , il étoit en ſa maniere friſque ,
Affez
MAY . 1075 1742:
"
Affez legier pour dancer la Morifque ,.
Car de cela entendoit la cadance ,
Et fe mêloit auſſi de baſſe dance . . .
Rôti avoit en maint & maint foyer ;
Guere arrêté il n'étoit en un Lieu ,
Et s'en alloic fouvent , fans dire adieu.
Tel étoit le perfonnage à qui Amours
donna toute fa confiance ; ils bâtiffent donc
leur complot à la derobée , & réfolus de
voyager enſemble , Amours pour encoura
ger Vacabond , va lui dire
Aller je veuil , d'ici premier à Romme ,
Devers le Pape impétrer quelque Bulle ;
Près le Palais tu me tiendras ma Mule ,
L'oreille au guet fi rien feroit
vacquant.
C'est -à-dire que de Vacabond , il en veut
faire , felon l'abus de ces tems là , un gros
Bénéficier , qui lui devra fa fortune.
Tant fût procédé entre eux , qu'Amours
& fon Confident prennent jour , font quelques
legers préparatifs , pour ne point donner
de foupçon , & quittent la belle Dame
un beau matin , fous prétexte de Pélérinage .
Elle eft affiégée bientôt après , mais elle fe
défend avec grand courage . Sa premiere attention
eft de tenir l'avenue du Pont bien
fermée ; l'Avanturier amoureux , qui for¬
moit
1076 MERCURE DE FRANCE
›
moit le blocus , demande à l'entretenir au
pied d'une Tour pendant une Tréve , &
veut lui perfuader de fe rendre , mais elle
tient ferme , rompt la Tréve , le bleſſe à la
gorge d'un coup de Flêche & comme il
étoit parti pour cette expédition , dépourvû
de Phyficiens & de Barbiers , ( c'est - à - dire ,
de Médecins & de Chirurgiens ) elle a la
générofité , pour le guerir à fond , de lui
envoyer des Compôtes de Fleurs ; ainfi le
pauvre bleffé eft obligé de lever le Siége ,
& Belliffant fait faire de grandes réjouiffances
.
A peine commençoit- elle à refpirer , après
avoir fait réparer les dehors de fa Place ,
qu'un jeune évaporé arrive au Château ; il
met pied à terre , donne fon courtaut à fon
Page , monte le Perron , entre fans fe faire
annoncer , & vient préfenter fes fervices
contre l'Avanturier amoureux , qui étoit
parti.
La Belle Dame , après les remercimens &
les reverences , lui demande par maniere
de converfation des nouvelles d'Amours
& fous couleur de ne le connoître que de
nom ; l'Evaporé hauffe les épaules , en dit
pis que pendre , & raconte par le menu toutes
fes tromperies & fes legeretés , puis pour
achever de peindre Amours en peu de mots ,
il ajoûte
Tantôt
MA Y. 1077 1742
Tantôt il eft Valet & tan ôt Maître ,
Fort variable & méchant à connoître,
Tantôt il tranche & fair de l'amoureux ,
Tantôt il veut être Religieux.
Brefil ne dit un mot de vérité ,
Je m'en raporte à ceux qui l'ont hanté.
S'il a defir d'une Dame nouvelle ,
De la plus laide , il jure qu'elle eft belle ;
Des plus vilains , il dit qu'ils font gentils ,
Autant & plus que mignons de Paris . . ...
C'eſt un Coquard , un abufeur de filles ,
Qui leur promet de beaux & riches dons ,
Et tout au plus ce font paquets d'éguilles .
La Dame regarde toutes fes accufations
comme autant de bourdes ; elle foupçone
le jeune homme de n'en médire que par envie
, & maintient que rien n'est plus gratieux
qu'Amours ( du moins par oüir dire , )
enfin , ne voulant tien croire de ce que dit
l'Evaporé , elle l'oblige par fon froid accueil
à aller chercher fortune ailleurs , mais avant
que de fe feparer , if dit à la Belle qu'il reviendra
la voir au mois de May , & qu'il
compte avoir fa revanche.
Que de Gens à bonnes fortunes , ont été
depuis jettés dans le même moule !
Pendant tous ces pourparlers , Amours
s'étant défait de tous les remords qu'il devoit
1078 MERCURE DE FRANCE
voit avoir de fa déloyauté envers Belliffant ,
& confiderant qu'il avoit laiſſé dans la Place
fes meilleures befognes , commence à fonger
à fes petits interêts ; if détache adroitement
l'un après l'autre tous les Diamans
Rubis , Turquoiſes , Emaux & tous les
Joyaux de prix , qui environnoient la Boëte
à Portrait , dont elle lui avoit fait préfent ,
il les ferre dans fon Ecrain , & comme un
vrai Petit Maître , il jette enfuite la mignature
fur un fumier , la regardant comme un
bagage de contrebande , après quoi
Chemin il prend , on ne fçait quelles parts ,
Ainfi que vont par Pays les Paillards ,
Pour vifiter les Terres où n'ont rien ;
Chacun au loin ſe dit homme de bien ,
Jufques-à tant qu'il ait trompé quelqu'un .
De fon côté Belliffant , qui ne fe doutoit
'de rien & qui fentoit fa confcience netteaprès
avoir repouffé tant d'attaques , foit par
force , foit par adreffe , ne voyant plus revenir
Amours , fe defefpere & craint tou
jours qu'il ne foit ou malade , ou bleſſé , ou
fait prifonnier par quelqu'un des partis qui
battoient la Campagne .
Elle envoye tous fes Ecuyers & fes Damoifelles
hors du Château , pour s'enquerir
de lui par les grands chemins ; on ne tarde
pas .
a
MAY. 1742. 1079
1
pas à lui aporter
d'affés
mauvaiſes
nouvelles
, & qui pis eft
à lui rendre
fon
Portrait
tout
décoloré
, qu'on
avoit
trouvé
allés
loin
de là , contre
un tas de bouë
.
Elle s'évanouit , & ne revient de ce trifte
état , que pour faire les plaintes les plus touchantes
; elle baife mille fois le Portrait
d'Amours qu'elle avoit fait peindre à côté
du fien , fe fait un nouveau mérite , à fon
gré , de fa conftance inébranlable & de
maintes autres extravagances qui lui échapent.
Mais Raifon , qui étoit aux Ecoutes , &
près de laquelle cette fermeté opiniâtre ne
fert point d'excufe , à beaucoup près , Raifon,
dis-je , ne peut s'empêcher de gémir , elle fe
détermine à porter fes plaintes , & cite l'infortunée
Belliffant au Tribunal de Fortune.
>
La Belle Dame eft livrée par Fortune à
Déconfort , mauvais Garnement qui la
vient fommer avec dureté de fe rendre aux
pieds de la Déeſſe , pour y fubir fon Jugement.
La Belle Dame fe voyant délaiffée de
fon nouvel ami , & pourfuivie par ſes anciens
défenfeurs , fe réfout au départ , mais ,
pour toute grace , elle demande congé à
Déconfort de pouvoir faire fes adieux a la
Verdure , aux Oifeaux , aux Fleurs , aux
Roffignols , & furtout au joli Mai planté
B- devant
1080 MERCURE DE FRANCE
devant fon Château , qu'elle paroît regretter
plus que toute chofe.
Elle part enfin , après une vive apoftrophe
contre le déloyal Amours , à qui elle annonce
qu'elle va mourir par fa lâcheté ; elle
lui recommande encore le Portrait , & le
conjure au moins de faire prier Dieu pour
fon ame.
Toute la Chevalerie & les Suivans de la
Belle Dame fondent en pleurs , en la voyant
entraîner par Déconfort , & maudiffent
mille fois le traître Vacabond , auteur de
tout ce défordre.
Belliffant , après bien des fouffrances ,
arrive à l'audience. Fortune , qui pour le moment
lui étoit contraire , lui fait d'abord
ôter fes plus riches accoûtremens , pour
punition du mauvais ufage qu'elle avoit fait
de fa richeffe & de fes Pierreries ; elle ordonne
enfuite à fes Miniftres ( impitoyables .
comme leur Souveraine ) de la dépouiller
entieremement , mais les beaux & blonds
cheveux de la Belle Dame , en fe dénoüant
& retombant jufqu'à fes genoux , fervent
de parure à fa beauté & de
deur .
>
rempart à fa
pu-
Elle ne cherche aucun détour pour s'ex
eufer ; fes réponſes font humbles , mais
vrayes ; elle avoue en un mot qu'il n'eft plus
en fon pouvoir d'effacer de fon coeur Amours,
&
MAY. 1081 1742.
& qu'elle s'y efforce vainement
mais elle
>
détefte l'heure & le moment qu'elle l'a
connu.
Fortune , qui de fa nature eft muable ;
& change volontiers d'opinion , fe trouve
toute attendrie au récit de Belliffant , &
convient que la pauvre Dame est encore
plus à plaindre que Melluzine , puifque
Raymondin n'offenfa celle ci qu'une feule
fois , & qu'il en mena le deuil , tant qu'il
vécut.
A cette Hiftoire , Fortune ajoûte plufieurs
beaux paffages , tant facrés que prophanes
, pour prouver la perfidie & l'humeur
volage des hommes , auxquels un
baiſer ou un doux regard font tourner la
tête ; Salomon , par exemple ,
Lui qui étoit des autres le plus fage ,
Ne fe voulut contenter des grands biens ;
S'il n'eût aimé les femmes des Payens ....
Que fiquelque homme une femme requerr
Du fait d'amour, elle peut peut réfifter
;
Mais l'homme autant aimeroit enrager
Que refufer de cela quelques filles ,
Parquoi je dis qu'ils font trop plus fragiles .
Toutes ces diftinctions fubtiles ne confolent
point Belliflant ; elle retombe fans
Bij ceffe
1082 MERCUURREE DE FRANCE
ceffe dans le defefpoir , & ne fonge plus
qu'à mourir, pour expier fa faute & terminer
fes malheurs .
Déconfort qui voit fon abbattement, croit
lui faire grace de l'empêcher de languir ; il
s'aproche tout bouffi de colere, pour l'étouffer
, mais Raifon que la Belle Dame a trouvé
le fecret d'apaifer par fon repentir fincere , la
retire d'entre fes mains , & la laiffe maîtreffe
abfoluë d'opter entre Fortune & elle .
La Belle Dame , bien élevée & reconnoif
fante , ne balance point ; elle fe remet fans
nulle réferve fous l'Empire de Raifon , &
préfere les leçons de cette Gouvernante févere
aux Aateries inconftantes de Fortune
que fa merveilleufe Beauté avoit achevé de
féduire , & qui lui offre de grandes reffources
du côté des plaifirs ,jufquia loirl'ad- juſqu'à vouloir
mettre dans fon Sanctuaire , & l'y faire même
affeoir fur les Siéges réfervés pour les plus
grandes Déeffes , ou pour les beautés les
plus exquifes , ce qui eft tout un.
Mais Belliffant demeure inébranlable , en
quoi lui aide beaucoup la fouvenance des
plaifirs fi- tôt paffés & fi tôt perdus ; & quand
un choix fi fage eft une fois bien avere fans
nul mélange d'hypocrifie , le Bail entre Raifon
& la Belle Dame fe renouvelle pour la
vie , avec plus de ftabilité qu'auparavant .
Honneur un peu défiguré , mal en point ,'
&
MAY.. 1742. 1083
& l'oreille baffe, reparoît; on lui propofe de
revenir prendre poffeffion de quelques- uns
des Domaines de la Belle Dame , mais telle
eft fa complexion délicate , qu'il n'a ni vouloir
ni pouvoir de jamais revenir en un lieu
dont il s'eft defemparé une fois , n'eût - ce été
que pour un inftarit.
Honneur offre de faire remplir ce pofte
par fage Remords , fon allié , & l'un de fes
fubftituts , lequel eft agréé à la requête de
Raifon , mais il faut que celui- ci fe contente
d exercer fes fonctions à la fourdine , fans
pouvoir jamais prendre le ton auffi affûré que
faifoit Honneur.
la
Raifon lui a figne pour fa réfidence ,
Place d'armes du Coeur , efpérant bien que
de- là il pourroit pourvoir à tout le refte .
Lelliffant accepte avec foumiffion toutes
les conditions qu'on lui impofe ; elle s'en
impofe elle - même de plus rigoureufes enmais
fans aucune affectation , de
forte que tous les amoureux qui la tourmentoient
, & qui comptoient avoir quelques
droits fur elle , s'évanoüiffent ou fe difperfent
, & la laiffent enfin joüir de fa premiere
tranquillité.
Biij META:
1084 MERCURE DE FRANCE
METAMORPHOSIS Flagrionis & Ferula
in Arbores.
T U quoque Carminibus , celebrabere , Flagrio ,
noftris :
Te quoque noftra canet , Ferula ô blandiſſima ,
Mufa.
Ambo felices ! ( par Fratrum nobile ) digni
Ambo fortunâ meliori & pluribus annis ;
Nec vos in medio fuccifos Aore Juventæ
Defpiciens , alto fruftrà fol evit Olympo .
Tollit ubi ad nubes nifu Parnaffus ovanti
Cervicem geminam , rura inter florea ,
Flagrio cum Nymphis facrifque Sororibus , olim
Ducebat placidos tranquilla per otia foles :
Flagrio quem Cemno natum genitore , profundis
Ediderat Pindi mater Dycæa fub antris
caftis
Nafcentem , Charites , puerum excoepiftis : amicus
Aftitit & cunis amor , & puer ipfe puello
In tenero amplexu Veneres tantumque decorem
Addidit , ut geminum Venus ipfa ftuperet amorem.
Aftitit ipfa etenim Venus , aftitit almaque Pallas ,
Ipfe , ferunt etiam , Phoebus , Phoebique Sorores
Nafcentem lætis oculis videre puel um .
Colludunt temerè per lactea colla capilli
Penden
4
MAY.
1742. 1085
Pendentes : it circum ora rubor ; defluxit ad imos
Aurea palla pedes : mens ilicer ardua , Phabi
Ingenuas ultro puerum impellebat ad artes .
Dilectus Phobo facrifque Sororibus , altas
Parnaffi fedes & fummi culmina Pindi
Ardua fcandebat , penetraliaque abdita Vatum
Lucufque Aonios , & Apollinis antra fubibat.
At pueros puer ingenio fuperabat & arte.
Dux aderat pueris : at enim non ille tumentes
Geftabat fenfus : animum extimulabat inertem .
Nec fua quin etiam virtuti præmia deerant.
Lauris ipfe puer capita infignibat ovantum ,
Lauris ingentes animos addentibus : ipfe
Victori fua dona dabat , laudifque potentes
Subdebat ftimulos , puerili in corde volutans
Jam tum maturos fenfus , animumque virilem.
Arfere invidiâ focii , dotefque malignis
Adfpexere oculis : cæcas hinc fpargere voces :
Crimina moliri , puerum fi perdere poffint.
Opportuna truces occafio promover aufus.
Caftalios dum forte petit de more liquores
Securus Juvenis , focios furor intrat , & imis
Erupere omnes thalamis , fimul agmine facto
Præcipitant ictus : Pars geftat grandia faxa :
Pars torres , ( dedit arma furor) Pars ferrea quaſſat
Tela amens . At tu , clamant , dabis , improbe
poenas ;
Et multa orantem necquicquam ac multa ge-
Bij Dila- mentem
1086 MERCURE DE FRANCE
Dilacerant ; cadit infelix , vultufque decoros
Suffufus lacrymis , Phoebum , Phoebique Sorores
Invocat, Audivit Phoebus , lamentaque fummo
Culmine Parnaffi facræ audivere forores .
At tu , Phoebus ait , puer , haud morieris inultus.
Nunc meritas pueri tanto pro crimine poenas
Vindice te , folvent , & quos hæc edidit ætas
Et quos deinde ferent venientia fæcula , folum
Te pueri metuent , folum ferique nepotes.
Dixit & ad puerum acceffit , flatuque potenti .
Crefce , ait , exitium pueris , & crefcere membra
Imperat in ramos. Virides dant brachia virgas
Pendula crura fuis aliè radicibus hærent :
Vertitur in truncum corpus : virgæque decoris
Emicuere comis . Stupet in nova munera
Et natura novos mirata eft infcia partus.
Cum Nymphis , caftafque inter tum forte Sorores
tellus :
Interea notas Ferula incumbebat ad artes ,
Fratris amans Soror & tanti fecura pericli ;
Germanæ cùm fama necis vulgata per altos
Parnaffi montes , heu ! tandem allabitur au res
Nymphæ infelicis : calor offa repente reliquit :
Lana fluit manibus revoluta , excuffaque veftis
Quam Fratri Soror alma dies noctefque , fuperbum
Perficiebat opus . Ploratibus æthera complet :
Emicat è thalamo morens , & perdita luctu ,
Qua
MAY. 1742. 1087
↓
Quæ Fratri ferat auxilium , cædifque cruenta
Ut figna adfpexit , tandem has dedit ore querelas.
Cui de te tantum licuit , Germane ? Sorori
Que Fratrem fors eripuit defcendis adumbras
Me fine , fed me terra finu prius hauriat imo
Quam poffim fine te invifos producere foles.
Tu vitæ comes , ipfa necis comes ibo , lacufque,
Defcendam ad Stygios : fato me confice eodem
Quifquis es innocuo refperfus fanguine , noftrum
Fratris carnifices , noftrum exhaurite cruorem .
Audiit & gemuit , terrafque allapfus Apollo,
O Nympha , exclamat , Stygias defcendit ad undas
Jam non , diva , tuus , data Flagrio præda nefandæ
Invidiæ fociorum , & triftibus occubat umbris ;
At Fratris te perdit amor , miferanda puella.
Germanum i fequere infelix , pro talibus aufis
A pueris Ferulâ tu vindice fumite poenas ,
Vindice tu virgâ , dixit , tetigitque puellam .
Vertit in arbuftum corpus : jam pulchra rigere
Et variis videas obduci membra figuris.
In frondes coma luxuriat , Ferulamque puellæ
Nomine dixerunt : hinc inftrumenta dolorum ;
Exitium hinc manibus cladesque miferrima tergis ;
Hinc vobis , pueri , feries æterna malorum.
M. de Lugny Duquesne.
B v LET1088
MERCURE DE FRANCE
忠岳
LETTRE de M. L ** . à M. de la R.
V
Ous fçavez qu'il paroît , Monfieur ;
une Brochure intitulée Confeils à M.
Racine fur fon Poème de la Religion , par
un Amateur des Belles Lettre ; ce n'eft pas,
M. pour en porter un jugement géneral
que j'ai l'honneur de vous écrire ,
ni pour préter des armes à M. Racine ; il
eft bon pour ſe défendre , s'il croir de voir
repouffer les coups qu'on effaye de lui porter.
Mais on implique dans la Centure deux
hommes qui ne me pas paroiffent pas avoir le
tort qu'on leur impute , & par équité , ou ,
fi l'on veut , par charité , je me fens porté
à faire leur apologie . Il ne faut pas toûjours
, M. arborer le Bonnet & la Fourure
pour fair des réflexions folides en faveur de
la Religion . Pafcal, la Bruyere & bien d'autres
, que je pourrois nommer , en font un
exemple. Nous vivons dans un fiécle affés
éclairé , pour qu'un homme d'efprit & de
lettres qui aimera la vérité puiffe
par occafion , recueillir quelques raiſonnemens
pour la foûtenir. Sans être Théologien
, on peut connoître une partie des
Preuves de la Religion , & fe mettre ,
›
,
comme
MAY. 1742. 1089
comme dit S. Paul , en état de rendre compte
de fa Foi La Religion eft le bien commun
de tous les hommes , & chacun a droit de
la défendre. C'eft ce qu'ont crû pouvoir
faire M. D. & M. T. car c'est d'eux , fans
doute , qu'on veut parler dans la Brochure
en queſtion. Le dernier a pris un effor modefte
& s'eft renfermé dans quelques réflexions
génerales . M. D. eft entré dans un
plus grand détail , excité par fon ami à fervir
la vérité dans la route qu'il avoit commencé
à s'ouvrir pour cela : il a allégué plufieurs
Prophéties qui annonçoient la Million
de Jefus Chrift . L'Auteur des Confeils dit
>
qu'il a voulu expliquer des Prophéties que
Grotius * Huet Calmet Hardouin
n'ont pû entendre . Je ne fçais pas fi elles
n'ont été que ténebres pour ces Sçavans ;
mais je fcais bien qu'elles ont été lumineufes
pour l'Antiquité Chrétienne ; que S.
Julien Martyr, S.Cyprien , Origene ; S. Chryfoftôme
, S. Jerôme , S. Auguftin , tous les
Peres , & pour dire encore plus , les Apô-
* A s'en tenir à la ponctuation de ces noms dans
la critique , il fembleroit que l'Auteur ne les connoît
pas . Une feule virgule les partage deux à deux
& ne forme que deux perfonnes de quatre ; comme
fi l'une s'apelloit Grotius Huet , & l'autre Calmet
Hardouin . Mais loin de vous tout foupçon d'ignorance
contre l'Auteur.
B vj
tres
1090 MERCURE DE FRANCE.
tres les ont apliquées à Notre Seigneur ,
ce que M. D. a fait d'après eux , * & ce
qu'on fera toujours quand on ne voudra point
chicaner . Grotius lui- même les avoit entendues
comme toute l'Eglife , dans fon excellent
traité de la Vérité de la Religion : ayant
depuis panché du côté des Sociniens , il a
cherché à donner à ces Prophéties d'autres
fens , mais il a été, ainfi que fes nouveaux Maîtres
, fçavamment réfuté , & en dernier lieu
par le Pere Baltus dans fon Livre de la Défenfe
des Prophéties. Il feroit bien fâcheux
pour M. Huet , Dom Calmet & le Pere Hardouin
, de ne s'être pas éclairés fur cela de
da Tradition & des lumieres primitives
mais ne craignons point pour eux , le vrai fens
des Prophéties ne leur a pas plus échapé
qu'aux autres. C'eſt donc bien à tort que
l'Auteur des Confeils conjure M. Racine
après avoir fait le Procès à ces hommes un
peu incompetens , comme il les apelle , d'employer
de meilleures preuves : ce Poëte Chrérien
a pris les fiennes , pour ce qui regarde
les Prophéties , dans l'Hiftoire univerfelle
de M. de Meaux , & c'étoit puifer dans la
fource même de l'Eglife ; on voit qu'il n'a
fait que mettre en vers ce que ce fçavant
* Dans une de fes Lettres imprimées dans le
Mercures.
· Prélat
>
M. A Y. 1742% 1091
Prélat a extrait des Prophétes ; & M. D.
s'y eft entierement conformé . D'où vient
donc cette extrême douleur dont on a été faifi
dit-on , en voyant les chofes facrées , ainfi
prophanées , livrées à l'injufte dérifion des efprits
forts? Quon nous montre que M. D. a
parlé un autre langage que celui des grands
hommes que je viens de citer , & nous
ferons les premiers à partager l'extrême douleur
du Critique. N'y auroit- il point , Monfieur
, ( je parle ici en géneral , & fans aucune
aplication ) n'y auroit il point , disje
, un peu d'affectation dans les plaintes
qu'un certain nombre de gens font , de ce
que la Religion eft fi mal défenduë par
fes apologiftes ? On ofe dire qu'il n'y a pas
un bon Livre dans ce genre. Du Pleffis Mornay
, Grotius , dont le Livre a été traduit en
prefque toutes les Langues , Abadie , dont
l'Ouvrage a fait tant de converfions , Paſcal ,
M. de Meaux & tant d'autres Auteurs qui
ont écrit fur cette matiere , font pitié à ces
Meffieurs. C'eft prendre un étrange intérêt à
la Religion que d'en écarter ce qu'ont fait
pour elle des hommes d'un mérite fi fupérieur
, & qui la plûpart , l'ont aimée & pratiquée
fi fidelement. Je fuis avec toute la confidération
poffible , M. votre très humble ,
& c. L. **
APO1092
MERCURE DE FRANCE
APOPHTEGMES ou Bons - Mots ;
traduits & paraphrafés en Vers
par M. CoCQUARD .
Secret pour vivre heureux.
I.
A Pliquez - vous à vous connoître ;
Dans vos défirs fuyez l'excès ,
Ne vous expofez point aux malheurs que font naître
Et les dettes & les procès.
Nofce te ipfum : ne nimiùm cupias : aris alieni ¿
litis miferiam fac effugias . Brufonius.
I I.
Paroles de Cefar, fur fa tranquillité, dans le
tems que l'on confpiroit contre iui.
Le bruit qui fe répand qu'on a juié ma mort
A ma tranquillité ne porte aucune atteinte :
Il vaut mieux une fois fubir un trifte fort ,
Que de vivre toujours en crainte .
Praftatfubire femel quàm femper timere . Tuningius
III.
Patience ftoique d'Isabelle , femme de Ferdinand
, Ayeule de Charles -Quint.
Ifabelle enduroit une douleur mortelle .
Le
MAY. 1742. 1093
Le remede pour moins fouffrir ,
Etoit de bien crier : qui , moi , crier, dit - elle ?
Non , non , j'aime encor mieux mourir.
V. l'Homme de Cour de Gracian, Max. XCVIII.
IV.
Ne point parler de foi.
On méprife Alcidas , qui , fuivant fes caprices,
Se blâme quelquefois , & fe loue encor plus :
C'eft être fat d'étaler fes vertus ,
C'est être fot de réveler fes vices.
Laudare fe vani , vi: uperare ftulti eft . Ariftote
dans Valere- Max .
V.
Maniere de fe venger des Médifans!
Hélas ! difoit Platon , qu'importe
Si de moi Therfite médit ?
Je veux vivre de telle forte ,
Qu'on ne croira pas ce qu'il dit.
At ego fic vivam , ut maledico fides non habeatur.
Antonius in Meliffa.
V I.
Réponse de Pyrrhus à ceux qui le félicitoient
fur la fanglante Bataille qu'il venoit de gagner,
contre les Romains près d'Afculum .
Votre zé à mes yeux exprime trop de joye .
Il est vrai , du combat je fors ceint de Lauriers ;
Mais
1094 MERCURE DE FRANCE
Mais la plupart de mes Guerriers
Du trépas ont été la proye.
Ah ! G fur les Romains , jaloux
De vos Exploits & de ma gloire ,
On nous voit remporter encore une victoire ;
Mes chers amis , c'eft fait de nous.
Si adhuc femel Romanos vincemus , actum eft de
nobis. Plutarque en la Vie de Pyrrhus .
VII.
Paroles de Périclés mourant , aux principaux
Citoyens d'Athènes , qui comptoient le
nombre de fes Victoires.
>
Mon bras s'eft fignalé par plus d'une victoire ,
Mais la fortune eut part à mes Exploits guerriers
Et d'autres, en courant dans les mêmes fentiers ,
Des traits de leur valeur ont enrichi l'Hiftoire.
Ceffez donc , chers Amis, de compter mes Lauriers;
Confervez plûtôt la mémoire
De ce qui fait ma propre & véritable gloire.
Dites ( & fatisfait je defcends au cercueil )
Tandis que de l'Etat il gouverna les rênes ,
A nul Citoyen d'Athenes
Il n'a fait prendre le deuil .
Plutarque , en la Vie de Periclés .
VIII.
Sur la Liberté.
Brutus , des Cinanois exigeant une fomme ;
Pour
MA Y. 1742 109
Pour ne les pas foûmettre à l'Empire de Rome ,
Tous refuferent de traiter .
La Liberté, Brutus , quand on veut nous la vendre,
N'a plus rien , dirent- ils , qui puiffe nous flater.
Nos Peres ,qui d'eux feuls ont toûjours fçû dépendre,
Ne nous ont pas laiffé de l'or pour l'acheter ,
Mais ils nous ont laiffé du fer pour la défendre.
Ferrum nobis à majoribus quo Urbem tueamur, non
aurum que Libertatem ab Imperatore avaro emamus,
reli&um eft . Valer. Max.
IX.
Secret pour acquérir de la Science.
Comment peut s'acquérir votre talent divin ,
Demandoit on un jour à l'Orateur d'Athenes ?
En confumant , dit Démofthenes ,
Encor plus d'huile que de vin .
Plus olei confumendo quàm vini . Stobée ,
X.
Sotte excufe.
A fon Maître un Efclave ayant manqué de foi ,
Comme on levoit le bras pour châtier ce traître :
Pardon , dit- il , pardon , j'ai failli malgré moi.
Eh bien lui répondit fon Maître ,
Tu feras puni malgré toi .
Servus , non volens erravi . Herus , non volens igitur
ponas dato: Plutarq.
XL
1096 MERCURE DE FRANCE
X I.
Sur le Silence,
Un Petit - Maître eut l'impudence
D'avancer que Solon qui gardoit le silence ;
N'étoit aparemment qu'un fot .
Mais Solon , pour punir ce foupçon témeraire ,
Lui dit : Railleur , fouvent un Sage ne dit mot,
Au lieu qu'un fot ne peut le taire.
Solon cuidam dicenti illum ideo non loqui , quia
infanus effet , nullus , inquit , ftalius tacere poteft .
Brufonius , L. 3. C. 29.
XII
Mépris des affronts d'un Brutal.
Socrate , pour prix d'un bon mot
Reçut des coups d'un maître fot.
Un zelé Difciple du Sage
Lui confeilla d'abord d'intenter un procès
En réparation d'outrage ,
Mais quoique fûr d'un plein fuccès ,
Socrate méprifant l'offenfeur & l'offenſe :
Mon ami , dit-il , un cheval
Qui ruant contre moi m'auroit fait quelque mal ;
Le traînerois - je à l'Audience ?
Si me Afinus calce impetiffet , num diem illi dicevem?
Tuningius .
XIIL
MA Y. 1742. 1097
XIII.
Age propre an Mariage.
A quel âge doit on à l'Hymen s'engager ?
Sur ce point c'eſt Talès qui va vous diriger.
Eres-vous jeune è il faut , dit - il attendre .
Etes vous vieux ? il n'y faut plus prétendre.
Quo tempore ducenda uxor ? Juveni nondum ; ſenš
numquam . Stobæus .
XIV.
L'Arbre qui produit de bon fruit.
Aux branches d'un Figuier , je ne fçais pas pourquoi,
Une femme s'étoit penduë.
Quel Spectacle s'offre à ma vûë ,
S'écria fon Mari , le coeur faifi d'effroi ?
C'eſt ma femme ! & fon corps eft plus froid
marbre .
que la
Un Railleur qui paffoit, lui dit : Eh ! donne - moi
De la greffe d'un fi bon Arbre.
Cuidam deploranti quod uxor fua fe de ficu fufpen
diffet , rogo , inquit , da mihi furculum ex illa arbore,
ut inferam . Tuningius.
XV.
Coûtume finguliere.
Autrefois en Bourgogne , où Chaffeneuz cft né ,
Il s'étoit introduit un fingulier ufage ,
Dont
1098 MERCURE DE FRANCE
Dont cet Auteur rend témoignage.
Un Garçon par Thémis à la mort condamné ,
Et déja conduit fur la place ,
Où l'on devoit punir fon crime capital ,
Echapoit au cordeau fatal ,
Dès qu'une fille offroit , en demandant fa grace ,
De s'unir avec lui par le noeud conjugal.
Que l'ufage au Garçon n'étoit guere propice !
Dit l'Auteur allegué . L'expérience aprend
Qu'on changeoit un moindre fuplice
En un fuplice bien plus grand.
...
Duodecimus cafus ubi quis evitat mortem & confe
quitur gratiam .. Si mulier caminojum qui ad
mortem ducitur , petat fibi in matrimonium dari . &
bac liberatio non eft generalis , quia no procederet in
conjugato , fed tantùm in joluto ... . Videtur ‹i magis
imponi poena .... malam uxorem habebit , &fic
majorem poenam patietur .... Et pro certo , non fine
causa huic condemnato ad mortem parcitur,fi à muliere
petatur , cum incidat in tormentum perpetuum quod
vix narrari aut exprimi poflet , ut fciunt multi quos
docuit experientia ,qui de pradictis atteft ari fciant.Chaf
feneuz , fur la Coûtume de Bourgogne, de Juftitiis,
Rubr. 1. § . v . n . 96. & 99 , pag. 239. & 240. Colon.
Allob. 1616. M. de la Monnoye dans fon Gloffaire
fur fes Noëls Bourguignons , obferve fur le
mot MAIRIAIGE , que Chaffeneux étoit lui - même
un des Multi dont il parle.
RE
MAY 1742: 1097
*******************
REPONSE à une premiere Lettre
adreffée à un Maître de Penfion , fur
L'Effai d'un Bureau Mufical , inferée dans
Le Mercure de France ,
Février 1742.
L ,
'Auteur de cette Lettre anonyme eft
toujours loüable d'avoir donné au
Public , l'idée qu'il s'eft formée de l'Etabliffement
d'un Bureau Muſical , à l'inſtar
du Bureau Typographique . Il a même tâché
d'en définir la figure , l'ordre , & les avantages
que les enfans en pourroient tirer , en
ne leur en faifant pratiquer d'abord , qu'un
de trois ou de fix rangs , qui contiendroit une
partie des difficultés de la Mufique , & qu'il
leur mettroit entre les mains dès leur plus tendre
enfance ,comme une espece d'amufement,
pour leur donner quelques notions des principes
de cette Science .
Mais il n'eft pas mal aifé de reconnoître
par le détail qu'il effaye d'en faire , qu'il n'a
pas faifi le moyen de rendre fufceptibles les
principes effentiels & fondamentaux de cette
Science , à la connoiffance des enfans ou
des jeunes gens qui poffedent déja en tout
ou en partie la pratique du Bureau Typographique
de M. Dumas , d'une maniere à les
conduire par des progreffions fimples & des
regles
300 SCORES
1100 MERCURE DE FRANCE
regles invariables à la parfaite connoiffance
de cet Art , & l'Auteur ne paroît pas affés
foncé dans la pratique , pour en détailler
les difficultés & mettre dans leur véritable
ordre , les differentes progreffions par où
doivent paffer les Eleves, à qui l'on veut enfeigner
la Mufique par ce nouveau Systême.
Une des principales caufes qui peuvent
empêcher cet Auteur de réüffir dans fon
Projet , eft la dénomination qu'il donne à
chaque Notte & à chaque Logette de fon
prétendu Bureau , fous les fyllabes ut ,
mi , fa , fol , la , fi , &c. y ajoûtant même
les femitons , c'est- à - dire , les mols ou
ré
diéfis en fuivant l'ordre du Clavier ; ce
qui eft une erreur pour ce Systême , & l'oblige
à porter fan Bureau à une grande
étendue , & ne lui donne malgré cela que
deux ou trois octaves , avec l'ufage d'une
ou deux clefs feulement dans leur premiere
pofition ; il veut auffi qu'on préfere l'ufage
des noires aux blanches ou rondes , pour
commencer à faire battre la meſure , cette
raifon n'eft apuyée fur aucun bon fondement
, étant plus à propos de commencer
par des Nottes d'une plus grande durée
pour en aprendre la divifion , que par celles
qui en ont été divifées.
La Mufique Pratique eft un Art auffi condéfini
& expliqué qu'aucun autre ; il a
au ,
des
MAY. 1742. I1Or
des regles certaines & évidentes , & par
conféquent peut être rendu , fans en rien.
féparer , dans la fimplicité d'un Bureau Typographique.
Il n'y a pour y réüffir , puiſque
la Mufique peut être regardée comme une La
gue morte ou vivante , qu'à la bien entendre
, la fçavoir & la parler foi - même , pour
l'enſeigner aux autres.
Ne feroit- ce pas induire en erreur un écolier
, que de prétendre lui donner les principes
de la Mufique , par un Bureau Muſical
qui ne donneroit qu'une clef & une espece
de Notte , dont le nom feroit déterminé dans
les differentes logettes du caffeau ? Il faudroit
lui donner autant de Bureaux qu'il y a de
differentes pofitions de clefs , & que chaque
Bureau eût plus de foixante logettes de longueur
, pour donner l'étendue du Clavier
ou du moins vingt trois, fi l'on entend la façon
de les réduire, & encore ignoreroit - il les
tranfpofitions. Cela foit dit en paffant , pour
la Mufique vocale , parce que l'inftrumentale
n'eft point abfolument obligée de connoître
ni d'ufer des regles de la tranfpofition,
attendu que les Symphoniſtes touchent fur
leurs Inftrumens , la Notte que les clefs de
fol , d'ut , ou de fa , leur indiquent , & pratiquent
même tous les mols & diéfis
dont elles font fouvent accompagnées . Tous
ceux qui fçavent la Mufique entendent fort
bien
1102 MERCURE DE FRANCE
celui bien cette difference : il faut donc que
qui veut l'enſeigner par un fyftême nouveau ,
en fçache bien faire le dévelopement.
mi
Les Nottes font des caractéres qui défi
gnent les fons que chaque voix ou Inftrument
peut former. Leurs differentes figures
en indiquent la durée , & les fignes dont
elles peuvent être accompagnées , en marquent
l'élévation ou l'abaiffement , tels que
font les mols , carres & diéfis . Peuton
penfer autrement , qu'une ou plufieurs
Nottes placées au hazard , fur les cinq lignes
ou efpaces de la portée , ne doivent recevoir
aucun nom des fyllables ut , re ,
fa , &c. qu'en conféquence de la clef qui les
précede ? C'est donc à la connoiffance des
trois clefs dont on fe fert en Mufique , à
leurs differentes pofitions & tranfpofitions
que l'on doit apliquer ceux à qui l'on veut
enfeigner cette ſcience . Tous les tons & f
mitons d'un Clavier pouvant être des tons
fondamentaux des differentes piéces de Mufique
ou airs , par raport aux Inftrumens ,
peuvent fe nommer , par raport à la voix ut
ou ré , &c. fuivant la clef naturelle ou chargée
de mols ou diéfis dont on fe fert pour les
faire executer. La Science de connoître fur
quel ton ou femiton eft affis un air apartient
proprement à la Théorie de la Mufique.
L'Auteur de la Lettre a raifon de dire , que
la
MA Y.
1103
1742.
la méthode qui va du fimple au compofe , du
slair à l'obfeur , & du facile au difficile , eft
préférable à celle qui procéde d'une autre maniere
; il faut donc pour donner à des commençans
l'intelligence d'une fcience qui a
été portée à la perfection , aux principes &
régles de laquelle il feroit même dangereux
de toucher , fans s'expofer au trifte fort de
ceux qui fe font avifés de vouloir donner de
nouveaux caractéres & de nouvelles régles
pour la pratiquer , qui n'ont jamais eté allés
tôt dans l'oubli des connoilleurs ; il faut
donc , fans rien déranger de l'ordre & de la
perfection où tant d'habiles Maîtres l'ont
portée , la réduire dans la fimplicité élémentaire
radicale qu'on doit employer avec les enfans
, & proportionner les progreffions de
fes difficultés à la foibleffe de leur âge , de
leur voix & de leur jugement ; c'est ce qui
ne paroît pas pouvoir fe faire par la pratique
d'un Bureau , tel que l'Auteur de la Lettre
l'indique , par une feule clef & une feule efpece
de Nottes déterminées par leurs noms ,
& b rnées par une étendue d'une ou deux
octaves , mêlées de leurs feintes ou femitons
, ce qui feroit plutôt un cahos & un
épouvantail à des en ans ou à des commencans
; qu'un moyen fimple , clair , & facile,
pour les conduire à la poffeffion de cette
Icience qui ne préfente qu'obfcurités & dif-
C ficultés
1104 MERCURE DE FRANCE
ficultés prefque infusmontables à ceux qu'
ignorent les routes fimples & aifées pour y
parvenir.
i
Le Typographaire Mufical d'un tel Bureau
ne fçauroit donner qu'avec la même confufion
, le placement de differentes efpeces de
Nottes , avec diftinction de leur élévation
& de leur valeur , les paufes & filences qui
leur font équivalans , les differens fignes
des mefures , pour indiquer les mouvemens
de viteffe ou de lenteur , l'ufage des mols
carres & diéfis , les points , tremblemens
, cadences , pincés , coulés , ports de
voix & autres agrémens .
›
Mais fans attendre une plus grande explication
fur toutes ces difficultés de la part de
l'Auteur anonyme de la Lettre , l'Auteur de
cette réponſe donnera bientôt le plan géomêtral
du Bureau Typographique Musical
auquel il travaille depuis plus de trois ans
qu'il n'a mis dans l'état où il eft que depuis
environ un an , & qui a été vû par quelquesuns
des Meffieurs de l'Académie des Beau
Arts de Lyon , il y a près de fix mois , depuis
lequel tems il l'a enfeigné. Il fera graver
les planches & mettra bientôt fous
preffe le Traité de fon Bureau Typographique
Mufical , contenant 1 ° . Le Difcours
préliminaire fur l'invention , la commodire
& les avantages de ce Bureau. 2 ° . L'Analyſ
de
MAY. 1742.
1105
de la figure , de fa forme & du placement
ou diftribution des Logettes . 3 ° . Le Typographaire,
pour la maniere de l'étiquetter &
de le garnir. 4° . La pratique du Bureau ou
fa manipulation. Le Projet de ce Traité a
été remis depuis peu de tems à Meffieurs de
l'Académie des Beaux Arts , qui ont nommé
des Commiffaires pour l'examiner. L'Auteur
attend inceffamment leur Certificat & leur
Aprobation, avec d'autant plus de confiance,
qu'il croit l'avoir dirigé d'une façon à contenir
fans confufion , mais avec l'ordre convenable
à l'idée que l'on doit avoir de la
Mufique , toutes les Nottes , fignes , carac
téres & difficultés dont cette fcience eft
remplie , & d'en avoir fait le dévelopement
d'une maniere à ne rien laiffer à douter à celui
qui en fçaura la pratique , tant pour la
Mufique vocale que pour l'inftrumentale .
Dans un petit nombre de Logettes , il
donne cinq octaves & plus d'étendue , c'eſtà
-dire , depuis le ton le plus grave d'une
Baffe , jufques au ton le plus aigu du Violon
démanché , avec l'ufage de toutes les clefs
toutes leurs tranfpofitions , la pratique de
toutes fortes de mefures ufitées dans les
Concerts , la connoiffance de toutes les valeurs
, & l'emploi des fignes des mols ,
carres & diéfis accidentels & autres
agrémens & difficultés.
C ij L2
1106 MERCURE DE FRANCE
La pratique des huit claffes ,fuivant l'ordre
de ce Bureau, conduit l'Eleve non -feulement
à la parfaite connoiffance de la Théorie &
de la Pratique de la Mufique , mais encore à
l'art de compofer à I1.. 2. 3. & 4. parties ,
pour la voix ou pour les Inftrumens , s'il fe
trouve du goût & de l'invention pour arriver
à ce degré de perfection.
Le même Auteur donnera enfuite le Bureau
Typographique pour le plein chant à
l'ufage des Chapitres , Communautés de
Réligieux , Réligieufes & autres.
En voilà affés pour répondre à cette premiere
Lettre ; il attend avec plaifir que fon
ouvrage foit critiqué ; fon émulation ne s'en
rallentira pas , au contraire , il efpere que par
les lumieres qu'il recevra de ceux qui voudront
bien faire connoître leurs fentimens fur
ce fujet,il portera fon Bureau Typographique
Mufical à la perfection. Il aura d'ailleurs à
offrir à ceux qui s'y opoferont formellement
, des Eleves en cette fcience par cette
feule méthode , qui les convaincroit de la
bonté de ce Syſtême & de la beauté de fon
Invention.
A Lyon , ce 12. Avril 1742.
M A Y. 1742 1107
****************
.
A M. J. Pour le jour de fa Fête .
Toi , qui charmes par la douceur
Du plus aimable caractére ,
Toi , dont le coeur droit & fincere ,
Les Sentimens & la Candeur ,
Te font chérir de tous , aimer avec ardeur ;
Toi , qu'à jufte titre j'apelle
Le meilleur de tous les amis ,
Le Heros de Minerve & celui de Themis ,
De la Probité le modelle ,
Au Parnaffe Apollon , Ciceron au Barreau ,
Daigne accepter ces fleurs ; mon amitié fidelle
Qui ne s'éteindra qu'au tombeau ,
Veur , en te les offrant , te témoigner . fon zèle ,
Et te rendre toujours quelqu'hommage nouveau :
Mais de cette amitié fi tendre ,
Mon cher Damis , c'eft vainement
Que ma Mufe veut entreprendre
De te tracer le fentiment .
Le Dieu du Pinde fur ſa Lyre ,
Lui- même ne peut en redire
La douceur & l'enchantement ,
Et l'efprit ne fçauroit fuffire
Pour exprimer du coeur le doux contentemcpt.
L'Amitié nous unit . Sous fon aimable Empire
C iij
Goûtons
1108 MERCURE DE FRANCE
Goûtons le fort le plus charmant.
Au Temple de cette Déeffe
Ami , je vais porter mes voeux & mon encens,
Et dans les tranfports raviffans
D'une vive & charmante yvreſſe ,
Loin des tumultueux defirs ,
Que fait naître aux Mortels P'ambition frivole ,
Je goûterai de vrais plaifirs ,
Et dans ce Temple enfin tu feras mon Idole..
Du 19. Mars 1742.
Par M. B✶✶ d'Aix.
LA VIE d'un Philofophe aimable à M.
de M.
***
, Ue je trouve heureux , Monfieur , celui
qui pailible Spectateur des Révolutions
du monde , n'eft intéreffé que dans celles
des Saifons ! Il voit les Zéphirs fuccéder aux
frimats , & les fruits de l'Automne remplir
l'espérance du Printemps ; il voit éclore la
Rofe dans fes Jardins & jaunir les Epics
dans fes champs . Il voit meurir le Raifin qui
doit enrichir fon Cellier , & répandre à fa
Table la joie toûjours pure & l'aimable faillie
. Une Epoufe complaifante & fidelle , partage
fes plaifirs , prête à partager fes peines,
mais
MAY. 1109
1742.
mais il eft auffi induftrieux à changer en
plaifirs tout ce qui l'environne , que les autres
hommes le font à fe faire des peines toujours
nouvelles . Il n'a pas pris cette Epouſe
dans une Famille avare ou défunie ; il n'a pas
cherché de vains & faftueux Titres , mais
une ancienne probité . Il n'a pas été féduc
par de frivoles attraits , mais les charmes plus
touchans de la modeftie , de la douceur , &
d'une jeuneffe aimable & docile , ont trouvé
fon coeur fenfible . Il fe leve avec l'Aurore
& parcourt fon petit Domaine. Tantôt il
élague lui - même un Arbre , chargé de branches
inutiles , ou bien il va mettre par fa
préfence l'émulation & l'activité parmi des
ouvriers ; tantôt il trouve dans des filets
tendus de la veille , des oyfeaux trop avides.
ou fes chiens prennent devant lui un Liévre
qui l'amufe long- tems par fes défaites ;
il revient , & d'un air fatisfait , il montre fa
proie à fa chere Epoufe. Elle lui a fait préparer
un dîner frugal ; ce n'eft pas pour lui
qu'on cherche au fein des Mers la Sole &
le Turbot , ou qu'on pêche l'Huitre autour
des Rochers . Ce n'eft pas pour lui qu'un
Marchand téméraire tranfporte en Europe
par un long & périlleux trajet les Richeffes
des Canaries. Qu'un Vent brûlant ait dépouillé
les Côteaux de Nuis , de l'Hermitage
& d'Ay ; cette nouvelle confterne éga-
蝎
C iiij lement
1110 MERCURE DE FRANCE
:;
lement la Cour & la Ville , fans lui caufer
la moindre altération. Il trouve dans fon
ménage de quoi nourrir toujours un apétit
qui manque fi fouvent à la fenfualité ; l'exercice
& le repos entretiennent fa fanté ;
il fe promene , il chaffe , il aime le mouvement
& l'occupation . Mais fon efprit eft
tranquille ; il fuit les foins , & n'en a d'autres
, pour ainfi dire , que celui de les éviter
tous. Il jouit d'une précieufe liberté , de cette
premiere liberté , qui fut l'apanage de l'Homme
, & que les Paffions lui ont fait perdre.
Les plaifirs de la Vie font paffagers , mais
nos jours paffent comme eux ; il croit qu'il
eft poffible de faire durer autant les uns que
les autres ; fon ame toujours égale , n'eſt jamais
troublée par la crainte , ni trompée par
T'efpérance. Il faifit le préfent comme le feul
bien , que le deſtin nous ait donné : ce n'eft
rien pour ceux qui le laiffent échaper , mais
c'est tout à celui qui le fçait connoître. Un
Bouquet de Fleurs nouvelles , un ficge de
Gafon eft fouvent entre fon Epouſe & lui
l'occafion d'une tendre agacerie. Elle rougit
encore ; il eft encore plein de la même ardeur.
Pourquoi le droit de fe rendre heureux
ôteroit il quelque chofe à la douceur
de l'être ? Ses careffes femblent faire croître
fa nombreuſe famille , comme le Soleil fait
éclore les Fleurs. Tous fes Enfans portent
fur
MAY . 1742 . 1111
,
far leurs vifages des preuves touchantes d'union
& d'amour dans une vive reffemblance.
Les uns fuivent leur pere à la chaſſe , ou
vont lire auprès de lui , ou foulagent leur
mere dans les foins du ménage. D'autres
font dans l'ignorance & dans les jeux de
l'enfance. Tout ce qui nous ocupe , où nous
inquiette , ou nous afflige ne fait encore
que
les amufer. Un autre eft encore attaché
au fein de fa mere ; elle femble l'aimer davantage
, elle le baife fans ceffe , mais c'eft
plutôt une tendre compaffion de fa foibleffe
& de fon innocence , qu'une injufte préférence.
Le pere entre dans leurs jeux ; il folâtre
avec eux ; on voit fur fon vifage ce ris
naïf, que le coeur & l'efprit ne défavoüent
pas. Il eft quelquefois furpris de n'avoir été
toute la journée qu'un enfant , mais le lendemain
il s'oublie encore ; la Nature ſe jouë
de fa raifon ; heureux de n'en pas faire un
plus dangereux oubli , & de rentrer lorsqu'il
la quitte , dans l'innocente fimplicité de l'enfance
!
Quelles frayeurs , quelles allarmes , s'il
fent la plus legere indifpofition ! Une morne
trifteffe régne chés lui ; tout y prend une
couleur fombre , tout eft en mouvement ;
on fe rencontre à chaque inftant , fans pouvoir
fe parler. II fe rétablit ; les couleurs &
la fanté reparoiffent fur fon teint. Quelle
C v joye !
1112 MERCURE DE FRANCE
Joie ! quels tanfports ! on s'embraffe , on fe
félicite tout femble renaître dans fa maifon.
Tout fouffroit avec lui , & fa fanté devient
celle de tout le monde.
Quelques Amis viennent- ils chés lui , ref
pirer un air plus libre , & paffer quelques
beaux jours d'Eté ? Quel accueil naturel ! Il
leur montre fes Jardins , fes Bois & fes Livres
, & leur dit : Il n'y a plus d'autres maîtres
ici que vous , tout eft à vous ici ; ufezen
comme moi -même . Ils fe partagent alors,
les uns à la Chaffe , les autres à la Promenade
, ou dans le Cabinet. Cependant on leur
aprête un repas p us délicar que fomptueux.
La Maîtreffe elle - même , d'une main adroite
prépare en plufieurs façons le lait de fes Brebis
, & les fruits de fes Vergers. Elle en or
donne la fimétrie. Des Flacons remplis d'un
Vin de plufieurs feuilles décorent le Buffet.
C'est pour fes Amis qu'il étoit réfervé : Que
des hommes qui fe font dérobés au bruit &
aux affa res , trouvent de charmes dans un
féjour au tranquile ! Ils en deviennent Citoyens
, ils ne peuvent fe réfoudre à le quitter.
Que ne fait- on pas pour le leur rendre
plus agréable ? Quelles inftances pour les retenir
? On joint à leur penchant les difficultés
les plus obligeartes , pour éluder leur
départ , mais il faut fe féparer ; on s'éloigne
en foûpirant de ce Lieu plein d'attraits , &
Ac
MAY. 17428
le coeur preffé d'une douleur fecrette , ils arrivent
à la Ville , fans qu'aucun d'entre eux
ait pû rompre le filence. Qu'il eft fâcheux
pour ceux qui fe font livrés au monde , de
rencontrer cette heureuſe médiocrité ! Elle
leur découvre tout d'un coup l'erreur funefte
de leurs fyftêmes , la perte irréparable du
tems , le vuide & la folie des grandeurs humaines
; elle leur raffemble les réfléxions les
plus humiliantes , & leur fait fentir l'amertume
des dégoûts , fans leur donner la force
de fe fouftraire à l'habitude .
*
Je reviens à mon Sage , & je le confidere
dans fon cabinet . C'est l'endroit chéri
d'une maifon agréable. On y voit dans
la varieté , le choix & la propreté , les
graces de l'Albane , & la fineffe du Correge
, la legereté de Ténieres , & le coloris
de Rubens , la précifion du Pouffin , &
les expreffions de le Brun ; enfin ces Talens
enchanteurs & feparés dans les differentes
Ecoles , étalent tour à tour leurs merveil
les à fes yeux. Il croit en les admirant que
les preftiges de l'Art embelliffent la Nature;
mais s'il jette fes regards fur la Campagne
& qu'un lointain gracieux fe préfente à fa
vuë , s'il faifit une Aurore naiffante ou les
beautés inimitables d'un Couchant ferein ,
il reconnoît bientôt que l'Art ne nous feduit
qu'en fuivant de près la Nature. On voit fur
C vj NDE
*
4114 С ГАЛ
;
une Table , dans un fçavant défordre , des
Sphères , des Compas , des Prifmes . Quelles
connoiffances peuvent échaper à celui qui
connoît le prix du Tems , & qui veut en
faire ufage Un autre coin de ce Cabinet
paroît confacré à la Mufique. La France &
I'Italie l'enrichiffent de leurs OEuvres les plus
célébres . On y voit plufieurs Inftrumens :
il les connoît tous, il paroît avoir pour tous le
même goût & la même habileté . S'il jouë de
la Viole, elle femble s'arimer fous fes doigts ;
tantôt elle exprime une heureuſe tendreſſe
fes accords font remplis d'amour & de legereté
; tantôt elle fe plaint des rigueurs d'une
Maî reffe ingrate , elle gémit , elle foûpire ,
& porte au coeur une émotion féduifante.
S'il prend une Flute , fon Epoufe vient mêler
fa voix aux fons flateurs qu'il en tire.
Leurs ames que n'ébranle jamais l'impétuofité
des paffions , en goutent alors les plus
doux mouvemens. L'Afile des Sciences &
des Arts eft fouvent celui des plaifirs . Les
Livres font rangés felon les matiéres qu'ils
contiennent. Ici, l'Hiftoire fournit aux hommes
la plus fûre connoiffance d'eux - mêmes ;
elle n'eft , pour ainfi dire , qu'un tiffu de
leurs égaremens. Là , le vain Philofophe déve-
Jope mieux nos foibleffes , qu'il ne fcait nous en
guérir. Le Stoïque, comme un Médecin, trop
perfuadé de la bonté de fon Art , néglige le
tempeMA
Y.
1742. II1S
temperament. Il aplique les plus âpres cauftiques
, il emploie , les breuvages les plus
amers , & ne méfure rien aux forces du ma
lade ; auffi ne parle- t'on gueres de fes cures.
L'Epicurien plus doux & moins impatient ,
s'efforce de gagner la confiance de ceux qu'il
traite ; il les étudie davantage , & les connoît
mieux ; fes remedes font agréables ; if
les déguife avec délicateffe , mais il attend
encore plus du tems & de la nature , que de
fon fçavoir. Il y a peu de Sages qui n'ayent
paſſé par fes mains , & qui ne lui doivent
leur repos & leur raifon. Mais voici les vrais
& les meilleurs Philofophes , fans fyftêmes
& fans fophifmes. Ils ont crû ne pouvoir
mieux nous corriger ,qu'en attachant notre attention
fur nos ridicules. Ils ont cru ne pouvoir
mieux fe faire entendre , qu'en empruntant
la voix des paffions . C'eft la Bruyere,c'eft
la Rochefoucault , ce font Montagne , Pafcal
& Moliere , Livres où le coeur a autant
de part que l'efprit . Fidéles témoins des fentimens
de leurs Auteurs , ils forment le caractére
, en le nouriffant d'une faine Morale
& d'une expérience judicieufe. D'un autre
côté,font les Livres agréables ; ceux que l'Amour
& les Graces ont produits au fein de
l'enjouëment ; heureux caprices de l'efprit ,
ils en font auffi les délices ! Horace , Def.
préaux , Corneille , qui nous laiffent cueillie
1116 MERCURE DE FRANCE
en même tems les fleurs & les fruits ; Quinaut
, La Fontaine , Rouffeau , La Farre
fi remplis de tendreffe & de facilité ; Voltaire
, ce Caméleon enchanteur , qui fçait
fi bien varier nos plaifirs , & flater l'inconftance
même de nos Goûts ; Hiftorien ,
Poëte , Philofophe , il tient par tout fa place
, & par tout il eſt au premier rang.
,
Vous oublirois-je , délicat Usbeck , vous
dont les peintures font fi vives & fi reffemblantes
: & vous , aimable Sévigné , vous qui
toujours égale & toujours nouvelle , nous
avez montré toutes les reffources du coeur &
toutes les nuances des fentimens, vous,fi j'ofe
le dire , dont le coeur a tant d'eſprit ? vous
oublirois je , doux & leger Greffet , vous
qu'une jeune Mufe infpire , & qui-touchez
fi mollement la Lyre qu'elle vous prête? vous
oublirois -je , Livres charmants, vous qui m'avez
fait fi fouvent paffer des heures fi cour-,
tes ? Il manqueroit felon moi quelque chofe
à la félicité de mon Sage , fi vous n'orniez
pas fon cabinet ? Mais vous en fortez fouvent
, vous êtes du nombre de fes Livres
chéris qu'il porte fur les bords de la Mofelle ;
elle coule au long d'une Prairie riante , qui
termine fes Jardins ; il y a fait planter une
allée de Tilleuls pour donner de l'ombrage
. C'eft là qu'il va refpirer la fraîcheur
d'un beau matin , c'eft là que fouvent le So-
ر
leil
MAY. 1742: III
teil le laiffe en finiffant fa courſe , c'eſt là
qu'il fçait accorder les anciens & les modernes.
L'âge d'un Livre ne captive ni fon refpect
, ni fon fuffrage : la nouveauté ne lui
tient pas auffi lieu de mérite ; il laiffe meurir
ces ouvrages imparfaits , foibles enfans
d'un goût naiffant & de l'avidité d'écrire ;
mais il ne les juge que pour foi même :
quelquefois il confie à fes tablettes les réfléxions
que lui fait naître fon loiſir , & la
comparaifon qu'il en fait avec le tumulte du
monde , & l'agitation des hommes , ou bien
il embellit d'une rime legere les idées fimples
& naïves qu'inſpirent la folitude , & les
agrémens de la Campagne . Ah que le tems
s'écoule vîte dans ce cercle de douceurs ,
d'amuſemens ! Le jour difparoît ; la nuit amene
le filence ; elle eft courommée de Pavots ,
& fuivie des fonges flateurs. O Philofophe ,
ou plutôt Sage , n'est - ce pas encore plus
dire , que votre fituation me paroît heureufe
! Hélas que feroit- ce de s'y trouver &
d'enjouir , fi l'idée même que je m'en forme,
eft un vrai plaifir pour moi¡
&
Voilà mon fonge , mon cher M **, ou
mon tableau comme vous le voudrez ; je le
livre à votre caractére aimable & naturel ;
voyez s'il n'eft pas bien dommage qu'il faille
prendre tous les
ou dans fes defirs ,
traits de cette Peinture ,
oouu ddaannss ffeess regrets.
A Orakonits 1742.
·
11 MERCURE DE FRANCE
EPITRE
JiJist
A M. le M. de M✶ ✶✶
I Liufion Llufion fateufe , Erreur douce & cherie ,
J'implore vos puiffans fecours.
Vous êtes aujourd'hui les plaifirs de ma vie ;
Je vous livre fon trifte cours.
C'estpar vous qu'emporté dans la Sphère des fonges,
Je me dérobe au noir chagrin.
Le préfent abforbé dans de riants menfonges ,
Me laiffe un viſage ferein .
C'est mon art , M *** ; l'efperance féconde ,
En trompant mes ennuis , ne me trompe jamais.
Je vois , fans m'émouvoir , les fecouffes du monde .
Du milieu d'un nuage épais.
Ce Thélescope heureux dans une nuit profonde
Me laiffe découvrir le Soleil de la Paix.
D'un crayon adouci , je trace des images ;
Je vois le doux repos , le vrai bonheur des fages ,
Et ma chere pareffe , avec tous les attraits.
Je vois dans les bois de Cithére
Le terrible Dieu de la Guerre
Auprès de Venus attendri .
L'un vers l'autre penchés fous un Myrthe chéri ,
IIs goûtent la douceur & d'aimer & de plaire ;
L'heureux
MAY. 17427
1119
L'heureux & feduifant myftere
A dans ces Lieux charmans raffemblé les défirs .
Les Amours , les Jeux , les Plaiſirs ,
Sont empreffés autour de leur Divine Mere ;
Leurs mains ont défarmé le fier Dieu des Guerriers
Sur ce front menaçane , où brilloit la colere ,
Ils ont mêlé le Myrthe & la Roſe aux Lauriers
Les uns au bord d'une Onde claire
Vont remplir fon Cafque de feurs.
Les autres d'un regard avide
Admirent ce fer homicide ,
Qui ravage la terre , & produit les malheurs.
Aucun n'ofe y toucher , & leur troupe timide
L'entoure en laiflant voir de naïves frayeurs ;
Mars ne fonge plus à la Thrace ;
Un Triomphe plus doux couronne fon audace ;
La Déeffe fourit à fon charmant vainqueur ;
Les yeux fixés fur elle , il parcourt tous fes charmes
Avec une tendre fureur.
Ce n'eft pas ce tranfport qui feme les allarmes ,
Qui répand la fombre terreur ,
Et fait fouvent couler de précieuſes larmes ;
C'eft la preffante ardeur, c'eft ce trouble touchant ,
C'est la délicieufe yvreſſe ,
Et l'amoureux emportement ,
Qu'aux pieds d'une tendre Maîtreffe
Eprouve fon heureux Amant.
Dans les bras de Venus infidelle à la Gloire
LS
1120 MERCURE DE FRANCE:
Le Dieu ne connoît plus que celle d'être aimé ,
Et Venus voit regner l'Amour & la Victoire
Dans les yeux d'un Amant charmé .
M .. c'eft ainfi , que fouvent je fommeille
Dans le centre agité des vaftes tourbillons ,
Mais la Trompette fonne , & le bruit me réveille ;
Je vois former les Bataillons.
Adieu , cher M *** ah n'eſt ce pas dommage
De perdre en fonges le bel âge !
A Pick 1742.
9
***
>
LETTRE de M.Maillart , ancien Bâtonnier
de l'Ordre des Avocats , à Paris , à M.
Bruffel , Auditeur des Comptes. Du 30.
Avril 1742.
EN
N parcourant , Monfieur , votre excellent
Ufage des Fiefs en France , Edition
de 1739. Tome 1. Liv . 1. Chap. 2. p. 67 .
& fuiv. j'ai refléchi fur ce que vous y avez
écrit à l'occafion d'une Charte de l'année
973. accordée par Ardouin , Archevêque de
Tours , à l'Abbaye de S. Florent , près Saumur
fur Loire , Diocèfe d'Angers.
1. Les Chartes de cet Arch , & de
Thibaut , Comte de Tours & de Blois , ont
déja été imprimées , non feulement aux Col.
91.
M A Y. 1742 1123
91. & 92. du premier Volu ne des Anecdotes
de D.Martenne , Editionde 1717.comme
vous l'indiquez à la page 63. mais encore aux
Col. 93. du fecond Volume de l'Hiftoire
de Bretagne , Edition de 1707. par D.
Lobineau.
&
94.
Voici , Monfieur , ce qu'on trouve encore
au même endroit quelques lignes plus bas :
Situé dans le Fauxbourg de Château Chinon :
comme on pourroit confondre le Château
Chinon dont vous parlez , avec une petite
Ville qui eft la Capitale du Morvent , Frontiere
de Nivernois , il eft bon d'avertir que
ce n'eft pas celle- ci dont il eft parlé dans ces
Chartes , où fe fit ce qui fuit : Quatenùs Locellum
infuburbio Cainonis Caftri fitum ubi
Sanctus Lupantius requiefcit , qui eft ex ratio
ne matris Ecclefia Turonica.
2º. Ce Suburbium eft le Bourg de S. Lo
van , fitué à l'Oüeft de la Ville de Chinon
fur la Riviere de Vienne , laquelle eſt le
Cainonis Caftrum.
3. S. Lupantius , ou Linentius , font en
François S. Lovan , Louan & Lupant , mort
près de Chinon .
J'ai puifé ces notions dans les Col. 628 .
& 1161. des Bollandiſtes , au 25. Janvier
jour de la Fête de S. Lovan , & dans M.
l'Abbé Châtelain , en fes Martyrologe &
Hagiologie.
AM
1122 MERCURE DE FRANCE
Au cas que dans la fuite de votre Ouvra
ge je trouve quelque chofe d'intereſſant
j'aurai l'honneur de vous en faire part.
Je fuis , &c .
Tous
BOUQUET
A M. **
Ous les ans pour Bouquet je te donne des Vers,
Ou des fleurs fraîchement cueillies ,
Qui par les mains de Nanette embellies ,
Charment les yeux par leur éclat divers.
Toi , qui du Mont Sacré méconnois l'art aimable ,
Quand de la Saint Thomas tu vois venir le jour ,
Tu fçais me prouver ton amour ,
En me verfant la liqueur délectable
Qui fait les charmes de la table.
Eft- il des Vers , eft - il des Fleurs
Qui vaillent le jus de la Treille ?
une feule bouteille
Non , non ,
Vaut l'Empire de Flore & celui des neuf Soeurs.
Accepte , cher Ami , les Vers que je te donne ;
C'est ce que peut t'offrir un Enfant d'Apollon ,
Et du Nectar brillant qui coule de la tonne ,
Tu vas je gage , en payer la façon. 2
Laffichard.
RE
-M A Y. 1742
1123
REPONSE à la Lettre de Monfieur
Boyer le jeune für le Genre Epiftolaire , inferée
dans le dernier Mercure de Fevrier
par M. Aftier , le cadet.
J
E dois vous remercier , Monfieur , des
réfléxions judicieufes fur le Genre Epiftolaire
, dont vous avez bien voulu me faire
part. C'eft fans doute dans le deffein de me
mettre dans la néceffité de m'inſtruire , que
vous m'intéreſſez à vous en dire mon fentiment.
Vous fçavez qu'il eft de certains
points importans qu'on néglige prefque toûjours
, faute de fe trouver à portée de leur
donner quelque attention. N'auroit on pas
à fe reprocher de paffer trop légérement fur
des fujets dont on a fi fouvent lieu de faire
ufage ? C'eſt auffi ce qui m'engage , en me
rendant à la folidité de vos raifons , de ne
point me refuſer à ce que vous éxigez de
moi. Nous ne devons pas attendre de nos
foins une parfaite connoiffance fur une matiere
où il y a tant à aprendre ; nous ferons
du moins toûjours redevables à M. de la
Soriniere de nous avoir engagé dans un détail
, qui ne peut que nous être avantageux.
De toutes les études le Genre Epiftolaire
eft celle qu'on cultive le moins. On
peut
124 MERCURE DE FRANCE
peut dire à la honte de gens qui réiffiffent à
Te faire écouter dans la converfation , qu'ils
ne parviennent pas même à écrire raisonnablement
C'eft-là , felon un* Auteur célebre une
façon de décrier nous- mêmes notre efprit & de
faire perdre de l'opinion favorable qu'on en
avoit conçu.On ne négligeroit peut-être pas un
talent fiprécieux , fi on en fentoit bien toute
l'utilité. Quelle reffource plus affûrée pour ſe
concilier tant de differens caractéres ? Quel
moyen plus aifé d'entretenir fes liaiſons ? Par
fon , fecours l'abfence devient fuportable ; &
j'ofe dire qu'on eft prefque dédommagé par
cette maniere de vivre enfemble , de la fe
paration de ceux avec qui on étoit ac .
coûtumé .
C'eft de tous ces avantages que naiffent
tant d'égards & d'attentions , qui en devenant
indifpenfables forment une grande difficulté
en ce genre d'écrire. Ne croyez
pas , M. qu'en vous faifant part de mes
réfléxions , je veuille vous expofer la façon
dont on doit faire une bonne Lettre . S'il y
avoit des régles à prefcrire là - deffus , ce n'eft
qu'après une experience confommée , qu'on
devroit fe flater de les aperçevoir. Le détail
où vous êtes entré,en confidérant s'il ne
faut point d'efprit pour bien écrire , m'a parû
(*) M. de Moncrif. Effais fur la néceffité & les
moyens de plaise.
cm-
C
MAY.
1742 1125
embraffer un fujet fi intéreffant , qu'il me fait
confidérer à mon tour s'il n'en faut pas beaucoup
pour y réuſſir,
Il me femble entendre les partifans du fyftême
que vous avez combattu . Pourquoi , diront-
ils , youloir abfolument éxiger de l'efprit
dans un genre d'écrire , qu'on ne devra jamais
qu'à la fimple nature ? La Lettre eft
une repréfentation de fes fentimens , & un
moyen naturel d'exprimer ce qu'on penfe.
On peut , fans que l'efprit s'en mêle , ' donner
jour à fes fentimens & venir à bout de
s'exprimer. Le fens commun fuffit pour éviter
le défordre où l'on fe jetteroit infailliblement
, pour peu qu'on fuivît là trop grande
effufion du coeur. C'est tout ce qui eft à
obferver dans le ftile Epiftolaire , bien diferent
des autres genres d'écrire , où il eſt impoffible
d'atteindre fans efprit. Il ne s'agit
ici que de s'en tenir à la pure expreffion de
ce qu'on fent , & la nature offre d'elle- même
une voye aifée de le faire . C'eft l'ingénuité
, c'eft la fimplicité qui font tout le
mérite d'une Lettre.
Si l'ingénuité & la fimplicité , à l'aide
d'un peu ddee ffeennss ccoommmmuunn ,, fuffisent pour
faire une bonne Lettre , chacun devra avec
raifon fe promettre de bien écrire 2 Purce
que la Nature n'a refufé à perfonne le droit
>
de
1126 MERCURE DE FRANCE
de déveloper fes fentimens , mais on
doit pas moins , ce me femble , fe propofer
de les repréfenter tels qu'ils font , que de
les expofer de maniere qu'ils puiffent plaire.
Chacun eft en état de fentir ; il n'eft pas
pourtant donné à tout le monde de bien
penfer , & de mettre fes penfées à portée de
faire une agréable impreffion. Quel effet
d'ailleurs peut-on attendre de la lecture des
fentimens hazardés, pour ainfi dire, par euxmêmes
? L'ingénuité plaît , il est vrai , parce
qu'on aime tout ce qui vient du coeur ;
mais il n'en eft pas des fentimens qui doivent
regner dans une Lettre , comme de certaines
naïvetés qu'on reçoit favorablement
dans la converfation . Il faut leur donner une
fuite , & c'eſt à cet arrangement que l'efprit
& le difcernement font fi utiles , pour
profiter des differens tours qui éxigent d'être
employés.
Dans le difcours familier , où la fimplicité
eft une principale qualité , cette fimplicité
plaira rarement , fi elle n'eft accompagnée
d'une attention judicieuſe à corriger dans les
fentimens ce qu'ils auroient de trop naturel.
Il femble qu'on ne devroit être redevable
qu'à la fimple Nature d'une façon de s'exprimer,
qui n'eft à proprement parler, que l'image
des fentimens. Tels cependant que nous
admirons
MAY . 1742. 1127
admirons dans la converſation , ne doivent
qu'à l'efprit le talent de fe faire entendre ,
fuivant les movens qu'ils employent pour y
réüffir. Avec quelle délicateffe n'étalent - ils
point leurs lumières , en les mettant au niveau
de ceux à qui ils les communiquent ?
Quelle facilité à démêler dans les autres ce
qui peut leur être agréable ! On diroit qu'ils
font affés maîtres de leur efprit pour paroître
quelquefois n'en avoir point , & pour en donner
quand il eft à propos , lorfque par ce
moyen ils gagnent d'être plus écoutés . La
Lettre n'eft pas moins fufceptible de ces attentions
; elle fert pour fupléer au défaut de
la converfation. Il fera donc néceffaire d'employer
dans les mêmes occafions le même
efprit & les mêmes égards. On devra d'autant
mieux l'éxiger , qu'on fupole qu'on
aura eu le tems de l'obferver par un jugement
, s'il fe peut , plus repofé.
11 eft des occafions , je n'en difconviens
pas , où l'effufion de ce qu'on exprime n'a
pû être arrangée , par une trop grande liberté
de raifonner , & où l'on réüllit mieux en
n'obfervant pas l'exactitude dans les fentimens
, qu'il eft quelquefois bon de négliger
à un certain point . Mais loin que l'efprit n'y
ait point de part , je dirai qu'il en devient
plus néceffaire. En vain la Nature voudroitelle
venir à bout de perfuader , elle n'a que
D le
1128 MERCURE DE FRANCE ..
le droit de toucher ; c'eft à l'efprit de connoître
les routes qui peuvent y conduire. Il
fentira ces nuances difficiles à apercevoir
foit pour éviter de choquer les uns en ménageant
leur amour propre , ſoit pour s'attirer
les autres , en fe conformant à leur caractére
. Il mefurera l'étendue de fes avantages
, & les diftribuëra felon la diverfité d'égards
& de convenances . Il jugera en un
mot des régles délicates , quand elles pour
ront le mener à fes vûës , lorfqu'une main
habile aura fçû les difpenfer à propos.
Si l'efprit a paru à quelques- uns inutile
dans les Lettres par les inconveniens qui en
naiffent quelquefois, il en eft plus eftimable,
lorfque le difcernement à eu foin de lui donner
des bornes. Si la plupart des Auteurs
même célébres , font tombés dans le dé
faut d'affectation , c'eft qu'accoûtumés dans
d'autres genres d'écrire à donner un libre
cours à leurs penfées , ils ont fuivi dans celui
ci cette habitude d'écrire délicatement ,
quoiqu'elle dût être fubordonnée au fimple
& au naturel. Peut- être que flatés par l'at
trait de penfer mieux que les autres , ils n'ont
point eu l'attention de modérer leurs faillies.
Un jugement plus fain leur auroit fans doute
montré la voye de s'exprimer à la portée de
tout le monde.
Vous avez fort bien remarqué , Monfieur
qu'on
MAY. 1742. 1129
qu'on doit unir au fens commun l'efprit &
la Littérature. Si des gens extrêmement bornés
, même en leur rendant juftice , ont pû
faire de bonnes Lettres , il n'eft pas furprenant
qu'ils fuffent éloquents fur des points
qui les intéreffoient vivement. On peut n'avoir
affés fait uſage de fon efprit pour
pas
montrer qu'on en a ; l'envie de perfuader ce
qui intéreffe , fera l'occafion de le faire paroître.
L'ame pcu accoûtumée de fentir s'agite
alors , & le faifant, pour ainfi dire, jour
à travers fon impuiffance naturelle , elle produit
quelque effort heureux & dévelope des
fentimens dignes d'exciter & de plaire . C'eſt- là
aufli tout ce que peut un homme borné
dès qu'il ne s'agit que d'exprimer ce qui le
touche de près. Au défaut des tours avantageux
que l'efprit lui refufe , il emprunte de
la Nature des traits capables de faire impreffion.
Mais fi on vient à bout de perfuader
ce qu'on fent, feulement parce qu'on le fent,
que fera ce lorsqu'on connoît de plus la maniere
dont on peut l'exprimer ?
L'avantage qu'on reçoit de l'efprit, s'étend
fur les differens fujets qui conftituent le Style
Epiftolaire. On n'y parle pas toujours de fes
propres intérêts, & il fera alors mieux de concilier
les qualités qui peuvent donner plus
de prix à ce qu'on exprime. S'il eft quelquefois
à craindre de devenir ennuyeux pour être
Dij trop
1130 MERCURE DE FRANCE
trop uniforme , la mémoire préfentera les
moyens de la diverfité , par le fécours des
connoiffances
qu'elle y raffemblera . L'imagination
fupléra à la ftérilité des fentimens
par une foule d'idées qu'elle fçaura embellir ,
& le jugement profitant de l'une & de l'autre
, rejettera tout ce qui feroit mal placé &
n'adoptera que ce qui fera propre à unir l'agrément
à la folidité.
La Littérature polit l'efprit , l'éleve , & lui
donne plus de hardieffe , pour fe fervir de
certains tours inconnûs à ceux qui ne font
pas cultivés. C'eft elle qui aprend à faire ufage
de l'art , fans qu'il y paroiffe. Il n'y ſera
plus une méthode à laquelle on devia être
affujetti , mais une maniere d'expoſer fes
fentimens avec clarté , afin qu'ils foient plus
en état de plaire. Combien de penfées qui
perdent de leur agrément par le défaut d'arrangemens
qu'on auroit pû leur donner .
Celui qui fe propofe de perfuader dans fes
Lettres , y réüffira bien mieux s'il a eu attention
d'attacher le Lecteur par plus de
beautés qu'on n'en employe communément.
Il ne lui préfentera rien qui ne le touche en
Pintereflant.
Ne refufons donc pas , Monficur , les fecours
que prefente la Littérature , fi nous
voulons parvenir à nous exprimer avec agrément
; elle tient lieu à quelques- uns de la
déliM
A Y. 1742. 1131
délicateffe qui eft naturelle aux autres. Il
n'apartient , je l'avoue , qu'aux Dames , qui
fçavent fi bien profiter de tout , de fe dédommager
par le fruit de la lecture , de ce
qui leur manque dans l'ufage des belles Lettres.
Elles viennent à bout de débiter leurs
penfées avec plus de fineffe que la plûpart
des Auteurs les plus confommés dans la
Littérature. Elles ne font cependant pas
moins redevables de cette qualité à leur
efprit , qui eft naturellement porté à penfer
délicatement. J'aurai lieu de conclure
qu'il en faut pour bien écrire une Lettre , &
que plus on en a , mieux on y réüllit. Je
fuis , &c .
D'Aix en Provence , le 25. Mars 1742 .
Q
ODE ,
A M. de Voltaire.
Ue de beautés & de merveilles ,
Heureux Voltaire , tu produis !
Avec quel charme de tes veilles
Nous goûtons les aimables fruits !
Aifé , délicat & fublime ,
Volant de la Profe à la Rime ,
Partout tu nous inftruis , tu plais.
D iij
Tou1132
MERCURE DE FRANCE
1
Toujours Apollon & les Graces
S'empreffent à fu.vre tes traces
Et te prodiguent leurs bienfaits .
*
Un Ecrivain trouve fa gloire.
Souvent dans celle des Guerriers .
CHARLES , (a) pour prix de ton Hiftoire ,
Te ceint le front de fes Lauriers .
L'Alexandre de la Suede
Par toi , du tems à qui tout cede ,
Bravera la fatalité .
Tel en fes Portraits noble & jufte ,
Quinte-Curfe , d'un Prince Augufte
Affûra l'immortalité.
*
Cependant mon ame faifie
Ne peut exprimer fes tranſports ;
C'eft toi , fublime Poëfie ,
Dont je fens les divins accords.
Un Chantre ingéniéux , unique ,
Prenant la Trompette héroïque , (b)
De fes fons pénetre les Cieux .
Qu'entens- je ? La Nature entiere
Lui fournit la vafte matiere
De fes Concerts mélodieux.
(a ) Hiftoire de Charles XII. Roy de Suede.
(b) La Henriade , Poëme Epique.
Ici
MAY . 1742 1133
Ici , d'une fanglante Ligue
Sa voix entonne les combats ,
Et d'une formidable intrigue
Dévelope les attentats .
Là , plein de force & d'induftrie ,
Il peint fans fiel , fans flaterie ,
Les vices , les vertus des Grands ,
Des Peuples l'inconftance extrême ,
D'un vainqueus la bonté fuprême ,
Et les cruautés des Tyrans .
*
Figures doctes & brillantes ,
Ordre , ftyle , folidité ,
Sentimens , Images riantes ;
Quel feu quelle varieté !
Lui feul , Virgile de la France ,
Devoit réparer l'indigence .
Dont elle a gémi tant de fois ,
Et d'un Pinceau riche & fidele
Dans HENRI tracer le modéle
Du plus parfait de tous les Rois.
*
Mais tandis que ton Eneïde ,
Voltaire , enchante le Lecteur ,
Je te vois , nouvel Euripide ,
Toucher , ravir le Spectateur.
Diiij
Le
1134 MERCURE DE FRANCE
La Scéne devient ton Empire ;
Tu fçais dans un heureux délire
Soumettre nos coeurs à ta loi ,
Et bien qu'à te nuire obſtinée ,
Souvent la Critique entraînée ,
T'aplaudit même malgré foi .
*
Edipe , (a) alors digne préfage
De tes plus célebres travaux ,
Fit la gloire de ton jeune âge
Et la honte de ſes Rivaux ;
Ainfi dans fa verve féconde
Ta Mufe en tout genre profonde ,
Unit mille talens divers .
Ainfi le feu qui te confume ,
Dans plus d'un immortel volume
Eclaire , embrafe l'Univers.
*
Le principe qui nous anime
Fait nos crimes ou nos vertus.
J'admire l'effort magnanime
Et la fermeté de Brutus ; ( b)
Quand tu nous montres ce grand homme
Immolant au falut de Rome
(a) Tragédie par M. de Voltaire.
(b) Héros d'une Tragédie qui porte ce Titre .
MAY 1742. 1135
Un Fils qu'il condamne à périr ;
Si le Conful me femble auftere ,
Dans fa douleur je trouve un Pere ,
Et je ne puis que m'attendrir.
૧૫૬
*
De quel Spectacle Melpomene
Vient- elle fraper mes efprits ?
Quelle eft cette tragique Scéne , (c)
Où court en foûle tout Paris ?
J'aperçois une jeune Amante ,
Dont la candeur noble , touchante ,
Eprouve les rigueurs du fort ;
Son coeur vertueux ſe déploye ;
Aux plus triftes combats en proye ,
Il cede à la voix du remord .
*
Chere Zaïre , que tes larmes
Font aisément couler nos pleurs !
Nous nous fentons à tes allarmes
Agités des mêmes terreurs .
Si dans l'horreur qui le dévore ,.
Le jaloux Sultan qui t'adore ,
Te rend victime de fes feux ,
Son propre fang qu'il va répandre ,
Tout , prouve qu'il n'eſt que trop tendre
Et moins cruel que malheureux .
(c) Zaïre , Tragédie du même Auteur.
D v Céfar
1136 MERCURE DE FRANCE
Céfar , Alzire , Mariamne . . . . ( «)
Mufe , arrête , c'en eſt aſſés ,
Ofes-tu d'une main profane.
Flétrir cent Lauriers entaffés ?
Refpecte un Héros du Parnaffe ,
Qui plein d'une divine audace ,
Et de fçavoir comme de goût ,
Par tant d'endroits a fait connoître
Qu'il est toujours ce qu'il veut être ,
Qu'en effet il eft presque tout .
Acheve , admirable Voltaire ,
De nouveau charme tous les coeurs.
Ce n'eft qu'au bout de la carriere
Que l'on couronne les Vainqueurs.
Acheve , & tandis que ma Lyre
Du zele brûlant qui l'inſpire
T'offre ici de foibles effais ,
Songe qu'au Temple de Mémoire
La plus ample moiffon de gloire
Mettra le comble à tes fuccès .
Par M. F **
(a ) Autres Piéces tragiques du même Auteur , lequel
a composé quantité d'Ouvrages eftimés , fur toutes
fortes de matieres.
LET
MA Y. 1742. 1137
22
魚薯の
LETTRE de M. Deparcieux , de la
Societé Royale des Sciences de Montpellier ,
à M. de la R.
J
'Ai vû , M. dans la feuille des Obfervations
fur les Ecrits modernes du 24.
Mars dernier, que le fieur Jombert, Libraire
à Paris , vient de faire réïmprimer la Trigonométrie
de M. Ozanam , avec les Tables
des Sinus , & c . & nous annonce dans le Titre
qu'elles ont été exactement revûës & corrigées
par des perfonnes intelligentes & verfées
dans ces Matieres. J'ai voulu examiner
la chofe , & fçavoir quel jugement on pouvoit
porter
fur ces Tables , tant pour le Difcours
, que pour l'exactitude des Calculs
qui eft indifpenfable dans un Ouvrage de
cette efpece ; j'ai été fort furpris , lorfqu'en
moins d'un quart d'heure de tems , & à l'ouverture
du Livre , j'ai trouvé dans ce Livre
fi vanté & revû avec tant de foin , plufieurs
pages pleines de fautes. Jugez , M. combien
le Public , pour qui ces fortes de Livres font
deftinés , doit être fatisfait. Je vais raporter
deux de ces pages , dans l'une defquelles on
trouve fix fautes effentielles , & dans l'autre ,
cinq .
D vj Log.
1138 MERCURE DE FRANCE
D. M au chiffre il y a, doit y avois
Log . Sinus 13 34 I 9
Log Tang. 13
Log. Tang. 13
Log. Tang.
Sécante
43
2 3
44
2 2 3
13 45
2 3
13 54 S
J
17 6 S Log. Sinus 13
A la Table des Nombres naturels.
Logarith.de 4123 6 2 I
Logarith. $4130
Logarith.
4
78
1
4170
On trouve encore 4154. au lieu de 4158 .
& 3176. au lieu de 4176.
Si mes occupations me permettoient de continuer
mon examer , je trouverois , fans doute,
d'autres pages où il y auroit encore davantage
de fautes. Je réferve mes remarques pour
un autre tems ; & lorfque le fieur Jombert
aura corrigé celles - ci , je lui en indiquerai
d'autres ; je l'affûre d'avance qu'il peut fe
préparer à faire un bon nombre de Cartons ;
je les lui indiquerai page à page , & avec le
tems,fon Livre pourra être de quelque utilité.
Quant au Difcours de la Trigonométrie ,
qui eft le même que celui de l'Edition de
1720. le fieur Jombert a quelque raifon de
dire qu'il eft tiré du Cours de M. Ozanam.
Il est vrai qu'on en a pris le quart ou environ
; la moitié eft prife mot à mot dans les
Oeuvres pofthumes de M. Rohault ; l'autre
quart a été pris en partie dans la Trigonomêtrie
• MAY. 1742. 1139
trie que M. Ozanam avoit fait imprimer à
Lyon , avant que de venir à Paris , & le refte
peut apartenir à l'Editeur qui la fit paroître en
1720. trois ans après la mort de M. Ozanam.
Si l'on veut être convaincu de ce que je dis ,
je vais anatomifer cette prétendue Trigonométrie
de M. Ozanam , articie par article ;
on pourra les vérifier ; tout ce que j'avance
y eſt mot à mot.
La 1. & la 2. pages de l'Edition préfente
ou de celle de 1725. font les mêmes que la
premiere & la feconde de la Trigonométrie
du Cours , je veux dire du Cours , tel qu'il
étoit avant la mort de M. Ozanam. La 8.
page eft la même que la 307. des Oeuvres
pofthumes de Rohault ; la 9. eft la 46 .
du Cours ; les Corollaires & tout ce qui fuit
jufqu'à la 22. page , a été pris dans Rohault
depuis la 3 10. jufqu'à la 323. Les pages 23 .
24. 25. & 26. font prifes dans l'Edition de
Lyon depuis la 33. page juſqu'à la 36. Les
pages 28. 29. &c. jufqu'à la 48. ont été prifes
dans le Cours depuis la 78. jufqu'à la 98.
Les pages 49. 5o . & 51. font les mêmes que
les pages 324. 325 & 326. de Rohault . La
53. & la 54. font dans le Cours aux pages
106. & 107. La 55. eft dans Rohault la
334. La 56. eft la 108. du Cours ; la 57. eft
dans Rohault la 328. Les pages 61. jufqu'à
65. font dans Rohault aux pages 617. 618.
&
1140 MERCURE DE FRANCE
& 619. Celles depuis 65. jufqu'à 70. font
dans le Cours depuis 140. juſqu'à 145. Les
pages 71. ju'ſqu'à 91. font dans Rohault depuis
620. jufqu'à 641 .
>
Au refte il importeroit peu au Public que
ce fût un Recueil de plufieurs Auteurs , ou
l'Ouvrage d'un feul , pourvû qu'on pût y
aprendre la Trigonométrie ; mais il y a fi
peu d'ordre , & la compilation eft fi imparfaite
, qu'il y a peu d'écoliers de fix mois qui
ne puiffent faire un meilleur choix de propofitions
; & elles font fi fervilement copiées
qu'on a pris en plufieurs en droits jufqu'aux
citations qui conviennent aux Origi aux
d'où elles ont été tirées , & ne fe raportent
plus dans la copie telle eft la citation qui
eft à la page 33. La Trigonométrie Sphérique
eft fi tronquée , qu'il y manque les quatre
principales Propofitions , d'où dépend la pratique
des Triangles Obliquangles .
,
Ce Libraire , dont le Génie le Travail
, & le Commerce font depuis longtems
confacrés au progrès des hautes Sciences , n'auroit
donc pas dû nous dire qu'il a confulté
des Sçavans de l'Académie Royale des Sciences
, & qu'il ne cherche point à en impoſer
au Public , en fe fervant fi mil à propos d'une
autorité fi refpectable . Tous ceux qui
font affés heureux pour avoir leur aprobation
, fe font honneur de raporter leur témoignage
MAY. 1742. 1141
moignage ; & je m'en ferai toûjours un de
dire, que non feulement MM. de Caffini, de
Mairan , & Pitot ont été les Examinateurs
de mon Ouvrage , & M. de Montcarville
le Cenfeur ; mais auffi que c'eft à leurs fages
confeils que je dois l'heureux fuccès de mon
Livre. J'ai l'honneur d'être , & c.
On a dû expliquer l'Enigme & le Logogryphe
du Mercure d'Avril par Souflet &
Glaciere. On trouve dans le Logogryphe ,
Glace , Cire , Galere , Liere , Ciel , Cigale ,
Rage , Re , La , Arle , Ceila , Ville de la Paleftine
, Gale , Air , & Grêle.
Quo
ENIGM E.
Uoi ! du fein de ma mere on m'arrache vivant,
Pour me faire mourir dans le fein de ma mere !
Quelle douleur eft plus amère ?
Pour que je fois plus éclatant
Et me faire lever la crête ,
Un certain jour de Fête ,
On m'écorche tout vif , on me coupe les bras ;
On fait plus , on me lie , on ne me Jaiffe pas
Le droit de me fervir des armes que je porte ;
Malgré tout cela , j'ai l'honneur
D'être
1142 MERCURE DE FRANCE
D'être en cercle fouvent chés quelque gros Seigneur;
Mais cette ambition vainement me transporte ,
fa
Car je m'y tiens debout, & ne fuis qu'à la porte.
Gueroult , de Fecamp , en Normandie .
********X*X:XXX*******
DE
LOGO GRYPH E.
E la France je fuis une belle Province ;
Je chéris les Loix de mon Prince .
De neuf membres mon corps fe trouve compofé ;
Si tu les prends , Lecteur , dans un fens opofé ,
Otant un tiers de la fomme totale ,
Le beau Sexe par mo : fans ceffe fe fignale.
On me contraint d'aimer l'obfcurité .
Etre pur , je joüis de l'immortalité ;
Sans couleurs , mon aſpect rend un Portrait fidéle ş
En plus d'un Lieu je fers de Sentinelle ;
Cité du premier rang parmi les Hollandois ;
J'offre aux yeux fept Villes de France ;
Le Symbole de l'ignorance ,
Riche ornement , un certain mot François ;
Jadis un Roy par moi perdit la vie ;
Ouvrage que dicta le Dieu de l'Helicon ;
Un Livre qui contient mainte déciſion ,
Du Corps humain une partie ;
Une Arme qui nous fçait inſpirer la terreur ;
De
MAY. 17427 1143
De Sifara j'arrêtai la fureur ;
A l'Opera , chés moi , la Belle prend féance .
Adieu , tréve de complaifance .
Par le Ga *** , du Vigan
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
HP'Espagnol de Jean de Ferreras, enrichie
ISTOIRE génerale d'Espagne , traduite de
de Notes Hiftoriques & Critiques , de Vignettes
de Caries Géographiques. Par M. d'Her-
MILLY ix. vol in 4 ° propofée par foufcription.
A Paris , chés Olmont , Cloufier & Ganeau
M. DCC. XLII.
La République des Lettres en France eſt
en droit de fe plaindre du peu d'empreffement
des Sçavans à raffembler avec ordre
les Evénemens arrivés en Eſpagne , pour en
former un corps d'Hiftoire exact & fuivi .
Ce n'eft pas que quelques- uns d'eux n'aient
déja formé ce projet , & n'aient même pris
la plume pour le remplir. Mais ont ils répondu
à l'attente du Public ? N'ont ils pas
plutôt feulement irrité fa curiofité ? Tel eft
du moins le fort qu'ont eu en général le P.
Charenton dans fa Traduction de Mariana
&
,
1144 MERCURE DE FRANCE
& le P. d'Orleans dans fon Hiftoire des Révolutions
d'Espagne , revue & continuée par
les PP. Rouillé & Brumoy , de la Compagnie
de Jefus. Dès que leurs Ouvrages ont
vû le jour , on les a courus avec avidité. Un
ftyle noble, concis , ferme & énergique fembloit
leur promettre un heureux fuccès ;
mais beaucoup de fautes contre la Chronologie
& la verité de l'Histoire , commifes
par Mariana même , rendues par fon Traducteur
, & adoptées par le P d'Orleans
ont arrêté les fuffrages. L'Abbé de Vayrac
n'a pas été plus heureux dans fon Hiftoire
des Révolutions d'Efpagne , qui a paru avant
celle du P. d'Orléans . Auffi inférieur à cux
pour la diction , qu'il leur eft fupérieur pour
la Chronologie , il n'a pû fe fiire qu'un petit
nombre de partifans , qui n'ont jamais prétendu
juftifier leur attachement pour lui ,
que fur fon exactitude à placer géneralement
tous les faits dans les tems fixes où ils
font arrivés. On a même tout lieu de croire
que ç'a été en cette confideration , que
Pon a montré tant d'ardeur à s'affûrer l'Hiftoire
d'Espagne qu'il avoit promiſe , &
dont on a été privé par la mort de ce Sçavant.
I eft inutile de parler de l'Abbé de
Bellegarde , & de quelques autres qui one
auffi écrit fur l'Espagne , foit dans ce Si
cle , foit dans les précedens : perfonne n'ignore
MAY. 1742
1145
gnore que leurs Ouvrages ont été condamnés
prefque en naiffant à un éternel oubli ,
à l'exception de ce qu'on nous a donné fous
les Tîtres de Délices d'Efpagne & de Portugal
, & d'Etat d'Efpagne , dont on fera toujours
cas.
Quoi qu'après l'exemple de ces hommes
célébres l'on doive craindre de faire naufrage
dans une entrepriſe fi difficile , on s'eft néanmoins
déterminé à donner la Traduction
Françoiſe de l'Hiftoire d'Espagne , composée
par Jean de Ferreras , Ecrivain Efpagnol.
On le fait même avec d'autant plus de confiance
, que
, que les voeux
du Public
font juftement
excités
par l'étroite
alliance
qui fe
trouve
depuis
long - tems entre les deux Nations
, & dont un augufte
Mariage
a récemment
refferré
les noeuds
! D'ailleurs
, cet illuftre
Auteur
eft exempt
de tous les défauts
que l'on reproche
aux autres. Né avec tous
les talens qui caractérisent
les grands
hommes
, & confommé
dans l'étude
des Belles-
Lettres
, il s'eft apliqué
d'une
maniere
particuliere
à la connoiffance
de l'Hiftoire
de fon
Pays. Trouvant
, comme
il le déclare
luimême
dans fa premiere
Préface, que toutes
les Hiftoires
d'Espagne
qui avoient
paru jufques
alors , étoient
défectueufes
, il a entrepris
par zéle pour fa Patrie
& pour la vérité ,
d'en écrire une qui fût plus exacte. A portée ,
de
1146 MERCURE DE FRANCE
de puifer dans les meilleures fources tant anciennes
que modernes , furtout depuis que
Philipe V. fon Souverain l'eût élevé au poſte
de fon premier Bibliothécaire , & mis en état
par fes grandes lumieres de diftinguer le vrai
d'avec le faux , il eft glorieufement parvenu
au but qu'il s'étoit propofé . Toujours guidé
par les Ecrivains les plus fürs & les plus accrédités
, & par une faine critique , il s'eft garanti
de toutes les Fables , qui ont fait
échouer la plupart des Ecrivains d'Eſpagne fes
prédéceffeurs ; & non content d'avoir fi
bien réuffi en ce point , il a orné fa narration
de tous les agrémens dignes des plus fameux
Hiſtoriens. C'eſt le témoignage qu'en
ont rendu , même de fon vivant , les Sçavans
d'Espagne , qui , facrifiant . l'amour propre
à l'équité , n'ont point hésité à lui ceder
parmi eux la premiere place.
Les Critiques de France ne lui ont pas
été moins favorables . Dès qu'ils ont vû fon
Hiftoire d'Espagne , ils ont été frapés du
fuccès avec lequel il a dépouillé les Annales
de fa Nation des Fables qui les défiguroient,
& fixé la Chronologie, tant pour le facré que
pour le prophane ; des recherches qu'il lui a
fallu faire ; des foins qu'il a dû fe donner ;
du jugement fain qui dirige fa critique ; de
la prudence avec laquelle il expofe fon fentiment
, lorfque faute de Monumens fûrs il
eſt
MAY. 1742 . 1147
,
eft contraint d'avoir recours à la conjecture
ou lorfqu'il s'agit de concilier plufieurs Auteurs
, ou d'en adopter un au préjudice de
quelques autres ; de fon attention à préfenter
comme douteux ce qui l'eft réellement ,
à affaifonner le vrai de tout ce qu'il lui faut
fe faire fentir , & à foûmettre fon opinion
aux Sçavans , quand elle n'a d'autre
fondement que la probabilité. En un mot ,
Jean de Ferreras eft fi univerfellement eftimé
dans fon propre Pays , & partout ailleurs ,
que fon nom feul le met au- deffus de tout
éloge.
pour
Après avoir marqué le crédit & la réputation
que s'eft acquife l'Auteur dont on
offre la Traduction , il convient de donner
une idée de fon Ouvrage , & de la conduite
du Traducteur.
,
Malgré les ténebres de la haute Antiquité ,
Ferreras fait commencer fon Hiftoire d'Efpagne
à la premiere origine des Peuples de
cette Peninfule & la conduit jufqu'à la
mort du Roi Philipe II . arrivée en l'année
1598. de l'Ere vulgaire . Elle eft d'autant plus
curieufe & précieuſe , qu'elle eft également
Civile & Eccléfiaftique. Si l'Espagne y eft
le théatre de guerres fanglantes , elle eft auffi
teinte du fang de quantité de Martyrs & de
Confeffeurs. On y trouve l'établiffement de
différens Peuples qui ont fait des conquêtes
en
1148 MERCURE DE FRANCE
·
en Espagne ; l'origine , l'agrandiffement &
la réunion des Royaumes & Etats qui compofent
aujourd'hui cette vafte Monarchie ;
les érections , les accroiffeinens de plufieurs
Ordres Militaires : la naiffance , l'introduction
& les progrès tant du Chriftianifme ,
que des anciens & nouveaux Inftituts dans
cette Péninfule , y font pareillement décrits.
Il y eft parlé des fondations , des deftructions
& des réédifications de Villes ; celles
des Siéges Epifcopaux ,des Monafteres & des
Eglifes particulieres n'y font point omiſes.
Les fucceffions des Rois ou Princes qui ont
regné en Eſpagne , y font raportées ; il en
eft de même de celles des Prélats , autant
du moins qu'il a été poffible de le faire avec
certitude. Ferreras y marque les changemens
arrivés dans le Gouvernement Politique , les
troubles qui fe font élevés , les moyens que
l'on a employés pour les arrêter ou les diffiper
: il a pareillement fait mention des Réformes
dans les Inftituts , des Héréfies &
des Schifmes , des Conciles & des Réglemens
qui furent faits pour réprimer le mal
& empêcher qu'il ne fe fe communiquât.
Tout ce qui regarde enfin ces deux points
Hiftoriques, y eft traité avec éxactitude, élégance
, clarté & préciſion .
pas
Jean de Ferreras perfuadé , que ce n'eſt
affés de raconter des évenemens, mais qu'il faut
encore
MA Y. 1149 1742.
encore en indiquer le tems , & en prouver
l'authenticité , fuit un ordre chronologique
qui eft généralement foûtenu dans tout le
corps de l'Ouvrage , & cite , pour ainsi dire,
à chaque pas , les Auteurs anciens & modernes
, géneraux & particuliers , prophanes
& Eccléfiaftiques , les Chartes , les Epitaphes,
en un mottous les Monumens Hiftori
ques fur lefquels il a travaillé, ou qu'il a confultés.
Les grands hommes qui fe diftinguent
par leurs talens dans les Arts & dans les
Belles- Lettres , ne font pas moins d'honneur
à un Pays, que ceux qui fe fignalent à la tête
des armées. Ferreras, convaincu de cette verité
, parle de tous ceux qui ont illuftré l'Efpagne
par leurs Ecrits , foit pour avoir pris
naiflance dans cette Péninfule , foit pour y
avoir puifé le goût des Lettres . Il a recherché
avec foin tous ces hommes rares , qui fe
font diftingués en tout genre de Littérature
& parmi lefquels fe trouvent , entre autres ,
des Papes , des Rois , des Princes & des Empereurs.
Pour rendre même un hommage.
plus complet à leur mémoire , il en produit
un Catalogue , où toutes leurs productions
font indiquées. Il a ramaffé en même tems
tout ce qui peut avoir raport à cette matierc.
,
Comme l'Ouvrage dont il s'agit , n'eft pas
moins
1150 MERCURE DE FRANCE
moins Critique qu'Hiftorique , le Traducteur.
y a joint des Notes , non feulement pour
faciliter l'intelligence de l'Hiftoire , mais
pour mettre les Lecteurs à portée de juger
par eux - mêmes de fa fupériorité fur tous
ceux qui ont été écrits fur l'Efpagne avant
lui , & des obligations que l'on doit avoir à
l'Auteur , pour avoir diffipé les erreurs , dans
lefquelles plufieurs de nos Ecrivains François
fe font laiffé entraîner par de mauvais
guides. Il s'eft fur- tout attaché à la
Chronologie , jugeant qu'elle eft l'ame de
l'Hiftoire , puifqu'elle en eft le flambeau, qui
met en évidence la vérité & l'exactitude.
Sur ce principe , il l'a augmentée d'une Table
Chronologique des Sommaires qu'il y a ajoûtés
, afin qu'en voyant , comme en abregé ,
les principaux Evénemens , on voye auffi les
tems aufquels ils apartiennent. Pour éclaircir
les points les plus fujets à critique & empêcher
que la prévention ne faffe prendre pour
défaut d'attention , des découvertes qui font
le fruit des travaux & des veilles de l'infatigable
& ftudieux Jean de Ferreras , & engager
les Sçavans à furfeoir dans ces occafions
leur Jugement jufqu'à un mûr examen,
il met à la tête de chacun de fes Tomes une
Préface , où il les examine par forme de Differtation
, autant que la portée de fes lumiereres
peut le lui permettre ; laiffant toutefois
aux
MAY. 1742: 1151
aux Critiques les plus éclairés la liberté d'aprofondir
davantage & de prononcer . Autant
zelé que Ferreras pour la vérité , il invite le
Public à lui faire part de fes connoiffances
& de fes confeils , pour l'aider à pourſuivre
fon travail , & il lui protefte une parfaite
reconnoiffance & une entiere docilité.
L'Ouvrage entier traduit compofera neuf
volumes in quarto . On délivre préfentement
les deux premiers volumes ; les Tomes troifiéme
& quatrième paroîtront au premièr
Mars 1743. & chacune des années fuivantes
on donnera deux volumes , jufqu'à l'en-.
tiere confection de l'Ouvrage. On le trou
vera enrichi d'un Frontifpice , de plufieurs
Vignettes en taille douce , & de Cartes Géographiques
compofées fur l'Auteur même
dont l'exactitude eft univerfellement reconnuë.
›
A l'égard de la continuation que le Traducteur
fe propofe de donner depuis la mort
de Philipe II . où finit Ferreras , jufqu'à nos
jours quoi qu'il ait deffein de fuivre le même
ordre que l'Auteur , il fera fçavoir dans
fon tems par un fecond avis l'étenduë qu'il
aura été obligé de donner à ce morceau
d'Histoire , & la conduite qu'il aura tenue.
Il y indiquera aulli les fources où il aura puife
,les Ecrivains qu'il aura confultés , & les
fecours qu'on lui aura procurés, afin que l'on
E fi
1152 MERCURE
DE FRANCE
foit pleinement convaincu des foins qu'il aura
aportés pour éviter d'adopter des faits apocry
phes ou douteux que la Critique empêche de
recevoir , & pour démêler au contraire le
vrai d'avec le faux,& conferver à la vérité tout
fon prix & toute fa force au milieu des ténébres
, dont la malignité de quelques Ecrivains
a voulu l'obfcurcir.
CONDITIONS DES SOUSCRIPTIONS
.
On délivre préfentement les deux premiers .
volumes , & une promeffe de fournir les
deux volumes fuivans au premier Mars prochain
.
Les Soufcripteurs payeront pour chaque
voluine en blanc 8. liv . 10. f. ce qui fera pour
l'Ouvrage complet la fomme de 76. 1. 10. f.
SÇAVOIR ,
En recevanr préfentement les deux premiers
volumes on payera .
*
25. 1. 10. f.
En retirant les III. & IV. Vo- 17.
lumes
En retirant les V. & VI. vol 17.
En retirant pareillement les
VII. & VIII. 17.
Total 76. 1. 10. f..
De forte qu'il ne fera rien payé en retirant
le IX . Volume ; ainfi les Soufcripteurs ne ſe-'
ron
F
MAY. 1742.
1153
ront jamais en avance que d'un Volume.
A l'égard du grand papier , dont il n'exiſte
que 85. Exemplaires , on payera 15 liv. pour
chaque Volume , en fuivant les mêmes arrangemens
que pour le petit papier.
Ceux qui ne voudront pas foufcrire , payeront
11. liv. pour chaque Volume en petit
papier , & 20. liv . pour chaque Volume en
grand papier.
On ne recevra des Soufcriptions que juf
qu'au premier Octobre prochain .
PARABOLE EVANGELICE
• Myfteria ;
Miracula , & Documenta Chrifti. Colligebat
& ordinabat Jofephus Vallart , Presbyter
Ambianenfis in ufum puerorum Linguam
Latinam difcere incipientium. PARS PRIMA .
>
PARABOLA EVANGELICE. Myfteria Miracula
&c. Tomus II ibidem 1 vol. 8 °. Lutetia
Parifiorum , apud Philippum Nicolaum
Lottin , via San-Jacobaa , ad infigne Veritatis.
M. DCC. XLII .
Cet Ouvrage paroît devoir être d'une grande
utilité à ceux qui commencent l'Etude de la
Langue Latine. Il y a à la Tête une Préface
bien raiſonnée , & qui mérite d'être lûë en
entier.
HISTOIRE DE GUILLAUME LE CONQUEDuc
de Normandie , & Roy d'An-
RANT
E ij gleterre
,
1154 MERCURE DE FRANCE
gleterre , par M. l'Abbé P *** . Quatre Volumes
in- 12 . Le premier de 196. pages , fans
la Préface. Le fecond de pareil nombre Le
troiſième , de 382 , & le quatriéme de 426 ,
fans les Tables des Matiéres. A Paris , chés
Prault , fils , Quai de Conty , 1742.
On parlera de cet Ouvrage le plutôt qu'il
fera poffible.
LES DEUX DERNIERS VOLUMES de l'Hif
toire des Empires de M. l'Abbé Guyon paroiffent
depuis peu. Comme plufieurs Perfonnes
ont acquis les Volumes de ce livre , à
mefure qu'ils ont été imprimés , elles pourroient
être embaraffées de l'ordre qu'elles
doivent tenir dans la lecture de cet Ouvrage
; fur quoi les Libraires ont eru faire plaifir
au Public de donner l'Avis fuivant.
AVIS touchant les douze Volumes de
Hiftoire des Empires & des Républiques ,
depuis le Déluge jufqu'à J. C. par M. l'Abbé
Guyon.
L'Hiftoire des Empires & des Républiques
renferme séparément celles de toutes les Monarchies
Républiques qui fe font fuccedées
en cet ordre
I. L'Hiftoire des anciens Egyptiens , indépendans
de toutes les autres Nations , & qui
ont formé les premiers un Corps politique ,
eft renfermée dans le premier Volume.
II
M A Y.
1742. 1155
•
> II. L'Hiftoire de l'Afie vient enfuite , &
c'est le fecondVolume. Il commence par les
Affyriens. Après eux fuivent les Babyloniens,
qui les ont détrônés. Les Medes fuccéderent
à la puiffance des uns & des autres .
III. On fçait que l'Empire des Perfes les
abforba tous , & leur Hiftoire forme le troifiéme
Volume.
>
IV. Alexandre , Vainqueur des Perfes , mit
fin à leur Monarchie. L'Hiftoire de ce Conquérant
donne occafion de reprendre celle
des Macédoniens depuis fon origine. C'eſt le
quatrième Volume.
V. Les Conquêtes de ce Heros furent divifées
en quatre Monarchies compriſes en autant
de Volumes. 1 °. La fuite des Rois de
Macédoine , fucceffeurs d'Alexandre , cinquiéme
Volume. 2° . Les nouveaux Egyptiens
ou Ptolémées , fixième Volume. 3 ° . Les Syriens
ou Seleucides , feptiéme Volume. 4°. Les
Thraces & les Parthes , buitiéme Volume.
VI. Vient enfuite l'Hiftoire de la Grece ;
depuis fon origine jufqu'à prefent . Celle de
Lacédémone en deux Parties , eft renfermée.
dans les neuviéme & dixiéme Volumes .
VII. Les deux fuivans , onzième & douziéme
, contiennent l'Hiftoire d'Athénes , auffi
étenduë que la précédente.
Tel eft l'ordre des Volumes & de la lecture
de cet Ouvrage , qui fe trouve tout
E iij réüni
1156 MERCURE DE FRANCE
réüni fous un coup d'oeil dans les deux Cartes
Chronologiques , que l'on vend féparément.
Récapitulation de l'ordre des douze Volumes.
,
Tome I. Egyptiens. Tome II. Affyriens
Babyloniens & Medes. Tome III . Perfes
Tome IV. Macédoniens , premiere Partie
Tome V. Macédoniens , feconde Partie . Tóme
V. Macédoniens , feconde Partie . Tome VI.
Les Ptolémées . Tome VII . Les Seleucides.Tom .
VIII . Thraces & Parthes. Tome IX. Origine
de la Mithologie , Argos , Mycene , & Lacedémone
, premiere Partie. Tome X. Lacedé
mone ,feconde Partie . Tome XI . Thebes &
Athenes , premiere Partie. Tome XII . Athenes
,feconde Partie.
Cet Ouvrage ſe vend à Paris , ruë S. Jacq.
chés H. L. Guerin , à S. Thomas d'Aquin
J. Villette , à la Croix d'or , & à S. Bernard,
Ch.J.B. Delefpine, à la Victoire & au Palmier.
LE GEOGRAPHE METHODIQUE , ou Introduction
à la Géographie ancienne & moderne
, à la Chronologie , & à l'Hiftoire , avec,
un Effai fur l'Hiftoire de la Géographie , &
grand nombre de Cartes & de Figures , à
Pufage de M. le Comte de la Marche
par M. l'Abbé de Gourné , premiere Partie
A Paris , chés J. A. Rabinot , Libraire , fur
le
>
MAY. 1742 1157
le Quai des Auguftins , attenant les Enfeignes
du S. Efprit & du Compas. Prix 30. f.
broché
40 . > relié .
LES PSEAUMES dans l'Ordre Hiftorique ,
nouvellement traduits fur l'Hebreu , & inférés
dans l'Hiftoire de David , & dans les
autres Hiftoires de l'Ecriture Sainte , auxquelles
ils ont raport , avec des Argumens &
des Sommaires qui en marquent l'occafion
précife , & le Sujet , & des Prieres à li fin
de chaque Pleaume , tirées d'anciens Manufcrits
du Vatican , lefquelles en renferment
Pabregé , & en font recueillir le fruit. On y
a joint une Table Hiftorique & Géographique
, où l'on explique le nom des Lieux &
des Perfonnes dont il eft parlé dans les Pfeaumes
, & plufieurs autres Tables qui peuvent
rendre l'ufage de ce Livre plus commode &
plus utile. A Paris , chés J. B. La Mefle , le
Pere , ruë vieille Bouclerie , à la Minerve ,
1742. vol. in - 12 . de 524. pp . fans la Préface.
LIVRES IMPRIME'S
nouvellement
chés Briaffon , Libraire à Paris , rue Saint
Jacques , à la Science , & à l'Ange Gardien .
1741 .
Le Théatre Italien de Gherardi , ou Recueil
géneral de toutes les Comédies & Scénes
Françoifes , repréfentées par les Comé-
E iiij
diens
1158 MERCURE DE FRANCE
diens Italiens ( anciens ) du Rov , nouvelle
Edition très belle , avec les Airs gravés à
neuf, de même que les Figures à chaque
Comédie . 8 °. 6. vol. 1741 .
Traité Hiftorique & Critique de l'Opinion
, ou Mémoires pour fervir à l'Hiftoire
de l'efprit humain , nouvelle Edition , corrigée
, & tout-à- fait diférente des précédentes
, avec plus d'un quart d'augmentation
. 1.2 . 7. vol. Fig. 1741 .
Effai fur les Erreurs populaires , ou examen
de plufieurs opinions reçûes comme
vrayes , & qui font fauffes ou douteuses ,
traduit de l'Anglois de Th. Brown . 12.
2. vol.
,
Hiftoire Céleste ou Receuil de toutes
les Obfervations Aftronomiques faites par
ordre du Roy depuis 1666. avec un Dif
cours préliminaire fur le progrès de l'Aftronomie
, où l'on compare les plus récentes
Obfervations à celles qui ont été faites immédiatement
aprés la fondation de l'Obfervatoire
Royal . Par M. Le Monnier , de
l'Académie des Sciences , & c. 4°. Fig.
1741 .
Des Antiquités de la Nation & de la Monarchie
Françoife , par M. le Gendre de
Saint- Aubin , Auteur du Traité de l'Opinion.
4. 1741.
La Théorie Chymique de la Terre , fuivant
M A Y. 1742. 1159
vant les Principes de M. Herm . Boerhaave.
12. 1741 .
Hiftoire de la derniere Révolution de Perfe
, fuivie de l'Hiftoire de Thamas - Kouli
Kan , jusqu'à préfent. 12. 3 vol. 1741 .
Le Chevalier Bayard , Comédie Héroïque ,
par M. Autreau. 8° . 1741 .
Hiftoire des Découve tes & des Conquêtes
des Portugais dans le nouveau monde
par le Pere Laffiteau. 12. 4. vol. Paris , Fig.
1734.
Le même Libraire a reçû nouvellement les
Livres cy- après des Pays Etrangers.
Is. Newtonis Principia Philofophie Mathematica
, cum Commentario RR. PP. Jacquier
& le Sueur. 4°. Tom. 2. Geneva. 1741 .
Défenfe de la Religion contre les Athées
& les Deiftes , traduit de l'Ouvrage Anglois
de Burnet. 8 °. Tom. 3. La Haye 1742.
Inftructions pour les Mariniers , pour défalier
l'eau de la mer. 8°. 1740.
Fortification nouvelle , par P. Feffinger.
8°. Fig. La Haye 1739 :
Hiftoire des deux Triumvirats & d'Auguſte
, par M. de Larrey , nouvelle Edition.
I 2. 4. vol. 1741.
Ifm. Abulfeda de vita & geftis Mahommedis.
Fol. Oxoniæ 1739 .
Alta Canonizationis Sanctorum Pii V. An-
Area Avelini , Felicis à Cantalicia , &c. per
E v Cle1160
MERCURE DE FRANCE
Clementem XI. Fol . Fig. Roma . 1720 .
Alta quadam Ecclefia Ultrajectine & in
vindiciam ejus. 4° Haga. 1737.
Recueil de Lettres galantes en Profe & en
Vers, de Mad. de la Suze & de M. Peliſſon ,
nouvelle Edition , à laquelle on a joint plufieurs
Piéces. 12. 5. vol . Trevoux. 1741 .
Le Voyage de Bachaumont & de la Chapelle
. 12. 1741 .
Le Voyage de Siam , par M. l'Abbé de
Choify. 12. 1741
Abregé de l'effai fur l'Entendement Humain
de M. Locke , traduit de l'Anglois de
M. l'Evêque de faint Afaph , par M. Boffet.
12. 1740.
Les Hommes Illuftres , qui ont paru en
France , par Perraut. 8 °. 2. vol.
Ign. Agricolæ Hiftoria Societatis Jefu. Fol .
3. vol. Augufta 1727.
Adami Relatio Hiftorica de Pacificatione
Weftphalica , cum Notis. 4° Lipfiæ. 1737-
Henr . ab Alwoerden Hiftoria Mich . Serveti.
4°. Helmft. 1727.
Penfées diverfes du C. Oxenstiern . 12. 2.
vol. La Haye.
De la Vanité des Sciences , & de la prééminence
des femmes , par Agrippa , traduit
par Gueudeville. 12. 3. vol. Leyde .
Hiftoire des Révolutions d'Hongrie , dans
laquelle on donne une connoiffance de fon
gouver
MAY. 1161
1742.
gouvernement , avec les Mémoires du Prince
Ragotsky , & ceux de Betlem Nicklos 4°.
2. vol. ou in- 1 2. 6. vol. Fig . La Haye 1739 .
Job. Ammanni Icones & defcriptio Stirpium
rariorum in Imperio Rhutbeno ſponte provenientium.
4°. Fig . Petr. 1739.
Amoenitates Litteraria 8 ° . 14. vol. Vlma.
1730.
Valerii Andreæ & aliorum Bibliotheca Belgica,
feu notitia fcriptorum Belgorum, cum additionibus
fig. 4° . 2. vol. Bruff. 1739.
Analecta ex omni genere litterarum. 4°. 2 .
vol. Lipfie. 1725 .
Reflexions Morales de l'Empereur Marc-
Antonin , avec les Notes. 12. 2. vol. Amst.
1740 ..
Memoires du XVIII . Siècle , par Lamberty.
4°. Tom. 13 & 14. Amft. 1740 .
Abregé de l'Hiftoire Romaine par Demandes
& Réponſes 8 ° . Bruff. 1739 .
Jo. Do Santorini Obfervationes Anatomica
4. Fig. Lugd Bat. 1739 .
Memoires pour fervir à l'Hiftoire de M. le
Tellier de Louvois . 8 °. Amft. 1740.
Traité de la Communication des Maladies
avec les Paffions. 8. La Haye 1739 .
Expedition de trois Vaiffeaux envoyés par
la Compagnie des Indes à la découverte des
Terres Auftrales. 8 °. 2. vol. La Haye 1738.
Lettres fur les Hollandois & fur la Hol-
E
VI
lande ,
1162 MERCURE DE FRANCE:
lande , ancienne & moderne , par la Barre
de Beaumarchais. 8 °. 3. parties La Haye.
1739 .
M. Ang. Andrioli de febribus & morbis
acutis. Fol. Venet. 1711.
Appollonii Pergai Conicorum Lib. VIII.
cum notis. Fol. Oxonie 1710.
Archetypus totius Medicina . Fol. Francofurti.
1737
Arfenal de Chirurgie de J. Schultet , avec
une Differtation nouvelle fur les Monftres
4°. Fig. Lyon 1710.
J. D. Cofchwitz organifmus & mechanifmus
in homine vivo. 4 °. Lipfia 1725 .
Th. Crufii Mifcellanea Silefiaca. 8°. Lipfia.
1722.
Curiofitates Philofophica , feu de Principiis
rerum naturalium. 4. Fig. Londini . 1713 .
Dante della volgar Eloquenza. Fol . Venetiis.
Defirant Concilium Pietatis. 4°. 3. vok.
Roma. 1720.
Ejufdem Auguftinus Vindicatus. 4°. 4•
vol. Reme. 1721 .
Euftathius in Homerum , grec . & lat. Interprete
Al. Poleno . Fol. 3. vol. Florentia.
1732.
Lud. El Dupin , de Veritate. 8 ° . Colon.
1737.
Traité de l'Education , avec des Fables &
des Fig. 12. 2. vol . Amft. 1716.
Toba
MAY. 1163 1742
Tob. Echardi Teftimonia veterum de Chrifto.
4°. Quedl. 1725.
Les Memoires du Marquis Maffei , écrits
par lui - même . 8 °. 2 vol. 1740 .
vel
Bullarii Magni continuatio , que fuplementi
loco fit precedentibus Editionibus Romanis ,
Lugdunenfibus : Accedunt prout in Editione
Romana eorum Pontificum vite quorum bulle
bic recens prodeunt , cum rubricis , fummariis
fcholiis & Indicibus. Fol. 8 ° . vol. Luxemb.
On avertit le Public que les Buftes antiques
, les Statues & autres Ouvrages
de ce
genre , qu'avoit raffemblés feu M. le Cardinal
de Polignac, font actuellement en vente .
On diftribue dans fon Hôtel , ruë de Varenne
, Fauxbourg S. Germain , & chés J. B.
Coignard , Imprimeur , rue S. Jacques , un
Ecrir imprimé , qui en contient le détail . Il
eft intitulé :
ETAT ET DESCRIPTION des Statuës, tant
Coloffales , que de grandeur naturelle , & de
demie. Nature , Bultes grands , moyens , &
demi Buftes , Bas- Reliefs de differentes efpeces
, Urnes , Colomnes , Infcriptions , & auties
Ouvrages antiques , tant Grecs que Ro
mains , trouvés à Rome , affemblés & aportés
en France par feu M. le Cardinal de Polignac
, à vendre en total ou par parties , dans
Les tems quiferont indiqués , 1742.
Le
1164 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Martrot , Libraire à Dijon , vient
de mettre en vente la Bibliothéque des Auteurs
de Bourgogne , Euvre Pofthume de M.
l'Abbé Papillon , Chanoine de la Chapelle
au Riche de Dijon , vûë & augmentée par
M. l'Abbé Joly, Chanoine de la même Egli .
fe. 2. volumes in folio. 1742. Le prix eft de
20. livres en feuilles .
On trouve chés le même Libraire les Eloges
de quelques Auteurs François , compofés
par M. l'Abbé Joly . 1. vol. in-8 °. 1742 ,
Ces deux Livres fe vendent à Paris , chés
la veuve Ganeau , aux Armes de Dombes.
Le nom de ces deux Auteurs , fort connus
dans la République des Lettres , doit
donner une idée avantageufe de ces deux
Ouvrages .
On écrit de Dijon que le premier Volume
in-folio da Commentaire de M. le Préſident
Bouhier , de l'Académie Françoiſe , fur la
Coûtume de Bourgogne , paroîtra au mois
de Juillet prochain , & qu'on imprime actuellement
à Paris , chés Coignard , la Traduction
en Vers François du IV . Livre de
l'Eneïde , avec plufieurs autres Traductions.
Le premier Volume du Recueil des Statuës
, Buftes , & Bas- Reliefs antiques , qui
font à Venife , dans les Lieux publics de
cette
MAY . 1742 : 1169
cette fameufe Ville , & en particulier dans
le Salon qui précede la Bibliothèque de Saint
Marc, a paru à Venife l'année derniere fous le
Titre deMUSEO DELLE STATUE VENEZIANE
&c. 1. vol. fol . forme d' Atlas , & on vient
d'en recevoir à Paris des Exemplaires , qui
confirment la bonne opinion qu'on avoit
conçû de cette Entreprife auffi curieufe
qu'intéreffante. On doit cet Ouvrage à Mrs
Zanetti , qui fe diftinguent depuis long tems
par leur goût & par leur intelligence dans
les Arts qui dépendent du Deffein . Ils ont
deffiné toutes ces précieufes Sculptures avec
grand foin , & ils les ont fait graver au burin
par les plus habiles Graveurs qui foient à
Venife , principalement par le fameux Falloni.
Ces Graveurs ont renouvellé la maniere
de Mellan , à une feule Taille , & en cela
ils ont agi très-fagement ; car cette maniere
eft plus propre que toute autre pour repréfenter
des objets , tels que le Marbre blanc
dont les Ombres doivent être très - vagues .
On fait avec quel fuccès Mellan s'en étoit
fervi lui même , lorfqu'il grava pour le Roy
les Statues & Buftes antiques de S. M.
A l'égard de celles de Venife , que contient
ce Recueil , elles ont un mérite particulier
: c'eft que, connues & eftimées de tous
les fçavans Antiquaires , aucune n'avoit encore
été donnée au Public. Ce premier Vo
Jame
1166 MERCURE DE FRANCE.
lume contient cinquante Statuës , Buftes &
Bas- Reliefs . Le fecond , qui paroîtra inceffamment
, en contiendra autant .
de
On trouve dans le premier ces quatre fameux
Chevaux de Bronze doré , tranſportés
Conftantinople à Venife , lors de la prife
de C. P. par les Venitiens , & qui font placés
au - deffus du Frontifpice de l'Eglife de
S. Marc. Ce font les plus beaux Chevaux
qui nous reftent de l'Antiquité.
Chaque Planche eft fuivie d'une feuille
de Difcours imprimé , & renfermé dans une
bordure d'ornement , gravée en cuivre , à
l'imitation de la belle Hiftoire de Louis XIV,
par Médailles . Ces Difcours remplis d'une
grande érudition font de la compofition de
plufieurs Sçavans d'Italie , entre lefquels on
diftingue Mrs Zeno de Venife , Gori de Flo
rence , Volpi de Padouë , Georgi de Rome ,
& Olivieri de Pefaro
On peut dire que peu d'Ouvrages de cette
efpece ont été autant accueillis que celui - ci.
On en a d'abord propofé trois cent Exemplaires
par foufcription , qui ont été enlevés
en peu de tems. Le prix pour les Soufcripreurs
eft de 18. Sequins ou 132. livres de
France , dont on paye deux tiers en recevant
le premier Volum , & le tiers reſtant ,
fors qu'on recevra le fecond Volume . Ceux
qui voudront foufcrire pourront s'adreffer à
Paris ,
MAY. 17420 1167
Paris , chés Pierre Jean Mariette , Libraire,
ruë S. Jacques , aux Colomnes d'Hercule :
mais il faut fe preffer ; car à peine lui reftet'il
quelques - unes des Soufcriptions qu'on
lui avoit envoyées de Venife.
On aura ainfi infenfiblement tout ce qu'il
y a de fameux en fait de Sculptures Antiques
Italiques : on a le MufeumFlorentinum ,
voici le Mufen Veneto , & on aura dans peu
le Muſeum Capitolinum. Cela , joint à la Gallerie
Juftinienne , & à la fuite des Statues de
Rome , avec les Explications de Maffei ,
fait une fuite auffi magnifique que fingu
liete.
>
On trouve auffi chés le même M. Mariette
une Suite de VûES des Endroits
Les plus remarquables de Venise en 18.
grandes Piéces , & un grand Plan Géométral
de Venife , levé avec beaucoup de précifion.
Ces Vues ont été gravées par Michel
Mariefchi , fameux Peintre de Vûes à Venife
, d'après fes propres Tableaux . Son Por
trait eft à la tête de cette Suite .
LE PASTEUR des Ames , où il eſt d'abord
traité de la dignité & des périls de la Charge
paftorale , enfuite de ce qu'un Paſteur doit à
Dicu , à foi - même , & aux Ames dont il eft
chargé , tiré de la doctrine des Saintes Ecritures
, & de l'autorité des Peres de l'Eglife ,
com:
1168 MERCURE DE FRANCE
compofé en Latin , & dédié à S. Charles
Borromée par le Docteur Charles André
Baffo , de la Congrégation des Oblats de
S. Ambroife , & Prevôt du Bourg de Treffe,
traduit en François par M. J. L. C. Curé
de S...... 3. vol . in- 8 ° . à Toulouse , chés
Jean- François Forest, Libraire, ruë de la Porterie
, près S. Romé . 1740 .
De Modene , M. Muratori continuë fa
grande Entreprise d'un Recueil géneral des
Ecrivains Hiftoriques d'Italie . Nous en fommes
à fon XIII. Volume , qui eft en partie
rempli par l'Histoire Florentine de Jean Villani
, laquelle eft fuivie d'une Hiftoire de Sicile
, qui commence à la mort de l'Empereur
Fréderic II. arrivée en 1250. & finit en
l'année 1294. par Barthelemi de Néocaftro ,
Jurifconfulte de Meffine ; d'une Vie de Nicolas
Acciaioli , Florentin , Grand Sénechal
de la Pouille , écrite par Mathieu Palmerio
Florentin ; & d'un fragment de l'Histoire
de Vicence , par Conforto Pulce , Vicentin .
Ces trois Ouvrages n'avoient jamais été publiés.
De Rome. Le fecond volume de la belle
Edition des Oeuvres de S. Ephrem e n yriaque
& en Latin , entrepriſe fous les aufpices
& fous les yeux du fçavant Cardinal Quirini
continu
<
MAY. 1742. 1169
continuë de fe débiter , & le R. P. Benedetti
, Jefuite Syrien , continue fes foins &
fon aplication infatigable , pour la perfection
& l'entiere confommation de ce grand Ouvrage
, qui contiendra VI . vol. in fol. Celui
dont nous parlons , & qui eft le III . dans.
l'ordre général , fe trouva en état de paroître
dans le tems que le S. Siége fut rempli
par le fçavant Pontife qui gouverne aujourd'hui
l'Eglife. Circonftance , qui n'eft pas
oubliée dans l'Epître Dédicatoire du Cardinal
Quirini à Sa Sainteté. Après cette Epître ,
fuit celle du P. Benedetti au' Cardinal , toute
prife du fond de fon fujet , & auffi inftructive
qu'édifiante. En procurant au Public les
excellens Ouvrages de S. Ephrem , l'Eglife
acquiert, dit il , un témoin fidéle & refpectable
de tous les Points de la Doctrine Catholique
; & qui n'admireroit , ajoûte - t'il , que
ce Saint Solitaire , dont la Patrie étoit audelà
de l'Euphrate , parle comme s'il avoit
été élevé & inftruit fur les bords du Ty
bre ? & c.
Nous avons oublié de dire en fon
lieu , que Meffieurs les Profeffeurs du College
Royal ayant repris leurs exercices
après la quinzaine de Pâques , il y a eu un
nouveau Programme imprimé fur ce ſujet
pareil à peu près à celui dont nous avons
donné
T10 MERCURE DE FRANCE
donné l'Extrait dans les Nouvelles Littérai
res du premier vol. du mois de Decembre
dernier. Nous devons ajoûter que la faute
qui s'étoit gliffée dans le premier Progamme
, dont nous avons averti dans le Mercure
de Fevrier fuivant , ne doit en aucune
façon être attribuée au Maître Imprimeur du
Programme. C'eft lui au contraire qui s'en.
eft aperçu le premier , & qui a eû foin de
faire imprimer dans le fecond Programme
l'article en queftion avec toute l'exactitude
convenable.
EXTRAIT d'un Mémoire lû par M.
Duhamel Dumonceau , à l'Affemblée publique
de l'Académie des Sciences , le Mercredi
4. Avril dernier , qui avoit pour Titre:
Sur le Dévélopement & la Cruë des Os
des Animaux.
L
,
Es Os des Animaux paroiffent roides &
incapables d'extenfion ils croiffent
néanmoins , & l'Os qui dans l'Enfant avoit
au plus 6 pouces de longueur , a 15 ou 18
pouces de long dans l'adulte. C'eft le méchanifme
de ce dévelopement , que M. Duhamel
explique , non par des Supofitions
mais par des Obfervations & des Expériences
.
On
MAY 1742 1171
On fe fouviendra que nous avons donné
en fon tems l'Extrait d'un Mémoire que le
même Auteur lût à l'Académie l'année derniere
fur la réunion des fractures des. Os.
On fe fouviendra qu'il prouva par quantité
d'Expériences que le Cal qui opére cette
réunion , n'eft pas produit , comme on le
croyoit , par un épanchement d'un fuc offeux
, mais qu'on en eft redevable à l'épaiffiffement
& à l'offification de plufieurs Lammes
du Perioft , qui forment une efpece de
Virolle offeufe , laquelle affujetit les bouts
d'Os rompus . Il fit voir que les Lammes
du Perioft , qui étoient d'abord membraneufes
, devenoient enfuite cartilagineufes
& qu'elles acquéroient la dureté des Os.
Si on fe fouvient encore de la comparaifon
que M. Duh. fit entre la réunion des
playes des Arbres , & celle des Os , on fe
doutera bien qu'il y a beaucoup de raport
entre la Cruë des Os dans l'Animal , & celle
du corps ligneux dans les Végétaux. C'eſt
auffi à cette conféquence que l'ont conduit
fes Expériences qui s'accordent toutes , pour
établir une Analogie admirable entre le Végétal
& l'Animal . Ce qu'il fe propofe dans
fon Mémoire , fe réduit donc à établir cette
Analogic,
Il commence par comparer l'Os d'un
Adulte , tel qu'on le tire d'un Animal , avec
une branche d'arbre. Les
7172 MERCURE DE FRANCE
Les Os , dit - il , font envelopés par une
Membrane qu'on nomme le Perioft , & le
corps ligneux des arbres l'eft par l'écorce.
Nous ne fuivrons point notie Auteur dans
la comparaifon qu'il fait entre ces deux efpeces
d'envelopes , qui lui donne lieu de
raporter plufieurs nouvelles Obfervations
tant fur l'écorce que fur le Perioft.
•
Il compare enfuite la Texture du bois
avec celle des Os , & il entre dans des détails
que nous fuprimons", nous contentant
de faire remarquer qu'un Tronc d'arbre &
un Os font formés par un nombre de Couches
qui s'envelopent les unes les autres ;
que dans l'Arbre , comme dans l'Os , ces
Couches font formées par des faiſceaux de
Fibres , qui forment une efpece de rainure ;
que les Os ont leurs pores comme le bois a
les fiens , & c.
Les Obfervations qu'on peut faire fur les
Arbres & fur les Os déja formés , ( dit M.
Duh. ) établiffent donc l'Analogie qu'on
avoit mife en queſtion ; mais ce pourroit
être là le terme de leur reffemblance , & il
ne s'enfuit point du tout que les Os croiffent
comme les Arbres ; c'eft cependant ce qu'il
faut prouver & c ; & pour y parvenir , M.
Duh... raporte l'Expérience fuivante , qui
prouve , que tant que toutes les parties de la
Tige d'un jeune Arbre font herbacées , cette
Tige
MAY. 1742.
1173
Tige s'étend dans toute la longueur , mais
que cette proprieté de s'étendre diminue , à
mefure que le corps ligneux fe forme dans
'intérieur , & qu'elle ceffe entiérement
quand le corps ligneux eft une fois bien
formé .
"9
» Je mets , dit notre Académicien , un
» Maron d'Inde en terre : Quelque tems
après , & auffi - tôt que fa Tige s'eft élevée
» de deux pouces au - deffus du Terrain , je
la divife de lignes en lignes , & je marque
» les divifions avec du vernis coloré. Je
» laiffe profiter mon Arbre , & j'obferve que
» toutes les marques que j'ai faites fur la
Tige , s'écartent les unes des autres : Je
» fends alors la Tige d'un autre Marontier
» de même âge , & je reconnois que fa Tige
eft dans toure fa longueur , tendre , fuccu-
» lente & herbacée. Je reviens quelque tems
après examiner mon jeune Maronier marqué
, & je trouve que les divifions , qui
» font les plus proches des racines , ne s'é-
» cartent plus guére , pendant que celles qui
» font à l'extrémité fupérieure , continuent à
» s'écarter beaucoup . Je cherche encore dans
» un autre Maronier de même âge , à con-
» noître ce qui fe paffe fous l'écorce , & j'a-
" perçois que l'intérieur de ce jeune Arbre
» commence à s'endurcir en bois , feule-
» ment vers le pied , précisément à la partie
>>
99
❞ où
174 MERCURE DE FRANCE
» où les divifions ne s'écartoient plus guére
les unes des autres . Enfin il vient un tems
» où le bois eft entiérement formé fous l'é-
• corce , & alors les marques ne s'écartent
plus ; il n'y a plus aucun allongement.
M. Duh...examine enfuite ce qui fe paffe
à l'égard des Os , & il trouve précisément la
même choſe.
Si l'on pique avec une aiguille la jambe
d'un Poulet qui ne fait que d'éclore , ou d'un
Agneau qui vient de naître , & qu'on tuë
quelque tems après ces animaux pour examiner
l'Os de cette partie , on trouve les impreffions
des piquûres écartées les unes des
autres. Si on fait cette même Expérience fur
des animaux qui ayent acquis plus de la moitié
de leur grandeur , les impreffions qui font
à la partie moyenne de leurs Os , qui eft
l'endroit qui s'endurcit le premier , ne s'écartent
plus ; mais l'extenfion continuë vers
les extrémités . Enfin quand l'animal eft parvenu
à la grandeur où il doit refter les piquûres
ne s'éloignent plus les unes des autres
, d'où on doit conclure que la Cruë des
Os , ou l'extenfion des parties qui les doivent
former , fe fait en raifon contraire du
progrès de l'endurciffement .
Après que M. Duh... a prouvé que le
corps ligneux une fois bien endurci en bois ,
ne s'étend plus en longueur , voici comment
il
MA Y. 1742 . 1175
il s'eft affuré qu'il ceffoit auffi de s'étendre en
groffeur.
Dans le tems de la Séve , il leva un anneau
d'écorce tout autour de la Tige d'un jeune
Arbre : tout de fuite il prit avec un Compas
d'épaiffeur la groffeur du Cilindre ligneux
qu'il avoit découvert , & il entoura vîte ce
Cylindre de bois d'un Fil de cuivre affés délié
, qu'il tortilla pour en faire un anneau
qui devoit fervir à reconnoître la Couche ligneufe
qui avoit été découverte : le Fil de
Laiton refta là ; on remit l'écorce à fa place ,
elle s'y greffa ; l'arbre profita comme les autres
, & au bout de quelques années , quand
l'arbre eut beaucoup augmenté de groffeur
M Duh.... le fcia vis- à-vis de l'endroit où
il avoit laiffé le Fil de Laiton , & il reconnut
que la partie du corps ligneux , qui étoit
renfermée par le Fil de Laiton , n'avoit pas
augmenté de groffeur. Ainfi , quand une fois
le corps ligneux eft forme , il ne s'étend plus
en groffeur , & l'on fçait que cette augmentation
fe fait par les couches intérieures de
l'écorce , qu'on apelle le Liber , qui s'attachent
à l'Obier , pendant qu'à la partie extérieure
de l'écorce , il fe dévelope des Couches
herbacées , qui tiennent lieu de celles
qui fe font converties en Bois.
En eft il de même , dit notre Academicien
, à l'égard des Os ? Pour le reconnoî-
F
tre ,
1176 MERCURE DE FRANCE
tre , il ſe propofa de faire fur les Os des animaux
vivans , la même Expérience qui lui
avoir fi- bien réuffi fur les jeunes Arbres dont
on vient de parler. Il effaya donc d'entourer
POs de l'aîle d'un Pigeoneau avec un fil
d'argent , comme il avoit entouré le Cilndre
de bois , découvert de fon écorce avec
un fil de Laiton .
Après plufieurs tentatives inutiles , il réuffit
à paffer fon fil d'argent fous les tendons.
& à en former un anneau qui renfermoit
POs du jeune animal ; mais il auroit fallu
paffer le fil d'Argent immédiatement fur l'Os
& fous le Périoft ; c'eft ce qu'il ne put exécuter
: ainfi l'organe qui , felon M. Duh..
doit former l'augmentation de groffeur de
l'Os , étoit renfermé par le fil d'Argent , &
les chofes étoient précisément dans le même
état où feroit un jeune Arbre qu'on auroit envelopé
par deffus fon écorce avec un anneau
de fil de Laiton; & quand on tua ce Pigoneau
au bout de 20 jours , on vit que l'Os n'avoit
pas pris de groffeur vis-à-vis l'anneau
de fil d'Argent ; mais il s'étoit formé aux
deux côtés des bourlets , comme il arrive
à un Arbre qu'on a entouré par deffus fon
écorce avec un anneau de fil - de - fer.
Cette Expérience , dit M. Duh.... . établit
encore l'analogie qui fait l'objet de ce Mémoire.
Mais pour prouver inconteftablement
que
MAY. 1742.
1177
que les Os augmentent de groffeur par les
Couches du Périoft qui s'endurciffent, & qui
s'attachent aux Lammes offeufes déja formées
, il faut fe rapeller les Expériences que
M. Duh... a raportées dans fon Mémoire
fur les Fractures.
Toutes ces Expériences , dit enfuite M.
» Duh... me paroiffent décifives , & je crois
» qu'on ne peut s'empêcher d'avouer que les
» os croiffent dans les Animaux par un Mé-
» chaniſme très - femblable à celui que la Na-
» ture obferve pour la Crue du corps li
» gneux néanmoins , comme on ne peut
» jamais raffembler trop de preuves , quand
» on entreprend d'établir un fentiment nou-
» veau , qui détruit les idées auxquelles on
» eft accoûtumé depuis long - tems , j'en
» cherchois par tout , lorfque je me reflou-
» vins d'une Expérience que j'ai raportée
» dans mon Mémoire fur la coloration des
Os des Animaux vivans , par la Rucine de
Garence.
" J'ai dit dans ce Mémoire , ( c'est tou-
» jours M. Duh.... qui parle . ) qu'ayant
» nourri pendant quelque tems de jeunes
" Poulets avec de la pâtée, où je mettois de
la Racine de Garence en poudre , leurs
» Os étoient devenus fort rouges , mais
que
» les ayant remis à la nourriture ordinire
» pendant quelques mois , cette couleur
Fij » avoit
1178 MERCURE DE FRANCE
"
» avoit difparu. Je croyois alors que les par
» ties colorantes de la Garence s'étoient
diffipées , car je n'en fçavois pas affés fur
la Crue des Os pour penfer autrement ;
» mais ayant reconnu par les Expériences
» que je viens de raporter , que les Os augmentent
en groffeur , par les Couches qui
fe détachent du Perioft , je foupçonnai
que les parties colorantes de la Garence
» pourroient bien être reftées adhérentes aux
" Os de mes Poulets , & que fi on ne les
apercevoit plus à lafuperficie de leurs Os ,
" c'étoit parce que les couches rouges étoient
» recouvertes par des couches blanches qui
» s'étoient formées depuis la ceffation de l'u
fage de la Garence .
99
وو
On fent bien quel avantage M. Duh...
devoit retirer de cette Expérience , fi la
chofe fe trouvoit telle qu'il la foupçonnoit
& quelle impatience il avoit de s'en affûrer.
Trois Cochons furent deftinés à éclaircir
fes doutes.
Le premier , qui étoit âgé de fix femaines ,
fut nourri pendant un mois avec la nourriture
ordinaire , dans laquelle on mettoit tous
les jours une once de Garence- grappe ; au
bout du mois on fuprima la Garence , &
l'ayant nourri à l'ordinaire pendant un mois¸
on le tua.
M. Duh... fçia tranfverfalement les Os
des
MAY. 1742. 1179
des Cuiffes & des Jambes de ce Cochon ,
& il s'affûra qu'il avoit bien prévu ce qui
devoit arriver .
La Moëlle étoit environnée par une Couche
d'Os blanc affés épaiffe : c'étoit - là la
portion d'Os qui s'étoit formée pendant les
fix femaines que ce Cochon avoit vécu d'abord
fans Garence.
Ce Cercle d'Os blanc étoit environné par
une Couche auffi épaiffe d'Os rouge : c'étoit
la portion d'Os qui s'étoit formée pendant
l'ufage de la Garence.
Enfin cette Zone rouge étoit recouverte
par une Couche affés épaiffe d'Os blanc : c'étoit
la Couche d'Os qui s'étoit formée , depuis
qu'on avoit retranché la Garence à cet
Animal.
Nous fuprimons l'Hiftoire des deux autres
Cochons : il fuffit de fçavoir que les Os du
fecond avoient alternativement deux Couches
blanches & deux Couches rouges ; &
ceux du troifiéme , trois Couches blanches
& deux Couches rouges.
Peut-on rien défirer de plus fatisfaisant
que cette Expérience ? Il n'y a qu'à fcier les
Os en differens fens pour fuivre pied à pied
leur progrès , tant en longueur qu'en groffeur.
Cet examen qu'on fe doute bien que M.
Duh... a ſuivi avec éxactitude , n'a fait que le
confirmer dans les idées qu'il avoit conçues
Fij fur
1180 MERCURE DE FRANCE
fur la crue des Os , par le travail qui l'avoit
précedé ; mais cette injection qui fe fait par
la voie des alimens , lui a apris bien d'autres
choſes ; elle lui a fait connoître trèspofitivement
le progrès de l'Offification dans
les différens Os , & relativement aux différens
âges ; elle l'a mis à portée de rendre raifon
de la difpofition des Lammes offeufes
telles qu'elles font décrites par les plus illuftres
Anatomiftes ; elle lui a fait naître des
idées bien differentes de celles qu'on peut
prendre dans les Auteurs fur les maladies
des Os , & fur la formation des envelopes
dures des Cruftafes ; mais M. Duh... fe réſerve
de traiter toutes ces chofes dans d'autres
Differtations , & il finit par une Récapitulation
qui donne une idée très - claire de la
crue des Arbres , & dans laquelle on voit
les differens points d'Analogie qui ont été
prouvés dans le Corps du Mémoire.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences , pour l'année 1744.
F5
Eu M. Rouillé de Mefly , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
de fein de contribuer au progrès des Sciences , & à
P'utilité que le Public en pouvoit retirer , a legué à
P'Académie Royale des Sciences un fonds pour deux
Prix , qui feront diftribués à ceux qui , au jugement
de cette Compagnie , auront le mieux réuffi fur
deux differentes fortes de Sujets , qu'il a indiqués.
dans
MAY . 1742. 1181
dans fon Teftament , & dont il a donné des exem
ples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Systême
géneral du Monde , & l'aftronomie Phyfique.
Ce Prix devroit être de 2000 livres , aux termes
du Teftament , & le diftribuer tous les ans . Mais la
diminution des Rentes a obligé de ne le donner
que tous les deux ans , afin de le rendre plus confiderable
, & il fera de 2500. livres .
Les Sujets du fecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de 2000. livres .
Quoique parmi les Piéces qui ont été envoyées
pour concourir au Prix de 1742. fur la Queftion de
l'Aiman , il y en ait quelques unes qui paroiffent
avoir été faites par des perfonnes fçavantes , on n'y
a rien trouvé cependant d'affés précis & d'affés clair
Pour les couronner. L'Académie a donc jugé devoir
propofer le mêine Sujet pour l'année 1744 fçavoir,
L'explication de lAttraction de l'Aiman avec le Fer,
la direction de l'Aiguille aimantée vers le Nord , fa
Deciinaifon &fon Inclinaiſon.
Le Prix fera double , c'eſt à - dire , de rooo. livres
, fuivant les difpofitions de M. de Meflay.
Les Sçavans de toutes les Nations , font invités à
travailler fur ce Sujet , & même les Affociés Etrangers
de l'Académie . Elle s'eft fait la loi d'exclure
les Académiciens regnicoles de prétendre aux Prix.
Ceux qui compoferont , font invités à écrire en
François ou en Latin, mais fans aucune obligation .
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils voudront ,
& P'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles ,
furtout quand il y aura des Calculs d'Algebre .
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages,
Fiiij. mais
182 MERCURE DE FRANCE
mais feulement une Sentence ou Devife . Ils pourront
, s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un Billet
féparé & cacheté par eux , où feront avec cette
même Sentence , leur nom , leurs qualités & leur
adreffe , & ce Billet ne fera ouvert par l'Académie ,
qu'en cas que la Piéce ait remporté le Prix .
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs Ouvrages à Paris au Sécretaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui feront remettre entre les
mains, Dans ce ſecond cas , le Sécretaire en donnera
en même tems à celui qui les lui aura remis , fon
Récepiffé , où fera marquée la Sentence de l'Ouvrage
& fon numero , felon l'ordre ou le tems dans
lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au premier
Septembre 1743. exclufivement .
L'Académie à fon Aflemblée publique d'après Pâques
1744. proclamera la Pièce qui aura remporté
ce Prix .
S'il y a un Récepiffé du Sécretaire pour la Piéce
qui aura remporté le Prix , le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui lui raportera
ce Récepiffé . Il n'y aura à cela nulle autre
formalité.
S'il n'y a pas de Récepiffé du Sécretaire , le Tréforier
ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même, qui
fe fera connoître , ou au Porteur d'une Procuration
de fa part.
ESTAMPES NOUVELLES.
Nous avons annoncé dans le Mercure de May
de l'année derniere , une jolie Eftampe , qui repréfente
une diftribution de grains pour les differentes
Troupes de la Maifon du Roy , gravée par le fieur
le Bas , qui depuis ce tems - là a été reçû à l'Académie.
Nous
MAY. 1742. 1183
•
Nous nous faiſons un vrai plaifir d'annoncer préfentement
une feconde Eftampe , qui fert de Pendant
à la premiere , on y voit repréſenté , avec la
même intelligence , un Payſage d'un goût fingulier,
dont la principale partie eft occupée par des Tentes
que l'on voit dans un point oblique & fuyant ,
n'étant pas poffible de les rendre avec la même
grace dans un allignement de face , telles qu'elles
Le préfentent fur le terrain .
L'efpace du milieu paroît deftiné à camper une
Brigade des Gardes du Corps , les autres Brigades
font cenfées devoir être à droite & à gauche , on
découvre même le fommet des Canonieres voisines .
Sur la hauteur , à gauche & dans l'éloignement ,
on aperçoit une Garde de Cavalerie des mêmes
Troupes mêlées , qui acheve de fe pofter , & quelques
bagages de l'artillerie & des vivres , qui défilent
par les derrieres .
Sur le devant eft un Garde avec fès bettes , en
fentinelle à l'Etendart , qu'il croife , lelon l'ufage ,
avec fon épée nue ; les Timbales font à fes pieds ,
ce qui défigne la premiere Brigade ; un Moufquetaire
vient lui propofer d'eflayer du vin du Rhin ,
aporté au Camp par des Vivandieres Allemandes ,
qu'on voit dans un coin du Tableau , avec quelques
uftanciles pour les cuifines , &c.
L'autre côté , fur le devant , eft occupé par un
Joneftique du Moufquetaire , qui tient le cheval
de fon Maître , & celui d'un Gendarme de la Garde,
affis fur des facs de grain à la tête du Camp , avec
d'autres Gardes.
Tout le Sujet eft orné & varié , autant qu'il en
pouvoit être fufceptible ; on aperçoit dans le lointain
des valets qui menent des chevaux à l'abreuvoir
, d'autres qui remuënt la terre & la tranfpartent
hors du Camp avec des broüettes , quelques
E v Lavan
1184 MERCURE DE FRANCE
Lavandieres , des Barques chargées de fourage fur
la Riviere , un Trompette qui rentre à la quenë du
Camp , un Garde qui fait visiter le pied de fon
cheval , quelques chevaux au piquet , &c. Enfin
nous ne craignons pas d'affûrer que c'est une compofition
heureuſement imaginée , & qui , quoique
renfermée dans un très- petit efpace , ne laifle pas
d'être extrémement riche & amufante .
Il est bon d'obſerver que ces deux Morceaux ont
été gravés au Miroir , afin que les actions , le
port de l'épée , & les autres attitudes du Tableau
ne vinflent point du côté gauche dans la Gravure ,
ce qui fait un affujetiffement confidérable pour le
Graveur.
Ce Morceau est dédié , comme le premier , à M.
le Duc de Villeroy , Pair de France , Capitaine des
Gardes du Corps , & c . & fe trouve pareillement chés
le Sr le Bay , rue de la Harpe .
On diftribue depuis quelque tems chés M. Tardieu
, Graveur du Roy , rue S. Jacques , un Recueilde
40 Eftampes, qu'il a gravées d'après les Tableaux
de N. Dame & autres Eglifes de cette Ville , pour
le Bréviaire de Paris , in - 4° . en huit volumes , qui
vient de paroître ; elles font difpofées de façon qu'il
y en a cinq dans chaque Partie.
Ceux qui defireront un Recueil plus complet
en trouveront chés le même , de 120. Eftampes, ou
il y a des Sujets pour les Dimanches de l'Avent ,
du Carême & autres , & pour les principales Fêtes
de l'Année .
Ce Recueil fait partie d'un autre plus confidérable,
qui renferme les principaux Sujets de la Vie de J.C.
des Actes des Apôtres , de l'Apocalipfe & des Fête ,
de l'année , au nombre de 155. Sujets differens ,
propres à mettre dans des Nouveaux Teftamens &
autres Livres , in- 12 . & in-4.
La
MAY. 1742. 1185
Le même Graveur , a publié depuis peu fept
Eftampes fort bien gravées d'après les Tableaux
de plufieurs Peintres célebres , dans l'ordre qui
fuit .
1. S. Jean l'Evangelifte , d'après M. le Brun.
2. L'Adoration des Rois , de la Foffe.
3. La Naiflance de J. C. du même.
4. S. Grégoire le Grand. de Corneille l'aîné.
5. Repos de la Sainte Famille pendant la Fuite en
Egypte , de Boulogne.
6. S. Ambroife , du méme.
7. S. Jérôme , de Reftout.
Au bas de chaque Eftampe , il y a un Paffage de
P'Ecriture , ou de quelque Pere de l'Eglife .
Il paroît une autre nouvelle Eitampe en hauteur,
gravée par le fieur le Fevre , d'après le fieur Francifque.
Cette Eftampe eft intitulée le Peintre ; on
voit en effet un Peintre dans fon Attelier , qui
travaille d'après le Modéle . Elle fe vend ehés
Filleul. On lit des Vers au bas..
Le Sieur Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la
Couronne d'Epines près les Mathurins , continue
de graver la Suite des Portraits des Hommes Illuftres
du feu fieur Defrochers , Graveur du Roy ; ili
vient de mettre au jour les Portraits fuivans.
Mre FELIX ESNAULT , Docteur de Sorbonne ,
nommé à la Cure de S. Jean en Greve en 1712.
mort le premier Janvier 1742. peint par le Feve
gravé par Baour. On lit ces Vers au bas..
Ce Pafteur , en joignant l'exemple à la parole ,
En échauffant les coeurs , éclairoit les efprits ;
Ses Sermons n'avoienr rien d'une éloquence molle,,
Et la pieté même a dicté fes Ecrits.
E vj Sain
1186 MERCURE DE FRANCE
SAID ACHMET AGA MUTE FERRACA GUEDIKLI,
ZAÏM DE BOZIAZI , Fief du premier ordre , en
Afie , un des Grands Officiers , & Ecuyer de main de
Sa Hauteffe , & Grand Maréchal de l'Ambaſſade en
France.
PIERRE GOUDELIN, Poëte Gafcon né à Touloufe,
mort en 1649. gravé par François Baour , Touloufain
, deffiné par M. Defpats , d'après le Bufte de
M. Arcis , qui eft dans la Galerie des Illuftres de
l'Hôtel de Ville de Touloufe . On lit au bas dans
un Cartouche ces Vers Latins .
Mufarum , Godeline decus , fic ora ferebas ,
Lirida cum caneres , Berteriumque nemus ;
Non meliora tuis tentabit carmina Apollo ,
Tectosagum grato cum volet ore loqui .
Après les Vers Latins fuivent fix Vers Touloufains
, qui difent à peu près la même choſe .
ANTONIUS DE ALEGRIS , CORRIGIENSIS , natus
circ. ann . 1492. Obiit ann . 1534. 4° . Non . Martii
, &c .
Le même Graveur , dont le fonds eft préfentement
de près de fapt cent Portraits d'Homines Illuftres
, avertit le Public que l'on trouve chés lui
le Portrait du Pere de l'Ambaffadeur Turc , ceux
du Fils & du Gendre de cet Ambaffadeur & ceux
du Grand Seigneur , de Thamas Kouli Kan , Roy
de Perfe & de Mahomet , tous de la même
grandeur.
>
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
avec fuccès, chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes
IN
MAY. 1742. 1197
ruë d'Anjou ; il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur , ceux de
PHILIPE II. DIT AUGUSTE , XLI. Roy
de France , mort à Mantes le 14 Juillet 1223 .
après 43. ans de Regne , deffiné par A. Boizot , &
gravé par Pinffio.
LOUIS MAIMBOURG , Jéfuite , né à Nancy en
1610. mort à Paris le 13 : Août 1686. deffiné par
Nivelon & gravé par Fiquet.
NICOLAS BERNIER , Maître de Mufique , cidevant
de la Sainte Chapelle de Paris , enfuite de
La Chapelle du Roy , né à Mantes le 28. Juin 1664 .
mort à Paris le 8. Juillet 1734. peint par L. N. &
gravé par Fiquet .
MARIE- MAGDELEINE PIOCHE DE LA VERGNE ,
COMTESSE DE LA FAYETTE , morte à Paris en Mai
1693. peinte par Ferdinand & gravée par Et .
Feffard.
une
Le fieur Robert , Géographe ordinaire du Roy ,
Eleve & Légataire des fieu s Saufon , qui a déja
augmenté le fond de ces Illuftres Géographes de
plufieurs Cartes , vient d'en donner au Public
trois belles , fçavoir , un Empire Romain ,
France , & un Cours du Pô , depuis Milan jufqu'à
Ferrare. L'Empire Romain eft de deux grandes
feuilles avec des Tables, qui font voir l'origine de la
divifion de cet Empire , en Empire d'Occident &
d'Orient , fa divifion par Préfectures , Diocèles ,
Vicariats & Provinces, avec une colomne des noms
anciens , correfpondans aux noms modernes , pour
faire le paralelle de la Géographie ancienne avec
la moderne.
La France & les Pays circonvoifins juſqu'à l'étenduë
de l'ancienne Gaule , avec une Table qui indique
toutes les differentes divifions que l'on fait de
cette
1188 MERCURE DE FRANCE
;
cette Carte fçavoir trois divifions pour le ſpirituel,
une pour l'adminiſtration des Armes , une pour l'adminiftration
de la Juftice , trois pour les Finances ,
une pour le Département des Eaux & Forêts , une en
12. Gouvernemens Géneraux pour la tenue des
Etats , 7. pour la correfpondance avec l'ancienne
Gaule , & c. Cette Carte eft de même grandeur &
de même plan que les Cartes de l'ancienne Gaule
& de la premiere Race de nos Rois , données au
Public par le même Auteur.
La Carte du Cours du Pô s'étend depuis Pavie
jufqu'à Ferrare , elle eft très - grande & très - détaillée
, elle comprend partie du Milanois , du Bergamafque
, du Breflan , du Véronois , du Vicentin , le-
Cremafco , le Crémonois , le Mantoian , partie.
des Duchés de Plaifance, de Parme , de Modene , &c .
L'Auteur demeure Quai de l'Horloge du Palais
, proche la ruë de Harlay.
Il paroît depuis peu une nouvelle Carte Hydrographique
, qui a pour titre CARTE réduite des
Mers comprises entre l'Afie & l'Amérique , apellées
par les Navigateurs Mer du Sud & Mer Pacifique ,
pour fervir aux Vaiffeaux du Roy , dreffée au Dépôt
des Cartes , Plans & Journaux de la Marine , par
ordre de M. le Comte de Maurepas . 1742 .
Cette Carte eft accompagnée d'un Mémoire de
10. pages in-4° qui rend compte des principales.
Remarques & Obfervations dont on s'eft fervi pour
fa conftruction , & qui fait voir les corrections importantes
qu'il étoit indifpenfable de faire fur les
Cartes Angloiles & Hollandoifes , que nous avons
de ces Mers . Ce Mémoire ek clair & précis , & répand
bien du jour fur plufieurs Endroits de ces
Mers , qui ont fait jufqu'ici l'embarras des meilleurs .
Géographes.
Ceft
MA Y. 1742 1189
C'eft la fuite d'un travail confidérable que l'on
a entrepris depuis quelques années dans ce Dépôt,
pour la perfection de l'Hydrographie & le bien de
la Navigation ; Ouvrage extrêmément utile , dont
on a déja plufieurs Morceaux & dont on doit foubaiter
la continuation .
On trouve ces Cartes chés M. Beliin , Ingénieur
de la Marine , ruë Bertin Poirée , attenant la Coupe
d'or , & chés le fieur Jallot , Géographe du Roy ,
fur le Quai & proche les Auguftins.
Il paroît actuellemet chés le fieur le Rouge , une
Carte de la Haute & Baffe Autriche , en deux feuilles
, fort détaillée , laquelle eft tirée fur celle de
Homann , qui eft très - cftimée , ayant été faite fur
les Lieux. On y remarque les Lignes & les Redoutes
faites par les François.
Autre Carte très curieufe & extrémement divifée
des Etats de la Maifon d'Autriche en Italie , ou
l'on diftingue le Milanois , le Mantoüan , le Duché
de Parme & de Plaisance .
On a pris foin de marquer dans la Carte de
Boheme les Quartiers des deux Armées. On trouve
ces differens Ouvrages chéz l'Auteur , Ingénieur
Géographe du Roy, rue des Grands Auguftins , visà-
vis le Panier fleuri , 1742.
Le fieur de Villeneuve , Maître de Mufique à Paris
, vient de mettre au jour un Divertidement qu'il·
a composé pour l'Ambaffadeur de Turquie , fur de
très jolies paroles de M. B .. à la glone du Roy,
du Grand Seigneur & de l'Ambaſſadeur , le tout
contenant une Ouverture , une Tempête , une Chaconne
, deux Marches , Pune Françoile & l'autre
Turque , des Arts de Violon de caractére , Air de
Trompette , Rigaudons, Menuets, Pallepieds, Arie
tes
1190 MERCURE DE FRANCE
tes chantantes , pour un Matelot & des Bergeres ,
Cantatille , Duo de Deffus & Baffe - Taille , trois
petits Récitatifs , deux Chours ; le tout de facite
exécution , & dans le bon goût , qu'on peut exécuter
avec cinq perfonnes feulement ; fçavoir , un
Deffus & une Baffe - Taille , deux Violons & un
Clavecin , ou Baffe - continue de Viole , ou Violoncel
; & pour les grands Concerts , on y joindra
les parties chantantes des Choeurs , Flutes , Hautbois
, Trompette , avec tous les Inftrumens convenables.
Ce Divertiffement ne dure qu'une demie
heure , & il est très gai . Il a été fort goûté
des François & même des Turcs , qui en ont entendu
l'exécution plufieurs fois . Le prix de ce
Divertiflement n'eft que de 3. livres 12. fols pour
la partition entiere , qui contient tout ; & fi l'on
fouhaite les Parties des Violons avec la Baffecontinue
gravées féparément , pour la plus grande
facilité de l'exécution , elles ne valent que 2 . livres
8. fols . On vend cet Ouvrage chés l'Auteur ,
ruë de Grenelle S. Honoré , à côté d'un Pâtiffier ,
chés la veuve Boivin , Marchande , ruë S. Honoré ,
à la Rege d'or , & chés le Sr le Clerc , Marchand ,
ruë du Roule , à la Croix d'or .
>
Le fieur le Menu de S. Philbert , avertit les Amateurs
de Mufique , qu'il vient de faire graver Hypomene
& Atalante , Cantatille , qui fera inceffamment
fuivie de l'Impatience ; il a donné précedemment
deux autres Cantatilles , intitulées Ariane &
la Vielle , avec deux Recueils d'Airs . Tous ces Ouvrages
fe trouvent à Paris , chés l'Auteur , ruë de la
Ferronnerie , & aux Adreffes ordinaires.
Jacques- François Blondel , Architecte aprouvé de
Mrs de l'Académie Royale d'Architecture , donne
avis
MAY. 1742 119
avis au Public , qu'attendu l'accueil favorable qu'il
a bien voulu faire à fon Traité de la Décoration
des Edifices modernes , mis au jour à Paris en 1739.
chés Charles -Antoine Jombert , Libraire , il va continuer
la troifiéme Partie de fon Traité , qu'il a pro
mis par Suplément , que cette occupation l'affujettiffant
à reſter chés lui , il y reçoit des Eleves , tant
Externes que Penfionnaires , pour leur enfeigner
P'Art d'Architecture , avec toutes les parties qui y
font relatives.
La grande quantité de Materiaux qu'il a amaffés
par le travail immenfe du Recueil des Bâtimens de
France , connû fous le nom d'Architecture Françoife
, mis au jour en quatre Volumes in-folio , chés
Jean Mariette , Libraire , lui fait efperer un fuccès
favorable pour l'éducation & l'avancement de ceux
qui voudront s'initier dans cet Art , foit pour ceux qui
voudront commencer d'étudier cete Science , ou pour
ceux qui en auront déja quelque teinture , ou d'autres
qui n'auront befoin que de quelques - unes
ces parties, pour parvenir à la Géométrie , au Def
fein en géneral , à la Sculpture , Gravûre , Peinture,
Maçonnerie , Coupe de pierres , Menuiferie, Charpenterie
, Serrurerie & autres ; pour cet effet il fe
propofe de former plufieurs Claffes , où entreront
ceux qui lui feront adreffés , felon leur deftination
& leur capacité.
de
Il donnera fes Leçons fur le Terrein une fois la
Semaine , tant pour aprendre la maniere de lever
les Plans , Elevations , Coupes & Profils des plus
grands Monumens & des Maifons particulieres ,
que pour amener fes Eleves à aprofondir par degrés
la connoiffance de la bonne Architecture , qui caractériſe
la plupart des Edifices qui décorent cette
Capitale de la France , en leur mettant fous les
yeux les Bâtimens les plus fimples & les faifant paffer
1192 MERCURE DE FRANCE
fer aux Hôtels les conduifant aux Palais des Grands,
eux Edifices publics , & principalement dans les
Maifons Royales , où nos plus habiles Architectes
ont épuité leur fçavoir .
Il efpere mettre fes Eleves en état au fortie
de cette Etude de mériter le titre d'Architectes
ou d'Entrepreneurs confommés dans la théorie
du Deflein & dans l'expérience de la conftruction
, felon les differens exercices de chaque Entreprife
particuliere , afin de parvenir , en les réuniffant,
à faire un tout bien concerté & tendre à la
perfection de cette Reine des Beaux -Arts , qui eft
le but principal de l'établiſſement de cette Ecole
des Arts.
Il demeure rue des Cordeliers , attenant la ruë de
la Comédie Françoife, dans la maifon de M. de Bo
lac > au premier étage.
Le Sr Reygniers , autrement nommé le Hollandois
, logé aux Galeries du Louvre , vient d'inventer
& exécuter un Fufil à deux coups , tournant qui
a la proprieté avantageufe , que le Chien fe rebande
lorfqu'on tourne les Canons pour tirer le ſecond
coup , ce que l'on defiroit depuis long tems . Ce
Fufil a été préfenté à l'Académie Royale des Sciences
, qui l'a aprouvé & qui a fait délivrer un Certificat
au Sr Reygniers , en ayant reconnu toute
P'utilité . Cette Arme a les avantages des Fufils à plattes
bandes , fans en avoir les inconvéniens, qui font,
1°. qu'on ne peut tirer jufte avec ces derniers, parce
que la vûë n'eft dirigée qu'entre les deux Canons.
2°. C'est que ces Canons ne peuvent être auffi
folides qu'il faudroit qu'ils le fuffent , parce que
le Fufil feroit trop large fi on leur donnoit leur
force convenable , & qu'étant brafés enſemble , ce
qui aigrit beaucoup le fer , ils font d'un très mauvais
MAY. 1193 1742
vais ufage & fujets à crever , & d'ailleurs , c'eft que
le C nonier a la facilité de cacher les défauts de
fon Canon fous la platte bande. 3 °. Un Chaffeur ,
qui a bandé les deux Chiens de fon Fufil pour tirer,
n'ayant eû occafion que de decharger un des Canons
, lorsqu'il veut le recharger , s'il n'a eû ſon
auparavant de mettre au repos le Chien qui n'avoit
pas tiré , il court rifque , en chargeant fon Fufil de
le faire partir. 4 ° . Comme les détentes font trèsproches
l'une de l'autre , il peut arriver qu'une perfonne
fort vive les faffe partir toutes deux en tirant
la premiere un peu fort , ce qui occafionneroit un
recule confidérable qui ne peut arriver aux Fufils
tournants , puifqu'il n'y en a qu'une . S'il arrivoir
par un cas extraordinaire , qu'un Canon de ceux ci
vint à crever , comme il n'y a que celui de deffus
qui tire , l'autre qui eft deffous garantiroit la main .
AVIS aux jeunes Gens de Famille , de
Bourgeois , d'Arts & Métiers.
M. le Chevalier de Luffan , Ingénieur , Directeur
de l'Ecole Militaire , établie à Paris , rue de l'Arbiefec
, par permiffion du Roy , fous la Protection
de Monfeigneur le Dauphin , ayant eû l'honneur
de lui préfenter le premier jour de cette année les
Eleves de cette Ecole , avec un Détachement des
Cadets , deftinés aux Etudes & aux Exercices , qui
font l'objet de l'E abliſſement , le Prince a bien voulu
agréer qu'on continuât de lever la Troupe fous
fon nom & qu'elle fût compofés de 200. jeunes
Gens , depuis l'âge de 12. ans jufqu'à celui de 18 .
pour être inftruits pendant deux ans dans les Mathématiques
, le - Deffein , l'Architecture Civile &
Militaire.
Ces Inftructions ont pour but de répandre dans
[Qus
1194 MERCURE DE FRANCE
telle
tous les Arts & Métiers cet efprit d'ordre & de juf
que donne la Géométrie , & de faire agir par
des principes certains ceux qui peuvent être doüés
du génie de l'invention ; or en y joignant encore
la maniere de réalifer & d'exécuter avec le Dellein
tout ce qui pourra être proposé à chacun dans fa
Profeffion , ne doit- on pas elperer de voir un jour
cette Jeunelle produire des hommes intelligens dans
les differens états qu'ils embrafferont !
Comme on fe propose d'être bien - tôt en état
d'aller faire l'Exercice & les Evolutions militaires
devant Monfeigneur le Dauphin , on donne avis à
la Jeunelle qui aura deffein d'entrer dans ce Corps,
dont le nombre auginente chaque jour , de venir
fe faire inferite inceflamment.
Les Cadets Dauphins feront habillés uniformes
d'un habit de drap blanc , le parement & le colet
bleu , avec un plumet bleu à leur chapeau , la
Cocarde bleue & blanche , le Ceinturon le
Fourniment & la Cartouche de même couleur
couleur aux Armes de Monfeigneur le Dauphin ,
Drapeaux , Tambours & Hautbois . Les Brigadiers
& fous- Brigadiers feront diftingués par un galon
d'or fur la manche ; à l'égard des Capitaines , Lieutenans
& Enfeignes , ils porteront l'uniforme des
Eleves de l'Ecole Militaire , & feront nommés à
leurs Emplois par Monfeigneur le Dauphin . Les
Sales pour l'étude des Mathématiques & du Deffein;
tant de la Figure , du Payfage & de l'Ornement ,
que pour l'Architecture & les Fortifications , feront
ouvertes tous les Mardis & Vendredis , depuis une
heure après midi juſqu'à fix heures du foir.
Les Cadets feront divifés par Claffes , de dix chacune
, composée, autant qu'il fera poffible , de gens
du même Art ou Métier , afin de les inftruire fuivant
l'état qu'ils veulent embraffer . Un des dix Cadets
MAY. 1742. 1193
dets fera nommé Infpecteur , & aura attention aự
travail des neuf autres , pour en rendre compte au
Profeffeur & uu Directeur de l'Ecole .
Les Prix qu'on deftine pour exciter l'émulation
de cette Jeuneffe , font , un Maître d'Armes ou de
Danfe pendant fix mois , au choix du Victorieux .
On ira les Dimanches & Fêtes , après le Service
Divin , aprendre fur le Terrain l'Exercice , pour fe
mettre en état d'attaquer & défendre le Fort Dauphin
, élevé à cet effet dans un Lieu vaſte & commode
, dont les travaux ont dû commencer le premier
May.
leur ›
Ceux qui voudront fe faire recevoir ameneront
pere , mere ou quelques- uns de leurs propour
fe faire infcrire , autrement ils ne feront
point admis.
ches ,
On donnera à chaque Cadet le Reglement qui
doit s'obferver dans le Corps , avec un état de la
dépense qu'il faut faire pour y entrer , qui monte à
cent livres , payables dans le courant de deux années.
On donne avis au Public , que le neuf Juillet
prochain , à trois heures après midi , au Palais du
petit Luxembourg à Paris , on continuëra la vente
des Diamans de feu S. A. S. M. le Duc , au plus of
frant & dernier enchériffeur.
Ceux qui voudront , dans les Pays Etrangers , en
fçavoir la qualité, la forme , la groffeur & le poids,
s'adrefferont ; fçavoir .
A Vienne , à M. Wenzel..
A Francfort , à M. J. L. Harfcher.
A Drefde , aux héritiers de Jacob Deeling.
A Berlin , à Gregory Caquot & Compagnie .
A Leipfick , à M. Fried.
A Hambourg , à M. Pierre His,
196 MERCURE DE FRANCE
A Rome , à M. Girolamo Belloni .
A Genes , à M. Jean - Baptifte Cambiafo,
A Venife , à Mrs Ganaffa & Dalerze.
A Turin , à Mrs Mofnier Moris & Compagnie.
A Mantoue , à M Titafano .
Josué Vanneck.
A Amfterdam , à Mrs André Pels , & Fils.
A Londres , à Mrs Gerard
A Madrid , à M. Maravy .
Mrs les Apoticaires de Paris , qui depuis quelques
années, font dans l'ufage de faire en public la compofition
de la Thériaque , l'ont faite cette année
dans leur Maifon de la rue de l'Arbalê re , Quartier
S. Médard. Les Drogues qui doivent entrer dans
cette compofition , furent expofées le 16. du mois
d'Avril dernier. Le Lieutenant General de Police ,
le Procureur du Roy & la Faculté de Médecine les
examinerent , & trouverent que chaque efpece de
Drogue étoit des mieux choifie & rangée dans un
fort bel ordre. Elles ont été quinze jours expoiées
à la vue du Public , & pendant tout ce tems
il y a eû un grand concours. Le 10. Mai , on pefa
chaque Drogue en préfence des mêmes Magiftrats ,
de la Faculté de Médecine & du Public , & fur le
champ chaque efpece de Racines , de Feuilles , d'Ecorces
, Furs , Graines , Gommes , & c. furent
brilées au Mortier , afin que le Public fût certain
qu'on employoit dans cette célebre Compofition
les mêmes Drogues choifies qu'il avoit vû expolées.
Ces lages précautions prouvent que la Theriaque
de Paris eft parfaite , & qu'elle ne cede en rien à la
Thériaque de Venife.
Le fi ur Defurges , demeurant Cour Abbatiale de
S. Germain des rés , entre les deux Grilles , du
Côté de la rue du Colombier , vend des Vins de
Cerife
THE NEW YORK
PUBLIC LIFRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONĖ,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONA
90
MAY. 1742 1197
Zerife , des plus parfaits , à vingt quatre fols la
inte , ce qui eft un prix fort modique , & nous
ouvons affûrer que cette Liqueur cft fort agréable
boire ; l . uteur a la modeftie de ne lui attribuer
ucune qualité ſpécifique pour guérir ou foulager
uantité de maux , & nous croyons avec lui qu'elle
e fçauroit être contraire à la fanté, que par
l'excès
qu'ou en pourroit faire.
*** ********
CHANSON.
DEE ce Bocage
L'épais feuillage
Aux plus tendres plaifirs nous engage
De ce Bocage
L'épais feuillage
Eft fait exprès
Pour cacher nos jeux fecrets.
Tu fçais , Bergere ,
L'ardeur fincere
Qu'à tes attraits
J'ai juré pour jamais ;
En récompenfe
De ma conftance ,
Dans ce féjour
Rens hommage à l'Amour
De ce Bocage
L'épais feuillage
;
198 MERCURE DE FRANCE
Aux plus tendres plaifirs nous engage ;
De ce Bocage
L'épais feuillage
Eft fait exprès
Pour cacher nos jeux fecrets .
C'est ainsi qu'aux genoux de Silvie ,
Les yeux en feu Colin s'exprimoit l'autre jour ;
Que leur fort devint digne d'envie !
Bien-tôt la Belle , en foupirant , dit à ſon tour ,
De ce Bocage
L'épais feuillage
Aux plus tendres plaifirs nous engage ;
De ce Bocage
L'épais feuillage
Eft fait exprès
Pour cacher nos jeux fecrets .
LE RETOUR DU PRINTEMS ,
MUSETTE .
PRintems , à ton retour >
L'Amour
Soufle à douces haleines ,
Un feu couvert ,
Que l'Hyver
Receloit dans mes veines.
L'oubliois
MAY. 1742. 1199
J'oubliois de Nanon
Le nom ;
J'oubliois la cruelle ,
Dont je fouffris
Les mépris ,
Mais tout me la rapelle .
*६
Roffignols , fes accens
Touchants
Furent votre modéle ;
Vos doux fredons ,
Vos doux fons ,
Vous les aprîtes d'elle.
*
Violettes , Eillets ,
Bluets ,
Vous orniez fa coëffure ;
Ses jolis pieds ,
Tendres Prés ,
Fouloient votre verdure.
*
Enfans de mes foupirs ,
Zéphirs ,
Votre haleine obligeante
Sous le mouchoir
Faifoit voir
Sa gorge encor naiffante.
G
Trft
200 MERCURE DE FRANCE.
&
Trifte fouvenir ,
Martyr
D'une ame trop fenfible !
Pour moi , Printems ,
Votre tems
N'a rien que de terrible.
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Paftorale Héroïque
d'Ifbé , représentée pour la premiere fois ,
par l'Académie Royale de Mufique , le
10. Avril. 1742.
C
E Balet a éprouvé bien des contradictions
pour les paroles & pour la mufique
; mais cette premiere critique a fait
place à un jugement moins rigoureux , de
forte qu'on l'a vû avec quelque fatisfaction .
Au Prologue , le Théatre repréfente le
Jardin des Thuilleries. La Volupté perfonnifiée
, ouvre la Scene avec fa Suite , par
cette priere qu'elle adreffe à l'Amour.
Amour , charmant Amour , Dieu de la volupté ,
Lance tes traits vengears ; tu dois être irrité ;
Tous les coeurs en ces lieux te refuſent l'hommage
Que
MA Y. 1201
1742.
Que l'on rendoit à ta divinité ;
Mais i la clémence t'engage
A faire grace à leur temerité ,
Pour me les affervir , vole fur ce Rivage ;
De leurs foibles defirs viens détruire l'uſage ,
Et reprenons le foin de leur félicité .
Une douce fymphonie annonce la def
cente de l'Amour. Ce Dieu des coeurs fe
plaint à la Volupté du relâchement de leurs
communs Sujets ; voici comment il s'explique
:
Sur ces bords fortunés , que j'ai long tems cheris ,
On fe plaifoit à recevoir ma chaîne ;
Les jeunes coeurs n'y craignoient point la
peine ,
Dont vos plaihrs étoient le prix .
La Volupté le prie de ramener ces heureux
jours ; elle en fait une peinture riante ;
la voici :
J'irritois fous vos loix les feux de la tendreffe
;
Du defir fatisfait renaiffoit le defir.
Si je flatte à prefent les voeux de la Jeuneſſe ;
Le plaifir ſe refuſe à ma délicateſſe ,
Et je me vois fans vous la honte du plaifir.
1
G ij
L'A1202
MERCURE DE FRANCE
L'Amour lui fait entendre que la Mode ;
qui a reçu le jour du caprice & de l'inconftance
, mettra obftacle à ce qu'il va entreprendre
, pour remettre leurs loix en vigueur ,
mais que cela ne l'empêche pas de le tenter
, & pour réuffir dans fon nouveau projet
, il apelle les Plaiſirs & les Jeux.
Cette riante fuite de l'Amour forme la
Fête de ce Prologues la Mode vient l'interrompre
; l'Amour ne peut foûtenir fes
chants & fes danfes & remonte dans fon
Char , après avoir chanté ces quatre vers
adreffés à la Mode.
Les bifarres Concerts qu'en ce jour vous m'offrez¿
Par Apollon jamais ne furent infpirés ;
Sur les Mortels votre Empire m'étonne
A toutes leurs erreurs l'Amour les abandonne,
Pour affûrer la gloire de mon nom ,
Je vole aux rives du Lignon .
Ce dernier vers , s'il n'annonce pas la Paftorale
en queftion , défigne au moins le
Lieu de la Scene.
La Volupté fe retire à l'exemple de l'Amour
; la Mode célébre fon Triomphe &
finit le Prologue par ces vers qu'elle chante
avec le choeur.
L'Amour nous céde la Victoire ;
Quel
MAY. 1742 .
1203
Quel Triomphe eft plus doux ! Célébrons - en la
gloire ;
L'inconftance du goût offre mille douceurs ;
Bravons toûjours l'Amour ; c'eft le Tyran des
coeurs.
le Au premier Acte de la Paftorale
Théatre repréfente un Bois confacré à l'Amour.
1fbé commence ce premier Acte , par ce
Monologue qui , foûtenu de la voix de la
Dile le Maure , a été généralement aplaudi ;
en voici les paroles :
Defirs toûjours détruits & toûjours renaiffans ,
Sufpendez , s'il fe peut , la violence extrême
Du trouble confus que je lens .
Je ne me connois plus moi - même .
Eh ! Quoi ? l'Aftre du jour vient éclairer ces lieux
Alcidon n'y vient point fe montrer à mes yeux !
Faut-il que la douce habitude
De voir tous les jours un Berger ,
Quand on ne le voit pas , foit une inquiétude
Faut- il , quand on le voit , qu'elle foit un danger ?
Defirs toujours détruits , & c.
Alcidon ne tarde pas à répondre à l'impatience
d'lfbé ; il lui fait le premier aveu de fon
amour ; fa Bergere plus timide que lui , garde
le filence fur fes fentimens fecrets , & lui dit :
G iij
Au
1204
MERCURE
DE FRANCE
Au doux penchant qui nous entraîne
Il eſt plus fûr de réſiſter ;
L'Amour cauſe trop de peine ;
Je veux toujours l'éviter .
>
Iphis , Berger , Confident d'Adamas , vient
au nom de ce Chef des Druides , préfider
à la Fête ; cette Fête eft confacrée à l'Amour
, les Bergers & les Bergeres du Lignon
chantent la gloire de cet aimable Maître des
coeurs. Un prix eſt deſtiné aux plus tendres
de fes Sujets , & c'eft à Iſbé & à Alcidon
qu'il eft donné ; pendant la Fête , Alcidont
parle encore de fon amour , mais il n'ofe
nommer fon vainqueur ; Ifbé lui donne
quelque peu de confolation par ces vers :
Ne vous allarmez pas de vos triſtes ſoupirs ;
Souvent un coeur gemit fous le poids de fa chaîne ;
Mais , fi l'Amour ne cauſoit point de peine ,
On mépriferoit fes plaifirs .
L'Acte finit par un très-beau Chour }
dont voici les paroles :
Triomphez , & rendez hommage
A l'aimable Dieu des Amours , &c .
Au fecond Acte , le Théatre repréſente
un Bois facré , & dans le fond , le Palais
d'Adamas, Adamaş
MAY.
1742. 1205
Adamas fait entendre quelle eft la fitum
tion de fon coeur , par ce Monologue :
Amour , Dieu féducteur , Dieu toujours redoutable,
Je ne puis échaper aux rigueurs de ta Loi ;
Tu me vois implorer ton fecours favorable ;
J'ouvre mon coeur aux traits que tu lances fur moi ;
Mais , pour être un Vainqueur aimable ,
Viens flater mes defirs , ou calmer mon effroi .
La jeune Ifbé m'infpire une vive tendreffe ;
La raifon me défend l'efpoir d'en être aimé ,
Mais les puiffans attraits , dont mon coeur eft charmé,
Feront à la raiſon excufer ma foibleffe .
Iphis vient interrompre la douce rêverie
d'Adamas ; ce Druide lui demande à quels
Bergers il a décerné le prix deſtiné aux plus
tendres ; Iphis lui aprend qu'Alcidon & Ìſbé
l'ont remporté ; mais que ces Bergers qui
s'avancent , préférent le bonheur de venir
jouir de fa présence à la gloire du prix qu'ils
ont remporté. Voici le compte qu'il lui
rend de la fituation de leurs ames :
D'un objet qu'an ignore Alcidon fuit les Loix ;
Il fe plaint d'une ingrate , & ſon feu le tourmente ;
Mais Ifbé ſemble encor n'avoir point fait de choix .
Adamas félicite Alcidon & Ifbé du prix
Giiij qu'ils
1206 MERCURE DE FRANCE
qu'ils ont remporté ; Alcidon fe plaint toujours
d'un malheureux amour. Adamas
peut- être par un fentiment jaloux , ou feulement
curieux , demande à Ifbé , fi elle ne
plaint pas le fort de ce Berger ; Iſbé
un fentiment de défiance , lui répond :
, par
Moi ; plaindre cé Berger ! Non ; fi fon coeur foûpire ,
Je ne dois point partager fon tourment.
Adamas lui demande fr elle est également
indiférente pour tous les Bergers qui foûpirent
pour elle après une réponſe équivoque
, il prie ces deux amans de le laiffer.
feul il fait connoître ce qui fe paffe dans
fon coeur , par ce Monologue :
:
Arbres , dont les rameaux s'élévent jufqu'aux Cieux;
Dignes objets de nos hommages
Je tiens du plus puiifant des Dieux
Le pouvoir d'aflembler fous vos facrés ombrages
Les Déités qui regnent dans ces Lieux .
Dieux , qui protegez nos bocages ,
Confidens des fecrets du fort mystérieux ,
Répondez à ma voix , paroiffez à mes yeux
C'eft Adamas qui vous apelle ;
Raflemblez-vous , raſſemblez - vous ,
Marquez lui votre zée ;
Dieux des Bois , vencz tous.
Les
MAY 1742. 1207
Les Dieux des Bois arrivent en repetant
ces quatre vers .
Après la Fête , un des Dieux des Bois prononce
cet Oracle à Adamas .
Le Deftin répandra des fleurs fur ta carriere ;
Il a fixé le fort qui t'attend en ce jour ;
Un Triomphe éclatant naîtra de ton amour ;
N'éxige point d'autre lumiere.
Cet Oracle fait naître une douce eſperance
dans le coeur d'Adamas & l'enhardit à
aller propoſer ſon hymen à Líbé.
Le Théatre reprefente au troifiéme Acte
un Lieu orné pour une Fête.
Ifbé fe plaint du fort qu'elle prévoit ; elle
implore le fecours de l'Amour.
Alcidon vient fe plaindre à fon tour , nonfeulement
de la rigueur du fort , mais de
celle d'Ifbé , à qui il reproche d'avoir dit
à Adamas , en fa préfence même , qu'elle
ne plaignoit pas fon rigoureux martyre. Ibé
s'en excufe tendrement , & dit à Alcidon
en le quittant :
Helas ! Berger , ſoyez conftant ,
Et croyez que l'Amour de mon coeur eft content,.
Charite perfonnage épifodique , dont
PAuteur auroit bien pû fe paffer , vent exer
Gy
1208 MERCURE DE FRANCE
cer fon talent pour la coqueterie auprès d'Alcidon
; voici deux maximes qu'elle chante
avec un art infini , & qui lui eft pourtant
très naturel par les graces qu'elle y met ;
c'eft de la Dlle Feld que nous parlons ici :
Doit on me reprocher de me faire une fête
Quand j'annonce , qu'un coeur à mes voeux s'eft
livré ?
On perd l'honneur d'une conquête ,
Quand le triomphe eft ignoré.
Eprouvez le plaifir de vivre fous ina Loi,
Vous jouirez de l'avantage
De fix rune ame volage,
Je referve le prix au don de votre foi.
Alcidon quitte Charite en gardant les
bienséances qu'un galant homme doit aux
belles , même les plus volages.
Adamas vient fuivi des Peuples qui lui
font affujettis ; Voici comment il déclare
fon amour à Ifbé.
Vos fuprêmes vertus , jeune & belle Bergere ,
Ont en votre faveur déterminé mon choix ;
Vous méritez la couronne des Roist ,
Mais fi mon rang pouvoit vous fatisfaire
Permettez à l'Amour de vous offrir ma main ;
La Fortune pour moi n'aura plus rien à faire ,
Quand vous partagerez men glorieux deftin .
Ibé
MAY. 1742.
1209
Ifbé répond à l'offre d'Adamas avec beaucoup
de circonfpection & de décence. Les
Peuples chantent :
Triomphez & fouffrez l'éclat qui vous étonne ;
Charmante Ifbé , regnez fur nous.
Adamas difére fon hymen , pour donner
à Ifbé , quelques momens qu'elle femble lui
demander , pour calmer le trouble dont elle
eft agitée ; ce qui finit le troifiéme Acte .
Au quatrième , Le Théatre repréfente une
Prairie émaillée de fleurs. On voit dans un
des côtés , la demeure de Cephife.
Ifbé commence cet Acte , par ce Monog
logue.
Laiffe-moi foûpirer , importune Grandeur ;
Tes fuperbes attraits ne me font point envie.
L'Amour a décidé du deſtin de ma vie
Et détourne mes yeux de ta vaine fplendeur,
L'Hymen précipité dont Adamas m'honore
Me détermine enfin à nommer mon vainqueur ;
Ce n'eft qu'un Berger que j'adore ;
Mais il eft le Roi de mon coeur.
Alcidon ayant perdu toute efperance par
l'hymen fatal dont Ifbé fe plaint , vient lui
G vj en
1210 MERCURE DE FRANCE
en témoigner fa vive douleur , Ifbé tâche
de le confoler par cette réponſe .
Mon défefpoir répond aux pleurs que vous verfez ;
Nos malheurs font communs ; il n'eft plus tems de
feindre
Alcidon , je vous aime & c'eſt en dire affés ,
Pour vous faire fentir tout ce que je dois craindre.
Cette tendre réponse , au lieu de confoler
Alcidon , redouble fon défefpoir ; il veus
mourir pour élever fa Bergere au Trône qui
Lui eft offert par fon Kival ; Ifbé s'en offenfe
, & lui fait un crime de fa générosité s
cette Scene eft jouée d part & d´utre avec
toute la chaleur qu'elle demande . Alcidon
perfifte dans le deffein qu'il a formé
quitte fa chere Ifbé en lui difant :
Vous me rendrez juſtice avant la fin du jour.
&
Cephife , Magicienne , inftruite du malheur
d'Ifbé , vient lui offrir le fecours de fon
art ; Ifbé l'accepte : ce qui donne lieu à une
fête magique . Cephife préfide à cette fête 5,
elle la termine par ces vers :
A lfbe.
Le charme eft fait. Goûtez in fort rempli d'apas..
Zéphirs brifez la chaîne.
Ifbe.
MAY. 1211
1742
Ifbé.
Ah ! Ne le tentez pas ↑
L'Amour l'a renduë éternelle ;
Brifez , brifez plûtôt la chaîne d'Adamas.
Cephife irritée de fon refus , l'abandonne
à fon funefte esclavage , & finit l'Acte par ces
vers , repetés par le Choeur :
Pour nous venger , abandonnons fon coeur
Aux foins fâcheux , aux craintes , aux allarmes :
Qu'elle goûte à ſon gré la funefte douceur
De répandre des larmes.
Sous les Loix de l'Amour vainqueur.
Au cinquième & dernier Acte , le Théatre
représente dans le fond , le Temple de
de Jupiter Fharamis.
On paffera légerement fur cet Acte pour
en abreger l'Extrait . Iphis annonce à libé
qu' damas va bientôt recevoir fa foi aux
pieds des Autels ; Ifbé en frémit & fe détermine
à ouvrir fon coeur à ce Chef des Druides
. Adamas ne tarde pas d'arriver au Lieu
fatal ; il commence par offrir un facrifice au
Dieu qu'on y adore , fuivi d'une troupe de
Sacrificateurs de Druides & de Peuples.
Le tonnerre fe fait entendre éclats repar
doublés , & le fang de la Victime refufe de
couler.
1212 MERCURE DE FRANCE.
couler. Alcidon vient s'offrir lui -même à
l'Autel , & dit à Adamas :
Je vous offre une autre Victime ;
Mais c'est à moi de l'immoler.
Il veut fe percer du fer facré ; Ifbé l'arra
che de fa main ; Adamas fe livre à des tranf
ports jaloux ; il ordonne la mort d'Alcidon
mais enfin , après un affés long combat , ſa vertu
l'emporte dans fon coeur fur la violence
d'un amour dont il reconnoît l'injustice ; il
confent qu'Alcidon foit heureux avec Iſbé .
Cette éclatante Victoire qui lui avoit été annoncée
par l'Oracle , eft célébrée par la Suite ,
& donne lieu à une fête des plus gracieuſes ,
par où la Paftorale finit .
Le 10. May , la même Académie donna
par extraordinaire une repréſentation de la
Paftorale d'é , pour les Acteurs , comme
cela fe pratique toutes les années , laquelle
fût terminée par un Pas de trois , exécuté au
gré du Public , par la Dlle Camargo , &
par les fieurs du Moulin & Javilliers.
Le 20. On donna la derniere repréſentation
de la Paftorale Héroïque d'Ibé , & le
22 on remit au Théatre le Balet des Elemens
, dont le Poëme eft de M. Roy , mis
en mufique par M. Destouches , Sur Intendant
de la Mulique du Roi , il n'avoit pas
été
MAY. 1742 . 1213
été remis au Théatre depuis le mois de May
1734. Le Public l'a reçû avec le même plaifir
qu'il a toujours fait , toutes les fois qu'il a
été remis ; nous en avons donné l'Extrait au
mois de Janvier 1722. auquel nous renvoyons
le Lecteur.
Le 14. May , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragédie du Comte
d'Effex de T. Corneille , dans laquelle le St
de la Nouë, nouveau Comédien , joüa pour
la premiere fois le premier rôle de la Piéce
avec toute l'intelligence poffible ; il fut gé
néralement aplaudi par une nombreuſe affemblée.
Ce nouvel Acteur eft l'Auteur de
la Tragédie de Mahomet II . repréfentée fur
le même Théatre le 23. Fevrier 1739. laquelle
fut très bien reçûë du Public. On peut
voir l'Extrait qui en a été donné dans le mois
d'Avril 1739. pag. 781.
Le 19. Les Comédiens Italiens firent l'ouverture
de leur Théatre par une Piéce nouvelle
, en Vers & en trois Actes , intitulée
le Valet embaraffé , de la compofition de
M. Aviffe , Auteur d'une autre Piéce qui a
pour titre la Gouvernante , repréſentée avec
fuccès fur le même Théatre au mois de Novembre
1737. Cette premiere Piéce , qu'on
vient de donner , a été reçûë favorablement
du
1214 MERCURE DE FRANCE
du Public . On en parlera plus au long dans
Le premier Journal.
Le fieur Balleti , nouvel Acteur , qui avoit
fait le Compliment qu'on fait ordinairement
à la clôture du Théatre a fait celui de l'ouverture
, lequel a été aplaudi.
Les mêmes Comédiens ont fait une perte
confidérable en la perfonne du fieur Romagnezy
, un des premiers Acteurs du Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne , mort à Fontainebleau
, le 13. de ce mois , après une maladie
de quinze jours , âgé d'environ 52. ans. Son
Corpsfût transporté le même jour de Fontainebleau
à Paris, & inhumé le lendemain à l'Eglife
de Saint Sauveur fa Paroiffe. Il étoit petit
fils de Cinthio , Comédien de l'ancienne
Troupe Italienne fuprimée en 1697. &
avoit été reçû à celle qui lui a fuccede
en Avril 1725. Il a donné plufieurs Piéces
de Théatre qui ont eû du fuccès , & quantité
de Parodies qui ont été très goûtées.
NOUVELLES ETRANGERES
O
RUSSIE.
Na apris de Moſcow du 12. Mars dernier,2
que la Czarine y étant arrivée le 11. elle y fit
fon Entrée pub iqu avec beaucoup de magnifiau
bruit d'une triple falve d'Artillerie dos
emparts.
gence ,
S. M..
MAY. 1213 1742
S. M. Cz. defcendit de caroffe au Kremelin , &
elle alla à pied vifiter les trois principales Eglifes ,
enfuite étant remontée en caroffe , elle fe rendit au
Palais . Pendant la marche qui dura trois heures ,
on fonna continuellement les cloches de toutes les
Eglifes , & il y eût plufieurs falves d'Artillerie du
Château & de l'Arfenal. La Czarine paſſa ſous quatre
Arcs de Triomphe , & toutes les rues depuis le
quartier des Etrangers jufqu'au Palais , étoient bordées
d'Arbres , garnis de fleurs artificielles. S.M.Cz.
après être arrivée au Palais , dîna en public avec le
Duc de Holftein - Gottorp , & avec le Prince & la
Princeffe de Hombourg . Elle reçût l'après midi , les
complimens de la principale Noblefle de cette Ville
& des Villes voifines fur fon heureuſe arrivée , & à
huit heures du foir elle paffa dans une Sale préparée
pour le Bal que le Duc de Holftein- Gottorp ouvrit
avec la Princelle de Helle Hombourg , & qui dura
jufqu'au lendemain matin . La nuit toutes les maifons
de la Ville furent illuminées , & les principaux
édifices furent onés de Tableaux tranfparens dont
les fujets allégoriques faifoient allufion à la joye
publique.
vée que
minations
Les Habitans de toutes les Villes , par leſquelles
la Czarine a paflé en venant de Pétersbourg , n'ont
rien épargné pour la recevoir d'une maniere digne
d'elle , & dans tous les endroits où elle n'eft arri
de nuit , elle a trouvé de magnifiques illunon
feulement dans l'intérieur des Vil
les , mais encore dans les avenues qui y conduifent.
S. M. Cz. pour marquer combien elle étoit
fenfible aux preuves que les Sujets lui donnoient
de leur zèle , a fait par tout diftribuer de l'argent
au peuple , qui accouroit en foule fur fon
paffage.
La Czarine ayant ordonné que la Fille du Comte
d'Ofterman
1216 MERCURE DE FRANCE
d'Oſterman demeurât à la Cour , & ayant déclaré
qu'elle verroit avec plaifir , qu'il fe préfentât un
parti convenable pour cette Demoifelle , à laquelle
elle a accordé la Terre de Stepanoffsky , qui apartenoit
au Comte d'Ofterman , & qui raporte sooo .
Roubles de revenu , M. Tolstoy , Lieutenant Colonel
d'Artillerie , a épousé cette Demoiſelle avec
l'agrément de S. M. Cz.
M. de Buttler , Chambellan de la Czarine & fon
Miniftre à Mittau , a remis au Confeil de Régence
une lettre que S. M. Cz . a écrite à ce Confeil
pour lui témoigner qu'elle defiroft que le Prince
de Heffe Hombourg fût élû Duc de Curlande &
de Semigalle. La Czarine affûre le Confeil de Régence
dans cette lettre , que fi les Etats de ces
deux Duchés lui marquent en cette occaſion la déférence
qu'elle croit avoir droit d'en attendre , elle
aura une attention particuliere à les proteger , & à
empêcher qu'ils ne foient troublés dans la joüiffance
de leurs droits & de leurs privileges . Le Miniftre de
la Czarine , en remettant au Confeil de Régence la
lettre de cette Princeffe , a donné part aux Confeillers
qui compofent ce Confeil , des ordres qu'il
a reçûs de S. M. Cz . ; de faire tout ce qui dépendroit
de lui , pour engager les principaux de la Nobleffe
à donner leurs fuffrages au Prince de Heffe-
Hombourg.
Le Confeil de Régence a fait réponſe à la lettre
de la Czarine , qu'il ne pouvoit prendre aucune
réfolution au fujet de la demande de S. M. Cz. ;
parce que le Roy & la République de Pologne s'étoient
refervé la connoillance de tout ce qui regarde
la Curlande , la Nation Polonoife regardant
ce Pays comme un Fief qui releve immédiatement
de la Couronne de Pologne.
En attendant que les Etats procedent à l'Election
d'un
MA Y. 1 1217 1742.
d'un nouveau Souverain , toutes les expéditions
font fcellés d'un fceau dans lequel les armes des
Duchés de Curlande & de Semigalle font écartelées
de celles de Pologne & de Lithuanie , & les
Tribunaux rendent la juftice au nom de S. M. Polonoife.
La Nobleffe eft diviſée en differens Partis , &
plufieurs Gentilshommes fe propofent de foûtenir
de tout leur pouvoir dans la prochaine Election les
interêts du Prince Louis Erneft de Brunſwick
Bevern.
Le Prince Antoine Ulrich de Brunswich Bevern
& la Princeffe fon Epoule font toujours retenus.
à Riga , & le bruit court qu'il ne leur fera permis
de retourner en Allemagne , qu'après le couronne ,
ment de la Czarine .
S. M. Cz. ayant été informée que quelques Seigneurs
de fa Cour travailloient à rétablir plufieurs
anciens ufages , elle a déclaré qu'elle vouloit que les.
Reglemens faits le Czar Pierre I. fuflent exactement
obfervés .
par
Mrs de Wifniakow & Cagnoni , Miniftres de la
Czarine à la Porte , s'étant plaints au Grand Vifir
par ordre de S. M. Cz. des défordres commis depuis
peu en Ukraine par les Tartares de Crimée ,
le Grand Vifir a envoyé un Capigi Bachi à Bacciafaray
, pour ordonner au Kan de Crimée d'aller
à Conftantinople rendre compte de fa conduite.
>
Le Géneral Keyth a dépêché un Courier à la
Czarine , pour l'informer qu'un Corps de 800.
Colaques , ayant furpris un détachement des troupes
Suédoiles , compofé de 100. hommes de trou .
pes reglées & de 200. Payfans armés , l'avoit envelopé
; que les Suédois avoient perdu en cette occafion
près de 200. hommes , qu'on leur avoit fait
54. prifonniers, du nombre defquels étoit un Lieutenant
1218 MERCURE DE FRANCE
tenant d'Infanterie , & qu'il n'y avoit eû que
hommes de tués du côté des Colaques.
neuf
Ce Géneral a mandé en même tems qu'environ
20000. hommes de l'armée de S. M. Cz. étoient
en marche pour entrer en Finlande , dans le deffein
de tenter quelque entrepriſe importante , avant
que le Comte de Leuwenhaupt ait pû raffembler
les troupes qui font fous fes ordres , & qui font
encore difperfées , parce que le Comte de Leuwenhaupt
avoit compté fur une prolongation de la ſufpenfion
d'armes .
La Czarine perfiftant dans le deffein de contribuer
de tout fon pouvoir a faire élire le Prince de
Heffe Hombourg , Duc de Curlande , a envoyé
ordre à M. Buckler fon Miniftre à Mittau , de déclarer
aux Etats de ce Duché , que les difficultés
qu'ils prétendent s'opofer à l'Election de ce Prince
, ne doivent point les arrêter , & que S. M. Cz .
fe charge de lever ces difficultés auprès du Roy &
de la République de Pologne .
On apris depuis que le Comte Ernest Biron
étoit arrivé de Sibérie à Mo cow avec la Comteffe
fon époufe , les Comtes Charles & Guftave les freres
& le refte de fa tamille .
"
En paffant à Cazan , il a rencontré les Comtes
de Munich & de Lowenwolde & le Baron de Mengden
, qu'on conduifoit aux Lieux de leur exil , &
qui n'ayant point été avertis de fon rapel , parurent
fort furpris de le voir. On prétend que la Czarine
Fa fait revenir à Mofcow , dans l'efperance de tirer
de lui plufieurs éclairciffemens , que le Prince
& la Princeffe de Brunfw.ck-Bevern refufent de
donner.
Les dernieres Lettres reçûës de Mittau , portent
que les Etats du Duché de Curlande devoient s'af
fembler le mois prochain , pour proceder à l'Election
M A Y. 1742; 1217
lection d'un nouveau Duc , & qu'on ne doutoit
prefque plus , que les fuffrages ne ſe réuniffent en
faveur du Prince de Heffe - Hombourg.
SUIDE.
N mande de Stockolm du 30. Mars dernier ;
que les Mofcovites ayant recommencé fubitement
les hoftilités , qui avoient été ſuſpenduës
par l'Armistice dont le Roy étoit convenu avec la
Czarine , S. M. Su . a envoyé ordre dans toutes les
Provinces , d'y faire de nouvelles levées de Soldats,
qu'elle a auffi ordonné , qu'on équipât le plus
promptement qu'il fe pourroit , tous les Vaiffeaux
qui font en état de fervit , & qu'elle fe propoſe
de mettre en mer cette année une Flotte de plus de
40. Bâtimens , fans y comprendre les Galeres.
On travaille avec beaucoup de diligence aux préparatifs
pour l'embarquement des nouvelles troupes
que le Roy a réfolu de faire paffer en Finlande,
On a reçû avis qu'un Corps de 4. à 5000. Cola- 2
ques avoit fait une irruption dans la partie de la
Finlande , qui apartient au Roy , & qu'ils avoient
pillé quelques Villages.
M. Rumph , Envoyé Extraordinaire de la République
de Hollande à la Cour de Suéde , a préſenté
au Roy un Mémoire qui porte , que les Etats Géne
raux ayant obſervé la plus exacte neutralité depuis
le commencement de la guerre allumée entre la
Suede & la Ruffie , & ayant évité avec foin de donner
à S. M. le moindre fujet de penfer qu'ils euffent
deffein de changer de conduite à fon égard , ils
ont été furpris de voir par le Mémoire qui leur a
été remis par M. Preys, Miniftre du Roy à la Haye,
que la Cour de Suéde concevoit quelque ombrage
de l'escorte qu'ils ont réfolu de donner aux Vaiffeaua
220 MERCURE DE FRANCE
feaux Marchands Hollandois , qui navigeront dans
la Mer Baltique ; que le grand interêt qu'ils ont
dans cette Mer , eft aflés connu , pour qu'il ne foit
pas néceffaire de donner un détail des raiſons qui
les obligent de prendre des mefures pour y proteger
le commerce des Sujets de la République ; que
Failleurs le petit nombre des Vaiffeaux de guerre ,
ordonnés pour cette eſcorte , fait connoître clairement
qu'elle n'eft deftinée que pour la fûreté des
Vaiffeaux Marchands ; que toujours prêts à diffiper
jufqu'au moindre foupçon , ils affûrent de nouveau
S. M. qu'ils n'ont d'autre intention que de vivre
avec elle dans une parfaite amitié , & d'y contribuer
en tout ce qui leur fera poffible ; qu'ils s'attendent
que le Roy voudra bien auffi de fon côté
éloigner toute idée qui leur feroit defavantageufe ,
& remedier aux inconveniens qui réfultent , pour les
Hollandois , du Reglement publié en Suede le 28 .
du mois de Juillet de l'année derniere au fujet du
Commerce ; qu'ils efperent auffi que S. M. leur fera
reftituer inceffamment les Bâtimens Hollandois qui
ont été enlevés par les Armateurs Suedois.
Le Comte de Leuwenhaupt a mandé au Roy ,
que 1200. Cofaques des troupes de la Czarine s'étant
avancés le 8. du mois dernier près de Friedericsham
, dans le deffein d'attaquer les gardes avancées
de l'armée Suédoife , le Baron de Stiernftadt , qui
étoit dans les environs de cette Place avec les Milices
qu'on a levées en Finlande , avoit marché
contre les ennemis , & que ceux- ci à fon aproche
s'étoient retirés précipitamment; que le 10. les Cofaques
étoient revenus en beaucoup plus grand nombre
, & qu'ils avoient attaqué avec vivacite les Milices
commandées par le Baron de Stiernſtad , mais
que ces Milices les avoient repouffés, & les avoient
obligés de fe retirer en défordre ; qu'il y avoit eû
près
MAY. 1742 122N
1
près de cent hommes de tués du côté des Cofaques,
& que les Suédois avoient fait un grand nombre de
prilonniers.
Un détachement des mêmes Milices a fait une
courfe du côté de Wibourg , & il a enlevé un
Convoi deſtiné pour l'armée de S. M. Cz .
ALLEMAGNE.
ONmande de Vienne du 31. Mars dernier ,
que fur les avis qu'on a reçû que les troupes
Pruffiennes , qui s'étoient avancées vers les Frontie
res de la Baffe- Autriche , s'étoient repliées fous
Brinn , & qu'elles paroiffoient fe difpofer à en former
le Siége , la Reine avoit envoyé ordre au Prince
de Lobckowitz , de faire fortir de leurs quartiers
de cantonnement les troupes qui font fous fes ordres
, & de marcher du côté de cette Place , pour
obferver les mouvemens des Pruffiens , dès qu'il
auroit reçû les renforts que le Prince Charles de
Loraine devoit lui envoyer.
S. M a mandé depuis au Prince de Lobckowitz ,
qu'elle deftinoit les troupes qu'il commande , à
remplacer celles qu'elle eft obligée de tirer de l'ar
mée du Prince Charles de Loraine , pour mettre la
Baffe-Autriche à couvert des entreprises des ennemis.
La Reine a apris qu'un détachement de la garnifon
de Brinn , ayant fait une fortie , avoit attaqué
trois Compagnies d'un Régiment d'Infanterie des
troupes Saxonnes , & avoit fait prifonniers un Lieutenant
Colonel , trois Capitaines , quatre Lieutenans
, deux Enfeignes , & 126. Soldats , qui avoient
été conduits dans la Place .
Les fooo. Hongrois , qui avoient abandonné les
environs de Skalitz à l'aproche du Corps de troupes
222 MERCURE DE FRANCE
pes Pruffiennes , commandé par le Prince Théodore
'Anhalt-Deffau , y font retournés depuis que ce
Prince a repaffé la Morave.
On a apris par un courier arrivé de Baviere, que
le Maréchal de Terring s'étant retiré du côté d'Îngolstadt
, pour couvrir cette Place , le Comte de
Kevenhuller avoit fait occuper les poftes de Neuftatt
& de Mosbourg par des détachemens des troupes
de la Reine.
Le Prince Charles de Loraine a fait défiler vers
la Baffe Autriche une partie des troupes Autrichiennes
qui étoient à Neuhauff & dans les environs , &
les troupes commandées par le Prince de Lobckowitz
fe font avancées du côté de Neuhauff, pour renforcer
le petit nombre de troupes qui y étoit refté.
Un courier a raporté qu'il y avoit eû une action
fort vive à Tilchnowtz , près de Brinn , entre un
détachement des troupes Pruffiennes & un Corps
de Hongrois.
Les Hongrois ont attaqué dans les environs de
Czerna Hora un autre detachement de l'armée du
Roy de Pruffe , & les ennemis ont eû en cette occafion
700. hommes de tués ou de bleffés .
Quelques jours avant que les troupes commandées
par le Prince Charles de Loraine commençaffent
à défiler vers la Moravie , ce Prince a envoyé
à Protivin le Comte de Braun , Lieutenant
Feldt-Maréchal , & M. Schutz , Commiffaire des
guerres , pour regler avec les Commiffaires nommés
par les Géneraux de l'Empereur & du Roy de
France, l'échange des prifonniers de guerre qui ont
été faits de part & d'aute.
Le 10. du mois dernier , le Maréchal de Terring
s'étant aproché de la Ville de Kelheim , pour tâsher
de s'en rendre maître , il fut attaqué par le
Major General Berenklaw , qui l'a obligé de fe re-
4
tirer
MAY. 1742. 1223
rer. Les Autrichiens ont fait en cette occafion
plufieurs prifonniers de diftinction , entre leſquels
font le Comte & le Chevalier de Beaujeu , le Comte
de Preyfing , & les Barons d'Uberaker & de
Weichel.
Le Feldt- Maréchal de Konigseg, qui étoit revenu
depuis quelque tems de l'armée de Boheme , partit
le onze du mois dernier , pour ſe rendre en Mora
vie , où il doit commander avec le Prince Charles
de Loraine .
Il arriva le s . de Baviere un courier , par lequel
on aprit que le Lieutenant Feldt - Maréchal Steintz
s'étoit emparé de la Viile & des Salines de Reichenhall
.
Le Prince Charles de Loraine a mandé à la Reine
que la premiere Colonne de l'armée qu'il commande
étoit arrivée le 7 du mois dernier à Znaim,
fur les Frontieres de la Moravie , & qu'elle y avoit
été jointe le lendemain par la feconde Colonne.
la Depuis que ce Prince a reçû les renforts que
Reine de Hongrie lui a envoyés, il a Tous les ordres
douze Régimens d'Infanterie , fçavoir , ceux de
François & Charles de Loraine , de Harrach , de
Thungen , de Waldek , de Molck , de Leopold
Daun , de Jeune Konigleg , de Vettes , de Leopold
Palfy , de Staremberg & de Grune ; les Regimens
de Cavalerie de Lubomirsky , de Hoheneyms , de
Podzdtazky , de Dyemar , de Charles Palfy , de
Birckenfeldt , ceux de Huflards de Nadafti , de Defoffy
,de Carolis & de P.ftwarmagay , & 1200,
Croates .
On a apris que le Roy de Pruffe , ayant pris la
réfalution de fe raprocher de la Boheme , étoit dé
campé de Selowitz , & qu'il avoit retiré de Tracht,
de Paulrand , de Porlitz , d'Aufpitz & de Goling ,
Jes troupes qui occupoient ces poftes,
H Le
1224 MERCURE DE FRANCE
Le Géneral Baroniay ayant reçû avis que 2000,
Saxons s'étoient poftés à Afterlitz , il a invefti ce
Bourg avec les troupes Hongroifes qu'il commande
& il y a fait mettre le feu , pour obliger les ennemis
de fe rendre , mais ceux - ci fe font défendus
avec tant de valeur , qu'ils fe font retirés en bon
ordre , n'ayant fait d'autre perte que celle de trois
piéces de canon .
>
Un détachement de la garnifon de Brinn a
fait une nouvelle fortie & il a attaqué un
Corps de troupes Saxonnes ; il y a eû en cette occafion
un nombre à peu près égal d'hommes de tués
de part & d'autre .
Le Major General Philibert , que le Prince Charles
de Loraine avoit détaché avec 2000. hommes
de Cavalerie Autrichienne & 1000. Croates , pour
inquieter les troupes Saxonnes dans leur marche
vers la Boheme , reçut avis le 14. du mois derniet
, que le Régiment d'Infanterie de Cofel , qui
fait partie de ces troupes , étoit à Offow dans le
District de Kunstadt , & ce Major Général y étant
arrivé le lendemain à la pointe du jour , après avoir
marchépendant toute la nuit, il attaqua ceRégiment,
qui fe défendit long- tems avec beaucoup de valeur ,
mais qui fut enfin obligé de céder au nombre & de
fe retirer en défordre . Le Major Géneral de ce Régiment
a été tué , ainfi que trois Capitaines , cinq
Lieutenans , un pareil nombre d'Enfeignes , & plus
de 300. Soldats , & M. de Sedens , qui en eft Lieutenant
Colonel , a été très - dangereufement bleffé .
Les Autrichiens ont enlevé quatre piéces de canon ,
trois Drapeaux & beaucoup de bagages , & ils ont
fait 180. prifonniers , parmi lefquels font quatre
Capitaines , trois Lieutenans & deux Enfeignes. Ils
n'ont eû que dix hommes de tués & vingt de bleffés .
On a apris que le Géneral Baroniay , fur la nouvelle
MA Y. 1742 . 1225
velle qu'il a reçûë des derniers mouvemens des
troupes Pruffiennes & Saxonnes , s'étoit mis en
marche avec un Corps de 4000. Hongrois , pour
les fuivre .
On mande de Brion , que le 26. Mars dernier ,
M. Anfiferens étant forti de cette Place avec un détachement
de la garnifon , avoit fait une courfe juf
qu'à Scalitz , & qu'il avoit pris 180. chevaux du
Régiment de Dragons de Reichemberg des troupes
Saxonnes.
Les avis reçûs de Tribau , du 12. du mois der
nier , portent que plufieurs mouvemens de l'armée
commandée par le Prince Charles de Loraine & du
Corps de troupes qui eft fous les ordres du Prince
de Lobkowitz , ayant donné lieu au Roy de Pruffe
de croire que ces troupes projettoient quelque entreptile
importante , S. M. Pr. s'eft déterminée à
raffembler les fiennes qui avoient été diftribuées
dans des quartiers de cantonnement.
Depuis qu'elles en font forties , quelques- uns des
Régimens dont elles font compolées , ont eû plufieurs
combats à foûtenir contre divers détachemens
des ennemis . Au commencement du mois dernier ,
un de ces détachemens s'avança , pour attaquer le
Régiment de Sidow , mais quelques Bataillons qui
étoient le plus à portée de joindre ce Régiment ,
marcherent affés promptement à fon fecours , pour
repouffer les Autrichiens , qui firent une perte
confiderable.
Ce mauvais fuccès ne les rebuta pas , & ils crurent
pouvoir le réparer ,en attaquant le Régiment de Dragons
de Mollendorff, Le Colonel de ce Régiment ,
à leur aproche , fit mettre pied à terre à une partie
de fes Dragons , & il fçut fi bien tirer avantage
mouvemens même des Autrichiens , que quoique
les Pruffiens fuffent fort inférieurs en nombre au
Nij détachedes
Y226 MERCURE DE FRANCE
détachement des ennemis , lequel étoit compofé de
hui Efcadrons & de plus de 8000. Huffards , ils le
mirent en déroute , après avoir tué environ 30.hom.
mes , & fait un allés grand nombre de prifonniers.
On mande de Vienne du 28. du mois dernier , que
la nouvelle que l'on a reçûë de la réfolution prife
le Parlement de la Grande - Bretagne , d'accorpar
der à S. M. Br . un nouveau fubfide de sooooo. livres
fterlings , pour aider la Reine de Hongrie à
foûtenir la guerre , a caufé une joye extraordinaire
à la Cour de Vienne .
Un courier , arrivé de Moravie le 24. a raporté ,
que le 22. les troupes Pruffiennes , qui étoient dans
Olmutz , avoient abandonné cette Place . On a apris
en même tems , que les Huffards de l'armée commandée
par le Prince Charles de Loraine avoient
fait prifonniers 400. hommes d'un détachement des
troupes du Roy de Prufle .
Les Croates , qui ont attaqué vers le milieu du
mois dernier le Régiment de Cofel des troupes Saxonnes
, ayant demandé de pouvoir envoyer dans
leur Pays les Drapeaux qu'ils ont enlevés à ce Régiment
, la Reine non feulement , le leur a permis,
mais elle a ordonné qu'on leur diftribuât l'argent
de la Caiffe militaire dont ils fe font emparés .
S. M. H. a chargé M. Knorr , Confeiller de fon
Confeil d'Etat & Referandaire de la Cour , de travailler
à une nouvelle réponſe aux Manifeftes de
l'Empereur, du Roy d'Efpagne, du Roy de Pologne,
Electeur de Saxe , & du Roy de Pruffe.
O
PRAGUE.
1
N mande de cette Ville du 8. du mois der
nier que le train d'artillerie deftiné pour le
Siége d'Egra , compofé de vingt- cinq canons de
batteria
MAY. 1742 1227
་
batterie & de 15. mortiers, étant arrivé devant cette
Place , & que le Comte de Saxe , qui a été chargé
de ce Siége depuis la mort du Marquis de Leuville ,
y étant arrivé le 2. du même mois avec un Corps
de troupes, avoit fait les difpofitions pour l'inveftif
fement de cette Place. On a tiré de l'Arfenal de
Prague vingt mille boulets & un grand nombre de
bombes pour s'en fervir à ce Siége,
La nuit du 7. au 8. la ranchée fut ouverte par le
Régiment de Rochechouart, fous les ordres du Duc
de Luxembourg , Maréchal de Camp , du côté de
la riviere , lequel n'eft défendu que par un Ravelin
qui couvre la tête du Pont.
Le Duc de Bouflers , Maréchal de Camp , montá
la tranchée le 8. avec le Régiment de Berry , & le
10. avec celui de Luxembourg , & le Marquis de
Mirepoix la monta le 9. avec le Régiment de Beauce.
Pendant ces quatre nuits , les travaux des Affiegeans
ont été pouffés jufques fur le Glacis , & l'on
a établi deux Batteries qui produifent tout l'effet
qu'on en peut efperer.
M. des Marais , Commiffaire Provincial d'Artillerie
, a été tué d'un coup de canon de la Ville , &
on a perdu un Grenadier à la fape .
"
On a apris de Boheme , que le 30. Mars dernier
le Prince Charles de Loraine avoit fait attaquer le
Château de Frawemberg par les Pandoures de l'armée
de la Reine de Hongrie , & qu'ils avoient été
repouffés avec une perte confiderable .
Suivant les derniers avis reçus de Baviere ,le Corps
de troupes Autrichiennes , qui avoit invefti la Ville
de Straubingen par ordre du Comte de Kevenhuller
a levé le is . du mois dernier le blocus de cette
Place.
Les lettres de Donawerth marquent que la premiere
Colonne des troupes Françoifes , deftinées a
Hij former
1228 MERCURE DE FRANCE
former une nouvelle armée en Baviere , étoit ar
rivée à Donawerth le premier du mois dernier ,
& que le 2. le Duc d'Harcourt , qui commande
cette Colonne , avoit envoyé le Régiment de Picardie
& un autre Régiment à Neubourg , pour
garantir le Duché de ce nom des courfes des
ennemis .
Un Corps de troupes de la Reine de Hongrie
commandé par le Comte de Wurmbrand , Major
Géneral , ayant investi le 3. du mois dernier Straubingen
, qui étoit bloqué depuis quelque tems par
quelques Régimens des mêmes troupes , les ennemis
travaillerent le 4. & le s . à l'établillement de
trois batteries de canons & de mortiers .
Le 6. ils ouvrirent la tranchée , & depuis ce jour
là jufqu'au 10. leurs batteries ont tiré avec tant de
vivacité , que l'on compte que les affiégeans ont
jetté plus de soo. bombes..
Le Baron Wolwisfen ; Brigadier des armées de
P'Empereur , lequel commande dans cette Place ,
n'a pas fait de fon côté un feu moins vif & moins
foûtenu que celui des affiégeans , & dans les diffezentes
forties qu'il a faites , il a renversé ou comblé
plufieurs fois leurs travaux . Un détache
ment de la garnifon dans une de ces forties a tué
ou fait prifonniers cent cinquante Grenadiers , &
il y a eû quelques autres forties , dans lesquelles
les ennemis ont fait une perte encore plus confidérable
.
Deux jours après l'ouverture de la tranchée , le
Comte de Wurmbrand envoya un Officier avec un
tambour au Baron de Wolwiefen , pour lui décla
rer qu'il n'accorderoit point de Capitulation à la
garniſon, fi elle ne fe rendoit dans un certain tems ,
mais le Baron Wolwiefen fit réponse que la garniſon
étoit déterminée à ſe défendre juſqu'à la derniere
MAY. 1742 1229
niere extrêmité. Le Comte de Wurmbrand ne fûr pas
plûtôt inftruit de la réfolution des affiégés , qu'il
commença à faire tirer à boulets rouges contre la
Ville , & le dommage que fouffrirent plufieurs
maiſons , ne diminua rien de l'ardeur des habitans
à foûtenir le Siége .
Le 1o. le feu des ennemis fut encore plus vif
qu'il n'avoit été les jours précédens , mais fur le
foir ils cefferent tout à coup de tirer , & la nuit fuivante
entre trois & quatre heures du matin , ils décamperent
précipitament , pour fe retirer du côté de
Plattingen.
Le Baron de Wolwiefen détacha auffitôt quelques
troupes de la garnifon , pour les pourfuivre ,
& on leur a enlevé plufieurs chariots chargés de
munitions.
Le Comte d'Herwart eft parti en même tems par
ordre du Baron de Wolwiefen , pour aller porter à
l'Empereur la nouvelle de la levée du Siége.
Les Miniftres , qui affiftent de la part de la Reine
de Hongrie à la Diette de l'Empire , ont remis au
College Electoral un Mémoire contenant plufieurs
représentations de cette Princeffe au fujet du Refcript
par lequel l'Empereur transfere cette Diette à
Francfort.
On mande de cette derniere Ville du 15. du mois
dernier , que le Comte de Montijo , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy d'Espagne auprès de l'Empereur
, fit le 5. en vertu des pouvoirs qu'il avoit
reçûs de S. M. C. la céremonie de donner au Prince
Royal & Electoral de Baviere les marques de l'Ordre
de la Toiſon d'Or.
Le Comte d'Herwart a informé S. M. I. que les
ennemis avoient levé le Siége de Straubingen
qu'ils avoient perdu près de 1200. hommes , &
qu'on leur avoit fait 120. prifonniers. Ha aftûré
Hij que
1230 MERCURE DE FRANCE
que malgré la vivacité de leur feu & le grand nombre
de bombes qu'ils avoient jettés , ils n'avoient
pas caufé à la Ville un dommage auffi confidérable
qu'on l'avoit aprehendé.
Les troupes qui ont été employées au Siége d'Egra
, confiftoient en fix Bataillons & quinze Elcadrons
, & elles étoient compofées des Régimens
d'Infanterie de Rochechouart , de Berry , de Beauce
& de Luxembourg ; du quatriéme Bataillon du
Régiment de Navarre & du troifiéme d'Alface ; du
Régiment Royal Cavalerie ; de deux autres Régimens
de Cavalerie , fçavoir ceux de Fouquet &
d'Andelau ; du Régiment de Dragons Mestre de
Camp Géneral , & de celui d'Armenonville , des
Compagnies Franches de Galhaw , & de 160. Bavarois
. Ces troupes ont été renforcées pendant le
Siége par des Grenadiers tirés des Brigades de Navarre
& de la Marine , dont on avoit formé deux
Bataillons commandés par le Prince des Deux Ponts
& par le Marquis d'Aubigné. Le Comte de Saxe
a été chargé de la conduite du Siége , & il avoit
fous fes ordres le Marquis de Mirepoix & le Duc
de Bouflers , Maréchaux de Camp .
Ce Lieutenant Géneral étant arrivé le 2. du mois
dernier devant cette Place , qu'un Corps de troupes
Françoiſes tenoient bloquée depuis le mois de
Septembre de l'année derniere , il réfolut aprés l'avoir
reconnue , de l'attaquer par le côté de la riviere
, lequel étoit défendu par un double mur , &
couvert d'un Ravelin à la tête du Pont.
:
Le 4. il fit conftruire une Redoute du côté opofé
& ayant dérobé aux affiégés par une fauffe
attaque la connoiffance de l'endroit deſtiné pour
la véritable , il fit ouvrir la tranchée la nuit du 7. au 8.
Pendant les cinq premieres nuits , depuis l'ouver
LUTE
MAY. 1742. 1.231
ture de la tranchée , les travaux furent pouffés julques
fur le Glacis du Ravelin , & l'on établit deux
Batteries qui démonterent le canon du Ravelin &
d'un demi Baftion.
Le travail de la nuit du onze fut un peu retardé
à caufe de l'eau qui entroit dans la Sappe , & les
Affiégés firent un retranchement d'arbres fur le
bord de la riviere , pour empêcher qu'on ne pénétrât
dans le Ravelin par la gorge de cet ouvrage.
Le 12. quoiqu'ils euffent démafqué une Batterie
'de
quatre piéces de canon , laquelle étoit dans le
vieux Château , on s'avança pendant la nuit fur
l'angle faillant du chemin couvert .
Le logement étoit fait dès le 13. au matin fur le
chemin couvert , & l'on tira contre la Batterie du
Château.
Cette Batterie ayant été entierement démontée le
14. on commença à battre en brêche le corps de la
Place , & non feulement on abatrit le chemin de
ronde , mais on perça la premiere muraille . On
éleva en même tems deux Cavaliers pour plonger
dans le chemin couvert , & un détachement de la
garnifon , lequel attaqua les travailleurs , fut repouffé
.
Le 15. on allongea le logement fur la gauche , &
l'on y fit un réduit pour trois mortiers , deftinés à
tirer dans le Ravelin ; on ouvrit à la droite un
boyau , pour s'emparer d'un Fortin dont le feu
pouvoit incommoder , & l'on pouffa la Sappe couverte
jufqu'à la Paliffade , de forte que le logement
embraffoit le chemin couvert.
Le logement ayant encore été allongé le 16. dans
le chemin couvert , & une Batterie y ayant été établie
pour faire brêche au Ravelin , les jours fuivans
furent employés à établir une nouvelle Batterie , &
à faire la defcente du Foffé , dont la Contrefcarpe
B
1232 MERCURE DE FRANCE
fut percée la nuit du 18. au 19. Pendant tout ce
tems là , les Affiegés firent un feu prodigieux de
canon & de moufqueterie , mais le 19. à huit heures
du matin ils arborerent le Drapeau blanc , & le
20. on figna la Capitulation , par laquelle il a été
reglé que le Ravelin & la Porte de la Ville feroient
livrés le même jour aux troupes Françoifes ; que
le 22. la garnifon fortiroit de la Place avec les honneurs
de la guerre , à condition de ne point fervir
contre l'Empereur ni contre les Alliés de S. MI...
jufqu'à ce que les Officiers & les Soldats qui la
compofent , euffent été échangés , & qu'ont eût
payé leur rançon ; qu'elle feroit conduite à Palau ,
& que le Commandant emmeneroit deux piéces de
Canon de trois livres de balle , & un pareil nombre
de chariots couverts dont il ne pourroit fe fervir
pour cacher les déferteurs ; qu'il feroit permis
aux Bourgeois , & aux perfonnes que la Reine de
Hongrie avoit pourvûes de quelques emplois dans
Ja Ville , de fe retirer s'ils le jugeoient à propos ;
que les habitans ne fouffriroient aucun dommage
dans leurs biens , mais que pour ce qui concernoit
leurs privileges , ils s'en iemettroient à la clémence
de l'Empereur , & que la Ville feroit obligée de
faire rétablir à fes dépens le Pont qui avoit été
détruit.
Les François ont perdu environ cent Soldats à
ce Siége , & les Officiers qui ont été tués , font
Mrs Defmarais , Commiffaire Provincial d'Artillerie
; le Duc , Capitaine au Régiment de Piémont
; de Vendin , Capitaine au Régiment de Luxembourg
; de Puygaillard , Lieutenant dans le Régiment
de Rochechouart , & de Lorençon , Lieutenant
dans le Régiment de Dragons d'Armenonville,
M. de Bifcourt , Ingenieur , & Mrs Dorival & de
Savonicie , Officiers d'Artillerie , ont été bleffés ,
ainfi
MAY. 1233 1742.
ainfi que M. Mirof , Lieutenant dans le Régiment
de Penthievre .
On a apris que les troupes Pruffiennes , pendant le
tems qu'elles ont demeuré dans le Royaume de
Hongrie , s'étoient emparées de plufieurs magafins
des ennemis , où elles avoient trouvé 2478. quintaux
de Farine , 5680. mefurès d'avoine , 9000.
rations de pain , & 14000. de biſcuit , & que le
Roy de Pruffe avoit fait acheter un grand nombre
de chevaux dans le Comté de Hollitſch & dans les
Comtés voisins.
On mande de Glatz du 27. du mois dernier , que
la garnifon Autrichienne qui étoit dans cette Place
, & qui ayant été obligée de l'abandonner après
avoir fait une longue réfiftance , s'étoit retirée dans
le Château s'étoit défendue avec beaucoup de valeur
, tant qu'elle avoit efperé de recevoir du fecours
; que le Corps de troupes Pruffiennes , employ
e au Siége de ce Château , fe préparoit le
26. à donner un nouvel affaut , pour tâcher de s'en
emparer , lorfque le Commandant de la garnifon
qui commençoit à manquer de vivres , fit arborer
le Drapeau blanc , & envoya un Officier pour demander
à capituler.
"
Les articles de la Capitulation furent réglés le
même jour , & la garnifon qui n'étoit composée que
de 430. hommes , fortir le 27. du Château avec les
honneurs militaires & deux pi ces de canon , pour
être conduite avec une escorte à l'armée que commande
le Prince Charles de Loraine , 500. hommes:
des troupes du Roy de Pruffe ont été mis en garnifon
dans ee
Château, où l'on a trouvé 40. canons , 6
mortiers & un grand nombre d'armes , mais trèspeu
de munitions de guerre.
Les dernieres Lettres de Rat fbonne portent ,
que l'arrivée des troupes que le Roy de France a
H vj
fait
1234 MERCURE
DE FRANCE
fait paffer en Baviere , ayant déterminé le Comte
de Kevenhuller à abandonner toute la partie de la
Baviere , qui eft en - deçà de l'Inn , & à fe retirer du
côté de Paffaw avec l'armée qu'il commande , ce
Général a envoyé ordre aux troupes Autrichiennes
qui étoient à Munich , à Pludling , à Dinckelfingen
& dans les autres Villes ou poftes dont les ennemis
s'étoient emparés entre le Danube , Pifer & la
Wills , d'aller le rejoindre , & que le 22. du mois
dernier il décampa de Landzhut. Il a laiſſé le Major
Général Berencklaw en arriere avec un Corps de
troupes , pour obferver les mouvemens des troupes
Françoifes & Bavaroifes , & pour empêcher qu'elles
n'inquietaflent les Autrichiens dans leur retraite
.
Les ennemis arriverent à Ortembourg le 25 , &
ayant repaffé l'Inn , ils fe font poftés de l'autre
côté de cette riviere , entre Schardingen & Paffaw.
Ils travaillent avec toute la diligence poffible à fe
retrancher dans leur nouveau Camp , afin de pouvoir
s'y maintenir , pour couvrir la Haute- Au
riche.
par
FRANC FORT.
le Duc
Na apris le 18. du mois dernier , que
Harcourt ayant reçû à Ingolftadt la nouvelle
du peu de fuccès de la tentative faite le 10.
le Maréchal de Terring , pour fe rendre maître
de la Ville de Kelheim , il y marcha avec ſept
Bataillons , mais qu'il aprit en chemin , que les
Autrichiens avoient abandonné ce pofte dont il
s'affûra.
Le jour précédent , les ennemis avoient levé le
Siége de Straubingen , & le Maréchal de Terring
s'eft avancé dans les environs de cette Place avec
les troupes Bavaroifes qu'il commande.
Les
7
MA Y. 1742. X235
Les troupes Autrichiennes , qui occupoient le
pofte de Deckendorff , le font auffi retirées à l'aproche
d'un détachement des troupes Bavaroifes ;
& l'on a été informé que les ennemis fe raflembloient
fur l'ifer entre Pludling & Dingelfingen.
Par leur retraite , les troupes Françoiles & Bavaroifes
font maîtreffes des deux bords du Danube
depuis Ingolstadt jufqu'à Straubingen , d'où l'on
mande que pendant le Siége il n'y avoit eû qu'une
maifon de brûlée , malgré le grand nombre de
boulets rouges que le Comte de Wurmbrand avoit
fait tirer contre cette Place.
Le Comte de Montijo , que le Roy d'Espagne a
nommé fon Ambaffadeur Extraordinaire pour com➡
plimenter l'Empereur fur fon avenement au Trône
Impérial , eut le 14. du mois dernier fon audience
publique de l'Empereur , & le même jour il eut
audience de l'Impératrice.
On mande de Francfort du 25. du mois dernier
que le Chevalier de Broglie dépêché par le Maréchal
fon pere à l'Empereur , pour porter à S. M. I.
la nouvelle de la prife d'Egra , arriva à Francfort
de Prague , & aprit à l'Empereur que cette Place
s'étoit rendue le 19 , & que la garnifon Autrichienne
qui l'a défenduë , s'étoit engagée par la
Capitulation , à ne point fervir contre S. M. I. ni
contre fes Alliés , jufqu'à ce que les Officiers &
les Soldats , dont elle étoit compofée , euffent été
échangés , ou que la Reine de Hongrie cût payé
leur rançon.
Lorfque cette garnifon eft fortie de la Ville , elle
ne confiftoit plus qu'en 938. Soldats & 102. Grénadiers
, & il ne reftoit d'Officiers que le Comman
dant & le Major de la Place , un Colonel , 10 .
Capitaines , 9. Lieutenans & s . Enſeignes,
Les affiégeans ont trouvé dans Egra 13.canons
de
1236 MERCURE DE FRANCE
de fonte , 10. de fer , 6. mortiers , 107. bombes ,
10392. boulets , 226. cartouches, chargées de initrailles
, 304. chargées de balles , 410. grénades ,
460. quintaux de plomb en faumon , 2154. moufquets
, 1041. fufils , 106. moufquetons , 400. cui
raffes , & une grande quantité d'outils , propres
remuer la terre .
Le Maréchal de Terring a mandé à l'Empereur
qu'un détachement des troupes de S. M. I. avoit
totalement défait à quelque diftance de Straubingen
un détachement de Huffards de l'armée commandée
par le Comte de Kevenhuller ; que la plus
grande partie du détachement ennemi avoit été
taillée en piéces , & que le reste avoit été pris ou
mis en fuite.
•
Le pofte de Deckendorff , qui a été abandonné
par les Autrichiens , à l'aproche des troupes que le
Maréchal de Terring a fait marcher , pour l'atta
quer , eft occupé par quatre Compagnies d'Infanterie
Bavaroife , & ce pofte étant fitué au confluent
de l'Ifer & du Danube , les troupes Impériales font
actuellement maîtrelles de la preiniere de ces deux
rivieres.
Le Prince de Furftemberg Stublingen , qui étoit
Cominiffaire du feu Empereur à la Diette de l'Empire
, continuera d'y exercer les mêmes fonctions
pour l'Empereur.
On a recû la nouvelle d'une action qui s'eſt paſfée
le 17. May aux environs de Czaflaw en Boheme
, entre le Roy de Pruffe , & le Prince Charlesde
Lorraine , & dans laquelle le Roy de Pruffe a
eu l'avantage , on attend un détail circonftancié de
cette action,
ITALIE.
MAY. 1742 1237
O
ITALIE.
Naprend de Rome du 14. du mois dernier
que le Pape a ordonné que le ClergéSéculier &
Régulier de cette Ville feroit le 22. une Proceffion
générale , à laquelle Sa Sainteté dévoit affifter avec
le Sacré College , pour obtenir de Dieu qu'il lui
plaife de rendre la paix à l'Europe .
L'Empereur a nommé le Cardinal Borghese
pour avoir foin des affaires de l'Empire en cette
Cour , & le Baron Scarlati , pour y résider en qua.
lité d'Envoye de S. M. I.
Le 11. le Cardinal del Giudice , en conféquence
des ordres qu'il a reçus de la Reine de Hongrie , fit
ôter de la porte de fon Palais les armes du feu Empereur
, & il Y fit mettre celles de S. M. H.
On a apris de Modene , que 200. Soldats de la
garnifon lefquels prétendoient avoir lieu de fe
plaindre de leurs Officiers , ayant formé le complot
de deferter , & étant convenus de fortir enfemble
de la Ville un jour qu ils devoient paffer en
revûë , ils avoient exécuté leur projet ; qu'ils s'étoient
défendus avec beaucoup de valeur contre un
détachement confiderable de Cavalerie , qu'on
avoit envoyé pour tâcher de leur couper le chemin
, & qu'après un affés long combat , dans le
quel ils n'avoient perdu que cinq homes , ils
avoient paffé la riviere de Panaio , & s'étoient fauvés
dans l'Etat Eccléfiaftique .
On mande de Venife du 18. du mois dernier >
que fuivant les derniers avis reçûs de Smirne , le
bruit y couroit que les négociations de paix entre
le Grand Seigneur & Thamas Kouli Kan n'ont pas
eû le fuccès qu'on en attendoit , & que les Miniftres
Pénipotentiaires , qui étoient affemblés à Erzerum
de la part des deux Puiffauces , ont rompa
leurs
1238 MERCURE DE FRANCE
leurs conférences . Ces avis ajoûtent qu'on affûroit
auffi , que Thamas Kouli- Kan , auffi - tôt qu'il ·
avoit été informé de la féparation du Congrès
d'Erzerum , s'étoit avancé du côté de Trébifonde
avec une armée de 70000. hommes ; que fon fils
à la tête de 50000 , avoit marché vers Bagdad
pour en former le Siége , & qu'il y avoit cu une
action près d'Erzerum , entre un Corps de troupes
Perfaunes & 8000. hommes de l'armée Ottomane ,
commandée par Ali Pacha , Seraskier d'Erzerum .
Le is , jour auquel l'entrée publique du Bailly
de Tencin, Ambaſſadeur de la Réligion de Malthe ,
avoit été fixée , M. Ferroni , Archevêque de Damas
& Evêque Aſſiſtant du Trône , qui avoit été nom
mé par le Pape pour remplacer en cette occafion le
Majordôme du Sacré Palais , alla avec M. Canale ,
Protonotaire Apoftolique , & les Maîtres des Cérémonies
, prendre l'Ambaffadeur hors la Porte Flaminia
, dite du Peuple. Après le Cérémonial accou
tumé , l'Ambaffadeur monta à cheval & il fit fon
entrée publique à Rome dans l'ordre fuivant .
Les Tambours du Senat Romain ; un Courier de
la Religion de Malthe , à cheval ; deux Suiffes de
l'Ambailadeur, deux Trompettes & deux Fouriers ;
quatre Fourgons dont les couvertures étoient de
velours verd , galonné d'or , avec les armes de
l'Ambaffadeur ; huit autres Fourgons , avec de pareilles
couvertures , les unes de velours cramoify &
les autres de velours bleu ; deux Officiers de l'Anbaffadeur
, douze Eftafiers , deux Tireurs , quatre
Officiers de l'Ambaffadeur, fes Valets de Chambre,
fix chevaux de main , avec des caparaçons de peau
de Tigre , un autre cheval dont les harnois & la
houffe étoient de velours violet , brodé d'or ; le
Maître d'Hôtel & l'Intendant de l'Ambaffadeur ,
quatre Pages habillés de velours rouge , avec un
galon
>
M A Y 1742 1239
>
galon d'argent fur les coutures ; quatre Gentilshommes
de l'Ambaffadeur , & fon Ecuyer , qui
avoient des habits magnifiquement brodés en or ,
& qui étoient entre deux files d'Eftafiers ; les deux
Compagnies des Chevau - Legers de la Garde du
Pape les mules des Cardinaux Ruffo , Annibal
Albani , Pic de la Mirandole , Ca.affe , Belluga .
Borghese Bichi , Firrao , Centile , Aquaviva,
Riviera , Aldrovandi , Paffionei, Alexandre Albani,
Corfini , Mofca , de Tencin , Colonne & Sagripante
, conduites chacune par des Palefreniers ; les
Gentilshommes des Cardinaux & ceux des Ambaffadeurs
& des Princes Romains ; deux Trompettes
des Chevau Legers . de la Garde du Pape ; les
Ecuyers & les Cameriers de Sa Sainteté ; les
Chevaliers Colonne , de Sciarra , Strozzi , Dominique
& Louis de Buffi , Ricci , Sampieri , Patti
Gigli , Tommafi , Graffi , Gabanes , Modeni ;;
Ghades , Cardona , Guglielmi & de Lerma , Chevaliers
de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem ; les
Commandeurs Papirio , Buffi & Chigi Montori ,
Commandeurs du même Ordre ; les deux Maîtres
des Cérémonies ; la Compagnie des Suiffes de la
Garde de Sa Sainteté , le Lieutenant de cette Compagnie
étant à la tête.
L'Ambaffadeur , précédé de douze Coureurs ,
avoit à la droite M. Ferroni , Archevêque de
Damas , & à fa gauche M. Canale , Protonotaire
Apoftolique ; de chaque côté étoit un Maffier du
Pape. Les Prélats Chigi , Erba , Biglia , Valenti ;
Bajardi , Albani & Millo , Protonotaires Apoftoliques
, marchoient après l'Ambaffadeur , & ils
étoient fuivis des Chapelains de Sa Sainteté , lefquels
avoient leurs robes & leurs chaperons de
Cérémonie. A quelque diftance , étoient les quatre
zaroffes de l'Ambaſſadeur , dans leſquels étoient le
Comte
1240 MERCURE DE FRANCE
Comte Scotti , fon Maître de Chambre , les
Sécretaires de l'Ambaſſadeur , deux de fes Gentilshommes
, & quelques Freres Servans de l'Ordre de
S. Jean de Jérufalem ; la marche étoit fermée
par les caroffes des Cardinaux , des Ambaffideurs ,
des Princes Romains , des Envoyés & des autres
Miniftres Etrangers.
Le 16. du mois dernier , les Peres de la Doctrine
Chrétienne tinrent à Rome un Chapitre Général
dans lequel ils élûrent pour Général de leur Ordre
le Pere Dominique Andreucci , & pour Procureur
Général le Pere Dominique Bertagna .
O
NAPLES.
N aprend de Naples du ro. du mois dernier
que le s. on fit partir fur des mulets pour les
troupes du Roy douze petites piéces de campagne ,
& une grande quantité de munitions de guerre avec
une fomme de 200000.Ducats, en nouvelles efpeces,
fous l'escorte de deux Compagnies d'Artillerie &
d'une Compagnie du Régiment de Cuirafliers de
la Motte .
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 3. du mois dernier ,
que Leurs Majeftés Catholiques ont apris par
les dernieres lettres de l'Infant Don Philipe que ce
Prince étoit arrivé le 24. du mois précedent à
Montpellier.
L'Intendant de Marine du Royaume de Galicé
a mandé au Roy , que le 14 du mois dernier la Frégate
le Saint Jean Baptifte , commandée par l'Armateur
Don Juan Jofeph Herrero , étoit entrée
dans le Port de Corme avec un Vaiffeau Anglois
de i ro tonneaux , chargé de farine & de riz .
Le 17. l'Armateur François Fernandez, qui commande
MA Y. 1241
1742.
mande la Balandre la Notre - Dame de Begona, conduffit
au Port de Santander un Brigantin Anglois ,
qu'il a pris dans la Manche .
L'Infant Don Philipe arriva à Aix le 31. Mars
dernier.
Les dernieres lettres de l'Infant Don Philipe
portent que ce Prince étoit arrivé à Toulon .
L'Intendant du Port du Ferol a mandé à S. M. C.`
que les Frégates le S. Michel & le Mars , avoient
conduit à la Corogne les Vailleaux Anglois le Jean
Etienne & le Falmouth , & que le 22. & le 24. Mars
dernier la premiere de ces deux Frégates s'étoit emparée
de trois autres Bâtimens de la même Nation.
On a apris de Madrid le premier de ce mois , que
pendant le cours du mois dernier , les Armateurs
du Port de S. Sébastien ont fait fur les ennemi, dix '
prifes , dont la valeur monte à 80000. Piaftres , &
que le 19. du mêms mois , un Armateur Biſcayen
eft entré dans le Port de Bilbao avec deux Bâtimens
Anglois , l'un de 120. tonneaux & l'autre de 50.
dont il s'étoit emparé quelques jours auparavant.
Une Frégate a conduit au Port de Lage en Galice
un autre Vailleau de la mêine Nation .
GENES ET ISLE DE CORSE.
ON de
N aprend de la Baftie , que les Bandits de
l'Ifolacci continuent de commettre plufieurs
défordres , & qu'ils avoient enlevé les équipages de
quelques Officiers qui alloient à Corte."
On mande de Venife . que la République a nom
mé le Chevalier André Erizzo & M. François Loredano
, fes Ambaffadeurs Extraordinaires , pour
aller complimenter l'Empereur fur fon avenement
au Trône Impérial .
Les troupes commandées
par le Duc de Montemar
1242 MERCURE DE FRANCE
•
mar ont été jointes par les troupes Napolitaines ,
& elles n'attendent que l'arrivée du Convoi parti
de Naples , pour s'avancer vers la Lombardie .
On a apris que la Reine de Hongrie a envoyé
ordre au Comte de Traun , de faire ramener dans
le Parmeſan l'Artillerie qu'on en avoit tiré , & que
les troupes Autrichiennes , qui s'étoient avancées
dans le Modenois , fe difpofoient à fe retirer dans
le Mantoüan.
Une partie des troupes Eſpagnoles , qui font fous
les ordres du Duc de Montemar , eft déja fur la
Frontiere du Ferrarois , & l'on a reçû avis d'Antibes
, qu'on y attendoit le 19. du mois dernier la
premiere Colonne de celles qui paffent par la France.
Suivant les lettres écrites de la Baftie , les Ban-.
dits de l'Ifolacci ont pillé une Voiture qui alloit de
Roftino à Corte , & dans laquelle il y avoit , outre
plufieurs effets de prix & quelques armes , une fomme
de fooo. livres , deftinée pour le payement des
troupes qui font dans cette derniere Ville. 18. Soldats
qui efcortoient cette Voiture , fe font défendus
avec beaucoup de valeur , mais ils ont été obligés
de ceder au nombre , & ils fe font retirés après un
Jong combat, dans lequel il y a eû deux d'entre eux
de tués & trois de bleffés.
Dans le tems qu'on fe croyoit fur le point de
voir la tranquillité rétablie dans l'Ile de Corfe par
l'Election des douze Députés des Piéves , il a parû
que l'efprit de révolte commençoit à y renaître, les
habitans de quelques Communautés ayant donné
depuis peu de nouvelles marques de leur mauvaiſe
volonté .
Donze des Rebelles , que le Marquis Spinola avoit
fait embarquer pour Livourne , avec défenfes, fous
peine de la vie , de retourner en Corfe , font rentrés
dans cette Ifle , & y ont porté plufieurs fufils
avec quelques munitions de guerre .
MA
1742: Y. 1243
Il eft arrivé à Savonne une Tartane , à bord de
laquelle étoient 28. chevaux des Equipages de l'Infant
Don Philipe.
*
'Les lettres écrites de l'Ile de Corfe . du 25. du
mois dernier, ne contiennent aucune nouvelle intereffante;
elles confirment feulement que la tranquil
lité qui y regnoit en aparence , n'avoit rien de folide
, & que la République avoit fujet de fe défier
des difpofitions des Cortes.
Le Duc de Montemar a établi fon quartier géne
ral à Rimini , & l'avantgarde de l'armée Espagnole
eft à Forli & à Imola.
On recommence à publier que le Roy de Sardaigne
a réfolu d'augmenter la garnifon de Nice , &
celles de quelques Places voifines ; qu'il a détaché
de fon armée pour cet effet cinq Bataillons & quatre
Efcadrons , & qu'il a donné ordre qu'un Corps
de Milice s'aflemblât , pour garder les paffages des
montagnes.
On a apris de Génes du 2. de ce mois , qu'un
courier dépêché par le Duc de Montemar à l'Infant
Don Philipe, qu'on difoit être parti de Toulon le26.
du mois dernier pour le rendre à Antibes , a été arrêté
à Loano , près d'Oneille , par des inconnus qui
lui ont enlevé les lettres dont il étoit chargé.
On a fçu par un autre courier , que le Roy de
Sardaigne , dans le tems qu'il fe difpofoit à quitter
Plaisance pour aller à Parme , avoit reçû des dépêches
qui l'avoient fait changer de refolution .
Le même courier a raporté que l'armée comman .
dée par le Duc de Montemar , & qui eft actuellement
compofée de 3. Bataillons & de 27. Efcadrons
, s'avançoit vers Ferrare , & que l'aproche des
troupes Efpagnoles commençoit à inquieter le
Comte de Traun .
On mande de l'Ifle de Corfe , que les Bandits de
I'Ifolacci
244 MERCURE DE FRANCE
3
'Ifolacci, irrités de ce que plufieurs de leurs parens
ont été conduits dans les prifons de la Baftie , commettent
encore plus de defordres que par le paflé ;
qu'ils ont tué quelques Soldats , pour s'emparer de
leurs armes ; qu'ils ont enlevé celles de quatre Cor
fes du Bourg de Mariani , qui font au fervice de la
République , & qu'ils ont pillé une Voiture chargée
de vivres , qui alloit à Corte.
O
GRANDE BRETAGNE ."
N aprend de Londres du 19. du mois dernier,
que la Chambre des Communes a accordé
S. M. Br. ( ooooo. livres fterlings , pour aider la
Reine de Hongrie a foûtenir la guerre,
Les Efpagnols fe font emparés du Vaiffeau le
Guillaume , qui faifoit voile pour la Barbade , &
du Vaiffeau le Naffau , qui alloit de la Jamaïque à
Boſton dans la nouvelle Angleterre .
Quelques- uns des Commiffaires , chargés d'examiner
la conduite du Comte d'Orford , ont propofé
de faire fubir la queftion à M. Paxton , Solliciteur
de la Tréforerie , s'il perfiftoit à refufer de
donner les éclairciflemens qu'on lui demande fur
l'emploi de trois millions de livres fterlings , dont
on ne trouve aucune décharge dans les Regiſtres
de l'Echiquier & de la Tréforerie .
O
HOLLANDE ET PAYS - BAs.
N mande de la Haye du 27. du mois dernier,
que le Confeil d'Etat a donné ordre qu'à
commencer au 17. de ce mois , toutes les troupes
formaflent des camps particuliers dans les environs
des Villes & des autres endroits où elles font en
garnifon ou en quartiers , & que chaque Commandant
MAY. 1742
1249
mandant fit faire l'exercice tous les jours pendant
un mois au Corps qui eft fous fes ordres.
Il a été reglé par le même Confeil , que l'Etat
feroit rembourfer à chaque Corps les dépenses pour
le tranfport des Tentes & des Bagages , & qu'on
fourniront gratuitement aux troupes le bois & la
paille , pendant tout le tems qu'elles feroient campées.
>
En conféquence des réfolutions prifes à Bruxelles
dans un Confeil d'Etat qui fe tint le trois de ce
mois , le Comte de Harrach a envoyé ordre aux
troupes Autrichiennes , qui font en garnifon à
Oftende , à Bruges , & dans quelques autres Places
, d'en fortir à l'arrivée des troupes Angloifes
qui doivent paffer la Mer . Une partie des troupes
qu'on retirera de ces Places , eft destinée à renforcer
les garnifons de Mons , d'Ath & de Charleroy.
On doit délivrer inceffamment des Tentes aux
troupes , & on travaille avec beaucoup de diligence
à établir des magaſins & à mettre toutes les Villes
des Frontieres en état de défenſe.
XXXXXXXXXXXXXXXXX *****
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
L
E 19. Mars , Eleonore - Louiſe Gonzague, veuve
depuis le 3. Février 1711. de François- Ma
rie de Médicis , Prince de Tofcane , ci - devant Car
dinal , & Protecteur des affaires des Couronnes de
France & d'Efpagne à Rome , avec lequel elle avoit
été mariée le 14. Juillet 1709. & dont elle n'a
point eû d'enfans , mourut à Padoüe , où elle s'étoit
retirée depuis plufieurs années. Elle étoit âgée de
55. ans , 3. mois & 6. jours , étant née le 13. Novembre
1686. Elle étoit fille de Vincent Gonzague,
Duc
1248 MERCURE DE FRANCE
ར
Duc de Guaftalla , Prince de Sabioneda & de Boz→
zolo mort le 18. Avril 1714. & de Marie- Victoire
Gonzague de Guaſtalla , ſa coufine . Elle s'étoit remariée
en fecondes nôces le 30. Decembre 1718 .
avec Philipe Prince de Heffe Darmstadt , mais ce
Mariage fut caffé en 1721. Cette Princefle a fait &
inftitué le Grand Duc regnant de Tofcane , fon
Légataire univerfel .
viere ,
Le 10. Avril , Guillelmine - Amélie , née Ducheſſe
de Brunfwic- Hannover , veuve de Jofeph , Empereur
, & Roy des Romains , Roy de Hongrie & de
Boheme , Archiduc d'Autriche , & c. mort le 17 .
Avril 1711. & avec lequel elle avoit été mariée le
24. Février 1699. mourut à Vienne , âgée de 68 .
ans , 11. mois & 16. jours , étant née le 26. Avril
1673. Elle étoit la derniere fille de Jean- Fréderic
de Brunfwic- Lunebourg , Duc de Hannover, mort
le 18. Decembre 1679. dans la 55 année de fon
age , & de Benedictine - Henriette - Philipe de Ba-
Comtelle Palatine du Rhin , morte à fa Maifon
de Campagne au Village d'Afnieres , près Paris ,
le 12. Août 1730. âgée de 78, ans , 20. jours . Elle
ne laille que deux filles , qui font , Marie-Jofeph-
Benedicte - Antoinette- Therefe Xaviere- Philipine
Archiducheffe d'Autriche , née à Vienne le 8. Decembre
1699. Epoufe de Frederic Augufte , III. du
nom , Roy de Pologne , Grand Duc de Lithuanie,
Duc de Saxe , Electeur & Grand-Maréchal du Saint
Empire Romain , ué le 7. Octobre 1696. avec lequel
elle a été mariée le 3. Septembre 1719. &
Marie-Amelie-Jofeph- Anne- Therefe - Cordule , Archiducheffe
d'Autriche , née à Vienne le 22. Octobre
1701. Epoufe de Charles - Albert , Duc de la
Haute & Baffe Baviere , & du Haut Palatinat du
Rhin , Grand-Maître & Electeur du S. Empire Romain
, né le 6. Août 1697. élû Roy des Romains c
"
24
MAY. 1742. .1247
4. Janvier dernier , & couronné Empereur le 12.
Fevrier fuivant , avec lequel elle a été mariée le 5.
Octobre 1722.
Le 25. Sigisbert Haverkam, Profeffeur en Hiftoire
, en Eloquence & en Langue Grecque qui s'étoit
acquis une très - grande réputation par la vafte
érudition , mourut à Leyde , en Hollande , âgé de
5.8. ans.
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
E Comte de Perelada , Premier Gentilhomme
de la Chambre de l'Infant Don
Philipe , & que ce Prince a envoyé au Roy ,
pour remercier S. M. des honneurs qu ' . lle
lui a fait rendre à fon paffage dans le Royaume
, arriva à Paris le 2 du mois dernier. Le
Roy ayant trouvé bon qu'il s'acquittât de
cette Commiffion
à Choify , le Prince de
Campo - Florido , Amballadeur
du Roy
d'Espagne , cut à Choify le 5. une Audience
particuliere
du Roy , dans laquelle il préfenta
à S. M. le Comte de Perelada. Le Prince
de Campo, Florido fut conduit à cette
Audience
par M. de Verneuil
, Introducteur
des Amballadeurs
.
Le 6 , Ce . Prince eut à Verfailles Audience
particuliere de la Reine , de Monfei
gneur le Dauphin & de Mefdames. Dans ces
I Au1248
MERCURE DE FRANCE
Audiences , auxquelles il fut conduit
même Introducteur , il préfenta le Comte
de Perelada.
Par
le
Le 13 , le Prince de Campo - Florido eut
à Fontainebleau , du Roy , de la Reine , de
Monfigneur le Dauphin , & de Mesdames ,
des Audiences particulieres , dans lesquelles
le Comte de Perelada prit congé. L'Ambaſſadeur
y fut conduit par le Chevalier de Sainpar
tot , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Maréchal Duc de Belle - Ifle partit de
Paris le 12. pour retourner à Francfort.
Le Roy a nommé le Duc de Gêvres , l'un
des quatre Premiers Gentilshommes de fa
Chambre , pour aller de la part de S. M.
complimenter l'Empereur fur fon Election ,
& le Duc de Gévres partit le 19 , pour fe
rendre à Francfort , & s'y acquitter de cette
Commiffion.
Le 14. le Roy & la Reine entendirent dans
la Chapelle du Château de Fontainebleau la
Meffe de Requiem , pendant laquelle le De
profundis fut chanté par la Mufique , pour
T'Anniverfaire de Monfeigneur le Dauphin ,
Ayeul de S. M.
Le 15. le Roy fit rendre à l'Eglife de la
Paroiffe du Château les Pains Bénits, qui furent
préfentés par l'Abbé d'Aydies , Aumônier
de S. M. en quartier.
Le 19, du mois dernier
, l'ouverture
folemnelle
MA Y. 1742. 1249
nelle de l'Affemblée du Clergé de France fe
fit avec les cérémonies accoûtumées dans
l'Eglife des Grands Auguftins , par la Meffe
du S. Efprit , à laquelle les Prélats & autres
Députés , qui compofent l'Affemblée , communierent.
L'Archevêque de Bourges y officia
pontificalement , & l'Evêque de Vence
prêcha avec beaucoup d'éloquence .
Le 2c. le Roy & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Fontainebleau
, la Meffe de Requiem , pendant la
quelle le De profundis fut chanté par la Mufique
, pour l'Anniverfaire de Madame la
Dauphine , Ayeule de S. M.
Le 22. la Reine fit rendre à l'Eglife de la
. Paroiffe du Château les Pains Bénits , qui fu
rent préfentés par l'Abbé de Sainte Hermine,
fon Aumônier en quartier.
Le Comte de Broglie , Colonel du Régiment
de Luxembourg , & qui a été dépêché
au Roy par le Maréchal de Broglie fon pere ,
arriva à Fontainebleau la nuit du 26 , & il a
apris à S. M. que le 19. la Ville d'Egra avoit
demandé à capituler.
Le Roy a fait le Comte de Broglie , Brigadier
de fes Armées .
L'Affemblée Génerale du Clergé a élû pou
Préfidens l'Archevêque de Paris , l'Archevê
que de Bourges , l'Evêque de Poitiers & PEvêque
de Viviers ; l'Abbé de Chapt de Kaf
I ij tignac
1250 MERCURE DE FRANCE
tignac pour Promoteur , & l'Abbé de Togaffe
de la Baftie pour Sécrétaire . *
Le 22. du mois dernier , les Prélats & autres
Députés qui compofent l'Affemblée Générale
du Clergé , allerent à Fontainebleau
rendre leurs refpects au Roy. Ils s'aſſemblerent
dans l'apartement du Château , qui leur
avoit été deftiné , & le Comte de Maurepas
, Miniftre & Sécrétaire d'Etat , étant
venu les prendre pour les préfenter au Roy ,
ils furent conduits à l'Audience de S. M. par
le Marquis de Dreux , Grand - Maître des Cérémonies
, avec les honneurs qui fe rendent
au Clergé , lorfqu'il eft en Corps , les Gardes
du Corps étant en haye & fous les armes
dans leur Sale , & les deux battans des por
tes étant ouverts . L'Archevêque de Bourges
complimenta le Roy , & il parla avec beaucoup
d'éloquence.
L'après-midi , les mêmes Députés eurent
audience de la Reine , & de Monfeigneur
le Dauphin.
Le 26 , M. Fagon , Confeiller d'Etat ordinaire
, & au Confeil Royal des Finances ;
M. d'Ormeffon , Confeiller d'Etar ordinaire
& au Confeil Royal des Finances , & M.
Orry , Miniftre d'Etat , & Contrôleur Général
des Finances , Commiffaires du Roy , fe
rendirent à l'Affemblée Générale du Clergé
où ils furent reçus avec les cérémonies ordinaires,
MAY. 1742. 1251
naires. M Fagon ayant fait un Diſcours , auquel
l'Archevêque de Bourges répondit au
nom de l'Affemblée , les Commiffaires du
Roy demanderent de la part de S. M. un
fecours de douze millions , qui a été unaniment
accordé.
Le Roy a donné au Marquis de Surgeres ,
Capitaine Lieutenant de la Compagnie des
Chevau- Legers de la Reine , l'agrément du
Regiment de Dragons , vacant par la démiſfion
du Marquis d'Armenonville , Brigadier
& Mettre de Camp de ce Régiment .
Le 3. de ce mois , Fête de l'Afcenfion de
N. S. le Roy & la Reine entendirent dans
la Chapelle du Château la Meffe chantée par
la Mufique. L'après - midi , leurs Majeftés
affifterent aux Vêpres
Le Roy a donné à M. Gabriel , Architecte
ordinaire de S. M. & Contrôleur des Bâtiment
du Château de Verfailles , la Charge
de Premier Architecte du Roy , vacante par
la mort de M. Gabriel , fon pere.
La Charge d'Architecte ordinaire a été accordée
par S. M. à M. de Cotte , Contrôleur
des Bâtimens du Château de Fontainebleau.
Le 12. la Reine communia par les mains
du Cardinal de Fleury , fon Grand Aumônier.
Le 13. Fête de la Pentecôte , les Cheva-
I iij hers ,
1252 MERCURE DE FRANCE
liers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du S. Efprit ; s'étant affemblés dans le
Cabinet du Roy, vers les onze heures , S. M.
tint un Chapitre , dans lequel l'Information
de vie & moeurs , & la Profeffion de Foi de
Monfeigneur le Dauphin , nommé Chevalier
de l'Ordre du S. Efprit le 2. Février dernier ,
& les preuves de Nobleffe & de Religion
de l'Archevêque de Narbonne , que le Roy
avoit nommé Commandeur du même Ordre
le premier Janvier dernier , furent admifes..
Le Chapitre étant fini , le Marquis de Breteüil
, Commandeur , Prevôt & Maître des
Cérémonies de l'Ordre du S. Efprit , précédé
du Heraut & de l'Huiffier , alla prendre
Monfeigneur le Dauphin dans fon apartement
, & il le conduifit dans le Cabinet de
S. M. qui le reçut Chevalier de l'Ordre de
S. Michel . Le Roy fortit enfuite de fon Cabinct
, pour fe rendre à la Chapelle du Châ
teau ; S. M. étoit précédée de Monfeigneur
le Dauphin , en habit de Novice , du Duc
d'Orleans , du Duc de Chartres , du Comte
de Charolois , du Comte de Clermont , du
Prince de Conty , du Prince de Dombes ,
du Comte d'Eu , du Duc de Penthievre , &
des Chevaliers , Commandeurs & Officiers.
de l'Ordre ; le Cardinal d'Auvergne , l'Archevêque
de Narbonne , & l'Evêque de Lan
gres marchoient derriere S. M. Après le
Vent
MAY. 1742 7253
Veni Creator , qui fut chanté par la Mufique
, le Roy monta à fon Trône , près de
l'Autel où l'Archevêque de Narbonne fut
reçû . S. M. retourna enfuite à ſon Prie Dieu,
& entendit la grande Meffe , célébrée par
l'Archevêque de Bourges , Commandeur de
l'Ordre du S. Efprit , & chantée par la Mufique.
La Meffe étant finie , & le Roy étant
remonté à fon Trône , Monfeigneur le Dauphin
, lequel pendant la Meffe étoit refté à
la place de Novice , entre le Prie - Dieu de
S. M. & le Banc des Chevaliers qui étoient
à la droite , fut conduit au Trône avec les
Cérémonies accoûtumées , & il fut reçû Chevalier
, ayant pour Parains le Duc d'Orleans
& le Duc de Chartres.
La Reine & Mefdames entendirent la mê
me Meffe dans la Tribune.
L'après - midi , leurs Majeftés entendirent
dans la Chapelle du Château le Sermon de
l'Abbé Desjardins , Curé de Franconville
& enfuite les Vêpres chantées par la Muſique.
J
Le Roy , qui étoit parti du Château de
Fontainebleau le 19. de ce mois , arriva à
Verfailles le 23. La Reine y retourna le 17 .
Monfeigneur le Dauphin le 19. & Mefdames
de France le 21 .
Le 24. Fête du S. Sacrement , le Roy , accompagné
de Monfeigneur le Dauphin , du
I iiij Duc
1254 MERCURE DE FRANCE
Duc de Chartres , du Prince de Dombes ,
du Comte d'Eu , du Duc de Penthievre , &
de fes principaux Officiers , fe rendit à l'Eglife
de la Paroiffe du Château , & Sa Majefté
y entendi la grande Melle , 'après avoir
affifté à la Proce lion , laquelle , fuivant la
coûtume , alla à la Chapelle du Château ,
où la Reine fe trouva, lorfque la Proceffion y
arriva .
Le même jour , le Roy prit le deüil pour
la mort de l'Imperatrice Amelie , dont le
Koy de Pologne , El cteur de Saxe , Gendre
de cette Pinceffe , a donné part à Sa
Majefté par une lettre que le Comte de Loos ,
Envoyé Extraordinaire du Roy de Pologne
avoit été chargé de préfenter au Roy.
On a apris de Naples que la Princeffe ;
dont la Reine des deux Siciles eft accouchée
le 25. du mois de Janvier de cette année
étoit morte à Naples la nuit du 2. au 3. du
mois dernier.
BENEFICES DONNE'S.
E. Roy a nom né à l'Evêché de S. Flour.
l'Abbé de Ribeyre , Vicaire Général de
l'Evê hé de Clermont , & qui avoit été nommé
à l'Evêché de Digne.
Sa M. a accordé l'Abbaye Réguliere de
Septfons , Ordre de Cîteaux , Diocèfe d'Aurun
, à Dom Zozime de Guienne , Religieux
de cette Abbaye.
Le
MAY
1742 . 1255
Le 9. du mois dernier , la Reine entendit
à Fontainebleau en Concert , le Prologue &
la premiere Entrée du Ballet des Elemens ,
mis en Mufique par M. Deftouches , Sur - Intendant
de la Mufique du Roy 11 fut continué
le ri. & le 16. & exécuté par les Dlles
Mathieu , de Romainville , Defchamps &
Abec , & par les fieurs Benoît & Poirier ;
les talens & la voix de ce dernier font tous
les jours de nouveaux progrès.
Le 18 , le 23 , & le 25. on chanta devant
1a Reine l'Opera d'Omphale , de la compefition
du même Auteur ; la Dlle de la Lande ,
& la Dlle Peliffier , cy devant une des premieres
Actrices de l'Académie Royale de
Mufique , que le Public regrete tous les
jours , exécuterent avec beaucoup de goût
les rôles d'Argine & d'Omphale , ainfi que
les fieurs Benoît & Poirier , ceux d'Alcide &
d'Iphis , qui furent rendus dans une grande
perfection .
Le 30. Avril , le 2. & le 7. May , la Reine
entendit l'Opera de Telemaque du même
Auteur , exécuté par les mêmes fujets..
On ne peut rien ajoûter à la beauté de ces
differen's Concerts. Les Rôles & la Simphonie
furentparfaitement exécutés ; les Chauts
& tous les Concertans fe furpafferenr , &
s'attirerent les aplaudiffemens de S. M. & de
toute la Cour,
1256 MERCURE DE FRANCE
Le 3.May, Fête de l'Afcenfion , le 13 , Fête de
la Pentecôte, & le 24 , jour de la Fête- Dieu, il
y eut Concert fpirituel au Château des Tuilleries
; on y exécuta differens Motets, à grand
choeur , de Mrs de la Lande , Niel & Mondonville
; on y chanta auffi plufieurs petits
Motets , à voix feule , des fieurs Gaumé &
du Bouffet ; les fieurs de Mondonville &
Cupis exécuterent fur le violon , chacun , des
Concerto & des Sonates au gré du Public , &
chaque Concert a toujouts été terminé par
un Motet à grand choeur.
Le 5. May , ( la Cour étant à Fontainebleau
) les Comédiens Italiens y repréſenterent
la Comédie du Rival Favorable , & la
petite Piéce du Philofophe dupe de l'Amour.
Ces deux Comédies furent terminées par un
Ballet Pantomime , intitulé les Rendez- vous
nocturnes.
Le 8. les Comédiens François repréfenterent
auffi à la Cour ,la Tragédie du Cid , de
P. Corneille , & la petite Comédie du Sicilien.
La Dlle Gautier , nouvelle Actrice , joüa
le Rôle de Chimene dans la premiere Piece
& chanta un Air dans la feconde.
Le 10. on repréfenta l'Ecole des Maris &
les Folies Amoureufes. La même Actrice joüa
le Rôle d'Ifabelle dans la premiere Piece , &
celui d'Agathe dans la feconde.
MORTS
ง
MAY
1742. 1257
*******************
MORTS ET MARIAGE.
E .... Mars , Alfonfe - François de Simiane ,
Leigneur & Comte de Maligny , Abbé Commandataire
de l'Abbaye Royale de Marfillac , Ordre
de S. Benoît , Diocèfe de Cahors , depuis le 8 .
Janvier 1721. & ci -devant Maître de l'Oratoire du
feu Duc d'Orleans , Régent en France , mourut à fa
Terre en Champagne. Il étoit frere puîné du Comte
de Simiane , pere de la Préfidente Durey de Noinville
, dont la mort eſt raportée dans le Mercure
d'Avril 1741. page 827-
.
Le 14. D. Marie-Chriftine Hérault , Epoule de
Jean - Baptifte Guillard , Seigneur de la Vacherie ,
Chambellan du feu Duc de Berry , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis , & Gouverneur
de la Citadelle d'Arras , avec lequel elle avoit été
mariée au mois d'Avril 1707. mourut à Paris , âgée
de 58. ans .. Elle étoit fille de Louis Hérault Ecuyer
Sr du Porche , Receveur des Domaines & Bois de
la Géneralité de Rouen , & de Chriftine Bourret
fa premiere femme , & foeur de pere de feu René
Hérault , Seigneur de Fontaine-Labbé , & de Vau---
creffon , mort Coufeiiler d'Etat , & Intendant de la
Géneralité de Paris , le 2. Août 1740. Elle laiffe
entre autres enfans , Marie Victoire Guillard , ma→
riée le 5. Juillet 1729. avec Jean- Baptifte d'Artaguiette
Diron , Baron d'Aguerre , Marquis de la
Mothe Sainte Heraye .
י
Le r8. Jean du Mouret , Chirurgien du Duc de
Chartres , & poff:ffeur d'un Secret contre le Scorbut
, mourut à Paris , àgé de 82. ans , laiffant deux:
Neveux , auffi Chirurgiens .
Jean-Baptite Dubos , Diacre & Chanoine de
I vjj
BE
1258 MERCURE DE FRANCE
l'Eglife de Beauvais , Abbé Commandataire de
N. D. de Reffon , Prieur de Venerolles , Cenfeur
Royal , l'un des Quarante & Sécretaire perpétuel de
l'Académie Françoiſe , mourut à Paris le 23. Mars ,
âgé d'environ 73. ans .
Le 24. René de Sefmaiſons , Prêtre du Diocèse de
Nantes, Abbé Commandataire des Abbayes de faint
Clément de Metz , Ordre de S. Benoît , & de N.D.
de Ham , Ordre de S. Auguftin, Diocèfe de Noyon ,
mourut à Paris , dans la 62. année de fon âge. Il
avoit été Jéfuite dans la jeuneffe , & enfuite Chevalier
de Malthe, & Moufquetaire du Roy. Depuis ,
il embrafla l'Etat Eccléfiaftique , & fut Abbé de
P'Eglife Collégiale de N. D. de la Grande à Poitiers
, Prieur de S. Etienne de Pardaillan , Diocèfe
de S. Pons , Vicaire Géneral de l'Evêque de Poitiers
& Aumônier du Roy par quartier. Il fut Député aux
Affen blées Génerales du Clergé de France , tenuës
en 1725. & 1730. à la premiere , de la part de la
Province de Narbonne, & à la teconde , pour celle
de Toulonfe. Il fut nommé au mois de Janvier 173 .
à l'Evêché de Soiffons , mais il remit le Bréve : de fa
nomination , & l'Abbaye de Ham lui fut donnée au
mois de May fuivant . Il avoit obtenu celle de faint
Clement de Metz le 29. Mars 1727. La Maifon de
Sefmaifons eft d'une nobleffe fort ancienne de la
Haute-Bretagne . Elle eft connue dès le XII . fiecle,
& eft dénommée dans les anciens Titres en Latin
de fuis Domibus . Ses Armes font de Gueules à trois
maifons d'or. Celui qui vient de mourir étoit de la
Branche des Seigneurs de la Sauffiniere , dans l'Evêché
de Nantes .
Le 27. Jean Charles De la Fontaine - Solare , Scigneur
de la Boiffiere , & c . Chevalier de l'Ordre.
Militaire de S. Louis , ancien Lieutenant de Roy
de Dieppe, y mourut dans fa 97. année, étant né le
50.
MAY.
1212 1.742.
5. May 1655. Il l'étoit depuis 1681. 1on Pere s'étant
démis en fa faveur ; il remit cette Lieutenance
de Roy à fon fils en 1721. & S. M. en confidération
de fes Services , lui en avoit accordé la furvivance
avec le Brevet de Commandant. Il avoit fervi
long -tems avec diftinction tant en qualité de premier
Capitaine au Régiment de Normandie , qu'en
qualité d'Infpecteur des Troupes. Il avoit reçû
plufieurs bleffures confidérables au Siége de Lille
en 1667. & à l'Affaire de Treves en 1674. Sa piété,
de laquelle il ne s'eft jamais démenti depuis fa
plus tendre enfance , & fa charité pour les pauvres,
le font univerfellement regréter . Il a toûjours
confervé jufqu'à fa mort une parfaite fanté , & un
jugement très- fain. De fon mariage en 1682. avec
Marie - Anne Bail d'Orcan , morte âgée de 83. ans
en 1732. il a eu quatre enfans Jean-Charles-
Jofeph Quentin de la Fontaine , Capitaine au Régiment
d'Infanterie de Bretagne , tué à Malplaquet
en 1709. François de la Fontaine- Solare , Comte
de la Boiffiere , Chevalier, de l'Ordre Militaire dé
S. Louis , Lieutenant de Roy de Dieppe , lequel eft
veuf depuis 1729. d'Henriette - Marie de Boulainvilliers
; Elifabeth -Deniſe- Guillemette de la Fontaine
-Solare veuve depuis 1731. d'Henri de
Mornay , Seigneur de Ponchon Chevalier de
P'Ordre Militaire de S. Louis , & Marie- Anne-
Angelique de la Fontaine- Solare , mariée en 1717.
à Jofeph -Jean- Baptifte de la Boifliere de Chambors ,.
Capitaine au Régiment de Bretagne , & Ecuyer
Ordinaire du Roy , fon Coufin Germain , morte en
couches le premier Janvier 1729. Voyez l'Hiftoire
des Grands Officiers fur la Généalogie de la Fon
tainę , tome 8. p. 857.
,
>
>
Le 31. Frere Louis- Bafile de Béthune - Charroft ,
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem, mou
rut
1250 MERCURE DE FRANCE
rut à Paris , âgé d'environ 68. ans. Il avoit autrefois
fervi dans la Marine , & avoit été fait Capitaine
de Vaiffeaux à la promotion du 27. Novembre
1695. Il étoit troifiéme fils de feu Armand de Béthune,
Duc de Charroft , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant Géneral ; & ci-devant
Commandant pour S. M. au Gouvernement des
Provinces de Picardie , Boulonnois , Places de Haynault
, Gravelines ; & Châtellenie de Bourbourg ,
& Gouverneur des Ville & Citadelle de Calais , Fort
de Nieulay , & Pays reconquis , mort le premier
Avril 1717. à l'âge de 77. ans , & de Marie Fouquet
, fille de Nicolas Fouquet , Procureur General
du Parlement de Paris , Miniftre d'Etat , & Surintendant
des Finances , morte le 14. Avril 1716. à
l'âge de 76. ans .
Le 3. Avril , D. Marguerite Lidie de Becdelievre ,
Epoufe de Louis Roger d'Eftampes , Baron , Seigeur
Haut-Jufticier de Mauny , Touberville , Jouveau
, la Houffaye , &c. mourut à Paris , âgée de
28. ans , étant accouchée le jour précedent d'une
fille qui ne vécut qu'une demie heure . Cette Dame:
laiffe deux fils & deux filles . Elle étoit fille unique
de Louis de Becdelievre , Marquis de Cany , Seigneur
de Nettanville , Crefpeville , & c. Confeiller
au Parlement de Normandie , & de feuë Marie-
Anne Cofté de S. Suplix , fa feconde femme.
Le même jour Louis - Thomas du Bois de
Fiennes Olivier , Marquis de Leuville , de Vandeneffe
, & de Givry , Baron d'Anify , Seigneur de
Veroux , & de Poligny- le, Bon , Comte de Fontaine-
Maran , Baron de Neuvy , Seigneur de la
Mauvifliere , Rochebourdeille
, & c. Grand- Bailly
du Pays & Duché de Touraine , Lieutenant Géneral
des Armées du Roy , & Gouverneur de Charlemont ,
en Flandres , mourut au Camp devant Egra , em
Boheme,,
M A Y.
1742.
1260
Boheme , où il commandoit , dans la 74. année de
fon âge , étant né à Paris le 24. Septembre 1668 ..
Il avoit été d'abord Page du Roy en fa grande Ecurie
en 1685. depuis , étant premier Capitaine du Régiment
Dauphin Etranger , de Cavalerie , il fut fait
au mois d'Avril 1700. Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, le premier des fix petits vieux , qu'il acheta
du Comte de Feuquieres . La Charge de Grand.
Bailly de Touraine , vacante par la mort de fon
pere , lui avoit été donnée au mois de Février
précédent. Depuis il fut fait fucceffivement Brigadier
le 20. Juin 1708. Maréchal de Camp le
8. Mars 1718. & Lieutenant Géneral des Armées.
du Roy le 23. Decembre 1731. & le Gouvernement
de Charlemont lui fut donné au mois de Juin 1738.
Il étoit fils aîné de Louis du Bois de Fiennes , Marquis
de Givry , & de Vandeneffe , & Baron d'Anify,
en Nivernois , Seigneur de Maran , la Rochebourdeille
, la Breche- Parçay , & la Foucaudiere , en
Touraine , Grand- Bailly de Touraine , & Lieutenant
Géneral des Armées du Roy , mort le 13. Decembre
1699. âgé de 83. ans , & de Françoife Morant
, Dame de la Garenne & de la Boucherie
morte le 21. Avril 1676. âgée de 28. ans . Le Marquis
de Leuville avoité poufé , 1 °. au mois de May
1708. Loufe-Philipine-Thomé , fille de Pierre Thomé
, Seigneur de Montmagny , & de Ferrieres , l'un
des Fermiers Géneraux des Fermes du Roy , & Tréforier
Géneral des Galeres, & de Françoife Paradis.
Cette Dame mourut fans enfans le 18. May 1724 .
âgée de 35. ans ; 2. le 5. Juin 1725. avec Marie
Voifin, fille de feu Daniel- François Voifin, Seigneur
du Mefnil , Bouray , Janville , & c . Chancelier &
Garde des Sceaux de France , Commandeur des
Ordres du Roy , & de feuë Charlotte Trudaine . II
laiffe de cette derniere des enfans.
"
Le
$262 MERCURE DE FRANCE
Le 4. Auguftin de Ximenés , Seigneur de Vadancourt
, Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
& Maréchal des Camps & Armées du Roy , mou
rut à Volin , en Boheme , dans la 58. année de fon
âge . Il avoit d'abord été Cornette de la Compagnie
des Chevau- Legers de Berri en 1707. Il fut fait enfuite
Colonel - Lieutenant du Régiment Royal Rouffil
on , Infanterie , le 15. Juillet 1708. au lieu &
place de Geofroi de Ximenés , Seigneur de Proify ,
fon frere aîné , qui avoit été tué au Combat d'Oudenarde
le 11. précédent. Il fe démit de ce Régiment
en 1729. & acheta en 1731. une Charge de
Maréchal General des Logis des Camps & Armées
du Roy , dout il fe défit en 1734. Il avoit été fait
Brigadier le premier Fevrier 1719. & Maréchal de
Camp le premier Août 1734. Il étoit fils de Jofeph
de Ximenés , Catalan d'origine , Seigneur des deux
Landeville , Proify , Malzy-le - fourd , les Breuls ,
&c. Lieutenant General des Armées du Roy Che..
valier de l'Ordre Mi'itaire de S. Louis , Gouverneur
de Maubeuge , ci - devant Colonel - Lieutenant
du Régiment Royal Rouffillon , mort au mois de·
Janvier 1706. & de Marie Françoiſe d'Abancourt
de Vadancourt , & il avoit été marié le 8. du mois
de Fevrier 1720 , avec Marie- Lambertine de la Marque,
troifiéme fille de Louis de la Marque , Con'-
feiller Sécretaire du Roy , Maifon Couronne de
Erances & de fes Finances , mort le 19. Octobre
1727. & de Françoile Olivier , morte le. 12. Avril
1720. Il en laifle des enfans.
Le 29. Mars , Charles - Louis d'Argouges , Comte
de Ranes , Mettre de Camp du Régiment de Dragons
de Languedoc , par Commiffion du . 15. Avril
1738 fils de Louis d'Argouges , Marquis de Ranes ,
Maréchal des Camps & Armées du Roy , ci- devant
Mestre
MAY. 1742 1263
Y
Meftre de Camp d'un Régiment de Dragons , & de
Dame Catherine d'Ernothon , fut marié à Paris
a ec Marie Angelique - Claudine - Henriette de Becdeliévre
de Cany , âgée d'environ 20. ans , fille de
Louis de Becde liévre Marquis de Cany , Seigneur
de Neftanville Cefpeville , & c. Confeiller au
Parlement de Normandie , & d feuë Dame Anne
Henriette - Catherine Touftain d'Heberville fa
troifiéme femme.
>
MORT ET POMPE FUNEBRE
de Madame Louife Françoife de Rochechouart
de Mortemart , Albeffe , & Generale
de l'Ordre de Fontevrault. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Abbaye , le 28
Fevrier 1742.
M
ADAME de Fontevrault fe trouvant extrê
mément mal d'un gro Rhume n gligé , qui
avoit eû pour fu te un Abcè formé dans la tête ,
les Dames de l'Abbaye firent aſſembler les Religieux
de S. Jean de l'Habit , pour lui adminiftrez
les Sacremens , & réciter tout de fuite ies Prieres
des Agonizans , au fon d'une groffe cloche qui r
fert que dans ces occafions . I y avoit déj¹ plufieurs
jours qu'on difoit des Meffes dans for Apartement
Abbatial , depuis 4 heures du matin , jufqu'à midi.
Quatre Religieux Prêtres de l'Ordre , étoient prépofés
pour la veiller , conjointement avec 4 Medecins
, deux Religieufes & deux Soeurs Converſes.
Elle reçût les derniers Sacremens avec une éðífiante
Piété , & enfin elle mourut le 16. de ce
mois . Peu de tems après , la grande Prieure accompagnée
de quelques Difcretes , pofa les Sceaux
dans tous les endroits où la Dame Génerale avoit
coûtume
1264 MERCURE DE FRANCE:
coûtume de mettre fes papiers , fon argent , & fes
autres effets .
Le lendemain , on ouvrit fon Corps pour en tirer
le coeur & les entrailles , qui furent inhumés dans
le Cimetiere . On embauma enfuite le Corps , qui
fut exposé pendant neuf jours fur un lit de para e
dreflé dans fon Apartement Abbatial , & entouré
de plus de mille cierges .
Prefque à l'inftant du décès , les Religieux chanterent
le Pfeautier dans la Chambre ou étoit le
Corps , pendant que la Communauté le chantoit au
Chour , ce qui a continué huit jours entiers . Les
Religieux au nombre de 4. à la fois , fe relevoient
alternativement de deux heures en deux heures
pour cet Office , & les Religieufes firent la même
chofe dans le Choeur.
Le fecond jour du décès , la Communauté chanta
les Vigiles dans la Chambre où le Corps étoit expofé
. Le troifiéme , ou porta le Corps à l'Eglife
de l'Abbaye , où on célébra un Service à trois
grandes Meffes , & où les Vigiles furent encore
chantées.
i Le quatrième jour , les Prêtres de la Paroiffe &
les Curés des environs , vinrent faire un autre Service.
Les jours fuivans , les Chanoines de Caude ,
Jes PP. Bénédictins , Carmes , Cordeliers , Capucins
& Récolets , chacuns à leur tour , célébrerent des
Services . Toutes ces Communautés furent défrayées
par l'Abbaye.
Le Corps de Madame la Génerale , fut porté pendant
neuf jours en cérémonie , par fix Diacres ,
les 4. Peres Vifiteurs de Fontevrault tenant les
coins du Drap Mortuaire , dans les trois Convents
qui font dans l'enclos du grand Monaftere ; fçavoir ,
à S. Lazare , à la Magdelaine , & à S. Benoit. On fir
les Obfeques dans chaque Eglife , & le dixième
joar
MAY. 1742. 4265
jour , on fit l'inhumation de la maniere qui fuit.
La Grande Prieure fit la levée du Corps . Les Prêtres
de la Paroiffe , précédés de la Croix , marchoient
les premiers : enfuite les Keligieufes , &
tous les Religieux de la dépendance de l'Abbaye ,
tant ceux qui avoient fait des Services , que ceux de
l'Ordre . Le Corps étoit porté par fix Diacres , &
accompagné des Officiers de l'Abbaye , en grand
deuil. La Dame Chapelaine , portoit un gros livre
couvert d'un crêpe . La Porte Croffe , la tenoit par
le milieu , marchant à côté du Corps , dont le
vifage étoit découvert . Le P. Prieur , en qualité
d'Officiant , marcha le dernier.
On chanta le Libera , depuis le Palais Abbatial ,
jufqu'à l'Eglife . On avoit préparé un Autel dans
' Eglife intérieure , pour y célébrer des Moffes . A
la fin des Prieres , & de toute la Cérémonie , on
rompit les Sceaux de l'Abb.ffe , à trois differentes
repriſes , en difant à haute voix ,
Madame Louife-Françoise de Rochechouart de Mor
temart n'eft plus.
Tous les Lieux par où le Corps paffa , étoient entierement
tendus de noir . Le Cloitre l'étoit en de
dans & en dehors Toute la Maifon Abbatiale l'étoit
en trois rangs de tenture , avec plufieurs Ecuffons
aux Armes de la Maifon de la Défunte.
LETTRE de M *** à M. le C. de **
fur le dernier Article du Mercure de
France , du mois de Novembre 1741.
J
E vous rens graces , M. , de m'avoir inflruit de
ce que contient le dernier Article du Mercure de
Novembre 1741. Comme je ne fuis plus depuis quel
ques tems à portée d'avoir la fuite des Mercures ;
j'aurois ignoré ou apris bien tard , ce qui fait l'ob
jer
1.266 MERCURE DE FRANCE
jet de la lettre de M. le Comte de Vauban , dont
on a donné l'extrait dans cet article . Il a affûrement
bien raison de compter fur la difpofition ou
feroit M de Rothe s'il vivoit encore , de rendre une
pleine & entiere juftice à feu M. le C. du Puy Vauban
on Pere. Il Peftimoit , il l'honnoroit beau-,
coup , & bien loin de penfer à lui dérober la gloi
re dûë à fes fervices , je Pn ai fouvent entendu parler
avec de grands éloges , & regretter de ce qu'ils
n'avoient pas éte mieux récompenfés Je n'ai oint
crû m'écarter de ces fentimens ni diminuer l'éclat
qu'ont eu la valeur & les belles actions de M. ie C.
du Puy- Vauban , ( en difant dans un petit Mémoire
qui fe tro ve au dernier article de la premiere par
tie du Mercure de Juin 1741. ) que la maladie de M.
le C. de Vauban avoit fait rouler fur M. de Rothe
le foin de la défenfe de Bethune , affiégeé par
alliés en 1710. M. de Rothe , alors Marechal de
Camp , étoit , il eft vrai aux ordres de M. le C. de
Vaubin , Lieutenant Général des Armées du Roy ,
& Gouverneur de la Ville , à qui , pour me fervir des
termes de M. le Maréchal de Viliars , fon experience
dans les Siéges, ne la foit rien ignorer . C'eſt
dans une lettre , dont je vais parler , que ce grand
Capitaine s'exprime ainfi . Je n'ignorois point ces
faits , mais j'étois autorifé à croire que la maladie
de M. de Vauban l'avoit reduit à fe repofer fur M. de
Rothe , du foin d'exécuter fes ordres , & d'y fupléer
dans les circonftances où la nature des événemens
?!
les.
la fituation de M. le C. de Vauban n'auroient pas
permis d'avoir recours à lui. J'avois fouvent qui dire
à des Officiers , qui avoient en cette occaſion ſervi à
Bethune , que M. le C. de Vauban avoit été malade
pendant le Siége . Cette idée s'étoit même établie
dans l'efprit de bien des Militaires , & on pour
roit , s'il convenoit , en citer qui occupent aujour
d'hui
MAY. 1742.
1267
hui les premiers rangs , & qui ont parlé , comme
moi , fur cet évenement . Mais ce qui parut encore
d'un plus grand poids que tous ces dilcours c'eft
un billet ou une lettre de M. le Maréchal de
Villars , que le hazard fit trouver à celui qui après
la mort de M. Rothe examina fes papiers. En voici
quelques traits.
39
J'ai écrit , M. une affés longue lettre à M.de Vauban.
Je fuis perfuadé qu'il n'oubliera rien pour
faire une belle détenfe. Je fuis en peine de ce
» qu'on m'a dit qu'il étoit au lit , quand une femme
eft partie de Bethune . Vous fçavez bien ;
» qu'après lui , la défenſe de cette Place vous regarde...
vous pouvez compter que l'on noubliera
tien pour la fecourir. Mais i l'armée des
» ennemis fe trouvoit trop bien poftée & retran-
33 chée pour pouvoir la forcer à une action , j'eſpere
que nous verions la plus belle défenſe qu'il
y ait eu de la Guerre . Vous avez de très bons
Officiers.... Faites -nous voir , fi le cas y échet ,
» comment l'on foûtient des affauts au corps d'une
Place , comment on fe retranche fur les Baftions
» je vous l'ai déja recommandé , & vous me l'avez
» promis... Enfin , je compte , mon cher Rothe ,
que vous ferez merveilles , & répondrez bien
l'eftime que j'ai pour vous. Sur tout , ayez une
» oeconomie continuelle , & pour vous en premier
» dieu , & que vos principaux Officiers ne s'expo-.
>> fent que fort utilement .... furtout une qualité
Irlandoife , fermeté & opiniâtreté , &c.
Cette lettre datée du Camp d'Agny , le 17. Juillet
1710 , c'eſt à dire , trois jours après l'inveftiture
de la Place , eft écrite fur un petit morceau de
papier large de deux doigts , & long de dix ou douze.
L'écriture en eft fort menuë & d'une autre
main que la fignature. Sa feule forme fait voir
qu'elle
1263 MERCURE DE FRANCE
fe qu'elle n'avoit paſſé qu'à la faveur des voyes
crettes , que la fituation où étoit alors Bethune permettoit
d'employer , pour y donner de fes nouvelles
, ou en recevoir. On la dépofée , chés Melin
Notaire ruë faint Antoine , proche la fontaine , à Paris
, afin que ceux qui le jugeroient à propos , puiffent
l'examiner , & elle y reftera trois mois entiers
après celui où cet éclairciffement paroîtra dans le
Mercure.
Ceux qui auront la curiofité de la lire , verront
que ce n'eft point un zéle déplacé pour la gloire de
M. de Rothe , qui a dicté l'article inferé dans le
Mercure du mois de Juin dernier , & conviendront
que s'il y a quelque chofe à rectifier dans la part
qu'on lui donne à la détenfe de Bethune , c'eft qu'il
eût été difficile de s'en former fur de pareilles autorités
une autre idée que celle qu'on a énoncé dans
cet article .
Au refte , de quelque façon que la chofe fe foit
paffée , la réputation de M. le C. de Vauban n'eft
rien moins qu'expolée à en fouffrir . Elle étoit établie
fur des fervices trop longs , trop importans , &
trop éclatans , pour qu'une maladie qui l'auroit mis
quelque tems hors d'état d'agir par lui - même , pût
Pobfcurcir. M. de Villars , bleflé à Malplaquet, n'en
perdit rien de fa gloire , pour avoir laiffé au Maréchal
de Bouflers le foin de la retraite de l'armée .
Vous fçavez , Monfieur , les fentimens tendres &
refpectueux avec lesquels je fuis , votre très- humble
& très-obeiffant ferviteur ***.
Le 15 . Janvier 1742
Le Mercure de Juin prochain contiendra deux Volumes.
On y trouvera avec le Portrait en Taille- douce
de l'Ambassadeur , quelques autres Planches , tout
ce qui concerne l'Ambaffade folemnelle de la Porte
Ottomane à la Cour de France.
TABLE.
Bouquet à M. ***
IECES FUGITIVES. Epitre à M. Greffet , fuivie
P
d'une d'une Ode , 1057
Avertiffement , Extrait d'un ancien Roman , 10641
Metamorphofis Flagrionis , &c.
Lettre de M. .. à M ... ... ...
Apophtegies , ou Bons- Mots traduits ,
Réponse fur l'Effai d'un Bureau Muſical ,
A M. J. pour le jour de la Fête ,
La Vie d'un Philofophe aimable ,
Epitre à M. le M. de M. . . . .
Lettre de M. Maillart , à M. Bruffel ,
Réponse fur le genre Epiftolaire ,
1084
1088
1090
1097
1107
1108
1118
1120
1122
1123
Ode à M. de Voltaire , 1131
Lettre de M. Deparcieux , à M. D. L. R.
1137
1141
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
1143
Parabola Evangelica , & c.
1153
ibid.
"
Enigme , Logogryphes , & c .
& c. Hiftoire génerale d'Espagne ,
Hiftoire de Guillaume le Conquerant
Hiftoire des Empires , 2. derniers volumes , 1154
Avis touchant les 11. vol.de l'Hift . des Empires, ibid.
Le Géographe Méthodique ,
Livres imprimés chés Briaffon ,
1156
1112
Avis pour la vente des Buttes antiques , Statues, &c .
du Cardinal de Polignac , 1163
Recueil des Statues , Buftes & Bas- Keliefs qui font
à Venife , 1164
Le Paſteur des Ames , imprimé à Toulouſe , 1167
Memoire lû à l'Académie des Sciences , fur le dévelopement
& la crué des Os des Animaux , 1170
Prix propofé par la même Acad . pour 1744. 1180
Eftampes nouvelles , Portraits , & c.
Cartes nouvelles , & c ,
1182
1187
Divertiffe
Divertiffement mis en Mufique , & c. 1189
Avis au fujet du Traité des Edifices modernes , 1190
Fufil à deux coups , inventé par le Sr Reygniers , 1192
Avis aux jeunes Gens de Famille , & c . 1193
Avis pour la vente des Diamans de M. le Duc, 1195
Compofition de la Thériaque ,
Vin de Cerife
Chan on no : ée ,
119.6
ibid.
1197
Spectacles, Ex.de la Paft. d'Ifbé, repr àl'Opera , 1200
Balet des Elemens , remis au Théatre ,
Théatre François , nouvel Acteur
1212
1213
ibid. Théatre Italien le Valet embaraffé , Piéces nouv.
Mort de Romagnefy.Acteur du même Théatre, 1214
Nouvelles Etrangeres , Ruffie , Suede ,
Morts des Pays Etrangers ,
& c. ibid.
1245
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1247
Bénéfices donnés ,
Concert Spirituel ,
Piéces jouées à la Cour ,
Morts & Mariage ,
1254
1256
ibid.
1257
PAge
Errata d'Avril,
Age 707. ligne 4. alios , life , alias .
P. 709. 1. 4. tedipum , l . tepidum .
•
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1089. ligne pénultieme , vous , life , nous.
P. 1193. 1. 12. recule , l . recul.
La Chanson notée doit regarder la page
1197
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
JUIN
1742..
RICOLLIGIT
SPARGI
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
La Veuve PiSSOT , Quai de Conty,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLII .
Avec Aprobation & Privilege
A VIS.
L'A
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Fran- ..
goife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pourles faire tenir.
*
On prie très - inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
"perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lni indiqucra.
Parx XXX. Sora
•
MERCURE
DE
FRANce ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
JUI N.. 1742.
***************
PIECES
FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
QUATRAINS
Pour l'Inftruction d'un Enfant , imités du
Latin de Muret.
Nftruifez-vous , mon fils , dès la fleur
de votre âge ,
En gravant ces leçons dans votre fou
venir ;
Mais il ne fuffit pas de les bien retenir ,
Il faut en même-tems les bien mettre en ufage.
A ij
Réverez
1272 MERCURE DE FRANCE
Réverez l'Eternel , demandez - lui la Grace ;
C'eſt le premier devoir , & le plus important.
Réverez Pere & Mere , à qui vous devez tant ,
Et réverez auffi quiconque les remplace.
Le Menfonge fait peur à toute ame bien née ;
Lorfque l'on a peché ( ſouvenez - vous- en bien )
Le Menfonge , mon fils , ne peut fervir de rien ;
La faute qu'on avoue eft bien - tôt pardonnée .
Aprenez volontiers , fans dégoût , fans pareſſe.
Eft- il rien de fi -doux que de beaucoup ſçavoir !
Quiconque a la ſcience , eft en état d'avoir
Ce qu'offrent de plus beau l'honneur & la richeffe.
Si quelqu'un vous reprend , le devoir vous com-
`mande
De l'en remercier , comme d'un grand bienfait ;
Prenez garde , fur tout , qu'il n'ait un jour ſujet
De vous réitérer la même réprimande .
De qui flate le vice abhorrez le faux zéle ;
Son difcours doucereux eft un poiſon fatal .
Lorfqu'on ne reprend pas un Enfant qui fait mal ,
On a pour cet Enfant une haîne réelle.
Par l'apas d'un éloge adroit & peu fincere
Quiconque eut une fois l'art de vous redreffer ,
•
Eft ,
1 JUIN. 1273 1742
Eft , attendez -vous - y , prêt de recommencer ,
l'occafion s'offrira de le faire . Dès que
A croire tout le monde , à ne croire perfonne ,
Le péril est égal pour deux efprits divers .
L'un eft ſouvent trompé par des hommes pervers ,
L'autre eft fouvent trompeur , du moins , on l'en
foupçonne.
Quand de mauvais défirs en fecret vous dévorent ,
Quand vous vous laiſſez vaincre aux folles paffions,
Et que vous commettez d'infâmes actions
Dieu le voit , Dieu le fçait , fi les hommes l'ignorent .
Les fécrets péfent fort. Ne chargez donc des vôtres
Qu'un Ami , reconnu pour difcret Confident.
Sçachez garder vous-même un filence prudent
Sur ce dont vous voulez fe taifent les autres. que
N'arrêtez point vos yeux fur des objets infâmes ;
Ne regardez jamais avec cupidité
Que ce que l'on peut faire avec honnêteté ;
Tout ſpectacle honteux corrompt les jeunes ames.
Aux difcours d'une bouche impudente & perverſe
Refufez conftamment votre oreille , & de plus ,
Non content de hair les difcours diffolus ,
De quiconque les aime évitez le commerce.
A iij
Etudiez.
1274 MERCURE DE FRANCE
Etudiez . Ce foin d'abord vou , femble rude ,
Mais fon utilité vous charmera dans peu.
Le plaifir de jouer finit avec le jeu ,
Le plaifir de fçavoir demeure après l'étude.
> Afin de rapeller notre vigueur bannie ,
S'il faut quelquefois prendre un repos moderé ;
Il n'en eft pas moins vrai que le repos outré ,
En hébêtant les fens , émouffe le génie.
Formez-vous le défir d'être utile à vous-même
L'être aux autres , mon fils , en eſt le vrai moyen.
Si vous n'aimez perfonne , alors , vil Citoyen ,
Vous ne méritez pas que perſonne vous aime .
Les fuccès du méchant n'offrent que de faux
charmes.
Je plaindrois votre coeur , s'il en étoit épris.
Le méchant périra ; le ſujet de ſes ris
Deviendra tôt ou tard le ſujet de fes larmes .
Tandis qu'un fang actif circule dans vos veines ,
De travailler beaucoup faites - vous un plaifir ;
Pour arriver au but d'un honnête loifir ,
Le chemin le plus fûr eft le chemin des peines.
Mon fils, que du travail l'habitude eft charmante t
Elle donne aux vertus la vie & la vigueur.
Les
J. UIN. 1742. 1275'
Les vices les plus bas naiffent dans la langueur ,
Ainfi ques Lézards naiffent dans l'eau dormante.
Voyez dans un Miroir quel est votre viſage ;
S'il eft beau , par vos moeurs ne le profanez pas ;
S'il eft laid , rachetez le défaut des apas ,
Moyennant la beauté d'une conduite fage.
Gardez-vous de commettre un acte , s'il vous femble
Qu'il vous feroit rougir , vous étant imputé .
Refpectez- vous vous- même ; aimez la pureté ;
Et feul tenez-vous lieu de vingt témoins enſemble .
Auffi fage en fes fins, qu'augufte en fes merveilles,
La Nature attentive à nous manifefter
Que nous devons peu dire & beaucoup écouter ,
N'a donné qu'une langue en donnant deux oreilles.
Du Maître vigilant la fréquente vifite
Confervera le bien qu'il aime à conferver.
Veillez & vifitez , fi vous voulez braver
Les perfides deffeins que le voleur médite.
Abftenez-vous du vin, ou du moins, s'il vous tente,
En le trempant beaucoup fauvez votre raison ;
Car boire du vin pur dans la jeune faifon ,
C'eft prodiguer de l'huile à la fournaiſe ardente.
A iiij Ayez
1276 MERCURE DE FRANCE
Ayez l'air gracieux & l'entretien modefte ,
Vous aurez le fecret de gagner des Amis.
Un brufque , un infolent , qui ſe croit tout permis,
Ne doit point s'étonner fi chacun le détefte.
Préferez au défir d'amaffer des richeffes
Le défir plus fenfé d'acquérir des vertus.
Le mérite n'eft point un préfent de Plutus ,
Mais un jufte moyen d'obtenir fes largeſſes .
Aux délices d'aprendre utilement fenfible ,
Lifez les bons Auteurs , & les retenez bien ; /
Car enfin , beaucoup lire & ne retenir rien ,
C'eft, par un vain travail, puifer l'eau dans un Crible .
La honte fuit de près le courroux témeraire ;
Loin d'en être l'esclave , il faut le maîtrifer.
O qu'il eft glorieux de fçavoir mépriser
Ce qui communément excite la calere !
Parler mal , c'eft montrer fon ignorance nuë ;
Parler trop , c'eft fe rendre ennuyeux & gênant ;
Parler bien , parler peu , fait honneur à l'Enfant ;
L'un marque fon efprit , l'autre fa retenuë .
En agitant le Pin fur la Montagne altiere ,
Les Vents dans le Valon épargnent l'Arbriſſeau ;
Cent
J & IN. 1742 . 1277
Cent périls vont troubler le Riche en fon Château,
Qui ne menacent point le Pauvre en fa Chaumiere.
Des fatyriques traits , où le vice eft en butte ,
Quelqu'un veut- il fauver la réputation ?
Attentif fur lui-même , en toute occafion ,
Qu'il aitfoin d'être tel qu'il veut qu'on le répute.
Le Diſciple docile aux ordres de fon Maître ,
D'un honteux châtiment ne craint point la rigueurs
Celui qui les dédaigne , en proye à cette peur ,
Eft toujours malheureux & trop digne de l'être.
Vous en qui la vertu précede les années ,
Enfans chéris du Ciel , que votre fort eft doux !
On vous vante >
on vous aime , on a les yeux fur
vous ;
Tout vous fait efperer d'heureufes deftinées .
Le vicieux , le lâche , éprouve un fort contraire
Nul ne veut feulement l'honorer d'un foûris ;
Il est le vil objet du plus jufte mépris ,
La Fable du Public , l'oprobre de fon Pere.
Mon fils , domptez en vous tout penchant pour le
vice ,
Lorfque vous en avez encor la liberté.
L'habitude devient une néceffité ,
Qui trop fouvent, hélas ! conduit au précipice .
A V La
1278 MERCURE DE FRANCE
La pratique du bien d'abord femble épineufe ,
Mais infenfiblement l'ufage l'adoucit ;
Qui n'ofe rien tenter , jamais ne réüffit ;
Nul obftacle n'arrête une ame génereufe .
Ne vous exaltez pas ; laiffez ce foin aux autres
Il ne feroit en vous qu'un foin defordonné .
Avez-vous reçû d'eux leur avez -vous donné ?
Célebrez leurs bienfaits ; ne dites rien des vôtres.
Quand l'Utile , au ſujet de ce qu'on vous propoſe
Avec l'Honnéte en tout ne paroît pas d'accord ;
Arbitre vertueux , fans héfiter , d'abord
Vous devez à l'Honnête accorder gain de cauſe.
Voilà peu de leçons , gardez-en la mémoire ;
Ce peu , bien pratiqué vous promet d'heureux jours..
Sur tout , du Roy des Rois implorez le fecours ;
Attendez tout de lui , faites tout pour fa gloire..
E. M. F.
MEJUIN.
1279 1742.
MEMOIRE HISTORIQUE
concernant la Seigneurie de Marcouffis & le
Prieuré des Celeftins , qui eft dans le même
Lieu.
>
ARCOUSSIs eft une ancienne Seigneurie
, fituée dans l'Ile de France ,
Diocèfe , Parlement , Intendance & Election
de Paris , à une lieuë de Montlhery. Le
Dictionaire Géographique de la France marque
que ce Lieu eft à cinq licuës de Paris ,
mais on en compte ordinairement fept. L'Eglife
Paroiffiale eft dédiée à la Magdeleine ;
on compte dans cette Paroiffe environ 800 .
habitans.
Cette Seigneurie a toujours apartenu à des
perfonnes de grande confidération ; fçavoir ,
aux Montaigu , aux Graville, aux Balzac , &
aux d'Illiers d'Entragues.
Le plus ancien Seigneur de Marcouffis qui
foit connû , eft Jean Chevalier, Seigneur de
Montaigu & de Marcouffis , Vidame de Laonois
, Confeiller du Roy , & Grand- Maître
d'Hôtel de France pendant les premieres années
du Regne de Charles VI. Quelques Hif
toriens lui donnent auffi le Titre de Prévôt
de Paris , & celui de Grand- Tréforier o
Sur-Intendant des Finances.
A vi
Gerard ,
1280 MERCURE DE FRANCE
Gerard , fon frere , étoit Evêque de Paris ,
& fut inhumé à Marcouffis.
Comme il étoit fils d'un Sécretaire du
Roy , Monftrelet , Hiftorien prévenu pour
le parti des Bourguigons , infére de - là qu'il
n'étoit pas d'extraction noble; mais Dupleix ,
qui a recherché fa Généalogie , dit que fuivant
des Titres authentiques , qui font au
Convent des Célestins de Marcouffis , par lui
fondé , il étoit fils de Girard de Montaigu ,
qui avoit d'abord été Maître en la Chambre
des Comptes & Sécretaire du Roy , qualités
qui relevent l'extraction noble, loin de la détruire,&
qui même alors étoient fouvent conférées
aux Nobles ; que depuis il fut honoré
du Titre de Chevalier, Confeiller & Chambellan
du Roy Charles VI. que ces mêmes.
Titres font gravés fur fon Tombeau dans l'Eglife
de fainte Croix de la Bretonnerie à Paris
,
dans
une
Chapelle
par
lui
fondée
, qui
eft
fermée
, & à main
droite
, où
fe
voit
encore
fon
Effigie
, avec
celle
de
Biete
de
Caffinel
, fa
femme
, qui
étoit
de
l'illuftre
Marfon
de
Lucques
, en
Italie
; & pour
faire
voir
que
Girard
de
Montaigu
étoit
décoré
de
tous
ces
Titres
, avant
que
fon
fils
fût
en
faveur
auprès
du
Roy
, il obferve
que
ce
Gerard
de
Montaigu
mourut
le
18.
Novembre
1390
.
& que
Jean
Juvenal
des
Urfins
, Archevêque
de
Rheims
, Hiftorien
fidéle
de
ce
tems
- là ,
&
JUI N. 1742: 1281
& témoin oculaire du défaftre de Jean de
Montaigu , dit qu'il fut condamné la 16. ou
17. année après qu'il étoit entré en faveur
auprès du Roy , ce qui feroit vers l'an 1393 .
ou 1394. trois ou quatre ans après la mort
de Gerard de Montaigu.
Dupleix ajoûte que le bruit couroit queBiete
de Caffinel avoit eû fon fils Jean des oeuvres
du Roy Charles VI.
C
Quoiqu'il en foit , il eut l'honneur d'entrer
en alliance avec la Maifon de France ;
en effet , de fon Mariage ave Jacqueline de
la Grange , il eut un fils , nommé Charles
qui époufa la fille de Charles d'Albret, Connétable
de France , proche parent du Roy ;
deux de fes filles furent mariées à Jacques &
Pierre de Bourbon , Princes du Sang Royal ;
la troifiéme , nommée Jacqueline , époufa
en premieres nôces le Seigneur de Montbafon
, & en fecondes , Jean Malet , Sire de
Graville , aycul de l'Amiral du même nom ,
auquel elle aporta en mariage la Terre de
Marcouffis.
Pour revenir à Jean de Montaigu , c'étoit
un homme de bien , fort aimé du Peuple .
cependant en 1409. par la brigue du Duc de
Bourgogne , il fut condamné à Paris par des
Commiffaires , à être décapité. Si l'on en
croit l'Infcription qui eft fur fon Tombeau à
Marcouffis , il ne fut exécuté que le 17. Octobre
1282 MERCURE DE FRANCE
tobre 1430. ce qui devroit être d'autant plus
exact , que cette Infcription eft dans l'Eglife
des Célestins de Marcouffis , qui doivent
fçavoir au jufte l'Hiftoire de leur Fondateur ;;
cependant , fuivant nos Annaliftes , Jean de
Montaigu fut décapité en 1409. Cette exécution
fut faite aux Halles , où l'on faifoit
alors toutes les exécutions de Juftice ; Pierre
des Effarts , Prévôt de Paris , un des Juges ,
le plus dévoué au Duc de Bourgogne , y
étoit préfent.
و
Dupleix
dit que fuivant les Actes & Mémoires
qui font au Convent
des Célestins
de Marcouffis
, les Seigneurs
alliés de Jean de
Montaigu
, s'employerent
auprès du Roy
pour fa délivrance
, & que ne l'ayant pû ob- tenir , ils quitterent
la Cour ; que quatre
ans après Charles
de Montaigu
, fon fils avec l'affiftance
& vive follicitation
des mêmes
Célestins
, fit réhabiliter
la mémoire
de
Jean , fon Pere , & rentra dans fes biens qui avoient été confifqués
, fit retirer la tête & fon corps du Gibet ( de Montfaucon
, ) le Prévôt
de Paris y étant , avec des Prêtres
& des luminaires
, & les fit porter & inhumer
avec une pompe funebre
magnifique
, en l'Eglife des Céleftins
de Marçoutlis
, par lui fondée
; que ce génereux
fils fut tué depuis
à la Journée d'Azincourt
, pour la dé- fenfe de la France..
1
Brice
JUIN. 1742 128
Brice qui fait mention de cet Evenement
dans fa Defcription de Paris , en parlant des
Halles , dit que le Roy eut horreur de l'injustice
qui s'étoit faite en fon nom , dans le
tems qu'il avoit l'efprit aliené , qu'il réhabilita
la mémoire & toute la famille de Jean de
Montaigu , à la follicitation des Célestins de
Marcouffis , lefquels allerent détacher le corps
du défunt du Gibet de Montfaucon quatre
mois après la mort ; mais il fe trompe fur cette
époque , car ce ne fut que quatre ans après ,
fçavoir , en 1412. Il obferve auffi que l'ayant
porté à Marcouffis ils lui drefferent un
Tombeau , que l'on voir encore à préfent ;
ils vendirent même une partie de leur Tréfor
pour fournir à toutes ces dépenfes , ce qui
fut un rare exemple de reconnoiffance & de
génerofité pour des Moines , à ce que dit
Jean Juvenal des Urfins , Archevêque de
Rheims , Hiftorien fidéle de ce Regne.
>
Le Château de Marcouffis , dont la plus
grande partie a été bâtie par Jean de Montaigu
, eft fitué dans un fond , au pied d'une
Colline qui le domine, ce qui étoit un grand
défaut dans la pofition de ce Château, ayant
été bâti depuis l'ufage du canon , qui fut introduit
en 1338. Du refte ce Château étoit
très - fort pour ce tems - là, où l'on ne fçavoit
pas encore attaquer les Places avec tant d'art
qu'aujourd'hui.
L'entré
1284 MERCURE DE FRANCE
L'entrée du Château eft couverte par un
Ouvrage avancé , dans lequel on ne peut
entrer que par deux Ponts levis qui font aux
extrémités des flancs . La face de cet Ouvrage
eft flanquée de deux groffes Tours , terraffée
& la courtine fortifiée par un rédent.
Dans une petité tourelle qui eft à côté de la
groffe Tour Méridionale , il y a un Moulin à
bras , dont on fe fervoit pour l'ufage du Château
fur tout dans le tems des guerres. Il y
a dans l'intérieur de cet Ouvrage une cour
quarrée , où les Soldats fe rangeoient en armes
, & autour de laquelle font plufieurs
Corps de garde . Cet Ouvrage eft entouré
d'un foffé revêtu , fort large , lequel , ainfi
que les foffés du Château , eft rempli des
eaux de la petite Riviere de Salmoüille , qui
vient des Etangs de Marcouffis .
Le Château eft entouré de foffés fort larges
; on n'y entre plus que par un Pont-levis
du côté du Midi , qui a toujours été la principale
entrée ; il y avoit un autre Pont- levis
du côté du Nord , qui eſt détruit.
Les Bâtimens du Château forment une
enceinte quarrée , au milieu de laquelle eft:
une cour auffi quarrée , plus longue que large
; les quatre angles exterieurs du Château
font flanqués de quatre groffes Tours rondes,
couvertes d'ardoife , & les courtines font
toutes à machecoulis & galeries , & flanquées,
JUI N. 1742 1289
quées de demi - Tours découvertes.
Le Donjon eft du côté du Midi , au - deffus
de la porte d'entrée du Château ; il eft
flanqué de deux demi-Tours découvertes ,
& au-deffus du Donjon s'éleve une Guérite ,
affés haute pour découvrir au loin dans le
Pays.
Charles VI . eft repréſenté fur un Médaillon
de pierre , qui eft au - deffus de la porte ;
à droite on voit un linteau de pierre de taille
au deffus d'une fenêtre , qui eft éclaté , &
dans lequel eft empreinte la forme d'un gros
boulet de canon ; on voit aufli en d'autres
endroits des marques de plufieurs coups de
canon , que ce Château a effuyé dans le tems
des guerres civiles.
On voit encore au deffus. de la porte la
herle , & des deux côtés les fiches qui fervoient
à porter les moufquets & les piques.
du Corps de garde.
A gauche en entrant eft la Sale des Gardes.
Du même côté , dans le fond de la cour ,
eft la Chapelle , qui eft double , c'eſt - à- dire ,
l'une au rez -de - chauffée , l'autre au niveau
du premier étage ; il n'y a plus que celle- ci
qui foit entretenuë.
Sur les murs de ces deux Chapelles & de
leurs Sacrifties , font ces Lettres Gothiques
ilpadelt, qui font répetées prefque de
pied en pied ; on tient que ce font les Lettres
1286 MERCURE DE FRANCE
tres initiales de ces mots : je l'ai promis à
Dieu & l'ai tenu ; dd''aauuttrreess ddiiffeenntt que c'eft un
mot Syriaque ; on voit auffi fur ces murs les
Armes de Jean de Montaigu , qui font d'argent
, parties d une Croix d'azur , aux quatre
Aigles éployées de gueules , & celles de Jacqueline
de la Grange, fa femme , qui font de
gueules au chef d'Argent , chargées de trois
merlettes de fable.
On a auffi peint fur ces murs des Aigles
éployées , & des feuilles de Courge , que
Jean de Montaigu prenoit pour fon fymbole .
Le Bâtiment qui eft dans le fond de la
cour, & le grand efcalier qui eft à droite, ont
été faits par l'Amiral de Graville , dont on y
voit les Armes & les Ancres , qui font les
attributs du Grand - Amiral.
C'est dans ce corps de logis qu'eft la Sale
de Compagnie , qui eft fort vafte. Sur une
confolle dans le fond de cette Sale , eft la figure
en pierre d'un Cerf de grandeur naturelle
, avec fon bois naturel ; ce Cerf porte
au col un Ecu aux Armes de France , & fur
le piédeftal font plufieurs Salamandres , qui
étoient , comme on fçait , la Devife de François
I. ce qui fait juger que cette Figure a
été mife en mémoire d'un Cerf pris par ce
Prince dans les Bois de Marcouffis.
Il y a fur la plupart des cheminées du
Château de pareilles figures de Cerf, portant
diverfes
JUI N. 1742 1287
diverſes Armoiries de Princes & de grands
Seigneurs , qui font , fans doute , les Armes
de ceux qui ont pris des Cerfs dans les Bois
de Marcouffis.
Sur la cheminée de la grande Sale , on lit
cette Devife : Ignis peffimus omnium Cupido.
Dans un Cabinet qui eft au rez - de - chauffée
, on voit le Portrait d'Henriette de Balzac
, qui fut aimée d'Henri IV . & le Portrait
du Duc de Verneuil , leur Fils naturel, ›
Sur quelques vêtres , & en plufieurs autres
endroirs de la Maifon , on voit les Armes de
France pleines ou écartelées , ce qui fait juger
que les Chambres où se trouvent ces Armes,
ont été occupées par des Princes du Sang.
Le grand efcalier eft dans une Tour ronde
, toute bâtie de brique ; les marches font
de pierres de taille , & difpofées en vis. La
Charpente des Combles eft toute de bois de
Chataignier , & fort belle.
L'entrée des cachots eft à gauche , dans
le coin de la Cour; les baffes foffes font dans
le bas de la Tour la plus feptentrionale , audeffous
du niveau de l'eau des foffés , mais
les murs font fi bien cimentés , que l'eau n'y
pénetre pas.
Lors des troubles de la minorité de Louis
XIV. le Prince de Condé , le Prince de
Conty , & le Duc de Longueville furent
transferés de Vincennes au Château de Mar
couffis
1288 MERCURE DE FRANCE
couffis . Un des Celeftins de Marcouffis alloit
leur dire la Meffe dans le Château ; mais
comme on foupçonna que quelqu'un les informoit
de l'état des affaires publiques , on
les transfera peu de jours après au Havre de
Grace.
Le Parc de Marcouffis contient 80 arpens.
On y voit des Ormes d'une hauteur & d'une
groffeur remarquable . La Salmouille paffe
dans ce Parc , d'où elle va enfuite faire tour."
ner le Moulin de Guillerville .
›
Un des Revenus de cette Terre confifte
dans les deux Etangs qui font près delà ,
dont l'un contient 90 arpens , l'autre 120 ;
on les pêche tous les ans , & leur produit eft
eftimé
3000 par an . Ces Etangs font formés
par les eaux de la Salmonille.
liv.
Le Monaftére des Celeftins de Marcoulis,
eft un Prieuré de l'Ordre de S. Benoît, fondé
par Jean de Montaigu ; il y a 15 Religieux ,
dont le Prieur eft le Chef.
Sur la Porte du Monaftére font les Armes
des Celeftins , qui font .... à la Croix ancrée
, entrelacée d'une S.
Aux deux côtés du Ceintre font deux Figures
de pierre , l'une de S. Benoît , l'autre
S. Celeftin , Pape. Dans la Sale de Compagnie
, il y a quelques Portraits , entr'autres
celui de Jean de Montaigu , Fondateur , ha
billé d'une Cotte - d'Armes , faite comme une
Dalmatique
JUIN. 1742. / 1289
›
Dalmatique , fur laquelle font fes Armes ;
'elles font auffi au haut du Tableau avec cette
Infcription : Jus & Patriam recta ratio prafert.
A côté de lui , fur une colomne , eft
écrit , Jean de Montaigu , Grand - Maîtred'Hôtel
du Roy Charles VI. ès premieres
années de fon Regne , Fondateur de céans.
On y voit auffi le Portrait de Charles de Balzac,
Evêque de Noyon, & celui de Thomas
de Balzac , fon frere , Chevalier de l'Ordre
du Roy.
Les Caves de cette Maiſon font fort belles.
Sur la Porte du Chapitre on voit les Armes
de S. Pierre de Luxembourg , Cardinal ,
de l'Ordre des Celeftins , qui font d'argent ,
au Lyon de gueules.
La Sepulture des Religieux eft dans un
Caveau bâti fous le Chapitre.
Il y a au haut de la Maiſon un petit Logement,
que l'on apelle l'Apartement du Fondateur
, où l'on dit que Jean de Montaigu
venoit fe retirer lors des grandes Fêtes , pour
entendre l'Office , y ayant dans ce Logement
une fenêtre qui donne fur le Sanctuaire de
l'Eglife. La Charpente des Combles eft de
bois de Chataignier , & fort belle à voir.
L'Eglife eft tournée au Levant & au Couchant.
Son Architecture eft gothique ; elle
eft dédiée à la Sainte Trinité , qui eft repréfentée
fur le milieu du Portail par une figure
faite
290 MERCURE DE FRANCE
faite d'une foule pierre , qui repréfente les
trois Perfonnes de la Ste Trinité , réunies depuis
la ceinture en un feul Corps , pour mar
quer l'urité de Dieu.
Sur le côté gauche du Portail eft la figure
de Charles VI. & celle de Jean de Montaigu,
Fondateur , qui eft en habit long , fuivant la
coûtume de ce tems ; à droite eft Ylabeau de
Baviere , femme de Charles VI . & Jacqueline
de la Grange , femme de Jean de Montaigu.
Ces Figures font de pierre de Liaiz ,
& les têtes en font auffi fraîches que fi elles
étoient ſculptées nouvellement, quoiqu'il y ait
plus de 300. ans que cette Eglife ait été bâtie.
On voit dans le Choeur de cette Eglife plufieurs
Tombeaux des Montaigu , des Balzac ,
des d'Entragues & d'autres Perfonnes de confidération
; entre autres celui de Gerard de
Montaigu , Evêque de Paris , frere du Fondateur.
Au-devant de fa Tombe , eft le Tombeau
de Jean de Montaigu , élevé d'environ trois
pieds ; la Figure de Jean de Montaigu eft
couchée fur ce Tombeau ; on lit autour cette
Infcription qui eft en caractéres Gothiques :
Cy gift noble & puiffant Seigneur Jean , en fon
vivant Chevalier Seigneur de Montaigu & de
Marcouffis , Vidame de Laonois , Confeiller
du Roy, & Grand Maître d'Hôtel de France,
Fondateur de ce Monaftere , lequel , en haine
JUI N. 1742. 1298
me des bons & loyaux fervices par lui faits
au Roy & au Royaume , fut par les rebe les
ennemis du Roy , injuftement mis à mort à
Paris le 17. jour d'Octobre , veille de Saint
Luc , l'an 1430. Priez Dieu pour lui.
Derriere le couronnement qui eft fur la
tête de Jean de Montaigu , font ces Vers.
Non vetuit fervata fides Regi Patria que
Ne tandem injuftè traderer ipfe neci .
Et au- deffous :
Pour ce qu'en paix tenois le Sang de France
Et foulageois le Peuple de Grevence ,
Je fouffris mort contre droit & juſtice ,
Et fans raiſon , Dieu fi m'en foit propice.
Dans une Chapelle à gauche , on voit plu
fieurs Tombeaux en Marbre , élevés fur des
colomnes ; fçavoir , celui de Charles de Balzac
, Evêque de Noyon , celui de Thomas
de Balzac , fon frere , Chevalier de l'Ordre
du Roy , Sr de Montaigu , & de . . . . . fa
femme ; ils font repréfentés à genoux . Ce fut
Charles de Balzac , Evêque de Noyon , qui
fit faire ces Tombeaux, & même le fien.
.....
A côté de la Sacriftie , eft 1 Epitaphe de
Henri Pot , Premier Ecuyer Tranchant &
Porte Cornette de Henri III. & depuis de
Henri le Grand , qui fut tué à la Bataille d'Yvry
292 MERCURE DE FRANCE
vry , fils de Guillaume Pot , Seigneur de
Rhodes , Chevalier des deux Ordres , & c .
-La charpente du comble mérite d'être vûë,
tant pour la beauté des bois dont elle eft
compofée , qui font tous de Chataignier
que pour la propreté avec laquelle elle a été
travaillée .
Le Clocher eft fait en aiguille octogone, &
très élevé ; de la Lanterne on découvre jufqu'à
trois lieues de Pays , quoique cette
Eglife foit bâtie dans un fond. Il y a quatre
Cloches , trois dont les Infcriptions font en
caractéres Gothiques , & une en caractéres
modernes.
La couverture de l'Eglife eft en partie d'une
tuil.everdâtre, verniffée , rangée par compartimens
avec de la tuille commune , ce
qui fait un effet très -gracieux à la vûë .
Dans une Armoire de la Sacriftie , eft le
Tréfor , qui quoique peu conſidérable , renferme
plufieurs Piéces curieufes , dont quelques
unes font montées en or. Il y en avoit
lors de la Fondation une plus grande quantité
, mais les Kéligieux en vendirent une
partie pour faire réhabiliter la mémoire de
leur Fondateur. Voici les Piéces les plus curieuſes.
Un Crucifix d'or , dans lequel il y a une
Croix faite du bois de la vraye Croix .
Un autre petit Crucifix , où il y a une
fainte Epine. Un
JUIN. 1742. 1293
ment ,
Un Oftenfoire pour expofer le Saint Sacrefait
en façon de tambour , qui eft de
Criftal de Roche , dans lequel il y a un petit
Croiffant pour pofer l'Hoftie . Cet Oenfoire
eft foûtenu par deux Anges d'or.
Une Sufpenfoire pour mettre un Ciboire .
Une Paix , d'or , où la Circoncifion de N. S.
eft repréſentée en rélief & en Email.
Un Reliquaire , dans lequel eft un Os du
bras de S. Jofeph d'Arimathic , aporté d'Angleterre
lors des perfecutions.
Une Figure d'argent , repréſentant S. Pier
re de Luxembourg, dans laquelle il y a quel
ques Reliques de ce Saint. се
Une autre Figure d'argent , repréfentant
Saint Pierre Célestin, où il y a quelques uns
de fes Os.
Les Chandeliers , la Croix , le Calice , la
Patene & les Burettes de la Chapelle de Charles
de Balzac , Evêque de Noyon , qui les
laiffa en mourant aux Céleftins de Marcouffis.
Il y a encore plufieurs autres Piéces curieufes.
Le Jardin des Célestins eft d'une figure fort
irréguliere , & entrecoupé de plufieurs Jardins
particuliers , que cultivent quelques Rèligieux
; celui du Prieur mérite furtout d'être
vú , tant pour la propreté avec laquelle il eft
entretenu , que pour la varieté des fleurs que
l'on y cultive.
B AMU1294
MERCURE DE FRANCE
AMUSEMENT
POETIQUE,
A Morphée.
TEndre Pere de
l'Indolence ,
Dieu du Sommeil , Dieu des Pavots ,
Toi , que révere le filence ,
Et la nuit , mere du repos ;
Confens que
d'utiles travaux
Succedent à ta nonchalance .
Mon cinquiéme luftre commence
A groffir les triftes fuſeaux
Que tourne la foeur d'Atropos ;
Et pour
dire tout en deux mots :
Les revenus de ma chevance
Ne fourniroient qu'à la dépense
D'un petit nombre de Moineaux .
Rapelle- toi , divin Morphée ,
Cette Solitude ifolée
Où j'aimois à fubir ta Loi ;
C'est là que d'affreufes Montagnes
N'offrent que de vaftes Campagnes ,
Dont l'aspect m'eût glacé d'effroi ;
Mais les objets , par l'habitude ,
Dépouillent ce qu'ils ont de rude ;
LA
JUIN
1298
1742
La Terre à qui l'on doit le jour ,
Fut toujours un charmant féjour.
Là , dans un coin de la Provence,
S'élevent fur une éminence ,
Et forment un petit ( 4 ) Hameau ,
Des Taudis que le bois , le chaume
Défendent de l'air & de l'eau.
C'eſt là , que d'un tranquile fomme
Dormoient mes paiſibles Ayeux ,
Quand la nuit , étalant fes voiles
Ramenoit l'éclat des Etoiles ,
Et venoit leur fermer les yeux.
Un Coq , précurseur de l'Aurore ,
Préfidoit feul à leur réveil ,
Quand les Zéphirs rapelloient Flore ,
Quand , ranimé par le Soleil ,
L'Univers fembloit de fa cendre ,
Renaître , empreffé de reprendre
Du Printems l'aimable apareil.
L'Art qu'aprit au fils de Celée
La fage Nymphe aux cheveux blonds ,
Occupe feul cette Contrée ,
Tant que dans fa Cour Etherée
Eole endort les Aquilons ;
Mais quand la Driade étonnée
Voit la verdure abandonnée
( a ) La Valette.
Bij A
1296 MERCURE DE FRANCE
A leurs fureurs dans les vallons ;
Quand la Nayade infortunée
Eft par leurs fureurs condamnée
A murmurer fous les glaçons ;
Dès-lois , tapis dans leurs maifons ,
Il tâchent d'apailer Borée
Par le vif éclat des tifons.
Les Bergeres que la Nature
Prend encore foin d'y former ,
Sçavent plaire , fçavent charmer
Sans le fecours de l'impoiture ,
Et les Bergers fçavent aimer
Sans brûler d'une flâme impure.
L'innocence , d'une main fûre ,
Sçait encor leur tracer des Loix.
Oui , c'eft fous de ruftiques toîts
Que regne la volupté pure ,
Mais de quoi vais - je t'informer ,
Morphée ? Ah ! je fuis hors d'haleine ,
Un froid fommeil glace ma veine ,
Doux repos , viens la ranimer ,
J'ai dormi ; d'agréables fonges
M'invitent à recommencer .
Dieu charmant des riants menfonges ;
Daigne encore t'intereffer
A ce qui me reste à tracer.
St
JUIN.
1297 1742.
Si , cachant des vérités dures
Sous un aimable coloris ,
Je puis plaire à tes Favoris ,
L'avare , dont les mains impures .
Flétriffent tes Pavots chéris ,
Me verra , prenant ta défenſe ,
Gourmander fa faufle prudence.
Revenons donc à nos Taudis :
Là , meublés ainfi que jadis ,
Les Notables du Lieu , pour vivre ,
Ont du pur froment , des brebis ;
Leurs Celliers même font munis
Du doux Jus , dont l'excès enyvre ,
Qui croît affés loin du Pays.
Mais la plupart infatigables ,
Tant qu'on voit regner les beaux jours ,
Rentrent fous leurs toîts déplorables ,
Quand les Aquilons formidables
De l'Hyver annoncent le cours.
En vain Cerès , tu te dépouilles
Pour ces Mortels infortunés ;
Que leur offres-tu 2 Des dépouilles
Que cent orages mutinés ,
Avant la faux fouvent ravagent ;
Si parfois ils ne t'endommagent ,
Bien-tôt l'avide Tréforier
S'aprête à vuider leur grenier .
1298 MERCURE DE FRANCE
Là , maint Arbriffeau qu'on entaffe ,
Là , des Buiffons contre la glace
Opolent de foibles
remparts ,
Quand de l'Hyver les étendarts
Affiégent pour fix mois la Place ,
Quand fon bruyant Miniftre glace
Leurs Pénates de toutes parts.
Ce Terroir fécond en épines ,
Eft encor plus fécond en eau ;
D'une des fuperbes Colines ,
Qui forment un profond berceau ,
Vers le Nord jaillit un Ruiffeau ,
Qui , Torrent fertile en ruines ,
Et roulant mille affreux Rochers ,
Tout le tems que l'orage dure ,
Offre au Paffant mille dangers .
Après l'orage fon eau pure
Se jouant entre les cailloux ,
Far un agréable murmure ,
Se confole de la verdure
Dont d'autres Ruiffeaux font jaloux.
Mais bien- tôt c'eſt une Riviere
Que mille fources ont groffi ,
Dont l'onde toujours vive & fiere
Fait croître , arrache fans merci ,
L'Ofier , le Peuplier , le Soule ;
Dans fon fein n'admet- elle auffi
Que
JUIN. 2299
1742
Que la Truite qu'elle cajole ,
Et que de Jaffaud ( b ) feulement
Peut lui ravir impunément.
Bords déferts , bords chéris d'Iffole ,
Pourquoi foupirai - je après vous ?
Que m'offrez -vous qui me confole ?
De la perte qui me defole ?
Depuis que j'ai vû fous tes coups ,
Atropos , expirer ma mere ,
Ces bords pour moi n'ont rien de doux ;
Qu'un fouvenir involontaire.
Par M. Boyer de la Valette:
A Lyon le 12. Juillet 1741 .
(b) M. de Jaffaud , Seigneur de Thoraine baſſe ,
dont la Valette dépend:
B iiij
LET
1300 MERCURE DE FRANCE
****************
LETTRE à M. le C. D. L. R. fur un
Sujet de Litterature Grammaticale.
Es differens Morceaux , Monfieur , qui
Lregardent l'éducation , & que vous inque
férez de tems en tems dans votre Mercure
me perfuadent que vous trouverez auffi ce
petit Ecrit digne d'y avoir place . Comme il
m'a été fort utile , j'ai crû que ce feroit obliger
le Public de le lui communiquer.
Le ſtyle en eft , peut-être , un peu négligé ,
mais la matiere en eft traitée avec foin , &
toutes les perfonnes qui deftinent leurs
Enfans aux Etudes ne peuvent que vous
être obligées d'une lecture qui les mettra
en état de juger par elles - mêmes d'une
Queſtion , où il s'agit d'épargner aux Parens
beaucoup de peines d'efprit , & de
dépenfes inutiles , & aux Enfans les chagrins
& les dégoûts qui en rebutent un fi grand
nombre , & les font renoncer pour toujours
aux Belles Lettres . J'ai l'honneur d'être & c.
J
LETTRE fur l'abus des Thêmes.
E ne fçaurois affés vous témoigner , Monfieur
ma ſurpriſe , quand je confidere
quel eft le fujet de votre inquiétude , & de
quel
JUI N. 1742. 1301
›
quel génie font ceux qui vous la font naître .
Vous m'aprenez que M. votre Fils , qui
doit ce me femble , avoir environ 8. à 9.
ans , lit aifément toutes fortes de caracteres
imprimés , ou manufcrits ; que fon Ecriture
fe forme & s'arange ; qu'il a déja des Notions
affés étendues de Géographie & d'Arithmétique
&c. & qu'il commence à connoître
la Note : vous êtes très- content fur tous ces
articles , mais voici le fujet de votre embarras
: cet Enfant , dites vous , explique à l'ouverture
du Livre tout l'Hiftorique de l'Ecriture
Sainte , & en rend affés bien toutes les
raifons grammaticales , mais on ne lui fait
point faire de Thêmes , & fur cela on vous
dit que ce progrès éblouiffant n'eft que Charlatanerie
, & n'a rien de folide .
Puifque vous me faites l'honneur de me
demander mon avis , le plus court eft 1 ° . de
aiffer dire ces gens- là,fans vous en embaraf
fer.On ne peut faire qu'un mauvais ufage de fa
raifon avec ceux qui n'en veulent point avoir.
Car après ce qui a été dit fur ce fujet par les
plus habiles Gens de ce fiecle , il ne peut
plus y avoir de contradicteurs , que ce: ne foient ou des ignorans
, qui fe mêlent
de parler fur une question
, fans s'être donné
la peine de s'en inftruire
, ou des entêtés
&
des gens de mauvaiſe
volonté
, qui préferent
leur caprice
à l'utilité
publique
.
B v En
1302 MERCURE DE FRANCE
En fecond licu , pour vous tranquilifer
vous- même , confidérez , je vous prie , que
tout le travail des Claffes n'eft point pour
parvenir à bien faire des Thêmes , des Vers
Latins , ou même des Harangues , mais à lire
facilement tout Auteur Latin , & à parler
latin au befoin. Or l'ufage & le plus grand
ufage eft l'unique mefure du progrès que l'on
peut faire dans une Langue . Sur ce principe ,
avoué de tout le monde , jugez maintenant
fi M. votre Fils , ocupé durant plufieurs heures
à faire un Thême , peut voir autant de
Latin , que s'il employoit le même tems à
expliquer ou à traduire plufieurs pages d'un
Auteur Latin avec méthode & réflexion.
Vous voyez bien qu'il n'y a nulle comparaifon
entre les deux routes . Mais c'eſt ce que
l'expérience vous confirme d'une maniere
encore plus évidente .
,
M. votre Fils explique t'il de fuite tout
un Chapitre hiftorique de la Bible ou de
quelque autre Auteur de pareille fimplicité
de ftyle ? Eh bien ,' allez dans la Claffe de
Sixième la plus nombreuſe , vous n'y trouverez
peut- être pas deux Enfans qui en fçachent
faire autant. Toutefois ces Enfans - là
ont beaucoup plus d'âge que lui , puifque
le plus grand nombre eft entre 10. & 12.
ans , & ils ont donné au Latin beaucoup
plus de tems , puifque la plupart ont commencé
JUI N. 1742 1303
mencé au plûtard à fept ans cette Etude . Par
confequent il eft conftant que la route qu'ils
tiennent n'eft pas la meilleure.
S'il vous reftoit encore quelque doute , M.
lifez , je vous prie , le petit cahier que je vous
ai tranfcrit. Il vient d'un hom ne qui a pratiqué
long tems , & profeffé toutes les Claffes
, & à qui l'ufage a fait voir les abus infinis
de la Méthode ordinaire , de commencer
l'étude du Latin par les Thêmes Si donc
parmi vos contradicteurs il y en a quelqu'un
qui foit encore capable de raifon, faites- lui lire .
cet Ouvrage, & foyez für que s'il ne fe rend
pas tout à fait , du moins n'ofera t'il jamais
ouvrir la bouche pour foûtenir devant vous
la Méthode qui y eft fi pleinement réfutée.
PREUVES DE'MONSTRATIVES.
→
Que la maniere de commencer les Etudes
du Latin par la compofition des Thêmes
eft la caufe des dégoûts & de l'ignorance de
la plupart des Ecoliers , & la fource des chagrins
, & des dépenfes inutiles des Parens. ,
Il y a fix maximes principales reconnuës
generalement de tout le monde pour les
vrais & unique's fondemens de toute méthode
d'enfeigner.
La premiere , eft d'aller à ce qui eft inconnu
par ce qui eft déja connu .
La feconde , de donner peu de préceptes
B vj
far
304 MERCURE DE FRANCE
fur tout dans les commencemens, avec beau
coup d'ufage , parce que l'homme aprend
plus naturellement par l'ufage que par des
préceptes.
'C
La troifiéme , de diftinguer les premiers
principes d'une maniere fi nette , fi préciſe
que celui qui aprend ne puiffe jamais les
confondre avec les conféquences qui s'enfuivent
, ou avec les diverfes aplications qu'on
en peut faire..
La quatrième , de fe garder auffi de multiplier
les regles fans néceffité .
La cinquième eft , qu'il faut principalement
avec les Enfans fuivre en tout l'ordre
de la Nature , qui ne nous mene jamais dans.
nos conoiffances , que de la pratique à la
Théorie , du particulier & du fenfible ,
général & à l'abſtrait & qui ne fait jamais
commencer par ce qu'il y a de plus difficile.
au
La fixiéme en fait de Langues , eft que chaque
mot de la Langue qu'on aprend , foit
rendu par un autre mot de celle qu'on fçait.
Or la méthode , qui fait commencer l'étude
du Latin par les Thêmes , engage prefque
néceffairement à contredire ces maximes .
1º. On fait paffer les Enfans de leur Langue
maternelle , où ils font fi ignorans qu'ils
y font mille fautes groffieres , fans s'en apercevoir
, encore après plufieurs années de lecture
, on les fait paffer , dis- je , à la Langue
Latinc
JUI N. 1742: 1305
Latine , qu'ils ignorent entiérement , & dont
ils aprenent la Grammaire , fans avoir une
feule idée jufte & précife de celle de leur
propre Langue . Ainfi on leur enfeigne à la
fois quatre chofes toutes differentes , deux
Langues & deux Grammaires , d'un génic
tout opofé , & tout cela réuni enſemble s'apelle
aprendre le Latin .
Delà vient cette confufion d'idées que l'on
remarque dans beaucoup d'Enfans , pleins
d'efprit , & même enfeignés par des Maîtres
foigneux de leur devoir . Delà ce dégoût que
l'on ne manque pas de leur imputer à pareffe
: mais ce qui eft encore plus remarquable
, delà vient que les Enfans les plus capables
de raiſonnement , & par conféquent les
plus propres à être inftruits avec méthode
font ordinairement ceux qui fe rebutent le
plus aisément , & qui deviennent ainfi les.
malheureuſes victimes du mauvais ufage.
Excepté quelques Maîtres , il y a peu de
Gens qui ne conviennent de ce qu'on avance
ici .,
pour peu qu'ils rapcllent à leur mémoire
les premieres années de leurs études . Le
premier pas qu'on y fait eft donc une premiere
faute , qui fe fait ordinairement fentir
dans toute la fuite : on ne va point du connu.
à l'inconnu.
La feconde maxime , tant de fois écrite à
ja tête des Grammaires , eft encore plus vifiblement
1306 MERCURE DE FRANCE
blement contredite : Il faut peu de préceptes
beaucoup d'ufage , parce que l'homme
aprend plus aifément par ufage que par des
préceptes , & que la Théorie ne vient naturellement
qu'après la Pratique . Qui croiroit
cependant qu'un Enfant que l'on met en Sixième
, a deja apris plus de fept ou huit
cent Regles au moins ? Qui pourroit s'imaginer
qu'il faut quelquefois qu'un Enfant de
10. ans & même de 8. foit déja capable d'envifager
des 2. & 3. cent Regles pour faire un
Thême de 10. ou 12. lignes ?
Oui , on peut avancer fans éxagération &
que le Rudiment, la Méthode, les Particules,
les Genres des noms , les Déclinaifons , les
- Preterits & Supins , tout cela produit plus
de mille , tant Regles , qu'Exceptions & Remarques
La Syntaxe feule du Rudiment en
contient plus de cent. La Méthode des Particules
& Paris a 13. Chapitres , dont chacun
eft partagé en un grand nombre d'articles
, qui embraffint quantité de fous articles
; celui du que retranché , tout ſeul , qui
n'eft peut-être que le vingtiéme fous- article
de l'article general du adverbe , fe
partage
en 8. Regles , fans les Exceptions &
Remarques pour le feul que retranché; ce qui
fait en tout 25. Celle de Tours en contient
30. 11 eft aifé de juger fur cela du reste de
cette Méthode , puifque la particule que ne
que
contient
JUIN. 1742. 1307
contient que 13. pages d'un Livre qui en a
128.
Dans de fi petites têtes & auffi legeres , un
tel entaffement de Regles & d'Obfervations
engendre néceffaire ment une horrible confufion
d'idées. Auffi quel en eft le fuccès ? On
leur charge la mémoire de plus de mille Regles,
afin qu'ils parviennent à fçavoir enfin le
latin par routine. Encore font- ils bien heureux
quand ils peuvent en fçavoir un peu de cette
façon là . Car, de tous ceux qui commencent
leurs Etudes , il n'y en a pas le tiers qui les
achevent : Et puis entre ceux qui ont fini
leur Rhétorique , on en trouvera à peine le
quart qui puiffent entendre avec quelque facilité
les Auteurs Latins qu'on ne leur a point.
encore fait voir.
"
La troifiéme maxime eft , que les principes
fondamentaux d'une Science doivent être
établis d'une maniere fi nette , fi diftincte ;
être pour ainfi dire , fi ifolés de toute autre
chofe , qu'il foit impoffible de les confondre
avec d'autres principes moins importans ou
avec leurs conféquences & leurs differentes.
aplications . Telle eft la maxime , en voic. le
renversement. La Syntaxe eft la baze & le
fondement de tout l'édifice grammatical : les
principes en font fi fenfibles , que les Gens
les plus groffiers ne peuvent y manquer fans
s'en apercevoir , pour peu d'attention qu'ils
Y
1308 MERCURE DE FRANCE
y faffent : perfonne ne dit , par exemple ,
mon chapeau est belle , ni la maifon duquel je
vous ai parlé. Ce font des expreffions dont
le contre - fens faute aux yeux de tout le
monde .
Rien n'étoit donc plus naturel que de detacher
ces premiers principes & de les dégager
de tout ce qui pouvoit les offufquer &
les faire perdre de vûë : l'expérience même
prouve la néceffité de cette importante précaution
, puifque les commençans ne font
jamais de faute que contre ces premiers
principes. On avoit devant les yeux la Grammaire
de Port-Royal , qui à l'exemple de
Sanctius & de Scioppius , les a expofés tout
feuls comme les uniques principes de la Langue
latine , dont tout le refte n'eſt que dės
conféquences ou des aplications differentes.
Mais nos faifeurs de Rudimens fe croyant
aparamment plus habiles que ces grands Maîtres
, femblent s'être donné le mot pour les
contredire fur cet article . Ils ont jetté à tort
& à travers dans la Syntaxe ,au milieu des premiers
principes néceffaires à toutes les Langues
, des particules qui ne font que des ufages
arbitraires , & des manieres de parler
particulieres à la Langue Latine , ou même à
la Françoiſe . Qu'arrive t'il delà ? Que le difciple
ne pouvant être plus habile que le Maîconfond
tout , prend toutes ces diverfes
KIC ,
segles
JUIN. 1742 .
1309
regles pour autant de principes fondamentaux
du langage , contre lefquels il eft également
dangereux de pécher.
"
*
:
Il n'eft pas difficile de voir à quoi mene
une pareille confufion . Mais quelles font encore
ces précieufes regles ? La plûpait ſont
fauffes , louches & inutiles. Telle eft , par
exemple , celle du que retranché la voici
telle qu'elle eft propofée dans la plupart des
Rudimens. » Quand la particule que eft après
» un verbe , ce n'eſt pas un relatif , comme
» quand il y a , je crois que , je veux que : En
» un mot quand que ne fe peut réfoudre par
lequel ou laquelle lefquels ou lefquelles¸
" c'eft un que adveibe ; il ne faut pas l'ex- .
» primer en latin , mais il faut mettre le nom
» ou pronom , qui eft après , à l'accufatif ,
» & le verbe fuivant , à l'infinitif. Tout eft
faux dans cette regle : 1 ° . Il eft faux que ce
foit une regle génerale en Latin , qu'après un
verbe le que le retranche , puis qu'il y a incomparablement
plus d'occafions où il s'exprime
. 2 ° . Il eft faux que le verbe qui fuit le
que , doive fe mettre à l'infinitif. Tous les
jours les Enfans font jettés dans l'erreur par
cette regle , lors qu'il y a des Phrafes femblables
à celle- ci : Mon pere croit que mon
coufin , qui écrit fi bien , fera récompenfé.
En fuivant exactement fa regle , l'Enfant ne
manque pas de mettre : Meus pater credit
memm
13 to MERCURE DE FRANCE
meum cognatum quem fcribere tam bene remunerab
tur Rien n'eft donc plus faux que
cette regle. On répond à cela que c'est donc
la parelle ou la ftupidité qui font faire a un
Enfint de pare illes fautes. Le bon fens , diton
, ne fair il pas fentir que l'adverbs que
tombe fur le verbe , fera récompenfe Ainfi
donc on s'aviſe ici d'établir pour principe
que le bon fens doit être le principal guide
des Entans dans l'ufage des principes de
Grammaire , lorfque par tout aill urs la maxime
commune eft de dire que c'eft folie de
vouloir les conduire par le jugement & le
raifonnement , comme les grandes perfonnes
; qu'ils font incapables d'intelligence , &
qu'il n'y a en eux que de la mémoire. Auffi
dans cette prévention ne fonge- t'on point à
les faire raifonner fur l'acord des mots entr'eux
, fur leurs divers raports , & fur la dépendance
qu'ils ont les uns d'avec les autres.
Je dis raifonner , car ce n'eft pas raiſonnement
que cette måuvaife Grammaire , dont
on charge leur mémoire. Y en a- t'il un feul
par exemple , qui puiffe dire par quelle raifon
dans cette regle- ci eſt à l'accuſatif le nom ou
pronom qui fuit ce que retranché ? Combien
de Maîtres ignorent- ils eux -mêmes cette
raifon , quoique ce foit un des premiers principes
de la Syntaxe ? De plus , l'Enfant entend
JUIN. 1742. 1311
.
tend il feulement le Latin qu'il vient de compofer,
pour fentir les contre-fens qu'il y a faits?
A-t'i même la plupart du tems une idée
claire du François qu'il vient de mettre en
Latin ? N'a-t'on pas trouvé le fécret de faire
de fon efprit une espece de machine , où l'imagination
, & fur - tour la mémoire jouent
par des regles inintelligibles , & toutes méchiniques
, com ne un automate pir fes ref
forts: Et puis quel ufage voudroit on qu'il fiſt
ici de fon bon fens ? Quoi ! qu'il fe d'fiâr de
fa regle , & que quand elle lui dit d'une maniere
précife , que le verbe qui eft après le
que retranché fe met à l'infinitif , il ille fe
faire une regle contraire ? On fçait qu'en
fait de principes on ne peut parler trop exactement
, ni avec trop de précifion ; comment
donc peut-on accabler de pareilles regles
des Enfans du plus bas âge , & qui commencent
une étude qui d'elle - même eft fi
rebutante ? Mais plûtôt comment ofe - t'on
dire qu'il faut que leur bon fens fuplée à
tout moment à leurs regles , tandis qu'on
foûtient en même tems qu'on ne doit point
fonger à les conduire par le jugement ?
Enfin , quand on dit que le
che , ce n'eft pas dans le Latin , qui n'eft pas
encore : c'est donc dans le François , & par
conféquent c'est donc fur le François que
doit fe faire l'opération de la regle , fi l'on
,
que fe retranveur
1312 MERCURE DE FRANCE
veut fuivre la route du bon fens ; finon on
doit s'attendre à tous les contre - fens qui
s'enfuivent. Ainfi , que l'on demande à ces
pauvres Enfans , qu'est - ce qui gouverne en
Latin le nom ou pronom à l'accufatif , ils répondent
fort doctement au goût de leurs
Maîtres , que c'eft le que retranché ; ce que
françois qui eft retranché , ce que qui n'eft
point, & qui ne fçauroit être dans cette Phrafe
latine , gouvernoit chés les Romains le nom
ou pronom à l'accufatif, & le verbe à l'infinitif.
Si on veut leur faire expliquer
le Latin qu'ils viennent de compofer ,
fuivant cette judicieuſe regle , la premiere
chofe qu'ils font , c'eft d'avoir recours à leur
françois. Pourquoi ? parce que ce Latin vient
d'être compofé par une méthode toute méchanique
, & qui ne donne pas plus d'intelfigence
du tour & du génie de la Langue
Latine dans ces fortes de Phrafes , que de
l'Hebreu.
Enfin ce qu'il y a d'étonnant , c'eſt que
cette regle du que retranché , cette regle , fi
difficile à exprimer , que chaque Rudiment
tourne à fa façon , fans pouvoir lui donner
fa véritable forme , cette regle fi étenduë
qu'elle fe partage en 30. autres ,
autant de branches , eft, après tout, une regle
inutile , qui n'a jamais été un principe de la
Grammaire latine , & qui en fait éclipfer un
>
comme en
des
JUIN. 1742
1313
I
des premiers principes. Ce principe ignoré
de tous les Difciples , & même de bien des
Maîtres , c'eft que de même que tout verbe
qui n'eft point à l'infinitif , fupofe devant foi
un nominatif exprimé ou fous - entendu de
même tout verbe qui n'eft point à l'infinitif ,
fupofe auffi devant foi un accufatif exprimé
ou fous entendu , à moins que cet infinitif
ne foit pris fubftantivement , & cela fondé
fur ce principe du bon fens : On ne sçauroit
exprimer une action qu'elle ne foit dite de
quelqu'un ; la perfonne dont eft dite l'action,
doit donc être au nominatif , quand le
verbe n'eſt point à l'infinitif ; mais l'infinitif
étant toujours régi par un autre verbe , le nom
de la perfonne ou de la chofe ou le pronom,
qui en tient la place , doit donc être auffi
régi par le même verbe , qui étant ou verbe
actif , ou verbe quí tient lieu d'un actif, gouverne
l'accufatif. En un mot , le nom ou
pronom , qui fuit le prétendu que retranché,
eft à l'accufatif , parce qu'il eft le fujet de
l'action du verbe qui précede.
Ce principe étabii , il eſt donc vifible que
la regle du que retranché devient inutile :
cela fe fentira bien en François . Il y a des
Phraſes où nous nous fervons également du
que adverbe , ou de l'infinitif. Par exemple ,
nous difons également : je crois que je fuis
fage de faire ce que je fais , & encore mieux
·par
1314 MERCURE DE FRANCE
:
par l'infinitif je crois être fage de faire ce que
je fais de même , je crois que j'ai fait mon
devoir en faifant telle chofe, ou bien je crois
avoir fait mon devoir en faifant telle chofe.
Quand comptez- vous que vous reviendrez ,
ou bien, quand comptez - vous revenir? ce qui
veut dire , felon la Phrafe fimple , laquelle
ne fous - entend rien , quand comptez- vous
devoir revenir? je compte que je reviendrai
dans 15. jours , ou bien je compte devoir revenir
dans 15. jours . Il fuffifoit donc de dire
qu'il y a des verbes Latins après lefquels ordinairement
on ne fe fert pas du adverbe ,
mais que l'on tourne feulement la Phraſe par
l'infinitifcomme dans les exemples que lon
vient de citer ; & qu'ainfi , au lieu de dire : je
fçais que mon frere eft fage , on dir en Latin,
mot pour mot, je fçais mon frere être fage : le
difciple verroit bien que le verbe eft à l'infinitif
, puifqu'il vient de l'y mettre , & le
nom ou pronom à l'accufatif , lorfqu'on a
été affes fçavant pour lui enfeigner cette regle
fi effentielle de Syntaxe , que tout infinique
tif
, qui n'eft pas pris fubftantivement , fupofe
un accufatif qui lui tient lieu de nominatif.
Ainfi , en tout cela il n'y a point de principe
nouveau , mais feulement une aplication
nouvelle d'un des premiers principes de
la Syntaxe , qu'on devroit avoir la bonté d'aprendre
,
JUIN. 1742. 1315
prendre , avant que de fe mêler d'enfeigner
& les 30. regles du que retranché deviennent
de na ufage , puifque les diverfes aplications
du principe ne font plus après cela
qu'une affaire de raifonnement , comme les
Méthodistes l'avouent eux - mêmes ici , & en
d'autres endoits , en joignant à leurs regles
celle -ci , comme la plus fûre : En un mot il
faut avoir plus d'égard au fens qu'à tout autre
chofe. Particules de Tours , article
retranché ; ) ce qui eft comme s'ils
difoient , on vous donne 30. regles , parce
qu'il faut bien vous charger la mémoire ,
mais la meilleure , ou plutôt l'unique , c'eſt
votre bon lens.
du
que
A MLLE Couprin , Maîtreffe de Clavecin
de Mesdames de France.
STANCES IRREGULIERE S.
A Ujourdhui la vérité
Nous fait croire , fçavante Fée ,
Ce que la Fable (ur Orphée
Nous a toujours tant vanté.
Jadis , aux fons harmonieux
Du fameux Chantre de Thrace ,
316 MERCURE DE FRANCE
Les Tigres fuivoient la trace
De fes pas victorieux .
Plongé dans de triſtes allarmes ,
Il gémiffoit fur fon malheur ;
Mais c'était de la douleur
Que fa Lyre empruntoit fes charmes.
Sans le fombre & cruel caprice ,
Qui caufa tous les regrets ,
Sans la perte d'Euridice
Ses chants auroient eû moins d'attraits.
Pour vous , dans l'heureux partage
Qui fait votre unique plaifir ,
De votre glorieux loiſir
Vous faites un plus noble uſage .
Ce ne font point des Bois ruftiques
Qui épetent vos Chanfons ;
Ce font des Palais magnifiques
Qui fervent d'Echos à vos fons.
Je ne goûte plus le Miracle
Des Animaux apriv oilés ;
Un plus illuftre 'Spectacle
Frape mes fens defabufés ;
JUI N. 1317 1742
vois d'auguftes Princeffes
Toucher les refforts divers",
Qui fous vos mains enchantereffes
Forment d'agréables Concerts .
Ainfi , quand de votre côté ,
Vous formez leur tendre jeuneffe ,
Elles travaillent fans ceffe
A votre immortalité.
Parmi les noms éclatants
Votre nom trouvera place ;
Et , fans qu'aucun autre l'efface ,
Sera le vainqueur des tems.
LE MIER I.
tttttttt.
DISSERTATION du R. P. M. Texie,
Dominicain , fur ces mots des Prieres des
Agonizans : Délivrez , Seigneur , l'ame de
votre Serviteur , comme vous avez délivré
Abraham de l'Ur des Chaldéens.
V
Ous me marquez , Monfieur , dans la
Lettre que vous m'avez fait i honneur
de m'écrire le 5. Mars 1742. qu'ayant formé
le deffein d'inférer les Prieres des Agonifans
dans le Livre de pieté que vous devez don-
С ner
1318 MERCURE
DE FRANCE
ner au Public, vous feriez bien aife de fçavoir
mon fentiment fur le véritable fens de l'Eglife
dans ces paroles qu'elle employe , &
fouvent répetées , & principalement
dans
celles- ci : Libera , Domine , amimam fervi
tui , ficut liberafti Abraham de Ur Chaldeorum.
Je devrois , M. m'excufer à la vûë de
la grandeur de la difficulté propofée , car il
s'agit de fçavoir fi Abrahan a été quelque.
tems idolâtre , ou toûjours fidele ; je vais
néanmoins
tâcher de vous fatisfaire , après
vous avoir fait remarquer ,
Qu'Abraham , fils de Tharé , nâquit à Vr ,
Ville des Chaldéens , l'an du Monde 2008 .
avant Jeſus - Chrift 2992. de l'Ere vulgaire
1996. felon là fuputation du fçavant Dom
Calmet , Benedictin . Ce Patriarche , le dernier
de fes freres , mais nommé le premier à
caufe de fon mérite , de - même que Sem
avant Japhet , & Jacob avant Efau, étoit âgé
de 86. ans lorfqu'il eut Ifmaël de fa Servante
Agar , & ce ne fût que 4. ans après que
Dieu changea fon nom , ou plûtôt l'allongea
en lui difant : vous ne vous apellerez plus
Abram , mais Abraham , parce que je vous
ai choifi pour être le Pere de plufieurs Nations.
Ainfi , M. pour conferver une uniformité
de nom parmi tant de differentes Epoques,
je ne l'apellerai qu'Abraham.N.de
Lyra ,
Francifcain , & célebre Interprete de l'Ecriture
JUI N.
1319 1742.
*
que
ture Sainte , en a ufé de même , convaincu
cela n'altere en rien le Texte principal ,
cum per hoc , dit- il Tom 1. page 59. fur
la Genefe Sententia non mutetur.
Pour bien entendre le fens de l'Eglife ;
lorfqu'elle dit : Comme vous avez délivré
Abraham de l'Ur des Chaldéens , il faut fçavoir
que le mot d'Ur en Hebreu , fignific
feu , & que c'eft de cet élément , adoré par
les Chaldéens , qu'une de leurs Villes qui
lui étoit confacrée , prit le nom d'Or Ôn
lui donne communément cette origine.
Comme en ce tems là on adoroit principalement
les Aftres dans l'Orient , le feu étant
le ſymbole du Soleil , on entretenoit en fon
honneur un feu facré & perpetuel dans des
Temples découverts. Les Chaldéens adoroient
le feu avec d'autant plus d'attachement
( dit Ruffin , ) que fans expofer les
hommes au Combat , leurs Divinités entroient
dans le champ de Bataille , & cellequi
triomphoit dans ce Combat Divin ,
étoit fenfée la véritable. Ainfi les Dieux
d'or , d'argent , d'airain , &c. étant inférieurs
en activité à l'élément du feu , ce Dieu
avoit facilement la fupériorité fur les autres .
Il fût pourtant obligé de céder une fois à l'Idole
Canope , remplie d'eau , dont des trous
fermés avec de la cire , s'étant ouverts à fon
aproche , l'eau éteignit le feu , & le Sacri-
Cij ficateur
7320 MERCURE DE FRANCE
ficateur du Canope remporta la Victoire .
,
&
Les Géographes ne font pas bien d'accord
fur la fituation de la Ville d'Ur . Baudrand la
met aux confins de l'Arabie deferte ; M de
la Martiniere , dit , dans fon Dictionnaire
Géographique qu'on trouve une Ville
nommée Ura dans la Méfopotamie près de
Nifibe quelques Auteurs font perfuadés
que c'eft d'elle que parle l'Ecriture ,
qu'elle nomme Ur , & par là , Haran ſe
trouve directement fur le chemin qui con- .
duit à la Terre promife ; & afin d'accorder
cette fituation de la Ville d'Ur avec le Texte
de l'Ecriture , qui la met dans la Chaldée
& non pas dans la Méfopotamie , on dit que
la Chaldée contient la Méfopotamie le long
du Tygre. Saint Etienne déclara aux Juifs
( comme il eft raporté aux Actes des Apô
tres , ) que Dieu aparût à Abraham , lorf
qu'il étoit dans la Méfopotamie , & qu'il
vint demeurer à Haran , & un peu plus
bas , il ajoûte qu'il fortir de la Terre des
Chaldéens pour venir à Haran ; ce qui fait
voir que la Chaldée & la Méfopotamie n'é-..
toient alors qu'une même Région .
La fituation de cette Ville étant fixée , on
demande comment elle pouvoit être apellée
Ur en Chaldée à la fortie d'Abraham ;
puifque Cufet , Pere des Chaldéens ( qui la
bâtirent , ) n'étoit pas encore né. Mais Dom
Calme
JUIN. 1742. 1321
Calmet répond , qu'on l'apelloit ainfi du
tems que Moyfe écrivoit cette Hiftoire , &
qu'il ignoroit , ou voulut taire exprès le premier
nom , afin de fe rendre plus intelligible
, en parlant le langage commun:
C'eft de cette Ville d'Ur en Chaldée , Patrie
de Tharé & d'Abraham , & le premier
Théatre de leurs actions , qu'ils fortirent :
Egreffi funt de Ur. Fut-ce par l'ordre de
Dicu , ou de leur choix Y furent - ils qu'elque
tems attachés au culte des Idoles , ou
toûjours fideles adorateurs du vrai Dieu ?
C'est ici le point de la difficulté , pour comprendre
le vrai fens de ce peu de mots , Sicut
liberafti Abraham de Ur Chaldeorum : Comme
vous avez délivré Abraham de l'Ur des
Chaldéens. Les Interprêtes font de differens
fentimens fur ces differens Chefs ; voyons
leurs preuves , pour pouvoir nous déterminer.
و
Pour ce qui eft de la fortie de la famille
de Tharé , on peut dire fans héfiter , qu'elle
fut
par l'ordre de Dieu. Achior parlant à
ceux de Béthulie , leur dit : » Les anciens
>> Juifs Chaldéens d'origine , n'ayant pas
» voulu fuivre les fuperftitions de leur Pays ,
» le Dieu du Ciel dont ils fuivoient la Reli-
» gion , leur ordonna de quitter leur Patrie ; ce
» qui eft conforme à ce Texte de la Vulgate » :
Dieu fit fortir de la Ville d'Ur en Chaldée ,
C iij Tharé
1322 MERCURE DE FRANCE
ןכ
"
Tharé & fa famille , Eduxit eos . Saint Etien
ne le confirme dans les Actes des Apôtres ,
Chap. VII. Abraham , dit - il , fortit du Pays
» des Chaldéens par un ordre exprès de Dieu
qui vouloit le conduire dans la Terre de
» Chanaan qu'il avoit deffein de donner en
héritage à lui & à fes defcendans ; » C'eſt
moi , dit Dieu à Abraham , qui t'ai fait fortir
de la Ville d'Ur par une vocation particu-
Here. Cette vocation arriva , felon M. de la
Martiniere l'an du monde 2082 , avant Jefus-
Chrift 1918 , avant l'Ere vulgaire 1922.
Tharé & Abraham fortis d'Ur , arriverent à
Haran , d'où il eft aifé de croire , ( difent
quelques Interpretes , ) que non feulement
Abraham , mais auffi Tharé & toute fa famille
, ne quitterent la Chaldée , que pour
éviter le commerce des Idolâtres il y en a
même qui ont avancé que le culte du vrai
Dieu , s'étoit confervé jufqu'alors dans la
famille de Tharé , que du moins Abraham
n'adora jamais les Idoles .
Jofephe attribue la fortie de Tharé &
d'Abraham de la Ville d'Ur , à un motif
purement naturel , qui fût la douleur de la
mort d'Aran ; il eft vrai que l'Ecriture marque
cette mort avant leur fortie : Mortuus
eft Aran antè Patrem fuum Tharé , in terra
nativitatis fuæ ; Sur quoi N. de Lyra , dit
que les Juifs ont forgé une fable qui ne s'ac
corde
JUIN. 17423
1323
corde pas avec cet excès de douleur que
Tharé reffentit à la mort de fon fils Aran .
» Abraham ( difent- ils ) accufé par Thare
» devant le Tribunal de Nemrod , de refuſer
» d'adorer le feu , comme par l'ordre du
و و
95
Roy les autres Chaldéens le faifoient , fût
» jetté dans une fournaife ardente . Aran
» préfent difoit dans fon coeur : Si mon frere
» Abraham fort victorieux de ce fuplice ,
j'embrafferai fa Religion ; s'il périt dans le
» feu , j'adorerai cet élément. Le voyant
préfervé , il s'attacha à la Religion d'A-
» braham , & l'ayant déclaré publiquement ,
» il fut jetté dans le feu & en fut confommé
» en préfence de fon Pere Tharé
» voir pas eu autant de foi
» ou pour n'être pas deftiné par la Provi-
» dence à d'auffi grands deffeins que lui ;
» Dieu s'étant contenté de fon facrifice .
Telle eft l'interprétation bizare que les Juifs
donnent à ce Texte de l'Ecriture : Mortuus
eft Aran antè Patremfuum Tharé , ce qui à
la lettre & naturellement fignifie : Tharé
furvécut àfon fils Aran.
que
י
pour n'afon
frere ,
"9
Le Paraphrafte Chaldéen , fur le Chapitre
4. de l'Ecclefiaftique . 13. confirme que
ce fût par l'ordre de Nemrod , que les deux
freres fouffrirent ce traitement cruel , & il
eft dit dans le Texte de la Vulgate L. 11 .
Chap. IX. d'Efdras , qu'Abraham fût ga-
C iiij ranti
1324 MERCURE DE FRANCE
ranti du feu . S. Jerôme , qui dans les quef
tions hébraïques , & l'Auteur de l'addition
à cette narration de N. de Lyra , traitent de
fable , ce que difent les Juifs de l'accufation
de Tharé contre fes fils , ne laiffent pas
de convenir du genre de fuplice ; & S. Jerôme
traduit ainfi les paroles d'Efdras :
» Vous avez tiré Abraham du feu des Chaldéens
, au lieu de dire de la Ville d'Ur .
S. Auguftin , dit dans fes queftions far
» la Genefe ; » On compte les années d'A-
» braham depuis qu'il fûr miraculeufe-
» ment délivré du feu dans lequel il avoit
»été jetté par les Chaldéens , pour n'avoir
pour
» pas voulu adorer cet élément ; quoique
» l'Ecriture n'en parle pas , la tradition des
Juifs nous l'aprend
,
Ainfi ce fait n'étant pas folidement établi ,
& d'ailleurs N. de Lyra & Dom Calmet
difant , fur le Ch . XI . de la Geneſe : Il y a
aparence que cela vient de l'équivoque du
nom d'Ur qui fignifie du feu , ou la Ville
d'Ur , je n'en ferai pas le fondement de la
verfion de ces mots des Prieres des Agonifans
: Comme vous avez délivré Abraham de
Ur des Chaldéens Je dirai feulement que
S. Chrifoltôme , dans fa XXXI . Homélie
fur la Genefe , page 450. du fecond Tome ,
Edition de Fronton le Duc , 1736. prouve
que l'Ecriture confond la calomnie des
Juifs
JUI N. 1742.
1325
Juifs au fujet du fuplice des deux fils de
Tharé fur la dépofition de leur pere , puif
qu'on lit dans le Chapitre XI . de la Genefe :
>> Tharé prit donc Abraham fon fils , &
» Loth fon petit fils , fils d'Aran , & Sarai ,
» fa Bru , femme d'Abraham , & il les fit
» fortir d'Ur en Chaldée pour les conduire
» dans le pays de Chanaan , & étant venus
» à Haran , ils y demeurerent. » Toutes ces
démarches de Tharé , font autant de preuves
de la tendreffe de Pere qu'il eût toûjours
pour fa famille , plûtôt que de l'inhumanité
d'un Tyran.TharéPater Abraham , dit S.Chrifoftôme
, licèt infidélis effet , attamen ob amorem
in filium focius illi peregrinationis effe voluit
; & p. 451. il fait dire à Abraham :
» Mon cher Pere , c'eft pour l'amour de
» moi que vous abandonnez votre Pays ;. ce-
" que ce Pere de l'Eglife reproche à Thare
» & après lui N. de Lyra p. 6o . eft fon obftination
dans l'Idolâtrie & celle de fon fils.
Nachor , malgré le bon exemple & les avis
falutaires d'Abraham. Thare Pater Abraham
frater ejus Nachor declinaverunt ad Idolslatriam
in terrâ Haran, dit N. de Lyra. C'èſtpour
celá que Dieu ne commanda pas feu-
» lement à Abraham de quitter fon Pays :-
Egredere de terrâ tuâ , mais encore de fe
féparer de fes Parens , & de cognatione
tuâ , de peur que leur commerce ne vint
à le pervertir, Cy Dona
و د
»
1326 MERCURE DE FRANCE
Dom Calmet remarque qu'il y a des Interpretes
qui avancent qu'Abraham même
avoit été Idolâtre dans fa jeuneffe. Voici fes
propres termes dans fon Dictionnaire de
la Bible : Abraham paffa les premieres an--
» nées de fa vie dans la maifon de fon Pere :
» Tharé , où l'on adoroit les Idoles . Plu-
» fieurs croyent qu'au commencement lui-
» même fut engagé dans ce faux culte , mais
» que Dieu l'ayant éclairé , il y renonça ; &
dans le Commentaire fur le Chap . XI. de la
Geneſe , le même Dom Calmet dit : S. Au-
ود
guftin femble foûtenir L. XV I. Chap. II.
» de la Cité de Dieu , qu'Abraham n'adora
» jamais les Idoles , mais dans le Chap. der--
>> nier du X. Livre p . 269. il dit clairement
» le contraire ; il enfeigne qu'Abraham de-
» livré des fuperftitions des Chaldéens par
» la vocation de Dieu , commença à fui-
» vre & à adorer le feul vrai Dieu. » Abraë
ham quidem gente Chaldaus , dit S. Auguſtin ,
fedjuffus eft difcedere de terrâ fuâ. Tunc ipfe
primitus à Chaldeorum fuperftitionibus liberatus
, unum verum Deum fequendo coluit , &
» ce fentiment , continue D. Calmet , paroît
» le mieux apuyé , & par l'Ecriture & par
» le grand nombre des Peres & des Inter-
» pretes qui l'ont fuivi. Philon & les Rab-
»bins l'enfeignent fréquemment , &c. Jo-
» fué dit aux Juifs Chap . XXIV. Tharé Pere
d'Abra-
·
JUIN. 1742.
1327
» d'Abraham & de Nachor , dès le com-
» mencement demeuroient au de -là de l'Eu-
» phrate, & y adoroient les Dieux Etrangers,
» il répete la même chofe plus bas .
ود
On voit qu'ils font tous trois engagés fans
exception , dans la même erreur , felon la
remarque de l'Auteur du Synopfis Criticorum
T. 1. p. 269. & plus bas , il dit d'Abraham ::
» Cum adverfarios Deos coleret quafi manu
» injectâ adfe adduxit . Dieu convertit Abra-
» ham , lors même qu'il adoroit des Idoles
qui étoient opofées à fa divine Majeſté.
» Je ne puis fuporter , continuë l'Auteur du
» Synopfis , ceux qui s'efforcent par de foi-
>> bles argumens , de prouver le contraire :
Neque eos audire poffum qui magno conatu
Abrahamum ab hoc fcelere vendicare ftudent
nefcio quibus argutiis.
>>
,,
9
» C'est une opinion affés commune , dit
Bayle , T. 1. p. 46. Diet. Critique ; qu'A-
>> braham fucça avec le lait , le poifon de
» FIdolâtrie ; & ce ne fut felon Jofephe &
» Philon , qu'après avoir bien médité ſur las
>> beauté de l'Univers qu'il en reconnut l'Au
>> teur.
Les autorités de S. Cyrille L. III: contre
Julien T. VI. p. 101. & celle de S. Ephrem,,
T. I. p. 149. me paroiffent d'un grand poids >
pour ce fentiment : Le divin Abraham ,,
» dit le premier , vivoit fous le Regne de
Covi Ninuss
328 MERCURE DE FRANCE
"?
Ninus Roy des Affyriens , il fût de même
» que ceux dont je viens de parler , tiré du
» milieu d'un Peuple Idolâtre , & mis au
» nombre de ceux qui ont éte éclairés de la
>> connoiffance du vrai Dieu . C'eſt de lui
» que nous diſons qu'il a eu le bonheur de
paffer du culte des faux Dieux , à celui
» d'un Dieu , qui en effet & en vérité eft de
» feul. Quem vocatum dicimus à multitudinis
De rum errore , ad ejus qui re eft & veritate
Dei notitiam. Je veux vous expofer ,
» dit S. Ephrem , des modeles de conver-
» fion ; afin que vous apreniez à les imiter :
» Abraham avoit été du nombre des Chal-
» déens Idolâtres , S. Paul Perfécuteur des
» premiers Chrétiens.... illos ego tibi narrabo
, ut illos quos ab errore Dæmonum curavit
Deus , im tari difcas . .Abraham primum
Gentilis erat & Chaldaus , Paulus anteà Perfecutor
& hoftisfuit.
و ر
3
Ce dernier fentiment apuyé für un fi grand
nombre d'autorités , des Domeftiques & des
Etrangers de la fci , & confirmé par le témoignage
de Dom Calmet , un des plus :
fçavans Interpretes Modernes , me paroiffant
le plus certain , voici M. ce me femble la
verfion la plus naturelle de ces mots des
Prieres des Agonizans .
Libera Domine animam fervi tui , ficut li
berafti Abraham de Ur Chaldæorum ..
Délivrez
JUIN 1742. 13257
Delivrez , mon Dieu , l'ame de votre ferviteur
, de tout attachement à la créature ;
afin qu'elle ne foupire qu'après vous ,
de
même qu'Abraham docile à votre voix. , .
abandonna la Ville d'Ur , & le culte fuperftitieux
du feu des Chaldéens , pour n'adorer
que vous feul:
C'eſt ainfi
>
que fans toucher au Texte Latin
que l'Eglife aprouve , & qui doit être inviolable,
vous pourrez, M.paraphrafer les verſions
françoifes des autres articles , par exemple ,
au lieu que tous commencent par ce peu de
mots repetés fans ceffe : Delivrez Seigneur ,
Lame de votre ferviteur , &c. Delivrez Seigneur
,
c. il faudroit entrer dans le fens
de l'Eglife , & demander de quels maux on
fouhaite que le moribond foit délivré , de
quoi perfonne , que je fçache , ne s'eft encore :
avifé , & dire :
Delivrez Seigneur , l'ame de votre fervi
teur , d'une mort éternelle , ainfi que Vous
avez délivré Enoch & Elie de la mort temporelle
, ainfi foit il.
Delivrez , &c. des abîmes de l'Enfer , de
même que vous avez fauvé Noé du naufrage
dans le tems du Deluge.
Delivrez , & c. du glaive de votre Juftice ,
comme vous avez arrêté le bras d'Abraham
prêt à facrifier fon fils Ifaac.
Delivrez , &c.de la fureur dés Démons .
1330 MERCURE DE FRANCE
& de l'ardeur du feu dont ils font embrâſés,
ainfi que vous avez préfervé Loth de la violence
des habitans de Sodome & de l'incendie
de leur Ville.
Delivrez , &c. de la pourfuite des enne
mis de fon falut , par les mérites de votre
fang précieux , de même que vous avez
donné un paffage libre au milieu de la mer -
rouge à Moyfe,pourfuivi par l'armée du Roy
d'Egypte .
Delivrez & c. des flâmes de l'Enfer
comme les trois Ifraëlites le furent de la
fournaife de Babilone.
Delivrez , &c. des faux reproches dont
le Démon voudroit l'épouvanter , ainfi que
Vous avez juftifié Sufanne du crime dont elle
étoit fauffement accufée .
Delivrez , & c. des mains des Miniftres
de votre vangeance
, de même que David
évita celle de Saül furieux , & du Geant
Goliath , ainſi ſoit - il.
Et ficut B. Theclam... liberafti, &c. Nous
vous fuplions auffi de délivrer l'ame de votre
ferviteur de ce lieu de calamité , où l'on
fouffre toute forte de maux , & de lui accorder
l'entrée dans celui où l'on goûte tous
Jes biens l'on que peut defirer. Ainfi foit- il,
Je fuis , Monfieur , &c .
A Paris , ce 10. May 1742.
EPITRE
JUIN 1742 13311
出版
EPITRE
Al'Abbé de la Feillée , au Château de Vezinsi .
Par M. de la Soriniere , en Anjou.
REçois , Abbé très cher, une affès longue Epitre,,
Que ma main deffus mon Pupitre
Te griffonne avec grand plaifir .
Que ne puis - je , dans mon loiſir ,.
Eloigné de ta Seigneurie ,
Egayer ma Philofophie
Par quelque Epitre de ta part !
Ami , tout m'abandonne ; & , fans ceffe à l'écart ,
Si je goûte quelques délices ,
Je ne les dois qu'à mes caprices ,
Ou bien à quelque heureux hazard.
Réduit à l'eau comme un fervent Hermite
Adieu tendrons & jeune Sunamite ;
Adieu feftins jadis tant célebrés ,
Dù fix amis , de Champagne enyvrés ,
Parmi les pots & les cris d'allegreffes ,
Libres de foins & de fouci ,
Chantoient Bachus & leurs vives tendreffes
Voilà comme on vivoit ici .
Quel coup fatal ! quelle viciffitude
Vient changer nos plaifirs en aigre inquietude !
Teul
#332 MERCURE DE FRANCE
Tout paffe , ami ; dis - moi pourquoi
L'homme fur fon pivot , tournant à l'avanture ,
Ne connut jamais d'autre loi
Que l'inconftance toute puré ?
Seroit- il fou peut- être bien ; ·
Et peut- être moi , qui raifonne ,.
Je le prouve en cet entretien ,
Que trop de Morale affaifonne.
Enfin , parlons de toi , que fais- tu donc là bas
Amoureux des Beaux- Arts , le Dieu de la Mufique
T'occupe- t'il toûjours ? & ne te voit- on pas
Dans quelque Salon magnifique ,
Nouvel Emule de Campra ,
Pour concerter quelque Opera·
Enhardir deux naiffantes Mufes , *
Telles que le facré Válon
N'en vit que bien peu dé reclufés
Pour la Chapelle d'Apollon ?
Enfoncé dans ta Botanique ',
Vas-tu par un fçavant effort ,
Sous deux Printems faire la nique·
AMathiole & Tournefort ?
Pour moi , dans mon humeur chagrine ,,
Qui ne fçais que moralifer ,
Je ne puis immortalifer
:
*Les deux Files de Mad, la Marquise de la Tafte
de Vezins,
Que
JUIN. 17420 73.33
Que la bile qui me domine ,
Et coudre mal- adroitement
Dans mes OEuvres rapetacées-
Des refléxions déplacées ,
Qui t'ennuiront affûrément.
A propos ; on m'a dit qu'un beau Feu d'artifice ;
Composé par tes doctes mains ,
Doit éclairer dans peu les fuperbes Jardins
Et le magnifique Edifice
Du Seigneur Marquis de Vezinss
Je vois déja d'ici tes rapides fuſées
Semer l'or & l'azur juſqu'au Ciel élancées.
Courage , ami ; diftingue - toi
Par mille paffe - tems aimablės ,
Et tiens pour fouveraine loi
De fçavoir les rendre durables.
SUITE
1334 MERCURE DE FRANCE
L
SUITE de la Lettre fur l'abus
des Themes.
Es Principes fondamentaux de la Syntaxe
, fe trouvant ainfi noïés dans cette
multitude de regles fauffes , louches & inuriles
, il n'eft donc pas étonnant que des enfans,
déja avancés dans la carriere des Claffes,
faffent encore des fautes énormes contre les
premiers principes .
La quatriéme maxime eft qu'il faut éviter
de multiplier les regles & les principes fans
néceffité. Rien n'eft plus capable de produire
le défordre & la confufion dans les
idées de ceux qu'on enfeigne , que cette vicicufe
multiplication . Nous venons d'en tou
cher quelque chofe dans l'article précedent ,
nous allons le faire voir d'une maniere encore
plus précife. Rien de plus fimple que
la Syntaxe Latine : fi diférente en cela de notre
Syntaxe Françoife , où tout eft en exceptions
& en irrégularités ; celle du Latin ne
préfente prefque par tout que les principes
généraux & communs à toutes les Langues.
Pour s'en convaincre on n'a qu'à ouvrir la
Méthode de P. R. où ils font dans leur plus
grande étendue. Par quel malheureux fecret
sieftJUIN.
1742 · 1535
s'eft-elle donc étendue encore , & multipliée
jufqu'à ce nombre prodigieux de regles que
préfente la méthode des Particules ? C'eſt
que l'on a pris groffiérement le change , à
Foccafion des diférences qu'il y a de la
Phraſe Françoiſe à la Phraſe Latine. Ainfi ce
que l'on établit pour regle dans la Langue.
Latine , n'eft bien fouvent une regle que pour
le François qui va être mis en Latin. On en
vient de voir un exemple dans l'art. du que
retranché , mais en voici un encore plus fen
fible , & qu'il eft à propos de mettre tout
au long pour faire fentir toute l'abfurdité de
cette méthode d'enſeigner.
Particules de Tours , ch. 3. » du change
» ment de l'actif en paffif. Pour changer
» Factif en paffif & le paffif en actif , il faut
» feulement du nominatif du verbe que
» l'on change de voix , en faire fon cas , &
» du cas en faire le nominatif , laiffant le
» verbe au même tems & mouf qu'il étoit
» auparavant. Sur quoi il faut remarquer 1 °.
>> que quand on change l'actif en paſſif, on
" ne prend le cas du verbe actif , pour en
» faire le nominatif du verbe paffif , que
quand ce cas eft à l'accufatif dans la voix
» active . Ainfi , fi le cas du verbe actif n'é-
» toit pas à l'accufatif , il faudroit mettre le
» verbe actif à l'imperfonnel , laiffant le cas
» tel qu'il étoit dans la voix active . 2º. Si le
» verbe
22.
1336 MERCURE DE FRANCE
" verbe actif gouvernoit deux cas différens ;
tels que font ceux- ci , fcribo , mitto , &fero,
» qui gouvernent le datif de la perfonne , &
l'accufatif de la chofe , il faut prendre ce
» lui qui eft à l'accufatif , pour en faire le
» nominatif du paffif , laiffant l'autre au mê
me cas qu'il eût été à l'actif &c.
D'abord il eft vifible que voici une regle
de Grammaire françoife toute purè , & qui
n'apartient en rien à la Langue Latine ; car
quelle eft la Phrafe qu'il faut tourner de l'actif
au palif ? ce n'eft pas la Phrafe latine ,
puifqu'elle n'eft pas encore faite , c'est donc
la Phrafe françoife. Or y a t'il de l'ordre &
de la netteté à confondre ainfi tout enfemble
, les regles latines avec les regles fran
çoifes , la Syntaxe avec les Particules ! Mais
c'eft une regle françoife . Et par quel moïen
le difciple faura -t'il difcerner en françois un
nominatif d'avec un accufatif. Voici une
Phrafe à tourner de l'actif au palif. Dien
aime Pierre. Par où difcernera t'il que Dieu
eft là au nominatif , & Pierre à l'accufatify
Eft -ce par le Latin qui n'y eft pas encore , ou
par une connoiffance exacte des cas fran
çois le devine qui pourra. Ce qu'il y a de
sûr , c'eft qu'il faut néceffairement qu'avant
que de fonger feulement à mettre le moindre
mot Latin , il fçache diftinguer les cas du
thême françois , qu'il a à mettre en latin , &
-
que
1
JUIN. 1742 .
1337
que jamais perfonne ne lui a enfeigné à faire.
cette diftinction , quoique ce foit une des
parties les plus difficiles de la Grammaire
françoiſe. Ainfi , routine toute pure ,
s'il y
réüffit , & ce qui met le comble à l'étonnement
, routine formée d'un entaffement pro
digieux de regles. Mais que les Maîtres fe
fuivent eux mêmes , & ils verront que ce
n'eft prefque jamais que par le Latin , qu'ils
ont préſent à l'efprit , qu'ils fçavent difcerner
les cas françois qu'ils ont devant les
yeux ; & qu'ainfi au lieu de fe mettre au
point de vûë où font leurs Ecoliers , ils veulent
au contraire que leurs Ecoliers ſe mettent
au point de vûe où ils font eux-mêmes.
Encore une petite refléxion : Faire un thême
, c'eft traduire un Difcours François en
Latin , mot pour mot , c'eft- à dire , cas pour
cas , tems pour tems , modes pour modes ,
& c. car un enfant , qui commence fes principes
, n'en fait pas affés pour faire autre
ment. Et fur quel François , je vous prie
compofera - t'il ce Latin ? ce n'eft par fur celui
qu'il a devant les yeux , puifque le Latin qu'il
a à compofer en doit être tout diférent pour
les cas , les tems , les modes &c. C'est donc
fur un certain Français inconnu , qui doit ref
fembler de loin à celui - ci , & qu'il doit mettre
dans un Latin qu'il ne connoîtra point du
tout
338 MERCURE DE FRANCE
tout , n'aïant préfent à l'efprit , avant & après
qu'il l'aura compofé , que le François qu'on
lui a dicté. Que de confufion dans une telle
pratique !
,
En fecond lieu , quel monstrueux entaffement
de termes extraordinaires , pour apren
dre qu'au lieu de dire : Dieu aime Pierre , ou
Mon Ami m'a averti de votre arrivée ,
peut tourner par le paffif, & dire : Pierre eft
aimé de Dicu, & j'ai été averti de votre arrivée
par mon Ami ? Quel eft l'enfant d'un génie
fi bizarement tourné , qu'il ne lui foit
pas plus facile mille fois de changer fur ce
modéle une Phraſe de l'actif au paffif, que
de loger dans fa tête tout le ridicule verbiage
des Particules ? Et quel eft l'hommede
bon fens qui n'avouë qu'il eft plus aifé de
concevoir & de retenir , qu'en Latin on ne
dit pas ; je crois que mon frere eft fage :
mais , je crois mon frere être fage , que de ſe
guinder l'efprit par cette regle abitraite ? Le
que fe retranche , le verbe fuivant fe met à
l'infinitif au même tems & au même moeuf
& le nom ou pronom fe met à l'accufatif.
Enfin les Maîtres ,eux- mêmes , fçavent par
leur propre expérience combien tout ce langage
de Grammaire eft trifte & rebutant , &
qu'ils n'ont pas trop de toute l'attention de
leur efprit , pour s'entendre eux - mêmes
quand ils veulent le parler, que doit - ce done
›
être
JUI N. 1742: 7339
etre pour un jeune enfant , dont le cerveau
n'a encore aucune confiftance ? Tout est là
abftrait & métaphyfiques ce n'eft point tel:
mot en particulier qui eft au nominatif ou à
l'accufatif , tel verbe au paffif; c'eſt un nominatif
ou un paffif en géneral , enfuite on
viendra au particulier : donc c'eſt une regle
en l'air , & pofée fur rien . On fait marcher
ainfi la jeuneffe à tâtons , & fans fçavoir où
elle va , & l'on épuife par des fpéculations
fatiguantes toute la vigueur naiffante de fon
jugement. Car quelle contention ne faut- il
pas avoir pour faifir des combinaiſons auffi
étendues & auffi compliquées ?
par
Si cette fameufe regle étoit néceffaire , on
devoit donc au moins faire préceder l'ufage
& la pratique à la fpéculation ; commencer
donner un modele de Phrafes à retourner
, en faire retourner plufieurs , & puis
faire deffus l'aplication de la regle . On ne le
Cait points on doit donc s'attendre à ce qui
arrive , que rien n'eft plus abftrait , plus difficile
à concevoir , & plus aifé à oublier
c'eft auffi ce qu'une trifte expérience fait voir
tous les jours. L'exemple feul refte dans la
mémoire , & devient le feul guide de celui
qui compofe. C'eft ainſi qu'après mille regles
de cette nature , répetées des 5. & 6. ans de
fuite , les enfans ne compofent cependant
prefque jamais que par routine Car ceci eft
un
340 MERCURE DE FRANCE
un défaut général de toutes les méthodes des
Particules , & qui y regne d'un bout à l'autre.
Mais , encore un coup , à quoi bon de femblables
regles ? Qu'a t'on befoin d'augmenter
aux enfans un fardeau , fous lequel l'ef
prit même des perfonnes faites fuccombe ?
On dira peut- être que l'expérience à fait voir
que les commençans en ont befoin , & que
fans cela ils ne fçauroient jamais , par exemple
, tourner l'actif en paffif. Or cela eft impoffible
à croire-, & il y a mille expériences
du contraire ; & après tout uue pareille réponfe
ne ferviroit qu'à prouver combien la
méthode ordinaire gâte prodigieufement l'efprit
des enfans , s'il ne leur refte pas allés
de bons fens pour pouvoir changer cette
Phrafe Dieu aime Pierre , en cette autre :
Pierre eft aimé de Dieu , à moins de cet artirail
acablant de regles. Routine pour routi
ne ; quand c'en feroit une , ce qui n'eft pas ,
laquelle des deux eft la plus aifée ? Toutes
les regles pareilles à celle- ci font donc en
pure perte , quelque nombreufes qu'elles
foient.
On dément donc ici tout à la fois , nonfeulement
la quatriéme maxime , en multipliant
ainfi les regles fans néceffité , mais auſſi
la cinquième qui confifte à fuivre l'ordre de
Ja Nature , laquelle nous mene toujours dans
nos
JUIN. 1742. 1341
nos connoiffances de la pratique à la Théorie,
du particulier & du fenfible au général & à
l'abſtrait , & jamais autrement , & qui ne
commence jamais par préfenter ce qu'il y a
de plus difficile . Or c'eft ce que font tous les
Rudimens & toutes les Méthodes des Particules
; les Rudimens , en jettant tout d'un
coup les commençans dans toutes les difficultés
d'une Syntaxe, telle qu'ils l'entendent ;
ils offrent à un Enfant qui fait fes premiers
thêmes , toutes les difficultés des verbes
doceo , poenitet , tadet , & femblables
, les queftions de licu & autres difficultés
; qui font au refte purement de leur
invention , & qui font difparoître fur ces articles
les vrais principes de la Syntaxe : & enfuite
les Méthodes des Particules , qui dès
les premieres pages préfentent également les
Latinifme les plus compliqués , comme ce
qu'il y a de plus aifé .
celo, rogo ,
Mais c'est ce que font d'une maniere bien
plus pernicieufe encore , ces Maîtres , qui
fe piquent d'entaffer dans la mémoire de
leurs Diſciples toutes ces fortes de regles &
toute cette méchanique de Grammaire, avant
que d'en venir à la moindre pratique :
quels fleaux du bon efprit ! Je dis
que c'eft
une méchanique toute pure : car qu'est- ce
que méchanique , finon dire qu'il faut
faire telle & telle chofe fans en rendre la
D moindre
1342 MERCURE DE FRANCE
-
moindre raifon ; que tel nom doit être à l'a
cufatif , & tel verbe à l'infinitif , fans pou
voir dire fur quel fondement, & quelle eft la
raifon pour laquelle cela doit être ainfi . Or
que l'on cherche quelle eft, la fource de ce
défordre , on trouvera que c'eft parce que
les Maîtres , eux-mêmes , ignorent abſolument
ce que c'est que Grammaire générale ,
fans laquelle cependant , eût-on paffé toute
fa vie à enfeigner les élemens du Latin , on
ne fçait point veritablement la Grammaire ,
& on n'en connoît , encore une fois , que la
méchanique la plus groffiere.
La fixiéme Maxime que l'on doit ſuivre
dans toute méthode d'enfeigner les Langues,
eft que , autant qu'il eft poffible , chaque
mot de la Langue qu'on aprend , foit rendu
par un autre mot de celle qu'on fçait . Tous
les Maftres conviennent de cette regle quand
il s'agit de la verſion , & ils la fuivent , du
moins de loin. Il faut , difent- ils , commencer
par entendre fon Latin , mot pour mot
fans s'embarraffer du beau François. D'où
vient donc que cette regle leur paroît inutile,
dès qu'il eft queſtion des thêmes? Quoi !
il n'eft plus néceffaire qu'un Enfant entende
mot pour mot le Latin qu'il compofe , ni
même qu'il l'entende du tout ? Il a compofé
12 ou 15 lignes en Latin , demandez lui - en
l'explication ; la premiere chofe qu'il fait
e'eft
JUIN. 1742. 1343
c'eft d'aller chercher fon François ; ôrez - lelui
, ou qu'il ait le tems de l'oublier il entendra
auffi-tôt une page d'Hebreu ; c'eſt un fait
que perfonne n'ignore.
Mais comment pour oit- il l'entendre ? Si ,
par exemple , il a mis mechaniquement , en
fuivant fes prétendues regles , une Phraſe
pareille à celle ci : Je crois que mon frere eſt
Tage , Credo meum fratrem effe fapicntem ,
dira- t'il , credo , je crois , meum fratrem ,
que mon frere , effe , eft ? Il a apris trois
chofes contradictoires à cela , qu'il n'y a
point de que en latin , que le mot françois
eft , forme la troifiéme perfone du préfent de
l'indicatif, & que effe en Latin fignifie être ,
& non pas il eft. Pareillement , dans cette
autre Phrafe, Spero fore ut meus frater ftudeat :
Dira t'ikfpero , j'efpere , fore ut que , par fa
regle il ne doit point y avoir de que , ainfi il
n'y a pas de fens de vouloir qu'il en trouve
un dans cette Phrafe- ci. Mais fçait- il ce que
fignifient les fore,lesfuturum effe ? Les entendil?
Les lui a t'on expliqués ? Il n'a donc compofé
toute cette Phrafe que machinalement.
Ainfi tout ce qu'il fçait eft que ces mots Spero
fore ut frater meus ftudeat , répondent à ceuxci
; j'efpere que mon frere étudiera , fans attacher
d'idée préciſe à chacun d'eux. Or ,
n'eft- ce pas là une routine toute pure , &
ce qu'ily a de prodigieux , une routine que
Dij l'on
>
1344 MERCURE DE FRANCE
l'on n'aquiert qu'à force de regles ? Doit- on
trouver étrange après cela qu'en d'autres occafions
, où il faut que le bon fens fe mette
au deffus de 30 regles , il ne fache plus com
ment en faire ufage ?
De plus , pour entendre une Langue étran
gere ,
il faut fortir des manieres de parler &
du génie de fa Langue. Or cela ne fe peut
faire qu'en raprochant de la Langue qu'on
aprend fa propre Langue, pour lui faire quit
ter fon génie naturel , juſqu'à lui faire rendre
mot pour mot , c'eft - à dire cas pour cas ,
modes pour modes &c. les manieres de parler,
qui font le génie de cette Langue étrangere.
Obferve- t'on cette regle à l'égard du
Latin , quand on fait faire des thêmes ? Ne
laiffe- t'on pas le françois tel qu'il eft ? Ainfi
la plupart des Phraſes du thême qu'on a dicté
à un enfant , ne font donc que des équivalens
françois qui lui voilent les veritables
manieres de parler Latin ; enforte que ce
ne fera qu'après bien des années d'études les
plus dures & les plus pénibles , qu'il viendra
à fe reconnoître , & commencera à entrer
dans le génie de la Langue Latine , lors qu'il
fera prêt de la quitter , pour paffer à d'autres
occupations.
Encore un exemple ; je fupofe qu'un commençant
a mis en Latin cette Phrafe , J'efpere
que mon frere fera fage un jour , Spero meum
fratrem
JUIN. 1742. 1345,
-
fratrem futurum effe fapientem : ce jeune homme
voit métaphyfiquement & d'une maniere
abftraite , qu'il y a là un accufatif & un infinitif
; maif qu'on vienne à lui montrer que
mor à mot cela fignifie , j'efpere mon frere
devoir être un jour fage ; il fera tout étonné
d'une maniere de parler fi étrangere . Tant il
ignore profondément le génie d'une Langue
qu'il étudie pourtant depuis plufieurs années.
Cela va plus loin encore ; un leger détail
va faire fentir combien ce défaut d'intelligence
nuit aux enfans , & leur gâte l'efprit ;
car c'est ici une des principales fources de
cette étonnante confufion d'idées que l'on
remarque dans la plupart des commençans.
Quand , par exemple , un enfant conjugue
le verbe venio , il trouve le futur du fubjonctit
venero , qui fignifie je ferai venu . On
lui fait enfuite mettre dans fon thême cette
Phrafe , fi je viens demain , en Latin Si venero
cras , que peut- il entendre par ce venero ?
De quelque façon qu'il le prenne , il ne peut
que l'induire en erreur , mais ordinairement
il n'hésite point , rien ne lui eft plus naturel
que de croire que venero ne fignifie plus là ,
je ferai venu , mais je viens , & alors il n'eſt
plus fixe fur la fignification de ce mot, puifque
tantôt il lui femble fignifier un tems &
fantôt un autre. Or cet inconvénient reve-
D iij
nant
#346 MERCURE DE FRANCE
1
nant par tout & à tout moment dans le Lating
tant à l'égard des tems & des modes des verbes
, qu'à l'égard des cas des noms , pronoms
& participes , les pauvres Difciples ne font
plus certains de la fignification d'aucun mot
Latin , & n'y attachent aucune idée fixe. On
ne fçauroit en difconvenir. Car un enfant
gâté par une fi ténebreufe routine , ira t'il de
lui- même s'imaginer qu'en Latin on ne dit
pas , fi je viens demain , mais fi je ferai venu
demain ? Il en eft de même des cas : Par
exemple , dans cette Phrafe , Doceo pueros
Grammaticam , j'enfeigne la Grammaire aux
enfans ; cet enfant fe figure néceffairement
que pueros fignifie là aux enfans , & que, aux
enfans , eft un accufatif françois : jugez parlà
s'il conçoit ce que c'est qu'un accufatif..
Il est donc conftant que ni des cas françois ,
ni des cas latins , les enfans n'en ont aucune
idée jufte , non plus que des tems & modes:
des verbes. Ils s'imaginent , par exemple
que le futur du fubjonctif , venero , fignifie
tantôt, je ferai venu ou je viendrai , & tantôt
je viens ; mais s'il fignifie je viens , ce n'eft
donc plus un futur , comme c'en devroit être
uh felon la regle . Quelle confufion d'idées ,
quelles tenebies dans toute cette aveugle .
méchanique ! Mais il ne feroit pas moins
dangereux que le Difciple s'aperçût de luis
même qu'on lui fait mettre en Latin , fi je
ferai
JUIN. 1742. 1347
ferai venu ; car n'étant plein que du génie
de la Langue françoife , & difpofé par là à
regarder comme autant de fautes tout ce qui
en contredit les differentes manieres de parler
, une expreflion fi étrangere ne peut lui
paroître qu'une faute ; ainfi il croira qu'on
lui fait faire des fautes par regles & par principes
, parce qu'au lieu de le prévenir fur les
differences qu'il doit trouver entre le génie
des deux Langues , & de lui faire fentir ces
differences en retournant fon françois mot à
mot , felon les diverfes Phrafes latines , qu'il
doit faire entrer dans fa compofition , on ne
lui en fait jamais voir que les divers équivalens
françois , qui , encore une fois , lui
voilent la vraie fignification de chaque mot*
Latin. Ce n'eft pas tout ; pour redoubler encore
la confufion , on charge les regles d'exemples
latins fi longs , fi éloignés du françois
, qu'ils repréfentent , qu'ils font entiérement
hors de la portée de l'enfance , &
qu'on ne fçauroit les lui rendre parfaitement
intelligibles.
Enfin , comment fait-on pour ne pas voir
que rien ne peut nuire davantage au goût de
la belle Latinité , que ce mauvais Latin , auquel
l'oreille & l'imagination des , enfans
s'habituent pendant tant d'années qu'on leur
fait faire des thêmes ? Eh ! ne feroit il pas
bien plus court de ne leur faire mettre du
D iiij François
1348 MERCURE DE FRANCE
françois en Latin , que lorfque leur imagina
tion formée par l'explication des Auteurs &
remplie des bons modéles de l'Antiquité ,
feroit devenue comme un moule correct &
incapable de donner aux matieres qu'on y
jette une forme qui ne foit pas réguliere &
élegante ?
་ ,
"
Voilà en gros les défauts de la méthode
ordinaire , voilà la caufe du travail infructueux
de tant de Maîtres , voila ce qui rend leur métier
fi pénible , fi ennuieux , fi dégoutant
& ce qui eft encore plus trifte voila
ce qui rebute des études tant d'enfans , ſouvent
d'un efprit très- curieux , très-vif & trèspropre
aux Sciences , & ce qui produit tanɛ
de chagrins & de dépenfes inutiles à leurs
parens . On ne doit pas en attendre d'autres
fuites.
Souvent un enfant fera plein de bon fens
& d'efprit , mais il n'aura pas cette facilité ,
qui fait que l'on entre aifément dans la penfée
d'autrui. C'eſt un défaut allés commun ·
même dans les grandes perfonnes. Avec ce
caractére d'efprit les principes enfeignés , comme
nous venons de le voir , rebutent immanquablement
, & font abfolument perdre
tout courage. Au contraire on en trouvera
d'autres en qui une trop grande facilité produit
le même effet. Ce font des efprits qui
faififfent tout du premier abord , & qui veulent
JUI N. 1742. 1349
lent tout emporter , en volant , pour ainfi
dire , mais à qui il faut auffi une méthode
conforme à leur génie , incapable de s'apéfantir
fur quoi que ce foit. C'eft donc perdre
ces fortes d'efprits , que de les jetter dans
une étude qui demande trop de contention ,
& qui fait tomber fouvent pour le refte de
leur vie tout leur feu & toute leur activité
outre qu'elle peut nuire beaucoup à leur
fanté. Or ces deux caractéres font ceux de
prefque tous les enfans ; les châtimens achevent
enfuite d'étoufer en cux toute émulation
. Les Etudes , & tout ce qui y a raport
leur devient à charge. La Lecture , cette reffource
fi utile pour les moeurs & la Religion
leur eft dès lors odieufe ,& peut être pour toû
jours. Le Lieu , la perfone de celui qui enfeis
gne , les inftructions même de piété , de
probité & de politeffe , tout y
devient pour
eux inutile , & fouvent même dangereux.
par l'averfion qu'ils en prennent quelquefois .
Dans ces difpofitions un jeune homme paile
d'une claffe à l'autre , par tout maltraité
malheureux , & méprife même des autres.
L'effet de ce mépris va fi loin qu'il s'y accoûtume
, c'est ce qu'on ne fauroit trop dép lorer.
Quand une fois la jeuneffe n'eft plus fenfible
à l'honneur, qu'en peut-on attendre ? De
la lâcheté elle tombe prefque néceffairement
dans toutes fortes de vices , les exe.ne
Dy ples
1350 MERCURE DE FRANCE
ples n'en font que trop fréquens.
Qui fe feroit pu imaginer qu'une mauvaiſe
méthode d'enfeigner dût produire de fi
grands maux ? Malheur donc à un homme
qui , comptable à Dieu & à l'Etat de l'inf
truction qu'il donne à la jeuneſſe , ne tait
pas tous les éforts pour les prévenir felon
fes lumieres , & pour n'avoir rien à fe reprocher
dans fa confcience à cet égard , quelques
difficultés qu'il voie à furmonter ! Des
vûës fi férieufes doivent du moins mettre un
homme fage au- deffus de fes petites préventions
& de la vaine répugnance que l'on a à
faire autrement qu'on n'avoit fait jufqu'alors ;.
répugnance dont le principal motif n'eft certainement
pas le bien des enfans .
Car quelles difficultés peut on former con
tre une nouvelle méthode, qui ne foient réfu
tées d'avance par les enfans inftruits felon la
méthode ordinaire? Dès les premieres années
d'études l'efprit de ceux - ci à déja contracté -
un travers & une fauffeté dont les Maîtres
s'aperçoivent fouvent eux - mêmes. Ils font
déja rébutés des études ; l'émulation , la cu--
riofité , la docilité , font éteintes dans le plus
grand nombre d'entr'eux. Ce font des efclaves
que la force feule & la crainte font marcher.
Ainfi avec une méthode plus raiſonnable
faudroit- il donc de fi puiffans éforts pour
faire au moins autant de progrès dans la Langue
1
JUFN. 1742. 1351
gue Latine , qu'on en fait avec la méthode
ordinaire ? Ceux qu'elle fait ne font pas fi
miraculeux. Tout Paris eft témoin qu'ordinairement
les enfans ne peuvent entrer en
Sixième qu'après des 3 & même 4 années de
principes , quelque foin que l'on ait pris de
les bien fuftiger , pour les mettre à ce pointlà
, & l'on regarde comme un efort peu ordinaire
, lorfqu'ils n'y ont employé qu'un an..
Il n'y a donc aucun rifque à fuivre une
route plus fenfée , indiquée par les plus habiles
gens de notre fiècle , & en dernier lieu
par M. Rollin. C'eſt de remettre la compofition
des thêmes à un âge plus avancé , & de
commencer par l'explication des Auteurs :
c'eft là l'ordre de la Nature . On ne débute
point par vouloir écrire dans une Langue que
Pon ignore : Ce projet eft abfurde . Un homme
, par exemple , veut aprendre l'Allemand;
il s'apliqué d'abord à entendre cette Langue,
& il ne parviendra à l'écrire bien que lorfqu'il
en connoîtra affés le génie pour commencer à
L'exprimer.
L'explication des Auteurs Latins doit donc
être le premier degré des études de la Jeuneffe.
Un Latin facile dont le Maître fera aux
enfans la conſtruction la plus éxacte , en ſupléant
tout ce qui eft fous- entendu , & qu'il ex--
pliquera d'abord mot pour mot , c'est- à-dire ,
cas pour cas , &c. & enfuite en meilleur
D vj. françois
1352 MERCURE DE FRANCE
françois , les mettra peu à peu en état d'en
faire autant eux- mêmes , & encore mieux
dans les commencemens , fur tout , une interprétation
interlinéaire , felon la Méthode
de M. Du Marfais , dont on peut voir l'Expofition
chés Ganeau & De Saint 1722.
Or , ce travail continué ainfi plufieurs années,
on peut juger quelle provifion de Latin
ils auront acquis ; & comme ils n'auront jamais
eu devant les yeux que de bons modéles,
combien leur ftyle fera plus Latin qu'il ne l'eft
d'ordinaire , lors qu'ils viendront à compofer
dans cette Langue. Si l'on confidere enfuite
que beaucoup d'Ecoliers doublent plufieurs
claffes , & ne fortent guére des Humanités
qu'à 17 & 18 ans , ce qui en fait des 10
& 12 confacrés au Latin , on trouvera qu'en
emploïant le même tems felon l'ordre que je
viens de tracer , les jeunes gens doivent avoir
expliqué tous les bons Auteurs de la Latinité ,
& qu'ils pourront lire & écrire dans la Langue.
Larine , avec autant de facilité que dans leur
Langue naturelle.
Par tout ce que nous venons de dire , il
doit donc être évident à tout le monde , que
le tems emploïé dans les premieres années à
la compofition des thêmes , eft un tems perdu
, & p.rdu avec d'autant P plus de dommage
qu'on s'eft gâté l'efprit dans un fi miférable tra
vail , & que l'on s'eft prévenu de dégoût pour
les
JUIN.
8355 1742 :
les Belles - Lettres. Auffi , peu de bons génies
échapent ils à ce naufrage prefque géneral.
Cependant j'en refte là , M. ce qui fuit ne
vous regarde point.
L'Auteur indique une nouvelle méthode
pour les thêmes , dont M.votre fils n'a heureufement
que faire maintenant. Tout ce qu'il y
a à fouhaiter,c'eft qu'il profite de fon bonheur,
qu'il explique beaucoup , qu'il retienne en
même tems les faits & tout le tiffu hiftorique,
& à l'aide de la Géographie & d'un peu de
Chronologie , il aura dans pea d'années un
Corps fuivi d'hiftoire , & fera ainfi un grand
Phénomène dans le monde Latinifte .Cela ne
vaudra-t'il pas bien toutes les regles des Particules
que l'on honore fi judicieuſement du
nom de principes ? Au lieu donc que par la
route ordinaire il n'auroit la tête remplie que
d'idées,de termes de Grammaires, & de combinaiſons
grammaticales , il fe la remplira d'idées
de chofes & d'expreffions vraiment Latines
; & comme c'est ce qui manque le plus
aux enfans , il fera en état de primer dans la
compofition du Latin quand le tems en fera
venu, & de continuer en même tems tous fes
autres Exercices , ce qui en fera un homme à
plufieurs talens. J'ai l'honneur d'être....
Pour la commodité du Public , on trouvera cette Piéce
, Quai des Auguftins , chés la veuve du Bourg ,
à côté de la petite porte de l'Eglife.
VERS
1354 MERCURE DE FRANCE
VERS SUR LA SECHERESSE.
Seigneur , à nos voeux fois propice ;
Ecoute nos gémiffemens ;
Fais finir ces longs châtimens
Dont tu punis notre malice.
Ton bras s'eft fait affés fentir
Sur ton Peuple toujours coupable
Que ta bonté , Dieu fecourable ,
Pardonne à notre repentir.
Vois nos maux & notre mifere .
Laiffe - toi toucher à nos pleurs ,
l'excès de nos malheurs ,
Défarme ta jufte colere ..
Et que
Nos crimes ont fermé les Cieux ;
Les Eaux n'arrofent plus la terre ,
Les champs d'une onde falutaire
Sentent le befoin en toux Lieux.
Le Laboureur faifi de crainte ,
Voit par- là fruftrer fon efpoir ;.
Il n'eſt pas même en fon pouvoir
D'étouffer fa trop trifte plainte..
Ton
JUIN. 1355 1742.
Ton Eglife , par ſes ſoupirs
Fait voir l'excès de fa trifteffe ;
Prouve- lui , Grand Dieu , ta tendreffe ,,
En fatisfaifant fes défirs..
Par fes voeux & par Les prieres
Elle demande un prompt fecours
Elle t'implore tous les jours
Dans le plus facré des Myfteres..
O vous , Patronne de Paris ,
A nos voeux toûjours favorable ,
De votre Peuple miſérable
Ecoutez les lugubres cris.
Fléchiffez ce Dieu de juſtice ,.
Que nous avons tant offenſé ;
Sur une coeur de regrets percé ,
Que fon ire fe ralentiffe .
Tel autrefois fur le Carmel,.
On vit un Prophete fenfible
Aux foupirs d'un Peuple infléxibles .
Faire ouvrir les voutes du Ciel..
Ainfi notre fainte Bergere
Exauce fon peuple affligé ,
Qui
1356 MERCURE DE FRANCE
Qui s'en retourne ſoulagé ,
Dès qu'il expofe fa mifere.
Le Ciel fenfible à nos foupirs ,
Se couvre auffi - tôt d'un nuage ;
Le vent fouffle & forme un orage ,
Qui met le comble à nos défirs .
Témoignons par des fons joyeux
Notre ardeur & notre allegreffe ,
Et que nos Cantiques las ceffe.
Retentiflent jufques aux Cieux..
REFLEXIONS fur l'abus & le
mauvais ufage que l'on fait du Style Marotique
, adreffées à Madame la Comteffe
de M.R.par M. de la Soriniere , en Anjou.
IL eft vrai , Madame , que j'ai folemnellement
abjuré la Satyre , mais je n'ai
point renoncé à la faine & judicieuſe critique
, quand je ferai aflés heureux pour la
pouvoir exercer avec difcernement.
J'ofe d'abord répondre des motifs les plus
épurés. Sans jaloufie & fans humeur j'attaquerai
les défauts des Ouvrages dont on
nous inonde mais je refpecterai toûjours
la
JUIN. 1742. 1357
la perfonne des Auteurs. Je ferois fâché
qu'on fe déchaînât contre ma réputation ,
pour avoir enfanté de mauvais Vers ou de
mauvaiſe Profe & je connois de très - honnêtes
gens d'ailleurs , qui font dans le cas .
Tel a du faux dans l'efprit , qui a le coeur
fort droit : & fi le galant homme tenoit néceffairement
au Poëte , il n'y auroit affûrément
pas de plaifir à devenir le Courtifan
des Muſes ; d'un principe fort indiférent de
foi-même il réfulteroit une dangereufe conféquence.
Mais n'eft ce pas vous , Mad. qui m'avez
engagé à fronder le mauvais ufage & l'abus
qu'on fait du Style Marotique ? Vous m'avez
même ordonné de vous communiquer mes
réfléxions dans un terme affés court. Je ne
fçais fi l'ouvrage ne fe reffentira point un pea
trop de l'exactitude avec laquelle j'ai fait
voeu de vous obéir . En tout cas , fi vous me
refufez le loifir de le limer autant qu'il conviendroit
, je dédommagerai le Public par
la briéveté , car j'efpere me renfermer dans
les bornes d'une lettre ordinaire.
C'eft avec raiſon , Madame , que vous
vous plaignez de ce qu'on interprete mal le
précepte du célébre Defpréaux , lorſqu'il
a dit :
» Imitons de Marot l'élégant badinage.
Art Poëtique , Chant I.
co
Ca
1358 MERCURE DE FRANCE
Ce ne font pas proprement les expreffions
de Marot , que ce grand homme nous recommande
d'imiter ; c'eft ce beau naturel
e'eft cette fineffe de penfées qui hait le fard,
& qui abhorre ces idées -fauffes qu'on nous
préfente fouvent , pour nous éblouir fous les
plus magnifiques parures.
Il n'y a point de ftyle qui permette dans
Pexprellion cette groffiéreté qui produit la
corruption du langage , & flétrit tout ce
qu'elle touche. Qu'on fe renferme dans la
penfée de l'illuftre Satyrique , le mot dont
il s'eft fervi répand un affés grand jour fur
le confeil qu'il donne aux Poëtes , & il me
femble que cette épithète d'élégant à badinage
en dit plus qu'il n'en faut pour des efprits
fufceptibles de quelques impreffions dir
vrai beau.
Je ferois bien fâché d'inférer , Mad. qu'on
doit bannir du ftyle Marotique , toute expreflion
purement Marotique : trop de célébres
Auteurs l'ont employée , & avec trop
de fuccès & d'agrément , pour ofer avancer
un principe qui ne tendroit qu'à nous priver
d'un genre d'écrire qui a des beautés réelles.
Mais je voudrois qu'on en ufât comme les la
Fontaine , les Rouffeau , les Chaulieu , les
Ja Fare , l'Abbé de Grécourt , & un petit nombre
d'autres que je pourrois nommer ; & que
ce fût uniquement dans certains ouvrages confacrés
JUIN. 1742. 1359
facrés à ce genre . Mais je ne puis fuporter
qu'on
'on en ufe indiféremment aujourd'hui
dans la prodigieufe multitude d'Ecrits de toute
efpece , dont on furcharge le Public fatigué.
On n'y employe le plus fouvent ce
ftvle , que pour avoir droit de fe laiffer aller
à des négligences qu'on veut faire paffer pour
affectées , ( peut être même pour des gentilleffes
, ) & éluder impunément des réglestrop
gênantes pour des génies fuperficiels &
peu fcrupuleux : c'eft là mon avis.
On fait plus , Mad. on invente des tours &
des mots dont on s'imagine en toute fûreté
pouvoir fauver la barbarie , en difant : cela
eft du ftyle Marorique. Cette expreffion me
paroît finguliere , dira quelqu'un , quelle
locution ce mot me femble controuvé..
Point du tout , répond l'Auteur , d'un air de
complaifance pour fa froide production :
eela eft du ftyle Marotique : eh ! ne voyezvous
pas que la Piéce eft Marotique en cet
endroit ?
.
Non , je ne vois point cela : & je vois
fimplement par les yeux de la raifon que
tout l'ouvrage jure avec lui même , qu'il eft
bas & burlefque , & que par un trait d'injuſtice
impardonnable , on abuſe d'un nom
justement respecté , pour entaffer des fotifes..
Non , je ne puis m'accoûtumer à paffer tout:
d'un coup dans le même Ouvrage du Langage
1360 MERCURE DE FRANCE
gage qu'on rarle fi élégament aujourd'hui
à la Cour de Louis XV. à celui qui regnoit
du tems de François premier : & vous
ne fçauriez vous diffimuler , Marots modernes
, que vous en uſez ainsi , pour favorifer
votre pareffe & fconder votre infu filance .
Effectivement ; quel affemblage , quel mêlange
monstrueux de férieux & de comique ,
de grand & de petit ! Peut -on réünir de fang
froid toutes fortes de caractéres dans un ouvrage
de trois pages ? Cela fait un por pourri
, qu'il n'y a que les lots capables de pouvoir
digérer les eftomachs délicats le rejettent
comme du poifon , & le coeur en demeure
Purjamais affadi.
Depuis l'incomparable Defpréaux , il n'y a
plus eû de Prévôt au Parnaffe , & c'eſt un
grand malheur. De là , cette foule d'Ecrivains
qui ffee perfuadent trop férieufement
être de parfaits imitateurs du Poëte le plus
élégant qui fûr jamais dans fon genre . Je
gagerois même qu'ils fe flatent au fond de
Fame , ( avec ce qu'ils y mettent du leur , )
de furpaffer leur modele : mais ce n'eft
qu'une vaine illuſion : & felon moi , ‘ils reſ
femblent beaucoup plus à Daffouci , * qu'à
Marot,
Si Clément Maret aujourd'hui
* Et jufqu'a Daffouci , tout trouva des Lecteurs .
Defpreaux Art. Poët.
Reparoiffois
JUIN. 1742: 1364
Reparoiffoit fur le Parnafie ,
Chacun le préférant à lui
Voudroit lui difputer fa place.
Il me vient une idée , Mad. Si d'ici à deux
cent ans la Langue Françoife fait autant de
nouveaux progrès qu'elle en a fait depuis les
deux derniers fiécles , affûrément il arrivera
des changemens bien extraordinaires . Mais
à votre avis , Mad quel fera le ftyle du Poëte
d'à préfent , qu'alors on choifira pour faire
fon Marotique ? Pour moi , je voudrois bien
que l'on confacrât celui de M. de Voltaire ;
cela contribueroit beaucoup dans les races futures
à faire connoître le bon goût qui regne
de notre tems ; & par contrecoup les contemporains
de ce grand homine participeroient
à la gloire la plus juftement méritée,
**X*XX*
MADRIGAL de l'Auteur , en adreffant
ces Reflexions à Madame la Com
teffe de M. R.
Q
Ue de talens , grands Dieux , j'admire
chaque inftant !
Figure fine & délicate ,
Ton qui perfuade & qui flate :
Non ; Laure n'en avoit pas tant.
Quand
362 MERCURE DE FRANCE
Quand tu parles Philofophie ,
On croiroit entendre Afpafie
Entre Socrate & Periclès ;
Mêine
argument ,
même fuccès.
D'Apollon touches - tu la Lyre ?
Nous fentons que ce Dieu t'infpire ;
Tu fçais nous p'aire & nous charmer ;
Il ne te manque plus que de fçavoir aimer.
REF LEXIONS ACADE'MIQUES
fur la Verité. Extrait d'une Lettre écrite de
Mâcon le 6. Avril 1742. par M. le Marquis
de Chateau- le-Roux.
L
A Vérité eft dans le monde. Elle eft au
milieu de nous. On la cherche , & c'eft
un bonheur de la trouver. Son propre eft de
nous donner de la droiture & de la probité.
L'homme lui fait pourtant la guerre , & la
dire , c'eft fe mettre en danger. Tel qui fe
pique de regarder tout d'un oeil intégre ,
craint fouvent d'être éclairé par fes raions ,
& aime mieux vivre entre les ténébres & la
que d'y voir trop clair.
lumiere , que
Combien d'Herodes dans le monde , empreffés
à connoître & à entendre parler la
verité ! Elle s'avance dans la perfonne de
Jean
JUI N. 1742: 1363
Jean-Baptifte ; Herodes l'admire d'abord ,
mais fon admiration devient bientôt ftérile.
Il ne peut fouffrir que la Vérité éclaire ce
que la Pallion veut couvrir d'un voile épais.
L'homme eft ainfi attiré par la Curiofité . La
Nouveauté lui plaît. Il voudroit fçavoir ;
mais craignant de fçavoir trop ,
il demeure
dans une fufpenfion d'efprit & de coeur. Il
veut regarder , mais de loin. Le trop grandjour
bleffe un oeil malade . On craint l'incifion
dans une plaie qu'on entretient volontairement.
La lumiere luit , & on fe couvre
d'un voile , peut - être même d'un bandeau
pour ne la pas voir
pro-
୬
Rien n'eft plus contraire à la Vérité que
la flaterie. Loin du commerce du monde
ces hommes qui difent ce qu'il faudroit taire,
& qui taifent ce qu'il faudioit dire. Difcours.
féduifans , complaifance mercenaire , frivoles
ménagemens , injurieux filence , c'eſt le
pre de ces flateurs qui veulent plaire , ou qui
craignent de déplaire . Le Calomniateur of
fenfe moins la Verité que le Flateur. Le premier
l'attaque t'il par des paroles injurieufes
? lle en dévoile plus ailément la tauffeté.
L'autre la bleffe - t'il fecrétement par d'officieux
menfonges Elle arrache le trait plus
difficilement.
La flaterie , quelque fourbe, qu'elle foit
Le couvre toujours du manteau de la Ve ité .
Chés
1364 MERCURE DE FRANCE
Chés elle la pareffe eft un honnête repos.
Elle apelle la diffipation , une noble dépen
fe : la haine , un digne reffentiment : la témérité
, une force fupérieure. Elle donne à
l'amour du Sens , le nom de Civilité mutuelle
, de tendreffe néceffaire , de complaifance
raisonnable , de familiarité permife ; elle
a de l'Eloquence , mais pour attaquer la Verité
dans tous fes retranchemens . La pente
de l'homme à croire bon ce qu'elle dit & ce
qu'elle fait , eft fi grande , qu'un feul clin
d'oeil, un foûrire , un mouvement de tête ,renverfent
en un inftant ce que la Verité croioit
avoir bâti fur de folides fondemens . Elle
l'emporte même fur l'amitié qui eft la compagne
inféparable de la Verité. L'amitié hazarde
tout pour le bien de la perfonne aimée.
La flaterie hazarde le bien , l'honneur , la
réputation de la perfonne qu'elle paroît ai- >
mer , pour contenter fes propres inclinations
. L'ami fans fard réveille un ami de fon
affoupiffement , pour lui faire voir le jour de
la Verité. Le flateur l'endort encore davantage
par fes paroles fpécieufes & fes difcours
enchanteurs.
L'homme aime naturellement le menfonge
pour le menfonge même . Le plus honnête
homme eft furpris quelquefois dans des déguifemens,
qui font les effets d'une vanité et d'une
legereté naturelle . Nous aimons naturellement
JUIN. 1742. 1365
*
ment la fiction , parce qu'elle eft notre propre
ouvrage.La Verité qui n'eft pas émanée de no
tre efprit , & qui eft une qualité céleſte , n'a
pas quelquefois à nos yeux affés d'ornement.
Nous voulons du fpécieux & du fard . La lu
miere des flambeaux convient mieux que le
grand jour pour les jeux de Théatre , & le
menfonge eft plus propre que la Verité pour
les bagatelles de ce monde. Il femble que
l'homme deviendroit mélancholique , s'il ne
fe permettoit d'altérer quelquefois la Verité.
On en fait un jouet , je dirois prefque un
Protée , à qui l'on fait prendre plufieurs formes
. On ne veut nuire à perfonne , mais on
veut fe divertir. On aime un jeune homme
dont la langue eft auffi mobile que le corps ,
& qui fçait auffi joliment inventer ce qu'il ne
fçait pas , qu'il dit agréablement ce qu'il fçaic.
Il a mille jolies chofes à raconter , quand on
lui parle. Il fe fait écouter. Il amufe . Il fait
paffer d'aimables heures . On fçait bien qu'il
n'eft pas éxact dans fes narrations ,
n'importe ; il ment avec grace & efprit .
La Verité peut être confidérée comme une
Montagne , fur le fommet de laquelle l'air
eft ferein , d'où l'on voit avec plaifir , quoique
d'un oeil compatiffant , les erreurs & les
égaremens des foibles humains , d'où l'on
voit les tempêtes qui fe forment des brouillards
malins que l'homme fe plaît à entretemais
E nir
1366 MERCURE
DE FRANCE
nir fur la terre. Montagne bien difficile à
trouver , encore moins aifée à monter ; prefque
inacceffible . Quelques - uns en ont commencé
le chemin ; l'orgueil en a fait culbuter
plufieurs ; prefque tous n'ont pû foûtenir
l'éclat de la lumiere qui y brille , ou plutôt
ont prétendu avoir les yeux trop foibles pour
cela.
Il y a dans le monde trois fortes de Menteurs
. Dans les uns , le Menfonge vient d'un
coeur pervers. Ce font des Gabaonites , qui
difent à Jofué qu'ils viennent de loin , que
leur pain eft moifi , qu'ils font réduits à l'extrémité.
Leur deffein eft de découvrir le fort
& le foible de fes troupes. Dans les autres, le
Menfonge vient d'un Efprit enjoué . C'eft
Sara qui a ri , quand trois jeunes hommes
ont affûré qu'elle auroit un fils. Elle affûre
pourtant qu'elle n'a pas ri. Dans les troifiémes,
le Menfonge vient d'un fond de bonté.
C'eft Raab qui a retiré chés elle des Eſpions.
Le Roy de Jericho veut les faire périr. Elle
dit qu'ils ne font pas dans fa maiſon.
La Nature elle -même nous aprend par fon
exemple à aimer la Verité. Elle ne connoît
point la duplicité , elle eft fimple. Elle a em
horreur la fourberie , elle eſt ingénuë . Dieu
la gouverne par les régles de fon infinie Ve
rité. Elle eft fincere, uniforme , égale à ellemême.
Voiez les animaux, Chacun aide fon
Efpece.
JUIN. 1742
1367
Efpece . Ils connoiffent ce qu'ils fe demandent
les uns aux autres , par de certaines
marques qui leur tiennent en quelque maniere
lieu de langage & qui ne varient
point. L'homme feul , fupérieur aux autres
animaux la parole , & furtout
par
par la
raifon , ne l'emporte point fur eux par la
fincérité.
Il y a des Gens qui ont deux coeurs , diférens
l'un de l'autre . Un coeur pour eux , &
un coeur pour les autres. Un coeur pour eux ,
bizarre , diffimulé , ingrat , perfide . Un coeur
pour les autres , civil , honnête , reconnoiffant
, ami en aparence. Dans l'intérieur tout
eft rufe & fourberie . L'ame eft perfide &
maligne. A l'extérieur tout eft affection &
careffe . L'air eft engageant. Les façons aiſées,
ce femble. Les maniéres civiles . Ils vous portent
des coups mortels en paroiffant vous
embraffer. L'ombre de la Verité marche fur
leurs traces , non fa réalité ; ou plutôt le
Menfonge marche avec eux fous le maſque
de la Verité .
Il y a des Gens qui éloignent d'eux la Verité
, & qui la détournent quand elle s'aproche.
Il y en a d'autres qui fe perfuadent qu'ils
la connoiffent , fans l'avoir jamais vûë . Ici ,
c'eſt entêtement & orgucil. Là , c'eſt négligence
& indifference. Les uns ne voient rien
au milieu d'un grand jour. Les autres difent
E ij qu'ils
1368 MERCURE
DE FRANCE
qu'ils voient , quoique frapés d'un aveugle
ment fatal. Ceux- ci fe flatent de connoître
leurs devoirs , & ne veulent point d'inftructions.
Ceux- là fe foucient peu de s'inftruire .
Pourquoi diférer ou craindre d'aprendre ce
qui fait l'honnête homme ? Quel Métier eft
honorable fans la Verité ? Si elle manque , le
Sujet devient partial : le Sçavant devient opiniâtre
le joucur , fripon : le Marchand fourbe
, l'ami intérellé.
,
Si jamais quelque chofe a dû fervir à découvrir
la Verité , c'eft l'Etude , Ceux pourtant
qui étudient le plus , font quelquefois
ceux qui jettent dans l'erreur. Si par malheur
un homme qui commence
à étudier
s'engage dans cette route , fans fçavoir le chę
min qu'il faut tenir , plus il avance , plus il
s'égare. Il foûtient des fyftêmes erronés
contre toute raifon , ou bien il en invente luimême
, pour avoir le plaifir d'être créateur ,
& pour fe faire des admirateurs
. L'orgueil
qui ordinairement
accompagne
l'étude , gâte
tous les avantages qu'on en pourroit tirer.
-On s'entête des fentimens ambigus d'un Auteur
particulier
, ou l'on fe mêle auffi d'avoir
les ficas. On veut paffer pour profond. On
veut étourdir les Efprits du commun , en paroiffant trouver & voir des Ventés où ils
ne comprennent
rien , & en difant qu'on
croit une impertinence
d'un homme , qui
peut -être
JUIN. 1742. 1369
peut- être ne s'entendoit pas lui- même . Il
faudroit en étudiant les Auteurs anciens &
nouveaux , fe défaire de tout préjugé , ſe
fervir de fa raiſon , en méditant ce qu'on lit,
& ne regarder que fous le nom d'opinion ,
tout ce qui ne s'entend pas. En matiere d'étude
, ce n'eft pas affes de fçavoir , il faut
comprendre. La mémoire eft faillible fans le
jugement. Mais c'eft Ariftote , c'eft Defcartes
qui a parlé mon fentiment n'eft qu'un
Elixir de ce qu'ils ont écrit . Qu'importe , je
vous prie , qu'il y ait eu un Ariftote , un
Defcartes au Monde ? Il m'importe de fçavoir
fi ce qu'on dit être de ces Gens là , eft vrai
ou faux en foi. Ne croira - t'on rien que ce
qui a été écrit par des Gens dont le nom
remplit la bouche ? Leur nom , leur fcience
les qualités de leur efprit ne préocupent
point le mien. Je crois de tout ce qu'ils ont
dit , ce que l'évidence me perfuade de croire.
Ils ne font point ma raifon . Le Monde cft à
preſent avancé en âge. Il devroit , ce femble
, avoir plus d'expérience que jamais.
Combien de chofes où l'on ne voit encore
rien ! Ariftote, Platon , doutoient.Nous doutons
encore. L'efprit de l'homme toujours
borné , doutera toujours . Les opinions des
anciens Sçavans faifoient rire les hommes.
Nous rions auffi de celles des beaux efprits
de nos jours. Donnez- moi une Matiere Phi-
E iij
lofo-
,
1370 MERCURE DE FRANCE
lofophique , fur laquelle on ait dit quelque
chofe de sûr. Nous avons tant d'efprit aujourd'hui
, que lorfque les chofes font trop
claires , nous leur donnons un tour myſtéricux
, qui les rend moins aifées à concevoir.
Certains Commentateurs ont voulu
trouver de la difficulté dans des Paſſages de
Poëtes & de Philofophes , qui n'avoient pas
prétendu y en mettre. Bienheureufe l'Antiqui
té qui a des defcendans fi complaifans , qu'ils
veulent toujours entrevoir de l'Efprit dans
des Gens , qui peut-être dans leur tems n'avoient
rien d'extraordinaire ! Combien de
guerres d'Erudition fur des bagatelles ? Que
de Livres pleins d'Examens ridicules ? Mais
c'eft qu'en comblant de gloire un Auteur
commenté , on efpere que cette gloire rejaillira
fur celui qui commente . L'Auteur ne
mérite pas ces louanges , mais le Commentateur
en profite .
S'il m'étoit permis ici de moralifer , je dirois
que ce n'eft qu'en matiere de Foi , que
l'on ne doit pas aprofondir la Verit . Il n'y
a rien de nouveau à fçavoir fur ce fujet. Calvin
& Luther y en ont pourtant trouvé , &
ils ont erré. En toute autre matiere , pour
fçavoir la Verité , je ne fuis point obligé de
croire ce que les Anciens en ont dit : mais
par rapo t à la Foi , la Verité fe trouve dans
P'Antiquité. Les chofes qui lui apartiennent
s'aprennent
•
JUIN. 1742 1371
s'aprennent par la Tradition . La Raifon ne
peut les découvrir . Les Verités Chrétiennes
veulent de la foi & de la foumiffion. Il eft
vrai que la Raifon eft humiliée de fe voir
ainfi captivée , mais cette humiliation corrige
fes erreurs. Les Heros du Chriftianifme
étoient grands par leur pieté , grands par
leur courage , & par leur force contre les
Tyrans , grands par leur renoncement aux
pompes mondaines. Leur véritable grandeur
cependant confiftoit dans cette foumiffion.
Raifonnemens du Philofophe , Eloquence de
l'Orateur profane , Sageffe politique , Prudence
humaine , vous êtes d'un grand poids
pour régler l'Homme Civil : vous êtes inutiles
pour l'Homme Chrétien . Ces riches Génies
de l'Antiquité , nos Maîtres dans les
plus beaux Arts , ont pris l'effor pour chercher
la Verité en fait de Religion . Ils fe font
évanouis dans leurs penfées , & tout ce
qu'ils ont conclu , n'eft qu'impieté , & que
fuperftition. L'Evangile a été publié. L'Hérétique
, conduit par fa curiofité , a voulu
creuler des abîmes impénétrables , & ſe faire
l'Interprete , le Juge des Oracles Divins. Il a
caufé le fchifme , le fcandale , la partialité ,
le libertinage de créance. Le feul Chrétien
fidele trouve dans fa foi humble , un remede
aux égaremens de l'efprit de l'homme , naturellement
orgueilleux , & un repos inal-
Eij térable
1372 MERCURE DE FRANCE
térable, qui le délivre de toute agitation d'ef
prit & de toute incertitude .
mais
peu
Les femmes n'ont de l'intelligence que
pour ce qui frape les Sens. Elles ne peuvent
pas pénétrer les Verités abftraites. Elles
donnent la mode , les ufages , les belles manieres
. On peut même dire qu'elles reglent
la Langue , & qu'elles en entendent quelquefois
mieux la délicateffe que les hommes.
Elles ont plus de goût pour le fuperficiel ,
d'étenduë d'efprit pour percer 1:
fond de certaines Queftions embarraffées.
Leur imagination effleure les objets , & elles
comprennent plûtôt la maniere que la réalité
des choſes. On pourroit peut-être trouver la
raifon de cette difference. La molleffe du corps.
peut beaucoup contribuer à amollir l'efprit.
Or les femmes cherchent beaucoup plus que
les hommes ce qui flate les Sens , ce qui peut
plaire & donner de l'agrément. L'efprit occupé
de ces minuties eft pareffeux , lorsqu'on
veut l'en faire fortir. Elles font un ufage continuel
de leurs Sens , & elles ont ainfi une
parfaite intelligence des chofes fenfibles . I
eft vrai qu'on a trouvé quelquefois des femmes
d'un efprit fubtil & perçant , & par un
contraire bizarre , des hommes d'un efprit
tardif & leger. Mais ordinairement cela eft
venu de l'éducation , de la conduite , des divertiſſemens
qu'ils ont pris. Ce que je dis là ;
au
JUIN. 1742. 1373
au refte , s'entend quant à l'ordinaire . J'adopte
ce Proverbe : Il n'y a point de Regles
fans exception.
Le Roman eft le plus fubtil corrupteur
de la Verité. Hiftoire Romanefque , rien de
plus commun. On croioit que le bon Sens
l'avoit banni du Monde depuis quelques
années . Mais ce Phenix , dit un bel efprit
de ce fiécle , renaît de fa cendre , & la
mort lui a rendu de nouvelles forces , ou
plutôt il n'a fait que s'endormir , il fe réveille
avec fes graces ordinaires. Le Roman
eft l'ennemi de la Verité dans l'Hiftoire . E.le
veut être fimple , & des Efprits legers ont
voulu lui donner du Merveilleux , qui a diminué
l'éclat de fa beauté , bien - loin de
l'augmenter. N'a - t'il pas infecté l'Hiftoire des
Siécles les plus illuftres ? Les Rolands & les
Renauds ont obfcurci les faits des Charlemagnes.
Le Roman a fait recevoir la loi de Cupidon
aux Legislateurs même de l'Europe &
de l'Univers. L'Hiftoire n'eft plus aujourd'hui
dans bien des points le témoin des Tems ,mais
le témoin des Menfonges . Elle n'eft plus la Lumiere
de la Verité , mais le flambeau de la
calomnie . Ciceron l'apelloit la Meffagere de
l'Antiquité ; elle eft aujourd'hui la Mellagere
de la Fauffeté . Elle n'eft plus la Fille des
grandes Actions , mais l'Elève de la Fable .
Combien le Roman a-t'il inventé de Païs ,
E v
de
1374 MERCURE DE FRANCE
de Fleuves , de Nations ? Il les fait exifter vé
ritablement. Tout paroît vrai . On les cherche
, & on n'en trouve point. Ce qui paroiffoit
réalité , devient chimére , ou en aproche.
Que ne s'en eft il toujours tenu
aux Fleuves du Tendre , aux Fontaines d'Ou
bli , aux Païs des Soucis , aux Peuples de
Jaloufie ! C' ft une Géographie d'amour, qui
ne fent point l'Hiftoire , & qui n'en impo
fe qu'à ceux qui le veulent bien .
L'Homme , & furtout le François , fe
plaît dans les chiméres agréables , enfans
de l'efprit humain , quand il laiffe prendre
le deffus à l'ima nation. L'imagination de
l'Homme quite aifment le vrai pour fe
livrer au merveilleux outré. Nous aimons
ces flateufes illufions , qui fous des noms
imaginaires viennent feduire le coeur par l'ef
prit , qui pr conifent les foibleffes de l'homme
, en le repréfentant au deffus de lui même
& qui furtout allument ou entretiennent
des paffions, quelquefois trop
"
*******›
réelles .
******
LE PHILOSOPHE CHRETIEN,
Q
Par M de la Soriniere , en Anjou.
U'heureux eft le Mortel, qui par fa deſtinée
Dans fon petit manoir prudemment ifolé ,
Evite
P
JUIN. 1742. 1375
Evite des fâcheux la pourfuite obstinée ,
Et voit tout l'Univers fous fes pieds immolé !
Amoureux de fon Stoicifme ,
Il n'eft inquiet , ni troublé ,
Et du fond du Chriftianifme
Aprenant à s'humilier ,
Contre les traits du Pyrronifme
Il fe compofe un Bouclier.
*******************
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rouen,
par M. D. S. J. au fujet de la derniere
Aurore Boréale.
Ly a dans les Airs des exhalaifons lumi-
Ihe
neufes , apellées lumieres Boréales , qui
n'ont pas de cours reglé , qui paroiffent de
tems en tems , & qu'on n'aperçoit que la
nuit dans certaines faifons de l'année . Il en
a parû fur Paris , le 8. Octobre 1641. depuis
neuf heures du foir jufqu'au jour dans
la Zone temperée , entre le Cercle Polaire
& le Tropique du Cancer : il n'y avoit rien
au Nord ni au Sud. Tantôt, elle étoit partagée
, comme des nuages lumineux , en differentes
parties de l'horifon , à une même
hauteur. J'en ai compté jufqu'à cinq ; tantôt
ces nuages fe diffipoient en rayons de lu
miere , lancés vers le Midi , par vibrations
E vj
réite1376
MERCURE DE FRANCE
réiterées , comme fi chaque nuage eût éte
un parc d'artifice , qui ne tiroit point du
côté du Nord , mais feulement du côté du
Midi.
Ces nuages s'étant diffipés , on vit partir
de longs rayons de lumiere du Couchant
d'Hyver au Levant d'Eté , & de pareils rayons
du même Levant au même Couchant ,
comme des gerbes de fufées , qui partoient
& s'élevoient des deux extremités de l'horifon
, en forme de demi -quarts de Cercle.
de chaque côté car ils ne s'éloignoient
point ; il ne faifoit pas le moindre vent , &
s'il en eût fait , l'agitation de l'air les auroit
emportés du même côté , au lieu que leurs
directions étoient abfolument opofées l'une
à l'autre .
Les vibrations étoient femblables à celles
des éclairs qui partent de la nuée , avec
cette difference que chaque éclair ne tire
qu'un coup & s'éteint auffi tôt , & qu'au contraire
chaque rayon tiroit plufieurs coups , &
fe fubdivifoit à chacun en divers jets de lumiere
, ainfi qu'une branche d'arbre fe fubdivife
en plufieurs rameaux .
On peut juger de la région que ces fortes
de lumiéres occupent , par deux circonftances
, l'une , parce que les nuées qui font audeffous
, les dérobent fouvent à nos yeux ,
l'autre, parce que , quand il n'y a point de
nuées ,
JUIN. 1742. 1377
nuées , on voit les étoiles au travers de ces
exhalaiſons . C'eſt une matiere lumineuse qui
n'à pas de corps formé , & qui paroît de
tems en tems , femblable , peut - être
›
à
cette lumiere que Dieu fit au premier jour
de la Création , quand il fépara la lumiére
des tenebres. Avant que de faire le Soleil ,
les Planettes & les Etoiles , qui ne furent
faites que le quatrième jour , la matiere lumineufe
n'étoit pas univerfelle , puifqu'il eft
dit dans la Genéfe , qu'il y avoit auffi des
tenébres . Peut - être la matiere n'étoit - elle
éclairée que d'un côté , & ombrée de l'autre.
Une femblable lumiére aparût aux Ifraëlites
à la fortie d'Egypte fous la conduite de
Moyfe , dans le même tems que les tenébres
couvroient le Camp des Egyptiens , lors du
paffage de la Mer Rouge : fouvent Dieu fe
fert des moyens les plus communs , pour
operer les plus grandes choſes.
Toute lumiere n'eft pas la même : il y a
des Phoſphores naturels , comme il y en a
d'artificiels. Le brouillard qui s'éleve fur les
rivieres eft lumineux , d'une lumiére blanchâtre
, pendant la nuit la plus obfcure .
C'eft fans doute à l'eau qui coule par deffous
, qu'on doit attribuer en partie cet
effet. Du fein de la Mer il fort des étincelles
de lumiére : tout Poiffon de Mer éclaire
pendant la nuit , même dans les tems les
plus obfcurs. J'ai
1378 MERCURE DE FRANCE
J'ai obfervé aux lumiéres Boréales qu'aucun
des rayons ne tend en bas , au lieu que
les éclairs qui fendent la nuée , font effort
en tout fens , tant en bas qu'en haut. Si le
nuage lumineux eft éloigné de l'Horifon
les rayons de lumiere s'élevent d'un demi
quart, ou d'un quart de Cercle; plus le nuage
lumineux cft élevé vers le Zenith , plus les
rayons aprochent de la Ligne Orientale , ce
qui fait juger que la matiére de ces exhalai-
'fons eft plus legere que celle de la Région
qui eft au - deffous , & moins legere que
celle de la Région qui eſt au - deſſus.
que
Pour connoître la Région qu'occupent
les lumiéres Boréales , il faut concevoir
l'efpace immenfe qui fépare la Terre d'avec
les Planettes & les Etoiles , eft ſemblable à
la maffe des eaux , qui couvre une partie de
la Terre. La régle de tous les liquides cft
l'équilibre ; le plus pefant va au fond , le plus
leger gagne le haut ; celui qui eft refpectivement
moins pefant & noins leger , tient
le milieu. C'est l'équilibre , qui fait que
chaque partie des Flu.des s'arrange d'ellemême
à la place qui lui convient .
Le Monde eft diftingué par Régions. On
apelle Region , l'efpace qui contient , qui
produit certaines chofes qu'on ne trouve
point illeurs. L'Eau contient & produit les
Poillons , qui ne vivroient pas fur Terie ,
ce
JUIN. 1742. 1379
ce qui fait que l'Eau eft apellée la Région
des Poiffons. Par la même raiſon , la Terre
eft apellée la Région des Hommes , des
Bêtes , des Plantes , qui fervent à la nourriture
de fes habitans. Les Oiseaux habitent
dans les Airs ; c'eft leur Région , mais ils
n'en occupent qu'une partie , je veux dire
la baffe , qui eft au- deffous de la moyenne
Région.
On diftingue trois Régions dans l'Airs
la baffe , la moyenne & la haute . La baffe ,
eft celle qui environne la Terre , dans laquelle
vôlent les Oifeaux ; la moyenne eft
-celle des Météores , des Nuées , des Orages
, des Tempêtes .
Avant les lumiéres Boréales ' , qui depuis
vingt ans font fréquentes en Europe , on ne
connoiffoit au deffus de la moyenne , que
la haute Region , où font les Planettes & les
Etoiles ; mais les lumiéres Boréales nous
aprennent à connoître une troifiéme Région
, entre la moyenne & la haute , puifque
, par l'experience qu'on a depuis vingt
ans , les lumieres Boréales ne pénetrent pas
dans la moyenne Région , étart fouvent cachées
par les nuées qui font au-deffous , &
ne s'élevent pas juſqu'à la haute Région des
Planettes & des Etoiles qui font au- deſſus ,
puifqu'on les voit au travers.
La haute Région peut être fubdivifée en
diférentes
380 MERCURE DE FRANCE
diférentes parties ; il ne faut pas defefperer
qu'on ne découvre une quatrième Région
pour les Phénomenes fublunaires. On peut
compter autant de Régions qu'il y a de Planettes
, car les diférens Cercles que décrivent
les Planettes autour du Soleil , font
autant de Régions ; chaque Manette à la
fienne , & n'entre pas dans la Région d'une
autre.
Enfin , ce qui n'cft pas indiferent pour la
Phyfique , c'eft que les lumieres Boréales ,
qui font dans un fi grand mouvement , ne
caufent dans la baffe Région de l'Air , ni
vent , ni tempête , ni bruit , ni odeur , ni
froid , ni chaud. On voit les lumiéres Boréales
, on ne les entend pas , on ne les fent
pas , au lieu qu'on entend le vent , qu'on
le fent & qu'on ne le voit pas.
ののふのおみ
BOUQUET
A Mlle ***.
LEs frimats regnoient dans nos Plaines
Et le foufle des Aquilons
Empêchoit de Zéphir les fertiles haleines ;
Nos Prés au lien de fleurs étaloient des glaçons ,
Mais voyant venir votre Fête ,
Et
JUIN. 1381 1742.
Et voulant de Bouquets couronner votre tête ,
Je fis à Flore tant de voeux ,
Que favorable à ma priere ,
Elle commença la carriere ,
Et fit naître pour vous des Bouquets à mes yeux.
L'Aquilon fuit , & Zéphir prend la place ;
Tout m'obéit ; c'est en votre faveur
Que l'Hyver quitte ſa froideur ;
Ne pourriez-vous quitter la vôtre ,
Ou votre amour feroit - il pour un autre ?
L'Hyver n'a que fon tems ; les Zephirs ont le leur,
Mais quand viendra celui de toucher votre coeur ?
P. M. L. G D. L.
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe du
Mercure de Mai , font le Mai & Languedoc.
On trouve dans le Logogryphe , Langue, An.
gle , Ange , Glace , Dogue , Gand , Dole , Dol ;
Agde , Agen , Caën , Eu , Laon , Ane , Galon,
Gaule, Lance, Ode , Code , Cou , Dague ;
Cloud , & Loge.
J
ENIGM E.
E renferme en mon fein ce que la Perfe adore
Un Dieu cruel qui tout dévore ,
FA
1382 MERCURE DE FRANCE
Et qui me rongeroit le fein ,
Si mon ventre n'étoit ou de fer ou d'airain.
Toujours on me tient à la gêne ;
Mon col eft chargé d'une chaîne ,
Et quand je me veux échaper ,
Vers la terre auffi - tôt je me fens entraîner
Car fi-tôt qu'au Ciel je m'élance ,
Je retombe à l'inſtant malgré ma réſiſtance .
LOGO GRTPH E.
Our te prouver , Lecteur , juſqu'où va ma teng
drefle ,
Je fufpens aujourd'hui mes déplorables loix ;
Je quitte ces climats , où féduit par ma voix ,
Le Peuple aveuglement m'adrefle
Un encens que l'erreur brule fur mes Autels.
Neuf pieds me font jouir des honneurs immortels ;
Quo que mon nom déteſté dans la France
M'interdiſe à jamais ces Lieux ,
D'un Logogryphe, ami, j'emprun e la fubftance ,
Pour me dérober à tes yeux .
Voici ma découpure ; un ton de la Muſique ;
Souverain peu connu dans une République ;
En fait de Poëfie , Ouvrage très - vanté ;
Tout l'opofé de la trifteffe ;
Métal , Symbole d'allegreffe ;
Element dout chacun reffent l'utilité ;
Canton
JUIN. 17427
1382
Canton fameux dans la Bretagne ;
Oifeau qu'on éleve en Campagne ;
Ce qui fait fleurir un Etat ;
Infecte , Inftrument en uſage ;
Séjour où le fommeil triomphe avec éclat ;
Excrément que produit un excellent breuvage.
Analyfe , aisément tu pourras me trouver ;
Je me retire , adieu , c'eſt à toi d'y rêver.
L'Abbé Gandet.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
H
ISTOIRE ROMAINE , depuis la Fonda
tion de Rome jufqu'à la Bataille d'Actium
, c'est- à - dire jufqu'à la fin de la République
, par M. Rollin , ancien Recteur de
l'Univerfité de Paris , Prof fleur d'Eloquence
au College Royal , & Affocié à l'Académie
Rovale des Infcriptions & Belles - Lettres.
Tome VI. in 12. de 632. pages , avec une
Carte Géographique de la Gréce , propre
ment dite , par M. Danville , Géographe du
Roy. Paris , chés la veuve Etienne , Libraire
, rue S. Jacques , vis - à - vis la ruë du
Plâtre , à la Vertu , 1741 .
PRINCIPES fur le Mouvement & l'Equili
Libre
Y384 MERCURE DE FRANCE
bre , pour fervir d'introduction aux Méchaniques
& à la Phyfique , par M. Trabaud , Volume
in 4° . de 600. pages . A Paris , chés
Jean Defaint , ruë de S. Jean de Beauvais ,
1741.
HISTOIRE GENERALE des Céremonies ,
Moeurs & Coûtumes Religieufes de tous les
Peuples du monde , repréſentées en 243. Fi
gures , deffinées de la main de Bernard Picard
, avec des Explications Hiftoriques &
Critiques , par M.PAbbé Bannier , de l'A- ,
cadémie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , & par M. l'Abbé le Mafcrier. Tome
III. contenant les Ceremonies Religieufes
des Grecs Schifmatiques & des Proteftans.
In folio de 420. pages , A Paris , chés Rollin
, fils , Quai des Augutins , 1742..
NOUVELLE EDITION DES OEUVRES DE
M. DE FONTENELLE , Confidérablement
augmentée , formant 6. volumes , in- 12 . Le
Portrait de l'Auteur eft à la tête , & il y a à
la
page du titre de chaque volume une Vignette
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dans ce même Tome . On n'a rien négligé ,
foit caractéres , foit papier , & correction dans
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fils Libraires au Palais , 1742.
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, où l'on donne la maniere de le diffequer
, & où l'on explique les fonctions de l'oeconomie
animale par les feules loix de la circulation
, conformément aux Inftituts de
Médecine , par M. Deidier , Confeiller Médecin
du Roy , ancien Profeffeur de la Faculté
de Montpellier , Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel , de la Societé Royale de
Londres , & Medecin Réal des Galeres de
France à Marfeille . A Paris , chés d'Houry,
feul Imprimeur- Libraire de M. le Duc d'Or
leans , rue de la vieille Bouclerię , 1742 .
Brochure in- 8°. de 442. pag . fans la Préface
de 18. pag. relative au corps de l'Ouvrage .
LIVRE des Affl gés Pénitens. Par M.
PICARD
386 MERCURE DE FRANCE
PICARD DE S. ADON , Docteur de
Sorbonne , & Doyen de l'Eglife de Sainte
Croix d'Etampes. 1. vol. in - 12 . A Paris
chés la Veuve Brocas , rue S. Jacques , an
Chef. S. Jean. M. DCC. XLI.
Dans cet Ouvrage tout eft touchant &
folide ; l'Auteur y promet encore un Traité
complet fur les Afflictions , auquel il travaille
actuellement , ce qui épuiſera fans
doute , une matiere fi intéreffante pour la
Religion , & fi confolante pour les Pénitens
Affligés.
91
TRAITE' DU CONTREPOINT SIMPLE , ou
du Chant fur le Livre , par M. Madin
Prêtre , Chanoine de l'Eglife Royale de S.
Quentin , & Maître de Mufique de la Chapelle
du Roy.
Cet Ouvrage paroît très utile à tous les
Muficiens de tous les Chapitres du Royaume
, pour fe perfectionner dans le Chant
fur le Livre. On trouve ce Traité à Paris ,
au Mont Parnaffe , chés Ballard le Fils , રે
fainte Cecile, rue faint Jean de Bauvais, chés
Boivin , rue faint Honoré à la Regle d'or ,
& chés le Clerc , ruë du Roule , à la Croix
d'or. Prix 3 liv. 10. f. 1742.
LIVRES ETRANGERS arrivés nou
vellement à Paris , chés Briaſſon , Libraire
ruë
JUIN. 1742 1387
e Saint Jacques à la Science-& à l'Ange
Gardien .
Fr. Borromini opus Archettonicum. Fol . 2 :
vol. fig. Roma. 1720. & 1725 .
Opere di Gio Georg. Triffino . Fol. 2. vol.
Verona. 1729.
Ant. Mar. Wafalvæ Opera omnia , five
de aure humana & differtationes Anatomica
cum Epiftolis Anatomicis J. B. Morgagni &
figuris. 4°. 2. vol. Venet. 1740 .
Bernh. Oricellarius de bello Italico. 4°
Londini. 1724.
Les Pierres antiques , gravées par M.
Stoch. Fol. fig. Amft. 1724.
Ant. Perezii Opera omnia Juridica in Codicem
, digeft. Inftitut. & Jus Publicum . Fol,
3. vol. Venet. 1738 .
Projet de la Meſure de la Terre en Ruffie ,
par M. Delifle. 4° . Petersbourg. 1737.
Recueil de Chanfons , avec les Airs notés.
in- 12. 7. vol. La Haye 1737.
Recueil de Litterature , de Philofophie &
d'Hiftoire. in- 12 . Amft. 1730.
Poëfies & Piéces diverfes de M. de la
Suze , & de M. Peliffon. in- 12 . 5. vol. 1741,
Fr. Ber. Mar. de Rubeis Monumenta Ecclefia
Aquileenfis cum Appendice . Fol . Argent.
1740.
сит по-
Dyon. Petavii doctrina temporum ,
tis Harduini. Fol. 3. vol. Verona 1734.
S. Paulini
388 MERCURE DE FRANCE
་
S. Paulini Opera cum notis differtationi
bus Jo. Fr. Madrifii . Fol. Venet. 1738.
Reflexions morales & fatyriques. 8° . Liege !
1730.
Politiques fur l'état & les devoirs des
Chevaliers de Malthe. in 12. 1739 .
G. Ballonii Opera . Medica. 4. 4. vol.
Venet. 1734
Hyp. A Portu de Cultu Dei & hominum.
4°. Venet. 1738 .
Profp . Alpinus de prafagienda vitas morte
grotantium , cum præfatione Herm . Boerhaave
, ex edit. Ay. Day, Gaubii 4° . Venet.
1735 .
Reflexions morales de l'Empereur Marc-
'Antonin , avec des Remarques , par M.
Dacier. in- 12 . 2. vol . Amft . 1740 .
Les Nouvelles de la République des Letttes
, par Mrs Bayle & Bernard. in 12. 56. vol.
Religion des Mahometans , tirée du Latin
de M. Reland , & augmentée de la Confeffion
de Foi Mahométane . in- 12 . La Haye
1721 .
Apicius de Arte Coquinaria , cum annotationibus
Lifteri & notis variorum. 8°. Amft .
1709 .
Architecture de Palladio , augmentée par
J. Leoni. Fol. 2. vol . La Haye. 1726 .
Argumens & Reflexions fur la Bible , par
Oftervald. 4°. Geneve. 1723,
Alph.
JUIN. 1389 1742.
Alph. Ciaconii vita Romanorum Pontificum :
Fol . 4. vol . Roma. 1677 .
Ciriaci Infcriptiones antiqua. Fol . Roma.
1654 .
M. T. Ciceronis Orationes , cum Notis
Cellarii & Wefterhovii . 8 ° . Amft. 1735 .
Opere di Torquato Taffo. Fol. 6. vol. Fi
renze.
-Del Card. Pietro Bembo. Fol. 4. vol. Venezia.
1729.
Burlefche di Francefco Berni . in 12. 3 .
vol. Utrecht. 1726 ..
Fifice da Antonio Vallifnieri . Fol 3. vol.
fig. Venezia. 1733 .
Ocuvres de Clement Marot, avec les notes
& les Oeuvres de J. Marot . in- 12 . 6. vol.
La Haye. 1731 .
Diverfes de M. Locke. in- 12. 2. vol .
Amft. 1732.
M. Ant. Mureti Orationes , Epiftola &
Prafationes. 8° 2. vol. Venet. 1739.
Christ. Lupi Opera omnia. Fol. 12. vol.
Venet. 1724. à 1729.
Ant. Canali Profpectus magni Canalis Venetiani.
Fol. Plano 1735.
M. Fr. Guicchardini Iftoria d'Italia colle
confiderationi di Gian Batfta Leoni . Fol . 2 .
vol. Venezia. 1738. Editio elegantiſſima.
Jof. Th. Rofeti Sistema Medicum. Fol. Menet.
1734.
I, Vol. F Jo.
1390 MERCURE DE FRANCE
Jo. Mar. Lancilii Opera omnia Medica cum
fig. Fol. Venet. 1739.
Carol. Mufitani Opera omnia Medica . Fol.
2. vol. Venet. 1738 .
Poëfie di Rimatrici viventi. 8 ° . Firenze . 1716.
Bulteau Dictionario Portugefe. Fol . 10. vol.
Lisboa,
fcriptis Elia
Ja. Brouckufii Poemata . 4 ° . Amſt .
- Jac. Bruckerus de vita
Ehingeri . 8°. Aug - Vind. 1724.
Jo. Clerici Ars critica. 8 °. 3. vol . Amſt.
1730.
Ejuf. libri Hagiographi. Fol . 2. vol . Amft.
1731 .
Tut. Fl. Clementis Tumulus illuftratus . 4°.
Vrbini 1717.
Differtations Hiftoriques & Théologi-
8°. Luxemb. 1726.
ques
Differtatione critica Intorno all'incompatibilita
del Digiuno coll. Mangiare delle carni ;
da Piet. Copelloti . 8 ° . Venet . 1738 .
Recueil des Epigrammatiftes François anciens
& modernes , avec des notes , par Bru
zen de la Martiniere, in- 12 . 2. vol . Amft. 1720.
Epigrammes d'Owen , trad . en vers françois
, avec le latin à côté. in- 12 . Bruff. 1719.
The Micellanies by Jah. Swift . in - 12. 6.
vol. London. 1638 .
- Lettre fur l'Entoufiafme , traduit de l'An
glois de Myl. Schaffeftbury. in - 12. 1709 ..
Le
1
JUIN. 1742 1391
Le Spectateur ou le Socrate Moderne ,
par Mrs Swift , Addiffon , & autres . in- 12 .
6. vol. Amft . 1741 .
Introduction à l'étude des Sciences , par
M. de la Martiniere . in - 8 ° . La Haye.
Th. Bartholini Epiftola Medicinales . 8°.5:
vol. Haga. 1740.
Hiftoire de l'Empereur Leopold. in- 12.
La Haye 1740.
par
Procès entre l'Eſpagne & l'Angleterre ;
Rouffet. 8°. La Haye 1740.
Les Oeuvres d'Horace , trad. en françois
, avec les Notes de M. Dacier. in 12 .
10. vol. 1730 .
Hiftoire de la Vie de Frederic Guillaume ,
Roy de Pruffe. in 12. 1741.
-Généalogie des Tartares , traduite du
Tartare de Bayardurkan. in- 12. 2. vol. Leyde
fig. 1726.
Introduction à l'Hiftoire d'Afie , d'Afrique
& d'Amérique , par M Bruzen de
la Martiniere , in- 12 . 2. vol . fig. Amft.
1735.
Le même Libraire a imprimé depuis peu ,
les Oeuvres choifies de M. Rouffeau , in - 12 .
1741 .
L'Hiftoire de la Révolution de Perfe , 23
vol. 1741 .
L'Hiftoire de Tamas Kouli - Kan , Roy de
Perfe , in- 12. fig. 1741 .
Fij HIST
1392 MERCURE DE FRANCE
HISTOIRE de Marie Stuart Reine d'Ecoffe
& de France , avec des Piéces Juſtifi :
catives , & des Remarques . 2. vol in - 12 . A
Londres , M. DCC. XLII . Et fe trouve à
Paris , chés Thibouſt , Imprimeur Ordinaire
du Roy , Place de Cambray. Prix 4. liv.
broché.
BIBLIOTHECA S..... five Catalogus
Librorum Bibliothecæ Illuftriff. Viri D. P.
D.S. Digeftus & defcriptus à B. DUPLAIN
Juniore, Bibliopola Lugduni. 1. vol . 8 °. Lugduni.
Apud Fratres Duplain . M. DCC. XLI .
Cette Bibliothéque doit être venduë en
détail à l'amiable,
LA VIE DU PAPE BENOIST XIII. dédiée
au Souverain Pontife Régnant , & compofée
par Alexandre Borgia , Archevêque
& Prince de Fermo , à Rome , 1741. n -4°.
L'Ouvrage eft en Latin.
Il paroît dans la même Ville , le Virgile
imprimé d'après le célébre & ancien Manuf
crit de la Bibliothèque du Vatican ; en voici
le Titre : Antiquiffimi Virgiliani Codicis Fragmenta
Picture , ex Vaticana Bibliotheca
al prifcas imaginum formas à Petro Sancte
Bartholi incife . Roma , ex Chalcographia
R. C. A. Apud pedem Marmoreum A. S.
1741 .
Cet
JUIN. 17422 1393
Cet Ouvrage dédié au Pape , eft un grand
volume in-fol. de 255. pag. & contient des
Fragmens de Virgile , des Remarques , des
Corrections & des Variantes , avec 55. planches
gravées en cuivre , repréfentant toutes
les miniatures dont le manufcrit eft enrichi.
Après l'Epître Dédicatoire , il y a une Préface
compofée par M. Jean Bottari , Garde
de la Bibliothéque du Vatican.
OPUSCULA OMNIA Actis Erudito
rum Lipfienfibus inferta que ad univerfam
Mathefim , Phyficam , Medecinam , Chirurgiam
& Philologiam pertinent ; пес поп
Epitome , fi qua materia , vel criticis animalverfionibus
celebriores . Tomus fecundus ab anno
1688. ad annum 1693. & Supplementa ad
primum decennium , 1741. in 4º . A Veniſe ,
chés J. B. Pafquali , Imprimeur-Libraire.
Ce fecond Volume eft auffi bien imprimé
que le premier , & les Figures en font aufli
belles.
11 paroît chés le même Libraire un Ouvrage
intitulé les vingt Livres de l'Hiftoire
d'Italie , de M. François Guichardin , Gentilhomme
Florentin , 1738 .
LES MEMOIRES de la Marquife de
Tolgaro & du Comte de Cédra , imprimés
à Vtrech, 1742. en deux parties ; la pre-
Fij miere
1394 MERCURE DE FRANCE
miere de 250. pages , & la feconde de 275 .
Brochure in- 12 .
LES OEUVRES de M. Mariotte , 2. vol.
in-4° . 1741. A la Haye , & fe trouvent à
Paris , chés Montalant , Libraire , Quai des
Auguftins , à la Ville de Montpellier.
BOERHAAVE Praxis Medica , en ſept
Volumes in - 12 . à Londres , fe trouve à Paris
, chés le même Libraire .
DE LA HAYE. Pierre Paupie , Libraire
, a imprimé & débite la Traduction de
l'Ouvrage de M. Jean Albert Fabricius , intitulé
: La Théologie de l'Eau , ou Effai fur
la Fonté , la Sageffe , & la Puissance de
Dieu , manifeftées dans la création de l'Eau ,
traduit de l'Allemand , avec de nouvelles remarques
communiquées au Traducteur , 1741 .
in - 8 °.
:
,
DE VERONE . Il paroît une nouvelle
Edition du Paftoral de S. Gregoire , intitulée
Sancti Gregorii I. Regula Paftoralis Liber
ad Joannem Epifcopum Civitatis Ravenna
, juxta celebrem editionem Parifienfem
Monachorum Sancti Benedicti , &c. Apud
Dionyfium Romanfini , in- 12
AVIS AU PUBLIC.
Monfieur Fremy , dont les Nouvelles Litteraires
ont fouvent fait mention , ayant ad
mire
JUI N. 1742: 1395
miré les effets du BUREAU TYPOGRAPHIQUE ,
l'a adopté parmi les differens moyens dont
il fe fert dans fon fyfteme harmonique , pour
adoucir l'amertume des premieres études de
la Jeuneffe , de maniere qu'il admet preſentement
ces fix parties fondamentales , la répétition
harmonique , la dactilolalie , la lecture
emblématique , l'ufage des hiéroglifes ,""
le double expédient pour la profodie , & le
jeu typographique . Ce font autant d'opérations
, qui bien loin d'augmenter les peines
des Maîtres & des Difciples , les abrégent
infiniment avec une agréable variété , & cette
variété prévient les dégouts que caufe ordinairement
un exercice trop continué , ou
du moins , tempere les trop vives impreffions
qu'il peut faire fur le cerveau des enfans.
Nous fommes priés de propofer la Quef
tion qui fuit.
QUESTIO N.
Sçavoir , s'il eft plus avantageux à un
Homme d'être utile qu'agréable , en fupofant
que l'une de ces qualités donne l'exclufion
à l'autre ?
F SEANCE
1396 MERCURE DE FRANCE
SEANCE PUBLIQUE de l'Aca
démie de la Rochelle . Extrait d'une Lettre
écrite à M. D. L. R.
E vais , M. vous rendre compte de la Séance
notre
dernier , M. l'Abbé Briam , qui rempliffoit la place
de Directeur , en fit l'ouverture par un Difcours fur
les fecours mutuels que fe prêtent le Commerce & les
Arts. Je ne veux point vous entretenir de l'oeconomie
& de la diftribution de ce Difcours ; cette par
tie tient trop de l'Ecole; j'aime mieux parcourir avec
vous quelques - unes de ces Defcriptions fleuries où
l'imagination de M. Briam fe plaît quelquefois à
s'égayer. L'Hiftoire feule paroît affujettie à un ordre
rigoureux ; les Difcours Académiques font affranchis
de cetre contrainte . Un génie vif & fécond
fe renferme difficilement dans l'aufterité des regles
& il mérite , fans doute, toujours des Eloges , pourvû
qu'il ne bleffe pas ; ce problême n'eft point difficile
à réfoudre .
M. Briam , établit d'abord les principes de la
correfpondance mutuelle entre les Arts & le Commerce;
le Commerce aide aux progrès des Arts , les
Arts étendent & perfectionnent le Commerce ; ceuxci
languiffent s'ils ne font étayés par une forte d'aifance
, celui - ci fait à peine quelques progrès dans
des fiécles entiers , fi les Arts ne lui prêtent une force
capable de faire jouer tous les differens refforts.
La plus maligne Critique ne fçauroit attaquer
l'antiquité des preuves qu'employe M. Briam . Voici
fes termes. Vous le fçavez , Mrs , la Terre ,
» comme une Forêt immenfe , fembloit être le re-
≫ paire commun & des bêtes féroces & de ces hom-
> mes
JUI N. 1742. 1397
33
mes fauvages qui erroient avec elles ..... L'E-
" gypte prefque feule commença d'offrir le riant
fpectacle d'une terre heureufement cultivée ; peu
» à peu l'on y reconnût la main induftrieufe de
l'homme , né pour la faire valoir ; de tous côtés
» des Jardins délicieux tapiffoient la Campagne , du
» haut des Rivages éleves en terraffes , l'Alt fembloit
imiter la Nature & fe modeler fur elle pour
varier plus utilement fa magnificence . . . . Mais
l'Art ne parut en Egypte dans cette perfection ,
» qu'après avoir reffenti les heureufes influences
» du Commerce ; les fuccès en furent frapans ; déja
des Ports nombreux s'élevent de tous côtés
» fur les bords de la Mer rouge . . . . La Méditer-
» ranée gémit ſous le poids des Vaiffeaux qui la
» couvrent .... Enfin l'Egypte devint le rendezvous
de tous les Peuples & à meture que le
» Commerce s'y fixe , les Arts y font leur domicile .
Les Tyriens fuccedent ici aux Egyptiens . C'est
toûjours M. Briam qui va parler .
Tyr reilerrée par les hautes Montages du Liban
, tourne toutes fes vûes du côté de la Mer ;
» quelle attention à fe pratiquer des Ports excel-
>>
lens Les moindres courbures font tournées avec
» une induſtrie & un travail admirable pour la facilité
& la fûreté du Commerce , dans une Ine
" vo fine d'une côte aride , dans une espece d'écueil
, elle fçait fe dreffer un Trône , de - là elle
regne fur les Mers , eile invite les Nations , &
étend à fon gré fon Sceptre fur elles .... Quel
" amas de biens ignorés ou perdus jufqu'alors , furent
mis en valeur par les Tyriens ! Ils porterent
❞ l'émulation dans tous les climats où ils trafiquerent
; les rivages de l'Inde furent dépouillés des
Perles qui les couvroient , on les arracha de la
Nacre pour en relever la majefté du Diadême
ဘ
"3
?
F V » pour
1398 MERCURE DE FRANCE
ל כ
39
pour en parer la beauté même . Le noir Ethiopien
» connut le prix de fon Yvoire ; on le vit le dard à
» la main s'élancer fur l'Elephant pour le lui ravir...
» Les Infectes , les Reptiles , les Coquillages , tout
» devint précieux , tout devint fufceptible de l'Art ;
» de tous côtés on vit s'étendre fous la navette la
Soye d'un Ver , moins curieux & moins diverfifié
» dans fes métamorphofes naturelles , que par les divers
& riches tiffus que l'Art fçût former de fes
dépouilles ; le fang d'un autre Infecte encore plus
" vil en aparence , teignit en couleur plus vive que
le feu , cette Laine précieufe , qui feule auroit
" mis Tyr en réputation . Le fecret d'une teinture fi
rare , après avoir été perdu pendant plufieurs fiecles
, eit prefque retrouvé par les foins & les re-
» cherches d'un illuftre Confrere. M. de Reaumur.
» Cependant cette Ville fi fameufe tombe fous
les coups
du vainqueur de la Grece ; Alexandrie
eft fondée , & bien - tôt elle réunit avec l'induftrie
des Tyriens , la politeffe & le goût des Grccs....
Un Effin de Sçavans illuftre fes Ecoles par les ob-
» fervations & les découvertes les plus importantes
, par les Systêmes les plus curieux , les mieux
so raifonnés . Un Erafthot ene ofe calculer les diftan-
» ces du G obe ; un Hyparque mefure celles du
» Ciel , il d'figne & donne des noms à des mil-
"
,
liers d'Aftres , pre qu'inconnus avant lui ; le
» célebre Ptolomée renchérit fur eux & après
avoir procuré au Mon de l'invention précieufe des
» Inftrumens de Mathématiques , il établit les liaifons
qui fe trouvent entre la Terre , qui avoit fait
P'objet des méditations d'Erafthotene , & le Ciel ,
dont Hyparq e avoit effayé de regler la diſtance ,
» & c. . . . .
» Tel fut dans Alexa ndrie le fuccès des Arts &
➡ des Sciences, encoura gés par ceux du Commerce:
» fon
JUIN. 1399 1742.
fon Port & fa Bibliothéque s'offrent à la fois à
» l'efprit , Monumens dignes de l'admiration & de
» l'envie de tous les fiécles.
» Le Port paroiffoit le tréfor de tout ce que les
»Pays Etrangers produifoient de plus rare & de
» plus riche ; la Bibliothéque étoit un Recueil
» fomptueux de tout ce que le génie conçût jamais
» de plus grand & de plus lumineux ; ici le concours
» des Peuples de l'Orient & de l'Occident , forme
un fpectacle fuperbe , éblouiffant par la varieté ;
» la Bibliothéque de près d'un million de volumes ,
» écrits en toutes les Langues , frape également les
yeux & l'efprit ; l'imagination demeure errante
» & indéciſe entre tant d'objets , tous dignes de
» fon attention & de fa curiofité
Je ne raporterai qu'un trait de ce qui regarde les
Grecs, quoique M. Briam fe foit aflés étendu fur ce
fujet . Après vous avoir parlé , dit-il , de l'état floriffant
où le Commerce mit les Arts dans Alexan-
» drie , pourrois - je me difpenfer de donner à mes
» preuves une nouvelle force , en vous faifant entre ,
גכ
voir dans Athenes la même liaiſon du Commerce
» avec les Arts ? Ils ue fleurirent dans cette Capitale
de la Grece , que lorfque fon Commerce fe fur
» étendu fur tout l'Archipel , qu'il fe fût répandu
» bien avant dans l'Afie , fait connoîte à l'Egypte , &
» juſques dans les Gaules , où elle établit des Colo-
» nies puiffantes, qui fubfiftent encore de nos jours .
» Devenue dépofitaire de toutes les richeſles de l'Europe
& de l'Afie , par une conféquence naturelle ,
» elle devint auffi le Siége desArts &l'Ecole desSciences.
Ses Citoyens fe rendirent à la fois par leur
» fortune , les maîtres des Villes , par leur éloquen-
» ce la terreur des Rois , par leur politeffe les ar-
» bitres du goût .
Les bornes d'une lettre ne me permettent point , M.
F vj de
1400 MERCURE DE FRANCE
་
de vous raporter les autres preuves de l'Auteur ;
tirées du Commerce moderne & des Etabliſſemens
du Corps Litteraire ; tous ces Faits font ignorés de
peu de perfonnes , & vous ne perdez que dans la
maniere dont M. Briam la raconte , toujours vive ,
ingénieufe & fleurie . Il termina ainfi fon Difcours .
De cet accord mutuel des Arts & du Commer-
ဘ ce , nous voyons fe produire dans la Capitale &
dans quelques Provinces du Royaume , une opu-
» lence qui excite la jaloufie des Etrangers , une
politeffe qu'ils effayeront toujours d'imiter . C'eft
aux foins affidus que les Richelieux , les Colberts,
» les Maurepas ont fucceffivement donnés au
» Commerce , que nous devons des avantages fi
» marqués. La France eft devenue fous leur Minif
» tere le centre des Arts , & a partagé avantageuſe-
» ment les fruits d'un Commerce dont il fembloit
que deux Peuples voifins fe fuffent rendus les
» maîtres & les arbitres , & c. ....
M. l'Abbé Bonvallet lût enfuite un Difcours envoyé
par M. le Chevalier de Solignac , Affocié de
l'Académie , & Sécretaire du Cabinet & des Commandemens
du Roy de Pologne , Duc de Loraine.
Ce Difcours a pour objet le Refpect qui eft dû aux
Jugemens du Public . Il commence en ces termes.
לכ
Il femble que chaque homme en particulier ne
refpecte pas affés le commun des hommes .Eft - il
» rien , dit-on , de plus frivole que les cenfures du
Public Rien de plus bizarre que fes idées ? Rien
» de plus incertain , de plus faux même que fes Jugemens
? Le Public eft un Corps animé d'une infinité
de paffions differentes , qui s'entre - choquent
» & s'entre-détruifent . . . . Une troupe d'hommes
» aveugles , qui , errant au gré de la prévention &
de la malignué , jugent fans examiner , décident
au hazard , aprouvent fans regle , condamnent
» fans raiſon , &c . . . . M.
JUIN. 1742. 1401
M. de Solignac obferve enfuite avec beaucoup
de vérité , que ceux qui affectent le plus de décrier
le Public , ne font pas ceux qui recherchent avec le
moins d'empreffement fon eftime , qui ambitionnent
le moins fes fuffrages Preuve évidente , conclut-
il , qu'ils ne penfent pas fi mal du Public qu'ils
le voudroient faire croire que malgré le mépris
qu'ils témoignent pour les jugemens , ils ne peuvent
s'empêcher de fentir qu'ils font une des regles
des plus fûres & des plus infaillibles que nous puiffions
fuivre , foit dans la pratique des vertus qui
forment le coeur , foit dans l'étude des Sciences qui
embelliffent l'esprit.
"
Qu'eft ce, en effet . que le Public, continue l'Au-
» teur, confideré dans fon vrai point de vûë , & dégagé
des défauts & des imperfections qu'on ole lui
» attribuër ? ... C'eft l'organe le plus fûr que nous
» ayons de la vérité & de la juftice . C'eft dans lui que
réfide cette jufte eftimation du bien & du mal , qui
> nous fait aprécier les objets , & qui nous porte à les
» fuir , ou à les rechercher , fe on qu'ils font en
» effet dignes de haine ou d'amour .
» La vérité la juftice, ont dicté nos Loix , formé
» nos moeurs , & reglé nos ulages . Et il eft vrai que
» dans chacun de nous en particulier , elles ne font
pas toujours la regle de nos Jugemens & de nos
» actions , du moins eft- il fûr qu'elles font répan-
» dues dans toute la focieté , comme dans une four-
» ce publique , où nous devons puifer nos lumieres
& nos fentimens , & où nous trouvons , pour
» ainfi -dire , comme une confcience génerale , fur
» laquelle doivent fe former ou fe rectifier toutes
» les confciences des particuliers . ...
Qu'on décrie le Public tant qu'on voudra . Qu'intereflés
à méprifer fes Jugemens , & furtout fa cenfure
, des efprits faux , déreglés , libertins , nous la
peignent
1401 MERCURE DE FRANCE
39
93
→
peignent avec les plus noires couleurs . Je dis plus .
Que le Public foit tel , en effet , qu'on le plaît à
le repréfenter .... tel que le Monde dans fon
premier cahos , j'y confens. Une matiere infor-
,, me s'éleve des abîmes de l'Eternité , & demeure
fans mouvement & fans vie , entre le néant qui
l'enfante , & le vuide qui la reçoit . Les tenebres
affreufes qui la pénettent , laiflent à peine aper→
cevoir la lumiere naiffante qui fe forme dans fon
fein. Ce n'est qu'à force de défordre & de com ,
» bats que les Elemens qu'elle renferme le débrouillent
, que les Etres s'arrangent , que l'ordre
des jours fe prépare , & que le mouvement
qui l'anime acheve enfin de l'arracher , en quelque
forte , au néant .
ל כ
50
ود
20
ه د
ל כ
Que pouffant auffi loin qu'on pourra cet odieux
paralelle, on nous dépeigne le Public comme l'afile
du trouble & de la confufion . » Des lueurs de raifon
& d'efprit y éclatent à peine dans les immenfes
horreurs de la paffion & de l'ignorance . La
vertu s'y trouve mêlée avec le vice , le vice y
triomphe fouvent de la vertu . Je le veux ; mais je
ne fçais quel efprit fe meut fur la face de l'abîme
& de ce cahos affreux de défordre & de corrup-
» tion, de ce mêlange confus , de cet énorme affemblage
de vérité & d'erreur , de vice & de vertu ,
» de ce cho. éternel de penfées contraires , de fen-
» timens opofés , de penchans divers , d'interêts diso
vifés , fait s'élever un fentiment géneral & pré-
» dominant , qui reclame les droits de la vérité
& de la vertu , fait taire l'erreur & le vice , & ramene
tout aux juftes & invariables idées de la
»justice & de la raifon ....
"
Ainsi , pou fuit M. de Solignac , que les idées
les plus faines fe perdent ou s'alterent dans des So-
»cietés particulieres , que les Syftêmes de Gouver-
→ nement
JUIN. 1403 1742
nement les plus fages y changent ; que les méilleures
Loix y foient profcrites ..... Il reftera
toujours dans le géneral des hommes un goût
fixe & certain , qui apellera de ces renversemens
> honteux , de ces changemens bizarres , qui peu
» à peu fera difparoître ces fan : ômes impurs , en-
» fans de l'illufion & de l'impofture , & élevera à
» leur place les idées éternelles , primitives , originales
du bon , du vrai , du parfait , &c.
pas là que Mais ce n'eft fe bornent les avantages
que nous trouvons dans les Jugemens du Public ;
ils font encore la regle la plus fûre & la plus infaillible
que nous puiffions fuivre dans l'étude des
Sciences, qui embelliffent l'efprit .
Ici M. le Chevalier de Solignac ne craint point.
de fe faire les plus fortes objections, & vous verrez ,
M. avec quel art il fçait les réfoudre.
» Parmi ceux d'entre nous , dit- il, qui font le plus
d'ufage de leur raifon , en eft- il beaucoup en qui
elle brille de tout l'éclat qui lui eft propre ? Jugez-en
» par cette foule de fentimens qui les rend toujours
opofés les uns aux autres .... Combien de fois
» fur un point de Littérature , préciſement le même,
arrive - il de voir éclore des fentimens préciſément
opofés ? Que ce foit prévention , précipi
» tation , orgueil , entêtement , jaloufie . Que l'ef-
» prit de parti anime la plupart des hommes , que
» la vogue les entraîne , que la faveur les féduite
que la haine ou l'amitié les aveugle .... toujours
» eft-il conftant que , fur un feul & même ſujet ,
on entendra prononcer autant de Jugemens dif
ferens les uns des autres , qu'il fe trouvera de
» Juges en état d'en connoître . ...
Que faire alors ? Quel parti prendre ? A qui s'en
raporter Indécis , & comme flottans dans cette diverfité
d'opinions qui partagent les Maîtres de l'Art,
qui
1404 MERCURE DE FRANCE
qui fixera notre incertitude & nos doutes ? Qui formera
, qui affûrera notre goût ? Qui fçaura même
accorder entre eux , & réunir dans les mêmes idées
ces Sçavans divifés & ennemis ? La voix , & fi on
l'ofe dire , le cri du Public , du Public dis - je , luge
d'autant plus facile à confulter , que nulle confidération
ne l'empêche de prononcer ; Juge d'autant
plus integre , que nul interet ne le touche, Juge
d'autant plus éclairé , que nulle ombre de paffion
n'obfcurcit fes lumieres.
အ
C'est là , c'est dans les décisions du Public ,
que nous puiferons » ce bon goût , ce goût fûr ,
» épuré , exquis , que l'on prife tant dans le Monde
fçavant & poli ; cette idée nette & précile de ce
qui fait le mérite des productions de l'efprit ; cette
jufteffe de railon , qui nous fert à connoître & à
fixer leur prix , & qui nous arrachant prefque
» de force à la paffion , au préjugé , à l'erreur , maîtrife
nos Jugemens & les ramene tôt ou tard à
» l'exacte vérité .
"
? Avantages d'autant plus glorieux pour le Public ,
qu'il en a prefque également joui dans tous les fiécles.
La barbarie qui nous a précedés , n'a pû les lui
ravir, & nos dégoûts , nos préventions, nos paffions,
ne les lui enleveront jamais. Le goût le bon goût ,
ce goût fixe , éternel , immuable , réfidera toujours
dans le Public , & le Public fera éternellement l'arbitre
le plus fûr , le plus éclairé , le plus infaillible
de nos fentimens & de nos idées .
5
Qu'il y ait eu des tems où dans les Sciences &
» dans les Arts on ait parû préferer le brillant au fo-
» lide. Que, peu après le Regne d'Augufte , l'exacte
& nerveufeEloquence ait dégeneré. Qu'aux ornemens
fimples , aux peintures naïves , au bon
fens , qui ne doit tirer fon éclat que de fa force ,
» ayent fuccedé des rafinemens outrés , des expref-
» fions
JUIN. 1742. 140
n
fions guindées , de traits hardis & emportés. Que
l'impudence façonnée de Martial , l'énigmatique
brieveté de Tacite , la délicateffe recherchée de
Pline le jeune , l'afféterie choquante de Seneque
le Tragique , l'er flure audacieufe de Lucain
, ayent prefque fait oublier la noble fimpli-
» cité des Térences , la véhémence noble & majeftueufe
des Cicérons , l'harmonie douce & fcrupuleufe
des Virgiles , la vivacité fenfée des Horaces
.... C'a été là , fi l'on veut , une forte d'éclipfe
pour le bon goût ; mais cette écliple n'a été
ni longue , ni entiere . Le bon goût eut bien - tôt repris
tous les droits ; bien-tôt il regne feul . Car
alors même il regnoit , mais on avoit voulu lui affocier
un goût faux & frivole . On fentoit tout le
prix des Auteurs du fiécle d'Augufte , mais on vouloit
eftimer avec eux ceux du fiécle préfent . On ne
refufoit pas à l'Orateur Romain des aplaudiffe mens
trop juftement mérités , mais on croyoit auffi en
devoir à l'ingénieux Panégyrifte de Trajan .
Enfin le voile tomba , le preftige ceffa ; la vraye
idée du grand , du beau , du fublime , perça à travers
l'illufion & l'erreur . » Ainfi dans les plus noirs
» orages , le jour ne laiffe pas de paroître , malgré
» les épailles nuées qui nous dérobent pour un tems
» la vue du Soleil . ....
» Rapellons , Mrs , ce qui eft arrivé dans l'enq
»fance Litteraire de nos peres . Un Ouvrage origi
»nal & prefque inévitable , paroît à peine , qu'un
Miniftre jaloux autant que puillant , forme le deffein
de le détruire. Vous diriez qu'il s'agit d'une
» nouvelle Faction , qu'il doit anéantir , ou d'un
autre Océan , qu'il faut enchaîner ; efforts inuti-
»les. En vain Richelieu arme - t'il contre le Cid
l'Europe entiere . L'Europe , toute accoûtumée
» qu'elle eft à reſpecter fes ordres , la France elle-
20
» même
1466 MERCURE DE FRANCE:
même , le Public , en un mot , apelle du mépris
qu'il veut infpirer pour cette heureufe production
du génie , & plutôt que de lui refufer fes
fuffrages & fon admiration , il l'admire au- delà
» même peut- être de ce qu'elle méritoit d'être ad-
» mirée , & c.
ם כ
....
Vous allez voir , M. un curieux Mémoire fur les
qualités de l'If. M. de Villars , Docteur en Médecine
, paya ainfi le tribut qu'il devoit à l'Académie
pour la réception en qualité d'Académicien Titulaire.
Les Complimens font bannis de ces fortes de
céremonies ; on les remplace par quelque Difcours
eu Differtation fur un Sujet, que le Récipiendaire a
la liberté de choisir .
La Botanique , dit M. de Villars , ébauchée
» par les Anciens , a été perfectionnée par les Modernes
; ils ont cultivé cette partie de l'Hiftoire
Naturelle avec une ardeur extrême , rien ne l'a
» égalée que leur étonnant fuccès . D'habiles Phy-
>> ficiens , d'une main fçavamment hardie , ont fçû
tirer le voile tendu entre eux & le Sanctuaire de
» la Nature ; ils l'ont forcée à ſe montrer & à s'étaler.
Curieux Obfervateurs , par des découvertes
utiles & importantes ; ils ont rendu nos Campagnes
tributaires de nos plaifirs & de nos befoins ; le
» Regne végétal s'eft offert à leurs laborieufes recherches
, & quels tréfors de connoiffances n'en
» ont-ils pas tiré Mais ces vaftes champs , qu'ils ont
dépouillés , nous offrent encore des fleurs qu'ils
n'ont pas cueillies ; ils ont moiffonné , à la vé-
» rité , mais ils ont toujours permis de glaner après
5 eux , & c.
לכ
Entrant enfuite en matiere , l'Auteur fit plufieurs
remarques fur les Bayes de l'lf , fur l'ombre , les
fruits , les fleurs , le fuc , le fel , & c.
» Cet Arbre porte des Bayes , dont le fameux-
» Linnans
JUIN. 1742. 1407
Linnans a affigné la marque diftinctive ; il eſt
» faux qu'il foit le feul qui en porte , celles du Ge-
» niévre & du Laurier , dépofent contre le témoi
33 gnage de ce Naturaliſte ancien , qui voulant don◄
» ner l'Hiftoire de la Nature , n'en a fait que le
» Roman , &c.
ود L'ombredel'IfétoitfiredoutableauxAnciens,
» qu'ils ont donné au poiſon le nom de cet Arbre ;
» en Italie , en Eſpagne , en Allemagne, on l'évitoit
» avec foin ; en Angleterre on la redoutoit fi peu ,
» qu'on plantoit des Ifs à la porte des Temples ; en
» France nous n'éprouvons point fes prétendues
malignes influences; fi l'expérience les avoit conf
» tatées , verroit- on les Ifs décorer les murs des
Tuilleries ; auroit- on préferé le plaifir à la fanté
» Qu'il me foit permis , M. de vous dire , que par-
" courant autrefois les Pyrenées , je me fuis quel
"
"
ו כ
"
"
quefois affis à l'ombre de ces Arbres ; que dans le
" territoire de Narbonne j'ai fouvent repeté cette expérience
, & que dans ces differens climats je n'ai
éprouvé d'autre effet que celui de n'être plus
"brulé par un ardent Soleil , dont l'épais feuillage
de l'if émouloit tous les traits , &c . Selon Plutarque
, l'ombre de l'If n'eft nuifible qu'au tems
» de la fleurifon ; fi cela eft , il en faut attibuer la
» cauſe à l'abondance de la féve , qui occafionne
une plus grande émanation , & aux par ies fulphureufes
qui s'exhalent des vaſes odorans & des
» étamines de la fleur , & c
ן כ
» Le fuc de la fleur de l'If eft d'un goût amer &
» tranfmet au miel cette amertume ; auffi Virgile ,
» dans fes Bucoliques, faifant les voeux les plus avantageux
pour le Berger Lycidas , fouhaite que fes
Abeilles ne recueillent jamais de miel dans les
» Aleurs de l'If, fans doute que ce Poëte fçavoit que
» ces habiles Ouvrieres ne produifoient qu'un miel
›› amer
è
1468 MERCURE DE FRANCE
imer dans l'Ile de Corfe , où elles picorent les
» fleurs de ces Arbres , qui y croiffent en abon-
» dance , & c.
3
» Le fruit de l'If eft rouge , mol , & creufé fur
le devant , en forme de grelot ; fon fuc eft bien
» different de celui de fa fleur , il eft douçâtre . Le
» P. Catrou , dans fes Notes fur Virgile , dit qu'il
paffe pour un poiſon , d'autres afférent que les
" Oifeaux qui en mangent fe laiffent prendre à la
main , & que leur plumage devient noir , fans
doute que ceux qui raportent de pareils faits ont
» voulu s'égayer ; j'ai vu des Oifeaux becqueter le
» fruit de l'If & s'envoler avec la même legereté
qui les avoit portés fur cet Arbre , j'en ai mangé
» en divers Lieux du Royaume , fans en avoir ref-
» fenti aucun mauvais effet. Cependant j'ai remar◄
» qué qu'infulé dans de l'encre il la rend luifante &
la gomme affés , pour l'empêcher de pénetrer le
» papier.
35
ود
Tous les Auteurs conviennent que la feuille &
» les jeunes branches de l'If font un poison pour les
» chevaux ; j'ai obfervé qu'ils n'y touchent pas
quand il eft vert ; ils en mangent feulement lorf
"> que les branches font fanées & jaunes.
Icı M. de Villars , après avoir donné une Differ.
ration anatomique de quelques chevaux qui avoient
été empoisonnés par des feuilles d'If fané , pourſuit
en ces termes. Cette forte de poifon n'attend ja-
» mais fon effet de la lenteur du tems , il le brufque
» & a bien - tôt rongé le tiffu des parties & détruit
» leur reffort . Les chevaux , dont j'ai parlé , ont été
» terraflés en peu de minutes, la diflection en a mon-
ود
tré les parties internes toutes enflées & déchirées .
»L'action du poifon , prefque momentanée , défigne
l'efpece d'un corrofif violent , & c
» Le fel de l'If eft âçre , mordicant, & picotte vivement
JUIN. 1742. 1409
vement les papilles de la langue , nouvelle preuve
de l'activité cauftique de ce poifon ; cependant
» comme il en eft peu dont on ne puifle , avec le
» fecours de l'Art retirer quelque utilité , un ha-
» bile Médecin m'a affûré que l'on faifoit en Ca-
» nada une espece de Bierre purgative , où il entre
» une infufion du bois d'If , chargé de fes Bayes .
» Dans ce cas, les fels diffous dans cette Bierre , ſe
» dépouillent de leur qualité corrofive , n'en con-
»fervent aflés que pour agir doucement fur les
» membranes de l'eftomach , & rendent ainsi cette
Liqueur un Purgatif doux & benin,
fit
La Séance fut terminée par la lecture que
M. Arcere , de l'Oratoire , d'une Ode fur l'Hiftoire;
ce fut le Prix de fon Affociation à l'Académie ;
Pexclufion des Complimens jette , comme vous
voyez , une grande diverfité dans les Tributs des
Récipiendaires.
L'HISTOIRE ,
C
ODE.
Elebres
victimes des Parques ,
Rien ne peut de vos jours rallumer le flambeau ;
Hélas, vous gémiffez ! fiers Guerriers, grands Mo
narques ,
Dans l'obfcure nuit du tombeau.
La mort répand fur vous d'éternelles tenebres
Déja de les voiles funebres
La cruelle a couvert yos noms & vos haut faits ;
Refpectables Mortels , que le tems a vû naître ,
Le tems vous a vû difparoître ,
Et difparoître pour jamais.
*
Eh !
1410 MERCURE DE FRANCE
Eh ! quoi , l'éclat de votre gloire
Dans un abîme affreux feroit enseveli ?
Non , vous ferez placés au Temple de Memoire j
Vous triompherez de l'oubli.
La mort qui vous ravit , ô Héros magnanimes ,
Rendra fes illuftres victimes ;
Bien-tôt vous reverrez la clarté qui nous luit ;
Clio parle : fortez de vos demeures fombres ,
Mânes facrées , auguftes Ombres ,
C'eft elle qui vous reproduit.
*
Par fes foins votre Renommée
Survit à tous les tems , vole dans tous les Lieux ,
Et déformais l'envie , à lui nuire obstinée ,
Ne l'obscurcir à nos yeux. peut
Quel art du premier jour fait renaître l'Aurore
Pour moi ces jours coulent encore ;
Clio , tu vas fixer ces grands Evenemens ,
Que les ans fugitifs emportent fur leurs aîles ;
Je les vois ; tu les renouvelles ;
Paffés , ils font encor préſens .
*
Quel vafte Tableau fe préfente !
Promenons nos regards fur cent objets divers ;
Là, des plus grands fuccès quelle chaîne éclatante !
Ici , quel tiffu de revers !
De
JUIN. 1742. 7417
*
De Bellonne en courroux l'oeil ardent étincelle ;
Le carnage marche avec elle ;
La Barbare en ces Lieux fait triompher la mort ;
Le Vainqueur eft affis fur un Char de victoire ,
Le Vaincu , témoin de fa gloire ,
Soupire & querelle le fort .
܀
Où fuis-je ! quel nouveau Spectacle !
Tout un Peuple eft Soldat , tout Soldat eft Héros ,
Ferme dans fes projets , furmontant les obſtacles ,
Conftant ennemi du repos.
S'il aime , génereux , s'il se venge , implacable ,
Souvent vaincu , mais indomptable ,
Au rang de fes Sujets il fçait mettre les Rois ;
Fier & foulant aux pieds lés Sceptres de la Terre,
Grand dans la Paix , grand dans la Guerre ,
Et plus grand encor par fes Loix.
።
Tout paffe ; la grandeur Romaine
Chancelle , tombe enfin ; de fes pompeux débris
Se forme un vaſte Etat fur les bords de la Seine ;
C'eſt l'heureux Empire des Lys ;
Il a des Rois ; ces Rois font les Dieux tutelaires
Șes Maîtres bien moins que fes Peres ;
Quel effain de François & fçavants & guerriers !
Mars les fait triompher , & la docte Minerve ,
Jaloufe
1
1412 MERCURE
DE FRANCE
Jaloufe de Mars , leur réſerve
Ses Couronnes & fes Lauriers .
*
Un dangereux penchant me guide ;
L'orgueil ingénieux fçait l'art de le cacher ;
Le flateur fur mes maux jette un voile perfide ,
Qu'un foible ami n'ofe arracher ;
Par d'hiftoriques Faits mon ame eſt détrompée ,
D'un trait victorieux frapée ;
Du tyran qui l'oprime elle abhorre la loi ;
L'Hiftoire
des Mortels me peint les injuſtices ;
Je vois mes vices dans leurs vices ,
Et tout devient leçon pour
Dans cette Ecole de fageffe
moi,
Ces hommes fameux par de nobles travaux ,
Enſeignent par l'exemple & fe donnent fans ceffe
Des Eleves & des Rivaux .
Par quel charme inconnu renaiffent les Camilles ,
Les Fabrices , & les Emiles ,
Un Pompée, un Caton , des Trajans , des Titus
Déeſſe , ton crayon immortel & fidele
Nous offre un éternel modéle ,
En éternifant leurs vertus ,
*
Vous qui portez le Diadême ,
De
JUIN 1413 1742
De votre illuftre rang Princes enorgueillis ,
Où font ces Rois fi fiers de leur grandeur fuprême 1
Et des Lauriers qu'ils ont cueillis ?
De vos frêles grandeurs confidérez la pompe ,
Songe vain , faux é.lat qui trompe ;
Paffagere vapeur qui fe perd dans les airs ;
Dans ces faftes , voyez ce Maître de la Terre
Terrible comme le Tonnerre
Il paffe comme les Eclairs.
*
Que vos laborieuſes veilles ,
Favoris de Clio modernes Ecrivains ,
Retracent à nos jouís les bri lantes merveilles
Des Héros Grecs & des Romains ;
Dérobez par vos foins à l'horreur des ténebres
Ces grands noms , ces hommes célebres ,
Qu'une veru fublime éleva jufqu'aux Cieux ;
Que par vous ces Motels, connus dans tous les âges,
Des Dieux refpectable Images ,
Deviennent inmortels comme eux,
" *
Que d'un vafte fçavoir avide
Votre efprit , parcourant l'obfcure antiquité,
Saififfe le Aambeau qui l'éclaire & le guide
Au fentier de la véri é ;
Qu'un travail affidu ; qu'une fage Critique ,
La ccherche fous un voile antique ,
I. Vol.
G Trop
1414 MERCURE DE FRANCE
Trop fouvent confondue avec les fictions ;
Nétalez à nos yeux que dès Faits véritables ;
Loin de vous de frivoles Fables ,
Et des Romans fous de vrais noms.
*
Héros d'éternelle mémoire ,
La terreur des Germains & l'amour des Français,
Viens , illuftre CONTI , décorer notre Hiftoire
De ton nom de tes Exploits ;
J'admire de ton bras les efforts héroïques
Je vois dans les Plaines Belgiques
L'ennemi gémiffant fous les coups abatu ;
Le Deftin envieuxət'enlève una Couronne .
Laiffea d'autres Réckar du Trône ,
ε Il brille moins, que
"
*
ta vertus
*
0 .
Les Princes fone ce que nous fommer;
En Parque te foumet à la loi du trépas ;
Dans ta Maifon auguste on voit paſſer les hommes ;
Mais les Héros nepaſſent passivo (1
Tu revis à nos yeux , Louis eft ton image ,
Emule du vien, fon courage
Sur les Rives du Rhin afronta les hafards
Et s'ilfut comme toi Mars au milieu des Armes ,
Tel qu'Apollon loin des allarmes.
Il eft le Pere des Beaux- Arts .
J'ai l'honneur d'être , & C.
ESTAMPES
JUIN
17421 1419
ESTAMPES NOUVELLES.
Le freur Cochin , le fils , vient de mettre au jour
une Eftampe en large , très bien gravée & d'une
compofition agréable , intitulée la Foire de Campagne,
d'après M Boucher , Peintre diftingué de
PAcadémie Royale de Peinture & de Sculpture,
Elle est dédiée à M. le Marquis de Nicolaï , Premier
Préſident de la Chambre des Comptes . Elle
fe vend à Paris , chés Filieul , ruë S. Jacques , à la
Colonne d'or.
Le Sr J. Balechou, Graveur de Portraits , avertit le
Public qu'on trouve chés ur le Portrait in-4° .du feu
R.P. Porée, de la Compagnie de Jefus, célebre Profeleur
de Rhétorique ; ce Portrait ett très reflem-
Blanc & d'un burin tout - à- fait gracieux . On lit au❤
four, P. Car. Porée, Societ. Jefu Sacerdos , Rethorices
Prof. Lutetia obiit an. falutis 17 + 1 . atatis 65. Et au
bas : Pietate an Ingenio , Poeft , an Eloquentia , Modeftia
major an Fama. Le St Balechou demeure chés
le fieur Bailly, le pere , Maitre Relieur , près le
Puits Certain .
Les talens de M. Pierre Imbert Drevet , le fils .
Graveur du Cabinet du Roy , font fi géneralement
connus du Public , qu'il feroit inutile d'en faire
Péloge; une feúte chofe m rite une attention particuliere.
Il a eû le malheur d'être attaqué d'une
maladie d'efprit , caufée , fans doute , par up excès
d'aplication à fon Art , qui cependant ne l'a pas
empêché de faire depuis plufieurs Ouvrages dignes
des éloges qu'il a toujours mérités tel eft celui dont
il s'agit ici , c'est une très - belle Eft mpe en haueur
, qui repréfente Notre Seigneur , priant au
Jardin des Olives , avec les trois Apôtres endormis ,
Gij qi
1418 MERCURE DE FRANCE
་
qui l'avoient accompagné. Le Tableau eft de la
compofition de M. Reftout , dont le nom feul fair
PEloge. La maniere dont M. Drevet a traité ce
Morceau eft des plus admirab.es , on n'a rien vû de
mieux conduit , ni de mieux railonné , fuivant
les principes de l'Art , & il peut pafler pour un
de fes plus beaux Ouvrages . Le d rangement de
fon efprit , dont il avoit pleine connoiffance , &
dont étoit penetré dans fes bonnes intervalles
, fut pour lui une occafion de laiffer à la Pofterité
une marque finguliere de fon humiliation & de
fa piete , par ces mots qu'on lit , gravés de la main
au bas du Plan de la premiere Terraffe . Gravé
par Pierre Drevet , fils , priez Dieu pour lui. Cette
Eftampe fe trouve chés le Sr Surugue , Graveur du
Roy , rue des Noyers , vis- à- vis 5. Yves . On tro
vera auffi chés lui l'Amour du Vin , & l'Amour de
la Chase , que lui & Pierre Surugue , fon fiis , ont
gravé d'après deux Tableaux du Cabinet de M. le
Duc de Chevreufe , peints par M. Jeaurat.
L'Enfance de l'Amour , gravée par Louis Surugue,
d'après un Deffein de P. Paul Rubens.
Les fept Arts Liberaux repréfentés par des Su
jets Hiftoriques , peints & gravés par le Bourdon ;
dont la grande réputation eft connuë de tout le
monde. Les fept Vertus Hérosques , auffi repréſentées
par des Sujets hifor.ques , tirés d'Hérodote , de
Tite- Live , de Plutarque, & d'autres Auteurs, peints
& gravés par le même Bourdon.
Le Sr le Rouge , Ingénieur- Géographe du Roy, à
Par s , rue des Auguftins , vient de mettre au jour
une nouvelle Carte de la Haute & Balfe Autriche ,
en deux f uilles , ou fur grand Aigle .
Autre de la Lombardie ou le Duché de Milan
de Mantouë , de Parme & de Plaifance . La premicre
JUIN. 17423 1417
a
´miere feüil'e de fon Cours du Danube , contenant
la Suabe , on font exactement marquées les Terr s
de la fucceffion du feu Empereur . Le Tirol , avec
les routes & les p.flages ; la Hongrie ; le Duché de
Carinthie ; la Carniole , le Théatre de la guerre en
Finlande; les dix fept Provinces; les Pays Bas Autrichiens
, & c. une très- belle Carte particuliere de la
Stirie. Les grandes routes font marquées dans toutes
ces Cartes , qu'on a dreflées avec tout le foin
poffible fur les plus nouveaux Mémoires , Ces Cartes
fe vendent auffi à Lille, chés le St le Rouge , Archi
tecte de la Ville . A Abbeville & à Amiens , chés le
Sr Redé. A Strasbourg , chés le Sr Dulseker , le fils .
Toutes ces Cartes forment un Recueil très- inftructifdans
le tems préfent.
Le Sr le Clerc , Ordinaire de la Mufique de la
Chambre du Roy , donne avis au Public qu'il fa
actuellement graver par L. Hue , l'un des meilleurs
Graveurs de Paris , le troifiéme OEuvre de Lacatelli.
Cet OEuvre , connu fous le nom de Larte del
Violino , confifte en 12. Concerto & 24. Caprices ,
dont la Méchanique recherchée , eft capable de
donner la connoiffance des traits les plus difficiles
du Violon .
La cherté exceffive de l'Edition d'Hollande , &
les follicitations des Amateurs de l'Art , ont déterminé
le Sr le Clerc à en faire faire une à Paris , à
beaucoup meilleur marché , & qu'il propoſe par
Soufcription , aux conditions fuivantes.
1°. Le prix de cet Ouvrage fera de 36. liv . pour
ceux qui auront foufcript , & de 48. liv . pour les
autres.
2º. On recevra les Soufcriptions jufqu'au 15.
Septembre prochain , à commencer du 9. Juillet.
3. En payant par les Soufcripteurs la fomme de
Giij 24.
#418 MERCURE DE FRANCE
24. liv . on leur délivrera le Violino primo , & dans
le mois d'Octobre fuivant ils recevront les autres
Parties , en donnant la fomme de 12. livres .
On s'adreffera pour foufcrire , chés le Sr le Clerc,
rue S. Honoré , vis - à - vis le Cul- de fac des PP. de
l'Oratoire , ou chés le Sr le Clerc , Marchand de
Musique , rue du Roule , à la Croix d'or.
M. Roflin , Maitre Ecrivain , ruë S. Martin , an
coin de la petite ruë de Venife , donne avis au Public
, qu'il a obtenu un Privilege pour faire imprimer
fes Ouvrages ; fçavoir , l Arithmétique dans fo
perfection ; les Changes Etrangers & Arbitrages ; las
Tenue des Livres en parties doubles ,fimples & mixtes;
PAlgebre & le Toifé de differens Ouvrages ; le tout
pour la fomme de 120 livres , ainfi que le Sr Roflin
l'expliquera aux perfonnes qui lui feront l'honneus
de l'aller voir.
Le fieur Nicolas le Braffeur , Marchand Papetier
à Paris , rue Aubry Boucher , au grand Livre da
Lyon , a reçû d'un de fes freres , qui eft actuellement
à Pondichery , le fecret de compofer de l'Encre
qui eft parfaite en toute maniere , luifante ',
double & feconde , qui ne s'épaiffit point. Cette
compofition a été aportée de la Chine.
Le fieur Puyo , Architecte , connu par plufieurs
Découvertes utiles au Public , donne avis qu'il a
trouvé le moyen de faire jouer la Mine dans le
fonds des Rivieres , fans détourner les Eaux , &
même dans la Mer , à 25. pieds de profondeur , de
faire en conféquence fauter les Rochers , de quelque
nature qu'ils foient , & d'en enlever les débris ; l'utilité
qui doit en revenir au Public, pour faciliter la
Navigation en plufieurs Rivieres du Royaume, engage
TJU 1 N. 1742: 8419-
gage le fieur Puyo à offr rfes fervices à tous ceux
qui pourront en avoir befoin ; il leur off e même
de faire à fes frais toutes les avances néceflaires ,
dont il ne demandera le remboursement qu'en cas de
réuffite notoire . Ceux qui auront befoin de fes fecours
pourront s'adreffer ou écrire à l'Auteur , chés
M- Cauffale , l'erruquier , rue de l'Arbre-fec ', en
affranchiflant leurs lettres.
Le fieur Dumais , Fabriquant de Bas de Soye ,
donne avis au Public , qu'il a inventé depuis peu ,
& qu'il poffede feul la veritable maniere de reblan
cher & conferver les Bas de Soye blancs , qu'il en
fétablit & repare tous les défauts & les manques
qui s'y font journellement , & cela dans a derniere
perfection. Cette Invention , qui n'a encore rien e
d'égal en ce genre , réuffit au gré de tous ceux qui
en ont vu l'expérience , & qui ont été prépolés
pour en juger , fans parler de plufieurs personnes
de diftinction qu'il a l'honneur de fervir , & qui en
ont fait utilement l'épreuve . Il va chercher luimême
les Bas qu'il faut reblanchir & réparer &
les reporte exactement au tems préfix qu'on fou
haite. Il fabrique & vend toutes fortes de Bas de
Søye , de Trelme , de Perle , &c. & tout ce qu'il y
a , en un mot , de plus parfait en Bas de Soye, bien
renforcés des talons & des pieds d'une maniere
particuliere , fans en diminuer la fineffe &
la qualité ; ce qui , joint à la modicité du prix , lui
attire tous les jours la confiance & l'eftime du Public.
Il vend auffi toute forte de Marchandiſes de
Bonneterie ; il demeure dans la Cour Abbatiale de
S. Germain des Prés , vis - à- vis la Porte de Bois
faifant face à la ruë de Buffy , au Soleil d'or . On
peut lui écrire de quelque endroit que ce foit ; il fait
exactement les Envois qu'on lui ordonne , au tems
& lieu qu'on fouhaite , foit en France , ou en Pays
Etrangers,
Giiij AVİS
1426 MER CURE DE FRANCE
AVIS AU PUBLIC.
Nouvellefaçon d'Habits d'hommes fans aucunes
cutures au dos , au côté , à la manche
ni au parement.
Les cotures des Habits d'étoffes de Laines, que
les hommes portent , leur ôtent beaucoup de la
grace. Quelque foin qu'on employe pour les faire
avec exacti ude il arrive prelque toujours qu'en
menant l'etoffe trop roide ou trop lâche , les Habi's
grimaffent dans le dos .
+
3
Elles ont un autre inconvénient, les coutures des
Habits noirs , celles des Habits d'Ecarlate & des Habits
bleus , blanchiflent en peu de tems , celles des
Habits de drap blanc fe faliflent & fe noirciffent; on
peur dire en géneral , qu'elles caufent la deftruction
des Habits.
Ces inconvéniens , connus de tout le monde ,
font évités dans les Habits imaginés par le fieur
Devarenne , Maître Tailleur à Paris , & Tailleur des
Menus Plaifirs du Roy . Il coupe les Habits de drap
& autres étoffes , pourvû qu'elles ayent une aune
de large , de maniere qu'il n'y a aucune couture au
dos , au côté , au devant de la manche , au revers
de la manche , ni au parement ; on ne voit d'autre
couture que celle de l'épaulette & celle de l'affemblage
de la manche avec le corps . Il n'y a aucune
piéce dans les plis , & tout eft coupé du bon fens .
Il fait auffi les Culottes , même celles de velours,
fans couture entre les jambes , ni fur les côtés . Il ne
prend pas plus d'étoffe pour les Habits de cette
nouvelle façon , qu'on en prend pour les faire de
la façon fuivie jufqu'à préfent. Ces Habits forment
parfaitement la taille des perfonnes.
Le fieur Devarenne demeure Cloitre S. Nicolas
dis
JUIN. 1742. 1421
du Louvre , au Bureau des Diligences de Rouen .
Il travaille pour plufieurs Seigneurs de la Cour.
Il fait également bien les Habits de Prélats , d'Abbés
, & autres Eccléfiaftiques ; les Robes de Palais,
& toute forte d'Habits de céremonies .
Il fait en perfection les Habits de Bal ,
Balets ,
Tragédies , & toute forte d'Habits de Caractére.
Il a auffi le fecret de déluftrer le drap fans le
moüiller ni le racourcir , & fans qu'il perde rien de
La beauté , de telle forte que la pluye ni les éclabouffures
n'y font aucune tache .
DESCRIPTION d'une Lampe trèscommodepourfaire
promtement du Chocolat,
Caffé , &c. qui ne demande ni foin , ni attention
pendant la cuiffon , commode furtout
pour une perfonne feule , qui n'a ni feu , ni
domeftique , principalement l'Eté.
Outes les Lampes à Efprit de vin qu'on a incelles
qui font venues à ma connoiffance , ont cela d'incommode
, qu'il faut néceffairement y en mettre
chaque fois qu'on veut s'en fervir ; grand embarras
& perte de tems ; au lieu que celle en queftion ne
demande à être remplie que deux ou trois fois au plus
tous les mois , en faiſant tous les jours une prife.
1. Faites faire une Boëte ronde de fer blanc , de
5. pouces & demi de diametre en dedans , & de 2.
pouces & demi de haut , bien fermée & foudée par
tout , tant par deffus que par deffous , à la réſerve
d'un petit trou rond dans le deffus , pas tout - à - fait
de deux pouces de diametre par ou on verfe
l'Eprit de vin .
>
2. Une petite plaque ronde de fer blanc , de 3 .
G⭑v pouces
1422 MERCURE DE FRANCE
pouces & demi de diametre , avec un petit trou a
milieu , dans lequel fera foudé un petit tuyau ou
porte- meche , d'environ un pouce & demi de longueur
, pour y faire pafler une meche de coton , ce
petit tuyau doit avancer inégalement dans la pla
que ; le tiers d'un pouce d'un côté , & un pouce
& un quart de l'autre . Le bout le plus long
fert à conduire la meche dans l'Eſprit de vin ; il
doit être percé de quatre petits trous dans fa circonférence
, dont deux au moins doivent être , l'un
vis -à- vis de l'autre , pour y mettre une éguille , la
quelle doit paffer d'outre en outre la meche , & entrer
dans l'autre trou qui eft vis à vis , pour tenir la
meche en état , & toujours de la même hauteur ,
quand par l'experience , on l'aura trouvé au juſte.
C'eft à peu près un bon pouce & un quart. Cette
mefure doit être prife de la furface de la plaque ,
& non pas du bord du portemeche : cette hauteur
réuffit fort bien. Il faut prendre garde , que la meche
ne foit pas trop comprimée, ou étranglée par le
tuyau , afin que l'Efprit de vin y puiffe monter li
brement , & avec facilité.
3. Une plaque ronde de fer blanc , du même diametre
que la grande boete , avec un petit trou au
milieu,pour laiffer paffer la meche : elle fert à cou
vrir la boëte , pour la tenir toujours propre , pour
mieux retenir l'Elprit de vin , & pour affujettir la meche
, & la tenir toujours jufte dans fa place au milieu.
4. Un Cercle de fer blanc d'une ligne ou deux , de
plus de diamettre quella boëte , ( pour pouvoir aiféinent
l'enfermer ,) & une ligne plus haut . Ce Cercle
doit être entierement ouvert en bas , & à moitié
fermé en haut par un Cercle d'un pouce de large ,
pofé & foudé horifontalement , ou à plat , fur le
grand Cercle ; moyennant quoi , il y aura une
grande ouverture ronde dans ce deffus , d'environ
trois pouces neuf lignes de diametre.
S.
JUI N. 1742. 1423
5. Une tube ronde , ou pour ainſi dire , un petit
barril de 3. pouces . lignes de diametre , & de 6 .
pouces de haut , qui fera foudée à l'ouverture cideffus
, qui eft précisément du même diametre
lefquelles deux piéces étant foudées enſemble , font
juftement la figure d'un étui de Calice , beaucoup
plus large à un bout qu'à l'autre , & entierement
ouvert de tous les deux .
Cette Tube eft du même diametre en toute fa
hauteur , qui eft jufte ce qu'il faut , pour admettre
avec une ligne ou deux d'aiſance , la Chocolatiere
dont on va parler . Vers le bas de cette Tube il faut
qu'il y ait 4. grands trous , de 7. ou 8. lignes de
diamettre , pour doner paffage à l'air , fans quoi la
Lampe s'éteindroit. De plus , il faut faire 2. ou 3 .
petits trous des deux côtés de cette Tube , précifement
vis à vis l'un de l'autre , pour recevoir deux
bouts de fil de fer un peu fort ; fur lequel la Chocolatiere
doit pofer. Le plus bas de ces trous doit
être percé à la diftance de trois pouces du fond
enforte qu'il y aura environ un pouce neuf lignes
de diftance entre la meche , & le fond de la Chocolatiere
. On peut faire encore deux autres petits
trous 3. ou 4. lignės plus haut , mais précisément
au deffus des autres , qui pourroient fervir dans
quelque autre occafion , qui ne demande pas un `
feu , ou une chaleur à vive : auquel cas , il faut
changer de place les fils de fer .
6. Un Couvercle un peu convexe , pour couvrir &
fermer ce petit barril. Cela n'eft pas abfolument
néceffaire , mais cela donne bonne grace -à toute la
machine , & empêche la pouffiere , ou autre choſe
de tomber fur la Lampe.
·
>
7. Une grande Chocolatiere , qui doit être né-'
ceffairement de fer blanc double , à caufe de la
force , & de la grande activité du feu , mais fur
G vj tour
1424 MERCURE DE FRANCE
tout , une piéce bien forte au fond. Elle doit avoir
un pied de haut , fans quoi la liqueur s'enfuiroit en
bouillant, ce qui ( outre la perte, qui eſt toujours la
crême) gâteroit & faliroit horriblement toute laLampe
, qui feroit affés difficile à bien nettoyer , parti
culierement fi c'eft du Chocolat , qui s'attache fortement.
Cette Chocolatiere doit être un peu plus large au
fond qu'en haut , comme on les fait comunément :
environ de trois pouces trois lignes de diametre en
dehors , en bas , & feulement de trois pouces en
dedans en haut , avec fon Couvercle movible ;
qui doit la fermer , le mieux qu'il fera poffible , ce
qui avance bien la cuiffon ; il faut un manche de
bois , bien & fortement foudé à la Chocolatiere .
8. Enfin un steignoir qui eft comme une petite
mefurette , dont on fe fert pour mefurer une prife
de Caffé en féve , ou en poudre. Cet éteignoir doit
avoir environ un pouce neuf lignes de hauteur ,
pour qu'il ne plic pas & ne dérange pas la meche,
en éteignant la Lampe .
Avec cette Lampe , on fait une grande priſe de
Chocolat , en 18. ou 20 minutes , qui eft moins
d'un quart d'heure & demi , & fans y donner aucune
attention , ce qui eft un grand article , à
mon avis. 1
Elle
Cette Lampe remplie d'Efprit de vin , dure 10.
ou 12. jours en faifant une prife par jour , fans
qu'il foit néceffaire d'en mettre de nouveau .
pouvoit abfolument parlant durer 15. jours ,
mais il femble , que les trois derniers jours la liqueur
nee monte pas fi abondamment , & par conféquent
, la cuiffon demanderoit quelques minutes
de plus , pour être comme il faut.
Nota , que la meche de coton durera plufieurs
mois , fans avoir beſoin d'être mouchée , & faus
:
devenir
PUBLIC
YORK
ARY .
ABTOR,
MOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS
THE
NEW
YORK
ULIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LEMEX
AND
,
TILDEN
FOUNDATIONS
JUIN. 1742. 1425
devenir noire , & en croute ; à moins qu'on ne la
laiffât s'éteindre , faute de nourriture . La meche
doit ête beaucoup plus groffe que celle d'une
Lampe ordinaire , à peu près double . Il faut une
cuiller de bois à long manche , pour bien remuer.
On en trouve chés les Boiffeliers pour 2. ou 3. fols.
Cette Lampe durera la vie d'un homme , pourv
qu'on ne la laiſſe pas tomber. La premiere piéce
qui pourroit manquer ,
feroit le fond de la Chocolatiere
, qu'on peut faire rétablir pour 8 , ou 10 .
fols , mais après elle dure fort long tems.
Il y a un habile Ouvrier , fört honnête homme ,
& fort au fait de cette Lampe. Il en a déja fait ,
dont on a tout lieu d'être content ; il s'apelle Boiffeau
, à l'enfeigne du Boileau , rue de la Barillerie
, proche la grande Porte du Palais , vis à vis la
ruë de la vieille Draperie .
:
CHANSON.
A vec plaiúr Lifette
Ecoute ma Muferte ;
Mais quand je veux
Lui parler de mes feux ;
Laiffons la bagatelle ,
Dit - elle ;
N'es-tu pas trop heureux ?
Avec plaifir Liſette
Ecoute ta Mufette.
Ma
1426 MERCURE DE FRANCE
Ma voix eft douce & tendres
Lifette aime à l'entendre ;
Mais quand je veux
Lui parler de mes feux ,
Laiffons la bagatelle ,
Dit - elle ;
N'es-tu pas trop heureux ?
Ta voix eft douce & tendre ;
Lifette aime à l'entendre.
*
A mes Moutons fans ceffe
Lifette fait careffe ;
Mais quand je veux
Lui parler de mes feux ;
Laiffons la bagatelle ,
Dit- elle ;
N'es -tu pas trop heureux ?
A mes Moutons fans ceffe
Lifette fait careffe.
**
Pour fon Troupeau Lifette
Se fert de ma shoulette ;
Mais quand je veux
Lui parler de mes feux ,
Laiffons la bagatelle ,
Dit - elle ;
N'es- tu pas trop heureux ?
Pour
2
JUIN. 1742.
1427
Pour fon Troupeau , Lifette
Se fert de ta houlette .
*
Ma voix & ma Mufette ,
Mes Moutons , ma houlette ;
Un fort f doux
Vous fait mille jaloux ;
Mais auprès de Lifette ,
Folette ,
De quoi me fervez vous ,
Ma voix & ma Mufette ,
Mes Moutons , ma houlette ?
CHANSON ETTE.
L'Amour d'un air doux & flateur
Prétendoit féduire mon coeur ,
En m'offrant les biens qu'il poffede
Mais j'avois apris par bonheur ,
Que le bien de ce féducteur
Eft fouvent un mal fans remede.
SPEC
1428 MERCURE DE FRANCE
*******************
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie intitulée
Amour pour Amour , Piéce en Vers & en
trois Actes , précédée d'un Prologue , repréfentée
au Théatre François , le 16. Fevrier
dernier annoncée dans le Mercure
du même mois.
ETTE Piéce eft de M. de la Chauffée ,
CFun des quarante de l'Académie Françoife.
Elle a été parfaitement bien reçûë.
L'Auteur a eu affès de modeftie , pour en
attribuer tout le fuccès à la Dlle Gauffin ,
à qui il l'a dédiée fous le nom de Zemire ;
nous croyons que les Lecteurs verront avec
plaifir l'Epire Dédicatoire qui lui eſt
adreffée.
O Toi , qui m'as prêté tes talens enchanteurs,
Affemblage parfait des dons les plus flateurs ,
Eleve & modéle des graces ,
Aimable & cher objet que Thalie & fes foeurs
Ne peuvent couronner que de ces mêmes fleurs
Que tu fais naître fous tes traces
Si je n'ai point encor effuyé de revers ,
›
Je n'en dois qu'à toi feule un éternel hommage .
Tes charmes & ta voix ſont l'ame de mes vers.
Mais
-JU IN. 1429 1742
Mais que dis-je ? Ils font ton ouvrage ,
Qui les infpira , les a faits ;
Qu'ils te foient confacrés par la reconnoiffance.
Tes yeux n'ont rien laiffé de plus à ma puiffance ;
Et je ne puis t'offrir que tes propres bienfaits
Le Sujet de cette Piéce à revolté les Partifans
trop aufteres de la dignité de la Comédie.
L'Auteur même qui s'eft introduit dans
le Prologue , & qui eft très perfuadé que
la
Féerie ne doit pas être admife dans la Scene
Comique , fait fentir par des à parte , que ce
n'eft pas fans crainte qu'il a hazardé un fujet
fi frivole & fi déplacé ; cependant , pour
l'honneur de fon Ouvrage , il foûtient avec
un efprit infim un genre qu'il défavouë dans
le fond du coeur ; comme la premiere regle
eft de plaire , il dit que le plaifir doit fe préfenter
fous les formes qu'il choifit lui mê.
me , & non fous celles qu'on veut lui pref.
crire felon les regles de l'art ; voici comment
il s'explique en parlant du plaifir :
Loin d'être fes Tyrans , devenez fes eſclaves ;
Ennemi d'un joug rigoureux ,
Si tôt qu'il n'eft plus libre , il devient l'ennui même.
Renoncez au plaifir , ou changez de fyftême .
Quand il cherche à vous rendre heureux ,
Ceffez de lui prefcrire une trifte formule ;
Les moyens qu'il choifit,fout toujours les meilleurs ;
Quelque
1430 MERCURE DE FRANCE
Quelque forme qu'il prenne ici tout comme ailleurs,
Croyez que le plaifir n'eft jamais ridicule ;
Son nom le définit. Dès qu'il eft , c'eft affés
Les regles n'y font rien ; il eft au-deffus d'elles ;
Quant à nous , ne foyons jamais embaraffés ,
Que de le préfenter fous des formes nouvelles ;
C'eft à nous autres d'en trouver ;
C'eft à vous de les apronver.
I
Peut-on excufer plus ingenieufement un
fujer auffi équivoque que celui dont il s'agit
dans la Comédie , qui a pour titre Amour,
pour Amour. Nous n'en donnerons ici
qu'une espece d'Argument , qui peut fuffire
pour donner l'intelligence de l'action théatrale
Une Fée irritée contre un Génie qui lui a
fait l'outrage de ne pas répondre à l'amour
qu'elle a pour lui , fe venge de ce mépris
en le réduifant à la qualité de fimple mortel.
& ne lui promet de lui rendre fon premier
état , que lorsqu'il aura trouvé le fecret de le
faire aimer de quelque belle , fans lui faire
l'aveu de fon Amour ; elle le relegue fur la
terre , fous le nom d'Azor. Pour remplir cet
Arrêt qui lui doit tenir lieu d'Oracle , la Perfe
eft le lieu de fon éxil . La Scene de la Comédie
eft dans un Hameau voifin de Bagdat . C'eft
là , qu'il devient éperduement amoureux
d'une Bergere qui lui fait préferer cette de-l
meure
JUTN. 1742. 1437
meure champètre , aux plus brillans Palais
des Genies. Il ouvre la Scene avec un autre
Genie , que l'Auteur n'a rendu compagnon
de fon éxil , que pour lui donner un Confident
, dont on ne peut guére fe paffer fue
le Theatre. Ce Genie , s'apelle Zaleg ; il eft
foumis aux mêmes loix , fans avoir commis
le même crime ; il fert à l'expofition du Su
jet. Voici comment il parle à Azor , (c'eſt le
nom que le Genie difgracié , dont il femble
n'être que le Valet , a pris parmi les
Mortels. )
Supofez que Zemire , à qui vous pourriez plaire ,
Ait pour vous cet Amour qui vous eft néceffaire ,
S'il demeure fecret , il vous fervira peu .
Il faut qu'elle en faſſe l'aveu ;
Autrement , marché nul , & l'affaire eſt rompuë ;
Il faut qu'avec fincerité ,
Et fans aucune obfcurité ,
Zemire dife d'elle- méme ,
J'aime Azor ; c'eft Azor que j'aime.
Ce font les mots prefcrits , &c.
Azor convient de tout ce que Zaleg lui
dit , & ne laiffe pas d'efperer de remplir les
conditions de fon exil , qui n'a plus rien
d'affligeant pour lui , depuis qu'il a vû l'aimable
Zemire ; il fe retire pour l'aller chercher
fous un ombrage frais , où elle lui a
promis de fe rendre.
Zemire
1432 MERCURE DE FRANCE
Zemire vient fans apercevoir Azor , qui ne
lui eft déja que trop cher . Nadine , f Confi
dente , lui fait la guerre fur fa mél ncolie ; elle
en veut du mal à Azor , dont elle eft devenuë
l'éleve , & qui ne l'entretient que de
chofes qui lui gâtent l'efprit , parce qu'elles
font au deffus de fa portée. Zemire lui fait
entendre par fa réponse , qu'elle eft dans un
état qu'elle ne sçauroit définir ; & cette tehdre
Eleve fait encore mieux connoître aux
Spectareurs , qu'Azor eft un vrai Précepteur
d'Amour par ces Vers :
Avec étonnement je regarde ces Lieux.
Hélas ! depuis un tems que fuis- je devenuë ?
11 femble que habite une terre inconnuë ;
Tout ce qui m'env ronne eft changé por mês yeugi
Je vois differemment ce qui s'offre à na vûë ;
Mes efprits & mes feas n'ont plus le mê ne cours .
J'y trouve un changement qui n'eft que trop vifible
Je me cherche en moi-même , & je m'y perds toujours
.
Je n'ai plus rien de libre , Il ne m'eft pas poffible
De démêler d'où vient le trouble de mon coeur,
C'eft envain que je veux fortir de ma langueur ;
Je m'y fens retenir par d'invincibles charmes ;
Je m'exhale fans ceffe en foûpirs , en regrets ,
Et , fans fçavoir quels font mes fentimens fecrets ,
Souvent je m'attendris , juſqu'à verfer des larmes ;
Cependan
JUI N. 17425 1433
Cependant quelque foit l'état où tu me vois ,
Il ne me déplaît pas , autant que tu le crois.
Nadine s'étant retirée , Zemire continuë de
faire des réflexions , toujours plus confufes
fur les fentimens de fon coeur. Azor vient ;
Zemire , qui le trouve plus rêveur qu'à l'ordineire
, lui en demande le fujer ; il ne lui
en dit rien , de
peur d'en trop dire ; on entend
un bruit de chaffe , qui annonce Affan ; c'est
cette même Fée qu'Azor a méprifce , & qui
a pris la forme d'un Chaffeur , pour acheven
fa vengeance fur fon ingrat. Elle le fait connoître
par cet à parie.
Sous ces traits empruntés continuons toûjours
A me venger d'Azor , en troublant fes amours ;
L'ingrat n'a pu m'aimer ; empêchons qu'on ne
l'aime.
Azor , qui prend le faux Affan pour un
Rival , fe retire , pour entendre un entretien
qui l'intereffe fi fort par raport aux fentimens
jaloux qui commencent à s'emparer
de fon coeur.
Dans cette Scene , Zemire aprerd pour
la premiere fois ce que c'eft que l'Amour ,
qu'Az
Azor lui avoit toûjours caché fous le nom
d'Amitié . Elle eft charmée de reconnoître
qu'Affan ne lui en dit rien qu'elle ne refl nte
pour fon cher Azor ; quelques expreffions
équi
2434 MERCURE DE FRANCE
こ
équivoques font prendre le change à Affan s
il fe jette aux pieds de Zemire , pour la remercier
de fon bonheur prétendu ; Zemire
fe fauve , fans qu'il s'en aperçoive , & le coup
de Théatre eft i adroitement ménagé , qu'Af
fan croyant toujours adreffer la parole à Ze
mire , ne parle qu'à Azor. La Fée transfor
mée le quitte brufquement , en lui difant :
Qu'eſt devenu l'objet dont mon ame eft charmée a
C'est toi qui l'as fait fuir , Rival trop indifcret ;
Refte & devore ici ta honte & ton regret.
Ces vers achevent de troubler Azor ; il
croit que fon Rival eft aimé ; cependant ,
il veut s'en mieux éclaircir avec Zemire , 32
finic ce premier Acte , par ces Vers :
Je pourrois avoir pris une allarme trop forte ...
Je cherche à m'abufer ; je le fens ; mais n'importe
Saififfons une erreur qui flate mes ; defirs
On n'en refufe point de la main des plaifirs.
:
Nous paffons ici tout ce qui regarde l'épifode
de Zaleg & de Nadine ; nous n'en
avons pas befoin pour mettre l'action principale
dans tout fon jour. Zemire rend.
compte à Nadine de la nouvelle découverte
qu'Affan vient de lui faire faire , elle ne
doute plus que ce qu'elle fent pour Azor , ne
foit
JUIN. 1742. 1431
foir ce que la Fée , fous le nom d'Affan , à
apellé Amour. Par un charme ſecret que lę
faux Affan vient de préparer , elle s'endort ;
Nadine la laifle pour ne pas troubler un
repos qu'elle voit lui être fi néceffaire .
Allan vient , pendant qu'elle dort , & s'ex
prime ainfi :
Le charme a réuffi ; Zemire eft endormie.
Sommeil , je t'ai livré ma mortelle Ennemie,
On lui aporte un Coffret ouvert plein de
Perles & de Pierreries qu'il pofe à côté de
Zemire ; il continue à s'expliquer en ces
termes :
Dans un fonge enchanteur , faifons que mon ingrat
Aparoiffe à Zemire avec tout fon éclat ;
Opofons Azor à lui- même‹;i
Puiffe t'il à mon gré lui plaire , l'enflammer ,
Et perdre fon bonheur en ſe faiſant aimer.
Je dois tout efperer de ce double artifice ...
Que m'importe , pourvû qu'un des deux réüffiffe
Azor n'en aura pas un deftin moins fatal
La Fée traveftie fe retire , voyant venir
Azor avec un bouquet à la main . Azor frapë
de l'éclat des Pierreries qu'il trouve à côté
de Zémire endormie , s'écrie ;
•
1436 MERCURE DE FRANCE
O Ciel ! Que vois -je à côté d'elle ?
Les dons de mon Rival ont prévenu les miens.
Qu'elle profufion ! & c.
Il ne peut foûtenir cette vûë fans jaloufie ;
& dit en mettant à fes pieds le bouquer
qu'il a dans la main.
Dépofons à fes pieds une offrande p'us pure .
Puiffe t'elle trouver quelque grace à les yeux !
Ah ! du moins je la tiens des mains de la Nature !
Ce que j'offre à Zemile eftce qu'on offre aux Dieux,
Azor voyant que Zemire fe réveille , fej
dérobe à fes veux ; Zemire fait entendre
ce qui s'eft paffé pendant fon fommeil par ce
Menologue,
Où fuis je ; eft-il bien fûr que ce ne ſoit qu'un fonge?
N'ai-je point en effet difpofé de ma foi ?,
Rafúrons nous ; ce n'est heureuſement pour moi 1
Qu'une de ces erreurs où le fømmeil nous plonge.
Elle fe croit frapée d'une feconde illuſion
à la vue des Perles & des Pierreries dont
fes yeux font bloüis ; elle en méprise - le
vain éclat , & s'attache avec bien plus de
plaifir au bouquet d'Azor ; elle ne doute
point que ce ne foit un préfent de fa main.
Azor vient , elle lui fait voir le cas qu'elle
JU IN. 1742. - 1437
en fait en s'en parant à fes yeux ; elle lui fait
part du fonge qu'elle a fait Elle lui dit , qu'elle
a vû en dormant , ce Génie infenfible , dont
il lui a fouvent parlé ; elle pourſuit ainſi
Un charme invincible
1
Sur lui , comme fur moi s'eft fi fort répandu ,
Qu'alors , vers un Aurel , j'ai fuivi ce Génie ;
Ti m'a dit qu'il falloit que je lui fule unie .
Zemire , qui s'attend à voir Azor s'allar
mer de ce fonge , ne peut foûtenir la tranquillité
& même la joye avec laquelle il l'aprend.
Elle lui reproche fon indifference ;
elle lui rend fon bouquet & le quitte avec
un dépit dont il eft charmé. Azor finit ce
fecond Acte par ce Monologue :
Que fon dépit la rend touchante!
Non , jamais il ne fut un objet plus charmant .
Ah ! Dieux que la beauté s'embellit en aimant ?
Que fon courroux eft cher à mon coeur ! qu'il
m'enchante ! pr
Mais ce n'eft pas affez , s'il ne peut l'engager
A prononcer l'aveu de fa tenoreffe extrême ;
Ne dira t'elle point que c'eft Azor qu'elle aime ?
Fée injufte , a jamais voulez - vous vous venger
Cet aveu fi favorable & fi neceffaire au
dénouement de la Piéce ne tarde guere à v
I. Vol. H 14
1438 MERCURE DE FRANCE
nir. Il eft tems de finir cet Extrait ; nous ferions
trop longs , fi nous déraillions toutes
les beautés que l'Auteur a répandues dans
les Scenes dont il nous refte à parler . Après
bien des plaintes que l'infenfibilité prétenduë
d'Azor arrache à la tendre Zemire , le
moment fatal arrive ; la jaloufe Fée entend
prononcer ces mots à cette Amante deſeſ.
perće :
Je n'efpere jamais aucune guériſon ;.
Mais vous perfuadez ma gloire & ma raiſon ,
A vos lages avis mon amour s'abandonne ,
Je jure entre vos mains qu'ils auront leur effer.
Helas ! quoiqu'il en coûte à ina tendreffe extrême ;
Azor ne fçaura point que de
que c'eſt lui ſeul que j'aime ;
Oui , c'eſt Azor que j'aime,;
Arrêtez , lui dit la Fée c'en eſt fait :
Les mots font prononcés ; c'eft moi qui fuis punie ,
Tu vois devant tes yeux cette Fée ennemie
Qui pourfuivoit un coeur qui n'eft fait que pour toi ;
Jouis de ton bonheur ; ma vengeance eft finie.
;
A ces mots , le Théatre change , & repréfente
un Bofquet orné d'Orangers avec un
Berceau de Fleurs, au milieu duquel eft la Statuë
de Zemire. Azor ayant rempli l'Oracle ,
établit fon féjour dans le Lieu de la Scéne
& la Comédie finit par ces deux Vers :
Ου
JUIN. 17422 1439
Ou peut- on être mieux que dans l'heureux féjour ,
Où l'on trouve Amour pour Amour ?
Nous ajoûtons ici deux Couplets du Vau
deville , chantés par une Habitante.
Coquette & legere à mon tour ,
Je fçais me venger me venger d'un volage ;
-Mais je change d'uſage ,
-Quand je trouve Amour pour Amour,
Le vieux Philémon , l'autre jour ,
Me difoit qu'il voudroit me plaire ,
"Eh que pourroit-il faire ,
"S'il trouvoit Amour pour Amour !
Lego. Mai , la Dlle Gautier , nouvelle
Actrice , débuta pour la premiere fois au
Théatre François , dans la Tragédie du Cid,
& joua le rolle de Chimene , avec beaucoup
d'aplaudiffement ; elle chanta dans la petite
Piéce du Mari Retrouvé , un Air dans le
Divertiffement.
Le 4 , & le 9 Juin , la même Actrice joüa
les rolles de Monime & de Pauline dans les
Tragédies de Mithridate & de Poliente , &
chanta dans la petite Comédie du Galand
Jardinier , le rolle de la Bohémienne.
2
Le 16 , la même Actrice chanta avec beau
coup de goût , dans le Divertiffement de la
-petite Comédie de la Serenade , le dernier
Hij
Air
1440 MERCURE DE FRANCE
Air de la Cantatille d'Hebé , miſe en muſique
par le fieur le Maire ,
Le 11 , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Répréſentation d'une petite
Piéce nouvelle , en Vers & en un Acte , qui
a pour titre les Vieillards Intereffés ou le Dé
dit Inutile , de la compofition de M. Guyot
de Merville , Auteur de plufieurs autres Piéces
, jouées avec fuccès fur le même Théa
tre. On parlera plus au long de cette Comédie
, qui a été reçue favorablement du
Public.
1
Le 13 , les mêmes Comédiens remirent
au Theatre une Piéce Italienne , qui a pour
titre les Quatre Arlequins , excellemment
repréfentée au mois d'Octobre 1716. par le
défunt Thomaffin , lequel eft remplacé au-
'jourd'hui par le fieur Carlin , qui remplie
très bien le Perfonnage d'Arlequin dans ces
'fortes de Piéces , dont tout le mérite ne confifte
que dans un continuel jeu de Théatre ,
exécuté par cet Acteur.
}
Le 6. Juin , les mêmes Comédiens remia
rent au Théatre une Piéce Italienne , en trois
Actes , intitulée la Cameriera laquelle avoit
été repréfntée dans fa nouveauté fur le même
Theatre au mois de Juin 1716 , fous le
titre d'Arlequin , Mari de la Femme de fon
Maitre , ou la Cameriera Nobile.
NOUJUIN.
1441 1742
:
NOUVELLES ETRANGERES.
O
TURQUIE.
Na apris de Conftantinople qu'il eſt ſurvenu
de nouveaux differends entre le Grand Seign
ur & Thamas Kouli- Kan , qui ont fait prendre
à Sa Hautefle la réſolution d'envoyer en Afie la
plus grande partie des troupes Ottomanes qui
étoient en Europe , & d'ordonner au Kan de Cri
mée d'y faire marcher un Corps confidérable de
Tartares.
RUSSIE.
N mande de Pétersbourg du 20. du mois d'A
vril dernier, que le Géneral Keyth a dépêché
un courier à la Czarine , qui a raporté que depuis la
ceffation de la fufpenfion d'armes entre la Ruffie &
la Suede , les détachemens des troupes de S. M. Cz.
qui avoient fait des courfes dans le Pays ennemi , y
avoient brulé près de 800. Métairies ; qu'ils avoient
pillé les Villages de Wederlach , de Peterskirch ,
de Cakis , d'Ugon , de Kides , de Ketkiax , d'Andrus
, de Samly , de Pelgofer , de Jagmofer & de
Nemi , & qu'ils avoient tué plus de 700. Paylans.
On a apris depuis , du 9. du mois dernier, que le 7 .
jour auquel la Czarine avoit fixé la ceremonie de
fon Couronnement , cette céremonie fut annoncée
an Peuple dès quatre heures du matin par une décharge
de 31. coups de canon & par le fon des cloches
de toutes les Eglifes de Mofcow , & que S M.
Cz. , qui avoit quitté quelques jours auparavant le
Palais de Petershoff pour aller occuper celui du
Kremelin , fe rendit vers les neuf heures à l'Eglife
d'Ufpenskoy.
H iij L'Ar1442
MERCURE DE FRANCE
L'Archevêque de Novogrood y facra la Czarine,
qui fe mit elle - même la Couronne fur la tête , & ·
après que S. M. Cz . eut pris le Sceptre & le Globe,
on chanta le Te Deum , au bruit de plufieurs falves
de l'Artillerie des remparts , & de la moufqueterie
des Régimens des Gardes , qui étoient en haye fous
les armes dans toutes les rues du quartier du Kremelin.
La Czarine affifta enfuite au Service Divin
après lequel elle a la vifiter les principales Eglifes
de ce quartier , faifant jetter de l'argent au Peuple
dans les rues où elle paſſa.
Lorfque S , M. Cz . fut retournée au Palais , elle
difpofa des Charges & des Emplois qui vaquoient
& elle nomma plufieurs Chevaliers de l'Ordre de
S. André & de celui de S. Alexandre Newsky.
A trois heures après midi , la Czarine paffa dans
la Sale de Granowitz , où elle devoit dîner , & avant
que de fe mettre à table , elle diftribua des Médailles
d'or aux Seigneurs & aux Dames de fa Cour.
Pendant le dîner , il y eut un Concert , & la Czarine
étant fortie de table à cinq heures , toute la Cour
fe retira , S. M. Cz. ayant témoigné qu'elle vouloit
être feule le reste du jour,
Le Baron de Beftuchef , Vice- Chancelier , M. de
Leftock , Directeur Géneral de la Marine , & M de
Voranzow , Chambellan de la Czarine , ont- été
créés Comtes par S. M. Cz . qui leur a accordé
ainfi qu'au Colonel Schward , des Terres confidé
rables , & qui a nommé lés Epoufes des deux pre
miers , Dames du Palais .
de
SUEDE.
N mande de Stockholm du 20. du mois dernier
, qu'on y publia le 19. une Déclaration
du Roy, laquelle eft intitulée : Exhortation de S. M.
JUIN. 1443 1742. f
fes fideles Sujets particulierement à ceux du Duché
de Finlande , à l'occafion d'un Manifefte attribué a
la Czarine,
Cette Déclaration porte , que le Roy a apris avec
furprife , qu'on répandoit en Finlande , au nom de
S. M. Cz . un Manifefte , par lequel on tâchoit d'engager
les habitans de ce Duché , à renoncer à la fidélité
qu'ils doivent au Roy , en les flatant de l'efpérance
chimérique de fe rendre indépendans que
les fentimens des Finlandois font trop connus du
Roy , pour que S. M. puiffe avoir le moindre doute
fur leur zéle & fur leur attachement , que ceux
qui leur propofent de trahir leur honneur , leur
ferment & leur confcience , ne leur infpirant certainement
que de l'horreur , elle regarde prefque
comme inutile , de les exhorter à ne pas prêter l'oreille
à des confeils pernicieux , qu'ils peuvent reconnoître
par eux - mêmes le peu de confiance qu'on
doit avoir dans les promeffes d'un ennemi ; que ce
n'eft pas la premiere fois que la Cour de Ruffie a
employé de pareils artifices , & qu'après avoir fait
révolter les Peuples du Duché de Novogrood , de
P'Ukraine & de quelques autres Provinces , en leur
offrant de leur procurer les moyens de devenir libres
; elle leur a impofé le joug d'une rude fervitude
, que le Roy , attentif à maintenir la forme du
Gouvernement que fes Sujets ont choifie & établie
eux- mêmes , & n'ayant d'autre objet que de les rendre
heureux , eft affûré qu'ils font faifis d'un jufte
effroi à la feule idée d'une révolution qui changeroit
leur tranquillité préſente en des allarmes continuelles
; que S. M. efpere , avec l'aide du Tout-
Puiffant , non -feulement de défendre le Duché de
Finlande contre les efforts de fes ennemis , mais encore
de rendre à cette Province la même barriere
qu'elle avoit avant la derniere guerre , & qu'elle
Hiiij attend
1444 MERCURE DE FRANCE
attend des Finlandois tous les fecours qu'ils pour
ront lui procurer , pour la feconder dans fes deffeins
, ne doutant point de la force du lien qui eft
entre elle & fes sujets , lien produit par un amour
réciproque & par une confiance mutuelle , & que
S. M. fera toujours prête , lorfque les circonftances
l'exigeront , à ſceller du facrifice de fon propre
fang
Le Roy ajoûte dans cette Déclaration , qu'il n'a
pû voir fans indignation qu'on pofe po ir fondement
dans le Manifeſte répandu en Finlande , que
S. M. a déclaré injuftement la guerre à la Ruffie
& que ce te guerre n'a point été entrepriſe du commun
confentement des Etats du Roy lume , & S. M.
dit qu'elle a expofé dans fon Manifeſte , publié au
commencement de la guerre , les motifs qui l'ont
déterminée à prendre les armes , que les raifons
contenues dans ce Manifefte , ſont ſi fortes , que
la
Cour de Ruffie n'a pû juſqu'à préſent en combattre
la folidité ; que le Roy ne laiffera pas cependant
d'en donner bien tôt une plus ample déduction , &
que tout efprit impartial fera alors en état de juger
la conduite tenue par la Ruffie pendant la paix ,
n'a pas étéplus infuportable pour la Suede , que n'auroit
été une guerre ouverte , que pour ce qui regarde
l'article du Manifefte attribué à la Czarine , dans
lequel on avance que les Etats du Royaume n'ont
pas confenti unanimement à la guerre , cette fauffeté
eft aisée à détruire , puifque perfonne n'ignore
que tous les Députés , qui ont affifté à la derniere
Diette Generale ont marqué un égal empreffement
à fuplier S. M. de venger les torts faits à la Suede
par la Ruffie.
ALLEJ
JUIN. 1742. 1445
"
D
ALLEMAGNE .
Eux couriers arrivés de Moravie ont raporté
que le Corps de troupes Pruffiennes , refté
dans cette Province fous les ordres du Prince Thiery
d'Anhalt Deſſau s'étoit retiré en Siléfie , & qu'il
étoit allé camper entre Jagerndorff & Troppau ;
que les troupes qui avoient été détachées par le
Prince Charles de Loraine , pour inquieter les ennemis
dans leur retraite , ayant rejoint ce Prince
dans le Camp qu'il occupont fous Olmutz , il avoit
quitté ce Camp le 28. du mois d'Avril dernier , &
s'étoit avancé à Profnitz , où il avoit établi fon
quartier géneral ; que le lendemain l'armée avoit
continué la marche , & étoit arrivée à Wifchaw ,
qu'elle s'étoit repofée le 30. & que ce jour là les
Hulards avoient amené 130. prifonniers qu'ils
avoient fait fur les Pruffiens ; que le premier de ce
mois elle étoit décampée de Wifchaw , & qu'elle
étoit arrivée le 2. à Medriz , où elle devoit refter
pendant quelques jours ; que le Prince Charles de
Loraine avoit pris les mesures néceffaires pour s'opofer
aux entreprifes des troupes Pruffiennes & Saxonnes
, & qu'il avoit ordonné que toutes les Milices
de la Moravie s'affemblaffent pour aller garder
conjointement avec quelques troupes reglées , les
paffages par lefquels le PrinceThierry d'Anhalt Def
fau pourroit tenter de rentrer dans cette Province .
[ ་
Le Feldt- Maréchal de Kevenhuller a mandé à la
Reine , qu'ayant envoyé ordre au Major Géneral
Berenklaw , de reprendre poffeffion de la Ville de
Munich , que les troupes de S. M. avoient abandonnée
, ce Major General fit conduire le 4. du
mois dernier fix piéces de canon à Wafferbourg ;
que le s . après y avoir laiffé les magafins & les bagages
fous la garde d'un détachement de 200. hom-
Hv mes ,
1446 MERCURE DE FRANCE
mes , commandé par le Colonel Sckenks , il fe mit
en marche avec le Corps de troupes qui eft fous
fes ordres, & qu'il arriva à Ebersberg . Il ordonna
aux Grenadiers & à 300. hommes des Régimens de
Konigseg & de Welfeck , de prendre les devants
avec les Huffards , les Croates & les Pandoures , &
ayant apris que le Colonel Mentzel avoit déja pris
poite à Bogenhaufen , il s'y rendit , afin de concerter
avec lui les mesures qu'il convenoit de prendre .
Le Major General Berenklaw retourna le même
jour à Ebersberg , où il reçût avis que les habitans
de la Ville de Munich étoient dans la réfo-
Jution de fe défendre le plus long- tems qu'il leur feroit
poffible . Il fit avancer dès le foir même fon Infanterie
près de la Ville ,& il commença l'attaque le
lendemain matin , afin que les habitans euffent
moins de tems pour ſe préparer à la réſiſtance .
Comme tous les Ponts étoient rompus & qu'on ne
pouvoit trouver aucun bateau ni radeau dans les environs
de Munich , il fit réparer avec toute la diligence
poffible , les Ponts qui n'étoient pas entierement
détruits , & l'on en vint à bout , malgré le feu
continuel d'un grand nombre de tireurs, qui étoient
fur l'autre bord de la riviere .
Le lendemain à la pointe du jour , le Régiment
de Welfeck & les Croates pafferent fur ces Ponts ;
ils furent fuivis par deux Bataillons , & s'étant rangés
en bataille , ils favoriferent le paffage du refte
des troupes . Lorfqu'elles furent de l'autre côté de la
riviere , le Major General Berenklaw fit avancer
fon artillerie , pour battre la Ville du côté de la
porte de l'Ifer , pendant que le Comte Leopold
Palfi attaqueroit la porte de Suabe. Les Pandoures
& les Croates penetrerent en même tems dans le
Fauxbourg de Lochel, & ils y mirent le feu en trois
ou quatre endroits . Le Comte Leopold Palfi profita
de
A
1447
JUIN. 1742. *
de ce premier avantage , pour s'emparer du grand
Jardin qui eft dans ce Fauxbourg , & il y établit
une batterie de cinq piéces de canon , qui commença
à tirer fur la Ville & fur l'Arfenal. Un Corps de
Chaffeurs & de Bourgeois de la Place fit tous les ef
forts pour en chaffer le détachement du Comte
Palfi , & il y eut en cette occafion plus de 40. hommes
de tués de ce détachement, mais il fe maintint
dans fon pofte. Le Régiment de Welfeck , de fon
côté , efcalada le rempart , fans être arrêté par le
feu continuel de plufieurs petites piéces de campagne
, chargées à cartouche .
Le Commandant & les Magiftrats voyant qu'il
n'y avoit plus moyen de défendre la Ville , ils
envoyerent des Députés pour demander à capituler,
& le Major General Berenklaw y confentit , aux
mêmes conditions qui leur avoient été accordées
au mois de Decembre dernier.
J
Il a été difficile de contenir pendant l'attaque les
Pandoures & les Croates dans une exacte difcipline
en entrant dans le Fauxbourg de Lochel , ils
y pillerent d'abord les maifons & maffacrerent un
grand nombre d'habitans , mais le Major General
Berenklaw fit ceffer ces violences , auffi- tôt qu'il
en eut été informé.
L
PRAGUE.
30
E Marquis de Valory , Envoyé Extraordinaire
du Rey
de France auprès du Roy de Pruffe , a
apris par un Courier dépêché par fon Sécretaire de
l'armée de S. M. Pr . que ce Prince avoit remporté
le 17. du mois dernier une victoire à Czaflaw fur
Farmée Autrichienne , commandée par le Prince
Charles de Loraine.
Ces Lettres ayant été écrites auffi -tôt après la
Hvj bataille ,
1448 MERCURE DE FRANCE
bataille , elles ne peuvent contenir un détail affés
circonftancié ; elles marquent feulement les particularités
fuivantes.
La Cavalerie Pruffienne a d'abord été un peu ébranlée
, & les Huffards de l'armée ennemie ayant attaqué
les équipages , ils y ont caufé beaucoup de
défordre , mais les Efcadrons qui avoient été rompus
, fe font bien tôt ralliés & ils ont combattu avec
une extrême valeur . L'Infanterie a foûtenu avec
beaucoup d'intrépidité les efforts des Autrichiens ;
non feulement elle n'a pû être entamée , mais elle a
encore enfoncé en plufieurs endroits l'armée de la
Reine d'Hongrie , & les Pruffiens , ayant obligé les
ennemis de reculer & d'abandonner le champ de ba
taille , les ont mis entierement en déroute .
Les Autrichiens ont été pourſuivis fort loin par le
Roy de Pruffe ; on juge que leur perte eft fort
confidérable , la campagne étant femée de corps
morts des ennemis dans l'étenduë de près d'un
inille d'Allemagne . On ne fçait pas encore au jufte
le nombre des prifonniers qu'on a faits . Il n'y a
pas eû 2000. hommes de tués du côté des Pruffiens ,
& ils n'ont prefque point cû de bleffés .
>
a re-
Le Comte de Rottembourg , qui a donné
des marques de la plus grande valeur
çû trois coups de feu , l'un à l'épaule & les deux
autres dans la poitrine , & l'on defefpere de fa vie .
Le Roy de Pruffe lui a rendu vifite , & S. M. Pr.
lui a témoigné avec toute la tendreffe poffible ,
combien elle étoit touchée de l'état fâcheux dans
lequel il fe trouvoit.
La victoire que ce Prince a remportée , eft
d'autant plus glorieufe pour lui , qu'il ne s'attendoit
point à être attaqué par les Autrichiens , &
qu'on affûre que l'armée du Prince Charles étoit
compofée de soooo hommes , fans y comprendre
les Huffards & les Milices. On
JUIN. 1742: 1449
On a reçû depuis.une Relation plus détaillée de
cette victoire ; elle porte que le Roy de Pruffe ayant
jugé à propos de faire fortir les troupes de la Moravie
, S. M. leur avoit fait prendre des quartiers
dans le Royaume de Boheme entre l'Elbe & la
Szazava , & qu'elle les avoit partagées en trois
Corps, avec l'un defquels elle s'étoit poftée à Chrudim
, & dont les deux autres commandées par les
Lieutenans Feldt - Maréchaux de Jeetz & de Kalckftein
, étoient , le premier à Lautomiffel , & le fecond
entre Kuttemberg & Czalaw. Le deffein du
Roy étoit d'attendre dans cette pofition le renfort
de troupes que le Prince Leopold d'Anhalt Defſau
devoit lui amener , & de former après qu'il auroit
été joint par ce Prince , deux armées dont S. M.
deftinoit , l'une à demeurer en Boheme fous fes ordres
, & l'autre à paffer en Silefie .
Une partie du renfort conduit par le Prince Leopold
d'Anhalt Deffau fe rendit le 12. à Chrudim ,.
mais huit Bataillons , dix Efcadrons de Cuiraffiers
& vingt Escadrons de Huffards , des troupes dont ce
renfort étoit compofé , ayant été obligés de demeurer
en arriere , à caufe de la difficulté des chemins , ils
n'étoient pas encore arrivés , lorsque le Roy reçût
avis que le Prince Charles de Loraine s'avançoit
ver la Boheme. Aufſi -tôt S. M. raffembla fes troupes
, & le 13. l'armée entra fur trois Colonnes dans
le Camp qu'elle devoit occuper , l'aîle droite étant
apuyée au Village de Medlefresh , & l'aîle gauche
au ruiffeau de Chrudimska Les magafins de l'armée
étoient diftribués le long de l'Elbe , à Nimbourg ,
à Podibrodt & à Pardubitz , & le Roy avoit fait
jetter un Pont à Kollin fur cette Riviere , mais les
ennemis , qui pafferent le 14. la Szazava, s'emparérent
de ce Pont , & le Prince Charles de Loraine
ayant fait occuper Czaſlaw par 4500. hommes , les
partis
1450 MERCURE DE FRANCE
partis de l'armée de la Reine d'Hongrie fe trouverent
à portée de faire des courfes jufque dans l'Evêché
de Konigfgratz , qui étoit le canton d'où le Roy
pouvoit tirer le plus de vivres & de fourages.
Comme il n'y avoit plus lieu de douter que le
Prince Charles de Loraine ne pensât à couper aux
Pruffiens la communication avec leurs magalins &
avec l'armée Françoiſe , qui eft fous les ordres du
Maréchal de Broglie , & à tâcher de furprendre la
Ville de Prague, S. M. fe mit en marche le 15. avec
10. Bataillons , 10. Efcadrons de Dragons & un
pareil nombre d'Efcadrons de Huffards , après avoir
ordonné au Prince Leopold d'Anhalt Deffau de le
fuivre le lendemain avec le refte des troupes, & elle
s'aprocha de Hermanfteck. Le Roy y ayant apris
qu'un Corps de 7. à 8000. hommes des ennemis
toit campé à Willimov , & que leur armée n'étoit
qu'à une petite diftance , S. M. alla prendre'
pofte à Kuttemberg , tant afin de pouvoir devancer
les ennemis , s'ils prenoient la route de Prague
qu'afin de s'opofer aux entreprifes qu'ils pourroient
former fur les magafins de l'armée Pruffienne .
>
Le 16. au foir , les détachemens que le Roy avoit
envoyés , pour obferver les mouvemens des troupes
de la Reine de Hongrie , amenerent plufieurs
prifonniers , par lefquels on fut informé que le ,
Corps , qui étoit la veille à Willimow , étoit l'avantgarde
de ces troupes ; que ce Corps ayant
apréhendé , lorfque S. M. étoit allée le reconnoître
, d'être attaqué par toute l'armée Pruffienne
s'étoit reployé pendant la nuit vers le Camp du
Prince Charles de Loraine ; que ce jour -là , à midi ,
ce Prince , après avoir réuni toutes les troupes qu'il
a fous les ordres , avoit continué fa marche , &
qu'il avoit pris par les derrieres de Czaſlaw, Le
Prince Leopold d'Anhalt Deflau ne put joindre le
Roy
JUIN 1742. 1451
Roy ce jour là , parce que quelques - uns des chemins
ayant été rompus par les ennemis , il avoit
été obligé de faire un long détour pour fuivre l'armée
. Cette raifon l'avoit empêché d'éxécuter l'ordre
qu'il avoit reçû de S. M. de chaffer de Czaflaw
les 4500. Hongrois qui y étoient poftés , & il n'étoit
arrivé à la vue de ce Bourg que lorsque le
Prince Charles de Loraine étoit déja à portée de le
défendre.
Le Roy decampa de Kuttemberg le 17. à cinq
heures du matin , & S. M. fut à peine fur les hauteurs
de Neuhoff , qu'on vint lui raporter que l'ar
mée de la Reine de Hongrie marchoit fur trois Colonnes
, dans le deffein d'attaquer l'armée Pruffienne.
Sur cette nouvelle , le Roy envoya un Adjudant
Géneral au Prince Leopold , pour lui dire de
gagner les hauteurs avec le corps de l'armée , de
l'y ranger en bataille , de mettre à la premiere li
gne le plus d'Infanterie qu'il pourroit , & de laiffer
a la feconde ligne l'intervalle néceflaire pour y
placer les dix Bataillons & les vingt Efcadrons qui
étoient avec S. M. Le Prince Leopold ayant fait
les difpofitions ordonnées par le Roy , & S. M.
ayant rejoint l'armée , on commença à canonner
les ennemis , qui non feulement étoient déja en
préfence , mais encore avoient eu le tems de fe former.
Le Lieutenant Feldt Maréchal de Bodenbroek,
à la tête d'une partie de la Cavalerie de l'aîle gauche
des Pruffiens , engagea le combat par ordre du
Roy, & cette Cavalerie ; dont le front étoit plus
étendu que celui de la Cavalerie Autrichienne , attaqua
les ennemis avec tant de vivacité , que la Cavalerie
, qui étoit à la premiere ligne de leur aîle
droite , fut d'abord miſe en défordre. Le Comte de
Rottembourg enfonça en même tems deux Régimens
d'Infanterie à l'aile gauche , & pénétra jufqu'à
1452 MERCURE DE FRANCE
qu'à la feconde ligne. Une pouffiere épaiffe , qui
s'éleva , empêcha la Cavalerie de l'aîle gauche de
l'armée Pruffienne , de profiter fur le champ de fon
premier avantage . Comme cette aîle avoit un plus
grand front que les troupes qui lui étoient opofées ,
elle s'étoit reployée , pour attaquer les ennemis de
front & en flanc , & la Cavalerie de la feconde ligue
de l'armée Autrichienne , ayant fait un mouvement
à la faveur de l'obfcurité caulée par la pouf-,
fiere , chargea brufquement en queue les Escadrons
qui avoient pris la premiere ligne de revers , & qui
dans la crainte d'être envelopes , ſe retirerent avec
précipitation , mais pendant ce tems la Cavalerie
de Paîle droite des Pruffiens conferva fon avantage
fur celle de l'aile gauche des ennemis , & les Efcadrons
qui avoient été ébranlés à la gauche , s'étant
ralliés , ils retournerent à la charge , & firent de
fi grands efforts de valeur , qu'ils taillerent en péces
le Régiment de Vettes , & percerent la premiere
ligne de l'aîle droite de l'armée de la Reine
de Hongrie.
Le Prince Charles de Loraine , pour réparer ce
defavantage , fit attaquer par une partie de l'Infanterie
Autrichienne le Village de Sohofiflow , dans
lequel étoit le Régiment de Schwerin . Ce Régiment
y foûtint pendant long tems les efforts des
ennemis , mais ceux -ci ayant mis le feu au Village ,
il fut obligé de l'abandonner , & il fe retira en bataille
fur le flanc des Bataillons qui y faifoient face
pendant que les autres Régimens d'Infanterie Pruffienne
, qui s'étoient avancés pour le fecourir , allerent
fe pofter de l'autre côté de Sohofiffow dans
un chemin creux qui en étoit un peu éloigné . Toute
l'Infanterie Pruffienne fit alors un feu fi vif de
moufqueterie que les ennemis ne purent y réfifter ,
& le Roy s'étant avancé avec l'Infanterie de fon '
•
aîle
JUI N. 1742. 1453
aîle droite , il renverfa tout ce qui ſe préſenta devant
lui . Les Huffards de l'armée Pruffienne attaquerent
de leur côté l'Infanterie de la reconde ligne
des ennemis ; laquelle étoit dégarnie abfolu
ment de Cavalerie , parce qu'une partie des Efcadrons
qui y étoient , avoit pris la fuite , & que les
autres avoient paffé à la premiere ligne pour la
renforcer , & ils firent un grand carnage de cette
Infanterie qui étoit à découvert de tous côtés ,
qui fut obligée de former un Bataillon quarré , pour
pouvoir le défendre .
&
Le Roy ayant enfoncé le Corps de bataille de
Parmée de la Reine de Hongrie , la premiere ligne,
de cette armée ayant été rompuë en trois ou qua
tre endroits , & la Cavalerie Pruffinne fe difpofant
à fe joindre aux Huffards , pour enveloper l'Infanterie
de la feconde ligne , les ennemis furent entierement
mis en déroute , & leur fuite devint génerale.
Il n'y eut que quatre Escadrons , qui tinrent
encore ferme du côté de Czaſlaw . pendant quelques
momens , mais ils s'enfuirent bientôt à l'aproche
du Roy , qui s'affûra ce pofte.
Les Lieutenans Feldt Maréchaux de Kleift & de
Bodenbroek , que le Roy détacha du champ de
Bataille avec trente Efcadrons & les Huffards , ont
pourſuivi les ennemis dans leur retraite pendant
près de trois lieuës.
La Victoire que le Roy a remportée , n'eft
pas moins dûë à la prudence avec laquelle S. M. a fçû
profiter de tous les avantages & remedier aux differens
inconveniens , qu'à fa valeur & à l'activité avec
laquelle elle s'eût portée dans tous les endroits où fa
préfence étoit néceffaire. Toutes les troupes ont auffi
infiniment contribué à cette Victoire par l'ardeur
avec laquelle elles ont combattu , & elles ont donné
des marques de la plus grande intrepidité . Les Autrichiens
1454 MERCURE DE FRANCE
trichiens fe font défendus avec beaucoup de cous
tage , & ils ont fait tout ce qui dépendoit d'eux
Pour retarder leur défaite . On leur a enlevé vingt,
piéces de canon , deux mortiers , quelques Dra-,
peaux & plufieurs Brendarts. Ils ont percy environ
3500. hommes , le nombre de leurs bleflés doit
être auffi confidérable , on a fait dans l'action 12,30.
prifonniers , parmi lefquels eft le Baron de Pallandt
, un de leurs Generaux. Depuis la bataille
plufieurs de leurs Officiers & de leurs Soldats ont
été pris en s'enfuyant , & il eft arrivé plus de 600.
déferteurs au camp de S. M.
Du côté des Pruffiens , il n'y a eû que 1800.
hommes de tués , & de ce nombre font M. de Wer
deck , Major General , le Comte de Mazan , Colonel
Commandant du Régiment de Bodenbroek ,
le Baron de Biſmarck , Colonel Commandant du
Régiment de Bareith ; M. de Kurtzfleich , Colonel
d'un Régiment de Cavalerie ; le Baron de Schwerin ,
Lieutenant Colonel du Régiment du Prince Guillaume
; M. de Schonning , Major du Régiment de
Gefler , & plufieurs autres Officiers . Le Baron de
Waldaw , Lieutenant Feldt Maréchal , le Baron de
Wedel & le Comte de Rottembourg , Majors Gé
neraux , ont été bleffés , & les deux derniers le font
très dangereuſement. Plufieurs Colonels , Lieute
nans Colonels , & environ cent trente autres Officiers
, ont été auffi bleflés .
Le Roy a déclaré fur le champ de bataille , le
Prince Leopold d'Anhalt Deflau , Feldt Maréchal
& le lendemain S. M. fit une Promotion d'Officiers
Généraux .
Le Maréchal de Belleifle arriva à Prague le 22.
du mois dernier , dans le deffein de fe rendre le
jour fuivant au camp du Roy de Pruffe , mais ayant
apris le jour de fon arrivée en cette Ville , que le
Prince
JUIN. 1742 1455
>
Prince de Lobkowitz avoit ouvert la tranchée devant
le Château de Frawenberg ; que le Maréchal
de Broglie , fur le premier avis qu'il en avoit eû
avoit raflemblé le troupes Françoiles qui font fous
fes ordres , & qu'il marchoit pour forcer le Prince
de Lobkowitz de lever le Siége de Frawemberg , il
partit pour le rendre à l'armée.
Le Maréchal de Belleifle joignit le Maréchal de
Broglie le 23. à Protivin , où la plus grande partie
des troupes Françoifes étoit affemblee , & il fe trous
va le 25. au Combat de Sabay , dans lequel il don
na de grandes preuves de fon zéle & de fon
courage.
O
FRANCF OR T.
Na apris de Francfort du 20. du mois dernier
, que le Duc de Gêvres nommé par le
Roy de France pour aller complimenter l'Empereur
fur fon Election , étant arrivé en cette Ville quel
ques jours après qu'on y eut reçû la nouvelle de la
mort de l'Imperatrice Amélie , & que le cérémonial
qui s'obferve à la Cour Impériale , ne permettant
pas à l'Empereur , de donner une audience
publique avant les obfeques de cette Princeffe, S.M I.
pour fatisfaire à l'empreffement qu'elle avoit de recevoir
les témoignages de l'attention de S.M.T.C.fit
fçavoir le 27. Avril dernier au Maréchal de Belleifle
par le Comte de Preyfing , fon Grand Chambel-
Jan , qu'il dépendoit du Duc de Gêvres , de fe faire
préfenter fans cérémonie par le Maréchal de Bel
jeifle , & qu'elle lui donneroit une audience parti
culiere dans fon Cabinet.
En conféquence de la lettre que le Comte de
Preyfing écrivit au Maréchal de Belleifle à ce fujet
, & dans laquelle le cérémonial qui devoit être
obfervé , fi le Duc de Gêvres préféroit de ne prendre
456 MERCURE DE FRANCE
dre fon audience qu'après les obfeques , étoit fixé ,
Je Maréchal de Bellif conduifit le 28. au marin le
Duc de Gêvres chés l'Empereur Ils trouverent les
Trabans de la Garde de § . M. I. en haye & fous
les armes , & ils furent reçûs au haut de l'efcalier ,
par le G and Marechal à la porte de l'antichambre
par e Chambellan de ſervice , & dans la Saïe
du Trône , par le Grand Chambellan , qui alla les
annoncer à 1 Empereur. Le Grand Chambellan
étant revenu fur le champ les prendre
rent dans le Cabinet , où étoit S. M. I. qui les reçût
debout.
ils entre-
Le Duc de Gêvres complimenta l'Empereur de la
part du Roy de France ; & lui remit la Lettre de
S. M. T. C..
Le Maréchal de Bellei le & le Duc de Cêvres , en
fortant du Cabinet de l'Em ereur , furen conduits
àl'apartement de l'Imperatrice par le Comte de
Preyfing , qui étoit demeuré en dehors à la porte
du Cabinet pendant Paudience Deux Ch. mbeilans
de l'Imperatrice , auxquels le Comte de Preyfing
remit le Maréchal de Bellife & le Duc de Gêvres
à la porte de l'antichambre , les introduifirent dans
la Chambre du Dais , où le Maréchal de Beileifle
& le Duc de Gêvres trouverent la Grande Maîtreffe
Ide la Maifon de l'Imperatrice . La Grande Maî–
treffe les conduifit auffitôt dans le Cabinet & ils y
refterent feuls avec l'Imperatrice. Ils eurent enfuite
audience du Prince Royal & des Princeffes .
Le to. du mois dernier , le Duc de Gêvres ent
fon audience de congé de l'Empereur , étant préfenté
de même qu'à la premiere audience , par le
Maréchal de Belleifle , & le même cérémonial
ayant été obſervé , ils allerent en grand deüil à
cette audience, & l'Empereur êtant fort incommodé
de la goute , fut obligé de les recevoir dans fon hit.
Il
1
JUI N. 1742: 1457
44
Il eft arrivé de Boheme un Courier par lequel
PEmpereur a apris qu'il y avoit eû le 17 du majs
dernier à Czaſlaw une action très - vive entre l'ar
mé commandée par le koy de Pruffe & celle qui
eft lou les ordres du Prince Charles de Loraine
que le Roy de Prune étoit demeuré maître du
champ de b. taille , & que les ennemis avoient fait
une perte confiderab e .
Cette action a duré depuis huit heures du matja
jufqu'à onze. Le Roy de Prufle doit principalement
la victoire à ton Infanterie qui a montre une
- valeur extraordinaire , & les ennemis n'ayant pú
- réſiſter à la vivacité avec laquelle cette Infanterie
‹ a combattu , ils le font retires avec précipitation
laiflant leurs morts & leurs bleflés avec vingt piéces
de canon fur le champ de bataille.
On a apris le 29. du mois dernier que le Maréchal
de Broglie ayant été informé que la nuit dụ : 7. au
18. le Prince de Lobckowitz avoit ouvert la tranchée
devant Frawemberg avec huit Régimens d'Infanterie
, de trois Bataillons chacun , fix Regimens
de Cavalerie ; trois de Huffards , & 1000. Pandoures
ou Rafciens , & que ce Général ayant réfolu
de marcher pour forcer le Prince de Lobkowitz
de lever le Siége de ce Château , il envoya ordre
- aux troupes qu'il commande , de fortir de leurs
- quartiers de cantonnement , & de s'affembler à
Protivin. Toutes les Troupes y arriverent le 23 ,
fous les ordres du Comte d'Anbigné & du Marquis
de la Farre , Lieutenans Généraux , & du Comte
de Berranger , Maréchal de Camp , à l'exception
de la Brigade de Navarre , laquelle étant à Volin &
étant plus éloignée que les autres ne put joindre
J'armée que le 24.
Le Maréchal de Broglie , qui voulut attendre
cette Brigade , profita du féjour qu'il étoit obligé
de
1458 MERCURE
DE FRANCE
*
de faire à Protivin , pour s'emparer de Wodnian ,
pofte très- important , qu'il fit attaquer par 32.
Compagnies de Grénasiers , par les Piquets de la
* Cavalere & des Dragons , par ies deux Régimens
de Hilfards & par deux Compagnies Franches ,
avec fix préces de campagne.
Les Hullards qui étoient dans ce poſte , s'étant
"retirés pendant la nuit , M. d'Appelgrehen , & le
"Marquis d'Outoy l'occuperent avec les Grenadiers,
les deux Régimens de Haffards & les deux Compagnies
Franches . La nuit fuivante , un Corps con-
#derable de Hullards ennemis incommoda beaucoup
ces deux Compagnies qui etoient dans le
Fauxbourg , mais fix Compagnies de Grenadiers
étant forties de la Ville , elles obligerent les ennemis
de fe retirer .
Le 2à la pointe du jour , l'armée Françoife
décampa de Protivin, marchant fur deux Colonnes,
" la Cavalerie à la droite & l'Infanterie à la gauche
& lorfque l'avantgarde , après une marche de trois
* lieuës fut arrivée à la vûë du Village de Sahay ,
on découvrit les ennemis , qui étoient en bataille
près de ce Village , & qui commençoient
à défiler , pour fe retirer vers Budeweid. Le Maréchal
de Broglie preffa auffi tóc fa marche , pour
" attaquer l'arriere - garde , & les ennemis s'étant affembles
dans un bois derriere le Village , ce Gé-
~'néral fit mettie en bataille dans la plaine voifine
les Carabiniers , le Régiment de Dragons Mestre
"de Camp Général & celui de Surgeres , & il fit
"border par de l'Infanterie un chemin creux qui
*étoit à la droite de la plaine .
.
Le Prince de Lobckowitz de fon côté fit avancer
la Cavalerie Autrichienne , & la rangea en bataille
vis-à- vis ves Carabiniers & des Dragons de l'armée
Françoiſe , pendant que les Pandoures & les Rafciens
JUIN. 1742. 1459
•
eiens marcherent au Village de Sahay . Ils y arrive -
rent avant la Brigade de Navarre , le Maréchal que
de Broglie y avoit envoyée , & ils mirent le feu à
quelques maisons ; mais cette Brigade les chafla du
Viilage. Le Maréchal de Broglie s'étant aperçû que
les ennemis fe renforçoient confiderablement à la
droite , il s'y tranfporta, & il envoya ordre aux Carabiniers
& aux Dragons , de charger la Cavalerie
Autrichienne.
Le Marquis de Mirepoix , qui en qualité de Ma-
Téchal de Camp commandoit les Carabiniers &
les Dragons , attaqua fi vivement la Cavalerie ennemie
, & il fe conduifit , ainfi que le Duc de Chevreufe
& le Conite de Crequy , qui fervoient fous
fes ordres , en qualité de Brigadiers , avec tant de
prudence & de valeur , que cette Cavalerie , quoique
fort fupérieure en nombre , fut mife en dé-
Toute & repouffée jufque dans le bois .
Le combat a commencé vers les quatre heures
après midi , & il n'a fini qu'à la nuit. La Cavalerie
de l'armée du Roy ne pûr arriver affés tôt , pour
avoir part à cette action , parce que le chemin
qu'elle avoit pris étant coupé par beaucoup de
marais & de ravins , elle für obligée de le quitter ,
pour fuivre la même route que l'Infanterie."
Les François ont eû en cette occation soe , hommes
de tues ou de blefles , & on compte que les
ennemis ' en ont perdu un beaucoup plus grand
nombre.
Le 27 , le Maréchal de Broglie a détaché le
Comte d'Aubigné , Lieutenant Général , & le Mar,
quis de Villemur , Maréchal de Camp , avec une
Brigade d'Infanterie & une de Cavalerie , pour
s'emparer du Pont & de la ville de Thein , ce qu'ils
ont exécuté.
On a apris de Czafláw , ou le Roy de Pruffe eft
campé ,
1460 MERCURE DE FRANCE
campé que ce Prince , depuis la victoite qu'il a
remportée le 17. du mois dernier fur le Prince
Charles de Loraine , avoit détaché 2000 hommes,
tant d'Infanterie que de Dragons & de Huards ,
qui à la vue de l'armée de la Reine de Hongria
avoient chaffé de Willimov le Corps de troupes
Autrichiennes , qui occupoit cette Ville .
Les mêmes lettres portent , que le Prince Charles
de Loraine avoit quitté le camp de Peterku , où il
s'étoit retranché après la perte de la Bataille de
Czallaw , & qu'il fe retiroit du côté de Teutfch-
.brou.
Un courier qui a paffé par cette Ville a raporté
que le Maréchal de Terring & le Duc d'Harcourt
ayant marché avec un détachement de troupes
Impériales & Françoifes , pour chaffer 2.09 hommes
des troupes Autrichiennes , d'un camp qu'ils
occupoient , les ennemis fur la nouvel e de l'aproche
de ce détachement avoient abandonné ce
camp ; que le Maréchal de Terr og & le Duc
Harcourt avoient co..tinué leur marche , dans le
deffen de s'emparer d'un Pont que le Comte de
Kevenhuller a fait jetter fur le Danube près du
Château d'Hitkelsberg , mais qu'ils n'avoient pas
réuffi dans leur projet , & qu'ayant trouvé dans un
bois un détachement des ennemis , fort fupérieur au
leur , ils avoient été obligés de le retirer .
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 8. du mois dernier ,
qu'il y arriva un courier extraordinaire de
Francfort au commencement du mois par lequel
le Roy aprit que le 14. Avril dernier , le Comte de
Montij , nommé Ambiffideur Extraordinaire de
S.M. , pour complimenter l'Empereur fur fon av
nemen
JUIN 1742. 1461
nement au Trône Impérial , avoit eû une audience
publique de l'Empereur , dans laquelle il s'étoit acquitté
de cette commiffion , & qu'il avoit été adm.
s dans le même jour à l'audience de l'impératrice .
Les Armateurs Efpagnols fe font emparés des
Vailleaux Anglois l'Elizabeth , qui alloit à Terre-
Neuve , le Farewel , qui étoit destiné pour Boſton ,
·la Défiance , qui avoit mis à la voile de Darmouth
pour Lisbonne , & le Saint Charles , qui revenoit de
la Caroline Méridionale.
L'intendant de Marine du Royaume de Galice a
mandé au Roy , qu'une Frégate avoit enlevé fur la
Côte de la Guardia un Bâtiment Anglois , chargé
de Sucre & d'Eau de vie.
Les dernieres dépêches de Don Georges de Macazaga
, Conful de la Nation Eſpagnole à Lisbonne ,
marquen que l'Armateur Jean Fernandez avoit
conduit à Porto deux prifes qu'il avoit faites cn.re
le 43. & le 4+ . degré de Latitude Septentrionale.
O
PORTUGAL.
N mande de Lisbonne du 15. du mois dernier
que le 1o. à quatre heures après midi ,
le Roy de Portugal , qui paroiffoit jouir de la plus
parfaite fanté , fut attaqué fubitement d'une paralyfie
, laquelle fe répandit fur la moitié de fon corps;
que cet accident n'ayant rien ôté au Roy de la lberté
de fon efprit , S. M. fe confeffa le même jour,
& qu'on lui admin.ftra le lendemain le Viatique
après .qu'elle eut reçû du Nonce du Pape & des
Comm:flaires des Tiers-Ordres de N. D. du Mont
Carmel & de Saint François, l'abfolution in articulo
mortis. Les remedes que le Roy a pris , ont déja
produit quelque changement dans fon état , & l'on
efpere qu'ils pourront lui procurer le rétabliſſement
de fa fanté.
I.
Vol .
>
I ITALIE
1462 MERCURE DE FRANCE
O
ITALIE.
N aprend de Rome du 28. Avril dernier , que
le Prince Chigi a fait ôter de la porte de fon
Palais les Armes de la Maiſon d'Autriche , pour y
mettre celles de l'Empereur.
GENES ET ISLE DE CORSE.
Na apris de l'Ifle
O de laisdel'ant de Corfe,que lesBandits
cade près de Cazaconni , ils y avoient eû quelques
hommes de tués , du nombre defquels étoit le nommé
Thomas Francini , du Bourg d'Ampugnano, un
de leurs Chefs , & que le corps de ce Rebelle ayant
été porté à la Baftie , il avoit été traîné fur une
claye , & attaché enſuite à une potence , pour y demeurer
expofé.
On mande d'Antibes , que l'Infant d'Espagne
Don Philipe y étoit arrivé le 27. du mois dernier .
Le 30. le Roy de Sardaigne fe rendit de Plaifance
à Parme , étant accompagné de tous les Miniftres
& efcorté de 200. de fes Gardes du Corps & de
deux Bataillons du Régiment des Gardes Piémontoiles.
Le Comte de Traun y arriva de Correggio le
même jour , afin d'affifter à un Confeil de guerre
que ce Prince tint le lendemain .
y
Toutes les troupes Prémontoiſes qui étoient dans
le Duché de Plaiſance , défilent vers e Parmeſan .
Les troupes Autrichiennes commandées par le
Comte de Traun , fe font avancées vers la Concordia
& vers Quadrello, à la droite & la gauche de la
Principauté de la Mirandole , & les Efpagols de
leur côté commencent à s'aprocher de Ferrare .
Les lettres du Bolonois , portent que le Duc de
Montemar y étant entié avec les troupes qui font
fous
JUI N. 1742. 1463
fous fes ordres il avoit établi fon quartier géneral
à Caftel San Pietro , & que l'avantgarde de l'armée
Espagnole s'étoit avancée jufqu'à une lieue de
Bologne.
Les lettres de Corfe portent qu'il étoit débarqué
encore depuis peu dans l'Ile une troupe de quinze
ou feize des Rebelles qui ont été bannis, & qu'ayant
aporté des armes & des munitions de guerre , ils
commettoient plufieurs brigandages avec quelques
autres Intulaires , qui s'étoient joints
O
GRANDE
à eux .
BRETAGNE .
Na apris de Londres du 17. du mois dernier,
que le 11 le Baron de Hafland , Envoyé Extraordinaire
& Plénipotentiaire de ' Empereur , eut
fa premiere audience du Roy , & qu'il fut conduit
à cette audience par e Chevalier Clement Cotterel ,
Maître des Céremonies , & préfenté par le Lord
Carteret , Sécretaire d'Etat
S. M. Br. a augmenté de roooo. livres sterlings
Ja Penfion du Prince d. Gales , & non - feulement
elle a payé toutes les dettes de ce Prince mais elle a
ordonné qu'on lui remit une fomme de 100000 .
livres fterlings .
Le Gouvernement en a fait donner une de $7000.
en Lettres de change à M de Wafner Miniftre de la
Reine de Hongrie , à compte de ce que le Parlement
a accordé , pour aider cette Princelle à foûtenir
la guerre.
Le Vailleau de guerre de vingt canons , commandé
par le Capitaine Georges Dauney , a conduit
à Plymouth un Vaiffeau qui avoit été armé à
Saint Sebastien , pour aller en courfe , & dont l'équipage
étoit de 126. hommes ,
Le Roy eft convenu avec le Roy d'Espagne des
conditions de l'échange des prifonniers qui ont été
I j faits
1464 MERCURE DE FRANCE
faits de part & d'autre par les troupes des deux
Puiffances , & les prifonniers Efpag ols , qui font
en Angleterre , doivent fe rendre à Portsmouth ,
où ils s'embarqueront pour retourner en Espagne.
Le premier tranfport des troupes deftinées à fe
rendre dans les Pays - Bas , eft arrivé à Oftende .
Les Vaiffeaux de guerre le Port Mahon & le Lann,
cefton , revenant de croifer fur les Côtes de Biſcaye,
ont conduit à Plymouth un Vanieau Efpagnol ,
commandé par l'Armateur Don Manuel Jofeph
del Cerro.
On a apris qu'un Armateur de la nouvelle Yorc
avoit pis à la hauteur des Carraques , un autre Bâtiment
de la même Nation , dont la charge eft eftiée
30000. livres sterlings .
HOLLANDE ET PAYS -BAS.
N mande de Bruxelles du 18. du mois der
nier, que le Colonel Bland , Quartier-Maître
General des Troupes Angloifes deftinées à paffer
la Mer , ayant reçû avis par une lettre du Lieutenant
General Honeywood , qui doit commander ces
troupes pendant l'abfence du Comte de Stairs , que
quatre Régimens de ces troupes s'étoient embarqués,
il a donné part de cette nouvelle au Comte de Harrach
, & que le 12. on fit partir un courier pour
Oftende , avec les ordres néceffaires pour la récep
ption de ces troupes .
Le Comte de Lalaing s'eft rendu dans fon Gouvernement
de Bruges, afin de pourvoir aux arrange
mens qu'il convient de prendre pour le même fujet.
Les Cazernes d'Oftende n'étant pas fuffifantes
pour loger les troupes du Roy de la Grande- Bretagne,
on employera auffià cet ufage la maifon qui
a fervi de magafin à l'ancienne Compagnie des Indes,
établie & enfuite fuprimée par le feu Empereur.
On
JUI N.
1465 1742
On a été obligé , pour pouvoir fournir des logemens
dans la Ville de Bruges à celles de ces troupe's
qui doivent y être miles en quartiers , de faire fortir
de cette Place un Régiment qui y étoit en garnison ,
& l'on en a diftribué les Compagnies à Mons , à
Ath & à Charleroy.
On a apris de Bruxelles du 25. du mois dernier ,
que la Reine de Hongrie & l'Evêque Prince de Liége
ont conclu un Cartel , pour fe rendre réciproquement
les deferteurs de leurs troupes ; il doit ſubfifter
pendant dix ans.
Sur le bruit qui s'eft répandu que le Roy de Fran .
ce fe propofoit de faire affembler des troupes en
Flandres , les habitans du plat Pays commencent à
fe retirer avec leurs meilleurs effets dans les Villes
fortifiées .
Le 19. plufieurs Officiers des troupes Angloifes ,
arriverent à Oftende. Quatre Régimens y débarquerent
le 21. & auffi tôt après être defcendes à terre
ils fe font rendus à Bruges.
XXXXXXXXXXXXXXX * XXX
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
On Antoine de Couto de Caftellobranco Figueira
, Chevalier de l'Ordre de Chrift , Com.
mandeur de celui de S. Jacques , Gentilhomme de
la Maifon du Roy de Portugal , Géneral de Bataille
dans les troupes de S. M. & Grand Alcade de Santiago
de Caffem , mourut à Eftremos , en Portugal ,
le 30. Avril dernier , âgé d'environ 73. ans . Il a
compofé des Mémoires qui lui ont acquis beaucoup
de réputation, & qui prouvent qu'il étoit auffi habile
dans l'Art Militaire que dans celui de bien écrire .
Don Juan Homem da Cunha Deça , Gentilhonime
de la Maifon du koy de Portugal , eft mort en
fon Château d'Alvorninha dans la 129. année de
fon âge.
I iij
FRAN1466
MERCURE DE FRANCE
FRANC E..
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , & c .
1. & Reine ,
E 24. May , Fête du S. Sacrement , le
,
feigneur le Dauphin , entendirent les Vêpres
dans la Chapelle du Château de Verſailles ,
& le foir leurs Majeftés y affifterent au Salut ,
qui fut chanté par la Mufique.
Le 31 , jour de l'Octave , le Roy accompagné
du Duc de Chartres , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , & de fes principaux
Officiers , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du
Château , & S. M. après avoir affifté à la
Proceffion , y entendit la grande Meffe.
Pendant l'Octave , leurs Majeftés ant affifté
tous les jours au Salut .
Le 28. après midy , le Roy fit au Champ de
Mars , près du Château de Marly , la revue
de la Compagnie des Gendarmes , de celle
des Chevau- Legers , & des deux Compagnies
des Moufquetaires de la Garde ordinaire
de S. M. Le Roy paffa dans les rangs
& après qu'elles eurent fait l'exercice , S. M.
les vit défiler.
Le 29 , le Marquis Lomellini , Envoyé
Extraordinaire de la République de Genes
eur
JUIN. 1742 1467
eut fon Audience publique de congé du
Roy , & enfuite de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame. Il fut conduit
à ces Audiences par M. de Verneuil ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui étoit
allé le prendre dans les caroffes du Roy &
de la Reine , & ayant été traité par les Officiers
du Roy , il fut reconduit à Paris dans
les caroffes de leurs Majeftés , avec les cérémonies
accoûtumées.
L'Affemblée Générale du Clergé ayant fini
fes Séances , les Prélats & autres Députés
qui la compofent , fe rendirent à Versailles
le 27. May , & ils eurent Audience du Roy
avec les honneurs qu'on rend au Clergé ,
lors qu'il eft en Corps , & avec les cérémonies
obfervées , lorfque les mêmes Députés
rendirent leurs refpects au Roy le 22. du
mois d'Avril dernier. L'Archevêque de Paris,
Préſident de l'Affemblée , étoit à la tête des
Députés , & l'Archevêque d'Arles , qui porta
la parole , complimenta le Roy avec beau
coup d'éloquence .
Le 3. Juin , le Comte d'Ekeblad , Envoyé
Extraordinaire du Roy de Suéde , eut fa premiere
Audience publique du Roy , & il y
fut conduit , ainfi qu'à celle de la Reine ,
& à celles de Monfeigneur le Dauphin & de
Mefdames , par M. de Verneüil , Introducteur
des Ambaffadeurs , qui étoit allé le
I iiij prendre
*
1468 MERCURE DE FRANCE
prendre à Paris dans les caroffes du Roy &
de la Reine. Le Comte d'Ekeblad fut traité
par les Officiers du Roy , & le foir il fut reconduit
à Paris dans les caroffes de leurs
Majestés , avec les cérémonies ordinaires .
Le Prince de Mafferan , Grand d'Eſpagne ,
qui a paffé à Versailles en retournant de Turin
à Madrid , fut préfenté le même jour à
S. M. dans une Audience particuliere que
le Prince de Campo - Florido , Ambaffadeur
du Roy d'Espagne eut du Roy , & à laquelle
il fut conduit par M. de Verneüjl , Introducteur
des Ambaffadeurs . Le Prince de
Mafferan fut préſenté enfuite à la Reine,
à Monfeigneur le Dauphin , & à Mefdames.
Le même jour , le Comte de Borch , Adjudant
Général du Roy de Pruffe , & qui a
été envoyé à Verfailles par ce Prince , pour
donner part au Roy de la Victoire remportée
à Czaflaw par Sa M. Pr. fur les troupes de
la Reine de Hongrie , prit congé du Roy ,
& il fut préſenté dans la Chambre de S. M.
par le même Introducteur des Ambaffadeurs.
On a reçu avis du Port de Lorient , que
le 30. du mois dernier les Vaiffeaux de la
Compagnie des Indes , le Bourbon , le Comte
de Toulouse & le Triton , y étoient arrivés
très- richement chargés , & que par le retour
JUIN 1742. 1459
tour de ces trois Vaiffeaux , dont les deux
premiers viennent de Pondichery , & le troifiéme
de Bengale , on avoit apris que plu
fieurs autres Navires de la même Compagnie
devoient arriver inceffament. On a fçû
en même tems que les Marates s'étoient affemblés
au nombre de 60000. hommes ,
dans le deffein de s'emparer des Villes de la
Côte de Coromandel , habitées par les Européens
, & particuliérement celle de Pondichery
, dins laquelle les Princes Maures ,
qui s'étoient fauvés de la Ville d'Arcate
avoient cherché un azyle ; qu'ils avoient ménacé
ces Villes d'en former le Siege , fi elles
ne payoient des fommes confidérables en
forme de contribution ; mais que fur les préparatifs
faits dans la Ville & la Citadelle de
Pondichery , & dans toutes les autres Villes ,
ils avoient renoncé à leur projet ; qu'ils
avoient demandé au Gouverneur Général des
Etabliffemens François dans le Pays , fon
amitié & celle de toute la Nation , & qu'avant
que de fe retirer , ils lui avoient envoyé
un Serpeau , efpece de marque d'amitié
, qui ne fe donne par les Princes de ces
Contrées , que comme une preuve de grande
diſtinction.
Les Barnabites établis à Paris ont célébré
le 3. Juin , & les deux jours fuivans , la Fête
de la Béatifi ation du Bienheureux Alexan-
I v die
+
1470 MERCURE DE FRANCE
dre Sauli , Supérieur Général de leur Con
grégation , mort Evêque de Pavie , après l'avoir
été d'Aleria , & Apôtre de la Corſe.
L'Archevêque de Paris officia le 3 ,
y
chevêque de Sens le lendemain , & l'Archevêque
d'Auch le 5 .
l'Ar-
Le Marquis Lomellini , Envoyé Extraordinaire
de la République de Génes , eut le 9.
de ce mois , au Palais Royal , une Audience
de Madame la Ducheffe d'Orleans , & il prit
congé de fon Alteffe Royale .
Le même jour , le Comte d'Ekeblad , En→
voyé Extraordinaire du Roy de Suede , eut
fa premiere Audience de fon Alteffe Royale.
Ces deux Envoyés furent conduits à ces
Audiences par M. de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 14. de ce mois , le Roy quitta le deuil
que S. M. avoit pris le 24. du mois dernier ,
pour la mort de l'Impératrice Amélie .
Le Roy a fait Duc le Maréchal de Bro- .
glie .
Le Chevalier Dauger,Lieutenant Général des
Armées du Roy, & qui a été nommé Lieutenant
Général du Rouffillon , & Commandant
dans cette Province , prêta le 17. de ce
mois ferment de fidelité entre les mains de
Sa M.
Les. RR. PP. Bénédictins , de la Congrégation
de S. Maur , firent le 26. Avril
dernier
JUIN. 1742: 1471
dernier dans l'Abbaye de Marmoutiers près
de Tours , l'ouverture de leur Chapitre Général
, où D. René Laneau fut élu de nouveau
Général , & fes deux Affiftans Dom
Pierre Du Biés & D. Jacques- Nicolas Maumouffeau
furent continués dans leur Office.
D. Jean-Bapt. Floyrac , ci- devant Prieur de
S. Germain des Prez , l'eft devenu de Marmoutiers.
Il eſt remplacé dans la premiere
de ces deux Abbayes par D. Jean Bourdet ,
auparavant Vifiteur de la Province de Frante
. Dom Jean- Baptifte Robat a été fait
Prieur du Monaftere des Blancs - Manteaux
à Paris.
›
BENEFICES DONNE'S.
L'Evêché de Digne , vacant par le décès
de M Feydeau , à M. Du Lau , Vicaire
Général de Meaux.
L'Evêché de S. Flour , vacant par le décès
de M. d'Estaing , à M. de R beyre , Prêtre
, Vicaire Général de Clermont .
L'Abbaye de S. Simphorien de Metz ,
vacante par le décès du fieur Gravelle , à
M. de Joveufe , Clerc tonfuré.
L'Abbaye de la Roche , Ordre de Saint
Augustin , Diocéfe de Paris , vacante par le
décès de M. Canut , à M. de la Clüe , Prê
Vicaire Général de Chartres . >
tre
I vj
L'Ab1472
MERCURE DE FRANCE
L'Abbaye de Port Royal , à Paris , Of
dre de Cîteaux , vacante par la démiffion de
Madame de Montmorin de Saint Herem ;"
à Madame de Vauban , Abbeſſe de Montreuil-
aux - Dames.
L'Abbaye de Montreuil - aux - Dames , Ordre
de Cîteaux , Dioceſe de Laon , vacante
par
la démiffion de Madame de Vauban
à Madame d'Harrincour .
L'Abbaye de Sainte Croix de Poitiers ,
Ordre de S Benoît , vacante par le décès
de la Dame de Parabere , à la Dame Def
cars.
Le Prieuré de Neufchatel en Bray , Ordre
de Cîteaux , Diocéfe de Rouen , vacant par
la démiffion de la Dame le Norman , à la
Dame Le Veneur .
,
Le Prieuré fimple de Lancé , Diocéfe de
Blois , vacant par le décès de M. Duval ,
à M. Mergey , Prêtre.
Le 4. & le 6. Juin , il y eut Concert à la
Cour ; la Reine entendit dans fon Salon le
Ballet de la Paix , mis en Mufique par M.
Rebel , Sur Intendant de la Mufique de la
Chambre , en furvivance de M. Deftouches ,
& par M. Francoeur , Compofiteur de la
Mufique de la Chambre. Les principaux
Rolles furent très bien remplis par les Diles
Fel & Romainville , & par les feurs Benoît
& Jelyot.
Le
JUI N. 1742. 1473
Le 9 , le 11 , & le 13 , on donna l'Opera
de Callirboe , de la Compofition de M. Deftouches
, Sur- Intendant de la Mufique de la
Chambre , en femeftre ; les principaux Rolles
furent chantés par les mêmes Acteurs.
Le 16 , le 18 , & le 20 , S. M. entendit
l'Opera de Scanderberg , mis en Mufique par
Mrs Rebel & Francoeur ; les principaux Rôles
furent remplis par les mêmes Acteurs ,
par les Dlles le Page & Mathieu , & par le
hieur Poirier , dont la voix fait toujours le
même plaifir.
Le
23 , le 25 , & le 27.
la Reine
entendit
l'Opera
d'Isbé
, de
la
Compofition
de
M.
Mondonville
, Ordinaire
de
la Mufique
du
Roy
; les
premiers
Rôles
furent
très
- bienrendus
par
les
fieurs
Benoît
&
Jelyot
, & par
la Dile
Mathieu
.
Le 30 , on concerta l'Opera de Marthefie;
de la Compofition de M. Deftouches ; les
principaux Rôles furent très -bien remplis
par les meilleurs Sujets de la Mufique du
Roy , de même que dans les précedens
Concerts dont on vient de parler , tous éxécutés
au gré de S. M. & de toute la Cour.
Le 27. Juin , le Lieutenant Général de
Police , fit l'ouverture de la Foire S. Laurent
, avec les cérémonies accoûtumées . Ce
Magiftrat avoit déja rendu fon Ordonnance
le 17. du même mois , concernant ce qui
doit
1474 MERCURE1 DE FRANCE
doit être obfervé par les Marchands qui y
font établis , & qui renouvelle les défenſes
des jeux de hazard &c .
Le même jour , l'Opera Comique fit auffi
l'ouverture de fon Theatre par une Comédie
en Vaudevilles , en trois Actes , ornée de
trois Divertiffemens , intitulée les deux Suivantes.
Cette Piéce a été aplaudie , de même
que le Ballet , & ont été executés par
de fort bons Sujets. Un jeune Danfeur &
une petite fille , âgée d'environ huit ans
ont danfe un Pas - de- Deux , au gré du Public.
La Loterie Royale établie par Arrêt du
Confeil , du 13. Février dernier , en faveur
des Pauvres , fut tirée pour la feconde fois
en la grande Sale de l'Hôtel-de Ville de Paris,
en prefence de Mrs les Prevôt des Marchands
& Echevins , le 11. Juin . La Liſte
générale des Billets gagnans fut publiée le
lendemain. Le Gros Lot qui eft de 60000.
livres , eft échu au N° 25665 , fous la Devife
Pour Societé. Le fecond Lot qui eft
de 3000. livres , eft échû au N° 35019 .
fous la Devife , Uno itu victoria triplex.
MORTS
JUIN. 1475 1742
********************
MORTS.
E ... Avril .. de Queffe de Valcourt , Sr de Mar
Lilly, Major d'une des cinq Brigades du Régiment
Royal des Carabiniers , & nouvellement Maréchal
General des Logis d l'Armée commandée
par le Maréchal de Broglie , en Boheme , y mourut.
Il étoit fils de ..... de Queffe , Sr de Valcourt ,
Meftre de Camp, Commandant une des cinq Brigades
du Régiment Royal des Carabiniers , & Maréchal
des Camps & Armées du Roy de la promotion
du 15. Mars 1740. il avoit été marié le 3. Avril
de l'année derniere 1741. avec la fille unique de
feu .... du Carrou de Valentienne , Seigneur de
Mefieres , Brigadier des Armées du Roy , & de ...
de Vigny d'Emerville .
Le 6. Lazare- Louis Thiroux , Ecuyer Sieur de
Vaujour , l'un des Adminiftrateurs de l'Hôtel-
Dieu de Paris , & de l'Hôpital des Incurables , autrefois
l'un des Fermiers Géneraux des Fermes du
Roy , mourut à Paris , âgé de 85. ans . Il étoit fils
de Claude Thiroux , Avocat au Parlement de Dijon,
Enquêteur au Baillage & Chancel erie d'Autun , &
Moncenis , Confeil & Vierg de la Ville d'Autun ,
trois fois élû du Tiérs - Etat de la Province de
Bourgogne , qui fut annobli par Lettres du mois de
Juin 1659. confirmées en 166. en confideration
de fes fervices , & de ceux de fon nom , notamment
de Denis Thiroux , fon pere , un des plus célebres
Avocats de fon tems , qui avoit fervi de
Confeil pendant 30. ans à la Ville d'Autun , dont
il fut quatre fois Vierg , & plufieurs fois Député
aux Etats de Bourgogne & à la Cour . Celui qui
vient de mourir avoit époulé Marie Brunet , fille
de
1476 MERCURE DE FRANCE
de Gilles Brunet , Lieutenant Génetal de la Ville de
Beaune , en Bourgogne , & morte le 14. Mars
1722. âgée de 65. ans . Il en laiffe une nombreuſe
postérité , ayant vû avant ſa mort ſa troifiéme géneration
fe multiplier.
Le .... Avril , Jean Baptifte- François Raudot ;
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , Meftre
de Camp de Cavalerie , & ancien Commandant ,
d'une Brigade du Régiment Royal des Carabiniers,
mourut à Paris , dans la 86. année de fon âge ,
étant né le 24. Août 1656. Il étoit fils de Jean
Raudot , Seigneur de Bazerne , & du Coudray ,
Confeiller- Secretaire du Roy , & de fes Finances
Fermier Géneral des Gabelles de France , mort le
3. Février 1660. & de Marguerite Talon , morte le
10. Mai 1674.
Le 12. D. Louife Durey , veuve depuis le 4. Juin
1739.de Jean Maurice Durand de Chalas, Préfident
en la Chambre des Comptes de Bourgogne , Seis
gneur de Pringy , Mathougues , &c. avec lequel:
elle avoit été mariée le s . Février 1709. mourut à
Paris, âgée d'environ 5 ans. On a marqué de
elle étoit fille , & quels étoient fes enfans dans le
Mercure de Juin 1739.premier volume, page 124
en raportant la mort de foa mari .
+
que
Le 13. Guillaume Antoine , Comte & Seigneur
Haut Jufticier de Chaftelux , en Bourgogne , Didcèfe
d'Autun, Vicomte d'Avalon , Baron de Qua : ré,
&c. premier Chanoine héreditaire de l'Eglife Cathédrale
de S. Etienne d'Auxerre , Lieutenant Géneral
des Armées du Roy , Lieutenant General &
Commandant pour S. M. au Gouvernement de la
Province de Rouffillon , Gouverneur de la Ville ,
Citadelle & Château de Seyne , en Provence, mourut
à Perpignan , âgé d'environ 58. ans . Comme il
avoit trois freres aînés , il fut d'abord deſtiné à l'Etat
JUIN. 1742. 1477
cat Eccléfiaftique , mais il y renonça depuis : &
après avoir fervi dans les Moufque : aires , il fut fait
fucceffivement Guidon de la Compagnie des Gendarmes
de Bourgogne le 6. Avril 1704. Enfeigne
de celle des Gendarmes de Berry au mois de Juillet
1706. Sous Lieutenant de celle des Chevau- Legers
de la Reine , & Meftre de Camp de Cavalerie en
1707. Capitaine- Lieutenant des Chevau-Legers de
Beri le 30 Mars 1715. Brigadier le premier Fé
vrier 1719. Capitaine - Lieutenant des Gendar
mes de Flandres en 1723. Maréchal de Camp
le premier Août 1734. Lieutenant Géneral le 24.
Février 1738. & enfin Lieutenant Géneral & Com.
mandant en Rouffillon en 1740. Il étoit qua_
triéme fils de Céfar- Philipe , Comte de Chaftellux
, Vicomte d'Avalon , Baron de Quarré , & c.
Maréchal des Camps & Armées du Roy , mort le
8. Juillet 1695. & de Judith Barrillon , morte au
mois d'Avril 1721. Il avoit été marié le 16. Février
1722. avec Claire- Therefe Dagueffeau , fille
de Henri - François Dagueffeau , Seigneur de Frefne
, Chancelier & Garde des Sceaux de France
Commandeur des Ordres du Roy , & d'Anne le Févre
d'Ormeſſon. Il en laiffe plufieurs enfans. On a
raporté dans le Mercure de Juin 1732 premier volume
, page 1248. la prife de poffeffion de la Digni
té de premier Chanoine héreditaire de l'Eglife d'Auxerre
par le Comte de Chaftellux , qui vient de
mourir , & l'origine de ce Droit.
Le 13. Joachim-Jofeph d'Estaing , Evêque & Seigneur
de S.Flour, en Auvergne , Prieur du Prieuré de
S.Irenée de Lyon , auquel il fut nommé le 31. Mai
1693. mourut en fon Diocèfe , âgé d'environ 88 .
ans. Il étoit Chanoine de l'Eglife Métropolitaine
de S. Jean , & Comte de Lyon , lorſqu'il fut nommé
le 8. Septembre 1693. à l'Evêché de S. Flour .
"
1478 MERCURE DE FRANCE
Il fur Sacré le 3. Janvier 1694. à Paris , dans l'Eglife
de S. Louis des Jéfaites par l'Archevêque d'Albi
, affifté des Evêques de Cahors & de Vence , &
le S. du même mois il prêta ferment de fidelité entre
les mains du Roy. Il affifta en qualité de Dépu
té de la Province , aux Aflemblées Génerales du
Clergé de France , tenues à Paris en 1701. 1715 .
& 1725. & il fut un des Préfidens de ces deux dernieres
. Il étoit fixiéme fis de Jean d'Estaing , Marquis
de Saillians , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , mort en 1675. & de Claude de Combourcier
, Dame du Terrail , en Dauphiné , de Ravel &
de Moiffac , en Auvergne.
Le 14. Samuel de Bruſſe , Chevalier Seigneur de
la Bonniniere , Lieutenant d'une Compagnie de
Grenadiers au Régiment des Gardes Françoifes ,
mourut à Paris , âgé de 65. ans . Il fervoit dans ce
Régiment depuis 1704. qu'il y fut fait Enfeigne. I
monta en 1713. à une Sou- Lieutenance , & en 1730.
à une Lieutenance .
· LOUISE ELIZABETH D'ORLEANS , Reine
Douairiere d'Espagne , Veuve de Louis I , Roy
d'Espagne , mourut à Paris au Palais du Luxembourg
le 16 de ce mois , après une maladie , pendant
laquelle cette Princeffe a donné de grandes
preuves de fa réfignation aux volontés de Dieu ,
& de la folide pieté qui lui a fait paſſer ſa vie dans
la pratique continuelle de toutes les vertus Chrétiennes
. Cette Princeffe étoit âgée de 32 ans 6
mois & cinq jours , étant née à Versailles le onze
Décembre 1709 , & elle étoit Fille de S. A. R.
Philipe d'Orleans , Petit - Fils de France , Régent
du Royaume ; & de Son Alteffe Royale Marie-
Françoise de Bourbon , Ducheffe d'Orleans. La
Reine d'Espagne qui vient de mourir avoit épousé
en 1722. Louis I , Roy d'Espagne , qui mourut à
Madrid
JUI N. 1742. 1479
Ba
Madrid le 31. Aouft 1724 , & l'année fuivante
cette Princeffe étoit revenue en France .
TRANSPORT & Inhumation du Corps
de la Reine d'Espagne dans l'Eglife de Saint
Sulpice.
Toute la façade des apartemens du fonds de la
Cour du Palais du Luxembourg étoit tenduë de dix
lés , avec trois lés de velours , chargés de grands &
petits Ecuffons aux Armes de la Reine d'Espagne .
Le grand Efcalier qui conduit aux apartemens étoit
pareillement tendu du haut en bas jufqu'au pied de
l'efcalier
La grande Sale des Gardes étoit tendue avec trois
lés de velours chargés de grands & petits Ecuffons
aux mêmes Armoiries.
L'Antichambre , le Grand Cabinet & la Grande.
Salle du dépôt étoient entierement tendus , foncés
& garnis de parterre , avec trois lés de velours'
dans tout le pourtour , chargés d'Armoiries. Le
Corps de la Reine fut expofé dans cette derniere
Sale & élevé für une Eftrade de quatre gradins, furmontée
d'un grand Dais de velours , chargé d'écuffons
, & fur les gradins de 90 chandeliers garnis
de cierges . On avoit placé à l'entrée de cette Sale
deux Autels pour y célébrer la Meffe ; ils étoient'
garnis chacun de cierges avec Ecuffons . La Couronne
couverte d'un crêpe avoit été posée ſur un
carreau de velours & placée fur le cercueil , aų
pied duquel étoit le Bénitier .
Le 19 , les Dames du Palais & les Filles d'Honneur
de la Reine , fe placerent dans cette Sale à
l'un des côtés , & les principaux Officiers occuperent
l'autre , pendant qu'on célébroit la Meffe , &
que plufieurs Prêtres de la Paroiffe pfalmodioient
alternativement avec les Religieux Cordeliers.
L'Après
1480 MERCURE DE FRANCE
L'Après midi du même jour , M. le Duc d'Or
leans , accompagné du Duc de Chartres , alla jetter
de l'eau b.nite fur le Corps de la Reine.
Le 20 , qui étoit le dernier jour que le Corps de
la Reine devoit être expofé , les Cordeliers du
Grand Convent , & ceux de l'Ave ,Maria , allerent
lui jetter de l'eau bénite , de même que les Reli .
gieux Carmes de la Place Maubert , & ceux da
Convent des Billetes ; les Grands & Petits Auguf
tins ; les Capucins de la rue S. Honoré , les Peres
de S. Lazare , les PP, de 1 Oratoire & les PP. Théa .
tins , par députation , les Jacobins des ruës S Honoré
& de S Jacques ; les Religieux Feuillans , les
Religieux Bénédictins de l'Abbaye S. Germain des
Prez & de S. Martin Deichamps , les PP. Auguftins
Réformés de la Place des Victoires , les Chanoines
Réguliers de Sainte Génévieve , le R. P. Abb . &
Général à leur tête; les Minimes de la Place Royale,
ceux de Chaillot , & les PP . Kécolets .
La Reine d'Elpagne ayant demandé par fon Teltament
d'être enterrée dans l'Eglife de S. Sulpice fa
Paroiffe , fans aucune pompe , & le Roy ayant
aprouvé que les intentions de la Reine d'Efpagne
fuffent exécutées , le Corps de cette Princeffeey fut
porté le 21 , vers les dix heures du matin , & la
marche commença en cet ordre .
Un Piqueur en manteau & en crêpe , à cheval ,
couvert d'une houffe noire .
Le Clergé de S. Sulpice compofé de
fiaftiques .
•
400. Ecclé-
Cent pauvres Enfans, pris dans les differens Hôpi
taux de la Ville , portant chacun un flambeau .
Huit Officiers à cheval , avec crêpes & houffes
noires.
Un Caroffe à fix chevaux , harnois drapés , dans
lequel étoient quatre Gentilshommes , deftinés à
porter les quatre coins du Poële .
JUIN, 17427 1481
Un fecond Carofle , pareil au précédent, dans le
quel étoient M. Doubler , Garde des Sceaux , Sé
cretaire des Commandemens , Maiſon & Finances ,
& du Cabinet de S. M. C. M. de S. Amarand
Tréforier Général des Maiſon & Finances , & M.
Pidanfat , Contrôleur Général des Maiſon &
Finances.
Un troifiéme Caroffe à huit chevaux caparaçon
nés & croifés de moire d'argent , dans lequel
étoient la Comteffe & la Marquife de la Riviere ,
avec la Marquife de Clermont Gallerande , Dames
du Palais de S. M. C.
Il y avoit dans le quatriéme Caroffe à fix chevaux
, M. le Curé de S. Sulpice en Etole , accompagné
de trois Prêtres .
Dans le cinquiéme Carofle , attelé de huit chevaux
caparaçonnés & croifés de moire d'argent ,
étoit le Corps de la Reine ; Mrs Bourgain & Tallon
, fes Aumôniers , étoient dans le même ca-
Coffe.
Douze Gardes de la Reine , à cheval , en habits
uniformes , portant des flambeaux , des crêpes au
chapeau & aux Bandolieres , marchoient autour
lu Caroffe ; deux de ces Gardes étoient à la tête
les chevaux ; il y avoit encore plufieurs Suiffes de
a Reine , portant auffi des flambeaux , leus halebardes
renversées , & un grand nombre de Vaets
de pied , portant auffi des Aambeaux.
Le Baron de Mafparo , Major Dôme & Capiraine
Colonel de la Compagnie des Gardes du
Corps , François , le Comte d'Efchenay , Ecuyer
Commandant l'Ecurie , M. de Gafcq , Enfeigne des
mêmes Gardes , & M. de Pimodan Lieutenant des
Gardes du Corps , Suiffes , étoient montés fur
des chevaux caparaçonnés , en longs manteaux ,
& en crêpes,
Dans
1482 MERCURE DE FRANCE
6
Dins le dernier Catoffe à fix chevaux caparaçon
nés , étoient Mefdemoiselles de la Tour de Mon
tauban , & de Durfort , Filles d'honneur de la
Reine.
La Marche étoit fermée par un détachement da
Guet à pied , les hallebardes & fufiis renversés.
y eut auffi dès le commencement de la Marche , u
autre détachement du Guet qui avevit bordé les ruts
des deux côtés , depuis la Porte du Palais du Luxembourg
, jufqu'à l'Eglife de S. Sulpice.
M. le Curé célébra la Grande Melle , après que
le Corps de la Reine eut été exposé dans l'Eglife , &
après les Prieres ordinaires , le Corps fur inhumé
dans un Caveau particulier que la Reine d'Espagne
avoit defigné pour le lieu de fa fepulture .
M. le Duc d'Orleans , accompagné du Duc de
Chartres , s'étoit rendun peu auparavant à l'Egh e
de S. S lpice , & il y entendit e Service ; le Chevalier
d'Orleans Grand Prieur de France , l'Arballadeur
'efpagne , M. M. de Biron , de No
les , de Montmorency & d'Ifenghen , Maréchaux
de France y aflittere auffi ; le Comte d'Argenfon
étoit a la tête de la Maifon du Duc d'Orleans , &
la Comtefie de la Riviere , à la tête des Dames du
Palais , & des Filles d'honneur de S. M. C. Il n'y
eut d'autres tentures dans l'Eglife que les Stales
hautes & balles du Choeur , foncées , tous les bas ,
garnis de parterre dans toute l'étendue du choeur
& de la Nef.
TABL E.
P
IECES EUGITIVES. Quatrains
d'un Enfant ,
pour
l'inftruction
1271
Mémoire Hiſt . ſur la Seigneurie de Marcouffis , 1279
Amuſement
#
Amufement Poëtique , à Morphée 1294
Lettre fur un Sujet de Litterat . Grammaticale , 1300
Stances irrégulieres à Mile Couprin , 1315
Diflertation da R. P. Mathieu Texte , fur un endroit
des Pieres des Agonifans , 1317
Epitre à l'Abbé de la Feillée ,
Suite fur l'abus des Thèmes ,
1331
1334
Vers fur la Sécherefle , . 1354
Reflexions au fujer dn Style Marotique 1356 >
Madrigal à la Comtelle de M ... 1361
Reflexions Académiques fur la Vérité , 1362
Le Philofophe Chrétien , 1374
Extrait d'une Lettre fur la derniere Aurore Boreale
,
Bouquet à Mlle ....
Enigme , Logogryphes , &c .
1375
1380
1381
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
& c. Hiftoire Romaine , depuis la Fondation de
Rome , 1383
Principes fur le Mouvement de l'Equilibre , ibid,
Hiftoire Génerale des Céremonies , Moeurs & Coûtumes
Religeufes , & c.
1384.
Nouvelle Edit . des OEuvres de M.de Fontenelle.ibid.
La Henriade de M de Voltaire , ibid.
Continuation de l'Hiftoire Romaine , 1385
Anatomie raifonnée du Corps Humain ibid.
Livre des Affligés Pénitens ,
ibid.
Traité du Contrepoint Simple, Mufique , & c. 1386
ibid.
1392
ibid.
Livres Etrangers , arrivés chés Briaffon ,
Hiftoire de Marie Stuart , Reine d'Ecoffe ,
Bibliotheca S . . . . & c .
La Vie du Pape Benoit XIII imprimée à Rome, ibid.
Le Virgile , d'après un Manufcrit du Vatican , ibid.
Opufcula omnia , &c,
Les vingt Lives de l'Hiftoire d'Italie ,
Mémoires de la Marquife de Toigaro ,
Les OEuvres de M. Mariotte ,
1393
ibid.
ibid.
1394
Tra.
Traduct . de l'Ouvrage de Jean Albert Fabricius, ibid.
Avis fur le Bureau Typographique ,
Question propofée >
Séance de l'Académie de la Rochelle ,
L'Hiftoire , Ode ,
Eftampes nouvelles ,
Cartes nouvelles , & c.
ibid.
1395
1396
3409
1415
1416
1425
Nouvelle Fabrique de Bas de Soye & autres , 1419
Nouvelle Lampe pour faire du Chocolat, & c. 1422
Chanfon notée' ,
-Spectacles, Extrait d'Amour pour Amour , 1428
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Ruffie , &c . 1441
Morts des Pays Etrangers , 1465
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1466
Bénéfices donnés ,
Morts ,
1471
1475
Transport & Inhumation du Corps de la Reine
d'Espagne à S. Sulpice.
Fantes à corriger dans ce Livre.
$479
Age 1275. ligne 2. ques, life,x que les. P. 13136
P1.6. qui n'eftpoint , l. qui ett . I. 1348. l. 4. du
1.
1. un
bas , tout , ôtez ce mot . P. 135s . l. iç . une ,
P. 1416. l. 9. bonnes , l . bons. P. 1423. 1. premiere ,
une Tube ronde , l . un Tube rond . Même page ,
1. 9. cette , l . ce. Même page , 1. 12. cette , l. ce,
Même page , 1. 16. cette , 1. ce . P. 1428. I. 220
fous , l. fur.
La Chanfon notée doit regarder la page 1425
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
CONTENANT
L'Ambaffade folemnelle de la Porte
Ottomane à la Cour de France.
JUIN
.
1742 .
CURI
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palaisi
M. DCC . XLII .
Avec Aprobation & Privilege du Roy
L
A VIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Fran-
Coife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercuré,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très - inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui souhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofteon aux Meffageries qu'on
Lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
HEXSW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND .
TILDEN FOUNDATIONS,
HE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AV
AMBASSADE SOLEMNELLE
De la Porte Ottomane à la Cour
de France.
Es plus puiffans Princes de l'Orient
ont toujours recherché l'Alliance
& l'amitié de la France ,
furtout dans les tems où l'Empire François
a été gouverné par des Monarques
diftingués par leurs qualités perfonnelles ,
& qui ont porté & mérité le furnom de
GRAND. C'est ainsi que le fameux Haroum
Al Rafchid, ou le Jufte ,Ve Calife de la Maifon
des Abbaffides , dont l'Empire s'étendoit
dans les plus belles Parties de l'Orient , envoya
une célebre Ambaffade à CHARLEMAA
ij
GNE
846 MERCURE DE FRANCE
GNE , Roy de France & Empereur , avec des
Préfens magnifiques ; on peut en voir le dé
tail dans l'Hiftoire des Califes , fucceffeurs de
Mahomet , dans la Bibliothèque Orientale
& dans notre Hiſtoire.
ور
ور
*
» Le fuperbe Aaron , Roy de Perfe , dit
Mezeray , méprifant tous les Princes du
» Monde , ne faifoit cas que de l'amitié de
Charlemagne. Il lui envoya cette année
( 802. ) des Pierreries , des Soyes, des Epi-
» ceries & un Elephant des plus grands . Avec
» cela , fçachant qu'il avoit dévotion pour la
» Terre Sainte & pour la Cité de Jérusalem,
» il les lui donna en propre , fe réſervant
» feulement le Titre de fon Lieutenant dans
" ce Pays - là , & c.
C'eft dans ce même efprit que long- tems
après le Grand Soliman , ou SOLIMAN II,
Empereur des Turcs , dont l'Empire étoit un
démembrement de celui des Califes , rechercha
l'amitié & l'alliance de François I. avec
lequel il conclut un Traité d'Union & de
Commerce , qui a continué & qui fubfifte
encore entre les Defcendans de ces deux
* Les Auteurs Occidentaux défigurent ordinairement
les noms & les qualités des Princes de l'Orient.
Celui- ci doit être apellé HAROUM. Il étoit non - feulement
Roy de Perfe, mais encore Souverain de plufieurs
autres Etats. L'Empire des Califes s'étendoit alors felon
Mezeray même , depuis les Indes jufqu'aux Pyrenées.
grands
JUIN. 847 1742.
grands Monarques . C'eft à cette occafion
que fut écrite cette belle Lettre de Soliman II.
à François I. dont nous avons entre les mains
l'original.
›
Sous le Regne du Roy HENRY LE
GRAND. Autre Traité entre la France & la
Porte Ottomane , lequel nous avons auffi
parmi nos Papiers , imprimé à Paris , le Turc
d'un côté & la Traduction Françoiſe vis - àvis
le Texte , il eft intitulé , ARTICLES du
Traité fait en l'année 1604. entre HENRY LE
GRAND , Roy de France & de Navarre , &
SULTAN AMAT , Empereur des Turcs. Par
l'entremise de M. François Savary , Seigneur
de Breves , Confeiller du Roy , &c . Ambaſſadeur
pour S. M. à la Porte dudit Empereur ,
in-4° A Paris de l'Imprimerie des Langues
Orientales, Arabique, Turquefque , Perfique ,
&c. M. DC. x v .
Ce Traité , fuivi de plufieurs autres , fuc
encore renouvellé en 1673. par un autre que
nous poffedons , fous le glorieux Regne de
LOUIS LE GRAND , par les négociations du
Marquis de Nointel, fon Amballadeur. Il eft
imprimé à Marſeille en l'année 1676 .
Trois ou quatre années auparavant , c'eftà
dire en 1669. le Sultan Mehemet IV. avoit
envoyé au Roy , Soliman Muteferaca , en
Ambaffade , laquelle fut comme le Prélimi-
* C'eft Achmet 1. fils de Mahomet III.
A iij naire
848 MERCURE DE FRANCE
naire du Traité dont on vient de parler
Ce même grand Prince , qui avoit vû à ſa
Cour des Ambaffadeurs de Siam , du Roy
d'Ethiopie , & des Envoyés de la Chine , reçût
fur la fin de fon Regne une Ambaſſade
folemnelle de la part de SCHAH HUSSEIN
Roy de Perfe , Prince célebre depuis par fes
difgraces & par les révolutions arrivées dans
fa Famille Royale & dans fes Etats . Mehemet
Riza Beg , Chef de cette Ambaffade , négocia
auffi un Traité d'Alliance & de Commerce
de la part du Roy fon Maître, avec les
Miniftres du Roy , lequel fut heureuſement
conclu & exécuté .
Au commencement du Regne du Roy ;
rrès-heureuſement regnant , qui réunit les
grandes qualités de fes plus illuftres Ancêtres,
arriva en 1721. la magnifique Ambaffade de
Mehemet Effendi , Sur Intendant des Finances
, &c. non feulement pour marquer , ou
pour confirmer la continuation de la bonne
intelligence & de l'amitié de la part du Sultan
ACHMET III. mais fpécialement pour af.
fürer S. M. que les Lieux Saints de Jérufalem,
objets de fa dévotion & le fujet de fes inftances
à la Porte , lefquels menaçoient d'une
ruine prochaine , avoient été heureuſement
& entierement réparés par les permiffions
les ordres exprès & les facilités que le Sultan
& fes Miniftres avoient donnés pour procurer
JUIN, 849
1742?
curer à l'Empereur de France une entiere fatisfaction.
Nous nous croyons bien fondés de nous
expliquer en ces termes au fujet de cette Ambaffade
, puifque les Lettres aportées au Roy
par Mehemet Fffendi , tant du Sultan que du
Grand Vizir , dont nous avons de bonnes
Traductions , ne difent autre chofe .
Enfin nous avons aujourd'hui la fatisfaction
, après que par la médiation du Roy &
fous fes aufpices , la Paix a été rétablie entre
l'Empire d'Allemagne , le Czar & l'Empire
Turc , de voir ici un nouveau Miniftre de la
Porte Ottomane , aporter de nouveaux
gages
de la parfaite amitié & de la bonne intelligence
qui font entre les deux Empires depuis
tant de fiécles , avec cette heureuſe cisconftance
que ce nouvel Ambaffadeur eft le
Fils du fage , fçavant & magnifique Mehemet
Effendi , qui a ci - devant emporté l'eftime
du Roy & de toute la France.
*
Ce digne Fils , qui avoit accompagné fon
illuftre Pere dans fon Ambaffade , fe nomme
Said Mehemet Pacha. Il eft Beiglerbeg de
Romelie , âgé d'environ 45 .
nomination à cette Ambaffade
ans. Après fa
par le Sultan
* BEIGLERBEG ou Seigneur des Seigneurs , celui
de Romelie eft le premier de tous. Il n'y en a que 24
La Romelie la Romanie , c'est la même chofe. C'est
felon les Furcs , le Pays des Grecs ou des Romains .
A iiij MAMUD
,
850 MERCURE DE FRANCE
MAMUD , il partit de Conftantinople avec
toute fa fuite fur des Vaiffeaux François , le
2. du mois d'Août dernier pour fe rendre
en France.
Il arriva à Toulon le 17 du mois de Septembre
, & il entra le même jour au Lazaret
, pour y faire fa Quarantaine : il en fortit
le 14 du mois d'Octobre , & il alla occuper
la maiſon apellée le Jardin du Roy , qui lui
avoit été préparée. M. de Jonville , Gentilhomme
Ordinaire , que le Roy avoit nommé
pour aller de la part de S. M. faire compliment
à l'Ambaſſadeur à fon arrivée , pour
l'accompagner pendant fa route , & pour lui
faire rendre , dans tous les endroits par lefquels
il pafferoit , les honneurs que reçoivent
ordinairement les Ambaffadeurs de la
Porte Ottomane , arriva chés l'Ambaſſadeur,
dès qu'il fut dans la maifon qui lui avoit é
deftinée , & il le complimenta de la
Roy.
50
part du
Un détachement de so hommes monta
la garde chés l'Ambaffadeur , lequel a eu
une pareille Garde pendant tout le tems de
fon féjour à Toulon , dans fon voyage , & à
la Maifon qu'il a occupée dans le Fauxbourg
Saint Antoine à Paris
L'Ambaffadeur partit de Toulon le 7 du
mois de Novembre dans les caroffes que le
Roy avoit fait envoyer d'ici pour lui fervir
&
JUIN:
1742. 851
& à toute fa fuite pendant le voyage . Il arriva
à Lyon le 20 , à Dijon le premier du mois
de Decembre , & le 16 au Fauxbourg Saint
Antoine.
Il a toujours été accompagné dans la route
par differens détachemens des troupes du
Roy : il a été complimenté dans les Villes
de fon paffage , & il y a reçû tous les honneurs
que S. M. avoit ordonné de rendre à
cet Ambaffadeur.
Le 7. Janvier , jour auquel le Roy avoit
fixé l'Entrée publique de l'Ambaffadeur Extraordinaire
du Grand Seigneur à Paris , le
Maréchal de Noailles , & M. de Verneuil ,
Introducteur des Ambaffadeurs , allerent avec
les caroffes de L.M. prendre l'Ambaffadeur aur
Fauxbourg S. Antoine. Après le cérémonial
qui eft en ufage en pareille occafion , l'Ambaffadeur
, le Maréchal de Noailles & l'Introducteur
, étant montés à cheval, l'Ambaſfadeur
fit fon Entrée publique en cette Ville
dans l'ordre fuivant.
La Compagnie des Infpecteurs de Police
à cheval, précedée de Timbales , Trompettes
& Hautbois ; la Compagnie du Guet à cheval
, précedée de Timbales & Trompettes ,
marchant quatre à quatre , M. Duval Commandant
cette Compagnie , étant feul à la
tête ; le caroffe de l'Introducteur , précedé de
quatre chevaux de main, & d'un domestique à
A v cheval
852 MERCURE DE FRANCE
cheval ; fix Gentilshommes du Maréchal de
Noailles, marchant deux à deux ; fon Ecuyers
huit chevaux de main ; deux Suiffes à cheval,
fon caroffe : le Chevalier de Mailly , Meftre
de Camp du Régiment de Dragons de Mailly
, précedé de fes chevaux de main ; les Of
ficiers de ce Régiment , dont les Dragons
marchoient quatre à quatre ; douze chevaux
de main de la Grande & de la Petite Ecurie
du Roy ; fix Interpretes de l'Ambaffadeur , à
cheval , & marchant deux à deux ; trente de
fes Pages ou Officiers , marchant de même ;
quatre Trompet.es de la Chambre du Roy ;
le Chariot fur lequel étoit la Tente que le
Grand Seigneur envoye au Roy ; an Brancard
qui portoit d'autres préfens ; neuf chevaux
que le Grand Seigneur envoye à S. M. &
dont le dernier avoit un harnois très-magnifique
; quatre autres Trompettes de la
Chambre .
>
M. de la Tournelle , Secretaire à la conduite
des Ambaffadeurs , marchant ſeul ; dix
des principaux Officiers de l'Ambaffadeur
deux à deux ; le Maréchal de l'Ambaffade
& le Fils de l'Ambaffadeur ; un fous Ecuyer
de l'Ambaffadeur ; huit chevaux de main
harnachés à la Turque & couverts de Boucliers;
fix Heyduques, marchant deux à deux;
M. de Laria , Interprète du Roy , à cheval.
L'Ambaffadeur , le Maréchal de Noailles à
fa
JUIN. 1742.
853
à fa droite & M. de Verneuil , Introducteur ,
fa gauche , marchant tous trois de front.
Un fous Ecuyer de l'Ambaffadeur , à pied
à la tête de fon cheval , & deux Officiers
des Ecuries du Grand Seigneur à pied aux
deux côtés. L'Ecuyer de l'Ambaffadeur étoit
derriere lui ; fa livrée marchoit en deux files
depuis la croupe de fon cheval ; celles du
Maréchal de Noailles & de l'Introducteur
étoient auprès d'eux ; vingt Maîtres du Régiment
de Beaucaire, Cavalerie, commandés
par un Lieutenant & un Maréchal des Logis,
marchoient fur la droite & fur la gauche de
l'Ambaffadeur.
La Compagnie des Grenadiers à cheval ,
le Marquis de Creil à la tête , marchoit après
l'Ambaffadeur ; le Régiment de Cavalerie de
Beaucaire, le Meftre de Camp & les Officiers
à la tête , venoit enfuite . Le caroffe du Roy
marchoit après le Régiment de Cavalerie ; la
Connétablie étoit aux deux côtés du caroffe
du Roy , lequel étoit fuivi de celui de la Rei
de ceux de Madame la Ducheffe d'Or
leans , du Duc d'Orleans , du Duc de Chartres
, de la Ducheffe de Bourbon , du Comte
de Charolois , du Comte de Clermont , de
la Princeffe de Conty , du Prince de Conty,
de la Ducheffe du Maine , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , de la Comteffe de
Toulouſe , du Duc de Penthievre , & de ce-
A vj lui
,
854 MERCURE DE FRANCE
lui de M. Amelot , Miniftre & Secretaire
d'Etat, ayant le département des affaires Etrangeres.
Un détachement de la Compagnie du
Guet à cheval , fermoit la marche.
L'Ambaffadeur paffa par la grande ruë
du Fauxbourg Saint Antoine , la rue S. Antoine
, la rue Royale , la Place Royale , de
laquelle il fortit par la rue de l'Echarpe ; il
continua fa route par les rues Culture fainte
Catherine , S. Antoine , le Cimetiere Saint
Jean , les rues de la Verrerie , des Lombards,
S. Denis , de la Feronnerie , S. Honoré , du.
Roule , de la Monnoye , le Carrefour des
trois Maries , le Quai de l'Ecole , celui du
Louvre , le Pont Royal , le Quai Məlaquaïs ,
celui de Conty , les rues Dauphine , de la
Comédie Françoife , de Conde , de Vaugirard
, & ayant paflé devant le Palais du Luxembourg
, il arriva à l'Hôtel des Ambaſſadeurs
Extraordinaires , ruë de Tournon .
>
L'Ambaſſadeur trouva fur fon paffage plu-
Geurs Brigades du Guet à cheval & Efcoüades
du Guet à pied ; dans la Place Royale
la Compagnie des Archers de la Ville ; à l'entrée
du Pont Neuf & fur le commencement
du Quai de l'Ecole , la Compagnie du Prevôt
de la Monnoye ,au Carrefour de Buffy ,
celle du Lieutenant de Robe- Courte , & dans
la ruë de Vaugirard , du côté du Palais du
Luxembourg , la Compagnie du Prévôt de
Lorfque
nude.
JUIN. 1742. 855
Lorfque Ambatiaaeur fut defcendu à.
l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires ,
le Maréchal de Noailles l'accompagna jufques
dans la Chambre d'Audience en lui
donnant la main ; il l'établit dans cet Hôtel ,
préparé pour fon logement , & lorfque le
Maréchal de Noailles fe retira , l'Ambaſſadeur
lui fit les honneurs , le vit monter dans fon.
caroffe & partir.
Le 11. Janvier , jour donné par le Roy,
pour l'Audience publique que l'Ambaffadeur
devoit avoir de S. M. le Comte de Brionne
& M. de Verneüil , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent dans les caroffes de Leurs
Majeftés , prendre Saïd Mehemet Pacha à
P'Hotel des Ambaffadeurs Extraordinaires ,.
pour le conduire à Verſailles .
L'Ambaladeur étant arrivé dans l'Avenuë.
du Château à la maifon de M. Bontemps , il
y monta à cheval , pour entrer dans le Château
, & la marche fe fit dans l'ordre fuivant.
Le caroffe de l'Introducteur , précédé comme
il l'avoit été le jour de l'Entrée à Paris ;
deux Gentilshommies du Comte de Brionne ;,
fix chevaux de main ; fon caroſſe ; douze
chevaux de main des deux Ecuries du Roy ;.
les Interpretes de l'Ambaffadeur & fes trente.
Pages ou Officiers , marchant comme à l'En-.
tréesles huit Trompettes de la Chambre ; le Secretaire
à la conduite des Ambaffadeurs , feul
les.
856 MERCURE DE FRANCE
les dix principaux Officiers de l'Ambaffadeur;
le Maréchal de l'Ambaflade , & le Fils de
P'Ambaffadeur. Un Ecuyer précédoit fes huit
chevaux de main , harnachés à la Turque &
couverts de Boucliers. Les Heyduques , le
fous Ecuyer de l'Ambaffadeur & les deux
Officiers des Ecuries du Grand Seigneur ,.
marchoient à pied , comme ils avoient fait à
l'Entrée. L'Interprête du Roy étoit à cheval
devant l'Ambaffadeur , ainfi que le Secretaire
d'Ambaffade , lequel porroit la Lettre du
Grand Seigneur au Roy.
L'Ambaffadeur avoit à fa droite le Comte
de Brionne , à fa gauche M. de Verneüil , Introducteur
des Ambaffadeurs , & ils mar--
choient tous trois de front , la livrée de l'Ambaffadeur
, celle du Comte de Brionne &
celle de l'Introducteur étant auprès d'eux . Le
caroffe du Roy & celui de la Reine fermoient
la marche. Tous les chevaux qui ont fervi en
cette occafion & à l'Entrée , étoient des deux
Ecuries du Roy.
En fortant de la maifon où l'Ambaffadeur
avoit monté à cheval , il trouva le Régiment
des Gardes Françoifes & celui des Gardes
Suiffes ,fous les armes, les Tambours apellant,
les Drapeaux déployés : ces deux Régimens
étoient rangés en bataille dans l'avenue du
Château jufqu'à l'Efplanade , dans laquelle
étoient les détachemens des Gardes du Corps
du
JUIN. 857 1742
du Roy , ceux des Gendarmes & des Chevau
Legers de la Garde , & ceux des deux
Compagnies des Moufquetaires de la Garde,
ces troupes étant en batailles à droite & à
gauche depuis l'avenue jufqu'à la premiere
grille du Château.
Les Compagnies des Gardes Françoiſes &
Suiffes , qui formoient la Garde ordinaire du
Roy , étoient dans l'avant Cour du Château ,
fous les armes , Tambours apellant & Drapeaux
déployés.
L'Ambaffadeurtrouva à la porte de la Cour
du Château les Gardes de la Porte , à leurs
poftes ordinaires , & ceux de la Prévôté de
l'Hôtel , rangés en haye jufqu'à la Sale des
Ambaffadeurs , où l'Ambaffadeur defcendit
de cheval , après avoir fait , fuivant l'ufage ,
le tour de la Cour.
L'Ambaffadeur s'y étant repofé quelque
tems , traverfa la Cour , pour aller à l'Audience
du Roy , étant précédé de tous fes
Officiers , de fes Pages , & fuivi des fes Heyduques
& de fa livrée. Les huit Trompettes
de la Chambre du Roy précedoient l'Ambaffadeur
, qui marchoit entre le Comte de
Brionne & l'Introducteur . Le Secretaire de
l'Ambaffade , portant la Lettre du Grand
Seigneur élevée fur fes mains , & l'Interprete
du Roy , étoient devant l'Ambaffadeur , lequel
fut reçû au bas de l'efcalier qui conduit
au
358 MERCURE DE FRANCE
au grand apartement, par le Marquis de Dreux,
Grand Maître des Ceremonies , & par M.
Defgranges , Maître des Céremonies. Les
Cent Suiffes , leurs Officiers à leur tête
étoient fur l'efcalier , en habits de cérémonie
& la hallebarde à la main .
L'Ambaffadeur fut reçû à la porte de la Sale
des Gardes en dedans , par le Maréchal de
Noailles , Capitaine de la premiere Compagne
des Gardes du Corps , qui étoient en
haye & fous les armes , & étant précedé de
tous les Officiers de fa Maiſon , il traverſa le
grand apartement du Roy , pour arriver à la
Galerie , où S. M. devoit lui donner audience.
On avoit élevé dans le fond de cette Galerie
deux Eftrades , l'une fur l'autre , & le
Trône du Roy étoit placé fur la feconde : on
avoit dreffé fur la droite du Trône , des Gra
dins, lefquels étoient remplis par les Dames;
les Seigneurs de la Cour , & un grand nombre
de perfonnes de diftinction , étoient de
l'autre côté.
Le Roy étoit aflis fur fon Trône , ayant à
fes côtés Monfeigneur le Dauphin & les Princes
de la Maifon Royale . Le Grand- Chambellan
, & le Grand - Maître de la Garderobe
étoient à côté du Trône à la droite. Les Premiers
Gentilshommes de la Chambre étoient
à la gauche . Le Duc de Châtillon & l'ancien
Evêque de Mirepoix étoient derriere Monfeigneur
JUIN. 1742. 855.
Teigneur ic Dauphin , & les Secretaires d'Etat
étoient fur la premiere Eftrade à la droite
du Trône.
Auffi -tôt que l'Ambaffadeur fut arrivé à
l'entrée de la Galerie , & qu'il put être aperçû
du Roy , il fit fa premiere réverence , tenant
la main droite fur fa poitrine , & faiſant
une profonde inclination . Pendant cette réverence
, le Roy fe leva fans fe découvrir.
L'Ambaffadeur s'avança jufqu'au - delà du
milieu de la Galerie , où il fit fa feconde réverence
; il monta enfuite fur l'Estrade , &
étant au bas du degré du Trône , il fit fa troifiéme
réverence , après laquelle le Roy ôta
fon chapeau & le remit fur le champ . L'Ambaffadeur
, qui avoit à fa droite le Comte de
Brionne & le Maréchal de Noailles , & à fa
gauche l'Introducteur , fit au Roy fon compliment
, qui fut expliqué par l'Interprete du
Roy , lequel étoit fur l'Eftrade près de l'Introducteur.
Le Roy répondit à l'Ambaffadeur ,
& après que la réponſe de S. M. eut été expliquée
, le Secretaire de l'Ambaffade monta
fur les marches de la feconde Eftrade , & remit
la Lettre du Grand Seigneur à l'Ambaffadeur
, lequel la préfenta au Roy. S. Majeſté
l'ayant reçûë , la donna à M. Amelot , Mi
niftre & Secretaire d'Etat ayant le Département
des affaires Etrangeres , lequel dans le
moment de l'Audience étoit monté fur la fe-
>
conde
860 MERCURE DE FRANCE
conde Eftrade , & s'étoit avancé auprès du
Trône à la droite du Roy.
L'Ambaffadeur eut enfuite l'honneur de
préfenter à S. M. le Maréchal de l'Ambaffade
& fon Fils. Après cette préfentation ,
l'Ambaffadeur fit une profonde inclination
au Roy , & defcendit les marches du Trône
fans tourner le dos. Le Roy ôta fon chapeau
& le remit fur le champ. L'Ambaffadeur fit
une feconde réverence au bas de la premiere
Eftrade , & la troifiéme à quelque diſtance ,
S. M. étant reftée debout pendant ces trois
réverences. Pendant cette Audience , Monfeigneur
le Dauphin & les Princes demeurerent
toujours découverts .
Y
Après l'Audience du Roy , l'Ambaffadeur
en eut une de Monfeigneur le Dauphin, & il
fut conduit comme il l'avoit été à celle du
Roy. Monfeigneur le Dauphin étoit affis
dans un fauteuil , placé fur une Eftrade &
fous un Dais , il fe leva , lorfque l'Ambaſſadeur
fit fa premiere réverence , & il fe découvrit
un moment lorfque l'Ambaffadeur ar
rivé aux pieds de l'Eftrade , fit fa troifiéme
réverence ; le compliment de l'Ambaſſadeur
& la réponse de Monfeigneur le Dauphin
furent expliqués par l'Interprete du Roy , &
lorfque l'Ambaffadeur cut eû l'honneur de
préfenter à Monfeigeur le Dauphin le Maréchal
de l'Amballade & fon Fils , il repeta les
mêmes
JUIN. 861
1742:
mêmes réverences qu'il avoit faites en arrivant
à cette Audience , dans laquelle il fuivit
le cérémonial obſervé à celle de S. M.
L'Ambaſſadeur étant forti de chés Monfeigneur
le Dauphin , fut conduit par l'Introducteur
dans la petite Galerie de l'apartement
du Roy , où S. M. avoit trouvé bon
qu'on mît la plus grande partie des Préfens
que le Grand Seigneur a envoyés au
Roy , & qui avoient été aportés à Versaillesle
jour précedent. Lorfque l'Ambaffadeur fut
arrivé dans cette Galerie , le Roy qui en fut
averti par l'Introducteur , y paffa , étant accompagné
de M. Amelot : Sa Majefté examina
les Préfens , & parla à l'Ambaſſadeur
avec beaucoup de bonté.
Au fortir de chés le Roy , l'Ambaffadeur
alla en grande céremonie rendre fa vifite au
Cardinal de Fleury , & il y fut conduit par le
Secretaire à la conduite des Ambaffadeurs.
Le Cardinal de Fleury & l'Ambaffadeur entrerent
en même tems par deux portes differentes
dans le Cabinet deftiné à la vifite , &
lorfqu'ils fe joignirent au milieu de ce Cabinet
, le Cardinal de Fleury ôta fon chapeau
& le remit fur le champ. Après le premier
compliment , le Cardinal de Fleury s'étant
mis dans un fauteuil à la place la plus hono
rable , l'Ambaſſadeur qui étoit affis dans un
fauteuil pareil, préfentâ au Cardinal de Fleury
852 MERCURE DE FRANCE
ry une Lettre du Grand Vifir . On aporta enfuite
le caffé & des confitures feches , qui
furent fervies en même tems au Cardinal de
Fleury & à l'Ambaffadeur. Après la vifite
pendant laquelle le Maréchal de l'Ambaffade
& le Fils de l'Ambaffadeur furent préſentés ,
le Cardinal de Fleury & l'Ambaffadeur ſe leverent
, & lorfque ce dernier fe retira , le
Cardinal de Fleury fe découvrit & le vit for- .
tir du Cabinet fans le reconduire.
L'Ambaffadeur fut enfuite traité par les
Officiers du Roy , ainfi que toute fa fuite
& le foir il fut reconduit à l'Hôtel des Am ..
baffadeurs Extraordinaires dans les caroffes
de L M. par M. de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs , avec les cérémonies accoûtumées
L'Ambaffadeur ne fortit point à
cheval de la Cour du Château , comme il y
étoit entré , parce qu'il fit demander au Roy
la grace de l'en difpenfer , ce que S. M. avoit
bien voulu lui accorder.
,
De retour à Paris , l'Ambaffadeur fe prépara
à rendre fes vifites aux Princes du Sang , cependant
il fut acceffible à toutes les Perfonnes
de confidération qui vinrent le vifiter
& qu'il reçût avec toute la politeffe imaginable
; fon Hôtel fut enfin ouvert à tous les
honnêtes Gens qui y viennent encore en foule
, & qui s'en retournent fort fatisfaits en.
toutes manieres. Il reçoit fur tout avec des
égards
•
1
JUIN.
863
1742
égards particuliers les Sçavans & les Gens de
Lettres.
Le Samedi 10. Février , il commença fes
vifites par celle de S. A. S. le Duc d'Orleans ;
ce Prince étant alors à l'Abbaye Ste Geneviéve
, l'Ambaffadeur fut reçû au Palais Royal
par le Duc de Chartres , qui defcendit juf
qu'à la cinquiéme marche de l'efcalier, La
vifite dura environ un quart d'heure , pendant
laquelle le Prince & l'Ambaſſadeur furent
affis chacun dans un fauteuil , vis - à - vis
l'un de l'autre , le Duc de Chartres étant
couvert & n'ôtant fon chapeau que lorsqu'on
nommoit l'Empereur de France & le Grand
Seigneur. Il donna toujours la main à l'Ambaffadeur
, qui fut reconduit jufqu'à fon caroffe
par le Prince , qui le vit partir , après
l'Ambafladeur eut fait un dernier falut
que
debout.
Il continua le lendemain & les jours fuiz
vans fes vifites au Comte de Charolois , au
Comte de Clermont , au Prince de Conty ,
au Prince de Dombes , au Comte d'Eu , &
au Duc de Penthievre . Tout fe paffa de la
même maniere qu'à l'égard du Duc de
Chartres.
L'Ambaffadeur a fait fes vifites avec deux
caroffes ; il étoit dans le premier , accompa
gné du Secretaire à la fuite des Ambaſſadeurs
& de M. de Laria , premier Interprete . Dans le
fecond
864 MERCURE DE FRANCE
fecond caroffe étoient fon Fils & fon Gendre:
a
Les Princes rendant leurs vifites , l'Ambaffadeur
les a reçûs à la defcente du caroffe
dans la Cour de l'Hôtel , & les à conduits
dans une Sale de plein pied , donnant toujours
la main aux Princes , lefquels étoient
couverts , fi ce n'eft en faluant & en parlant
du Roy & du Grand Seigneur.
Comme l'Ambaffadeur eft extrêmément
curieux de belles & de bonnes chofes , &
que fon goût eft excellent , prévenu d'ailleurs
en faveur de la France pour tout ce qui con
cerne les Beaux- Arts , &c. il voit actuellement
tout ce que Paris renferme de plus
confidérable , en commençant par les Temples.
Nous rendrons en tems & lieu un
compte fommaire de toutes ces chofes , &
nous fuivrons ce Miniftre jufqu'au tems de
fon départ pour retourner à Conftantinople.
Cependant pour mettre notre tems à profit
donner aux Lecteurs les inftructions
que nous avons promiſes à l'occaſion de
cette célebre Ambaffade , on trouvera ici
quelques Remarques d'Hiftoire & de Politique,
qui y ont un parfait raport & qui n'ont
jamais été publiées .
& pour
Après la mort de François I. l'Empereur
Charles V. trouva un Rival encore plus redoutable
en la perfonne d'Henri II . fon trèsdigne
Succeffeur. Cependant l'Alliance de
la
1
JUIN. 1742. 865
•
La France avec la Porte Ottomane, qui avoit
commencé fous le Regne précedent , fut
continuée sous ce nouveau Regne , comme
elle l'a été dans tous les fuivans , & telle
qu'elle fubfifte encore aujourd'hui , d'où il a
réfulté un double avantage , d'abord pour la
Religion , qui fous les auſpices de nos Rois,
a été protegée dans toute l'étenduë de l'Empire
Ottoman , les Lieux Saints de la Paleſtine
confervés , &c. & pour le Commerce des
François dans le Levant , dont on ne peut
prefque pas fe paffer , qui a été pareillement
protegé , augmenté & devenu floriffant.
1
Il eft même arrivé que les autres Puiffances
de l'Europe , celles mêmes qui avoient le
plus déclamé contre l'Alliance de la France
avec la Porte , & fur laquelle il fallut toute
P'Eloquence de B. de Montluc pour la juſtifier
auprès d'une très fage République ; ces
mêmes Puiffance , dis - je , ouvrant les yeux
fur leurs propres interêts , ont dans la fuite
fait de pareils Traités d'Alliance & de Commerce
avec le G. S. ayant actuellement à fa
Cour des Miniftres dans le même efprit
avec cette obfervation que les Sujets de ces
differens Princes n'ont fait pendant longtems
le Commerce de Turquie que fous la
Banniere de France , & avec la protection de
l'Ambafladeur du Roy Très Chrétien, lequel
fe mêle feul de tout ce qui concerne notre
Religion
866 MERCURE DE FRANCE
Religion dans les Etats de Sa Hauteffe!
Entrons ici , par maniere de preuve , &
pour fatisfaire plus abondamment la curiofité
des Lecteurs, dans quelque détail au fujet des
differens Miniftres de France , qui ont foûtenu
jufqu'à préfent dans la Capitale de l'Empire
Turc , les intérêts de la Religion , ceux du
Commerce , & la gloire du nom François.
On peut mettre à la tête de tous Antoine
de Rinan , Efpagnol , Gentilhomme de la
Chambre de François I. qui l'employa utilement
dans les premieres Négociations avec
les Miniftres de Soliman II. & qui ayant été
chargé par le même Prince d'une feconde
Ambaffade à la Porte , fut malheureuſement
affaffiné * fur la Riviere de Po , par les Soldats
de la Garniſon de Pavie , que le Marquis du
Guaft Gouverneur du Milanois , avoit
apoftés. Il étoit en compagnie de Céfar Fregofe
, que le même Roy envoyoit vers la République
de Venife , & qui eut le même fort.
,
Sous le Regne d'Henri II.l'Ambaflade de
Conftantinople fut confiée à Gabriel d'Aramont
, Gentilhomme de Gascogne , lequel
après une première Négociation , retourna à
Conftantinople, principalement pour favorifer
Ferdinand de San Severin, Prince de Salerne
, dans le recouvrement du Royaume de
Naples C'eft en faveur de cet Ambaſſadeur
* Mezeray & d'autres Hiftoriens raportent ce Fait.
que
JUIN.
1742: 867
•
que
les Illes d'Hieres en Provence furent érigées
en Marquifat par Lettres du Roy Henri
II . vérifiées au Parlement d'Aix , pour
le tenir en Fief du Roy à certaines charges
& conditions. Varillas , Hift. de Henri II.
P. 200. dit que la Relation de l'Ambaflade
de d'Aramont , eft en Manufcrit dans la Bibliothèque
de M. de Lamoignon.
Quelque tems après , un évenement plus
confidérable engagea Soliman à demander
le renouvellement des Alliances avec la
France . Le Sultan entreprit le Siége de Malthe
par fes Géneraux , Muftapha & Piali,
Pachas; mais » craignant furtout , dit Mezerai
, ( T. III. p 149. ) les armes des
François , fi le bruit des fiennes obligeoit
les Princes Chrétiens de fe liguer contre
lui , il envoya un Chaoux en France , pour
» renouveller les Alliances avec le Roy
( Charles IX. :)) " Le Baron de la Garde ,
qui eut ordre de conduire le Chaoux , le
mena à l'Audience du Roy , qui étoit alors
à Dax , & les Traités furent renouvellés.
N'oublions pas ici que malgré cette Alliance
, la Noblefle Françoife ne perdit point
l'occafion d'un fi fameux Siége , pour fignaler
fon courage & pour acquerir de la gloires
entre les plus diftingués qui s'embar
querent pour cette expédition , notre Hiftorjen
nomme » Philipe Stroffi , fils du
B Maré
868 MERCURE DE , FRANCE
» Maréchal , Briſſac , Bellegarde , Pierre de
» Bourdeilles - Brantome , Hardouin de Villiers
, la Riviere , René Voyer de Paumi
" d'Argenfon,Gouverneur de Tours, & quel-
» ques autres jeunes Seigneurs , dit- il , qui
»y coururent en diligence &c.
>>
On peut mettre ici au nombre des Ambaffades
celébres & confiées à des Perfonmes
autant diftinguées par leur capacité que
par leur haute naiffance , celle de François
de Noailles , Confeiller d'Etat , Evêque de
Dax , que le Roy envoya en 1572. au Sultan
Selim II. fils de Soliman II . Ambaffade
dans laquelle ce Prélat rendit de grands fervices
à la Religion & à toute la Chrétienté .
Ce fut principalement par fon moyen que
les Vénitiens firent leur paix avec le G. S.
après la guerre de Chipres , & c'eft lui qui :
fit juger autentiquement à Vénife la Préféance
de la France fur l'Efpagne. Il a paffé
pour un des plus habiles Négociateurs de
fon tems , dont il a donné de grandes preuves
dans fes Ambaffades de Rome , d'Angleterre
, de Venife , de Conftantinople. Il
étoit le IV. fils de Louis de Noailles & de
Catherine de Pierre- Bufier. Il mourut en
l'année , 1585. & eut pour fucceffeur à l'Evêché
de Dax , Gilles de Noailles , fon frere
puîné. Ce digne frere , qui avoit à peu près
Je même génie , fut d'abord Confeiller au
ParleJUIN
.
1742! 869
Parlement de Guyenne , puis Maître des
Requêtes , enfuite Ambaffadeur en Angleterre
, en Ecoffe , en Pologne & à Conftantinople
; Abbé de l'Ifle , & de Saint Amand.
Il mourut en l'année 1660 .
La France agitée par les Guerres Civiles
du Calvinifme , fuivies des troubles de la
Ligue , ne pouvoit gueres , ce femble , fonger
à entretenir fes Alliances avec la Porte
Ottomane. L'Hiftoire ne parle en effet d'aucone
Ambaffade , depuis celles des deux
Seigneurs de Noailles , jufqu'au Regne de
Henri le Grand : il eft cependant certain que
les Rois Charles IX . & Henry III . ont continué
d'envoyer des Miniftres à Conftantinople
, en faveur particulierement de la Religion
& du Commerce de leurs Sujets.
4.
Nous en avons une preuve certaine dans
l'Hiftoire de Marſeille T. II . L. XIV . ch.
dans lequel chapitre , en continuant de parler
des Hommes Illuftres de cette Ville , l'Auteur
dit que » Chriftophe de Vents , Gentil-
» homme ordinaire du Roy Henri III . étoit
» d'un mérite fi diftingué , qu'en l'année
» 1589. ce Prince l'envoya en Ambaffade à la
Porte, pour traiter avec le G.S. d'affaires im
" portantes , & en particulier pour arrêter les
» Incurfions des Pirates de Barbarie , qui dé-
"foloient le Commerce de France .
Nous ignorons le nom du Prédeceffeur
immédiat
Bij
$76 MERCURE DE FRANCE
immédiat de M. de Vento. Il mériteroit bien
d'être connu , car deux années auparavant, il
avoit foute nu la gloire du nom François &
fon caractére d'Ambaffadeur avec autant d'éclat
& de fermeté , que de fuccès , contre
la prétention des Ambaffadeurs de l'Empereur
, qui entreprirent de le préceder en certaine
* Ceremonie , au préjudice de l'ufage
& de la poffeffion , fondée fur les premiers
Traités. Nous avons une copie écrite en
'Allemand de la Rélation de cette affaire
qui fût très- férieufe , laquelle les Ambaſſadeurs
Impériaux envoyerent à la Cour de
Vienne , pour ſe diſculper d'avoir enfin cedé
à la fermeté du Miniftre François. Cette Rélation
, qu'on peut apeller un Procès-verbal
hiftorique , eft datée de Conftantinople dų
4. Août 1587. & contient un Fait qui mérite
de n'être pas oublié ici , c'eft que Ñ. de Germini
, qui avoit précedé le digne Ambaſſadeur
François , dont nous venons de parler ,
ayant malheureuſement cedé le pas au Miniftre
de l'Empereur , fut condamné en France
d'avoir la tête tranchée , ce qui auroit été éxecuté
, ajoûte la Rélation , mais l'Ambaſſadeur
mourut à Conftantinople peu de tems après.
Chriftophe de Vento , Illuftre Marſeillois
* Cela fe paffa dans l'Eglife des François de Galata
, où les Ambassadeurs vont dans les grandes Fêtes
en Céremonie,
JUIN. 1742. 87*
pat
& d'une Nobleffe diftinguée , cût pour Suc
ceffeur dans cette Ambaffade François Sa
vary , Marquis de Breves & de Maulevrier,
lequel fit un long féjour à Conftantinople.
Il eft à préfumer que M.de Breves s'acquitta
dignement de fon Miniftere , car au retour
de l'Ambaffade , & des voyages dont nous
allons parler , il fut fait Gouverneur du Duc
d'Anjou . Nous ne fçavons point fi ce fut
ordre de la Cour ou pour fatisfaire fa curiofité
qu'il alla de Conftantinople dans le Levant
& en Barbarie , mais nous avons un affés
bon Livre qui porte fon nom , intitulé :
RE ATION des Voyages de M. de Breves ,
tant en Grece, Terre Sainte & Egypte , qu'aux
Royaumes de Tunis & Alger & c. 1. vol. 4.
Paris 1628. C'est dommage que l'Illuftre
Voyageur n'ait pas eû le tems de donner luimême
fon Ouvrage au Public. Il paroît dans
la Préface que fes Mémoires ont été mis en
oeuvre après la mort. On y trouve quelques
inadvertances & deux ou trois défauts de
critique , qu'on peut fort bien mettre fur le
compte des Editeurs.
Mais ce qui doit rendre la Mémoire de M.de
Breves véritablement précieuſe , & ce qu'on
peut apeller fon Ouvrage , c'eft le Traité
d'Alliance & de Commerce qu'il négocia à la
Porte fur la fin de fon Ambaffade , & qu'il
raporta , fans doute lui-même , au Roy fon
Biij Maî
372 MERCURE DE FRANCE
Maître . Il y a lieu de croire que c'est le premier
Traité qui ait été rendu public par l'impreffion
. Nous en avons un Exemplaire , que
nous confervons comme une Piéce , également
curieufe & importante , fur tout pour
le Commerce de la Nation, & pour avoir fervi
de modéle à tous les Traités qui ont été
faits jufqu'à préfent , dans le renouvellement
des Capitulations & c.
Voici d'abord comment il eft intitulé dans
l'Imprimé.
ARTICLES du Traité fait en l'année mil fix
cent quatre , entre HENRI LE GRAND, Roy de
France & de Navarre , & SULTAN AMAT,
Empereur des Turcs. Par l'entremife de Meſfire
François Savary , Seigneur de Breves
Confeiller du Roy en fes Confeils d'Etat &
Privé , lors Ambaſadeur pour ſa Majesté à la
Porte dudit Empereur.
Dans l'Original étoit d'abord le paraphe
ou chiffre du Sultan , en grandes lettres entrelaffées
, qu'on a imité par la gravûre dans
l'impreffion. On y lit ces mots , L'EMPEREUR
AMAT , fils de l'Empereur Mehemet,
toujours victorieux.
Et au deffous eft écrit : MARQUE de la Haute
Famille des Monarques Ottomans , avec la
beauté ,grandeur & fplendeur de laquelle tant
de Paysfont conquis & gouvernés.
Puis le Sultan parle ainfi » Moy , qui fuis
" par
JUIN.
ود
و ر
""
">
"
""
"
17421 873
" par les infinies graces du jufte , grand & »tout puiffant Créateur
, & par l'abondance
» des Miracles
du Chef de fes Prophetes
,
Empereur
des Victorieux
Empereurs
, dif » tributeur
des Couronnes
aux plus grands
» Princes de la Terre , Serviteur
des deux
» très-facrées
Villes , Mecque
& Medine
,' » Protecteur
& Gouverneur
de la Sainte Jé-
» rufalem
; Seigneur
de l'Europe
, Afie , &
Affrique , conquife
avec notre victorieufe
Epée , & épouvantable
Lance. A fçavoir » des Pays & Royaumes
de la Grece , de
» Themefvar
, de Boline , de Seguetvar
, des
Pays & Royaumes
de l'Afie , de la Natolie
, de Caramanie
, de Syrie , d'Egypte
&
» de tous les Pays des Parthes , de Cars , des
Géorgiens
, de la Porte de Fer , de Tifflis , » de Sirvan & du Pays des Tartares
, de Chyde
Diarbek
, d'Alep , de Romanie
, » d'Erzerum
, de Damas , de Babilonne
, de-
»meure des Princes de Coufa , de Baffora ; » de l'Arabie heureufe
, d'Habech
, d'Aden
,
» de Thunis , la Goulette
, Tripoli de Barbarie
, de plufieurs
autres Pays , Villes & Seigneuries
, conquifes
avec notre Puiffan-
»ce Impériale
, Seigneur
des Mers Blanche
» & Noire , & de l'inexpugnable
Fortereffe
d'Agria , de tant d'autres divers Pays , If-
» les , Détroits
, Paffages
, Peuples
, Familles
, Génerations
, & de tant de cent mil-
B iiij » liers
"
"
99
,
74 MERCURE DE FRANCE
99
»liers de victorieux Gens de Guerre , quí
reponfent fous l'obéïffance & juftice de
" Moy , qui fuis L'EMPEREUR AMAT
"fils de l'Empereur Mehemet , de l'Empe-
» reur Amurath , de l'Empereur Selim , de
l'Empereur Soliman , de l'Empereur Se-
» lim , de l'Empereur Bajazeth , de l'Empe
reur Mehemet , de l'Empereur Amurath ,
» & c. Par la grace de DIEU , recours des
» Princes du Monde , & refuge des honora
» bles Empereurs .
ןכ
›
" AU PLUS GLORIEUX , Magnanime , &
Grand Seigneur de la Créance de JESUS.
» élû entre les Princes de la Nation du MES-
» SIE , Médiateur des differends qui furvien-
» nent entre le Peuple Chrétien , Seigneur
» de Grandeur , Majefté & Richeffes , glorieux
Guide des plus grands Princes HEN-
" RI IV. EMPEREUR DE FRANCE ; que la fin
» de fes jours foit heureuſe .
"
Après ce Cérémonial préliminaire le Sultan
continue en ces termes.
"
"
» NOTRE HAUTESSE ayant été priée de la
»part du fieur de Breves , au nom de l'tm
pereur de France , fon Seigneur , comme
fon Confeiller d'Etat , & fon Ambafladeur
ordinaire à notre Porte , de trouver
bon , que les Traités d'Alliances , & les
Capitulations , qui font d'ancienne Mémoire
entre notre Empire & celui de fon-
22 dit
JUIN.
875
1742.
,
dit Souverain Seigneur , fuffent renouvel-
»lées & jurées par notre Hauteffe ; par cette
» confidération & par l'inclination que
» nous avons à conferver cette ancienne
» amitié , nous avons commandé que cette
nouvelle Capitulation foit écrite de la
»teneur qui fuit.
Le Traité entier contient quarante deux
Articles , tous importans & clairement énoncés
; nous n'entrerons point dans leur détail
, nous contentant de nous arrêter fur
quelques - uns qui paroiffent mériter plus
particulierement l'attention des Lecteurs
François ..
-
99
و د
ARTICLE III. » Les Ambaffadeurs qui fe-
→ ront envoyés de la part de SA MAJESTE
» à notre Porte , les Confuls qui feront nom
» més d'elle pour réfider en nos Havres &
Ports , les Marchands, fes Sujets , qui vont
» & viennent par iceux , ne foient inquietés
» en aucune façon que ce foit , mais au con-
» traire reçûs & honorés avec tout le foin qui
» fe doit à la Foi publique ; voulons de plus,
qu'outre l'obfervation de cette notre Ca
pitulation , celle qui fut faite & accordés
"par notre défunt Pere l'Empereur Mehe
met , heureux en fa vie , & * Martyr en fa
و ر
">
* Ce Sultan eft apellé Martyr , parce que fes der--
niers jours furent très - malheureux , & qu'il mourut>
enfin de la Pefte en 1603.
By mort
876 MERCURE DE FRANCE
»mort , foit inviolablement obfervće , & de
» bonne foi .
ور
"
L'ARTICLE IV. confirme ce que nous
avons dit ailleurs , & fait honneur au nom
François . » Les Vénitiens , les Anglois , les Ef-
" pagnols , Portugais , Catalans , Ragufois
» Génois , Florentins , & géneralement tou-
» tes autres Nations quelles qu'elles foient,
» pourront librement venir trafiquer par nos
" Pays , fous l'Aveu & fûreté de la Banniere
» de France , laquelle ils porteront comme
» leur Sauve - Garde , & de cette façon ils
» pourront aller & venir trafiquer par tous
» les Lieux de notre Empire , comme ils y
>> font venus d'ancienneté , obéïffant aux
>> Confuls François qui réfident & demeu-
»rent en nos Havres , & Echelles ..... Vou-
>> lons & commandons auffi que les Sujets
"
dudit Empereur de France , & ceux des
"Princes fes Amis , Alliés , & Conféderés ,
»puiffent fous fon aveu & protection venir
»librement vifiter les SS. Lieux de Jérufa-
» lem , fans qu'il leur foit donné aucun em-
»pêchement. De plus , pour l'honneur &
» amitié d'icelui Empereur , nous voulons
que les Religieux qui demeurent en Jéru-
»falem & fervent l'Eglife de * Coumame
و د
وو
">
* Ou plutôt Comamah : c'est le nom Arabe que
les Mahometans donnent au Temple que les Chré
tiens apellerent la grande Eglife de la Réfurrection ,.
c. bálie par Conftantin.
» c'eftJUIN.
1742. 877
c'eft à dire , le Temple du Saint Sepul-
» chre de notre Seigneur JESUS- CHRIST ,
"y puiffent continuer leur demeure , aller
» & venir fûrement , & fans aucun trouble
» & empêchement , & y foient bien reçûs ,
"protégés , aidés & fecourus en la confi
» dération fufdite.
" ART. V. Derechef , nous voulons &
>> commandons que depuis les Vénitiens &
Anglois , & toutes les autres Nations qui
»font étrangères & alienées de notre Gran-
» de Porte , lefquelles n'y tiennent Ambaffa-
>> deurs , voulans trafiquer en nos Pays , elles
» ayent à y venir fous la banniere & protec-
>> tion de France , fans que jamais Ambaſſa-
» deur d'Angleterre ou autres , ayent la har-
» dieffe de s'en empêcher fous quelque cou-
» leur ou prétexte que ce foit , &c.
" ART. VI. Voulons & ordonnons que
toutes permiffions qui fe trouveront avoir
» été données , ou qui fe pourroient donner
» ci- après par furprife , ou mégarde , contrai
» res à l'Article précédent , foient de nul effet
» & valeur , au contraire que cette préfente
>> Capitulation foit inviolablement gardée &
>> entretenuë.
"
» ART. VII......Nous voulons auffi que ce
qui eft porté par cette notre Capitulation ,
» en faveur & pour la fûreté des François ,
»foit encore dit & entendu en faveur des
B vj
" Na878
MERCURE DE FRANCE
Nations étrangères , qui viennent par nos
Pays ,Terres & Seigneuries fous la banniere
» de France, laquelle banniere elles porteront
» & arboreront pour leur fûreté , & marque
» de leur protection , comme il eft dit ci-
D deffus.
" ART . XVI . Voulons & nous plaît que
» les Interpretes & Truchemens qui fervent
» les Ambaffadeurs d'icelui Empereur de
» France , foient francs & exempts d'impôts
» & de tous fubfides , quels qu'ils foient. •
» ART. XX. Et pour autant qu'icelui Em-
" pereur de France eft entre tous les Rois &
» Princes Chrétiens , le plus noble , & de la
>> plus grande & haute Maifon , & le plus
» parfair Ami que nos Ayeux ayent acquis
» entre lefdits Rois & Princes de la Croyan-
>> ce de JESUS , comme il a été dit ci-deffus
>> en confideration de ce , Nous voulons &
» commandons que fon Ambaffadeur qui
ré notre heureufe Porte , ait la Pré-
» féance fur l'Ambaffa deur d'Espagne , &
>> fur tous ceux des autres Rois ,& Princes "
foit en notre Divan public , ou autres Lieux
» de notre obéiffance où ils fe pourront ren-
..
» contrer.
›
Il y a un Article particulier par lequel les
'Ambaffadeurs de France font déclarés
exempts de toute forte de Droits , foit pour
Etoffes , Meubles , Provifions de leur Maifons
JUIN. 1742.
879
fon ou autrement
même Privilége à l'égard
des Confuls François , Réfidens dans les
Echelles du Levant, avec la Préféance fur les
Confuls des autres Nations.
» ART. XXXII . Se trouvant dans notre
» Empire des Efclaves François , étant recon-
>> nus pour tels des Ambaſſadeurs & Confuls,
>> ceux au pouvoir defquels ils fe trouveront
» faifant refus de les délivrer , foient obligés
» de les amener ou envoyer à notre Porte ,
» afin d'être rendus ainfi & à qui il apar-
» tiendra.
" ART.XXXV. S'il naît quelque conteſta-
»tion ou differend entre des François, c'eſt à
l'Ambaffadeur, ou auxConfuls à les termi-
"ner fans que nos Juges & Officiers puiffent
» s'en mêler , & en prennent aucune con-
» noiffance:
» ART . XLI. Déclarons ceux qui contre-
» viendront à ce notre vouloir , rebelles ,
>> defobéiffans , & perturbateurs du repos pu
» blic , & pour ce , voulons que fans aucune
remife , ils foient condamnês à un grief
» châtiment , étant apréhendés , afin qu'ils
fervent d'exemple à ceux qui auroient en-
» vie de les imiter à mal faire . Et outre la
» promeffe que nous faifons de l'obfervation
» de cette notre Capitulation , nous enten-
>> dons que celles qui ont été faites avec notre
Bifaycul Sultan Soliman , & confécuri
22. Vement
980 MERCURE DE FRANCE
» vement celles qui ont été faites de tems en
» tems par nos Ayeul & Pere, auxquels Dieu
» faffe mifericorde , foient obfervées & en-
» tretenues de bonne foi.
,
l'AART.
XLII . Nous promettons , & jurons
par la verité du Grand DIEU tout- Puiffant
Créateur du Ciel & de la Terre , & par
me de nos Ayeulx & Bifayeulx , de ne contrarier
ni contrevenir à ce qui eft porté par
ce Traité & Capitulation , tant que l'Empereur
de France fera conftant & ferme à la
confervation de notre amitié . Acceptons dès
à préfent la fienne , avec volonté de la tenir
chere & en grande eftime : & telle eft notre
intention & promeffe Imperiale.
ECRIT l'An de l'Hégire 1013. c'est- à - dire
1604. de JESUS CHRIST.
Quand le Roy Henri IV. eut trouvé à propos
de rapeller M. de Breves de fon Ambaffade
, après un long féjour à la Porte Ottomane
, & des fervices importans , ce Grand
Prince nomma le Baron de Salignac pour aller
le relever en cette même qualité. Nous
avons au fujet de ce Seigneur & de fon Ambaffade
les plus amples inftructions , qu'onpuiffe
défirer, dans un gros Volume in-folio ,
qui eft coonfervé dans la Bibliothéque de
l'Abbaye Saint Germain des Prés , parmi les
Manufcrits qui ont apartenu au Chancelier
Seguier , puis au Dac de Coaflin , Evêque
de
JUIN.
1742. 881
de Mets , lequel en mourant en a fait préfent
àcette Abbaye . Ce Manufcrit , qui eft
d'une lecture immenfe, contient auffi des
Relations , des Defcriptions , des Differta
tions , des Faits Hiftoriques , &c . qui paroiffent
venir de bonne main , d'un Auteur , qui
parle de tout en témoin occulaire , & qui
n'a rien épargné pour rendre fon Livre curieux
& intéreffant . Enfin ce Livre pourroit
fort bien être intitulé : Voyage Litteraire de
Conftantinople , de la Grece , de l'Afie Mineure
, de la Palestine & de la Terre Sainte , de
toute la Syrie , de l'Egypte & de la Barbarie ;
de la Sicilè enfin , & d'une partie de l'Italie.
M. de Salignac n'a point fait tous ces
Voyages , mais il avoit mené avec lui à
Conftantinople un homme de Lettres , qui
avoit déja voyagé , & qui voyagea encore de
puis dans tout le Levant , & ailleurs , fous
les aufpices d'un Seigneur qui favorifoit les
Lettres & les Sçavans , qui étoit lui - même
curieux & fçavant. La tentation feroit gran-.
de d'entrer ici dans \quelque détail fur les
principales matiéres , qui rempliffent ce
gros Volume , mais cela nous écarteroit trop
du fujet hiftorique que nous traitons ici : revenons
à l'Ambaffade du Baron de Salignac.
» M. de Salignac , dit notre Auteur au com-
" mencement de fon Livre , Baron dudit
lieu , ayant été norri de tout tems près la
>
»Per82
MERCURE DE FRANCE
د و
39
Perfonne du Grand Roy Henri IV. avec
lequel il fut toujours participant aux loüables
travaux de la Guerre , dont ce grand
Roy avoit prefque toujours été occupé
" toute fa vie , fut en l'année mil fix cent
" quatre expédié de Sa Majefté très -Chré-
"tienne pour être fon Ambaffadeur à Conftantinople
à la Porte ou Cour de Sultan-
Achmet , lors regnant en l'Empire Otto-
" man. Pour cet effet mondit Seigneur de
Salignac ayant donné ordre à fon départ
"de Paris , & reglé fon train , il le fépara en
deux , envoyant l'une partie par l'Italie ,
» l'autre par l'Allemagne avec lui . Il partit
» de Paris le Samedi 4. de Septembre 1604.
" l'an fufdit paffant par la Lorraine , il arriva
"à Nanci le ro. où il fut le bien reçû &
"mieux feftoyé par Son Alteffe de Lorrai-
" ne laquelle le gratifia de fa Compagnie ,.
"pour lui faire voir les fingularités de fa
Ville , favoir l'Arcenal & plufieurs autres
chofes exquifes , dont elle eft enrichie &
» decorée , ce qui étant vû , n'y voulant ſé-
»journer davantage , bien que fon Alteffe
»l'en requît affectionnément , prit congé
» d'elle .....
...s'acheminant par l'Allemagne
où il vit plufieurs Villes & Bourgades de
» Son Alteffe de Baviere , où il fut le bien
» venu & reçû , paffant puis à Saverne ou
» le Capitaine alla recevoir M. l'Ambaf-
» fadeur:
JUIN
.
17422 883
» fadeur à la Porte de la Ville , & le con
>> duifit au Château , où il fut logé & traité
» à l'Allemande avec les fiens . Le jour fui-
» vant, il arriva à Strasbourg , où paffe le fa-
>> meux Fleuve du Rhin , lequel eft traverſé
>> d'un grand Pont de bois de mille ou 1200.
"pas de long , & fut pareillement honora-
»blement reçû du Gouverneur de la Ville.
» Il vifita l'Arcenal , & toutes les fingula
» rités d'icelle les plus remarquables , comme
l'Eglife , la Tour , &c. » Notre Hito
rien fait continuer la route de l'Ambaffadeur
par d'autres Villes d'Allemagne, le faifant
arrêter à Ulme fur le Danube & à Aufbourg,
dont il remarque les fingularités , entre
lefquelles eft , dit - il ,l'excellent & admirable
College des Jefuites , leur Bibliothéque qui
eft incomparable , très fatisfait par - tout de
la reception des Gouverneurs , &c.
>
» Le 23. il palla à Minquen , où pour lors
nétoit le Duc de Baviere , lequel fçachant
>> l'arrivée de M. l'Ambaffadeur , envoya le
>> recevoir par deux de fes Principaux Barons,
» lefquels le conduifirent avec fon train au
» Château , qui fe peut dire l'un des plus
»> fomptueux de toute l'Allemagne , où S. E.
fut magnifiquement traitée & honorée de
» S. A. laquelle le promena ès Lieux les plus
fignalés , comme les Jardins , la Grotte des
» Fontaines, la Sale des Antiques , le Cabines
des
>>
"
4 MERCURE DE FRANCE
des merveilles , lui faifant oüir en icelui
>>fon excellente Mufique , avec infinies au-
» tres raretés..... Il prit congé de S. A. du
>> Prince Albert fon frere , du Cardinal d'Eſt ,
» & de plufieurs Seigneurs dont cette Cour
» eft remplie , la plupart defquels par com-
» mandement du Prince monterent à cheval
» pour conduire S. E. quelque efpace de
chemin , & c .
Après avoir paffé les Alpes il arriva à Veronne
, puis à Padoue le 7. Octobre . Il en
vifita les curiofités , comme le Jardin des
Plantes , le Tombeau de Tite- Live , & c . A
cinq mille de Venife il fut reçû par M. du
Frefne Canaye, Ambaffadeur de France , qui
le conduifit à Vénife dans fa Gondole ; M.
de Salignac trouva en cette Ville l'autre
moitié de fon train , qui s'y étoit renduë
la Bourgogne , le Piemont , &c . L'Hiftorien
décrit fort au long tout ce qui concerne le
féjour fait à Venife , l'Audience du Sénat
donnée aux deux Ambaffadeurs , & c .
par
Enfin M. de Salignac , après avoir refufé
deux Galeres de la République pour le porter
jufqu'à Candie , s'embarqua avec tout fon
monde , chargé d'honneurs & de préfens ,
le 1. Novembre 1604. pour le Voyage de
Conftantinople , fur le Vaiffeau Saint Roch
de Marfeille , commandé par le Capitaine
Pierre Ifnard.
Avan
JUIN
.
885 1742.
Avant que d'entamer le long détail de ce
Voyage , l'Auteur donne une lifte de toutes
les perfonnes qui eurent l'honneur d'entrer
avec lui dans ce Bâtiment , dans laquelle lif
te toute fa Maiſon , jufqu'aux plus bas Officiers
eft fpécifiée . Il nous fuffira de faire ici
mention des perfonnes qui font à la tête de
cette Lifte , à commencer , comme fait notre
Hiftorien , par M. l'Ambaffadeur
, qu'il
qualifie ainfi.
M. Jean de Gontaut de Biron , Baron de
Salignac , Ambaffadeur pour Sa Majesté
Très Chrétienne à Conftantinople .
Jacques de Gontaut Sr du Carlat , frere
dudit Seigneur Ambaffadeur .
Jean de Gontaut , Sr du ...
Nicolas Leídos , Aumônier de l'Ambaſſadeur
, depuis Evêque de Milo .
Henri de Bauveau.
Bernardin d'Aubois.
Pierre de B.on.
Jean Diiern , Allemand .
Ces quatre Gentils hommes fe trouvant à
Venile , voulurent fuivre notre Ambaffadeur.
Ceux qui fuivent , l'avoient accompagné
depuis Paris.
Jean de Campagna.
Henri de Birat , Officier de la Garde-Robe
du Roy.
Jacques de Trillier de la Ferrandiere
Parifien. Jean
$ 86 MERCURE DE FRANCE
Jean de Carbonniere .
Jean Marichal , Chanoine de la Sainte
Chapelle de Paris , Parifien.
Louis Gedouin , premier Secretaire , Parifien.
Jacques Augufte , premier Secretaire , &
depuis Agent.
Louis Denis , Secretaire ordinaire.
Ibrahim Perbanac , Truchement Turc .
Parmi les Officiers , dont on omet ici le
dénombrement , font , un Argentier , un
Chirurgien , un Sommelier , & un Fauconnier.
On feroit un Livre entier , de tout ce qui
eft raporté dans ce Manufcrit , du Voyage de
l'Ambaffadeur , depuis Venife jufqu'à Conf
tantinople , & à l'occafion de ce Voyage.
M. de Salignac s'arrêta particulierement à
Ragufe , puis à Scio , où il fut le Parain du
fils nouveau né d'un Notable de cette Ifle ,
Cérémonie décrite fort au long , à laquelle
affifterent deux Evêques , & qui fut fuivie
de plufieurs réjoüiffances , même d'un Bal à
la maniere des Sciores , qui ont de tout tems
excellé dans la Danfe & dans la Mufique.
Le tems de l'embarquement venu , notre
'Auteur, qui noublie rien , dit, que » M.l'Am
» baffadeur ayant pris congé de fa belle
» Commere , à qui il fit très honnête &
agréable prefent & à fon Filleul ; ordonna
JUIN .
1747 887
99
donna de lui faire délivrer tous les ans la
» fomme de trente fequins , pris des deniers
qui proviennent du droit de fon Ambaffade
, que les Confuls retirent , dont il fut
» toujours payé jufques à la mort du Sei-
» gneur Ambaffadeur , lequel ayant fatisfait
» à tous , s'achemina à cheval au Port avec
grand compagnie.
Ce cortege & les autres circonstances de
l'embarquement font détaillés dans le Chapitre
qui fuit. Le précis eft , que notre Ambaffadeur
fut accompagné & conduit au
Port par les Confuls de France & d'Angleterre
, par le Seigneur Nicolas Mifaqui ,
Pere de fon Filleul , chés qui il avoit logé ,
& par quantité de Gens de qualité , & qu'enfin
le Vaiffeau prêt à mettre à la voile , falua
la Ville de plufieurs coups de canon .
Nous paffons le récit de la fuite de cette Navigation
& les remarques de l'Auteur fur les
principales Ifles de l'Archipel , & c. pour dire
qufituée
au commencement du Canal de que le Vaiffeau arriva enfin vers l'Ifle de Tene
dos ,
l'Hellefpont , aujourd'hui les Dardanelles .
Cette Ifle , les ruines de Troyes , le Fleuve
Scamandre , & c . fourniffent ici une ample
matiere à notre Amateur des Antiquités
Hiftoriques ou Fabuleuſes.
Après avoir paffé les Châteaux des Darda,
melles , le Vaiffeau fut obligé de moüiller
dang
888 MERCURE DE FRANCE
les
dans le petit Port de Nacara , du côté de
l'Afie , & les vents contraires continuant de
foufler , on fut forcé d'y refter àl'ancre 17.
jours entiers , pendant lequel tems ,
Commandans des Châteaux , envoyerent
complimenter M. l'Ambaſſadeur , & firent
porter à fon bord quantité de rafraîchiffemens.
Les jours fuivans , ils vinrent eux - mêmes
le vifiter & lui offrir le plaifir de la
Chaffe , ce qui fut accepté & exécuté avec
toute la fatisfaction poffible , nul Pays au
Monde n'étant plus fertile en bon Gibier
que celui là ; c'eft la Phrygie des Anciens.
Durant ce féjour forcé , le Vaiffeau qui
portoit le Bayle ou l'Ambaffadeur de Vénife,
venant de Conftantinople , de retour de fon
Ambaffade , vint moüiller auprès du Vaiſſeau
François . Le Seigneur Vénitien envoya faire
compliment à M. de Salignac , par le * Conful
de Galipoli qu'il avoit fur fon bord , à
quoi notre Ambaffadeur répondit par une
démarche pareille. De plus , l'Ambaſſadeur
Vénitien voulut bien fe charger d'un Paquet
important pour remettre à l'Ambaffadeur du
Roy auprès de la République , lequel devoit
l'envoyer à la Cour de France de la part de
M. de Salignac.
* Ce Conful étoit un Religieux de l'Ordre de faint
François , homme , dit l'Auteur , de grande eftime
autoritépar tous ces Lieux.
Cependant
JUIN.. 1742. 889
Cependant M. de Breves ayant apris à
Conftantinople que fon Succeffeur étoit arrivé,
& détenu dans le Canal , par le mauvais
tems , » lui envoya un Gentil homme François
, qui étoit M. de Guron l'un de fes
amis , accompagné du Seigneur Dominique
» Fornetti , Interprete du Roy , avec un
» Chaoux & un Janiffaire , & Lettre dudit
» Seigneur de Breves , & Commandement du
>> Grand Seigneur au Capitan Pacha , lequel
» étoit en Mer avec l'Armée , fçavoir à Rho-
» des attendant le bon tems , à ce qu'il eût
» à affifter & faire ordonner deux Galeres au-
>> dit Seigneur Ambaffadeur , pour le con-
» duire lui & les fiens à Conftantinople ,
» comme fut fait peu après.
>
L'Auteur interrompt ici fa narration pour
faire une longue digreffion fur les Châteaux
des Dardanelles , nommés anciennement
Ceftos & Abydos , qu'il alla vifiter , profitant
de la curiofité du Gentilhomme envoyé
par M. de Breves , qui voulut les voir , &
de la continuation du mauvais tems. L'Hif
toire & la Fable , l'Antique & le Moderne ;
font mis en oeuvre pour former une Differtation
que nous prenons la liberté d'omettre
ainfi que tout ce qui regarde le Mont Athos
dont la Defcription Hiſtorique pourra trouver
fa place ailleurs.
Revenons avec l'Auteur aux deux Galeres
890 MERCURE DE FRANCE!
Turques que l'Amiral du G.S. envoya joindre
le Vaiffeau Marſeillois , déja tout apareillé &
prêt à partir du Port de Nacara. L'Ambaffaeur
quoiqu'invité de monter fur une des Galeres
, ne voulut point quitter fon bord , mais la
foibleffe du vent , quoique favorable , obligea
de faire remorquer le Vaiffeau par, les
Galeres , jufqu'au Port de Galipoli , Ville
fituée à l'embouchure de la Propontide , ou
commencement du Canal de l'Hellefpont ,
du côté Oriental ; laiffons difcourir ici notre
Hiftorien fur l'état Ancien & Moderne de
Galipoli , fur l'étimologie de fon nom , dont
il fait honneur aux Anciens Gaulois , & c.
C'est à Galipoli qu'on voit le Tombeau du
Sultan Bajazet , auprès duquel eft une fort
belle Moſquée , & ceux de Sinan Pacha ,
qui prit Galipoli , & de quelques autres
Géneraux Turcs.
C'est dans le Port de Galipoli , que le Baron
de Salignac quitta tout - à - fait ſon Vaiffeau
, pour s'embarquer avec deux de ſes
Gentilshommes , & quatre Officiers les plus
neceffaires fur la Galere d'Aly Rais , après
avoir amplement gratifié le bon Perc Francifcain
, Conful de Galipoli , chés lequel il
avoit logé.
Nous paffons fous filence les divers contre
tems du refte de cette Navigation , qui
obligerent les Galeres de l'Ambaffadeur
de
JUIN
. 1742
891
de revenir deux fois à Galipoli , pour dire
qu'après leur arrivée à l'Ile de Marmara
& quatre jours de féjour , elles arriverent
enfin aux Ifles Rouges , à dix huit milles de
diftance de Conftantinople , où les deux
Galeres retournerent , M. de Salignac comptant
de s'y rendre fur fon propre Vaiffeau.
Comme on étoit dans l'attente de ce Vaiffeau
, on vit arriver à ces Ifles deux autres
Galeres que M. de Breves avoit obtenû , dans
P'une defquelles étoit embarqué M. du Hallier
, fils de M. de Vitry , pour complimenter
de nouveau , & pour recevoir le Baron de
Salignac de la part de M. de Breves . Le nouvel
Ambaffadeur , M. du Hallier , & toute
fa fuite qui n'étoit pas petite , dit l'Auteur
, s'embarquerent auffi- tôt fur les deux
Galeres , & arriverent heureuſement ſur le
foir du fixième jour de Janvier 1605. dans
le Port de Conftantinople , où elles moüillerent
à l'Echelle de Topana , après avoir
tiré plufieurs coups de canon & arboré
leurs Etendarts , Flâmes & Banderoles , & c .
,
On trouva au débarquement plufieurs chevaux
envoyés par M. de Breves , fur lesquels
on monta , & l'Ambaffadeur fe rendit en
grand cortége au Palais de France. L'Auteur
décrit fort au long , la Reception de M. de
Salignac par M. de Breves , les fuites de cette
Reception , & toutes les politeffes de l'an-
C cien
892 MERCURE DE FRANCE
cien Ambaſſadeur , qui le régala de nouveau
& toute fa Suite dans ce Palais , pendant
plus d'un mois , & c.
Le Vaiffeau François arriva cependant à
Conftantinople , le 13. Janvier . L'Auteur
étoit embarqué deffus , ce qui donne lieu à
une longue Narration , fur l'état ancien &
moderne de toutes les Villes & Lieux remarquables
fitués fur les Côtes de l'Hellef
pont , depuis Galipoli jufqu'à Conftantinople
, en y comprenant les Illes de cette
fameufe Mer. Il finit , en remarquant que
le Voyage de l'Ambaffadeur , depuis le départ
de Paris jufqu'à Conftantinople , fût de
fix mois entiers.
Quelques jours après , nos Ambaſſadeurs
allerent rendre vifite au Grand Vifir , c'étoit
comme le préliminaire de l'Audience du
Grand Seigneur ,, qui leur fût accordée à la
premiere demande. Tout cela eft décrit
fort au long dans notre Manufcrit. M. de
Breves étoit à la droite , comme ancien
Ambaffadeur , & comme prêt à partir ,
il reçût quelques préfens d'Etoffes & de Porcelaines
précieufes , de la part du Grand
Seigneur. A la fin de l'Audience , M. de
Breves donna la main à M. de Salignac . Le
premier n'ayant , pour ainfi dire , plus de
fonction , & c.
Notre Ambaffadeur fit enfuite les vifites
ассой.
JUIN
893 1742.
accoûtumées aux principaux Officiers de la
Porte , & enfin aux Ambaffadeurs des Prinqui,
les rendirent peu de
ces Chrétiens
tems après.
.
Laiffons ici notre Hiftorien s'engager dans
un grand détail fur tout ce qui regarde la
fameufe Ville de Conftantinople. Détail ,
qui commence par la Fondation de Byzance
& qui mene un Lecteur extrêmément
loin , car tout ce qui concerne le Gouvernement
de l'Empire Turc , le Serrail du
Grand Seigneur , & c. y eft compris. L'Auteur
revient cependant à ſon féjour au Palais
de France. Mais il ne parle plus de M. de
Breves , que nous avons quelque interêt de
ne pas perdre fitôt de vûë.
Il nous est tombé depuis peu entre les
mains une Edition de la Relation de fes
Voyages , qui nous a parû plus exacte &
plus inftructive , que celle dont nous avons
ci-devant parlé , nous allons en extraire ce
qui concerne directement ce fujet. L'Auteur
commence ainfi .
Après que par l'efpace de vingt deux
» années , M. de Breves eût réfidé Ambaf-
» fadeur à la Porte du Grand Seigneur , avec
» toute la dignité pour la France , le juge-
» ment , l'honneur , & le bonheur en tou-
» tes chofes qu'on fçauroit fouhaiter le
Roy cftimant fa vertu , & le voulant
Cij em .
,
894 MERCURE DE FRANCE
»
>>
>>
>>
employer en de plus importantes affaires
le rapella dès le commencement de l'année
1606. mais avec ordre de faire plainte
au Grand Seigneur , des Incurfions que
" les Corfaires de fes Royaumes de Tunis
» & d'Alger faifoient continuellement fur
» les Vaiffeaux François , & Sujets de Sa
" Majefté. Sa Remontrance mife en confi-
» dération par le Sultan , il en obtint tous
" les Commandemens les plus favorables
» qu'il défira , & pour les préfenter avec
» créance , & avec plus de poids aux Vice-
>> rois & à la Milice qui étoit fur les Lieux
» il fut accompagné d'un Officier Turc , qui
» avoit grand crédit à la Porte,
» La dévotion dudit Seigneur de Breves à
» notre Religion , & le défir de fçavoir &
connoître à l'oeil ce qui peut fervir à ſon
» Roy , à fa Patrie & à foi - même , le fit
» réfoudre avant que de paffer en Barbarie ,
» de vifiter la Terre Sainte , & remarquer
» en fa Navigation , les Côtes Maritimes
» de l'Afie & d'Afrique , les Ifles de l'Ar-
» chipel & le Royaume d'Egypte. Pour
» cet effet , l'an 1605. le quinziéme jour de
O Mai , à neuf heures du foir , nous nous
embarquâmes fur le Galion dudit Seigneur
» de Breves , qui étoit fur le fer à la Plage
» de Pera lez Conftantinople , & le lende-
» main à huit heures du matin , nous fimes
>>
voile
JUIN. 89 $ 17421
» voile , en brave & pompeux Equipage ,
» les Etendarts & Bannieres arborés en divers
endroits du Vaiffeau , les Trompettes
» fonnant , Tambours battant , & avec for-
» ce falves d'efcopeterie , après lefquelles fu-
>> rent tirées trente volées de canons , de-
» vant le Serrail du Grand Seigneur .
Tous ces longs Voyages font divifés en
deux Parties , dont la premier comprend celui
de Conftantinople à Jérufalem , Egypte
Barbarie , & la feconde fon départ d'Egypte,
fes Négociations à Tunis & Alger , &ſon retour
en France. Il arriva heureufement à
Marſeille le 18. Novembre 1605 .
A la fuite de la Relation , titre géneral du
Livre , eft la Traduction du Traité fait en
1604. entre Henri le Grand & le Sultan
Achmet , dont nous avons parlé ci - devant :
ce Traité eft accompagné de quelques notes
, qui aprennent que M. de Breves avoit
fait renouveller les Traités , ou la Capitulation
fous les Regnes des Empereurs Amurat ,
Mehemet , & Achmet.
On y voit auffi que M. de Germini , Prédeceffeur
de M. de Breves , fous le Regne
du Roy Henri III . n'eut pas affés d'industrie
ou de fermeté pour s'opofer aux entrepriſes
des Anglois , qui étoient toujours venus négocier
en Turquie ſous la Banniere de France
, & fous la Protection de nos Ambafla-
C iij deurs,
96 MERCURE DE FRANCE
deurs, ce qui confirme ce que nous avons ra→
porté ailleurs de ce M. de Germini qui avoit
cedé le pas aux Miniftres de l'Empereur , & c.
M. de Breves ajoûte que pour ce qui concerne
les Anglois , il y avoit remedié. » Par le
» moyen , dit- il , de l'intelligence que j'avois
» avec les Principaux Miniftres du Grand
Seigneur , je fis révoquer tout ce qui leur
»avoit été concedé contre l'honneur de no-
» tre Etendart , comme il fe verra par les 4.
» 5. & 6. Articles de la Capitulation.
Il parle auffi de ce qui concerne nos Religieux
, ayant la garde de Saint Sépulchre, &
les Pelerins , qui le vont vifiter , lefquels doivent
à l'avenir être protegés & à couvert de
toute infulte , avanie , &c.
Enfin on fait obferver toutes les précautions
, qu'on a prifes dans ce dernier Traité
pour rendre le Commerce des François plus
protegé & plus floriffant que jamais .
Suit un autre DISCOURS fur l'Alliance qu'a
le Roy avec le Grand Seigneur , & de l'utilité
qu'elle aporte à la Chretienté fait par M.
de Breves . Dans ce Difcours , on reconnoît
un homme parfaitement inftruit & qui penſe
jufte fur tout ce qu'il a entrepris de traiter.
A ce dernier Difcours font ajoûtés , par
maniere de preuves , trois Brefs du Pape
Clement VIII. adreffés à M. de Breves durant
fon Ambaffade , & trois Actes des Pe-.
IGS.
JUIN.
1742. 897
res Gardiens de Jérufalem & de Conftanti
nople , qui témoignent combien eft utile la
Protection de fa Majeſté , non - feulement
aux Religieux qui fervent les Saints Lieux ,
mais à tous ceux qui ont dévotion de les vi
fiter , & à toute la Chrétienté .
Le fecond de ces Actes , daté de Pera lez-
Conftantinople , le 22. Decembre 1604 écrit
en Langue Italienne , eft figné en premier
lieu de cette maniere : Frater Joannes Andreas
Carga,Venetus, Pradicator Generalis, &
Vicarius Generalis Congregationis Conftantinopolitana,
Ordinis Prædicatorum, fuivent les
fignatures de deux autres Religieux Francif
cains conftitués en charge.
On trouve enfuite dans le même Livre ,
quelques autres Piéces curieufes , dont il n'y
en a qu'une qui regarde M. de Breves , &
qui n'apartient point au fujet que nous traitons
, mais qui aprend que ce Seigneur vivoit
encore en l'année 1618. Ce Livre eft
imprimé à Paris 1. vol. 4° . chés Nicolas Gaffe
en l'année 1628. & dédié à M.Camille Savary,
fieur d'Auvoir, Confeiller & Aumônier Ordinaire
de la Reine Mere du Roy , Abbé de
Saint Pierre de Montmajour lez - Arles. Il contient
environ 700. pages.
Il eft tems de revenir au Baron de Salignac
, Succeffeur de M. de Breves , lequel
ne fournit pas une fi longue carriere , car
Ciiij nos
898 MERCURE DE FRANCE
nos Mémoires nous aprennent qu'après s'être
acquitté très dignement de fon Miniſtere ,
il mourut à Conftantinople en l'année 1610.
C'est ici le lieu de rendre juftice à la vérité
, & de réparer une méprife qui fe trouve
dans le Mercure du Mois de Septembre
1735. page 2119. où à l'occaſion du Mariage
du Marquis de Salignac , de la Province
de Limoufin, on a fait le Baron de Salignac
dont il s'agit ici , de la Maiſon de Salignac,
la Mothe Fenelon. La méprife paroît excufable.
Nous en avons été avertis par M. le
Marquis de Bonac au retourde fon Ambaſſade
de Turquie , & depuis M. le Marquis
de Villeneuve fon Succeffeur dans la même
Ambaffade , a bien voulu nous confirmer
la vérité du fait , en nous envoyant .
l'Epitaphe de ce Seigneur qu'il fit copier par
un de fes Secrétaires , fur fon Tombeau de
Marbre dans l'Eglife des Jefuites de Pera.
C'est par là que nous finirons cet Article .
ILLmo. Exxmo. D. D. JOANNI DE GONTAUT
, DE BIRON , BARONI DE SALAGNAC
REG. CHRISTmi. GALLIARUM ORATORI •
APUD IMPERem. OTTHOMNUM. TUMULUM
HIC SUIS SUMPTIBUS FACIENDUM CURAVIT
LUDOVICUS GEDOYN , BENEFICIORUM ACCEPTORUM
MEMOR.
Obiit natus annos LVII . die XII , Octob , anno
M. DC. X. On
JUIN
,
899
1742
.
On y voit l'Ecu de fes Armes , qui font
écartelées d'or de Gueules , qui eft Biron , &
fur le tout d'or à 3. bandes de Sinople , (a)
qui eft Salignac ou Salagnac.
Le Baron de Salignac ne fut pas fi tôt remplacé
dans l'Ambaffade de Conftantinople ;
il mourut , comme on vient de le voir , peu
de tems après l'affreufe catastrophe , qui enleva
à la France l'un de fes plus Grands Rois.
Il paroît cependant que la Porte Ottomane
faifoit toujours un grand cas de notre Alliance
, & qu'elle la cultivoit dans toutes les
occafions. On lit dans le 3. Tome de l'Abbregé
Chronologique de l'Hiftoire de France
de Mezeray p. 1421. qu'étant né au Roy
un fecond fils au mois d'Avril de l'année
1607. lequel prit le titre de Duc d'Orleans ,
il vint un Chaoux de Conftantinople , comme
le Roy étoit à Fontainebleau , ' qui lui aportà
un compliment , & des Lettres de la part du
Grand Seigneur Achmet I. & non pas Mehemet
, comme le dit Mezeray par une méprife
remarquable dans un Auteur fi exact.
Ce ne fut donc que fous la Minorité de
Louis XIII. que la Cour fongea à l'Ambaf
fade de Conftantinople. Achilles de Harlay
(a ) On trouve deux Alliances entre les Maifons de
Gontaut & de Salignac . 1 ° . Gafton de Gontant épousa
en 1456. Catherine de Salignac. 2 ° .Armand de Gontaut
épousa vers l'année 1583. Jeanne de Salignac.
Hiftoire Génealogique , &c. du P. " Anfelme.
Cv Marquis
900 MERCURE DE FRANCE
Marquis de Sancy , y fut nommé ; on ne
pouvoit guere mieux choifir. Il étoit fils
puîné de Nicolas de Harlay de Sancy
Sur-Intendant des Finances , qui rendit de fi
grands fervices à Henri IV. Il fut d'abord
Abbé de Saint Benoît fur Loire , de Villeloin
, & de Chateliers, nommé enfin à l'Evêché
de Lavaur. Son aîné étant mort , il quitta
l'Etat Eccléfiaftique & fe fit connoître fous.
le nom de Marquis de Sancy ; peu de tems
après la Cour l'envoya à Conftantinople , où
il demeura dix années. Comme il étoit fçavant
, prefqu'en en tout genre , & qu'il aprit
les Langues durant fon féjour , il ramaffa un.
grand nombre de Manufcrits , qu'il fit chercher
dans le Levant, & en toutes les Langues
Orientales , tant fur l'Ecriture Sainte ,
les Peres , & l'Hiftoire de l'Eglife , que fur
d'autres matiéres. Le plus curieux & le plus
important de tous ces Manufcrits. eft fansdoute
le Pantateuque Samaritain , qui a fait
tant de bruit dans le Monde Sçavant , &
que le P. Morin de l'Oratoire a donné au
Public avec fes remarques.
De retour de fon Ambaffade , M. de Sancy
reprit l'Etat Eccléfiaftique & entra dans la
Congrégation de l'Oratoire. Il fut un des
douze Prêtres qui accompagnerent en Angleterre
le Pere de Berulle , Instituteur
de cette Congrégation , Premier Géne-
23
xal
JUIN. 1742. 901
>
ral , & enfuite Cardinal. Après la mort de
M. de Berulle , le P. de Sancy fut propofé
pour être fon Succeffeur au Géneralat . Il fut
Supérieur en plufieurs Maiſons , à celle de
Saint Honoré , & nommé en 1631. Evêque
de Saint Malo , où il mourut en 1646. Il a
compofé plufieurs Ouvrages , la plûpart Ma--
nufcrits, entre- autres une curieufe Relation de
la mort tragique du Sultan Ibrahim I. Frere
puîné d'Amurath , IV.
M. de Sancy eut pour Succeffeur à l'Am
baffade de Conftantinople , le Comte de
Marcheville. On aprend par la Vie de M..
de Chafteuil, furnommé le Solitaire du Mont-
Liban , imprimée à Paris , chés le Petit. en
1666.. » que M. de Marcheville aimoit les
» Sçavans ; il avoit déja engagé Gaffendi &
>> plufieurs autres dans le même Voyage , &
>> il voulut mettre auffi M. Defcartes de la
» partie ; mais celui ci s'en excufa fur fes oc-
>> cupations , & d'autres raifons empêche-
» rent Gaffendi & quelques autres , d'être
>> du Voyage.
» Pendant que tout fe difpofoit pour l'em--
Barquement , continue l'Auteur , Mef
>> fieurs de Peirefc , & de Chafteuil régale--
>> rent magnifiquement l'Ambaffadeur à Bau-
» gency. On attendoit encore Mrs Hofte--
nieus & Bochard , autres Sçavans de répu
» tation ; mais ils n'arriverent pas affés à tems..
Cvj L'Amba
902 MERCURE DE FRANCE
L'Ambaffadeur s'embarqua enfin à Mar
feille avec M. de Chaſteuil le vingt Juillet
1631 .
C'est tout ce que nous avons pû aprendre au
fujer de M. de Marcheville & de fon Ambaffade.
Celle de Philipe de Harlay , Comte de
Cefy fuit dans nos Mémoires. Ce Seigneur
avoit épousé en 1610. De . Marie de Bethune,
Fille de Florenfac de Bethune , Seigneur de
Congis ; fon nom eft encore célebre dans
les Archives du Commerce du Levant , par
la grande protection qu'il lui accorda durant
tout le tems de fon Ambaffade , qui fut de
vingt - quatre ans . Il mourut en 1652. & eut
pour Succeffeur N. de la Haye Vantelet
, Maître des Requêtes. , Ce nouveau Miniftre
partit de Marfeille vers l'année 1642 .
& mena avec lui fon fils aîné , qui s'inftruifit
parfaitement de la Politique des Turcs ,
&c. & mérita dans la fuite de fucceder à fon
Pere dans le même Ministére . C'eſt fous M.
de la Haye le Fils , que vint en France Soliman
Aga Muteferaca , Envoyé au feu Roy,
par
de Sultan Mehemet IV. L'Ambaffadeur
arriva au mois de Juillet 1669. & ne partit
de Paris, pour s'en retourner qu'au mois de
Mai de l'année fuivante.
Il eft remarquable que prefque tous les
Ambaffadeurs de France envoyés à la Porte ,
Ottomane , ont été Amateurs des Lettres
&
JUIN. 1742 903
& des Beaux Arts , Protecteurs des Sçavans ,
& encore plus , Protecteurs de la Réligion
& du Commerce .
Cela s'eft particulierement rencontré en la
perfonne du Marquis de Nointel , Charles-
François Olier , Confeiller au Parlement de
Paris , & Succeffeur de M. de la Haye le
fils , Homme qui avoit de vaftes connoiffan
ces , des vûës étendues , grand Amateur du
Bien Public , & en particulier de la gloire
du nom François . Le Chevalier d'Arvieux ,
qui certainement ne l'aimoit pas , pour des
raifons d'interêt & de jaloufie , qu'il nous
aprend lui -même , après avoir fait un certain
portrait de M. de Nointel dans fes Mémoires
, publiés en 1735. par le P. Labat ,
le finit en convenant qu'il étoit fçavant , fort
fage , fort pofé , & fort homme de bien.
Mémoires du Chevalier d'Arvieux T. IV.
P. 243.
M. de Nointel fut nommé au commencement
de l'année 1670 dans le tems de
l'Ambaffade de Soliman Aga . Il alla lui rendre
viſite , à la fin de laquelle Soliman fit
préfent à l'Ambaffadeur François d'un parfaitement
beau Mouchoir enrichi d'une excellente
broderie d'or.
Le Miniftre Turc rendit cette vifite deux
jours après. Elle, dura deux heures entieres
parce qu'elle fut interrompuë par une magnifique
904 MERCURE DE FRANCE
fique collation , & avant que de fe féparer,
M. de Nointel fit préfent d'une très - belle
Montre à Soliman Aga..
Les deux Ambaffadeurs refterent encore
deux mois à Paris , à donner ordre à leurs
équipages . On travailloit cependant au Bureau
de M. de Lionne aux inftructions de M.
de Nointel , & afin que l'Envoyé Turc , qui
devoit partir avec l'Ambaffadeur de France
s'ennuyât moins , on lui fit voir tout qu'il y
avoit de beau & de curieux à Paris & aux
environs. Le Chevalier d'Arvieux entre làdeffus
dans un grand détail , qui paroît ich
inutile.
›
Quelques jours avant le départ , Soliman
Aga alla à Saint Germain prendre congé de
M. de Lionne , après quoi il eut l'honneur
de faluer le Roy , dans le tems que fa Majefté
montoit à cheval pour aller à la chaffe
» Je lui fervis d'Interprete , dit le Chevalier
» D. le Roy le reçût gracieufement & lui dit
» que fon Miniftre lui remettroit la Lettre
» qu'il écrivoit au Grand Seigneur , en ré-
» ponſe de celle qu'il lui avoit aportée..
» J'eus ordre de le préfenter aux Enfans de
» France , & enfuite je lui fis voir tous les
» Apartemens du Château . › On lui fit voir
» la Garde-Robe du Roy ,fon petit Cabinet ,
» les Pierreries de la Couronne , parmi lef-
» quelles eft le fameux Diamant, nommé lè
Sancy,»
A JUIN. 1742: 90
·
» Sancy , du nom de l'Ambaffadeur dont on a
» parlé ci devant , qui en fit l'acquifition pour
» le Roy à Conftantinople , » & géneralement
» tout ce qu'il y avoit de beau , de riche &
» de curieux dans cette Maifon Royale.
.
» Enfin M. de Nointel prit congé du Roy
» & des Miniftres. Il reçût fes dépêches , &
»il fe mir en chemin avec Soliman Aga..
»M. de la Gibertie , Gentilhomme Ordinai-
» re , eut ordre de le conduire juſqu'aux.
» Vaiffeaux. Les deux Ambaffadeurs fe fépa-
»rerent à Aix. Soliman alla droit à Toulon ,
» & M. de Nointel alla droit à Marſeille ,
"pour s'y faire reconnoître dans fa nouvelle
qualité , &c.
وو
Ce que M. D. ajoûte à l'occaſion de la vië
fite que lui rendirent les Fchevins de Marfeille
, ne mérite pas d'être raporté. On y
aperçoit trop un certain efprit d'interêt perfonnel
, & de mécontentement qui fait fou
vent ,voir les chofes autrement qu'elles nefont.
De Marſeille , M. de Nointel fe rendit à
Toulon , où Soliman l'attendoit avec impa
rience , & où ils s'embarquerent enfin le 21 .
Août 1670. au bruit de l'Artillerie , & on,
mit à la voile le lendemain . L'Efcadre étoit
compofée de quatre Vaiffeaux de Guerre ,
commandés par M. d'Apremont.
C'est dommage que M. Galland , que M.
Ambaffadeur emmena avec lui , pour le
fujet
906 MERCURE DE FRANCE
fujet particulier que nous dirons dans la fuite ,
foit mort fans avoir publié la Relation de fes
Voyages ; nous aurions eu le plaifir d'en extraire
ce qu'il y a de plus curieux dans celle
qui concerne le Voyage de M. de Nointel
de Marſeille à Conftantinople , véritable
Voyage Litteraire , dont la lecture fera quelque
jour plaifir aux Amateurs de la belle
Antiquité.
Dedommageons- nous, s'il eft poffible , en
entrant plus directement dans notre fujet ,
par la Relation de l'Arrivée , & de la Reception
de M. de Nointel à Conftantinople ,
en qualité d'Ambaffadeur de France . Elle fe
trouve dans le même Tome des Mémoires
de M. d'Arvieux , p . 254 .
On réçût enfin , dit- il , des nouvelles de
M. de Nointel . J'en ai vû la Relation en
original , & je crois faire plaifir aux Lecteurs
de la leur donner entière .
Les quatre Vaiffeaux du Roy , qui portoient
M. de Nointel & Soliman Aga , étant
arrivés aux Ifles des Princes , devant Conftantinople,
le 22. Octobre 1670. M. d'Apremont
qui les commandoit , envoya dire au
Caïmacan , qu'il avoit des ordres exprès de
ne point faluer le Serrail ni la Ville , à
moins qu'il ne fût aſſûré que l'un & l'autre
lui rendroient le falut. I envoya faire ce
compliment par fon premier Lieutenant ,
accom-
1
JUIN. 1742: ༡༠༡
accompagné du fieur de la Fontaine , Drogman
de l'Ambaffade . Ils eurent Audience fur
le champ , & raporterent que le Caïmacan
avoit été furpris de cette propofition ; qu'il
avoit affemblé auffi - tôt fon Confeil , qui après
une mûre délibération , avoit réſolu de ne
rien faire fans un Ordre exprès du Grand Seigneur
, parce que tous lesVaiffeaux de Guerre
qui entroient, faluoient le Serrail , fans en exiger
de falut , & que ceux de Sa Majesté pou
voient toujours entrer en attendant les ordres
& la réponſe du Grand Sergneur pour le refte.
Les Vaiffeaux qui étoient en pane , apareillerent
fur le champ & moüillerent dans
le Port de Conftantinople , au- deffus de la
Tour de Leandre , qui lui fert de Fanal.
Le lendemain , M. de Nointel reçût dans
fon bord , les Complimens des Ambaſſadeurs
d'Angleterre & de Venife , & ceux
des Refidens de Hollande & de Génes
qui envoyerent leurs premiers Secretaires.
Il defcendit enfuite à terre incognito avec les
Gens ; il s'en alla au Palais de France , & y
demeura jufqu'à ce que tout fût difpofé pour
fon Entrée Publique.
Le 11. Novembre , M. de Nointel fe rendit
de grand matin aux Vaiffeaux du Roy ,
avec toute fa Maiſon. M. de la Haye qu'il
venoit relever , & tous les Capitaines , vinrent
lui faire compliment.
908 MERCURE DE FRANCE
Le Chaoux Bachi , & le Vaivode ou Gou
verneur de Galata , vinrent auffi le compli
menter de la part du Caïmacan. Après les
complimens , on fervit le Caffé , le Sorber
& on donna le Parfum , ce qui termina la
Cérémonie . Ces deux Seigneurs en rentrant
dans leurs Chaloupes , furent falués chacun
de onze coups de canon , & un moment
après , les deux Ambaffadeurs entrerent dans
la leur , qui étoit magnifiquement ornéc ,
& accompagnée des Chaloupes & des Canots
de l'Efcadre Françoife , bien armés , avec
toutes les Maifons des deux Ambaffadeurs ,
& une partie des Officiers de l'Eſcadre , richement
habillés. Ils furent falués de toute
Artillerie ,& de la Moufqueterie des quatre
Vaiffeaux.
En débarquant , ils entrerent dans une
Place , nommée Atmeidan , où la Cavalerie
Turque , & les quarante chevaux que le
Caïmacan avoit envoyés , les attendoient
en bon ordre.
La Marche de cette Entrée , commença
par cent Moufquetaires à pied , apellés
Azaps , armés de gros Moufquers & de Cimeterres
, ayant à leur tête deux Trompettes
François , portant les livrées de l'Ambaffadeur.
Ils étoient commandés par le Kiahia ,
ou Lieutenant du Vaivode , monté fur un
très-beau Cheval Ifabelle..
Cent
JUIN. 17428 909
Cent Janiffaires fuivoient avec leur
grands Bonnets de Cérémonie , fous la conduite
d'un Chaoux Bachi , qui eft un de
leurs Capitaines . Il avoit fur fon Bonnet
trois belles Aigrettes , pour le diftinguer de
fa Troupe.
Les cent Chaoux qui les fuivoient , étoient
armés de Cimeterres & de Maffes d'Armes
montés fur des chevaux , qui ne paroiffoient
pas moins par la vivacité de leurs mouve
mens , que par l'éclat des broderies d'or
dont les Harnois , les Selles & les Houffes
étoient couverts.
Une partie de la Maiſon de M. de Nointel,
marchoit enfuite , fçavoir , les huit Janiffaires
deftinés à fa garde , montés fur de très
beaux chevaux. Son Maître d'Hôtel les
fuivoit feul ; il étoit à la tête de fix Valets de
Chambre , vêtus de drap bleu avec des galons
d'argent. Douze Valets de pied , habillés
des couleurs de leur Maître , avec un
galon d'or , argent & foye , tous très - bien
montés , fuivoient ..
Onvoyoit enfuite deux chevaux de main ,
envoyés par le Caïmacan , pour le fervice
de l'Ambaffadeur. Ils étoient conduits par
deux Palfreniers Turcs. Les Houffes étoient:
en broderie d'or & de perles , les Brides.
& les Etriers d'argent enrichis de Rubis &
d'Emeraudes.
+
Les
10 MERCURE DE FRANCE.
Les Interpretes de France & de Venife, avec
des vestes de fatin & des robbes d'écarlate ,
fourées de Martes Zibelines , & de très
beaux bonnets , alloient enfuite .
Après eux , venoient le Premier Ecuyer
du Caïinacan , deux Lieutenans des Spahis ,
& le Chaoux Bachi du Grand Seigneur, ayant
à fon côté le Vaivode de Galata. Ils étoient
précédés & fuivis de quantité de domeftiques
; l'éclat des habits , l'ordre de leur
marche , leur gravité , la beauté de leurs
armes , la fineffe des chevaux & leurs
fuperbes harnois , augmentoient la décoration
de leur Marche.
,
Quatre Trompettes venoient enfuite , avec
de très riches habits , ayant des Trompettes
d'argent , ornées de banderoles , richement
brodées , & fonnant continuellement.
Inimédiatement après ces Trompettes ;
venoient les deux Ambaffadeurs , marchant
fur la même ligne. M. de la Haye étoit à la
droite , monté fur un fort beau cheval
blanc , richement harnaché . Il étoit vêtu
d'un Jufte au- corps de velours noir , avec
des boutons d'or ; fon chapeau étoit enrichi
d'un cordon de groffes perles.
M. de Nointel marchoit à la gauche. Il
avcit un Jufte-au- corps d'écarlate , couvert
de dentelles or & argent,, & fur fon chapeau
, un bouquet de plumes blanches . Il
montoit
JUIN. 49 1742. 911
montoit unfuperbe cheval Ifabelle , envoyé
par le Caïmacan , dont la felle étoit couverte
d'une houffe de drap d'or enrichi de
perles.
L'Abbé de Nointel fuivoit l'Ambaffadeur
fon frere , accompagné de toute la Nobleſſe
Françoife , très bien montée , & richement
vêtuë .
Les Secretaires des Ambaffadeurs de France
& de Venife continuoient la Maiche . Ils
étoient fuivis de trente Gentilshommes , qui
étoient débarqués des Vaiffeaux , pour groffir
le Cortege. Le Corps des Marchands &
toute la Nation Françoife à cheval, fermoient
la Marche , laquelle dura près de deux heures.
Les rues , les fenêtres des maifons de
toute cette route , étoient remplies jufqu'aux
faîtes , d'un nombre infini de monde de tous
états , & de toute forte de Religions,
Les Ambaffadeurs arriverent ainfi au Palais
de France , où ils furent falués par une
décharge de cent boëtes , de pierriers , &
de toute la Moufqueterie Turque , qui s'étoit
rangée en haye . On fit entrer dans le Palais
les principaux Officiers Turcs ; on les régala
fplendidement , & M. de Nointel leur fit à
tous des préfens confiderables , & fit diftribuer
de grandes largeffes à tous ceux qui
s'étoient trouvés à fon Entrée.
Comme la Cour étoit à Andrinople , M.
dc
"
912 MERCURE DE FRANCE
par
Nointel y arriva le 14.Janvier 1671.conduit
le Chaoux Bachi , avec les caroffes , les
chariots & les chevaux , que le Grand Seigneur
lui avoit fait fournir , avec une fomme
pour fa dépense , comme la Porte a accoû
tumée d'en uſer avec les Ambaſſadeurs , à
l'égard de leur premiere Audience.
Deux ou trois jours après , l'Ambaffadeur
eût fa premiere Audience du Grand Viſir , &
le troifiéme jour de Février , il eût celle du
Grand Seigneur. Ce que nous allons raporter
de cette Audience , eft tiré des Memoires
de M. de la Croix , ( a ) fon Premier Secrétaire
, qui fût préfent à tout , & qui a
fçû éviter une certaine prolixité .
M. l'Ambaffadeur, dit - il , fit fes efforts pour
paroître ce jour là avec plus d'éclat qu'il n'avoit
encore fait,afin que la Pompe & la Magnificence
Françoiſe euffent d'autant plus de luftre,
qu'elles devoient avoir pour fpectateurs,
un des plus Grands Empereurs de l'Orient
& tous les principaux Officiers de fon Empire.
La Nobleffe Françoife , à fon exemple ,
voulant y contribuer de fon côté , fit voir
tout ce que l'Ajuftement François a de beau
& de gálant..
( a ) MEMOIRES du fieur de la Croix , ci- devant
Secrétaire de l'Ambaffade de Conftantinople ,
contenant , &c. 2. vol. in - 12 . A Paris , chés Barbin.
1684.
Le
JUIN.
913 1742.
Le Chaoux Bachi , en habit de cérémonie ,
d'une veſte de brocard à fleurs dor , fur un
fond d'argent , fuivi de so . de fes Officiers ,
& accompagné du Sous- Bachi , avec les
Janiffaires de fa garde , fe trouva dès la
pointe du jour , à la porte de fon Excellence.
L'Ordre de la Marche fût femblable à
celui qui s'obferva à l'Audience du Vifir
à la referve que l'on fit paroître des habits
nouveaux , & que le Cortége fut augmenté
de plufieurs Gentilshommes Allemans &
Polonois , que les Réfidens de ces Nations
avoient envoyés pour honorer la cérémonie ,
& qui avoient mené avec eux beaucoup
de domestiques en bon équipage.
Il fallut traverser la meilleure partie de la
Ville , pour arriver au Serrail du Grand Sei
gneur , qui eft dehors . M. de Nointel mit
pied à terre à la porte , & fût reçû par un
Maître des cérémonies , nommé , Capigilar
Kehajafi , ou Chef des Portiers , qui tenant
un grand bâton d'argent à ſa main , le conduifit
dans une cour de gazon d'une figure
irréguliere , traverfée de plufieurs fentiers
& pavée tout à l'entour , des deux côtés de
laquelle regnent des galeries , qui s'étendent
jufqu'au bâtiment du Palais.
A droite en entrant , on voyoit des Janiffaires
rangés fous la galerie ; le Janiffaire
Aga ;
914 MERCURE DE FRANCE
étoit affis vers le milieu fur une chaife , ayant
auprès de lui le Kehaja - Beig , vêtu d'une
robe de fatin blanc , par- deffus laquelle
il avoit une vefte de velours violet , & un
bonnet de cuir doré , chargé d'une aigrette
fort haute & fort épaiffe , fous laquelle au
derriere de la tête paroiffoit un panache de
plumes noires. Cet Officier étoit affis fur un
banc de pierre , ayant au - deffous de lui
plufieurs Servagis ou Capitaines de Janiffaires
, qui étoienr vêtus & coëffés comme le.
Kehaja -Beig.
Les Compagnies des Janiffaires étoient
rangées dans la Cour hors de la galerie , en
cinq ou fix files fort ferrées .
On voyoit au même endroit en face du
Palais so. Capigis ou Portiers , qui tenoient
fur leur bras chacun une piéce du préfent
que M. l'Ambaffadeur préfentoit à Sa Hauteffe
; il confiftoit en un très beau & riche
tapis de la Savonerie , long de quatre aulnes
fur trois de large , un grand chandelier d'argent
cizelé , à huit branches , une pendule à
boëtte d'écaille de tortuë , enrichie de colonnes
& de feüillages d'argent doré , une
tenture de tapifferie à l'aiguille de douze
morceaux , & 40. veftes magnifiques fçavoir
de drap , de fatin & de brocard , le tout à
fonds d'or & d'argent.
Dans la galerie à gauche , il y avoit une
vingtaine
JUIN. 1742
915
vingtaine de Capigis Bachis , & autant de
Mutaferracas ; on voyoit au- devant de cette
même galerie une douzaine de petits canons
qui fervent aux réjouiffances publiques.
Toute cette Milice obfervoit un filence fi
profond & une contenance fi grave , ayant
les mains croifées fur l'eftomach , qu'à peine
on les voyoit faire quelque mouvement.
Le Maître des cérémonies fit traverfer toute
cette cour à M. l'Ambafladeur ; il fut reçût
à la porte du Divan par le Chiaoux Bachi
, lequel l'introduifit dans la Sale , ouverte
en forme de veſtibule , attenant l'apartement
du Grand Seigneur , & feparée de la cour
par une baluftrade feulement , d'où elle reçoit
le jour ; elle eft entourée de bancs couverts
de brocatelle d'or , avec de petits marche-
pieds , & le plancher eft couvert d'un
grand tapis. L'Endroit où s'affied le Grand Vifir
eft en face , un peu plus élevé , & plus orné
que le refte du banc , attenant un morceau
de menuiferie , placé directement dans
le milieu du mur , au - deffous d'une petite
fenêtre grillée , d'où Sa Hauteffe affifte au
Divan , & découvre la Milice qui eft dans
la cour.
Aullitôt que M. de Nointel fut introduit
dans le Divan , le Grand Vifir fortant de la
chambre où il fe repofoit , vint prendre fa
place ordinaire, & on préfenta en même tems
Dun
1
916 MERCURE DE FRANCE
un tabouret de velours à M, l'Ambaffadeur ;
lequel fit dire par fon Interprete au Miniftre
Ottoman , qu'il fe voyoit enfin au moment
qu'il défiroit depuis fi long- tems , d'être admis
à l'Audience de Sa Hauteffe ; pour lui
rendre la Lettre de l'Empereur de France , &
qu'il prioit fon Excellence de vouloir la lui
préfenter. Le Grand Vifir répondit qu'il étoit
le bien venu , qu'il envoyeroit un Ars au
Grand Seigneur , pour lui donnér avis de
fon arrivée & pour recevoir fes ordres , que
cependant il affifteroit à la cérémonie de la
paye de la Milice. M. de Nointel fe retira
de ce lieu , qui étoit deftiné pour ranger les
facs , & s'affit feul fur un banc qui lui étoit
préparé , & orné comme ceux des Vifirs ;
toute fa fuite étoit debout .
Le Grand Vifir étant affis environ au milieu
du banc , avoit à fa droite Cara Musta
pha Pacha Caimacam , & Mehemet Pacha¸
& à fa gauche le Cadilefquier de Natolie ; le
Nitchangi - Pacha étoit placé fur le bancà
droite , & le Tefterdar Pacha fur celui à
gauche , mais prefque au bout ; les deux
Tefqueredgis , ou Greffiers , étoient affis aux
pieds du Vifir.
Ce premier Miniftre avoit ce jour là une
vefte de Satin cramoifi , fourée de martre
Zibeline , ( à manches pendantes , ) laquelle
en couvroit une autre de fatin blanc ; il avoit
en
JUIN.
1742 917
en tête un grand turban de cérémonie ; les
autres Viſirs & Officiers , qui avoient Séance
au Divan , étoient vêtus à peu près de la
même maniére , mais de couleurs differentes
; le Cadilefquier de Natolie avoit une
vefte de drap violet , avec un turban beaucoup
plus gros que celui des Vifirs . Ils obfervoient
tous un filence & une gravité fi
extraordinaires , que fi le fardeau de leurs
turbans ne les eût obligé quelquefois d'y
porter la main , on les eût pris pour des
Statuës.
Pendant que l'on rangeoit les facs d'argent
au milieu de cette Sale , le Grand Vifir
caufoit avec le Caimacam , lequel , quoiqu'il
fût fon Lieutenant , fon allié & fon ami particulier
, ne s'aprochoit de lui qu'avec beaucoup
de refpect.
፡
La difpofition des facs fut telle . On les
rangea des deux côtés du Vifir , laiffant un
pallage entre deux, pour pouvoir aborder ce
Miniftre ; il y avoit huit rangs de chaque
côté , chaque rang étoit compofé de cinq
tas , & le tas de dix facs de soo . écus chacun
, ce qui faifoit en tout 400000. écus.
Cet arrangement fini , le Reis - Effendi , ou
Sécrétaire d'Etat , s'aprocha du Grand Vifir ,
& lui mit entre les mains un papier qu'il
lút , & l'ayant fait plier , le cacheta de l'anneau
de fon doigt fans l'ôter ; le même Reis-
Dij Effendi
918 MERCURE DE FRANCE
Effendi l'enferma dans un petit fac de fatin
vert & le rendit à ce Premier Miniftre , lequel
s'étant levé , auffi bien que les autres
Vifirs , porta ce fac à fa bouche & à fon
front , & le configna au Chiaoux - Bachi .
Celui - ci l'ayant reçû fur fes deux mains qu'il
tenoit élevées , fe rendit à l'apartement du
Grand Seigneur , marquant beaucoup de refpect
& de gravité. Il étoit précédé du Capigilar
Kehajaffi , Chef des Portiers , qui avoit
une vefte de toile d'argent à fleurs d'or , &
portoit à fa main une groffe canne , garnie
d'argent , dont en marchant il frapoit fur le
Carreau .
Ces Officiers retournerent quelque - tems
après avec la même cérémonie , raportant le
même petit fac , que le Reis - Effendi reçût
& ouvrit , & il en tira un papier cacheté qu'il
préfenta au Grand Vifir qui étoit debout
lequel le baifa & le porta à fon front.
Enfuite le Tefterdar s'étant levé , lût la lifte
des troupes & de tous ceux auxquels l'ar
gent devoit être diftribué ; cette action fut
fuivie d'une grande acclamation de joye de
toutes les Milices. Les Janifaires furent les
premiers partagés par l'ordre des Compagnies
, que l'on apelloit fuivant l'ancienneté,
& ils cûrent 200000. écus.
Le Janiffaire Aga , le Kehajabeig , & plufieurs
Sorvagis , vinrent baifer la vefte du
Grand
JUIN.: 1742
919
Grand Vifir , qu'ils portoient à leur front
& fe retiroient de côté , pour ne pas lui tourner
le dos .
Le refte des facs fut diftribué à plufieurs
autres Officiers , que le Rufnamedgi Efendi ,
ou Garde des Rôlles apelloit fuivant leur
rang.
à
La diftribution étant faite , le Grand Vifir
& les autres fe retirerent dans une chambre ,
à côté du Divan , pour donner le tems au
Janiffaire Aga d'aller baifer la vette du Grand
Seigneur. C'eft la coûtume alors de donner
manger à l'Ambaffadeur & à fa fuite , mais
les Turcs étant alors dans leur Ramazan , ou
tems de jeune , & par conféquent le Grand
Vifir , & les autres qui font les honneurs ,
ne pouvanr pas s'y trouver , il n'y eût point
de repas
.
van ,
M. de Nointel en fortant de la Sale du Difut
conduit fous une Galerie , où il s'arrêta
avec fa fuite pour prendre dix huit caftans
ou veftes de cérémonie . Dans le même-
tems l'Aga des Janiffaires paffa précedé
de trois Sorvagis. Il alloit baifer le bas de la
Vefte du Grand Seigneur , il fut fuivi du Kadilesker
de Natolie ; un moment après , l'arrivée
du Grand Vifir obligea tout le monde
de fe lever & de fe tenir dans un profond
refpect. Il rendit le falut à M. l'Ambaffadeur
, ce que firent aufli Kara Mustapha
D iij
Cai
920 MERCURE DE FRANCE
Caimacam , & Mehemet Pacha , qui l'accompagnoient.
Auffi- tôt que les Viſirs furent entrés , deux
Capigis Bachis , revêtus de Caftans , prirent
M. de Nointel par deffous les bras , ainfi
que les perfonnes de fa fuite , & on les ad .
mit aux Baifemens * du Sultan , introduits par
le Chaoux Bachi , & par le Capigilar Keajaffi.
Comme ceux - ci marchoient d'un pas fort
grave , on eût le tems de confiderer un grand
Portique fort élevé , orné de caracteres Arabes
, mêlés de differens ornemens de dorure
& de peinture. Un caroffe pafferoit aifément
par cette porte. Elle conduit à un Veftibule
ouvert
› par
par lequel on defcend aux
'Jardins du Serail . Le Veftibule eft tout pavé
de marbre , & couvert d'un grand tapis de
pied ' de drap couleur de feu, brodé d'or. On
entre de là , dans la Chambre Imperiale.
A l'entrée de cette Chambre , M. de Nointel
fit une profonde inclination , puis s'arrêta
, ayant toujours à fes cotés les deux
Capigis Bachis &fon premier Interpréte , pen-
'dant que les François de fa fuite , qu'on n'admettoit
qu'un à un , faifoient leur réverence &
fe retiroient auffitôt , fans avoir le tems d'obferver
la difpofition de cette chambre , la ſituation
du Trône , & les places occupées
* Cette expreffion eft Turque & a paſsé dans les Relations
Françoises.
par
JUIN.
921 1742 .
par les Vifirs . Il n'y eut que M. l'Ambaſſadeur
qui pût aifément le faire , & c'eſt de
lui que j'ai apris ce que je vais fommairement
en raporter.
Cette chambre , ornée d'un tapis de pied
de velours cramoifi , brodé d'or & enrichi
de perles , avoit une croifée au coin à droite
en entrant , & à l'autre coin du même côté
étoit placé le Trône du G. S. adolfé contre
le mur. Il étoit élevé de quatre pieds fur des
dégrés , ayant environ cinq pieds de hauteur
fur trois de largeur , le couronnement enrichi
d'une belle Sculpture de bois doré ,
étoit foutenu d'un côté par le coin du mur ,
& de l'autre par une colonne d'or , ou d'argent
doré , pofée fur l'eftrade du Trône . La
colonne éblouiffoit la vie , à caufe de la
quantité de pierreries de toute éfpece , dont
elle étoit chargée , fans parler de quatre
boules de Cristal en forme d'oeufs d'Autruche
, qui ornoient le même Couronnement,
Sa Hauteffe étoit affiffe au milieu de ce
Trône . Elle avoit une vefte de brocard d'or
& argent à fond vert , fourée de martre zibeline
avec des boutons à queue , gros comme
des oeufs de pigeons , enrichis de diamants
; il portoit fur fon Turban d'une gran
deur immenfe , quatre Aigrettes de plumes
de Heron , attachées avec des agraphes des
plus belles pierreries .
D iiij L
922 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Vifir étoit debout à côté droit
'du Trône , & les deux autres grands Officiers
, prefque vis- à- vis .
M. l'Ambaffadeur , qui après toutes les
réverences s'étoit avancé vers le Trône ,
ayant fait une grande inclination de tête
commença fon difcours en ces termes avec
beaucoup de dignité.
"LE TRES -HAUT ET LE TRES - PUISSANT
» EMPEREUR DE FRANCE , m'a fait l'hon-
» neur de me choifir , pour affûrer votre
» HAUTESSE IMPERIALE , qu'elle n'a point de
»plus grand , de plus parfait Ami que SA
» MAJESTE'.
ور
ود
» C'eſt une verité dont je fuplie VOTRE
» HAUTESSE d'être perfuadée ; qu'il n'y a
point de Prince au monde , qui fouhaite
plus que l'Empereur mon Maître , de faire
»connoître à VOTRE HAUTESSE la gran-
" deur de fon affection. ( SA MAJESTE' ne
» peut
douter que VOTRE HAUTESSE ne réponde
à fa bonne volonté , en lui confer-
»vant la même amitié que fes Prédeceffeurs
» ont témoignée aux Empereurs de France ,
» dont il tient fes Couronnes , & recher-
» chant comme il fait les moyens de l'entre-
*
tenir fans interruption , même de l'aug-
»menter , c'eft dans cette penfée que SA
» MAJESTE' m'a commandé de me rendre
auprès de VOTRE HAUTESSE , pour y réfi-
» dea
JUIN.
1742 923
der en qualité de fon Ambaffadeur , y con-
" tinuer la protection du Chriftianifme &
»fervir de continuel témoignage à VOTRE
HAUTESSE de la bonne intelligence qui
» eft entre les deux Empires.
39
وو
ر و
و د
» VOTRE HAUTESSE a trop de lumieres
pour n'être ppaass ppeerrffuuaaddééee qquuee les grandes
» confédérations n'établiffent pas moins la
gloire des Empereurs , que les conquêtes
qu'ils peuvent faire ; c'eft pourquoi l'Empe-
» reur mon Maître , étant le plus grand , & le
»plus confidérable Monarque de la Chrétien-
"té , la bonne correfpondance qui fera entre
"vos perfonnes Impériales , fera très - utile au
» bien des vaftes Etats , & à l'avantage des
Sujets qui font foûmis aux deux plus grands
» Empereurs de la Terre , puifque ceux de
» VOTRE HAUTESSE ne tirent pas moins de
» profit du Commerce des François , que
» ceux- ci en tirent des Marchandifes du Le-
» vant. Ainfi SA MAJESTE' ne peut douter
» que l'intention de VOTRE HAUTESSE no
» foit d'obferver & faire obferver par tout
»fon Empire , les Traités qui ont été faits
"entre leurs glorieux Ancêtres .
""
» Mais comme le tems & les circonftan-
» ces qu'il entraîne avec lui , aportent du
» changement dans les Alliances , & que
» l'antiquité qui les doit rendre vénérables
» les jette fouvent dans un certain oubli
D v
» l'Empe
924 MERCURE DE FRANCE
n
,
» l'Empereur mon Maître , fouhaitant de re-
» medier à certains inconveniens auxquels
» il n'a point contribué , m'a commandé de
» renouveller les CAPITULATIONS afin
qu'étant confirmées , les Sujets de Sa Ma-
» jefté fe trouvent mieux traités que ceux
» des autres Princes Chrétiens ; ( puifqu'ils
» apartiennent au plus Puiffant Monarque de
la Chrétienté , & au plus ancien ami de
» VOTRE HAUTESSE , ) & enfin que les Mi-
» niftres inférieurs & les autres Sujets de la
» Porte , confiderent le renouvellement des
» Traités comme un lien indiffoluble , s'abf-
» tenant deformais d'y contrevenir comme
» ils ont fait par le paffé .
و ر
»
» La Juftice de VOTRE HAUTESSE eft fi
» éclatante , qu'elle n'hefitera pas fans doute ,
» de correſpondre aux juftes deffeins de Sa
Majefté , qui fe promet un heureux & réciproque
fuccès d'une Alliance qu'il prétend
renouveller avec un Empereur
» lequel a donné tant de marques de valeur ,
» par les diverfes expéditions qu'il a déja
» faites dans une fi grande jeuneffe , pour
infpirer de plus près le courage & la va➡
» leur à fes Soldats.
"}
>> Toute la Terre en eft dans l'admiration ;
» mais les fentimens qu'en a l'Empereur mon
» Maître , étant plus proportionnés à ce qui
» eft dû à VOTRE HAUTESSE , il ne confi-
» dére
JUIN... 1742.
925
" dére pas feulement fon courage dans la
" Guerre , mais il admire fa prudence , d'a-
» voir donné les mains à une Paix qui lui
>> procure un retour heureux , avec une réputation
glorieufe , dans l'une des princi
pales Villes de fon Empire , où pour le
» comble de la fatisfaction de VOTRE HAU-
>> TESSE elle aprend maintenant par ma
bouche , que fes grandes qualités font l'objet
de la haute eftime d'un Prince éxercé
» dans les armes , comme fa Majeſté l'a été
» depuis fa jeuneffe , & dont la vie eft déja
» illuftre par tant de victoires.
n
›
» Elles font fi grandes , que la renommée
» n'aura pas manqué d'en porter les nou-
» velles à VOTRE HAUTESSE ; elle l'aura fans
» doute informé de quelle maniere l'Empe-
» reur mon Maître , après avoir foûtenu puif-
" famment dès fon plus bas âge , une Guerre
» de plus de trente ans contre plufieurs Puif-
» fances de l'Europe , il l'a enfin terminée
» par deux Traités de Paix à Munfter & aux
Pyrenées , tous deux très glorieux , & in-
» finiment avantageux , en ce que Sa Ma-
» jefté y a confervé ou acquis un grand nom-
» bre de Places & de Provinces entieres
» dont elle a accrû l'ancien Domaine de fa
» Couronne , & étendû bien loin les limites
de fes vaftes Etats.
و د
ور
و ر
» VOTRE HAUTESSE a fans doute encore
D vj » ſçû
926 MERCURE DE FRANCE
›
» fçû , que la fortune n'étant pas contente
de la grandeur de l'Empereur mon
» Maître lui a fait naître une nouvelle
» occafion de donner des preuves de fa
valeur , & de fon intrepidité. C'eft dans
» la Guerre qu'elle a été obligée de ſoûtenir
» contre l'Espagne , pour fe procurer la juf-
» tice qu'elle lui refufoit touchant les droits
» de la Reine fon Epoufc.
» En cette derniere occafion , Sa Majesté
» fatisfaite de fa gloire , s'eft contentée de
» partager par un nouveau Traité de Paix
» entr- elle & l'Espagne , ce que cette Cou-
» ronne poffedoit dans les Païs bas ; & com-
» me elle fuit continuellement le repos qui
» eft dû à fes grands travaux , depuis qu'elle
» a pris l'adminiſtration de fon Empire dans
» fes feules mains , elle s'eft particulierement
apliquée à fortifier fon Parti de plufieurs
» nouvelles Alliances qu'elle a fait avec d'au-
» tres Rois & Princes , & à donner fa pro-
» tection à fes anciens amis & confédérés ;
» à faire regner les Loix & la Juftice dans
» toutes les Terres de fa Domination , à y
» reformer un grand nombre d'abus , & de
defordres que la licence des Guerres y
avoit laiffé introduire , à faire fleurir les
» Arts , à remettre l'abondance dans fes Etats
» & dans fes Finances , à rétablir fes forces
» maritimes qui font fi confidérables par le
» nombre
»
ود
JUIN .
1742. 927
nombre , la qualité , & la grandeur de fes
» Vaiffeaux , que tous les Princes Chrétiens
» font contraints de lui céder la Domination
de la Mer , & que Sa Majesté fe voit en
» état de faire fentir fa Puiffance partout ,
» foit pour le fecours de fes Alliés , foit pour
» fe faire rendre la juftice qui lui eft dûë.
""
و ر
» Ce font là les qualités que doit poffeder
" un Empereur , qui eft ami de VOTRE
" HAUTES SE. Ce font celles de l'Empereur
mon Maître , qui eft feul capable
» de répondre à la grandeur d'une Alliance
" qui puiffe joindre enfemble les deux plus
» Puiffans & plus Riches Monarques dumon-
» de , & qui ne recevra point d'altération
» de la part de SA MAJESTE' , files Sujets
» de VOTRE HAUTESSE ne violent pas les
» conditions du Traité. Elle m'a commandé
» de l'en affûrer , & de lui remettre cette
» Lettre , qui eft une preuve de fa conftante
» amitié , en lui fouhaitant , comme je fais ,
» une heureuſe prolongation de les jours.
Les Difcours un peu étendus ne fe prononcent
pas ordinairement dans leur entier.
Celui - ci fût mis dans la même bourfe , qui
contenoit la Lettre du Roy , l'un & l'autre
traduits en Turc , afin que le Sultan pût le
le voir à loifir.
La Lettre de Sa Majefté étoit conçûë en
Ces termes .
LETTRE
28 MERCURE DE FRANCE
LETTRE du Roy au Grand Seigneur.
TRE'S-HAUT très Excellent , très Puiſſant
rès Magnanime & Invincible Prince , le
Grand Empereur des Mufulmans SULTAN
MEHEMET en qui tout honneur & verta
abonde , notre très cher & parfait ami.
» La réponſe que nous avons faite le 24
" Avril dernier à la Lettre que V. H. nous
avoit écrite au mois de Juin de l'année
» précedente , laquelle nous avons mife en-
» tre les mains de votre ferviteur Soliman
Aga , dont le retour foit heureux , aura
5 informé V. H. de nos bonnes inten
» tions , tant fur le fujet de l'arrivée de cet
ود
"
Aga à notre Cour Imperiale , ( Gloire
» du Monde , & affûré Refuge & Protec-
» tion de tous les Rois & Pontentats qui
» recourent à fon puiffant & clement apui , )
» que pour le maintien inviolable de l'union
» & étroite amitié entre nos Imperiales Per-
» fonnes , & les vaftes Empires que Dieu ,
» Auteur de tout bien , a foûmis à notre
» obéiffance , & parce qu'en rapellant auprès
» de nous , pour les confidérations marquées
» dans cette réponſe , le Sr de la Haye Vantelet
notre Ambaffadeur Ordinaire à la
» Célébre Porte Ottomane , pour l'employer
en d'autres charges honorables .
Nous avons pris en même tems la réfo-
»lution
"
"
JUIN .
1742 329
lution d'envoyer en fa place , un autre de
nos Miniftres avec le même caractére :
» fuivant le defir que V. H. nous a marqué
n par fa Lettre , que fon ferviteur Soliman
» Aga nous a rendue . Nous avons jetté les
» yeux pour ce fublime emploi fur la per-
» fonne de notre très cher & féal Confeiller
» en tous nos Confeils , & en notre Cour
» de Parlement , le fieur de NOINTEL
>>
»
Magiftrat de grande vertu , mérite , pro-
» bité , fuffifance , & en qui nous avons toute
» confiance . Nous écrivons donc cette Let-
» tre à V. H. afin de la prier de confiderer
» & traiter à l'avenir ledit Sr de Nointel
» dans cette qualité de notre Ambaffadeur
» Ordinaire à ladite Porte , chargé de toutes
» nos affaires , & de celies de nos Sujets ,
" Nous promettant de l'amitié de V. H.
» qu'elle le recevra , l'agréera , & lui fera
" toute forte de bon traitement , lui donnant
la même créance qu'elle pourroit
» donner à nous- mêmes , fur tout ce qu'il
» lui pourra repréfenter dans les occafions
touchant les interêts de nos Sujets , &
>> nommément de faire ceffer les vexations
& avanies qu'on a exercé ci -devant fur eux
» dans les Echelles du Levant & ailleurs.
» dans fon vafte Empire , comme auffi fur
» le renouvellement des anciennes Capitu-
» lations. Nous nous remettons du furplus
›
તે
30 MERCURE DE FRANCE
>> à la vive voix de notre Ambaffadeur. Suz
» ce , Nous prions Dieu qu'il augmente
les jours de V. H. Ecrit à Saint Germain
» en Laye , le 11. Juillet 1670.
Après avoir préfenté cette Lettre M.
de Nointel fit une profonde & derniere
reverence & fe retira avec fes conducteurs ;
qui ne le quitterent qu'à la porte du Serail
où il monta à cheval avec toute fa Suite , &
avec le même Cortége qu'il avoit , en ve
nant chés le Grand Seigneur.
Lorfqu'il fût à deux cent pas du Serail
le Chaoux Bachi le pria de vouloir bien s'arrêter
, pour voir défiler les Janiffaires dont
les premiers au nombre de quatre cent , marchant
deux à deux , portoient chacun fur.
l'épaule des bourfes qu'on leur avoit diftribuées.
Ils étoient fuivis de tous les autres ;
après lefquels venoient le Keha Beig & les
Sorvagis , montés fur de fort beaux chevaux ,
richement harnachés . Ils marchoient deux
à deux , & précédoient le Janiflaire Aga ,
qui étoit environné de plufieurs bas Officiers
des Janiſſaires d'un Oda de ce
même Corps , & de quantité de domef
tiques .
>
La Milice continua de défiler devant l'Am :
baffadeur , en préſence du Tefterdar , & du
Nitchandgi , fuivis du Caimacam & de Mehemet
Pacha , tous montés fur des chevaux ,
dont
JUIN. 1742 931
dont la magnificence des harnois
toit la beauté.
augmen→
On vit enfuite paroître le Grand Vifir monté
fur un cheval blanc d'une rare beauté &
très richement harnaché , aux côtés duquel
marchoient vingt Chateirs , ou Valets de
pied , avec des robes de velours , & de
larges ceintures d'argent doré . Ce qui diftinguoit
ce premier Miniftre des autres Pachas
, c'étoit une Compagnie entiere de Janiffaires
deftinée pour fa garde , portant chacun
un bâton ferré orné d'un fil d'argent
ferpentant à l'entour , & ayant fur l'épaule
droite une peau de Tigre en forme d'écharpe.
Il étoit accomp gné de plufieurs
Officiers de fa Maifon à pied , & tous fes
Courtifans fuperbement montés , le fuivoient
en foule.
M. l'Ambaffadeur continua enfuite fa
Marche , & arriva chés lui avec le Cortége
dont nous avons parlé.
Le 4. Fevrier , il vifita le Mufti , & Cara
Muſtafa Pacha , pour leur rendre les Lettres
que le Roy leur écrivoit , à l'un , comme
Premier Miniftre de la Religion Mahometane
, afin qu'il ne s'oposât point au rés
tabliffement des Eglifes Chrétiennes &
›
,
à l'autre parcequ'il étoit Caïmacam en
charge , lors de l'Ambaffade de Soliman
Aga , & pour réponse à celle qu'il s'étoit
donné
932 MERCURE DE FRANCE
donné l'honneur d'écrire à Sa Majesté.
&
Il vit le Mufti le matin . La Lettre
du Roy fut reçûe avec de grandes démonftrations
de refpect & de joye ,
avec des promeffes réïterées d'être favorable
à l'Ambaffadeur de France & à toute
la Nation dans les occafions où l'on
pourroit avoir beſoin de fon miniftere . On
fervit le café & le forbet , fans oublier les
eaux de fenteur & les parfums . Le Mufti
reçût enfuite de la part de M. l'Ambaſſadeur
une fort belle Pendule avec fix veftes
de drap de fatin & de brocard. Son grand
âge & fes infirmités le difpenferent de
reconduire M. de Nointel qui fe retira accompagné
du Kehaja du Mufti & de plufieurs
de fes Officiers , lefquels ne le quitterent
qu'au bas de l'efcalier , où il monta
à cheval.
La vifite de Cara Muftafa Pacha fe fit l'après-
dîner , & tout s'y paffa avec une fatiffaction
réciproque . Ce Pacha réçût de la
part de M. l'Ambaffadeur une belle Montre
à boëte d'or & plufieurs veftes de differentes
qualités.
Enfin, tout le cérémonial de la Porte étant
rempli , notre Ambaffadeur ne fongea plus
qu'à la confommation de la grande affaire
dont le Roy l'avoit expreffément chargé ;
fçavoir le renouvellement des Capitulations ,
avec
JUIN.
1742. 933
avec de nouveaux Articles , qui étoient importans
à la gloire du Roy , aux intérêts de
la Religion & au bien du Commerce . Cette
Affaire qui avoit échoué fous la précedente
Ambaflade par les mauvaiſes difpofitions du
Vizir Kupruli , aigri par certains incidens ,
fouffrit encore beaucoup de difficultés fous le
Miniftére de M. de Nointel , difficultés fi
grandes , que la Cour fut même fur le point
de le rapeller , &c. & qui cependant par -
fon bon efprit fçût fi bien ménager & le
grand Vifir & les Principaux Officiers de la
Cour du Grand Seigneur , fit des réponſes
fi judicieuſes & fi folides aux principales difficultés,
qu'il eut enfin feul la gloire de terminer
heureufement cette longue & importante
Négociation.
M. de la Croix , fon premier Sécretaire ,
nous aprend page 398. du 1. vol. de fes Mémoires
, qu'enfin les Capitulations furent renouvellées
le 5. Juin 1673. à quoi il ajoûte,
le détail fuivant .
Le Chaoux Bachi & trente de fes Chaoux
allerent prendre M. l'Ambaſſadeur au Villa
ge de Bofnakkeni , où il étoit logé , pour le
conduire à l'Audience du Grand Vifir , des
mains duquel il réçût ce Traité , & le fruit
de fes travaux. Le Miniftre François témoigna
au Grand Vifir fon efpérance de la duż
rée de cette amitié , fi authentiquement renouvellée
,
$34 MERCURE DE FRANCE
nouvellée , qu'il fondoit fur la grande jeus
neffe , & le mérite extraordinaire des deux
Empereurs qui l'avoient contractée , & fur
la prudence du Premier Miniftre de l'Empire
Ottoman. Le Grand Vifir répondit parfaitement
bien à ces compliments , & parût
très content. Il voulut même fe difculper du
retardement de cette heureufe conclufion ,
en affûrant qu'il n'avoit pas tenu à lui qu'elle
n'eût été faite plûtot . Le régal ordinaire de
Café , Sorbet , &c. interrompit la converfation
, & l'Audience finit la confignation
des Lettres du Grand Seigneur , & du Premier
Vifir au Roy , qui accompagnoient le
nouveau Traité .
› par
Cette Lettre étoit enfermée dans une
bourſe de drap d'or , longue d'un quartier
d'aulne , dont l'ouverture étoit fermée avec
un ruban , cachetée du Sceau de Sa Hauteffe
, apliqué fur le ruban , & couvert d'une
petite pièce d'or en coquille. La Sufcription
étoit dans une longue queuë de papier de foye ,
attachée fous le même Sceau , avec le titre de
Padicha Empereur , que la Porte donne feulement
à Sa Majefté très- Chrétienne , entre
tous les Monarques de l'Europe , auffi -bien
qu'au Grand Mogol , entre les Afiatiques.
Les Capitulations étoient dans un fac de
velours cramoify.
La Réligion trouve dans ce Traité une
protection
JUIN .
I 742. 935
protection auffi forte que fpéciale au nom
de Sa Majefté , car non - feulement tous les
Religieux Francs de Jérufalem y font maintenus
dans la poffeffion de la grande Eglife
du Saint Sépulchre , & de tous les Saints
Lieux qu'ils poffedent dans la Ville & au
dehors , mais encore les Evêques , Prélats ,
Eccléfiaftiques , & tous les Religieux qui
font dans l'Empire Ottoman , fous la protection
du Roy , font confervés dans la
jouiffance de leurs biens , & dans l'exercice
de leurs céremonies ; les Eglifes fur lefquelles
les Turcs avoient impofé quelque tribut
pour en permettre l'entrée , en font entierement
déchargées : le rétabliffement de celle
de Saint George de Galata eft permis , & la
liberté accordée de dire la Meffe dans l'Hôpital
du même Lieu ; les Jefuites & les Capucins
François y font fpécialement dénommés
, & tous les autres Religieux en
géneral , afin qu'il ne leur foit fait aucun
tort , & qu'il ne puiffe jamais y avoir lieu à
aucune avanie .
Le Commerce n'eft pas traité moins favorablement
, puifqu'outre qu'il eft reglé que
les Marchands ne foient pas jugés dans les
Echelles , lorfqu'ils auront quelque démêlé
avec les Turcs du Pays , s'il s'agit de plus de
cent livres , qu'ils ne foient pas foumis à
payer le fang de ceux qui auront été tués
dans
936 MERCURE DE FRANCE
dans leur quartier , qu'ils ne payent point la
Douane des Indiennes , non plus que des
Soyes ; il eft encore accordé par le même
Traité , que le droit de Douane fera réduit
de cinq à trois pour cent de toute fortes de
Marchandifes d'entrée & de fortie.
L'Auteur des Mémoires que nous venons
de citer a crû ne pouvoir mieux finir ce premier
volume qu'en y ajoûtant page 403.l'In
terprétation du Traité des Capitulations »
" faite , dit- il , par M. de la Croix , Sécré-
" taire Interpréte du Roy pour les Langues
» Orientales , laquelle étant très-bien & très-
» fidelement exécutée , donnera tout l'em-
» belliffement poffible à fon Ouvrage , qu'il
"pouvoit attendre de celui d'un auffi habile
Homme, univerfellement fçavant dans tou-
"tes les Langues du Levant , & fon inti
» me Ami.
"
ور
Suit la Traduction des Capitulations ,
dont la longueur nous empêche de les inférer
ici . Nous nous contenterons d'en raporter
le Titre géneral , avec quelques circonftances
principales.
LES CAPITULATIONS renouvellées entre
LOUIS XIV. Empereur de France, & MEHEMET
IV. Empereur des Turcs , par l'entremife
de Monfieur CHARLES- FRANÇOIS OLIER DE
NOINTEL , Confeiller du Roy en tous fes Confeils
, & enfa Cour de Parlement de Paris, &
fon Ambaffadeur en Levant.
PREJUIN.
1742 . 937
PRELIMINAIRE.
Voici ce qu'ordonne ce Noble Signe ;
dont la réputation eft fi grande , qui vient
d'un Lieu fi élevé , Signe vraiement Imperial
& du Conquerant du monde , qui par le
Secours Divin , la Protection Celefte , &
les Graces du Souverain Liberateur , vient à
bout de toutes fortes d'entrepriſes.
QUALITE'S DU GRAND SEIGNEUR,
Moi qui fuis par les infinies graces du
Jufte , Grand & Tout- Puiffant Créateur ,
Empereur des Empereurs , Diftributeur des
Couronnes , Serviteur des deux très -Auguftes
& Sacrées Villes de la Mecque & Medine , Protecteur
& Gouverneur de la Sainte Jérufalem
, Seigneur de la plus grande partie de
l'Afie & de l'Afrique , de Temefwar , de l'Ef
clavonie , de Segutuar , & de la Fortereffe
inexpugnable d'Agria , de la Caramanie , de
l'Arabie & de toute la Syrie , de Rhodes &
de Chypres , de Diarbequir , d'Alep , du
Caire de Van , d'Erzerum , de Damas , Lieu
de fûreté & de plaifance , Pays de falut , de
Babylone , Paradis terreftre , & le féjour des
Princes , de Baffora , d'Azac , d'Egypte rare
en fon tems & puiffante , des Villes de Thunis
, de la Goulette , de Tripoli de Barbarie
, de la Ville de Conftantinople , Lieu
de fûreté & le defir des Rois , & de plufieurs
938 MERCURE DE FRANCE.
fieurs Pays , Villes & Seigneuries , des Mers
blanche & noire , Ifles , Détroits , Paffages ,
Peuples , Familles , Générations , & d'un
nombre infini de Victorieux Hommes de
Guerre , qui repofent fous l'obéiffance & juftice
de l'Empereur Mehemet , Fils de l'Empereur
Ibrahim , Neveu de Sultan Amurath ,
Succeffeur des Empereurs Selim & Bajazeth ,
& de l'Empereur Mehemet par la grace de
Dieu , recours des grands Princes , & refuge
des honorables Empereurs .
LES QUALITE's que donne le Grand
Seigneur au Roy.
LA GLOIRE des plus Grands Monarques
de la Terre de la Croyance de JESUS , choifi
entre les Princes Glorieux de la Religion du
MESSIE , la Victoire de toutes les Nations
Chrétiennes , Seigneur de Majefté & d'Honneur
, Patron de Louange & de Gloire.
Louis Empereur de France ; que fa fin
foit heureuſe .
PAR la Lettre que nous avons reçûë des
mains de Charles François Olier , Marquis
de Nointel , de la part de l'Empereur de
France , fon Seigneur , dont il eft le Confeiller
en tous fes Confeils & Ambaffadeur
à notre Porte de Felicité , choifi entre les
Gentilshommes de fon Royaume , Soûtien
de la Profperité du plus Grand de tous les
Grands
1
JUI N. 1742 939
Grands de la Croyance du MESSIE , nous
fommes invités de confentir que les Capitu
lations qui ont long tems duré entre nos
Ayeuls & les Empereurs de France , fuffent
renouvellées : par cette confidération , : & par
l'inclination que nous avons à conferver cette
ancienne amitié , Nous avons accordé un
nouveau Traité , dont voici le contenu .
La Traduction du Traité fuit en entier. I
eft divifé en deux Parties , dont la premiere
comprend en fubftance ce qui étoit déja ftipulé
dans les précédentes Capitulations , &
finit de cette maniere.
نم
DECLARONS voulons que сcсeuиxх qui
contreviendront à cette Noble Capitulation ,
foient tenus pour défobéiffans perturbateurs
du repos public , & qu'en consequence , ils
foient fans aucune remiffion , condamnés à un
griefchâtiment , afin qu'ils fervent d'exemple
à ceux qui oferont les imiter à mal faire ; &
oure les promeffes que nous faifons de l'obfervation
de notre Capitulation , nous entendons
que celles qui ont été faites par notre Prédéceffeur
Sultan Suleiman , auquel Dieu faffe mifericorde
, foient obfervées & entretenues de
bonne foy.
La feconde Partie contient plufieurs Nouveaux
Articles , dont les uns regardent la
Religion , les autres le Commerce , & tous
font à la gloire du Roy , & à l'avantage de
la Nation, E Le
940 MERCURE DE FRANCE
Le Traité finit ainfi . Nous promettons par
la vérité du Puiſſant Créateur du Ciel & de la
Terre , & par les Ames de nos Ayeuls &
Bifayeuls de ne contrevenir à ce qui eft porté
par ces Nobles Capitulations , tant que l'Empereur
de France fera conftant & ferme à la
confervation de notre amitié ; acceptons dès à
prefent la fienne , avec volonté de la tenir chere
enfaire efiime. Telle eft notre promeſſe imperiale,
&c. FAIT à Andrinople le 5 Juin 1673 .
M. de la Croix nous aprend encore que
cette grande affaire n'eût pas plutôt été terminée
, c'est- à - dire , les Capitulations & les
Lettres du Sultan & du premier Vifir au
Roy , ayant été expediées & remifes , que M,
l'Ambafladeur lui fit l'honneur de le choifir
pour les porter à ſa Majeſté.
Il arriva à Paris , dit le Chevalier d'Arvieux
, T. V. p. 53. de fes Memoires , vers
la fin du mois de Novembre 1673. Il étoit
» envoyé expreflément pour y apporter les
» Capitulations renouvellées , &c . Ce renou-
» vellement des Capitulations , fit grand
» bruit à la Cour & à la Ville , & beaucoup
» d'honneur à M. de Nointel , & c . En cela
M. d'Arvieux rend une exacte juftice à la
verité. Mais tout ce qu'il ajoûte au fujet de la
Traduction de ce Traité que le Miniftre lui
ordonna d'abord de faire , & qui fût cependant
faite par M. de la Croix Petis , Secretaire
Interprete
JUIN. 1742 .
940
Interprete du Roy pour la Langue Turque ,
fur ce que celui ci remonta à M. de Pom-
" ponne, qu'ayant acheté cette Charge pour fer-
» vir S. M. en ces fortes de Traductions , ce
» feroit lui faire injuftice , & un grand toit à
» fa réputation , & à fa fortune de ne l'y pas
" emplover &c Tout cela , dis- je , re peut
pas fe foû enir , & fe détruit de foi même
par la feule expofition d'une erreur de fair ,
qui fe trouve dans le Narré du Chevalier
d'Arvieux . Perfonne n'ignore , en effet , que
la qualité de Sécretaire Interprete du Roy
pour les Langues Orientales , n'a jamais été
érigée en Charge , & qu'on ne l'a par conféquent
jamais achetée &c.
D'ailleurs , ce M. de la Croix Petis , dont
on tâche ici d'affoiblir le mérite littéraire
étoit une Perfonne d'une capacité univerſellement
reconnuë , & qui avoit fur- tout une
profonde connoiffance de la Langue Turque.
C'étoit le Pere de M. de la Croix Petis,
mort en l'année 1713. Profeffeur au College
du Roy , & Premier Interprete de S. M. digne
Eleve d'un tel Pere , & dont nous aurons
encore occafion de parler.
Kevenons à M. de Nointel , pour ne pas
omettre , qu'en partant de la Cour pour fon
Ambaffade , il fat chargé d'un foin important
, & qui intérefloit particuliérement la
Religion. Antoine Arnauld , Docteur de
E ij Sorbonne,
941 MERCURE DE FRANCE
Sorbonne , travailloit à fon grand Ouvrage
de la Perpetuité de la Foy &c . dans lequel il
s'engageoit de prouver aux Novateurs que
l'Eglife Orientale a toujours crû & croit encore
aujourd'hui , ce que croit l'Eglife Latine
fur la Tranfubftantiation dans le Sacrement
de l'Euchariftie & c. ce qui ne fe pouvoit
faire avec plus de folidité , qu'en raportant
les témoignages juridiques des principales
Eglifes fur ce point important .
M. de Nointel fit là - deffus tout ce qu'on
devoit attendre de fón zele & de fes lumieres
; c'eft principalement dans cette vûë qu'il
emmena avec lui M. Galland , dont nous
avons déja parlé , lequel s'apliqua d'abord
avec fuccès à l'intelligence du Grec vulgaire,
ce qui le mit en état de conférer utilement
avec un Patriarche Grec de Conftantinople ;
& avec plufieurs Métropolites , que la perfécution
de quelques Pachas , avoient obligez
de fe réfugier dans le Palais de France ,
Il tira d'eux & des autres Chefs de la même
Eglife les Atteftations demandées , en y joignant
tout ce qu'on avoit pû recueillir de
leurs Entretiens.
A l'égard des Eglifes Arménienne & Sy= "
rienne , on en écrivit à M. Baron , Conful
d'Alep , lequel travailla à ſe rendre bien certain
de la Doctrine de ces Eglifes fur le même
Point , de quoi il donna des Preuves par
deux
JUIN. 1742. 943
deux Atteftations autentiques ; l'une du Patriarche
, des Evêques , & de plufieurs Prêtres
Arméniens , réfidens à Alep , l'autre du
Patriarche des Syriens, fouferite pareillement
de ce Patriarche , & de plufieurs Evêques ,
Prêtres & Moines Syriens. Ces deux Actes
font bien & duement légalifés par le même
Conful , qui certifie d'avoir vû apofer les
Seings & les Sceaux en queftion , & c.
M. Baron envoya au d'autres Actes non
moins importans & dans la même forme fur
la créance de quelques autres grandes Eglifes
Orientales , fur le même fujet : ce qu'on
peut voir avec plus de détail dans l'Eloge
de ce vertueux Conful , inferé dans le fecond
Volume du Mercure de Juin 1730.
page 1260 .
Les Originaux de toutes ces Profeffions de
Foy , Atteftations , & autres Actes authentiques
&c. furent dépofés dans la Bibliotheque
de l'Abbaye de S. Germain des Prez ,
& forment en deux gros Volumes in fol.
un Recueil précieux & refpectable en plufieurs
manieres . Il y a à la tête un Procès
Verbal , ou Acte de Dépôt de tous les Monumens
en queſtion , foufcrit par le R. P.
Général des Bénédictins de S. Maur , & fes
Affiftans , par le P. Prieur de S. Germain
par les Bibliotéquaires , par Dom Luc d'Achery
, & d'autres Sçavans de la même Mai-
E iij
,
fon,
و ا
944 MERCURE DE FRANCE
fon. Cet Acte est enfin figné par deux No
taires Apoftoliques .
Après le départ de M. de la Croix , chargé
de porter au Roy les nouvelles Capitulations
, les Lettres du Sultan & du Grand
Vizir , M. de Nointel prit cette occafion
d'aller , pour le bien du commerce , vifiter
les principales Echelles du Levant , d'où il
paffa à Jérufalem , & dans tous les Lieux
les plus célébres de la Terre - Sainte. M. Galland
l'accompagna par tout , il vit même
plus de Pays que M. l'Amb ffadeur , qui
l'envoyoit de tous côtés à la découverte. des
Monumens d'Antiquité & c . ce qui donna
lieu à des acquifitions importantes , dont
on a vû depuis la mort de M. de Nointel
un Echantilon dans le Cabinet de M. Baudelot
, & dont le P. de Montfaucon a publié
quelque chofe dáns fa Paléographie.
C'eft dommage , encore une fois , que M.
Galland foit mort fans avoir donné au Public
la Relation qu'il a faite de cet autre Voyage,
comme il nous en a fouvent affuré dans le
long commerce que nous avons cû enfemble,
nous aurions la fatisfaction d'en donner un
petit Extrait , c'est- à - dire , de fuivre M. de
Nointel dans toutes les Parties de la Syrie ,
& dans fon retour à Conftantinople.
Pour nous dédommager en quelque façon
n'oublions pas de remarquer que nous deyons
JUIN.
1742: 945
vons à ce digne Miniftre François le plus
folide & le plus bel Ouvrage qui ait été fait
& publié fur la Terre Sainte , nous voulons
parler de l'excellent Livre qui porte
pour Titre NOUVEAU VOYAGE de la Terre-
Sainte , enrichi de plufi urs Remarques particulieres
, qui fervn à l'intelligence de la
Sainte Ecriture , & de diverfes Réfléx ons
Chrétiennes qui inftruifent les Ames devotes
dans la connoiffance & lamour de Fefus . Par
le R. P. NAU , de la C mpa nie de Jefus , 1.
vol. 8°. A Paris , chés André Pralard , ruë
S. Farques , àl Occafion M. DCC. 11. feconde,
Edition , de 661. pages.
L'Auteur qui avoit déja vû la Terre-Sainte
quand M. de Nointel y arriva , fe fir un devor
de la parcourir une feconde fois . en
l'accompagnant par tout , ce qui fût d'une
utilité réciproque , & donna lieu à la perfection
de l'ouvrage dont nous venons de
puler Voici com nent s'en explique le Pere
Nau dans fa Préface . » L'honneur que m'a
» fait M. le Marquis de Nointel , Ambaf
» fadeur de France à la Porte Ottomine ,
» de me fouffrir à fa fuite dans la vifite de la
» Terre Sainte , qu'il a entrepriſe avec zele
» & qu'il a faite avec tant de fuccès , m'a
» donné le moyen de faire de plus profon-
و د
des réfléxions fur la vûë de ces Lieux Sa-
» crez , que j'avois le bien de revoir une
E iiij » feconde
946 MERCURE DE FRANCE
» feconde fois , & d'étudier la dignité & la
» Sainteté des Myfteres qui s'y font paffez
» & c.
Ce pieux Miffionnaire ne furvécut pas
beaucoup à la premiere Edition de fon Ouvrage
, qui eft de l'année 1679. Il mourut
faintement à Paris en 1683. après avoir paffé
environ trente ans dans les travaux Evangéliques
des Miffions de fa Compagnie dans la
Province de Syrie , où fa mémoire eft encore
en très grande vénération.
Nous renvoyons à fon Livre pour tout
ce qui concerne M. de Nointel dans cet
édifiant Voyage , où l'on peut croire qu'il
eft fouvent parlé de lui . Nous nous contenterons
d'en extraire un Endroit ou deux .
"9
و د
33.
» Je ne fçai dit - il , L. 1. ch. 2. p 10. fi
depuis que les Mahométans font Maîtres
paifibles de la Terre Sainte , on a jamais
fait un Pélerinage plus beau & plus heu-
» reux que celui que M. le Marquis de
» Nointel a eu la bonté de nous faire faire
» en fa Compagnie. Il avoit un train proportionné
à fa qualité d'Ambaffadeur du
» Roy. Il étoit compofé de quelques Gen-
» tilshommes , & d'un grand nombre d'Of-
» ficiers de fa Mailon , M. de Segla , Con-
» ful de Seyde , homme de naiflance , d'ef
» prit & de coeur , crût qu'il étoit de fon
devoir de l'accompagner . Plufieurs Reli-
» gicux ,
JUIN. 1742. 947
gieux ; & autres Perfonnes de diverfes
» Nations , eûrent le même bonheur , &
» nous vîmes dans fa (a) Tartane avec nos
François , des Efpagnols , des Flamans
» des Hollandois , des Anglois , des Grecs ,
des Arméniens , des Turcs même. Mais
» ce qui étoit infiniment doux , c'étoit d'ê-
" tre avec une perfonne du caractere & du
mérite de M. Ambaffadeur. Les Capitula-
» tions fi avantageufes à la Religion , & au
» Commerce , qu'il avoit obtenues de la
Porte Ottomane , le faifoient confidérer
» comme un Ange libérateur &c. Il donna
» fes ordres pour partir pour Jérufalem le
» Vendredi devant le Dimanche de la Paf-
» fion , qui étoit le 9. Mars de l'année
» 1674.
Et en parlant du Voyage de Jérufalem at
Jourdain , Ch. 2. l. 4 .. » Les Peres de la Terre
Sainte fe trouvant dit il , extrémement
» honorés de la préfence de M. l'Ambaſſadeur
de France ; & voulant lui témoigner
» la reconnoiffance qu'ils avoient des bons
" offices qu'il venoit de leur rendre à la
>> Porte Ottomane , obtinrent du (b ) Lieu-
г
(a) C'étoit pour faire le trajet de Seyde àJafa ,pu
Toppé , qui eft le Por. de Jérusalem .
(b, C'est à cet Officier qu'apartient le droit d'être à
La tête de l'Escorte de la Caravanne des Pelerins dres
Jourdain
E v tenanc
948 MERCURE DE FR ANCE
و و
>>
» tenant du Pacha de Jérufalem de faire ce
Voyage à part , & avant l'arrivée des Pe-
» lerins des autres Nations. Il crût ne de-
» voir rien refufer en confidération du Repréfentant
du plus grand & du plus puif-
" fant des Rois Chrétiens . Il confentit à
» tout ce que l'on défira , & donna ordre à
» fes gens de fe tenir prêts. Nous partîmes
» le Lundi de Pâques au nombre de plus de
» cent Perfonnes , fans compter la Maifon
» & la Milice du Lieutenant. Le (c ) Reve-
» rendiffime Pere Gardien , & quantité des
plus confidérables Religieux accompagne-
» rent comme nous M. l'Ambaffadeur & c.
هو
M. de Nointel n'étoit pas encore de retour
à Conftantinople , lorfque M. de la
Croix, fon Sécretaire, y arriva de la Cour de
France, après s'être acquité très dignement de
la commiffion dont il avoit été honoré . IL
étoit chargé d'un Paquet important dans lequel
étoient les Lettres du Roy au Grand-
Seigneur , & à fon Premier Miniftre , en réponſe
de celles dont il avoit été le Porteur
& qui avoient été écrites à S. M. au fujet
des nouvelles Capitulations.
Comme ce Paquet étoit adreffé à M. l'Ambaffadeur
, M. de la Croix crût qu'il étoit
(c) C'est le Titre qu'on donne au Supérieur Géneral
des Religieux Francifcains , qui ont la garde dis
S. Sépulchre& des autres Lieux Saints.
du
JUIN. 1742. 949
>
du bien du fervice & de fon devoir de faire
quelques démarches pour que le Paquet du
Roy fût inceffamment remis. Il réfolut
nous dit il dans fes Mémoires , T. 11. p. 4.
d'aller chercher M. de Nointel dans l'Archipel
, où il avoit apris qu'il étoit arrivé , en
difpofition de vifiter les fameufes Ruines
d'Athénes : Il le trouva , en effet , dans l'Ifle
de Scio , & lui rendit les Dépêches de la
Cour , & compte de fon Voyage.
M. de Nointel s'embarqua enfuite pour
Smirne le 7. Janvier 1675. & entra en peu
de tems dans le Port de cette fameufe Ville
fur un Vaiffeau du Roy , commandé par M.
Etienne Jean de Marfeille. Tout ce qu'il y
avoit de Bâtimens François & Etrangers dans
ce Port faluerent le Pavillon du Roy & fon
Ambaffadeur , lequel débarqua accompagné
du Conful François , & des Députés de la
Nation. Il fut fuivi de quantité de Chaloupes
, ornées de banderolles & de tapis ,
lefquels aborderent à la Maiſon Confulaire ,
où tout étoit dans une grande joye.
On alla tout de fuite chanter le Te Deum
dans l'Eglife des Capucins , & M. l'Ambaſfadeur,
de retour à la même Maiſon, y reçut de
nouveaux complimens de tous les Confuls ,
qui lui firent une feconde vifite, & de tous les
Marchands , tant François qu'Etrangers.
Quelques jours après M. l'Ambaffadeur
E vj
dlibéra
950 MERCURE DE FRANCE
".
délibéra d'envoyer M. de la Croix à Andri
nople , pour rendre les Lettres du Roy &c .
Il partit , en effet , au commencement du
mois de Février pour ce Voyage , qu'on peut
faire en partie par mer. Il arriva par cette :
voye affés heureufement à Gallipoli , où it.
fut reçu très agréablement par le Conful de
Venife . Nous avons remarqué dans l'Ambaffade
du Baron de Salignac , qu'en ce temslà
le Conful de Gallipoli étoit un Religieuz
Francifcain. Celui qui reçut fi-bien M. De la
Croix , étoit un Prêtre originaire de Scio ,
élevé à Paris , nommé M. Dimitri , très - galant
homme , dont la Maiſon étoit ouverte à
tous les honnêtes Gens & c.
De Gallipoli , M. De la Croix fe rendit en
trois jours de marche à Andrinople , & vit le
même jour le Seigneur Alexandre Maure
Cordato , alors Premier Interprete de la
Porte , dont il fait l'Eloge , lequel lui facilita
toutes chofes , pour s'acquitter heureufement
de fa Commiffion , de quoi M. De
la Croix fait un agréable détail dans les mêmes
Mémoires , raais que nous omettons
pour ne point exceder certaines bornes.
Ce fidele & zelé Secrétaire fe rendit inceffamment
à Conftantinople , où il trouva
M. de Nointel , arrivé au Palais de France
& continuant de remplir fon Miniftere avec
ne fatisfaction univerfelle . Ce qu'il fit juſqu'à
JUIN. 1747 . 958
qu'à la fin de l'année 1679. ou au commence
ment de 1680. qu'après avoir obtenu l'agrément
du Roy pour fon retour en France , id
fut relevé par M. de Guilleragues , dont nous
parlerons bientôt .
Obfervons ici qu'on ne fçauroit lire avec
trop de précaution les Mémoires du Chevalier
d'Arvieux en général ; mais fur tout
quand il s'agit du Marquis de Nointel & de
fon Ambaffade; par furcroît d'inconvénient ,
ces Mémoires n'ont pas été revus par l'Auteur
, qui , fans doute , les auroit corrigés &
rectifiés en plufieurs endroits , l'Editeur qui
les a publiés après fa mort , a tout adopté ,
& n'a rien retranché .
On lit à la page 424. du V. Tome , que
le premier jour de l'année 1678. le Roy jugea
à propos de rapeller le Marquis de Nointel
, fon Ambaffadeur à Conftantinople , &
nomma à fa place M. Gabriel Jofeph De la
Vergne , Vicomte de Guilleragues &c. Cette
annonce fuit immédiatement le titre que voici
: Journal du Voyage d'Alep , en quoi d'abord
elle paroît affés déplacée. Il y auroit auffi une
Remarque à faire fur le terme de rapeller ,
dont M. d'Arvieux a trouvé bon de fe fervir..
Mais qu'il foit permis au moins d'obſerver
que fa Chronologie ne paroît pas jufte ; car
il eft certain que nonobftant ce prétendu rapel
, fixé par lui au premier jour de l'année
16.78..
952 MERCURE DE FRANCE
1678. M. de Nointel étoit encore à Conftantinople
dans tout le courant de l'année
1679. Un Acte important , qui même n'eſt
pas hors de notre Sujet , & que nous nous
faifons un devoir de raporter ici , pour ren
dre juſtice à la vertu & au mérite littéraire ,
le prouve autentiquement.
Cet Acte eft une Atteftation ample & raifonnée
, donnée par M. le Marquis de Noin.
tel à M. De la Croix le fils , à fon retour de
l'Orient , où il avoit été envoyé par M. Colbert
dans fa grande jeuneffe , pour fe perfectionner
dans l'étude des Langues Orientales,
& pour acquérir d'autres connoiffances, concernant
les Sciences & les Arts des Orientaux
: voici la teneur de cet Acte exactement
tranfcrit d'après l'Original
-
CHARLES FRANÇOIS OLIER , Marquis
de Nointel , Confeiller du Roy en tou: fes Con
feils , enfa Cour de Parlement de Paris
Ambaffadeur à la Porte Ottomane .
›
» L'OBLIGATION qui nous eft indifpenfa-
» ble d'accorder à la verité un témoignage
public , lors principalement qu'elle doit
» contribuer au fervice de Sa Majefté , nous
» engage fort agréablement à déclarer & cer-
» tifier à tous qu'il apartiendra l'expérience
» & la connoiffance que nous avons de la
capacité & intelligence de François De la
» Croix , Fils du Sr De la Croix , Secrétaire
R &
JUIN.' 1742. 993
» & Interprete du Roy ès Langues Orienta-
» les. A CES CAUSES nous d'clarons notre
» impuiffance à exprimer fuffifamment la fa-
>> tisfaction que nous reflentons de voir que
» ledit Sr De la Croix , entre tant de Per-
»fonnes qui ont été employées dans les
Voyages & Recherches curieufes des Pays
» les plus éloignés , aye fi bien correfpondu
» aux glorieux deffeins de M. Colbert , qu'il
furpaffé la plupart de ceux qui ont été
» honorez de ces Emplois , ne pouvant lui
» être reproché d'avoir rien épargné de fa
» Penſion , fi ce n'eft ce qu'il a retranché de
» fa nourriture , & des plaifirs les plus légi-
» times , pour acheter des Livres , & pour
» avoir plufieurs fortes de Maîtres ; enforte
>> que faifant confifter toute fa richeffe , non
ou
pas en des (a) Coliers de Sequins , comme
» on l'a vû dans d'autres Sujets , encore
» moins dans une indolence blâmable
» défaut de curiofité , ou dans un abandon-
>> nement à des excès criminels ; enforte qu'il
»peut fe vanter de s'être acquis la véritable
» richeffe pour laquelle il étoit envoyé . Nous
» fommes convaincus qu'il en a fait fon uni-
» que objet ; car mettant à profit la retraite
» que nous lui avons donnée dans notre
» Palais , il en a tiré les moyens de fe don-
33:
(a ) On fais dans le Levant des Coliers de Sequins ,
@amme en France des Ceintures de Louis d'or , ¿ c.
≫ ner
954 MERCURE DE FRANCE
32
"
» ner un plus grand nombre de Maîtres, pour
fe fortifier & fe rendre plus habile dans
les Langues ordinaires & vulgaires de Conftantinople
; au moyen defquels il s'eft
apliqué à l'étude de plufieurs Sciences , &
» Arts des Orientaux , dont les termes pro
» pres , joints aux connoiffances qu'il avoit
déja des Langues Arabe & Perfienne , des
» Poëtes & des Hiftoriens , lui faciliteront
» également la converfation avec les Artiſtes
& avec les Sçavans . Par là il a acquis une
très - grande facilité de traduire ; enforte
» que fans le fecours des Dictionnaires ,
>> nous a fait couramment plufieurs bonnes
» Traductions d'Hiftoires , de Commande-
» mens du G. S. de Capitulations , d'Actes
» de Juſtice , de Lettres des Vizirs , de Let-
>> tres de Particuliers fur diverses matieres
» de Guerre , de Géographie & c.
>>
>>
il
>
Nous l'avons auf employé avec le mê-
» me fuccès à traduire de François en Turc
plufieurs Ecrits contenant divers Points
» dont notre curiofité nous engageoit de tirer
une Inftruction des plus fçavans Turcs,
» & quoique ces Mémoires fuffent fouvent
» affés étendis , en grand nombre , & remplis
de différentes Queftions , il les a expédiés
très- promptement , & nous fommes
perfuadez de la jufteffe de fa Traduction ,
» par les Réponses que nous en avons re-
>>
>>
37
» çûës,,
JUI N. 1742
ق و ر ش ل ا
» çûës , comme nous fommes de même per-
» fuadez de la bonté & fidelité de ſes Ver-
».fions du Turc en François , parce que les
>> lifant avec lui , il nous rendoit raiſon par
étymologie , ou autrement des principales
» expreffions , & de celles qui paroiffoient
» les plus extraordinaires &c. Il a traduit en
» Vers Turcs les Infcriptions faites pour le
» Frontifpice du Louvre, & nous fçavons par
» un très - habile Turc , qu'il eft habile dans
» la Poëtique & dans les Hiftoires Orienta-
» les. Il poffede les différens genres de l'E-
» criture Turque , qui établiffent ici un
» grand degré de capacité ; il s'eft encore
apliqué à la Langue Tartare , dont il y a
beaucoup d'expreffions dans un Livre cu-
» rieux qu'il a traduit.
23
n
ןכ
» Enfin il a fi bien embraffé l'Etude générale
» de tant de Langues &: de Sciences , que cette
généralité ne lui caufant aucune confufion,
» fert notablement à le rendre plus habile
» dans le particulier de chacune , & à être
» très capable de retourner en France , pour
» y confacrer fes fervices à la gloire de ce
grand & très éclairé Miniftre , qui par fa
prudence , fes foins infatigables , & la
» grande pénétration , ne néglige rien, même
de ce qui paroît le plus éloigné , au milieu
» des Affaires les plus importantes du plus
grand des Rois. Nous rendons ces témoi-
מ
""
>>
" gnages
956 MERCURE DE FRANCE
"
gnages audit Sr F. de la Croix , d'autant
plus volontiers , que nous fçavons qu'il n'a
pas hefiré d'intereffer fa fanté , pour ſe per-
» fectionner davantage. Et afin que foy y
»
foit ajoutée , nous avons figné la Préfente
» de notre main , fait contrefigner par notre
» premier Secretaire , & buller du Sceau
» de nos Armes. DONNE' en notre Palais des
Vignes de Pera lez Conftantinople , ce
» vingt feptiéme Mars mil fix cent foixantedix
neuf . Signé OLIER DE NOINTEL : Et
plus bas. Par mondit Seigneur , Signé
» De la Croix , Secretaire.
>>
29
*
M. de Nointel refta encore à Conſtantinople
plufieurs mois de cette même année 1679 .
Il y avoit déja quelque tems qu'il avoit fuplié
le Roy de vouloir bien lui donner un Succeffeur
: alors S. M. nomma à cette Ambaffade
Gabriel Jofeph de la Vergne , Vicomte
de Guilleragues , Sécrétaire de la Chambre
& du Cabinet du Roy , ci- devant Premier-
Préfident de la Cour des Aides & Finances
de Guienne. M. de Guilleragues s'étant embarqué
à Toulon fur un Vaiffeau du Roy
le 11 Septemb.e 1679 , ariva heureuſement
à Conftantinople , & ce même Vaiffeau ramena
en France le Marquis de Nointel .
Nous n'entrerons dans aucun détail fur
cette nouvelle Ambaflade , & nous en uſerons
de mêmeà l'égard des Succeffeurs de
M.
JUIN. 1742. 957
M. de Guilleragues , jufqu'à l'Ambaffade du
Marquis de Bonnac , fur laquelle nous avons
des particularités qui ne fe trouvent point
ailleurs , & qui nous raprochent davantage
du principal objet , qui nous a fait mettre la
main à la plume .
Nous éviterons auffi par là la répétition
de tout ce qui fe trouve déja imprimé fur
cette matiere dans plufieurs Ouvrages publics
, qui font entre les mains de tout le
monde , particulièrement dans les Mercures
Galans de M. de Vifé , qui a commencé
fon Journal à peu près fur la fin de l'Ambaſfade
de M. de Nointel. Il y a encore un
grand détail fur toutes ces matieres dans un
autre Ouvrage public , qui n'eft point rare à
Paris , & dont voici le Titre :
Ambaffades de M. le Comte de Guilleragues
& de M Girardın auprès du Grand Seigneur,
avecplufieurs Pieces curieufs , tirées
des Memoires des Ambaſſaleurs de France à
La Porte &c. 1. vol. in 12. A Paris , chés
Michel Guerout , Libraire , dans la Galerie
neuve du Palais , au Dauphin .
Jean- Louis d'Uffon , Marquis de Bonnic
Maréchal des Camps & Armées du Roy
étoit en Espagne , chargé d'une Commi fion
importante , dont il s'acquitta parfaitement ,
lorfque le feu Roy le nomma à l'Ambaffade
de la Porte , pour laquelle il ne partit qu'en
1716
958 MERCURE DE FRANCE
1716 , & il arriva à Conftantinople au mois
d'Octobre de la même année .
nées
que
C'est rendre juftice à fa mémoire de dire
qu'il fçût fi bien ménager l'efprit des Minif
tres de la Porte , qu'il y fût dans une trèsgrande
confidération pendant les neuf an
dura fon Ambaffade. Il y avoit
alors trente ans qu'on follicitoit la permilion
de réparer la grande voute du principal Dome
de l'Eglife du S. Sépulchre de Jérufalem
qui menaçoit ruine depuis long tems ,
fans pouvoir l'obtenir ; le Marquis de Bonnac
cut le bonheur d'y réaffir malgré la
fuperftition des Turcs , qui défend de réparer
les Eglifes des Chrétiens ; & malgré les
intrigues des Grecs Schifmatiques , qui s'y
opofoient , & qui continuoient de faire des
préfens confidérables aux Grands de la Porte
, pour empêcher cette réparation . Dès
qu'elle fut achevée , le Marquis de Bonnac
détermina le Grand Seigneur à envoyer une
Ambaffade folemnelle au Roy , & fournit
à l'Ambaffadeur un Vaiffeau , pour le tranfporter
en France . Cette Ambaffade fut le
fujet d'une très belle Médaille frapée pour
le Roy , dont nous allons remettre ici la gravûre
fous les yeux des Lecteurs.
L'Ambaffade du Marquis de Bonnac à la
Porte Ottomane , fut diftinguée par un aure
Evénement confidérable. La confiance
qu'avoient
XVI XVII
UILLITAS
TRANANQU
EUROPAE
PAX CUM HISPANIS,
MDCC.XX
XVIII
OPULI
PRO
TIT
US
VICU
SALUTE
IV. AUGUSTI.
MDCC.XXI
CONGRE
RESSUS
FELIX
XV.D.
PRINCIPIS
G.FR
M.DCC.XXI.
ETNAV.REX
SPLENDOR
XIX
NOMINIS
D.V.
ORATOR IMP. TURCARUM
MDCC.XXI
THE NEW YORK
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48703, LENOX AND
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YORK
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DOVICUS
XV
.
DU
VIVIER
REX
CHRISTIANISS
CUTIS
ET
VIRTUTIS
JUSTITIE
TURCAS INTER ETRUSSOS
РАХ CONSTITUTA .
VIII .JULIL M-DCC.XXIV
JUIN. 17427 95 %
qu'avoient en lui le Grand Seigneur & le
Czar de Moſcovie , lequel étoit encore aigri
par la Paix forcée que ce Prince avoit
été obligé de conclure avec les Turcs , fur
les bords de la riviere de Prout , fit que ces
deux Puiffances le choifirent pour Miniftre
Médiateur , à l'occafion des troubles de Perſe
, & de l'invafion que le Czar avoit faite
dans quelques Provinces de ce Royaume ;
il s'engagea à cette Médiation en qualité de
Plénipotentiaire du Roy , & il eut le bonheur
de la terminer à la fatisfaction des deux
Parties , & avec l'aprobation du Roy. Il reçut
du Grand- Seigneur à cette occafion une
magnifique Peliffe de Martre Zibeline , &
en même tems l'Audience de congé de Sa
Hauteffe , honneurs qui n'avoient été accordés
à aucun autre Ambaffadeur de France ;
avant lui . Le Czar , d'un autre côté , l'honora
du Colier de fon Ordre de S. André ,
& le Roy lui permit de l'accepter , & de le
porter. La Médiation de la France entre la
Porte & la Mofcovie , eſt le ſujet d'une autre
Médaille frapée pour le Roy , dont voici
encore la grayûre en Taille - douce & c.
Le Roy le nomma enfuite à l'Ambaffade
de Suiffe , pour laquelle il partit dans le mois
de Novembre 1727 ; & quelques années
après , le Roy toujours plus content de fes
Services , lui accorda un Brevet de Confeil
leg
960 MERCURE DE FRANCE
ler d'Etat d'Epée ; mais les incommodités
dont il fut attaqué en Suiffe , l'obligerent à
demander la permiffion de venir paffer quel
que tems en France , pour s'y rétablir ; il y
arriva dans le mois d'Octobre 1736 ; &
voyant que fa fanté étoit toujours foible , il
fe démit de cette Ambaffade entre les mains
de S. M neufmoi après . Enfin le Marquis
de Bonnac eut une attaque d'apopléxie , dont
il mourut à Paris le premier Septembre de
l'année 1738. laiffant de la Dame fon Epouſe,
fille du Maréchal Duc de Biron , d x Enfans ,
dont fix Garçons , l'aîné defquels , apellé
le Marquis d'Uffon , alors âgé d'environ 21 .
ans , fe diftinguoit déja dans la Profeffion
des Armes , en qualité de Capitaine dans le
Regiment de Touraine , Infanterie.
En finiffant cet Article , nous profiterons
de l'occafion , pour conftater un Fair hiſtorique
, qui eft entierement à la gloire du
Roy , à l'honneur de la Religion & de la
Nation Françoife , lequel n'eft touché cideffus
qu'en paffant ; fçavoir , que l'Ambaſſade
folemnelle de Mehemet Effendi , envoyé
au Roy par le G. S. en l'année 1721. avoit
pour principal objet de venir affûrer S. M.
qu'en conféquence de fon intervention , &
de la protection dont elle veut bien honorer
les Religieux Latins , dépofitaires des principaux
Monumens du Chriftianifme dans la
Paleſtine
JUIN. 1742. 964
Paleſtine , S. H. avoit d'abord donné tous
les commandemens néceffaires pour faire
fans délai les importantes réparations , dont
il s'agiffoit dans la grande Egl fe du S. Sépulchre
de Jérufalem , & qu'enfin tous ces
Ouvrages fe trouvoient entierement achevés.
La preuve la plus importante qu'on puiffe
donner de ce Fait , fe trouve dans les Lettres
mêmes dont l'Ambaffadeur de la Porte fut
chargé pour le Roy ; l'une du G. S. l'autre du
Grand Vizir Ibrahim Pacha , Gendre de S. H.
Lettres dans lefqu . lles il n'eft parlé d'autre
chole . Le G. Vizr écrivit auffi par le même
Miniftre & fur le même fujet, des Lettres au
Duc d'Orleans , Régent , & au Maréchal de
Villeroy , Gouverneur de la Perfonne du
Roy.
Le Marquis de Bonnac , quelque tems
après fon retour de Conftantinople , voulut
bien nous accorder une copie de la Traduction
de ces Lertres , dont il avoit négocié
le Sujet & l'Expédition . Les Copies font de
la main de M. Foubert de Bizy , fon premier
Sécrétaire , qui nous les remit par fon ordre ,
accompagnées d'une Lettre du 16. Octobre
1727.
Nous crûmes dès - iors pouvoir en faire part
au Public , & nous ferions encore dans ce
même fentiment , dans l'occafion favorable.
fi
qui fe préfente aujourd'hui de les publier ,
une
62 MERCURE DE FRANCE
ane raifon , que l'on goûtera, fans doute , ne
nous déterminoit autrement.
Ces Lettres traduites du Turc en François
à Conftantinople , font d'une prolixité
étonnante , moins longues cependant
par le fonds de ce qu'elles contiennent , que
par le génie du Traducteur , qui paroît bien
plus Oriental que François , & qui a rendu ,
fouvent , même périphrafé , le Texte Turc
naturellement figuré , d'une maniére outrée ,
enforte qu'au lieu d'un fens clair & ſuivi ,
on trouve de tems en tems un pompeux galimatias
, ou une ennuyeuſe répétition,
De quoi s'agit- il cependant dans ces Lettres
? En voici la fubftance . C'eſt d'affûrer
le Roy , toûjours qualifié d'Empereur de
France , de Monarque le plus diftingué entre
tous les Princes de la Créance de JESUS
le Meffie , d'Arbitre univerfel de toute la
République Chrétienne , & c. que Sa Hauteffe
a donné avec plaifir tous les ordres &
toutes les permiffions néceffaires , qui lui
ont été demandées de la part de S. M. par
le Marquis de Bonnac,fon Ambaffadeur,dont
on parle très - honorablement , pour la réparation
du refpectable Edifice en queftion.
Que le Grand Vifir Ibrahim Pacha , fon
Gendre , dont on fait l'éloge , s'y eft auffi
employé efficacement, en confidération d'un
grand Prince.
JUIN.
963 1742
Que cette importante réparation étant
heureuſement & parfaitement achevée , S. H.
a crû devoir en affûrer S. M. par une Lettre
munie de fon augufte Sceau Impérial , &c.
Enfin , que pour porter cette Lettre , Elle
a fait choix pour fon Ambaffade ur de la perfonne
diftinguée de Mehemet Effendi , dont
le mérite eft fort relevé , actuellement Sur-
Intendant des Finances , & ci - devant Miniftre
Plénipotentiaire de la Porte au Congrès
de Paffarowitz , où il a conclu un Traité
important avec les Miniftres du Roy des Romains
, c'est ainsi qu'eft nommé l'Empereur
d'Allemagne dans cette Lettre.
La Lettre du Grand Vifir contient à peu
près les mêmes chofes, en des termes magnifiques
& fort refpectueux à l'égard du Roy.
Ces Lettres font datées de cette maniere à la
fin : ECRIT à la Ville de Conftantinople la
bien gardée , le quinze de la noble Lune de
Zilcade , l'an 1132. c'est à dire le 19. du
mois de Septembre 1720.
Au bas de la Lettre du G.V.ct avant la date , eft
l'Empreinte de fon Cachet , fur lequel étoient
gravés ces mots. Salut foit fait à ceux qui reconnoiffent
l'Etre Souverain, & qui lui obéiſſent.
Il y a de plus un Ouvrage public , im-
*
INSCRIPTIONES ad res notabiles fpectantes &c.
Authore D. Henrico Ferrand , Tolonenfi , viro Confulari.
1. vol. in-4°. Avenione M. DCC . XXVI.
II. Vol. F primé
964 MERCURE DE FRANCE
primé à Avignon en l'année 1726. dont nous
avons rendu compte dans le Mercure de Fevrier
1727. par lequel il paroît qu'à l'occafion
de l'arrivée du Marquis de Bonnac au
Port de Toulon , revenant de Conftantinople,
il fut compofe une Infcription par ordre
des Confuls de cette Ville , laquelle fait expreffément
mention du fujet de l'Ambaffade
de Mehemet Effendi à la Cour de France, & que
cette Infcription étoit deſtinée ,avec quelques
autres du même Auteur , compofées fur des
Faits Hiftoriques & certains , pour orner la
Sale de l'Hôtel de Ville de Toulon . Voici
cette Infcription.
JOANNI LUDOVICO D'USSON
MARCHIONI DE BONNAC ,
AGMINIS DUCTORI
LUDOVICI XV. BIZANTII LEGATO ,
RELIGIONE ET COMMERCIO PROTECTIS ,
INSTAURATA SANCTI SEPULCHRI
FORNICIS , PER ORATOREM MEHEMET EFFENDI,
REGE CERTIORE FACTO .
NOVIS HONORIBUS A TURCARUM
ET RUSSIA IMPERATORIBUS ORNATO
LEGATIONE NOVEM ΑNNORUM
FELICITER PERACTA.
CONSULES ET CIVITAS TOLONENSIS
PONI C C.
ANNO M. CC . X.X V.
?
Le Roy ayant accordé au Marquis de Bonnac
la permiffion de revenir en France
omma pour aller le remplacer à l'Ambaſſade
JUIN: 1742 965
de de la Porte , le Vicomte d'Andrezel ( N.
Picon ) ci -devant Sécretaire du Cabinet du
Roy , & des Commandemens de Monfeigneur
le Dauphin, Fils de LOUIS LE GRAND,
& en dernier lieu Intendant en Rouffillon.
Il partit de Paris fur la fin de l'année 1723 .
& arriva à Conftantinople à bord de deux
Vaiffeaux de Guerre François , le 13.Septembre
1724. Il fut falué par une décharge génerale
des canons de la Ville , à laquelle les
Vaiffeaux François répondirent par celle de
leur artillerie , après avoir arboré tous leurs
Pavillons , Flammes & Banderolles .
On peut dire que le nouvel Ambaſſadeur
arriva fous d'heureux aufpices & qui fembloient
lui promettre une longue profperité
dans fon Miniftere , car prefque dans le même
tems , le Grand Vifir fit fçavoir à tous les
Ambaſſadeurs , à commencer par celui de
France , que le Grand Seigneur venoir de recevoir
avis , que le Seraskier Achmet Pacha,
Gouverneur de Bagdat , avoit pris d'affaut
l'importante Ville de Hamadan , &
garniſon ayant fait trop de réfiftance , après
les fommations ordinaires , avoit été paffée
au fil de l'épée , &c. Cette grande nouvelle
fut annoncée au Peuple par deux grandes
falves d'artillerie , & on fit en confequence
des réjouiffances extraordinaires pendant fept
jours confécutifs. Les Miniftres Etrangers
que
la
Fij
firent
966 MERCURE DE FRANCE
firent illuminer leurs Palais & donnerent
d'autres marques de joye. Les Vaiffeaux du
Roy témoignerent auffi la leur par plufieurs
falves de leur canon .
Le 2. Octobre fuivant , le Grand Vifir fçachant
que les mêmes Vaiffeaux du Roy devoient
bien-tôt reporter en France le Marquis
de Bonnac , traita magnifiquement les
deux Ambaffadeurs dans fa belle Maifon de
Plaifance , fituée fur le Canal de la Mer
Noire , Repas auquel fe trouverent le Capitan
Pacha Chelebi Mehemet Effendi , ci - devant
Ambaffadeur à la Cour de France , & quelques-
autres des principaux Seigneurs de la
Porte.
Les correspondances que nous avions eûës
avec les Sécretaires de M. le Marquis de
Bonnac , durant fon Ambaſſade , continuerent
avec avantage fous celle de M. d'Andrezel
; nous nous fommes furtout loüés &
aplaudis du commerce litteraire que nous
avons eû avec M. Defroches , fon premier
Sécretaire , dont nous avons parlé dans plufieurs
de nos Journaux , & dont enfin nous
avons malheureufement été obligés de faire
P'Eloge dans les Mercures de Septem. 1736.
& d'Avril 1737. lorſqu'après le décès de M.
d'Andrezel , s'étant attaché à M. le Marquis
de Villeneuve ,fon Succeffeur,il mourut auffi
à Conftantinople au mois de Septembre 1734.
Nous
JUIN. 1742 967
Nous devons au Vicomte d'Andrezel & à
la plume de fon habile Sécretaire , une Piéce
importante , que nous avons imprimée dans
un de nos Journaux. C'eft la Relation des
Conférences tenues pour la Paix fur la Frontiere
des deux Empires , entre les Miniftres
du Grand Seigneur & ceux du Roy
de Perfe , Ouvrage que M. Defroches fçûr
dégager de l'emphafe & des figures du ftyle
Oriental , & qu'il habilla élégamment à la
Françoife , fans rien altérer ni rien omettre
pour le fonds des chofes , & dans lequel il
fit fentir le génie politique des deux Nations ,
la nobleffe des fentimens & la dexterité des
Plénipotentiaires , ce qui rend cette Piéce
extrêmement curieufe , auffi fut- elle goûtée
de tous les habiles
gens.
,
Il y avoit lieu de fe flater que M. d'Andrezel
poufferoit auffi loin qu'aucun de fes
Prédeceffeurs , la carriere qu'il avoit fi heureufement
commencée mais on eut le
malheur de le perdre au bout d'environ
deux années ; il mourut à Conftantinople
d'une hydropifie de poitrine , après une
longue maladie , âgé d'environ 64. ans ,
laiffant de Dame Françoife de Baffompierre ,
deux garçons & une fille. Le P. Poncy de
Neuville , Jéfuite , fit fur cette mort une
fort belle Elegie , qui eft imprimée dans le
premier volume du Mercure de Juin 1727.
P.1254.
Fij La
968 MERCURE DE FRANCE
La nouvelle de la mort du V. d'Andrezel
étant arrivée à la Cour , le Roy nomma pour
lui fucceder à l'Ambaffade de la Porte Ottomane
M.Louis Sauveur de Villeneuve, Lieutenant
Géneral de la Sénéchauffée de Marfeille,
& il eut l'honneur de faluer le Roy en cette
qualité le 25. Mars 1728. S. M. le reçût
très-favorablement.
Il eft fils de François de Villeneuve , Confeiller
au Parlement de Provence , & de D.
Magdeleine de Fourbin Sainte- Croix , proche
parente de M. l'Archevêque de Paris. If
avoit alors quatre freres , fçavoir , François
Renaud de Villeneuve , Évêque de Viviers
nommé auparavant à l'Evêché de Marſeille
lorfque M.deBelzunce fut nommé par leRoy à
l'Evêché de Laon, qu'il refufa ;deux autres freres
Capitaines d'Infanterie dans les Régimens
du Roy & du Maine, & le quatrième Lieutenant
des Galeres , fervant alors fur la Réale.
›
Il a époufé Dame Anne de Bauffet , fille
de Pierre de Bauffet, Lieutenant Géneral , Civil
& Criminel de Marfeille , & de Dame
Théodore Daudiffret. La Maiſon de Bauffet
cft fort ancienne , & a donné des Perſonnages
illuftres dans l'Eglife , dans la Robe ,
& dans l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , qui
compte plufieurs Chevaliers & Commandeurs
de ce nom .
On écrivit alors de Marfeille , que quelque
JUIN. 1742. 969
que regret qu'on cût de perdre un Magiſtrat
de fon caractére , tout le monde avoit aplau
digne choix de Sa Majefté , perfuadé
que M. de Villeneuve poffedoit toutes les
qualités néceffaires pour s'acquitter dignement
d'un Miniftere fi conſidérable , & que
dans fon éloignement même , il feroit rendu
en quelque façon à la Ville de Marſeille , par
Ja protection qu'il accorderoit à fon Commerce
du Levant , par l'aplication fur tout
qu'on fe promettoit d'un génie auffi éclairé
que le fien , à réprimer les abus , que l'avidité
de quelques particuliers voudroit introduire
, & c'eft en partie , ajoûtoit on , ce
qui pouvoit dédommager cette Ville de la
perte qu'elle faifoit de fon premier Magiftrat.
On ne pouvoit gueres penfer plus juſte , ce
qui a été une espece de Prophétie de ce qui
eft effectivement arrivé de favorable & d'avantageux
au Commerce en géneral , & en
particulier à celui des Marfeillois , durant
tout le tems de cette Ambaffade .
M. le Marquis de Villeneuve , ainfi nommé
par le Roy même , s'embarqua à Toulon
fur la fin du mois d'Octobre fuivant , fur les
Vaiffeaux de S. M. lefquels moüillerent le 2 .
Novembre à l'Argentiere , Ifle de l'Archipel.
Les principaux de l'Ifle allerent le complimenter
, & le fuplierent de débarquer , à
caufe du mauvais tems , fur tout par raport à
Fij
Madame
970 MERCURE DE FRANCE
›
Madame l'Ambaffadrice , qui pouvoit en
avoir befoin , à caufe des incommodités de
la Mer. Les Dames Grecques de cette Ifle
également belles & polies, n'eurent pas plûtôt
apris qu'elles auroient l'honneur de la
yoir , qu'elles préparerent une Fête & un
grand Régal , lequel fut fuivi d'un Bal magnifique
, dans le goût & le génie de la Nation
, qui eft exquis pour ces fortes de Divertiflemens.
Le trajet jufqu'à Conftantinople fut heu
reux , & l'arrivée du nouvel Ambaſſadeur
fut extrêmement fêtée par la Nation Fran
çoife, & c. Nous ne repeterons point ici tout
ce que nous avons dit dans le tems en differens
Mercures, des premieres Audiences, des
Céremonies , &c. qui fuivirent cette arrivée ,
ni de tout ce qui regarde la fuite de certe Am .
baffade , parce que l'Histoire en eft route
faite dans nos Journaux , par le foin que nous.
avons eû d'y raporter tout ce qui s'eft paffé de
plus confidérable à cet égard . Nous rapellerons
feulement quelques Faits particuliers ,
intereffans pour nous , & qui ne déplairont
pas au Public
Nous devons au Marquis de Villeneuve
ce que nous avons préfenté à ce même Public
, de curieux & d'exact pour tout ce qui
concerne les Affaires du Levant , & en particulier
celles de Perfe , qui étoient alors
l'objet
JUIN. 1742. 971
l'objet de l'attention de toute l'Europe , &
cela par les bontés que M. l'Ambaffadeur
cut pour nous , & pour M. Defroches , notre
Correfpondant , qu'il protégea toujours , recommandé
feulement par fon mérite , & par
le malheur qu'il avoit eû de perdre le Vicom:
te d'Andrezel & c.
*
Nous lui devons auffi , avec toute l'Eglife
& avec la République des Lettres , les heureux
fuccès qu'ont eû nos empreffemens &
nos foins particuliers , pour procurer au
fçavant Auteur de l'Ouvrage important ,
ORIENS CHRISTIANUS ET AFRICA,
que l'on continuë d'imprimer au Louvre , par
ordre du Roy, tous les Mémoires , qui manquoient
fur plufieurs Eglifes Orientales , &
en particulier fur l'état ancien & moderne de
ces Eglifes , la fuite de leurs Patriarches , & c .
principalement à l'égard de celles des Maronites
du Mont Liban , des Cophtes d'Egypte
, & c. M. l'Ambaſſadeur ayant , nonfeulement
protegé ces Recherches
ayant donné encore tous les ordres néceffaires
, pour les rendre efficaces , & pour en
accelerer l'expédition fur les Lieux , & l'envoi
en France .
,
mais
Enfin nous lui devons en particulier le
fuccès de quelques Recherches , que nous
avons été obligés de faire pour conftater la
Le P. le Quien , Dominicain .
Fv . vérité
972 MERCURE DE FRANCE
vérité d'un Fait , qui nous intereffe , & qui
fe trouve alterée dans un Ouvrage public
intitulé : La Vie de Meffire François Picquet ,
Conful de France & de Hollande , à Alep ,
enfuite Evêque de Cefarople , puis de Babilone
, Vicaire Apoftolique , &c. imprimé à
Paris , 1. vol. 8. chés la Veuve Mergé , en
1732.
Le Fait en queftion , eft que M. François
Baron de Marſeille, Perfonnage illuftre par fa
vertu , * & par la grande réputation , où il
eft encore dans tout le Levant , fût nommé
par le Roy , fous le Miniftére de M. Colbert
, pour fucceder à M. Picquet dans le
Confulat d'Alep ', qui comprenoit alors les
Echelles de Chypres , de Tripoly de Syrie
& d'Alexandrette. Or , dans le Livre dont
nous venons de parler , les expreffions , dont
on fe fert à cet égard , font entendre que
M. Baron ne fut que le Subftitut de M. Picquet
, & que celui-ci reftant toûjours le
Maître du Confulat d'Alep , & ne pouvant
plus l'exercer , il y commit une perfonne à
fa dévotion , &c. ce qui eft abſolument contraire
à la verité , qui aparemment n'a pas
été connue de l'Auteur du Livre , lequel a
écrit là deffus , fur des Mémoires peu
fidéles.
* Son Eloge eft dans les Mercures de Juin. II. vol.
& de Juillet 1730.
Quoiqu'il
JUIN. 1742 973
Quoiqu'il en foit , les Archives de la
Chambre du Commerce de Marfeille d'abord
confultées fur ce fujet , démentent cer endroit
de l'Hiftoire . Celles du Confulat d'Alep
, pareillement confultées , confirment
auffi la vérité que nous foûtenons ; mais
nous n'aurions jamais pû pénétrer dans ce
depôt fi éloign , fans l'autorité de M. le
Marquis de Villeneuve , qui voulut bien envoyer
là deffus fes ordres précis au Conful .
d'Alep ( M. Pelleran , ) lequel les exécuta
avec autant d'exactitude que de célérité.
Nous avons entre les mains , les Actes Juridiques
, extraits fur les Originaux du Confulat
d'Alep , envoyés à Conftantinople par
M, Pelleran , & qui nous font parvenus par.
les foins de M. Defroches , fuivant les intentions
de M. l'Ambaffadeur.
+
Nous finirons ce qui concerne cette Ambaffade
, en difant , qu'on peut affûrer fans
exagération , qu'elle a été remplie d'évepea
mens fi confidérables , & foûtenue avec
tant d'éclat & de dignité , qu'elle a effacé
en quelque façon toutes celles qui ont précédé
, nous n'en rapellerons ici qu'un trait
remarquable , qui concerne la Médiation
du Roy , fouhaitée , demandée & obtenuë ,
par trois grandes Puiffances , fçavoir , l'Empereur
& le Czar de Mofcovie d'une part
& le Sultan Mamouth, Empereur des Turcs
F vj
de
/ ו ד
.
›
de l'autre ; Médiation remplie par notre Ambaffadeur
, feul Médiateur , avec toute la fageffe
, & toute la magnificence poffibles , au
gré & à l'entiere fatisfaction de toutes les
Parties intereffées , dont il avoit les Pleins
Pouvoirs , enfin avec un entier fuccès , puifqu'elle
a été fuivie d'un Traité , qui a donné
la paix à de vaſtes Pays , & à des Nations
entieres. Cet événement glorieux pour le
Roy , & pour fon digne Miniftre à la Porte ,
a mérité d'être immortalife par un Monument
tel la belle Médaille du Roy ,
qui a été frapée peu de tems après , & dont
voici la gravûre en taille-douce.
que
>
D'un côté eft le Portrait de S. Men buſte ,
la Tête couronnée de laurier , avec l'infcription
ordinaire LUD. X V. REX CHRISTIAN.
& fur le Revers , la France , fous
la figure d'une Femme avec les fymboles
qui lui conviennent , affife à l'entrée du
Temple de la Paix , préfente des rameaux
d'Olivier aux Allemands , aux Ruffiens , &
aux Turcs. Ces Nations font auffi figurées
par des Femmes , ayant leurs differens fymboles
qui les caractériſent. Pour Legende
autour , VIRTUTIS ET JUSTITIE
FAMA. Et dans l'Exergue , GERMAN.
ET RUSS. PAX CUM OTT OMA N.
CONCILIATA. M. DCC. XXXIX.
Heureufe époque , qui a terminé une fi belle
AmbafREX
JD •XV LUD
VIRTUTIS
ISS .
CHRISTIANIRE
M.
JUSTITIAE
GERMAN- ET RUSS PAX
CUM OTTOMAN CONCILIATA
MDCCXXXIX.
FAMA
/ד "
Ambaffade , & qui fera toûjours diftinguée
dans notre Hiftoire.
Elle le fera auffi dans les Faftes de la Ville
de Marſeille , dont le Commerce du Levant
a toujours été protegé , & qui deviendra
encore plus floriffant , par le renouvellement
des anciennes Capitulations contenues dans
un nouveau Traité du 28. May 1740. qui a
été négocié & obtenu fous le même Minif
tere , augmenté de plufieurs Articles avantageux
, comme nous le verrons dans la
fuite.
M. le Marquis de Villeneuve , revenu en
France , fut reçû du Roy & de toute la
Cour , avec une diftinction particuliere . Sa
Majefté l'avoit nommé Confeiller de fon
Confeil d'Etat , un peu après la conclufion
du Traité dont on vient de parler , Charge
qui continuë de le dévouer au fervice du
Roy & au bien public .
Sa Majefté avoit nommé cependant à
l'Ambaffade de la Porte , M. le Marquis
de Caftelane , comme nous l'avons marqué
dans le tems , en marquant auffi celui de
fon départ de France , celui de fon arrivée
à Conftantinople , & les autres circonstances
qui regardent fes Audiences , fa reception ,
& c.
que
C'eft fous ce nouvel Ambaffadeur
l'Ambaffade de la Porte à la Cour de France
976 MERCURE DE FRANCE
a été réfoluë , & fi dignement exécutée par
l'illuftre Seigneur Saïd Mehemet Pacha ,
auquel il eft à préfent tems de revenir.
Nous avons oublié de placer en fon lieuquelqu'un
des Complimens qui lui ont été
faits pendant fa route de Toulon à Paris
route fur laquelle on lui a rendu tous les
honneurs ordonnés par S. M. comme nous
l'avons dit à la page 85 1. de ce Livre.
Pour réparer cette omiffion , voici le Dif
cours qui fut adreffé à l'Ambaſſađeur le 15 .
Decembre 1741. par M. le Tenneur , Chevalier
, Seigneur de Goumiers , Confeiller
da Roy en fes Confeils , Préfident , Lieutenant
Géneral , Civil & de Police , du Préfidial
, Bailliage & Châtelet de Melun , étant
à la tête des Officiers de Police de cette
Ville .
*
MONSEIGNEUR ,
» Les Secrets des Princes doivent être impénétrables
à leurs fujets : il y a de la té-
» mérité , quelquefois même du crime à
» vouloir les pénétrer. Nous ofons cepen-"
» dant dire , fans craindre de nous expofer ,
» que le veritable but de l'Ainbaffade Ex-
» traordinaire de MEHEMET EFFENDI , Votre
» illuftre Pere , en l'année 1721. a été de
venir contracter une union indiffoluble
» entre Sa Majesté & Sa Haurelle .
» Les marques éclatantes de diftinction ,
»
que
JUIN. 1742: 977
» que M. le Marquis de Villeneuve , notre
» Ambaffadeur,a reçûës de la Porte Ottoma-
» ne , les infignes faveurs dont les Chrétiens
» ont été comblés dans fon vafte Empire , fa
» confiance fans égale dans la médiation de
» la France , pouffée jufqu'au point de lui
" laiffer fixer les progrès de fes Armes , &
» de la rendre l'Arbitre abfoluë de fes inté-
» rêts dans le fort même de fes conquêtes
» contre le feu Emperour Charles VI.
>>
» Tous ces Evenemens font des preuves
parfaites de l'étroite intelligence qui regne
» entre les deux plus grands Potentats de
» l'Univers . Votre Excellence vient , fans
» doute , pour la cimenter , & pour pren-
» dre les méfures les plus convenables pour
» la pacification des troubles de l'Empire
Germanique , en entrant dans les vûës du
plus fage & du plus équitable Roy , dont
» I'Hiftoire nous conferve le fouvenir , &
» de fon premier & incomparable Miniftre ,
» qui fait , à jufte titre , l'admiration des
» Etrangers & la nôtre.
99
"
» Une Négociation fi importante ne peut
» convenir qu'à un Miniftre auffi éclairé que
» V. E. Puiffe - t'elle voir fes grands deffeins
» fuivis d'une heureufe & prompte exécu-
» tion ; puiffions nous pareillement lui voir
» conferver toujours dans le coeur cette tendre
affection qu'elle femble porter aux
» François.
"
978 MERCURE DE FRANCE
» François ! C'eſt le voeu unanime de notre
» Corps de Police , que j'ai l'honneur de lui
» préfenter , qui ne trouve point d'expreffion
" affés fortes dans ma bouche , pour lui té-
" moigner le profond refpect dont il eft pé-
" nétré pour fon Caractére & pour fa Per
» fonne.
A SON EXCELLENCE
M. l'Ambaffaleur de la Porte Ottomane
à la Cour de France.
DEs Decrets du Divan fage Dépoſitaire ,
Tu lis dans tous les yeux les fecrets de nos coeurs
On le fouvient toûjours de ton illuftre Pere ,
Et l'on fe plaît à voir les dignes Succeffeurs ;
Tu fis briller alors ces graces naturelles
Que le Printems de l'âge autorife toujours ;
La cohorte des Ris , des Jeux & des Amours
T'offrit à chaque pas des conquêtes nouvelles ;
Mais déja ta raiſon connoiffant fon pouvoir ,
D'imiter ME HEMET te faifoit un devoir.
C'eft ainfi que conduit dans la noble carriere ,
Par les foins affidus d'une Divinité ,
Telemaque ne vit que les pas de fon Pere
Pour fuivre le chemin de l'immortalité .
Puiffe ton Fils & toi reporter à Bifance
L'inaltérable Sceau d'une heureuſc Alliance ,
Mais
JUIN. 1742 979
Mais à condition que ce Fils , à fon tour ,
Viendra renouveller celui de notre amour !
Par M. de BONNEVAL.
Nous avons dit page 863. que l'Ambaffadeur
commença le 10 Février fes Vifites
aux Princes du Sang , par celle du Duc
d'Orleans , qu'il les continua le lendemain
& les jours fuivans ; & nous avons obfervé ,
à l'égard de la premiere de ces Vifites , que
le Duc d'Orleans étant alors à l'Abbave de
Sainte Geneviève , l'Ambaſſadeur fut reçû
au Palais Royal par le Duc de Chartres ,
&c. Depuis nous avons apris qu'il retourna
quelques jours après au méme Palais ,
pour voir le Duc d'Orleans. Ce Prince cut
la bonté de lui faire voir les principales
Curiofités de fon Cabinet , particuliérement
les Pierres gravées qui y font en
grand nombre , fur les plus grands Sujets
de la fçavante Antiquité , & des meilleurs
Maîtres. L'Ambaffadeur les vit avec beaucoup
de fatisfaction , & avec des yeux intelligens
. Les Vifites aux Princes furent
achevées le 21. du même mois ; le lendemain
matin il en rendit une particuliere
à M. le Chevalier d'Orleans , Grand Prieur
de France , Géneral des Galeres ; ce Seigneur
alla le lendemain vifiter l'Ambaffadeur.
Ce
980 MERCURE DE FRANCE
Ce Miniftre a parû fort content de nos
Spectacles , & y a affifté peu de jours après
fon Entrée Publique . Dès le 21. Janvier il
alla à l'Opéra , pour voir la repréfentation
de la Paftorale d'Iffé , dont il parut trèsfatisfait.
Il étoit placé dans la Loge du Roy ,
accompagné de fon fils , âgé de 15. à 16,
ans , du Maréchal de l'Ambaffade , & de
M. de Jonville, Gentilhomme Ordinaire du
Roy; fes Officiers furent placés dans d'autres
Loges , au deffus des premieres. La Dlle,
Camargo danfa , par extraordinaire , un Air
avec toute la jufteffe & la vivacité que tout
le monde lui connoît , ce qui plût extrêmement
à l'Ambaſſadeur , ainfi que la brillante
affemblée , dont la Sale étoit compofée
, les décorations , &c.
Le 24. il alla , accompagné des mêmes.
Perfonnes , à l'Hôtel des Comédiens François
, où il vit repréfenter trois differentes.
Piéces , avec des Intermedes de Chants &
de Danfes. La premiere , intitulée Le Fat
puni , la feconde , les trois Coufines , & la
derniere , l'Oracle. La Sale étoit extraordinairement
éclairée par quantité de luftres
garnis de bougies. Le concours y fut prodigieux
, & l'Affemblée des plus brillantes.
L'Ambaffadeur parût très content de ces differens
divertiffemens , qui furent parfaitement
bien exécutés.
Le
JUIN. 1742% 981
Le 29. du même mois , l'Ambaffadeur
alla à l'Hôtel de Bourgogne , pour y voir la
Comédie Italienne ; on y repréfenta auffi
trois differentes Piéces. La premiere , intitulée
l'Epreuve , Comédie Françoife en un
Acte ; la feconde , l'Impatient , Comédie
Italienne , la troifiéme , les Oracles , Parodie
de la Paftorale Héroïque d'Iffé. Trois differens
divertiffemens de Chants & de Danfest,
fervirent d'Intermedes à ces trois Comédies,
& furent très - bien exécutées par la Dile
Roland ,, par le fieur Poitiers , compofiteur
des Ballets, par les deux enfans de ce dernier
Danfeur & par differens Acteurs de la
Troupe Italienne. La Sale avoit été extraordinairement
éclairée par des Luftres & des
Girandoles , garnis de bougies , pofés avec
fymétrie en differens endroits de cette Sale.
L'Ambafladeur tût fört fatisfait de ce brillant
Spectacle , le tout s'étant d'ailleurs paffé avec
beaucoup d'ordre, & fans la moindre confufion,
malgré le grand nombre des Spectateurs.
L'Ambaffadeur a vû en fon tems , la Foire
S. Germain , & quelquefois l'Opéra Comique
de cette Foire.
Il eft enfin retourné aux Grands Spectacles
de Paris lorfqu'on a repréfenté des Pièces confidérables,
& qu'il a jugées dignes de fon attention;
ainfi que le grand Spectacle qu'a donné
le Chevalier Servandoni fur le Théatre du
Châ982
MERCURE DE FRANCE
Château des Tuilleries, par la repréſentation
de l'Hiftoire fabuleufe de Léandre & Hero.
Le 8. Fevrier , les Enfans de Langues du
College des Jefuites , eurent l'honneur d'être
préfentés à l'Ambaffadeur , par M. Defiennes
le fils , Sécretaire Interprete du Roy,
& de complimenter fon Excellence en Langue
Turque. Le Sr Fonton le cadet , fils du
premier Interprete du Roy à Conftantinople,
porta la parole , & s'exprima en ces termes .
$3
" TRE'S- HEUREUX , très- digne , & très
» honorable Prince des Princes , Vice- Roy
» de Romelie , l'unique Perfonne de votre
» noble & illuftre Famille , Ambaffadeur Ex-
" traordinaire de la fublime Porte . Vous , qui
par votre veitu & votre fageffe , & enfin par
» tous les rares talens, dont le Très Haut vous
a favorisé , avez mérité le digne choix , que
» le Puiffant Empereur des Ottomans a fait
de votre Perfonne diftinguée , pour l'envoyer
en Ambaffade à notre Grand Roy
» fon ancien Ami : Permettez , que le plus
» humble des Sujets de S. M. & qui fe regarde
comme l'Atôme des Interpretes ,
» fe conformant à l'exemple de toute la
» France , prenne la liberté de vous témoi-
" gner , après s'être profterné avec beau-
» coup de refpect aux pieds de V. E. la
39
*
* Expreffion Orientale , dont on fe fert , lorsqu'un
Inferieur parle à fes Superieurs.
joye
JUIN. 1742
983
» joye que lui caufe , & à tous fes Compagnons
, votre heurcufe arrivée dans un
Pays , dont les Habitans font à l'envi
" tous leurs éforts pour rendre votre Ambaffade
auffi glorieufe que votre Puiffant Em .
» pereur le peut defirer. Nous ne cefferons
» jamais , MONSEIGNEUR , de faire des
» Voeux , tant pour la confervation des
» jours heureux de V. E. , que pour celle
» de votre cher Fils , qui en fuivant les tra-
> ces d'un auffi digne Pere , fera la fatis face
» tion des illuftres Ottomans , & l'admira-
» tion de toutes les Nations Etrangeres.
Le jeune Orateur n'eût pas plûtôt ceffé de
parler , que fes Compagnons , qui formoient
un demi cercle dans l'apartement de
l'Ambasadeur , firent l'acclamation ordinaire
, fuivant l'ufage des Orientaux , en
difant , d'un ton élevé Amin , Amin , Amin,
Ainfi fait-il.
L'Ambaffadeur répondit en la même Langue
: J'ai écouté avec plaifir , le Compliment
que vous venez de me faire ; je vous exborte
à donner une continuelle aplication à l'étude
pour acquerir la Science dont vous avez be-
Join pour devenir de bons Interprêtes , & pour
vous rendre de plus en plus, dignes de toutes les
bontés dont l'Empereur de France daigne vous
bonorer.
Nous inftruirons dans la fuite le Public ,
de
984 MERCURE DE FRANCE
de tout ce qui concerne l'Etabliffement des
Enfans de Langues dans le College des Jefuites
, de l'origine , & des progrès de cet
Etabliffement , & c.
Le Mardi 27. du même mois ( Fevrier )
l'Ambaffadeur après avoir été à l'Audience
du Roy , eût une Audience de la Reine ,
dans la Grande Galerie de Verfailles ; il alla
enfuite voir Monfeigneur le. Dauphin , qui
répondit d'une maniere fort fpirituelle à fon
Compliment. Il alla dîner chés le Comte
de Noailles , Gouverneur de Verſailles.
Le 12. Mars ,il vifita la Manufacture Roya
le des Tapifleries des Gobelins , & vit dans les
Atteliers tous les differensOuvrages en ce genre
qui s'y fabriquent, qu'il trouva dans un ordre
& dans une perfection infinie. Il vit enfuite
avec la même fatisfaction les Ouvrages
de M.de Neumaifon , qui fe fabriquent dans
la même Manufacture. M.de Cotte, Architec
te ordinaire du Roy, & Contrôleur des Râtimens
du Château de Fontainebleau , lui avoit
fair tendre plufieurs des plus belles Piéces de
Tapifleries dans la Galerie , que l'Ambaſſadeur
trouva parfaitement bien travaillées.
Il alla enfuite voir la Manufacture des Draps
& Teintures en Ecarlate de M. le Chevalier de
Julienne. Il examina avec beaucoup d'attention
les differentes opérations de la fabrique
des Draps, & il fut fi fatisfait de la perfection
de
JUIN. -174-2. 985
de cette Draperie , & des couleurs , qu'il en
prit une Piéce pour fon ufage. Il vifita auffi
le Cabinet de M. le Chevalier de Julienne
rempli de toute forte de Curiofités, Tableaux ,
Bronzes , Porcelaines , Médailles , Coquilles ,
&c. Il s'arrêta long- tems à confidérer tout ce
qui regarde l'Hiftoire Naturelle.
Il alla auffi vifiter Ja Manufacture Royale
de la Savonerie , où fe fabriquent des Tapifleries
de Perfe & du Levant , & il admira
la quantité d'Ouvrages que le Roy y fait
faire . M. de Cotte le reçût & l'accompagna
par tout dans ces differentes Manufactures.
Il alla le lendemain voir M. Pagny , qui
depuis plufieurs années profeffe la Phyfique
Expérimentale , avec beaucoup de fuccès &
d'aplaudiffement . Il admira la décoration
l'ordre , & le bel arrangement de fon Cabinet
, rempli de plus de 400. Machines ,
fçavamment conftruites & propres à faire
toutes fortes d'experiences,anciennes , & nouvelles.
Un nombre d'experiences choifies
fur differens genres , firent d'autant plus de
plaifir à l'Ambaffadeur , qu'il trouva que M.
Pagny les éxécutoit avec facilité , & les expliquoit
avec beaucoup de netteté , en rendant
claires & intelligibles les chofes même
les plus abftraites. Il étoit entré avant trois
heures , & il ne fortit que vers les fept heures
du foir , en marquant à M. Pagny , par
un
986 MERCURE DE FRANCE
un Compliment obligeant , l'entiere fatisfaction
qu'il avoit cu de l'entendre , &c .
Quelque tems après , il fouhaita que M.
de la Tour , dont il connoiſſoit déja le mérite
& la réputation , fit fon Portrait en Paftel
, & il eût pour cela toute la complaifance
& la patience poffibles , fans oublier beaucoup
de politeffe , & bien des égards pour
un fi habile Artiſte , qu'on peut affûrer avoir
fait un vrai chef- d'oeuvre dans ce Portrait.
On vient de tous côtés l'admirer dans l'Apartement
de l'Ambaffadeur , & plufieurs
Poëtes ont déja travaillé deffus. Voici les
Vers que le Chevalier de S. Jory a adreffés à
cette occafion à M. de la Tour.
La Tour , dont le crayon fublime & gracieux
Charme autant notre efprit qu'il ſatisfait nos yeux,
Sur tes divins Portraits , ornemens de la France ,
Ton Portrait de SAID aura la préferance .
Cet Ouvrage accompli , digne de Raphaël ,
N'a rien cependant qui m'étonne .
SAID que l'on revere , enrichit ton Paftel ;
Car voici comme je raiſonne ,
Plus le mérite eft grand , mieux on peint la
perfonne.
Le 20. Mars , il alla à la Bibliothéque du
Roy , accompagné feulement de fon Fils &
de fon Gendre, & y demeura deux heures entieres
;
JUIN. 1742 .
987
tieres ; il fut conduit dans toutes les Galeries
; mais le Lieu où il s'arrêta le plus long
tems , eft le Salon où font les Eftampes qu'il
vit avec un extrême plaifir , fur tout l'admi
rable Recueil de l'Hiftoire Naturelle , qui
contient les Plantes , Fleurs , Oifeaux , Animaux
, Coquilles , &c. peints en miniature ,
commencé dès le tems de Gafton d'Orleans.
L'Ambaffadeur remit en même tems pour la
Bibliothèque Royale , cinq Volumes in -fol .
en Langue Arabe de la nouvelle Imprimerie
de Conftantinople , fçavoir , un Dictionnaire
Turc & Arabe , & Arabe & Turc en
deux Volumes.
Un Traité de Géographie avec des Cartes
, & c.
L'Hiftoire de l'Empire Ottoman , depuis
l'Année de l'Hegire 1000. ( 1591 , de J. C. )
jufqu'à ces derniers tems 2. Vol.
M. Bignon Sur- Intendant de la Bibliothé
que du Roy , Maître des Requêtes , & Intendant
de Soiffons, fit les honneurs avec autant
de politeffe que de dignité.
L'Ambaffadeur a aufli vû quelques unes
des principales Bibliothéques de Paris , particulierement
celle de l'Abbaye de Sainte
Geneviève , il vit avec beaucoup d'attention
le fameux Cabinet des Antiques , & des autres
curiofités affemblées par le fameux Pere
lu Moulinet , beaucoup augmentées depuis
II. Vol. G fon
988 MERCURE DE FRANCE
fon d cès. Il fut affez furpris de trouver dans
ce Cabinet deux Lettres Originales en Langue
Turque , écrites par le Grand Vifir de
Soliman II. à un Grand Prince Chrétien ,
defquelles Lettres on fait faire actuellement
des Traductions , dont on nous a promis la
communication.
Le R. P. General , & Abbé de Sainte
Genevieve à qui l'Ambaffadeur rendit d'abord
vifite , fit les honneurs , & l'accom
pagna par tout , fuivi des deux Bibliothé
quaires & des Principaux de la Maiſon.
Le 30. du même mois , le Roy faifint la
Revûë des Gardes Françoifes , l'Ambaſſadeur
s'y trouva & la vit avec beaucoup de
fatisfaction , & en Homme du Métier.
Depuis ce tems là , il n'a point manqué
d'aller à Versailles tous les Mardis , felon la
coutume des Ambaffadeurs , & d'y faire fa
Cour exactement , mangeant à la table du
Grand Maître , chés les Miniftres , ou chés
quelque Grand Seigneur de la Cour , confideré
, eftimé , & fouhaité par tout.
Le 3. Avail , il donna dans fon Hôtel à
Paris , un fplendide Diner à tous les Am
balladeurs & Miniftres Etrangers , qui font
actuellement en France , auquel les Miniftres
& Secretaires d'Etat furent invités & fo
trouverent. Tout s'y paffa avec beaucoup de
grandeur & de magnificence , & on y fit
une
JUIN. 1742: 989
chere exquife & délicate à la Françoile
Le Roy & toute la Cour fe trouvant quel
tems après à Fontainebleau , l'Ambaffa
que
deur s'y rendit le premier jour de May. Il
eût une Audienc : particuliere du Roy , de la
Reine & de la Famille Royale ; il alla enfuite
à celle de M. le Cardinal de Fleuri , & de
M. Amelot Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires étrangeres. Le lendemain , il
fuivit la Chaffe du Roy dans une Caleche
accompagné de quelques Turcs à Cheval ,
cette Chaffe , où fe trouverent plufieurs Da
mes de la Cour en Caleches , parur lui faire
beaucoup de plaifir . Il dina le 3. chés M.
Amelot , & le 5. à Ponthierri chés M. de
Jonville , d'où il revint à Paris.
En difant ci - deffus que ce Minitre par les
grandes qualités qu'il poffede , eft confideré
, eftimé & fouhairé par tout , nous devions
ajoûter que c'est un furcroît d'agrément
pour lui , & pour les Perfonnes avec
lefquelles il eft obligé de s'entretenir , d'entendre
& de parler , comme il fair , parfai
tement bien notte Langue , laquelle il a
conm ncé d'aprendre de jeunelle dans fon
premier Voyage , qu'il a cultivée depuis , &
dont il a repris le bon ufage durant ſon Ambaffade
, par la lecture de nos meilleurs Livres
& par la converfation des Perfonnes qui
parlent le mieux ; enforte qu'on peut dire
Gij de
990 MERCURE DE FRANCE
de ce digne Ambaffadeur , qu'il n'a befoin
d'aucun fecours pour le faire entendre , &
pour entendre tout ce qu'on veut lui dire ;
enfin que les Interpretes ne font pour lui
d'ufage , que pour la cérémonie & pour
la dignité de fon caractére .
Mais en parlant d'Interprétes , qu'il nous
foit permis de ne pas les oublier dans une
occafion fi favorable de parler en général de
leur Miniftere & des fervices qu'ils rendent
journellement au Roy & au Public. Dans
cette penfée nous allons inferer ici une Piéce
qui les intereffe tous , & qui doit en même
tems piquer leur émulation , Piéce qui a d'ail,
leurs un raport effentiel à notre Sujet.
LETTRE de M. D. L. R écrite à M:
le Marquis de C. au sujet d'une Médaille
Moderne de fon Cabinet.
Vous fçavez , Monfieur , que les Interpretes
font l'ame des grandes affaires , &
des négociations les plus importantes , entre
les Puiffances , entre celles furtout , dont les
Langues font entendues de peu de Perſonnes
: vous fçavez auffi qu'un bon Interprete
doit avoir plus d'une qualité , & quavec la
parfaite intelligence des Langues , qu'il lui
convient d'expliquer eenn ffaa propre Langue
Langue qu'il doit aufli fçavoir à fond , il lui
faut encore un certain caractére d'esprit , fur
four
JUIN. 1742 991
tout un efprit de fageffe , de droiture , & de
fermeté , une certaine étendue , enfin de
connoiffances , & de lumière . Peu s'en faut
M. qu'en fait de droiture & de probité je
n'exige d'un bon Interprete , ce qu'on a cou
tume d'exiger d'un bon Hiſtorien, Ne quid
falfi au leat , ne quid veri non au leat.
, Quoiqu'il en foit , M. , vous m'avez fait
un fenfible plaifir de me communiquer la
curieufe Médaille , frapée fous le Regne de
Louis XIII. , en l'honneur du célébre Jean-
Baptiste Duval , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales. Cela ne pouvoit pas
mieux arriver que dans ce tems ci , où à
l'occafion de l'Ouvrage Hiftorique , entrepris
au fujet de l'Ambaffade actuele de la
Porte Ottomane à la Cour de France , je
m'étois propofé de dire quelque chofe des
Interpretes du Roy qui fe font les plus diftingués
dans ces mêmes Langues , & qui
ont le mieux fervi l'Etat dans l'exercice de
leurs emplois.
Je vous avoue que c'eft pour la premiere
fois , lorsque j'ai vû la Médaille en queftion
, que j'ai entendu parler de Jean- Baptifte
Duval , & j'ai trouvé bien des Gens
de Lettres qui ne le connoiffoient pas mieux
que moi ; mais vous allez voir M. que je ne
me fuis pas endormi fur mon ignorance. In
attendant , & en ufant de la liberté que vous
Giij m'avez
992 MERCURE DE FRANCE
m'avez accordée , j'ai fait graver votre Mé
daille , pour orner l'Ouvrage dont je viens
de parler , & pour continuer de tranfmettre
à la Pofterité la mémoire d'un Sçavant , qui
n'a peut- être point encore eu d'égal dans ce
genre de Litterature. Voici la Defcription
de cette Médaille , laquelle , comme vous
fçavez , eft de la grandeur de la gravûre en
Taille douce que voici.
D'un côté , fon Bufte avec une très - belle
Tête dans le Goût de celles de Vandek , &
cette Infcription autour Jo . BAPTISTA
DUVAL. LING. ORIENT. INTERPRES REG.
M. DC. XXX. & fur le Revers : Mercure
affis fur un petit fiége , tenant fon Caducée
d'une main , pofant l'autre fur le bord d'une
table qui eft devant lui , fur laquelle eft un
Bufte d'Homme & une petite Médaille . De
l'autre côté de la table , eft un Pacha , où
Seigneur Turc debout , la main droite levée
, dans l'attitude d'un Homme qui parle ,
tenant la gauche fur la poignée de fon fabre.
Cela fe paffe dans une falle ornée de Statues
dans leurs niches , & c. Et cette Infcription
au deffus : FRANCIGENA INTERPRES
DIVU м Il y a tout lieu de croire
que c'eft l'ouvrage du célébre Germain Dupré
, qui fut le Maître de Varin .
C'eft le hazard , M. , qui m'a donné la
premiere notion de ce fçavant Interprete. En
cherchant
ISTA
DY
OI
VAL
LING
•
M
DC
XXX
.
00000000
ANCIGENA
AE
IN TERPERES
DIVVM
JUI N. 1742 : 993
cherchant toute autre chofe dans le Mercure
de Janvier 1716. j'ai trouvé au bas de la
page 34. une note de M. l'Abbé le Beuf qui
porte ce qui fuit.
"
J'ai fait tout ce j'ai pû pour découvrir
» ce qu'étoient devenues les Antiquités, qui
» avoient eté ramallées par Jean - Baptifte
» Duval , natif d'Auxerrre , autrefois Pro-
» feffeur des Langues Orientales à Paris , fans
» en avoir pû rien apprendre. Ce fût lui qui
" emporta à Paris , tout ce qu'on avoit trou-
» vé d'ancien jufqu'à l'an 1620. & même de
groffes pierres chargées d'Infcriptions . Il
" y mourut après l'an 1630. dans fa maifon
» fituée rue du Coq.
>>
Cette qualité de Profeffeur des Langues
Orientales à Paris , donnée à notre Duval par
M. L. le Beuf, me fit d'abord penfer qu'on
pourroit trouver fur fon fujet de plus grandes
lumiéres dans les Archives du College
Royal, mais M. Vatry, aujourd'hui Directeur
de ce fameux College , confulté là deffus
me fit l'honneur de répondre en ces termes.
" J'ai trouvé trois Duval Profeffeurs
» Royaux , fçavoir , Guillaume , André &
» Robert. Pour Jean Baptifte Duval , je ne
» crois pas qu'il l'ait jamais été. Il étoit feu-
» lement Interprete du Roy pour les Lan-
» gues Orientales. Il étoit d'Auxerre . On
» peut confulter le Gallia Orientalis de Co-
» lomiers. Giiij II
994 MEK KE DE FRANCE
Il étoit naturel , Monfieur , dans ces circonftances
de nous adreffer à M. l'Abbé le
Beuf lui-même , ce fçavant Abbé étant aujourd'hui
réfident à Paris , & un digne membre
de l'Académie Royale des Belles Lettres.
Vous allez voir par fa réponse que je ne pou-.
vois mieux faire.
Jean- Baptifte Duval , Secretaire du Roy
habile Antiquaire , & Interprete des Langnes
Orientales , étoit natif d'Auxerre . En
l'année 1600. il étudia l'Arabe à Paris fous
Etienne Hubert. Il partit pour Rome en.
1608. Il étoit fort lié avec Jean Hefronite *
& Gabriel Sionite , qui ont fait fon éloge &
celui de fon Cabinet , rempli , difent- ils ,
de tout ce que l'Orient avoit de plus rare .
Hefronite nous apprend dans fes Mours des
Orientaux , une avanture finguliere , arrivée
à Duval dans le tems qu'il étoit à Tripoly
de Syrie. Duval , monté fur un Ane , fe fentant
preflé d'uriner , fatisfit à ce befoin fans
defcendre de fa monture , fe contentant de
la conduire un peu à l'écart , ce qui ayant
été aperçu par quelques Turcs , ceux - ci l'accablerent
d'injures , & d'une grêle de cailloux
, en lui difant en Langue Franque ces
paroles , que Hefronite traduit ainſi . Non te
* Sçavans Maronites du Mont Liban venus à Paris
, à l'occafion de l'Edition de la Bible Poliglotte de
M. leJay, c..
puder
JUIN. 1742 . 99
1
pudet Creaturam Dei animatam urine tu
Spurcitiis maculare . Per Deum te modo infide
lem effe agnofcimus . ( a )
Duval fit tranfporter à Paris plufieurs Infcriptions
Antiques qu'on avoit trouvées à
Auxerre fa Patrie , & on ne fçait ce qu'elles
font devenues. Il mourut à Paris , en l'année
1634. dans fa Maifon , rue du Coq.
ر د
Jacques de Bie habile Graveur , dans fa
Préfice de la France Métallique , imprimée
à Paris en 1636. parle ainfi de Duval. » J'ai
» été aidé par ce fçavant Perfonnage verfé
» en toute forte de curiofités , même en la
» connoiffance des Langues tant Orientales
» que autres ; ce qui lui fit donner place par-
>> mi les Interpretes du Roy en ces Langues
» Etrangeres. Il avoit aufli une grande
connoiffance des Médailles , dont il me
» fournit bon nombre , les décrivit , & en
» expliqua le fens , comme auffi d'aucunes
» de celles que j'avois recueillies . Et afin de
>> rendre l'ouvrage plus parfait & accompli ,
» il eftima à propos employer les Médailles
» de tous les Monarques François , iffus de
» trois Lignées Royales , qui manquoient
» de fon invention , le plus ingénieufement
» qu'il fe pourroit.
ן מ
"
(a ) Entre tous les Mahometans , il n'y en a point de
plus in uporables en fait de fuperftition que ceux de
Danas , & de Tripoly de Syrie .
G v Duval
996 MERCURE DE FRANCE
Duval fit imprimer dans fa Jeuneffe de
longues Piéces de Vers François , au ſujet du
Chapitre Provincial des Cordeliers , tenu à
Auxerre en 1592. quelques Sonnets à la
loüange du P. Trahy , Grand Ligueur , &
d'Etienne Thierrat. Il compofa auffi des
Vers Latins fur la défaite des Reîtres à Auneau
, & une Ode Latine à la gloire du Duc
de Guife . On a de lui plufieurs autres petites
Poëfies , Piéces fugitives: Une traduction
du Livre du Jefuite Cofter , intitulé Sommaire
des Principaux Points controverfés en la
Religion 1600. Il a auffi donné l'Ecole Fran-
Coife , pour apprendre à bien parler & écrire
fuivant l'usage du tems & pratique des bons
Auteurs 1604. Enfin DICTIONARIUM
Latino Arabicum Davidis Regis, Paris . Voyez
Konig Bibliotheca ve us & nova p . 85. Cet
Auteur lui donne encore un Ouvrage . , Item
Ænea Vici Imagines reftituit. Paris , 1629. &
il renvoye au Gallia Orientalis de Colomiez.
Voyez encore Gaffarel , Curiofités inouies
Oc p. 119. où il loue celles du Cabinet de
Duval. Enfin le P. Banduri Benédictin . Ei.
blot Nummaria , &c.
Voila , M. déja une fort bonne Inftruction
fur l'Hifloie Litteraire de J. B. Duval,
Il n'a plus été queftion que de voir par moimême
ce qu'on peut en aprendre de plus
dans le Gailia Orientalis. Tous les Ouvrages
de
1
JUIN. 17424 997
de Colomiez ont , comme vous fçavez été
recueillis , réimprimés & donnés au Public
en un feul Volume 4° . , par les foins de M.
Jean Albert Fabricius Docteur & Profeffeur
à Hambourg. C'eft dans cette Edition faite
en 1709. que j'ai confulté l'Ouvrage particulier
de Colomiez au fujet de Duval.
Ce Docte Aveugle parle de lui à la page
161. de fon Recueil , fous le titre de JoANNES-
BAPTISTA VALLIUS Altifiodorenfis
: il commence par le qualifier d'Interprete
du Roy pour les Langues Orientales
, puis il ajoûte ce que Duval rapporte
lui même dans la Preface de fon Dictionnaire.
Latin Arabe , au fujet d'Antoine Hubert ,
fon premier Maître en la Langue Arabe à
Paris , vers l'année 1600. & de J. B. Raymond
, autre Sçavant dans la même Langue ,
de qui il tira d'autres fecours à Rome en
1608. Colomiez dit enfuite , que Duval
mourut en 1634.
Suivent les Ouvrages de cet habile Interpretes
Valli fcripta , dont on donne la Liſte
que voici . Lifte qui prouve que Colomicz
n'a pas connu tous les Ouvrages de Duval.
EPISTOLA ad Achillem Harlaum Senatus
Principem in Caffiodori opera Parifiis
excufa . An . 16c0 . 2. vol . 8 ° .
CARMEN ad Petrum Danielem J. C. ob
locupletiffimam Mauri Servii Ionorati in Vir-
Gvj gilium
998 MERCURE DE FRANCE
gilium Editionem . Paris , 1600. fol.
DIS TICH ON in Emblemata Alciati cum
Minoris Commentariis. Paris , 1601. 8 °.
GRATULATORIUM Exaftichum
Gabr. Sionita , & Joh. Efronite Maronite ,
de Geographia Nubienfi Verfione Latina. Paris
, 1619. 4
DICTIONARIUM Latino - Arabi
cum Davidis Regis. Paris , 1632. 4°.
Enfin Colomiez ajoûte les témoignages
de quelques Sçavans en faveur de l'érudition
de J. B. Duval TESTIMONIA de Vallio
ejus fcriptis. 1 °. Ceux de Jean Hefronite
& de Gabriel Sionite " Maronites. 2 °. Celui
de Jacques de Bie , Auteur de la France
Métallique , tel à peu près qu'il eft déja rapporté
dans le Mémoire de M. l'Abbe L. B.
On a vû dans ce Mémoire que Duval avec
beaucoup d'autres talens , étoit encore Poëte
François & Latin , ce qui acheve de le prouc'eft
un petit Recueil de Poëfies Latines.
de fa façon , imprimées à Paris en 16 16.fous
fon nom , & avec fa qualité d'Interprete du
Roy pour les Langues Orientales , ce Recueil
m'a été très obligeamment communiqué
par le R. P. Prevôt Chanoine Regulier
& Bibliotequaire de l'Abbaye de Sainte Geneviève
, lequel m'a auffi envoyé le Colomiez
dont j'ai parlé ci - deſſus.
Je n'entrerai , M. dans aucun détail -fur ces
Pocfics
JUI N. 1742
فوو
Poëfies Latines de Duval. La premiere , porte
un titre fingulier , & capable d'abord d'effaroucher.
APOLOGIA pro Alcorano. Ex
otio Fo . Baptifta Duvalli Aliifiodorenfis , Regis
Linguarum Orientalium Interpretis . Cette
Piéce n'eft cependant qu'un badinage & qui
ne tire à aucune conféquence . Le reste du
Recueil contient environ deux cent Epigrammes
fous differens titres , & 53. Epitaphes
fous ce titre SACRA APOTHEOSIS
poft obitum & LA BERTE Funera . EPITAPHIA
ex dolore Jo. Baptiste Duvalli ,
&c. Parifiis. M. DC. XXI . Les Epigrammes
intitulées en gênéral Curiofa , font relatives
à diverfes Piéces rares de fon Cabinet
qui concernent l'Hiftoire Naturelle , ou les
Beaux Arts .
J'eftime , M. , que nous voila fuffifamment
inftruits au fujet de Jean- Baptifte Duval
, & de fon mérite Litteraire , Inftruction
à laquelle votre belle Médaille a donné lieu .
Je fouhaite ce même mérite à tous ceux qui
dans la fuite fe dévoüeront au fervice du
Roy , dans l'intelligence parfaite & dans la
pratique des Langues Orientales . Je continue
M , de vous remercier , & j'ai l'honneur
d'être , & c.
A Paris , le 15. May 17427
ET ATooo
MERCURE DE FRANCE
ETABLISSEMENT des Enfans de
Langue dans le College des R. R. Peres
Jefuites , à Paris.
A l'occafion des Enfans de Langue , qui
eûrent l'honneur de complimenter l'Ambaffadeur
du G. S. le mois de Février dernier ;
nous nous fommes engagés de donner quelque
Inftruction fur cet Etabliffement , qui
eft en partie dû au zele pour le Service da
Roy , & aux prudens Avis du Marquis de
Bonnac. On ne fçauroit tirer cette Inftruction
d'une meilleure Source , que du contenu
dans l'Arrêt du Confeil d'Etat , qui
ordonne & regle cet . Etabliffement : ainfi
nous allons le raporter ici en fon entier.
EXTRAIT du Regiſtre du Confeil d'Etat.
Le Roy étant en fon Confeil , s'étant fait
repréfenter les Arrêts rendus en icelui les 18
Novembre 1669 , 31 Octobre 1670 , & 7
Juin 1718. Par le premier defquels il a été
ordonné que pendant trois ans il feroit envoyé
fix jeunes garçons nés François , par
chacune defdites années , aux Couvents des
Peres Capucins à Conftantinople , & à
Smirne , pour être inftruirs dans la connoif
fance des Langues O ientales , & fe rendre
capables de fervir de Drognans près des
Confuls & Vice- Confuls de la Nation Françoife
,
JUIN. 1742. 100%
coife , dans les Echelles de Levant & de
Barbarie ; Par le fecond , qu'il ne feroit plus
envoyé que fix jeunes garçons pour cet effet
dans lefdits Couvens , de trois en trois ans ;
Et par le troifiéme , le nombre de ces Enfans
de Langue , entretenus & inftruits dans
le Couvent des Capucins de Conftantinople
, a été fixé à douze , & la penfion de
chacun à trois cens cinquante livres , qui
feroient payées par la Chambre du Commerce
de Marfeille , ainfi que par le paffé ,
& par avance de quartier en quartier , à
compter du jour de leur entrée dans ladite
Maifon , jufqu'au jour de leur fortie , de
même que les cent vingt livres accoûtumés
pour l'habillement de chacun , pour une
fois feulement , lors de ladite Entrée : Et Sa
Majefté étant informée que quelques -uns de
ces Enfans de Langue , envoyés audit Couvent
des Capucins de Conftantinople , ne
s'étant pas trouvés avoir les difpofitions naturelles
& neceffaires pour bien aprendre les
Langues Orientales , & fe rendre affés capables
de fervir utilement dans les Emplois
qui leur font diftinés , tant pour fon fervice
prés de fes Ambaffadeurs , que pour celui
de fes Sujets , qui font leur Commerce dans
les Echelles de Levant & de Barbarie , on a
été obligé après une longue inftruction de
les renvoyer en France , & que la Dépenfe
qui
1002 MERCURE DE FRANCE
qui a été faite fur les fonds du Tréfor Royal
depuis l'année 1700. & continuée juſqu'à
prefent par Sa Majefté , pour élever & enfeigner
douze jeunes Orientaux dans le College
des Jefuites à Paris , n'ayant pas prodoit
l'effet que la pieté du feu Roy fon Bifayeul
s'en étoit promis pour le bien de la
Religion en Levant , feroit mieux apliquée
& plus utile en y faifant inftruire dans les
Langues Latine , Turque & Arabe , le nombre
de dix Enfants François ; Elle a eſtimé à
propos d'y aporter le changement neceffaire.
Vû l'avis du Sieur Marquis de Bonnac , Ambaffadeur
de France à Conftantinople . Ouy
le Raport , & tout confideré . SA MAJESTE
E'TANT EN SON CONSEIL de l'avis de
Monfieur le Duc d'Orleans , Regent , a ordonné
& ordonne qu'à l'avenir il fera élevé
dans le College des Jefuites à Paris , au lieu
de douze jeunes Orientaux , dix jeunes Enfans
François , de l'âge de huit ans ou environ
, qui feront par Elle nommés , & pris
alternativement de Familles de fes Sujets
habitans dans le Royaume , & de celles des
Négotians , Drogmans , ou autres François
établis dans les Echelles de Levant , lefquels
y feront inftruits & enfeignés dans
la Langue Latine à l'ordinaire , jufques &
compris la Rhétorique , & en même tems
dans celles Turque & Arabe , par deux Maî
•
tres
JUIN.
1003 1742
tres de ces Langues , qui iront les leur montrer
dans ledit College , aux jours & heures
qui feront reglés , pour être enfuite lefdits
Enfans de Langue envoyés au College des
Capucins de Conftantinople , pour fe perfectionner
dins les Langues Orientales , &
être destinés aux Emplois de Drogmans ;
Voulant Sa Majesté qu'il ne foit plus reçû
dans ledit College des Jefuites aucun defdits
Orientaux , & que pareillement il ne foit
plus reçû defdits Enfans de Langue dans ledit
College des Capucins d. Conftantinople
, que ceux qui auront fait leurs études
dans celui des Jefuites à Paris , & fur fes
ordres exprès ; Et que fi pendant le cours
defdites études à Paris , le Principal du College
, & les Maîtres des Langues Turque &
Arabe connoiflent qu'il y en ait quelques- uns
qui ne foient pas propres à leur deftination ,
ils en rendent compte au Confeil de Marine ,
qui prendra les ordres de Sa Majesté pour
les fairire fortir du College , & pourvoir à
leur remplacement : Ordonne que la dépenfe
tant des penfions des dix Enfans de Langue
aux Jefuites , que les apointemens qui feront
réglés aux deux Maîtres de Langues
Orientales , feront payés par Sa Majesté des
fonds de fon Tréfor Royal , de la même
maniere que l'étoient les penfions des Orientaux
audit College ; Et celles defdits Enfans.
de
T004 MERCURE DE FRANCE
d Langue au College des Capucins de Con
ftantinople , par la Chambre du Commerce
de Marfeille , ainfi qu'il eft accoûtumé . Permet
néanmoins Sa Majefté , que ceux des
Orientaux qui font actuellement aux lefuites
, y reftent jufqu'à ce qu'ils ayent achevé
leurs études , pour être enfuite renvoyés dans
leur Pays. Seront au furplus lefdits Arrêts
des 18. Novembre 1667 , 31. Octobre 1670,
& 7. Juin 1718 , éxécutés felon leur forme
& teneur. Mande audit Sieur Marquis de
Bonnac , & au Sieur Le Bret Confeiller en
fes Confeils , Premier Préfident du Par.ement
de Provence , & Intendant du Commerce
de Levant , de tenir , chacun en droit
foi , la main à leur éxécution , & à celle du
prefent Arrêt. FAIT au Confeil d'Etat du
Roy , Sa Majesté y étant , tenu à Paris le
vingtiéme jour de Juillet mil fept cent
vingt un. Signé FLEURIAU,
Quelque tems après le Roy rendit l'Or
donnance qui fuit fur le même Sujet.
DE PAR LE ROY ,
SA MAJESTE' ayant par Arrêt rendu
en fon Confeil d'Etat le 20 Juillet dernier ,
ordonné l'Etabliffement de dix Enfans de
Langue au College des Jefuites à Paris , pour
y être entretenus à fes dépens , & enfeignés
dans les Langues Latine , Turque & Arabe ,
&
JUIN. 1742. 1009
& qu'à cet effet un Maître des Langues Turque
& Arabe iroit les leur montrer dans ce
College aux jours & heures qui feroient reglés.
Elle a , de l'avis de M. le Duc d'Or
leans , Regent , fait choix du Sieur de Fiennes
, fon premier Interprete , pour enfeigner
à ces Enfans lefdites Langues Turque &
Arabe dans ledit College , aux jours & heures
dont il fera convenu avec le Principal
d'icelui , moyenant quoi il fera payé des
apointemens qui feront reglés & employés
dans le même état de dépenfes qui fera arrêté
pour les Penfions defdits Enfans : Vou
lant Sa Majesté que ledit Sieur de Fiennes ,
fon Interprete , foit affidu & ap'iqué à cette
Inftruction particuliere ; non - feulement en
leur enfeignant ces Langues par la meilleure
Méthode , qui pourra leur en aprendre les
principes & le fonds ; mais encore par les
Entretien's familiers qu'il aura avec eux dans
ces mêmes Langues , pour les mieux former
dans l'habitude de les parler. FAIT à Paris
le premier Septembre mil fept cent vingt un .
Signé Louis , & plus bas Fleurian
Depuis la date de cette Ordonnance M.
de Fiennes , qui étoit alors feul capable de
donner cette Inftruction , a eu & a actuellement
des Ajoints , qui travaillent dans le
même efprit , & avec le même zele à inftruire
cette Jeuneffe ; fçavoir , M. Petis de la
Croix ,
Tc06 MERCURE DE FRANCE
Croix , & M. de Fiennes le fils , Interpretes
du Roy , qui font depuis arrivés du Levant
bien pourvus de ce genre de Littérature ,
en état de remplacer leurs dignes Peres . "
&
Au refte , jamais Etabliſſement n'a été plus
heureufement imaginé & exécuté , que celui
dont il s'agit ici . Le fuccès en eft infaillible ,
& on s'en aperçoit déja. Autrefois les Enfans
de Langue partoient de Paris pour Conftantinople
& pour le Levant fans aucune
teinture , non -feulement des Langues Orien
tales , mais encore pour la plupart de la
Langue Latine & des Humanitez. Il arrivoit
delà , que ceux qui n'étoient pas renvoyés
en France , faute de difpofitions naturelles
pour les Langues Orientales , comme porte
l'Arrêt ; ceux , dis - je , qui n'étoient pas renvoyés
, & qui aprenoient le mieux ces Langues
, ne pouvoient jamais gueres devenir
d'excellens Interpretes , & des Sujets parfaits
, faute d'avoir acquis certaines connoif
fances qui ne s'acquiérent point dans le Levant.
Ainfi il y a tout lieu d'efperer que
nous aurons à l'avenir des Interpretes qui
fçauront parfaitement , outre leur propre
Langue , la Langue Latine , l'Hiftoire , une
bonne partie des Belles - Lettres , avec des
difpofitions pour en acquérir davantage.
Nous nous rapellons ici , avec plaisir , une
partie des Talens heureux , & des progrès
d'un
JUI N. 1743: 1007
d'un jeune Eleve , de l'Ecole des Jefuites ,
qui outre les Langues Turque & Arabe ,
dont il avoit déja une fort bonne teinture ;
fe diftinguoit dans la Poëfie Latine , jufqu'à
compofer des Piéces entieres , qui ont eu
l'aprobation des connoiffeurs , témoin fon
beau Poëme fur les Serins ACANTHIDES ,
CANARIE ,five Spini , gallicè LES SERINS
& c. compofe à l'âge de 15 à 16 ans , un peu
avant fon départ pour Conftantinople dont
on nous écrit bien des chofes fur fon ſujet ,
qui lui font affurément beaucoup d'honneur .
Nous avons parlé de ce jeune Auteur ,
rendu compte de fon Poëme , imprimé chés
Thibouft , dans le Mercure du mois de Juil
let 1737. p. 1585.
&
Le 8. Juin , Diamantes Vlaftus , Patricien.
de Conftantinople , Originaire de Grèce ,
Docteur en Médecine de la Faculté de Padouë,
& Médecin de l'Ambaffadeur Extraor
dinaire du Grand Seigneur , foûtint une
Thefe , aux Ecoles de Médecine , pour fon
aggrégation à la Facu té de Médecine de
Paris , avec beaucoup d'aplaudiffement . Neuf
Docteurs difputerent contre lui , avec toute
la politeffe imaginable , & la politelle fut réciproque.
Il n'y eut pas un Docteur qui ne
lui fit un Compliment gracieux , pour lui &
* Jean -Louis Antoine Clairambault , fils de M. C.
Conful de la Morée.
pour
toos MERCURE DE FRANCE
pour fon illuftre Protecteur , à qui la Thefe
étoit dédiée : voici un de ces Difcours . II
fut prononcé par M.Procope Couteaux , Docteur
Regent , & actuellement Profeffeur.
La Traduction , quoique fidele , n'eft pa fi
énergique que l'Original Latin.
>>
,
Voici , M. le dernier de vos adverfaires
, & celui que vous avez le moins à
» craindre ; car je ne viens pas ici comme
ennemi , ni comme rival vous arracher
» la Palme des mains ; c'eft à titre d'ami
» que je difpute contre vous , & je n'ai
d'autre deffein que de vous propofer des
argumens qui vous donnent lieu de faire
briller votre efprit , votre fcience & votre
éloquence.
"
Avant que de commencer , qu'il me
»foit permis de vous feliciter & nous auffi.
» Vous avez demandé d'être aggregé par-
» mi nous , nous y avons confenti ; l'hon-
» neur eſt égal entre nous. Nous nous fom-
» mes trouvés honorés de votre demande
* vous devez l'être de notre confentement.
Il eft convenable de greffer un fçavant
» Médecin Grec fur la Faculté de Médecine
» de Paris ; cette Infertion eft glorieuſe à
l'arbre & à la branche ; c'eft unir deux
» Nations , qui ont beaucoup de raport enfemble
; car fi autrefois la Grece a été la
» Merc des Arts & des Sciences , on peut
» le
JUIN. 1742. 1009
le dire fur tout de la Médecine , la Franco
» en eft aujourd'hui la Nourrice & la Gou-
» vernante. Les Arts ne reftent pas toujours
» dans le même Lieu , ils voyagent , ils font
» paffés de votre Pays au nôtre.
En vous aggregeant , nous paffons par
» deffus les formes ordinaires , nous dérogeons
à nos ufiges ; mais fi nous faifons
» en cela quelque faute , nous en avons
» une excufe légitime , c'eſt que fon Excel-
» lence a bien voulu nous en prier. En fa-
» veur des Gens Illuftres , & d'un mérite
» éminent , il eſt permis de faire quelque
" chofe d'extrao dinaire.
» Si M. l'Ambaffadeur n'étoit pas préfent ;
» je dirois ce que je fçai de lui , & ce que
» j'en penfe , & on feroit convaincu qu'on .
ne peut rien lui refufer. Ce n'eft point le
» Rejetton de la Race des Turcomins que
» je confidere en lui , ce n'eft point le Gou-
» verneur en chef de la Romanie , ce n'eſt
» point l'Amballadeur , c'eft fa perſonne ,
» c'est lui-même . Comme un autre Dio
» gérre , j'ai cherché un homme , & fans
» avoir befoin de lanterne , je l'ai trouvé
» tel que le défiroit ce Philofophe ; tout le
monde en porte le même jugement. Il a
» été l'objet de la curiofité publique , peut-
» être la victime , & il a emporté les fuffrages
de tous ceux qui l'ont connû. C'eſt à
»La
to MERCURE DE FRANCE
fa recommandation que vous devez le Ti-
» tre que nous vous donnons . Je fuis perfuadé
que ce Titre & la Protection de
" Son Excellence , que vous juftifiez par
»votre capacité , vous éleveront à ce haut
point de gloire que vous méritez ; pourfuivez
votre carriere , M. votre réputa-
» tion fe répandra par tout l'Orient ; j'ofe
» vous le prédire ; tout le préfage , votre
phyfionomie , l'interêt que tout le monde
» prend en vous , les aplaudiffemens que
» vous recevez de cette illuftre Affemblée
•
"
• 33
& la Faveur que le Beau Sexe vous fait
» d'affifter à votre Théfe ; c'eft pour vous
» feul que ces Dames font venues ici , &
» ce qu'il y a de plus admirable , c'eft que
depuis trois heures elles écoutent tranquillement
& patiemment des Difcours
qu'elles n'entendent point , & cependant
elles gardent le filence ; fi ce n'eft pas un
» prodige , c'eft du moins un Phénoméne
qui me paroît propre à juſtifier la prédic
tion que je vous fais .
39
ود
La Sale étoit magnifiquement ornée , &
remplie d'une très nombreufe & très illuf
tre Compagnie , de l'un & de l'autre Sexe .
M. l'Amballadeur y vint à onze heures , &
y refta jufqu'à midi . Plufieurs Docteurs ,
précedés des Bedeaux avec leurs Maffes , allerent
le recevoir , & le conduitirent à une
place
JUIN. ΙΟΙΙ 1742
place qu'on lui avoit préparée. Le Doyen de
la Faculté , & qui préfidoit par extraordi
naire , lui fit une fort belle Harangue , &
l'Ambaffadeur y répondit avec précision &
dignité.
Le 8. Juin , l'Ambaffadeur voyant apro
cher le terme de fon féjour à Paris , & ayant
à peu près fixé le tems de fon départ , voulut
fe débaraffer d'une grande partie de fes Do
meftiques & des gens dont il pouvoit fe paffer
; il les fit partir d'ici par les voitures ordinaires
, leur donnant un Chef pour leur conduite
, avec ordre de l'attendre à Toulon ,
où il doit s'embarquer fur les Vaiffeaux du
Roy, qui doivent le porter à Conftantinople.
Sa Maifon eft des plus confidérables , &
on ne peut pas mieux faire , à cet égard , les
honneurs d'une célebre Ambaflade. On en
jugera par l'Etat exact que nous joignons
içi , tel qu'il nous a été donné par l'un de fes
principaux Officiers .
ETAT de la Maifon de S. E. SAID
MEHEMET Pacha Beiglerbeg de Romelie¸
Ambaffadeur Extraordinaire de la Porte
Ottomane à la Cour de France.
MEKSOUS BEGH , Fils de l'Ambaffadeur.
SAID ACHMET Aga , fon Gendre , Maréchal
de l'Ambaffade , Ecuyer Cavalcadour du
Grand Seigneur.
11. Vol. H. Mus1012
MERCURE DE FRANCE
MUSTAPHA EFFENDI, Sécretaire de l'Ambaffade
, du nombre de ceux du G. Vilir ,
nommés Jeskeretgi , (a) travaillant dans
les Bureaux , dits la grande Fortereffe.
SALIS EFFENDI , Iman , ou Miniftre de
l'Ambaſſadeur , Homme de Loi , c'eſt- àdire
Théologien , & Ju ifconfulte .
Le Sr de Laria, Interprete du Roy.
Mustapha Aga, premier Maître des Céremonies,
Mehemet Aga , Tréforier de l'Ambaffade ,
ayant paye du G. S.
Hullain Aga fecond Maître des Cérémonies.
Ali Chelibi , troifiéme Maître des Céré
monies.
Khaffen Aga , Premier Ecuver.
Le Sr l'Homaca , Premier Interprete , Arménien.
Le Sr Paul Ernia , fecond Interpréte , Ar
ménien.
Le Sr Paul Giamgy , troifiéme Iterpréte
Arménien.
M. DIAMANTES ULASTE , Patricia
de Conftantinople , Originaire de Grece
Médecin de l'Ambaffadeur, ayant des Dc .
meſtiques & trois Droguemans.
Affon Aga, Ecuyer de l'Ambaffadeur , po
fedant un Ziamet , ou Fief du G. S.
Ali, Chaoux ou Huillier des Cérémonies.
(2) Expédiant les Brevets & les Ordonnances.
Mcbemer
JUIN. 1742: 1013
Mehemet , Selidar Aga , ou Porte Sabre .
Mehemet Aga , Premier Maître d'Hôtel.
Ibrahim Chiocadar Aga , ayant inspection
fur l'intérieur de la Maifon. Il commande
100. Spahis dans la Cavalerie du G. S.
Iffonf Aga , Garde du Boul ou Sceau de
fAmballadeur , ayant paye de S. H.
Mehemes Aga , Officier de Cavalerie .
Achmet Aga , Gouverneur du Fils de l'Am
baff deur.
Mehemet Effendi , Sécretaire du Tréfor de
l'Ambafladeur , ayant paye de S. H.
Achmer Aga , Pourvoyeur de la Maiſon ,
ayant paye du G. S.
Hadik Aga, Contrôleur de la Dépenfe du
.. dehors..
Ali Aga, Chaoux , ou Huiffier de l'intérieur.
Ibrahim Aga , autre Hoi fier de l'intérieur.
Mehemet Aga , Chef d'Office.
Abdi Aa , Chantre qui annonce la Priere.
Mehemet Aga , qui a foin d'étendre les Ta-
Pis fur lefquels on fait la Priere.
Mustapha Aga, Ba bier de l'Ambaſſadeur.
Fezoula Aga , Peik Agaffi , préſentant la
1erviette .
Mustapha Aga , ayant foin du blanchiffage .
Dechir Aga , Porteur du Parfum dans les
Céremonies .
Nubigi Mustapha Aga , qui a foin de mettre
& de couvrir la Table à manger
Hij
1
Salis
1014 MERCURE
DE FRANCE
Salis Aga , qui donne à laver.
Abdala Aga , ayant foin du Linge .
Soliman Aga Kavedgi , ou l'Officier chargé
de tout ce qui regarde le Caffé.
Mehemet Aga , qui a foin des Bougies .
Ibrahim Aga , Porte Manteau du jeune Pacha
, Fils de l'Ambaffadeur
.
›
Feraz , le premier des douze Pages .
Salis Aga , Chef des Domestiques.
Ibrahim Aga , premier Valet de pied.
Les Valets de Chambre , les Valets de pied ,
y compris ceux du Maréchal , & des premiers
Officiers , au nombre de cinquante
en tout.
Six Valets de pied de l'Etrier.
Dix autres Domeftiques
, fervant d'Adjoints
¡ aux Agas.
Cina bas Domestiques.
Trois Charirs ou Valers de pied , habillés
d'une façon particuliere , défignant la qua ;
lité de Pacha à trois Queues.
Achmet Aga , premier bas Officier. Deux perfonnes
pour avoir foin des Harnois. Dix Palfreniers
, dont deux font du G. S.
Quatre Palfreniers
Arabes.
Deux Porteurs
d'eau.
Dix perfonnes , dont les uns font pour la
Cuifine , & les autres pour les Tentes.
Quatre Baltagis , bas Officiers des Ecuries
du G. S.
Trois
JUIN. 1742 1015
Trois Tailleurs, & deux Pélifiers Arméniens.
Enfin quatorze Efclaves Turcs , que l'Ambaffadeur
a rachetés à Malthe , & qui
font à fa fuite.
Le tout fait le nombre de cent quatrevingt
trois perfonnes , fans y comprendre
cinq Turcs de diftinction , dont il s'eft fait
accompagner , & à qui il a été bien aife de
faire voir la France.
Le 12. du même mois , l'Ambaffadeur eut
fon Audience publique de congé du Roy ,
étant accompagné par le Prince de Lambefc,
conduit par M. de Verneuil , Introducteur
& des Ambaſſadeurs , lefquels étoient allé le
prendre à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires
dans les caroffes de Leurs Majeftés.
Il trouva dans l'avant- cour du Château
de Versailles les Compagnies des Gardes
Françoifes & Suiffes fous les armes , les
Tambours apellant , & dans la cour les Gardes
de la Porte & ceux de la Prévôté de
l'Hôtel , auffi fous les armes , à leurs poftes
ordinaires. A midi , l'Ambaffadeur traverfa
la cour pour aller à l'Audience du Roy , par
l'Escalier qui conduit au grand Apartement
de S. M. Il fut reçû au bas de cet Escalier ,
fur lequel les Cent- Suifles étoient en habits
de cérémonie , la hallebarde à la main , par
le Marquis de Dreux , Grand - Maître des
Cérémonies , & à la porte de la Sale des
Hiij Gardes ,
1016 MERCURE DE FRANCE
Gardes , en dedans , par le Duc de Béthune,
Capitaine des Gardes du Corps , lefquels
étoient en haye & fous les armes.
Après l'Audience du Roy , l'Ambaffadeur
fat conduit à celle de Monfeigneur le Dauphin
. Il fut traité , ainfi que toute fa Suite ,
par les Officiers du Roy , & le foir il fur
reconduit à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires
dans les caroffes de Leurs Majeftés
par M. de Verneuil , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le 19. l'Ambaffadeur eut une Audience
particuliere du Roy , conduit par le même
Introducteur .
De retour à Paris il alla prendre congé des
Princes du Sang , tefquels lui rendirent la
Vifite , & tout fe paffa dans l'ordre & le même
cérémonial qui furent obfervés lors de fa
premiere Vifite.
Le 23 , veille de S. Jean , il fe rendit fur le
foir à l'Hôtel de Ville , pour voir tirer le Feu
d'artifice qui fe tire tous les ans , accompa
gné de fon Fils , du Maréchal & des principaux
de fa fuite. Il fut placé dans une des
Loges de M le Prevôt des Marchands , qui
Jui fit fervir & à toute fi compagnie , toute
forte de rafraîchiffemens,
L'Ambaffadeur alla le Lundi matin 25.
Juin à Bercy , chés M. Pajot d'Onſenbray ;
il vit d'abord plufieurs Expériences au Miroir
JUIN. 17427 1017
roir ardent de feu M. le Duc d'Orleans , &
fur fort furpris d'y voir bruler du bois dans
l'eau, y fondre des Diamans ; il les a empor
tés pour
pour les faire voir au Grand Seigneur. Le
refte de la matinée , jufqu'au dîner , fut em
ployé à examiner les Cabinets de Chymic ,
de Phyfique & d'Hiftoire Naturelle.
L'après dîner, S. E. fut occupée à plufieurs
Cabinets de Mathématiques. Ceux qui
étoient préfens reconnurent le goût naturel
qu'Elle a pour les Sciences , par les queſtions
& par les refléxions qu'Elle fit fur quantité
de Machines , &c.
Quelque foin que nous ayons pris de ne
rien omettre des actions loüables de notre
Ambaffadeur , nous fommes perfuadés qu'il
nous fera encore échapé quelque chofe digne
de remarque. Voici cependant deux Faits
qui ne feront pas de ce nombre , & qui méritent
une attention particuliere.
Tout le monde fçait que le jour de la Fête-
Dieu la Proceffion de S.Sulpice revient à l'Eglife
de la Paroiffe par la rue de Tournon . M.le
Curé avoit eû la précaution de prier ou de faire
prier l'Ambaffadeur d'empêcher fesGens de
paroître à la porte de fon Hôtel, ni ailleurs fur
le paffage de la Proceffion ; non - feulement
l'Amballadeur le promit & le fit exécuter ,
mais il ajoûta qu'il refpectoit fort les Cérémonies
de la Religion Chrétienne , & il vie
Hij la
1018 MERCURE DE FRANCE
Proceffion d'un lieu particulier , fans être
aperçu de perfonne. Il aplaudit beaucoup à
la Symphonie que M. de Jonville fit placer
à la porte de l'Hôtel , & qui ne ceffa de jouer
des Airs convenables durant le paffage de la
Proceffion.
L'autre Fait n'eft pas moins remarquable .
Un jeune Soldat du Régiment des Gardes
Françoifes étoit en priſon pour cauſe de défertion
, & devoit le lendemain être mis au
Confeil de Guerre , c'eft -à dire condamné à
la mort, ce Confeil étant obligé de juger fuivant
la rigueur des Ordonnances.
Gens de mérite , qui s'intereffoient pour le
malheureux jeune homme , & qui avoient
accès auprès de l'Ambaffadeur, s'aviferent de
lui en parler. Ils le firent d'une maniere affés
pathétique , dont il fut touché , & le déterminerent
enfin à demander fa grace , ajoûtant
qu'il y avoit tout lieu de bien efperer
de fon interceffion. Dieu permit en effet
qu'elle fut efficace ; car après en avoir écrit
au Miniftre de la Guerre , le Roy naturellement
porté à la clémence , & voulant honorer
l'Ambaffadeur d'une diſtinction particuliere,
eut la bonté d'accorder la grace , & dès
le lendemain l'illuftre Interceffeur en reçût
l'affûrance , & c .
La Piéce qui fuit auroit demandé une autre
place , mais il nous a été impoffible de
l'avoir
JUIN. 1742. 1019
l'avoir plûtôt , on vient de nous la remettre
& de nous affûrer que la modeftie de l'Auteur
eft la principale caufe de ce retardement.
COMPLIMENT fait au Roypar Saïd
Mehemet Pacha , Ambassadeur Extraor
dinaire du G. S. le 11. Janvier 1742.
jour de fon Audience publique.
SIRE ,
Je regarde ce jour comme le plus fortu-
» né & le plus glorieux de ma vie , puif-
» qu'honoré du choix du plus grand & plus
gracieux Empereur mon Maître , je viens
» porter les affûrances & les marques de fon
» amitié à V. M. I.
» L'union qui ſubſiſte depuis plus de deux
» fiécles entre ces deux Empires , n'a jamais
» parû avec tant d'éclat que fous le regne des
» deux Princes qui rempliffent aujourd'hui
» ces Trônes éclatans. Jamais la Nation Fran-
Coife n'a été reçûë parmi nous avec tant de
» goût & d'inclinations jamais les Monarques
Ottomans n'ont eût pour des Etrangers
des égards ni des distinctions fi honorables
» que celles qu'ils accordent aux Sujets de
» V. M. I.
»
ود
Mais ce qui eft plus glorieux aux deux
Empires, c'eft ce grand Evenement, qui en
dernier lieu a fait l'attention de toute l'Eu-
Hv » rope.
1020 MERCURE DE FRANCE
"
»rope. Vous n'avez pû , SIRE , voir avee
» indifférence la guerre que des Puiffances liguées
faifoient au plus ancien de vos amis:
la haute fageffe de V. M. qui eft le trait le
plus marqué de fon caractére & le rayon
le plus éclatant de fa gloire , a conçû le
» deffein de rapeller la Juftice & la Paix . Le
»
"
très magnanime Empereur , mon Souve-
» rain , affés puiffant pour réduire les enne-
» mis par la force , a requis la médiation
du plus illuftre des Potentats fes amis s'il a
» bien voulu , à votre confidération , fufpen-
» dre le cours de fes conquêtes & mettre des
» bornes à ſes victoires, pour convaincre l'U-
» nivers étonné , qu'il n'en met aucune à la
» confiance qu'il a en votre amitié .
» Nous avons admiré la prudence de
» V. M. I. dans le difcernement des moyens
» qu'elle a employés à ce grand Ouvrage, &
dans le choix du Miniftre qu'elle a chargé
» de l'execution de fes projets. Le Ciel qui
" protege la juftice & favorife les deffeins
» génereux , a donné à votre noble entrepriſe
» le fuccès le plus éclatant pour le bonheur
des Peuples & pour la gloire de votre
Regne.
»
"
" J'avois vû , SIRE , les premiers préfa-
" ges de cette gloire , lorfqu'accompagnant
l'Ambaffadeur de l'Empire Ottoman, je fus
" témoin de fes félicitations fur votre ave n-
» ment
» ment au Trône. J'admirai dans les graces
» de votre enfance , la beauté de cette Auro-
» re naillante , qui annonçoit dès - lors tout
l'éclat qui vous environne aujourd'hui. Dès-
» lors je me fentis enflâmé du defir de voir
» un jour Votre Majefté comme un Soleil
élevé dans fa courfe , briller aux yeux de
» l'Univers par fes actions vraiment Royales.
La Providence a fait naître cette occafion.
Mes voeux feroient comblés, SIRE,fi après
» avoir affûré Votre Majefté de la haute eſti-
» me du Grand Seigneur mon Maître, de fon
amitié & de fa reconnoiffance , je pouvois
≫apercevoir dans vos regards favorables que
» vous agréez les refpects & la vénération
profonde de fon Ambaffadeur.
L'Ambaffadeur alla fur la fin du mois de
Mai à l'Hôtel Roval des Invalides , accompagné
feulement de fon Fils & du Ma
réchal , après avoir prié M. le Gouverneur
de le recevoir fans cérémonie. Il vifra le
Dôme , les Réfectoires , la Sale du Confeil
où il resta une heure. Le Gouverneur lui fig
préfent de l'Hiftoire de ce magnifique Hôtel,
qui parur lui faire un grand plaifir.
Nous avons dit , page 988. que l'Ambaffadeur
donna le 3. Avril un fplendide dines
à tous les Amballadeurs & Miniftres Etrangers
qui font actuellement en France , & c.
nous devons ajouter que Mrs les Maréchaux.
H vj
de
JULL ་ ་ བ་ ་
de Noailles & de Biron , & M. le Marquis
de Villeneuve , Confeiller d'Etat , ci - devant
Ambaffadeur du Roy à Conftantinople , s'y
trouverent, ayant été invités , avec plufieurs
autres Perfonnes de diftinction.
Peu de jours après fon arrivée à Paris ,
l'Ambaffadeur , accompagné feulement de
fon Fils & de M. de Jonville , fe rendit chés
le fieur Bion , Ingénieur du Roy & Fabricateur
de toute forte d'Inftrumens de Mathématique,
fur le Quai de l'Horloge du Palais,
dont tout le monde connoît la grande réputation
pour cette efpece d'Ouvrages. Il y refta
environ deux heures pour vifiter toutes chofes
avec une fçavante attention , & pour déliberer
fur un Affortiment entier & confidérable
de divers Inftrumens des plus parfaits ,
des plus curieux & des plus utiles , pour les
emporter à Conftantinople.
Il convint de toutes chofes avec ce célebre
Artifte , dont la principale fut que tous les
Inftrumens en queftion feroient par lui faits
exprès , afin qu'ils fuffent terminés avec la
plus grande exactitude & dans la derniere
proprete aqua ubiquement occupé le
fieur Biondant plus trois mois , duram
lequel tens if a cobligé de conferer
fréquemmen av liniftre , pour fe
conformer à fon gouttes lumieres fur
ce fujet.
Ils
JUIN. 1742 1023
Ils ont enfuite été rangés par ordre , & cn
differens compartimens , dans une belle caffette
, doublée très- proprement & faite exprès
pour cet ufage . Il a marqué pour tous
ces Inftrumens une fi grande fatisfaction ,
qu'il s'eft fait un plaifir de les montrer luimême
aux Perfonnes les plus diftinguées ,
& cela avec une complaifance & des atten
tions fingulieres , jufqu'à les conferver foigneufement
fous la clef, comme des bijoux
précieux , & à ne confier cette clef à perfonne.
On ne peut gueres mieux marquer une
noble inclination & un goût décidé pour les
Sciences utiles & pour les Arts qui en dépendent
; ce qui n'eft pas commun parmi les
Seigneurs de fa Nation.
PRESENTS DU ROT , envoyés an
Grand Seigneur , & remis à Saïd Mehemet
Fffendi , Ambaffadeur Extraordinaire de
La Porte Ottomane auprès de S. M.
OUVRAGES D'ORFEVRERIE,
Huit Arbres , repréfentant quatre Palmiers
& quatre Lauriers , portant trente trois pouces
de hauteur , garnis de leurs graines &
fruits , lefquels font difpofés à porter quatre
grolles bougies , dont trois fortent en triangle
& la quatrième du centre , le tout pefant
environ fix cent cinquante Marcs. Ces Arbres
1024 MEKA EUE KANCE
bres ont été faits par M. Ballin , Orfévre ordinaire
du Roy.
Une Table de figure ronde , avec fon pied,
ayant trois pieds & demi de diametre , &
pouvant contenir douze perfonnes à table,
Elle est décorée de divers ornemens , qui
forment des compartimens , pour renfermer
douze Soucoupes , entre lefquelles font des
cuillers à l'ufage des Grands chés les Orientaux
. Du milieu de cette Table s'éleve un
grand Vafe , richement décoré , d'environ
deux pieds de hauteur , & propre à recevoir
differentes Jattes , fuivant la diverfité des
mers , au nombre de quarante.
Outre la Table , il y a de la même main ,
une grande Cuvette ovale , de trente pouces
de longueur , magnifiquement ornée , avec
une belle réperture du milieu de laquelle
s'éleve un Zocle , fur lequel eft pofée une
grande Buire de deux pieds & demi de hauteur
, pour contenir l'eau à laver. Le tout
fai par M. Germain , Orfévre ordinaire du
Roy , pefant environ fix cent marcs.
Toutes les perfonnes entendues & d'un
certain goût , qui ont vû ces differens Ouvrages
, n'ont pû fe laffer d'en admirer l'in-,
vention , la conduite & l'exécution , avoüant
qu'il n'eft peut- être jamais forti des mains de
ces deux excellens Maîtres , rien de plus recherché
& de plus fini ; ce n'eft , au refte
que
JUIN. 1742: 1025
que pour l'exactitude de la narration & pour
ne rien laiffer à défirer aux Lecteurs , qu'on a
parlé du poids matériel de ces Ouvrages. On
fent aflés qu'il y auroit de l'erreur de les
aprécier fur ce pied là , & qu'ici l'Art a infiniment
furpaffé la matiere, fuivant l'expreffion
du plus bel efprit de la Cour d'Augufte.
GLACES de la Manufacture Royale.
Deux grands Miroirs de 15. pieds de haut,
fur huit de large , chacun defquels eft compofe
d'une grande Glace de 95. pouces
de
hauteur , fur 6. de large , & de deux pilaftres
de Glace aux côtés,de la même hauteur,
de 95. pouces , fur 10. de largeur. Ces
Miroirs font ornés d'un Chapiteau , qui fert
de couronnement , & d'un foubaffement au
bas , auffi de Glace . Les Bordures & les ornemens
de ces deux Miroirs , font en Bronze
, dorés d'or moulu , repréfentant les attributs
de l'Empire Orroman , des Trophées.
d'armes & les richeffes de la Mer.
Toutes ces differentes Glaces ont été fournies
par la Manufacture Royale. Les Bordures
& les ornemens en Bronze , doré d'or
moulu , ont été fondus & executés par le Sr
Caffiery ,fur les Deffeins & fous la direction
de M. Gabrici , premier Architecte du Koy.
La grandeur de ces Miroirs ayant exigé
de les démonter entierement , pour pouvoir
les
1026 MERCURE DE FRANCE
les tranfporter avec plus de fûreté à Conftantinople
, le Roy a jugé à propos d'y en-.
voyer cinq Ouvriers , pour les remonter &
les pofer aux Lieux de leur deftination .
TAPIS de la Savonerie , Manufacture Royale
autres Préfens.
Un grand Tapis de foixante & quinze
pieds de longueur , fur vingt - deux pieds &
demi de largeur , femé de fleurs , cornes
d'abondance , & autres ornemens , avec une
Bordure à fonds d'or d'une nouvelle fabrique
& faite exprès.
Deux autres Tapis d'une moindre grandeur
, fans Bordure en or , mais riches en
ornemens & parfaitement beaux .
Trois grands Sofas ou Divans à la Turque,
de drap Ecarlate des Gobelins , enrichis ,
fçavoir , deux de galons & de grandes franges
d'or , & l'autre de galons & de franges
d'argent.
Soixante & douze Careaux ou Couffins ,
pour les trois Divans , couverts de diverfes
Etoffes des plus riches des Manufactures de
la Ville de Lyon.
Un grand jeu d'Orgue complet , dans fon
Buffet , orné de Sculpture & de dorures
verni en vert , fait par le fieur Martin , ferré
& orné de Bronze , doré d'or moulu , de dix
pieds de haut , fur cinq & demi de large.
Deux
JUIN. 1742 1027
Deux grands Coffres de Marqueterie de
Bois des Indes , à fleurs de raport , ornés de
bronze doré d'or moulu , lefquels font remplis
de quantité de differens Vafes & d'uftanciles
à l'ufage de la Table , pour le Caffé , le
Thé , le Sorbet , & les Confitures , le tout
d'orfèvrerie , d'un travail exquis ; & encore
de toute forte d'Inftrumens pour la Chirurgie
, l'Horlogerie , les Mathématiques , l'Armurerie
& l'Optique.
Un Pot à l'eau dans fa Jatte de Cristal de
roche, orné en or cizelé ; le Pot enrichi d'une
grande Jacinthe Orientale , fertie fur le
couvercle.
Une grande Armoire de Marqueterie de
Bois des Indes , à fleurs de raport , à trois
batans , ornée partout de bronze doré d'or
moulu , doublée de Satin bleu , galonné
d'argent.
Un Cabaret de Laque rouge & or , d'ancien
Japon , avec fix grandes Taffes & leurs
Soucoupes de même , une Boëte à fucre &
une Théiere , le tout revétu de Jonc en dehors
, d'un fingulier travail des Indes , les
Taffes doublées d'or.
OURAGES D'OPTIQUE.
Un Microſcope univerfel, dont les Rayons
de lumiere ne parviennent à l'objet qu'après
avoir fouffert refraction & reflexion.
Ce
1028 MERCURE DE FRANCE
Ce Microſcope eft monté fur une Boëte
ronde d'Ebene . Au dedans de la Boete eft
un Miroir concave , incliné de façon qu'il
pui refléchir fes rayons de lumiere à l'objet.
On place une Piéce qui porre un oculairo
fur le devant , & on le difpofe de façon que
les rayons de lumi re , qui fouffrent refraction
au travers de l'oculaire , fe portent def
fus le Miroir , & produifent une belle lumiere
à l'objet.
Ce Microfcope tire fon mouvement d'une
Piéce qui eft attachée au Corps , gliffant le
long d'une regle d'acier , où eft comme inculquée
une autre Piéce au bout de cette regle.
Dans le bas de cette Piece , inculquée à
La regle d'acier , eft une Vis d'un pouce de
longueur , qui paffe à travers de la Piéce qui
tient le Corps , & lui fait faire le mouve
ment dont on a befoin , fuivant les obfervations
que l'on veut faire.
Il y a quatre lentilles de differens foyers ,
pour les differens objets que l'on veut voir.
Chacune de ces lentilles peut groffir les objets
de deux , trois & quatre fois de difference
, par le mouvement que l'on fait faire
à un tuyau
Enfin ce Microſcope eft total & univerfel ;
il a toutes les piéces néceffaires pour toutes les
Expériences qu'on peut fe propofer . Toutes
ces Piéces font d'argent , & le tout cft arrangé
JUIN. 1742: 1029
gé dans une Caffette , couverte de chagrin ,
dont le dedans eft doublé de velours , &
très bien conditionné .
Il y a auffi dans la même Caffette un petit
Télescope à reflexion , de fix pouces de longueur
, avec un petit genou pour le rendre
table lorsqu'on veur voir les objets avec plus
de précifion . Ce Télefcope fait l'effet d'une
Lunette de trois pieds.
Une petite Lunette ou Lorgnette d'Opera ',
d'argent , d'une forme gracicufe , & une Lunette
ordinaire, à châffe d'or, avec fon Etuy
façon de Jafpe , garni d'or.
Tous ces Ouvrages font de la compofition
de M. Lebats , aux Galeries du Louvre, dont
la capacité & la réputation pour ce qui regarde
l'Optique , font connus en France &
dans les Pays Etrangers.
PRESENTS du Roy pour le GrandVifir
Un très -grand Vaſe d'argent , dans fa Ĉuvette
, auffi d'argent , fervant à laver.
Un grand Tapis de la Savonerie.
Un grand Divan de drap Ecarlate , garni
de galons & de crêpines d'or.
Dix huit Careaux de differentes Etoffes
d'or , pour le Divan .
Pour le Reys Effendy , on Chancelier.
Une Cave , contenant fix gros flacons de
Criftal
To3o MERCURE DE FRANCE .
Crial de Roche , garnie d'or ; un Gobelet }
une Soucoupe & un Antonnoir d'or.
Une grande Tablette de Nacre de Perle ;
incrustée & garnie d'or , avec un gros Diamant.
Une Piéce de Drap Ecarlatte.
Pour le Kiaya , ou Lieutenant du G. Vifir.
Une grande Cave , accompagnée d'un Cabaret
du Japon , garni de fix Taffes , d'une
Boëte à Sucre , d'une . Théiere de Jonc des
Indes ; le tour garni & doublé d'or.
Un Déjeuné deCriftal de Roche ,garni d'or.
Une Piece de Drap Ecarlatte.
POUR L'Ambassadeur.
Un gros Diamant brillant.
Deux Tapis de la Savonerie .
Un beau Luftre de Criftal de Roche.
Deux grands Brafiers de Semilor , artiſte
ment travaillés par le fieur Dupleffis .
Quatre Tabatieres d'or.
Un Couvert d'or
Un très- gros Flacon , auffi d'or.
PRESENTS du Roy aux Officiers
de l'Ambassadeur.
AU FILS DE L'AMBASSADEUR .
Un grand Néceffaire pour le Caffé & le Thé ,
garni de toutes fes uftanciles d'argent..
Uns
JUIN. 1742 1031
Une Pendule , ornée de bronze doré d'or
moulu.
Au Maréchal de l'Ambaffade.
Une Cave de Vernis , ancien du Japon, gar-
, nie de fes flacons , & une Tabatiere de
Cristal de Roche , garnie d'or.
Une Montre d'or à répetition.
Un Etui d'or à cure dent.
Au Tréforier de l'Ambaſſade.
Une Montre à Boëte d'or cizelé .
;
J
Une Cave de Bois des Indes , garnie d'un
Gobelet , d'une Soucoupe & de deux
Cuillers d'or.
Au Sécretaire de l'Ambaſſade
Une Montre d'or , enrichie de Diamans .
Un Flacon d'or , artiftement travaillé .
Au Médecin.
Un gros Etuy de Chirurgie , garni d'or .
Une Ecritoire d'or.
A l'Iman , on Aumônier.
Une Montre à répetition , du fieur le Roy ;
dans fa Boëte d'or.
A l'Ecuyer.
Une Montre d'or.
Au premier Maître des Ceremonies.
J'ne Montre d'or .
Au
1032 MERCURE DE FRANCE
Au fecond Maitre des Ceremonies.
Une Montre d'or.
Au premier Drogman.
Une Tabatiere d'or cizelée.
Au fecond Drogman.
Uae Montre d'or.
Au troifiéme Drogman.
Une Montre d'or.
Enfin le Samedi 30 Juin ce digne Ambaſfadeur
partir de Paris en pofte pour s'en retourner
, prenant la route de Fontainebleau ,
où il alla coucher le même jour. In fortant
de l'Hôtel il trouva une infinité de monde
& furtout de pauvres , faifant des acclamations
pour fon heureux voyage ; il marqua
fa fenfibilité par beaucoup de largeffes , qu'il
leur fit en jettant plufieurs fois de l'argent
parmi ce Peuple.
Nous aurons foin d'inftruire le Public de
ce que nous apprendrons au fujer de fon
voyage de Paris en Provence & de fon Embarquement
pour Conftantinople , &c. )
Nous avons parlé ci devant pag. 871. du
Traité d'Alliance & de Commerce entre la
France & la Porte , négocié & conclu à
Conftantinople par l'entremife de M. de
Breves , Ambaffadeur du Roy HENRY LE
GRAND ,
JUI N. 1742 % 1033
GRAND , lequel Traité dont nous avons raporté
les principaux Articles , fut renouvellé
en l'année 1673 , & rendu encore plus utile
à la Religion & au Commerce fous le Regne
du feu Roy , durant l'Ambaffade du Marquis
de Nointel , qui fit ajoûter de nouveaux Ar
ticles , comme nous l'avons dit pag. 933 .
Il ne nous reste plus pour ne rien omettre
de confidérable , à l'occafion de l'Ambaffade
qui fait le fujat de ce volume , que de le
terminer par le troifiéme & dernier Traité
le plus important de tous , conclu tout récemment
par le Miniftere de M. le Marquis
de Villeneuve , comme nous l'avons promis
à la page 975. de ce même Livre.
CAPITULATIONS renouvellées entre
le Royle Grand Seigneur. A Cone
ftantinople , le 28. May 1740.
Vdont la puiffance eft foutenue parles
Oici ce que porte ce Signe Imperial ,
faveurs de l'Eternel Diftributeur des graces ,
& par la multitude des benédictions du
Chef des Prophetes : Que le falut foit augmenté
fur Lui , & fur tous fes Defcendans.
Nous l'Empereur des puiffans Empereurs
l'Appuy des Grands du fiècle , le Diftributeur
des Couronnes aux Rois qui font affis fur
les Thrônes du Monde , l'Ombre de Dieu fur
la terre , le Serviteur des deux illuftres &
nobles
1034 MERCURE DE FRANCE
nobles villes ( la Mecque & Medine ) Lieux
auguftes , facrés , origine de la foy , du côté
defquelles tous les Mufulmans adreffent leurs
voeux ; le Maître & le Protecteur de la fain
te Jérufalem ; le Souverain des trois grandes
Cités, Conftantinople, Andrinople, Brouffe ;
le Maître de Damas , odeur du Paradis , de
Tripoli de Syric , du Caire , fingulier dans
fon efpece ; de toute l'Arabie , de l'Afrique,
de l'Arakagemi , de Baffora , de Lahiffa , de
Dilem, mais furtout de Bagdad, capitale des
Kalifes , de Riffa , de Mouffoul , de Chehvezoul
, de Diarbekir , de Zevilkadvije ,
d'Erzerum l'agréable , de Souvas , d'Adana ,
de la Karamanie , de Kars , de Gildir , Dede
la Morée , de Candie , Chypre
Scio , Rhodes , de la Barbarie , de l'Ethiopie
ou Habeck , d'Alger place de guerre ,
de Tripoli de Barbarie , de Tunis , de la Mer
blanche & de la Mer noire , des Côtes d'Alvan
ger ,
des Pays de la Natolie
, des Royaumes
de la Romelie
, de tout le Kurdiſtan
, de la
Grece
, de la Tartarie
, de la Circaſſie
, de
Cabarta
, de la Georgie
, des nobles
Tribus
des Tartares
, & de tous les Hordes
qui en
dépendent
; de toute
la Bofnie
avec ce qui y
a été annexé
de la Fortereffe
de Belgrade
place
de guerre
; de la Servie
, de même
que
des Fortereffes
& Châteaux
qui s'y trouvent
; des Pays
de l'Albanie
apellée
Arnaoudlik
;
JUIN. 1035 1742.
naoudlik ; de toute la Valachie , de la Moldavie
, & des Fortere fles qui font dans ces
cantons ; & indépendamment de ce que cideffus
Maître de tant d'autres Villes &
Fortereffes, dont on ne fait point l'énumera➡
tion , qui ont été prifes & conquiſes , &
que Nous poffedons par notre juftice Impé
riale , & par notre puiffance victorieuse.
Nous , qui fommes Sukan , fils de Sultan
l'Empereur Mahmoud , fils de l'Empereur
Muftapha , qui étoit fils de l'Empereur Mehemed
, par la bonté parfaite & la grace du
Diftributeur des Royaumes , & par la faveur
de celui dont l'exiftence n'eft pas douteufe
Souverain de toutes les créatures , & le
Refuge des Souverains des plus illuftres familles
, & le Défenfeur des Princes qui ont
eu de l'eftime & de la confiance pour notre
Haute Porte , laquelle eft le centre du bonheur
& de la félicité , & l'azyle de ceux qui
y recourent.
Au plus glorifié entre les grands Princes
de la croyance de Jefus , & qui a été élû
pour être l'Arbitre & le Médiateur des Affaires
de toute la République Chrétienne
plein de grandeur , de gloire & de majeſté ;
poffeffeur des vrayes marques d'honneur &
de dignité , Louis Quinze , Empereur de
France & d'autres vaftes Royaumes qui en
dépendent ; très magnifique , très- honoré
II. Vol.
I notre
038 MERCURE DE FRANCE
:
fublime Maifon Ortomane , nous avons don
né pareillement notre confentement Impérial
, pour que les Articles qui ont été requis
& fur lefquels il a été conféré entre le fufdit
Ambafladeur de France & les Miniftres de
"notre fublime Porte , dont nous avons été
inftruits , y foient ajoûtés & inférés ; notre
volonté & défir Impérial étant de fortifier &
augmenter de jour en jour , l'amitié qui fubfifte
depuis un tems immémorial , entre notre
perpétuelle Porte & l'Empire de France :
le même Empereur ayant pareillement donné
du tems de notre Regne , des preuves convaincantes
de fa vraye amitié ces motifs
joints à l'envie que nous avons de pouvoir
affermir de plus en plus les liens d'une femblable
& fi ancienne amitié , ont fait émouvoir
dans fa Majesté Impériale , des fentimens
conformes . Et comme les fruits que doit
produire cette amitié , font le commerce &
la sûreté des allans & venans , nous confirdans
toute leur mons par ces Préfentes
étendue , les Capitulations anciennes & renouvellées
, de même que les Articles qui y
furent inférés lors de la fufdite date : Nous
voulons encore , pour procurer plus de repos.
aux Négocians , & donner de la vigueur aut
Commerce , les affranchir du droit de Mézeterie
, qu'ils ont payé de toute ancienneté.
Cet article,, de même que plufieurs concer
?
›
nant
JUIN. 1742: 1039
nant le Commerce & sûreté des allans &c.
venans , ont été difcutés , traités & reglés ,
& mis dans une bonne forme , dans les diverfes
conférences qui fe font tenues à ce
fujet , entre le fufdit Ambaffadeur muni de
pleins pouvoirs fuffifans pour traiter fur cette
matiére , & Is perfonnes prépofees de la
part de notre fublime Porte ; de manière que
lorfque tout a été convenu & conclu , notre
fuprême & abfolu . Grand Vizir en a rendu
compte à notre Etrier Impérial. Et comme
notre volonté eft de témoigner dans cette
occafion , le cas & l'eftime que nous faifons
de la conftante amitié de l'Empereur de
France , qui dans ce tems- ci particulierement
, nous a fait connoître la fincerité de
fon coeur à cet effet , nous avons donné
notre figne Impérial , & ordonné l'exécution
des Articles nouvellement accordés & conclus
: Voulons que les Capitulations anciennes
& renouvellées , foient tranfcrites & raportées
exactement , mot pour mot
commencement , & que les Articles nouvellement
regles & accordés , y foient ajoûtés
comme une fuite . C'eft dans cet ordre que
nous avons donné les préfentes Capitulations,
qui ont été remifes & confignées entre les
mains dudit Ambaffadeur , & dont la teneur
eft conçue dans les termes fuivans , par notre
commandement, dont le contenu marque notre
puillance abfoluë. I iij Ici
:
,
1040 MERCURE DE FRANCE
Ici font inferdes mot à mot , bes Capitulations
de 1604. & 1.673 .
Outre que j'accepte & confirme les prê
fentes Capitulations anciennes , de la même
maniére qu'elles font raportées ci- deffus , &
relles qu'elles ont été renouvellées fous le
Regne de l'Empereur , notre Ayeul , de glorieufe
mémoire ; de même , les Articles demandés
, & nouvellement reglés & accordés,
ont été joints aux Capitulations anciennes
raportées & expliquées de la maniére fuivante.
ARTICLE PREMIER.
Outre les prérogatives & prééminences
accordées par les précédentes Capitulations
aux Ambaladeurs & Confuls de l'Empereus
de France , le titre d'Empereur ayant été attribué
d'ancienneté par la permanente fublime
Porte , à fa Majefté , fes Ambaffadeurs &
fes Confuls feront auffi traités & confiderés
par la fublime Porte , avec les honneurs
convenables à ce titre.
ART. II. Les Ambaffadeurs du très
magnifique Empereur de France , de même
que fes Confuls , ſe ferviront de tels Drogmans
qu'ils voudront , & employeront tels
Janiflaires qu'il leur plaira , fans que per:
fonne puiffe leur faire violence, pour les obli
ger de fe fervir de ceux qui ne leur convien→
droient pas. ART
JUIN. 1742 104 1
ART. III. Les Drogmans véritablemen
François , étant les Repréfentans des Ambaffadeurs
& des Confuls , lorfqu'ils interpreteront
au jufte leurs commiflions , & qu'ils
s'acquitteront de leurs fonctions ne
pourront être ni arrêtés , ni emprisonnés ;
& s'ils viennent à manquer à quelque chofe ,
its feront châtiés par leurs Ambaffadeurs ou
Confuls , & ne feront moleftés par aucune
autre perfonne.
ART. IV. Les Valets Rayas , au nombre
de quinze , qui feront au fervice de l'Ambaffadeur
dans fon Palais , feront exemts
des droits & impofitions , & ne pourront
point être inquiétés fur ce fujet.
ART. V. Ceux qui font dépendans de ma
fublime Porte , foit Mufulmans , Rayas ,
au tels autres qu'ils puiffent être , ne pour
ront pas citer , ni forcer les Confuls vérita
blement François , lorfqu'ils auront des
Drogmans , de comparoître perfonnellement
en Juftice ; & il fuffira que ceux- ci comparoiffent
par les Drogmans qu'ils commer
tront à ce fujet , lorfque le cas le requerrera.
ART. VI. Lorfque les Confuls François
ou leurs Subftituts par commandement
voudront arborer leur pavillon felon l'ancien
ufage , dans les Lieux où ils réſident , les
Pachas , les Cadis , & les autres Comman
dans ne pourront pas les en empêcher.
I iiij ART.
1042 MERCURE DE FRANCE
ART. VII . Nous voulons qu'il foit def
tiné pour la garde de la Marfon des Confuls,
les Janiffaires qu'ils demanderont ; & ces
fortes de Janifaires feront protegés par les
Oda Bachis & par les autres Officiers , &
on ne demandera aucun droit ni reconnoiffance
defdits Janıffaires.
ART . VIII. Lorfque les Confuls, Drogmans,
& les autres qui font dépendans de France ,
feront venir du raifin pour leur ufage , dans
des maifons où ils habitent , pour en faire du
vin , & lorfque pour leur provifion ils feront
venir du vin , nous voulons que , tant à
l'entrée ,
, que lors du tranfport , les Janiffaire
Aga , Boftangi- Bachi Topigi - Bachi ,
Vaivodes , & autres Officiers ne puiffent
demander aucuns droits , & qu'on fe conforme
là - deffus au contenu des commandemens
qui ont été donnés par nos Prédécef
feurs , & actuellement par nous.
,
ART. IX . S'il arrive que les Confuls & les
Négocians François ayent quelque conteftation
avec les Confuls & les Négocians d'une
autre Nation Chrétienne, il leur fera permis,
du confentement & vouloir des deux parties,
de renvoyer leurs procès aux Ambaſſadeurs
qui réfident à la fublime Porte ; & tant que
le demandeur & le défendeur ne confentiront
pas à aporter ces fortes de procès qui
furviendront entr'eux , pardevant les Pachas
les
JUIN 1742. 1043
fes Cadis , les autres Commandans , ou les
Doümers,ceux- ci ne pourront pas les y forcer,
én difant qu'ils veulent connoître defdits
procès.
ART. X. Lorfque quelque Marchand
François , ou dépendant de la France , fera
banqueroute averée , ceux qui auront à recevoir
, feront payés fur ce qui restera de fes
effets : & pourvû que le créancier ne foit pas
muni de quelque titre autentique de cautionnement
, foit de l'Ambaffadeur, des Confuls,
des Drogmans, ou de quelqu'autre François ,
on ne pourra pone rechercher leídits Am- .
baffadeur , Confuls , Drog nans & autres
François , pour lefdites dettes , ni les arrêter.
›
ART. XI. Lorſque les Corfaires & autres
Ennemis de notre fublime Poite , auront
comm's quelque déprédation fur les côtes de
notre Empire , les Confuls François & les.
Négociaus ne feront pas inquiétés ni molef
tés ; & on fe conformera fur cet article , au
contenu des commandemens qui ont été
accordés ci devant : & pour la sûreté récipoque
, étant néceffire de pouvoir reconnoître
les fcélérats , apellés Forbans , lorfque
Fes Barbarefques & les autres Bâtimens Corfaires
viendront dans les Echelles de notre-
Empire , nos Commandans & autres Offciers
examineront avec foin les Paffeports
defdits Corlaires ; & les commandemens
Iv accordés:
1044 MERCURE DE FRANCE
•
accordés ci - devant à ce fujet , feront exécua
tés comme par le paflé ; avec cette condi
tion , que les Confuls François examineront
avec foin files Bâtimens qui viendront dans
les ports de nos Echelles , avec le pavillon
de France , font véritablement François : &
de la maniere ci- deflus fpécifiée pour
la sûreté commune , nofdits Officiers & les
Confuls fe donneront des avis réciproques ,
même par écrit , fi le cas le requiert , fur les
informations qu'ils auront prises.
›
ART. XII . L'Empereur de France étant
de tems immémorial , en amitié & bonne
harmonie avec notre Empire ; & le très.
magnifique Empereur de France Regnant
ayant particulierement donné fes foins dans
la négociation de la paix qui vient d'être concluë
: & comme favorifer certaines affaires
de convenance eft un moyen de fortifier
l'amitié , nous voulons à l'égard des Marchandifes
qui feront embarquées dans les
Ports de France , & qui viendront à notre
Porte de félicité , chargées fur de vrais Bâtimens
François , avec manifefte partant des
Ports de France , & portant fon pavillon , de
que celles qui feront chargées à notre
fublime Porte , fur des Bâtimens véritablement
François , pour être portées en France ,
après qu'elles auront payé le droit de douane,
& le Salametlik-Refmi , ou le droit de bon
voyage ,
même
JUIN 1742. 1041
voyage , en conformité des Capitulations
précédentes , foit que ces fortes de Marchandifes
foient vendues ou achetées par d'autres
avec les François , qu'on ne puiffe , fons
quelque prétexte que ce foit , en exiger le
droit de Mézeterie , cet article ayant été uniquement
accordé en confidération de l'amitié
réciproque.
ART. XIII. Comme il a été accordé aux
Marchands François & aux Dépendans de la
France , qu'ils ne payeront des Marchandiſes
qu'ils aporteront de leur propre Pays dans
les Etats de notre domination , non plus que
de celles qu'ils raportent d'ici dans ce Payslà
, que trois pour cent de douane , quoique
dans les précédentes Capitulations on n'ait
compris que les cotons en laine, cotons filés,
maroquins , cires , cuirs , foyes , foyeries ,
indépendamment de cesMarchandifes , &
l'exception toutefois de celles qui font prohibées
, ils pourront charger fans opofition ,
toutes celles qu'ils ont coûtume d'enlever
pour porter dans leur Pays , & qui font fpécifiées
dans le tarif bullé du Douanier
payant la doüane ſuivant les Capitulations
Impériales.
en
ART. XIV. En conformité des mêmes
Capitulations Impériales , les Marchands
François , après avoir payé la douane à raifon
de trois pour cent , & avoir pris le Teskeret
I vj du
1046 MERCURE DE FRANCE
du Douanier , fuivant l'ufage , lorfqu'ils le
préfenteront , il y fera fait honneur , & on ne
pourra pas leur demander une ſeconde
doüane . Et attendu qu'il nous auroit été repréfenté
que certains Douaniers , pouflés par
leur avidité , ne femblent exiger que trois
pour cent en aparence , & que cependant
ils ne ceffent d'en prendre réellement davan
tage , & comme fur l'appréciation des Marchandifes
, il fe trouve une difference notable
fur les diverfes qualités de draps ; inferées
dans le tarif de la douane à Conftantinople
, comme auffi dans ceux de quelques
Echelles , & notamment de celle d'Alep
où les Marchandifes inferées dans le tarif,
excedent les trois pour cent : Pour faire ceffer
là - deffus toute difcuffion à Favenir , il
fera permis de réformer le tarif concernant
les draps que l'on aportera , de façon que la
douane ne puiffe pas exceder les trois pour
conformément aux Capitulations Imcent
,
périales.
*
Il fera libre aux François , de vendre les
Marchandifes qu'is aporteront , à tels de nos
Sujets & Marchands de notre Empire
qu'ils voudront , & on ne pourra pas les inquiéter
, ni former aucune conteftation làdeffus
, fous prétexte de vouloir les acheter
exclufivement à d'autres.
ART. XV. Lorfque les Fez ou bonnets, que
les
JUI N. 1742 1047
les Négocians François aportent de France
eu de Tunis , arrivent à Smyrne , le Doüanier
des droits de Smyrne forme toûjours des
conteſtations à ce sujet , difant que c'est lui
qui doit recevoir les droits de douane defdits
bonnets : & étant néceffaire de mettre
cet article dans une bonne forme , nous voulons
qu'à l'avenir , ledit Douanier ne puiffe
pas exiger le droit de douane deſdits Fez.
que les Négocians François apo : teront
qui ne fe vendront pas à Smyrne ; & dans le
cas qu'ils s'y vendroient , le droit de douane
fur lefdits bonnets , fera , felon l'ufage , exi-,
gé par ledit Doüanier ; mais fi lefdits Fez
viennent à Conftantinople , le droit dedouane
fera payé , felon l'ufage , au grand.
Doüanier.
&.
ART. XVI. Si les Marchands François.
veulent porter des Marchandifes non prohibées
, des Etats de notre Empire , foit par
terre ou par mer , en tems de Paix , par les:
rivieres du Danube & du Tanaïs , dans les
Etats de Mofcovie & Ruffie , & autres Pays,
& en raporter des fufdirs Pays , dans ceux de
la domination de notre Empire ; lorſqu'ils
feront ce commerce , il ne leur fera fait aucune
opofition , pourvu qu'il foit payé par
eux , les mêmes droits de douane , & autres.
droits tels qu'ils puiffent être , que payent
les autres Nations Franques.
ART .
1048: MERCURE DE FRANCE
ART. XVII. Certains envieux , dans la!
vûë de molefter les Négocians François , &,
de troubler leur négoce , contre les Capitu-:
lations , ne pouvant pas exercer leurs deffeins.
contr'eux, attaquent de tems en tems ,fans aucun
droit, & inquietent les Cenfaux qui vont
& qui viennent pour le fervice du négoce
des Francois : Nous voulons qu'à l'avenir
tels Cenfaux ne foient point inquiétés en
aucune maniere : & de quelque Nation que
foient les Cenfaux dont lefdits Marchands
fe ferviront , on ne pourra leur faire violence
, ni les empêcher de fervir.
La Nation Juive ni autres perfonnes
ne pourront prétendre de fucceder
l'emploi de Cenfal , & il fera permis aux
Marchands François de fe fervir de telles
perfonnes qu'ils voudront ; & lorfqu'ils en
chafferont quelqu'un ou bien que leurs:
>
Cenfaux viendront à mourir , on ne pourra
rien exiger , ni prétendre de ceux qui leur
fuccederont , fous prétexte de vouloir avoir
une portion des cenferies ; & ceux qui agiront
contre le contenu de cet article , feront
châtiés.
ART . XVIII. Bien qu'il foit porté par
les Capitulations , que l'Ambaffadeur de
France & les Confuls pourront retirer les
droits de Confulat , des Marchandiſes qui
feront chargées fur les Vaiffeaux de leur
Nation ;
JUIN. 1742% 1049
Nation ; cependant cet article rencontrant
des difficultés de la part des Marchands &
Rayas , fujets de notre Empire , nous ordonnons
que tous ceux de nos Marchands ou
Rayas , qui chargeront des Marchandifes fur
des Vaifleaux François , payent le droit de
Confulat , conformément aux Capitulations,
des Marchandifes qui font fujettes à la
doüane : fi ledit droit n'eft pas compris dans
le contrat de nolifement des Marchandiſes ,
il fera donné des commandemens pour que
les fufdites Marchandifes ne puiffent pas être
retirées de la douane , qu'auparavant le droit
de Confulat n'ait été payé.
ART. XIX. Comme l'Empire Ottoman
abonde en fruits , nous voulons que dans le
tems qu'il y aura abondance de fruits fecs
comme figues , raifins , noiſettes , & autres
fruits femblables, on puiffe envoyer de Fran
ce une fois l'année , deux ou trois Bâtimens
dans les années d'abondance , pour en acheger
, & les charger ; & la douane en fera
payée conformément aux Capitulations Impériales
; & après que les Bâtimens feront
chargés , on les laiffera librement partir.
De plus , il fera permis aux Batimens
François , de prendre du fel , de la maniere
qu'en prennent les Mufulmans , dans l'Ifle
de Chypre, & dans les autres Echelles dépendantes
de notre Empire ; fans que nos Commandans
,
1055 MERCURE DE FRANCE
mandans , Gouverneurs Cadis , & autres
Officiers puiffent les en empêcher , & nous
voulons qu'ils foient protegés en vertu des
anciennes Capitulations renouvellées.
ART. XX. Les Marchands François &
ceux qui dépendent de la France , qui ſeront
munis des Atteftations des Ambaffadeurs ou
des Confuls , pourront voyager avec les paffeports
qu'ils auront pris ; & pour leur fûreté
& leur commodité , ils pourront s'habiller
fuivant l'ufage du Pays , & faire leurs affaires
dans notre vafte Empire ; & ces fortes de
Voyageurs , qui fe tiendront dans leur de
voir , ne feront point inquiétés pour le droit
de Karaich , ni pour aucun autre droit ; &
Forfqu'ils auront des Effets fujets à la Doüane ,
conformément aux capitulations , après en
avoir payé les droits , fuivant la coûtume ,
les Pachas , les Cadis & autres Officiers ne
s'opoferont point à leur paffage ; & de la facon
ci deffus raportée , conformément au
contému des Certificats , il leur fera fourm
des Paffeports ; & quant à ce qui regarde leur
fûreté , on leur accordèra tous les fecours
poffibles .
,
ART. XXI . Les Négocians François , &
ceux qui font fous la prorection de la France,
ne payeront point de droits pour la monnoye
d'or & d'argent qu'ils aportent
dans nos Etats , de inême que pour celle
qu'ils
JUIN. 1742 IOFF
qu'ils en raportent ; & on ne les forcera pas
non plus de convertir leur monnoye en
monnoye de notre Empire , & ils re feront
pas vexés à ce fujet.
ART. XXII. Si un François , ou protegé
de France , commettoit quelque meurtre
, ou quelque autre crime qui exigeât que la
Juftice en prit connoiffance , les Juges de
notre Empire ou autres Commandans , dans
de femblables procès , & dans les endroits
où cela arriveroit , ne pourront y proceder
qu'en préfence de l'Amb fladeur ou des
Confuls, ou leurs Subftiturs ; & afin qu'il ne
fe falle rien de contraire à la noble Juſtice &
aux Capitulations Impériales, il fera procedé
de part & d'autre avec aplication , & il fera fait
toute forte de perquifitions & recherches .
ART. XXIII. En cas que notre Miry
ou quelqu'un de nos Sujets , fe trouvâr porteur
de Lettres de change fur les François !
ceux- ci ne feront obligés de les payer qu'autant
qu'ils les auront acceptées à leur préfentation
; & en cas de refus d'acceptation , on
ne pourra , fans caufe légitime , les inquieter,
ni eux , ni la Nation , mais exiger feulement
une lettre de refus , pour agir en confequence
contre le Tireur , & non contre aucun
autre , & l'Ambaſſadeur on les Confuls pro-
Cureront, autant que faire fe
pourra, le paye
ment de la part du Tireur.
ART.
1052 MERCURE DE FRANCE
ART. XXIV. Les François qui réfi¬
dent dans les Etats de notre Empire , mariés
ou non mariés , tels qu'ils puiffent être , ne
feront point moleftés pour le Karatch.
ART. XXV. Si un Marchand François,
'Artifan , Officier ou Matelot , embraffe la
Religion Mahometane ( excepté les Marchandifes
qui lui apartiennent ) toutes celles
qui fe trouveront entre fes mains , apartenant
à ceux qui dépendent de la France ) après
que la chofe aura été prouvée & vérifiée ) feront
remifes aux Ambaffadeurs & aux Confuls
, pour être enfuite confignées aux Proprietaires
; & dans les endroits où il n'y aura
point de Conful , elles feront remifes aux
perfonnes qu'ils envoyeront de leur part ,
munies des piéces juſtificatives.
ART. XXVI. Si un Marchand François
veut s'en aller quelque part , dès que
FAmbaffadeur ou les Confals refteront caution
pour ce qu'il devra on ne pourra pas
retarder fon voyage , en difant , Payez vos
dettes ; & le procès qui le concerne excedant
quatre mille afpres , il fera renvoyé à notre
fublime Porte , conformément aux Capitu
lations.
ART. XXVII. Les Gens de Juftice
& les Officiers de notre fublime Porte , no
pourront fans néceffité, entrer par force dans
une maifon habitée par un François ; & lorf
que
JUIN. 1742 1053
que le cas requerrera d'y entrer, on en avertira
L'Ambaffadeur ou les Confuls dans les endroits
où il y en aura , & on fe tranſportera
avec les perfonnes qui auront été commifes
de leur part , dans l'endroit en question ; &
fi quelqu'un contrevient à cette difpofition ,
après que cela aura été averé, qu'il foit châtié.
ART. XXVIII . Les affaires qui naif
fent entre les Négocians François & autres
perfonnes , étant une fois jugées & terminées
juridiquement par Hudget , il arrive que les
Pachas , Cadis & autres Officiers veulent les
revoir derechef, de forte qu'il n'y auroit plus
de fûreté pour un procès déja décidé ; & il
nous auroit même été repréſenté que fur un
procès déja décidé dans un Lieu , il interve
noit des Jugemens contradictoires aux premiers.
Sur le cas fpécifié ci-deffus ,les pro
cès que les François auront eû avec d'autres
perfonnes , ayant été une fois vûs & termi
nés juridiquement & par Hudget , ils ne
pourront plus être revûs fur les Lieux; & fi
on requiert de faire revoir de nouveau ces
procès , on ne pourra pas donner des com
mandemens pour faire comparoître les Par→
ties , avant que d'en donner connoiffance à
'Ambaffadeur , & on attendra la réponſe
des Confuls fur les informations qu'on leur
demandera fur l'affaire en question . On ne
pourra pas non plus envoyer des Chaoux ni
des
1056 MERCURE DE FRANCE
né à tel Bâtiment , des mâts , des vergues,
des ancres , des agrés , des voiles , des maté
riaux pour les mâts ; & pour tous les Articles
ci-deſſus , on n'exigera point de donatives.
Et à l'égard des BâtimensFrançois qui abor
deront dans les Echelles , les Fermiers , let
Muffelims, Caradgis , & autres nos Officiers.
ne pourront point les retenir ,fous prétexte de
vouloir exiger le Karatch des paffagers qu'ils
uront , & il leur fera libre de les mener à
l'endroit de leur deftination ; & s'il fe trouve
dans ces Bâtimens , des Rayas fujets au Karatch
, ils donneront , felon leur obligation
le droit de Karatch à l'endroit , afin que dé
cette maniere , il ne foit point fait de tort
au fifc .
ART. XXXII. Lorfque les Mufulmans
cu Sujets de notre fublime Porte , noliferont
dans notre Empire des Bâtimens François
fur lefquels ils chargeront des Marchandifes
four les tranſporter d'une Echelle à l'autre,
il ne leur fera donné aucun empêchement ;
comme il nous a été repréſenté que de tems
à autre, les Sujets de notre Porte , qui nolifent
des Bâtimens François , les quittent pendant
la route , & font difficulté de leur payer les
nolis , conformément à leurs accords ; fi ces
fortes de nolifataires viennent à quitter en
route lefdits Bâtimens nolifés , fans aucune
raiſon légitime , il fera ordonné par les Ca
dis
JUIN.
-1057 1742
dis & autres Commandans , que les nolis
dûs auxdits Capitaines , fuivant leurs Tmeffuk,
leur foient entierement payés.
ART. XXXIII. Les Pachas , les Com.
mandans , Cadis , Douaniers , Vaivodes ,
Muffelims , Officiers, Chefs des Villes , Syndics
& autres, ne contreviendront en rien aux
Capitulations Impériales; & fi de part & d'autre
on contrevient auxdites Capitulations , en
moleftant quelqu'un , foit par paroles , foit
par voye de fait ; de la même façon que les
François feront châtiés par leurs Coufuls &
Supérieurs , conformément aux Capitulations
, de -même il fera donné des ordres ,
fuivant l'exigence des cas, pour punir les Su
jets de notre Porte , des véxations qu'ils auront
commiſes , fur les repréſentations qui en
feront faites par l'Ambaffadeur & les Confuls
, après que le fait en aura été avéré.
ART. XXXIV. Si par malheur il arrivoit
que quelque Bâtiment François échouat
fur les Côtes de notre Empire , il lui fera
donné toute forte de fecours ; & fi le Bâtiment
naufragé peut être rétabli , ou bien que
la Marchandile qui aura été fauvée , foit
chargée fur un autre Bâtiment,pour la porter
à l'endroit de fa deftination , pourvû que ces
Marchandiſes ne foient point négociées fur les
Lieux , on ne pourra pas exiger defdites Marchandises
, la Douanne, ni aucun autre droit
ART.
1036 MERCURE DE FRANCE
né à rel Bâtiment , des mâts , des vergues,
des ancres , des agrés , des voiles , des maté
riaux pour les mâts ; & pour tous les Articles
ci-deffus , on n'exigera point de donatives.
Età l'égard des BâtimensFrançois qui abor
deront dans les Echelles , les Fermiers , les
Muſſelims, Caradgis , & autres nos Officiers.
ne pourront point les retenir ,fous prétexte de
vouloir exiger le Karatch des paffagers qu'ils
uront , & il leur fera libre de les mener à
l'endroit de leur deſtination ; & s'il ſe trouve
dans ces Bâtimens , des Rayas fujets au Karatch
, ils donneront , felon leur obligation ,
le droit de Karatch à l'endroit , afin que dé
cette maniere , il ne foit point fait de tort
au fifc.
ART. XXXII. Lorfque les Mufulmans
cu Sujets de notre fublime Porte , noliferont
dans notre Empire des Bâtimens François
fur lefquels ils chargeront des Marchandifes
four les tranfporter d'une Echelle à l'autre,
il ne leur fera donné aucun empêchement ;
comme il nous a été repréſenté que de tems
à autre, les Sujets de notre Porte , qui noliſent
des Bâtimens François , les quittent pendant
la route , & font difficulté de leur payer les
nolis , conformément à leurs accords ; fi ces
fortes de nolifataires viennent à quitter en
route lefdits Bâtimens nolifés , fans aucune
railon légitime , it fera ordonné par les Ca
dis
JUIN. 1742. -1057
dis & autres Commandans , que les nolis
dûs auxdits Capitaines , fuivant leurs Té
meffuk, leur foient entierement payés.
ART. XXXIII. Les Pachas , les Commandans
, Cadis , Douaniers , Vaivodes ,
Muffelims , Officiers, Chefs des Villes , Syndics
& autres, ne contreviendront en rien aux
Capitulations Impériales; & fi de part & d'autre
on contrevient auxdites Capitulations , en
moleftant quelqu'un , foit par paroles , foit
par voye de fait ; de la même façon que les
François feront châtiés par leurs Coufuls &
Supérieurs , conformément aux Capitulations
, de -même il fera donné des ordres ,
fuivant l'exigence des cas, pour punir les Sujets
de notre Porte , des véxations qu'ils auront
commiſes ,fur les repréſentations qui en
feront faites par l'Ambaladeur & les Confuls
, après que le fait en aura été avéré.
ART. XXXIV. Si par malheur il arrivoit
que quelque Bâtiment François échouat
fur les Côtes de notre Empire , il lui fera
donné toute forte de fecours ; & file Bâtiment
naufragé peut être rétabli , ou bien que
la Marchandile qui aura été fauvée , foit
chargée fur un autre Bâtiment,pour la porter
à l'endroit de fa deftination , pourvû que ces
Marchandiſes ne foient point négociées fur le :
Lieux, on ne pourra pas exiger defdites Marchandiſes
, la Doüanne, ni aucun autre droit
ART .
rost MERCURE
DE FRANCE
ART. XXXV . Les Capitan- Pacha &
Commandans
des Galeres , des Vaiffeaux &
Caravelles , des Galiottes & des autres Bâtimens,
notamment de ceux qui font le Commerce
d'Alexandrie , ne pourront point arréter,
ni inquiéter les Bâtimens François , con- !
tre la teneur des Capitulations
Impériales ,
ni exiger de force des préfens d'eux , fous
quelque prétexte que ce foit ; & lorfqu'on
viendra à rencontrer en Mer des Bâtimens
François , foit de Guerre , foit Marchands
on fe donnera réciproquement
, fuivant l'u
fage , des marques d'amitié.
mer les
>
ART. XXXVI. Les Bâtimens françois
marchands , qui rencontrent en
vaiffeaux de guerre , galeres , & autres Bâtimens
Sultanes , quoiqu'ils foient dans l'intention
de leur rendre les honneurs ufités
ne leur étant pas quelquefois poffible de
mettre fi- tôt qu'ils voudroient , leur chaloupe
en mer pour aller à leur bord , font in- :
quiérés à ce fujet : cependant , pourvû qu'ils
fe mettent en état par leur démarche , de
remplir les ufages pratiqués en ces occa- 1
fions , ils ne pourront pas être moleftés , en
difant : Vous avez tardé de venir à bord..
Les Bâtimens françois ne feront pas détenus
dans nos Ports , fans raifon ; & on ne
pourra point prendre par force , leurs chaloupes
, ni tes matelots , fur-tout pour ceux
defdits
JUIN. 1742. 1059
defdies Bâtimens qui feront chargés de marchandifes
, parce que cela leur cauferoit un
préjudice confidérable , & à l'avenir il ne
fera pas permis de rien commettre de femblable
, & c .
ART. XXXVII. S'il étoit néceffaire
de nolifer quelque Bâtiment françois pour le
compte du Miry , les Commandans & autres
Officiers qui feront chargés de cette
commiffion , avertiront l'Ambafiadeur & les
Confuls , dans les endroits où il y en aura ,
lefquels deftineront les Bâtimens qui fe trouveront
convenables , & dans les endroits où
il n'y en aura point , ils feront nolifés de
leur bon gré , &c.
ART. XXXVIII. Tout ce qui eft
porté par les précedentes capitulations, dans
l'article concernant les Corfaires des Répu
bliques de Barbarie, eft confirmé par celui- ci .
ART. XXXIX . Pour prévenir que dans
la fuite des tems , les Lieux qui font poffe
dés à Jerufalem par les Religieux dépendans
de la France ( de la maniere qu'ils ont été
fpecifiés dans les articles des capitulations
anciennes , actuellement renouvellées ) ne
tombent en ruine ; lorfqu'il fera néceffaire
de les réparer , il fera accordé , à la réquifition
de l'Ambaffadeur de France réfidant à
la Porte , les commandemens conformes à
la juftice , pour ces réparations ; & les Cadis,
K Comman- 11. Vol.
fo68 MERCURE DE FRANCE
Commandans & autres , ne pourront mettre
aucune forte d'empêchement aux choſes ac
cordées par commandement.
Il eft arrivé que nos Officiers , fous prétexte
que l'on auroit fait des réparations fecrettes
dans les fufdits Lieux , faifoient plufieurs
vifites dans l'année , pour rançonner
tes Religieux : c'eft pourquoi nous voulons
que les Pachas , Commandans , Cadis & autres
Officiers qui fe trouvent de ces côtés- là,
ne puiffent faire qu'une vifite
par an , dans
P'Eglife du S. Sépulchre , de même que dans
les autres Eglifes & Lieux de leurs vifites .
Les Evêques & Religieux dépendans de
l'Empereur de France , qui fe trouvent dans
notre Empire bien gardé , feront protegés
tant qu'ils fe contiendront dans leur état ;
& perfonne ne pourra les empêcher d'exer .
cer leur Rit , fuivant l'ufage , dans les Eglifes
qui font entre leurs mains , de même que
dans les autres Lieux qu'ils habitent : &
forfque nos Sujets tributaires, & les François
iront les uns chés les autres pour vente &
pour achat , & pour autres affaires , on ne
pourra pas contre la juftice , les moleſter
pour caufe de cette fréquentation.
Et étant porté par les précédentes capitulations
, qu'ils pourront lire l'Evangile dans
les bornes de leur devoir , dans leur Hôpital
de Galata ; comme cet article n'a pas été
exécuté ,
JUIN. 1742: 1061
exécuté , nous voulons qu'à l'avenir , dans
tel endroit où cet Hôpital pourra fe trou-.
ver , ils puiffent y lire l'Evangile , conformément
aux capitulations Impériales , fans
qu'ils foient inquiétés .
ART. XL. Les Priviléges accordés aux
autres Nations franques , auront lieu auffi à
l'égard des François , voulant qu'ils foiens
traités de la maniere la plus digne , vû que
l'Empereur de France eft plus ancien ami de
notre Empire , que les autres Princes.
ART. XLI. Pour tout ce qui concerne
les François , comme Ambaffadeur, Confuls ,
Drogmans ; les Négocians , Artifans & autres
qui en dépendent ; les Capitaines des
Bâtimens françois , gens de manoeuvre &
autres ; les Religieux , Evêques & autres ,
pourvû qu'ils fe tiennent dans les termes du
devoir , & qu'ils ne faffent rien qui puiffe
altérer l'amitié & les devoirs de la fincerité ,
il fera fait honneur aux préfentes capitulations
anciennes & nouvelles , & nous voulons
qu'elles foient exécutées dans tout ce
qui regarde les quatre differens Etats ci - deflus
Spécifiés : & fi l'on venoit à produire quelque
commandement contre la teneur des
articles des capitulations , foit que ces commandemens
fuffent de date anterieure ou
pofterieure , ils ne feront point exécutés
mais ils reftcront fans nulle valeur , & feront
rayés & biffés.
ART.
Kij
TABLE.
Ifcours Préliminaire , 845
Célebre Ambaffade d'un Calife à l'Empereur
Charlemagne ,
846
Soliman II . Sultan des Turcs , recherche l'amitié de
*
François I.
847.
ibid.
Traité entre Henri le Grand & Achmet I.
Ambaffade de Mahomet IV.au Roy Louis XIV.ibid.
D'Achmet III . au Roy Louis XV. par Méhemet
Effendi 848
-De Sultan Mahmud , au même Monarque, 849
Said Mehemet Pacha , &c . eft chargé de cette Ambafade
,
Détail hiftorique fur fon fujet ,
ibid.
850. &fuiv.
Remarques d'Hiftoire & de Politique à cette occafion
,
864. &fuiv.
Gabriel d'Aramont , Ambaſſadeur de France à la
! Porte fous Henri II.
866
868
869
François & Gilles de Noailles , Evêques de Dax
fous harles IX :
Chriftophe de Vento , Gentilhomme de Marfeille ,
fous Henri III.
François Savary de Breves , fous Henri IV . 871
Jean de Gontaut de Biron , Baron de Salignac , fous
le même Prince , 880
Sa Mort à Conftantinople , fon Tombeau , & c . 898
Achilles de Harlay , Marquis de Sancy , fous
Louis XIII.
900
901. 902
Les Comtes de Marcheville & de Cezy , fous le
même Regne ,
N N. de la Haye , pere & fils , fous Louis XIV . ibid.
Charles - François Olier ,Marquis de Nointel & c.903
Il renouvelle les Traités où les Capitulations en
1473.
920
Gabriel
Gabriel- Jofeph de la Vergne , Vicomte de Guilleragues
lui fuccede ,
Ses Succeffeurs jufqu'en l'année 1716.
956
917
Jean -Louis d'Uffon , Marquis de Bonnac , nommé
en 1716.
958
9,65
N. Picon , Vicomte d'Andrezel , en 1723 .
Louis Sauveur , Marquis de Villeneuve , en 1728 .
968
Il renouvelle les anciens Traités & Capitulations
en 1740 .
Il est nommé Confeiller d'Etat ,
976
ibid.
Le Marquis de Caftelane , fa nomination & fon dé-
" ibid, part en 1740 .
Suite du détail hiftorique de l'Ambaffade de Saïd
Mehemet Pacha ,
Compliment qui lui fut fait à Melun ,
Ver de M. de Bonneval ,
Vifites de l'Ambaſſadeur aux Princes ,
Compliment des Enfans de Langues ,
Réponse de l'Ambafladeur ,
976
ibid.
978
979
982
11 vifite les Manufactures des Gobelins ,
983
984
Celle de la Savonerie ,
Son Portrait en Paſtel , par M. de la Tour ,
985
986
Il va à la Bibliothéque du Roy ', 987
Repas donné aux Miniftres Etrangers , &c .
Son Voyage à Fontainebleau ,
988
989
Lettre fur une Médaille d'un célebre Interprete du
Roy ,
Etabl ffement des Enfans de Langues ,
990
1000
Aggrégation du Médecin de l'Ambaffadeur à la
Faculté de Paris ,
Etat de la Maifon de l'Ambaffadeur ,
1007
1011
Son Audience de Congé , 1015
Deux beaux Traits , 1017
Compliment fait au Roy ,
1019
Préfens du Roy pour le G. S. 1023
Pour le Grand Vifir , &c. 1029
Pour
Pour l'Ambaffadeur , &c. 1030
Départ de l'Ambaffadeur ,
Capitulations renouvellées ,
Errata du premier Volume de Juin.
1032
1033
PAS 431. ligne & Robat , l. Robart .
Age 1324. ligne pénultiéme , 1736. liſez, 1636.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 853. ligne 7. en , lifez , fur.
P. 869. l . 5. 1660. l. 1560 .
au bas.
P. 890. l. 4. & 5. l'Ambaffaeur , 1. l'Ambaffadeur.
P. 894. 1. 24. d'Afrique , i. de l'Afrique.
P. 964. 1. 12. pour , 7. à. I.
1721.
Les Médailles gravées doivent êtres placées , la
premiere , du Roy , Revers , l'Ambaffade de Mebemet
Effendi. Légende , Splendor nominis Galiici
à la page 958
La feconde , du Roy , Revers , la Médiation de
la France entre la Porte & la Mofcovie , par le
Marquis de Bonnac. Légende , Virtutis & Juftitia
fama , 1724. page 959
La troifiéme , du Roy, Revers, la Médiation de la
France entre l'Allemagne , la Ruffie & les Turcs ,
par le Marquis de Villeneuve , même Légende ,
1739.
page 977
La quatrième , de Jean- Baptifte Duval , Interprete
du Roy,
page 999
Qualité de la reconnaissance optique de caractères