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1742, 03-04
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE
AU
ROT.
MAR S.
1742 .
URICOLLIGIT
SPARGIT
P.*pillow
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT; Quai de Conty,
à la descente du Pont- Neuf.
EAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XLII.
Avec Aprobation & Privilege du
THE NEW YORK
PUBLICLIBRARY
DOCK
ASTOR, NOX AND
A VIS.
TILDEN UND DRESSE generale eft à
905Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris . Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très -inftamment , quand on adreſſe
'des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
L'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT;
MARS. 1742 .
PIECES FUGITIVES;
en Vers et en Prose.
ODE .
Les inégalités du Coeur humain ,fixées par la Foi.
T.Réfor des coeurs , Paix defirable ;
Quand viendras- tu fixer mes erreurs dans le port ?
Quand trouverai-je en toi ce calme inaltérable
Qui nous met au-deffus du fort ?
Quoi toujours, du caprice & la dupe & la proye,
Serai-je tour à tour enyvré par la joye.
A j
Et
SH⋅P
418
MERCURE.DE
FRANCE
Et déchiré par la douleur
Ciel n'eft-ce point affés ? pour comble d'infortune;
D'un bien perdu faut-il que l'image importune
M'infulte encor dans mon malheur ?
*
Quel Peuple d'ennemis barbares ,
Du fein qui les enfante ont banni le repos ?
Quoi fe difputent-ils dans leurs fureurs biſares
L'honneur de varier mes maux ?
L'ambition , l'amour , le dépit qui m'enflâme ,
Sont les Dieux ou plutôt les boureaux de mon ame,
Et fi je refpire un moment ,
Bien - tôt, cruel ennui , fuccedant à leur place ,
Tu verſes dans mon coeur un poifon qui le glace
Et le confume lentement.
*
Mais pourquoi, Fortune perfide ,
Viens-tu par de faux biens irriter mes defirs ?
Quelle honte pour moi ! ton caprice décide
De mes maux & de mes plaifirs.
Tu ſouris , & tes dons enyvrent ma ſageſſe ,
Tu frapes , & tes coups accablent ma foibleffe ;
Tout me manque avec ta faveur .
Moi-même, en y penfant, j'augmente ma torture;
Tel , & moins vif encor un feu fans nourriturę
Se dévore dans fon ardeur.
MAR S. 17427 419
Je fuis heureux , ceffons nos plaintes ,
Et fuivons du plaifir le charme tout puiſſant ;
Rien ne peut déformais par de fourdes atteintes
Renverfer mon bonheur naiſlant.
Tout eft calme au dehors , la Fortune me flate ; 1
Autour de moi la joye & la richeſſe éclate ;
Mon chemin eft femé de fleurs .
Je foupire!.. d'où vient ce changement étrange ?
Humeur, c'eft ton ouvrage, un fouffle te dérange,
Et mes ris font changés en pleurs.
*
Que ma dépendance eft cruelle !
Tout , excepté moi ſeul , peut diſpoſer de moi
Du tems, qui toujours change, image trop fidele,
Mon inconftance fuit la loi.
Plus léger que le vent , plus mobile que l'onde ,
J'abandonne au hazard ma courſe vagabonde ;
Aimable Paix , viens l'arrêter ;
Ne m'abuſai- je point d'une vaine eſpérance ›
Dans les bras de l'Orgueil , au fein de l'ignorance,
Le vrai bien peut - il habiter 2
*
Je nage dans l'incertitude ,
Et veux percer la nuit de ma fombre priſon ;
Dans un Dédale obfcur ma vive inquiétude
Ne fait qu'égarer ma raiſon ,
A iij Impétueux
410 MERCURE DE FRANCE
Impétueux , ardent , avide de lumieres ,
Je vois en frémiffant de jalouſes barrieres
Borner mon effor criminel ,
Et m'échapant du Cercle où le Deſtin m'enferme,
Je ne trouve au-delà que mille erreurs pour terme,
Et pour fruit qu'un trouble éternel.
*
Bien-tôt retombant fur moi- même ;
Je veux fonder mon coeur; & qu'y vois - je ? un cahos
Où le Ciel ne découvre à mon orgueil extrême
Que mes devoirs & mes défauts.
Là , ſon miroir en main , la vérité me preffe ;
Vainement l'amour propre opofe fon adreffe
Et veut me prêter fon bandeau.
Contre lui dans mon coeur le remord inflexible ,
Elevant contre moi fa voix incorruptible ,
Devient mon juge & mon boureau.
He
En butte à d'éternels orages ,
'Au- dedans , au dehors , je me fens combattu ;
Sauvons- nous dans le Port où regnent les vraisSages,
Le Repos y fuit la Vertu .
Hélas ! à s'égarer ma raifon toujours prête ,
Ou s'endort , ou n'opofe aux coups de la tempête
Qu'un foible & fterile travail .
Divine égalité , fans ton aide j'échoue ,
Toi
MARS. 423 1742
"
Toi feule d'un Vaiffeau' , dont l'orage fe joüe ,
Peux manier le gouvernail.
*
Mais cette égalité parfaite ,
Source des vrais plaifirs & mere de la paix ,
Dans quel afile a-t'elle établi ſa retraite ?
Nous échape- t'elle à jamais ?
M'adrefferai - je à toi , Philofophie altiere ,
Qui marches fierement à ta fauffe lumiere a
Jouet du doute & de l'erreur ,
Ton fçavoir fi vanté n'eft qu'une fauffe yvreffe j
Tu fais fous les dehors d'une auftere fageffe
Triompher l'orgueil dans mon coeur.
*
Oui , ce Monftre , de gloire avide ,
Nourri de tes leçons, n'en eft qué plus content,
Des vertus qu'il détruit fon adreffe perfide
Emprunte le mafquè éclatant.
Je n'obéis qu'à lui ; quel pénible efclavage !
Un coup d'oeil dédaigneux , le refus d'un fuffrage
M'enleve ma tranquillité ,
Et fi je foule aux pieds quelques vaines délices ,
Ma fuperbe foibleffe en fait des facrifices
Au Démon de la vanité .
*
Entre l'orgueil & la molleffe
A iiij Quet
422 MERCURE DE FRANCE
Quel fortuné Mortel a trouvé le milieu ?
C'eft celui qui , vainqueur de fa propre foibleffe ,
N'attend fa gloire que de Dieu .
Foi vive ! viens former en moi cet heureux fage ,
Tu peux feule brifer les chaînes où m'engage
Le vain plaifir , le faux honneur.
Par toi nous recouvrons la liberté fuprême ,
Et c'eft fur le mépris du monde & de nous-même
Que tu fondes notre bonheur.
*
Me trompai -je ? ta fainte flâme
Fait briller à mes yeux l'augufte vérité ;
Une invifible main rend le calme à mon ame
Et fixe mon coeur agité.
Ma raiſon ſe réveille & reprend fon empire ;
De mes fens révoltés la tyrannie expire ;
A fes pieds ils font abattus ;
Elle parle , & foudain ces Monftres indociles ,
Ces fieres paffions foûmifes & tranquiles
Laiflent triompher les vertus.
$
Grand Dieu ! jufqu'en ton Sanctuaire
La raiſon me conduit & t'écoute en tremblant ;
Refpectueufe Foi , ton voile falutaire
M'ouvre les yeux en m'aveuglant.
Envainfrémit l'orgueil qui rend à des chimeres
L'hom
MAK J. 1742. 4.23
L'hommage qu'il refuſe à d'auguftes Myfteres ,
Qu'on doit croire & non pénetrer ;
Fidele à pratiquer les Loix d'un divin Maître ,
Mon fçavoir deformais ſe borne à les connoître,
Et ma gloire à les réverer.
*
Sur les aîles de l'efpérance
Mon coeur libre, déja s'envole dans les Cieux
Dans cet afile fûr ma timide innocence
-Fuit un Monde contagieux.
Là ,mon ame à couvert du trouble , des orages,
Fixe en Dieu fes frayeurs & fes defirs volages ,
Et trouve un repos immortel .
Pour toi , Monde , je ris de ta pompe frivole ,
Et d'un pied dédaigneux renverfant ton Idole
Je la brife fur fon Autel.
SOITE
424 ME
FRANCE
ע
SUITE fin de la Differtation fur l'ancienne
Langue Gauloife.
CINQUIE'ME QUESTION..
Par quels degrés la Langue Gauloife eft tombée
dans l'oubli , & s'il en eft demeuré quelque
refte jufquà ce tems - ci ?
A
U commencement du V. Siécle , qui
étoit le tems auquel écrivoit Sévere
Sulpice , nous avons lieu de fupofer que dans
les Gaules il y avoit encore deux Langues
differentes , l'une apellée Gallicane , & l'autre
Celtique , comme nous l'aprend cet Auteur
, en faifant dire à un nommé Poftumien,
Tu verò vel Celticè vel , fi mavis , Gallicè loquere
ce qu'il apelle Langue Gallicane
étoit aparemment une Dialecte ou une corruption
de la Langue Latine , qui pouvoit
encore s'être confervée en certains Lieux de
la Gaule , & furtout parmi ceux du Plat-
Pays , comme nous voyons qu'en Afrique les
honnêtes Gens parloient Latin , en mêmetems
que les Villageois & les Peuples de la
Campagne parloient Phénicien , Langue qui
étoit celle de leurs Ancêtres , & qui s'étoit
maintenue parmi eux , felon le témoignage
de S. Auguftin en plufieurs endroits de fes
Ouvra
MARS. 17422 425
Ouvrages ; 400. ans ou environ après ce temslà
, fçavoir en 813. nous voyons qu'il y avoit
de- même en France deux diverfes Langues ,
parlées & entendues communément parmi
le Peuple ; l'une étoit apellée Langue Romaine,
Ruftique ou Payfanne, & l'autre Tudefque
ou Théotifque.
Cela paroît affés clairement par un Canon
du troifiéme Concile de Tours de la même
année 813. qui ordonne que les Evêques
choifiront à l'avenir de certains Sermons ou
Homélies des Peres , pour les réciter dans
l'Eglife ; & qu'afin que le Peuple puiffe les entendre
& en profiter , ils les feront traduire
en Langue Théotifque , apellée Thioife encore
aujourd'hui par les Flamands.
Ut eafdem Homilias , dit le Canon 17 .
quifque apertè transferre ftudeat in Rufticam
Romanam Linguam aut Theotifcam , quò faciliùs
cuncti poffint intelligere qua dicuntur.
gens
Aparemment cette Langue Romaine ou
corrompue du Latin , s'apelloit Ruftique ou
Villageoife , parce que c'étoit proprement la
Langue du menu Peuple & des bonnes
de la Campagne , au lieu que l'autre nommée
Théotifque , étoit la Langue du Prince & de
fa Cour ; étant certain que ç'a été celle de
nos Rois de la premiere & de la feconde
Race , & même celle qu'ils parloient encore
au X. Siècle , comme on peut l'aprendre de
A vj Flodoard
426 MERCURE DE FRANCE
Flodoard dans fon Hiftoire de l'Eglife dé
Rheims , Livre 4. Chap. 25. On peut voir
auffi le 3. Tome des Conciles de l'Eglife
Gallicane, page 588. dans lequel il eft raporté
que les Lettres d'Artuldus, Archevêque dè
cette Ville , ayant été lûës au Concile d'Ingelheim
, tenu en 948. on fut obligé de les
traduire en Langue Théotifque , afin qu'elles:
fuffent mieux entendues par Othon , Roy
d'Allemagne, & par Louis d'Outremer, Roy
de France , qui affiftoient au même Concile.
Or , il n'y a pas lieu de douter que ces
deux Langues Romaine & Théotifque
diftinguées fi expreffément par le Concile dé
Tours , tenu en 813. n'euffent quantité de
mots femblables & communs à l'une & à
Fautre ; mais il eft à croire auffi qu'on apelloit
Langue Romaine , celle dans laquelle
Les mots Romains ou Latins avoient le plus
de part, & qu'on apelloit auffi Langue Théotifque
celle dans laquelle les mots Germains
ou Allemands étoient les plus ordinaires &
en plus grand nombre , en telle forte qu'on
pouvoit dire que c'étoient ces mots qui compofoient
le corps de la Langue..
Ainfi la Langue Gauloife , allant tous les
jours en diminuant , ne faifoit prefque plus
de figure en fon propre Pays , & fe trouvoit
comme abſorbée dans les deux autres , qui
étoient la Romaine & la Théotifque,pendar
que
MAR S.
17427 427
que la Romaine de fon côtêprenoit toujours
de nouvelles forces , & regagnoit infenfiblementfur
la Tudefque,comme il paroît aujour
d'hui qu'elle l'a enfin effacée & abolie prefque
entierement : & auffi cette efpece de
Langue Tudefque , dont les François avoient
encore l'ufage en ce tems- là , c'est- à- dire au
IX . Siécle , fe trouvoit déja fi corrompuë &
fi abatardie parmi eux , qu'ils n'entendoient
plus , au moins communément , la véritable
Langue Tudefque , ou Germanique , qui
étoit demeurée dans fa pureté chés les Allemands
.
En effet Charles le Chauve , Roy de Fran
ce , & Loüis , fon frere , Roy de Germanie
ayant fait un Traité d'Alliance en 848. l'Hif
toire remarque que le Roy Charles , s'adref
fant au Roy Louis & aux Allemands , jura
l'obfervation de ce Traité en Langue Tudefque
& non pas en Langue Françoife , afin
que fon ferment fût entendu par les Allemands
, & que le Roy Louis , d'autre part ,
s'adreffant de même au Roy Charles & aux
François,jura le méme Traité en Langue Françoife
, & non pas en Langue Tudefque , afin
que fon ferment pût être entendu par les
François , ce qui fupofe néceffairement que
les François n'auroient pû l'entendre , s'il eût
été fait en Allemand.
Cette Obfervation Hiftorique eft , fans:
doute
428 MERCURE DE FRANCE
doute , une preuve authentique de cette vérité
, que la Langue Tudelque , qui étoit
alors en ufage & entendue communément
en France , felon le témoignage du Concile
de Tours , étoit tellement déchuë de la pureté
de fon origine , & avoit fi peu
de conformité
avec l'ancienne & vraye Langue Allemande
, ou Germanique , que cette vraye
Langue Germanique ou Tudefque étoit devenue
inintelligible & comme étrangere aux
François de ce tems-là .
Mais fi la Langue Tudefque , qu'on par
loit vulgairement en France dans ce Sièclelà
, étoit differente , comme on l'a vû , de la
pure Langue Tudefque & Allemande , elle
n'étoit pas moins éloignée auffi de l'ancienne
Langue Celtique ou Gauloife , car il eft certain
qu'en 866. la Langue des Bretons
qu'on ne doute plus avoir eté celle des anciens
Gaulois , étoit une Langue particuliere
& diftinguée de celle des François , ce qui fe
prouve par l'autorité du 3. Concile de Soiffons
de la même année 866 où il eft dit des
Bretons , entre autres choſes , que c'étoit un
Peuple different du Peuple François , & pour
'Origine & pour le Langage. Il eft donc vrai,
comme on le va voir , que le Langage des
Bretons ne fut en effet que celui des Gauloiss
il s'enfuit de - là manifeſtement , que le Langage
, qui au IX. Siècle avoit cours en Francey
MARS. 1742 429
ce ; ne pouvoit plus être celui des Gaulois
理puifque ce n'étoit pas celui des Bretons ,
comme le témoigne le même Concile de
France.
&
Ces Bretons pafferent de la Partie Méridionale
& Occidentale de la Grande -Bretagne
dans les Gaules , environ l'année 430.
s'établirent dans l'extremité Septentrionale
des mêmes Gaules , Région que nous apellons
maintenant Bretagne , du nom primitif
de ce Peuple. Le Pays étoit auparavant apellé
Armorique , parce qu'il étoit prefque tout
fitué fur les Côtes de la Mer , le mot Mor
fignifiant la Mer en ancien Gaulois .
Or , il n'eft pas étrange que ces Bretons
s'étant mêlés avec les habitans de l'Armorique
, n'ayent eû les uns & les autres qu'une
même & feule Langue , puifque ces mêmes.
Bretons , fuivant Bede , tiroient leur origine:
des mêmes Gaulois de l'Armorique , parmi
lefquels ils étoient venus s'établir , ou pour
mieux dire , fe rétablir. Inprimis , dit ce faint
& fçavant Anglois , hac Infula Britones fo
lum incolas habuit , qui de Traitu Armoricano
ut fertur , Britanniam adducti , Auftra
les fibi Partes illius vindicarunt.
Ainſi , c'eſt avec beaucoup de fondement
que les mieux fenfés & les plus habiles hommes
du fiécle paroiffent tous , ou presque
être dans ce fentiment ; que ç'a été dans
tous,
ce
430 MERCURE DE FRANCE
ce coin du Monde , aujourd'hui nomme
Bretagne , que l'ancien Langage Gaulois a
cû le bonheur , pour la plus grande partie
de fe fauver , & de recueillir , pour ainfi
dire , un affés riche débris de fon naufrage .
Beatus Renanus , Gefner , & Hotman ,
Pierre Daniel , Picard , & plufieurs autres
Auteurs , avoient avancé cette opinion avant
Camden , mais celui - ci l'éclaircit & la confirme
par un fi grand nombre d'exemples &
de raifons ,,
que le fçavant Samuel Bochart ,
qui fur ce fujet ne fait prefque que le fuivre
pas à pas , demeure d'accord qu'il a épuifé
la matiere , qu'il l'a démontrée & mife
hors d'état de pouvoir déformais fouffrir le
moindre doute.
,
Il feroit ennuyeux de détailler ici , je ne dis
pas , toute la fuite , mais la meilleure partie
de fes preuves ; il me fuffira de marquer en
gros & en paffant , qu'il nous aprend l'étymologie
des anciens noms des principaux
Fleuves , des principales Montagnes , & de
plufieurs Villès de la Gaule , en la tirant fort
heureuſement des mots Anglois ou Bretons,'
qu'il fupofe , avec grande raiſon , être des
reftes de l'ancien Langage des Gaulois , Peres
communs des Anglois & dès Bretons.
Et ce qui donne plus de couleur à cette
forte d'étymologie , eft la coûtume qu'ont
cû la plupart des anciens Peuples d'impofer
des
MARS. 1742. 431
des noms aux perfonnes & aux chofes , qui
fignifioient en la Langue du Pays les circonftances
& les qualités particulieres des
mêmes perfonnes ou des mêmes chofes , ce
qui s'eft vû plus foigneufement obfervé par
les Hebreux & par les Phéniciens , les Arabes
, les Germains & les Gaulois dont il eft
ici queſtion ; d'où vient , par exemple ,
qu'on ne peut avoir de meilleure preuve à
l'égard de nos Rois des deux premieres
Races , dont les Sujets parloient Allemand ,
qu'en faifant voir que les mêmes Rois portoient
des noms pris de l'Allemand , & qui
marquoient toujours en cette Langue quel
que chofe d'avantageux pour ceux qui les portoient
?
Sur quoi il n'eſt pas hors de propos de
raporter ici l'Avertiffement & la Regle géne
rale que nous donne le même Camden
qui eft que les mots Anglois ou François
qu'on ne peut tirer vrai femblablement du
Latin ou de l'Allemand,fe peuvent juftement
préfumer Gaulois ou Celtiques de fignification
& d'origine.
Que fi nous voulons ajoûter aux Repli
ques du vieux Langage de la Gaule , qui
fubfifte encore aujourd'hui dans la Grande
& dans la Petite Bretagne , ce qui en peut
refter dans les Ouvrages des Ecrivains Etran
gers , Grecs ou Latins , nous alleguerons en
premier
432 MERCURE DE FRANCE
,
premier lieu ce que nous lifons dans Poffidonius
, dans Strabon dans Fefte , dans
Diodore , que le mot Bardi fignifioit les
Poëtes du Pays.
Plurima fecuri fudiftis carmina Bardi ,
dit Lucain , & nous lifons dans Pline , dans
Suetone , que Alanda fignifioit une Legion ;
Dans Polybe & dans Plutarque , que Geffate
ou Gaeffate marquoit des Soldats mercenaires
, & dans Vegece , Diodore & Ifidore ;
que Spata étoit une longue épée ; dans Servius
, que le Gefe ou Gefaum des Gaulois
étoit une Lance ou un Javelot, Virgile ayant
dit :
Duo quifque Alpina coruscant
Gæfa manu.
Et dans Ifidore , Catefa étoit à peu prés
la même choſe.
Dans Hefichius , Carnom étoit une Trompette
; dans Feſte , Benna étoit un Chariot ,
& dans Servius , Effedua ou Effeda étoit la
même chofe , comme auffi Rheda , felon
Quintilien.
Dans Varron Sagum & Rheno étoit une
efpece d'habillement , auffi - bien que Bardiacus
, felon Martial . Dans Diodore , Braca
étoit des Hauts- de- chauffe , d'où eft venuë
la dénomination Gallia Bracata .
,
>
Dans Paufanias , Marc étoit un Cheval ,
&
MARS. 1742 433
& Trimarfichia une troupe de Chevaux , d'où
eft venu le mot de Maréchal , pour dire celui
qui commandoit la Cavalerie , ou qui
avoit foin de l'Ecurie du Prince ; & dans
Hefichius , Abranas fignifioit un Singe , &
Barnacas des peaux de Bouc.
Dans Clitophon , cité par Plutarque , Lug
fignifioit un Corbeau , & Dun un Lieu élevé,
d'où vient Lugdunum , Ville bâtie fur une
éminence , comme le font auffi toutes celles
de la Gaule , dont les noms fe terminoient
en Dunum.
Dans Suetone , Galba fignifioit gras ou
replet , d'où vient le nom de Galba donné
à un Empereur , qui étoit iffu de la famille
des Sulpices. Dans Diofcoride , Subites étoit
du Lierre. Dans Athenée , Corma étoit de la
Biere , dont plufieurs bûvoient au lieu de
vin. Dans Servius fur les Géorgiques , Volema
fignifioit les chofes bonnes , grandes & confiderables.
Dans Hefichius & dans Jordanes,
Leuca vouloit dire une efpace de chemin ,
Nieuë en François, & Lega en Italien , conte
nant 2. à 3000. pas .
Pour abreger , nous ne fçaurions mieux fi→
nir cette Lifte des Auteurs qui ont fait mention
de la Langue des Gaulois , que par Céfar
même, que nous voyons avoir employé dans
fes Commentaires ( L. 1. & 6. ) plufieurs
mots de la même Langue , en leur donnant
feulement
434 MERCURE DE FRANCE
feulement un air Latin , comme font ceux
de Rheda, Carra, Ambacti , Valetes , & quelques-
autres qu'il eft inutile de raporter.
SIXIE'ME QUESTION.
Quel étoit au tems de Cefar l'état des Gaules
la maniere de leur Gouvernement.
En ce tems -là toute la Gaule étoit divifée
en Etats, que Céfar , l . 1. apelle Civitates , &
les Etats en Pays , qu'il apelte Pagos , & c'eſt
en ce fens qu'il dit que P'Etat des Suiffes contenoit
en tout quatre Pays , omnis Civitas Helvetica
in quatuor Pagos divifa eft.
Les principaux de ces Peuples ou Etats
fe peuvent voir dans un feul paffage des mêmes
Commentaires , liv. vii . où Cefar raporte
le nombre des Soldats que chacun
d'eux étoit obligé de fournir dans une guerre
qu'ils fe préparoient de faire en commun ,
pour le défendre contre les Romains. Tous
ces Etats compofoient enſemble un Corps
de République ou d'Empire , qui fe gouvernoit
par les Affemblées génerales ou Etats
de toutes ces Parties : là fe réfolvoient les
affaires importantes & publiques , foit de la
guerre ou de la paix , & nous avons déja remarqué
que ces Affemblées étoient de deux
fortes , les unes Civiles & les autres Militai¬
Fes. Armatum Confilium.
N Parmi
"
MARS. 1742.
435
Parmi ces Etats , il y en avoit un qui
avoit une espece d'autorité & de commandement
fur tous les autres ; c'étoit celui des
Heduës ou Bourguignons , qui pretendoient
avoir eû de tout tems cet avantage fur le
refte de la Gaule , fi ce n'eft qu'il leur étoit
fouvent difputé par les Auvergnats & par les
Francomtois . C'eft de ces Heduës dont Cé
far difoit ( liv. 1. ) au Roy Arioviste : Quod
omni tempore totius Gallia Principatum tenuiffent,
priùs etiam quam noftram Romanam amicitiam
expetiiffent.
Mais cet honneur leur ayant depuis été
contefté par les Sequanois , qui font les
Francs Bourguignons , & par ceux d'Auvergne
, ce fut pour cela que ces deux derniers
apellerent les Allemands , lefquels prirent
de-là occafion de fe rendre les maîtres des
deux Partis , & de les réduire à une miferable
fervitude.
>
On ne voit pas bien en quoi confiftoit
proprement la puiffance des Heduës fur les
autres Peuples de la Gaule ; fi c'étoit à eux
à confirmer les Rois , les Princes , les Magiftrats
de leurs Sujets ; s'ils en tiroient des
tributs , s'ils en recevoient des ôtages pour
s'affûrer de leur obéïffance , & ainfi du refte :
mais on voit au moins que Céfar fe fert du
terme d'Empire , Imperium , pour marquer
l'autorité qu'ils avoient fur ceux qui étoient
Lous
43 MERCURE DE FRANCE

fous leur protection. Aparemment cette fuperiorité
ne s'étendoit à autre chofe · qu'à
convoquer les Etats Généraux des Gaules , à
y préfider, à en faire obferver les réfolutions,
& à commander auffi les armées en com
mun , pour la défenſe du Pays.
Et de-là vient qu'ayant eû cette prétention
d'être préferés dans la conduite des armées ;
dans le tems que toutes les Gaules fe foulewerent
contre Céfar,& la chofe ayant été mife
en déliberation dans une Affemblée Génerale,
ils témoignérent un fenfible déplaifir de ce que
de l'avis de la même Affemblée , le Commandement
des armées étoit donné à leur préju
dice à l'Auvergnat Verumgentorix, & ils crurent
même que les priver de cet avantage
dans la guerre , ce n'étoit rien moins que les
dépouiller de leur ancienne Principauté , &
les réduire à la condition commune des Provinces
de la Gaule. Magno dolore Hedui ferunt
fe dijectos Principatus queruntur Fortune
commutationem.
ils
Mais en ces rencontres , de quelque Nation
qu'cût été choiſi le Géneral d'armée ,
ne lui donnoient pas un commandement abfolu
, mais ils l'obligeoient d'avoir auprès de
lui une espece de Confeil, compofé de Commiffaires
de chaque Province , par l'avis duquel
fe devoient conduire toutes les affaires
de la guerre , iis delecti ex Civitatibus tribuuntur
MARS. 1742 437
tur , dit Céfar , quorum confilio bellum admiş
niftraretur.
C'eft ainfi que les Etats de la Gaule avoient
coûtume de fe gouverner en commun. Pour
ce qui regarde en particulier le Gouvernement
de chaque Etat , il avoit un Chef, qui,
pour l'ordinaire , portoit le nom de Roy
quoique , felon les Loix du Pays , fa Magiftrature
dût être annuelle. Deux freres ne
pouvoient l'exercer immédiatement l'un après
l'autre , comme auffi deux freres ne pouvoient
être reçûs en même tems dans le
Sénat , & le Magiftrat étant hors de Char
ge , c'étoit aux Prêtres à lui donner un Suce
ceffeur.
Ce fut le fondement de la plainte que firent
à Céfar les mêmes Hedues à l'occafion
du differend arrivé entre deux Seigneurs du
Pays , qui prétendoient à la fouveraine Magiftrature
, Summa effe , difoient-ils , in periculo
rem , quod cum finguli Magiftratus antiquitus
creari atque regiam poteftatem annuam
obtinere confuefcunt , duo Magiftratum gerant
&fe uterque Legibus creatum dicat .
Céfar décida la querelle des deux Compétiteurs
, & adjugea la Charge à celui que les
Prêtres avoient nommé , felon l'ufage des
Lieux ; comme aparemment l'Etat des
Heduës , en qualité d'Etat principal & dominant
, devoit fervir de Patron & de Mog
déle
438 MERCURE DE FRANCE
déle à tous les autres , pour l'ordre de la Po¹
lice , il eſt à croire que le même uſage qui
s'obfervoit parmi eux touchant l'Election &
le Pouvoir des Magiftrats , fe devoit auffi
pratiquer par tous les autres Etats.
Au refte , comme le tems de leur fonction
n'alloit pas au delà d'une année , il étoit bien
facile d'obferver la Loi du Pays , felon laquelle
ceux qui avoient la fouveraine Magif
trature , étoient fi étroitement obligés de réfider
fur le Lieu de leur Charge , que Céfar
même par cette raifon ne dédaigna pas de les
aller trouver en perfonne, pour pouvoir conferer
avec eux , quoiqu'il eût alors des affaires
importantes , qui ne fembloient pas le
lui devoir permettre.
C'étoit donc là l'ordinaire & la légitime
Police de la Gaule , mais comme l'ambition
& l'avarice des hommes les mettent fouvent
au- deffus des Loix , on remarque auffi que
cette forme de Gouvernement n'étoit pas
fuivie avec exactitude parmi ces Peuples ;
car,quoique la Magiftrature, qu'ils apelloient
Royauté , dût , felon les Loix , expirer avec
l'année , pluſieurs néanmoins fe la faifoient
continuer toute leur vie , d'autres même tâchoient
de la rendre héreditaire dans leur
Poftérité , de quoi nous trouvons dans Céfar
beaucoup d'exemples , qu'il feroit fuperau
de raporter.
En
MARS. 1742% 439
En effet , parmi les raifons qui rendoient
odieufe à de certains Gaulois la Domination
étrangere de Rome , ils alleguent entre autres
celle ci , que les plus puiffans de la Nation
, & fur tout ceux qui avoient de quor
lever des troupes à leurs dépens , envahiffoient
tout communément la Royauté dans
leur Pays , ce qu'ils jugeoient bien ne pouvoir
pas fi facilement leur réüffir fous l'Empire
des Romains. Ab nonnullis etiam quod
in Gallia à potentioribus atque iis qui ad conducendos
homines facultates habebant , vulgo
Regna occupabantur , qui minus facile eam rem
noftro Imperio confequi poterant, Livre ſecond .
Ainfi nous lifons dans le même Céfar d'un
nommé Celtille , pere du fameux Vercingentorix
, qui étant Prince univerfel de toute la.
Gaule , voulut s'élever encore plus haut , &
fe faire enfin reconnoître pour Roy de fon
Pays , qui étoit l'Auvergne , ce qui fit réfoudre
les Auvergnats à entreprendre fur fa perfonne
& à lui ôter la vie , pour prévenir fon
mauvais deffein. Vercingentorix , dit Céfar ,
Celtilli filius , Arvernus , &c. cujus pater.
Gallia totius Principatum obtinuerat , ob
cam caufam , quod Regnum appetebat , ab ivitate
erat interfectus. L. 7.
Cependant cette Dignité Royale , même
dans les Belges qui y paroiffoient plus accoû
tumés , ne renfermoit pas une autorité fi
B fouve
440 MERCURE DE FRANCE
fouveraine & fi abfoluë que Ambiorix, Roy
de ceux de Liege , n'ait pû dire avec vérité ,
que la Nation à laquelle il commandoit n'avoit
pas moins de pouvoir fur lui qu'il en
avoit fur elle- même . Suaque effe ejusmodi
Imperia , ut non minus haberet in ſe juris
multitudo , quam ipfe in multitudinem.
Quoiqu'il en foit de ceux qui regnoient
dans la Belgique , c'eft une chofe toute manifefte
, que ce qui donnoit le plus d'occafion
aux particuliers des autres Provinces
de s'en faire Rois , ou plutôt d'en devenir
les Tyrans , c'étoit les grands biens qu'ils y
poffedoient , & le grand nombre de créatures
qui dépendoient d'eux , & dont ils dif
pofoient à leur volonté ; de telle forte que
Je Suiffe Orgenterix ayant ramaffé de fes domeftiques
feuls , jufqu'au nombre de 10000,
& en même tems de fes débiteurs & de fes
clients une multitude aprochante , il ne lui
fut
pas difficile d'éviter de comparoître devant
fes Juges , & de fe mettre à couvert
par ce moyen de la jufte peine que fa trahifon
avoit merité .
Le fondement de cette Puiffance extraordinaire
& particuliere , que l'on peut compter
parmi les défordres les plus pernicieux
qui puiffent regner dans un Etat , eft que
tous les Peuples de l'ancienne Gaule étant
divifés , felon Céfar , ( L. 6. ) en trois Bandes
MARS. 1742
44
des ou en trois Ordres , les Prêtres , la Nobleffe
& le menu Peuple , ce troifieme Ordre
n'étoit , en effet , qu'un tas d'Efclaves
affujettis à la barbarie & à la cruauté tyrannique
des premiers.
Ceux qui compofoient ce dernier Ordre ;
étant dénués de biens & d'honneurs , abandonnés
à la difcrétion des autres , fe voyoient
contraints de chercher un Maître , qui pût
les proteger & les défendre des injures des
Puiffances : ce qui augmentant , comme à
Finfini , le pouvoir des Grands , il n'eft pas
étrange , fi fe laffant d'une condition privée ;
ils afpiroient à la Souveraineté dans leur
Patrie.
Mais comme il feroit peu raifonnable de
conclure ce Difcours par l'obfervation des
défauts de ces anciens Peuples , dont nous
tirons notre origine , il nous fiéra mieux de
le terminer par les Eloges que Céfar leur
donne , pour ce qui regarde ou la fubtilité
de leur efprit , ou la grandeur de leur courage
, ou en géneral la Puiffance de leur
Nation.
>
Il dit pour le premier, que lesGaulois avoient
un efprit vif& extraordinairement pénétrant,
Gallifumma Genus folertia. Pour le fecond
qu'on les tenoit pour les plus grands Guerriers
& les plus vaillans hommes du monde ; qui
virtute belli omnibus Gentibus præferebantur :
Bij
&
442 MERCURE DE FRANCE
& pour le dernier , il fait dire au généreur
Vercingentorix, dans une Affemblée de ceux
de la Nation , que toutes les fois que les
forces de la Gaule fe trouveroient bien unies,
toute la Terre enfemble ne feroit pas capable
de leur réfifter , cujus confenfu ne orbis
quidem Terrarum poffit obfiftere.
Mais qu'ils n'ayent pas moins fait paroître
'de prudence dans la paix que de valeur
dans la guerre, nous le pouvons recueillir de
l'extréme prudence avec laquelle ils traitoient
les affaires d'Etat, ayant pour maxime , ſuivant
Céfar ( L. 6. ) de n'en parler que dans les
Confeils deftinés à cela . Et afin d'empêcher
qu'il ne s'émût aucun trouble parmi le peuple
par le bruit & par les rumeurs que fément
d'ordinaire les efprits legers & broüillons
, leur ordre étoit que tous ceux qui auroient
apris quelque nouvelle dans le voifinage
touchant la République , fuffent obligés
d'en donner avis aux Magiftrats , qui fe
réfervoient de les fuprimer , ou d'en faire
part au Public , felon la chofe leur auroit
parû le mériter . Habent Legibus fanctum,
fi quis quid de Republicâ à finitimis rumore
aut fama acceperit , uti ad Magiftratum defe
rat , neve cum quo alio communicet , quod
fape homines temerarios atque imperitos falfis
rumoribus terreri , & ad facinus impelli , &
de fummis rebus confilium capere , cognitum
que
et
MARS. 1742
443
eft Magiftratus que vifa funt occultant qua
que effe ex ufu judicaverint multitudini produnts
EPITRE
A M..... Brigadier des Armées du Roy3
Par Mlle G ....
MufUfe , cede tes droits à la reconnoiffance ;
Sans elle le reſpect m'eût forcée au filence ;
Ma voix n'auroit ofé chanter mon Protecteur ,
Ni le peindre auffi grand qu'il eft peint dans mon
coeur ;
Ses bienfaits redoublés pour ma Famille entiere
Du langage des Dieux m'ont ouvert la carriere ;
Ce Mortel , que leurs mains ont pris foin de former ,
Soûtiendra mon génie , ayant pû l'animer ;
Comme eux, dans l'infortune, infaillible reffource ,
En prodiguant fes dons , il en cache la ſource ,
Et fon bras diftingué par cent travaux guerriers ,
En effuyant nos pleurs, cherche d'autres Lauriers.
Oui , c'eſt en mériter , d'oublier fa naiffance ,
Pour defcendre fans fafte au fein de l'indigence ;
Chés la veuve oprimée introduire l'espoir ,
C'est dans un coeur troublé raffermir le devoir.
La pitié fans foiblefle eft le fceau du courage ;
Ses effets bien placés annoncent le vrai Sage ,
Biij Et
444 MERCURE DE FRANCE
Et je vois mon Mecène unir dans ton Printems
Du Sage & du Héros les triomphes conftans ;
Nul objet étranger , nul orgueil , nulle attente ;
N'empoisonne les dons de fa main bienfaiſante ,
Et lorsqu'elle s'aplique à faire des heureux ,
Son coeur toujours égal n'eft que plus vertueux.
Connois- tu ce Portrait Damis , c'eſt ton Image ;
Daigne la recevoir comme un premier Ouvrage ,
Tu n'en rougiras point , j'arrête mon pinceau ;
Il est trop foible encor & le Sujet trop beau.
La Lettre qui fuit , eft la réponſe à la Lettre
Latine , inferée dans le Mercure du mois
de Janvier dernier , contre l'Auteur de La
Religion des Gaulois . La juftice & l'exacte
neutralité dont nous faifons profeffion , ont
exigé cela de nous ; mais nous avertiffons
c'eft la derniere fois que nous ad- pour
mettons dans ce Journal des Piéces de cet
te longueur , & écrites en cette Langue.
que
JOSEPHO Ap - Hamon , &c. Genuinis rerum
Gallicanarum Scriptoribus reconcilia
tionem.
Cùm à quindecim , ac paulo amplius ;
annis , ex quo primùm Opus infcriptum :
La Religion des Gaulois , in lucem exiit , ab
omnibus
MARS 17427 445
omnibus ferè & fingulis Europeanarum par
tium Lectoribus diligenter & jucundè , abû
à verbo jactantia , exceptum fuerit , mirare
cur tibi uni , Jofephe , nunc ferò minime
faperet , nifi adverterem omnia fcriptiuncu
læ tuæ cùm fenfa , tùm verba totidem effe
fummæ admirationis argumenta : ais enim te
effe pagi qui lingua veftra vernacula Tewednok
dicitur in Cornubia fiti incolam , & mediam
intra partem Dominum . Subdis Bona navem
alite nuperis diebus Parifiis ab aliquot
menfibus profectum in Angliam advexiffe , patria
familia percarum Confobrinum tuum
Maddernum qui ap- Gwgwn , ap - nanmor
dicitur , burriani tam vici quampagi , in veftra
, qua vernaculo Cornwal nuncupatur
idiotifmo ) Cornubia fiti Dominum. Addis nudiustertius
te adfuiffe , dum Maddernus confobrinus
ille tuus Burriani tam vici quam pagi
in veftra Cornubiafiti Dominus , indagaturus
num merces & res in arca tantifper hiante vitiate
aqua e ent , illas tribus ipfius fororibus
explicaret te autem donec ha frivolis fed pellucidis
in noftra regione fabricatis mirabunda
reculis inhierent , forte fortuna marcefcentem
inter illas operis primum fupra laudati tomum
confpicatum arripuiſſe & aperuiffe , & nefcio
quid aliud meditantem , incidiffe in quartum
fupra trigefimum Capitulum. Omnes vero , quas
in illo oculis percurrere accidit , affertiones noí
B iiij
vas
446 MERCURE DE FRANCE
vas tibi omnino , ut verum fateare , quamvis
in noftris veftrisque antiquitatibus initiato ,
infolitas , inter fe difcrepantes , nec cum fcriptorum
probata fidei teftimoniis confonantes
nec antique tam difciplina quam lingua ſuperſtitibus
adhuc apud vos veftigiis congruas vifas
effe. Paulo fupra impenfius mihi apprecaris clariores
novi , nifi falleris , aut nullins , ut pote
omnigenis farti opinionibus , inter fe non rarò
diffonis , circa antiquitates Gallicas fyftematis
probationes : ac proinde diem dicis & das
menfem ut , qua ad me tantum via fcribere tibi
fuccurrit , eadem tibi , fi aufim , refponfurus
occurram. Tandem fic Litteras ad me tuas interminando
claudis : fifex has tuas affertiones
( qua totius funt memorati tenor capituli ;
ex quo
de Capitulis non lectis fitjudicium ) idoneis
mihi démonftraveris argumentis , eris mihi
magnus Apollo , fi fecus , non gravaberis
quod noftris in elucubrationibus Gallicas , &
ideo ex parte maxima noftras antiquitates referatas
nancifci defperaverim.
Papæ ! Jofephe ap - Hamon Tennegwi pagi
qui lingua veftra vernacula Tewednok dicitur
in Cornubiafiti incola , & mediam intra partem
Domine , unde tot fales , tot lepores atque
urbanitates , quibus Epiftolam perfperfifti
tuam , accerfifti ? Hui ! quam feftive ,
ac convenienter tuum Pagi Terednokmediam
intra partem Dominium ad Madderni Burria

MARS. 1742. 447.
ni tam vici quam pagi in veftra Cornubiafiti ,
Dominium aptafti . Scite etiam narras Maddernum
illum tuum patria & familia percarum
Confobrinum Parifiis bona navis alitè profectum
ad oras veftras appuliffe. Aft nihil magis
admirationem ac rifum movet , quam falfum
illud quod ingeris , videlicet te forte fortuna
marcefcentem inter frivolas reculas primum
operis fupra laudati tomum confpicatum arripuiffe
, & aperuiffe , & nefcio quid aliud
meditantem , incidiffe in quartum fupra 30.
Cap. Aft , bone vir , qui primus fupra laudati
operis mei tomus non marcefcens , at
que affertiones quas decerpere , aut potius
concinnare , immo vero depravare libuit
non novæ omnino tibi videri potuiffent , niſi
inter evolvendum librum nefcio quid aliud
meditatus fuiffes ? Qui enim dum legunt ,
nefcio quid aliud meditantur quam quod legunt
, quidquid legunt fus deque vertunt..
2. ,י
Te autem inter legendum nefcio quid
aliud meditatum fuiffe hinc liquet : 1° . Quodi
affertiones quas mihi objicis , quafque in
quarto fupra trigefimum laudati tomi Capitulo
te legiffe fingis , nufpiam fint in ipfo
Capitulo : 2 °. Quod affertiones meas genuinas
corruperis atque adulteraveris : 3 °. Quod
à Ciceroniana latinitate difcedas , dum præpofitionem.
cum ad vocem confonans , & adi
verbum initiari præpofitionem in cum abla
By tivo
448 MERCURE DE FRANCE
·
tivo adjungis , licet utrumque vocabulum
dativo cafu gaudeat : 4° . Quod crucem mihi
aliifque , quos confulere contigit , fixeris.
quotiefcumque ftylum tuum ferreum , mentemque
obfcuriffimam affequi conatus fum :
5°. Quod ignorare te penitus cujus fim ordinis
affirmes , licet per opellæ noftræ memoratum
titulum liquido conftet me Benedictinum effe
è Congregatione Sancti Mauri : 6 °. Quod te
initiatum effe in noftris veftrifque antiquitatibus
jactites ; & tamen fub finem farraginis tuæ
ad me directa tu , ipfiffimus ille , fi qua fides
tuis verbis habenda eft , in antiquitatibus
noftris , folemniter & rite INITIATUS , parteex
maxima noftras antiquitates referatas nancifci
defperes. Vel enim noftris veftrifque antiquitatibus
initiatus reipfa es , vel non : fi primum
, fex ipfæ , quas obtrudis , affertiones.
cum tuâ prætenfa , ut ita dicam , INITIATIONE
è diametro pugnant : fi fecundùm
cùm te ipfum noftris veftrifque antiquitatibus
initiatum venditas , ipfa tua jactatio mirifice
probat te , dùm fcriberes nefcio quid
aliud meditatum fuiffe . Adde , quod etiamfi
affertiones illæ fex ; tuas ne dicam an meas
meæ quidem omnes omnino non funt :
etiamfi , in quam , affertiones illæ fex idoneis
à me tibi argumentis demonftrari non
poffent , vir cordatus & fanæ mentis defperare
minimè deberet forè apud nos plures ,
2
>
qui
MARS. 1742 449
qui eas nihil habere queftionis oftenderent.
Neu putes autem , Jofephe , me haudquaquam
moveri , quod mihi tecum certamen
inftituas , quod menfem des ut refpondeam
, quod librum à me editum Marcefcentem
dicas ; quod clariores novi , nifi falleris
, aut nullius , ut pote omnigenis farti
opinionibus inter fe non raro diffonis circa
antiquitates Gallicanas fyftematis probationes
novæ tibi , infolitæ , atque inter fe difcrepantes
vifæ fint.
Parcius ifta viris tamen objicienda memento.
Quia verò fapientibus & infipientibus debitor
fum , fingulis tuis quæftiunculis mea
fingula refponfa fubjungam. Viden , ut bene
tecum ac liberaliter agam ? Cave , tu attentè
ac diligenter refponfiones meas legas , atque
nefcio quid aliud inter legendum me
ditere.
QUESTIUNCULA I
Quî probabis Druides non nifi poft Gallorum
uxores , vel forores Principum , hac
deturbatas poteftate jus fibi arrogaviffe , de
juger , ut tuis tuam tibi verbis fententiam repræfentem,
des differens quifurvenoient entre les
Particuliers , de regler defpotiquement les inte→
rêts de la Nation , & de décider de la guerre
on de la paix qu'il falloit faire ?·
B vj RES
450 MERCURE DE FRANCE
RESPONSIO.
Tantum abeft , ut ego dixerim Druides
non nifi poft Gallorum uxores , vel forores
Principum hac deturbatas poteftate , jus dicendi
, lites dirimendi , bellum gerendi , pacemque
confirmandi ac fanciendi , fibi arrogaffe
: quin potius difertis verbis afferuerim
, Que les Gaulois n'avoient déferé tous ces
honneurs à leurs femmes , que quelques tems
avant leur premiere expedition en Italie , parce
qu'ils s'étoient bien trouvé d'avoir fuivi leurs
avis dans le feu d'une guerre civile . Ex me igitur
Gallorum matronæ jus lites dirimendi
bellum gerendi , pacemque confirmandi &
fanciendi antiquitus non obtinuerunt , fed
dumtaxat paulò antequam Galli exercitum
in Italiam educerent. Confule , Jofephe - ap-
Hamon , quæ in hac adftruendâ veritate teftimonia
adduxi ; ac tute teftis eris , me totidem
verbis Gallicis Plutarchi & Polyæni ver
reddidiffe.
ba
græca
Omitto quod altum apud me fit de Pring
cipum fororibus ,filentium.
QUEST. IL
Qui probabis Divitiacum , cùm primùm
Cefar in Galliam advenit , fupremum fuiffe
apud Heduos Magiftratum . Numquam fuiffe
bac ipfa dignitate decoratum facilius probares
MARS. 1742. 750
T
res ,
fi cordatiffimi auctoris verba cordate
perpenderes ?
RESPONSI O.
An cordatè tu cordatiores auctores perpen
deris , aut animos , fi fas ita loqui , thrafo
niores audacioresque indueris , penes cordatos
Lectores , veritatifque amantes judicium
fit. Interim Cæfarem anno U. C. juxta Va--
ronis calculum 696. primùm in Gallias adveniffe
memineris. Quis Romanum exercitum Caż
faremque cis Rhodanum primus induxit ? Ipfiflimus
Divitiacus Princepseluus,qui à popularibus
fuis , quæ imminebant , mala de
precari cupiens , in Senatum venit , rem docuits
cum quidem oblato confeffu minus fibi vindicaffet
quam dabatur,fcuto innixus peroravit( a) & impetrata
opeÆduorum res in priftinum ftatumz
reftituit. Viden hic Divitiacum nomine Principis
infigniri , in Senatum venire , rem docere
, inter Senatores confeffum obtinere !
ac impetrata ope ( quæ omnia & fingula fupremi
Magiftratûs partes funt ) Romanumr
excrcitum Cefaremque cis Rhodanum primum
inducere ? An putas , vir qui te cordatum
dicis , cordatiffimos Romanos Diviti.co
Aduo Principi inter Senatores confeffum
( qui Regibus dumtaxat dabatur ) Roma-
(a) Euménius grat. actio. ad Conftantinum Aug
cap. 3.
num
452 MERCURE DE FRANCE
num exercitum Cæfaremque confeffuros
fuiffe , nifi Divitiacus apud Eduos fupremum
Magiftratum egiffet ? Quo autem anno hæc
contigiffe certum eft Eo videlicet quo
Divitiacus Romanum exercitum , Cæfaremque
cis Rhodanum primus induxit.
Prætermitto plura Cæfaris teftimonia, quibus
conftat Divitiacum non femel apud fuos
in fupremum Magiftatum veniffe , cam ipfam
dignitatem aliis quibus favebat pro natu
impertiviffe , illumque privatum fupremis
Magiftratibus autoritate & potentia præftitiffe
. Pudet inanibus hisce ineptifque contentionibus
immorari ac diftineri.
QUEST. III ,
Qui probabis eos qui nunc Suiffes vos
Franci appellatis , antiquorum illorum effe
Helvetiorum propaginem ?
RESPON SI O.
Qui fomniafti cos quos nunc Suiffes nos
Franci appellamus antiquorum illorum Helvetiorum
ffe propaginem dicere me voluiffe ?
An cùm yos Angli hodiernos Romæ incolas
Romanos appellatis, continuò hodiernos
Romæ incolas antiquorum Romanorum effe
propaginem abs vobis dici fomniamus ? fomnia
idgenus miferabilis funt vocum aucupis..
N QUES
MAR S. 1742% 453
QUES T. IV.
Quî probabis iftius Patrem Divitiaci aliquot
annis ante Cæfaris in Galliam adven
tum Regem fuiffe Sueffionum ?
RESPONS I O..
,
Difficile dictu eft , Joſephe difertiffime
qui verba iftius tuæ Quæftiunculæ cum verbis
quæftiunculæ immediate præcedentis inter
fe cohæreant Ut ut fit , nam res non
verba moror , quæro abs te qui ipfe probares
Patrem Divitiaci Edui aliquot annis ante
Cæfaris in Galliam adventum Regem non
fuiffe Sueffionum , cùm Cæfar ( De bel. Gal.
L. 2. C. 4. ) auctor fit , fui ipfius memoria Divitiacum
Sueffonum fuiffe Regem totius Gallia:
potentiffimum : qui cùm magna partis Regionum
Gallicanarum , tum etiam Britania Imperium
obtinuerit.Porro unde obtigit Dumnorigi fras
tris Divitiaci Ædui magna illa auctoritas ,
quâ pollebat apud Sequanos ( Cæf. L. 1. C. 9.)
apud Aduos ( idem L. 1. C. 17. ) apud fini
timas provincias , maximè apud Bituriges &
Helvetios ( Idem. ibid . C. 18. ) Item Domi
atque in reliqua Gallia , ( Idem. Ibid . C. 20. )
Nifi ex Patre Divitiaco Sueffonum Rège totius:
Galliae potentiffimo , qui cum magnæ partis Regionum
Gallicanarum tum etiam Britannia:
Imperium obtinuit ? Ponderes velim , Jofephe
acutiffime
454 MERCURE DE FRANCE
acutiffime ultima ifthæc Cæfaris verba , atque
ex his rectiflime concludes : 1 °. Divitiacum
SueffonumRegem auctoritatis , quam Domi atque
in reliqua Gallia habebat, Dumnorigem filium
natu majorem hæredem moriendo reliquiffe
2 °. Divitiacum Sueffonum Regem
Divitiaci Ædui Gentilem Patrem extitiffe :
3°. Poftremo Divitiacum Dumnorigis & Divitiaci
jumioris Patrem ex Æduorum Vergobreto
ac fummo Magiftratu Sueffonum Regem
factum fuiffe, atque cùm magna partis regionum
Gallicanarum , tùm etiam Britannia imperium
obtinuiffe : tunc enim temporis Adui Celtarum
erant clariffimi , ( Mela Lib . 3. C. 2. )
ac totius Gallia potentiſſimi. ( Cæl. Lib. 1. C.
30. ) adeoque quod fumma auctoritas antiquitus
erat in Eduis , magnæque eorum erant Clientela
( Cæf. L. 6. C. 12. ) Vergobretus , fupremus
fcilicet Æduorum Magiftratus , Divitiaco
patri fuere gradus , quibus ipfe ac
lii ad fummum imperium evecti funt.
QUEST. V.
-
Quî probabis ipfum eumdem quem Divitiaco
Eduo Patrem , & Sueffionum Civitati̇
Regem imponis, omni etiam noftra Britannia
imperaffe ?
RESPONSIO.
Veritas quam hic impugnas , fat fuperque.
in refponfione mox fuperiori à me firmata
Atque adftructa eft, QUES
MAR S. 1742 :
4551
QUEST. VI .
Quî probabis Druidas nonnullos Cæfaris
ætate Regnum aut fupremam poteftatem in
fuis obtinuiffe civitatibus ?
RESPONS Í Ơ.
Conftat ex Cicerone ( de Divinat. L. 1. )
Diviacum Æduum Quinti fratris hofpitem
Laudatoremque Druidem fuiffe ; quippe qui &
natura rationem , quam Phyfiologiam Graci
appellant , notam effe fibi profitebatur & part
tim auguriis , partim conjectura que eſſent fu→
tura dicebat. Cum autem ex Cæfare & Eumenio
, in refponfione fecunda ad verbun
relatis , luce Clarius fit eumdem ipfum Divitiacum
Æduum , non folum Cafarem Roma
numque exercitum cis Rhodanum primum induxiffe
, fed etiam apud Eduos Vergobretum
extitiffe , Druidas nonnullos Cæfaris ætate
regnum aut fupremam poteftatem in fuis ob
tinuiffe Civitatibus plane compertum eft.Ver
gobretus enim apud Eduos creabatur annuus
vita necifque in fuos habebat poteftatem.
( Cæf. L. 1. C. 16. ) ut pote qui regiam po
teftatem babere confueffet . ( Idem L. 7. C. 32. )
Druides autem fe fuofque quam fæpiffime
Reges Vergobretos ac fummos Magiftratus
.in Galliis renunciaffe eo credibilius eft , quod
in aliquot , forfan omnibus , Civitatibus id
moris
458 MERCURE DE FRANCE.
moris effet , ut per Sacerdotes , Druides videlicet
, intermiffis Magiftratibus crearentur!
( Cæf. L. 7. C. 33. )
Accedit quod ( Cæf. L. 6. C. 13. ) Druidibus
præerat unus,quifummam inter eos habebat.
poteftatem hoc mortuo , fi quis ex reliquis excellebat
dignitate , fuccedebat ; at fi plures ef
fent,fuffragio Druidum adlegebatur. Nonnumquam
etiam de Principatu armis contendebant.
Qui veri Druides de Principatu armis contendere
potuiffent , nifi Regia , aut faltem fimili
poteftate potiti effent ? Quæ quidem
mirum in modum confirmantur expreffis
Dionis Chryfoftomi verbis , qui Orat 49. de
Druidum apud fuos auctoritate & difciplina
agens , Celta , inquit , fuos Philofophos Druides
vocant. Hi nimirum divinationem aliafque
fcientias artes exercent. Regibus aliquid aggredi
aut aliqua de re confilium inire non licet ,
nifi accedente Druidum voluntate & confenfu,
ita ut Druidesipfi regnare videantur. Et quamvis
Gallorum Reges in foliis regiis fedeant , ae
in domibus fplendidis habitent , atque lautiffimè
epulentur , Miniftros fe Druidum præbent , ac
illis libenter obfequuntur.
Tanta facilitate tuos fex nodos , Jofephe
quos inextricabiles rebaris , expedivi ; ut probro
& crimini ducerem effe tibi magnusApollo.
Si cujus tamen Apollinis vexatione tibi
opus eft , vexa imprimis Apollinem Pythium
,
MAR S. 1742: 457
thium , qui vaticinans docebit te , an plus
minuſve noftris veftrifque antiquitatibus initiatus
tibi videri debeas.
****************
ODE A LA VERTU.
Ille des Dieux , Reine des Sages ,
Verta , préfide à mes accens ;
Trace à mon efprit des images
Où regnent tes charmes puiflans ;
Puiffes- tu de ta douce flâme
Pénetrer aujourd'hui mon ame
Et borner à toi mes fouhaits !
De tes moindres attraits parée ,
Viens fraper ma vûë égarée ;
Je m'unis à toi pour jamais.
*
Où fuis-je ? d'étranges fantômes
S'offrent à mes fens éperdus !
A leur fuite je vois des hommes
A leur immoler affidus .
Quand de ton nom chacun ſe pare ;
Leur main pour toi d'encens avare ,
Devient prodigue à leurs Autels .
Ils apellent Vertu fuprême
Des
438 MERCURE DE FRANCE
Des penchans , qui du vice même
Empruntent leurs apas mortels.
*
Bien- tôt du flambeau qui les guide
On voit s'éclipfer les rayons ;
Oui , bien tôt leur raifon timide
Subit le joug des paffions ;
Coeurs lâches qu'enhardit le crime ,
Le forfait devient légitime
Dès qu'il feconde vos projets .
Telle , Néron ,ta main cruelle
Sçût affouvir ta foif rebelle
Du plus pur fang de tes Sujets.
*
Age heureux , où la Vertu pure
Avec l'aimable volupté
Regnoit fur nous fans impofture ,
Sans fiel , fans ftoïque fierté ;
A quoi bon rapeller tes charmes ?
Nos regrets , ainf que nos larmes ,
Seroient déformais fuperflus.
Aftrée entre les Dieux affife
Dans nos Temples n'eft plus admife ;
Les Mortels ne l'adorent plus.
*
A fa place je vois la haine
Qu'arment le fer & le poifon
Des
MAR S
45 1742
I
Des Humains cette infâme Reine ,
? A pour foûtien la Trahifon
La Calomnie au front perfide
Et la Médifance homicide
Dans fon langage concerté.
Monftres , qu'a vomi le Tartare ,
Quoi ! de votre fureur barbare
L'homme peut - il être enchanté
*
L'Orgueil , l'Ambition , l'Envie ,
Tour à tour leur donnent des loix ,
L'Avarice flétrit leur vie
Par les plus infâmes emplois.
Plutus à fes honteux Efclaves
Forge lui-même les entraves
Dont ils enchaînent les plaifirs ;
Quand à jouir tout les invite ,
Le bien qu'ils n'ont pas, les irrite
Ils fe confument en defirs.
*
Le Héros penfe que la gloire
Suplée à toutes les Vertus ;
Parmi ceux que vante l'Hiftoire ,
Qu'il en eft peu tels que Titus !
Ou tels que ce fameux Monarque , *
Louis XIV.
Qui
466 MERCURE DE FRANCE
Qui malgré la jaloufe Parque
Vivra toujours fur nos Autels ;
De leurs bienfaits la vive image ,
Leurs Vertus , mieux que leur courage ,
Rendent leur nom cher aux Mortels.
*
Un Philofophe atrabilaire
Prend pour Vertu l'aufterité ;
Fut- il adoré du vulgaire ,
Rions de fa ftupidité ;
Préferons-lui ce Sage aimable ,
Dont l'humeur gaye & plus traitable
Nous trace un fentier moins fcabreux ;
Il goûte la volupté pure ,
Soumis aux deftins fans murmure
Dans les fuccès les moins heureux .
Par M. R ** , de Lion.
COMMAR
S. 17421 461
COMPLIMENT fait à M. le Duc
DE GEVRES , à fon avenement au Gouvernement
de l'Ile de France , par les Députés
du Chapitre de l'Eglife Cathedrale de Soif
Jons.
MONSEIGNEUR ;
Quel évenement plus intéreffant pour une
Province dévouée de tout tems à fes Gouverneurs
, que celui qui vous attire aujour →
d'hui l'hommage de nos coeurs , & dont
nous avons bien fujet de nous feliciter nous
mêmes ?
Des Princes , des Heros, vous ont précedé
dans cette importante Place , & leurs bienfaits
vivront à jamais dans la mémoire de
nos Concitoyens ; par qui pouvoient-ils être
mieux remplacés au gré de nos défirs , que
par vous , M. , qui joignez aux Dignités qui
font le partage des Grands , les qualités qui
font les grands Hommes , & qui les rendent
dignes de commander aux autres ?
Je parle de cette douceur de moeurs , &
de cette aimable affabilité qui font fi puiffantes
fur les coeurs , de cette nobleffe de
fentimens qui fans fe prévaloir ni de l'éclat
du Rang , ni des prérogatives de la Naif
fance
432 MERCURE DE FRANCE

fance , fçait s'élever par la grandeur d'ame ;
& fe rabaiffer par la modeftie : je parle encore
de cette générofité fi bienfaifante
qu'elle voudroit obliger tout le monde , fi
magnifique qu'elle n'oblige jamais à demi
fi engageante qu'elle laiffe à douter de ce
qu'on doit aprétier davantage , ou , du bienfait
, ou des graces qui l'affaifonnent. C'eſt ,
M. par ces vertus d'autant plus précieuſes
qu'elles font plus rares , que vous avez réuffí
d'abord à vous concilier & l'amour des Peuples
& les bonnes graces du Souverain
c'eft fur des preuves fréquentes de la droiture
, auffi -bien de la bonté de votre
coeur , que vous joüiffez dans le monde
d'une réputation décidée , d'excellent Citoyen
, d'Ami folide , de Protecteur effentiel
, réputation flateufe pour l'homme en
place , quand il fçait penfer comme vous ;
vous la partagez avec un Prélat recommandable
d'ailleurs par tant d'endroits , & elle
femble être devenue l'apanage de votre illuftre
Maiſon.
que
Plus à portée que d'autres Peuples d'en
juger par nous-mêmes , pouvions- nous ne
pas défirer de vous apartenir par le même
titre qui vous rendoit depuis long- tems auffa
cher que refpectable à la Capitale du Royaume
? Nos voeux font accomplis ; mais finos
coeurs feront fatisfaits , en vivant fous vos
Loix 2
MARS: 1742: 463
1
Loix , le vôtre ne le fera qu'en protegeant
des Citoyens qui vous feront foumis déformais,
plus par inclination encore , que par devoir.
Le Chapitre de l'Eglife de Soiffons ,
zelé pour les intérêts de cette Capitale de
votre Gouvernement , n'a pas été des derniers
à fentir le prix de l'acquifition qu'elle
fait , & il fera le premier à lui donner en
toute occaſion l'exemple du plus refpectueux
attachement pour votre perfonne ; je ne
puis , Mgr , vous rendre que foiblement des
fentimens dont il fera toujours gloire ; par
la part qu'il prend au bonheur , à la joie de
toute la Province , jugez de fon empreffement
à mériter l'honneur de votre eftime &
de votre bienveillance.
Le Compliment fut prononcé à l'Hôtel de
Gefvres le 5. Février 1742. par M. l'Abbé de
Rofay , Grand Archidiacre, & Chanoine de
Soiffons.
****************
TRADUCTION de la VII. Ode d'Horace ,
Liv. IV. Diffugere nives , &c.
DEja la neige & les frimats
Ont abandonné nos Climats ;
Les Arbres dépouillés reprennent leur parure ,
Et les Champs deffechés , leur riante verdure ;
Voici la faifon des beaux jours
C Ой
464 MERCURE DE FRANCE
Où tout change , & les eaux qui couvroient nos
Prairies ,
Retournent dans leur lit & reprennent leur cours ,
Pour nous montrer l'émail de leurs rives fleuries.
*
Aglaia reparoît , & les Graces , fes Soeurs ,
Jointes aux Nimphes , leurs Compagnes ,
Prennent plaifir dans nos Campagnes
A former enſemble des Chours.
Tout paffe , & l'on ne voit ici bas rien de ſtable ;
En vain l'on penferoit que ceci n'eft que fable ,
Tout nous en avertit , la fuite des momens ,
Des heures & des jours & des rapides ans.
20
Le Printems défiré , qui ramene Zéphire ;
Adoucit du froid les rigueurs.;
Mais à fon tour il fe retire ,
Lorfque l'Eté par fes ardeurs
Vient le chaffer & prend fa place ,
Pour la céder enſuite à la faiſon des Fruits
Qui bientôt dans fes longues nuits
Ramene le froid & la glace.
*
Nous voyons cependant que chaque Lunaifon
Par une agréable influence
Répare les rigueurs d'une triſte ſaiſon ;
Mais
MARS.
465 1742.
Mais pour nous, il ne refte , hélas ! plus d'efperance
Quand nous avons fubi le fort
De Tullus & d'Ancus & du pieux Ænée ;
Nous ne fommes que cendre , & l'implacable Mort
Eft notre unique deſtinée.
*
Eh ! qui fçait même fi les Dieux
Qui reglent notre fort dans le féjour des Cieux ,
Voulant fixer ici le cours de vos années ,
Feront luire pour vous encor quelques journées ?
Vous n'êtes fûr que du préfent ,
Et puifqu'il fuit d'un vol rapide ,
Diſpoſez de vos biens ; votre héritier avide
Les verra dans les mains; qui fçait en quel inſtant ? ´
11
*
Lorſque la Parque inexorable
A coupé le fil de nos jours ,
Et que Minos, Juge implacable ,
Nous voit dans fes affreux féjours ,
porte fans retour un Arrêt éternel ,
Ni la Vertu , ni l'Eloquence ,
Ni le haut rang , ni l'opulence ,
Non , rien ne peut échir ce Monarque cruel.
*
Non , Torquatus , n'en doutez plus ;
Les voeux de Diane elle- même
C ij Ne
466 MERCURE DE FRANCE
Ne furent- ils pas ſuperflus ?
En vain elle voulut changer l'Arrêt fuprême
Que le fier Juge des Enfers
Porta contre Hypolite ; en vain auffi Theſée ,
Lorſqu'il vit fa chaîne briſée ,
De fon plus cher ami voulut rompre les fers.
EXTRAIT de la Differtation que M. de
Moncrif a lû à l'Affemblée publique de
l'Académie Fançoife le 10. Mars 1742. jour
de la Réception de M. l'Abbé de Saint Cyr.
Cette Differtation a pour titre, qu'on ne peut,
ni qu'on ne doitfixer une Langue vivante.
و ر

"
Q
Uand une Langue vivante eft devenuë
affés féconde pour fervir heu
» reuſement à compofer des Ouvrages dans
» tous les genres , il femble que fi on pou-
» voit alors la garantir de toute variation , ce
»feroit la perfectionner & en même -tems
» faciliter les progrès de l'efprit.
Voila les deux objets qui font la matiere
de cette Differtation . M. de Moncrif, pour
aprofondir s'il eft poffible & s'il feroit utile
d'arrêter les variations qu'éprouve fans ceffe
une Langue vivante, remonte aux differentes
fources de ces variations. » La connoiffance
des caufes , dit-il , épargne quelquefois la
" peine
1
MAR S.
1742 467
peine inutile de fe révolter contre les effets .
Deux principes d'où naiffent les variations
de toute Langue vivante ; l'un la nature do
Pefprit en géneral ; l'autre la nature de la
Langue même. » Je regarde, continuë M. de
» Moncrif, comme des changemens dépen-
» dans de la nature de notre efprit , les ac-
» croiffemens & les retranchemens dont une
» Langue eft fufceptible par raport aux idées ,
» c'est -à- dire à la fignification & au nombre
» des mots qui la compofent. Les changemens
nés de la Langue même, regardent cerraines
conftructions ; la prononciation &
l'Orthographe.
De ces augmentations il y en a d'utiles , il
y en a de vicieuſes . Les premieres ne naiſſent
en quelque forte que du progrès de l'efprit ;
» à mesure que nous acquerons des lumieres ,
» ou que nous embraffons de nouvelles vûës,
» il eft naturel que l'art de rendre les penfées
» s'étende & fe perfectionne . De- là des mots
qui manquoient à la Langue , d'autres qui
font pris dans une fignification plus étenduë
& même nouvelle ; & ces differentes
acquifitions que fait la Langue , font
ici marquées par des exemples , ainfi que
les nouveautés introduites dans la Langue
, par la vogue où ſe trouvent tour à
tour certaines connoiffances , telles que la
Phyfique , la Poëfie, & autres.
C iij Des
468 MERCURE DE FRANCE
Des acquifitions nuifibles à la Langue , les
unes font feulement inutiles , d'autres font à
la fois inutiles & vicieufes.
Mais quelles font les fources de ces differentes
erreurs ? Parmi celles dont M. de M.
fait l'énumération , il remarque particulierement
celle - ci : » De certaines gens , dit- il ,
>> aimeront à écrire ou à fe faire écouter
» quoiqu'ils fe fentent une certaine ſtérilité
» de penſées. D'autres , capables de penfer ,
parce qu'ils ont effectivement de l'efprit ,
» auront malheureuſement auffi l'ambition
» de montrer de l'efprit fans ceffe , ils en étaleront
jufques dans les chofes qui ne font
» bien dites qu'autant qu'on les dit avc fim-
» plicité. Quelle eft leur refſource , ou plu
» tôt le piége où leur amour propre les fait
» tomber ? Ils fe rejettent fur les mots , ils en
» détournent , ils en forcent le fens , ou bien
ils affocient des expreffions , étonnées, com-
» me l'a dit un Auteur, de fe trouver enfemble.
Que gagnent- ils à fe permettre de tel-
» les affectations ? d'être fouvent obſcurs
» toujours infuportables , à moins qu'ils ne pa-
» roiffent ridicules .
Toutes ces differentes fources fe réduifent
à deux principales , qui fubfifteront toujours
parmi les hommes ; en effet c'eft de ce que les
uns ont beaucoup d'efprit & les autres trop
peu , que naiffent & naîtront toutes les augmentations
MARS. 1742: 469
mentations favorables ou contraires à la perfection
du Langage ; mais avec cette difference
, que les nouveautés utiles s'accréditeront
, quelqu'obftacle qu'on leur opoſe , &
que les nouveautés du genre opofé n'auront,
pour le plus grand nombre , qu'un regne
peu de durée. » Le caprice ou l'amour propre
les produit , le ridicule les accompagne
» & le bon fens les fait difparoître.
»
de
M. de M. dévelope enfuite comment certaines
expreffions long- tems ufitées , prennent
quelquefois un air furanné qui les fait
bannir du Langage . Il démêle auffi quels
font les changemens dont le principe eft dans
la Langue même.
Toute Langue vivante étant par fa nature
même & par celle de notre efprit , fujette à
varier fans ceffe , n'eft-il aucun moyen d'arrêter
cette inftabilité ? Ne pourrions - nous
point, à l'exemple des Italiens , confacrer les
expreffions , les tours qu'auroient employés
ceux de nos Ecrivains qui font géneralement
eftimés ? On adopteroit dans la fuite toutcs
les nouveautés qu'un uſage conftant auroit
ajoûtées au Langage ; ainfi on acquereroit
toujours & on ne perdroit jamais . M. de
Moncrif fait voir que cette convention ne
feroit que d'une utilité aparente, & qu'à beaucoup
d'égards on ne pourroit pas la fuivre.1 °.
Comme il n'y a prefque point d'Auteurs qui
Cij
n'ayent
470 MERCURE DE FRANCE
n'ayent facrifié quelquefois l'exactitude pour
mettre plus de grace , il faudroit ou donner
leurs fautes comme des exemples à fuivre ,
ou les déclarer fautes effectivement ; & ce
feroit dégrader ces Auteurs d'un côté , tandis
qu'on les éleveroit de l'autre . 2 °. Comme
Ia Langue ne fe trouveroit pas compriſe entierement
dans les Auteurs qui feroient donnés
pour modéles, fi ce qui manqueroit à la Langue
fe trouvoit dans des Ecrivains fans autorité
, de quel droit l'employeroit- on ? Ainfi
nouvelles fources d'incertitudes & par conféquent
d'erreurs. 3 °. On n'empêcheroit pas
que les mots employés dans les Livres Claffiques
ne vieilliffent ou ne reçûffent quelque
fignification détournée & quelquefois licencieufe.
Par raport aux expreffions de ce dernier
genre , il ne faut que fe rapeller quatre
Vers d'un Poëte (a) dont les Ouvrages feront
immortels à tout autre égard.
Dis-moi donc lorſqu'Othon s'eft offert à Camile ,
A- t'il été contraint a- t'elle été facile ?
» La deſtinée des mots , continuë M. de
» M. dépend originairement d'une Loi qui
» affujettit les Ecrivains même , Loi abfoluë
» dès qu'elle s'eft conftamment manifeftée ,
>> en un mot elle dépend de l'ufage . L'uſage
» ajoûte notre Auteur, à le définir par raport à
(a) Pierre Corneille.
» la
MARS . 1742. 471
laLan-gue ,fuivant l'idée vague qu'on s'en fait
» ordinairement, ne feroit qu'une espece d'E-
» nigme qui reffembleroit affés à un Portrait
» des modes . . .. Mais l'uſage bien examiné
» n'eftpas une convention arbitraire ; l'uſage ,
» dit M. de Fontenelle, ( a ) eft l'effet d'une Métaphyfique
fort fubtile , ignorée du plus grand
nombre de ceux qui lafuivent , & qui cependant
leurfait adopter,dans la maniere derendre
les idées , ce qui eft le plus conforme aux idées
naturelles de la plus grande partie des efprits.
Mais par quelles voyes l'ufage s'établit- il ?
M. de M. en trouve deux ; les Livres & la
Converfation , fortifianr fon opinion de l'autorité
de M. Loke ; (b ) il expofe quelle partie
du Langage fe forme dans les Livres , telle
que les termes qui fervent particulierement
à la Philofophie , ainfi que les expreffions
& les figures réfervées à la Poëfie & à la haute
Eloquence ; & quelle autre partie du Langage
reçoit la loi de l'ufage qu'en font les gens du
monde. M. de M. fait voir que c'eft prefque
toujours par une fuite de ce même ufage
» que le Langage ordinaire acquiert ces gra-
>> ces & cette décence que la politeffe de l'ef
prit fçait feule lui donner.
20
4°. Qu'il y a dans la Langue Françoife plu--
(a) Dans fon Difcours à l'Académie le jour de
S. Louis 1741 .
(b) Dans le Chap, où il traite de l'usage des mots
Cy fieurss
472 MERCURE DE FRANCE
fieurs fortes d'Ecrits , dont le mérite dépend
en grande partie de la diction , & que cette
diction tient à beaucoup d'égards au Langage
que parlent les gens du monde, qui par conféquent
Juges très - compétans de ces fortes
d'Ouvrages , contribuent beaucoup à les
établir ou à les faire tomber , & forcent ainfi
quiconque veut écrire , à n'employer plus
les mots qui , felon leur idée , ont pris une
fignification nouvelle , un air d'ancienneté ,
de familiarité , ou d'indécence .
5°. Qu'à fupofer que la Convention dont il
s'agit pourroit être établie & gardée , il eft
important d'examiner fi elle feroit favorable
au progrès de l'efprit. M. de M. penſe qu'il
faut bien fe garder d'accoûtumer les jeunes
gens à regarder comme toujours préferable
la maniere de s'exprimer des Auteurs qui
ont mérité l'eftime de leur fiécle. » Il en est
» fouvent , dit- il , de l'imitation au fujet de
» l'efprit , comme de certaines adoptions qui
>> regardent la figure. Que quelqu'un , natu-
» rellement dénué de graces , s'étudie à imi-
» ter le maintien & les actions d'une de ces
>> perfonnes heureufes , qui n'ont qu'à fe
» montrer pour plaire , parvient- il enfin à
faifir, à s'aproprier ce qu'il cherche ? Non,
» il trouve feulement le plus für moyen de
» faire mieux fentir ce qui lui manque.
Puifqu'on ne peut & qu'on ne doit fixer une
Langue
MAR S. 1742. 473
Langue vivante , par quel moyen décider les
doutes que font naître les variations perpétuelles
qu'une Langue éprouve ? Voici comment
M. de M. éclaircit cette queſtion , &
c'eft ainfi qu'il termine fa Differtation, »> Une
Obfervation affiduë de tous les change-
» mens d'une Langue , afin de ne pas con-
» fondre ceux qui n'ont qu'une vogue paffa-
»
gere avec ceux que la Langue reçoit réel-
» lement , eft le moyen unique & néceſſaire
» de rendre compte dans de certains interva-
» les de tems , de l'état actuel de la Langue,
» d'éclairer par conféquent les Ecrivains qui
» doutent , & confirmer dans leur opinion
» ceux qui font inftruits ; c'eft alors leur don-
» ner lieu de faire ufage de leur efprit, & non
» les affujettir à n'employer que celui des au-
» tres . Rien de fi indiſpenſable , fans doute ,
>>
ود
par raport à une Langue morte , que des
» Auteurs propofés pour modéles ; tout le fe-
» cret de la Langue réfide en eux ; mais le Gé-
> nie d'une Langue vivante eft répandu dans
» tous les efprits qui fçavent penfer & qui la
» cultivent. Des principes,& l'ufage,voilà les
guides néceffaires à l'imagination . Toute
>> Méthode qui l'afferviroit fans ceffe , ne pour-
» roit que la glacer ; à force de la regler on
» finiroit par la détruire . Il réfulte donc qu'en
>> renfermant la Langue dans de certaines bor-
» nes, on en donneroit en même- tems à lef
» prit. C vj LA
474 MERCURE DE FRANCE
*******************
Que
LA SAGESSE ,
O D E.
Ue l'homme durant fa vie
Souffre de flux & reflux !
Tantôt fa fureur impie
L'arme contre les vertus ;
Tantôt plein d'un feu célefte
Son coeur condamne & détefte
Ce qui l'avoit fçû charmer
Mais toujours en proye au vice ,
Il quitte au moindre caprice
Ce qu'il promettoit d'aimer..
*
De notre foible nature
Tels font les triftes malheurs ;
Paitris de fange & d'ordure ,
Nous en fentons les vapeurs
En vain la raiſon éclaire ›
L'homme toujours téméraire
Prétend fuivre ſon penchant
S'il veut éviter l'abîme ,
L'attrait féducteur du crime
L'y replonge au même inſtant..
Dans
MARS. 475 1742 .
Dans cette route incertaine
Serez- vous toujours errans ,
Vous que l'inconftance entraîne
Vers mille objets differens ?
Aux leçons de la Sageffe
Ouvrez l'oreille fans ceffe ,
Et nourriffez- en vos coeurs ;
C'est une célefte flâme ,
Qui pénetrant dans votre ame
En guérira les langueurs.
Sous tes yeux , fage Déeffe ,
Oui , nous bravons les défirs ;
En vain la folle Jeuneffe
Veut nous vanter fes plaifirs
En vain l'orgueil , l'opulence ,
L'avarice , la puiſſance ,
S'ornent de riches couleurs ,
Infenfibles à leurs charmes ,>
2
Nous avons toujours des armes
Pour démafquer leurs horreurs.
*
Que l'inconftance du monde
Pouffe contre nous fes flots ,
Au fein même de fon Onde
Nous trouvons notre repos ;
L'afpect d'un foudain pauffrage ,
2
Que
476 MERCURE DE FRANCE
Que quelque vent nous préſage ,
Ne trouble jamais nos coeurs ;
Nous fommes toujours les mêmes
Sous l'éclat des Diadêmes
Ou dans le fein des malheurs.
*
Si le hazard nous fait naître
Dans le fafte & les honneurs ,
Tes leçons nous font connoître
Le danger de ces douceurs ;
D'une main habile & fûre
Tu fçais faire la peinture
De l'éclat qui nous féduit
Heureux , nos coeurs folides
Méprifent les biens perfides ,
Où la grandeur nous conduit !
Ainfi fans tes Loix aimables
Sageffe , l'homme incertain ,
Des plaifirs vrais & durables
Ofe fe flater en vain ,
Sa funefte pente aux crimes
Ne forge que des maximes
Contraires à fon repos` ;
Mais fi ta voix falutaire
Rapelle ce téméraire ,
Elle en fait un vrai Héros.
2
Alors
MARS. 1742 477
Alors , méprifant du vice
La frauduleufe équité ,
Jamais la noire injuſtice
Ne fouille fa pureté ;
L'amour propre ,
vengeance ,
la
Et la coupable licence
N'empoiſonnent plus fes fens ,
11 vit fans inquietude ,
Et fait fon unique étude
D'avoir des jours innocens.
Ses Jugemens équitables
Protegent la vérité
Contre les traits redoutables
De la vaine iniquité.
L'orphelin & le pupile
Chés lui trouvent un afile ,
Et le pauvre un défenſeur ;
Le crime fuit fa préfence ,
Et la timide innocence
N'y craint point le raviſſeur.
Par unjeune homme de Chartres.
DIS
478 MERCURE DE FRANCE
DISSERTATION fur l'Evêque
Leonce , à qui Caffien adreffa fes premieres
Conférences.
E Deffein que je me propofe dans cette
Differtation paroîtra peut - être une idée
que l'amour de la Patrie à fait naître , furtout
à ceux qui fe laiffent entraîner par le plus
grand nombre, des Auteurs , & qui ne fçauroient
croire qu'il y ait de l'erreur dans ce qui
fe trouve prefque géneralement fuivi ; telle
eft l'opinion que j'entreprens de combattre; on
a toujours crû que l'Evêque Leonce , à qui
Caffien adreffa fes premieres Conférences ,
étoit Evêque de Fréjus , & cette prévention
a fi fort prévalu , qu'on ne s'avife plus de
former le moindre doute pour l'examiner
de plus près. C'eſt ce que j'ai fait avec beaucoup
d'attention , & il m'a parû fur le propre
Texte de l'Auteur , que le Leonce dont
parle Caffien , ne doit pas être l'Evêque de
Fréjus , mais plûtôt un Evêque d'Apt , du
même nom de Leonce.
Avant que d'entrer
en matiere
il eft néceffaire
, pour
mettre
le Lecteur
au fait , & pour
donner
un plus grand
jour aux
preuves
que
nous
fournirons
dans la fuite , d'expofer
les
raifons
MARS. 1742. 479
raifons qui porterent l'Abbé Caffien à compofer
les douze Livres de l'Inftitut des Moines
, qu'il dédia à S. Caftor , Evêque d'Apt','
& fes dix premieres Conférences qui n'en
étoient qu'une fuite , à Leonce Evêque , &
à Hellade Abbé . Avant l'arrivée de Caffien à
Marſeille , S. Caftor , originaire de Nifmes
avoit fondéun Monaftere dans un Lieu qui lui
apartenoit , (a ) in quodamfuijuris agello Ecclefiam
S. Fauftini adificavit . Ce Lieu eft apellé
Manancha dans une Vie mff. de S. Caftor, que
nous fuivons ici , & dont nous marquerons
l'ancienneté dans la fuite , Caftor veròfuper
ipfum Manancha oppidum Monafterium adificavit
or où étoit ce Lieu nommé Manancha
? c'eft ce que perfonne n'a encore découvert
; tous ceux qui ont parlé du Monaftére
de S. Caftor fe font perfuadés qu'il devoit
être dans le Diocéfe de Nifmes en Languedoc
, fur cet unique fondement que le
Saint en étoit originaire , autre circonftance
qu'on n'a pû fçavoir que par nos anciennes
Legendes , vifiblement tirées de la Vie "mff.
Caftoris Nemanfencis ; mais il eft clairement
prouvé dans le même endroit , que ce Lieu
devoit être au voifinage d'Apt ; & , de la ma
niere qu'il y eft défigné , ce ne peut être que
la peti e Ville de Menerbe , fituée au pied
du Leberon , comme nous verrons ci - après.
(a)Ancien Martyrologe de l'Eglife d'Apt.
Cafton
48% MERCURE DE FRANCE
Caftor gouvernoit donc faintement fes
Moines en qualité d'Abbé , lorfque Caffien
arriva à Marſeille en 409. après la prife de
Rome par Alaric ; l'expérience qu'il s'étoit
acquife par un long commerce avec les anciens
Cénobites de la Paleſtine , le rendirent
bientôt fameux dans nos Contrées , où la
retraite de S. Honorat dans l'Ile de Lérins
avoit infpiré ce goût de la folitude
, qui fit en peu de tems un fi grand
progrès , qu'on comptoit plus de cinq mille
Moines , fous la direction de l'Abbé Caffien.
>
Le défir de perfectionner fon Inftitut obligea
Caftor de l'adreffer à ce nouveau Maître
, pour être inftruit de l'ordre qui s'obfervoit
dans ces fameufes Solitudes , que
Caffien avoit fréquentées , & qu'on regardoit
dans les Gaules comme le centre de la
régularité ; il lui écrivit fur ce fujet , & ce
fût à fa priere que fous le titre de Speculum
Monachorum , Caffien compofa un Traité
de la vie des Moines d'Orient , pour fervir
de regle à ceux qui s'étoient mis fous la difcipline
de Caftor.
Sur ces entrefaites S. Quintin , Evêque
d'Apt , vint vers 410. à déceder ; l'éminente
vertu de l'Abbé Caftor s'étoit répandue dans
le voisinage ; il gouvernoit fes Moines avec
tant de fagefle & de fainteté, qu'il étoit regardé
luiMARS.*
1742: 48 *
lui -même comme une perfonne viſiblement
animée de l'efprit de Dieu . Dans cette univerfelle
prévention le Clergé & le Peuple
d'Apt coururent en foule à Manancha ;
pour
l'enlever de fa Solitude , & le mettre
fur le Siege Epifcopal de leur Ville ; ils eurent
beaucoup de peine à obtenir fon confentement
; il demanda du tems pour fe
confulter , & dans cet intervale il alla fe cacher
dans une caverne de la Montagne du
Leberon , dans le deffein d'y demeurer inconnu
juſques à ce qu'on eût élû un autre
Evêque , (b ) Statim latebram Lebredonis
montis expetiit , ibique in quodam foramine
latitare difpofuit donec alius in Aptenfem ordinaretur
Epifcopum mais on l'en arracha
avec quelque efpece de violence quand on
l'eut découvert , & il fut mené en triomphe
dans la Ville , igitur Aptenfis Ecclefie Beato
Quintino Pontifice ad caleftia tranfmigrato
Clerus & Populus ejufdem Civitatis unanimiter
hunc beatum Caftoremfibi eligunt in Pafto
rem ; il voulut alors faire nommer un autre
Abbé pour régir l'Abbaye , mais les Moines
s'y opoferent , & le prierent avec tant de
larmes de continuer lui-même à les diriger ,
qu'il fe rendit enfin à leurs preffantes follicitations.
Cum itaque in ejufdem Monafterii re-
:
(b) L'endroit s'apelle encore la Grotte de San
Capré , en Langue vulgaire.
gimine
482 MERCURE DE FRANCE
gimine fuccefforem fibi niteretur conftituere
contradicentibus , imò lacrymofis præcibus obfecrantibus
Monachis , & ejufdem loci Pontifice
jubente, quodammodo fibi compulfus eft retinere.
Ceci doit être arrivé vers l'an 411. ou 412 .
Deux ou trois années après fon exaltation au
Siege d'Apt Caftor reçut lesdouze Livres de
l'Inftitut des Moines , & des huit vicès capitaux
, que Caffien avoit compofés à fa prierez
il établit alors l'Inftitut Caffianite dans fon
Monaftére , & il eft très - probable qu'il s'y
foûmit lui - même avec fes Prêtres , autant
que les fonctions de fon miniftére , & la vie
active du Clergé pouvoient le permettre ,fe
fuofque his fubegit difciplinis , dit l'article qui
le concerne dans l'ancien Martyrologe de
P'Eglife d'Apt , Ouvrage que d'habiles Critiques
ont reconnu pour le moins du huitiéme
fiécle , c'est à dire , qu'il rendit fon Clergé
régulier , & c'eft pour cela , fans doute , que
fes Prêtres font apellés Religiofi Viri en deux
ou trois endroits de la vie manufcrite , d'où il
eft à préfumer qu'ils avoient embraffé la
régularité ; le nom de Monaftéres , que de
très - anciens titres donnent à ces Communautés
de Chanoines , qui s'étoient entiérement
féparés des Laïques , pour vivre réguliérement
, & dans une entiere desapropriation
de toutes chofes , eft en quelque
maniere une preuve qui autorife cette opinion
,
MARS. 1742. 48
nion ; du moins eft- il certain que Caſtor
n'étoit pas Evêque quand il écrivit à Caffien,
puifqu'il n'en prend pas la qualité , & qu'il
étoit revêtu de l'Epifcopat , lorfqu'il reçût
la réponſe de cet Abbé : ce ne peut donc
être que pofterieurement qu'il fit embraffer
à fes Moines la forme de vie qui lui étoit
marquée dans l'Ouvrage que Caffien lui avoit
adreffé , & qu'il en prit pour lui & pour fes
Prêtres , ce qui pouvoit convenir à leur état ;
la Tradition porte qu'il attira auffi dans fa
Ville Epifcopale quelques uns des mêmes
Moines , auxquels il donna une Eglife fous
le titre de S. Bachi , joignant fon Chapitre
ce Fait n'eft pas raporté dans la vie mff. mais
il ſemble infinué par ces paroles de Caſſien
in Provincia fiquidem tua Coenobiorum expertè
Orientalium , maximeque Ægyptiorum volens
inftituta fundare , & dans un autre endroit ,'
in novello Monafterio. Tout cela femble défigner
une Maifon feulement projettée , differente
de celle de Manancha , in Provincia
quidem tua , dit Caffien , c'eft- à - dire dans
e Diocéfe de Caftor , & l'ancienne étoit
lans le Diocéfe de Cavaillon comme
l a été remarqué plus haut ; ce n'eft pas que
a proximité de l'Abbaye de Manancha n'ait
û caufer la méprife de Caffien , elle n'étoit
loignée de la Ville d'Apt que d'environ
leux petites lieuës , S. Caftor y alloit fou-
,
vent
484 MERCURE DE FRANCE
vent célebrer les faints Myfteres , & revenoit
le même jour dans fon Eglife , aliquando
idem adcelebranda divina Mifteria confuetudine
horis nocturnis adire difponeret : il paffoit
par Bonieux , Sub Caftro Bonilis ; c'eft le
chemin pour aller d'Apt à Menerbe ; enfin
le quartier où elle étoit , & où il refte quelques
anciennes Mafures , s'apelle encore Manancüegno
, mot viſiblement dérivé de Ma
nancha. On y a bâti depuis quelques fiecles
une Eglife fous le titre de S. Etienne , premier
Martyr , ce qui a fait croire que c'étoit
l'ancien titre de l'Abbaye , & cela eſt ainſi
écrit dans les anciens Bréviaires de l'Eglife
d'Apt, mais le Martyrologe doit prévaloir ; il
y eft dit que l'Abbaye étoit dédiée à S. Fauftin
: In quodam fui juris agello Sancti Fauſtini
Ecclefiam conftruxit . En voilà affés pour confondre
ceux , qui fans fondement & fans aucune
preuve , placent gratuitement l'Abbaye
de S. Caftor dans le Diocèfe de Nîmes ces
éclairciffemens étoient néceffaires pour l'intelligence
de ce qui reste à dire.
Les chofes étoient en cet état lorfque Dieu
apella Caftor à lui ; ce fut le 21. Septembre
de l'an 419. qu'il alla recevoir dans le Ciel
la Couronne de gloire que Dieu deſtine à
ceux qui l'ont fidellement fervi ; la vie qui
nous en refte, met la mort du Saint Prelat en
l'année précedente , computantur à conditione
mundi
MARS. 1742 485
.
mundi ufque ad ejus obitum ( c ) V. millia D.'
C. XVII . Epoque qui ne revient qu'à l'année
418. felon le Martyrologe Romain , où
l'ancienne maniere de compter , qu'on a fuivie
dans ce Martyrologe , mais il eft fans
doute arrivé que le Copiſte a oublié un nombre
, & qu'au lieu de D. C. XVIII . il n'a mis
que D. C. XVII. De fi petites omiffions &
même de beaucoup plus confidérables , fe
font très facilement par ceux qui tranſcrivent
les anciens originaux ; la Lettre que le Pape
Boniface écrivit aux Evêques des Gaules
touchant Maxime , Evêque de Valence , eft
adreffée Patroclo , Hilario , Caftorio , Leontio
, fub die Idus Junias Monaxio Confule , ce
qui tombe au mois de Juin de l'an 419. ainfi
la mort de Saint Caftor énoncée dans cette
Lettre fe trouveroit pofterieure d'un an à la
date de la vie mff, mais en rétabliffant l'omiſſion
qui n'eft que d'une année , elle
no en marque précisément le tems : Il ne
feroit fi aifé d'excufer l'Auteur de cette
pas
vie , fi l'on devoit mettre fur fon compte
l'erreur qui fe trouve au regne de l'Empereur,'
qu'on y fupofe être Arcade , qui étoit mort
dès l'an 408. mais nous verrons bien- tôt que
ce doit être ici une addition de l'Interpola

(c) Cette Chronologie eft tirée d'Eufebe de Cefarée ;
qui met la Naiffance de Jesus - Chrift en l'an du Monde
$ 199.
reur
486 MERCURE DE FRANCE
teur, qui n'ayant point trouvé de regne dans
Foriginal , mit Arcade de fon chef.
La vie de Saint Caftor étoit originairement
écrite en vieux langage Gaulois , in Gallicano
cothurne. Raymond Bot , qui fût enfuite
Evêque d'Apt , la trouva dans les Archives
de fon Chapitre, lorſqu'il n'étoit encore que
Chanoine , c'eft - à- dire avant l'an 1275. & la
mit en Latin , l'original s'eft perdu , & il ne
nous refte plus que la traduction de Raymond
Bot ; cependant on ne doit point
foupçonner un homme fi refpectable , dont
les titres de fon tems parlent avec éloge , d'avoir
rien alteré dans les principaux Faits ; il
pourroit avoir changé ou ajoûté le regne
de
I'Empereur , à l'exemple de plufieurs Auteurs
qui , en publiant les vies des Saints , fe font
donné fouvent la liberté de changer les
noms & les dates des Confuls & des Empereurs
, qui fe trouvoient dans ces anciennes
pieces , & qu'ils prenoient pour des fautes ;
c'eft pour cela que les Antiquaires ne font
pas grand fondement fur les caractéres des
tems marqués dans les vies des Saints qui
ont été interpolées , fans pourtant en rejetter
le fonds ; & en effet , il eft très - probable
que l'erreur qui fe trouve à l'égard du regne
dans celle de Saint Caftor , doit être imputée
au Traducteur , puiſque cette date n'eft point
marquée dans l'ancien Martyrologe , quoique
MAR S. 1742. 487
que
l'article
de Saint Caftor fous le 11. des
Calendes
d'Octobre
, ait été tiré prefque
mot à mot de la Vie manufcrite
, comme
il eft
infinué par ces paroles
qui en font la con- clufion , In cautustalibus
ut brevi exaratum eft ftilo vitam ducensftudiis apud eandem civi- tatem beato fine quievit in pace ; d'où il réſulte que fi le Regne de l'Empereur
avoit été ori- ginairement
dans la Vie , on ne l'auroit
pas omis dans le Martyrologe
, & il eft encore à remarquer
que la Vie eft conféquemment
plus ancienne
, & qu'on doit la porter
jufques
au - delà de l'an 760. par la raiſon que le
Martyrologe
ne fçauroit
être mis au- deffous," puifque
tous les Saints pofterieurs
au Pape Zacharie
y font ajoûtés
à la marge, à meſure qu'on commençoit
d'en célébrer
la mémoire
, ce qui rend d'un grand poids l'autorité de cette Vie .
Saint Caftor étant donc mort le 21. Septembre
419. on choifit pour lui fucceder un
faint Moine de l'Abbaye de Manancha
nommé Leonce , & un autre Moine nommé
Hellade ,fut choifi par la Communauté pour
la diriger en qualité d'Abbé ; c'eft à ces deux
perfonnes queCaffien adreffa la fuite de l'Ouvrage
qu'il avoit entrepris à la priere deS.Caftor,
comme cet Auteur le dit lui même dans
la Préface de l'Inftitution des Moines , en ces
termes :Nifi me hac fiducia tuafan&titatis ani.
2 .. D maret
488 MERCURE DE FRANCE
maret , &fpontio quod vel tibi ha nugaforent
accepte qualefcumque funt vel eas Congregationi
fratrum in novello , tantum Monafterium
commorantium deputares ; Caffien n'écrivoit
donc que pour s'acquitter de la promeſſe
qu'il avoir faire à ce SaintEvêque d'Apt, quas
ille ( S. Caftor ) incomparabili flagrans ftudio
fanctitatis fimili sibi jufferat fermone confcribi,
continue cet Auteur dans la Préface des Conférences
adreffées à Leonce Evêque , & à
Hellade Abbé ; or quelle aparence y a- t'il
qu'il eût voulu manquer d'y fatisfaire en
adreffant la fuite de fon Ouvrage à d'autres
qu'à ceux à qui la Direction du Monaſtére
était commife , c'est - à - dire , à l'Evêque
d'Apt , fucceffeur de Caftor , & à l'Abbé ?
car Leonce & Hellade font fi fort liés enfemble
qu'on ne peut les féparer , & de là il
paroît évidemment qu'ils occuperent tous
deux les mêmes places que le Saint Evêque
avoit remplies ,l'un dans leSiége d'Apt, & l'autre
dans l'Abbaye , ce qui par conféquent les
engageoit tous deux à perfectionner mutuel
lement le nouvel Inftitut felon les vûës de
Saint Caftor , à qui cet Ouvrage avoit été
fort à coeur pendant fa vie , comme on le voit
par ces paroles du texte de Caffien, incompa
rabili flagransftudio fanctitatis, par lesquelles
l'Auteur defigne un état fi parfait.
La conféquence que nous tirons de ces
divers
MAR S. 1742 ; 489
divers textes fuit fi naturellement , que Photius
en parlant des Oeuvres de Caffien , tertium
, dit il , his adjunctum libellum legimus
quem à Caftorii morte infcripfit Canobii illius
moderatori cujus Coenobii caufa regula illa prius
miffa fuerant. ( d) Bouche qui avoit eu quelque
connoiffance de la Vie mff. de S. Caſtor,
paroît être du même fentiment que nous
foûtenons , Gafæus ne s'en éloigne pas non
plus dans la Préface qui eft à la tête des
Collations de Caffien , quoiqu'il femble varier
fur la neuviéme Collation & douter file
Leonce à qui elle eft adreffée , étoit l'Evêque
de Fréjus ou un autre Leonce , ce qui revient
à la même choſe.
On trouve la confirmation de ce qu'on .
vient d'avancer dans la Préface des premieres
Conferences de Caffien , pour peu qu'on
veuille faire d'attention aux termes dont elle
eft conçuë , debitum quod Beatiffimo Papa
Caftori in eorum volumine præfatione promiffum
eft ..... viderint fanè, quid fuper hoc dignum
aliquid cognitioni veftra omniumque
Sanctorum Fratrum ; la force de ce texte par
raport à notre fujet , fe tire de ces paroles
aliquid cognitioni veftra , qui ne peuvent
fe
raporter qu'à Leonce & à Hellade auxquels
l'Ouvrage eft dédié , & le omniumque Sanctorum
Fratrum qui fuit , marque une union
( d ) Hift. de Prov. tom. 1. p. 578-
Dij
avec
490 MERCURE DE FRANCE
avec ces deux Perfonnes & le Monaſtére
ce qui ne peut convenir qu'à un Evêque
d'Apt qui auroit été Moine auparavant , &
nullement à Leonce de Frejus , fort éloigné
du Lieu où le Monaſtére étoit ſitué , & qui
conftamment n'a jamais été Moine , puifqu'il
étoit Evêque de Fréjus avant la retraite de
Saint Honorat dans l'Ifle de Lerins , que l'on
compte le premier , qui dans ces Contrées a
introduit la vie Coenobitique , inconnuë auparavant
; circonftance fur laquelle on ne
fçauroit trop infifter , parce qu'elle établit
effentiellement la difference des deux Leonces
, & que ( e ) l'Auteur de l'Hiftoire de l'Eglife
de Frejus avoue lui -même , en nous
aprenant que le Leonce qu'elle met au nombre
de fes Evêques fut tiré duClergé de cette
Eglife pour en occuper le Siége , enfin il en
faut toujours venir au deffein de Caffien qui
n'écrivoit que pour l'inſtruction des Moines
de Saint Caftor , & en conclure que la raifon
vouloit qu'il s'adreffât plûtôt à unEvêque
d'Apt qu'à un Evêque de Fréjus , qui ne
pouvoit pas avoir autant de liaiſon avec l'Abbé
& avec les Moines de Manancha ; nous
voyons d'ailleurs que la méthode de Caffien
n'étoit pas d'adreffer fes Ouvrages à des perfonnes
éloignées les unes des autres : les fept
Conferences qui fuivent les dix premieres font
(e )M.d'Antelmy , de initiis Eccl. Forojul. fol. 7.
dédiées
MARS. 1742. 491
dédiées à HonoratAbbé , & à Eucher Moine ,
& les fept dernieres à Theodore & à d'autres
Moines des Ifles Stæcades , c'est - à - dire à
des Perfonnes qui vivoient enſemble , & qui
pouvoient facilement fe communiquer ce qui
leur étoit adreffé ; il en ufa de même à l'égard
des Moines de Manancha, & n'alla pas
joindre à l'Abbé du Monaftére un Evêque
de Fréjus qui en étoit à plus de trente lieues
loin , & qui n'avoit peut- être aucun commerce
avec eux ; continuons de fuivre les
paroles de Caffien , nous y trouverons de
nouvelles preuves pour apuyer notre fentiment
, fi quidem memorato viro , ajoûte cet
Auteur , en parlant de Saint Caftor , & germanitatis
affectu & Sacerdotii dignitate , &
quod in majus eft fancti ftudii fervore conjunctus
, cet endroit a donné lieu de croire
que Leonce étoit frere de S. Caftor ; mais
cette explication, quoique naturelle , eft contredite
par l'Hiftoire fi fouvent alleguée, qui
nous aprend que S. Caftor étoit fils unique,
deceffit pater , mox unicus jure fufcepit ; il eft
donc à croire que le germanitatis affectu fur
quoi elle eft apuyée , ne doit pas être pris
pour une affection fraternelle, felon la chair,
mais pour une affection de fociété & d'union
felon l'efprit , comme le fancti ftudii fervore
conjunctus qui fuit , femble le déterminer.
Au refte je ne fuis pas le premier qui ait
don
Diij
492 MERCURE DE FRANCE
donné cette explication à ces paroles , M.
d'Antelmy dans fon Traité de initiis Ecclefiae
Forojulienfis , répond à ceux qui les avoient
ainfi expliquées avant moi.
Mais fans établir folidement le contraire , il
fe contente de dire que ceux qui font de cette
opinion fe trompent ; Caffien ne veut donc
dire autre chofe,fi ce n'eft que Leonce ayant
été uni à Caſtor par une confraternité de Religion
, il devoit hereditairement fucceder
aux mêmes obligations envers les Moines
ce que Caffien apelle fraternum debitum :
mais fupofé même qu'il y eût véritablement
une fraternité réelle entre Caftor & Leonce
où trouve- t'on que ce Leonce étoit l'Evêque
de Fréjus ? M. d'Antelmy qui le fupoſe ainſt
n'en aporte aucune preuve , & il n'y en a
point d'autre effectivement que l'opinion qui
s'eft formée fur ce Leonce faute d'en avoir
connu d'autre & d'avoir fait cette reflexion
qui vient fi naturellement dans l'efprit , que
fi Leonce de Fréjus , avoit été frere de Saint
Caftor , la Sainteté de cet Evêque l'auroit infailliblement
porté à préferer la folitude de
Lerins à tout autre endroit de Provence
pour être moins éloigné d'un frere qui poffedoit
fi éminemment toutes les vertus qui forment
un grand Prélat , & dont tant de grands
Hommes ont fait l'éloge , puifque cette même
raiſon de proximité fit choifir cette Ifle
,
deferte
MAR S. 17423 493
deferte à S. Honorat , comme S. Hilaire nous
l'aprend dans l'Oraifon funébre de ce premier
Abbé de Lerins , & depuis Archevêque
d'Arles. D'ailleurs , eft- il poffible que ces
deux Evêques qui vivoient dans le même
tems , n'euffent jamais eu aucun commerce
enfemble & qu'il ne reftât aucune preuve de
leur union , quoiqu'établis dans la même
Province & d'une réputation géneralement
reconnuë ? il faudroit des preuves plus claires
que la préfomption qu'on tire du Texte
de Caffien,pour perfuader une choſe fi difficile
à croire ; ce n'eft donc pas à Fréjus qu'il
faut chercher le Leonce dont cet Auteur fait
mention , fi l'on veut qu'il ait été frere de S.
Caftor , & la raifon mene naturellement à
un Evêque d'Apt , lequel ayant fuivi fon frere
dans fa retraite , lui fucceda enfuite dans
le même Siége , puifque tant d'autres circonftances
le caractérisent d'une maniere à ne
pouvoir pas être confondu avec l'Evêque de
Fréjus.
La principale de ces circonstances , & qui
paroît prefque déciſive , eſt le fancti ftudiifervore
conjunctus , du Texte de Caffien ci - devant
cité, paroles qui établiſſent parfaitement
bien une confraternité de Religion entre Caftor
& Leonce , car la profeffion monacale.
étoit anciennement regardée comme une étude
de Philofophic Chrétienne ; c'eft pour cela
Diiij que
494 MERCURE DE FRANCE
que S. Jean Chryfoftôme dans le troifiéme
des quatreSermons qu'il a fait fur le Lazare ,
dit , en parlant des Solitaires ou des Moines,
qu'ils font delivrés des affaires & des occupations
de la vie civile , qu'ils n'ont de commerce
avec perfonne , & qu'ils s'apliquent
à la Philofophie Chrétienne avec toute forte
de repos & de tranquillité : fi Caffien n'a pas
entendu par ces paroles une vie contemplative
, retirée & de defapropriation , on le fait
mal raiſonner d'avoir mis quelqu'autre choſe
au- deffus du Sacerdoce , Sacerdotii dignitate ,
& quod id majus eft , fancti ftudii fervore conjunctus
: il est donc à préfumer que dans fon
parallele de Leonce avec Caftor , Caffien a
voulu dire felon les idées qu'il avoit de l'état
monaftique , que celui- là n'étoit pas feulement
uni à celui - ci par la dignité facerdotale
, mais encore par la profeffion de la vie
réguliere , en quoi il s'étoit élevé au- deffus
(f)du Sacerdoce, ou fi l'on veut de l'Epifcopat
, c'eft à dire , qu'il avoit donné à cette
éminente dignité un plus haut degré de perfection
; voilà le véritable fens du Texte de
Caffien , par lequel il eft évident que le Leonce
dont il parle ne fçauroit être l'Evêque
de Fréjus qui n'a jamais été Moine , comme
nous avons déja dit fur le raport de M.
( f) Le mot Sacerdotium peut être interprété de
l'une ou de l'autre maniere,
d'An
MARS. 1742. 495
Antelmy , ni par conféquent fancti ftudii
fervore conjunctus avec Caftor , ce n'eft pas
que Caffien n'ait pû avoir quelque commerce
avec Leonce de Fréjus , il nous aprend
lui même que S. Honorat avoit fouhaité d'être
inftruit par fes leçons , ce qui l'obligea
de lui adreffer fept Conferences , vers l'an
425. lorfque Saint Honorat n'étoit encore
qu'Abbé de Lerins ; il n'eft donc pas hors de
la vrai femblance que Caffien n'ait été auffi
connu de Leonce de Fréjus , mais cela ne
conclut rien contre notre fyftême , & les
preuves que nous venons de donner pour le
foûtenir fubfiftent toûjours dans leur entier.
x
On pourra nous objecter : d'où vient donc
qu'il n'eft parlé nulle part de Leonce d'Apt
& qu'il n'eft pas même connu dans fon Eglife
mais combien d'autres Evêques qui ont
occupé le même Siége , nous font encore inconnus
& dont nous ne trouvons aucun veftige
? s'enfuit-il de là que l'Eglife d'Apt a
fouffert les longues vacances qui interrompent
la fuite de nos Evêques & fe trouvet'elle
feule dans le cas ? les Guerres , les révolutions
fi fouvent arrivées dans notre Province
, l'enlevement des titres , ou leur confumation
dans les incendies , tout cela peut
avoir contribué à faire perdre la mémoire de:
ce qui s'eft paffé dans des tems fi reculés , &:
combien de découvertes ne fait- ont pas tous
DV
less
496 MERCURE DE FRANCE
les jours de bien des chofes qui étoient en
fevelies dans un profond oubli on n'a pas
connu Leonce d'Apt , parce qu'on l'a confondu
avec Leonce de Fréjus , & qu'on ne
s'eft pas avifé de les diftinguer , deux raifons
ont infenfiblement caufé cette erreur : la
premiere , c'eft que l'Hiftoire ne fait mention
d'aucun Evêque de Provence , du nom
de Leonce , contemporain de Caffien , que
de l'Evêque de Fréjus , ainfi celui des deux
Leonces dont il paroît plus de traces a obfcurci
l'autre : & la feconde , parce qu'on a
crú que Leonce de Fréjus étoit frere de Saint
Caftor : quant à la premiere raifon , il n'eft
pas étonnant que les Auteurs ayent confondu
ces deux Leonces : les deux Durands ,
l'oncle & le neveu , fans fortir de la Provin
ce , l'ont été long.teins ; un autre exemple
qui vient plus à notre fujer , l'Evêque:
Richard qui affifta à l'affemblée de Mentale
, où Bofon fut élû Roy de Bourgogne,
n'eft il pas encore mis au nombre des :
Evêques d'Agde , quoiqu'il fûr Evêque d'Apt?
Cependant , cet Evêque nous étoit inconnu
avant la découverte de Louet , qui affûre
avoir lû lui - même dans l'original de cette:
Affemblée Epifcopus Apterfis & non pas
Agaptenfis ; & parmi le Leonces , combien
d'Auteurs célébres ont confondu l'Evêque
de Fréjus avec les Leonces d'Arles & de
Bourdeaux
MARS. 1742. 49.7
Bourdeaux , quoiqu'ils ayent vêcu dans des
tems bien differens & doit - on être furpris
après cela qu'un Evêque d'Apt fe foit perdu
dans ce grand nombre de Leonces ?
A l'égard de l'autre raiſon , nous avons cidevant
remarqué fur l'autorité de l'Hiftoire
mff. de S. Caftor , que ce S. Evêque d'Apt
n'avoit point de frere felon la chair, & qu'on
ne doit pas prendre au pied de la lettre ce
que Caffien femble dire de contraire ; mais
enfin quand il feroit vrai que le Leonce dont
il parle auroit été frere de S. Caftor , quelle
preuve a-t'on , encore un coup , pour en conclure
que ce doit être l'Evêque de Fréjus ?
Quelqu'un qui n'a point connu d'autre Leonce
l'a dit , & ceux qui font venus après l'ont
fuivi, tant il eſt naturel aux Auteurs de fe copier
les uns les autres,fans faire de plus mûres
difcuffions; ainfi tout concourt à juftifier que
le Leonce à qui Caffien adreffa fes dix premieres
Conferences vers l'an 420. Ou 421-
étoit Evêque d'Apt , qu'il avoit été Moine
du Monaftére de S. Caftor , & qu'il lui fucfeda
au Siége d'Apt l'an 419. il tint le Siége
jufques vers l'an 426. que nous trouvons un
Hellade Evêque ; Caffien dans la Préface de
la onzième Conference , dit qu'il avoit come
pofé les dix premieres , præcipientibus fanc
tis Helladio & Leontio Epifcopis , il parle
d'Hellade par raport au tems préfent ; car ili
D vjj n'étoit
#
498 MERCURE DE FRANCE
n'étoit encore qu'Abbé , lorfque Caffien fui
dédia fes dix premieres Conferences , & il le
met ici avant Leonce ,parce que celui - ci étoit
mort , & qu'il crût devoir rendre cet honneur
à un Évêque vivant d'autant mieux
qu'il n'y a plus de rang au - delà du tombeau.
L'Epifcopat d'Hellade fondé fur l'autorité
de Caffien , ne fçauroit être mis en doute ;
il ne s'agit que du Siége qu'il doit avoir occupé
, & de fortes raifons concluent pour
l'Eglife d'Apt , comme nous allons le voir.;
C'étoit un ufage affés ordinaire anciennement
de choifir dans les Monaſtéres voifins.
de dignes Sujers pour remplir les Siéges vacans,
& même on les alloit quelquefois cher- .
cher bien loin , comme il arriva en l'Exaltation
de S. Honorat au Siége d'Arles , parce
que ces faintes Retraites n'étoient remplies
que de Perfonnes d'une vertu confommée &
d'une conduite exemplaire ; la feule Ifle de
Lerins a fourni des Prélats à prefque toutes
les Eglifes de France ; c'étoit auffi dans l'Abbaye
de Manancha , fanctifiée par les exem
ples de Caftor & par les inftructions de Caffien
, que le Clergé & le Peuple de la Ville
d'Apr alloient chercher des Pafteurs dans la
viduité de leurs Eglifes ; or en faifant un peu
d'attention au Texte de Caffien , il n'eft pas
permis de douter qu'Hellade n'ait été Abbé
de
MARS. 1742. 499
>
de cette Abbaye , la chofe paroît fi naturelle
que M. Dupin , dans fa nouvelle Bibliothéque
des Auteurs Eccléfiaftiques , reconnoît
lui-même ce que nous venons d'avancer ;
fecondement Hellade n'a été Evêque qu'après
Léonce , c'eſt Caffien qui nous en affûre
encore, car dans les dix premieres Conférences
adreffées à Léonce & à Hellade , il ne donne
que la qualité de Frere à celui - ci , c'eſt-àdire
d'Abbé : Vobis potiffimum , o beatiffime
Papa, Leontii & Sancte Frater Helladii Ces
Conférences furent vrai femblablement écrites
vers l'an' 4 10. que 420. Léonce avoit déja fuccedé
à Caftor ; cinq ou fix ans après Caffien
compofa fept auties Conférences & les adref
fa à S. Honorat , Abbé de Lérins , & à Eucher
, Moine ; & en parlant de Léonce & dé
Hellade , auxquels il avoit dedié les premieres
Conférences , il leur donne à tous deux
La qualité d'Evêques , & nomme Hellade le
premier : Præcipientibus fanctis Helladio &
Leonio Epifcopis , ce qu'il obferve encore
dans la Préface de la dix -huitiéme : Exigentibus
beatiffimis Epifcopis Heladio & Leontio
D'où nous avons conclu , avec beaucoup de
fondement qu'alors Léonce devoit être
mort & qu'Hellade lui avoit fuccedé dans le
Siége d'Apt, car il ne s'enfuit pas de ce Texte
que ces deux Evêques étoient en vie &
qu'ils occupoient par conféquent des Siges
,
diffe
Foo MERCURE DE FRANCE
>
differens ; Caffien ne ppaarrllee dd''eeuuxx que par ra
port à un tems éloigné & au fujet des Conférences
qu'il avoit écrites , à leur priere ,
après la mort de S. Caftor , lorfqu'Hellade
n'étoit pas encore Evêque ; & s'il lui donne
cette qualité dans le Texte cité , c'eft qu'il le
confidere par raport au tems préfent , cela ne
fouffre point de difficulté , puifque Caſſien
n'a rien écrit à Léonce & à Hellade après fes
premieres Conférences & que cet Aureur
, qui tranfpofe fouvent les Faits , ne
doit pas toujours être entendu littérale
ment ; il donne à Hellade la qualité d'Evêque
lorsqu'il n'étoir encore qu'Abbé , comme
nous venons de dire , & il peut bien
avoir parlé de Léonce comme d'un Evêque
vivant , quoiqu'il fût décedé , ces deux préfomptions
fe fuivent naturellement ; mais il
y a encore plus , il eft certain qu'Hellade n'a
pas fuccedé à S. Caftor , nous ne le trouvons
Evêque que vers l'an 425. ou 26. il y a cû
pour le moins fix ans d'intervale , qu'on ne
doit pas regarder comine une vacance ,
ne laiffoir pas long-tems alors les Eglifes.
dépourvues de Pafteurs, & c'eft -là juſtement
la place que nous affignons à Léonce , enfin
outre cette forte préfomption que ces deux
Evêques fi fort attachés à l'Abbaye de faint
Caftor, en ont été tirés tous deux pour remplir
le Siége d'Apt , c'eft que toutes les Eglii
on
fes
MARS. Sor 17427
fes de la Province étoient gouvernées par des
Prélats dont les noms n'aprochent en aucune
maniere de celui d'Hellade.
Parmi les Evêques des Provinces de Vien
ne & de Narbonne , mentionnés dans la premiere
Epitre du Pape Céleftin , on trouve un
Sillucius , dont le Siége n'eft pas nommé ,
mais qui pourroit bien être notre Hellade .
Cette Lettie fut écrite l'an 428 & la conformité
des noms d'Hellade & de Sillucius ne
fçauroit être plus grande ; même nombre de
lettres s'y trouve , & les trois qui font changées
, ont affés de raport entre elles pour
avoir caufé la méprife , car on peur fort facilement
avoir fait un s d'un b , & un u d'un
a , & l'on fçait d'ailleurs , que les Anciens
employoient fouvent le c pour le d, & lorſque
ces deux lettres leur paroiffoient encore trop
rudes , ils les changeoient en tou en g,
felon
ce Paffage de Quintilien : Cum c aut fimiliter
d non valuerunt in g aut in t molliuntur ; ainfi go
par le même changement de la lettre d en c ,.
Avidianus , Archevêque de Rheims , qui affifta
au premier Concile d'Arles , eft fouvent
nommé Avicianus ; l'Hiftoire des Evêques de
France nous fournit une infinité de noms
changés d'une maniere bien plus défectueufe
: Eminthius eft auffi nommé Evuldius , Rodulfus
, Rodilo . Theobaldus, Theodocus ; Gues
nachus , Evenus ; Jumabelus , Junemus ; Phebadius
,
F02 MERCURE DE FRANCE
badius , Evêque d'Agen , eft nommé Fegadin
par Sévere Sulpice , Febadius par S. Jérôme
, & Figadius par S. Ambroife ; mais fort
qu'Helladins & Sillucius ne foient qu'un même
nom diverſement prononcé , ou deux
noms differens , il eſt toujours certain qu'il
y avoit au tems de Caffien un Evêque en
Provence nommé Hellade , que cet Evêque
avoit été Abbé de l'Abbaye de S. Caſtor, &
qu'on ne fçauroit le placer ailleurs que dans
le Siége d'Apt ; tout cela s'accorde avec la
Chronologie de nos Evêques ; Léonce fucceda
à S. Caftor après le 21. Septembre de
l'an 4.19 . il mourut vers l'an 425. Hellade ,
Abbé du Monaftere de S. Caftor, fut enfuite
élû , & vécut jufques en 431. ou 32. que
nous trouvons un Auxanius ou Auxonius.
L'intervale de près de quatorze années qui
fe trouve entre Caftor & Auxonius ,
n'a pas
été une vacance , & cet entre- deux ne peut
avoir été rempli que par les deux Evêques.
que nous venons d'y placer , tous deux également
tirés de l'Abbaye de Manancha ou
de S. Caftor.
Cette Abbaye fut détruite par les Lombards
& les Saxons , dans la cruelle irruption
qu'ils firent en Provence vers la fin du fixiéme
Siécle ; ces Barbares pénetrerent en déçà
des Alpes , par l'ouverture des Montagnes
qui aboutit aux Villes d'Embrun & de Gap ;
La
.MAR S. 1742 503
là ils fe féparerent , une partie prit fa route
dans le Dauphiné , & l'autre traverfa la Provence
jufques au voifinage d'Avignon , où ils
fe fortifierent dans un Lieu que (g) Grégoire
de Tours & Paul Diacre , apellent Machao &
Machonilla ; c'eſt de là que par des courſes
continuelles , ils ravagerent toute la Contrée,
& ils y venoient enfuite porter tout le butin
qu'ils avoient enlevé ; la Ville d'Apt ( h ) fut
entierement faccagée , & ce ne fut qu'après
deux fiécles qu'elle commença à fe relever
de fes ruines ; quelques - uns crovent que
ce Lieu dit Machoüilla doit être la Ville de
Lille , (i) parce que Grégoire de Tours le
met dans le Territoire d'Avignon : Vfque
Machoüillam Avennici Territorii ; d'autres
veulent que ce foit Manofque, ( k) fans aucun
fondement, mais le raport de nom qui fe trouve
entre Manancha & Machao ou Machouilla,
fait préjuger , avec beaucoup de raifon , que
c'eft là où les Lombards & les Saxons poferent
leur Camp ; il eſt affés ordinaire aux Auteurs
éloignés des Endroits dont ils parlent, de n'en
rendre pas fidellement les noms; ainfi de Manancha
ou Mananchavilla , Paul Diacre &
(g) Greg. Tur. L. 4. Cap . 45. Paul Diac. L
3. C 8.
(b) Hiftoire manuferite de la Ville d'Apt.
( i ) Bouch. Hift . de Provence.
(k) Colomby , Hiftoire Manufcrite.
Grégoire
504 MERCURE DE FRANCE
Grégoire de Tours ont pû faire Machao &
Machouilla , qui n'en different que bien peu;
la fituation de Menerbe eft même très -favorable
pour un campement , entre la Montagne
de Leberon , qui le couvroit d'un côté , & ła
Riviere du Calavon , qui fourniſſoit de l'eau
en abondance ; & la proximité de Menerbe &
d'Avignon , a pû faire dire à Grégoire de
Tours que le Camp des Lombards & des
Saxons étoit in Avennici Territorio ; mais fi
l'on tire des preuves folides des étymologies,
ce que nous venons d'établir , joint au nom
de Malicamp , a donne encore à cet efpace
de terrain regne depuis Menerbe
jufques à la Riviere du Calavon , & qui dérive
originairement de Malus Campus ; étant certain
, on ne doit plus douter que ce nom ne
lui ait été impofé à caufe des ravages que les
Barbares retranchés dans cet Endroit firent
dans tout le voisinage , d'autant mieux qu'on
ne trouve plus aucun Mémoire de l'Abbaye
de Manancha depuis ce tems - là.
EPITRE
MARS. 1742
Jos
Atttttbfbfbfi
EPITRE
D. C: D. M. à M. de la Soriniere, en Anjo
PLus Philofophe que Pétrarque ,
Et plus refpecté qu'un Tétrarque ,
Ami , tu vois couler tes jours
Sans que la roüille de l'envie ,
Attaquant ta paiſible vie ,
En vienne empoifonner le cours.
Ta Muſe en ton Château réc
Qui joue & badine avec toi ,
Croit encore être fous la loi
Du Solitaire de Vauclufee ;
Sur ce nouveau Mont Parnaffin
Je la vois , pour gonfler ta veine ,
Mêler les Eaux de l'Hypocrêne
Aux Eaux du Pays Venaiffin , *
Déja les Vers coulent de fource ;
A la raiſon fubordonné
Chacun bondiffant en fa courſe ,
De fon Pere Enfant fortuné ,
Arrive chés le Dieu Mercure ,
Qui femble n'avoir d'autre Cure
Parmi les Ouvrages divers
C'eft où Pétrarque avoit fixé fa retraite.
3o6 MERCURE DE FRANCE
De mille Habitans du Licée ,
Que de fçavoir marquer tes Vers
Au coin du fage Caducée .
Sans ambition , fans defirs ,
Ami , tu fais tes vrais plaifirs
De ce que te donna le fort ;
Et fans jamais donner l'effor
+
Aux foucis , aux vaines chimeres ,
Aux illufions éphemeres ,
Seul , tranquile , un Livre à la main ,
Loin des honneurs & des richeffes ,
Dans de conftantes allegrefles
Tu vois venir le lendemain .
Que dis- je où m'emporte ma Muſe !
Seul certainement je m'abuſe ,
Et mon récit n'eft pas exact ;
N'as-tu pas une aimab'e femme
Capable de fixer la flâme
De l'Epoux le plus délicat ;
Qui loin du monde & de l'éclat
Te fait jouir du bien fuprême
De ne vivre que pour toi - même ?
O ! Mortel , mille fois heureux ,
Philofophe , Epoux amoureux ,
Qui vis à l'abri des phantômes ,
Si l'encens fe brûloit aux hommes
Je viendrois t'adreffer mes voeux.
LETTRE
MARS: 1742. 507
*******************
LETTRE de M. de Voltaire écrite
à M. de la Roque.
Ermettez , Monfieur , que je m'adreſſe
à vous pour détromper le Public au fujet
de plufieurs Editions de mes Ouvrages ,
que j'ai vû répandues dans les Pays Etrangers
dans les Provinces de France . Depuis l'Eition
d'Amfterdam , faite par les Ledet , qui
ra parû très- belle pour le Papier , les Caactéres
& les Gravures , on en a fait plu
eurs dans lesquelles non - feulement on a
pié toutes les fautes de cette Edition des
edet , mais qu'on a défigurées par des né
igences intolérables.
Si on veut , par exemple , fe donner la
eine d'ouvrir la Tragédie d'Oedipe , on trou-
: dès la feconde page trois Vers entiers
ubliés , & prefque partout des contre - fens
nintelligibles. Si on veut confulter dans le
Tome que les Editeurs ont intitulé, Mêlange
le Philofophie & de Litterature , le Chapitre
qui regarde le Gouvernement d'Angleterre
on y verra les fautes les plus révoltantes
que l'inattention d'un Editeur puiffe cominettre
. Il y avoit dans la premiere Edition
de Londres ces paroles : » Ce qu'on reproche
le plus aux Anglois , & avec raiſon ,
" c'eft
508 MERCURE DE FRANCE
» c'eft le fuplice de Charles Premier , Mo
» narque digne d'un meilleur fort , qui fût
traité par fes vainqueurs , &c.
Au lieu de ces paroles , on trouve cellesci
, qui font également abfurdes & odieufes.
Ce qu'on reproche le plus aux Anglois,
" c'eft le fuplice de Charles Premier , qui fut
» traité , avec raifon, par fes vainqueurs, & c .
Et pour comble d'inattention, les Editeurs
ont mis en marge , Monarque digne d'un
meilleur fort , comme fi ces mots étoient ou
une Anecdote ou quelque Titre diſtinctif.
Quand ces Editeurs ont trouvé le terme
Italien Il' coftume , confacré à la Peinture , ils
n'ont pas manqué de prendre ce mot pour
une faute, & de mettre à la place la Coûtume.
On y voit les Arts engagés par Louis XIV.
au lieu d'encouragés. La mere de la Bruyere ,
au lieu de l'amer la Bruyere ; les Toiles Solaires
, pour l'Etoile Polaire , &c.
Je ne veux pas faire ici une énumération
fatiguante de tous les contre- fens dont toytes
ces Editions fourmillent , mais je dois
me plaindre fur tout d'une Edition de Rouen
en 5. volumes , fous le nom de la Compagnie
d'Amfterdam , qui eft l'oprobre de la
Librairie ; c'est peu qu'il n'y ait pas une page
correcte ; on a mis fous mon nom des Piéces
qu'affurément perfonne ne mettra jamais fous
Le fien ; une Apothéofe infâme de la Dlle le
Couvreur ;
MARS. 1742
309
•Couvreur ; un fragment de Roman , qu'on
cit impudemment avoir trouvé , écrit de
ma main, dans mes papiers ; je ne fçais quelles
Chanfons , faites pour la canaille , & plufieurs
Ouvrages dans ce goût. Attribuer ainfi
un Auteur ce qui n'eſt point de lui , c'eſt
tout à la fois outrager un Citoyen & abufer
le Public , c'eft en quelque façon un Acte de
Fauffaire .

Les Libraires qui ont voulu imprimer mes
Juvrages , devoient au moins s'adreffer à
moi, je ne leur aurois pas refufé mon fecours ;
ils n'auroient pas à fe reprocher ces Editions
indignes , qui ne doivent leur aporter aucun
rofit , & qui font dire aux Etrangers que
Imprimerie tombe en France , avec la Literature
.
J'avertis donc tous le. Particuliers qui auront
ces Editions , qu'ils n'ont qu'à voir fi
dans le cinquiéme Tome ils trouveront
les Piéces dont je parle , en ce cas , je leur
confeille de ne point fe charger d'un Livre
peu fait pour la Bibliothéque des honnêtes fi
gens.
Pour répondre aux juftes plaintes de M.de
Voltaire , on nous avertit que Gandouin, Li-
· braire , à la defcente du Pont- Neuf , a imrimé
la HENRIADE in-4°. avec toutes les
Variantes , ornée des figures de la belle Edition
de Londres , & qu'on en prépare une
Edition
310 MERCURE DE FRANCE
Edition complette en Angleterre , par les
foins d'un Seigneur , dont le nom & le mérite
font connus.
LE SERIN ET LE CHAT ,
UN
FABLE.
N Serin cheri de Silvie ,
Faifoit le bonheur de fa vie ;
Unique objet de ſon amour ,
Le Serin avoit à ſon t on tour ,
Pour une Maîtreffe fi belle
Une amitié tendre & fidelle ;
Il careffoit fes blonds cheveux ,
Il s'aprochoit tendrement de fa bouche ,
Et la jeune Beauté, pour tout autre farouche ,
L'accueilloit au gré de fes voeux .
Avint un jour que certain perfonnage ,
Doux , poli , de la Belle aborda le féjour ;
On l'auroit pris pour un homme de Cour ,
C'étoit un Chat du voiſinage.
Silvie en fut émuë , eh ! qui ne l'eût été ?
Mais bien-tôt l'hipocrite , à force de careffes ,
De courbettes & de foupleffes ,
Sçût raffûrer l'innocente Beauté.
Bref , il plut par fes mignardifes ;
Avec
MARS. 1742.
Avec l'Oiseau chéri le voila de moitié
Des menus foins , des friandifes
Et de petits noms d'amitié.
De fon côté , le ruſé perſonnage
Paroiffoit ignorer l'uſage
De la griffe , & faifoit toûjours
Au Serin patte de velours.
Temoin de fa douceur & de fa complaifance ;
La Belle crut pouvoir en affûrance
Laiffer nos gens en liberté ;
On abuſa de fa crédulité.
Tout en difant fa petenotre ,
L'un des Commenfaux croqua l'autre ;
Ma foi je m'en ferois douté.
Toute Fable est allégorie ;
Epoux , peres , meres , voici
Ce que j'entends par celle- ci :
Quiconque avez chés vous fille ou femme chérie ,
Gardez - vous de ces gens qui vont à petit bruit ,
Affectant probité , douceur & politeffe ;
Sous un mafque d'honneur tel chés vous s'introduit
Qu'un projet coupable y conduit ;
On le pare fouvent d'une feinte fageffe
Dont un vrai défordre eft le fruit.
E LET_
512 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M...fur l'ancienneté de la
Ville d'Arles.
C
Comme les marques de la plus ancienne
Religion que lesPeuples ont profeffée
font , Monfieur , l'indice le plus certain de la
Fondation desVilles , je vais raporter quelques
monumens que j'ai trouvés dans celle - ci , par
lefquels on peut conjecturer facilement que
la Ville d'Arles eft une des plus anciennes
Villes des Gaules, & qu'elle a été fondée par
les Pheniciens , & non pas par les Phoceens
qui fonderent la Ville de Marfeille , comme
quelques Auteurs l'ont crû.
Je découvris , il y a deux ans , une affés
grande piéce de Marbre blanc fur laquelle
on voit un bas- relief ; elle étoit apliquée
contre la muraille de l'Eglife de Saint Genetlès-
Arles . Ce bas- relief eft compofé d'un Therme
quadrangulaire fur lequel on a mis la tête
aîlée d'un jeune homme , à côté duquel on
a placé un Sphinx ; cette pièce de Marbre
faifoit la frife du frontifpice d'un Temple , ou
le devant d'un Tombeau. On juge qu'elle
étoit beaucoup plus longue , parce qu'il
refte encore du côté qu'elle eft frufte ,
le
bout d'une aîle , qui , felon toutes les apa-
rences
MARS. 1742 513
fences étoit d'un autre Sphinx , & de cette
maniere cette frife , ou le devant de ce Tombeau
auroit été composé de Thermes & de
Sphinx.
a
;
La premiere figure eft unTherme quadrangulaire
fur lequel eft la tête aîlée du jeune
homme les Grecs repréfentoient Mercure
de cette maniere , fes Statues étoient quarrées
, fans bras , & fans jambes , parce que
des Bergers ayant rencontré Mercure endormi
fur le Mont Cillenien , lui couperent les
mains , dont il prit , felon Servius , le nom
de Cillenien ; mais outre que Paufanias qui
fait la defcription de la Grece , ne convient
pas de l'origine de ce furnom , on ne peut
ignorer que toutes les Divinités Payennes
ne foient forties de l'Egypte , & que les
Hieroglifes ou figures myfterieufes dont les
Egyptiens fe fervoient pour infpirer plus de
refpect pour les chofes créées qu'ils avoient
divinifées, n'ayent été tranfmifes par eux chés
les Grecs , & c'eft de là que vint l'ufage des
Obelifques confacrés au Soleil , des Piramides
à Vulcain , & des Figures quarrées à
Mercure .
Il y a eu plufieurs Mercures dans le Paganifme
, mais celui que l'on a voulu repréfenter
fous la figure quarrée,étoit le fils de Jupiter
& de Cillene , dont il prit le nom de
Cillenien , & qui par le commandement de
E ij
fon
514 MERCURE DE FRANCE
fon pere coupa la tête à Argus , & fût enfuite
obligé de fuir en Egypte avec la Nymphe
Io ou Ifis , fille d'Inacus , que Jupiter,
avoit changée enVache ; il fut nommé Thot ,
ou Mercure Trimegifte par les Egyptiens :
Sanconiates Hiftorien contemporain de
Moyfe , en fait mention en ces termes .
Eum qui apud Phenices Thautus dicitur
apud Egiptios Thot vocatum fuiffe , præterea
eumdem Saturni fcribam fuiffe , atque inter
Deos relatum Litteras inveniffe ; multa circa
Deorum honores , circa Aftrologiam , Muſicam
, & naturam primum obfervaffe , Palaf
tram , Choream & Lyram reperiffe , atque ob
Eloquentiam quam docuit à Græcis Hermes
id eft interpretem Deorum.

De forte que comme les Grecs apelloient
Hermæ ou Mercures ces figures quadrangulaires
, on ne peut douter qu'elles ne foient
venues d'Egypte , & comme les Egyptiens
formoient leurs hieroglifes felon l'idée
qu'ils avoient des chofes qu'ils vouloient caractériſer
, ils ont defigné par cette repréfentation
Mercure , auquel on donnoit quatre
attributs principaux ,f'Eloquence , l'Invention,
la fubtilité & le profit ; Plutarque nous
aprend que les Grecs repréfentoient de cette
maniere de vieux Mercures .
Propterea Seniores Mercurios fine pedibus
& manibus fingunt , hoc obfcure quafi per
anigma
MARS 1742 SI5
anigina innuentes haud quaquam à fenibus requiri
ut minifteria corporis obeant , dummodo
ratio iis atque oratio efficax fit ac foecunda.
Les Grecs plaçoient auffi fur ces figures
quarrées la tête des autres Divinités , & faifoient
de cette maniere un affemblage de
deux Divinités dont on compofoit un feul'
nom , de forte que lorfqu'on y mettoit la tête
de Minerve , ce compofé s'apelloit Hermatenes
, celle d'Harpochrates , Hermharprochates
, & ainfi des autres , qui , felon Macrobe
, n'étoient que le Soleil & la Lune déguifes
fous des noms differens , & dont l'on'
plaçoit les têtes fous ces formes quarrées qui
fignifioient auffi le Monde , qui a quatre
points principaux & quatre faifons , on écri
voit fur elles des Sentences morales & inf
tructives , & les plus renommées dans Athenes
, & dans l'Attique étoient les Hyparcienparce
qu'Hyparcus , fils de Pififtrates
, les avoit érigées ; Alcibiades les renverſa
toutes dans une nuit ; je ne fçais fi elles furent
enfuite relevées , ce qu'il y a de certain
c'eft qu'elles étoient fort rares dans Athenes
dans le tems qu'Atticus y faifoit fa demeure
& que Ciceron lui écrivoit les Lettres que
nous avons de lui.
nes >
1 eft donc indubitable que ces Bafes quarrées
repréfentoient Mercure ; il s'agit préfentement
de fçavoir fi la tête aîlée que l'on voit
E iij.
fur
516 MERCURE DE FRANCE
fur celle du bas- relief de S. Genet , eft celle
de ce Dieu , ou de quelqu'autre , & pour cela
, il y a deux chofes à confiderer ; la premiere
eft , fi ce bas relief faifoit une partie de
la frife d'un Frøntifpice de Temple , comme
il y a beaucoup d'aparence , & la feconde, fi
ce n'eft que le devant d'un Tombeau.
Dans le premier fens ,mon fentiment feroit
que la tête ailée eft celle d'Harpocrates que les
Egyptiens repréfentoient fous la figure d'un
jeune homme avec le doigt fur la bouche
comme le Dieu du filence ; mais comme il
étoit auffi conhieroglife du Soleil , on le peignoit
avec des ailes à la tête , pour marquer
fa vîteffe & fa rapidité.
Ce qui rend la conjecture plaufible eft la
figure du Sphinx dont il eft accompagné , &
le raport de Plutarque , qui dit que l'on plaçoit
Harpocrates à la porte des Temples , pour
marquer la circonfpection avec laquelle on
doit parler des Dieux & de la Religion ; on
y joignoit felon le même Auteur la figure du
Sphinx , pour , pour faire connoître que toutes les
cérémonies que l'on pratique dans les Temples
font énigmatiques & myftérieufes , le
Sphinx étant non - feulement le fymbole de
l'énigme , mais encore de l'élévation de l'efprit
& de la promptitude avec laquelle les
Miniftres de la Religion doivent exécuter ce
qu'elle leur preferit.
Hinc
MARS 1742
5-17
Hinc Phingas figuraspaffim in Templis ponebant
Ægyptii , animalia ad fublimium rerum
actiones indicandas facies quidem fimbolum eft
anima intellectualis, ale autemfint minifteria &
operationes fublimes dextrarum fimul & finiftrarum
poteftarum ; hinc Moyfes quoque Cherubim
, non aliâ de caufà alatos pofuit , nifi ad
incomprehenfibiles Dei arcanas & fublimiffimas
rationes indicandas & celeritatem actionum
qua per miniftrorum fuorum promptitudinem in
omnibus voluntati fupremi numinis conformem
exequitur, velociffimam denotandum .
Nous devons admirer en cela les Egyptiens
qui , n'ayant qu'une connoiffance trèsimparfaite
de la Divinité
en ont eû l'idée
que l'on en doit avoir , il femble même que
par les figures d'Harpocrates & du Sphinx ,
qu'ils plaçoient à l'entrée de leurs Temples ,
ils ont voulu enfeigner le culte véritable que
l'on doit avoir pour Dieu.
Deum altiffimum non recipere facrificia ,
materiam ipfi impuram effe , imo ne lingua quidem
ad eum colendum nos uti, quia vox eft corporea
, fed adorare debere filentio puro & puris
de ipfis cogitationibus . Porphyre.
Peut on mieux exprimer ce Paffage que
par la figure d Harpocrates , Dieu du filence ?
Plutarque nous aprend que l'on ne voyoit
les figures d'Harpocrates & du Sphinx que
dans les Temples d'Ifis & d'Ofiris , d'où l'on
E iiij peut
518 MERCURE DE FRANCE
-
S
peut conjecturer avec certitude que le basrelief
de S. Genet étant le refte de la frife
du Frontispice d'un Temple , ce ne pouvoit
être que de celui d'Ifis eu d'Ofiris , &
qu'il y en avoit un dans cette Ville ' , où ces
Divinités Egyptiennes ont été adorées ; le
bas relief de S. Genet pourroit être auffi
le devant d'un Tombeau , quoique l'aparence
foit plus grande qu'il fervoit de frife ,
mais en ce cas il faudroit l'expliquer autrement
& comme une des principales fonctions
de Mercure étoit de conduire les Mânes
des Trépaffés dans les lieux qui leur étoient
deftinés , il faudroit auffi changer la tête
d'Harpocrates & mettre celle de Mercure à
fa place ; toutes les deux avoient des aîles ;
le Sphinx faifoit auffi un des principaux ornemens
des Tombeaux ; Mercure y étoir,
pour faire connoître qu'il avoit placé
l'ame de celui qui y étoit inhumé dans
les lieux qui lui avoient été deftinés , & le
Sphinx pour marquer que dans ce Tombeau
il y avoit un homme . La fameufe Enigme du
Sphinx a donné lieu à ce hieroglife , dont
l'obfcurité étoit que ce pouvoit être une
bête qui avoit quatre pieds le matin ,
deux à midi , & trois le foir, Edipe décou
vrit que c'étoit l'homme que l'on avoit
voulu cacher fous cette Enigme , & c'eſt ce
qui a donné lieu dans la fuite de fe fervir du
Sphinx ,
MARS. 1742 519
Sphinx , animal chimérique , fur les Monumens
des Morts ; il y a des Sphinx même ,
qui étoient des Tombeaux , comme celui du
Roy Amafis on fe fervoit auffi de cette figure
en Egypte pour marquer l'accroiffement
& la diminution du Nil , ce qui feroit enco
re une preuve qu'on a eu dans laVille d'Arles
les mêmes Coûtumes que les Egyptiens.
Mais enfin , quoique l'on penfe de ce basrelief
, foit qu'il ait fervi de frife , ou de fron
tifpice d'un Temple , ou qu'il ne foit que le
devant d'un Tombeau ; il eft toujours dans le
mode Egyptien , & de cette maniere eft une
preuve des coûtumes anciennes & dé l'ancienne
Religion qu'on a profeffée dans cetter
Ville ; on ne peut douter là- deffus de fon:
ancienneté , parce que , du tems de Cice- .
ron , ces Monumens étoient fort rares dans .
la Grece , & y étoient recherchés comme:
des reftes de l'ancienne Religion ; ils étoient
inconnus à Rome , comme le prouvent les
Lettres que Ciceron écrit à Atticus , qui
faifoit pour lors fa réfidence à Athenes ,,
d'où l'on peut conclure qu'il falloit néceffai--
rement que ce Monument fût dans cette
Ville avant l'arrivée de la Colonie qui fut
envoyée par Jules Cefar n'étant qu'une
marque de la Religion Egyptienne , ou de la
Grecque ancienne , qui étoit la même chofe ,,
& de celle qui y fût établic lors de fa Fon--
Ey dation
,
120 MERCURE DE FRANCE
·
dation , ce qui me fait repeter avec raiſom
que fi rien ne marque mieux l'origine des
peuples , que les témoignages anciens de
leur Religion , le bas relief de Saint
Genet eft une preuve autentique de la Religion
qu'on profeffoit dans cette Ville ; &
comme il repréfente les principaux myſtéres
de la Religion des Egyptiens , on peut affûrer
que ce font ces Peuples qui l'ont poffedée
, ou quelque Peuple voifin , comme les
Pheniciens auxquels je donnerois plûtôt
l'honneur de cette Fondation , parce qu'ils.
avoient les mêmes fuperftitions que les Egyptiens,&
qu'ayant trouvé l'art de laNavigation ,
ils ont fondé la plus grande partie des Villes
maritimes de la Mediterranée ; la fituation
de cette Ville proche de la Mer & à l'embouchure
d'un Fleuve tel que le Rhône , propre
pour commercer avec toutes les Gaules,femble
n'avoir pas dû être négligée par un peuple:
auffi ardent pour le gain qu'étoient les Pheniciens,&
fi jaloux d'établir fon nom,fon négo
ce , & faReligion dans les Lieux de la Terre les.
plus reculés . Nous verrons dans une autre,
Differtation , un Monument encore plus autentique
de l'ancienne Religion de cette
Ville.
On
MARS. 174:2
521
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Fevrier par
Fevrier ,
Maréchal , & Agriculture . On trouve dans
le premier Logogryphe , Arc , Charme , Lâshe
, Car , Race , Char , Mal , Rame , Arche,
Marche , Marché , Râle , Carme , Mér,
Cale , La , Re , Mare , Mâche , Marc ,
Male , Ame , Larme , & Mare. On trouve
dans le fecond , Eau , Aigle , Arc , Rat,
Lire , Re , Ciel , Luc & Gale. >
ENIGM E.
E fuis , Lecteur , une femelle noire ,
Belle pourtant , à la mode aujourd'hui .
Mon ame , le pourras tu croire ?
Comme mon corps eft noire auffi.
A l'homme toujours attachée ,
Je ne puis le quitter , fans en être arrachée ;
Et dans mon immenfe prifon. `
D'Efclaves une legion.
Eft étroitement enfermée.
Commune , je fuis renommée
Lorfque le fexe feminin
M'arbore dans une partie ,
Il fait éclater cet air fin.
?
Qui d'un Petit-Maître badim
Hv Rend
522 MERCURE DE FRANCE
Rend la figure fi jolié.
Sans que je fois au nombre des Amours
Sur le dos je porte des aîles ;
Et quoiqu'au rang des bagatelles ,
Quand je fers à quelqu'un, il me porte toûjours.
Laffichard.
LOGO GRYPHE..
CE n'eft pas chofe difficile
De deviner quel eſt mon nom.
En perilleufe occafion
Je fuis aflés fouvent utile .
Je cours l'Automne & le Printems ,
L'Eté , l'Hyver , enfin toute ma vie :
Je puis être cenfé de la cathégorie
Des anciens Chevaliers errans ;
Nous avons même affés de reffemblance ;.
Je puis donner , comme eux , du ſecours aux hu
mains ;
Leur vie eft fouvent en mes mains ;
Mais bien des traits font notre difference.
Je n'ai point de lance comme eux ;
Je ne me fers jamais d'armure ;
J'ai mille fecrets merveilleux ,
Et mes exploits font d'une autre nature :
Fan
MARS. 1742
329
Par leur vertu , j'arrache du trépas
Des malheureux que l'effort de leurs bras .
N'eût jamais pû tirer d'affaire.
ais je vais à vos yeux dévoiler le mystére..
Sans être Medecin ,
Beaucoup me croyent
affaffin :
ans pareil eft mon nom , le monde eft ma patrie ,
Plufieurs Mortels m'abandonnent leur vie.
Si vous voulez me combiner ,
Neuflettres forment ma ftructure ..
3. 8. 7. vous devez trouver
Une Femme de l'Ecriture ,
Qui , par un prodige étonnant ,
Nacquit d'un homme feulement ,
Et fans mere reçût la vie..
Retranchez de mon tout la derniere partie
Je fuis un fpectacle enchanteur ,
Dont la douce & tendre harmonie ;
Et le charme trop féducteur
,
Diſputent à l'envi la déroute d'un coeur..
Du fort d'une Piéce nouvelle ,
Avec 2. 5. 4. 6. 7. 9. trois ,
Au Théatre je fais les loix ,
Et juge , fans qu'on en apelle .
Placez alternativement
Trois confonnes & trois voyelles ,
Vous trouverez un ornement
Qui fut toujours chéri des Belles,
Max
324 MERCURE DE FRANG
Me retournant d'autre façon ,
Je fuis aux animaux un aliment fort bon.
Achevez mon anatomie ,
Vous trouverez un Fleuve d'Italie ,
Un légume connu ,
Un chemin fort battu ,
Un petit animal fort fouple & fort agile ,
Qui d'ordinaire élit fon domicile
A la cave ou bien au grenier ;.
Le fynonime de fentier ,
Une folide nourriture
Le plus riche métal de toute la nature .
Retranchez 2. & 3. vous trouvez à l'inſtant
Un homme que fon éloquence.
Fait admirer , & qui ſouvent
Ne reçoit d'autre récompenſe
Que quelques grains d'encens que lePublic difpenfe,
Par M. de *** de la Ville de l'Aigle.
LOGOGRYPHUS.
Sunt mihi membra decem, diverfas induo formas ;
?
Hoc opus , bic fuerit me reperire labor.
Si me noffe velis , me paſtor numen adorat
Sylva mihigratos prabet opaca lares.
Latrantis poffum jejunia folvere ventris ;
Solus ego quatuor tempora claudo finu :
Me decet arbor ; ago fummis in ſaltibus apros ;
Mex
MARS. 1742:
525
Me fundit niveis fera fenefta comis ;
Garrula rana meis late dominatur in oris ;
Saviogue in placidas fanguinolentus oves.
Orpheaque & Thamyram plectrum tractare magifter
Edocui , campos ubero Flumen aquis..
Sumiro me totum , miferi tego nuda popelli
Membra , tuoque igni victima ſape cado.
Jam fatis eft , quanquam liceat mihi plura profari
Nos premit hora fugax , lector amice , vale.
Defiderius Robert , Rhetor..
NOUVELLES LITTERAIRES
T
DES BEAUX - ARTS , & c.
HEODORET , EVESQUE DE CYR
DE LA PROVIDENCE , & fon excellent
Difcours DE LA DIVINE CHARITE' , traduits
en François , avec des Sommaires pour
faciliter l'intelligence , dédiés à M. LE DUC.
D'ORLEANS , premier Prince du Sang , par
M. l'Abbé LE MERE. I. vol. in- 8 °. A Pa
ris, rue S Jacques, chés Lambert & Durand
à la Sageffe & à S. Landry. M. D C C. XL.
:
Ce Livre eft d'une grande beauté les
vérités qui y font répandues , deviennent plus
lumineufes les unes par les autres , elles éclairena
32
26 MERCURE DE FRANCE
rent en même tems qu'elles perfuadent. Plus
on les aprofondit , plus on leur trouve de
folidité. On voudroit pouvoir raporter tout
ee qu'il y a de plus frapant , mais on craint
avec raifon d'alterer la force de l'éloquence
de l'OrateurChrétien. On fe contentera donc.
d'en faire une fimple analyfe.L'Ouvrage contient
en tout XI. Difcours , X. au fujet de la
Providence, & un au fujet de la divineCharité .
M. de Tillemont a crú que ce font autant
de Sermons que Theodoret peut avoir prêchés
à Antioche ; il admire la force de fes
preuves, &c . cette autorité fait mieux l'éloge.
de ces Difcours que tout ce qu'on pourroit.
en dire .
La traduction qu'en donne ici M. l'Abbé ·
le Mere , ne laiffe rien à defirer. Il regne par
tout une exacte fidelité , & une attention :
fcrupuleuse , en forte que c'eft rendre un
vrai fervice à la Religion que de confacrer
ainfi fa plume. On peut partager ces Difcours
en quatre Claffes pour une plus grande clarté .
Dans les cinq premiers , Theodoret prouve
la Providence par la difpofition admirable
des corps céleftes , par l'ordre merveilleuxdes
élémens , par l'arrangement des parties
du corps humain , par l'invention des arts ,
par l'empire des Hommes fur les Bêtes . Voi
ci le précis de fes idées , qui ruinent entierement
le libertinage , & comment il parle à
cess
MARS. 1742
527
ces prétendus efprits forts qui ne fuivent
d'autre Religion que celle de leur coeur , &
qui n'ont d'autre guide fur les Vérités refpectables
du Chriftianifme , que leurs mauvaifes
difpofitions.
ל כ
» Je vous demande d'abord , dit l'Auteur,
pourquoi, reconnoiffant un Créateur , vous
» vous opofez fi vivement à ce nom de Provi-
>> dence ?Comment vous laiffez vous emporter
>> avec tant de fureur à cette impieté? Dans tout
» ce que la nature expofe à vos yeux , que
trouvez - vous de négligé & d'indécent
» Dans toutes les chofes créées , que voyez-
» vous qui ne foit pas dans la regle & dans
>>
l'ordre Examinez toutes les Créatures :
» en eft- il une feule qui manque de fa jutte .
» proportion ? En eft il une feule , qui n'ait
pas toute la beauté , qui n'ait pas la forme
» & la figure qui lui convient ? ou quel mou
» vement informe & irrégulier apercevez-
» vous , pour vous jetter dans ces difcours
» impies ? Ces yeux que vous avez toujours
tenus fermés à la lumiere, ouvrez- les done
>> maintenant ouvrez - les & confiderez la
» nature de toutes les chofes vifibles , leur
» fituation , leur ordre , leur état , leur mou-
» vement , leur proportion , leur accord ,
» leur agrément , leur beauté , leur quantité,
» leur ufage , le plaifir qu'elles nous font
» leur varieté , leur changement , & ce tour
"
cir328
MERCURE DE FRANCE
» circulaire & périodique , qui fe fait imper
» ceptiblement : contemplez cette admirable
» Providence qui cric fortement & nous fait
» entendre fa voix par le bel ordre qui éclate
» de toutes parts , & réprime par ce frein vos
langues effrenées & indomptées , & vous
» ferme la bouche, «
On peut juger par ce morceau de l'éloquence
de l'Auteur : c'eft le bon fens qui
parle. Point d'ornemens inutiles ; il expoſe la
verité avec fa feule beauté naturelle .
Paffons au 6. & au 7. Difcours , auffi
beaux que les précedens. Theodoret y répond
à cette Queſtion : Pourquoi Dieu n'a pas
ég lement partagé les Biens & les Richelles.
à tous les hommes ? Si tous les hommes ;
sa dit -il , étoient de condition égale , com-
» ment pourroient- ils tous enfemble poffe-
» der les Richeffes ? s'ils étoient tous égaux
» & en qualité & en richeffes , quels fecours
"
tireroient ils les uns des autres dans leur
» neceflité ? Si vous les fupofez , & les vou-
» lez tous également opulens , qui fe foû-
» mettra à fervir ? Concluons donc qu'une
univerfalité de Richeffes feroit la ruine &
» la deftruction du Genre humain : tous les
» hommes étant également opulens , ils feroient
tous également indigens & mife-
» rables . «
Le 8. & le 9. ont la même nobleffe & la
même
MAR S. 1742 529
même folidité . Theodoret prouve d'une maniere
pathetique que l'autorité des Superieurs
ne peut détourner les Inférieurs ni de la piété ,
ni de la vertu , & que par conféquent il faut
reconnoître & adorer la divine Providence ,
& cette fage oeconomie qui éclate dans fon
gouvernement. Il produit fur ce fujet l'exemple
de Jofeph , fi capable de faire impreſ
fions fur des coeurs tant foit peu raifonnables.
Voyez leur dit- il , cet homme tout di-
» vin , qui , à la fleur de fon âge , au printems
de fa vie , dans fa.plus grande vi
» gueur ( car le Printems eft la faifon de l'an-
» née la plus vive & la plus vigoureuſe ' ) avec
» une éclatante beauté de corps , a conferve
»fon ame dans un éclat beaucoup plus grand
& plus brillant. & c .

Refte fon dixiéme Difcours fur la Provi
dence , dans lequel il fait voir que la fageffe
de la Providence de Dieu eft un Océan impénétrable.
" Je fçais , dit- il , que l'océan de
» la Sagelle & de la Providence de Dieu eft
» impénétrable ; je n'ai point oublié cet oracle
du Roy Prophete : Vos Jugemens , Sei-
» gneur , font un profond abîme ; fa voix
» éclatante le fait continuellement retentir à
» mes oreilles : ainfi je n'ai garde de vouloir
» fonder ce qui eft incompréhensible , de
» vouloir pénétrer dans ce qui eft impéné-
» rable ; non , je n'ai pas cette témérité :
mais.
530 MERCURE DE FRANCE
» mais j'admire & j'adore de toute mon ame
» & de toutes mes forces ,les divinsOuvrages
» de mon Créateur , & je donne de juftes
» louanges à tout ce que la foibleffe de mon'
efprit me peut permettre d'y découvrir de
grand & de magnifique , &c.
>>
»
Dans l'excellent Difcours de la divine Charité
, le Saint Evêque prouve d'une maniere
admirable que l'amour qu'on a pour Dieu ;
loin de diminuer , ne fait que croître de plus
en plus .
8.
Il fait l'éloge de Moyfe , & on peut dire
qu'il en parle avec toute la nobleffe qui convient
au fujet. » Moyfe , dit -il , ce S. Hom-
» me , loin de fe dégoûter du long commer-
» ce qu'il entretenoit avec Dieu , fe fentit
» plus affamé , plus alteré , toûjours embrafé
» d'un amour plus ardent & plus violent ,
>> comme fi l'heureufe & l'aimable yvreffe du
>> divin amour l'eût accablé d'un profond
»fommeil ; comme fi la violence de cette
>> amoureuſe flâme l'eût emporté , & enlevé
» hors de lui- même ; il oublia fa nature , &
> il défira de voir ce qu'il n'eft pas permis ici
» de voir, car oubliant fa qualité de Serviter r
» & ne penfant uniquement qu'à l'amour
dont fon coeur étoit épris & violemment
» embrâfé , il ne craignit pas de dire , & de
» dire au Maître de l'Univers Seigneur
» vous me dites : Vous avez trouvé grace de.
vant
MAR S. 1742. 535
grace
» vant moi ; je vous connois par-deffus les
» autres. Si donc j'ai trouvé devant vos
>> yeux , montrez - vous vous-même à moi ,
» afin que je vous connoiffe, & que je trouve
»grace devant vos yeux, & c.Cet endroit eft
frapant , & brille d'une éloquence peu commune.
On peut dire ici que Theodoret ne
penfe point à lui , & qu'il ne parle que pour
fon Lecteur ; c'eft un Homme rare , fans
doute, & qui mérite toute notre veneration .
M. d'Auvigni , Auteur de l'Histoire des
Hommes Illuftres de la France , dont il a déja
donné avec fuccès fix volumes au Public ,
a fait imprimer depuis un avis pour la fuite
de cet Ouvrage : fon objet eft d'en faire connoître
l'utilité , & en quelque forte la néceffité
pour la gloire de la France , & de demander
des Mémoires à ceux qui fe trouvent
en état de lui en fournir. Selon l'Auteur , la
Nation entiere eft intereffée à l'exécution de
fon projet. » Ce font , dit -il avec raifon , les
» Grands Hommes qui décorent dignement
» une Nation ; leurs talens , leurs qualités ,
» leurs vertus , bien plus que les conquêtes
» & les victoires , la magnificence des Rois ,
» & les Monumens fuperbes , lui communi-
» quent un luftre , que le tems même ne peut
» effacer , s'il n'eft aidé par l'ignorance .
» Les Grands Hommes font la premiere &
...
14
32 MERCURE DE FRANCE
la plus belle caufe de l'amour que chaque
» Citoyen témoigne pour fa Patrie. Qui fe
» glorifia jamais d'être né au milieu d'un
» peuple obfcur ? & quelle noble fierté n'inf-
» pire pas au contraire l'avantage de refpirer
» fous le même ciel , & de vivre fous les
» mêmes Loix que des Hommes célébres
» que des Héros ? .... Perfonne n'ignore quelle
» eft la force de l'exemple. Un Pere , un
» Ayeul , même un Ancêtre plus éloigné ,
>> un homme de naiffance égale , quelquefois
» un inferieur, eft parvenu aux premiers hon-
» neurs de l'état qu'il avoit embraffé , il de-
» vient le modéle qu'on fe propofe , & le ga
» rant du fuccès qu'on attend ..... On ne peut
» donc , ajoûte l'Auteur , par raport au bien
géneral & particulier , avoir trop d'atten-
>> tion à faire l'éloge des grands Hommes , &
» à citer les honneurs dont ils ont joui , afin
que quelques injuftices du fort ne laiffent
» point établir à leur égard que rien n'eft
>> plus rare que le mérite , fi ce n'eſt de le
» voir dignement récompenfé.
L'Auteur dit enfuite , qu'exciter de l'émulation
, eft le moyen affûré d'augmenter le
nombre des Citoyens utiles , de les rendre
plus braves , plus éclairés , plus fidéles , plus
juftes , & de rendre l'amour de l'honneur
heréditaire dans les Familles..... " Dans ce point
» de vue elles doivent aider à un travail auffi
Aateur
MARS. 1742. 533
»flateur pour elles. Voir reparoître fes Ayeux
» avec éclat fur la fcène du Monde , & de-
» venir par eux l'objet de fon attention , ce
» bien ne peut être affés eftimé. On en fera
>> l'aveu en confiderant combien de tems ,
» de démarches , de capacité & de talens font
» employés par ceux qui,devant leur naiſſan-
» ce à des parens ignorés , n'ont qu'eux- mê-
» mes à préſenter , & fe trouvent tout "leur
» nom à faire.
Après avoir établi la néceffité d'une Hiſtoire
complette des Grands Homines de la
France , dont en effet nous n'avons eu jufqu'ici
que de foibles effais , l'Auteur fe plaint
du peu d'ardeur de la Nation pour un Ouvrage
fi glorieux pour elle. Les Grecs & les
Romains ont eu avec leurs Hiftoriens géneraux
, d'autres Sçavans confacrés feulement à
recueillir les actions de leurs Grands Hommes.
Il prétend que c'eft là le genre d'Hiftoire
le plus urile : » fans la connoiffance du
motif, dit- il , celle de l'action devient ins
» fructueuse , elle charge l'efprit fans l'inſ-
» truire , & l'Hiftoire génerale ne peut entrer,
» dans le détail de ce qui concerne chaque
» Grand Homme , dont elle raporte les faits ..
Il eft des gens , ajoûte l'Auteur , qui dédaignent
ce qu'on peut dire à l'honneur de
leurs Ancêtres , parce qu'ils jouiffent du
» fruit de leurs fervices , d'autres les trouvent
au - deffus
334 MERCURE DE FRANCE
» au- deffus de tout éloge , il y en a auffi qui
» croyent fuffire à l'honneur de leur race ;
» leurs Ayeux ne les touchent que par le
» nombre , & donnant le pas à la vanité fur
» la vraie gloire, ils préférent un degré d'an-
» cienneté à un Grand Homme de plus . Il
» en eſt encore qui penfent que foûmettre
» leurs Ancêtres aux jugemens du Public
» eft au -deffous de leur dignité , comme
» rien pouvoit mettre à l'abri de ſes décifions
inévitables , & fi ce tout refpectable,
qui ne doit rien qu'à la nature , qui n'a
» d'égal que la raifon , & de fuperieur que le
» tems , n'étoit pas infiniment au- deffus de
ce petit nombre de favoris du hazard , de
» ceux même que le mérite éleve , qui ref-
» tent foûmis aux caprices de la Fortune , &
dont peu d'années , fi l'Hiftoire ne les protége
, peut détruire jufqu'au nom .
>>
»
,
Cet Avis de l'Auteur de l'Hiftoire des
Hommes Illuftres , fe débite chés le Gras
Libraire au troifiéme Pilier de la Grand-
Salle au Palais , où se vendent les fix premiers
Volumes de cette Hiftoire. Le fuccès qu'elle a
eu a dû flater l'Auteur & l'engager à la coutinuation
d'un Ouvrage auffi glorieux pour
la France , qui fera connoître par ce moyen
qu'elle l'emporte par le nombre de fes Grands
Hommes , fur les Nations les plus célébres.
Ceux qui auront des Mémoires à fournir
les
MARS. 1742 . 5351
les pourront adreffer à M. Dauvigni
Neuve des Petits - Champs
te du Palais Royal.
rue ,
attenant la por-
RECUEIL par ordre alphabétique des
principales Questions de Droit qui fe jugent diverfement
dans les differens Tribunaux du
Royaume avec des Réflexions pour concilier
la diverfité de la Jurifprudence , & la rendre
uniforme dans tous les Tribunaux. Par M.
Bretonnier , ancien Avocat au Parlement.
NOUVELLE EDITION , augmentée des Additions
pofthumes de l'Auteur , & de Notes &
Additions confidérables , par M. Boucher
d'Argis , Avocat au Parlement A Paris , chés
Saugrain pere , ruë de Savoye , P. Emery , &
Pierre -Alexandre Martin , Quai des Auguf
tins
1742.
>
Il feroit inutile de s'arrêter à faire valoir
P'utilité de cet Ouvragé , qui eft déja connu
du Public , & dont il y a déja cû plufieurs
Editions; il fuffira d'obferver que celle ci eſt
encore plus parfaite que les précédentes,puifque
non - feulement on y a corrigé plufieurs
fautes,qui étoient échapées jufqu'ici, mais encore
qu'elle eft augmentée des Additions poftumes
de M.Bretonnier, qui ont été communiquées
parM.Boucher d'Argis, auquel l'Auteur .
les avoit confiées. Elle eft auili augmentée de
Notes & Additions confidérables ,que M.
F Boucher
136 MERCURE DE FRANCE
Boucher d'Argis y a jointes, tant fur laPréface que fur le corps
de l'Ouvrage
, foit. pour
donner
des éclairciffemens & augmentations
qui ont parû néceffaires , foit pour marquer
les changemens de Jurifprudence , furvenus
depuis le décès de M. Bretonnier , foit enfin
pour rapeller en leur lieu les nouvelles Ordonnances
, les Arrêts recents & les Auteurs
modernes qui ont raport aux matieres traitées
dans ce Recueil ; les Additions pofthumes
de M. Bretonnier font diftinguées de ce
qui étoit dans l'ancienne Edition , par une
marque qui eft au commencement & à la fin
de chaque Addition ; & les Notes & Additions
de M. Boucher d'Argis , font diftinguées
par d'autres marques. On a joint à cette
nouvelle Edition une Conférence des endroits
de ce Recueil , où M. Bretonnier &
fon annotateur , citent la précédente Edition
des Arrêts d'Henris , avec les endroits aux
quels ces citations fe raportent dans la nouvelle
Edition faite en 1739. On y a auffi
ajoûté une table des Matieres.
PROJET DE SOUSCRIPTION ,pour les Oeuvres
de M. Jacques- Benigne Boffuet , Evêque de
Meaux , à Paris , chés le Mercier & Boudet,
rue S. Jacques au Livre d'Or ; la veuve Alix ,
Cloître S. Benoît ; Barois fils , Quai des
Auguftins , à la Ville de Nevers.
Les
MARS. 1742. 537
Les Ouvrages de feu M. Boffuet , Evêque
de Meaux , font en fi grand nombre , &
elques-uns font devenus fi rares , qu'il eſt
prefque impoffible aujourd'hui de les raffembler
tous. C'est ce qui nous a 'engagés , difent
les Libraires, à publier une Collection complette
de tous les Ecrits de ce fçavantPrélat.
Pour y réuffir , nous avons eu foin de recueillir
exactement les meilleuresEditions de
chacun de fes Ouvrages , & principalement
celles où l'Auteur a jugé à propos de faire
des changemens & des additions ; & nous
marquerons à la marge l'Edition où fe trouvent
ces changemens , afin qu'on ne puiſſe
pas douter qu'ils foient de M. Boffuet. Nous
avons pris auffi toutes les mefures & tous les
Dins néceffaires pour faire en forte qu'il ne
ous échapât aucunEcrit de ce célébre Auteur.
L'ordre qu'on fe propofe de fuivre dans
ttte Collection , eft celui des matieres. On
⚫nmencera par ce qui concerne l'Ecriture
Sinte : on donnera enfuite tout ce que l'Aucar
a écrit pour la défenfe de la Religion
tholique contre les Proteftans , & on con-
Mauera de ranger avec ordre les autres Oeues
de ce grand Evêque , fuivant les diver
Ismatieres qu'il a traitées.
Ala tête de chaque Ouvrage on donnera
peu de mots une idée de ce qu'il contient,
l'on raportera ce qui y a donné lieu . On
Fij éclair338
MERCURE DE FRANCE
éclaircira auffi par des notes placées
bas des pages , les endroits où il y aurd
quelque obfcurité pour le Lecteur.
On ne peut actuellement annoncer
nombre des Volumes que cette Collectio
formera. Le Papier & les Caractéres fero
les mêmes que ceux du Profpectus.
A l'égard de la forme , on a fuivi l'avis d
plus grand nombre , & on s'eft détermin
pour l'in - quarto, Cependant , parce qu'e
peut regarder M. Boffuet comme un Pere
f'Eglife Gallicane , plufieurs perfonnes ont p
rû fouhaiter d'avoir fesOuvrages in -folio , pou
les placer à la fuite des Peres. C'eft ce qui nou
a engagés à imprimer quelques Exemplair
fous cette forme, mais en très - petit nombre
Il ne nous refte plus qu'à annoncer le
conditions.
Le premier payement de chaque Exen
plaire qu'on affurera , & dont il fera don
une reconnoiffance , fera de • • 30.
Le fecond payement fe fera en recevant !
quatre premiers Volumes fur la fin de l'a
née 1742. & fera de · • • • 24
Le troifiéme payement , en recevant
Tomes 5. & 6. fera de 18.1
De fix mois en fix mois on recevra deu
Volumes , pour lefquels on payera
Et ce jufqu'aux deux derniers Volumes q
feront délivrés fans avoir rien à payer
Chaqu
MAR S. 1742. 339
aque Volume in-4°. qui contiendra 80 .
95. feuilles , ne reviendra aux Soufcripteurs
'a9.1.prix fort modique, fi l'on fait attention
petit nombre d'Exemplaires qu'on en tire .
La Soufcription de l'Exemplaire in -folio ,
qui contiendra environ 180. feuilles , fera le
double du prix de l'in quarto , & les Volumes
feront delivrés aux mêmes conditions.
Ceux qui n'auront pas foufcrit , ne jouiront
pas de l'avantage d'avoir les Volumes à
mefure qu'ils fe délivreront aux Soufcripteurs.
La Collection ne fe vendra que complette ,
& pas moins de 13 liv. 10. f. le Volume en
feuille.
On ne recevra des Soufcriptions que juf
qu'au premier Septembre prochain , & l'on
n'a pris cette voye qu'à condition que ceux
qui en feront les porteurs feront obligés de
retirer feurs Exemplaires un an après la publication
du Recueil complet : ce tems paffé
'es avances qu'ils auront faites feront perduës
pour eux.
,
M.
PETIT DICTIONAIRE FRANÇOIs dont
Ortographe eft prouvée par principes , uti
le à ceux qui lifent & qui écrivent , par
Jacquier. Prix 50. f. relié . 1. vol, in - 12: de
474. pages. A Paris , chés le Gras , au Pa
lais , la veuve Piffot , Quai de Conty , Briaffon
, rue S. Jacques , & Chaubert , Quai des
Auguſtins. Fiij
L'Au$
40 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur continue d'enfeigner l'Ortographe
, & les premiers principes de la Langue
Françoife: Il demeure à Paris , rue du Roule
à la Croix d'or. On le trouve tous les jou
chés lui , depuis dix heures du matin juſqu'à
deux heures de l'après midi.

Hipolyte Louis Guerin , à S. Thomas
d'Aquin ; Jean Villette , à la Croix d'or & à
S. Bernard ; Ch. J. Bap. Delefpine , à la Victoire
& au Palmier, rue S.Jacques , viennent
de mettre au jour les deux derniers Volumes
de la fuite de l'Hiftoire des Empires &
des Républiques depuis le Déluge jufqu'à Fefus-
Chrift , par M. l'Abbé Guyon. L'un de ces
deux Volumes eft intitulé Lacédémone 2.
partie , Tom. X. vol . in - 12 . de 503. pages.
L'autre Athenes , 2. partie , Tom. XII. vol .
in- 12 . de 535. pag. fans les fommaires & les
Tables des matieres.
Toute cette Hiftoire , depuis l'origine de
chaque Empire & de chaque République jufqu'à
leur destruction , eft compriſe en douze
volumes qui fe vendent reliés 30. 1. & dont
voici l'ordre .
Le premier Volume contient l'Hiftoire des
Egyptiens Le II. des Affyriens , Babyloniens
des Medes. Le III . des Perfes Le IV. des
Macédoniens , premiere partie , où se trouve
la vie d'Alexandre. Le V. des Macédoniens
feconde
MARS. 1742. $4

feconde partie,où fe trouvent les Succeffeurs
d'Alexandre. Le VI . des Ptolemées , Rois d'Egypte.
Le VII. des Seleucides , Rois de Syrie.
Le VIII. des Parthes & des Thraces. Le IX.
& X. des Lacédémoniens , premiere & feconde
partie. Le XI. & XII. des Thébains &
Athéniens , premiere & feconde partie.
CALENDRIER MERIDIEN , ou l'art
de tracer une ligne méridienne avec une extréme
facilité , & de regler les Pendules &
les montres fuivant le mouvement du So ,
leil. On y a joint la maniere de faire les Lunettes
d'aproche & les Mycroſcopes , à Pa
ris , chés Philipe -Nicolas Lottin, Imprimeur
Libraire , rue S. Jacques , proche S. Yves ,
à la Vérité, 1742.
Voici la feconde édition d'un Calendrier
des plus utiles ; on y trouve plufieurs manieres
de tracer une ligne méridienne fur une
fenêtre , contre un mur, ou fur un plancher,
pour avoir l'heure de midi avec préciſion , &
fans fortir de chés foi . On y trouve même
la maniere de placer un quart de cercle contre
un mur dans le plan du Méridien , pour
obferver le paffage du Soleil , de la Lune ' ,
des autres Planettes & des Etoiles fixes . Enfuite
on y aprend à regler les Pendules & les
Montres exactement par le moyen de la Méridienne
. Enfin on y parle des principales
Fiiij.
Obfer-
1
542 MERCURE DE FRANCE
Obfervations aftronomiques . Mais ce qui fe
ra plaifir à plufieurs perfonnes, c'eft une augmentation
confidérable qu'on y a faite , en
y ajoûtant un petit Traité , où l'on montre
l'art de faire les verres des Lunettes d'aproche
, d'une maniere fi fimple que le verre &
la forme fe font en même tems. On y a mis
des Tables qui donnent les proportions que
les verres des Lunettes à deux verres ou à
quatre verres doivent avoir entr'eux , foit
pour leurs foyers, foit pour leurs ouvertures .
On y donne encore les proportions des verres
pour faire de bons Mycroſcopes.En finif
fant on renvoye ceux qui voudroient encore
de plus grands détails à un Traité imprimé
chés le même Libraire , avec figures , où l'on
trouve non -feulement l'art de faire des verres,
mais encore celui de faire des Teleſcopes de
Reflexion , avec des Miroirs de métail.
,
ESSAT fur la nature & le choix des Alimens
, fuivant les differentes conftitutions
avec les regles fur la diette dans les Maladies
du Corps humain , par Jean Arbuthnot ,
Medecin , Membre de la Société Royale de
Londres , traduit de l'Anglois , vel in- 12 .
2. 1. 5. f. A Paris , chés G. Cavelier pere ,
rue S. Jacques , au Lys d'or , 1742 .
GEORGII Cheynai , Medicina Doctoris,
Soc
MARS. 1742 543
Soc. Reg. Londinenfis , Tractatus de Infirmorum
fanitate tuenda , vitaque producenda
cum ejufdem Tractatu de Natura fibra ejufque
laxafive refoluta Morbis , &c. Volumen in-
12. 3. L. Parifiis , apud G. Cavelier patrem ,
vià Jacobea , fub figno Lilii anrei , 1742 .
HISTOIRE DES JUIFS & des Peuples
voifins , depuis la décadence des Royaumes
d'Ifrael & de Juda , jufqu'à la mort de
J. C. par M. Prideaux , Doyen de Norwich,
traduite de l'Anglois. Nouvelle Edition
divifée en fix Volumes , plus ample & plus
correcte que les précédentes , avec des cartes
& figures en taille douce , 18.1 . Le même
Ouvrage en grand papier 24. liv . A Paris
, chés le même Libraire.
9
LES AMUSEMENS DU COUR ET DE
L'ESPRIT. Ouvrage periodique. Tome XI.
Se vend à Paris , chés la Veuve Piffot , Quai
de Conty ; & chés Ant. Urb. Conftelier
Quai des Auguftins, près la rue Gît- le - coeur,
1741. in- 12 . de 600. pages d'impreffion . Le
prix eft de 2. 1. 10. L. en blans , & de 3. liv.
relié.
Entre les morceaux de Litterature & de
Critique , qui font partie de ce nouveau Vo
umes des Amuſemens la Lettre de M.

Fv Mexf
544 MERCURE DE FRANCE
Meufnier de Querlon , nous paroît mériter
l'attention des Lecteurs . C'eft une Hiftoire
Litteraire & fuivie d'Aufone & de fes Ouvra
ges , où l'Auteur entre dans le détail des
beautés & des défauts du Poëte . Ce morceau
eft écrit avec goût , & marque un jugement
folide. Il ne pourroit être extrait fans lui ôter
quelque chofe de fon mérite : le Lecteur jugera
du tout par le Préliminaire.
·
» J'avois lû Aufone il y a long- tems
» Monfieur , ( Page 171. ) mais je l'avois lu
» en Ecolier , & peu content d'un Poëte où
» je ne trouvois plus le tour & l'harmonie
» des Poëtes du Sicle d'Augufte , je croyois
» n'être jamais tenté de le relive On a d'au-
» tres yeux à trente ans qu'à vingt. Il eft bien
» different de lire Virgile à mon âge , & de
» l'avoir lû en Rhétorique. Les jeunes gens.
» s'attachent aux fleurs aux ornemens , à ,
l'expreffion : & combien l'imagination &
» l'oreille ne prennent elles point fur le juge-
» ment ? Dix ans de plus , le jugement eft
» mûr ; on ne faifoit que fentir , on com-
» mence à penfer. Virgile alors n'eft plus
fimplement un Poëte ; c'eft un Philofophe
qui a raifonné : fon Poëme n'étoit qu'un
» chef- d'oeuvre d'efprit , c'eſt un chef d'oeu
» vre de bon fens . Hiftoire, Antiquités , Phy-
»fique , on eft furpris d'y trouver mille cho-
» fes qu'on n'y avoit jamais aperçues. Voilà
>>
pour
MARS: 1742. 545
» pour moi ce qui m'arrive tous les jours >
»je reprens Horace ou Ciceron , & je vois
que je ne les avois point encore entendus.
Je connoiffois l'Orateur & le Poëte , mais
» je ne connoiffois point du tout l'Homme
» d'Etat , & le Citoyen , le Philofophe & le
>>> Courtifan .
» Revenons à Aufone , je l'ai relû utile-
» ment par raport à l'Hiftoire Litteraire . Vous
» ne ferez peut- être point fâché de voir l'ana-
» lyfe que j'en ai faite , pour vous épargner le
» dégoût d'une lecture fuivie .
On voit ce projet fort bien exécuté dans
plus de 60. pages. M. de Bainville continue
de donner ici fes Poëfies , la fuivante eſt un
trait de morale..
Timon.
De mille paffions fuivant l'injufte loi ,
Mauvais fils , mauvais pere & maître impitoyable
Serviteur infidéle , Epoufe , Epoux ſans foi ,
Défiant , envieux , & jamais véritable ..
Sans amour pour autrui , fans équité pour fof
Engrat , intereffé , furieux , implacable ;
Enfin de la raifon ne faiſant nul emploi ,
Voilà cet animal qui fe dit raiſonnable.
Vrai fymbole d'orgueil & de légereté
Honte de l'Univers , monftre d'iniquité
E vi
D
546 MERCURE DE FRANCE
De tous les Animaux ton eſpéce eft , la pire.
Homme que je te hais ! ainfi parle Timon.
Mortels , à notre tour , faut-il le hair ? Non .
Corrigeons- nous : Timon n'aura plus rien à dire,
A une fauffe Muſe.
Vos Vers vous coûtent bien du tems !
Mais , eft-ce à les faire , Thémire ?
Vous rougiffez ...... je vous entends
Vous êtes longue à les tranfcrire.
On trouve , page 316. une Lettre d'un
Gentil - homme de Province à un de fes amis .
au fujet de la Tragédie d'Ines de Caftro . Son
objet principal eft de critiquer le Rôle d'Alphonfe
. Il parût auffi dans le tems de la nouveauté
de cette Tragédie , des Paradoxes Lit
teraires au fujet d'Ines. L'Editeur des Amufemens
les a inferés tout au long dans le huitiéme
tome de ce Recueil , avec les Antiparadoxes.
Page 331. on voit une Réponſe
à l'Auteur des Paradoxes Litteraires.
>>
L'ingénieux Auteur des Paradoxes Litte-
» raires vient de faire trop de plaifir à ſes Lec-
» teurs pour ne lui pas fournir une nouvelle
occafion de manier le farcafme & l'ironie .
» Il fçait faire un fi bon ufage de ces armes.
dangereufes, que je me croirois coupable à
» l'égard du Public , fi je ne contribuois pas.
»
MARS. 1742
547
» à lui fournir encore cet agréable fpectacle .
Je ne promets pas d'accabler ce nouvel Athle-
» te de fel attique : mais au moins , me devrat'on
en quelque forte celui qu'il répandra...!
» l'Auteur des Paradoxes n'a pas écrit pour
» avilir Inès de Caftro : il n'eft point du tout
fatyrique . Je n'ai pas deffein dans tout ce
que je vais dire , d'en foûtenir la réputa-
» tion . Je n'aime pas à louer : rien n'eft plus
>> fincére que nos procedés.
ן כ
Voici les articles principaux de la Réponfe
. i° . La Tragédie d'Inès de Caftro ne peche
point contre les moeurs , ni contre la vraifemblance
. 2 °. Les Vers de la Tragédie n'en
font ni durs ni mal conftruits ; la plûpart
font nobles & expreffifs . 3 ° . M. de la Motte
a fait voir par un grand nombre d'Ouvrages ,
qu'il écrit bien en Profe ; & les remarques.
critiques de M. D. F, au fujet de l'Avis & de
La Préface , paroiffent fauffes . 4°. M. de la
Motre dans la Préface de cette Tragédie , a
montré plus de jufteffe que d'aigreur & de
vanité . M. D. F. eft tombé dans les deux défauts
qu'il lui reproche . Voilà mot à mot la
divifion de cette Réponse . On peut dire que
jamais Tragédie n'a attiré tant de differentes
critiques à fon Auteur. Malgré cela Inès fera
toûjours goûtée aux réprefentations , parce
que le fentiment eft le premier juge des Ouvrages
d'efprit , & qu'il domine dans Inès.
Page
$48 MERCURE DE FRANCE
Page 381. On donne encore une Lettre
adreflée à M. de la Motte au fujet de la mêmeTragédie;
elle eft écrite avec modération,
& on y releve les beautés comme les défauts .
Un galant homme peut l'avouer , & elle n'eft
point partiale .
Les Amateurs de la Peinture trouveront
page 449. une vie de M.Noël Coypel, le premier
de tous ceux de ce nom qui fe foit
adonné à la Peinture. C'eft fon Gendre qui
parle & qui corrige les fautes échapées aux
Hiftoriens précédens , en envoyant un Difcours
de fon Beau pere qui eft à la page 45.5-
Voici une Fable de M. Richer.
Le Mouton & le Chat
Un Homme avoit dans fa maiſon
Deux Animaux de diverfe nature ;
Un Mouton , bonne créature ,
Un Chat hypocrite & fripon ,
Quand le Mitis entroit dans la Cuifine,
Obferver fon allure étoit un embarras.
Son inftin&t le portoit à vivre de rapine ,
Et le friand donnoit échec à tous les plats.
Il avoit la griffe fubtile.
Le bien nourrir , foin inutile:
Un morceau dérobé flatoit ſon apétit .
Souvent pris en A grant délit ,
Il étoit grondé de ſon maitre ;
On
MARS. 1742. $49
On le mettoit dehors , mais l'animal maudit ,
Par la porte chaffé , rentroit par la fenêtre.
L'Homme lui dit : maraud , je fuis las de tes tours
Séduit par ton air doux & par tes gentilleffes ,
Je te prodigue des careffes ,
Et tu n'es qu'un vau- rien , tu le feras toûjours
Imite le Mouton , animal débonnaire.
Il n'a pas un efprit bien fin :
Mais il n'eft larron ni malin ,
Et ne fonge point à mal faire.
Jettez l'oeil dans votre Jardin ,
Lui répondit le Chat : Voyez comme Robin ,
Se promenant dans les allées ,
Broute vos belles Giroflées.
Je fçais qu'il n'y refléchit pas
Car il lui faut rendre justice ,
Pure bêtife : mais les Chats
Font moins de tort par leur malice.
M. le Chevalier de Neufville a donné dans
ce XI. Tome la fuite de fes Deux Soeurs Rivales.
Le ftyle un peu fingulier de l'Auteur
n'empêche pas qu'on ne la life avec beaucoup
de plaifir. Si les Ecrivains modernes fe livrent
à la Métaphyfique & aux Analyfes du
coeur humain , c'eft le torrent qui les entraîne
, & le goût de bien des Lecteurs auxquels.
on a en vue de plaire. Il y a de l'interêt &
dntiment dans cette fuite , cela ne futfit-
Pas pour amufer La
50 MERGURE DE FRANCE
La Lettre fur l'Imitation que M. Desforges
Maillard écrit à M. le Préfident Louhier
Page 55o . eft remplie d'excellentes Recherches
, & contient une Anecdote fort
plaifante au fujet de M. Defpreaux . Elle n'eſt
dans aucune Edition de fes OEuvres , & a
pour garans des perfonnes fufpectes .
Nous n'avons rien dit d'une Lettre fur les
Tableaux exposés au Louvre au mois de Septembre
dernier , parce que nous les avons
affés fait connoître ailleurs. Mais nous tranfcrirons
ici des Vers de feu M. de Senecé , Premier
Valet de Chambre de la feuë Reine ,
homme très - connû par quantité de jolis Ouvrages.
Ceux- ci ont été imprimés d'après le
Manufcrit original de l'Auteur . Les voici.
Pour le Tableau d'Athalie , de M. Coppel
Je revenois de voir le Tableau d'Athalie ,
Où le fameux Coyşel , prompt à fe furpaffer
Encore un coup vient d'effacer
La réputation des Pinceaux d'Italie.
Dans la douce mélancolie
Que me caufoit l'attention ,
Le fommeil me faifit ; mon ame recueillie
Succomba fous le poids de l'admiration .
En cet état où les idées
2
Sur les objets récents font fréquemment guidées,
J'eus cette étrange vifion .
Le
MARS. 1742. 558
Le Spectre menaçant d'une hideufe femme ,
Qui portoit la fureur peinte en fes yeux hagards ,
Se préfentant à mes regards ,
Jetta par ce difcours la frayeur dans mon ame .
Jufqu'à quand animés à me mettre en lambeaux ,
Vos François viendront- ils dans les ombres obfcures
Fouiller la poudre des Tombeaux ,
Pour en faire fortir mes triftes avantures >
C'étoit peu qu'abufant d'un odieux loifir ,
Racine à mes périls embouchât la Trompette ;
C
Et fit aux Filles de Saint Cyr
Chanter ma honte & ma défaite .
Il falloit encor que Coypel
S'ouvrît à mes dépens le chemin de la gloire ,
Et par un affront folemnel ,
A la trop fidelle mémoire
Vint de mon oprobre éternel
Configner la fatale hiſtoire .
2
Il falloit que du coup dont ma grandeur tomba ,
Par fon Art impofteur l'horreur fût augmentée
Et qu'il fit contrafter ma laideur inventée ,
Aux prétendus attraits qu'il préte à Joſaba .
Eh quoi ! pour exercer la cenfure publique ,
Le fiécle où vous vivez manque t'il de Sujets ?
Sans déterrer les Morts , la farouche critique:
Dans les moeurs de ce tems n'a- t'elle point d'objets
De la foif deregner les maximes hardies .
Trouven
52 MERCURE DE FRANCE
Trouvent - elles chés vous des efprits moins pervers
Et la Scéne de l'Univers
Fait - elle retentir de moindres Tragédies ?
C'eſt le ftyle de vos Sçavans ;
Leur dent fur les défunts s'acharne avec furie ,
Au moment que leur faterie
Eleve des Autels pour les crimes vivans .
Ya , lâche admirateur des Satyres muettes
Qu'on exprime avec la couleur ,
Annonce à ton Coypel de ma jufte douleur
Les atteintes fecrettes .
Dis-lui , qu'à tout propos prompte à l'inquieter
Je ferai reflentir à fon ane agitée
Ce que peut une Ombre irritée
Qui s'attache à perfécuter.
En cet endroit , la furieufe
Se difpofoit à me charger ,
Et je courois , fans doute , un extrême danger ;
Si
par
un coup du Ciel une avanture heureuſe
N'eût pris foin de m'en dégager .
Comme elle finiffoit fon atroce invective ,
Un tourbillon de feu de la brulante Rive
Amene un Portier des Enfers ,
Qui reclamoit fa fugitive .
Il fait fonner fon foüet ; il préſente des fers
A la malheureufe Captive.
L'Ombre fuit ; le Démon la pourfuit par les airs ;
EF
MARS.
1742 355
Et tous deux pénetrant la fenêtre fermée ,
Ma chambre s'embṛunit d'une épaiſſe fumée¿
J'étois tout moite de fueur
Et mon ame mal affûrée
Dans fon centre étoit retirée ,
Quand d'une foudaine lueur
Ma demeure fut éclairée .
Au milieu d'un beau jour un Vieillard m'aborda' ,
Qui tenant d'une main ſa barbe vénerable ,
Et diffipant ma peur par un coup d'oeil affable ,
Raſſûre- toi , dit - il , & connois Joyada :
D'une femme en fureur l'impuiffante menace
Ne doit point t'allarmer.
L'Efprit qui la talonne , a de quoi réprimer
Son infolente audace.
De ton illuftre ami l'honneur eft apuyé
Sur les fondemens les plus fermes ;
Va le voir de ma part , fans paroître effrayé ,
Et lui parle en ces termes , & c.
Nous paffons fous filence un grand nombre
de Piéces de differens genres que nous
ne pouvons extraire. Nous dirons en géneral
que dans un Ouvrage Périodique les Morceaux
ne font pas tous d'une égale force
mais qu'il y en a ici affés pour les faire rechercher.
D'ailleurs les Editions multipliées en
peu de tems , dépofent en faveur du goût de
I'Homme de Lettres qui préfide à cette compilation
Le
$54 MERCURE DE FRANCE

Le XII. Tome , qui fe débite chés les Li
braires indiqués , & en Hollande , chés Goffe
& Henri Dufauzet , mérite un Extrait que
nous donnerons dans un des prochains Journaux.
On trouve à Paris , chés Guerin , Libraire
rue faint Jacques , le Catalogue de la
fameufe Bibliothéque de feu M. Colbert
Evêque de Montpellier , qui a été venduë
l'année paffée , en faveur des Pauvres Ce
Catalogue eft en 2 vol. in - 8 ° . que le Libraire
donnera aux Curieux , pour vingt - quatrefols.
On vient d'imprimer un Traité de Mufique
, intitulé La Musique Pratique &
Théorique , réduite à fes principes naturels ,
ou Nouvelle Méthode pour aprendre facilement
& en très - peu de tems l'Art de la
Mufique. Par le Pere Vyon , Religieux Cordelier.
Cet Ouvrage eft de forme -4 ° . On
le regarde comme très -utile & très- avantaà
tous ceux qui veulent fe perfectionner
dans cet Art . Les Principes font détaillés
fort clairement , & on ne doute pas
qu'on n'en puiffe tirer de grands avantages.
On trouve encore à la fuite de cet Ouvrage
un choix de Recits , Duo , Trio , & c . fous
le titre de Fragmens d'Opéra , des plus
beaux endroits , pour les voix de Delfus
geux
de
MAR S. 1742: 55-5
de Bas-Deffus , d'Haute Contre , de Taille
& de Baffe-Taille ; avec & fans accompagnemens.
Ce Traité fe vend à Dijon , chés
M. Andrea , ruë de Condé. Le prix en brochure
, eft de 4 liv. y compris les Fragmens
d'Opéra qui y font joints.
1
On diftribue depuis peu à Dijon , deux
Livres Nouveaux. Le premier a pour titre :
Memoires pour fervir à l'Hiftoire de la Fête
des Foux, qui fe faifoient autrefois dans plufieurs
Eglifes. Par M. du Tilliot , Gentilhomme
Ordinaire de fon Alteffe Royale Monfeigneur
le Duc de Berry. 1. vol. in -4° . avec
Figures. A Lausanne & à Genève , chés
Marc- Michel Bofquet & Compagnie 1741 .
L'Ouvrage est dédié à M. le Préfident Bouhier
de l'Académie Françoife .
QUATRAIN
à l'Auteur,
Cher du Tilliot , dans cet Ouvrage ,
Qui plaît également à tous ,
En blâmant la Fête des Foux ,
Vous prouvez que vous êtes fage.
COQUARD.
Le fecond Livre a pour Titre : Opufcula
Poëtica Dionifii- Francifci Bernier , Presbiteri
Parifini , & in Primario Galliarum Senatu
Paroni. Divione , apud P. Marteret 1742 .
in-12!
556 MERCURE DE FRANCE
in- 12 . Il eft dédié Viro Clariffimo D.D. Ca
rolo- Michaëli- Gafpardo de Saulx Tavannes ;
Gallia Legionum Prafecto .
A la tête du Livre , on lit cette Epigramme
Latine , à l'Auteur,
5
Carmina qua prodis , prodis fub nomine falfo ,
Parce , tibi non funt , totus Apollo canit.
P. D.
TRADUCTION.
C'est envain que ces vers paroiffent fous ton nom,
Tu ne les a point faits , il font tous d'Apollon.'
CocQUAR D.
P. de Hond , Libraire à la Haye , vient
d'imprimer les Médailles de grand & de
moyen bronze , du Cabinet de la Reine
CHRISTINE de Suede , en foixante &
rrois Planches , parfaitement bien gravées ,
d'après les Originaux , par le fameux Pietro
Santes Bartolo , & expliquées par le Profeffeur
Havercamp .
Le 29 Janvier dernier , l'Académie Efpagnole
de Madrid , préfenta au Roi & à la
Reine d'Espagne , le Nouveau Traité d'Ortographe
qu'elle a compofé.
On
MARS. 1742.
557
On écrit de Nuremberg que M. Jean-
Mathieu Hafe , Profeffeur de Mathé
ques à Wittemberg , a publié dans 1
miere Ville un Ouvrage important ; c'eft un
Defeription Géographique & Hiftorique du
Royaume d'Ifraël , tel qu'il étoit fous David &
Salomon , c'est- à- dire , dans fon état le plus
floriffant , avec des Obfervations fur la grandeur
des Villes les plus célebres , tant anciennes
que modernes , & fur certains ouvrages
fameux de l'Antiquité. Cet Ouvrage
eft en Latin , & forme un gros Vol. in fol.
enrichi de plufieurs Cartes & Figures gravées
en Taille - douce.
On a entrepris dans la même Ville de Nuremberg
, un Ouvrage Périodique , intitulé :
Singularia Nurembergica. L'Auteur fe propofe
d'éclaircir fucceffivement divers points
d'Hiftoire & d'Antiquité , qui regardent cette
Ville & fes environs , & c . La premiere Par
tie qu'on a vûë , traite d'un ancien Temple
de Diane,fitué au même Lieu où eft à préſent
Nuremberg.
Jean-David Kochler , Profeffeur en Hiftoire
à Goetringen , a fait imprimer à Berlin .
chés J. Pierre Schmid un premier Volume de
fes Remarques Hiftoriques fur les Médailles
& les Monnoyes , accompagnées d'un grand
nombre de Planches bien gravées , 1 : vol.4° .
On
5 MERCURE DE FRANCE
On a auffi imprimé à Leipfick la premiere
Partie d'un autre . Ouvrage confiderable fur
la même matiere . En voici le titre : Jo. Geor
gii Vactherii Arheologia Numaria , continens
pracognita nobiliffima Artis , qua Numos
antiquos interpretatur. Ex Officina Breitkofiana.
1740. in 4° . On n'a encore donné que
la premiere Partie de cet Ouvrage , où il y a
affûrément des chofes très-curieufes , & des
recherches infinies.
"
On mande de Lisbonne que le Comte
d'Ericeyra , Confeiller du Confeil de Guerre,
Meftre de Camp Géneral des armées du Roy
de Portugal , Député de la Junte des trois
Etats , Directeur de l'Académie Royale de
l'Hiftoire , Académicien de l'Académie de
gli Arcadi de Rome, & de la Societé Royale
de Londres , vient de faire imprimer un Poëme
Epique de fa compofition , en douze
chants , intitulé la Henriade , & dont le fujet
eft Henri de Bragance élevé fur le Trônẹ.
Il y a joint un Difcours préliminaire fur les
regles de l'Epopée , & plus de 700. Notes
Hiftoriques pour l'inftruction ' des Lecteurs
qui ignorent les faits dont fon Poëme fupofe
la connoiffance. Ce : Ouvrage fait beaucoup
d'honneur à fon Auteur, qui, étant perfuadé
que la réputation d'homme de Lettres n'est
point au-deffous de l'homme de guerre & de
l'homme
MARS. 1742! 355
Thomme d'Etat , s'eft toujours apliqué dans
les momens de loifir, que fes importans emplois
lui ont laiffés , à cultiver fon heureux
talent pour la Poëfic.
DE VENISE. On a publié la premiere
Partie des Statues Grecques & Romaines ,
qu'on trouve à Veniſe dans le Veſtibule de
La Bibliothèque de S. Marc & ailleurs . Elle
eft enrichie de so. Planches , repréfentant les
Buftes les plus rares des Céfars & de leurs
Epoufes , avec un grand nombre de Statuës
& de Bas- reliefs antiques , gravés par les
meilleurs Maîtres &c . illuftrés par les Obfervations
de Mrs Zancti. Le Titre eft DELLE
Antiche Statue Greche & Romane , che nel
Lantifala della Libreria di S. Marco , e in
altri Luoghi publici de Venezia fi trovano
Parte prima in Venezia 1740. infol. max.
Paſquali , Libraire de cette Ville , a fait
traduire en Italien , & imprimer l'Ouvrage
de M. Pluche , intitulé le Spectacle de la Nature
, en 6. vol. in- 8°.
DE ROM E. J. Piombi antichi , Opera di
Francefco deFicorini dedicata alla Santita di
noftro Signore Papa Benedetto XIV. in Roma
1741. nella Stamperia di Girolamo Mainardi
, in-4°.
G DE
360 MERCURE DE FRANCE
DE FLORENCE. Le IV. & le V. Vo
lume du grand Ouvrage Museum Florentinum
, paroiffent depuis quelque tems , &
fous deux Titres différens , par raport aux
Matieres qui y font jointes.
Le premier eft intitulé MUSEUM FLORENTINUM
exhibens antiqua Numifmata maximi
moduli qua in Regio Thefauro Magni Ducis
Etruria adfervantur &c.
Le fecond porte pour Titre : ANTIQUA
NUMISMATA aurea & argentea praftantiora ,
area maximi moduli qua in Regio Thefauro
M. Ducis Etruria adfervantur , cum Obfervationibus
Antonii - Francifci Gorii Publici
Hiftoriarum Profefforis , FLORENTIÆ , anną
1740. Ex Typograph. Francifci Mouke.
>
Les Editeurs donnent avis qu'ils publicront
un fixiéme Volume fur la fin de cette
année , ou au commencement de la fuivante
contenant la Defcription de tous les autres
Médaillons , en commençant par ceux de
Septime- Severe , jufqu'aux derniers Empereurs
, avec les Explications & les Obferva--
tions du même M. Gori : On ajoûtera à la
fin du même Volume des Tables des Matieres
, & de Géographie .
DE FLORENCE. Offervazioni Iftorithe
di Domenico Maria Manni , Academice
Fiorentine
MARS. 1742:
568
Fiorentino fopra Sigilli antichi de Secoli- baffi.
1739. & 1740.4. Volumes in 4° . Le premier
contient une Préface , un Difcours Académique
, & l'Explication de dix Sceaux , ou
tre une Epitre Dédicatoire. Le fecond comprend
les Obfervations de l'Auteur fur 15.
Sceaux , une Table des Matieres , outre l'Epitre
Dédicatoire . Le troifiéme , après une
pareille Epitre traite de 14. Sceaux , avec les
Remarques de M. Manni , & le quatrième
après l'Epitre Dédicatoire , contient dix
Sceaux avec les Obfervations. On a mis à
la fin de ce Volume la Table des Matieres
contenues dans les deux derniers. Ces deux
Volumes fe débitent chés Antoine Riftori ,
Libraire.
PRIX propoſe par l'Académie de Chirurgie
pour l'année 1743 .
'Académie de Chirurgie propofa pour le Prix
L'de l'année 1741. le sujet fuivant :
Déterminer ce que c'est que Refolutif, expliquer
leur maniere d'agir, diftinguer leurs differentes efpeces,
smarquer leur ufage dans les Maladies Chirurgicales .
Quoique cette matiere ait été traitée amplement
& avec intelligence dans plufieurs Mémoires
PAcadémie n'a pas crû devoir adjuger le Prix
parce que les Ouvrages qu'elle a reçûs , lui ont
parû manquer ou d'exactitude ou de folidité.
L'Académie qui connoît combien il feroit utile
au Public que la matiere des Réfolutifs fût traitée
çavamment , & que l'on fit fur ces Remedes , tant
Gij fimple
$62 MERCURE DE FRANCE
fimples que compofés , toutes les recherches né
ceffaires , pour fatisfaire aux conditions portées par
le Programme , a crû devoir propofer le même Sujet
pour l'année 1743. ne doutant point que les
Auteurs qui ont déja travaillé avec quelque fuccès ,
ne faffent de nouveaux efforts.
L'Académie defireroit que ceux qui travailleront
fur ce Sujet , s'attachaffent furtout à ranger par
claffes les differens genres de remedes Refolutifs
fimples & compofés , à diftinguer , foit par le degré
d'activité , foit par la faveur , foit par l'odeur ,
foit par les autres caractéres Phyfiques de ces Remedes
, les differentes efpeces que chaque genre
peut renfermer ; à recueillir les differentes for
mules les plus ufitées par les grands Maîtres ,
tant anciens que modernes ; à déterminer l'ufage
de ces diverfes efpeces de remedes dans les
maladies felon leurs differentes complications, leurs
differens tems , & les differentes parties où elles arrivent
; à apuyer leurs fentimens fur l'expérience &
fur les obfervations des meilleurs Praticiens , & c.
Le Prix fera double , c'est- à - dire , que celui qui,
au jugement de l'Académie , aura fait le meilleur
Ouvrage fur le Sujer propofé , aura deux Médailles
d'or , chacune de la valeur de 200. livres , ou une
Médaille & la valeur dé l'autre, au choix de l'Auteur.
Ceux qui envoyeront des Mémoires , font priés
de les écrire en Latin ou en François , & d'avoir
attention qu'ils foient fort lifibles.
Ils mettront à leurs Mémoires une marque diftinctive
, comme Sentence , Devife , Paraphe ou
Signature , & cette marque fera couverte d'un papier
collé ou cacheté , qui ne fera levé qu'en cas
que la Piéce ait remporté le Prix .
Ils auront ſoin d'adreffer leurs Ouvrages francs de
port , à M. Malaval , Directeur de l'Académie de
Chirurgie ,
THE NE
PUBLIC LIBRARY
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
AROLVSV
AR
ET
VSTITIA
MARS. 363 17427
Chirurgie , ou à M. Quefnay , Secretaire , ou les
leur feront remettre entre les mains.
Toutes perfonnes de quelque qualité & Pays
qu'elles foient , pourront afpirer au Prix ; on n'excepte
que les Membres de l'Académie .
Le Prix fera délivré à l'Auteur même, ou au Porteur
d'une Procuration de fa part , P'un ou l'autre
repréfentant la marque diftinctive , & une copie
nette du Mémoire . Les Ouvrages feront reçûs jufqu'au
dernier Janvier 1743. inclufivement , & l'Académie
à fon Affemblée publique de la même année
, qui fe tiendra le Mardi d'après la Fête de la
Trinité , proclamera la Piéce qui aura remporté le
Prix.
ME'DAILLE DE L'EMPEREUR.
On a donné dans le Mercure du mois dernier un
ample détail de tout ce qui s'eft paffé à Francfort
au fujer de l'Election de l'Empereur. Depuis
nous avons reçû une Médaille d'argent , frapée fur
cet Evenement , laquelle on trouvera ici gravée en
Taille-douce.
On voit d'un côté la Tête de ce Prince couronnée
de Laurier , avec cette Légende , CAROLUS
VII. D. G. Rom. IMP. SEMP . AUG. Et fur le Revers
la Majefté de l'Empire & la Justice , perſonnifiées ,
avec leurs attributs , & dans l'Exergue l'époque de
cette Election , ELECT . D. XXIV . JAN. 1742.
ESTAMPES NOUVELLES.
Le Sieur Petit , Graveur , ruë S. Jacques , près les
Mathurins , continue de graver la Suite des Porwaits
des Hommes Elluftres du feu fieur Defrochers,
Gij Graveur
364 MERCURE DE FRANCE
Graveur du Roy. Il vient de mettre au jour les
Portraits fuivans .
CHARLES - ALBERT CAJETAN , Duc de Baviere ,
couronné Empereur à Francfort le 12.Fevrier 17420
peint par le Sr Vivien , & gravé par le Sr Pesit.
MEHEMET MESHOUD , Bey , Fils de Said Mehemet
, Pacha , Begler- Beg de Romelie , Ambaffadeur
Extraordinaire du Grand Seigneur à la Cour de
France , gravé par le même , 1742.
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
avec fuccès , chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou ; il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur , ceux de
LOUIS IV. DIT LE GROS , XXXIX : Roy de
France , mort à l'Abbaye S. Victor en 1137. après
19. ans de Regne , deffiné par A. Boizot , & gravé
par J. G. Wii.
DENIS PETAU , Jéfuite , né à Orleans en 1583
mort à Paris en 1652. gravé par Mich. Lafne.
MICHEL ADRIENSZ DE RUYTER Lieutenant-
Amiral Géneral des Provinces- Unies , né à Fleffingue
en 1607. mort près d'Agoufta en 1676. deffiné
par J. Van Somer , & gravé par N. Dupuis,
AGATHA CASTILLIONEA , uxor Claudii de
Marolles , Parens Michaëlis de Marolles , Abbatis
de Villeloin , annis 59. nata , moritur 3 °. Id.
Aug. anno Domini 1630. gravée par C. Mellan.
Il paroît deux autres Eftampes de grandeur in-4°.
dont l'une repréfente MEHEMET EFFENDY TEFTERDAR
, Ambafladeur Extraordinaire de la Porte
vers le Roy Louis XV. en 1721 , à cheval , deffiné
& gravé par B. Boitard.
Et l'autre représente SAïn PACHA BEGLIERBEG
MAR S. 17427 565
DE ROMELIE , Ambaſſadeur Extraordinaire de Sa
Hauteffe vers S. M. en 1742. auffi à cheval , deffiné
& gravé par le même.
La veuve Mouret vient de faire graver les
Motets du feu freur Mouret , fon Epoux , ancien
Muficien de la Chambre du Roy. Ils font au nombre
de dix , & peuvent être chantés en Duo & a
voix feule , avec Symphonie , pour Deffus , Hautecontre
& Baffe-taille . Ils ont été exécutés au Concert
Spirituel du Château des Tuilleries. On vend
ces Motets deux enfemble , z . livres 8. fols , & le
Recueil entier 12. liv .
On vend aux adreffes ci - après les Opera , Diver
tiTemens , Recueils d'Airs , Livres de Cantates , Sonates
, Livres de Fanfares , Livres de Concerto , Symphonie
& neuf Cantatilles du même Auteur. On
trouve tous ces Ouvrages chés la veuve Mouret
, rue fainte Croix de la Bretonnerie , vis-à-vis
l'Eglife ; chés Boivin , rue S. Honoré , à la Regle
d'or , & chés le fieur le Clerc , ruë du Roule , à la
Croix d'or , 1742-
Le fieur le Menu de S.Philbert , qui a déja donné
quelques Ouvrages au Public , a fait graver fix
Motets de fa compofition , à une & à deux voix
avec Symphonie & fans Symphonie , pour les prin
cipales Fêtes de l'année , dédiés à Mad , la veuve de
Lalande . Ces Motets fe vendent 7. livres 4. fols
aux Adreffes ordinaires.
NOUVELLE MACHINE pour éteindre le feu des cheminées
, aprouvée par Mrs de l'Académie Royale des
·Sciences , inventée par M. de Lagny , Lieutenant de
Roy de la Province de Champagne , ancien Capitaine
dans le Régiment de Noailles
G iiij Frape
66 MERCURE DE FRANCE
Frapé des funeftes effets que caufent les Incen
dies , produits la plûpart par les feux des cheminées,
j'ai tâché, dit l'Auteur , de prévenir ces effets, & de
les arrêter, en inventant une Machine extrêmément
fimple, qui porte fur ce principe inconteftable : Sans
air, point de feu, donc en lui ôtant l'air, vous lui ôterez
fon activité & les parties, quoique très allumées,
felles font deftituées du mouvement que l'air leur
imprimoit , elles s'éteindront néceſſairement. Il ne
s'agit donc plus que d'expliquer le moyen dont je me
fuis fervi pour empêcher le mouvement de l'air dans
une cheminée où le feu auroit pris.
Cette Machine n'eft autre chofe que deux Plan
ches de Tôle , dont l'une eft attachée au haut de la
cheminée à deux gonds renversés. A cette Planche
tient une chaîne, qui paffant par une poulie de renvoi,
fert à lever la Planche ; l'autre Planche eſt attachée
en bas contre le coeur de la cheminée , & arrêtée
par un tourniquet , que l'on dérange pour faire
tomber la Planche fur deux pitons qui la reçoi
vent.
Le feu venant à prendre dans la cheminée ,
la premiere perfonne , un Enfant même , peut
fans peine & fans rifque lever la Planche du haut ,
par le moyen de la chaîne , & faire tomber celle
d'enbas , en tournant le tourniquet. Au moyen de
quoi le paffage de l'air étant bouché , le feu s'éteint
entierement. L'Auteur avertit que pour conferver
Ta chaleur , il n'y a qu'à baiffer ia Planche du bas ,
lorfque le bois eft tout à fait réduit en charbon .

Le Sr Champagne , Taillandier , demeurant au
Fauxbourg S. Antoine , vis- à- vis la Baftille , donne
avis au Public qu'il a déja exécuté plufieurs de ces
Machines , fur le Deflein que l'Auteur lui en a
donné.
Ma

66 MERCURE DE FRANCE
Frapé des funeftes effets que caufent les Incen
dies , produits la plupart par les feux des cheminées,
j'ai tâché, dit l'Auteur , de prévenir ces effets, & de
les arrêter, en inventant une Machine extrêmément
fimple , qui porte fur ce principe inconteftable : Sans
air,point de feu , donc en lui ôtant l'air, vous lui ôte
rez fon activité & les parties , quoique très allumées,
felles font deftituées du mouvement que l'air leur
imprimoit , elles s'éteindront néceffairement. Il ne
s'agit donc plus que d'expliquer le moyen dontje me
fuis fervi pour empêcher le mouvement de l'air dans
une cheminée où le feu auroit pris.
Cette Machine n'est autre chefe que deux Planches
de Tôle , dont l'une eft attachée au haut de la
cheminée à deux gonds renversés . A cette Planche
tient une chaîne , qui paffant par une poulie de renvoi
, fert à lever la Planche; l'autre Planche eft attachée
en bas contre le coeur de la cheminée , & arrêtée
par un tourniquet , que l'on dérange pour faire
tomber la Planche fur deux pitons qui la reçoivent.
"
Le feu venant à prendre dans la cheminée ,
la premiere perfonne , un Enfant même , peut
fans peine & fans rifque lever la Planche du haut ,
par le moyen de la chaîne , & faire tomber celle
d'enbas , en tournant le tourniquet. Au moyen de
quoi le paffage de l'air étant bouché , le feu s'éteint
entierement. L'Auteur avertit que pour conferver
la chaleur , il n'y a qu'à baiffer la Planche du bas
lorfque le bois eft tout à fait réduit en charbon.
"
Le Sr Champagne , Taillandier , demeurant au
Fauxbourg S. Antoine , vis - à- vis la Baftille , donne
avis au Public qu'il a déja exécuté plufieurs de ces
Machines , fur le Deflein que l'Auteur lui en a
donné.
Ma
10101
THE
ND YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
SR
AND
MRATIONS
MARS. 1742 567
M. de Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier
Médecin du Roy , ayant vû la guériſon d'un grand
Prélat , des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il
avoit fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel
a fait à la Dame de Leftrade une penfion fa vie durant
, & ayant apris d'ailleurs la guérison de plufeurs
autres Perfonnes confidérables , & qu'elle
traitoit ces Maladies depuis plus de 40. ans avec
fuccès & aplaudiffement , a bien voulu donner fon
Aprobation pour débiter fes Remedes , pour l'utilité
& le foulagement du Public ; fçavoir , une Eau
qui guérit les Dartres vives & farineufes , Boutons,
Rougeurs , Taches de rouffeur & autres Maladies
de la Peau ; & un Baume blanc , en confiftance de
Pomade , qui ôte les cavités & les rougeurs après
la petite vérole ; les taches jaunes & le hâle , unit &
blanchit le teint . Ces Remedes fe gardent tant que
Pon veut , & peuvent fe tranfporter partout.
Les Bouteilles de cette Eau font de2.3 . 4. & 6. li➡
vres & au- deffus , felon la grandeur . Les Pots de
Baume blanc font de 3. livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 35. fols .
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la
Comédie Françoiſe , chés un Grainetier , au premiev
Etage . Il y a une Affiche au- deſſus de la porte.
CHANSON.
P Etits Oifeaux , qui fous ces verds feüillages
Raviffez tous les coeurs par vos tendres ramages ,
Vous devez vos chants aux Amours ,
Si l'on pouvoit comme vous ,
fans allarmes ,
G V
De
568 MERCURE DE FRANCE
De l'Amour goûter tous les charmes ,
Qu'il feroit doux d'aimer toujours !
CHANSON BACHIQUE.
AMis , le tems s'écoule
Plus vite qu'un torrent qui roule
Du faîte d'un Mont dans les champs :
Joüiffons des momens préfens ;
Que dans nos gofiers le vin coule
On ne boit que chés les vivans .
*******************
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie intitulée
L'Embarras du Choix , Piéce en Vers &
en cinq Alles , de M. de Boiffy , représentée
au Théatre François , le 11. Decembre
dernier , annoncée dans le premier volume
du même mois.
ACTEURS
,
Lifidor , Oncle de Lucile le Sr Bonneval
Le Chevalier , Oncle du Marquis ,
le Sr
de Montmeny..
Cleon , Pere de Lucile ,
le Sr Sarrazin.
Le Marquis d'Orgemont , Amant de Lucile
Sr Grandval
LC
3
JOMAC MARS 1742
569
Le Baron de Fierval , Rival dų Marquis ,
Lucile ,
le Sr Poiffon.
la Dlle Gauffin:
Ifabelle , Soeur du Baron , la Dlle Grandval..
Finette , la Dlle d
Angeville.
La Scene eft dans un Château en Bourgogne.
LE
Es Repréſentations de cette Comédie
n'ont pas été bien nombreuſes ; d'autres
nouveautés plus piquantes , ont excité la
curiofité du Public fur un autre Théatre ;
nous laiffons à juger aux Lecteurs , fi elle a
mérité un meilleur fort. Voici de quoi ili
s'agit.
Au premier Acte , Lifidor , Oncle de Lu
cile , ouvre la Scene avec le Chevalier , Oncle
du Marquis d'Orgemont , & le félicite
fur la prochaine arrivée de ce cher Neveu..
Le Chevalier fe flate de le trouver digne de
l'Hymen , auquel il le deftine ; mais Lifi
dor n'en eft pas trop perfuadé , quoiqu'ili
convienne de quelques bonnes qualités qui
brillent en lui. Après avoir loüé quelques
traits faillants qui le rendoient aimable dans
fa premiere jeuneffe , il ajoute
Mais vous fçavez auffi qu'à des dons fi brillants:
Il avoit le malheur de joindre plus d'un vice ;
Il étoit indifcret , enclin à la malice ,.
Par la présomption en tout tems entraîné ,
G vj
$70 MERCURE DE FRANCE
Et montrant à railler un penchant effrené ,
Qui fur fes bras fans ceffe entraînoit quelque affaire,
Et le faifoit hair , quoi qu'il fût né pour plaire .
Après ce Portrait , qui n'eft pas trop avantageux
, le Chevalier en fait un autre , qui
l'eft encore moins. C'eft celui du Baron
Rival du Marquis d'Orgemont , dont nous
venons de parler. Voici comme il le peint =
On fçait que l'intérêt eft fon premier mobile.
Il a beau fe parer d'un faftueux dehors ,
Son caractere perce , & trahit fes efforts.
Par ces deux portraits que Lifidor fait des
deux Concurrens , qui doivent être l'objet
du choix de Lucile , on ne voit pas qu'elle
doive être embarraffée de la préférence ;
comme ils font tous deux également méprifables
, elle n'a qu'à les rejetter tous deux ,
& par là , plus d'embarras pour elle ; c'eft là
ce qui a fait trouver le Titre de la Piéce défectueux.
On auroit mieux aimé que l'Auteur
l'eût intitulée , le Railleur ou le mauvais
Plaifant.
Lifidor , Oncle de Lucile , s'étant retiré ,
le Chevalier porte envie à fon heureux naturel
, & dit dans un court Monologue :
Rien ne le trouble ; au ſein d'une grande fortune
Ses voeux font moderés : exempt d'ambition ,
Un'eft tirannifé d'aucune paffion,
Lucile
30 $71 MARS 1742.
Lucile vient , le Chevalier la follicite en
faveur du Marquis d'Orgemont fon Neveu
il lui dit que la voix du Public eft pour
Voici la fage réponſe de Lucile :
lui.
J'ai beaucoup de refpe&t pour tout ce qu'il décide
Mais mon coeur fur ce point craint de l'avoir
guide ;
pour
L'affaire eft férieufe , & vous trouverez bon
Que j'en prenne un plus fûr ; ce fera la Raifon
Elle veut , avec vous , que je fois ingenuë.
Vous étalez l'efprit , la figure à ma vûë ,
> Et vous ne dites rien du coeur des fentimens ,
Du caractére enfin , qui font plus importans , & c
Finette vient annoncer le Baron de Fierval
Rival du Marquis d'Orgemont & fa Soeur
If belle. Voici le portrait qu'elle fait du Frere ,
après avoir feulement ébauché celui de la
Soeur .
Mais le Frere eft orné d'un nouveau ridicule ;
Il faute aux yeux d'abord , quoi qu'il le diffimule.
Avec l'habit qu'il porte il faut furtout le voir ,
De peur de le gâter , il n'oferoit s'affeoir ;
On voit , au foin qu'il prend , à l'air dont il s'écoute
Qu'il regrette en fecret tout l'argent qu'il lui coute:
Sur fon front trifte & fier , par un plaiſant conflit
L'Avarice fe plaint , & l'Orgueil s'aplaudit.
2
$72 MERCURE DE FRANCE
Le Baron qui arrive avec fa foeur Ifabelle ,
fe fait voir tel qu'il vient d'être annoncé par
Finette. Lucile abrége autant qu'elle peut
une converſation dont elle n'eft pas trop fatisfaite
. On vient la tirer d'embarras , en
lui faifant entendre qu'on la demande : le
Baron eft affés fat pour fe croire aimé ; ce
pendant il ne laiffe pas de prier fa foeur de
folliciter pour lui. Nous abregerons les autres
Actes , où il n'y aura pas tant d'expofitions
à faire.
Au fecond Acte , Le Marquis d'Orgemont
eft annoncé au Chevalier fon Oncle pár Finette
, qui paroît enchantée de fa bonne
mine , & le déclare vainqueur de tous fes.
Rivaux , avant qu'il ait combattu ; il vient.
Sa converfation n'eft pas trop fatisfaifante.
pour fon Oncle ; il témoigne un grand éloignement
pour Lucile , qu'il n'a jamais vûë
& la feule raifon de fon dégoût , c'eft , ditil
, qu'elle eft Provinciale. Le Chevalier lui
répond , qu'un feul de fes regards lui fera
bien changer de langage . Il le quitte après
avoir dit à part en s'en allant ,
Il n'eſt que décoré , du moins je le foupçonne
Le Marquis attend Lucile avec intrepidité ;
mais à peine la voit-il paroître , qu'il en eft
charmé.
Lucile dans cette premiere converſation ,
mer
MARS. 17427 $73
met tous fes foins à étudier fon nouvel
Amant . Elle ne paroît pas trop perfuadée
qu'il l'aime , quoiqu'il tâche de Pen affurer
par les proteftations les plus vives. Il va mê
me jufqu'à l'hyperbole ; il releve fur tout fon
efprit , & paroît étonné de voir que dans la
Province , elle ait pû prendre le bon ton
Lucile lui répond :
Je ne connois qu'un ton dans ma fimplicité ;
Le ton de la nature , ou de la vérité ,
Qui , la même par- tout , jamais ne fe reffemble
Qui n'en affecte aucun & les a tous enſemble.
Lucile après avoir étudié fon nouvel
Amant , dont les vices ont percé malgré lui ,
fe retire. Le Marquis eft fi enchanté de fa
beauté , & même de fon efprit , qu'il brûle
de revoir fon Oncle , pour le prier très inf
tamment de preffer un Hymen , d'où il attend
tout fon bonheur. Le Chevalier vient ,
le Marquis lui témoigne la plus vive ardeur
pour Lucile. Cependant il lui échappe fou
vent des traits qui décelent fon premier naturel
, furtout fon penchant à la mauvaiſeplaifanterie.
Le Marquis élude les reproches.
qu'il lui en fait , ou plutôt il les condamne
par ces vers :
Mais l'amour de briller n'eft jamais un défaut ¿
Il nous enfeigne à plaire.
LG
$74 MERCURE DE FRANCE
Le Chevalier l'exhorte à fe tenir en garde
contre cette vertu prétendue , d'autant plus
que Lucile s'eft déclarée hautement contre
un pareil caractére , auffi- bien que fon Pere
& fon Oncle. Il lui promet de s'empêcher
autant qu'il pourra de railler ; mais il n'en eft
pas crû fur fa parole .
Le troifiéme Acte , eft un des plus longs
de la Piéce , & cependant un des plus beaux ;
nous en fuprimerons avec regret des beautés
de détail qui ont fait beaucoup de
plaifir ; nous pafferons même les deux premieres
Scenes , pour venir aux principa
les.
Dans la troifiéme Scene , Ifabelle vient
rendre visite à Lifidor , Oncle de Lucile , pour
l'intéreffer en faveur du Baron de Fierval fon
Frere , à qui elle l'a promis dès le premier
Acte. Lifidor ne lui promet rien de pofitif ,
& lui parle d'elle-même. Il lui dit des cho-
'fes fi obligeantes & fi flateufes , qu'elle en
eft très furprife ; & comme il lui parle en
même tems de la marier , elle ne doute point
que ce ne foit lui même qui veut l'épouſer ;
illa quitte , en lui baifant la main. Le Marquis
qui l'aperçoit , exerce fes mauvaiſes
railleries il fait plus , il foutient le même
ton en préfence des Acteurs qui furviennent ;
ces Acteurs font ,, le Chevalier & Cleon . Ce
dernier , qui n'a encore parû que dans une
des
MARS. 17423 $75
des Scenes que nous avons fuprimées , eft
Pere de Lucile . Il eft très étonné de trouver
dans l'un des deux Concurrens qui viennent
demander fa Fille , un jeune étourdi ,
à qui il a donné autrefois deux coups d'épée ,
par forme de correction , ( c'eft notre mau
vais Plaifant. ) Le Marquis prend la chofe
en homme d'efprit ; il remercie même Cleon
de la leçon qu'il lui a donnée autrefois , &
tui dit qu'il en a fait fon profit , &c.
Ce troifiéme Acte finit par une Scene
entre Lucile & le Chevalier ; il continue à
la folliciter en faveur de fon Neveu ; elle
convient qu'il a du mérite ; mais l'habitude
qu'il a prife de railler , lui paroît un défaut
infurmontable ; le Chevalier qui commence
à prendre une nouvelle réfolution à l'égard
d'une Fille fi raifonnable & fi vertueufe , ter
mine cette Scene par ces beaux vers :
Lebonheur de vos jours eft l'objet qui me guide:
Ce n'eft plus en Parent , c'eft en Cenfeur rigide
Que je vais du Marquis examiner l'ardeur ;
Si fon ame toujours perfifte en fon erreur ,
Et fi , de mes conſeils ſa malice ſe jouë ,
Ma bonté l'abandonne & je la défavouë.
Adieu ; je fais ferment d'adopter pour Nevew
Celui qui fe rendra digne de notre aveu .
Les noeuds de la vertu qui tous deux nous attachent>
Surpaffent
396 576 MERCURE
DE FRANCE
Surpaffent ceux du fang , qui fouvent fe relâchent
L'Honneur , la Probité , les Moeurs , les Sentimens,
Sont mes premiers Amis , & mes plus chers Parens.
Pour nous renfermer dans les bornes or
dinaires , au fujet de cet Extrait , nous pafferons
légérement fur le quatrième & le cinquiéme
Acte. Lifidor commence le quatrième
avec Ifabelle , qu'il va marier avec un de fes
amis fecretement. L'équivoque eft ménagée
avec tant d'art par l'Auteur , qu'elle perfifte
dans fa premiere erreur. Lifidor la quitte ,
pour aller ordonner les préparatifs de la
Nôce. Ifabelle témoigne combien elle eft
fenfible à l'amour de fon Oncle , autant par
raport à fon Frere , que par raport à fes
propres interêts .
Le Baron vient s'informer de fa Soeur Ifa
belle , de ce qu'elle a fait pour lluuii auprès
de Lifidor. Elle lui apprend fon prochain
Mariage ; Fierval n'y trouve pas fon compte ,
il voit avec regret que Lucile fera fruftrée
d'un bien qu'il dévoroit des yeux , & qui
étoit tout ce qu'il aimoit en elle ; il prie fa
Soeur de ne fe point facrifier pour lui , en
époufant un Vieillard . Ifabelle fe confirme
dans la réfolution de fervir fon frere , quoiqu'il
en coûte à fon coeur , & le quitte. Le
Baron de Fierval fait éclater fes fentimens
par ces Vers :
L'Hypocrite
MARS. 17420 377
L'Hypocrite me joue , & j'étouffe en fecret ;
Ce n'est pas mon bonheur qui la touche en effet
Le bien de Lifidor lui feul la détermine.
De Lucile ce noeud va caufer la ruine.
Ciel Quel coup ! Mais au fond je fuis riche & mo
bien ...
Plaifant raifonnement ! Perd elle moins le fien ?
Je fens contre ma Soeur des mouvemens de rage ;
Il faut que je les cache . Ah ! fatal Mariage !
Le Marquis vient avec Luciles Fierval ne
tes laiffe plus douter du prétendu mariage de
Lifidor avec Ifabelle. Le Marquis fait de
nouvelles plaifanteries , dont Fierval ne s'accommode
pas . Les mauvaifes qualités de
ces deux Amans de Lucile , fe font fi bien
connoître , qu'elle ne peut s'empêcher de
leur déclarer les véritables fentimens. Voic
comme elle leur parles'up b
so
2910516
с
د ر ا د ق
Vousvenez , comme lui , de vous faire connoître
De votre esprit, du fien ,l'amour n'eft point le maitre
Votre gaïté le prouve autant que fon chagrin ,
Et ce n'eft pas ainfi qu'on obtiendra ma main .
Le Marquis n'eft pas trop allarmé de ce
congé , il croit , grace à fon amour propre
que cette difgrace ne regarde que Fiervald
Après quelques Scenes , dont le détail n'eft
pas néceffaire pour l'intelligence de l'action
principale
3 MERCURE DE FRANCE
principale , cet Acte finit par une converfa
tion de Cleon avec Lucile . Cette vertueufe
Fille prête à s'attacher aveuglément à la mau
vaife fortune de fon Pere , le conſole ſi bien
de tous fes chagrins , qu'il lui dit :
Un retour fi parfait , fi rempli de vertu ,
Vient redonner la force à mon coeur abattu ;
Qu'une Fil e fi tendre a droit de m'être chere
Je ne connoiffois pas ton noble caractére ;
Ta tendreffe devient ma richeffe à fon tour's
Allons tout difpofer pour quitter ce féjour .
Apui de ma vieilleffe , & gloire de ma vie ,
Viens , tu fais éprouver à mon ame ravie ,
Que les coeurs vertueux dans le fein des malheurs
Goûtent , en s'uniffant , les plus grandes douceurs
"Le Chevalier ayant apris de Finette , que
Lucile eft prête à partir pour la Campagne
où elle veut fe confiner avec fon Pere , en
reffent le plus vif regret. Il commence à
s'apercevoir d'un amour qu'il fe cachoit à
lui- même , comme il n'étoit pas a beaucoup
près auffi riche en bonne opinion que fon
Neveu , & qu'il n'avoit rien plus à coeur
que de rendre Lucile heureufe , la difproportion
d'âge l'empêchoit de s'en flater , il
prend enfin fon parti en homme généreux
& quitte Finette , pour aller écrire un billet
qu'elle
MARS. 1742 375
qu'elle doit remettre entre les mains de Lu
cile , fa charmante Maîtreffe .
Lucile vient ; Finette s'afflige avec elle de
fon mauvais deftin , mais la vertu de notre
Héroïne l'emporte fur tout autre fentiment ;
elle a un égal mépris pour le Baron & pour
le Marquis. Le Chevalier vient ; croyant parler
à Finette , il lui préfente le Billet qu'il
vient de tracer , Lucile le prend de ſa main
comme s'adreffant à elle - même, Le Che
valier fe retire par timidité & par respect.
Lucile lit tout bas le Billet en queftion , elle
ſe promet d'en faire ufage. Le Marquis vient
triompher de fes Rivaux , qui lui ont cedé
le champ de bataille. Lucile qui lui rend la
juftice qui lui eft dûë , le punit par les mêmes
plaifanteries qui conftituent fon carac
tére ; il eft tems d'en venir au dénouement.
Cleon vient déclarer le Mariage d'Ifabelle
non avec lui comme le Marquis l'a voulu
faire croire, mais avec un de fes amis qui n'a
point parû dans la Piéce , & qui s'apelle
Damon. Lifidor demande à Lucile , fi elle a
trouvé quelque Amant digne d'elle. Lucile
lui répond qu'oüi , & qu'elle doit ce bon
heur au Marquis , il s'en félicite , mais il eſt
bientôt détrompé par la lecture que Lucile
fait tout haut du Billet du Chevalier. Le voici.
Votre état me jette dans un trouble que
»je n'ai jamais fenti. J'avois crû juſqu'ici n'a-
2
voir
580 MERCURE DE FRANCE
» voir pour vous qu'une eftime parfaite , vo
tre malheur m'a défabufé : il m'aprend que
je vous adore . Pardonnez-moi ce mot , la
» force de la douleur me l'arrache , je ne puis
» fans mourir vous voir un feul jour malheu
» reuſe. Je vous offre ma fortune , je n'ofe
» dire ma main. Belle Lucile , acceptez la
» premiere ; ma vie en dépend.
Le Chevalier eft trop généreux pour n'ê-
Tre pas récompenfé ; quant au Marquis , fa
vanité le confole d'une perte qu'il croit aifément
réparer.
Cette Piéce paroît depuis peu imprimée ;
chés Prault le Pere , fur le Quai de Gêvres ,
au Paradis. 1742.
Le 10. Mars les mêmes Comédiens repréfenterent
pour la clôture du Théatre , la Tragédie
d'Athalie , fuivie de la Piéce nouvelle
qui a pour titre , Amour pour Amour , de
laquelle on parlera plus au long.
A M. De la Chauffée.
Toi , par qui l'enfant qu'on adore
Ecrivit Amour pour Amour ,
Toi , qui par fa foeur même encore
L'entend foûpirer en ce jour.
Tu veux que ma voix rauque & dure
Exprime impitoyablement
Ces
MARS 181 1742
Vers , où l'aimable nature
e que le fentiment.-
Non , tout m'invite à m'en défendre
L'Amour m'en impofe la loi ;
Il n'a fait que Gauffin , pour rendre
Tout ce qu'il n'infpire qu'à toi.
Mais pour prix de ta confiance ,
Dois-je ainfi refuſer ton choix
Contre un fcrupule qui l'offenfe
L'amitié reclame fes droits .
?
Mon efprit même le condamne ,
le brave & vient Pétouffer
;
Des difgraces de mon organe
Tes vers fçauront bien triompher,
Que dis-je ? une audace nouvelle
M'anime & me fate aujourd'hui ;
Que ma voix , à mon coeur fidelle ,
Ne prenne
le ton que de lui !
Pour , moi du fuccès quel préfage 4
Ta gloire en deviendra le prix ;
Faut- il encore un autre gage ?
Tu compofas ce que je is.
Tel jadis le fils de Latone ,
Leur
82 MERCURE DE FRANCE !
Leur donnant une ame & des fens
Faifoit aux Chênes de Dodone
Soûpirer les tendres accens.
Mais fur ma voix même puiſſance
Dût - elle manquer ſon effet ,
Ton triomphe , Ami , quand j'y penſe ,
N'en deviendra que plus parfait.
En vain par un fatal myſtére
Un génie , un fenfible Amant ,
Ne fçauroit rendre à fa Bergere
Que la moitié de ce qu'il fent.
L'Amour lui -même inftruit Zémire ;
Qui , dans fon tendre deſeſpoir ,
Trouve l'art de lui faire dire
Tout ce qu'Azor vouloit fçavoir.
Tel par un obstacle invincible ,
En vain rebelle au fentiment ,
Mon organe dur , inflexible ,
Trahit mon coeur & le dément.
En dépit du cruel obſtacle
Dont j'effuyai feul tout l'affront ,
Tu verras un pareil miracle ;
Tous les coeurs me devineront.
Tes
MAR 3 1742 383
Tes Vers par leur charme ordinaire ,
Sans moi , feront feuls en ce jour
Au don d'intereffer , de plaire ,
Reconnoître Amour pour Amour.
A Mlle Gauffin , en lui envoyant
les Vers précédens.
Souveraine du tendre Empire ,
Charmante fille de l'Amour ,
Reçois , adorable Zémire ,
Les Vers qu'on m'adreffe en ce jour.
En peux- tu refufer l'hommage >
Non. Si cet éloge flateur
Du goût eft pour moi le fuffrage ,
Il eft pour toi celui du coeur.
Que dis-je , oferois- je y prétendre
Il t'apartient bien plus qu'à moi ;
Cet éloge auffi doux que tendre
Ne fut jamais fait que pour toi.
Mais , pour t'en convaincre fans peine ,
Aimable Zemire , à mon tour .
Il faut enfin queje t'aprenne
L'hiftoire d'Amour pour Amour.
}
Ce Dieu qu'en tes yeux on adore ;
H Dont
584 MERCURE DE FRANCE
Dont ta bouche annonce les loix ;
Ce Dieu qui l'eft bien plus encore
Quand il nous parle par ta voix.
Ce Dieu , que tu m'as fait connoître ,
Lui- même l'exigea de moi ;
Dans tes yeux l'Amour fut mon maître ,
Et je l'écoutai moins que toi .
A fes leçons fus - je fidele ?
En vain il m'en a de fa main
Tracé d'après lui le modéle ,
Mon coeur ne peignit que Gauffin.
Je crus avoir trompé mon maître
L'Amour foûrit , & m'aprouva ;
Pouvoit- il donc s'y méconnoftre
Ce Dieu charmant t'y retrouva.
Peux-je après cela me méprendre
Aux Vers qu'on m'adreffe en ce jour ?
Ils font pour toi , je viens les rendre
A l'Auteur d'Amour pour Amour.
Mais c'est peu qu'il foit ton ouvrage ;
Je rendrois le fuccès flateur
Puis - je en reclamer le partage ?
Non. Toi feul en as tout l'honneur.
MARS. 1742 589
Des graces qu'en toi l'on adore
Mon fujet en vain fut paré ;
Ta voix touchante exprime encore
Piùs que tu ne m'as inſpiré.
L'Amour lui-même eût-il fçe rendre
Ces tons féduifans , enchanteurs
Cette expreffion vive & tendre ,
Que ta voix fait entendre aux course .
Ainfi tu crois qu'à plus d'un titre
Mon triomphe n'eſt dû qu'à toi ;
De mes fuccès fois feule arbitre
ls feront plus fateurs pour moi.
Zémire , je brave fans peine
La voix de la pofterité ;
;
Je vis aujourd'hui par la tienne ;
Voilà mon immortalité.
Le 3. & le 10. de ce mois , jour de la clôture
du Théatre , l'Académie Royale de
Mufique donna deux repréfentations pour
la Capitation des Acteurs , comme cela fe
pratique toutes les années , & repréſenta le
Prologue & l'Acte de Delie des Fêtes Grecques
& Romaines ; ces deux Actes furent fuivis
des Amours de Ragonde , Comédie en
Mufique , dont on a donné l'Extrait dans le
dernier Mercure.
Hij Le
586 MERCURE DE FRANCE
Le 15. les Comédiens Italiens firent pa
reillement la clôture de leur Théatre par la
Tragi - Comédie de Samfon , ornée d'une
nouvelle Décoration , qui repréfente au inquiéme
Acte le Temple de Dagon , Idole
des Philiftins. Cette Piéce fut fuivie de la
petite Comédie , intitulée les Oracles, Parg
die nouvelle de la Paftorale d'Iffe.
Le 6. l'Opera Comique remit au Théatre
la petite Piece de la Chercheufe d'efprit ,
qu'on a revûe avec plaifir , avec le Magafin
des Modernes , autre Piéce remiſe .
Le 11. on donna une Piéce nouvelle en
Vaudevilles , en un Acte , qui a pour titre
PArbre de Cracovie , laquelle n'ayant pas
été goûtée du Public , on reprit le Prix de
Cythere , dont on parlera plus au long.
Le 17. on fit la clôture de la Foire & de
P'Opera Comique , par les trois Piéces qu'or.
vient de nommers la Dlle Caron & le fieur
Grimaldy danferent differentes Entrées trèsfingulieres
& avec aplaudiffement. Ce Spectacle
fut terminé par le Compliment en Vaudevilles
que font ordinairement les Acteurs à
la clôture du Théatre , lequel a été aplaudį.
LA DEA FLORA, vagamente rappreſentata
in una Danza nel Teatro di Milano dalla
Signora Maria Groignet , Virtuofa di Ballo
delle
MARSA 1742: 387
delle Sereniffime Principeffe di Modena.
SONET TO.
Come talor da paludofa valle
S'erge vapor a bianca nube intorno
Che veggiam pofcia per l'etereo calle
Di non fua luce pafleggiar adorno ;
Così nel mezzo al giel nevofo , ed alle
Orridee brine , ecco del Verno a fcorno
Quella , che da più Lune a noi le spalle
Diedeplacida FLORA , or fa ritorno.
Vago , dolce il vederla al par del vento
Scorrer veloce in queſte parti , e in quelle
Sempre col piede a dotti moti intento.
Ma chi pregio si raro , opre si belle
Conceffe a noi ab , folo ilgran Portente
Devi , o Infubria , a l'ESTINSI inclite STELLA
TRADUCTION.
La Déeffe Flore , élegamment représentée
dans une danfe fur le Théatre de Milan , par
la Dlle Marie Groignet , Principale Danſerfe
des Séréniffimes Princeffes de Modene.
Hiij SON
588 MERCURE DE FRANCE
SONNET.
Telle qu'une vapeur , d'un fond marécageu
S'éléve dans les airs , forme un brillant nuage ,
Du retour du Printems devient l'heureux préfage ,
Et change en doux Zéphirs les Autans orageux ,
Telle , long-tems abfente , & renduë à nos voeux,
Flore vient reparoître avec plus d'avantage ,
Et de l'affreux Hyver pour réparer l'outrage ,
Ramene parmi nous les Danfes & les Jeux.
D'un pied für & leger , en rivale d'Eole
Elle part , elle court , ou plutôt elle vole.
A qui le devons-nous ce prodige nouveau ?
Mais peux-tu t'y méprendre,heureufe Lombardie
C'est aux Etoiles d'Eft ; Flore en eft plus hardie ,
Et tient de leur afpect fon éclat le plus beau .
NOUVELLES ETRANGERES .
TURQUIE .
Na apris de Conftantinople , que le Grand
Seigneur fait défiler beaucoup de Troupes
vers l'Armenie & vers Bagdad , pour être en état
de s'opofer aux entreprifes de Thamas Kouli Kan ,
mais
MAR S. 1742. 589
J
mais que , quoique les Perfans ayent commis quel
ques actes d'hoftilité , on n'a point encore perdu
l'efperance de voir les négociations commencées
entre les deux Puiffances , avoir un heureux fuccès .
Les dernieres Let : res écrites de Conftantinople portent
qu'on continuoit d'y efperer que les premiers
actes d'hoftilité qui fe font paffés entre les Troupes
du Grand Seigneur & celles de Thamas Kouli Kan,
n'auront point de fuites , & que les deux Puiffances
nommeront bien- tôt des Miniftres Plénipotentiaires
qui s'affembleront à Tauris , pour travailler à
terminer les differends entre la Turquie & la Perfe
RUSSIE.
Na zapnettre à Pezoid,Muiftre du Roy de
Na apris de Pétersbourg que la Czarine a
Pologne , Electeur de Saxe , les marques de l'Ordre
de l'Aigle blanc , qu'avoient les Comtes de
Munich & le Baron de Mengden.
Le Duc de Holſtein Gottorp eft arrivé à Péterſbourg.
S. M. Cz. a fait préfent au Prince de Heffe Hombourg
du magnifique Palais que le Comte de Munich
avoit dans le quartier de Wafili Oftrow .
Les Commiffaires nommés pour inftruire le Pro
cès des Prifonniers qui ont été arrêtés par ordre de
la Czarine , ayant fait leur raport au Senat , ce
Tribunal a condamné le Comte d'Ofterman à être
rompu vif ; le Comte de Munich à avoir les membres
coupés , & enfuite à être décapité ; les Comtes
de Lowenwolde & Michel de Golowkin , le Baron .
de Mengden & le Secretaire Temirazon , à avoir
la tête tranchée .
Le 29. Janvier dernier à huit heures du matin ,
on les transfera de la Citadelle de Pétersbourg au
Hiiij. Palais
590 MERCURE DE FRANCE
Palais où le Senat s'affembloit fous les Regnes pré
cedens , & à dix heures , on les conduifit au pied
d'un Echaffaut dreffé dans la Place vis- à-vis ce Palais
, & autour duquel un Régiment d'Infanterie ,
de la Garniſon étoit fous les armes . Quatre Soldats
ayant porté fur l'Echaffaut le Comte d'Ofterman ,
qui étoit fi affoibli par fa maladie qu'il ne pouvoit
fe foûtenir , on lui lût fa Sentence , qui le condamnoit
à mort , pour avoir abufé de la confiance da
Czar Pierre & des Czarines Catherine & Anne ;
pour avoir formé le criminel projet de priver la
Czarine des droits que lui donnoit fa naiffance ;
pour avoir fait diverfes démarches également contraires
à la gloire & au repos de l'Etat , & pour
avoir perfécuté un grand nombre de Familles illuftres
dont la jaloufie a caufé la ruine. On lui banda
enfuite les yeux , & on l'attacha fur la rouë ; mais
dans le tems que le Boureau tenoit la main levée
pour l'exécution , le Sécretaire du Senat declara
que la Czarine vouloit bien accorder la vie au
Comte d'Ofterman .
Le même Sécretaire lût aux autres Prifonniers le
Jugement par lequel ils étoient condamnés à mort,
& il leur annonça en même tems que S. M. Cz .
étoit déterminée à ufer auffi de clémence à leur
égard , & qu'elle commuoit pour eux > ainfi que
pour le Comte d'Ofterman , la peine de mort en
une prifon perpetuelle .
La Czarine a ordonné qu'ils paffaffent le refte
de leurs jours en differens endroits où ils ont été
relegués , & l'on doir conduire le Comte d'Ofterman
à Borolewa , près de l'embouchure de l'Oby ,
dans la maison où le Prince Menz koff eft mort ;
le Comte de Munich à Relim , dans celle qui y
avoit été conftruite pour le Comte Erneft Biron
& dont le Comte de Munich lui - même avoit doné
le plan , le Comte de Lowenwolde à Sulkamfcoi
į
MARS. 21742. 591
coi , le Baron de Mengden à Kolimkoroftrog ; le
› Comte Michel de Golowkin à Hermang , & le Sécretaire
Temirazon en Sibérie .
M. de Strefchneff , beau- frere du Comte d'Ofterman
, & qui a été trouvé le moins coupable , a
été condamné feulement à l'exil , & la Czarine l'a
relégué à jagazai , dont elle lui a donné le Gouverpement
en le chargeant de pourvoir à la fubfifsance
des Prifonniers .
La Déclaration que la Czarine a fait publier au
fujet du Jugement prononcé contre les Comtes
d'Ofterman , de Munich , de Lowenwolde & de
Golowkin , le Baron de Mengden & le Sécretaire
Temirazon , porte que le Comte d'Ofterman a été
convaincu d'avoir fuprimé le Teftament de la
Czarine Catherine , pour priver S. M. Cz. aujourd'hui
regnante & le Duc de Holftein Gottorp , des
droits que leur donnoit leur naiflance ; qu'il a offenfé
directement la Czarine en plufieurs occafions,
& que pour l'éloigner plus fûrement du Trône , il
a voulu la marier à un Prince Etranger & pauvre ;
que non content de la difpofition Teftamentaire
faite par Ja feuë Czarine Anne en faveur du Prince
Jean & des autres Princes qui pourroient naîtie du
mariage du Prince & de la Princeffe de Brunfwick.
Bevern , il avoit formé le projet d'étendre l'effet
de cette difpofition Teftamentaire jufqu'aux Prin
ceffes leurs filles , qu'il a été prouvé par plufieurs.
Mémoires écrits de la propre main , que c'est lui
principalement qui a confirmé la Princeffe de Bevern
dans le deflein de monter elle même fur le
Trône , & qu'il a cherché avec foin les moyens de
la faire réunir dans cette entrepriſe ; que fes fenti
mens fur les interêts de l'Etat ont toujours varié
fel on que fes interêts particuliers l'exigeoient ; qu'ill
a prefque toujours dirigé les affaires publiques , re
HV
lative
592 MERCURE DE FRANCE
lativement à cette derniere vûë , & qu'au lieu de
prendre l'avis des autres Miniftres . il n'a fuivi ordinairement
que celui de fes paffions ; qu'il a empêché
fouvent , qu'on ne tint des Confeils , quoique
l'importance des conjonctures les rendît néceffaires;
qu'au lieu de laiffer au Collège de l'Amirauté le
foin d'examiner les raports qui concernoient l'état
de la Marine , il fe faifoit remettre tous ces raports ,
& ne les communiquoit pas à ce College ; qu'il a
difpofé d'un grand nombre de fommes confidérables
du Tréfor public , fans confulter les autres
Miniftres , auxquels il fe contentoit de faire figner
les Ordonnances ; qu'il n'a jamais fait rendre de
compte exact à ceux qui étoient chargés des dépenfes
de l'Etat , lorfqu'il croyoit avoir befoin d'eux
pour parvenir à fes fins , & qu'il a fait expedier
au Comte de Munich , ci- devant Feldt- Maréchal
des Patentes par lesquelles ce Comte étoit difpenfé
de juftifier l'emploi des fommes qui lui étoient don
mées pour l'entretien du Canal de Ladoga , quoique
de femblables Patentes fuffent abfolument contraires
à toutes les Loix ; qu'il a caufé un grand
préjudice à l'Etat , en tirant des Provinces un beaucoup
plus grand nombre de Soldats & de Chevaux
qu'elles n'en pouvoient fournir ; qu'il a toujours
fait revêtir des premieres dignités & des principaux
emplois les Etrangers , préferablement aux perfonnes
les plus recommandables de la Nation , & que
gette préférence a été portée fi loin en faveur de
fes Parens & de fes Amis , que non-feulement les
moindres Services qu'ils rendoient à l'Etat , étoient
mis en balance avec les plus grands Services que
pouvoient rendre des Mofcovites ; mais que s'il
leur arrivoit de commettre des fautes ou des prévarications
importantes , ces fautes & ces prévaricasions
n'étoient jamais fuivies des peines qu'elles
devoient
MARS. 1742%
593
devoient attirer à leurs Auteurs , & quelquefois
étoient même tolerées ; que pendant fon Miniſtére
, il a enfreint à tous égards les fages Reglemens
établis par le Czár Pierre I & qu'il a eû la témérité
d'en faire annuler plufieurs, qu'il a prefque toujours
été occupé à femer la mefintelligence & la difcorde
parmi la Nobleffe de Ruffie , à rendre odieufes ou
fufpectes au Souverain plufieurs des Familles les
plus confidérables , & à les éloigner de la Cour ;
qu'il en a fait périr un grand nombre , & que par
fes confeils on a ufé de cruautés inouies contre des
Perfonnes de la premiere diftinction .
Il eſt dit dans la même Déclaration , que le
Comte de Munich eft un de ceux qui ont le plus
contribué à empêcher l'exécution du Teftament de
la Czarine Catherine ; qu'il a été le premier à confeiller
au Comte Erneft Biron , ci - devant Duc
de Curiande , de tâcher de fe faire déclarer Régent
de Molcovie , & qu'il a employé les plus fortes inftances
pour l'y déterminer; que comme il n'avoit
pour objet que les interêts particuliers, en travaillant
à rendre ceComte dépofitaire de l'autorité fouverai
ne il ne tarda pas long- tems à procurer la chûte du
Régent, afin de pouvoir réuffit dans fes projets ; que
lorfqu'il l'arrêta , il fit croire fauffement aux Soldats
des Régimens des Gardes , dont il connoifloit
l'affection pour la Czarine , que le Comte Biron
avoit formé plufieurs projets contre les interêts de
cette Princeffe & du Duc de Holftein Gottorp , &
qu'il les affûra qu'après que ce Comte feroit privé
de la Régence , ils feroient les maîtres d'élever le
Duc de Holftein Gottorp fur le Trône , s'ils préféroient
ce Prince au jeune Czar , que le Comte
de Munich , ci devant Grand Maréchal , & le
Baron de Mengden , ayant fait au Feldi - Maréchal
Comte de Munich l'ouverture d'un projet perni-
Hvi cicux
594 MERCURE DE FRANCE
I
cieux & fi contraire à la tranquillité publique ,
qu'il le jugea lui même impraticable , ce dernier
n'a pris cependant aucune melure pour en empêcher
l'exécution , qu'en plufieurs occafions il a manqué
de refpect à la Czarine , jufqu'au point de lui
donner des efpions , pour obferver fes démarches ,
& qu'il avoit placé auprès d'elle un bas Officier ,
en aparence pour avoir l'infpection des Bâtimens du
Palais où elle logeot , mais en effet pour éclairer
la conduite de cette Princeffe, & pour rendre compte
de fes actions les plus fecrettes ; qu'il s'eft comporté
d'une façon auffi irréguliere à la tête des Armées
qu'à la Cour ; qu'il n'a pas eû le moindre foin de
conferver & de menager les Troupes ; qu'il a agi
dans plufieurs entreprifes contre toutes les regles
de PArt Militaire ; qu'il n'a fuivi prefque jamais
que fes caprices & les confeils de fon ambition ,
fans prendre les avis des Géneraux , ce qui a expofé
fouvent l'Armée à des pertes confidérables ; que
de fon autorité privée , fans obferver les formalités
prefcrites à la Guerre , il a fait fubir , non -feulement
à des Officiers fubalternes , ' mais même à des
Officiers de diftinction , des peines auxquelles on
ne condamne ordinairement que de fimples Soldats ;
que dans la premiere Campagne de Crimée , il a
fait mettre aux fers plufieurs Colonels , qui étoient
des Familles les plus anciennes de Mofcovie ; que
dans toutes les occafions il a négligé de rendre juice
à l'ancienneté & à l'importance des fervices
pour avancer fes favoris &fes adherens, que pendant
qu'il a commandé les Armées , il s'eft fait donner
pluleurs fois des fommes très - confidérables , &
qu'outre celles qu'il s'eft apropriées fous la derniere
Régence , lorfqu'il a rempli la place de Premier
Miniftre , it s'eft fait affigner une penfion exhorbi
rante, & qui furpaffoit de beaucoup celles que les .
CZAIS
MAR S. 1742 591
Czars donnent ordinairement aux Princes & aux
Princeffes de leur fang.
Selon la même Declaration , le Comte de Lowenvolde
, ci - devant Grand Maréchal de la Cour ,
s'eft prêté à toutes les intrigues que les Comtes
d'Offerman & deMunich ont employées pour chan
ger l'ordre de la Succeffion au Trône , & pour y
placer la Princeffe de Brunſwick Bevern , & ayant
dans fon département les Penfions , les Gratifications
& les Préfens , il a détourné plufieurs fommes
à fon profit.
Par raport au Comte Michel de Golowkin , au
Baron de Mengden , & au Sécretaire Temirazon
on affûre que c'eft le Comte de Golowkin qui a
dreffé le projet du nouveau Reglement que la Princeffe
Régente fe propofoit de faire accepter par les differens Ordres de l'Etat , pour rendre la Princefle
fa fille habile à fuccéder à la Couronne ; que le Baron
de Mengden a infifté plus que perfonne , pour
que la feuë Czarine laiffât la Régence de l'Etat au Comte Erneft Biron fous prétexte que les Etrangers
établis en Ruffie , particulierement
ceux qui avoient part au Gouvernement
, courroient rifque
d'être maffacrés , fi la Régence tomboit en d'autres
mains ; qu'il a fecondé tous les projets concer- tés par
les Comtes d'Ofterman , de Munich & de
Golovkin , contre les interêts de la Czarine ; que favorifé par leur crédit , il a fait fortir de Ruffie &
vendre à fon profit une très - grande quantité de
Grains , ce qui a caufé la cherté & la dilette ; &
que pourvû qu'il tirât des préfens des Entrepreneurs
des Manufactures
, il ne fe mettoit point en péine
de leur faire obferver les differens Reglemens qui
concernent leurs Fabriques ; que le Sécretaire Te
mirazon a donné plufieurs confeils pour procurer
le fuccès du deffein que la Princefle Régente avoit
formé
396 MERCURE DE FRANCE
formé de le mettre la Couronne fur la tête , & qu'il
a chargé M. Pofniakoff de compofer le Manifefte
qu'elle le propofoit de faire publier à fon avénement
au Trône .
On a fait partir ces fix Prifonniers , pour les conduire
dans les differens endroits où ils ont été
selegués.
O
SUIDE.
On a apris de Stockolm du 29. du mois dernier
, que le Comte de Leuwenhaupt a mandé
à S. M. Su , qu'il étoit arrivé d'Ingrie à Wybourg
quelques nouvelles Troupes Mofcovites avec un
grand nombre de Traîneaux chargés de Munitions,
& qu'il avoit jugé à propos de raffembler une partie
de l'armée qu'il a fous fes ordres dans la crainte
que les ennemis ne formaffent quelque entrepri
fe dans le tems qu'on y penferoit le moins.
On continue cependant d'aflurer qu'il y a lieu
d'efperer que les differends entre la Suéde & lajRuffe
feront bien-tôt terminés , & l'on prétend même
que le Roy & la Czarine doivent nommer ref.
pectivement des Miniftres Plénipotentiaires , pour
chercher les moyens de parvenir à un accomodement.
L
ALLEMAG N E.
A Reine de Hongrie aprit le s . du mois dernier
que le Major Géneral Berenklaw s'étoit
rendu maître de la Ville de Braunaw , & que fes
troupes avoient obligé les Bavarois qui occupoient
le pofte de Burghaufen , de l'abandonner .
On a publié à Vienne une Relation de la prife de
Lintz , plus circonftanciée que celles qui avoient
déja paru ; cette Relation contient le détail fuivant .
The Grand Duc de Toſcane s'étant rendu au Camp
devang
MARS. 1742. 597
devant cette Place le 20. Janvier dernier , il tint le
lendemain un Confeil de Guerre , dans lequel il fut
réfolu d'attaquer la Ville par trois endroits .
On fit le 22. & la nuit fuivante , les difpofitions
convenables pour l'exécution de cette entrepriſe ,
& les troupes deſtinées pour les attaquer , les commencerent
le 23. à la pointe du jour. Les troupes
qui étoient dans la Ville , n'avoient rien négligé
pour le mettre en état de faire la refiftance poffible
dans un lieu non fortifié. Toutes les avenues par
lefquelles on pouvoit tenter de pénetrer dans les
Fauxbourgs , étoient défendues par des retranchemens
faits avec des gabions & des facs à terre. Les
rues étoient barricadées & traversées par de groffes
poutres , mifes les unes fur les autres . Les Affiegés
avoient fait percer toutes les maiſons qui fe joignoient
, afin de pouvoir communiquer de l'une à
l'autre , & ils avoient placé du canon dans celles
qui donnent fur la Campagne. Une partie de leurs
troupes s'étoit poftée dans les Jardins qui bordent
les Fauxbourgs , & les ennemis y foûtinrent longtems
avec beaucoup de valeur tous les efforts des
affiegeans , mais enfin ils furent obligés de fe retirer
dans les Eglifes , dans les Convens & dans les
maifons où ils continuerent de fe défendre , autant
que cela leur fut poffible. A mesure qu'il en abandonnoient
une , on y mettoit le feu , en forte que
vers le midi les Fauxbourgs étoient en flâmes , &
l'artillerie qui tiroit fur la Ville à boulets rouges ,
fans difcontinuer , y mit auffi le feu en plufieurs
endroits . Toutes les troupes Françoiſes & Bavaroifes
qui avoient défendu les Fauxbourgs , n'ayant
plus d'efperance de pouvoir s'y maintenir , rentrerent
dans la Ville . Le Grand Duc de Toſcane
commença alors à la faire battre en breche , & fur
les quatre heures après midi,il fe difpofoit à y faire
donner
398 MERCURE DE FRANCE
donner l'affaut , lorfque les afficgés battirent la
chamade & arborerent le Drapeau blanc .
Un Major de Cavalerie que le Comte de Segur
envoya pour capituler , fe fendit en même tems
au Camp , & le Grand Duc ayant affûré ce Major
qu'il étoit prêt à écouter les propofi ions des affiegés
, le Marquis du Chaftel , Maréchal de Camp ,
fut choifi par le Comte de Segur , pour regler avec
les Officiers Géneraux , nommés par le Grand Duc ,
les articles de la Capitulation , & l'on convint que
les troupes qui étoient dans la Place , en fortiroient:
le 24. avec les honneurs de la Guerre. Qu'elles
emmeneroient les canons qu'elles avoient fait entrer
dans la Place ; qu'elles emporteroient leurs Armes
& leurs Bagages ; qu'on leur laifferoit de la
poudre & des boulets pour tirer vingt coups.
de canon
, & à chaque Soldat dequoi titer deux coups
de fufil , & que les François & les Bavarois dont la
Garnifon étoit compofés , feroient conduits , les.
premiers à Donawert , & les feconds dans le Haut
Palatinat , à condition que fi l'Armée de la Reine
s'aprochoit de Donawert , les François feroient
obligés de s'en retirer. Ces troupes le font engagées
de leur côté à ne point fervir d'un an contre
La Reine de Hongrie,& le Comte de Segur a promis
ainfi que le Marquis Minutzi , de faire reftituer
fidelement les Papiers des Archives de la Province ,
& d'empêcher qu'on n'en détournât aucun .
Le Grand Duc a permis aux Officiers Françoisqui
étoient prifonniers dans fon Camp , de retourner
chés eux , & les ennemis ont rendu les ôtages .
qu'ils avoient enlevés dans la Baffe Autriche pour
s'affûrer du payement des contributions qu'ils y
ont exigées.
Le 24. à huit heures du matin , après que less
troupes Françoifes & Bayaroifes furent forties de
Lintz
MAR S. 399 1742.
Lintz , le Grand Duc & le Comte de Kevenhuller
y entrerent par la porte des Etats avec un détachement
des troupes de la Reine , & ils allerent defcendre
à la Maiſon des Etats . Ils affifterent enfuite
au Te Deum qui fut chanté au bruit de plufieurs
falves d'artillerie & de moufqueterie , & le Grand
Duc invita tous les Officiers Géneraux à dîner.
On a trouvé environ vingt piéces de canon dans
la Ville , où il ne reftoit qu'une très - petite quantité
de provifions , tant dans les Magafins que chés les
Habitans. La plupart des Maifons , dont les principales
font bâties à l'Italienne , ont été fort endommagées
par les bombes & par les boulets rouges ,
& il y en a eû plus de 300 réduites en cendres . Les
deux belles Fontaines qui ornoient la grande Place ,
font prefque entierement ruinées . Le Fauxbourg ,
fitué de l'autre côté du Danube , & dans lequel
plufieurs Seigneurs & Gentilshommes depuis quelques
années ont fait conftruire de très -belles maifons,
a été moins maltraité que les autresFauxbourgs
& qu'une partie de la Ville.
M. Phicheer eft allé en Moravie , s'acquitter
d'une commiffion de la Reine auprès du Roy de
Pruffe , & l'on croit qu'il eft chargé de faire à ce
Prince quelques nouvelles propofitions d'accommodement.
La Reine a envoyé à tous les Miniftres dans les
Cours Etrangères un Relcrit , dans lequel elle fe
plaint de ce que l'Electeur de Mayence n'a pas
obfervé les formalités en ufage avec lesTêtes Couronnées
, en lui écrivant pour lui donner part de
P'Election de l'Empereur.
Se on les derniers avis reçûs de Moravie , le Roy
de Pruffe qui s'eft mis à la tête de fon armée , s'eft
avancé vers Iglaw.
On a apris par un courier dépêché par le Comte
de
oo MERCURE DE FRANCE
paré ; que
de Kevenhuller , que ce Géneral ayant établi fon
quartier géneral à Braunau , il avoit fait marcher à
Landzut un corps de Troupes , qui s'en étoit emles
Huffards de l'Armée de la Reine s'étant
avancés dans les environs de Munich , ils
avoient obligé la Ville de leur payer une contribution
confiderable , & qu'un détachement des troupes
de S. ' M. a auffi exigé une contribution d'un
Fauxbourg de Ratisbonne , nommé le Fauxbourg
de Stadtam , qui apartient à l'Empereur.
On mande que le Roy de Pruffe ayant été joint
par les troupes Saxones dans les environs de Saar ,
S. M. Pr. avoit continué fa marche vers Iglaw &
que les troupes Autrichiennes , qui étoient dans
cette Place , s'en étant retirées à l'aproche d'un
détachement que le Roy de Pruffe avoit envoyé
pour en former le blocus , ce détachement y étoit
éntré le 14. du mois dernier.
Selon les mêmes avis , il y a eu plufieurs rencontres
entre les Huffards des troupes de la Reine &
les Ulans de l'Armée Saxone , & un détachement
de ces derniers ayant attaqué le 6 du même mois
un détachement de Huffards, qui étoit poſté à Saar,
ils fe font rendus maîtres de ce pofte , après avoir
tué vingt Huffards , & fait trente - trois prifonniers.
L'Armée des Alliés , après s'être emparée d'Iglaw,
s'eft aproché de Brinn , que la Reine a fait
pourvoir abondamment de munitions , & dont on
a renforcé confiderablement la Garniſon.
Sur la nouvelle de la marche d'un corps de troupes
Pruffiennes , qui s'eft avancé jufqu'à Znaïm fur
la Frontiere de la Baffe Autriche , & dont l'aproche
à répandu une telle confternation parmi les
Habitans de la Campagne , que la plupart fe font
enfuis en emportant leurs principaux effets , la Reine
a réfolu de former un Camp dans les environs
de Crems. Le
MARS. 17420 Bor
Le 12. du mois dernier 1800. hommes des
troupes Pruffiennes chaflerent de Nieckelbourg
600. hommes des troupes de la Reine , qui occupoient
ce pofte.
Le Comte de Kevenhuller a mandé à S. M. qu'il
avoit transferé fon quartier géneral de Braunau à
Landfzut ; qu'un corps de Troupes Autrichiennes
avoit remporté un avantage confidérable fur un détachement
de Bavarois , qu'il avoit attaqué entre
cette derniere Ville & celle d'Ingolstadt , que 130 .
Grenadiers des ennemis qui étoient postés à Mainbourg
, s'étoient retirés précipitamment à l'aproche
du Major General Berenklaw qui avoit été détaché
pour s'emparer de ce pofte, que les Bavarois avoient
auffi abandonné Greifenfeld , & que le Comte Palfi
avoit obligé la Garnifon du Château de Reitzhenhaufen
, de demander à capituler .
On a apris en même tems , que le Géneral Stenz ,
avec les troupes qui étoient fous fes ordres dans le
Tirol , avoit penetré par le Pas de Waldeck dans
la Haute-Baviere , & qu'il s'étoit rendu maître de
Rofenheim , petite Place fituée fur la Riviere d'Inn ;
que le Régiment de Konigseg , qui étoit auffi dans
le Tirol , ayant paffé le défilé d'Eichberg , avoit
ruiné quelques ouvrages conftruits à Markarftein
par les Bavarois , & qu'il avoit continué fa marche
vers Trawerftein & Waffebourg .
Les troupes Bavaroifes , commandées par le Maréchal
de Terring , au départ du courier , étoient
cantonnées entre Abbenfberg & Neuſtadt .
La Reine a envoyé ordre au Comte de Kevenhuller
, de faire déclarer à la Régence du Duché
de Neubourg , que dès que le Corps de troupes.
que l'Electeur Palatin fait marcher au fecours de
la Baviere , auroit paffé les Frontieres du Palatinat
un pareil nombre de troupes de S. M. entreroit
dans le Duché de Neubourg.
>
On
oz MERCURE DE FRANCE
On a apris que le Comte de Seckendorf étoit entré
au Service de l'Empereur.
On ajoûte que les troupes du Roy de Pruffe &
les troupes Saxones étant entrées en Moravie après
la prife d'Iglaw , pour y établir leurs quartiers fur
la Teya , celles du Roy , qui les avoient fuivies à
cette expedition fous les ordres du Comte de Polaftron
, fe font mifes en marche le 17. du mois
dernier , pour retourner à Prague , où elles font
depuis le 2. de ce mois.
On a apris d'Allemagne , que M. de Salers , Capitaine
au Régiment de Briffac , de la Brigade du
Roy , reçût ordre le deux Fevrier de M. de Ximenès
, à Wolin , de conduire au Château de Wirtemberg
13. Caiffons chargés de Farine & de B
cuits , qu'il y amena fans aucun accident , après
avoir fait fourrager en chemin pour la fubfiftance
de fon détachement , qui confiftoit en trois troupes
de Cavalerie , qui compofoient le nombre de 120 .
Maîtres avec 60. Grénadiers . Le lendemain à fon
retour , il fit prendre de l'avoine au Village de Bohenelk
; en débouchant de ce Village , & faifant
filer fon Convoi dans une Prairie qui conduit à celui
de le Hing , il fut averti par le Lieutenant de
P'Avant-Garde , qu'il fortoit un grand nombre
d'Huffards de ce Village ; il prit le parti de mettre
fes troupes en bataille & de faire parquer fes Caiffons
avec les Grenadiers dans cet intervalle ces ;
Huffards gagnerent une hauteur qui dominoit entierement
fur la Prairie , & en firent filer auffi beaucoup
le long du Ruiffeau qui y coule , pour prendre
en queue une troupe qui foûtenoit les Grénadiers
; M. de Salers s'aperçût que ces differentes.
troupes compofoient environ 600. Huffards qui
commencerent à l'attaquer fur les dix heures & demie
du matin , en faisant fur - fon détachement un
fea
MAR S. 1742 201
feu terrible , auquel il fit répondre de même ; ces
troupes firent toutes fortes de manoeuvres pour le
rompre , & envoyerent à cet effet differentes petites
troupes , il ne s'ébranla point en recommandant
à chaque troupe de fe tenir fort ferrée ; de forte
qu'ils ne purent les pénétrer ; comme les Cavaliers
commençoient à manquer de munitions , & qu'on
effuyoit toujours un grand feu , il prit le parti d'aller
attaquer 300. Huffards qui étoient en Bataille de
vant le Village en faifant marcher fes Caiffons fur
deux Colonnes , les Grénadiers au milieu . Sitôt
qu'ils virent que M. de Salers marchoit à eux
le fabre à la main , ils rentrerent dans le Village ;
dans ce moment il aperçût qu'il y defcendoit plufieues
troupes de Dragons & de Cuiraffiers qu'on
comptoit être au moins 400. il fit faire alte , & fur
l'avis qu'il eût d'un Sergent des Grenadiers , qu'il y
avoit fur la hauteur une Eglife entourée d'un Cimetiere
, il fe détermina dans l'inſtant à l'ailer occuper
; ce qu'il fit après en avoir chaffé les epnemis
qui étoient environ so , & après y avoir logé fes
Grenadiers , il fit mettre pied à terre à la Cavalerie
pour n'être point accablé par le nombre , il y fit
entrer tous les Chevaux qu'il pût , & fit attacher
les autres aux Caiffons qui étoient à l'abri , fous le
feu du Cimetiere . Il fit partager toute la munition ,
& fe mit en état de faire une vigoureuſe défenſe ;
on le fomma de ſe rendre , & ſur le refus de M. de
Salers , ils firent differens mouvemens pour l'agtaquer
, en faisant mettre pied à terre à leurs Dragons.
Cela a duré plus de trois heures fans que ces
troupes titraffent un feul coup , depuis qu'il s'étoit
logé dans le Cimetiere. Sur les quatre heures du
foir , ces troupes défilerent vers la Prairie , où elles
fe mirent en Bataille apuyées au Village ; enfuite elles
gagnerent le terrein qui eft de l'autre côté de la
Prairie
604 MERCURE DE FRANCE
Prairie . M. de Salers ne comprenoit rien à toutes
ces manoeuvres , lorsqu'il aperçût de la Cavalerie &
de l'Infanterie qu'il ne pouvoit s'imaginer venir de
ce côté là , quoique pourtant il jugeât que c'étoient
des troupes Françoifes ; ce fecours amené par M.de
Montauban , fur l'avis de quelques Païfans , lui a
ôté la gloire de repouffer les ennemis , s'ils avoient
ofé l'attaquer.
M. Delavendés Lieutenant dans Levy , mourut
le lendemain de fes bleffures , fix Cavaliers furent
tués fur le Champ de Bataille , un Trompette & un
Valet moururent auffi le lendemain de leurs bleffures.
Il y eut 13. Cavaliers de bleffés , dont plu-
Geurs le furent dangereufement . Le Capitaine des
Grenadiers a été bleffé au talon & à la main , ayant
eu un doigt coupé ; il y a eu 13. chevaux de tués
& 26. de bleffés . M. Huffon , Cornette , a eu fon
cheval tué fous lui. M. le Marquis de Doria , Capitaine
au Régiment de Fienne , & M. le Chevalier
de la Grange ont eu auffi leurs chevaux bleſſés.
Ces M. le font extrêmément diſtingués , auffi- bien
que tous les Officiers de chaque troupe ; M. de
Salers a eu fon cheval fort bleffé.
On a été obligé de laiffer un Caiflon , faute de
chevaux pour le conduire.
Les ennemis ont perdu beaucoup de monde ; on
leur a vû plufieurs Chariots chargés de Corps morts ,
& des Païfans ont affûré depuis , qu'ils avoient eu
47. bleffés , même plufieurs Officiers , du nombre
defquels eft le Commandant des Huffards .
O
ITALIE.
Napris de Livourne du 5. du mois dernier ,
que depuis le 23. jufqu'au 26. Janvier dernier
il y avoit eû en cette Ville juſqu'à vingt- une ſecouf-
Les
MARS. 1742:
608
fes de tremblement de terre , & que quelques-une
avoient été fi violentes, que la plupart des habitans ,
craignant d'être enfevelis fous les ruines de leurs
maifons , s'étoient retirés à la Campagne, mais que
ces differentes fecouffes n'avoient cependant caufé
aucun dommage confidérable.
Le 27. au matin , le Ciel étant très - ferain , une
parfaite tranquillité regnant dans l'air , & un grand
nombre de perfounes étant rentrées dans la Ville ,
par l'efperance de n'être plus expofées au danger qui
avoit excité leurs allarmes pendant quelques jours ,
on fentit une nouvelle fecouffe beaucoup plus forte
que toutes les précedentes , & cette fecouffe fut
fuivie de plufieurs autres qui fe fuccederent trèsrapidement
, & qui durerent pendant plus de quatre
minutes. Les toits & les terraffes des maiſons
tombant de toutes parts, & les Bâtimens les plus folides
menaçant de s'écrouler , tous les habitans qui
étoient à portée de gagner la Campagne , fortirent
précipitamment de la Ville , & les autres s'enfuirent
dans les Places publiques. Toutes les rues retentiffoient
de cris & de gémiffemens , & elles étoient
remplies de malades , de vieillards & d'enfans , que
leurs parens emportoient. Ceux qui n'avoient pas
ce fecours fe traînoient & fuplioient les paffans
de leur aider à éviter la mort , mais l'épouvante
étoit fi grande , que chacun ne pensoit qu'à fon
propre falut.
Plufieurs maifons ont été entierement renversées,
& il n'y a point eû d'Edifice public qui n'ait été endommagé.
La voute de l'Eglife de S. Jean , deffervie
par les Religieux Auguftins , eft tombée & elle
n'a écrasé qu'une perfonne. Le nombre de celtes
qui ont péri fous les ruines des autres Bâtimens n'eſt
pas auffi grand qu'on avoit lieu de le craindre , mais
il y en a eu un très - grand nombre de bleffées . Il eſt
difficile
Co? MERCURE DE FRANCE
difficile d'exprimer la défolation qui regne à Livour
ne ; la Ville eft prefque entierement abandonnée ;
perfonne n'habite dans les maifons , à l'exception
de quelques pauvres Familles qui font réduites à la
derniere néceffité ; tous les habitans aifés font à la
Campagne , ou ſe ſont retirés à bord des Vaiſſeaux
qui font dans le Port , & l'on a conftruit des barraques
dans les Places publiques pour les troupes de
la Garniſon . Le Géneral Breitewitz , qui commande
ces troupes , n'a point voulu fortir de la Ville.
On a apris de Venife du premier de ce mois , que
le premier du mois dernier le Roy de Sardaigne
avoit conclu avec la Reine d'Hongrie une Convention
, par laquelle ce Prince , fans déroger en tout
ni en partie aux prétentions qu'il a formées fur le
Milanez , & fe réfervant de les faire valoir toutes
les fois qu'il le jugera à propos , s'engage à employer
toutes les forces pour conſerver à S. M. H.
la poffeffion actuelle de cette Province , & à agir de
concert avec elle , pour en défendre l'entrée aux
troupes Eſpagnoles .
En confequence de cette Convention , le Roy de
Sardaigne a fait avancer vers le Milanez les deux
Corps de troupes Piémontoiles , qui étoient campés
fous Tortone & fous Novarre, & qui font, l'un
de 20000. hommes , & l'autre de 6000. & l'on
compte que ces troupes font déja dans cette Province
, où il y a 12000. hommes des troupes Autrichiennes.
de
Ce Prince , en envoyant ordre à fes troupes
marcher , a fait diftribuer aux Miniftres Etrangers,
qui réfident à Turin , une Déclaration dans laquelle
il expofe les raifons qui l'ont déterminé à prendre
des méfures pour tâcher d'empêcher que les Efpagnols
ne fe rendiffent maîtres du Milanez .
ESPAGNE
MARS 1742: ·607
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 27. du mois dernier
que l'Infant Don Philipe partit le 22. pour fe
rendre en Italie , & qu'il fut accompagné juſqu'à
deux lieuës par le Prince & la Princeffe des Afturies
l'Infant Cardinal .
&
par
Le Roy a accordé au Marquis de Santa Cruz la
Charge de Majordome Major de la Maifon de co
Prince , & au Comte de Perelada , celle de for
Sommelier du Corps.
GENES ET ISLE DE CORSE,
Na aprisqu'une troupe de Bandits de l'Ifolacci,
d'intelligence avec quelques - unsdes Religieux
du Convent de Roftino , avoit furpris un
détachement des troupes de la République , qui
étoit pofté dans ce Convent ; que ces Bandits , qui
étoient au nombre de 300. avoient tué beaucoup de
Soldats & quelques Officiers Génois , qu'ils avoient
été cependant repouffés après un combat très - long
& très-vif, & que même on avoit fait prifonnier
un de leurs Chefs , qui avoit été arquebufé , mais
qu'ils avoient tenu le Convent bloqué depuis le 15.
jufqu'au 2 1. du mois dernier , & qu'en fe retirant,ils
avoient menacé d'y retourner inceffamment pour
l'attaquer une feconde fois.
On mande de la Baftie , que le Colonel Cleiter
marchoit vers Calvi avec un détachement de
fept à 800. hommes , pour une expedition qui
étoit tenue fecrette , & qu'il paroiffoit qu'on avoit
deffein de profiter de la défunion qui regnoit parmi
les Corfes , pour trouver par- là le moyen de les
foumettre plus facilement.
On a fait paffer par les baguettes une femme qui
I avoir
608 MERCURE DE FRANCE
avoit fourni des échelles aux Bandits de l'Ifolacci ,
pour efcalader les murs du Convent de Roftino , &
on a brulé trois maifons qui apartenoient à quelques-
uns de ces Bandits .
Six hommes mafqués ont arrêté Il y a quelque
tems dans la Montagne de Cento Croci le courier
qui alloit de Venife à Genes , & ayant ouvert fa
malle , ils lui ont enlevé les lettres deſtinées pour
P'Espagne.
'On mande en dernier lieu de la Baftie , que les affaires
de l'Ile de Corfe paroiffoient commencer à pren
dre un train plus favorable pour la République deGenes,
& que le mauvais fuccès de la tentative faite par
les Bandits de l'Ifolacci, pour furprendre le pofte de
Roftino, avoit découragé une partie des mal- intentionnés
, qui étant d'ailleurs fort divifés entre eux ,
feroient à la fin contraints de recevoir les loix qu'on
voudroit leur impofer.
Le Colonel Cleiter , à la tête d'un détachement
eft entré dans la Piéve de Cafacconi , & après y
avoir brûlé les maifons de plufieurs Rebelles ,
il a
obligé tous les habitans de lui remettre leurs armes.
O
GRANDE BRETAGNE.
du
N aprend de Londres du 22. du mois dernier,
que quelques jours avant que le Comte d'Or
ford ait donné la démiffion de les emplois , il s'étoit
tenu en plufieurs endroits de cette Ville differentes
aſſemblées des Membres du Parlement ,
Parti opofé à la Cour , dans lefquelles on avoit mis
en délibération , fi on ne demanderoit pas que le
Parlement obligeât ce Ministre , de rendre compte
de fa conduite. Le Comte d'Orford , informé de ce
qui s'étoit paffé dans ces affemblées , eut des conférences
particulieres avee quelques- uns des principaur
MARS. 1742. 609
paux Membres du Parti de la Cour, & il leur déclara
que
s'étant trouvé deux fois dans la néceffité de fe
juftifier devant le Parlement , il ne craignoit point
d'être obligé encore une fois de détruire les mauvaifes
impreffions que fes ennemis répandoient dans
le public contre lui , mais que comme il s'apercevoit
qu'il n'y avoit que le changement des Miniftres
qui pût fatisfaire la Nation , & comme d'ailleurs
il ne vouloit point être un obſtacle à la réconciliation
du Roy & du Prince de Galles , dont il
avoit toujours vû la défanion avec beaucoup de peine
, il étoit déterminé à renoncer au Miniſtere.
Lorfqu'il alla le 14. remettre les emplois au Roy,
S. M. l'affûra qu'elle n'oublieroit point les fervices
qu'il lui avoit rendus , & il prit congé du Roy , en
difant qu'il ſouhaitoit que ceux qui lui fuccederoient
dans les places qu'il quittoit , puffent avec d'auffi
bonnes intentions que les fiennes mieux réüſſir au
gré de la Nation .
Les Vaiffeaux de guerre le Weymouth & le Deptford,
font arrivés depuis peu de la Jamaïque, & leurs
équipages ont raporté qu'il n'y étoit retourné que
2000. hommes des troupes de débarquement , qui
étoient allées à l'Ile de Cuba , fous les ordres du
Major General Wentworth, & que parmi ces 2000 .
hommes il y en avoit plus de 15oo . malades .
Le 28. du mois dernier , le Prince de Galles , accompagné
du Duc de Saxe - Gotha , alla rendre fes
refpects au Roy, qui le reçût avec beaucoup de marques
de tendreffe , & le même jour S. M. Br. ordonna
qu'on fit monter une Garde au Palais de ce
Prince.
Le Vaiffeau Marchand Anglois la Notre-Dame
Delpar a été pris & conduit à S. Sébaſtien par un
Armateur Espagnol.
↑ ij EX610
MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT d'une Lettre d'un Officier de
S.Domingue, du 20. Juillet 1741. contenant
quelques particularités fur l'Expedition de
Cartagene.
Ous avons ici peu de nouvelles, mais elles font
Naujourd'hui auffi intereflantes pour notre Hemifphere
que le pourra être pour la vôtre l'Election
d'un Empereur . Nous venons d'aprendre la levée
du Siége de Cartagene par les Anglois , lefquels
après s'être rendus maîtres avec beaucoup de rapidité
des Forts de Bocachique & de Ste Croix , en
n
tenant Cartagene prefque bloqué , n'ont pú , malgré
des travaux infinis , prendre cette Place avec
une Flotte de plus de 200, voiles on peut dire que
la défenſe des Eſpagnols a été auffi belle que l'attaque
des Anglois a été vive on affûre cependant
qu'ils n'auroient point levé le Siége i les maladies
ne s'étoient mifes dans cette Flotte , ce qui leur a
fait perdre plus de 15000. hommes .
On tient ces nouvelles d'un Vaiffeau du Roy
d'Angleterre , qui a mouillé à Leogane , lequel étoit
commandé par M. Befle & avoit pour fecond Mylord
Herré , jeune homme de 17. ans , qui à cet âge
a toutes les connoiffances & tout l'efprit poffible ,
parlant bien François , &c. Il a informé notre Géneral
de tout ce qui s'eft paffé à Cartagene , fans
oublier fes Remarques fur les fautes des Commandans
, dont il a rendu compte au Parlement par fes
Lettres . Il s'en retourne en Europe , efperant commander
un Vaiffeau l'année prochaine , ce qui eft
encore plus dû à fon propre mérite , qu'au rang de
fon Pere , qui eft Chancelier d'Angleterre , il blâme
fort l'Amiral Vernon d'avoir fait mettre fur les décombres
du Fort de Bocachique, par une rodomonsade
déplacée , une Infcription Latine , qui ne pouvoi
MAR S. 1742.
oit convenir qu'aux ruines de Cartagene , fi on l'avoit
prife ; voici le fens de cette Intcription, felon le
jeune Seigneur Anglois.
CORSAIRES , le démoliſſement de vos Fortereffes &
les maux que vous vous êtes attirés ,font des châtimens
de vos pirateries les fuites de notre jufte colere. Au refte les actions des Particuliers deviennent
intereffantes lorfqu'elles font belles & diftinguées ;
en voici une d'un Officier de Milice du Cap Martin,
qui n'étant pas trop bien traité de la fortune , arma
un grand Bateau , en rifquant tout pour porter des
vivres à Cartagene, bien affûré de la récompenfe. Il
fut malheureufement rencontré & pris par une Fregate
Angloife , dont le Commandant le mena à l'Amiral
Vernon , lequel fit configner fon Bateau à un
Vaiffeau de la Flotte , avec ordre de mettre l'Offcier
Efpagnol à bord du même Vaiffeau : comme
cet Officier a beaucoup d'efprit & de politeffe, il fut
admis à la table du Capitaine , & lorfqu'il le vit un
peu
dans le vin , il lui offrit so . bouteilles d'un vin
de Grave parfait , qui étoit dans fa chambre du Ba -`
teau & deſtiné à M. de Lannoi ;le Capitaine les accepta,
& pour la forme il lui donna quatre hommes pour
l'escorter jufqu'à fon Bateau , lequel étoit fous le
beaupré du Vaiffeau Anglois; dès qu'il fut arrivé,il ſe
faifit avec fon équipage, des quatre Anglois , apareilla,
& à la faveur d'un bon vent , cingla vers la chaîne
qui ferme l'entrée du Port de Cartagene ; on ne s'aperçût
de fa fuite à bord du Vaiffeau Anglois , que
lorfqu'il étoit prefque hors de la portée du fufil , on
Jui tira quelques coups de canon ; on détacha des
Chaloupes , mais inutilement ; il arriva à la chaîne ,
qu'on baiffa auffi - tôt , il entra & remit comme prifonniers
les quatre Anglois dont il étoit lui- même
prifonnier une demie heure auparavant Cette action ,
qui marque beaucoup de jugement , de préfence
I iy d'efprit
12 MERCURE DE FRANCE
d'efprit & de valeur , le fait confiderer de notre
Commandant , qui l'employe avec fuccès , &c.
**************************
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
P
Hilipe -Louis Comte de Sinzendorff, Baron de
Ernftbrun , Burgrave de Reyneck, Chevalier de
l'Ordre de la Toifon d'Or, Tréforier héreditaire de
PEmpire , Confeiller d'Etat , & de Conférence , &
Crand Chancelier de la Reine de Hongrie , mourut
à Vienne le 8. Février dernier , âgé de 71. ans.
Le 27. Marcellin Corio , Milanois , Cardinal
Diacre , du Titre de S. Adrien , mourut à Rome
ágé de 77. ans , 5. mois & un jour , étant né le 6.
Septembre 1664. Il avoit été d'abord Auditeur de
Rote , à Rome pour la Nation Milanoiſe , & reçû
en cette Place le 9. Juin 1716. Etant Doyen de cette
Jurifdiction & Régent de la Pénitencerie, il fut dé
claré par le Pape Clement XII . Vice - Camerlingue
du S. Siége & Gouverneur de Rome & de fon District
. Le même Pape le créa & le déclara Cardinal
le is. Juillet 1739. & luijen donna le Chapeau dans
un Confiftoire public le 20. du même mois. Le 30.
Septembre fuivant , après avoir fait la cérémonie de
lui fermer & de lui ouvrir la bouche , il lui affigna
fon Titre.
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
LE 25. du mois dernier , le Roy & la
Reine entendirent dans la Chapelle du
Château de Versailles la Meffe chantée par
la
MARS. 17421 613
fa Mufique. L'après midi , leurs Majeftés ,
accompagnées de Monfeigneur le Dauphin ,
affifterent au Sermon du Pere Tainturier ,
de la Compagnie de Jefus.
Le Comte d'Oettingen , Chambellan de
PEmpereur & qui eft venû donner part au
Roy de l'Election & du Couronnement de
S. M. I. s'acquitta de cette commiffion le
25. & il remit au Roy une lettre de l'Empereur
. Le Comte d'Oettingen fut préfenté au
Roy dans la Chambre de S. M. par M. de
Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Roy a donné l'agrément du Régiment
de Cavalerie de Berry , dont le Prince d'Havré
étoit Meftre de Camp Lieutenant , aut
Marquis de Pont Saint Pierre , Brigadier &
Meſtre de Camp Lieutenant du Régiment
Royal Cravattes .
<
S. M. a accordé l'agrément de ce dernier
Régiment au Marquis de Cernay , Sous-
Lieutenant de la Compagnie des Chevau-
Legers d'Anjou.
Le 4. de ce mois , quatrième Dimanche
de Carême , le Roy & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château , la Meffe
chantée par la Mufique . L'après midi , leurs
Majeftés , accompagnées de Monfeigneur le
I.iiij.
Dau14
MERCURE DE
FRANCE
Dauphin , affifterent à la Prédication du Pere
Tainturier , de la Compagnie de Jefus.
Le 2. le Roy & la Reine avoient entendu le
Sermon du même Prédicateur.
.
Le 5. pendant la Meffe du Roy , l'Evêque
de Pamiers prêta ferment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le Roy a accordé à l'Evêque de Soiffons
l'agrément de la Charge de Premier Aumônier
de S. M. vacante par la démillion volontaire
du Cardinal d'Auvergne .
Le 10. M. l'Abbé de Saint Cyr , Sous-
Précepteur de Monfeigneur le Dauphin ,
fut reçû à l'Académie Françoife à la place
de feu M. le Cardinal de Polignac. Il fit
fon difcours de
remerciment , auquel M.
Deftouches , en qualité de Directeur , répondit
au nom de l'Académie & ils parlerent
l'un & l'autre avec beaucoup d'éloquence.
Le 11. Dimanche de la Paffion , le Roy
& la Reine entendirent dans la Chapelle du
Château , la Mefle qui fut chantée par la
Mufique. L'après midi , leurs Majeftés accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin ,
affifterent à la Prédication du Pere Tainturier
, de la Compagnie de Jefus,
Le 9. & le 13. le Roy & la Reine entendirent
MAR S. 1742 . 615
dirent le Sermon du même Prédicateur.
Le Comte de Montijo , que le Roy d'Efpagne
a nommé fon Ambaffadeur Extraordinaire
auprès de l'Empereur , & qui eft arrivé
à Paris depuis quelque tems , eut le
15. de ce mois une audience particuliere du
Roy. Il eut enfuite audience de la Reine
de Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames
de France & il fut conduit à toutes
ces audiences par M, de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Le Roy a accordé à M. d'Ormeffon , Con
feiller d'Etat ordinaire & Intendant des Finances
la place de Confeiller au Confeil
Royal des Finances qu'avoit feu M. de Courfon
, & celle de Confeiller d'Etat , qui a
vacqué par fa mort , à M. de Creil , Intendant
de Metz.
Le 18. Dimanche des Rameaux , le Roy ,
accompagné de Monfeigneur le Dauphin ,
affifta dans la Chapelle du Château de Verfailles
à la Bénediction des Palmes , qui fur
faite par l'Abbé Broffeau , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Mufique , lequel en
préfenta une à S. M. & une à Monfeigneur
le Dauphin. Le Roy affifta à la Proceffion ,
& après l'Evangile adora la Croix . Le Roy
entendit enfuite la grande- Meffe célébrée
par
616 MERCURE DE FRANCE
par le même Chapelain. L'après midi , S. M.
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin ,
affifta au Sermon du Pere Tainturier
de la Compagnie de Jefus , & aux Vêpres ,
qui furent chantées par la Mufique.
Le 19. la Reine fe rendit à l'Eglife de la
Paroiffe du Château , & S. M. y communia.
par les mains de l'Abbé de Pontac , fon Au
mônier en quartier.
Le 21. Mercredi Saint , le Roy & la Rei
ne entendirent dans la même Chapelle l'Of
fice des Tenebres.
Le 22. Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cene du Pere Bergeron , Recollet
du Convent de Verfailles , après quoi
l'Evêque de Cahors fit l'Abfoute. Enfuite le
Roy lava les pieds à douze pauvres , &
S. M.les fervit à table. Le Comte de Charo
lois , faifant les fonctions de la Charge de-
Grand Maître de la Maifon du Roy , étoit à.
la tête des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit
le fervice , dont les plats étoient portés par
Monfeigneur le Dauphin , par le Duc de
Chartres , par le Comte de Clermont , par
le Prince de Conty , par le Prince de Dombes,
par le Comte d'Eu , par le Duc de Penthievre
& par les principaux Officiers de.
S. M. Après cette cérémonie , le Roy & la
Reine fe rendirent à la Chapelle du Châ
teau , & leurs Majeſtés entendirent la gran,
do
MARS. 1742 : 617

de Meffe & affifterent à la Proceffion.
Le Comte de Montijo , Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy d'Efpagne auprès de
l'Empereur & qui part inceffamment pour
fe rendre auprès de S. M. I. eut le 21. une
audience particuliere du Roy , & il prit
congé de S. M. Il y fut conduit , ainsi qu'à
l'audience de la Reine & à celles de Monfeigneur
le Dauphin & de Meſdames , par
M. de Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Roy a fait Duc le Maréchal de Bellė-
Ifle ..
Le 3. le 5. & le ro de ce mois , il y eut concert
à la Cour , chés la Reine . M. Deftouches Sur Intendant
de la Mufique du Roy fit chanter l'Opera
d'Hypermnefire , de la compofition de M. Gervais ,
· Maître de Mufique de la Chapelle du Roy ; les
principaux Rolles furent très - bien éxecutés par les ,
Des de Romainville , Defchamps & Abec , &
par les fieurs Dubourg , Benoît & Poirier.
Le premier Mars , les Comédiens François repréfenterent
à la Cour la Tragédie d'Abſatón , &
le. Babillard.
Le 6: l'Ecole des Maris & le Double Veuvage,.
Le 8. la Tragédie Atalie & les Précieuſes Ridicules.
La Dlle Cammaffe , dont on a déja eû occafion
de parle avec éloge , danía , entre ces deux
Piéces , des Airs de differens caractéres , fçavoir ,
une Marche en Matelote Hollandoife , un autre :
1vj
An
18 MERCURE DE FRANCE
Air du même caractere , mais beaucoup plus vif
un Menuet ridicule , une Gigue & un Air Anglois .
Cette jeune perfonne éxecuta ces cinq differens
morceaux ,de fuite & fans interruption avec toute la
précifion & les graces qu'on peut fouhaiter & avec
Ia meme force en finiffant la derniere en rée ,
qu'elle avoit en commençant la premiere. La Rei
ne & toute la Cour en ont parû extremement
fatisfaites.
Le 7. Mars les Comédiens Italiens , repréſenterent
auffi à la Cour la Comédie intitulée L**** laquelle
fut fuivie d'une petite Comédie Italienne ..
d'un Acte qui a pour titre les Disgraces d'Arlequins
Le nouvel Acteur joua très bien dans la premiere
Piéce le Rolle de Finette , en femme La Dlle Roland
, le feu Potier , & les Eufans éxécuterent
differens diver iffemens dans les entre Actes ; les
Enfans Chinois , les Exfans Arlequins les Payfans
Allemands & les Enfans Jardiniers , ces Interme
des furent éxecutés au gré de la Reine & de toute
la Cour.
Le 11. Dimanche de la Paffion , l'Académie
Royale de Mufique donna le premier Concert
fpirituel au Château des Tuilleries , lequel a été
continué pendant differ ns jours des trois semaines.
de Pâques jufques & compris le 30. On y a éxecuté
plufieurs excellens Motets à grands choeurs de
Mrs de la Lande , Bernier , de l'Abbé Madin Mar
tre de Mufiue de la Chapelle du Roy , & Mondonville
. On y a chanté auffi differens petits Motets
à vox feule avec accompagnemens des fieurs
Mouret , le Maire & Cordelet , les fieus Blaver
& Mondonville , ont exécuté plufieurs Concerto fur
la Flute & le Violon avec une préciſion admirable;
le
MARS. 77427
le fieur Poirier de la Mufique du Roy , s'y eft for
diftingué par la belle voix dans les differens récits
qu'il a chantés dans prefque tous les Morets. Le
même Concert doit encore être donné le premier
Avril , Dimanche de Quasimodo , & le lendemain
jour de la Fête de la Vierge.
Le 12. Mars le Chevalier Servandoni , Peintre &
Architecte du Roy & de l'Académie Royale de
Peinture , donna fur le Théatre du Château des
Tuilleries la premiere repréſentation d'un nouveau
Spectacle , repréſentant l'Histoire fabuleufe
de Leandre Hero. L'Auteur a fait imprimer une
perite Brochure de quatre pages pour l'intelligence
du Sujet. On la trouve chés la veuve Pilot ,
Quai de Conty à la defcente du Pont- Neuf, à la
Croix d'Or.
BENEFICES DONNE'S.
E Roy a donné l'Abbaye de Begard , Ordre de
décès de M le Cardinal de Polignac , à M. l'Abbé
de la Galaifiere , Vicaire Géneral de l'Evêque de
Toul ; celle d'Orbeftier , Ordre de Saint Benoît ,
Diocèfe de Luçon , vacante par le décès de M. de
Cofnac Evêque de Die , à l'Abbé de Bragelongne
; celle de Lieu Reftauré , Ordre de Prémontré,
Diocèse de Soi ons , vacante par le décès de M. de
Mouy, à l'Abé de Peruffy ; celle de Carnoet, Or
dre de Cifteaux , Diocèle de Quimper , vacante
par le décès de M. de la Bourdonnaye , à M. l'Abbé
Pague du Reignon , celle de Boifgroland , mê
me Ordre , Diocèle de Luçon , vacante par le décès
de M. de Findevieille , à M. l'Abbé du Bailleul, Vicai-
Ie
20 MERCURE DE FRANCE
re Géneral de l'Archevêque d'Embrun , celle de
Clai faix , même Ordre, Diocèfe d'Amiens , vacan
te par le décès de M. Fauvel , à M. l'Abbé de
Prefly , Vicaire Géneral de l'Evêque de Boulogne ;
celle du Palais , même Ordre, Diocèfe de Limoges,
vacante par le décès de M. Thouron , à M. l'Abbé
d'Efpagnac , Vicaire Géneral de l'Evêque de Limoges
; celle de Bithaine , même Ordre , Diocèle
de Bezançon , vacante par la démiffion pure &
fimple de M. de Courbouzon , à M. l'Abbé de
Carcado ; celle de Sept- Fontaines , Ordre de Prémontré
Reformé , Diocèse de Langres , vacante
par le décès de M. Richomme de la Borde , à M.-
P'Abbé Baifle , Chapelain ordinaire de S. M. le
Prieuré d'Arbois , Ordre de Saint Benoît , Diocèfe
de Bezançon , vacant par le décès de M. de Mornay
, ancien Evêque de Quebec , à M. l'Abbé
Boquet de Courbouzon ; le Prieuré Regulier de
Saint Eloy des Hermites , Ordre du Vál des Ecoliers
, Diocèfe de Châlons fur Marne , vacant par
le décès de M. Dru , au Pere Mallet , Superieur
de l'Hôtel- Dieu de Troyes ; l'Abbaye Réguliere
de Neubourg , Ordre de Saint Benoît , Diocèfe
d'Evreux , vacante par le décès de Mad . de Berniere
, à la Dame le Normant , Prieure Clauftrale
du Prieuré de Neufchaftel , & le Prieuré de Saint -
Louis de Poiffy , à Mad . Geneviève de Sainte Hermine
; Religieufe de ce Prieuré.
Le 22. Fevrier , M. de Bauclas , ci- devant Subftitut
de M. le Procureur Géneral du Parlement ,
& à préfent Procureur General des Eaux & Forêts
de France , au Siége de la Table de Marbre du
Palais à Paris, prêta ferment en la Grand- Chambre
du Parlement pour la Charge de Lieutenent Génexal
de la Connétablie , pour laquelle il a obtenu
des
Ja
1742 .
MARS.
des Lettres de compatibilité , avec celle de Procu
Hreur General des Eaux & Forets . Il fut inſtallé le
même jour en la Connétablie par M. l'Abbé Pajot
de Dampierre , Confeiller en la Grand - Chambre ,
lequel vint avec les Officiers de la Connétablie ,.
précedé de deux Huiffiers du Parlement , & de
ceux de la Connétablie . On tint l'Audience dans
la Chambre de la Table de Marbre , à cauſe des
réparations , que l'on fait à celle de la Connéta
blie. Il y avoit à la porte de la Table de Marbredeux
détachemens fous les armes , l'un compofé
d'un Lieutenant de la Compagnie de la Connétablie
& de fix Gardes , revétus de leurs hocquetons ;
Fautre détachement compofé d'un Lieutenant du
Prévôt Géneral de Pifle de France & de dix
Gardes de cette Prévôté . L'Inſtallation fut faite publiquement,
l'Audience tenant. M. l'Abbé de Dampierre
qui préfidoit , avoit à fa droite M. de Bauclas
, M. le Lieutenant particulier , l'ancien Lieutenant
particulier & M. de la Tour, Prévôt Géneral.
de la Connétablie ; fur le banc à gauche étoit M..
le Prêtre , l'un des Tréfociers Généraux de l'Ordinaire
des Gueres , les Tréforiers de l'Ordinaire & .
Extraordinaire des Guerres ayant Séance & voix
déliberative à la Connétablie , ainfi que les Commiffaires
des Guerres. A côté de M. le Prêtre étoit
M. Jouant , ancien Avocat au Parlement , comme
Gradué Affeffeur . Sur le banc de Mrs les Gens du
Roy étoient M. le Procureur du Roy , le premier
Lieutenant de la Compagnie de la Counétablie & .
le Prévôt Géneral de l'Ile de France . Après la lecture
& l'enregistrement des Lettres de M. de Bauclas,.
on fit retirer l'Audience ; on la r'ouvrit un moment
après : M. de Bauclas qui préfidoit à cette feconde
Audience fit un Difcours à la Compagnie fur fa
Réception , auquel M. le Lieutenant particulier répondis
22 MERCURE DE FRANCE
pondit au nom de la Compagnie , après quoi on
plaida une cauſe .
FESTE donnée à Ofnabruck, le 4. Février
1742. par M. le Comte de Lautrec , Lieutenant
Général des Armées du Roy , Com
mandant dans la Ville Evêché d'Ofna
bruck, à l'occafion de l'Elevation de CHARLES
-ALBERT , Electeur de Baviere , Roy de
Boheme , Archiduc d'Autriche , au Trône
Impérial &c.
1
ABORD que le Courier Extraordinaire dépêché
de Francfort , par S. A. E. de Cologne ,
eût aporté à Ofnabruck la nouvelle de l'Election
de l'Empereur , M. le Comte de Lautrec , Commandant
dans la Ville & Evêché d'Ofnabruck , ordonna
aux Magiftrats de l'annoncer au Peuple par
une triple décharge de l'Artillerie des Remparts.
M. le Baron de Kerffenbrok , Grand Prévôt du
Chapitre , fe rendit d'abord chés ce Géne: pour
convenir du jour que l'on chanteroit le Te Deum ,
conformément aux Ordres de l'Electeur de Cologne
, qui fût fixé au Dimanche 4. Février , ainfi
que pour les Illuminations & Réjoüiffances publiques.
Tout ayant été difpofé pour cette Cérémonie
, Mrs du Grand Chapitre commencerent leurs
Actions de Graces par une grande Meffe en Mufique
à laquelle M le Comte de Lautrec affiſta , s´étant
rendu à l'Eglife Cathédrale , accompagné de
M. le Prince de Guife qui étoit venu paffer quelques
jours en cette Ville , de Mrs les Chevaliers de
Saint Valier , Maréchal de Camp , & de la Luzerne
Brigadier , de M. de Charleval Colonel du Régiment
Royal Etranger , ainfi que de tous les Officiers
MARS. 1742: 823
f
ciers de la Garnifon . Ce Cortege étoit eſcorté par
un détachement de so. Maîtres du Régiment
d'Aumont le fabre à la main , commandé par un
Capitaine. Plufieurs Trompettes fonnantes précedoient
la Marche. Une Compagnie de Grenadiers
, la bayonnette au bout du Fuzil , occupoit le
devant de l'Eglife & formoit une double haye
dans toute l'étendue de la Nef. Mrs du Grand
Chapitre avoient fait préparer dans le Choeur pour
M. le Comte de Lautrec , un Prie Dieu couvert
d'un Velours cramoifi , avec le Tapis & le Fauteuil
de même, & des chaiſes pour Mrs les Officiers . Pendant
la Meife , on fit une triple falve de 12. piecés
de canon placées au - devant de la Cathédrale .
Au fortir de l'Eglife , M. le Comte de Lautrec
fût conduit avec le même Cortege , à la Maifon de
M. le Grand Prévôt , où il avoit été invité à dîner ,
ainfi que les principaux Officiers de la Garnifon ,
Chanoines du Grand Chapitre & Gens de Condi
tion de la Ville . Ve s les 4. heures , un détachement
de Cavalerie vint prendre M. le Comte de
Lautrec chés M. le Grand Prévôt , & l'accompagna
dans le même ordre que le matin , à la Cathédrale
, pour affifter au Te Deum qui commença à
5. heures , pendant lequel on fit trois décharges de ⠀
toute l'Artillerie & de la Moufqueterie tant des
troupes que de la Bourgeoifie qui bordoient le
Rempart , à l'exception du premier Bataillon du
Régiment de Lionnois qui étoit en Bataille fur la
grande Place à côté de la Cathédrale.
Après le Te Deum , M. le Comte de Lautrec fût
reconduit chés lui dans le même ordre. Les Magiftiats
tous Lutheriens & le Peuple de cette Reli
gion , s'étoient auffi rendus à leur principale Eglife
où ils firent chanter le Te Deum en même- tems
qu'à la Cathédrale. Sur les 6. heures du foir , les
illumi
24 MERCURE DE FRANCE
9
illuminations commencerent . La Façade de la Mai. 7
fon occupée par M. le Comte de Lautrec de 12 .
croilées de face , étoit illuminée par 3000. lampions
& ornée de tableaux , avec des figures fimboliques
& des emblêmes relatifs au grand Evenement
dont on célebroit la Fête . Toutes ces croifées
étoient bordées de deux rangs de lampions
ainfi que le Fronton , la Corniche & la Plinte . Entre
les Croisées , au- defus de la grande porte ,
étoit un Tableau de 11. pieds de haut fur 9. de lar
ge , lequel repréfentoit la Déeffe Minerve offrant
la Couronne Impériale au Génie de Baviere. Elle
avoit à fes côtés le Génie de la France , armé d'un
Bouclier & d'une Epée , paroiffant mettre en faite
une Troupe de Gens de Guerre qui fe découvroit
dans le lointain , & pour Legende , Hac coronat, illa
tuetur. Au-deffous de, ce Tableau on voyoit un Jardin
dans lequel s'élevoient plufieurs Lys , d'où for.
toit la fleur Impériale avec ces mots , Pafcitur inter
Lilia. Comme cette Porte eft placée dans l'un des
bouts de la Façade de la Maifon , on en avoit formé
une autre à l'opofite de même grandeur. Le
Tableau placé au- deffus de celle -ci , repréfentoit
les deux Génies de l'Empire & de la France ſe
donnant la main , apuyés fur le Globe du Monde ,
porté fur des nuages ; & pour Legende , Inde falus
orbi ; le Tableau au- delous repréfentoit un Soleil
diffipant des nuages élevés fur un Païfage
agréable ; & pour Legende , Obftantia folvit . Dans
le milieu de la Façade , étoit un grand Tableau de
8. pieds de haut fur f . de large , où paroiffoit un
Aigle éployé fur lequel étoient les Armes de
l'Empereur & au - deffous ces mots : Carolus VII.
Imperator. Aux trumaux de chaque croifée , il y
avoit un Aigle & une Fleur-de- Lys alternativement
placés dans des Tableaux de quatre pieds &
demi
MARS: 1742. 625
Jemi de haut fur deux & demi de large .
Comme l'Evêché d'Ofnabruck , dont cette Ville
eft la Capitale , apartient à l'Electeur de Cologne ,
frere du nouvel Empereur , les divers Etats qui la
compofent & en géneral tous les Habitans s'emprefferent
à marquer leur joie. Les plus belles illuminations
étoient à l'Hôtel de Ville , à la Maiſon
de M. le Grand Prévôt , à celles de Mrs les Che
valiers de Saint Valier , & de la Luzerne , du Ba.
ron d'Assèbourg , Chanoine du Grand Chapitre
& Official de S. A. S. E. & du Baron d'Oer ,
Droffard d'lbourg, Grand- Bailly lefquelles étoient
ornées d'emblêmes & de devifes . Sur les 9. heures ,
les perfonnes les plus confidérables de l'an & de
l'autre fexe, ainfi que tous les Officiers de la Garni
fon , fe rendirent au Château dont la Façade étoit
éclairée de rzo . flambeaux de cire blanche & de
pots à feu fans nombre placés dans la grande cour.
On y avoit fait les préparatifs néceffaires pour la
Fête que M. le Comte de Lautrec devoit y donner
, qui commença par un très beau feu d'artifices
tiré dans le Jardin , accompagné de quantité de
fufées volantes . A 9. heures & demie les Dames
furent conduites dans deux Salles , où il y avoit
deux Tables l'une de 40. Couverts & l'autre en Fer
à Cheval de 70. fervices avec autant d'abondance
que de délicateffe . Elles n'étoient occupées que
par les Dames. Les Cavaliers au nombre de plus
de deux cent , c'eft à- dire , les Chanoines , la Nobleffe
, les Officiers & autres Principaux de la Ville
les fervoient. Après le fouper qui finit environ à
minuit , les Dames monterent dans une Salle du
Palais deftinée pour le Bal , magnifiquement éclairée
;la Simphonie étoit nombreufe & placée dans
une efpece d'Amphitéatre ; cette Salle eft d'une fis
prodigieufe grandeur que quoiqu'il y eût au moins
SO
26 MERCURE DE FRANCE $
5. ou 600. Perfonnes , on ne laiffoit pas d'y danfer
jufqu'à 20. Menuets à la fois . Il fe diftribuoit abondamment
dans une Chambre à côté des Rafraî
chiflemens en tout genre pendant le Bal qui ne fi
nit qu'à 6. heures du matin. Cette Fête s'eft paffée
avec beaucoup d'ordre , de goût & de gayeté . Plufleurs
Dames & Cavaliers y vinrent marqués, ce qui
ne contribua pas pen à la beauté du Spectacle . M. le
Comte de Lautrec n'ayant pû s'y trouver , Mrs
de Saint Valier & de la Luzerne en firent les
honneurs.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
MORTS.
ON étoit mal informé quand dans le derniet Mercure P. 402. on a daté du 2. Fevrier , la
mort de la feue Comteffe de Denonville. Cette
Dame étoit morte le 31. Janvier , âgée de 68. ans.
C'eft fur un faux bruit que l'on a annoncé dans le
même Mercure p 496. la mort de la Prieure du Mo
naftere de Poiffi .Cette Dame n'eft morte que depuis.
L'Evêque de Leon , dont on avoit auffi annoncé
la mort d'après les Nouvelles publiques dans
le Mercure de Decembre dernier , vol . 2. p. 2963.
vit encore. On a oublié juſqu'à prefent de fe retracter
fur cet article .
Le nommé Barthelemi Campagne , eft mort dans
la Paroiffe de Cernay en Champagne , âgé de 103 .
ans accomplis.
Le 24. Fevr . Claude -Franç. Fornier de Montagny ,
Confeiller au Parlement de Paris , & Grand- Chambre
d'icelui , mourut à Paris âgé d'environ 60. ans .
Il avoit été reçu au Parlement à la premiere Chambre
des Enquêtes le 8. Juin 1707. & il étoit monté
à la Grand- Chambre en 1735. Il étoit fils de Claude
Fornier
MARS. 1742. 727
Fornier de Montagny , ancien Préfident , Treforier
de France en la Généralité de Paris , & Confeiller
d'Etat , mort le 16. Decembre 1727. à l'âge de 91.
ans , & de Sufanne Guillier , morte le 13. Juin 1712.
& il avoit été marié le 30. Octobre 1710. avec la
fille unique de feu Guillaume de Bar , Secretaire du
Roy, Maiſon- Couronne de France & de fes Finances
. Il en laiffe auffi une fille unique , qui fut mariée
en 1717. avec Chriftophe - Leonor de Mornay ,
Comte de Mont- Chevreuil , alors Enſeigne , puis
Sous-Lieutenant , & en 1734. Lieutenant au Ré
giment des Gardes - Françoiles .
Claude Louis- Hyacinthe Paulmier , Marquis ,
Seigneur de la Boulay , Ancien Infpecteur Géneral
de la Marine , & Directeur de la Compagnie de
Saint Domingue , mourut le même jour âgé d'environ
82. ans .
Le 27. Charles de Seigliere de Boisfranc , Abbé
Commandataire de l'Abbaye de Coulombs , Ordre
de S. Benoît , Diocèfe de Chartres , depuis le mois
d'Octobre 1679: & en cette qualité , Prieur & Seigneur
d'Effone , du même Ordre , Diocèle de Paris ,
par union faite en 1707. mourut à fon Abbaye ,
âgé de 79. ans 3. mois , 21. jours , étant né le 6.
Novembre 1662. Il étoit fecond fils de Joachim
Seigliere , Seigneur de Boisfranc & de Saint Ouen ,
Vicomte de la Rochebriant , Baron d'Ambures
Confeiller , Secretaire du Roy & de fes Finances ,
puis Sur- Intendant General des Maiſon , Finances ,
Domaine , Bâtimens & Jardins de Philipe fils de
France , Duc d'Orleans , & enfuite fon Chancelier ,
Garde des Sceaux , & Chef de fon Confeil , &c.
mort le 23. Septembre 1706. à l'âge de 80. ans , &
de Geneviève Gedoyn des Touches , morte le 17.
Avril 1674. La Famille de Seigliere de Boisfranc
eft originaire de la Province de la Marche.
ΣΑ
628 MERCURE DE FRANCE
Le 28. Charles de Pouffemothe de l'Eftoille, Comtë
de Graville , Baron d'Herilli , ci - devant Prieur
Commandataire & Seigneur temporel du Prieuré
de Marolles en Brie , qu'il réfigna en 1730. mou.
rut à Paris , âgé d'environ 55. ans . Il étoit le dernier
fils de Jean - Edouard de Pouffemothe de l'EL,
toille , Comte de Graville , Seigneur de Chenouft ,
Président et la Cour des Aydes de Paris , mert le
1. Mai 1725. à l'âge de 84. ans , & de Marie de
la Grange -Trianon , morte le 22. Octobre 1722.
à l'âge de 70. ans , & il avoit été marié le 28. Mai
1737. avec Catherine Olive de la Salle , riche hé
ritiere , & fille unique de Jean - Baptiſte de la Salle ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint Louis , cidevant
Lieutenant de Roy à S. Domingue , & de
Catherine Prevartel. Il en laiffe des enfans.
PIECE
TABL E.
IECES FUGITIVES. Les Inégalités du Coeur humain
, Ode , 417
Suite de la Differtation fur la Langue Gauloife , 424
Epitre à M.
... par Mlle G ....
Rép. contre l'Auteur de la Religion des Gaulois,444
Traduction de la VII . Ode d'Horace ,
443
Ode à la Vertu , 457
Compliment au Duc de Gêvres , 461
463
Differtation lûë à l'Académie Françoiſe , 466
La Sageffe , Ode
474
Differtation fur l'Evêque Léonce , 478
Epitre à M. de la Soriniere , 505
Lettre de M. de Voltaire à M. de la R. 507
Le Serin & le Chat , Fable , 510
Lettre fur l'ancienneté de la Ville d'Arles , 512
Enigme , Logogryphes , & c .
521
NovNOUVELLES
LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
&c. Théodoret . Evêque de Cyr ,
Avis , Homines Illuftres de la France ,
525
131
Recueil , Questions de Droit , Reflexions, &c. 538
Projet de Soufcription des OEuvres de M. Boffuet ,
Evêque de Meaux , 536
S49
542
543
ibid
Petit Diction . Franç. dont l'Ortogr . eft prouvée , 532
Hiftoire des Empires & des Républiques ,
CalendrienMéridien pour regler les Montres, & c.541
Effai fur la nature & le choix des Alimens ,
Georgii Cheynai Medicina Doct . Tract . de Infirm.ibid.
Hiftoire des Juifs & des Peuples voisins
Les Amuſemens du Coeur & de l'Efprit ,
Catal. de la Biblioth . du feu Ev . de Montpellier, 554
La Mufique Pratique & Théorique ,
ibid.
Deux Livres nouveaux pour fervir à l'Histoire de la
Fête des Foux , 555
Médaille du Cabinet de la Reine Chr . de Suede , 556
Defcrip.Géograph. & Hift.du Royaume d'Ifrael, 557
Poëme Epique , intitulé la Henriade , 558
Livres nouveaux de Venife ,Rome, Florence, & c. 559
Prix de l'Académie de Chirurgie pour 1743 .
Médaille de l'Epereur Charles VII.
561
563
Estampes nouvelles , & differentes Cartes ,
ibid.
Ouvrages de Mufique gravés ,
565.
Nouvelle Machine pour éteindre le feu des che
minées ibid.
5657
ibid.
568
Remede pour les Dartres , Rougeurs , & c.
Chanſon notée 5
Spectacles , l'Embarras du Choix , Extrait ,
Vers à M. de la Chauffée & à la Dlle Gauffin , 580
Clôture des Théatres ,
Sonnet Italien, avec la Traduction ,
585
587
ibid.
Ballet danfé fur le Théatre de Milan par la Dile
Groignet ,
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Ruffie , &c. 588
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 612
Concert
Concerts chés la Reine , & Comédies joüćes à la
Cour ,
617
Spectacle donné fur le Théatre des Tuilleries par
le Chevalier Servandoni ,
Bénefices donnés ,
619
Prêtation de Serment pour la Charge de Lieutenant
Géneral de la Counétablie ,
ibid.
620
626
Fête don. à Ofnabruck par le Comte de Lautrec, 622
Morts ,
Errata de Fevrier.
,
PAge 310. ligne 13. fur lifex à . Page 330. ligne 16. incomparabili , lifez , incomparabile.
Même page , 1. 17. Imperadore , l. Imperatore,
Même page , 1 . 6. du bas , convengone , 1. convengono.
Même 1. page S. du bas, condoite , l . condotto,
Même page , 1. 4. du bas, non poteb , I. non
potrebe. P. 3.52.1. 3. & 4. également , l. auffi.
"
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 445. ligne 25. inhierent , lifez, inhiarent .
P. 448. 1. 27 , in quam , l . inquam . Ibid 1. 30.
fore , l. fove. P. 449. I. 2. haud quaquam , l . quicquam
. P. 452. l. 1. confeffuros , l. conceffuros.
Ibid. 1. 10. natu , l nutu . P. 454. 1. 25. noſtra , l.
noftræ. P. 455. 1. 7. Diviaçum , l . Divitiacum . P.
456. 1. 10. veri , l. vero.
La Médaillegravée doit regarder la page
La Chanson notés la page
563
· 568
MERCURE
t
-0
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROY.
É D.
AVRIL
1742.
SURICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillon
S
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY, au Palais.
M. DCC. XLII.
Avec Aprobation & Privilege du Ros
A VIS.
0
L'A
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Fran-
Coife , à Paris. Ceux qui pour leur com→
modité voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir,
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AVRIL 1742 .
PIECES FUGITIVES;
en Vers et en Prose.
A MA MUSE.
A Dieu , Mufe , il faut nous quitter ;
Mon golier qui déja bredouille ,
N'a plus la force de chanter ,
Et la terre bien- tôt recevra ma dépouille ;
Depuis le tems que tu me fers
Et que tu diriges ma Lyre ,
Je n'ai de toi ni bien ni mal à dire ,
Si dans mes Ouvrages divers
A ij
Tou
532 MERCURE DE FRANCE
pour
Tout n'eft pas à l'abri d'une exacte Satyre ,
On y voit , quand on veut fans paffion les lire ,
Plus de bons que de mauvais Vers ,
Ce qui fuffit mériter ma grace ,
Și les Critiques ne font pas
Encor plus délicats qu'Horace ,
Qui s'en contente en pareil cas ;
Ainfi les uns portant les autres
Font un tout que l'on peut comparer hardiment
A ceux que le Fublic reçoit bénignement ,
Et qui , de-même que les nôtres ,
Ne fe foûtiennent pas toujours également ;
Si je n'ai pas encore , en pourfuivant ma courſe ,
Des Cignes du Parnaffe imité les doux chants ,
J'ai toujours eû cette reffource
De n'y perdre que peu de tems ;
Que de graces ai- je à te rendre
De m'avoir fur tout adopté
Par l'heureufe facilité
Qui ne m'a fait rien entreprendre
Qu'il ne fût vite exécuté ?
D'un Ouvrage, vaille que
vaille ,
Je fuis content, pourvû qu'il ne m'ait rien coûté
C'eft pour moi feul que je travaille ,
Sans fonger feulement à la Pofterité ;
* Ergo ubi plura nitent in carmine , non egopaucis
effendar maculis. Hor . Art. Poët.
Qu'elle
AVRIL 1742. 633
Qu'elle me loue enfin ou bien qu'elle me fronde;
Il n'en revient ni bien ni mal ,
Quand on habite l'autre Monde ,
De paroître à fon Tribunal ;
Non , l'honneur de primer n'eft pas ce qui m'anime;
Cette perfection coûte trop d'atraper ,
Et quand j'ai cultivé la rime ,
Je n'ai cherché qu'à m'occuper ;
Je ne fuis pas jaloux des fameux avantages
Où fans un dur travail on ne peut parvenir ;
Que je furvive à mes Ouvrages ;
Ou que, chéris dans tous les âges ,
On en garde le fouvenir
Jufques au plus long avenir ;
Que m'en reviendra- t'il, lorſque réduit en cendre
Je verrai tout s'évanoüir ?
Le bruit que l'on s'efforce à grands frais dé prétendre
,
Que je ne pourrai plus oüir ,
M'indemnifera- t'il , à quoi qu'il puiffe tendre ;
Des foins qu'il m'aura fallu prendre
Dans l'efperance d'en joüir ?
Que les Defpreaux , les Lamotte ,
A bien polir un Vers fechent un jour entier ,
Quant à moi , chétif Ecolier ,
Si je brufque toujours tout ce que je fagotte ,
Ce n'eft qu'avec plaifir que j'uſe du papier ;
A iij
Dans
34 MERCURE DE FRANCE
Dans mes Vers , quelque rang que le Public leur
donne ;
L'huile ne fe fait pas ſentir ,
Je cherche , quand je les façonne
Un remede à l'ennui que je veux dívertir ;
Que bien ou mal on en raiſonne ,
C'eſt le feul paffeport dont je puis les nantir .
Mufe , à te cajoler j'ai trouvé des délices ,
Sans quoi j'aurois bien-tôt negligé ta faveur ;
Il n'eft point arrivé fous tes heureux aufpices
Que mon travail devint un pénible labeur
Il eſt juſte , à préfent , que ma courfe s'acheve ,
De reconnoître tes bienfaits ;
Ton fecours , du moment que je fus ton Eleve ,
M'a fervi felon mes fouhaits ;
Rarement férieufe , & conftamment badine ,
Tu fçûs me procurer d'agréables momens ;
Reçois donc mes remercimens ,
Et va-t'en refpirer l'air de ton origine ;
S'il ne faut rien diſſimuler ,
C'eſt à regret que je te quitte ,
Mais tout vieillit , juſqu'au mérite ,
Et tu ne voudrois pas fervir de pis- aller ;
Sçavoir faire à propos une fage retraite ,
Fut toujours un grand bien , mais auffi peu de gens
Conviennent volontiers du tems
Qu'il feroit bon qu'elle fût faite ;
QA
AVRIL
ة ر و
1742:
On aime à ſe flater , on s'étourdit , on fuit ,
· On voit en vain venir la nuit ,
Et qu'il ne reste plus qu'un foible crépuscule,
En cherchant des plaifirs que l'on voit s'éloigner ;
Nous nous donnons un ridicule
Que la retraite enfin pourroit nous épargner ;
Cette maxime eft jufte & fage ;
Mufe , quelle honte pour toi ,
Si tu radotois avec moi ,
De tout vieillard trifte apanage !
De mon feu prefqu'éteint , à peine feulement
Pourrois- tu déformais tirer quelques bluettes ,
Ainfi la Nature eft fujette
A décliner journellement ;
Tel eft l'ordre de ce bas Monde ;
Tout a fon cours & fon décours ,
Et la veine la plus féconde
D'une égale façon ne fournit pas toujours.
Un tems vient , où quoiqu'il en coûte ¿
Elle tarit à fond dans l'efprit le plus net ,
Ou ce n'eft plus que goute à goute
Qu'on voit couler le robinet ;
On fent apéfantir la main que tu diriges ,
Et le Luth fous nos doigts qu'en vain nous agitons
Ne rend plus que de fombres tons ;
La Nature toujours ne fait pas des prodiges ;
Mufe , tu ne vieillis jamais
A iiij Mais
3 MERCURE DE FRANCE
Mais après certaines limites ,
Quand ton ſoufle divin communique les traits
A des perfonnes décrepites ,
Leurs organes ufés dégradent tes bienfaits ,
Et par de tels canaux ce que tú leur indiques ,
D'excellent devenu mauvais ,
N'a plus le don de plaire aux oreilles critiques ;
Adieu donc encore une fois ,
Va-t'en t'indemnifer par un plus digne choix
Auprès de quelque heureux génie ,
De ce que le Deftin t'a fait perdre avec moi ,
Et pendant ce nouvel emploi ,
Réparer ta gloire ternie ;
Il eft pourtant vrai que du moins ,
Si j'ai mal fecondé tes foins ,
Et n'ai pas toujours eû le grand fecret de plaire ,
Du fameux Miſantrope en fuivant ric- à - ric
L'avis prudent & falutaire ,
Je me fuis bien gardé , quoique j'aye pû faire
De ne donner rien au Public ,
A tout débile Auteur rarement debonnaire.
Quoiqu'il en foit de mon labeur ,
Ce n'est qu'à quelque ami que je le communique,
Et qui , peut être moins flateur ,
Par raifon que par politique ,
Comme nous dit le Satyrique ,
Rit tout haut de l'Ouvrage & tout bas de l'Auteur.
Selon
AVRIL. 637 1742.
Selon prefque toujours la commune pratique ,
Pour conclure , depuis le tems
De mon heureuſe adolefcence ,
Qué ne dédaignant pas les foins de mon enfance,
Tu me faifois déja bredoüiller quelques chants ,
J'ai paffé près de foixante ans ,
Et fourni dans le cours de ma longue carriere ,
En plufieurs Ouvrages divers ,
Plus de cinquante mille Vers
Sur toute forte de matiere ;
Mais le tems qui s'écoule , & qui vient m'averti
Que je touche déja preſque au bout de la lice
Où nous allons tous aboutir ,
Exige qu'à la fin je me rende juſtice ,
Et qu'un plus folide exercice
Prévienne le moment que je dois en fortir.
****************
ECLAIRCISSEMENTS de M. F. Carré,
fur un Point de l'Hiftoire des anciens
Egyptiens.
Es Egyptiens , quoiqu'enfoncés dans
les erreurs du Paganifme , n'ont jamais
manqué à la reconnoiffance. Cette vertu ,
que le doigt de Dieu a gravé dans le coeur
de fa Créature , femble être inconnue à la
A v plûpart
38 MERCURE DE FRANCE
plûpart des Chrétiens de nos jours. C'eft la
trifte fuite de la corruption , qui paroît être
parvenue à fon comble. L'Orgueil , l'’Iniquité
& l'Avarice , font les Idoles des Hommes
de tous Etats ; c'eft- à - dire , de tous
ceux qui font confifter leur félicité dans la
poffeffion des biens de la Terre , en oubliant
ce qu'ils doivent à Dieu , à fes Créatures , &
à eux-mêmes. Cet aveuglement qui eft un
châtiment de la Juftice Divine , les empêche
d'apercevoir qu'ils couvrent leur réputation
d'un mépris univerfel pendant leur
vie , & que leur mémoire fera déteftée par
la Poftérité. Celui qui néglige d'acquerir
ce précieux tréfor d'une bonne réputation
pendant qu'il exifte , peut être comparé à
une espece de Monftre , qui n'a reçû l'éxiftence
que pour être perpetuellement couvert
d'épaifles ténébres , en punition de
l'orgueil qui l'empêche d'accomplir le bien ,
& qui le porte au mal . Les anciens Egyptiens
paroiffent n'avoir jamais mérité ces
reproches , & ce n'eft que par un excès
de reconnoiffance qu'ils ont confacré l'Ibis
ou la Cicogne.
Cet Oifeau arrive dans la Baffe- Egypte
vers la fin du mois d'Octobre & en Novembre.
Alors , le Nil fe retire ordinairement
dans fon lit ; fes eaux , après avoir lavé les
Terres de l'Abiffynie & de la Nubie , laiffent
une
AVRIL. 1742%
639
une quantité prodigieufe de reptiles & d'infectes
dans les marecages de la Baffe-Epypte ,'
où la contagion auroit été perpetuelle , fi la
Providence du Seigneur n'y avoit remedié
par la création de la Cicogne , qui ne vit
que de reptiles. Elle détruit pour fa- nourriture
& celle de fes petits , qu'elle fait dans
la Baffe Egypte , ainfi qu'en Europe pendant
notre Eté , toute cette engeance , &
elle préferve par cette deftruction le Pays'
de l'infection qui auroit corrompu l'air , &
c'eft en reconnoiffance de ce bon office que
les Egyptiens avoient confacré cet Oifeau
& décerné des peines afflictives contre ceux
qui le détruiroient. On ne peut douter que
ce n'ait été cette même confidération d'utilité
, qui leur avoit fait accorder une pareille
prééminence à differentes efpeces d'animaux
quadrupedes , & d'Oifeaux . Pour fentir ces
vérités , il ne faut pas perdre de vûë la fituation
, l'expofition , la nature , · la temperature
, & le fond de l'Egypte .
J'ai avancé dans ma Diflertation touchant
les Oifeaux de paffage , que les Cicognes
blanches abandonnent la Baffe - Egypte en
Mars & au commencement d'Avril , pour
repaffer en Europe , & que les Ibis ou Cicognes
noires , remontoient l'Egypte , &
paffoient dans les Contrées Méridionales , où
elles trouvoient des eaux faines & des ali-
A vi
mens
640 MERCURE DE FRANCE
mens convenables . De refpectables & illuftres
Sçavans modernes avancent cependant
après une infinité d'Auteurs de tous les Pays ,
qui n'ont fçû que copier les Fables des Anciens
, que l'Ibis ne remonte l'Egypte , que
pour aller à la rencontre des Serpens aîlés que
le vent d'Oüeft ou de Sud- Oüeft amene en
Egypte , & pour les exterminer.
1º. La faine réflexion détruit cette chimere.
Aucun Voyageur n'affûre avoir vû de
ces Serpens volans , & aucun ne s'eft avifé
de nous en tracer le portrait.
2. Les Cigognes ne volent que le jour ,
elles fe repofent la nuit , confequemment
il feroit libre à ces Serpens imaginaires , en
fe privant une nuit de leur repos , de faire
irruption dans l'Egypte.
it
3. Les Ibis , en quelque grand nombre
qu'ils puiffent être , ne peuvent fe porter
par- tout. Ayant donc manqué leur coup ,
en auroit réfulté que quelque Contrée auroit
été défolée par ces Serpens aîlés fabuleux ,
ce qu'aucun Hiftorien n'a écrit.
par terre
4. Les Habitans de toutes les Parties de
l'Afrique fe rendent annuellement
& en corps , au tems préfix , dans le camp
qu'ils établiffent proche du Caire , d'où après
s'être repofés quelques jours , & avoir renouvellé
leurs provifions , ils fe remettent
en marche dans l'ordre d'une Proceffion ,
pour
AVRIL. 1742. 345

pour accomplir leur Pelerinage à la Mecque ,
pendant ce long Voyage qu'ils font à travers
des deferts , qu'on nous perfuade fauffement
être immenfes par l'étendue , & impraticables
par des obftacles imaginaires , ils n'ont
jamais été incommodés par les prétendus
Serpens volans. Donc il n'y en a point en
Afrique , ni vrai - femblablement dans aucune
Partie du Monde.Ces Proceffions nombreuſes
, compofées de milliers de Devots
Mahometans & d'une multitude de chameaux
& de chevaux , pour porter les hommes
, les prefens , les malades , & les provifions
de vivres & d'eau , n'apréhendent
que certains vents chauds , qui fouflent quelquefois
dans les deferts de l'Arabie , & du
mauvais effet defquels ils fe garentiffent , en
s'envelopant bien la tête & le vifage , pour
ne point refpirer ces fables fins & brûlans ,
dont ils feroient incommodés. Si ces vents
étoient rapides , alors ils fe coucheroient le
vifage contre terre , jufqu'à ce que le tourbillon
fût paffé. Probablement ces vents ne
fouflent que très -rarement , & peut- être
même , ainſi que je le crois , que cet obftacle
aparent n'eft encore qu'une fable inventée
par des Peuples qui ont interêt à nous
faire accroire que telles & telles Contrées font
impraticables , tandis qu'ils y font un commerce
lucratif. Si les hommes étoient obligés
542 MERCURE DE FRANCE
gés de fe coucher par terre , pour fauver leur
vie , que deviendroient les chameaux & les
chevaux ? Il eft conftant que les Africains ,
les Mahometans d'Europe , & les Afiatiques,
les plus à portée d'Egypte , fe rendent régu
lierement toutes les années au Caire. Or s'il
y avoit eu des obftacles de quelque confideration
à vaincre , ils auroient cherché une
autre route. La plus grande incommodité
qu'ils ont à fouffrir , c'eft le nuage de fable
que la multitude éleve en marchant , & qui
les accompagne prefque toûjours , mais dont
néanmoins ils fouffrent moins qu'on ne fe le
perfuade , par la précaution qu'ils ont de
marcher en bon ordre & fur une même
colonne. Pour foûtenir ce bon ordre fi néceffaire
, vû la multitude , il y a un Com
mandant qui eft defpotique , & qui n'eſt ſujet
à rendre compte de fa conduite qu'au
Grand Seigneur perfonnellement.
5. La Haute - Egypte étoit autrefois extrêmement
peuplée , ainfi que la Moyenne
& la Baffe. Si cette Partie du Monde a changé
de face , à ne la pas reconnoître , ce n'eſt
que par un effet de la barbarie des differentes
Nations , qui l'ont fucceffivement fubjuguée.
Les Arabes habitent actuellement & depuis
plufieurs fiécles les Parties Meridionales les
plus defertes de ce Continent . Or fi l'Egypte
Baffe , Moyenne , ou Haute , avoit été expofec
AVRIL: 1742: 643
pofée aux irruptions des Serpens aîlés , de
quelque forme & nature qu'ils euffent été
elle feroit demeurée deferte , ce qui n'eft
jamais arrivé. Donc les Serpens volans n'étant
qu'imaginaires , il faut purger l'Hiftoire
d'Egypte de cette fable.
Le Phénomene le plus incompréhensible
& qui devroit porter tous les hommes à refléchir
fur la foibleffe de leur nature , & fur
les bornes que Dieu a jugé à propos de mettre
à l'entendement humain , pour humilier
ce fond d'orgueil qu'il détefte , c'eft de trouver
par tout , que ceux qui fe piquent d'avoir
infiniment plus d'intelligence & de fçavoir
que le commun des hommes , donnent dans
ce faux merveilleux qui flate les génies fuperficiels
, amateurs du ridicule , auxquels la
fimplicité du vrai paroît infipide. L'un &
l'autre cependant portent , chacun fon caractere.
Pour en faire un choix judicieux , il
faut fe dépouiller de ces préjugés , & proceder
avec une faine reflexion . La vérité , aije
dit ailleurs , eft exempte de toute contention.
Mais le fabuleux , quelque délicatement
manié qu'il puiffe être , avec quelque ftyle
Aleuri & leger qu'il foit narré , ne perdra
jamais fa nature de fauffeté ; c'eſt fon caractere
; il fubfiftera dans tous les tems à la
honte de ceux qui , fe perfuadant d'être d'uneefpece
differente que le Peuple ignorant &
groffier,
644 MERCURE DE FRANCE
groffier , ont néanmoins également donné
dans l'abfurdité , ou pour l'avancement de
leur fortune , par la corruption de leur fens ,
ou par un veritable fond d'orgueil . Si tous
les Peuples font tombés dans les erreurs du
Paganifme & de l'Idolatrie , ils n'ont pas
tiré ces erreurs extravagantes de leur propre
fonds , mais ils fe font laiffé corrompre &
pervertir par ceux qu'ils croyoient être de
bons & fürs guides. Le Peuple conferve
conftament le culte de fes Peres , & il n'oublie
leurs coûtumes & leurs ufages , qu'après
avoir été trompé & abufé par de faux & orgueilleux
Sçavans , qui ont fait ufage de
leurs talens pour le féduire. En un mot le
faux merveilleux , en quelque lieu qu'il fe
trouve , n'eft qu'une veritable dépravation
du fens commun.
A Paris , le 19. Mars 1742.
S
A Mad. la Comteffe de Montmorency , fur
la mort de Mignonne, petite Gorge Rouge,
que cette Dame aporta d'Anjou à Paris
l'Automne derniere.
Dans la douleur la plus amere ,
Prête -moi , fçavant Solitaire , (4)
(a) Le Solitaire Ambroise.
T
Ces
AVRIL GAS
1742.
Ces traits & ces hardis Pinceaux
Dont tu peignis Pumilione , (a)
Au gré même de tes Rivaux ;
Je m'en vais célebrer Mignonne ,
Mignonne Reine des Oifeaux.
Mignonne fut pendant ſa vie
Gorge- rouge de grand renom ,
Modefte , fimple , fans façon ,
A couvert des traits de l'envie ,
Sage en fa plus belle faifon.
Elle fe joua du martyre,
De mille differens Oiseaux ;
Le Moineau même en vain foupire ,
Moineau qui n'eut jamais d'égaux ;
Mais la Parque qui tout moiſſonne ,
Le dirai-je ? hélas ! j'en friffonne ,
Trancha le fil des plus beaux jours
Que puiffent filer les Amours.
Que fais-tu , charmante Comteffe ?
En proye à ta fombre trifteffe ,
Tu gémis : ta jufte douleur
Perce jufques dans la Province ;
Cependant qu'on plaint ton malheur
Chés le Bourgeois & chés le Prince ,
Tu te rapelles ces inftans
Ou Mignonne de fon ramage
(a) Puce célebre. Mercure de Juillet 1741.
Youlant
846 MERCURE DE FRANCE
Voulant te faire un doux hommage
Devançant l'Aurore au Printems ,
Tous les matins fur ta fenêtre
Venoit t'annoncer le beau tems.
Mais on en doutera , peut être.
Mignonne entre en l'apartement ;
L'y voilà , qu'importe comment ;
Tu reconnois la Volatile ,
Qui t'aborde civilement ;
Elle ne fait la difficile
Par un petit rafinement ,
Pour le voir prendre à ſa Maîtreffe ;
Qu'autant qu'il convient feulement
Pour faire briller ton adreffe
.Elle réfifte mollement.
Tel Horace deflus fa Lyre
Vante le baifer que Thémire
Sçait refufer à fon Amant ;
Son refus part d'un doux caprice ,
Afin que l'Amant le raviffe .
Mignonne reçût en naiffant
Les plus beaux dons de la Nature
Le ramage le plus touchant .
Et la plus aimable figure .
Elle chantoit fans grimacer ,
Et bien fouvent fans fe laffer
Elle chantoit de fa Maîtreffe
;
Le
AVRIL
17427
647
Le choix & la délicateſſe
Dans les plus innocens plaifirs ;
Comment captivant fes defirs ,
Tour-à-tour Cérès ou Pomone ,
Cloris ou Flore , en fon Jardin
Par fois , l'arrofoir à la main ,
Elle cultive une Anemone ;
Ou comment dans un champ voiſin
Ouvert au Moiffonneur avide ,
Comme Cérès , elle préfide
A ferrer la paille & le grain ;
Ou pour vendanger le Raifin ,
Comment tenant une ferpette ,
L'Amour qui l'obſerve & la guette ,
En rit avec le Dieu du Vin.
Mignonne avec délicateffe
Exprimoit tous ces traits charmants g
Sur l'Hiftoire de fa Maîtreffe
Rouloient toujours fes plus beaux chants,
Mais comme il n'eft rien de durable
Paris , par un fort déplorable ,
Va perdre & fe voir arracher.
Ce Phénomene incomparable.
Ah ! qu'on eft bon de s'attacher
Au fort d'un objet périffable ?
Plus il eft tendrement aimé ,
Si quelque danger le menace ,

Que
848 MERCURE DE FRANCE
Que dis-je ? une ombre de difgrace ,
Et plus on en eft allarmé .
Une noire mélancolie ,
La toux , la fiévre , la phthifie ,
- Sembloient dévorer jufqu'aux os
La Souveraine des Oifeaux.
On confulte la maladie ;
Sur ces maux douloureux , aigus
Trois fois la Faculté raifonne ,
Examine , difcute , ordonne
Les remedes font fuperflus.
Souvent une jeune perfonne ,
Qui dans le monde prend l'effor
Eprouve le malheureux fort
Qui va nous enlever Mignonne ;
Ét plus on eft propre aux plaifirs ,
Quand tout concourt à nos défirs
Plûtôt on defcend dans la Barques
Cruelle , inexorable Parque ,
Nos voeux ne peuvent te fléchir 7
Par un fort injufte & barbare ,
Mignonne va bien-tôt franchir
Les fombres portes du Ténare.
Ses râlemens dans la douleur ,
Sa langue , où regne la pâleur ,
Ses yeux fixés fur fa Maîtreffe
Annoncent le prochain malheur ;
Que
AVRIL. 1742 649
Que vois-je ? elle tombe en foibleffe ,
Et pendant qu'un chacun s'empreſſe ....
Mignonne deux fois touffe & meurt .
Par M. de la Soriniere , Gentilhomme de
de la Province d'Anjou.
DISCUSSION à faire fur la Banlieus
de Paris , du côté de S. Denis , proposée par
M. Maillart , ancien Bâtonnier de l'Ordre
des Avocats , à M. l'Abbé Lebeuf , de
l'Académie Royale des Belles- Lettres , Aur
teur de la Notice du Diocèfe de Paris ; an
Procureur Fifcal de S. Denis en France, &
à tous les Amateurs de l'Antiquité,
I.
Chaque année le Châtelet de Paris fait
imprimer une Lifte de fes Officiers , qui
Daffe dans l'Almanach Royal ; on y trouve
ce qui fuit.
Banlieuë de Paris , par ordre alphabétique.
S. Denis jufqu'au GRY, Collationné & extrait
du Regiftre apellé le Grand Livre jaune , folio
14. recto & verſa.
Ce qui a été fuivi par l'Auteur du Géographe
Méthodique , feconde Partie , Edition
de 1742. page 183. où l'Auteur a placé une
Carte
650 MERCURE DE FRANCE
Carte de la Banlieuë de Paris , laquelle il fait
paffer dans S. Denis .
Brodeau , fur Paris , Art. 85. N°. 25. indique
que ce Regiſtre étoit dans la Chambre
de M. le Procureur du Roy au Châtelet de
Paris.
II.
Au lieu de Gry ou Gris , il faut lire GREZ ,
comme il est écrit dans le fecond Volume
des Extraits des Regiftres de la Chambre des
Comptes , qui eft parmi les Manuſcrits de
l'Abbaye de S. Victor à Paris , & par Tronçon
, fur Paris , Art, 86 .
III.
En matiere de Jurifdiction , la Banlieuë ne
fe regle pas par l'étenduë d'un Lieu à l'autre,
celle de longueur eft dans Loifel , Inftitutes
Coûtumieres , Liv. 2. Tit. 3. Reglė 33. La
Banlieue eft eftimée à 2000. pas. Par Déclaration
du Roy concernant le Commerce des
Grains & Farines , datée du 8. Septembre
1737. Sa M. à fixé à 2400. toifes la lieuë
aux environs de Paris , à commencer à la
Halle aux Grains.
IV.
Mais le Terrain interieur & exterieur fur
lequel la Jurifdiction s'exerce , en forme la
Banlieuë. Terrain connû par les termes Deftrait
& Territoire , fuivant le Pere Sirmond,
raporté par Menage , en fes Etymologies
Françoifes.
BAN
AVRIL *´_1742 : 651
BANLIEUE , Banleuga , Banni leuga, dicitur
is modus Agri, cujus finibus Loci alicujus immunitas
, vel Jurifdictio terminatur. Satis ex
bac defcriptione liquet Sancti Dionifii Banleugam
ultrà Leuga unius fpatiumporrectamfuiffe ,
Les mêmes Notions fe trouvent dans le
nouveau Du Cange , Gloffaire Latin & Gaulois
, aux mots Bannum Leuga.
V.
En un endroit aparent de la féparation d'u
ne Juftice d'avec une autre , on plaçoit un
Arbre, une Croix , ou une Pierre élevée, de
matiere dute , de Marbre , &c. C'eſt de- là
que fe faifoient les Bans , Prônes & Publica
tions de la Jurifdiction terminée , d'où l'on
faifoit fortir les Bannis de la Jurifdiction.
Voyez Carondas fur Paris , Art. 85. à la fin.
Brodeau , fur Paris , Art. 30. N°.7. & Art.
85. No. 23. Les Notes fur, Artois , Edition
de 1739. page 238. Art 4. N°. 14,
V I.
En vertu des Arrêts du Confeil , & des
Lettres Patentes des 6. 27. Septembre 1704.
& 20. Decembre 1707. lc Terroir de S. Denis
a été fixé contradictoirement avec les Paroiffes
voisines , fuivant un Plan gravé , où
fe trouve le Terrain occupé par les Granges.
& Caves du vieux Landit,& par la fuperficie
des anciennes Loges ; la pointe Méridionale
eft vis-à- vis celle de l'extrémité Septentrio
nale
652 MERCURE DE FRANCE
nale du Terrain de la Chapelle S. Denis , où
commence le chemin qui eft à l'Occident
de S. Denis , pour gagner le Pont du Ruiffeau
du Crou , qui tombe dans la Seine , extremité
Septentrionale , où il faut lire la
Croix Faron, au lieu de Furon , & où je préfume
que finifloit la Banlieuë de Paris , &
qu'il y avoit un Grez , d'où le Prévôt de Paris
faifoit faire fes Bans & Proclamations ; ce
GREZ mentionné dans le Manufcrit de faint
Victor , eft changé en Gris , dans le Manuf
crit de M. le Clerc du Brillet , Continuateur
du Traité de la Police du Commiffaire de la
Mare.
Je me confirme dans cette idée, par ce que
D. Jacques Doublet , Religieux & Cefnier
de l'Abbaye de S. Denis , a écrit en fon Hiftoire
, Edition de 1625. page 421 , Voici fes
termes.
» La Banlieuë de la Ville de S. Denis com-
» mence à une Borne de Marbre , qui eft
»fur la Riviere de Seine , vers la Porte de
Pontoife , entre les Villages de S. Olien &
Clipfi . En venant de droit chemin à un
grand Colombier , qui eft audit Village
» vers Clipfi, & de ceftui Colombier la Ban-
»lieuë vient répondre à la pointe de deux
chemins , par lefquels on va de faint
» Denis au Village de Clignancourt , & à la
Ville de Paris.
25
»
3 Et
AVRIL: 1742.
653
» Et là même , proche de ce Lieu y a auffi
"une Borne de Marbre de l'autre côté ; à
» fçavoir de la Porte de la Ville de S. Denis,
» apellée la Porte de Paris , fur la Chauffée
» d'Haubert- Villiers , où font affifes deux
» autres Bornes de Marbre, par- delà la Croix
» du Landit , dite la Croix au Fien , d'ancien-
» neté , & depuis la Croix qui panche , par
laquelle Chauffée l'on va de S. Denis à Pa-
" ris;& font icelles Bornes plantées à l'endroit
» de la pointe Liziart , qui font la feparation
» de la Banlieuë de S. Denis & de la Ville de
» Paris. Auffi de la Chauffée du Roy & de
» celle de S. Denis , cette Croix au Fien , ou
» du Repofoir , eft à la traversée des che-
» mins de S. Denis à Montmartre , & des
» Poiffonniers .
ور
VII.
Au Nord de ces Bornes & Pointes , font
les ruines du vieil Landit , qui n'a jamais été
fujet à la Jurifdiction ordinaire du Prévôt de
Paris, à l'exclufion duquel le Bailly de S. Denis
a été maintenu par le Roy Charles V. au
mois d'Août 1395. & par Charles VI . le s
Mars 1399. Donc la Banlieuë de Paris n'a
pas été au- delà de ces Bornes , nommées autrefois
Grez , & préfentement Gry , par corruption
, dans la Lifte du Châtelet.
VIII.
Comme il n'y avoit fur le Terrain du vieil
B Landit,
654 MERCURE
DE FRANCE
Landit , ni Maifons , Ruiffeaux , Puits , ni
Commodités
, la Foire du Landit a été enfin
transferée dans la Ville de S. Denis par le
Roy Henry II , au mois de Novembre 1556.
& 22. Mars fuivant , & par le Roy Charles
IX . le 20. Juin 1566.
Il feroit à fouhaiter que toutes les Banlieuës
, tant de Paris , que des autres Jurifdictions
, fuffent fixées contradictoirement
entre elles.
IX.
La Croix qui étoit panchée dès l'année
1274. felon Doublet , & D. Félibien , en fon
Ouvrage fur S. Denis, page 251. de l'Edition
de 1706. étant tombée en 1741. a été réta
blie aux frais de l'Abbaye de S. Denis.
Selon ces Auteurs, & du Breüil, en fon Ou
vrage fur Paris, Edition de 1629. ce fut aux
pieds de cette ancienne Croix que fut cachée
I'Hoftic prife à S. Gervais de Paris, par un Voleur
, qui fut condamné à mort par les Officiers
de S. Denis ; Evenement qui a produit
deux Ufages dans l'Eglife de S. Gervais , 1º.
qu'annuellement
la Meffe du S. Sacrement
s'y célebre le Vendredi , au lieu du Jeudi.
2º. Qu'il s'y fait une Proceffion le premier
Dimanche de Septembre , parce qu'en 1274 .
cette Epoque étoit un Vendredi , & que la
Tradition eft que l'Hoftie volée vint fe pofer
fur le Livre du Curé de S. Gervais.
LA
AVRIL. 1742 659
LA
SIMPLICITE
CHRETIENNE,
O DE.
P Lein d'ignorance & de miferes
Pourquoi , Mortel audacieux ,
Veux- tu fur les profonds Myſteres
Porter un oeil trop curieux ?
Toi , pour qui toute la Nature
Ne paroît qu'une Enigme pure ,
Tu fondes les divins decrets !
Tu crois que ton foible génie
De l'intelligence infinie
Pourra dévoiler les fecrets !
*
Crains les ténebres refpectables
Où Dieu cache fa Majeſté.
De fes deffeins impénetrables
Qui peut percer l'obſcurité ?
Mefure la vafte étenduë
De ces Globes qu'offre à ta vûë
Un Ciel ferein & lumineux ;
Mais arrête ici ton audace ,
22
Tu ne peux voir que la furface
De ce Théatre merveilleux .
Bij
656
MERCURE DE FRANCE
Où t'emporte l'ardeur extrême
De tout comprendre & tout fçavoir
Tu ne te connois pas toi- même ;
L'efprit échape à ton pouvoir ,
Et ta raiſon impérieuſe
De la Grace victorieufe
Veut penetrer la profondeur ?
Paul tout rempli de fa lumiere ,
Nous découvre -t'il la maniere
Dont elle agit fur notre coeur ?

Je fens en moi que la Nature
Veut établir la liberté ;
Elle fe plaint , elle murmure ,
Quand le pouvoir m'eft difputé ;
Mais , fi Pinterroge mon ame ,
Comment une célefte flâme
La fait agir , la fait mouvoir ,
Je crains que cette ame hautaine
Ne donne à la puiffance humaine
Ce qui vient du divin pouvoir,
*
Surpris de l'intervalle immenſe
Qu'on voit de l'homme au Créateur ;
Si je n'admets point de puiffance
Qui cpneburre avec fon Auteur ;
Ce
AVRIL:
657 1742
Ce n'eft plus pour moi qu'un vain titre ,
Que ce franc , que ce libre arbitre ,
Que ma.raiſon oſoit vanter ;
Je ne connois plus de Juftice
Qui récompenſe ou qui puniffe
Ce qui ne peut rien mériter.
*
Ainfi , mon ame fufpendue
Entre les fentimens divers ,
Partout où je porte la vûë
Je vois des abîmes ouverts.
Pour me garantir du naufrage ;
Je n'ofe quitter le rivage ;
La crainte affûre mon repos.
Combien dans cette Mer profonde
Flottants à la merci de l'Onde ,
Se perdent au milieu des flots !
*
De tant de difputes fameufes
Où nous embarque notre orgueil ;
Fuyons les routes dangereuſes ;
L'homme à lui -même eft un écueil ,
Et ce petit monde fenfible
Eft un Dédale imperceptible
Dont nous ignorons les détours.
La Foi de notre fort décide ,
Biij Elle
*58 MERCURE DE FRANCE
Elle tient de fil qui nous guide ;
Sans elle , nous errons toujours.
*
Heureux les coeurs fimples , dociles ,
Qui fans raifonner fur la Loi ,
Refpectent dans nos faints Conciles
Le facré dépôt de la Foi !
Ne franchiffons point la barriere
Que le Pere de la lumiere
Mit aux vains efforts de l'efprit.
A quoi nos foins doivent- ils tendre ?
Eft-ce à pratiquer ou comprendre
Ce que le Ciel nous a prefcrit ?
*
Laiffons la Sageffe éternelle
Difpofer des coeurs à ſon gré ;
Il fuffit à l'homme fidelle
Que par lui Dieu foit adoré.
Qu'importe à ces Docteurs habiles
Que par des raifons trop fubtiles
Un Syftême foit combattu ?
Que produit leur haute ſcience ,
Si Dieu ne met dans la balance
Que l'innocence & la vertu ?
QUESAVRI
L. 1742. 659
QUESTION IMPORTANTE,
S
Jugée au Parlement de Paris.
Çavoir files pere & mere peuvent fubftituer
la légitime de leur fils qui eft en
démence ?
FAIT.
Pierre Drevet , Graveur ordinaire du Roy,
fi connu par fes Talens , & Marie - Anne
Pechet , fa femme , n'eurent qu'un fils unique
, nommé Pierre- Imbert Drevet , lequel
élevé par fon perę dans la même Profeffion ,
devint fon Emule , & fut auffi honoré du
Titre de Graveur ordinaire du Roy. Les
fruits de fon travail , qui étoient confidérables
, contribuerent à augmenter la fortune
du pere , avec lequel il demeuroit.
3
Ses fuccès lui furent funeftes. Le travail
exceffif auquel il s'étoit livré donna en
1735. quelques atteintes à fon efprit , mais
trois mois après fes fens reprirent leur fitua
tion ordinaire , & il continua de travailleg
avec le même aplaudiffement.
Pierre Drevet avoit élevé chés lui un de
fes neveux , nommé Claude Drevet , qui
étoit devenu en quelque forte un enfant d'a
Bij doption ,
560 MERCURE DE FRANCE
doption , il l'avoit formé dans la Gravûre
& quand il fut en état de travailler ſeul , il
lui donna des meubles & une fomme de
6000. livres.
Imbert Drevet, uniquement livré à fa Profeffion
, avoit toujours marqué de l'éloignement
pour le mariage.
Son pere le voyant dans ces difpofitions,
fit fon Teftament le 23. Avril 1739. par lequel
il déclara entre autres chofes que le
refpect & l'attachement que fon fils lui avoit
toujours porté , lui avoit attiré toute fa tendreffe
& fait le plus grand contentement de
fes jours , mais qu'ayant plû à Dieu de l'affiger
d'une foibleffe d'efprit qui l'avoit empêché
pendant du tems de pouvoir fe gouverner
, dans la crainte où il étoit que malheureuſement
il ne retombât dans la même
maladie , & que des gens mal intentionnés
n'abufaflent de fa foibleffe , il vouloit que
tous les immeubles qui fe trouveroient lui
apartenir au jour de fon décès & qui apartiendroient
au Sr fon fils unique & fcul hé
ritier , demeuraffent fubftitués aux enfans à
naître en légitime mariage de fon fils ; & en
cas que fon fils décedât fans enfans nés en
légitime mariage , ou que les enfans vinffent
à déceder en minorité fans être pourvûs , il
légua tous les immeubles qui feroient avemus
à lon fils par fa fucceffion , même les
meubles
AVRIL. 1742. 661
meubles & effets mobiliers qui fe trouveroient
en nature , & autres effets repréfentant
les biens , fans exception , à Claude Drevet,
Graveur , fon neveu , qu'il inftitua en ce cas
fon Légataire univerfel, pour par lui en joüir
toute proprieté , du jour du décès de
fon fils , à la charge par Claude Drevet , de
remettre fur le legs univerfel la fomme de
3000. livres à fes plus proches parens , &
7000. livres aux autres qui en auroient le
plus de befoin.
en
La femme de Pierre Drevet fit auffi fon
Teftament peu de tems après, par lequel elle
fubftitua tous fes biens aux enfans de fon
fils à naître en légitime mariage , & à défaut
d'enfans, elle légua à fes neveux une fomme
de 12000 livres , & le furplus de tous fes
biens aux neveux & nieces de fon mari.
Elle mourut en 1737. & fon mari ne lui
furvécut que 11. mois. Imbert Drevet , qui
n'avoit pas connoiffance de leurs Teftamens ,
ne fit point d'Inventaire.
Au commencement du mois d'Avril
1739. il fut attaqué d'une nouvelle maladie
qui frapa tout à la fois le corps & l'efprit. II
fut interdit, & ne vécut après cette interdiction
que trois femaines.
Après la mort les héritiers maternels formerent
leur demande au Châtelet contre
Claude Drevet , en délivrance du legs fait à
B v leur
62 MERCURE DE FRANCE
leur profit par la Dame Drevet , & en diftraction
de la légitime dans la fubftitution
des biens maternels.
Les héritiers paternels intervinrent , &
comme la fubftitution faite en leur faveur
par la Dame Drevet leur étoit plus avantageufe
que la légitime dans les biens fubftitués
par le Sr Drevet pere , ils fe joignirent
à Claude Drevet pour défendre à la demande
en diſtraction de légitime .
Par Sentence du Châtelet du 27. Août
1740. il fut ordonné que la légitime apartenante
à Imbert Drevet dans les fucceffions
de fes pere & mere , en feroit diftraite en faveur
de fes héritiers , en conféquence qu'il feroit
procedé à la liquidation des légitimes
& au partage des biens de ces fucceflions
que le furplus des Teftamens feroit exécuté ;
à l'effet de quoi la Sentence fit délivrance aux
Légataires de leurs legs!
Sur l'apel interjetté par Claude Drevet , les
héritiers paternels fe réunirent aux héritiers
maternels , pour demander la confirmation
de la Sentence
De la part de Claude Drevet , Légataire
univerfel , on difoit que les héritiers d'Im
bert Drevet étoient non recevables à recla
mer fa légitime. On tiroit cette fin de nonrecevoir
, de l'incapacité des héritiers , & đe
l'acquis fcement d'Imbert Drevet aux Teftamens
de fes pere & mere. L'ac-
>
AVRIL. 1742. 663
*
L'action de légitime , difoit - on , étant
un privilege attaché à la perfonne de l'Enfant
grevé , ne paffe à fes héritiers que quand
cet Enfant a lui - même reclamé contre la
fubftitution , encore faut il qu'il n'ait rien
fait de contraire ; car la Loi 8. Cod. de inoff.
Teftam. décide que quoiqu'un pere n'ait pas
laiffé à fon fils la légitime entiere , cependant
fi ce fils a payé les dettes de la fucceffion
, il eft non -recevable à intenter la querelle
d'inofficiofité .
Imbert Drevet a eû connoiffance des Teftamens
de fes pere & mere , il y a acquiefcé ,
en fe mettant en poffeffion de tous les biens,
& en acquittant , comme héritier , les dettes
de leurs fucceffions.
Au fond' , le pere a pû fubftituer la légitime
de fon fils , qui étoit en démence ; c'eft
un principe fondé fur la raifon & l'équité ,'
Pautorité des Loix & la Jurifprudence des
Arrêts .
La légitime eft un droit qui réfide en la
perfonne du pere , un droit qu'il tranſmet à
fes enfans , & dont il eft le maître de difpofer
dans de certaines circonstances , fuivant
que fa fageffe le lui fuggere ; ainfi , lorſqu'un
fils eft infenfé , la tendreffe paternelle & la
raifon , tout engage le pere à préferver ce fils
infortuné des écueils qui l'environnent. Il a
recours à la fubftitution , & lui laiffant l'ufu-
B vj fruit
64 MERCURE DE FRANCE
fruit de fes biens , il remplit doublement le
voeu de la Nature , puifqu'il lui affûre fes
biens & la fubfiſtance , par la proprieté qu'il
lui fubftituë ; le pere eût fait à fon fils un
préfent empoisonné , s'il lui eût laiffé des
biens libres qu'il eûr diffipés, & le fils auroit
tort de fe plaindre de ce qu'on lui a enlevé
une propriété dont il ne pouvoit faire aucun
ufage.
La fubftitution eft un remede contre les
aliénations indifcrettes ; elle empêche que
celui qui en eft grevé,ne fe dépouille de fes immeubles
, & le pere , en ufant de ce rémede
falutaire à l'égard d'un fils infenfe, ne fait que
concourrir avec la Loi , pour lui affûrer des
alimens.
En effet , les Loix Romaines , les Auteurs,
les Arrêts , tout nous aprend que les mineurs
, les infenfés & les prodigues , étant
conftitués dans la même incapacité de gouverner
leurs biens , on peut leur fubftituer la
légitime .
Le Titre , De curatoribus furiofo & prodigo
dandis , au Digefte , met en parallele le
prodigue & l'infenfé ; il décide que l'on peut
donner un Curateur au prodigue de même
qu'au furieux. La Loi 16. après avoir dit que
quand le pere a donné par fon Teftament un
Čurateur à fon fils infenfé ou prodigue , le
Prêteur eft obligé de déferer au jugement du
pere ,.
AVRIL 1742 665
.
pere;on ajoûte qu'il peut prendre un autre parti
, qui eft de fubftituer tous fes biens, Potuit tamen
pater, & aliàs providere nepotibus fuis ,fî
eos juffiffet hæredes effe 67 exharedaffetfilium , eique
quodfufficeret alimentorum nomine legaffet.
Ricard , en fon Traité des Donations , N.
1139.dit que nous avons reçû la difpofition de
cette Loi , que nous permettons aux peres de
faire les Arbitres dans leur famille , & qu'un
pere & une mere , pour le mauvais ménage de
leur fils, dont on croit facilement leur jugement
dans cette rencontre , puiſſe ordonner qu'il fe
contentera de l'ufufruit de la portion qui lui
doit apartenir en leurs biens .
Le même Auteur raporte plufieurs Arrêts
qui l'ont ainfi jugé , & entre autres un du
12. Mars 1680. qui a confirmé la ſubſtitution
faite par un pere de la légitime de fon
fils , qui étoit en démence .
Enfin on voit dans un autre Arrêt du 3 :
Juillet 1705. raporté au Journal des Audiences
, que le Magiftrat qui portoit la parole
pour le miniftére public, établit que la Loi Si
furiofo devoit s'apliquer à l'infenfé comme
au prodigue.
·
>
De la part des héritiers d'Imbert Drevet,on
difoit pour écarter les fins de non-recevoir
que le droit de demander la légitime n'eft
point attaché à la perfonne & ne meurt point
avec elle. C'eſt un droit héreditaire, qu'Imbert
Drever
666 MERCURE DE FRANCE
Drevet a par conféquent tranfmis à fes héritiers
, quoique de fon vivant il n'en eût
point fait ufage.
Il n'avoit point eû connoiffance des Teftamens
de fes perc & mere ; ces Teſtamens
ne s'étant pas trouvés fous les fcellés , ils
étoient entre les mains de Claude Drever ,
& quand il en auroit eû la connoiffance la
plus parfaite , on ne pourroit argumenter des
Actes par lefquels il auroit parû les aprouver,
à moins que par une claufe expreffe & pofitive
, il n'eût renoncé à demander fa légitime
, ainfi que nous l'enfeignent les 30. &
35. ff. de inoff. Teftam.
Au fond , difoient les héritiers , les enfans
ne tiennent pas leur légitime de la libéralité
de leurs pere & mere , ils la tiennent de la
Nature & de la Loi , qui ont pourvû à leur
fubfiftance , en leur affûrant cette portion libre
de toute charge . L'enfant ne peut en être
privé fans une jufte caufe .
Chés les Romains , il y avoit trois fortes de
fubftitutions par lefquelles le pere pouvoit
difpofer & fubftituer la légitime de fon fils ;
fçavoir , la Pupillaire , pour les fils de famil
fe impuberes ; l'Exemplaire , pour les fils de
famille infenfés, & une troifiéme espece pour
les prodigues , qui n'étoit pas comme les
deux premieres , fondée fur l'amour paternel
ni fur la crainte que les fils de famille ne
mouruffent
AVRIL
667 1742
mouruffent inteftats, mais dictée par un jufte
reffentiment du pere contre l'enfant diffipateur
, & que
l'on
peut regarder comme une
éfpece d'exheredation .
Les effets de ces trois fortes de fubftitutions
étoient differens , la Pupillaire finiffoir. par la
puberté , l'Exemplaire finiffoit lorfque l'enfant
étoit revenu en fon bon fens , mais la
derniere ne finiffoit que par la mort de l'inf
titué.
Parmi nous les fubftitutions Pupillaires &
Exemplaires n'ont lieu que dans les Pays de
Droit Ecrits elles n'ont point été admifes
dans les Pays Coûtumiers ; on les a rejettées
comme inutiles la Loi ayant pourvû à
Fordre de la fucceffion des mineurs & autres
perfonnes , on a la voye de faire interdire
ceux qui font infenfés , cominé on en avoit
ufé à l'égard d'Imbert Drevet , au moyen de
quoi l'infenfé ne peut abufer de fon bien ; &
il n'y a plus aucun prétexte à la ſubſtitution
univerfelle , au préjudice de ſes héritiers . On
a feulement reçû parmi nous la troifiéme ef
pece de fubftitution à l'égard du prodigue ;
c'eft ce qu'établit Ricard ; en fon Traité des
Subftitutions , Part. I. Ch. 2. No. 90. & en
fon Traité des Donations , Nº . 1138. &
1139. Le Brun , dans fon Traité des Succef
fions , Liv 2. Ch. 3. Sect. 4. N°. 2. décide
auffi qu'il n'y a que le feul cas de la prodigalité
668 MERCURE DE FRANCE
digalité où l'enfant, puiffe être privé de fa
légitime .
Le Titre de Curatoribus furiofo & prodigo
dandis , n'affimile l'infenfé au prodigue , que
pour leur donner un Curateur , c'eſt ſon unique
objet. La Loi 16. ne parle de Subſtitution
qu'en paffant , & feulement dans la feconde
Partie de fa Difpofition , qui ne concerne que
le prodigue ; en effet elle veut que files enfans
du prodigue font en fa puiffance , ils ne
foient inftitués héritiers qu'à la charge d'être
émancipés par leur pere , Ut emanciparentur
patre prodigo , dit cette Lois elle ne parle
plus en cet endroit de l'inſenſé .
à
Ce que Ricard a dit de contraire , ne peut
être ici d'aucune confidération pour le Pays
Coûtumier , il ne parle en cet endroit que
des Pays de Droit Ecrit.
Les Arrêts , qu'il raporte font tous rendus
dans le cas d'un fils prodigue , il n'y a que
celui du 12. Mars 1680. qui mérite quelque
attention , encore voit- on qu'il a été rendu
fur des circonstances particulieres , il ne s'a
giffoit pas d'une fubftitution , mais d'une donation
univerfelle , faite par Contrat de
Mariage , avec claufe qu'elle ne feroit point
révoquée par la furvivance d'enfans , s'ils
mouroient avant leur majorité.
A l'égard de l'Arrêt du 3. Juillet 1705. il
n'a point de raport à la Queſtion , & on ne
peut
A VRIL. 1742 669

peut pas argumenter d'un mot que l'Arretifte
a dit en paffant.
On trouve au contraire deux Arrêts qui
ont jugé que la Loi fi furiofo n'a point d'aplication
à l'infenfe , & qui ont ordonné dans
ce cas la diftraction de la légitime ; le premier
du 18. Janvier 1656. rendu fur les
Conclufions de M. l'Avocat Géneral Talon ;
le fecond du mois de Juillet 1739. rendu
au raport de M. l'Abbé Langlois .
Enfin Imbert Drevet, n'auroit pû , même
dans le Pays de Droit Ecrit , être grevé d'u-
´ne fubftitution univerfelle , puifque la Loi
n'admet point cette fubftitution à l'égard des
enfans à qui la démence laiffe des intervalles
de bon fens , & que celui-ci depuis 17352
étoit guéri de la foibleffe d'efprit dont il étoit
attaqué , qu'il avoit donné au Public des
Ouvrages qui feront à jamais l'admiration de
la Pofterité , & que jufqu'à fa derniere maladie,
il avoit toujours gouverné fagement fes
affaires.
Par Arrêt rendu en l'Audience de la Grand'-
Chambre le 23. Fevrier 1741. conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat Géneral
Joly de Fleury , la Sentence fut confirmée
en ce qui concernoit la diftraction de la légitime.
Et fur la demande formée à la veille
du Jugement, par le Légataire univerfel, à ce
que les legs faits aux héritiers fuffent déclarés
caduques
870 MERCURE DE FRANCE
caduques dans le cas où la diftraction de la
légitime feroit ordonnée , la Cour ordonna
que les Parties contefteroient plus amplement.
Plaidant M. Aubry pour le Legataire
univerfel ; M. Guéau de Reverſeau pour les
héritiers maternels , & M. Millin de Grandmaifon
pour les héritiers paternels .
EPITHALAME
Sur le Mariage de M. V.... & de Mile M....
SAAns être au fiécle heureux de Saturne & de Rhée,
Il eſt encore des Mortels ,
Amis de la vertu , favorifés d'Aftrée ,
Et par qui l'interêt voit briſer ſes Autels.
L'Amour a confervé , par un nouveau prodige ,
Un de ces traits toujours vainqueurs
Dont il frapoit jadis les coeurs.
Ce n'eft plus cer Amour , dont l'entretien exige
Les moins légitimes faveurs ;
Ce n'eft plus cet Amour deshonnête & volage ,
Dont la vivacité n'eft que dans les défirs ,
Que la réfiftance dégage ,
Et qui meurt au fein des plaifirs.
C'ek
AVRIL. 677 1742
C'eft un Dieu plus conftant , c'eft un Dieu toujours
Lage ;
La raifon elle- même aprouve cet amour ,
La vertu le foûtient , & pour tout avantage ,
Il ne cherche à joüir que d'un fimple retour.
L'hymenée est toujours le but qu'il enviſage ;
Cet Hymen eft encore une nouvelle image
Des noeuds qu'on formoit autrefois ;
Le Dieu qui fait aimer, étoit chargé du choix
Et jamais l'intérêt n'y fit de Mariage.
Beaucoup d'amour de l'homme établiffoit les droits ;
Du Sexe , la vertu faifoit tout l'apanage .
Tels font les amoureux liens
Qui vont t'unir à ton Hortenfe ,
Heureux Damon , tels font les biens
Qui vont être le prix de ta perfeverance ;
Tu recueilles le fruit de trois ans de conftance ;
Quels plaifirs , quels tranfports doivent être les
tiens !
Jamais tous les efforts de ta reconnoiffance
Pourront- ils t'acquitter des biens que te diſpenſe
L'Hynen d'accord avec l'Amour ?
Mais pour vous auffi , quelle gloire ,
Amour ! vous foumettez un coeur qu'on a pû croire
Incapable d'aimer quelque choſe à ſon tour .
Pour vous , Hymen , quelle victoire !
Par
872 MERCURE DE FRANCE
Par vous ce même coeur eft lié fans retour.
Quelle gloire pour vous , Amour !
Pour vous , Hymen , quelle victoire !
ENVOI
Damon , par cet Epithalame
J'ai voulu te prouver l'interêt que mon coeur
A pris au fuccès de ta flâme ;
Mais pour mieux démêler avec combien d'ardeur
Je m'intereffe à ton bonheur ,
Ne fçaurois-tu lire au fond de mon ame ?

Par M ....
EXURGAT DEUS , &c . Pleaume 67.
ou Cantique de Triomphe , composé par
David , pour la Ceremonie du transport de
Arche à Jérufalem.
E Prophéte invoque d'abord le Seigneur
contre les ennemis de fon Nom . Cette
Priere eft la même que celle de Moïfe au
lever de l'Arche , quand le Peuple marchoit
dans le Defert.
Le Pfeaume excite enfuite le Peuple Saint
à célebrer avec allégreffe l'Entrée folemnelle
de fon Dieu ; de ce Dieu qui eft le Pere du
Pupille & le Juge de la Veuve , qui par la
force de fon bras délivra Ifraël de la fervitude
AVRIL. 1-742: 673
de d'Egypte , le nourrit lui & fés troupeaux
dans le Défert , & l'a protégé fous le Gouvernement
des Juges , comme il l'avoit faic
fous la conduite de Moïfe.
Il cite la fameufe victoire de Debbora , de
laquelle il prend occafion d'apostropher les
Montagnes du Pays ennemi, & leur dit, que
tous leurs foulevemens font vains contre les
Montagnes que
Dieu a choifies pour fa demeure
qu'il y habitera jufqu'à la fin ; ce que
David confirme par l'idée qu'il rapelle de la
Puiffance & de la Majefté que Dieu fit paroître
fur la Montagne de Sinaï , quand il y
monta comme en triomphe après avoir dé
poüillé les Egyptiens , enrichi & fauvé fon
Peuple , & fait fentir aux incrédules avec
quelle complaifance fa Divinité habitoit en
Ifraël.
Marchons donc avec confiance , dit le Prophete
, fous la protection de notre Dieu , &
béniffons-le tous les jours ; chaque jour de
fon Regne eft pour nous un
pour nous un jour de ſalut. Il
eft l'Arbitre fuprême de la vie & de la morɛ;
& non-feulement il nous défendra contre
nos plus fiers ennemis , afin qu'ils ne nous
réduifent point en captivité , mais nous les y
réduirons eux- mêmes , nous les dépoffederons
, nous les foulerons aux pieds , nous
ferons couler leur fang à ruiffeaux , l'eau des
Fleuves en fera toute teinte & entraînera leurs
cadavres
674 MERCURE DE FRANCE
cadavres au fond de la Mer. Nous avons fur
cela la parole de notre Dicu ; nous avons
même les circonftances de la victoire de Debbora
, qui nous ont fait connoître tout cc
que renfermoit la prédiction du Seigneur
Témoins de votre marche glorieufe de
puis l'Egypte jufquici , continue le Prophete
, les Princes unis aux Symphoniſtes
de l'un & de l'autre Sexe viennent audevant
de vous , Seigneur , pour vous introduire
avec pompe dans Jérufalem , qui
fera déformais votre Cité Royale & Sainte
. Tribus que j'ai affemblées pour cette Fête,
-vous qui defcendez des douze Entans d'lfraël
comme autant de Ruiffeaux de leurs
fources , uniffez vos coeurs;& vos voix pour
bénir le Seigneur votre Dieu. Que Benjamin,
qui eft le plus jeune des Enfans de Jacob
mais qui devient le premier en quelque forte,
parce que c'eft dans fa Capitale que Dieu
établit aujourd'hui fa demeure , que Benjamin
fe diftingue par les tranfports de fon allégreffe.
Le Sceptre eft dans la Tribu de Juda
; fes Princes portent la pourpre ; qu'ils
conduiſent & couvrent notre marche. Soyez
avec eux , Princes de Zabulon & de Nephtalı
; ce rang d'honneur vous eft dû , puifque
c'eft de vos Tribus que furent choifis les
Guerriers qui fauverent les reftes d'Ifraël
fous le Gouvernement de Debbora.
Dieu
A VRIL.
1742 675
Dieu , envoyez- nous votre Vertu , & con
firmez ce que vous avez opéré jufqu'à préfent
pour nous & par nous. Du Lieu qui vous
eft confacré à Jérufalem & en faveur de ce
Sanctuaire augufte;continuez de répandre fur
nous vos Graces, & les Rois feront bien - tôt
réduits à vous offrir leurs tributs . Réprimez,
Seigneur , diffipez ces Nations qui forment
contre nous des projets de guerre , ces Prin
ces que leur fureur & leur fierté rendent
comparables aux taureaux qui paiffent le long
des Rivieres..
Le Ciel exaucera nos voeux , on verra les
Grands de l'Egypte venir rendre hommage à
notre Dieu ; l'Ethyopie lui tendra les mains
& fera la premiere à demander la Paix.
Plein de cette efpérance que le paffé me
donne pour l'avenir , je vous invite par avance
, Royaumes de la Terre , à célebrer la
gloire du Roy d'Ifraël. C'eft Dieu même ,
fon Trône eft au plus haut des Cieux , au
fein d'où part la lumiere ; c'eft- là qu'il monte
glorieufement après avoir conquis le Mon.
de. Que l'éclat de fa voix & la magnificence
avec laquelle il paffe dans les nuës , vous
faffent adorer fa vertu & craindre fes coups.
Admirable jufqu'à ce jour dans fa Nation
Sainte , il ne lui fera pas moins favorable
dans la fuite ; fa force fera celle de fon Peuple.
Que partout il foit reconnû pour
& beni comme tel.
Dieu
ODE
676 MERCURE DE FRANCE
ļ ƒ ƒ ļ ļ ļ ļ ļ į į į į ! ! !
ODE SACRE'E ,
E Leve - toi , Grand Dieu , parois & que ta gloire
Diffipe les Mortels conjurés contre toi ;
Précipite leur fuite , & fais par leur effroi
Connois à l'Univers le Dieu de la victoire .
Frapés d'un feul de tes regards
Que tes adverfaires épars
Se perdent comme une fumée ;
Qu'ils s'écoulent à ta fplendeur
Comme une cire confumée
Qui n'a fait d'un brafier que reffentir l'ardeur.
*
Aux Prophanes la crainte , aux Juftes l'allegreffe.
Chantez, Peuple, chantez dans vos facrés banquets,
Vous , qui de l'Eternel adorez les Decrets ,
Et qui vivez fidele aux Loix de ſa Sageſſe.
Devant lui formez des Concerts ;
A fon Nom porté dans les airs ,
Que Jérufalem aplaudille.
Du Couchant il monte en vainqueur ;
Sous les pas que tout s'aplaniſſe ;
Le Monde eft fon Ouvrage , il en eft le Seigneur.
*
Le
A V RIL: 1742 . 877
Le voilà , triomphez. Le Pere du Pupille ,
Le Juge de la Veuve entre dans fon Lieu Saint
Là , fes Adorateurs , affembés ſous ſa main ,
Pourront lui rendre un culte unanime & tranquille;
C'est lui , qui , touché de leurs maux ,
Defcend pour ouvrir les Tombeaux , (4).
Les fait fortir de l'esclavage
Et qui par les mêmes fentiers
Les fauve , & conduit au naufrage
Leur barbare opreffeur avec tous les guerriers.
*
A ton aſpect , grand Dieu , la Terre fût tremblante,
Quand tu fis aux Hébreux traverſer le Deſert ;
Elle vit fous ton ombre Ifraël à couvert ,
Elle vit fous tes pieds la Montagne fumante ;
Les Cieux mêmes furent ſurpris ,
Et fur des Mortels fi chéris
Ils verferent leur abondance,
Ce fecours étoit réſervé
Aux Enfans de ton alliance ;
Ifraël affoibli l'eut , & fut confervé .
*
Dans un lieu jufqu'alors aride , inhabitable ,
Un nouveau pâturage entretint les troupeaux
Et ton Peuple indigent vit jufqu'aux animaux
(a ) Sépulchres ; Terre de Captivité. Ezech.
C S'étendre
678 MERCURE DE FRANCE
S'étendre ta douceur , & Paſteur adorable.
Heureuſe & riche pauvreté
A qui la fuprême Bonté
Par des gages fi magnifiques
Fait efperer d'autres faveurs ,
Pour nouveaux sujets de Cantiques ;
Vierges,(a) annoncez-les dans vos fublimesChoeurs,
*
Le Seigneur a livré les Rois (b) & leur armée
Au Peuple qu'il chérit , à fon nouvel (c) Héros,
La femme délicate & formée au repos ,
Partage leur dépouille à fa troupe animée.
Sauvé d'un ennemi joloux ,
Peuple , le calme le plus doux
Regne-t'il dans votre héritage ? ...
Cheres aîles ! heureux effor !
O Colombe , (d) dont le plumage
A Péclat de l'argent & le brillant de l'or !
*
Tandis que le Très- Haut fufcite la foibleffe ;
Pour abattre des Rois la force & la grandeur ,
Des neiges de Selmon la féconde blancheur
(a) Evangelizantibus , ce mot eft au féminin dans
PHébreu. Aux Annonceufes.
(6 ) Jabin , Roy de Chanaan , & les Princes fes
Conféderés.
(c) Debbora.
(d) Debbora.
AVRIL. 679 1742.
Y prépare la terre (e) & fait notre richelle.
O Moats , qui touchez jufqu'aux Cieux,
Monts fertiles , délicieux ,
Vous conſpirez de jalouſie.
Mais que font vos foulevemens ?
Dieu fur fa Montagne choifie
Regnera malgré vous jufqu'à la fin des tems.
Vous êtes orgueilleux , mais il eft l'invincible .'
Dieu fait rouler fon Char à vingt mille courfiers ;
21 1
Mille voix de triomphe animent fes Guerriers ;
Tel paroît en Sina ce Conquérant terrible ,
Brillant fur la fainte hauteur ,
Après avoir à l'opreffeur
Pris fes captifs & fes richelles ;
A l'humaine incrédulité ,
Seigneur , tu fais par tes largeſſes
Connoître ta demeure & ta Divinité.
L !

Qu'Ifraël chaque jour l'adore & le benifle ;
Ce Dieu qui vit en nous , ce puiffant Protecteur a
Déja plus d'une fois il fut notre Sauveur
Plus d'une fois encore il nous fera propice.
Allons ; il conduira nos pas ,
(e) Defcendit imber IT NIX de Calo & inebriat
tetram & infundit cam & germinare eam facit.
C LA
480 MERCURE DE FRANCE
Lui qui peut , même du trépas ,
Rapeller l'homme à la lumiere
Maître abfolu des Souverains
Notre Dieu dans cette carriere
>
Sçaura bien nous fauver de leurs puiffantes mains,
*
Mais c'eft peu pour la gloire. Il va d'un coup rapide
Ecrafer fous fon Char ces faux majeſtueux ,
Qui marchent contre lui d'un pas, fi faſtueux ,
Portant de crime en crime une audace intrépide,
Que leur orgueil , que leur fierté
Ménage comme une beauté
Une chevelure flotante
Nous la verrons dans nos combats ,
Couverte (ƒ) de boiie & fanglante ,
Traîner honteufement aux pieds de nos Soldats,
*
Le fuprême vengeur l'a dit dans fa colere ;
Je veux que de Bazan les Princes odieux
Difparoiffent un jour de ces fuperbes lieux ;
Et qu'ils foient abîmés au fond de l'onde amere:
Toi , que j'ai retiré des fers ,
Que j'amene du fein des Mers ,
Tu me fuivras dans ces conquêtes.
( f ) Fac illis ficut Madian & Sifara ficut Jabin
in torrente Cifon. Difperierunt in Endor , facti funt
utftercus terra
Ifraël,
AVRIL. 17422
Ifrael , tes pieds fe teindront
Du fang des plus illuftres têtés ;
Tu le feras couler , & tes chiens le boiront.
Grand Dieu , (g) tu l'as fait voir , & déja notre
Hiftoire
Eternife ces faits de mon Dieu , de mon Roy
De cette Majefté qui me donne la Loy ,
Qui remplit le Lieu Saint & le couvre de gloire
Au-devant de tes pas vainqueurs
Tu vois fe rendre ici des Choeurs
De Princes & de Symphonie ;'
Leur foi célebre ton amour ;
A cette divine harmonie
Un jeune & chafte Sexe accorde le tambour .
*
O Ruiffeaux d'Ifraël , réüniffez votre Onde ,
Pour benir de concert le Dieu votre Seigneur,
Que du dernier enfant la tendre & vive ardeur
Par de fages tranfports anime tout le monde. *
Juda , qui de la Royauté
"
Avec la Pourpre as la fierté
(g) Torrens Ciffon traxit cadavera eorum , Torrens
Cadumim , Torrens Ciffon . Le Torrent de Ĉiffon ſe
décharge dans la Méditerranée . Et le Cadumim ,
qui , felon Adrichomius , eft un Torrent different de
Ciffon , fe décharge dans la Mer de Galilée , autrement
, le Lac de Tybériade
Ciij Conduis
2 MERCURE DE FRANCE
Condui la pompe triomphale.
Brillez-y , Princes généreux ,'
Vous , (b) de qui la valeur égale
A ce Peuple oprimé rendit un calme heureux.
*
Dieu , de qui la vertu foûtient notre foibleffe ,
C'eſt à toi qu'Ifraël doit fes commencemens .
Nos armes jufqu'ici t'ont fervi d'inftrumens ;
Commande , & tes guerriers ferviront ta Sageffe.
Dieu fort , couronne nos exploits.
Un Temple ou regneront tes Loix ,
T'invoque & fait ma confiance.
Jérufalem (i) l'offre à tes yeux ;
(b) Ce fut des Tribus de Zabulon & de Nephtali,
que par ordre de Debbora , Barac tira les dix mille
hommes avec lefquels il défit l'Armée du Roy Jabin
, commandée par Sifara.
( i ) Le mot de Temple fignifie en général , la
Maifon de Dieu , le Lieu où il demeure. Ce nom fe .
donnoit au Tabernacle ; Sámuel dormoit dans le
Temple. L'Apôtre le donne aux Fideles : Vous êtes
leTemple de Dieu. Silo avoit été la demeure du Seigneur
, depuis le Gouvernement de Jofué jufqu'aux
derniers jours d'Héli . Par le tranfport de l'Arche à
Jérufalem , cette Capitale de Benjamin & de Juda
devint la demeure du Seigneur. Peut - être auffi Da
vid en chantant ce Cantique avoit -il déjà en vûë le
Temple qu'il voulut conftruire dans la fuite , mais
dont l'exécution fut réfervée à Salomon . Quoique
cet Edifice ne fut fiftât point encore aux yeux des
hommes , il étoit préfent aux yeux du Seigneur.
Ceft- là
AVRIL
685
1742.
C'eſt-là , Seigneur , qu'à ta puiſſance
Les Rois viendront t'offrir leurs tributs précieux.
*
Quels ennemis , grand Dieu , nous menacent encore
!
Voi s'unir contre nous ces fuperbes Taureaux ,
Ces Troupeaux mugiffans au long de leurs rofeaux ;
Ils prétendent chaffer un Peuple qui t'adore ,
Peuple qui t'eft fanctifié ,
Peuple choifi , purifié ,
Tel qu'un argent purgé de terre . : .
Dieu , réprime ces Nations ,
Qui ne refpirent que la guerre ;
Diffipe leur confeil , & romps leurs factions.
*
Je vois de Pharaon l'Ambaffade pompeuſe ;
Au Dieu que nous fervons l'Egypte rend honneur,
Je vois l'Ethyopie adorer ſa Grandeur ;
Elle lui tend les mains ... Paix douce & glorieufe
Chantez , Souverains & Sujets ,
Chantez le Dieu qui nous a faits ;
Il va s'affeoir fur l'Empirée .
il monte à la fource du jour ;
Rien ne bornera la durée
Du Trône qui l'attend dans la célefte Cour.
*
Ciiij Que
684 MERCURE DE FRANCE
Que l'éclat (k) de fa voix exprime de puiſſance !
Terre , entend de fon Char le bruit majeſtueux ;
Il traverſe les airs d'un cours impétueux ;
Reconnoi le Seigneur à ſa magnificence.
C'est lui qui protege Ifraël ;
Admire , adore l'Immortel ,
Quand tu vois fa Nation fainte
De la Vertu du Tout- puiffant
Elle attend tout. Tremble de crainte ;
Ou plutôt avec nous béni le Dieu vivant.
(k) Le Tonnerre.
LETTRE à M. de *** Amateur de la
A
Langue Turque.
Pliqué , Monfieur , depuis plus de
trente ans , à l'étude de la Typographie
, je me fuis quelquefois amufé à parcou-.
rir les Alphabets de diverfes Langues ; j'en
fuis à celui de la Langue Turque, fur laquelle
je prends la liberté de vous propofer les Quef
tions fuivantes.
1. Je demande raifon de la dénomination
des lettres , des voyelles ou des points équivalens
aux voyelles . Et pourquoi on redouble
la valeur des lettres ou des points , mis audeffus
, au- deffous ou au - dedans des lettres
AVRIL 1742.. 689
2. Si les Maîtres , en faifant épeler les Enfans,
fe fervent de la dénomination vulgaire ,
contraire à la vérité des fons , & difficile à
déchiffrer , furtout faute de points qui tien
nent lieu de voyelles.
3. A quoi fert dans l'Alphabet de mettre
la petite lettre fous la grande de même figure ,
ou d'y mettre au - deffus quelqu'autre figne
4. En quoi confifte le diftinctif des lettres
reffemblantes quoique differentes en fon ou
en valeur ?
5. D'où vient que les Grammairiens ne
mettent pas dans l'a , b , c , à la tête de leurs
Grammaires tous les fignes & caractéres em
ployés pour les lettres ?
6.Si le Lameliftout d'une piéce n'eftpas pour
la facilité de l'écriture , comme nous le pratiquons
avec la conjonction au lieu de et ? &,
7. En quel tems les Turcs ont-ils emprunté
des Perfans les lettres qui ne font point dans
P'Alphabet Arabe qu
$
8. Les lettres n'ont-elles qu'une feule va
leur ; font- elles employées pour des fons
differens, & n'y a-t'il que l'ufage & la Tradi
tion qui puiffent les faire diftinguer. ?..
9. D'où vient qu'il n'y a que trois fignes de
voyelles , fi la Langue en prononce beaucoup
d'autres ?
10. S'il n'y a point dans la Langue Tur
que de voyelles que nous apellons nafales
C V &
686 MERCURE DE FRANCE
& de quelle maniere on pourroit les exprimer
?
11. Demander le nombre des carctéres qui
compofent l'Alphabet , indépendamment des
points qui les déterminent à un fon plutôt
qu'à un autre ?
12. D'où vient que l'Alphabet Ture n'eft
pas numéral;il ne l'auroit pas moins été ſi lon
avoit fuivi un ordre different , c'eft pourquoi
on demande la raifon du choix que l'on a
fait dans l'ordre & dans la fuite des lettres ?
13. Sçavoir s'il y a beaucoup de lettres
muettes ou prefque muettes au commencement
ou à la fin & au milieu des mots ?
14. Sçavoir combien il y a de lettres qui
afpirent , combien de fortes , de foibles , de
fiflantes , de féches , de moüillées , de labiales
, palatales , dentales & gutturales ?
15. Demander auffi le nom & l'ufage des
fignes mis au- deffus ou au - deffous des let-
& des confonnes foibles ou fortes.
>
16. Demander le raport qu'il y a entre plufieurs
lettres employées pour le même ufage,
& fi elles ne fervent que pour les yeux
non pour l'oreille.
&
17. Si les lettres capitales ont des figures
differentes, s'il y a des lettres grifes hiftoriées
dans les livres de gros caractére , ou dans les
Infcriptions publiques,gravées ou imprimées ?
18. Si l'on a travaillé fur les proportions
des
AVRIL 1742 : 687
des lettres , grandes ou petites , & des raifons
l'on a eues de mettre les unes en que
haut , les autres en bas , & d'en faire quelques-
unes beaucoup plus grandes que les
autres , & d'autres ifolées fans liaiſon finale ?
19. A quel âge commence- t'on à lire fans
points dans les Ecoles vulgaires ?
20. Les femmes aprennent- elles à lire ; leur
montre- t'on l'Ortographe & l'art de mettre
les points fur les confonnes ?
21. De quel genre font les lettres de l'Alphabet
, & s'il n'y en a qu'un dans la Langue ?
22. S'il y a plus de fons dans la Langue
T urque qu'il n'y a de lettres ou caractéres
composés ?
23. Si l'on connoît la difference des grandes
& des petites voyelles , & leurs combinaifons
dans les fyllabes ou dans les mots ?
24. Quelles lettres ou quels chiffres Arabes
ont fervi à former nos chiffres 1. 2. 3. 4. 5.
6. 7. 8. 9. & 10 ?
25. S'il y a beaucoup de monofyllabes
compolés d'une feule lettre ?
26. S'il y a plus de monofyllabes & de .
racines dans la Langue Turque que dans les
autres Langues ?
27. S'il y a beaucoup de mots compofés de
plufieurs fyllabes , & de combien de fyllabes
font les plus longs ?
28. Sçavoir combien de confonnes de fuite
C vj
on
688 MERCURE DE FRANCE
"
peut mettre fans voyelles , ou fi chaque con
fonne fait fa fyllabe avec la voyelle exprimée
ou fous entenduë ?
29. Si la prononciation ancienne & mo
derne à la Cour , à la Ville & dans les Provinces
, eft à peu près la même ?
30. Si chaque Pays a un accert different
comme dans les autres Etats de l'Europe ?
3.1.
Si le nombre des fyllabes d'un mot varie
en Profe ou en Vers ?
32. S'il y a des élifions & des contractions
en Profe ou en Vers ?
33. Si les Rimes de la Poëfie font affés
variées avec le fecours de trois voyelles , &
s'il y a des Rimes mafculines & des Rimes
féminines ?
34. Si l'on rime aux yeux comme à l'oreille
, ou non ?
35. Si l'Ortographe Arabe & Turque eſt
permanente , uniforme , & fi on la montre
partout de la même maniere avec les points
ou fans les points ?
36. Comment place- t'on les Notes de la
Mufique fur de l'écriture qui ne va pas horizontalement
, & qui n'a pas des voyelles exprimées
pour la parole ?
37. S'il y a une Profodie Turque , qui donne
des regles pour connoître les ſyllabes longues
ou breves ?
38. Si la difference des lettres initiales.
médiales
AVRIL. 1742. 689
médiales & finales , doit être obfervée dans
l'écriture & dans l'impreffion , & fi en aprenant
à écrire on ne s'attache pas d'abord à
former les lettres initiales , & fi dans les Inf
criptions publiques on n'a pas d'autres ca
ractéres fans ligatures ?
39. Sçavoir de quelle maniere les Imprimeurs
Arabes ou en Langue Turque uniffent,
joignent ou lient certains caractéres qui femblent
paffer par- deffus ou par- deffous les autres
, & s'il y a autant de ligatures dans les
Fontes de ces Imprimeries , qu'on en peut
faire lettre à lettre ?
40. Sçavoir la pofition des lettres imprimées
ou écrites fur une ligne , pour connoître
les têtes ou les queuës ?
41. En quoi confifte le plein & le délié de
chaque lettre , pour le trait horifontal , perpendiculaire,
circulaire ou mixte, & de quel
le maniere on doit tenir la plume pour en
bien obferver les effets ?
42. S les Manufcrits Arabes ou Turcs , an
ciens ou modernes , ont changé ou alteré la
forme de leurs lettres, comme les Européens
ont changé les caractéres Hébreux , Grecs, &
de chaque Nation , enpaffant du Gothique au
Romain , & c ?
43. Je demande de quelle maniere on
commence chaque lettre , foit de droit à
gauche , ou de gauche à droite , les lettres
étant
90 MERCURE DE FRANCE
étant liées ou ifolées & fans ligature , ou fans
liaiſon ?
44. Pourquoi écrit- on de haut en bas , ou
de bas en haut , au lieu de fe contenter d'écrire
horizontalement de droit à gauche ?
45. Sçavoir de quelle maniere qu pourroit
écrire en Turc les diftongues de la Langue
Françoife , foit par raport aux yeux , foit par
raport à l'oreille , puifqu'on a imprimé des
Livres Efpagnols en caractéres Arabes ?
46. Ne pourroit -on pas écrire toutes for
tes de Langues , & fur tout la Françoiſe , en
caractéres Turcs ? Seroit- elle plus difficile à
re , fi on l'effayoit ?
47. Un Turc ne firoit - il pas ce qui ne fe
roit écrit qu'avec des lettres finales & fans
liaifons ?
48. Pourquoi la Langue Turque écrit- elle
les fignes ou les lettres voyelles dans certains
mots , & qu'elle ne le fait pas dans d'autres?
49. Si l'on redouble les mêmes caractéres
dans l'écriture , dans impreffion ; fi le redoublement
fe fait toujours fentir dans la
prononciation , & fur combien de lettres ?
so. D'où vient que les Langues
Orientales
ont exprimé feulement les confonnes ou les
fons fugitifs , & les fimples modifications de
fons , plutôt que les voyelles , ou les vrais
fons permanens & moins fujets aux équivoques
?
AVRIL 1742 691
51. N'est-ce pas une imperfection dans une
Langue , d'exiger plus de peine & de tems
pour aprendre à la lire , à l'écrire & à la parler
, qu'il n'en faut dans une autre Langue
auffi riche en mots & en expreffions ?
LE LAURIER DU MONT S. PERE ,
A M. L. G. D. S. M.
LAurier , qui pendant les Hyvers
Par tes feuillages toujours verds.
Divertis quelquefois ma vûë ,
Enfin , voici l'heure venuë
Od tu vas éprouver un deftin glorieux.
Tes pareils autrefois fi chers aux Demi -Dieux ,
Servoient à rehauſſer la gloire
De ces illuftres Grecs , de ces fameux Romains,
Dont les heureux fuccès invitoient la Victoire
A les couronner de fes mains.
C'est ainsi qu'aux beaux jours de Rome & de la
Grece ,
Les Sciences , les Arts , la valeur & l'adreffe ,
Excitoient le génie , animoient les grands coeurs ,
A l'afpect des Lauriers qu'on offroit aux vainqueurs
Aujourd'hui l'on en offre encore ;
Mais tels Vainqueurs que l'on honore
Par
592 MERCURE DE FRANCE:
Par des Couronnes & des Prix ,
Sur leur Char de triomphe emportent le mépris
Après tout peu m'importe , eft- ce là mon affaire
Laurier , ton fort eft plus heureux .
Tu dois enfin , felon mes voeux >
Couronner un Mortel qu'en tous lieux on revere
Connu par fa fagfle & fes rares vertus ,
Sçavant , humble , modefte & toujours au- deffus
Des éloges qu'on fait en loüant fon mérite ;
La douceur & la paix font fans ceffe à fa fuite ,
Mais c'eft affés parler ; Laurier , dans ces Deferts ;
De tes feiiillages toujours verds
Je vais lui faire une Couronne ;
C'eft la Vertu qui me l'ordonne.
D. C. C.
LETTRE HISTORIQUE
fur l'Horlogerie.
Ous me demandez

Vpenfe de la Lettre de M. l'Abbé Bail-
Jard Dupinet , inferée dans le Mercure de
Février dernier , page 254. pour ce qui concerne
l'Horlogerie . L'Hiftoire qu'il donne de
fon origine eft trop abrégée & trop fuccincte.
D'ailleurs il y auroit plufieurs chofes à réfuter
AVRIL. -1742 693
futer dans le peu qu'il en dit. Vous , M. qui
aimez beaucoup cette matiere , je crois que
vous ferez fatisfait , lorsqu'un Ouvrage auquel
je fçais qu'un Horloger travaille , paroîtra
, dans lequel vous la verrez très - détaillée
Je l'aurois déja donnée au Public , fi
diverfes circonstances ne l'en avoient empêché
; mais felon toute aparence il ne fera pas
long-tems fans paroître .
:
Suivant les Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences , ce n'eft point à l'échapement
à deux palettes , qu'on a trouvé le
fecret de lui donner une figure telle que les of
cillations du Pendule refteroient isochrones ,
quand même on doubleroit la force motrice.
Je ne fache pas que cet échapement ait jamais
été attribué à M. Julien le Roy, comme
il paroît que M. l'Abbé Dupinet voudroit auffi
l'infinuer. On a vû dans les Mercures de
France , que M. Thiout l'aîné , avoit apliqué
cet échapement à une Pendude , en l'année
1727. & que l'Académie par fon Aprobation
& fon Certificat du 20. Mars de la même
année , l'avoit déclaré nouveau & ingénieux.
En 1720. M. du Tertre , pere , en a apliqué
un à une Pendule pour Pufage de la Mer ,
qu'il a prétendu être le même que celui de
M.Thiout ,lorfqu'il parut en 1727.Dès 1702 .
ou 1703. M. Gaudron pere , en avoit auffi
apliqué un à des Pendules,que d'habiles Horlogers
894 MERCURE DE FRANCE
fogers tiennent pour être le même . Cette
invention n'a point encore été attribuée à M.
Gaudron , on a prétendu qu'elle lui avoit
été communiquée par un autre Horloger ,
nommé Harquin , qui la tenoit , dit- on , des
Anglois.
Ŏn lit dans les Mémoires de l'Académie ,
qu'en l'année 1690. M. Commiers y préfenta
une Montre , dont il affûra que ce même
Harquin étoit l'inventeur , laquelle avoit an
échapement nouveau . Cet échapement a encore
été réputé le même par les Gens de
l'Art. Ils ont cru auffi trouver fon origine ,
dans un Livre intitulé l'Artificial Clockmaker
de M. Derham , qui en attribue l'invention
à M. Hook , Profeffeur en Géométrie
au College de Gresham à Londres , & Membre
de la Societé Royale de cette Ville , vers
l'année 1658. On voit encore dans Campan ,
dont l'Ouvrage en latin a été imprimé
Rome , un échapement fur le même principe
, que cet Auteur nomme à leviers. Ce
même échapement eft raporté par M. Thiour,
dans fon Traité mechanique & pratique de
Horlogerie , imprimé l'année derniere. Il l'a
donné fous le nom d'Ancien Echapement
dAllemagne , parce qu'il l'a trouvé dans une
très - ancienne Horloge , apartenante à M. le
Préſident de Lubert , qui y avoit été fabri
quée il y a 100. ans au moins. Vous voyez
delà ,
:
AVRIL. 17420 695
delà , M. que cet Echapement
eft trop
ancien
pour
en attribuer
l'invention
à M. le
Roy. Il eft vrai que , comme
cet Echapement
.
étoit
fort mal
conftruit
dans
fon origine
chacun
de ceux
qui l'ont
employé
, y ont
fait des
changemens
dans la vue de le perfectionner
, & lui ont même
donné
diférens
noms
. C'est
ce qui l'a fait méconnoître
, &
ce qui en a fait paffer
pour
Auteurs
ceux
qui l'ont
ainfi
défiguré
. Quoi
qu'il
en ſoit ,
que tous
ces Echapemens
foient
les mêmes
ou qu'ils
foient
d'ifférens
, fi l'on veut
; il eſt
toujours
certain
, que cet Echapement
à deux
Palettes
, dont
il eſt queſtion
ici , n'a été
bien
connu
& pratiqué
, que depuis
que M.
Thiout
l'a apliqué
à fa Pendule
de 1727
.
avec
les corrections
qu'il a jugé à propos
d'y
faire
, & que depuis
ce tems
- là on n'y a fait
aucun
changement
. Au refte
, quoi
qu'il foit
très eftimé
, il paffe
cependant
pour
celui
de
tous
les autres
Echapemens
, qui eft le plus
fufceptible
de variations
dans
les changemens
de la force
motrice
, contre
ce que M. l'Abbé
Dupinet
paroît
en dire.
Dans les diférens Echapemens connus &
pratiqués par les Horlogers , on en voit un
raporté par M. Thiout , dans fon Traité de
Horlogerie , Pl. 42. fig. 19. dont il donne
l'invention à M. Graham. Cet Echapement ,
au raport des perfonnes de l'Art , n'eft point
fufceptible
696 MERCURE DE FRANCE
fufceptible des inégalités de la force motrice;
Cependant il eft à croire que M. Thiout y a
trouvé quelque fenfibilité , qui l'autorife à
dire qu'il l'a perfectionné . C'eſt ce qu'il a crû
'faire , en rendant égaux les deux Plans inclinés
de cet Echapement ; c'est à dire , en les
tirant tous les deux également du Centre à
la circonférence ; au lieu que dans la Méchanique
de M. Graham , il n'y a fuivant M.
Thiout , qu'un Plan tirant , & que l'autre
eft refoulant. Ce que ce dernier apelle , Plan
tirant , eft ce qui chaffe du centre à la circonference
; & ce qu'il nomme , Plan refou
lant , eft ce qui repouffe de la circonference
au centre , dont la force motrice doit être
bien plus confidérable que dans l'autre , pour
opérer le même effet , ce que l'on voit par
l'expérience.
M. le Roy ne paroît point être le premier
qui fe foit aperçu que la verge du Pendule
s'allongeoit par le chaud , & qu'elle fe racourciffoit
par le froid. Avant qu'il ait fait
ufage du tuyau de cuivre dont parle M.
l'Abbé Dupinet , pour remédier à ces allongemens
&racourciffemens de la verge , M.
Regnauld, Horloger à Châlons , en Champagne
, avoit apliqué une contre-verge à la
verge du Pendule , pour remédier à ce défaur.
Satisfait de cette nouvelle invention
il en donna enfuite avis à M. Thiout , qui
l'exécuta
AVRIL 1742 . 697
l'éxécuta pareillement fur une Pendule qu'il
fit au commencement de l'année 1737. M,
Déparcieux a cru apercevoir une erreur confiderable
dans la longueur que M. le Roy
avoit donnée au tuyau de cuivre , & qu'il
p'étoit point proportionné à la longueur de
la verge du Pendule , pour compenfer fon
allongement & fon racourciffement. C'eft ce
qui a occafionné M. Déparcieux à chercher
à perfectionner cette invention. Il compte y
avoir réüffi par deux moyens , qu'on trouve
dans le même Traité de l'Horlogerie de M
Thiout. Plus anciennement M. du Tertre
pere , avoit auffi remarqué que les métaux
s'allongeoient par le chaud , & qu'ils fe racourciffoient
par le froid. Comme le Reffort
Spiral d'une Montre eft ce qui lui procure
fa régularité, & que ce Reffort eft également
fujet à ces inconvéniens par le plus ou le
moins d'élasticité qu'il acquiert , il imagina
une invention pour corriger ce défaut , & il
l'éxécuta en 1731. fur une Montre qui a été
vûë à l'Académie & dans le Public . Cette
invention feule , pour le Reffort Spiral , a
dû faire fentir , que la Verge du Pendule devoit
auffi fouffrir diférentes altérations ; car
un défaut connu doit en faire découvrir d'autres.
Par cette même raifon M. Du Tertre
pouvoit avoir conçû cette idée , fur ce qu'on
voit dans les Transactions philofophiques de
1728.
698 MERCURE DE FRANCE
1728. un Mémoire de M. Graham , Hor
foger à Londres , dans lequel il propoſe pour
remédier à ces mêmes défauts de la Verge
de remplir de vif- argent la Lentille juſqu'au
centre d'Ofcillation . Il eft même à croire
qu'un auffi habile homme n'aura donné la
préférence à ce métal , qu'après avoir effayé
d'autres liquides , qui n'auront pas mieux
réüffi que celui-ci , dont le peu d'ufage qu'on
en a fait dénote fon mauvais fuccès.
Auffi ne paroît- il pas qu'il ait un parfait raport
, par fes effets dans le froid & dans le
chaud , à ceux de la Verge d'un Pendule
dans les mêmes diférentes temperatures.
Comme l'idée que propofe aujourd'hui M.
l'Abbé Dupinet , paroît la même que celle
de M. Graham , à l'aplication près ; il refte à
fçavoir s'il fera plus heureux , c'eft ce que
l'expérience aprendra. Enfin on voit dans
les Mémoires de l'Académie , que dès l'année
1672. on s'aperçût de l'inégalité du Pendule
fimple pour battre en diférens endroits
la même meſure du tems . Quand même cette
inégalité ne viendroit pas du chaud & du
froid , cette découverte étoit toujours fuffifante
, pour donner lieu d'examiner les Verges
de Pendules dans ces diférentes tempé
ratures.
Comme une Lettre a des bornes , je ne
puis , M. m'étendre davantage ; mais vous
voyez
AVRIL 1742:
399
}
.
voyez , je crois , fuffifament , qu'on ne peut
attribuer l'Echapement à deux Palettes à M,
Julien Le Roy. Que ce n'eft point non plus
lui,qui le premier a découvert l'allongement
& le racourciffement de la Verge du Pendule
dans le chaud & dans le froid , & qui
y a apliqué une invention pour y remédier,
Par conféquent cet habile Artifte a donc bien
des égaux , & n'eft pas le feul de fa Profeffion
, qui fe foit apliqué & qui s'aplique à
perfectionner un Art auffi beau & auffi utile
que celui de l'Horlogerie.
Je fuis & c.
A Paris le 28. Mars 1742,
****************
ODE
ANACREONTIQUE.
A Aminte , pour le jour de fa Fête.
Ou fuis-je ? Quel eft ce Mystere
Je vois dans ce riant ſéjour
Des plaifirs la troupe légere ;
Eft-ce ici l'Ile de Cythere a
Eft- ce la Fête de l'Amour ?
D'une clarté pure & nouvelle
Ces aziles font embellis ;
Tous nous annonce l'Immortelle
Qui
700 MERCURE DE FRANCE
Qui conduit toujours avec elle
Les Jeux , les Graces & les Ris.
Tendres Amans , que l'on s'empreffe
De rendre hommage à fa beauté
C'est la Reine de la tendreffe ;
Accourez tous ; cette Déeffe
Exprime ainfi fa volonté.
» Vous , qu'un tendre penchant attice
» Dans ma délicieufe Cour ,
» Mortels , foûmis à mon Empire ,
» Célebrez votre doux Martyre ,
» Et la gloire du Dieu d'Amour,
» Dans vos cris de réjouiſſance
» Chantez Aminte & fes attraits
» C'eſt l'heureux jour de ſa naiſſance ;
charmans font ma puiſſance
» Et mon fils lui prête fes traits.
→ Ses
yeux
» Suivez les Amours , dont les aîles
» S'ouvrent un chemin dans les airs ;
» A la plus aimable des Belles
» Allez offrir des fleurs nouvelles ;
» Allez charger vos coeurs de fers .
Elle dit : déja vers Aminte
AVRI L.
700 1742
Mille Amans ont porté leurs pas ;
Leur ame d'amour est atteinte ;
Flore les fuit , mais dans la crainte
De voir effacer les apas.
Ah ! tandis qu'à vous rendre hommage
Je vois s'empreffer tous les coeurs ,
Aminte , avec eux je partage
Ce plaifir & cet avantage ,
En vous offrant auffi des fleurs.
Si de celles qu'on vous préfente
Ce jour doit faner les attraits ,
Des fideles amans , qu'enchante
Votre beauté douce & touchante ,
Les feux ne s'éteindront jamais .
Par M. B ** d'Aix:
1
LETTRE écrite à M.D.L.R. an fujet d☛-
quelques Antiquités Eccléfiaftiques du Diocèfe
de S. Flour,
'AI trouvé , Monfieur , parmi les Mémoi
res d'un fçavant Benedictin , qui a fait un
long féjour en Auvergne , une Critique du
PROPRE du Diocèle de S. Flour , imprimé en
D l'année
702 MERCURE DE FRANCE
"
pe,
l'année 1700. dans laquelle j'ai vû quelques
Remarques très-fenfées & qui peuvent intereffer
les Perfonnes curieufes d'Agiologie , ou
qui écrivent fur le Culte des Saints . Ce Bénedictin
, qui demeuroit vrai ſemblablement à
Chanteuge , Prieuré de fon Ordre dans le
Diocèfe de Saint Flour,blâme l'Auteur de ce
Propre , de ce qu'il n'y a pas inferé un plus
grand nombre de Saints du Pays. Ne devroiton
pas , dit - il , célebrer leur mémoire préferablement
à celle des Saints étrangers , done
vous feriez peut- être embarraffé de me dire
la raifon pour laquelle vous en faites l'Office ?
Tels font S. Blaife , S. Georges , S. Eutro-
&c. Vous faites l'Office de S. Germain ,
Evêque d'Auxerre , parce qu'on montre un
de fes bras dans la Paroiffe de Sezance ; vous
faites celui de S. Magne , Martyr , parce que
vous prétendez poffeder fes Reliques dans le
Monaftére de S. Vincent de vieille Brioude
& c. Vous pourriez faire à plus jufte titre
l'Office de S. Marcellin , dont on conferve
le chef depuis plus de huit fécles dans le
Monaftére de Chanteuge , qui porte le nom
de ce premier Evêque d'Embrun . Vous er
trouverez la preuve dans le 3. Tome de la
Gaule Chrétienne , à l'article des Archevêques
d'Embrun, col. 1055. Les RR. PP . Bénédic
tins confervent religieufement dans le même
Monaftére le Chef de S. Parace , Evêque du
,
Mans
AVRIL 1742 : 703
Mans , & les Corps des S. Martyrs Antolien
& Caffien , qui font du nombre des Martyrs
de l'Eglife naiffante d'Auvergne. M. de Tillemont
, d'ailleurs fi exact pour la Critique ,
& fi févere pour les Reliques fupofées ou
douteufes,accorde pourtant celles - ci à Chanteuge
, mais ce faint & fçavant Prêtre nic
qu'il y ait un Monaftére de Chanteuge.
Vous en trouverez l'Hiftoire avec la Charte
de la Fondation dans le fecond Tome de
Gallia Chriftiana , col . 436. Il eft agréable
ment fitué fur un Rocher , en forme de Péninfule
, au bout duquel fe fait la jonction
de la petite Riviere de Dége , qui eft , pour
ainfi dire , pavée d'Ombres & de Truites ,
avec l'Allier , entre l'Abbaye de S. Pierre
des Chafes & la Ville de Langeac , à une
lieuë de chacun de ces deux endroits , qui
font pareillement fitués fur le bord de l'Allier.
M. de Tillemont n'êtoit pas obligé de
connoître tous les Monaftéres de France !
mais devoit-il nier l'existence d'un Monaf
tére cité par un honnête homme ? Pouvoitil
croire que Dom Jacques Branche , Prieur
Maje de Pebrac , eût voulu bâtir un Abbaye
en France , comme l'on bâtit des Châteaux
en Eſpagne ? Ce pieux Chanoine Régulier ,.
n'étoit éloigné de Chanteuge que d'une lieuë,
& il fçavoit que le Monaftére étoit bâti fur
la pierre ferme. Celui de Pebrac , qui eft un
Dij Chef
704 MERCURE DE FRANCE
Chef d'Ordre , eft fitué fur la Dége ; on y
conferve le Corps & la Châpe de S. Pierre
de Chavanon , qui en a été lé premier Prévôt
& le Fondateur , comme on peut le voir dans
le fecond Tome déja cité de la Gaule Chrétienne
, col . 459. & dans le Spicilége où l'on
trouve la Vie de ce Saint , qui eft l'un des
plus illuftres de notre Diocèfe,
Auprès de Pebraç , fur le chemin de Langeac
, on voit la Grote de S. Martin Hermite,
dont on trouve la commémoration dans un
ancien Breviaire manufcrit de Pebrac. A un
demi quart de lieuë de Chanteuge,fur l'autre
bord de l'Allier , il y a un Château , & une
Paroiffe attenant , qui dépend de l'Abbaye
des Chafes , dans laquelle on conferve , fous
l'Autel , le Corps de S. Arcons , Confeffeur,
Patron de l'Eglife . Que de Saints dans un fi
petit Canton , fans parler de la vénerable M,
Agnès de Langeac , de l'Ordre de S. Dominique
, pour la Beatification de laquelle
votre illuftre Prélat a marqué tant de zéle ! A
cinq lieues de Langeac & fur la même Riviere
d'Allier , vous trouverez dans la célébre
Eglife de S. Julien de Brioude , outre le
Corps de cet illuftre Martyr , & le Chef de
S. Ferreol , les Reliques d'un autre Saint Arcons
& de Saint Elpice.
Auprés de Brioude , on montre le Corps
d'une Sainte Bergere , qui eft la Genevieve
de
AVRIL. 17427 705
de votre Diocèfe ; il me femble qu'on en fait
l'Office à Brioude , le nom m'en eſt échapé .
Un peu plus haut , on conferve le Corps de
Ste Florine dans un Monaftére de l'Ordre de
Fontevraud , qui porte le nom de cette Vierge
. Un fçavant Chanoine Regulier de la
Congrégation de France , m'a affûré qu'on
honoroit au Monaftére de Mont - Salvy , deux
Saints de fon Ordre. Si l'on parcouroit toutes
vos Montagnes , on y pourroit faire l'heureufe
découverte de plufieurs autres Saints ,
qui ont fanctifié votre Diocéfe par une Sainte
Vie , & par leur mort précieufe aux yeux
du Seigneur.
L'Auteur de cette Critique , après avoir
indiqué à celui du Propre tous les Saints cideffus
nommés , fouhaiteroit que l'Eglife de
S. Flour , comme détachée de celle de Clermont
, en eût auffi adopté le nouveau Breviaire
, dont il fait l'Eloge. Il obferve que
quoiqu'on foit intereffé à Clermont à faire
valoir le miracle de la Chafuble , qu'on dity
avoir été aportée à S. Bonet , Evêque de cette
Ville , par la Ste Vierge , & qu'on l'y
montre encore on n'a pas cependant ofe
placer ce trait dans l'Oraifon de la Fête de
ce Saint , comme l'a fait en 1700. l'Auteur
du nouveau Propre de S. Flour : » Il eſt vrai ,
>> dit-il , que Vincent de Beauvais en parle
» L. VII. C. 27. & avant lui S. Herbert, Evê-

D iij que
706 MERCURE DE FRANCE
>> raport
» que de Norvic , qui mourût en 1119. a
de Mathieu, Moine de Weſtminſter,
» affûre qu'il a vû & touché cette Chaſuble ,
>> mais on n'en trouve rien dans les anciens
» Actes de S. Bonet , raportés par Bollandus,
» & par Dom Mabillon. Sac. III. Part. I.
Jefuis , &c.
****************
DIALOGUS
De Laudibus Ruris Sulpiciani apud Iffiacum.
CUM ad Iffaum Pagum veniffent duo Clerici
San-Rochiani , unà cumfociis animum recreaturi
, Domum Sulpitianam fimul ambo
demirantur , Hortorumftupent amanitatem,
de iis que obverfantur antè oculos confabulantur
, & * iis quorum aufpiciis ea voluptas
contigerat grates rependumt ampliffimas.
N
ARISTEU S.
Am quæ fufpenfos rapiunt ſpectacula fenfus !
Que Domus attonitos penetralibus excipit amplis &
Quis locus ille Sacer , Vitæ melioris imago !
Omnia divinos afflant Pietatis odores :
Nimirum hic fedem pofuit venerabile Numen ;
Et numerofa cohors virtutum his præfidet oris.
* M. Couturier , Superieur du Séminaire de Saint
Sulpice , & M. Cheret`, Curé de Saint Roch .
Theo
AVRIL 707 1742:
Theophilus.
Ne dubites ; videas virtutum ex ordine turbam
Cælefti micat antè alios fpectabilis ore
Relligio , Pietafquè ſoror : dein omnia longum
Explorans , dubiofque regens Prudentia greifus ;
Fulgenti tùm fe fe infert circumdata nimbo ,
Et placido fequitur veneranda ſcientia paſſu :
Hic exultat ovans oculis miranda benignis
Integritas morum , quam non de tramite recto
Impia facrilegi flexit contagio luxus.
Hic qualem gens prima tulit conftantia vitæ
Nudaquè fimplicitas mendacis neſcia fuci
Emicat , & gravitate fimul conditur amandâ.
Hic amor in miferos teneris affectibus ardet ,
Munificâque citò dextrâ fuccurere geftit.
Infuper immixtæ dextrâ levâque feruntur
(Quas ftimulat communis honos eademque cupido)
Innumeræ dotes , virtutumque agmina cingunt.
E coelo lapfos credas humana moventes
Corpora Calicolas , hominum fub imagine cerni,
Præterea Chrifto furgit numerofa juventus,
Magna velut fegetis foecundæ femina , lætas
Productura , juvante Deo , cum foenore meffes.
Ariftans.
Quis tantum regit eximio moderamine Clerum
Theophilus.
Par oneri impofito fanctâ ditione gubernat ,
D iiij Voce
708 MERCURE DE FRANCE
Voce monet , docet exemplo , pietate tuetur ,
Confilifque regit , vir quo non dignior alter :
Cujus & aufpiciis , & blando Numine floret
Hæc Domus , & veluti rediviva repullulat arbor ,
Luxuriansque comis , ramós diffundit in orbem ,
Quorum umbrâ volucres tutò requiefcere poffunt.
Ad laudem appellare fat eft , Culturius olli
Eft nomen , fatis eft vel folo nomine clarus.
Scilicet hic novit pretiofi temporis horas
Partiri recreando comes , blandèque morando
Francigena columen gentis , Regnique miniftrum
Nam Florum juvat emerfum civilibus undis ,
Refpirare fimul per publica commoda fas eft ,
His habitanto locis placidæ indulgere quieti ,
Tunc voti compos optatâ pace potitur ,
Tantarum recreans ingenti pondere rerum
Oppreffam mentem , reparans in corpore vires ,
Virtutemque fuami renovans virtutis in ulnis .
Ariftaus
Fortunata nimis conceffo , & jurc fuperba
Exultes , tanto tibi plaudens hofpite , Tellus !
Sedibus indè tuis quis honos , quæ gloria furgit
Sed placet ire procul juvat ordine cuncta tueri .
Quis fe oculis rerum pulcherrimus explicat ordo
Theophilus.
" Prata virere putes melius folefque nitere
Dulcius hic , cernis toto fimul æthere largos
Depluere
AVRIL
709 1742.
Depluere in terram diffufi nectaris imbres.
Purpureis lucent halantes floribus horti .
Gramina diverfo rident diftincta colore ,
Et tedipum volucres concentibus æthera mulcent ,
Hic tenui Pinus refonat commota fufurro ,
Et vaga frondofis immurmurat aura viretis .
Hic fcatebris falit , & bullantibus incita venis
Leniter exefos interftrepit unda lapillos ,
Jucundoque fluens per
conchas murmure manat .
Ariftans.
Quam feſtiva mihi pertentant gaudia mentem ?
Sed quidnam latebras inter , tacitosque receffus
Eminus afpicitur , directo huc tramite tendunt
Jam focii , præeuntque Duces , iter ergò fequamur.
Lauretana Domus legitur facrata Maria ,
Theophilus.
Utile nimirum callent adjungere Dulci
Qui nobis præfunt , his tentant artibus uti ;
Ut ratione novâ inftillent virtutis amorem ,
Et facilem exhibeant fublatâ fronte feverâ.
Ariftaus.
Frondofæ arrident tranquilla filentia ſylvæ ,
Mitius hic lumen fubluftri fulget in umbra ,
Hic Pietati addunt ftimulos ars & locus ipfe ;
Sanctaque formido , & fecretus corripit horror
Intrantes , pavidiſque facros infpirat amores ,
DY
1
710 MERCURE DE FRANCE
Et replet attonitam præfenti Numine mentem.
Ergò Chriftiparam conjunctâ voce precemur.
Theophilus.
Salve , diva Parens fpes ô fidiffima rebus ;
Ni tibi pulfus amor , noftri ni cura receffit ,
Digneris blandam nobis te oftendere Matrem :
Auxiliumque ferens juvenilibus annue coeptis ;
Aufpice te in noftros redeat Pax aurea fines ;
Unanimesftabilis fociet concordia fratres ;
Divinosfundat fecura per oppidafructus
Tuta fides , fugiat male partis fedibus error ,
Commotifque fremat Stix indignata fub undis
Ariftans.
Vos ô felices , vos terque quaterque beati ,
Queis haurire licet Pietatem in fonte perenni
Theophilus.
O bona pax & blanda quies , & caſta voluptas ;
Sancti Delicia , finceraque gaudia Ruris !
Hiç utinam liceat traducere tempora vitæ
Tempora quæ nunquam mordax turbaret amaror!
Ariftaus.
Sit pretiofa mihi , & memori teftata lapillo
Ifta dies quâ non fulfit mihi gratior ulla !
Vivat iô per quem veniunt hæc gaudia nobis!
Theophilus.
O tu qui pofitâ gravioris mole negoti
Dignaris
AVRIL 1742. 711
Dignaris fine felle jocos concedere, Paftor , *
Vive diù nobis , annos virtutibus æqua !
Urque Aquile , renovent , viresque animusque
juventam ,
Et quos dulcis amor natos tibi vindicat ultrò ,
Ut Pater alarum femper tueare fub umbrât
Ariftaus.
Tu quoque perpetuo remanebis mente repoftus
Æternas memori referemus pectore grates ,
Culturi, per quem fluxit tam læta voluptas.
Vive diù ! fumma eft votorum ut vivere poffis
Et fi quid fas eft adjungere , teque fruamur !
Nos , quæfo , foveas propenſo pectore blandus ,
Et tibi devinctos tenero amplectaris amore !
OFFEREBAT tibi humillimus tuique obfervanz
tiffimus FRANCISCUS MARIA COGER , Cle
ricus San Rochianus , & Magifter in Artibus.
* M. le Curé de S. Roch , qui y étoit aufli.
Թ
LETTRE de M ****** écrite à M.
Maillart , Ancien Bâtonnier des Avocats ,
au fujet de Cora , Lieu ancien du Diocèfe
d'Auxerre.
J
' Attendois , Monfieur , que quelque Journal
eût annoncé l'Ouvrage de M. Bourguignon
Danville intitulé ECLAIRCISSED
vj
?
MENS
712 MERCURE DE FRANCE
MENS GEOGRAPHIQUES fur l'Ancienne Gaule,
pour vous faire part de quelques unes de mes
reflexions , après la lecture de cet Ouvrage,
afin que vous puffiez juger qui de l'Auteur
ou de moi fe trompe fur certains points ,
qui reviennent fouvent dans fon Livre . Je
laiffe à d'autres le foin d'examiner fon Traité
préliminaire fur les mefures des chemins . Je
crois qu'on ne manquera pas de relever ce
qu'il foûtient perpetuellement : Sçavoir , que
les Diocèfes de France font encore aujourd'hui
partagés comme l'étoient les Territoires
des Villes du tems des Gaulois , & avant
que la Domination Romaine eût fuccedé à
la leur. Je me chargerai feulement de marquer
en tems & lieu , en quoi je perfifte à
foutenir ce que j'ai avancé dans ma Differ
tation de 1727. & de refutér les vaines objections
qu'il op fe à ce que j'ai écrit en
1738. fur Cora. Je ne donnerai point-aux
Journe ce que j'aurai encore à dire fur
Vellaunodunum , & fur Genabum , parce que
je me fuis propofé d'en faire quelques notes,
dont j'accompagnerai le premier chapitre
de mes Mémoires fur l'Hiftoire Civile
d'Auxerre.
Mais pour ce qui eft de Cora , comme je
ne me ferois jamais attendu qu'un Géographe
exact , comme M. Danville fait profeffion
de l'être , cût attaqué la Pofition que je
lui
AVRIL 1942. 713
lui ai donnée , & cela fur d'auffi foibles fondemens
, je crois , M. pouvoir dès à préfent
vous communiquer ce que j'ai à lui répondre.
Il ne m'est jamais arrivé de contredire aucune
Carte , ni aucun autre Ouvrage forti de
fa plume ; c'eft lui qui m'attaque le premier,
& qui prétend fe fervir contre moi de mes
propres armes. Examinons s'il eft bien
fondé.
>
Je place Cora de la Notice des Gaules ,
vers l'embouchure de la Riviere de Cure
dans l'Yonne , parce qu'il faut que ce Lieu
foit dans le Diocèfe d'Auxerre ,fur la route
d'Avallon à Auxerre , & qu'il paroît confor
me à la Notice de l'Empire , qu'il foit placé
à l'endroit où la Riviere , qui de là s'écoule
à Paris , commence à être navigable . Or c'eft
ce qui convient à Crevan . Je foûtiens donc
que ce qui s'apelloit d'abord Core Vicus , a
depuis été nommé Cora Venna , d'où enfin
dans le tems que le Langage vulgaire a limé
pour ainfi dire & abregé le latin de quatre
fillabes , on en a fait trois , & on a dit ( Creven
) parmi le Peuple au VIH . Siécle , d'où
dans le IX. & le X. les Actuaires au Auteurs
des Actes publics , ont forgé le mot latin
Crevennum.
M. Danville prétend au contraire , que
Cora doit n'être pas fitué fi avant dans le
Diocèle d'Auxerre que je le place , mais qu'il
doit
714 MERCURE DE FRANCE
doit être plus près d'Avallon. Il ne veut pas
qu'on ait pû ceffer d'apeller le Lieu en quef
tion Cora Vicus , pour Coravenna , & il rejette
cette étymologie de Crevan , croyant
que Cora étoit fitué à Arfi : il me fait dire
qu'il n'y a eû de Pêcherie à Crevan que depuis
l'an 933. & il ajoûte que le nom de Crevan
eft en lui -même Celtique , qu'il eft commun
à plufieurs autres Lieux , où le nom de
Cora n'a pas pû influer. Il veut qu'on ſe ſoit
fervi du latin Crevennum , dès le tems de
Charles Martel , parce qu'on s'en fervoit
l'an 901. ce qui lui a fait venir la pensée que
Cora , ou Cora Vicus , nommé chés d'anciens
Auteurs , tels qu'Ammien Marcellin , les.
Statuts de S. Aunaire , Evêque d'Auxerre du
VI. Siécle , Jean de Bobio du VII. Aimoin
de S. Germain des Prés du IX . étoit fitué
proche Arfi au Diocèfe d'Auxerre ; c'eft que
la Carte de Bourgogne , redigée par M. Delifle
, met proche ce Village un Lieu, qu'elle
nomme Querre, & fur la reffemblance de ce
nom avec Cora , il conclut que ce Bourg doit
être fitué en cet endroit.
,
Il ne diffimule pas cependant que fur fes informations
touchant ce prétendu Querre ;
les Gens du Pays lui ont répondu qu'ils ne
connoilloient pas de Lieu de ce nom ; mais
malgré cela il perfifte à dire , que quoiqu'il
n'existe pas aujourd'hui , il a dû exifter
autre
AVRIL: 1742. 715
autrefois ; que M. Deliſle ne l'a pas imaginé ,
mais qu'il l'aura fans doute pris dans des Mémoires
ou fur des Cartes particulieres. C'eſt
fur quoi je fuis bien aife de pouvoir déclarer
ce que je penfe.
M. Danville prend pour fondement de
fon fentiment une des fautes de la Carte de
M. Delifle . Quoique j'aye beaucoup d'eſtime
pour ce qui eft forti de la plume de ce
célebre Geographe , je ne fuis cependant
point affés prévenu pour croire qu'elle ne renferme
aucunes fautes. Elle en contient une
vingtaine dans le peu qu'elle renferme du
Diocèfe d'Auxerre . A commencer du côté du
Nord , je vois Rejanne écrit pour Regeannes
ou Regennes ; Perrigny placé fur la gauche
du Ruiffeau de Beauche , au lieu qu'il eft fur
la droite. J'y vois Augy , à un quart de lieuë
d'Auxerre , au lieu qu'il en eft à une bonne
lieuë. Je vois Nangy non - feulement mal placé
à un quart de lieuë de la Riviere d'Yonne,
mais encore mal écrit Mangy ; je trouve un
Survoye , Hameau inconnu ; j'y remarque le
Ruiffeau des trois Pierres , qu'on fait couler
dans des terres , qui font des Montagnes ,
où conftamment on ne le voit point la petite
Ville de S. Bry eft défigurée fous le nom
de S. Brice. Proche Colanges - les - vineuf´s eft
écrit Premereau pour Prunereau ; Efcolines
cft marqué pour Efcolives ; Irancy eft placé
18 MERCURE DE FRANCE
,
à droite du chemin qui vient de Vermenton
à Auxerre , au lieu qu'il devroit être à gauche
; pour Charentenay il écrit Charantonay;
pour Ste Pallaid il met S. Palais ; il place
I'Abbaye de Remy à une lieue ou environ de
Vermenton elle n'en eft éloignée que
d'un quart de lieuë; au lieu d'écrire S. More,
qui eft le nom d'un Village au - deffus de Ver
menton fur la Cure , il met tout couit Manrey
, faute de fçavoir que le nom latin eſt
Sanctus Moderatus. Ne foyons donc pas furpris
qu'au milieu de tant de fautes , au lieu
de mettre Arcy fur Cure , où Arcy fur Quenre
, comme quelques uns prononcent , le
Graveur ait fimplement mis Arcy Querre
oubliant la prepofition , & défigurant le
nom de la Riviere. On voit bien que M.
Delifle avoit fous les yeux la Carte du Diocèſe
d'Auxerre donnée en 1660. par Sam
fon , dans laquelle eft écrit tout au long
Arcy fur Cure , mais il en a adopté plufieurs
fauces , & y en a ajouté de nouvelles . J'ai
fait jufqu'ici ce que j'ai pû pour corriger la
Planche de Samfon , cependant je ne me
vante pas d'avoir encore réuffi en tout , &
il y a encore à corriger. Sans recourir donc à
des Mémoires , ou à des Cartes particulieres
qu'on ne connoît point , voilà tout fimplement
l'origine du lieu de Querre , fur laquelle
M. Danville établit fon fyftême,
,
I
AVRIL: 1742. 717
étoit
11 croit l'apuyer encore fort folidement
fur le narré d'Aimoin, felon lequel , il paroît
que Ufuard & Odilard , Moines de S. Germain
des Prés , qui revenoient d'Efpagne en
858. avec les Reliques des nouveaux Martyrs
Georges & Aurele , pafferent au Bourg
de Cora , avant que de venir à Bazerne ;
d'où il conclut que ce Lieu de Cora ,
plus eloigné d'Auxerre, que ne l'eft Bazerne .
Puifqu'il ne goûte point ce que j'ai mis làdeffus
dans une Note de mon Recueil ,T. 1 .
P. 314. je lui pafferai que les Reliques entrerent
dans Cora , avant que d'aller à Bazerne
, mais je lui nie fortement la conféquence
qu'il en tire , fçavoir que ce Cora Vicus ,
étoit plus éloigné d'Auxerre que ne l'eft Bazerne
deux Lieux differens peuvent être également
éloignés d'un troifiéme , & c'est ce
qui fe trouve dans Crevan & Bazerne par
raport à Auxerre. Ces deux Lieux font fitués
à quatre lieues d'Auxerre , & font fort peu
éloignés l'un de l'autre. Ufuard & fon confrere
ne venoient pas du Pays d'Avallon
mais du Pays de Beaune , fuivant le recit
d'Aimoin ils pafferent à Crevan , apellé
alors Cora Vicus par les Sçavans , & y firent
une ſtation dans l'Eglife , & comme c'étoit
à Bazerne que les Réligieux leurs confreres
les attendoient , ils ne jugerent pas à proposde
coucher à ce Core Vicns , qui eft Crevan,
5
mais
18 MERCURE DE FRANCE
mais ils pafferent la Riviere & porterent
leurs Reliques jufqu'à Bazerne , qui n'en eft
qu'à une demi-lieuë , d'où ils partirent le
lendemain pour Auxerre.
M. Danville ne defaprouve pas que je les
aye fait paffer par Yrancy , pour aller de Bazerne
à Auxerre ; je ne l'ai dit cependant que
par conjecture , parce que les Religieux
d'Auxerre poffedoient cette Terre , car Aimoin
n'en dit rien ; mais on peut croire éga
lement qu'ils allerent par le plus court chemin
, fans repaffer la Riviere d'Yonne , ni à
Crevan , ni à Vincelles ; il eft bon feulement
de remarquer que les deux Religieux Voyageurs
, ne s'aftreignoient pas à fuivre toujours
les grandes routes militaires . On vient
de lire que leur Hiftorien , après les avoir
fait paffer du Vivarez dans le Pays Beaunois,'
les conduit au rivage de la Riviere de Cure,
d'où ils arrivent au Village de Bazerne en
Auxerrois ; la fuite fait encore mieux voir
l'irrégularité de leur marche.
Au fortir d'Auxerre , dont Aimoin fait
l'éloge , en difant : Autifiodorum , Urbem
plurimorum Trophais Sanctorum infignem , les
deux Moines continuerent avec leurs Reliques
une route peu directe , pour fe rendre
à Aimant , proche Montereau , Terre du
Monaftére de S. Germain des Prés. Ils arriverent
dans le Diocèfe de Sens au petit Vil-
,
lage
AVRIL 17427 719
lage de Buteaux , de la Paroiffe de Germiny,
dans le voifinage de S. Florentin ; de là paf
fant fur les Terres d'un Seigneur , nommé
Bovon ( nom prefque reconnoiffable dans
celui de Boux ) ils allerent à Villeneuve
Archevêque. La route de ces Voyageurs fait
voir qu'ils ne s'étoient pas propofé de fuivre
Ies voyes frequentées par les Troupes , &
que rien n'oblige de les attirer du Pays Beaunois
à Avallon , pour fuivre en allant à Auxerre,
le chemin que S. Colomban avoit tenu
250. ans avant eux. Il faut donc plûtôt
avouer qu'ils alloient de connoiffance en con
noiffance ; c'eft ce qui fe voit non feulement
par leur double paffage dans le Pays de Beau
ne , à caufe des Terres que le Marquis de
Gotie y poffedoit , mais encore par le détour
qu'ils prirent au fortir d'Auxerre , puifque
ce fût probablement la connoiffance qu'ils
avoient faite à Crevic ou Crevan , qui les
engagea à paffer fur la Paroiffe de Germiny ,
dans le Lieu qui relevoit alors de ce même
Crevic ou Crevan.
Mais que nous aprend le chemin que S.
Colomban prit pour aller d'Autun à Auxerre?
Les expreffions de Jonas , fon Hiftorien , témoignent
qu'il alla d'Autun à Avallon , que
d'Avallon , où il avoit couché , il arriva en
un jour ad Vicum quem Choram vocant , &
que le lendemain il partit pour Auxerre ; or
il
20 MERCURE DE FRANCE
il y a d'Avallon à Crevan fix à fept lieuës , c
qui eſt une étenduë de chemin , plus convenable
pour remplir la marche d'une journée ,
que celle de quatre lieuës qui fe trouvent
d'Avallon au prétendu Querre proche Arfy.
Les dépendances de la Terre de Crevan ,
marquées dans l'Acte de la reftitution qui en
fut faite l'an 901. à l'Eglife d'Auxerre , dénotent
fuffisamment qu'il y avoit long- tems
que c'étoit un Lieu confidérable . Or fi Crevan
étoit un Lieu confidérable au IX. Siècle ,
pourquoi n'auroit il pas été connu au VI ?
Pourquoi ne l'auroit - il pas même été au Vill?
C'est ce que M. Danville fera obligé de nous
apr ndre , fi , par Core Vicus , dont il eft fait
mention dans les Defcriptions du Diocèfe
d'Auxerre , faites par les Evêques Aunaire
& Tetrice , il ne faut pas entendre le même
Lieu , que dans les Actes on apella depuis
Cora Vennum.
"
Mais j'efpere qu'un peu d'attention fur
la Méthode avec laquelle S. Aunaire pro
céde dans fa Deſcription , lui fera reconnoître
que Core Vicus devoit être à la place
même où l'on voit Crevan , ou à l'embouchure
de la Cure dans l'Yonne . Que M.
Danville jette la vûë fur la Carte du Diocèfe
d'Auxerre , il verra que ce Prélat indiqua
chaque jour du mois aux principaux
Lieux , allant de fuite. D'abord Eppoigny
AVRIL 1742. 727
Nord d'Auxerre , & Venouffe à l'Orient
' Eté , ces deux Paroiffes comme Chef-lieu
chacune de leur Canton ; puis paffant à ce
qui étoit à l'Orient d'Hyver , il nomme
Goix & Naintry ou Nitry. Ce dernier Vilage
étoit Chef lieu pour tout ce qui étoit
du Diocèse d'Auxerre , entre les limites du
Diocèse d'Autun & de Langres , & la Riviere
de Cure. Le jour fuivant , qui étoit
e quatrième du mois , eft deftiné pour
Cora Vicus cum Clero & Populo. Le cinquiéme
jour , c'étoit Bazerne & Accolay ;
le fixième jour , Merry fur Yonne , pour
tout ce qui étoit aux environs tant fur
1 Yonne que fur la Cure. Que peut - on reconnoître
fur la Carte entre Goix & Bazerne
, finon Irancy & Crevan ? M. Danville
ne dira pas que Core Vicus eft Irancy ;
il faut donc qu'il avoüc que c'eſt Crevan ;
d'ailleurs pourquoi cette addition cum Clera
Populo à Cora Vicus feulement,finon parce
que c'étoit un Lieu confidérable par fon Clergé
&ppaarr fon Peuple,auquel pour cette raiſon
i ne donne point d'adjoint, d'autant plus que
les deux Lieux plus prochains & prefque contigus
étoient marqués pour le lendemain ?
A ces marques,on ne peut s'empêcher de
reconnoître l'Eglife de Crevan , qui pou
voit dès lors être diftinguée comme étant
Fune des meilleures Terres de la Cathé
drale
22 MERCURE DE FRANCE
drale d'Auxerre , ainfi qu'elle l'eft encore."
Je vois outre cela une difficulté dans le
Systême de M. Danville , c'eft que , felon
fon fentiment , il faudra dire qu'il y avoit fur
la Riviere de Cure , deux Villages également
apellés Cure , à quatre lieuës l'un de l'autre , e ;
l'un à deux lieuës au -deffus de Vezelay , &
l'autre à deux lieuës au - deffous . Or il est bien
difficile de fe perfuader qu'il y ait eû deux
Villages de même nom fi proches l'un de
l'autre. Comme donc le Cora , qui eft audeffus
de Vezelay & dans le Diocèfe d'Autun
, s'apelloit fimplement Cure , ainfi qu'il
s'apelle encore aujourd'hui , il faut convenir
que celui qui étoit dans le Diocèle d'Auxerre
, devoit avoir parmi le Peuple un nom
un peu different , c'eft ce qui faifoit qu'on
difoit en Latin , non pas Cora fimplement ,
mais Cora Vicus , ce qui fe rendoit en langage
vulgaire par Corvic ou Crevic , & plus
communément Crevan. A l'égard du fimple
nom de Cure ou Cora , comme il ne pouvoit
avoir été donné par ceux d'Auxerre ,
Capitale du Pays , que pour de bonnes raifons
, il étoit naturel qu'il fût attribué au premier
de tous les Lieux , qu'on trouvoit fitué
fur la Riviere de Cure en venant d'Auxerre
& je ne vois pas pourquoi , il auroit été
donné à Arfy plutôt qu'à tout autre Village,
ftué fur la même Riviere. Cora Vicus étoit
donc
7
A VRIL.
1742 723
و
nc où eft Crevan , & joüiffoit de fon nom
imitif parmi les Géographes , mais le Peue
préfera dès le ix. fiécle le nom de Cren
plus aifé à prononcer que celui de Crec,
& ce nom étoit fondé fur ce que la
èche plus abondante à l'embouchure de la
ure , avoit rendu ce Lieu plus frequenté ,
u plutôt ( comme je me fouviens de vous
avoir oui dire ) de ce que les éclufes qu'on
conftruifit pour foûtenir les eaux de la
Cure , s'apelloient Venna ou Vennum dans
moyen âge. Caroli venna fur la Seine :
roche Bougeval , qu'on a apellé Charle
anne , jufqu'au dernier fiécle , eft un exemle
de l'emploi de ce terme , dans le fens
Eclufes ; de Gord & de Pêcherie , car l'un
t une fuite de l'autre.
M. Danville croit m'embaraffer fur l'é
mologie que je donne à Crevan , en difant
qu'il y a en France plufieurs Lieux de ce
nom , & qu'il n'y a pas d'aparence que l'étymologie
Cora venna , puiffe leur convenir ;
avoue avec lui que cela ne fe peut , mais
ft -ce une néceffité , que tous les mots , qui
prononcent à peu près de même en Fran
gois , & que l'ufage fait écrire auffi de la
même maniere , ayent la même étymologie ?
Parceque Bellus Mons eſt toujours rendu aujourd'hui
par Beaumont, ne pourrai je pas trou
ver des Lieux dits Beaumont en François , qui
ayent
24 MERCURE DE FRANCE
ayent une autre étymologie ? Que doit- on
dire , par exemple , d'une Plaine fans la
moindre élevation , qui eft cependant apellée
Beaumont ? Il eft impoffible que l'étymologie
commune de Bellus Mons lui con
vienne. En ôtant feulement deux lettres ,
on aura l'étymologie , fans changer la prononciation
. Ainfi en écrivant Baumont , qui
eft dérivé de Baume ou Balme , on fe conformera
à l'état des chofes , parce que Balme,
fignifie un Pays de Rochers , & qu'en effet
il y a des Rochers , ou de la Rocaille dans
certaines Plaines connues fous le nom de
Beaumont. Ce que je viens de rendre fenfibie
par cet exemple , doit fe trouver également
dans le nom de Crevan , & quand tous
les Villages de ce nom , qui font répandus
- dans le Royaume , s'écriroient en François
d'une maniere uniforme ( ce que je ne puis
pas accorder ) il ne s'enfuivroit pas que leur
étymologie provint des mêmes racines.
-
Au refte , fi j'ai trouvé des fautes dans la
Carte de Bourgogne publiée par M. Deliſle,
celle que M. Danville vient de donner dans
fon Livre , n'en paroît pas non plus exempte
dans ce qu'elle contient du voifinage d'Au
xerre. Il place Irancy auffi mal que l'a placé
M. Delifle , par raport au chemin d'Auxerre
à Châlons fur Saône. Le Village ou Hameat
maginaire de Survoye proche Auxerre , lu
AVRIL: 1742 *
725
a fait tranfporter la Route Romaine d'Avallon
à Auxerre , dans ce Lieu où elle n'eft
pas , & il s'eft fort foigneufement abftenu
de la marquer à l'Endroit où réellement elle
exifte & où elle eft très vifible , parce qu'elle
tombe directement au Ruiffeau de Vallan
dans la Prairie de l'ancien Autric , qu'il ne
veut pas reconnoître .
De plus , il paroît qu'il a ignoré que le
chemin qui paffe proche Irancy , venant de
Crevan à Auxerre , n'eſt pas le même que
celui qui de Noyers vient à la même Ville
d'Auxerre. L'un part de Châlons & l'autre
de Dijon ; il eft vrai qu'il y a quelques Maifons
apellées la Broce à une lieuë d'Auxerre
, où paffe le chemin de Dijon : c'eſt
aparemment là le Survoye que fa Carte repréfente
; mais entre Irancy & Auxerre , qui
eft la route de Châlons , il ne fe trouve que
Goix , Fauxbourg de faint Bry , & faint Bry
même. M. Danville peut s'informer des
voituriers , s'il n'eft pas vrai , que venant
de faint Bry à Auxerre , on ne paſſe dans aucun
Village . Je puis parler très affirmativement
de ces routes , parce qu'elles me font
fort connues ; il feroit quelquefois bon que
les Géographes fortiffent de leurs cabinets ,
& qu'ils fiffent des defcentes fur les Lieux.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris le 15. Janvier
17426
E LA
725 MERCURE
DE FRANCE
Att
LA
LANGUE.
STANCES.
Toi , par qui de la pensée
L'image à l'oreille eft tracée ,
Langue , quels maux ne fais- tų pas ?
Cent fois , par un abus infâme ,
Tu portas le fer & la flâme
Au milieu de tous les Etats .
Funefte Phaeton du Monde ,
Combien fur la Terre & fur l'Onde
N'as- tu pas caufé de malheurs ?
S'il eft quelque revers terrible ,
C'eft toi , fans doute , Monftre horrible ;
Qui nous fais verfer tant de pleurs.
Sans toi , tout l'Univers s'accorde
Si tu ne femois la difcorde 9
Nous ferions heureux pour jamais ;
Nous reverrions le tems de Rhée ,
Et la guerre étant ignorée ,
L'homme ignoreroit les forfaits .
Si Tullius , fi Démofthéne
Buffent mis leur Langue à la chaîne ,
#
AVRIL:
727 1742
Et calmé leurs boüillans difcours
Jamais une main meurtriere
De leur éclatante carriere
N'eût abregé le noble cours.
2
Voit -on les Corbeaux dans leur rage
Aux vivans caufer du dommage ?
Ils ne déchirent que les Morts ;
Un Zoile , brûlant d'écrire ,
Dévore tout ce qui refpire
Dans la fureur de ſes tranſports.
Qu'aperçois- je ? (a) un Chef de l'Empire
Aprend , fçait qu'un fougueux délire
Contre fes moeurs lance fes traits ;
Ah ! dit ce Prince debonnaire ,
Aux Médifans qui fçait déplaire ,
Se fait haïr par les bienfaits.
Si par une Loi jufte & fage
On fuivoit cet antique ufage ,
Qu'obſervoit un certain Pays ,
Que deviendroient les Satyriques ,
Ces fleaux , ces peftes publiques ,
Dont la plume inonde Paris ?
Sans grace , on caſſoit la mâchoire
(a ) Frederic III,
E ij D'un
728 MERCURE DE FRANCE
D'un pourceau , qui , (b ) ( nous dit l'Histoire }
Ravageoit un champ étranger ;
Mon honneur eft mon héritage ;
Quand un Satyrique m'outrage ,
N'eft- ce donc pas le ravager ?
Un Animal qui voit fa proye ,
Accourt , fond deffus avec joye ;
L'a- t'il dévorée ? il s'enfuit ;
Le Flateur ne chérit perfonne ,
Il careffe , afin qu'on lui donne ;
Plus de préfens , il vous détruit.
Alexandre étoit peu crédule ;
Trop flaté par Ariftobule ,
Il jetta fes Ecrits dans l'eau ;
Inutile poids de la Terre ,
Lui dit ce Monarque en colere ,
Crains pour toi le même tombeau.
Ces Princes , nés dans l'opulence ,
Dont tout refpecte la puiffance
Et l'occulte Divinité ',
Seroient bien plus heureux ,fans doute
Si quelqu'un leur frayoit la route
Du Temple de la Vérité.
(b) Cette Coûtume s'obfervoit dans l'Ile de Chypre.
Voulant
AVRI L
1742 7-9
Voulant commettre une injuftice ,
Antipater , par artifice
De Phocion cherchoit l'apui ;
Ce Sage , fidéle & fincere
1
Lui répondit d'un ton févere ,
Un flateur n'eft pas un ami.
La Foudre épargne les Campagnes ;
Ce font les plus hautes Montagnes
Qui font en butte à tous les coups ;
Plus nous brillons par la puiffance ,
Et plus la noire Médifance
Aime à s'exercer contre nous.
L'eau qu'on agite en eft moins pure ;
C'est pour n'y point voir leur figure
Que la troublent d'affreux Chameaux :
Anfi , dans le fiécle où nous fommes ,
Souvent on ne médit des hommes
Que pour leur cacher fes défauts.
Quand on méconnoît au plumage
Un Oifeau qu'on retient en cage ,
On le reconnoît à fon chant.
C'eft la Langue que je reclame ;
Par elle je découvre l'ame
D'un faux ami qui me furprend.
E ij Ce
730 MERCURE DE FRANCE
Ce Peintre étoit- il fans génie ,
Qui fous l'image de la Pie
Nous mit fous les yeux les menteurs ?
D'un côté , c'eſt la blancheur même ,
De l'autre , elle eft d'un noir extrême ;
Tant les vifages font trompeurs .
Vous , Miniftres de la Juftice ,
Avant que de perdre un complice ,
Déliberez avec lenteur ;
Un Jugement qu'on précipite ,
Immole fouvent le mérite
Et laifle impuni le pécheur .
Que de defordres ! que d'outrages !
Combien , par de faux témoignages
Vit-on d'innocens oprimés !
Alors , le bon droit , fans défenſe ,
Aperçût Thémis fans balance ,
Dant les bras tomboient défarmés.
Garder à propos le filence ,
C'est l'Ouvrage d'une prudence
Qui nous rend prefqu'égaux aux Dieux ;
Mais ce talent fi néceffaire ,
Le fecret enfin de fe taire ,
Eft ignoré dans ces bas Lieux,
AVRIL. 731 1742
Le caquet au bon fens déroge ;
Attendons qu'on nous interroge ,
Pour répondre en hommes prudens ;
Le filence eft le lot du Sage ,
Et le babil eft le partage
Des Infenfés & des Enfans,
Un grand parleur , plein d'ignorance ,
Peut- il prétendre que j'encenfe
Ses riens montés fur de grands mots ?
Sa voix frape en vain mon o: eille ;
S'il ne veut pas que je fommeille ,
Qu'il parle , & fe taile à propos.
Aux difcours on connoît les ho nmes ;
Dans le tems furtout où nous fommes ,
La Langue eft la porte du coeur ;
Souvent la plus belle figure
Renferme l'ignorance pure ,
Et l'efprit gît fous la laideur.
Enflé de fa noble preftance ,
Ligdamis gardoit le filence ,
Croyant le faire un nom par là ;
Je ne vois que votre viſage ;
Parlez , lui dit un homme fage ,
Et mon oeil vous reconnoîtra.
E iiij
You
732 MERCURE DE FRANCE
Vous, qui prétendez qu'on admire
Votre facilité d'écrire ,
;
Et le goût dont vous vous flatez
Sçavans , fuivez cette maxime ;
Que dans vos coeurs elle s'imprime ,
Venez , taifez-vous , écoutez .
D'AIRE R. C.
A Rouen ce 9. Mars 1742.
*********** *******
EXTRAIT d'une Lettre contre les
Romans.
Vous avez bien raifon , M. de dire que
rien n'eft plus dangereux pour la jeuneffe
, que la lecture des Romans. Ce faux
goût d'un Héroifme extravagant & d'une
ga.
Janterie outrée , n'eft- il pas capable , en effet,
de corrompre fes meilleures difpofitions , &
de lui infpirer le mauvais goût dont ils font
remplis ? L'efprit d'une jeune perfonne eft
trop fufceptible d'impreffions , pour croire
qu'elle lira fans danger ces fortes d'ouvrages;
ce brillant , ce pompeux , dont ils font enrichis
, eft trop feduifant ; le preftige eft trop
agréable , pour ne pas produire fon effet.
Delà ce mauvais goût qui regne dans preſque
toutes
AVRIL 1742. 733
foutes les Converfations , & fans lequel on
n'a plus droit de paffer pour bel efprit : delà
ces termes précieux , ces expreffions guindées
qu'on remarque dans une infinité
d'Ouvrages , & qui n'ont d'autre fource que
la lecture des Romans , ou d'autres Ecrits de
même nature.

La raifon n'en eft que trop fenfible ; quand
une fois le goût eft décidé pour ce vain étalage
de grands mots , pour ces penfées alambiquées
, on ne peut plus admirer la nature :
fes attraits n'ont rien de piquant , fes graces
font trop negligées ; on ne la reconnoît plus
fous cette fimplicité , qui la rend feule aimable
; ou fi on la reconnoît , ce n'eft que pour
la méprifer & lui infulter. Il faut être ennemi
de foi-même pour fe livrer à de pareilles
idées . Je l'avoue avec franchiſe , je ne comprens
pas comment on peut lui préférer des
Ouvrages , que la raiſon & le bon ſens défavoüent.
Peut- on lire fans bâiller ces tiffus
ennuieux d'avantures merveilleufes & de converfations
, où tout ne roule que fur une
tendreffe outrée , & fouvent portée au - delà
des bornes du vrai-femblable ? Peut on aimer
ce prétendu Bel-Efprit , qui n'affecte que des
pointes & des jeux de mots , & qui femble
accabler le bon fens fous le fard & l'artifice
?
En vérité je ne puis voir fans mourir d'en-
E v nui
734 MERCURE DE FRANCE
.
nui ( a ) Alcidiane fe colorer d'un Incarna¹
préparé par les mains de la pudeur , ni Chlorefis
exhaler la moitié de fon ame en foupirs.
Un homme de goût peut-il aprouver ces
tours forcés, ces expreffions recherchées , ces
airs précieux Eft ce à ces traits qu'on reconnoît
cette vraie délicateffe , qui fait le
prix d'un bon Livre ? Cherchons la nature
& ne nous laiffons point ébloüir par le brillant
d'un or faux. Rien n'eft beau que le
vrai dit un célébre Auteur ( Defpreaux . )
Ne cherchons donc que le vrai. Donnons
notre tems à des lectures où nous puiffions
trouver l'utile & l'agréable. Nou riffons- nous
le coeur & l'efprit ; faifons notre unique étude
de ces ouvrages , où l'on trouve ce bon goût
des anciens , ce fel attique , ce ſtyle plein de
nobleffe & de douceurs , ces graces vives &
naturelles , & ce je ne fçais quoi qui charme &
qui ravit rout homme qui a l'efprit juſte &
délicar. Fuyons avec une pareille ardeur ces
ouvrages , dont le ftyle trop fleuri & trop
recherché , infpire à coup fûr le mauvais
goût. J'ai connu des perfonnes que ces fortes
de lectures avoient entierement perduës ;
il eft vrai qu'à un certain âge fouvent on les
méprife , & j'ai remarqué mille fois qu'elles
avoient le fort des Coquettes. Celles- ci ne
plaifent que parce qu'elles ont l'art de voile
(a ) Traits de Romans.
leurs
AVRIL. 1742 .
735
leurs défauts fous des agrémens poftiches,
inftruites qu'elles font , qu'elles ne peuvent
fe produire avec leurs attraits naturels , &
qu'étant dénuées de ces charmes qui fixent
les regards , & quelquefois le coeur des hommes
, elles ne peuvent recevoir leurs hommages
, ou l'emporter fur une rivale , fans
avoir recours à cette induſtrie. Les Romans
font fouvent expofés à la même fatalité ; tant
que leur faux éclat ébloüit , ils fe foûtiennent
, mais la raiſon vient - elle à percer les
voiles qui l'abufoient ? auffi tôt le charme qui
avoit féduit , difparoît , & ce qu'on eftimoit
de l'or pur, devient à peine du clinquant.
Je regarde , M. la corruption du goût
comme la fuite la moins fâcheufe que puiffe
avoir la lecture des Romans. Celle du coeur
eft celle qui doit le plus intéreffer un honnête
homme. Il importe peu pour le bonheur
de la vie qu'on ait l'efprit faux ; qu'on
ait au contraire le coeur droit , on poffede
les talens les plus précieux. La bonté de l'efprit
n'eft qu'accidentelle à l'homme pour
vivre heureux , mais la bonté du coeur lui eft
néceffaire. Sans elle il ne peut poffeder le
fouverain bien ; la lecture des Romans & de
tous les autres Ecrits pareils , dont Paris eft
inondé , doit donc beaucoup nous inquiéter,
Quel fruit , en effet , peut- on en retirer ? Y
voit-on des exemples de vérité , des modéles
E vj de
36 MERCURE DE FRANCE
de vertus , des leçons de modeftie , & des
préfervatifs contre le dangereux attrait de la
volupté Toutes les paffions , au contraire ,
n'y triomphent- elles pas comme dans leur
centre , & n'y puife- t'on pas à longs traits.
un venin , qui en flatant agréablement l'efprit
, trouve infailliblement quelque iffuë
pour pénétrer jufqu'au coeur , & pour le corompre
? Tous ces trafics de regards impurs
, tous ces commerces criminels de tendreffe
& de libertinage , tous ces difcours
étudiés , ou fous des couleurs , d'autant plus
dangereufes , qu'elles font vives & brillante
on ne craint point d'allarmer la pudeur , r
de falir l'imagination par des équivoques
remplis d'ordure & de malignité ; tous ces
entretiens fecrets , ces déclarations tendres ,
où l'on ne puife que des leçons d'un profane
amour en un mot , toutes les vertus
travesties n'y font elles pas autant d'écueils
terribles à l'innocence ? Par tout
ne trouve- t'on pas la vanité déguisée en
point d'honneur , l'hypocrifie en prudence ?
Partout ne trouve - t'on pas permis ce qui eft
défendu ? Ici l'on prend le goût du menfonge
dans le récit d'une infinité de Fables
qu'on y arrange , & qu'on y débite avec art ;
& on s'y laiffe charmer par les peintures féduifantes
qu'elles renferment. Là , toutes ces
paffions imaginaires qu'on y voit fi naturellement
1
AVRIL: 1742 737
lement dépeintes , en font ſouvent naître de
véritables , & fouvent on a la hardieffe de
les juftifier & de les entretenir par celles
qu'on y voit autorisées : Que d'horreurs
cher ami , quelles fuites fâcheufes ! Qu'il eft
donc bien vrai de dire que rien n'eft plus
dangereux à la jeuneffe que ces fortes de
lectures : elle n'eft pas toujours en état de
connoître le venin que cache une flateuſe
expreffion ; il lui eft préfenté dans des vafes
trop riches & trop brillans pour refufer de
s'en enyvrer ; & quand même l'efprit feroit
affage pour le rejetter , peut-être que
Cour n'y confentiroit pas. Le penchant à l'amour
triomphe fouvent des plus férieuſes
réflexions , & quand il eft faté , c'eft en
vain qu'on lui opofe la raiſon.
le
EXPLICATION du fecond Logogryphe
du Mercure de Janvier 1742.
AVouloir expliquer ce Logogryphe entier
Dont la varieté le rend plus difficile ,
Lecteur, tu perds ton tems , quoique tu fois habile
Si tu n'as recours au Papier.
R. A. R. D. B.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Mars , font la Bourfe à cheveux
738 MERCURE DE FRANCE
veux , Operateur , & Panniculus , Haillon.
On trouve dans le premier Logogryphe ,
Eve , Opera , Partere , Parure , Pature , Pô,
Rave , Ruë , Rat , Route , Rôt , Or , Orateur,
& dans le Logogryphe latin , Pan , Panis
Annus , Lucus , Canis , Anus , Lacus , Lupus,
Linus , & Nilus.
ENIGM E.
JE fuis , Lecteur , un
Inftrument
A tout le monde fort utile ;
Mais on me voit plus rarement
Au Village que dans la Ville.
Mon fein renferme un Elément ;
J'en mets un autre en mouvement :
Souvent à la poitrine humaine
J'épargne une affés rude peine.
J'ai des oreilles , une peau ,
Des côtes , un bec , une haleine ,
Et fi je ne fuis point oifeau.
En changeant un peu de figure ,
Sans pourtant changer de nature ,
Je fers à differens emplois .
Par moi Timarette ou Silvandre ;
Affis à l'ombrage des Bois ,
Amufe
AVRIL. 1742 7397
'Amuſe , touche & rend plus tendre
L'objet qui le tient fous fes loix .
Mais le plus beau de mes uſages ,
C'eft d'être admis près des Autels ,
Et de concourit aux hommages
Que l'on rend aux Dieux immortels .
Mon nom pris d'une autre maniere
Repréſente un je ne ſçais quoi ,
Qui n'eft pas de trop bon ai ,
Qui n'eft point efprit ni matiere ,
Que l'on ne voit pas , mais qu'on fent ,
Par où plus d'un homme deſcend
Ou fait defcendre dans la Biere .
Par Mlle d'Arras.
LOGO GRYPH E.
Fille de la délicateffe ,
Huit lettres , en trois pieds , compofent tout mon
corps :
Le folâtre Dieu de l'yvreffe ,
Quand le Chien de Procris fait fes brûlans efforts,
Reclame mon fecours , & la Naïade alors
Qui voyoit faner fa richefle ,
Dans mon fein avec allegreffe
Retrouve les plus purs tréſors,
Quoi
!
$40 MERCURE DE FRANCE
Quoi ! tu me tiens déja , Lecteur ? Ok ! n'imagine
M'avoir connuë à fonds d'un ſeul regard ;
Par vingt traits differens j'exercerai ton art :
Ecoute , lis , rêve & devine .
D'abord mon dernier membre ôté ,
De mon fecond le milieu coupe encore >
Je fuis ce favori qu'implore
La plus fcrupuleufe Beauté ;
Elle voudroit me voir aplaudir à fes charmes ;
Mais fouvent ma fincerité
Lui coûte les plus vives larmes .
Mon ventre & mon membre dernier
D'un Animal peu familier
T'offrent l'induftrieux
ouvrage ,
Qui par d'habiles mains de nouveau façonné ,
Dans un lieu faintement orné
S'immole de grand coeur au plus pieux uſage .
Retranche mon milieu , puis change , cher Lecteur,
L'ordre de ma feconde & ma troifiéme lettre ;
Château brillant , aîlé , tu me verras paroître ,
De maints forfaits redoutable
vengeur ,
Et comme un autre Briarée ,
De cent coups à la fois je bats le vieux Nerée.
Coupe ma tête , & de mon fecond pié
Allonge par le haut la lettre initiale ,
Je fuis le lot apprecié
De la Poëtique Cabale.
A mon ventre viens ajoûter
Ce
AVRIL. 1742. 741
Ce qui chés moi tient la feconde place ,
Ah ! par des voeux preffans tu me vas ſouhaiter ,
Mais en vain ; pour m'avoir il faut me mériter ;
On ne m'obtient jamais par grace .
Mes deux membres premiers combinés , meſurés ,
Font un Etre volant , qui lorfqu'on tond Cérés ,
Sans redouter la foif cruelle ,
Fait retentir les airs de fes fons affûrés ,
Moins tendres , il eft vrai , que ceux de Philomele
Enfin fi je voulois tout dire , Ami Lecteur ,
J'ouvrirois à tes yeux cent merveilles encore.
De mon fein tu verrois éclore
Le monftre contraire à douceur ;
Nottes ; Villes auffi , ce qui toûjours démange ;
Ce que tu bois fans t'en apercevoir ;
Ce que tu crains fi fort au tems de la vendange ;
Ce qui .... mais , c'eft affés , dis- tu ? jufqu'au revoir.
Par Mlle Ciffonne.
A Villefranche en Beaujolois , ce 4.
1741.
Avril
NOU.
742 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
ESCRIPTION DE PARIS de
D Versailles, de Marly , de Mendon , de
S. Cloud , de Fontainebleau , & de toutes les
autres belles Maifons & Châteaux des envi
rons de Paris. Par M. PIGANIOL DE LA FORCE.
T. I. contenant l'Hiftoire de Paris , fon
Gouvernement Eccléfiaftique , Civil & Militaire
, la Defcription du Quartier de la
Cité , avec des Figures en taille douce Nouvelle
Edition. A Paris, chés Théodore le Gras,
Grand'- Salle du Palais , à l'L couronnée ; Ch .
Nicolas Poirion , rue S. Jacques , vis - à- vis la
rue des Noyers , à l'Empereur; Defprez & Ca·
velier , fils , ruë S. Jacques, aux trois Vertus,
1742. Le prix eft de 24. livres.
M. PIGANIOL DE LA FORCE , Auteur de
plufieurs bons Ouvrages de Géographie &
de Topographie Hiftoriques , vient d'enrichir
le Public d'une Nouvelle Defcription
de la Ville de Paris , en huit Volumes in-8 °.
tous parfaitement bien remplis , curieux , &
très - bien écrits ; l'Auteur fe propoſe , & le
Titre Géneral de fon Ouvrage l'y engage, de
donner de la même maniere les Defcriptions
de
AVRIL. 1742: 743
de Verſailles , de Marly , de Meudon , de S.
Cloud , de Fontainebleau , & de toutes les
Maifons diftinguées , & Châteaux confiderables
, qui font aux environs de Paris. Cet
Ouvrage manquoit à la Litterature Françoiſe.
11 n'y a qu'à féliciter le Public fur l'entreprife
projettée , & déja heureuſement exécutée
dans fa principale Partie. La Reconnoiffance
oblige en même tems de fouhaiter à
l'Auteur la continuation d'une bonne fanté,
& les plus longs jours , pour joüir du fruit de
fes travaux , ou plûtôt de la gloire dûë à ces
mêmes travaux , & à fes bonnes intentions.
Le I. vol. eft précedé d'une Préface des
plus inftructives , & fuivie d'un beau PLAN
General des XX. Quartiers de la Ville &
Fauxbourgs de Paris , où l'on voit la fitnation
, les Limites , & les tenants & aboutiffants
de chaque Quartier. On trouve enfuite une
Hiftoire abregée de cette grande Ville ; c'eſt
un beau Portrait , en racourci , mais où rien
ne manque , & qui fait beaucoup de plaifir
à voir. Le refte du Livre eft rempli par l'Expofition
Sommaire des trois Gouvernemens
de la Ville de Paris : fçavoir , l'Ecéleſiaſtique
, le Civil , & le Militaire ; & par la
Defcription du Quartier de la Cité , qui eſt
le premier dans la Divifion de toute la Ville
en vingt Quartiers avec un Plan à la tête
qui porte ce titre : PLAN & Defcription de
Quar
744 MERCURE DE FRANCE
,
Quartier de la Cité , avec fes Rues & ſe's Limites.
Peu de pages après on trouve : PLAN
& Defcription de l'Ifle Notre- Dame & de l'Ifle
Louvier , avec leurs Limites & Ruës dépendant
du Quartier de la Cité
Plufieurs figures en taille douce enrichiffent
Ja Deſcription Hiftorique de ce grand Quartier
; on y voit d'abord avec plaifir les Monumens
d'Antiquité qui furent trouvés l'an 1711 .
en creufant dans le Choeur de l'Eglife Métropolitaine,
pour bâtir un Tombeau aux Archevêques
de Paris . Monumens qui exercerent
d'abord la plume de deux Académiciens
MM. Moreau de Mautour , & Baudelot de
Dairval , puis celles de MM. de Leibnitz &
Eccard , de Dom B. de Montfaucon , de M.
Keifler , & de Dom Lobineau .
D'autres figures , auffi bien deffinées &
gravées, repréfentent le Portail de cette grande
& premiere Eglife , & le magnifique Autel
exécuté en conféquence du Vau folemnel
du Roy Louis XIII . mais fort au deſſus du
premier projet , tout magnifique qu'il étoit
par la Piété de LOUIS LE GRAND , qui eſt allé
au -delà des intentions de fon augufte Pere.
Dans la Deſcription de l'Eglife de S. Landri
, on trouve la repréfentation du beau
Maufolée que François Girardon fit ériger
pour Catherine du Chemin , fon Epoufe , &
pour lui. Ce Sculpteur célebre en donna le
Modéle
AVRIL. 17429 745
Modéle & le fit exécuter par deux de fes
Eléves. L'Auteur , qui n'oublie rien de remarquable
, aprend ici que cette digne Epoufe
étoit auffi une femme illuftre , qui avoit
excellé à peindre les fleurs , & qu'elle avoit
mérité une place dans l'Académie Royale de
Peinture & de Sculpture , & c.
Sur la fin du même premier volume , no
tre Hiftorien en décrivant le Pont- Neuf, l'un
des plus beaux de l'Europe à fon gré , donne
dans des Planches féparées le Bâtiment de
la Samaritaine, & la Statuë Equeſtre du Roy
Henri le Grand.
Ec après avoir décrit auffi de Pont Notre-
Dame & le Pont au Change , il met fous les
yeux des Lecteurs , dans une derniere figure ,
le Monument qui eft à l'un des bouts de ce
dernier Pont , où l'on voit une Statuë de
bronze de Louis XIV. repréſenté à l'âge de
dix ans , avec des accompagnemens & des
ornemens, qui donnent lieu à un Article fort
curieux .
La Deſcription du Pont S. Michel termine
le Livre dont nous venons de rendre
compte. Nous en uferons de même à l'égard
des Tomes fuivans.
LETTRE à une Superieure de Commxnauté
, chargée de l'Inftruction de la Jeuneffe .
Brochure in-8°. A Paris , chés Marc Bordeler,
43 MERCURE DE FRANCE
delet , ruë S. Jacques , vis à vis le College des
Jefuites , à Saint Ignace. M. DCC. XLII.
Si l'Inftruction de la Jeuneffe eft d'une
extrême conféquence , la maniere d'inftruire
ne l'eft pas moins : il faut pour cela bien des
talens , du zéle & de l'aplication. Il faut
fçavoir difpefer les fujets à bien recevoir
l'Inftruction , il faut connoître les mauvaiſes
qualités qui empêchent de profiter , pour
les combattre ; s'étudier à détruire les paffions
, furtout l'humeur & l'amour propre ,
inſpirer de l'eftime pour la vertu , la faire aimer
& pratiquer , fçavoir perfectionner les
bonnes qualités , & corriger les mauvaiſes.
Que de moyens concourent enſemble &
pour l'efprit & pour le coeur ! L'Auteur de
cette Lettre a bien raifon de dire , que chaque
partie de l'Inftruction demande des lumiéres
particuliéres pour s'en acquiter avec
fuccès , & que l'Inftruction , felon la pensée
de l'Apôtre , eft un grand don . Le même
Auteur ouvre ici un grand champ à bien des
perfomnes , & fait efperer que les premiers
Pafteurs & les Miniftres inferieurs , feront
excités à travailler fur un fujet fi important ,
puifqu'il eft vrai de dire , que l'Inftruction
eft la fource du bien & du mal qu'on voit
dans le monde en géneral , & dans les familles
en particulier.
Après cette importante Lettre , fuit une
Prierę
AVRIL. 1742. 747
3/
Priere , qui eft proprement un Examen fur
chaque Article de l'Oraifon Dominicale , &
cette Priere fait connoître , qu'il faut bien
des conditions pour être vrais Adorateurs en
efprit & en vérité. Ainfi on peut dire que la
maniere de prier comme il faut , eft renfermée
dans la maniere de bien inftruire,
NOUVEAU VOYAGE fait au Levant
ès années 1731. & 1732. contenant les Defcriptions
& Alger , Tunis , Tripoly de Barbarie
, Alexandrie en Egypte , Terre Sainte
Conftantinople , &c. Par M. TOLLOT ,
1. vol. in- 12 . A Paris chés André Cailleau,
Libraire Place de Sorbonne, au coin de la
rue des Maçons , à S. André, M. DCCXLII.
,
L'Auteur de ce Nouveau Voyage , en préfente
la Relation au Public avec une louable
modestie , capable de prévenir en fa faveur
les Lecteurs les plus difficiles . Il eft
vrai que nous avons plufieurs Livres de cette
efpece, & que les Pays dont il s'agit ici , nous
font déja connus ; mais on peut diftinguer
cet Ouvrage de la foule des autres , par l'air
de fimplicité , de vérité & d'exactitude qui
s'y font remarquer. C'eft d'ailleurs un avantage
particulier pour cet Auteur , & qui influe
beaucoup fur fa Relation , d'avoir fait
ce Voyage avec M. le Chevalier de la Condamine
, de l'Academie Royale des Sciences
48 MERCURE DE FRANCE
ces , de qui il avoue avoir tiré beaucoup
d'éclairciffemens fur differentes matiéres qui
lui étoient inconnuës.
On trouve à la fin du Livre , l'Hiftoire de
Patrona , Principal Perfonnage de la Révo
lution, qui a mis fur le Trônè le Sultan Regnant.
Cette Hiftoire eft fuivie de celle du
fameux TOPAL OSMAN , ci -devant Grand
Vilir , laquelle eft des plus finguliéres , &
l'Ouvrage finit par une Defcription de
Conftantinople , fuivie du départ de l'Auteur
, qui fut de retour à Paris , le 29. Juin
1732.
ABREGE' du Méchanifme Universel en
Difcours & Questions Phyfiques , dans lesquels
on dévelope les caufes naturelles & immédiates
des plus furprenans Phénomenes , par
des Démonftrations fondées fur les Obfervations
& Experiences faites dans les Académies
Royales des Sciences de Paris & de Londres >
fur plufieurs autres de l'Invention de l'Auteur.
Enrichi de plufieurs Figures en Tailledouce.
Par M. MORIN , Prêtre Profeſſeur de
Fhilofophie au College Royal de Chartres . 1 .
vol. in- 12 . A Paris , chés André Cailleau ,
Place de Sorbonne au coin de la rue des Ma
çons , à S. André. 1741 .
On trouve chés le même Libraire , les
Livres faivans..
COLAVRIL.
1742 749
COLLECTIO Judiciorum de Novis Erroribus
, qui ab initio XII. faculi poft Incarnationem
Verbi , ufque ad Annum 1735.
3. vol. fol. 1738.
2 "
D
15.0
HISTOIRE du Peuple de Dieu, 10.
vol. in- 4°.
Idem 10. vol. in- 12.
HISTOIRE Naturelle de l'Univers ,
& c. Par M. Colonne. 4. vol . in- 12 . avec
figures.
Les PRINCIPES DE LA NATURE , fuivant
l'opinion des anciens Philofophes , &c. 2.
val, in-12. J
LA DECOUVERTE des Longitudes.
Avec la Méthode facile, aux Navigateurs.
Par M. de l'Ifle, in-1 2.
LA RELIGION Proteftante convaincuë
de faux dans fes Regles de Foi particulieres.
Par M. Mefnard, 2 .. vol. in-12
1741.
LE GEOGRAPHE Methodique , ou
Introduction à la Geographie Ancienne &
Moderne , par M. l'Abbé de Gourné ; &c.
-in-1 2.
LA BIBLIOTHEQUE des Philofophes
Chymiques. Nouvelle Edition , avec des
Figures & des Notes , &c. 3. vol. in- 12 .
1741 .
7 HISTOIRE ROMAINE de Tite- Live
traduite en François , avec le Suplément de
F Freinso
MERCURE DE FRANCE
ލވ
1 .
Freinshemius , par M. l'Abbé Brunet
Decade. 3. vol. in- 12. cinsi in p
HISTOIRE de la Pairie de France , &
du Parlement de Paris , des Pairies d'Angleterre
, & des Grands d'Espagne 1 , vol in- 12 .
HISTOIRE des Révolutions d'Angleterre
, par Burnet 4 voll in-4 avec les
Portraitschu
JOURNAL Litteraire complet , con
tenant 47. Parties , jufqu'en 1741 .
CON QUESTE des Portugais. 4. vol.
in- 02.
OEUVRES de Mariotte , 2. vol. in-4
Figures.
• VOYAGE de l'Arabie Heureufe , & c.
M. de la Roque par , : 2. vol.in12, avec figures.
DE SYRIE & du Mont- Liban
vol. in 12.. Figures.
>
2.
DE L'UTILITE' des Voyages , & de
Avantage que la Recherche des Antiquités
procure aux Sçavans . ›2. vol. in- 12. avec figures.
INTRODUCTION à l'Hiftoire Génenérale
de l'Univers , par M.le Baron de
Puffendorf. 19. vol . in 12. avec figures.
OBSERVATIONS fur toutes les Parts
de la Phyfique. 3. vol. in- 12 .
LA SCPENCEAMilitaire , par M. Barde
de Villeneuve. 5. vol . in- 8 ° . avec figures.
VOYAGE
AVRI L. 755
4
1742.
VOYAGE de Siam des R. R. P. P. Je
fuites. 3. vol. in 12. avec figures.
MEMOIRES de Pologne. i . vol . in- 122
EXPLICATION ABREGEE des Coû
tumes & Cérémonies obfervées chés les Romains ,
pour faciliter l'intelligence des anciens Auteurs.
Ouvrage écrit en Latin , par M. Nieu
port , & traduit par M.l'Abbé ... A Paris
chés Jean de Saint , rue S. Jean de Beauvais .
M. DCC. XLI. in- 1 2.
Après avoir donné une idée générale de
la Ville de Rome depuis fa fondation , l'Auteur
parle des differens ordres de fes Gitoyens
, du Sénat , des Chevaliers & du
Peuple , de fes Aflemblées ou Comices de
differentes efpécés. Il parle enfuite des Magiftrats
, de leur Jurifdiction , de leurs Fonctions.
Le III. Livre traite des Jugemens publics
& particuliers . Le IV. de la Religion
de des Miniftres de ce qui dépendoit de
leur Miniftére , & des Cérémonies Religieu
fes. Dans le V.il eft parlé de la Milice Romaine.
Dans le VI . & dernier , l'Auteur entre
dans le détail de la vie privée des Ro-
-mains.
• RECUEIL de plufieurs Arrêts notables
du Parlement de Paris , pris des Memoires de
M.Georges Louet , Confeiller du Roy au même
-Parlement , contenant un grand nombre d'Ar-
Fij rêts
752 MERCURE DE FRANCE
rêts & de Décifions , recueillis par M. Ju
lien Brodeau , Avocat en la Cour. A Paris
chés de Nully, Libraire , Grande Salle du Pa
lais. 1742. fol. 2. vol.
M. Guy du Rouffeau de la Combe , Auteur
de cette derniere Edition , l'a enrichie
de nouvelles Remarques. Il a corrigé auffi
un grand nombre de fautes , qui s'étoient
gliffées dans les précédentes Editions , foit
par raport à la date des Arrêts , foit par raq
port à leur prononcé.
Montalant Libraire , Quai des Auguftins ,
à fait venir d'Italie , & débite actuellement
les neuf premiers volumes de la Nouvelle
Edition des Annales Eccléfiaftiques du Cardinal
Baronius , avec la Critique du P. Antoine
Pagi . Il attend le X. vol . qui eft auffi
imprimé, & il continuera à faire venir ce qui
refte à imprimer de cette Nouvelle Edition
à mesure que les volumes fortiront des Pref
fes de l'Imprimeur de la Ville de Lucques.
SERMON fur la Dédicace Solemnelle
de l'Eglife des RR. Peres Anguftins Dé
chauffés de Paris , fous le titre de NOTRE
DAME DES VICTOIRES. Prononcé le
Mercredi , quatrième jour de l'Octave de la
Confécration , 16. Novembre 1740. Par M.
'ABBE CLEMENT , Docteur en Théologic.
A V R I L: 1742 753
logie . Brochure in- i 2. de 66. pages. A Paris ,
ches Hipolite- Louis Guerin , rue S. Jacques ,
à S. Thomas d'Aquin 1742 .
De tous les Difcours qui ont été pronons
cés fur ce grand fujet , aucun n'a peut - être
reçû de plus juftes aplaudiffemens , aucun
n'a mieux mérité que celui- ci , d'être rendu
public par l'impreffion. Tout y eft édifiant
& marqué au coin de la véritable éloquencé
de la Chaire Evangelique , fans compter plufieurs
traits éclatans de notre Hiftoire , que
l'Orateur Chrétien a trouvé le moyen d'y
faire entrer , & qui achevent de rendre ce
Difcours , une Piéce curieufe & parfaite dans
fon genre
.
Les Srs Guerin , Villette , & Delefpine
Libraires ruë S. Jacques , ont mis en vente
deux nouveaux volumes de la fuite de l'Hiftoire
des Empires & des Republiques , depuis le
Deluge jufqu'à J. C. par M. l'Abbé Guyon.
2
L'un de ces deux volumes eft intitulé , Les
Selucides Rois de Syrie. T. VII . vol . in- 12.
de $37. pages. L'autre , Les Thraces & les
Parthes , T. VIII. vol . in- 12. de 447. pages.
Cette Hiftoire contient jufqu'à prefent dix
vol . dont le I. contient , les Egyptiens. Le II .
les Affyriens & Babyloniens . Le III . Les Perfes.
Le IV.Les Macedoniens,premiere Partie. Le V.
Les Macedoniens ,feconde Partie. Le VI . Les
Fiij Ptolomées
754
MERCURE DE FRANCE
Ptolomées Rois d'Egypte. Le VII Les Selncides
Rois de Syrie. Le VIII. Les Thraces & les
Parthes. Le IX. Lacedemone , première Partie.
Le X.Thebes & Athenes , premiere Partie.
Tous ces volumes reliés , fe vendent fo f.
chacun. L'Ouvrage complet contiendra
douze volumes. L'Auteur l'a actuellement
achevé , & les Libraires ci- deffus nommés ;
impriment actuellement Lacedemone , feconde
Partie , T. XI. & Athenes , feconde
Partie. T. XII.
Le Mardi 3. Avril , l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles - Lettres tint fon Affemblée publique
d'après Pâques , à laquelle M. le Comte de
Maurepas , Miniftre & Secretaire d'Etat , préfida .
M. de Boze déclara d'abord que l'Académie avoit
adjugé le Prix , dont nous avons expofé le Sujet en
fon tems , à M. Pelloutier , Paſteur de l'Eglife de
Berlin , & ce Prix fut à l'inſtant remis à M. du Mo.
• lard , préſent à l'Affemblée , & chargé de fa Procuration
.
M. de Boze , ouvrit la Séance par l'Eloge de feu
M. l'Abbé Banier , lequel fut fuivi de ceux de M. le
Cardinal de Polignac , & du R. F. Don Bernard de
Montfaucon .
M. l'Abbé de la Bleterie remplit le refte de la
Séance par la lecture d'une Hiftoire de l'Empereur
Jovien ,de fa compofition.
Le 4. Avril , l'Académie Royale des Sciences tint
fon Aflemblée publique , à laquelle préfida M. le
Comte de S. Florentin.
M
DOM ASMRI LJ U7427753
M. de Mairan ouvrit la Séance par la lecture de
P'Eloge de M. le Cardinal de Polignac.
: M. Duhamel lût enfuite un Mémoire d'Anatomie
, dans lequel il expliqua la maniere dont fe
forment & s'accroiffent les Os du corps de tout
Animal.
.. M. Caffini finit la Séance par la lecture, des Obfervations
qu'il a faites fur la Comete qui a commencé
à paroître dans le mois de Mars dernier.
L'Académie de Soiffons délivrera dans fon Affemblée
publique du Lundi 22 Avril 1743 un Prix qui
fera une Médaille d'or de la valeur de 3.00 livres ,
donnée par M. le Duc de Fitzjames , Pair de Fran-
Ice , Evêque de Soiflons.
Elle l'adjugera à une Differtation Hiftorique d'une
heure ou une heure & demie de lecture .
Elle propofe pour Sujet , 1 % La Conquête de la
Bourgogne , entreprife en $ 32 . par Childebert &
Clotaire ; fut-cile achevée dans la même année &
partagée feulement par ces deux Rois ? ou ne le
fut- elle qu'en 34. par les mêmes Rois , aidés des
forces de Théodebert , leur neveu 2 Partagea- t'il
avec eux cette dépouille a
2. Si cette guerre ne fut terminée qu'en 534.
quelles en furent les actions & les circonstances
principales depuis 5:32 d ,
3. Quels étoient ceux que Grégoire de Tours
apelle Leudas , & qui défendirent le jeune Théodebert
contre les intrigues & les efforts de Childebert
& de Clotaire NO
4°. Quelles Provinces , Cités ou Places furent
ajoûtées fucceffivement au Royaume de Soiflons, &
en quelles années ? 1 °. Par la Conquête de la Thuringe.
2. Par le partage du Royaume d'Orleans .
3. Par la Conquête de la Bourgogne. 4 ° . Par la
Fiiij ceffion
758 MERCURE DE FRANCE
ceffion des Oftrogots . 5. Par la mort de Théobalde,
Roy d'Auftrafie. 6 ° . Enfin quelle étoit l'étendue du
Royaume de Soiffons ou de Clotaire , lorſqu'il eutréuni
en fa perfonne tout l'Empire François ?
5°. La Céffion faite aux Rois François par l'Empereur
Juftinien , doit - elle s'entendre de toutes les
Gaules , ou fimplement de la Provence , qui leur
avoit déja été cedée par les Ostrogots ?
Et pour donner plus de tems & de facilité aux
'Auteurs , elle propofe pour Sujet de la Diſſertation
de 1744.
1º. De quelles Provinces ou Cités étoit compofé
le Royaume de Soiffons lorfqu'il échût en partage
à Chilpéric ? Quelles furent depuis les augmentations
ou diminutions , avec leurs Epoques jufqu'au
tems où Clotaire II . réunit en fa perfonne toute la
Monarchie Françoife ? Quel fut en particulier pen
dant ce tems- là le fort de la Ville de Soiffons ? Quels
furent les differens partis qu'elle fuivit , les Siéges
qu'elle foûtint & les principaux Evenemens qui peuvent
la regarder ?
CT 11,
2°. Quelles étoient les limites du Territoire de
Soiffons, regardé comme Cité & Duché particulier?
3°. Quel eft le Lieu nommé Roffontenfis , dans le
Traité d'Andelau ? Gregor. Fur. L. 9. Cap. 20 .
2°. Quel eft celui nommé Truccia ou Trucciago ,
dans le Pays Soiffonnois , où le livra la Bataille entre
Fredegonde & les Generaux de Childebertè
Gefta Franc. Cap. 36. 3 ° . Quel eft le Lieu nommé
Latofao , où Fredegonde avec fon fils Clotaire , défit
l'armée des Enfans de Childebert Fredeg. 17.
Eft-ce le même que celui nommé Lufao : Geſt Franc.
46. où Martin & Pepin furent défaits par Thierry
& Ebroin , & qu'un Auteur moderne dit être Lafaux
, entre Laon & Soiffons ?.
Dans l'examen des Ouvrages , on aura égard .
nonAVRIL.
757 1742
non-feulement au nombre & à l'étendue des rccherches
, mais encore à la pureté du ſtyle & à la
beauté du Langage.
Les Auteurs font avertis de mettre à la marge ou
à la fuite de leurs Ouvrages les preuves des Faits
qu'ils auront avancés, & les fources où ils les auront
puifés .
On prie ceux qui envoyeront des Diflertations
Latines, de mettre auffi en marge les noms François
des Perfonnes ou des Lieux dont ils feront mention.
On adreffera à M. de Beyne , Préfident au Préfi
dial de Soiffons & Sécretaire perpétuel de l'Académie,
les Ouvrages deftinés au concours ; on les envoyera
, port franc , & avant le premier Février
fans quoi ils ne feront point retirés.
Les Auteurs ne mettront point leurs noms au bas
de leurs Ouvrages , mais feuelment une Sentence ,,
& en les envoyant ils indiqueront une adreffe à laquelle
M. le Sécretaire puiffe leur faire tenir fon
Récepiflé.
On les prie de prendre les mesures néceffaires
pour n'être point connus jufqu'au jour de la décifon
, de ne point figner les lettres qu'ils pourroient
écrire à M. le Secretaire , ou à tout autre de Mrs les
Académiciens , les avertiffant que s'ils font découverts
par leur faute , ils feront exclus du concours .
L'Auteur qui aura remporté le Prix , viendra le
recevoir dans la Séance publique de l'Académie le
Lundi 22. Avril 1743. finon il envoyera à une perfonne
connue fa Procuration , pour être remise à
M. le Sécretaire avec le Récepiffé de l'Ouvrage .
F v AS
758 MERCURE DE FRANCE
ASSEMBLEE PUBLIQUE
de l'Académie des Beaux- Arts de Lyon ,
tenue le 6. Décembre 1741 .
M. de Ruolz , qui préfidoit en l'absence de M.
Dugaz , ouvrit , felon l'ufage , la Séance par un
Difcours , où il rendit compte du travail de l'Aca
démie depuis la derniere Affemblée publique . Voici
les Mémoires dont il parla .
DESCRIPTION d'un Pont volant , apellé communément
Traille , proposé pour mettre fur le Rhône ,
devant cette Ville.
Le Bateau doit être tenu par une corde attachée
fur fon flanc & fixée par l'autre exrêmité à un point,
centre de mouvement , au milieu du lit du Fleuve.
Dans cette difpofition , le Bateau étant abandondonné
au courant , paffèra d'un bord de la Riviere
à l'autre , en décrivant une portion de cercle qui
aura pour rayon le cordage .
On y obferve que pour la facilité du trajet , le
Bateau doit préfenter obliquement le flanc au fil de
l'eau , & que la corde doit être fuportée dans quelques
points par des piéces d'un bois léger .
L'Auteur rejette l'ancre & les pilotis pour tenir
1a corde au milieu du Fleuve , parce que l'ancre
peut labourer , fe caffer , & les pilotis occafionner
des naufrages , ou fe déraciner . Il leur préfere , par
bien des raifons , une pierre parallellepipede , qu'il
apelle Tortuë , armée fur les deux têtes de quatre
pattes de fer faillantes fur les angles en diagonales ;
deforte que fur quelque côté que la Tortuë fe
couche , elle faffe apui fur quatre pattes qui pénetreront
le terrain à proportion de fa pefanteur . Une
longue pièce de bois , entretenue fur la tête de la
pierre du côté d'aval , par un anneau & une chape
de fer , fon autre extrêmité flotante le
cordage
tiendra par
AVRIL. 1742 . 759
7
eordage fur la furface de l'eau , ce qui procure la facidité
de visiter cette corde & de la changer à volonté.
Cette invention plus folide que les trailles ordinaires
, a été proposée pour éviter les piramides de
charpente que l'on employe pour foûtenir dans les
trailles ordinaires la corde qui traverſe la riviere,
afin de conferver par là , la belle & magnifique de
coration des nouveaux Quais , puifque cette charpente
ne préfente que des objets défagréables &
embarallans pour le cours des voitures & pour les
Manoeuvres qui fe font fur les Peris .
L'Auteur en aprenant que fur le Rhin , fur la
Meufe , & fur le Pô les Barques y paffent fur le
même principe de ce Pont volant , s'eft confolé de
n'avoir pas la qualité de premier Inventeur, par la
fatisfaction de le voir autorité par l'ufage , avec l'avantage
néanmoins de porter à la perfection cette
Manoeuvre inconnue fur nos Rivieres. Dans ce deffein
il a annoncé un autre Memoire Théorique &
-Pratique pour l'éxécution de ce projet.
MEMOIRE fur les Barometres , envoyé par be
R. P. Duclos Académicien Honoraire.
Il n'y a point d'Inftrument de Phyfique qui ait
tant exercé les Phyficiens que le Barometre ; la caufe
qui y foûtient le mercure élevé à differentes hayteurs
dans divers tems , fait la matière du premier
article; que ce foit le poids de l'Atmoſphere ou le
reffort de l'air , P'Auteur penfe que la caufe qui angmente
ou diminue le poids de l'air , eft la même
qui augmente ou diminue fon reffort . L'air chargé
de vapeurs fe trouve condenfé & par là plus pefant ;
fon reffort en devient plus refferé & par confequent
plus fort. Les conféquences que l'on tire des experiences
du Barometre , font le fujet du 2. article
du Mémoire ; elles tendent à indiquer les changemens
de tems , la hauteur de l'Atmofphere , la dif-
F vj ferente
760 MERCURE DE FRANCE
ferente élévation des endroits où ſe'font les obfer=
vations , &c . Mais les varietés qui fe trouvent dans
les réſultats de ces experiences , font dire à l'Auteur
que nous n'en fommes gueres plus avancés
pour le Barometre que Toricelli fon Inventeur ; en
effet un de nos Académiciens prouva l'année derniere
par un Memoire qu'il lût à l'Académie , fondé
fur plufieurs experiences qu'on ne pouvoit point
trouver la differente élévation des endroits par les
Barometres , & même par les Birometres les plus
égaux dans leur conftruction . On éprouve tous les
jours que le Barometre n'indique les changemens
de tems que d'une maniere bien incertaine , & les
mefures que nous avons de la hauteur de l'Atmofphere
, par le fecours du Barometre font très differentes
les unes des autres. L'Auteur indique cependant
les précautions qu'il faudroit prendre pour
avoir des Barometres les plus fûrs qu'il foit poffible .
La dilatation & la condenſation de l'air influent
beaucoup fur les variations du Barometre ; la chaleur
augmente le reffort de l'air & le volume du Mercare
, le froid les diminue. Le 3. Article du Memoire
contient les recherches fur la dilatation , la condenſation
& le poids de l'air que l'Auteur compare aux découvertes
qui en ont déja été faites . Il faut efperer
que de nouvelles experiences nous en aprendront plus
qu'on n'en a pû fçavoir de précis jufqu'à prefent.
METHODE pour fuputer les Logarithmes des Tables.
Envoyé par le R. P. Morand Académicien Honoraire.
Elle contient la maniere d'en rendre le calcul plus
aifé,en employant l'hyperbole entre fes afymptotes.
L'efpace hyperbolique qui exprime la difference
des Logarithmes du nombre . & du nombre " ~ 1
eft égal à la fomme de la ferie infime
Bà Y đã
-
n 2'n 2
4A x ai & c. aa eft le quarré du côté de la
3n3 414
puiffance
AVRIL 17426 76*
puiffance de l'hyperbole on le fuppofe égal à
1000000000 .
Si on cherche le Logarithme de 2 , il eft évident
que celui de 1. étant zero , le Logatithme de 2 fera
égal à la difference des Logarithmes de ces deux .
nombres & par confequent à la fomme de cette ferie
dans le cas où n fera égal à 2 .
n
3. en
Le Logarithme de 4. eft double de celui de 2. &
par conféquent aifé à trouver .
Si l'on fupofe égal à 4 , la ferie donnera la
difference du Logarithme de 4 & de celui de
ôtant cette difference du Logarithme de 4. on aura
celui de 3. & ainfi des autres. Dans cette méthode
le calcul devient d'autant plus aifé que les nombres
dont on cherche les Logarithmes font plus grands.
Si l'on fupofe a égal à 0434294481. cette même
ferie fervira à trouver les Logarithmes tels qu'ils
font dans les Tables ordinaires. C'eft en fuivant
cette méthode , que le P. Morand a calculé avec
facilité les Logarithmes des nombres premiers 2 ,
3 , 7 , 11 , 13 , 17 , &c. Ces Logarithmes ont juf
qu'à 20. caractéres , ce qui eft quelquefois néceffaire
pour la réfolution de certains problêmes. Une
Table qui contiendroit ainfi les Logarithmes des
nombres premiers pourroit fuffire pour l'uſage
parce que les autres fe trouvent commodément par
de fimples Additions ou Souftractions .
ARCHITECTURE Animale . C'eft le titre
d'un Memoire qui contient un parallele de l'Architesture
à la Structure du Corps humain.
MEMOIRE CONTENANT la Defcription & les Calculs
de la force de deux Cabeftans à l'ufage des Vaiffeaux
, fous la dénomination de Cabestan à Ecreviffe
& de Cabestan à bras.
L'objet de l'Auteur eft de donner des Cabeftans
qui puiffent virer fans fecouffe & fans interruption ,
d'une
762 MERCURE DE FRANCE
d'une construction fimple & propre à tous les ufages
du Vaiffeau , fuivant les vûës de l'Académie
Royale des Sciences dans le fujet qui avoit été propolé
pour le prix de l'année 1741 ..
Le Cabeftan à Ecreviffes eft composé d'un arbre
ordinaire , mais plus renflé par le bas , & d'un artifice
formé de trois affemblages en fer, apellé Ecreville.
Cet arbre eft percé à jour dans la partie renflée
, par trois mortaifes qui fe croiſent au centre ,
& dont les ouvertures fe trouvent dans une cane-
Jure pratiquée fur fa circonference .
Les Ecreviffes font logées dans les mortaiſes où
ells ont le jeu propre au mouvement de couliffe
qui leur eft néceffaire , & quoiqu'elles excedent en
longueur le diamètre de l'arbre , elles fe croiſent
neanmoins à fon centre, fans s'y incommoder . Elles
portent à leurs extrêmités deux pinces mobiles, qui,
comme deux mâchoires de tenailles , Taififfent &
ferrent fortement la tournevire ou le cordage que
l'on aplique fur le Cabeftan dans fa canelure. Ce
cordage par fa preffion fur l'Ecreviffe , le fait reculer
dans la mortaife , où le paffage pour les pinces
devenant plus étroit de haut en bas , fait qu'elles
ferrent d'autant plus le coriage ,que celui ci tait un
plus fort apui fur l'Ecreviffe . Par ce moyen elles
ferrent affés fortement la tournevire pour la tenir
pendant que le Cabeftan fait un demi tour. Les
pinces qui font à l'extremité opofée , le préfentent
à leur tour fous le cordage , elles le faififfent de la
même maniere que les premieres pinces , & à l'inf
tant celles ci l'abandonnent , car PEcreviffe a tette
proprieté par la conftruction , qu'au moment que
les pinces d'une extrêmité faififfent le cordage, celles
de l'autre le quittent , c'eft ainfi que les trois
Ecreviffes enfemble tiennent le tournevire & la font
paffer par demi envelopemens fucceffifs fur le Cabeſtan
,
AVRIL. 1742 763
beftan , fans fecouffe ni interruption ; en virant au
Cabeftan avec les bares & les forces ordinaires ,deux
pinces , fuivant le calcul , tiennent le cordage avee
plus de force que fa traction ne fait de réfiftance , ainfiles
trois couples de pinces triplent cette puiffance .
On renvoye au Memoire pour les détails de la
conftruction & du jeu des parties de cette Machine,
de-même que pour fes calculs & la maniere de garantir
le cordage contre le fer.
Le Cabeſtan à bras eft un arbre ordinaire , mais
exactement cilindrique fur fa fufée , ayant deux cordes
apellées bras , qui lui tiennent lieu de tournevire
, l'une fixée par une extrêmité au plus haut de
cette fufée & l'autre de la même maniere au plus
bas. Ce Cabeftan doit virer dans une direction ,
pendant qu'un bras garnit fa fufée par fes entortillemens
& enfuite dans un fens opofé , pour le couvrir
de l'autre bras ; enforce que dans le tems qu'un
bras s'entortille , l'autre fe dévelope . Chaque bras
tient à fon autre extrêmité une forte tenaille , qui
prend immédiatement le cable , fans le fecours d'une
tournevire , & l'un & Pautre bras affûrent alternativement
le cable jufqu'à l'écoutille de la fofle
aux cables. Cette opération fe fait avec les forces
ordinaires , fans fecouffe ni interruption ; on fe fert
d'une crémaillere pour foûtenir la traction du cable,
dans l'inftant que l'on change de direction en virant
fur le Cabeſtan .
Ce Memoire dont M. Delornie eft l'Auteur , a
concouru au Prix propofé par l'Académie Royale
des Sciences , pour l'année 1741. fous la devife ,
Plus il me refifte , mieux je le faifis , & a été cotté
N°. 29. C'eſt le même que nous avons annoncé ,
qui a merité un Acceffit , & comme il eft imprimé
par ordre de l'Académie Royale des Sciences avec
ceux qui ont remporté le prix , nous nous trouvons
par
784 MERCURE DE FRANCE
par là , difpenfés d'en donner un plus long détail.
MEMOIRE qui contient les moyens pour remedier
aux inconveniens du Cabeftan des Vaiffeaux.
L'Auteur a obſervé que les inconveniens de choquer
ou de mettre haut , qui fe rencontrent dans la
Manoeuvre du Cabeſtan , doivent être attribués plûtôt
au cordage apellé Tournevire qu'au Cabestan ,
puifqu'une Tournevire qui ne feroit fur le Cabeftan
qu'un demi envelopement , de maniere que le Cabeftan
ne pût point virer fans elle , rendroit la
Manoeuvre du Cabeſtan fans inconveniens . Dans
cette vûë , il propofe une Tournevire de fer formée
par des chaînons égaux , unis à leurs extrêmités
par des charnieres. Cette nouvelle Tournevire ,
couvrira le Cabeftan par un demi envelopement
& de là , fera tendue & fuportée par quelques rouleaux
jufques vers l'ecubier , où elle paffera fur un
arbre de renvoi , auffi par demi envelopement. Le
Cabeſtan & l'arbre de renvoi , feront taillés par le
bas en exagone ou à fix pans , fur lefquels les chaînons
pourront s'ajuster de toutes leurs longueurs , &
leur charniere fe logera dans des cavités pratiquées
aux angles de l'éxagone. Par cette difpofition des
charnieres & des crampons dont les angles feront
armés pour faifir furabondamment la Tournevire
le Cabeftan ne pourra point virer fans cette Tournevire.
Le furplus de la manoeuvre fe faiſant à l'ordinaire
, il n'y aura plus les inconveniens de choquer
& de mettre haut , qui occafionnent du retardement
& des fecouffes dangereules.
MEMOIRE fur l'Antimoine par raport à son
Eméticité.
Le danger dans la préparation de cet Emérique ,
eft le principal point de vue de ce Discours.
L'Auteur prétend que les préparations en de
vroient ê.re toutes égales ; en effet, telle préparation
de
AVRIL 1742. 765
de 4. grains aura fouvent plus de force qu'une autre
dans laquelle il en feroit entré 8. & 10. L'idée d'un
laboratoire public pour ce remede , a paru à l'Auteur
comme quelque chofe digne d'être propofé.
L'objet en effet , n'eft que trop férieux en lui même,
& ne fçauroit trop mériter un concours d'attention.
MEMOIRE fur la Solution des Problêmes par
l'Algebre , dont le premier Extrait eft fur les nombres ,
le fecondfur un Triangle , c.
tems dans
DISSERTATION fur la caufe des Friffons &
de la Soif ardente qu'on reffent en même
les commencemens de plufieurs Fiêvres.
?
C'eftun phénomène des plus extraordinaires, qu'une
même maladie produife tout à la fois le froid & le
chaud dans un même corps. L'Auteur de cette Differtation
peu fatisfait des diverfes explications qu'on en
a données jufqu'à prefent & qu'il refute très folidement,
en p: opofe une beaucoup plus vrai femblable .
Les Chymiftes connoiffen pufieuis Fermentations
, qui étant froides & capables de faire baiſſer
--le Thermometre , exaltent cependant des vapeurs
chaudes , telle eft par exemple , celle du Şel Armoniac
dans l'huile de vitriol , du fel volatil d'urine
dans le vinaigre diftillé , en un mot toute fermentation
produite par un fel volatil alkali mêlé avec
une liqueur acide .
Le levain fiévreux eft très acide , puifqu'on le
dompte par les amers ; quand il fe mêle avec le
fang qu'on fçait être rempli de fels alkalis , il doit
y produire une de ces fermentations froides , dont
les vapeurs font chaudes .
Le froid fera très fenfible dans les extrêmités du
corps , où le mouvement du fang etant moins rapide
, cette fermentation doit produire des coagu
lations avec plus d'abondance , & retarder encore
d'avan-
7
766 MERCURE DE FRANCE.

d'avantage ce mouvement , tandis que les vapeut
chaudes & acres étant plus abondates là où la fermentation
eft plus vive , c'eſt - à - dire , vers le coeur
& les poumons , exciteront par leur irritation de
plus fréquentes contractions dans le coeur, & un battement
de poulx plus frequent & échaufferont l'air
des poumons qui en fortant par la bouche , la fe
chera & y produira une foif très ardente.
MEMOIRE fur les Métiers qui fervent en cette
Ville , à la Fabrication des Etoffes de foye.
L'Origine la plus reculée de cette Méchanique , les
progrès de l'Art dans ce genre de travail font réunis &
traités dans ce Memoire avec beaucoup de clarté-
MEMOIRB fur le Chocolat , & fur l'usage de
cette boiffon.
MEMOIRE fur la conftruction de deux Cabeftans ,
pour fubftituer à ceux des l'aiffeaux.
Le premier nommé Cabeſtan à Heriffon , eft compofé
de deux rouës orientales montées fur un même
arbre à la diftance d'un pont ; la roue inferieure apellé
heriffon de 6. pieds de diametre pour les grands
Vaiffeaux , reçoit par envelopement le cable fur onviron
les de fa circonference dans une canelure
angulaire , formée de deux rangs de fortes chevilles
de fer arrondies & inclinées fur un angle de 60.
degrés. Ces chevilles font placées en tiers point fur
deux lignes également diftantes du milieu de la canelure
, & laiffent entre les deux rangs au fond de
la même canelure un efpace d'environ le du dia-
-metre du cable ; la difpofition de ces chevilles néceffitent
le cable fortement tiré par le poids de l'ancre
, de fuivre le plan incliné que lui prefente cha-
-cune des chevilles comprifes fous l'envelopement ,
& de fe former fur elles autant de points d'apui , qui
P'obligent de fe courber fur le côté opofé : ces coutbures
AVRIL 17423 767
bures prefque infenfibles du cable le retiennent dans
le Heriffon & l'empêchent d'y gliffer ; elles forment
toutes enſemble une réfiftance qui croît en proportion
de la traction qui le fait fur le cable , parce
que plus elle est grande , plus il eft obligé de fe
courber fur un plus petit arc. Un rouleau de bois ,
ou efpece de poulie , apliqué au bout d'un levier &
mobile fur fon axe , apuye continuellement fur le
cable & le contient dans le Heriffon fur un égal envelopement.
On donne le mouvement au Heriffon.
par le moyen de 4. pignons de fer qui engrennent
dans la roue fuperieure ; les arbres de ces pignons
paffent au 2. pont & font croifés par des barres fur
Jefquelles les Matelots employeront les forces ordinaires
pour virer.
Le fecond Cabeftan eft compofé du Heriffon du
premier , mais fitué verticalement , il reçoit le cable.
dans fa canelure & a également un rouleau pour le
contenir ; on donne le mouvement à cette machine
par un levier à rochet connu fous le nom de levier
de la garouffe ; des Marelots placés aux extrêmités
du balancier tirent fur des cordages de la même
maniere que l'on tire aux fonnetes ; le mouvement
alternatif du balancier fait faifir & deffaifir les dents
d'un double rochet adapté de chaque côté du Herif
fon par deux crochets ou pieds de biche qui font
toujours dans leur mouvement dans une direction
tangeante à la circonference du Heriffon.
Les avantages du premier Cabeftan font
1º. D'avoir autant de force & de viteffe que les
Cabeftans ordinaires.
2º. De fuprimer le virage d'un pont.
3º. De fimplifier .extrêmement la Manoeuvre ,
en fuprimant l'amarrage de la Tournevire au cable.
4°. D'amener le cable par un mouvement continu
& fans fecouffe ..
88 MERCURE DE FRANCE
On fait obferver que quoiqu'on employe un en
grenage , c'est cependant fans en craindre les in
conveniens , parce que l'effort fe trouvant partagé
fur 4. points diametralement opofés , chacun n'eſt
chargé que du quart de l'effort total.
Le fecond Cabeftan a les mêmes avantages que le
premier. Mais il y joint ceux d'être d'une conftruc
tion plus fimple , d'occuper beaucoup moins de
place , & d'être capable d'une plus grande force
dans les occafions qui le demandent,fans cependant
diminuer fa viteffe.
Les experiences qu'on a fait du premier Cabestan
ont parfaitement décidé en faveur de ce Mécha
niſme,
OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES faites dans les
mois d'Avril & de Mai de cette année à Conftantinople
fur la batitude la longitude de cette même
Ville , par le R. P. Duchatelard Academicien honoraire
, pendant le séjour qu'il y afait à la fuite de
Ambaffadeur de France.
Il y a trouvé la latitude de 41. degrès 8 ' 30" &
Ja longitude de 27. degrès 3 ou 1" so! Orientale ,
à compter pour premier Meridien celui de l'Obfervatoire
de Paris , differentes d'autres obſervations.
Le R. P. Duchatelard a joint à fon Memoire fes
Obfervations fur la déclinaiſon de l'aiguille aiman
tée , il l'a trouvée à Conftantinople de 11. degrès
4 Nord Oüeft , à Malthe de 13. degrès 30' , & à
Toulon de 16 degrés , elle eft à preſent à Lyon de
15. degrés.
MEMOIRE fur les Irrégularités des Mouvemens
de la Lune.
Le mouvement de libration fait le fujet principal
de cette premiere Differtation , dans laquelle l'Auteur
prétend prouver par les Obfervations , que ce
Phénomene ne peut être que l'effet de la combinai
foa
AVRIL 1742: 769
fon du mouvement de rotation de la Lune fur fon
are & de fon mouvement périodique , & qu'ainfi
la caufe eft purement optique.
M. Berthaud lût enfuite un Memoire fur l'Impri
merie. Il parla de fon Origine , & après avoir fait
la defcription de la Prefle en ufage & de divers
moyens propres à fa perfection , il propofa une autre
Preffe , pour imprimer deux feuilles à la fois,
Pour cela , on place fur le train de derriere un fecond
cofre qui doit, avec le premier fe preſenter en
même tems fous une grande platine, pour y être éga
lement preffé d'un feul coup de barreau . Cette opé
ration produit le double d'impreffion avec un ouvrier
de plus ; c'est - à- dire , que 3. ouvriers à cette
nouvelle Preffe , feront autant d'ouvrage que 4. à
deux Preffes ordinaires,
M. Berthaud propofa pour abreger le travail du
Compofiteur,de fondre des mots entiers,pour lesquels
-il donna auffi un moule de fon invention. Ces mots
feroient les plus ufités , tels que les pronoms , les
adverbes & les conjonctions. Il est perfuadé que
fi dans la fonte des Caracteres on y jettoir du cuivre
, ils en feroient plus nets & d'un plus long
fervice.
M. Mathon fit lecture d'un Memoire de M. Vau-
-canson, Académicien aſſocié. Contenant le Projet de
la Conftruction d'une Automate repréſentant le
Corps humain , pour fervir à faire des experiences
-fur les fonctions animales & des Démonftrations
Anatomiques. Quelque difficile qu'en paroifle l'éxécution
, il femble qu'on ait lieu d'en efperer le
fuccès par les differens Ouvrages que M. Vaucan-
Lɔn
on a déja donnés,
ME770
MERCURE DE FRANCE
MEMOIRE fur les Poulies Coniques
préfentées à Mrs de l'Académie Royale des
Sciences , le 14. Fevrier 1742. par M. lé
Breton de la Plaichardiere , Avocat en
Parlement.
Lyafix mois dit l'Auteur , que j'eûs la curiofité de
Faleconftruire deux Moufles ordinaires de fix Pot
lies chacun. En faiſant agir les Poulies , je remarquai
que les fix cordes qui s'abaiffoient, avoient des vîtelles
toutes differentes les unes des autres ; pour les pouvoir
eftimer , je mis de niveau à chaque corde un
petit morceau de papier , après cela j'aperçus que le
chemin de la feconde corde furpaffoit d'une certaine
quantité celui de la premiere , le chemin de la trojfiéme
pareillement d'une même quantité celui de la
feconde , & les autres ainfi de fuite , deforte que le
chemin que la fixième corde avoit parcouru étoit
cinq fois plus grand que l'espace de la premiere.
Sans m'arrêter ici ( ce qui nous meneroit trop loin)
à rechercher les caufes Phyfiques & Méchaniques de
ce. effet , qui produit dans la Machine des défauts
& frottemens qu'il eft important d'éviter , je fis réflexion
qu'il feroit facile de faire conftruire deux
Poulies en forme de Cône tronqué , dont les diametres
de toutes les canelures ou gorges , fuffent
proportionels à la difference que j'avois trouvée
dans les diftances réciproques des fix cordes, deforte
que les cordes qui pafferoient dans les canelures leur
fiffent décrire leurs révolutions en tems égal .
Jefis donc conftruire deux Poulies Coniques , fur
chacune defquelles il y a dix canelures . Ces deux .
Poulies ont tous les avantages d'un Moufle ordinaire
de vingt Poulies , & ils diminuent confidérablement
les défauts qui font dans tous les autres genres
Mcufes que je raporterai ci- après.
de
DefSKAA
VERIL. 1742 771
A B
C.
772 MERCURE DE FRANCE
t
Defcription * des Poulies Coniques , avec les
dimenfions duModéle que j'ai fait conftruire.
1º. La corde eft attachée à la chape de la Poulic
fixe A B. du côté A.
2º. Les Effieux des deux Poulies leur font fermement
attachés , & tournent d'un mouvement commun
avec les Poulies .
3 °. Je fixai à trois lignes le diametre de l'axe de
la Poulie mobile C D.à lac hape de laquelle eft attaché
le poids 20. la premiere corde paffe fur cet axe,
qui fert en même-tems de premiere canelure ; le
diametre de la plus grande canelure de la même
Poulie mobile , fe trouva par proportion de quatre
pouces neuf lignes .
4. La Poulie fixe A B. a le diametre de fa plus
grande canelure de cinq pouces , & la plus petite
canelure de fix lignes.
5. Dans les Poulies Coniques , le raport de la
puiffance , marquée par la Main I. eſt au poids 20 .
comme l'unité eft à vingt.
6º. Il eft bon de remarquer qu'il faut attacher aux
bras de la chape de chaque Poulie, trois Rateaux, qui
forment entre eux une espece de piramide triangulaire
& tronquée, pour empêcher que les cordons ne fortent
de leurs canelures,forſqu'on tranſportera les Poulies
.
7°. Plus les canelures feront étroites , mieux ce fera,
pourvû cependant que la corde y entre librement.
On eft libre d'affigner au diametre de l'axe de la
Poulie mobile quel nombre on veut , puifqu'il fert
de premiere canelure , & qu'il eft auffi le premier
terme de la progreffion ; mais fi-tôt qu'il eft fixe ,
tous les autres termes en dépendent , & ils doivent
néceffairement fe correfpondre en proportion,felon
les deux Tables fuivantes .
La Figure ci-jointe eft précisément le tiers de
l'Original dont on denne la defcription , c'est à-dire
qu'au lieu quede Modéle a cinq pouces de diametre ,
cette Figure n'a que vingt lignes , qui en eft le tiers.
Tables
AVRIL. 1742 . 775
ť
Tables de Progreffions pour les diamétres des
dix Canelures des deux Poulies Coniques.
Table I. pour les Canelures de la Poulie mobile C. D.
*
I 2 34S 6 78 9 ΙΟ
=
୨୦
36 91215 18 2 I 24 27 30
-51015202S | 30 | 35 404550
714212835 42 | 49 | 56 | 6370
918273645 54 | 63 | 72 | 81 | 90
11/22 | 33 | 44 | 55 | 66 | 77 | 88 | 99 | 110|
132639526578 91 104117130
1530456075 90 105 120 135150
1734516885102119136158170
1938577695114133152171190
Table II . pour les Canelures de la Pouliefixe A B.
à laquelle la corde eft attachée.
2468
1020301
ΙΟ I 2 14
1618 20
48 12 16 20 | 24 | 28 | 32 | 36 | 40
6 121824 30 36424854 60
8 16 24 32 40 48 56 647280
so 6070 | 80 | 90 | 100
|12 | 24| 36 | 48 | 60 | 72 | 84 | 96 | 108 120
1428425670 | 84 | 98 | 112126 140
|16 | 32486480 | 96 | 112 128 144 160
18365472 90 108 126 144 162180
20 40 60 80 100 120 140 160 180 290
G Usage
774 MERCURE DE FRANCE
Vfage des deux Tables.
Les colonnes perpendiculaires renferment tous les
nombres proportionels pour les diametres des dix
canelures de la Poulie qu'elles défignent , & dont la
premiere cafe d'enhaut de chaque colonne fert de
premier terme de la progreffion qu'on veut avoir :
par exemple, fi on vouloit fixer à trois lignes le diametre
de la premiere canelure , tel qu'il eft dans le
Modele ci-deffus décrit . On veut à préfent fçavoir
quels feront les diametres de la troifiéme & cinquiéme
canelure de la même Poulie , 1°. il faut
prendre , en allant de haut en bas , les nombres
renfermés dans la troifiéme & cinquième cafe de la
troifiéme colonne perpendiculaire de la premiére
Table , qui font 15. & 27. 2° . On prend fur la premiere
colonne horisontale de la premiere Table
feulement, le nombre qu'on veut pour fervir de diametre
à la premiere canelure , & qui fervira de premier
terme à la progreſſion , ainſi qu'il a été dit cidevant.
Toutes les regles précedentes ferviront également
pour la feconde Table , excepté qu'il faudra prendre
le nombre de la caſe horiſontale , qui eſt double
de celui qu'on aura employé pour premier terme ;
ainfi , felon l'exemple cité, le nombre fix eft le premier
terme de la progreffion pour la Poulie fixe A B.
puifqu'il eft double du nombre trois , ci - deffus propofé
pour premier terme de la Poulie mobile Ċ D.
& qu'il eft pris pareillement dans la premiere cafe
d'enhaut de la troifiéme colonne perpendiculaire .
Il faut remarquer que fi on attachoit la corde à la
chape C.de la Poulie mobile C D. à laquelle le poids
eft fufpendu , en ce cas la premiere Table ferviroit
pour la Poulie fixe A B. & la feconde pour la Poulie
mobile C D. La méthode d'attacher la corde à
la Poulie fixe eft cependant la plus parfaite des deux
Défauts
manieres.
AVRIL. 1742 . 775
Défauts des Moufles ordinaires.
1º . Le trou des Poulies , après avoir fervi quelque
tems , s'élargit & le plus fouvent devient ovale , ce
qui occafionne des frottemens confidérables , c'eft ce
que l'on évite par les Poulies Coniques , puifqu'elles
tournent d'un mouvement commun avec l'axe qui
leur eft fixe , & par conféquent il a très-peu de
frottemens , puifque plus il fervira , plus les frottemens
diminueront .
2º. Chaque Poulie des Moufles ordinaires a fes
frottemens particuliers ; on fupofe , par exemple ,
deux Moufles de dix Poulies chacun , il en réſultera
vingt frottemens , ce qui n'arrive pas dans les Poulies
Coniques, puifqu'il n'y a que deux frottemens géneraux
, qui feront toujours moindres que le total des
vingt frottemens.
3 °. Le plus grand de tous les défauts des Moufles,
eft lorfque les Poulies viennent à fe renverser & à
frotter contre la chape par leur circonférence, pourlors
les frottemens augmentent à proportion que les
points d'attouchement s'éloignent du centre de la
Poulie , ce qui provient de ce que les directions des
cordes font très-obliques , puifqu'il faut que la corde
paffe latéralement , non- feulement de la Poulic
fixe par deffous celle du Moufle mobile, mais encore
qu'elle laille un grand eſpace , qui eft rempli par un
des bras de la chape ; ce défaut , qui eft le plus ordinaire
& le plus confidérable , ne ſe trouvera jamais
dans les Poulies Coniques , puifqu'elles font toujours
perpendiculaires à l'axe , & que les directions des
cordes font prefque paralleles .
4. Lorfque la chape n'a que deux bras , il eſt vrai
que les Poulies ne font pas fi fujettes à fe renverfer ,
mais auffi il faut une chape d'une longueur extraordinaire
, pour pouvoir contenir un auffi grand nombre
de Poulies les unes fur les autres , que dans les
Gij Poulies
776 MERCURE DE FRANCE
Poulies de l'exemple préfent , lefquelles n'ont pas
trois pouces d'épaiffeur , y compris leur chape , fur
fept pouces de hauteur , auffi avec leur chape ; ce
qui fait que les Poulies Coniques peuvent être réduites
à un très-petit volume , & produire néanmoins
tous les effets des Moufles ordinaires , puifque
le Modéle , tel qu'il eft fait , fuporteroit près
d'un millier pefant .
De plus , on peut les apliquer fort commodément à
la Marine, & furtout à l'Horlogerie, attendu leur peu
de frottemens , qui pourroient même être moindres
que ceux qui résultent des répetitions des rouës, puifque
lorfqu'elles feront conftruites avec exactitude, elles
n'auront aucun frottement fur leur circonférence ,
Les Curieux pourront en faire fondre en cuivre,
ce fera le moyen de pouvoir aprocher de la plus
grande précifion.
Enfin il feroit inutile d'efperer de trouver quelqu'autre
genre de Moufles , plus parfaits que les Por
Ties Coniques,puifqu'elles renferment dans leur conftruction
tout le Méchanifme des Poulies mouflées.
EXTRAIT des Registres de l'Académie
Royale des Sciences du 17. Mars 1742 .
:
» Nous avons examiné , par ordre de l'Académie ,
» des Poulies ou Moufles propofés par M.le Breton
» de la Plaichardiere , Avocat en Parlement,
Les Moufles ordinaires confiftent en deux chapes
, en chacune defquelles font plufieurs Poulies
» égales , traversées par un même Effieu , fur lequel
» elles fe meuvent ; M. le Breton a trouvé quelques
inconvéniens dans ces efpeces de Moufles.
1º.On a autant de frottemens qu'il y a dePoulies,
2º. Les trous des Poulies s'agrandiffent continuellement
par les frottemens, & cet agrana
diffement fe faifant pour l'ordinaire irrégulierę
30
ɔɔ ment
AVRIL 1742. 777
➜ment , les Poulies ne tournent plus rondement &
» vacillent dans leur chape , contre laquelle elles
» frottent , d'où naît la perte d'une partie confidérable
de la force.
་ » 3º, On eft obligé de terir les boulons plus gros
» que fi on n'avoit qu'une feule Poulie , ce qui fait
» que le frottement en eft plus confidérable.
33
M. le Breton effaye de remédier à tous ces in-
» convéniers , en ne mettant dans chaque chape
» qu'une Poulie qui a la figure d'une fufée ou Cône
» tronqué; il met fur chacun de ces Cônes autant de
gorges circulaires qu'on mettroit de Poulies dans
chaque chape . Les effieux des fufées font ferme-
» ment arrêtés aux fufées , les pivots de ces axes tour-
» nent dans des trous faits aux chapes .
39
*7
> Les proportions de cette Machine font telles
que tous les cordons qui pafferont fur ces gorges ,
» tendront à leur faire faire leurs révolutions en mê
" me tems ; pour cela les diametres des gorges de
la fufée , à la chape de laquelle tient l'extrêmité
" de la corde , doivent être comme 2. 4. 6. 8. &c.
" & les diametres des gorges faites fur l'autre fuſée,
" doivent être comme 1. 3. § . 7. &c.
"
» Les diametres des gorges étant dans ces pro-
" portions , 1. tous les cordons deviennent prefque
paralleles , & le feroient effectivement , fi tous
" les cordons pouvoient être dans un même plan .
» 2 ° .Les corders he frotteront pas fur les gorges des
" Poulies, puifqu'ils tendent tous à faire faire à chaque
gorge un tour dans le même tems . 3.Comme
il y aura moins de parties frottantes , le frottement
en fera plus ailé à vaincre.
"3
23
» Au refte , nous ne pouvons diffimuler que le
» diametre de la corde que l'on employera , doit
» entrer dans la proportion des Mouffes , & que fi
» on fe fert d'une corde differente de celle pour la-
G iij
"
quelle
778 MERCURE DE FRANCE
»quelle les Moufles ont été faits , on perdra tout
l'avantage qu'on s'étoit propofé , car alors les
» cordons frotteront dans les gorges des Poulies &
» une grande partie de la force motrice étant employée
à vaincre ces frottemens , il n'en reftera
que peu pour élever le fardeau. Signé , CAMUS
& DEFOUCHY.
» Je garantis la préfente Copie conforme à
l'original. A Paris ce z1 . Mars 1742. Signé
DORTOUS DE MAIRAN , Sécretaire perpetuel de
l'Académie Royale des Sciences .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Arras
le 24. Mars 1742 fur un âge extraordinaire.
Permettez , Monfieur , que je groffiffe d'un Artiele
le nombre des Evenemens extraordinaires que
vous inferez dans votre Journal . Michel Houliez ,
Natif de Guillemont , près de Bapaume , mourut le
16. de ce mois , âgé de 122. ans , dans le Hameau
de Belacourt, qui fait partie du Village de Riviere, fitné
à deux petites lieues d'Arras ; cerhomme avoit en
core il y a cinq ans la démarche ferme & le corps trèsdroit
, mais une chute violente lui ayant déboëté la
nuque , il a été depuis ce tems- là extrémement
courbé ; cet accident ne l'empêcha pourtant pas d'aller
glaner dans les champs pendant la moiſſon derniere
, & de raporter lui-même fon grain ; il y a
environ fix femaines qu'il lui prit une fluxion de pcitrine
, accompagnée d'une fievre continue ; pendant
cette maladie il lui furvint un grand accès de goutte
, incommodité qui jufques - là lui avoit été incon
nuë . Dès que cet accès fut paflé , il ſe trouva fans
fievre , & on le croyoit hors de danger ; mais peu
de jours après il fut attaqué d'une toux confidérable
qui lui a caufé la mort. Ce Vieillard a confervé
jufqu'à la fin de fa vie un grand fens & une humeur
forr
779
d'un grand
de prenoit
s du Siége
•· auquel il
THENA
ASTOR
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Piéce eft
*lui que por
lebout , acéfide
à cette
r : AQUILæ
". Et dans
ronne Impériale ,
même tête
s un grand
l'Empire, à
de la Coude
gloire.
L'Aigle porte fur fon eftomach un nou chargé de
cette Infcription , CAR. VII .
De chaque côté eft la figure d'un Empereur de la
Maifon de Baviere, élevée fur un moindre Piédeſtal
Giuj
a
778 MERCURE DE FRANCE
» quelle les Moufles ont été faits , on perdra tout
l'avantage qu'on s'étoit propofé , car alors les
» cordons frotteront dans les gorges des Poulies &
» une grande partie de la force motrice étant employée
à vaincre ces frottemens , il n'en reftera
que peu pour élever le fardeau. Signé , CAMUS
& DEFOUCHY.
30
Je garantis la préfente Copie conforme à
l'original. A Paris ce 21. Mars 1742. Signé
DORTOUS DE MAIRAN , Sécretaire perpetuel de
l'Académie Royale des Sciences .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Arras
le 24.Mars 1742 fur un âge extraordinaire.
Permettez , Monfieur , que je groffiffe d'un Artiele
le nombre des Evenemens extraordinaires que
vous inferez dans votre Journal. Michel Houliez ,
Natif de Guillemont , près de Bapaume , mourut le
16. de ce mois , âgé de 122. ans , dans le Hameau
de Belacourt, qui fait partie du Village de Riviere, fr
né à deux petites lieues d'Arras ; cer homme avoit en
core il y a cinq ans la démarche ferme & le corps trèsdroit
, mais une chute violente lui ayant déboëté la
nuque , il a été depuis ce tems- là extrémement
courbé ; cet accident ne l'empêcha pourtant pas d'aller
glaner dans les champs pendant la moiffon derniere
, & de raporter lui -même fon grain ; il a
environ fix ſemaines qu'il lui prit une fluxion de pcitrine
, accompagnée d'une fièvre continuë ; pendant
cette maladie il lui furvint un grand accès de goutte
, incommodité qui jufques - là lui avoit été incon
nuë. Dès que cet accès fut paflé , il fe trouva fans
fievre , & on le croyoit hors de danger ; mais peu
de jours après il fut attaqué d'une toux confidérable
qui lui a caufé la mort. Ce Vieillard a confervé
juſqu'à la fin de ſa vie un grand fens & une humeur
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778 MERCURE DE FRANCE
»quelle les Moufles ont été faits , on perdra tout
» l'avantage qu'on s'étoit propofé , car alors les
» cordons frotteront dans les gorges des Poulies &
» une grande partie de la force motrice étant employée
à vaincre ces frottemens , il n'en reftera
que peu pour élever le fardeau. Signé , CAMUS
& DEFOUCHY.
*
»Je garantis la préfente Copie conforme à
l'original . A Paris ce zr. Mars 1742. Signé
DORTOUS DE MAIRAN , Sécretaire perpetuel de
l'Académie Royale des Sciences .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Arras
le 24.Mars 1742 fur un âge extraordinaire.
Permettez , Monfieur , que je groffiffe d'un Article
le nombre des Evenemens extraordinaires que
vous inferez dans votre Journal . Michel Houliez ,
Natif de Guillemont , près de Bapaume , mourut le
16. de ce mois , âgé de 122. ans , dans le Hameau
de Belacourt, qui fait partie du Village de Riviere, fr
tué à deux petites lieues d'Arras ; cerhomme avoit encore
il y a cinq ans la démarche ferme & le corps trèsdroit
, mais une chute violente lui ayant déboëté la
nuque , il a été depuis ce tems-là extrémement
courbé , cet accident ne l'empêcha pourtant pas d'aller
glaner dans les champs pendant la moiſſon derniere
, & de raporter lui -même fon grain ; il y a
environ fix femaines qu'il lui prit une fluxion de pcitriné
, accompagnée d'une fievre continue ; pendant
cette maladie il lui furvint un grand accès de goutte
, incommodité qui jufques- là lui avoit été inconnue.
Dès que cet accès fut paflé , il fe trouva fans
fievre , & on le croyoit hors de danger ; mais peu
de jours après il fut attaqué d'une toux confidérable
qui lui a caufé la mort. Ce Vieillard a confervé
juſqu'à la fin de ſa vie un grand ſens & une humeur
forr
779
d'un grand
de prenoit
s du Siége
auquel il
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NEW
YORK
PUBLIC
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Piéce eft
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même tête
s un grand
l'Empire, à
de la Cou-
; de gloire.
ULL
ronne Impériale ,
L'Aigle porte fur fon eftomach un
cette Infcription , CAR . VII .
u chargé de
De chaque côté eft la figure d'un Empereur de la
Maifon de Baviere, élevée fur un moindre Piédeſta '
Gij
778 MERCURE DE FRANCE
» quelle les Moufles ont été faits , on perdra tout
l'avantage qu'on s'étoit propofé , car alors les
» cordons frotteront dans les gorges des Poulies &
» une grande partie de la force motrice étant employée
à vaincre ces frottemens , il n'en reftera
8 que peu pour élever le fardeau. Signé , CAMUS
& DEFOUCHY .
» Je garantis la préfente Copie conforme à
l'original. A Paris ce zr . Mars 1742. Signé ,
DORTOUS DE MAIRAN , Sécretaire perpetuel de
l'Académie Royale des Sciences .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Arras
le 24. Mars 1742 fur un âge extraordinaire.
Permettez , Monfieur , que je groffiffe d'un Article
le nombre des Evenemens extraordinaires que
vous inferez dans votre Journal . Michel Houliez ,
Natif de Guillemont , près de Bapaume , mourut le
16. de ce mois , âgé de 122. ans , dans le Hameau
de Belacourt, qui fait partie du Village de Riviere , frtué
à deux petites lieues d'Arras ; cerhomme avoit encore
il y a cinq ans la démarche ferme & le corps trèsdroit
, mais une chute violente lui ayant déboëté la
nuque , il a été depuis ce tems-là extrémement
courbé , cet accident ne l'empêcha pourtant pas d'aller
glaner dans les champs pendant la moiffon derniere
, & de raporter lui -même fon grain ; il y 2
environ fix femaines qu'il lui prit une fluxion de pcitriné
, accompagnée d'une fievre continue ; pendant
cette maladie il lui furvint un grand accès de goutte
, incommodité qui jufques- là lui avoit été inconnuë.
Dès que cet accès fut paflé , il fe trouva fans
fievre , & on le croyoit hors de danger ; mais peu
de jours après il fut attaqué d'une toux confidérable
qui lui a caufé la mort. Ce Vieillard a confervé
juſqu'à la fin de ſa vie un grand fens & une humeur
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779
·
d'un grand
de prenoit
s du Siége
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PUBLIC
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l'Empire, à
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cette Inscription , CAR. VII .
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De chaque côté eft la figure d'un Empereur de la
Maifon de Baviere, élevée fur un moindre Piédeftal
>
Gij
778 MERCURE DE FRANCE
quelle les Moufles ont été faits , on perdra tout
l'avantage qu'on s'étoit propofé , car alors les
» cordons frotteront dans les gorges des Poulies &
» une grande partie de la force motrice étant em-
» ployée à vaincre ces frottemens , il n'en restera
* que peu pour élever le fardeau. Signé , CAMUS ·
& DEFOUCHY.
» Je garantis la préfente Copie conforme à
l'original. A Paris ce zr. Mars 1742. Signé ,
DORTOUS DE MAIRAN , Sécretaire perpetuel de
l'Académie Royale des Sciences .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Arras
le 24. Mars 1742 fur un âge extraordinaire.
Permettez , Monfieur , que je groffiffe d'un Artiele
le nombre des Evenemens extraordinaires que
vous inferez dans votre Journal. Michel Houliez ,
Natif de Guillemont , près de Bapaume , mourut le
16. de ce mois , âgé de 122. ans , dans le Hameau
de Belacourt, qui fait partie du Village de Riviere, fitué
à deux petites lieues d'Arras ; cerhomme avoit encore
il y a cinq ans la démarche ferme & le corps trèsdroit
, mais une chute violente lui ayant déboëté la
nuque , il a été depuis ce tems- là extrémement
courbé, cet accident ne l'empêcha pourtant pas d'aller
glaner dans les champs pendant la moiffon derniere
, & de raporter lui-même fon grain ; il y a
environ fix ſemaines qu'il lui prit une fluxion de pcitrine
, accompagnée d'une fievre continue ; pendant
cette maladie il lui furvint un grand accès de goutte
, incommodité qui jufques- là lui avoit été incon
nue . Dès que cet accès fut paflé , il fe trouva fans
fievre , & on le croyoit hors de danger ; mais peu
de jours après il fut attaqué d'une toux confidérable
qui lui a caufé la mort. Ce Vieillard a confervé
juſqu'à la fin de ſa vie un grand fens & une humeur
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CONIVNCTIO
VII
-D
AROLVS
ROMMP
-SEME
AV
AR
AQVILAE
ET LEONI
FORTISSIM
ELECT D
AVRIL. 1742. 779
fort enjoüće , qui lui attiroient les vifites d'un grand
nombre d'honnêtes gens. Tout le monde prenoit
plaifir à lui faire conter les circonftances du Siége
d'Arras , fait par les François en 1640. auquel il
avoit travaillé en qualité de Pionnier.
ME'DAILLES DE L'EMPEREUR .
Il a été frapé deux autres Médailles zu fujet de
l'Election de l'Empereur. La principale eft celle
dont nous donnons ici la gravûre en Taille - douce .
On voit d'un côté la Tête de ce Prince , couronnée
de Laurier, avec cette Légende, CAROLUS VII .
D. G. ROM. IMP . SEMP . AUG .
Et fur le Revers l'Empire , perfonifié par une
Femme affife , qui tient entre les mains un Ecuffon ,
dans lequel eft repréfenté une Aigle à deux têtes ,
PAigle portant fur fon eftomach un Ecu vuide . La
Baviere caractérisée par une Femme , vient préfenter
l'Ecu de fes Armes , dont la principale Piéce eft
un Lion , pour en remplir le vuide de celui que por
te l'Aigle .
A côté de la Baviere eft la Prudence debout , accompagnée
de fes attributs , laquelle préfide à cette
action , &c. avec cette Infcription autour : AQUILÆ
ET LEONIS FORTISSIMA CONJUNCTIO . Et dans
l'Exergue , ELECT . D. 24. JAN . 1742 .
Sur l'autre Médaille on voit d'un cô.é la même tête
& la même Infcription . Et fur le Revers un grand
Piédeftal, fur lequel eft élevé l'Aigle de l'Empire, à
deux Têtes, les ailes éployées, furmonté de la Couronne
Impériale , environnée de rayons de gloire .
L'Aigle porte fur fon eftomach un Ecu chargé de
cette Infcription , CAR . VII .
De chaque côté eft la figure d'un Empereur de la
Maifonde Baviere, élevée fur un moindre Piédeſtal ,
Gij avec
780 MERCURE DE FRANCE
avec tous les ornemens & les ( ymboles qui les dé
fiinent. On lit autour ATAVIS EDITUS IMPERATORIBUS
. Et dans l'Exergue , Elect . D. 24. Jan.
1742.
ESTAMPES
.
2
NOUVELLES.
> ALTI DE CAVALERIE Eftampe en large,
gravée par J. P. le Bis , d'après le Tableau de P.
Vauvremens , qui eft dans le Cabinet de M Dupleix
de Baquancourt , auquel l'Eftampe eft dédiée
per le Graveur chés lequel elle fe vend , ruë de la
Harpe , vis- à-vis la rue Percée . Cette Eftampe fait
Pendant à celle qui a été annoncée dans le Mercure
de Février , fous le titre des Adieux , gravée auffi
d'après le même Peintre , par A Laurens.
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
avec fuccès , chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou ; il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur , ceux de
LOUIS VII DIT LE PIEUX , LX . Roy de
France , mort à Paris le 18. Septembre 1180.
après 43. ans de Regne , deffiné par A. Boizot , &
gravé par Fiquet.
FRANÇOIS- LOUIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY ,
né le 30. Avril 1664. mort le 22. Février 1709 .
peint par H. Rigaud, & gravé par J Tardieu, le fils.
MICHEL LE MASLE , Prieur des Roches de Longpont
, N. D des Champs , Chantre & Chanoine de
l'Eglife de Paris , Sécretaire du Cardinal de Richelieu
en 1642. gravé as Mafne.
JEAN WARIN , né à Liége , Graveur Gêneral
des Monnoyes de France & des Médailles du Roy,
Confeiller
AVRIL. 781 1742 .
Confeiller de fon Académie de Peinture & Sculpture,
mort en 1672. âgé de 68. ans, peint par le Févre
, & gravé par J. Balechou.
En parlant dans le Mercure du mois de Février
dernier , page 353. de la Suite des Portraits des
Perfonne Illuftres , qui continuë de paroître chés
Odieuvre , on a imprimé par inadvertance que
DE MICHEL DE L'HOSPITAL ,
CHANCELIER
FRANCE , eft mort le 13. Mars 1673 ; il faut lire
1573. Le reste de l'Article eft bon & correct .
Le Sieur Petit , Graveur , rue S. Jacques , près les
Mathurins , continuë de graver la Suite des Portraits
des Hommes Illuftres du feu fieur Defrochers,
Graveur du Roy ; il vient de mettre au jour les
Portraits fuivans,
MAHMOUTH , Empereur des Turcs , né en Septembre
1696. & couronné en 1730. On lit quatre
Vers au bas du Portrait .
THAMAS KOULI- KAN , Roy de Perfe ; on lit huit
Vers au bas du même Portrait , 1742 .
·
Avis fur le nouveau ZODIAQUE , ou Carte
Célefte de toutes les Etoiles qui doivent être rencontiées
par la Lune & par les Planettes ; Ouvrage
utile à tous les Aftronomes , Géographes , Navigateurs
, même à ceux qui n'ont qu'une légere connoiffance
de la Sphère , fondé fur les meilleurs Catalogues
qui font fortis depuis trente ans des principaux
Obfervatoires de l'Europe , & aprouvés par
Mrs de l'Académie Royale des Sciences . A Paris
chés Dheulland , Deffinateur & Graveur , ruë faint
Hyacinte , près la Porte S. Jacques .
"
Ce Zodiaque , qui vient d'être achevé , contient
outre les douze Signes , les ex: rêmités des autres
Gy Conftel
782 MERCURE DE FRANCE
Conftellations voifines , qui font au Nord & au Sud
de l'Ecliptique , diftinguées ou gravées par de petits
points ronds , au lieu que les figures qui répondent
aux Signes , font marquées par des traits aflés forts .
Pour que l'on puiffe juger à quel point de perfection
ce Zodiaque a été porté , il faut le comparer
avec les Cartes ou Globes Céleftes , où l'on trouve
à peine 1200. Etoiles dans toute l'étendue du Ciel ;
c'eft le nombre auquel fe font bornés tous les anciens
Catalogues , cependant dans la Carte dont il
eft ici queftion , & qui ne comprend qu'environ la
cinquième partie de la furface du Globe , on trouvera
près de 1000. Etoiles , avec leurs véritables
grandeurs , difpofées , non - feulement felon leurs
Longitudes & Latitudes par raport à l'Ecliptique ,
mais encore felon leurs afcenfions droites & déclinaifons
, ce qui eft d'une commodité infinie pour
les Obfervations faites au Méridien , à l'heure du
paffage des Planettes . Les Navigateurs qui voudront
reconnoître les tems des occultations des Etoiles
par la Lune , pourront a fément , fans avoir befoin
de regle ni de compas , comparer les Longitudes
d'une Planette avec celles des Etoiles , qui en font
voifines , lefquelles , pour ainfi dire , fe trouvent
toutes comptées fur ce Zodiaque .
On a pour cet effet distribué chaque degré de Longitude
& de Latitude par des traits affés forts , de
degré en degré , on les a , dis- je , diftingué par des
traits encore plus forts de cinq en cinq degrés ,
& enfin chaque degré cft fous - divifé en demi &
quart de degrés par des traits fort déliés ; enforte
qu'on peut juger à l'oeil , à une dixiémc partie de
degré près , c'eft à dire à cinq minutes ou environ,
le vrai lieu d'une Etoile fixe . La néceffité où fe
trouvent les Aftronomes de comparer les paffages
de toutes les Planettes avec les Etoiles , qui en font
voifines
AVRIL 1742. 783
voifines , pour éviter les erreurs ou inégalités, tant
de leurs Pendules , que des Inftrumens den ils fe
fervent ordinairement pour obferver les paffages au
Meridien , eft la principale caufe pour laquelle on
s'eft déterminé à étendre les divifions de chaque
côté de l'Ecliptique à deux degrés au - delà des termes
que l'on donne communément au Zodiaque ;
ainfi au lieu de huit degrés , on en trouvera dix de
part & d'autre de l'Ecliptique , dans la Carte que
l'on préfente au Public .
foit
Le principal avantage de cette Carte pour la Géographie
& pour la Navigation , eft que par la comparaifon
que l'on en peut faire avec les Ephemeri
des , on fera toujours à portée de déterminer ,
fur Mer ,foit dans les Villes Maritimes , foit dans
Pintérieur des Ifles , Continents , Provinces , Contrées
, & c. la Longitude du Lieu , fans avoir besoin.
d'autre Inftrument que d'une Lunette d'environ
deux pieds ; il eft vrai qu'il faut connoître d'ailleurs
l'heure des Sabliers , Pendules ou Montres ; mais
ils peuvent être pour cet effet affé , bien rectifiés.
par les pratiques ordinaires aux gens de Mer ,
par
les hauteurs du Soleil obfervées , ou bien fur Terre
par les Méridiennes & autres Regles de la Gnomonique.
Il n'y a perfonne qui ne fçache que la hau
teur du Soleil ou d'une Etoile étant donnée à l'Orient
ou
à l'Occident , on n'en puiffe déduire l'heu
re ou le tems vrai , ce Problême eft expliqué dans
toutes les Trigonométries , & ne fupole que la réfolution
d'un Triangle Spherique dont on connoît
les trois côtés , c'eft la plus fimple & la plus fte de
toutes les Méthodes , & dans les longs oyages. fur
terre on eſt toujours à portée de faire fur le champ
avec une planche ou carton à l'aide d'un épingle
& d'un cheveu , un quart de cercle , divife en degrés
feulement , & le préparer enfuite à attendre le
G. vjs mome at
} י
784 MERCURE DE FRANCE
>
moment où le Soleil paroîtra préciſément à un certain
degré de hauteur : quand donc on aura reconnu
l'inftant auquel la Lune rencontre une Etoile
fixe ou le moment auquel une Etoile qui paſſe
proche la Lune , fe trouve dans la Ligne droite
qui paffe par les pointes du Croiffant , le détail
de cette Obfervation fera fuffilant pour détermi
ner la vraye Longitude du Lieu de la terre ou
l'on eft . On donnera bien - tôt la maniere & la
forme du Calcul pour y parvenir , & même ceux
qui voudront en prendre actuellement une idée
bien précife , pourront confulter la Préface de
l'excellent Livre de M. de Maupertuis , fur la parallaxe
de la Lune , qui a été achevé il n'y a pas longtemps
à l'Imprimerie Royale ; on y explique d'une
maniere f naturelle & fi fimple tout ce qui
peut nous conduire à la connoiffance des Longitudes
en Mer , qu'il n'y a perfonne qui ne conçoive
d'abord pourquoi cette matiere a été ſi ſouvent
difcutée depuis plufieurs fiècles , & pourquoi
il reftoit tant de difficultés à furmonter , avant
que d'y pouvoir réuffir. On a crû devoir exhorter
tous ceux qui ont pris du goût pour la Géographie
& pour la Navigation , à s'exercer à ces
fories d'Cbfervations ; il y a déja quelques Navigateurs
, qui font le voyage des Indes Orientales , qui
ont embraflé avec ardeur l'avantage que leur procuroit
cette Méthode de trouver les Longitudes fur
Mer ; ce n'eft pas que depuis long- tems elle ne leur
ait été connuë , mais elle n'étoit gueres praticable ,
parce qu'il lui manquoit certains Elemens que l'on
eft venu à bout de porter enfin à un plus haut point
de perfection.
Comme Mrs de l'Académie Royale des Sciences
obfervent continuellement dans Paris , le mouvement
vrai de la Lune , principalement vers les
croiffants , & toutes les conjonctions ou éclipfes des
A V R I L. 785 1742
Etoiles par la Lune , ceux qui voudront communiquer
les Obfervations correfpondantes , qu'ils auront faites
dans le deffein de déterminer la Longitude du Lieu
qu'ils habitent , ou bien dont ils ont fenti la conféquence
de déterminer la fituation pendant leur
voyage , dans le deffein de corriger les erreurs des
anciens Géographes & de contribuer à la perfection
d'une Science fi utile ; ceux , dis - je , qui voudront
rendre un ſervice auffi important au Public , pourront
s'adreſſer à l'Auteur , qui communiquera leurs
Mémoires fur le champ à M. le Sécretaire de l'Académie
des Sciences.
On exhorte auffi ceux qui voudront fe donner la
peine d'obferver les Conjonctions de toutes les Planettes
avec les Etoiles , de faire attention aux Eclipfes
qui arrivent , pour déterminer fi ces Planettes n'ont
point d'Atmosphéres .
On doit être perfuadé de l'utilité immenfé de ce
Zodiaque, fi on fe donne la peine de confulter cha
que jour les Ephemerides du Sr Defplaces , ou le Livre
de la Connoiffance des Tems : une Lunette fimple
à deux verres convexes , garnic de fils , placés à ſon
foyer & inclinés à 45 ° . fuffit pour donner le plus fouvent les vrais Lieux des Aftres auffi exactement
qu'avec les plus grands Inftrumens.
On a ajoûté plufieurs Etoiles , que Flamfleed & les
autres Aftronomes modernes n'ont point placées
dans leurs Catalogues , en un mot , on trouvera ce
Zodiaque plus commode & plus complet que celui
de Senex , qui a paru à Londres il y a près de trente
ans , on y a retourné les Figures humaines qui préfentoient
le dos dans Bayer , Royer & Senex , ce qui
vient de ce que Bayer avoit mal traduit ce qui a été
dit en Grec par Ptolomée, fur les Conftellations Céleftes
, & qui caufe par conféquent une équivoque
ou un embarras continuel , loifque l'on raporte les
anciennes
786 MERCURE DE FRANCE
anciennes Obfervations fur les Cartes qui ont été
publiées depuis Bayer On a cependant confervé
toutes les Lettres dont s'eft fervi cet Auteur pour
défigner les Etoiles fixes ,
Quoique l'on ait tâché de pouffer ce Zodiaque à
fon plus haut point de perfection , on croit devoir
cependant demander grace au Public s'il eſt échapé
de marquer quelques Etoiles inconnues jufqu'ici à
tous les Aftronomes , & qu'il auroit été difficile de
reconnoître autrement que par hazard , dans une
f grande multitude . Ce même hazard peut conduire
aujourd'hui plufieurs perfonnes à les découvrir &
on aura de grandes obligations à ceux qui voudront
les faire connoître .
Le Sr Dheulland eft en poffeffion depuis fi longtems
de graver tout ce qui a raport aux Méchaniques
, à la Geographie & la Navigation , & le Public
a tellement aplaudi à tout ce qu'il a exécuté
jufqu'ici , qu'il peut fe flater de mériter encore que
l'on ait quelque confiance fur l'exactitude de fon
travail ; ce n'eft qu'après avoir confulté une infinité
de fois Mrs de l'Académie des Sciences , qu'il s'eft
déterminé à l'entreprendre ; & l'incommodité qu'il
y a de faire venir des Cartes d'Angleterre ,
Pa engagé
à perfectionner ce grand Ouvrage pou . l'honneur
de fa Nation .
Le 2. du mois prochain on doit commencer un
Cours de Chymie , à cinq heures après midi , dans
lequel on donnera pour la Théorie les principes de
cet Art , on expliquera pour la pratique les préparations
Chymiques par questions , & l'on fe bornera
à un nombre d'opérations néceffaires pour
faire connoître la Manipulation , tant afin de ne
pas faire de dépen fe inutile , qu'afin d'éviter la
confufion . Par M. Claufier , Médecin de Paris
& par M. Vaffou Apotiquaire de la même Ville ,
rug
AVRIL. 1742 787
fue Haute -Feuille vis - à- vis celle des Poitevins .
Après ce premier Cours de Chyme , M. Claufie
en fera un autre , dans lequel il expliquera comment
on doit fe fervir des Médicamens tant fimples.
que compofés , en faifant voir les manieres differentes
doit chacun agit fur le Corps humain en général
, & celles dont i's agiflent auffi , chacun felon
fes differentes difpofitions particulieres .
On recommencera ces Cours tous les ans dans le
même tems.
&
Le Sr Peromet qui demeuroit dans l'Abbaye Saint
Germain des Prez , fait une Cire Epilatoire , qui
eft propre pour ôter & décharger les poils des fourcils
de ceux qui les ont trop couverts , & pour ôter
les cheveux qui defcendent trop fur le front ,
auffi pour ôter les poils folets que l'on peut avoir
fur les joues , aux bras & aux mains . Le Public eft
averti , qu'il eft le feul qui fait la bonne & véritable
. I la fait vendre chés la Veuve Fleur
Parfumeufe , ruë Cardinale , vis à vis le Baillage
dans l'Abbaye Saint Germain , & chés le
Sr Merlu , Marchand Bourcier à la Ville de Poitiers
, rue Dauphine près le Carrefour de Bully.
On donnera par écrit la façon de s'en fervir . Le
prix eft de to f. & de 5. f. le bâton. La Veuve
Fleur qui débite cette Cire , donne avis au Public
qu'elle fait les fourcils parfaitement & les cheveux
qui defcendent trop bas fur le front . Ceux qui voudront
fe donner la peine de venir chès elle , la trouveront
à toute heure. Elle ira chés les Dames qui
lui feront l'honneur de la demander.
Le Sr LE CARLIER, Gendre de défunt Porcheron,
continue la même Pommade compofée de Simples ,
autorisée par Lettres Patentes du Roy , accordées à
défunt Porcheron & à fes fuccelleurs , enregistrées
au
788 MERCURE DE FRANCE
au Parlement , approuvée de M. le premier Méde
cin du Roy , de M. Helvetius , Médecin ordinaire
de Sa Majesté , & premier Médecin de la Reine
& de Meffieurs les Doyen & Docteurs de la Faculté
de Médecine de Paris , lefquels ont eux- mêmes gueri
par le feul liniment & frottement de cetre Pomma.
de , plufieurs Malades de Rhumatismes inveterés ,
goutteux , douleurs de nerfs , Nerfs retirés , Sciatiques
, Paralyfies , & Enquilaufes dans les boëtes
des genoux , qui ne cédoient point aux remedes
ordinaires ; elle guérit auffi les playes abandonnées
, le lait répandu aux femmes & enflures de jambes
; elle fait tranſpirer l'humeur au dehors fans aucunes
cicatrices . Elle ne fe corrompt jamais ,
peut le tranfporter en toutes fortes de Pays. La mênie
Pomade guérit les maux de tête , les fluxions , &
les hémoroides. Il donne la maniere de s'en fervir.
Les pots font de cinquante fols , & de cent fols ,
cachetés de fon cachet.
&
Il demeure à préfent dans l'Abbaye S. Germain
des Prés , rue (ainte Marthe , dans la Cour Conventuelle
, attenant le Sr Dubuiſſon , Confifeur . Son Tableau
, fous le nom de Porcheron , eft exposé sur la
porte.
CHANSON.
BEL B Elle Philis , je t'aime , je t'adore ,
>
J'immole à tes apas & mon coeur & ma foi ;
D'un Amant , qui vit fous ta loi ,
Hélas ! que te faut - il encore ?
Je confacre à tes jours ce qui dépend des miens
>
Je
THE NEW YORK
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ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
6323314+
26
TUZ NEW -YORK
GHLIBRARY.
ASTOR, LENOXLAND
TILDEN FOUNDATIONS. +
AVRIL. 1742. 789
Je chéris le tourment qui fait tout mon fuplice ;
Je veux mourir chargé de tes liens ;
Amour ! Amour ! foûtiens mon facrifice .
Par M. C* **** d'Orleans.
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie du Mari
Garçon , Piéce en Vers & en trois Alles
par M. de Bolly, représentée au Théatre
Italien , le 10. Fevrier dernier.
ACTEURS
La Comteffe crûë Veuve , Epoufe de Leandre
,
la Dlle Silvia.
Leandre , crû Frere de la Comteffe , le Sr
Rochard.
Le Marquis de Florange , Ami de Leandre
& Amoureux de la Comteffe , le Sr des
Hayes.
Cidalife , Fâcheufe , attachée à la Comtelle ,
la Dlle Biancolelli.
Finette , fuivante de la Comteffe , la Dlle
Thomaffin:
Mr de la Joye , Médecin , le Sr Romagnefy.
La Scene eft aux Eaux de Forges.
Cette
790 MERCURE DE FRANCE
Ette Comédie a été favorablement re-
Cque du Public ; elle n'a pas parû inférieure
à un grand nombre d'autres qui font
forties de la main de M. de Boiffy , qui s'eft
également diftingué fur l'un & fur l'autre
Théatre ; en voici l'Extrait .
Leandre qui a donné à la Piéce le titre de
Mari Garçon , ouvre la Scene avec Finette ,
Suivante de la Comteffe , dont il paſſe pour
être le Frere , quoiqu'il foit uni avec elle
par les noeuds d'un hymen fecret ; il s'informe
de l'état de la fanté de fa Soeur prétenduë
, Finette lui dit qu'elle fe porte bien
& qu'elle ne perd aucun des plaifirs qui
font rallemblés à Forges , pour divertir les
malades vrais ou faux. Voici le Portrait
qu'elle fait du Médecin qui préfide à ces
Eaux.
L'aimable Homme ! c'eft un modele
Que devroient fuivre fes Rivaux.
Il veut que les Bûveurs reſpirent
Le plaifir en tout tems , la joye à tout propos ;
Plus on a foin , dit- il , de tracaffer ces eaux ,
Plus elles font de bien , & plus elles tranſpirent ;
Comme elles font d'ailleurs naître un grand apetit ,
Il les exhorte , il leur preſcrit
De faire for tout bonne chere ,
Et de ne dormir que la nuit ,
Car le repos du jour eft un poifon contraire , & c.
Leandre
AVRIL. 1742: 791
Leandre fe plaint à Finette de ne pouvoir
mais s'entretenir avec fa Soeur , que Cidafe
obfede fans ceffe . Finette lui répond par
e nouveau Portrait qu'elle fait de cette
¿âcheufe , dont il a raifon d'être importuné ,
ar des raisons qu'on aprendra dans une des
cenes fuivantes , & dit ,
Elle eft vive , fpirituelle ,
Avec des perfonnes comme elle ,
L'entretien ne tombe jamais ;
Elle a , pour en faire les frais ,
Des reffources continuelles ;
Peft un recueil vivant de toutes les nouvel'es.
Leandre acheve le Portrait par ces vers
Mai , j'en ferois beaucoup de cas ,
Sans un défaut qui dans elle me bleffe ;
On voit toujours qu'elle s'empreffe
D'être partout , où l'on ne la veut pas ;
Sans vous connoître , elle fe livre ,
Et vient hors de propos toujours vous accofter ;
S'attache t'elle à vous rien ne peut l'écarter ;
Elle eft la premiere à vous fuivre ,
Et la derniere à vous quitter.
Quelque foin que l'on prenne & quelque part qu'on
aille ,
On la trouve toujours , on a beau l'éviter ;
Elle
792 MERCURE DE FRANCE
Elle eſt en même tems à Paris , à Verſailles ;
Elle a le don de fe multiplier .
Par fon activité , qui tient de la Magie ,
Elle eft de chaque fête & de chaque partie ,
Sans qu'on prenne jamais le ſoin de l'en prier.
Cette Scene finit par un ordre que Lean
dre donne à Finette , d'aller prier fa Soeur
de vouloir bien fe dérober à Cidalife , pour
lui venir parler en fecret .
M. de la Joye Médecin d'une nouvelle
efpece , & fur tout grand yvrogne , vient
étaler comiquement fes grandes qualités ;
voici comment il finit fon Portrait , qu'on a
trouvé fort deshonorant pour la Faculté ,
qui fe feroit bien paffée d'un pareil ridicule.
Voici comment il peint les Supôts de Galien,
.... Un Médecin raſſemble
Toutes les qualités & tous les arts enſemble .
J'entends par arts , ceux qui par leur gayeté
Ont mérité le nom de talens agréables ,
Et concourent à la fanté ,
Comme au délaffement de tous les gens aimables.
Il eſt tout à la fois , Muficien , Gourmet ,
Poëte , Cuifinier & Maître de Balet.
De toute façon il s'efcrime.
Il change , comme il veut, de ton & de maintien ,
Tantôt vif & badin , tantôt grave & fublime .
Tour
AVRIL 793 1742.
Tout digne enfant de Galien.
Doit être né Comédien ;
Notre profeffion n'eft qu'une Pantomime .
Adieu , je fuis forcé de finir l'entretien ,
Car l'heure du dîner approche .
Je ne veux point m'attirer de ieproche ,
Et je fuis fur tout ponctuel ,
Quand il faut ordonner un repas folemnel.
La Comteffe fuccede à M. de la Joye,
C'est ici la Scene d'expofition. Les Spectateurs
y aprennent que Leandre & la Comteffe
font Mari & Femme fous le nom de
Frere & de Soeur. Ce qui oblige Leandre à
être Mari Garçon , eft expliqué dans la fuite
de la converfation. C'eft la Comteſſe qui
parle :
Quoi ? Vous auriez voulu que rifquant mon fecret ,
J'expofafle avec lui mon bien & ma fortune !
Que de quelques inftans le plaifir indiſcret
Fût peut- être fuivi de trente ans de regret !
Jufques ici ma richeffe incertaine ,
Eft , vous le fçavez bien , attachée au fuccès
Du difficile & long procès
Que doit juger le parlement de Rennes ;
Cleon , qui pour fon Fils m'a demandé ma main
Doit raporter cette affaire importante ,
1
Qui
794 MERCURE
DE
FRANCE
Qui tient mon état incertain ,
Et j'attends tout de fa faveur puiffante.
J'ai , par cette raiſon , dû flater fon erreur
Et cacher notre noeud jufques à la journée
Qui doit par un Arrêt fixer ma deſtinée .
Songez que , s'il venoit à fçavoir par malheur
Le fecret de notre hymenée ,
Pour ennemi j'aurois mon Raporteur ,
Et qu'infailliblement je ſerois ruinée .
Ai -je tort ?
Par cette Scene d'expofition les Specta
teurs font mis au fait de ce qui doit fe paſſer
dans la fuite. Un jeune Marquis , Ami de
Leandre , & amoureux de la Comteffe ,
acheve d'éclaircir ce qui reste à fçavoir. Ce
jeune Marquis eft fils du Raporteur du grand
Procès qui oblige la Comteffe à cacher fon
Mariage ; c'eft le même à qui elle a fait efperer
le don de fa main pour fon Fils ; ils font
agréablement furpris , Léandre & lui , de fe
retrouver à Forges , s'étant déja connus à
Paris. Le Marquis de Florange eft charmé
d'aprendre qu'il eft frere de la chere Comteffe
; iill llee prie de le fervir daas fes amours ,
ce qui fait une fituation très -comique. Nous
ne nous arrêterons pas aux legers obftacles
qui naiffent dans le cours de la Piéce , ils
ne font pas bien difficiles à furmonter. H
n'eft point de Spectateur qui ne voye que
le
AVRIL. 1742. 795
le Jugement du Procès fera tomber le voile
qui lui dérobe le dénoûment. Cependant on
doit tenir compte à l'Auteur d'avoir fufpendu
agréablement l'attention du Public
jufqu'à la derniere Scene , par des détails
très- amufans. C'eft le Marquis de Florange
qui vient annoncer à la Comteffe le gain de
fon Procès, avec cette agréable circonftance ,
que Cléon fon Pere , non - feulement confent
à fon bonheur , mais qu'il prétend que
fon Mariage avec l'objet de fes voeux , foit
célébré inceffamment. Ni Léandre ni la Comteffe
, n'ofent lui déclarer ce qui s'opofe à fon
bonheur , mais enfin la Comteffe lui porte le
coup fatal par ces Vers qu'elle adreffe à Léan
dre :
Ce n'eft plus le tems de vous taire ;
Vous fçavez mon fecret ; parlez donc , mon Mari.
A quoi Léandre répond :
C'eſt le mot de l'égnime , & fous le nom du
frere
L'époux s'eft caché juſqu'ici.
Cette Piéce paroît très - bien imprimée chés
Prault , Pere , Quai de Gêvres , au Paradis
1742.
Les mêmes Comédiens n'ont point fait
l'ouverture de leur Théatre à caufe des répa-
-ations conſidérables qu'ils font faire à l'Hôtel
de Bourgogne pendant le voyage de Fontainebleau
796 MERCURE DE FRANCE
tainebleau , étant partis pour s'y rendre à la
fuite de la Cour.
Le 3. Avril , l'Académie Royale de Mufique
, fit l'ouverture du Théatre , & redonna
la Paftorale d'Iffé , dont le premier Rôle
avoit été chanté ci - devant par la Dlle le
Maure , fort au gré du Public. La Dlle Chevalier
, nouvelle Actrice , remplit le même
Rôle à cette repriſe avec beaucoup d'aplaudiffement.
Le ro , on donna une Piéce nouvelle en
cinq Actes , précedée d'un Prologue , întitulée
Isbé , Paftorale Héroïque . On parlera
plus au long de cette nouveauté.
V
Le 12. on reprit le Ballet des Fêtes Grec
ques & Romaines , pour être joué les Jeudis .
Le ntême jour , les Comédiens François
ouvrirent auffi leur Théatre , & repréfenterent
la Comédie de Melanide , qu'on voit
toujours avec le même plaifir ; elle eft de M.
de la Chauffée ,de l'Académie Françoiſe ; cette
Piéce fut fuivie de celle d'Amour pour Amour
du même Auteur. Le fieur de Bonneval fit le
Compliment qu'on fait ordinairement à la
rentrée du Théatre . Ce nouvel Acteur a été
reçû depuis peu dans la Troupe du Roy.
Le
14, les mêmes Comédiens remirent au
Théatre une ancienne Piéce de T. Corneille ,
en Vers & en cinq Actes , intitulée Jodelet ;
Prince
AVRIL. 1742. 797
Prince , ou le Geolier de foi-même , dans laquelle
le fieur Poiffon a preſque tout le jeu
de la Piece.
Le 15 , ils remirent auffi au Théatre la
Comédie de Turcaret , de M. le Sage , Piéco
très-bien écrite , pleine d'efprit , de fituations
vives & de traits piquans , qui caractérifent
fon efprit, & qui le font regarder comme
un de nos meilleurs Ecrivains. Elle avoit
été donnée dans fa nouveauté en 1709.´.
On nous mande de Clermont en Auvergne
du premier Mars , qu'on y avoit exécuté
une Paftorale en un Acte , intitulée le Dipart
du Guerrier Amant , de la compofition
de M. Bompart de S. Victor mile en
Mufique par M. Torlez , Maître de Mufique
du Concert de la même Ville . Voici un Extrait
abregé de cet Ouvrage.
,
Lifandre , Chef d'une Troupe de Guer
riers , Amant de Cloris , ouvre la Scene par
ce Monologue.
Fier Tyran des Guerriers , Honneur inexorable ,
Te faudra t'il immoler mes plaifirs ?
L'arrêt eft il irrévocable
Dois- je aujourd'hui quitter l'objet aimable
Vers qui s'élancent mes defirs ?
Non ; l'ordre en eft injufte , autant qu'irrévocable ,
Il coûteroit trop de foûpirs.
Fier Tyran , &c.
H Ce
798 MERCURE DE FRANCE
"
› >
Ce Monologue eft fuivi d'un Choeur de
Guerriers qui ne refpirent que les combats.
Dorante , vieil Officier de la Troupe que
Lifandre commande , & fon Ami témoigne
la furprife où il eft de le voir rêver
à l'écart , lorfque tout s'aprête à aller cûeillir
des lauriers dans les champs de Mars.
Lifandre lui dit qu'il ne peut quitter ſa chere
Cloris fans une peine extrême. Dorante lui
reproche fa foibleffe par ces Vers :
N'êtes- vous plus ce fier Lifandre
Qui ne refpiroit que combats ? &c.
Le Berger dans ces bois peut fe glorifier
D'une ardeur conftante & parfaite ;
Mais l'amour au coeur du Guerrier
Ne doit fervir que
Lifandre lui répond :
d'amufette.
Dois - je tous mes jours à la gloire ?
Ne puis- je en donner à l'Amour
Cette Réponſe lui attire de nouveaux reproches
; il fe rend enfin , & ſe réſout à ſacrifier
l'Amour à la Gloire . L'aproche de
Cloris les oblige à s'éloigner. Cloris fait entendre
ce qui fe paffe dans fon coeur par ce
fecond Monologue :
Printems , que ton retour va me coûter de larmes !"
N'est-ce donc plus pour moi que font faits tes beaux
jours
то
AVRIL 1742: 799
Tu conduis mon Amant dans les horreurs des
armes ;
Et pour commencer mes allarmes ,
De ma félicité tu fais ceffer le cours.
Printems que ton retour va me coûter de larmes
Ce n'est donc plus , &c .
1
Tu m'étales en vain tes fleurs & ta verdure !
En es-tu moins funefte à mes tendres defirs ?
Quand tout renaît dans la Nature ,
Je vois expirer mes plaifirs ;
Printems , que ton retour va me coûter de larmes ?
N'eft-ce donc plus pour moi que font faits tes beaux
jours ?
Lifandre vient prendre congé de fa chere
Cloris. Elle l'accable de tendres reproches ; il
tâche de la confoler de fon départ , par l'ef
pérance d'un heureux retour ; il lui fait entendre
qu'il reviendra plus digne d'elle ; elle
craint l'abfence ne le faffe revenir infi
dele ; il la raffure par ces Vers :
que
Non , ma tendreſſe eft fans égale.
De votre coeurje connois trop le prix ;
La Gloire eft feule une Rivale
Digne de la belle Cloris.
Il lui fait fi bien valoir le prix de la gloire
qu'elle fe rend , & lui dit :
Partez ; volez à la victoire ;
Hij Faites
8. MERCURE DE FRANCE
$
Faites-en vos foins les plus beaux
L'Amour dans le coeur des Heros
Ne doit regner qu'après la Gloire.
;
Une Troupe guerriere vient finir cette
Paftorale , & fait connoître que tous les
coeurs ne doivent brûler que pour la Gloire ;
c'est là l'objet que l'Auteur de ce Poëme
s'eft propofé , & il a rempli ingénieuſement
fon Projet

NOUVELLES ETRANGERES .
TURQUIE .
Na apris de Conftantinople, que le Grand Seigneur
vouloit faire affembler deux armées
P'une en Servie & l'autre en Tranfilvanie , & que
Sa Hauteffe faifoit équiper 22. Saïques & travailler
avec toute la diligence poffible à plufieurs autres
préparatifs.
Thamas Kouli - Kan a beaucoup modéré les prétentions
, depuis que les habitans du Dagheſtan ſe
font révoltés une feconde fois contre lui.
RUSSIE.
ON mande de Pétersbourg du 24. du mois dernier , que le Duc de Holftein Gottorp y
arriva le 16. Ce Prince alla defcendre au Palais, &
il fut conduit fur le champ à l'apartement de la
Czarine
AVRIL. 1742. 808
Czarine , qui le reçût avec de grandes démonftra →
tions de tendreffe. S. M. Cz . fit enfuite la céremonie
de le revétir des marques de l'Ordre de S.André
, & le Duc revétit Mrs de Worantzow & de
Romatowsky , Chambellans de la Czarine , des
marques de l'Ordre que le feu Duc de Holſtein
inftitué en l'honneur de fainte Anne , dont la Ducheffe
fon Epoufe , foeur de la Czarine , portoit le
nom . Pendant cette céremonie , il y eut une falve
de 51. piéces de canon de la Citadelle & de 31. de
P'Arfenal. Le foir la Czarine ſe rendit avec le Duc de
Holftein dans la grande Galerie du Palais , où ce
Prince fut complimenté fur fon heureuſe arrivée par
les Seigneurs & Dames de la Cour . On exécuta dans
cette Galerie un Concert de Mufique Italienne
après lequel S. M. Cz. foupa avec le Duc , & lorf
qu'elle fe leva de table , elle ordonna au Grand
Chambellan de conduire ce Prince au Palais qui
avoit été préparé pour fon logement.
Le 18. la Czarine tint apartement , & il y eut au
Palais un Bal qu'elle ouvrit avec le Duc de Holſtein .
S. M. Cz . à difpofé du premier Régiment des
Cuiraffiers en faveur de ce Prince , qui doit l'accompagner
à Moſcow.
La Czarine a rapellé toutes les perfonnes qui
avoient été exilées fous les Regnes précedens , &
de ce nombre eft M. Abraham Petrowitz Arahoff ,
Negre de Nation , qu'elle a nommé Major Géne→
ral & Commandant de Revel . Cet Officier avoit
été donné par un Capitaine Anglois au Czar Pier
re I. , qui lui ayant trouvé beaucoup d'efprit & de
facilité à aprendre , l'envoya à Paris pour fe rendre
habile dans les Mathématiques & dans le Génie , &
qui dans la fuite le fit Capitaine de Bombardiers . Il
continua de fe rendre très agréable au Czar
Pierre I. & à la Czarine Catherine , par les fervices
Hiij
Joi MERCURE DE FRANCE
& par fa bonne conduite , mais il fut dif
gracié fous le Regne du Czar Pierre II . S. M. Cz.
pour le mettre en état de vivre d'une maniere con.
venable à fon rang , lui a fait préfent de quelques
Villages aux environs de Pleskow.
Le Comte Iwanowitz Platon Mufin Puskin , qui
a été condamné fous le Regne de la feue Czarine
à avoir la langue coupée , a préfenté une Requête
à S. M. Cz . pour qu'elle lui fit rendre fes biens , &
la Czarine l'a affûré qu'elle feroit fon poffible pour
lui adoucir le fouvenir des mauvais traitemens
qu'il a fouffert.
On a commencé à vendre les meubles , les équipages
& les autres effets des prifonniers d'Etat que
S. M. Cz. a fait conduire en Sibérie, & il y en a une
fi grande quantité & d'un prix fi confiderable , que
cette vente produira plufieurs millions de Roubles.
Les Comteffes d'Ofterman , de Munich & de
Golovkin, & la Baronne de Mengden , qui avoient
le choix de demeurer àPétersbourg ou de fuivre leurs
Epoux en exil , ont pris le parti de les y accompas
gner. LaCzarine a affigné une Rouble par jour pour
la fubfiftance de chacun des exilés , autant pour
leurs Epoufes , & fix Copecks pour chacun de leurs
domeftiques , au lieu qu'on n'accordoit ci - devant
que douze Roubles par an aux perfonnes qui étoient
releguées en Sibérie , de quelque diftinction qu'el
les fuffent.
Le Chapelain du Comte de Munich n'ayant
point voulu l'abandonner , S. M. Cz . a donné une
penfion à ce Chapelain , auquel elle a fait dire qu'il
auroit la liberté de revenir , quand il le jugeroit à
propos.
On a apris depuis que la Czarine devoit partir
inceffamment pour ſe rendre à Mofcow , & qu'elle
avoit chargé le Comte de Gallowin de la direction
du
AVRIL 1742.
803
1
au Comptoir du Sénat . S. M. Cz. a diſpoſé de la
Charge de Grand- Maréchal de la Cour du Duc de
Holstein Gottorp , en faveur du Knées Alexandre
Czerkasky, & Mrs de Worontzoff , de Wofchintzkoy
& de Sivers , ont été faits Gentilshommes de
la Chambre de ce jeune Prince ,
La Czarine a ordonné qu'on fit revenir de Sibérie
le Comte Erneft Biron , & S. M. Cz . laiffera à ce
Comte le choix de demeurer à Pétersbourg , ou de
fe retirer dans la Seigneurie de Wartenberg , qu'il
poffede en Siléfie .
On a apris depuis, que S.M. Cz. partit le 5. du
mois dernier pour le rendre à Moſcow . Quelques
jours avant fon départ elle a tenu un Confeil
de guerre , auquel le Feldt - Maréchal Lefcy &
plufieurs autres Géneraux ont affifté , & dans lequel
on a examiné divers Plans propofés pour les
opérations de la campagne prochaine ,
qu'on ne puiffe parvenir à un accomodement avec
la Suede.
en cas
Les troupes Suedoifes & Mofcovites continuent
de fe tenir de part & d'autre fort tranquilles dans
leurs quartiers.
POLOGNE.
N mande de Warſovie du 14. du mois derf
mens , que la Czarine fait défiler ver les Duchés de
Curlande & de Semigalle , caufent quelque inquié.
tude .
Le bruit court que S. M. Cz. a deffein de faire
élire le Prince de Heffe Hombourg , Souverain de
ces deux Duchés , & qu'elle a déja fait folliciter la
plupart des Députés des Etats de ces Provinces , de
donner leurs voix à ce Prince.
Hij Ar
804 MERCURE DE FRANCE
O
ALLEMAGNE.
9 Na apris de Vienne du 3. du mois dernier
que le 23. du mois précedent , il y arriva de Baviere
un Officier , qui avoit été dépêché à la Reine
par le Baron de Mentzel , pour informer S. M. que
la Garnifon qui étoit dans Munich avoit demandé
à capituler.
Les nouvelles que la Reine a reçûës de Moravie ,
& qui portent que les troupes Pruffiennes & Saxonnes
exigent de fortes contributions des Villages
fitués fur les Frontieres de la Baffe Autriche , dont
les habitans fe fauvent avec leurs meilleurs effets ,
ont engagé S. M. à envoyer aux Régimens Hongrois
, qui défilent vers la Moravie , de nouveaux
ordres de marcher avec le plus de diligence qu'il
fera poffible , afin de s'opofer aux progrès de l'armée
des Alliés . La Reine a fait marcher en mêmetems
un détachement confidérable, qui doit fe pofter
à la tête du Pont conftruit fur le Danube , près de
Znaïm , pour en difputer le paffage aux ennemis , &
pour tâcher de les empêcher de pénetrer plus avant
dans la Baffe Autriche . Elle a auffi ordonné aux
Régimens qui viennent de Tranfilvanie , de traverfer
la Haute Hongrie , & de fe rendre fur les frontieres
de la Silefie , du côté de laquelle elle a deffein
de faire une diverfion .
Le Prince de Saxe Hildsburghaufen partit le 23 .
du mois dernier , pour aller fe mettre à la tête des
troupes qui font deftinées à mettre le Royaume de
Hongrie à l'abri de toute invafion , & le Baron de
Schlang , Major Géneral , a pris le commandement
des Milices de la Baffe - Autriche.
Le Géneral Ghilani , qui eſt à la tête d'un Corps
de troupes que la Reine a fait avancer vers les
frontieres de la Siléfic , a mandé à S. M. qu'il n'aveit
A VRIL. 805 1742.
Voit encore pa tenter de paffer le défilé de Jablun
ka , par lequel il fe propofe de pénetrer dans cette
Province.
Le Prince Charles de Loraine a mandé à la Reine
, que 100. Ulans des troupes Saxonnes s'aprocherent
le 27 Fevrier dernier à la portée du mouf
quet d'un des poftes avancés de l'armée commandée
par ce Prince & qu'ils attaquerent avec
beaucoup de vivacité un Régiment de Cavalerie
qui foûtint feul tous leurs efforts , juſqu'à l'arrivée
de quelques autres Régimens qu'on envoya à fon
fecours. Les Ulans , étant alors fort inférieurs en
nombre furent obligés de fe retirer . & ils ont perdu
près de soo. hommes en cette occafion , mais ils
ont fait plufieurs prifonniers.
On a apris en même tems , qu'un détachement
auquel le Maréchal de Broglie avoit fait paffer la
Votava fous les ordres du Marquis de Clermont
Tonnerre , Lieutenant Géneral , pour conduire un
Convoi de farines au Château de Fravemberg , y
avoit fait entrer ce Convoi , & étoit retourné le 9.
du mois dernier à Pifcek , après avoir enlevé la
garnifon de Vodnian , compofée de 180. hommes ,
On mande de Landfzhut du 8. du mois paffé ,
que fix Régimens des troupes de la Reine d'Hongrie
, qui font en Boheme fous les ordres du Prince
Charles de Loraine , étant allés joindre celles que
S. M. fait affembler dans la Baffe - Autriche , le
Comte de Kevenhuller a reçû ordre d'envoyer em
Boheme quelques - uns des Régimens de Parmée
qu'il commande & que le Régiment de Leopoldi
de Palfi s'étoit déja mis en marche pour s'y rendre.
Plufieurs autres Régimens ont été auffi détachés de
l'armée , & ils ont marché du côté de Paflaw
mais ils ne devoient fçavoir, que lorfqu'ils y feroient
arrivés , s'ils étoient deftinés à pafler en Boheme ou
dans la Haute-Auth.che.
Hy
Le
for MERCURE DE FRANCE
Le Comte de Kevenhuller a donné le comman,
dement de la Ville de Munich au Comte Leopold
de Palfi , & il a fait entrer le Régiment d'Infanterie
de Neuperg , & 2000. Varadins dans cette Place
d'od le détachement de Cavalerie , commandé par
le Baron de Mentzel eft forti pour aller fe cantonner
dans les environs de Taufkirchen .
Les troupes Françoifes qui étoient en garnifon
Hans Lintz , font arrivées à Donawerth.
Le Corps des troupes Bavaroifes , commandées
par le Marechal de Terring eft toujours à Neuftatt ,
& le Comte de Rodolphe de Palfi a été détaché ave
quelque Cavalerie par le Comte de Kevenhuller ,
pour obferver les mouvemens de ces troupes.
La Reine de Hongrie ne veut point conſentir à
l'exécution de l'article de la Capitulation de Mumich
, par lequel il a été ftipulé que les falines de
Reichenhall & de Traunftein feroient confervées.
On mande de Francfort que l'Evêque de Bamberg
& de Wurtzbourg s'y étoit rendu auprès de
'Empereur , qui avoit témoigné defirer de le confulter
fur la fituation préfente des affaires .
Le 12. du mois dernier , la Reine de Hongrie tint
un Confeil d'Etat , après lequel on dépêcha un conrier
au Prince Charles de Loraine , pour lui donner
ordre de fe mettre inceffamment en marche avec l'armée
qu'il commande en Boheme , pour aller joindre
celle qui s'affemble dans la Baffe- Autriche.
Ce Prince à la tête des deux armées réunies
s'avancera vers les Frontieres de la Moravie , pour
tâcher de pénétrer dans cette Province .
Quelques Compagnies de Nobleffe Hongroife
arriverent le 14. dans les environs de Vienne ; & le
Grand Duc de Tofcane s'étant rendu le même jour
dans la Plaine de Volgeftangen où elles s'étoient
Fangées en bataille , il en fit la revûë: Ces Compagnies
AVRIL: 1742. 807
1
pagnies entrerent enfuite à Vienne , & après avoir
paflé près du Palais de la Reine, qui étoit à un balcon
de fon apartement pour les voir défiler , elles
continuerent leur route vers Leopoldau , où eft le
rendez-vous d'une partie des troupes de leur Nation.
On a apris de Baviere , que le Comte de Kevenhuller
avoit fait demander le paffage aux Etats da
Cercle de Suabe pour les troupes Autrichiennes , &
que ce Géneral fe diſpoſoit à envoyer un détachement
confidérable dans le Duché de Neubourg ,
auquel il a fait demander une contribution de
200000. florins .
Les habitans des Montagnes vo'fines de la Siléfie,
lefquels depuis long tems s'étoient fouftraits à la
domination de la Maifon d'Autriche , ayant pris
d'eux-mêmes la réſolution de rentrer dans l'obéiffance
, & ayant offert leurs fervices à la Reine contre
le Roy de Pruffe , la Reine leur a promis de leur
pardonner , & ils fe font affemblés au nombre de
6000. hommes , pour faire des courſes, dans la
Baffe - Siléfie.
Un détachement des troupes ennemies a enlevé
des lettres que la Reine envoyoit au Commandant
de Brinn ; cela a fait d'autant plus de peine à S. M.
que ces lettres contenoient plufieurs fecrets importans.
Il paroît à Vienne quelques copies d'un Manifefte
que le Roy de Pruffe a fait publier dans plu
Geurs endroits de la Baffe - Autriche .
La Reine a été informée par le Géneral Baroniay
qu'un détachement des troupes de S. M. s'étoit
emparé du pofte d'Aufpitz , & qu'il y avoit eû en
cette occafion 70. Pruffiens de tués & 80. faits prifonniers.
Ce Géneral a mandé en même tems , qu'un
autre détachement des troupes de la Reine , com-
H vj
man808
MERCURE DE FRANCE
mandé par le Colonel Bellefnay , avoit enlevé 170
chevaux ou mulets dans les environs d'Olmutz.
Le Prince Charles de Loraine , en conféquence
des ordres de S.M. a établi à Waidhofen le principal
magafin pour la fubfiftance des troupes Autrichiennes
, qui font dans le Royaume de Boheme. Ce
Prince a été joint par le Régiment d'Infanterie de
Hoheneims & par ceux des Cuiraffiers de Saint
Ignon & de Lanthiery.
Le Prince de Lobckowitz s'eft avancé avec quelques
Régimens , vers les Frontieres de la Moravie ,
mais n'ayant point trouvé l'occafion d'exécuter
l'entreprife qu'il méditoit , il eft retourné dans fes
quartiers de cantonnement.
On a apris par un courier arrivé de l'armée commandée
par le Comte de Kevenhuller , que le Major
Général Berenklaw , à la tête de 3000. hommes
avoit paffé les Rivieres de Regen , de Naab &
d'Altbourg , & que les troupes Bavaroifes , qui
étoient à Kelheim , s'étant retirées à Ingolstadt , il
s'étoit emparé du magafin que le Maréchal de
Terring avoit établi à Kelheim,
BAVIER E.
ONmande de Munich du 2. de moisderniere que les habitans de cette Ville s'étant trouvés
dans la neceffité d'en ouvrir les portes aux troupes
commandées par le Baron de Mentzel , on eft convenu
que la garnifon fe retireroit à Ingolstadt ; que
les Autrichiens ne forceroient aucun des habitans de
la Ville ni des endroits voifins à entrer au fervice
de la Reine de Hongrie ; que les Etats de l'Electorat
, auffi - bien que cette Capitale & tout le territoire
qui en dépend , conferveroient leurs immunités
& leurs privileges ; que le Palais de l'Empereur , fes
~ ChâAVRIL.
1742 :
ة د و ن
Châteaux de Nimphbourg & de Lichtenberg , fes au-,
autresMaifons de Plaifance & celles des Miniftres ,des
Députés des Etats & de la Nobleffe , ne fouffriroient
aucun dommage ; que les Edifices publics en feroient
auffi exempts , qu'on n'enleveroit aucun des
meubles ni des autres effets qui apartiennent à S.
M.I. qu'on laifferoit fubfifter fes Harras , & que les
Autrichiens ne pourroient point en tirer de chevaux
; qu'ils ne pourroient point non plus s'aproprier
aucune des piéces de canon qui font fur les,
remparts de la Ville ou dans l'Arfenal ; que les troupes
de la Reine de Hongrie , qui entreroient danscette
Capitale , feroient logées dans les Cafernes ;
que les Géneraux de cette Princefle ne permete
troient le pillage dans aucun endroit de cet Electorat
, & qu'ils laifferoient aux habitans des Villages
voifins de cette Ville la liberté d'y aporter leurs
denrées & leurs autres marchandiſes .
Les avis reçûs de Francfort portent que le Prince
Guillaume de Heffe Caffel doit fournir à l'Empereur
deux Régimens d'Infanterie & un de Cavalerie.
Quatre Bataillons des troupes Palatines ſe font
rendus à Afchaffenbourg.
Le 21. du mois dernier , le Confeil Aulique de
l'Empire tint fa troifiéme Séance .
On a apris que la premiere Divifion du nouveaw
Corps
de troupes , que le Roy fait marcher en Baviere
, a commencé à paffer le Khin au Fort Louis
le onze du mois dernier , fous les ordres du Duc
d'Harcourt , Lieutenant Géneral , lequel avoit avec
lui le Chevalier de Molleges Maréchal de Camp
& M. d'Appelgreen , Brigadier d'Infanterie.
> Cette Divifion a été fuivie le 23. d'une feconde
& un Corps de Cavalerie commandé par M. de
Grandville , Maréchal de Camp , & par le Marquis.
de Puyfieux , Brigadier , a paffé le Rhin à Manheim
le 21 .
On
$10 MERCURE DE FRANCE
On mande de Bamberg du 26. du mois dernier,
que la premiere Divifion des troupes Françoifes ,
qui doivent s'affembler dans la Baviere , ayant con
tinué le fa marche , pour
24. fe rendre à Langenau
, un Corps de Huffards des troupes de la Reime
de Hongrie , qui s'étoit mis en embuscade fur le
chemin la nuit précédente , attaqua le premier Ba
taillon du Régiment de Picardie .
Le Duc d'Harcourt , lequel commande cette
Divifion , fit battre auffitôt la génerale , & ayant
envoyé les bagages à Lonzay pour les mettre
en fûreté , il s'avança en ordre de bataille , les
Compagnies des Grenadiers & les Piquets étant
à l'avantgarde avec les Dragons. Les Huffards
ennemis , qui à la vûë des difpofitions faites par
le Duc d'Harcourt s'étoient retirés avec précipitation
, revinrent quelque tems après , & firent
une décharge de leurs Carabines fur les Grenadiers
de Picardie , qui les ayant laiffé aprocher
jufqu'à la portée du piftolet, tirerent fur eux par pelotons
& avec tant de fuccès , qu'ils les obligerent
de prendre une feconde fois la fuite.
Le peu d'efperance qu'avoient les ennemis d'entamer
les troupes Françoifes , ne les rebuta pas.
Ils fortirent bientôt d'un bois où ils s'étoient fauvés
, & ils continuerent de harceler ces troupes de
défilé en defilé & de colline en colline , jufqu'à
Bernftadt. Ils s'établirent dans ce pofte , efperant
qu'ils empêcheroient par là le Duc d'Harcourt de
paffer plus avant , mais lorfqu'ils virent qu'on fe
difpofoit à les en chaffer , ils fe retirerent à Langenau
, qu'ils abandonnerent pareillement à l'aproche
des François.
PRUSSE.
AVRIL - €742%
PRUSSE.
ON de
N mande de Berlin , du 5. du mois paffé ,
que le dernier courier qui eft venu de Moravie
a raporté que la rigueur du fioid & la grande
quantité de neige qui étoit tombée , ayant obligé
les troupes Pruffiennes & Saxonnes , de fufpendre
pour quelques jours leurs opérations , elles s'étoient
cantonnées les premieres dans les environs de
Znaïm , qui eft la derniere Ville de la Moravie , fur
la Frontiere de la Bafle . Autriche , & qui n'est qu'à
huit lieues de Vienne ; & les fecondes autour de
Brinn , qu'elles ont invefti.
On a apris depuis d'Olmutz , que le Roy de Pruffe
a transferé fon quartier géneral de Znaïm à Selowitz ,
& qu'une partie des troupes Saxonnes est allé occuper
quelques- uns des poftes dans lesquels les
Pruffiens s'étoient établis fur les Frontieres de la
Baffe-Autriche.
Le 14. du mois dernier , un détachement confiderable
de la garnifon de Brinn fit une fortie , &
ayant mis le feu aux quatre coins du Bourg de Lech,
où le Comte de Truchfes venoit d'arriver avec le
premier Bataillon de fon Régiment , il obligea le
Comte de Truchfes d'en fortir.
Ce Comte fe pofta fi avantageuſement , & le Bataillon
, à la tête duquel il étoit , fe défendit pendant
cinq heures avec tant de valeur , que , malgré
le grand nombre des ennemis & la vivacité de leur
feu , ilfoûtint tous leurs efforts , & donna le tems
à un autre Bataillon de venir à fon fecours .
Dès que les Pruffiens eurent reçû ce renfort , ils
poufferent à leur tour les ennemis , qui furent à la
fin difperfés & obligés de prendre la fuite . Ceux- ci
ont perdu près de 200. hommes , & il n'y a eû du
côté des Pruffiens que 13. Soldats de tués & une
vingtaine
$12 12 MERCURE
DE FRANCE
vingtaine de bleffés . Le Comte de Truchfes a été
bleffé , ainfi que le Marquis de Varennes , Lieutenant
Colonel , & quelques autres Officiers du Régiment
de Truchfes . Le Bourg de Lech ayant été
brûlé , le Comte de Truchfes a fait cantonner fon
Régiment à Slapanitz & dans quelques autres Villages
voifins.
Le Régiment du Prince Maurice & celui de Sidow
ayant reçû ordre du Roy de Pruffe , de quitter
les poftes de Laab & de Dirnholtz , pour
aller prendre des quartiers à Tracht & à Lunterbourg
, & un Corps de Huffards ennemis qui
avoit paflé la Teya , ayant coupé le chemin au premier
de ces deux Régimens , en brûlant un Pont
qui eft fur cette Riviere , le Régiment de Sidow ,
dès qu'il fut informé du danger auquel le Régiment
du Prince Maurice étoit expofé , marcha pour
le dégager . Dans cette marche , il fut attaqué par
1200. Huffards , mais il repouffa les ennemis, après
en avoir tué so. & les deux Régimens s'étant joints,
il continuerent enſemble leur route fans obftacle .
Sur l'avis que le Roy de Pruffe a reçû des mou.
vemens des nouvelles troupes que le Royaume de
Hongrie fournit à S. M. H. & qui fe font afleinblées
dans les environs de Skalitz , S. M. Pr . a détaché
, pour les aller reconnoître , le Prince Theodore .
d'Anhalt Deffau , qui s'étant avancé avec huit Bataillons
& vingt Efcadrons à Goding , petite Ville
fituée en deçà de la Morave , a fait prifonniers de
guerre 400. Hongrois qui étoient en garnifon dans.
un Château voifin . Le Prince Théodore a fait enfuite
jetter des Ponts fur la Morave , & étant entré
dans le Royaume d'Hongrie , il a marché à Skalitz',
dans le defein d'attaquer sooo. Hongrois , qui y
étoient poftés , mais ces derniers fe font retirés avec
tant de promptitude , qu'il ne luf a pas éré poffible
da
AVRIL.
1742 811
de les joindre , & qu'il a jugé à propos de ceffer de
les pourfuivre , après avoir fait quelques prifonniers .
Les Pruffiens ont enlevé toutes les provifions qui
étoient dans le magaſin établi à Skalitz par les ennemis
, & ils ont repaffé la Morave , fans avoir
perdu un feul homme.
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 6. de ce mois , que
lesdernieres lettres que le Roy a reçues de
l'Infant Don Philipe font datées de Sarragoce , &
qu'elle marquent que ce Prince y étoit arrivé en
parfaite fanté. Il eft accompagné dans fon voyage
par le Marquis de Santa - Cruz , Majordôme Major
de fa Maifon ; par le Comte de Paralada, fon Sommelier
du Corps ; par le Duc de Santo Gemini , fon
Capitaine des Gardes ; par le Chevalier de Roan
fon Premier Ecuyer , par Don Michel de Caicedo ,
un de fes Marjordômes de femaine ; par Don Laurent
Defpuig de Cotoner , Sommelier de fa Chambre,
& par le Pere d'Aller, fon Confeffeur ; le Marquis
de la Enfenada , fon Sécretaire d'Etat , devoit
le fuivre inceffamment .
On a apris par des lettres de l'Intendant de Marine
de Saint Sébastien , que les Frégates le Tonnerre &
la Voyageuse , s'étoient emparées de trois Vaiffeaux
Anglois , chargés de Sucre & d'Eau de vie , entre
le 49. & le so degré de Latitude Septentrionale.
Les avis reçûs de Bilbao , portent que l'Armateur
Don Jofeph de Herrero y avoit conduit le 6. & le
9. de ce mois deux autres Bâtimens de la même
Nation.
Les dernieres lettres que Leurs Majeftés Catholiques
& Madame de France ont reçues de l'Infant
Don Philipe , font datées de Perpignan, où ce Prin-
Ge arriva en parfaite fanté le 20. du mois dernier..
ITALIE
14 MERCURE DE FRANCE
ITALIE.
le Baron Scarlati , Miniftre de l'Empereur, ayant
remis au Pape une Lettre que S. M. I. a écrite à Sa
Sainteté , pour lui donner part de fon Election , le
Pape tint le 27. du mois dernier un Confiftoire dans
lequel Sa Sainteté communiqua au Sacré College
la Lettre de l'Empereur , & que Sa Sainteté a envoyé
un Brefde félicitation à S. M. I ..
Sa Sainteté , après qu'on eut fait la lecture de
la Lettre de l'Empereur , dit aux Cardinaux qu'il ne
pouvoit aflés leur exprimer la joye qu'il avoit reffentie
de l'heureux fuccès de la Diette qui s'étoit tenuë
à Francfort ; que S. M. I. s'étant propofée dès fa
plus tendre jeuneffe de marcher fur les traces de fes
ancêtres, qui fe font rendus fi illuftres dans la guerre
& dans la paix par leurs vertus , & particulierement
par leur attachement à l'Eglife , avoit hérité de leur
piété , de leur fageffe , de leur magnanimité & de
leur amour pour la juftice ; qu'ainli on avoit tout
fieu d'efperer que la Bonté Divine ayant daigné
donner ce Prince à l'Empire pour Chef, & à l'Eglife
pour un de fes Défenfeurs , il fe ferviroit de fon
éminente Dignité & de fa Puiffance,pour contribuer
aux progrès de la Religion , & qu'il foûtiendroit dignement
la gloire que la Maifon de Bavlere s'étoit
acquife de tout tems par fon zéle pour le maintien
& pour la propagation de la Foi .
Sa Sainteté ajoûta que ce qui augmentoit beaucoup
fa confolation & ſa joye , c'étoit que l'affaire
de la fucceffion des Duchés de Bergue & de Juliers ,
qui avoit été l'objet de tant de crainte & de follicicitude
pour elle , & pour les Papes fes Prédéceffeurs ,
it heureuſement décidée , & que par un Traité
concl
AVRIL. 1742 815
conclu entre le Roy de Pruffe , & l'Electeur Palatin ,
il avoit été réglé qu'après la mort de ce dernier
ces deux Duchés apartiendroient au Prince de Sultzbach
, & à fes defcendans , tant mâles que femelles
; que l'Empereur ayant été élû fous de fi
heureux aufpices , on devoit rendre graces de cette
Election au Dieu Tout- Puiffant , comme d'une faveur
ſpéciale , & en même tems implorer le fecours
du Ciel pour le nouvel Empereur , demander que
fon Regne foit heureux & auffi glorieux pour lui
qu'avantageux à la Religion & à l'Europe , &
s'efforcer d'obtenir de la Bonté Divine le rétabliffeiment
de la Paix & la fin des malheurs que la
guerre entraîne après elle.
Quelques jours avant , le Comte de Thunn , Mititre
de la Reine de Hongrie , remit au Cardinal
Valenti Gonzaga , Sécretaire d'Etat un Mémoire
en forme de Proteftation contre la résolution que
le Pape avoit prife de reconnoître l'Empereur.
La Reine de Hongrie expofe dans ce Mémoire ,
qu'elle n'auroit jamais cru que le Pape fe fùt déerminé
à agir avec tant de précipitation dans une
ataire fi importante , après la Lettre que S. M. H.
Aui avoit écrite , qu'elle s'étoit flatée que , conformément
à ce que les Souverains Pontifes ont
pratiqué dans d'autres occafions , même à l'égard
de quelques Empereurs de la Maifon d'Autriche ,
le Pape auroit différé plus long-tems de prendre un
parti , & que la démarche à laquelle Sa Sainteté
fe difpofoit , & qui étoit fi préjudiciable aux intéés
de S. M. H. pouvoit avoir des conféquences
crès -dangereufes.
On a apris de Milan du 7. du mois dernier , qu'en'
féquence de la Convention qui a été conclue
entre la Reine de Hongrie & le Roy de Sarcigne
, il a été ordonné de recevoir à Pavic
816 MERCURE DE FRANCE
& dans d'autres Villes de ce Duché les troupes
de ce Prince , & de leur préparer des vivres &
des logemens ainfi que des fourages pour la
Cavalerie.
,
Les troupes Autrichiennes , qui étoient à Pavie ,
à Lodi , à Pizzighitone & à Crémone , ont reçû
´ordre en même tems de fe mettre en marche vers
le Modenois , & elles partirent le 24. le 25. & le
26. du mois de Fevrier dernier , pour s'y rendre.
Le Comte de Traun , Gouverneur Géneral du Milanez
prit la même route le 1. Mars avec le Comte
de Schulembourg , le Marquis Novati & le Baro
de Vettes , Lieutenans Feldt Maréchaux d'Infanterie
, le Baron de Preifberg , le Marquis Ciceri &
le Comte Pertufati , Lieutenans Feldt Maréchaux
de Cavalerie , qui doivent fervir fous fes ordres.
Il ne refte des troupes
de la Reine de Hongrie dans
le Duché de Milan que le Régiment d'Infanterie
de Roth , dont les trois Bataillons feront diftribués
dans le Château de cette Ville , à Mantouë & à
Pizzighitone .
Vingt-huit Bataillons des troupes que le Roy de
Sardaigne avoit fait aflembler dans le Tortonois &
dans l'Alexandrin , fe font embarqués fur le Pô ,
& defcendent ce fleuve pour fe rendre dans le Parmefan.
La Cavalerie Piémontoiſe , qui confifte en
22. Efcadrons , traverſe la Lomelline & le Pavefan,
pour aller dans le Duché de Plaifance . Ces troupes
font commandées par le Marquis de Suze , le
Comte de Carrail & le Comte d'Afpremont ,
Lieutenans Géneraux des armées du Roy de Sardaigne.
Après que les troupes de la Reine de Hongrie ,
qui font en marche , fe feront raffemblées , elles
traverferont le Modenois pour aller fe pofter près
du fort d'Urbin fur la frontiere du Bolonois . Celles
AVRIL 1742. 817
du Roy de Sardaigne fe chargeront de la garde
des Duchés de Parme & de Plaisance .
On mande de Rome du1 8.du mois dernier, qu'il
y arriva le 5. un courier par lequel on aprit que le
Comte de Traun avoit envoyé un Officier au Sénat
de Bologne , pour lui déclarer que les intérêts de
laReine de Hongrie exigeant qu'un Corps de troupes
Autrichiennes entrât dans l'Etat Eccléfiaftique , il
comptoit qu'on ne feroit aucune difficulté d'accorder
le paffage à ces troupes.
Cet Officier étant retourné joindre le Comte de
Traun , 8000. hommes des troupes de S. M. H. ſe
font avancés vers la frontiere du Bolonois , & deux
Commiflaires des guerres , envoyés à Bologne par
he Comte de Traun , ont demandé de fa part qu'on
leur remît une lifte de tous les magalins les
que
Efpagnols ont établis dans l'Etat Eccléfiaftique
avec une note des Lieux où ils font , & de la quan
tité ainfi que de la qualité des vivres qu'ils conciennent
.
Le Sénat de Bologne ayant fuplié le Pape de lui
faire fçavoir au plûtôt fes intentions fur la maniere
dont Sa Sainteté vouloit qu'on le conduisît à cet
egard , le Pape a renvoyé fur le champ le courier
avec fa réponſe , laquelle porte qu'il accorde le
affage aux troupes Autrichiennes par l'Etat Ecclé
iaftique aux mêmes conditions fous lefquelles il
l'a accordé aux troupes Eſpagnols & Napolitaines ;
mais que comme il veut obferver une parfaite neutralité
, il ne convient point que le Sénat de Bolone
entre dans aucun détail des magalins que les
pagnols ont établis , non plus que de ceux qui
pourroient être établis dans la fuite par les Autrichiens.
Le Miniftre du Roy de Sardaigne a remis au Pape
la Déclaration dans laquelle le Roy fon Maître expole
818 MERCURE DE FRANCE
pofe les motifs qui l'ont déterminé à agir de con
cert avec la Reine de Hongrie , pour s'opofer aur
entrepriſes des Espagnols.
Ce Miniftre a de fréquentes conférences avec le
Comte de Thunn & l'Abbé Franchini , Miniſtres ,
l'un de la Reine de Hongrie & l'autre du Grand
Duc de Tofcane.
On mande de Modene du 17. du mois dernier
rune Colonne des troupes Autrichiennes qui fe
font affemblées à San Donino dans le Duché de
Parme , entra le 10. de ce mois dans le Modenois.
Elle fut fuivie le 13. par une autre Colonne , & le
15. par une troifiéme . Plufieurs Efcadrons de Dragons
& de Huffards des mêmes troupes fe font rendus
par une autre route dans le Duché de Reggio ,
& l'on compte qu'il y a actuellement dans ce Duché
& dans le Modenois 8000. hommes de troupes
de la Reine de Hongrie.
Le Comte de Traun ayant fait propofer au Duc
de Modene , de joindre fes troupes à celles de
S. M. H. ce Prince a fait réponse qu'il exécuteroit
les promeffes qu'il avoit faites dans les précédentes
Déclarations , touchant le paffage des troupes étrangeres
par les Etats , mais qu'au refte il perfiftoir
dans la réfolution de demeurer neutre .
Le Duc de Modene a renforcé jufqu'à 3000 .
hommes la garniſon de cette Ville ; il en a mis
2000. à la Mirandole & foo. à Maffa .
On aprend de Rome du 25. du mois dernier que
le Bref que le Pape a envoyé à l'Empereur , pour le
féliciter fur fon avenement au Trône Impérial ,
porte que Sa Sainteté a apris avec une joye inexprimable
le choix fait unanimement par les Electeurs
du Saint Empire Romain ; qu'elle a été extrêmement
édifiée , ainfi que tout le Sacré College des
fentimens de piété & d'humilité, avec lefquels l'Empereur
AVRIL 17427
pereur reconnoît les graces du Tout Puiffant ; qu'elle
n'a pas été moins touchée du zéle que S. M. I,
témoigne pour la Religion & pour le Saint Siége ;
дце c'eft par des difpofitions fi louables , que l'Empereur
fait voir qu'il a hérité des vertus de fes illuftres
ancêtres ; que Sa Sainteté , après avoir remercié
le Dieu de toute confolation & le Pere des
Miféricordes , de ce que fa bonté divine a bien vou
lu donner un Protecteur à l'Eglife , en même tems
qu'elle donne un Chef à l'Empire , prie l'Etre Tout-
Puiffant , de vouloir que l'Empereur foûtienne par
de glorieux fuccès ces deux titres éminens ; qu'elle
efpere que S. M. I. conformément aux promeffes
contenues dans fa Lettre, regardera comme l'un des
principaux objets de fes foins les progrès de la
Religion & la propagation de la Foi ; qu'il eft impoffible
d'en douter après les diverfes preuves qu'elle
a déja données de fon attachement aux intérêts de
l'Eglife ; que Sa Sainteté invoque du plus profond
de fon coeur l'Etre Suprême , afin qu'il plaife à cet
Etre infiniment Bon , de répandre fes bénédictions
les plus précieufes fur S. M. I. de diriger fes confeils
& fes entrepriſes , de les faire réuffir à la gloire
de l'Eglife & de l'Empire , de diffiper les troubles
dont l'Europe eft agitée , & de faire fuccéder
à ces troubles une paix générale & durable.
1
Le Comte de Thunn , Miniftre de la Reine de
Hongrie , auffi -tôt qu'il a été informé de l'expédition
de ce Bref, a remis au Pape une feconde Proteftation
de cette Princeffe au fujet de la réfolution
prife par Sa Sainteté de reconnoître l'Empereur.
>
Il eft dit dans cette Proteftation , que la Reine
de Hongrie s'étoit flatée que la Lettre qu'elle avoit
écrite au Pape , auroit fait affés d'impreffion fur
l'efprit de Sa Sainteté , pour l'engager à ne pascon
ribuer
20 MERCURE DE FRANCE
tribuer , en reconnoiffant trop promptement l'Empereur
, au defavantage que cette démarche du Pape
pouvoit caufer à la Maifon d'Autriche ; qu'elle
s'y étoit attendue d'autant plus qu'elle avoit fait
une expérience peu agréable de la lenteur du Saint
Siége , lorfqu'elle avoit demandé d'être reconnue
pour héritiere des Etats du feu Empereur ; que cette
Jenteur n'avoit pas cependant été capable de diminuer
en rien fa vénération filiale pour le Chef de
l'Eglife ; qu'aiafi S. M. H. ne fçavoit à quelle caufe
attribuer une précipitation fi contraire à fes intérêts ;
qu'elle en étoit d'autant plus furprife , que le Pape
dans le dernier Bref qu'il lui a adreflé , avoit déclaré
en termes exprès , qu'il ne fe détermineroit qu'aprés
une mûre délibération ; que les raifons allégués
par la Reine de Hongrie contre l'Election de l'En
pereur , étoient d'une nature à fufpendre plis
fong- tems les réfolutions du Pape , & que Sa Sairtete
auroit dû prendre plus de tems , & en don
ner davantage au Sacré Collège , pour les examiner.
Le Cardinal Aquaviva fait imprimer un nouveau
Manifefte , dans lequel le Roy d'Efpagne expofe encore
plus amplement que dans les précédens , les raifons
fur lefquelles S.M.C. fonde fes prétentions fur
les Etats poffédés en Italie par la Reine de Hongrie
, mais ce Manifefte ne paroîtra qu'après l'arri- |
vée de Don Philipe dans ce Pays.
O
GENES ET ISLE DE CORSE.
N mande de Genes du 7. de ce mois , que depuis
la fignature de la Convention que le Roy
de Sardaigne a conclue avec la Reine de Hongrie ,
le Comte de Traun, Gouverneur du Milanez , ayant
fait affembler les 12000 .. hommes de troupes
Autrichiennes qui étoient dans cette Province , les a
fait
AVRI L 821 1742:
fait marcher vers les Duchés de Parme & de Plaifance
.
Selon les derniers avis reçûs de Modene , les
troupes du Roy de Sardaigne , qui font dans les
Duchés de Parme & de Plaifance , & celles de la
Reine de Hongrie , qui fe font avancées dans le
Modenois , font les difpofitions néceffaires pour tâ
cher d'empêcher le Corps de troupes Eſpagnoles ,
parti de la Specie pour traverser le Grand Duché de
Tofcane , de joindre celui qui marche fous les ore
dres du Duc de Montemar.
On a apris de l'Ile de Corfe , qu'on recommençoit
à y jouir , du moins en- deçà des Montagnes ,
d'une tranquillité qu'on n'efperoit pas , & que les
exécutions militaires , faites depuis quelque tems
par le Colonel Cleiter , qui a abandonné au pillage
& fait brûler les maifons d'un grand nombre de Rebelles
, avoient tellement intimidé les autres, qu'ils
n'ofoient plus faire aucune démarche pour s'opofet
aux volontés de la République . Ce Colonel oblige
tous les habitans des Piéves , où il paffe , de lui remettre
leurs armes, & il fait punir avec la derniere '
féverité ceux qui font quelque réſiſtance.
Les Commiffaires Géneraux de la République font
de leur côté des perquifitions exactes , pour fçavoir
quels font les Infulaires fur la fidelité defquels on
doit le moins compter , & ils banniſlent de l'Ifle
tous ceux qui leur font fufpects.
Selon les derniers avis reçûs de Plaifance , ily
pafla le 4. du mois dernier deux Régimens d'Infantrie
& deux Compagnies de Cavalerie des troupes
du Roy de Sardaigne , & le Commandant de cette
premiere Colonne de l'armée de ce Prince , après
avoir établi des Corps de garde aux portes de laVille,
& avoir mis une garnifon dans la Citadelle , quoiqu'elle
foit dépourvue d'artillerie , a marché vers
I Farme
822 MERCURE DE FRANCE
Parme avec ces troupes ne s'étant arrêté qu'un
jour à Borgo San Donino. Cette premiere Colonne
a été fuivie de plufieurs autres , dont trois fe font
embarquées fur le Pô , & deux font allées par terre ,
malgré la grande quantité de neige qui eft tomb.e
depuis quelque tems .
On compte que le Roy de Sardaigne établira à
Parme fon quartier géneral , & qu'il aura dans le
Duché de ce nom & dans celui de Plaifance 2 1.
Bataillons & 17. Efcadrons , outre les troupes qu'il
doit laiffer dans les principales Places du Milanez ,
dont la Reine de Hongrie lui a confié la garde.
&
Ce Prince eft parti de Turin pour ſe rendre à Parme,
d'où l'on aprend que les troupes Autrichiennes
fe font retirées pour faire place aux Piémontois ,
qu'elles font allées occuper les Villes d'Eft , de
Corregio & de Carpi .
Les avis de Turin portent que l'Ambaſſadeur qui
y réfidoit de la part du Roy d'Espagne , s'étoit retié
à Lion ; ces lettres ajoûtent qu'aucun Miniftre
Btranger , à l'exception de celui de la Reine de
Hongrie , ne fuivroit à Parme le Roy de Sardaigne.
La fituation des affaires de l'Ifle de Corfe continuë
de répondre aux vûës de la République de Genes.
Le Colonel Cleiter s'eft rendu dans la Piéve d'Orezza
avec le détachement qu'il commande ; la plûpart
des habitans de cette Piéve lui ont auffi - tôt
remis leurs armes , fans faire la moindre réfiſtance,
& il a fait punir féverement tous ceux qui ont refufé
d'obéir.
Le Marquis Spinola ayant fait revenir à la Baſtie
tous les Armuriers de l'ife, leur a fait de fortes réprimandes,
& il ne les a renvoyé chés eux qu'après
les avoir contraints de s'engager par ferment , à ne
plus faire d'armes à feu pour aucun Corfe , fans la
permiffion du Gouvernement.
Malgré
AVRIL. 1742. 823
Malgré les exécutions militaires faites par le Colonel
Cleiter , les Bandits de l'Ifolacci & des Piéves
de Cafacconi & de Roftino perfiftent dans leur
révolte , mais comme on a diftribué des armes aux
Corfes bien intentionnés pour la République , &
ennemis de ces R belies , on efpere de pouvoir ré
tablir dans ces Piéves la même tranquillité dont
joüit le reste du Pays en deçà de Montagnes. Cette
efpérance eft d'autant mieux fondée , que les Rebelles
qui fe flatoient d'être foûtenus par quelque
Puillance Etrangere , font entierement déconcertés
de voir qu'aucune ne penfe à leur fournir du fecours.
Le Vaifleau de guerre François le Sérieux , qui
étoit entré il y a quelque tems dans le Port d'Ajac
cio , en partit le 11. du mois dernier , ayant pris à
bord l'equipage d'un Batiment Eſpagnol , qui avoit
fait nautrage dans les environs . !
Le Roy de Sardaigue eft arrivé à Plaiſance en
pofte , & il y a été précedé par le Marquis d'Ormea
, & par les autres Miniftres , ainſi que par ſon
Régiment des Gardes & par quelques troupes de
Cavalerie . Ce Prince y a fait conduire is pièces de
campagne & un grand nombre de bateaux , pour
établir un Pont fur le Pô en cas de befoin
Les Autrichiens ont entierement évacué la Ville
de Parme , où il est entré cinq Bataillons & 80p.
hommes de Cavalerie des troupes Piémonto.fes.
Le Comte de Traun , Gouverneur du Milanez &
Géneral des troupes de la Reine de Hongrie, arriva
le 19.du mois paffé dans cette derniere Ville & il ẹn
partit le lendemain, pour aller fe mettre à la tête des
Allemans, qui ont paffé dans le Duché de Modene.
GRANDE BRETAGNE.
O
N mande de Londres du 15. du mois dernier,
que le Parti opofé à la Cour perſiſte dans le
dellein de faire tous les efforts pour obtenir qu'on
I ij falle
824 MERCURE DE FRANCE
faffe le procès au Comte d'Orford , mais que les
ennemis de ce Miniftre font embarraflés dans le
choix des moyens qu'ils prendront pour réüffir dans
cette entrepriſe , parce qu'ils ont propoſé déja inu.
tilement dans la Chambre des Communes de procé
der contre le Comte d'Orford , & qu'on ne peut
faire une feconde fois dans cette Chambre pendant
une même Séance du Parlement une propofition
qui a été rejettée .
Quelques Seigneurs ayant fait fçavoir au Comte
d'Orford les chefs d'accufation que les ennemis
vouloient porter contre lui , il a répondu qu'ayanı
renoncé au Miniſtére , feulement pour céder aux
circonſtances , & n'ayant aucune faute à fe reproeher
, il ne craignoit point d'être obligé de rendre
compte de fa conduite devant un Parlement auffi
fage & auffi éclairé que celui de la Grande - Ereagne.
Les difficultés que les ennemis du Comte d'Orford
trouvent à obtenir qu'on lui faffe fon procès ,
ne leur font point perdre l'efperance d'y parvenir ,
& ils continuent de chercher les moyens de réüffir
dans cette entrepriſe .
Il paroît dans le public plufieurs copies des chefs
d'accufation qu'on prétend devoir être portés au
Parlement contre ce Miniftre, mais on doute qu'elles
foient authentiques , les Membres du Parlement
qui ont rédigé ces chefs d'accufation. , étant conve
nus de les tenir fecrets jufqu'au jour qu'ils les préfenteront.
Le Vaiffeau de guerre le Hafting , commandé par
le Lord Bamf, s'eft emparé d'un Vaiffeau de Regiftre
Eſpagnol , qui étoit parti depuis peu de Cadix ,
& qui faifoit voile pour la Havane .
Un autre Bâtiment Eſpagnol a été coulé à fond
par le même Vaiffeau ,
HOL
AVRIL 1742. 825
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
N mande de la Haye du 16. du mois deraux
Etats Généraux des Provinces Unies , pour leur
donner part de fon Election , les Etats Géneraux
ont fait à l'Empereur une réponſe , dans laquelle
ils l'affûrent que leur parfait attachement pour S.
M. I. & pour la Maiſon Electorale de Baviere , leur
fait prendre toute la part poffible à la joye que cauſe
cet évenement ; qu'ainfi après l'avoir falué comme
Empereur , ils le félicitent d'avoir été revêtu fous
d'heureux aufpices de la plus grande dignité qui
foit fur la terre ; qu'ils font des voeux pour que pendant
le Regne de l'Empereur , on voye refleurir
P'honneur & la profperité de l'Allemagne , le repos
& la tranquillité parmi les peuples qui habitent cette
partie de l'Europe , & la paix avec les Etats voifins ,
& tous les évenemens concourir à la gloire de S.
M. I. que de leur part ils entretiendront de tout
leur coeur avec l'Empereur la fincere amitié quí
fubfifte depuis long tems entre l'Empire & la Hollande
; qu'ils tâcheront de donner dans toutes les
occafions à S. M. I. des preuves de leur attachement,
& qu'ils fouhaitent ardemment que l'Empereur
veüille bien leur accorder fa bienveillance
Impériale.
On a apris de Francfort que le Couronnement
de l'Imperatrice s'y étoit fait le 8. du mois dernier
avec beaucoup de magnificence ; que les Magiftrats
de la Ville devoient rendre hommage le 15. à l'Empereur
, & que les Juifs , qui y font établis , avoient
fait à leurs Majeftés Impériales les préfens ordinaires.
On mande de la Haye du 30. du mois dernier
, que fuivant les arrangemens qui ont été pris
dans
I iij
826 MERCURE DE FRANCE
dans l'Affemblée des Etats Géneraux des Provinces
Unies pour la troifiéme augmentation que la République
a réfolu de faire dans fes troupes , l'Etat
pendra à fa folde 8. Régimens d'Infanterie & un
de Dragons , de quelques Princes d'Allemagne :
on augmentera les Régimens d'Infanterie de Colyar
, de Lamy , de Villegas & de Duakennie , &
ceux de Dragons de Sclippenbach , de Heylman
& de Matha , de deux Compagnies chacun , &
on ajoûtera quatre nouvelles Compagnies à chacun
des deux Régimens Suiffes de Rebecque & de Salich.
8. Compagnies d'Artill rie feront auffi augmentées
, chacune de 40. hommes . Il a été reglé
en même tems qu'on créeroit des emplois de Sous-
Lieutenans, pour la Cavalerie , & qu'il y auroit un
Maréchal des Logis de plus dans chaque Compagnie
de Dragons.
Les Compagnis d'Infanterie & de Cavalerie.
doivent être complettes , les premieres le 16. da
mois de Mai prochain , & les fecondes le 31. dù
même mois , fur le pied de l'augmentation ordonnée
de euf hommes pour celles d'Infanterie , &
de trente - deux hommes pour celles de Cavalerie.
Quatre des huit Compagnies qu'on fe propofe
d'ajouter aux deux Régimens Suifles , feront levées
dans le Canton de Bern , & on levera les
quatre autres dans les Cantons de Zurich & de
Zug , & dans le Pays des Grifons.
n mande de Liege que le Régiment de Dragons
que l'Evêque de Liege s'eft engagé de fournir
à l'Empereur , devoit incefiamment le mettre
en marche , pour fe rendre en Baviere.
FRANCE
AVRIL. 827 1742
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX * X
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 22. du mois dernier , après- midi , la
Reine utendit le Sermon de la Céne
du Pere Theodore , Capucin, & l'Evêque de
Cahors ayant fait l'Abfoute , S. M. lava les
pieds à douze pauvres Filles qu'elle fervit à
table. Le Marquis de Chalmazel , Premier
Maître d'Hôtel de la Reine , précédoit le
Service , dont les plats étoient portés par
Madame , par Madame Adélaïde , & par les
Dames du Palais .
Le 23 , Vendredi Saint , le Roy & la
Reine, accompagnés de Monfeigneur le Dau
phin & de Madame , entendirent dans la
Chapelle du Château de Verſailles le Sermon
de la Paffion du Pere Tainturier , de la Compagnie
deJefus. Leurs Majeftés affifterent enfuite
à l'Ohce , & allerent à l'Adoration de
la Croix .
L'après-midi , le Roy & la Reine entendirent
l'Office des Ténébres.
Le 24 , Samedi Saint , la Reine accompagnée
de Monfeigneur le Dauphin , affifta
aux Complies & au Salut , pendant lequel
PO Filii fut chanté par la Mufique.
Le 25 ,Fête de Pâques, le Roy & la Reine ,
I iiij
accom828
MERCURE DE FRANCE
accompagnés de Monfeigneur le Dauphin ,
entendirent dans la même Chapelle la Grande
Mefle célébrée pontificalement par l'Evêque
de Cahors , & chantée par la Mufique .
L'après-midi Leurs Majeftés , accompagnées
comme le matin , affifterent au Sermon
du même Prédicateur , & enfuite aux
* Vêpres aufquelles le même Prélat officia.

Le 26 , pendant la Meffe du Roy , l'Evêque
de Gap prêta ferment de fidelité entre
les mains de S. M.
Le premier de ce mois , Dimanche de
Quafimodo , le Roy entendit dans la même
Chapelle la Meffe chantée par la Mufique .
Le lendemain , Fête de l'Annonciation
de la Ste Vierge , le Roy entendit la Meſſe ,
& l'après - midi S. M. affiſta aux Vêpres.
Le 30. du mois dernier , le Roy fit dans
la Plaine des Sablons la revûë du Régiment
des Gardes Françoifes , & de celui des Gardes
Suiffes , lefquels firent l'exercicé , & défilerent
en préfence de S. M.
Le Roy , qui étoit parti de Verſailles le 3 .
de ce mois , arriva à Fontainebleau le 6.
après-midi . La Reine s'y rendit le lendemain
, Monfeigneur le Dauphin le 9. & Mefdames
de France le onze .
Le
AVRIL. 829
1742
Le 16. Avril, le Prevôt des Marchands, les Echevins
& le Corps de Ville , s'étant rendus à la
Grand'Chambre du Parlement , repréſenterent à
la Cour , les Gens du Roy préfens , qu'ils jugeoient
à propos que l'on rendît un Arrêt pour la
Découverte de la Châffe de Sainte Geneviève par
raport aux Biens de la terre , auxquels une trop
longue féchereffe pourroit préjudicier , ce qui fut
accordé , & en conféquence , la Cour rendit un
'Arrêt qui fut porté le même jour par le Greffier
en Chef du Parlement à l'Abbé de Sainte Geneviéve
, lequel fit découvrir auffi- tôt la Châffe , au
fon de toutes les cloches de cette Abbaye
Royale.
Le même jour , l'Archevêque de Paris , fit publier
fon Mandement , à cette occafion dont
voici la teneur.
>
Charles- Gafpard- Guillaume de Vintimille des
Comtes de Marfeille du Luc , & c .
Une longue féchereffe , qui par la fuite pourroit
faire périr une partie des Semences que la Terre
renferme encore dans fon fein , Nous oblige de
recourir au Seigneur , & de lui demander avec inftance
qu'il falle fucceder un tems plus favorable
pour la Campagne à celui qui regne depuis plufieurs
mois.
Souvent il pr ' vient nos demandes par fes dons
parce qu'il veille à nos befoins , dans le tems que
nous n'en fommes pas nous- mêmes occupés : mais
d'autres fois il veut que fes bienfaits foient le fruit
de nos voeux & de nos prieres , afin que nous reconnoiffions
la main bien -faifante qui nous en fait ,
part , & que nous lui en témoignions notre reconnoiffance.
Dans le danger qui nous allarme aujourd'hui ›
nous avons lieu d'efperer , qu'en recourant aux mê-
Iv
mes
230 MERCURE DE FRANCE
mes moyens que nous avons employés plus d'une
fois avec fuccès , Dieu fera ceffer la caufe de nos
craintes & de nos inquiétudes , & qu'il nous accordera
ces Fluyés de benediction & d'abondance ,
dont l'effet eft de faire germer la Terre , & de la
rendre féconde.
A ces cauſes , & fur les repréfentations des
premiers Magiltrats , après en avoir conferé avec
nos Venerables Freres , les Doyen , Chanoines &
Chapitre de notre Eglife Métropolitaine , Nous ordonnons
, que Mercredy prochain , & pendant neuf
jours confécutifs , on dira auffi -tôt après la principale
Meffe dans notredite Eglife , & dans toutes
celles de la Ville & des Fauxbourgs , le Pfeaume
Miferere , le Trait , Domine , non fecundùm peccata
noftra, c. fuivi du Verfet , Oftende nobis , &c..
& de la Collecte , ad petendam pluviam ; qu'à l'iffue
des Vêpres on fera la Proceffion autour ou audedans
defdites Eglifes , en chantant les Litanies
des Saints , qui feront terminées par l'Oraifon de
Saint Marcel , de Sainte Geneviève & du Saint Titulaire
de chaque Eglife ; qu'on chantera enfuite
l'Antienne , Sub tuum prafidium , &c. le Verfet ,
Ora pro nobs , c. & l'Oraifon , Concede nos famulos
tuos , c. que pendant ladite Neuvaine le
Clergé des Collégiales & des Paroiffes , & celui
des Communautés Séculieres & Régulieres , vifiteront
proceffionnellement l'Eglife de N. D.& celle
de Ste Genevieve , où les Chaffes de S. Marcel & de
cette Sainte feront découvertes ; que tous les Prêtres
continueront de réciter à la Meffe la Collecte marquée
ci-deflus jufqu'à ce que le Seigneur ait exauce
nos Prieres , & quée dans les Paroiffes de la Campagne
on fera pendant neufjours , auffi - tôt après
la réception de notre préfent Mandement , les mêmes
Prieres que Nous avons ordonnées pour la
Ville
AVRIL 1742. 831
Ville & les Fauxbourgs de Paris . Nous exhortons
les Fidéles d'affifter aux Proceffions de leurs Paroiffes
dans des fentimens de componction & de
pénitence , afin de détourner les fleaux qui nous menacent
, & que nos péchés n'ont que trop juftement
mérités , & c.
Il y eût auli un Mandement ce même jour ,
publié par le Réverendiffime Pere Abbé de
I'Abbaye Royale de Sainte Geneviève , en ces
termes.
François Patot , Abbé de l'Abbaye Royale de
Sainte Geneviève au Mont de Paris , & c . Nos
Prieres languifantes font depuis long- tems fans
effet , le Ciel eft devenu pour nous un Ciel d'airain ;
infenfible à nos Gémiffemens , il refuſe de s'ouvrir
& de répandre fur nos Campagnes arides les
Rofées & les pluies qui pourroient ranimer les
fruits que la Terre ftérile cache dans fon fein. Un
dérangement géneral des Saifons les confond les
unes avec les autres ; elles femblent ignorer l'ordre
commun que la Providence leur a preferit , &c
nous donnent tout à craindre des calamités dont
nous fommes ménacés. Cette rigueur de la Juſtice
Divine ne doit pas nous furprendre , ni donner lieu
à nos murmures ; elle eft la jufte punition de nos
ini quités. Il nous a parlé , ce Dieu de bonté , dans
les jours de fes miféricordes , nous avons fermé notre
coeur à fa voix ; nous nous fommes endurcis
nous avons abufé de fes graces ; & fes dons qui
devoient faire le fujet de notre reconnoiffance ,
ont été trop fouvent celui d'une ingratitude criminelle
. Adorons la main qui nous châtie , & que ces
châtimens nous engagent à recourir , dans les fenti
mens d'un coeur contrit & humilié , vers celui qui
eft auffi puiffant pour nous pardonner , qu'il l'eft
pour nous punir. Elperons qu'un retour fincere le
I vj rendra
832 MERCURE DE FRANCE.
rendra fenfible à nos miferes , & qu'il fera getmer
dans fon tems ce qui nous paroît aujourd'hui
fans action & fans vie. L'Arche qui eft au milieu de
nous , les pieufes cendres qu'elle renferme , les
prodiges multipliés qu'elles ont opérés en faveur de
cette Capitale du Royaume , doivent relever nos
efpérances prefque abbatuës . Adreſſons donc nos
Voeux à cette fainte Protectrice , afin qu'eile les
préfente à celui de qui nous devons attendre tout
notre fecours .
A ces cauſes , pour nous conformer à l'Arrêt de
ce jour , rendu par la Cour du Parlement , à la réquifition
de Meffieurs les Prevôt des Marchands
& Echevins de cette Ville , Nous ordonnons que la
Châffe de Sainte Geneviève , Patrone de Paris &
du Royaume , fera entierement découverte cejourd'hui
, dont la Ville fera avertie par le fon de toutes
Jes Cloches de notre Abbaye ; Que le même jour
on commencera les Prieres Publiques par un Salut ,
qui fe fera après Complies ; & demain Mardi par
une Meffe folemnelle , que Nous célébrerons pontificalement
à neuf heures du matin : Que pendant le
tems que la Châffe demeurera découverte , on dira
au Grand Autel des Meffes , depuis cinq heures du
matinjufqu'à midi ; & que tous les foirs après Complies
, fera fait un Salut , qui commencera par une
Proceffion dans l'Eglife à laquelle on chantera , 1 °.
Les Litanies ; Aufer à nobis , c. 2 °. L'Antienne
de Sainte Geneviève , O Felix Ancilla , &c. 3º .
Le Répons , Si claufero . L'Antienne de la Sainte
Vierge , Sub tuum prafidium ; Domine faluum fac
Regem , & l'Antienne Da Pacem ; le . Operi ,
Domine . cælum nubibus . . Et para terra pluviam.
Les Or if ns. La premiere , Ad petendam plubiam.
Deus
, in дио vivimus . La deuxième , de la Sainte
Vie ge , Concede nos . La troifiéme de Sainte Gencviéve,
AVRIL. 1742. 839
viéve , Prafta , quafumus. La quatrième , pour le
Roy , Quafumus , omnipotens Deus . La cinquième
pour la Paix , Deus , à quo fancta defideria.
>
la

Nous ordonnons de plus , que pendant que
Châffe demeurera expofée à la Devotion des Fidéles
, tous les Prêtres qui célébreront la Meile dans
notre Eglife , continueront de dire les Oraiſon
Secrette , & Poftcommunion , intitulées dans le
Miffel : Ad petendam pluviam : Et enjoignons à
tous les Chanoines Réguliers de cette Abbaye , de
faire en leur particulier des Prieres pour obtenir de
Dieu qu'il exauce fon Peuple , & accorde des Pluies
falutaires aux biens de la Terre.
Donné en notre Abbaye le 16. Avril 1742. Signé
Fr. FRANÇOIS PATOT , Abbé de Sainte Genevieve ;
& plus bas. Par mon Révérendiffime Abbé , Fr.
KEGNIER , Sécretaire .
Le Grand Prieur de l'Abbaye Royale de Saint
Germain des Prez , & Grand Vicaire de S. A. S.
M. le Comte de Clermont , Prince du Sang ,
Abbé Commandataire de ladite Abbaye , fit dé
couvrir le même jour , & à la même occafion
le devant de la Châffe de Saint Germain , & ordonna
des Prieres pour obtenir de Dieu qu'il exauce
fon Peuple , & un tems plus favorable pour la confervation
des Biens de la Terre.
Le 25 on chanta à Sainte Geneviève le Te Deum,
auquel affifta le Corps de Ville , en actions de
graces des pluies qui font tombées depuis la décou
verte de la Châſſe de cette Sainte.
Bénéfices donnés le 2. Avril.
Le Roy a , donné l'Archevêché d'Auſch , vacant
du 20. Novembre 1741. par le décès de Melchior
de Polignac , Cardinal , à Jean-François de Chaftellars
>
$ 34 MERCURE DE FRANCE
tellart de Montillet , natif du Diocèſe de Geneve ,
Evêque d'Olleron , nommé à cet Evêché par la démiffion
de Jofeph de Revol , fon oncle maternel
en 1735 , & facré le 2. Octobre de la même
année.
· S. M. a nommé .... de Revol , Prêtre Licencié
en Théologie de la Faculté de Paris , âgé de
26. ans , & coufin germain du nouvel Archevêque
d'Auſch , à l'Evêché d'Olleron , dont il étoit
Vicaire Géneral .
Poncet de la Riviere , Vicaire Géneral de Séez ,
à l'Evêché de Troyes , vacant par la démiſſiſion de
M. Boffuet .
Jean-Jofeph de S. Jean de Jumilhac , Prêtre du
Diocèle de Limoges , Docteur en Théologie de la
Faculté de Paris , de la Maifon Royale de Navarre,
du Abbé Commandataire de l'Ab- Avril 1732. , 5.
baye de S. Florentin de Bonneval , Ordre de S. Benoit
, Diocèfe de Chartres , du mois de Décembre
1733. l'un des deux Députés du ſecond Ordre
de la Province de Paris à l'Affemblée Générale
du Clergé de France tenue à Paris en 1733. &
Vicaire Géneral du Diocèſe de Chartres , à l'Evêché
de Vannes , en Baffe Bretagne , vacant par la
mort d'Antoine Fagon , arrivée le 16. Février
dernier.
Paul de Ribeyre , Prêtre du Diocèſe de Clermont,
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris du 20.
Juillet 1718. & Vicaire Géneral de l'Evêché de
Clermont , à l'Evêché de Digne , vacantpar la mort
d'Antoine-Amable Feydeau.
Lois Prince de Salmas & cu S. Empire , à l'Abbaye
de Bohéries , Ordre de Citeaux , Diocèfe de Laon ,
vacante da 16. Février dernier par le decès d'Antoine
Fagon , Evêque de Vannes , dernier Titurlaire
, depuis le so. Mai 1705.
Louis
AVRIL. 1742. 839
Louis-Charles-Vincent de Salaberry , Confeillet
en la Grand'Chambre du Parlement de Paris , &
Chef du Confeil du Duc de Penthiévre , à celle de
Coulombs , Ordre de S. Benoît , Diocèle de Chartres
, à laquelle le Prieuré d'Effone , du même Ordre
, Diocèse de Paris , fut uni en 1707. vacante
depuis le 27. Février dernier par le decès de Charles
de Seigliere de Boisfranc , dernier Titulaire depuis
le mois d'Octobre 1679.

.... de Fusée de Voizenon , Prêtre , Doyen du
Chapitre & Vicaire Géneral de l'Evêché de Boulogne
, Abbé Commandataire de l'Abbaye de N. D.
de la Chapelle aux Planches depuis le mois de
Décembre 1733. dont il a donné ſa démiſſion pure
& fimple , à celle de S. Jean du Jard - lès - Melun
Ordre de S. Antoine , Diocèfe de Sens, vacante par
la démiffion pure & fimple de Henri - Ignace de
Chaumont de la Galaizière , Prêtre , dernier Titulaire
du mois de Décembre 1733. L'Abbé đẻ
Fufée de Voizenon avoit été un des deux Députés du
fecond Ordre de la Province de Sens à l'Affemblée
Génerale du Clergé de France de 1735 .
Jean- Baptifte-Noël Lerouge , Prêtre , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de la Maifon
Royale de Navarre du 16. Octobre 1721. Chanoi
ne de l'Eglife Collégiale de S. Nicolas du Louvre ,
Chapelain Ordinaire de la Reine , & Syndic de la
Faculté de Théologie de Paris , à celle de N. D.
de la Chapelle aux Planches , Ordre de Prémontré
, Diocèſe de Troyes , vacante par la démiffion
de M. de Voizenon à la charge de remettre fon
Canonicar.
>
de Vanolles , Chanoine de l'Eglife Métropolitaine
de Rheims , freré de l'intendant de Franchecomté
, à celle de N. D. de Retfons , Ordre
de Prémontré Régulier , Diocèfe de ' Rolïen , vacante
136 MERCURE DE FRANCE
vante du 23. Mars dernier par la mort de Jean-
Baptifte du Bos , dernier Titulaire depuis le mois
de Février 1733 .
Soeur Claire de Montmorin de S. Herem , Abbeſſe
de l'Abbaye de Port-Royal à Paris , Ordre de Ctea
:x , depuis le mois d'Octobre 1741. & auparavant
Abbeffe, fucceffivement des Abbayes de Ñ. D.
de Mercoire , Diocèle de Mende au mois de Janvier
1729. & de Montreuil -les- Dames fous Laon
au mois de Juillet 1739. à celle de Fontevraud
en Regle , Ordre de S. Benoît, Diocèle de Poitiers ,
vacante du 16. Février dernier par la mort de Soeur
Louife-Françoife de Rochechouart de Mortemart ,
derniere Titulaire depuis 1704.
Soeur ...... de Langheac , Réligieufe de l'Abbaye
de l'Eſclache , à celle de Ste Claire , Ville
& Diocèle de Clermont , en Auvergne , auffi en
Regle , Ordre de S. François , vacante par le decès
de la Dame de Laftic de Sieugeat.
Le 10. Avril. Les Comédiens François repréfenterent
à la Cour la Tragédie de Medée ,
fut fuivie de l'Epreuve réciproque.
qui
Le 12. La Comédie du Miſantrope , & celle de
l'Impromptu de Campagne.
Le 17. Ariane , & la petite Piéce du Florentin.
Le 19. Amour pour Amour , & les Fourberies de
Scapin.
Le 24. Le Comte d'Eſſex , & l'Avare Amoureux.
Le Sieur de la Noue , nouvel Acteur , joua le
premier Rolle dans la premiere Piéce .
Le 26. Le Préjugé à la mode , & le Galant Jar
dinier.
Le nouvel Acteur joua le Rolle de Durval dans
la premiere Piéce .
Le 14. Les Comédiens Italiens repréfenterent
aufli
AVRIL. 8372 1742.
auffi à Fontainebleau la Comédie du Mari Garçon
qui fut fuivie du Ballet des Sabotiers , & de l'Impatient,
petite Piéce Italienne d'un acte .
Le 21. Le Défi d'Arlequin & de Scapin , Comédie
Italienne , fuivie du Ballet des Guirlandes.
Le 28. l'AmaniProthée avec tous les agrémens, &
la petite Piéce du Philofophe, Dupe de l'Amour.
XXXXXXXXXXX XXXX XXXXXX
MORTS.
LE
E 27. Février François André de Clery , Seigneur
de Seran le Gaft , apellé vulgairement
le petit Seran dans le Vexin François , Gentilhomme
d'ancienne
race , mourut à Paris , dans la so.
année de fon âge . Il étoit fils puîné de Charles de
Clery , Seigneur des grand & petit Seran , & de
Marie de Dampont
; il avoit été marié le 15 .
Juin 1715 avec Marie-Anne de Jaucourt , fille de
Gabriel de Jaucourt de Bonneffon
mort en
1712. & d'Anne Pellault. Il la laiffe veuve , fans
avoir eu d'enfans .
-
Jacques François de Sales d'Hautefort , Chevalier
, Marquis de S. Chamans , Baron d'Anvals ,
Cornil , la Caffagne , Seigneur de Monceaux St
Bonnet , & c. mourut le quatre Mars au Château
de S. Chamans , Bas Limoufin , âgé de 41. ans ,
& fut inhumé le 6. dans le Caveau de l'Eglife du
Convent des Recolets de la Ville de Tulle , fondé
par les Seigneurs d'Hautefort S. Chamans. Il étoit
fils de Charles Nicolas , Comte d'Hautefort , Maréchal
des Camps & Armées du Roy , Sous -Lieutenant
de la feconde Compagnie des Moufquetaires
de la Garde ordinaire de S. M. mort en 1712 .
& de Dame Marie- Elifabeth de Creil morte en
1733.
$38 MERCURE DE FRANCE
1733. Soeur de M. le Marquis de Creil , Lieutetenant
Général des Armées du Roy , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis , Capitaine Commandant
la Compagnie des Grénadiers à cheval. Le Défunt
avoit fervi pendant quelques années dans la feconde
Compagnie des Moufquetaires , mais la
foibleffe de fa fanté ne lui permit pas de continuer
le Service. Il laifle de fon mariage avec Dame Marie-
Anne Defcats une fille unique née le 22. Avril
1741 .
Le 7. François de Brémond , Adjoint de l'Académie
Royale des Sciences de Paris pour la Botanique
, depuis 1739 Membre de la Societé Royale
de Londres , & Cenfeur Royal de Livres , mourut
à Paris âgé de 28. à 29. ans , fort regretté à cauſe
de fes talens pour les Sciences .
Le même jour , D. Renée-Elizabeth de Romilley
de la Chefnelaye , veuve depuis le 9. Decembre
1704. de Leon Porier , Duc de Treimes , dit de
Gêvres , Pair de France , Premier Gentilshomme
de la Chambre du Roy , Chevalier de fes Ordres ,
Lieutenant General de fes Armées , Gouverneur de
la Ville , Prévôté & Vicomté de Paris , Gouver
neur & Grand Bailli de Valois , Gouverneur du
Pont-Audemer , Capitaine du Château & des Chaffes
de Monceaux , & auparavant Capitaine des Gar
des du Corps de S. M. & Gouverneur du Maine
Perche, & Comté de Laval , & de la Ville du Maine,
dont elle fut la feconde femme , & qu'il avoit époufée
à l'âge de 83. ans , le 29. Janvier 1703. mourut
à Paris , fans enfans , dans la 58. année de fon
âge. Elle fut inhumée le 9. aux Celeftins dans la
Sépulture des Ducs de Gêvres. Elle étoit fille de
Louis de Romilley , Marquis de la Chefnelaye ,
Comte de Mauffon , Gouverneur de la Ville , Châreau
, & Baronic de Fougeres , Colonel de la Nobleffe
AVRIL.. 1742. 839
bleffe de Bretagne , & d'Elizabeth- Gabrielle de
Beliefouriere de Soyecourt , fa feconde femme ,
laquelle fe remaria en fecondes nôces le 6. Octobre
1713. avec Joſeph-Joachim du Mas , Comte
du Broffay, enBretagne.
Le 8. D. Marie Magdeleine Boucher , époufe de
Louis-Etienne de Chabenat , Seigneur de Bonneuil ,
& de la Malmaiſon , Confeiller au Parlement de
Paris , de la feconde Chambre des Enquêtes , avec
lequel elle avoit été mariée le 25. Février 1723 .
mourut âgée d'environ 40. ans , & laiffant trois
garçons. Elle étoit fille unique de Claude Boucher ,
vivant , Receveur Général , & Payeur des Rentes
de l'Hôtel de Ville de Paris, & de Marie-Magdeleine
Charpentier.
Le 11. Ponce-Augufte , Sublet , Marquis d'Heu
dicourt , Seigneur de S Pere , Bozu , S. Eloy , la
Broffe , le Mefnil , Boifcharmant en Saintonge , &c.
Lieutenant Général des Armées du Roy, Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Loüis , ci -devant Grand
Louvetier de France , mourut à Verſailles , âgé d'environ
66. ans. Il avoit été d'abord Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie au mois de Décembre
1702. & depuis il fut fait fucceffivement Brigadier
le 29. Janvier 1709. Maréchal de Camp le premier
Février 1719. & Lieutenant Géneral le 26. Février
1734. Il avoit été pourvû au mois d'Avril 1718. de
la Charge de Grand Louvetier par la démiffion de
fon pere ; il s'en démit lui -même en 1736. en faveur
de fon gendre. Il étoit fils aîné de Michel Su
blet , Marquis d'Heudicourt , Seigneur de S. Pere ,
Bozu , S. Eloy , la Broffe , le Mefnil , Grand Louvetier
de France , ancien Meftre de Camp de Cavalerie
, & Brigadier des Armées du Roy , mort
en 1720 , & de Bonne de Pons , morte le 24. Janvier
1709. Il avoit été marié le 6. Mai 1715. •
avec
840 MERCURE DE FRANCE
avec Loüife-Julie d'Hautefort , fille deLouis- Charles
d'Hautefort, Marquis de Surville, Seigneur de Cham
rien,Chevalier de l'Ordre Militaire deS.Loüis , Lieutenant
General desArmées du Roy, & de D.Loüife de
Crevant d'Humieres . Il en laifle Charlotte - Alexandrine
Sublet d'Heudicourt , fille unique , née le 22.
Mars 1721. veuve d'Antonin- Armand de Belfunce,
Marquis de Caftelmoron , Grand Sénéchal & Gouverneur
des Païs d'Agenois & Condomois , Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Bourguignons , & Grand- Louvetier de France, mort
le 19. Septembre 1741. âgé de 25. ans ,comme on
J'a annoncé dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. p . 2540.
> Le 12. Urbain
Guillaume de la Moignon
Comte de Launay - Courfon , & de Montrevaux
,
Marquis de la Mothe , Baron de Bohardy , & c.
Confeiller
d'Etat Ordinaire & au Confeil Royal
des Finances , Bailli d'épée , Gouverneur
, Capi
taine des Chaffes , & Gruïer du Château & Comté
de Limours , mourut à Paris , âgé de 67. ans , 4.
mois , 15. jours , étant né le 29. Octobre 1674. Il
avoit été reçû fucceffivement
Confeiller
au Parlement
de Paris le 10. Décembre
1692. Commiſſaire
aux Requêtes du Palais , le 8. Janvier fuivant, &
Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hôtel du Roy ,
le 3. Septembre
1698. puis fait Intendant
à Rouen,
le 3. Novembre
1704. & à Bordeaux
le 14. Août
1709. Confeiller
d'Etat au mois de Novembre
1716. admis dans le Confeil de Commerce
au mois
de Juillet 1726. & enfin déclaré Conſeiller
au Confeil
Royal des Finances au mois deJanvier 1730. Il
étoit fils de Nicolas de la Moignon de Baſville ,
Comte de Launay-Courfon , & de Montrevaux
,
Baron de Bohardy , Marquis de la Mothe - Chandonier
en Poitou, Seigneur du Yau , de Chavagnes,
&c.
AVRIL. 1742 841
"
&c. Bailli d'épée , Gouverneur Capitaine des Chaf
fes , & Gruïer du Château , & Comté de Limours ,
Confeiller d'Etat Ordinaire & Intendant en Languedoc
, pendant 33. années , mort le 17. Mai 1724.
âgé de 76. ans & d'Anne-Loüife Bonnin de Chalucet
, morte le 4. Janvier 1732. à l'âge de 87.
ans , & il étoit Veuf de Marie-Françoife Meliand ,
dont la mort eft raportée dans le Mercure de Septembre
1740. p. 2121. avec les noms , qualités , &
alliances de leurs enfans , auxquels il faut feulement
ajoûter une fille , qui n'eft point encore pourvûë.
Le 13. Gilles- Marie Oppenord , Ecuyer, Directeur
Général des Bâtimens de feu S. A. R. le Duc d'Or-
*
&
leans , Régent en France ; mourut à Paris ,
de 70. ans.

âgé
Le 22. Louis- Alexandre Bontemps , Chevalier-
Commandeur , Prevôt , & Maître des Cérémonies
des Ordres de N.D. du Mont-Carmel & de S.Laza,
re de Jerufalem , Confeiller & Premier Valet de
Chambre ordinaire du Roy , Bailli , & Capitaine
des Chaffes de la Varenne du Louvre , &
Capitaine- Concierge , & Garde principal du Palais ,
Château, & Jardin Royal des Tuilleries,Grand Pavillon
, & Galerie y attenant Surintendant des
Bâtimens & Jardins de la Reine , ci- devant Gouver
neur de la Ville de Rennes en Bretagne , mourut
au Château des Tuilleries , âgé de 76. ans . Il étoit
fils aîné d'Alexandre Bontemps , auffi Conſeiller &
Premier Valer de Chambre ordinaire du Roi , Intendant
des Châteaux , Parcs , & Domaines de
Verfailles & de Marli , & de leurs Dépendances ,
& Sécretaire Général des Suiffes , & Grifons , more
le 17. Janvier 1701. âgé de 75. ans , & de Marie-
Marguerite Bofc , morte le 11. Mars 1674. Il avoit
époufé en premieres Nôces au mois de Janvier
1693. Charlotte le Vaffeur , morte le 29. Août
1709,
842 MERCURE DE FRANCE
1709 dans la 39. anuée de fon âge , laquelle étoit
fille de Nicolas le Vaffeur , Seigneur de S. Vrain ,
Confeiller de la Grand-Chambre du Parlement do
Paris , & de Marie -Elizabeth de Pleure . Il avoit
eu d'elle Louis Bontemps , Chevalier des Ordres de
N. D. du Mont- Carmel, & de S. Lazare , filleul dứ
Roy régnant , & qui fuccede aux Charges de fon
pere , dont il étoit furvivancier. Il a épousé au
mois de Février 1735. une fille de feu Jean Belon,
Confeiller Sécretaire du Roy , Maiſon , Couronne
de France & de fes Finances ; un ſecond fils , dont
la mort eſt rapportée dans le Mercure deJuin1740 .
vol. 2. p. 1467. Marie- Louiſe- Charlotte Bontemps,
morte âgée de 36. ans , le 23. Mars 1730. Epoufe
de Charles-Jofeph- Lucas Camus de Couftin , Marquis
d'Arginy , & de Pufignan , Meftre de Camp de
Cavalerie ; Françoife - Charlotte Bontemps , Veuve
deJean- Etienne de Varennes , Seigneur de Gournay
& de Marigny , Maréchal des Camps & Armées
du Roy, mort le 15. Novembre 1736. & une troifiéme
fille , mariée avec M .Voüet de S. Leger ,
& morte en couches le 12. Octobre 1733. Louis-
Alexandre Bontemps s'étoit remarié en 1736.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Vers à ma Mufe , 631
PEclairciffemens fur un Point d'Hiftoire des an
ciens Egyptiens ,
637
La Mort de Mignonne , à la Comteffe de Montmorency
,
Difcuffion à faire fur la Banlieuë de Paris ,
La Simplicité Chrétienne , Ode ,
644
649
655
670
Pleaume
Queftion importante jugée au Parlem. de Paris, 659
Epithalame fur un Mariage ,
Pleaume 67. pour le tranfport de l'Arche, & c . 672
Ode Sacrée ,
Lettre à un Amateur de la Langue Turque ,
676
684
Le Laurier du Mont S. Pere ,
691
Lettre Hiftorique fur l'Horlogerie
692
Ode Anacreontique pour le jour d'une Fête , 699
Lettre fur les Antiq Eccl . du Dioc . de S. Flour ,70
Dialogus , &c. apud Ifiacum , 706
Lettre au fujet de Cona , &c . 711
La Langue , Stances , 726
Extrait de Lettre contre les Romans , 732
Explication du Logogryphe de Janvier , 737
Enigme , Logogryphes , & c . 738
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
&c . Defcription de Paris , Verſailles , &c. 742
Lettre à ane Supérieure de Communauté , chargée
de l'Education de la Jeuneffe , 745
Voyage fait au Levant , Befcription d'Alger , Tunis
, Tripoly , &c . 747
Abregé du Méchanifme univerfel , Difcours &
Queftions Phyfiques , &c . 748
Recueil d'Arrêts notables du Parlem de Paris, 751
Annales Eccléfiaftiques du Cardinal Baronius , 752
Sermon de la Dédicace de l'Eglife des Auguftins
Déchauffés , &c.
Hiftoire des Empires & des Républiques ,
ibid.
753
Académies des Belles- Lettres , & des Sciences, 754
Académie de Soiffons
Affemblée publique de l'Acad . de Lyon ,
755
758
Mémoire fur les Poulies Coniques , préſenté à l'Académie
des Sciences ,
Extrait de Lettre fur un âge extraordinaire ,
Médaille de l'Empereur ,
770
778
779
Eftampes nouvelles , Portraits des Perfonnes Illustres
, & c.
780
Avis , nouveau Zodiaque, ou Cartes Célefte , 781
Cours de Chirurgie , rue Hautefeuille , 786
Chanfon
Chanfon notée ,
781
Spectacles , Extrait de la Comédie du Mari Gar
çon ,
Ifbé , Paftorale nouvelle à l'Opera ,
Piéces remifes au Théatre François ,
>
789
791
ibid
Paftorale exécutée à Clermont Extrait de la
Piéce ,
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Ruffie , &c.
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Mandemens , & c .
Bénéfices donnés ,
Morts ,
Errata de Mars.
797
800
827
829
831
837
Age 197. ligne 10. la réfiftance , life , toute
la réfiftance. Page 623. 1. 20. Chanoines , lifez,
les Chanoines . Même ligne , Gens , l . les Gens.
Fantes à corriger dans ce Livre.
P. 695.1 6.Je l'aurois, l. on l'auroit. Ibid. 1.
Age 676. ligne 5. connois , life , connoîtr
je
ne l'en avoient , l . ne l'avoient. P. 697. l. s . &,
c'eft. P. 702. ligne derniere , Parace , l. Pava
P. 703. 1. 13. forme de , ôtez ces mots. P. 714.
17. Jean , l. Jonas. P. 716. l . 4. Ste Pallaid , I. P
laye . Ibid. 1. 7. S. More , I S. Moré. P. 719. l . i
Germiny , Germigny . P. 723. 1. 13. Bougev
1. Bougival . P. 727. 1. 15. fçait , 4 peut. P. 731
ligne derniere , voile , l . voiler. P. 780. 1. 3.0 ||
bas , pas Mafne ,. par Lafne.

La Médaillegravée doit regarder la page
La Chanson notée la page
379
781
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le