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1742, 01-02
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JANVIER . 1742.
OUR
COLLIGIT
SPARGITE
Papillon
Ohés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont - Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLII.
Avec Aprobation & Privilege du R
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à présent.
J
Uin , Juillet , Août , Septembre, Octobre,
Novembre et Decembre de 1721.
Année 1722. les mois de Mars , Mai , Septembre
et Novembre doubles ,
7. vol.
1723. le mois de Decembre double ,
16. vol.
1724. les mois de Juin et Dec. doubles ,
13. vol.
14. vol.
1725.
les mois
de Juin, Sept. et Dec.doubles
, 15. vol .
1726.
les mois
de Juin et Dec.
doubles
, 14. vol.
1727.
les mois
de Juin et Dec.
doubles
, 14. vol.
1728.
les mois
de Juin et Dec.
doubles
, 14. vol.
1729.
les mois
de Juin,Sept. et Dec.doubles
, 15. vol.
1730.
les mois
de Juin et Dec.
doubles
, 14. vol.
7731.
les mois d'Avril
,Juin et Dec. doubles
, 15. vol .
1732.
les mois
de Juin et Dec.
doubles
,
1733.
les mois
de Juin et Dec.
doubles
,
1734.
les mois
de Juin
et Dec, doubles
,
1735.
les mois
de Juin et Dec.
doubles
,
1736.
les mois
de Juin
et Dec.
doubles
,
1737.
les mois
de Juin et Dec.
doubles
,
1738.
les mois
de Juin et Dec.
doubles
,
1739.
les mois
de Juin , Septembre
et
Decembie
doubles
,
14. vol.
14. vol .
14. vol.
14. vol .
14. vol .
14. vol.
14. vol.
Janvier 1742.
THE NEW YORK!
PUBLIC LIBRAR
335231
ASTOR, LENOX
TILDEN FOUNDATIONS
1740. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1741. les mois de Juin et Dec. doubles ,
15. vol.
14. vol.
14. vol.
I. vol.
293. vel.
RIX XXX. SOLS.
1905
PRI**************************
PRIVILEGE DU ROT.
LOUIS,par la grace de Dieu , Roy de France & de
&
Navarre à nos Amés & Feaux Confeillers , les Gens
tenant nos Cours de Parlement , Maîtres des Requêtes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil , Baillifs , Senéchaux
, leurs Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers
qu'il apartiendra : SALUT. Notre cher & bien amé ANTOINE
DE LA ROQUE , Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compagnie
des Gendarmes de notre Garde ordinaire , &
Chevalier de notre Ordre Militaire de Saint Louis , nous
ayant fait remontrer que l'aplaudiffement que reçoit le
MERCURE DE FRANCE , cy- devant apellé le Mercure Galant
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , & autres
Auteurs , nous a fait croire que le fieur Dufresni
Titulaire du dernier Brevet , étant décedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un Ouvra
ge auffi utile qu'agréable , tant à nos Sujets qu'aux Etrangers
: c'eft dans cette vue que bien informé des talens
& de la fageffe dudit fieur de la Roque , nous l'avons choi
pour compofer à l'avenir , exclufivement à tous autres ,
fedit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE FRANCE ,
nous lui en avons à cet effet accordé notre Brevet le 17 .
Octobre 1724. pour l'execution duquel il auroit obtenu
nos Lettres de Privilege , en date du 9. Novembre enfuivant
, qui fe trouvant expirées , nous a fait fuplier
de lui en accorder de nouvelles en forme de Brevet fur
ce néceſſaires , offrant pour cet effet de le faire réimpri
mer en bon papier & beaux caracteres , fuivant la feuille
imprimée & attachée pour modele fous le contrefcel des
Préfentes ; A CES CAUSES , voulant traiter favorablement
ledit fieur Expofant , & étant informé de fes affiduités ,
des foins & dépenfes qu'il fait pour la perfection dudic
Mercure de France , dont nous fommes contens , & dont
nous voulons lui donner des marques de notre entiere fa .
tisfaction ; Nous lui avons permis & permettons par ces
Prefentes de compoſer & donner au Public à l'avenir tous
les mois , à lui feul exclufivement à tous autres ,
Mercure de France , qu'il pourra faire imprimer en un ou
plufieurs volumes , conjointement ou feparément , & au
tant de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume , Pays
A
ledit
Terres
& en
Terres & Seigneuries de notre obéiffance , pendant le
tems & efpace de douze années confecutives , à compter
du jour de la date defdites Prefentes ; à condition néanmoins
que haque volume portera fon Aprobarion expreſſe
de l'Examinateur , qui aura été commis à cet effet ,
cutre nous avons révoqué & révoquens tous autres Pri
vileges qui pourroient avoir été donnés cy- devant à d'au
tres qu'audit fieur Expofant ; Faifons défenfes à toutes
fortes de perfonnes , de quelque qualité & condition
qu'elles foient , d'en introduire d'impreffion ou gravúre
étrangere dans aucun Lieu de notre obéiffance , comme
auffi à tous Libraires Imprimeurs , Graveurs , Impri
meurs Marchands en Tailles - douces & autres , d'impri .
n er, faise imprimer , graver ou faire graver, vendre , fai .
re vendre , débiter ni contrefaire ledit Livre , ou l'lanches
,en tout , ni en partie , ni d'en faire aucuns Extraits ,
fous quelque prétexte que ce foit , d'augmentations, cor
rections , changement de titre, ou autrement, fans la per
million expreffe & par écrit dudit fieur Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
, cant des Planches que des Exemplaires contrefaits ,
& des uftanciles qui uront fervi à ladite contrefaçon
que nous entendons être faifis en quelque lieu qu'ils foient
trouvés , de six miile livres d'amende contre chacun des
con.revenans , dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel
Dieu de Paris , & l'autre tiers audit fieur Expofant , & de
rous dépens, dommages & interefts ; à la charge que ces
Préfentes feront enregistrées tout au long fur le Regiftre
de la Communa té des Libraires & Imprimeurs de Paris ,
dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impreffion de
ce Livre fera faite dans notre Royaume , & non ailleurs ,
& que l'Impétrant fe conformera en tout aux Reglemens
de la Librairie , & notamment à celui du 1o . Avril 1725.
&c. Donné à Verfaille le feptiéme jour de Décembre l'an
de grace mil fept centrente-fix , & de notre Regne le
vingt -deux. Par le Roy en fon Confeil , Signé SAINSON,
avec grille & paraphe , &c.
LISTE
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
A Toulouse , chez Forest , et Hénault.
Bordeaux.chezRaymond Labottiere, et chez Chappuis
aîné, Libraire,Place du Palais , à côté de la Bourse .
Nantes , chez Nicolas Verger.
Rennes , chez Julien Vatar , & Guillaume Jouane
Vatar.
Blois , chez Masson.
Tours , chez Gripon , et chez Bully.
Rouen , chez François - Eustache Herault , & chez
Cailloüeft.
Châlons-sur- Marne , chez Seneuze.
Amiens , chez la veuve François et chez Godart.
Arras , chez C. Duchamp , et chez Barbicr .
Orleans , chez Rouzeaux .
Angers , chez Fourreau , et à la Poste .
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste
Versailles ,chez Monnier.
Besançon chez Briffaut , à la Poste .
Saint Germain , chez Chavepeyre.
Lyon , à la Foste .
Reims , chez De Saint .
Vitry- le- François , chez Vitalis .
Beauvais , chez De Saint.
Douay , chez Willerval ,
Charleville , chez P. Thesin.
Moulins , chez Faure .
Mâcon , chez De Saint , fils ,
Mets , chez Barbier .
Nancy , chez Nicolas .
Saint Omer , chez Jean Huguet.
A iij AVER
****
AVERTISSEMENT.
Ly a près de vingt- un ans que nous tra=
vaillons à la compofition de ce Journal, que
le Roy daigne recevoir tous les mois avec bonté,
& que le Public continue de recevoir favorablement.
Voici le deux cent quatre - vingt - tre
ziéme Volume , ce mois- ci compris , sans qu'il
ait jamais été interrompu.
Nous faisons au nom du Public de nou
velles instances aux Libraires qui envoyent
des Livres , ou des Listes pour les annoncer
d'en marquer le prix au juste ; cela sert beaucoup
, sur tout dans les Provinces , aux personnes
qui se déterminent là - dessus à les acheter
, et qui ne sont pas sûres de l'exactitude des
Messagers et des autres personnes qu'elles chargent
de leurs commissions , qui souvent lesfont
payer plus qu'ils ne coûtent. M. Moreau ,
pourra se charger defaire les Envois au prix
coûtant.
On invite aussi les Marchands et les Ouvriers
qui ont quelques nouvelles Modes , soit
par des Etoffes nouvelles , Habits , Ajustemens
AVERTISSEMENT.
mens , Perruques , Coëffures , Ornemens de tête
et autres Parures , ainsi que de Meubles , Carosses
, Chaises et autres choses , soit pour l'uti
lié , soit pour l'agrément , d'en donner quelques
Memoires pour en avertir le Public , ce qui
pourrafaire plaisir à divers particuliers et procurer
un débit avantageux aux Marchands et
Aux Ouvriers.
Plusieurs Piéces en Prose et en Vers , envoyées
pour le Mercure , sont souvent si mal
écrites, qu'on ne peut les déchiffrer, et pour cela
elles sont rejettées ; d'autres sont bonnes à quelques
égards et défectueuses à d'autres . Lorsqu'elles
peuvent en valoir la peine , nous les
retouchons avec foin ; mais comme nous ne prenons
ce parti qu'avec répugnance , nous prions
les Auteurs de ne le pas trouver mauvais , et de
travailler leurs Ouvrages avec le plus d'atten- •
tion qu'il leur sera possible; sur tout , et nous ne
sçaurions trop le recommander , qu'on prenne
garde à la ponctuation .
Les Sçavans et les Curieux sont priés de
vouloir bien concourir à rendre ce Livre
encore plus utile , en nous communiquant les
Mémoires & les Piéces en Prose et en Vers, qui
peuvent instruire et amuser. Aucun genre de
Litterature n'est exclus de ce Recueil , où l'on
tâche de faire regner une agréable varieté :
Poësie , Eloquence , nouvelles Découvertes
A iiij.
dans
AVERTISSEMENT.
dans les Aris et dans les Sciences , Morale ;
Antiquités, Histoire Sacrée et Profane , Voyages
, Mythologie , Physique et Métaphysique
, Piéces de Théatre , Jurisprudence
Anatomie et Médecine , Botaniqus , Critique
, Mathématiques , Mémoires , Projets ,
Traductions , Grammaires , Piéces amusantes
et récréatives , & c. Quand les Morceaux
d'une certaine considération seront trop longs ,
on les placera dans un volume extraordinaire,
et on fera ensorte qu'on puisse les en détacher
facilement , pour la satisfaction des Auteurs et
des personnes qui ne veulent avoir que certaines
Pieces .
A l'égard de la Jurisprudence , nous continuërons
, autant que nous le pourrons , de faire
part au Public des Questions importantes , nouvelles
ou singulieres , qui se présenteront et qui
seront discutées et jugées dans les differens Parlemens
et autres Cours Superieures du Royaume,
en observant l'ordre et la méthode que nous
avons déja pratiqués en pareil cas , sur quoi
nous prions Messieurs les Avocats Les
Parties interessées , de vouloir bien nous fournir
les Mé noires nécessaires. Il n'est peutêtre
point d' Article dans ce Livre qui regar
de plus directement le Bien public , que celui
là , et qui soit plus recherché de la plûpart des
Lecteurs.
Quois
AVERTISSEMENT.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de faire
mettre un Avis à la tête de chaque Mercure ,
pour avertir qu'on ne recevra point de Lettres
ni de Paquets par la Poste , dont le port ne set
affranchi , il en vient cependant quelquefo.s
qu'on est obligé de rebuter . Ceux qui n'auront
pas pris cette précaution ne doivent pas être
surpris de ne pas voir paroître les Pièces
qu'ils ont envoyées , lesquelles sont d'ailleurs
perduës pour eux , s'ils n'en ont point gardé de
copie.
Les Personnes qui désireront avoir le Mer
cure des premiers , soit dans les Provinces on
dans les Pays Etrangers , n'auront qu'à s'adresser
à M. Moreau , Commis au Mercure ;
vis-à-vis la Comédie Françoise , à Paris , qui
le leur envoyera par la voye la plus convenable
et avant qu'il soit en vente ; les Amis à qui on
s'adresse pour cela , ne sont pas toujours exacisz
ils n'envoyentguére acheter ce Livre précisémens
dans le temps qu'il paroît . Ils ne manquent pas
de le live , souvent ils le prêtent et ne l'envoyene
enfin que fort tard , sous le prétexte spécieux
que le Mercure n'a pas paru plutôt. Ceux qui
desirent avoir des fuités Complettes du Mer
sure , doivent aussi s'adresser à lui , pour
les avoir bien conditionnées et à meilleur
compie.
J
Nous renouvellons la priere que nous avons
dejas
AVERTISSEMENT
déja fa e , quand on nous envoye des Piéces
sout en Vers , soit en Prose , de les faire transcrire
bien lisiblement , chaque Piéce sur un
papier séparé et d'une grandeur raisonnable ,
avec des marges , pour y placer les additions
ou corrections convenables ; que les noms propres
, sur tout , soient exactement écrits , et que
la ponctuation ( nous le repetons ) n'y soit pas
négligée , comme cela arrive presque toujours .
ce qui contribue à multiplier les fautes d'impression
quelquefois à défigurer certains
Ouvrages.
Nous aurons toujours les mêmes égards pour
les Auteurs qui ne veulent pas se faire connoître
; mais il seroit bon qu'ils donnassent une
adresse , sur tout quand il s'agit de quelque
Ouvrage qui peut demander des éclaircissemens
, car fouvent , faute d'un tel secours , des
Piéces nous restent enre les mains , sans pouvoir
les employer.
Nous prions ceux qui par le moyen de leurs
correspondances , reçoivent des nouvelles d'Asie
, d'Afrique , du Levant , de Perse , de
Tartarie , du Japon , de la Chine , des Indes
Orientales et Occidentales , et d'autres Pays et
Contrées éloignées ; les Capitaines , Pilotes et
Officiers des Navires et les Voyageurs , de
vouloir bien nous faire part de leurs Journaux,
àl'Adressegenerale du Mercure. Ces Matieres
peuvent
AVERTISSEMENT.
33
peuvent rouler sur les Guerres présentes de ces
Etats et de leurs Voisins ; les Révolutions , les:
Traités de Paix ou de Tréve , les occupations
des Souverains , la Religion des Peuples , leurs
Céremonies , Loix , Coûtumes et fages , les
Phénomenes et les productions de la Nature et
de l'Art , & c. comme Pierres précieuses , Pierres
figurées , Marcassites rares , Pétrifications et
Crystallisations extraordinaires , Coquillages
Madrepores , Dendrides , & c. Edifices an
ciens ei modernes , Ruines , Statuës , Bas - Re--
liefs , Inscriptions , Pierres gravées , Médailles
, Tableaux , & c. Le Caractere de chaque
Nation , son Origine , son Gouvernement , ses:
bonnes et ses mauvaises qualités , le Climat et
la nature du Pays , ses principales richesses:
et son Commerce ; les Manufactures , les:
Plantes , les Animaux , &c. Les Mours:
des Peuples , leur maniere de se nourrir, de :
s'habiller et de s'armer ce que chaque Con →
trée proluit , pour faire connoître les differens:
Climats ; et d'ajoûter s'il étoit possible des
Desseins pour donner une parfaite intelligence:
des chofes décrites .
Nous serons plus attentifs que jamais à apren
dre au Public la mort des Sçavans et de tous
ceux qui se sont distingués dans les Arts ett
dans les Méchaniques ; on y joindra le détaill
de leurs principales occupauons de leurs Q
A vij vragess
AVERTISSEMENT.
vrages et des plus considerables actions de leur
vie. L'Histoire des Lettres et des Arts doit
cette marque de reconnoissance à la memoire de
ceux qui s'y sont rendus celebres , ou qui les ont
cultivés avec soin. Nous esperons que les Parens
et les Amis de ces illustres Morts , seconderont volontiers
notre zele à leur rendre ce devoir , par
les instructions qu'ils voudront bien nous.
fournir. Ce que nous venons de dire regarde
non seulement Paris , mais encore les Provinces
du Royaume et les Pays Etrangers
qui peuventfournir des Evenemens considerables
, Moris , Mariages , Actes solemnels
Fêtes et autres Faits dignes d'être transmis à
La Posterité.
Nous donnans ordinairement des Extraits
des Piéces nouvelles qui paroissent sur les
Théatres de Paris , & nous faisons quelques
Observations d'après le jugement du Public ,
sur les beautés & sur les défauts qu'on y trouve;
la crainte de blesser la délicatesse des Auteurs
, nous retient quelquefois & nous empêche
d'aller plus loin ; nous craignons d'ailleurs ,
si nous sommes plus sinceres , qu'on ne nous
accuse de partialité. Si les Auteurs eux-mêmes
vouloient bien prendre sur eux de faire un
Extrait u Mémoire de leurs Ouvrages , sans
dissimule les défauts qu'on y trouve , cela nous
donneroit la hardiesse d'être un peu plus séveres
2
AVERTISSEMENT.
par
les
ďa
res , & le Lecteur leur en sçauroit gré , ils n'y
perdroient rien remarques , à charge &
à décharge , que nous ne manquerions pas
joûter , sans oublier de faire observer l'extrême
difficulté qu'il y a de plaire aujourd'hui au Public
, & le péril que courent tous les Ouvrages
d'esprit qu'on lui présente . Nous faisons avec
d'autant plus de confiance cette priere aux Auteurs
Dramatiques & à tous autres , que ceriainement
Corneille , Quinault , Moliere , Racine ,
&c. n'auroient pas rougi d'avouer des défauts
dans leurs Piéces.
Nous tâcherons de soutenir le caractere de
modération , de sincerité et d'impartialité ,
qu'on nous a déja fait la justice de nous attribuer.
Les Piéces seront toujours placées , sans
préference de rang et sans distinction , pour le
mérite et la primauté. Les premieres reçues
seront toujours les premieres employées , hors le
cas qu'un Ouvrage soit tellement du temps ,
qu'il mérite , pour cela seulement , la préfe
rence.
Les honnêtes Gens nous sçavent gré d'avoir
garanti ce Livre depuis que nous y travaillons .
non seulement de toute satyre , mais même de
portraits trop ironiques, trop ressen blans et trop
susceptibles d'aplications . On aura toujours la
même délicatesse pour tout ce qui pourra blesser
ou désobliger.
1
AVERTISSEMENT.
Il nous reste à remercier au nom du Public
plusieurs Sçavans du premier ordre , d'aima
bles Muses , et quantité d'autres personnes d'un
grand mérite , dont les productions enrichissent
le Mercure et le font rechercher.
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois de Janvier , & j'ai
crû qu'on pouvoit en permettre l'impression . A
Paris , le premier Février 1742 .
HARDION.
MER
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JANVIER. 1742 .
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
ETRENNES de M. Roy , le fils , âgé
de neuf ans , à Mad. la Comteffe de Mailly,
fa Maraine.
V
Os bontés , mon refpect , & la faveus
du jour ,
Tout autorife mon hommage;
Je me flatois de l'avantage
D'aller mettre àvos pieds mes voeux & mon amour;
Mais le College eft bien loin de la Cour ,
E
MERCURE DE FRANCE
Et pour me préfenter il faudroit un langage ,
Que le tems me doit acquérir.
Ah ! faut il que l'efprit foit fi lent à mûrir ,
Quand le coeur, pour fentir n'a pas besoin de l'âge ?
ETRENNES à Mad. la Comteffe de
Grimberghen , en lui envoyant un Amour
qui tient une Pomme d'or.
Ce Fruit rare & brillant , qu'à regret l'Heſperide
Se vit arracher par Alcide ,
De bon gré vous est préſenté.
Tréfors , grandeurs , plaifirs , dont ce Fruit eft
Pemblême ;
Tout ce qui des Humains fait la félicité ,
Pár cent travaux eft acheté ,
Mais du Deftin l'ordre fuprême
A fait de la Profpérité
La dette de l'Amour , acquiſe à la Beauté .
Par Mad. P ... :
LECRITOIRE , Etrennes à Mad. de
Tencin , par Mad. P ....
Vous entendre & vous voir , eft la prérogative
D'un trop petit nombre d'élus ;
Vos Oracles charmans me tiennent attentive ;
Veux je les repeter ? ils feront mal rendus.
Mais pour vous & pour nous, fi vous vouliez écrire,
Rien
JANVIER
17422
Rien ne feroit perdu du fel de vos difcours.
A chaque inftant telle pourroit vous lire
Qui craint d'être importune à vous voir tous les
jours .
ETRENNES de M. Roy , Chevalier de
l'Ordre du Roy , à Mlle G ***.
fous le nom de fon Médecin.
Apollon eut toujours dans fon département
Et Poëfie & Médecine ;
Ce Patron aux deux Arts convient également ;
Il fait naître la verve , il l'enfe & la domine ,
Mais l'efprit , quoique fier de fa haute origine ,
De l'étui qui l'enferme eft- il indépendant ?
Non , cette étincelle divine
S'affoiblit au moindre accident
Qui dérange un reffort de la frêle machine!
Notre Maître commun , Iris , s'eft délecté
A vous orner du talent le plus rare ,
De celui qui du coeur , de l'oreille s'empare ;
Mais je ne croirai pas qu'il m'ait desherité
S'il m'a laiffé celui qui conferve ou répare
Ce tréfor qu'on nomme ſanté ,
Sans qui l'on voit languir l'eſprit & la beauté ;
Bien,qu'on rifque en prodigue & regrette en avare
Suis- je donc inutile à la Societé ,
Si je puis ménager avec habileté
Telle qui , comme vous ₂ & l'éclaire & la pare ?
ÉTREN
4 MERCURE DE FRANCE
ETRENNES du même , à M ***
Ami , j'aprouve votre haine
Contre tout Cérémonial ;
L'anniverſaire Phénomene
Que le froid Janus nous ramene
Et qu'honorent d'un culte égal
Le Badaut , le Provincial ,
Le Soldat & le Capitaine ,
Et le Seigneur & le Vaſſal ,
Me procureroit la migraine ,
S'il n'annonçoit le Carnaval.
Encor eft-il vrai que du Bal
L'ennuyeux précurfeur me gêne ;
Difons-en donc un peu de mal
C'eft un Dieu d'étrange figure ,
Echo l'engendra de Mercure ,
Et de férieux Pantalons
L'éleverent de là les Monts.
Il a le babil de fa mere ,
Il eft hab eur comme fon pere ;
Des deux Sexes il prend la voix ;
Il porte jupes & culottes ;
Il a plus de mafques cent fois
Que Dom Japhet n'eut de calottes.
Vétu de diverfes couleurs ,
Il rit d'un oeil , pleure de l'autre ,
Embraffe
JANVIER. 17421
Embraffe Goujats & Seigneurs ;
Crie à tout venant , je fuis vôtre.
Bref , c'eft le Dieu du Compliment
Pauvre de fens , riche en parole 2
Il fate , il fouhaite , il confole ,
Et le tout indifféremment,
C'est dans ce mois qu'il caracole ,
Et met le monde en mouvements
Il rend toute une Cité folle ,
Comme à Naples la Tarentole ;
Heureufement que fon féjour
N'eft ici que d'une ſemaine ;
Il tient plus long tems à la Cour
Toute l'année il s'y démene .
1
LET
MERCURE DE FRANCE
DISSERTATION fur l'ancienne
Langue Gauloife , divifée en fix Questions.
I. I dans toutes les Gaules on parloit
une même Langue dans le tems que
Cefar y fit la guerre &c ?
II. En quels caracteres les Gaulois écri
voient leur Langue au tems de Cefar ?
III. Quelles étoient au tems de Cefar
les Langues étrangeres qui avoient du raport
avec la Langue Gauloife ?
IV. Pour quelle caufe la Langue Gauloiſe
s'eft éteinte , ou prefque éteinte fi facilement
& en fi peu de tems , depuis la conquête
de ce Pays par les Romains >
V. Par quels degrés la Langue Gauloife
eft tombée dans l'oubli , & s'il en eft demeuré
quelques reftes jufqu'à ce tems ci ?
VI. Quel étoit au tems de Cefar l'état
des Gaules , la nature de fon Gouvernement
& c ?
PREMIERE QUESTION.
Il n'eft pas befoin de prouver ici qu'au
tems de ce fameux Conquérant toute la
Gaule étoit divifée en quatre Parties principales
; fçavoir , la Narbonnoife , l'Aquita
nique , la Celtique , & la Belgique .
La
JANVIER. 1742
La Narbonnoife étoit renfermée eutre les
'Alpes , le Rhône & la Mer Mediterranée
en s'étendant cependant un peu au - delà
du même Fleuve dans l'ancien Pays nommé
Septimanie , & maintenant Languedoc.
,
L'Aquitanique étoit compriſe entre la
Garonne , l'Ocean & les Monts Pirenées.
La Celtique , qui portoit proprement le
nom de Gaule , étoit fituée entre la Garonne
, l'Ocean & la Seine.
La Belgique enfin étoit entre la Seine , la
Marne , le Rhin & l'Ocean.
>
Cela fupofé , plufieurs raifons femblent
nous faire connoître qu'il y avoit au tems
de Cefar une Langue générale , entenduë &
parlée dans toutes les Gaules , quoi qu'elle
fût partagée comme l'étoit autrefois la
Langue Grecque, en plufieurs Dialectes particulieres
, dont chacune avoit fes mots
propres & differens , foit dans leurs racines ,
foit dans leurs infléxions ; & c'eft proprement
ce que Cefar a voulu dire au commencement
du premier Livre de fes Commentaires
: Gallia eft omnis divifa in Partes tres.
( Il excepte la Narbonnoife la , parce qu'elle
obéïffoit alors aux Romains ) quarum unam
incolunt Eelga , aliam Aqui: ani , tertiam qui
ipforum Lingua Celta noftra Galli appellantur
; hi omnes Lingua . inter fe
differunt.
E
MERCURE DE FRANCE
Et c'eſt auffi en ce fens que Strabon dit
des mêmes Gaulois après Cefar , eadem non
ufquequaque Lingua utuntur omnes , fed pauz
Lulùm variata.
Mais la premiere raifon qui peut nous
faire voir que nonobftant cette petite diverfité
de Langage , il y en avoit un gén
ral , entendu & employé par toute la Nation
, eft que ces Peuples formant tous enfemble
un Corps de République , avoient
.coûtume de fe trouver de tems en tems à
des Affemblées génerales , compofées des
Députés de toutes les Provinces , pour y
déliberer de leurs intérêts communs , foit
pour la guere , foit pour la paix .
Cefar parle fort fouvent de ces fortes
d'Affemblées de toute la Gaule , dont les
unes étoient politiques ou civiles , & les
autres , comme il les nomme , armées , qui
reffembloient à celles que nous apellons
aujourd'hui Arrierebans , & dans ces cas
tous ceux qu'on jugeoit capables de porter
les armes , étoient obligés de fe trouver au
Lieu de l'affignation , avec tant de diligence
, que celui qui arrivoit le dernier , étoit
condamné & puni de mort. Hoc more Gallorum
, dit Cefar , Livre v. initium eft Belli
que Lege communi omnes Puberes armati convenire
coguntur , & qui ex his noviffimè venit
, in confpectu mu'titudinis , omnibus cruciatibus
affectus necatur.
Or
JANVIER : 1742
Or . en ces Etats géneraux de la Gaule, les
Députés des divers Pays qui les compo-.
foient , auroient- ils pû conférer entre eux
de leurs affaires communes , & former enfuite
des délibérations fur chaque affaire , à
moins qu'ils n'euffent eû une même Langue
intelligible à tous les Affiftans, & qui fervît
à de vive voix
porter par tout , ou par
écrit , les ordres établis en pareilles Affemblées
, puifque d'ailleurs il n'eft jamais dit ,
ni dans Cefar , ni dans quelque autre Auteur
que ce foit , qu'ils euffent befoin d'Interprete
pour s'entendre & pour s'expliquer
les uns avec les autres en femblables occafions
?
II. Raifon. Il y avoit même de certains
Peuples , comme étoient les Bourguignons
, apellés Eduës , & les Auvergnats
qui fe trouvoient comme en poffeffion de
commander à tous les autres Peuples , lef
quels tenoient fous leur protection ces mêmes
Peuples , & avoient droit de les gouverner
en ce qui touchoit l'interêt public de
la Nation ; ce qui , fans doute , ne pouvoit
s'exécuter que par le moyen d'une Langue.
génerale , & entendue tant de ceux qui donnoient
les ordres , que de ceux qui les recevoient
, & lefquels auffi nous ne voyons
pas avoir eû befoin d'aucun Truchement
pour les entendre.
IIL
to MERCURE DE FRANCE
III. Raiſon. La même verité fe peus
apuyer fur ce que Cefar nous raporte des
Druides qui faifoient la fonction de Prêtres
& de Juges dans toute la Gaule ; fçavoir ;
que ces mêmes Druides avoient coûtume
de s'affembler une fois l'année auprès de
Chartres , Ville qui faifoit le jufte milieu &
comme le centre de la Gaule,pour rendre la
juftice aux particuliers de la Nation , qui
les venoient confulter de tous côtés , pour
la décifion de leurs differends , foit en matiere
civile, foit en matiere criminelle , ce qui
fupofe néceffairement que le Langage des mêmes
Druides étoit familier à tous les Gaulois ,
puifque ceux ci les pouvoient entretenir de
leurs procès, d'affaires de toutes fortes , & entendre
par eux -mêmes , & fans le fecours
d'aucun Interprete , ce qui étoit porté par la
Sentence de leurs Juges. Huc omnes undique,
dit Cefar , qui controverfias habent , conveniunt
, eorumqueJudiciis Decretifque parent ;
Libro V1.
I V. Raiſon. On peut alléguer fur ce même
fujet une raiſon affés aparente , fçavoir ,
que les Perfonnes de qualité , de quelque
Pays de la Gaule qu'elles fuffent originaires
, avoient des noms empruntés d'un même
mot de la Langue Gauloife , qui témoiguoit
l'éminence de leur Extraction , ou celle
de leur Dignité : c'est le mot Rix , qui fignifioit
JANVIER. 1742. II
fioit Prince ou Premier , par où fe terminoient
ordinairement les noms propres des
Seigneurs ou Princes du Pays. Ainfi nous trouvons
dans Cefar un Ambiorix, Roy en partie
de ceux de Liége, Eburonum . Un Cingetorix,
qui prétendoit à la Principauté de ceux de
Tréves.
Pour la Celtique un Dumnorix , Seigneur
de marque parmi les Edues ou Bourguignons
, un Eporedorix au même Pays , un
Orgetorix parmi les Helvetiens , aujourd'hui
les Suifles . Enfin un Verungentorix , Auver
gnat , le plus vaillant homme de la Gaule.
Quant à l'Aquitanique , fi nous ne voyons
point dans Cefar des noms ainfi terminés
, cela peut venir de ce que n'ayant fait
que fort peu la guerre dans cette Partie de
la Gaule , il n'a pas eu occafion de marquer
les noms ni les qualités des Grands du
Pays.
Il paroît affés cependant & par la reflemblance
& par la fignification des noms qu'avoient
alors les Gens de condition par toute
la Gaule , que les habitans des Lieux s'écrivoient
tous à peu près dans une même Langue
, dont ils empruntoient , comme on l'a
vû , les noms de leurs Seigneuries.
Il faut néanmoins obferver , comme une
exception de la regle génerale , qu'il y avoit
alors des Contrées de la Gaule , dont la
B Langue
12 MERCURE DE FRANCE
, Langue , ou originairement ou par cor
ruption , étoit affés differente de la pure ou
véritable Langue Gauloife .
De ce nombre étoient les Aquitains , defquels
Strabon écrit que c'étoient des Peuples
differens des autres Gaulois , & pour
la conformation du corps & pour le Langage
, & qu'en l'un & en l'autre genre ils reffembloient
beaucoup plus aux Efpagnols
leurs voifins du côté des Pirenées. D'où
vient qu'étant alors attaqués par les Lieutenans
de Cefar , ils demanderent auffi -tôt du
fecours aux mêmes Efpagnols , lefquels leur
envoyerent , dit Cefar , une partie des vieilles
troupes qui avoient fervi dans l'armée de
Sertorius.
Nous pouvons ajoûter aux Aquitains ceux
de la Gaule Narbonnoife , qui étant devenus
fujets des Romains 63. ans avant la
guerre de Cefar , avoient dû perdre beaucoup
en ce tems-là de la pureté du Langage
de leurs peres, tant par leur mélange & par la
fréquentation ordinaire avec ceux d'au - delà
des Monts , qui étoient venus s'habituer en
grand nombre parmi eux , que par le foin
qu'avoient les Romains d'abolir la Langue
auffi -bien que les Coûtumes des Nations
qu'ils avoient foûmis à leur Empire.
Mais avec tout cela , le fouvenir de leur
Langue naturelle n'étoit pas fi éteint chés
eux
JANVIER. 1742 13
eux , qu'ils ne fuffent encore capables de
l'entendre , & de la parler avec facilité , ce
que nous peut fuffifamment témoigner l'exemple
feul de Valere Procille , Seigneur du
Pays : Cefar ayant à traiter d'affaires fecretes
avec le Bourguignon Divitiacus , il choifit
Procille , comme étant intelligent en
l'une & en l'autre Langue , pour leur fervir
à tous deux d'Interprete en cette occafion.
Ceux de la Belgique , pour la plûpart ,
n'étoient pas exempts de ce défaut & de
cette dépravation de leur Langage naturel
puifque les Allemans ou Germains , comme
le raporte le même Cefar , liv. 2. ayant occupé
la meilleure partie de ce Pays , & en
ayant même chaffé les premiers Maîtres , on
ne peut pas douter que ces nouveaux Hôtes
n'euffent aporté une altération notable dans
le Langage des anciens habitans , & que
dans la fuite des tems , comme il arrive
ordinairement , ils n'en euffent fait une ef
pece de Baragoüin , tenant du Gaulois &
du Germanique : Cam ab his quereret , dit
Cefar , parlant de lui - même , & s'informant
de l'état préfent de la Gaule Belgique , que
Civitates quantaque in armis effent , & quid
in Bello poffent , fic reperiebat plerofque Belgas
effe ortos à Germanis , Rhenumque antiquitus
tranfductos propter Loci fertilitatem ibi
confediffe , Gallofque qui ea Loca incolebant ,
expuliffe. Bij
Ainſi
14 MERCURE DE FRANCE
Ainfi , à parler généralement , le Pays de
l'ancienne Gaule , qui avoit pû conſerver le
mieux fa Langue dans la pureté originelle ,
étoit celui de la Peninfule , que nous nommons
aujourd'hui Bretagne , laquelle étant
fituée à l'extrémité feptentrionale & occidentale
de la Gaule , & environnée d'une
Mer peu fréquentée par les Etrangers , n'avoit
été jufques alors expofée aux irruptions
d'aucun ennemi , qui eût pû l'envahir
& changer la forme de fon Langage , auffibien
que celle de fon Gouvernement.
Mais après tout , quelque difference qui
ait pû fe gliffer par accident , ou fe rencontrer
naturellement dans la Langue de divers
Pays de la Gaule , il eſt toujours à fupofer
qu'il y en avoit une univerfelle , dominante
& connue dans tous les Lieux de la même
Gaule , dont ufoient au moins les honnêtes
Gens , & qui devoit néceffairement fervir
dans la compofition des Loix , des Contrats,
des Traités publics , dans l'exercice de la
Religion , dans l'adminiſtration de la Juſtice
, dans les Affemblées des Députés de
toutes les Provinces , & dans l'entretien du
Commerce général de tout l'Etat , comme
nous venons de le remarquer.
L'HYVER
JANVIER . 1742
Qu
ttttt
L'HY VER ,
ODE A DAMIS.
Uelle funefte horreur a faifi la Nature ?
Les Champs font dépouillés de fleurs & de verdure
J'entends retentir l'air d'horribles fifflemens ;
Borée & l'Aquilon fe déclarent la guerre ,
Et femblent, dans leur rage , armés contre la Terre ,
Bouleverfer les Elements.
*
Leur rapide courroux arrête les Nayades ; <
Dans les creux des Rochers les timides Driades
Cherchent, en friffonnant, des aziles fecrets ;
Les Faunes , les Silvains ont fui de nos Campagnes;
La neige & les frimats qui couvrent nos Montagnes,
Du Dieu du jour bravent les traits .
*
Quel froid cruel ! quel vent ! l'Orme fe brife, tombes
Sous le poids des glaçons le Chêne qui fuccombe,
N'offre plus à nos yeux que de triftes Rameaux ;
Les Fleuves enchaînés dans leurs Grottes profondes,
Ont ceffé de porter le tribut de leurs Ondes
Au Dieu qui regne fur les flots .
*
Des rigueurs de l'Hyver ô cruelles images !
L
16 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil, obfcurci par de fombres nuages , ]
Ne lance de fon Char que des traits impuiflans ;
Les Oiseaux par leurs cris reclament fa lumiere ;
Et le Berger gémit au fond de fa chaumiere
De voir les Troupeaux languiffans.
*
Ces Bocages fi verds , ces Arbres fi fertiles ,
Dans nos Champs aujourd'hui cadavres inutiles ,
Ne prêtent plus leur ombre aux innocens plaiſirs ;
Ces beaux jours font paflés , où devançant l'Aurore,
Les Zéphirs amoureux , pour rendre hommage à
Flore ,
Rempliffoient l'air de leurs foupirs.
*
Le fon des Chalumeaux les Concerts des Mufettes
Ne font plus retentir ces paifibles retraites ,
'Aziles autrefois des Amans fortunés .
Dans des climats lointains Progné fuit & s'envole.
Qu'entens-je ! je frémis ! à tes fureurs, Eole ,
Les airs font-ils abandonnés ?
*
Mais tandis que tout cede à la faiſon cruelle ,
Auprès de ton foyer , Damis , ta voix m'apelle ;
Que vois- je ? les plaiſirs par toi me font offerts.
Les Muſes , à l'envi , s'empreffent de te plaire ,
Et je vais être encor l'heureux dépofitaire
De tes agréables Concerts.
Déja
JANVIER. 17 17428
Déja tu prends ton Luth , & d'une main légere
Tu célebres Bacchus & le Dieu de Cithere.
D'où naiffent dans mon coeur ces amoureux défirs
Ah ! dans les doux tranſports de ma vive allegreffe ,
Je fens bien qu'il n'eft pas de plus douce fageffe ,
Que celle qui fuit les plaifirs .
*
Dans cet azile , ami , que toute notre envie
Soit de mettre à profit les beaux jours de la vie ,
Quand ils font écoulés, ils le font fans retour.
Tu friffonnes crains - tu que cet Hyver redouble ?
A la rigueur funeſte , à ſa rage implacable ,
Opofe les feux de l'Amour .
*
Dans l'aimable tranſport du plus charmant délire
Confacre déformais ton encens & ta Lire
A ces Divinités qui fçurent nous charmer.
Quelles graces ! quels traits ! grands Dieux ! qu'elles
font belles !
Ah ! qu'on éprouve bien quand on eft avec elles
Que l'on ne vit que pour aimer !
Par M. B *
**
B iiij
LET
18 MERCURE DE FRANCE
JustJa tot Justfit that
LETTRE de M l'Abbé de la Serre , Chanoine
de l'Eglife de Langres , pour fervir de réponſe
à la Lettre d'un Anonime , inferée
dans le Mercure de France du mois d'Octobre
1741. page 2152.
on
'Ai lû , Monfieur , dans le Mercure du
mois d'Octobre dernier , une Lettre d'un
Séctateur du Bureau Typographique , intitu
lée : Suite de la Bibliothéque des Enfans ,
Lettre en réponse à l'Auteur des Réflexionsfur
la Méthode du Bureau Typographique , 1741 .
& qui commence par ces mots :
Meffieurs lès Journaliſtes ; Monfieur vous
donneront l'extrait du Livre qui vient de pa
roître fous le titre dé Méthode pour aprendre à
lire , &c. avec des Réflexions fur la Théorie
&fur la Pratique de la Méthode du Bureau
Typographique.
Cet Anonime a divifé fa Lettre en zo . Articles
, qui font numerotés ; je me fuis chargé
de réfuter quelques uns de ces Articles
laiffant à l'Auteur du nouveau Livre , le foin
de répondre aux autres , lorfqu'il le jugera à
propos ; mais je tâcherai d'être auffi court ,
que cet Ecrivain eft prolixe. Ce que j'expoferai,
fera moins une production de moi même
JANVIER. 1742
21
en jugeront par eux - mêmes ; & s'ils n'ont point
de préventions antérieures , ou qu'ils foient capables
de s'en délivrer , ils fentiront bien- tôt
qu'elle eft d'une main auffi habile , qu'attentive.
Le Journal de Trévoux , page , 1139. dit :
Cette Méthode publiée en 1719. par feu M.
de Launay , a été fort aprouvées on en a trouvé
l'ufage commode & avantageux . Un Criti
que en louant ceux qui en ont profité , fouhaitoit
qu'on y réformât quelques idées , & qu'on
en perfectionnat quelques autres. C'est ce qu'a
tâché de faire dans cette nouvelle Edition le fils
de l'Auteur. L'Ouvrage a paru à bien des
gens , un des meilleurs de fon efpece.
Le Journal de Verdun , après avoir expofé
le titre , pages 408. 9. & 10. dit : Ce titre
détaillé me laifle peu de chofe à dire de l'Ouvrage
même. C'eft proprement la Méthode du
Sieur de Launay , ou l'Art d'aprendre à lire
le François le Latin imprimé à Paris en
1719. Elle ent dès lors l'Aprobation de M.
l'Abbé Bignon , & de plufieurs perfonnes diftinguées
par leurs talens & par leurs lumieres ;
qui en reconnurent l'utilité & aplaudirent au
zéle & aux vûes de l'Auteur. M. de Launay
le fils marchant fur les traces de fon Pere &
animé du même zéle , nous donne aujourd'hui cette
même Méthode réformée & perfectionnée,dans
un état enfin à devenir encoreplus utile au Public
& à mériterfon fuffrage. B vj Je
22 MERCURE DE FRANCE
·
Je ne m'étendrai point fur les louanges de
cette nouvelle Méthode. Pour donner une idée
de fon mérite & de fes avantages , il fuffit de
dire , qu'elle eft le fruit d'une pratique confommée
& de plus de quinze années d'expérience ;
pendant lesquelles elle a été mise en ufage
avec unfuccès reconnu du Public . Les témoi
guages avantageux qu'en ont rendus plufieurs
Sçavans à qui elle a été communiquée , & les
atteftations authentiques dont elle est munie
ne laiffent aucun lieu de douter de fon utilité ,
non plus que du ferv ce que l'Auteur rend
au Tublic en lui faisant part d'un Ouvrage
qui facilite l'éducation , le bien le plus
précieux & le fondement de tout le refte de
la vie.
M. l'Abbé Goujet dans les additions &
corrections faites à la premiere Edition des
deux premiers volumes de la Bibliothéque
Françoife , & qui fe trouvent à la tête du
troifiéme volume , page 61. dit : Méthode
du fieur Pypoulain de Launay ou l'Art d'aprendre
à lire le François le Latin , &
l'Ortographe , par un nouveau fistême fi aisé ,
qu'on y fait plus de progrès en 3. mois , qu'en
3. ans , par la maniere ordinaire Corrigée ,
pe fionnée & augmentée confidérablement :
avec des Reflexions fur le Siftême du ! ureau:
Typ graphique , & un nouveau fiftême d'Ortographe
: par M. Pypoulain de Launay , fils de
l'Au-
1
JANVIER. 19 1742%
me , que l'autorité des Sçavans , qui ont
honoré ce Livre de leurs fuffrages .
>
On voit dans cette Lettre une paffion marquée
à chaque phrafe , cet Ecrivain affecte
de faire part au Public de fon reffentiment
& quoique tout fon objet ne tende qu'à critiquer
ce Livre & d'une maniere très- méchanique
, cependant il ne peut s'empêcher de lui
accorder quelques louanges. Voici une partie
de ce qui lui eft échapé , au milieu de fa
critique.
Page 2159. On doit convenir que le Livre
de M.de Launay eft excellent pour les Maîtres
pour les Parens , &c. On demande à cet
Ecrivain , quel ufage les Maîtres & les Parens
peuvent faire de l'excellence de ce Lifi
ce n'eft de fe mettre en état de former
les Enfans & de les avancer par
vre ,
moyen .
fon
Page 2159. Il dit encore : Qu'on exalte
tant qu'on voudra le Livre dujour , Paris &
Plus de 40. Villes de l'Europe , ne feront pas
quitter les exercices du Bureau Typographique ,
c... Preuve donc, felon lui- même que l'on
dit beaucoup de bien du Livre de M. de.
Launay , & qu'il eft bien reçû du Public. Ces
fameux Critique fe répand beaucoup en puérilités
& en faits étrangers : il craint , Que cette
Edition- ci , quoique plus étendue que la premiere
, ne foit peut - être pas fi méthodique
B. v. pour
20 MERCURE DE FRANCE
pour ufer de fes termes , & il croit que M. de
Launay n'a pas affés refpecté l'Ouvrage de fon
Pere , ni affes confulté le goût du Public , &c.
On fe contentera , pour le raffûrer , de lui
remettre fous les yeux ce qu'en ont dit les
Auteurs publics.
Le Journal des Sçavans du mois d'Avril
1741 : le Mercure de France du mois de
Mai fuivant : les Jounaux de Trevoux & de
Verdun du mois de Juin 1741 : M. l'Abbé
Goujet dans fa Bibliothéque Françoife , &
M. l'Abbé des Fontaines. Tous ces Sçavans
en parlent avec éloge .
Le Journal des Sçavans , à la fin de fon
Extrait qui eft accompagné de réflexions
avantageufes , pages 747. 48. 49. & so . dit :
On voit dans toutes ces obfervations des vues
très réflechies , & qui fupofent de la part de
l'Auteur bien des connoiffances , fur toutes les
matieres dont il traite.
Le Mercure de France , pages 949. 50.51.
52. & 53. après avoir rendu compte de ce
Livre , finit l'éloge qu'il en fait par ce qui
fuit : Toutes les perfonnes de goût à qui ce
nouvel Ouvrage a été communiqué, en ont paru
extrêmement fatisfaites ; le Plan en eft certainement
utile , en ce qu'il tend à perfectionner
& furtout à abréger , circonftances très - effen.
tielles en matiere d'éducation . A l'égard de la
maniere dont ce Plan eft exécuté les Lecteurs,
сп
JANVIER
25 1742.
*
·
Cette Méthode confifte principalement
Pour vousfaire mieux fentir , les défauts de
l'ancienne Méthode , & le mérite de la nouvelle
, il n'y a qu'à épeller un mot par l'une &
par l'autre Méthode. •
Il mefemble que pour peu qu'on soit dégagé
de prévention , on doit fentir la difference de
ces deux Méthodes ; la fimplicité , la préciſion ,
& lafacilité de l'une , l'abfurdité , les embarla
barbarie de l'autre . La nouvelle ne ras ,
contient
que buit leçons , aifées à concevoir &
à retenir. Il ne faut pas plus d'un mois à l'enfant
le plus tardifpour les aprendre. Qui pourroit
compter le nombre infini d'opérations , de
principes obfcurs , de fons étrangers , & de
burlesques articulations , que renferme l'ancienne
? Enfin ce qui prouve encore mieux que
tout ce que nous venons de dire , l'excellence
de la nouvelle Méthode , c'est le fuccès conftant
avec lequelfeu M. Py-poulain de Launay,
Maître de Penfion à Paris , l'a pratiquée chés
lui pendant plus de quinze ans . On lui amenoit
les enfans les plus lents , qui n'avoient jamaispûaprendre
à lire felon la Méthode de nos
Peres , avec le fecours de la nouvelle , en
moins de quatre mois , ilfçavoient lire correctement
dans tous les Livres François & Latins .
Quoique les occupations & les talens de M. de
Launay lefils , foient d'un tout autre genre que
* Pour abreger ici, on paffe l'explication de la Méthode.
celles
26 MERCURE DE FRANCE
celles de feufon Pere , il n'a pû fe refufer aux
prieres de quelques perfonnes de condition , qui
ont fouhaité qu'il aprît à lire à leurs enfans
avec le fecours de fa Méthode. Il a eu la fatisfaction
de voirpar lui - même fa fuperioritéfur
Pancienne. M. le Comte de Brionne entr'autres
,fils aîné d M. le Prince de Lambefc , lui
fut confié ce jeune Seigneur aprenoit depuis plufieurs
années par la Méthode ordinaire & il
n'en étoit pas plus avancé. En moins de quatre
mois , M. de Launay le mit en état de lire
dans toutesfortes de Livres François & Latins.
C'eft de quoi le Pere de Molien , Jefuite ,
Préfet du jeune Seigneur a bien voulu lui donner
un Certificat , par lequel il affûre que M.
le Comte de Brionne n'avoit aucun commencement
de lecture , & ne connoffoit pas même fes:
lettres , lorfqu'il entra au Collège de Louis - le-
Grand M. le Comte de Brionne lui même a
eu la bonté d'apuyer le Certificat du P. de Molien
, par un autrefigné de fa main , où il reconnoît
que M. de Launay lui a apris à lire en
moins de quatre mois . Après des témoignages
auffi authentiques , doutera- t- on encore des avantages
de la nouvelle Méthode , un respect
ridicule nous fera-t-il préférer une antique
abfurdité, à une nouveauié judicieufe & utile ?
Il s'eft trouvé de mauvais Cenfeurs , qui ont
voulu faire paffer la nouvelle Méthode , pour
une répetition du Bureau Typographique ;
mais
JANVIER 1742. 23
Auteur, Paris 1740. in- 12 . On voit ici
que ce Scavant n'eft point du fentiment de
notre Critique , il ne trouve pas que cet Ouvrage
ait été gâté : au contraire , il dit , corrige,
perfectionné, & augmenté confidérablement
, aves &c.
M. l'Abbé des Fontaines , Auteur des
Obfervations fur les Ecrits modernes , dans
fa feuille du 6 .. Mai 1741. pages 167 & 168.
dit : Il paroît depuis quelques jours un Livre
in- 12.quicontient & explique la Méthode de few,
M. de Launay, célebre Maître de Penfion , pour
aprendre à lire. Il eft intitulé : Méthode pour
aprendre à lire le François & le Latin , par
un fiftême ſi aifé & fi naturel , qu'on y fait
plus de progrès en 3. mois , qu'en 3. ans ,
par la Méthode ancienne & ordinaire , &c.
En attendant que j'aye le tems de vous rendre
compte de cette admirable invention , je me contente
de vous dire aujourd'hui , que c'est la
Methode du monde la plus judicieuse , l'a plus
fimple , la plus naturelle , & qu'elle ne renferme
que 7. ou 8.leçons , aifées à concevoir &
à retenir. Quelle comparaison de cette Mé ho
de avec l'ancienne , qu'on peut apeller abfurde
! Elle n'a rien de commun avec le Bureau
Typographique , dont la fçavante Méthode eft
à la verité moins ridicule que l'ancienne , mais
qui eft cent fois plus compofee & plus épineufe ,
puifqu'elle contient plus de 250. leçons , fans.
compter
24 MERCURE DE FRANCE
compter des principes innombrables. Ici tout eft
raifonnable , tout est précis , tout eft fimple;
tout eft facile. Il n'y a point de Maître , point
de Maîtreffe , qui n'en puiffefaire usage en 2 .
jours d'étude, pour l'enfeigner à fes éleves, il
n'y a point d'enfans de 3. à 4. ans , qui n'aprennent
de cette maniere auſſi aisément à lire
qu'à articuler les mots . C'est le fils de M. de
Launay à qui nous sommes redevables de la
publication & de l'explication de cette excellente
Méthode. M. Goujet l'avoit indiquée
dans fa Bibliothéque Françoife , fans l'expli-
Faut-il que ce tréfor ait été caché fi
long- tems ? Je ne crains point que les éloges que
je lui donne paroiffent outrés , à un hommefenfé.
&c .
quer.
Le même Auteur des Obfervations fur les
Ecrits modernes , dans fa feuille du 12. Août
1741. pages 193. 14. 15. 16. 17. 18. 19. &
200. dit encore : Je vous ai annoncé , M. la
Nouvelle Méthode de M. de Launay pour
aprendre à lire ; mais fans entrer dans aucun
détail fur cette matiere ,je vais vous expliquer
aujourd'hui , le plus brièvement qu'il me fera
poffible , en quoi confifte cette Méthode , & en
quoi elle differe de l'ancienne. La fimple expo
fition que j'en ferai juftifiera , je l'efpere , les
éloges que je lui ai déja donnés , & ceux que
toutes les perfonnes fenfées ne peuvent lui refufer.
Cette
JANVIER 1742. 29
.
avoit
mais quand on fera réfléxion que le jeu méchanique
du Bureau , ne paroît que de puis 9. à
10. ans , que la Méthode dont il s'agit ,
déja été imprimée dès 1719. c'est à dire , plus
de dix ans avant la naiffance du Bureau , &
que feu M. de Launay en avoit fait ufage à
Paris pendant quinze autres années , ne feraton
pas forcé de convenir que s'il y a de la ref
femblance entre le Bureau & la nouvelle Méthode
, l'Auteur du Bureau eft plûtôt copifte
qu'inventeur ? Mais ces deux Méthodes fe reffemblent
fi peu , qu'on ne peut accufer de plagiat
ni l'un ni l'autre de leurs Auteurs. Le Bureau
contient plus de 250. leçons , avec une
effrayante multiplicité de principes , qui ne peuvent
s'aprendre qu'avec un tems fort confidérable.
Lesprincipes font contenus en deux volumes
in-4 ° . imprimés en petit caractére. Ge Livre eft
à la vérité pour les Maitres du Bureau Typographique
. Mais quelle cruauté , d'obliger des
Maitres d'Ecole à lire cet Ouvrage immenſe ,
& ày donner un tems & une aplication , qui
Suffiroient pour aprendre toute la Géométrie
& toutel' Algébre !

La nouvelle Méthode ne renferme que buit
petites leçons , qu'un enfant peut aprendre en
quinzejours , & un Maître en un quart d'heure.
La difference de ces deux Méthodes fe fera
encore mieuxfentir ,fi nous comparons les deux
maniéres d'épeller. Voici comment l'Auteur du
Bureau
28 MERCURE DE FRANCE
;
Bureau s'y prend, &c..... On voit affes par cet
exemple que la Méthode du Bureau Typographique
, & celle de M. de Launay , ne font
pas les mêmes que celle là , quoiqu'un peu fupérieure
à l'ancienne , n'eft pas encore parvenue
au point de préciſion & d'abréviation de la
nouvelle , qui eft bien plus prompte , bien plus
fimple , & bien plus facile. Je renvoye ceux qui
voudront de plus longs détails , au Livre même
de M. de Launay , où ils trouveront , outre
une explication plus étendue de fa Méthode ,
un difcours fort judicieux fur toutes les lettres
en géneral & en particulier , fur les fillabes
, &c. avec un Traité des accens , & de
la Ponctuation ; des obfervations fur la lecture
du Latin , & un abrégé de la quantité.
,
Si on veut confulter le Cenfeur Royaldans
fon aprobation , imprimée à la fin de ce
Livre , comme il eft d'ufage , on y trouvera :
J'ai lu par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, un Manufcrit qui a pour Titre : Mé
thode pour aprendre à lire le François & le
Latin , par un fiſtême ſi aiſé & fi naturel ,
&c. Cette nouvelle Méthode fera très - utile au
Public , & je crois rendre justice à l'Auteur;
en difant que jufqu'à préfent,il n'a paru rien de
meilleur en ce genre. A Paris le 30. Juin
1740. Signé , Maunoir.
Si ce Critique malgré tant de fuffrages &
fi refpectables , veut encore confulter le
goût
JANVIER 1742. 29
goût du Public , chés les Libraires qui vendent
ce Livre , il connoîtra de plus en plus
par fon grand débit , qu'il eft fuivi , tant à
Paris que dans les Provinces , par un nombre
confidérable de Peres- de-familles & de
Maîtres.
Quoique je ne me fois pas propofé de répondre
à cette Lettre en entier , néanmoins
je ne sçaurois paffer fous filence les Articles
qui fuivent.
Article 2. M. Gaulier eft mort , dit notre
Ecrivain , voici un autre critique , qui en
faifant obligeamment l'apologie du Bureau
tâche enfuite de faire voir que fon Livre eft
plus utile que le Bureau
, &c.... Jufqu'ici
continue
-t - il , M. Gaulier
avoit penfe , parlé ,
ou écrit d'une maniere
auffifinguliere
&c ...... Cet Ecrivain
a tort , de comparer
la manicre
d'écrire
de ces deux Auteurs
. M. Gaulier
avoit employé
des injures
contre
l'Auteur
du
Bureau
, en le traitant
de charlatan
, de vi- fionaire
, d'Auteur
de menue
Litterature
,
& c. L'Auteur
du nouveau
Livre , a penſé & écrit bien differemment
, il fait au contraire
l'apo- logie du Bureau
, ainfi que ce Critique
en
convient
lui -même
.
M. de Launay , ajoûte notre Ecrivain , en
devenant l'Editeur de la Méthode du Sieur
Py-poulain , a changéje ne fçais pourquoi , le titre
& les caracteres employés dans la premiere
Edition , &c.
Si
30 MERCURE DE FRANCE

Si notre Anonime avoit lû le Livre ancien
dont il parle , & le nouveau , il fe feroit
épargné cette objection ; il a bien fallu changer
ce titre , puifque ces deux Livres font abfolument
differens.
La modeftie dufils , continue - t- il , ne l'obli
geoit pas , ce me femble , de retrancher du titre ,
le nom de fon Pere , & l'Editeur par reconnoiffance,
ne devoit- il pas concourir à la digne
mémoire de l'Ouvrage de l'Auteur ?
Il femble qu'il eft aflés indifferent au Public
, qu'il y ait un nom à la tête d'un Livre,
ou qu'il n'y en ait pas ; ce qui doit l'inté
reffer uniquement , eft la bonté de l'Ouvrage
& l'utilité qu'il en doit retirer : fi notre
Auteur a ôté le nom de fon Pere du titre de
ce Livre , au moins notre Critique ne l'accufera-
t'il pas , d'y avoir mis le fien : en quoi il
n'a pas bleffé la modeftie filiale . On ne dira
pas auffi qu'il s'attribue cet Ouvrage , puif
qu'il dit dans l'Avertiffement & dans la Préface
, qu'il eft de fon Pere ; ainfi deux objections
puériles & inutiles .
Le Buraliſte affecte pérpétuellement de
donner à M. de Launay , la qualité d'Editeur
: on voit par les Ecrits de ce dernier ,
que ce titre d'Auteur le touche bien peu ; cependant
nous voyons que tous les Sçavans
que nous venons de citer , lui donnent ce
glorieux titre ; ils ont eu fans doute leurs
raifons
JANVIER. 、1742. 31
raifons , mais le Typographe , en homme
beaucoup plus éclairé , ne lui accorde que
celle d'Editeur. Il feroit cependant à fouhai
ter , que ce fameux Bureau venant à tomber
dans la fuite , trouvât pour le faire renaître,'
un Editeur auffi heureux & auffi habile
pour le refondre & corriger.
Article 8. à l'égard du Dialogue inferé
dans cet Article , & qu'il adreffe au Pere de
l'Auteur , en reprochant à fon fils , qu'il ne
veut faire lire que par sillabe , au lieu de faire
Lire par lettre & parfons &c.
On lui dira qu'il falloit qu'il fçût , ou qu'il
voulût lire , pour ne pas tomber dans le cas
d'avancer un fait contraire à la vérité , puiſque
la Préface de ce Livre , ne contient autre
chofe que la maniere d'épeller , & même
que les
pages 16. & 17. de la feconde partie
, forment un chapitre entier fur cette façon
d'épeller , tant pour les Maîtres , que
pour les Parens qui voudroient enfeigner
eux mêmes leurs enfans , comme le remarquent
fort bien tous les Auteurs que nous
venons de citer .
Article 10. fi M. de Launay , dit notre
Buralifte , avoit lu & confulté les Ouvrages de
M. Rollin , il y auroit vû que ce fameux Recteur
de l'Univerfité de Paris , entre les avantages
du Bureau , en a trouvé un , &c .
Non feulement notre Auteur a lû & confulté
32 MERCURE DE FRANCE
fulté les Ouvrages de ce célébre Récteur , mais
encore il a eu l'avantage de le confulter lui -même
plufieurs fois en ma préſence , & notamment
douze ou quinze jours avant fa mort.
Voici une partie du difcours de cet habile
homme , dans la derniere converſation qu'ils
curent enfemble . Quoique je fois accablé d'affaires
, je lis actuellement votre Livre , j'en
fuis à votre Plan nouveau d'Ortographe. Je
vous avoue que ce que j'en ai lû m'a fatisfait
extrêmement. Je crois que vous avez rendu un
grand fervice au Public , en lui faifant part
d'un fiftême qui abrege &facilite l'éducation ,
&j'efpere dans peu feconder les Journaux , en
l'annonçant comme un Livre très- utile , & même
indifpenfable.
Article 17. Voici une de ces phrafes qui ne
mériteroit point de réponſe . Le zélé Typographe
dit : M. de Launay auroit pu s'affocier
avec M. de Valange , pour aller d'abord au
fait , pour donner des Livres & des plumes
aux enfans à la mammelle , &c .
L'Auteur du nouveau Livre ne propoſe
rien de ridicule , ainfi qu'il plaît au Buralifte
de l'imaginer , mais on pourroit ici rétorquer
l'argument , il pourroit lui- même s'aſſocier
aux fiftêmes de M. de Valange . Selon
les Plans de Méthodes & les fiftêmes de ce
dernier , il vouloit établir des Académies
Mammillaires , où il y auroit eu des Prix &
des
JANVIER. 1742. 33
des récompenfes pour ceux qui auroient le
mieux prononcé , papa , maman ,
il aprenoit
aux petits enfans , toutes les Sciences , les
Langues , & les Arts , & c. enfin il leur aprenoit
auffi à nager , & à gliffer , par fes fiftêmes.
La Typographie pouroit encore encherir
fur lui , puifqu'elle enfeigne de même
par fon
Bureau , toutes les Langues mortes ou vivantes
, & les premieres notions des Arts & des
Sciences , depuis l'A B C , jufqu'à la Théologie.
Selon ce que ce Typographe dit lui - même
, dans la page 2163. de fa lettre : & le
tout , fans le fecours des plumes , de l'encre ;
des livres , ni du papier , ce que n'auroit pas
ofé propoſer feu M. de Valange , tout fingu
lier & tout extraordinaire qu'il fût .
Comme notre Anonime Typographe , paroît
extrémement zélé , en faveur du bien
Public , & qu'il femble douter de l'utilité de
ce nouveau Livre , au moins pour les en
fans , on éfpere qu'il fera raffûré & qu'il reviendra
de la crainte,à la vûe des fuffrages &
des Eloges de tant d'habiles gens.Je fuis, & c.
Ce 6. Novembre 1741.
On avertit que ce Livre eft contrefait & plein de
fautes ; il a été vendu 3. l . 10. f. quoique fon prix
n'ait jamais été que de 40. f. relié en veau & 30. S.
broché. L'Auteur ne reconnaît pour fon Ouvrage que
les Exemplaires fignés de fa main , qui fe vendent
actuellement ches Mérigot , & Robinot l'aîné , Litraires
à Paris , Quai des Grands- Auguftins.
ETREN
1
34 MERCURE DE FRANCE
LA VERITABLE SAGESSE
Contre les Stoiciens
ODE.
Dans les Ecrits de ces Sages
Qu'adoroit l'Antiquité ,
Les Vertus font trop fauvages ,
Pour que j'en fois enchanté ; *
La Morale fanatique ·
Du. Licée & du Portique
Aigrit ma joyeuſe humeur ,
Et les leçons de Chrifippe ,
De Zenon & d'Ariftippe ,
N'ont pour moi rien d'enchanteur,
*
Dans ces Ouvrages aufteres
Que le Grec a refpectés ,
Je ne trouve que miſteres ,
Qu'orgueil , que fubtilités ;
Ces fages opiniâtres ,
De leur mérite idolâtres ,
Ne cherchent qu'à fe flater ;
En débitant leur Morale ,
Leur étude principale
Eft de fe faire exalter.
>
Leur
JANVIER.
1742
La véritable Sageffe
N'a point cette vanité
Son vilage eft fans trifteffe;
Ses difcours fans aprêté ;
Honnête , douce & polic ,
La fombre mélancolie
N'obfcurcit jamais fes traits ;
Uniforme en fa conduite ,
Elle a toujours à fa fuite
Les Jeux , les Ris & la Paix.
Elle méprife l'étude
*
D'un Philofophe orgueilleux ,
De qui la folle habitude
Eft de s'égaler aux Dieux :
Ignorant le ftratagême
De s'aveugler elle- même ,
Sous ce dehors impofteur ,
Dans une erreur fi futile
Sa raiſon foible & ftérile
Ne place point fon bonheur.
Plus fage que ce Cinique ,
Qui dans fes fombres vertus
Jetta , comme un frenétique ,
Les riches dons de Plutus ,
Elle goûte en affûrance
C Les
36 MERCURE DE FRANCE
Les doux fruits de l'abondance ,
Comme une faveur des Cieux ;
Si les deftins font contraires ,
Elle fouffre les miferes
Sans importuner les Dieux.
Ainfi , fans craindre du crime
L'artifice détesté ,
Jamais rien d'illégitime
Ne fouille fa pureté ;
'Aimable , tendre & fidele ;
La Paix toûjours auprès d'elle
Fait regner les vrais plaifirs ,
Ges plaifirs que rien n'enflâme ,
Et qui détruifent dans l'ame
L'amour propre & les défirs,
*
Dépouillez donc votre écorce
Philofophes impofteurs ;
Nous reconnoiffons l'amorce
De vos difcours féducteurs ,
Vos faftueufes paroles
Ni vos Argumens frivoles
Ne charment point nos efprits ,
Et de ce bonheur fuprême
Dont vous faites un Problême ,
Nos eoeurs ne font point épris.
>
Le
JANVIER.
32 1742
Le Bonheur le plus folide ,
Et dont je fuis enchanté ,
C'eft de n'avoir d'autre guide
Que l'aimable vérité ;
Sa douce Philofophie
D'une célefte Ambroisie
Peut feule nous enyvrer ,
Et faire trouver fans peine
Ce Sage que Diogéne
Ne put jamais rencontrer.
****************
SUITE de la Differtation fur l'ancienne
Langue Gauloife.
SECONDE QUESTION.
En quels Caracteres les Gaulois écrivoient
leur Langue du tems de Cefar ?
I
Ls fe fervoient pour cela de Lettres Grecques
, fi nous H en croyons le même Céfar
qui nous l'affûre en ces termes , parlant de la
difcipline des Druides , L. 6. Neque fas existimant
ea Litteris mandare , cùm in reliquis
ferè Rebus Publicis , privatisque Rationibus ,
Gracis Litteris utantur.
Et le même Auteur raporte en un autre
endroit , qu'après la défaite des Helvetiens
ou Suiffes auprès de Langres , on trouva par-
Cij mi
$ 8: MERCURE DE FRANCE
mi leur bagage ou dans leur Camp , un Etat
particulier écrit en Grec, de ceux qui étoient
fortis du Pays , le toutdivifé en deux articles,
dont l'un contenoit le nombre de ceux qui
étoient propres à porter les armes , & l'autre
celui des vieillards , des femmes & des
enfans.
د
H eft mal aifé de juger files Gaulois n'avoient
point alors d'autre Caractére que le
Grec , & d'où ils avoient emprunté l'uſage
de ce Caractére. Nous ne lifons point dans
Céfar ni ailleurs qu'ils fe foient fervis
d'autres Lettres que des Grecques ; &
il eft difficile de déterminer fi c'eſt un préfent
que leur euffent fait , ou ceux de Marfeille,
parmi lesquels fleuriffoit fi fort la Langue
Grecque , ou les Phéniciens , de qui la
Grece méme , par le moyen de Cadmus
avoit reçû ces Caractéres , & qui avoient eû
dés long- tems commerce avec les Gaulois
par l'entremiſe du vieil Hercule , originaire
de Phenicie.
Ce qui nous doit perfuader que les Gaulois
ne tenoient point cette forte d'Ecriture
de ceux de Marfeille , c'eft la remarque que
fait Strabon , qui écrivoit fous l'Empereur
Augufte , que les Celtes n'avoient commen
cé à fréquenter Marſeille & à étudier dans
les Ecoles de cette Ville que depuis qu'ils
furent foûmis à l'Empire des Romains ; &
d'ailleurs
JANVIER 17422
Tailleurs , puifque les Gaulois fe fervoient
communément de Lettres Grecques , fans
en entendre néanmoins la Langue , nul ancien
Auteur ne témoignant que la même
Langue leur fût connue , il y a par conféquent
bien plus d'aparence que c'étoit des
Phéniciens qu'ils tenoient l'ufage des Lettres
Grecques,dont les mêmes Phéniciens étoient
les Auteurs , & defquelles ils écrivoient leur
propre Langue , fans qu'ils entendiffent celle
de la Grece , qui n'avoit prefque rien de
commun avec la leur.
Mais ce qui peut faire douter avec raifon
que les Lettres Grecques fuffent autant en
ufage dans les Gaules que Céfar le fupofe ,
eft que le même Céfar voulant donner de
fes nouvelles à Ciceron , que les Gaulois te
noient affiegé auprès de Tréves , il s'avifa de
lui écrire en Lettres Grecques , de peur que
fon Epitre étant interceptée , les Ennemis ne
fçûffent l'état où il fe trouvoit avec fon armée
, & le deffein qu'il avoit pris de les at
taquer.
Hanc Epiftolam, dit- il , Gracis confcriptans
Litteris mittit , ne intercepta Epiftola ab
hoftibus confilia cognofcantur ; car, fupofé que
les Caractéres Grecs fuffent communs parmi
les Gaulois , étoit- ce un bon expédient d'écrire
en ces Caractéres , pour empêcher que
La Lettre ne fût lûë par les Ennemis ?
Є iij
Cette
40 MERCURE DE FRANCE
Cette difficulté qui a mis à la gêne les plus
habiles Interpretes , fe peut réfoudre , ce
me femble , en fupofant que Céfar écrivit fa
Lettre en Caracteres & en termes Grecs tout
enſemble la Langue Grecque en ce tems - là
étant familiere parmi les Romains aux Gens
de qualité , comme étoit celui à qui écrivoit
ce Conquérant. Mais nous pouvons ajoûter
de plus que les Gaulois auxquels Céfar vouloit
fe cacher , étoient des Belges , venus la
plûpart d'au- delà du Rhin , & qui par cette
raifon étant bien moins Gaulois qu'Allemands
, comme il a déja été remarqué, pouvoient
ignorer auffi- bien les Caractéres de la
Langue Grecque que la Langue même, quelque
connus que fuffent alors ces Caractéres
dans le refte de la Gaule.
TROISIEME QUESTION .
Quels étoient au tems de Céfar les Langues
étrangeres qui avoient du raport aves
la Langue Gauloife ?
On ne peut pas douter que la Langue Germanique
ne fût de ce nombre , tant par le
voifinage des deux Pays qui confinoient l'un
à l'autre felon tout le cours & toute la longueur
du Rhin , depuis fa fource jufqu'à ſon
embouchure , que par le paffage qu'avoient.
fait ces deux Nations dans les demeures l'une
JANVIE R. 1742 : 41
> ne de l'autre , les Allemands ou Germains
étant venus s'établir , comme il a été dit, &
les Gaulois réciproquement, dans celles des
Germains , où ils avoient occupé , felon Cé
far , Liv. 6. les vaftes champs à travers def
quels s'étendoit l'ancienne Forêt d'Hircinie¸
fi célebre dans les Hiftoriens.
Cluverius remarque que cette Forêt qu'il
dit devoir être plûtôt apellée Harcinia.
qu'Hercinia , a fon commencement à une
autre Forêt , qui prend fon nom du mót .
Hartz , qui fignifie Refine en Langue Gau
loife & en Langue Germanique .
Ces deux Langues néanmoins n'apro
choient pas fi fort l'une de l'autre , que
les Allemands ou Germains n'euffent befoin
d'un affés long fejour dans la Gau
le , ou d'une fréquente communication
avec les Gaulois , pour bien entendre leur
Langue & pour la parler raifonnablement
ce que Céfar nous a témoigné du Roy
Arioviste , duquel il écrit , qu'étant venu
de la Germanie & ayant fait fa demeure
ordinaire dans la Gaule , dont il avoit même
conquis une bonne partie par les armes , il
s'étoit acquis la facilité de bien parler la Langue
du Pays . Caium Valerium Procillum
mifit .... & propter fidem & propter Lingua
Gallica fcientiam , qua multa jam Arioviftus
longinqua confuetudine utebatur. Libr. 1º.
C iiij
Comme
42 MERCURE DE FRANCE
Comme le trajet de la Gaule en l'Ifle de
la Grande Bretagne eft fort petit , il eft aifé
de juger que les Langues de ces deux Nations
avoient beaucoup de conformité entre
elles , ce qui fe doit néanmoins entendre de
la Partie Méridionale de l'Ifle qui borde la
Mer , & dont les Belges s'étoient rendus les
maîtres par droit de conquête , d'où vient ,
dit Cefar , liv. 5. que les Villes du Pays ont
pour l'ordinaire le nom de Villes ou Lieux
de la Belgique , d'où les Conquerans étoient
venus , bello illato ibi remanferunt , atque
agros colere ceperunt.
Merula nous aprend auffi que les Celtès
avoient placé & établi des Colonies en
la même Ifle , ce qu'ils n'ont pû faire fans
y porter leur Langage en même tems .
Quant aux Habitans de la Partie intérieu
re de l'Ifle & éloignés de la Mer , il eft diffirile
de dire quelque chofe de certain touchant
la Langue qui pouvoit alors être en
ufage parmi eux , leur coûtume étant de ne
point quitter le Lieu de leur naiffance , de
n'entretenir aucun commerce avec les Etrangers
& de demeurer féparés des autres hommes
, ainfi que P'étoit leur Ifle du refte de la
Terre ; de forte que Céfar s'étant mis en peine
d'aprendre des nouvelles de leur maniere
de vivre , de leur fituation & de leurs fores
, ne pût jamais en rien découvrir de confidérable
JANVIER 1742:
43
fidérable , pas même par le moyen des Marchands
, qu'il avoit eû foin de confulter , que
omnia ferè Gallis erant incognita.... itaque Cefar,
convocatis adfe undique Mercatoribus,neque
quanta effet Infula magnitudo , neque que
aut quanta Nationes incolerent , neque quem
ufum belli haberent , aut quibus Inftitutis uterentur
, reperire poterat Lib . 4 ° .
D'où il faut inferer que quand Céfar dit de
Divitiacus , Roy dans la Belgique , qu'il gouvernoit
une grande partie de cette Province ,
& même la Bretagne , il entendoit feulement
parler des Lieux Maritimes ou voiſins
des Côtes de cette Ifle , tout le dedans du
Pays ayant jufqu'alors évité de fe mêler avec
les Etrangers , & par ce moyen confervé fa
liberté.
Mais comme nous avons déja remarqué
que les Phéniciens depuis Hercule avoient
cû commerce avec les Gaulois , c'est ici le
lieu d'expliquer plus en détail de quelle forte
la Langue Gauloife a pû s'enrichir & s'eft
enrichie en effet de plufieurs termes de la
Langue Phénicienne.
De trois Hercules dont il eft parlé dans
Hiftoire ancienne & dans les Fables , fçavoir
le Phénicien ou Tyrien , l'Egyptien , & le
Thébain , c'est l'Egyptien beaucoup plus an--
cien que les deux autres , que les Sçavans af
für ent être paffé dans les Efpagnes & dans
les
44 MERCURE DE FRANCE
les Gaules , ou plufieurs même eftiment qu'il
bâtit l'illuftre Ville d'Alefia , Métropole &
Capitale de toute la Gaule ; ce qui peut avoir
authorifé Timagene le Syrien à écrire que les
Celtes ou Gaulois étoient en partie les defcendans
des Phéniciens ou des Doriens , non
pas des Doriens , Peuples de la Grece , mais
des Habitans de la Ville de Dora , fituée
en Phénicie & fi celebre dans l'Ecriture
Sainte , lefquels le même Hercule , dont
nous venons de parler , conduifit & établit
dans les Contrées de la Gaule voifine de la
Mer, au raport du même Timagene.
Et une marque que l'Hercule Phénicien
qui vint dans nos Gaules , étoit en effet
le plus ancien des Heros de ce nom , eft
que ce nom même paroît dérivé de la Langue
Phénicienne , & fignifie dans la même
Langue Liberateur de tous les hommes , ce qui
convient à la profeffion de ce Heros , dont
le plus grand foin a toujours été de dompter
les Monftres & de bannir de toute la Terre
la Race des Tirans , en quoi l'ont depuis
imité ceux qui ont été honorés de fon nom
parmi les Grecs & les Egyptiens
C'eft ainfi donc que les Phéniciens s'étant
mêlés & habitués durant plufieurs Siecles
avant Céfar avec les Gaulois , la Langue
Gauloife a emprunté de la Langue Phénicienne
un fort grand nombre de mots dont les
Gaulois
+1440 4 ),
Gaulois fe fervoient pour exprimer leurs Di
vinités , leurs Princes , leurs Magiftrats
leurs Armes , leurs Vêtemens , les Animaux
les Plantes , & c. comme l'a fait voir excel
lemment le Sçavant Samuel Bochard dans fes
Phéniciens. La brieveté que demande ce Difcours
ne me permet pas d'en raporter plufieurs
exemples ; il me fuffira de dire en paf
fant que tous les noms des Dieux adorés
dans les Gaules , étoient derivés de la Langue
Sainte ou de la Phénicienne . Taramis
étoit Jupiter tonnant , Thot ou Teutates étoit
Mercure , Hefus Mars , c'eſt à dire Dieu
fort , Belenus Apollon , Onvana ou Onea Minerve,
Ogmius Hercule , ce qui fe raporte
exactement aux paroles de Céfar touchant les
Dieux , dont le culte étoit le plus familier
parmi les Gaulois. Deum , dit- il Livre 6 .
maximè Mercurium colunt , &c . poft hunc
Apollinem , Mariem & Minervam.
Ce Mercure, auteur de toutes les fciences &
révelant les fecrets de la Nature , étoit leur
Thot ou Teutates, comme on l'a dit , d'où étoit
venu le os des Grecs , & le Deus des Latins
, lequel mot étoit vraisemblablement
derivé des mots Hebreux Thou ou Theom .
qui veulent dire abîme ou cahos , rien n'ë¬
tant plus caché aux hommes que l'Effence
& la Majefté de Dieu , ce qui a fait dire
à Saint Paul dans fa premiere Epitre aux Co-
C vj rinthiens ,
46 MERCURE DE FRANCE
rinthiens , ch. 2. v. 10. Profunda Dei , & c.
& à David avant Saint Paul , Judicia tua abiffus
multa. Delà vient peut-être le Cahos out
Bithus des Valentiniens , qu'ils regardoient
comme le principe de leurs genérations ou
combinations diurnes. Saint Epiphane remarque
auffi
que Valentin
avoit
emprunté fon Bithus
du Cahos
d'Hefiode
, que le même
Hefiode
a dit être le premier
de tous
les
Dieux
.
Nous n'ajoûterons rien à cela , fi ne n'eſt
qu'un grand nombre des plus celebres Villes
de l'ancienne Gaule ayant leurs noms terminés
en Magus ou Magum , Rothomagum
Cefaromagum , Noviomagum , Drufomagum
, Argentomagum , & quantité d'autres ,
ce mot Magum avoit été pris aparemment
du mot Hebreu ou Phénicien Mahum , qui
fignifie Demeure ou Maifon , la Lettre Hebraique
Hain , dont il eft compofé , ayant
été d'ordinaire prononcée comme un
par les anciens Peuples de l'Occident.
Mais quelque reflemblance de termes ou
d'expreffions qui fe puiffe remarquer entre
les Langues Gauloife & Phénicienne , il ne
faut pas s'imaginer qu'il y eût fi peu de difference
de l'une à l'autre , que la Gauloife ne
dût paffer que pour une Dialecte de la Phénicienne
, puifque nous aprenons de Polybe ,
qui écrivoit au tems des Scipions , que les
Gaulois
JANVIER. 17423
47
Gaulois ne pouvoient entendre le Langage
Phénicien , qu'après avoir converfé quelques
années avec ceux de la Nation , & il y avoit
auffi dans l'armée d'Annibal , felon le raport
du même Hiſtorien , un Interprete particu
lierement deſtiné pour faire entendre à ceux
de Carthage , originaires de la Phénicie , ce
que leur mandoient ces Gaulois que demeuroient
fur la Riviere du Pô.
Ce font donc ces Langues que l'on peut
dire avec aparence , avoir eû plus de conformité
avec la Langue des anciens Gaulois
feavoir la Germanique , la Britannique & la
Phénicienne .
STANCES MORALES ,
A M.G ***
pour
le premierjour de l'Ant
Arrêtons - nous , Damon, & laiſſons au vulgaire
L'ennui d'un vain diſcours ;
L'an eft paffé , le Tems d'une aîle trop légere
En a fini le cours.
Tel eft l'Arrêt du fort , il faut que tout lui céde ,
L'homme s'en plaint en vain.
Eh ! quelle eft fa naiffance ? un moment qui précede
Le moment de fa fin.
1)
Il fouhaite ardemment d'illuftrer fa mémoire
Mais , ô foins fuperflus !
Qu'il fçache que le tems qu'il vivra dans l'Hiftoire
N'eft qu'un inftant de plus.
Des jours de fon Printems voit- il luire l'Aurore ?
Qel heureux avenir !
Se font-ils écoulés ? Le regret le devore ,
Quel trifte fouvenir !
Jouet infortuné de mille erreurs cruelles ;
Peut- il s'enorgueillir ›
Plus il cherche des fleurs, plus il trouve, au lieu
d'elles ,
D'épines à cueillir.
Il fçait que de fes jours il doit bien - tôt atteindre
Le terme limité .
Eh ! quelle eft fa folie ! ik les paffe à fe plaindre
De leur rapidité.
Tandis que l'objet ſeul de fa Philoſophic
Doit être le bonheur ,
Aux folles paffions fans ceffe il facrifie
Le repos de fon coeur.
Il dit que la raifon eft de l'Etre fuprême ;
Le préfent le plus beau ;
JANVIER . 49% 1742
la vante , à l'inftant , qu'il s'efforce lui - même
D'éteindre fon flambeau.
Du poifon de l'erreur il ne peut fe défendre ;
Le plaifir le féduit .
Il le cherche toujours , & quand il croit le prendre;
C'eft une ombre qui fuit.
La Fortune & l'Amour de leurs biens font - ils luire
L'efpoir contagieux ?
11 fuit ces Déités qui n'ont pour le conduire
Qu'un bandeau fur les yeux.
Son ame téméraire , inquiette , inégale ,
Pouffe de vains foupirs ,
Et fon coeur malheureux erre dans le dédale
De les vaftes défirs .
Ah ! combien de Tyrans, des momens de fa vie
Empoiſonnent le cours ?
L'orgueil , l'ambition , l'amour propre & l'envie
Le tourmentent toujours.
Ami , fuyons , fuyons cette Troupe perfide ;
Source de nos malheurs
Ecoutons la Sageffe ; opofons fon Egide
A nos folles erreurs .
Evitons le penchant qui retient fous les vices
Notre
To MERCURE DE FRANCE
Notre efprit abattu .
C'est trop long - tems, Damon , vivre pour nos ca
prices ,
Vivons pour la vertu .
Par M. B ** . d'Aix.
DISSERTATION touchant la Pierre
Amiante , fur laquelle croît la matiere incombustible
, dont une infinité d'Auteurs
Anciens Modernes , ont traité fur de
fauffes Traditions , & fans avoir examiné
Ta Nature de cette Matiere.
J
>
E dois avant que
de produire mon fentiment
, raporter ce qu'a écrit le P.
Martini à cette occafion , après fon retour
du Royaume de Tanyu dans la Tartarie Occidentale
, apartenant à l'Empereur de la
Chine . Recueil de Voyages au Nord , Ediion
de Rouen 1716. to. 3. page 157.
,
On y trouve une certaine herbe , qu'il dit
croître fur des Pierres. Quand on la met dans
le feu elle devient rouge & s'enflâme ;
quand on l'en retire elle devient d'une couleur
gris cendré : elle ne croît pas fort hauts
mais elle reffemble à la petite espece de
Chanvre , fans toutefois avoir la tige ni
dure , ni fi forte , car elle fe sompt beau
coup
18
JANVIER:
1742. SI
coup plus aifément. Quand on la met dans
l'eau , elle fe met en pièces , & devient
comme de la boüe. Peut- être que les anciens
Romains ont fait de cette même
herbe ces draps dans lefquels ils brûloient
leurs corps morts , pour empêcher que les
cendres ne fe mêlaffent avec celles du Bu
cher ; car j'ai de la peine à me perfuader
qu'ils le fiffent de cette Pierre qu'on nomme
Amianthus comme Porcachi le veut , Anfelme
Boëtius , Boot , &c. On fait auffi de
cette herbe une mêche qui dure toujours ,
& qu'il n'eft point néceffaire de moucher
mais quand elle eft fale on n'a qu'à la jetter
dans le feu & ôter ainfi les ordures qui s'y
font attachées ; elle retrouve alors fa premiere
qualité , retourne en fon entier , &
reprend la premiere netteté.
Le caractére du P. Martini eft impofant:
Une histoire auffi - bien circonftanciée paroît
convaincante. Il faut être téméraire pour
ofer attaquer un Auteur refpectable , & im
prouver des faits auffi nettement expliqués :
c'eft néanmoins ce que j'entrepends , après
avoir raporté ce qu'en difent nos Auteurs:
les plus récens .
Pline le Naturalifte , eft celui que tous
nos Auteurs ont copié. Il a avancé qu'on fait
de l'Amiante , qu'il n'a jamais connuë , des.
toiles qui fe blanchiffent au feu .
Le
32 MERCURE DE FRANCE
Le Dictionaire Univerfel , prouve évidem
ment que les Draps incombuftibles de Pline
, ne font qu'une erreur. Il prouve auffi
que l'Amiante eft connue des Sçavans ;
mais ils ont laiffé la queſtion indécife , tant
fur la véritable nature de cette Pierre que
fur l'unique ufage qu'on peut faire de la
Matiere incombuftible qu'elle produit.
L'Auteur du Spectacle de la Nature
dit , qu'on détache adroitement les fils de
l'Amiante pour les mettre au roüet , & dont
on fait l'Asbefte. C'eft une toile qui réſiſte
au feu . Nouvelle Edit. 1725. tom. 3. page 363 .
Les Editeurs du Dictionaire Univerfel
pour le Commerce , avancent que la Pierre
Amiante n'eft guére connuë que de nom ,
& qu'elle eft pourtant très celebre par la
vertu que Pline & plufieurs anciens lui ont
donnée , de pouvoir être filée , & de produire
un fil incombuſtible . C'eſt , ajoûtentils,
une Matiere pierreuſe , infipide , qui s'amolit
dans l'huile , & y acquiert affés de foupleffe
, pour pouvoir être filée fur du fil de
Coton. C'eft de l'Amiante que l'on fait des
Mouchoirs & des Bourfes qui blanchiffent
au feu.
Ces Meffieurs fe trompent, quand ils avancent
que l'Amiante n'eft connuë que de nom.
On la vend publiquement à Barrege, qui eft un
Bain Royal aux Pyrennées , affés renommé
dans
JANVIER: 1742 53
dans le monde par la vertu de fes eaux. Les
Païfans , Fêtes & Dimanches , en venant au
Service Divin , fe promenent & vont de
porte en porte , offrir leurs Jarretieres , &
leurs Bourfes , qu'ils donnent à vil prix. Je
tiens d'un Habitant du Païs qu'il a envoyé
en differens tems , ou à M. de Tournefort ,
ou à Mrs de l'Académie , plufieurs caiffes
remplies de Pierres Amiantes , pour en faire
l'examen & des épreuves. Sur quelle autorité
donc affurer que cette Pierre n'eft connuë
que de nom ? Cet Habitant me dit encore
, que tout près de-là croiffoit un lin ou
linet incombuftible ; c'eft ainfi que le nomment
les Habitans du Païs , qui le mettent
en vente fous trois formes feulement , fçavoir
, en Pierres , en Bourfes & en Jarretieres
, & le tout n'eft bon que pour fatisfaire
la curiofité .
L'Auteur qui viendra dans la fuite en copiant
les Auteurs que nous avons cités , produira
une idée neuve pour relever le merveilleux
d'une chofe , qui n'exifte que dans
l'imagination. Jamais l'Amiante n'a fouffert
ni ne fouffrira ni la quenoüille ni le roüet.
La Mêche perpetuelle , autre proprieté que
les Auteurs attribuent à l'Amiante , n'eft
qu'une véritable chimere . Si cette Pierre ou
fes filamens avoient cette vertu , elle auroit
lieu dans le Commerce.
Le
34 MERCURE DE FRANCE
Le Lin incombustible pourroit être com
paré à une espece de Mouffe. C'eft un fuc
pierreux qui le filtre vrai- ſemblablement à
travers les porofités de la Pierre Amiante fur
la fuperfie de laquelle il eft attaché , comme
une espece de bourre filamenteufe & foyeuſe,
très ferrée , courte , & qui ne peut fouffrir
aucun inftrument fans être réduite en trèspetites
parties & en pouffiere ; conféquemment
, on ne peut en faire aucun ouvrage .
Les Habitans du Pays qui font les Payfans ,
la tordent à demi , ne pouvant faire mieux ,
avec les doigts , & très- groffierement , pour
en faire une espece de bourfe & des jarretieres
à demi treffées , qui ne font d'aucun
ufage , parce qu'en maniant cette matiere
elle fe rompt , & fe réduit en petites parties.
*
La couleur de ce Lin eft d'un blanc un
peu fale . Cette couleur peut varier dans les
differentes parties du monde , où il en croît ,
fuivant la nature du terrain & des fables. La
premiere fois qu'on le jette dans un brafier
ardent , il devient rouge , mais fans s'enflâmer
; dès qu'on l'en retire il reprend fa cou
leur , excepté qu'il devient toujours plus gris
fale , jufqu'à ce qu'il foit totalement d'étruit ,
ce qui arriveroit en peu de temps fi on le laiffoit
dans le feu , d'où on a foin de le retirer
quand il eft rouge.
Cette production tant celebrée par de fame
JANVIER. 1742. 55
neux Auteurs fur la tradition fabuleuſe , eſt
telle que je la repréfente , ce que je puis
prouver par l'infpection de la matiere même,
dont je me fuis muni fur les Lieux , où j'ai
été trois années de fuite 1717. 1718. &
1719.
N'étant pas végétative , elle ne peut être
apellée herbe , auffi ne produit- elle ni racines,
ni tige , ni feuilles , ni fleurs , ni graines.
Ce n'eft , encore une fois , qu'une espece de
bourre filamenteufe , entaffée , ferrée & attachée
à peu près à la Pierre comme le foin
l'eft dans un artichaut.
La Pierre Amiante eft la croûte fuperficielle
des Rochers. Le Lin incombuftible
croît fur cette croûte , qui eft dure & compacte.
Sa couleur eft grife ; fouvent cette
croûte eft mélangée d'un faux Criſtal.
La nature & la proprieté de cette matiére
, quelque nom qu'on puiffe lui donner
dans les differentes parties du Monde , où il
s'en trouve , ne differe en aucune maniere de
celle dont je donne la defcription . Si elle eft
fufceptible de quelque changement , ce ne
peut-être qu'en couleur , par la variation des
terres & des fables .
Si les anciens Romains avoient poffedé
des toiles incombuftibles , faites de filamens
de la Pierre Amiante , le fecret n'en feroit affûrement
point ignoré aujourd'hui . Je démontre
56 MERCURE DE FRANCE
montre que cette matiere n'a jamais pû être
filée , que jamais elle ne pourra être mise en
oeuvre,& qu'on n'en pourra jamais tirer d'autre
parti que celui que les Payfans de Barrege
en tirent.
Toutes les Plantes végétatives , fans exception
, les bois & les écorces , font réduites
en cendre par le feu. Il ne refte parmi ces
cendres que le fel le plus groffier, en quantité
inégale , fuivant la nature des plantes. Si le
Lin incombuftible fouffre le feu à differentes
reprifes, c'est parce que cette matiére contient
beaucoup de parties terreftres , point d'huile
, peu de fouffre , peu de nitre & peu de
flegme même.
C'eft fur un faux expofé que le Dictionaire
Univerfel affûre qu'il fe trouve de l'Amiante
aux environs de Montauban. J'ai demeuré
20. années dans le Pays ; une pareille production
ne m'auroit affûrément point échapé.
S'il fe voit de l'Amiante à Montauban ,
ce font les Beurraires d'Offun , proche Tarbes
, qui vont tous les famedis à Bagnieres
prendre leurs charges de Beurre qu'ils vont
débiter à Bayonne, Perpignan , & Toulouze ,
qui aportent quelquefois des jarretieres &
des bourfes de Lin incombustible , qu'ils ti
rent de la Vallée de Barrege , foit qu'ils y
aillent , ou que les Payfans de cette Vallée le
leur portent à Bagnieres.
Une
JANVIER. 1742. 57
Une infinité d'Auteurs ont avancé qu'on
trouve de l'Amiante dans les Ifles de Chipre,
de Negrepont & c. Aucun avant moi n'a indiqué
que cette Pierre tant celebrée croiffe en
France, J'excepte le Dictionaire Univerfel de
l'Académie.Il dit vaguement qu'on la trouve
dans les Pirenées, en omettant de nous apren
dre le véritable lieu où elle croît affés abondamment
, pour que les Payfans de la Vallée
de Barrege en offrent à tous ceux qui vont an
nuellement à leurs Bains : ils en portent auff
à Bagniere pour être difperfée au loin.
Par M. François Carré,
A SON ALTESSE SERENISSIME
M. LE COMTE DE LA MARCHE ;
ETRENNES
De deux Oyfeaux & d'un Chaffeur,
A ce Heros naiffapt , Oyfeaux rendez homage ;
Au milieu de l'Hyver chantez fon beau printems.
Exprimez lui mes voeux par le plus doux ramage ;
Que fon nom glorieux vive dans tous les tems !
Tel qu'on le voit déja , par des coups admirables ,
Des hôtes des forefts fe rendre le vainqueur ;
Tel
$ 8 MERCURE DE FRANCE
Tel puiffe t'il un jour , par des faits memorables
Dans les travaux de Mars fignaler fon grand
coeur !
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. lo
Marquis de B. fur quelques fujets de Litte
ramire.
V
Ous avez apris , M. en fon tems , par
une de mes Lettres la mort de Dom
Bernard de Montfaucon , arrivée le 21. du
mois de Decembre 1741. dans la 88. année
de fon âge , & environ la 40 de mon attachement
à fa perfonne & de l'amitié dont il
m'honoroit. Je vous ſçais , M. un gré infini de
tout ce que vous avez répondu fur ce fujet¸
je vous fçais même bon gré , & je vous remercie
des reproches que vous me faites
depuis votre retour à Paris , de n'avoir
point encore vû fon Eloge dans le Mercure ,
prétendant que c'eft moi , par préference &
par obligation qui dois rendre ce devoir indifpenfable
à fon illuftre Mémoire ; vous
n'oubliez pas même pour m'exciter à le remplir
, de me rapeller la Parenté ou l'Alliance
qui étoit entre nous & dont , avant que de
finir ma Lettre ,je dirai unpetit mot, puifque
vous le fouhaitez,
Voyons
JANVIER
1742 59
Tâchons cependant , M. de juftifier maconduite
fur ce que dans le Mercure , ( Decembre
1741. 2. vol. p. 2965. ) la mort de notre
illuftre défunt eft fimplement raportée ,
fans être entré dans aucun détail . En premier
lieu j'ai crû que l'Eloge d'un Sçavant du
rang & du mérite de D. B. de Montfaucon
apartenoit de droit à l'Académie Royale
dont il étoit un fi digne membre , perfuadé
d'ailleurs que le Public y gagnera beaucoup
par la fuperiorité de genie & par la grande
capacité du Sçavant Académicien , chargé
de cette glorieufe tâche , qui manie fi noblement
& fi heureufement de pareils fujets.
Permettez moi de vous inviter d'avance à af
fifter à cette cérémonie Litteraire , qui fe fera
, à ce que j'aprens , à la première Séance
Publique de l'Académie des Belles- Lettres
c'est-à- dire le lendemain de la quinzaine de
Pâques prochain .
Je pourrois , M. vous alleguer d'autres raie
fons , qui ont concouru à me faire prendre
le parti du filence en cette ocafion : mais
pour donner quelque chofe à votre empreffement
& à votre obligeante critique , je
vais , M. pour ainfi dire , reffufciter en votre
faveur le P. de Montfaucon , en joignant à
ma Lettre une Piéce entiere de fa compofi
tion , laquelle n'a point encore vû le jour ,
Piéce importante & qui ne peut qu'augmen-
Ꭰ ter
60 MERCURE DE FRANCE
ter l'eftime que vous en avez toujours fait ,
& fatisfaire en même tems à la délicateffe de
votre goût pour la bonne Litterature. Voici
cette Piéce.
MEMOIRE compofe par le R. P. Dom
Bernard de Montfaucon , Benedictin de la
Congrégation de Saint Maur.
RECHERCHES à faire dans le Voyage de
Conftantinople & du Levant.
Quoiqu'on ait déja fait bien des recherches
dans le Levant & qu'on en ait aporté beaucoup
de Monumens Antiques , Marbres , Médailles
, Manufcrits , &c. il y refte encore une
ample moiffon à faire. La plupart des Voyageurs
qui n'y alloient autrefois que par curiofité
, n'avoient nul goût pour ces choſeslà
; d'autres manquoient des moyens néceffaires
pour acquerir ; d'autres enfin n'avoient
pas les connoiffances requifes pour réuſſir
dans ces recherches : il feroit donc à propos
que ceux qui entreprennent ces voyages pour
P'utilité publique, fuffent auparavant inftruits
fur bien des chofes. Faute de connoiffance
on laiffe quelquefois échaper des Monumens
qu'on pourroit avoir à bon marché, &
fi on achete au hazard , on rifque de dé
penfer fon argent inutilement .
MAR
JANVI E R. 1742 6 r
- MARBRES ET ME'DAILLES ANTIQUES.
Les Marbres qu'on doit rechercher par
préférence , font ceux qui ont été anciennement
employés pour des Infcriptions , des
Bas-Reliefs , des Statues , ou Buftes , des Tombeaux
&c. Il y en a un très - grand nombre de
toute espece dans toutes les Provinces de
l'Empire Ottoman. Mais furtout dans la
Grece. Athenes en peut plus fournir & des
plus curieux que toutes les Villes de Grece .'
Il y en a beaucoup à Corinthe , à Argos , à
Sparte & dans tout le Peloponnefe , mais
furtout dans la Partie Occidentale qui répond
à l'Ifle de Zante , c'étoit l'Elide des anciens
où fe faifoient les celebres Jeux Olimpiques ,
auxquels toute l'ancienne Grece concouroit,
& où étoit ce fameux/Temple de Jupiter,firenommé
par la Statue de ce Dieu , faite par
Phidias , laquelle paffoit pour une des fept
merveilles du monde ; géneralement parlant
tous ces Pays font pleins de Marbres & d'Inf
criptions , qui peuvent fervir à éclaircir l'ancienne
Hiftoire : ceux qu'on a déja àportés
de ces Pays -là , en Italie , en France ,
Angleterre , & dans d'autres parties de l'Europe
, & qui ont été publiés , font juger
qu'on peut tirer de ces Monumens beaucoup
de fecours pour illuftrer l'Antiquité.
Les Ifles de l'Archipel en peuvent encore
Dij four
en
62 MERCURE DE FRANCE
fournir quantité. Je voudrois furtout qu'on
fit des recherches dans l'Ile de Samos , fameufe
dans toute la Grece par le Temple de
Junon , & dans celle de Delos qui eft aujourd'hui
un monceau de Marbres & de Ruines
de Temples , & d'autres Edifices fuperbes ,
il eft à croire qu'on trouveroit dans ces ma
fures bien des chofes auffi curieufes qu'inftructives.
Toute la Côte de l'Afie mineure
eft auffi femée de Marbres à Infcriptions , de
Bas- Reliefs , de Colonnes, &c . On en trouvera
beaucoup à Smyrne , à Ephefe & c . Et
non feulement fur la Côte , mais auffi bien
avant dans les terres , furtout dans les Villes
fameufes , comme Ancire , Cogny & jufqu'à
Trebizonde .
Il n'eft pas toûjours aifé d'acquerir les
Marbres , & il s'en trouve quelquefois de
fi grands que le tranfport en feroit très - dif
ficile , il faut alors du moins copier exactement
les Inſcriptions & deffiner les Bas - Reliefs.
M. Sherard Conful de la Nation Angloiſe
à Smyrne , revint il y a 5. ou 6. ans de
ce Pays - là avec un ample Recueil d'Infcriptions
Grecques,tirées de differens endroits de
l'Afie mineure : il avoit deffein, difoit- il , de les
faire imprimer , mais cela n'eſt pas encore.
fait ; fi on veut donc rendre un fervice confidérable
à la Republique des Lettres , il faut
avoir un bon Deffinateur & un Homme qui
fçache
JANVIER.
2742. 63
fçache bien le Grec , tant pour copier fidélement
les Infcriptions , que pour connoître
le mérite des Manufcrits , & indiquer ceux
qu'il fera bon d'acheter , ou en copier les
plus confidérables Piéces , fi on ne peut pas
les avoir autrement : pour ce qui eft des Médailles
, on y en pourroit trouver une gran
de quantité & de fort curieufes , mais il faut
être connoiffeur en ce genre, ou ne s'en pas
mêler ; les Juifs en fabriquent beaucoup de
fauffes qu'ils vendent aux Européens ; il faut
d'ailleurs fçavoir diftinguer les rares d'avec
les communes , autrement on court rifque
de faire de la dépense inutilement .
MANUSCRITS GRECS ,
tant Ecclefiaftiques & de Religion ,queprofanes.
On trouve des Manufcrits Grecs dans tou
te la Grece , à Conftantinople & dans l'Afie
mineure ; il y a peu de Monafteres qui
n'en ayent quelques- uns mais le Mont
Athos furpaffe tous les autres Lieux de l'Orient
par la grande quantité de Manufcrits
qui s'y trouvent. Voici comme en parle
Jean Comnene dans fa Defcription en
Grec vulgaire du Mont Athos , imprimée en
Valachie en 1701. que j'ai depuis réimprimée
en Grec & en Latin à la fin de la Paleographie
Grecque. » On voit là beaucoup de Ma-
D iij
nufcrits
MERCURE DE FRANCE
» nuſcrits anciens , dont plufieurs ne font pas
» encore imprimés , tant de ce qui regarde
» la Théologie , que de ceux qui regardent
» toute autre forte de Sciences. " Il parle en
détail des principales Bibliothéques qui fe
trouvent en differens Monafteres de cette
Montagne. Au Monaftere de Saint Athanafe
, dit-il , qu'on apelle la grande Laure , » il
»y a fur le Nartex , qui eft le bas de l'Egli-
» fe , une Bibliothéque admirable où l'on
"voit beaucoup de Manufcrits anciens &
» fort précieux , & en parlant de l'autre Monaftere
qu'il apelle Vatopedi ; il dit qu'illy a
»fur le Nartex une grande Bibliothèque, &
" une autre dans le Tréfor , qui eft auffi
» très-bien fourni de Manufcrits : dans le
» grand Monaftere des Iberiens , ajoute- t'il ,
il y a en trois endroits differens , trois belles
Bibliothéques & un grand nombre de Bulles
d'Or de divers Empereurs . Il ajoûte encore
que le Monaftere apellé Dionifii a une
belle Bibliothéque . Ces Moines du Mont
Athos vivent dans une profonde ignorance ;
il y a aparence qu'on trouveroit là des Ouvrages
précieux , tant Eccléfiaftiques que
Profanes , qui auront échapé aux naufrages
des tems & qui n'auront pas encore été mis
au jour , c'eſt une grande moiffon à faire
mais il faut pour cela fe prémunir de cèrtaines
connoiffances.
JANVIER .
65
1742.
Il faut d'abord s'exercer à connoître l'â
ge des Manufcrits en lifant la Paleographie
Grecque que j'imprimai in folio en 1708 .
où l'on voit fucceffivement des exemples
des écritures de tous les Siécles , à commencer
450. ans avant Jefus-Chrift ; je n'ai pas
pû y représenter une chofe qui aide beaucoup
à connoître l'antiquité de l'écriture ,
c'eſt une certaine couleur rouffe , que l'encre
contracte ordinairement dans la fuite
des Siècles , mais lorsqu'on connoîtra bien
la forme des caractéres de tous les âges , l'expérience
aprendra bien - tôt le refte .
Ce qui eft encore plus néceffaire , c'eft de
fçavoir de quels Ouvrages les Manufcrits
font , ou rares , ou communs ; faute de cela
bien des gens achetent des Manufcrits qui à
la vérité font beaux & anciens , mais qui
font prefque de nul ufage , parceque nous
en avons déja des centaines dans nos Bibliothéques
; je fais
peu de cas, par exemple , des
Manufcrits , quelques beaux qu'ils puiffent
être , des Oraifons de Saint Grégoire de Naziance
, de Saint Jean Chryfoftôme fur la
Geneſe , ſur Saint Mathieu , fur Saint Jean ,
fur les Statues & fur le Sacerdoce : on en a
tant de Manufcrits que tous les nouveaux
qu'on pourroit aporter de la Grece n'enri
chiroient nos Bibliothéques que pour le
ombre ; cependant j'ai vû des gens qui
D iiij croyen
66 MERCURE DE FRANCE
3
croyent avoir parfaitement bien négocié dans
le Levant en nous aportant ces fortes de
marchandiſes.
Je vais cependant tâcher d'en donner ici
quelques connoiffances , car traiter la chofe
à fond , c'eft ce qu'on ne peut faire que dans
un gros Ouvrage , j'avertirai d'abord qu'il
fera bon d'avoir dans le voyage le Livre de
Cave , in folio , fur les Auteurs Eccléfiaftiques
, & les Auteurs Grecs de Fabricius en
neuf volumes in -4° . Mais quoiqu'ils ayent
l'un & l'autre bien traité la matiére , je donnerai
ici une notice de ceux qui leur ont
échapé.
MANUSCRITS DE L'ECRITURE SAINTE.
On trouve affés de Manufcrits Grecs du
vieux Teftament dans nos Bibliothèques ; il
ne faut pas fe mettre fort en peine d'en recueillir
, à moins qu'ils ne fuffent écrits en
lettres onciales , ou qu'ils n'euffent en marge
des leçons des Hexaples , reconnoiffables
par ces lettres a' c'e' qui fignifient Aquila
Symmaque & Theodotion. Les Livres Deute
rocanoniques , comme la Sageffe Siracidés
ou l'Ecclefiaftique , Judith , Tobie , les Machabées
& quelques Livres d'Ezdras , ne font
pas fi communs que les autres.
Les Manufcrits Grecs du Nouveau Teftament
font encore plus communs en EuroJANVIER.
1742. 67
à
pe que ceux du Vieux ; nos Bibliothèques
en poffedent un grand nombre. Je ne confeillerois
pas d'en acheter de nouveau ,
moins qu'on n'en trouvât de très - anciens
écrits en Lettres onciales ; le Livre du Pafteur
, ou premier Hermas n'a pas encore paru
en Grec , fi ce n'eft par un affés grand
nombre de fragmens qu'on a déterrés ; fi on:
le trouvoit entier ce feroit une bonne dé-
Couverte .
Les Peres & les Auteurs Eccléfiaftiques ,
les Lettres de Saint Ignace , furtout celles
qui ne font pas interpolées , font très - bonnes
à prendre , de même que les deux Lettres de
Saint Clément Romain . On a peu de Manufcrits
de Théophile d'Antioche , d'Athenagore
& de Tatien : le premier me paroît
plus rare que les deux autres. Les Ouvrages de
Saint Juſtin Martyr font affés rares en Manufcrits
; il y a des traités qu'on trouve plus
aifément que d'autres. Un Manufcrit des.
OEuvres de Saint Juftin feroit très -bon à
acheter , de Clement - Alexandrin ; le Protreptique
& le Pédagogue fe trouvent affés;
fouvent dans nos Bibliothèques des Stromates
du même , il n'y en a qu'un Manuſcrit quii
eft à Florence dans la Bibliothèque du Grandi
Duc , apellée de Saint Laurent , le premier:
feuillet y manque, & de - là vient que ce même
défaut fe trouve dans toutes les Edi-
Dy tions
68 MERCURE DE FRANCE
tions de cet Auteur ; un Manufcrit bien entier
de cet Ouvrage feroit précieux . On a
perdu du même Auteur fes Hypotypofes , fi
T'on trouvoit cet Ouvrage dans le Levant ce
feroit un tréfor.
- Tous les Manufcrits Grecs d'Origene font
fort rares , on en a perdu un très - grand nombre,
& de ceux qui nous reftent la plûpart ne
font qu'en Latin ; amfi tout ce qu'on pourra
trouver fur cet Auteur fera toujours bien
reçû , il faut fe garder de prendre pour des
Manufcrits d'Origene certaines chaînes fur
l'Ecriture où Origene fe voit cité , & fes paffages
raportés avec ceux des autres Peres ,
ces chaînes fe voyent en affés grand nombre
dans nos Bibliothèques.
L'Hiftoire Eccléfiaftique d'Eufebe n'eft
pas rare en Manufcrits , on en a de fort beaux
dans notre Bibliothéque ; mais l'Ouvrage eft
fi important , que quand on en aporteroit
encore du Levant , ils ne laifferoient pas de
fervir à rectifier plufieurs paffages ; fa Démonftration
Evangélique eft imparfaite en certains
endroits , il n'y en a proprement qu'un
Manufcrit qui puiffe fervir , s'il s'en trouve
d'autres , ils font tous modernes & copiés fur
celui là , comme il paroît évidemment en
ce qu'ils ont tous les mêmes défauts & les
mêmes hiatus ; les Manufcrits de la Préparation
Evangelique font auffi fort rares , fil
fera
JANVIER. 1742. 69
fera bon d'acquerir tout ceux qu'on trous
vera.
Les Manufcrits de Saint Athanafe , qui
contiennent un Recueil de fes Ouvrages ,
font rares , ce Pere eft fi important qu'il ne
faut pas le manquer , s'il s'en rencontre ;
nous avons perdu fes Epitres Pafchales ou
Feftales qui avoient été recueillies au nombre
de 47. fi l'on pouvoit les déterrer dans
le Levant , ce feroit une heureufe découverte .'
Les Epitres de Saint Bafile font fi importantes
pour l'Hiftoire de l'Eglife de fon
tems , que tous les Manufcrits qu'on en
trouvera , feront bons à prendre peutêtre
pourra- t - on en découvrir qui n'auront
pas encore vû le jour .
Les Oraifons de Saint Gregoire de Na
ziance fe trouvent en Europe dans plus de
foixante beaux Manufcrits , il n'en faut plus
acheter , à moins qu'il n'y en eût quelques
unes qui n'euffent point encore paru . Ses
Epitres font beaucoup plus rares , fes Vers
encore davantage : on en découvre de
tems en tems qui n'avoient pas encore vû
le jour.
Le Panarion de Saint Epiphane fur les
Héréfies , eft un des plus rares Ouvrages
en manufcrit ; je ne fçais s'il y en a deux
entiers en Europe ; il ne faudra pas laiffer
échaper ceux qui fe préfenteront.
Dvj Nous
70 MERCURE DE FRANCE
Nous avons une infinité de Manufcrits
des Ouvrages fuivans , de Saint Jean Chry
foftôme , des Homélies fur la Genéſe , fur
Saint Mathieu , fur Saint Jean , fur les
Actes , fur les Statuës , fur le Sacerdoce ,
de fes Epitres à Theodore & d'autres Ou
vrages Afcétiques : les autres font beaucoup
plus rares , comme fes Homelies fur toutes
les Epitres de Saint Paul , celles fur la Pénitence
contre les Juifs , les Homélies fur
le commencement des Actes des Apôtres ,
le corps de fes Epitres & peut- être d'autres
Ouvrages qui n'ont pas encore paru , &
qui font cachés dans les Bibliothèques du
' Levant.
Les Manufcrits de l'Hiftoire Eccléfiaftique
de Socrate de Sozomene & de Theodoret
ne font point à négliger ; ceux d'Evagre
& de Theodore Lecteur , font encore
plus rares : ce dernier Hiftorien n'a
point encore été imprimé entier.
Si on trouvoit quelque ancien Manufcrit
de la Bibliothéque de Photius , il ne
faudroit pas le manquer : on n'en a dans.
nos Bibliotheques que des plus bas tems.
HISTORIENS PROFANES.
Tout Manufcrit d'Herodote , de Thucydi
'de & de Xenophon font bons à acquerir
il y en a quelques-uns en Europe , mais
gueres
JANVIE R. 1742 71
gueres d'anciens . Rien de plus rare que
les Manufcrits de Polybe. Si on en rapor
toit quelqu'un bien ancien , ce feroit un
beau préfent qu'on feroit à la République
des Lettres , furtout , s'il y en avoit un ou
plufieurs , des Livres perdus de vingt Livres
que cet Auteur a écrit , il n'en refteplus
que cinq entiers & des Fragmens des
autres.
Les Manufcrits de Diodore de Sicile
de Dion-Caffius & de Denis d'Halicarnaffe
ne font pas moins rares : nous avons auffi
perdu une bonne partie de leurs Hiftoires.
Un feul de ces Livres perdus , recouvré ,
payeroit plus que fuffifamment un voyage
du Levant .
-
Ceux de Plutarque font très bons a
prendre , nous avons perdu de cet excellent
Auteur un grand nombre d'Ouvrages . Ceux
Herodien , de Zozyme , d'Elien & de
Polyene font auffi fort rares , il s'en trouve
très- peu. Zozyme & Polyene ont des Jacunes
qu'on pourroit remplir fur l'autorité:
de ces Manufcrits .
GEOGRAPHES.
Rien de plus rare que les Manufcrits de Stra
bon, il feroit pourtant bien néceffaire d'en découvrir
pour remplir un grand nombre de
lacunes , & corriger les mauvailes Leçons.
qu'on
72 MERCURE DE FRANCE
qu'on trouve dans cet Auteur. Ceux d'E
tienne de Byzance font auffi très rares ;
j'apelle rares , ceux - là mêmes dont il fe
trouve beaucoup de Copies manufcrites ,
mais toutes faites dans les plus bas Siécles
fur l'autorité d'un feul Manufcrit ancien .
L'Etienne de Byzance que nous avons
n'eft qu'un abregé fait par Hermolaus d'un
plus grand Ouvrage , dont il ne nous refte
qu'un grand Fragment , qui fait regretter
la perte de cet ancien Etienne , qui dans
fa Géographie donnoit mille belles connoiffances
fur les anciens Auteurs. Les
Manufcrits de Pauzanias font auffi fort
rares & feroient pourtant très - néceffaires ,
pour corriger bien des Paffages obfcurs &
alterés de cet Auteur. Nous n'avons guere
de Manufcrits anciens de la Géographie
de Ptolomée . Denis Periegette , & tous
les petits Auteurs de Périples font auffi
rares dans nos Bibliothèques-
A THE NE'E ET LUCIE N.
Il ne s'eft jamais trouvé qu'un Manuſcrit
ancien d'Athénée , de - là vient qu'il y a
dans cet Auteur un grand nombre de lacunes
& des Paffages qui auroient befoin
d'être confrontés fur d'anciens Manufcrits.
Tous ceux qu'on trouvera dans le Levant
feront bons à acheter , auffi bien que ceux
de Lucien,
AuJANVIER
2742
Άντε UTEURS DE LEXICO N.
:
On ne connoît aucun Manufcrit d'He
fichius & on ne fçait pas même qu'eſt
devenu celui fur lequel il a été imprimé
pour la premiere fois ceux de
Suidas font auffi fort rares & prefque
tous modernes ; il en eft de même
de Julius Pollux & d'Harpocration . Tous
ces Auteurs font bons à acquérir ; enfin
tous les Poëtes Grecs , fans exception , font
rares en Manufcrits .
Je ne vous demanderai point , Monſieur,
fi vous êtes content & fatisfait de la lecture
de ce Mémoire ; mais vous êtes en droit
de me demander comment il est tombé
entre mes mains . Je vous dirai d'abord que
je ne le tiens ni du P. de Montfaucon ,
ni des Perfonnes refpectables qui ont entre
les mains tous les Papiers qu'il a laiffés.
Il m'eft venu , par un pur hazard , de Conftantinople
, il y a environ deux ans avec
d'autres Papiers qui avoient apartenu à feu
M. Defroches , Parifien , premier Secretaire
de deux de nos Ambaffadeurs confécutifs ,
dont j'ai tant parlé dans differens Mercures
, & dont la Mort & l'Eloge fe trouvent
dans celui du mois d'Avril 1737. Le P. de
Montfaucon , qui m'a plufieurs fois entretenu
du grand projet qu'il avoit formé
74 MERCURE DE FRANCE
d'aller lui - même au Mont- Athos , dans la
Gréce , &c. accompagné de quelques autres
fçavans Grecs de Saint Germain des Prez ,
pour faire les Recherches en queftion
projet dont je vous réferve le curieux détail
pour une converfation particuliere ,
& dont plufieurs incidens empêcherent l'exé
cution , la mort furtout du Cardinal d'Ef
trées , &c. Le P. de M. dis- je , voulut du
moins par la compofition d'un pareil Mémoire
, mettre en état toutes les Perfonnesqui
pourroient dans la fuite fe charger de ces
Recherches , de les faire utilement , & dédommager
en quelque façon la République
des Lettres de la rupture de fon voyage..
Je ne doute prefque pas que cette inftruction
n'ait été envoyée à Conftantinople par ordre
de la Cour qui s'étoit fort intereffée au
fuccès de l'entreprife du P. de M. & que
M. Defrocher ne l'ait trouvée dans le Palais
de France , où je conjecture , en conciliant
certains faits & certaines dates , qu'elle eft.
reftée depuis la fin de l'Ambaffade de M. le
Marquis de Châteauneuf. J'omets là -deffus
d'autres particularités qui allongeroient trop
ma Lettre & que je vous réferve pour le particulier.
J'ailois , en finiffant , oublier le petit mot
que je vous ai promis , qui regarde les Alliances
de la Maifon de Montfaucon , dans
lef
JANVIER 1742 79
,
lefquelles j'ai l'honneur de me trouver interreffé
; voici ce que c'eft . Jeanne de Chal
cornac ma mere , étoit fille de François de
Chalcornac fils de Barthelemi , Avocat
Général de la Cour des Aydes & Chambre
des Comptes de Montpellier , lequel
avoit époufé Marguerite de Montfaucon ,
fille de Baltazar de Montfaucon , & de D.
Eleonor de la Croix de Caftries , fille du
Marquis de Caftries , &c.
Marguerite de Montfaucon , époufe de
Barthelemi de Chalcornac eût trois foeurs
forties du même mariage , fçavoir Louifon ;
mariée avec Georges de Bormer , Juge-
Mage de Montpellier , Françoife , avec N...
de Sainte Colombe , Gouverneur de Carcaffonne
, & Catherine , qui épouſa N...
Daufzene , Juge- Major de Beziers.
Baltazar de Montfaucon avoit trois freres ,
Louis-Anne de M, Brigadier des Armées du
Roy, qui mourut au Siége de la Rochelle ,
David , qui ayant pris le parti de la Robe
époufa Anne Louife de Gras de Mont- Ar
naud , & François , Colonel du Régiment
de Navarre.
Le feul David de M. a laiffé postérité ,
fçavoir un garçon & deux filles , le premier
époufa Lifette de Claufel ; & des filles ,
Jeanne fut mariée au Marquis de Calvieres
,Margoton fa cadete époufa N ... de
Roche
77% MERCURE DE FRANCE

Roche - Maure , premier Préſident du Préfidial
de Nîmes.
Comme vous connoiffez fort la Province
de Languedoc , ayant même affifté aux
Etats du tems de M. l'Evêque D .... votre
oncle , s'il vous refte quelque curiofité
au fujet de la Maifon de Montfaucon , alliée
à toute la haute Nobleffe de cette Province
, je pourrai y fatisfaire en vous donnant
la Généalogie entiere de cette Maiſon ,
dont l'Origine eft auffi Ancienne qu'llluftre.
Ses Armes font de Gueules au Sautoir d'argent
accompagnés de quatre Fleurs de Lis auffi
d'argent.
feu
Le peu que je viens de vous en dire , eft
tiré d'un Mémoire dont j'ai l'Original, dreffé
fur des Actes domeftiques & écrit par
le P. Chalcornac , mon oncle maternel , Religieux
de l'Obfervance Saint François ,
Commiffaire Général de la Terre Sainte
qui étoit fort au fait de cette matiere . Comme
vous avez la bonté de vous intereffer à
toute notre Famille , permettez - moi , M. de
finir ma Lettre par une efpéce de digreffion fur
la mort auffi fainte que furprenante de ce Religieux.
Il s'étoit entierement livré lors de la derniere
pefte de Provence au fervice fpirituel
& temporel des malades . Dans cet Exercice
le Seigneur lui prépara lui prépara une rude épreuve . Il
fut obligé d'exhorter à la mort & de con.
duit
JANVIER. 1742 77
duire au fuplice un jeune homme de fa
connoiffance, qui avoit été condamné par le
Commandant pour avoir franchi , contre les
défenfes , certaines Barrieres dans le Terri
toire de Marfeille . Le bon Religieux , après
avoir fait inutilement tout ce qu'il pût
pour le fauver , & après avoir rempli tous
fes devoirs de charité à fon égard , fût prié
de fe retirer ce qu'il fit lentement , le
coeur percé de douleur. On tire auffi - tôt
& l'on vit dans le même inftant lé jeune
homme & le Confeffeur tomber roides
morts , chofe fans exemple & qui mérite
peut - être une place dans l'Hiftoire . J'ai
l'honneur d'être , &c.
A Paris le
>
P. S. Je viens , M. dans ce moment de voit
une belle Lettre Latine imprimée à Rome, &
adreffée au R. P. Général de la Congrégation
de S. Maur , par l'illuftre & fçavant Cardinal
QUIRINI, Benedictin , Evêque de Breſcia , &
Bibliotéquaire du Vatican , au fujet de la
mort du P. de Montfaucon , à laquelle il
me paroît avoir été fort fenfible . Comme
on me permet de faire copier cette Lettre ,
je me propofe de vous en rendre compte
dans une autre occafion , contentez -vous
aujourd'hui de ce petit échantillon. Heu !
Hen ! amifit in eo Homine Benedictinus Ordo
nofter
48 MERCURE DE FRANCE
nofter decus eximium , Gallia virnm toto orbe
celeberrimum , Litteraria omnis Refpublica
ingenium præftantiffimum, Etas iftaScriptoren
omnium Sæculorum memoria digniffimum, &c.
L'Amo
ETRENNES
Pour Mademoiselle du B.....
'Amour fuivi des Jeux , des Graces & des Ris ;
Voloit auprès de vous , jeune & charmante Iris
Pour vous donner fes Etrennes ;
Quand les yeux par hazard s'étant tournés vers
moi ,
Touché de mes cruelles peines,
Il m'a daigné charger d'un fi brillant emploi ;
Toi, dit- il, qui toujours à mes Autels fidelle ,
Brulas de la plus vive ardeur ,
Pour m'acquitter auprès de cette Belle ,
Va de ma part lui préfenter ton coeur,;
Il eft conftant , tendre , fincere.
Quel don plus précieux aurois - je pû lui faire
Iris , j'obéis à l'Amour ,
Avec tranſport je vous le donne.
Que je m'aplaudirois de mon fort en ce jour ,.
Si je pouvois encore y joindre une couronne !
Prenez
JANN VIEK. 1742. 79
Prenez le tel qu'il eft , mais fouvenez - vous bien
Que l'on ne donne rien pour rien .
XXXXXXXXXXX XXXXXXXX*****
S
lus,
CRIPTORI cujufdam Operis ( cui titulus
, la Religion des Gaulois , tirée des plus
puresfources de l'Antiquité, par le R. P. Dom.
**** ) Anni curfum adventantis benè aufpicatum
, bonum tam corporis quam animi habitum
, clariores novi , nifi fallimur , aut
nullius , utpote omnigenis farti opinionibus
inter fe non rarò diffonis , circa Antiquitates
Gallicas fyftematis probationes impenfius
apprecaturJosep dictus AP-HAMON AP- TENNEGWY
, pagi , qui Linguâ noftrâ vernacula
Tewednok dicitur , in cornubiâ fiti incola
& mediam intra partem Dominus .
Monachum te effe liquet per memoratum
titulum , cujus ordinis , quodnam Coenobium
, in quâ urbe , aut juxta quam , habi
tes , penitus ignoro . Hac idcirca ad te tantum
viâ fcribere mihi fuccurrit ; eâdem mihi
, fodes , proximè fequente menſe , refponfurus
occurres .
Bonâ navis alite nuperis diebus , Parifiis
ab aliquot menfibus profectum , huc advexit
, patriæ & familiæ percarum confobrinum
meum maddernum , qui ap gwgawn- apnanmor
dicitur , Burriani tam vici quam
pagi , in noftrâ etiam ( quæ vernaculo
Cornwall
AVA
L
Cornwall nuncupatur idiotifmo ) cornubia
fiti Dominum.
Nudiustertius aderam dum indagaturus
num merces & res in arcâ tantifper hiante, vitiatæ
à quâ effent , illas aftantibus tribus ipfius
fororibus explicaret Donec hæ frivolis fed
pellucidis , in veftrâ regione fabricatis mira-"
bundæ reculis inhiarent , forte fortuna marcefcentem
inter illas operis tui primum , fupra
laudati , tomum confpicatus arripui , &
aperui , & nefcio quid aliud meditans incidi
in quartum , fupra vigefimum , capitulum .
Omnes , quas in illo oculis percurrere accidit
, affertiones , novæ mihi omnino , ut
verum fatear , quamvis in noftris veftrisque
antiquitatibus initiato , infolitæ, inter fe difcrepantes
, nec cum Scriptorum probatæ fidei
teftimoniis confonantes , nec antiquæ
tam Difciplinæ quam Lingua Superftitibus
adhuc apud nos veftigiis congrua vifæ funt.
1. Qui probabis Druides , non nifi poft
Gallorum uxores vel forores Principum , hac
deturbatos poteftate , Jus fibi arrogaviffe ,
De Juger (ut tuis tuam tibi verbis fententiam
repræfentem ) des differends qui furvenoient
entre les particuliers , de regler defpotiquement
les intérêts de la Nation , & de dé
cider de la paix ou de la guerre qu'il falloit
faire ?
2. Quî probabis Divitiacum , cum primùm
Cæfar
JANVIER. 1742. SI
Cæfar in Galliam advenit , fupremum fuiffe
apud Heduos Magiftratum ; nunquam fuiffe
hac ipfum Dignitate decoratum , facilius
probares , fi cordatiffimi autoris verba cordaè
perpenderes?
3. Qui probabis eos , quos nunc Suiffes
vos Franci apellatis antiquorum illorum effe
Helvetiorum propaginem ?
4. Quî probabis iſtius patrem Divitiąci ,
aliquot annis ante Cæfaris in Galliam adven
tum , Regem fuiffe Sueffionum ?
5. Qui probabis Quî ipfum eundem quem Divitiaco
Heduo patrem , & Sueffionum Civitati
Regem imponis , omni etiam noftræ Britanniæ
imperafle ?
6. Qui probabis Druides nonnullos , Cafaris
ætate , Regnum aut fupremam poteftatem
in fuis obtinuiffe Civitatibus ?
Si fex has tuas affertiones ( quæ totus funt
memorati tenor capituli ex quo de Capitulis
non lectis fit judicium ) idoneis mihi demonftraveris
argumentis , eris mihi magnus
Apollo: fi fecus , non gravaberis, quod veftris
in elucubrationibus gallicas & ideò parte
ex maximâ noftras Antiquitates referatas nancifci
defperaverim .
L'HUMEUR
82 MERCURE DE FRANCE
L'HUMEUR ,
ODE ,
A S. E. M. le Cardinal de FLEURY
Miniftre unique , à qui la France
Doit & fa gloire & fon bonheur ,
Heureux Mentor , que la prudence
Rend aux Héros fupérieur ;
Doüé d'une égalité d'ame
Que rien n'aigrit , que rien n'enflâme ,
L'Humeur chés toi n'a point d'accès,
J'iavoque ton fage Génie ,
Il fçaura , mieux que Polymnie ,
Peindre ce vice & fes excès.
*
L'Humeur , Maîtreſſe impérieuſe ,
Broüille amis , Citoyens , Parens ,
Et dans fa verve impétueufe
Des autres nous fait les Tyrans.
Fleau des Ames pacifiques ,
Source des guerres domeftiques ,
L'Humeur domine la raiſon ,
Tient les Vertus en fervitude ,
Et quand elle obfede une Prude ,
Fait un Enfer de fa maiſon.
Pallion
JANVIER. 1742. 83
Paffion incompréhensible ,
Dans tes égaremens divers ,
Dis-nous , quel démon invifible
Produit ta fougue & tes travers t
Jalouſe , inquiéte , inégale ,
De tes propres défrs rivale ,
A les révoquer tu te plais .
Sans ceffe à toi - même contraire ,
Tu parles quand il faut ſe taire,
Quand il faut parler tu te tais.
*
Humeur , tu fais d'un Maître habile
Un Pédant toujours irrité ,
D'un mari chés autrui tranquile ,
Un jaloux chés lui détesté.
Tu changes cette femme aimable
En une fantafque intraitable ;
Tu défigures fes apas.
Jouet de ton caprice extrême ,
Ainfi l'homme fuit ce qu'il aime ,
Et pourfuit ce qu'il n'aime pas.
Dans l'un, c'eft humeur pointilleuſe ,
A fon gré rien ne va jamais.
Dans l'autre , humeur capricieuſe ,
Avec lui peut-on vivre en paix ?
Celui-ci , quoiqu'on puiſſe faire ,
E Garde
$4 MERCURE DE FRANCE
Garde un filence atrabilaire ,
Celui-là rit hors de faifon
Maligne humeur, plus redoutable ,
Pour elle rien n'eſt reſpectable ,
Tout fe reffent de fon poifen ..
Elle attaque dès qu'on l'irrite
Et le Profane & le Sacré ;
De ce médifant hypocrite
Elle meut la langue à fon gré ;
Dans l'accès de fa frenéfie ,
Du fiel dont fon ame eft pétrie
Redoutons la fombre vapeur .
Le Dieu qu'il fert , c'eft fon caprice ,
Il n'aime à cenfurer le vice
Que pour faire outrage au pécheur.
*
Beau Sexe , à qui tout rend hommage
Tyran de notre liberté ,
Pourquoi fouvent aux yeux du Sage
Perds -tu le prix de la beauté ?
Sans un aimable caractére
Le plus bel objet peut- il plaire ?
Il m'offre en vain mille agrémens ;
Dès que l'Humeur
s'en rend maîtreſſe ,
Plus il infpire de tendreffe ,
Plus il doit caufer de tourmens.
Vous,
JANVIER. 1742. 83
Vous , dont le coeur tendre & fincere
Soupire après un fort heureux ,
Oui , l'Humeur jufques dans Cythere
Vous promet des revers fâcheux ;
Envain d'une main bienfaifante
Comblant une ombrageufe Amante ,
Vous vous montrez Amans parfaits.
Dupes des plus beaux Sacrifices ,
Vous ferez par mille injuftices.
Souvent payés de vos bienfaits.
*
Et vous , qui connoiffez les charmes
D'une douce focieté ,
A des noeuds affranchis d'allarmes
Bornez-vous la félicité ?
Un ami que l'Humeur maîtriſe ,
Vous défole , vous tyranniſe ;
Qu'il vous vend cher ſon amitié !
Je vous trouve encor plus à plaindre
Si vous avez l'Amour à craindre
Dans une fâcheufe moitié.
*
Un Grand , d'humeur fiere & volage
Daigne aujourd'hui vous protéger ;
Demain , détruifant fon ouvrage ,
Sa faveur d'objet doit changer.
Eij
La
86 MERCURE DE FRANCE
La Dévote d'humeur quinteufe ,
Toujours chagrine & querelleuſe ,
Gronde jufqu'à fon Directeur ;
Et du Directeur defpotique ,
Chaque jour l'humeur tyrannique
Dément la trompeufe douceur.
*
Voyez-vous ce Sçavant fauvage ,
Aux yeux noirs , au teint bilieux ?
L'humeur férece eft fon partage ;
Fuyez fon commerce odieux ;
Bizare , outré dans la difpute ,
S'il vous fait parler , il ne butte
Qu'à vous contredire en tout point.
Four ce fâcheux tout eft problême ,
Tout le choque , & ſon vrai ſyſtême ,
Sans doute , eft de n'en avoir point.
*
Sçavez-vous quel eſprit anime
Le zele de ce faux Docteur ?
L'Humeur ; par elle il haït le crime
E: par elle il poursuit l'erreur ;
Dans cette Prude fuffifante
Cent fois la bile dominante
P
Pour fon devoir a combattu ;
Telle , que pour exemple on cite ,
Deit
JANVIER 17423 37
Doit au caprice qui l'agite
Plus des trois quarts de fa vertu.
*
Aprochez , Troupe fanatique ,
Rail'eurs malins , graves Cenfeurs ,
Par les traits d'une humeur cauftique
Penfez vous réformer nos moeurs ?
Ah ! ce n'eft point ce qui vous touche
Votre efprit altier & farouche ,
D'un beau zele fe mafque envain ;
Par une étrange tyrannie ,
Votre antipatique manie
En veut à tout le
genre
humain
Toi , dont la fagefle profonde
Reconnoît l'homme à ce portrait ,
Peut-être es- tu le feul au monde
Qui n'y foit peint par aucun trait .
Quel eft le Héros admirable ,
A foi-même toujours femblable ,
Que l'Humeur ne peut obfeder ?
C'eft l'homme à fa raifon fidele ,
Qui , te prenant pour fon Modele ,
Sçait , comme toi , fe commander.
Par M. l'Abbé de Rofay , Grand Archi
diacre de Soiffons , l'un des Académiciens de
Gette Ville.
Eij ME
3F8 MERCURE DE FRANCE
MEMOIRE pour fervir à l'Histoire de
l'Ordre de la Boiffon , par M. MENARD ,
Confeiller au Préfidial de Nîmes , Acadé
micien Honoraire de l'Académie des Scien
ces & des Belles- Lettres de Lyon,
& Aſſe
cié à celle des Belles-Lettres de Marfeille
adreffe à M. le Marquis de GERLANDE.
E Mémoire
CE
que j'ai l'honneur de vous .
adreffer , Monfieur , pourra- t'il me tenir
lieu auprès de vous de marque de dévoûment
& d'amitié ? Si ce n'en eft pas ici une
preuve bien importante , c'en doit être du
moins un léger témoignage. Les Anciens ne
choififfoient pour ces fortes d'Offrandes Litteraires
que des perfonnes illuftres, auxquels
les ils étoient liés par les noeuds d'une tendre
amitié. Ils faifoient plus , car lorfque
leurs Ouvrages étoient rédigés en Dialogues,
ils y prenoient ces Amis honorables pour Interlocuteurs
. C'eſt ainfi que Ciceron , dans
fes Livres Académiques , donna le principak
Perfonnage au célebre Varron , le plus fçavant
des Romains de fon tems . Il nous ✦
aprend même dans fes Lettres à Atticus, que
Varron avoit été fenfible à cette forte d'attention
, & qu'il en avoit fait quelque cas.
Puis -je
JANVIER 1742. 89
Puis -je me flater , Monfieur , que vous
agréerez la mienne & que vous la recevrez
en hommage & comme une affûrance des
fentimens de mon coeur ? Heureux encore fi
mon offrande peut fervir à vous délaffer
quelques momens de ces occupations honorables
& pieufes auxquelles vous vous livrez
fi volontiers & fi fouvent , pour rétablir la
paix & le calme dans les familles , & dont je
fus extrêmement édifié lorfque j'eus le bonheur
d'en être le témoin pendant mon féjour
à Privas ! La lecture des Faits que je raporte
touchant un Ordre qui fit autrefois beaucoup
de bruit , peut vous faire plaifir . Il n'y a rien
que d'agréable & d'amufant. C'eſt le recueil
de tout ce que j'ai pû trouver d'hiftorique fur
ce fujer. Mais comme ces recherches n'ont
rien de fuivi , quelques foins que j'aye pû me
donner à ramaffer de toutes parts ce qui avoit
quelque raport à cette matiere , j'ai pris le
parti de les rédiger en forme de Mémoire.
Je n'ai même employé ce terme qu'au fingulier,
parce que ce qui en fait la matiere n'eft
point affés complet pour mériter le nom de
pluriel. Heureux fi ces commencemens peuvent
produire quelque chofe de plus parfait
& prendre une meilleure forme par de nouveaux
fecours !
Nous n'avons gueres eû , Monfieur , dans
les fiecles qui ont précedé le nôtre, de Societé
E.iiij . plus
90 MERCURE DE FRANCE
plus agréable , plus délicieufe & plus fpirituelle
que celle qui fe forma dans le Bas
Languedoc , vers le commencemet de l'an
1703. fous le titre d'ORDRE DE LA BOISSON.
La plupart de ceux qui entrerent les
premiers dans cet Ordre , étoient gens d'efprit
, un peu voluptueux & paffionnés pour
les plaifirs & les délicateffes de la table.
L'Ordre de la Méduse , établi par M. de
Vibray , à Toulon , de même que celui
de la Grape , par M. de Damas , Sieur de
Gravaifon , à Arles , donnerent lieu à l'établiffement
de celui- ci . Ils étoient également
dans le goût Bachique , & c'étoit à table que
l'on en avoit eû les premieres idées.
·
Ce fut M. de Pofquieres , Gentilhomme
d'Aramon , qui le premier conçut le deffein
de celui de la Boiffon. Après la mort de fa
femme , il avoit quitté Aramon pour fe
tranfplanter à Villeneuve lès - Avignon , avec
fa famille , dans le deffein d'y marier fa fille
unique avec M. de Thiery de Mont -fauve . Se
trouvant un jour dans une partie de plaifir qui
fe faifoit à la Campagne , on paila des deux
Ordres Bachiques qui venoient de fe former
en Provence ; c'étoient ceux de la Méduse
& de la Grape. On critiqua quelques articles
de ces deux établiſſemens, & on paroiffoit
en défirer un qui fût plus parfait , mais
toujours dans le même goût. M. de Pofquieres
JANVIER. 174291
>
res propofa fon idée , elle fut auffi - tôt goûtée
& enfin on inftitua le nouvel Ordre
fous le nom de l'Ordre de la Boiffon. Mais
comme la vûë des Fondateurs étoit d'enchérir
fur les autres , on y ajoûta le titre de l'Etroite
Obfervance. On élut auffi fur le champ un
Grand- Maître, &, à très jufte titre , le choix
tomba unanimement fur M. de Pofquieres
lui -même , qui prit le nom de Frere François
Réjouiffant. On lui donna de l'Excellence .
Vous ne sçauriez croire , Monfieur , les
progrès étonnans que fit çet Ordre ; il devint
fameux en trèspeu
de tems , foit par le
nombre, foit par la qualité & la naiffance dif
tinguée de quantité de Sujets qui fe préfenterent
pour être enrôlés parmi les Freres. IL
fallut alors donner quelque forme à cet Ordre.
On dreffa des Statuts ; on fixa une formule
pour les Lettres de Réception ; on tint
un Catalogue exact des Freres , avec la date
de leur Promotion ; on établit un Garde-..
Sceau, un Sécretaire , un Vifiteur géneral, un
Garçon Major des Caves,& divers autres Officiers.
On établit auffi un Hiftoriographe, & ce
fut M. Mourgier ,Viguier Royal de Villeneu
ve- lès - Avignon , qui fut choifi pour exercer
cette derniere Charge . On peut dire avec vérité
que ce fut à lui principalement que cet .
Ordre fut redevable de tout fon accroiffement.
Il étoit plein d'efprit & avoit un ta-
E v leng
92 MERCURE DE FRANCE
1
lent particulier pour le ftyle comique & jovial.

Les Gazettes de l'Ordre qu'il donna au Pu
blic fous le titre de Nouvelles de l'Ordre de
la Boiffon , lui firent un honneur infini &
étendirent extrêmement la réputation de cette
Societé naiffante . Elles font écrites dans le
ftyle badin , & il y regne un tour fingulier
qui n'a jamais bien pû être imité. Il y a prefque
par tout une allufion & un raport admirables
, avec quantité de traits de l'Hiftoire
de ce tems - là , qui font très - ingénieufement
amenés & adaptés au goût & à l'efprit Bachiques
. On y trouve auffi des defcriptionsde
quelques Feftins qui fe donnoient alors
entre les Freres ; elles font toutes charmantes
, & je doute qu'on puiffe donner aux
chofes un tour plus ingénieux & plus badin.
Permettez -moi de vous raporter ici celle
d'un de ecs Feſtins qui fut donné à Avignon,
telle que l'Hiftoriographe l'inféra dans la Gazette
; vous jugerez
des autres par celle- ci .
» Le onze de ce mois de Novembre , jour
folemnel parmi les Freres de cet Ordre , le
» Grand- Maître , accompagné du Comman-
» deur Virebrequini & de quelques-uns de
»fes principaux Officiers , fut en cette Ville
» faire médianoche , dans l'Hôtel du Frere
Splendide , Vifiteur géneral , illuftre par fes.
» rares qualités , autant que par fa naiffance.
رو
>>
» La
1 93
JANVIER
17428
33
» La Fête fut d'une magnificence finguliere,
» & l'on ne fera pas fâché d'en fçavoir le détail.
» Dès que le Grand - Maître parut devant
» l'Hôtel de Frere Splendide , l'on commen-
» ça à battre aux champs pour lui faire hon-
» neur , fur de petits tonneaux vuides , au
» lieu de Tambours ; mais il demanda que
» l'on battît la fricaffée, & il fut fervi felon fon
goût. Lorfqu'il fut dans l'avant - cour , une
Troupe de Faunes & de Satyres , dont
quelques - un jouoient du Haut- bois , fe mi-
» rent à chanter :
و
"
"
C'eſt le Dieu du Vin qui va paroître ,
Rangeons-nous près de notre Maître.
» Cette Troupe le conduifit dans un fu4
"perbe Salon , où l'on avoit mis le couvert.
» Le Grand - Maître fut frapé en entrant d'un fi
grand éclat de lumieres, qu'il crut d'abord
que l'Hôtel étoit en feu . Cette clarté ve
" noit de douze Girandoles , pofées trois .
» à trois dans les intervalles de quatre grands
Buffets, qui étoient à chaque côté du Salon,
» & de vingt- quatre Dames -Jeannes de crif
tal, fufpendues à la façon des Luftres, pleines :
d'efprit de vin , du goulot defquelles for-
" toient de groffes meches qui brûloient en
guife de Lampes . Le Salon étoit tendu d'un
» velours cramoifi , qui eft la couleur favorite
de fon Excellence . Les quatre Buffets
E vj étoient
33
و د
33
94 MERCURE DE FRANCE
"
étoient garnis d'une quantité furprenante
» de bouteilles de cristal , pleines de vin de
» differens Pays , qui formoient quatre pira-
» mides ; fur la pointe de chacune il y avoit
» un Génie , tenant un Cartouche , où l'on
» lifoit le nom de la Province qui avoit pro-
» duit le vin du Buffet. A l'opofite du Grand-
» Maître étoit placé le Buffet de Champagne ;
» à fa droite celui de Bourgogne , à fa gau-
» che celui de Languedoc, & dans l'autre fond
» le Buffet de Piémont, qui étoit chargé d'un
» nombre infini de bouteilles de Liqueurs de
» Turin. Pendant le Repas , qui fur d'un or-
» dre & d'une propreté dignes du Frere qui
» le donnoit , on but indifferemment de
,
toutes cés fortés de vin ; & l'on fit rouler
» Piémont , Champagne, Bourgogne & Lan-
» guedoc , fans diftinction de rang ni d'an-
» cienneté . Le Repas fut à cinq Services, qui
» faifoient comme les cinq Actes d'une Co-
» médie . Dans les intermedes , on entendoit
» des Concerts de voix & divers Inftrumens,
» dont on étoit enchanté. On ne fut à table
" que quatorze heures , à caufe que le
» Grand Maître fut obligé de s'en retourner
» à Ripaille, celle de fes Maifons où il fe plaît
» le plus & où il fait fon féjour ordinaire,pour
affifter à un grand Repas qu'il devoit don-
» ner ce jour là à quelques Envoyés.Comme
il n'eft pas portatif, il fe fit remorquer fux
»
le
JANVIER 1742. 99
le Rhône , dans un Bateau , où par bon-
» heur il s'endormit d'abord , fans quoi il fe
» roit immanquablement tombé en foibleffe
» par l'antipathie naturelle qu'il a pour les
» voitures d'eau .
&
M. Mourgier n'a donné que quatre de ces
Gazettes ; elles commencent au mois de Novembre
de l'an 1703. & finiffent au mois de
Juin de l'an 170s . Ces ingénieufes Piéces firent
, M. l'admiration & les délices des plus
beaux efprits , lorfqu'elles parurent pour la
premiere fois . Le tems n'y a rien gâté
les a couvertes , pour ainsi dire , d'un nouvel
éclat & d'une nouvelle beauté . On les trouve
aujourd'hui auffi charmantes qu'elles le parurent
d'abord à toutes les perfonnes de goût.
Si j'ofois même me mêler parmi la foûle de
leurs Aprobateurs , je dirois que je les ai
lûes avec un plaifir infini , & que les délicateffes
& les beautés que j'y ai trouvées, m'ont
fait naître la penfée de donner par ce Mémoire
tout l'éclairciffement & tout le jour
poffibles à l'Hiftoire de l'Ordre qui donna
lieu à ces agréables & réjoüiffantes nouvelles.
Cependant les fuccès de cet Etabliffement
fingulier s'étendirent jufques chés nosVoifins.
Il y eut des Eſpagnols , des Allemands , des.
Italiens & des Portugais , tous de marque & de
diftinction , qui s'emprefferent à entrer danscette
Societé, & qui fe glorifioient beaucoup
d'y
96 MERCURE DE FRANCE
d'y avoir été admis . Ce fut alors que l'on
dreffa les Statuts, qui ne font ni moins agréables,
ni moins ingénieux que les Gazettes . C'eſt
encore M. Mourgier qui en eft l'Auteur . Les
voici,
STATUTS
DE L'ORDRE DE LA BOISSON.
Rere François Réjouiſſant ,
Grand-Maître d'un Ordre Bachique ,
Ordre fameux & floriffant ,
' Fondé pour la fanté publique ,
A ceux qui ce préſent Statut
Verront ou entendront ; Salut..
Commme l'on fçait que dans la vier
Chacun , au gré de fes défirs ,
Cherche à fe faire des plaiſirs ,
Selon que fon goût l'y convie ;
Nous, qui voyons que nos beaux jours ,
Et l'heureux tems de la jeuneffe
Fuyent avec tant de vîteffe ,
Que rien n'en arrête le cours ,,
Et voulant que le peu d'années
Qui nous conduisent à la mort ,
Soient tranquilles & fortunées ,
Malgré les caprices du fort ;
De notre certaine fcience
Parmi
1-
#
Iz JANVIER 1742.
Parmi la joye & l'abondance ,
Débarraffés de tout fouci ,
Hors de celui de notre panfe ,.
Nous avons , dans une Séance ,
Dreflé les Statuts que voici.
Dans votre augufte Compagnie-
Vous ne recevrez que des gens
Tous bien bûvans & bien mangeans
Et qui menent joyeuſe vie .
Mêlez toujours dans vos Repas
Les bons mots & les Chanfonnettes ;
Bûvez rafade aux Amourettes ,
Mais pourtant ne vous griſez pas .
Que fi , par malheur , quelque Frere
Venoit à perdre la raiſon ,
Prenant pitié de fa mifere ,
Remenez- le dans fa maiſon.
Pour boire du jus de la Treille
Servez -vous d'un verre bien net ;
Mais n'embouchez pas la bouteille
Car je fçais quel en eft l'effet .
Je veux que déformais à Table
Chacun boive à fa volonté ;
Les
MERCURE DE FRANCE
Les plaifirs n'ont rien d'agréable ,
Qu'autant qu'on a de liberté .
Ne faites jamais violence
A ceux qui refuſent du vin ;
S'ils n'aiment pas ce Jus divin ,
Ils en font bien la pénitence.
Dans mes Hôtels , fi d'avanture
Un Frere falit fes difcours
Par la moindre petite ordure ,
Je l'en bannis pour quinze jours.
Que fi ces peines redoublées ,
Sur lui ne font aucun effet ,
Je veux que fon Procès foit fait
Toutes les Tables affemblées.
Gardez vous fur tout de médire
Et lorsque vous ferez en train
De vous divertir & de rire ,
Ménag.z toujours le Prochain .
Enfi quand vous ferez des nôtres ,
Dans vos befoins fecourez-vous ;
Le plaifir de tous , le plus doux ,
C'eft de faire celui des autres.
On impofoit aux Freres , lors de leur réception
,,
JANVIER. 17420
و و
ception , des noms admirables , qui avoient
toujours quelque raport & une heureuſe
conformité avec leur caractére , ou avec leur
goût particulier, en fait de mets & de ragoûts
. Tels étoient ceux de Frere Jean des
Vignes , Fr. Splendide , Fr. Roger bon tems ,
Fr. Emetique Athanor, Fr. Temponi , Fr. Bacquet
. Fr. le Goinfre, Fr. Mortadelle Fr. Tem
plier , Fr Godiveau , Fr. la Buvette , Fr. de
Flaconville , Fr. de Vignecourt , Fr. Magnifique,
Fr. du Cabaret , Fr. Galant , Fr.
Boit - fans- can Fr. l'Alteré , Fr. Séduifant
, Fr. Boit fans ceffe , & c. Les noms
des Etrangers étoient au fi plaifans que ceux
des Freres de France.Dom Barriques - Caraffa
de fuentes vinofas , Efpagnol. Le Marquis
Vino- viski , Polonois. Le Comte de Bergue
St Vinox , Flamand . Le Chevalier Embriacotti
de la Cafa - Monte- Fiafconi, Florentin.
Dom Panfa d'Avalos- de- las - gourmandillas ,
Portugais.
,
Il n'y avoit pas jufqu'à l'Imprimeur de l'Ordre
qui n'eût un nom & une Enfeigne vrai
ment Bachiques, il s'apelloit Fr. Muſeau Cramoify,
au Papier Raifin.Cet Imprimeur annonçoit
quelquefois au Public dans les Gazettes ,
des Livres finguliers qui fe diftribuoient chés
lui ,& dont le titre , qui en fait le plus bel éloge,
répondoit parfaitement à l'efprit de l'Ordre.
C'étoient par exemple : Introduction à la Cui
fine
* }
30.231
100 MERCURE DE FRANCE
fine, par Fr.le Porc, avec les figures . Remar
ques fur les Langues mortes , comme Langues
de boeuf,de cochon & autres , par un Frere de
la Societé. Recueil de diverfes Piéces defour ,
par Fr. Godiveau. La Vie de Madame Guerbois
, par Fr. Jean Broche . Maniere facile de
rendre l'or potable & l'argent auffi , par le Fr.
la Buvette. L'Art de bien boucher les bouteilles
, impreffion de Liege. L'Itineraire des Cabarets
, Oeuvres pofthumes de Fr. Tavernier.
Maniere nouvelle de dreſſer une batterie de cuifine,
par un Ingénieur de l'Ordre de la Boiffon.
Traité de l' Anatomie du Gibier , par Fr. de
Couteaux. L'Art de bien vivre, par Fr. Bou
te-tout cuire. Traité des Offices & de la Sommelerie
, par Fr. Bacquet. Effais de Cuiſine ;
par Fr. le Goinfre. De Arte bibendi, Auctore
Fr. Templier. La plûpart de ces noms &
de ces Titres étoient de l'invention de M.
Mourgier ; il avoit un talent merveilleux
pour cela.
Les Lettres de reception des Freres étoient
auffi de fa façon : En voici la formule .
Vive Bacchus & fes Enfans.
Frere François Réjouiffant ,
Grand- Maître d'un Ordre Bachique ,.
Ordre fans ceſſe renaiſſant
Par une vertu prolifique ,
nos amés Freres en vin ,
Longues
JANVIER . YOU 1742 .
Longues années fans chagrin :
Nous vous mandons par ces préfentes.
Que vous ayez à recevoir
Le Frere qui vous fera voir
Son nom au bas de ces Patentes.
Voulons que le faſſiez joüir
De tous nos droits. & privileges ,
Et qu'il puiffe dans tous nos Siéges.
Boire , manger , fe réjouir
Avec les Gens tenant nos Tables D
Aux dépens des plus honorables ;.
Entendant que de fon côté
Il en ufe ai fi que les autres ,
Et qu'il frippe en fraternité
Ses revenus avec les vôtres ;
Car telle eft notre volonté.
Donné gratis , vaille que
vaille ,
Dans notre Bareau de futaille
L'an •
,
Au bas des Lettres , le Grand - Maître fignoit
de cette maniere : Fr. François Réjouif
fant , Grand-Maître & Fondateur de l'Ordre
de la Boiffon de l'étroite Obfervance : au deffous
il y avoit parfon Excellence , & enſuite
la fignature du Sécretaire de l'Ordre , apellé
Fr. Alteré à la marge étoit la date du
Scellé fignée par le Garde - Sceau , apellé
:
Er:
so MERCURE DE FRANCE
Fr. boit fans eau ; & au deffous , le Cachet
en cire rouge , où étoient empreintes les
armes de l'Ordre. C'étoient deux mains dont
l'une verfoit du vin d'une bouteille , &
l'autre le recevoit dans un verre , avec ces
mots pour Devife , donec totum impleat ; l'Ecuffon
étoit entouré de Pampres.
Cependant cette Devile , quelqu'heureufement
imaginée qu'elle foit , ne laiffa pas
de trouver des Cenfeurs. On en regarda
l'ame comme ufurpée & copiée fur celle
de l'Empire Ottoman , qui accompagne des
mêmes mots le Croiffant dont il forme fes
Armoiries , & qui marque que tous les bons
Mufulmans doivent combattre jufqu'à ce
qu'ils ayent foumis tout l'Univers à leur
domination. Cette cenfure ne fut pas fans
réponſe , & auffi - tôt il parût dans les Gazettes
de l'Ordre un article exprès qui la
réfute de la maniere la plus ingénieuſe . Voici
ce qu'on y difoit.
De Toulon le 19. Novembre 1703 .
» On vient d'aprendre par un Vaiffea
arrivé des Dardanelles que le Grand Sei-
» gneur doit envoyer en France un Chiaoux
» pour reclamer l'ame de fa Devife qu'il prétend
que les Freres de certain Ordre
nouveau lui ont enlevée . Sur cette nou-
» velle , le Grand- Maître de cet Ordre doit
affemJANVIER.
1742. 101
ע
>>
"
> aſſembler un Chapitre Général , pour déli-
» bérer fur la réponſe que l'on doit faire
» à cet Envoyé , qui court rifque d'être
» paffé par les broches , s'il eft affés mal avifé
» pour fortir du refpe &t dans l'Audience
» qu'il aura de fon Excellence. Cependant
» le Grand-Maître toûjours attentif à défen-
» dre l'honneur & la réputation de fes Freres ,
» ayant fçû qu'on les accufoit d'avoir vole
» l'ame de leur Devife , veut bien rendre
compte au Public des raifons qu'on a euës
» de fe l'aproprier , & il a ordonné à un de
» fes Hérauts de publier à fon de verre la
déclaration fuivante.
"
DE PAR LE GRAND-MAÎTRE.
Si quelque Efprit bourru s'avife
De dire que notre Deviſe
N'a pas l'air de la nouveauté ,
J
Que d'ailleurs elle cft mal acquife ,
Il impofe à la vérité .
Car le verre à la main nos Freres Pont conquiſe
ir l'ennemi du vin & de la Chrétienté ;
Et Nous de notre autorité,
Suivant les Loix de l'équité ,
La déclarons de bonne priſe.
La réception des Freres fe terminoit toûtrs
par un feftin que le Candidat donnoit
tous les Chevaliers qui s'y trouvoient. Là
Од
104 MERCURE DE FRANCE
on n'oublioit pas de faire ufage d'un certain
verre de cérémonie que l'on avoit établi
exprès pour les Fêtes de l'Ordre , & qui étoit
d'un diamétre prodigieux.
ce >
Dès que l'Ordre fe fût accrû , on en divifa
l'étenduë par cercles , divifion d'autant plus
ingénieufe , qu'en fe conformant à l'ufage
pratiqué dans tous les Ordres de Chevalerie
qui divifent ainfi l'étendue de leur Domaine
, on faifoit une agréable allufion aux tonneaux
fi néceffaires à la boiffon. On forma
donc dix Cercles qui furent Champagne ,
Bourgogne , Languedoc , Guienne , Proven-
P'Efpagne , l'Italie , l'Archipel , le
Nekre & le Rhin , tous Cantons qui produifent
des vins excellens. Si nous en
croyons , M. la Gazette de l'Ordre qui
annonça cette heureufe divifion , chaque
Cercle étoit tenu d'envoyer tous les ans
au Grand - Maître fon contingent en vin,
» Le Cercle de Champagne, dit agréable-
" ment l'Ingénieux Auteur de ce Journal ,
» fournit du vin de Rheims , d'Ay, d'Avenay
» & de Sillery. Celui de Bourgogne , du vin
» de Tonnerre , de Beaune , de Chablis &
» de Mulfau . Celui de Languedoc , du vin
de Frontignan , de Coindrieux , & même
» de l'Hermitage & de Côte - Rotie . Celui de
» Guienne , du vin de Grave . Celui de Provence
, du vin de Caffis , de la Cioutad ,
» de
JANVIER 17427 10S
de Saint Laurent & Vignes adjacentes . Ce-
» lui d'Efpagne , du vin d'Alicante & de
» Malaga. Celui d'Italie , du vin de Mon-
» talcino , d'Orviette , de Montefiafcone
de Caftel- Sangiouvani dans le Plaiſantin
» & du Lacryma- Chrifti du Mont- Véfuve .
>> Celui de l'Archipel , du vin de Chio , de
» Metelin , de Guidos , de Naxos & d'au-
>> tres Ifles où les Chrétiens ont la liberté
» d'en faire . Celui du Nekre , du vin d'Heydelberg
, & le Cercle du Rhin , du vin de
» Bacchara , cette Ville célebre par le Tem-
» ple du Dieu Bachus que l'on y voyoit an-
» ciennement , d'où elle a retenu le nom de
» Bacchiare.
Outre cela , il y avoit des Comman
deries , dont le nom portoit également le
caractére de l'Ordre , c'étoient les Commanderies
de Saint-Jean Pied de Porc , de Sou
flencour , de Vignerac , des Souches.
Si des Freres de l'Ordre fe trouvoient
quelque -, part enfemble , lorfqu'il venoit
d'heureufes nouvelles de l'Armée ( c'étoit
pendant la guerre que la France avoit avec
les Alliés , foit par la prife de quelque
Ville , foit par le gain de quelque Bataille ,
ils fe raffembloient & célébroient dans des
eftins l'évenement qui donnoit lieu à la
Joye publique. C'étoit une Loi particuliere
que la plupart des Officiers aggrégés à cer
Ordre' ,
06 MERCURE DE FRANCE
Ordre , s'étoient impofée. De fon côté le
Grand- Maître ne manquoit jamais de célébrer
ces Victoires dans la Maiſon de Camoù
il faifoit fa demeure ; il y conpagne
,
voquoit le plus de Freres qu'il lui étoit
poffible. La veille de ces jours de Réjouiffan-
"
il faifoit arborer fur fon Balcon , une
Dame Jeanne d'une groffeur énorme , en
forme d'étendart , que les Gazettes de l'Ordre
apellent le pronoftic infaillible d'un grand
abbatis de bouteilles.
Dans tous ces Feftins de Confraternité
les Buffets étoient toûjours chargés des
vins les plus recherchés ; & c'étoit entre tous
des Freres à qui donneroit fon contingent le
plus exquis. L'émulation y étoit infinie fur
cet article . Je ne parlerai point ici des hauts
faits de Table de quelques- uns des Chevaliers
, il me faudroit des bornes plus
étenduës que celles d'un fimple Mémoire.
Je m'arrête à un feul trait bien fingulier ,
& bien capable de faire voir l'excès de
gloire que fçavoient s'acquérir en ce genre
les Freres , bons Serviteurs de l'Ordre . M.
de Nobilé , un des Baillifs , & très digne
de cette Charge par l'étendue de fes forces
bachiques , fe trouvant un jour invité
à un Repas que donnoit un des Freres ,
( c'étoit M. de Capellis , ) & s'ennuyant
d'attendre les autres Convives , pafla dans
JANVIER. 1742. 107
*
la Sale à manger ; & prit pour s'amufer &
peloter , pour ainfi dire , en attendant Partie ,'
un pain du poids d'une livre , bûr quelques
coups , & avala , en un inftant fix bouteilles
de vin de Bourgogne , qui étoient fur le
Buffet , à côté de fix autres de vin de Champagne
. Les Conviés s'étant enfin raſſemblés
, ils fe mettoient à table , lorſque
M. de Capellis jettant les yeux fur le
Buffet , aperçût fix bouteilles vuides : auffi
tôt il apella un de fes Gens , & le gronda de
ce qu'il fervoit avec fi peu d'attention ;
celui ci s'excufa , & affûra qu'il avoit mis
les fix bouteilles pleines. On ne comprenoit
rien à ce mystére , mais le Frere Bûveur
le dévoila , & dit à M. de Capellis , Ne
te fâche point , j'ai bû un coup en attendant
le repas. On peut croire que dès lors la
réputation de cet affamé Bûveur s'accrut
extraordinairement dans les Etats Bachiques ,
& on l'y regarda déformais comme une des
plus fermes colomnes de l'Ordre .
Comme il régne une extrême affinité entre
le Dieu du vin & le Dieu des chansons ;
il ne fe faifoit point de repas parmi les
Frères , où l'on n'en vit paroître quelqu'une.
Ils fçavoient affaifonner de ces charmes
particuliers les plaifirs qu'ils goûtoient à
table. Mais ce qui en faifoit le vrai mérite
c'eſt que ces Chanfons étoient remplies d'ef
F prie
10S, MERCURE DE FRANCE
prit , car la plupart des Freres en avoient
infiniment. J'aimerois , M. à les pouvoir
ramaffer , & affûrément les Perfonnes de
goût en feroient charmées. En voici une
qui fut extrêmement aplaudie , & que M.
Flechier , l'un des plus Illuftres Prélats dont
l'Eglife de Nîmes puiffe fe glorifier , ne
pouvoit fe laffer d'admirer.
Quand Iris prend plaifir à boire ,
Bacchus croit que c'eft pour fa gloire :
Mais l'Amour en a tout l'honneur :
Car en bûvant , le Vin la rend fi belle ,
Que le plus altéré Bûveur
S'enyvre moins de fa liqueur
Que de l'Amour qu'il prend pour elle.
Les Gazettes de l'Ordre ayant ceffé ,
comme je l'ai dit , en 1705. il y eût un
relâchement confidérable dans cette Société :
cependant en 1716. elle fe releva un peu
de fa décadence , & reprit quelque vigueur ;
ce fût à l'occafion des Nôces de la fille
du Grand- Maître , qu'il avoit d'abord deſtinée
à M. de Montfauve , mais qu'il maria
le 14. Juin de cette année - là à M. de
Stival du Saint Efprit ; il fe fit alors une
promotion de quantité de Freres , pris dans
les Villes du Saint Efprit , d'Ufez , d'Alais
& en divers autres endroits. M. le Duc
d'Ufez
>
JANVIER. 1742. 109
d'Ufez fut du nombre ; il garda chez lui
pendant plus d'un mois , dans des Feftins
continuels le Grand - Maître & fon Gendre.
Depuis ce tems - là , l'Ordre eft allé en
dépériffant chaque jour , furtout depuis la
mort de M. de Pofquieres . C'eft dommage
toutefois qu'il ne fe foit pas trouvé des
Freres affés zélés pour travailler à rétablir
cette agréable Société dans fa premiere fplendeur.
Les foins que fe donna à ce fujet ,
il y a quelques années , M. de Laurieres-
Colonges , Confeiller au Parlement de Touloufe
, faifoient efpérer la renaiffance de
l'Ordre . Après avoir été reçû fous le nom
de Frere la Foye , il avoit eû du Grand-
Maître un Privilége exprès , pour recevoir
quelques Poftulans , defquels on lui avoit
même envoyé les Lettres de Réception :
outre cela , depuis la mort de M. Pofquieres
, fur la demande qu'il en fit à fes
héritiers , on lui envoya le Cachet de l'Ordre.
Il avoit déja conduit les chofes à un point
de rétabliffement , jufques -là qu'il fit élire
un Grand - Maître , & procéder à une promotion
de quelques Chevaliers. Mais tout
cela n'a point eu de fuites. Ce zéle n'a pas
été de durée , & n'a produit que quelques
légeres étincelles , qu'on a vû difparoître,,'
prefqu'au même inftant où elles commençoient
à briller , & qui n'ont jetté qu'une
fo.ble lueur. Fij Nous
iro MERCURE DE FRANCE
Nous fçavons de plus , qu'il parut au
mois de Janvier de l'an 1734. une continua
tion des nouvelles de l'Ordre , qui fembloit
promettre un folide rétabliffement de
cette Société , mais qui n'a pas eû un
meilleur fuccès . Comme la guerre des Alliés
avoit peut - être fait naître à M. Mourgier
l'idée de ces fortes de Gazettes , la
guerre d'Italie donna lieu auffi à quelque
Frere amateur de fon état de reprendre ce
travail & fur ce modele , on en vit paroître
quelques feuilles qui roulent comme
les anciennes fur les Nouvelles du tems
& les raportent auffi au goût & à l'efprit
de l'Ordre ; mais il faut avouer qu'elles
font bien inférieures aux premieres ; il n'eft
pas donné à toute forte de Perfonnes de traiter
ces Matieres avec autant d'eſprit , de délicate
ffe & d'enjouement que le faifoit M,
Mourgier.
Comme de tous les Freres de l'Ordre
de la Boiffon , il n'en eft point qui ayent fi
bien contribué à fon établiffement & à fes
progrés que le Grand -Maître & l'Hiftoriographe
, il manqueroit , M. un Article effentiel
à ce Mémoire , fi je ne difois quelque
chofe de leur vie & de leur caratére
, je commence par le Grand - Maître .
La Maifon de Pofquieres d'où il étoit
forti , eft une des plus anciennes de Languedoc,
JANVIER. 1742 FF
guedoc . Elle y faifoit déja une figure confidérable
vers le milieu du onzième Siècle.
C'étoit Raymond Decan , Seigneur d'Ufez
& de Pofquieres qui en étoit alors le Chef,
& qui eût plufieurs fils , dont quatre furent
honorés de l'Epifcopat dans cette Province.
Un fils cadet de Louis de Pofquieres
qui defcendoit de ce même Raymond Decan
, apellée Elzear , fe maria vers l'an 1449,
avec la fille unique de Marouan , Confeigneur
de Saint Marcel d'Ardeche , & de
Marguerite de la Beaume , Confeigneureffe
d'Aramon Ce fût à l'occafion de ce Mariage
, qu'Elzear alla à Aramon . De cet Elzear
, François de Pofquieres dont nous
parlons , étoit le huitiéme Defcendant en
Ligne directe , de mâle en mâle .
Il nâquit à Aramon le 11. Novembre
de l'an 1660. Dès l'âge de treize ans il
fut envoyé au Service . Il y demeura juf
qu'en 1693. Alors fon frere étant venu à
mourir , il quitta le Service , quoique déja
fort avancé dans le Régiment de Pleffis-
Bellievre , Infanterie , où il étoit Capitaine,
& vint recueillir l'héritage de fes Peres . Peu
de tems après , il fe maria avec Mlle de
Miffol de Nîmes ; mais il ne demeura
que fept ans & quelques mois avec elle ;
la mort la lui enleva. Il n'en eût qu'une
fille qu'll maria , comme nous avons dit
avec M. de Stival.
E
iij
IL
12 MERCURE DE FRANCE
,
Il mena une vie très - douce & fort tranquille
, confervant une indifference entiere
pour tout ce qui entraîne trop de foin. Il
aima uniquement les plaifirs de l'amour &
ceux de la table , mais d'une maniere honnête
, fine & délicate ; il y recherchoit
bien plus la fatisfaction de l'efprit que celle
du corps & des fens ; c'étoit un agréable
débauché qui paffoit fes jours dans une
aimable oifiveté dans les converſations
d'efprit , & dans les charmes de la table.
En un mot , c'étoit un homme du beau
Monde , & un galant Homme.
>
Les Gazettes de l'Ordre font un portrait
fidéle de lui en divers articles qui contien
nent les Nouvelles du Château du Grand-
Maître , c'est à dire cette Maifon de Campa
gne qu'il apelloit Ripaille : en voici quelques
morceaux qui ferviront à faire connoître
toute la beauté de fa joviale humeur.
» Les Députés des Villes qui étoient ve-
» nus pour complimenter le Grand- Maître
fur fon joyeux avénement , font prefque
tous partis , après avoir eû leur repas de
»
Congé : & dans leur route , ils ont die
» tant de bien de lui , que l'on voit arriver
>> ici un nombre infini de Gens qui accou-
>> rent de toutes part pour voir un Homme
fi rare au Siécle'où nous fommes ; qui toû
» jours content & tranquille , malgré les
» orages
JANVIER 1742. 113
.
ils
orages dont la vie eft agitée , a fçu trou
» ver le fecret de conferver une égalité d'ame
» qui ne fe dément point ; de qui tous les
» difcours ne tendent qu'à infpirer la joye &
le repos , & qui dit fans ceffe , Que fi
» les hommes connoiffoient leur intérêt
» changeroient l'aplication qu'ils ont à fe dê-
» truire , en celle de goûter en paix les dou-
" ceurs de la Société & les charmes de la
table. En effet , il eft fi aifé à vivre , qu'il
» s'accommode fans peine aux humeurs de
» tout le monde , hors de ceux qui fe refu-
» fent tous les plaifirs pour avoir celui de
mourir riches , & qui paffent leur vie dans
» une perpétuelle inanition pour engraiffer
des Héritiers qui leur font inconnus. II
» dit enfin , Que puifque ce Monde n'eft qu'un
»paffage , il veut vivre au jour la journée ,
• & que pour une Campagne fi courte , ce
» n'eft pas la peine de faire des Magafins.
» Voilà les Maximes du Grand -Maître qu'il
affaifonne quelquefois de chofes fi agréa
bles , que ceux qui l'écoutent , de même
» que ceux qui mangent à fa table , con-
» viennent que c'eft un génie fupérieur pour
»les affaifonnemens.
En une autre Gazette , M. Mourgier après
avoir fait la defcription de quelques préfens
de vins étrangers qui avoient été faits au
Grand -Maître , & d'un plantureux repas
F iiij qu'il
114 MERCURE DE FRANCE
qu'il avoit donné à deux Envoyés , l'un des
Fr. de Caftille , & l'autre des Fr. de Varsovie,
qui les lui avoient portés : Il ajoûte que dans
ce repas , fon Excellence ayant demandé
fon Verre de Cérémonie , égal en Diametre
à la forme de fon chapeau , » il avoit bû
» à la fanté des Nations qui lui avoient envoyé
du vin , & qu'enfuite il s'étoit en-
-» dormi fi promptement dans fon fauteuil ;
que ces Etrangers ne pouvoient affés ad-
» mirer un fi heureux naturel , & prenoient
» un fingulier plaifir à le contempler. Car ,
» continue-t'il , il dort fi gracieuſement.
» que fa figure infpire la joye , dans le tems
» même qu'il répofe. Enfuite il dit que ces
ود
Envoyés prenant congé de lui , le prierent
» de vouloir leur dire par quel fecret il
»étoit parvenu à cette heureufe indolence
qui le mettoit au deffus des évenemens ,
»& qui l'affranchiffoit des dégoûts de la vie.
» & qu'il leur répondit auffi tôt , Mes Fre-
» res , le plus grand de mes foins eft de n'en
voici en peu de mots comme 32 avoir aucип
vje m'y prends.
Je donne à l'oubli le Paffé ,
Le Préfent à l'indifférence :
Et pour vivre débarraffé ,
L'Avenir à la Providence .
M. Mourgier faifant encore la defcription
dans
JANVIER. 1742. IS
dans une autre Gazette de quelque Feftin qui
s'étoit donné au Château du Grand- Maître ,
à l'occafion du Chapitre de l'Ordre tenu
pour célébrer la Bataille d'Almanfa , gagnée
en Eſpagne par le Duc de Berwik , les
avantages que le Chevalier de Forbin avoit
remportés fur les Anglois , & la prife des
Lignes de Stolhoffen par le Maréchal de
Villars , il ajoûre : » Le Grand- Maître a
» fait la clôture de l'Affemblée avec autant
de fang froid que s'il avoit été à jeun :
il a conjuré les Freres de fe voir fouvent
» le verre à la main , leur difant qu'il y
» a un charme attaché à la Bouteille , qui eft
» le vrai ciment de l'amitié fraternelle . I
» les à exhortés à fe tranquillifer en atten
dant que la Paix ramenât le bon tems ,
» & multipliât les Cabarets , après quoi ill
" les a congediés avec ce Quatrain .
»
22
Dans ce Siècle de bronze où tout le monde triche ,
S'il n'eft pas permis d'être riche "
Ni d'avoir de l'argent comptant ,.
Il doit être du moins permis d'être content..
La Nature voulant , ce femble , manifefte
& annoncer le goût du vin & des plaifirs
qu'elle avoit donné à M. de Pofquieres , en
naiffant , lui avoit imprimé au front une grape
de raifin de couleur rouge , très-biem
Fy mar
116 MERCURE DE FRANCE
marquée ; elle paroiffoit à plein. Vous pou
vez croire , M. qu'il fçavoit fort bien s'en
glorifier. Le jour de fa naiffance étoit auffi
très- remarquable ; c'étoit celui de Saint Martin
, çelébré d'ordinaire par des repas qui fe
donnent à cette occafion dans prefque toutes
les Parties de la France , ce qui étoit pour
lui d'un très - bon augure , puifqu'il étoit deftiné
à remplir la premiere place parmi les
Côteaux , & les Gourmets de fon Siecle.
Tel étoit cet aimable voluptueux qui fit les
délices de toutes les Societés où il fe trouva,
Cependant l'idée que j'ai donnée de fon caractere,
eft moins propre à le faire connoître
que fon portrait qu'il fit lui-même en 1709 .
j'ai cru devoir l'inferer ici : tout ce qui nous
refte des perfonnes remarquables , mérito
d'être confervé.
Figurez - vous ce Dieu qui préfide au Buffet';
Sa belle humeur , ſa foif , ſa face rubiconde ;
Reveré des Mortels , fur la Terre & fur l'Onde
On diroit à me voir que je fuis fon portrait.
Sans être trop friand , j'aime les bons repas ;
J'en donne volontiers , comme j'aime d'en prendre?
Et quoiqu'on ait voulu là deffus me reprendre ,
Je ris de mes Cenfeurs & j'en fais peu de cas .
A l'âge de treize ans j'allai fervir le Roy ,
JANVIER. 1742 117
A trente-trois, je fus le Chef de ma Famille :
Me flatant de mener une vie tranquille ,
Je préferai l'Hymen à mon petit emploi.
J'ai refté marié pendant fept ans , trois mois,
Et de feuë ma moitié , je n'ai eû qu'une fille , i
Que je prétends, d'abord qu'elle fera nubile ,
Donner à quelque Amant dont elle fera choix.
Je ne fuis pas fi fot d'y donner tout mon bien.
Un homme de bon fens ne doit jamais dépendre
D'aucun de ſes enfans , encore moins d'un gendre ,
Qui fe mocque de nous , lorſqu'il n'attend plus
rien.
Mon efprit eft de ceux qu'on recherche par-tout
Et fans être fçavant , j'aime un beau trait d'Hif
toire.
Je fus , comme j'ai dit , Partiſan de la gloire ;
Et je me fuis mêlé toujours un peu de tout .
J'ai une grape au front de la couleur du vin.
Bacchus me deftinant pour être un jour Grand-
Maître ,
M'apliqua cette marque avant même de naître ,
J'aurai cinquante ans faits le jour de Saint Martin.
Je fuis noir , ramaffé fans être trop petit.
On veut que les bons mots , chés moi coulent de
fource.
I j Je
118 MERCURE DE FRANCE
Je fuis dans un repas d'une grande reffource ;
Je réponds à propos fur ce que l'on me dit..
La table a toujous eû pour moi de grands attraits ¿
La joye a de tous tems fait tout mon exercice ;
Si quelqu'un vient à moi pour lui rendre fervice ,
Je fens en l'obligeant des plaifirs très - parfaits ..
J'attends mon dernier jour , dans cet heureux
étar
,
Que je compte à coup fûr être digne d'envie ;
Combien de gens voudroient paſſer ainfi la vie
Remontant du Berger, jufques au Potentat ! .
Après avoir coulé d'heureux jours dans
ne agréable & honnête volupté , M. de
Pofquieres mourut à Aramon le 7. Septembre
de l'an 1735. infiniment regretté de
toutes les perfonnes qui l'avoient connu.
Il me refte , M. à vous parler de l'Hiftoriagraphe
de l'Ordre . Voici ce que nous en
cavons de plus particulier & de plus important.
François Mourgier nâquit à Villeneuvelès
Avignon , vers l'an 1660. je n'ai pû ſçavoir
le jour précis de fa naiffance , parce que
les Regitres de fa Paroiffe pour ce tems- là
ont été égarés ; fon pere s'apelloit Henry &
fa mere Jeanne Cabaffolle . Il fit fes premieres
Etudes à Avignon & fes Exercices.
Acadé
JANVIER 1742
à
Académiques à Paris. On le deftinoit pour les
Armes ; en 1684. il entra dans la premiers
Compagnie des Moufquetaires & il eût l'honneur
d'y être reçû par le Roy lui même ,
qui M. de Maupertuis , Commandant de cette
Compagnie , le préfenta , ce fut à Valen
ciennes le 19. Mai de cette année - là.
Il ne fervit que cinq ans dans les Moufques
taires. Comme il avoit de l'efprit & du fçavoir
, M. le Marquis de Segnelai, Miniſtre &
Secrétaire d'Etat , le choifit pour Gouver
neur du Marquis de Lonré , fon fils. Il entra
dans fa Maifon le 4. Octobre de l'an
1689. ce jour- là-même , la Princeffe de Con
ti Douairiere lui donna de fa propre main
une Epée d'or de quatre - vingt louis.
Il paffa deux ans auprès du Marquis de
Lonre ; ce peu de tems produifit des fruits.
infinis dans ce jeune Eleve. On admiroit déja
la fageffe & la prudence , & furtout l'extrême
politeffe que le Gouverneur lui infpitoit
toute la Maiſon de Segnelai en étoit
enchantée ; on y eût fouhaité que fes foins
euffent pû durer davantage mais M. Mourgier
avoit des affaires à regler en Province ; il
ne put fe difpenfer d'y aller. Ce ne fut qu'avec
beaucoup de peine qu'on le laiffa partir &
après avoir employé pour le retenir les prieres
des Ducs de Chevreufe & de Beauvilliers,
beaux-freres de M. de Segnelai.
Cepen
20 MERCURE DE FRANCE
M
Cependant les affaires qui l'avoient attire
en Province ne lui permirent plus de retourner
à Paris , de forte qu'au lieu d'un médiocre
féjour qu'il s'étoit propofé de faire à Villeneuve
, il fut contraint d'y fixer fa réſidence
. Alors il fe fit pourvoir de la Charge de
Viguier Royal qu'il exerça juſqu'à ſa mort. ›
L'Erudition de M. Mourgier étoit trèsprofonde,
& fon génie , fupérieur pour les Belles-
Lettres . Il poffedoit parfaitement les Poëtes
Latins , dont il citoit à propos les plus
beaux endroits . Il étoit verfe dans la connoiffance
de l'Ecriture Sainte , & les paffages
lui en étoient très familiers. Il étoit né
Poëte , & s'il eût voulu s'apliquer à cultiver
le talent qu'il avoit pour la Poëfie , il auroit
affûrement donné des piéces achevées .
Celles que nous avons de lui, parfemées dans
fes Gazettes , font une preuve de ce que je
dis ; mais , détourné par d'autres foins , il n'en
faifoit que par délaffement. Il avoit un goût
& un talent merveilleux pour le Deffein ; il
excelloit en mignature : quelques Ouvrages
qu'il fit en ce genre de Peinture , lorf
qu'il étoit à la Cour , lui attirerent les louanges
de tous les connoiffeurs.
Depuis fa rerraite en Province , il goûta
dans les occupations particulieres de ſon cabinet
, toutes les douceurs d'une vie privée.
Il n'a pourtant paru de fa plume que les Gazettes
JANVIER . 1742 127
zettes dont nous avons parlé , mais qui ont
fuffi pour étendre fa réputation & fon nom.
Aimable dans le commerce de la vie civile
; il fut recherché & à la Cour & dans fa
Patrie de tout ce qu'il y avoit de plus diftingué
; fur le moindre fujet , il faifoit briller fon
efprit, & il tiroit avantage de tout pour rendre
une converſation enjouée ; les plaifirs de la
table faifoient une partie de fes amuſemens ;
plein de repugnance pour le mariage , il ne
voulut jamais s'y engager , & demeura libre,
jufqu'à fa mort. Sa maniere de vivre fut aifée,
& agréable , mais jamais opofée à la regle &,
à la rigidité des moeurs ; il n'avoit de goût
que pour les plaifirs délicats & licites.
Il avoit beaucoup de Religion , il étoit
Chrétien folide , rempli de charité , le véritable
pere des Pauvres. Sa patience & fa
fermeté ont éclaté , furtout dans les cinq
dernieres années de fa vie. Il eut pendant ce
urt efpace de tems dix-huit attaques d'a-,
popléxie & enfin après avoir cruellement
fouffert , mais avec une conftance admirable
, dans un dix - neuviéme & dernier accident
, il mourut le 17. Juin de l'an.
1723 .
Voilà , M. tous les éclairciffemens que j'ai
pû découvrir fur l'établiffement & les progrès
de l'Ordre de la Boiffon , & fur la vie de
ceux qui en furent les principaux Auteurs. Il
feroit
122 MERCURE DE FRANCE
feroit à fouhaiter que vous cuffiez été autre
fois aggregé à cette agréable Societé , aujourd'hui
prefque éteinte . Peut- être vous donneriez
-vous maintenant quelques mouvemens
pour fa renaiffance & fon accroiffement.
Il eft certain , du moins , que tout fe trouveroit
chés vous dans la plus favorable & la
plus heureufe fituation que l'on puiffe défirer
pour le fuccès de ce charmant Ouvrage..
Une table délicate , une compagnie choifie ,
une politeffe & une affabilité admirables ,
une liberté entiere ; tout cela joint à beaucoup
d'efprit & d'enjouëment , forme autant
d'heureux fecours & d'utiles moyens propres.
à rendre votre Château le Temple & le Sanctuaire
des Freres..
Cependant , M. la race n'en eft pas perdue
,& il en refte encore affés pour la per
petuer. Je voudrois bien que ceci vous fit
naître l'envie de chercher à vous initier dans
ces joyeux myftéres ; je ferois le premier à
m'en réjouir , foit comme Hiftorien & Annaliſte
de l'Ordre , qui doit , ce femble ,
prendre déformais quelque interêt à fon rétabliffement
, foit comme zélé pour tous ce
qui peut contribuer à votre fanté , ce que
les plaifirs & l'enjouement ne manquent jamais
de faire ; perfonne au monde n'étant
avec un plus parfait attachement & plus de
refpect que je fuis , M. &c.
A Nimes le 22. Janvier 1742 ,
JANVIER 1742 123
Aitat:
A M. d'Argenfon , Chancelier de M.
le Duc d'Orleans.
PLACET.
DEs immenfes bienfaits de mon augufte Maitre
Sage difpenfateur , vertueux d'Argenfon ,
Daigne me protéger & lui faire connaître
L'humiliant état de ma trifte Maifon :
Là , quatre Enfans qu'on a vû naître ,
Et vivre quelque -tems héritiers d'un grand bien
N'ont aujourd'hui pour foûtien
Que fes bontés que j'implore.
Que n'ai-je point perdu & Mais qu'ai-je perdu ? rien
Si ta faveur me refte encore.
Le Chevalier de S. J……. :
***** *******
OBSERVATION fur la Blancheur
par M. François Carré.
E fentiment unanime des Phyficiens fur
La Blancheur, eft fondé fur la difpofition
des parties qui réflechiffent cette couleur :
je penfe comme eux ; mais étant moins inelligent
, & n'ayant que le bon fens pour
guide
24 MERCURE DE FRANCE
guide , je trouve quelques difficultés dans
les propofitions fuivantes.
Les Liévres , les Ours , les Renards , les
Loups , & géneralement tous les animaux
qui peuplent le Nord vers le Pole , changent
deux fois l'année de couleur , difent la plûpart
des Phyficiens. Pendant l'Eté ils con-
. fervent leur couleur naturelle ; mais aux approches
de l'Hyver , ils deviennent blancs
comme la neige. Cette propofition génerale
me paroît faulle & abfurde .
1º. Ceux qui ont été vers le Pole, ne difent
pas que le Rhone , dont le poil eft grisâtre ,
devienne blanc pendant l'Hyver.
2º. Si pendant cette rude faifon on y trou
ve des Renards blancs , il y en à auſſi de la
couleur ordinaire , c'eſt - à - dire , rouſsâtres ; il
y en a encore du plus beau noir, & c'eft la fourure
la plus précieufe , non feulement pour
les Seigneurs Suedois , Polonois , Mofcovites
, mais encore dans le Sérail du Grand
Seigneur.
3 ° . Si le petit Gris , efpece d'Ecureuil , de.
venoit blanc , nous ne le verrions prefque
jamais petit Gris , & cette dénomination feroit
fauffe.
4°. La Zibeline , efpece de Fouine , de la
couleur la plus parfaite , doit être mouchetée
de noir ; elle ne blanchit point pendant
l'Hyver , non plus que le petit Gris. En voici
la preuve. La
JANVIER. 1742. 12 .
La faifon ordinaire que prennent toutes les
Nations du Nord pour chaffer les animaux ,
dont les peaux recherchées par les peuples
éloignés font prefque leur unique commer
ce pendant l'Hyver , c'eft le tems à peu près
de nos Fêtes de Noël , & celui dans lequel
les fourures doivent être portées , parce
qu'alors elles font parfaites . Si on faifoit ces
chaffes un mois plûtôt ou environ, les peaux
feroient moins garnies, & la couleur du poil
feroit fauffe & imparfaite. Si on attendoit envir
un mois plus tard , les peaux feroient
endommagées , foit par la vermine que portent
tous les animaux , foit parce qu'ils auroient
foufferts de la difette pendant le froid
extrême , foit par les combats qu'ils livrent
pour attaquer ou pour fe défendre , ou par
l'effort du frotement continuel.
5. L'Hermine qui eft une espece de Rat ;
n'a que l'extrémité de la queue du plus beau
noir , tandis que le refte du corps eft blanc.
C'est donc trop hazarder que d'avancer
vaguement & d'unc maniere décifive , que
tous les oifeaux & les animaux quadrupedes
qui reftent vers le Nord pendant l'Hyver
deviennent tous blancs par la proprieté pro
pre du froid extrême.
On voit beaucoup d'efpeces qui ne varient
point quant à l'extérieur , ni par le froid ,
hi par le chaud exceffifs. Arrachez plufieurs
126 MERCURE DE FRANCE
·
fieurs fois les plumes de la queuë d'un Roffi
gnol , d'un Chardoneret , d'un Oifeau de
proye , les plumes renouvellées feront toû
jours de la couleur matrice.
par
Arrachez les cheveux d'un Negre , ceux
qui repoufferont feront toûjours noirs ; il en
fera de même des crins de la queue ou du
cou des gros beftiaux. Mais fi un Cheval
noir eft bleffé à une certaine profondeur , le
poil qui recouvrira la furface de la bleſſure,
fera blanc. Il faut obferver , pour expliquer
ce phenomene , que les pores & les fibres
capillaires ont été déchirés la bleffure ;
& détruits par la fupuration , & que ceux qui
fe reproduifent par la continuité & l'allongement
des petits vaiffeaux , ont des figures
differentes des premiers qui ont été confommés
, & que c'eft la caufe principale du
changement du noir au blanc . Ce font les
mêmes efprits , les mêmes fucs , ou les mêmes
humeurs excrémenteufes qui produifent
& entretiennent deux couleurs auffi opofées
que le noir & le blanc.
On voit certaines efpeces qui varient ra
rement , mais qui néanmoins varient quel
quefois , tel eft le Merle qui a donné lieu
au Proverbe , Je te donnerai un Merle blanc,
pour affirmer une impoffibilité , qui s'eft
trouvé faux . Il y a en effet environ trentecinq
ans que j'ai vu un Merle blanc de lait,
avec
JANVIER.
1742 127
avec les
pates ,
& le bec couleur d'or , ou
jaune : il apartenoit au Portier des Dames
Religieufes de Pont aux - Dames , à trois
heues de Meaux. Cet homme me dit qu'il
avoit déniché un nid de Merles , qu'il élcva
, parmi lesquels il s'en trouva un blanc,
& tel que je viens de le dépeindre , ayant
toûjours confervé la même couleur.
On m'aflura dans le même tems qu'un
nommé Lyonnois , connu alors de tout
Paris , avoit auffi un Merle blanc , avec
des Rats blancs , qu'il vouloit présenter à
l'Electeur de Baviere. On m'en indiqua un
troifiéme à Rouen , mais je n'ai vû
de Pont- aux Dames..
que celui
Nous voyons des efpeces qui varient à
l'infini , depuis le noir jufqu'au blanc , tels
font les Chevaux , les gros beftiaux , les
Poules , les Pigeons , les Serins , &c .
La Zonne torride n'eft pas privée de voir
ces jeux de la Nature ; elle aperçoit quelquefois
des Elephans blancs , tel que celui que
le Roi de Siam faifoit fervir en vaiffelle d'or,
lorfque M. de Saint- Chaumont lui fut en
voyé en Ambaflade par Louis XIV .
Le P. Loyer dit qu'il y a en Guinée un
oifeau de la forme d'un Roffignol , dont le
plumage eft blanc , & la queue mouchetée
de noir.
Il y a des Perdrix blanches dans les Py
ren
128 MERCURE DE FRANCE
renées pendant l'Eté ; elles ont le bec &
les pates noirs ; elles perchent fur les ar
bres ; la chair en eft noire comme celle du
Liévre , & d'un affés mauvais fuc ; l'Hyver,
elles paffent en Eſpagne.
Les habitans des Provinces Méridionales
de France , ont communément la chevelure
moins belle & moins garnie que ceux qui
habitent les Provinces Septentrionales. Ils
grifonnent plûtôt , & en quelques contrées
ils ont la tête plus oblongue & plus aplatie
au fommet. Le changement qui arrive à
l'homme de paffer du noir au blanc à meſure
qu'il avance en âge , vient d'un amaigriffement
& d'une attenuation du fuc nourricier.
La diverfité des Climats, les differentes fituations
& expofitions , les fels , le fouphre
plus ou moins rares , plus ou moins abondans
, plus ou moins groffiers, plus ou moins
volatilifés , avec le plus ou moins d'humi- 、
dité , contribuent beaucoup à toutes les varictés
que nous apercevons.
A quelque degré de perfection que la méditation
puiffe atteindre , elle ne parvient (
S
tout au plus qu'à la finiple probabilité fur
un grand nombre de Phénomenes. La verité
ne fouffre & n'eft fujette à aucune contention
; tout homme raisonnable , dont
l'efprit eft bon & le coeur droit , benit &
adore la Sageffe & la Toute - puiffance du
Créateur
JANVIER . 1742. 129
Créateur. Il a pour fa gloire animé l'Univers
d'un nombre innombrable de créatures, dont
la varieté & les differentes proprietés contribuent
à la recréation & à l'utilité de
T'homme. Si fa profonde fageffe a mis des
sbornes à l'entendement de fa créature la plus
parfaite , c'eft parce que fans cela l'orgueil ,
l'amour propre & l'ingratitude l'auroient précipité
dans l'égarement. Plus Dieu nous a
accordé d'intelligence , plus nous devons
nous humilier en efprit & en vérité , faire un
bon ufage des dons que nous tenons de fa
pure bonté, nous perfectionner dans le bien,
y porter nos freres , éviter tout ce qui eſt
mal ; c'eft la voye que fuivent les hommes
de bien , affûrés que c'eft l'unique qui conduit
à Dicu.
A Paris le 17. Juillet 1741.
EXPLICATIONde l'Enigme du Mer
cure du mois de Decembre 1741. Tome I.
SUF Ur l'Enigme en vain je m'eſcrime ,
J'y perds & ma peine & mon tems ;
Si je laiffe échaper le fens ,
Au moins j'y découvre la Rime.
EX
30 MERCURE DE FRANCE
EXPLICATION du Logogryphe du
même Volume.
A réflechir fur un objet ,
Dont le regard fubjugue , enflamme
Qui peut méconnoître la Femme !
Je fuis du bois dont on les fait.
Par Mlle Priv.:
AUTRE Explication de l'Enigme & da
Logogryphe du même Volume.
Ah ! qu'Enigme Flamand , Logogryphe Breton ,
A deviner font difficiles !
J'en trouve un ; la Rime eft fou nom ,
Pour le Breton , mes foins font inutiles ;
J'ai beau rêver.... Quel eft ce Tyran de nos coeurs
Qui foûmet l'homme à fon empire ?
* L'Enigme eft de Mlle .... Arras.
Ce Bafilic nouveau , dont les regards flateurs
Canfent du trouble , excitent le délire,
Mélange aimable & du bien & du mal !
Parbleu , j'y fuis .... naïve eft la peinture :
De ce portrait , unique en la nature ,
Une Femme eft l'original .
De la Creffonniere.
AUTRE
JANVIER. 1742: 13%
AUTRE Explication de l'Enigme du
même Volume.
Calmez vos fens , ma chere Epouſe ;
De mes amuſemens ne foyez point jaloufe.
Le plaifir que je goûte à polir quelques Vers ,
Pour vous ne peut alterer ma tendreffe ;
C'est pour mon coeur une charmante yvreſſe ,
Qu'il fçait mettre au niveau des biens de l'Univers
En Vers, en Epigramme, en Chanfon , je m'eſcrime,
Tout m'occupe agréablement ,
Et je ne vois pour moi que votre attachement ,
Qui me flate plus que la Rime.
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe
du premier Volume de Decembre , font la
Rime , & Femme, On trouve dans le Logogryphe
, Fée & Même.
Ceux du fecond Volume, font la Brouette;
& Aprentiffage. On trouve dans le Logogry
phe , Argent , Péage , Page , Rente , Etang
Nape , Tifferan, Ire , Singe , Sage, Aife ;
Grape , & Efprit.
Svi
ENIGM E.
Uivant les Faftes de la Grece ,
Lecteur , j'étois Fille autrefois :
tut
G U
932 MERCURE DE FRANCE
Un Dieu charmant voulut fe foûmettre à mes loix,
Et me choifir pour fa Maîtreffe
Ję le reçus d'un air mutin :
Il eut beau me tenter
par
force & par adreffe
Il y perdit tout fen latin .
Depuis long- tems j'ai changé de nature .
Dans l'Hyver comme dans l'Eté ,
Jeune ou vieux , j'ai toujours une égale beauté,
Ma riche & longue chevelure
4
Eft faite pour orner celle des Conquérans
Et de touss les Mortels , que la race future
Apellera du nom de Grands .
Enfin voici les Perfonnages
Qui connoiffent le mieux quels font mes avantages ;
Le Poëte , le Jardinier ,
Le Heros & le Cuisinier.
Par Mlle .... dArras.
LOGO GRYPHE.
Pour déguifer ici mon nom ,
Je vais prendre mainte figure :
Mais ne me quitte pas ; par la combinaiſon
Tu pourras aifément dévoiler ma nature.
Sept pieds compofent ma ſtructure ,
Lecteur , je fuis avec raifon ,
Cette
JANVIER . 1742
133
Cette refpectable partie
2410
Qui fert à diftinguer l'Homme de l'Animal ,
Chofe qu'à rendre exacte , en fait de Poëfie ,
Souvent on a beaucoup de mal ;
Ville célebre en Italie ;
Don du Ciel aux Mortels toûjours très - précieuz
Peuple groffier ; ton de Mufique ;!
Saint fameux ; Oifeau domestique ;
Prince refpe &table à nos yeux ;
Deux Pronoms ; Element bizarre :
Verbe Latin , connu dans l'Empue amoureux ,
Quand aux pieds de Clóris on déclare ſes feux ;
Métal favori de l'Avare ; re
Arbre dont les tendrès rameaux ?
13
Font goûter au Printems un agréable ombrage ;
Endroit qui bordant les ruiffeaux ,
Etale mille Fleurs d'un charmant affemblage .
Sous ces differens traits tu peux m'apercevoir .
Je finis , cher Lecteur ; adieu , jufqu'au revoir.
J
L'Abbé Gaudet.
AUTRE Logogryphe en Vandevilles.
Air: A l'ombre de ce verd Bocage.
E fuis un corps , feger , fragile ,
Que le moindre accident détruit :
De la matiere la plus vile
Gij L'homme
134 MERCURE DE FRANCE
L'homme induftrieux me conftruit.
Cependant , Lecteur , tu peux croire
Que , malgré ma fragilité ,
Je guide au Temple de mémoire
Je donne l'immortalité.
Air : Réveillez-vous , Belle endormie,
Avec fix lettres on compofe
Le nom que je préfente aux yeux :
En vain fans moi l'on fe propofe
L'art d'amufer les Curieux.
Air : Pour paffer doucement la vie,
Le Pere commun des Fideles
Se trouve ailément dans mon fein : ‹
Ouvrez-vous , Portes éternelles ,
Il vous commande en Souverain.
I
Air : Belle Brung.
Babillarde , bis.
Ton plumage noir & blanc ,
Fait que de toi l'on fe garde ,
Babillarde. bis.
Air: Du haut en bas
Cet Inftrument
A bien du monde fort utile ;
Cet Inftrument
Qui du nez offre l'aliment ,
Dans
JANVIER 1742
135
Dans la main du plus difficile
Jadis on voyoit à la Ville
Cet Inftrument.
Air : Folies d'Espagne.
Ce qu'à nos yeux fait paroître l'image
De l'Univers , de fa vaine grandeur ,
Eft d'un Potier le plus fragile ouvrage ;
Eft du Soldat un meuble très-flateur .
Air : Du jus d'Octobre.
Pour le Bonheur de la Nature ,
On me voit couvrit les guerets ;
J'aide à rehauffer la parure
De la génereufe Cerès .
Air : Quand le péril eft agréable:
L'art impofteur d'un miférable
Qui triche aux Dez un beau Joueur ,
Et qui prépare à fon Auteur
Un deftin déplorable .
Air Que j'eftime , mon cher Voifin.
Une pomme , vive en couleur ,
D'une petite espéce ,
Que même le plus grand Seigneur
Préfente à fa Maîtreſſe .
Air : Le Ciel béniffe la befogne.
Ce que fait un Muficien
€ iij Quand
13 MERCURE DE FRANCE
Quand fon Art il poffede bien
Auffi Paliment d'un Reptile,
A connoître très - difficile .
Air : M. le Prévôt des Marchands.
Une Romaine dont le coeur
A tout fon fexe fait honneur
Par fa vertu , par fon courage,
La fin premiere elle s'occit ;
Et fon Epoux , auffi peu fage x
Son cruel exemple fuivit.
Air : Non je ne ferai pas ce qu'on veut
que je falle.
Mes fix lettres enfin préſentoient à la vúë ,
Chés un Peuple Ido'âtre une Figure nuë ,
Qui fous le nom d'un Dieu décoroit leurs Jardins..
Adieu , mon cher Lecteur , je te baife les mains..
Laffichard..
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX -ARTS , &c.
ROJET d'une nouvelle Théorie fur le
P Méchanifme de l'Artillerie , oùl'ondon
ne des Principes ; très - utiles pour la Pratique
, par M. Dulacq , Capitaine d'Artillea
0
ric
JANVIER. 1742 137
rie au Service du Roi de Sardaigne . A Paris,
chés Charles - Antoine Jombert , Libraire , rue
S Jacques , à l'Image Notre- Dame , à Paris ,
Prix 15. liv. relié.

Tous les Officiers d'Artillerie ont eu jufqu'à
préfent une efpece de guerre civile entr'eux
, fur la Méthode qu'on doit fuivre
pour ſe perfectionner dans la Profeſſion de
leur Art : les uns , faute d'étude , ſe ſont
attachés fcrupuleuſement à la tradition d'une
routine , qu'ils rendoient myftérieufe , &
qui n'étoit fondée que fur des expériences
mal dirigées & mal entendues : Ils fe font
obftinés contre toutes fortes de Théories
la rejettant comme inutile , pour fuivre en
vain pendant toute leur vie de fauffes opinions
qui n'avoient aucun fondement , ni
dans la . Théorie , ni dans la Pratique ; les
autres , au contraire fe défiant avec raifon
de toute expérience qui n'eſt pas fondée fur
la Théorie , ont cru que le raifonneme t
feul les devoit conduire à cette perfection .
& fe font imaginé d'avoir fatisfait à leurs
engagemens , lorfque fans confulter affés les
loix de la Nature , ils ont fait des hipotheſes
probables fur le mouvement ,
d'où ils pou-
*
voient , par
, par des Principes
confequens
, fixer
les regles qu'ils nous ont prefcrites
fur l'u
fage de nos Piéces : Les variations
contiauelles
des differentes
épreuves
que les uns.
Giij &
18 MERCURE DE FRANCE

& les autres ont faites , pour s'affermir dans
leurs fentimens , ont aulli contribué à entretenir
plus long - tems leurs conteftations :
Si l'on n'avoit d'autres vûës que celles de
s'inftruire , & de fuivre la verité , fans s'attacher
à aucun préjugé pour nos propres opinions
, ou pour celles que nous avons adoptées
, il ne feroit pas difficile d'en venir à
un éclairciffement décifif; il eft vrai que tous
conviennent à préfent de l'utilité de la
Théorie ; mais la route qu'elle nous préfente
eft rebutante , par la longue étude
qu'elle exige d'un homme de guerre , à
caufe des grandes connoiffances préliminaires
qu'elle fupofe ; elle eft encore peu fatisfaifante
, parce qu'elle n'a pas été allés
génerale pour tous les cas , & ne réfout pas
toutes nos difficultés ; & que ceux qui ont
voulu aprofondir & en venir à de plus gran
des réfolutions , ne nous ont donné que des
calculs abftraits , dont la plupart des Gens
de Guerre n'ont aucune connoiffance : Ne
pourroit - on pas tenir un jufte milieu entre
une Théorie trop profonde , qui exige une
étude trop longue , & une fimple Pratique
trop aveugle & trop incertaine ? Ne pourroit-
on pas trouver une Méthode plus fimplifiée
, qui fans nous élever à une trop fublime
Géométrie , nous mît en peu de tems
en état d'en faire d'abord l'aplication aux
fujets
JANVIER. 1742. 139
fujets de l'Artillerie , ce qui doit faire notre
but le plus effentiel ? car il nous devroit fuffire
de fçavoir tout ce qu'il faut pour la
connoiffance de la Mécanique qui apartient
à notre Art fans nous aller perdre
dans des labirinthes , qui , bien loin de nous
y conduire , fouvent nous en détournent ,
ou tout au moins nous fatiguent fans nous
en ráprocher.
On avoue néanmoins que les Méthodes
de généralifation font les plus fûres , pour
nous conduire aux découvertes qu'on peut
faire en géneral fur toutes les differentes
parties des Mathématiques ; mais encore
faut-il borner l'étude des Gens de Guerre
& ne pas rebuter beaucoup de bons Officiers,
qui fouvent même par un temperament trop
martial & trop vif , ne peuvent avoir la patience
de s'en inftruire , & cependant ne
laifferoient pas , par d'autres voies plus fimples
, de fe rendre habiles dans cette pro- .
feffion.
1 D
C'est dans ces vûës que l'Auteur de cette
nouvelle Méchanique s'eft formé de nouveaux
Principes , par lefquels , fans la connoiffance
des Sections Coniques , ni du calcul
intégral & differentiel , on peut cependant
aprofondir beaucoup plus qu'on n'a
fait jufques à prefent toute notre Théorie ,
afin que bien des Officiers , qui faute d'in-
Gv clination
140 MERCURE DE FRANCE
14
clination ou de talens , n'ont pû s'élever
jufques-là , puiffent néanmoins profiter de
nos régles , & contribuer par eux- mêmes au
progrès de notre Science : ce qui eſt l'unique
but que l'Auteur fe propofe en donnant
au Public fon Ouvrage Ceux - ci ne
' devront donc pas fe rebuter à la lecture du
Plan fuivant qu'on va leur en donner ; car
ils peuvent s'affûrer d'entendre parfaitement
tout l'Ouvrage , avec les feuls Principes dela
plus fimple Géométrie , pourvû qu'ils le
veuillent lire tout de fuite , & avec attention
; les autres au contraire ne doivent pas
s'attendre qu'on y ait rendues rationelles
des formules algébriques qui ne le font
pas , & dont on n'a pû tirer aucun avantage
jufqu'à prefent pour la réfiftance de l'air au
mouvement des mobiles ; mais ils font:
avertis de vouloir bien fuivre les Principes.
de l'Auteur , & fa Méthode qui eft differente
de la leur , pendant qu'ils liront cet
Ouvrage , dont tout l'Art confifte à pren
dre une route plus facile : & voici en attendant
qu'il foit mis au jour , quel en eft le
Plan.
L'Ouvrage eft divife en trois Parties :
Dans la premiere , on examine la force de la
Poudre & en elle même , par la durée &
par la vîteffe de fon inflammation , & par
les caufes externes des obftacles qui l'envi-
.
gonnent
JANVIER. 17420. 141
ou
ronnent , la compriment & facilitent ,
s'opofent à la dilatation de fon reffort : on
en tire des conféquences pour les épaiffeurs
des piéces , pour la chambre qui leur feroit
la plus avantageufe , fur la figure & fur les
entonnoirs des Mines , après que les Fournaux
ont joué , & plufieurs autres dont on
ne fait point ici le détail.
La feconde Partie eft divifée en deux
Sections Dans la premiere , on traire lemouvement
uniforme d'impulfion , & lemouvement
uniformement acceleré dans
la chûte des graves , en confiderant
la
vîteffe à chaque inftant , & le nombre des
inftans de la durée du mouvement , à méfure
qu'on change les directions
des pièces ,,
& qu'on change la fituation
des buts dans
des niveaux plus ou moins fitués au deffus:
ou au deffous de celui de la Batterie on y
donne des Formules
pour la conftruction
des Tables nouvelles
, qui feroient très-utiles
& curieufes , dans lesquelles on trouveroit
l'angle d'élevation
qu'il faut donner à
la piéce pour atteindre un but , dans quel
1a
que fituation
déterminée
qu'il foit , & par:
toutes fortes de directions
poffibles
qu'on:
puiffe prendre dans la circonference
d'uni
demi cercle ; c'eft-à dire , en pointant la vo--
lée de bas en haut , ou horifontalement
, ou
de haut en bas , lorfque cela eft poffible
,
G vj
142 MERCURE DE FRANCE
on y découvre plufieurs propriétés qu'on n'avoit
pas encore remarquées ; & l'on donne
la folution de tous les cas poffibles par une
autre Méthode fans calcul algébrique pour
ceux qui n'y font pas verfés : cette Méthode
fournit la folution de plufieurs cas qu'on ne
réfoudroit que bien difficilement par celles
qu'on a fuivies jufqu'à prefent. On y donne
la connoiffance d'un inftrument nouveau
dont l'ufage & la conftruction font démontrés.
Dans la deuxième Section , on traite la réfiftance
de l'air au mouvement des mobiles
dans nos projections : on fait voir la neceffité
qu'il y a d'avoir égard à cette réſiſtance ,
en faifant voir qu'elle eft beaucoup plus con.
fiderable qu'on n'a voulu le faire entendre :
on examine enfuite la réfiftance de l'air au
mouvement uniforme , & au mouvement
acceleré , & par le moyen d'un coup d'épreuve
, on donne la courbe qui renferme
les projections pour toutes fortes de niveaux;
on en enfeigne la Pratique ; on établit dans
le dernier Chapitre plufieurs Principes qui
acheminent à la perfection de ce fystême
qui confifteroit à déterminer les courbes qui
renferment les projections retardées , fans
qu'il fût neceffaire de faire un coup d'épreuve
: Au refte , cette Méthode qu'on en-.
feigne n'eft pas exactement géométrique ;
mais
JANVIE R. 1742. 149
mais on fera voir que dans la Pratique on
s'éloigne de fort peu de la réfiftance qui paroît
la plus naturelle ; & par les expériences
qu'on pourra faire , on aura lieu d'en être
fatisfait.
>
Dans la troifiéme Partie , on établit des
régles pour déterminer la Voute qui convient
le mieux aux Magafins à Poudre , &
la figure la plus propre pour les mettre à
l'abri des violentes percuffions des Bombes :
on y donne des Tables utiles & curieufes ,
où l'on voit fans calcul l'angle d'élévation
qui feroit la plus convenable , pour fraper
un Plan incliné dont l'inclinaifon feroit
déterminée , avec la plus grande force abfoluë
, dont une même Bombe feroit capable ,
lorfqu'elle feroit jettée avec une charge en
tout précisément homogêne ; on y voit qu'il
s'en faut de beaucoup dans le fyftême même
de Galilée , que cet angle d'incidence
doive toujours être de quatre- vingt dix degrés
, comme beaucoup de perfonnes auroient
pû fe l'imaginer: Dans le fixiéme Chapitre on
donne la Méchanique du pointement, & l'ufage
des pièces , en forme de Mémoire d'Artillerie
felon les occafions : on y entre dans
le détail de tous les accidens qui doivent
faire varier les portées de nos pieces , en les
détournant de leur direction : on y propoſe
plufieurs moyens d'y remédier , en pratiquant
144 MERCURE DE FRANCE
quant quelques changemens dans les affuts
& dans les platte - formes ; & l'on donne une
ébauche des piéces telles qu'elles devroient
être , fi on les vouloit faire de la maniere
qui en pût rendre les portées plus égales
avec une même charge ..
Si le Public eft fatisfait de ce Volume ,
P'Auteur en donnera un fecond qui fera fort
intéreffant pour la Pratique : on y entrera
dans toutes les circonftancès & les détailsqui
concernent la Théorie & la Pratique
pour la fabrication des Poudres , pour la
conftruction , la fonte , l'alliage , pour la
charge & pour l'éxécution de toutes nos piéces
on n'en preferit point le Plan , pour
avoir la liberté entiere de fuivre celui qui
fera le plus avantageux.
Cer Ouvrage qui fera in 4 , va fe mettre
fous Preffe , il fera achevé d'imprimer vers
la fin du mois de Novembre prochain : il
fera orné de belles Vignettes , & d'environ
trente Planches très - bien gravées .
Meffieurs de l'Académie Royale des .
Sciences l'ont honoré de leurs Aprobations.
Le fieur Jombert eft connu par le goût &
Fattention qu'il a , de faire imprimer tous .
les Livres qu'il débite, avec une grande propreté
, & une grande exactitude ; l'Auteur
La chargé de l'impreffion de fon Ouvrage
fur
"
141 JANVIER. 1742
-
fur cette confidération , pour la plus grandefatisfaction
du Public : Il corrigera lui - même
exactement les épreuves. '
>
Le même Libraire vend actuellement un
nouveau Livre intitulé : Aftronomie Physique
ou Principes généraux de la Nature , apliqu's
an Méchanifme Aftronomique , & comparés
aux Principes de la Philofophie de M. New
ton, par M. de Gamaches , Chanoine Regulier
de Sainte - Croix de la Bretonnerie , de
l'Académie Royale des Sciences. Cet Ou
vrage eft imprimé en très- beau caractere ,
& enrichi de Planches & de fort belles Vignettes
& Culs - de- lampes , gravés par M.
Cochin le fils. On efpere que le Public fera:
fatisfait du foin que le Libraire a pris de
joindre au mérite de l'Ouvrage celui de l'ornement.
Il fe vend 13. 1. 10. f. relié .
Le troifiéme Volume du nouveau Cours
de Mathématiques de M. l'Abbé Deidier
eft achevé d'imprimer. I cft intitulé :
La meſure des Surfaces & des Solides par
Arithmetique des Infinis & les centres de
gravité. On y trouvera une profonde Géométrie,
& grand nombre de belles propriétés
curieufes & utiles des Figures Géométriques.
Cet Ouvrage eft auffi enrichi
de Planches & de Vignettes. Il fe vend
1.2 . liv. relié.
Le quatrième Volume du même Auteureft
148 MERCURE DE FRANCE
eft auffi achevé d'imprimer. Il a pour ti
tre : Le Calcul differentiel & intégral , ex
pliqué & apliqué à la Géométrie , avec un
Traité préliminaire contenant la réſolution
des Equations de tous les degrés , la nature
des fuites Algébriques , celle des Equations
qui expriment les proprietés des Courbes,
les lieux & les conftructions Géométriques , &
la réfolution des Problêmes déterminés & indéterminés.
L'Auteur y a détaillé tout ce qui
regarde les nouveaux Calculs avec tant d'ordre
& de netteté , qu'on aura lieu d'en être
fatisfait. Il fe vend Is. liv. relié. 2
D'abord après l'impreffion de ce quatrième
Volume , M. l'Abbé Deidier a mis au jour
un nouvel Ouvrage intitulé : Méchanique
générale , contenant la Méchanique particuliere
, la Statique , l'Hydroftatique , l'Airometrie
& Hydraulique , pour fervir d'introduction
aux Sciences Phyfico Mathématiques Cer
Ouvrage a été imprimé chés le même Libraire,
de même que les précedens , & l'on y trouvera
toûjours le même goût pour la beauté &
l'ornement de l'impreffion . Il fe vend 15. liv.
DICTIONAIRE de Droit & de Pratique ;
contenant l'explication des termes de Droit,
d'Ordonnances , de Coûtumes & de Pratique
, avec les Jurifdictions de France . Par
M. Claude-Jofeph de Ferriere , Doyen des
DocJANVIER.
2742 147
Docteurs - Régens de la Faculté des Droits.
de Paris , & ancien Avocat au Parlement ; feconde
Edition , revûë corrigée & augmentée.
2. Volumes in- 4°. Le premier de 1040 .
pages , le fecond de 1072. A Paris chés
Brunet , fils, à l'Envie. 1740 .
Le Sieur Cavelier , pere, Libraire rue Saint
Jacques , au Lys d'or, vient d'achever d'imprimer
les Livres fuivans.
TRAITE' de Phlebotomie & d'Arteriotomie
, receuilli des Auteurs Anciens & Modernes
, avec des Remarques Critiques - fur
les uns & fur les autres , par M. Martin , Me
decin d'Avignon , in - 12 . Paris 1741. 2.
livres 10. fols.
ESSAI fur la Nature & le choix des Alis
mens fuivant les differentes conſtitutions ,
où l'on explique les differens effets , les avantages
& les defavantages de la nourriture
animale & vegetale , avec les Regles pratiques
fur la Diette , dans les differentes conf
titutions & maladies du Corps Humain . Par
M. Arbuthnot, Medecin Anglois, in- 12 . Paris
1741. 2. 1. s . f.
LA SCIENCE des Negocians & Teneurs de
Livres , ou Inſtruction génerale pour tout ce
qui
148 MERCURE DE FRANCE
qui fe pratique dans les comptoirs des Négocians
, tant pour les affaires de Banque ,
que dans les Marchandiſes , & chés les Financiers
pour les Comptes, par M. de la Por
te ; nouvelle Edition revûe , corrigée & augmentée,
8 ° . Paris 1741. §. l.
ETRENNES utiles à la Jeuneffe pour l'année
1742. A Paris , chés Pierre Clement , à l'entrée
du Quai de Gêvres , du côté du Pont
Notre Dame.
ETRENNES aux Dames , pour l'année 1742 .
ou Almanach curieux , galant & inftructif
touchant les Dames Illuftres , chés le même
Libraire. On lit ces Vers après le ricre.
De la fincere modeftie ,.
De la douce fimplicité,
Le beau Sexe eft l'image agréable , chérie ,
Et l'ame enfin de la Societé .
Omnia vincit amor , fed nos cedamus amori.
TRAITE OU DISSERTATIONS fur plufieurs
matieres féodales , tant pour les Pays Coutû
miers, que pour les Pays de Droit Ecrit. Troi
fiéme partie , contenant 1. les Obfervationsfur
le Démembrement & le Jeu de Fief pourtoutes
les Coûtumes autres que celle de Pa-
Iris & fes femblables. 2. Une Differtation fur
Le Parage légal , & conventionnel, 3. les
Obfer
JANVIER: 1742 149
Obfervations fur les Droits de Quint & de
Lods & Ventes de tous Contrats qui peuvent
les produire , par M. Germain - Antoine
Guyot , Avocat au Parlement ; à Paris chés
Sangrain , fils , Grand- Sale du Palais. 1741 .
COUTUME DE PARIS , par Me Pierre le
'Maistre , Avocat au Parlement . Nouvelle
Edition , revûë & augmentée de plufieurs.
Notes fondées fur le fentiment des Auteurs,
les Arrêts celebres & de Reglemens & les
nouvelles Ordonnances , par M..... Avocat
au Parlement. A Paris au Palais chés Ber
mard Brunet fils , 1741 .
HORTOPEDIE , ou l'Art de prévenir & de
corriger dans les Enfans les difformités du
corps , le tout par des moyens à la portéedes
peres & des meres & de toutes les per
fonnes qui ont des Enfans à élever , par M.
Andry: Deux Volumes in- 12 . 1741 , A Paris
chés Lambert & Durand , Libraires , ruë.
Saint Jacques.
HISTOIRE DES EMPIRES & DES REPU
BLIQUES , depuis le Déluge jufqu'à J. C. ou
l'on voit dans celle d'Egypte & de l'Aſie la liaifon
de l'Hiftoire Sainte avec la Profane , &
dans celle de la Gréce le raport de la Fable
avec l'Hiftoire , par M. l'Abbé Guyon . Tome
1 VIII
150 MERCURE DE FRANCE
VIII. Les Thraces & les Parthes , in - 12. de
477. pages. A Paris , chés H. L. Guerin , &
autres Libraires , 1741 .
ETRENNES HISTORIQUES , OU Melange
curieux , pour l'année 1742. contenant plufieurs
Remarques de Chronologie & d'Hiftoire
; enſemble les Naiffances & Morts des
Rois , Reines , Princes & Princeffes de l'Europe
, accompagnées d'Epoques & de Remarques
que l'on ne trouve point dans les
autres Calendriers , avec un Recueil de diverfes
matières , variées , utiles , curieuſes &
amufantes , à Paris , de l'Imprimerie de
Giffey , rue de la vieille Bouclerie , à l'Arbre
de Jeffé , 1742.
HISTOIRE DE L'ACADE'MIE ROYALE DES
SCIENCES , année 1736. avec les Mémoires
de Mathématique & de Phyfique pour la
même année , tirés des Regiftres de cette
Académie. A Paris , 1739. de l'Imprimerie
Royale , in-4°. de 120. pages pour l'Hiftoire
& de 507. pour les Mémoires. Planches détachées
18.
NOUVELLE EDITION DU DICTIONAIRE
UNIVERSEL DE COMMERCE , trois vol. infolio,
1741. A Paris , chés la veuve Etienne
Libraire , rue Saint Jacques , à la Vertu.
HIS
JANVIER. 1742. 151
HISTOIRE GENERALE DES CE'REMONIES,
Moeurs & Coûtumes Religieufes de tous les
Peuples du Monde , repréfentées en 243.
figures deffinées de la main de Bernard Pi
card avec des Explications Hiftoriques &
Curieufes , par M. l'Abbé Bannier , de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , & M. l'Abbé Maferier , 1741 .
Sept Volumes in-folio . Nouvelle Edition . A
Paris , chés Rollin , fils , Imprimeur Libraire ,
Quai des Auguftins , à Saint Athanafe,
par
ETRENNES & autres Poëfies d'une Mufe
Bretonne. Premiere année , Brochure 8 °. de
33. pages. A Paris , chés la veuve Delormel
rue du Foin, à Sainte Genevieve, M.- DCC . XLII .
Epitre Dédicatoire , Préface , tout eft Poëti
que dans ces Etrennes , & on peut dire
qu'elles méritent un favorable accueil du Public
, par la varieté des Piéces , & par la maniere
agréable dont chaque fujet eft traité ; il
y regne fur tout une aimable fimplicité , ce
qui n'eft pas un petit mérite dans ces fortes
de compofition . Pour en donner un Echantillon
nous infererons ici la Fable qui fe trou
ve à la 16. page de ce Recueil,
LA
52 MERCURE DE FRANCE
LA FONTAINE ET LA PLUYE ,"
D
FABLE
Ans un Valon charmant , étoit une Fontaine
Qui dans un vaſte Pré faiſant couler ſes eaux,
Y formoit en tout tems mille petits Ruiffeaux ;
L'Eté comme l'Hyver, elle étoit toujours pleine.
La Pluye , un beau matin , la falue en paffant .
Bon jour , ma fille , lui dit- elle ,
Que vous devez avoir le coeur content !
Par mes foins généreux vous êtes toujours belle
Hier encor je répandis fur vous
Mesbiens en abondance ; il vous doit être doux
De voir , qu'ainfi je vous préfere
Aux grands fleuves de l'Univers ;
Voyez ces beaux gazons , que vous maintenez verds
Et ces fleurs, qu'un Berger cueille pour fa Bergere ,
Vôtre onde entretient leurs couleurs ,
Qui par les yeux touchent les coeurs ;
Rendez en grace à votre Mere.
Paffez , paffez votre chemin ,
Murmura doucement la tranquille Fontaine ,
Vous ne faites pas mon deſtin ,
Vous n'êtes pas ma Souveraine .
La Terre de fon vafte fein
Me diſpenſe à fon gré mon onde.
Combien eft il de gens au monde
Qui
JANVIER
. 1742. 753
Qui penfent qu'on leur doit fon renom & fon
bien ,
Pendant que l'on ne leur doit rien !
A M. DE LA TOUR.
De l'Académie Royale de Peinture & de
Sculpture , en lui préfentant la Muse
Bretonne.
Toi, Oi , qui , fur les pas des Apelles
Voles à l'immortalité ,
Qui des Sciences les plus belles
Te fais une félicité ,
Toi , dont les Talens & la gloire
Font le triomphe du Pinceau ;-
Qui dans le Temple de Mémoire
Sçais t'ouvrir un chemin nouveau ;
Et qui Vainqueur d'un Art ftérile ,
Par ta conftance es parvenu
A rendre le crayon docile
Jufqu'à tromper l'oeil prévenu :
La Tour , accepte mon Ouvrage ,
Par lui , je fais la cour au tien ,
Deviens fenfible à mon hommage ,
Je jouirai du plus grand bien.
Par M. L'Affichard.
AVIS
154 MERCURE DE FRANCE
Avis de M. Maillart , ancien Bâtonier de
rOrdre des Avocats , à M. l'Avocat Secouffle
.
Aux pages 649. & 650. du premier Volume
des Ordonnances Royaux , Edition de
1723. feu M. de Lauriere , fon Compilateur
a inferé une Ordonnance , par laquelle le
nombre des Sergens des Foires de Champagne
eft reduit à 140. Sçavoir 120. à cheval ,
20. àpied.
ه
Datum apud Livriacum in Alnete , anno
Domini 13 17. menſe Junii .
En
marge des pages
649. & 650. Je trou
ve ceci,Philipe
.dit le Long , à Livry, en Aunis
, au mois de Juin 1317.
A la page 891. & dans la Table je trouve
Livry en Aunis. 650 .
Au lieu d'Annis je croi que c'eft d'Annay
, Canton du Parifis , au Nord Eft , où je
trouve Livry en Aunay. M. Maillart ajoute
qu'il eft perfuadé que M. l'Abbé Lebeuf indiquera
le Pagus Alnetus , dans fa Sçavante
Notice du Diocèfe de Paris.
ESTAMPES NOUVELLES.
L'ACADEMIE DU MANEGE , Eftampe en large.
C'est la 43. que le Sr Moyreau grave d'après Philipe
Wauvremans . Elle fe débite chés lui , ruë S. Jacques
, à la vieille Pofte , vis à vis la rue du Plâtre
1742. Eile eft gravée d'après le Tableau original
du Cabinet du Prince d'Ifenghien , de 30 .
pouces
JANVIER. 1742. 157
pouces de large , fur 24. de hauteur. Elle repréfente
en effet un Manége , avec un très - beau fond de
Paylage.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques à la Cou
ronne d'Epines, près les Mathurins, lequel continuë
de graver la Suite des Portraits des Hommes Iiluf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roy , vient
de mettre au jour les Portraits fuivans :
MEHEMET EFFENLY Tefterdar , Ambaffadeur
Extraordinaire de la Porte à la Cour de France en
1721. On lit ces Vers au bas .
L'air riant & plein de nobleffe
Une haute capacité ;
De l'efprit , de la politelle
Et beaucoup de vivacité,
Voilà le jufte caractere
De l'Ambaffadeur que tu vois ,
Et qu'un grand Empereur chargea du Miniftere
De témoigner fon zéle au plus charmant des Rois.
SAID MEHEMET . Pacha , Begler -Beg de Romelie
, Fils de Mehmet Effendy , Ambaffadeur Extraordinaire
de Sa Hauteffe à la Cour de France en
1742. On lit ces Vers au bas , de M. le Chevalier
de Neufville .
Puiffe fon nom , vivant chés nos derniers Neveux,
Autant que brillera le Croillant dans Bizance
Autant que Aleuriront les Lys dans notre France ,
Etre également cher à deux Peuples heureux !
H La
156 MERCURE DE FRANCE
des
La fuite des Portraits des Rois de France ,
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continue de paroître
avec fuccès , chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou ; il vient de mettre en vente ceux de
HENRI I. XXXVII. Roy de France , mort à
Vitry, près Paris le 4. Août 1060. après 29. ans de
Regne , definé par A. Boizot , & gravé par J. G,
Will .
MARTIN HARPERTZ TROMP , Amiral de Hol
lande , tué dans une Bataille Navale contre les Anglois
le 10. Août 1653. peint par P. D. & gravé
par Matthey.
PETRUS GASSENDUS, Prapofitus Cathedralis Eccle
fia Dinienfis ; C. Mellan Gall, delineavit & ſculpfit.
LA VRAIE EFFIGIE DU R. P. JOSEPH , de Paris ,
Prédicateur Capucin , Provincial de Touraine , Supérieur
des Millions Etrangeres & de Poitou , Fondateur
des Religieufes du Calvaire , qui a rendu
l'efprit entre les mains de les Supérieurs le 18. Decembre
1678 . 1
LE PORTRAIT D'HORTENSE Mancini , Du-
CHESSE DE MAZARIN , née à Rome , morte à
Chelley , en Angleterre le 2. Juillet 1689. peinte.
par Ferdinand, & gravée par Etienne Feffard.
ET CELUI D'ANTOINE COIZEVOX , Sculpteur
du Roy , né à Lyon en 1640. mort à Paris le 10 .
Octobre 1720. âgé de 81. ans , peint par H. Rigaud
, & gravé par Matthey .
JETTONS frapés pour le premier jour de
Janvier M. DCC . XLII . avec l'Explication
des Types , &c.
I. TRESOR ROYAL.
L'Arche au milieu des Eaux , avec la Colombe.
au-deflus
DW
YORK
PULAU
LIBRARY
ABTOR
, LENOX
AND TILDEN
POUNDATIONS
.
ETTONS DE L'ANNÉE 1742
BILI S
UND
II
SOP
TRESOR ROYAL
174 2
TALIS
IV
NON
VEL
PARTIES
CASUELLES
1742
EMISSA
MENTUR
ORDINAIRE DES
GUERRES
1742
ET
JAM
AM
RUGITU
TERRITA
ORBEM
ARTILLERIE
1742.
LIT
IX
IN
FFIXE
Sornig f
REX
BOR
Fin
OMNIA
FRUGES
ET
III
CEREREM
REMFERUNT
CHRISTIANISS
PARAT
VINCIT
CHAMBAUX DEN
1742.
OTIA
TERR
EXTRAORDINAIRE
GUERRES DES
1742 .
PER
EQUO
ORA
SERVAT
BATIMENS
DU ROY
174 2
VII
VI
VIII
INIMICA
MARINE
1742
TORE
GALLERES
1742.
SERVANT
POPULI
MAISON DE
LA REINE
1742
SURGIT
JANVIER. 137 1742.
au - deffus , tenant une branche d'Olivier : Immerſabilis
undis.
II. PARTIES CASUELLES.
Argus qui s'endort en gardant la Vache Io , que
Junon avoit confiée à les foins : Fatalis fopor.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Plufieurs Bateaux chargés fur une Riviere : Frages
& Cererem ferunt.
IV. ORDINAIRE DES GUERRES.
L'Aigle de Jupiter , avec un Foudre dans chacu
he de fes ferres : Vel non emiffa timentur.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Le Soleil commençant à percer un nuage , d'od
fortent de la grêle & des foudres : Parat otia terris .
VI. BATIMENS DU ROY.
Des Blocs de Marbre que l'on taille en colomnes,
Chapiteaux , & c. & d'un autre côté une Figure
Equeftre , & divers Ouvrages de Bronze ébauchés ;
Labor omnia vincit.
VII. ARTILLERIE.
UnLion en fureur : Etjam rugitu territat orbem.
VIII. MARINE.
Le Dauphin qui porte Arion fur une Mer agitée
le rend au rivage : Inimica per aquora fervat.
<
IX. GALERES.
Des Anchres : Affixa in littorefervant.
X. MAISON DE LA REINE.
La Conftellation du Dauphin , déja fort élevée
fur l'horifon : Populis gratiſſima furgit.
Hij THEATRE
158 MERCURE DE FRANCE
THEATRE DE LA GUERRE , en Allemagne ,
contenant toutes les Opérations Militaires des Cam
pagnes de 1733 1734 & 1735. Les Plans des Siéges
& des Camps ; Recueil très utile aux Aides de
Camp , où l'on trouve des Tables pour
les campe
méns , & des Avis fur ce que doit le voir un Officier
, qui fe propofe d'être utile à fon General. Dédié
à S. A. S. M. LE COMTE DE CLERMONT , par
Le Sr le Rouge , Ingénieur & Géographe du Roy
1. Vol . in 4. A Paris , chés l'Auteur , rue des grands
Auguftins , vis - à vis le Panier fleuri , 1743 .
I.

Quoique ce Titre foit affés ample & puiſſe preſque
fuffire pour faire connoître l'Ouvrage entier ,
on peut aflurer qu'd répond parfaitement bien au
deffein de l'Auteur , qui donne encore plus dans
l'exécution que fon Annonce ne femble promettre.
On ne peut pas faire un préfent plus parfair , plus
agréable & plus à propos à toutes les Perfonnes qui
exercent le plus noble de tous les Arts , & aux Of
ficiers fur tour , tant Generaux que Subalternes. Au
refte , tant dans les Pians que dans les Cartes , tout
paroît d'une grande exactitude , & parfaitement
bien deffiné & gravé . M. le Rouge a encore donné
d'autres Ouvrages , dont nous avons parlé dans le
tems , & qui font autant de preuves de fa grande
capacité , fur tout dans la Géographie & dans les
Arts qui ont raport cette Science.
fe
Le SrBriart,qui demeure toûjours dans l'Abbaye de
S. Germain des Prés à l'entrée de la rue Abbatiale,
à Paris , a compofé depuis peu une Effence d'Ogni
fiori , ou de toutes Fleurs , d'une odeur agréable ;
on en met quelques goutes dans l'eau dont
lave après avoir été rafé ; elle rend l'eau laiteuſe.
Les Dames s'en fervent pour ſe décraffer & rendre
Ja peau douce & unie , & nourrit le teint. Il la vend
fols l'once.
24.
on
JANVIER. 1742 159
Il continue avec fuccès à faire la véritable Effen
ée de Savon à la Bergamotte & autres odeurs dou
ces dont on fe feit pour la barbe , au lieu de Savonnettes;
les Dames s'en fervent auffi pour ſe laver
le vifage & les mains ; il la vend 12. fols l'once. I
avertit que les Bouteilles font toujours cachetées ;
au tour du Cachet on lit fon nom & fa demeure ,
il y a une Bouteille dans le milieu du Cachet , ou
il y a le nom de la Liqueur , comme à l'Ognifiori.
Il fait auffi de bons Cuirs à repaffer les Rafoirs
avec lefquels il ne faut point de Pierre à aiguifer ;
il les vend depuis 40. fols jufqu'à 60. à un côté ,
& depuis 4. liv . jufqu'à 8. à deux côtés differens.
Il donne la maniere de s'en fervir.
Le Public eft averti que le véritable Suc de Regliffe
& de Guimauve blanc fans fucre , fi eftimé
pour toutes les maladies du Poulmon inflammations,
enrouëmens , toux , rhumes, afthme , poulmonie &
pituite, continue à fe débiter depuis plus de 30 ans,
de l'aveu & aprobation de M.le Premier Médecin du
Roy , chés Mile Defmoulins , qui eft la feule qui
en a le Secret de défunte Mlle Guy , quoique de
puis quelques années des Particuliers ayent voulu
le contrefaire , lefquels , pour mieux tromper le
Public , fe font dit enfans de M. Guy , ce qui eft
une fupofition , & la difference s'en connoîtra aifément
par la comparaison qu'on en pourra faire . On
peut s'en fervir en tout tems, le transporter partour
& le garder fi long tems que l'onveut fans qu'il fe
gâte jamais ni perde rien de fa qualité . Mlle Defmoulins
demeure rue Guenegaud , Fauxbourg S. Germain,
du côté de la rue Mazarine , chés M. Guillaume
Marchand de Vin , aux Armes de France.
Hiij CHAN
*
160 MERCURE DE FRANCE
CHANSON.
Coule , Bouteille
incomparable
A ma Maîtreffe préférable ;
Tu me prodigues ta liqueur ;
Iris me refufe fon coeur ;
Sans regret , ma Bouteille aimable
Accorde tout à mon ardeur ,
Elle me caufe une yvreffe agréable
C'eft m'accorder la derniere faveur.
Le G *
MUSETTE.
Pour toi belle Cloris, je fens les plus beaux feux,
Et tes rigueurs caufent mes peines ;
Ah ! daigne , pour me rendre heureux ,
Me donner ton coeur pour Etrennes !
A l'Hymen le plus doux fe bornent tous mes voeux
Je brûle d'en former les chaînes :
Ah ! daigne , pour me rendre heureux ,
Me donner ton coeur pour Etrennes !
*
On n'entend repeter que ces mots douloureux
Dans
TUL NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
A&TOR LENCK AND
DSN FOUNDATIONS.
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AMO
LDEN
FOUNDATIONE
,
JANVIER 1742: 161
Dans les Valons & dans les Plaines :
Ah ! daigne , pour me rendre heureux
Me donner ton coeur pout Etrennes !
*
La Belle enfin , fenfible à ſon ſort rigoureux ,
Lui dit , pour adoucir ſes peines :
Je veux bien , pour te rendre heureux,
Te donner mon coeur pour Etrennes.
Laffichard.

SPECTACLES.
EXTRAIT de la Parodie de la Paftorate
Heroique d'Iffé , intitulée les Oracles , repréfentée
au Théatre Italien le 21. Decem
bre dernier.
Dorimon ,
Celadon.
ACTEURS.
fous le nom de
2déguisés en
Léandre , coufin de Dorimon. SBergers.
Iffé ,
Doris ,
Colas ,
Bergere.
foeur d'Iffé
Aman d'Iffé.
Hiiij. Le:
162 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Prêtre de la Forêt de Dodone.
Trois Oracles.
Un Acteur Italien.
Le Sommeil.
C
faites
Omme ces fortes de Piéces font plûtôt
pour amufer que pour inftruire ,
nous ne nous attacherons pas à en faire
un Extrait bien exact ; nous nous contenterons
de dire que cette Parodie a été repréfentée
avec beaucoup de fuccès fur le
Théatre Italien , qui eft devenu à la mode
depuis cinq ou fix mois. Au refte , quoique
le Sr Romagnefi ait beaucoup de talent pour
le Théatre , ce dernier Ouvrage ne lui a pas
beaucoup coûté ; il a fuivi pied à pied les
cinq Actes de l'ingénieufe Paftorale qu'il a
parodiée , réduifant les cinq Actes d'iffé en
un feul , compofé de dix - neuf Scénes. Un
Seigneur du Village qu'on a choif pour le
Lieu de la Scéne , & un de fes Coufins, tiennent
lieu d'Apollon & de Pan.
Dans la premiere Scéne , Dorimon en Ber
ger chante fur l'Air : Filles de la Tourrete,
Moi , qui dans mes tendreffes
Eus toujours du malheur ,
Dont toutes les Maîtreffes
Mépriferent l'ardeur ,
Faut- il que je m'engage
Sous
JANVIER. 1742. 163.
Sous de nouvelles loix &
Et n'est- ce pas dommage
Qu'Amour mette aux abois
Un fi.beau minois ?
Dans la feconde Scéne , Léandre reproche
à Dorimon , fon coufin , la trifteffe où il le
trouve enfeveli , & chante fur l'Air : Et voila
Pallure , mon Coufin.
Les pleurs & les chagrins ,
Mon Coufin ,
Retardent l'avanture ;
Le fexe féminin ,
Vif & fin ,
Veut gaillarde encolure ,
L'air badin ,
Et fur tout fringante allure ,
Mon Coufin ,
Et fur tout , & c.
Dorimon:
Air : Lucas fe plaint qu'à fa femme
C'eft pourtant par ce langage.
Que d'Ilé je fuis vainqueur .
Par un tendre hommage
Ses yeux' demandent mon coeur
Léandre.
Quel.avantage ,
Hy Damony
164 MERCURE DE FRANCE
D'avoir fixé le Seigneur
De fon Village !
Dorimon & Léandre s'étant retirés , Iffé
vient expofer ce qui fe paffe dans fon coeur.
Iffe.
Qu'est- ce à dire ?
Le petit Amour
Me jouë d'un tour ;,
Je foupire ,
Cela vient de lui ,
Oui ,
Lere , lanlere .
Je ne fçais que faire :-
Quand on veut lui réfifter ,
Le mal ne fait qu'augmenter ;.
Je crois que pour en guerir
Il faut le ſouffrir.
La Scéne fuivante fe paffe entre Iffé & Do
ris. Iffé vient demander à fa foeur quelle eft
La caufe de fa rêverie. Air : Pour fuir l'Amour:
Quoi ma petite foeur ,
Vous êtes donc feulette !
Gageons que votre coeur
D'amour a fait emplette.
Le
gros CColas
A la fin yous enchante
Bour
JANVIER. 1742. 165
Pour vos apas
Depuis long tems il chante.
Iffé fait entendre à fa foeur que ce n'eft pas
pour cela qu'elle foupire. Tous les Vers que
nous venons de citer , ne regardent que l'expofition
du fujer ; voici le noeud de la Piéce
dans la Scéne cinquième : Colas amoureux:
d'Iffé , fe plaint à elle de fon indifference ,
mais il n'en eft pas plus heureux. Dorimon
qui vient après que Colas s'eft retiré , lui déclare
fon amour : Iffé ne peut lui cacher plus
long-tems le penchant de fon coeur , & le
quitte , en lui difant tendrement :
Je fuis l'Amour , quand je vous fuis.
Léandre fait auffi une déclaration d'amour
à Doris ; mais comme il ne veut pas aimer
conftamment, elle ne s'accommode pas de fon
humeur légere . Paffons aux Oracles qui ont
donné le nom à la Parodie. L'action fe paffe:
dans la célebre Forêt de Dodone. Un Acteur
Italien parle ainfi au Grand Prêtre, fur l'Air 3 :
Un Cordelier:
Depuis un tems Paris nous idolâtre
Sur notre Théatre ,
Et même aplaudit
A tout ce qu'on y dit..
Quel changement ! feroit - ce par caprice ??
Ou par la justice¿
H. vj Q
166 MERCURE DE FRANCE
Qu'à la fin il rend
A notre zéle ardent
Le Grand Prêtre lui répond :
Ni l'un , ni l'autre.
Aire Ma Fable eft- elle obfcure ? lure, lure
Dans un Defert parut un Phénoméne ,
Pour l'admirer , tout le monde y courut . ]
Tant qu'il brilla , l'audience y fut pleine
Il s'éteignit , la foule difparut..
Italiens , ma Fable eft- elle obfcure
Lure , lure , lure .
Le Public vous l'expliquera ;
Lera , lera , lera .
L'Oracle
Air : Adieu paniers , Vendanges font faites.
Profitez bien de vos recettes
Pendant vous prenez
que
fix francs ;
Lorfque vous n'aurez plus d'Enfans ,
Adieu paniers , vendanges font faites.
Iffé demande à fon tour quel fera le fort
de fon amour , l'Oracle lui répond fur l'Air
de l'Opera.
Iffé de Dorimond doit être le partage ;
Il eft Seigneur de ce Village .
Voila
JANVIER. 1742: 167
Voilà le noeud de l'action principale ; en
voici le dénouement en peu de mots. Iffe
ignore que le Berger qu'elle aime eft ce même
Dorimon à qui l'Oracle la deftine ; Dorimon
le lui apprend , & par cet aveu il calme
tous les troubles de fon coeur..
NOUVELLES ETRANGERES.
RussIE.
N.mande de Pétersbourg du 19. du mois der
de mois
nier , que
la Czarine a reçû un courier de
Finlande , par lequel on a apris que la nouvelle
de la proclamation de cette Princeffe avoit caufé
une joye génerale parmi es troupes qui font fous
les ordres du Géneral Keyth , & que les Offi
ciers & les Soldats avoient marqué un égal empreffement
à prêter le ferment de fidelité à leur légitime
Souveraine .
S. M. Cz a laifié à la Princeffe de Brunswich
Bevern toutes les pierreries que la feuë Czarine lui
avoit données , & elle lui a accordé une penfion de
Sooco. Roubles.
Le Comte de Munich a été privé par la Czarine
de tous les Titres & de toutes fes Dignités , & S.
M. Cz. a ordonné qu'on mît en fequeître les reven'us
de toutes les Terres qui apartiennent à ce Com
te. Les mêmes ordres ont été donnés pour les Terres
du Comte d'Ofterman . Les perfonnes de fa famille
, qui ont été conduites à la Fortereffe de
Schlieffelbourg , font au nombre de c'ix- huit ,' &
on
A
168 MERCURE DE FRANCE
on a encore arrêté depuis peu deux de ſes Sécrétai →
res. On inftruit avec toute la diligence poffible le
procès de ce Miniftre & celui du Comte de Munich
, la Czarine voulant qu'ils foyent jugés avant:
fon départ pour Mofcow.
Elle a rétabli dans leurs anciens honneurs les .
Knées Bafile & Michel Dolgorouki , qui font arrivés
depuis peu , l'un de la Fortereffe de Schlieffelbourg
, & l'autre de celle d'Iwanogrood , où ils
étoient prifonniers depuis l'année 1739
Il avoit été reglé lorfque le Prince & la Prin-
Geffe de Brunſwick Bevern font partis de Peterf
bourg , pour retourner en Allemagne , qu'ils feroient
trente Wertes par jour , & qu'ils ne fe repoferoient
que de deux jours l'un , mais la Princeffe
leur file étant tombée malade en chemin , ils
ont demandé qu'on leur permit de fufpendre leur
marche jufqu'après fon rétablitlement . Comme lesordres
du Commandant de leur eſcorte étoient extremément
précis , & que le tems de leur voyage
étoit fixé , ce Commandant a eû beaucoup de peine
à confentir à ce délai , cependant fur ce qu'ils
Jui ont repréfenté que ce feroit expofer la vie de
la jeune Princeffe il s'eft déterminé à leur accorder
deux jours , & après ce tems il leur a fait continuerleur
route. Ce Prince & cette Princefle ayant
témoigné qu'ils fouhaiteroient qu'on évitât de tra--
verfer les Villes on s'eft conformé à leur défir.
Le Prince Louis Erneft de Brunswich Bevern fe
difpofe à les fuivre dans quelques jours ; il ne s'eft:
arrêté à Petersbourg que pour payer les fommes
qu'il y devoit , & pour arranger les affaires domef
tiques du Prince fon frere , & il n'a point fait ufagede
la liberté que la Czarine lui avoit laiffée de paroître
en public & de fe fervir des équipages des
Ecuries du Palais .
SA
JANVIER 1742 169
S. M. Cz. a fait publier une nouvelle Déclaration
, laquelle porte que la Czarine Catherine Ale--
ziewna , un an après avoir pris poffeffion du Tiê
ne , avoit été engagée par les intrigues de quelques
perfonnes , à établir un Haut Confeil Privé , compolé
de vingt perfonnes , dont dix devoient être
choifies entre les Senateurs , & qu'elle avoit chargé
ce Confeil de l'adminiftration de toutes les affaires
publiques ; qu'il avoit plu à la Czarine Anne:
Iwanowa de fuprimer ce Confeil , & de lui en fubftituer
un autre dans lequel elle n'admit que les
Miniftres , & qui a exercé jufqu'à préfent la même
autorité que le Haut Confeil Privé , non- ſeulement
pour ce qui regarde le Gouvernement de l'Etat
, mais encore par raport à la décifion des affaires
qui concernent les particuliers ; que cette nouvelle
forme de Gouvernement a produit un grand:
nombre d'abus ; que le jugement de plufieurs pro-
Gès importans a été fufpendu ou négligé , & que la
Juftice a été adminiftrée de la façon la plus irré
guliere ; que pour remédier à de pareils défordres ,.
S. M. Cz. ordonne qu'à l'avenir le Senat ait dans
toutes les affaires de l'intérieur de l'Etat , de quelque
nature qu'elles foient , jurifdiques ou non jurifdiques
, la même autorité qui lui a été confiée
par le Czar Pierre I. que non - feulement le Senat,
mais encore tous les autres Tribunaux , fe confor-
´ment éxactement dans leurs décifions à la Jurifprudence
établie par le Code du Czar Alexis Michaëlowitz
& par les Edits du Czar Pierre 1. & que les
Ordonnances renduës , tant par la Czarine Catherine
Alexiewna que par le Czar Pierre II par la
Czarine Anne Iwanowna & par le Czar Jean
foient auffi exécutées , à l'exception de celles qui:
ne s'accordent pas avec le préfent Réglement.
On a apris du 2. de ce mois , que le Senat
s'é
170 MERCURË DE FRANCE
s'étant affemblé le vingt - fix du mois dernier
pour la premiere fois depuis que la Czarine lui
a rendu l'autorité qu'il avoit fous le Regne du
Czar Pierre I. S. M. Cz . y préfida , & qu'elle y
prononça un difcours dans lequel Elle déclara
qu'Elle croyoit ne pouvoir prendre de moyen plus
fur , pour affûrer le bonheur & la gloire de la Ruffie
, qu'en fuivant inviolablement les principes &
les exemples du Czar , fon Pere .
Le Knées Czerkasky , Grand Chancelier , répondit
au nom du Senat , que tous ceux qui compofoient
l'Affemblée , s'emprefferoient toujours à
marquer à la Czarine par leur zéle & par leur foumiffion
, la joye qu'ils reffentoient d'être gouvernés
par une Princeffe , qui étoit non- feulement la légitime
héritiere du Trône du Czar Pierre I mais ent
core l'héritiere de fes vertus . "
Le 29. jour de l'Anniverfaire de la naiffance de
la Czarine , qui eft entrée dans la 33. année de fon
âge , S. M. Cz . dina en public , & Elle n'admit perfonne
à fa table , laquelle étoit placée fous un
magnifique Dais ; les principales perfonnes de la
Cour furent fervies à une autre table de 220. coul
verts dans la même Sale , & le Knées Czerkasky
traita les Miniftres Etrangers . Le foir il y eat un
grand Bal , chés S. M. Cz. le Palais fut illuminé ,
& l'on tira un fort beau feu d'artifice .
La Czarine ayant été informée que l'Archevêque
de Novogrood , qui eft Préfident du Synode , avoit
eû part aux projets des Comtes de Mu ich & d'Ofterman
, Elle lui envoya ordre de venir lur parler',
& Elle lui fit une fevere réprimande de ce qu'un
homme de fon caractére , devoué au ferv ce des
Autels & obligé par fon état de donner l'exemple
des vertus Chrétiennes , avoit été capable de fe
prêter à des intrigues auffi contraires à l'équité - qu'à
la
JANVIER . 1742 172
la Religion. L'Archevêque de Novogrood fe jetta
aux pieds de la Czarine , pour implorer fa clémence
, & će Prélat l'ayant affûtée , en répandant beau
coup de larmes , qu'il n'avoit pas étéle maître ,
non plus que quelques autres Confeillers du Synode
, d'agir autrement, parce que tout trembloit fous
l'autorité du précedent Miniftere , J. M. Cz. lui dit
qu'Elle vouloit bien lui pardonner , à condition
qu'il mettroit fur le champ par écrit tout ce qu'il
fçavoit des complots dont Elle avoit interêt d'être
inftruite Il remplit près de trois feuilles de papier
des éclairciffemens qu'il crut devoir donner à la
Czarine , il fignà cet écrit , & il le laiffa à S. M.
Cz. qui lui permit de s'en retourner chés ini , après
lui avoir commandé de ne plus s'occuper deformais
que des devoirs de fon état.
On prétend que les déclarations faites par cet
Archevêque confirment qu'il y avoit un deffein
formé d'éloigner à jamais la Czarine du Trône ,
pour y faire monter la Princefle de Bruniwick Bevern
, & qu'on devoit envoyer S. M. Cz . dans le
Monaftere de Troisky , près de Moſcow , fous pré
texte que fa préſence en cette Ville donnoit lieu
de former des factions , & nuifoit à la tranquillité
publique.
Depuis que la Czarine a tiré cet aveu de ce Prélat
, les Commiffaires qu'Elle a nommés pour inf
truire le procès des prifonniers détenus dans la
Fortereffe de Schlieffelbourg , ont interrogé plufeurs
fois les Comtes de Munich & d'Ofterman &
le Baron de Mengden , pour fçavoir d'eux les raifons
qui les ont portés à vouloir priver S , M, Cz.
des droits que lui donnoient fa naiffance & la Dif
pofition Teftamentaire du Czar Pierre I. & à former
le complot de la faire enfermer. f
Le Comte d'Ofterman en particulier a été conduit
trois
172 MERCURE DE FRANCE
$
trois fois de la Fortereffe de Schlieffelbourg àPé
tersbourg , pour être examiné dans une Sale du Pa
lais , & chaque fois la Czarine a affifté aux interrogatoires
dans une Chambre voifine , où elle étoit à
portée d'entendre , fans être vue , les réponſes de
ce prifonnier. On a fair fubir auffi plufieurs interrogatoires
au Comte de Lowenwolde , au Comte
Michel de Golowkin , aux Barons de Strefchneff ,
à M. Lapowchin , Commiffaire Géneral de la
Marine mai on n'eft pas encore inftruit de ce
qu'ils ont atlegué pour leur juftification , & l'on
fait feulement que le raport des Commiſſaires est
favorable au Comte Michel de Golowkin.
S. M. Cz. a confifqué tous les biens des Comtes
de Munich & d'Ofterman & du Baron de Mengden
. Au refte , la Czarine a recommandé qu'on les
traitât dans leur prifon convenablement au rang
qu'ils ont eû , & qu'on leur fournit , ainsi qu'aux
autres prifonniers , tout ce dont ils auroient befoin.
Quelques - uns des Miniftres de cette Princeffe lui
avoient confeillé de s'affûrer de diverſes perſonnes ,
dont on avoit lieu d'efperer de tirer des lumieres
importantes , mais Elle à répondu qu'Elle ne fe refoudroit
point , fans de fortes raisons à ôter la liberté
à des innocens ; qu'Elle fçavoit que des Subalternes
font fouvent dans la néceffité de fuivre aveuglément
les volontés de ceux aux ordres defquels
ils font foumis , & qu'Elle croiroit commettre une
injuftice criante , fi elle leur faifoit porter la peine
des fautes de leurs Superieurs. Conduite par un pa+
reil motif d'équité , Elle a fait dire à un frere du
Comte de Munich , qui eft Conſeiller Privé dans
le College de la Chancellerie , qu'il n'y avoit aucune
accufation contre lui , qu'Elle l'affûroit de fa
beinveillance , & qu'il en éprouveroit les effets.
Le Prince de Helle-Hombourg & le Knées Bafi- -
le
JANVIER 17420 173
le Wolodimerowitfch Dolgorouky ont été décla
rés , l'un Préfident , & l'autre Vice- Préfident du
Confeil de Guerre , & la Czarine a donné Séance
dans ce Confeil au Feldt Maréchal Lefcy & au Géneral
Keyth.
Les Places des Dames du Palais'ont été données aux
mêmes Dames qui les avoientremplies auprès de la
feuë Czarine , & l'épouſe du Géneral Saltiskow a
obtenu celle de Danie d'Atours. S. M. Cz. défirang
d'avoir auprès d'Elle la fille du Knées Czerkasky ,
& voulant lui accorder une diftinction entre fes Filles
d'honneur , a créé pour elle une Place de Fille
d'honneur de la Chambre. Les fix Gentilshommes
qui étoient au Service de cette Princeffe , avant
qu'Elle montât fur le Trône , ont été faits Chambellans
, & Elle a difpofé de la Charge de Premier
Médecin en faveur de M. Leftok , qu'Elle a nommé
en même-tems Confeil er Privé Actuel & Directeur
Géneral de tous les Colleges de Médecine
de la Ruffic.
On a reçu avis de Nerva , que le Prince & la
Princeffe de Brunſwick-Bevern y étoient arrivés .
avec le Prince & la Princeffe , leurs enfans , & qu'un.
jour après ils en étoient partis , pour ſe rendre à
Riga.
Le Comte Charles Biron , qui avoit été conduit
en Siberie , à l'occafion du jugement prononcé
contre le Comte Erneft , fon frere , ci - devant Régent
de Ruffie , eft attendu inceffamment à Petersbourg.
S. M Cz. a rapellé ce Comte en confi ération
de fon mérite & de fa valeur , dont il a donné
des preuves diftinguées pendant la derniere guer
re contre le Grand- Seigneur , particulierement au
Siége d'Oczakow , & il fera rétabli dans fes honneurs
& dans fes dignités . A l'égard du Comte Erneft
, on ignore s'il reviendra à la Cour , mais la
Czarine:
74 MERCURE DE FRANCE
Czarine a donné ordre qu'on fit revenir fes deu
fils & fa fille ,
ALLEMAGNE.
Na apris de Vienne du to . du mois dernier ,
par le Grand Duc de Tofcane a raporté que ce
Prince s'étoit déterminé à pafer le Moldaw , pour
tâcher d'enlever quelques uns des quartiers , ou
les troupes Françoiles , du détachement du Comte
d'Aubigné , étoient cantonnées , mais que le Com
te d'Aubigné ayant été averti de fa marche , avoir
fart repaffer la Votava à toutes ces troupes , & s'étoit
pofté fous Pifceck .
On mande de Hambourg du premier de ce mois
qu'on y a reçû quelques exemplaires d'une nouvelle
Déclaration que la Czarine a fait publier à
Pétersbourg le 9. du mois dernier, & dans laquelle
elle déduit , beaucoup plus amplement que dans
celle qui avoit été publiée le 6. les raifons qui l'ont
determinée à fe rendre aux inftances que les Etats
de Ruſſie lui ont faites pour l'engager à monter fur
le Trône.
Cette Déclaration porte que la Czarine Catheri
ne Alexiewna , mere de S. M. Czariene avoit fait le
18. Mai 1727. un Teftament dont les Etats de
Ruffie avoient juré l'obſervation ; que par le premier
article de ce Teftament , elle avoit inftitué le
Czar Pierre II. pour fon fucceffeur à la Couronne ,
& qu'en cas de mort de ce Prince , elle avoit fait la
difpofition fuivante par l'article VIII . lequel eft
conçu en ces termes . Si le Grand Prince de Mofcovie
vient à mourir fans enfans , ce fera la Princeffe
Anne Petrowna & ſes deſcendans ; après eux la Prinreffe
Elizabeth Petrowna ésfes defcendans , quiſucce
deront
JANVIER
1742 17
deront au Trône , & les héritiers mâles feront apellés
à ce Droit avant les femelles . Au furplus il eft reglé
que perfonne ne peut occuper le Trône de Ruffie ,
ne profeffe pas la Religion Grecque , ou s'il poffede une
autre Couronne.
s'il
La Czarine ajoûte qu'en vertu de cette difpofition
elle étoit devenue inconteſtablement la lés
gitime héritiere du Trône de fes Peres après la
mort du Czar Piere II . & qu'elle auroit joiii de fes
droits , fi ce Teftament n'avoit été fuprimé par la
malignité des intrigues du Comte d'Ofterman qui
avoit été Grand- Maître de la Maiſon de ce Prince ,
& qui avoit dès lors le maniement des affaires les
plus importantes de l'Etat ; que par les mêmes intrigues
du Comte d'Ofterman , dont elle a connu
parfaitement les artifices & les procedés fi préjudi
ciables à la Ruffic , elle avoit été excluë du Trône,
& que la feuë Czarine Anne y avoit été élevée au
préjudice des droits reconnus de l'heritiere légitime;
que lorsqu'au mois d'Octobre 1740. cette Princef-
Te fut attaquée de la maladie dont elle eft morte ,
le Comte d'Ofterman avoit dreffé un Reglement de
Succeffion qui fut imprimé & publié le 17. du même
mois , & par lequel il fur ftatué que le Prince
Jean , fils de la Princeffe Anne de Meckelbourg au
quel on donna par ce Reglement , le Titre de
Grand Prince de Ruffie , fuccederoit au Trône ;
que le Comte d'Ofterman , afin d'en écarter à jamais
la Czarine aujourd'hui regnante , avoit inferé
dans ce Reglement , que le Prince Jean , s'il avoit
un fils , l'auroit pour Succeffeur , que fon petit fils
fuccederoit à ce fils , & que fi ce dernier mouroit
fans pofterité mâle , le Trône pafferoit aux autres
Princes qui feroient nés de la Princeffe Anne de
Meckelbourg , quoique les parens de ces Princes
n'y euſſent eux- mêmes aucun droit ; que le 16.
Octobre
176 MERCURE DE FRANCE
obfedée par c
·
Octobre 1740. la feuë Czarine , ceut
qui l'environnoient , & affoiblie déja confidérablement
par la violence de fa maladie , avoit figné ce
Reglement ; que c'étoit de cette maniere & par les
efforts réunis du Comte d'Ofterman & du Felde
Maréchal de Munich , que le 28. du même mois
après la mort de la Czarine Anne , le Prince Jean
avoit été proclamé Czar ; que comme toutes les
troupes étoient alors fous les ordres du Prince de
Brunſwick Bevern & de ce Feldt Maréchal , & que
par conféquent ils étoient maîtres de toutes les forces
de l'Etat , tous les Mofcovites bien intentionnés
s'étoient trouvés dans la derniere confternation , &z
avoient été obligés de fe conformer au Reglement
figné par la feuë Czarine , en rendant hommage au
Prince Jean que ce Reglement défignoit Czar ;
qu'il leur avoit fallu foufcrire en même- tems à un
autre Reglement particulier concernant la Régence
provifionelle pendant la minorité ; que peu de tems
après,la Princefle Anne de Meckelbourg & le Prince
de Brunfwick Bevern , fon époux , qui avoient juré
eux-mêmes de fe foûmettre à ces Reglemens ,
oubliant leur ferment , avoient fait avec le fecours du
Comte d'Ofterman & du Feldt Maréchal de Mu
nich , annuler le Reglement qui regardoit la Régence
; que la Princeffe Anne de Meckelbourg s'étoit
fait deferer par force le Titre de Régente , &
celui de Grande Princeffe de Ruffie , lequel ne lui
apartenoit en aucune maniere ; que telle avoit été
ta fource de tant de défordres arrivés dans l'Etat ,
& de tant de cruelles vexations commifes contre
plufieurs perfonnes , mais que la plus violente atteinte
que pûffent fouffrir les droits & même la fûreté
de la Czarine , eft celle que le Comte d'Ofterman
& le Comte Michel de Golowkin avoient voulu
y donner depuis, peu ; que de concert avec la
PrinJANVIER
178 1742.
Princeffe Anne de Meckelbourg & avec le Prince
de Brunfwick Bevern , ils avoient projetté un noueau
Reglement par lequel ils fe propofoient d'exclure
abfolument la Czarine du Trône qui lui apar
tient felon toutes les Loix Divines & Humaines,
& d'y placer la Princefle Régente , même du vi
vant du Prince , ſon fils.
Il eft dit à la fin de cette Déclaration que
Czarine , après avoir mûrement déliberé ſur des
defordres fi préjudiciables à l'Etat , & voulant d'ail
leurs pourvoir à la sûreté de fa Perfonne , elle
a monté le 6. du mois dernier fur le Trône paternel
avec l'affiftance du Dicu Tour - puiffant , &
à la priere de fes fideles Sujets , particulierement de
fes Régimens des Gardes ; que quoique la Princeffe
Anne de Meckelbourg , le Prince Jean ,
fon fils , & la Princeffe Catherine , foeur de ce
Prince , n'ayent aucun droit au Trône , & qu'ils
n'ayent même aucun prétexte pour y prétendre,
la Czarine a cependant bien voulu , en confidération
de la Parenté qui eft entr'elle & la Princeffe
Anne de Meckelbourg , & de l'alliance du Prince
Antoine Ulrich de Brun wick - Bevern avec le feu
Czar Pierre II. leur accorder fa protection , &
qu'oubliant toutes les démarches qu'ils ont faites
contre les intérêts , elle a ordonné qu'on les Coilduifit
dans leur Patrie avec tous les honneurs dûs
à leur Naiffance , & des Penfions convenables pour
leur entretien.
On a appris de Willinow du 26. Décembre
dernier , que le Village de Nejepin , fitué entre
Przibram & Chotiebroz , étant un Pofte qu'il importoit
aux Troupes Saxonnes de conferver , 1:
Lieutenant Général Birckholtz le fit occuper par
140. Grenadiers du Régiment du Prince Xavier
Trois mille hommes des Troupes de la Reine
de
178 MERCURE DE FRANCE
,
de Hongrie , à la tête defquels étoient le Général
d'Olonne & le Major - Général Baroniay , s'aprocherent
le 24. au matin de ce Pofte , & ils
firent fommer le Capitaine Merlin qui y commandoit
, de fe rendre , & cet Officier ayant réfolu
de le défendre , ils attaquerent le Village &
mirent le feu. Le Capitaine Merlin fe retira avec
fes 140. Grenadiers dans une Ferme & il fe
défendit avec tant de valeur , qu'il donna le tenis
au Lieutenant -Général Birkholtz , d'aller à fon
fecours avec le Régiment de Schligtinch , un Bataillon
du Régiment de la Reine & un détachement
d'Ulans Le Lieutenant - Général Birckhoitz
dégagea le Capitaine Merlin , & mit en fuite
le Corps de Troupes , commandé par le Général
d'Olonne , que les Ulans Fourfuivirent jufqu'à
Chotiebroz .
Les dernieres Lettres qu'on a reçûës du Comte
de Kevenhuller , marquent que les Troupes Françoiſes
& Bavaroifes , qui occupoient divers Pottes
le long de la riviere d'ens , s'étant retirées à
Lintz , il avoit paflé cette P riviere fans obſtacle ;
qu'il avoit mis des Garnifons dans la Ville d'Ens ,
dans le Fort de Steyer & dans quelques Châteaux
voisins , & qu'il avoit marché enfuite à
Wels où il avoit étabi on Quartier Géneral ,
d'où il comptoit de decamper bien - tôt , pour aller
former le Blocus de la Ville de Lintz . Ce Général
ajoûte dans ces Lettres , que le Major Général
Berenklaw s'étoit avancé vers les Frontieres de
la Baviere , & qu'il s'étoit emparé de Bramer
d'Izchel & de Ried. On a appris en nême tems
que le Colonel Trenth s'étoit auffi rendu maître
de plufieurs Poftes , & que le Troupes Bavaroifes
, qui garaoient les Salines de Gemunden ,
Jes avoient abandonnées à l'aproche du Général
*Molck. Le
JANVIE R. 1742. 179
Le Comte d'Aubigné ayant apris le 25. du mois
dernier , que l'armée commandée par le Grand
Duc de Tolcane avoit paffé le Moldaw , raffembla
les troupes qui étoient cantonnées au delà de
la Votava ; il leur fit repaffer cette derniere Riviere,
& il fe pofta avec ces troupes fous Pifcek. Le
Maréchal de Broglie , qui étoit parti de Prague le
24. le joignit le 27. avec trois Brigades de Cavalerie
, & il fit camper l'Arm e derriere la Votava ,
mettant la Ville de Pifcek entre le Camp & cette
Riviere. Le 28. au matin , on découvrit les ennemis
qui s'avançoient fur deux Colonnes , & qui
fe formerent en Bataille de l'autre côté de la
Votava.
Le Grand Duc de Tofcane envoya le même jour
un Trompette pour fommer le Comte d'Aubigné ,
qui étoit refté dans Pilcek avec neuf Bataillons , de
rendre la Ville , & le Comte d'Aubigné ayant fair
réponse qu'il étoit réfolu de fe défendre , les ennemis
attaquerent fur les net f heures du toir une des
portes , laquelle étoit gardée par le Duc de Luxembou.
g. Ils furent repouffés , après avoir perdu un
Lieutenant Colonel , un Capitaine & quelques
Croates , & le lendemain , à quatre heures du matin
, ils décamperent , marchant par leur gauche
pour le retiver. Le Maréchal de B oglie les a fait
Tuivre par deux détachemes qui font commandés ,
P'un par le Chevalier de Beauvais Lieutenant- Colonel
des Carabiniers , & l'autre par M. de Saignes ,
Lieutenant- Colonel du Régiment de Cavalerie de
Clermont .
Les Troupes commandées par le Grand Duc de
To cane , ayant repaffé à la droite du Moldaw , le
Maréchal de Broglie commença le 6. de ce mois à
faire cantonner le long de la Votava l'armée qui
eft
180 MERCURE DE FRANCE
eft fous fes ordres. Le Maréchal de Terring , à
la tête des troupes Bavaroifes , fe mit en marche
la veille pour le rendre à Strakonitz , d'où il a dû
continuer fa route vers Paffaw , fur les Avis que
le Comte de Kevenhuller étoit entré le 31. du
mois dernier dans la Haute Autriche , & que les
troupes Françoifes & Bavaroifes répandues le long
de la riviere d'Ens , & qui font commandées par le
Marquis de Segur & par le Marquis de Minutzy
s'étoient retirées à Lintz .
>
Le Comte de Polaftron ayant marché le trois de
ce mois avec le Corps de troupes qu'il commande
& avec les troupes Saxonnes , pour tourner par
le côté de la Moravie le Pofte de Teufchbrod
le Prince de Lobkowitz , qui étoit dans ce Pofte
a pris le parti de l'abandonner , d'y laiffer un détachement
de 200. hommes qui ont été faits prifonniers
de Guerre , & de fe retirer à Iglaw.
Le Comte de Polaftron , après s'être emparé de
Teufchbrod , s'eft avancé à Polna , où il étoit
le s .
On a apris de Francfort le 20. de ce mois
que le Maréchal de Belle Ifle , Ambaffadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire du Roy très-
Chrétien à la Diette Electorale tenue pour l'Elec-'
tion d'un Empereur , ayant fixé au 18. de ce mois
fon Entrée publique à Francfort , il fe rendit ce
jour-là à une Maifon apartenante à la Ville , & qui
en eft éloignée d'une lieue , il y fut complimenté par
les Députés du Magiftrat auquel il avoit donné
part de fon Entrée , & enfuite de la part des Am
baffadeurs & Miniftres Etrangers , qui y ont en¬
voyé leurs caroffes .
Lorfque le Maréchal eût reçû ces complimens
fe mit en marche vers les onze heures du matin
&
JANVIER. 1742 187
& il trouva à la moitié du chemin de la Maiſon d'où
il étoit forti pour fe rendre en cette Ville , le Comte
de Papenheim , Maréchal héréditaire de l'Empire ,
de la part duquel le Maréchal de Belle-Ifle avoit été
complimenté le matin par le Quartier - Maître
de l'Empire. Le Comte de Papenheim defcendie
de caroffe , & après avoir fait un compliment auz
Maréchal de Belle - Ifle , il fi : marcher fon caroffe
& fon cortege devant celui du Maréchal , lequel
entra à Francfort par la porte de Sachenhauſen dans
P'ordre fuivant.
L'Ecuyer de la Cavalerie Bourgeoife ; 9. chevaux
de main des Compagnies de cette Cavaferie
, lefquelles avoient accompagné les Députés du
Magiftrat , nommés pour aller complimenter le
Maréchal de Belle - Ide ; l'Ecuyer de la Ville ; 4 .
Palefreniers vêtus des livrées de la Ville , me
nant des chevaux de main , couverts de caparaçons
aux Armes de la Ville ; les trois Députés précé
dés de leur livrée & de celle de la Ville ; 4. Archers
à cheval , vêtus de la même livrée ; les
Timballes & Trompettes de la Ville , précédés de
fix Cavaliers ; les trois Compagnies de Cavalerie
l'épée à la main & leurs Capitaines à leur tête ; le
Prevêt de l'Empereur , à cheval , portant fon Bâton
; les quatre chevaux de main du Comte de Papenheim
; fon caroffe à fix chevaux , précédé &
fuivi de fa livrée ; un Sous - Ecuyer du Maréchal
de Belle- Ifle ; 26. des principaux Officiers de fa
Maiſon , marchant à cheval deux à deux
Sous-Ecuyer ; 12. Fourgons attelés de deux chevaux
chacun , & fur lefquels étoient des cou
vertures de velours vert , galonnées d'or & char
gées d'Armes en Broderie ; un Ecuyer ; 36. Hom-
'mes de livrée du Maréchal de Belle- Ifle mar
*chant deux à deux ; 4. Hautbois précédés de deux
I ij Cors
>
; un
182 MERCURE DE FRANCE
,
ni-
Cors de chaffe 12. Valets de Chambre ; 127
chevaux de main richement caparaço nés précédés
d'un Ecu , er & fuivis de deux Piqueurs ;
12. Pages accompagnés de leur Gouverneur , Sousgouverneur
& Maître 8, Gentils- hommes ; I.
Timballier & 4. Trompettes ; le Fourier de l'Empire
; deux Officiers du Comte de Papenheim ;
Ton Sécretaire , marchant à côté d'un Confeiller
de la Chancelierie ; un Gentil- homme du Comte
de Papenheim ; le Quartier- Maître de l'Empire ;
le Comte de Papenheim , ayant à fes côtés deux
Trabans avec leurs Pertuifanes , & fuivi de deux
Pages les François qui ont accompagné le Maréchal
de Belle- Le dans fon Ambaffade , marchant
en groupe au nombre de 22. & étant auffi magn
fiquement vêtus , que fuperbement montés . Le
Maréchal de Belle ile , précédé de quatre Couseurs
, avoit à fes cô és 2. Ecuyers , 6. Heyduques
& 6. Suilles à pied , & derriere lui les Officiers de
fes Gardes & 1. Sous- Ecuyer. Less , caroffes du
Maréchal de Belle - Ifle marchoient après lui , &
ils étoient fuivis des caroffes de l'Abbé Doria
Nonce du Pape ; de celui du Comte de Montijo
Ambaffadeur du Roy d'Efpagne ; de celui de M.
Blondel , Miniftre du Roy très- Chrétien à la Diette
d'Election , & de celui du Baron de Bernstorf ,
Miniftre du Roy de Dannemarck à la Diette :
ces carolles étoient attelés de 6. chevaux , & ils
étoient accompagnés de la livrée des Ambaffadeurs
& des Miniftres.
Lorfque le Maréchal de Belle-Ifle entra dans
la Ville , il fut falué de 24. coups de canon ,
ilouva depuis la porte de Sachenhaufen ,
par laquelle il entra jufqu'à fon Hô el , les troupes
de la Garnifon & les Compagnies Bourgeoifes ran
gées en haye , tous les armes , leurs Officiers à
leux
JANVIER. 1742 183
leur tête , & le Maréchal de Belle - Ifle étant arrivé
chés lui , les Dépu.és de la Ville , les Campagnies
de Cavalerie , qui l'avoient accompagné dans l'Entrée
, & les troupes qui étoient fur fon paffage
défilerent devant fon Hôtel & y firent une décharge
de moufqueterie.
Cette Entrée a été auffi belle qu'on s'y étoit atfendu
, tant par le nombreux cortège du Maréchal
de Belle-Ifle , que par la magnificence qui y a para
dans les équipages & les harnois des chevaux , &
par celle des habits de tous ceux qui étoient à
l'Entrée.
O
* SILESIE.
Na apris de Breflaw du 25. du mois dernier
que le Roy de Prufle ayant réfolu de faire entrer
en Moravie le Corps de fes troupes qui étoit
dans la Haute Siléfie , le Feldt Maréchal de
Schwerin, qui commande ce Corps de troupes , fit
inveftir le 19. du même mois par deux détachel
mens les Villes de Troppau & de Fruidenthall ,
dont les Garnifons étoient compofées , l'une de
5oo. hommes d'Infanterie & de 150. Huffards.
& l'autre de 100. hommes tant d'Infanterie que de
Cavalerie ; que le 20. les Commandans de ces deux
Villes demanderent à capituler , & que le Feldt
Maréchal de Schwerin étant entré enfuite dans la
Moravie avec un Corps confidérable de troupes >
il a marché vers Sternberg .
Le Corps de troupes Pruffiennes qui eft entré
dans la Moravie fous les ordres du Feldt Maréchal
de Schwerin , étant arrivé le 25. du mois dernier
devant Olmutz , & en ayant formé le blocus , le
Comte de Terzi , Major Général des troupes de
la Reine de Hongrie , lequel commandoit dans
cette Ville pour cette Princeffe , tint le 26
1 iij Confeil
184 MERCURE DE FRANCE
il
Confeil de guerre , pour déliberer fur le parti
qu'il devoit prendre dans cette conjoncture , &
y fut décidé que la Ville n'étoit pas en état
de foûtenir un Siége. En conféquence de cette
décifion , le Comte de Terzi fit battre le même
your la chamade , & la Capitulation qu'il a demandée
, lui ayant été accordée , la Garniſon Autrichienne,
laquelle étoit compofée de 1000. hommes
, fortit le 27. tambours battans & Enfeignes
deployées avec quatre canons & douze chariots
couverts. Le Feldt Maréchal de Schwerin a déta
ché quatre Régimens , pour conduire cette garnifon
à Bonn , & il a ordonné qu'on fournît fur la
route aux Officiers & aux Soldats tout ce dont ils
auroient befoin.
Ce Géneral eft convenu par la Capitulation que
l'Evêque Prince d'Olmutz conferveroit tous les
droits dont il eft en poffeffion ; que le Chapitre de
l'Eglife Epifcopale & le Clergé feroient maintenus
dans leurs Privileges & Immunités , ainfi que les
Magiftrats & le refte des habitans , qu'on ne recevroit
dans le Corps des Magiftrats , ni nême parmi
la Bourgeoifie , que des perfonnes qui profefferoient
la Religion Catholique , & qu'il ne feroit
pas permis aux Proteftans , ni de prendre aucun Dégré
dans l'Univerfité d'Olmutz , ni d'y établir des
Ecoles particulieres.
MALTHE .
Na apris du premier Decembre dernier , que
fortie du Port de Malthe,pour aller croifer dans les
Mers voisines , le Commandeur Caftelli , qui la
commande , découvrit le 20 Novembre dernier
deux Bâtimens qui fe canonnoient , & dont l'un tâ
chois
JANVIER 1742 185
choit de prendre le vent pour aller à l'abordage .
Le Commandeur Caftelli reconnut , en s'en aprochant
de plus près , que c'étoit un Corfaire de
Tunis , qui étoit prêt à fe rendre maître d'un
Vaiffeau Marchand François , & ayant réfolu auffitôt
quoique la Capitane ne fût accompagnée
que d'une autre Galere , de faire tous fes effors
pour délivrer le Vaiffeau Marchand , il fit force de
voiles , parce que la Mer étoit fi groffe & fi agitée ,
que les deux Galeres ne pouvoient fe fervir de
leurs rames. Dès que le Corfaire les aperçût , il
prit chaffe , mais la Capitane le joignit fur le fuir,
& après un combat d'une heure & demie , elle l'obligea
de fe rendre . Le Vaiffeau Tunifien a été fi
maltraité par le canon de la Capitane, que le Commandeur
Caftelli l'a fait couler à fond , après avoir
fait paffer fur fon bord 70. perfonnes de l'équipage
de ce Batiment , & après avoir fait enlever tous les
effets qui méritoient d'être confervés . Les Malthois
ont perdu dix ou douze hommes en cette oc
cafion , & il y en a eû environ 40. de tués du côté
des Tunifiens .
Le Commandeur Caftelli s'eft conduit avec beaucoup
de fageffe & de courage ; les Chevaliers de
Beaufremont , de Dillon & de la Mire , fe font
fort diftingués , & les équipages ont montré , à
leur ordinaire , toute la bonne volonté poffible.
I
PRUSSE.
Left arrivé à Berlin un courier de Boheme ;
par lequel le Roy de Pruffe a été informé
que le 7. de ce mois le Prince Léopold d'Anhalt
Deffau , à la tête d'un Corps de troupes Pruffiennes
avoit invefti la Ville de Glatz , qu'il avoit envoyé
le lendemain un Trompette à M. Contanelli , qui y
I iiij
com186
MERCURE DE FRANCE
&
commandoit , pour le fommer de rendre la Place ,
que
M Cóntanellli ayant demandé le 9 à capitu
ler , le Prince Léopold d'Anhalt Deffau lui avoit
permis de fe retirer dans le Château avec la garnifon
qui étoit fous les ordres , & qui ne confiftoir
qu'en soo. homnes . Comme le Château de Glatz
eft petit , & qu'il s'y trouve maintenant près de
1400. hommes enfermés avec fort peu de munitions
, on compte qu'il ne pourra faire une longue
réfiſtance.
SUEDE.
dernier, le Roy reçut de Finlande un courier,
N aprend de Stockolm , que le 16. du mois .
dont les dépêches marquoient que le Comte de
Leuwenhaupt ayant jugé que les circonstances
étoient favorables pour s'aprocher de Wybourg . il
s'étoit avancé jufqu'à deux lieues de cette Place
l'armée qu'il comminde ; qu'il avoit établi fon
quartier à Sackgerfoff , & qu'il avoit fait cantonner
les troupes dans les environs .
S. M. Sued. a reçû depuis de l'armée un autre
Courier , par lequel le Comte de Leuwenhaupt lui
a donné avis de la révolution qui a placé la Prin
ceffe Elizabeth Petrowna fur le Trône de Ruffie..
O
ITALIE.
Na apris de Milan du premier de ce mois
que le Comte de Traun , Gouverneur du Milanez
, fait tranfporter avec toute la diligence poffible
une grande quantité de munitions de guerre
& de bouche dans la Citadelle de Milan , ainfi qu'à
Mantouë & à Pizzighitone.
Il s'eft répandu dans cette Province plufieurs
Exemplaires d'un Mémoire que le Roy de Sardaigoc
JANVIER.
187
1742.
gne a fait diftribuer dans differentes Cours de l'Europe
, & qui eft intitulé : Déduction des Droits
de la Maison Royale de Savoye fur le Duché de
Milan.
Les derniers avis reçûs de Florence du 31. du
mois dernier , portent que le Grand Duc de Tofcane
ayant fait demander à l'Electrice Palatine
Douairiere les pierrreries de la fucceffion de la Maifon
de Médicis , cette Princeffe a refufé de les lui
envoyer , & qu'elle a répondu avec fermeté, qu'elle
ne pouvoit ni ne devoit s'en deffaifir.
Le differend qui eft furvenu à ce fujet entre cette
Princeffe & le Grand Duc , caufe à Florence beau→
coup de mouvement & d'agitation. La plus grande
partie de la Nobleffe s'eft rendue auprès de l'Electrice
Palatine Douairiere , pour la prier de perfifter
à ne point accorder au Grand Duc ce qu'il deman
noit ; & lorfqu'elle fortit pour aller à l'Eglife , le
jour qu'on fut informé de la réponſe qu'elle
avoit faite à la lettre de ce Prince , elle trouva la
Place du Palais remplie d'une foule infinie de peuple
, qui témoignoit par fes acclamations le plaifir
que lui caufoit l'efperance de ne point voir fortir
de cette Ville les tréfors amaflés par fes anciens
Souverains avec tant de dépense .
L'Electrice Palatine Douairiere a dépêché des
couriers en Espagne & à Naples , pour donner part:
à leurs Majeftés Catholique & Sicilienne , de la
fituation embarraffante où elle fe trouve ; & dans
l'incertitude fi les penfions , qu'elle reçoit du Governement
, continueront de lui être payées , elle at
congedié les Gendarmes & les Suiffes de fa Garde..
Les troupes de la Reine de Hongrie ont entie
rement évacué les Duchés de Parme & de Plai
fance , & elles en ont enlevé toute l'artillerie &
toutes les munitions ,pour les conduire à Mantouc
I w Less
188 MERCURE DE FRANCE
Les troupes que le Roy de Sardaigne a fait affembler
fur la Frontiere du Milanez , fe tiennent toujours
tranquilles dans leur camp. Ce Prince a ordonné
de conftruire un Pont fur le Pô , dans les
environs de Cazal .
ESPAGNE,
N aprend de Madrid du 2. de ce mois , que
Matendant de Marine du Port de S. Sebaftien
donné avis que l'Armateur Don Jofeph Caliote
commandant le Vaifleau la Notre Dame d'Aranzazu
, avoit pris entre le 49. & le so. degré de Latitude
, à 16. lieues des Ifles Sorlingues, le Vaiffeau
Anglois le Rochester , de 350. tonneaux , dont la
charge eft eftimée 15 à 16000. Piaftres , & qui retournoit
de la Nouvelle Angleterre à Londres.
" Les mêmes Lettres portoient que le Vaifleau de
Don Jofeph Caliote avoit été tellement maltraité
en allant à l'abordage , par une bordée de canon
du Vaiffeau ennemi , que cet Armateur avoit été
obligé d'abandonner fon Bâtiment , & de faire paffer
tout fon équipage fur le Vaiffeau Anglois.
Ces Lettres ajoutent que le 17. du mois de Novembre
dernier , la Frégate la Voyageuse avoit
rencontré à'entrée du Détroit de Gibraltar une
Frégate de quatorze canons , dont elle s'étoit emparée
après un affés long combat.
On a apris de lilbao , que Don François Bereaga
a conduit à Portugalete trois prifes confiderables
du nombre defquelles eft une Frégate de 18. canons
, qui faifoit voile pour l'Amérique , & qui
étoit chargée de cordages & d'autres agrez pour
les Vaiffeaux de la Flote de l'Amiral Vernon .
On mande de Pennon , qu'un Vaifleau Anglois ,
qui alloit de Sicile en Portugal , avoit été enlevé
à la
JANVIER. 1742. 189
la vie de ce Port par la Barque & la Galiotte
qui fervent de Gardes- Côtes en cet endroit .
La Frégate le Mars Bifcayen , commandée par
Don Jofeph Cottaro , entra le 16. du mois dernier
dans le Port de Feral avec deux prifes qu'elle avoit
faites fur les Côtes de la Galice.
Le Vaiffeau Anglois le Saint Guillaume a été
pris , en allant de Portugal à l'Ile de Jerſey , par
PArmateur Don Louis Oliver.
Le premier de ce mois , le Roy & la Reine ac
compagnés du Prince & de la Princeffe des Afturies
& des Infants , affifterent dans l'Eglife des Hyeronimites
au Te Deum , qui fut chanté par la Mufique
de la Chapelle , en action de graces de la naiffance
de la Princefle , dont Madame de France , Epouſe
de Don Philipe, Infant d'Efpagne , étoit accouchée
le jour précédent. Leurs Majeftés étant retournées
au Palais du Buen Retiro après le Te Deum , Elles
reçûrent les complimens des Miniftres Etrangers ,
des Miniftres d'Etat & des Grands , & Elles allerent
enfuite avec les Princes & les Princeffes de la Famille
Royale rendre vifire à Madame de France
Jaquelle fe porte , ainfi que la Princeffe fa fille ,
auffi bien qu'on peut le defirer.
Le lendemain , le Corps de Ville fit chanter le
Te Deum à plufieurs Choeurs de Mufique dans la
Chapelle de Notre Dame d'Atocha .
Le Roy , à l'occafion de la niiffance de la jeune
Princefle , a accordé une amniftie aux Déſerteurs ,
qui fe préfenteront avant la fin du mois prochain ,
pour fervir pendant fix ans dans quelque Régiment
de les troupes.
I vj
GENES
190 MER URE DE FRANCE
O
GENES ET ISLE DE CORSE.
6
N mande de la Baftie que les Corſes , felon
les aparences , n'attendoient que la publication
du nouveau Réglement , pour le déterminer
fur le parti qu'ils prendroient , & qu'on avoit eû
quelque foupçon qu'une partie des habitans de la
Baftie avoit formé avec plufieurs habitans de la
Campagne le projet de s'emparer du Château de la
Baftic , ce qui avoit obligé le Marquis Spinola de
faire doubler la garde , tant aux portes de la Ville,
qu'à celles du Château , & d'ordonner aux troupes
de faire exactement la ronde dans tous les quartiers
pendant la nuit , mais qu'on ne s'étoit aperçu d'aucun
mouvement extraordinaire , foit que les avis
qu'on avoit reçûs de la confpiration , fuffent mal
fondés , foit que les précautions qu'on avoit prifes
en euffent dérangé Pexécution.
On a apris en même tems , qu'un homme ayant
été affaffiné depuis peu dans un Lieu nommé Caccia
, on avoit envoyé un détachement pour fe faifir
des meurtriers , mais que ceux-ci s'étant barricadés
dans une maison , avoient fait feu fur les
Soldats de ce détachement , dont un avoit été tué
& trois autres dangereufement bleffés , & qu'ils
s'étoient lauvés dans la Campagne ; que depuis on
n'avoit pû découvrir où ils s'étoient retirés , & qua
leur fuite ayant empêché qu'on ne leur fit fubir le
fuplice qu'ils méritoient , on avoit brûlé les mai
fons qui leur apartenoient,
FRAN
JANVIEN. 1742 198
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , & c.
L
E premier de ce mois , les Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du S. Efprit , s'étant affemblés dans le Cabinet
du Roy , vers les onze heures du matin,
S. M. tint un Chapitre , dans lequel le Cardinal
de Tencin , l'Archevêque de Narbon
ne , l'Archevêque de Bourges , & l'Evêque
Duc de Langres furent nommés Commandeurs
de l'Ordre du S. Efprit. Le Roy nomma
enfuite le Duc de Penthievre , Chevalier
de cet Ordre. Après le Chapitre , le Roy
fe rendit à la Chapelle , étant précedé du
Duc de Chartres , du Comte de Clermont ,
du Prince de Conty , du Prince de Dombes,
& du Comte d'Eu , & des Chevaliers, Com--
mandeurs & Officiers de l'Ordre . S. M. devant
laquelle les deux Huiffiers de la Cham-.
bre portoient leurs Maffes , étoit en Man
teau , le Colier de l'Ordre par deflus , ainfi
que celui de l'Ordre de la Toifon d'or.. Le
Roy entendit la grande Meffe célebrée par
l'Abbé Broffeau , Chapelain de la Chapelle.
de Mufique , & chantée par la Mufique. La.
Reine & Monfeigneur le Dauphin entendie
rent
191 MERCURE DE FRANCE
rent la même Meffe dans la Tribune.
L'après - midi , leurs Majeftés affifterent aux
Vêpres
Le 2. le Roy accompagné comme le jour
précedent , affifta au Service qui a été célebré
dans la Chapelle pour le repos des ames
des Chevaliers de l'Ordre du S. Efprit, morts
dans le cours de l'année derniere .
Le Corps de Ville a rendu , à l'occafion
de la nouvelle année , fes refpects au Roy ,
à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin , & à
Mefdames de France.
Le Duc de Gêvres , auquel le Roy a accor
dé le Gouvernement de l'Ile de France , vacant
par la démiflion volontaire du Comte
d'Evreux , prêta , le premier de ce mois , ſerment
de fidelité entre les mains de S. M.
Le 6. de ce mois , la Reine entendit la
Meffe dans la Chapelle du Château de Verfailles
, & S. M. communia par les mains
de l'Archevêque de Roüen fon premier Aumônier.
Le 7. l'Ambaffadeur Extraordinaire du
Grand Seigneur fit fon Entrée publique à
Paris , & le onze il eut à Verfailles fon Audience
publique du Roy. On donnera
un fecond volume du Mercure du mois
prochain,
JANVIER. 17427 195
prochain , qui contiendra tout le détail de
PAmbaffade & c.
Le 15. pendant la Meffe du Roy , l'Ar
chevêque d'Arles prêta ferment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le 16. le Prince Cantimir , auquel la Cza
rine a envoyé de nouvelles Lettres de créan
ce , par lefquelles cette Princeffe le nomme
fon ambaffadeur Extraordinaire auprès du
Roy, eut une Audience particuliere de S. M.
Il donna part au Roy de l'avenement de
la Czarine au Trône , & il préfenta en
fuite fes Lettres de Créance. Le Prince Cantimir
eut le même jour audience de la Reine
, de Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames
de France , & il fut conduit à toutes
ces audiences par M. de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Le Roy a reçu avis de Madrid , que Madame
de France , Epoufe de Don Philipe ,
Infant d'Espagne , étoit accouchée le 31. du
mois dernier d'une Princeffe , qui fut bapti
fée fur le champ , & nommée Elizabeth-
Marie-Louife- Antoinette.
Le Chevalier de Belle - Ifle , qui a été dépêché
de Francfort par le Maréchal de Bellellle
194 MERCURE DE FRANCE
Ifle , fon Frere , Ambaffadeur Extraordaire
& Plénipotentiaire du Roy à la Diette qui
s'eft tenue pour l'Election d'un Empereur
arriva à Verfailles le 27. de ce mois à deux
heures après midi , & il aprit à S. M. que
24. L'Electeur de Baviere avoit été élû
Empereur , tous les fuffrages des Electeurs
s'étant réunis en fa faveur.
le
Le Roy a nommé le Chevalier de Belle-
Ifle , Lieutenant Général de fes Armées.
Le 21. le Roy prit le deuil en violet
pour la mort de la Reine de Suede.
" Le premier Janvier , les Hautbois de la
Chambre jouerent au lever du Roy une fimphonie
tirée de differens Auteurs.
Au dîner de S. M. les Vingt - quatre de la
Chambre du Roy exécuterent une fuite
d'Airs de la compofition de M. Deftouches,
Sur-Intendant de la Mufique de la Chambre,
en femeftre .
1
Le 3. le 15. & le 20. il y eut Concert
chés la Reine. M. Deftouches fit exécuter
fa Paftorale Heroique d'Iffé. Les Dlles Mathieu
& Defchamps remplirent les Rôles
' Iffé & de Doris . Les fieurs Jelyot , Benoît
& du Bourg chanterent ceux de Philemon
d'Hylas & du Grand Prêtre de Dodone
avec toute l'expreffion & la préciſion convenables..
Le
JANVIER 1742
Le 22. le 27. & le 29. la Reine entendie
l'Opera d'Amadis de Grece , de la compofition
du même Auteur. Les Diles la
Lande & Romainville chanterent avec leur
talent ordinaire , les Rôles de Meliffe & de
Niquée ; ceux d'Amadis & du Prince de
Thrace furent parfaitement bien rendus par
les fieurs Benoît & Poirier.
Le 2. Janvier les Comédiens François re
préfenterent à la Cour la Mere Coquette &
Efprit de Contradiction .
Le 9. Démocrite & la Parifienne.
Le 11. D. Japhet d'Armenie & les Trois
Freres Rivaux.
Le 16 Le Muet & les Plaideurs.
Le 18. la Tragédie d'Oedipe & les Précieu
fes Ridicules.
Le 23. l'Avocat Patelin & le Medecin
malgré lui.
Le 10. du même mois les Comédiens Ita
liens repréſenterent auffi à la Cour la Comé
die de l'Amant , Auteur & Valet.
, Le 17. la Surprife de la Haine avec les
Divertiffemens du Bal Anglois & des Enfans
Jardiniers.
Le 24. Arlequin & Scapin , Voleurs , avec
les Divertiffemens des Enfans Chinois , &
du Bal Anglois.
La
196 MERCURE DE FRANCE
Le 7. Janvier , lendemain de la Fête
des Rois , l'Académie Royale de Mufique
donna le premier Bal public de cette année
avec un très grand concours . On continue
ordinairement ces Bals pendant differens
jours de la femaine jufqu'au Carême.
La Loterie Royale établie par Arrêt du
Confeil du 22. Janvier 1741. en faveur des
Pauvres , fut tirée,pour la fixiéme & derniere
fois en la grande Sale de l'Hôtel de
Ville de Paris , en préfence de Meffieurs les
Prevoft des Marchands & Echevins , le Mercredi
, dernier jour du mois de Janvier. La
Lifte générale des Billets gagnans fut publiée
le lendemain. Le Gros Lot qui eft de
300000. livres eft échu au N° 28422. fous
la Devife : A bonne intention. Le fecond
Lot qui eft de 150000. livres eft échu au
N° 43251. fous la Devife : Le D. emporte
la Loterie ,fi je n'y gagne.
Nous donnerons l'Article des Morts le mois
prochain , n'ayant pû trouver place dans celui-
ci.
AR:
JANVIER 1742 197
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du 28. Novembre , qui proroge
pour un an , à compter du premier Janvier
1742. au premier Janvier 1743. l'exemption de
Droits fur les Beftiaux , ordonnée par Arrêt du 8,
Novembre 1740 .
LETTRES PATENTES du Roy , qui nomment
des Commiffaires pour aliéner au nom de Sa Ma
jefté , aux Prévôt des Marchands & Echevins de
I'Hôtel de Ville de Paris , huit cent vingt mille livres
de Rentes viageres . Données à Verſailles le
12. Decembre 1741 .
AUTRE du 16. portant nouveau Réglement pour
la régie des Economats , par lequel S. M. ordonne
l'execution des huit Articles contenus audit Arrêt .
ARREST du 19. qui fait défenfes de modérer les
Amendes qui feront prononcées contre ceux qui au
ront contre venu aux difpofitions des Réglemens
concernant le port & ufage des Toiles peintes .
AUTRE du 26. qui ordonne qu'en payant par
les Habitans de la Ville & Gouvernement de Calais
, en Baffe - Picardie , la fomme de quarante
deux mille livres par chacune année , tant que le
Dixiéme aura lieu , ils demeureront déchargés de
l'éxecution de la Déclaration du Λούτ 29. 1741.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en cas
d'opofition aux Rôles arrêtés pour la levée du
Dixiéme ,
198 MERCURE DE FRANCE
>
Dixiéme , les Opofans fe pourvoiront pardevant les
fieurs Intendans & Commiflaires départis dans les
Provinces ; & qu'il ne fera fait droit fur lefd. opofitions
, qu'autant que les Opofans juftifieront du
payement de la moitié des quartiers échus avant la
préientation de leurs Requêtes.
AUTRE du même jour , qui proroge pendant le
courant de l'année 1742 la modération des Droits
de marc d'or , d'enregiſtrement chés les Gardes des
Rôles , Sceau & autres frais de Provifions des Offices
vacans , ou autres réputes tels , qui feront expédiés
aux Revenus cafuels .
ORDONNANCE du Roy , du 29. pour fixer
pendant l'année 1742. la retenue du pain de munition
a vingt- quatre deniers la ration , dans les Places
des Frontières de Flandres & d'Allemagne.
ARREST du 2. Janvier 1742. qui ordonne qu'en
payant par les Préteur , Confuls , Magiftrats , Manans
& Habitans de la Ville de Strasbourg, la fom .
me de trois cent cinquante mille livres , ils feront
exempts de l'exécution de la Déclaration du 29.
Août 1741.
AUTRE du même jonr , qui ordonne qu'en
payant par le Pays & Comté de Foix , la fomme
de cinquante mille livres par chacune année , tant
que la levée du Dixiémne aura lieu , les Habitans
dud. Pays demeureront déchargés de l'exécution
de la Déclaration du 29. Août 1741 .
AUTRE du 9. qui ordonnne qu'en payant par les
Confuls de la Ville de Perpignan , & les Vigueries
de Rouffillon , Conflans & Cerdagne , la fomme
de
JANVIER 1742: 199
de quatre- vingt- quatorze mille livres par chacune
année , tant que la levée du Dixiéme aura lieu les
Habitans defdits Pays demeureront déchargés de
l'exécution de la Declaration du 29. Août 1741.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Infpecteurs fur les Vins , la foinme
de dix-huit mille livres par chaque année , tant &
long- tems que la levée du Dixième aura lieu , ils
demeureront déchargés de l'exécution de la Déclaration
du 29. Août dernier.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Etats de Languedoc , la fomme de
quinze cent mille livres par chaque année , tant &
fi long-tems que
la levée du Dixième aura lieu, leş
biens qui y font fitués , rentes , droits & autres revenus
, de quelque nature qu'ils foient , feront dé
chargés de Pexécution de la Déclaration du 29 .
Août 1741.
AUTRE du 16. qui ordonne qu'en payant par les
Habitans du Franc- Lyonnois , par chacune année
tant que le Dixiéme aura lieu , la fomme de deux
mille livres par forme d'abonnement , lefdits Habitans
feront déchargés de l'exécution de la Décla
ration du Roy du 29.
Août 1741.
ORDONNANCE du Roy , du 18. pour augmenter
de dix hommes chacune des Compagnies
de fes Régimens de Dragons , & les mettre toutes
à trente - cinq Dragons montes.
ARREST du 23. qui leve la furfiance portée
prr l'Arrêt du Decembre
4.
177 & , en conféquence
, ordonne qu'il continuerà d'être procedé à
La vente des Offices municipaux .
TABLE
TABLE.
Catalogue desMercures depuis Jain. 172 13 Privilege du Roy.
Lifte des Libraires qui débitent le Mercure.
Avertiffement.
PIECES FUGITIVES . Etrennes à la Comteſſe de
Mailly ,
Etrennes à la Comteffe de Grimberghen ,
L'Ecritoire , à Mad. de Tencin ,
Etrennes à Mlle G ***
Etrennes
à M. ***
I
ibid.
3
4
6
Is
Differtation fur la Langue Gauloife ,
L'Hyver , Ode à Damis ,
Lettre de M. l'Abbé de la Serre , fervant de Réponſe
à un Anonime ,
La véritable Sagefle , Ode,
18
34
Suite de la Diflertation fur la Langue Gauloife , 37
Stances Morales , pour le premier jour de l'An, 47
Differtation touchant la Pierre Amiante ,
Etrennes à M. le Comte de la Marche ,
so
57
Lettre à M. le Marquis de B. fur quelques fujets de
Litterature
Etrennes pour Mlle du B. . . .
La Religion des Gaulois. Scriptori , &c .
58
78
79
L'Humeur , Ode à M. le Cardinal de Fleury , 82
Mémoire pour fervir à l'Hiftoire de la Boiffon , 8 &
Placet à M. d'Argenfon
Obfervation fur la Blancheur
123
ibid.
Explications d'Enigmes & de Logogryphes du preinier
Volume de Decembre ,
Enigme , Logogryphes , & c.
129
132
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c. Projet d'une nouvelle Théorie fur l'Artil-
-lerie , 136
Dictionaire
Dictionaire de Droit & de Pratique ,
Livres qu'on trouve chés Cavelier ,
146
147
Etrennes utiles à la Jeuneffe , Etrennes aux Dames,
& c.
148
Traité ou Differtations fur des matieres féodales
Coûtume de Paris , nouvelle Edition
ibid.
149
Hortopedie , ou l'Art de corriger les difformités du
corps des Enfans , ibid.
Hiftoire des Empires & des Républiques , ibia
Etrennes Hiftoriques ,
150
Hiftoire de l'Académie des Sciences ,
ibid.
Dictionaire Univerfel de Commerce , ibid.
Hiftoire des Céremonies , Moeurs & Coûtumes
Religieufes , ISI
Etrennes , Poëfies d'une Mufe Bretonne , ibid.
La Fontaine & la Pluye , Fable ,
Isa
Vers à M. de la Tour , 153
Avis de M. Maillart , IS4
Eftampes nouvelles ,
ibid.
Jettons frapés pour le premier jour de l'An , & c.
Cartes nouvelles d'Allemagne ,
Chanfon notée
Spectacles , Parodie d'Iffé ,
Nouvelles Etrangeres , Ruffie ,
Allemagne ,
Silefie ,
Malthe & Pruffe ,
Suede , Italie ,
Espagne ,
Genes & Ifle de Corfe ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Arrêts Notables ,
156
158
160
16[
167
174
183*
184
186
188
190
191
197
Errata
Errata dufecond Volume de Decembre.
PAge 2793. ligne 4. du bas , dans une Note,
pltés , lifez , pliés.
P. 2863. 1. derniere , a , l. la.
P. 2966. 1. 4. du bas , âgée de 9 ans 7.
ôtez ces mots.
mois ,
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 14 ligne 3. originelle , life originale.
Pp. 17.1 10. Crains hi que cet flyver redoubler
lifez , crains-tu cet Hyver redoutable ?
P. 44. 1. 20. Defrocher , 1. Defroches.
P. 75. 1. 18. Major , . Mage.
P. 132. 1. 11. touss , 1. tous.
Les Tettonsgravés doivent regarder lapage
La Chanson notée , lapage
157
160
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
FEVRIER.
1742 .
PREMIER VOLUME.
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ,
M. DCC. XLII .
Avec
Aprobation & Privilege du Boy,
A VIS.
LA
و
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
fain d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
luiindiquera.
de
PRIX XX X. SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
FEVRIER. 1742 .
*****
PIECES FUGITIVES;
en Vers et en Prose.
A Mlle Suard , en lui envoyant un Coeur
de Maffepain pour Etrennes. Sur l'Air :
Reveillez- vous , belle endormie.
Τ
Hémis me gronde , quand je rime ,
J'ai fait pour vous cette Chanfon ,
Mais peut -elle m'en faire un crime
Quand je l'adreffe à la Raiſon ?
*
C'eft le nom que mon coeur vous donne ,
I. Vol.
A ij
Le
204 MERCURE DE FRANCE
Le vôtre n'en eft point jaloux
Puifque vous êtes affés bonne
Pour me donner celui d'Epoux.
*
1 C'eft fous ce nom , aimable Irêne ,
Que je vous écris en ce jour ,
En vous donnant pour votre Etrenne
Ces Vers compofés chés l'Amour
*
Dans un des Bofquets de Cythere
Ce Dieu même me les dicta ,
Et fur les genoux de fa Mere ,
En la careflant , les chanta,
*
'Après qu'il eut vanté vos charmes ,
Dont en fecret il eſt épris ,
Vénus laiffa couler des larmes ,
Les Amours furent attendris ,
*
L'aimable Dieu de la tendreffe
De fon bandeau fait un mouchoir ;
Frotte fes yeux & la careffe ;
En lui préfentant ſon miroir,
*
Vénus fe croyant fans égale ;
Reconnoît
FEVRIER:
17421 205
Reconnoît alors fon erreur ;
Elle admire en vous ſa Rivale ;
La fouveraine de mon coeur,
*
Graces , enjoûment , politeſſe ;
Un efprit amulant & doux ,
Du goût , de la délicateffe ,
Voila ce qu'elle admire en vous.
Un Epoux qui cherche à vous plaire ;
Qui d'aimer fe fait une loi ;
Un coeur difcret , tendre & fincere ;
Voila ce qu'elle trouve en moi.
*
Pour Etrenne je vous le donne ,
Sous la forme d'un Maſſepain ,
Agréez- le , l'Amour l'ordonne ,
Vous rendrez mon bonheur certain
*
Que fon fort eft digne d'envie ,
Si par vos dents il eft croqué !
L'Amour ici vous en convie ,

Car c'eft-lui qui l'a fabriqué .
*
Ces Vers font auffi fon Ouvrage ,
A if C'ef
(206 MERCURE DE FRANCE
C'eft moi qui les mis en Chanfon ,
Thémis leur donne fon fuffrage ,
S'ils font goûtés de la Raiſon .
Par M. L✶✶
****************
SUITE de la Differtation fur l'ancienne
Langue Gauloife.
QUATRIE ME QUESTION.
Pour quelle caufe la Langue Gauloife s'eft
éteinte , ou prefque éteinte, fi facilement,
en fi peu de tems , depuis la Conquête de ce
Payspar les Romains.
A premiere caufe de cette extinction ,
eft le peu de foin qu'avoient les Gaulois
de mettre par écrit leurs Loix , leurs
Hiftoires , les Myfteres de leur Religion
ainfi que ce qu'ils enfeignoient dans leurs
Ecoles touchant les Sciences Morales ou Naturelles;
c'est ce que témoigne Céfar ( L.vj )
au fujet de leurs Druides , qui , dit-il , fe
propofoient de ne rien écrire , & de ne rien
donner au Public de ce qu'ils montroient
à leurs Difciples pendant l'efpace de plufieurs
années , en quelque genre de Science
que ce fût. Itaque nonnulli anos vicenos in
Difciplina permanent , neque fas effe exiftimant
ca Litteris mandare. Ils
FEVRIER. 1742: 207
Ils leur faifoient aprendre par coeur un
grand nombre de Vers , qui contenoient les
principaux Points de leur myftérieufe Philofophie
, & Céfar a crû qu'ils en ufoient de
la forte , pour tenir leurs belles connoiflances
cachées au Vulgaire , & de peur auffi que
leurs Ecoliers , fe fiant trop à l'Ecriture , ne
négligeaffent de cultiver leur mémoire , &
ne laiffaffent languir cette excellente partie
de l'ame , qui eft la garde de tous les tréfors
& de toutes les lumieres de l'efprit :
Quod neque in vulgus Difciplinam efferri ve
lint , neque eos qui difcunt Litteris confifos ,
minus memoria fudere , quod ferè plerifque
accidit , ut præfidio Litterarum diligentiam in
perdicendo ac memoriam remittant. Ibid .
Nous ne voyons , en effet , ni dans Céfar,
ni dans aucun autre Ecrivain de l'Antiquité
que les Gaulois ayent jamais publié aucun
Écrit de leur façon, en Profe ou en Vers , fur
quelque matiere que ce foit , quelque amoureux
qu'ils ayent été de l'Eloquence & de la
Politelle du Langage , felon le témoignage
de Varron & de S. Jerôme ; & il eft étrange
qu'ayant été vivement touchés de la paffion
de la belle gloire , & s'étant fignalés par la
grandeur de leurs Expéditions militaires en
prefque tous les coins du monde , juſqu'à
s'être acquis, felon Céfar, ( Livre V. ) la réputation
de la plus fiere & de la plus belli-
A iiij queufe
208 MERCURE DE FRANCE
queufe de toutes les Nations , ils n'ayent
pourtant pas jugé à propos de rien écrire fur
de fi belles chofes , ni d'en laiffer aucun monument
à la Pofterité.
Ceux qui ont aimé l'Etude des Sciences
& des Lettres , ont bien eû foin de tenir
fecrets , & de couvrir d'un profond filence
les Myſteres de leur Religion , comme Herodote
nous l'a témoigné , particuliérement
des Egyptiens , mais ils en font demeurés
dans ces termes , & ils ne fe font pas moins
attachés à publier les actions glorieufes de
leurs Princes & de leurs Concitoyens , qu'à
dérober aux yeux du Vulgaire les Mysteres
de leurs Dieux.
Je n'ignore pas qu'il peut être fort
jufte de garder quelque retenue & quelques
méfures à cet égard , & que ce ne foit avec
grande raiſon que Jofeph a repris autrefois
les Grecs de ce qu'ils fouffroient indifferemment
toutes fortes de perfonnes ſe mêler
d'entreprendre & de faire l'Hiftoire de leur
Nation .
J'avoue avec ce fage Juif, que ç'a été cette
licencieuſe liberté d'écrire qui a produit tant
d'Hiftoires fabuleufes & de contradictions
honteufes qui paroiffoient dans la confufion
& dans la multitude infinie des Hiftoriens
de la Grece .
Je demeure encore d'accord avec cet Hif
torien,
FEVRIER: 1742. 209
torien , que ç'a été par une conduite touté
pleine de fageffe , que l'autorité de donner
des Livres au Public , & fur tout la charge
d'écrire l'Hiftoire du Pays , étoit réservée
parmi les Juifs aux Prophetes & aux Grands-
Prêtres , afin que ces Monumens publics
& deſtinés pour l'immortalité , étant l'ouvrage
de Perfonnes divinement infpirées ,
pûffent être exemts de toute fauffeté & de
tout déguiſement. Gefta autem David , dic
T'Ecriture , fcripta funt in Libro Samuelis ,
videntis & in Libro Nathan , Propheta , atque
in volumine Gad videntis. Paralip . Libro
primo , Capite 29 .
&
C'étoient donc ceux de cette qualité qui
chés le Peuple Saint avoient le privilege d'écrire
l'Hiftoire de leurs Rois & de leur
Pays ; & nous pouvons même affûrer en géneral
, que le pouvoir de faire des Livres ,
de les répandre dans le Public , étoit fi peu
accordé aux Gens du fiecle & aux hommes du
commun de cette Nation , qu'on ne trouve
point depuis Moyſe juſqu'à J. C. d'autres
Perfonnes que les Prophetes & les Prêtres qui
ayent ofé prendre cette liberté , à la réſerve
de certaines Paraphrafes Chaldaïques , que
l'on fupofe avoir précédé de quelques années
la Naiffance de J. C. C'eft la Paraphrafe des
Grands & Petits Prophetes , compofée par
Jonatham , duquel il eft dit dans le Tal-
A v mud ,
210 MERCURE DE FRANCE
mud , qu'il avoit été le plus excellent de
tous les Difciples de l'ancien Rabi Hillel.
Jofeph , au lieu ci deffus cité , témoigne
que cette coûtume de laiffer le foin d'écrire
aux feuls Prophetes ou Prêtres , s'étoit obfervée
fort exactement jufqu'à fon tems , &
de plus , il ofe répondre qu'elle feroit obfervée
à l'avenir avec la même ponctualité ,
lefquels néanmoins , felon le mêmeJoſeph
Livre premier des Antiquités , n'ont pratiqué
que bien tard cette coûtume de tenir
des Regiftres publics .
En ces matiéres nous tenons encore de la
négligence des anciens Gaulois nos prédeceffeurs
, ce qui a fait écrire à Budée dans
fes Notes fur les Pandectes , page 89 Nunc
omnia tenebris latent , injuria temporum Joi
Patriaque fua Galli peregrinari videntur ,
foli propè omnium rerum fuarum ignari , ita.
que inftrumentum Regni nullum ne publicum
qui lem habemu , quod qui tem certè magnoperè
memorandum fit , fed hic eft perpetuus
bujus Regni Genius rerum geftarum monumenta
, ut nihil ad rem publicam pertinere videantur.
Mais que les Gaulois , tout amateurs de
la gloire,du Sçavoir, & de l'Eloquence qu'ils
ont été , ayent fû concevoir une fi forte &
fi abfolue averfion pour l'ufage de l'Ecriture
, je ne dis pas en ce qui touchoit la Religion
,
FEVRIER. 1742. 211
ni
gion , les Sciences & les Arts , mais l'Hiftoire
même , & la Tradition de ce qui pouvoit
s'être paffé de mémorable dans leurs
entreprises domeftiques & étrangeres , &
dans tout le détail du Gouvernemenr de
leur Etat , c'est une efpece de politique , ou
pour mieux dire , de fuperftition qui leur a
été toute particuliere , & où il eft impoffible,
à mon jugement , de reconnoître la moindre
aparence de raifon. Et de - là vient que ,
dans Céfar , ni dans quelque autre Auteur
que ce foit , il n'eft fait mention d'aucunes
Archives , ni dépôt commun , où felon la
coûtume de tous les autres Peuples , les Actes
publics , foit des Magiftrats , foit des
Princes de leur Nation , & le récit de ce
qu'avoient fait de confidérable leurs fameux
Ancêtres pour le bien & pour la gloire du
Pays , fûffent confervés.
Cette negligence de pratiquer l'ufage des
Lettres & de l'Ecriture , n'auroit pas été
d'un préjudice peu notable à ceux qui l'ont
commife , quand elle ne leur eût aporté que
celui d'une foudaine & prefque entiere abolition
de leur Langue naturelle , depuis leur
chûte fous la fervitude des Romains .
Nous éprouvons qu'il eft arrivé tout le
contraire à la Nation Grecque & à la Nation
Judaïque , puifqu'étant tombées l'une &
l'autre , auffi - bien que la Gauloife , fous la
A vj Domi212
MERCURE DE FRANCE
Domination Romaine , elles n'ont pas laiffé
de conferver un fort long- tems dans fa pureté
leur ancienne Langue , aprés la perte
de leur liberté.
Pour ce qui eft des Grecs , comme il y
avoit un nombre infini d'Ouvrages , écrits
dans cette Langue , répandus en tous les
Lieux du Monde , & confiderés comme un
Magafin de toutes les Sciences , qui y étoient
traitées d'une maniere admirable , il paroît
affés qu'il n'étoit pas au pouvoir des Romains
de fuprimer une telle Langue , & de
l'effacer de la mémoire des hommes , quand
même ils auroient voulu devenir les garants
de ceux qu'ils étoient obligés de reconnoître
pour leurs Maîtres en toute forte de Litterature
& de fçavoir.
C'eft alors que la Grece produifoit &
faifoit écrire les Plutarques , les Paufanias ,
les Prolomées , les Galiens ; qu'elle publioit
partout des Médailles en fa Langue , qu'elle
la gravoit fur les Lieux les plus éminens
de fes Palais & de fes Temples , qu'elle inf
truifoit ceux qui lui commandoient , &
qu'elle exerçoit un Empire de raifon & de
Lettres fur ceux même qui l'avoient foumife
par les armes.
D'un autre côté & en même- tems , le Peuple
Juif ne s'apliquoit pas feulement à conferver
dans leur integrité les Livres Saints
qu'il
FEVRIER. 1742 213
qu'il avoit reçûs de Moyfe & des Prophetes,
mais encore à rédiger par écrit & à recüellit
en unfeul volume les ufages de fes Peres qu'il
avoit laiffés jufqu'alors à une pure Tradition
verbale & non écrite . Ce Volume eft la
Mifna composé par Rabbi Juda.
,
comme
Et c'eft ainfi que les Langues Grecque &.
Hébraique fe font maintenües.
nous voyons , en leur entier , & qu'après
tant de troubles & de changemens arrivés
au Peuples qui les ont parlées , elles
fubfiftent encore dans les Livres , comme
fur des Tables de leur naufrage , au lieu
' celle des Gaulois a fi peu duré depuis la ruine
de leur Etat , fans qu'on en puiffe trouver
de raifon plus aparente que d'avoir manqué
du fecours des Livres , dans lefquels elle eût
pû fe renfermer & fe fauver de l'injure des
années.
que
La feconde caufe qui a pû contribuer à
l'extinction de la même Langue , eft que depuis
que la Gaule fut conquife par les armes
des Romains , toutes fortes d'Actes publics
fe firent en Latin , qui étoit la Langue des
vainqueurs. Tous les Officiers de Juſtice &
de Guerre dans l'exercice de leurs Charges
s'expliquoient en la même Langue , & les
anciennes Loix du Pays étant allervies & opprimées
, aufi -bien que les habitans , on
n'entendoit publier partout que celle de Rome
214 MERCURE DE FRANCE
me dans les Arrêts & dans les Tribunaut
des Juges.
Car il ne faut pas fe tromper ici , comme
ont fait quelques fçavans hommes , ni s'imaginer
avec eux que les Gaulois , depuis qu'ils
furent fous le joug de Rome , ayent confervé
leur premiere liberté avec l'ufage de leurs
Loix & de leurs Coûtumes particulieres
étant certain que toute la Gaule en géneral
fut réduite au même pied & à la même condition
où se trouvoit la Gaule Narbonnoiſe ,
laquelle au temps de Céfar étoit fi éloignée
de jouir de cette liberté , qu'au contraire
voici la fervitude où un Seigneur Gaulois
nous la repréfente dans les Commentaires
de Céfar , Livre VII . Quod fi eas , dit ce
Prince à ceux de la Nation , qua in longinquis
Nationibus geruntur , ignoratis , refpicite
Finitimam Galliam que in Provinciam redacta
jure & Legibus commu atis fecuribu : fubjecta
perpetua premitur fervitute.
Et on fçait bien auffi ce que c'étoit parmi
les Romains , que de reduire le Pays des
Conquêtes en forme de Province ; c'étoit ,
dit Brantius , d'y envoyer & entretenir des
Gens de guerre , d'y lever des Tributs , d'y
établir des Gouverneurs & des Magiftrats ,
pour rendre la juftice aux particuliers , felon
les Loix Romaines , & fans fe croire obligé
d'avoir égard à celles des Sujets .
Nous
FEVRIER. 1742. 219
Nous lifons bien dans Céfar que les Romains
ayant fubjugué quelques Provinces
de la Gaule fous le Commandement de Fabius
Maximus , il y eut un'Arrêt du Senat
par lequel il étoit dit que ces Provinces demeureroient
libres , & joüiroient , comme
auparavant , de leurs anciennes Franchiſes &
Coûtumes. C'eſt ce que dit le même Céfar ,
Livre 1. à Arioviste dans la Conference qu'ils
eurent enſemble avant le Combat. Si Judicium
Senatus fervari oporteret , liberam debere
effe Galliam , quam bello victam fuis Legibus
nii voluiffet.
Mais tout le Corps de la Gaule en géneral
fut bien traité d'une autre maniere , depuis
que Céfar en eut achevé la conquête , étant
indubitable qu'auflitôt après elle fut réduite
, de même que la Narbonnoife , en forme
de Province , & que les Gouverneurs &
autres Officiers qui y commandoient pour
P'Empereur n'y reconnurent jamais d'autre
Puiffance ni d'autres Loix que celles des
Romains.
Et c'est pour cela que dans les Auteurs
des Hiftoires Auguftes , on ne trouve point
qu'il y eut dans les Gaules de deux fortes de
Loix , dont les unes dûffent fervir pour les
Gaulois & les autres pour les Romains.
Comme depuis fous le Regne des François
nous en remarquons fi fouvent de particulieres
11 MERCURE DE FRANCE
lieres & diftinctes , les unes pour les nou
veaux Conquerans , qui étoient les François,
& les autres pour les anciens habitans des
Lieux que l'on comprenoit fous le nom gé
neral de Romains .
Ce qui étant ainsi , on ne peut douter raifonnablement
, à mon avis , que ce foudain
& univerfel changement de Police dans les
Gaules , n'ait dû bientôt aporter , comme
nous difions , un changement de Langage ;
& que par cette unique raifon la naturelle &
ancienne Langue des vaincus n'ait dû faire
place en peu de tems à celle des vainqueurs .
La fuite pour un autre Mercure .
L'IDOLATRIE ,
ODE ,
A M. Bourguet , Profeſſeur en Philoſophie:
TRifte jouet de l'ignorance ,
L'homme foible dès fa naiffance ,
Veut en vain fortir de l'erreur ;
Quelle Divinité propice
Pourra combler le précipice
Dont l'afpect le glace d'horreur ?
*
C'eft
FEVRIER: 1742 217 .
C'eft toi , grand Dieu , dont la lumiere
Ouvre la célefte carriere ,
Qui jufqu'à toi conduit fes pas ;
Dieu ! foûtien fon vol rapide ;
Si ton oeil l'éclaire & le guide ,
Il vaincra même le trépas .
La Terre montre ta puiſſance ,
Rien n'échape à ta Providence ;
Tu vois nos vertus , nos forfaits ,
Tout eft foumis à ton Empire ;
L'Univers , tout ce qui refpire ,
Dit ta grandeur & tes bienfaits.
*
L'homme feul en perd la mémoire ,
Il ôte à l'Eternel fa gloire ,
Pour en revétir de faux Dieux ;
Tout eft Dieux , hors l'Etre fuprême ;
D'Idoles qu'il forge lui - même
Il remplit la Terre & les Cieux .
*
Non , un but fimple , unique & fage
Ne fe trouve point dans l'Ouvrage
Produit par des Etres divers ;
Un feul , mais un puiffant Génie ,
Eft donc l'Auteur de l'harmonie
Qui fe montre dans l'Univers,
Aveugle
218 MERCURE DE FRANCE
Aveugle ! quelle erreur groffiere
Te fait prêter à la Matiere
Tous les droits de l'Etre immortel
La Plante , le foible Reptile ,
Un Tronc , un Boeuf , un Crocodile ,
Eft-il libre , fage , éternel
*
Quel égarement déplorable !
L'homme intelligent , raisonnable ;
Suit des fens le raport douteux ;
Juges ineptes que nous fommes ,
Dieu , qui de rien forma les hommes ,
Peut-il être formé par eux ?
*
Lui feul eft le fouverain Maître ;
A tout fon fouffle a donné l'être ;;
Lui feul , de force eft revêtu ;
Dans fon équitable balance.
Le fçavoir , l'efprit , la puiſſance ,
Ont moins de poids que la vertu.
H
Héros fameux du Paganisme ,
Ce n'eft qu'au menfonge , au fophifme ,
Que vous devez tous vos Autels ;
Mars excite au meurtre , au carnage ,
Et Jupiter montre l'ufage
Des plaifirs les plus criminels.
Aux
FEVRIER.
1742. 219
'Aux vains préjugés du vulgaire
Socrate lui-même défere ;
Il meurt en reſpectant l'erreur ;
Dans l'Adorateur d'Esculape
Rien ne me ſurprend , ne me frape ;
Que fa fanatique terreur.
*
Vous , qu'un Peuple nombreux honore
Les titres dont il vous décore
Ne nous prouvent point vos vertus
Oui , fous votre feinte fageffe
On découvre votre foiblefſe ,
Zoroaftre , Confucius.
*
Aprenez - nous , Efprits fublimes ,"
Quel bien ont produit vos maximes ;
N'y pourroit- on rien opoſer
Quoi ! l'Idolatrie & l'Incefte
Monftres que la Raifon détefte ,
Vous ofez les authorifer
*
Séduit par un penchant coupable ;
L'homme au vrai préfere la Fable
Que dicte un Prêtre ambitieux ;
Son ame craintive , aveuglée ,
Change en Autel le Maufolée
Fait à l'honneur de fes Ayeux,
Oui
25 MERCURE DE FRANCE
Oiii , l'homme ingrat , l'homme parjure
Fuyant l'Autel de la Nature ,
Erige en Dieux dé vils Mortels ;
L'infenfé ! quels abus infignes !
Aux paffions les plus indignes
Confacre des voeux folemnels.
*
Pour vous rendre le Ciel propice i
Déteftez l'erreur & le vice ,
Par le crime déïfiés ,
Que vois- je ? une victime humaine
Eft- ce à la fureur , à la haine ,
Cruels , que vous facrifiez a
*
Ah ! le Dieu que mon coeur adore
Ce Dieu que le Fidele implore ,
N'exige que la fainteté ,
Un coeur pur , un culte fincere ,
C'eft l'hommage qui feul peut plaire
A cet Etre plein de bonté.
*
Lui feul eft l'Eternel , l'Immenſe ;
Il eft l'Etre par excellence ;
Lë parfait n'eut jamais d'égal ;
Les vertus qu'admire le Sage ,
Ne font que la plus foible image
De ce fublime Original.
Des
FEVRIER 221 17427
Des Aftres la maffe groffiere ,
Malgré l'éclat de leur lumiere ,
Ne poffede rien de divin ;
Mais l'homme fécond en chimeres¿
Crut y lire en gros caractéres
Et fa naiffance & fon deftin .
*
Ici quelle carriere s'ouvre !
Dans le lointain je ne découvre
Qu'écarts fur le Dogme & les Moeurs i
Les Livres , les Faftes antiques ,
Enflés par de vaines pratiques ,
Ne furent qu'un Recueil d'erreurs,
*
Mais au milieu de ces ténebres
S'élevent des hommes célebres ,
Amateurs de la vérité ;

Un Peuple fous leurs Loix fe range ;
Qui d'un culte faint , fans mêlange ,
Doit refpecter la pureté.
Tandis qu'Ifraël fut docile ,
Dieu fe déclara fon azile ;
Que ne peut point un tel ſecours à
Il comble ce Peuple de gloire ,
Et pour
affûrer fa victoire ,
Le Soleil arrête fon cours.
Quel
222 MERCURE DE FRANCE
Quel Aftre nouveau vous éclaire !
Ah ! voici le jour falutaire
Qui doit faire votre bonheur
Que les Cieux treffaillent de joye ;
Satan fuit & lâche fa proye ;
La Terre enfante le SAUVEUR .
*
Mais , ô Ciel , quelle perfidie !
Le Juifimmole le Meffie ,
Ce divin Auteur de la Foi ;
Victime de ton injuſtice ,
Il meurt par un affreux ſuplice ,
Et fon Sang eft encor fur toi,
*
Tout frémit quand JESUS expire
Du Temple un voile fe déchire ;
L'air fe couvre d'obscurité ;
Des Morts la cendre le ranime ,
Et la Terre tremble du crime
Que les Juifs on exécuté .
Bien- tôt une guerre cruelle
Accable le Juif infidelle ,
Renverſe les Murs de Sion.
L'exil , la honte , l'esclavage ,
La pefte , la mort , le carnage ;
Puniflent fa rebellion.
Quelle
FEVRIER:
1742. 223
1
Quelle horreur ! l'Hébreu fanguinaire
Jufqu'au milieu du Sanctuaire
Perce fes freres , fes amis ;
Que vois- je ? une Mere mourante ,
Pour affouvir ſa faim preſſante ,
Dévore le corps de fon Fils !
*
Titus vient , armé de la Foudre ;
Il met Jérufalem en poudre ;
Le Temple Saint eft confumé ;
O Dieu ! jufqu'où va ta vengeance
Qui peut foûtenir ta préſence
Quand ton couroux eft enflâmé ?
*
Nous , Chrétiens , comblés de fes graces ;
Gardons-nous de fuivre les traces
Et des Gentils & des Hébreux ;
Notre crime feroit extrême ,
Si nous tournions contre Dieu même
Ce qu'il fit pour nous rendre heureux,
X
Plutôt , que notre ame éclairée ,
D'un joug fi honteux délivrée ,
De Dieu n'écoute que la voix ;
Refpectons ſa Majefté ſainte ,
Et banniſſant toute autre crainte ;
Aimons & pratiquons fes Loix.
J. B. Tollet,
224 MERCURE DE FRANCE
PREMIERE LETTRE à un Maître de
Penfion fur l'effai d'un Bureau Muſical.
P
Our prouver , M. l'utilté & les avanta
ges du Bureau Mufical , je fupofe que
l'on eft déja perfuadé de l'utilité & des avantages
du Bureau Typographique , établi dans
votre Ville . L'un & l'autre fyftême fupofent
des caracteres pour les yeux , & des fons
pour l'oreille. Les differens Bureaux montrent
par eux-mêmes & fans Maître la diftinction
des figures & des caractéres ; les
Maîtres enfeignent les noms de ces figures
fimples ou compofées , leur valeur , leur puiffance
, leur quantité , leur ton , leur meſure ,
& tout ce qu'on a beſoin d'entendre , dire ,
lire , ou chanter , puifque la Mufique peutêtre
regardée comme une Langue morte ou
vivante, qu'il faut entendre parler, afin de la
pouvoir parler foi - même.
La Méthode qui va du fimple au compofé,
du clair à l'obſcur , du facile au difficilè, eft
préférable à la Méthode qui procede d'une
autre maniere ; c'eft pourquoi avant que d'établir
aucun principe & d'enfeigner la Théorie
, il faut toûjours commencer par la pratique
, fur tout lorfqu'il s'agit de faire com
prendre aux enfans les premieres notions
des
FEVRIER . 1742. 225
des Arts & des Sciences & la définition
des termes employés feulement à meſure
que l'on avance , en paffant d'une leçon à
l'autre.
En fuivant cette route on a préferé le Bureau
de fix rangs , qui donne au premier en
bas les rondes pointées ou non pointées. Au
fecond rang les blanches pointées ou non
pointées. Au troifiéme rang les noires avec
point ou fans point. Au quatrieme rang les
croches avec point ou fans point.Le cinquiéme
rang aux doubles croches & le fixieme
rang au magazin ou au dictionaire des fillabes,
ou des mots , ou des mefures de Mufique,
ou des autres lignes qui n'ont pû entrer dans
les rangs inférieurs. Chaque colonne du caffeau
Mufical contient toutes les Notes indiquées
par l'étiquette des logetes du premier
rang, felon le diapafon , ou les demi tons felon
l'ordre d'un Clavier qui commenceroit
par la note ut.
On a auffi donné au petit Bureau Mufical
3. rangs pour deux ou trois octaves , fupofé
qu'on ne veuille point faire un magazin , ou
dictionaire du rang fupérieur; & après y avoir
bien penfe , on s'eft determiné à préferer d'abord
la clé d'ut fur la premiere ligne en bas ,
parce qu'elle contient l'octave entiere & aude
la , fans ajoûter de nouvelles lignes, & que
l'ab c de la Mufique connu de tout le monde,
1. Vol. B contient
26 MERCURE DE FRANCE
contient les fept notes ut re mi fa fol la fi
c. On a auffi préferé l'ufage des notes noires
à celui des rondes, ou des blanches , parce
que chaque noire eft la mesure d'un tems , au
lieu que la ronde en fupofe quatre , la blanche
deux , & qu'il eft plus aifé de faire quatre
tems avec quatre noires qu'il ne le feroit de
les faire avec une ronde , ou deux blanches,
D'ailleurs il fera bien plus facile en commençant
par les noires de faire comprendre
la valeur des rondes & des blanches que fi
on avoit commencé par elles-mêmes , & l'on
fera encore mieux préparé à comprendre le
point après la note , la croche ou la double
croche après avoir étudié la noire , que fi on
avoit commencé par la ronde & par les blanches
, trop éloignées de la fimplicité élémentaire
& radicale qu'on doit employer
avec les enfans.
On s'eft contenté dans le Bureau de fix
rangs de donner trois octaves de fuire; & fupoſe
qu'on voulût en donner d'avantage , on
mettroit dans les mêmes logetes les notes
plus baffes ou plus hautes que celles de trois
octaves. Je ne donne point d'exemple de
tout ce que je viens de dire , parce que les Muficiens
de profeffion n'en ont pas beſoin ,
que les autres ne m'entendroient pas mieux ,
& qu'à moins que de faire graver, le Mercure
ne peut les faire imprimer,
On
FEVRIER.
1742. 227
On verra par le Typographaire Muſical qu'après
les 25 logeres de chaque rang pour les
deux octaves , on a fait entrer dans les autres
cinq colones toutes fortes d'intervalles , de
clés , de mefures , de paufes , de fignes , de
petites notes , d'agrémens , & géneralement
tout ce qui eft néceffaire pour ranger fur le
pupître ou fur la table du Bureau Mufical
une leçon de Mafique , une fantaiſie , un
air , un deffus , ou une baffe enſemble ou féparément
, ainli que les curieux pourront le
voir fur quelque Bureau Muſical.
J'oubliois de dire qu'après avoir montré la
clé d'ut fur la premiere ligne , il faudra montrer
celle de ge re-fol fur la premiere ligne &
la clé de fa fur la quatrième , avant que de
paffer aux autres clés ou aux mêmes fur des
lignes differentes , qui rendent la lecture de
la Mufique plus difficile , y ayant à la rigueur
fept clés , quoiqu'il n'y ait que 3. fignes
differens pour les indiquer.
Il est bon d'avertir que les enfans qui
ne peuvent pas encore chanter les notes de la
Mufique , pourront du moins aprendre à les
connoître & à les lire ; il fera donc toûjours
bon de montrer la lecture des notes aux enfans
avant que d'exiger qu'ils en chantent
& répetent les fons ; c'eft aux Maîtres de la
Typographie Muficale à fentir l'importance
de cet avis pour faire profiter les enfans fans
Bij nuire
228 MERCURE DE FRANCE
nire à la petite étendue de leur voix naiffante:
en voilà bien affés pour la premiere
Lettre.
EPITRE
Au R. P. Dufrou de l'Oratoire , Régent de
Rhétorique au College d'Angers. Par M.
de la Soriniere en Anjou fur l'année 1742.
Scavant Cavant Confiere , Eleve d'Apollon ,
Maître Juré dans le facré Vallon ,
Qui fais les Vers comme facile Profe ,
Je voudrois bien te dire quelque chofe
Au nouvel an ; mais je ne fçais par où
Je dois m'y prendre : aprens- le - moi , DUFROU,
Te fouhaiter heureufe & longue vie ,
Et que jamais la pâle maladie
Ne chaffe loin ton aimable gayeté ,
Signe conftant de parfaite fanté ,
C'eft-là le train , & les voeux ordinaires
Dont on farcit les compliments vulgaires ,
Mais je voudrois d'un plus noble pinceau
Te crayonner quelque fouhait nouveau .
Nouveau ( s'entend ) pour l'heureuſe tournure ;
Et que partout l'agréable nature
Accompagnant Calliope en mes Vers
Me
FEVRIER: 1742 229 :
Me préfervât de ces doctes travers ,
Cu maints Auteurs , victimes de la Verve ,
En s'égarant fe livrent fans réſerve.
Oui , je voudrois , imitant ton talent ,
Joindre au badin , le jufte , l'excellent :
Et que toujours une noble épithete
De la raiſon fût la fage interprete.
Mais non , DUFROU , ces dons font pour toi ſeul
Je m'en déporte : & fans rimer en eul ,
Je te dirai que notre ménagére
De mille voeux te fait l'offre fincere.
****************
QUESTION IMPORTANTE ,
Jugée au Parlement de Paris.
S file Créancier d'une Rente fon-
› ciere , due folidairement fur un héritage
, qui a acquis une portion de l'heritage
fujet à fa Rente, peut exercer la folidité contre
les autres codétempteurs pour le furplus
de la Rente dont ils font tenus.
FAIT.
En 1495. les Dames Religieufes du Monaftere
Royal de Saint Louis de Poiffy ,donnerent
à quatre freres apellés les Mallards
B iij
une
230 MERCURE DE FRANCE
une pièce de Terre contenant 6o. Arpens
à la charge d'une Rente fonciere annuelle &
perpetuelle d'un muid de bled & d'un muid
d'avoine par chacun an, que lesdits Mallards
s'obligerent folidairement de payer aux Dames
Religieufes : cette pièce de Terre fut
depuis toujours apellée la Prife des Mallards.
Les Détempteurs des differentes portions
de cet héritage avoient toujours reconnu
la folidité de la Rente fonciere, entr'autres le
Sieur de Ruzé par un titre nouvel du 16.
Juin 1717.
Poftérieurement à ce Titre nouvel , les Dames
Religieufes de Poiffy acquirent d'un
des Codetempteurs de cet héritage la portion
qu'il poffedoit, confiftante en 5. Arpens
37. Perches.
Le 7. Mars 1738. le fieur Marchant acquit
du fieur de Ruzé une Ferme apellée les Beureries
fifes en la Paroiffe d'Orgeval , confiftante
entr'autres chofes en 3. piéces de
Terre , montant enfemble à fix Arpens 17..
Perches , faifant partie de la prife des Mallards.
L'Acquereur ne fut chargé par le Contrat
que de la portion de la Rente d'un muid
de bled & un muid d'avoine , dont l'une des
piéces de Terre à lui vendue apellée la Priſe
des Mallards , pouvoit être tenue envers les.
Religieufes de Ñ. D. de Poiffy.
Cependant
FEVRIER . 23 1742
Cependant le 6. Fevrier 1741. il fut affi
gné aux Requêtes du Palais , à la requête
des Religieufes , à ce qu'il fût tenu de leur
paffer Titre nouvel de la Rente & Redevance
feigneuriale de deux muids de grain
mefure de Poffy , folidairement avec les autres
proprietaires du furplus des 60. Arpens ,
& en conféquence qu'il fût condamné à
leur payer & continuer à l'avenir par chacun
an 174. boiffeaux de bled & 45 °. d'un boiffeau
, & 152. boiffeaux & le 20 °. d'un boiffeau
d'avoine , pour raifon de 54. Arpens
2. Perches & demi actuellement poffedés
par lui & par les autres Codétempteurs , déduction
faite de la portion de cette Redevance
qu'elles avoient confondue dans leur
perfonne à caufe des 5. Arpens 37. Perches
qu'elles avoient acquis , enſemble à en payer'
les arrérages échus à cette proportion , fauf
fon recours contre les autres Codétempteurs..
i
La défenſe du fieur Marchant fut 1 °. qu'il
ne poffedoit de la Prife des Mallards que 6 .
Arpens 17. Perches fuivant fon Contrat. 2 ° .
Que les Religieufes n'étoient point Dames du
Territoire de Ste James, où eft fitué le Canton
de la Prife des Mallards , que ce Canton
eft de la Cenfive de Maifons , qu'il en avoit
payé les Lods & Ventes à la Dame de Soyecourt
, Dame de Maifons , qu'ainfi la Rente
dûë aux Religieuſes n'étoit pas feigneuriale ,
B iiij
mais
232 MERCURE DE FRANCE
mais une fimple Rente fonciere : 3 °. que les
Religieufes poffedant une portion de la Prife
des Mallards , elles étoient redevables à ellesmêmes
de la totalité de cette Redevance , &
ne pouvoient plus prétendre de folidité contre
les autres Codétempteurs , parce qu'elles
fcroient elles - mêmes fujettes à la folidité ,
comme Débitrices de l'intégralité de la
Rente.
Le fieur Marchant dénonça en même
tems la prétention des Religieufes au fieur
Fleury, Légataire univerfel du fieur de Ruzé ,
fon vendeur , & conclut contre lui à la garantie
de la folidité.
La cauſe ayant été plaidée en la feconde
Chambre des Requêtes pendant 7.Audiences ,
contradictoirement avec toutes les Parties
intervint Sentence fur déliberé le 16 Mai
1741. par laquelle les Religieufes furent déboutées
de la folidité par elles prétendue , à la
déduction de la portion de la Rente dont elles
étoient tenues : on déclara valables les offres
faites par le fieur Marchant de leur payer la
part & portion dont il étoit tenu perfonnellement
dans la Rente , eu égard à la quantité
de terres par lui poffedées , faifant partie de
la Prife des Mallards , à la charge par lui de
contribuer au payement des portions des autres
Débiteurs de la Rente qui pourroient
être infolvables ; eu égard pareillement à la
portion
FEVRIER. 1742. 2.3.3
portion,dont il étoit tenu dans la totalité de
la Rente , fur le furplus de la Demande des
Religieufes , à ce que le fieur Marchant fût
jugé Détempteur de 16 arpens de la Prife des
Mallards , enfemble fur la Demande en garantie
du fieur Marchant contre le fieur
Fleury , l'Audience fut continuée à quinzaine,
pendant lequel tems les Religieufes feroient
tenues de déclarer quelles étoient les piéces
de Terre compriſes au Contrat du 7. Mars
1738. qu'elles prétendoient faire partie de la
Prife des Mallards , & être fujettes à leur
Rente .
Les Religieufes interjetterent apel de cette
Sentence & reprirent fur l'apel les mêmes
conclufions qu'en premiere Inftance.
Le fieur Marchant de fon côté tint la même
Procédure , dénonça l'Apel à fon garant
& conclut contre lui à la garantie de la folidité
dans le cas où la Sentence feroit infirmée
; cette Demande en garantie ne fouffroit
pas de difficulté , mais le fieur Marchant s'attachoit
principalement à foutenir le bien jugé
de la Sentence.
M. Milley , Avocat des Religieufes , difait
que la condition du Bail à rente étoit que la
Rente fût folidaire ; que d'ailleurs cette Rente
l'étoit de fa nature , étant feigneuriale
qu'elle étoit qualifiée telle dans le titre nouvel
du 16 Juin 1717.
Bv L'AC2,
MERCURE DE FRANCE
L'Acquifition faite par les Religieufes
'd'une portion de la Prife des Mallards , n'a
pû éteindre cette folidité , fous prétexte que
la portion qu'elles ont acquife , étoit ellemême
chargée de cette folidité ; il eft vrai
que comme on ne peut être Créancier &
Débiteur tout enſemble , un Créancier qui
acquiert la portion d'un Codetempteur
éteint & confond dans fa perfonne la portion
de la Rente dont il étoit tenu , qui diminue
d'autant à l'égard des Cotenanciers ; mais
cela ne doit point empêcher qu'ils ne reftent
folidairement obligés au furplus de la Rente .
>
Dans l'ancienne Jurifprudence , on accordoit
à celui des Débiteurs folidaires qui
payoit la dette commune , & prenoit ceffion
des Actions du Créancier , le recours folidaire
contre fes Codébiteurs , fa part & portion
confuſe. Chopin , Bacquet & Defpeiffes difent
que la condition du Créancier qui acquiert
la part d'un des Coobligés ne doit
pas être pire , qu'il ne confond que fa part ,
& conferve la folidité pour le furplus.
On alleguoit encore que la condition des
Coobligés eft plus avantageufe quand le
Créancier acquiert une portion des Héritages.
fujets à la Rente , que fi l'Acquifition eût
été faite par un étranger , puifque dans le
premier cas , la redevance diminue , & qu'ils
font déchargés d'autant de la folidité .
Enfin
FEVRIER 1742 235
Enfin , on citoit trois Arrêts , l'un du
26 Août 1710. un autre du 24 Mai 1735. &
le dernier du 7 Septembre 1741. qui ont jugé,
difoit - on , en faveur du Seigneur , que l'Acquifition
par lui faite d'une portion duTenement
fujet aux Cens & Redevances feigneuriales
, ne le privoit pas de l'Action folidairecontre
les autres Coobligés.
M. Brouffe , Avocat du fieur Marchant ,
foûtenoit au contraire , qu'il falloit d'abord
écarter la qualité de Redevance feigneuriale
qu'on vouloit donner à la Rente ; que les
Religieufes n'étoient point Dames de Sainte:
James , où eft fitué l'Heritage des Mallards ,
qu'il en avoit payé les Lods & Ventes & le
Cens au Seigneur de Maifons dont les Reli--
gieufes relevent elles -mêmes pour les Terres
qu'elles poffedent dans la Plaine de Sainte James
; que les dénominations inferées dans le
titre nouvel de 1717. étoient dès expreffions :
impropres qui ne pouvoient changer la nature
de la Rente , qui n'étoit réellement qu'une
fimple Rente Fonciere ; & que les Religieufes
ayant acquis une portion de l'Heritage :
fujet à leur Rente , elles avoient perdu la fo--
lidité contre les autres Coobligés & ne pouvoient
leur demander que leur part & portion,,
& de contribuer aux parts des infolvables..
Ce principe eft d'abord fondé fur la raifon
qui enfeigne , qu'on ne doit point ad--
Bvij mettre
236 MERCURE DE FRANCE
mettre un circuit d'actions inutiles ; ce qui
arriveroit fi l'on accordoit une action folidaire
au Créancier Détempteur d'une portion
des heritages fujets à fa rente , contre les autres
Coobligés .Ce Créancier , dans l'inſtant
de fon acquifition , eft devenu lui - même
Débiteur folidaire de la rente ; fa détention
étant la même que celle des autres Codetempteurs
, fa condition doit être femblable
, il ne peut devoir ni plus ni moins
qu'eux ; & comme la folidité eft indiviſible,
dès que le cas de la divifer arrive , elle eſt
éteinte pour le tout.
,
Le fyftême contraire entraîneroit une in .
juftice ; car la folidité dans un Bail à rente
n'eft point l'ouvrage de la Loi , mais de la
convention ; les preneurs folidaires comptent
que chaque partie de l'heritage répondra
de la folidité ; or dès que le créancier
en acquiert une portion , leur condition.
n'eft plus la même , la portion acquife par
le créancier ne répond plus de la ſolvabilité
.
و
La derniere Jurifprudence ne donne plus
au débiteur folidaire , qui a payé la dette
commune qu'un recours contre chaque
Coobligé pour fa part & portion , quelque
ceffion d'actions qu'il ait pris , & cela poar
éviter le circuit d'actions , & caufe que s'il
exerçoit la ſolidité , elle refléchiroit contre
luiFEVRIER.
1742 437
lui-même. C'étoit la décifion de la Loi 2. ff.
de duobus reis , & la Jurifprudence à cet
égard a été fixée par deux Arrêts célébres
P'un du 22. Février 1650 , raporté dans le
Journal des Audiences ; l'autre du 5. Septembre
1674. raporté dans le Journal du
Palais.
Il est évident qu'il en doit être de même
quand le Créancier , au lieu de fe faire payer
par un Coobligé , fe met lui-même à fa
place , il
ne peut demander que ce que ce
Coobligé pouvoit prétendre contre fes Coobligés
, & la folidité refufée à ce Coobligé
dans la nouvelle Jurifprudence , doit pareillement
être interdite au Créancier , qui eft
au lieu & place d'un des Coobligés . Ce qui
répond aux fentimens de Chopin , Bacquet ,
& Defpeiffes , qui n'ont embraffé le fentiment
contraire que fur le fondement de l'ancienne
Jurifprudence , qui donnoit au Coobligé
fubrogé au Créancier la folidité contre
fes Coobligés .
Quand un Créancier a déchargé un des
Cotenanciers de la folidité , & reçu de lui
fa part fans reſerve , il ne peut plus prétendre
la folidité contre les autres , parce
qu'il a innové & changé leur condition .
Telle eft la difpofition de la Loi , Creditores
Cod. de pactis , & telle eft la doctrine de
Dumolin , §. 78. gl. 4. n. 39. de Mornac ,
fur
238 MERCURE DE FRANCE
fur la Loi 18. Cod . de Pactis , & de M. Louet
lettre R. n . 6. & de M. Bretonnier fur Henrys
, Liv. 3. Chap. 2. Queſt. 6 .
Il en eft de même quand le Créancier eſt
au lieu & place d'un des Cotenanciers. Tel:
eft le fentiment de Loyfeau , en fon Traité
du déguerpiffement; de Bafnage,fur l'art 179 .
de la Coûtume de Normandie ; de Defpommiers,
dans fon Commentaire fur la Coûtume
de Bourbonnois , art . 109. où il raporte une:
Sentence qui l'a ainfi jugé.
C'eft auffi ce qui fut jugé par Arrêt du 17.
Août 1741. au raport de M. de Blair .
A l'égard des Arrêts opofés par les Religieufes
, l'efpece en eft inconnue ; on voit
feulement que les deux derniers ont été
rendus pour des biens fitués dans les
Coûtumes d'Auvergne & Anjou , qui décident
que fi le Seigneur a reçu particulierement
fon cens d'aucuns Tenanciers , fon
cens n'eft pas pour cela divifé. Ainfi ces
deux Arrêts ne peuvent fervir de regle dans
une autre Coûtume ; d'ailleurs ces trois Arrêts
ont été rendus en faveur de Seigneurs .
pour des cens ou redevances feigneuriales
qui en tenoient , & dûës . folidairement
fur des heritages , on ne peut argumenter
de là pour de fimples rentes foncieres
, par deux raifons ; la premiere , que le
cens eft de fa nature folidaire & indiviſible ;,
la.
FEVRIER. 1742 239
la feconde , que dans ce cas le Seigneur n'eft
pas confideré comme Codétempteur ; la réü
nion qui fe fait à ſa table , fait confidérer la
portion par lui acquife , comme fi elle n'e
toit jamais fortie de fes mains.
Ainfi la folidité qui étoit dûë pour une
fimple rente fonciere , non feigneuriale , ne
peut plus fubfifter , quand le Créancier a
acquis une portion des heritages fujets à la
rente .
M. Gilbert de Voifins , Avocat Général ,,
qui porta la parole dans cette affaire , conclut
en faveur des Religieufes pour la folidité.
Par Arrêt rendu en l'Audience de la Gr.
Chambre fur déliberé, prononcé le 31. Jan-.
vier 1742. la Sentence des Requêtes du Palais
a été confirmée , ce qui juge que dans
ce cas la folidité eft éteinte.
LES DOUCEURS DE L'HYVER ,
Toi ,
O D E.
Oi , dont les aîles de glaces ,
En ramenant les frimats ,
Font naître les Ris , les Graces
Dans ces fortunés climats ,
Hyver
240 MERCURE DE FRANCE
Hyver , c'est toi que je chante
Ta fureur feule m'enchante
"
Et me met la Lyre en main .
Inſpire- moi , Dieu terrible ;
Les glaçons , ton fouffle horrible ,
N'ont pour moi rien d'inhumain .
*
En vain , Mortels témeraires
Dans vos injuftes Ecrits
Sous des images vulgaires
Peignez -vous ce Dieu des Ris ;
"
En vain , comme un Dieu funefte ,
Votre fureur le détefte
Et déclame contre lui ;
Malgré vos folles injures
Et vos fragiles peintures ,
Il eft l'effroi de l'ennui .
Il eft vrai que dans Plaines nos
On ne fent plus les Zéphirs ,
Et que
fes froides haleines
En ont banni les plaifirs ;
Sur cette Rive chérie
Le tendre Amant de Clitie
Ne darde plus ſes rayons ,
Et dès la naiffante Aurore ,
Dans
FEVRIER . 17427 241
Dans nos Prés la Nimphe Flore
Ne prodigue plus fes dons.
*
Les Arbres font fans verdure ,
Les Côteaux fans ornemens ,
Les Bocages fans parure ,
Les Vergers fans agrémens ,
Les Ruiffeaux & les Fontaines
Chargés de fes dures chaînes ,
Sont arrêtés dans leur cours ,
Et dans cet azile fombre ,
Alix ne cherche p'us l'ombre ;
Pour y chanter les amours .
*
Mais fi de ce Dieu terrible
L'afpect eft fi furieux ,
Et fi fon haleine horrible
Seme l'horreur en tous lieux ,
En faisant naître les glaces ,
Il ramene fur les traces
Mille plaifirs inconnus ;
Pendant fon regne agréable
On a le plaifir aimable
D'unir Minerve & Vénus.
*
Oui , tandis que ta froidure ,
Tes
242 MERCURE DE FRANCE
Tes neges & tes glaçons
Défigurent la Nature
Et défolent ces Valons ,
Hyver , ta main bienfaifante ,
Comme une Corne abondante ,
Répand partout les faveurs ;
Ton redoutable viſage ,
Pour les Mortels eft un gage
Des plus folides douceurs.
Doutez-vous de ces Oracles ,
Mortels voués à l'erreur ?
Et vous faut- il des miracles-
"
Pour détromper votre coeur -
Dans ce réduit agréable ,
Affis autour d'une table ,
Sans ennuis & fans chagrins ,,
Voyez ces amis fideles
Dans leurs Chanfons immortelles
Vanter leurs heureux deftins .
Quel bonheur , & quels doux charmes ;
Difent ces tendres amis !
Sans être en butte aux allarmes ,
Nous vivons au fein des Ris ,.
<
Nous goûtons en affûrance.
Le
FEVRIER. 1742.
243
Les doux fruits de l'abondance ,
Rien n'échape à nos défirs ;
Tous les Dieux & les Déeffes
Nous comblent de leurs largeffes ,
Et regnent dans nos plaifirs.
Bacchus , Cérès & Pomone ,
Préfident à nos feftins ;
L'aimable Fils de Latone
" Regle nos Concerts divins
D'un bon mot , d'une faillie
Le Dieu de la raillerie
Affaifonne nos difcours
Et l'Enfant que l'on revere
Dans Paphos & dans Cithere ,
Y joint fes tendres amours.
Hyver , ton aſpect aimable
Peut feul à tous les Humains
De ce bonheur véritable
Tracer les joyeux chemins ;
Tu peux feul dans cette orgie
Nous difpenfer l'ambroiſie ,
Et faintement furieux
Dans une myſtique yvreffe ,
Au Temple de l'allegreffe ,
Nous placer au rang des Dieux..
Par
344 MER CURE DE FRANCE
Par un retour légitime
L'encens pour toi va fumer
Une Deeffe fublime
S'aprête à le confumer.
Sous un brillant Diadême
Vénus s'avance elle- même ,
Bacchus précede ſes pas ,
Et les Graces demi nuës ,
Dans leurs Chanfons ingénués
Célebrent tes doux apas .
*
Dans une Fête fi belle ,
'Amis , ornons nos cheveux
Et marchons tous devant elle
Parmi les Ris & les Jeux ;
Au fon d'une aimable Lyre ,
Dans un amoureux délire
Danfons autour de fon Char ,
Et faifons en la préſence
Couler avec abondance
Mille Ruiffeaux de Nectar.
*
Ainfi , Déité propice ,
Sur tes Autels tous les ans
Dans un pieux Sacrifice
Nous t'offrirons notre encens.
A ton
1
FEVRIER.
1742 245
A ton retour favorable ,
D'une joye inaltérable
Nous remplirons nos eſprits ,
Et dans cette douce yvreffe
Nous chanterons l'allegreffe
De tes heureux Favoris.
*
>
Maintenant , Auteurs critiques ,
Rendez- vous à ces Concerts
Et que vos efprits cauftiques
Reconnoiffent leurs travers.
L'Hyver , avec fa froidure ,
Loin d'attrifter la Nature ,
Ne fait que la réjoüir ;
Lui feul prépare la voye
Aux bien que le Ciel envoye ;
Lui feul nous en fait jouir.
EXTRAIT de la Differtation lüë par
M. de Moncrif, le jour de la S. Louis
1741. dans la Séance publique de l'Aca-,
démie Françoife.
P Luffeurs Ecries
Lufieurs Ecrits font regardés communé
ment comme des fruits d'une belle ima
gination. Qu'on les examine , dit M. de M.
од
246 MERCURE DE FRANCE
on s'aperçoit qu'ils font plus dénués d'ima
gination que beaucoup d'autres Ouvrage
qui femblent n'avoir aucun raport avec cetɩ
partie de l'efprit , & qui cependant ne peu
vent fe paffer de fon fecours. Par imagination
M. de M entend , ainfi qu'il en avertit
, ce qu'on apelle Génie , idées neuves , ou
du moins rendues d'une maniere originale
Mais quels font ces Ouvrages ? les Roma
qui nefont fondés que fur le merveilleux & i
furnaturel. Les Voyages imaginaires. Les Contes
de Fées d'Enchanteurs. L'objet de la
Differtation n'eft pas d'infpirer du mépris
pour les Compofitions dont il s'agit , mais
feulement d'indiquer le rang qui leur apar
tient parmi les Ouvrages d'Elprit.
Quatre Sources d'où naiffent toutes fortes
de Contes & d'Hiftoires fabuleuses. Sources
d'une abondance extrême , & qui ſe préſentent
à tous les Efprits. La premiere eft un
fimple renversement des principes ou des
ufages , communs à prefque toutes les Nations
, un déplacement de certaines proprietés
qui n'apartiennent qu'à de certains Etre
& qu'on attribue gratuitement à d'autre
De là , les Pays où l'on peint les femmes
Guerrieres , Légiflatrices , libres dans leur
conduite ; & les hommes modeftes , affujettis
, & uniquement occupés à plaire
De-là , cette république de chevaux que
l'Auteur
TEVRIER 247 1742
Auteur de Gulliver repréfente avec la raion
des hommes . » Il en eft , dit M. de M.
de l'efpece d'imagination propre à forger
de tels contraftes , comme du caractere.
d'fprit de ces gens , qui pour briller ne
» fçavent que prendre le contrepied de tou-
» tes les propofitions qu'on avance. Ils ,
» croyent raifonner , ils ne font que contredire
.
رد
La feconde Source eft de mettre une ou
plufieurs perfonnes dans une fituation embaraffante
, mais qui fournit cependant à
l'Efprit une infinité de moyens de les tirer
d'intrigue. Tel eft Robinfon dans fon 1fle:
déferte , & autres. M. de M. propoſe à ce.
fujer une espece de problême : Si parmi les
perfonnes qui m'écoutent , dit il , il s'en
trouve quelqu'une qui foit bien convaincuë
de n'avoir point du tout d'imagination ,
qu'elle donne une heure feulement à penfer
& à écrire ce qu'on peut faire d'un Robin-
Ton ; je lui fuis garant que , fans rien dérober
au Roman Anglois , elle en compofera un
qui plaira aux amateurs des Ouvrages de ce
enre.
La troiſième Source n'eft que l'art d'étendre
ou de réduire la forme de certains êtres,
M. de M. donne pour exemple les petits
hommes & les grands hommes de Gulliver.
avouërai , dit - il , qu'un Ouvrage dont
toute
248 MERCURE DE FRANCE
toute l'invention confifte à me montrer de
hommes plus que Géants ou moindres quePig
mées,me paroît commencer & finir à la pre
miere page , tout le refte n'eſt que redite.
»
La quatrième Source , c'eft d'employer les
Génies & les Fées : Carriere d'autant plus
étenduë , que toutes les routes déja tracées
viennent s'y rendre. M. de M. expofe combien
il eft aifé de compofer des Ouvrages ,
où comme dans ceux ci on eft difpenfe de
former un Plan , on eft libre de ne mettre
aucune liaiſon entre les parties , ou du moins
de ne donner à ces mêmes parties que de
enchaînemens purement arbitraires : C'eft
alors , dit notre Auteur , qu'il n'eft pref
» que pas befoin de penfer , pour ſe trouve
» une infinité de ces mêmes vûës , qu'on
» apelle des imaginations , & qui ne tien
» nent rien de l'imagination , telle que je la
» conçois. Oui , fans la moindre idée des
» Sciences , fans les premiers principes du
» raiſonnement , je dirois volontiers , mê
» me fans aucun efprit : Nous allons tout
» connoître , tout expliquer : Nous ferons à
» notre gré Créateurs , Philofophes , enfin
» tout ce que nous voudrons être .
Pour prouver combien une pareille tâche
eft aifée à remplir , M. de M. propoſe de
compofer un Conte de Fée , une Hiftoire fabuleufe
; en la prenant même dans la Claffe
οὐ
FEVRIER . 1742: 249
où les Sujets exigent une forte de Plan.
Il commence & il affocie , comme on va le
voir , fes Lecteurs à la compoſition de l'Ouvrage.
» Deux Princeffes..... Elles feront
» charmantes , fans doute , & elles n'auront
jamais que quinze ans , tout cela dépend
» de nous. Ces Princeffes , & c'est ici que
» le merveilleux commence , font jumel-
» les , & fe réflemblent parfaitement ... Un
» attribut plus extraordinaire , & qui a l'air
d'Invention , quoi qu'au fond ce ne foit
qu'une idée détournée , c'eft que nos Prin-
» celles font nées avec une forte de chaîne
"
»
"
qui les unit de maniere qu'elles ne peut-
» vent être jamais éloignées l'une de l'autre
que de deux pieds environ... & fi cette
" chaîne fe rompoit , il leur en coûteroit la
» vie. Elles font obligées , comme on le
" voit, de vivre toujours enſemble ... mais elles
» s'aiment , ou ne s'aiment pas , car nous
» avons le choix , décidons au hazard . Elles
» s'aimeront : cette union fera troublées, &
» ce fera , fans doute , l'ouvrage de l'Amour.
» Les voilà Rivales : fituation qui donne lieu
» à une infinité d'évenemens l'Amitié &
» l'Amour font fans cefle en opofition . Celle
» des deux Soeurs , qui , préterée par leur
» commun Amant , tourmente fans ceffe
une Soeur qu'elle aime ; & qui fe voit for-
» cée d'être fans ceffe fpectatrice du bon-
I. Vol.
C » heur

#52 MERCURE DE FRANCE
O DE
Tirée du Pleaume X. In Domine confido, &c.
TAndis que , plein de confiance ,
Je marche fous les yeux du Dieu qui me conduit ,
Quelle voix m'avertit d'éviter la préſence
De l'ennemi qui me pourſuit ?
Pour tromper des méchans la vengeance cruelle ,
Empruntez , me dit- on , l'effor de l'Irondelle ,
Fuyez dans un antre écarté.
Déja l'Arc eft tendu , déja la fleche vole ,
Et le Pécheur n'en veut qu'au coeur droit qu'il im
mole ,
Loin du calme & de la clarté.
*
"
Seigneur , diffipe la tempête ,
Tu vois l'homme pervers armé contre mes jours ;
Je n'implore que toi ; fi ton bras ne l'arrête ,
D'où puis- je attendre du fecours ?
*
Permettras-tu , Grand Dieu , que son plus noble
Ouvrage
Soit détruit
par des mains avides de carnage ?
Non , ta Grace foûtient ma foi.
Eh ! fi tu nous manquois dans le péril extrême ,
Que
FEVRIER. 1742. 253
Que deviendroit celui qui renonce à ſoi- même ,
Pour ne fuivre & n'aimer que toi ?
Juftes, foyez en affûrance ;
A mes regards charmés les Cieux ſe ſont ouverts à
Objet intéreffant l'apui de l'indigence
Eft le Dieu puiffant que je lers.
Du Trône où l'a placé fon Effence divine
Le Seigneur attentif , interroge , examine
Les hommes par fa main pétris ;
Le vice, la vertu , rien n'échape à ſa vûë ;
Le mérite eft pefé ; l'équité diſtribuë
Ou le châtiment , ou le prix.
Il eft au centre de la Terre
Un abîme , où l'horreur s'unit au défeſpoir ,
Là, contre les Pécheurs par des coups de Tonnere
Dieu fait éclater fon pouvoir.
En vain par les regrets cette race coupable
S'efforce d'apaifer le courroux équitable
Qui punit fes affreux forfaits ;
Pleurs , promeffes , remofds , tout devient inutile
Et la feule vertu trouve un accès facile
Dans l'heureux féjour de la paix .
Par M. C. C. D. S. M.
Ciij LETTRE
254 MERCURE DE FRANCE
Į Į š š ě st ėėė❀❀❀❀❀❀❀❀❀❀g❀ g gf
LETTRE de M. l'Abbé B. Dupinet ,
M. D. L. G. où l'on expofe , 1 ° . Un moyen
d'obvier à l'alongement au racourciffement
du Pendule dans le chaud & dans le froid.
2°. La Defcription d'une nouvelle Machine
pour liquifier le verre 3 °. La Defcription
d'une autre Machine , inventée pour découvrir
la proportion qu'obfervent les Corps
graves dans leur chûte.
N Geur,lorfque la vifite de M.C. R. vine
E fûtes vous pas un peu fâché , Moninterrompre
notre converfation ? Pour moi
j'en conçûs un fi grand dépit , que vous dûtes
bien vous en apercevoir. Ce qui augmen
ta encore mon chagrin , fut quand M. C. R.,
fit tomber la converfation fur le beau tems.
Alors je ne pus plus y tenir , & fi vous vous
en fouvenez , je me dérobai tout doucement ,
bien affligé de n'avoir pu vous achever la def
cription que j'avois commencée , d'une Ma
chine , moyennant laquelle la difficulté de
l'allongement & racourciffement du Pendule
fe trouve réfoluë ; encore plus de
faire le perfonnage de Fufcus Ariftius , en
vous laiffant avec l'Homme d'Horace . Mais
pour avoir attendu , vous ne ferez point fruftré
de ce que je vous ai promis , car c'eſt dans
cette
FEVRIER . 1742 : 255.
cette Lettre que je me propofe d'accomplir
ma promeffe.
La meſure du Tems a toujours été regardée
comme une chofe des plus effentielles à la
Societé , puifque c'eft par fon moyen que les
hommes reglent leurs actions , que font terminées
nos vies &c . auffi a- t'on toujours
cherché à la perfectionner.
Dans les fiécles reculés , on fe fervoit pour
mefurer le Tems , 1. de certaines Lignes ,
tracées fur des Plans horifontaux & verticaux ,
auxquels l'ombre d'une aiguille par le Soleil
fe raportoit fucceffivement & divifoit les
jours en parties égales ; on leur donna le
nom de Cadrans Solaires . 2 ° . Des Horloges
qui alloient par le moyen de quelque liqueur
, comme par celui de l'eau , donnoient
une divifion du. Tems affés irréguliere , tant
parce que les chaleurs fublimoient une quantité
d'eau confidérable , que parce qu'elle
étoit fujette à fe congeler pendant le froid .. ?
-
Ces confiderations firent revenir prefque
tout le monde de cette efpece d'Horloges ,
pour s'en tenir aux Cadrans Solaires , dont
on fe fervit jufqu'à ce que aparemment quel
qu'un , ennuyé de la longue abfence du Soleil
, dont les nuages déroboient la vûë ,
chercha dans la Méchanique un remede capable
de mettre les hommes à l'abri de cette
varieté-1
Cij
C'eft
258 MERCURE DE FRANCE
C'eft- là. la date de l'Horlogerie. Les premieres
Horloges qu'on conftruifit furent ,
comme vous le penfez bien , ført groffieres ,
& ce feroit deshonorer nos Tourne- broches
que de les y comparer. De quelle irrégularité
n'étoient pas capables pareilles machines ?
Cependant on s'en fervoit faute d'autres . Des
Ouvriers plus habiles les perfectionnerent
peu à peu . Enfin Galilée ayant découvert les
proprietés du Pendule , M. Hughens , quelque
tems après l'apliqua aux Horloges qui
en ont pris le nom ; c'eft depuis ce tems- là
que l'Horlogerie a été élevée à ce haut degré
de perfection , qu'on révoqueroit en doute ,
fi l'expérience ne le conftatoit , puifqu'une
bonne Pendule à fecondes ne varie pas d'une
minute en un an.
M. Julien le Roy n'y a pas peu contribué.
Cet habile Artiſte a d'abord trouvé le fecret
de donner à l'échapement une figure telle
que les occillations du Pendule refteroient
ifochrones , quand même on doubleroit la
force motrice. Il eft compofé de deux palet
tes d'une longueur proportionnée , & de
deux Leviers ajuftés à deux tiges. Outre cet
avantage , il a encore celui d'être prefque
exempt de frotement.
Il ne s'eft pas contenté de cela ; ayant remarqué
que le chaud & le froid faifoient retarder
& avancer la Pendule , il a reconnû
que
FEVRIER. 1742 . 257
que le mal venoit de ce que le chaud & lo
froid allongeoient & racourciffoient la verge,
d'où il a inferé que s'il parvenoit à compen→
fer cette inégalité , l'Horlogerie recevroit um
nouveau degré de perfection.
C'en étoit affés pour l'engager à tout tenter
pour lever cet obftacle ; il y réuffit en faifano:
au Pendule une verge d'acier , qui pouvoit
couler par la pièce de cuivre où commence
la fufpenfion , & alloit paffer dans un tuyau
de cuivre , fur l'orifice duquel elle étoit ar--
rêtée par une cheville de fer , qui repofoit fur:
les deux bords du tuyau.
Ainfi , dans les chaleurs le tuyau de cuivre ,.
qui eft proportionné en longueur , relative
ment à la verge d'acier , à l'effet du chaud &
du froid; s'allonge aflés pour foulever la verge
dans la proportion qu'elle a été allongée par
le chaud , & dans le froid le même tuyau fe:
racourcit affés pour laiffer defcendre la verge;
de ce qu'elle avoit été racourcie par le froida
Enfin, pour qu'on ne crût point que ce n'étoit
qu'une conjecture fondée fur une poffi--
bilité ſtérile , il a ajusté une grande aiguille:
que la verge fait mouvoir , & qui parcourt:
plufieurs divifions du chaud au froid..
"
On a fans doute beaucoup d'obligation à
un aulli habile homme , & tout ce qui fort
de fes mains doir être refpecté. L'invention
que je viens de vous raporter et bien inges
Cy nieufe
258 MERCURE DE FRANCE
nieufe ; fi néanmoins celle dont je vais vous
donner la defcription eft plus fimple , &
qu'elle renferme les mêmes avantages , vous
m'avouerez qu'elle doit être préferée . Or c'eft
ce que vous allez connoître. Au lieu de verge
on metun tuyau de cuivre DBC, ( Planche 1.)
de la longueur ordinaire du Pendule , qui
bat les fecondes à Paris, ( je veux dire de
pieds , 8. lignes y comprenant
le rayon de la Lentille .
3.
A. eft un Sphéroïde creux , aplati , juſqu'à
ce qu'il raporte une figure aprochante des
Lentilles , & foudé au tuyau en C...
G. eft un morceau d'acier , fait en vis &
foudé au Sphéroïde A. en F , dont É eft l'é
erou , qui en hauffant & baiffant , fait monter
ou deſcendre le cône HF ; qui fert à regler
la Pendule.
On remplit le Shpéroïde A & une partie BC
du tuyau , de vif argent ou de quelqu'autre
liqueur , dont la dilatabilité & la pefanteur
foient proportionnées à l'effet du chaud &
du froid. Enfuite , par le moyen du feu , on
fair monter la liqueur jufqu'au point I , & on
foude dans Kinftant, avec de bon étain, l'extrenité
D' , qui eft faite en crochet , afin
qu'elle foir plus facilement fufpenduë.
A mesure que la liqueur fe refroidit, elle def
cendjufqu'a - ce que fa dilatabilité actuelle ne
foit caufée que par le tems ; alors on fufpend
la
SOFEVRIER. 1742. 259
Planche I.
D
H
B
A
260 MERCURE DE FRANCE
la nouvelle verge , & lorfque le chaud aug
mente , & par confequent que le nouveau
Pendule s'allonge , la liqueur monte &
minue le poids de la groffe Lentille A. Au
contraire , quand le froid raçourcit le Pendule
, la liqueur defcend , & par - là com
penfe les inégales grandeurs du Pendule .
#
De plus il fera facile , après avoir fait une.
fente d'environ la longueur IC , d'ajufter :
une petite glace le long de la fente , dont on
aura foin de bien maftiquer les bords avec
ceux du cuivre , enforte que la liqueur ne
puiffe couler dehors, & de divifer le Tuyau
en milliémes parties de la Boule , de la même
façon qu'on obferve dans la conſtruction .
des Thermometres de M. de Réaumur
( Mémoire de l'Académie , année 1730. )
Moyennant cela on aura l'agrément de connoître
les véritables degrés du chaud & du.
froid , & de rendre leurs effets inutiles , ce :
que je m'étois propofé de faire , jungendo
utile dulci , en joignant l'utile à l'agréable.
Puifque je me fuis mis en frais d'écrire ,
vous ne défaprouverez pas , M. que je vous
manifefte de quelle façon je liquifie le verre ,
& que je termine ma Lettre en vous faifant
part d'une idée qui m'eft venue pour méfurer
l'accéleration des graves.
Vous fçavez par expérience que les chalumeaux
avec lefquels on fait fondre le verre,
parmi
FEVRIER 1742 161
parmi beaucoup de défauts , en font remar
quer trois fort confidérables.
. Ils fatiguent beaucoup.
2º. Ils ne laiffent qu'une main libre , l'aus
tre étant affujettie à maintenir le chalumeau
à une certaine diftance de la flâme.
3. Ils renvoyent par intervalles de la falive
dans la flame , ce qui en interrompt la
continuité..
La premiere fois que je m'avifai de conftruire
des Thermometres , je reflentis toutes
ces incommodités , car pour faire les mefures
je me donnai , une peine infinie , qui n'égala
néanmoins pas celle de boucher hermetiquement
les Tubes , qui étoient d'environ
d'une ligne de diametre .
Dès-lors je réfolus de m'épargner cette fatigue
à quelque prix que ce fût.
Avoir un foufflet d'Emailleur , c'étoit une
chofe que ne me permettoit point la petiteffe
de mon apartement , que vous connois
fez. Il fallut donc fe tourner d'un autre côté,
& chercher dans la Nature un effet qu'on
peut apliquer aux conjectures préfentes.
Je ne perdis point ma peine , car après
quelque tems de recherche , je confus qu'on
pouvoit fe fervir avantageufement d'une code
lipile A , qu'on poferoit fur trois brauches
Cutyre CCC , ( Planche 2. ) après l'avoir remplie
d'eau à moitié ; qu'entre les trois branches
feroit
162 MERCURE DE FRANCE
2
feroit une Bouteille B , deftinée à fervir de
lampe , qu'à cet effet elle auroit fon ouver
ture ,affés étroite pour empêcher qu'une mêche
ne coulât au fond.
Que fi on allumoit la lampe B, & que l'on
exposât la flâme d'une groffe mêche allumée
à l'ouverture D , qui doit être fort étroite ,
l'eau échauffée par la chaleur de la lampe B ,
fortiroit en vapeur avec impétuofité & feroit
le même effet que le foufflet d'un Emailleur.
Fondé fur ces conjectures , je fis exécuter la
Machine , & l'expérience a confirmê au- delà
de ce que j'aurois pû en attendre , les vûës
que je m'étois propofées..
Quant à l'acceleration des Corps graves ,
les reflexions fuivantes m'ont posé à chercher
une mefure plus exacte de la fameuſe
proportion qu'ils obfervent dans leur chûte.
verticale.
Si l'on dit que les efpaces parcourus
font comme le quarré des Tems , & les Tems
2.
comme les des efpaces , il ne faut pas s'imaginer
que c'eft une vérité géométriquement
manifeite;les moyens qui ont fervi à faire cette
découverte , font fufceptibles de trop d'erreurs
, pour en conclure quelque chofe de
certain. A la bonne heure qu'on croye que
Faccéleration dont il s'agit, fe fait à peu près
felon la proportion arithmétique 1.3 . 5. 7.
&&
FEVRIER 1742 263
છેહવેપૂ .
Planche 2 .
C.
C
C
164 MERCURE DE FRANCE
*
&c. mais affûrer qu'abfolument les Graves ob
fervent cette proportion dans leur chûte , c'eſt
ériger en démonſtration une aparence.Je penfe
que le narré de la manoeuvre qu'on a fait
pour parvenir à la trouver, vous en convainsra
fuffifamment. Galilée fut le premier qui
foupçona qu'un Corps accéleroit de plus en
plus fa vîteffe ; pour enrichir la Phyſique d'u
ne auffi belle découverte , il forma le deffein
d'en trouver la proportion. A cet effet il fit
faire une efpece de tuyau de bois d'environ-
18. pieds de long. Au dedans il colla un par
chemin gradué,bien poli ; il inclina enfuite le
tuyau à l'horiſon , & laiffant couler une petite-
Sphère de cuivre , il trouva toujours que les
espaces parcourus étoient comme le quarré
2
des Tems , & les Tems comme les Vdes
efpaces. Là- deffus il ne manqua pas de publier
la découverte que fes yeux avoient remarquée
.
Le Pere Sébastien , ce- Géometre des fens ,
confirma quelque tems après la commune
opinion par une Machine compofée d'une
Spirale qui faifoit 4. ou cinq , tours dans la
proportion 1. 3. 5. 7. &c . Ön lâchoit un
Globe de cuivre , qui fembloit parcourir les
Cercles en tems égaux .
Voilà des Expériences qui femblent ne
laiffer rien à défirer ; qu'on confidere néanmoins
FEVRIER.
1742 265
moins que les yeux font les arbitres de cette
évaluation ; les témoins font- ils affés exacts
pour remarquer les petites differences qu'il
peut y avoir , foit dans les tems , foit dans
les efpaces , & les comparer enfemble dans
l'intervalle d'une feconde ? Il faut donc , de
neceffité , avouer que les moyens qu'on a
employés , font capables de quelque erreur
& ne pas dire comme l'Auteur des Inftitutions
de Phyfique , page 266. §. 313 , Que
c'eft le fait de Phyfique le plus affûré ; mais
imaginer , pour le rendre tel , quelque machine
qui fixe nos jugemens fur ce point, ou
du moins qui nous en aproche de plus près ,"
à la maniere des Géometres , qui lorfqu'ils
ne peuvent réfoudre quelques problêmes, tel
par exemple que la Quadrature du Cercle ,
tâchent d'en aprocher , le plus qu'il eft poffible.
D , eft un corps pefant , attaché au fil de
pite CC C. ( Planche 3. )
A A , eft un Cylindre , à une des bazes
duquel eft attachée une roue dentée B , qui
s'engraine dans le pignon E.
FF , eft une roue qui fait tourner le pi
gnon H , & avec lui le Cylindre de cuivre I,
qui fait la fonction des volans.
G, eft un Reffort que les chevilles 1. 2. 3 .
&c. font lever. La circonférence de la roue
BB eft divifée par de petites chevilles de
fer
266 MERCURE DE FRANCE
fer 1. 2. 3. 4. & c. qui lui font perpendiculaires
, en parties inégales, qui font entre elles
préciſement , comme font entre eux les chiffres
1.3.5.7. & c .
Si l'on a une Pendule dont chaque vibra
tion batte une feconde , fi enfuiré on abandonne
le corps D à fa pefanteur , il fera mouvoir
toute la Machine , dont les deux roues
FF, H, ne ferviront qu'à rallentir la vîteffe.
Alors on jugera facilement à l'ouie , fi chaques
vibrations du Pendule fe font en mê
me tems que le reffort G eft levé, parce qu'alors
les deux fons fe confondront & n'en
compoferont qu'un feul ; & fi ce cas là arrive
, il fera évident que la chûte des Graves fe
fait felon la proportion que les chevilles gardent
les unes à l'égard des autres ; finon , on
déplacera ces chevilles , qu'on mettra dans
un autre ordre , jufqu'à ce que les fons ne
puiffent plus être diftingués d'avec ceux du
reffort G.
-
Vous ne manquerez pas de m'objecter
que le frotement des pivots doit altérer la
vîteffe , à quoi je vous répondrai que cette
difficulté s'évanouira , fi on a foin de faire
les pivots bien déliés , & d'huiler les trous ,
parce qu'il n'en naîtra pas une plus grande
diminution de viteffe , que n'en fouffre de la
part de l'air un corps abandonné à ſon poids,
dans les premiers inftants de fa chûte, Outre
• cela
FEVRIER.
1742 267
Planche 3.
E
B
B
H
A
C
D
25 MERCURE DE FRANCE
cela notre Machine n'eft point fujette à la
réfiftance de l'air , puifque toutes fes piéces
étant de figure ronde , n'ont prefque point
d'air à déplacer.
Ce qu'il y a de certain , eft qu'il fe trou
vera moins de perte de vîteffe dans notre
Machine , que dans celle du Pere Sébaſtien ;
car les petites montagnes qui font répanduës
fur la furface de la Boule de cuivre , les inégalités
des Bandes fpirales , enfin la réfiftance
de l'air à déplacer dans les derniers Cercles ,
doivent produire quelque perte dans le mouvement.
Voilà , Monfieur , ce que j'avois à vous
dire pour dégager ma parole des promeffes
que je vous avois faites. Elle ne le fera jamais
, lorfqu'il s'agira de vous affûrer de la
pafaite eftime avec laquelle je fuis , &c.
A Paris , le 28. Juin 1741 .

ETRENNES
De M. Roy , Chevalier de l'Ordre du Roy ,
à Mad. la Marquise de ***.
D
Ou
Ans Paris eft un Lieu de Paris féparé ,
Un terrain qu'embraffe la Seine ,
regne le repos fous un Ciel épuré ,
C
FEVRIER. 269 1742.
Où refpiroit QUINAUT , l'ami de Melpomene ;
On y voit fon tombeau par les Muſes paré ,
Là , des premiers rayons mon ceil fut éclairé ,
Encor enfant j'entrevis fon image :
Là, je vais quelquefois lui rendre un pur hommage,
Contempler mon modele avec avidité.
Belife , pour vous rendre un tribut où m'engage
Le tendre fentiment , plus qu'un frivole ufage ,
C'eft Quinaut que j'ai confulté ,
A qui m'adreffer mieux , qu'au galant perfonnage
Qui du coeur parloit le langage ,
Qui toûjours délicat avec naïveté ,
Peignoit fi bien l'efprit & la beauté ?
C'eſt votre Auteur chéri , fa main légere & fûre
Sçavoit de la loüange aprêter les couleurs ;
Il embelliffoit les neuf Soeurs ,
Et de Vénus leur mettoit la ceinture.
Il m'entend & répond : je voudrois te prêter
Des Vers dignes de Belife.
Quelle fateuſe entrepriſe !
L'heureux Sujet à traiter !
Mais notre verve , à la Parque foûmiſe ,
Perd ici ce beau feu dont on l'a pû flater.
Entretenons- nous d'elle au moins ; je t'autorile
A rendre mes difcours ; tu n'as qu'à m'écouter.
Des talens que fon fecle en elle envie ou prife
Je juge mieux que lui ; ce n'eſt pas me vanter ,
Cax
MERCURE DE FRANCH
Car notre ame débarraſſée
De l'obftacle des fens & des voiles du corps ,
Voit clair comme les Dieux , perce par la penſée
L'objet dont un Mortel ne voit que le dehors.
Je vois un efprit jufte & né pour tout comprendre;
Le don de juger & d'entendre ,
Le Goût , qui de l'étude abrege les nomens ,
De la Nature heureux préfens ,
Que l'Art imite & ne peut rendre !
Je crois que
fi Belife eût vécu de mon tems ,
J'aurois bravé Boileau ; de fes traits infultans
༢ སརྞྞ ༣
Ma Mufe n'auroit pas été perfecutée ;
Belife , fur mes Vers je t'aurois confultée .
Il rougit & fe taît ; l'aveu bien entendu
De la
*
part d'un Poëte eft un fincere hommage,
Un éloge plus étendu ?
N'auroit pas coûté davantage.
LETTRE
1
FEVRIER 1742 270
9 LETTRE écrite d Aix en Provence , à
M. Aftier le Cadet, fur le genre épistolaire
dont il eft parlé dans le Mercure de Juillet
1741. par M. Boyer le jeune.
E fuis toujours plus perfuadé ,Monfieur, de
la vérité d'une propofition dont nous nous
fommes entretenus affés fouvent , qu'il faut
écrire fimplement & naturellement ; c'eft - là ,
vous le fçavez mieux que moi , une qualité
effentielle furtout au genre epiftolaire , &
fans laquelle on court rifque de donner dans
le Phoebus. Dirai - je même qu'on fe plonge
infenfiblement dans le galimatias , dès qu'on
perd de vue ce point important ? Perfonne
n'ignore que tout ce qui eft guindé , emphatique
, ou trop relevé , ne convient nullement
au ftyle des Lettres qui doit être aifé &
coulant.
Mais quel eft ce fimple & ce naturel fi peu
connu de la plupart de ceux qui fe piquent
de bien écrire ? C'est ce que j'ole examiner
aujourd'hui.Je vais hazarder quelques remarques,
que les Reflexions de M. de la Sorinière
fur cette matiere m'ont donné occafion de
faire. En dévelopant celles - là , j'expoferai ,
fans trop m'affervir à un ordre méthodique ,
quelques-unes de ces dernieres que je ne crois
pag
272 MERCURE DE FRANCE
pas devoir adopter..Si en fuivant mes idées ;
je ne me trouve pas entierement d'accord
avec l'Auteur de la Lettre fur le genre épiftolaire
, ce n'eft pas par envie de le contredire
mais feulement pour m'éclaircir de quelques
doutes fur lesquels j'attends , Monfieur, votre
jugement. Je pafle tout d'un coup à la conclufion
qui termine la Lettre de Monfieur de
la Soriniere .
» Ce n'eft , dit- il , d'après maintes experiences
, ni à l'excès d'efprit , ni à la vafte
» litterature , ni à la profonde érudition
mais à la fimple nature qu'on fera toûjours
❤redevable du rare & précieux talent de bien
» écrire . » Nous voilà , ce femble , d'accord ,
puifque j'ai pofé pour principe que le fimple
& le naturel font les fondemens du ftyle épiftolaire
; mais n'y a- t'il pas un peu d'équivoque
dans ces mots fimple nature , comme
dans ceux - ci , lefimple & le naturel ? Pour
l'ôter, je commence moi - même , par définir
ce que j'entends , parfimple naturel. C'eſt ,
fi je ne me trompe , une maniere de s'exprimer
qui ne préfente à l'efprit rien que de facile
à comprendre , fans être bas ni triviál ;
l'art ne doit pas y paroître ,de quelque fervice
qu'il ait été , & c'eft en cela même qu'eft le
plus bel effet de l'art. Mais quel eft le lens de
I'Auteur , lotfqu'il parle de fimple nature ? A
en juger par toute la fuite de fa Lettre , il
n'eft
FEVRIER . 1742 273
n'eft autre que celui - ci : Le fens commun
doit feul nous guider pour bien écrire , fans
avoir recours ni à l'eſprit , ni à la litterature.
Si cela eſt , Monfieur , combien de vos Lettres
doivent être profcrites pour y avoir fçû
unir ces deux dernieres qualités à la premiere ?
Prenez-vous bien , me demanderez -vous
ici , le fens de l'Auteur , qui n'en veut fans
doute qu'au faux brillant & à l'érudition mal
placée ?... Pourquoi donc avance t'il ce paradoxe
qu'il ne faut ni beaucoup ni peu d'efprit,
qu'il n'en faut même point du tout pour
bien écrire uneLettre ? J'avoue qu'un homme
qui palle pour n'avoir point d'efprit peut bien
écrire ,parce qu'il fçait dépeindre ingénûment
& naturellement les fentimens de fon coeur;
on voit même briller dans fes Lettres , lorfqu'il
y parle pour fon interêt, une certaine éloquence
qui ne le céde en rien à celle de nos
plus grands Orateurs.Mais c'est là une raison
en ma faveur ; & bien- loin qu'on en puiffe
conclure qu'il n'y a que les gens fans efprit &
fans lettres qui écrivent bien , je me crois en
droit d'inferer au contraire qu'il n'y en a
point de tels qui puiffent bien écrire, En
effet s'enfuit-il de ce que cet homme , dont
l'Auteur parle, eft incapable de concevoir, &
eft fans induftric,qu'il n'ait point d'efprit pour
bien écrire il en a affûrément autant qu'il
lui en faut pour toucher , pour perfuader
1.Vol. Ꭰ mê274
MERCURE DE FRANCE
même ; & cela lui eſt commun avec ceux
qui en ont beaucoup plus,
Mais il y a à diftinguer fur ce mot efprit
qu'on prend en bien des fens differens . Il eft
une forte d'efprit dont les gens du commun
font doués , par lequel ils peuvent réüffir à
bien écrire , dès qu'ils fe laiffent conduire
par la fimple raiſon . Y réüffiront- ils cependant
auffi bien que ceux qui ont l'efprit culti
vé ? C'eſt ici une autre forte d'efprit qui dans
lesmêmes circonftances,les mêmes occaſions ,
& fur les mêmes fujets , l'emporte bien fur
la premiere. Qu'il y ait des efprits relevés
qui par un mauvais goût font parade de leurs
penfees affectées, je n'en diſconviens pas ; &
peut-être faut-il mettre de ce nombre beau
coup de prétendus beaux efprits de notre Siécle
; je dirai même,par opofition, qu'il y en a
de médiocres dont le goût toûjours für dans
ce qu'ils font capables de connoître , rend la
plume heureuſe. Ainfi avec les génies les plus
brillans , & les plus étendus , fe trouvent
fouvent les efprits les plus faux & les moins
propres à s'exprimer naturellement. Mais
n'abufe-t'on pas des meilleures chofes , &
ne vont-elles pas ordinairement de compagnie
avec les plus mauvaifes ?En perdent- elles .
pour cela la bonté qui leur eft propre ?
C'est un grand défaut l'antithefe trop
multipliée : » De toutes les figures, dit un *
* M. l'Abbé Trubles.
que
» Auteur
FEVRIER. 1742 275
» Auteur illuſtre , elle eft la plus capable de
* faire paroître le difcours peu naturel , fi on
» J'emploie trop fréquemment. » Faut-il donc
la bannir de toute forte d'ouvrages ? La con
féquence n'eft pas jufte : j'en dis autant de
l'efprit litteraire qu'on découvre dans une
Lettre à travers un ftyle auffi leger que natu
rel . Doit- on ne plus en faire ufage pour quelques
concetti auxquels il peut avoir donné lieu ?
Je n'en crois rien, & je fuis déjà affûré , Mon
fieur , que vous ne ferez pas là - deffus d'un
autre fentiment . On lit & on lira toûjours
avec plaifir ces Lettres où l'efprit eft uni au
fimple & au naturel : une comparaifon dé
velopera ma pensée .
L'ail eft frapé, en entrant dans un Parterre]
de la beauté des differens compartimens, que
l'art a fçû y difpofer;mais la vûe ſe trouve peu
à peu fatiguée d'un arrangement trop concer
té , quoique diverſifié à l'infini . Il n'en eſt
pas de même d'un Jardin potager , où la nature
femble fe multiplier pendant les faifons
de l'année ; toutes fes parties , auffi agréables
qu'utiles , charment toûjours plus la vûë en
lui offrant fans ceffe des beautés nouvelles :
en faut-il être furpris? Elles font cultivées avec
foin fans que l'art s'y montre à nud comme
dans le Parterre. L'aplication eft facile à faire :
on fent affez la difference qu'il y a d'un ſtyle
trop étudié à celui dont les graces attachent
Dij par
477 MERCURE DE FRANCE .
par des liens infenfibles. Si le premier ne
Convient pas au genre épiftolaire , ne peuton
pas employer ce dernier avec fuccès ? Il
n'eft pas à la vérité auffi facile qu'on le penſe
communément de fe tenir comme en équilibre,
( paffez-moi, M. cette expreffion, ) entre
le haut , où l'on fe perd dans les nuës , & le
bas,où l'on rampe quelquefois , pour ne pas
vouloir s'écarter du fimple . Le pas eft gliffant
& il eft ordinaire qu'on fe jette dans le défaut
contraire à celui qu'on veut éviter. Il y
a cependant , ſuivant le précepte d'Horace
un milieu qui nous ouvre une route pour
éviter ce double inconvénient : ce milieu fe
fent mieux qu'il ne s'exprime , & l'on en doit
particulierement la connoiffance à l'ufagè
d'écrire.
3 Pour
peu que je confulte l'expérience
combien d'Ecrivains ne me préfente- t'elle
pas , qui , loin de gâter leur ftile par l'efprit
& la fcience , fçavent l'en orner à propos ?
Mais à entendre M. dela Soriniere , il n'apar-
» tient qu'auxDames,chés qui tout eft fenti-
» ment avec de l'efprit & de la lecture , ou
fimplement avec le premier , de ne point
» gâter leurs Lettres. Je refpecte affûrément,
autant que je le dois , cette aimable & précieuſe
portion de la Societé civile ; mais elle
eft trop raifonnable pour prétendre au privilége
exclufit d'écrire avec efprit & avec les
orneFEVRIER
1742 277
·
Ornemens que lui offre la lecture. Que les.
Sévignés de notre Siéele expriment ce qu'el
les penfent avec plus d'efprit qu'aucun de nos
Auteurs , c'est ce que la vérité leur accorda
avec autant de droit que la bienféance ; mais
fur un pareil motif , ceux-ci doivent- ils s'interdire
un agrément qui leur eft devenu naturel
à mesure qu'ils fe font perfectionnés dans
le bon goût ? Non fans doute : parmi plufeurs
exemples que je pourrois rapporter , les
feules Lettres Perfannes me tiennent lieu də
piéces juftificatives pour défendre nos Ecrivains.
J'en attefte ici tous ceux qui les one
parcouruës , & je fuis für qu'il n'eft aucun
d'eux qui , en louant le fimple & le naturel
qui y font également répandus , n'ait été
charmé d'y trouver des traits brillans d'efprit
joints même à l'érudition .
La regle eft certaine , ce n'eft qu'à l'aide da
prit que le coeur déploie fes fentimens ;
is que le coeur doit parler dans les Lettres ,
n ne sçauroit donc rejetter avec raifon le
eul moyen qu'il a de s'énoncer noblement
Je dis plus , & ceci d'après les Auteurs du
Journal des Sçavans ( Sept. 1737. ) dans le
jugement qu'ils portent des Lettres de Mad.
de Sévigné. Je crois avoir, Monfieur, de bons
garants de ce que j'avance : voici à peu près
de quelle maniere ils s'expriment . » L'abon
dance des traits ingénieux n'eft pas un dé-
Diij faut
278 MERCURE DE FRANCE
»faut dans le genre épiftolaire comme dans
quelques- autres genres , où c'eft un pré-
» cepte , non-feulement , de ne point courir
après l'efprit , mais encore de le fuir en
» quelque forte. Ce n'eft pas l'efprit qui gâ-
» tera une Lettre , mais l'affectation d'efprit.
» Il y plaira toûjours , qucique répandu avec
» une efpéce de prodigalité , s'il paroît fortir
»fans effort d'une belle & féconde imagina-
» tion , & , comme on dit , couler de fource.
» Le naturel n'eft donc pas opofé à l'ingé
» nieux; lesLettres deMad.de Sévigné en font
»une bonne preuve : les traits les plus bril-
» lans , les tours les plus fins s'y fuccédent
» prefque fans inrerruption les uns aux autres ,
» ce n'eft qu'efprit , & cependant tout eft
aifé & coulant. »
-
Ne femble t'il pas que les Journaliſtes
ayent voulu prévenir les objections de M. de
la Soriniere & y répondre d'avance? Je crains
cependant que le nom deMad.de Sévigné ne
lui donne envie de confirmer l'exception de
fa regle génerale , & qu'il ne veuille s'apuyer
d'une telle autorité pour foûtenir avec plus
'd'ardeur , qu'il n'eft permis qu'aux Dames
'd'écrire avec un efprit cultivé par la lecture.
Mais après tout, fi elles ont dans la Républi
que des Lettres , un droit auffi étendu en ce
qui concerne le genre épiftolaire , fera - t'il
bien vrai que les Ecrivains de nos jours n'y
puiffent
FEVRIER: 1742. 279
puiffent participer en aucune maniere ?
Je fuis prefque tenté d'avancer pour leur
défenſe commune , un paradoxe bien opofé
à celui de l'Auteur. L'efpérance où je fuis
que vous m'en direz , Monfieur , votre ſentiment
, me le fait propofer avec d'autant plus
de confiance, que par paradoxe , je n'entends
parler que d'une vérité bien établie ; le vrai ,
comme le faux étant , fuivant un homme
d'efprit , du reffort du paradoxe. Doit - on
toujours porter au fouverain degré la clarté
qui accompagne le fimple & le naturel dans
⚫le ftyle des Lettres ? Nullement : & voici le
principe fur lequel je fonde mon opinion .
Si l'homme n'avoit pour toute qualité de l'ame
que l'intelligence , & s'il ne recevoit que
des perceptions , la façon de s'énoncer la
plus fimple s'accorderoit le mieux à la fimplicité
de fes idées , mais il a quelque chofe de
plus : il a reçû le don de l'imagination & du
fentiment , & ces deux principes qui entrent
dans tout ce qu'il peut penfer , dire , ou faire
, ont leur langage particulier. C'eft ce langage
réduit en art , qui doit être le langage
des Lettres.
Ne croyez pas , Monfieur , que je diſe ceci
de moi - même , il s'en faut bien : vous me
connoiffez affés pour me rendre juſtice fur
l'éloignement
que j'ai toûjours eû pour la
fonction de Plagiaire . Vous n'aurez donc
point D iiij
280 MERCURE DE FRANCE
point de peine à m'en croire , fi je vous
avoue que je n'ai pas le mérite de donner du
nouveau de ma façon , mais uniquement celui
d'apliquer à la queftion que j'examine le
fyftême d'un Académicien célébre. Je parle par
analogie fur cc queM.de la Nauze a avancé le
premier dans le Mémoire qu'on lit au 10.tom .
des Mémoires de l'Acad. des Infcriptions &
Belles Lettres. Il y fait fentir au long le défaut
qu'il y a dans la prétendue clarté dont
on fe pique aujourd'hui , & il le fait d'une
maniere auffi ingénieufe que folide : il commence
par foûtenir que depuis que la Langue
s'eſt enrichie , ce n'eft plus affés qu'un dif
cours ait de la netteté , il faut qu'il ait de la
pureté , de la vivacité , de la nobleffe , de
l'harmonie , & ces dernieres qualités , dit- il ,
font fouvent opofées à la clarté . La nobleffe
même du ftyle doit amener quelque obfcurité
, fi on entend par-là que ce qui eft exprimé
avec élévation paffe l'intelligence du vulgaire.
τέ
,
Je ne prétends pas en adoptant le fyftême
de M. de la Nauze , qu'il faille dans le ſtyle
des Lettres cette nobleffe & cette élévation
qui tiennent de l'Orateur. Il doit précisément
yrégner une noble fimplicité, c'eft à quoi j'en
reviens fans ceffe, dans laquelle il foit permis
d'entremêler avec art,fuivant la matiere qu'on
traite, un certain je ne fçai quoi qui faffe croire
au
FEVRIER 1742 281
auLecteur qu'il ne reçoit pas fimplement l'impreffion
des idées de l'Ecrivain , mais qu'il
les produit lui -même : or peut- on ſe flater
de parvenir à ce point de perfection dans le
genre épiftolaire , tant qu'on recherche avec
trop de fcrupule cette prétendue clarté qui
enfante plûtôt l'obfcurité qu'elle ne la diffipe?
Il s'agit moins , dit encore notre Académi--
cien , de fe faire entendre , que de fçavoir fe
faire écouter , & d'intereffer ceux à qui l'on
parle . L'homme a une imagination qu'il faut
fraper , un goût qu'il faut ménager , ce qui
ne peut fe faire par une clarté de ſtyle , même
la plus grande. Tout homme qui parle
eft un Peintre qui offre un Tableau fenfible
de ce qu'il penfe ; il doit repréſenter les objets
avec des couleurs ; par- là il eft für de
plaire , rien ne flatant fi fort l'amour propre
de ceux qui écoutent que de leur donner à
entendre plus que vous ne paroiffez leur en
dire. On leur fupofe de l'efprit , & on gagne
leur eftime ; de plus , on leur donne occafion
d'exercer leur génie , & de fatisfaire ce goût
pour les recherches,fi naturel à tout homme
qui penfe.
Ne font- ce pas là , Monfieur , des vérités
qui peuvent s'apliquer avec jufteffe à la quef--
tion que j'agite ? Le ftyle épiftolaire eſt à
mon avis celui où l'on doit le plus s'attacher
le Lecteur, en piquant fa curiofité par quel--
D

guess
232 MERCURE DE FRANCE
ques traits dont il fente toute la force , quoiqu'ils
foient deftitués d'une trop grande clartés
comme il juge mieux par fentiment que
par
difcuffion , il découvrira du premier coup
d'oeil ce qui le frape , fous quelque envelope
qu'il paroiffe caché .
trop
>
>
Je ne fuivrai pas plus loin M. de la Nauze,
quoique les exemples qu'il tire de la Poëfie
de l'Eloquence , de la Philofophie , & de
I'Hiftoire , pûffent me fournir de nouvelles
le
preuves pour faire voir que de clarté
eft un défaut qu'il faut éviter , même dans le
genre épiftolaire. Je craindrois , Monfieur
d'être trop diffus dans une matiere, qui ne me
paroît intereffante , qu'autant qu'elle vous
amufera quelque momens. Au reſte que
vous la trouviez bien ou mal traitée , je ſoufcrirai
toujours de bon coeur à la déciſion
vous en porterez : il me fuffit quant à préfent,
d'efperer qu'elle vous donnera occafion de
me croire avec la plus parfaite eftime,Votre,
& c.
que
D'Aix en Provence le IS. Octobre 1741 .

LA
FEVRIER.´ 17420 283
LE BON USAGE DE LA POESIE.
Отої ,
Toi , mon feul plaifir , Reine aimable des
Vers
,
Interprête du coeur , charme de l'univers ,
Sage Muſe , qui feule aux tranſports du Génie
Sçais unir les accords d'une utile harmonie ,
De ma verve aujourd'hui fois l'ame & le foutien .
J'entreprens de venger ton honneur & le mien.
Verrai - je donc toujours des Cenfeurs infipides
Traiter de jeux d'efprit les fruits les plus folides?
C'eſt peu de furmonter par des efforts conftans
D'un Cenfeur pointilleux les dégoûts inſultans ,
D'avoir fçû réunir dans un écrit fublime
Le nerf de la raiſon aux graces de la rime ,
Et porté doucement juſques au fond des coeurs
L'amour de la fageffe envelopé de fleurs :
Toujours quelque Cenfeur jaloux de fon fuffrage
S'obſtine à dégrader ou l'Auteur , ou l'Ouvrage ,
Et quoique le vrai feul brille dans nos Ecrits ,
Des fots nous effuyons la haine , ou le mépris.
L'un , que toujours dévore une fureur cauftique ,
D'un art , qu'il n'entend pas, aveugle & faux critique ,
Décele , en fe montrant contre nous revolté ,
De fon efprit maffif la ſtupide fierté :
D vj
Un
284 MERCURE DE FRANCE
Un autre , fans pitié , fourcilleux Philoſophe ,
Prend le compas en main pour juger d'une ftropue
Et follement épris d'une froide raiſon ,
Veut aux regles d'Euclide affervir Apollon.
A quoi fervent ces Vers & ces fades Sornettes ,
» Vaines productions du cerveau des Poëtes ,
Dira d'un ton chagrin ce fçavant ténébreux ,
Noyé dans un cahos de volumes poudreux
Qui , jaloux de groffir la foule des Saumaiſes ,
Rêve d'un air profond fur d'antiques fadaiſes ,
Et veut facrifier dans fon obfcur repos ,
L'ufage de penser à l'étude des mots ?
Trop heureux fi jamais nos veilles poëtiques
N'avoient à redouter que de pareils critiques !
Opofant le filence à leurs traits émouflés
Un généreux mépris nous vengeroit affés.
Il est d'autres Cenfeurs , d'autant plus redoutables ,
Qu'ils ne lancent fur nous que des traits reſpectables,
Et que leur zéle outré , quoique religieux ,
S'arme,en nous condamnant , de l'intérêt des Cieux
L'homme eft chargé , dit-on , de devoirs trop fublimes
,
» Pour arranger des mots, & pour coudre des rimes,
A ce frivole emploi confacrer fes inftans ,
» C'eft ignorer le prix & l'ufage du tems.
» Trop fouvent un Auteur dans fa verve indifcrete
Dépouille le Chrétien en faveur du Poëte.
Mais
FEVRIER: 1742 28
Mais quoi ! ne doit- on pas dignement célébrer
Les grandeurs de ce Dieu qu'il nous faut adorer ,
Et chanter les effets de fa bonté féconde
Qui remplit de les dons le Ciel , la Terre & l'Onde? :
Et qui , mieux que les Vers, dans ces nobles emplois
Seconde, notre efprit & foutient notre voix ?
Qui peut d'un feu célefte embraſer mieux notre ame ,
Et peindre les tranfports du zéle qui l'enflamme ?
A l'afpect de ce Dieu , qui regne dans les Cieux ,
Qui dirige toujours le cours harmonieux.
De cesGlobes brillans fufpendus fur nos têtes ?
De ce Dieu qui fouleve & calme les tempêtes ,
D'une puiſſante main tranquille au haut des airs .
Conduit , éleve , abbat les Empires divers ,
Cite les plus grands Rois à fon trône fublime ,
Et qui d'un oeil ferein voit le monde , & l'anime ? -
Dans ce haut apareil fi- tôt que je te voi ,
Grand Dieu , mon foible efprit , s'élance hors de foi
Et de la Profe alors dédaignanr la bafleſſe , *
Dans fon volle plus fort s'accufe de foibleffe.
Oui , quand il faut chanter ton pouvoir immortel
Le langage divin nous devient naturel ,
Et nous fentons éclore , à l'aide de tes flâmes ,
Les femences du beau que tu meis dans nos ames.
Remplis de ces tranfports le foin de nos Cenfeurs ;
Et tous , dès cet inftant feront nos défenſeurs..
As fçauront que notre art , fi fécond en merveilles
$
286 MERCURE DE FRANCE
Se rend maître des coeurs en charmant les oreilles ,
Qu'il peut feul exprimer par de vives couleurs
Leurs craintes,leurs defirs , leur joie & leurs douleurs,
Et que par les refforts d'un heureux ftratagêine
11 fçait forcer le vice à rougir de lui -même.
Me defavoûrois tu , Pindare des François ?
Toi , qu'un fublime effor fignala tant de fois ,
Tes Cantiques facrés , ces chefs-d'oeuvres lyriques
Ne me fervent -ils pas de témoins autentiques >
Eh ! quel fiécle jamais entendit un Mortel
Avec plus de grandeur célébrer l'Eternel
Couronner l'équité , confondre l'injuftice ,
De fes fombres détours démêler l'artifice ,
Eclairer les Mortels fur leurs frivoles voeux
Sur des biens paffagers auffi fragiles qu'eux ,
Et leur montrer à tous l'écueil inévitable
Où viendra fe brifer leur orgueil indomptable?
Quel noble antouſiaſme échauffe tes écrits ?
Tout y frape , faifit , enleve les efprits.
Des Herauts du Seigneur les difcours prophétiques
Lancent ils dans nos coeurs des traits plus pathe,
tiques ?
Que tu fçais bien encor les ufages divers
Où brille le pouvoir & le charme des Vers !
Tantôt, de fes fecrets perçant la nuit obfcure ,
Tu vois jufqu'en fon germe éclore la nature ,
Et nous dévelopant fes refforts curieux,
LES
C
FEVRIER. 1742: 287
En dépit des Sçavans, tu les mets fous nos yeux ;
Tantôt de traits badins égayant la morale ,
Tu lui fais oublier fa froid: ur monacale. '
Eh ! que pourroit fur nous l'augufte Vérité ,
Si l'Art n'adouciffoit fa trifte aufterité ,
Si de la Poëfie on n'empruntoit les charmes
Pour ménager les coups que nous portent les armese
Il faut que la raison , à l'aide des beaux Vers ,
-Nous peigne en traits charmans nos bifarres travers,
Et qu'en gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
Sageffe , à tes apas dont nous fommes épris ,
La noble Poëfie ajoûte un nouveau prix ,
Quand tu veux de nos coeurs t'affûres la conquête ,
Les plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ;
Moins tu prens avec nous le ton grave & cenfeur,
Mieux tu nous fais goûter ton joug plein de douceur.
Sageffe , ô Vertu , feuls biens dignes d'envie ,
A la Reine des Vers , charme de notre vie ,
Uniffez-vous toujours par d'aimables liens ;
Elle embellit vos traits , vous confacre les fiens .
Que toujours le Poëte à vos leçons fidelle ,
Songe à vous raporter les beautés qu'il tient d'elle.
Mais quel funefte abus corrompant fes travaux >
Fait d'un Art tout divin une fource de maux ?
Cette voix confacrée aux céleftes loüanges ,
Kivale tour à tour des Démons & des Anges ,
Tantos
288 MERCURE DE FRANCE
?-
Tantôt charme le Ciel , & tantôt par les airs .
Des poiſons du Tartare infecte l'Univers .
Faut- il donc que toujours l'efprit le plus fublime
Se dégrade en cherchant à briller par le crime -
Hélas ! ignore-t'il que ce honteux honneur
N'illuftre fon efprit qu'aux dépens de fon coeur
Quelle Muſe , en ce fiécle où regne la molleffe ,,
Dans les Vers épurés nous chante la fageffe
Tantô:, pour vous féduire , un Lucrece nouveau
Peintre des voluptés dont il tient ſon pinceau ,
Sous le mafque impofant de la Philofophie ,
Et couronné des fleurs qu'offre la Poëfie ,,
Viendra yous débiter fur un ftoïque ton
Ses (a ) Principes puifés dans le fein d'Albion ,.
Séjour où la raifon de tout joug affranchie ,
Venge par fes excès la foi qu'elle a trahie.
D'un fiécle fait pour lui cet Apôtre enchanteur
Vous dira , » Voulez - vous connoître votre Auteur ? #
Par la voix des plaifirs aprenez qu'il s'explique .
» Ne leur opoſez plus une fierté ftoïque ; ,
» C'eft par eux que ce Dieu veut vous conduire à lui.
Que de jours vous perdez dans le deuil & l'ennui !
D'une auftere fageffe imbeciles eſclaves ,
» Vous verrai je toujours languir dans ſes entraves ?
» Laiffez à des dévots les leçons de Paſcal ,
(a) Principes établis dans certaines Epitres en Vers
fur la Liberté , le Bonheur , l'Envie , la Modérasion
, &c.
» Quoi
C
FEY IER.R 289
1742.
Quoiqu'il dife de l'homme, il le connoiffoit mal ,
» C'eſt en vain' qu'il s'épuiſe à nous crier fans ceffe
» Qu'ileft un Monftre plein d'orgueil & de baffeffe,
» On reconnoît affés à ſon ſtyle odieux
» D'un Dévot médifant les accès bilieux ,

J'aime bien mieux celui ( b ) qui d'un ton moins
fevere
Lui fait de fes défauts une loi néceffaire ,
L'engage à les fouffrir , & doux confolateur ,
» Lui montre que le Ciel lui- même en eſt l'auteurg
Voilà les fages Loix du nouvel Evangile ,
Qu'ofera vous prêcher ce Moralifte habile ;
Alors quel jeune coeur de fes beaux Vers épris ,
Ne voudra devenir Philoſophe à ce prix ?
Plus à craindre fans doute en cet autre Chapele ;
Dangereux, pour le moins , autant que fon modele
Des fines voluptés arbitre délicat ,
Satyrique fans fiel , libertin fans éclat ,
Vous ne le verrez point par des traits fanatiques
Attaquer de la Foi les fondemens antiques ,
Et dans fes Vers hardis,blafphemateur nouveau,
De la Religion éteindre le flambeau ;
Plongé dans les douceurs d'une yvreffe coupable,
Son coeur d'un tel effort n'eft pas même capable
Au fein de la mollefle où fon ame s'endort ,
(b ) Pope, que l'Auteur dans fes Lettres Philofobiques
, prefere à Paſcal.

190 MERCURE DE FRANCE
Il oublie & le Ciel & fon Juge & fon ſort ,
Et fa Mufe formée à l'Ecole des Graces ,
Ne fçait que badiner & rire fur leurs traces.
Puiffe- t'elle , rompant un ftérile fommeil ,
A l'Auteur de fes jours confacrer ſon réveil !
Ceux-ci , d'un bruit flateur follement idolâtres ,
Vendent leur conſcience & leurs Vers aux Théatres,
Et de nos paffions deviennent partifans.
Là , de triſtes plaiſirs dangereux artiſans ,
Il troublent de nos coeurs l'heureuſe indifference ,
Et nous font, malgré nous, haïr notre innocence.
Là, des Amans qu'on peint fous d'héroïques traits,
Les feux imaginés en font naître de vrais .
Là, fiere de nos maux & de ſes impoſtures ,
Leur vanité triomphe & rit de nos bleffures ,
Et non contents d'avoir infecté tous nos lens,
Pour prix de leurs poifons , ils veulent notre encens.
Tel eft le trifte abus qu'en ce fiecle coupable
Mille Auteurs infenfés font d'un Art adorable ;
Ah ! fi la vérité préfidoit à leurs fons ,
Quels fruits dans tous les coeurs naîtroient de leurs
leçons !
Par eux , la pieté perdroit ces airs fauvages
Qu'un févere Docteur lui prête en fes Ouvrages ;
Au- devant de fon joug , qu'ils orneroient de fleurs,
La Foi de tous côtés verroit voler les coeurs .
L'Impie , à leur exemple , aprenant à ſe taire ,
Humble Foi , béniroit ton bandeau falutairé,
>
Et
FEVRIER.
1742 291
Et nos triftes Cenfeurs prompts à fe défarmer ,
Loin de blâmer les Vers , s'en laifferoient charmer.
Voilà le feul moyen d'apaiſer leurs murmures ;
Mais chanter des plaifirs & rimer des injures ,
C'eft de nos ennemis autorifer le fiel ,
C'eft armer contre nous & la Terre & le Ciel.
Racine , tu n'as pas ce reproche à te faire ,
Tu fçûs mettre à profit les regrêts de ton pere ,
Et refpectant nos moeurs , tes modeftes pinceaux
Ne tracerent jamais que de fages Tableaux.
Ne differe donc plus , viens combler notre attente
D'un Chef- d'oeuvre où la Foi fe montre triomphante.
Vois la Religion , objet de tes travaux
Qui fe promet déja des triomphes nouveaux .
Elle veut rapeller fes enfans qui la quittent
Son zéle la dévore , & tes délais l'irritent .
Viens donc la feconder , fois fenfible à ſa voix ,
Mets le comble à ta gloire en foûtenant fes droits,
Son honneur eft le tien, & des Vers l'Art ſuprême
Pour fe juftifier n'attend que ton Poëme.
LET.
292 MERCURE DE FRANCE
*******************
LETTRE du R. P. Dom Augustin Calmet
Abbé de Sénones , écrite à M. D. L. R. aw
fujet de l'Hiftoire de Lorraine.
J
E ne fçais , Monfieur , qui a pû dire que
feu M. Maffon avoit eu part à la compofition
de l'Hiftoire de Lorraine , qui a été
imprimée à Nancy , chés Cuffon , en 1728.
Je vous affûre , qu'il n'y a eu aucune part ,
ni directement , ni indirectement , qu'il ne
m'a pas fourni la moindre piéce, ni le moindre
Mémoire pour la compofer ; en un mot , il
ne m'en a jamais parlé , ni moi à lui , & je
ne crois pas qu'il s'en foit vanté,fçachant que
je pouvois prouver le contraires
Je ne fçai , M. fi vous êtes informé que je
travaille actuellement par ordre de Meffieurs
les Chanceliers de France & de Lorraine , à
une nouvelle édition, ou à un Suplément de la
même Hiftoire. Je tâcherai de rétablir les
cartons dans les Livres , d'où ils ont été retranchés
, en faveur de ceux qui n'ont pas encore
acheté cette Hiftoire , & je me contenterai
de donner un Suplement en faveur de
ceux qui ont déja l'ouvrage. Ce Suplément
contiendra plufieurs Piéces nouvelles , Diplomes
, Differtations , Remarques , Additions,
<
1
CoxFEVRIER.
1742
293
Corrections, &c.ce qui pourra faire un Volume
in-folio. d'une groffeur médiocre.
Je viens d'achever mon Hiftoire Univer
felle depuis le commencement du Monde
jufqu'à nos jours , c'eft-à- dire , jufqu'à la
mort du Roy Louis XIV, Elle contiendra au
moins douze volumes in -4° . dont le 8e , eft
fous la Preffe & bien avancé d'imprimer. Je
fuis , & c.
L'ENFANT ET PLUTUS.
FABLE.
LE jour où l'An fe renouvelle
Un jeune Enfant voyoit étalés à ſes yeux
Les Bijoux les plus précieux ,
Et d'un peuple empreffé , confidérant le zéle
Vouloit de même entrer chez les Marchands,
Pour faire emplette de préfens ,
Non pas pour
lui ; d'une ame intereffée
Il n'avoit point le fordide defir ;
Mais , au contraire , fa penſée
Lui dictoit qu'à donner on goûte du plaifir.
Un point l'arrête en cette affaire ,
Il lui faut de l'argent pour faire fes achats.
294 MERCURE DE FRANCE
"
Où pourrai-je trouver ce métal néceffaire ,
Qui peut feul aujourd'hui me tirer d'embarras
Je me fouviens , dit- il , fi j'ai bonne mémoire ,
D'avoir lû , l'an paffé , dans un Livre d'Hiftoire
Que Plutus eft le Dieu qu'on prie en pareil cas .
Invoquons fa grandeur fuprême ,
·
>
Qu'il vienne à mon fecours dans mon befoin
extrême.
Plutus, fous le harnois d'un fuperbe Traitant ,
Paroît , & dit à cet Enfant :
En faveur de ton innocence
Je quitte le fein du repos ;.
Quand tu fortiras de l'enfance ,
Tu jouiras de tes travaux ,
Et tu pourras alors , au gré de ton envie
Suivre ton penchant généreux ;
Mais dans le printems de ta vie ,
Pour Parens . pour Amis , cher Enfant, tu ne peux,
Faire autre chofe que des voeux.
Je fuis l'Enfant de cette Fable ;
Plutus m'a promis fon foutien ;
En attendant ce moment favorable ,
Acceptez mes fouhaits,puifqu'ils font tout mon bien.
Pour un Enfant , par M. de Valois d'Orville,
OBSER
FEVRIER. 1742 195
OBSERVATIONS de M*** fur deux petits
Cristaux antiques trouvés dans un Tombeau
à Rome.
Ien n'eft
indifferent en fait de recher
Rches
d'Antiquité ; les
moindres chofes
deviennent
intereffantes lors qu'on en peut
tirer
quelqu'inftruction . Un Particulier étant
Rome,fe trouva à l'ouverture
d'unTombeau
dans les
Catacombes : ce
Tombeau , qui
étoit fans aucuns
fymboles & fans infcription
,
renfermoit
plufieurs
offemens , parmis
lefquels il aperçût deux petits Criftaux ronds
qui exciterent fa curiofité , & qu'on lui permit
d'emporter. Ils étoient
compofés chacun
de deux verres ou criftaux collés & apliqués,
dont l'un
repréfentoit un Bufte de femme
deffiné fous le verre & peint en or , & l'au
tre deux petites figures
entieres , deffinées
& peintes de même en or , repréfentant
un homme vêtu & debout , lequel
du bras droit étendu , & de la main montroit
une autre figure entourée de ban- :
delettes.
Comme ces deux Piéces me furent com
muniquées en original pour en avoir mon
fentiment , voici ce que j'ai pensé fur ce fujet.
On
197 MERCURE DE FRANCE
On ne peut douter de l'antiquité de ces
deux pièces , non-feulement par raport au
tems auquel elles peuvent avoir été fabriquées
, mais encore par raport à la matiere &
au goût dont elles font,fion les compare aux
Urnes & aux Lacrymatoires de verre que l'on
trouve communément dans les Tombeaux
payens , ce qui eft une preuve inconteſtable
d'antiquité.
qui par
>
Le premier de ces Cristaux repréfente un
Bufte de femme ; ce que l'on voit autour de
La tête , eft une lumiere de gloire , non un
fimple rayon en cercle , comme il eft marqué
fur les Médailles des premiers Empereurs
Chrétiens , mais comme un fonds de lumiere
ſon étendue deſigne mieux la dignité
du fujet. Il femble donc par cette lumiere de
gloire , jointe à l'occafion de l'ouverture de
ce Tombeau , que c'eft ici l'image d'une
Sainte , & même d'une Martyre , fi l'on fait
attention à une Palme qui eft deffinée fur le
Bufte du côté gauche , & c'est tout ce qu'on
en peut conjecturer ; car pour le nom , n'y
ayant aucune infcription ni dedans ni dehors
le Tombeau , il feroit inutile d'en faire la recherche
; mais cela n'eft pas furprenant , puifque
le Poëte Prudence , qui vivoit dans le
IV . Siécle ayant eu le pieux deffein de vifirer
à Rome les Tombeaux des Martyrs
comme
FEVRIER . 297 1742.
comme il le dit lui - même , au commencement
de l'Hymne fur S. Hypolite :
Innumeros cineres Sanctorum Romula in urbe
Vidimus.
trouva quantité de ces Tombeaux fans noms
& fans infcriptions.
Sunt & muta tamen tacitas claudentia turbas
Marmora , quefolum fignificant numerum ;
Quanta virumjaceant congeftis corpora acervis
Noffe licet , quorum nomina nulla legas.
Dans les tems des premieres perfécutions
de l'Eglife , où les Actes & les Myftéres de la
Religion fe célébroient en cachette & dans
des lieux foûterrains , on y enterroit fans autre
précaution , fous des Cryptes ou Tombeaux
les Corps & les Offemens des Chrétiens
& des Martyrs.
Mais ces Criftaux , avec ces petites figures,
peuvent entrer dans les preuves que nous
avons d'ailleurs , par l'Hiftoire du culte des
Images dans les premiers Siècles de l'Eglife ,
car c'eft dans ces mêmes Sépulchres que
celles- ci ont été trouvées. On réveroit donc
les Images des Saints dès ce tems - là , puifqu'il
eft inconteftable que ces Tombeaux
étoient des premiers Chrétiens dans les Catacombes,
& que ces petites Images y étoient.
D'ailleurs elles ont raport ou à quelques
1. Vol. Mar E
198 MERCURE DE FRANCE
Martyrs,avec les Offemens defquels elles ont
été trouvées ; fi on a égard aux petites palmes
que l'on aperçoit dans l'un & l'autre de
ces Criftaux , ou bien à quelques Saints : fi
Fon confidére le cercle de gloire & de lumiere
au tour de la tête qui eft en Bufte. Ces
Images enfin font une preuve de la vénération
qu'on avoit pour ce qu'elles repréſentoient
, afin que ceux qui ouvriroient un jour
leurs Tombeaux, les reconnuffent à ces mar
ques , & honoraffent leurs cendres. Il eſt certain
que dans le tems de la plus grande ferveur
du Chriftianifme , les Fideles renfermoient
des Images avec les Morts dans leurs
Sépulchres, pour témoignage de leur Piété &
de leur Religion. A la verite fi cet ufage étoit
rare , & fi l'Hiftoire n'en fait point mention,
du moins en a - t'on pû trouver quelquefois ,
& l'occafion de cette nouvelle découverte
dont il s'agit , vaut bien un témoignage par
écrit. Combien y a t'il de coûtumes de nos
premiers Chrétiens dont la connoiffance n'eft
venue jufqu'à nous que par des monumens ?
Ces fortes de figures peintes au dedans ou
au dehors des Tombeaux des Chrétiens.
étoient d'un ancien ufage ; nous en avons une
preuve dans le même Prudence que j'ai cité ,
Torfqu'il décrit le Tombeau de S. Hypolite ,
qui fouffrit de Martyre fous l'Empire de Valerien
en l'an 261 ...
Picte
FEVRIER
1742 299
Pidafuper tumulum fpecies liquidis viget umbris
Effigiam traci membra cruenta viri.
Op peut chercher le motif de cet ufage ;
dans un tems encore plus éloigné , touchant
les Images ou les Figures confervées par les
Chrétiens , dans le témoignage de Clement
d'Alexandrie qui vivoit au commencement
du troifiéme Siècle ,fous l'Empire d'Alexandre
Sévére.
Il permit aux Chrétiens d'avoir fur leurs
Cachets ou leurs Anneaux , des Figures qui
euffent quelque raport à la Religion , ou du
moins qui fuffent indifferentes ; mais jamais
de celles qui reffentoient l'Idolâtrie ; ayons ,
dit cet Hiftorien , fur nos cachets pour empreinte
une Colombe * un Poiffon , uno
Barque , un Anchre de Navire ai ♪è copa-
γίδες ἡμῖν ἔςων πελείας , ἢ ἰχθῶς , ή ναῖς , ἢ
λύρα μεσικὴ , ἤ ἀκυρα ναυτική. Car nous ne
devons pas , continue- t'il , graver ni repréfenter
des figures d'Idoles , il nous eft
défendu même d'y avoir le moindre
attachement , & d'y faire la moindre
attention , ἐν γὰρ ἐἰδώλων πρόσωπα ἐναποτυ
πωτέον οἷς καὶ τὸ προσέχειν απείρηται . Ainai les
premiers Chrétiens auront eu des Figures
& des Images religieufes , non- feulement
dans les Lieux Saints & deftinés pour leur
* L. 3. Ch. 11. Traité intitulé Пaayos.
E ij Sépul300
MERCURE DE FRANCE
Sépulture , mais encore fur les Bagues , les
Anneaux ou autres ornemens à leur uſage.
Ds plus , comme la coûtume ancienne étoit,
d'enterrer avec les Morts quelque chofe qui
leur avoit apartenu , les Images , telles que
font celles que nous voyons peintes fous ces
deux Criftaux , auront été de cette nature .
Une autre raifon qui confirme cet ancien
ufage , eft que pour opofer le vrai culte à la
fuperftition , ou détruire l'un par l'autre , les
premiers Chrétiens ont voulu fe diftinguer
des Payens & des Gentils qui plaçoient dans
leurs Sépulchres de petites Idoles , des Pierres
gravées , des Lacrymatoires, des Urnes ,
des Monnoyes & autres chofes prophanes.
Le fecond Criſtal repréfentoit un homme
vêtu à la Romaine , qui défigne de la main
droite la figure d'une perfonne morte , enſevelie
& entourée de bandelettes , à la maniere
des corps que l'on embaumoit . Cette
coûtume ancienne obfervée par les Hébreux
& par les Egyptiens , & enfuite imitée par
les Chrétiens , fupofoit une contpofition de
Baume & d'Aromates. On lit dans les Annales
Ecclefiaftiques de Baronius , Tom. 1. fous
l'année 69. que cet ufage fut obfervé à l'égard
de l'Apôtre S. Pierre après fon martyre
, car fon
corps fut recueilli & parfumé d'Aromates
par les foins du Prêtre Marcel . Cum
in cruce fic affixus martyrium confummaffet , à
Marcello
FEVRIER. 1742 101
aro-
Marcello Presbytero ejus corpus curatum,
matibufque conditum magnificentiffimè more Regio
, nedum Judaico tradidit fepultura.
Cette figure enfevelie me paroît donc être
celle d'une femme,, fur quoi je croirois que
le premier Criſtal repréſente l'image d'une
Sainte ou d'une Martyre , & que le fecond
défigne qu'elle étoit mariée , & que fon mari
, qui pouvoit être un Magiftrat Romain
ayant pris foin de la faire embaumer & enterrer
, a voulu la faire connoître par cette
autre image ; que dans l'une if en déclare la
fainteté par le cercle de lumiere , & que par .
fon action dans l'autre , il montre qu'elle
doit être honorée , la petite palme d'or que
l'on voit deffinée à côté de l'homme , jointe
à celle que l'on aperçoit au Bufte de fa femme,
étant un fymbole de Religion & de fainteté.
Voilà l'idée que je me fuis formée de ces
deux pieces , rares par leur antiquité , & fingulieres
par le Lieu où elles ont été découvertes
, foit qu'elles ayent été incruſtées autrefois
dans les parois interieurs duTombeau ,
d'où elles fe feroient détachées , ce qui paroît
par les bords du verre qui font inégaux
& rompus , foit que faifant partie de quelques
autres plus grands morceaux , elles
ayent été trouvées ainfi mêlées & confondues
parmi les offemens dans le Tombeau.
E ij LES
3oz MERCURE DE FRANCE
ཚེ་
LES DOUCEURS
DE L'UNION ET DE L'AMITIE ,
EPITRE
Adreffée à Mrs Deg ... & Rib ... le premier
jour de l'An 1742.
Ans ce beau jour , où de fes nouveauxfeux
Le Blond Titan ranimant la Nature ,
De fa couche brillante & pure
Semble fortir plus radieux ,
Conduit par la vive allegreffe ,
Chaque Mortel au tribut de fes voeu
Joint l'acolade , la careffe ,
Et fur l'aîle de la tendreffe
Fait voler fon coeur en cent lieux .
Abufant d'un fi doux ufage ,
Irois-je porter mon hommage
Au fuperbe féjour des Grands ?
Un encens vil eſt un outrage ;
Et de quel oeil verroient- i s mon encens ? ,
Heureufement fauvé par mes foibles talens ,
Jamais on ne me vit groffir dans l'esclavage
La foule obfcure des Cliens.
Trop inftruit des dégoûts conftans ,
ON
1
FEVRIER. 1742 303
Où le frivole efpoir de la faveur engage ,
Heureux , dis-je en moi-même , heureux , & vrai
ment fage ,
Qui de loin refpecte les rangs !
Qu'armé d'une offrande perfide ,
Aux pieds des Palais faſtueux ,
En ce jour le flateur avide
Aille ramper à replis tortueux ;
Je ris de cette ame fordide .
Viens , mon coeur , toi que la vérité guide,
Viens à deux amis vertueux .
Préfenter d'un amour candide
Le tribut toujours précieux.
Depuis long- tems ils fçavent ton langage ;
Ils éprouvent pour toi ce que tu fens pour eux ;
Dans tes tranfports affectueux
Ils trouvent leur plus cher partage ;
Ils me l'ont dit , j'en ai leur coeur pour gage.
( Le croirez - vous , efprits fâcheux ,
Ames dures , coeurs frauduleux ,
Vous qui d'aimer ignorez l'avantage ? )
La paix dont je joüis eft auffi leur ouvrage ;
Serrons , s'il fe peut , ces doux noeuds .
Oui , c'eſt à vous qu'enfin ma Muſe adreſſe
Le Meffage de fa tendreffe ,
Amis fages , Couple charmant ,
Confidens affûrés de ma Philofophie ;
Vous qu'un Aftre prédominant
E iiij
Doux
304 MERCURE DE FRANCE
Doux Pere de la ſympathie ,
Fit pour le bonheur de ma vie
Eclore aux feux du fentiment.
De l'heureux penchant qui nous lie ,
Dont le favoureux afcendant
Fait de nos coeurs la conftante harmonie ,
Chantons aujourd'hui l'agrément ;
Quoique fimple & fans ornement ,
L'image en doit être chérie ;
Sans fard & fans ajuſtement
Ce qu'un fincere coeur public
Peut intereffer aifément.
Déja cinq fois le Dieu de la lumiere
A de l'éclat de fes
rayons
Fait briller fes douze Maifons ;
Déja cinq fois la Terre entiere
A vû la Mere des Moiffons
Dorer fes fertiles fillons ;
Et tour à tour deffus la Mer altiere
Succeder aux noirs Aquilons
Les Nids flotans des Alcyons ;
Depuis qu'un bizarre préſage
Tournant nos pas vers ces cantons ,
Y fixa notre goût volage.
Des foins parfois fâcheux & longs
Occupent les loisirs de nos jeunes années ;
Et dans des travaux peu féconds
Nons
FEVRIER: 1742. 305
Nous ufons , il eft vrai , nos riantes journées.
Mais que le vulgaire entêté ,
Dans une foif toujours cruelle ,
Courant après un bien vainement ſouhaité ,
Aux Loix du Sort opofe un goût rebelle ¿
Toujours humble , toujours fidelle ,
Notre fage Stoïcité ,
Dans l'ombre de l'obscurité
Dans notre amitié mutuelle
Et dans la médiocrité
Sçait par une façon nouvelle
Retrouver la félicité.
L'inftant qui nous forma des chaînes ,
Des plus fermes liens urrit auffi nos coeurs ;
Ces liens précieux adouciffent nos peines ,
Les convertiffent en douceurs ;
Ainfi du rude Hyver les rigueurs inhumaines
Nous donnent le Printems , les Zéphirs & les fleurs.
Par M. Boule , Profeffeur de Rhétorique
au Collège de Villefranche , en Beaujolois.
On a dû expliquer l'Enigme & les Loga
gryphes du Mercure de Janvier par Laurier,
Royaume & Papier. On trouve dans le premier
Logogryphe , Ame , Rime , Rome , Vie ,
More , Re Maur , Oie , Roi , Moi , je , Eau,
E v Amo

306 MERCURE DE FRANCE
t
Amo , Or , Orme , Rive ; & dans le fecond
Pape , Pie , Rape , Pipe , Epi , Piper , Api ,
Air , Arie & Priape.
****************
ENIGM E.
Mon Pere en fe baignant me donne la naiſſance;
Chés moi regnent le jeu, les feftins & la danfe ;
Souvent dans mon déclin , quelle opofition !
Chés les fages Mortels je mets l'affl: ction ;
Plus court & plus mauvais que ceux de mon eſpece,
J'en précede plufieurs malgré leur droit d'aîneſſe;
Pour ménager la place à tous mes fucceffeurs ,
On m'allonge, on m'abrege; en dis- je affés, Lecteurs,
On s'arme contre moi , chacun tremble & friffonne,
Trifte , rude , cruel , je n'épargne perſonne ,
Mais pour une Philis j'ai pourtant des apas ,
Ses Amans avec moi nè vont point aux combats;
Mon Pere fort de l'eau, chofe étrange en ce monde !
Pour rendre fa vifite aux Habitans de l'Onde ,
Et quelque tems après le plus fier des Héros
Vient me donner la mort dans le fein du repos.
Par le Sr ** de Senlis
LOGOFEVRIER
1742. 397
LOGO GRYPHE.
L'Idiome François , bizarre dans fes Loix ,
A voulu défignèr fous la même aparence
Deux hommes de qui les Emplois
Sont d'une extrême difference.
Le premier eft placé dans un rang glorieux ,
Des apuis de l'Etat partage précieux ;
L'autre eft un indigent , caché dans la pouſſiere ,
Qui vit du travail de fes mains ,
Et de qui la bouche groffiere
3
Parle plus fréquemment aux Bêtes qu'aux Humains
Le mot qui tous deux les exprime
Renferme beaucoup d'autres mots ,
Que je vais dévoiler par quelques numeros .
Cinq lettres donneront un Héros magnanime ,
Qui s'acquit dans le Nord un immortel renom ;
Plus d'un Prince a regné ſous un ſemblable nom
Dans l'Angleterre , dans l'Eſpagne ,
Dans la France & dans l'Allemagne.
2. 3: & font voir un Inftrument
Qu'un Dieu, qui foûmet tout à fes Loix fouveraines,
Sçait employer fubtilement
Pour nos plaifirs ou pour nos peines.
S. 6. 2.3.1.4. un Arbré , l'ornement
De nos Jardins & de nos Plaines ;
E vi
368 MERCURE DE FRANCE
Le même nom , conçû differemment ,
Repréſente un magique ouvrage ,
Ou bien ce rire féducteur ,
Cet air piquant temperé de douceur ,
Qui de Philis décore le vifage .
8. 2. 5. 6. & 4. un homme fans courage ;
5.7. & 3. une conjonction ,
Qui dans un Corps fçavant mit la divifion ;
3. 7. I. 4. un mot qu'on trouve dans Racine ;
5. 6. 2. 3. une Machine
D'où la Terre vit culbuter
Certain jeune étourdi , dont la main témeraire
Ofa vainement imiter
Celle du Dieu qui nous éclaire ;
Cette Machine à Rome illuftroit les Guerriers
Qui pour la gloire de l'Empire
Avoient moiffonné des Lauriers.
1. 2. 8. accident dont notre coeur foupire ;
3. 7. 1. 4. un meuble utile aux Matelots ;
2. 3. 5. 6. & 4. un antique Navire ,
Qui fans voile ni rame a vogué fur les flots,
Les mêmes lettres nous font lire
Le nom d'un coffre à Sion reveré “,
Dont la redoutable préfence
Au Peuple Philiftin découvrit l'impuiffance
D'un Démon long- temps adoré ;
7.3.5.6, 4. un Comté de la France,
Apanage
FEVRIER. 1742 301
Apanage d'un Prince encore dans l'enfance
Ou bien c'eft une chofe employée à porter
;
Celui qui veut ou deſcendre ou monter.
Ce n'eft pas tout ; les mêmes caractéres
Nomment un Lieu public connu des Harangéres
D'autres combinaiſons formeront un Oiſeau ,
Un Moine , un Elément , la cave d'un Vaiffeau ,
Deux potes de Mufique , un amas d'eau bourbeuſe
Une Riviere peu fameuſe ,
Qui coule aux confins de l'Artois ;
Un fuplice , un légume , un poids ,
Un Etre , fans lequel Princeffes ni Bergeres
N'auroient jamais le bonheur d'être Meres
Un fouffle qui de notre corps
Peut feul animer les refforts ;
Un figne de douleur , un faint Evangelifte..
Il est maint autre mot que je puis annoncer ;
Mais le Lecteur pourroit bien ſe laffer
Si je ne terminois ma lifte.
J
AUTRE..
E ne fuis pas un Art d'une extrême nobleftë
Je nourris cependant les Peuples & les Rois :
Loin du luxe & de la molleffe
Je forme le Ruftique à pratiquer mes Loix.
De tout tems , une fauffe gloire
Ne m'a pas fait hair du refte des Mortels ,
Ex
316 MERCURE DE FRANCE
Et l'on voyoit jadis, fans ternir leur mémoire ,
Les Généraux Romains , des bras de la Victoire
Venir encenfer més Autels.
Onze pieds de mon nom compoſent la meſure ;
Analyſe ma découpure ,
Du prémier trait , Lecteur , je t'offre un Elément ,
Un Oifeau dont le vol perce le firmament ,
Armé des Indiens , un Infecte incommode ,
Un Inftrument fort à la mode
Chés les Partifans d'Apollon ;
De la Gamme le ſecond ton ;
L'heureux féjour où Ganiméde
Verfe le doux Nectar fur la table des Dieux ;
Un Saint ; un mal affreux , qui fans un prompe
remede ,
A l'Univers entier nous rendroit odieux .
Mon pinceau pourroit bien t'en fournir davantage ;
Mais ce qui n'eft que badinage ,
Par fa confufion rebuteroit l'efprit ;
Si tu veux avec foin fuputer cet ouvrage ,
Cher Lecteur , cela te fuffit..
L'Abbé Gandet.

NOU
FEVRIER: 1742 318
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , &c.
de la Philofophie Hermetique
Haccompagnée d'un Catalogue raisonné des
Auteurs qui ont écrit fur cette Science, avec le
veritable Philalethe , revû fur les Originaux, 3 .
vol. in 12. A Paris , chés Couftelier , Quar
des Auguftins , 1742 .
Voici un Ouvrage tout neuf en fon efpes
ce ; perfonne ne s'étoit encore avifé de faire
une Hiftoire fuivie d'une Science auffi
chimérique que celle de la Philofophie
Hermétique, c'est- à - dire de l'Alchymie , qui
a ruiné tant de perfonnes ; mais une pareillé
Hiftoire nous manquoit ; & c'eft toûjours
un Livre de plus dans la Litterature .
On ne fçauroit comprendre qu'une Scien
ee aufli vaine remonte à l'Antiquité que luž
donne l'Auteur , qui la prend même longtems
avant Moyfe. Quelques - uns croyent
qu'elle éxiſtoit avant le Déluge ; il eſt étonnant
de voir le nombre des chofes curieufes
que l'on dévelope ici dans un fujet , qui par
lui- même paroît fec & ftérile.
Cet Ouvrage eft fait de maniere qu'il peut
convenir à bien des perfonnes. Les Gens du
monde ,
12 MERCURE DE FRANCE
monde , qui ont du goût pour la Lecture
feront agréablement amufés par les fingularités
que l'on trouve à chaque pas . Les avantures
même en font fi particulieres , qu'on
pourroit apeller ce Livre le Roman des Richeffes.
Il eft vrai cependant qu'on y remarque
peu d'intrigues amoureufes ; mais on ne laille
pas d'en trouver
quelques
- unes.
On fera , fans doute , étonné d'aprendre
dans cet Ouvrage combien de Grands Hommes
fe font apliqués à cette Science ; outre
les noms de Moyfe , de Démocrite , & de
quelques autres qu'on y voit figurer pour
l'ancienne Hiftoire ; on y remarque pour
l'Histoire moderne Synefius Evêque de Prolémaïde
, Héliodore Evêque de Tricca en
Theffalie , Pfellus , Senateur de Conftantinople
, & plufieurs autres Grecs .
L'Auteur y fait voir fort ingénieuſement
de quelle maniere cette Science , cultivée
d'abord en Egypte , a paflé aux Grecs & aux
Arabes , & enfin aux Latins . C'eſt parmi ces
derniers qu'on voit briller les grands noms
de Roger Bacin , d'Albert le Grand , de S.
Thomas , de Raymond- Lulle , & du Pape
Jean XXII. On y fait même une Hiftoire
affés curieufe de Jacques Coeur , qui fe donnoit
pour Adepte , & qui d'une naiffance
obfcure parvint ufqu'à être Grand Argentier
de France , c'eſt-à - dire Contrôleur Géne-
Ial
FEVRIER. 1742 313
ral des Finances , fous le Regne de Charles
VII. L'Auteur ne fe contente pas de par
courir les differens Ages jufqu'à notre tems ,
il examine encore le caractere des Nations
par raport à la Science Hermétique.
L'Hiftoire des Freres de la Rofecroix , fi
peu connue aujourd'hui , n'eft pas un des
Endroits le moins curieux de cet Ouvrage ,
dont le ſtyle n'eft ni péfant ni dogmatique ;
l'Auteur a fçu l'égayer par des réfléxions fages
à la verité , mais quelquefois un peu cri
tiques. Ce n'eft pas un défaut quand elles
ne font pas perfonnelles , & qu'elles ne paffent
point les bornes de la prudence.
Le ſecond volume n'a pas moins d'agrémens
dans fa premiere Partie , qui renferme
l'Hiftoire des Tranfmutations métalliques, c'eſtà-
dire , des métaux imparfaits en or & en
argent ; tranfmutations néanmoins fur lef
quelles on peut avoir quelques preuves , &
non pas de ces Contes faits à plaifir ; auffi
l'Auteur a foin de marquer , & il tient parole
, qu'il n'employera le témoignage d'aucun
Chimifte , ce font des gens trop fufpects,
qui ne peuvent être ni témoins ni Juges en
leur propre caufe. Il vient enfin jufqu'à ce
dernier tems , & il faut avouer qu'il raporte
des Faits fort finguliers , & quelques - uns
même font prouvés d'une maniere à ne
pouvoir pas être rejettés . On y voit juſqu'à
1
une
314 MERCURE DE FRANCE
une Lettre de feu M. Soanen , Evêque de
Senez , & un Certificat de M. de S. Maurice
, Préfident de la Monnoye de Lyon , qui
affûrent aux Miniftres & même au feu Roy la
Tranfmutation qu'ils ont faite eux mêmes du
plomb & du fer en or & en argent .
La feconde Partie de ce II . Volume ne
convient qu'aux Gens du métier : c'eſt une
Traduction de quatre Traités du Philalethe ,
dont le nom eft celebre parmi les Alchymiftes.
Trois de ces Traités n'avoient jamais paru
en François , & le quatrième , que M. Salmon
, Médecin , avoit publié en notre Langue
l'an 1672 , étoit fi mal traduit , & fur
⚫ une fi mauvaife Edition , qu'à peine avoit- on
le courage de le lire , au lieu qu'on le trouve
ici conformément à l'Edition Angloife ,
donnée en 1669. & qui eft fort exacte.
Le troifiéme Volume décele l'Auteur de
cette Hiftoire , quoiqu'anonime : c'eſt un
Catalogue raiſonné & fort curieux des Ecrivains
de la Chymie metallique , avec des rèmarques
affés vives. On fçait que telle eft la
Méthode de M. l'Abbé Lenglet Du Freſnoy,
de donner toujours des Catalogues des Auteurs
de chaque matiere générale qu'il traité.
Celui- ci n'eft pas moins eftimable que tous
ceux qu'il a publiés jufqu'à prefent. On y
trouve auffi ces traits de critique qu'il fçait
apliquer aux Auteurs dont il parle.
Ain
FEVRIER 1742319
Ainfi cet Ouvrage convient à differens
genres de perfonnes ; les Gens du monde
feront amufés & inftruits par le premier Vo
lume , & par la premiere Partie du fecond
La deuxième Partie du fecond Volume eft
deftinée aux Artiftes .qui ont la fantaiſie de
travailler à la Pierre Philofophale. Enfin le
troifiéme Volume convient aux Curieux de
Livres , qu'il inftruit du mérite & de la ra
reté de ceux qui font les plus recherchés en
une Science , qui a plus de cours qu'elle ne
mérite.
La conjecture que l'on vient de donner fur
le nom de l'Auteur paroît apuyée fur l'Edi
tion faite à la Haye de ce même Ouvrage
laquelle porte celui de M. l'Abbé Lenglet
Du Frefnoy. Au refte on ne pénétre point
quel eft le fentiment de l'Auteur fur cette
matière. H femble quelquefois qu'il aprouve,
& quelquefois qu'il défaprouve la pratique
de cette Science.
ABREGE' de l'Hiftoire d'Espagne par to
R. P. Duchesne , de la Compagnie de Jefus ,
Précepteur de leurs Alteffes Royales Meffei
gneurs les Infants d'Espagne, 1. vol . in- 12 . A
Paris , chés Chaubert , Lambert , & Durand.
INTRODUCTION à la Chymie , &
deux Traités , l'un fur le Sel des Métaux
&
316 MERCURE DE FRANCE
& l'autre fur le Souphre Anodin du Vitriol ;
par M. G. Rothe , Médecin de Leipfick ,
avec une Analyfe raiſonnée de l'Antimoine
& un Traité fur les Teintures Antimoniales ,
par M. Mender , Docteur en Medecine , traduit
de l'Allemand , par M. J. L. Cloufier
A Paris , chés L. H. Guerin , & Jacques
Guerin Libraires , ruë S. Jacques , vis - à vis
les Mathurins, à S. Thomas d'Aquin , 1741 .
vol . in- 12 .
On trouve chés M. Barois , fils , Libraire,
Quai d´s Auguftins , quelques Exemplaires
du Munitionaire François par M. Naudot.
HISTOIRE DE JACQUES IL. Roy
de la Grande Bretagne, 1. vol . in 12. de 406.
pages. A Bruxelles , chés Leonard , ruë de la
Cour.
Nous n'avons point encore vû ce Livre ;
dont on trouvera un très bel Extrait dans le
Journal de Trévoux du mois de Juillet
1741.
LETTRE de M. de Mairan , Secrétaire
perpetuel de l'Académie Royale des Sciences
&c. à Mad *** . fur la Queſtion des Forces
vives , en réponſe aux Objections qu'elle
lui fait fur ce fujet dans fes Inftitutions de
Phyfique , à Paris , chés Charles - Antoine
Jombert, 1741. in- 12 . de 51. pages
REFEVRIER.
1742. 317
REPONSE de Mad. *** , à la Lettre
que M. de Mairan lui a écrite le 18. Février
1741 , fur la Queſtion des Forces vives , à
Bruxelles , chés Foppens 1741 , in - 12 . de 45 .
pages.
DESCRIPTION de la Ville de Lyon ,
avec des Recherches fur les Hommes Célébres
qu'elle a produits , 1. vol. 8 ° . à Lyon , de
I'Imprimerie d'Aimé de la Roche , à l'Occa
fion 1741.
Cet Ouvrage ſe trouve à Paris chés Briaf
fon , Libraire.
M. l'Abbé de la Grive vient de mettre au
jour la cinquiéme & la fixiéme feuilles de
Les Environs de Paris , qui comprennent le
Parc de Meudon , celui de S. Cloud , Verfailles
, avec le petit & le grand Parc de
Marly , la Forêt de S. Germain & les Terreins
adjacents. Le prix eft de trois livres la
feuille.
Didot , Libraire , Quai des Auguftins , à
la Bible d'or , débite depuis peu l'Histoire
du Vicomte de Turenne , par l'Abbé Raguenet
, 2. vol. in - 12 . 1741 .
Le I X. Volume de l'Hiftoire génerale des
Auteurs Sacrés & Ecclefiaftiques &c. Par le
R!

318 MERCURE DE FRANCE
R. P. D. Remy Cellier , Benedictin de S.
Vannes , paroît depuis peu chés Paulus Du
Mefnil , Imprimeur - Libraire , au Palais , au
Lion d'or , in -4°. 1741. Le X. Volume eft
fous la Preffe.
ац
HISTOIRE UNIVERSELLE DE DIODORE DE
SICILE , traduite en François par M. l'Abbé
Terraſſon de l'Académie Françoiſe. Chés
Debure l'aîné , 4. vol. in- 12 . 1745.
>
Avis des Libraires , touchant le Dictiomaire
de la Bible du R. P. Dom AUGUSTIN
CALMET , Abbé de Sénones , en 4. vol.
in- fol. enrichi de plus de trois cent Figures.
Il feroit bien inutile de vouloir relever le
mérite & les avantages d'un Ouvrage auffi
connu & auffi géneralement eftimé qu'eft
le Dillionaire Hiftorique & Critique de la
Bible du R. P. CALMET. Ceux qui font profeffion
de l'Etude de l'Ecriture fainte , fçavent
par leur propre expérience quelle en eft l'utilité.
Pour les autres , il eft également inftructif
& curieux , & même néceffaire pour la
connoiffance de l'Hiftoire , des moeurs & des
antiquités des Juifs & des premiers Peuples
du monde.
La premiere édition de cet Ouvrage avoit
été entreprife par. Soufcription , & elle fut
enlevée en peu de tems. Elle n'étot qu'en
deux
FEVRIER. 1742. 319
deux volumes in folio , qui furent bien - tôt
fuivis d'un Suplément , dont le fuccès fut encore
heureux. On fit alors une feconde édition
de tout l'Ouvrage , dans laquelle l'illuftre
& fçavant Auteur a refondu le Suplément
, & a fait des corrections & des augmentations
confidérables ; on y a même
ajoûté de nouvelles Figures .
C'eft de cette derniere Edition que nous
avons été follicités de réduire le prix en faveur
de ceux pour qui nous avons fait depuis
peu une pareille diminution fur le Commentaire
de la Bible du même Auteur. Nous fentons
à la vérité qu'il eft de notre intérêt de
ménager le petit nombre d'Exemplaires qui
nous reftent de cet Ouvrage. Nous prévoyons
même la difficulté qu'il y auroit de
le remettre fous preffe , à caufe des Planches
qu'il faudroit renouveller , & conféquemment
à caufe de la longueur & de la dépense
de l'entreprife . Cependant nous nous fommes
portés à facrifier à l'avantage du Public deux
cent cinquante de ces Exemplaires en papier
ordinaire & cinquante en grand papier , dont
nous réduirons le prix en faveur de ceux qui
voudront dès à préfent s'en affûrer. Ainfi au
lieu de cent quatre- vingt livres , prix de ce
Livre , papier ordinaire en feuilles , il ne fera
payé que cent dix livres ; & pour le grand
papier , dont le prix ordinaire eft de dense
cent
320 MERCURE DE FRANCE
cent foixante - dix livres , il ne fera payé que
cent foixante livres , laquelle réduction n'aura
lieu que jufqu'à la fin du mois de Juin de la
préſente année 1742 .
Et pour faciliter d'autant plus les moyens
de cette acquifition , nous donnons la liberté
de la faire en deux payemens ; en forte
que ceux qui ne voudront payer préfentement
que la moitié du prix , y feront admis jufqu'au
dernier Juin 1742. inclufivement , &
recevront une Reconnoiffance fignée de
nous , portant promeffe de leur livrer l'Exemplaire,
lorfqu'ils feront le dernier payement,
qui fera fait au plus tard dans le mois de
Decembre de la même année 1742. paffé lequel
tems leurs avances feront perdues pour
eux , & ils ne feront plus admis à repeter
Icurs Exemplaires ; condition fans laquelle
cet avantage n'auroit pas été propofé .
Quand le nombre de deux cent cinquante
Exemplaires en papier ordinaire , & de cinquante
en grand papier , fera confommé , les
Libraires vendront fans remife ce Livre cent
quatre-vingt livres en papier ordinaire , &
deux cent foixante - dix livres en grand papier,
en feuilles.
A l'égard de ceux qui n'ayant que la premiere
Edition du Dictionaire de la Bible en
deux volumes in -folio , voudroient rendre
1'Ouvrage complet , en y joignant les deux
volumes
FEVRIER. 1742. 321
volumes du Suplément , nous leur propofons
ce Suplément dont nous n'avons que cinquante
Exemplaires à confommer , au prix
de foixante livres en feuilles ; laiffant aufi la
liberté d'en faire l'acquifition en deux paye
mens égaux , aux mêmes termes , claufes &
conditions ci- deffus énoncés pour le Dictio
naire complet.
Nous croyons devoir les avertir en leur faifant
cette propofition , que ce Suplément
n'a été imprimé qu'à la moitié du nombre
auquel on avoit tiré les deux premiers volumes
, & que comme il en refte une très- pe
tite quantité d'Exemplaires , ils deviendront
bien- tôt très-rares & très - chers , en forte que
ceux qui n'auront pas voulu profiter de cet
avantage , ne pourront plus trouver à parfai- avanta premiers volumes de leur Dicre
les
tionaire.
·
On pourra s'adreffer à Paris , ruë Saint
Jacques , chez Gabriel Martin , à l'Etoile.
Jean Baptifte Coignard , à la Bible d'or.
Pierre-Jean Mariette , aux Colonnes d'Hercule,
Hippolyte - Louis Guerin , à Saint Tho
mas d'Aquin , & Pierre -Alexandre Martin ,
Quai des Auguftins , à l'Ecu de France .
MEMOIRES de Monville , vol . in - 12 . imprimés
à Utrecht,ſe vendent à Paris , chés les
Libraires du Quai des Auguftins.
F
Ces
322 MERCURE DE FRANCE
;
Ces Memoires ne font pas moins inftructifs
qu'amuſans , & tous ceux qui ont du
goût pour la bonne Morale les liront avec
plaifir ; l'Auteur nous met d'abord fous les
yeux un tableau de tous les defordres que la
vengeance entraîne à fa fuite , pour donner
plus d'éclat à la vertu contraire , qui produit
les derniers évenemens de fon Hiftoire : La
vengeance ( dit M. Jourdan ) n'a d'autre prineipe
que la crainte la crainte eft une foibleffe ;
àjuger de l'effet par la caufe , la vengeance en
eft une auffi : le vrai courage eft au - deffus des
injures. C'eſt à peu - près fur cette maxime que
roule tout fon ouvrage , conduit neanmoins
avec affez d'art pour toucher & plaire tout à
la fois , on pourroit feulement reprocher à
l'Auteur d'être un peu trop long dans fes
digreffions, de paffer legerement fur certains
détails qui demandoient peut- être plus d'étenduë
, & d'avoir trop précipité fon dénouëment
; mais ces petites négligences font
pardonnables en faveur de la folidité de fes
Reflexions , & d'un ftyle doux & varié qui
rend la lecture de fon Livre très-agréable.
LIVRES Etrangers arrivés depuis peu à
Paris , chés Briaffon , Libraire , rue Saint
Facques , à la Science & à l'Ange Gardien .
Hiftoire de Cefar Germanicus , par M. L.
D. B. 8 °. Leyde , 1741,
David
FEVRIER. 1742. 323
David Hartley de Lithoptriptico à Joan. Stephens
nuper invento . 8 ° . Lugd. Bat . 1741 .
Jac. Phil. Cæpollini facrum Chronicum . fol.
cum fig. Rome , 1739.
Differtations Critiques fur les Chronogrammes.
8°. Bruff. 1741
Chronica de Matematici da Bern. Baldo 4
Urbino. 1707.
Le Arti di Bologna difegnate da Annib. Caracci
& Intagliate da S. Guilini . Fol. fig.
Roma , 1740.
Mufei Theupoli Antiqua Numifmata . 4°. 2.
vol. fig. Venet. 1736.
Joan. Ciampini vetera Monimenta & ejuſd.
de facris Edificiis à Conftantino conftructis
. Fol. 3. vol . Roma , 1693. & 1699 .
Pr. Joa. Bouget Lexicon Hebraicum & Chaldaico
Biblicum . Fol. 3. vol . Roma , I737
G. Baglivi Opera Medica , adduntur J. D.
Santorini opufcula IV. 4° . Baſſani , 1737.
Guil. Cowper anatomia Corporum humanorum
, CXIV.Tabulis illuftrata , edidit Guil.
Dundas. Fol. magno. Lugd. Bat. 1739 .
Les Amuſemens du Coeur & de l'Efprit. 1 2.
Tom. IX.
Elementa Chirurgia medica ex mente & Methodo
Stahliana . 8° . Budiſſe , 1727.
Chr. Henr. Erndelii Warfavia Phyfice Illuf- ,
trata . 4° . fig. Drefda , 1730 .
Effai fur la Controverfe en deux parties ; par
Fij
M.
324 MERCURE DE FRANCE
M. de la Chapelle . 8° . La Haye , 1737.
Bart. Euſtachii Tabule Anatomica, Fol. fig.
Roma.
L'Exiſtence & la fageffe de Dieu manifeſtées
dans les Oeuvres de la Création , trad. de
l'Anglois , par Rey. 8 ° . Utrecht. 1723 .
Effai fur le Mouvement , par M. de Crouzaz.
12. 2. vol. fig. La Haye , 1728.
Difquifitio Hiftorica de re Veftiaria hominis.
facri. 12 , Amftel. 1704.
Jo . Mat. Bartius de Culice . 4° . Ratifb . 1737
Ejufd. De Luce Barometrorum. 4°
Lipfie , 1716.
Dan. Bern. Barringii Clavis diplomatica . 4°.
Hannovera , 1738.
Ejufd.Notitia Scriptorum Brunfvicenfium
& Luneburgenfium . 8 ° . Hannoverą
1729.
Ad. A Cattemburg Bibliotheca remonftrantium.
8°. Amft. 1727.
Opere Critiche di Lod , Caſtelvetro . 4° -Berna.
1727.
Le Chrétien honnête homme , par M. de
Bellegarde. 12. La Haye. 1721 .
Les Colloques d'Erafme , trad . en François ,
par M. de Geudeville , avec des notes &
des fig. 12. 7. vol. Leyde. 1720.
Hiftoire du Commerce & de la Navigation
des Anciens , par M. Huet. 8°. 1727.
,
du Wighifme & du Torifme en Angleterre
FEVRIER.
325 1742
gleterre , par M. de la Cize. 8 °. La Haye:
1718.
Jac. Keil Tentamina Med. Phyfica. 4
Lugd. Bat. 1730.
Ejufd. Introductio ad veram Phyficam
& Aftronomiam . 4° . fig. Lugd. Bat. 1739 .
Joh. Gott. Lakemakeri Obfervationes Philologicæ
. 4° . 10. part. Helmft . 1729 .
Leonidas , Poëme traduit de l'Anglois . 12. a .
vol. 1738.
Lettres choifies de M. de Balfac . 12. Amft.
Elzevir. 1678 .
Phi . Liebergii Fafciculus Poëmatum. 8°. Haga
Comit. 1738.
Jod. Lomnius de curandis Febribus
perpetuis.
8°. Rot. 1720.
Threfor des Fables choifies des plus excellens
Mythologiſtes
. 4°. 2 : vol . fig, Bruff. 1734.
Trattenimento
Iftorico e Cronologico
del
S. Fr. Mar. Biacca . 4° . 2. vol . Napoli.1728 .
Traité de la Vérité de la Religion Chrétienne
, trad . du Latin de M. Alph . Turretin.
8°. 4. part. Geneve. 1735. &fuiv.
Thuringia facra & Sam . Reyheri Monumenta
Turingiæ & Mifnia . Fol . fig. Lipfia.1737.
Thefaurus Morellianus five Familiarum Romanarum
Numifmata ,curante Haverfcam
pio. Fol . 2. vol. fig. Amft. 1734.
Theorie Nouvelle de la Manoeuvre des Vaiffeaux
, par D. Bernoulli . 8 ° . fig. Bafle..
1714 Fiij Theo.
326 MERCURE DE FRANCE
Theorie & Pratique de la Coupe des Pierres
& des Bois , par M. Frezier. 4°. 3. vol. fig.
Strafbourg. 1738.
8
The alliance Bethwen Curch and State or the
neceffity and equiti of an etablished Religion,
&c. byM. Wil. Warburton . 8 °. London.
1741.
The divine legation of Mofes demonſtrated;
› by Wil. Warburton . 8 ° . 3. vol. London.
1738 .
The Life of Cicero by Coniers Midleton.
8°. 3. vol. London. 1741 .
A Compleat Syftem of optices ; by
Smith . 4 °. 2. vol. fig . Cambridga. 1738.
The odiffey ofhomer tranflated en verfe Englifch
by Pope . 12. s . vol. fig. London.
5 .
1725.
Poems bythe Earls ofRocheſter , Boſcomon,
and Dorfet , &c. 12./2 . vol . fig. London.
· 1739.
The Tatler , and Lucubrations Is. Baker fat .
12. 4. vol. London. 1737-
Novelle dy Bandello . 4° . 4.vol.Londra.1740 .
"
SUITE du Journal Italien de M. le Marquis
Maffei Offervazioni Letterarie , &c..
T. IV.
Ce quatrième volume contient , comme
le précedent dont nous avons rendu compte
dans le Mercure du mois d'Aout 1741 , onze
princi
FEVRIER.
3.27 1742.
principaux Articles , dont le premier eft le
plus étendu , & on peut dire , le plus impor
tant : il roule fur un fujet hiftorique extrê
mément curieux , dont le titre eft exprimé
en ces termes : DELLA NAZIONE ETRUSCA.
e Degl'ItaliPrimitivi Trattato in quatro Libri
divifo . Chaque Livre eft fubdivifé en plufieurs
parties , lefquelles le font en divers
titres , & le tout enfemble contient un fi
long détail , qu'il nous feroit impoffible d'y
entrer, fans exceder nos bornes ordinaires .
Dans les Articles II . III. & IV. on rend
compte de deux Ouvrages , qui ont un raport
effentiel avec ce qui vient d'être dit de
la Nation Etrufque dans le I. Article. Ces
Ouvrages font : 1 °. Deux volumes fol . im
primés à Florence en 1737. fous le titre de
Muſeum Etrufcum , dont le premier contient
200 Planches chargées de Figures gravées en
taille douce ; & le fecond , l'Explication &
l'Illuftration' , Illuftrazione , de ces mêmes
Figures. L'Auteur eft le célebre M. Antoine-
François Gori , Profeffeur de l'Hiftoire à Flo
rence , le même qui a entrepris , & qui a
déja donné trois ou quatre volumesfol. du
Mufeum Florentinum , fi fort eſtimé & fi
bien reçû de tous les Sçavans de l'Europe .
• 2°. Deux autres volumes imprimés à Rome
, in-4°. Années 1735. 1738. fous le titre:
Effai , &c. SAGGI di Differtationi dell' Ac-
Fiiij . cadi
328 MERCURE DE FRANCE
cademia Etrufca , dont on ne dit pas le nom
de l'Auteur ; mais Livres dans lesquels on
trouve beaucoup de Recherches & d'Erudition.
L'Article V. contient un Extrait du IV.
Tome de toutes les Oeuvres de Saint Jerôme
, de la nouvelle édition qui s'imprime
à Veronne , dont nous avons parlé en fon
tems.
ISTORIA della Controverfia fi la figura
della Terra , con la Notizia della Relatione
fatta ultimamente da quegli Academici delle
Scienfe , percio ftati fpediti nella Lapponia.
C'eſt le titre du VI . Article de ce Journal ,
lequel eft d'une fort grande étendue . Cette
matiere qui a pour objet la figure de la Terre
, les operations & les voyages qui ont été
faits pour la déterminer , fe trouvant déja
difcutée dans plufieurs ouvrages du tems
on fe difpenfera d'entrer dans le détail qui a
fi fort occupé l'Auteur de ce Journal .
>
Nous n'arrêterons pas d'avantage fur l'Article
VII. qui préfente l'obſervation d'une
Eclypfe de Soleil , faite à Padouë par trois
habiles Aftronomes le 15. Août 1738.
Dans l'Article VIII. on rend compte d'un
Ouvrage du Marquis Poleni , pour fixer la
Pofition Géographique de la Ville dePadouë.
Il eft nous dit on , affés étonnant qu'on
n'ait encore rien publié de certain & d'exact
>
fur
FEVRIER . 1742 329
fur la latitude & la longitude d'une Ville
illuftrée par une fameufe Univerfité. Il ne l'eft
guere moins qu'en France dans le Livre de
la Connoiffance des Tems , Ouvrage de plufieurs
Membres de l'Académie des Sciences,
il n'eft feulement fait mention de cette
pas
Ville , non plus que de l'excellente Carte
Geographique de l'Italia commencée par M.
Bianchini.Nous nefuivrons pas le Journaliſte
dans le refte de cet Article , qui contient le
détail des Opérations faites pour avoir d'une
maniere affûrée la fituation geographique de
la Ville dont il eft ici queſtion.
Art. IX. X. ELOGIA del Sig. Don Emmanuele
Marti Decano della Chiefa d' Alicante :
Cet Eloge de D. Emmanuel Martin , Doyen
de l'Eglife d'Alican , n'a rien de nouveau
pour nous , ni ne préfente rien à nos Lecteur
qu'ils n'ayent déja vû dans le Mercure
du mois d'Août 1738 , où nous avons entrepris
de donner un Abregé de l'Hiftoire Litteraire
de ce Sçavant Eſpagnol , d'après fa
vie , écrite
par
M.
Georgi
Mayans
de Valence
, Bibliothéquaire
de
S.
M.
Catholique
imprimée
à Madrid
en
l'année
1735.
On
a
auffi
imprimé
dans
la même
Ville
, & prefque
dans
le même
tems
, les
Lettres
latines
de
Emmanuel
Martin
, & celles
qui
lui
ont
été
écrites
par
plufieurs
Sçavans
, defquelles
Lettres
il s'eft
fait
depuis
une
belle
édition
à
Fy
Amfter330
MERCURE DE FRANCE
Amfterdam , en 2. vol . 4° . 1738. que nous
avons entre les mains , & dont nous rendrons .
inceffamment compte au Public .
A la fuite de fon Eloge , l'Auteur du Jour-.
nal raporte un grand nombre d'Infcriptions
latines que D. Martin a recueillies en Efpagne
, la plûpart inconnuës jufqu'à lui , fort
curieufes & utiles à plufieurs égards ; . & à la
fin de ces deux Articles , le même Auteur
du Journal a ajouté quelques remarques de
fa façon fur les Inſcriptions dont on vient de
parler.
>
Le XI. & dernier Article fe fera lire avecun
fingulier plaifir par les amateurs de la
belle Antiquité , en voici le titre : Famoso e
incomparabili Cameo nella Galleria dell' Auguftiffimo
Imperadore. Cette rare piéce eft une
Agathe d'une excellente beauté , gravée en
relief par la plus habile main de ce tems - là.
Les Figures repréfentent toute la FAMILLE.
JULIA telle qu'elle étoit fous l'Empire
d'Augufte , & le travail en eft fi exquis , que
M. Maffei,habile connoiffeur, ne craint point
de s'exprimer là - deffus en ces termes : Convengone
i piu efperti Profeffori , che fe il difegno
foffe ftato con tutto ftudio condoito da Raffael
d'Urbino , non potteb'effere piu ammirabile
ne piu perfetto. Nous n'en dirons pas davantage
, parce que ce riche monument ſe trouve
décrit & repréſenté dans fa grandeur naturelle
FEVRIER 1742? 335
turelle dans le V. Tome p. 160. de l'Antiquité
expliquée du P. de Monfaucon , du
fentiment duquel M. Maffei paroît s'éloidans
la qualification qu'il donne au
Monument en queſtion.
DISSERTATIONS CHOISIES für l'Eeriture
Sainte , par M. Plumyoen , Chanoine & Pénitencier
de la Cathédrale d'Ypres , à Ypres ,,
chés Pierre-Jacques de Rave , 1735. vol . in
8. de 728. pages. L'Ouvrage eft en latin.
Jofeph Comino , Imprimeur - Libraire de
Padonë, a publié depuis peu un Recueil de :
Boëfies & de Harangues , compofées par le
P.Ruoti , Jefuite , auxquelles on a joint d'au--
tres Ouvrages de Poëfie des Peres Alphonfe:
Niccolai , & Barthelemi Bofcovicki, L'On
urage eft en latin.
,
Le fieur Caranove , Imprimeur - Libraire de
la Ville de Toulouze , acquereur de deux:
Bibliothéques , l'une de feu M. DE LA BER--
CHERE , Archevêque de Narbonne , & l'au
tre de feu M. COLBERT , Evêque de Mont--
pellier a mis en vente le 25 : du moiss
d'Août 1741 , celle de feu M. de Montpel--
lier ; & la vente de celle ci étant faite , celle
de M. de Narbonne s'ouvrira enfuite..
Ges deux Prélats n'avoient rien négligé
Evij Pour
,
و د
332 MERCURE DE FRANCE
pour rendre leurs Bibliothèques confidérables
, foit par les Livres les plus rares & les
meilleures éditions , foit par des fuites nombreufes
& bien conditionnées , foit enfin par
les plus belles Relieures .
Le merite de ces deux Prélats , les rangs
qu'ils tenoient dans la République des Lettres
, font affés connus du Public , pour qu'il
doive préfumer avantageufement des collections
faites fous leurs yeux. Ils avoient des
facilités , dont ils firent ufage , pour faire
venir des Pais étrangers les Livres qui y
étoient imprimés : auf les matieres Theologiques
, la partie Hiftorique , & celle de
Belles Lettres y font extrêmement con
plettes.
La Bibliothéque de M. DE LA BERCHERE
avoit été augmentée par feu M. DE Beau-
VEAU , fon Succeffeur , & dans celle de M.
COLBERT , on trouve tout ce que feu M. DE
BOUSQUET , Evêque de Montpellier avoit
raffemblé.
Il n'y avoit lors des Acquifitions d'imprimé
, que le Catalogue de la Bibliothèque de
Montpellier en 2. vol. in - 8 °. qui fe vendent
5. liv.
A préfent celui de Narbonne paroît égale
ment en 2. vol . in 8 ° . qui ſe vend 4. liv.
Ceux qui voudront acheter , pourront s'adre
er en droiture au fieur Caranove . A
Paris
5
FEVRIER . 333 1742
Paris à M. Martin , rue Saint Jacques.
On prie ceux qui envoyeront des Memoires ,
d'y joindre la page & le volume des articles
qu'ils fouhaiteront.
ARBOFLEDE Hiftoire Angloife en deux
Parties , la premiere de 214. pag. & la 2º .
de 210. Ala Haye , chés J. Neaulme . 1741 .
DESCRIPTIO brevis Gemmarum quæ in
Mufæo Guil. S. R. J. L. Baronis de Craffier,
Celfiff. Epifcopi ac Principis Leodienfis , in
Camera Rationaria Confiliarii &c . affervantur.
Brochure in- 4°. Leodii , & c . M. DCC . XL .
DISCOURS fur la fupreffion des Vicomtés
de Caen & d'Evrecy , prononcé au Bailliage
de Caën , le 15. Novembre 1741. par M.
DE JEAN , Docteur aux Loix , premier &
ancien Avocat du Roy au Bailliage , Siége
Préfidial , & Hôtel de Ville de Caën. Brochure
in-4° . à Caen , chés A. Cavelier
Jean C. Pyron , 1741 .
La fupreffion,dont il eft ici queftion , ayant
été ordonnée par un Edit du Roy , pour le
foulagement du Peuple & pour l'acceleration
de la Juftice , l'Auteur de ce Difcours n'a
rien omis , pour traiter dignement & élòquemment
un fi beau fujet. Il n'oublie pas
les Perfonnes refpectables qui ont déterminé
334 MERCURE DE FRANCE
né S. M. ou qui ont concouru en quelque
maniere , à faire un changement fi avantageux
; les Eloges y font précis , & on peut
dire , juftes & bien merités. Nous ne sçaurions
en dire davantage fans exceder nos bornes
, & la même raifon nous empêche de
raporter le Difcours dans fon entier.
EXPLICATION de l'Ordonnance du mois
d'Août 1735. concernant les Teftamens , par
M..... Avocat au Parlement , à Avignon,
chés François Girard , Imprimeur Libraire..
1740. vol. in 4. p. 232..
I
ABSALON , TRAGEDIE , Par le Père Pierre
Xavier Marion , de la Compagnie de Jefus
à Marfeille , chés la Veuve de J. B. Brebion,
Imprimeur du Roy. 1740 .
Si nous avions quelqu'un dans la Ville de
Marfeille , qui voulût bien nous inftruire dans
l'occafion de ce qui peut s'y paffer , qui intereffe
la Litterature ou les Beaux Arts , nous
aurions été fans doute avertis dans le temsc'est-
à - dire , il y a plus d'un an , qu'il a été
repréfenté au College de Belzunce , fondé
par M. l'Evêque de Marfeille , dont nous
avons parlé plus d'une fois , une Tragédie
fous le nom d'Abfalon , laquelle après avoir
eû tout le fuccès poffible fur le Théatre de
cc . College , fe foûtient encore , & fe fait lire.
avec
2
FEVRIER.. 1742 335
avec plaifir dans l'impreffion qui en a été
faite peu de tems après.
Nous devons aux Auteurs du Journal de
Trévoux la premiere nouvelle que nous en
avons eye . On trouve un Extrait de cette Pié
ce dans leur mois de Juin 1741 , parfaitement,
bien fait , & qui ne laiffe rien à défirer;
ainfi nous nous abftiendrons d'en parler ici ,
nous contentant de convenir avec l'Auteur
de l'Extrait , qu'il étoit naturel qu'une Piéce
faite & repréſentée au College de Belzunce ,.
ne vît le jour que fous les aufpices de cet Illuftre
Prélat . Auffi l'Auteur lui en fait-il homage
dans une Epître en vers qui eft à la tête,.
& qui commence ainfi.
Genereux Protecteur des Filles de Memoire ,
Prélat,qui parmi nous as rétabli leur gloire ,
Souffre que dans ce jour ces Meres des beaux Arts
S'aplaudiffent d'avoir merité tes regards ,
Et que te confactant leurs Chanfons immortelles ;
Elles faflent pour toi ce que tu fis pour elles.
Melpomene aujourd'hui te retrace l'Hiſtoire
D'un Roy , qui d'Ifraël fût l'amour & la gloire .
Dieu , qui voulut en faire un Roy felon ſon coeur
Fit éclater en lui fa force & la douceur .
Pere de fes Sujets , Ami tendre & fincere ,
Zélateur de la Loy ,foûtien du Sanctuaire ;
1
De
336 MERCURE DE FRANCE
De l'infidélité fon bras fut la terreur ,
Et fes Combats étoient les Combats du Seigneur.
Envain fes Ennemis , animés par l'envie ,
Oferent traverſer une fi belle vie .
En vain un Fils ingrat s'éleve contre lui ; •
Dieu vengé fa querelle & devient fon apui.
Mais tracer de Dávid le fidele portrait ,
Belzunce , n'eft- ce pas te peindre trait pour trait
Je ne dis rien ici des Héros de ta race ,
Ils n'ont rien fait de grand que ta vertu n'efface .
Leur bras a foûtenu le Trône de nos Rois ,
Et le Ciel t'a formé pour défendre fes droits . &c.
OBSERVATIONS , fur quelques endroits du
Traité de M. Aftruc. De morbis venereis. Brochure
de 139. pag. 1741 .
C Il paroît à Faenza , en Italie , un Ouvrage
intitulé : Vite de Santi Beati , Venerabili,
e Servi di Dio della Citta di Faenza , Opera
di Romualdo Maria Magnani , Sacerdote
Faentino , 1741. in 4º.
On publia il y a quelque tems à Florence
Aune Brochure contenant une Differtation
curieufe touchant les Lunettes ; en voici le
titre De gli Occhiali da nazo , inventati
do
FEVRIER 1742 337
da Salvino Armați , Gentiluomo Fiorentino
per Antonio Maria Albizzini , in 4° . Elle eft
dédiée au Cavalier André da Verazzano .

On vient de publier à Lucques , avec des
augmentations confiderables la nouvelle
Edition d'un Ouvrage touchant l'Hiſtoire
Eccléfiaftique de cette Ville . L'Ouvrage eft
en Italien.
On trouve à Gottingue , chés Abraham
Vandenboek , Imprimeur , un Recueil de
Differtations touchant le Droit naturel. L'Auteur
y fonde fon fyftême fur la diverfité des
inftincts de la Nature humaine. L'Ouvrage
eft en Latin , 1740. in 4°.
Le même Libraire a publié un autre Ouvrage
intitulé : Joannis Jacobi Huberi , de
Medulla Spinoli , fpeciatim de nervis ex ea
provenientibus commentatio , cum adjunctis iconibus
, 1741. in 4°.
ETAT POLITIQUE DE L'EUROPE , Tomes
4. 5. & 6. in 8°. 1740. A la Haye , chés
Adrien Moetjens. Le 4. Volume commence
en Janvier 1739. & le 6. finit en Décembre
1740 .
NOUVELLE EDITION DE LA LOGIQUE ,
ou Systême des réflexions qui peuvent contribuer
338 MERCURE DE FRANCE
+
tribuer à la netteté & à l'étenduë de nos connoiffances
, par M de Crouzas , Membre de
l'Académie Royale des Sciences de Paris &
de Bordeaux , revûë , confiderablement augmentée
& divifée en fix Volumes in 12 .
A Laufane , chés Marc- Michel Bouſquet ,
& Compagnie , 1741. Cet Ouvrage ſe trouve
auffi à Genève.
Le 31. du mois dernier , le Pere de la
Sante , l'un des Profeffeurs de Réthorique au
College de Louis le Grand , y prononça un
Difcours en latin , très- éloquent , en préfence
du Nonce , de plufieurs Prélats , & d'un
grand nombre de perfonnes de diftinction.
Il examina dans ce Difcours , fi la Nation
Françoife eft auffi propre au Commerce qu'elle
Feft à la Guerre.
En parlant dans le premier volume du
Mercure du mois de Decembre dernier , de
l'ouverture du College Royal , on a dit que
M. de Fiennes , Secretaire & Premier Interprete
du Roy pour les Langues Orientales .
expliquera un Manufcrit Arabe de la Bibliothéque
du Roy , intitulé les Mufesfages. Ce
qui a befoin d'être rectifié ..
M. dé Fiennes traduifant en latin le titre
de ce Livre Arabe , s'eſt exprimé en ces termes
:.Liber qui fcribitur Sapientum. Muſeum,
Le
3
FEVRIER. 1742. 339
Le Cabinet des Sages . L'Imprimeur du Programme
a mis par ignorance Sapientum Mufarum
, erreur qui a paffé dans le Mercure p.
2695. & qu'il eft bon de corriger.
INCLITO , DOCTO , PIO, necnon ingenio
fo viro , Gilberto - Carolo le Gendre , Mar
chioni de Saint Aubin , fupra Ligerim,Fre
derici Rinners
EPIGRAMM A.
Ex rip4 Ligeris volat Inclita fama per orbem :
Te Doctum dicit , te vocat illa/Pium.
Debellata tuas dum fpargit Opinio laudes
Fert ipfa ingenii mira trophæa tui ..
ASSEMBLEE Publique de l'Académie
d'Arras. Extrait d'une Lettre écrite de cette
Ville le 15. Fevrier 1742.
A Societé Litteraire de cette Ville tint
le 3. de ce mois fon Affemblée folemnelle
. Le Directeur en fit l'ouverture par le
difcours fuivant.
>> MESSIEURS ,
" C'est avec raiſon que vous avez ordon-
» né par vos Statuts qu'il y auroit en certains
» tems de l'année des Affemblées folemnel-
» les , où chacun fut obligé de fe trouver.
Dans
340 MERCURE DE FRANCE
ן כ
» Dans ces jours diftingués , on s'excite l'un
» l'autre à remplir avec une nouvelle ardeur
» les projets , que vous avez formés , en éta-
» bliffant cette Affociation . Le zéle fe ra-
» nime ; & il prend une vivacité plus grande,
à mefure que l'on peut reconnoître les
progrès qu'on a faits . Tout commence-
» ment eft foible : La plus haute Litterature
>> ainfi que les plus puiffans Empires , n'a été
>> fouvent dans fon origine , qu'une fource
languiffante , qui fembloit devoir tarir ,
» en naiffant. Cependant fi vous voulez vous
rapeller ce que vous avez fait , depuis
» que vos Affemblées font inftituées , vous
» ferez furpris que dans un tems fi court ,
» vous ayez déja produit plus de chofes , que
» toute la Province enfemble n'en produi
» foit dans un grand nombre d'années ;
» avant l'établiffement de cette Académié.
» Parcourez vos regiftres ; vous y trouverez
» quantité de Harangues , qui pour être ref-
» ferrées en peu de mots , n'en font
que plus
» vives & plus ingenieufes . Vous y lirez des
» Difcours , qui réuniffent dans une jufte
» étendue la force de la penſée & la folidité
» du raifonnement , avec les graces du ftyle
& les fleurs les mieux choifies de l'Elo-
" quence : Vous y verrez des Differtations
pleines d'érudition & de goût , des Trai-
" tés hiftoriques , qui ennobliffent déja la
و د
mémoire
FEVRIER. 17420 34
» mémoire de nos Peres. , & qui nous pro-
» mettent pour l'avenir une connoiffance
parfaite de l'Hiftoire de cette Province,
" La Poëfie même , ce langage enchanteur
» & divin , mais fi peu connu , dirai -je , ſị
» redouté & peut être fi méprifé de nos An-
» çêtres , n'a pas été totalement négligée par-
» mi nous ; & le peu d'ouvrages que nous
» avons vûs en ce genre , fuffifent du moins ,
" pour annoncer le talent de ceux qui le cultivent.
وو
C'eſt ainfi , Meffieurs , que plufieurs
" d'entre vous ont déja mérité les aplaudif-
» femens du Public : il n'en eft auçun , qui
» ne puiffe les obtenir de même , quand il
» le voudra ; & nous avons tout lieu d'efpe-
» rer que nos fuccès augmenteront dé jour
» en jour.
"
و د
» En effet , que ne devons- nous pas attendre
de ces recherches exactes , que vous
faites par vous - mêmes , ou qui fe font à
» votre pricre , en tant d'endroits de la Pro-
» vince Par- tout on raffemble des materiaux
épars , on puife dans les titres an-
» ciens des lumieres trop long - tems offufquées
; on décrit l'exterieur du Païs , on
" dévelope fon économie fes
avantages
" & fes Privileges. Les uns , par des Extraits
fideles , ramenent fous un feul point de.
vûë , des faits difperfés dans une multitu
ود
,
de
342 MERCURE DE FRANCE
199
» de d'Auteurs & par- là même ignorés ; les
» autres rapellent au jour des monumens antiques
, qui , malgré leur utilité , paroif-
» foient confacrés à un profond oubli ; &
» fi l'on avoit fait dans quatre Cantons de
l'Artois les obfervations Géographiques ,
» qui font prefque achevées dans les envi-
» rons de cette Ville , nous aurions déja une
» connoiffance précife de la plûpart des pofitions
de Lieux , que nos Cartes ont jufqu'ici
mal déterminées. Que dirai je en-
» fin de tous côtés on nous prépare des
flambeaux pour nous éclairer , & déja nous
» fentons qu'ils nous annoncent un beau
»› jour.
*
"
"
"
» Les voilà donc ces fruits prêts à meurir,
» ces fruits imprévûs d'une Académie pref-
» que encore au berceau. Qu'on ne deman-
» de plus quels ont été nos deffeins , en la
» formant. Quel but , difoit-on , fe propo-
» fent- ils ? A quoi prétendent ils parvenir ,
» & que produira cette nouvelle Societé ?
Quand verra - t- on de fes oeuvres ? La fe-
» mence eft pourtant jettée ; déja elle a pris
» racine , & bien -tôt , j'ofe dire plûtôt que
» nous ne l'efperons , la moiffon fera prête
» à faire. Oui , Meffieurs , & je ne sçaurois
" trop vous féliciter fur ce magnifique pro-
» jet , que vous formâtes l'an paffé , quand
vous entreprîtes la Defcription génerale de
"9
cette
FEVRIER. 1742. 343
>
cette Province. Entreprife digne de vous .
» fans doute , & digne des plus grands élo-
" ges ; entrepriſe immenfe & que l'homme.
» le plus laborieux n'oferoit tenter mais
qui partagée entre tant de perfonnes éclairées
, ne paffera pas les bornes d'une occupation
honnête & agréable. Et qu'impor-
" te après tout que le travail foit grand &
pénible , pourvû qu'il foit utile à nos Con-
» citoyens Quel plus beau préfent pour-
» rions- nous leur offrir , que de mettre ſous
» leurs yeux le détail de leurs differens avan-
" tages ? Une Defcription exacte & circonf-
» tanciée de chaque Lieu , en leur faiſant con-
» noître le Pays où ils vivent , les avertira
» des biens , que le Ciel a répandus fur no-
» tre Climat. Nous ignorons peut- être une
» partie de nos richeffes : la nature , fouvent
» myfterieufe , fe plaît à les cacher , pour ne
» les révéler qu'à des qu'à des yeux attentifs & per-
» çans. Que de Mines , que de riches Ĉar-
» rieres , que de Sources falutaires , de Sim
» ples & de Mineraux demeurent inconnus ,
» faute d'attention , pendant une longue fui-
» te de fiécles ! Combien de foibles ruiffeaux,
conduits par des mains habiles , font de-
» venus des Rivieres navigables ! Que de
» Bruyeres qu'on croyoit infertiles , ont porté
dans la fuite d'abondantes moiffons !
>> Nos recherches découvriront peut - être
quelques344
MERCURE DE FRANCE
» quelques - uns de ces Tréfors ; l'Induſtric
» les fera valoir pour l'utilité publique , &
» le Commerce en prendra de nouvelles for-
» ces.
» On verra en même-tems dans un re-
» cueil non fufpect la fource & le principe
» de nos Ufages , de nos Droits , de nos Pri-
» vileges ; on les verra , dis-je , apuyés fur
» l'autoriré de l'Hiftoire , fur l'authenticité
» des Titres originaux , fur les merites de
» nos Ayeux , & plus ils paroîtront fous un
» même point de vûë , plus ils fe foûtien-
>> dront les uns par les autres ; plus ils feront
» manifeſtés au Public , & plus nous aurons
» de moyens pour nous y maintenir. Com-
» bien de fois par l'ignorance où l'on étoit
» de leur origine , & de leurs vrais fonde-
» mens , les a - t'on vûs tout à coup ébranlés
» & prêts à s'évanouir ! Combien de fois ,
» dans les affaires preffantes de la Province
a- t'on été obligé de feüilleter à la hâte des
» Chartres oubliées , fouvent difperfées, qu'il
» falloit étudier long - tems , pour y décou-
» vrir la verité obfcurcie par les nuages des
>> années ! L'ouvrage que vous projectez fera
difparoître tous ces embarras , & mettant
» au grand jour nos diverfes prérogatives , il
> empêchera qu'on ne les attaque par igno-
» rance , en même tems qu'il fournira aux
» Peres du Peuple des armes toutes prêtes
>>
pour
FEVRIER. 1742. 345
>>
,
pour les défendre. N'en pouvons- nous pas
» dire autant des differentes Communautés .
» des Corps de toute efpece , Civils & Eccléfiaftiques
, pour qui fans doute il doit
» être bien intéreffant de divulguer leurs
» Droits leurs Privileges , leurs Exemp-
» tions , foit pour en jouir plus paifiblement,
>> foit pour faire mieux éclater les Titres &
les honneurs , dont ils font décorés ? Et
» quel remede plus efficace contre les acci-
» dens inopinés , contre les ravages de l'inncendie
, contre les défordres de la guerre
» & tant d'autres malheurs trop fouvent
éprouvés ? Quel autre moyen plus prompt
» de réparer en quelque forte ces défaftres
» terribles , où l'on a vû des Archives entic-
>> res totalement diffipées & anéanties ?
>>
>
>
» D'un autre côté , quoi de plus utile pour
» les Habitans de ce Pays , mais plus encore
» pour les Etrangers qui y ont des interêts ,
» que de raprocher dans un même Volume
» les Ufages particuliers de chaque Canton ,
» ces Regles fi differentes dans les differens
» Lieux , & tout ce détail économique , qui ,
>> pour n'être pás affés publiquement con-
» nu , fufcite tous les jours aux Particuliers
» tant d'embarras & d'incertitude ? Quoi de
plus néceffaire que d'éclaircir les faits anti-
» ques , & de déterminer l'état ancien de
» chaque Liçu , pour faciliter l'intelligence
1.Vol.
G » des
346 MERCURE DE FRANCE
» des Titres qui y ont raport , & dont nous
» fommes tous les jours obligés de nous fer-
>> vir ? Quoi de plus flateur que d'expofer
» aux yeux des Etrangers les moeurs de ce
Peuple , dont la candeur & la franchiſe ne
» peuvent qu'exciter leur eftime & devroit
» leur fervir de modele ?
» Ce n'est pas tout encore , la connoiffan-
» ce , que nous acquerrerons par là de l'état
» intérieur de cette Province , & de fa confti-
» tution ancienne & moderne, fera le fonde-
» ment le plus affûré de notre Hiftoire . Par là
>> nous réuffirons en peu de tems , non pas à
» former, comme il arrive d'ordinaire , untilu
» peu fuivi de faits communs & géneraux ,
mais à déveloper de fiécle en fiécle la
» vraye difpofition du Pays , & à pénetrer la
» caufe & le motif de chaque évenement,
» C'eft alors qu'il nous fera facile de déployer
» avec certitude la fuite de nos Annales , &
» de reffufciter les noms trop peu célebrés de
>> tant de grands Hommes , à qui ces Contrées
ont donné le jour.
» Je ne finirois pas , fi je voulois étaler ici
>> tous les avantages d'un Projet où le Public
» & les Particuliers ont un interêt égal , &
» dont l'exécution doit relever pour jamais la
» gloire de notre Patrie.
»
» Nous devons donc, Meffieurs , réveiller
de plus en plus notre ardeur, & faire chaque
» jour
FEVRIER. 1742 .
347
»jour
de nouveaux efforts
pour avancer le
fuccès d'une fi belle entrepriſe . Songeons
» que nous fommes comptables de nos travaux
, non feulement à la Province entie-
» re , dont les regards font fixés fur nous ,
» mais encore à un Protecteur illuſtre , qui ,
» peu content d'avoir acquis tant de gloire
» dans les combats , cherche une autre ef-
» pece d'immortalité dans l'apui génereux
» qu'il daigne offrir aux Belles - Lettres . C'eft
» pour exciter en nous cette noble émula-
» tion qu'il n'a point ceffé de nous pré-
» venir par de continuels
bienfaits ; &
peut-être , en ce moment , nous en pré-
»>»pare - t'il encore de plus fignalés. Hâtons-
» nous de les mériter par une fuite de pro-
» grès , qui rempliffent dignement fon at-
» tente. Plufieurs d'entre nous ont donné
» l'exemple ; que chacun s'empreffe de les
>> imiter ; que chacun fe faffe un devoir de
>> mettre en oeuvre les talens qu'il a reçûs de
» la Nature ; & bien- tôt par votre attention
» à nous communiquer vos lumieres , par
» votre aplication à en acquerir de nouvel
» les , & furtout par votre affiduité réguliere
>> aux Conférences , vous arriverez à la perfection
d'un Ouvrage , qui doit combler
» d'honneur cette Societé.
39
Lorfque le Directeur eût fini fon Difcours,
un autre Affocié récita plufieurs Piéces de
Poëfie :
Gij
348 MERCURE DE FRANCE
Poëfie : il commença par une Ode intitulée
la Santé , trop étendue pour l'inférer ici dans
fon entier , on en tranfcrira feulement quelques
Strophes, où l'Auteur fait parler un Ma
lade livré au défeſpoir.
De ce lit horrible où j'endure
Mille fuplices raffemblés ,
Sur quelle riante Peinture
Portai - je mes regards troublés ?
J'y vois Cléonte armé d'un verre ,
Le front couronné de lierre ,
Sacrifier au Dieu du vin :
J'y vois Damon plein de tendreffe ,
Aux pieds d'une aimable Maîtreffe
S'enyvrer d'un charme divin .
*
Pour des yeux aux larmes en proye
Que ces objets font défolans !'
Plus je vois éclater de joye ,
Plus mes chagrins font violens.
Fui , Plaiſir , fui loin de ma vûë ;
Helas ! pour mon ame abatuë
Tes agrémens ne font plus faits ;
Veux-tu donc que par ta préſence
Je fente encor mieux l'impuiſſance
Qui me prive de tes bienfaits ?
*
Fuyez ,
FÉVRIER.
17427 342
Juyez , vous , dont l'Art illufoire
En vain cherche à me ſoulager ;
Dans l'amertume la plus noire
Je veux aujourd'hui me plonger.
Qu'en ces lieux regnent les tenebres ,
Que mon Lit de voiles funebres
Déformais foit environné ;
Aux feux du jour impénétrable ,
Qu'il foit l'image déplorable
Du Tombeau qui m'eſt deſtiné.
*
O Mort , ô Déeſſe inflexible ,
Tu vas détruire ces accords ,.
Ce lien incompréhensible ,
Qui joint & mon ame & mon corps.
Tyran cruel à qui tout cede ,
Viens , de l'horreur qui te précede
Je prens plaifir à m'occuper :
Le Défeſpoir eft mon feul guide,.
Je brave ta faulx homicide ;
Viens , hâte- toi de me fraper.
L'Ode fur la Santé fut fuivie d'une Fable
& de cette Imitation ou Traduction librede
la belle Ode d'Horace , qui commence.
ainfi : Nullus argento color eft.
L'Argent , ce Dieu muet que l'Univers adore ,
Dans la main du vrai Sage est un bien précieux ;
Giij
Mais
310 MERCURE DE FRANCE
Mais caché fous la Terre , il eſt plus vil encore
Que ce vil Elément , qui le voile à nos yeux.
*
Sur un Frere indigent tu verfàs tes largeſſes , ' -
Procule ; tous les tems chanteront ce bienfait ;
Heureux , qui , comme toi , trouve au ſein des richeffes
La fource de la gloire & du bonheur parfait !
*
Avare infatiable , en fouillant dans les Mines ,
Tu cherches une borne à ta cupidité ,
Mais tes projets font vains , fi tu në déracines
Le principe fecret de cette avidité .
*
L'Hydropique , jouet de fa propre indulgence ;
D'un torrent de Liqueurs s'abreuve vainement ;
Si l'Art ne vient chaffer l'invifible femence
Du feu toujours nouveau , qui cauſe ſon tourment.
*
Peuples , vous enviez cette pourpre
fublime
Qui couvre le Mottel dont vous fuivez la loi ;
Vous ne connoiffez point l'ufage légitime ,
Et du terme d'heureux , & du beau nom de Roi.
*
Quiconque porte un Sceptre , & s'affied fur le
Trône , Du
FEVRIER. 1742. 354
Du Titre de Monarque eft par vous revêtu ;
Mais fi des Paffions la troupe l'environne ,
Il n'eft qu'un vil Eſclave aux yeux de la Vertu .
*
Phraate couronné d'un riche Diadême ,
Pour jouir de fon rang fait d'impuiffans efforts :
Celui- là feul eft Roy, qui regne fur lui- même ,
Et dont l'oeil fatisfait dédaigne les Tréfors.
La Séance fut terminée par la lecture d'un
Mémoire Hiftorique & Géographique fur
Lens en Artois , compofé par un Chanoine
de cette Ville .
ESTAMPES NOUVELLES.
1. LA CROIX qui aparoît dans le Ciel à l'Empereur
Conftantin Eftampe en large , d'une très- belle
compofition , excellemment gravée par M. Tardieu,
d'après le Tableau de P. P. Rubens , du Cabinet de
M. le Duc d'Orleans.
2.LE BAPTEME DE CONSTANTIN, gravé par le mê
me auffi d'après Rubens , qui eft dans le même Cabinet
. Nous avons déja fait remarquer , quand l'occafion
s'eft préfentée , que cet illuftre Peintre avoit
eû le bonheur , plus qu'aucun autre Profeffeur de
fon fiècle , de trouver d'excellens Graveurs ; les
deux Eftampes que nous annonçons font une preuve
certaine de cette vérité , felon le fentiment de
tous les Connoiffeurs . Ceux qui connoiffent les Tableaux
originaux , d'après lefquels ces deux Eftampes
font gravées , donnent encore de plus grands
éloges à M. Tardieu,
Giiij
SAINT
352 MERCURE DE FRANCE
3. SAINT JEROME dans le Défert , Eitampe en
hauteur , gravée par le même , d'après le Tableau
peint par P. d'Ulin , qui eft dans la Chapelle de M..
Bignon , dans l'Eglife des Filles de S. Thomas.
Cette Eftampe eft dédiée à M. Jérôme Bignon , Chevalier
, Marquis de Plancy , Vicomte de Semoine ,
Confeiller du Roy en fes Confeils , Maître des Requêtes
Honoraire de fon Hôtel , Bibliothécaire de
S. M. Intendant de la Génequalité de Soiffons . On
lit ces Vers au bas.
Comme il eft de votre Maiſon
Et le Patron & le modéle ,
Accordez de grace à mon zéle
Qu'il paroiffe fous votre nom.
Tardieu.
On trouve ces Eftampes , qui font fort recherchées
par tous les Gens de goût , chés M. Tardieu,
ruë S. Jacques , 1741.
LES ADIEUX , Eftampe en large , fort bien gravée
par A. Laurens , d'après le Tableau original de
Philipe Vauvremens , & de la même grandeur , du
Cabinet du Chevalier de la Roque. On trouve cette
Eftampe chés le Sr Laurens , Graveur , ruë de la
Vannerie , à l'Ange S. Michel.
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
avec fuccès , chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou ; il vient de mettre en vente ceux de
PHILIPE I. XXXVIII . Roy de France , mort à
Melun le 25. Juillet 1 108. après 48. ans de Regne,
definé par A. Boizot , & gravé par J. G. Will.
LOUIS
FEVRIER. 1742 353
LOUIS II. DE BOURBON, PRINCE DE CONDE', né
à Paris le 18. Septembre 1621. mort à Fontainebleau
le 11. Decembre 1686. deffiné par Nanteuil
& gravé par P. le Febvre .
LEOPOLD , PRINCE D'ANHALT DESSAU , Géneraliffime
des Armées du Roy de Pruffe , & Géneral
Feldt- Maréchal de l'Empire , peint à Berlin par
Pefne , & gravé à Paris par J. G. Will.
PIERRE CARDINAL DE BERULLE , Fondateur &
Premier Supérieur Géneral de la Congrégation de:
l'Oratoire de J. C. N. S.
MICHEL DE L'HOSPITAL , Chancelier de France,
né à Aigueperfe , en Auvergne , en 1503. mort à
Vignay , près d'Etampes , le 13. Mars 1673. peint
par T. H. & gravé par E. J.
Le fieur Boucher , Marchand d'Eftampes , demeurant
Place du Vieux Louvre , proche les Apar
temens de la Reine , aux Maifons de M. Capperon,
vend toutes fortes d'Eftampes nouvelles , gravées
par les meilleurs Auteurs , encadrées avec verres
blancs & fans être encadrées ; il fait & vend auff
toutes fortes de Deffeins des plus à la mode , pour
Meubles & Broderies. Le tout à juſte prix.
Le fieur le Rouge, Ingénieur , Géographe du Roy,
rue des Grands Auguftins , vis - à vis le Panier fleuri
, vient de mettre au jour une nouvelle Carte de
la Baviere , avec les Plans , où l'on trouve deux
mille Pofitions de plus que dans celles qui ont parû?
jufqu'à préfent ; les grandes routes y font . auf
marquées.
Une Carte d'Allemagne & de l'Italie , enluminée,
où font diftinguées toutes les Provinces de la fuccef
ffion du feu Empereur , & les Etats préfens des
Princes de l'Empire
G Vap
354 MERCURE DE FRANCE
Une Carte de la Weftphalie , fort détaillée , avec
les Routes , les Plans de Munfter , de Paderbornn
&c. avec les Quartiers de l'Armée du Maréchal de
Maillebois.
M. Bouvard vient de mettre au jour un fixiéme
Recueil d'Airs férieux & à boire , à 1. 2. & 3. voix,
avec accompagnement de Violon & de Flûte , mêlés
de Récits de Baffes , Ariettes , Brunettes , Mufettes
& Vaudevilles . Prix 3. livres. Il vient de donner
encore la Fête de Cloris , Cantate à voix ſeule,
avec accompagnement de Violon , de Flûte , de
Hautbois , de Baffon & la Bafle, continue ; & un
Air Italien , auffi avec accompagnement de Violon
& la Bafle continue . Prix 2. livres 8. fols . Ils fe
vendent à Paris , chés ,l'Auteur , Cour du Dragon
Ste Marguerite , Fauxboug S. Germain ; la veuve
Boivin , rue S. Honoré à la Regle d'or ; le Clerc,
rue du Roulle , à la Croix d'or , & chés M. Huë ,
Graveur , rue S. Honoré , chés M. Canelle , Mar
chand Bonnetier , à côté du Palais Royal .
On trouve du même Auteur, aux mêmes Adreffes
, fon premier 2. 3. 4. & 5. Recueil d'Airs , tous
du prix de 3. livres chacun , excepté le premier
qui eft rare. Son Opera de Médus , Roy des Medes,,
imprimé par Extrait . Prix f. livres . Son Opera de
Callandre , partition génerale , imprimée . Prix
20. liv. Un premier Livre de Sonates à Violon feul,
avec la Baffe , gravé . Prix 10. livres . La Nimphe de
la Seine , ou la Fête Galante , Cantate , avec accompagnement
de Violon & de Flûte . Prix 2 .
L'Amour Champêtre , Cantate , avec accompagnement
de Violon . Prix 2. livres 8. fols . Le Printems
, Cantatille l'Hyver , Cantatille ; Nanette
Cantatille
avec accompagnemens de Violons
Flûtes & Muſettes ; chaque Cantatille une liv. 4. f.
>
liv.
Une
FEVRIER 1742 .
355
?
Une Paraphrafe fur le Pfeaume Ufquequo Domine ,
en forme de Cantate . Prix une livre 10. fols.
Le fieur Huë , Graveur de Mufique , donne avis
au Public qu'il vient de graver un Livre de douze
Sonates à Violon feul & la Baffe continuë , Opera
Prima , par M. Handel.
Un Livre de fix Sonates à Violon feul & la Baffe
continue, Euvre pofthume del Signor Albinoni.Prix
4. livres 16. fols .
Un Concerto Primo del Signor Scarlatti, Prix
1. livre 16. fols .
Un Livre de fix Sonates en Trio , pour la Flûte
le Violon & la Baffe , OEuvre fecond , par M.
Pichler. Prix 6. livres,
Un Livre de fix Sonates pour deux Violoncelles ,
par le Signor San Martini Prix 3. livres 12. fols.
Le Chaffeur Galant , Recueil d'Airs pour deux
Cors de Chaffe, ou deux Trompettes . Prix I. 1. 4·1.
Un Livre de Menuets Italiens des célebres Leonardo
Vinci , Scarlatti , Bononcini , Bernardo Palazzo
, Gioseppe , Veronese , Nicolo Vanieri di Roma,
Martini & Valmonte , recueillis par M. Bouvard
Prix 2. livres.
Un premier Recueil d'Airs férieux & à boire ,
une 2. & 3. voix , par M. J. B. Charles, Prix 3.
liv
Le fieur Glachant, Maître Ecrivain , vient de donner
au Public un Traité d'Ecriture , dédié à M. le
Duc de Chartres , fous le titre de Démonftrations
de feu M. Roffignol ; il l'a enrichi de plufieurs Piéces
gravées d'après le Chef-d'oeuvre de cet excellent
Maître. Le Sr Glachant a eû en vûë , en travaillant
à ce Traité, de réparer , autant qu'il lui a été poffible
, la perte que le Public a faite par la mort prématurée
de M. Roffignol , qui vouloit donner un
G vi plus
356 MERCURE DE FRANCE
plus beau jour au Livre de M. Alais , en y ajoûtame`
fes Démonftrations , & dont il a toujours fuivi les
principes ; & fon intention étoit de faire voir que les
principes qu'il tenoit de Mrs Alais , Sauvage & plufeurs
autres grands Maîtres , étoient les feuls propres
à l'avancement des Ecoliers ; qu'au contraire
les nouveaux principes établis par quelques Maîtres
leur étoient préjudiciables ; c'eft ce que le Sr Glachant
, Eleve de M. Roffignol , a crû devoit entreprendre
, étant parfaitement inftruit de fes defleins
à cet égard. La Gravûre eft en partie du Sr Bailleul,
l'aîné , & en partie du Sr Aubin ; on efpere que le
Public fera d'autant plus content de ces Gravûres
que l'on peut dire qu'il verra dans les Copies , les
admirables Originaux du Chef- d'oeuvre de M. Rof-
Agnol .
AVIS AU PUBLIC
Quoique dans l'Etabliſſement de la Penfion d'Al
fort , proche Charenton , la dureté des précedentes
années dût faire craindre que le fuccès de cette entrepriſe
ne répondît pas au Plan qu'on s'étoit d'abord
formé , il eft conftant néanmoins que l'execution
des nouveaux arrangemens qu'on vient de
prendre , y attire journellement un bon nombre de
jeunes Penfionnaires , qui profitent très - utilement
des fages difpofitions de cette loüable Societé , par
l'avantage qu'ils y trouvent , tant par le choix , que
par l'augmentation des Maîtres dans tous les exercices
qui conviennent à une belle & noble éduca
tion qui ne confifte pas feulement dans une parfaite
connoiffance & une pieufe pratique de la Religion
Chrétienne , comme auffi dans l'étude de la
Grammaire Françoife & Latine , de l'Ortographe
de la belle Ecriture , de l'Arithmétique , de la Cofmographie
, de la Géographie , de l'Hiftoire , de la
Géometrie
FEVRIER. 1742 357
Géométrie , du Blåfon , de la Danfe , de la Mufique
& de l'exercice des Armes , mais encore dans la
pratique des Langues Allemande & Italienne . Ainft
on eft perfuadé que le Public fçaura bon gré de ces
Avertiffement , auquel on ajoûtera qu'on s'eft fait
une loi de n'y plus admettre que des Enfans de la
premiere jeunelle , ceux d'un âge plus avancé n'étant
pas fufceptibles de toutes ces differentes inftructions.
Il eft bon auffi qu'on fçache que l'on
continue de fournir des Meubles à tous les Penfion--
naires , & que quant à l'entretien , on s'en chargera
volontiers pour un prix raifonnable , en faveur de
ceux à qui cela conviendra. Il faut s'adreſſer à M.
l'Abbé Marin Clerc ordinaire de la Sainte Cha--
pelle , Cour du Palais , à Paris , ou bien à Alfort ;
près Charenton.
Ee fieur Renault a inventé une petite Lanterne ,
nommée le petit Falot Dauphin ; elle eft compoféeavec
du papier pliffé , & travaillée très- ingénieufement
; on y voit en dehors un deffein qui repré- ·
fente plufieurs Dauphins entrelaffés , & au milieu:
un Ecuffon aux Armes de France , avec deux branches
de Lauriers qui le renferment . Cette petite
Lanterne eft peinte de differentes couleurs , qui
font un effet très-agréable à la vûë , au moyen d'une
petite bougie allumée & placée au centre de la
Lanterne. L'Auteur a compofè auffi ( pour la rendre
encore plus utile Jun étui de carton pour la renfermer,
qu'on peut mettre dans la poche ; on la trouve chés
le Sr Renault , Marchand Cartier , rue des Marmouzets
, au coin de la rue Perpignan , 1742 .
La veuve Bailly renouvelle au Public fes affûran--
ces , qu'elle n'a point quitté fon commerce , & que
les véritables Savonettes de pure crême de Savon
dong
358 MERCURE DE FRANCE
dont elle feule a le fecret , fe diftribuent toujours
chés elle , rue du Petit Lyon , à l'Image S. Nicolas ,
proche la rue Françoife , Quartier de la Comédie
Italienne.
Le fieur Durand , Expert pour la confervation
des Dents & pour toutes les Opérations de la bouche
, a trois Remedes fpécifiques ; l'Opiat Royal ;
l'Elixir , & l'Eau d'or , pour les cas ci après dénommés.
L'Opiat raffermir les Dents branlantes , anime &
fait croître les Gencives rongées , blanchit parfaitement
les Dents , fans offenfer le luftre de l'émail ,
les rend douces , empêche que les Gencives ne tombent
en bourlet , que l'on ne fente de la bouche ,
& liquifie le fang groffier. Les Pots font de 2.
de 3. & de 6. livres .
L'Elixir, par fa verta pénetrante pour les douleurs
de Dents , détruit toutes les corruptions qui les
minent fous les alveoles , réfout les tumeurs, meurit
les abfcès , & fait fortir le pus & la matiere ,
guérit le chancres qui viennent au Palais , à la
Langue & aux Gencives , lefquels ont des fuites
très- fâcheuſes , corrige les humeurs âcres qui tiennent
ou paroiffent tenir de la nature du Scorbut ,
&c. Les Bouteilles font de 2. livres ro. fols , de 3.
livres 10 fols & de 6. livres .
L'Eau d'Or de Grenade eft pour les fluxions &
les gonflemens de Gencives les plus confidérables ,
les diffipe en très peu de tems , procure des avantages
réels & permanens à toutes les parties de la
Bouche. Les Bouteilles font de 2. & de 4. livres.
Il avertit auffi que parmi tous les fecours qu'il a
chés lui pour le bien & l'embelliffement de la Bouche
, on y trouve des Dents artificielles , faites de
maniere à contenter toutes les perfonnes qui en ont
befoin. 盟
THE NEW YORK
PUBLIC
DISKÁRY.
1
ARTOR, LENOX AND
THE
HEW
YORK PUBLIC
OIPRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
FEVRIER. 1742 ·359.
Il vend des Racines très -falutaires , qui embaument
la Bouche , à 15. fois le plus haut prix .
Il va le matin où on le demande , & l'après midi
on le trouve chés lui .
Sa demeure eft avec Tableau , ruë S. Honoré , visà-
vis la Fontaine de la Croix du Traboir , au premier
Apartement
LE RHUME GUERI PAR LE VIN,
Q
CHANSON.
Uel changement , grands Dieux ! d'une toux
effroyable
Je fuis guéri fans Médecin ;
Je ne chantois plus , mais le Vin-
A diffipé ce Rhume épouventable ;
De mon creux revenu , mes organes ouverts
De Bacchus déformais publieront la victoire ,
Et la voix qu'il me rend , par mille fons divers
Fera retentir dans les Airs
De fon Jus précieux le triomphe & la gloire.
CHANSONETTE.
L'Amour , les yeux baignés de pleurs ;
Ces jours paffés fe rendit à Cythere ,
Fly fit contre vous des plaintes à fa Mere
De ce qu'en paroiffant fous fes traits enchanteurs ,
Vous aviez bleffé plus de coeurs ,
Que lui- même il n'auroit pu faire .
SPEC
360 MERCURE
DE FRANCE
*******************
SPECTACLES.
E 30. Janvier, & les trois derniers jours
du Carnaval, l'Académie Royale de Mufique
donna trois differentes Pieces en Mufique
; la premiere intitulée le Temple de Gnide ,
Paftorale en un Acte , repréfentée le 31. Ocbre
dernier , dont on a donné l'Extrait dans.
le Mercure de Novembre fuivant ; la fecon- )
de la Fête de Diane , nouvelle. Entrée ajou
tée aux Fêtes Grecques Romaines , en Février
1734. & la troifiéme , les Amours de
Ragonde , Comédie en Mufique , en trois .
Actes , reprefentée pour la premiere fois le
31. Janvier dernier. Cette derniere Piéce eft
divifée en trois differentes Entrées ; là premiere
a pour titre , la Soirée de Village ; la
feconde , les Lutins ; & la troiſième , la Nôce
& le Charivari. Voici un Extrait abregé de
cette derniere Piéce.
Au premier Acte , le Théatre repréfente
un Hameau.
Ragondè , après avoir invité tous les Gar
çons & toutes les Filles du Hameau à s'occuperà
quelque ouvrage , parle à Colin de
Pamour qu'elle a pour lui ; Colin lui dit de
s'attacher à fon ouvrage , pour montrer l'exemple
FEVRIER 1742 36
1
xemple. Ragonde n'eft pas fatisfaite d'une
pareille réponſe . Colin acheve de l'irriter
en lui difant qu'il ne fonge point à elle , mais
qu'il aime fa fille Colette . Ragonde s'em
porte contre lui , & lui dit :
i
Plûtôt
A ma Fille ! merci de moi !
Je t'étranglerois avec elle ,
que
de l'avoir mariée avec toi .
Mathurine , pour calmer lafcolere de Ragonde
, propofe de conter quelque hiftoire
divertiffante. Ragonde y confent , & conte
la fienne. La voici...
Un jeune Berger de vingt ans
Aimoit une jeune Bergere ,
Mais il plaifoit fort à fa Mere ,
Qui vouloit l'époufer en dépit de fes dents
La bonne femme étoit Sorciere :
Pour punir le Berger infenfible à fes feux ,
Elle en fit un Matou , qui devint furieux ,
Et fe précipita du haut d'une goutiere.
Colin chante les Vers fuivans,pour ripofter
à Ragonda
Une Vieille avoit quatre dents ,
Dont elle ne fe fervoit guere ;
Elle vouloit encor être mere ,
En époufant par force un Berger de vingt ans.
K
362 MERCURE DE FRANCE
Il méprifa cette Megere ;
Elle voulut punir ce Berger dédaigneux ;
Mais lui , pour empêcher fes defleins dangereux ,
L'envoya foupirer au fond de la riviere.
Ragonde répond à Colin :
11 fuffit ; je t'entends , & tu me connoîtras
Lucas promet tout bas à Ragonde de fa
venger , & lui dit qu'il en a concerté la maniere
.
Mathurine , pour faire ceffer cette que
relle qui vient troubler la Fête , invite les
Filles & les Garçons du Village à chanter &
à danfer. Elle leur parle ainfi :
Accourez , jeunes Garçons ;
Mêléz vos pas à nos Chanfons
Venez folâtrer & rire ;
Que le plaifir vous guide & vous attire
Ne fuivez point d'autres leçons ;
Ces biens purs , dont nous joüiffons,
A nos defirs doivent fuffire .
Les Chants & les Danfes formant la Fête
de ce premier Acte.
Dans le fecond Acte , la Scéne fe paſſe à
l'entrée de la nuit.
Lucas,Amant de Colette , commence l'Acte
avec Thibault , qui lui demande pourquoi
il
FEVRIER 1742% 3631
il n'époufe pas Colette dont il eſt aimé ; il
lui répond que Ragonde , fa mere , ne confent
à fon hymen , qu'à condition qu'elle
fera mariée la premiere avec fon cher Colin.
Ces deux amis font entendre qu'ils ont tout
difpofé pour obliger Colin ( par la frayeur )
à confentir à être mari de Ragonde malgré
lui. Ils fe retirent à l'aproche de Colin , à qui Colette a donné un rendez -vous , pour le
faire tomber dans le piége qu'on lui à dreffé.
Colin fait entendre par ce Monologue le plai
fir qu'il fe promet avec Colette .
Jamais la nuit ne fut fi noire ,
Mais fon obfcurité favorife mes voeux ;
Colette va venir. Que je ferai joyeux !
Mon bonheur eft fi grand,que j'ai peine à le croire
Hâte-toi de me rendre heureux ;
Accours mon aimable Colette ;
La nuit nous cache aux jaloux curieux :
Que de momens perdus ! Ah ! que je les regrette
Lucas , Thibault , & d'autres Villageois
déguisés en Lutins , apellent Colin à grands
cris . Colin en eft effrayé. Il veut s'enfuir ; ils
l'entourent , & lui difent :
Si tu fors de ta place ,
Nous allons t'étrangler.
Colin apelle Ragonde à ſon ſecours ; elle
vicut
364 MERCURE DE FRANCE
vient , & lui fait promettre dé l'époufer. Les
Danfes des Lutins forment le Divertiffement
de ce fecond Acte .
Le troifiéme & dernier Acte commence
par des Chants. Tout le Village affemblé célebre
le double mariage de Lucas avec Colette
, & de Colin avec Ragonde.
Lucas exprime fon bonheur par ces Vers:
J'ai foûpiré long- tems pour l'aimable Colette ;
Colette foûpiroit pour moi ;
Pétions Amans ; je vivois ſous fa loi ,
Et je goûtions tous deux une douceur parfaite ;
Je fuis fon Epoux maintenant ;
Elle doit m'obéir , c'eft la Loi du Village ;
Mais , pour faire un bon mariage ,
Colette & moi , j'agiffons prudemment ,
Je voulons oublier que je fomm'en ménage ;
Colette eft ma Maîtreffe & je fuis fon Amant.
Voici la Réponse de Colette.
Lucas , je t'en fais la promeffe ;
Je ferai toûjours ta Maîtreſſe ;
Tu feras mon Amant , & non pas mon Epoux ,
C'eſt le moyen de nous aimer fans ceffe.
Pous conferver des noms fi doux ,
Ne fois jamais inquiet ni jaloux,
Garde - toi de brûler d'une nouvelle fâme ;
S
1
FEVRIER.
1742. 365
Si je m'en aperçois , je le dis entre nous ;
Dès ce moment , je deviendrai ta Femme.
Les Choeurs continuent à chanter le bonheur
de Lucas & de Colette ; Ragonde ordonne
qu'on chante le fien ; Colin ne peut
s'empêcher de faire paroître le regret qu'il a
d'avoir renoncé à la poffeffion de Colette, en
époufant Ragonde ; cette derniere le menace
du retour des Lutins ; Colin fe jette à
fes genoux & lui demande grace ; elle lui
pardonne ; on celebre ce nouveau mariage
par un Charivari en forme de Vaudeville . En
voici un couplet : c'eft Lucas qui le chante.
L'Amour fe plaît dans les allarmes ;
Le bruit eft fon plaifir cheti .
Choeur.
Charivari , charivari.
Lucas,
Quand ce Dieu fe fert de fes armes ,
Il fait dans un coeur attendri .
Choeur.
Charivari , charivari.
Lucas.
Pour célebrer fes charmes ,
Chantons tous à grands cris,
Choeur.
Charivari , charivari.
3
366 MERCURE DE FRANCE
Le 13. Février , la même Académie remit
au Théatre l'Opera de Proferpine , qu'elle
avoit donné au mois de Janvier de l'année
derniere. Les Mardis & les Jeudis on continuë
la Repréſentation du Ballet des Fêtes
Grecques & Romaines , qu'on voit toûjouss
avec plaifir.
Le 16. les Comédiens François donnerent
la premiere repréſentation d'une Piéce nouvelle
en Vers & en trois Actes , fvivie d'un
Divertiffement,intitulée , Amour pour Amour.
Cette Comédie , qui eft dé la compofition
de M. de la Chauffée , de l'Académie Franboife
, a été reçûë très favorablement du Public
, & nous ne manquerons pas
d'en parler
plus au long.
Le premier Février , le Sr Balleti , fils du
Sr Mario & de la Dlle Silvia , débuta pour
la premiere fois fur le Theatre de l'Hôtel
de Bourgogne , par le premier Rôle dans
la Comédie qui a pour titre , le Petit Maître
Amoureux. Ce jeune homme qui n'eſt âgé
que d'environ 18. ans , joua avec beaucoup
d'intelligence , de hardieffe , & fort au gré
du Public . Il a joué depuis d'autres Rôles
dans differentes Piéces avec aplaudiffement,
& d'une maniere à faire préfumer que l'habitude
, l'exemple & les confeils de fes parens
,
FEVRIER . 1742 367
rens, pourront le rendre dans la fuite un trèsbon
Sujet. La Dlle Silvia fit avant la Piéce
un Compliment au Public , qui fut géneralement
aplaudi , qu'on donne ici tel qu'il a
été prononcé.
" Meffieurs , pardonnez à l'inquiétude qui
» m'amene ici ; il n'apartient qu'à vous de la
» calmer ; elle eft fi forte & fi naturelle, que
» vous en ferez peut-être touchés. Vous allez
» décider du fort du nouvel Acteur qui va pa-
» roître fa fortune eft entre vos mains ; &
" c'eſt une Mere , encore plus tremblante
que fon Fils , tout tremblant qu'il eft lui-
» même , qui vient folliciter pour lui votre
» indulgence.
» Il n'a pas tenu à moi qu'il n'ait renoncé
» au parti qu'il embraffe ; j'y ai fait tous mes
» efforts ; mais ni mcs prieres , ni mes chagrins
, ni mes repréfentations , n'ont pû
» l'en détourner. En vain lui ai - je montré
» toutes les difficultés ; en vain , en lui par-
» lant des talens qu'il falloit , l'ai - je humilié
» là - deffus , peut- être plus qu'il ne méritoit;
» rien ne m'a réuffi ; j'y ai perdu jufqu'à mes
» larmes ; & ce qui redouble en ce moment
» ma crainte , c'est que c'est moi que j'ac-
» cufe de l'inutilité de mes efforts , Oüi , Mef-
» fieurs , c'est à moi à qui je m'en prends .
>> Il eft fi doux de vous plaire , ou feulement
de s'imaginer qu'on vous a plû ; & dans les N
Voccafions
388 MERCURE DE FRANCE
ןכ
» occafions où vous avez bien voulu récom :
penfer mon zéle par quelques aplaudiffe-
» mens , j'y ai paru fi fenfible , j'en ai laiffé
» éclater devant lui une joye fi imprudente ,
» qu'elle eft devenue aujourd'hui l'attrait invincible
qui le détermine ; & qu'enfin l'ef-
» pérance d'avoir quelque jour un peu de
part à cette joye fi délicieuſe , ne lui
» met plus de voir à quel prix vous la don-
» nez . Ainfi , Meffieurs , ce font les bontés
» que vous avez euës pour moi qui l'expo-
» ſent aujourd'hui au danger qu'il va courir,
➡ & j'ai recours à ces mêmes bontés pour
» l'en tirer.
per-
Le 10. les mêmes Comédiens donnerent
une Piece nouvelle en Vers , & en trois
Actes , de la compofition de M. de Boiffy ,
qui a pour titre , le Mari Garçon . Cette Comédie
qui a été goûtée du Public , & dont
on parlera plus au long , fut fuivie de deux
differens Divertiffemens exécutés d'une maniere
très - comique par la Die Roland , par
le Sr Poitiers , Compofiteur des Ballets , par
les deux Enfans de cè Danfeur , & par les
Acteurs de la Comédie Italienne. La fingularité
de ces differens Ballets exécutés au
mieux , attire tous les jours de nombreuſes
Affemblées au Théatre Italien.
Le 3. Février, le Lieuten ant Géneral de Police
FEVRIER . 1742. 369
lice fit l'ouverture de la Foire S. Germain
avec les cérémonies accoutumées. Ce Magiftrat
avoit déja rendu fon Ordonnance le
13. Janvier précedent , concernant ce qui
doit être obfervé par les Marchands qui y
font établis , & qui renouvelle la défenſe des
Jeux de hazard , & c.
Le même jour , l'Opera Comique fit l'ouverture
de fon Théatre par un Prologue
nouveau , qui fut ſuivi de deux autres Piéces
intitulées , la Servante juftifiée , & le Repas
allégorique. Ces deux Piécès font ornées
de differens Divertiffemens , de Chants & de
Danfes très-bien exécutés. Le Sr Grimaldi
nouveau Danſeur , a danſé une nouvelle Entrée
avec la Dlle Caron , avec autant de jufteffe
que de vivacité, & fort au gré du Public.
Le 13. on donna deux Piéces nouvelles d'un
Acte chacune , ornées de Divertiffemens ; la
premiere a pour titre , les Obftacles fupofess
& la feconde , le Prix de Cythere , lefquelles
ont été aplaudies.
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
Na apris de Conftantinople , que quelques
nouvelles difficultés retardoient l'accommodement
du Grand Seigneur avec Thamas Kouli-
J. Vol. H Kan
370 MERCURE DE FRANCE
Kan , & que Sa Hauteffe
avoit ôté au Pacha
de
Bagdad
le commandement
des troupes
qui font
aflemblées
fur la Frontiere
de Perfe.
On mande en dernier lieu de Conftantinople que
Thamas Kouli- Kan marque beaucoup moins d'em.
preffement pour conclure la paix , & qu'il a formé
de nouvelles demandes , depuis qu'il a foûmis à fa
domination les Curdes , Nation belliqueuſe qui habite
la Rive Orientale du Tigre depuis la Ville de Moful
ou de la nouvelle Ninive, jufqu'aux fources de
l'Euphrate. Le Grand Seigneur , de fon côté , prend
toutes les mesures néceffaires pour foûtenir vivement
la guerre , fi les Perſans prennent le parti de
la lui déclarer.
Les limites entre la Turquie & la Mofcovie ayant
été réglées par les Commiffaires que le Grand Seigneur
& le dernier Czar avoient nommés pour cet
effet , & Sa Hautéffe ayant , ainfi que la Czarine ,
aprouvé la Convention faite à ce fujet par leurs
Commiffaires refpectifs , les Ratifications de cette
Convention ont été échangées à Conftantinople ,
auffi- tôt qu'on y a été informé que les Mofcovites
avoient achevé de démolir les Fortifications d'Afoph.
O
RUSSIE.
N mande de Pétersbourg , que les Comtes de
Munich & d'Ofterman & le Baron de Mengden
ayant avancé dans leurs réponses aux interrogatoires
qu'ils ont fubi , plufieurs Faits fur lequels
il a été néceffaire de demander des éclairciffemens
à la Princeffe de Brunſwick Bevern , on envoya ordre
il y a quelque tems au Commandant de l'eſcorte
qui conduit cette Princeffe & le Prince fon
Epoux , de faire fufpendre leur marche , & que par
ette raifon ils fe font arrêtés à moitié chemin de
Nerva તàે Riga.
Ils
FEVRIER.
1742. 370
Ils ont depuis continué leur route ; & ils arriverent
le 9 du mois dernier à cette derniere
Ville , d'où ils comptoient de partir le lendemain
, mais le Gouverneur avoit reçû la veille un
courier , par lequel la Czarine lui a mandé qu'elle
fouhaitoit qu'ils y demeuraffent jufqu'à ce que la
Princeffe de Bevern eût donné plufieurs nouveaux
éclairciffemens dont on a befoin. Cette Princeffe
eft logée à Riga dans le Château avec le Prince
fon époux , le Prince fon fils & la Princeffe fa
fille , & ils y font traités avec tous les honneurs
dûs à leur rang , mais ils n'ont de communication
qu'avec le Gouverneur de la Ville & avec deux
autres Perfonnes nommées par S. M. Cz.
Le Comte de Lowenwode , Grand Maréchal
de la Cour , lequel avoit été remis en liberté ,
ayant tenu des difcours peu mefurés depuis fon
élargiffement , il a été arrêté une feconde fois ,
& conduit à la Citadelle de Pétersbourg , où le
Comte de Munich a été transferé de la Fortereffe
de Schlieffelbourg .
S. M. Cz. a fait ordonner à la Demoiſelle Julie
de Mengden , qui a été chargée de la caffette
de la feuë Czarine , & qui a eû toute la confiance^
de certe Princeffe & de la Princeſſe de Bevern , de
rendre compte de l'emploi de plufieurs fommes
confidérables qui ont paffé par fes mains.
On a apris depuis que les Commiffaires nommés
par la Czarine , avoient fini l'inſtruction du Procès
des Comtes de Munich & d'Ofterman , & des
autres prifonniers detenus dans la Fortereffe de
Schlieffelbourg que le Comte d'Ofterman étoit
très - dangereufement malade , & qu'on ne doutoit
point que S. M. Cz . n'usât de clémence envers la
plupart de ceux qui ont eû part aux intrigues de ce
Miniftre .
"
Hij On
372 MERCURE DE FRANCE
On publia à Pétersbourg le 16. de ce mois une
Déclaration , par laquelle la Czarine annonce à fes
Sujets , que tous les Princes Chrétiens étant dans
l'ufage de le faire couronner dans les Temples ,
pour marquer qu'ils reconnoiffent ne tenir la fuprême
Puiffance que de Dieu , qui eft le Seigneur
des Seigneurs & le Roy des Rois , Elle a réfolu de
fe conformer à cet ufage , & que la cérémonie de
fon Couronnement fe fera au mois d'Avril dans
l'Eglife Patriarchale de Moſcow .
S. M. Cz. exhorte les differens Ordres de l'Etat ,
à implorer la bonté divine , pour obtenir que fon
Regne foit heureux & paisible .
L'inftruction du procès des Comtes de Munich
& d'Ofterman , & des autres prifonniers que la
Czarine a fait arrêter , étant finie , leur jugement
leur fera prononcé inceffamment , & leurs amis
efperent que la clémence naturelle de S. M. Cz.
la portera à adoucir les peines auxquelles ils feront
condamnés.
La Czarine a permis qu'on rendît au Comte
d'Ofterman une Lettre du Baron , fon frere , qui
a été Miniſtre du Duc Charles Leopold de Meckelbourg
en cette Cour , & à qui elle a fait dire de
fe retirer , & elle a bien voulu confentir que le
Comte d'Ofterman fit réponſe à cette Lettre.
Quelque penchant que cette Princeffe ait a la
douceur , elle fçait uſer de féverité , lorſque le bon
ordre l'exige elle dégrada dernieremenr de Nobleffe
un des Grénadiers de la nouvelle Compagnie
établie pour fa Garde , lequel avoit commis une
action déshonorante , & elle le réduifit au rang de
fimple foldat; elle déclara en même tems aux autres
Grenadiers de cette Compagnie , que tous ceux
d'entr'eux , qui fe rendroient indignes de la diftin-
Єtion qu'elle leur avoit accordée , éprouveroient le
même traitement. Le
FEVRIER 1742 373
Le fieur Groffe , Profeffeur de l'Académie de
Pétersbourg , lequel s'étoit chargé de l'éducation
des fils du Comte d'Ofterman , n'a pu foûtenir
la difgrace de fon Protecteur , & fe voyant privé
des efperances dont il s'étoit flaté , il s'eft tué d'un
coup de piftolet .
U
ALLEMAGNE.
N courier dépêché à la Reine de Hongrie a
raporté que le Maréchal de Terring étant arrivé
à Paffau le 15. du mois dernier , avec un
Corps d'Infanterie qu'il a ramené de Boheme ,
avoit tenté de chaffer de Scharding les troupes de
S. M. qui s'en étoient emparées ; que ce Génerai
avoit fait attaquer ce pofte le 17. à la pointe du
jour par plufieurs Compagnies de Grenadiers , foutenues
de quelques Régimens , mais que le Major
General Berenklaw , qui commandoit dans Scharding
, ayant jugé par les differens mouvemens des
Bavarois , du projet du Maréchal de Terring, il avoit
pris de fi bonnes précautions , qu'il avoit rendu
inutiles tous les efforts des ennemis ; que les Bavarois
ayant été obligés , vers le foir , de fe retirer,
ils avoient été pourfuivis , & que leur Infanterie
n'étant foûtenue par aucun Corps de Cavalerie ,`
elle avoit été mife en déroute , & avoit perdu
beaucoup de monde en fe retirant à Braunau .
Le Comte de Kevenhuller a mandé à la Reine
qu'il avoit quitté le 8. le Camp de Wells pour
s'avancer à Willering près de Lintz , où il avoir
établi fon quartier géneral , & qu'il faifoit les difpofitions
néceffaires pour attaquer cette derniere
Ville , dès qu'il auroit reçû le train d'artillerie confidérable
, qu'on lui a envoyé de Vienne ; que les
troupes qui font dans Lintz , fous les ordres du
Hiij Comte
374 MERCURE DE FRANCE
Comte de Segur , avoient fait plufieurs forties pour
attaquer quelques-uns des quartiers des troupes de
la Reine , & que ces forties n'avoient eû aucun
fuccès .
Les nouvelles de la pofition du Comte de Kevenhuller
donnant lieu de croire que ce Géneral ,
qui doit avoir reçu le 17. le train d'artillerie qu'on
lui a envoyé , feroit inceffament le fiége de Lintz ,
le Grand Duc de Tofcane partit le 19. pour aller fe
mettre à la tête des troupes commandées par le
Comte de Kevenhuller .
On a apris depuis le départ du Grand Duc , que
Partillerie étant arrivée devant Lintz , on avoit travaillé
à établir plufieurs batteries de canons & de
mortiers , pour attaquer la Place par differens endroits
, & on ne doutoit point que le Grand Duc
ne s'en rendît maître dans quelques jours , lorfque
la Reine reçût la nouvelle de la prife de
Lintz.
Le Comte de Segur s'y eft défendu autant qu'il
Jui a été poffible , mais voyant que la Place qui
n'étoit pas en état de foutenir un long fiége , étoit
prefque ruinée par le feu continuel de l'artillerie ,
& embrafée en plufieurs endroits par les boulets
rouges & par les bombes , il demanda le 23. à capituler.
Il a été convenu que le Comte de Segur
fortiroit de la Place avec le canon , & tous les honneurs
de la guerre , & que le corps de troupes qui
étoit dans Lintz ne ferviroit d'un an contre la
Reine.
Le 24. le Comte de Segur fortit de Lintz avec
la garniſon & tous les honneurs de la guerre , pour
fe rendre à Ratisbonne .
On a apris de Francfort du 31. du mois dernier ,
que l'Election d'un Empereur ayant été fixée dès
le mois de Décembre dernier au 24. Janvier dernier
FEVRIER . 1742 375
nier les portes de cette Ville furent fermée
la veille à cinq heures du foir , & que les clefs
en furent portées à l'Electeur de Mayence .
la
Le lendemain vers les fept heures du matin ,
garnifon & les compagnies de Milice Bourgeoife
s'étant affemblées , elles furent diftribuées fur les
Baftions , fur les Remparts , dans les principales
Places , & dans celle qui eft devant l'Hôtel de
Ville , d'où la garnifon & les Compagnies de Milice
Bourgeoife formerent une double haye jufqu'à
l'Eglife de S. Barthelemi. A huit heures , l'Electeur
de Mayence , celui de Cologne , & les premiers
Ambaffadeurs des Electeurs abfens , fe rendirent
à l'Hôtel de Ville ; ils y allerent dans
leurs caroffes , & étant accompagnés d'un cortege
auffi nombreux que magnifique. Les feconds &
troifiémes Ambaffadeurs Electoraux n'allerent point
à l'Hôtel de Ville , & ils fe rendirent de leurs
Hôtels , à l'Eglife .
Lorfque les Electeurs de Mayence & de Cologne
fe furent revêtus de leurs habits électoraux , ils
fortirent de l'Hôtel de Ville avec les premiers Ambaffadeurs
des Electeurs abfens , pour aller à l'Eglife
de S. Barthelemi , & la Cavalcade fe fit dans l'ordre
reglé par l'Affemblée tenue à l'Hôtel de Ville le
16. du mois dernier entre le Maréchal Héreditaire
de l'Empire & ceux des Electeurs , & dans laquelle
on étoit convenu du Cérémonial à obferver dans
cette Cavalcade , & fur ce qui pouvoit avoir raport
à l'Election .
L'Electeur de Mayence , n'ayant pu , à caufe de
fes infirmités , monter à cheval , il alla à l'Eglife
dans une chaiſe à Porteurs entierement garnie de
glaces. Les Electeurs de Mayence & de Cologne ,
& les premiers Ambaffadeurs des Electeurs abfens
furent reçus à la porte de l'Eglife de S. Bar-
Hiiij thelemi
376 MERCURE DE FRANCE
thelemi , par les Doyen & Chanoines du Chapitre
qui leur préfenterent l'eau bénite . Les Electeurs
étant enfuite entrés dans le Choeus , ils s'y placerent
fur des bancs en forme de Prie-Dieu , qui
étoient couverts de tapis de velours cramoifi , &
garnis , à chaque place , de trois carreaux. Les
feconds & troifiémes Ambaffadeurs fe placerent
auffi fur les mêmes bancs .
Après la Meffe à laquelle l'Evêque Suffragant de
Mayence officia pontificalement , les Electeurs &
les Ambaffadeurs Electoraux s'aprocherent de l'Autel
fur lequel on avoit mis le Livre des Evangiles ;
ils prêterent le Serment prefcrit par la Bulle d'Or ,
& les deux Notaires préfens à ce ferment en drefferent
l'Acte , ainfi que de tout ce qui s'eft paffé ce
jour-là par raport à l'Election .
Tous les Electeurs & les Ambaffadeurs Electoraux
étant defcendus de l'Autel & ayant repris
leurs places , on chanta le Veni Sandte Spiritus , &
lorfqu'on eut dit la Collecte , les Electeurs & les
Ambaffadeurs Electoraux pafferent à la Chapelle
dans laquelle l'Election devoit fe faire. Dès que les
Electeurs & les Ambaffadeurs , les Confeillers Privés
& les deux Notaires furent entrés dans cette
Chapelle , elle fut fermée par le Comte de Papenheim
qui en garda la clef , ainfi que celles du
Choeur , & qui refta en dehors . Les Electeurs &
les Ambaffadeurs ayant pris leurs places , l'Electeur
de Mayence requit celui de Cologne & tous les
Ambaladeurs , de déclarer s'ils ne fçavoient rien
qui pût empêcher la continuation de l'Acte d'Eletion
, & après qu'ils eurent répondu qu'il ne connoiffoient
rien qui pût la rétarder , il leur fit promettre
de regarder l'Election qui alloit être faite ,
comme unanime , quand même le Roy des Romains
ne feroit élú que par la pluralité des Suffrages
;
FEVRIER. 1742 377
·
ges ; les Electeurs & Ambaffadeurs s'y engage
rent , en donnant , fuivant l'uſage , par forme
de Serment la main à l'Electeur de Mayence.
Les feconds & les troifiémes Ambaſſadeurs Eletoraux,
les Confeillers Prives & les deux Notaires ,
fortirent de la Chapelle après ce Serment prêté ,
& il n'y refta que l'Electeur de Mayence , celui de
Cologne , & les premiers Ambaffadeurs des Ele
cteurs de Treves , de Baviere , de Saxe , de Brandebourg
, du Palatin , & de Brunſwick , lefquels
procederent à l'Election , & donnerent tous leurs
voix à l'Electeur de Baviere .
Celui de Mayence , en les recueillant , commença
par l'Ambaſſadeur de l'Electeur de Treves ',
& il continua par l'Electeur de Cologne , par
l'Ambaffadeur de Baviere & par ceux de Saxe , de
Brandebourg , du Palatin & de Brunswick ; le
fuffrage de l'Electeur de Mayence fut reçû par
l'Ambaffadeur de Saxe , qui le lui demanda, tant en
fon nom , qu'en celui des autres Electeurs & Ambaffadeurs
.
L'Election étant faite , & les feconds & troifiéz
mes Ambaffadeurs , les Confeillers Privés & les
deux Notaires , étant rentrés dans la Chapelle ,
l'Electeur demanda aux Electeurs & aux Ambaffadeurs
fi l'Election n'étoit pas conforme à leurs
intentions , volontés & fentimens , & tous ayant
répondu qu'elle l'étoit entierement , les deux Notaires
furent chargés d'en dreffer unActe. L'Electeur
de Mayence fit enfuite aporter la formule du Serment
qui devoit être prêté par les Ambaſſadeurs
de Baviere au nom du Prince , leur Maître
l'obſervation de la Capitulation convenue & reglée
dans la Diette d'Election , & ces Ambaſſadeurs
l'ayant prêté en vertu des pouvoirs qu'ils en
avoient , l'Electeur de Baviere fut proclamé Roy
HY des
, pour
878 MERCURE DE FRANCE
des Romains par l'Electeur de Mayence , qui y
´avoit éte autorisé par les autres Electeurs. Ils fortirent
enfuite de la Chapelle , & ils monterent dans
une Tribune préparée dans le Choeur , & de laquelle
le Roy des Romains fut proclamé une
feconde fois à haute voix par le Grand Doyen
du Chapitre de Mayence , que l'Electeur avoit
choifi pour faire cette Proclamation. L'Electeur
de Mayence , celui de Cologne & les Premiers
Ambaffadeurs des autres Electeurs , avoient chacun
un fauteuil dans cette Tribune ; il y en avoit un
neuvième , pour l'Electeur de Boheme , & ce fauteuil
refta vuide , comme il a été pratiqué dans toutes
les Conferences tenues à l'Hôtel de Ville pen .
dant la Diette d'Election.
Après la proclamation faite dans la Tribune ,
les Electeurs revinrent dans le Choeur , où les ſeconds
& troiſièmes Ambaſſadeurs étoient entrés en
fortant de la Chapelle ,& ils affifterent au Te Deum,
lequel fut chanté au bruit de plufieurs décharges
d'artillerie & au fon des cloches.
Au fortir de l'Eglife , les Electeurs de Mayence
& de Cologne , ainfi que les premiers Ambaffadeurs
des Electeurs abfens , retournerent à l'Hôtel
de Ville dans l'ordre obfervé lorsqu'ils en étoient
fortis le matin , & le Comte de Papenheim y ayant
reçû de l'Electeur de Mayence les clefs de la Ville ,
il les remit au Magiftrat qui fit r'ouvrir les portes
vers les quatre heures après midi.
Les Ambaffadeurs & les Miniftres Etrangers , qui
étoient fortis de Francfort la veille du jour de
l'Election , y rentrerent , & ils allerent fur le champ
faire compliment à l'Electeur de Cologne & aux
Ambaffadeurs de Baviere. Le foir , il y eut chés
l'Electeur de Cologne une très - grande illumination
, & un fouper auquel les Ambaffadeurs & les
Miniftres
FEVRIER. 1742: 379
Miniftres Etrangers furent invités , ainfi que le
Princes & les Perfonnes de diftinction qui étoien
à Francfort. Le fouper fut fuivi d'un Bal que l'Electeur
de Cologne donna dans la grande fale de
l'Hôtel de Ville . Le même jour , le Nonce du
Pape , l'Ambaffadeur de France & celui d'Eſpagne
firent illuminer leurs Hôtels.
Le 31 > le Roy des Romains arriva à Francfort ,
& il y fit fon Entrée , qui a été très - magnifique.
On mande de Ratisbonne du premier de ce mois,
que le Major General Berenklaw , qui commande
dans Scharding pour la Reine de Hongrie , a fait
ordonner à tous les Habitans des lieux voifins
de ne porter des vivres qu'à l'armée commandée
par le Grand Duc de Tofcane , fous peine de voir
leurs maiſons & leurs terres abandonnées au pillage .
Il a fait défendre en même tems aux Milices du
Pays de prendre les armes , & il a déclaré que
ne pouvant être regardées comme troupes reglées ,
on n'obferveroit point à leur égard les droits
de la guerre , & que tous les Payfans qui feroient
pris les armes à la main , feroient traités
comme des vagabonds & pendus fur le champ.
L'Abbé de Fulde & l'Abbé de Kempten font
allés à Francfort , pour exercer au Couronnement
de l'Imperatrice les . fonctions , l'un de la Charge
de Grand Chancelier de cette Princeffe , & l'autre
de celle de fon Grand Maréchal , attachées à leurs
Dignités.
La Ville de Nuremberg y a envoyé auff des
Députés , pour y porter le Globe & le Sceptre Impériale
, & les autres ornemens qui doivent fervir
au Couronnement de l'Empereur.
On a apris de Francfort du 7 de ce mois , que
le Roy des Romains ayant fixé fon Entrée publique ,
en cette Ville au 31. du mois dernier , il fe ren-
H.vj dic
1
380 MERCURE DE FRANCE
dit la veille à Darmstadt chés le Prince de ce
nom , & qu'il y trouva le Maréchal de Belle- Iſle ,
qui l'y attendoit,
Le 31. au matin , le Roy des Romains fe rendit
de Darmstadt à une Maiſon qui lui avoit été préparée
à une lieuë de cette Ville , pour prendre
Ï'Habit & le Manteau à l'Eſpagnol , qu'il devoit
avoir dans fon Entrée publique. Il vint enfuite de
cette Maiſon aux Tentes fous lefquelles le College
Electoral l'attendoit , & fut complimenté par l'Eleteur
de Cologne au nom des Electeurs & des Ambaffadeurs
Electoraux .
L'Electeur de Cologne porta la parole en cette
Occafion , parce que l'âge & les infirmités de
l'Electeur de Mayence ne lui ayant pas permis
de fortir de la Ville , le Roy des Romains avoit
trouvé bon qu'il l'attendît à l'Eglife de S. Barthelemi.
Lorfque le Roy des Romains cut reçû les
complimens de l'Electeur de Cologne & des Ambaffadeurs
Electoraux , il ſe mit en marche pour fe
rendre à Francfort.
L'Entrée du Roy des Romains a été plus magnifique
qu'on ne peut l'exprimer , tant par la
beauté de fes équipages , que par le nombreux
cortege qui l'accompagnoit , indépendamment des
carofles & de toute la fuite de l'Electeur de Cologne
& des Ambaffadeurs Electoraux , qui étoient
allés au devant de S. M.
Le Roy des Romains alla defcendre à l'Eglife
de S. Barthelemi , & après y avoir juré d'obſerver
la Capitulation dont l'exécution avoit été promiſe
en fon nom par fes Ambaffadeurs le jour de
l'Election , il affifta au Te Deum qui fut chanté
au bruit de p'ufieurs falves d'artillerie , accompagné
des plus grandes preuves de la joye publique .
Au fortir de l'Eglife , le Roy des Romains fe
rendit
FEVRIER. 1742. 381
rendit en caroffe à l'Hôtel qu'il occupe , & il fut
précedé dans cette marche , par tous les Princes &
Seigneurs de l'Empire , qui font à Francfort en
très grand nombre , & qui marchoient à pied devant
le caroffe de S. M.
Le foir , les Hôtels des Ambaffadeurs Electoraux
étant illuminés , le Roy des Romains , la Reine &
tous les Princes & Princeffes de leur Maiſon
allerent en caroffe voir les illuminations , &
Leurs Majeftés s'arrêterent long- tems vis- à - vis de
l'Hôtel du Maréchal de Belle- ile , dont l'illumination
, accompagnée de décorations , étoit compofée
par differentes couleurs de feu , & formoit
un fpectacle auffi agréable que magnifique.
Le 31. du mois dernier , le Grand Duc de Tofcane
revint à Vienne de l'armée de la Haute Autriche
, & quelques jours auparavant , le Prince
Charles de Loraine étoit parti , pour aller prendre
le commandement de celle qui eft à Budweiſſ &
dans les environs .
Les derniers avis reçûs de la premiere de ces
deux armées , portent que le Feldt Maréchal de
Kevenhuller ayant détaché le 26. un Corps de
troupes , pour s'emparer de Paſsaw , ce Corps de
troupes avoit trouvé la Ville abandonnée par la
garnifon , qui s'étoit retirée dans le Château , &
qui avoit capitulé le jour fuivant ; que le 28.
ce Géneral s'étoit avancé à Eferding , & que le
30. il devoit continuer fa marche , pour s'aprocher
de la Baviere.
On a envoyé la groffe artillerie à Brinn , &
le Prince de Lobckowitz fait travailler avec toute
la diligence poffible à mettre cette Piace & celle
d'Iglaw où il a établi fon quartier géneral , en état
de foûtenir un fiége.
Les
382 MERCURE DE FRANCE
Les troupes de la Reine ont fait , dans l'action
qui s'eft paffée près de Scharding environ 400.
prifonniers , du nombre defquels font trois Capitaines
, huit Lieutenans & fept Enſeignes , & le
Major General Berenklaw a envoyé à S. M. neuf
Drapeaux qui ont été enlevés aux Bavarois.
PRUSSE.
Na apris de Berlin , que le 26. du mois def
nier , la Reine accompagnée de la Princeffe ,
Epoufe du Prince Guillaume , fit une courfe de
Traîneaux depuis Berlin jufqu'à Charlottembourg.
Le Traîneau de la Reine & celui de la Princeffe
étoient fuivis de so. autres Traîneaux , dans lefquels
étoient les principales Dames de la Cour ,
conduites chacune par un Seigneur , & toutes les
perfonnes qui ont été de cette courfe , ont fait de
très -grandes dépenses en habits & en livrées , pour
y paroître avec éclat.
On a reçû avis par un courier venu de Boheme ,
que la Garnifon Autrichienne qui étoit dans la
Ville de Glatz , inveftie par un Corps de troupes
Pruffiennes , avoit demandé le 9. du mois dernier
à capituler.
Les dernieres lettres reçûës d'Olmutz , portent
que le Roy de Praffe y étoit arrivé le 28. du mois
dernier ; qu'il avoit envoyé ordre à toutes fes troupes
de fortir de leurs quartiers , pour fe raffembler;
que dès qu'elles le feront , il fe mettra en marche ;
que S. M. devoit être jointe en chemin par le Corps
de troupes Françoifes . qui eft fous les ordres du
Comte de Polaftron , & par les troupes Saxonnes &
qu'après cette jonction , elle iroit former le Siége
d'Iglaw.
L'Armée Françoife commandée par le Maréchal
de Broglie , eft toujours à Pilfeck.
ITALIE
FEVRIER . 1742. 383
ITALIE.
Na apris de Florence que l'Electrice Palatine
Douairiere perfiftoit dans le refus qu'elle avoit
fait de remettre au Grand - Duc de Tofcane les pierreries
de la fucceffion de la Maiſon de Médicis.
O
ESPAGNE.
N aprend de Madrid du 6. de ce mois , qu'il
y arriva de Francfort le 4. un courier que le
Comte de Montijo a dépêché au Roy , pour informer
S. M. que le 24. du mois dernier l'Electeur de
Baviere avoit été élû Roy des Romains . Le Roy a
ordonné à cette occafion , qu'on fit des réjouiffances
publiques pendant trois jours confécutifs , &
le s. au matin Leurs Majeftés , accompagnées du
Prince & de la Princeſſe des Afturies & des Infants ,
affifterent au Te Deum , qui fut chanté dans l'Eglife
de S. Jérôme en action de graces de l'Election .
On a reçû avis que le Vaiffeau François le Jufte ,
qui avoit fait voile de Cadix pour l'Amérique , &
qui avoit été enlevé fur la route & conduit à Bofton
par les Anglois , avoit été relâché par ordre de
S. M. Br. & que deux Vaiffeaux Hollandois , richement
chargés , dont les Anglois s'étoient emparés
en même tems que de ce Bâtiment , avoient été
déclarés de bonne prife par le Confeil de l'Amirauté
de Londres .
Ces lettres ajoûtent qu'il étoit entré depuis peu
dans le Port de Lisbonne un Vaiffeau Suedois, dont
le Capitaine avoit raporté qu'il avoit rencontré , en
venant de Stockolm , un petit Bâtiment qu'il avoit
abordé , & fur lequel on n'avoit trouvé que des ca
davres fanglans ; que ce Bâtiment n'ayant point de
Pavillon , il n'avoit pû fçavoir de quelle Nation il
étoit ,
384 MERCURE DE FRANCE
étoit , mais qu'il foupçonnoit que c'étoit le Vaiffeau
de quelque Armateur.
GENES ET ISLE DE CORSE.
Na été informé par un Bâtiment venu de la
Baftie ,que M. Venerolo étoit, arrivé à Ajaccio
le 14. Decembre dernier ; que les Corfes attendoient
avec une extrême impatience la publication
du nouveau Reglement , & qu'ils paroiffoient difpofés
à continuer de demeurer tranquilles , tant
qu'on n'exigeroit d'eux aucune taxe , mais qu'on
avoit toujours lieu de craindre qu'ils ne fecoüaffent
entierement le joug, dès qu'on leur fourniroit quelque
prétexte de faire éclater leur mauvaiſe volonté .
On a apris de Livourne , qu'en très - peu de jours
on y avoit fenti jufqu'à vingt-deux fecoufles de tremblement
de terre ,que la derniere avoit été fi violente,
que plufieurs Eglifes avoient été renversées, & qu'il
n'y avoit point de maifon qui n'eût reçû quelque
dommage . On ne compte cependant qu'environ
trente perfonnes qui ayent été enfevelies fous les
ruines des Edifices , la plupart des habitans ayant
abandonné la Ville , pour fe retirer à la Campagne
ou fur les Vaiffeaux , mais fi cet accident fût arrivé
pendant la nuit , il auroit péri plus de la moitié des
habitans de la Ville.
GRANDE BRETAGNE.
ONmande de Londres , que la nouvelle du
rembarquement des troupes ngloifes , qui
avoient fait une defcente dans l'Ile de Cuba , eft
confirmée par plufieurs lettres écrites de divers endroits
, lefquelles affûrent qu'il y a eu une action
très-vive entre ces troupes & les Espagnols , & que
ceux- ci
FEVRIER 1742: 389
@eux- ci ont contraint les Anglois d'abandonner les
Forts qu'ils avoient conftruits près de la Rade de
Guantanamo , & de regagner précipitamment leurs
Vaiffeaux .
D'autres avis du 8. de ce mois , portent que les
Efpagnols fe font emparés des Vaiffeaux l'Aigle &
le Marthe Sally , qui venoient , l'un de Newfowland
& l'autre de la Barbade .
Le 14. au matin , le Chevalier Robert Walpool
alla fuplier le Roy , de lui permettre de fe démettre
de tous fes Emplois, & de ne conferver que fa place
dans le Confeil Privé , ce que S. M. lui accorda , &
le nomma Lord Comte d'Orford.
On ne doute pas que le Prince de Galles ne rentre
dans les bonnes graces du Roy , & on affûre qu'il
devoit paroître inceffamment à la Cour.
Un Armateur Espagnol s'eft emparé du Vaiſfeau
Marchand le Guillaume , entre Philadelphie & la
Barbade .
****************
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE Paris , &c.
L & 1.
E 1. de ce mois , M. Joffe , Recteur
de l'Univerfité, accompagné des Doyens
des Facultés & des Procureurs des Nations ,
fe rendit à Versailles , & il eut l'honneur ,
fuivant l'ancien ufage , de préfenter un cierge
au Roy , à la Reine & à Monſeigneur le
Dauphin.
Le même jour , le Pere Braban, Commandeur
386 MERCURE DE FRANCE
deur du Convent du Marais des Religieux
de la Mercy , accompagné de trois Religieux
de cette Maifon , eut l'honneur de
préfenter un cierge à la Reine , pour fatisfaire
une des conditions de leur établiffement
fait à Paris en 1615. par la Reine Marie
de Médicis .
Le même jour , la Reine communia
dans la Chapelle du Château de Versailles
les mains du même Prélat.
par
Le 2. Fête de la Purification de la S. Vierge
, les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du S. Efprit , s'étant rendus
vers les dix heures du matin dans le cabinet
du Roy , S. M. tint un Chapitre , & nomma
Chevalier Monfeigneur le Dauphin. Les
preuves du Cardinal de Tencin , de l'Archevêque
de Bourges & de l'Evêque de Langres
,
nommés Prélats Commandeurs de
l'Ordre du S. Efprit le 1. du mois de Janvier
dernier , furent admifes dans ce Chapitre
après lequel le Duc de Penthievre , nommé
Chevalier dans le dernier Chapitre , fut introduit
dans le Cabinet de S. M. & reçû
Chevalier de l'Ordre de S. Michel. Le Roy
fortit enfuite de fon Cabinet , pour aller à
la Chapelle , S. M. étant précédée des Princes
& des Chevaliers , Commandeurs &
Officiers de l'Ordre. Le Duc de Penthievre
çn
FEVRIER. 1742. 387
en habit de Novice marchoit entre les Chevaliers
& les Officiers ; l'Archevêque de
Bourges & l'Evêque de Langres étoient derriere
le Roy. Après la Bénédiction des cierges
& la Proceffion qui fe fit dans la Cour
du Château , S. M. monta à ſon Trône près
de l'Autel , où l'Archevêque de Bourges &
l'Evêque de Langres furent reçûs avec les
cérémonies accoûtumées. Le Roy retourna
enfuite à fon Prie- Dieu , & entendit la grande
Meffe qui fut célébrée par l'Evêque de
Langres & chantée par la Mufique. La Meffe
étant finie , le Roy remonta à fon Trône
où le Duc de Penthievre fut reçû Chevalier
, ayant pour Parrains le Duc d'Orleans
& le Duc de Chartres . La Reine & Monfeigneur
le Dauphin entendirent la même
Meffe dans la Tribune .
L'après midi , leurs Majeftés , accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , entendirent
le Sermon du Pere Tainturier , de la
Compagnie de Jefus , & enfuite les Vêpres.
Le 7. Mercredi des Cendres , le Roy reçûr
les Cendres des mains du Cardinal de
Rohan , Grand Aumônier de France. La
Reine les reçût des mains de l'Archevêque
de Rouen , fon premier Aumônier.
Le 9 , pendant la Meffe du Roy , l'Evêque
de Die prêta ferment de fidélité entre
les mains de S. M.
Le
388 MERCURE DE FRANCE
Le 11. premier Dimanche de Carême , le
Roy & la Reine entendirent dans la même
Chapelle la Meffe chantée par la Muſique.
Le même jour , le Roy quitta le deüil que
S. M. avoit pris le 21. du mois dernier pour la
mort de la Reine de Suede.
L'après midi , leurs Majeftés , accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , affifterent
à la Prédication du Pere Tainturier.
Le Roy & la Reine affifterent auffi le 14
au Sermon du même Prédicateur,
Le 12 , leurs Majeftés entendirent la Meffe
de Requiem , pendant laquelle le De profundis
fut chanté par la Mufique , pour l'Anniverfaire
de Madame la Dauphine , Mere
du Roy.
Le 13 , l'Evêque d'Apollonie, Envoyé Extraordinaire
du Duc de Modene , eut ſa premiere
audience publique du Roy. Il y fut
conduit , ainfi qu'à l'audience de la Reine
& à celles de Monfeigneur le Dauphin &
de Mefdames de France par M. de Verneuil ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui étoit
allé le prendre dans les caroffes du Roy &
de la Reine. L'Evêque d'Apollonie fut traité
par les Officiers du Roy , & il fut reconduit
le foir à Paris dans les caroffes de leurs
Majeftés avec les cérémonies accoûtumées.
Le
FEVRIER
1742 389
Le Roy a donné l'agrément du Régiment
d'Infanterie d'Auxerrois , dont le Marquis
de Conflans étoit Colonel au Comte de
Brionne , & S. M. a accordé le Régiment
d'Infanterie de Beaujollois , vacant par la
mort du Chevalier de Befons , au Marquis
de Befons , fon neveu , Moufquetaire de la
premiere Compagnie.
Le 16 , le Roy & la Reine affifterent dans
la même Chapelle au Sermon du Pere Tainturier
, de la Compagnie de Jefus.
Le Chevalier d'Harcourt , qui a été dépêché
de Francfort par le Maréchal de Belle-
Ifle , Ambaffadeur Extraordinaire & Plénipotentiaire
du Roy à la Diette qui s'eſt tenuë
pour l'Election d'un Empereur , arriva
à Verſailles le 16. au foir : il aprit à S. M.
que le 12. le Roy des Romains avoit été
couronné , & que la cérémonie du couronnement
de S. M. I. avoit été faite par l'Electeur
de Cologne , auquel celui de Mayence
avoit cédé cette fonction.
Le 17 , leurs Majeftés entendirent la Meffe
de Requiem , pendant laquelle le De profondis
fut chanté par la Mufique , pour l'Anniverfaire
de Monſeigneur le Dauphin , Pere
du Roy.
Le 18 , fecond Dimanche de Carême , le
Roy
390 MERCURE DE FRANCE
Roy & la Reine entendirent la Meffe chan
tée par la Mufique . L'après midi , leurs Majeftés
accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
, affifterent au Sermon du même Prédicateur,
Le Comte de Mailly d'Haucourt , Capitaine
- Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de Berry , vient d'être nommé Capitaine
-Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Ecoffois .
Le Marquis de la Chaife , fous - Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de Flandres
, Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de Berry.
M. Barentin de Montchal , Enfeigne de
la Compagnie des Gendarmes Ecoffois , fous-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de Flandres.
Le Comte de Selles , premier Cornette de
la Compagnie des Chevau - Legers de Bretagne
, Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes
Ecoffois.
Le Marquis de Rochefort , fecond Cornette
de la Compagnie des Chevau Legers
d'Anjou , premier Cornette de la Compagnie
des Chevau - Legers de Bretagne.
Le Marquis de Voyer , Moufquetaire de ì
la feconde Compagnie , fecond Cornette de
la Compagnie des Chevau- Legers d'Anjou .
La
I
FEVRIER. 1742. 392
Le 2. Fevrier , Fête de la Purification , on
chanta au Concert Spirituel du Château des
Tuilleries un Moter à grand choeur de fa
compofition de l'Abbe Madin , Maître de
mufique de la Chapelle du Roy , lequel fut
fuivi d'un autre Motet Confitebor tibi , de M.
de la Lande ; le fieur Petit , exécuta fur le
violon unConcerto du fieur le Clair avec beaucoup
de juftefle & de précifion ; on donna
pour terminer le Concert , un fecond Motet
du même Abbé Madin , qui fut très bien
exécuté. Le fieur Poirier , de la Mufique du
Roy chanta differens récits dans les trois
Motets qui firent beaucoup de plaifir .
Le 3 , & le Fevrier , il y eut Concert
chez la Reine ; M. Deftouches , Sur- Inten ---
dant de la Mufique de la Chambre du Roy
fit chanter fon Ballet du Carnaval & de la
Folie. Les rolles furent remplis par la Demoiſelle
Lalande & le fieur Benoît ; celui du
Profeffeur de Folie fut chanté par le fieur
Poirier avec autant de legereté que de précifion.
Le 10 , & le 12 , la Reine entendit le Prologue
& les trois premiers Actes de l'Opéra
de Tarfis & Zelie , mis en mufique par les
fieurs Rebel & Francoeur , exécutés par les
Dlles de Romainville & Felt , & par les
feurs Benoît & Jelyor.
Le
392 MERCURE DE FRANCE

Le 17 , le 19. & le 26. on concerta devant
la Reine , Pirame & Thisbé des mêmes Auteurs
, & exécuté par les mêmes Acteurs.
Le 6. Fevrier , les Comédiens François repréfenterent
à la Cour la Comédie du joueur.
Le 8 , la Tragédie de Mithridate, ſuivie de
la petite piece de Crispin Rival de fon Maitre.
Le 13 , l'Ecole des Femmes , & la Comteſſe
Efcarbagnas
Le 15 , la Tragédie d'Inés de Caftro , & le
Retour imprévu.
Le 20 , les Femmes fçavantes , & les Vena
danges de Surêne.
Le 22 , Iphigenie , & le Mariage forcé.
Le 26, le Menteur, & le Mariage fait &
rompu.
Le 14 Fevrier , les Comédiens Italiens re
préſenterent auffi à la Cour la Comédie du
Jeu de l'Amour & du Hazard , qui fut fuivie
de la petite Piéce des Oracles , Parodie
diffe on danfa dans les Intermedes de ce
deux Piéces le Bal Anglois , & les Enfan:
Jardiniers.
Le 21 , Arlequin perfécuté par la Dame
Invisible , Comédie Italienne , & Agnès de
Chaillot , Parodie d'Inés de Caftro.
Le 28 , la furprife de l'Amour , dans laquelle
1
FEVRIER:
1742 39
quelle le fieur Balleti nouvel Acteur joua le
rolle de l'Amant , avec beaucoup d'intelli
gence.
3
Le 21. Fevrier , la Dlle Roland , le fieur
Potier & les deux Enfans de ce danfeur
furent mandés à Choify le Roy , & exécuterent
devant S. M. differens divertiſſemens
de danfe , intitulés les Enfans Jardiniers , la
Matelote , les Enfans Chinois , un pas férieux ,
·les Enfan Arlequins , & les Paysans Allemands
, & Italiens ; tous ces divertiffemens
très bien exécutés furent terminés par un
Tambourin danfé par la petite Dlle Potier
âgée de 5 ans , dont le Roy parut très - ſatis;
fait.
On a apris de Naples , que le 20. du mois
dernier , la Reine des Deux Siciles y étoit
accouchée heureufement d'une Princeffe
qui a été baptifée le même jour & nommée
Marie -Jofephine- Antoinette.
Au commencement de ce mois , M. ls
Duc d'Orleans nomma pour fon premier
Ecuyer M. le Marquis de Balleroy , Gouverneur
de M. le Duc de Chartres , à la
place de M. le Marquis de Clermont - Galle
rande qui en avoit donné fa démiſſion .
1. Vol.

MORTS
$94 MERCURE DE FRANCE
a
MORTS ET MARIAGES.
E 26. Decembre D. Anne le Brest , Veuve de
François chame
François du Puy ,Marquis de Montbrun ,Chambellan
du Duc d'Orleans ,dont on a raporté la mort
dans le Mercure de Decembre dernier , vol . 2. f.
2963. mourut à Paris , âgée de 35. ans .
Le 27.Louis- Augufte de Bourbon, Marquis de Ma-
Laufe , Comte de la Cafe , Vicomte de Lavedan
Baron de Chaudefaigues en Languedoc , Seigneur
de Favars en Limafin , ci - devant Colonel du Regiment
d'Infanterie d'Agenois , mourut dans fon
Château de la Cafe , près de Caftres , dans la 48 .
année de fon âge , fes infirmités l'avoient obligé de
fe démettre au mois d'Août 1731. en faveur d'Arnaud
de Bourbon , Comte de Malaufe , fon frere
puîné , de fon Regiment qu'il avoit obtenu le premier
Fevrier 1719. il ne laiffe point d'enfans de
Marie- Chriftine de Maniban , qu'il avoit épouſée ,
ainsi qu'on l'a marqué dans le Mercure de Juillet
1738, en raportant la mort de la Marquife Doüairiere
de Malaufe , fa mere , p. 1660.
Le 1. Janvier 1742. Felix Efnault,Prêtre du Dic
cefe du Mans , Docteur en Theologie de la Faculté
de Paris , du 11. Novembre 1690. & Curé de l'Eglife
Paroiffiale de Saint Jean en Greve , depuis le
mois de Novembre 1712. mourut dans fa Maiſon
Curiale. Il avoit eu 85. ans accomplis au mois de
Novembre précedent . Pendant 29. ans qu'il a gouverné
cette Paroiffe , il a travaillé continuellement
à l'embelliffement de fon Eglife qu'il a extrêmément
décorée & enrichie de fuperbes Ornemens , &
dans laquelle il fait conftruire une magnifique
Chapelle
FEVRIER. 395 1742
Chapelle pour laCommunion . Les fommes confide →
rables qu'il a employées dans ces diférens travaux,
ne l'ont jamais empêché de fecourir avec abondance
lesPauvres de la Paroille, aux befoins defquels il avoit
une attention finguliere de pourvoir , ce qui le fait
regretter géneralement de tous fes Paroiffiens.
··
Le 4. Nicolas Bertin de Vaugien , Seigneur de
Chaumont fur Loire , Maître des Requêtes Honoraire
de l'Hôtel du Roy , mourut à Paris , âgé de
86. ans 11. mois : Il avoit d'abord été Confeiller
au Grand Confeil en 1682. & enfuite reçû Maître
des Requêtes le 18 Avril 1689. Il étoit fils puîné de
Nicolas Bertin , Confeiller Secretaire du Roy ,
Maiſon , Couronne de France & de fes Finances en
1659. & de . . . . Vincent ; & il avoit été marië
au mois d'Octobre 1685. avec Louife Feydeau ,
fille unique , & feule héritiere de Denis Feydeau ,
Seigneur de Vaugien , Correcteur ordinaire en la
Chambre des Compres de Paris , & de Catherine
Foreft . I en laifle Bruno- Maximilien Bertin de
Vaugien , Confeiller Honoraire au Parlement de
Paris , où il avoit été reçû le 4. Septembre 1709 .
Celui- ci a été marié au mois d'Avril 1714. avec la
fille unique de feu Pierre-Philbert de Pajot , Serigneur
du Plouy , Confeiller Honoraire en la Cour
des Aides de Paris & de . . . . . de Ladehors , fa
feconde femme , & il en a un fils , & une fille nommée
Louiſe Magdeleine Bertin , & mariée le 16.
Mars 1735. avec Charles- Jean - Pierre Barentin de
Montchal , Meftre de Camp de Cavalerie , & Enfeigne
de la Compagnie des Gendarmes Ecoffois.
Le ... Janvier , Jean François le Boindre , Seigneur
de Grofchenay , Baron de la Bunaifche au
Maine , Sous- Doyen du Parlement de Paris , mougut
dans la 81. année de fon âge , étant né le 4.
Juillet 1661. Il avoit été reçû Confeiller en la pre-
I ij miere
-
-
396 MERCURE DE FRANCE
>
miere Chambre des Er quêtes le 7. Janvier 1689. Il
devint Doyen de cette Chambre , & il monta à la
Grand'Chambie le 11 Février 17 : 1 . Il étoit fils de
Jean le Boindre , Seigneur de Grofchenay & du
Guécelar , mort Doyen du Parlement de Paris
le 8. Novembre 1693. & de feue D Françoiſe Befchefer
. Il avoit été marié au mois d'Avril 1690 .
avec Marie- Françoiſe- Catherine Doujat , morte au
commencement de l'année 1739. âgée de 76. ans
fille de François Doujat Confeiller , Maître d'Hôtel
du Roi , & de Magdeleine Tiraqueau . Il en laiffe
Jean - Jofeph le Boindre , Seigneur de Vauguyon,
Confeiller au Parlement de Paris , à la Premiere
Chambre des Enquêtes , où il a été reçû le 3. Septembre
1720.
Le 7. Paul François de Beauvilliers , Duc de Saint
Aignan , Pair de France , apelié le Duc de Beauvilliers,
Meftre de Camp du Regiment de Cavalerie
de Saint Aignan ,mourut à Paris , dans la 32. année
de fon âge , étant né le 16. Août 1710. Il avoit été
fait Capitaine de Cavalerie dans le Regiment de
Saint Simon en 1730. & après la Promotion des
Officiers du 10. Fevrier 1734 celui de Cayeux auf-
Cavalerie , lui fut donné , & il lui fit prendre le
nom de Saint Aignan ; le Duc de Saint Aignan fon
Pere , fe démit en fa faveur de fon Duché- Pairie ,
en 1738. & il prit alors le nom de Duc de Beauvilliers
, ayant porté jufqu'alors celui de Comte de
Saint Aignan . Il étoit fils aîné de Paul - Hipolite de
Beauvi liers , Duc de Saint Aignan , Pair de France,
Comte de Montrefor , Baron de la Ferté Saint Aiguan
, la Salle- lès- Clery & Chemery . Gouverneur
& Lieutenant Géneral pour le Roy des Provinces
de Bourgogne , Breffe , Bugey , Valromey , &
Gex ; de la Ville & Citadelle du Havre de Grace &
Pays en dépendans , de la Ville & Château de Dijor
FEVRIER. 1742. 397
jon , des Villes de Saint Jean de Lofne & de Seure
, & des Villes & Château de Loches , & Beaulieu
, Grand Bailly d'Epée du Pays de Caux , Chevalier
des Ordres de S M. Lieutenant Général de
fes Armées , ci devant Premier Gentilhomme de
la Chambre du feu Duc de Berry , Confeiler au
Confeil de Régence , Ambaffadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire du Roy en Espagne , & depuis à
Rome, & de feuë Marie- Geneviève de Monlezun de
Belmaux,morte à Rome le 15.Octobre 1734. Il avoit
été marié avec Marie- Françoife- Suzanne de Creil de
Bournezeau , fille unique de Jean- François de Creil,
Marquis de Bournezeu , Baron de Buillac , Seigneur du
Chatelix ,de la Boiffiere , &c. Intendant à Metz, & de
feuë Marie- Claude - Therefe Turgot , morte le 1 { .
Février 1719 .
Le même jour D. Marie-Jeanne Ballet de la Chenardiere
, Epoufe de Charles -François - Gabriel
d'Hallencourt , Comte de Droménil , Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Chevau - Legers
d'Anjou , avec lequel ele avoit été mariée le premier
Avril 1739. mourut à Paris , âgée de 28. ans ,
fans laiffer d'enfans , elle étoit Niece de D. Renée
Ballet , Epoufe d'Erard , Marquis d'Avaugour , Brigadier
des Armées du Roy , & auparavant Veuve de
Jean- Louis le Maira, Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , Marquis de Brieres le Châtel .
Le 9. mourut dans un âge avancé Philipe Caron
Docteur , Régent & ancien Doyen de la Faculté
de Medecine , en l'Univerfité de Paris.
>
Le 15. Louis Boffuet , Confeiller du Roy en fes
Confeils , Maître des Requêtes Honoraire de fon
Hôtel , mourut à Paris , dans la 79. année de fon
âge , étant né à Dijon le 22. Fevrier 1663. Il avoit
été d'abord Confeiller au Parlement de Metz , ou
il fut reçû le 25. Juin 1685. enfuite il fut reçû
I iij
Maître
398 MERCURE DE FRANCE
L
Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy en ſurvi
vance de fon le
pere 5. Septembre 1691. & il entra
dans l'exercice actuel de cette Charge le 19. Novembre
1696. Il étoit fils aîné d'Antoine Boffuet ,
Seigneur d'Azu- lès- Cofne , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy , Intendant de la Géneralité
de Soiffons , mort le 29. Janvier 1699. &
de Renée de Gaureaul du Mont , morte le 10. Novembre
1689 & il avoit été marié le 22. Fevrier
1700 avec Marguerite de la Briffe , fille de fest
Pierre de la Briffe , Marquis de Ferrieres , Procureur
Géneral du Parlement de Paris , & de Marthe-
Agnés Potier de Novion , fa premiere femme. Il
en avoit eû Marguerite- Benigne Boffuet, reftée fille.
unique , laquelle fut mariée le 21. Mai 1722. avec
Louis -Antoine de la Roche , Marquis de Rambures,
& de Fontenille , Comte de Courtenay,Baron de Ceffac
, Seigneur d'Authy, & de Lambercourt, Colonel
du Regiment de Navarre ,mais elle mourut fans pofterité
le 25. Octobre 1728. à l'âge de 26. ans.
Le même jour , Pierre Maloët , Docteur Regent
ès Facultés de Medecine des Univerfités de Paris ,
& de Montpellier , Confeiller Medecin ordinaire du
Roy & de l'Hôtel Royal des Invalides , Affocié de
l'Académie Royale des Sciences de Paris, pour l'Anatomie
, depuis 1725. mourut à l'Hôtel Royal des
Invalides.
·
Le 17.Gilles - FrançoisBoulduc, Premier Apoticaire
du Roy, & Apoticaire de la Reine, Allocié de l'Acadé,
mie RoyaledesSciences deParispourlaChymie ,depuis
1599 Démonftrateur enChymie , auJardin Royal des
Plantes , ancien Echevin & ancien Juge Conful des
Marchands de Paris , mourut à Verſailles , âgé d'environ
70. ans. Il étoit fils de Simon Boulduc, Apo
ticaire de la feue Reine feconde Doüairiere d'Efpagne
, & de feue S. A. R. la Ducheffe d'Orleans
PenFEVRIER
1742. 399
Penfionnaire de l'Académie Royale des Sciences ,
& ancien Juge Conful des Marchands de Paris ,
mort le 23. Fevrier 1729. âgé d'environ 82. ans .
Le 19. Charles Henri Malon , Seigneur Marquis
de Bercy , de Conflans , & de Charenton , ci-devans
Confeiller d'Etat ordinaire , & Intendant des Finances
, mourut à Paris , âgé de 64. ans , 16. jours
étant né le 3. Janvier 1678. Il fut reçû d'abord
Confeiller au Grand Confeil , le 30. Avril 1702 ,
puis Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roy le 4. Juin 1706. H fut chargé au mois de
Fevrier 1708. de la Direction génerale des Ponts & .
Chauffées de France , & au mois d'Avril fuivant ,
du Contrôlle des Comptes , avant que d'être portés
à la Chambre. Il fut pourvû au mois d'Ao 1709 .
d'une Charge d'Intendant des Finances , qu' exerça
jufqu'au mois de Septembre 1715 , qu'elle fur
alors fuprimée . Il étoit fils aîné d'Anne Louis-Jules
Malon , Seigneur de Bercy , Conflans , le Pont de
Charenton , les Carrieres , la Grange aux Merciers,
Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy , Intendang
fucceffivement en Auvergne , en Bourbonnois , à
Lion , & c. mert le 5. Octobre 1706. & de Marie-
Angelique le Ragois de Bretonvilliers , morte le 24.
Août 17 30. & il avoit été marié le 21. Septembre
1705.avec Charlotte Angelique Defmareftz, fille de
feuNicolas Defmaretz , Marquis de Maillebois , de Bleny,
& duRouvray, Baron de Châteauneuf en Thimerais
,Comte deBourbonne, Seigneur de Couvron , de
Neuville, duCoudray , de Sainte Mefme, alorsDirecteur
Géneral desFinances, & depuisConfeiller au Confeil
Royal , & Controlleur General des Finances , Miniftre
d'Etat , Commandeur & Grand Tréforier des
Ordres du Roy, & de Magdeleine Béchameil. I
laiffe d'elle Charles-Nicolas Malon , à préfent , Seigneur
, Marquis de Bercy , de Conflans , & c . fils
Liiij. uni408
MERCURE DE FRANCE
·
unique , Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roy , & Préfident au Grand Confeil ci- devant
Confeiller auParlement de Paris , lequel a époufé la
fille aînée de Gabriel Taschereau , Seigneur de Baudry
, & de Linieres , Confeiller d'Etat ordinaire &
Intendant des Finances , & de Philipe Taboureau .
Le même jour ..... de Cifternay du Fay Sieur
de Gencien, Chef d'Eſcadre des Armées Navales du
Roy du premier Juillet 1737. & auparavant Capitaine
de Vaiffeaux , depuis 1705. mourut à Paris
agé d'environ 73. ans , & fans avoir été marié . Il
étoit fils puîné de Charles de Cifternay , Seigneur
du Fay , Gencien , la Garenne , Capitaine des Gar- ·
des du Prince de Conty , ancien Capitaine dans le
Regiment de Conty, mort le 27. Novembre 1686 .
& de feue Catherine Duret . On a raporté la mort
de Charles François de Cifternay du Fay , fon neve
, dans le Mercure de Juillet 1739. P. 1674.
Le 21. Maximilien de Montboiffier - Beaufort de
Canillac , Prêtre du Diocèfe de Clermont , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , du 18 .
Mai 1710. Abbé Commandataire de l'Abbaye
Royale de Notre- Dame d'Eu , Ordre de S. Auguf
tin , Diocèse de Rouen , à laquelle il fut nommé
le 7. Avril 1708. ci-devant Chanoine & Comte de
Saint Julien de Brioude , & Chanoine de la Sainte
Chapelle du Palais à Paris , mourut à Paris dans la
68. année de fon âge , fuivant fon Extrait baptiftaire
du 10. Août 1674. Il étoit fils de Gabriel de
Montboiffier-Beaufort Canillac . Seigneur & Comte
de Lignac , de Saunade , & du Chevalblanc , & de
Jeanne de Meillars .
Le 24. Armand- Claude Mollet , Chevalier de
P'Ordre de Saint Michel , du 11. Mai 1732 , Architecte
ordinaire du Roy , & de fon Académie , Controlleur
Général des Bâtimens , Jardins , Arts &
MaFEVRIER.
1742 401
Manufactures de France , mourut à Paris , en fon
Logement Cour du vieux Louvre , âgé d'environ
77. ans. Il étoit veuf de Françoiſe- Andrée Bombes,
morte le 6. Mars 1732. '
Le 25. Jean-Laurent du Faur , Meftre de Camp
de Cavalerie , Maréchal des Logis , & premier Aide
Major de la premiere Compagnie des Moufquetaires
de la Garde du Roy , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , mourut en leur Hôtel ,
au Faubourg Saint Germain , à Paris .
Le 28. Edouard de Ricard,Ecuyer Sieur de la Chevalleraye
, Meftre de Camp de Cavalerie , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis , Gouver
neur de Beaumont fur Oife & de l'Ifle - Adam , Capitaine
des Chaffes de S. A. S. M. le Prince de
Conty , mourut à Paris , à l'Hôtel de Conty , dans
la 73. année de ſon âge .
Sa Famille eft attachée à la Maifon de Conty depuis
80. ans , en qualité de Gentilshommes ordinaires
, de Capitaines dans les Regimens de ces
Princes.
Le frere du défunt Corneille de Ricard de la Chevalleraye
, a été choisi pour être Gouverneur de
S. A. S. M. le Prince de Conty , & il eft actuellement
Capitaine de fes Gardes ; il eft de l'Académie
des Sciences & Capitaine du Château de
Madrid , Charge que fes Ancêtres ont poffedée fans
interruption depuis le Roy François I. qui fit bâtir
ce Château , jufqu'à préfent.Elle fut donnée par ce
Prince à Pierre de Ricard de la Chevalleraye pour les
fignalés Services qu'il lui avoit rendus à la fameuſe
Bataille de Pavie , à la tête d'une Compagnie d'Ordonnance.
Ce font les termes employés dans les
premieres Provifions de cette Charge.
Edouard de Ricard dont on annonce ici la mort ,
avoit été marié en 1701. avec Chatherine Ifabelle ,
I v dont
402 MERCURE DE FRANCE
dont il n'a eu qu'un fille , mariée à fon Coufin Ger
main , Gedeon de Ricard , actuellement Capitaine
au Regiment de Touraine , qui fuccede a fon
Beau-pere dans fes Gouvernemens de Beaumont &
de ifle-Adam & dans la Charge de Capitaine des
Chaffes de S. A. S. M. le Prince de Conty..
Le 29. Di Marie - Armande de Rohan Chabot
Prieure du Prieuré perpetuel de Notre - Dame de
Bon- Secours , de l'Ordre de Saint Benoift , ruë de
Charonne , Fauxbourg de Saint Antoine à Paris
mourut dans ce Monaftére ; dans la so . année de
fon âge , étant née le 4. Octobre 1692. Elle étoit
7. fille de Louis de Rohan Chabot , Duc de Rohan ,
Pair de France , Prince de Leon , Comte de Porrhoët ,
& de Morer , Marquis de Blain , de Montlieu , &
de Saint Aulaye , Barón de la Garnache , Beauvoir
fur Mer , &c. mort le 18. Août 1727. & de Marie-
Elizabeth du Bec de Vardes , fa veuve actuellement.
vivante .
Le 2. Fevrier , D. Louiſe - Charlotte de Gramont
Epoule de Louis- Charles de Lorraine , Comte de
Brionne, Gouverneur & Lieutenant Géneral pour le
Roy de la Province d'Anjou , & Gouverneur parti
culier des Villes & Château d'Angers , & du Pont
de Cé , avec lequel elle avoit été mariée le 3. Fevrier
1740. mourut à Paris , dans la 17. année de
fon âge , étant née le 21. Juillet 1725. Elle étoit
feconde fille du Duc de Gramont , dont la mort a
été raportée dans le Mercure du mois de Juin de
Rannée derniere , vol . 1. p. 1258..
"
Le même jour D. Jeanne- Catherine Quantin ,
Epoufe de Pirre René de Brizay , Comte de Denonville
, Seigneur de Maifons , Baron du Puiſet
& de Janville en Beauffe , Seigneur d'Averne ,
Moncé , au Maine , &c. Brigadier des Armées du
Roy , Lieutenant Géneral pour S. M. dans le Pays,
Char
de
FEVRIER. 1742. 403:
Chartrain , avec lequel elle avoit été mariée le 15 .
Avril 1697. mourut au Château de Denonville en
Beauffe , dans la 67. année de fon âge ; elle étoit
fille de feu François Quavtin de la Vienne , Marquis
de Champcnets , Premier Valet de Chambre
du Roy, mort le 11. Août 1710. & de Jeanne - Claude
Tierry , fa premiere femme ; elle laiffe un fils
qui eft Louis-René , apellé le Comte de Brizáy ,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , de la Promotion
du 15. Mars 1740. Premier Cornette de la
Compagnie des Chevau- Legers de la Garde de S.
M. & marié avec Françoife- Michelle Pinon ; &
plufieurs filles , dont l'aînée Catherine - Hipolite
de Brizay , fut mariée le 21. Juillet 1720. avec Aimé
Marie de Gontier , Seigneur Baron d'Auvil
lars , Comte du Pérou , Lieutenant de Roy au Gouvernement
de Bourgogne ; une eft Abbeffe de Notre-
Dame de Molefe , Ordre de Câteaux , Diocèle
de Châlons fur Saonne , depuis le mois de Decembre
1738. une autre eft Carmelite à Orleans , & les
deux dernieres non encore pourvuës.
Le même jour D. Catherine -Marguerite Mignard,.
veuve depuis le 10. Octobre dernier de Jules de Pas,,
Comte de Feuquieres , ci -devant Lieutenant Géné
ral pour le Roy au Gouvernement de la Province ,
Evêché & Comté de Toul , dont on a annoncé la
mort dans le Mercure de Novembre dernier
mourut à Paris , dans fon Hôtel grande rue du
Fauxbourg de Saint Honoré , âgée de 90. ans &
quelques mois,&fans enfans. Elle étoit née à Rome,
& fille du célébre Mignard , natif de Troyes en
Champagne , Premier Peintre du Roy Louis XIV ..
Directeur des Manufactures Royales des Meubles .
de la Couronne , aux Gobelins , Directeur , Chan--
celier & Garde des Sceaux de l'Académie Royale:
de Peinture & Sculpture , mort le 29. Mai 1695.
I vje Age:
04 MERCURE DE FRANCE
gé de 84. ans , & de feuë Anne Aulatia, Italienne .
fa femme.
Le 3. Jacques- Etienne Bazin , dit le Chevalier de
Bezons , Colonel du Regiment de Beaujolois , Infanterie
, par Commiffion du 20 Fevrier 1734 &
auparavant Capitaine de Cavalerie dans le Regiment
Dauphin Etranger , mourut à Paris dans la 33 .
année de fon âge , étant né le 13. Decembre 1709 .
il étoit le dernier des Enfans de Jacques Bazin
Comte de Bezons , Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur de la Ville & Citadelle
de Cambray , & Pays Cambrefis , mort le
22 Mai 1733. dans la 88. année de fon âge , & de
D. Marie-Marguerite le Moneftrel de Hauguel
fa veuve.
2
Le 14. Louis- Augufte Comte d'Estampes , ci-devant
Colonel- Lieutenant du Régiment d'Infanterie
de Chartres , par Commiffion du 2. Avril 1737. &
dont il avoit donné depuis peu fa démiffion , mourut
àParis dans la 28.année de fon âge fans avoir étémarié.
On a raporté la mort duComte d'Eftampes , fon
Pere,dans leMercure d'Avril 1737.p.81 0.celle de fon
frere aîné dans le Mercure de Mai de la même année
p. 1038. & celle de la I emoiſelle fa Soeu
dans le Mercure d'Avril 1741. p . 829.
Le 16. Geneviève - Florimonde Savalette, Epoule
de Pierre Grimod du Fort , Seigneur d'Orçay , l'un des
Fermiers Géneraux des Fermes du Roy ,& Intendant
General des Poftes & Relais de France, avec lequel
elle avoit été mariée le 11. Décembre 1736 mourut
à Paris âgée de 12. ans , apiès être acouchée d'une
fille le 21 du mois précedent. Elle étoit feconde fille
de Charles Savalette , Seigneur de Magnanville , de
Soüindre , &c. auffi l'un des Fermiers Géneraux
des Fermes du Roy , & de D. Eliſabeth Gilbert de
Nozieres.
Le
FEVRIER. 1742: 40
Le même jour , D. Loüife- Françoiſe de Rochechouart
de Mortemart , Abbelle de l'Abbaye de
Fontevraud , Ord . S. B. Dioc . de Poitiers , âgée de
78. ans , mourut dans fon Monaftere , qu'elle a
gouverné pendant plus de 37. ans . Elle étoit Grande
Prieure de cette Maifon depuis 1695. lorfqu'elle
en fut nommée Abbeffe le 22. Août 1704. au lieu
& place de Marie - Magdeleine - Gabrielle de Rochechouart
de Mortemart, fa tante, morte le 15. Août
précedent , après 34. ans de gouvernement . Celle
qui vient de mourir prit poffeffion le 3. Decembre
de la même année 1704. & elle fut bénite par l'Archevêque
de Bourges le 6. Octobre 1707. Elle
étoit fille de Louis Victor de Rochechouart de Vivonne
, Duc de Mortemart , Pair , Maréchal &
Géneral des Galeres de France , Gouverneur de
Champagne & de Brie , &c. mort le 1. Septembre
1688. & de D. Antoinete Loüife de M fmes de
Roifly , Marquile d'Everly , morte le 10. Mars
1709.
8
Le même jour , Antoine Fagon , Evêque de Vannes
, en Baffe , Bretagne , Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris du 24 Mai 16-6 . Abbé Commandataire
des Abbayes du S Méen de Gal , Dioč .
de S. Malo , & de Bohéries , Dioc . de Laon , mourut
en fon Diocèfè dans la 77. année de fon âge . Il
fut d'abord nommé le 5. Avril 1711. à l'Evêché de
Lombez , en Languedoc , qui fut préconisé & propolé
pour lui à Rome les 2. & 16. Mars 1714.
il fut facré le vingt - deux Mai fuivant , dans
la Chapelle de l'Archevêché de Paris , par le Cardinal
de Noailles , affifté de l'ancien Evêque de
Condom & de l'Evêque de S. Omer. Il fut tranfferé
au mois de Novembre 1719. à l'Evêché de
Vannes , pour lequel il prêta ferment de filélité
entre les mains du Roy , en préſence du feu
DAS
406 MERCURE DE FRANCE
Duc d'Orleans , Régent , le 12. Mai 1720. Il harangua
Sa Majesté à la tête des Députés des Etats
de la Province de Bretagne le 3. Février 1722. étant
alors Député du Clergé de cette Province . Il étoit
fils aîné de Gui- Crefcent Fagon , Docteur Régent
de la Faculté de Médecine de Paris, Confeiller d'Etat,
& Premier Médecin du feu Roy Louis XIV . mon
le 11. Mars 1718. âgé de 80. ans & de Marie Nozereau
, morte le 4. Avril 1717.
> en
Le ... Février, Jeanne - Charlotte Rofe de Mailly,
Prieure perpétuelle du Prieuré de Poiffy , de l'Or,
dre de S. Dominique, Diocèle de Chartres , y mou
rut dans un âge fort avancé. Elle avoit été nommée
au mois de Mars 1707. par le feu Roy
veitu d'un Indult du Pape Clement XI . du s . Juin
1705. à ce Prieuré , dont elle étoit Religieufe Profeffe
, & elle en avoit pris poffeffion le 3. Septembre
de la même année 1707. Elle avoit été maintenɩë
dans la qualité de Prieure perpétuelle de ce Monaftere
par Arreft du Confeil d'Etat du Roy du
6. Février 1719. qui eft raporté dans le Meicure
du mois de Septembre de la même année . La
défunte étoit fille de Louis Charles de Mailly ,
Marquis de Néelle , & de Montcavrel dit Mailly ,.
mort le 26. Mars 1708. âgé de 90 : ans , & de D.
Jeanne de Monchy- Montcavrel , morte le 13.Avril
1713.
J'
Le 19. Nicolas- Alexandre le Cordier , Marquis
du Tronc , Seigneur de la Pille , Ectomar , Lieute
tenant Géneral des armées du Roy, de la Promotion
du 20. Février 1734 & Chevalier de l'Ordre-
Militaire de S. Louis , mourut à Paris âgé d'environ
70 ans. Il avoit été autrefois Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , ci - devant Narbonne,
& il avoit été fait Brigadier le 12. Octobre 1706 ..
& Maréchal de Camp le 8. Mars 1718. Il étoit
troi--
FEVRIER. - 1742 -
17422 407
troifiéme fils de Nicolas le Cordier de la Londe
Marquis du Trone, Premier Préſident de la Cham
bre des Comptes de Normandie , & de Marie Bontemps
, fa feconde femme
Le 21. Guillaume Choart , Marquis de Bu
zenval , Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint
Louis , & Brigadier des armées du Roy , mourut
à Paris dans la 80. année de fon âge , étant né le
16. Mai 1662. Il avoit commencé par être Enfeigne
au Régiment des Gardes Françoifes en 1688. depuis
il fut Capitaine de Cavalerie dans le Régiment
Royal des Cuiraffiers , & enfuite fait Sous Lieutenant
de la Compagnie des Chevau - Legers de Bourgogne
le 17.Sept 1704. Meftre de Camo de Cavalerie
le 3. Decembre fuivant, Chevalier de l'Ordre de
S. Louis en 1705. & enfin Capitaine - Lieutenant de
La Compagnie des Chevau Legers de la Reine .
avoit quitté le Service depuis plufieurs années. Il
étoit fils d'André Choart , Seigneur de Buzenval ,
Lieutenant Géneral des armées du Roy , ci -devant
Capitaine Sous- Lieutenant de la Compagnie des.
Gendarmes de la Garde du Roy , mort le 19. Juil--
let 1717. & d'Angélique Amat du Poët , morte le
9. Juin 1709. Il laiffe de . . . . . . . Thuillier , fa
femme , une fille unique , qui a été mariée le 23 .
avril 1739 avec ....... Emé de Guiffreyd Monteynard
, Comte de Marcieu , fait Gouverneur de las
Ville de Grenoble , par la demiffion de fon pere ,
au mois de Mai de la même année 1739 ..
.......
Le 29. Novembre de l'année derniere , Alexandre
François Jofeph Comte d'Uire , fils de feu:
Luis François , Comte d'Urre , Capitaine dans le
Régiment da Roy, Infanterie , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , mort à Carpentras en 1726.
& de Geneviève de Fortia , fille de Paul de Fortia,,
Seie
08 MERCURE DE FRANCE
Seigneur de Piles , & de Geneviève de Vento de
Pennes , fut marié dans la Chapelle du Château
d'Aubais , Diocèfé de Nifmes , en Languedoc ,
avec Jacqueline- Marie de Bafchi , feconde fiile de
Charles de Bafchi , Marquis d'Aubaïs , & de Diane.
de Rozel , Dame de Cors & de Beaumont. La
Maifon d'Urre prend fon nom de la Seigneurie
d'Urre , fituée en Dauphiné dans le Diocèſe de Valence
, qu'elle poffedoit avant l'an 1200. François
d'Urre , fecond fils de Guillaume d'Urre , Seigneur
de Molans , & de Jeanne d'Alaufon , fille d'Antoine,
Seigneur de Rofans, étoit le cinquiéme ayeul
du nouveau Marié , & avoit pour frere aîné jean
d'Urre , Seigneur de Molans , qui épouſa Magdeleine
de Tholon- Sainte -Jalle , de laquelle il eut
entr'autres enfans Germain d'Urre de Molans , Capitaine
du Mont S. Michel en 1533. & mentionné
en plufieurs endroits des Mémoires du Bellay . Jean
d'Urre , Seigneur de Teiffieres , au Diocèle de
Die , fut Grand Maître de Loraine , & Colonel
de Cavalerie. Il fur tué au combat de S. Vincent le
7. Septembre 1587. Il étoit frere de Pierre d'Urre ,
Evêque de Viviers , mort en 1972. & il eut entre
autres enfans Suſanne d'Urre , qui fut mariée avec
Claude des Fontaines , Seigneur de Cierges , au
Dio , èfe de Soiflons , duquel mariage fortit Char .
les , apellé le Comte de Fontaines , Géneral de
l'Artillerie du Roy d'Espagne qui fut tué à la Bataille
de Ro roy en 1613. après s'y être fort fignalé.
Jean- Baptifte d'Urre, Marquis de Montanegue,
près de Die , Lieutenant Géneral au Gouvernement
de Languedoc , pourvû de cette Charge le
premier Octobre 1677. & mort depuis l'an 1686 .
avoit pour bifayeul Georges d'Urre , Seigneur de
Venterol , frere aîné de Jean d'Urre , Seigneur de
Teiffieres . Claude d'Urre , Seigneur du Puy Saint-
Martia
FEVRIER. 1742. 409
Martin , fut Lieutenant de Roy en Provence en
1512. & 1519. L'Abbé Pithon- Curt , qui fait imprimer
actuellement une Hiftoire de la Nobleffe du
Comtat Venaiffin , travaillée avec beaucoup d'exatitude
, & rempli : de découvertes , expliquera
dans un grand détail tout ce qui regarde la Maiton
d'Urre . A P - gard de la Maiſon de Baſchi , il en a
déja été parlé plufieurs fois dans les Mercures , entr'autres
dans celui de Juin 1732. vol . 2 . P 1444.à
l'occafion du mariage de la Maiquife de Montfrin ,
foeur aînée de la nouvelle Marice , & dans celui
d'Avril 1740. p . 827. en raportant le mariage du
Comte de Balchi- Saint - Eſteve avec la Dile le Normant
.
Le premier Janvier , Louis de Berton , Marquis
de Crillon , Colonel du Régiment de Bretagne , infanterie
, du quinze Avril 1738. neveu de l'Archevêque
de Narbonne , & fils aîné de Felix-
François de Berton de Crillon , dans le Comtat
Venaiffin , Marquis de Velleron , Montmey an ,
Beauvais , Baron de S. Jean de Vallous , & de D.
Marie Therefe de Fabry de Mont aud , fut marié
au Château de Bernay en Brie , avec Dile Françoife-
Marie-Elizabeth Couvay , née le Is. Avril 1724.
fille unique de Pierre Nolafque Couvay, Chevalier
de l'Ordre de Chrift en Portugal , Conf iller - Secretaire
du Roy , Maiſon , Couronne de France &
& de fes Finances , Seigneur de Bernay , & de
Marie- Eliſabeth de Cleves .
Le 15.Gabriel- Jean de Pleurre,Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy depuis l'année derniere
, & auparavant Confeiller au Parlement de
Paris, où il avoit été reçû le 26. Mars 1733. fils de
Jean - Nicolas de Pleurre , Seigneur de Romilly ,
& de Marguerite- Françoiſe de la Porte , fa premiere
femme, morte le 15. Avril 1713. âgée de 32 .
ans ,
470 MERCURE DE FRANCE
ans, fut marié avec Dlle Adelaide - Elifabeth Sophie
Lépinau , fille unique de Nicolas Lépinau , Ecuyer;
& d'Anne- Elizabeth Morel .
Le 17. Pierre Ourfin , Seigneur de Digoville , Receveur
General des Finances à Caen , fils de Jean
Ourfin , Confeiller Secretaire du Roy, Maiſon,Couronne
de France & de ſes Finances , auffi Receveur
Géneral des Finances à Caen , & de Catherine
Allen , fut marié avec Dlle Henriette - Gabrielle le
Noir , fille de feu Guillaume le Noir de Cindré
Couronne Confeiller Secretaire du Roy , Maiſon ,
de France & de fes Finances , Receveur General des
Finances à Alençon , l'un des 40. Fermiers Géneraux
de S. M. & de feuë Anne Baugy .
Le 30. Pierre-Marie Thiroux , Seigneur d'Ouarville
en Beauffe , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy depuis 1740. & auparavant Confeiller
au Parlement de Paris , où il avoit été reçu
le dixième jour de Février 1734. fils de feu Clau
de Thiroux de Villerfy , Seigneur d'Ouarville
Villemeile , Confeiller au Grand Confeil , mort le
6. Juin 1735. & de feuë Marie -Anne le Maignen
anorte en 1729. époufa avec difpenfe de Rome
Dile .... Thiroux de Lailly , fa cousine germaine,
fille puînée de Jean- Louis Thiroux de Lailly , Seigneur
d'Arconville en Beauffe , l'un des 40. Fermiers
Géneraux de S. M. & de Claude Buffor de
Millery.
Le 6 Février, François Claude- Bernard Moreau,
Avocat du Roy au Châtelet de Paris depuis 1735 .
& reçû Procureur de S. M. au même Châtelet en
furvivance , le s . Avril 1740. fils aîné de François
Moreau , Confeiller d'Etat & Procureur du Roy au
Châtelet , & de D. Anne - Françoife Robert , fut
marié avec Dlle .. Renouard , fille unique de
Charles- Claude Renouard , Préfident en la Cour des
......
Aides
FEVRIER . 1742 . 41%
Aides de Paris , & de feuë D. Catherine le Bag
du Pleffis , fa premiere femme , morte le 25. Septembre
1726 .

ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du 22. Novembre , & Lettres Patentes
fur icelui , pour l'abonnement du Dixiéme
dans le Duché de Bourgogne.
AUTRE du 5. Decembre , pour l'abonnemens
du Dixiéme de la Province d'Alface.
AUTRE du même jour , pour l'abonnement du
Dixiéme de la Ville de Lectoure.
AUTRE du même jour , pour l'abonnement du
Dixiéme des Etats & Châtellenies de Lille , Douay
& Orchies , moyennant la fomme de 370000. lis
vres par an , &c.
AUTRE du 19. pour l'abonnement du Dixiéme
des Etats d'Artois moyennant la fomme de
350000. livres pour chacune année.
,
ARREST de la Chambre des Comptes , du 31.
Janvier , qui ordonne l'exécution des Déclarations
du Roy des 26. Avril 1738. 21. Décembre 1739 .
& 14. Mars 1741. concernant la repréſentation des
Titres en la Chambre des Comptes . Avec le Tarif
des droits qui feront payés à l'avenir pour les frais.
de repréfentation des Titres , pour être rétablis
dans les Regiftres & Dépôts de la Chambre , altérés
par l'incendie.
AVER:
AVERTISSEMENT.
Nous avions projetté d'ajoûter à ce Mercure
de Février , un fecond Volume qui auroit contenu
tout ce qui concerne l'Ambaffade folemnelle
l'Ambassadeur de la Pore Ottomane
en France ; on en a averti à la fin du Mercure
de Janvier. Cependant pour mieux fervir le
Public , pour lui donner même davantage
nous continuons de travailler fans relâche à
la compofition & à l'impreffion de ce morceau
de Litterature Hiftorique ; mais la bricveté du
tems & l'abondance de la matiere , plus grande
qu'on ne penfoit , ne permettent plus d'en faire
le fujet d'un fecond Volume de Février ; d'ailleurs
comme le féjour de l'Ambassadeur continue
encore, & qu'on ne doit parler de lui qu'après
fon départ de Paris , & fa fortie du Royau
me , il ne convient point de nous borner nousmêmes
en cette occafion . Enfin nous affûrons le
Public qu'il ne perdra rien pour attendre un
peu , efperant de le fatisfaire pleinement, auſſi
tôt qu'ilferapoffible.
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Fevrier , & j'ai
crû qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Paris , le premier Mars 1742 .
HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES . Etrennes à Mlle Suard , 204
Differtation fur la Langue Gauloife ,
L'Idolatrie Ode ,
Lettre fur l'eſſai d'un Bureau Muſical ,
Epitre au R. P Dutrou , à Angers ,
206
216
224
228
Question importante , jugée au Parlement de Paris
,
Les douceurs de l'Hyver , Ode ,
Differtation lûë à l'Académie Françoiſe ,
Ode tirée du Pleaume X , In Domino , &c.
229
239
245
252
Lettre de l'Abbé Dupinet, au fujet de l'allongement
& racourcillement du Pendule & autres Machines
,
Etrennes à la Marquiſe de ***
254
268
Lettre écrite d'Aix , fur le genre Epiſtolaire , 271
Le bon ufage de la Poëfie ,
283
292
293
Lettre du R. P. Dom Calmet , au fujet de l'Histoire
de Loraine ,
· L'Enfant & Plutus , Fable ,
Obfervations fur deux Criftaux antiques , trouvés à
Rome , 295
Les Douceurs de l'Union & de l'Amitié, Epitre, 302
Enigme , Logogryphes , & c. 305
Nou
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
&c. Hiftoire de la Philofophie Hermetique , 311
Abregé de l'Hiftoire d'Eſpagne ,
Munitionaire François ,
315
316
ibid.
Hiftoire de Jacques II. Roy de la Grande- Bretagne
,
Lettre de M. de Mairan , fur la Queſtion des Forces
vives ,
Réponse à la Lettre précedente ,
Defcription de la Ville de Lyon ,
ibid,
317
ibid.
Cinquiéme & fixiéme Feuille des Environs de Paris
,
Hiftoire du Vicomte de Turenne ,
ibid.
ibid.
IX. Volume de l'Hiftoire génerale des Auteurs Sacrés
& Eccéfiaftiques ,
Hiftoire Univerfelle de Diodore de Sicile ,
ibid.
318
Avis des Libraires , touchant le Dictionaire du P.
Calmet ,
Mémoires de Monville ,
Livres Etrangers chés Briaffon ,
ibid.
321
312
Suite du Journal Italien du Marquis Maffei ,
326
Iftoria della Controverfia in lafigura della Terra, 328
Differtations chofies fur l'Ecriture Sainte ,
Recueil de Poëfies & de Harangues , imprimées à
Padouë
331
ibid.
333
Vente des Biblothéques de l'Archevêque de Narbonne
& de l'Evêque de Montpellier , ibid.
Arboflede , Hiftoire Angloife ,
Difcours fui la fupreffion des Vicomtés de Caën &
d'Evreux , ibid.
Explication de l'Ordonnance concernant les Teltamens
, 334
Abfalon , Tragédie , repréfentée à Marseille , ibid.
Obfervations fur un Traité de M. Aftruc ,
Differens Ouvrages imprimés en Italie ,
336
ibid.
Etat

Etat Politique de l'Europe ;
Difcours du P. de la Sante ,
Nouvelle Edition de la Logique ,
Epigramme Latine au Marquis de S. Aubin ,
Affemblée de l'Académie d'Arras
539
ibid.
338
339
ibid.
Estampes nouvelles , & differentes Cartes , 351
Differens Remedes pour les Dents ,
Differens Recueils de Mufique ,
Traité d'Ecriture ,
Penfion établie à Alfort, près Charenton ,
Petit Falot Dauphin ,
La veuve Bailly pour les Savonettes
Chanfon notée
Spectacles , les Amours de Ragonde , à l'Opera ,
Extrait ,
Théatre François , Amour pour Amour ,
ibid.
Théatre Italien , nouvel Acteur ; Compliment par
la Dlle Silvia ,
Piéce nouvelle au même Théatre , le Mari Garçon
,
368 Ouverture de la Foire & de l'Opera Comique ,
354
355
356
357
ibid.
348
359
360
366
Nouvelles Etrangeres , Turquie ,
Ruffie ,
Allemagne ,
Pruffe , Italie & Eſpagne ,
Genes , Ifle de Corfe & Grande- Bretagne ,
ibid.
369
370
373
382
384
& c.
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , 385
Comédies jouées à la Cour par les Comédiens
François & Italiens ,
Morts & Naiffances ,
Arrêts Notables,
392
394
411
Fantes à corriger dans ce Livre.
au, aux.
Age 213. ligne 11. au , lifez aux.
P. 217.1 13. montré , l. monté.
PAge
P. 261. l . 3. & 4. du bas , eodelipile , lifez colipile
A , qu'on poferoit fur trois branches de
II. parmis , l. parmi.
P. 295.
1.
La Chanson notée doit regarder la page 552
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le