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1741, 09-10
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
SEPTEMBRE. 1741.
GURICOLLAGIT
SPARGIT
Chés
S
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , and
M. DCC. XLI.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLICLIBRARY
335229
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
"
LA
AVIS.
05 ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur com
modité voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France dela premieremain
, & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura fain de faire leurs Paquets fan's
perte de temps , & de les faire porter sur
heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on.
lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
SEPTEMBRE . 1741.
********************
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
CONTRE LA SATYRE
Par M. D. L. S. en Anjou , t
1
Uyez , Satyre empoisonnée ,
Dont l'amertume affaifonnée
De fiel , de rage & de noirceur ,
Deshonora le fombre Auteur ,
Qui dans fa verve infortunée ,
Dégradant l'humaine raifon ,
Vous fit naître , indigne avorton
D'une Euménide forcenée,
I sl
A ij Fuye
1914 MERCURE DE FRANCE
Fuyez tout Rimeur ténebreux ,
Laiflez d'un badinage affreux
Le trifte & périlleux uſage ;
Fleau de la vertu du Sage ,
Sufpendez vos coupables jeux ;
Que gagneriez - vous à médire ›
Le chagrin d'entendre prédire
Quelque châtiment malheureux.
*
Soit malice , ou foit fuffifance ,
L'Homme enclin à la médifance ,
Serpent de la focieté ,
D'un faux point d'honneur entêté
Nous releve avec arrogance ;
Et pour trancher du bel efprit ,
Souvent par un fanglant écrit
Il nous déchire en notre abfence
*
Nul n'échape à ſes traits aigus.
Jadis un des fils de Lagus , *
Pour punir la folle incartade
De l'infâme Ecrivain Sotade ,
Le fit entortiller de plomb
Et l'envoya médire au fond
De la Plaine humide & falée ;
Là , plein de cette Onde avalée ;
* Prolémée Philadelphe.
Down
SEPTEMBRE. 17417
1919
Pour gage d'un coupable abus
Sotade ne clabauda plus.
*
Moi-même , il faut que je confeffe
Qu'au tems de ma folle jeuneffe ,
Selon mes caprices divers ,
Je cultivai le Dieu des Vers ;
Que déja me croyant Poëte ,
J'allai dans ma verve indifcrete
Fraper de mes cris indécens
Et des traits les plus offenfans
Que décoche une Mufe immonde ;
Percer les trois Etats du Monde.
*
Jouet futile de l'erreur ,
Je croyois , hélas ! quelle horreur !
Que la Mufe la plus chétive ,
Echauffant la verve rétive ,
Avoit droit de tout critiquer ;
Que pour peu que pour s'expliquer
La malice empruntât la rime ,
Médire n'étoit plus un crime ;
Et qu'on pouvoit n'épargner rien ,
Sans ceffer d'être bon Chrétien.
*
Mais aujourd'hui que par ta Grace ,
A iij Seigneur ,
1916 MERCURE DE FRANCE
Seigneur , à mes yeux je retrace
L'immenfité de mes forfaits ,
Mon coeur , par d'invincibles traits ,
Abjure une Mufe infenfée ,
Qui ne s'eft que trop exercée ,
Malgré la voix de la Raifon ;
Oui , je détefte fon poiſon
Avec une douleur amere ;
Heureux ceux que ta Grace éclaire !
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. le
Marquis de B.....fur quelques Sujets de
Litterature.
Left vrai , Monfieur , que je m'étois en
quelque façon engagé à donner un Suplément
à ce qui a été dit du Connétable
Anne de Montmorency dans les Mercures
d'Avril & de Juillet, 1740. Il fuffit que vous
ayiez la bonté de me rapeller cet engagement
, & d'y prendre même quelque intérêt
, pour ne pas differer davantage d'y fatisfaire
.
Vous fçavez que la mort du Duc de Bourbon
, fes Obfeques & fon inhumation dans
l'Eglife Parroiffiale de la Ville d'Enguyen-
Montmorency , me donnerent lieu de parler
de cette Ville , de fon Eglife , de la Mai-
Гол
SEPTEMBRE. 1741 . 1917
fon de Montmorency , & en particulier du
célébre Anne de Montmorency , Connéta
ble de France , à l'occafion de fon magnifique
Maufolée , qui eft dans cette Eglife ,
duquel je donnai alors la Deſcription . Mais
vous fçavez auffi , M. qu'en pareils Sujets il
eft aifé de faire des omiffions , même effentielles.
J'ai crû être dans le cas , & c'eft ce
qui a fait l'engagement dont il vous a plû
de me faire fouvenir.
Il est vrai que l'occafion de parler du
Grand Homme que je viens de nommer ,
s'eft encore préfentée cette année - ci , par la
célébration de l'Anniverfaire du Duc de
Bourbon, dans l'Eglife de Montmorency , &
cela auroit dû fuffire pour me faire mettre
la main à la plume ; mais outre que je n'ai
été informé que tard de cette Cérémonic
qui fût faite le premier jour du mois de Fêvrier
dernier , je tombai malade prefque dans
ce tems-là. La mort d'ailleurs précipitée de
la Princeffe , digne Epoufe de M. le Duc ,
qui a fuivi de près , ne m'a guére permis de
faifir l'occafion de cet Anniverfaire . Mais il
eft encore tems de fuppléer à ces omiflions ,
& je vais tâcher de le faire le plus exactement
qu'il me fera poffible .
J'ai déja dit , en commençant de parler
du Connétable Anne de Montmorency ' ,
(Mercure de Juillet 1740. p. 1521. ) que
A j la
1918 MERCURE DE FRANCE
la Vie toute héroïque de ce Grand - Homme,
fi renommé dans notre Hiftoire , pourroit
feule occuper la plume d'un habile & laborieux
Ecrivain , ajoûtant que je ne pourrois
guere qu'en effleurer les principaux traits ,
en raportant néanmoins certains Faits qui
tendent à fa gloire , & qui n'ont pas été
connus de nos meilleurs Hiftoriens de
quoi je me fuis acquité avec fidelité .
,
J'ai , cependant , non pas oublié , mais
ignoré un Fait remarquable , qui s'eft depuis
trouvé dans un de nos Portefeuilles de Piéces
pour fervir à l'Hiftoire. On a vû en fon lieu
qu'Anne de Montmorency dès l'âge de 12 .
ans , & n'étant que le fecond Enfant mâle
de fa Famille , fortit de la Maiſon paternelle
, pour entrer dans celle de François ,
Comte d'Angoulême , Duc de Valois , premier
Prince du Sang , & Héritier préfomptif
de la Couronne. Le Roy Louis XII . le
donna à ce jeune Prince , pour être élevé
& nourri près de fa Perfonne , en qualité
d'Enfant d'honneur .
Le Comte d'Angoulême , devenu Roy de
France , le pourvût d'abord d'une Charge de
Gentilhomme ordinaire de fa Chambre , &
c'eft la premiere Charge dont fût revêtu Anne
de Montmorency. Il n'y a perfonne qui n'ait
droit de penfer qu'il ne la garda pas long tems;
& qu'étant devenu fucceffivement Maréchal
,
SEPTEMBRE. 1741 1919
thal , Grand- Maître , & Connétable de
France , employé d'ailleurs dans les plus
grandes Affaires de l'Etat , Ambaffades dif
tinguées , Commandement en Chef des Armées
, Gouvernement de Provinces , Negociations
importantes , & enfin Premier &
Principal Miniftre , le Gentilhomme Ordinaire
de la Chambre du Roy diſparût toutà-
fait , en quoi cependant on fe tromperoit ;
car il retint toujours cette Charge , quoique
bien inférieure à toutes ces grandes Dignités.
On fe tromperoit également , fi on croyoit
qu'il voulut feulement en conferver le Titre,
& s'en faire honneur , par des raiſons qui
nous font inconnues ; la Piéce qui fuit
démontre qu'il la poffedoit en effet , & qu'il
en touchoit régulièrement les apointemens.
C'est une Quittance en parchemin , fignée
de la main du Connétable , munie du Sceau
de fes Armes , & dans la meilleure forme
dont voici la teneur .
Nous Anne de Montmorency , Connétable
de France, Gentilhomme ordinaire de la Chambre
du Roy , confeffons avoir eu & reçu
de
Maître Jacques Bochetel , Tréforier des Gentilhommes
& Officiers ordinaires de la Maiſon
dudit Seigneur , la fomme de fix cents livres
tournois, à nous ordonnée par ledit Seigneur pour
notre Etat de Gentilhomme de fa Chambre pour
deux quartiers de cette année paffee , commen-
A v ceant
1920 MERCURE DE FRANCE
,
,
seant le premier jour de Janvier mil cinq cents
quarante & deux , & finiſſant le dernieer jour
de Juin mil cinq cents quarante- trois dernier
paffe,de laquelle fomme defix cents livres nous
nous tenons pour contens en avons quitté
quittons ledit Tréforier & tous autres.
En tefmoing de quoy nous avons figné la
préfente de notre main & à icelle faict
mettre le Scel de nos Armes le xiiij. jour
de Janvier, l'an mil cinq cents quarante - trois.
Signé DE MONTMORENCY . Le Sceau
eft au- deffous en cire rouge . C'est l'Ecu des
Armes ordinaires de Montmorency , entouré
des Coliers des Ordres du Roy , l'Epée nuë
de Connétable, de chaque côté , en fupport ,
& la Devife ordinaire de cette Maifon
ΑΠΛΑΝΟΣ τερέτée trois fois autour du
Sceau .
Cette Piéce , au refte , qui conftate fi - bien
la verité d'un fait affés fingulier , au fujet de
la Charge de Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy , prouve encore la fauffeté
d'une Tradition , qui a pris racine dans le
Monde , & qui fe trouve même en quelque
façon autorisée par l'impreffion, dans de bons
Livres ; fçavoir, que le Connétable de Montmorency
, dont il eft ici queftion , ne ſçavoit
ni lire , ni écrire , & qu'il étoit d'une
profonde ignorance. Voici cependant un
Acte figné DE MONTMORENCY
, que
SEPTEMBRE. 1741 1921
~le Connétable dit avoir figné lui - même &c↓
Cela n'a pas befoin d'autre Commentaire.
A l'égard de la prétendue ignorance , il
eft bien difficile de croire que ce grand
Homme n'eût aucune forte de Litterature ,
comme on voudroit le faire accroire . Cela
eft formellement démenti par un célébre
Hiftorien , qui nous affûre de fon amour
pour les Lettres , comme une fuite de celui
qu'il avoit pour
la vertu.
Je vais , M. vous répeter ici les termes
employés par André Du Chêne fur ce fujet ,
L. v. ch. 3. p. 415.
ور
""
» Auffi aima- t'il fingulièrement les Lettres
& les fçavans Hommes , ainſi
que témoi-
» gnent quantité de Livres manufcrits qu'il
" eut foin d'affembler en la Bibliothéque de
»fon Château de Chantilly , à l'exemple du
» Roy François I. fon Maître , & le grand
» nombre d'Ecrits que les plus célébres &
fignalés Perfonnages lui dédiérent . Entre
lefquels Jean de Luxembourg , Evêque de
» Pamiers , Abbé d'Ivri & c. un des plus élo-
» quens Seigneurs de fon fiecle , print la
peine de compofer fa vie en Vers françois.
» Jean de Maynier , Baron d'Oppede , Con-
» feiller du Roy au Parlement de Provence ,
» lui dédia fa Traduction Françoife des
Triomphes de Petrarque . René Macé de
Vendofme , fucceffeur de Guillaume Cre-
A vitin

"
1922 MERCURE DE FRANCE

و د
>
» tin , Chanoine & Chantre de la Ste Cha
pelle , qui eut la Charge d'Hiftoriographe
» du Roy François I. fift en fon honneur la
» Connétablerie de Piémont , Provence &
» Picardie , le jour qu'il fût créé Connéta-
» ble ainfi d'une infinité d'autres , dont les
» oeuvres fe voyent encore en la même Bi-
» bliothèque , & au Cabinet des Livres de
» Chantilly.
Si ce que je viens , M. de vous raporter
d'un Hiftorien , dont vous estimez la fidelité
& l'exactitude , avoit befoin de quelque
confirmation , on la trouveroit dans une Lettre
écrite aux Auteurs du Mercure , dont
voici un petit Extrait. La Lettre eft datée du
8. Septembre 1740 .
» En lifant votre Journal du mois de Juil-
» let dernier , nous n'avons rien omis dans
» notre petite Societé , de ce qui regarde la
» Litterature ; nous avons donc foigneufe
» ment obfervé qu'en parlant d'Anne de
» Montmorency d'après A. Du Chêne , vous
» dîtes qu'il eût foin de réünir dans la Bi-
" bliothéque du Château de Chantilly quan-
» tité de Livres manufcrits à l'exemple du
Roy François I .. fon Maître. Il nous eft
» revenu d'un fort bon Endroit , que tous
ces Livres , ou prefque tous font confervés
» à Paris dans la Bibliothèque de feu M. le
» Duc de Bourbon , lefquels le fçavant Dom
» Martenne
SEPTEMBRE. 1741 1921

Martenne , Benedictin , affûroit , il y a
» environ quarante ans , avoir vûs & vifités ,
» & qu'il y avoit dans ce nombre plufieurs
» volumes , qui pouroient ſervir à l'Hiſtoire
» Litteraire de ce Royaume pour les der-
» niers fiécles . La Croix du Maine en parle
» auffi quelque part , ou du Verdier. Com-
" me cette Bibliothèque eft dans le Quartier
» à peu près où vous demeurez , il vous
» feroit facile d'avoir là- deffus quelque
éclairciffement de la part du Bibliothé
quaire , qu'on affûre être une perſonne
» des plus polies , & très- communicative , lequel
pourroit même vous faireprefent d'un
Catalogue raifonné des Livres en queftion;
» le Public a droit d'attendre cela de votre
» zele pour fon inftruction .
"C
"
"}
»
Je reviens , M. aux Vertus militaires &
civiles de notre Connétable , pour remarquer
que les Faſtes de ma Patrie ( Marſeille ) font
remplis de fon Nom & des grandes actions
dont nos Peres ont été les témoins , auffi fa
Mémoire fera toujours parmi nous dans une
grande vénération . C'eft le Roy François I.
qui lui fit voir la Provence pour la premiere
fois , lorfque ce grand Prince , après l'avoir
fait Maréchal de France , avant qu'il eût 25 .
ans accomplis , le créa feul Lieutenant Géneral
de l'Armée que le Roy commandoit en
perfonne , & aux aproches de laquelle le
Connétable
1924 MERCURE DE FRANCE
Connétable de Bourbon leva le fiege , qu'il
avoit mis devant Marſeille , après s'être em
paré des Villes d'Aix & de Toulon. Montmorency
reprit ces deux Villes , pourſuivit
les ennemis dans leur retraite , & les battit
par tout.
Quelque tems après , tout étant reglé &
prêt pour le Mariage du Duc d'Orleans , Fils
puîné de François I. avec Catherine de Medicis
, Niéce du Pape Clément VH . dont la
Célébration & la Confommation devoit être
faite à Marseille , où toutes les Parties intéreffées
, le Pape même , devoient fe rendre ,
le Roy y envoya A. de Montmorency , alors
Grand Maître de France , pour faire préparer
toutes chofes , & pour recevoir le Pape en
fon nom . Le détail de tout ce qui fe paffa
dans cette grande occafion eft long & fort
curieux à lire dans l'Hiftoire de Marfeille.
L. VII . ch . 7. Edit . de 1696. & on y trouve
des particuliarités qui ne fe lifent point ailleurs
, fur tout par raport au grand Homme
dont il eft ici queftion.
» La Galere fur laquelle le Pape monta, dit
» l'Historien , qui apartenoit au Gr. Maître de
» France , étoit richement parée ; la Cham-
» bre étoit toute tapiffée de drap d'or , &
» parfemée de Fleurs- de - Lys , & tout le de
» hors de la Galere de Damas rouge , verc
22 & jaune : tous les Forçats , tant de cette
» Galer
SEPTEMBRE. 1741. 1929
Galere
que des autres encore , étoient auffi
» habillés de la même Etofe & de la même
» couleur .
39
» Le Pape ayant pris terre du côté de
l'Abbaye S. Victor , alla defcendre au Jar
» din du Roy , où il fut reçu par les Cardi-
» dinaux de Bourbon & de Lorraine....
L'après Midy il alla au Palais d'Anne de
» Montmorency , Maréchal & Grand - Maî
» tre de France , qui lui préfenta les Clefs
» de la Ville.
">
99
» Le Roy lui avoit commis le foin de fa
réception , auffi ce Seigneur s'en acquitta
» fort bien : car outre le Palais qui étoit au-
» delà du Port , il en avoit fait préparer
» deux autres dans la Ville , & à la Place-
» neuve ; l'un pour le Pape , & l'autre pour
» le Roy , & avoit fait faire fur une ruë qui
» étoit au milieu , une grande Sale de charpente
, parée richement , & de très- belles
Tapifferies de fil d'or , qui aboutiffoit aux
» deux Palais , & étoit diftincte pour tenir
» le Confiftoire & autres Affemblées.
"
>>
» Le Pape alla fouper & coucher dans
» l'Abbaye S. Victor , fuivant quelques Re-
» lations ; d'autres difent qu'il coucha au
» Palais de Montmorency , & que le foir
» même Antoine Duprat , Chancelier de
» France , Cardinal & Legat , fût chés lui
fort accompagné , & comme il entra où 22
2 étoit
1928 MERCURE DE FRANCE
و د
» étoit Sa Sainteté , après qu'il eut fait de
profondes révérences , fe mit à genoux
» pour lui baifer les piés, mais le Pape lui dit,
» non pedes , fed manus , & après une demie
»'heure de Conférence il s'en retourna .
...
» Le 14. d'Octobre la Reine & le Dau
» phin firent leur Entrée dans Marſeille ,
laquelle fût aufi fort magnifique..
» Madame de Vendôme , Madame de Mont-
» morency , femme du Grand - Maître de
» France , & quantité d'autres Dames , alle
» rent auffi à leur rencontre , dans des chai-
» fes roulantes , traînées par des haquenées
" & par des mules..... La Reine étoit
» dans une Littiere couverte de drap d'or
3 frifé. Les Cardinaux de Bourbon & de
» Lorraine , le Grand Maître de France
» & Antoine de la Rochefoucault , Baron
» de Barbefieux , Général des Galeres , mar
» choient à fes côtés ...... Elle avoit avec
» elle Madame Magdeleine de France , qui
» fût depuis Reine d'Ecoffe ..... Après elles
» marchoient trente Demoiſelles , très- bien
» en ordre , montées fur des haquenées ...
» Le Pape donna au Roy une * Licorne
* Mezeray , p'us éxact , dit une Corne de Licorne
de deux coudées , enchaffée en or , & ajoûte , outre la
tenture de Tapisserie , une Pierre précieufe de prix
inestimable , qui fe gardoit au Trésor de S. Saturnin
de Toulouse.
» de
T
SEPTEMBRE . 1741. 1927
"
» de deux coudées de long , enchaffée dans
un vaſe d'or , pour garantir les viandes du
" poiſon , & le Roy lui donna en revanche
» une Tenture de Tapiflerie d'or & de foye ,
» où étoit repréſenté JESUS - CHRIST faifant
» la Cêne à fes Difciples . Ce Prince voyant
» que le Cardinal Hipolite de Medicis n'a-
» voit voulu rien prendre de ce qu'il lui
» avoit offert , qui étoit extrément précieux ,
» lui fit préfent d'un grand Lion domefti-
" que & privé , qu'Ariadin Barberouſſe lui
» avoit envoyé d'Afrique. Le Pape demeura
» un mois dans Marſeille.... Il prit congé
» du Roy , & s'en retourna en Italie fur la
» Galere du Grand - Maître de France , laquelle
étoit accompagnée de 18. Galeres
» & de 4 de Malte.
"
A. de Montmorency revint peu de tems
aprés à Marſeille , envoyé par le Roy à l'oc
cafion d'une nouvelle Entrepriſe de Charles
V. fur cette Ville , laquelle échoüa par les
fages precautions qui furent prifes , & par la
vigoureufe réfiftance des Marfeillois.
Après la retraite de l'Empereur , qui com!
mandoit en perfonne fon Armée devant Marfeille
, le Koy fit encore un voyage en Provence
, & s'arrêta principalement en cette
Ville , étant accompagné , dit le même Hiftorien
, du Dauphin fon Fils , qui avant la
mort de fon Frère étoit Duc d'Orleans , du
Roy
928 MERCURE DE FRANCE
Roy de Navarre , du Cardinal de Loraine
du Grand Maître de Montmorency & c.
Il faut croire , Monfieur , que ce Seigneur,
après tant de voyages & de fi grandes Affaires
, traitées, ou exécutées à Marſeille , où il
avoit même une Galere de fon nom , eût
toujours des égards particuliers pour cette
Ville , & que la Ville dans toutes les occa →
fions avoit recours à lui , comme à un véritable
Protecteur. La preuve de ce que je viens
de dire fe tire particuliérement d'une Lettre
originale ,trouvée dans le même Portefeuille,
dont j'ai parlé ci - devant , au fujet de la Quittance
du Connétable , Gentilhomme ordinaire.
de la Chambre du Roy. Cette Lettre que je
fuis fâché de ne pouvoir pas raporter ici ,
étoit écrite & fignée par les Confuls de Marfeille
, qui réclamoient la protection & l'autorité
du Connétable en faveur du Com
merce de Marſeille , & en particulier de celui
du Levant, que des Gens mal intentionés
vouloient tranfporter ailleurs . La Lettre étoit
longue , bien raifonée & pathétique . Je l'envoyai
à M. de Ruffy , Auteur de la feconde
Edition de l'Hiftoire de Marfeille , pour s'en
fervir en cas de befoin : il m'en remercia
fort par fa Lettre du 4. Avril 1719. Celle des
Confuls de Marfeille étoit , autant qu'il peut
m'en fouvenir , écrite au commencement du
Regne du Roy Henry II. c'eſt-à - dire vers
l'année 1547. Je
SEPTEMBRE. 1941 : 1929
Je n'ai plus que deux mots à dire fur notre
Grand Connétable , & qui ne regardent
pás fa vie , mais fa mort & fes funérailles
où il y eut affurément , comme je l'ai remarqué
ailleurs , des chofes très - fingulières. Le
détail en eft long dans les Hiftoriens , je me
contenterai de dire avec un bon Auteur * que
le Lit de parade étoit de Damas rouge , avece
des Crépines d'argent , & un Dais de même.
Celui qui , felon l'ufage du tems , étoit appellé
Lit d'honneur , fur dreffé dans la grande
Sale du Bal , toute tapiffée de velours craż
moify , brodé & femé de Perles , le Parquet
couvert de Tapis de Turquie. Sur ce fecond
Lit étoit l'Effigie de cire du Défunt , habil
lée fuperbement , laquelle le repréfentoit au
naturel , avec les playes qu'il avoit reçues an
vifage & c. A fon côté gauche étoit l'Epée de
Connétable toute nuë : c'eft dans cette même
Şale qu'on fervit fomptueufement plufieurs
Tables , & avec un ordre merveilleux & c .
J'ai dit ailleurs que fon Maufolée n'eſt
chargé d'aucune Infcription , mais qu'on
lit fon Epitaphe dans la Sacriftie fur une
grande Lame de cuivre , de laquelle j'ai
donné le commencement dans le Mercure
de Juillet 1740. J'aurois pû ajoûter qu'elle
finit ainfi :
* Le Laboureur , Add. aux Mém. de Caftelnau ,
Tome II. pag. 5 44.
MAG
1936 MERCURE DE FRANCE
MAGDALENA SABAUDA Conjux pientiffima
Decemque Liberi obfequentiffimi Superftites
pofuere.
Planxerunt CAROLUS NONUS ,
Francia Rex Chriftianiffimus ,
Regina Mater, totaque Regia Soboles
Proceres , Nobilitas , Exercitus ,
Senatus , Populufque omnis Gallicus.
ΑΠΛΑ ΝΟΣ .
J'ai dit aufli que ce beau Maufölée , dont
la pieufe Magdeleine de Savoye fit toute la
dépenfe , eft l'Ouvrage de Jean Bullant , Architecte
& Sculpteur renom né , lequél n'eut
pas la fatisfaction d'y mettre la derniere
main. Voici comment s'en explique Jean
Le Laboureur dans fes Additions aux Mémoires
de Michel de Caftelnau ; Tome 11.
page $ 48.
Il eft demeuré imparfait en quelque
chofe par la mort du célébre Jean Bullant
, qui l'avoit entrepris , arrivée le 10.
» d'Octobre 1578. & qui mérita cet Epi-
» taphe, qui ne peut être dignement appen-
» du qu'à fon Ouvrage , felon la penfée de
» fon Auteur ; & j'ai crû le devoir à ſa réputation.
Joannes
SEPTEMBRE 1741 193 %
Joannes jact hoc Bullantius ille fepulchro ,
Quo non fabrili major in arte fuit.
Regi & Regina , Palatia regia , Matri ;
Maufolo & dignas ftruxerat hic tumulos:
Cur non & Tumulo digno jacet ipfe ? Viator
Queris, non habuit qui ftrueret arte parem!
Le même Auteur , en parlant dans ce même
endroit de Magdeleine de Savoye , dont
il fait un grand Eloge , dit que » quand fon
» Mari étoit à l'Armée , elle alloit à quel
>>
"
qu'un de fes Châteaux , ou bien à Mont-
" morency , quoi qu'elle n'y eût point de
» Maifon , & elle y demeura le tems de fa
prifon en Flandres , tant pour fe confor
» mer à l'état où il étoit , que pour ache
» ver le Bâtiment de l'Eglife , pour affifter
» à tout le Service des Chanoines , & ne
» vacquer qu'aux chofes de devotion , ayant
» bien voulu exprès fe loger chés le Doyen
» où il y avoit à peine une Chambre qui
» lui fût propre. Elle mourut en l'année
1586.
Je finirai , M. ma Lettre par une petite
Addition à ce que j'ai déja dit de l'Eglife
Collegiale & Paroiffiale de S. Martin de
Montmorency ( Mercure d'Avril 1740. p.
790.791 . ) Eglife fondée très - anciennement
par un Seigneur de ce nom , dont le
drois
1932 MERCURE DE FRANCE
droit de nommer aux Canonicats & aux
Prébendes , a paffé à tous fes Succeffeurs ,
Seigneurs de Montmorency . On a vû dans
l'endroit cité qu'Henry II . Duc de Montmorency
, Pair & Maréchal de France , Gouverneur
& Lieutenant Géneral de la Provin
'ce de Languedoc , Petit -Fils du Connétable
Anne de M. donna en l'année 1617. cette
Eglife aux Prêtres de la Congrégation de
l'Oratoire , lefquels continuent de la deffervir
, & repréfentent les anciens Chanoines ,
deffervant auffi la Cure avec la même édification
. Ils ont une Maifon affés près
de l'Eglife , accompagnée de Jardins & d'autres
commodités . La Maiſon a été augmen
tée depuis quelque tems , & on y enfeigne
la Philofophie & la Théologie à un nombre
d'Etudians de la même Congrégation . C'eft
dans cette agréable Retraite que nous fûmes
reçûs , non- leulement avec politeffe , mais
traités le plus honorablement du monde à
dîner par le R. P. B. Supérieur , lorfque nous
fîmes l'année derniere le petit voyage de M ,
pour voir le Maufolée du Grand Connéta
ble.
On prétend , au refte , que S. Martin de
Montmorency étoit anciennement une Ab
baye de Chanoines Reguliers. Cette préten
tion eft fondée principalement fur un Endroit
de l'Hiſtoire de la Maiſon de M, par
A
SEPTEMBRE , 1741 1933
A. Duchefne. Cet Auteur parle ainfi , L. 11 .
P. 106.
ود »HervédeMontm.fûtmisjeuneenla
» grande Eglife de Notre- Dame de Paris ,
» où il tenoit rang parmi les Soûdiacres dès
» l'an 1146. ayant au- deffous de foi Philippe
» de France , Frere du Roy Louis le Jeune.
» Depuis il parvint à la Dignité de Doyen....
» En laquelle Dignité il eut auffi cet hon-
» neur de voir le même Philippe de France
» pourvû feulement d'un Archidiaconé. II
» fut d'ailleurs Abbé de l'Eglife Collegiale
» de S. Martin de Montmorency , comme
témoignent deux Chartes des années 1 184 .
# & 1186.
"
On trouve page 58. dans les Preuves , ra
portées par Duchêne à la fin de fon Hiftoi
re , les Extraits de ces deux Chartes , tirés
du Cartulaire de l'Abbaye de S. Florent de
Saumur , en voici la teneur.
LITTERÆ quibus Harveus de Mon
temorenciaco , Dei permiffione , Abbas Sancti
Martini de Montemorenciaco & Decanus Pa
rifienfis de confenfu Capituli , confirmavit pra
fentationem Capellani ad Ecclefiam S. Thoma
de Monte- Magni.
LITTERÆ quibus Buchardus de Montemorenciaco
approbavit quod ab Herveo frad
tre fuo , Abbate S. Martini , factum fuerat
fuper Ecclefia B. Thoma de Monte-Magni &
approbari
1934 MERCURE DE FRANCE
approbari fecit à Mathao & Aaliz heredibus
fuis.
-
Comme je crus qu'on pourroit encore
trouver quelques preuves là deffus dans
P'Hiftoire ou dans les Archives de l'Abbaye
S, Victor de Paris , j'en écrivis dans le tems
à M. l'Abbé Contet , alors Bibliothéquaire ,
& voici la réponſe dont il m'honora .
"
" Je ne trouve point dans l'Hiftoire de
» S. Victor que l'Eglife de S. Martin de
» Montmorency ait été Abbaye . Je trouve
" que Mathieu 1. Seigneur de Montmoren-
» cy , donna à S. Victor une Prébende dans
l'Eglife de S. Martin de Montmorency
» ce qui fupofe que, fi cette Eglife a été
Abbaye , elle ne l'étoit plus alors , mais
» un Chapitre féculier , où l'on donna à
» notre Abbaye une Prébende comme
» dans les Eglifes de Notre Dame , S. Ger-
» main l'Auxerrois , S. Marcel , & autres & e .
4
39.
?
Cela s'accorde fort avec ce que j'ai apris
depuis , fçavoir , que Mrs de l'Oratoire de
Montmorency, repréſentant les anciens Chanoines
de la Collegiale , ont eu ci - devant
quelque difcuffion avec Mrs de S. Victor ,
pour raifon de certaines Dixmes , fur quoi ,
on a depuis tranfigé &c. mais les premiers
m'ont affûré qu'ils n'ont dans leurs Archives
ni Titres , ni Papiers , qui faffent preuve
au fujet de la prétendue Abbayo. Ils croyent
même
T
SEPTEMBRE. 1741. 1935
&
même que les deux Titres raportés par Duchefne
, dans les Preuves , peuvent être fufpectés
, n'étant foûtenus d'aucun autre ,
que le filence de l'Acte raporté page 41 . de's mêmes preuves , & de tous les autres antérieurs
& poftérieurs , engagent à douter.
*
Je laiffe , M. la difcuffion de ce Fait hiſto
rique aux fçavans Auteurs de l'Ouvrae intitulé,
Gallia Chriftiana. ille eft tout- à - fait de
leur Reffort , d'autant mieux qu'ils travaillent
actuellement fur la Métropole de Paris : ma
Lettre eft déja affés longue ; je fouhaite que
vous en foyicz un peu content , & je m'eſtimerai
heureux de trouver fouvent les occa
fions de vous marquer à quel point j'ai l'hon,
neur d'être & c.
A Paris , le 20. Août 1741 .
• Dans cet Acte , dont l'original eft dans les Ar
chives de l'Abbaye S. Victor , c'est Mathieu de
Montmorency qui parle au sujet de la Prébende dont
on vient de faire mention , & S. Martin de M. n'eſt
nullement qualifié du nom d'Abbaye.
i ..
LES POISSONS ,
IDILLE.
Humides Habitans des Eaux ;
Hôtes de ces mouvantes Plaines ,
Que
1936 MERCURE DE FRANCE
Que vous êtes heureux d'y trouver le repos ,
Lors même que des vents les bruyantes haleines
Agitent l'Empire des flots !
Loin de leur furface orageufe ,
Tandis qu'on les voit fe facher ,
Prudens , vous allez vous cacher
Dans le fond d'une roche creuſe ,
Où les noirs Aquilons n'ole.otent vous chercher.
Si , comme vous , dans la retraite ,
Contens d'un modefte réduit ,
Eloignés du fatte & du bruit ,
Notre ame fe trouvoit fagement fatisfaite ,
Le fracas , qui très - fouvent nuit ,
Ne la rendroit pas inquiette ;
L'occafion qui nous féduit
Lorſqu'à la feconder la paffion s'aprête ,
Laiffe en paix un coeur qui la fuit .
Tandis que des malheurs nous effuyons l'injure ,
Poiffons , vous vous formez une retraite fûre ;
Si ce n'eft quand fous les apas
De quelque apétiffante amorce ,
Nous cachons un fer qui vous force
A venir orner nos repas ;
Encore à cet égard avez-vous l'avantage ,
Et bien plus moderés que nous ,
Vous pouvez quelquefois vaincre un penchant fi
doux ,
Dès qu'il vous mene à l'esclavage;
On
SEPTEMBRE. 1741. 1937
On ne vous voit livrer qu'à la réalité.
Pour nous , une ombre nous engage ,
Et nous lui réfiftons moins qu'à la vérité.
Pourvû qu'une Eau rafraîchiffante
Vienne baigner inceffamment
Vos Ecails d'or & d'argent ,
D'un tel fort votre ame eft contente ;
L'Eau fait votre feul Element ,
Jamais un fol entêtement
Ne vous le fit quitter d'une humeur trop légere .
Pour courir après la chimere.
L'Onde que flate le Zéphir
Ou que fait mugir la tempête ,
Indifferemment vous arrête ;
Elle vous a vû naître & vous verra mourir.
Il vous importe peu qu'elle vous foit commune
Avec mille Hôtes tels que vous ;
Il vous ſemble même plus doux
D'y jouir avec eux d'une égale fortune ,
Qui vous fut acquife fans foins ,
Que vous poffedez fans épine ,
Qui , vous travaillant beaucoup mcins
Qu'une proprieté ſoupçonneufe, chagrine ,
Satifait à tous vos befoins .
Toujours libres , fuivans pour guide la Nature ,
Dans votre aquatique féjour
Tantôt vous repoſant , tantôt faiſant l'amour ,
Bij
1938 MERCURE DE FRANCE
Ou vous laillant aller au cours d'une Onde pure ,
Sous des Arbres épais , près des bords toujours verds,
Dans le fond d'une Onde plaintive
Suivant vos caprices divers ,
Livrés nonchalamment à fon eau fugitive ,
Jamais vous ne formez d'inutiles défirs ,
Et vivant fans ennuis, fans remords & fans chaînes ;
Vous êtes muets dans vos peines .
Et difcrets dans tous vos plaifirs.
OBSERVATIONS de M..... 3
fur la Differtation du R. P. M. Texte ;
Dominicain , imprimée dans le II. Vol . du
Mercure du mois de Juin dernier p. 1358 .
ER. P. Texte , toujours attentifà bien
conftater les Faits hiftoriques , qui peuvent
intéreffer la Religion , la France , ou la
gloire de fon Ordre en particulier , & à en
rétablir les dates d'une maniere folide , a entrepris
dans cette Differtation de fixer le jour
du Décès & le Lieu de la Sépulture du Coeur
de la Princeffe Jeanne de Châtillon , Epouſe
de Pierre de France , Comte d'Alençon &c .
Fils de S. Louis .
Il a eu d'autant plus de raiſon de faire cette
Recherche , que les Hiftoriens ont gardé un
profond
SEPTEMBRE. 1741. 1939
profond filence fur ce dernier Fait , & qu'à
l'égard du premier , quelques Ecrivains ont
manqué d'exactitude. On devoit , ce femble
,fur l'un & fur l'autre Fait , trouver une.
Inftruction certaine dans l'Hiftoire Généalogique
& Chronologique de la Maifon de France
&c. Ouvrage important , & qui fait honneur
aux dignes Auteurs qui en ont fait &
continué l'Entreprife . Cependant ce qui fe
lit de Jeanne de Chatillon dins la III &
derniere Edition de cette Hiftoire , publiée
en l'année 1725 , loin de nous éclairer làdeffus
, a befoin d'être rectifié : en voici les
propres termes , tirés de la page 86. du premier
Tome.
» Jeanne de Châtillon , Comteffe de Blois
» & de Chartres , Dame d'Avenes & de
Guife , Fille unique de Jean de Châtillon ,
premier du nom , Comte de Blois &c. &
» d'Alix de Bretagne , fût accordée
"
"
"
par Traité
paffé à Paris au mois de Février 1263 , &
» mariée en 1272. Elle vendit fon Comté,
» de Chartres au Roy Philippe le Bel en
» 1288. fonda quatorze Cellules aux Char-
» treux de Paris , pour lesquelles elle donna
» deux cens vingt livres de rente
amortie
" au mois de Mars 1290 , fit fon Teftament
» le jour de la Fête de S. Julien 9. Janvier
» 129 1. & mourut le 19. fuivant , âgée d'environ
38. ans. Son corps fut enterré dans
Biij » l'Abbaye
1940 MERCURE DE FRANCE
l'Abbaye de la Guiche près Blois , que fon
" Pere & fa Mere avoient fondée , & où
» l'on voit une Peinture à frefque dans le
» Dorroir , près de la Cellule C. faite du
» tems & pour cette Princeffe , où elle eſt
» à genoux devant la Ste Vierge , à qui faint
Jean la préfente ; derriere elle , font qua-
» torze Religieux à genoux , & le haut eſt
chargé de plufieurs Ecuffons de fes Armes ,
& de colles de fon Mari.
D'abord rien n'est plus contraire à la verité
de l'Hiftoire , que de placer cette Repréfentation
de Jeanne de Chatillon , Fondatrice
de 14. Cellules à la Chartreufe de Paris ,
telle qu'elle eft décrite ci deffus , de placer ,
dis-je , cette Peinture dans le Dortoir du Monaftere
de fainte Claire de la Guiche . On peut
dire que ce n'étoit point là fa place , & que
ce Monument apartenoit de droit à la Chartreufe
que je viens de nommer . Auffi y fût il
érigé dans le tems ; & comme le tems détruit
tout , on l'a renouvellé au commencement
de ce fiécle , en imitant exactement
le premier Original : c'eft ce qu'on voit encore
aujourd'hui dans un grand Tableau de
15. pieds de largeur fur 4. de hauteur , peint
fur bois , & fcellé dans le Mur du grand
Cloître , du côté de l'Eglife. Ce qu'il y a de
fingulier & qui fait une preuve complette
de l'equivoque , d'ailleurs affés viſible , c'eſt
que
SEPTEMBRE . 1741. 1941
que la Cellule la plus proche du Monument ,
eft marquée fur la Porte de la Lettre C
comme il eft porté dans le narré qui fe lit
dans le Livre ci - devant cité.
Admirons ici l'exactitude fcrupuleufe du
R. P. Texte , qui non content d'avoir verifié
de fes propres yeux par un voyage fait exprès
à la Chartreufe , ce que nous venons de
dire , a crû , pour mieux s'affûrer de la verité
du fait , devoir en écrire à l'Abbeffe du Monaftere
de la Guiche laquelle par fa Lettre
du 6. Decembre 1739. raportée p. 1367. du
Mercure de Juin , a achevé de mettre le
fceau à une verité , déja affés reconnuë.
Cela , au refte , me fait fouvenir que dans
' le Mercure du mois de Septembre p . 1734.
& 1961. il eft parlé affés au long du Monument
en queftion , & de l'Infcription qu'on
y lit , fur laquelle un Anonyme a fait des
REMARQUES , qui n'ont pas été contredites.
Je crois devoir profiter de cette occafion
pour corriger deux ou trois fautes qui fe font
gliffées dans l'impreffion du Mercure , auxquelles
on n'a pas fait attention dans le
tems.
La premiere fe trouve page 1962. dans la
Réponse que fait l'Enfant JESUS à l'Offrande
de Jeanne de Chatillon , préfentant XIV.
Chartreux &c. Cette Réponse eft :
B iiij Ma
1942 MERCURE DE FRANCE
Ma Fille , je prens le don que tu me fais
Et te rens tous tes mesfaits .
Au lieu de je prens , on a imprimé reprens,
ce qui , outre la faute , fait un contre- fens
abfurde & c.
P. 1968. tout au bas , il eft dit de Pierre
de France , Comte d'Alençon , qu'il étoit le
v. Fils du Roy S. Louis , qui eût pour v1 . &
dernier Fils , Robert Comte de Clermont
Tige de l'Augufte Maifon de Bourbon . C'eſt
ainfi que l'Auteur a voulu s'exprimer. Les
Imprimeurs ont mis , qui eût pour fixiéme
Fils Robert & dernier Comte de Clermont
par une tranfpofition de leur façon , qui gâte
le fens & c.
Enfin page 1974. ligne 18. on a imprimé
Philipe le Bel pour Charles le Bel.
Revenons aux deux Faits Hiftoriques ,
qui ont fait mettre la main à la plume à notre
fçavant Dominicain , lefquels il a heureufement
trouvés dans la grande Collection
de Dom Martenné ( Coll. vet . Script. T. vj.
P. 1222. ) parfaitement bien conftatés & datés
, tirés d'un ancien Manufcrit de l'Abbaye
de Prémontré. On y voit avec plaifir les dernieres
difpofitions de la Princeffe Jeanne de
Chatillon , énoncées dans la fimplicité &
dans le langage du tems ; on ne peut rien
lire de plus édifiant. Le Titre eft , Cy commenca
SEPTEMBRE . 1741 . 1943
mence l'Ordonnance de M. la Comteffe dAlençon
& de Blois , que elle fit à fon Trépaffement.
On y peut remarquer quelques termes
finguliers , ufités alors & profcrits de notre
Langue depuis long - tems : Samehochier pour
bâiller , Phyficien pour Medecin , Meneurs
pour Mineurs , Querre pour quérir , la Croix
aourant , baifant la Croix , l'Ennoliement
l'Extrême- Onction , tout baffet , à voix baſſe,
& plufieurs autres. On y voit auffi l'origine
d'une exclamation fort ufitée à Paris dans
le langage populaire , Ah Dame ! C'étoit
alors le commencement d'une Priere affectueuſe
, adreffée à la Ste Vierge. La pieuſs
Princeffe la répete ici jufqu'à cinq fois au lit
· de la mort , dans le cours de fa derniere
Oraifon. Haa doulce Vierge Marie, Haa Madame
, Haa Dame , Haa Dame , Haa Dame.
Rien n'eft cependant plus conftant par cet
Acte authentique , que Jeanne de Chatillon
difpofa la veille de fa mort de la Sepulture
de fon Corps , & fpécialement de celle de
fon Coeur en deux Lieux differens . Les Hif
toriens ont confondu l'un avec l'autre pour
avoir ignoré cette difpofition fi précife & fi
refpectable. Le Corps fût donc porté * à la
* Il est vrai qu'aux termes de fa derniere difpofition ,
fon Corps devoit repofer dans l'Eglife des FF. Mineurs
, on le porta cependant à l'Abbaye de la Guiche,
qui eft du même Ordre , &c.
B v Guiche,
1944 MERCURE DE FRANCE
Guiche , & le Coeur dans l'Eglife des Dominicains
de Paris , fuivant fa volonté expreffe ,
bien marquée par ces paroles.Et derechiefelle
dit qu'elle vouloit que fon Cueurfeuft aux Freres
Précheurs,pour l'Amour de fon Seigneur le
Comte d'Alençon. En effet le Coeur de ce
Prince y repofe avec ceux de plufieurs Rois,
Reines , Princes & Princeffes de la Maiſon
de France.
Les Termes du Teftament de Pierre de
France , Comte d'Alençon , Epoux de Jeanne
de Chatillon , font remarquables fur ce
même Sujet. J'élis la Sepulture de notre orde
charoigne aux Cordeliers , & celle de mon
cueur aux F F. Prêcheurs de Paris , veus que
ma Tombe qui fera fur mon Corps ne foit de
plus grande dépense que de 50. livres , & celle
qui fera fur mon Cueur de 30. livres . Du
Tillet , Recueil des Rois p . 355. Edit. de
1618 .
A l'égard du jour du Décès de Jeanne de
Chatillon , le P. Texte démontre par le même
Manufcrit , qu'il doit être fixé au mardi
29. Janvier 1291. & non pas au 19 , comme
il eft marqué ci- devant dans le Narré de
PH ftoire Généalogique de la Maifon de France
, &c . ajoûtant avec fa politeffe ordinaire,
que c'eft, fans doute , une faute d'impreffion,
Ce Testament est daté du mois de Juin 1282.
deux mois avant la fin de l'année , ftile ancien.
qu'il
SEPTEMBRE. 1741. 1945
qu'il n'a garde d'attribuer aux fçavans Auteurs
de cet Ouvrage .
Il a démontré dans une autre Differtation ,
que Pierre de France , Comte d'Alençon ,
n'eſt ni le troiſième , ni le quatriéme Fils de
S. Louis , & il continue de foûtenir dans
celle - ci qu'il étoit le Ve : ce que nos meilleurs
Hiftoriens paroiffent avoir ignoré.
>
On voit , au refte , dans le R. P. Texte une
finguliere prédilection pour le faint Ordre des
Chartreux ; il y revient à la fin de ce dernier
Ouvrage , en difant que Jeanne d'Evreux
troifiéme Epoufe de Charles IV. dit le Bel
fit , à l'exemple de Jeanne de Châtillon , de
grands biens aux Chartreux de Paris ; ajoûtant
que le Pape Clement IV. avoit une
idée fi avantageufe de cette Ste Communauté
, qu'il écrivit en 1266. à S. Loüis un
Bref cité par le P. Felibien dans fon Hiftoire
de la Ville de Paris Tom. III. p . 230. pour
la lui recommander fpécialement,comme lui
étant très chere. Ordinis cujus finceritas ut
lux fplendens crefcit , oblivifci non poffumus ;
quod tenerrimè amamus amicis commendamus
dit ce fouverain Pontife .
A l'imitation du R.P.T. & prévenu comme
lui d'une devotion finguliere envers ce même
Ordre , je finirai mes petites obfervations.
par fon Eloge , que j'ai heureufement trouvé
ces jours paffés parmi des Piéces des plus
B vj fugitives
1946 MERCURE DE FRANCE
gitives & les moins dignes d une telle Com
pagnie . Rien ne m'indique le tems & l'occafion
de fa compofition , je conjecture feulement
qu'il y a plus de cinquante ans qu'on
a pû en avoir connoiffance.
ELOGE DE L'ORDRE DES CHARTREUX
Par M. Abbé de Fourcroy.
L'Efprit de cet Ordre infpire à fes Religieux
l'amour du filence , en même tems
qu'il lui donne celui de la folitude . Il les
porte à parler de Dieu pour les Hommes , à
fléchir fa miféricorde pour la converfion des
pecheurs , à implorer fon fecours pour toutes
les néceffités de fon Eglife , à étendre leurs
bras , & porter leurs voeux vers le Ciel ,
comme Moyfe fur la montagne , tandis que
les Evêques & les Miniftrés de l'Eglife , figurés
par Jofué , combattent les erreurs &
les vices , qui font les véritables ennemis du
Peuple de Dieu.
Comme ils fuyent tout le commerce du
Monde , ils méprifent encore plus la vaine
eftime des Hommes. Ils cherchent dans leur
lecture & dans leurs Etudes la fanctification
de leurs Ames . Ils tâchent de fe remplir plus
le Coeur que l'Efprit ; & ils ne fe réjouiffent
d'avoir reçu quelque nouvelle lumiere dans
la fcience de Dieu , que pour le louer avec
plus d'ardeur , en le connoiffant plus parfaitement,
SEPTEMBRE. 1741 1947
tement. Ils vivent , & ils meurent dans le
cilice ; ils établiffent la vie de l'Ame fur la
mortification du Corps ; ils font les plus
parfaits imitateurs du S. Précurfeur , le Maître
& le Modéle des Solitaires & des Pénitens.
Ils font admirer dans leurs Exercices, fi
pénibles & fi laborieux , l'excellence de la
Religion Chrétienne , & la toute- puiffance
de la Grace de JESUS CHRIST.
>
Il femble que Dieu les ait choifis dans ces
derniers fiécles , pour conferver , au moins
dans quelques Membres de l'Eglife , la vigueur
de la pénitence , qui fleurira toujours
parmi eux & qui y fera toujours en honneur
, malgré le relâchement des Honimes ,
qui ne peuvent s'empêcher de louer l'auſtérité
de leur vie , & de les tenir très- heureux ,
quoiqu'ils fe jugent entiérement incapables
de les pouvoir imiter.
,
Toutes leurs délices font de pouvoir s'entretenir
avec Dieu ; tous leurs defirs tendent
vers leur Patrie Célefte , ils fouffrent la Vie
avec patience , & la Mort avec joye . Ils font
de la Terre un Paradis , en paffant non - feulement
les jours , mais une bonne partie de
la nuit dans les louanges & les Bénédictions
de Dicu , pour vivre de la vie des Anges &
des Bienheureux , tandis que les Hommes
enfevelis dans le fonimeil , ou ne vivent
point, à proprement parler , ou ne vivent
que
1948 MERCURE DE FRANCE
que d'une vie qui leur eft commune avec
les bêtes. Ils fe contentent que leurs noms
foient écrits dans le Ciel , fans qu'ils foient
connus fur la Terre , & ils répandent partout
la bonne odeur de JESUS - CHRIST .
Quel bonheur pour l'Eglife d'avoir dans
fon fein de fi parfaits Religieux , qui édifient
tout le Monde par leur vie pénitente
& retirée ! Puiffiez vous fubfifter à jamais ,
TRE'S SAINT ORDRE DES CHARTREUX !
C'eſt à vous , Seigneur , à conferver votre
Ouvrage. Il y a fi long tems que vous le
protégez ; cet Ordre eft demeuré incorruptible
& inviolable dans une fi longue durée;
ce qui lui donne l'honneur de l'Antiquité
fans lui caufer les incommodités & la défaillance
de la vieilleffe . Continuez , Seigneur
, de le regarder favorablement &
répandez vos bénédictions fur le fage & pieux
Général qui conduit cet Ordre avec tant de
prudence.
Je fuis perfuadé que cet Eloge , ou plûtôt
ces verités feront aplaudies de tous les Gens
de bien , qu'elles édifieront même , & toucheront
, peut être , les Gens du Monde . Si
j'avois quelque chofe à y ajoûter , ce feroit
encore un mot fur la vie contemplative de
quelques Chartreux , que Dieu a conduits
par des voyes particulières , qui ont rencheri
fur l'aufterité de la Regle générale , &
qui
SEPTEMBRE . 1741 1949
qui ont renouvellé les grands Exemples de
l'ancienne Vie Heremitique , tel a été entre
les autres , Dom Pierre Roland , que j'ai vû
mourir dans la Chartreufe de Marfeille le
10. Novembre 1693. en une grande odeur
de Sainteté , âgé feulement de 54. ans , dont .
il avoit paffé 34. dans l'Ordre , 20. dans un
filence perpetuel, & dans une Retraite continuelle;
s'étant, pour ainfi dire , enterré lui même
tout vivant dans fa Cellule,d'où il ne fortoit
jamais que pour aller à l'Eglife . Finiffons
par un beau mot , ou , pour mieux dire , par
la pieufe Sentence du venerable BONIFACE
FEVRIER , Prieur de Chartreuse , à qui on
propofoit de faire canonifer quelques Chartreux
d'une éminente vertu . L'Esprit de notre
Ordre , répondit-il , eft plûtôt de faire des
Saints , que de les faire déclarer Saints.
A Paris , le 24. Août 1741 .
'Ode qui fuit , quoique déja publiée
dans le fecond Volume du Mercure de
Juin, mérite de reparoître ici , telle que l'Auteur
nous affûre l'avoir compofée , c'est - àdire
fans omiffions , & fans certaines négligences
, dûës au trop grand empreffement
d'un Ami , qui auroit dû attendre encore
quelque
1950 MERCURE DE FRANCE
quelque tems pour nous l'envoyer , exempte
de ces défauts. Nous croyons devoir cette
complaifance à l'Auteur & au Public.
LES LIVRES SAINTS ,
O DE
Lue dans l'Académie Royale des Sciences &
Beaux- Arts de Villefranche en Beaujolois
le 12. Mai 1741 .
V Aines Déités du Permeſſe ,
Frivoles Enfans de l'Erreur ,
Dont la menfongere faveur
Berça ma folâ re jeuneſſe ,
Mon coeur ne connoît plus vos Loix.
Sur les purs accens de ma voix
La Vérité répand fes beautés immortelles ;
J'en adore l'impreffion ,
Et bien- tôt enlevé fur le feu de fes aîles ,
Je vole au faint Mont de Sion.
H
Qu'y vois-je ? ô mon Dieu ! c'est vous - même;
La foudre brille dans les Airs ;
Le feu conftant de mille Eclairs
Annonce la grandeur fuprême .
Sur votre Trône étincelant
Parlez au Monde , Dieu puiffant :
Tour
SEPTEMBRE. 1741 . 1951
Tou: tremble à la lueur de ces divins Spectacles ;
Devons- nous périr dans ce jour ?
Qu'ai-je dit ? je me tais : vous rendez vos Oracles
Par la bouche de votre amour .
*
Tout change , il n'eft plus fur la Terre
De Regne pour l'impieté ;
Le Ciel dicte fa volonté
Au bruit éclatant du Tonnerre.
Tel que , de l'or de fes rayons
L'Aftre qui préfide aux faifons ,
Peint , ou chaffe à nos yeux le plus fombre nuage,
Tel , le vrai Soleil qui nous luit ,
Juge à fon gré , diſpoſe , & devient l'héritage
De ceux qu'il tire de la nuit.
*
Oui , nous te connoiffons , Loi pure ,
Que nous imprime l'Eternel ;
Pain facré , fait pour Ifraël ,
Sois notre unique nourriture .
Déja pénetrés faintement
Nos coeurs confacrent le moment
Où de fon fein un Dieu vient de te faire éclore ;
Détruis la fiere iniquité ;
Jaloufe de tes droits , du Couchant à l'Aurore
Seme ta célefte clarté,
Je
1952 MERCURE DE FRANCE
Je la vois briller ; elle vole ,
C'eft le glaive triomphateur
D'un Dieu , devenu le Docteur
Du Monde affis fur fa Parole .
Sur l'ufage de fes leçons ,
Potentats , Trónes , Nations ,
Vous verrez de vos jours la gloire meſurée ;
C'eft à votre fidelité
Que le Ciel doit des biens dont l'éclat , la durée
Egaleront l'Eternité .
*
En vain Philofophe rebelle ,
Sous les fleurs m'offrant le poiſon ,
Tu veux abreuver ma raifon
De la Coupe de l'Infidelle .
Sourd à tes vains enfeignemens ,
Je pleure tes égaremens .
De cent doutes cruels , tu te fais un Dédale ;
Et la Foi rend fereins mes jours
Par le même flambeau dont la lueur fatale
Te montre l'abîme où tu cours.
*
Non , du Monftre que je détefte ,
A l'oeil perfide , au doux maintien ,
Jamais mon coeur , humble & chrétien
N'écoutera la voix funefte .
Seul , guidez ma route , Seigneur ;
L'in
SEPTEMBRE . 1741 . 1953
L'inexplicable profondeur
De ces fublimes Loix , par vous - mêmes dictées ,
Ecueil de l'orgueilleux Efprit ,
M'enchaîne aux vérités qui furent cimentées
Du Sang même de Jeſus - Chriſt .
Par M. Boule , un des Principaux du
College de Villefranche , en Beaujolois.
******
EXTRAIT d'une Lettre écrite du Pays
de Cotentin à l'Auteur du Voyage Litteraire
de Normandie. Par M......
J
'Aurois bien fouhaité , Monfieur , vous
procurer la fatisfaction que vous attendez
depuis fi long tems , c'eft à - dire un Deffein
exact du fuperbe Dôme de l'Eglife de Coutance
, pour le faire graver , & l'inferer dans
votre Ouvrage , mais puifque toute la bonne
volonté de M. l'Evêque , qui y doit prendre
un interêt particulier , & la fagacité de M. le
Marquis de M. toujours zelé & ardent pour
fes amis , n'ont pû en venir à bout , je crois
que vous avez allés d'équité pour ne rien attendre
de moi fur ce fujet.
Je viens d'executer , M. tout ce qui eſt en
mon foible pouvoir ; vous avez fouhaité de
moi une Traduction des beaux Vers Latins
qui
1954 MERCURE DE FRANCE
qui décrivent fi noblement cet excellent Ouvrage
, je m'y fuis apliqué , & j'ai aujourd'hui
le plaifir de vous envoyer mon petit travail ;
je ne fçais fi vous en ferez content , mais je
ne le fuis pas tout- à- fait moi-même; afin que
vous en jugiez avec plus de jufteffe , je vais
faire précéder ici les Vers Latins , dont je ne
fuis que le foible imitateur.
Landabunt alii quas Gens Eoa fupebat
Pyramydes : Urbi quoquefunt miracula noftra.
Hic Templum non arte minus quam atate verendum
Stat. Pars affiduis refonat qua cantibus , illa
Contiguum tangit fublimi vertice Coelum.
Quatuor ingentes fuftentant pondera Pila.
Has fuper impofita fpatiis aqualibus octo ,
Eriamformant una compage Coronam.
Hic Ars arte fuit major : fi videris intus ,
Vitrea Turris erit , luci undique pervia , contra
Si foris es , lapides tantùm , vitra nulla videbis.
Ne crede hoc hominum , crede hocopus effe Deorum.
TRADUCTION.
Qu'un autre de Memphis vante les Pyramides ,
Ces durables Tombeaux , ces Monumens folides ,
Où parurent jadis s'épuifer à la fois ,
Et tout l'Art des Humains & le fafte des Rois.
Paffans , fi vous aimez les merveilleux Spectacles ,
Arrêtez. Notre Ville offre auffi des miracles.
Voyez
SEPTEMBRE . 1741 1955
Voyez quel est ce Temple , & quelle majeſté
Préfentent la structure & fon antiquité.
Mais remarquez furtout cette partie augufte ,
Qui des chants confacrés au Culte le plus jufte ;
Retentit nuit & jour , & dont ſemble à nos yeux
Le fuperbe fommet s'élever jufqu'aux Cieux.
Là , quatre grands Piliers font l'important office
De foûtenir le poids d'un immenfe Edifice ,
Huit autres font pofés également fur eux ,
Et forment dans les Airs , par un concours heureux,
Ce Dôme , digne objet d'une ſurpriſe extrême ,
Ce fameux Dôme , où l'Art fe furpaffa lui - même.
Regardez au - dedans , vous voyez une Tour,
Où le verre introduit de tous côtés le jour.
Mais prenez au- dehors vos regards pour arbitres ,
La même Tour n'a plus que des pierres fans vitres.
Dieux , pour rendre ce Lieu digne de vos Autels ,
N'auriez-vous point prêté votre main aux Mortels?
Comme je n'ai vû qu'une feule fois en ma'
vie , il y a près de vingt ans , la Cathédrale
de Coutance , & que je ne l'ai vû qu'en
paffant rapidement par cette Ville , dans une
circonftance , où j'avois l'efprit occupé de
toute autre chofe que des beautés de l'Architecture
, j'ai pris le parti de confulter plufieurs
Particuliers qui font allés plufieurs
fois à cette même Ville & qui y ont demeuré
,
1956 MERCURE DE FRANCE
ré. Les uns m'ont dit qu'on voit fort bien les
vitres du Dôme par dehors, les autres, qu'on
ne les voit point du tout. Les premiers m'ont
produit pour témoin l'Eftampe qui eft au
frontispice du Breviaire de ce Diocèfe . Les
feconds prétendent que cette même Eftampe
n'a nulle reffemblance avec l'original , du
moins par raport au Dôme. Le moyen de
les concilier ? Je ne le fçais pas. Je n'ai trouvé
que mon ami M. de la Ruë , Procureur à
Vallogne , qui , en m'affûrant que les Vers
font parfaitement juftes dans la Defcription
qu'ils font de ce Dôme , m'a repréſenté à
peu près , avec des Cartes à jouer , la difpofition
des Piliers & des Vitres , & c.
Je reviens à M. notre Evêque & à M.
le Marquis de M. defquels vous esperiez
avoir le Deffein en queftion ; je préfume M.
que ce n'eft point leur faute , s'ils ne vous
l'ont point envoyé . Il faut que les Architectes
& les Deffinateurs foient bien rares à
Coutance , puifque M. l'Evêque même fut
obligé , ces années dernieres , de faire venir
ici le Frere Lambert , du Convent des Cordeliers
de Vallogne , pour faire quelques réparations
, augmentations ou changemens
tant au Palais Epifcopal , qu'à l'Abbaye des
Religieufes & c. Ce fait , qui eft certain
doit en quelque forte juſtifier ces Mrs , mais
en voilà affés fur ce Sujet.
Vos
SEPTEMBRE. 1741. 1957

Vos Mercures , M. continuent à nous
faire beaucoup de plaifir ; on y trouve toujours
à profiter. Omne tulit punctum , qui mif
cuit utile dulci.
REPONSE à cette Lettre.
On ne fçauroit , Monfieur , mieux loüer ,
& reconnoître plus dignement votre complaifance
, qu'en vous difant publiquement
qu'on n'a jamais fait , & qu'on ne fera jamais
de Traduction Françoife des beaux Vers
Latins , qui décrivent fi noblement le Dôme
de l'Eglife Cathédrale de Coutance , que
celle que vous avez fi bien exécutée à ma
très -humble priere. Tous les Conno fleurs à
qui je l'ai communiquée en ont.été contens
& fatisfaits.
J'ajoûte un autre Remerciment fur le bien
que vous continuez de me dire de notre
Journal , lequel , pour me fervir de votre
expreffion , continuë d'inftruire & d'amufer
de bons Efprits , tels que font Meffieurs de
l'Académie , & la plupart des Habitans de
la Ville de Caën , Ville pour laquelle vous
fçavez que j'ai une prédilection marquée.
Jugez , M. fi vous m'avez fait un vrai
plaifir , en m'envoyant le détail de ce qui
s'eft paffé dans trois differentes Aflemblées
publiques de la nouvelle Académie de cette
Ville. Je dis nouvelle ; car après avoir marqué
1958 MERCURE DE FRANCE
qué quelque part fa décadence , & enfin fon
extinction totale , enforte que la derniere fois
que j'ai paffé à Caen , ce n'étoit plus qu'une
Académie en * peinture, je n'ai pû rien aprendre
de fon exiftence & de fes progrez, malgré
les foins que je me fuis donnés pour me
mettre en état de publier un Abregé de fon
Hiftoire,depuis fon origine , laquelle eſt déja
ancienne , jufqu'à ce tems heureux , qui a
vû fa réſurrection par la protection & fous
les Aufpices de M. de Luynes , aujourd'hui
Evêque de Bayeux.
Vous m'aprenez de plus , M, dans la mê
me Lettre , que l'Ouvrage Périodique , en
trepris à Caen , depuis environ deux ans
eft déja paffé en d'autres mains , & que ce
n'eft plus le même génie , le même goût , la
même fageffe ; enfin vous me faites affés
connoître que vous n'en êtes pas tout- à- fait
content. J'ai cependant lû avec plaifir une
efpece d'Extrait que vous m'envoyez des
trois premieres feuilles de cet Ouvrage de
l'année courante 1741. Je fuis toûjours
Monfieur , &c.
A Paris , le 1. Juin 1741 .
*On ne voyoit alors que les Portraits des premiers
Académiciens dans la Sale, où l'on avoit tenu les As
Jemblées,
ODE
SEPTEMBRE . 1741 1959
1
ODE ,
Tirée du Pfeaume CXLVIII. Laudate
Dominum de Coelis , &c.
Honneur de la Célefte voûte ,
Efprits facrés & glorieux ,
>
Joignez-vous aux Concerts des Cieux ,
Chantez un Dieu qui vous écoute .
Ame des Couleurs & des Airs ?
Aftre commun à l'Univers ,
Amour de chaque Créature ,
Brillante matiere du jour
Pere fécond de la Nature ,
Soleil , donnez- lui votre amour.
*
Toi , dont la lumiere mêlée
De fraîcheur & d'obscurité ,
Paroît ainfi qu'une beauté
Qu'une chafte honte a voilée ;
Reine de la moitié du tems ,
Qui fur les abîmes flotans
Produis le calme & la tempête ;
Grand flambeau , qui n'as de clarté
Que ce que le Soleil t'en prête ,
Rends grace au Ciel de fa bonté.´
C E
1960 MERCURE DE FRANCE
Et vous , Etoiles radieufes ,
Qui , lorfque le Soleil nous fuit ,
Dans les ténebres de la nuit
Guidez nos routes tortueufes
Vous , que la main du Tout- Puiflant
A fixé dans le Firmament >
Et fans qui vous n'êtes que poudre ;
En voyant ce Dieu jufte & bon
Faire fous vous gronder la foudre ,
Feux brillans , célebrez fon Nom .
*
Mouvantes fources de la pluye ,
Roches des Cieux , taches des Airs ,
Fécondes meres des Eclairs ,
Par qui la Terre eft enrichie ;
Arfenaux du Dieu des Combats ,
Chars qui le portez ici bas ,
Grotes , d'où les Orages fortent ,
Sombres lueurs de l'Univers ,
Montagnes que les vents emportent ,
Chantez le Seigneur par mes Vers ,
*
Riche azile de l'abondance ;
La baze & le frein de la Mer ,
Lourd Elément , que foutient l'Air ,
Et que fon propre poids balance ;
Nourrice
SEPTEMBRE. 1741
1961
Nourrice de tout ce qui vit ;
Tombeau de tout ce qui finit ,
Vieux Domaine de nos Ancêtres ;
Unique efpoir du Laboureur ,
Servante qui nourris tes Maîtres ,
Terre enfin , bénis ton Auteur.
*
Toi , fous qui les Ondes captives
N'ont plus qu'un foible mouvement Į
Et femblent plaindre fourdement
La liberté dont tu les prives ;
Glace , mere & fille de l'Eau ,
Neige , dont le brillant manteau
Rend la Terre affreuſe & fuperbe ;
Qui l'échauffes par ta froideur
Qui retiens , qui produis fon herbe
Aimez la céleſte Candeur .
*
Vous , que de l'un à l'autre Pole
Dieu fait voler légerement ,
Par qui l'Univers à l'inſtant
Reçoit fa divine Parole ;
Corps fans efprit & fans repos ,
Crainte & defir des Matelots ,
Troupe mutine & vagabonde ,
Accourez , defcendez des Cieux ,
Cij
Fleuves
1962 MERCURE DE FRANCE
Fleuves d'air , haleines du Monde ,
Annoncez la gloire en tous Lieux.
*
Rochers , dont l'orgueilleuse cime
Prefque inacceffible à nos yeux
Semble jufqu'au plus haut des Cieux
Vouloir s'élever par le crime ;
Abbaiffez -vous devant la main
D'un Dieu , le Maître du deftin
De toute humaine Créature ;
Collines que l'Echo remplit ,
Du Souverain de la Nature
Repetez le Nom jour & nuit.
*
Superbes Enfans de la Terre ,
Arbres , favoris du Printems ,
Riches bouquets , à qui les vents
Font toujours l'amour ou la guerre ;
Sacrés Nourriffons des Forêts ,
Confidens de mille fecrets ,
Dieu vous demande vos hommages ;
Donnez-lui vos fruits & vos fleurs ,
L'émeraude de vos feuillages ,
L'ambre de vos douces odeurs.
* P
Oifeaux , dont la voix douce & claire , a
Forme
SEPTEMBRE . 1741 .
1963
Forme des Concerts fi flateurs ,
Inanimés Adorateurs
Du grand flambeau qui vous éclaire ,
differens Animaux ,
Et
vous ,
A qui par cent pieges nouveaux
L'Homme fans ceffe fait la guerre ;
Enfans de l'Eau , Maîtres de l'Air ,
Pour louer le Roy de la Terre
Que n'aprenez - vous à parler ?
*
.
1
Serpens hideux , engeance immonde ,
Qu'enfante à regret le limon ,
Froid canal , par où le démon
Verfa le peché dans le Monde ;
Et toi , dont le dard criminel
Déchire le fein maternel ,
Vipere , le Ciel vous fit naître ;
Si vous connoiffez votre Auteur ,
Par vos cris faites- le connoître ,
Et n'adorez que fa grandeur.
*
Princes qui regnez fur la Terre ,
Dieu vous parle , fuivez fes Loix .
Refpectez le fon de fa voix ,
Héros , brillans foudres de guerre ;
Vous , qu'un rien inquiéte , émeut ,
Soyez tranquille , s'il fe peut .
C iij Tro
1964 MERCURE DE FRANCE
Trop inconftante Populace ,
Après vos pénibles travaux ,
Si vous jouiffez du repos ,
C'eft le doux effet de fa grace.
*
O vous , dont les ames hautaines
Sont les esclavés des defirs ,
De qui triomphent les plaiſirs ,
Et de qui triomphent les peines ;
Fertile champ des paffions ,
Gloire & force des Nations ,
Tréfor de vigueur & d'adreffe ;
Printems de l'Homme , arbres & Aeurs ;
Feux vivans , bouillante Jeuneffe ,
Que le Ciel borne votre ardeur .
*
Vierges , afin qu'on vous pardonne
L'empire ufurpé par vos yeux ,
Rendez à ce Roy glorieux
Ce qu'on lui doit & qu'on vous donne ;
Belles , délices de nos fens ,
Dont tous les charmes trop puiffans
Font tant d'orgueilleux miférables ,
Suplice agréable des coeurs ,
Chers Tyrans , Ennemis aimables ,
Chantez le Vainqueur des Vainqueurs .
*
Adorez
SEPTEMBRE : 1741: 1985
Adorez fon pouvoir ſuprême ,
Vieillards , Edifices penchans ,
Feux fans chaleur , Soleils couchans ,
Reftes chancelans de vous- même .
Enfant , petit Monde nouveau ,
En vous plaçant dans le berceau ,
Que la même ardeur vous conſomme ;
Que tous les pécheurs innocens ,
Foibles commencemens de l'Homme ,
Lui rendent leurs premiers accens.
D'AIRE R. C .....
De Rouenle premier Septembre 1741 .
LETTRE de M. ...
, au sujet d'un
J
Ouvrage fur le Caffe , &c.
E ne perds point de vûë , Monfieur , la
l'Origine & du Progrès du Caffe , tant dans
l'Afie que dans l'Europe , de fon Introduction
en France , &c. imprimé à Paris en 1716 .
chés André Cailleau , à la fin de l'Edition
du Voyage de l'Arabie Heureufe , & c . Je ne
ceffe point de recueillir des Mémoires, pour
ne rien oublier au fujet des nouvelles Découvertes
, des nouvelles Plantations , & de
Ć iiij tout
1966 MERCURE DE FRANCE
tout ce qui peut concerner le Caffé depuis
ce tems là. En faifant mes Recherches il
m'eft tombé depuis peu entre les mains une
Piéce , dont je ne connois pas l'Auteur , mais
qui mérite , ce me femble , votre attention
en qualité d'Amateur du Caffé , & d'une
Perfonne qui veut bien s'intereffer à la
fection de fon Hiftoire . Je me fais un plaifir
de vous l'envoyer avec ma Lettre , à laquelle
je joindrai peut- être encore quelque
autre chofe fur ce même fujet.
per-
ELOGE ET UTILITE DU CAFFE'.
A Monfieur Le .....
Je fuis , il eſt vrai , Monfieur , un grand
preneur de Caffé , & l'avantage que j'en reçois
, eft fi confidérable , que je fuis obligé ,
par reconnoiffance , d'en dire autant de bien
qu'il m'en fait , fans rien exagerer. Je vais
donc vous en écrire , tant de mon chef, que
felon les Auteurs qui en ont traité avec foin ,
& j'efpere que vous ferez content de tout.
Ce feroit un honneur pour le Caffé de fe
trouver dans la quatrième Eglogue de Virgile,
fous le nom de
Colocafia.Mixtaque ridenti
Colocafia fundet Acantho. » La terre vous
» fera préfent de Colocafia mêlé de l'agréa-
» ble Acanthe , ou Branche Urfine .
Et en ce cas le Caffé mériteroit , par fes
rares qualités , d'être compris dans le rang
SEPTEMBRE . 1741. 1967
de tant de chofes merveilleufes, dont le Poëte
fait le dénombrement dans cette belle
Eglogue, & qui devoient donner à ce tems fortuné
le titre du Regne de Saturne renouvellé,
Regne de Saturne , nommé le fiécle d'or.
Mais tout ce qui fe peut dire là - deffus , c'eft
qu'à faire le parallele du Caffé & du Colocafia
, ils fe trouvent un peu parens. Colocafia
eft une Féve , même une Féve diftinguée des
autres , & qui a une qualité qui la rend ftomachale.
Ces circonftances conviennent au
Caffé , qui eft aufli une Féve éminente , &
une Féve très - propre à guérir les maux de
l'eftomach. Jufque- là il y a de la reffemblances
mais d'autre part , Colocafia eft une Féve
d'Egypte , & le Caffé eft-une Féve d'Arabic.
De plus , Colocasia eſt une Féve , dont la racine
, les feuilles & les fleurs , felon la defcription
que Diofcoride en fait,font differentes
de celles du Caffé.
Il eſt encore vrai que le Caffé n'étoit point,
en ufage fous l'Empire d'Augufte . Cette Plante
merveilleufe de l'Afie a demeuré affes
long- tems cachée , par un fort femblable à
celui de Cyrus , qui a été un grand Monarque
de cette belle Partie du Monde. Cyrus ,
comme vous fçavez , ne paffa durant plufieurs
années que pour un fimple Berger ; mais enfin
le période du véritable état de fa perfonne
arriva ; il fut reconnu pour ce qu'il éto, t ,
C v
&
1968 MERCURE DE FRANCE
il devint le maître de l'Afie. Telle a été la
condition du Caffé ; il a été ignoré pendant
plufieurs fiécles, quoiqu'il ne fût pas dans les
fables de l'Arabie , & qu'il crût dans les belles
Plaines de l'Arabie heurcufe. Enfin le
tems vint de fe faire diftinguer , ce qui arriva
, dit on, par le moyen de Scialdi & d' Ardrus,
& depuis la découverte qu'ils en firent ,
il a commencé de regner , & regne toujours
fur les autres Légumes par fes qualités fingulieres.
Le Caffé eft donc devenu , depuis environ
200. ans , le breuvage ordinaire & délicieux
des Peuples du Levant, & l'ufage y en
eft fi univerfel & fi néceffaire , qu'un homme
, lorfqu'il fe marie , eft obligé de donner
des affûrances à fa femme , qu'elle ne manquera
pas de Caffé avec lui.
L'Alcoran de Mahomet défend à fes Sectateurs
auffi feverement de boire du vin , que
la Loi de Moyfe défendoit aux Juifs de manger
du Cochon ; mais ils n'ont pas de peine
à foûtenir la rigueur de l'abftinence du vin ,
en lui fubftituant le Caffé. Ils prétendent
même que le Caffé a une grande préference
fur le vin , parce qu'il en a les bons effets, &
qu'il n'en a pas les mauvais . S'il en faut croire
les Phyficiens , la chaleur naturelle opere
dans l'eftomach la diftillation du vin , de la
même maniere qu'elle fe fait dans un alambic
, en lui donnant le degré de feu. Alors ,
dit-on,
SEPTEMBRE. 1741. 1969
'dit- on, l'efprit de vin fe fepare , il entre dans
les veines , il agite le fang , & il bleffe les
membranes du cerveau. Ce qui refte dans l'eftomach
, n'eſt plus que du vinaigre , autrement
le tartre du vin & ce tartre , par fa réfidence
, peut caufer dans les reins la gravelle ,
dans les boyaux la colique , & dans les jointures
la goutte . Effets étranges & quelquefois
funeftes du vin , qui non - feulement ne ſe
rencontrent point dans l'ufage du Caffé
mais de plus , qui peuvent être corrigés par
le Caffé même , dont les excès ne font pas à
craindre , & dont toutes les impreffions font
bénignes & falutaires .
Auffi toute l'Afie fait un fi grand cas du
Caffé , qu'il femble qu'elle ait eu de la peine
à fe réfoudre d'en faire part à l'Europe . Il y
a long-tems que l'Europe tire de l'Afie des
Diamans & des Perles , de riches Etoffes de
Soye , des Piéces de Coton travaillé finement
, des Porcelaines , du Corail , & plufieurs
autres chofes qui font rares & de
grand prix . Mais comme fi le Caffé eût été
plus cher & plus précieux à l'Afie , que tout
ce qu'on vient de nommer , & qu'il fûr fon
véritable Tréfor , elle l'a tenu ferré fort long.
tems ; elle le gardoit tout pour elle ; car enfin
nous n'avons du Caffé dans l'Europe
que depuis un demi fiecle , & encore à préfent
on nous le fait beaucoup attendre . Cette
C vj Reins
1970 MERCURE DE FRANCE
Reine des Féves voyage , pour ainfi dire , en
Princeffe , elle ne fait pas de longues traites .
D'Yemen , où croît le Café , on l'aporte à
Mocha , où on le charge fur des Barques
pour Gedda , Port de l'Arabie Petrée . De - là
on le tranfporte dans des Vaiffeaux & dans
des Galeres à Suez , autre Port qui eft à l'entrée
de la Mer Rouge. Enfin on charge le
Caffé fur un grand nombre de Chameaux
qui le portent au Caire , & du Caire on
P'envoye à Alexandrie , où diverfes Nations
de l'Europe le vont prendre , pour en faire
dans leurs Pays un commerce très- confidérable
; car on a le même empreffement pour
le Caffé , que pour le Bled . On s'intéreſſe à
fon abondance & à fon prix , comme on fait
par tout pour le Bled , & on craint d'en
manquer comme de Pain ; lorfqu'il devient
rare & cher , les nouvelles de fa rareté & de
fa cherté font des nouvelles affligeantes pour
le Public:
On peut confiderer la dignité du Caffé
par raport à l'une des qualités de l'Or , qui
étant le plus dur des Métaux , a au deffus
d'eux la prérogative de pofféder une fubftance
plus compacte & moins corruptible .
Le Caffé a de même une folidité que n'ont
as les autres Féves. On ne fçauroit l'amolir
, ni en le faiſant tremper , ni en le faifant
cuire . Il réfifte par une dureté extrême aux
P.
deux
SEPTEMBRE . 1741 1971
deux Elemens fi puiffans , de l'Eau & du Feu,
& cette folidité du Caffé , qui ne peut être
furmontée pour l'ufage , qu'en le brifant ,
lui fert à bien garder fon tréfor , je veux
dire , à conferver précieufement fa vertu balfamique
, de peur qu'elle ne s'évapore, avant
que de l'employer.
On a reconnu en faifant chymiquement
l'analyse du Caffé , je veux dire , la feparation
de fes parties , qu'il y a auffi du foufre.
On fçait que la vertu du foufre eſt admirable
; qu'il y a une huile ( l'huile eft nourriffante
) & qu'il y a un fel propre à rarefier les
humeurs , & à délayer celles qui font épaifles
& vifqueufes ; fel enfin qui aide le fang à
circuler. On affure même que la fubftance
volatile du Caffé , qui fe découvre dans cette
analyfe , & qui ôte fes voiles , a fes parties.
à peu près de même groffeur , de même configuration
, & de même mouvement que
font celles des efprits vitaux.
C'eft auffi une excellence du Caffé > que
lorfque le feu ouvre les pores de cette admirable
Féve , & qu'il en fait exhaler le phleg
me , qui tient embarraffés les efprits du Caffé ,
ilfe répand un parfum fingulier , qui eft
charmant , & qui fortifie. La fumée & la
vapeur qui font fentir ce parfum , font fi
précieufes aux Orientaux , qu'ils n'en veu
lent rien laiffer perdre dans l'air ; tandis que
le
1972 MERCURE DE FRANCE
le Caffé eft fi chaud , qu'on ne peut pas en
core le prendre , ils préfentent à leurs yeux ,
l'un après l'autre , la vapeur du Caffé , ce
qui , difent - ils , fortifie la vue , lors qu'elle
eft foible , & ils reçoivent enfuite cette vapeur
dans leurs oreilles , où elle guérit les
maux qu'on y a , & préferve de ceux qui
pourroient venir.
La vertu générale du Caffé , eft de préfider
fur le Temperament , quel qu'il foit ,
bilieux ou mélancolique ; de tempérer la
maffe du fang ; de corriger les humeurs
froides , pituiteufes & falines ; de deffécher
les férofités d'être d'un grand fecours contre
les incommodités qui naiffent d'une réplétion
univerfelle du corps , & d'une grof
feur extraordinaire du ventre ; de détacher
les phlegmes pour les expulfer ; de guérir le
rhume ; d'être un reftaurant merveilleux dans
un état de foibleffe , & un puiffant cordial
dans les défaillances. Enfin le Caffé a
en général la faculté de défendre l'intérieur
corps des eaux qui pourroient l'inonder ,
& de combattre les maladies qui lui viennent
des membranes , des nerfs , & des efprits
mal difpofés
du
Les vertus fpécifiques & particuliéres du
Caffé , font principalement pour la tête &
pour l'eftomach. Il foulage infailliblement
tout le monde du mal de tête , quelque furicux
SEPTEMBRE. 1741. 1973
rieux qu'il foit. Il y en a des exemples furprenans
, jufques à avoir guéri des perfonnes
qu'on étoit prêt de trépaner , ne fçachant
plus que leur faire dans leurs douleurs vives
& aiguës. L'expérience confirme tous les
jours cette vertu céphalique du Caffé , laquelle
eft fuprême. Pour moi , je n'ai ma
tête en repos , & je ne fuis délivré d'une migraine
horrible , que depuis que je prens du
Caffé ; & fi je fuis quelques jours fans en
prendre , je fens mon mal revenir dans toute
fa force , avec les fimptomes du vomiſſement
& du dévoyement , defquels il n'y a
que le recours au Caffé qui me puiffe
guérir.
On prétend qu'il eft même un préfervatif
certain contre l'Apoplexie & la Paralyfie ,
empêchant qu'il ne fe faffe dans le cerveau
des obftructions fatales , & s'opofant à ce
qu'il n'arrive des fuffocations extraordinaires
par de groffes fluxions , qui tombant for la
gorge , caufent des morts fubites . Enfin , le
Caffé tient toûjours la tête en bon état , il
en diffipe les nuages , & il y établit une férénité
ferme & conftante , dont fe reffentent
la mémoire & le jugement . Auffi les Levan
tins , qui ont une longue expérience des vertus
du Caffé , n'entrent point dans le Divan ,
fans en avoir pris , ayant éprouvé qu'ils en
ont l'efprit plus net , & la mémoire plus
préfente
1974 MERCURE DE FRANCE
préfente , pour réfléchir fur les affaires , &
pour les pénetrer .
Le Caffé eft encore merveilleux pour l'eftomach.
C'eſt- là , pour ainfi dire , fon autre
Scéne , fur laquelle il fait paroître d'autres
vertus. Quand les fibres de l'estomach font
relâchées , il les refferre par un acide qu'il
tient de fon amertume ; il perfectionne ſon
chyle , & abforbe fes crudités ; il s'opofe
aux coagulations ; il diffipe les fluxions ; il
arrête les vomiffemens dangereux ; il confume
les matieres morbifiques . Enfin , le Caffé
nettoye & purge l'eftomach de tout ce qui
pourroit y caufer de la corruption.
,
On a aujourd'hui plus befoin que jamais
du Caffé , à caufe des vapeurs nouvelles &
furprenantes , dont fe plaignent également
les hommes & les femmes. Outre celles qui
viennent aux femmes des affections hyfteriques
, il s'en éleve d'autres communes à
Fun & à l'autre fexe , lefquelles on ne connoiffoit
pas
autrefois . Elles font excitées par
une infinité de liqueurs nouvellement inventées
, & que la volupté a mifes à la mode.
Le Roffolis , le Ratafia , le Vaté , l'Eau de
Cette , l'Eau de Millefleurs , & tant d'autres ,
ne fe prennent pas impunément. Toutes ces
Compofitions délicieufes fe font bien payer
du plaifir qu'on a de les boire. Elles élevent
d'étranges vapeurs , dont les fimptomes font
crucls,
SEPTEMBRE . 1741 . 1975
cruels , & dont on craindroit davantage les
fuites , fans le pouvoir qu'a le Caffé de furmonter
ces vapeurs , & de les abattre.
Le Caffé fait du bien à toutes fortes de
perfonnes ; il purge les reins de ces matieres
graveleufes , qui peuvent caufer la pierre . II
foulage beaucoup les gouteux , étant capable
de diffoudre ces nodofités qui leur mettent
les fers aux pieds & aux mains. Le Caffé eft
utile à ceux qui parlent en public , à ceux
qui voyagent , & à ceux qui relevent de
maladie : ceux -là en ont leur mémoire plus
sûre , leur voix plus forte , & leur action
plus libre les autres fatiguent avec moins
de peine , & fouffrent moins du changement
d'air , & de la mauvaife nourriture ; & les
derniers reprennent plutôt leurs forces , leur
premier vifage , & leur embonpoint . Quelquefois
même le Caffé leur fait du bien par
avance , les guériffant de la fiévre , que les
remedes n'avoient pû vaincre.
:
Après ce que je viens d'établir des merveilles
du Caffé , on conçoit aifément que
fi l'Arabie Heureuſe , qui eft fa Patrie , n'avoit
pas, le titre d'Heureufe, cette incompara
bleFéve le lui procureroit ; elle le lui augmente
au moins par les grands avantages qu'en reçoit
le Genre Humain. Je tiens auffi que
Pythagore eût connu l'excellence miraculeufe
du Caffé , il fe feroit bien gardé de
fi
faire
1976 MERCURE DE FRANCE
faire ce préjudice aux Hommes , de le com
prendre dans fa défenſe ſi fameuſe des Féves .
Abftenez- vous des Féves. Il y auroit eû affûrément
une exception privilegiée pour l'ufage
de celles du Caffé:
Les Connoiffeurs difent que pour avoir de
bon Caffé , il faut prendre du dernier venu ,
comme étant le plus frais , car fon fuc fe
deffeche à mesure qu'il vieillit. Il faut auffi
que la Féve foir pleine & bien nourrie , &
que fa couleur foit d'un jaune enfoncé ; enfin
le plus leger eft le meilleur. On doit regarder
comme une Fable ce que quelques - uns
difent,fçavoir qu'il faut que le Caffé ait paſſé
par le feu, pour amortir fon germe , avant que
de nous être envoyé . Sa vertu égale dans l'Eu
rope comme dans l'Afie , réfute cette erreur.
De plus , on reçoit fouvent du Caffé avec fa
première écorce , laquelle le feu n'auroit pas
laiffée , & cette premiere écorce ôtée , fa
couleur n'eft pas differente du Caffé qui n'a
que la feconde.
Pour ce qui eft de la préparation , elle dépend
principalement de la torrefaction , qui
en eft le grand article. Elle fe doit faire avec
un feu de braife fans flamme. La braiſe du
charbon eft la meilleure , elle eft plus vive
& avance davantage la coction , & par ce
moyen elle diminuë la perte , qui arrive par
l'exhalaiſon . Il faut agiter inceffamment les
Féves
SEPTEMBRE . 1741 1977
Féves , & les tourner toutes , jufqu'à ce
qu'elles foient d'une couleur tannée un peu
obfcure. Si le Caffé étoit trop rôti , il y auroit
une grande privation de fes efprits , &
s'il ne l'étoit pas affés , il y en auroit une
partie encore engagée dans la matiere .
Les Féves tirées de deffus le feu , doivent
être tenues couvertes ; on les doit auffi laiffer
un peu refroidir , autrement elles empâteroient
le moulinet où on les met pour y être
brifées. J'ai vû des moulinets de Grenoble ,
qui font commodes & fort propres. Le bois
en eft beau & bien poli , & la ferrure en eft
très -fine & bien travaillée . Il eft bon de
paffer la farine dans un tamis , pour en fépa
rer le fon. Un quart d'once de cette farine
fuffic pour deux Taffes , & afin de ne s'y
pas néprendre , il eft aifé d'en avoir une pe
tite méfure , ou d'argent ou de fer blanc.
Plufieurs fe fervent de Caffetieres du Levant,
lefquelles on nomme des quatre Métaux ;
mais comme c'eſt du cuivre fujet à être détamé
& à faire du verd de gris , qui eſt un
poifon fort dangereux , le plus sûr & le plus
propre eft d'avoir une Caffetiere d'argent.
L'ébullition ne doit point paffer la troifiéme
partie d'un
d'heure
quart
; car fi elle dure
davantage , il s'échape plufieurs parties volatiles
. Prenez garde dans l'ardeur de l'ébullition
, que l'écume exaltée ne forte de la
Caffetiere ,
1978 MERCURE DE FRANCE
Caffetiere , car ce feroit du Caffé perdu , dư
Caffé infipide , & qui eft privé de fa force
& de fa bonté . L'Eau et le véhicule du
Caffé , comme le Vin eft celui du Quina,
L'Eau de Riviere y eft meilleure que calle
de Fontaine , & l'Eau de la Seine l'emporte
fur celle des autres Rivieres , parce qu'elle eft
un peu purgative . Enfin , fi on ne prend pas
le Caffé par amufement , comme on le fait
ordinairement avec les femmes mais par
,
un motif férieux de fanté , il faut prendre le
Caffé en Caffé , je veux dire fans fucre , car
autrement le Caffé n'eft plus un Simple ,
mais un Mixte. De plus , le Sucre échauffe
& lui emporte fon amertume , qui eft le
principe de fes meilleurs effets . Ce n'eft plus
auffi du Caffé , c'eft du Sirop . Il vaudroit autant
employer le Sucre à faire des Dragées
de Caffé , comme on fait des Paftilles ambrées
de Chocolat . Le Caffé doit être pris
comme l'Or potable , fans y rien mêler. Il
faut même en féparer le marc , en le préci
pitant au fond avec quelques goutes d'eau
froide, car le marc eft la lie & la partie groffiere
du Caffé , qui péferoit fur l'eftomach , & lui
feroit beaucoup de mal . On ne doit donc
prendre que la teinture du Caffé , une teinture
fimple & toute pure , & cette teinture
étant bien faite , eft merveilleuſe ; car elle
ne contient que les parties les plus fubtiles ,
les
SEPTEMBRE . 1741. 1979
les plus douces & les plus fulphureufes de
cette Féve fi falutaire , à la réſerve de quelques
corpufcules ignés , qui volatiliſent fes
parties , de quelques particules acides , qui
font la faveur de cette teinture , & de quelques
fubftances terreftres , qui fervent à lier
la matiere volatile , & à lui donner une confiftance.
On doit boire cette reinture du
Caffé , le plus chaud qu'on pourra , & à
plufieurs repriſes & gorgées , comme
voit boire les oiſeaux dans leur petit abreuvoir.
Il me femble que les Taffes de Coco
font fort propres à cela ; car les bords de ce
bois des Indes ne prennent pas tant de chaleur
que les Porcelaines ; elle demeure toute
entiere dans le Caffé pour fa perfection .
.
Je ne dois pas oublier de répondre à l'accufation
qu'on forme contre le Caffé , en difant
qu'il empêche de dormir. Il faut dire la
chofe comme elle eft . Le Caffé eft femblable
au Caducée de Mercure.
- Dat fomnos adimitque. Æneid. 4. Il fait dor
mir , & il réveille ; & comme cette double
proprieté ne fait point de tort au Caducée de
Mercure , elle n'en fait point auffi au Caffé.
J'éclaircis la matiere dans trois fujets differens.
A l'égard de ceux qui font dans un
affoupiffement qui tend à la Léthargie , fi le
Caffé les tire de cet état & les tient éveillés .
ce n'eft pas -là les empêcher de dormir , c'eſt
le
1980 MERCURE DE FRANCE
les empêcher de périr. Ce que fait alors le
Caffé n'eft pas un mal, c'eft un remede , c'eft
une faveur pour la vie, Secondement , à l'égard
de ceux qui fouffrent une grande agitation
d'efprits, agitation caufée par une cruelle
migraine , ou par quelque autre mal violent ,
fi le Caffé intervient , c'eft pour calmer l'orage
, & pour remettre les efprits dans leur
fituation , état qui alors eft fuivi d'un fommeil
doux & tranquile , que le Caffé lui a
procuré. Enfin , à l'égard de ceux qui ne font
ni Léthargiques , ni tourmentés , s'il arrive
qu'ayant pris du Caffé , ils ne s'endorment pas
dans le lit , ce n'eft pas une infomnie , c'cft
une veille , ce n'eft pas empêcher le ſommeil,
c'eft rendre le fommeil non néceffaire. Les
du cerveau le Caffé tient ouverts ,
pores que
donnent un grand paffage aux efprits , qui
étant formés , n'ont pas befoin de fommeil
pour les faire naître. Employons ici le fens
d'une Fable. Junon avoit , dit on , une petite
corne d'huile , dont deux ou trois goutes
faifoient vivre deux ou trois mois fans
manger. Accufera t'on cette petite corne
d'huile d'empêcher de manger , lorfqu'elle
ôtoit le befoin de manger ? C'eſt- là la perfection
véritable du Caffé , il ne combat pas
alors le fommeil, mais il en eft un fuplément;
il ne caufe pas les inquiétudes & les peines
de ne pas dormir , mais il met dans un état
de
SEPTEMBRE. 1741. 1988
de force & de vigueur , où la nuit devient
le jour , où l'on peut agir & travailler avec
une difpofition plus aifée & plus vive que
celle qu'on attendoit du fommeil ,
J'ai commencé cette Lettre par un Paffage
de Virgile , je la finis avec un autre Paffage de
ce grand Poëte. Vere fabis fatio eft. On fe
me , difoit il , les Féves dans le Printems.
Je dis à la gloire du Caffé, cette merveilleufe
Féve , qu'elle fait elle-même un Printems
dans la vie de l'homme , à qui elle forme
une fanté toujours fraîche & fleurie , & dans
laquelle on fe plaît & on jouit commodé
ment de foi- même . Pour conclufion , on
peut dire que le Caffé , par fon excellence &
par fa vertu , telle que je viens de la repré
fenter , eft préférable dans l'ufage au Thé ,
autant que le fruit l'emporte fur la feuille , &
au Chocolat , autant que le fimple eft plus
naturel que le compofe.
Je comptois , Monfieur , pouvoir joindre
à la Piéce , que vous venez de lire , l'Extrait
d'un beau Poëme Latin fur le Caffe , com
pofé par M. l'Abbé Maffieu , & inferé dans
le * Recueil des Poëfies Latines de quelques
Membres de l'Académie Françoife , imprimé
à Paris en l'année 1738. mais ce feroit trop ,
* Poëtarum ex Academia Gallica qui Latinè , aut
Gracè fcripferunt Carmina, 1. vol. in 12. Paris ,
1738.
entre
1982 MER CURE DE FRANCE
entreprendre pour cette fois , je vous pro
mets de m'en acquitter exactement dans la
premiere Lettre que j'aurai l'honneur de vous
écrire , & de ne rien négliger de tout ce qui
peut & doit entrer dans notre Traité Hifto
rique du Caffé.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c.
A Paris le 7. Septembre 1741 ..
LE TRIOMPHE DE LA VERITE
O DE.
Loin de moi , Déités propices
Aux voeux du prophane Rimeur ,
Dieu du Pinde , fous vos aufpices
Je dédaigne le nom d'Auteur.
Efprit Saint , que mon coeur adore ,
Ce font tes faveurs que j'implore ,
Soutiens ma noble activité ;
Que le Démon de l'artifice
En foupire , en tremble , en frémiffe ,
Je vais chanter la vérité .
Fuyez , vertus imaginaires ,
Que confacre l'ambition ;
Difparoiffez
SERTEMBRE. 17417
1985
Difparoiffez , vaines chimeres ,
Vous n'êtes Vertus que de nom .
Au crime toujours redoutable ,
A l'innocence favorable
Infaillible dans fes Arrêts ,
Telle fe montre l'immortelle
Que trace mon pinceau fidelle
Vérité , ce font- là tes traits .
Rempli de fa docte ignorance
Un Philofophe audacieux ,
En vain attaque l'Existence
Du Dieu qui regne dans les Cieux ;
Sa profperité fait fon crime ,
2 ་
Mais , au moindre mal qui l'oprime ,
Tu le portes au repentir ;
Tu lui fais craindre la colere
De ce Dieu jufte , mais févere ,
Qu'il s'efforçoit d'anéantir.
*
Vil Partifan , Efclave infâme
De la trompeufe volupté ,
L'Impie , en vain refufe à l'ame
Le droit de l'immortalité ", 4
Il raille en vain , en téméraire ,
Tout Dogme , dès qu'il eft contraire
D A
1984 MERCURE DE FRANCE
A fes defirs impérieux.
Il eft des tems où tu l'inſpires ;
Il en eft où tu le déchires
Par les remords les plus affreux.
*
O vous , Auteurs de fes blafphemes ,
Nés de votre incrédulité ,
Que deviennent vos vains ſyſtèmes
A l'afpect de la vérité ?
Que devient ce faux héroifme
Dont le Démon du fanatifme
Vous a follement enyvrés ,
Auprès de ma raifon foûmife
A ce que m'enfeigne l'Eglife
Sur tant de Myßeres Sacrés ?
Tel eft ton vouloir admirable ,
Augufte & fainte Vérité ,
Du vice adverfaire implacable ,
Tu ne défends que l'équité ;
Que l'homicide calomnie ,
S'armant de toute fa furie ,
Ofe contre elle s'expliquer ;
Orgueilleufe , mais vaine audace b
Un feul de tes traits la terrafle
Dès qu'on te la voit attaquer.

I
Ain fi
SEPTEMBRE. 1741 1985
1741.:
Ainfi l'on connut ta puiffance ,
Lorfque deux Vieillards féducteurs
Autrefois contre l'innocence
Lancerent des traits impofteurs ;
De fa pudeur chaſte Victime
Déja Suzanne . en butte au crime ,
Aprochoit d'un honteux trépas ;
Mais touchée enfin par fes larmes .
Que faifoient couler trop de charmes,
Tu parus & tu prononças.
*
De fon impudique Maîtreffe
Jofeph eft aimé tendrement ,
Mais , incapable de foibleffe ,
Il brave un amour imprudent ;
Le mépris qu'on fait de fa flâme
Picque cette Princeſſe infâme ;
Elle' jure de s'en venger ;
Au fond d'une priſon obſcure
Jofeph eft mis par l'impoſture ;
La vérité fçait l'en tirer.
*
Rapellerai-je à la mémoire
Tant d'autres grands Evenemens ,
De tes combats & de ta gloire
Inéfaçables
Monumens
Dij
Admire
1986 MERCURE DE FRANCE
• Admirés des fiécles antiques
Ils étoient l'objet des Cantiques
Que récitoient nos faints Ayeux ;
Admirés encor par nous - mêmes ,
Envers eux nos refpects fuprêmes
Pafferont jufqu'à nos neveux.
*
Pour moi , quoiqu'encor dans un âge
Toujours fufceptible d'erreur
Je veux conferver l'avantage
De t'entretenir dans mon coeur ;
J'abhorre les détours contraires
A tes maximes falutaires ;
que
Je ne me fonde
fur toi ,
Et je tiens indigne de vivre
Quiconque
n'a pas daigné ſuivre
Ce que lui prefcrivoit
ta Loi.
Par M. P.T. J. Varin , de Rožen,
****************
LETTRE de M *** ¸ à M. D. L. R. ass
fujet d'un Difcours que M. Graviere , Avocat
au Parlement de Paris , a prononcé à Lyon.
C'Eft ,M. un ufage immémorial
dans la
Ville de Lyon , de faire prononcer
un
Difcours
chaque année pour la Céremonie
de
SEPTEMBRE. 1741 1987
de la Publication de Mrs les Prévôt des Marchands
& Echevins; M.Graviere , jeune Avocat
au Parlement de Paris , a été chargé de faire
ce Difcours cette année 1741 .
Des Ouvrages de fa Profeffion avoient
déja décidé fur ce jeune Orateur ; fon Difcours
nous aprend aujourd'hui qu'il eft égal
dans l'Eloquence Académique , & dans l'Eloquence
du Bareau .
Je me propofe de vous donner une idée
de fon Difcours , qui traite de la néceflité
& des avantages de la Prudence , & de vous
rendre compte de fon plan & de fon exécution
.
La premiere beauté d'une. Piéce d'Eloquence
, eft la prompte & fimple expofition
du fujet.
Je me ris d'un Auteur , qui lent à s'exprimer ,
De ce qu'il veut d'abord ne fçait pas m'informer
Defpreaux.
Suivant ce principe , M. Graviere débute
par cette Phrafe , » la Prudence n'eft pas feu-
» lement une des premieres vertus , elle eft
» auffi la regle de toutes les autres .
Cette expofition fimple annonce bien de
quelle vertu l'Orateur va parler , mais quand
on traite d'une vertu , il y a , fuivant les Regles
de Longin, deux chofes à quoi l'on doit
s'apliquer. La premiere , eft de bien faire en-
Diij tendre
1988 MERCURE DE FRANCE
tendre ſon Sujet , la feconde , que je tiens au
fond la principale , dit Longin , conſiſte à
montrer comment & par quels moyens ce que
nous enfeignons fe peut acquerir. Voici com➡
ment M. Graviere a rempli la premiere regle .
» Je n'entends point parler, dit- il , de cette
» fauffe Prudence , imaginée par les paífions ,
»pour donner aux vices les aparences de la
» vertu ; fille du menfonge , foeur de l'hipocrifie
, ouvrage du crime , puiffe - t'elle difparoître
pour jamais !
»
>>
" La vraye prudence eft fille de la vérité ;
» mere du vrai , elle épargne à ceux qui l'é-
» coutent la honte de profaner l'hommage
» dû aux vertus bien reglées .
"
L'Orateur , après avoir ainfi donné le ta-'
bleau de la faufle Prudence & de la vraye ,'
parle des effets de la derniere : » fi elle interdit
les paffions criminelles , elle permet les
plaifirs innocens , & les délaffemens hon-
» nêtes ; toujours égale , toujours tranquille
toujours modefte , elle trace la regle de la
bonne conduite .
que
2
Ce trait eft conforme à ce que l'on dit ,
les Ouvrages expriment le caractére dé
leur Auteur ; vous le fçaurez. M. Le jeune
Orateur s'interdit l'Opera par prudence. Il
enerve le coeur, dit-il , il affoiblit l'imagination.
Qu'il eft beau dans un âge où les paffions
fons vives, de penfer & d'agir avec cetre fuperiorité
!
» Sans
SEPTEMBRE. 1741 1989

» Sans la Prudence, pourfuit-il , les moindres
difficultés font à craindre ,, les chofes
» les plus fimples font fouvent au- deffus des
forces humaines; elle eft donc néceffaire ,
» elle eft donc utile à tous les états , à tous
» les âges , à l'un & à l'autre Sexe.
L'Obfervateur fur les Ecrits modernes
il
parle de ce Difcours dans fa 367. Lettre ,
prétend que l'Orateur a négligé de le divifer
Pour moi qui entends par divifion la partic
du Difcours que l'Orateur employe à la fin
de fon Exorde, pour annoncer de quelle maniere
& en quel ordre il prouvera la propofa
fition , le principe qu'il a pofé , je regarde
cette phrafe , La Prudence eft donc néceſſaire ,
elle eft dont utile à tous les Etats , à tous les
ages & à l'an & à l'autre Sexe , comme une
divifion ; je vois par- là que l'Orateur fera
trois Parties les Etats , les âges , & l'un &
l'autre Sexe ; divifion , au furplus , que l'Orateur
à fuivi.
;
Mais , ajoûte l'Obfervateur , l'Oráteur n'a
pas de peine à prouver la propofition inconteftable
, que la Prudence eft utile & néceſſaixe
, c. Longin difoit tout à l'heure que c'étoit
une regle infiniment importante de donner
les moyens d'acquérir la vertu dont on
parloit. Cette refléxion donne de la force à
la Critique de l'Obfervateur ; nous fouhaitons
que l'Orateur en profite , & que nous
Dij aprenant
1990 MERCURE DE FRANCE
{
aprenant les moyens d'acquérir la Prudence,
il donne à fon Difcours une feconde Partie
qui lui manque .
L'Orateur , après avoir fait fa divifion, pofe
ces principes. » Les démarches des hom-
» mes ne font jamais indifferentes. Occupent-
» ils des places éminentes ? Leurs actions
» font d'une conféquence extrême , dans les
places inférieures , dans toutes les condi-
» tions ; les fuites veulent être prévuës &
ménagées. La privée même ne difpenfe pas
» de cette attention .
>>
"
Il parcourt d'abord la plupart des conditions
; il commence par les Rois. Il dit qu'envain
un Roy auroit le rare affemblage des
plus grandes vertus , fi la prudence n'en dirigeoit
l'ufage. » Pieux , dit-il, fans reflexion,
génereux fans choix , courageux fans précaution
, il donneroit à la pieté un tems
» néceffaire au foin de fon Royaume.
1
» La Prudence , pourfuit- il , fait les Rois,'
»le Diadême ne doit que les annoncer,
Il paffe enfuite aux Generaux d'Armée.
» Eft- il prudent ? les ftratagêmes d'Annibal
»font inutiles , il n'en retire que la honte , le
defefpoir de les avoir vaînement imaginés.
Une tranfition naturelle le conduit à parler
de l'adminiſtration de la Juftice . Les plus
grands Magiftrats , qui ont demandé ce Dif
cours avec empreffement , ont dû être flatés
da.
SEPTEMBRE . 1741. 199
de la maniere dont l'Orateur parle de la Pru
dence néceffaire à un Magiftrat ; c'est un
Portrait dans lequel ils ont dû fe reconnoître
avec fatisfaction ; l'Orateur parle des Avocats
dans le même endroit.
""
39
" C'est avec raifon , leur dit - il , que les
plus grandes places de la Magiftrature font
précedées du caractère qui nous ouvre la
» noble carriere du Barreau , caractére précieux
, & que vous honorez à votre tour
" par votre capacité , par vos talens , & plus
" encore par la maniere dont vous en uſez .
L'Orateur devoit cet Eloge à des Confreres,
dont il mérite & dont il obtient l'eftime.
"
Il parle enfuite de la Prudence néceffaire
dans le Commerce. » Ce Roy , dit- il , qui
» avoit reçû tous les dons en demandant feu-
» lement la Prudence , fut fi perfuadé de la
» nobleffe & de l'utilité du Commerce
ود
qu'il fe fit un devoir de l'honorer d'une
» diftinction particuliere , & nos Rois , à
» l'envi , ont fuivi cet exemple.
C'eft ainfi que l'Orateur prouve la néceffité
de la Prudence dans le Commerce.
Après ce Morceau il rapelle fa feconde
propofition , que
, que la prudence eft néceffaire à
Tous les âges. C'eſt ainsi, au moins, qu'il l'annonce
; mais comme l'Orateur eft dans un
âge encore tendre , il a penfé qu'il étoit de fa
prudence de ne pas s'adreffer à la vieilleſſe
D v
1992 MERCURE DE FRANCE'
l'âge mur , à celui même qui précede cet
age. Il ne les parcourt donc pas tous ; il fe
contente de dire en général ; que » Pour
» connoître que la Prudence eft néceffaire à
» tous les âges , il ne faut que penfer qu'il
» n'en eft point , qui n'ait à craindre les Paf-
» fions ; or fans Prudence , il n'eft pas poffi.
» ble d'en arrêter le progrès , auffi n'y en a-
» t- il aucun qui ne puiffe être prudent.
On ne reprochera pas à l'Orateur un
ftyle trop figuré , une affectation puérile
à mettre de l'efprit par tout ; où trouve - t'on
une plus grande fimplicité ? fa conféquence
l'engage à donner des exemples de jeunes
geris prudens ; il parle du jeune Samuel , qui
depofitaire des deffeins du Maître d'if
raël , de Daniel à qui une chafte Beauté fût
rede vable de fon triomphe , du fils de Cambyfe
, qui fe faifoit autant d'admirateurs
que fon pere & fon ayeul avoient de fujets ,
du jeune Scipion qui en vengeant la mort
d'un pere digne de lui, fit trembler l'Espagne,
qui auffi modefte après le triomphe , que
terrible dans le combat , confondit les confeils
d'une Cohorte d'adulateurs .
A la fuite de ces jeunes gens Prudens ;
qu'il nous foit permis de mettre M. Graviere
lui - même , qui tel que le jeune Scipion , a
un pere digne de lui.
Les exemples que M. Graviere vient de
donner
SEPTEMBRE. 1741
1993
6
donner , ne le juftifient- ils pas bien de la
Critique de M. l'Abbé D. F. qui dit qu'il auroit
pû aisément mieux choifir fes exemples
?
L'Orateur a dit dans fa Diviſion , que la
Prudence eft néceffaire à l'un & à l'autre
fexe. Si la délicateffe du temperamment
du fexe , dit- il , & l'intérêt que nous avons
» à le ménager , le deftinent à des foins
moins pénibles que ceux auxquels nous
» nous confacrons , fes occupations n'en font
pas moins précieuſes à la Societé. Il ajoûte
qu'il y auroit de l'injuftice & de l'ingratitude
à regarder la prudence , comme audeffus
de leurs forces , il cite des femmes
prudentes
t
" C'eſt à Judith , dit- il , qu'il eft réſervé
de mettre la tête d'Holopherne dans les
» mains du peuple qu'il avoit juré d'immo-
»ler à fa fureur.
L'Obfervateur dit que cette action feroit
-plûtôt une témerité qu'une prudence , fi elle
n'étoit pas infpirée . Il condamne cet exemple
, & ajoûte que l'Orateur auroit pû trouver
aifément de plus juftes exemples qui
-conftatent la prudence des Dames ; j'ai entendu
M. Graviere répondre à cette Critique
, qu'il falloit diftinguer le projet de l'action
, d'avec fon exécution ; que le projet de
-couper la tête d'Holopherne , s'il n'eût pas été
Dvj infpiré,
1994 MERCURE DE FRANCE
infpiré , eût , fans doute , été téméraire ; mais
que la maniere dont Judith 's'y eft prife pour
exécuter ce Projet , étoit pleine d'adreffe & de
prudence,& qu'en cela elle méritoit l'Eloge qu'il
lui a donné, La juſteſſe , pourſuivoit il , facri
fiée ici , pour dire une galanterie aux Dames ,
doit paroître , fans doute , un trait fingulier.
Je vous laiffe juger , M. de la Critique & de
la Réponſe. eil
(1
Ceux qui ont lû le Difcours ont peut-être
été étonnés , que l'Orateur n'ait point parlé
des Hommes en cet endroit , quoi qu'il eût
promis d'en parler ; voici ce que l'on peut
répondre. A la vérité , l'Orateur ne dit pas
un feul mot des Hommes dans cette propo
fition qui les renferme ; cependant la pru
dence eft néceffaire à l'un & à l'autre fexe.
Mais puis qu'il prouve que cette vertu eft
néceffaire aux Dames , dont les emplois font
moins importans que les nôtres , il y a apa
rence que l'Orateur a penfe , qu'elles ne s'offenferoient
pas fi nous tirions de fa propofition
prouvée , un argument pour nous - mêmes.
Eh! qu'importe , au reſte , quand une
verité eft rendue conftante , qu'elle le foit
d'une maniere ou d'une autre ? ici c'eft tacipar
un argument à fortiori que
1'Orateur prouve que la Prudence eft néceffaire
& utile à notre fexe.
tement , &
» Tout concourt donc à établir , dit l'O-
» rateur
SEPTEMBRE. 1741. 1999
rateur , que rien n'eft plus néceffaire , n'eft
" plus utile que la prudence. Il raporte ici
des traits de l'Hiftoire Sacrée , de l'Hiſtoire
profane , & de la Fable , qu'il nomme l'image
ingénienfe du vrai , & fi propre à le perfua
der.
On a dit de M , Huet , que parce qu'il
avoit plus de faits que de réfléxions , il parloit
de la Philofophie en Hiftorien ; M. Graviere
qui a beaucoup lû l'Hiftoire , en a rempli
une grande partie de fon Difcours Académique
; il ne faut pas croire pour cela qu'il
manque d'imagination ; mais c'eſt un nouveau
genre qu'il a voulu tenter dans un Ou
vrage , où l'on avoit penfe jufqu'alors qu'il
étoit permis de répandre , même avec une
forte d'abondance , toutes les fleurs & les
enchantemens de l'Eloquence , & d'y femer
les traits d'une belle imagination,
1
esk
Lés Cérémonies publiques font des Fêtes ;
auxquelles on doit affifter avec les parures
les plus galantes & les plus magnifiques ;
c'eft au moins affés l'idée que l'on en a ;
mais M. Graviere , ennemi de toute oftentation
, de tout air de hauteur , parle dans
fon Difcours comme un Philofophe fage, qui
ne fonge qu'à prouver une verité par des raifonnemens
& des exemples.
>
Séroit-il enfin quelque climat , pour
» fuit l'Orateur , qui pût fans témeri .
» té
1998 MERCURE DE FRANCE
» té fe fouftraire à l'empire de la Prudence ?
Superbe Athenes , orgueilleufe Troye
" opiniâtre Sagonte , joignez - vous à la fiere
rivale de Rome , & faites nous le recit de
vos malheurs ; aprenez-nous combien vous
» avez fouffert de l'imprudence de ceux qui
1 vous ont gouvernées ...ou plutôt ne nous
» dites rien ; l'état affreux de vos murs nous
en dit affés.
3
$.
Aux accords d'Amphion les pierres ſe mouvoient
Et fur les murs Thébains en ordre s'élevoient.
-Nous ne doutons point que les murs n'euffent
obéi à la voix de notre Orateur , auffi
après les avoir interpellés par une vive apof
trophe , a t'il bien fait de les prier enfuite
de ne rien dire ; il y en a tels qui auroient
pû aprendre , que ce n'eft pas l'imprudence
des Chefs qui les a fait tomber , mais des
Paffions funeftes . Ne nous dites rien eſt donc
une Réfléxion très - fenſée , mais après avoir
fi fagement engagé les murs à ne lui point
donner de démenti , n'eft - ce pas un trait
hardi à l'Orateur d'avoir ajoûté tout de fuite,
l'état affreux de vos murs nous en dit affés . Au
refte , ce trait eft un de ces mouvemens vifs
qui préviennent la réfléxion , que l'on paffe
à celui à qui il échape , qui brille même
d'abord en faveur de l'Enthouſiaſme qui le
produits mais qui peut mieux fçavoir que
l'Orate uz
~ SEPTEMBRE. 1997
- 1741.
l'Orateur lui-même , fi ce trait eft affés fage
fur le papier ? en général l'Enthoufiafme ne
juftifie pas le faux , l'Enthoufiafme eft fupofé
être infpiré par un Dieu , & un Dieu eft
plus fage qu'un homme ; d'ailleurs fouvent
un trait aplaudi , lorfqu'il a été prononcé ,
eft critiqué très- juftement , lorsqu'il paroît
au grand jour de l'impreffion ; elle eft l'écucil
des idées trop brillantes.
L'Orateur acheve fon Difcours par ces paro
» les; Joüiffez , dignes Citoyens de cette Ville
» heureufe & refpectable , joüiffez de l'avan
» tage qui vous eft propre , vous avez dans
» tous les tems fait voir tant de prudence
» dans vos délibérations , dans le choix de
» vos Magiftrats , dans l'exercice de vos
» Profeffions , qu'on ne fçauroit faire l'Eloge
» de la Prudence , fans faire celui de votre
» conduite.
Le Difcours finit par quatorze Compli
mens qui ont été fort goûtés , & dans lef
quels on n'entrera point , pour ne pas excéder
certaines bornes. Je fuis , Monfieur, &e,
ODE
1998 MERCURE DE FRANCE
ODE ,
Sur la profanation des Eglifes.
GRand Dieu , dont la Toute- Puiſſance
D'un doigt balance l'Univers ,
Dès que tu parois , ta préfence
Fait trembler les Cieux , les Enfers ;
Les Montagnes courbent leurs cimes ;
La Mer au fond de fes abîmes
Se précipite en mugiffant ;
>
La Terre , à ton afpect troublée ,
Dans fes fondemens ébranlée ,
Craint de rentrer dans le néant.
*
Mais quand de ta Majefté fainte
L'Univers inftruit les Mortels ,
Le Chrétien feul ofe fans crainte
T'infulter au pied des Aurels.
La volupté , l'impénitence ,
Les ris , le luxe , la licence ,
Au Temple accompagnent fes pas ;
Et , lorfque ton Fils adorable
S'anéantit pour le coupable ,
L'ingrat ne le refpecte pas.
Que
SEPTEMBRE . 1741 .
1999
Que vois-je ! Quelle Femme altiere
A franchi les Parvis facrés ?
Les vains attraits dont elle eft fiere
Animent les yeux égarés.
En vain pour expier fon crime
Le Sang d'un Dieu , Prêtre & Viðme ;
Coule à grands flots de toutes parts ;
Cette orgueilleufe Criminelle
Ne pense qu'à Hifer fur elle
Les hommages & les régards.
*
Nouveau crime ! èn quelle poſture
Ma vûë aperçoit le Pécheur !
Je le vois pour la Créature
Tourner le dos , au Créateur.
Au milieu de nos faints Myfteres
Ses yeux libres & temeraires
Excitent fes defirs impurs.
Jeuneffe aux vices affervie ,
Tremble , du terme de ta vie
L'Arrêt e tracé fur ces murs
*
Mais quoi l'éternelle Sageffe
Sur ces Autels defcend pour nous !
Mondain , dans ta fuperbe yvreffe
Crains-tu de fléchir les genouxt
1
300
1000 MERCURE DE FRANCE
Et quand de la voute azurée
Des Anges la Troupe facrée
Vient rendre hommage à fon Auteur j
Faut-il , vil amas de pouffiere ,

Aux pieds d'un Juge humble & févere
Porter un fafte féducteur ?
2
*
Paroiffez , Ombre magnanime
Du génereux Mathathias ;
Venez faire pâlir le crime ,
Religieux Ezechias ;
Et vous ,
de Paul illuftres Manes ,
Venez aprendre à ces Profanes ,
Combien leur Culte eft fcandaleux s
Mais tandis que je vous apelle ,
Dans fa Pagode un Infidele
Va confondre les orgueilleux.
*
Suivons l'Indien jufqu'au Temple
Od le conduit P'Efprit d'erreur ,
Devant l'idole qu'il contemple
Il tremble , il pâlit de frayeur .
Quel refpect ! quel profond filence !
Je fuis frapé de la décence
Qui regne en ce profane Lieu
bi) .
[
T
MIMI
Le Chrétien feul inexcufableft ab 12-
Dans
SEPTEMBRE. 1741 .
2008
Dans le Tabernacle adorable ,
Semble oublier qu'il eſt un Dieu .
*
Refpectables Dépofitaires
Des Droits facrés du Tout- Puiffant ;
Fermez , fermez nos Sanctuaires
A l'infidele Proteftant ;
Ses yeux témoins de tant d'outrages ,
Ne verroient dans tous nos hommages
Qu'un defaveu de notre Foi.
Chrétien , en outrant l'indécence ,
Peux-tu lui prouver la préſence
D'un Dieu qui s'immole pour toi
Dans cette Maifon de lumiere
Si tu méconnois ton Sauveur ,
Lâche , pourquoi de ta Priere .
Y porter l'encens impofteur
Ou fi de l'Auteur de ton être
Tu fçais encor y reconnoître
La redoutable Majeſté ,
Tremble , Nouvel Héliodore ;
Le Dieu que l'Univers adore
En vain n'eft jamais infulté.
Jufques-à quand , Juge ſuprême ,
Souffriteor
MERCURE DE FRANCE
Souffriras tu ces attentats ?

Venge - toi , le crime eft extrême ,
Pourquoi ménager des ingrats ?
La Sinagogue meurtriere ,
Objet de ta jufte colere ,
Vit périr fes Profanateurs ;
Grand Dieu ! pour qui fera ta foudre ';
Si ton bras ne réduit en poudre
Leurs coupables Imitateurs ?
Par R. Chanrine , Grand Chantre de la
Collégiale de Nantes.
QUESTION IMPORTANTE ;
jugée au Parlement de Paris le 21. Juin
dernier ; fçavoir , Si les Teftamens Olographes
font valables dans la Partie de l'Au
vergne , qui eft régie par le Droit Ecrit.
FAIT.
Ntoine Cohade , Teftatcur , demeu
roit à Iffoire en Auvergne , petite Ville
avec Prevôté reffortiffante au Bailliage de
Clermont-Ferrand , Pays de Droit Ecrit.
Le 20. Mai 1728. il fit fon Teftament Olographe
à Iffoire , fans témoins , & fans Epiftographe
, tel qu'ils font autorisés en Pays
Coûtumier.
Par
SEPTEMBRE . 1741 2005
Parce Teftament , entr'autres difpofitions ,'
il confirma la conftitution de dot qu'il avoit
faite à Antoinette Cohade fa fille , mariée
au fieur Sauvage , qu'il inftitua fon héritiere
particuliére à cet égard.
Il légua enfuite à fa femme tous fes effets
mobiliers , qui fe trouveroient lui apartenis
au jour de fon décès , & l'ufufruit de fes im
meubles , conjointement avec le Sr Sauvage
par moitié entr'eux , & le tout au furvivant
des deux , à la charge d'entretenir & de nour
rir les deux filles des Sr & Dame Sauvage
lefquelles il inftitua fes heritieres en tous fes
biens immeubles.
Le Teftateur mourut au mois d'Août 1730
Marie & Jeanne Cohade , niéces du défunt,
& fes héritieres ab inteftat , la premiere autorifée
du Sr de Sourzat , fon mari , demanderent
la nullité du Teftament , fe fondant entr'autres
moyens fur ce qu'il étoit Ologra
phe.
Sur cette conteftation les Parties conving
rent d'Arbitres , qui par leur Sentence du
24. Decembre 1735. ordonnerent l'exécu
tion du Teftament.
Les heritiers ab inteftat , ayant interjetté
appel de cette Sentence , l'affaire fût apointée
au Confeil en la Grand'Chambre , au
raport de M. Severt , Confeiller.
Les Apellans opofoient que l'on ne conpoit
2004 MERCURE DE FRANCE
noît en Pays de Droit Ecrit , que deux for
tes de Teftamens ; fçavoir , le Nuncupatif&
le Mystique ou fecret ; qu'à l'égard des Tefta
mens Olegraphes , fans témoins & fans Epiftographe
, ils ne font reçûs qu'en Pays Coû
tumier,
Il est vrai que par une Novelle de Valen
tinien , inferée dans le Code de Théodoſe ,
les Teftamens Olographes avoient été autorifés
indiftinctement ; mais le Code Theodofien
n'eft point le Droit qu'on obferve
dans les Pays de Droit Ecrit ; ce Code fur
aboli par celui de Juftinien , dont les Loix
font feules obfervées en Pays de Droit
Ecrit,
Les Lois hac confultiffimâ & cum antiquitas
rejettent indiftinctement tous les Teftamens
faits fans témoins ; la Novelle 107. de
Juftinien n'y a dérogé qu'en faveur des Tef
tamens des peres aux enfans : dans tout autre
cas les Teftamens Olographes , fans témoins
, font réjectés en Pays de Droit Ecrit
& ne peuvent par conféquent être admis à
Clermont en Auvergne , Ville qui eft régie
par le Droit Ecrit.
La Jurifprudence des Arrêts a toujours annullé
les Teftamens Olographes , faits en
Pays de Droit Ecrit.
Il y a un Arrêt du Parlement du 1. Septembre
1626 , rendu en la Grand’Chambre
qui
SEPTEMBRE. 1741. 200
qui déclara nul un Teftament Olographe
fair par Jean Perret , habitant de S. Etienne,
en Forez.
Un autre Arrêt de Reglement rendu au
raport de M. l'Abbé Pucelle , le 20. Août
1725. déclara pareillement nul un Tefta
ment Olographe , fait par le Sr d'Efpinay ,
habitant de Villefranche , en Beaujolois.
Il y a un dernier Arrêt du 21. Juin 173 1.
qui a déclaré nul le Teftament Olographe
de Jean Durand Boifferet , habitant de la
Ville de Sauxillanges , en Auvergne .
Si quelques Arrêts ont confirmé des Tefta
mens Olographes , ils font fondés fur des
circonftances particuliéres , il s'agiffoit de
legs pieux , ou bien on opofoit des fins de
non- recevoir,
Si la Cour avoit voulu introduire les Tef
tamens Olographes en Auvergne , elle en
auroit fait un Reglement.
Enfin les Apellans raportoient trois Certi
ficats , l'un du Prevôt d'Iffoire , un autre
d'un Notaire de la même Ville ; & le troifié
me du Bailly de Sauxillanges , qui atteſtoient
que les Teftamens Olographes n'etoient
point ufités dans leur pays.
De la part des Intimés on répondoit que
Torfque Jules - Céfar eut conquis les Gaules ,
quoiqu'il eût laiffé aux peuples la liberté de
fuivre leurs anciens ufages , les Provinces les
plus
2006 MERCURE DE FRANCE
plus voifines de l'Italie , telles que la Pro
vence & l'Auvergne , s'accoutumerent peu
peu à fuivte le Droit Romain ; fçavoir , les
Codes Grégorien , Hermogénien & Théodofien
, qui étoient les feules Loix qu'on ob
fervât alors dans l'Empire Romain , & qu'Alaric
II, Roy des Vifigots avoit fait publier
dans fes Etats en 438,
Le Code de Juftinien par lequel cet Empereur
abrogea la plupart des Loix du Code
Théodofien, & notamment l'ufage des Teftamens
Olographes , ne fut publié qu'en 529 ,
100. ans après que les Gaules avoient ceffe
d'être foumifes aux Romains.
Il n'eft donc pas étonnant que les peuples
de l'Auvergne , qui avoient été long- tems
fous la Domination Romaine , euffent adopté
Pufage des Teftamens Olographes , tels que
Le Code Théodofien les permettoit ; il feroit
furprenant au contraire qu'ils fe fuffent foûmis
à la forme nouvelle & gênante de tefter,
prefcrite par Juftinien , dans un tems où ils
avoient fecoué le joug de l'Empire Romain,
Lorsqu'on eut recouvré les Livres de Juftinien
, & qu'on eût ordonné de les enfeigner
dans les Ecoles , cela n'obligea pas ceux qui
fuivoient déja le Droit Ecrit à le fuivre d'u
ne maniere uniforme : chaque Province con
ferva fes ufages particuliers ; ainfi les Teſtamens
Olographes continuerent d'être ufités
SEPTEMBRE. 2007 1741
en Auvergne , fuivant le Code Théodofien ,
de même qu'ils furent autorisés en Pays Coûtumier
, lors de la rédaction des Coûtumes.
Cette forme de tefter eft d'autant plus favorable
, que non - feulement c'eft la plus
fimple , mais auffi celle qui conftate le plus
furement la volonté du défunt ; Juftinien
avoit lui même autorifé les Teftamens Olographes
des peres aux enfans.
Les habitans de la haute Auvergne , régie
par le Droit Ecrit , ont toujours ufé de cette
forme de tefter. Les Intimés juftifioient cet
ufage par neuf Teftamens Olographes qu'ils
avoient fait compulfer à Clermont depuis
1716. jufqu'en 1731 , dont un feul avoit été
attaqué , mais il fut confirmé par Sentence, à
laquelle les heritiers acquiefcerent.
A l'égard des Certificats donnés par les
Officiers d'Iffoire & de Sauxillange , on répondoit
qu'ils ne méritoient aucune attention
, n'ayant point été ordonnés par la
Cour , & d'ailleurs étant affés informes.
>
On citoit au.fi une foule d'Arrêts qui ont
confirmé des Teftamens Olographes , faits
en Auvergne.
Le premier rendu en la Grand'Chambre le
24. Juillet 1601 , fur l'apel d'une Sentence
du Juge d'Aurillac .
Le fecond rendu en la Chambre de l'Edit
le 17. Août 1649 , confirmatif d'un Tefta
E ment
2008 MERCURE DE FRANCE
ment Olographe , fait par un homme de
Clermont .
Le troifieme , du 27. Janvier 1651. en la
troifiéme des Enquêtes , confirma un Teſtament
Olographe fait à S. Flour.
Le quatrième , du 20. Juillet 1652. en
confirma un autre qui avoit pareillement été
fait dans la Province d'Auvergne ; ainſi l'ufage
eft conftant & confirmé par la Jurif
prudence.
Auffi , par , par l'Arrêt
qui eft intervenu
le 21:
Juin 1741.
la Sentence
arbitrale
, dont étoit
apel , a éte confirmée
avec amende
& dépens
, ce qui juge
que les Teftamens
Olographes
font reçûs
en Auvergne
, même
dans
la partie
qui eft régie
par le Droit
Ecrit,
SUR la Mort d'une fort belle Chienne ;
écrasée par un Caroffe.
AYant fçu , belle Iris , le fujet de douleur
Que la mort de Mouchette a mis dans votre coeur,
Avec la foûle je m'empreffe ,
Et ne veux attendre plus tard ,
Pour vous dire que je prends part
A tout ce qui vous intereffe.
La pauvre Chienne avoit les graces & les dons
De
SEPTEMBRE. 1741
2009
De l'admirable Nature ;
Adreffe , inftinct , beauté , c'étoit une peinture ;
Elle fçavoit au mieux répeter vos leçons ,
Faifant fort bien la réverence ,
Donnant la patte , & marchant en avaut
Sur les deux pieds ; après là danſe
Elle venoit careffer fa Maman ;
Elle contrefaifoit pafaitement la morte ;
Mais la cruelle mort , dont on ne fe rit point ,
Lui a fait tout de bon mettre bas fon pourpoint ,
Hélas ! d'une tragique forte ;
Un mal adroit Cocher téméraire , brutal ,
Qui jamais, en touchant, n'a fçû prononcer gare ;
( D'en trouver de polis , j'avourai qu'il eft rare , )
Impitoyablement fur ce cher Animal
A fait paffer la rouë ;
Que le diable l'écrouë ;
Pardonnez , tendre Iris , cette imprécation ;
Qui n'eft pas top conforme à la dévotion
Loin de vous irriter , je veux fécher vos larmes ;
Allons , allons , ne pleurez plus ,
Tous ces regrets font fuperflus ,
Dans un plus digne objet recherchez d'autres
charmes ;
Faites ce que vous dit , tôt après l'accident ,
Certain Plaifant , voulant filer du tendre ;
Nommez au Bénefice , & fi j'y puis prétendre
E ij
Par
2010 MERCURE DE FRANCE
Par un amour le plus ardent ,
Accordez-moi la préference ,
Vous le devez à ma conſtance.
De Poitiers , ce 7. Mai 1741
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le
Marquis de C .... au fujet d'une Medaille
d'une Damefçavante d'Italie.
E vous avoue , Monfieur, que je ne connoiffois
guére Madame Isora de Rimini ,
quelque célebre qu'elle ait pû être en Italie
dans le XV. fiécle , lorfque deux Médailles ,
frapées en fon honneur , me font tombées
entre les mains. La premiere m'a été communiquée
, puis donnée par M. le Préfident
de M. Elle eft un peu plus grande qu'un de
nos demi Ecus d'aujourd'hui . On y voit d'un
côté la Tête en demi Bufte de cette Dame ,
coëffée & drapée , à peu près comme dans
celle dont je vais parler , & dont la Gravûre
eft ci jointe. On lit autour , D. ISO TAE
ARIMINEN. M. CCCC. XLVI. Et fur
le Revers il y a , pour tout Symbole , un Livre
fermé , avec ce mot,, dont les Lettres
font efpacées autour de cette maniere ?
E L E G I
C
AE.
A l'égard

2010 MERCURE DE FRANCE
Par un amour le plus ardent ,
Accordez-moi la préference ,
Vous le devez à ma conſtance.
De Poitiers , ce 7. Mai 1741.
LETTRE écrite par M. D. L. R. à
Marquis de C.... au fujet d'une Med.
d'une Damefçavante d'Italie.
E vous avoue, Monfieur, que je ne
Toffois quote 15oque de Re
noiffois guére Madame Isora de Ri
quelque célebre qu'elle ait pû être en 1
dans le XV. Giècle , lorfque deux Médai
frapées en fon honneur , me font tom
entre les mains. La premiere m'a été c
muniquée , puis donnée par M. le Préfi
de M. Elle eſt un peu plus grande qu'un
nos demi Ecus d'aujourd'hui. On y voit
côté la Tête en demi Bufte de cette Dar
coëffée & drapée , à peu près comme d
celle dont je vais parler , & dont la Gravi
eft ci jointe. On lit autour , D. ISOTA
ARIMINEN . M. CCCC. XLVI. Et fi
le Revers il y a , pour tout Symbole , un Li
vre fermé , avec ce. avec ce mot , dont les Lettre
font efpacées autour de cette maniere
E G I A
λ
E.
A l'égard

THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR, LANCK AND
TILDEN FOUNDATIONS.
SEPTEMBRE . 1741 2011
A l'égard de la feconde Médaille de la
même illuftre Perfonne , je vous en dois ,
Monfieur , la premiere connoiffance & lobligeante
communication ; c'eft en ce genre
l'un des plus confidérables Monumens
de votre Cabinet. Comme cetre Médail - ´
le eft en tout fort au - deffus de l'autre , &
que vous m'avez permis de la faire graver ,
je n'ai point hélité fur la préference ; le Public
partagera avec moi la reconnoiffance.
qui vous en eft dûë:
Cette reconnoiffance feroit encore plus
grande , & le Public fe trouveroit mieux fervi,
fi vous aviez bien voulu , Monfieur , expliquer
vous- même votre Médaille , c'eft àdire
, nous inftruire à fonds au fujet de cette
fçavante Dame , fans oublier le Symbole fin.
gulier qu'on a trouvé à propos de lui apliquer
, & l'habile Auteur du Monument en
queftion ; mais vous vous êtes contenté de
me charger de ce foin ; voici , M. comment
j'ai tâché de m'en acquitter.
Vous fçavez d'abord que la Gravûre en
Taille- douce , qui accompagne ma Lettre ,
eft de la grandeur de l'Original ; que d'un
côté eft la Tête d'Ifta , avec cette Infcription
autour : ISOTE ARIMINENSI FORMA
ET VIRTUTE ITALIA DECORI ; & que fur
le Revers on voit la Maffe énorme d'un Elephant,
avec ces mots au-deflus : OPUS MAE
j THEL
2012 MERCURE DE FRANCE
THEI DE PASTIS . Au bas ou dans l'Exergue
M. CCCC. XL VI.
J'ai commencé par voir ce que les Editeurs
du Dictionaire Hiftorique ont pû nous
aprendre d'une Dame , célébrée par de fi.
beaux titres . Voici ce que porte l'Edition fur
laquelle j'ai d'abord jetté les yeux . Elle eft
de l'année 1698. & faire en Hollande.
* ISOTTA , ou Ifota Nogarole de Vérone ;
dont la fcience a paffé pour un prodige , & la
vertu pour un miracle , vivoit dans le XV.
fiécle. Elle étoit fille de Léonard Nogarole
; elle fçavoit les Langues , la Philofophie
& la Théologie , elle avoit une grande lecture
des Peres , fur tout de S. Jérôme & de faint
Auguſtin , & furpaffoit en Eloquence les
plus grands Orateurs de fon tems . Certe fille
écrivit diveries Lettres pleines de fçavoir ,
& nous aprenons d'un Auteur moderne qu'il
y en avoit 564. manufcrites d'elle , dans la Bibliothéque
de M.de Thou.Elle prononça auffi
des Harangues devant les Papes Nicolas V.
& Pie II. fur tout au fujet d'un Concile tenu
à Mantouë ; exhortant le Pape & Jes Princes
Chrétiens à la guerre contre lesTurcs . Le Cardinal
Beflarion , qui avoit vû de fes Ouvrages,
en fut fi furpris , qu'il alla exprès à Vérone
pour conferer avec elle. Louis Fofcaro , Ambaffadeur
de Venife , homme très docte , la
vifitoit fouvent ; & ce fut à l'occafion d'une
dilpute
SEPTEMBRE . 1741 2013
diſpute qu'ils eurent enſemble , pour fçavoir
qui avort le plus peché d'Adam ou d'Eve
qu'elle compofa un Dialogue tout plein d'efprit
, où elle prend le parti de la premiere
Femme , pour l'honneur de fon Sexe. Hermolaus
Barbarus , lui écrivoit fouvent , & les
Sçavans la connoiffoient. Elle mourut âgée
de 38. ans, en l'année 1466. fans jamais avoir
voulu fe marier. Geneviève Nogarole , foeur
d'Iſota , étoit auffi fçavante , & il y a eû plufieurs
Demoiselles de cette Famille qui l'ont
été de même.
Les Editeurs de ce Dictionaire finiffent en
difant que Cefar Capocio , & Jofeph Betufit ,
Paul Ribera , & François - Auguftin de la
Chieva, ont travaillé à leur Eloge , auffſi - bien
que Hilarion de Cofte , dans les Eloges des
Dames Illuftres , & Léandre Alberti , &c .
Ceux qui ont donné les Editions de 1712 .
de 1718. de 1725. & c . ont employé les mêmes
termes fur le même fujet , & ont cité les
mêmes Auteurs.
il Enfin , dans le Lexicon d'Otfman , y a
auffi fur cette fçavante Fille un Article énoncé
en ces termes , T.T. II . p. 679. & 680.
Ifotta vel Izota NOGAROLA , Filia Leo-
» nardi , Eruditionis & virtutis prodigium.
» cujus Epiftolæ 564. in Bibliot . Thuani af-
»fervantur , declamavit coram Nicolao V.
Pie II. Papam , Principefque , ad fanc-
E j
2014 MERCURE DE FRANCE
» tam Expeditionem cohortata. Hujus Beffarion
» Cardinalis famâ percitus Veronam venit.
» Adamum gravius quam vam peccaffe
" egregio Dialogo probatum ivit : Hermolai
» Bariari , omnibufque Litteratorum commercin
inclyta. Obiit A. C. 1466. Aët. 38.
» Sororem habuit Genovefam quoque infigniter.
» doctam , & c. Leander Alberti. Moreri ,
» Dict. vide & fupra.
>
Voilà , Monfieur , un grand nombre d'Auteurs
Copiftes , fur le Sujet en queſtion , &
qui le réuniffent princip lement
pour rendre
juftice au Mérite Littéraire , & à la vertu de
notre Ifotta ; un feul Ecrivain , dont je vais
parler , renverfe d'un trait de plume & cette
vertu & cette haute réputation. Remarquons
auparavant que les Hiftoriens cités juſqu'à
prefent fur fon Sujet , lui donnent tous la
Ville de Vérone pour Patrie ce qui cft
abſolument contredit par votre Médaille ,
qui défere cet honneur à la Ville de Rimini :
or un Monument du tems , fait exprès pour
immortalifer la mémoire d'une Perfonne illuſtre
, doit , ce me ſemble , l'emporter fur .
tour autre témoignage. Que dirons - nous cependant
, M. de celui de M. le Marquis
Maffei , Véronois , qui dans fon Hiftoire
de Vérone , publiée depuis peu , & dont il
a eu la bonté de me laiffer un Exemplaire
en partant de Paris il y a deux ou trois ans.
n'a
SEPTEMBRE. 1741 2015
n'a point hésité de mettre la Dame Ifotta au
nombre des Perfonnes fçavantes qui ont il-
Luftré Vérone par leur mérite Littéraire , comme
nous le verrons en fon lieu ?
Arrêtons- nous ici à cet Ecrivain , dont je
parlois tout -à l'heure ,lequel n'eft rien moins
que favorable à la réputation de vertu de
notre fçavante Fille . C'eſt M. le Préſident de
M. qui m'en a donné la connoiffance
m'envoyant par écrit ce que dir cet Auteur
fur le Sujet en queftion. Voici fes
termes :
??
en
» Iſotta étoit une fimple Bourgeoife de
» Rimini , que Sigifmond Pandulfe Mala-
" tefta , Prince de Rimini , aima pour fa
» Beauté & pour fon Efprit. J'ai vû un Ma-
» nufcrit en parchemin , lequel on m'a affûré
fe trouver auffi imprimé , mais il eſt
» fort rare , intitulé Liber Ifotteus . Ce font
» des Lettres en Vers Latins qu'il écrivoit à
»fa Maîtreffe Ifotta , pendant qu'il étoit à
» la guerre , & les Réponfes de même en
Diltiques Latins d'Iforta . "3
Au bas eft. écrit de la main de M. le Préfident
Extrait d'un Voyage d'Italie , par
M. Huguetan , de Lyon , Avocat , & revû
par M. Spon , Lyon 1681. in - 12 . pp. 124 .
Refte à fçavoir, fi ce que dit cet Auteur ,
qui a voyage en Italie , & qui a publié la
Relation de fon Voyage , doit prévaloir dans
E v
le
2016 MERCURE DE FRANCE
le fait dont il s'agit , fur le témoignage des
áuties Ecrivains , qui ne ceffent au contraire
d'exalter la vertu de cette Dame. Il fe peut
bien faire que Malatefta , Prince de Rimini
qui avoit du fçavoir , ait connu particuliérement
fon illuftre Compatriote , qu'il y ait
même eû entre eux un commerce d'efprit &
de Littérature ; mais que ce Prince , pour
trancher le mot , employé par l'Auteur Lyonnois
, en ait fait fa Maîtreſſe , c'eſt ce que je
ne puis croire fur ce fimple narré.
Je vous avoue , M. que je ferois fâché de
trouver que notre fotta n'eût pas tout-à fait
mérité le nom de Fille Vertueufe dans la plus
étroite fignification de ce nom . C'eſt dans
cet efprit que j'ai voulu m'inftruire un peu
de la vie & du caractere du Prince Malatefta
, pour en tirer quelque lumiere fur le
Sujet en question.
Ma recherche n'a été ni longue ni difficile .
J'ai lu dans le II . Tome des Généalogies des
Rois , des Empereurs , & de toutes les Maifons
Souveraines c par M. de Chazot , tout ce
qu'il a écrit de la Maiſon Malatefta , & en
particulier ce qui concerne Sigifmond Pandolfe.
Il reçût , dit notre Auteur , ce premier
nom de l'Empereur Sigifmond , qui paffant
par Rimini après fon Couronnement fait à
Rome , I fit Chevalier avec fon Frere & c.
Dans la guerre qui s'alluma en 1447. entre
Ferdinand
SEPTEMBRE. 1741. 2017
Ferdinand, Roy de Naples & les Florentins ,
Sigifmond fe vit recherché par l'un & par
l'autre Parti , & reçût de tous les deux de
groffes fommes d'argent , avec lefquelles il
fit fortifier S. Arcange , & finir l'Eglife de
S. François de Rimini & c .
Choifi en 1464. Premier Général des Troupes
Venitiennes , il fe fignala pendant deux
ans par plufieurs Exploits contre les Turcs ,
& c. Il mourut le 8. Octobre 1468 , âgé de
51. ans. On voit fon Tombeau orné d'une
Infcription Latine , dans l'Eglife de S. François
de Rimini , au deffus duquel on plaça
les Etendarts de fes differens Généralats ; &
pour Cimier deux Cornes avec ces mots ,
affés plaifans , pour le Lieu :
Porto le corna chògninno le vede ,
Et tal le porta , che non fe lo crede.
C'étoit , continuë l'Auteur , un très - Grand-
Homme de Guerre , & qui joignoit à la
Science militaire de grandes connoiffances
de l'Hiftoire & la Philofophie : mais ces qualités
étoient obſcurcies fa cruauté & par
par
unc ambition qui ne connoiffoit rien de
Sacré Le Pape Pie II , qui a écrit fa vie , lui
reproche auffi d'avoir été un impie , & d'avoir
nié l'immortalité de l'Ame.
Il avoit eu trois Femmes , qui toutes trois
furent immolées à fon ambition ou à fa
E vj
cruauté,
2018 MERCURE DE FRANCE
cruauté. Les deux premieres moururent par
le poifon , & il étrangla la derniere de fes
propres mains en 1450.
Notre Auteur lui donne pour concubine
la Dame Ifabetie , qui périt , dit- il , avec
quelques autres , qui furent facrifiées à la
jaloufie du Gouvernement. Un peu plus bas,
en parlant de Robert Malatefta , Fils aîné de
Sigifmond , qui traita avec le Pape pour lui
remettre la Ville de Rimini , &c . cette Dame
Ifabette revient fur la Scene , & eft nommée
Maitreffe de fon Pere , laquelle s'étoit emparé
de la Citadelle & c .
Vous voyez , M. qu'il n'eft point içi fait
la moindre mention de notre fotta , dont
la vertu auroit été fort affortie avec un
fi mal honnête homme.
peu
Qui croiroit , au refte , que Sig. Malatesta,
caractérisé , comme vous venez de le voir
ait pû mériter l'honneur de plufieurs Médailles
qui ont été frapées pour lui , en or ,
en argent , en bronze , & cela comme un
Monument de fa Pieté ? C'eft ce que m'aprend
Ughellus dans le 11. Tome de fon
Italia Sacra , imprimé à Rome en 1647.
Cet Hiftorien dans le Chapitre des Evê
ques de Rimini , Ariminenfes Epifcopi , en
parlant de Barthelemi Malateſta , qui en fut
fat Evêque en 1445 , dit , pp , PP.. 439. & 440.
que ce Prelat pofa en grande cérémonic le
Z L
SEPTEMBRE . 1741 201
31. Octobre 1446. la premiere Pierre de
l'Eglife de S. François de Rimini , que Sigif
mond Malatesta , fon proche Parent , avoit
fait édifier avec toute la magnificence poffible
,fous la conduite de Leon Albert : c'e
toit , dir l'Auteur , pour en faire la princi
pale Eglife de la Ville , après qu'il auroit dé
moli la Cathédrale , & bâti en fa place une
Citadelle , Projet qui n'eut point d'éxécution
, par la réfléxion que fit le Prince fur
plufieurs inconviniens qui pouvoient en ar
river , & fur le blâme certain qui lui en reviendroit
. Mais en changeant de deffein , il
voulut s'en faire un mérite , & fe donner
un relief de pieté , voici les termes de l'Hif
torien.
Sufceptum Confilium profcripfit , fparfigus
in vulgus ad pietatis laudem captandam fe
motum religione , votove nuncupati D. Francifco
Templum condidiffe , cujus operâ plurs
à Deo beneficia el cuiffet ; quamvis effufus in
vitia , libidinibuique contaminati limus effet.
In Templi fronte fub Peryftilio hac verba exa
rari juffit.
SIGISMUNDUS PANDULPHUS MALATESTA
PAN. F. V. FECIT.
ANNO GRATIE M. CCCC . L.
Yoto feciffe indicavit Littera V. in ea appos
fita
2020 MERCURE DE FRANCE
fita Infcriptione , & in Nummis , quos in ea
occafione conflari , ex auro , argento , areque
juffit , &c.
On voit tout de fuite dans ce Livre la
Médaille en queftion , gravée en taille- douce.
D'un côté eft la Tête de ce Prince avec cette
Infcription autour , SIGISMUNDUS PANDULPHUS
MALATESTA PAN . FIL. Et fur le revers
on voit la Figure d'un Temple , repréſenté
de front , avec cette Legende , PRÆCLARUM
ARIMINI TEMPLUM ANNO GRATIE V. F.
M. CCCC. L.
J'aprens du même Auteur que Céfar Clementin
a écrit la Vie & les Actions de Sigif
mond Malatesta , dans fon Hiftoire de Rimini
. Fera qui voudra les frais des Recherches
dins cet Ecrivain ; pour moi , M. je
commence à penser que j'en ai vû affés pour
croire que ce Prince & Ifotta de Rimini
n'ont ja nais eû rien de commun que l'honneur
des Médailles frapées en leur honneur ,
pour inmortal fer leur gloire , & peut -être
quelque leger commerce de Littérature .
Je crois de plus que notre fotta n'étoit
pas fi Bourgeoife , que l'Aureur Lyonnois du
Voyage d'Italie le veut faire entendre. J'en
juge par un Article du v . Tome du Dictionnaire
Hiftorique , Edit . de 1725 , p. 617. où
il eft encore parlé par occafion de cette fçavante
Fille . Voici cet Article
NOGA
SEPTEMBRE. 1741 2022
NOGAROLE ( Antoine ) Dame de Vérone ,
illuftre dans le xv. fiécle par fon fçavoir &
par fa vertu , époufa un Seigneur de la Maifon
de Bonalcoti , Petit-fils de Paflarini
Prince & Seigneur de Mantouë. La Famille
de Nogarole a produit d'autres Perfonnes illuftres
; comme Louis Nogarole , docte Médecin
, & des Dames fçavantes , dont divers
Auteurs ont fait l'Eloge.
Angele , ou Angelique Nogarole , Fille
d'Antoine , qui fçavoit les Langues , l'Ecriture
, & qui compofa des Poëfies Sacrées ,
fut marice à Antoine Comte del Arco . Ifota
Nogarole , Fille de Leonard & de Blanche
Borromée , qui prononça des Harangues devant
les Papes Nicolas V. & Pie II . Le Car
dinal Beffarion dit qu'elle étoit une vierge plus
divine qu humaine. Ses Soeurs Geneviève &
Laure , étoient auffi fçavantes. La premiere
époufa Bruno Gambera , de Breffe , & lautre
Nicolas Troni , de Veniſe . Plufieurs Auteurs
parlent avec eftime de ces trois Soeurs.
Mais il eft tems M. de rendre compte du
Revers de votre Médaille , où l'on voit pour
tout fymbole un Elephant. Vous n'ignorez
pas d'abord que l'Eternité eft défignée par
cet Animal , à caufe de la longueur de fa
vie , & que c'eft en ce fens qu'on voit un
Elephant fur quelques Médailles de l'Empereur
Philipe, le Pere , pour marquer la durée
future
1022 MERCURE DE FRANCE
future de fon Empire. Dans celle d'Ifota ,
l'Elephant exprime la durée de fa gloire ,
acquife par la vertu & par fes rares qualités.
Celles de l'Elephant font d'ailleurs en
grand nombre , & cet animal peut fervir de
plus d'un fymbole. Si nous en croyons
Ciceron L. 1. de Nat. Deor. il fürpaffe tous.
les autres en prudence : Elephante belluarum
nulla prudentior.
Camérarius , ce Dote Allemand qui a
tant écrit , après avoir étudié la Nature , &
médité tous les Sujets qu'il a traités , trouve
dans l'Eléphant docilité , fidelité , diligence,
grandeur de courage , Dévotion & Religion ;
induftrie , gloire , droiture , dextérité . Je m'étonne
qu'il n'ait pas ajouté chafteté & pudeur
finguliere. A l'égard de la dextérité
puifque l'occafion fe préfente , permettez¸.
M. que je vous rapelle ici ces merveilleux.
Eléphants Funambuk s qu'on a vûs à Rome.
dès le tems de Tibere , qui marchoient fur
des cordes tendus. On peut lire là - deffus,
tout ce qu'ajoûre le P. de Montfaucom dans
Les Antiq. T. III. 2. Part. p . 252. Il est éton
nant , dit Pline , de voir des Eléphants fi
adroits , qu'ils montent fur des cordes tendues
& ce qui cft plus incroyable , c'eſt
qu'ils en defcendent à reculon , &c.
Difons au li quelque chofe de la Fabrique .
de cette Médaille , laquelle ne paroît allés.
élégante
SEPTEMBRE . 1741. 2023
élégante pour le tems auquel elle a été frapée.
Le nom de fon Auteur eft fur le Revers
pour toute Infcription , Opus Mathei de Paftis.
C'étoit fans doute un des meilleus Artiftes
de fon fiécle en ce genre . Je n'ai pû ,
M. aprendre directement de fes nouvelies ,
quelques recherches que j'aye faites : mais
je trouve dans l'Ouvrage du Marquis Maffei
Verona illuftrata , que j'ai déja cité , de quoi
pouvoir vous dire quelque chofe fur fon
fujet.
,
Le fecond Tome de cèt Ouvrage est tout
employé à l'Hiftoire Littéraire des Ecrivains
Véronois : Hiftoria Litteraria o fia la Notizia
de Scrittori Veronefi. On trouve au commencement
du troifiéme Livre de ce même Tom
p . 131. un long & curieux Article fur un
fçavant Véronois du premier ordre , nommé
Guarino , qu'on nous repréfente comme le
Reſtaurateur des Lettres , furtout des Lettres
Grecques , en Italie . Il nâquit à Vérone en
1370. & mourut vers l'année 1460. après
avoir beaucoup enfeigné , écrit & brillé.
A la tête de fon Article , on voit la Gra
vûre en Taille douce d'une grande Médaille ,
qui le repréſente en demi - Bufte , d'un côté
avec cette Infcription GUARINUS VERO +
NENSIS , & fur le Revers eft le fymbole d'u
ne belle Fontaine entourée d'une Couronne
de Laurier , laquelle , dit l'Hiſtorien , femble
2024- MER CURE DE FRANCE
ble faire allufion à cette Fontaine d'Erudi
tion Grecque & Latine , dont on avoit qualifié
le fçavant Guarino : » fembra alludere
» all'effere Stato chiamato il Guarino Greca&
» Latina Eruditionis Fontem. » Entre la Couronne
de Laurier & le bord de la Médaille
eft le nom de l'Artiste qui l'a faite , lequel en
occupe tout le tour. On y lit en Caractéres
Romains , fentant un peu le Gothique ,
MATTHEUS DE PASTIS F. c'est- à - dire , le
même qui a fabriqué votre Médaille d'Iffota
, lequel fans doute étoit Véronois.
J'en juge , M. par ce qu'ajoûte tout de
fuite M. Maffei , fçavoir , qu'il parlera en
particulier & en fon tems de cet Artiſte qui
avoit , dit- il , un frere nommé Benoît , lequel
s'eft fignalé par l'Etude des Belles Lettres
, & auquel Mathieu de Paftis avoit fait
le même honneur d'une Médaille de fa façon
, dont la Gravûre en Taille douce paroît
dans le même Livre , page 144. On y
voit d'un côté fon Bufte avec cette Légende
autour , BENEDICTUS DE PASTIS C. V. &
fur le Revers un jeune Homme qui décoche
une Flêche , fymbole que je ne comprens
pas , & qui eft pareillement entouré d'une
Couronne de Laurier , avec ces mêmes mots
MATTHEUS DE PASTIS F. Je tiens indubitable
que les deux Lettres C. V de la Face
ne ſignifient autre chose que Civis Veronen
is ,
SEPTEMBRE. 1741 2025
·
fis, & qu'on ne rifque rien de croire que ces
deux vertueux Freres étoient de Vérone ,
fans compter l'autorité de notre Hiſtorien
qui ne les auroit pas admis dans fon Ouvrage
fans cette circonftance .
Enfin le nom de Mathieu de Patis revient
encore fur une Médaille raportée à la p . 164.
du même troifiéme L. du II . T. de Verona
illuftrata , &c. Elle a été frapée pour Timothée
Maffei Véronois , lequel après avoir été
Chanoine Régulier , trois fois Géneral de
fon Ordre , puis Archevêque de Ravenne ,
Homme également recommandable par fa
pieté & par fa Doctrine , Auteur de pluheurs
Ouvrages , mourut en l'année 1508 .
âgé de 90. ans , ayant fait le voyage de
la Terre Sainte. Il eft repréfenté fur la
Médaille avec fon habit de Chanoine Régulier.
Son Bufte eft accompagné de cette
Légende : TIMOTHEO VERONENSI CANONICO
REGUL . DEL . * PRÆCONI INSIGNI .
Au Revers eft un Phénix brulant fur un Bucher.
Autour on lit : MATHEI P STII VERONENSIS
OPUS. Je crois , M. qu'en voilà
bien affés pour reconnoître que l'Auteur de
votre Médaille étoit en fon tems un Homme
renommé , & qui ne travailloit guére que fur
de grands "Sujets.
↑ Ilfut le plus grand Prédicateur deſon tems .
J
2016 MERCURE DE FRANCE
Je fuis , M. fort tenté de finir ici ma Let¹
tre , déja affés longue , & prévoyant que ce
qui me reste à vous expofer au fujet de l'Illuftre
Iffotta & de fa fçavante Famille , d'après
M. le Marquis Maffei , pourroit exceder
les bornes ordinaires , je vous promets
pas vous faire attendre ce refte , qui ne fera
peut être pas le moins curieux & le moins
inftructif.
de ne
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c.
A Paris le 3. Septembre 1741 .
**********菜**菜******
SONNET EN BOUTS-RIME'S.
菜菜
A
Vant qu'épris du fard , j'aille en une Couliſſe
Chercher l'occafion d'un amoureux Devis ,
L'Architecte prendra la Nef pour le
Parvis
Les Offiers profcriront l'ufage de
L'ennui fera très- propre à chaffer la
On fçaura fur la Mer conftruire un
La flamme endurcira le fuif mis
P'Ecliffe
Jauniffe;
Pont-levis
Vis-à-vis ;
Le fiel deviendra doux comme fucre &
Regliffe
On verra l'If porter Pommes de Capendu
* Offiers , terme de Province , nom qu'on donne à
ceux qui remettent les Qs difloqués.
Jeuas


SEPTEMBRE. 1741 2027
Jeune Amant plaire moins que Vieillard Morſondu;
Le Cerf faire trembler le Limier & le
Le timide Pigeon , fondre fur le
Nos Papes rétablir l'ant que
Dogue.
Vautour
Synagogue',
Et nos Guerriers fe rendre au feul bruit du Tambour.
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe
'du Mercure d'Août , font , Cerceau & Victoire.
On trouve dans le Logogryphe, Troïe,
Cire , Cour , Turc ; Vitre , lure , Ruë , Roc
Or , Rive , Ivroie , Vice , Ronë , Joie , Ivoire,
Jone , Vie , Cor , Jour , Trou , & Ver.
M
1
ENIG ME.
A naiffance eft particuliere ,
Je ne fuis point fils de l'Amour ,
Je fuis fans Mere , & tiens le jour
Du feul Ouvrage de mon Pere,
Rien n'égala jamais mon luftre ,
Et j'ai pourtant tant de renom ,
Que lorsqu'on fçait un homme illuftre
On lui donne auffi -tôt mon nom .
On me prife fans me connoftre 5
2028 MERCURE DE FRANCE
On me connoît ſans m'avoir vû ,
Je fuis pourtant fi peu connu ,
Qu'on doute même de mon Etre .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LOGOGRYPHE.
HErmaphrodite & marchant fur trois pies
Qui forment toute ma ftature ,
Tantôt je prive de verdure
Les Lieux aux Nimphes dédiés ;
Tantôt , du Fils de Sémelé j'affûre
Les bienfaits partout enviés .
Je puis fournir , Lecteur , par l'Analyſe .
Certaine oeuvre que dans l'Eglife
En faveur du trifte Prochain
Souvent on recommande en vain.
Certain Infecte armé d'une lance cruelle 3
L'éternel ennemi du peuple Souriquois ;
Ce que le Marchand infidelle
En fecret rogne quelquefois ;
De la Divinité cette étincelle heureufe
Que nous portons dans nous
teufe
; ce qu'à toute Chan-
Donne l'Expert Muficien .
Celui dont le bonnet coëffa le Phrigien ;
Le tems qu'il faut à la triple Déeffe
Pour faire douze fois le tour de l'Univers ;
Le
SEPTEMBRE. 1741 2029
Le corpufcule qui fans ceffe
Se promene dans les Airs ;
Ce qui dans le lointain nous découvre un Navire
Je dirois encor plus , mais ceci doit fuffire.
Par M. A. Perrin , de Villefranche , es
Beaujolois.
EN
AUTR E.
N neuf lettres, Lecteur, mon être je compofe i
Combinez , vous verrez mainte métamorphoſe ;
Et quoique de tout tems de genre maſculin
Quand on me place bien , je pululle fans fin ;
J'apréhende pourtant la trop grande froidure ,
C'eſt-là de mon entier à peu près la nature .
6. 8. 1. 7. 2. 9. ah ! le joli mignon ,
Pour être d'un Abbé l'utile Compagnon ;
1. 5. 3. 2. & 9. Inſecte miſérable ;
3. 8. 6. très-ſouvent aux Nochers redoutable
1. 7. 5. 6. 8. 9. en falade fort bon ;
4. 8. 9. vous trouvez une négation ;
1. 3. 8. 6. ainfi l'on me tient fort uti e
A mille & mille emplois , aux Champs comme à la
Ville ;
6. 8. 3. en Latin , ôtez- moi , tout eft mort ;
3. 8. 5. eft un Grand , que l'on reſpecte fort ;
3. 7. 5. 4. un Fleuve au Pays Germanique ,
Od le brave François fit au Germain la nique ;
1030 MERCURE DE FRANCE
3. 8. 6. 7. un Saint vénerable en tous Lieux.
Devinez , cher Lecteur , je vous fais mes adieux .
Par M. Helliot, Prêtre, Chapelain d'Onxewille
, en Caux.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
M
EMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
des Hommes Illuftres dans la République
des L tires , & c . Par feu le R. P.
Niceron Barnabite. Tome XLII in - 8 ° . A Paris
, chés Briaffon , à la Science . MDCCXLI.
De tous les Sçavans dont la Vie & les
Ecrits font la matiere de ce quarante- deuxiéme
Volume , aucun n'a davantage fixé
notre attention que le feu R. P. Tournemine,
par des raisons génerales & par d'autres qui
nous font particulieres. Nous employerons
ici l'Article entier qui le concerne , & qui fe
trouve à la page 167. du même Volume .
RENE' JOSEPH TOURNEMINE , Jéfuite
très célebre par fa vafte érudition & par la
multitude de fes Ecrits , nâquit à Rennes
en Bretagne le 26. Avril 1661. Il étoit Fils
aîné de Jean Jofeph Tournemine , d'une illuftre
& ancienne Maifon de Bretagne , Baron
de
SEPTEMBRE. 1741. 2031
,
de Camfillon , Seigneur du Bois- au-Voyer ,
& c. & de Marie de Coëtlogon , fiille de René
de Coëtlogon , Lieutenant de Roy dans la
Haute Bretagne. La Génealogie de la Maiſon
de Tournemine eft raportée dans le Grand
Dictionaire Hiftorique de Morery , dont il
faut confulter l'Edition de Paris 1732. Une
mémoire heureuſe une imagination vive
& féconde , un goût également fûr & délicat
, un efprit étendu & pénétrant , diſpoſerent
de bonne heure le Pere Tournemine à
fe faire un grand nom dans la Littérature .
& peu d'Ecrivains s'y font acquis en effet
dans ce fiécle une plus grande réputation.
Après avoir fini fa Philofophie , méprisant
les avantages que fa naiffance pouvoit lui
procurer dans le monde , il entra au Noviciat
des Jéfuites le 30. Août 1680. & fit
la Profeffion folemnelle des quatre Voeux
le 2. Février 1695. Tour à tour Humaniſte,
Réthoricien , Philofophe , Théologien , il
forma dans ces divers genres des Difciples
qui firent honneur à fes leçons , comme ils
faifoient gloire de devoir à fes inftructions
le bon ufage de leurs talens . Il régenta d'abord
les Humanités pendant fept ans. Dans
la fuite il régenta à Rouen la Philofophie
deux ans , & fix ans la Théologie , dont il
avoit fait pour lui- même un Cours dans l'intervalle
des deux Régences. C'est dans ces
F fonctions
2032 MERCURE DE FRANCE
fonctions variées qu'il puifa cette multiplicité
de connoiffances diverfes , dont la réünion
forme le Sçavant univerfel . Les Belles-
Lettres, l'Eloquence, la Phyfique, la Morale,
la Métaphyfique, toutes les parties de la Théologie
, l'Hiftoire ancienne & moderne , facrée
& profane, les Médailles , laChronologie,
Ja Géographie , la Fable , tout devint de fon
reffort. Sur la fin de 1701. il fut placé dans
le College de fa Societé à Paris , pour être à
la tête de ceux que l'on chargea des Mémoires
pourfervir à l'Hiftoire des Sciences des
Beaux Arts , plus connus fous le titre de
Mémoires de Trévoux , parce qu'ils fe font
longtems imprimés dans cette Ville . En
1718. il fut transferé à la Maifon Profeffe , où
'il eut l'emploi de Bibliotécaire , & où il
mourut le 16. Mai 1739. dans la 79. année
de fon âge..

CATALOGUE de fes Ouvrages.
1. LETTRE au Pere Bernard Lamy, Prêtre
de l'Oratoire , fur la derniere Pâque de
N. S. J. C. imprimée dans le Livre du Pere
Lamy , intitulé : Suite au Traité Hiftorique
de l'ancienne Pâque des Juifs. Réflexions fur
quelques Differtations de l'Auteur de l'Analyfe
des Evangiles ( le P. Michel Mauduit
de l'Oratoire ) &c . Paris 1694. in - 12 . L'Auteur
de l'Apologie de M: Arnauld & du P.
BouSEPTEMBRE.
1741. 2033
Bouhours , s'étant infcrit en faux fur ce que
le P. Lamy avoit dit que fon Systême avoit
été foutenu dans le College des Jéfuites de
Paris par un jeune Jéfuite , le P. Lamy produifit
cette Lettre du P. Tournemine du 2.
Mai 1693. dans laquelle ce Jéfuite affûre au
P. de l'Oratoire , que fon Syftême fur la Pâque
avoit été foutenu dans deux Théfes de
Théologie le 17. Décembre 1691. & le 15 .
Juillet 1692. & défend enfuite ce même
Systême en peu
de mots , mais avec beaucoup
de netteté .
2. DISSERTATION fur le Syftême des Dynafties
d'Egypte , par le Chevalier Marsham,
imprimée dans les Mémoires de Trévoux ,
Avril 1702. ou Septembre de la même année
, dans l'Edition des Mémoires de Trévoux
, faite en Hollande. C'eft une réfutation
abregée du Systême que Marsham
tâche de foutenir dans fon Chronicus Canon,
& que plufieurs Sçavans avoient déja réfuté.
3. NOUVELLE EXPLICATION des Mé
dailles de Gratien , dont il eft parlé dans le
premier & le quatriéme Tome des Mémoi
res de Trévoux . Dans ces Mémoires ,
Mai 1702. ou Octobre , fuivant l'Edition de
Hollande , cette explication dans laquelle
le P. Tournemine contredit celles du P. Hardoüin
& de deux autres Auteurs , a été tra-
Fij
duite
2034 MERCURE DE FRANCE
duite en Latin & imprimée dans les Electa
rei Nummaria, à Hambourg 1709. C'eſt le
troifiéme Opufcule .
4. DISSERTATION fur l'origine de divers
Peuples d'Afrique , à l'occafion d'un paffage
de Salufte Bell. Jugurth. ) Mémoires de
Trévoux , Juin 1702. ou Novembre , fuivant
l'Edition de Hollande.
5. DISSERTATION où l'on fait voir que
le Catalogue des Héréfies , qui fe trouve à
la fin du Livre de Tertullien des Prefcriptions
, eft véritablement de cet Auteur. Mémoires
de Trévoux , Août 1702. Le P. Tournemine
ne prétend pas feulement que ce
Catalogue des Hérélies eft de Tertullien ,
mais encore qu'il eft antérieur au Livre des
Prefcriptions. Plufieurs de fes preuves pour
le dernier point , font foibles , ou ne font
que de fimples conjectures,
6. PROJET d'un Ouvrage fur l'origine des
Fables , premiere Partie . Mémoires de Trévoux
, Novembre & Décembre 1702. Seconde
Partie , ibidem , Février 1793 .
,
7. EXPLICATION d'une Médaille très- rare
de Fauftine la Mere . Mémoires de Trévoux
Février 1703. & traduite en Larin dans les
Electa rei Nummaria ; à Hambourg 1709 .
Opufcule II.
8. REPONSE à la défenſe de Marsham
Trévoux , Février 1703 , Un Anonyme avoir
fait
SEPTEMBRE. 1741 2035
fait un Ecrit pour montrer contre le fentiment
du P. Tournemine , que le Systême du
Chevalier Marsham fur les Dynafties d'Egypte,
étoit jufte & bien fondé. Le P.Tournemine
répond à cet Ecrit , & donne de nouvelles
preuves contre Marsham.
9. CONJECTURE fur l'origine de la difference
du Texte Hébreu , de l'Edition Samaritaine
, & de la Verfion des Septante dans
la maniere de compter les années des Patriarches.
Mémoires de Trévoux , Mars &
Août 1703. L'Auteur donna depuis un nouvel
ordre & plus d'étenduë à cette Diſſertation
, & ce fut ainfi qu'elle parut à la fuite
de fon Edition de Menochius , & dans le
premier Tome de la Méthode pour étudier
' Hiftoire par l'Abbé Lenglet du Frenoy
ch . 4. Edit. in 4° . Paris 1735. pp. 44, & ſuiv.
10. CONJECTURE fur l'union de l'ame &
du corps , Mém . de Trévoux , Mai & Juin
1703.
11. LETTRE fur deux Cyrus , qu'on a
confondus , & fur la maniere dont eft mort
le grand Cyrus , Mém. de Trévoux , Novembre
1703. & Mai 1704.
12. HISTOIRE des Etrennes , Mém. de
Trévoux , Février 1704.
13. ECLAIRCISSEMENS fur Janus , Mém .
de Trévoux , Février 1704.
14. EXPLICATION d'une Médaille très-rare
F iij
de
2036 MERCURE DE FRANCE
de Galien , ibid . Juin 1704. & dans les Elect
rei Nummaria , déja cités . Opufcule " 18 .
15. REPONSE à la Lettre de M. ** fur une
Médaille de Galien , Mém. de Trévoux ,
Juillet 1704.
16 REFLEXIONS Critiques fur la Differ
tation du R. P. Pezron touchant l'ancienne
demeure des Chananéens , & l'ufurpation
qu'ils ont faite fur les enfans de Sem , ibid.
Juillet 1704.
17. REMARQUES fur la Fable d'Iphigénie ,
comparée à l'Hiftoire de la Fille de Jephté ,
ibid. Octobre 1704.
18. ECLAIRCISSEMENT fur la Prophétie
de Jacob : Non auferetur Sceptrum de Juda ,
&c. ibid. Mars 1705. & Février 1721. Cet
éclairciffement forme une longue Diſſertation
qui donne un grand jour à la Prophétie
de Jacob. C'eft peut être ce que l'on a écrit
de plus folide fur ce fujet.
19. TABULE Chronologia Sacra Veteris ac
Novi Teftamenti. Dans l'Edition de la Bible
Latine avec les Remarques de M. Jean- Baptifte
du Hamel , Paris 1706. in-fol. & réimprimées
dans la nouvelle Edition de Menochius.
20. DEFENSE du nouveau Syſtême de Chro
nologie du ? .Tournemine ; explication d'Ifaye
CI . VII . v . 8. Mémoires de Trévoux , Août
1706. On y prend auffi la défenfe de l'Extrais
SEPTEMBRE . 1741 2037
trait de cette Chronologie , donné dans les
Mém . de Trévoux , Mai 1706. & on fait
voir que l'explication donnée du Verfet 8.
du Chapitre 7. d'Ifaye , n'eft point dûë au
P. Hardouin , & que le P. Tournemine en eſt
le premier Auteur.
21. EXPLICATION d'une Médaille trèsrare
de l'Empereur Hadrien , Mém . de Trévoux
1708. art. 20 .
22. REPONSE à une Remarque de M.
Leil nitz , far l'union de l'ame & du corps ,
ibid. Mars 1708.
23. OBSERVATION fur une Lettre de M*
( Jean ) Mallemans , Chanoine de S. Op
portune à Paris , au fujet de quelques Ex
plications fingulieres de quelques paffage
des Evangeliftes , données par ce Chanoine '
& imprimées dans les Mém. de Trévoux '
1708. ibid. Septembre 1708 .
24. EXPLICATIONS du Cachet de Michel
Ange , ibid. Février 1710 .
25. REFLEXIONS fur la maniere de corriger
la Verfion des Septante , propofée par le
prétendu Théologien de Salamanque , ibid.
1709. Juin , & Réponse au même , ibid.,
1710. art. 1O .
26. EXPLICATION d'une Médaille fingu
liere , ibid. 1710. mois de Mai.
27. EXPLICATION de deux Pierres gravées
, ibid, 1711. art. 7 .
Fiiij 28.
2038 MERCURE DE FRANCE
28. EXPLICATION d'une Cornaline antique
, où Antinoüs eft repréſenté fe dévoüanz
pour Adrien , ibid.. Mars 1713 .
29. EXPLICATION d'une Antique du Cabinet
du Roy , ibid. Avril 1713.
30. REFLEXIONS fur l'Athéifme , imprimées
avec la Démonftration de l'Exiſtence
de Dieu , tirée de la connoiffance de la Na- .
ture , par M. de Fenelon , 2. Edit . Paris 1713 .
in-12.
&
31. REFLEXIONS fur la Differtation de
M. Leibnitz , touchant l'origine des François.
Mém . de Trévoux , Janvier 1716. Ces Reflexions
ont deux parties . Dans la premiere ,
l'Auteur prétend faire voir contre M. de
Leibnitz , que les François ne font point originaires
du Holftein , de la Pomeranie ,
des Côtes de la Mer Baltique . Dans la feconde
, il veut prouver que les François ont
une origine Gauloife ; qu'ils font fortis du
Pays que les Gaulois ont occupé , fans en
avoir été chaffés depuis qu'ils l'eurent envahi
, & c. C'eſt contre cette feconde partie
que Dom Jofeph Vaiffette , fçavant Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur a
donné en 1722. à Paris in 12. fa Differtation
fur l'origine des François , où l'on examine
s'ils defcendent des Tectofages , ou
anciens Gaulois , établis dans la Germanie.
32. EXPLICATION , d'une Infcription de
Bour
SEPTEMBRE. 1741 2039
Bourbonne , Mémoires de Trévoux , Mai
1716.
33. LETTRE fur la Queftion , fi N. S.
mangea l'Agneau Pafchal la derniere année
de la vie. Cette Lettre eft écrite au R. P.
Honoré de Ste Marie , Carme Déchauffé
qui l'a fait imprimer à la fin de fon ſecond
Vol. des Reflexions fur la Critique , 1717.
in-4° . à Paris. Le P. Tournemine tâche de
prouver par les Evangeliftes & par les Peres,
que N. S. n'a pas mangé l'Agneau Pafchal
la derniere année de fa vie . Le P. Honoré
répondit à cette Lettre , & la réponſe eft
imprimée de fuite.
34. REFLEXIONS fur l'Athéifme attribué
à quelques Peuples par les premiers Miffionaires
qui leur ont annoncé l'Evangile ,
Mém. de Trévoux , 1717. art. 6.
35. CONJECTURE fur l'Auteur des Extraits
de la Doctrine Orientale , attribués à Clement
Alexandrin , ibid. 1717. Mars .
36. HISTOIRE des Ruffiens , que nous
apellons Mofcovites , tirée des Monumens
& des Auteurs les plus croyables , ibid. Mai
1717-
37. JOANNIS- Stephani Menochii S. J.
Commentarii totius S. Scripture Editia noviffima
Acceffit Supplementum quo continetur
quidquid ad plenam Sacra Scriptura intelligentiam
facilè parandam defideratur. Parif.
FY Claude
2040 MERCURE DE FRANCE
Claude Robustel , 1719. 2. vol . in -fol. Les
Differtations du P. Tournemine qui font dans
le 2. vol. font 1. Differtatio de annis Patriarcharum.
Appendix utrum fententia ſuperiori
Differtatione explicata contraria fit Patribus
, vulgaris autem Chronologia in Patrum
confenfu fundata. 3. Differtatio de primo facre
profane Chronologia vinculo , Epocha Sefoftri
. 4. Differta in de nova ratione Chrono-
Logia Fudicum difponenda . 5. Differtatio de
Chronolo ia Regum Juda & Regum Ifraël.
6. Differ a io de Chronolog a Regum Affyriorum
, quorum Hijoria cum Hiftoria Sacra
connexa eft. 7. Differtatio de Regibus Medorum
, quorum mentio in S. Scripturâ. 8.
Animadverfiones in Petri Poffini Societ. J. )
Differtationem de Affuero Efleri , & Dario
Medo Danielis. Differtatio de Amane Amalecita
& Macedone , in qua difficillima quedam
Ser ptura loca explicantur 10. Differtatio
de Regibus Chaldais , præfertim de Nabuchodonofore.
11. Differtatio de Cyro , Rege
Perfarum . 12. Diffratio de feptuaginta hebdomadibus
. Danielis."
38. MEMOIR E Hiftorique fur le Roy
STANISLAS & fon Augufte Maifon , tiré des
Hiftoriens de Pologne & de Boheme les
plus eftimés , Mem. de Trévoux , Décembre
1725..
39. DISSERTATIONS & Eclairciffe mens
fur
SEPTEMBRE . 1741. 204
fur quelques endroits de l'Hiftoire des Juifs
de M. Prideaux . 1. Sur la ruine de Ninive
& la durée de l'Empire Affyrien . 2. Sur les
Livres de l'Ancien Teftament que les Proteftans
n'admettent point dans leur Canon
de l'Ecriture . Ces Differtations font dans
l'Edition de l'Ouvrage de M. Prideaux faite
à Paris en 1726 , in - 12 .
40. PANEGYRIQUE de S. Louis , Roy de
France , prononcé dans la Chapelle du Louvre
en préſence de Mrs de l'Académie Françoife
, Paris 1733. in -4 °. & 1734. in- 12 .
41. LETTRE fur le Verfet 10. du Pleaume
XIV.Dicite in gentibus, quia Dominus regnavit,
&c. Dans le Mercure de France , mois de
Septembre 1733 .
42. LETTRE à M. de la Roque , pour
répondre à la réplique de D. Auguftin Calmet
, Bénédictin de la Congrégation de S.
Vanne , fur le même fujet , ibid. Juin 1734.
43. CONJECTURES fur la fuppofition de
quelques Ouvrages de S. Cyprien & de la
Lettre de Firmilien , Mém. de Trévoux 1734.
mois de Décembre. Le P. Tournemine porte
à la fin de cet Ecrit un jugement fort déſavantageux
de la vie de S. Cyprien , publiée
en 1717. in-4°. par D. Gervaife , ancien
Abbé de la Trappe.
44. REMARQUES fur le Mémoire touchant
l'origine des Négres & des Améri-
F vj cains ,
2042 MERCURE DE FRANCE
cains , inferé dans les Mém. de Trévoux
Novembre 1733. ibid. Avril 1734. Le P.
Tournemine dit qu'il ignore l'Auteur de ce
Mémoire ; mais il montre que l'Inventeur
du fyftême qui y eft établi , eft Guillaume
Whifton , Anglois , un de ces Hommes dont
l'imagination ne fouffre aucun frein , & il le
réfute.
45. REPONSE à la Differtation fur le
Triumvirat de Galba , Othon & Vitellius ,
& fur celui de Pefcenius , Albin & Severe ,
Mém . de Trévoux , Août 2. partie 1735. La
Differtation qui eft du P. Panel , Jéfuite
eft dans la premiere partie du mois d'Août .
46. LETTRE fur l'immatérialité de l'ame ,
& les fources de l'incrédulité , ibid. Octobre
1735.
47. Remarques fur Lucrece , ibid. Nov.
1735. Il s'y agit de la doctrine de Lucrece -
fur la Divinité.
48. ELOGE de M. l'Abbé de Bellegarde ;
Jean-Baptifte Morvan , dans le Mercure de
France , Nov. 1735 .
49. DE LA LIBERTE ' de penfer fur la Religion
, Mém. de Trévoux 1736. Art. VIII.
50. EPITRE en Vers à M. le Prince de
Dombes , fur ce qu'il commence à lire les
Commentaires de Céfar. Dans le nouveau
Mercure dédié à M. le Prince de Dombes ,
imprimé à Trévoux , Mars 1711 .
SEPTEMBRE . 1741 204
51. DISSERTATION fur le fameux Paffage
de l'Hiftorien Jofeph touchant J. C. en
deux Parties ; la premiere , dans le Mercure
de France , Mai 1739. La feconde , achevée
par M. l'Abbé de Pompignan , dans le Mercure
d'Août de la même année..
52. DE'FEN SE du Grand Corneille con
tre le Commentateur des OEuvres de M.
Boileau Defpreaux ( M. Broffette. ) Mém. de
Trévoux , Mai 1717. réimprimée fous le ſeul
Titre de Défenfe du Grand Corneille , dans
les OEuvres diverfes de Pierre Corneille ,
publiées par l'Abbé Granet , Paris , in douze.
1738. Il y a beaucoup de differences entre
ces deux Editions. Dans la premiere , qui eft
moins ample d'un tiers , le P. Tournemine
n'y prend pas , comme dans la feconde , la
défenfe des Auteurs cenfurés par M. Def
preaux ; il s'arrête uniquement à l'Apologie
de Corneille , & on n'y voit point ces vivacités
contre M. Defpreaux , qui font accumulées
dans la feconde Edition . M. PAbbé
Granet n'a point parlé de la premiere Edition
de cette Piéce. ,
Les autres Sçavans dont il eft parlé dans
ce XLII . & dernier volume , font Gaspard
Abbeille , Gafpard Bareiros , Claude Berroyer
, Sixte Betuleius , Brunus Conrad
François Bruys , Jofeph Cattiglione , Claude
de l'Etoile , Guillaume Forbes , Jean Forbes,
Jean
2044 MERCURE DE FRANCE

Jean Froiffard , Daniel Hafenmuller , Jofeph
Lambert , Barthelemy Latomus , Jean Latomus
, Jean Martin , Jacques Oifel , Philipe
Ouzéel , François Philelphe , Pierre Petit ,
Barthelemi du Quental , Laurent Rhodomant
, Jean Pinto Ribeiro , François Robortel
, Pompée Samelli Dom Auguftin
Manuel de Vafconcellos , Nicolas Vignier
& Guillaume Wolafton.
,
LEÇONS gratuites de Mathématiques & de Phyfique.
M. de Prémontval fait avertir le Public que
l'ouverture du Cours de Phyfique génerale, annoncé
en même - tems que fes Conférences de Mathé
matiques au mois d'Octobre de l'année derniere ,
s'eft faite le Dimanche 16. Avril de cette année
1741. à dix heures précifes du matin .
Les Préliminaires , qu'on n'a pû fe difpenfer de
donner fur l'Arithmétique , l'Algebre , les Proportions
, l'Analyſe & la Géométrie , ont occupé deux
mois de plus qu'on ne s'étoit imaginé . On s'eſt
trouvé infenfib ement engagé dins des détails utiles
, mais moins néceffaires , auxquels on n'avoit
point eû deffein de toucher. Cela n'empêche pas
qu'il ne reste encore affés de tems jufqu'au mois de
Septembre pour expliquer , ainfi qu'on l'a promis ,
au moins l'effentiel des quatre Volumes de Phyfique
de M. Privat de Molières .
On eft bien aife de prévenir le Public que ce n'eft
point par aucun engagement de ſecte , qu'on a
choifi les Livres de cet illuftre Académicien , pour
être la base de ce nouveau Cours de Physique ; on
ne fe propofe que de les expliquer, & non de les
foutenir ni de les défendre . Toute préoccupation
de
SEPTEMBRE. 1741 2049
de Systême mife à part , on ne peut difconvenir que
ces Livres ne foient des mieux faits en ce genre , &
que tout n'y foit déduit d'une maniere très Géometrique
, & cependant débaraffé de ces fublimes Calculs
, dont on ne fait que trop de parade aujour
d'hui dans la Phyfique , fouvent fort mal à propos.
L'Ouvrage de M. de Molieres tient le milieu entre
ces . Phyfiques vagues & fuperficielles , & d'autres,
trop guindées & trop fechement Mathématiques ,
c'est ce qui le rend plus propre à être proposé à de
jeunes Géometres , affés éclairés pour qu'on puiffe
leur donner des raifons folides & aprofondies , &
trop foibles encore pour voler fi haut.
Les Matieres auxquelles on compte s'arrêter plus
particulierement' , font , 1 °. Les Loix génerales du
Méchaniſme , d'où l'on déduira , comme par corollaires
, toutes les Analogies principales des Machines
, ce qui fera comme un Cours abregé de Mé
chanique , dont l'utilité fenfible , jointe à ce que
tout le reste a de curieux , ne peut rendre le Cours
géneral que plus intereffant .
2º. On tirera de ces Loix générales les proprietés
du mouvement circulaire , celles du Tourbillon , &
la Théorie des forces centrifuges . On fuivra l'Hiftoire
des Tourbillons depuis Defcartes , leur Auteur,
jufqu à l'état préfent , où les a mis M. de Molieres ,
& on en fera l'aplication au Méchaniſme de la nature
.
3 ° . A leur occafion on traitera la queftion du
vuide & du plein , celle de l'Attraction & de l'Impulfion
, & on donnera une idée nette des Syf
têmes Cartéfien & Newtonien.
4°. A Poccafion de la pefanteur & des mouvemens
accelerés & retardés ,' on traitera la queftion
fi fort agitée maintenant des forces mortés & des
forces vives , & Ron donnera pareillement unei déc
de la Philofophie Leibnitienne,
1046 MERCURE DE FRANCE
°. L'Aftronomie- Phyfique eft le morceau qui
fera traité avec le plus de foin ; il fera précedé d'un
petit abregé de la Sphere , pour en faciliter l'intelligence
. Les mouvemes & la figure de la Terre ,
les diverfes opinions à ce fujet , & les differens progrès
de ces opinions y feront difcutés avec tout le
détail que l'on pourra defirer .
Tout le refte fera traité avec autant d'étenduë que
le tems pourra le permettre . On efpere qu'on ne
Laiflera pas d'y trouver à s'inftruire & à s'amufer
d'une maniere fuffilante fur une très - grande quantité
d'objets differens .
Quant aux objections , fur tout celles qui regar
dent en particulier la Phyfique de M. de Molieres ,
on avertit qu'on n'en recevra point , fi ce n'eft par
écrit , jufqu'à la récapitulation génerale de l'Ouvrage
, que l'on doit faire à la fin du Cours ; avant ce
tems elles ne ferviroient qu'à faire naître des difcuffions
également inutiles & ennuyeufes pour des
Auditeurs , qui ne font point encore fuffifamment
au fait ; quand ils auront été mis en état d'en profiter
, on difcutera devant eux celles auxquelles on
jugera pouvoir répondre , fans quoi on ne fe fera
point de peine de les renvoyer à la fagacité de l'Auteur
du Systême .
>
Les Conférences tiendront comme à l'ordinaire
les Dimanches & Fêtes , matin & foit ;,
le matin
depuis dix heures jufqu'à onze & demie , & le
foir , depuis trois heures jufqu'à cinq , elles continueront
jufque vers le commencement de Septembre
, pour recommencer au mois d'Octobre fuivant
fur de nouvelles matieres . C'eft à ce tems qu'eft
remis le Cours complet d'Arithmétique & d'Algebre
, qui devoit être l'objet des. Conférences de
cette année .
Les doutes qu'on affecte de répandre , obligent
2.
SEPTEMBRE . 1741. 2047
que
à répeter qu'on ne demande abfolument d'autre reconnoiffance
des foins qu'on le propofe de prendre,
l'attention & l'affiduité néceffaires pour en profter,
l'expérience des années précedentes fait efperer
qu'on ne le fera pas inutilement faté de l'obtenir.
L'adreffe eft rue & Montagne Sainte Geneviève , à
la porte cochere vis à vis le College de la Marche ,
au fecond apartement fur le derriere .
Ceux qui auront de ces Avis , font priés de vou
loir bien le préter au defir qu'on a de fervir le Public
, en avertiffant les perfonnes de leur connoiffance
.
ESTAMPES NOUVELLES.
LE PHILOSOPHE MARIE' , Eftampe en large
C'est la repréſentation de la derniere Scéne du cinquiéme
Acte de la Comédie qui porte ce titre , de
la compofition de M. Deftouches , de l'Académie
Françoife , laquelle attire toujours un très -grand
concours au Théatre François , comme une des
meilleures de cet illuftre Auteur. Cette Scéne eft
composée de fept Perfonnages , quatre Acteurs &
trois Actrices , dont les caracteres font très bien
rendus , & même la reffemblance de ceux qui remplissent
ces Rôles. Cette Eftampe eft gravée avec
beaucoup d'art , par M. Dupuy , d'après le Tableau
de M. Lancret , Peintre de l'Académie , dont le nom
& les talens font assés connus ; elle eft fort aprouvée
des Connoisseurs. Elle fe vend ruë S. Jacques
aux deux Piliers d'or , chés la veuve de François
Chereau , Graveur du Roy . On lit au bas ces
Vers.
A ce mauvais plaifant , à ce railleur groffier ,
Qui croyant voir la Sagesse en délire
Lui fait infulte , & fe pâme de rire ,
Recond
2648 MERCURE DE . FRANCE
Reconnoissez un Financier.
Son frere vertueux plaint le malheur d'Ariſte ;
Tous deux bien differens dans leur commune erreur;
L'un prouve fa bonté par un air fombre & triste ,
Et l'autre par fes ris prouve fon mauvais coeur.
N. D.
PIERRE LOUIS MOREAU DE MAUPERTUIS , de
l'Académie Royale des Sciences une main apuyée
fur un Globe ; en habit & en bonnet fourré , en ·
ufage dans la Laponie , où il a été par ordre du
Roy , pour faire des obfervations Aftronomiques
fur le Globe de la Terre . Portrait jufqu'aux genoux ;
très bien gravé par le fieur Daulé , d'après le Portrait
original de M.R.Tournieres , Peintre de grande
réputation , de l'Académie Royale de Peinture . On
lit au bas ces Vers de M. de Voltaire .
Ce Globe mal connû qu'il a ſçû méſurer ,
Devient un Monument où la gloire fe fonde ;
Son fort eft de fixer la figure du Monde ,
De lui plaire & de l'éclairer .
Voici la quarante- deuxième Eftampe que le fieur
Mayreau , Graveur du Roy , vient de faire paroître
d'après Vauvremans , illaftre Peintre Hollandois ,
fous le titre du Marchand de Foin , Eftampe en large
, de 15 pouces & 6. lignes , fur 13. pouces 6 .
lignes de haut , repréfentant un beau Paylage & un
beau Ciel , gravée d'après le Tableau original du
Cabinet du Prince d'Ifenghien , Maréchal de France.
On trouve cette Eftampe chés le fieur Moyreau ,
rue S. Jacques , à la vieille Pofte , vis-à - vis la ruë
du Plâtre , 1741 .
La
SEPTEMBRE. 1741 2049
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
avec fuccès , chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
rue d'Anjou , la derniere porte cochere à gauche,
entrant par la ruë Dauphine ; il vient de mettre en
vente ceux de ,
LOTAIRE , XXXIII . Roy de France , mort à
Rheims le 2. Mars 986. après 32. ans de Regne ,
deffiné par Boizot , & gravé par J. G. Will.
JEAN- FRANÇOIS DE GONDI , premier Archevêvêque
de Paris , mort à Paris le 21. Mars 1654
âgé de 70. ans , gravé par M. Lafne.
RENE' PUCELLE , Confeiller au Parlement, Abbe
de Corbigny , né le premier Fevrier 1655. peint
par H. Rigaud , gravé par Fiquet.
NICOLAS DE LARGILLIERE , Peintre ordinaire
du Roy , Recteur , Chancelier & Directeur de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , peint
par lui -même , & gravé par J. G. Will .
DES SINGES , habillés en garçons & en filles
dont on a compofé de petits Sujets en large , fort
ingénieux , deffinés par M. Huer , & gravés par M.
Filleul. Ces Eftampes fe vendent chés le même
Odieuvre.
Six autres Morceaux de même grandeur , repré
fentant differens Oifeaux , Poiffons , Coquillages 1
Reptiles , Papillons , & autres Infectes , gravés par
M. Doffier , d'après Vankeffel , fe vendent chés le
même Odieuvre . Ces Sujets font intitulés les Fileufes;
le Camouflet ou le Dormeur ; le Chat qui tire
les Marons du feu ; les Pêcheurs ; les Joueurs de
Volans , &c.
L'Expofition des Tableaux, Sculptures, Gravdress
Deffeins
2050 MERCURE DE FRANCE
Deffeins , & autres Ouvrages de l'Académie Roya
le de Peinture & Sculpture , établie à Paris , fous
la protection du Roy , a commencé le premier Septembre
, & a duré jufques & compris le 23. du
même mois , dans le grand Salon du Louvre. Cette
Expofition a été ordonnée , felon l'intention du
Roy , par M. Orry , Miniftre d'Etat , Contrôleur
Géneral des Finances , Directeur Géneral des Bâtimens
, Jardins, Arts & Manufactures du Roy, & Vice-
Protecteur de l'Académie . Nous nous proposons
d'en parler plus au long dans le premier Journal , la
matière étant trop abondante pour pouvoir entrer
dans celui - ci , qui eft d'ailleurs affés rempli .
Il paroît depuis peu une nouvelle Carte du
Diocèle de Sens , en deux feuilles , intitulée :
Carte Topographique du Doicèfe de Sens , divifée
en fes cinq Archidiaconés & jes douze Doyennés ;
dédiée à M. J. Jofeph Languet , Archevêque de
Sens , Primat des Gaules de Germanie, &c.
Levée géometriquement fous fes ordres par M. Outhier
, Prêtre du Diocèfe de Besançon , Correfpon
dant de l'Académie des Sciences . Elle fe vend à
Sens , chés André Jannot , Imprimeur de M. l'Archevêque
, & à Paris , chés la veuve Mazieres
rue S. Jacques. On ajoûte qu'elle a été gravée par
le fieur de la Haye .
>
L'exactitude dont paroît être cette Carte & la
délicateffe avec laquelle elle eft gravée , prouvent
qu'on n'a rien épargné pour la rendre préferable aux
anciennes. C'est beaucoup qu'en deux feuilles on
ait pû tenir les fept cent foixante & quatorze Paroiffes
, qui font comprifes dans la Banlieuë de
Sens & les cinq Archidiaconés , avec trente - quatre
Succurfales ou Annexes. On y voit outre cela toutes
les Abbayes, tant d'hommes que de filles , les PrieuSEPTEMBRE.
1741
205r
rés , tant fimples que Cures , les Commanderies,
les Collegiales , les Chapelles , les Hôpitaux ou
Maladreries, tout cela avec leur défignation particuliere
; il y a même auffi des marques fpéciales qui
défignent les Lieux ruinés , foit que ce foit Abbaye ,
ou Prieuré , Chapelle , ou Château . Les Champs de
Bataille y font auffi marqués chacun en leur place;
par exemple, celui de Dormel , connû dans nos Hif.
toriens par la Bataille de l'an 600. Les Voyageurs
y trouvent auffi les grands chemins très - bien marqués
enforte qu'il ſemble qu'il n'y auroit plus rien
à defirer pour la perfection de cette Carte en faveur
des Curieux , finon qu'on y eût marqué d'une maniere
fenfible & particuliere les reftes des routes
Romaines , ainfi qu'on croit qu'il y en a dans le
Gâtinois , vers Seaux , ou vers Beaune , & dans la
Brie , aux environs de Provins , vers Lizinos , Landois
, & Chateaubleau . On voit de plus dans la même
Carte deux Plans ; fçavoir , celui de la Ville de
Sers & de fes Fauxbourg , qui n'avoit jamais été
gravé , du moins qu'on ne trouve dans aucune
Cofmographie , & celui de la Ville & Château de
Fontainebleau , lefquels font un des principaux ornemens
du Diocèfé de Seps , & qui ornent beaucoup
la Carte en question .
Il paroît un Ouvrage curieux & utile, propre à orner
les Cabinets , à inftruire & divertir les perfonnes
de tout âge & de tous états, lequel eft divifé en quaetr
Plans . Le premier contientunAbregé Hiftorique&
Chronologique du Dauphiné de fes Souverains . Le
fecond, les noms & définitions de quarante Vertus qui
caractérisent les Princes Dauphins , qui font la matiere
du premier de ces Plans . Les troifiéme & quatriéme
, ont pour objet des introductions aux Scienses
du Blafon de la Géographie , chacun de quels
porte
2052 MERCURE DE FRANCE
"
porte la clef de nouveaux & differens Jeux qui le
jouent avec des Cartes , des Jettons & des Fiches
faites exprès.
Comme cet Ouvrage eft un foible effai du zele de
l'Auteur pour Monfeigneur le Dauphin ; ce Prince,
après en avoir examiné & aprouvé l'invention
bien voulu permettre qu'il paroiffe fous fon augufte
nom. De telles circonftances , & l'utilité qu'on en
peut tirer , donnent lieu d'efperer que le Public le
recevra favorablement .
A mesure que paroîtront ces Plans , & l'attirail
néceſſaire à leurs Jeux particuliers , on aura foin de
les indiquer ; en attendant on avertit les Amateurs
que le premier fe débite avec fuccès pour la Cour ,
chés le Sr Dolet , au Grand Commun à Verſailles ,
chés l'Auteur , ruë des Lombards , vis - à- vis celle
des Cinq Diamans , à l'Enfeigne de la Providence ,
& au Jardin du Palais Royal à Paris . Voici l'Epitre
qui fe trouve à la tête de la quatriéme Colonne du
premier Plan , laquelle donne une idée de tout
Î'Ouvrage.
I Lluft Lluftre Rejetton d'une Tige immortelle ,
Digne Fils de Louis , daigne aprouver mon zele
Permets qu'à tes travaux uniffant les plaiſirs ,
Je rempliffe le cours de tes nobles loifirs ;
Sous les attraits du jeu , je cache l'art d'inftruire ,
De la fidelité j'ai fçû fixer l'empire ;
C'eſt dans ce nouveau Jeu qu'à tes yeux je dépeins
Les noms & les vertus des quarante Dauphins ;
J'ai tracé leurs Portraits fous de couleurs fideles ,
Puiffes -tu donc toi feul raffembler ces modeles !
Du feu de tes rayons me fentant péneter ,
J'ai
SEPTEMBRE . 1741 .
2053
1
J'ai fuivi le flambeau qui venoit m'éclairer ;
Souffre que de ce Jeu confacrant les prémices ,
De ton augufte Nom j'emprunte les aufpices ;
Tandis que fous Louis , cet exemple des Rois ,
Ton courage naiffant tentera des Exploits ;
Je bornerai mes foins à briguer le fuffrage
D'un Prince , qui déja mérite notre hommage .
Heureux fi je pouvois par mes foibles Effais ,
Afpirer quelque jour à de plus hauts ſuccès !
Par fon très -humble très-obéiffant ferviteur
Porlier , de la Societé Académique des Arts.
LETTRE écrite à M. le Ch . D.L. R. aufujet
d'un homme qui a vécu un fiécle & demi.
N dira peut- être , Monfieur , que ce qui eft
infere dans un de vos Journaux touchant les
Vieillards du Nivernois ,reconnus au douziéme fiécie ,
eft trop vieux pour être croyable de nos jours. Il y
a des gens qui n'ajoûtent foi qu'à ce qui n'eft pas
fi reculé. Voici pour ces perfonnes un Fait hors de
tout doute ; je l'ai tiré d'une Eftampe , où l'on voit
un homme qui fut préfenté au Roy de la Grande-
Bretagne le 9. Octobre 1635. Cet homme étoit
d'une bonne taille , âgé alors de cent cinquantedeux
ans , & s'apelloit Thomas Par , fils de Jean
Par de Winnington , de la Paroiffe d'Alberburi . Il
étoit de la Comté de Strophine, où il vint au monde
l'an 1483. Il difoit avoir vû en fon tems dix
Rois en Angleterre ; fçavoir , Edoüad IV . Edouard
V. Henry VII. Richard III . Henry VIII , Marić ,
Edouard VI . Elizabet, Jacques VI . & Charles . Ce
bonhomme béuiffoit Dieu , entre autres chofes , de
се
2054 MERCURE
DE FRANCE
Ce qu'ayant vû en la vie trois diverſes mutations au
fait de la Religion dans fa Patrie ; fçavoir , fous
il
Henry VIII. , fous MARIE , & fous ELIZABETH ,
n'avoit cependant jamais fait profeffion que de la
Foi Catholique , Apoftolique & Romaine , comme
la plus ancienne , ayant vû naître toutes les autres
qui lui font opofées . Il avoüoit même ingénûment
qu'à l'âge de près de cent ans il fut apellé en Juftice
& accusé d'avoir fait un enfant à une jeune fil
le , pour réparation de quoi il fut condamné à faire
pénitence publique devant la porte de l'Eglife couvert
d'un drap blanc & tenant un cierge à la main,
fuivant la loi & la coûtume du Royaume . Il perdit la
vûë vers l'an 1619. & demeura aveugle pendant
environ ſeize ans. Il mourut à Londres le 24. Novembre
1635. en moins d'une demie heure , fans
avoir fenti auparavant aucune douleur qui le menaçât
de fa fin.
On cuvrit fon corps , & toutes les parties intérieures
furent trouvées fort ſaines , excepté le poulmon
, que le fang avoit comme noyé & fuffoqué ;
ce que les Médecins attribuërent au changement
d'air & de nourriture , ayant été amené d'un Pays
où l'air eft fort pur & temperé , au lieu celui que
de Londres eft groffier & mal fain , furtout à ceux
qui n'y font pas accoûtumés.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evreux
le 6. Septembre 1741 .
J
&
E viens de vifiter un de nos Bourgeois , actuellement
âgé de cent deux ans , quatre mois ,
aveugle depuis un an , dont la femme en a quatrevingt-
quatorze ; une fille qui leur refte de tous
leurs enfans , âgée de foixante ans , gouverne
ménage , dans lequel on remarque une grande paix
leur .
&
SEPTEMBRE. 1741. 2055
tranquillité. La fille conduit journellement fon
Pere à la Meffe , & la Mere eft ordinairement occupée
à fon Jardin , étant bon , dit- elle , de fe don
ner quelque mouvement pour le bien porter. Le
Bonhomme a été Piqueur du Grand Turenne , & a
Lefté pendant 77. ans dans la Maiſon de Bouillon
avec la même fonction . Son nom de guerre étoit
Philippot , mais fon nom de famille eft Ŏdievre. M.
le Duc de Bouillon l'envoya chercher la femaine
paffée , ordonna qu'on le fit déjeuner , & le Vieillard
but en fa prefence toute la bouteille de vin de
Bourgogne . Le Pere , la Mere & la Fille paroiffent
jouir d'une fanté parfaite,
Voici un Avis qui nous paroît important & utile
au Public. Le Sr du Marfais , qui a été Gouverneur
de jeunes Seigneurs de la premiere condition , dent
il a commencé & fini l'éducation avec éloge , a ob
tenu des Lettres de permiffion pour élever de jeunes
Penfionnaires. Il eft logé convenablement , rue des
Foffés S. Bernard , près la ruë S. Victor.
Le Sr du Marfais eft connu dans la République
des Lettres par fon Livre des Tropes, & par fon Expofition
d'une Méthode raisonnée pour aprendre la
Langue Latine. Cette Méthode épargne bien des
peines aux jeunes gens , & leur forme l'efprit. Plu
feurs Perfonnes de diftinction en ont fait uſage avec
fuccès.
Nous avons cru qu'on aprendroit avec plaisir
qu'une perfonne qui a acquis par fon état la connoiffance
des bienféances du monde , & qui joint à
cette connoiffance l'érudition & l'efprit méthodi
que , fe mît à portée d'être utile au Public en un
point auffi intereffant que l'éducation .
On trouvera chés lui des éclairciſſemens plus
détaillés .
Les
2056 MERCURE DE FRANCE
>
M. de Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier
Médecin du Roy , ayant vû' la guérifon d'un g and
Prélat , des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il
avoit fur le vifage depuis plus de huit ans lequel
a fait à la Dame de Leftrade une Penfion fa vie durant
, & ayant apris d'ailleurs la guérifon de pluheurs
autres Perſonnes confidérables , & qu'elle
traitoit ces Maladies depuis plus de 40 as , avec
fuccès & aplaudiffement , a bien voulu donner fon
Aprobation pour débiter fes Remedes , pour l'utilité
& le foulagement du Public ; fçavoir , une Eau
qui guérit les Dartres vives & farineuſes , Boutons,
Rougeurs , Taches de rouffeur , & autres Maladies
de la Peau ; & un Baume blanc , en confiftance de
Pomade , qui ôte les cavités & les rougeurs après
la petite vérole , les taches jaunes & le hâle , unit &
blanchit le teint. Ces Remedes fe gardent tant que
l'on veut , & peuvent fe tranfporter partout .
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4. 6. livres
& au- deffus , felon la grandeur. Les Pots de
Baume blanc , font de 3. livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols.
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la
Comédie Françoife , chés un Grainetier , au premier
Etage. Il y a une Affiche au--deffus de la porte.
Le fieur Fauchard , Auteur du Livre intitulé , le
Chirurgien Dentifte , avertit le Public qu'il continuë
de travailler fur les Dents , & à tout ce qui concer.
ne leur embelliffement , leur confervation , leur
maladie & celles des Gencives , & que le bruit qui
s'eft répandu qu'il avoit quitté la Profeſſion eſt ſans
fondement. I eft fecondé dans fes Opérations par
le Sr Duchemin , fon beau- trere , qui après les études
Latines & celles d'Anatomie & de Chirurgie , eft
devenu fon Eleve , & réuffit dans l'Art qu'il a em
braffe ,
SEPTEMBRE. 1741 20573
braffé , avec tout le génie poffible & toute l'adreſſe
de la main qu'on peut defirer.
On trouve chés le Sr Fauchard les Eponges fines,
les Racines préparées , les Poudres & les Opiats
propres aux Gencives & aux Dents.
I fournit toujours fon excellente Eau anti fcor.
bntique & Balfamique , qui prévient & guérit la
plupart des maux qui attaquent les Gencives & les
Dents ; il inftruit de la inaniere de s'en forvir par
un Imprimé . Les Bouteilles font de 6. de livres
, & de 30. fols .
3.
Il demeure toujours rue de la Comédie Françoise
à Paris .
A
M
t
Les fieurs Hanot , Maître Menuifier Mollin , &
Montean tous deux Maîtres Tapiffiers , font fçavoir
au Public qu'ils ont tous les trois trouvé le moyen
de conftruire un Lit d'une structure , qui fans rien
changer à la figure extérieure , a l'avantage fingulier
d'être d'une très - grande utilité pour les Malades
, les Femmes en couches , les Gouteux , les
Paralitiques & les Bleffes , en un mot , pour tous
ceux qui font dans la dure néceffité de garder te lic
plufieurs jours de fuite , & qu'on ne peut même
remuer fans rifque .
On trouvera dans la ftructure de ce Liles moyens
de remedier aux inconvéniens dès Lits ordinaires ;
on pourra le Malade y étant couché ) donner de
l'air & rafraîchir tous les matelats ,, en un mot , refaire
le Lit , & même le changer , fi l'on veut qua
tre fois par jour .
Ils ont même , pour mériter l'Aprobation de l'Académie
Royale des Sciences , trouvé le moyen de
changer jufqu'au drap de deffous le Malade , fans
prefque le remuer dans l'inftant de ce changement,
car tout le reste de la manoeuvre peut le faire fans
Gij toucher
2058 MERCURE DE FRANCE
toucher le Malade , & une feule perfonne , pour
peu qu'elle foit entendue , peut faire toutes ces
operations. Ces Lits ne tiendront pas plus de téms
à monter & à demonter que les autres Lits , & n'occuperont
pas plus de place dans les Equipages d'armée
.
Les Perfonnes qui voudront s'en fervir , en trou
veront chés l'un des trois Ouvriers qu'on vient de
nommer , fçavoir chés le Sr Hanot , Maître Menuifier
, demeurant dans la Cour du Dragon , ruë Ste
Marguerite , Fauxbourg S. Germain ; chés le fieur
Mollin , Maître Tapiffier , rue Ticquetonne , &
chés le Sr Montean , auffi Maître Tapiffier , rue de
l'Univerfité , chés Mad . la Duchefle de la Force,
Les Inventeurs de ces Lits s'obligent gratuitemeng
envers les perfonnes qui acheteront ou loueront de
ces Lits , d'aller les monter & démonter chaque
fois qu'ils en feront avertis,& ils garantiront par ce
moyen leurs Ouvrages , lorfqu'il n'y aura qu'eux
qui y toucheront,
M. de Launay , Maître Chirurgien Juré à Paris ,
préfenta le 15 Juillet dernier à l'Académie Roya
le des Sciences le nouveau Bandage qu'il a inventé
pour les perfonnes incommodées de Defcentes
, ou qui veulent s'en garantir .
1
M. Petit & M. Morand , nommés Commiffaires,
raporterent les Expériences avantageufes qu'ils en
avoient vûës fur plufieurs perfonnes de leur connoiflance
des plus incommodées.
Sur quoi l'Académie a honoré de fon Aprobation
un Ouvrage dont l'utilité & la commodité furpaffent
ce qui a été tenté jufqu'à préfent dans ce genre.
M. de Launay demeure rue des Prouvaires , Quartier
S. Euſtache , du côté de la rue du Roule. On
trouvera chés lui l'utile Inftruction inferée dans le
Mercure du mois de Mars dernier , page 170 .
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
TRO
NEW
YORK
PUBLIC LIERÁRY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
741.
SEPTEMBRE. 1747. 2059
CHANSON A BOIR E.
V Enez partager l'allegreffe
Que je réffens en ce grand jour ;
Le Deſtin me rend ma Maîtreffe ,
Et Bacchus me rend mon amour ;
Chantez mon bonheur extrême ,
Amis , fecondez mes voeux ;
Aprenez pour être heureux ,
Qu'il faut boire autant qu'on aime.
AUTRE CHANSON TENDRE
D Ans mon dépit je jurai l'autre jour
D'abandonner ce Dieu qui ne vit que de larmes ,
Mais hélas ! quand je crus renoncer à l'Amour ,
Je n'avois pas encor confulté tous vos charmes.
SPECTACLES.
TRAGEDIE ET BALLET repréfentés au
College de LOUIS LE GRAND le 2. Août.
N donna pour la diftribution des Prix
Fondés par le Roy , la Tragédie de Télégone
reconnu fils d'Ulyffe , de la Compo-
G iij fition
2060 MERCURE DE FRANCE
fition du P. de la Sante , Jéfuite , l'un des
Profeffeurs de Rhétorique . Cette Piéce emporta
les fuffrages de tous les Connoiffeurs ;
elle offre un Tragique foutenu où le trouve
la finefle de l'intrigue jointe à la régularité
de la conduite , à la beauté des fituations
à la force des caracteres , à la délicateffe des
fentimens , à l'énergie de la verfification , à
la furprife & à la fingularité des reconnoiffances
en voici le fujet.
,
Ulyffe avoit été averti par l'Oracle de fe
tenir en garde contre la main d'un fils . Outre
Télémaque qu'il avoit eu de Pénélope
il ne fçavoir pas en avoir un autre de Circé
Reine de l'Ile d'Eée , où il n'avoit féjourné
que peu de mois pendant le cours de fes
voyages & de fes avantures. Ce fils fe nommoit
Télégone ; quand il fut en âge de voyager
, fa mere l'envoya voir Ulyffe . A peine
ce jeune Prince eut il abordé à la Côte d'Itaque
, qu'il s'éleva une querelle , & qu'il fe
donna un combat entre fes gens & les fujets
d'Ulyffe . Télégone en ce choc tua fon pere
fans le connoître , & fe retira en Italie .
Le Programe imprimé nous difpenfe d'expofer
en détail tout le plan & la conduite de
cette Tragédie ; nous nous bornerons à en
donner ici une idée génerale . On fupofe dans
cette Piéce que Télégone eft envoyé par
Circé , pour la venger de la perfidie d'Ulyffe
SEPTEMBRE . 1741 2061
lyffe qui l'avoit abandonnée , & qu'elle laiffe
ignorer à fon fils Télégone qu'il fût fils d'Ulyffe
.
Phalere oncle maternel de Télémaque ,
jette dans l'efprit de ce Prince des foupçons
contre Télégone qui a gagné toute la confiance
d'Ulyffe , qui le regarde feulement
comme un jeune Etranger qu'il aime fans
fçavoir pourquoi. Ulyffe agité par des ombres
effrayantes , fait un facrifice à Minerve,
dont l'Oracle l'avertit d'une voix formidable
d'être en garde contre la main d'un fils .
Timante , Envoyé fecret de Circé aporte à
Télégone un poignard fur lequel font gravés
ces mots, perce le fein d'Ulyffe , ou perce le tien
propre. Télégone frémiffant d'horreur confie
ce fatal inftrument à fon Gouverneur Orante
, & lui ordonne de le lui plonger dans le
fein , fi jamais il lui voit former le deffein
de s'en fervir contre Ulyffe fon bienfaiteur.
Le Roy plein du funefte Oracle qu'il
vient d'entendre , foupçonne Télémaque ;
& pour fonder fon coeur , il feint de vouloir
abdiquer la Couronne. Tous les Seigneurs ,
& furtout Télémaque s'opofent à cette abdication
avec des inftances fi finceres & fi
preffantes , qu'Ulyffe demeure convaincu
qu'on n'eft point las de le voir regner . Thrafile
, Prince du Sang des Rois d'Itaque , &
qui ambitionne le Trône , réveille fes foup -
Giiij Cons
2062 MERCURE DE FRANCE
çons en lui annonçant l'arrivée d'une Flotte
étrangere qui pourroit bien venir par l'ordre
de Télémaque. En même tems Phalere fait
comprendre à celui - ci que l'abdication n'eft
qu'une feinte d'Ulyffe , pour voir fi fon fils
auroit envie de regner ; que c'eft une fuite
des mauvais fervices que lui rendent Thrafile
& Télégone ; qu'il ne s'agit pour lui de
rien moins que d'une mort honteufe , s'il
n'accepte le fecours & l'afile que vient en
effet lui offrir l'Ambaffadeur de Circé , lequel
par un tour de politique dont il fçait tirer
avantage , fe dit envoyé par Calypfo.
Télémaque refufe ces armes étrangeres ,
& n'accepte l'afile qu'après qu'on lui a fait
fentir qu'il y va de la vie du Roy , contre
lequel le peuple fe fouleveroit , pour peu
qu'il parût en vouloir à celle de fon fils . Ti
mante s'aplaudit du fuccès de fon ftratagême
, & fans perdre de tems , fonge à faire
révolter le peuple auquel il veut donner
pour Chef Thrafile , qu'il flate de l'efpoir
de regner. Il eft trompé lui - même. Thrafile
croyant mieux s'affûrer le Trône en faisant
périr le fils par le pere , & le pere par le
peuple , découvre
à Ulyffe le fecret de la
Flote & le projet de l'évafion de Téléma
que , qu'il repréfente
comme une confpira tion formée.
Le Roy plus troublé que jamais , fait enfermes
SEL EMDNE. 1741. 2063
4
Fermer Télémaque fans écouter les proteſtations
qu'il lui fait de fon innocence , ni les
repréfentations du généreux Télégone . Auffi-
tôt Thrafile vient annoncer le foulevement
du peuple qui court aux armes & veut forcer
la prifon de Télémaque . Le Roy ordonne
à Télégône de marcher à la tête d'une
partie des troupes de fa Maifon. Arrive un
Emiffaire de Thrafile , qui s'écrie que Télégône
lui -même trahit le Roy , & a mis Télémaque
en liberté. Ulyffe en fureur fe met
à la tête des troupes Etrangeres qui font à
fa folde , & fous l'habit de leur Commandant
, va fe faire juftice lui- même. Après le
combat , Télégône , & Télemaque qui a
reconnu fon zéle , fe félicitent de l'avantage
qui leur ouvre un paffage jufqu'au Palais , où
le fils vient demander grace au pere. Cependant
une fecrette inquiétude , que Timante
cherche en vain de calmer, trouble la joye de
leur victoire, & un funefte preffentiment leur
annonce un malheur. Le myftere s'éclaircit
on aporte le Prince Thrafile bleffé à mort
fur un bouclier . Dans le dernier effort de fon
dépit & de fa haine , il fouhaite à Télé maque
un fort pareil à celui de fon pere , il
déclare qu'Ulyffe a péri dans le combat de
la main de Télégone fon favori. Quel đéfelpoir
pour Télégône ! que fera Télémaque ?
Il doit la liberté , la vie , la Couronne à
Gy Télé
2064 MERCURE DE FRANCE
Télégône ; il doit un vengeur à fon pere ...
Il eft prêt à faire ceder l'amitié à la nature
lorfque Timante l'arrête , en lui déclarant &
lui prouvant que T légône eft fon frere , fils
d'Ulyffe comme lui . C'eft ici une de ces reconnoiffances
qui , ménagées à propos fur
la Scéne , produifent un dénouement dont
le Spectateur eft faifi & frapé.
Cette Tragédie reprefentée d'abord , ſelon
l'ufage , fur le Théatre intérieur du College ,
fut aplaudie géneralement par tous les Connoiffeurs
, tant pour la compofition , que
pour l'exécution . Chaque Acteur fe ſignala
& parut fait le Rôle dont il étoit
chargé.
pour
Les Avantures de Télémaque en Ballet , fervirent
d'Intermedes naturels à la Tragédie .
de Télégône , fon frere. Le fujet du ce Spectacle
annoncé encore fous le titre du Prince
inftruit par la Sagaffe , fembloit commander
& perm ttre tout à la fois de le dédier à
Monfeigneur le Dauphin. Nous ne doutons
pas que le Public ne relife avec plaifir l'Epître
Dédicatoire des Eléves du College ,
laquelle eft à la tête du Programme ; on y
reconnoîtra fans peine , fous le ftyle d'un
excellent Maître , les vrais fentimens & le
zéle vif & refpectueux de la jeune Nobleſſe
qui compofe cette floriffante Académie Litteraire.
MONSEPTEMBRE.
1741. 2065
MONSEIGNEUR ,
Le Sujet de ce Spectacle autoriſe la liberté
que nous prenons de vous le confacrer ( c'est
le Prince inftruit par la Sageffe . ) Le raport
eft naturels l'aplication eft fenfible. C'est encore
un précis des excellentes maximes qu'un des
plus heureux Génies de la France prit autrefois
Join d'écrire pour votre augufte Ayeul , & dont
nous voyons déja en Vous , Monfeigneur , la
pratique ébauchée avec un fuccès qui fonde les
plus juftes espérances. C'est enfin l'annonce d'u
ne Fête Académique , inftituée pour la diftribution
des bienfaits dont nous honore le grand
Monarque à qui vous devez le jour. Comme
nous devons à fa magnifique bonté l'émulation
qui anime nos Exercices & nos Jeux Litteraibien-
tôt nous lui devrons le tribut de nos
fervices , & s'il le faut , l'hommage même de
notre fang. Tels font auffi les fentimens que le
devoir & l'inclination nous infpirent pour votre
gloire.
res ,
Daignez, Monfeigneur , agréer le zéle naiffant
de ceux qui ont l'honneur d'être avec le
plus parfait dévouement & la foumiffion la
plus refpectueuse , MONSEIGNEUR , Vos
très - humbles & très - obéiſſans Serviteurs ,
Eleves du College de Louis le Grand.
les
Le deffein qu'on s'eft propofé dans ce Ballet
, eft de retracer à l'oeil , s'il eft poffible ,
une partie des fages leçons qu'un grand Pré-
G vj
lat
2066 MERCURE DE FRANCE
,
lat du dernier fiecle fçut revêtir des orne
mens de la fable & de toutes les graces
du ftyle dans un Poëme qui a pour but
de former un jeune Prince à la fageffe , afin
de contribuer ainfi à l'éducation folide de
la jeune Nobleffe , en même tems qu'on
s'aplique à lui infpirer le naturel & l'agrément
des manieres . On divife toute l'action
en quatre parties , qui renferment les
principales avantures de Télémaque , avec
des maximes utiles à l'éducation d'un Prince.
1°. Les Avantures qui l'inftruifent dans l'art
de vaincre fes paffions. 2 ° .Celles qui le forment
au grand art de régner. 3°. Celles qui
lui enfeignent la maniere de foûtenir l'adverfité.
4. Celles qui lui aprenent la conduite
qu'il doit tenir dans la profpérité.
L'ouverture est tout à la fois des plus majeftueufes
, & des plus riantes. Les Vertus &
les Génies qui préfident aux Beaux Arts ,
viennent rendre hommage à Minerve. Elle
leur fait jurer fur for Autel , qu'ils feconderont
les foins qu'elle veut prendre en perfonne
de l'inftruction du jeune Télémaque ....
Ce Prince paroît à la tête d'un grand nombre
de Courtifans qui affiégent la Cour de
fa mere Pénélope , & qui boivent à longs
traits les coupes empoifonnées que leur préfentent
les Emiffaires de Circé. Minerve fe
métamorphofe tout à coup en fage & refpectable
SEPTEMBRE . 1741 7087
table vieillard fous le nom de Mentor. Elle
rompt le charme de la coupe enchantée qu'on
offre à ce cher Difciple , & l'arrache à cette
foule importune
.
Nous ne prétendons pas donner un précis
exact des quatre Parties qui fuivirent , dont
le détail peut être vû dans le Programe ; il
paffe les bornes d'un Extrait : il nous fuffira
d'indiquer en peu de mots la divifion géne
rale des Parties , & les Entrées fingulieres .
La premiere Partie comprend les avantures
qui conduifent Télémaque à la victoire qu'il
doit remporter fur les paffions. On y voit
ce jeune Prince vainqueur de l'ambition ,
de la volupté , & de toutes les autres
paffions déguifées en Vertus. L'Entrée de
Télémaque , vainqueur de l'ambition , in
térella beaucoup.
Les Scigneurs Crétois dans une affemblée
générale de la Nation , vont en cérémonie
porter leurs fuffrages dans l'Urne de la Fortune
pour l'élection d'un Souverain ; le choix
des Electeurs tombe fur Télémaque , qui
refufe le Sceptre & la Couronne qu'on lui
préfente. De concert avec Mentor , il défere
la dignité Royale au fage Ariftodéme
& préfere le Gouvernement de fa petite Ifle
à celui des cent Villes de Crete ; bien convaincu
qu'il eft plus glorieux de refufer un
Trône , que de le pofféder. Dans l'Entrée de
la
2668 MERCURE DE FRANCE
la Volupté , les traits & les foudres partis de
la redoutable Egide de Minerve , offrirent un
fpectacle dont la moralité fe fit entendre.
&
Les Avantures qui aprenent à Télémaque
l'art de régner , l'inftruiſent à venger l'honneur
des Autels , à faire le bonheur de fes
Sujets , à réduire les ennemis de l'Etat : cette
derniere Entrée avoit quelque chofe de frapant
& de nouveau . Télémaque aprenant
que les Manduriens font des préparatifs de
Guerre contre un Prince fon Allié , fait faire
à de jeunes Gentilshommes les exercices militaires
qu'on leur a montrés au Camp : il ſe
met à la tête de cette Troupe d'élite
marche contre les ennemis qui paroiffent &
difparoiffent au même inftant , effrayés , de
la contenance fiere avec laquelle ces jeunes
Guerriers fe difpolent à les recevoir . On admira
fur le Théatre un combat opiniâtre livré
en cadence , & une mêlée fans défordre.
Il ne faut pas oublier la réjouiffante & ingénieufe
Pantomime de la feconde Entrée à
l'occafion des Spectacles que Mentor , fous
les yeux de Télémaque , fonde à Salente
pour délaffer le peuple de fon travail , après
lui avoir infpiré ce goût des Arts & du Commerce,
cet amour du travail, fi propres à affurer
fon bonheur , en lui diftribuant l'opulence
avec une jufte éganté.
>
Autre Spectacle , autres Avantures . Ce
font
SEPTEMBRE . 1741 2069
font celles qui enfeignent à Télémaque les
trois principaux moyens de foûtenir l'adverfité
; fçavoir , la tranquillité d'efprit , la conftance
& la fermeté de coeur , & l'eſpérance
d'une meilleure fortune . Rien de plus gracieux
que l'Entrée de Télémaque Berger.
On voit ce jeune Prince fait efclave après la
prife de fon Vaiffeau , & envoyé dans un
défert d'Egypte , où il trouve le fage Termofiris
, Prêtre d'Apollon , qui lui aprend à
avoir l'efprit tranquile dans fa difgrace , &
à goûter les douceurs de la vie champêtre
avec les jeunes Bergers qu'il inftruit à la
vertu & aux plaiſirs innocens. La douceur &
l'aménité de ce fpectacle fit un charmant
contrafte avec l'effroyable combat des Mandureins
.... L'Entrée où Télémaque accablé
d'infortunes , defcend aux Champs Elifées
pour y chercher fon pere & la fin de ſes mak
heurs , eut un fuccès complet.
La fcience propre d'un Prince , & la plus
néceffaire , eft celle de bien ufer de la prof
périté. On voit dans la premiere Entrée de
cette derniere Partie , Télémaque modefte
dans le fuccès. Après la défaite du Tyran
d'Hefpérie , les Chefs de l'Armée victorieuſe
décernent les honneurs du triomphe au jeune
Héros , qui par modeftie fe dérobe à ce
pompeux apareil. On oblige fon Ecuver à
prendre fa place , & à porter l'Etendart du
Prince
20 MERCURE DE FRANCE
Prince abfent , qui n'acquiert pas moins de
gloire en fuyant la loüange , qu'en la méritant.
Cette marche triomphale avoit quelque
chofe de vif & d'animé . Enfuite c'eft
Télémaque qui partage fes biens avec les
malheureux ; enfin fa vertu & fa renommée
s'accroiffent avec fa fortune. Après mille
travaux foufferts , mille ennemis domptés ,
Télémaque au comble de la grandeur fair
affeoir les Vertus fur fon Trône. La Renommée
publie fes auguftes qualités ; les divers
Peuples , Tyriens , Hefpériens ; Sauvages
Oricntaux , & c. viennent admirer la fageffe
de ce Prince accompli , écoutent fes oracles
avec refpect, lui érigent des Trophées, & par
une Fête folemnelle le reconnoiffent pour
le fouverain arbitre de la Guerre & de la
Paix.
Toutes ces danfes liées & variées avec
art , finirent par un Ballet général des mieux
entendus. Télémaque fuivi de fa Cour & de
fon Peuple , vient au Temple rendre graces
aux Dieux des maximes de fageffe dont
Mentor l'a inftruit. Mentor de fon côté ſe
rend au pied de l'Autel ; là quittant la figure
humaine fous laquelle il avoit fervi de Gouverneur
au Prince fon Eleve , il fe place fur
l'Autel , & reprend fa forme naturelle de
Minerve. Tous les Suivans du jeune Roy
frapés de cette étrange métamorphofe , fe
joignent
SEPTEMBRE. 1741 207%
joignent à lui pour rendre hommage à la
Déeffe , & pour lui marquer leur reconnoif
fance. Le Prince inftruit par lui - même de
ce que peut l'émulation fur les jeunes coeurs)
propofe des Prix & des Lauriers à la Jeuneffe
de fon Royaume , & par cet attrait l'anime
à courir avec ardeur dans la carriere des
Beaux Arts. Minerve elle- même couronne
les Vainqueurs.
Nous voudrions pouvoir ici nommer tous
les jeunes Acteurs de cette aimable & pom
peufe Fête ; le choix nous embarraffe , & la
diverfité des caractéres prefque tous excellens
dans leur efpece , ne nous permet pas
un détail que la brieveté d'un Extrait nous
défend. Les pas & les figures font de la com
pofition de M. Malter , l'aîné , qui depuis
plufieurs années fignale fon génie admirable
pour cette forte d'Exercice , & qui par - là
peut , avec juſtice , être regardé comme un
homme des plus capables de conduire & de
diriger les plus brillans Spectacles en ce
genre .
L'Eloge du Roy qui précede la diftribution
des Prix , fut prononcé par M. Foy de
Rochefort , avec beaucoup de dignité. S. A. S.
M. le Comte de la Marche , M. le Cardinal
de Polignac , M. le Nonce , plufieurs Prin
ces , Ambaffadeurs , Prélats & autres Perfonnes
de la premiere diftinction , décore
xen
2012 MERCURE DE FRANCE
rent ce Spectacle par leur préfence, & contri
buerent beaucoup à la joye d'une Affemblée
de près de quatre mille Spectateurs , qui s'en
retournerent extrêmement fatisfaits du goût ,
de la précifion , de la varieté , de l'expreflion
des Entrées ; du bel ordre , de l'attention ,
du filence & de la tranquillité qui regnerenɛ
partout dans le cours de l'action ; mais furtout
ils admirerent la grace , la propreté ,
l'exactitude & la régularité des Danfes , exécutées
par les jeunes Seigneurs , dont la noble
émulation fembloit le difputer aux Maîtres
mêmes qui les avoient inftruits.
On doit fçavoir gré au College de Louis
LE GRAND des foins qu'on y employe avec
un fuccès fi conftant , pour donner à la premiere
Jeuneffe du Royaume ces Leçons de
politeffe & de manieres aifées , qui font une
partie effentielle de l'éducation . Cette forte
de Spectacle , dont il femble poffeder le vrai
goût , & qu'on y affaifonne toujours de
bonnes maximes de conduite , termine agréa
blement un grand nombre d'Exercices Litteraires
qui s'y font pendant le cours de
l'année.
Le 19.l'Académie Royale de Mufique donna
la derniere Repréfentation du Ballet Héroïque
des Fêtes Grecques & Romaines, & remit
au Théatre le 21.l'Opera d'Alcione,lequel n'avojt
SEPTEMBRE . 1741. 2073
voit pas été repréſenté depuis le mois de Mai
1730. Cette Piece a été parfaitement bien
remife , & d'une maniere très- brillante . La
Dlle Pelliffier remplit avec aplaudiffement
le même Rôle d'Alcione qu'elle avoit joüé
à la précédente reprife ; les autres Rôles font
auffi très- bien remplis par les Acteurs de
l'Académie. On parlera plus au long des
changemens qu'on peut avoir fait à la Mufique.
On peut voir un Extrait de la Piéce dans
le premier vol. de Juin 1730. p . 1188 .
MADRIGAL à Mlle le Maure , repré
fentant Délie dans le Ballet des Fêtes
Grecques & Romaines.
PEndant tout le cours de fa vić
Tibule fut conftant & n'aima que Délie ;
Son coeur fans être émû vit les autres beautés
C'est un fait que l'hiftoire affûre véritable ;
Mais il ne devient vraisemblable ,
Que lorfqu'à nos regards vous la repréſentez.
Le 14. Septembre , les Comédiens François
remirent au Théatre la Tragédie d'Inés de
Caftro , dans laquelle la Dlle Fleury , nouvelle
Actrice , joua pour la premiere fois le
premier Rôle de la Piéce avec aplaudiffement.
Le 20 , ils donnerent une Comédie nou
yelle
2074 MERCURE DE FRANCE:
velle en Profe , & en cinq Actes, de M. Def
touches , de l'Académie Françoife , intitulé
le Vindicatif Généreux , à laquelle le Public
n'a pas fait un accueil favorable.
Le 2. Septembre , les Comédiens Italiens
remirent au Théatre la Comédie de la Fauſſe
Suivante , Piéce en Profe & en trois Actes ,
avec trois Divertiffemens de M. de Marivaux,
repréfentée dans fa nouveauté au mois de
Juillet 1724. avec fuccès. Elle n'a pas moins
fait de plaifir à la reprife , ayant été très - bien
remife & exécutée au mieux . La Dlle Silvia,
en Cavalier , repréſente le principal Perfonnage
avec beaucoup d'aplaudiffement , de
même que les autres Acteurs de la Piéce.
La Dlle Roland , dont nous avons eû occafion
de parler plufieurs fois avec éloge , &
le Sr Poitiers , nouveau Danſeur , tous deux
arrivés depuis peu de Londres , ont danſé une
Entrée au fecond Acte avec une Pantomime à
la fin de la feconde Piéce, avec aplaudiffement.
Le Fils de ce nouveau Danfeur , âgé d'environ
fept ans ,
a danfé deux differentes En
trées dans la premiere Piéce avec toute la
grace & la jufteffe imaginables , & fort au
deffus de fon âge . Nous avons donné l'Extrait
très - détaillé de cette Piéce dans le Mercure
de Juillet 1724. pag. 1589 , auquel nous
renvoyons le Lecteur,
Is
SEPTEMBRE. 1741. 207
Le 14. Septembre , les mêmes Comédiens
repréſenterent une Piéce nouvelle Italienne
en Profe & en trois Actes , intitulée Arle÷
quin Prince par hazard, dont le principal Rô :
le a été joué par le Sr Carlin. Le fujet de
cette Piéce n'eft pas neuf , il a déja été traité
par les mêmes Comédiens dans une petite
Piéce d'un Acte donnée le 10. Août 1726.fous
le titre d'Arlequin toujours Arlequin dont
le feu Sr Thomaffin jouoit le principal Rôle
d'une maniere très -comique . Nous avons
donné l'Extrait & l'origine du fujet de cette
Piéce , qu'on peut voir dans le Mercure de
Septembre de la même année , pag. 2114.
Le 18, les mêmes Comédiens remirent au
Théatre une Comédie en Vers , & en trois
'Actes , avec des Intermedes de Danſes , ſous
le titre de l'A ****, de la compofition de
M. de Boiffi . Cette Piéce qui avoit été donnée
pour la premiere fois le 17. Août 1737.
avoit été reçue favorablement , & n'a pas
moins fait de plaifir à la repriſe. La Dlle Rca
land & le Sr Poitiers y ont danfé une Entrée
au fecond Acte , avec de nouveaux aplaudiffemens
, & une Pantomime à la fin du dernier
Divertiffement , dont l'exécution a fait
beaucoup de plaifir.
Le 23. les mêmes Danfeurs executerent
un nouveau Divertiffement en Pantomime
avec les autres Acteurs de la Troupe , lequel
2076 MERCURE DE FRANCE
1
a pour titre la Coquette ; il fut géneralement
aplaudi. Les trois principaux Perfonnages
font remplis par la Dile Roland , qui figure
la Coquette, & par les Srs Riccoboni & Poi
tiers, fes Amans jaloux ; ils caractérisent parfaitement
le fujet de la Pantomime , dons
l'exécution vive & brillante ne laifle rien à
défirer.
Le 10. Septembre , l'Opera Comique , de
la Foire S. Laurent donna deux Piéces nouvelles
d'un Acte chacune , avec des Intermedes
de Chants & de Danſes ; la' premiere ,
intitulée l'Intrigue ; & la feconde , la Fête
de S. Cloud , que le Public a reçues favorablement.
Le 21 9
On donna une autre Piéce nouvelle
qui a pour titre , les Valets , avec un
Divertiffement , laquelle fut précedée des
deux autres Piéces dont on vient de parler
NOUSEPTEMBRE
. 1741. 2077
NOUVELLES ETRANGERES ,
RUSSIE.
Es avis reçûs de Pétersbourg du 4. Août der
nier , portent que les troupes deſtinées pour la
Finlande , marchent avec toute la diligence poffible
, pour se rendre dans cette Province , & qu'elles
feront commandées par le Géneral Keyth.
M. de Beftuchef, Miniftre du Czar auprès du Roy
de Suede , a mandé à la Princeffe Régente , que le
4. du mois dernier S. M. S. avoit fait publier à
Sto kolm & dans les autres principales Villes de
fes Etats une Déclaration de guerre , & qu'elle
avoit ordonné , tant aux Commandans de fes Vaiffeaux
, qu'aux Armateurs qui lui demanderoient des
Commiffions , de s'emparer de tous les Vaiffeaux
Mofcovites qu'ils rencontreroient hors de la vûë
des Ports des Puiffances neutres.
Cette nouvelle , quoiqu'on dût s'y attendre , a
caufé à Pétersbourg beaucoup de furprife , & les habitans
de cette Ville font dans une fort grande inquietude
, parce que les équipages de quelques Bâimens
ont raporté que la Flotte du Roy de Suede
faifoit voile vers le Port de Pétersbourg , & qu'elle
avoit ordre de S. M. S. de le bloquer.
M. de Beftuchef ayant envoyé au Czar le Manifefte
dans lequel le Roy de Suede expofe les motifs
qui l'ont determiné à déclarer la guerre à la Mofcovie
, S M Cz. a chargé fes Miniftres de faire une
réponse à ce Manifefte.
Les Régimens des Gardes ont reçû ordre de fe te,
nir prêts à marcher , pour fe rendre en Finlande ,
& le Géneral Keyth eft allé prendre le commande
men
07 MERCURE DE FRANCE
ment des troupes qui font affemblées dans cett
Province .
Le Prince Antoine Ulrich de Brunſwick Bevern a
fait préfent à la Princffe Régente, fon Epoufe, d'un
Diamant de la valeur de 20000. Roubles , à l'occafion
de la naiflance de la Princeffe dont elle eft accouchée
depuis peu , & la Princeſſe Elizabeth Petrowna
lui a donné une magnifique Ecuelle d'or ,
garnie d'Emeraudes .
Le 2. du mois paffé , Emini Mehemet Pacha
Ambaffadeur du Grand Seigneur , alla voir l'Académie
des Sciences , la Bibliothéque du Czar , & la
Cabinet de Curiofités naturelles,
SUEDE,
Na apris de Stockolm du onze du mois dernier
, qu'on y publia le 4. dans les principales
Places de cette Ville la Déclaration de guerre contre
la Mofcovie ; cette Déclaration porte que
les offenfes réïterées , faites en differens tems aux
Suedois par les Mofcovites , & le peu d'égard que
ces derniers ont eû pour les Traités conclus entre
les deux Nations , mettent le Roy dans la néceffité
de prendre les Armes , pour venger l'honneur de fa
Couronne ; qu'ainfi S. M. veut qu'à compter du
jour de la datte de cette Déclaration , toute la correfpondance
avec les Provinces , Ports & Villes de
Moſcovie , ceffe abfolument , fous peine de mort
contre ceux qui ne fe conformeront pas à cet égard
à fes intentions , & qu'elle ordonne au Gouverneur
Géneral de la Pomeranie , aux Gouverneurs & Intendans
de fes autres Provinces , aux Feldt- Maréchaux
& Officiers Géneraux de fes Armées , aux
Amiraux & aux Commandans de fes Ports , ainfi
qu'aux Officiers qui leur font fubordonnés , de ren--
dra
SEPTEMBRE. 1741. 2079
are cette Declaration publique , & de tenir la main
à fon exécution .
Le Roy a donné une Ordonnance , par laquelle
il preferit aux Commandans de fes Vaiffeaux de
guerre auffi bien qu'aux Armateurs munis de fes
Commiffions , la conduite qu'ils doivent tenir pendant
la préfente guerre avec la Ruffie. Quelques
jours avant que la guerre ait été déclarée , S. M. a
ordonné à tous les Sujets , de quelque condition
qu'ils fuflent , qui étoient au Service du Czar , de
le quitter fans aucun délai , & de revenir dans le
Royaume de Suede , fous peine aux contrevenans
d'être traités comme traîtres & ennemis de la Patrie.
S. M. a promis en même tems le pardon à
tous les Soldats & aux Matelots qui ont déferté de
fon fervice , & qui y rentreront dans le terme
qu'elle veut bien leur accorder.
La Flotte du Roy s'eft rendue devant le Port de
Petersbourg , & elle le tient bloqué.
le 9.
L'Efcadre qu'on équipoit à Carelfcroon , fit voile
fous les ordres de l'Amiral Taube ,,
pour aller
joindre cette Flotte . 20000. hommes des troupes
Suedoifes , qui font en Finlande , ont paffé la Riviere
de Kimen , & fe font rendues du côté de
Vibourg.
Le même jour qu'on publia à Stockholm la Déclaration
de guerre contre la Mofcovie , le Baron
de Ghedda fe rendit par ordre du Roy chés M. de
Beſtuchef, Miniftre du Czar à la Cour de Suede ,
pour lui déclarer que S. M. S. étoit déterminée à
tirer raison par les armes des diverfes infractions
commifes par les Mofcovites contre le Traité de
Nyftadt. Le Baron de Ghedda annonça en même
tems à ce Miniftre , qu'il pourroit refter à Stockolm
autant de tems qu'il jugeroit à propos , pour
regler fes affaires domeftiques , & que le Roy lui
H feroit
2080 MERCURE DE FRANCE
feroit donner une garde , pour mettre la perfonne
& la maison à couvert des infultes de la populace.
On publia le même jour une défenſe , fous peine
de la vie , de faire aucune violence aux Mofcovites
qui fe trouveroient dans le Royaume , particulierement
aux perfonnes de la fuite de M. de Beftuchef,
& de manquer en rien aux égards dûs au Caractére
dont ce Miniftre a été revêtu Les ordres de S. M.
à ce sujet ont été observés avec une très grande
exactitude , & M. de Beftuchef partit le 18 du mois
dernier , pour retourner à Petersbourg.
On a arêté quelques Vaiffeaux Anglois , & on les
gardera jufqu'à- ce que le Roy de la Grande Bretagne
ait fait relâcher deux Vaiffeaux Suedois dont
les Anglois fe font emparés fous differens prétextes ,
O
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne du 12. du mois paffé
que les mouvemens des troupes de l'Electeur
de Baviere donnant lieu de craindre qu'elles n'entreprennent
le Siége de Lintz Capitale de la Haute
Autriche , la Reine a réfolu de faire aflembler un
Corps de troupes dans les environs de cette Place ,
& que S. M a donné ordre de tranſporter à Vienne
les Archives de cette Province .
Le Comte de Neuperg a fait fçavoir à la Reine
que l'armée qu'il commande avoit quitté le 8. du
mois dernier le Camp d'Ulfmandorff , & qu'ayant
paffé la Neiff , elle étoit allé camper à Beaumgar- .
ten , près de Franckenftein . Ce Géneral a mandé
en même tems que le Roy de Pruffe occupoit tou-`
jouis fon Camp de Streelen , que le Corps de troupes
Pruffiennes qui étoit à Henrichaw , étoit pofté fi
avantageufemert , qu'il feroit très- cifficile de l'attaquer
dans les retranchemens , & qu'un détachement
SEPTEMBRE . 1741. 2081
ent de l'armée de S. M. Pr . avoit enlevé une
grande Garde de celle de la Reine de Hongrie.
Le Comte de Neuperg a depuis mandé à la Reine,
qu'ayant été informé la nuit du 20. au 21. du mois
dernier , que le Roy de Pruffe étoit décampé de
Streelen le jour précedent , & qu'il marchoit pour
s'aprocher de l'armée de S M. il avoit quitté auſſi-`
tôt le Camp de Beaumgarten , & que s'étant pofté
fur les hauteurs de Tyrna , près de Franske ftein ,
il y avoit attendu les ennen is ; que l'après midi il
avoit apris qu'ils s'étoient arrêtés à Lauterbach , &
que fur cette nouvelle il avoit détaché le Géneral
Baroniay avec un Corps confidérable de Huflards ,
pour aller les reconnoître .
On a apris de Duffeldorp , qu'on y a publié une
Ordonnance de l'Electeur Palatin , laquelle porte
qu'un Corps de troupes Françoiſes devant paffer la
Meufe & le Roy de France étant convenu avec
'l'Electeur que ces troupes payeroient en argent
comptant tous les vivres & les fourages qu'on leur
fourniroit , la volonté de l'Electeur étoit qu'on leur
accordât l'entre , le paffage & le logement dans les
Duchés de Bergues & de Juliers , & que n'y ayant
aucun inconvénie t à craindre de leur part , les habitans
de ces Duchés ne devoient point s'allarmer
ni fonger à fauver leurs grains & leurs effets .
Les lettres reçues de Francfort du 31 du mois
dernier , porten que le Maréchal de Belle fle y a
donné à l'occafion de la Saint Louis , dont le
Roy Très Chrétien porte le nom une Fête trèsmagnifique
& qui a duré trois jours.
Elle commença le 25. par une Meffe folemnelle
& par un Te Deum , chantés en Mefique dans l'Eglife
de S. Barthelemi. Le Maréchal de Belleifle s'y
étoit rendu avec un cortège très - non breux , &
lorfqu'il fut revenu dans fon Hôtel , il y reçût tous
Hij les
2082 MERCURE DE FRANCE
!
Les Ambaffadeurs , les Miniftres , les Princes & la
Noblefle ; il fut complimenté auffi par des Députés
du Magiftrat. Le foir , toutes les perfonnes invitées
la Fête fe rendirent fur un Ravelin de la Ville ,
d'où elles virent l'Illumination qui accompagnoir
Le Feu d'artifice qu'on tira fur le Meyn , & après
lequel il y eut un grand fouper chés le Maréchal
de Belleifle , dont l'Hôtel étoit illuminé , ainfi qu'il
le fut les deux jours fuivans .
Le 26. il y eut fur la Riviere une Joûte de Bateliers
, vêtus uniformément , & qui après avoir tire
l'Oye , reçûrent des Prix .
Le lendemain , jour du Bal , les Ambaffadeurs ,
les Miniftres , les Princes & Princeffes & la Noblef-
Le, s'affemblerent vers les fix heures du foir chés
le Maréchal de Belleifle , qui avoit fait ajoûter à l'Il
lumination de fon Hôtel , une Colonade garnie de
Luftres & de Lampions , élevée autour de la Fontaine
de la Place , & auprès de laquelle on fit couler
pendant toute la nuit des Fontaines de vin .
Le fouper que le Maréchal de Belleifle donna ce
jour- là , étoit de 180. couverts , diftribués en quatre
tables , fervies avec autant de délicateffe que
d'abondance ; il fut fuivi d'un Bal , qui dura jufqu'au
jour , & pendant lequel on diftribua toutes
fortes de rafraîchiffemens CetteFête s'eft paffée avec
beaucoup d'ordre & fans aucun accident , malgré le
concours prodigieux de monde qu'elle avoit attiré
è Francfort.
SILESIE,
N aprend d'Ulfmandorff du 9. du mois dernier
, que l'armée de la Reine , commandée
par le Comte de Neuperg , décampa de Kalgaw le
3. pour s'aprocher de Ratmandorft , que le lendemain
, ayant quitté les environs de cette derniere
Villa
SEPTEMBRE. 1741 2083
Ville , elle alla camper à Cammentz , & que le
elle arriva à Ulfmandorff.
Le Major General Feftititz , qui eft fur le bord de
POder avec 400. Huffards , ayant reçû avis qu'un
Régiment de Huffards du Roy de Pruffe avoit paflé
cette riviere , il a marché pour l'attaquer , & l'ayant
furpris dans une embuſcade , il a fait près de 200.
prifonniers.
Un Corps de mille Pandoures des troupes de la
Reine , étant entré le 30. Juillet dernier dans Zoten
, y mit le feu , & alla enfuite attaquer le Major
Putkammer , qui y commandoit pour le Roy de
Proffe , & qui ayant été obligé d'abandonner ce
pofte à leur aproche , parce qu'il n'avoit aucune
défenfe , s'étoit retiré fur une hauteur laquelle n'en
eft éloignée que de 200. pas , mais les troupes
commandées par ce Major , combattirent avec tant
de valeur , qu'elles contraignirent les Pandoures de
fe fauver dans les Montagnes . Les ennemis ont pik.
lé & brulé la fameufe Abbaye de Henrichaw .
Les lettres de quelques habitans ds Breffaw , lef
quels confervoient des intelligences avec le Comte
de Neuperg , & qui fe propofoient de lui procu
rer les moyens d'y faire entrer un Corps de troupes
de la Reine de Hongrie , ayant été interceptées , &
le Roy de Pruffe ayant lieu de croire que le Comte
de Neuperg n'avoit quitté le Camp de Buhlau , que
pour être plus à portée de réüffir dans cette entreprife
, S. M. Pr. a jugé à propos de mettre dans
Breflaw une garnifon de fes troupes . En prenant
ce parti , elle a fait affûrer les Magiftrats , qu'elle
donneroit des ordres , pour que les Officiers & les
Soldats qui compoferoient cette garniſon , obfervaffent
une exacte difcipline.
Le Roy de Pruffe , pour raffembler toutes fes
Troupes en un feul Corps , a rapellé les détache-
Hij mens
2084 MERCURE DE FRANCE
mens qu'il avoit envoyés du côté de la Neiff & de
POder . Plufieurs Régimens , tant d'Infanterie que
de Cavalerie , de Dragons , & de Huffards, ont joine
l'armée de S. M. Pr.
Le . du mois dernier , M. Robinſon , Miniftre du
Roy de la Grande Bretagne auprès de la Reine de
Hongrie arriva à Breſlaw de Vienne , & le lendemain
s'étant rendu avec le Lord Hyncford au Camp de
Streelen , il eut une audience du Roy de Pruff , au
quel il remit de nouvelles propofitions d'accommodement
de la part de S. M. Hongroife. Le Roy de
Pruffe demanda quelques jours , pour examiner ces
propofitions , & le 8. il déclara qu'il ne pouvoit les
accepter.
Sur la nouvelle qu'on a reçue que le Comte de
Neuperg s'étoit avancé jufqu'à Beaumgarten . S M.
Pr . a jugé à propos de décamper de Streelen , & de
s'aprocher de Schweidnitz , pour être plus à portée
d'obferver les mouvemens des ennemis.
ESPAGNE.
Na apris de Madrid Ju 29. du mois dernier,
qu'on publié un jour du mois
tagene , qui contient un détail très- exact de tout ce
qui s'eft paflé , depuis que l'Amiral Vernon eft arrivé
devant cete Pace , jufqu'à ce qu'il ait été forcé
d'en lever le Siége ..
C
Il paroît par ce Journal , fait fur les dépêches de
Don Sebaftien de Eflaba Viceroy de Santa Fé , &
Commandant dans la Place , lefquelks ont été
aportées à Madrid par Don Pedre de Mur , fon Adjudant
, que les ennemis ont perdu dans cette entreprife
, tant aux differentes attaq es que par les ma
ladies 9000 ' hommeside leurs troupes ou de leurs
équipages ; que fix de leurs principaux Vaifleaux de
guerra
SEPTEMBRE. 1741. 2085
guerre ont été fi maltraités par le canon de la Place
& des Forts , qu'on préfume qu'ils ont été obligés
d'y mettre le teu , qu'il n'y a que 200. hommes
de tués de la garnifon de la Place & des Forts , la -
quelle étoit compolée de 1100.
hommes de troupes
reglées , de 300. de Milices , de deux Compagnies
de Negres libres , & de 600. Indiens , & que
Ville a été exempte des maladies qui ont caufé tant
de ravage dans le Camp & fur la Flotte des Anglois .
la
Ce Journal , dans le détail des différentes attaques
& des actions de valeur par lefquelles les affiégés
fe font diftingués , en foûtenant les efforts des
Anglois , contient des circonftances qui font autant
d'honneur à la garnifon de Cartagene , qu'à celui
qui la commandoit.
Selon les derniers avis reçûs de la Martinique du
30. Mai dernier , le Vaifleau le Regitre , qui étoit
parti de Cadix pour la Côte de las Honduras , le 26.
Avril précedent , eft arrivé le 19. Mai à la Martique
avec deux prifes Angloifes qu'il a faites le 18 .
du même mois à vingt lieues de cette Iſle & qui
étoient chargées de Sucre & d'Eau de vie .
de
On a apris de Malaga le it . du mois dernier ,
que les Vaiffea.x du Roy de France , le Borée ,
62. canons , l'Aquilon , de 46. & la Frégate la Flore
, de 26. étant partis de la Martinique le 15. du
mois de Juin dernier , faifoient leur route pour ſe
rendre à Toulon & qu'ils étoient le s . du mois
paflé au foir à l'entrée du Détroit de Gibraltar ,
lorfque le Chevalier de Caylus , qui les commandoit
, découvrit plufieurs Vaiffeaux Anglois , féparés
de deux en deux , & qui forçoient de voiles ,
pour le joindre..
Des quatre Vaiffeaux Anglois qui fe trouverent à
l'entrée de la nuit le plus à portée des Vaideaux
François , & qui étoient commandés par le Capi-
Hj
taine
2686 MERCURE DE FRANCE
t
aine Barckley , deux étoient de 66. canons , & les
deux autres de 46 . à 44
"
>
Vers les dix heures & demie , deux des Vaiffeaux
Anglois s'étant aprochés fort près de l'Aquilon , le
Comte de Pardaillan qui le commandoit , après
avoir répondu que fon Vaifleau étoit François ,
refufa de mettre fon Canot à la Mer , & lur
la propofition que fit le Capitaine Anglois d'y mettre
le fien , il le renvoya au Chevalier de Caylus
fous les ordres duquel il étoit . Les Anglois voyant
que le Comte de Pardaillan continuoit fa route" ,
lui crierent de s'arrêter , en le menaçant de l'y for
cer , & comme il ne leur répondit rien , un des Capitaines
Anglois fit tirer un coup de canon à boulet
un inftant après , il lâcha fa bordée de canon
fur l'Aquilon , & il engagea le combat .
Le Comte de Pardaillan fut tué dès le commencement
, & M. du Tiller , qui commanda pour lors
P'Aquilon , foûtint ce combat avec un très - grand
feu d'artillerie & de moufqueterie.
La Fregate la Flore fut attaquée en même tems
que l'Aquilon , mais elle ſe défendit fi bien , qu'elle
donna le tems au Chevalier de Caylus de venir à
fon fecours.
Cette action a été très - vive . & elle a duré depuis
minuit jufqu'à trois heures du matin . A la pointe
du jour , les Anglois firent mettre un Canot à la
Mer , & envoyerent un Officier au Chevalier de
Caylus , lui faire des excufes de ce qui étoit arrivé.
Loifque l'Officier, qui en avoit été chargé , fut parti
, le Chevalier de Caylus continua fa route avec
les trois Vaiffeaux qu'il commandoit , & il alla
moüiller à la rade de Malaga , d'où il a dû partir le
16. pour revenir en France .
ISLA
SEPTEMBRE . 1741 . 2087
ISLE DE CORSE.
Elon les derniers avis reçûs de cette Ifle , trois
Régimens François le difpofoient à s'embarques
pour revenir en France ,& il ne reſtera dans cette Iſle
que cinq Bataillons des troupes de S. M. T. C. letquels
feront diftribués à Corte, à Ajaccio & à Calvi..
GRANDE
1
BRETAGNE..
N mande de Londres , que l'équipage du
Vaiffeau Marchand le S. Jean Baptifte, qui arriva
de Porto à Douvres le 18 : du mois dernier , a
raporté que le Gibraltar, le Grampus, & deux autres.
Vaiffeaux de l'Efcadre de l'Amiral Norris , avoient
enlevé depuis peu dans le Port de Vigo, trois Armateurs
Espagnols , & cinq prifes que ces Armateurs:
avoient faites .
Un Vaiffeau de l'Efcadre du Contre- Amiral Haddock
a coulé à fond' près de Lisbonne un Armateur
Elpagnol , & un Armateur Anglois a pris un Vaiffeau
de la même Nation , très - richement chargé.
L'équipage du Vaiffeau l'Hibernia , revenant de
la Jamaïque , a raporté que le bruit y couroit quele
Chef d'Efcadre Anfon avoit furpris la Ville
d'Arica , & qu'il y avoit trouvé une grande quantité
de lingots.
Le Capitaine Davidfon s'eft emparé d'un Vaiffeau:
Efpagnol , richement chargé , à la hauteur des Canaries.
Un Armateur de Saint Domingue a pris dans les
environs de la nouvelle Angleterre les Vaiffeaux
Marchands l'Argyle , Saaw & le Patuxen.
Hy Hou
2088 MERCURE DE FRANCE
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
Ο
Na apris de Bruxelles du 9. du mois qu'auf-
-tôt après que le Corps de l'Archiducheffe
Gouvernante eut été mis le o. du mois dernier
dans le cercueil , le Confeil d'Etat s'affembla , &
que l'on y lut des dépêches que la Reine de Hongrie
avoit envoyees le mois de Novembre de l'année
derniere , & qui avoient été dépolées dans la
Citadelle d'Anvers , en conféquence de l'ordre que
S. M. avoit donné de ne les ouvrir qu'après la mort
de l'Archiducheffe Gouvernante, qui étoit pour lors
dangereulement malade .
La Reine de Hongrie déclarant par ces dépêches
le Comte de Harrach Gouverneur Gé veral des Pays
Bas par interim , avec la même autorité dont le
Comte de Daun étoit revêtu lorfqu'il a eû ce Gou
vernement , le Comte de Harrach prit fur le champ
poffeffion de cette Dignité , & le ; . de ce mois il
regit à cette occafion les complimens des Cours
Souveraines & de la principale Nobleffe .
*
MORS DES PAYS ETRANGERS.
L
E 16. Juillet , Guillaume- Henri Duc de Saxe-
Eisenach , Comte en partie du Comté de Sayn-
Aldonk rehen Brigadier d'Infanterie au fervice de
la République de Hollande & Colonel d'un Régiment
fanterie fur la répartition de la Province
de Frife , mourut à fa Refidence d'Eifenach , dans la
so annéed fon âge, etant né le 10. Novembre 169 1 .
Il étoit fils aî é de Jean - Guillaume Duc de Saxe,
d'abord à Jena , & eufure à Eisenach , moit le 4-
Janvier 1729. & d'Amelie Princefle de Naffau-
Dicz
2
SEPTEMBRE. 2089 1741.
Dietz , fa premiere femme , morte le 16. Février
1695. & il avoit été marié , 1 ° . le 14. Fevrier 1713.
avec All ertine - Julienne , fille de Georges- Augufte-
Samuel , Prince de Naffau idftein, morte le 10. Oc .
tobre 1722. & 2º . le 3. Juin 1723. avec Anne- Sophie
Charlotte , née le 22. Decembre 1706. fille
d'Albert- Frederic , Margrave de Brandebourg , &
de Me Dorothée de Curlande . Il ne laiffe point
d'enfans de ces deux mariages , de forte qu'Erneft-
Augufte Duc de Saxe Weimar , fon plus proche
parent , né le 19. Avril 1688. hérite du Duché de
Saxe Efenach.
Le 30. Ulrich- Philipe - Laurent , Comte du S. Empire,
de Dhaun , Prince de Thiano, Chevalier de
la Toifon d'Or , Confeiller actuel Intime d'Etat dụ
feu Empereur , Maréchal de Camp General de fes
Armées , Intendant Géneral de les Arfenaux , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , actuellement
Gouverneur de la Ville de Vienne , & Commandant
des Troupes de la Garde de cette Ville , y
mourut , âgé de 73. ans , & le 2. Août il fut inhumé
avec tous les honneurs Militaires , & une grande
pompe , dans Piglife Aulique des Auguftins Déchauffés.
Il avoit été autrefois Viceroi de Naples
pendant 9. ans. Il fut auffi depuis en 1725. Lieutenant
Gouverneur & Capitaine Géneral des Pays-
Bas Autrichiens , par interim jufques - à l'arrivée de
l'Archiducheffe d'Autriche , & enfuite Gouverneur
& Capitaine General du Duché de Milan . Il s'étoit
acquitté de tous ces importans Emplois à la fatisfaction
du feu Empereur , & s'y étoit attiré l'eftime
génerale des Grands & des Petits , par fon affabilité
, fon integrité & un grand défintereffement. II
étoit fils aîné de Guillaume - Jean Antoine Comte
& Seigneur de Dhaun , Géneral de l'Artillerie de
l'Empereur , & Commandant à Pragues , & d'Anne
H vj ¡Mag090
MERCURE DE FRANCE
Magdeleine , née Comteffe d'Althang , fa feconde
femme , & il avoit époufé Barbe , née Comieffe de
Hersberstein , dont il a eû plufieurs enfans .
Le 12. Août , Louis - François Sangueſſa , de Malines
, Evêque de Ruremonde , dans les Pays Bas
Autrichiens , mourut dans fon Diocèle , âgé de 76 .
ans. Il étoit entré en 1683. dans l'Ordre des Freres
Mineurs de l'Obfervance de S. François , apel-
Jés Récollets , & étant Ex - Provincial de la Province
de la Baffe Allemagne , il fut nommé au mois de :
Septembre 1720. par l'Empereur, Coadjuteur d'Ange
d'Ongnies, Evêque de Ruremonde, qui le facra
Evêque le 10. Aout 1721. étant affifté de l'Evêque
de Malines & de l'Evêque de Thermopolis, Suffra
gant de Liege. Il lui fucceda par fa mort , arrivée
le 9. Avril 172.2 .
La nuit du 26 , au 27. Marie Elizabeth - Luce - Jofeph-
Therefe Antoinette , Archiducheffe d'Autriche,
Lieutenante-Gouvernante des Pays Bas Autrichiens,
mourut à Marimont , âgée de 60. ans , 8. mois ,
13. jours , étant née à Vienne en Autriche le 13 .
Decembre 1680. Elle avoit été déclarée le 11. Decembre
1724 par le feu Empereur Charles VI . fon
frere , Gouvernante des Pays- Bas , mais elle ne partit
de Vienne , pour s'y rendre , que le 4. Septembre
1725. & elle fit fon Entrée publique à Bruxellés
le 9 . Octobre fuivant , ainfi elle étoit dans la
16. année de fon Gouvernement . Elle étoit fille de
Léopold , Empereur des Romains , Roy de Hongrie
& de Boheme, Archiduc d'Autriche, mort le 5. Mai
1705. & d'Eleonore- Magdeleine de Baviere de
Neubourg , fa troifiéme femine , morte le 19. Jan
vier 1720.
FRANC
SEPTEMBRE . 1741. 2091
****************
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , & C
LE
E premier de ce mois , le Roy & la Reine
entendirent dans la Chapelle du Châ
teau de Verfailles la Meffe de Requiem , pour
l'Anniverfaire du feu Roy Louis XIV .
Le même jour on célébra avec les cérémo
nies accoûtumées , dans l'Eglife de l'Abbaye
Royale de S. Denys , le Service folemnel
qui s'y fait tous les ans pour le repos de l'A
me du feu Roy Louis XIV , & l'Evêque de
Nitrie y officia pontificalement. Le Prince
de Dombes , le Comte d'Eu , le Duc de
Penthievre, & plufieurs Seigneurs de la Cour
y affifterent..
S. M. a donné au Marquis de Meuze
Lieutenant General de fes Armées , le Gouvernement
du Fort - Louis du Rhin , vacant
par la mort de M. de Permangle , Lieutenant
Géneral .
Le 8 de ce mois , Fête de la Nativité de
la Ste Vierge , le Roy & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la Meffe.
chantée par la Mufique , & l'après- midi
leurs Majeftés affifterent aux Vêpres..
Le
2092 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , la Reine communia par
les mains du Cardinal de Fleury, fon Grand-
Aumônier.
Le même jour , on chanta au Concert
fpirituel du Château des Tuilleries , un Motet
à grand choeur , Landa Jerufalem de M.
le Valfeur , lequel fut fuivi d'une Sonnate
exécutée fur deux Violons , par le fieur Gaviniet
, âgé de treize ans , & par le fieur
Labbé , à peu près du même âge , avec toute
la vivacité & la précifion convenables à cette
Piéce de fimphonie , qui eft de M. le Cler ;
ils furent généralement aplaudis par une trèsnombreufe
Affemblée . La Dile Mona , Actrice
Ital enne de l'Opera de Londres , chanta
enfuite une Cantatille Italienne & un Air
Italien dans le vrai goût de fon Pays , &
avec aplaudiffement. Les Diles Fel & Chevalier
chanterent differens Récits dans les
deux Motets , dont le dernier termina le
Concert.
Le 26. & le 28. du mois dernier , il y eut
Concert à Verfailles chés la Reine ; M. de
Blamont , Sur Intendant de la Mufique du
Roy , fit chanter les quatre Entrées du Ballet
des Sens , dont les principaux Rôles furent
remplis par les Diles Mathieu , Deichamps
& Atec , & par les fieurs Poirier , Benoît &
Du Bourg..
Lc
SEPTEMBRE. 1741 . 1741. 2093
Le 30. Août & le 2. Septembre , la Dlle Lalande
chanta le premier Rôle dans l'Opera
d'Armide ; les mêmes Actrices du précedent
Concert remplirent les autres avec les fieurs
d'Angerville , Richer , le Cler & d'Aigremont.
Le 6 , le 11 , & le 13 , on chanta devant
la Reine l'Opera d'Atys , dont les premiers
Rôles furent joués par les Dlles Godeneche
Romainville , & par les fieurs Tavernier &
Jeliot. La Dlle Lalande chanta avec aplau
diffement l'Ariete , O vous qui d'une aîle legere,
& c.
,
Le 16 , & dans les Concerts fuivans on
concerta l'Opera d'Amadis de Gaule , dont
les differens Rôles furent chantés par les
mêmes Acteurs & Actrices qu'on vient de
nommer.
J
BENEFICES DONNE'S.
Acques Bonne Gigault de Bellefont , Evêque
de Bayonne , facré le 25. Mars 1736 .
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris,
de la Maison Royale de Navarre du 18. Mai
1724. Abbé Commandataire de la Cour
Dieu , O.dre de Citeaux , Dioc d'Orleans ,
du mois de Mars 1730 ci devant Charoine
& Prevôt de l'Eglife de S. Martin de Tours,
Vicaire Gén.rai de Tours , & Aumônier du
Roy, a cté nommé à l'Archevêché d'Arles
vacang
2094 MERCURE DE FRANCE
vacant du 13. Janvier dernier par la mort de
Jacques de Forbin de Janfon.
Chriftophe de Beaumont du Repaire , Prê
tre , reçû Chanoine de l'Eglife de S. Jean &
Comte de Lyon, en 173 2. Vicaire Géneral en
1734 , & Official de Blois en 1738. nommé
Abbé Commandataire de l'Abbaye de N. D.
de Vertus, O. S.. Aug. Dioc . de Chalons fur
Marne, a été nommé à l'Evêché de Bayonne,
vacant par la tranflation précedente. Il eft de
même Maifon. que François de Beaumont
d'Autichamp , dont on a raporté la nomina .
tion à l'Evêché de Tulles , dans le Mercure
de Decembre 1740 vol . 2. p: 2959 .
3
Bertrand Jean - Baptifte René Duguefclin ,
Prêtre , du Diocèfe de Rennes , né le 20..
Août 1703. Chanoine de l'Eglife Métropoli
taine de Rouen , fait Vicaire Géneral de ce
Diocèfe au mois de Juillet 1730. & Aumônier
du Roy au mois de Novembre fuivant .
& nommé Abbé Commandataire de l'Abbaye
Royale de N. D. de Theulley , Ordre
de Cireaux , Dioc . de Dijon , le 5. Avril .
1733. a été nommé à l'Evêché de Cahors
vacant du 16. Juin dernier par le décès de
Henri de Briqueville de la Luzerne .
de Fargues , Prêtre , Chanoine:
de l'Eglife & Comte de Lyon, a été nommé
à l'Evêché de S. Claude dans le Comté de
Bourgogne , nouvellement érigé.
Et
SEPTEMBRE . 1741. 2095
Et Henri de Levis de Lerans , Prêtre , Vicaire
Géneral du Diocèfe de Bourdeaux , a
été nommé à l'Evêché de Pamiers , vacant
du 17. Juin dernier par la mort de François
Barthelemi de Salignac de la Mothe Fene
lon.
L'Abbaye de la Rivour , Ordre de Citeaux]
Dioc. de Troyes , vacante du 5. Mars dernier
par la mort de Palamede Paulin Thelefphore
de Forbin d'Oppede , a été donnée à Louis
Valentin de Vongny , Soûdiacre Chanoine de
l'Eglife de Paris , du 27. Août 1725 , requ
Confeiller au Parlement de Paris le 15. Mars
1726. préfentement de la Grand - Chambre ,
où il fut apellé le 9. Mai 1737.
Celle de Honnecourt , Ordre de S. Ben 1
Dioc. de Cambrai , vacante par la mort de
Raymond Louis de Valory, Prêtre , Chanoine
& Tréforier de S. Pierre de Lille, qu'il avoit
obtenue le 22. Avril 1713. a été donnée à
Michel Jerôme Bouvard de Fourqueux , né
le 10. Mai 1700. Prêtre , Docteur en Théologie
de la Faculté de Paris , Maiſon & Societé
de Sorbonne du 31. Juillet 1730 ,
Chanoine de l'Eglife Métropolitaine , & Vi
caire Géneral du Diocèfe de Sens .
Celle du Mont S. Quentin , Ordre de S.
Ben. Dioc. de Noyon , vacante du 5. Janvier
1739 , par le décès de François Courtin
des Menues , qu'il avoit obtenu au mois de
Janvic
2096 MERCURE DE FRANCE
`Janvier 1678. a été donnée à Louis Guy Gue
rapin de Vaureal , Evêque de Rennes , Abbé
Commandataire des Abbaves de Moleme ,
Dioc.de Langres , & de N. D. de Jouy, Dioc .
de Sens , Maître de la Chapelle- Mufique
du Roy , & fon Ambaffadeur extraordinaire
& Plénipotentiaire auprès du Roy d'Eſpagne.
Celle de Livry , Ordre de S. Aug. Diocèfe
de Paris , vacinte du 18. Juillet 1739 , par
le décès de Louis- Marie Sanguin de Livry ,
qu'il avoir obtenu au mois de Mai 1729. a
été donnée à Louis Sanguin de Livry , Clerc
du Dioc . de Paris , Frere du dernier Titulaire.
Celle des Alloix en Regle , Ordre de S.
Benoift , Diocèle de Limoges , a été donnée
à la Dame d'Uffel.
>
Le Prieuré de Montrelaix Diocèfe de
Nantes , vacant par le décès de M d: Nogerette
, a été donné à M. Caudron de Cantin
, Prêtre.
Le 25. Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le
Corps de Ville affifta , alla , fuivant la coû
tume , à la Chapelle du Château des Tuilleries
, où ces Religieux célébrerent la Meffe .
L'Académie Françoife célébra le même
jour la Fête de S. Louis dans la Chapelle du
Louvre . Pendant la Meffe , célébrée par l'Ar
chevêque
SEPTEMBRE. 1741. 2097
chevêque de Sens , l'un des 40. de cette Académie
, on chanta un fort beau Motet , &
M. l'Abbé Artaud prononça le Panegyrique
avec beaucoup d'Eloquence .
L'après - midi, l'Académic s'affembla & diftribua
les Prix d'Eloquence & de Poëfie ,
qui ont été remportés , l'un par M. Mondion
de Montmirel , Avocat au Parlement
de Paris , & l'autre par M. Linan.
M. de Fontenelles prononça un très - beau
Difcours fur la cinquantiéme Année de fa
réception à l'Académie Françoife , lequel fût
extrémement aplaudi . Comme ce Difcours
n'eft pas long , nous allons le raporter ici :
MESSIEURS ,
Avant que de faire en public les fonctions
de la place où j'ai l'honneur d'être dins
ce jour folemnel , je me fens obligé à vous
rendre graces de ce que j'y fuis. Une Loi ,
toûjours exactement obfervée , veut que ce
foit le fort qui mette l'un d'entre vous à votre
tête , & vous avez voulu me déférer cette
dignité , indépendament du fort , en confidération
des cinquante années , que je compte
préfentement depuis ma Réception . Un demi
fiécle paffé parmi vous , m'a fait un mérite
mais je l'avouerai , Mrs , je me fate d'en
avoir encore un autre , & plus confidérable,
& qui vous a plus touchés , c'eft mon attachement
;
2098 MERCURE DE FRANCE
chement pour cette Compagnie , d'autant
plus grand , que j'ai eu plus de tems pour la
bien connoître. Je dirai plus. Ceux qui la
compofent préfentement , je les ai vûs tous
entrer ici , tous naître dans ce Monde Littéraire
, & il n'y en a abfolument aucun , à la
naiffance de qui je n'aye contribué. Il m'eſt
permis d'avoir pour vous une efpéce d'amour
paternel , pareil cependant à celui d'un Pere,
qui fe verroit des Enfans fort élevés au def
fus de lui , & qui n'auroit guère d'autre
gloire que celle qu'il tireroit d'eux .
Les trois âges d'Hommes que Neftor
avoit vûs , je les ai prefque vûs auffi dans
cette Académie, qui s'eft renouvellée plus de
deux fois fous mes yeux. Con bien de talens,
de génies , de mérites , tous finguliérement
eftimables en quelque point , tous differens
entre eux , fe font fuccédés les uns aux autres
, & en combien de façons le tout s'eft- il
arrangé pour former un Corps également
digne dans tous les tems de prétendre à l'Immortalité
, felon qu'il a ofé le déclarer dès
fa naiflance ! Tantôt la Poëfie , tantôt l'Eloquence
, tantôt l'Efprit , tantôt le Sçavoir
ont eu la plus grande part à ce Compofe ,
toujours égal à lui - même, & toujours divers ,
& j'ofe prédire fur la foi de ma longue expérience
, qu'il ne dégénérera point , & foû
tiendra cette haute & noble prétention, don
il s'eft fait un devoir
SEPTEMBRE . 1741 2099
J'ai vû aufi & de fort près , & long tems
une autre Compagnie célébre , dont je ne
puis m'empêcher de parler ici , quoique fans
une néceffité abfoluë ; mais à l'exemple de
ce Neftor que je viens de nommer. Quand
l'Académie des Sciences prit une nouvelle
forme par les mains d'un de vos plus illuf
tres Confreres , il lui il lui infpira le deffein de
répandre , le plus quil feroit poffible , le
goût de ces Sciences abftraites & élevées ,
qui faifoient fon unique occupation . Elles
ne fe fervoient ordinairement , comme dans
l'ancienne Egypte , que d'une certaine Langue
Sacrée , entendue des feuls Prêtres , &
de quelques Initiés ; leur nouveau Légiflateur
vouloit qu'elles parlaffent , autant
qu'il fe pourroit , la Langue commune , & il
me fit l'honneur de me prendre ici pour être
leur Interprete , parce qu'il compta que j'y
aurois reçû des leçons excellentes fur l'Art
de la Parole .
Cet Art eft beaucoup plus lié qu'on ne le
croit peut- être avec celui de penfer. Il ſemble
que l'Académie Françoife ne s'occupe
que des mots , mais à ces mots répondent
fouvent des idées fines & déliées , difficiles
à faifir , & à rendre précisément telles qu'on
les a , ou plutôt telles qu'on les fent , aifées
à confondre avec d'autres par des refemblances
trompenfes , quoique très - forres!
100 MERCURE DE FRANCE
Ces. L'établiffement des Langues n'a pas été
fait par des raifonnemens & des difcuffions
Académiques , mais par l'affemblage bifarre
en aparence , d'une infinité de haſards compliqués
; & cependant il y regne au fond
une espéce de Métaphyfique fort fubtile
qui a tout conduit ; non que les hommes
groffiers qui la fuivoient , fe propofaffent de
la fuivre , elle leur étoit parfaitement inconnuë
, mais rien ne s'établiffoit généralement
rien n'étoit conftament adopté , que ce qui
fe trouvoit conforme aux idées naturelles de
Ja plus grande partie des Efprits, & c'étoit là
l'équivalent de nos Affemblées & de nos Délibérations.
Elles ne font plus qu'avec affés de
travail ce qui fe fit alors fans aucune peine
de la même maniere à peu près qu'un Homme
fait n'aprendra point fans beaucoup d'aplication
la même Langue , qu'un Enfant
aura aprife fans y penfer.
Un des plus pénibles foins de l'Académie,
eft de déveloper dans notre Langue cette
Métaphyfique qui fe cache , & ne peut être
aperçu que par des yeux aflés perçans. L'ef
prit d'ordre , de clarté , de préciſion , néceſfaire
dans ces recherches délicates , eſt celui
qui fera la clef des plus hautes Sciences
pourvû qu'on l'y aplique de la maniere qui
leur convient , & j'avois pû prendre ici quelque
teinture de cet efprit , qui devoit m'ai-
$
der
SEPTEMBRE. 1741 2101
der à remplir les nouveaux devoirs dont on
me chargeoit. Avec un pareil fecours , ce
fçavoir que les Maîtres ne communiquoient
pas réellement dans leurs Ouvrages , mais
qu'ils montroient feulement de loin , placé
fur des hauteurs prefque inacceffibles , pouvoit
en defcendre jufqu'à un certain point ,
& fe laiffer amener à la portée d'un plus
grand nombre de perfonnes.
Y
Ainfi , Mrs , car je ceffe enfin d'abufer des
priviléges de Neftor , c'eft l'Académie Françoife
qui m'a formé la premiere , c'eft elle
qui , en mettant mon nom dans fa Liſte
a la premiere attaché une certaine prévention
favorable , c'eft elle qui m'a rendu plus
fufceptible de l'honneur d'entrer dans de
parcilles Sociétés , & je me tiens heureux de
pouvoir aujourd'hui lui en marquer publiquement
ma vive reconnoiffance . La céré
monie du Renouvellement des Voeux au
bout de cinquante ans fe pratique dans de
certains Corps ; & fi quelque chofe d'apro
chant étoit en ufage dans celui - ci , je def
cendrois volontiers de la premiere place
pour me remettre à celle de Recipiendaire ,
& y prendre de nouveau les mêmes engagemens
, que j'y pris il y a fi long- tems . Je me
porterois à cette action avec d'autant plus
d'ardeur que je fuis préfentement plus redevable
que jamais à cette refpectable Compagnie
.
M.
102 MERCURE DE FRANCE
M. de Crebillon , de l'Académie Fran
goife , répondit à ce Difcours par les Vers
fuivans.
Toi , * qui fus animé d'un fouffle d'Apollon
Dépofitaire heureux de fon talent fuprême
Eſprit Divin , qui n'eus d'autre pair que lui -même,
Héros de Melpomene & du facré vallon ,
Parois , nous confacrons une Fête à ta gloire.
A ce nom qui fuffit pour nous illuftrer tous
Viens voir un héritier digne de ta mémoire ,
Une feconde fois renaître parmi nous.
Louis , ton Regne fut le Regne des merveilles
L'Univers eft encor rempli de tes hauts faits ;
Mais les Lauriers cueillis par l'aîné des Corneilles,
Font voir que tu fus grand juſque dans tes Sujets ;
Si ton augufte Fils n'a point vu le Permeffe
Enfanter fous fes Loix ce Mortel fi fameux ,
La dans fes Neveux un Sujet que la Grece
Eût placé dès l'enfance au rang des demi - Dieux,
Jeune encor , fes Ecrits exciterent l'envie ;
Mais il en triompha par leur fublimité ;
A peine il vit briller l'Aurore de fa vie ,
Qu'il vous parut déja dans fa maturité ;
S'il cueillit en Neftor les fruits de fa jeuneffe ;
Dix-fept luftres n'ont point rallenti fes talens ;
L'âge qui détruit tout , rajeunit fa vieilleffe ,
Le grand Corneille.
Son
SEPTEMBRE. 1741. 2103
Son génie étoit fait pour braver tous les tems .
Albion qui prétend nous fervir de modele ,
*
Croit que Lok & Newton n'eurent jamais d'égaux ,
Le Germain , que Lebnits compte peu de rivaux ,.
Et nous , que l'Univers n'aura qu'un Fontenelle .
Prodigue en fa faveur le Ciel n'a point borné
Les préfens qu'il lui fit aux feuls dons du génie ;
Minerve l'instruifit , & fon coeur fut orné
De toutes les vertus par les foins d'Uranie .
Loin de s'enorgueillir de l'éclat de fon nom ,
Modefte , retenu , fimple , mêmė timide ,
On diroit quelquefois qu'il craint d'avoir raiſon ,
Et n'ole prononcer un avis qui décide .
Illuftres Compagnons de ce nouveau Neftor ,
Affemblés pour lui ceindre une double Couronne ,
Pour la rendre à fes yeux plus précieuſe encor ,
Parez- la des Lauriers que votre main moiffonne.
C'eft ici le féjour de l'Immortalité ;
En vain mille ennemis attaquent votre gloire ,
Ces Auteurs ténebreux pafferont l'onde noire ,
C'est vous qui tiendrez lieu de la Pofterité ;
Si les Ecrits pervers , la noirceur , l'impudence ,
Ont fermé votre Temple aux hommes fans honneur,
Les talens , le Génie , & la noble Candeur ,
Ont toujours parmi vous trouvé leur récompenfe.
Le foin de célebrer le plus grand des Mortels ,
N'eft pas, quoique conftant, le feul qui vous anime ;
* L'Angleterre.
I Quelque
1104 MERCURE DE FRANCE
Quelquefois des Mortels d'un ordre moins fublime
Ont vu brûler pour eux l'encens fur vos Autels.
Daignez donc foûtenir le zele qui m'inſpire ,
Pour chanter Fontenelle , il faut plus d'une voix
Ranimez les accens d'un vieux Chantre aux abois,
Ou du moins un moment prêtez-moi votre Lyre.
'Affidu parmi vous , dix luftres de travaux
Ont déja fignalé fa brillante carriere ,
Mais ce ne fut pour vous qu'un inftant de lumiere;
Condamnez Fontenelle à dix luftres nouveaux.
Pour penetrer le Ciel & ſes routes profondes ,
Deftin , accorde- lui des jours fains & nombreux ;
Il en fallut beaucoup pour parcourir les Mondes ,
Il en faut encor plus pour contenter nos voeux.
M. de Moncrif lut enfuite un Difcours fur
l'imagination dans les Ouvrages d'Efprit , &
la Séance finit par la Lecture que fit M. de
Crebillon du fecond & du troifiéme Acte
de fa Tragédie de Catilina.
L'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres , & l'Académie des Sciences célébrerent
cette Fête le même jour dans l'Eglife
des Prêtres de l'Oratoire , où le Panegyrique
du Saint Roy fût prononcé avec
fuccès par l'Abbé de Rozay. Il y eût auffi.
un fort beau Moter , chanté pendant la
Mcffe.
LA
SEPTEMBRE. 1741. 2105
LA BIBLOTHEQUE DU ROY ,
Sujet donné par l'Académie Françoise pour lo
Prix de Poëfie de 1741.
Mufes , pour célebrer ce Monument augufte
Qu'à nos chants aujourd'hui vous donnez pour Sujet,
S'il faut , fuivant vos loix , que ma Lyre s'ajuste
A remplir en cent Vers un fi vafte projet ,
De ce fuperbe enclos , eh ! comment vous déduire
Et la naiffance & l'ordre & les accroiffemens
A peine mille Vers lui pourroient - ils fuffire
Pour chanter la moitié de tous les ornemens.
Que d'objets differens offre à mes yeux ce Temple
Surpris de tous côtés j'admire , je contemple
Ce que la France ici raffemble de tréfors ;
Enfans des doctes foins de votre illuftre Corps ,
Pour l'Empire des Lys quelle utile richeffe è
Ce refpectable amas de rares Manufcrits ,
Ces Mânes éloquens de Rome & de la Grece ,
Ceux que la France même en fon fein a nourris ,
Jufqu'à la fin des tems fignaleront ta gloire ,
Célebre Monument , le comble des travaux
Du modele des Rois , du plus grand des Héros ,
Dont les faits foient gravés au Temple de mémoire ;
Mais quel éclat me frape entre tous tes dépôts !
C'eſt le nom de Louis , c'eft fa brillante Hiftoire ,
Arrêtons ! c'eſt affés ! ... qu'ai- je encor à priſer ?
Ce tréfor feul fuffit pour t'immortalifer.
I ij Prier:
2106 MERCURE DE FRANCE
Priere pour le Roy.
Etre fouverain que j'adore ,
Dans tes mains eft le fort des Peuples & des Rois ,
Qu'ont- ils à defirer ? cependant je t'implore ,
Prête ton oreille à ma voix .
Ce Roy , de qui ta Providence
Préferva le berceau de ces coups redoublés
Dont on vit s'ébranler le Trône de la France ,
Qu'ilvive ! nos voeux font comblés .
Mais qu'à tes Loix toujours fidele ,
Il foit de ton Egliſe à jamais le foûtien !
Qu'il voye enfin mûrir * ſes vertus & ſon zele
Pour notre bonheur & le fien .
Par M.... de l'Académie d'Angers.
* Pleaume 101. Domine exaudi orationem meam.
- Nerevoces me in dimidio dierum meorum, &c.
Le 29. du mois dernier , l'Archiconfrerie
Royale des Chevaliers du S. Sepulchre
de Jerufalem , des Voyageurs Palmiers
de la Terre - Sainte , & des Confreres &
Soeurs du S. Sepulcre , érigée par le Roy
S. Louis en 1254 , fit célébrer un Service
folemnel , en fa Chapelle dans l'Egliſe des
P P. Cordeliers du Grand Convent , pour le
repos de l'ame de feuë S. A. S. Madame
#
la
SEPTEMBRE . 1741. 2107
"
la Ducheffe , cette Princeffe étant de la même
Confrerie.
La Chapelle & les bas côtés de la Nef de
l'Eglife étoient tendus de noir depuis la vou .
te , avec double bande de velours , chargée
d'Ecuffons aux Armes de la Princeffe , & entre
les deux bandes étoient encore de grands
Ecuffons aux mêmes Armoiries , avec des
plaques garnies de bougies. Plufieurs Luftres
aufli garnis de bougies fufpendus de la voute
, avec cimétrie , faifoient encore une trèsbelle
décoration .
Le Pavé de la Nef & de la Chapelle étoient ,
tout couverts de drap noir ; on y avoit placé
des Carreaux , des Pliants , des Fauteuils & -
des Chaifes pour les Perfonnes de diftinction.
Tous les Confreres en noir , la Palme
à la main , bordoient les deux côtés de la .
Nef , au milieu de laquelle on avoit élevé le
Catafalque , ou la Repréfentation qui étoit
fur trois Gradins , couverte du Poële de velouts
de l'Archiconfrerie , & parée de 80 .
Chandeliers d'argent , garnis de bougies ;
avec des Ecuffons aux Armes de la Princeffe.
Sur la Repréfentation on avoit pofé la
Couronne & la Palme de la Princefle , couvertes
d'un Crêpe. Le Bâtonier de l'Archiconfrerie
étoit au Pied du Maufolée , revêtu
d'une Cotte- d'Armes de velours cramoifi ,
- I iii femée
2108 MERCURE DE FRANCE
femée de flammes d'or; fur un côté étoit la Repréfentation
de Notre - Seigneur dans le Tombeau;
& fur l'autre , celle de la Chapelle du S.
Sepulchre, telle qu'elle exifte aujourd'hui dans
la grande Eglife de Jerufalem , le tout en broderie
d'or. Il tenoit en fa main le Bâton de
l'Archiconfrerie couvert d'un crêpe. D'un autre
côté étoit un autre Officier de la Confrerie,
portant la Repréſentation de l'Oriflame ou
Banniere , garnie de crêpe, & la pointe de la
Lance renverfée . Les quatre Vifiteurs des
Confreres malades portant chacun une Palme
, étoient aux coins du Catafalque.
Le Portail de l'Eglife avoit été tendu comme
l'intérieur de la Chapelle ; quantité de
perfonnes de la premiere diftinction ont
affifté à ce Service , avec un nombre infini
de peuple .
Le 22. Septembre , le Roy fit faire un
Service folemnel pour le repos de l'ame de
la Reine de Sardaigne dans l'Eglife Métropolitaine
, qui étoit éclairée par un trèsgrand
nombre de lumieres , & où on avoit
élevé un magnifique Catafalque ; l'Archevêque
de Paris n'ayant pû officier , l'Abbé
d'Harcourt , Doyen du Chapitre , cclébra la
Meffe , & M. l'Abbé Seguy prononça l'Oraifon
funebre.
Le tems & la place nous manquent pour
donner
SEPTEMBRE. 1741 2109
donner ici la deſcription de ce fuperbe apareils
on entrera dans un plus grand détail
le mois prochain .
La premiere divifion des Troupes , qui
étoient affemblées à Givet , y paffa la Meufe
le 31. du mois dernier , fous les ordres du
Maréchal de Maillebois.
Le 28. du même mois , la premiere divifion
du Corps de Troupes campé à Sedan ;
fe mit en marche , étant commandée par le
Marquis d'Epinay , Lieutenant Général , &
elle paffa la Meufe.
Les deux dernieres divifions des Troupes
du Roy , affemblées fur la Meufe , & qui
doivent fervir dans l'Armée commandée par
le Maréchal de Maillebois , fe font miſes en
marche le 31. du mois dernier , & le 3. de
ce mois. Celle qui étoit à Sedan , en eſt
partie fous les ordres de M. de Louvigny ,
Lieutenant Général , & le Marquis de Montal
, Lieutenant Général , étoit à la tête de
la divifion partie le 3. de Givet.
Les Troupes du Roy qui ont paffé le
Rhin les 15 , 17 , 19 , & 21 du mois dernier
, ont marché fur deux colonnes. Celles
de la droite qui étoit au Fort - Louis a paflé
par Raftadt , & celle de la gauche , partie de
Lauterbourg , a paffé par Rhinzabern, Les
differentes divifions de ces deux colonnes
I iiij
font
Liis MERCURE DE FRANCE
font arrivées à Donawert depuis le 5. juf
qu'au 13. de ce mois , & le 7. on a commencé
à les faire embarquer fur le Danube
pour defcendre à Paffau.
Les deux premieres divifions de l'Armée
du Roy , commandée par le Maréchal de
Maillebois , qui étoient parties de Sedan le
28. Août , & de Givet le 31 , fe font réünies
le 5. de ce mois à Neuville , en Condros.
La divifion qui étoit à 'Sedan a paffé par
Bouillon , Fay - le-Veneur , Libramont , S.
Hubert , Rochefort , Scoville , & le Petit-
Modave , & la divifion partie de Givet a
marché par Anferen , Celle , Hamois & le
Grand Modave . Ces Troupes font allées
enfemble de Neuville au Chenay , à Melin
& au Camp de Borfet , près d'Aix - la - Chapelle
, d'où elles font entrées le 12. dans le
Pays de Juliers. Les deux dernieres divifions
de cette Armée , qui fout en marche depuis
le 31. Août & le 3. de ce mois , fuivent la
même route . ·¨
que
M. Frezier nous prie d'avertir le Public ,
c'eft fans fon aveu , qu'on a inferé dans
a Gazette d'Holande du 3. Septembre 1741 .
'annonce d'une nouvelle Edition d'un Traité
des Feux d' Artifices de M. Frezier , in- 12. Il
doit en donner une in- 8 ° . qui fera confidérablement
SEPTEMBRE. 1741 2111
blement changée & augmentée , laquelle
doit paroître au commencement de l'année
prochaine 1742.
L
FEU D'ARTIFICE:
Es fieurs Guerin , pere & fils , Teftard & Dodemant
, Artificiers du Roy , ayant obtenu un
Brévet du 19 May dernier , par lequel S. M. leur
permet de faire tirer tous les ans un Feu d'artifice
la veille de la Fête de S. Louis , aux claufes & conditions
du Brévet , & fous les ordres du Prévôt des
Marchands & Echevins de la Ville de Paris , firent
titer ce même jour & pour la premiere fois un Feu
d'artifice , dont la Charpente étoit placée für la Riviere
de Seine, entre le Pont Neuf & le Pont Royal,
vis-à-vis le Balcon de la Reine.
Cet Edifice étoit élevé fur un Rocher , accompagné
de plufieurs Animaux aquatiques ; l'Architecture
en étoit finguliere & de pur caprice . Il repré
fentoit une espece de berceau prefque quarré. Sa
hauteur depuis la furface de l'eau étoit de cent trois
pieds , fur foixante pieds de largeur par les deux
côtés , dont l'un regardoit le Louvre , & l'autre le
Quai des Quatre Nations . Les deux autres moindres
côtés étoient de cinquante quatre pieds de largeur.
Plufieurs Palmiers , ornés de Guirlandes & de
figures de Zéphirs , repréfentoient des Colonnes ,
ayant pour baze de grands Vafes d'or , d'où ces
Arbres fembloient fortir. Les quatre coins de la
Corniche portoient chacun une Corbeille de fleurs.
Sur le milieu s'élevoit une Campanelle d'un trèsbon
goût , embellie de confoles & autres ornemens,
& terminée par un Groupe d'Amours , répandant
des fleurs.
Le milieu de chacune des quatre faces étoit mar
I v.
qué
2112 MERCURE DE FRANCE
>
qué par une grande Niche, élev e fur un piedeſtal,
dans laquelle paroiffoit un Groupe de figures , repréfentant
un Sujet tiré de la Fabie.Au côté de chaque
Niche on voyoit une Statue en pied. Entre les Palmiers
on avoit fufpendu pluſieurs feftons & differens
Médaillons dans des cartouches bordés de fleurs .
Ces Médaillons & ces Figures repréfentoient des
Dieux & des Déciles , qui fembloient avoir pris
plaifir à fe railembler pour prendre part à la Fête.
Onvoyoit à la face tournée du côté du Louvre ,
dans la Niche dont on a parlé , Flore , & Zéphire ,
avec des Amours .
A un des côtés de cette même face étoit élevée
la Statue de Bacchus fur un piédeſtal , & de l'autre
celle de Cérès . Au - deflus étoit un Médaillon de
Minerve , & au- deffus de celle de Cérès , un autre
Médaillon , repréfentant Apollon .
Entre les Palmiers les plus proches de la Niche du
mil eu de cette face , étoient placés deux grands
Médaillons à pans l'un de Jupiter , & l'autre de
Junon . Au- deffus de ces deux grands Médaillons ,
on en voyoit deux plus petits , dans lefquels étoient
peints des Génies , tenant les attributs de ces deux
principales Divinités , & au- deflous , deux autres
moindres Médaillons , renfermant les Lettres initiales
de leurs noms.
La face tournée vers le Quai des Quatre Nations
offroit à la vûë une Niche , où étoient peints Vertumne
, Pomone & l'Amour , tenant un Mafque.
Vers les deux extremités de la même face , on voyoit
fur des piédeftaux la figure en pied d'une Danfeufe
& celle d'un Faune avec fa Flute. Au - deffus de la
Danieufe étoit un Médaillon ovale , repréſentant
Bacchus, & au - deffus du Fluteur , un autre Médail
lon repréfentant Ariane.-
Vers la Niche , & plus en dedans , étoient deux
autres
SEPTEMBRE. 1741. 2113
autres Médaillous à pans ; dans l'un Vénus étoit repréfentée
, & le Dieu Mars dans l'autre . Il y avoit
auffi quatre petits Médaillons comme dans Pautre
face , où étoient peints des Génies , chargés des attributs
de ces Divinités & des , Lettres initiales de
leurs noms.
La face du côté du Pont- Neuf , faifoit voir une
Niche dans fon milieu , dans laquelle étoient repréfentés
Syrinx & le Fleuve Ladon . A l'un des côtés de
la meme face étoient fur un piédeſtal , une Bacchante
, tenant un tambour de Bafque , & du côté opolé
un Satyre .
Au effus de la Figure de la Bacchante , étoit un
Médailion , repréſentant Hebé, & au deffus du Fluteur
un autre Médaillon portoit le Bultè d'un
Satyre .
La face opofée au Pont Royal offroit à la vûë dans
la Niche qui en occupoit le milieu Céphale préfentant
un Javelot à Procris Aux deux côtés de cette Niche
étoient des piédeftaux , dont l'un portoit la figure
de Meleagre , & l'autre celle d'Atalante ; audeffus
de Meleagre , pendoit un Médaillon avec l'image
de Diane , & au- deffus d'Atalante un autre
Médaillon oroit le portrait d'Endimion.
On n'entrera ici dans aucun détail fur l'exécution
de ce. Feu d'artifice , il fuffira de dire qu'elle a été
très- heureuſe , que le Spectacle en a été fort brillant
& fort vif.
Une autre genre de Spectacle , fçavoir, une efpece
de Courfe de Bague avoit amuté pendant un longtems
( avant le Feu d'artifice ) un nombre prodigieux
de Spectateurs , placés fur les Ponts ,fur les
Quais & fur les Berges de la Riviere.
On le difpenfera auffi de décrire la difpofition
des Lieux qu'on vient de nommer , parce que cette
difpofition étoit la même dont on a vu la Defcrip
I j
นอก
2114 MERCURE DE FRANCE
tion dans le Mercure de Septembre 1739. à l'occafion
du fuperbe Feu d'artifice élevé fur l'Eſplanade
ou Plateforme du Pont Neuf, où eft la Statue Equeftre
du Roy Henri le Grand , à l'occafion du Mariage
de Madame de France avec P'Infant Don Philipe.
XXXXXXXXXXX XXXXXXXXXXXX
MORTS , NAISSANCES.
N aprend de Bergerac du mo's dernier , que
tou , Batelier , y étoient morts fur la Paroiffe de la
Magdeleine , le premier âgé de 107. ans , & le fecond
de ros.
>
Le 3. Mai , Sebaftien Ruau du Tronchot , mourut
au Château de la Ribochere , près de Vendôme ,
dans la 86. année de fon âge étant né dans le mois
de Juillet 1655. Deftiné à la profeffion des armes
il entra à dix ans dans les Gendarmes . Il fervit enfuite
fucceffivement dans les Régimens de Conti &
Saintonge , où il s'acquit la réputation d'un Officier
également fage & intrépide. Il fe diftingua dans
toutes les Guerres depuis 1672. Il étoit Capitaine
de Grenadiers dans Saintonge , lorfque Louis XIV .
pour récompenfer fes fervices , lui accorda la Majorité
de Charlemont ; de là il paffa à celle de Givet.
Quoique couvert de cicatrices , il étoit fain & robufte.
Une conduite fage & reglée l'avoit fait parvenir
à une extrême vieilleffe , fans en reffentir
prefqu'aucune incommodité. Il avoit été fait Chevalier
de S. Louis dès les premiers tems de la création
de cet ordre . Une furdité qui lui étoit furvenue
depuis quelques années ; lui rendant les fonctions
de fon emploi trop pénibles , il fongea à fa
retraite. En ayant obtenu une fort honorable , il
s'étoit
SEPTEMBRE. 1741 2115
s'étoit retiré dans le Lieu de fa naiffance pour y paffer
le reſte de ſa vie dans le repos & dans l'exercice des
vertus chrétiennes , lorfqu'il fut attaqué d'une fievre
continue qui l'emporta au bout de quelques jours . Il
étoit frere de feu Charles Ruau du Tronchot, Chevalier
de l'Ordre de S Michel , ancien Fermier &
Receveur General des Finances , mort le 20. Juillet
1729 .
Le 13. Juillet , Magdeleine-Therefe Mufnier de
Mauroy de Biffay , veuve de Jean - François le Pileur ,
Sr d'Apligny , dont on a raporté la mort dans le
Mercure du mois de Juin dernier , vol. 1. p . 1256.
mourut âgée de 52. ans .
Le 27. Michel Saulnier , Seigneur de Condé en
Brie , proche Meaux , Préfident en la Cour des Aides
de Paris , mourut dans la 59. année de fon âge,
étant né le 30. Septembre 1682. Il avoit été reçû
d'abord à un Office de Confeiller en la même Cour
des Aides le 28. Février 1707. & enfuite à celui de
Préfident le 22. Février 1713. Il étoit fils aîné de
feu Michel Saulnier , Seigneur de la Baronnie de
Cournon, en Auvergne , & de Condé , en Brie , auf
Préfident en la même Cour des Aides , mort le 20.
Janvier 1713. & de Marie Magdeleine Porcher ,
morte le quatre Novembre 1706. Il avoit été marié
le 11. Avril 1720. avec Denife- Françoife Heudelot ,
fille de feu Sebaftien Heudelot , Sr.de Chaze , Garde
des Rôles des Offices de France , & de Françoise
Morel , dont la mort a été annoncée dans le Mercure
de Février dernier , p . 413. Il n'en laiffe point
d'enfans.
Le 28. Henri de Beaudan , Marquis de Parabere,
Brigadier des Armées du Roy , de la promotion du
20 Février 2734. mourut à Paris dans la 59. année
de fon âge. Il avoit d'abord fervi dans la Marine ,
ayant été fait Enfeigne de Vaiffeau lex 3. Décembre
1708
2116 MERCURE DE FRANCE
1702. Depuis il paffa dans le Service de Terre , &
étant Capitaine dans le Régiment de Cavalerie du
feu Comte de Parabere,fon frere aîné il ſe trouva le
25. Avril 1707 à la Bataille d'Almanzae ,n Efpagne,
où , à la premiere charge i , eut fon cheval tue fous
lui , & fut fait prifonnier , mais il fut enfuite repris.
Il fut fait au mois de Novembre 1720. Mestre de
Camp , & Chef d'une Brigade du Régiment Royal
des Carabiniers , à la tête defquels il fut bleffé le
19 Septembre 1714 à la Bataille de Guaftalla en
Italie . Il avoit quitté le Service en 1735. Il étoit fils
puifné d'Alexandre de Baudean , Comte de Pardeilhan
& de Parabere , Lieutenant General des Armées du
Roy , & du Bas Poitou mort le 28. fuillet 1702 âgé de
83 aus , & de D. Jeanne- Therete de Migand. Le
Comte de Parabere qui vient de mourir , avoit été
marié le 8. Février 1720. avec Matie- Andrée Fargés
laquelle mourut en couches de deux enfans le
7. Décembre de la même année 1720 à l'âge de
23. ans Il n'en laiffe point d'enfans
Le premier Août , André - Joſeph d'Aubuſſon
Seigneur de Caftelnouvel , Marquis de Saint Paul ,
apellé le Come d'Aubuffon , Lieutenant General des
Armées du Roy , mourut en fon Château de Jaure ,
en Perigord , âgé de 70 ans . Il avoit été élevé
Page du Roy dans la grande Ecurie , où il fat reçû
le premier Janvier 1693. Il fut depuis Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment du Duc de la Feuillade
dont il fut fait Meitre de Camp p r fa démiffion
en 1702. Il fut fait Brigadier le 29. Janvier
1709. Maré hal de Camp le premier Février 1719 .
& enfin Lieutenant Gén rai le 29 Février 1734 Il
étoit fils aîné de Godetroy d'Aubatfo , Seigneur ,
Marquis de Caftelnouvel , S Paul , Jaure , & de
D. Anne de Chauveron . Il avoit été marié le 4 .
Juin 1708. avec Jeanne Baptifte - Elifabeth- Char-

lotte
SEPTEMBRE. 1741.2117
lotte de Vernou de Bonneuil de Melzeard , fille &
heritiere de Jean- Baptiste Gaſton de Vernou de
Bonneuil , Marquis de Melzeard , Seigneur de Mi¬
zay , Ponthieu Marconnay , & d'Elifabeth de Stę
Maur de Jouzac . I laiffe de ce mariage Louis-
Charles apelé le Marquis d'Aubuffon , Capitaine
dans le Régiment Royal Piémont , Cavalerie ; un
fecond fiis apellé le Chevalier d'Aubuffon , Mouf
quetaire de la feconde Compagnie , & une fille
mariée avec Louis Charles de Cruffol , Marquis
de Montauzier .

Le .... Août , Daniel Jofeph de Cofnac , du
Diocèle de Limoges , Evêque & Comte de Die
Abbé Commandataire des Abbayes d'Orbeſtier
S. Jean , & de S. Benoit fur Loire , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de a Maiſon
Royale de Navarre du 14. Septembre 1726. mourut
à Vienne, en Da phiné chés ie Cardinal d'Auvergne
, Archevêque de cette Ville, âgé d'environ 45.
ans. Il avoit été d'abord Prevôt de l'Eglife Métropolitaine
d'Air , Vicaire General de ce Diocèle , &
Prieur du Plan de Bex , Diocèle de Die . Il fut Député
en cette derniere qualité de la Province de
Vienne à l'Affembree Génerale du Clergé de 1725+
Il le fut de la Province d'Aix à l'Affemblée de 1726.
Il fuività Paris Charles Gafpard Guillaume de Vintimille
du Luc , transferé de l'Archevêché d'Aix à
celui de Paris. Ce Prélat le fit au mois de Septembre
1729. l'un des Grands Vicaires de fon nouveau
Diocèle , & le 9. Décembre de la même année, il
fut reçû Doyen de l'Eglife Royale , Collegiale &
Paroifliale de S. Germain l'Auxerrois , dont il fut
auffi reçu Chanoine au mois de Novembre 1710 .
Il tot Deputé de la Province de Paris à l'Aflemblée
Generale du Clergé de 1730. & il fut pourvû au mois
de Juin 1732.de laCharge de Maître de l'Oratoire du
Roya
2118 MERCURE DE FRANCE
Roy , dont il s'étoit démis en 1739. Il fut nommé
le 23. Mai 1734. à l'Evêché de Die , fur la réfignation
de Gabriel de Cofnac , fon coufin du trois au
quatrième degré, qui s'étoit démis déja en fa faveur
dès 1719. de l'Abbaye d'Orbeftier , S. Jean , O.S. B. D.
de Luçon. Le Roy en le nommant à l'Evêché de
Die , lui donna l'Abbaye de S. Benoît fur Loire ,
auffi O. S. B. D. d'Orleans . L'Evêché de Die ayant
été préconisé & propofé pour lui à Rome les 9.Juillet
& 27. Septembre de la même année 1734. il fut
facré le 24. Octobre fuivant dans la Chapelle du
Seminaire de S. Sulpice à Paris , par l'Archevêque
de Vienne ,fon Métropolitain , affifté des Evêques
d'Arras & d'Orleans , & le 31. du même mois il
prêta ferment de fidelité entre les mains du Roy
dans la Chapelle du Château de Verfailles . On a
donné la defcription de fon Entrée à Die dans le
Mercure de Mars 1735. p . 604. Il fut Député de la
Province de Vienne à l'Affemblée Génerale du Clergé
de 1740 Il étoit fils puifné de Jean de Cofnac ,
Seigneur d'Efpeyreve , Chef d'une Branche cadette
de la Maifon de Cofnac , d'une très - aucienne Nobleffe
de la Province de Limofin , & de Marie Gabrielle
Thérefe Faucon , fille de Gabriel Faucon ,
Seigneur de la Jugie & de Laye , Lieutenant Crimi
nel à Brives .
4
Le 3. D. Genevieve Bruere de la Mothe , veuve
depuis le 8. Fevrier 1735 de Louis François Ladvo
cat , Confeiller du Roy en fes Confeils , Maître
Ordinaire en fa Chambre des Comptes de Paris ,
& Doyen de cette Chambre , avec lequel elle avoit
été mariée le 12 Juillet 1695 mourut à Paris âgée
d'environ 66. ans . laiffant deux fils qui font Louis-
François Ladvocat , Maître Ordinaire en la mêrne
Chambre des Comptes , reçû à cette Charge le 8,
Août 1724. & marié le 18 , Septembre 1735. avec
la
SEPTEMBRE.
1741 211
la fille unique de .... Paupardin de Fremecourt '
Secretaire du Roy ; & Louis - Alfonfe Ladvocat '
auffi Maitre Ordinaire en la même Chambre des .
Comptes , reçû à cette Charge au lieu de feu fon
pere , le 14. Mars 1735 .
Le . D. Françoife- Catherine du Four , veuve
depuis le quinziéme jour de Juillet 1700. de Pierre
de Palluau, Seigneurde Rofieres , Avaus, Rigny, & c.
Maréchal des Camps & Armées du Roy , avec lequel
elle avoitété mariée le 26 Fevrier 1686. mou
rut à Paris âgée d'environ 80. ans . Elle avoit eu
pour enfans Marie- Catherine de Palluau , veuve de
Guy de Fenoil, mort Maître des Requêtes Honoraire
de l'Hôtel du Roy , & Premier Prefident du Parlement
de Pau , le feptiéme Avril 1724. Pierre
de Palluau , Seigneur de Rofieres , & c . ci - devant
Confeiller au Parlement de Paris , & qui a époufé
Marie Anne Rouillé de Beauvoir ; & Denis de Palluau
du Fay , mort en 1738. laiffant des enfans de
la D. Rouffeau de Chamois , fon éponſe. La D. de
Palluau qui vient de mourir , étoit fille d'Alexis,
du Four, Confeiller du Roy , Controlleur du Greffe
de la Chambre des Comptes de Paris, & de Cathe
rine Hubler.
Le 7. Pierre- Louis d'Ailly , Comte d'Annery, en Pi
cardie , Marquis de Senecey , en Bourgogne, Cheva.
lier de l'Ordre Militaire de S.Louis,mourut dans fon
Château de Senecey. Il avoit époufé Marie - Louiſe.
Magdeleine de Beauveau, fille de feu Gabriel-Henri
de Beauveau , Marquis de Mongauger , Comte de
Criflé ci devant Capitaine des Gardes du Corps
de Philipe Fils de France Duc d'Orleans , & de Marie
Magdeleine de Brancas . Il en laiffe un fils unique
nommé Louis-Jofeph d'Ailly , né le 29. Octobre
1735.
Le 8. Louis - Michel Berthelot , Seigneur de Monta
chêne
2120 MERCURE DE FRANCE
Chêne , Confeiller d'Honneur au Parlement de Pais
, mourut dars la 49. année de fon âge . étant
né le 8. Mars 1693. Il étoit fils de feu Jean-
Etienne Berthelot de Pleneuf , ci - devant Directeur
Géneral de l'Artillerie de France , mort le 7. Janvier
1727. âgé de 63 ans , & de feue Marie- Henriette
- Françoife Galland fa premiere femme , morte
le 22. Septembre 1693. Il avoit été d'abord Avocat
du Roy au Châtelet ; il fut enfuite reçû Confeiller
au Parlement de Paris le 19. Juin 1715. &
il fut fait en 1724. Intendant du Commerce , & au
mois de Janvier 1725. Intendant des Finances. Il
fe démit de cette Charge au mois de Juin 1726. &
il obtint en 1730. une Place de Confeiller d'Honneur.
On a raporté la mort de Marie-Michelle-
Françoise Begon,fa femme dans le Mercure de Septembre
1739. P. 2088. Il laiffe d'elle Françoife-
Henriette Berthelot fille unique , née le 15. Janvier
1721. & mariée le 11 Fevrier 1738. avec
Claude-Louis du Noyer , Seigneur des Touches ,
Confeiller au Parlement de Paris , du 16. Juillet 1732.
Le ... D. Marie - Françoife de Breilly , veuve depuis
le mois de Janvier 1719. de Pierre Soubeyran,
Ecuyer , Confeiller du Roy , Garde des Regiftres du
Controlle General des Finances , mourut à Paris
dans un âge avancé , laiffant pour unique héritier
Pierre-Jean - François de la Porte , fon petit - fils ,
Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy , & Intendant
de la Généralité de Moulins dont la mere
Catherine Soubeyran mourut en couches de lui
le 20. Juin 1710.
Le 24 Gabriel Vincent Theven³rd , fameux
Acteur de l'Académie Royale de Mufique , mourue
à Paris âgé de 72. ans . Il étoit inimitable dans le
noble & le beau Chant ; il avoit fait depuis 1697.
les plaifirs du Public , qui a toujours honoré fes
talens
SEPTEMBRE. 1741 2127
talens de beaucoup d'aplaudiffemens , & il y a lieu
de croire qu'il n'en perdra pas fitôt le fouvenir. I
avoit quité le Théatre en 1730.
Le 26. D. Elifabeth- Charlotte - Candide de Brand
cas , époufe de Louis de Brancas , des Comtes de
Forcalquier, Marquis de Cereite , Baron de Caſtelet
, Seigneur de Robion , Vitrol , Montjufti , & c.
Grand d'Efpagne de la premiere Claffe , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres du Roy & de la
Toifon d'Or , Lieutenant Géneral au Gouuvernement
de Provence , Gouverneur des Ville & Châ-,
teau de Nantes au Comté Nantois , Commandant
pour S. M. en Bretagne , & c . avec lequel elle avoit
été mariée le 31 Janvier 1696. mourut à Paris dans
la 62. année de fon âge , étant née pofthume le....
Decembre 1679. Elle étoit fille de Louis- François
de Brancas , Duc de Villars , Pair de France , mort
le 4 Octobre 1679. & de D. Louife Catherine de
Fautereau de Meinieres fa troifiéme femme , morte ,
le 1r Février 1701. Elle laiffe , entr'autres enfans,
Louis Bufile de Brancas , Comte de Forcalquier
Lieutenant Géneral au Gouvernement de Provence,
en furvivance ; Louis- Paul de Brancas , Chevalier
de Malthe , Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie depuis le mois d'Octobre 1739. & Marie-
Thérefe de Brancas , mariée le 13. Fevrier 1736.
avec Jean- Anne- Vincent Larlan de Kercadis , Comte
de Rochefort , Cornette des Chevau - Légers
d'Anjou .
Le même jour , Pierre de Gaffion, Marquis d'Alluye
, Meftre de Camp , Lieutenant dans le Régiment
de Bretagne , Cavalerie , depuis le 15. Avril
1738. & auparavant Capitaine d'une Compagnie
dans le Régiment de Peyre , auffi de Cavalerie ;
mourut à Paris âgé de 25 ans , 11. mois , étant né
le 26. Septembre 1715. Il n'a point été marié Il
étoit
2122 MERCURE DE FRANCE
étoit fils unique de Jean Gaffion , Marquis de Gaf
fion , Comte de Montboyer , Baron d'Audaux &
d'Arbus , Lieutenant Géneral des Armées du Roy,
Gouverneur de Dax , & Commandant pour S. M.
en Bearn , & de feuë D. Marie - Jeanne Fleuriau
d'Armenonville , dont la mort eft raportée dans le
Mercure d'Octobre 1735. p . 2327.
Le 13. Septembre , Françoiſe Prevoſt , de l'Académie
Royale de Mufique , dont perfonne n'a
ignoré les grands talens qu'elle avoit pour la Danfe
légere & gracieufe depuis près de 40. ans , mourut
à Paris âgée d'environ 60. ans. Elle avoit quitté le
Théatre en 1730. & avoit toujours vécu depuis ce
tems - là dans de grands fentimens de pieté & de
Religion.
On a annoncé dans le Mercure de Juin dernier ,
vol. 2. p. 1470. la mort de François Chevalier ,
Seigneur de Vaudetar , &c. arrivée le 27. Mai précédent
, à l'âge de 87. ans , 5 mois , 10. jours . On
a été informé depuis par un Mémoire , qu'il avoit
été marié en 1716. avec Marie- Agnès Vollant ,'
fille de feu Paul Vollant , Seigneur de Bervillier &
de Lefglentier , & de feuë Magdeleine Françoiſe de
Laifere , & qu'il en a laiffé un fils nommé Jacques-
François Chevalier.
Le 4. Août , Madame la Comteffe de Lautrec
accoucha d'un fils qui fut baptifé le lendemain ,
auquel on a donné le nom de Comte de Gelas. II
fut tenu fur les Fonts par le Duc de Rohan fon
oncle maternel , & par la Marquife d'Ambres , fa
tante paternelle ,
On écrit de Geneve , qu'à l'occafion de cette
Naiflance, la Ville avoit fait de grandes réjoüiffances
le 22. du même mois ; que les plus notables
Bourgeois au nombre de plus de quatre cent , ainfi
que
SEPTEMBRE. 1741 2123
2
C
que le peuple, avoient pris part à cette Fête , laquelle
par l'amour & la grande confidération qu'on a
pour le Comte de Lautrec , pere du nouveau-né ,
qui a tant contribué à la pacification des derniers
troubles , s'étoit célebrée tant fur le Lac , que dans
l'intérieur de la Ville & fur les Baftions , avec les
témoignages de joye & de refpe&t les plus éclatans.
On ajoûte , comme une circonftance heureuſe &
peu ordinaire , que dans une fi grande agitation ,
qui a duré, depuis le matin jufque fort avant dans
la nuit , avec beaucoup de poudre à canon il n'eft
pas arrivé le moindre fâcheux accident.
,
Le 13 fut batifé à S. Nicolas des Champs , Bernard
Leon , né le même jour , fecond fils de Jacques
Bernard Durey de Noinville , Seigneur de
Prefle , Bierry, Magny , Eſtrées , Saintry , le Tremblay,
&c. Maître des Requêtes Honoraire , & Préfident
Honoraire au Grand Conſeil , & de D. Marie-
Françoife- Pauline de Simiane , fon époule . Le parain
a été François Claude Leon de Simiane de la
Cepede, Marquis de Simiane, lès -Aix , & Marfeille ;
& la maraine , D. Marie- Claire d'Estaing , épouſe
de Jofeph Durey de Sauroy, Seigneur de Martignyle-
Comte , Dainville , &c . Tréforier Géneral de
l'Extraordinaire des Guerres , de l'Ordre Militaire
de S. Louis.
MEMOIRE communiqué par M. le Mar
quis du Châtelet , au sujet d'un Article
inferé dans le premier volume du Mercure
de Juin 1741 .
D
Ans le Mercure de Juin , p. 1242. du premier
vol . en parlant de la mort de M. Alexandre
Gafton , Comte du Châtelet , il paroît qu'on a été
ma
2124 MERCURE DE FRANCE
mal informé . On a dit qu'il étoit fils de Jean du
Châtelet , Confeiller au Grand Confeil ; cela eft
vrai ; mais comme on n'eft pas remonté plus haut,
on pourroit croire qu'il ne tireroit l'ancienneté de
La Noblefle que de fon Pere Jean du Châtelet , Confeiller
, ce qui n'eft pas , felon la Genealogie , raportée
dans le MercureGalant du mois de Juin 1695 .
à l'occafion du mariage du Comte de Choiſeul avec
une Dile du Châtelet. Il paroît par cette Genealogic
que certe Mailon eft originaire du Pays d'Artois,
portant pour Armes de Gueules à laface d'Argent
accompagnée de trois Châteaux d'Or´ deux en chef
& un en pointe. On trouve d'ailleurs cette origine
de la Maifon du Châtelet du Pays d'Artois , prouvée
par titres , & qu'elle eft connue dès l'an 1030 ,
Deux defcendans de Robert du Châtelet accompagnerent
Godefroy de Bouillon à la Terre Sainte,
& fe trouverent au Siége de Jérufalem , où ils moùrurent
, & furent inhumés dans l'Eglife du S. Sepulchre
, où l'on voit encore leurs noms & leurs
Armes qui font fur leurs Tombeaux.
>
M le Marquis du Châtelet finit en ces termes,
dans l'original de ce Mémoire : Et afigné ¿ affirmé
le contenu au préſent Mémoire veritable. A Paris le.
19. Juillet 1741. Signé , ALEXIS-JEAN , MARQUIS
DU CHASTELET , Seigneur Châtellain de la Châtel-
Lenie de la Ferté , S. Riquier , Cromons , Genville ,
Seigneur Haut Jufticier dans les Provinces d'Artois d
Picardie , Grand Voyer entre les Rivieres de Somme
d'Authie , Seigneur de Bazarne & Courtenay, en
Bourgogne , Gouverneur de Bray fur Somme.
TABLE
TABLE.
IECES FUGITIVES. Vers contre la Satyre , 1914
Idille , les Poiffons , 1935
Obfervations fur la Differtation du P. Texte , 1938
Eloge de l'Ordre des Chartreux ,
Ode , Les Livres Saints ,
1946
1910
Ex rait de Lettre à l'Auteur du Voyage de Nor
mandie
Ode tirée du Pfeaume 148. Laudate , & c.
1993
1959
Lettre de M.... au fujet d'un Ouvrage fur le
Caffé ,
Ode , le Triomphe de la Vérité ,
1965
1982
Lettre au fujet d'unD.fcours prononcé à Lyon, 1986
Ode fur la profanation des Eglifes , 1998
Queſtion importante , jugée au Parl . de Paris , 2002
Vers fur la Mort d'une belle Chienne , 2008
Lettre au fujet d'une Médaille d'une fçavante Dame
d'Italie ,
Sonnet en Bouts- Rimés ,
Enigme , Logogryphes , &c .
2010
2026
2027
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c. Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des Hommes
Huftres dans la Répub . des Lettres , 2030
Leçons gratuites de Mathématique & Phyſique , 2044
Eftampes nouvelles ,
Expofition des Tableaux au Louvre ,
Cartes , Plans , &c.
2047
2049
2011
Lettre au fujet d'une perfonne qui a vécu un fiécle
& demi ,
Avis au fujet de M. du Marfais ,
2053
2055
Avis de M. Fauchard , pour les Dents , 2055
Lit d'une nouvelle ſtructure , 2057
Avis de M. de Launay, pour les Defcentes , & c. 2058
Chanfon
Chanfon notée ,
2059
Spectacles. Tragédie & Ballet du College de Louis
le Grand ,
Reprife d'Alcione , & Madrigal à la
Maure ,
Théatre François , Actrice nouvelle ,
Théatre Italien ,
Nouvelles Etrangeres , Ruffie , & Suede ,
ibid.
ple le
2072
2073
2074
2077
Allemagne , Silefie , Efpagne & Ifle de Corfe, 2080
Grande- Bretagne , Hollande & Pays- Bas ,
Morts des Pays Etrangers ,
2087
2088
2093
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 209 1
Bénefices donnés ,
'Affemblée de l'Académie Françoife, Difours de M.
de Fontenelle , & Réponse en Vers , 2097
Bibliotheque du Roy , Sujet donné par l'Académie
Françoise , 2105
Service fait aux Cordeliers pour feuë Mad . la Ducheffe
,
Service fait à N.D.pour la Reine de Sardaigne , 2 108
Divifions des troupes affemblées fur la Meufe, 2109
Avis de M. Frefier, Traité des Feux d'artifice , 21 10
Feu d'artifice tire fur la Riviere ,
Z J
Morts , Naiffances , & c.
2106
2111
2114
Mem. communiqué par le Marq. du Châtelet, 2123
Errata d'Août.
génie.
P Age 1861. ligne 18. un ... génie , lifez , un
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1976. ligne 11. enfoncé , lifez , foncé .
dépendent de l'Article des Eftampes des Singes , qui
eft au-deffus.
La Médaille gravée doit regarder la page
La Chanson notée , la page
20TQ
2059
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
OCTOBRE. 1741 .
QUE
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillov
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty,
à la descente du Pont - Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLI.
Avec Aprobation & Privilege du Roy
L
AVIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
·Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure
, à Paris , peuventſe ſervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin den affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'aurone
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
·
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
OCTOBRE. 1741,
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
ODE
SUR LE REGNE DE LOUIS XV.
Qui a remporté à l'Académiedes Jeux Floraux
de Toulouse le premier des Prix réservés.
S
Tériles Spectateurs d'un glorieux Empire
,
Que tardons-nous encore à tirer de
la Lyre
De fublimes accords ?
Des jours plus radieux éclairoient- ils la France ,
A ij Quand
2128 MERCURE DE FRANCE
Quand Malherbe & Racan célebroient fa puiffance
Dans leurs plus doux tranfports ?
*
Louis s'offre couvert d'une Gloire immortelle,
Ils renaiffent ces tems ; où Saturne & Cibele
Gouvernoient l'Univers.
La Candeur & la Foi , de Rofes couronnées ,
Sur le Trône des Lys reglent les deſtinées
De vingt Peuples divers,
*
Non , non, l'Art de regner n'eft pas l'Art Politique,
Né fur les bords de l'Arne , ( a) Arbitre defpotique
Des immuables Loix ;
Rentrez dans les Enfers , ténebreufes Maximes ;
Filles de l'Interêt & Meres des grands Crimes ;
LOUIS inftruit les Rois.
*
L'Ambition fe plaint : il fe borne lui-même ,
Et ne fépare pas les Droits du Diadême
Des droits de l'Equité .
La Juftice eft des Rois le premier Apanage ;
C'eſt par elle qu'ils font la plus augufte Image
De la Divinité.
*
(a) Fleuve qui paffe à Florence , Patrie de Machiavel
, c.
Prince
OCTOBRE. 1741 2129
Prince,quels jours fameux te réſervoient les Parques!
Cent fois l'Europe a vû , pour unir fes Monarques ,
Ta main former des noeuds.
Ainfi de Jupiter la fageffe profonde
Des Aftres destinés à préfider au Monde
Maintient l'accord heureux.
H
Par tes ordres la Paix , de l'Amitié fuivie ,
A banni les foupçons , a défarmé l'Envie
De tes plus fiers : Rivaux .
Tes voeux font fatisfaits ; les Maîtres de la Terre ,
Souvent épouvantés au bruit de ton Tonnerre ,
Te doivent leur repos.
Dieux ! fauvez les fujets des querelles des Princes ;
C'eft du fang des Humains , c'eft des pleurs des
Provinces
Que naiffent les Lauriers.
Mon Roy leur préfera l'Olive bienfaifante
Sa clémence enchaîna l'ardeur impatiente
De fes fougueux Guerriers.
*
Louis , aux bords du Rhin la fanglante victoire
Marche fous tes Drapeaux , ſe dévouë à ta gloire :
Tu retiens fa fureur.
Eh ! que font trop fouvent des conquêtes altieres ?
A iij
Des
2130 MERCURE DE FRANCE
Des fleaux glorieux , des guerres meurtrieres
Pour un Peuple vainqueur.
*
On t'aime : c'eft le prix d'un ame magnanime ;
Du Midi jufquau Nord , un Encens légitime
Brúle fur tes Autels .
L'Etranger aplaudit aux Deftins de la France ;
Et partage avec nous l'amour qui récompenfe
Tes deffeins paternels.
*
J'ai vû Mars , je l'ai vú , l'oeil en feu , l'air terrible ,
Quereller les fuccès de ton Regne paiſible :
Quels Exploits inoüis !
La France acquiert fans moi ( a ) des Provinces en
tieres ,
Er la main de la Paix recule les barrieres
De l'Empire des Lys.
Eh quoi ! ne fuis - je plus le Pere des Conquêtes à
Recueille - t'on au fein des pacifiques Fêtes
Le prix des feuls Combats ?
Pourfui , Prince ; pourſui : c'eft ainfi que Solime
Vit d'un Roy Fortuné la fagefle fublime
'Conquérir des Etats .
(a) L'union de la Loraine & du Duché de Bar a
la Couronne.
A tes
OCTOBRE . 1741 2135
A tes brillans deftins , France , il n'eft plus d'obf→
tacle :
Porte au loin tes regards , & jouis du Spectacle
Que t'offre ta Grandeur.
Que de fuccès divers ! que de riches Trophées !
Ne te manqueroit - il que de nouveaux Orphées
Pour chanter ta fplendeur ?
*
Tel qu'un Cedre au Printems , fous l'oeil de la Nature
Repare fa vigueur & reprend fa parure ,
Azile des Oifeaux ,
Il s'admire , orgueilleux des beautés qu'il étale ,
Une Séve féconde erre dans le Dédale
De fes altiers Rameaux .
*
Tel l'Empire François , au faîte de la gloire ,
Recouvre de ces tems confacrés par l'Hiftoire
L'Eclat majeftueux :
L'or , le fang des Etats , circule dans ſes veines ;
Et des Peuples (a) nouveaux , fur les Plages loin
taines ,
Sont fes Sujets heureux.
Des Mers où naît lejour,des Mers que l'Ourfe glace,
(a) Nos Colonies augmentées & plus floriſſantes que
jamais fous ce Regns,
A iiij L'induf2132
MERCURE DE FRANCE
L'industrieux Commerce apelle notre audace
Nous ouvre les trésors .
Neptune s'aplaudit de revoir fur fes Ondes
Nos Vaiffeaux enrichis des Tributs fes deux Mondes
Que reçoivent nos Ports.
*
Les Tritons raffemblés , les jeunes Néréides ,
Accompagnent des yeux fur les Plaines humides
Nos Pavillons flotans .
Mais quel effroi foudain ! ... Thétis fuit dans fes
Grotes ;
Bellonne fur nos Ports , arme , guide nos Flotes
Qui maîtrifent les Vents .
*
Divinités des Flors , banniffez vos allarmes :
Louis ne feme au loin la terreur de fes Armes
Qu'en faveur de la Paix.
Le Danube (a) qui vit Mars tonner fur fon Onde,
Tranquillement panché fur fon Urne féconde ,
Joüit de nos bienfaits .
*
Le Regne des Grands Rois eft celui des Sciences :
Je les vois s'ennoblir par lės travaux immenfes
De modernes Jafons. (b)
(a ) La Paix concluë entre la Porte & l'Empire par
la Médiation de la France.
(b) Les Académiciens envoyés pour mesurer la Ferre
& fixer fa figure.
Од
+
OCTOBRE. 1741 2133
On ne fait plus redire aux Echos de la Seine
Que les Arts éclipfés ne répandent qu'à peine
De trop foibles rayons.
*
Ciel ! quels objets ! .. la Mort leve fa faux fanglante;
L'Aigle , d'un cri lugubre , a frapé d'épouvante
Tous les Hôtes des Airs.
La Germanie en deüil , la prompte Renommée ,
Ne femblent annoncer à l'Europe allarmée
Que funeftes revers.
*
Raffûrons-nous : des Cieux Minerve eſt deſcendue
Près du Trône François elle s'offre à ma vûë
Sous les traits de FLEURY.
Daigne long- tems encor , fecourable Déefle ,
Par des confeils heureux feconder la fagefle
D'un Monarque chéri .
Cette Ode eft du R. Pere Théodore Lom
bard , de la Compagnie de Jéfus , Affocié de
l'Académie Royale des Belles- Lettres de la
Rochelle , ancien Profeffeur de Rhétorique ,
& actuellement chargé de continuer le grand
Dictionaire François & Latin du feu Pere
Vaniere .
AY EX
2134 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre de M. Clerot
Avocat au Parlement de Rouen , au sujet
de la Defcription de la haute Normandie
J
guerre
déclarée en
E vois une espece de
tre M. l'Abbé D. F. & l'Auteur de la Defcription
Géographique & Hiftorique de la
haute Normandie. Le Mercure de France
me paroît être le champ où ce dernier a réfolu
de combattre : ne me feroit- il point permis
de lui fervir de fecond ? je ne crois pas
que M. l'Abbé D. F. craigne les Troupes
auxiliaires , voici donc par où je crois devoir
commencer.
Il y a quelque tems , que l'Auteur de la
Defcription , &c. jugea à propos de donner
dans les Mémoires de Trevoux , à quelques
Endroits de ma Differtation fur le Pays de
Caux , une tournure de fa façon ; je ne voulus
pas prendre la peine de relever cette
maniere d'écrire , parce que les Gens éclairés
fçavent fur cela me rendre juftice , & le
fentiment des autres , m'intéreffe peu : j'ai
vû même depuis dans un Mercure , cet Auteur
s'aplaudir de la fingularité de fon procedé
, & j'ai encore gardé le filence.
M. D. F. n'auroit peut - être pas mal fait de
paffer
OCTOBRE . 1741. 2133
paffer comme moi , fous filence , les fautes
de cet Auteur dans la Defcription de la
haute Normandie. Apréhendoit - il que ces
fautes n'échapaffent à nos Sçavans ? Non , en
vérité , les moins verfés dans notre Hiftoire
ne s'y font point mépris , & le murmure de
nos Libraires m'en est garant.
>
Il est vrai que ne pouvant pas s'imaginer
que les Pheniciens & les Grecs ayent pouffé
leurs navigations jufque fur nos côtes , il a
négligé de confulter les Anciens , qui parlent
de ces navigations ; mais qu'on life fon
Article de Rouen , on verra qu'il a eu foin
de copier le fçavant Dufouillet , & qu'il en a
même adopté les imaginations , tant il a
craint de s'éloigner du fentiment des Grands
Hommes. Nous lui fommes cependant redevables
à l'Article de Dieppe , de nous avoir
donné la copie de certains Mémoires , qui ,
quoiqu'ils foient entre les mains de tout le
monde , n'avoient point encore été impri
més , & il a eu l'attention , dans l'Article de
Pontoife , de raporter ce que lui en ont apris
les titres pour & contre le Vicariat de cette
Ville. Nous lui avons auffi l'obligation d'avoir
refferré le Pays de Caux dans fes véritables
bornes : Heureux s'il avoit pû reftraindre
de même la Coûtume de ce Pays , aux
limites qu'il a trouvé bon de lui donner !
Au refte , s'il a obmis la Comté d'Evreux
A vj
dans
2136 MERCURE DE FRANCE
dans fa Deſcription de la haute Normandie
c'est une preuve qu'il a regardé cette Comté
comme apartenante à la balle Normandie.
Effectivement cette omillion ne peut avoir
d'autre principe ; car il lui auroit été auffi
facile de copier M. le Braffeur , qu'il lui a
été facile de copier Maffeville , Ourfel , Du
fouillet , & autres femblables Ecrivains.
Quelques reconnoiffans que nous foyons
des foins de l'Auteur , nous ne pouvons lui
paffer de n'avoir pas fait attention que le
Afdans de Dudon de S. Quentin ne conviendra
jamais à Arques , mais à un Lieu
fitué fur le bord de la seine, peu éloigné de
la riviere d'Eure. Peut il ignorer que près le
Pont de l'Arche , à l'embouchure de cette
derniere Riviere, eft le village des Dams , où
eft une Eglife fuccurfale du Pont de l'Arche
même ; fuccurfale , qu'une tradition du Pays
dit avoir été autrefois la principale Paroiffe ?
ce qui paroît d'autant mieux fondé , qu'elle
eft dédiée à S. Pierre , Patron de l'Abbaye
de Jumieges , qui préfente à la Cure & à
l'Annexe. On fent affés que le nom des
Dams ou Les Dams convient on ne peut
pas mieux , à Hafdans ou Afdans , & à ces
mots : Venerunt fuper othure fluminis decurfum.
,
Je ne dirai rien de la conjecture fur la
fituation de l'ancien Château de Piftes, Super
fluvium
OCTOBRE. 17417 2137
fluvium Sequanam in locum qui Piftis dicitur:
Je me fouviens que me trouvant dans une
compagnie où l'on difoit que cet Auteur
avoit tranfporté l'ancien Pifte du bord de la
Seine vers Longueville , un Habitant de ce
Lieu- là dit ingenuëment , qu'on lui auroit
bien de l'obligation s'il pouvoit auffi y transférer
la Seine. Au refte , à l'exception de ces
chofes , de quelques autres encore , & de la
découverte en faveur d'Yvetot , que l'Auteur
dit avoir pû devenir Royaume par Jean de
Bailleul , je ne trouve rien dans la Defcription
de la haute Normandie qui ne doive
recevoir des aplaudiffemens. Il eft vrai qu'il
a négligé de s'étendre fur l'ancien Pays de
Talou , fur le Comté de Matrie , fur les
Comtés du Vexin , & fur d'autres Antiquités
de la haute Normandie ; mais il nous a
averti qu'il n'écrivoit pas expreffément pour
cela : c'eft un vafte champ qu'il veut bien
me laiffer défricher , parce qu'il fçait que je
lis les anciens Auteurs , & que j'examine
avec foin les vieux Titres . Inutilement , au
furplus , on s'éleveroit fur les erreurs qui fe
trouvent dans le Dictionaire Topographique
de notre Auteur ; c'eft le fort de ces fortes
d'Ouvrages , d'être dans les premieres Editions
remplis de fautes. On doit toûjours
louer l'atention qu'il a cuë de fuivre pour ce
Dictionaire l'ordre du Pouillé civil & Eccléfiaftique
2138 MERCURE DE FRANCE
1
fiaftique du Diocèfe de Toul , donné au Public
en 1711. par le Pere Benoît, Capucin.
A Rouen le 26. Août 1741.
L'EMPIRE DE LA COUTUME ,
O DE.
MEre des erreurs & des vices ,
Fantastique Divinité ,
Dont les impérieux caprices
Tyranniſent ma liberté ,
Coûtume , dont la loi fuprême ,
M'enlevant fans ceffe à moi- même ;
Retient ma raifon dans les fers ,
Crains aujourd'hui pour ton empire ;
Je vais , dans l'ardeur qui m'inſpire
Armer contre toi l'Univers.
*
Ta fombre & douteufe naiffance
N'offre que foibleffe à mes yeux ;
Tu fçais , fous une humble aparence ,
Cacher un front audacieux .
Non loin du moment qui t'enfante ;
Déja ta fierté triomphante
Ufurpe un pouvoir effrené
Teut
OCTOBRE. 1741.
2139

Tout cede à ta rigueur extrême .
Le Prince fous le Diadême
N'eft qu'un Efclave couronné.
*
Tel un Ruiffeau près de fa fource
Semble à peine rouler fes Eaux ,
Torrent au milieu de fa courſe ,
Tout cede aux fureurs de les flots ;
Il regne feul fur fon rivage ,
Il force , il entraîne , il ravage
Ce qui bravoit les Aquilons.
Le Roc à fes efforts fuccombe ,
Et du bruit du Chêne qui tombe
Il fait retentir les Valons.
*
De Thémis les Loix éternelles
N'ont pû balancer tes decrets ;
Sous tes maximes criminelles
Gémiffent fes divins Arrêts.
Par une facrilege audace
Je te vois ufurpant fa place
Forcer nos droits les plus facrés ,
Et par un coupable artifice.
Marquer du fceau de la Juftice
Les Dogmes les plus abhorrés .
*
Du titre pompeux de courage
Malquant
2140 MERCURE DE FRANCE
Mafquant une aveugle fureur ,
Ta Loi d'un chimérique outrage
Me rend le Juge & le Vengeur :
Du faux honneur triſte victime ,
Malgré, moi , je dois dans le crime.
Laver des affronts prétendus .
Thémistocle , ( a ) au fiécle où nous fommes
Seroit , à la hente des hommes ,
Infâme par trop de vertus .
*
C'est toi qui de nos moeurs antiques
Profanant l'augufte candeur ,
Du fafte des Afatiques
Nous tranfmets la vaine fplendeur.
En vain la Nature feconde
Remplit pour nous la Terre & l'Onde .
De trefors toujours renaiffans ,
Par nos befoins imaginaires
Nous enfantons plus de miferes
Que les Dieux ne font de préfens.
*
Mais la raifon deshonorée
Nous cache -t'elle fon flambeau ?
(a) Ce Géneral foûtenant avec vivacité un Avis
qu'il propofoit à Euribiade , Géneraliffime de la Floste
des Grecs, celui- ci leva la canne fur lui . Themistocle ,
fans s'émouvoir ,frape , dit - il , mais écoute.
Non
OCTOBRE. 2142 1741.
Non , non , fa Rivale adorée
Couvre nos yeux d'un noir bandeau
Tout le perd dans une ombre épaiffe ,
Honte , folie , honneur , fageffe ,
Ne font que des noms ambigus ;
La Vertu qu'ici l'on révere ,
Plus loin changeant de caractere ,
Se cherche & nè fe connoit plus.
C'est peu , cruelle , tous les crimes
Regnent à l'ombre de ton nom .
Tu commandes , & tes maximes
Nous enyvrent de leur poifon,
A Cartage le noir parjure ,
Sous le Turban la flâme impure
Ne préfente rien d'odieux ;
La Perfanne au lit de fon frere ,
L'Indien immolant fon pere ,
Croit encore honorer les Dieux ...
*
Ces Dieux même éternels Arbitres
Du fort des aveugles Humains ,
Te doivent plûtôt qu'à leurs titres
L'encens que leur offrent nos mains ;
Mais que dis-je ? A ta voix féconde
Le Nil voit fortir de fon Onde
2142 MERCURE DE FRANCE
Un nouveau Peuple d'Immortels ; (a)
Des Monftres , dont rougit la Terre ,
Avec le Maître du Tonnerre ,
Partagent d'infâmes Autels.
*
Voila , Mortel , les Loix iniques
Qui chés toi confacrent l'erreur.
A des Idoles tyranniques
Ceffe enfin d'immoler ton coeur
Connois le prix de ton partage ;
Né libre de tout eſclavage ,
Brife tes fers injurieux ,
Et Souverain de tous les Etres ,
Souviens- toi que tu n'as pour Maîtres
Que toi , la Raiſon & les Dieux.
Inter caufas malorum noftrorum eft , quod vivimus
ad exemplar , nec ratione componimur , ſod confuetudine
abducimur. Senecæ , Cap. 132.
(a) Crocodiles,
EXTRAIT
OCTOBRE . 1 1741. 2143
****************
EXTRAIT du Memoire de M. De la
Peyronie , Premier Chirurgien du Roy,
lû à l'Affemblée publique, de l'Académic
Royale des Sciences , le 1 2. Avril dernier,
& qui a pour Titre : Obfervations par
lefquelles on tâche de découvrir le lieu du
Cerveau où l'ame exerce fesfonctions.
Sale
'il n'eſt point du reffort de la Phyfique
de découvrir quelle eft la nature de l'ad
me , de quelle maniere la fubftance fpirituelle
peut être unie à la fubftance maté
rielle , quels raports ces deux fubftances peuvent
avoir l'une avec l'autre , on n'en peut
pas dire de même de la queſtion où il s'agit
de déterminer le fiege de l'ame , c'est-à-dire,
le lieu du corps dans lequel l'ame exerce fes
fonctions.
Les obfervations les plus conftantes prou
vent avec évidence que lors qu'il s'excite
dans le corps des mouvemens fpontanés , ou
que l'action des objets extérieurs qui frapent
les fens , parvient jufqu'à l'ame , ce méchanifme
s'opére à l'aide des tuyaux nerveux ,
qui partant du cerveau ou de la moëlle allongée
, fe diftribuent enfuite dans toutes les
parties , pour y aporter la vie & pour les animer.
L'expé
L
2144 MERCURE DE FRANCE
L'expérience aprend encore qu'on fent fou
vent de la douleur dans une partie qu'on a
perdue , & qu'ainfi les impreffions qui fe
font vers l'origine des nerfs , peuvent produire
dans l'ame les mêmes fentimens qui y
font naître communément les impreffions
faites fur les filets nerveux extérieurs ; il eſt
donc hors de doute que l'ame réfide dans la
fubftance du cerveau ou de la moëlle allongée
; mais eft-elle , pour ainfi dire , répanduë
dans toute l'étendue de cette fubftance , ou
fon action ne fe commuique t'elle immédiatement
qu'à une feule partie du cerveau ?
En ce cas quelle peut être cette partie ? Le
fiege des fonctions intellectuelles ne feroit il
pas même different du fiege immédiat des
fonctions animales ?. Ce font - là les objets
qui
ont fixé l'attention de l'illuftre Auteur
du Mémoire dont nous allons rendre compte.
Quelques Obfervations qu'il avoit faites
anciennement lui avoient fait juger dès l'année
1759 , que le fiege de l'am: devoit être
placé dans le corps calleux ; il fe propofe
aujourd'hui d'établir ce fentiment fur des
preuves décifives , & beaucoup plus nombreules
; la route qu'il prend pour y parvenir
pourra même peut- être dans la fuite le conduire
jufqu'à l'origine des differens nerfs , &
lui aprendre quelles peuvent être les fources
immédiates du fentiment & de la vie ; quoi
de
OCTOBRE . 1741 2145
de plus intéreffant ! quoi de plus curieux &
en même tems de plus utile que des recherches
pareilles !
Les preuves indirectes & les preuves directes
concourent à placer le fiege de l'ame
dans le corps calleux ; toutes les parties du
cerveau , à l'exception du corps calleux , ont
été détruites fans que les facultés de l'ame
fuffent altérées. Le corps calleux au contraire
n'a jamais été attaqué, que les fonctions
de l'ame n'ayent été troublées à proportion
du degré de lezion que cette partie fouffroit.
Notre Auteur établit fucceffivement ces
deux vérités par un très - grand nombre de
belles Obfervations qu'il fçait choifir & raprocher
avec beaucoup d'art , dont la plûpart
lui apartiennent , & qui font toutes du
Sujet.
Nous ne le fuivrons que rapidement dans
le détail de ces Obfervations & des Inductions
qu'il en tire : on connoît affés fon habileté
dans l'Anatomie , pour ne point douter
qu'il ne faffe une énumération bien exacte
& bien fuivie des differentes parties du cerveau
, auxquelles il doit donner l'exclufion ,
pour leur préferer enfuite le corps calleux.
Quant aux motifs fur lefquels it fe fonde
pour exclure fucceffivement ces differentes
parties , ils font fi folides qu'il ne paroît
par
2146 MER CURE DE FRANCE

pas poffible de s'y refufer. Differentes Cures
ont exigé qu'on enlevât des portions
confidérables de la fubftance corticale &
médullaire du cerveau ; la glande Pineale a
été quelquefois petrifiée , elle a même manqué
totalement , on l'a trouvée abfcédée &
pourie , les nates & les teftes l'étoient auffi
& l'abfcès s'étoit étendu jufques fur l'infundibulum
. On a vu une hydatide dans l'un
des corps canelés ; une autre fois l'un de ces
corps & la moitié de la couche du nerf op
tique fe font trouvés entiérement détruits
par un abfcès. M. Petit de Namur a même
vû les deux corps canelés à la fois , diffous
& détruits en matiere de lie de vin ; on a
trouvé dans le cervelet un amas de glandes,
au milieu de chacune defquelles on découvroit
un petit noyau de fupuration , & cette
tumeur étant parvenue à la groffeur d'un
oeufde poule , le cervelet n'étoit plus qu'une
membrane glaireufe de l'épaiffeur d'une ligne
qui lui fervoit d'envelope , la moëlle allongée
étoit avec cela fort aplatie. M. Petit de
Namur raporte encore que la partie gauche
du cervelet a été traverfée par une balle de
moufquet dans un Sujet qui vécût 24. heures
après la bleffure ; tous ces accidens font arrivés
fans qu'on ait remarqué aucune lezion
dans les fonctions de l'ame ; on doit donc
regarder comme incontestable que ces fonctions
OCTOBRE. 1741. 2147
tions ne dépendent ni du cervelet , ni de
fes peduncules , ni de fes cordons , ni des
nates , ni des teftes , ni de la glande Pineale ,
ni des corps canelés , ni des couches des
nerfs optiques , ni des croutes , cordons ou
filets de la fubftance medullaire qui environnent
l'Anus & la Vulve , ni enfin de la
fubftance corticale du cerveau .
Et comme après l'exclufion de toutes ces
parties il ne reste plus dans le cerveau que
le feul corps calleux , on ne peut , fans
doute , fe difpenfer d'y placer le fiege de
l'ame. Les Obfervations qui prouvent ce
fentiment d'une maniere directe ne font
pas moins concluantes que les premieres ,
& ne méritent pas moins d'attention.
,
La diffection découvre - t'elle après la mort
des malades , un abfcès qui plonge fur le
corps calleux , ou fait- elle apercevoir une
Lymphe épaiffie , qui ait déja détruit la partie
fupérieure de ce corps ? Ces défordres
avoient été annoncés par de longues mala
dies de la tête , accompagnées d'étourdiffemens
, d'épilepfies ou de délire , dans le cours
defquelles le malade avoit perdu la mémoire
, la raiſon & l'ufage des fens , & qui
avoient fini par un affoupiffement létargique.
Le Trépan & l'ouverture de la dure mere,
fourniffent- ils le moyen de faire écouler du
vivant du malade un abfcès , dont la fuite
étoit
2148 MERCURE DE FRANCE
étoit la privation totale des fens & un afſou
piffement abfolu , & qui à en juger par fon
volume & par fa fituation , ne pouvoit manquer
de pefer fur le corps calleux , & de le
preffer ? on voit alors , comme par une efpece
de miracle , le malade reprendre incontinent
l'ufage des fens & revenir de l'affoupiffement
où il étoit plongé ; la cavité fe
remplit - elle d'une nouvelle fupuration ou
de quelques injections? les accidens reparoif
fent peu à peu & ils difparoiffent de nouveau
lorfqu'on pompe l'injection avec une ſeringue
, ou même fi l'on fufpend le malade les
pieds en haut , pour donner à la liqueur, un
écoulement naturel , felon que l'a pratiqué
un Chirurgien Etranger ; la preffion inſtantanée
de la fonde fur le corps calleux , fuffit
feule pour ôter & rendre un moment après
le fentiment & la raifon ; enfin ce qui eft de
plus remarquable , cette Cure , dont la defcription
feule elt peut - être capable d'effrayer,
a été fuivie du fuccès le plus heureux.
Il n'en a pas été de même d'un autre dont
les circonstances étoient à peu pres , femblables
, mais où après l'ouverture de la
dure-mere on ne pût s'affûrer avec certitude
de la préfence d'un abfcès , parce
qu'on n'aperçut aucun épanchement fous
cette membrane , ni aucune altération dans.
la furface du cerveau ; le malade mourut ,
&
OCTOBRE . 1741. 2149
on découvrit, mais trop tard , que fi après
l'ouverture de la dure mere , on avoit plongé
une lancette dans l'endroit où l'on foupçonnoit
un abfcès , il en feroit effectivement
forti une matiere , dont la preffion ,
étant parvenuë deux mois après l'opération
faite à la dure- mere , jufques à la partie fupérieure
du corps calleux , avoit alors privé
le malade de l'uſage de fes fens , & lui avoit
enfin donné la mort.
Jufqu'ici on a prouvé feulement que la
lézion de la partie fupérieure de la fubftance
du corps calleux pouvoit être la caufe des
differens dérangemens dans les fonctions de
l'ame. Les Obfervations qui fuivent font
voir qu'une altération beaucoup plus legere,
ou une fimple preffion dans la face interne
& antérieure du corps calleux , , caufe conftamment
& plus rapidement les mêmes défordres,
I
Elles roulent en entier fur des douleurs
de tête fubites , accompagnées toujours de
perte de connoiffance , & fouvent de para-
Iyfic, l'ouverture des cadavres a fait connoître
qu'elles étoient caufées par la préſence
de quelque caillot de fang , au - deffous de la
furface interne du corps calleux , qui par- là
fe trouvoit comprimé. Lorfque la paralyfie a
eu lieu , les corps canelés ont toûjours été
plus ou moins lezés , & dans un feul cas où
B h
2150 MERCURE
DE FRANCE
la connoiffance eft revenue au malade ,avant
qu'il mourût , on a trouvé au - deffous du
caillot de fang une ferofité qui paroiffoit en
être provenue , & avoir ainfi diminué fon
volume , auffi -bien que la preffion qu'il exerçoit
contre la face interne du corps calleux .
Au contraire dans un autre cas où la létargie
a duré pendant trois jours , & juſqu'à la
mort , on n'a point aperçû de ferofité dans
les ventricules du cerveau ; le caillot de
fang étoit dur & fec , beaucoup plus gros
que dans l'Obfervation précedente , & d'un
touge très- vif.
L'opinion qu'embraffe notre fçavant Aca
démicien fur le fiege de l'ame ; n'explique
donc pas feulement les caufes génerales de
la mort dans les differentes maladies du
cerveau , qui peuvent être fuivies de la privation
des Sens & de la Mémoire ; elle rend
encore raiſon en détail de tous les autres
fymptômes de ces maladies , ce qui forme
le principal caractére du vrai.
LE PLAISIR OU LE PAPILLON ,
ODE ANACREONTIQUE.
J
'Allois rêvant ce matin
Dans notre verte Prairie ,
Quand
OCTOBRE. 1741 .
2151
Quand un Papillon badin
Vint troubler ma rêverie ;
Son léger vol , fes couleurs ,
Ses paffageres ardeurs ,
Lui
gagnerent ma tendreſſe ;
J'effayai de l'attraper ,
Mais vainement je m'empreffe;
A fuir il a plus d'adreſſe ,
Et toujours fçait m'échaper.
Enfin , las du badinage
De cet Infecte volage ,
De Aeurs je couvre ma main ,
y
Il vole en affûrance ,
Mais , la refermant foudain
Je jouis de ma vengeance .
Je vous tiens, petit mutin
Criai- je auffi-tôt de joye ;
Vous devenez mon butin ,
Venez- çà ; que je vous voye ;
Mais hélas ! ma main s'ouvrant¸
Je vois paffer le brillant
De fes agréables aîles
Avec cet émail charmant
Qui me les rendoit fi belles ,
Quand il alloit voltigeant.
Bien-tôt avec un ſoupir
Qui s'échape de ma bouche ,
Bij Jo
2152 MERCURE DE FRANCE
Je dis , Rival du Zéphir ,
Vous reffemblez au Plaifir ;
On vous perd dès qu'on vous touche .
SUITE de la Bibliothèque des Enfans , ou
Lettre en réponse à l'Auteur des Reflexions
fur la Méthode du Bureau Typographique ,
I.
1741 .
Effieurs les Journaliſtes , Monfieur , vous
Monueront Extrait du Livre qui vient de
paroître fous le titre de Méthode pour aprendre à lire,
c. avec des Reflexions fur la théorie &fur la pratique
de la Méthode du Bureau Typographique. Je me
fuis chargé de répondre à ces Reflexions , & j'ofe
me flater que la Typographie , bien loin de perdre
par les nouvelles Reflexions de M. de Launay , gagnera
beaucoup dans l'efprit des Lecteurs , file
Livre du Fils , comme je le ſouhaite , a le débit plus
prompt & plus fûr que ne l'eut le Livre du Pere ;
car M. de L. nous dit lui-même dans fa Préface ,
page 3. que le peu d'Exemplaires que le fieur Py-
Poulain en avoit fait imprimer , ne fut point débité
la Méthode eft demeurée inconnue au Public .
2. M. Gaullyer eft mort, & voici un autre Critique
, qui , en faifant obligeamment l'apologie de la
Méthode du Bureau , tâche enfuite de faire voir
que
l'ufage de fon Livre Elémentaire eft plus utile &
plus à la portée des petits Enfans que ne le font les
Exercices du Bureau Typographique . Jufqu'ici le
feul M. Gaullyer , prévenu pour les petits Livres &
pour les feuilles Claffiques , avoit penfé , parlé ou
&
que
écrit
OCTOBRE. 1741 2153
écrit d'une maniere auffi finguliere.Voyez la Réponse
de M. Perquis , pag. 72. 73. & la Bibliothèque des
Enfans in-4 . p. 168. M. de L. en devenant l'Editeur
de la Méthode du fieur Py - Poulain a changé ,
je ne fçais pourquoi , le titre & les caractéres employés
dans la premiere Edition , intitulée Méthode
du fieur Py Poulain de Launay , ou l'Art d'aprendre
à lire , c . La modeftie du fils ne l'obligeoit pas ,
ce me femble, de retrancher du titre le nom de fon
pere , & l'Editeur , par reconnoiffance , ne devoitil
pas concourir à la digne mémoire de l'Ouvrage
& de l'Auteur ? Les caractéres trop petits de cette
feconde Edition , feront rechercher la premiere ,
quoique le pere ne fût pas content de la forme de
fon Traité , qu'il vouloit refondre & , rédiger ; cette
premiere Edition eft moins rebutante pour les petits
Enfans mis aux premiers Elemens des Lettres
fans l'ufage du Bureau Typographique ; la feconde
Edition eft plus ample & peut- être moins méthodi
que que la premiere ; en un mot , beaucoup de perfonnes
trouvent que le fils n'a pas affés refpecté l'Ouvrage
du pere , & qu'il n'a pas affés confulté le
goût du Public , ni affés étudié le genre & le caractére
de la premiere Enfance , qui n'aime les Livres
que pour les images & pour les gros caractéres , &
qui , en géneral , préfere les Livres qui contiennent
des leçons fenfibles & pratiques après celles des fillabes
Élémentaires . On doit convenir que le Livre
de M. de L. eft excellent pour les Maîtres , pour les
parens & non pour les Enfans , mais non pas qu'il
foit jamais préferable aux Exercices du Bureau
Typographique.
3. Quoique l'on s'embarraffe peu de fçavoir de
quel Pays nous viennent les choſes, & quels en font
les prémiers Inventeurs , je crois cependant qu'on
me laiffera pas d'admirer le zele & la bonne foi de
Bij M.
2154 MERCURE DE FRANCE
M. Py- Poulain , qui bien loin de vouloir fe faire
un nom aux dépens de celui des autres , nous dit
à la tête de fon Livre que l'Abbé de S. C. avoit eû
l'honneur d'enfeigner à lire à peu près par une pare
le Méthode , à feu M. le Duc de Bourgogne ,
au Roy d'Eſpagne , à feu M. le Duc de Berri , & c.
& que des Maîtreffes d'Ecole à Verfailles en avoiens
apris & enfeigné quelque chofe . Ce Maître de Pen
fion cite la Grammaire de Port - Royal de 1664.
c'eft- à- dire de plus de cinquante ans avant l'impreffion
de fa Méthode ; & cette Grammaire die
qu'il feroit mieux de prononcer les confonnes par
leur fon naturel , en y joignant ſeulement un e
muet après;Py- Poulain parle auffi d'un petit in- 12-
compofé par un Religieux Bénédictin , fur les mêmes
principes. Il y a près de deux ans qu'un Ingénieur
de mes amis m'écrivit des Pyrennées qu'il avoit
vu un Benedictin qui avoit un Ouvrage fur cette
matiere prêt à être imprimé, l'Ingénieur lui parla de
la Bibliothéque des Enfans & du Bureau Typographique
; le Pere furpris d'avoir ignoré ce fait , promit
de s'en éclaircir avant que de donner fon Livre
au Public. Peu de tems après que les Mercures eurent
annoncé au Public les premiers effais de la Typographie
, l'Auteur reçût une lettre d'un Eccléfiaftique
de Liege , qui difoit avoir montre à plufieurs
Enfans de Chantilly , la dénomination des Lettres
felon la Méthode de P. R. ou de l'Abbé , pour lors
Inftituteur de auguftes Enfans de France . On voit
par- là que la bonne dénomination des Lettres n'eſt
pas l'ouvrage d'un jour , ni d'une feule perfonne .
Si M. de L. avoit bien examiné le Bureau Typographique
, il y auroit trouvé cinq efpeces d'e dans
les cinq Logettes étiquetées e , eu , é , è , ê ; & les
combinaiſons de Lettres qui rendent les mêmes fons
dans les quatre Logettes étiquetées he , aí , aì ,
aî.
I
OCTOBRE. 1741 2199
1
pas Il ne fe feroit
parité ou la difparité des deux Méthodes , il nous
auroit dit pourquoi il apelle te - se la Lettre t , au lieu
de l'apel er te - ci , puifque le t n'a jamais le fon du ·
c, qu'avec la voyelle i . La Grammaire raiſonnée
de P. R. apelloit jod & vau , les j & confonnes
que le Bureau apelle ja & ve. M. l'Abbé de D. a
parlé dans fes Effais de Grammaire , non - feulement
des fons de la Langue , mais de la nature des confonnes
fortes , ou foibles ; M. B. parlera des grandes
& petites voyelles , des fons mouillés forts ou foibles
, confon lus par bien des perfonnes , même à
Paris, c'eft ainfi que , pour le mieux , on tâche de réformer
les Réformateurs.
amufé à chercher inutilement la
4. L'Auteur du Bureau Typographique a toujours
fait gloire de fe regarder fur cette matiere , non
comme le feul & le premier Inventeur de la dénomination
des Lettres, & de leurs combinaifons pour
les fons de la Langue , mais comme un des Eleves
de M. l'Abbé de Dangeau , du R. P. Buffier , de M.
l'Abbé de Gamache , de M. Boindin , de M. de
Grimareft , & de plufieurs autres Perfonnes qu'il a
eû l'honneur de confulter & de fréquenter il y a
plus de trente ans , & fous les yeux defquels il avoit
entrepris & compofé fon A , B , C , François , prêt
à être imprimé il y a plus de vingt- cinq ans , &
dont il avoit laiffé des copies à Paris en 1715. avant
que de retourner en Province. Voilà , M. ce que
je puis certifier , de même que plufieurs Sçavans
qui vivent encore , de l'ancien & fameux Caffé de
la veuve Laurent , rue Dauphine .
s . L'A , B , C. François feul , ne fait pas ce qu'on
apelle aujourd'hui le Systême du Bureau Typographique
; la lecture n'en eſt qu'une très - petite partie,
& c'eft ce que le nouvel Editeur auroit dû confiderer.
Il feroit à fouhaiter que la Méthode de M.
Bij Py Poulain
2156 MERCURE DE FRANCE
Py-Poulain fût partout fubftituée à l'ancienne Mé .
thode , celle du Bureau Typographique y gagneroit,
beaucoup , & il y auroit pour lors moins de
prévention dans les Familles , dans les Ecoles &
dans les Colleges , quand il feroit question de montrer
aux petits Enfans les premiers Elémens des Lertres
& de la Grammaire .
6. La Méthode de Py- ?. quelqu'excellente qu'elle
fût , n'infpira que l'envie , la haine & la perfécution
de la part des autres Maîtres allarmés de
voir les grands progrès promis par fes Adteffes répanduës
dans Paris , & par le titre de fon Livre
qu'il dit fi aifé & fi naturel , qu'on y fait plus de
progrès en trois mois , qu'en trois ans par les Livres
ordinaires . Il avance qu'il enfeigne à bieu lire
le François & le Latin en quatre mois aux génies
les plus tardifs ; qu'il ne prenoit rien pour la pen
fion , qu'il n'eût accompli fa promeffe ; il craignoit
même de paffer pour Impofteur.
7. Cet Auteur plein de zele pédagogique , trouva
des gens qui l'accufoient de leur avoir pris tette
Méthode, quelques amis lui confeillereat de garder
le fecret pour lui & les fiens , mais fon inclination
& la crainte de la voir paroître imparfaite fous le
nom d'autrui , lui fit prendre la réſolution de la
donner lui - même , avec fon nom , avant que de
mourir . M. Py. P. auroit- il jamais pensé que M.
fon fils devint un jour fon Editeur rival , & qu'il
dût refondre fon Ouvrage, fans profiter pour la forme
de l'expérience du pere ? Que diroit- on de l'Editeur
qui ôteroit le nom de Moreri du titre de fon
Dictionaire ? Que n'a - t'on pas dit , & que n'a-t'on
pas écrit contre les Editeurs du Dictionaire de Furetiere
, imprimé à Trévoux ? Voyez la Bibliothéque
des Enfans in-4° . page : 02 . Un petit Livre eft un
petit enfant , il n'en eft pas moins cher à fon pere ,

OCTOBRE. 1741. 2157
& il ne doit pas rougir d'en porter le nom . M Py-
P. n'eft pas le feul auquel des amis ont confeillé de
garder le fecret pour lui & les fiens . Voici ce qu'écrivit
à l'Auteur du Bureau Typographique un Préfident
, mort Confeiller d'Etat , chés M. l'Evêque
d'A. fon fils. Je comprends que vous êtes trop bon &
trop defintereffé ; vous avez rendu trop public ce g`que
vous deviez tenir caché, & fi votre Méthode eftfçûë,
vous risquez. Je vous prie d'apliquer ici l'un des Vers'
qui a étéfait à une autre intention.
Si fciret hoc alter, ſcire tuum nihil eft .
Il eft effectivement trop für que fi votre fecret eft dé
convert, chacun s'en fervira , & perfonne ne pensera
à l'Inventeur . Ceux qui , par leur génie, font affés
heureux pour faire des découvertes , & qui comptent
l'utile pour quelque chofe , comme ils doivent faire
quand ils ne font pas à leur aife , font leurs traités
avant que de faire connoître ce qu'ils fçaventfaire. Je
vous parle , M. comme à mon frere , & avec la même
cordialité, je vous prie d'en être perfuadé, & queje fuis,
c. d'A. 1731. L'Auteur , bien loin de fuivre le
confeil de ce fage Magiftrat , a préferé l'utilité publique
à la fienne.
8. Py - P. nous dit , page 25. Ma Méthode fe pafferoit
infiniment mieux d'épeler que la maniere ordinaire,
cependant , dit- il , je fais toujours épeler . Et page 27 .
je fuis bien éloigné préfentement du fentiment de ceuxqui
ne veulent point faire épeler , je m'étonne comment
il y en a encore qui foient attachés à cet usage.
Que direz vous donc de M. votre fils , qui ne
veut faire lire que par fillabes , au lieu de faire épeler
par lettres & par fons ? C'est ainsi que chacun ,
bien ou mal , veut rafiner fur l'Ouvrage des autres.
M. Py P. fut donc convaincu par l'expérience que
pour aller plus vite il falloit abfolument faire épeler ;
Bv &
2158 MERCURE DE FRANCE
& que pour enfeigner à lire fans épeler , il faudroit néceffairement
faire une espece de Dictionaire , rempli de
toutes les jyllabes de la Langue Françoife, & un autre
des fyllabes , Latines , & les faire aprendre par coeur , co
M. de L. nous a- t'il donné ce Dictionaire ? Il n'en
parle pas. La Bibliothéque des Enfans Typographes
contient tout ce que l'on peut defirer fur cette
matiére , puifque l'Auteur ramaffé en profe ou
en lignes rimées , plus de dix mille mots des plus
difficiles en Latin ou en François , felon l'ordre des
combinaiſons des Lettres & des fons de la Langue;
Ouvrage très -long & très - pénible, auquel , je penfe,
que rendront juftice tous les dignes Parens dans les
fiecles à venir , malgré la Critique de M. Gaullyer
& de M. de L. qui , à l'exemple de fon pere , a fuivi
mal à propos l'ordre des combinaifons des lettres
& des voyelles , par raport aux yeux plutôt que
par raport aux fons & à l'oreille , & privé parlà
les Enfans , de la connoiffance la plus importante
pour la lecture & pour l'Ortographe. Le
Bureau , par exemple , raporte la combinaiſon
eau à la Logette du fon o compofé , & M, de L. à
l'article de la voyelle e , ou de la voyelle a ou de la
voyelle u , comme les Dictionaires . Or il eſt viſible
que les exercices de l'oreille & de l'écho dans
la premiere enfance précedent de beaucoup l'ufage
d'un Livre , & furtout d'un Livre comme celui de
M. de L. qui n'eft bon que pour de grandes perfonnes.
La pratique du Bureau difpenfe d'aprendre
par coeur les fyllabes ou les mots qui fervent de
texte ou de copie aux Enfans Typographes des Ecoles
publiques , mais on voit avec plaifir qu'à force
d'Actes réiterés , l'habitude exerce & fortifie la
mémoire.
9. A l'égard de la théorie comme de la pratique,
il paroît vifiblement que M. de L. n'en a aucun e
vraye
OCTOBRE.
1741. 2159
vraye connoiffance , & qu'il n'en fçait guere que
ce qu'il en a oui dire à des gens prévenus & encore
moins inftruits que lui . Il feroit cependant à fouhaiter
que l'Editeur eût donné plus exactement la
bonne Méthode de M. fon pere , ou le Traité qu'il
avoit promis de démontrer felon la Méthode des
Géomètres , page 53. & qu'enfin , d'accord avec la
Méthode du Bureau Typographique , il eût entrepris
de bien réfuter les préjugés de la Méthode vulgaire
. Tout le monde auroit loüé fes dignes efforts
dans une affaire auffi importante que celle des premiers
élemens des Lettres , au lieu qu'il eft à craindre
qu'il ne fe foit fait un tort confidérable en
voulant élever fon Livre , quelque bon qu'il foit
pour la feule lecture , au- deffus du Systême du Bureau
Typographique , qui comprend tout l'élementaire
des Arts & des Sciences . Qu'on exalte tant
qu'on voudra le Livre du jour , Paris & plus de
quarante Ville de l'Europe , ne feront pas quitter
les exercices du Bureau Typographique , actifs ,
variés , agréables , inftructifs & proportionnés à la
foibleffe , à l'âge , à la qualité , & à la capacité des
Enfans , pour les condamner de nouveau & felon
l'ancienne Méthode au repos qui les attriſte , & à être
affis immobiles dans une prifon , les yeux collés fur
les pages du Livre de M. de L. ou de quelqu'autre .
io. Si M. de L. avoit lû & confulté les Ouvrages
de M. Rollin il auroit vû que ce fameux
Recteur de l'Univerfité de Paris , entre les avantages
de la Méthode du Bureau , en a trouvé un qui
lui a part fort confidérable , c'est d'être amusante
agréable , & de n'avoir point l'air d'étude. Les yeux,
les mains , les pieds , continue M. Rollin , tout le
corps eft en action. Ce mouvement eft fort de fon goûst &
convient extrêmement au caractére vif& remuant de
cet âge. Dira-t'on jamais cela d'aucun Livre , en-
B vj core
160 MERCURE DE FRANCE
core moins des Livres abécédiques pour aprendre
lire , l'art , dit M. Py - P. le plus difficile & le plus
embrouillé de tous, page 49 ? Chacun le mêle de compofer
des Livres alphabetiques en géneral les plus
mal faits de tous les Livres . Que M. de L. vante
donc tant qu'il voudra le fien , qu'il fe faffe honneur
une fois , deux fois du fuff
age du fçavant Auteur
de la nouvelle Bibliothéque Françoife , il n'en
fera pas moins vrai que cet Auteur eft un des
plus grands Partilans de la Méthode du Bureau ,
il n'en fera pas moins vrai qu'un Livre eft toujours
un Livre & par conféquent difproportionné
aux qualités de la premiere enfance , pourlaquelle
on a inventé le Syftême Typographique .
11. M. de L. peut fe raffûrer , perlonne ne le
foupçonnera de donner la Méthode du Bureau Typographique
dans fon Livre , & bien loin de fatiguer
le Lecteur par des Calculs inutiles dans fept
ou huit pages de très - petit caractere , il pouvoit
dire fimplement que fans faire épeler les Enfans , il
falloit fuivre , non la Méthode de Py- P. fon pere ,
ni la fienne , mais celle de Moulinier & Gobain, ou
de l'Alphabet ingénieux pour le François , à Bordeaux
1694. c'eft- à - dire 26.ans avant le Livre de M. Py-
P. & l'Alphabet ingénieux Latin , ou la Méthode pour
aprendre àlire en peu dejours de ces Maitres Ecrivains
Jurés de la Ville de Bourdeaux , imprimé à Paris en
1718. un an avant le Livre de M.Py - P . c'eft - à - dire
que,fans épeler, il falloit faire lire par fyllabes.Si cela
n'eft pas clair , il faut comparer l'Auteur de la Méthode
Typographique à celui qui , pour enfeigner le
Deffein , s'amuferoit à donner , les uns après les
autres , des yeux , des nés , des bouches , des oreilles
, &c. au lieu de donner d'abord des têtes toutes
fiaies . L'Auteur de la Méthode Typographique pour
bâtir donne des fondemens, des caves , des voûtes,
На
OCTOBRE . 1741. 2165

un rés-de- chauffée , plufieurs étages , & c. & moi ,
peut dire M. de L. je donne la maifon toute faite.
J'avoue que l'Auteur de la Typographie n'a pas ce
talent Il ne s'agit pas tant de fçavoir ce que penfe
un Maître d'Ecole , que de fçavoir ce que les Enfans
peuvent faire . Or perfonne n'ignore qu'il faut commencer
par les Principes , & paffer du fimple au
compofé. Les bons Maîtres s'étant aperçûs des difficultés
d'épeler par la maniere ordinaire , fans comprendre
les raifons de ces difficultés , ont pris avec
prudence le parti de faire lire les fyllabes disjointes
ou féparées par de petits tirets ; Méthode copiée par
feu M. Py- P. & que M. fon fils auroit dû fuivre
' exactement dans les douze pages de Latin qu'il a
données de Perfe & de Phédre , en affés beau caractére
, pour fe plaindre de la plupart des autres dont
le Livre eft défagréablement varié. Dès que les Maîtres
qui font lire par fyllabes ont eû connoiffance de
la bonne dénomination des Lettres , ils n'ont jamais
blâmé ceux qui font épeter les fyllabes difficiles .
12. Si M. de L. eft bien inftruit de la Typographie
, il doit fçavoir qu'on doit montrer aux Enfans
fans épeler les fyllabes élementaires , & les monofyllabes
en Latin & en François . M. de L. eft ailleurs
fi perfuadé de cette vérité , qu'au lieu de donner
, comme fon pere , les fyllabes élementaires a ,
e , i , y , o , u , avec la feule confonne imprimée une
fois , pour obliger les Enfans de repeter à chaque
voyelle ; opération trop forte pour de petits Enfans ,
le nouvel Editeur n'a pas fait difficulté de les donnes
à peu près comme les ab ordinaires , fans faire
neanmoins attention que pour arriver à fon but,
il falloit faire copier exactement les fyllables élementaires
de la Bibliothèque des Enfans , où l'Auteur
a donné un nouvel ordre méthodique &
Géométrique à ce qui ne paroiffoit que d'ufage &
6
de
1162 MERCURE DE FRANCE
de pure routine , & ce qui étoit l'écueil des petits
Enfans , ainfi qu'on l'a démontré bien des fois aux
efprits non prévenus. Il eft donc conftant par la
théorie & par la pratique qu'on ne doit faire épeler
aux Enfans que les fyllabes qui ne ſe trouvent ni
dans les leçons des fyllabes elementaires , ni dans
celles des monofyllabes . Par exemple , on ne doit
rien faire épeler dans le mot Latin mifericordia , parce
que l'Enfant eft fupolé avoir apris les fyllabes
élementaires mi-ze- ri- di a & le monofyllabe cor.
Mais dans le mot François tranfubftantiation , on
pourroit faire épeler les trois premieres fyllabes , &
non les fuivantes , auquel cas , quoi qu'on eût vû
trans dans les monofyllabes Latins , on diroit : trean-
fe trans , fe , ub , je , fubs ; tranfubs ; te- an , tan ,
tranfubftan ; ci, a , ci , on , tranſubſtantiation . Et cela
eft expliqué en bien des endroits dans la Bibliothéque
des Enfans in- 4° . & recommandé à tous
les Maîtres de Typographie , cela n'empêche pas..
néanmoins qu'on ne puiffe & qu'on ne doive faire
épeler toutes les fyllabes aux Enfans incapables d'aprendre
fans ce fecours , fur tout quand on fuit la
boune dénomination , puifque felon la nouvelle Méthode
, épeler ou lire doucement , c'eft prefque la
même chofe , comme feu M. Py- P. & M. fon fils
l'ont affés bien démontré .
13. Si M. de L. avoit vû de quelle maniere la Bibliothéque
des Enfans fait épeler , il auroit trouvé
que c'est une véritable lecture , puifque, pour apren
dre aux Maîtres de la Méthode ordinaire , l'uſage
& la pratique de la vraye.dénomination des Lettres,
plutôt que pour faire épeler les petits enfans on leur
fait lire exactement & fans fupofition , les parties
élementaires de quelques mots choifis ; pour faire
lire par exemple , le mot blandulus , on a imprimé
tout au long be , le , an , blan ; de, u, dduu,, blandu ,
Le
OCTOBRE . 1741. 2163
le, u, fe , lus ; blandulus , & ainſi des autres . L'Enfant
Typographe , à l'exemple des Muficiens , eft
obligé néanmoins fous la dictée , d'épeler & de
chercher des fons de la Langue , pour trouver les
parties néceffaires à la compofition du mot , felon
P'Ortographe invariable de l'oreille , en attendant
qu'il aprenne celle des yeux ou de l'ufage , quelque
bizarre & changeante qu'elle foit , ainfi que l'Auteur
l'a fait voir dans plufieurs Ecoles de Paris . Il
femble que M. de L. auroit bien mieux fait de parler
de cet avantage confidérable pour la lecture &
pour l'Ortographe , que de faire de vains efforts en
faveur de fon Livre , quelque excellent qu'il foit ,
au préjudice du Bureau Typographique , aprouvé
de tous les efprits Philofophes , ou un peu Mathématiciens.
L'Auteur du Bureau Typographi
que a démontré d'une maniere invincible les avantages
de fa Méthode fur toutes les Méthodes qui
ont parû jufqu'ici ; elle eft génerale & bonne pour
toutes les Langues mortes & vivantes , & pour les
premieres notions des Arts & des Sciences depuis
l'abc , jufqu'à la Théologie .
14. Ceux qui montrent bien les exercices du Bureau
, font lire en même tems le François & le Latin
, fans mettre en question par laquelle des deux
Langues on doit commencer les petits Enfans ; par
exemple , on donne à l'Enfant , en caractéres noirs
& romains , le mot agnean , & au-deffous , en caractéres
rouges & manufcrits , le mot agnus , &
l'Enfant aprend la double valeur du gne mouillé & du
g-ne , &ainfi des autres fons. Peu de gens lifent
avec attention ; la plupart des Ecoliers lifent & écrivent
fans penfer à autre chofe qu'aux lettres & aux
mots ; les contrefens en font la preuve ; doit-on
attendre plus d'attention des Enfans de 2.
4 ans Ils ne penfent guere plus en lifant Pabe
3. &
François ,
2164 MER CURE DE FRANCE
François , qu'en lifant l'abc Latin. Il eft donc
mieux de les faire commencer par la Langue morte
, qui prononçant toutes les Lettres , facilite la
lecture aux petits Enfans. A l'égard des Enfans de
6. 10. 12. aus , dans les Ecoles de charité , on
peut les mettre d'abord à la lecture du François , fi
on le juge à propos . M. de L. ne doit pas compter
pour un triomphe d'avoir décidé qu'il faut commencer
par la lecture du François . Il est vrai que
M. fon pere confeille , page 45. de commencer par
le François , quoique la chofe , dit - il , ſoit affés indifferente
d'elle-même , pourvû qu'on explique bien auparavant
les principes de la Langue que l'on veut enfei
gner à lire ; or il n'a parû jufqu'ici aucun Livre plus
inftructif fur cet article que la Bibliothéque des Enfans
in 4° . quelque imparfait que l'Ouvrage paroiffe
aux yeux des Critiques.
15. Pour ce qui eft des fantaifies de lecture ou des
fyllabes extraordinaires , forgées exprès & mifes en
Profe en bien des leçons ou en rimes dans la leçon
CIII. de la Biblothéque des Enfans , un Lecteur non
prévenu doit d'abord s'apercevoir de la grande utilité
de cette pratique , imitée des plus habiles Muficiens
qui donnent des fantaifies très - difficiles avant
que de faire chanter la parole . Si M. de L. veut des
preuves de fait , on pourra lui en donner tant qu'il
voudra dans des maifons particulieres , ou dans des
Ecoles publiques , chés M. Chompré l'aîné, & chés
Mlle Lainé , la belle -foeur , rue des Carmes , chés
M. Monchablon , fon neveu , rue des Degrés ou
cul-de- fac d'Amboife Place Maubert. On voit de
petits Enfans dans la Penfion de M. Chompré le cadet
, Fauxbourg S. Martin , chés le fieur Paflavant ,
en- deçà de la feconde barriere , Nº . 42. qui lifent
couramment des lignes rimées , dont chaque hémiftiche
eft d'un feul mot . Un bon Lecteur doit fçavoir
OCTOBRE. 1741 2165
voir lire tout à Livre ouvert , & le bon Muficien
chanter de-même; il eft trifte de voir des gens d'efprit
critiquer en géneral ce qu'ils ne fe font pas
donné la peine de comprendre , & d'arrêter parlà
des progrès des Arts & des Sciences dans les Familles
crédules.
16. M. de L. épouvanté aparamment de l'attirail
Typographique,croit qu'au lieu de faire chercher aux-
Enfans des Lettres dans les Caffes du Bureau pour les
arranger en former des mots , qu'il feroit plus néceffaire
de les faire lire tout d'un coup dans les Livres
ordinaires de les faire écrire , parce que ces
exercices étant difficiles à acquérir & très - longs pour
les bienfçavoir, on ne sçauroit commencer de trop bonne
heure à y accoûtumer les Enfans par une pratique
continuelle . Ces Exercices , dit- il , iroient tout d'un
coup au fait , aprendroient aux Enfans ce qui leur eft
néceffaire ; ils fçauroient lire un peu écrire , felon
notre Méthode , avant qu'ils puffent parvenir à connoître
feulement la moitié des Caffes de ce Bureau ;
il
fait perdre beaucoup plus de tems aux Enfans , que
s'ils lifoient tout d'un coup dans des Livres , & s'ils
écrivoient leurs leçons à mesure qu'ils les aprennent.
M. de L. femblable à l'Architecte dont nous avons
parlé , entaffe ici tous les préjugés , il avance hardiment
des chimeres que feu M. Gaullyer n'auroit
pas manqué de relever , trop heureux s'il n'avoit pas
miş l'Auteur au nombre des vifionnaires & des charlatans
de la menuë Littérature ; car ce Profeffeur
infatigable ne pouvoit fouffrir , qu'à fon exemple ,
on fit des Livres élementaires & claffiques , au préjudice
des fiens. M. de L. peut donc ajoûter à fes
objections celles de feu M. Gaullyer ; felon lui , un
bon Alphabet dans les trois ou quatre premieres pages,
contient non -feulement les Lettres fimples , mais encore
presque toutes les fyllabes qu'on peut former par l'asfemblage
2166 MERCURE DE FRANCE
femblage d'une voyelle & d'une , ou plufieurs conſonnes .
L'Enfant les voit d'un coup d'oeil, & s'accoûtume à
les prononcer presque lui feul & par routine , avec le
moindre fecours du plus petit Maitre d'Ecole. V. la Réponfe
de M. Perquis , page 59. citée par M. de L.
page 146. L'infatigable Profeffeur de quatrième au
College du Pleffis , ne pût jamais répliquer à M.
Perquis , & je crois que M. de L. auroit bien mieux
fait de profiter de cette Brochure , que de s'amufer
à copier des lieux communs de la Méthode ordinaire
des Livres contre la Méthode du Bureau Typographique
, démontrée géométriquement aux efprits
non prévenus , capables d'attention , & amis
de la vérité , j'efpere que dans peu M. de L. en aug
mentera le nombre , & que , mieux inftruit , il- fera
gloire de fe rétracter fur un point qui lui fera honneur
, fans nuire à fon Livre.
.
17. M. de L. auroit pû s'affocier avec M. de V.
pour aller d'abord au fait , pour donner des Livres &
des plumes aux Enfans à la mamelle & pour leur
aprendre tout d'un coup à lire & à écrire chaque leçon
par jour; l'Auteur du Bureau n'eſt pas fi hardi ;
après avoir bien étudié & confulté les petits Enfans ,
il refpecte la foibleffe de leur corps & de leur ame
il croit la Méthode des Livres plus néceffaire par
accident dans les Ecoles publiques , que dans la
maiſon paternelle ; M. de L. verra à la Pitié une
partie de l'Ecole de l'Enfant Jefus , fe paffer de Livres
avec les jeux Typographiques . L'Auteur du
Bureau ne doute pas , au refte , que l'écriture anticipée
& forcée , ne foit très - nuifible à la fanté des
petits Enfans , & que la foibleffe de leur main ne
leur faffe contracter des habitudes nuifibles à la bonne
maniere d'écrire . Le Bureau raffûre les Parens
fur cet article , & donne pour lors l'équivalent de
l'écriture, par le moyen de fon Imprimerie ; ce que
Год
OCTOBRE . 17412 2167
l'on voit du premier coup d'oeil , lorſque la prévention
n'aveugle pas la raifon. Le Bureau , pour accelerer
l'inftruction , fupole d'abord que les Enfaus
fçavent lire & écrire , c'eft pourquoi dès l'a bc , on
donne aux Enfans des idées de Grammaire, de Réthorique,
de Logique & de Philofophie , en leur écrivant
fur des cartes, des mots & des lignes convenables au
jour & à l'heure, fans les affervir d'abord aux, Livres.
Un Enfant eft un malade qui a beſoin d'une ordon-
'nance faite pour lui, & non , s'il eft permis de par er
ainfi, d'une ordonnance génerale d'Hôpital , d'Ecole
ou de College. C'eft- là l'efprit Typographique.
18. Ce n'eft point à Paris qu'on a vu le premier
Bureau, mais en Languedoc , & fi M. de L. avoit vu
la Partie hiftorique de la nouvelle Typographie , il
n'auroit pas confondu l'époque du Livre intitu é la
Bibliotheque des Enfans & l'époque du Bureau Typographique.
fe feroit aperçu que la lecture , de
quelque miniere qu'on l'aprenne & qu'on l'enfeigne
, n'eft qu'une très - petite partie de tout le Syf
tême ; il étoit donc inutile de vouloir prouver que
la partie eft plus grande que le tout qui la contient
Le Systême du Bureau eft un tout qui contient la
partie de la lecture , qui s'accommode de tous les
bons Livres , mais qui aura toujours la fupériorité
fur celui de M. de L. & fur tous les Livres poffibles ,
par la feule raifon qu'un Livre est toujours un Livre.
On admet la Maxime de Séneque , de Ramus & de
tous ceux qui difent peu de préceptes , mais beaucoup
de pratique, c'est pourquoi on a cherché & trouvé la
Méthode du Bureau , qui met en jeu , comme l'a
fort bien remarqué M. Rollin , l'oreille , les yeux ,
les mains , les pieds , & tout le corps , par un
mouvement utile , agréable & inftructif.
19. Les petits abc François & Latins des Enfans
Typographes, ne contiennent que des leçons pratiques
2158 MERCURE DE FRANCE
ques , les principes relatifs à ces leçons ne fe trouvent
que dans la Biblothéque des Enfans , in 4° . On
a auffi donné un modele de Rudiment pratique pour
la lecture des deux Langues , & pour accoûtumer
peu à peu les Enfans aux terminaifons des noms ,
des verbes , & à la diftinction des parties du difcours ,
pour aprendre à décliner & à conjuguer d'une maniere
fenfible & pratique , laiffint aux Maîtres le
foin de parler de la théorie , à mefure que les Enfans
feront en état de la comprendre & d'en profiter ,
fans être forcés d'aprendre par coeur , comme des
Perroquets , les Rudimens ordinaires , qui font le
fuplice des innocentes victimes que le préjugé & la
coûtume livrent à la barbarie & à l'inhumanité de
certains Maîtres .
20. Ceux qui voudront d'abord fe paffer de Bureau
, de Livres , de cartons & de cartes pour montrer
à lire aux petits Enfans , pourront commencer
par leur aprendre par coeur les 32. fons de la Langue,
& des mots fur chaque fon qu'on leur fera épeler
de vive voix feulement, fans le fecours des yeux,
en accoûtumant peu à peu leur orei le à deviner les
voyelles , les confonnes , les fyllabes & les mots; à
mefure qu'on les articulera d'une maniere bien diftincte.
On entendra avec ſurpriſe la fidelité de ces
aimables échos ; ils prennent un grand plaifir à ce
jeu élementaire de la Nature , inconnu à la Méthode
des Ecoles ordinaires ,quand même elles auroient
le Livre de M. de L. un des meilleurs pour la lecture
, & qui a moins d'épines que les autres . Enfuite
on fera ufage des trois petites & des trois grandes
Regles de bois , quarrées & étiquetées , comme on
l'a dit dans plufieurs Mercures de France , & qu'on
trouvera chés le fieur Liez , Maître Menuifier, premier
Facteur de Paris pour les Bureaux Typographiques
, ruë de Verneuil , près la rue Poitiers
Faubourg S. Germain . J'ai l'honneur d'être , &c.
OCTOBRE. 1741 2169
LA LINOTE ET LA PIE ,
D
FABL E.
Ans le féjour des vrais plaifirs ,
Délicieuſement , une aimable Linote ,
Ignorant fâcheufe riote ,
Vivoit au gré de ſes défirs.
Les doux accens de fon ramage ,
Son petit oil friand , fon délicat corfage ,
Son air badin , fon aimable douceur
Auroient déconcerté Poliphème en fureur .
Tous les Oifeaux du voisinage ,
Briguant le flateur avantage
De tomber fous les coups de ce charmantVainqueur,
Lui prodiguoient l'encens du plus parfait hommage
Et les titres pompeux qu'un Amant fuborneur ,
Au fort d'un tendre verbiage ,
Décline éloquemment , pour dompter la rigueur
D'une Beauté , maîtreffe de fon coeur,
Mais leurs propos toucheient peu la Linote.
Inftruite que Jupin fe moque d'un Amant
Affés fot , pour tenir un amoureux ferment ,
Le fon plaintif d'une lugubre note ,
Loin de fléchir fa cruauté ,
De fon humeur badine excitoit la gaîté.
Larmes j
2170 MERCURE DE FRANCE
Larmes, plaintes, langueurs, foumiffions, promeffes
Refpects , foupirs , empreffemens , careſſes :
Tout étoit à les yeux un manége amuſant ,
Où brille l'Animal qu'on apelle Galant .
Lorfqu'elle comparoit l'heureuſe indifference
Aux pénibles foucis d'un tendre engagement ,
Des plaifirs balancés par tant de violence ,
Lui fembloient un affreux tourment,
Ce n'étoit point l'amour que craignoit la jeuneſſe▸
Le Sexe , pétri de.tendreffe ,
Pardonne obligeamment
D'audacieux tranfports , quand la délicateſſe
De concert avec l'enjouement ,
Corrigent leur emportement ;
Quelquefois même un excès de ſageſſe
Le prévient contre un Soupirant.
Auffi notre brillante Belle ,
Par un penchant commun à tout Ange femelle ,
De compter les apas par fes Adorateurs ,
Voluptueufement favoûroit les douceurs
Que Fillette fage , mais tendre
Ne fe fâche jamais d'entendre.
Mais du retour abhorrant le danger ,
Elle croyoit , en vain , ne jamais s'engager.
Ainfi vivoit la charmante Linote
Au fein de la félicité ,
Quand l'inconcevable Marote
De s'enrôler dans la captivité
A
Vint
OCTOBRE . 1741 . 2171
Vint troubler fa tranquillité.
Parmi tous les Oifeaux qui célébroient ſans ceſſe
Les triomphes de fa Beauté ,
Un Moineau , plein de politeſſe ,
Sçut fi bien ménager l'excès de fa fierté ,
Qu'il en fixa la cruauté .
La Linote , fenfible à la délicateſſe
De ce parfait Amant ,
Prétendoit étouffer fa naiffante tendreffe ,
Mais inutilement.
Il est un moment dans la vie
Où le je ne fçais quoi , qui fait la ſympathie ,
Par des charmes fecrets affujettit le coeur ;
Tant qu'il eft éloigné des yeux de fon Vainqueur
Il eft fourd aux accens de la tendre éloquence ,
Mais fi- tôt qu'il les voit , adieu l'indifference .
Le Moineau , fin matois , voyant que les façons ,
Bien loin de l'irriter , défarmoient fa Maîtreffe ,
Lui débita fi propices leçons ,
Qu'avec un brin d'amour & beaucoup de fineffe ,
Il la fit écrier : Que mon fort feroit doux ,
Cher Amant , fi les Dieux te rendoient mon Epoux !
Le drôle , par fes foins fomentant ſon envie ,
Ne fongeoit plus qu'aux fiais d'un Hymen ſi char-
3
mant ,
Quand la Linore alla trouver la Pie,
Pour la prier , comme fidelle amie ,
De lui parler ingénuement
Sug
2172 MERCURE DE FRANCE
Sur fon futur engagement.
Celle-ci , bien au fait de l'étrange manie
Qui pouffe Fille à vouloir autrement
Que la raiſon , ſa mortelle ennemie ,
Du moins, pour lui montrer l'excès de fa folie ;
Lui tint à peu près ce difcours :
Vous croyez par l'Hymen pouvoir fixer l'amour ;
Une fatale expérience
Vous fera , mais trop tard , pleurer votre impru
dence ;
Deux jours paffés vis- à- vis de l'Amant ,
Vous raifonnerez autrement .
L'Amour ne fe nourrit que par la réſiſtance
Qu'une irritante gêne opofe à fes défirs ;
Tant qu'on a le ſecret d'enflammer ſes ſoupirs
Par l'heureux Taliſman de la douce eſpérance ,
Il défîroit les Dieux de le faire changer ;
Heureux , il devient fourbe , inconſtant & léger.
Un Amant qui veut plaire , idolâtre nos vices ;
La plus Laide , à fes yeux , eft fans difformité ,
Mais le joug , ennemi de la duplicité ,
Lui découvre -t'il les malices ,
Les rufes , les détours , les puiſſans artifices ,
Et la fauffe ingénuité ,
Dont nous fçavons pallier nos caprices
Il enrage en fecret de ſa crédulité.
Bientôt , las d'un bonheur qui fait toute fa peine ,
L'inOCTOBRE.
2273 1741.
L'indiffoluble nocud d'une accablante chaîne
Rallume fa légereté.
Car pour autoriſer ſon infidélité ,
Son efprit prévenu de la trifte maxime
De taxer d'infipide un plaifir légitime ,
Allegue la fécurité ,
Le devoir & la liberté.
Quand nous perdons le fuperbe avantage
De forcer nos Amans â ramper fous nos loix ,
L'obéiffance eft tout notre partage.
L'Hymen anéantit nos charmes & nos droits ;
L'Amant le plus foumis, Epoux , devient un Maître
Intraitable , jaloux , capricieux & traître ,
Qui fans ceffe enivré d'un prétendu pouvoir ,
Se fait un barbare devoir
De meſurer fon injufte puiffance
A nos refpects , à notre dépendance.
Malgré les préjugés de votre douce erreur.
Convenez que le Mariage
N'est pour nous aujourd'hui qu'un honnête eſcla
vage ,
Où l'efprit fouffre bien des fottifes du coeur.
Témeraire Jeuneffe ! aprenez de la Pie
A pefer les retours d'un aveugle penchant.
Le feul moyen de jouir de la vie ,
C'eft de fuir tout engagement.
J. H. C. C. de Figniers.
C DEV
2174 MERCURE DE FRANCE
DEUXIEME Lettre de M. Noblot à
M. l'Abbé de Gourné.
M
R , je ne fçai fi vous aurez lû dans le
Mercure de France du mois de Juillet
1741.la Lettre que j'ai eu l'honneur de vous
écrire. Vous y avez pû voir que j'attendois
avec impatience la nouvelle Géographie que
vous annoncez ( mois de Mai ) dans votre
Profpectus. A vous entendre , vous deviez
furpaller tous les Geographes paffés , préfens
venir: mais après avoir examiné votre
premiere Partie , je vous avouë franchement
que je me fuis bien aperçû qu'il y a fort loin
du projet à l'exécution . Ce que j'ai vû de
meilleur , c'eft votre Préface où vous donnez
un abregé de l'hiftoire de la Géographie .
Mais , permettez moi de le dire , à juger de
tout l'Ouvrage par la defcription que vous
faites du Portugal & de l'Eſpagne , il s'en
faudra bien que vous n'ayez atteint le but
que vous vous étiez propofé , qui étoit de
nous donner un Ouvrage parfait en ce genre
, qui devoit effacer tous les autres. J'étois
même prêt à brûler ma Géographie , quoiqu'elle
m'ait coûté beaucoup plus de peine
& de travail à la refondre d'un bout à l'autre
,
OCTOBRE . 1741 . 2175
tre , qu'à la compofer pour la premiere
fois , & qu'elle m'ait paru fort au deffus de
la premiere Edition , foit par l'ordre, foit par
les nouvelles remarques dont j'ai tâché de
l'enrichir. Mais ayant comparé la defcription
que vous faites de ces deux Royaumes
avec la mienne , j'oſe vous dire que j'ai bien
changé de fentiment . L'Hiftoire des Rois
qui précede , fembloit faire efpérer quelque
chofe de mieux. Votre Defcription eſt d'une
fécherelle étonnante : vous l'avez feulement
égayée en un ou deux endroits , en raportant
l'avanture du Pelerin de S. Jacques ;
qui , tout pendu qu'il étoit depuis deux ans,
aprit à fon pere , qui le venoit chercher , le
malheur qui lui étoit arrivé &c . Je l'avois
auffi raportée dans ma Geographie fur la foi
de Jordan , je l'ai retranchée avec tout ce
qu'il y avoit de fabuleux , fur l'avis de plufieurs
Sçavans.
Vous affectez de mettre par tout la diftance
d'un lieu à un autre ; de quoi cela fertil
je l'ai fait auffi quelquefois : mais j'ai crû
qu'il valoit mieux remplir cet efpace de ce
qu'il y avoit de plus curieux à fçavoir dans
une Ville
comme vous l'avez pû remarquer
: car il paroît que vous avez lu ma Geographie,
puifque vous relevez des fautes que
j'ai faites en deux endroits , dont je vous remercie.
Trouvez bon auffi que je vous rende le
Cij même
2176 MERCURE DE FRANCE
même office . Vous dites page 180.( 1 . partie )
que l'Abbeffe de Milleflores eft Dame de 17
autres Convens , de 14. Villes & c. C'est celle
de l'Abbaye Royale de Huelgas , qu'on apelle
la Noble par excellence ; & fi vous ne m'en
croyez pas , vous pouvez confulter Gilles
Gonfalez d'Avila, Jeſuite. Et page 181. vous
faites naître S. Dominique Inftituteur des
Dominicains à Calahora , mais c'eſt à Calaroga
, petit bourg du Diocèſe d'Oſma ; la
reffemblance des noms a caufé cette erreur
où vous êtes tombé auffi - bien que d'autres .
Vous voyez par- là , M. qu'aucun Auteur
n'eft exemt de faire des fautes, puifque vousmême
, qui vous piquez d'une fi grande
exactitude , n'avez pû éviter celles que je
vous mets ici fous les yeux. Je vous ai reproché
que vous aviez fuivi mon plan , cela
paroît affés dans votre premiere Partie , avec
cette difference néanmoins , que vous vous
êtes écarté de l'ordre que j'ai obfervé ; ce
qui eft au commencement , vous le mettez à
la fin & c .
On
peut
dire
que
votre
Géographie
ne répond
nullement
à l'idée
magnifique
que
vous
en donnez
dans
le Profpectus
, & s'il
en faut
croire
un habile
Géographe
& Géographe
de
profeffion
, par
conféquent
plus
capable
d'en
juger
que
perfonne
, vos
Tables
géographiques
ne
font
pas
fans
défaut
. Je
fuis
, &c .
ODE
OCTOBRE. 1741 2177
****************
ODE ,
Sur la Mort de M. Rouffean.
Tout gémit fur nos rivages ;
Quoi ! nos Peuples confternés
Ont - ils fouffert lès ravages
De leurs voifins mutinés à
Je vois des torrens de larmes ;
Rien n'apaife leurs allarmes ;
Nos Héros font- ils vaincus ?
Mais non , toujours la victoire
De Louis accroît la gloire ;
Le feul Rouffeau ne vit plus.
*
Dieux ! l'inexorable Parque
A tranché fes jours divins ;
Il vient de paffer la Barque ,
Soumis aux Loix des Deftins ;
Arrête , Dieu du Tenare ,
Suſpends ton Arrêt barbare ,
C'eft Apollon que tu vois ,
Mais déja Minos s'avance ,
L'Oracle part , la Sentence
Vient de préceder ma voix.
Ciij 11
178 MERCURE DE FRANCE
Il vole au féjour tranquile
Qui couronne les Héros ,
Il va partager Pazile
Deş demi - Dieux , fes égaux ;
Déja le fublime Horace
Le reconnoît & l'embraffe ,
Ils uniffent leurs accords ;
Pindare , Térence , Ovide ,
Pleins du zele qui les guide ,
Lui témoignent leurs tranſports .
*
Quels chants ! & quelle allegreffe !
Chaque inftant , nouveaux plaifirs
Tou ce Peuple heureux s'empreffe
A contenter fes defirs ;
Månes des Champs Elifées ,
Rouffeau de vos destinées .
Va rendre le Ciel jaloux ;
Quoi ! c'eft pour vous qu'il refpire ?
Vous feuls entendrez fa Lyre
Rouffeau n'eft donc plus pour nous ?
*
Il revit dans fes Ouvrages ,
Doux Remedes à nos maux !
François adorez les gages
Que vous laiffent fes travaux ;
Ex
OCTOBRE . 1741 2179.
En vain l'Envie Infernale ,
Par une indigne cabale
Veut-elle ternir ſon nom ;
L'éclat bruyant de la gloire
Dans les Faftes de l'Hillcire
Se jouera de ce poiſon.
Par M. Bret , de l'Académie de Dijon.
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
au fujet du Recueil des anciennes Epitaphes
de Paris , dont il a été parlé dans le Mercure
de Juillet 1741 .
J
E fuis chargé , M. de vous faire fçavoir ,
& d'informer le Public par votre canal ,
qu'il ne faut pas qu'on prenne la peine de
tranfcrire fur les Lieux les Epitaphes de S. Severin
ni celles des Chartreux , pour rendre
complet le Recueil des Epitaphes de Paris. Il
eft vrai qu'elles manquent dans les trois gros
Volumes de la Bibliothèque du Roy ; mais
on me les a fait voir prefque toutes dans
d'autres Recueils manufcrits . Ainfi ceux qui
auront befoin d'avoir recours à ce Suplé-
>
ment , le trouveront
parmi les Manufcrits
de
M. le Procureur
Géneral
, au moins celles
qui précedent
l'an 1646. C'eft le quatrième
Tome du Recueil
d'Epitaphes
de Paris , qui
'C iiij renfer
2180 MERCURE DE FRANCE
renferme non · feulement celles des deux
Eglifes du quartier de l'Univerfité que je
viens de vous nommer , mais encore celles
de S. Jacques du Haut - Pas , de S. Magloire,
& autres Eglifes du Fauxbourg S. Jacques.
Pour vous prouver, M. que le Compilateur
des Epitaphes de S. Severin a été aflés exact ,
je me contenterai de vous en raporter ici
trois , qui paroiffent avoir chacune leur merite
dans leur genre , & qui ne font ni dans
Du Breuil , ni chés Sauval.
EPITAPHE fur le marbre , pofée près d'un
pilier , à côté du Choeur ;
A LA MEMOIRE de Maître Jacques Arroger
, vivant Licentié ès Loix & Commiffaire
au Châtelet de Paris .
PASSANT ; arrête un peu , & confidere la
modeſtie dont ce Corps repofe ici ; c'étoit
un homme pour fa condition de vertu & de
probité , qui aimoit mieux être vaincu par
- fes actions que par les Charges , & fuyoit
les Emplois fujets à l'envie qui s'acquérent
par la perte de la liberté. Il pouvoit s'élever
davantage , s'il eût eu autant d'ambition
qu'il avoit de biens & de capacité ; mais aimant
la médiocrité , il a voulu mourir dans
fa Charge de Commiffaire , & crût qu'il y
avoit plus de gloire à mériter les honneurs
qu'à les poffeder , &c,
OCTOBRE. 218 D 1741
Il ne faut pas que fon tombeau
Soit plus fomptueux que le refte :
S'il étoit plus riche & plus beau ,
Il ne feroit pas fi modefte.
Si le Bon- homme jufqu'au cercueil
Abhorre la pompe & l'orgueil ,
Ses cendres mépriſent l'envie ,
Et ce feroit lui faire tort ,
De faire plus après ſa mort ,
Qu'il n'avoit fait durant ſa vie.
Il déceda le pénultiéme Decembre 1625. age
de72 ans.Priez Dieu pour le repos de fon ame.
AUTRE Epitaphe pofée dans le Cimetiere ;
porte de l'Eglife en petits Caracteres
contre la
Romains.
Sous cette tombe étendu à l'envers ,
Gift Mahiet de Cambray , qui aux vers
Eft exposé pour donner nourriture ,
Comme eft la Loy à humaine nature.
En fon vivant il fut Crieur de vins ,
Recorps auffi , & par le vueil divin ,
L'an ( • ) en terre ,
Fut mis fon corps , ailleurs ne le faut quere :
Car aux faints Cieux a preins retour fon ame
Auprès de lui eft repofant fa femme
Par Atropos , qui tous mortels domine
Су Qu
2182 MERCURE DE FRANCE
Qui le nommoit par fon nom Mathurine ,
Portant Surnom , comme on fçait de Daulmois ,
Native fut du Pays Vendofmois .
( Elle déceda le 29 Mars 1546. )
Mre Martin de Cambray d'eux deux fils ,
Y gift auffi en ung mot tout préfix ,
Qui des Sermons fut Clerc ceans fervant ;
Puis de Paris Chapelain luy vivant ,
Lequel mourut , qui fut cas importun
Le tiers de Juin mil cinq cens 41.
Encore y gift Robine & Gerarde ,
Qui de la mort ne ſe font donnés garde ;
Car fiere mort les a au tombeau mis ,
Au grand regret de fes prochains amis ;
Jean de Cambray par mort qui toft accourt ;
A tous humains , gitt fy , qui fut de court
Mercier & puis , ainſi que vous l'explique ,
Dans le Palais tint fa Boutique.
Le refte eft rempli de lacunes , & ne pent
guere être agréable.
EN voici une troisième , qui fe lit fons
les Charniers.
Cy gift le corps , helas ! qui l'eût penſé ,
D'un qui a tard de fon Etat paflé
Helas ! faut- il vivant que je le nomme ?
C'eft Vallerån Delez , honorable homme ,
En fon vivant Marchand Apoticaire ,
E:
OCTOBRE . 1741 . 2183
Et Epicier de Paris debonnaire
De Vandofmois & les Loix du Decres
De cette mort doit en avoir regret
Sinon pourquoy parce qu'il a vécu ,
Toujours en force & en paix & vertů ,
L'an 1548 en Dieu
Mourut & fut enterré en ce Lieu.
Pareillement fous ce Cercueil repofe
De chasteté jadis la belle Rofe.
Qui en beauté , en verta feminine ,
Outrepaffoit Helas ! cette Catherine
De Chef- de- Ville en mariage jointe ,
A Vallerand or la mort de fa pointe ,
A mis les ans en la fleur de jeuneffe ,
Sous ce Tombeau piteux en preffe .
Prié JESUS de leur donner fa grace ,
Qu'ils foient tranfmis en fon faint Paradis
En lui difant un feul De profundis . Amen.
:
On entrevoit par ces deux Epitaphes
qu'elles font d'un même Poëte , qui travailloit
volontiers pour ceux qui étoient du Pays
de Vendômois,
Je ne raporterai ici aucunes des Epitaphes
, ni autres Infcriptions qui font en
grand nombre chés les Chartreux de Paris :
Les Curieux peuvent avoir recours aux Recueils
qu'on dit que ces Religieux en ont ,
ou au Volume que j'ai indiqué ci deffus.
Je fuis , &c . C vj ODE
2184 MERCURE DE FRANCE
¿ ¿ ļ ¿ ¿ g: ì į į ¿ ¿!! !
O D E.
Imitation d'Horace : Quid Bellicofus , &c.
L Oin de toi le fouci des chofes que médite
Le Cantabre Guerrier , l'infurmontable Scythe ,
Séparé de nous par la Mer.
Ecarte , cher Hirpin , cette vaine folie ,
De pourvoir de trop loin aux befoins d'une vie
Qui de peu fçait fe contenter.
*
Aux charmes , aux apas de la vive jeuneffe ,
A ces jours fi fouvent livrés à la tendreffe ,
On voit , hélas ! en peu de tems
Succeder cette horreur , cette trifteffe fombre ,
Ces veilles , ces langueurs , enfin ces maux fans
nombre
Inféparables des vieux ans.
*
Ainfi perdent les fleurs leur grace printaniere ,
Et l'Aftre de la nuit , de la même lumiere
Ne nous éclaire pas toujours ;
Que fert que notre efprit le mette à la torture ;
Pour former des Projets ? agréable impoſture !
Que diffipent nos derniers jours ,
A l'ombre
OCTOBRE. 2189 1741 .
A l'ombre d'un Pin verd , ou d'un Plane fauvage,
Dont les Rameaux touffus , & le large feüillage
Du chaud pui lent nous garantir ,
De Parfums & de fleurs , embelliffant nos têtes ,
Tant que nous le pouvons par de briliantes Fêtes ,
Ne fongeons qu'à nous divertir.
*
Des chagrins dévorans Bacchus, par fa préſence
Nous délivre & telle eft de fon jus la puiffance ,
Qu'il nous remet la joye au coeur.
Allons... prompt ... quel valet , par une eau fraîche
& claire ,
De ce falerne chaud , dont je me defaltere ,
Tempérera la vive ardeur ?
Par M. P. J. T. Varin , de Rouen.
****
MEMOIRE , adreffé par M. Maillart
ancien Bâtonnier de l'Ordre des avocats à
Paris , à l'Auteur des Génealogies Hiftoriques
des Maifons Souveraines.
A
U Tome troifiéme , Edition de 1738 .
page so. table xi . Suite des Comtes
& Armagnac , au 35e degré , fe trouvent les
Célules fuivantes ; XIX. Jean V. Comte
d'Armagnac , X X. Charles , Comte d'Armagnac.....
La
1186 MERCURE DE FRANCE
La derniere Celule contient ce qui fuit....
Ifabelle époufa fon frere Charles.
La verité , dûë à l'Hiftoire , exige , Monfieur
, d'écrire Jean , au lieu de Charles.
Cette Correction m'a été fournie par le
Registre Criminel du Parlement de Paris
depuis le 14. Mars 1457. jufques & compris
le 21. Octobre 1461. où font tranfcrits
les Arrêts contenant les Chefs d'accufation
que le Procureur Général du Roy avoit fournis
contre le Comte Jean V.
Un de ces Chefs étoit qu'il avoit connu
charnellement Ifabelle , fa Soeur Germaine .
Le Vû de l'Arrêt définitif daté du 23 .
Mai 1460. infinue que la difpenfe de ce
Mariage inceftueux avoit été refuſée abfolument
par le Pape Nicolas V. élû le 6. Mars
1447. & décedé le 24. Mars 1455 .
Que cette conjonction illégitime fût faire
en préfence d'un Prêtre & de plufieurs perfonnes
; mais que Philippe de Levis III . Archevêque
d'Auch , depuis 1454. jufqu'en
1462. s'étoit élevé contre ce mariage , qu'à
la page 54. l'Auteur a écrit avoir été célébré
fur une fiuffe difpenfe attribuée au Pape
Calixte II. élu le 8. Avril 1455. & décedé
le 27. Juin 1458.
LE
OCTOBRE. 1741. 2187
LE RENARD BLESSE ' ET LE LION ;
O
FABLE ,
Imitée du Latin de Morus:
N gagneroit fouvent à refuſer
De plus d'un Grand les offres de fervice
Ainfi jadis crût devoir en uſer
Certain Renard , qui n'étoit pas novice.
Avint qu'un jour ce Giboyeur adroit
Giffoit bleffé dans fon réduit étroit ,
Lorfqu'un Lion s'arrêtant à la porte ,
D'un ton benin lui parla de la forte :
Ami Renard , comment va la fanté a
> Ton accident m'allarme , en vérité ; '
Et, fans te faire une longue harangue ,
Je te dirai 35 , foi d'honnête Animal ,
Qu'autant que toi , mon cher , je fens ton mal.
» Sors , tu connois les vertus de ma lingue ;
» Pour te lécher je viens exprès ici .
* Dumjacet angufta l'ulpes agrota caverna ,
Ante fores blando conftitit ore Leo.
Ecquid am ea, vales ? Ciò, me lambente, valebisë
Nefcis in lingua vi mihi quanta mea ?
Lingua tibi medica eft , Vulpes ait : at nocet illud,
Visinos quod habet tam bona lingua malos.
» Pour
2188 MERCURE DE FRANCE
Pour me lécher , reprit la fine Bête !
>> Oh ! vous prenez, Seigneur , trop de fouci !
» Au demeurant , je me fuis mis en tête
» De ne bouger fi tôt de ce lieu-ci ;
» J'ai mes raifons , & partant , grammerci.
» Oui , votre Langue a des vertus divines :
» Elle vaut mieux que trente Médecines ;
» Elle est très bonne , en un mot ; mais auffi
» Elle a , Seigneur , de méchantes voifines .
Par M. F.
DISSERTATION de M. le Marquis
de Saint - Aubin , fur le tems ca
l'autenticité de Roricon.
R
Ien n'est plus intéreffant pour notre
Hiftoire , que l'ancienneté de Roricon ,
& le poids de fon témoignage . C'eft l'Hiftorien
qui a le mieux démêlé les commencemens
de la Monarchie Françoife. Il parle
de Faramond comme le premier Roy des
François ; il explique les Conquêtes de Clodion
, fon fils . Il nous aprend nettement que
Cl dion & fes Succeffeurs ont régné en deçà
du Rhin , qu'ils ont fait d'Amiens la Ville
Capitale de leur Royaume, & le Lieu de leur
réfidence. Depuis Faramond, jufqu'à la mort
de
OCTOBRE. 1741. 2189
de Clovis , au tems de laquelle finit cette
Hiftoire , Roricon a toute l'autorité d'un
Contemporain.
André du Chefne a publié ce Monument
précieux de nos Antiquités ; & le Manuſcrit
qu'il a mis au jour par l'Impreffion , a été
tiré des Archives de l'Abbaye de Moiffac ,
dans le Querci. Moiffac ,petite Ville du Querci,
( 1 ) dit l'Abbé de Longuerue, doit fon origine à
une Abbaye qui y fur fondée , ou plûtôt rétablie
dans le commencement de l'onZiémefiécle :
car on prétend qu'il y avoit eu au même Lieu
un célebre Monaftere fondé par le grand Clovis.
Ce que l'Abbé de Longueruë ne dit
pas ici d'une maniere affés pofitive , eft confirmé
par le tems auquel Roricon a fini fa
Chronique cet Auteur & cette Abbaye fe
rendant un témoignage mutuel de leurs anciennetés.
Il fuffiroit pour prouver que Roricon a
été Contemporain de Clovis , de s'apuyer
fur ces deux remarques ; la premiere , que
la régle génerale & unique pour juger du
tems auquel les Chroniques ont été écrites,
eft d'obferver quand elles finiffent : l'ufage
ordinaire de ces Chroniqueurs étant de les
continuer jufqu'au fiécle où ils ont vécu . La
feconde , que le Manufcrit de cette Chroni-
( 1 ) Defcription Hiftorique & Géographique de l'a
France , Livre 2, Article du Quer cix
que
2190 MERCURE DE FRANCE
que ayant été trouvé dans les Archives de
l'Abbaye de Moiffac , Abbaye fondée par
Clovis I. cette circonftance importante fortifie
beaucoup la régle génerale de juger du
tems auquel les Chroniques ont été écrites
& qu'elle contribue à perfuader que l'Hiftoire
de Roricon , trouvée dans une Ab
baye fondée par Clovis , & finiffant à la mort
de ce Monarque , a été compofée auffi - tôt
après la mort.
?
Mais il fe préfente des preuves encore
plus décifives du tems auquel Roricon a
vécu. 1° . Son ftyle montre clairement que
l'Ouvrage eft du fixiéme fiécle. Partout il
tient autant du caractère d'affectation & du
goût d'une éloquence fardée qui régnoit
alors , qu'il s'éloigne de la groffiere fimplicité
de l'onzième fiècle , où quelques Auteurs ont
été d'avis que Rorice vécu. Cette preuve
eft des plus fortes , & rien ne peut mieux
faire reconnoître le tems d'un Auteur , que
la maniere , le goût & le ftyle de fon Ouvrage
. 2°. On trouve dans cet Hiftorien une
attention très-marquée de relever la gloire
de Clovis , & par les louanges de Mérovée ,
fon ayeul , & par fa propre Hiftoire , qui
eft le but principal auquel fe raporte tout
l'Ouvrage. 3 °. Une preuve très contidérable
, eft le foin que prend Roriçon de détailler
l'Hiſtoire de Théodoric , Roi d'Italie.
Se
OCTOBRE . 1741 2191
Se feroit- il étendu , autant qu'il a fair , fur
les circonstances de la Vie de Théodoric ,
entierement étrangeres au fujet qu'il s'étoit
propofé, s'il n'eût pas eû , comme Contemporain
, la pensée remplie de la grandeur & de
la renommée de ce Roi d'Italie ? 4°. Koricon
lui-même dans le Prologue du premier
Livre , fe déclare Contemporain des événemens
qu'il a écrits , en énonçant formellement
que les faits qu'il publie , font apuvés fur
(1 ) les Relations des Anciens ; que l'ordre
naturel & une jufte reconnoiffance engagent
les Enfans à célebrer les faits vertueux
de leurs Peres. 5.Il fait entendre en plus d'un
endroit , que c'est une entrepriſe extraordinaire
que d'écrire l'Hiftoire de la Nation
Françoife : ce qui ne peut avoir d'aplication
qu'à des tems antérieurs à Grégoire de Tours ,
& aux Annaliſtes qui l'ont fuivi . 6º. Il remarque
( 2 ) qu'il eft François ; & par là , il
caractérife encore le tems où la Conquête
des Gaules étant récente , les François fe
diftinguoient avec foin de tout autre Peuple,
Gaulois , Romain, Goth , Bourguignon . 7º. Au
(1) Memor Patria quadam mea gentis opufcula ,
ficut noftri priores retulerunt , quoniam injungitis
modica relatione narrabo . Nec imputetur garrulitati,
fi gefta parentum praconiis aliquibus extulero , quoniam
ordini debetur natura ut prudentium fa& a parentum
extollat devotio filiorum Roric Prolog . Lib. 1 .
(2) Koric, in Prolog, & init. Lib.s.
lieu
2192 MERCURE DE FRANCE
lieu que tous les Hiftoriens poftérieurs attri
buent aux Rois de France le Titre de Mérovingiens
, Roricon ( 1 ) apelle Mérovingiens
les François mêmes , parce que Mérovée ,
dit- il , fut le Pere de la Nation , par fes bienfaits
, & par la fageffe de fon Gouvernement.
N'eft-ce pas là un indice très - sûr que Roricon
a écrit dans un tems fort proche de
Merovée , & avant que le nom de Merovingiens
ait été donné aux Succeffeurs de
ce Roy ? Qu'on juge à cette marque infaillible
, lequel des deux Auteurs, de Rɔricon ,
ou de l'Auteur (2 ) des Geftes , peut avoir été
copié par l'autre , dans le récit des faits où
ils fe rencontrent ; lorfque l'Auteur des Gef
tes apelle les Rois , Succeffeurs de Clovis ,
Mérovingiens , & que Roricon donne ce
même nom à la Nation Françoiſe elle - même.
Toutes ces confidérations réunies , me
déterminent à penfer que nous n'avons aucun
Hiftorien, du tems duquel nous puiffions
( 1 ) Merovichus itaque ifte à quo & Franci priùs
Merovinci vocati funt , propter utilitatem videlicet
&prudentiam illius , in tantam venerationem apud
Francos eft habitus , ut quafi communis pater.
ab
nibus coleretur. Hic genuit Childericum patrem Chlodovei
Regis excellentiffimi , Roric. Lib 1 .
om
(2) A Meroveo itaque Rege utili , qui in Regno
Francorum fublimatus eft , celebre nomen Reges Fran
corum Merovinchi nuncupati funt. Gefta Reg.Franc.
ap. Andr. du Cheſne , T. 1. p . 694.
nous
OCTOBRE . 1741. 2193
nous afsûrer avec plus de fondement
que de
Roricon ; que cet Auteur a été Contemporain
de Clovis I. qu'il eft par conféquent de beaucoup
d'années antérieur à Grégoire de Tours,
& que c'est le plus ancien , comme le plus
inftructif des Hiftoriens , qui nous reſtent ,
fur les commencemens de la Monarchie
Françoife,
Les jugemens que quelques Sçavans modernes
ont portés depuis peu de Roricon , ne me
paroiffent faire aucune impreffion. Ils ont leur
principe dans l'opinion du P. Daniel : celui ci
trouvant tout fon fyftême des commencemens
de la Monarchie Françoiſe ( fyſtême détruit
par un grand nombre d'autres preuves )
entierement réfuté par les énonciations claires.
& préciſes des faits contenus dans Roricon ,
s'eſt le premier attaché à décrier cet Hiſtorien
, qui nous fournit le plus de lumieres
fur l'établiffement de la Nation Françoiſe
dans les Gaules ; & fur fes premiers Rois.
Le P. Daniel dans fa Préface Hiftorique , en
parlant de Clodion , dit : Le Moine Roricon,
que la feule lecture de fon Hiftoire pleine de
fables & de chiméres , & fonfiyle même , doivent
faire regarder comme un Hiftorien toutà-
fait frivole , a jugé à propos de lui faire tenir
fa Cour à Amiens.
Le P. le Long porte fur cet ancien Auteur
un jugement qui n'eft apuyé que du
fenti ,
2194 MERCURE DE FRANCE
fentiment du P. Daniel. Quand on embraffe
une auffi vafte matiére que le P. le Long , il.
eft impoffible de porter fur chaque article
particulier un jugement sûr & en grande
Connoiffance de caufe. Il ajoute de fon chef:
Que Roricon gardoit ( 1 ) les Troupeaux , comme
il le dit dans fa Préface ; qu'il ne fait que
copier l'Auteur anonyme de l'Abregé des Geftes
des Rois de France , qui a fleuri fous Thierri IV.
ou fous Charles Martel. Que fi l'on en juge
par fon style affecté & plein de fleurs & dor.
nemens d'une fauffe éloquence , on le croira du
onzième ſiècle. Le ftyle de Roricon eſt une
imitation du ſtyle affecté & fleuri de Salvien ,
de Sidoine, d'Avite, de Caffiodore, fes Contemporains
: il n'a aucune reffemblance avec
le ftyle des Ecrivains de l'onziéme fiécle
tels que les Continuateurs d'Aimoin , Kelgaud,
les Hiftoriens des Normands, & c . qui
ne font tous paroître que beaucoup de fimplicité
, & même de groffiereté de ſtyle , à
la place des fleurs & des ornemens d'une
fauffe éloquence. Ses Allégories fur la vie
ruftique fe raportent aux occupations des
Religieux dans le cinquième & le fixiéme
fiécle, & lefquelles n'étoient plus les mêmes
dans l'onzième : en forte que cette objection
devient elle même une préfomption de plus ,
& une préfomption très confidérable pour
(1) Bibliotheque Hiftorique , Article 6568.
l'extrême
;
OCTOBRE . 1741 2197
l'extrême ancienneté de Roricon , Le P. Daniel
lui impute d'être plein de fables : il eſt
vrai que , fuivant le défaut de ſon fiécle , il
adopte fur l'origine des François quelques
vieilles traditions fans critique : en quoi il
a été fuivi par tous nos anciens Chroniqueurs.
Il raconte auffi quelques circonftances fabuleufes
fur Théodoric , Roy d'Italie . A cela
près , fon ftyle ne manque ni de clarté , ni
même de précifion & d'ordre dans la narration
des faits.
En dernier lieu, D. Martin Bouquet , dans
la Préface du troifiéme Volume du Recüeil
des Hiftoriens des Gaules & de la France
& dans un Avertiffement qu'il a mis en tête
de l'Edition qu'il a donnée de Roricon dans
ce même troiliéme Volume , témoigne beaucoup
de mépris pour cet ancien Auteur.
Roricon , dit- il , Auteur impertinent , a compofe
les Geftes des Rois des Francs depuis leur
origine jufqu'à la mort de Clovis. On ne fçait
d'où il étoit Moine , ni en quel tems il vivoit.
Il parle au quatriéme Livre de Perpignan ,
dont le nom n'a été connu qu'au dixième fiécle.
Il avonë dans le Prologue du premier Livre ,
qu'il étoit Franc , & qu'il gardoit les Troupeaux.
Du Chefne a imprimé cette Hiftoire ,fur
un ancien Manufcrit de l'Abbaye de Moiffac.
eft vrai -femblable que le fentiment de
D. Martin Bouquet a été entraîné par ceux
des
2196 MERCURE DE FRANCE
des PP. Daniel & le Long. Cependant , le
fçavant Compilateur releve lui même deux
circonftances à l'avantage de Roricon : la
premiere , que cet Auteur avertit qu'il étoit
Franc ; la feconde , que du Chefne a imprimé
cette Hiftoire fur un ancien Manufcrit
de l'Abbaye de Moiſlac .
que
Pour répondre au reproche d'impertinence
, j'oblerverai qu'il ne peut tomber , ce me
femble, que fur les Prologues fort fommaires
Roricon a mis à la tête de chacun de fes
Livres , qu'à la vérité , il donne dans ces Prologues
des effais d'une fauffe éloquence qui
ne peuvent paroître que fort éloignés du
goût qui a regné dans les fiécles les plus recommandables
par la perfection des Lettres ;
que néanmoins ces Prologues ne contiennent
rien de plus extraordinaire que mille tours
de phrafe fort reffemblans qu'on trouve dans
Salvien , dans Sidoine , dans Avite & Caf
fiodore. Roricon eft , fans comparaiſon ,
moins impertinent que Fredegaire , qui eft
plein de vifions & de contes frivoles , &
dont l'autorité pourtant eft reçûë . car la
Critique ne permet pas de rejetter les faits
purement historiques contenus dans ces anciens
Auteurs , fous prétexte que ces fairs
hiftoriques font mêlés avec d'autres faits fabuleux
.
D. Bouquet infifte fort fur ce que Roriy
con
OCTOBRE. 1741. 2197
On parle au quatriéme Livre , de Perpignan,
dont le nom n'a été connu qu'au dixième fiècle.
Mais cette remarque elle - même n'a rien qui
ne favorife l'ancienneté de Roricon . Voici
quel eft le paffage fur lequel l'objection eſt
fondée. Il y eft raporté que Clovis , après
avoir vaincu & tué Alaric , foumit ( 1 ) à fon
béiffance les Pyrénées , jufqu'à Perpéraum .
Ceux qui font verfés dans notre ancienne
Hiftoire , fçavent combien les queſtions de
l'origine de nos Villes , du tems qu'elles ont
commencé d'être bâties , de l'ancienneté
des noms qu'elles portent , font obſcures &
incertaines. Quant à Perpignan en particulier
, Marca , Valois , ni l'Abbé de Longueruë
, n'ont pû ( 2 ) découvrir rien de certain.
fur le tems de fa fondation , fur ſon origine,
ni fur fes antiquités. Quelques uns ont crû
que Le Comte Guinard ou Gérard de Rouffillon
, avoit commencé de bâtir Perpignan
en 1058. mais cette opinion eft réfutée par
des Lettres de Charles le Simple de 922. &
d'autres Lettres encore du Roy Lothaire, fon
petit- fils , de la cinquième année du Régne
(1)Et Pyreneos montes ufque Perperaüm fubjiciens ,
c. Koric. Lib. 4.
(2 ) Marca in marca Hifpan. Adrian. Valef.
Notit. Galliar. in vocıb. Elena & Rufcino. L'Abbé
de Longuerue , Defcript. Hift. Géograph. de la Fr.
Liv. 2. p. 222.
D de
2198 MERCURE DE FRANCE

elle
de Lothaire. Le nom de Perpignan pouvoit
être déja fort ancien : c'eft au moins une
preuve que le Comte Guinard ou Gérard
au lieu de fonder cette Ville , n'a fait que
l'augmenter , & peut -être la fortifier.
S'il étoit vrai , comme d'autres l'ont penfé
, qu'elle tirât fon nom de Perpenna ,
feroit d'environ fix fiécles plus ancienne que
Roricon.Je ne fçais pourquoi Valois traite ( 1 )
cette opinion de ridicule . Il eſt affés proba
ble que Perpenna ayant commandé en Efpagne
& fur les Frontieres , ce Lieutenant de
Sertorius ait donné fon nom à cette Ville
où à ce Canton , fuivant un ufage fort familier
aux Romains. Il ne pourroit y avoir de
ridicule de faire paffer une fimple conjecture
pour une preuve ; & ç'a été aparemment
la penſée de Valois .
que
Quoiqu'on ne produife aucun Titre , où
le nom de Perpignan fe life , plus ancien que
les Lettres de Charles - le - Simple de 922. ce
n'eft pas à dire que ce nom ait commencé
alors d'autant plus qu'on ne trouve , dans
aucun Auteur ancien ni moderne , le tems .
( 1 ) Guillelmus Nangiacenfis Perpigniacum , Parpiniacum
Chronicon Simonis Comitis Montisfortis ;
quidam ridicule ranquam à Perpenná Perpenniacum
ocant , noftri Perpignan vel Parpignan , Hifpani
Perpinuam , aut Petpinka. Ad. Valef. Notit. Gale
liar. in voc. Elena.
de
OCTOBRE . 1741. 2199
de la premiere fondation de Perpignan , &
qu'il ne paroît pas que cette Ville ait jamais
porté aucun autre nom plus ancien. Marca
eft porté à croire que Perpignan ( 1 ) a fuccédé
à une Ville Municipale , apellée Flavium
Ebufum , parce qu'on a trouvé à Perpignan
une Infcription fur une pierre , qui
porte que les Cornéliens avoient fait conftruire
à leurs frais une conduite d'eau dans
la Municipale Flavium Ebufum. Mais ce n'eft
pas à dire que l'endroit , où cette Infcription
a été trouvée , fût cette même Municipale.
Ces Cornéliens pouvoient avoir changé
de domicile, & tranfporté avec eux l'inf
cription, D'ailleurs , la queftion eft indifferente.
Quoique la Ville eût porté le nom
de Flavium Ebufum , rien n'empêcheroit
que le Canton ou le Pays n'eût été anciennement
apelle Perperaüm , & que ce ne tût même
la raifon pour laquelle le nom de Perpignan
eût prévalu dans la fuite , à celui de
Flavium Ebufum.
Perpignan n'eft qu'à deux milles d'une
vieille Tour , qu'on croit être les reftes de
l'ancienne Ville de Rufeino , Colonie Romaine
, & Capitale du Peuple apellé anciennement
Sardones. Elle s'eft accrue des ruines
(2 ) de cette ancienne Rufcino , mais ce n'eſt
(1 ) Marca, Lib. 1. Marca Hifpanica , Cap. s.
(2) Hofm. Lexie. in voc. Perpiniac.
Dij pas
2100 MERCURE DE FRANCE
pas une même Ville : le territoire en eft different
& un nom n'a pas fuccedé à l'autre,
Enfin , quand on auroit quelque preuve
de la nouveauté de Perpignan , quelle induc
tion en voudroit-on tirer contre Roricon ?
Le nom de Perperaüm eft different de Perpi
gniacum ; de plus , il ne dit pas que Perperaum
foit une Ville . Si l'on veut que Perperaum
fe raporte à Perpignan , ce changement
de nom n'opere qu'une préfomption de plus
en faveur de l'ancienneté de Roricon ; & les
onze preuves, que j'en ai aportées, fubfiftent
dans toute leur force.
Je vais finir par une récapitulation trèsabregée
de ces onze preuves . 1 °. Le tems
auquel les Chroniques finiffent , eft la régle
génerale de juger du tems auquel elles ont
été écrites. 2°. Le Manufcrit de l'Hiftoire de
Roricon a été trouvé dans l'Abbaye de Moiffac
, fondée par Clovis. 39. Le ftyle de Roricon,
qui défigne clairement le fixiéme fiécle,
n'a aucune reflemblance avec celui des Auteurs
qui ont ecrit dans l'onzieme . 4º. Roricon
flate le fils de Clovis par les loüanges
de leur Pere & de Mérovée leur bifayeul.
5 ° Il détaille , en Contemporain , l'Hiſtoire
de Théodoric , Roi d'Italie. 6°. Il exprime ,
ou peu s'en faut , le tems où il a écrit , en
difant qu'il a parlé fur le témoignage des Anciens
, & qu'il eft convenable aux Enfans de
célebrer
OCTOBRE. 1741. 2207

célebrer les Fêtes de leurs Peres. 7°. Lorsqu'il
remarque qu'une Hiftoire de fa Nation eft
une entrepriſe extraordinaire , il donne clairement
à connoître qu'il eft antérieur à Grégoire
de Tours & aux autres Annaliſtes de
la Nation Françoife . 8 ° . Le foin qu'il prend
de fe qualifier François , indique un tems où
les François évitoient d'être confondus avec
les Gaulois , les Romains , les Goths & les
Bourguignons . 9°. Les Allégories de Roricon
fur fes occupations champêtres , marquent
des tems peu éloignés de la premiere Înftitution
de la Vie Monaftique. 10. Le nom
de Perperaum , s'il doit s'entendre de la
Ville ou du Territoire de Perpignan , comme
le raport des Lieux ne permet guére
d'en douter , eft un furcroît de preuve d'une
grande ancienneté , puifquc la Ville de Perpignan
porte le même nom qu'elle a aujourd'hui
, dans les Lettres de 922. 11 °. Roricon
donne aux François le nom de Mérovingiens
, que tous les Ecrivains poftérieurs , qui
fe font fervis de ce terme , ont attribués aux
Rois Succeffeurs & defcendans de Mérovée .
Ces preuves réunies ont d'autant plus de force,
qu'elles fe foûtiennent mutuellement par
leur concours, & qu'il n'y a rien à leur opoque
la prévention de deux ou trois Auteurs
de nos jours.
fer
D iij LES
2202 MERCURE DE FRANCE

LES SCAVANS ET L'ECOLIER ,
FABLE ALLEGORIQUE.
UNN nombre de doctes Esprits
Enchantent l'Univers de leur douce éloquence ,
De leurs travaux , de leur ſcience ;
Ce font tous des hommes choisis ;
La protection , ni lá brigue ,
N'ont nul pouvoir fur ces dignes Sçavans .
Leurs coeurs qui déteſtent l'intrigue ,
A la feule vertu prodiguent leur encens.
Un Ecolier admiroit ces grands Hommes ,
Chés qui les Arts ne font point des phantômes
Et n'ofant afpirer au fublime degré
D'entrer comme eux au Temple de Mémoire ,
Ni de jouir de cette gloire
Que l'on acquiert dans le Vallon Sacré ,
Soûpiroit de fentir que la feule indigence
Le privoit du bonheur d'avoir de la Science.
Ah ! fi j'avois , dit - il , cet Ouvrage charmant ,
Qui vient d'éclore récemment
De leur plume que l'on révere ,
Sous le nom de Dictionaire ;
D'y prononcer également
J'y puiferois le talent néceflaire ;e;
Qüi , bien - tôt du plus pur François
Tous
OCTOBRE. 1741. 2203
Tous mes Ecrits j'enrichirois.
Environné d'une brillante nuë ,
Apollon s'offrit à la vûë
De cet Ecolier , plein d'ardeur.
Ecoute , dit ce Dieu , je prête ma fplendeur
A ces Sçavans que tu reclâmes ,
Et j'allume les feux qui regnent dans leurs ames ;
Pour faire ta félicité ;
D'eux que ne dois - tu pas attendre a
Tu brûles du defir d'aprendre ,
Elpere tout de leur bonté ;
Ceux que protege un Alexandre
En ont la génerofité .
Par Thomas L *** , D.
ECLAIRCISSEMENT du R. P.
, M. Texte , Dominicain au fujet de la
Profeffion Religieufe de l'Illuftriffime P.
Jean Hennuyer , Evêque de Lizieux , en
1559. pour fervir de Mémoire à l'Hiftoire.
A Journée de S. Barthelemy , en l'année
1572. eft une Epoque fi diftinguée
du Regne de Charles IX , que tout ce qui
y a quelque raport , demande d'être bien
éclairci , afin que ceux qui travaillent à
l'Hiftoire de France , & même à celle de
D iiij l'Eglife
2204 MERCURE DE FRANCE
'Eglife , puiffent folidement en écrire les
Faits.C'eft dans cette vûë , que m'étant aperçû
qu'on en a alteré depuis peu un des principaux,
au fujet de Jean Hennuyer, dont on veut
revoquer en doute la Profeflion Religieufe ,
j'ai formé le deffein de prouver ce fait , en
répondant aux difficultés qu'on opofe.
Jean Hennuyer , Dominicain , fi célebre
par fon mérite , par fes Dignités , & par le
zéle qu'il fit paroître , en préfervant de la
mort les Huguenots de fon Diocéfe à la
Journée de S. Barthelemy , étoit de près de
S. Quentin , en Picardie ; il fit fes études à
Paris , au College de Navarre , fut nommé
fecond Profeffeur de Philofophie en 1530 ,
& reçût le Bonnet de Docteur en 1537.
Environ ce tems - là il ceffa d'être Précepteur
des Princes , Antoine de Bourbon , de
Charles fon Frere , & de Charles de Lorraine
; ces deux derniers ont été Cardinaux
& Antoine fut le Pere d'Henry IV. par lequel
, au défaut de la Branche de Valois ,
celle de l'augufte Maifon de Bourbon eft
parvenue à la Couronne de France.
Catherine de Medicis , qui avoit épousé
en 1533. Henri Duc d'Orleans ,fecond Fils
de François I. devenue Dauphine en 1536 .
par le décès de François , l'aîné de la Famille
Royale , eut Hennuyer pour Confeffeur
: La Sénéchale Diane de Poitiers ( eft-il
dic
OCTOBRE . 1741. 2205

dit dans une Lettre raportée par Bayle dans
fon Dictionaire Critique , article Marot )
vous ôta votre Confeffeur Bouteiller , & vous
bailla fon Docteur Hennuyer Sorbonifte.
Celui - ci fut chargé en 1539 , ftyle nouveau
, de porrer une Lettre de François I. à la
Faculté de Théologie de Paris. M. Duboulay
l'a miſe dans fon Hiſtoire de l'Univerſité , T.vi .
P. 303.Cet Auteur ajoûte p.932.qu'Hennuyer
dégouté du monde entra dans l'Ordre
de S. Dominique. Idem ad Dominicanos fe
contulit.
ود
39
,
L'Editeur du nouveau Richelet de 1727.
nie ce fait T. I. p . 75. » J'obſerverai en
» paffant , dit- il , dans l'article d'Olivier
Maillard , Cordelier , qu'on a eu tort de
» continuer dans le dernier Morery de 1725.
» l'erreur des précedentes Editions dans
» l'article d'Hennuyer , & de le fupofer Ja-
» cobin. Le P. Echard avoit reconnu de bon-
" ne foi que ce Confeffeur d'Henry II. n'apartenoit
point à fon Ordre . Voici ce qu'on
» lit dans Morery . Le P. Echard n'auroit pas
» manqué de reconnoître un homme fi capa-
» ble de faire honneur à fon Ordre , s'il avoit
remarqué qu'il s'écoula quinze ans entre le
» tems où il fut reçu Docteur , & celui où
» il fut appellé à la Cour ; c'est dans cèt
efpace de tems que voulant fuir les avan-
» tages temporels que fon mérite lui pro-
» mettoir
"
"
"
>>
Dv
2206 MERCURE DE FRANCE
» mettoit , il embraffa l'état Religieux, mais
» on l'y déterra , &c.
Voici en propres termes toute la fuite du
Difcours de cet Editeur de Richelet , que
je divife en cinq Objections , afin d'éviter
les redites.
» I. Objection. Tout ce qu'on lit dans
» Morery eft avancé fans preuve ; Mallet eft
» le premier que l'on fache , qui , en 1634 ,
ait mis Hennuyer parmi les Jacobins .
>
Réponse. Mallet étant le premier qui depuis
le décès d'Hennuyer , mort en 1578.
enterré dans fa Cathédrale ait compofé
à Paris , fur le Lieu où ce Prélat avoit
paru , un Traité des Dominicains illuftres
du Convent de cette Ville , n'eft il pas
naturel qu'il foit le premier de fon Ördre
à faire fon Eloge ? que fi Maller eft le
premier qui le dit Dominicain , il faut auffi
convenir que le P. Echard , fon Confrere
eft le premier , qui par une idée affés finguliere
l'a mis avec un grand Eloge parmi les
Ecrivains de notre Ordre , pour dire qu'il
n'en eft pas , & qu'il n'a rien écrit. Lequel
de ces deux fentimens doit être préferé ? ou
celui d'Echard qui a écrit plus de 140. années
après la mort d'Hennuyor , fans citer
le moindre Ecrit , ni une feule autorité qui
dife le contraire , ou celui de Mallet, Provincial
de la Province de Paris , né en 1593
OCTOBRE. 1741. 2207
15. ans après le décès de notre Prélat
& qui a pû puifer dans la fource ce qu'il
avance , comme l'ayant apris de la bouche
de ceux qui vivoient en ce tems- là , lefquels
étoient âgés , ainfi qu'on peut le fuppofer ,
de 35. ans en 1578. qu'Hennuyer mourut ,
& de 70. en 1613. que Mallet , Religieux ,
âgé de 20. ans , étudioit à Paris , & y foutint
la Sorbonique en 1624. en préſence du
Cardinal de Richelieu ?
fie
,
Mrs de Ste Marthe qui dans leur Gal.
Chrift. difent Hennuyer Dominicain , ne
citent pas le P. Mallet , & ce terme du P.
Echard , Mallet l'a mis auffi etiam, qui fignique
ces Mrs ne font
pas les feuls , joint à
l'autorité de tant de célébres Ecrivains qui les
citent , & non pas Mallet , font autant de
preuves que ces Meffieurs ont été d'ailleurs
pleinement informés de ce Fait. M. l'Abbé
Archon ne cite dans fa Chapelle des Rois ;
P. 567. que Mrs de Ste Marthe ; Ces Mrs ,
dit-il , ont en raison d'avouer qu'Hennuyer
étoit Dominicain , & perfuadé qu'ils l'avoient
pris d'un bon endroit , il ajoûte : L'Auteur
de l'Hiftoire du College de Navarre ne parle
pas qu'il ait été Religieux . Nous ne doutons
pas que Mrs de Ste Marthe ne foient plus
exacts fur ce point. Archon fixe de fon chef
le tems de la Retraite d'Hennuyer ; car ces
Mrs difent fimplement : Joannes Hennuyer
D vj Theo
2208 MERCURE DE FRANCE
Theologus Parifienfis Ordinis Dominicanorum
... Epifcopus .
Epifcopus ....recipitur 25. Marti
1560.
Le fçavant P. de Ste Marthe , Général des
Benedictins de la Congrégation de S. Maur ,
décedé à Paris en 1725 , quatre ans après
l'Edition de l'Ouvrage du P. Echard , faite à
Paris en 1721 , & qui n'ignoroit pas ce que
celui - ci avoit écrit de notre Prélat , fans y
avoir aucun égard , perfifta à ne point fuprimer
ces deux mots : Ordinis Dominicanorum
, dans deux ou trois Exemplaires de
l'ancienne impreffion de Gal. Chrift. de Mrs
fes Parens , dans lefquels il avoit fait les
corrections & les additions qu'il avoit jugé
à propos pour fa nouvelle Edition . Notre
Adverfaire ( quoique l'article qui concerne
Lizieux fous la Métropole de Rouen , n'ait
pas encore paru , ) en a été fi - bien informé
qu'il dit : Cependant ce Fait a paffe dans la
Gaule Chr. de Mrs de Ste Marthe , dans celle
du P. de Ste Marthe , dans Duboulay , dans
Maimbourg , dans Dupin , & fix autres Editeurs
de Moreri, &c. Il eut plutôt fait de dire
dans tous ceux qui en ont parlé jufqu'au Pere
Echard
Le R P. D. Tyroux , premier Continuateur
de Gal Chr, du P. de Ste Marthe , &
le R. P. D. Brice , qui y travaille actuellement
, m'ont fait la grace de me communiquer
OCTOBRE. 1741 2209
quer ces deux ou trois anciens Exemplaires.
L'autorité d'un Ecrivain auffi célébre que le
P. de Ste Marthe , ne peut être que d'un
grand poids , ainfi que celles de fon Confrere
Don Beffin , p. 478. Edition de 1717 .
de fon Recueil des Conciles du Diocèſe de
Rouen, des Peres Alexandre , T. viij. p . 286.
des An. Eccl. de Gravefon , Hift . Eccl. T. vij.
p. xj. Fontana , Theat . Dom. Cavalleri , Bremont
, Dominicains & c .
ןכ
>>»
L'Auteur qui continue l'Hiftoire Ecclefiaftique
de l'Abbé Fleury , eft du même
fentiment , Tome xxxv. Edition de 1737.
P. 171. » Le Lieutenant du Roy de Li-
" zieux ( dit - il ) ayant communiqué fes
» ordres à l'Evêque Jean Hennuyer , de
» l'ORDRE DE S. DOMINIQUE , ce Prélat
s'opofa à leur éxécution . Non , lui dit- il ,
» vous n'éxécuterez pas vos ordres , & je
n'y confentirai jamais..... Le Lieutenant
furpris de cette fermeté , lui demanda
» écrit un acte de refus , le Prélat le lui ac-
» corda , & lui dit qu'il étoit affûré de la
bonté du Prince , qu'on l'avoit furpris en
» cette occaſion , & qu'il ne doutoit nullement
qu'il ne trouvât bon fon refus ;
» qu'en tout cas il fe chargeoit de tout le
» mal qui en pourroit arriver . Dieu favoriſa
le zéle du Prélat : fon opofition ayant été
envoyée au Roy par le Lieutenant , Sa Ma-
و د
par
jeft
2210 MERCURE DE FRANCE
jefté en fut édifiée , & révoqua auffi -tôt ſes
ordres à l'égard du Diocèfe de Lizieux. Le
cher Troupeau docile aux Inftructions de
fon Paſteur , fut fi vivement touché de ſa
conduite , qu'il rentra prefque entiérement
dans le Bercail.
Il faut ici remarquer que cet Auteur cite Mrs
de Ste Marthe, & à la marge le Pere Echard,
celui- ci au fujet de la fermeté du Prélat ;
on voit par là qu'il fçavoit ce que ce dernier
a écrit contre fa Profeffion Religieufe ;
mais qu'après une mure délibération , il a
préferé le fentiment de ces Mrs à celui d'Echard
, & a conclu que le fait de Lizieux ,
très- certain , felon le P. Echard , n'étant pas
contefté , les mêmes qui nous l'aprennent
difant que ce Prélat étoit Dominicain , on
doit le croire.
M. de Launoy mort en 1678 , qui n'ignoroit
pas ce que Mrs de Ste Marthe , Mallet ,
Duboulay &c. en avoient écrit , ne les combat
pas , & le filence de ce grand Critique ,
Auteur de l'Hift. du College de Navarre ,
( circonstance
à remarquer , ) parle plus en
notre faveur , que l'aprobation de tout autre
; il a écrit fimplement , Tome IV. page
739. Edition de 1732. Henricus II. illum
piacularemfuun Sacerdotem nominavit. Il eſt
pourtant l'unique garant du P. Echard . Ex
Launoyo & ex altis à me vifis , lans raporter
un
OCTOBRE. 1741.
2218
un feul mot de ce qu'il a lû dans ces Actes.
S'il en faut juger par l'avantage qu'il s'eſt
flaté de tirer du filence de de Launoy , on
peut conclure que fon fentiment n'eft apuyé
d'aucune preuve.
» II. Objection. Le P. Echard obferve que
» dans les Regiftres de l'Ordre où l'on voit
» les Profeffions & les Emplois , il n'eft pas
dit un feul mot d'Hennuyer.
Réponse. Je ne me fervirai pas ici des
termes durs de notre Adverfaire : Je fçais ce
que je dois à fon mérite , & au Public ; mais
il me permettra de lui repréfenter qu'Echard
ne met pas qu'il ait obfervé que dans les
Regiftres de l'Ordre il n'eft point parlé
d'Hennuyer ; pourquoi lui faire dire ce
qu'il n'a pas avancé ? voici fes propres termes
: Antonius Mallet hunc illuftribus etiam
accenfet San-Jacobeis , fed nullis allatis documentisque
fanè ex ejus domûs Archivo promere
debuiffet. Echard blâme Mallet de n'avoir
pas donné des preuves tirées des Archives
du Convent de Paris ; mais il ne dit
pas que lui- même l'ait obfervé , ni qu'il en
ait aproché. Si Mallet n'a pas autorifé ce
Fait par des preuves , c'eft qu'il ne fe douta
pas alors que quelqu'un s'aviferoit un jour
de le contefter ; s'il n'en avoit pas été bien
affûré , il n'auroit pas ofé l'avancer dans un
Livre donné au Public , pouvant être démenti
2212 MERCURE DE FRANCE
menti par plufieurs perfonnes qui avoient vu
ce Prélat ; les Docteurs de la Maifon de Navarre
y étant d'ailleurs intéreffés , & en état
de le réfuter.
Au refte , exiger abfolument des Mémoires
des Communautés de Paris fur bien des
Faits , c'eſt faire comprendre qu'on ignore
les fuites tragiques des troubles de la Ligue,
durant laquelle les Séculiers dominoient
dans les Maiſons Religieufes. Je veux même
qu'Echard eût parcouru les Registres des
Etudes , des Emplois & des Profeffions de
notre College de Paris , fans rien découvrir
au fujet d'Hennuyer ; on ne pouroit pas conclure
de là qu'il n'a pas été Dominicain :
comme il étoit Docteur avant que d'entrer
en Religion , il n'avoit pas étudié dans ce
College , moins encore profeffé , n'y ayant
pas apris les principes de notre Ecole ; & il
pouvoit avoir reçu l'Habit pour . tout autre
Convent , felon nos Conſtitutions , qui exigent
que le Poftulant ait une Maiſon d'affiliation
.
Ainfi , indépendamment des Regiftres de
Paris , notre Prélat feroit Dominicain. Deux
Docteurs du College de Navarre comme
lui , fçavoir , Maître Martin Pichon , qui
vivoit en 1525 & Maître Rauly , Principal
de ce College, defquels de Launoy fait l'éloge
, T. iv. p. 723.724. Edit. de 1732.
tous
OCTOBRE. 1741 2213
tous deux , fans s'arrêter à quelqu'une des
Maiſons des Bénédictins de Paris , chotfirent
à peu près en même tems leur Retraite dans
l'Abbaye de Cluny , éloignée de plus de
cent lieuës de cette Ville. Hennuyer , Diſciple
de tels Maîtres , aura voulu , fans dou
te , les imiter , & être inconnu dans le choix
de la fienne.
Mallet remarque qu'Hennuyer étoit de la
même Contrée que le P. Guyencourt , Confeffeur
du Dauphin , en même tems qu'Hen
nuyer , qui lui fucceda dans l'Emploi de
Confeffeur d'Henry II . l'étoit de la Dauphi
ne. Il fe peut faire que la Converfation de
ce Religieux , fçavant & pieux , & la mé
moire glorieufe du P. de Allodiis , qui , de
Chancelier de l'Eglife & de l'Univerſité de
Paris , à la veille d'être facré Evêque de la
même Ville , felon Gal. Chr. fe fit Dominicain
, lui firent préferer l'Ordre de ces deux
Peres à tout autre .
و د
ود
» III. Objection. Il n'eft pas vrai , comme
» le dit Morery , qu'Hennuyer n'ait été appellé
à la Cour qu'en 1552 ; il eft certain
qu'il y étoit déja en 1539 , & on voit dans
» Duboulay T. vI . p. 303. qu'Hennuyer fut
chargé par François I. de porter à la Fa-
» culté de Théologie une Lettre de Sa Ma-
» jefté , datée du 6. Mars 1538. ftyle ancien .'
Réponse.Je ne dirai pas avecMorery qu'Hen-
29
nuyer
2214 MERCURE DE FRANCE
nuyer n'ait été appellé à la Cour qu'en 1552 .
on fçait qu'il eut d'abord l'Emploi de Confeffeur
de la Dauphine Catherine de Medicis;
mais je dis que ce fut dans cet espace de tems,
depuis 1539 , ftyle nouveau, jufque vers 1 $ 47.
fans fixer l'année , qu'on le déterra de la folitude
du Cloître. Hennuyer fut chargé de
porter cette Lettre datée de 1539 ; mais depuis
cette année jufqu'en 1547 , on compte
7. ou 8. années , où étoit alors Hennuyer ? où
eft il parlé de lui ? Du Boulay dit le Lien
où il paffa chés les Dominicains, le tems , après
qu'il cut porté cette Lettre , puifque il étoit
encore Séculier. Il eft vrai qu'on trouve dans
la Chambre des Comptes , qu'il tiroit fa penfion
de Confeffeur de Catherine de Medicis;
mais ( Archon qui le raporte, le dit Religieux
Profès. ) Combien voyons-nous d'exemples
des penfions continuées aux anciens Confeffeurs
? On peut dire même que le grand
nombre de Confeffeurs qu'eut cette Princeffe
depuis 1539. qu'Hennuyer l'étoit juſqu'en
1546. qu'elle devint Reine de France , &
qu'il fut rapellé en Cour , & l'année 1589 .
qu'elle mourut , prouve la Retraite d'Hennuyer.
Archon nomme fept Confeffeurs
après Hennuyer : Alphonfe de Verfeillis
Benciveni , Torfcclis , Etlant, Abely , Dominicain,
Beaux - amis , Carme , & S. Germain ,
duquel on lui avoit prédit de fe garder de
SA
OCTOBRE. 1741 2215
S. Germain , ce qui lui donnoit de l'éloignement
pour le Château de S. Germain en
Laye.
Faifons ici une refléxion . Si le témoignage
de Duboulay paroît d'un fi grand poids à
notre Adverfaire , pour l'époque de la députation
d'H.nnuyer en 1539. cet Auteur
ayant dit T. vi. p. 952. qu'il paffa dans
P'Ordre de S. Dominique : IDEM ad Domini
anos fe contulit ; devoit- il l'avoir revoqué en
doute ? Témoignage d'autant moins fufpect,
que Duboulay , qui donna fon Ouvrage en
1673. & déceda en 1678. étant un Docteur
féculier de la Faculté de Théologie de Paris,
dont il écrivoit l'Hiftoire , il étoit de l'intérêt
de fon illuftre Corps , de s'attribuer
uniquement un Sujet tel que notre Prélat ,
plutôt que
d'en partager la gloire avec l'état
Religieux .
>>
» IV. Objection. Du Peyrat parlant de
» Guyencourt , Jacobin , Abbé Commen-
» dataire , le nomme toujours Frere ; mais
quand il parle d'Hennuyer auffi d'après
» les Regiftres , il lui donne toujours la
qualité de Maître ou Meffire. Voyez en-
"core Duboulay p. 489. où dans les Lettres
» d'Henry II. du 7. Janvier 1556. Hen-
" nuyer eft apellé Maître.
و ر
Réponse. Duboulay raporte ces Lettres
'Henry II , où Hennuyer eit apellé Maître ,
&
216 MERCURE DE FRANCE
,
& ce Titre n'a pas empêché que ce fçavant
Homme ne l'ait reconnu Dominicain , pour.
quoi fera- t'il un obftacle dans l'eprit de notre
Adverfaire ? Si Guvencourt eft nommé
Frere dans les Regiſtres , & Hennuyer Maitre
c'est que le premier étoit Religieux , &
le fecond Prêtre feculier , lors qu'on les appella
à la Cour ; & on fuivit le même ſtile
dans les Regiftres. Ailleurs le P. Guyencourt
eft honoré des Titres de Meffire & de
Maître ; ſon Epitaphe raportée par Echard ,
T. 11. p. 151. commence ainfi :
Reverendo Domino Magiftro de Guyencourt,
&c. Celle du P. Binet fon Confrere , Confeffeur
de la Reine de France Eleonor
Epouſe de François I. commence de même ;
je l'ai copiée fur fon Tombeau à Beauvais .
Cy gift Reverend Pere en Dieu Meffire
Maître Binet , en fon vivant Abbé de S. Jean
Amiens , &c.
>
Faut- il donc être furpris fi Hennuyer , qui
avoit été Confeffeur de la Dauphine , avec
la qualité de fon Aumônier , dit Archon
p. 636. eft honoré des mêmes Titres ? Et fi
dans les Regiſtres on les lui a conſervez
après fon entrée en Religion , le Secretaire
n'ayant pas eu la hardieffe de les fuprimer.
On doit dire la même chofe des Titres de
Meffire & de Maître qui lui font donnez
dans les Registres du venerable Chapitre
de
OCTOBRE. 1741. 2217
de S. Germain l'Auxerrois de Paris , dont il
fut élu Doyen en 1556. Pour ce qui eft de
cette Election , nous voyons dans Gal. Chr.
que plufieurs Chapitres & Communautés
ont mis à leur tête des Reguliers par des
Elections Canoniques. Notre P. Carré de
Chart es fut élu Abbé , étant Confeffeur de
Jean I. du nom , Duc de Bourbon , Abbas
electus eft , dit Fontana . Laurent Pignon élu
Evêque d'Auxerre, à l'inftance de Philipe Duc
de Bourgogne ,dit le Bon, Eodem curanie Epifcopus
electus eft , felon Echard . Le Chapitre
de S. Germain l'Auxerrois , Paroiffe du Roy,
convaincu que plufieurs Réguliers ont été
élus Evêques & Archevêques , qui font des
Dignités plus fublimes que celle de Doyen ,
n'eut pas alors , fans doute , une moindre
attention à feconder le defir du Roy Henry
II. & à franchir tous les obftacles , en faveur
d'Hennuyer fon Confefleur , qui , en
qualité de fon premier Aumônier depuis
1552 , devoit être regardé comme Agrégé
au Clergé féculier.
» Derniere Objection. Le Portrait d'Hen-
» nuyer eft dans le Refectoire de Navarre à
» Paris , en habit de Docteur , comme un
» Docteur de ce College me l'a afſuré.
Réponse. Ne diroit-on pas , felon ce raport
, qu'il n'eft repréfenté qu'avec une
Robbe de Docteur ? Certainement il y eft
CH
2218 MERCURE DE FRANCE
en bufte dans un petit Tableau d'un pied
& demi , revétu en Evêque , ayant un Rochet
, un Camail , tête nuë , les cheveux
courts , je l'ai vû , & on l'y voit encore aujourd'hui
; deux petits filets d'un demi pouce
, l'un blanc & l'autre noir , paroiffent autour
de fon col ; voilà à quoi peut fe réduire
tout cet habit de Docteur ; un raport
doit être jufte l'Infcription eft :
Joannes Hennuyer, Doctor Navarricus,&c.
Mais il eft en bufte dans notre vafte Salle
ou Claffe de S. Thomas d'Aquin à Paris ,
parmi plufieurs anciens Portraits , dans un
Tableau de deux pieds de hauteur , uniquement
habillé en Dominicain , fa Mître fur
la Table , avec cette Inſcription au deſſous :
Frere Jean Hennuyer , Confeſſeur du Roy
Henry II. & Evêque de Lixieux.
Il eft le 29. Dominicain Confeffeur de
nos Rois , & un des 6. de nos Reines. Le P.
d'Aubigny le fut de Philipe IV . & de fon
fils Philipe V. duquel les entrailles font dans
notre Eglife , & le Coeur dans celle des Cordeliers
de Paris. Hy a unTraité Manufcrit de
nos Confeffeurs , I. Vol . in- folio , gardé dans
notre Maison du Noviciat de Paris.
A M.
OCTOBRE . 1741 2219
****************
A M. MAURICE , Pafteur de l'Eglife
de Geneve , Profeffeur en Théologie ancien
Recteur , Membre de la Societé Royale de
Berlin , & de celle d'Angleterre , en lui
envoyant l'Ode fuivante.
ELoquent & do&te Maurice ,
Reçois d'une Muſe novice
L'hommage pur & mérité ;
Qui mieux que toi , d'un ton fublime
Combattant l'erreur & le crime ,
Fit triompher la vérité
*
Si de l'Impie , en cet Ouvrage :
J'ai fçu confondre le langage ,
Les Sophifmes , les vains détours ,
Tu m'en as ouvert la carriere :
Le fonds même de la matiere ,
Je l'ai puifé dans tes Difcours.
ODE fur Athéifme:
Loin d'ici cette folle yvreffe ,
Qui des Nourriffons du Permeffe
Soûtient les profanes accens :
Fuyez , Déités chimériques ,
Oui,
220 MERCURE DE FRANCE
Qui , ces Idoles poëtiques
Sont indignes de mon encens.
*
Vérité , c'est toi que j'implore :
Du Dieu , que l'Univers adore ,
Fais briller les droits éternels ,
Viens animer ma foible Lyre ... :
Mais .... je le fens , ton feu m'infpire :
Ecoutez , aveugles Mortels .
Fille du Ciel , le fol Athée
A la clarté fi refpectée ,
Livre des affauts impuiffants :
Malgré lui , ta vive lumiere
De l'erreur perçant a barriere ,
Frape fon efprit & fes fens.
*
Impie , arrête ; ton blaſphême ,
Au vrai Chrétien , au Payen même ,
Infpire une fecrette horreur :
Ton crime allarme la Nature :
Elle abhorre la bouche impure ,
Qui veut lui ravir fon Auteur.
*
Monftre , enfanté par l'ignorance ;
Nourri par l'orgueil , la licence,
fuis ,
OCTOBRE. 1741 . 2228
Fuis , difparois , vole aux Enfers ;
Jamais la colere céleste
Aux Mortels ne fut fi funefte ,
Que tu le fus à l'Univers .
*
Viens , ingrat , contemple le Monde ,
Les vaftes Cieux , la Terre & l'Onde
Qu'offrent -ils à nos yeux charmés ?
Un but fage , un ordre admirable ,
Où brille la main adorable
De l'Auteur qui les a formés,
*
Mais pourquoi promener ta vûë
Sur les Eaux , la Terre & la Nuë ?
Confidere ton propre corps ;
Admire fa noble ftructure ,
Ses organes , leur contexture ,
Leurs inexplicables refforts .
*
Vainement , une erreur antique
Au hazard , cauſe chimérique ,
Affigne un ordre fi conftant ;
Seroit- il poffible , Epicure ,
Que les beautés de la Nature
Fuffent l'Ouvrage du néant ?
e ;
I Riens
2222 MERCURE DE FRANCE
Rions de la folle penſée
Des Philofophes du Lycée ,
Qui crurent le Monde éternel ;
Et qui , d'une maffe infenfible ,
Lourde , changeante , corruptible ,
Forgerent un Etre immortel.
*
Un efprit fort , hardi Prothée ,
Tour-à-tour Juif, Chrétien , Athée ,
Forme un Syftême monftrueux ,
Confond l'efprit & la matiere ,
Et fait du Dieu de la lumiere
Un Etre obfcur & ténebreux.

Loin de nous , tous ces faux Syſtèmes ;
Que dis- je ? Ces affreux blafphêmes ,
Où l'homme étale fes travers ;
Qui , Monumens de fa foibleffe ,
Font voir de l'humaine fageffe
L'orgueil & les excès divers.
*
Dès le moment qu'il prit naiſſance ,
L'Univers , de ton exiftance.
Fit , grand Dieu , fa félicité ;
Rien n'a pû , chés le Huron même ,
Eteindre d'un Etre fuprême
La confolante vérité .
TE
OCTOBRE . 2225 1741
Tu parles , tout fe meat , tout tremble
Soudain , tous les Etres enſemble
Suivent tes ordres fouverains ;
L'Infecte qui-rampe fous l'herbe ,
Ainfi que le Lion fuperbe ,
Prêchent ta grandeur aux Humains.
*
Un défir en moi vient de naître ;
Je veux perpetuer mon Etre ;
Je veux vivre après le trépas ;
Si ce n'eft qu'une erreur Aateuſe
Elle me plaît , elle est heureuſe ,
Cruels , ne me l'arrachez pas.
Mon ame tremblante , étonnée ,
Frémiroit de fa deftinée ,
A l'alpect d'un affreux néant ;
Et l'homme abhorrant cette image
Défesperé de fon partage ,
Mourroit cent fois en un inftant.
*
Peux-tu concevoir ce Myſtere
Ici bas le méchant profpere ;
L'Homme de bien vit malheureux ;
Attends ce jour , jour redoutable ,
Où tu verras , l'un miferable ,
Et l'autre au comble de fes voeux.
E ij Que
2224 MERCURE DE FRANCE
Que ne puis-je d'un traît de flâme
Peindre le defefpoir de l'ame ,
Si l'Univers étoit fans Dieu ;
On verroit l'affreufe licence ,
Le vol , le meurtre , la vengeance ,
Porter leur fureur en tout licu ,
*
Quel effroi faifit ma penſée ?
La Nature bouleversée
S'offre à mon efprit éperdu ;
Le Soleil embraſe la Terre ;
Au Soleil P'Onde fait la guere ;
Tout perit , tout eft confondu .
*
Au crime quand il s'abandonne
D'où vient que le Mortel friffonne
S'il a fçû cacher ſon forfait ?
En vain au glaive redoutable
Tu vois échaper le coupable ;
Un Dieu l'a vû ; ce Dieu le ſçait,
H
Ah ! d'une vérité fi belle
Pourquoi , Philoſophe rebelle ,
Fuis -tu follement la clarté ?
Faut-il qu'à tes regards profanes
Ce Dieu , par de nouveaux organes
Dévoile fon immenfité ?
Bans
OCTOBRE. 1741 2225
Dans tout l'éclat de fa lumiere
Je veux que pour grace derniere
A tes yeux il daignât s'offrir ;
En vain fa bonté trop propice
Te montreroit le précipice ,
Où tu ne crains pas de courir.
*
Que vois-je ? Quel affreux préfage !.
Obfcurci d'un épais nuage
Le Ciel foudain s'ouvre à mes yeux ;
L'Eclair luit , la Foudre s'embrase ;
Crains , malheureux , qu'elle n'écraſfe
Un Mortel trop audacieux .
Menace , tonne , frape , abîme ;
Dieu jufte , fais trembler le crime ;
Venge ta fainte Majefté ;
Mais , que dis- je ? Ah ! plûtôt pardonne ,
Dieu clement , touche , éclaire , étonne ,
Fais-nous adorer ta bonté .
*
Infenfés , tout ce qui refpire
D'un Dieu nous démontre l'Empire ;
Oui , tout concourt à le prouver ;
Qui ne le respecté eft à plaindre ;
On ne rifque rien à le craindre ;
On rifque tout à le braver.
E iij
2226 MERCURE DE FRANCE
Un jour , fur les rigueurs céleftes
Viendront mille doutes funeftes
Allarmer ton dernier inftant ;
Je vois , ô mifere accablante !
Ton ame s'envoler flotante
Entre l'Enfer & le Néant.
*
Quoi rien ne peut dompter ta rage ;
Tu fufpens encor ton hommage ! ...
Mais , ne chargeons plus ce Tableau ;
Ma main tremblante fe refuſe
Aux traits que m'infpire ma Mufe ,
Et d'horreur jette le Pinceau .
Par M. de Marignae.
EXPLICATION de l'Enigme du
Mercure d'Août 1741 .
E Nigme , auffi belle que fine ,
En ce moment je vous devine .
Comment pourrez vous m'échaper ?
Ce que vous renfermez, vient d'abord me fraper.
Que j'aime la Liqueur divine
De ce qu'artiftement entoure maint Cerceau !
Lecteur , fi ton ame eft chagrine ,
Le remede eft dans le tonneau.
Laffichard,
EX
OCTOBRE . 1741 2227
EXPLICATION du Logogryphe du
même Mercure.
UN Logogryphe à fon Auteur
Ne donne pas beaucoup de gloire ,
Et qui de l'expliquer veut fe faire un honneur ,
Remporte une foible Victoire ;
Mais il s'agit d'amufement ,
Et celui de l'efprit n'a rien que de charmant.
Par le même,
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Septembre , par le
Phénix , Automne , & Cornichon . On trouve
dans le premier Logogryphe , Aumône , Taon ,
Matou , Aune, Ame , Ton , Ane, An , Aiome,
Mat, & dans le ſecond , Cochon, Ciron , Roc,
Chicon , non , Croc , Cor , Roi , Rhin , &
Roch.
G
ENIGM E.
Race au favorable Element ,
A qui de mon Emploi je demeure obligée ,
Au centre du repos je fuis en mouvement ,
Mais inutile ailleurs , & long- tems négligée ,
Un guide me conduit le bâton à la main.
E iiij ( Chofe .
2228 MERCURE DE FRANCE
( Chofe qu'on ne fçauroit douter qui ne déplaiſe, 】
Et me mene par un chemin ,
Où tout autre que moi peut être fort à l'aiſe .
LOGO GRYPHE ,.
Qu'on peut chanter fur l'Air : Réveillez- vous,
Belle endormie.
DEE la fubftance la plus pure
L'Etre Souverain me forma :
Pour le bonheur de la Nature ;
D'une parole il m'anima.
Je fuis un peu plus vieux que l'homme
Six lettres compofent mon nom :
En deux fyllabes on me nomme ,
Et je brille en chaque Canton .
D'abord j'offre une fente aimable ,
Que l'on divife en double point :
A Cupidon elle eſt ſemblable ,
Quand une Belle ne m'a point .
Ce que l'Onde amere environne ;
Et que l'on habite par fois ,
Robinſon y vit fa perfonne
Long-tems expofée aux abois ,
Du
OCTOBRE . 2229 1 1741
Du nouveau Théatre Italique
Je présente un Acteur fameux ,
Qui , poffedant le vrai Comique ,
Joue avec grace l'amoureux.
D'un art enchanteur , eftimable ,
Et qui femble toujours nouveau ,
Je fais voir un fon agréable ,
Quand il eft placé par Rameau.
Lorfque de la Liqueur vermeille
Je ternis la vive couleur ,
Un Amateur de la Bouteille
Livre fon ame à la douleur .
Un Poiffon que la Mer enfante ,
Digne de la table des Rois ,
Son goût délicat flate , enchante ;
Un Friand fçait en faire choix.
La plus brillante Fleur du monde ,
Et qui décore l'Ecuffon
D'un Roy qui , fur la Terre & l'Onde
Fait voler fon digne renom .
Ce que le Gafcon parafite
Ne peut
entierement manger ,
Et que le Chien , quand il le quitte ;
Se tourmente en vain à ronger.
EY De
2230 MERCURE DE FRANCE
De Jupiter une Maîtreſſe ,
Qui , fous vile forme , dit- on ,
Se déroboit avec adreſſe
A la colere de Junon.
Le nom que Monfieur de Voltaire ,
Dans fon Enfant trop libertin ,
Donne avec un bon caractére
A l'incomparable Gauffin .
Ce qu'un Reptile , laid , difforme ;
Enfante en guife de Toiſon ,
Avant que de quitter la forme ,
Pour s'envoler en Papillon .
Une femelle , vrai fymbole
Des gens qui n'ont point de raiſon
Ah ! que n'a t'elle la parole !
Elle auroit l'efprit d'un Oifon.
Un corps de matiere fi
pure ,
Que rien ne le corrompt jamais ;
On le pefe , l'on le meſure ;
Il affaifonne tous les mets.
A ces chofes- là , je me fixe ,
Quoique j'offre encor d'autres mots ;
Mais je deviendrois trop prolixe.
Bon foir; je m'en yais fous les flots.
Laffichard.
AU
OCTOBRE. 1741. 2231
J
AUTR E.
E porte Mien , je porte Met ,
Je porte Mi , je porte Mine ,
Je porte Ni , je porte vet ,
Je porte Tein , je porte Tine ;
Je ne fuis pourtant qu'un M ....
Par le même.
கக

శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , &c.
B
IBLIOTHEQUE FRANÇOISE , ou Hiftoire
de la Litterature Françoife, dans laquelle
en montre l'utilité que l'on peut retirer des Livres
en François, depuis l'origine de l'Imprimerie
, pour la connoiffance des Belles - Lettres , de
l'Hiftoire des Sciences & des Beaux - Arts , &c.
par M. l'Abbé Goujet, Chanoine de S. Jacques
de l'Hôpital, in- 12 T. III. p.476.T.IV.p.488 .
A Paris, chez P. J. Mariette, ruë S. Jacques,
aux Colomnes d'Hercule , & Hypolyte-Louis
Guerin , à S. Thomas d'Aquin. 1741 .
و
Dans les deux premiers Volumes de cet
Ouvrage l'Auteur a rendu compte des
Ecrits François qui ont été compofés fur notre
Grammaire & fes differentes Parties , fur
notre Eloquence , & fur fes divers genres. Il
E vj doir
232 MERCURE DE FRANCE
doit être content de l'accueil dont le Public
les a favorifés , & de l'aplaudiffement qui a
été donné à la bonté du Projet , tant en
France , que dans les Pays Etrangers. Le même
Auteur peut fe flater que les deux Volumes
, que nous venons d'annoncer , ne ſeront
pas traités moins favorablement par les
Lecteurs éclairés .
On y traite de la Poëtique , & on commence
à y parler des Poëtes . L'ame de notre
Poëfie , dit M. l'Abbé Goujet , eſt la même
qui
a animé les Poëtes Grecs & Latins . Nous
demandons pareillement du génie , de l'imagination,
du feu, de l'enthoufiafme , quelque
chofe de noble , de grand & de fublime
même dans les Piéces qui ne femblent dictées
que par la nature. Mais notre Verfification
nous eft propre : elle n'a rien qui tienne
de celle des Anciens : il lui a fallu des régles
particulières. Nous en avons été créateurs .
Le génie inventa ces régles ; la reflexion &
le goût les ont perfectionnées.
M. Defpreaux , dans fon Art Poëtique ,
attribue à Villon la gloire de les avoir entrevûës
le premier. Notre Auteur foûtient, avec
raifon , qu'il s'eft trompé ; car outre les productions
de quelques- uns de nos premiers
Poëtes , nous avons , contre fon fentiment ,
l'autorité des Poëfies de CHARLES DUC
D'ORLEANS , qu'on doit reconnoître plû-
τός
OCTOBRE. 1741 2233
tôt que Villon , pour l'un des principaux
Fondateurs du Parnaffe François . M. l'Abbé
Sallier en avoit déja fait la remarque dans
fes curieufes & utiles Obfervations fur le
Recueil des Poëfies de ce Prince , dont le
Manufcrit eft dans la Bibliothèque du Roy."
On ne fçauroit , au refte , trop loüer notre
Auteur fur fon efprit de neutralité , d'équité ,
de modération & de réferve en fait de Critique.
» Quand on n'a pas , dit- il , affés
» d'autorité pour faire pancher la balance ,
» il vaut mieux la laiffer dans l'équilibre . Je
» n'ambitionne point d'augmenter le nom-
» bre de ces Critiques pleins d'audace , dont
» la Cenfure reffemble plus à un Torrent,
qui ne roule que pour détruire , qu'à un
» Fleuve paifible & tranquile qui aporte la
» fécondité partout où il coule.
ود
و د
Après avoir parlé dans ce troifiéme Volume
des Ouvrages fur la Poëtique & fes differentes
Parties , il paffe dans le quatrième aux Traductions
Françoifes des anciens Poëtes Grecs &
Latins. L'Auteur en a découvert un grand
nombre qui ont échapé aux Recherches de
M. Baillet & des autres Critiques qui ont
entrepris d'écrire fur le même fujet . On
voit dès le Regne de François I. une loüable
émulation étudier les Auteurs Grecs &
Latins , & pour les traduire en notre Langue
, fur-tout les Poëtes. On n'eut pas moins
pour
d'ardeur
1234 MERCURE DE FRANCE
d'ardeur pour mettre en François les Auteurs
qui ont illuftré le fiécle d'Augufte , comme
cela paroîtra dans la fuite de cet Ouvrage
& comme il paroît déja dans le quatrième
Volume, qui eft terminé par les Traductions
de Plaute & de Térence.
Si ce dernier Volume paroît plus varié que
le précedent , il faut , dit l'Auteur , l'attribuer
principalement à la matiere qui y eft
traitée. Chaque Traduction a fon caractére
particulier , chaque Traducteur a fon goût
& fon génie , qui lui font propres.
En raportant en Hiftorien tout ce qui concerne
la fameufe difpute pour & contre Homere
, il a crû
il a crû pouvoir en parler avec une
forte de liberté , prefque tous les Acteurs de
cette difpute ne vivant plus ; mais il s'eft
prudemment abftenu de décider ouvertement
entre les Contendans .
" Si j'ai pris , dit-il , ailleurs la liberté
» de faire quelques reflexions plus morales
» que critiques , fur- tout en parlant des
» Ecrits Didactiques fur les Piéces de Théa-
» tre, & des Poëtes dont la lecture eſt dange-
» reufe pour les moeurs , je n'en fais point
» d'excuſes : j'ai ſuivi autant mon devoir que
» mon goût particulier . Un Auteur Chré-
» tien doit fe montrer Chrétien partout :
j'efpere que les Lecteurs fenfes , loin de
le trouver mauvais , me blâmeroient d'une
ور
» retenuë
OCTOBRE. 1741. 223
retenuë que j'aurois raifon de me reprocher
le premier.
GUIDE HARMONIQUE , ou Combinaiſon
fimple & fenfible de tous les raports que
les fons peuvent avoir entr'eux . Ouvrage
par le fecours duquel , fans aucune connoif
fance de la Mufique , & fans cependant fortir
des regles de la Compofition , on pourra
dans l'inftant compofer de la façon la plus
exacte & la plus harmonique . Par M. FRANCESCO
GEMINIANI . A Paris.
L'Auteur de cet Ouvrage propofe de le
donner par Soufcription le premier Avril
1742. c'eſt - à - dire , à ceux qui auront ſoufcrit
avant le premier Novembre de la préfente
année 1741. C'eſt ce que nous aprenons
dans le Journal de Trévoux du mois
d'Août dernier. On n'y marque point le prix à
l'égard des Soufcripteurs ; mais les Auteurs.
du Journal font une Analyfe raifonnée de
l'Ouvrage entier , avec tant d'ordre , & avec
des traits d'eftime fi marqués , qu'on ne peut
s'empêcher d'en concevoir une haute opinion.
Cet Article , qui eft le LXXII . & qui
occupe plus de trente pages , finit par ces
paroles également remarquables & fenfées :
Cela eft heureux pour notre filcle , qui
» s'enrichit ainfi tous les jous de nouvelles
» Sciences & de nouveaux Arts . Il nous per-
2 mettra
2236 MERCURE DE FRANCE
» mettra de lui en faire des complimens , &
» de l'exhorter à encourager , comme on dit
» en Angleterre , tous les bons Citoyens de
» l'Univers. Car le Sage eft Cofmopolite , &
» pour tout le monde , ibi Patria , ubi bene.
Le 25. Tome du Recüeil intitulé : Lettres
Edifiantes & Curieufes écrites des Miffions
Etrangeres par quelques Miſſionnaires de la
Compagnie de Jefus , paroît chés le Mercier ,
Boudet & Bordelet. Il eft entierement dû
au Reverend Pere du Halde . On y rend
compte des Miffions du Paraguay & de la
Chine. On y trouve de plus le Martyre d'un
jeune Arménien Catholique , qui ayant apoftafié
à Conftantinople , répara le fcandale
qu'il avoit donné , avec un courage & une
ferveur dignes des premiers fiécles du Chriftianifme.
Enfin , outre plufieurs particularités trèspropres
à édifier les Lecteurs , contenuës
dans une Lettre Préliminaire du P. du Halde,
on trouve dans le même Volume une Relation
curieufe des Révolutions de Perfe fous
Thamas - Koul kan , & fon Expédition dans
le Mogol. On nous affûre que ce Conquérant
Mahométan aime les Européens , furtout
les François , & qu'il a permis aux Miſfionnaires
de prêcher l'Evangile dans fes
Etats , & à fes Sujets d'embraffer la Foy
Chrétienne. OROCTOBRE.
1741 2237
ORDONNANCES des Rois de France de la
troifiéme Race , recueillies par ordre Chro
nologique , fixiéme Volume , contenant les
Ordonnances de CHARLES V. données
depuis le commencement de l'année 1374.
jufqu'à la fin de fon Regne ; & celles de
CHARLES VI. depuis le commencement de
fon Regne jufques à la fin de l'année 1382 .
Par M. SECOUSSE , Ancien Avocat au Parlement
, & Affocié à l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles Lettres , in fol. A Paris,
de l'Imprimerie Royale. M. DCC. XLI , pag.707
fans la Préface & les Tables.
,
En rendant compte dans le Mercure de
Juin 1737. p. 1158. du précedent Volume
des Ordonnances , lequel eft le cinquième ,
& que les Imprimeurs ont nommé par erreur
le quatrième , nous avons dit que le mérite
de cette grande Compilation , & la capacité
de l'Auteur font fi connus du Public qu'il
feroit inutile d'ajouter quelque chofe à ce
qui en a été dit forfqu'on a parlé des premiers
Volumes . Nous perfiftons dans ces
fentimens avec d'autant plus de raiſon , qu'il
feroit impoffible d'entrer dans quelque détail
, fans excéder de beaucoup les bornes
que nous fommes obligés de nous prefcrire.
Il y a cependant dans cet Ouvrage immenfe
beaucoup à aprendre & à profiter , fur- tout
par le grand nombre de Remarques , de
Notes
238 MERCURE DE FRANCE
Notes , &c. dont le Texte des Ordonnances
fe trouve enrichi .
DISSERTATION fur la Caufe Phyfique de
la Couleur des Negres , de la qualité de
leurs Cheveux, & de la Dégeneration de l'un
& de l'autre , par M... .. Docteur en Médecine
de l'Univerfité de Perpignan , &c .
Brochure 4° . de 12. pag. A Paris , chés
Guill, Simon.
...
La modeftie de l'Auteur , déja connu par
d'autres bons Ouvrages, lui fait dire au commencement
de celui- ci , qu'on n'auroit jamais
penſé à le rendre public , fi d'illuftres
Académiciens & d'autres Perfonnes d'une
capacité reconnuë , qui l'ont lû & examiné ,
ne l'euffent jugé digne de l'Impreffion .
C'eût été en effet dommage que cette Differtation
fût reftée dans l'obfcurité. La matiere
en queſtion n'avoit , ce femble , jamais
été plus aprofondie, ni mieux traitée que par
un Auteur , à qui la Nature femble avoir
dévoilé tous fes fecrets. Il la fuit pas à pas ,
& met à profit toutes les connoiffances qu'il
s'eft acquifes dans la Phyfique en géneral ,
dans la Médecine , dans la Chymie & dans
la Botanique en particulier. C'eft tout ce
que nous pouvons dire d'un Ouvrage , qui
contentera fans doute les Experts , & qui
manquoit à ce genre de Litterature.
PSEAU
OCTOBRE . 1741
1741 2239
PSEAUMES DE DAVID expliqués par Theodoret,
S: Bafile , & S. Jean Chryfoftome, Peres
de l'Eglife Grecque , traduits en François par
le P. Jofeph Duranty DE BONRECUEIL , Prêtre
de l'Oratoire , 7. vol in 12. A Paris , chés
Nyon fils , Quai des Auguftins , près le Pont
S. Michel , à l'Occafion . M. DCC . XLI .
,
Le R. Pere de Bonrecueil , de l'Oratoire
qui a donné au Public plufieurs Ouvrages
de pieté & d'érudition Chrétienne , vient
de lui faire un nouveau prefent qui ne
fera pas , fans doute , moins utile à la Religion.
Les Pfeaumes , dit - il , ayant fait
dans tous les tems la priere de l'Eglife , la
confolation des Ames faintes , & le moyen
le plus propre pour parvenir à la perfec
tion du Chriftianifme il n'eft pas furprenant
qu'on fe foit fi fort apliqué à les
- éclaircir & à en donner l'intelligence . Plu
1 fieurs Auteurs l'ont fait dans ce dernier
tems avec fuccès. Après tant de travaux fi
Futiles , il femble , continuë l'Auteur , qu'on
ne puiffe rien ajouter à tout ce qui a été
F. fait pour faciliter l'intelligence de ces divins
& admirables Cantiques. Cependant le Con
cile de Trente ayant ordonné de fuivre dans
l'explication des Ecritures , les faints Docteurs
que Dieu a donnés à fon Peuple , &
qu'il a remplis de fon Efprit , il a crû rendre
un fervice à l'Eglife , & faire plaifir aux Domesti
2240 MERCURE DE FRANCE
meftiques de la Foy , & fur tout aux Chrétiens
qui travaillent ferieufement à leur falut , de
mettre dans une Langue qu'ils entendiffent,
les Commentaires & les Homélies des Peres
Grecs , qui , de l'aveu de tout le monde , fe
font le plus apliqués & ont mieux entendu
la lettre de l'Ecriture. Dans cet efprit , le
P. de Bonrecueil en a choifi trois qui méri
tent une attention particuliere , s'étant beaucoup
diftingués fur ce fujet ; fçavoir , le docte
Théodoret , Evêque de Cyr , le grand S. Bafile
, Archevêque de Cefarée en Cappadoce ,
& l'éloquent S. Jean Chryfoftome , Archevêque
de Conftantinople .
Théodoret a expliqué tous les Pfeaumes .
Il eft , au fentiment de notre Auteur , clair
& concis , & en peu de mots , il nous met
devant les yeux le deffein & l'occaſion . S. Bafile
n'en a éclairci qu'un petit nombre ; mais
dans le peu que nous avons de lui , il nous
fait regreter ceux qu'il n'a point expliqués
ou que nous avons malheureufement perdus.
S. Chryfoftome en a prêché environ quatrevingt
à Antioche ou à Conftantinople , &
partout on retrouve cette éloquence vive &
naturelle , qui charmoit les Habitans de ces
deux grandes & magnifiques Villes.
Le R. P. de Montfaucon , qui nous a donné
une belle Edition des OEuvres de ce faint
Docteur avoit reçu d'Angleterre trente,
Home-
2
OCTOBRE. 1741. 2241
Homélies fur les Pleaumes , & il crut d'a
bord poffeder un grand tréfor ; mais après
les avoir examinées avec fa fagacité ordinaire ,
il reconnut qu'elles étoient indignes de cet
éloquent Pere , & ne voulut pas en charger
l'impreffion . On aura par confequent ici l'explication
de tous les Pfeaumes , mais avec
cet avantage , que celle de Théodoret ne
manquant jamais , fera quelquefois fuivie de
celle de S. Bafile , & fouvent de celle de
S. Chryfoftome . Cette varieté aura même fon
agrément , & on aura la liberté de choiſir
chacun ce qui fera le plus conforme à fon
goût & à fa pieté .
L'Auteur finit fa courte Préface par un
trait de l'humilité de S. Gregoire le Grand ,
& de l'estime qu'il avoit pour les Pfeaumes ,
lequel ne sçauroit être raporté plus à propos,
Ce grand Pape ayant apris que Martinien
Evêque de Ravenne , faifoit lire fes Morales
de Job durant l'Office de la nuit , il s'en plaignit
par fon Nonce : Car , dit- il , ce n'eft
pas un Ouvrage populaire , & il eft plus capable
de nuire que de profiter aux Commençans.
Dites - lui qu'il falle lire plûtôt les
Commentaires fur les Pfeaumes , qui font
propres à former les moeurs des Séculiers,
Liv. X. Ep. 22.
C'est tout ce que nous pouvons dire d'un
Ouvrage qui eft li capable d'inftruire & d'édifier
;
2242 MERCURE DE FRANCE
difier , & qui porte avec lui fa recomman
dation .
CAUSES CE'LE'BRES & intereſſantes , avec
tes Jugemens qui les ont décidées , recueillies
par M...... Avocat au Parlement . Tomes
XVII. XVIII . in 12. AParis , chés Theodore
Le Gras , au Palais.
an
M. Gayot de Pitaval , après une Dédicace
en Vers , adreffés à M. le Duc de Gévres ,
commence par dire dans un Avertiffement ,
que voici
pour cette année , le Tribut qu'il
paye ordinairement au Public tous les ans ,
depuis l'année 1733. fans oublier que le
Tributaire a penfé mourir d'une maladie
dangereufe , ni le nom du Medecin qui l'a
tiré de ce mauvais pas. Il rend enfuite raiſon
du choix qu'il a fait des Cauſes qui remplif
fent ces deux volumes , & répond à quelques
Critiques.
Le premier de ces deux Volumes contient
1º. l'HISTOIRE de la naiffance de la Dlle
Sfrondate , & de la filiation qu'elle a réclamée
, jugée par le Senat de Turin .
2°. L'HISTOIRE de Marie Stuart , Reine
d'Ecoffe , condamnée à mort fans autorité
par Elifabeth Reine d'Angleterre.
3 ° . FILIATION reclamée fans Acte de Bap
tême , fans une véritable poffeffion d'Etat ,
fur le fondement de plufieurs fortes conjectures.
4°.
OCTOBRE. 1741: 2243
SEDUCTEUR qui fe dévoile après la féduction
5° SUPPLEMENT aux Caufes de féparation
de corps.
Le xviii . Tome eft rempli des Cauſes
fuivantes . 1. CASSATION du Teftament
d'un célébre Magiftrat & c .
2º. TESTAMENT caffé d'un Homme , qui
croyoit être Fille .
3. JUIFS condamnés pour un crime énor
me , qui révolte l'Humanité , &c.
4. FILIATION reclamée malgré l'Acte de
Baptême.
5. ROBERT , Comte d'Artois , condamné
comme Rebelle , & la Juftice de Philipe
de Valois juftifiée .
Ces deux Volumes fe vendent auffi chés
Guill . Cavelier pere , ruë S. Jacques , au Lys
d'or , chés Jean de Nully , au Palais , à l'Ecu
de France , chés Charles- Nicolas Poirion
rue S. Jacques , à l'Empereur , & chés Pierre
Cavelier fils , rue S. Jacques , à la Ville de
Paris.
,
RE'FLEXIONS fur les Paffions & fur les
Goûts , par M. de B ***. A Paris , chés
Didot , Quai des Auguftins , à la Bible d'or,
1741.
M. Morabin doit donner inceffamment
PHiftoire
244 MERCURE 7 DE FRANCE
Hiftoire de Ciceron en deux Volumes in 4
C'eft de fa part un engagement pris dès
long-tems , qu'on ne doute pas qu'il ne
rempliffe à la fatisfaction de la République
Littéraire. L'Hiftoire de l'Exil de cet Orateur
, imprimée en 1725 , en peut être un
gage à ceux qui s'intéreffent avec connoiffance
de caufe à des Ouvrages de ce genre,
Mais il y aura dans ce nouvel Ouvrage cette
difference avantageufe , que l'Auteur joindra
au Texte des Explications très- amples , lefquelles
, outre qu'elles éclairciront tout ce
qui peut faire de la difficulté aux Lecteurs ,
rendront raiſon des Cérémonies , des Ufages
de la Pratique Judiciaire &c. ,
On copie actuellement le premier Volume
, qu'il compte de préfenter à la Cenfure
avant la fin de l'année. Il promet le fecond
dans le courant de l'année prochaine .
Les Freres Guerin , rue S. Jacques , ont
achevé d'imprimer le Recucil des Harangues
Latines du P. de la Sante , Jeſuite , Profeffeur
de Rhétorique , au College de Louis LE
GRAND , avec la Traduction Françoiſe de
quelques - unes de ces Harangues , & une
Préface Latine fur la décadence du Latin ,
& furtout de l'Eloquence Latine. Ce Recueil
eft en deux Volumes in 12 , dédié à Monfeigneur
le Dauphin. L'Ouvrage eft actuellement
en vente . HISOCTOBRE
. 1741. 2245
HISTOIRE DU MONT VESUVE , avec l'Explication
des Phénoménes qui ont coûtume
d'accompagner les Embrafemens de cette
Montagne , le tout traduit de l'Italien de
l'Académie des Sciences de Naples , par M.
du Perron de Caftera. A Paris chés
Huart , rue Saint Jacques 1741 volume
in 12. de 361. pages , non compris une Epitre
Dédicatoire du Libraire à Monſeigneur
le Dauphin , un Avis du Libraire , un Avis
du Traducteur , l'Epitre des Académiciens
de Naples au Roy des deux Siciles , une Table
de l'état de l'air dans le Napolitain depuis
le premier Mai 1737 , jufqu'au 8. Juin
exclufivement , & deux Planches repréfentant
le Mont Véſuve.
HISTOIRE DE L'ACADEMIE ROYALE DES
INSCRIPTIONS ET BELLES LETTRES , avec
les Mémoires de Littérature , tirés des Regiftres
de cette Académie , depuis l'année
1734. jufques & compris l'année 1737. A
Paris , de l'Imprimerie Royale 1740. Tome
XIII. in-4° . de 713. pages..
LE GEOGRAPHE ME'THODIQUE ou Introduction
à la Géographie ancienne & moderne
, à la Chronologie , & à l'Histoire
avec un Effai fur l'Hiftoire de la Géographie,
& grand nombre de Cartes & de Figures , à
F l'ufago
2246 MERCURE DE FRANCE
Fufage de M. le Comte de la Marche , par
M. l'Abbé de Gourné. A Paris , chés Jean-
Antoine Robinet , Libraire , fur le Quai
des Auguftins , 1741. in- 12.
NOUVELLE TRADUCTION des Difcours
de Théodoret , de la Providence , & celle
de fon Difcours de la fainte & divine Charité
ou de l'amour de l'homme envers
Dieu , avec des Sommaires pour en faciliter
l'intelligence , dédiée à M. le Duc d'Or
leans , par M. l'Abbé le Mére , 1740 , in-8°.
A Paris , chés Lambert & Durand.
ABREGE' de l'Hiftoire d'Eſpagne , par
le P. Duchefne , de la Compagnie de Jeſus ,
Précepteur des Infants d'Eſpagne , in 12 .
A Paris , chés Chaubert , Lambert & Durand.
DISSERTATION fur un Préjugé trèspernicieux
, concernant les Maux de Dents
qui furviennent aux Femmes groffes . Par M.
Bunon , Chirurgien Dentifte , reçu à S. Cômc.
Brochure in - 12 . A Paris , chés Chau.
bert , Briaffon , Nully & Prault , fils . M. DCC .
XLI .
Les erreurs font toujours pernicieufes , fur
tout quand elles intéreffent la fanté . Celle
dont il s'agit ici eft non - feulement combattuë
OCTOBRE. 1741. 2247
tuë , mais démontrée dans la Differtation de
M. Bunon , laquelle eft munie d'une Approbation
diftinguée , c'eft celle de M. Morand,
& honorée de la Permiffion de M. le Lieutenant
Général de Police.
L'Auteur avertit les Perfonnes qui fouhaiteront
de le confulter , foit pour remédier
aux accidens qui peuvent furvenir à la bouche
, foit pour les prévenir par des Opérations
, ou par des Remedes , qu'ils peuvent
le faire venir le matin chés elles , ou fe
transporter l'après - dîné chés lui , où on le
trouve réguliérement. Il demeure ruë faint
Honoré , précisément vis - à - vis la ruë de
Grenelle.

9
Il continue à donner fes foins fes
Opérations , & les Remedes propres à prévenir
& à réparer les accidens qui furviennent
aux Dents & aux autres parties de la
Bouche ; il remet des Dents artificielles ,
& des rateliers entiers , qui imitent les Dents
naturelles , & fervent à broyer les alimens ;
il en envoye dans les Provinces & Pays
Etrangers , quand on lui envoye des meſures
ou modeles convenables , & qu'on lui écrit
franc de port. Il débite auffi chés lui ,
un Elixir antifcorbutique qui rafermit les
dents , diffipe le gonflement & l'inflam
mation des gencives , les forrifie , les fair
Fij
recroî2248
MERCURE DE FRANCE
recroître , & apaiſe les douleurs de Dents.
Une Eau , apellée Souveraine , qui affermit
auffi les Dents , rétablit les Gencives , en
diffipe les Tumeurs , Chancres & Boutons
en éloigne la corruption , & calme au fi les
douleurs de Dents . Une Opiate pour affermir
& blanchir les Dents , & fortifier les
Gencives , en diffipant le fang épais & groffier.
Une poudre de Corail pour blanchir &
entretenir les Dents , & empêcher que le limon
ne fe forme en tartre , & qu'il ne cor--
rompe les Gencives. Les plus petites bouteilles
de l'Elixir fe vendent 1. liv. 10. fols.
Celles d'Eau Souveraine , 1. 1. 4. f. Les pots
d'Opiate font de 6. liv. de 3. 1. & 1. 1. 10. f,
Les Boettes de poudre de Corail, d'une l.4 . f.
M. Dibon , Chirurgien ordinaire du Roy
dans la Compagnie des Cent - Suiffes , donne
avis au Public , que la Lettre d'un Gentilhomme
de Province , qui paroît depuis peu , au
fujet de quelques Obfervations fur le Traité
de M. Aftruc , de Morbis Venereis , imprimée
à Carthagene , n'eft pas de lui , & qu'il défavouë
entiérement le peu de ménagement
que l'on y garde pour Mrs les Medecins ;
les Aprobations que plufieurs Medecins de
la Faculté de Paris ont bien voulu donner à
fon Remede , lefquelles fe trouvent à la fin
du
OCTOBRE. 1741. 2249
du 3. Vol. intitulé Suite des Maladies Veneriennes
, font , dit il , de fûrs garans de la
parfaite reconnoiffance qu'il doit avoir , &
qu'il a pour la Faculté de Medecine , ajoûtant
qu'il n'a jamais paru de lui que 3. volumes
fur cette matiere , toujours avec Aprobation
& Privilege du Roy. Le troisième
paroît depuis huit jours , & fe vend chés
Lormel , ruë de la vieille Bouclerie .
ME'MOIRES & AVANTURES de M. de
*** traduits de l'Italien par lui- même ,'
cinquiéme & fixiéme Parties , en deux Volumes
in- douze. Le premier de 143 pages ,
& le ſecond de 182. A la Haye , chés Jean
Neaulme 1741. fe trouvent à Paris , chés
Prault , pere.
DISSERTATION Critique & Analytique
fur les Chrono- Grammes , publiée en 1718 .
Nouvelle Edition, revûë & corrigée par l'Au
teur. A Bruxelles , chés la veuve F. Foppens.
1741 .
REMARQUES de M... fur cette Differtation
1. On l'attribuë au laborieux & fçavant
M. Guillaume de Craffier , Baron du S. E.R.
Confeiller des Finances de S. A. M. l'Evêque
& Prince de Liege.
2. Le décès de Claude de la Chaftre ;
Maréchal de France , arrivé le 18. Decem-
Fiij
bre
2250 MERCURE DE FRANCE
bre 1614. fe trouve en un Diftique Latin
numéraire , compofé par le docte Edmond
Merille , Profeffeur de Droits à Bourges
décédé le 14. Juillet 1647. Diftique raporté
par Chenu fur Filleau , Recueil des Edits
&c. Tome II . page 494. Edit. de 1630 .
Partie troifiéme , Titre II. Chap. 39.
3. On trouve l'ufage de la Chrono-graphie
dans les Bigarures du fieur des Accords,
par Etienne Tabourot , Avocat à Dijon
Chap. 12. Des Lettres Numéraires & Vers
Numéraux , fol. 135. Cer Ouvrage eft cité
à la page 8. de la même Differtation.
,
4. La Chrono- graphie eft critiquée par le
P.Spiridion Poupart dans fon Taliſman, Journal
de Trévoux 1718. Septembre , p. 456.
& 469.
5. On trouve l'Idée du Chrono-graphe dans
le Mercure de France 1722.Decembre, page
76. & fuivantes.

6. On ne s'éléveroit pas contre la Chronographie
, fi elle étoit conforme aux caractéres
qui font énoncés dans cette idée . Il faut
que le Chrono -graphe foit fur une feule ligne
, fimple , double , naturelle & exacte .
Ce qui dégoûte du Chrono graphe , c'eft
quand il occupe plus d'une ligne , qu'il eft
additionné & libre.
ABREGE' de l'Effai de M. Locke fur l'Entendement
OCTOBRE . 1741. 2251
tendement humain , traduit de l'Anglois par
M. Boffet. Nouvelle Edition. à Londres
chés J. Nourze , 1741. in- 12.
› >
ESSAI PRATIQUE fur la petite Verole ;
où l'on propose une nouvelle maniere de
préparer le corps , avant que la maladie ſe
déclare , & de détourner la matiére de cette
maladie des parties vitales vers les extrémités
du corps , pour en prévenir les fâcheufes
faites , comme auffi une Méthode pour guérir
cette maladie par la réfolution des humeurs
, ou en ôtant l'inflammation ; avec
un examen de l'origine & du progrès de
cette maladie &c . A Londres , par M. Guill,
Hillary , Médecin de Bath , chés Hitch , inoctavo.
L'Ouvrage eft en Anglois.
C
NOUVELLE TRADUCTION ITALIENNE des
trois Livres de Ciceron , des Offices , des
deux Dialogues de l'Amitié & de la Vicilleffe
, des Paradoxes & du Songe de Scipion ,
par M. Frédéric Vendramino , Noble Venitien
, avec les Remarques de M. Louis Dolce.
A Venife , chés Simon Occhi , in- 12.
NOUVELLE Edition des Annales Eccléfiaftiques
du Cardinal Baronius , avec la Critidu
P.Antoine Pagi ,& des nouvelles Obfervations
de l'Editeur, feptiéme & huitiéme
Fij Volumes,
que
2252 MERCURE DE FRANCE
Volumes , à Luques ; le huitième Volume va
juſqu'en 499 .
NOUVEAU TRE'SOR des Infcriptions antiques
, omifes dans les principaux Recueils
qu'on en a publiés , par Louis Antoine Muratori
, Bibliotécaire du Duc de Modćne
Tome premier , à Milan , de l'Imprimerie
Palatine , 1739. Tome fecond 1740. Volumes
in fol. Les deux Volumes de 1235. pp .
pour les Infcriptions feules , fans compter
deux Epitres Dédicatoires , la Préface , les
Differtations & les Lettres de M. le Baron
de la Baftie , qui occupent 172. colomnes.
L'Cuvrage eft en Latin.
LES OEUVRES de J. B. Rouffeau , nouvelle
Edition , ent eprife depuis fa mort , fuivant
les dernieres difpofitions de fon Teft ment ,
& fur fes propres Manufcrits.
Le célebre Rouffeau , mort à Bruxelles le
17. Mars de cette année , a laiffé par un article
de fon Teftament , tous fes Papiers à
M. Seguy, Gouverneur du Prince Hereditaire
de la Tour & Taffis , avec une recommandation
preffante d'entreprendre inceffamment
une nouvelle Edition de fes OEuvres , autant
pour faire voir le jour à un grand nombre
de fes Piéces , anciennes & nouvelles , qui
n'ont jamais été publiées , que pour arrêter
la
OCTOBRE . 1741 2253
la témerité & l'indifcrétion de ceux qui pour
roient former la même entrepriſe par d'autres
vûës.
L'Original du Teftament eft entre les mins
de M. le Comte de Lannoy , Gouverneur de
Bruxelles , un des plus génereux Protecteurs
de ce grand Poëte , & qui n'a pas dédaigné,
priere , de fe charger de l'exécution de àfa
fes dernieres volontés.
C'eſt donc à l'amitié que M. Seguy fe croit
redevable de tous fes foins , pour donner
toute la perfection po
Tible à cette Edition .
Le deffein où il eft de n'y rien épargner , l'a
fait penfer à prendre la voye des Soufcriptions
. Il fe Aate de trouver autant de perfonnes
zelées à foufcrire , qu'il y a d'Amateurs
de la véritable Poëfie .
L'Ouvrage confiftera dans trois Volumes
in 4° . format Royal , plus épais que les deux
de la grande Edition de Londres de 1723 .
;
>
par
où l'on peut juger tout d'un coup combien
on y trouvera de nouvelles richeffes
Il y en a effectivement de tous les genres ;
des Odes , des Epitres , des Epigrammes
des Piéces de Théatre , des Cantates ; & , ce
qui ne paffera point aux yeux des Connoiffeurs
pour la moindre partie du Recueil , un
grand nombre de Lettres , où l'efprit , le
goût & les talens de ce fameux Ecrivain n'éclatent
pas moins que dans fa Poëfię. Ou
F v
en
2254 MERCURE DE FRANCE
en prend ici occafion d'inviter tous ceux qui
ont eu avec lui quelque commerce , de communiquer
à l'Editeur toutes les Lettres qu'ils
ont pû conferver. L'adreffe de M. Seguy eft
à l'Hôtel de la Tour & Taffis , à Bruxelles.
Les Piéces nouvelles feront diftribuées dans
leur ordre naturel à la fuite des anciennes
Piéces du même genre ; & on placera à la
tête de l'Ouvrage , c'eft - à- dire , après l'ancienne
Préface , l'Eloge hiftorique de l'Auteur
, qui contiendra tout ce qu'on a pû recüeillir
des circonftances de fa Vie.
Le Caractére , le Papier , les foins pour la
correction & l'ornement , tout répondra aux
defirs de l'illuftre Mort , & au zele de fon
Ami. Dans cette vûë , on fabrique actuellement
du Papier de la plus belle eſpéce , &
on fait fondre un Caractére de la même
beauté & de la même grandeur que celui
de l'Edition de Londres.
On
s'engage ,
avec toute la force de
la bonne foi & de l'honneur , à ne pas
tirer plus d'Exemplaires qu'on n'aura reçu
de Soufcriptions ; & pour s'impofer làdeffus
les bornes les plus étroites , on déclare
que la Soufcription ne fera ouverte que
pendant quatre mois , à compter du premier
jour d'Août 1741. date de ce Programme.
Suivant ce calcul , on promet que l'Ouvrage
entier fera imprimé & fe diftribuera dans les
Licux
OCTOBRE . 1741 2255
Lieux où l'on aura pris les Soufcriptions , au
commencement du mois de Novembre de
l'année 1742.
On avertit particulierement que tous les
Billets de Soufcription feront fignés du nom
& de la main de M. Seguy , fans quoi ils
n'auront nulle valeur.
>
Le prix fera de feize livres de France chaque
Volume : ce qui revient
pour les trois
à deux Louis d'Or neufs en France , à deux
Carolins dans l'Empire , & à deux Guinées
en Angleterre , dont la moitié fera payée en
foufcrivant , & l'autre en recevant l'Ouvrage
imprimé. On mettra le Portrait de l'Auteur
à la tête du premier Tome , & les noms de
ceux qui auront foufcrit ; ainfi on les prie
de donner leurs noms & leurs qualités en
foufcrivant.
On pourra foufcrire à Paris , chez Didot ,
Libraire , Quai des Auguftins , à la Bible
d'Or.
A Londres, chez M. Carpentier , à l'Hôtel
de S. E. M. l'Ambaffadeur de la Reine
de Hongrie.
Dans les Villes de l'Empire , aux Bureaux
des Poftes Impériales .
Dans les Villes des Pays - Bas , chés les
Directeurs des Poftes.
A Drefde , chés M. Boutet , Sécretaire de
M. l'Envoyé Extraordinaire de France.
F vj
A
2256 MERCURE DE FRANCE
AVienne, en Autriche , chés M. de Schmids
Agent de plufieurs Princes de l'Empire .
A Francfort fur le Mein, chés Fr. Varrentrapp
, Libraire
On ne ſe bornera point tellement aux
Lieux qu'on vient de nommer , qu'on ne
puiffe , fuivant l'occafion , & pour la commodité
du Public , envoyer des Billets de
Soufcription dans plufieurs autres Villes , &
la sûreté fera égale par le foin qu'on prendra
de ne choifir que des perfonnes de confiance
pour les diftribuer.
Nous ne perdons pas un moment de tems
pour publier cette Annonce qu'on nous a envoyée
de Bruxelles , perfuadés que l'Ouvrage
annoncé fera très - digne de l'empreffement du
Public , qui le defire avec ardeur.
ORAISON FUNEBRE de M. Charles Dupleffis
d'Argentré , Evêque & Comte de
Tulle , prononcée à Tulle dans l'Eglife Cathédrale
, par le P. Jofeph Centra , Recteur
du College de la Compagnie de Jefus , le
15. Novembre 1740. A Tulle , chés J. Leonard
Dalvy , 1740. in -4° .
On a publié à Milan le 1v. Vol. fol . du
grand Ouvrage de M. Muratori , Antiquitates
Italica medii avi , &c. contenant x111 .
Differtations.
On
OCTOBRE. 1741 2257
On écrit de Rome , que M. Ficorini vient
d'y publier chés Girolamo Mainardi 1. Vol .
4°. 1741. un Ouvrage important , qui apartient
à l'Hiftoire Diplomatique , & à la
Science des Médailles. Il eft intitulé ProMBI
Antichi , Opera di Franc. Ficorini , dedicata
alla Santita di noftro Signore Papa Benedetto
XIV. Cet Ouvrage eft enrichi du Portrait
du Pape , & de 64. Planches , le tout
très bien gravé.
On a-auffi imprimé à Rome, chés Jean Zampel
une Harangue Latine , prononcée fur la
fin de l'année derniere par le P. Paulin de S.
Jofeph , Profeffeur d'Eloquence dans le Col
lege de la Sapience , connu par fes rares Talens
pour l'Eloquence & pour les Mathématiques.
L'Orateur y combat ce Préjugé trop
commun, que l'étude des Beaux Arts n'eft pas
néceffaire à la jeune Nobleſſe : il fait voir au
contraire qu'elle lui eft plus indifpenfable
qu'aux autres , foit à caufe de fes propres
avantages , foit à caufe de l'intérêt des Républiques
, qu'elle eft deftinée à gouverner. Il
paffe enfuite aux louanges du Souverain Pontife
, dans lequel la Nobleffe trouve le modéle
le plus acompli de la maniere dont elle
doit être , agir , & s'apliquer aux Etudes.
Le Titre de cette Harangue , qui fût extrémément
aplaudie , eft De Neceffitate opti
marum Artium in Nobili Juventute .
PRO7258
MERCURE DE FRANCE
PROGRAMME de l'Académie des
Sciences de Bordeaux.
L
'Académie des Belles Lettres , Sciences & Arts,
établie à Bordeaux , diftribue chaque année un
Prix de Phyfique , fondé par feu M. le Duc de la
Force. C'eft une Médaille d'Or de la valeur de trois
cent livres.
Elle propofe chaque Sujet deux ans d'avance ,
afin que les Auteurs ayent plus de tems pour travailler
leurs Ouvrages.
Elle avoit donné pour fujet du Prix de la préfente
année 1741. la caufe de la couleur des Negres ;
mais parmi les Piéces qui lui ont été envoyées ,
elle n'en a trouvé aucune digne d'être couronnée .
Afin que les Sciences n'y perdent rien , l'Académie
diuribuera deux Prix d'égale valeur en l'année
1743. Le Sujet du premier Prix , fera la caufe de
Pélevation des Vapeurs des Exhalaifons dans l'Air :
Et le Sujet de l'autre , fera l'Origine la Formation
des Pierres Figurées.
Les Differtations , fur l'un & l'autre de ces Sujets ,
ne feront reçues que jufqu'au premier Mai de l'année
1743. Elles peuvent être en François , ou en
Latin , On demande qu'elles foient écrites en carac
téres bien lifibles.
Au bas des Differtations , il y aura une Sentence ,
& PAuteur mettra dans un Billet féparé & cacheté ,
la même Sentence , avec fon nom , fon adreffe &
fes qualités , d'une façon qui ne puiffe pas former
d'équivoque.
Les Paquets feront affranchis de Port , & adreſſes
M. le Préfident Barbot , Sécrétaire de l'Académie,
fur les Foffés du Chapeau Rouge ; ou au Sr Brun,
Imprimeur Aggregé de l'Académie , rue S.James.
PROOCTOBRE.
1741 2259
PROGRAMME de l'Académie des
Sciences de Dijon.
L
'Académie des Sciences de D jon , fondée par
feu M. Hector- Bernard Pouffier , Doyen du
Parlement de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans de l'Europe , qu'elle donnera tous les ans
un Prix au Public , qui fera une Médaille d'Or de
la valeur de trente Piftoles .
Mais comme il eft differens genres de Sciences ,
& qu'il eft jufte que tous ceux qui s'y apliquent
puiffent prétendre à une récompenfe toujours audeffous
de leurs talens , en même- tems qu'elle eft
le dernier point de vue de leurs travaux , l'Académie
a crû devoir prendre des mefures pour pouvoir
dans le cours de trois années rendre une Juſtice éclatante
au mérite du Phyficien , du Moralifte & du
Médecin. C'eft fur cette idée qu'elle a fixé pour la
premiere année le fujet du Prix à un Problême de
Phyfique , la feconde année fera le partage de la
Morale , & la troifiéme celui de la Médecine , en
obfervant toujours le même ordre d'années à
autres.
Le fujet du Prix de Phyfique pour l'année 1742 .
eft de déterminer la difference des liteffes d'un Liquide
qui paffe par des Tuyaux inflexibles , & de celui qui
paffe par des Tuyaux élastiques .
Il fera libre à ceux qui voudront concourir, d'écrire
en François ou en Latin , obfervant de faire
tranfcrire leurs Ouvrages d'une façon qui foit lifible
, furtout s'il y a des calculs algébriques.
Les Differtations franches de Port fans quoi
elles ne feront pas retirées ) feront adreflées à
M. Petit , Sécrétaire de l'Académie , ruë du Vieux-
Marché, à Dijon , qui n'en recevra aucune paffé le
premier Avril 1742.
Tous
2260 MERCURE DE FRANCE
Tous ceux qui, ayant travaillé fur le Sujet donné,
fe feront fait connoître avant la Diftribution du
Prix , feront exclus du concours . Pour remedier à
cet inconvénient , chaque Auteur fera tenu de mettre
au bas de fa Differtation une Sentence , ou une
Devile, & d'y joindre une feuille de papier cachetée,
fur le dos de laquelle , fera la même Sentence de la
Differtation , & fous le Cachet , fon nom , fes qualités
& fa demeure , pour y avoir recours lors de la
diftribution du Prix. Les feuilles , ainfi cachetées
, ne feront point ouvertes avant ce tems - là ,
mais le Sécrétaire en tiendra un Registre exact &
fidele . Ceux qui exigeront de lui un Récepiffé de
leurs Ouvrages , lui donneront une Adreffe autre
que la leur , à qui il l'enverra ; & dans le cas où
celui qui auroit exigé cette precaution viendroit à
avoir le Prix , il fera obligé, en chargeant une perfonne
domiciliée à Dijon de fa Procuration fimple
pour le recevoir , d'y joindre auffi le Récepiflé .
La Diftribution du Pri fe fera dans une Affemblée
publique de l'Académie , le jour de la Fête de
S. Louis , 25. du mois d'Août 1742 .
L'Académie des Jeux Floraux diftribuera le troifiéme
Mai de l'année mil fept cent quarante deux,
fes cinq Prix .
Le premier eft une Amaranthe d'or de la valeur
de quatre cent livres deftiné à un Ode.
Le fecond eft une Violette d'argent de la valeur
de deux c.nt cinquante livres , deftiné à un Poëme
de foixante Vers au moins , & de cent Vers au
plus Le Sujet de cette forte de Poëmes doit être
héroiqu ou dans le genre noble , & les Vers en
doivent être Alexandrins.
Le trofiéme Prix eft une Eglantine d'argent de
la valeur de deux cent cinquante livres , qui eit
deftiné
OCTOBRE. 2261
1741
destiné à une Piéce de Profe , d'un quart d'heure , ou
d'une petite demi- heure de lecture , dont le Suje
fera pour l'année mil fept cent quarante- deux ,
L'AMOUR DE LA PATRI E.
Le quatrième Prix eft un Souci d'argent de la
valeur de deux cent livres . Il eſt deſtiné à une Elé →
gie , à une Idyle ou à une Eglogue . Ces trois gen
res d'Ouvrages concourent enfemble pour le mê➡
me Prix , & doivent être tous à Rimes plates & en
Vers Alexandrins , fans mélange de Vers d'autre
meſure.
Le Sujet de tous les genres d'Ouvrages de Poëfie
, auxquels l'Amaranthe , la Violette & le Souci
font deſtinés , eft au choix des Auteurs .
Le cinqui m Prix eft un Lys d'argent de la va
leur de foixante livres , deſtiné à un Sonnet à l'honneur
de la Vierge.
-Les Auteurs font avertis de ne pas fe negliger
fur les Rimes & fur toutes les Regles de la Verfification.
Les Ouvrages qui ne font que des Imitations , on
des Traductions ceux qui ont paru dans le Public .
ceux qui traitent des Sujets donnés par d'autres
Académies , les Ouvrages qui ont quelque chofe
de burleſque , de fatyrique , de contraire aux bonnes
moeurs , ceux dont les Auteurs fe font connoître
avant le Jugement , & pour lefquels ils follicitent
ou font folliciter , font exclus des Prix .
Les Auteurs qui traitent des Matières Théologie
ques doivent faire mettre au bas de leurs Ouvrages
l'Aprobation de deux Docteurs en Théologie ;
ce qui fera même obſervé à l'égard du Sonnet à
l'honneur de la Vierge , fans quoi ces Ouvrages
n'entreront pas au Concours.
Les Auteurs feront remettre , dans tout le mois
de
7262 MERCURE DE FRANCE
de Janvier de l'année 1742. par des Perfonnes do
miciliées à Touloufe , à M. le Chevalier d'Aliés
Secrétaire perpetuel de l'Académie des Jeux Floraux
, demeurant rue des Coute.iers à Toulouſe ,
trois Copies bien lifibles de chaque Ouvrage , qui
fera défigné feulement par une Devife ou Sentence .
M. le Sécrétaire écrira la réception des Ouvrages
dans fon Registre , le Nom , la Qualité ou la Profeffion
, & la demeure des Perfonnes qui les lui
au ont remis , lefquelles figneront fon Regiftre ,
& il leur expédiera le Récépiffé des Ouvrages.
Non- feulement M. le Secrétaire ne retirera
point les Paquets qui lui feront adreffés par la
Pofte en droiture , s'ils ne font affranchis ; mais
quand même on les affranchiroit , les Ouvrages
qui lui parviendront par cette voye ne feront pas
mis au Concours par les raifons dont on a fouvent
averti les Auteurs , à moins que ces Paquets ne lui
foient adreffés par des Perfonnes de fa connoiffance
; enforte qu'il puiffe s'affûrer que fes Récépiffés
ne s'égarent point , & que les Auteurs font à Pabri
de toute furpriſe pour recevoir les Prix qu'ils
auront remportés.
'
Ceux qui auront remporté des Prix feront obligez
, s'ils font à Toulouſe , de venir les recevoir
eux-mêmes , l'après midi du troifiéme jour du mois
de Mai , à l'Affemblée publique de la Diſtribution
des Prix , qui fe fait dans le grand Confiftoire de
l'Hôtel de Ville . S'ils font hors de portée de venir
les recevoir eux - mêmes , ils doivent envoyer une
Procuration en bonne forme ( dans laquelle ils fe
déclareront auteurs des Ouvrages ) à une Perfonne,
domiciliée à Toulouſe , pour les recevoir de M. le
Sécrétaire , en lui remettant la Procuration des Auteurs
& les Récépiffés des Ouvrages.
On ne peut remporter que trois fois chacun des
Prix
OCTOBRE 1741. 2263
Prix que l'Académie diſtribuë . Les Auteurs qu'on
reconnoîtra en avoir obtenu un plus grand nombre
en feront exclus , de même que ceux qu'on décou
vrira en avoir remporté fous des. Noms fupolés.
A

Après que les Auteurs fe feront fait connoître ,
on leur donnera des Atteftations , portant qu'un
tel , une telle année , pour tel Ouvrage par lui
compofé , a remporté un tel Prix , & l'Ouvrage en
Original fera attaché à cette Atteftation , fous le
Contre-Scel des Jeux.
Ceux qui auront remporté trois des quatre
premiers Prix , l'un defquels fera l'Amaranthe
, qui eft le Prix deſtiné à l'Ode , pourront obtenir
des Lettres de Maîtres des Jeux Floraux , &
feront du Corps des jeux , avec droit d'affifter
& d'opiner , comme Jages , aux Affemblées particulieres
& publiques qui fe font pour le Jugement
des Ouvrages & pour la Diftribution des Prix .
L'Ode qui a pour Titre , l'Existence de Dieu , &
pour Devile , Invifibilia enim ipfius , à creatura
Mundi , per ea quafacta funt intellecta confpiciuntur ,
a remporté le premier Prix.
Le premier des Prix d'Ode réfervés a été adjugé
à l'Ode qui a pour Titre . Sur le Regne de Louis
XV. & pour Deviſe , Loin ces Rimeurs craintifs.....
Qui chantant d'un Héros les Progrès éclatans , Maigres
Hiftoriens , fuivent l'ordre des Tems.
Le fecond Prix d'Ode réfervé a été adjugé à
Pode qui a pour Ture , Le Printems , & pour Devile
, Solvitur acris hyems grata vice veris .
Le Poëme qui a pour Titre , Ariftoméne , &
pour
Dévife , Vincet amor Patria , a remporté le
Prix de l'année de ce genre ; & un des Prix réſervés
de ce même genre a été adjugé au Poëme qui a
pour Titre , Manlius , & pour Devile , Toujours la
Patrie & la Gloire ont parmi les Romains remporté
La Victoire.
La
1264 MERCURE DE FRANCE
Le Difcours qui a pour Devife , Caput Artis
decere a remporté le Prix de la Profe.
L'Elégie qui a pour Titre , La Conversion de Ste
Magdeline & pour Dévife Remittuntur ei peccata
multa , quia dilexit multum , a remporté le
Prix .
Le Prix de l'Elegie réfervé a été adjugé à l'Idyle .
qui a pour Titre , l'Amour Voyageur & pour Dévife
, Hic adfta , viator.
Le Sonnet qui a pour Dévife , Egrediteur de Radice
Jefle , Flos de Radice ejus afcendet , a remporté
le Prix
On verra dans le Recueil de l'Académie les
Noms des Auteurs qui ont remporté les Prix.
L'Académie diftribueza , l'année prochaine , ou .
tre les cinq Prix ordinaires , deux Prix de Poëme
& deux de Difcours réfervés .
ASSEMBLEE PUBLIQUE
de l'Académie des Sciences & Beaux- Arts
de Villefranche , en Beaujolɔis , tenuë le 25 .
Août 1741. Fête de S. Louis.
M
R Noyel de Belleroche , Sécretaire Perpetuel
& actuellement Duecteur , fit l'ouverture par
le Difcours fuivant :
MESSIEURS ,
Notre Ville ne partage qu'avec les plus confilérables
Villes du Royaume , la diftinction qu'elle a
reçûë par l'Etabliffement d'une Académie ; nonfeulement
cet honneur fut obtenu par nos anciens,
dans un tems auquel on ne comptoit pas beaucoup
de ces Societ's Littéraires , autorifées dans les Provices
, mais on peut dire encore que Louis XIV.
qui favorifa toujours , avec autant de difcernement
que
OCTOBRE . 1741. 2265
que d'attention , les Talens & les Sciences , lorf
qu'il établit cette Compagnie , lui donna des marques
d'une predilection particuliere , en confiant le
fein de la proteger à fon Frere unique , dont les
defcendans ont bien voulu fucceffivement nous
continuer la même protection ; ces conceffions honorables
, ces prérogativès précieuſes apartiennent
à la Communauté , il ne s'y trouve point de Citoyens
, fans doute , qui n'en voyent & n'en reconnoiffent
avec joye , tous les avantages ; eh !
quelle idée pourroit on avoir de celui qui n'aprouveroit
pas , ou verroit fans interêt des Aflemblées dans
lefquelles on ne cherche qu'à former l'efprit & le
coeur aux Sciences & à la vertu ? mais plus ces Privileges
font flateurs , & ces honneurs diftingués ,
mieux nous reconnoffous notre obligation de faire
tous nos efforts pour remplir les vûës de cet Etabliffement
; vous êtes en droit de nous rendre refponfables
de fon affermiffement & de les fuccès, &
de condamner la négligence de ceux qui manqueroient
d'y donner toute leur attention ; nous fommes
par conféquent obligés de vous prévenir , en
juftifiant de nos foins, pour remplir les places dont
nous fommes honorés ; ce n'eft point allés de paroître
une fois chaque année pour faire part au Public
de quelque Quvrage qui fembleroit être l'unique
fruit de notre aplication , nous croyons encore
devoir vous perfuader que nos Séances particulieres
font utilement remplies , & vous offrir la liberté de
yous en convaincre , par l'infpection & l'examen de
nos Regiſtres ; les productions de cette année ont
été régulierement dépofées dans nos Archives ,
toujours ouvertes aux Connoiffeurs , qui pourront
principa ement y trouver les Traités dont nous rapellons
ici fuccinctement les Titres. L'utilité dont
'Ecriture Sainte peut être pour un Homme de Let
tres
2266 MERCURE DE FRANCE
tres , l'amour de la vérité , la tranquillité de l'efprit,
la véritable Elequence , les regles de la Critique ,
l'Ortographe & la prononciation de la Langue
Françoife , ont été les Sujets de differentes Differtations
; & nous avons encore des Traductions de
Ciceron , des Recherches Hiftoriques en plufieurs
Parties , fur l'habillement des anciens Romains , &
des Reflexions Phyfiques & Mathémathiques fur la
préference des Systémes, concernant la fituation des
Planettes , leur éloignement & leur cours.
Il ne fuffifoit pas de nous animer par une émulation
mutuelle ; nous avons cherché d'en inſpirer à
ceux qui peuvent un jour être admis parmi nous ;
c'eft un ufage dans prefque toutes les Académies ,
de préfenter des Prix , que l'on fçait être un motif
pour exciter au travail , & par conféquent un moyen
de perfectionner les Talens , propre à former les
Eleves , & à les faire connoître ; nous avons penſé
qu'il convenoit de nous fervir quelquefois d'un fecours
, auparavant employé par nos Prédecefleurs
avec fuccès, & nous proposâmes dans notre Affemblée
publique de l'année derniere , une Médaille
d'or pour Prix d'un Difcours François , qui feroit
jugé l'avoir remporté fur le Sujet annoncé , nous
avons eû la fatisfaction d'en recevoir plufieurs defsinés
au concours , & tous dignes de quelque éloge;
nous devons à la fin de cette Séance nommer celui
que nous avons crû devoir préferer ; mais , en lui
rendant cette juftice , nous ne refuferons point à
d'autres celle de convenir qu'ils ont pendant quelque
tems balance les fuffrages.
Il manquoit encore pour orner nos Faftes de ce
qui pouvoit les embellir cette année, de réparer nos
précedentes pertes , en admettant de nouveaux Affociés
à cette Compagnie ; elle peut, à juſte titre, ſe
féliciter des heureufes acquifitions qu'elle a faites .
&
OCTOBRE. 1741 2267
& particulierement d'avoir reçû au rang des fes
Honoraires, un de ceux de l'Académie des Infcriptions
, un Magiftrat dont le nom , les dignités & les
talens font également refpectables , * en un mot ,
le Chef des Confeils du Prince qui nous protege.
Mais je m'aperçois , Meffieurs , que je retarde trop
long- tems le plafir que vous attendez à la lecture
des Ouvrages qui vous font préparés , je cede à votre
impatience, d'autant plus volontiers, que j'aurai
par ces Difcours même la fatisfaction de voir confirmer
l'idée que j'ai voulu vous donner d'une partie
de nos fuccès.
LETTRE de M. Noyel de Belleroche ,
contenant ce qui s'eft paffé dans l'Académie
de Villefranche le jour de S. Louis dernier,
;
Votre attention , Monfieur , à vous informer des
differentes occupations Littéraires , m'engage à vous
faire part de ce qui s'eft paffé dans la derniere Affemblée
publique de l'Académie de Villefranche
je crains que mon récit ne foit un peu plus long
que je ne me l'étois d'abord propofé ; mais vous aurez
la liberté d'en retrancher ce que vous trouverez
de fuperflu .
Le 25. Août dernier , fur les dix heures du matin,
M. Roland , Curé de Juillenas , l'un des Académiciens
, prononça le Panégyrique de $ . Louis , au
milieu de la Meffe , folemnellement célebrée dans
l'Eglife Collégiale ; ce même jour après midi , l'Académie
tint dans la Grand'- Salle de l'Hôtel de
Ville , fon Affemblée publique , la Séance fut remplie
par la lecture de deux Difcours , auxquels le
Directeur répondit , l'un de M. Debuffieres du Cha
* M.le Marquis d'Argenfon.
telard
£ 268 MERCURE DE FRANCE
telard , fur la Superftition , l'autre de M. Mignot de
Bully , fur l'Effer des Paffions . On lût enfuite ie Difcours
du R Pere Chabaud , de l'Oratoire , Profeffeur
de Réthorique à Marſeille , auquel l'Académie
a donné le Prix proposé pour le Sujet annoncé l'année
derniere ; M. Boule termina la Séance par la
lecture d'une de fur le même fujet ; & on diſtribua
en finiffant le Programme qui fuit .
L'Académie propole pour Prix , une Médaille
d'or , à un Difcours François fur les Préjuges caufes
par l'erreur des Sens , l'Exemple , la Perfuafion , ou
la Coûtume ; on aura là liberté d'écrire fur toutes
ces fortes de Préjugés , ou feulement fur l'efpece
que l'on voudra choifir ; ce Prix fera donné en l'Affemblée
publique du 25. Août 1742. jour de Saint
Louis Les Difcours ne feront reçûs pour le concours
que jufques au 31. Mai prochain ; on aura attention
de mettre au bas une Sentence , & l'Auteur
écrira la même Sentence fur un billet féparé & ca ■
cheté , lequel contiendra fon nom , fes qualités &
fa demeure. Les Paquets feront affranchis de port
& adreffés à M. Noyel de Belleroche , Sécretaire
perpétuel de l'Académie .
Dans le Difcours fur la Superftition , M.de Buffieres
commença par obferver que le principal objet des
Affemblées Académiques , étoit de décréditer les
faufles opinions , & principalement celles qui font
les plus nuifibles à la focieté ; qu'il en étoit peu
d'auffi dangereufes que la Superftition , & que l'on
ne pouvoit plus démonftrativement en faire voir
Perreur qu'en remontant à ſa ſource , & en traitant
hiftoriquement de fon origine .
Dans prefque toutes les Sciences, & particulierement
en ce qui concerne l'Hiftoire , nos connoiffances
le bornent à nous inftruire de celles des aues
; il fuffit pour être Auteur , de leur prêter un
nouvel
OCTOBRE. 1741 2269
nouvel ordre & de les orner de reflexions ; M. de
Buffieres convint des fecours dont il s'eft * fervi ,
mais il a fçu par un arrangement plus concis & des
remarques judicieufes , donner à fon Ouvrage les
agrémens de la nouveauté ; fon objet a été de dé-.
montrer premierement que la plus ancienne Superftition
eft le culte des Divinités Payennes ; en
fecond lieu , que toutes les autres Superftitions ,
même celles qui féduisent actuellement bien des
efprits , font une fuite de cette premiere , & par
conféquent , qu'elles ne font pas moins condamnables
; il fi: voir que dans l'Antiquité la plus reculée
avant l'invention de l'Ecriture , il etoit difficile de ne
pas confondre les jours & de fupputer les années ;
que l'on le fervoit chés les Egyptiens de certaines
figures fignificatives , expofées en public , pour annoncer
au Peuple ce qu'il étoit important de leur
aprendre à ce fujet , comme l'arrivée des tems propres
à cultiver & enfemencer les terres , celui des
inondations du Nil & le changement des Saifons ,
par le paffage fucceffif du Soleil dans les differentes
parties du Zodiaque ; que pour faire ces efpeces
Affiches & Publications , on employoit ordinairement
des figures humaines ; par exemple , la repreſentation
d'un homme avec un Sceptre à la main,
que l'on nommoit Oziris , c'est- à- dire Roy , indiquoit
le Soleil & fon pouvoir fur toute la Nature;
la figure d'une femme féconde , apellée Iſis , c'eſtà-
dire Mere , fignifioit la Terre avec les productions
, & d'auties Signes diftinctifs que l'on ajoûtoit
à ceux- ci , fuivant les . circonstances , défignoient
l'état actuel de la Terre & du Soleil .
Je continuë , Monfieur , cet Extrait , en réüniſfant
de fuite , & par differentes liaiſons , les princi-
Hiftoire du Ciel , de M. Pluche.
G panz
2270, MERCURE DE FRANCE
paux points , le fens & la morale de ce Difcours .
Il n'eft pas douteux que dans toutes les Commu
nautés , les Citoyens qui le trouvoient les plus ac
crédités par leur fcience , & les mieux inftruits dans
la connoiffance des mouvemens du Ciel , étoient
chargés d'en donner les avis , & que leurs foins,
pour examiner & publier ces changemens , étoient,
récompenfés par de certaines rétributions, dans la
fuite , lorfque l'Ecriture fut inventée , ces Symbo
les devenoient comme inutiles , puifque l'on pouvoit
plus facilement s'inftruire par des Journaux &
par des Calendriers; mais cependant l'Art d'écrite ne
fut pas d'abord affés commun , d'ailleurs les Peuples
attachés aux anciens ufages , ne voulurent
point en être privés , & ceux qui retiroient des récompenfes
utiles pour les donner, contribuerent de
tour leur pouvoir à s'en faire conſerver les fonctions,
ce qui devint infenfiblement la caufe de l'Idolâtrie
parce que les Peuples , après plufieurs générations,
trouvant ces Figures Symboliques , que l'on expofoit
avec des céremonies fucceffivement multipliées,
& embellies , n'en connoiffant plus alors la véritable
origine , ni la premiere deſtination , que l'on
avoit même interêt de leur cacher , pour n'en pas:
faire voir l'inutilité ; les Peuples , dis - je , attache-.
rent à ces Repréfentations des idées myftérieu-.
fes ; l'efprit humain , fait pour reconnoître une Divinité
, lorfqu'il perd l'idée de la véritable , s'en
forme bien-tôt de chimeriques . Les Egyptiens méconnoiffant
donc le premier Auteur de la Nature
changerent facilement leur Ifis & leur Oziris en
Idoles , & les Dépofitaires de ces Figures en Miniftres
, qui prirent foin de leur décerner un Culte &
des Sacrifices , dont l'ufage fe répandit avec les :
moeurs & les Loix que les autres Nations emprunterent
de l'Egypte.
L'interêr
OCTOBRE . 1741. 2275
L'interêt & l'ambition tendirent bien - tôt de nou
veaux pieges à la crédulité des hommes ; ceux qu¹
fe trouvoient employés au fervice de ces fauffes
Divinités , imaginerent pour fe rendre plus recommandables
, de s'attribuer le pouvoir de prédire l'avenir
, ils commencerent par prendre des augures
fur le vol des Oiseaux , & fur les entrailles des Victimes
; ils introduifirent enfuite les confultations &
les réponſes toujours équivoques , des Morts , des
Sibiles & des Oracles ; ces divinations furent reçûës
avec tant de faveur , que l'on s'enhardit pour en
inventer d'une autre espece ; on voulut auffi prévoir
ce qui devoit arriver , -par des obfervations
fur le cours des Aftres , ce qui fit naître une nouwelle
Superftition , dont les veftiges fe retrouvent
encore parmi nous. Les noms des douze parties du
Zodiaque avoient éte donnés pour fignifier feulement
ce qui fe paffoit de plus remarquable lorsque
le Soleil étoit fous ces Conftellations; dans le tems,
par exemple , auquel les jours font égaux avec les
nuits , on avoit apellé ce Signe , celui de la Balance
, pour marquer cette égalité ; lorfque le Soleil ,
après s'être avancé jufques au point qui nous donne
les plus grands jours , vient à rétrograder , on
avoit nommé la partie du Ciel fous laquelle il fe
trouve alors , le Signe de Ecreviffe , pour défigner
que le Soleil revenoit fur les pas , mais dans
la fuite ces fignifications fort naturelles , étant oubliées
, on s'attacha ſeulement à la dénomination
des Afterifmes , & attribuant à chacun des influences
,on fe perfuada que leurs noms en ſpécifioient
la qualité bonne ou mauvaiſe ; conféquemment
l'Enfant né fous la Balance , devoit être jufte , &
celui qui étoit né fous le Signe de l'Ecreviffe
bien loin de s'avancer dans le Monde , n'y devoit
marcher que dans un fens contraire ; enfin comme
& ij
Ic
1
2172 MERCURE DE FRANCE
le caprice avoit décidé que le regard d'une Planette
ou d'une Conftellation , n'avoit que le moment auquel
elle paroiffoit fur l'horifon pour produire fon
effet , on voulut remedier à l'inconvénient de n'avoir
qu'un inftant favorable , & fixer ces influences;
on fe perfuada qu'en frapant ou faifant graver au
lever de cette Planette , fur certain Métail , des Figures
que la bizarrerie lui confacroit , on en conferveroit
ainfi les heureufes impreffions , pour s'en
fervir au befoin ; ces Piéces de Métail , ainfi gravées
, furent apellées Taliſmans ; on les voit encore
recherchés avec foin par des efprits affés foibles ,
pour fe perfuader que l'afcendant d'une Etoile in-
Alue fur les inclinations & les évenemens ; mais
combien compteroit - on de nos jours d'autres Superftitions
, auffi condamnables & qui font une fuite
de ces premieres combien de préfages tirés à l'iaritation
des Anciens , fur les fonges , le cri d'une
Chouette, ou le vol d'un Corbeau & d'un Papillon ?
nobferve-t'on pas fcrupuleufement la pratique de
quelques Remedes à des Fêtes marquées, & certaines
opérations domestiques à certains jours ? ne voyonsnous
pas des perfonnes, d'ailleurs fenfées , ajoûter foi
à ces divinations fantastiques qui fe font par les lineamens
de la main & la Géomance , craindre de fe
trouver un certain nombre à table , & pâlir d'effroi
en voyant une faliere renversée , ou des couteaux
qui le croifent ?
Rien ne fait plus de honte à l'efprit humain , que..
ces foiblefles , fi contraires au bon fens , puifqu'affêrement
la raiſon ne peut trouver aucun enchaîne,
ment entre la cauſe que l'on imagine & l'effet que
l'on craint : il est ailé de s'apercevoir que ces Augures
, fur lefquels on s'effraye à tout propos &
fans fondement , ont été imités par tradition , fur
ceux qui le trouvoient reçûs dans le Paganiſme , &
ces
OCTOBRE. 1741. 2273
ees entêtemens , pitoyables enfans , reconnus de l'idolâtrie
, n'auroient jamais été adoptés par des
Peuples éclairés des lumieres de la véritable Religion
, fi , comme M. de Buffieres , des hommes judicfeux
& finceres , s'étoient élevés contre ces erreurs
, & qu'ils en euffent fçavamment démontré
l'origine & le ridicule.
Le Difcours composé par M. de Buffy , fut lû
en fon abfence , par M. de laVaupiere . Il étoit écrit
avec toute la préciſion que l'on pouvoit ſouhaiter ;
pour en rendre l'Analyfe fort affée. L'Auteur s'eft
propofé de dépeindre les fituations contraires de l'efprit
de l'homme , confideré premierement comme
agité par la violence de fes differens defirs , enfuite
délivré de la prévention qu'ils infpirent ; il repréfenta
d'un côté l'empire des paffions , de l'autre celui
de la raifon ; ces perspectives opofées , leurs
cauſes & leurs differens effets , ont formé des points
de vue & des Tableaux variés & intereflans.
M.de Buffy commença par la deſcription des égaremens
dans lefquels tombent toujours ceux qui fe
livrent fans reflexion au penchant qui les entralne
; il fit voir la perfidie & la diffimulation de l'ambitieux
; l'inſatiable avidité de celui qui n'a d'autres
vûës que pour les biens de la fortune ; l'infuportable
vanité du préfomptueux , & les fuites funeftes des
fenfualités recherchées par les Sectateurs de la faufſe
volupté ; après avoir dépeint les malheurs inféparables
de leurs defordres , il repréſenta par un heureux
contrafte , & dans un autre jour , le pouvoir
de la raiſon fur les efprits , & comment, à l'aide des
confeils d'un ami difcret , des repréſentations d'une
Compagne fidelle , mais encore plus par le fecours
de folides reflexions , il eft aifé de retrouver
cette lumiere bienfaifante , qui diffipe en paroiffant,
Les ténèbres de l'erreur.
Giij ODE
2274 MERCURE DE FRANCE
ODE fur ces paroles des Proverbes , Chap . I.
Sapientia foris prædicat ; in platejs dat
vocem fuam , fur lesquelles l Académie de
Villefranche propofa l'année derniere pour
un Difcours François , le Prix qu'elle a
donné le jour de S. Louis.
?
D
Ieu puiffant , dont la voix féconde
A fait éclore l'Univers ,
Viens à la lueur des Eclairs ,
Viens m'ouvrir les refforts du Théatre du Monde.
Que l'orgueilleufe impieté ,
Fermant les yeux fur ta bonté ,
En méconnoiffe l'art fuprême ,
De fes ingrats difcours déteftant le poifon,
Le doigt de ta Sageffe même ,
Marqué partout , m'invite à célebrer ton Nom.
*
Le hazard , caufe néceffaire ,
Aveugle , fans deflein , fans choix
De l'ordre & des plus fages Loix ,
Ce hazard fera- t'il & le maître & le pere &
Ou bien fans interruptions ,
D'éternelles fucceffions
Auront maintenu la Nature
Ah ! coeur lâche & pervers , dans ces noires erreurs,
OCTOBRE . 1741. 2275
Je reconnois la caule impure
Qui te fait redouter d'un Dieu les traits (a ) vengeurs;
*
Venez , merveilles éclatantes
Qu'an fouffle divin anima ;
Vengez le Dieu qui vous forma ;
Montrez de fes Pinceaux les images vivantes ;
Arbres auffi beaux , auſſi verds ,
Qu'au premier jour de l'Univers ,
Et qui femblez percer la nuë ,
Dont le fein vous réſerve une Eau qui vous nourrit,
A votre aſpect , mon ame émuë ,
Adore le pouvoir de la main qui vous fit.
Jeune fleur , qui venez d'éclore ,
Dont les parfums , l'émail pompeux ,
Charment l'odorat & les yeux ,
Rarement vos apas comptent plus d'une Aurore ;
Mais dans l'eſpace limité ,
Où s'éclipfe votre beauté ,
Je vois la puiffance infinie ;
(Oui tes deffeins,Grand Dieu,raviffent mes efprits ;}
Ainfi tu meſuras leur vie ,
Pour les faire germer & renaître en Phénix,
&
(a) Dixit infipiens in corde fuo , non eft Deus.
Gij
Vafte
2276 MERCURE DE FRANCE
Vafte Mer , tes vagues altieres
Viendront-elles juſques à nous ?
Non , à ton menaçant courroux
Une arene mobile opoſe des barrieres ;
La même main qui la plaça ,
Et qui d'Habitans la peupla ,
Sçait , pour abreuver l'Atmoſphere ,
Sufciter de ton fein les utiles vapeur › ,
Qui du Pere de la lumiere
Rangent à nos befoins les fécondes ardeurs.
X
Mais quoi ! du fommet des Montagnes
Mille Torrens font élancés !
Déja leurs flots amoncelés
Serpentent avec bruit dans nos vaſtes Campagnes ;
A leur mugiffante fureur
Déja pâlit le Laboureur ;
Bien- tôt leur Onde tributaire
Rentrant dans l'Ocean , dont Dieu la fit fortir ,
Laiffe , à nos Guerets falutaire ,
Un limon nourriffant , propre à les enrichir.
Paroiffez , Infectes , Reptiles ,
Dont les travaux induftrieux
; Fixent mes regards curieux
Et vous , Chantres aîlés , aimables Volatiles ,
Pax
OCTOBRE.
2277 1741 .
Par vos mélodieux Concerts
Inftruifez - moi , brifez les fers
De mon oifive indifference ;
Long-tems avant le jour , fous vos ombrages frais,
Votre pienfe vigilance.
Chante du Créateur la gloire & les bienfaits.
*
Mais fi j'abandonne la Terre ,
Si prenant l'effor , mes efprits
Ofent fonder l'immenfe prix
Des biens qu'offre à mes yeux le féjour du Tonnerre;
Dans ce Globe d'or embrasé ,
Et dans ce liquide azuré ,
X
Semé de tant de fleurs brillantes ,
Qu'arrangea fagement une fçavante main ,
Je vois les marques triomphantes
De l'augufte Palais de l'Etre Souverain.
*
Terre , Cieux , tout annonce un Maître
Créateur de tout , & Moteur ;
Partout , le fceau de fa grandeur ,
La voix de la fageffe , oblige à le connoître ;
Nouveaux Titans audacieux ,
Vous , qu'un défeſpoir ténebreux
Interefloit à le détruire ,
Pliez votre raison à fes fuprêmes loix ;
GY Le
2278 MERCURE DE FRANCE
Le jour ferain qu'il vous fait luire ,
Survotre front imprime & fon nom & (a) fes droits,
*
Mais fur tout , fageffe profonde ,
Tu peins tes adorables traits
Dans le coeur des Princes parfaits ,
Dont les hautes vertus font le fambeau du Monde.
Tel de nos Rois un digne (4) Fils ,
Aux pieds de tes Auțels chéris
Devient notre facré modele ;
Avec lui dans ces Lieux regne la pieté ,
Et ta tendreffe paternelle
Remet entre fes mains notre félicité.
Par M. BOULE , Principal du College de
Villefranche & l'un des Académiciens.
(a ) Signatum eft fuper nos lumen vultus tui„Domine.
(b) M. le Duc d'Orleans , Protecteur de l'Académie.
Le feur T * Lor , Faifeur d'Inftrumens à Vent ,
ayant apris qu'il le débitoit des Inftrumens contremarqués
de fon nom , avertit le Fublic de s'adreſſer
directement à lui, pour les avoir fidelement . Comme
on fait aujourd'hui que fes Inftrumens ſont en
réputation , il feroit fâcheux qu'on le crût Auteur
d'un mauvais Inftrument, & que ceux qui l'achetent
pour bon, fuffent trompés. Son adrefle eft A Paris
ruë de l'Arbre fec , au coin de la rue des Follés
S. Germain de l'Auxerrois.
ESTAMPES
OCTOBRE. 1741. 2279
ESTAMPES NOUVELLES.
Deux nouvelles Eftampes, ovales en hauteur, gravées
à l'Eau forte par C. & terminées au Burin par
Et. Feffard , d'après les Deffeins de M. Bouchardon.
La premiere repréfente Vénus qui va fowetter l'Amour
avec des fleurs , & la feconde eft encore Vénus
qui retientl'Amour, prêt à s'envoler . Ces Eftampes
font dédiées au Comte de Teffin , Sénateur du
Royaume de Suede , & le vendent dans le Cloître
S. Germain de l'Auxerrois , chés le St Feard.
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continue de paroître
avec fuccès , chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjoɑ ; il vient de mettre en vente ceux de ,
LOUIS V. DIT LE FAINEANT , XXXIV . Roy de
France , mort le 22. Juin 987. après 1ƒ . mois de
Regne, deffiné par A. Boizot, & gravé par Fiequel.
-
PHILIPE EMANUEL DE LORRAINE , DUC DE
MERCOUR , né le 9. Septembre 158. mort à Nuremberg
le 19. Fevrier 1602. peint par F. P. & gravé
par A. T.
PHILIPE COSPEAN , Evêque de Lizieux , en
1637. peint par A. P. & grave pa. A. F.
1
R. D'AUBERT DE VERTOT , de l'Académie des
Belles- Lettres , né au Château de Bonnetot , au
Pays de Caux le 25. Novembre 1655. mort à Paris.
le 15.Juin 1735. peint par P. P. & gravé pas Mathey.
Le même Odieuvre débite une Suite , enfix Morceaux
en large , d'Infectes , Mouches , Grillons ,
Chenilles , Hannetons , Papillons , &c.
Le Sr Huquier, Graveur & Marchand &'Estampes,
G vj கu
2280 MERCURE DE FRANCE
ue S. Jacques , au coin de la rue des Mathurins
vient de me tre au jour un Traité d'Anatomie
l'ufage de ceux qui s'apliquent au Deſſein , qu'il a
fait graver d'après les Deffeins originaux de M.
Bouchardon , Sculpteur du Roy. L'explication s'y
trouve réduite dans une feule Table, très-fuccinte,
où on a fup imé tout ce qui peut embaraffer les
jeunes Etudians. Il y a joint trois Figures où l'on
peut voir d'un coup d'oeil, l'Ofteologie & la Myologie
enfemble , ce qui abrege beaucoup , dans cette
étude , puifqu'on y peut voir l'attachement des
Muicles fur les os : & afin de rendre cette étude
plus complette , il debitera auffi dans peu une Figure
de ronde-boffe , qui a été modelée d'après les
mêmes Defleins . On trouve auffi chés le même ,
tous les differens Livres qui font faits pour ceux
qui aprennent à deffiner.
OCEAN ORIENTAL , ou Mers des Indes , comprenant
les Côtes d'Afrique , depuis le Cap de Bonne
Efperance jufqu'à la Mer Rouge , avec les Ifles
de Madagaſcar , de Bourbon , de France , & c. Les
- Côtes de l'afie , depuis la Mer Rouge jufqu'à Canton
, dans la Chine , &c . pour fervir aux Vaiffeaux
du Royalt
C'eft le titre d'une nouvelle Carte , dreffée au
Dépôt des Cartes , Plans & Journaux de la Marine,
par ordre de M. le Comte de Maurepas . Elle eft
accompagnée d'un Mémoire de 35. pages in - 4 °.
pour rendre compte des principales Remarques.
& Oblervations, dont on s'eft fervi pour la construction.
Ce Memoire eft rempli de détails curieux &
intereffans pour la Géograp ie & la Navigation .
On trouve ce te Carte rue Bertin - Poiré , attenant
Ja Coupe d'or , chés M. Bellin , Ingénieur au Dépôt
des Cartes & Plans de la Marine , & chés le
feur
OCTOBRE . 1741 218r
fieur Jaillot , Géographe du Roy , près les Grands
Auguftins.
Le fieur Papillon , Graveur en bois , & de la So
cieté des Arts , demeurant préfentement à l'entrée
de la rue S. Jacques , la premiere porte cochere à
gauche , au Papillon , & à côté de l'Olivier , donne
avis que fon petit Almanach de Paris pour l'année
1742. eft actuellement fous preffe , il fera augmenté
de plufieurs chofes curieufes , & de douze
nouvelles Vignettes.
Guerard , Marchand à Paris , rue du Petit Pont ,
à l'Image Notre - Dame , donne auffi avis quil a ac
tuellement chés lui quarante - trois Ecrans Hiftoriques
, fur differentes Matieres intereflantes.
XXXXXXXXXX XXXX XXXXX
LA NATURE ET L'ART ,
FABLE ALLEGORIQUE ,
Par M. de St R. de Montpellier.
J
Adis la féconde Nature
Eut un Fils qui fut nommé l'Art ,
Peu régulier en ſa ſtructure ,
Tel, qu'on le crut né du hazard ;
Sơn éducation fut & longue & pénible ,
Mais elle eut un brillant fuccès ;
Grace aux foins maternels, fource de ſes progrès)
Il fut fi complet , fi viſible ,
Que
2282 MERCURE DE FRANCE
Que de la Mere enfin le Fils eut tous les traits ;
Chaque jour ajoûtoit quelque nouvelle grace
A cet Enfant ingénieux ;
Il fait bien aujourd'hui , demain il fe furpaffe
C'eft toujours bien , c'eſt fouvent mieux ;
De toutes parts il fait éclore
Mille talens , ignorés juſqu'alors ; ·
Partout on l'admire , on l'honore ,
Et l'on recherche fes tréfors ;
Par les efforts , l'Architecture
De les ordres divers fe pare & s'embellit ;
Sous les crayons de la Peinture
Ce qui n'eft plus fe reproduit ;
Le Marbre s'anime , reſpire ;
Le Roffignol fe taft , par fes accords vaincu ,
Et la Profe & les Vers fur les coeurs ont l'empire
D'y faire regner la vertu.
Son nom déja vole juſques aux nuës §
II voit en fon honneur ériger des Statuës ,
Dans le Palais des Rois élever des Autels ,
Qu'orne par fes travaux Pélite des Mortels ;
Là, de tout fon éclat la gloire l'environne ;
Sur fon front brille une Couronne ,
Où chacun lit ces mots gravés par l'Equité ;
Il la reçût des mains de l'Immortalité.
Telle fut fa grandeur , tant qu'il prit pour modele,
Cette Mere fçavante , inftruite par les Dieux ;
Mais,
OCTOBRE . 1741 . 2289
Mais , ennuyé d'être fous fa tutelle ,
Dans un tranſport capricieux ,
Comptant ſeul ſe fuffire & pouvoir faire mieux ;
En fils ingrat il le fépara d'elle ,
Auffi -tôt puni, qu'infidelle ,
De charmant il devint hideux g
Son Pinceau n'eut plus l'avantage
De tracer de fa Mere une fidele image ;
Son Equerre adopta le plus vil ornement ;
La Sculpture en fes traits gigantefques , difforme
Aux yeux n'offrit plus rien de grand
Et fon chant ne fut plus qu'un affemblage énorme
De tons , tyrans du ſentiment.
Le jugement , le goût & la délicateffe
Ne marcherent plus fur fes pas
Au bout de chaque phraſe on vit avec adreffe
La pointe , ou l'antithèſe étaler les apas ;
Tout ce qu'il mit au jour, fans force, fans nobleffe
Ne fut que du clinquant , on n'en fit point de cas ;
Cependant fans relâche il fit rouler la preffe
Mais pour enfanter des facras ;
On l'en rep it avec rudeſſe ,
Il fut fourd , infénfibie à tout ce qu'on lui die
Et tomba dans la fechereffe ,
Par amour pour le bel efprit ;
Il fut bientôt en difcrédit ,
Et chacun le fifoit fans ceffe
D'avoit
2284 MERCURE DE FRANCE
D'avoir été fi grand & d'être fi petit .
Sans m'ériger en Pédagogue ,
Enfans de la Nature , Artiſtes , c'eft
Que j'ai tracé cet Apologue ;
A l'imiter il vous invite tous ;
pour vous
Son ſein auffi fécond qu'immenſe ,
Eft la fource du beau , puifez avec conſtance ;
Toute autre route eſt un écart ,
Dont le prix eft le fort de l'Art .
GATALOGUE abregé des Ouvrages de
Mrs les Peintres , Sculpteurs & Graveurs
de l'Académie , aujourd'hui vivans , expofés
dans le Salon du Louvre , le premier
Septembre , jufques & compris le 23. du
même mois.
Npreference entre les Auteurs dans l'arrange-
Ous prétendons donner ni rang ni
ment des articles des Tableaux dont nous allons parler
, & comme on a diftribué un petit Livre imprimé
, contenant la Deſcription & les dimenfioos de
chaque Tableau , auquel on peut avoir recours ,
nous avons crû pouvoir nous difpenfer de les mettre
tous , & de paffer pardellus quelques articles pour
abréger.
PEINTRES.
1
DE M. COYPEL , ancien Profeffeur , Ecuyer ;
Premier Peintre du Duc d'Orleans . 1. Un grand
Tableau pour le Roy , en largeur d'environ 22 .
pieds
OCTOBRE . 1741. 2285
pieds , fur 11 de haut , repréſentant Armide , qui ,
animée d'un dépit mortel de n'avoir pû atendrir
le coeur de Renaud , eft prête à lui plonger un poignard
dans le fein ; mais l'Amour qui préfide à cette
action , triomphe de toute la haine d'Armide , &
remplit fon coeur de tendrelle pour ce Héros ,
qu'elle prend fous fa protection ; la fuite de PAmour
rit de la colere d'Armide , & exprime , pas
diverfes ironies , la puiffance du Dieu des Amans.
Le Sujet de ce Tableau a deja parû en petit .
>
2. Tableau en largeur , de s . pieds , fur 4. dont
le Sujet eft pris de la Tragédie d'Athalie , de l'illuftre
M. Racine ; le voici en peu de mots : Athalie
avoit entrepris d'éteindre entierement la Race
Royale de David , en faifant mourir tous les Enfans
d'Okofias , fes petits - fils , mais heureuſement Jofabet
foeur d'Okofias , & fille de Joram , mais d'une
autre Mere qu'Athalie , étant arrivée lorsqu'on
égorgeoit les Princes , les neveux , elle trouva le
moyen d'enlever, pour ainfi dire d'entre les bras de
la mort , le petit Joas encore à la mammelle . Elle
le confia avec fa Nourrice , au Grand Prêtre , fon
Epoux qui les cacha tous les deux dans le Temple
où l'Enfant fut élevé fecretement jufqu'au jour
qu'il fut proclamé Roy de Juda. On a rendu fidelement
& avec beaucoup d'Art dans ce Tableau le
Spectacle de la feptiéme Scene du fecond Acte de la
Tragédie qu'on vient de citer , où Jofabet, pour
obéir aux ordres d'Athalie , lui préfente en tremblant
le jeune Joas , fous le nom d'Eliacin , revétu
d'un fimple habit de Lévite. Athalie reconnoît avec
effroi dans les traits du jeune Prince , ceux de l'Enfant
qu'elle a vû en fonge , prêt à la poignarder , &
cependant, malgré la terreur dont elle eft pénetrée,
elle ne peut s'empêcher d'admirer fa grace & fa
mobleffe. Zacharie & Salomith , enfans du Grand
Prêtre
1286 MERCURE DE FRANCE
Prêtre & de Jofabet , accompagnent leur Mere?
Abner, l'un des principaux Officiers, eft auprès d'Athalie.
La Scéne fe paffe dans un Veſtibule de l'apartement
du Grand Prêtre . 3.Autre de même grandeur
, repréſentant Jofeph , reconnu parſes freres.
Le Public éclairé rend toujours juftice à M. Coypel
, fur fon génie heureux ; & fur la compofition
élégante , variée , poëtique & précife de fes Tableaux
.
DE M. DE TOURNIERE , ancien Profeffeur. 1 .
Tableau repréfentant le Portrait jufqu'aux genoux
de M. de Briflac , Evêque de Condom. z. Autre de
même grandeur , du Comte de Coffé , Colonel du
Régiment Royal- Piémont, & Brigadier des Armées
du Roy. 3. Tableau de Mad. Coufin & de fon Fils,
ce Tableau fait allufion à l'éducation de Télemaque
par Minerve. 4. Autre de forme plus petite ,
repréfentant M. Moreau de Maupertuis , en habit
de Lapon. s . Portrait de même grandeur , de M.
Grégoire , Député du Commerce de Marfeille . Les
Ouvrages de M. de Tourniere font en poffeffion
depuis long-tems d'être aplaudis par le Public .
DE M. CARLE VAN- LOO , Profeffeur . 1. Grand
Tableau , repréfentant une Vierge avec l'Enfant
Jefus. 2. Autre repréfentant S. André qui embraſſe
Sa Croix. 3.Tableau plus petit , repréfentant la Modeftie.
4. Un Fleuve. 5. Une Nayade. Toutes les
louanges qu'on pourroit donner ici à M. Van- Loo,
ne vaudroient pas , à beaucoup près , celles qu'il a
reçûës au Salon des connoiffeurs les plus éclairés &
les plus difficiles.
DE M. NATOIRI , Profeffeur. Un grand Tableau
pour le Roy , de 22. pieds en largeur , fur
onze de haut , repréfentant Marc-Antoine , failant
fon Entrée dans Ephéfe. Une troupe de femmes en
Bacchantes, & de jeunes gens en Satyres & en Fau-
ACS&
OCTOBRE . 1741 2287,
xes , avec des Couronnes de Lierre fur la tête , te
nant des Tyrfes , des Flutes & autres Inftrumens
employés dans les Bacchanales. Cette compofition
confirma les connoiffeurs dans l'opinion qu'ils ont
déja depuis long tems , des talens de ce Peintre.
DE M. JEAURAT , Adjoint à Profeffeur. 1. Grand
Tableau de 14. pieds de large , & haut à propor-
રે
tion , représentant les Vendanges de Daphnis & de
Cloé. 2. Autre de trois pieds , fur deux & demi ,
qui fait voir le Repos de Cérès . Trois Tableaux plus
petits , repréfentant , l'un , l'Amour de la Chaffe. 4.
L'Amour du Vin , fervant de Pendant. f . Un Bain
de Femmes. Ces Ouvrages ont eu l'aprobation du
Public.
re-
DE M. OUDRY , Adjoint à profeffeur. 1. Grand
Tableau de 13 pieds de hauteur , fur onze de large
, peint pour le Roy , qui doit être exécuté en
Tapiflerie aux Gobelins , repréfentant le momens
de la Chaffe du Cerf , lorfque l'on découple la
vieille Meute , à la petite patte d'Oye. On y découvre
un beau point de vue de la Forêt de Compiegne.
2. Autre de pieds , fur 4. de haut , S.
préfentant un Tigre måle de la Ménagerie du Roy,
peint pour S. M. 3. Autre de même grandeur , repréfentant
un Tigre femelle. 4. Tableau de 3. pieds
fur deux & demi de haut , repréfentant un Chas
Cervier. . Autre de 4. pieds & demi de large , fur
3. & demi de haut , repréfentant un Paysage , ou
paroît un Moulin éclairé du Soleil , avec des Animaux.
6. Autre de même grandeur , représentant
un Payfage , où l'on voit un Pont de bois. 7. Autre
, repréſentant des Fleurs, où il y a un Nid d'Oifeaux
, &c. 8. Autre , repréfentant une partie de
Maifon d'un Jardinier, avec des Légumes , & un
Combat de deux Coqs. 9. Autre repréfentant um
Ane chargédeLégumes, 19, Unpuis Payfage & des
Bêcheurs
2288 MERCURE DE FRANCE
Pêcheurs fur le devant . 11.Un devant de Cheminée,
reprefentant une Table à Ouvrage , fur laquelle il
y a de la Tapiflerie . 12. Autre devant de Cheminée,
repréfentant des Livres de Mufique , Violons,
Flutes , &c. 13. Un Oranger dans un Vafe de Por
celaine. 14. Tableau repréſentant une Planche de
menuiferie , contre laquelle eft attachée une tête
extraordinaire d'un Cerfpris par le Roy . M. Oudry
eft toûjours fûr de plaire dans les heurefes imitations
de la Nature que fon Pinceau produit.
DE M. DESPORTES , Confeiller de l'Académie.
Deux grands Fab eaux , qui achevent la Tenture
des Indes , compofée de 8. Tableaux du même
Peintre pour le Roy , pour être executés en Tapi
feries aux Gobelins . 1 Grand Tableau qui repréfente
un Cheval Marin ou Sauvage , qui paroît s'inquieter
de l'action d'un Léopard qui le regarde
avec fureur , un Elephant & un Pecon font derriere
, avec un grand Arbre chargé de fruits , & un Serpent
monstrueux , on voit autour du tronc de l'Arbre
, & près des pieds du Cheval , l'Animal apellé
Gobe- mouche , & un grand nombre de toute for
te de fruits , & c . 2. faifant le 8. & dernier Tableau
, dont on vient de parler au premier article
qui repréſente des Pêcheurs Indiens . Une Negreffe
porte un panier de fruits, & un Indien tire de l'Arc
fur des Oifeaux , &c. 3. Deux Tableaux qui repréfentent
des Bas- Reliefs , l'un feint de Marbre blanc,
fali par le tems , l'autre de Bronze , des Tapis de
velours , des Vafes d'or , du Fruit & du Gibier. 4.
Autre qui repréfente du Gibier, & un Rofier chargé
de les fleurs dans un Payfage. 5. Petit Tableau repréfentant
des Fruits & du. Gibier. 6. Autre . qui
repréſente à peu près le même Sujet . 7. Un Chien
Daneis, qui s'élance fur une Canne effrayée, qui a
fes petits dans un Etang rempli de Roſeaux . 8. Un
Groupe
OCTOBRE . 1741 2289
Groupe de Gibier , attaché à un clou , & un Chat.
9. Pendant du précedent , où l'on voit un Groupe
de Gibier & un Chien. Les Ouvrages des Pein-.
tres ordinaires déclinent quand ils avancent
en âge , l'illuftre Desportes a l'heureufe faculté de
paroître dans les fiens à la fleur de fon âge , car on
y trouve la même force de génie , la même fécondité
& le même feu.
DE M. NATTIER , Académicien . Deux grands
Portraits , dont l'un eft celui de la Princeffe de Rohan
, tenant un Livre , & l'autre , de la Comteffe de
Brac , en Aurore . Ces deux Morceaux ont reçû les ,
aplaudiffemens du Public , qui connoît avec quel
art & quelle délicateſſe M. Nattier anime tout ce
qu'il fait.
DE M. GEUSLAIN , Académicien . 1. Le Portrait
de D. Bernard de Montfaucon , Bénedictin . 2. Celui
de Mad. Sarrazin , ayant un Serin fur fon doigt .
3. De M. de Valenceau , Brigadier des Armées du
Roy , avec une Armure .
DE M. CHARDIN , Académicien. 1. Tableau
repréfentant le Négligé , ou Toilette du matin , apartenant
au Comte de Teffin . 2. Portrait du Fils de
M. le Noir, s'amufant à faire un Château de cartes.
M. Chardin ne ceffe de recevoir des éloges du Public
, qui faifit facilement des actions fimples &
naïves qu'il lui préfente ; rien n'eft plus fimple en
effet , ni plus heureufement faifi dans le premier
Tableau , que l'action d'une Mere attentive , qui
attache une épingle à la coëffure de fa fille ; quelque
chofe de plus piquant encore & de plus fpirituellement
faifi , c'eft le mouvement du coeur d'un Enfant
, que l'habile Peintre a trouvé l'art d'exprimer
par un regard que la petite fille lance dans un Mi-
Loir , comme à la dérobée , pour fatisfaire fa petite
vanité , & voir par elle-même , fi les foins de fa
chere
2290 MERCURE DE FRANCE
chere Mere l'ont embellie. Le ſecond Tableau,
qui repréſente un jeune homme, qui s'amuſe à fais
re un Château de cartes,a eû auffi fes Aprobateurs,
DE M. GREVENBROCK , Académicien , quatre
Vues de Paris,peintes pour le Roy, la premiere prife
au-deffous du Pont-Royal , où l'on aperçoit derriere
le Quai des Théatins , le haut du Portail de S. Sulpice
, tel qu'il fera executé. 2. Les Champs Elisées
3.. Belleville. 4. Vûë du côté de la Tournelle. Ces
Tableaux ont quelque efpece d'avantage fur les autres
, en ce que, jufqu'au plus commun du Peuple
de Paris , tout le monde eſt en état d'en juger.
DI M. DE LOBEL , Académicien. Un grand Tableau
allégorique, représentant l'Hiftoire des Négocia
tions de la Paix concluë à Utrecht en 1713. par M.
l'Abbé de Polignac , l'un des Plénipotentiaires du
Roy,depuis,Cardinal & Miniftre de France à Rome.
Bellone, toucheé des difcours de Mercure , Dieu
de l'Eloquence , éteint fon flambeau . Le Portrait de
fon Eminence eft tenu d'une main par la Paix ,
qui , de l'autre donne une branche d'Olivier à la
France , fous la figure d'une jeune Guerriere , doar
le Manteau eft femé de Fleurs-de - Lys . Elle reçoit
avec plaifir ce Rameau précieux , par le confeil de
Minerve , laquelle repréfente le Roy , qui trouve
les Négociations de fon Miniftre convenables à fa
gloire , & au bien de fes Peuples.
Au-deflus de la Paix , eft la Justice , avec ſes attributs.
Cette Déefle eft apuyée fur une Autruche ,
dont Raphaël s'eſt ſervi pour caractériſer cette Divinité
. Comme cet Animal digere le fer , l'efprit
pénetrant agit avec la même force , & diffipe les
nuages dont le menfonge s'efforce de couvrir la ve →
rité. Un Enfant tient l'Epée de la Juftice.
La Poëfie regarde avec admiration le Portrait de
Son Eminence , laquelle au milieu de ſes grandes
оссира-
OCTOBRE. 1741 2291
Occupations , a toujours fait fes délices des Sciences
& des Arts. Un Génie tient fon Portrait & l'éleve.
La Renommée fur des nûës , publie cette heureufe
Paix , qui affermit Philipe V. fur le Trône des Efpagnes
. L'Architecture qui lie le Groupe des Figures,
repréſente leTemple de Mémoire, autour duquelfont
des Médaillons, dont le premier eft celui de Louis
XIV. Sur les dégrés du Temple font les attributs dest
Beaux-Arts & des Sciences , que Son Eminence pro
tege avec autant de zele que de difcernement.
On découvre dans le lointain la Ville de Paris , &
fur les bords de la Seine on aperçoit la Religion ,
qui , apuyée fur un Autel , foule aux pieds la
Difcorde.
DE M. AVED , Académicien.1 . Portrait en grand
de M. Polinchove , Premier Préſident du Parlement
de Flandres , & Garde des Sceaux de la Province
ayant une main apuyée fur fon Mortier , & l'autre
tenant les Sceaux. 2. Portrait de Madame Croifat
qui travaille à la Tapiflerie. 3. Celui de M. Bachelier
, Premier Valet de Chambre du Roy. 4. Un autre
Portrait de M. Philipe , affis & apuyé fur un
Livre. Les Ouvrages de M. Aved , méritent bien
l'accueil favorable que le Public continuë de lui
faire,& il le mérite bien lui -même par la jufte réputation
que fon aplication& ſes talens lui ont acquife.
DE M. NONNOTTE , Académicien , 1. Portrait
de M. le Lorrain , Sculpteur ordinaire du Roy , &
Recteur de fon Académie Royale de Peinture &
Sculpture. 2. celui de Mad. l'Epicier , en Mufe ,
Epoufe de M. l'Epicier Sécretaire & Hiftoriographer
de l'Académie. 3. Portrait de M. d'Ulin , Ancien
Profefleur de l'Académie. 4. Celui de M. le Cler ,
ancien Profeffeur , & Profeffeur pour la Géométrie
& Perſpective en l'Académie .5.Le Portrait en Bufte
de Mad. du Vigeon, Epoufe du M. du Vigeon , le
jeune ,
292 MERCURE DE FRANCE
jeune , Peintre en Mignature. Tous ces Portraits
ont été trouvés d'une reflemblance frapante.
avec
24.
DE M. DE LA TOUR , 1. Tableau en paſtel de 6.
pieds deux pouces de hauteur fur quatre pieds huit
pouces de large , repréfentant M. le Président de
Rieux , en Robe Rouge , affis dans un fauteuil , tenant
un Livre , dont il va ourner le feuillet ,
l'intérieur d'un Cabinet , Bibliothéque , Paravant ,
Table , &c. & un Tapis de Turquie tous les pieds.
2. Le Bufte d'un Negre , qui attache le bouton de fa
chemife. 3: Portrait de Mlle Sallé , célebre Danfeufe
de l'Académie Royale de Mufique , de
pouces de large fur 30. de haut , affife dans un fauteuil
, couvert de Damas vert , les bras a côté l'un
de l'autre , & les mains avancées vers les coudes ,
fans gands, ce qui a beaucoup contribué à faire remarquer
fenfiblement au Public éclairé , la difference
de cette Carnation d'élicate , d'avec celle des
hommes. Elle eft dans l'attitude la plus fimple & lạ
plus décente , en habits d'étofe couleur de roſe , &
le tout dans la plus fublime fimplicité & la plus
grande verité. Après ce que nous venons de dire
de l'Art inimitable de M. de la Tour, quelles louanges
pourroit-on lui donner , qui ne fuffent au- deffous
de la vérité . Les vers qu'on va lire & qui
nous font tombés par hazard entre les mains, nous
tirerons d'embarras .
Du Salon le brillant Spectacle
Vient d'offrir à nos yeux des Chefs - d'oeuvres nouveaux
;
Tu te diftingues fans obftacle ,
J'aime à t'y voir louer par tes propres Rivaux ;
Eh ! dois- je être étonné que Paris retentiffe
De leur voix empreffée à te rendre juſtice ,
Quand
OCTOBRE . 1741 2293
Quand ton rare talent ne les eût pas foûmis ,
Ta candeur & ta politeffe ,
Ton efprit , ta franchiſe & ta délicateſſe ,
T'en auroient fait autant d'amis.
Sur cet article il m'eft permis
De m'expliquer fans crainte, & même avec jufteffe;
Tout le refte m'eft interdit ,
Ton Ouvrage eft au Louvre , on l'a vû, tout eſt dit.
Par M. Peffelier.
DU CHEVALIER SERVANDONI . Un Tableau repréfentant
un Sujet d'Architecture & de ruines
d'Antiques.
SCULPTEURS.
DE M. ADAM , l'Aîné , Adjoint à Profeffeur , 1.
Bufte en plâtre , repréfentant le Portrait du Roy
en grand , fait d'après S. M. qu'on doit exécuter en
Marbre blanc. 2. Modele en Efquiffe d' Apollon
fur un piedestal , groupé de Génies de la Guerre &
des Arts. 3. Modele en plâtre d'une petite fille ,
apuyée fur une Coquille , le joüanr avec un jeune
Tigre , qu'elle retient par la queue , pour l'empêcher
de le lancer fur un Oifeau , qu'elle en écarte
pour le fauver , en s'éclatant de rire ; ce Morceau
fait Pendant à un autre Enfant , pincé par une
Ecreviffe qui parut l'année derniere au même Salon
, & qui doit être exécuté en Bronze.
DE M. ADAM , le cadet. 1. Un petit Modele en
plâtre. Junon ayant ordonné à Argus , qui avoit
cent yeux , d'obferver les actions de Jupiter , fon.
Epoux , ce Dieu irrité de la vigilance de cet Efpion ,
dont partie des yeux veilloient , lorfque l'autre
H étoit
2294 MERCURE DE FRANCE
étoit abattuë du fommeil , commanda à Mercure
de l'endormir au fon de fa Flute , & de lui trancher
la tête. Junon , pour conferver fa mémoire & récompenfer
la fidelité , attacha fes yeux à la queüe
de fon Paon , qui répréfente encore dans fon plumage
la multitude de fes yeux . 2. Autre Modele en
plâtre , qui fait Pendant , repréſentant Cléopatre ,
la derniere Reine d'Egypte , dans le moment qu'el
le remporta le Prix de la gageure qu'elle avoit faite
avec le Triumvir Marc-Antoine , de confommer
elle feule 15. cent mille écus. Cette Reine portant
à fes oreilles deux Perles qui étoient les Chefsd'oeuvres
ineftimables de la Nature , en tient une ;
qu'elle montre & qu'elle va mettre dans une Coupe
, remplie de vinaigre , pour la diffoudre & l'ava-
Jer. Cette Coupe lui eft préfentée par un Enfant à
la fin du repas. Ces deux illuftres Freres foûtiennent
avec beaucoup d'avantage la grande & jufte
réputation qu'ils fe font déja acquife .
DE M. BOUCHARDON , Agréé de l'Académie .
Quatre Bas-Reliefs , repréfentant par des Jeux d'Enfans
les Quatre Saifons. Pour le Printems , des Enfans
fe couronnent de Fleurs ; un autre joue avec
les Oiseaux confacrés à Vénus , & l'autre attache
aux Arbres des Guirlandes de fleurs . Pour l'Eté;
des Enfans font la Moiſſon , l'un accablé de lafſitude
, & n'ayant pû réſiſter à la chaleur du Midi ,
fe laiffe aller au fommeil , dans lequel il paroît
plongé profondément. Pour l'Automne , un Enfant
échauffé par le vin , veut arrêter une Chevre , qui
dans fa courfe renverfe un autre Enfant , & une
corbeille remplie de raifins . Pour l'Hyver , d'au
tres Enfans , pour ſe garantir du froid , fe font raffemblés
fous une Tente , vis- à- vis d'un feu , que
l'un d'eux allume avec une Sarbacanne . Ces quatre
Bas - Reliefs ont été faits pour la Fontaine que
la
OCTOBRE. 1741. 2295
la Ville de Paris a fait conftruire fur les Deffeins
de M. Bouchardon , dans la rue de Grenelle. Ils
auront dans l'execution 3. pieds 7. pouces de hauteur
fur 6. pieds 9, pouces de large , & feront pla
cés au- deffous des Niches , dans lefquelles on a
deffein de mettre les Statues des Génies des Sai--
fons. Trois Deffeins à la fanguine . 1. Vénus voulant
retenir l'Amour , qui s'échape . 2. La méme Déelle,
armée d'un Bouquet, de Rofes , pupiffant l'Amour de
fa fuite , faifant Pendant du précedent Deffein . 3 .
-La Muse Erato , recueillant les accords que forme
le Dieu de la Mufique. On fait que les Ouvrages
de M.Bouchardon font confacrés à la Pofterité.
DE M. DE LA DATTE. 1. Un Groupe en terre
cuite, qui repréfente Diane fortant du Bain, accompagnée
de deux Nimphes, & deux Enfans qui badinent
avec un Chien. 2. Modele, en plâtre , de la
Vierge , tenant l'Enfant Jesus. M. de la Datte doit
être bien content de l'aplaudiffement que fes Ouvrages
ont reçû du Public.
DE M. COUSTOu , le fils . 1. Bas-Relief en pla
tre,qui repréfente la Vifite de la Vierge a fainte Eli-
Sabeth. 2. Modele en plâtre de ronde- boffe , repréfentant
Vulcain , avec les attributs qui lui convien
nent. Fils & Neveu de deux Sculpteurs célebres ,
M. Couftou eft plus obligé qu'un autre de foûtenir
la gloire de fon nom, qui eft en fi grande réputation
chés tous les Amateurs des Beaux- Arts. &
2111112
GRAVEURS.
M. LEPICIER , Sécretaire & Hiftoriographe de
l'Académie .Trois Sujets en Gravure . 1. La Mere Laborieuse
, d'après M. Chardin. 2. Le Portrait de
l'Abbé Caperonier , Profeffeur au College Royal ,
d'après M Aved. 3. Celui de M. Bertin , Adjoint
à Recteur de l'Académie de Peinture & Sculp-
Hij ture ,
2296 MERCURE DE FRANCE
2
ture , d'après M. de Lyen. L'Auteur de la Vie de
Rubens , a remarqué que ce fameux Peintre des
Pays Bas , étoit plus heureux que quantité d'autres
fameux Peintres , en ce qu'il avoit vécu dans un
fiécle,où il y avoit quantité d'habiles Graveurs qui
ont tranfmis fa gloire à la Pofterité , tels que Paul
Ponce , Bolsvert , Soutmans , &c. qui ont gravé fes
plus belles Compofitions. On pourroit faire ici la
même remarque au fujet de M. Chardin & des autres
Maîtres de l'Académie , d'après lefquels M.
Lépicier exerce fon Burin .
DE M. TARDIEU , Académicien . 1. Un S. Jérôme
, représenté dans la Caverne , ou il méditoit les
Jugemens de Dieu , d'après M. d'Ulin. 2. Le Portrait
du R. P. Pollart , de l'Oratoire , deffiné &
gravé par le même Auteur.
DE M. LARMESSIN , Académicien . r. Le Portrait
de Monfeigneur le Dauphin , d'après M. Toqué.
2. Les Quatre Heures du jour , d'après M.
Lancret.
DE M. SURUGUE . L'Amour du Vin & l'Amoús
de la Chaffe , d'après M
Jeaurat.
DE M. LE BAS Le Sanglier forcé, d'après Vauvremans.
LA PRISE DU HERON , d'après Vanfalens.
Deux Eftampes d'après Berghen , l'une repréfente
le Soir , & l'autre le Matin. Deux Paysages
d'après Tenieres, l'un, une Vue de Flandres , & l'autre
, l'Arc-en Ciel. On regarde M. le Bas comme
l'Emule & le Concurrent des plus excellens Graveurs
du fiecle ..
" DE M. COCHIN le fils. 1. Deflein à la gloire
des Arts , représentant l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , conduite par le Génie du Deffein
, qui s'éleve au Temple de Mémoire , fous la
protection du Roy. 2. Deffein dont le Sujet eft tiré
de l'Hiftoire Romaine , reprefentant Virginius , qui
k.
tuë
1
OCTOBRE. 1741. 2297
Tue fa fille. 3. Autre , tiré de la même Hiftoire , qui
repréfente L. Junius Brutus , Conful Romain , qui
fait mourir les deux fils , pour avoir confpiré contre
la Republique. 4. Une Eſtampe de la Décoration du
Feu d'artifice tiré à Versailles en 1739. &c . Dix
petits Defleins de differens Caprices , & une Eftampe
qui repréfente le Triomphe de la Religion Chrétienne.
On peut apliquer ici au jeune & habile Artifte
, dont nous parlons , ces Vers remarquables de
P. Corneille , dans fa Tragédie du Cid.
100 251
A
Je ſuis jeune , il'eft vrai , mais, nux ames bien nées
La valeur n'astend point le nombre des années,
DE M. DUPUIS , Académicien. Le Philofophe
·Marié , & le Glorieux , d'après M. Lancret.
DE M. DROUAIS , Académicien . Une Bordure
renfermant fous une glace les Portraits en Miniature
de Madame de France, du Vicomte de Courtemer,
de Mad. fon Epouse , de Mad. Hery , de Mad.
de Courgy , le Portrait , de l'Auteur , & plufieurs
-autres .
91 1
כ ! י
EXPLICATION d'un Tableau peine
à l'Encre de la Chine , repréſentant L. E
TEMPLE DE LA GLOIRE , compofe pour
Monfeigneur le Dauphin , par M. Gofmond,
Auteur du Modele des Rois , dédiée à ce
Prince ) de pluſieurs autres Tableaux ,
dont on a donné la defcription dans le Mer
cure du mois de Mai dernier.
L'objet de ce Tableau eft de répréfenter l'Edu- ce
cation d'un jeune Prince , que fes hautes deftinées
apellen à une gloire immortelle.
Hiij La
2298 , MERCURE DE FRANCE
La Sageffe & l'Efprit , ( figurés, par Minerve &
Apollon , lui
fervent
de guides , pour le conduire
dans le Temple de la Gloire. Hercule , qui en garde
l'entrée , marque la force & la grandeur du соц-
rage , qu'il faut avoir , pour s'en ouvrir les Portes .
Apollon , montre au Prince , le véritable honneur ,
( qui feul a droit de préfider dans ce Temple , ) qui
lui tend la main , pour le recevoir ce qui caractériſe
la pureté & la délicateffe des fentimens qu'il faut
poffeder , lorfqu'on afpire à la belle gloire ; & fait
connoître , en même tems , combien il faut d'eſprit.
pour diftinguer le véritable honneur de fon fantô
me , dont les fauffes lueurs écartent les génies bornés
de la gloire qu'ils cherchent. Minerve , lai fait
voit les Buftes des Héros (a ) que la célebrité des
vertus a placés dans cet augufte Temple : places ,
qu'ils ont fçû mériter par leur pieté , leur bonté ,
leur juftice & leur magnanimité.
L'Histoire , au bas du Tableau , préfente à ce
Prince la plume dont elle écrira fa vie. Elle tient fur
fes genoux un Livre , où font écrits les Noms des
Princes , qui out mérité , par leurs actions vertueufes
, l'amour & la vénération éternelle des hommes.
Le Génie ou l'amour de la vérité eft à côté
d'elle . Il montre d'une main , au Prince , le nom
refpectable de TITUS écrit fur ce Livre , & de l'autre
l'Hydre abatue, fymbole de la Victoire, que ce
grand Empereur remporta fur fes paffions , qui le
rendit les Delices du genre humain . Au - deffous de
Hiftoire , on voit plufieufs Volumès qu'elle foule
à fes pieds dans lesquels font renfermés les noms
odieux des Monftres , ( b ) dont les vices ont des-
(a) Antonin. Trajan . Titus. Louis XII. Franfois
I. Henri IV . Louis le Grand,
( b ) Tibere. Caligula . Neron, Domitien . Commo
de , Heliogabale, ce
konnoté
TILDEN
AR
BOX AYD
ATIONS

OCTOBRE. 1741 2299
honnoré les grandeurs où la fortune les avoit élevés
, & defquels elle éternife la honte , caractérisée
( dans ce Tableau ) par le Serpent qui mord fa
queue , Tipe de l'Eternité .
Le Sr. Durand , Libraire à Paris , rue S. Jacques
à Saint Landry , & au Griffon , poffeffeur du Privilege
des Etrennes Mignonnes , qu'avoit feu M.Jouenne
, Libraire , fon oncle , avertit le Public , qu'il a
mis fon nom & fon paraphe au bas des Etrennes
Mignonnes, pour l'année prochaine 1742.afin que
le Public ne foit pas trompé par le faux titre d'Etrennes
Mignonnes , qui n'auront précilement que
le Calendrier de femblable aux fiennes , & ne contiendront
, pour la même année 1742. que les Curiofités
employées dans les fiennes , pour l'année
1741. comme il eſt déja arrivé.
Le Public eft averti que l'on expofera en vente,
le premier Decembre prochain , au Palais du petit
Luxembourg à Paris , les Meubles , Diamans & Bijoux
de la Succeffion de feu M. le Duc de Bourbon.
CHANSON.
L'Amour fuit la contraintė ,
Il difpofe à fon gré des coeurs ;
Le reſpect ni la crainte
Ne fçauroient en être vainqueurs,
La naiffance & les héritages
Obtiennent les fuffrages
Hiiij
Des
2300 MERCURE DE FRANCE
Des avides Parens
Les fillettes , plus fages ,
Leur préferent les agrémens ;
Et de tendres Amans
Sont pour

elles bien plus charmans
Que tous ces avantages.
L'Amour fuit la contrainte ,
Il difpofe à fon gré des coeurs ;
Le refpect ni la crainte
Ne fçauroient en être vainqueurs.
CANON A TROIS,
R. Egne , Amour ,
Signale en ce jour
Ta gloire ;
La charmante Iris
Nous excite à boire ;
Sur Bacchus tu remportes le prix.
Setetetettet:ttttt
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique continue
toujours les Repréſentations de l'Opera
d'Alcione , avec un très grand fuccès. La Dlle
Pelliffier qui joue le principal Rôle , s'attire
ous les jours de nouveaux aplaudiffemens .
OCTOBRE . 1741. 2301
On doit remettre au Théatre le mois prochain
la Paſtorale Héroïque d'Iffé , dont les
paroles font de feu M. de la Mothe mifes
en Mufique par M. Deftouches , Sur- Intendant
de la Mufique du Roy.
,
Le 7. Octobre , on repréſenta au Theatre
François la Tragédic d'Iphigénie , dans laquelle
le fieur le Sage , nouvel Acteur , qui
avoit joué le mois paffé le Rôle de Gustave
dans la Tragédie qui porte ce Titre , joüa le
Rôle d'Achille avec aplaudiffement ; il a été
reçu depuis dans la Troupe du Roy.
Le 8. les mêmes Comédiens remirent au
Theatre la Comédie du Philofophe Marié ,
qui n'avoit pas été repréfentée , depuis la retraite
de la Dlle Quinault , & du fieur Duchemin
; ces deux Acteurs s'étoient fort diftingués
quand cette Piece fût donnée dans
fa nouveauté. Ils font très -bien remplacés
aujourd'hui par la Dlle d'Angeville , & par
le fieur de la Torilliere. On peut voir l'Extrait
de cette Pićce dans le Mercure de Mars
1727. page 270.
Le 11. ils donnerent la Tragédie du Comte
d'Effex , & la petite Piéce du François
Londres , dans laquelle le fieur Desforges ,
nouveau Comédien , joia pour la premiere
fois les deux principaux Rôles de ces deux
Piéces avec aplaudiffement .
Hv Le
2302 MERCURE DE FRANCE
Le 14. & le 16. ils repréfenterent la Tra
gédie d'Andromaque ; le même nouvel Acteur
joüa le Rôle de Pirrhus , & le fieur
Le Sage celui d'Orefte.

Le 7.Octobre, les Comédiens Italiens remirent
au Théatre la Piéce qui a pour Titre
les fauffes Confidences , Comédie en profe &
en trois Actes , de M. de Marivaux laquelle
avoit été repréfentée avec fuccès au
mois de Mars 1737. Les mêmes Danfeurs
dont on a déja parlé , ont exécuté dans les
Entr'actes de nouveaux Divertiffemens , qui
font toujours très- goûtés du Public .
Le i6. ils donnerent deux nouveaux Divertiffemens
, intitulés les Enfans Jardiniers
& le Badinage. Le fils & la fille du fieur
Poitiers , l'un âgé de fept ans , & fa foeur de
einq , ont danfe dans le premier Divertiffement
une Pantomime avec toute la
grace ;
la jufteffe & la précifion imaginables ; ils ont
été généralement aplaudis par de très nombreufes
Affemblées que cette fingularité attire
au Théatre Italien s ce qui rend cette curiofité
encore plus piquante , c'eft que la même
Parodie a déja été exécutée fur le Théatre
de l'Opera par le fieur Rinaldi Foffano ,
& la Dile fon époufe , dont on a parlé avec
éloge dans le tems .
Le 26. les mêmes Comédiens donnerent
la
OCTOBRE . 1741. 2303
la premiere repréſentation d'une petite Piéce
nouvelle d'un Acte , en Vaudevilles , avec des
Divertiffemens,intitulée, Alcione , Parodie de
l'Opera qui porte le même titre , & qu'on
repréſente encore actuellement ; cette Piéce
qui a été aplaudie , & dont on parlera plus
au long , eft du Sr Romagnefi ; la compofition
des Divertiffemens du Sr Deshayes, & la
Muſique du Sr Blaiſe.
Le 9. Octobre , on fit la clôture de la
Foire S. Laurent , avec les cérémonies accoûtumées.
L'Opera Comique repréſenta le
même jour la Chercheufe d'Efprit , la Comédie
des Valets, & la Fête de S. Cloud, Piéces
en Vaudevilles , dont on a déja parlé , ornées
de Chants & de Danfes , lefquelles furent
terminées par le Compliment en Vaudevil
les , que font ordinairement les Acteurs ,
la clôture de leur Théatre.
* ૭ ******
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUI E.
N mande de Conftantinople , que plufieurs
difficultés qui font furvenues ont fuspendu la
conclufion de Paccommodement entre le Grand
Seigneur & Thamas Kouli- Kan , & que fur l'avis
Hj qu'en
2304 MERCURE DE FRANCE
qu'on a reçû que 30000. Perfans s'étoient avancés
dans les environs d'Erzerum , Sa Hauteffe a ordonné
que 16. Compagnies de Janiffaires , 10. de Spahis
, 8000. Topigis & 3000. Zebedis , allaffent joindre
les troupes qui font en Armenie
Le Czar a fait propofer au Grand Seigneur par le
Général Romanzoff , fon Ambaffadeur à la Porte ,
de figner une Convention par laquelle les deux
Puiffances s'engageroient à ratifier ce qui feroit
décidé par leurs Commiffaires refpectifs au fujet de
l'emplacement & de la conftruction des deux nouvelles
Fortereffes .
RUSSIE.
Na apris de Petersbourg du 22. Juillet der-
Nier , que l'aproche de la Flotte du Roy de
Suéde a déterminé le Gouvernement à faire venir
en Ingrie plufieurs Régimens , qui doivent former
un Camp près de Carporie , pour empêcher que les
ennemis ne tentent une defcente fur la Côte; que les
troupes , qui vont joindre celles que le Czar a fait
affembler en Finlande , ont reçû.ordre de preffer
leur marche , & que l'on travaille avec toute la diligence
poffible à équiper les Vaiffeaux de guerre ,
les Galeres & les Praames, qui font dans le Port de
Petersbourg & dans celui de Cromstadt.
Le Prince Antoine Ulrich de Brunswick Bevern a
eû plufieurs conferences avec le Comte d'Ofterman
& le Feldt Maréchal Lefcy , au fujet de la marche &
de la fubfiftance des troupes , & après l'une de ces
conferences , on a fait partir un courier pour porter
des ordres au Général Keith, qui a pris le commandement
de l'armée de Finlande .
La déclaration de la guerre contre la Suede fut
publiée le 26. à Petersbourg. સે
Le
OCTOBRE . 1741 2305
Le lendemain de cette déclaration , il parut une
Ordonnance dans laquelle le Czar affûre que ,
malgréla guerre qui vient d'être déclarée entre la
Mofcovie & la Suede , il prend fous fa protection
les Suedois qui font à Petersbourg & dans les autres
Villes de fa domination , & qu'il défend à tous fes
Sujets,fous des peines très - rigoureuſes , de leur caufer
aucun dommage, ni dans leurs perfonnes, ni dans
leurs biens , tant qu'ils refteront dans les Etats . Cette
Ordonnance ajoûte que les Suedois qui fe trouvent
en Mofcovie , feront obligés de leur côté
de s'adreffer au plûtôt aux Officiers de Police des
Lieux , où ils demeurent , & de les avertir s'ils ont
deffein de retourner dans leur Patrie , ou de s'établir
en Mofcovie .
Le Feldt Maréchal Lefcy , qu'on croyoit devoir
demeurer à Petersbourg , pour affifter de fes confeils
la Princeffe Régente , eft parti pour aller prendre
le commandement de l'armée qui s'affemble en
Finlande .
Le Marquis de la Chetardie , qui a quitté le Caractére
d'Ambafleur du Roy de France , pour
prendre celui de fon Miniftre Plénipotentiaire , eût
le 25. Août dernier fa premiere audience de S. M.
Cz. Il en eut une particuliere le même jour de la
Princeffe Regente.
Le 7. du mois dernier , le Colonel Kindermann
arriva à Petersbourg de Finlande , d'où il avoit été
dépêché par le Feldt Maréchal Lefcy , pour aporter
au Czar les Drapeaux & les Etendarts pris fur les
Suedois dans l'action qui s'eft paffée le 3. à Willmanftrand.
Selon une rélation qu'on a publié à Petersbourg ,
le Corps de troupes Suedoifes , que le Feldt Maréchal
Lefcy a attaqué , étoit de 10000. hommes , &
celui que commandoit ce Général , & qui eft le mê

1306 MERCURE DE FRANCE
me qu'il trouva affemblé près de Wybourg , lorfqu'il
y arriva , n'étoit compofé que de 12000 .
Le Feldt Maréchal Leicy ayant marché avec ce
Corps vers le Lapwafiftrand , il arriva devant Willmanftrand
le 2. du mois dernier , & quoique les
Suedos y fuflent poftés très avantageufement , il
les attaqua le jour fuivant , n'ayant pris avec lui
que 8000. hommes , parce que le terrain , qui étoit
fort étroit , ne ui permettoit pas d'employer un
plus grand nombre de troupes . Les Suedois le défendirent
avec beaucoup de valeur , mais les Mofcovites
les prefférent fi vivement de toutes parts ,
que les ennemis furent chaffés de leur pofte , après
avoir fait une perte fort confidérable , & on leur a
fait 1700. prifonniers parmi lefquels eft le Major
Général Wrangel qui les commandoit .
Auffitôt que les Suedois eurent abandonné leur
camp , le Feldt Maréchal Lefcy fit donner l'affaut à
Willmanftrand , qui fut emporté l'épée à la main.
Les troupes que les ennemis y avoient laiffées , furent
taillées en piéces , & le Feldt Maréchal Lefcy
eut beaucoup de peine à faire ceffer le carnage fes
Soldats étant forts irrités de ce que pendant qu'ils
montoient à l'affaut , les Suedois avoient fait fauter
deux mines qui avoient caufé un fort grand dommage
aux Mofcovites . Deux Efcadrons des ennemis
voulurent prendre la fuite , mais les Mofcovites
les ayant joints , les enveloperent , & ils tuerent ou
firent prifonniers tous les Officiers & les Cavaliers
qui compofoient ces Escadrons
On a enlevé aux Suedois treize Drapeaux & quatre
Etendarts , & l'on a trouvé dans Willmanftrand
deux magafins confidér bles & une nombreuſe Artillerie
Les Mofcovites ont eû dans ce combat 526.
hommes de tués & le nombre de leurs bleffés monte
à près de 1900.
4xOCTOBRE
. 1741 230
ALLEMAGNE .
N mande de Vienne du 2. du mois paffé ;
que les dépêches du dernier courier qui eft
arrivé de Munich , ne donnent point licu d'efperer
que les differends de 3. M. avec l'Electeur de
Baviere puiffent être fi tôt terminés .
M. Robinſon eft retourné en Silefie , pour faire
au Roy de Prufle de nouvelles propofitions d'accommodement
de la part de la Reine , & l'on affûre
que S. M. offre d'abandonner à ce Prince la Principauté
de Jagerndorff & les Duchés de Lignitz , de
Brieg & de Wohlaw , à condition qu'il s'engagera
de lui envoyer un fecours de 10000. hommes ,
pour s'opofer aux entrepriſes de l'Electeur de
Baviere .
Ce Miniftre a rendu compte depuis à S. M. de
fa négociation qui n'a pas eû de fuccès . On croit
qu'il fera encore un voyage en Silefie , & que la
Reine a refolu de tenter un dernier effort , pour engager
S. M. Pr. à fe prêter aux moyens de conciliation
qu'elle lui a fait propofer.
La Reine paroît determinée à raffembler fes principales
forces dans la Haute-Autriche & dans le
Royaume de Boheme , pour s'opoſer aux entreprifes
de l'Electeur de Baviere.
Le Grand Duc de Toſcane vifita le 12. du mois
paffé les ouvrages qu'on ajoûte aux fortifications de
Vienne , & il diftribua une fomme confidérable
d'argent aux travailleurs , pour les encourager à faire
le plus de diligence qu'il leur fera poffible , pour
mettre cette Place en état de faire une longue réfiftance
, fi l'Electeur de Baviere fe détermine à en former
le Siége.
Deux des Régimens qui étoient en marche pour
Se rendre dans le Royaume de Boheme , ont reçû
erdre
2308 MERCURE DE FRANCE
ordre de fe rendre à Vienne , pour renforcer la
garnifon , qui fera augmentée jufqu'à 12000 ,
hommes.
On publia le 12. un Edit par lequel il eſt ordonné
à chaque Chef de famille , de fe pourvoir de vivres
pour fix mois , & pour en faciliter les moyens ,
la Reine a exempé de tous droits les denrées qui
entreront à Vienne pendant quinze jours , à l'exception
du Vin , fur lequel on continuera de lever
les impofitions ordinaires. Il a été défendu en même
tems aux habitans des Villages des environs , de
garder plus de grains ou de beftiaux quils n'en ont
befoin pour leur fubfiftance , & on les oblige de
conduire le refte à Vienne , fous peine de confif
cation .
La Reine a envoyé ordre à cinq ou fix Régimens
qui font en Italie , de fe joindre aux Milices du Tirol
, pour faire des courfes dans l'Electorat de
Baviere.
Le Comte de Neuperg a mandé à S. M. qu'un
détachement qu'il avoit fait avancer pour obferver
les mouvemens des ennemis , ayant raporté le 8.
du mois paffé , que le Roy de Pruffe marchoit avec
fon armée du côté de Munsterberg , & que ce Prince
paroiffoit avoir deffein de former le blocus de
Neiff , il décampa le lendemain de Tyrna , & que
l'armée de la Reine ayant repaffé la Neiff à Pilien
& à Camenitz elle alla camper à Pazgaw.Quelques
détachemens que ce Général avoit laiffés derriere ,
pour couvrir l'arriere garde , n'ayant pû s'y rendre
que le 10. à midi , il fut obligé d'attendre juſqu'à
ce tems , pour fe mettre en marche, Lorfqu'ils eurent
joint l'armée , che s'avança à Stiegendorff , &
le Comte de Neuperg ayant apris que les ennemis
qui continuoient de marcher le long de la Neifl ,
avoient occupé plufieurs poftes dans les environs
d'orOCTOBRE.
: 2305 1741
'Otmachow , il alla reconnoître ces poftes.
La nuit du 10. au 11. l'armée de la Reine quitta
le camp de Stiegendorff , & elle retourna à celui de
Buhlau afin d'être pius à portée de s'opofer aux entreprifes
que le Roy de Pruffe pourroit former fus
la Ville de Neiff.
Sur la nouvelle qu'on reçût le 11. que ce Prince
n'étoit qu'à une demie lieuë de cette Place , le Com
te de Neuperg jugea à propos de s'en aprocher encore
davantage , & il alla fe pofter à Mura avec
l'armée , qu'il fit demeurer tout le jour fous les armes.
Le Roy de Pruffe , qui n'avoit pas été informé
de ce dernier mouvement de l'armée de la Reine ,
fit paffer le foir la Neiff à 10000. hommes de fes
troupes fur deux ponts , mais dès que ces troupes
eurent découvert l'armée de la Reine , laquelle étoit
encore en ordre de bataille , elles repaffèrent la riviere
, & elles retournerent à Grinhau , où S. M.
Pr. étoit campée
Les Huffards & les Pandoures que le Comte de
Neuperg , en décampant de Tyrna , avoit détachés
pour inquiéter les ennemis dans leur marche , leur
ont enlevé un canon & plufieurs chariots , fur l'un
defquels étoit la vaiffelle d'argent d'un des principaux
Officiers de leur armée , & ils ont fait quel
ques prifonniers .
On mande de Presbourg , que les Etats da
Royaume de Hongrie avoient donné leur confentement
à l'Acte par lequel la Reine affocie le Grand
Duc de Tofcane au Gouvernement du Royaume ,
& qu'en conféqence ce Prince avoit figné & juré
d'obferver la Capitulation qui a été dreffée pour
cet effet.
La Reine a envoyé ordre au Régiment de Dragons
du Prince Eugene & à celui de Kevenhuller
qui étoient dans la Haute-Autriche , de fe rendre à
Vienne
2310 MERCURE DE FRANCE
Vienne , pour en renforcer la garniſon.
L'Univerfité a fait arborer fa Banniere & elle
donné un Mandement , pour inviter les Etudians
qui font en état de porter les armes , à les prendre
pour la défenſe de la Patrie.
Depuis la publication de l'Edit , par lequel la
Reine a exempté de tous droits les denrées qui entreroient
à Vienne pendant quinze jours , il y eft
entré une quantité confidérable de vivres , & le 22 .
du mois dernier , on fit une vifite générale dans
toutes les maifons , pour voir fi les habitans en
étoient fuffifamment pourvus.
Le Comte Palfi , ayant apris que l'Electeur de
Baviére étoit parti de Lints , & qu'il s'étoit avancé
à Ents , il marcha avec un détachement pour
obferver les mouvemens de l'armée de ce Prince ,
mais , comme il n'avoit avec lui que 2000. hommes,
il fe retira dès qu'il a eû lieu de craindre d'être
attaqué par un Corps de troupes plus confidérable
que celui qu'il avoit fous fes ordres.
Le Comte de Neuperg a mandé à la Reine que
l'armée Pruffienne ayant parû le 14. du mois derpier
fur les hauteurs voifines de Laffot , & qu'ayant
foupçonné que le Roy de Pruffe fe difpofoit à y tenter
le paffage de la Neiff , il avoit fait marcher le
Général Lentulus avec 12000. hommes pour s'opofer
au deffein de S. M. Pr. que le lendemain toute
l'armée avoit fuivi le Général Lentulus , & que s'étant
avancée fur quatre colonnes jufqu'à Neuntz ,
elle s'étoit poftée vis - à - vis de celle des ennemis ,
qui n'en étoit féparée que par la riviere.
I
CAMP DE LINTZ .
'Electeur de Baviere ayant été joint à Efferding
par les premieres divifions des troupes Fran
Coifes , il alla le 14. du mois dernier camper près de
cetta
OCTOBRE. 2311 1741
Sette Ville , que les troupes de la Reine de Hongrie
avoient abandonnée , ainfi que le Château d'Epersberg
, fitué fur une Montagne qui domine le pont
de la riviere de Traun , que les Autrichiens ont
rompu en fe retirant.
Le 15. l'Electeur aprit qu'ils avoient évacué auffi
la Ville d'Ents , & il y envoya un détachement de
400. hommes qui s'y est établi , & qui y a trouvé
dix piéces de canon ,un mortier & quantité de manitions
d'artillerie.
Un Corps de 70s, hommes , commandé par le
Comte de Seyn , étant retranché dans les Montagnes
au -deffus de Gemunden , où il y a un dépôt de
Salines , l'Electeur a fait marcher un détachement ,
pour s'emparer de cette Ville , & il a fait fommer
le Comte de Seyn qui occupoit le pofte d'Ebenfé
& qui après avoir capitulé , s'eft retiré dans la Baf
fe- Autriche.
La divifion des troupes Françoifes , commandée
par le Comte d'Aubigné , eft arrivée à Lintz , ainſi
que celle qui a marché fous les ordres du Marquis
de la Fare.
PRUSSE.
Lque le Royayant
E dernier courrier arrivé de Silésie , a raporté
que le Roy ayant été informé que l'armée de
la Reine de Hongrie , après avoir campé pendant
quelques jours fur les hauteurs de Tyrna , près de
Frankenſtein , s'étoit retirée du côté de Silberberg ,
afin de s'aprocher des Frontieres du Royaume de
Boheme , S. M. avoit jugé à propos de faire avancer
fon armée vers ce Royaume , & qu'il y avoit
eû depuis quelque tems entre les Partis des deux
armées plufieurs efcarmouches , dans lefquelles les
troupes desdeux Puiffances avoient remporté alterativement
l'avantage,
312 MERCURE DE FRANCE
Il arriva à Berlin le 15. du mois dernier un cou
rier,dont les dépêches marquent que le Feldt Maréchal
Lefcy , qui a pris le commandement de l'armée
du Czar en Finlande , s'étant avancé avec un
Corps de troupes jufqu'à Willmanftrand , premiere
Fortereffe de la Frontiere de Suede , & y ayant
rencontré un Corps d'Infanterie & de Cavalerie des
Suedois , qui étoit pofté fous cette Forterefle , il
avoit attaqué les Suédois malgré la fituation avantageufe
de leur camp , & le grand feu de quelques
piéces d'artillerie qu'ils avoient placée fur une hauteur
voifine ; que le combat avoit été très -vif &
très fong , & que les Suedois après s'être défendus
avec une extrême valeur avoient été obligés
de ceder à la fupérioré du nombre & de ſe retirer ;
qu'ils avoient fait en cette occafion une perte confidérable
, & que le Major Général Wrangel , qui
les commandoit avoit été fait prifonnier , ainfi que
quelques autres de leurs principaux Officiers ; que
du côté des Mofcovites il n'y avoit eû d'Officier
confidérable de tué que le Major Général Urnull ,
mais qu'ils avoient eu plufieurs Officiers bleflés
parmi lefquels étoient le Lieutenant Général Stoffeln
& le Major Général Albrecht ; qu'ils avoient
enlevé les canons , les bagages & tout ce qui étoit
dans le camp des Suedois , & qu'animés par ce fuccès
, ils avoient donné l'affaut à la Fortereffe de
Willmanftrand , dont ils s'étoient rendus maîtres.
Le 8. du mois paffé , le Roy de Pruffe quitta le
camp de Reifchenbach , pout fe raprocher de la ri
viere de Neiff , & ce Prince ayant fait marcher un
détachement de fon armée vers Grotkaw , soo!
Autrichiens , qui étoient en garnifon dans cete Pla
ce , l'abandonnerent & fe retirerent à Neiff. On a
trouvé à Grotkaw quelques piéces de canon & une
affés grande quantité de munitions , & le Roy de
Pruffa
OCTOBRE . 1741. 2313
s'avan-
Fruffe a exigé des habitans une contribution de
20000. Florins S. M Pr . après avoir fait occuper
Cette Place par 800. hommes de ſes troupes ,
ça le même jour à Munfterberg, & ayant continué
de côtoyer la Neff , elle arriva le 11. avec fon armée
à Grinhau qui eft fur le bord de cette riviere ,
& qui n'est qu'à une demi- lieuë de la Ville de
Neiff , dont on croit qu'elle a deffein d'entreprendre
le Siége
Le Comte de Neuperg , qui dès qu'il a été averti
de a marche du Roy de Prufle , a décampé de Tyrna
, pour obf rver Is mouvemens de l'armée Puf
fienne , & pour couvrir Neiff, a fait de l'autre côté
de la riviere les mêmes mouvemens que cette armée
, & il s'eft retranché à Mura .
Plufieurs détachemens de l'armée commandée
par ce Général , ont fait depuis quelques tems des
courfes dans les environs d'Oels & de Namslaw , &
la nuit du 8. au 9. du mois dernier, un de ces détachemens
attaqua un Piquet, qui avoit été posté près
du vieux Oder. Le Commandant de cette Ville en
ayant reçû avis , fit fortir 200. hommes de la garnifon
qui repoufferent les ennemis & les contraignirent
de fe retirer dans les bois de Honern . Le Major
Zaftrow , qui commandoit le détachement de la
garnifon , y pourfuivit les ennemis , & , quoiqu'ils
fuffent fupérieurs en nombre aux Pruffiens ,ces derniers
les auroient entierement défaits , fi les ennemis
à l'aproche de la nuit n'euffent été joints par
un détachement de Huffards , qui vint à leur ſecours
. Les P'ruffiens s'étant aperçus que les ennemis
avoient reçu un renfort , fe retirerent en bon ordre
, continuant leur feu avec beaucoup de vivacité,
& ils ne putent être entamés par les Huffards ,
qui les pourfuivirent jufqu'à une demi-lieuë de cette
Ville . Dans cette action qui a duré plus de trois
1
heures,
2314 MERCURE DE FRANCE
heures , les ennemis , ont perdu 60. hommes, & if
n'y a eû du côté des Pruffiens que trois hommes de
tués & quinze de bleflés .
O
SUEDE .
Na apris de Stockholm du 13. du mois paffé
que M. de Befuchef, ci - devant Miniftre du
Czar a la Cour de Suede , ayant prié le Comte de
Gyllenbourg , de faire remettre au Géneral Keyth
en Finlande des lettres pour le Comte d'Ofterman ,
le Comte de Gyllenbourg les a envoyées au Lieutenant
General Bodenbroeck' , avec ordre de les faire
porter par un Officier au Commandant des troupes
Mofcovites . L'Officier que le Lieutenant Géneral
Bodenbroeck en avoit chargé , alla au camp des.
ennemis avec deux Dragons & un Tambour , pour
' acquitter de fa commiffion , mais dès qu'il s'aprocha
du premier pofte des Mofcovites , ils firent
fur lui une décharge de moufqueterie, & quoiqu'il
eût fait batre trois fois l'appel par le Tambour
qui l'accompagnoit , ils continuerent de tirer &
le blefferent , ainfi que le Tambour.
Le Roy areçû un courier de Finlande , qui a confirmé
que le 3. du mois dernier il y avoit eû près
de Willmanftrand une action très- vive entre les
Suedois & les Mofcovites , mais la relation que ce
courier a aporté de ce combat , eft fort différente
de celle qui a été publiée par la Cour de Ruffie , &
elle affûre qu'il n'y avoit que 2800 , hommes fous
les ordres du Major Wrangel , & que le Feldt Maréchal
Lefcy commandoit un Corps de 16000.
hommes ; que les Suedois n'en ont perdu que icoo.
& qu'il y en avoit cû environ soco, de tués dy côté
des Molcovites,
On a apris par le même courier que Willmanftrand
;
1
1000.
n'eft
OCTOBRE. 1741 : 231
n'eft point une Fortereffe , mais un fimple Village
qui n'elt fermé que par un foffé & par une
paliflade. Ce Village, dont à peine on connoiffoit le
nom avant le combat qui l'a rendu célebre , eft fitué
près des Lignes que les Mofcovites ont conftruites
dans les environs de Wybourg , & qui conformément
à l'Article VIII, du Traité de Nyftade
commencent à Wickolax , d'où elles s'étendent
d'un côté juſqu'à une demie lieuë de la Mer , & de
l'autre jufqu'à une pareille diftance de Willayoky .
Ces Lignes forment autour de Wybourg un demicercle
, dont le rayon eft denviron trois lieuës.
POLOGNE.
Na apris par des lettres de Kaminieck que le
Grand Seigneur faifoit défiler beaucoup de
troupes vers Bender , & que les préparatifs de guerre
, auxquels on travailloit dans cette Place & dans
quelques autres voifines par ordre de fa Hauteffe
donnoient lieu de croire que le Grand Seigneur étoit
déterminé à prendre les armes contre la Ruffie , fi
le Czar refufoit de remplir toutes les conditions du
Traité, conclu à Belgrade entre les deux Puiffances .
Les mêmes lettres portent que les Tartares faifoient
de grands mouvemens , & qu'on craignoit
qu'un Corps confidérable de leurs troupes , qui eft
affemblé fur la Frontiere de la Podolie , ne paffat
par cette Province , pour aller faire une invafion
dans les Etats du Czar.
ESPAGNE,
Na apris qu'un Vaiffeau Marchand Anglois a
coulé à fond un Armateur Efpagnol qui l'avoit
attaqué près de Malaga , mais que l'équipage
de l'Armateur , s'étant jetté dans des Efquifs , eft allé
à l'abordage & a pris, le Vaiffeau.
Un
13 MERCURE DE FRANCE
Un autre Armateur s'eft emparé de deux autres
Vaiffeaux très - richement chargés.
Le 17 Août dernier , l'Armateur Don Guillaume
Mayol , prit dans les environs de Ceuta un Vaiſſeau
Anglois , du port de 120..tonneaux , chargé de
farine & de cacao , & qui étoit deftiné pour Gibraltar.
Un autre Bâtiment de la même Nation , lequel
venoit de Terre-Neuve , fut enlevé le 23. à fix
lieues de Porto par la Felouque la Notre Dame du
Pilier, & par la Barque leS Antoine das Animas.
La Frégate le S. Nicolas de Bari conduifit le même
jour au Ferol une autre prife, qu'elle a faite en revenant
de la Havane ,
L'Armateur Jean de Cores s'empara le 27. fur la
Côte de Portugal de la Balandre le Succès , comman
dée par le Capitaine Jefri Mashiter.
Le 9. du mois dernier , la Frégate la Conque Ma
rine entra dans le Port de S. Sebaſtien avec le Brigantin
Anglois , la Providence, qu'elle a enlevé entre
le 49. & le so. dégré de Latitude Septentrionale.
L'Armateur Don Pedre Zuazo , commandant la
Frégate la Conque Marine , s'eft remis en Mer quelques
jours après avoir conduit à S. Sebaſtien le Brigantin
Anglois , la Providence , & il a fait depuis le
7. jufqu'au 10. du mois dernier , quatre nouvelles
prifes dont l'une eft le Vaiffeau le Diamant , qui
portoit des ancres , des canons , & des munitions à
Gibraltar ; le fecond , une Balandre , nommée la
Rebecca , chargée de Sucre & de Bois de Teinture ,
qui retournoit de l'Ile de S. Chriftophe à Londres ;
la troifiéme , une autre Balandre de 100. tonneaux ,
fur laquelle il y avoit de la toile à faire des voiles
pour les Vaiffeaux , & la derniere , un Bâtiment
qui n'avoit que fon Left.
On a apris de Ste Croix de Tenerife , que l'Armateur
OCTOBRE . 1741. 2317
mateur Antoine Miguel y étoit arrivé le 18. Mai
dernier avec une Corvette Angloife , dont la charge
eft eftimée 13000. Piaftres , & dont il s'eft emparé
fur la côte de Guinée , entre la riviere de Gambie &
l'Ile de Gorée .
O
GENES ET ISLE DE CORSE.
Na apris de Genes du 14. du mois dernier
que le 16. du précedent il étoit encore parti
trois Bataillons des troupes Françoiſes , pour retourner
en France .
Les cinq Bataillons qui étoient reſtées dans l'Iſe
de Corfe , fe font embarqués , & on a apris qu'ils
étoient déja arrivés à Antibes.
GRANDE BRETAGNE.
E Vaiffeau de guerre l'Affiftance s'eft emparé de
deux Bâtimens Eſpagnols , dont l'un alloit à
Cartagene en Amerique , & l'autre revenoit du
Groenland , & on a apris qu'il les conduifoit à
Spithead avec deux autres prifes faites par le Vailfeau
de guerre l'Argyle.
Un Armateur Espagnol a été pris par un Armateur
Anglois de Philadelphie aux environs de
l'Ile de la Providence .
Le Vaiffeau Marchand le Hope a été pris par les
Eſpagnols en revenant de la Jamaïque.
1 FRANCE
2318 MERCURE DE FRANCE
の内
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
E 16. de ce mois , pendant la Meſſe du
Roy , l'Evêque de Pencz prêta ferment
de fidelité entre les mains de S. M. Les Evêques
de Cahors & de Laon prêterent le mê
me ferment le 18.
Le 17 , le Comte de Loff , Envoyé Extraordinaire
du Roy de Pologne , Electeur
de Saxe , eut fa premiere Audience publique
du Roy , & il y fut conduit , ainfi qu'à celle
de la Reine , & à celles de Monfeigneur le
Dauphin & de Meſdames de France , par le
Chevalier de Saintot , Introducteur des Ambaffadeurs
, qui étoit allé le prendre dans les
caroffes du Roy & de la Reine. Le Comte
de Loff fut traité par les Officiers du Roy ,
& il fut reconduit à Paris dans les caroffes
de leurs Majeftés , avec les cérémonies or
dinaires.
Le même jour , le Marquis Lomellini ,
Envoyé Extraordinaire de la République de
Génes , eut une Audience particuliere du
Roy , étant conduit par le même Introducteur
des Ambaffadeurs.
Lo
OCTOBRE. 1741 2319
>
Le Roy a accordé l'agrément de la Charge
d'Avocat Général du Parlement vacante
par la mort de M. Dagueffeau , à M. d'Ormeffon
de Noiſeau Avocat Général du
Grand- Confeil .
>
S. M. a donné l'agrément d'un Guidon
dans la Compagnie des Gendarmes de fa
Garde ordinaire qu'avoit le Marquis
de Poyanne , fait Meftre de Camp , Lieutenant
du Régiment de Bretagne , Cade
Monſtiers , Comte de valerie , à
Merinville .
· •
Louis Jacques de Caloune , Marquis de
Courtebonne , Lieutenant de Roy de la
Province d'Artois, Sous - Lieutenant des Gendarmes
de la Reine , & Brigadier des Armées
du Roy , a été nommé Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Bourguignons , au lieu & place de feu Antonin
- Armand de Belfunce , Marquis de
Caftelmoron

1
Comte de Relingue , Enfeigne
de la Compagnie des Gendarmes Anglois
& Brigadier des Armées du Roy , a eu la
Sous-Lieutenance de celle des Gendarmes
de la Reine.
Guy- Louis Charles de Laval-Montmorency
, apellé le Comte de Laval , Guidon des
Gendarmes de Flandres , & Meſtre de Camp
I ij
de
2320 MERCURE DE FRANCE
de Cavalerie , a été fait Enſeigne de la Compagnie
des Gendarmes Anglois.
d'Argouges , Sous - Lieutenant
dans le Regiment du Roy, apellé le Comte
d'Argouges , fecond fils du Lieutenant Civil
du Châtelet de Paris , a eu l'agrément du
Guidon de la Compagnie des Gendarmes de
Flandres,
-Le 3. de ce mois , le Prince Cantimir ;
Ambaſſadeur Extraordinaire du Czar , cut
une Audience particuliere du Roy , à laquelle
il fut conduit par le Chevalier de
Saintot , Introducteur des Ambaffadeurs.
BENEFICES DONNE'S.
E Roy a nommé à l'Evêché de Die ;
Suffragant de l'Archevêché de Vienne
, l'Abbé des Augiers , Vicaire - Général
de l'Archevêché de Lyon , & neveu de
Guillaume d'Hugues , Evêque de Nevers.
L'Abbé de Caritat de Condorcet , Vicaire-
Général de Jean d'Yfe de Saleon , Evêque
de Rhodés , fon oncle , à celui de Gap ,
Suffragant de l'Archevêché d'Aix.
S. M. a donné l'Abbaye de S. Martin de
Pontoife , O. S. Ben. Diocèfe de Rouen , à
Odet Jofeph de Vaux de Giry de Saint Cyr ,
Docteur en Theologie de la Faculté de
Paris , de la Maifon Royale de Navarre ;
cia
OCTOBRE 1741 2321
ti devant Vicaire - Général de Tours , Abbé
Commandataire de N. D. de Val - Benoît ;
O. de Cit. D. de Lyon , & de la Clairté-
Dieu , même O. D. de Tours , & Sous Précepteur
de Monfeigneur le Dauphin.
Celle de S. Nicolas des Prez , fous Ribemont
, O. de S. Ben. D. de Laon , à René-
Augufte de Marbeuf, Prêtre du Diocéfe de
Rennes , Abbé de Langonet , O. de C. D.
de Quimper , Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , & Lecteur de Monfeigneur
le Dauphin.
L'Abbaye Reguliere de Prieres , O. de C.
D. de Vannes , vacante par le decès de Dom
Jacques Nouel , à Dom de la Fruglaye
neveu de François Hyacinte de la Fruglaye
de Kerver , Evêque de Treguier.
Celle de Port Royal de Paris , O. de C.
vacante par la mort de Soeur •
Palatine de Dyo de Montperrous , à Soeur
Claire de Montmorin , Abbeffe de Montreüil
les - Dames , fous Laon , & auparavant
de N. D. de Mercoire , du même Ordre ,
Dioc. de Mende , Soeur de l'Evêque Duc
de Langres , & de l'Abbeffe de Jouarre.
Celle de Montreuil -les- Dames ,fous Laon,
même Ordre , à Soeur Perrette le Prêtre de
Vauban , dite de Sainte Valerie , Religieufe
Profeffe de Port- Royal de Paris .
Le Prieuré Conventuel & Electif de l'En-
I iij fourchure
322 MERCURE DE FRANCE
fourchure , O. de Grandmont , D. de Seps ,
vacant par le décès de François Sevin, Garde
des Manufcrits de la
Bibliothèque du Roy ,
à Claude Sallier , Prêtre , Garde des Livres
de la Bibliothèque du Roy, Profeffeur Royal
en Hebreu , l'un des 40. de l'Académic
Françoiſe , & Affocié de celle des Infcrip
tions & Belles - Lettres .
Les Auguftins Déchauffés de la Congré
gation de France , ayant ouvert leur Chapitre
Général à Paris le 22. du mois dernier ,
ils ont élû pour leur Supérieur Général le
Pere Paulin , de la Province de Provence
lequel avoit déja été élû en 1732. pour rem
plir la même Charge.
On a reçû avis que l'Ambaffadeur Extraor
dinaire du Grand- Seigneur auprès du Roy ,
étoit arrivé à Toulon le is . du mois der
nier
>
Le 30. Septembre , le 2. & le 7. Octobre ,
il y eût Concert chés la Reine. M. de Blâmont,
Sur - Intendant de la Mufique du
Roy , fit chanter l'Opera d'Iphigénie, dont
les principaux Rôles fûrent remplis par les
Dlles Romainville , la Lande , Deſchamps ,
& Mathieu , & par les fieurs du Bourg , Poirier
& Benoît,
L
OCTOBRE. 17417 2323
Le 11. & le 14. la Reine entendit le Ballet
Héroïque de Zaide , dont les Rôlles furent
remplis par les mêmes Sujets , & par le fieur
d'Angerville.
Le 16. le 18. & le 21. on concerta l'Opera
de Phaeton ; les Dlles Abec & d'Aigremont
, & le fieur Jélyot , remplirent les prin
cipaux Rôlles , avec les autres Sujets qu'on
vient de nommer .
Le 23. & le 25. la Reine entendit le Ballet
des Caractéres de l'Amour , de M. de Blâmont
, exécuté les mêmes Sujets & par par
le fieur le Cler.
VERS à Mile Defchamps , de la Mufique
T
de la Reine.
Hémire , y fongez -vous de m'ordonner des
Vers ?
Encor fi je n'avois à chanter que vos charmes ....
Mais comment les chanter , fans parler de mes fers,
De vos rigueurs , & de mes larmes ?
Si mes ardens foupirs ne peuvent rien ſur vous ,
De mes foibles accens quel fera le partage à
Vos mépris & votre courroux.
Hélas ! dans ce fiécle volage ,
Ce que Cithere eut de plus doux ;
La tendreffe , n'eft plus d'uſage ;
Aimons fans murmurer ; fouffrons & taifons- nous,
I iiij
Vn
324 MERCURE DE FRANCE
Un coeur vraiment touché fuit tout public hom
mage.
Un filence refpectueux
Doit être aujourd'hui le langage
D'un amour tendre & malbeureux.
L. M. D. S. S.
Toutes les Troupes qui compofent l'Ar
mée du Roy , commandée par le Maréchal
de Maillebois , & qui ont marché en plufieurs
divifions s'étant raffemblées fous
Nuys , elles y ont campé jufqu'au 23. du
mois dernier , la droite au Bois d'Eppechouën
, & la gauche à Nuys , la riviere
d'Erff couvrant le front du Camp . L'Electeur
de Cologne s'y rendit le 21 ; il vit
l'armée du Roy en bataille , & le lendemain
il dîna chés le Maréhal de Maillebois.
Le 23. la Cavalerie & l'Artillerie partirent
du Camp de Nuys , pour aller camper
à Keyferfwert , & elles pafferent le Rhin
fur un Pont de bateaux .
L'Infanterie fe mit en marche le 24. & elle
paffa le Rhin fur le pont de bateaux qui
avoit fervi à la Cavalerie , & qui étoit près
de Keyferfwert.
Le 26. l'armée du Roy étoit campée ,
la droite à Kalcum & la gauche à Eltorpff.
7000. hommes des troupes Palatines &
3000. des troupes de l'Electeur de Cologne
fons
OCTOBRE. 1741. 2328
font en réſerve, & à portée de joindre l'armée.
Les Régimens d'Infanterie , de Cavalerie
& de Dragons , faifant partie de l'armée que
le Roy à fait affembler fur le Rhin , & qui
étoient reftés au Fort-Louis & à Landau , en
partirent les 22. 24. & 26. du mois dernier ,
& ils ont paffé le Rhin , ces troupes marchant
fur deux Colonnes , compofées chacu
ne de trois divifions. La Colonne de la droi
te, partie du Fort Louis , a paffé par Raftat ,
& elle eft commandée par leComte de Polaftron
, Lieutenant Général , & par Mrs de la
Gervafais & de la Tour , Maréchaux de
Camp. La Colonne de la gauche , dont les
trois divifions marchent fous les ordres du
Marquis de Gallion , du Marquis de Clermont-
Tonnerre, du Comte du Cayla , Lieutemans
Généraux ; de M. de Ratzky , du Chevalier
d'Apcher & du Duc de Biron , Maréchaux
de Camp , a paffé par Viſlock .
3 .
L'Electeur de Baviere partit du Camp de
Lintz ie 22. du mois dernier , & il alla ce
jour-là camper à Affen avec toute fon armée .
Il s'avança le 23.à Ents, & le de ce mois'il
campa à Strimberg. Pendant les marches
que ce Prince à faites depuis qu'il eft parti du
Camp de Lintz , il a été joint par les divifions
des troupes Françoifes , qui ont marché
fous les ordres du Comte de Saxe , &
du Comte de Segur , Lieutenans Généraux.
Les
a326 MERCURE DE FRANCE
Les lettres de Duffeldorp marquent que
l'armée du Roy , commandée par le Maréchal
de Maillebois , étoit toûjours campée à
Kalcum .
La Loterie Royale établie par Arrêt du
Confeil du 22. Janvier 1741. pour le foulagement
des Pauvres , fut tirée pour la quatriéme
fois dans la grande Salle de l'Hôtel
de Ville , en préfence du Prévôt des Marchands
& des Echevins , le Samedi 30. Septembre
1741.La Lifte générale des Billets gagnans
fut publiée le lendemain ; le gros Lot
qui eft de 120000. livres , eft échû au N°.
10181. & le fecond qui eft de 60000. livres
eft échû au N°. 20862.
POMPE FUNEBRE de la Reine
de Sardaigne.
Nous avons parlé dans le Mercure de Septembre
, du Service folemnel que le Roi fit faire dans
l'Eglife Métropolitaine de cette Ville le 22. du même
mois pour le repos
de l'ame de la Reine de Sardaigne.
Voici une Deſcription plus détaillée de ce pomeux
Apareil. Il a fait l'admiration publique , &
Pes efprits les plus éclairés & les plus délicats , ont
Itrouvé dans l'ordonnance & dans l'exécution autant
de magnificence que de goût.
La Façade de l'Eglife du côté du Parvis étoit tendue
de noir jufqu'aux premieres galeries : au- deſſus
de la grande porte du milicu , étoit un grand Morcean
OCTOBRE . 2327 1741 .
ceau d'Achitecture. On voyoit au milieu un grand
Cartouche des Armes du Roy & de la Reine , audeffus
d'un Tombeau avec le Tems & autres Figures
allégoriques . Au haut des deux portes latérales,
deux autres grands Morceaux avec le Chifre de la
Reine , foutenu par des Anges fonnant de la Trompette
; vers le milieu & en bas regnoient trois lés de
velours avec des Ecuflons de diftance en diſtance..
Dans l'Eglife , la Nef étoit tenduë en noir juſqu'aux
vitreaux . & ornée de chaque coté de deux
grands Cartouches , dont deux avec les Armes du
Roy & de la Reine , & celui du milieu avec le Chifre
de la Reine , le tout accompagné de la Couronne
& Manteau Royal , au bas de chacune , une:
girandole à fix branches de lumieres .
La Porte pour entrer dans le Choeur étoit de 25..
pieds de haut avec un chambranle de marbre, un pi-.
laftre de chaque côté de marbre de portore, furmonté
chacun par un Lion, qui eft le fuport des Armes de
Sardaigne; audeflus un grand Cartouche avec les Armes
du Roy & de laReine ; la Couronne Royale, avec
le Manteau Royal & divers attributs , deux girandoles
à cinq bougies pofées de chaque côté , au haut
des deux pilaftres ; au deux coftés de la porte deux
grands Cartouches ornés de même avec le Chifre:
de la keine au milieu , ayant chacun au bas une girandole
à cinq lumieres ; au tour de la Nef, régnoient
deux lés de velours, chargés d'Ecuflons dif
tribués avec fimétrie.
La Porte du Choeur de 15. pieds 4. pouces, de
Haut , répondant à celle de la Nef, étoit en marbre:
blanc avec un couronnement convenable on
voyoit au milieu le Chifre de la Reine , terminé par
le bas par une tête de Mort , fur un fond de mar
bre de portore : les côtés du chambranle étoient or
nés de deux confoles dorées , avec une chute de
Cyprès , le tout en or..
#328 MERCURE DE FRANCE
A dix pieds de la porte du Choeur , étoit placé le
Catafalque ; l'eftrade formoit un quarré long de
16. pieds fur 8. de large , juſqu'à l'extremité des fix.
marches de ceremonie qui étoient placées des quatre
côtés & bombées par le milieu . Dans les quatre
angles du plan quarré étoient quatre parties avancées
de 4. pieds formant un piédeſtal cintré ſur le
devant , le tout en marbre de portore.
Sur cette eftrade étoit un focle de trois pieds & dea
mi de haut à pans coupés fur une longueur proportionnée,
le haut du focle fe terminant par un adouciffement
en douffine : les 4 pans coupés étoient,
ornés d'une confole en or , portant chacune une
girandole de cinq lumieres , le reſte en marbre.
blanc. Sur les quatre faces du focle , on avoit placé
des Cartouches en relief avec les Chifres de la
Reine , couronnés de Ciprès , d'où tomboient des.
feftons de Ciprès qui venoient s'attacher aux conſoles
& retomboient en feftons de chaque côté. Sur le
focle étoit le tombeau en Porphire foutenu de
quatre confoles en or & fur les quatre faces
un Cartel en relief avec le Chifre de la Reine.
Au- deffus & fur le Tombeau étoit la Repréfentation,
couverte du Poële, de la Couronne d'étoffe d'or
doublée & bordée d'hermine retrouffée à l'endroit
des confoles & des Cartels : à l'extremité du côté de
l'Autel , étoit le Manteau Royal , auffi d'étoffe d'or
doublé & bordé d'hermine ; à l'autre extrmité étoit
la Couronne Royale couverte d'un crêpe .
Sur les quatre parties avancées ou piédeftaux de
l'eftrade , s'élevoient torcheres formées par quatre
trois branches de Ciprès de 18.pieds de haut chacu
ne nouées dans leurs paflages l'une fur l'autre &
divifées en cinq parties , arondies par chaque branche,
diminuant par le haut en forme piramidale; la
partie du bas ayant 3. pieds quelques pouces d'ou
verture
OCTOBRE. 1741 1741. 2329
verture,élevée d'un pied du piédeſtal avec des feuilles
de ciprès déchirées qui s'élargiffoient & retomboient
fur le piédeftal , l'extremité du haut fe terminant de
mêine en feuilles de ciprès épanouies autour , d'ou
fortoient de chacune trois girandoles à 3. branches.
de lumieres & du milieu un vafe triangulaire qui por
toit une girandole de 15. lumieres ; les quatre tor
cheres portoient chacune vingt & une girandoles à
trois branches , faifant les quatre enfemble 189. lumieres
, dans la partie du bas de chacune au milieu
étoit uneLampe fepulchrale qui étoit une fort groffe
lumiere ; les torcheres & les girandoles étoient en
argent , & chaque paffage des branches de ciprès
étoit couvert par des têtes de Mort aîlées en or ,
les piédeftaux étoient auffi ornés d'une tête de Mort.
allée fur le devant , d'où fortoient des feftons de
ciprès attachés & retrouffés fur les deux côtés, à des
girandoles à cinq lumieres de même que celle audeffus
de la tête de Mort,fur le devant des torcheres ,
étoit affis fur chaque piédeftal un Enfant en marbre:
blanc , une Draperie fur la tête & portant un Sable
, un flambeau éteint & autres attributs de la
Mort.
Le furplus de la décoration du Catafalque , confiftoit
en quatre vingt fix chandeliers d'argent avec
leurs lumieres , diftribués fur les degrés & autour
du Catafalque.
Sur les degrés faiſant face à la porte d'entrée de
Choeur , étoit un grand Groupe. On y voyoit le
vieilOcean repréfentant allégoriquement l'abîme ,ou
les Fleuves ainfi que les Rui eaux vont fe perdre à la
fin de leur courfe , il pareitoit couché fur un Rocher
entre- ouvert , & apuyé fur fon Aviron dans
Pattitude impérieufe d'un Dieu fouverain des Mers.
La Dore, Riviere du Piemont qui coule auprès de la
Willede Thurin,y paroilloit fous la figure d'une Nimphe
2330 MERCURE DE FRANCE
phe couronnée , & entraînée par la violence de fe
Eaux, jufques dans les gouffres de l'Ocean dans lef
quels on la voyoit fe perdre. Deux Rui eaux ,fou
la figure de jeunes Enfans , l'un effrayé , l'autre
gémillant , & une Nayade, repréfentant l'Amour &
la Fidelité des Peuples de Sardaigne , s'efforcoient
de l'arrêter par fa Robe , qui fe déchiroit dans
leurs mains. La Nimphe en fe précipitant paroiffoit
laiffer fa couronne fur le rivage Des génies défolés
la baignoient de leurs larmes & embraſſoient
ces marques précieuſes qui couronnoient les vertus
de leur Nimphe.
Sur les degrés en face de l'Autel au pied de la Repréfentation
paroiffoit affife fur un Trône , une figure
de fix pieds de proportion portant un Diadême
, & repréfentant la Sardaigne en pleurs , apuyée:
fur un grand Cartouche de fes Armes ; une autre.
figure exprimant la douleur , étoit aux pieds de la
Déeffe, tenant entre fes mains trois Urnes couvertes.
d'un Voile funebre , & remplies des cendres des.
trois dernieres Princeffes que la Sardaigne regrette .
-Sur les degrés à droite en entrant , étoit repréſensée
la Religion tenant un Calice , une Croix & fes.
autres attributs .
A la gauche étoit la Charité ſous la figure d'une
femme embraffant un jeune enfant , avec les autres .
attributs.
Au -deffus du Catafalque étoit un Pavillon fuperbe
en étoffe noire & moirée , ainfi que les pentes.
retrouflées en quatre parties ; ces pentes en feftons.
étoient femées de larmes d'argent avec des piéces
du Blafon de Sardaigne & de Loraine , & le champ
femé de larmes avec des bandes herminées & bordées .
d'hermine;la moulure du Pavillon qui étoit octogone
dorée , étoit ornée de campannes , qui formoient
des feftons en hermine , la gorge & le dôme audeffus
4
i
OCTOBRE. 1741 2331
Jeffus femés de même , & huit bouquets de plumes
blanches & noires avec une aigrette pofés fur les
huit angles de l'octogone , le plafond en noir croifé.
de more d'argent cantonné des armes en or. Du
deffous du Pavillon fortoit une mort fa faux fur l'épaule
qui fembloit s'envoler contemplant dans fon
vol fa derniere conquefte ; elle étoit envelopée de
draperie & dans un groupe de nuées.
Le pourtour du Choeur que l'on avoit préparé
dans la nef de l'Eglife pour cette Céremonie , étoit
decoré de 7. arcades de chaque côté & de deux dans .
le Jubé ou étoit la mufique , faifant le nombre de
feize , dont quatorze foncées de noir avec des gradins,
les deux autres fermées . Chaque arcade étoit féparée
par des Pilaftres Corinthiens avec leurs chapi
teaux compofés de têtes de mort , le tout en or & en
argent. Vers le milieu de la hauteur des Pilaftres ,
on voyoit un morceau d'architecture avec des Lam
pes fepulchrales fur les côtés & le Chifre de la Reine
au milieu en or fur un fond noir ; au devant
de chacun des Pilastres,étoit placée une torchere ornée
de êtes de mort & de feftons de ciprès en or ,
qui portoient un vafe dargent d'où fortoit une gi
randole de fept lumieres , la corniche de même ordre
au pourtour du Choeur , dont un lés de velours .
formoit la frife femée , comme le refte de larmes.
& de piéces de blafon , & fur la frife à l'aplomb.
des Pilaftres fur la partie avancée de la corniche ,
étoit un morceau d'ornement compofé pour le fujet
, en or ; les arcades ceintrées tomboient fur
l'impofte de l'arriere corps des Pilaftres ; fur le
milieu des ceintres à commencer par la premiere
arcade du Jubé , fortoit du milieu un Ange
tenant d'une main fa Trompette & retrouffant de
l'autre un rideau qui fe partageoit des deux côtés ,
ce rideau qui étoit noir , femé de larmes d'argent
&
332 MERCURE DE FRANCE
& bordé d'hermine , venoit s'attacher aux impoftes
avec un cordon & gland d'argent , le refte tombant
le long de l'arriere- corps ; la feconde arcade avoit
dans fon milieu un grand Cartouche orné , & dans
le milieu les armes du Roy & de la Reine , la Couronne
& le manteau Royal , & au bas du Cartouche
une girandole à cinq branches de lumieres ;
derriere le Cartouche paroiffoit de chaque côté un
femblable rideau , qui étoit retrouffé par deux Sque .
letes qui fortoient de derriere , envelopés dans des
draperies ,les rideaux tombant enfuite le long des arrieres-
corps. A la troifiéme arcade fur le milieu étoit
un pareil Cartouche auffi avec un rideau qui alloit
s'attacher à l'endroit de l'impofte , le refte comme
tous les autres rideaux. A la quatriéme arcade les rideaux
étoient retrouffés de même par deux Squeletes
avec un pareil Cartouche au milieu ; à la cinquiéme
pareils rideaux retroufflés par le milieu par
un Ange fonnant de la Trompette . A la fixiéme arcade
du milieu un pareil Cartouche , même rideau
& même arrangement ; à la feptiéme arcade de même,
un Ange fortant du milieu , levant les yeux vers
le Ciel & foutenant le rideau; l'autre côté du Chout
pareil. Toutes les figures étant de differente attitu
de & toutes en argent . Les marbres de la circonférence
de ce Choeur étoient blancs & de portore .
Les deux Arcades du Jubé , quoique fermées ,
étoient décorées de même avec de grandes Armes
& de pareils rideaux , des girandoles à cinq branches
de lumieres , de- même qu'à toutes les autres ;
la partie qui étoit fermée étoit décorée d'un grand
panneau en hermine . Les ouvertures des Arcades
étoient fermées par un baluftre en or, avec une tête
de Mort au milieu, de- même que le retour du Jubé,
& fe terminoient à la porte de l'entrée du Chocur ;
le baluftre , de trois pieds de haur , portoit a chaque
OCTOBRE. 1741. 2333
que bout , fur des piédeſtaux , une girandole de
de douze lumieres. L'attique au - deffus de la
grande corniche , formant autant de grandes parties
en noir que d'arcades par le bas , étoit féparée
de-même par un pilaftre blanc ; fur chacun , & audevant
de chaque pilaftre étoit un Squelete en pied ,
envelope de draperie , qui fembloit porter la corni
che de l'attique , fur chaque partie, entre les pilaftres
, étoit une bande en hermine,formant un paneau,
& fur le milieu de chacun un Cartouche avec la
Couronne Royale , & alternativement un quartier
des Armes du Roy & de la Reine , fuivant l'ordre
& l'arrangement des Blafons ; entre chaque pilaftre
de l'attique au pourtour du Choeur,fur la corniche,
étoit un baluftre en or , avec une girandole à cinq
branches; fur le milieu de chaque partie, & fur fon
apui regnoit au pourtour un filet de 300. lumieres,
& fur le devant de chaque Squelete , fur les pilaftres
de l'attique , étoit un vafe noir & argent , pofé fur
la grande corniche , de neuf lumieres chacun ; audeffus
de la corniche de l'attique , étoit un lés de
velours , femé de-même de larmes & de piéces des
Blafons du Roy & de la Reine ; à l'aplomb de chaque
pilaftre étoit un Ecuffon avec un quartier de
chaque partie des Armes , & au milieu un Chifte
de la Reine dans un pareil Ecuffon , le lés de velours
formant une ceinture tout au pourtour ; le
furplus jufqu'aux vitreaux étoit tendu de noir à dixhuit
pieds au- deffus de toute la Décoration.
A la partie de l'Autel étoit une balustrade depuis
les deux portes des côtés du Choeur , juſqu'à l'extrémité
des Stales , fermant le Sanctuaire , dont l'eftrade
étoit élevée de quatre pouces , & couverte de
drap noir , il y avoit aux deux côtés de l'entrée du
Sanctuaire un piédeſtal , joignant la balustrade , en
marbre blanc , portant une grande girandole de
150
334 MERCURE DE FRANCE
que
15. lumieres chacune ; les trois marches de l'Autel
de même couvertes de noir ; l'Autel d'un Ordre Corinthien
, étoit orné de quatre colomnes couplées ,
dont les piédeftaux étoient élevés fur un focle de
breche grife, portant leurs corniches & un timpan ,
qui finiffoit le rétable de l'Autel , le tout en marbre
blanc & de portore; entre les deux colomnes de chacôté
étoit une piramide en argent de 42. lumiees
chacune,pofant fur les piédeftaux, dont une gran
de agraffe,qui couvroit leur corniche , fembloit porter
les piramides , dont le pied , envelopé de feftons
de ciprès , venoit fe terminer à une agraffe , le
tout en argent,de-même que les chapiteaux & bazes
des colomnes ; fous le timpan étoit une Gloire avec
un triangle au milieu , accompagné de plufieurs
Anges & rayons, qui s'étendoient de tous côtés , &
paffoient fur le timpan & fur le fond noir qui tenoit
lieu de Tableau , le tout furmonté d'une Croix
rayonnée en argent ; le fond en noir entouré d'hermine,
avec une Croix de moire d'argent, cantonnée
des Armes en broderie d'or, s'étendoit jufqu'à la corniche
des piédeftaux , la même corniche continuant
de l'un à l'autre , fur laquelle étoit un chantourné ,
fémé de larmes, avec une téte de Mort aîlée au milieu
, le tout en argent ; le chantourné portoit zo .
lumieres ; au -deffus de l'Autel étoit un Dais , dont
les moulures , ainfi que les campannes , étoient en
argent , les Rideaux de fatin noir , femés de larmes
& des mêmes Piéces de Blazons , étoient doublés
de taffetas blanc herminé , avec des franges
d'argent tout autour , & deux bouquets de plume
blanches & noires , & une aigrette au milieu , le
plafond du Dais noir , croifé d'une , Croix de moire
d'argent , cantonnée des Armes ; deffous le Dais
étoit un Cartouche avec le Chifre de la Reine au milieu,
la Couronne Royale , au - deffus , fur les deux exmités
OCTOBRE. 1741 : 2333
>
tremités du timpan , à l'aplomb des colomnes , un
focle avec une girandole de 15. lumieres fur chaque
côté des colomnes , un arriere- corps fe terminant
par une grande confole fur le rou
leau de laquelle étoit une girandole de cinq lumie
res & deux fur le focle , formant un triangle , audeffus
de laquelle confole étoit de chaque côté un
Ange adorateur fur des naées , avec quelques têtes
de Cherubins , le tout en argent ; le fuplus de
toute la Décoration des deux côtés de l'Autel étoit
femblable à tout le refte du Choeur ; la même corniche
des piédeftaux de l'Autel , regnoit également
au pourtour , le long du plafond des Stales ; le .
furplus de la Décoration de l'Autel , confiftit en ornemens
de velours noir , garnis de franges d'argent
avec des Armes en broderie d'or ; au- deffous des
pentes du pourtour du Sanctuaire , étoient des rideaux
de damas noir , avec des franges d'argent ;
l'Autel , orné de 40. Chandeliers d'argent garnis de
cierges. Sur le plafond des Stales , devant chaque
pilaftre une girandole de neuf lumieres chacune ,
& fur la circonférence de la corniche du plafond ,
regnoit un filet de treffle en or , à la diſtance
d'un pied l'un de l'autre , fe rejoignant par d'autres
ornemens & portant chacun un cierge , faifant
enſemble le nombre de 300. lumieres ; à la
corniche des Stales , qui étoit dorée , étoit le troifiéme
lé de velours , femé de-même que les deux
autres , avec les mêmes Ecuffons , & arrangés demême
avec des feftons herminés, noués au - deffus
de chaque Ecuffon , & feftonnant de l'un à l'autre,
les Stales couvertes de drap noir , de même que le
pavé de tout le Choeur.
Plufieurs Princes & Princeffes , plufieurs Prélats,
& quantité de Perfonnes diftinguées , de la Cour &
de la Ville , affifterent à ce Service , qui fut des plus.
magnifi
133 MERCURE DE FRANCE
magnifiques; le Duc de Chartres, le Comte de Clera
mont, & lePrince deConty, conduifirent à l'Offrande
avec les céremonies acoûtumées la Princeſſe deCor❤
ty,Mademoiſelle, & Mademoifelle de la Roche- fur-
Yon, qui étoient les Princefles du deuil . Le Parlement,
la Chambre des Comptes , la Cour des Aydes ,
l'Univerfité & le Corps de Ville , qui avoient été
invités de la part du Roy par le Marquis de Dreux,
Grand-Maître des Céremonies , y affifterent auffi .
Cette Pompe funebre , ordonné : par M. le Duc
de Rochechouart , Pair de France , en Exercice de
Premier Gentilhomme de la Chambre du Roy , a
* été inventée & conduite par M. de Bonneval , Intendant
& Contrôleur Géneral de l'Argenterie ,
Menus plaifirs & Affaires de la Chambre du Roy, &
executée par
le fieur Perault , qui en a fait les Deffeins
en grand , & toutes les Peintures , & par
les fieurs Sloots , Sculpteurs , qui en ont compofé
toutes les Figures de ronde - boffe .
NOUVEAU SPECTACLE.
Es difficultés qui fembloient s'opofer à l'execution
de ce Spectacle , intitulé, le Jugement Univerfel
, ayant été levées par le fieur Ritter Ardack ,
Syrien de Nation , qui en eft l'Auteur , il fut donné
au Public pour la premiere fois le 8. de ce mois, dans
une grande Sale très-vafte , fituée au bout de la ruë de
Grenelle , au coin de la rue Coquillere. Le fieur Pietro
Algieri, Peintre de l'Académie Royale de Mufique ,
en a peint les Décorations & a très - bien ſaiſi l'idée
& le Plan de l'Auteur; voici en peu de mots ce qu'on
a voulu repréſenter dans les cinq parties qui compofent
ce Spectacle.
A l'ouverture du Théatre , on voit un beau Payfage
, du milieu duquel s'élevent les Murs & la
Ville de Jérufalem dans les ombres de la nuit ; la
Lune
OCTOBRE . 1741. 2337
Lune , qui paroît comme enfanglantée , luit au travers
des nuages où la clarté va bientôt s'éteindre.
Le Soleil commence à paroître & fait ſon cours au
travers des vapeurs qui fortent de la Terre , peu de
tems après il s'obfcurcit ; un bruit de Tonnerre ſe
fait entendre ; un ébranlement fe fait enfuite dans
toute la Nature . Des Aftronomes viennent examiner
ces Phénomenes. Une pluye de feu tombe ſur
la Ville de Jérufalem , l'embrafe & la détruit .
La feconde Décoration repréſente dans une étenduë
immenſe la Vallée de Josaphat, & forme un point
d'Optique admirable par le lointain où la vûë fem
ble s'égarer. On voit une Mer agitée extraordinairement
, dont les flots irrités jettent fur les rivages
tous les corps qu'elle a engloutis , depuis le commencement
des fiécles. Le Prophete Ezechiel arrive
dans cette Vallée & frémit à la vûë de ce terrible
Spectacle. Le fon de la Trompette fe fait entendre
, & annonce aux quatre Parties du Monde
l'arrivée du Meffie & le Jugement Univerſel .
La troifiéme & quatrième Décorations, repréfentent
d'abord tous les Morts reffufcités , leſquels reparoiffent
un peu après dans leur premier état , avec
les habits convenables à leurs fexes , à leurs Pays , à
leurs differens états , &c. Tout le Genre humain
enfin eft affemblé dans cette Vallée . Cependant le
Souverain Juge defcend des Cieux fur un Arc-en-
Ciel , dans une Gloire ébloüiffante , accompagné
des douze Apôtres , qui font autour du Tribunal
redoutable. Auffi tôt la Sentence eft prononcée , &
les Elus , qui font à droite , font conduits par des
Anges dans le Paradis , & les Réprouvés , par des
Démons dans les Enfers .
On voit après cette féparation des Bons & des
Méchans , le Souverain Juge remonter dans le Ciel
avec les Elus. L'Enfer s'ouvre ; en même- tems un
bruit
2338 MERCURE DE FRANCE
1
bruit terrible fe fait entendre dans fes Antres pro
fonds , qui vomiffent feu & flâmes , & ces Miniftres
odieux de la Juftice Divine les plongent dans les
tourmens qui leur font préparés .
Une Symphonie , mêlée de Cors de Chaffe , de
Trompettes & d'autres Inftrumens , qui continuë
pendant tout le Spectacle , en caractériſe parfaite
ment tous les differens Sujets. Il a été reçû favora
ment du Public . L'Auteur tâche de le perfection
ner tous les jours par les corrections ou les augmentations
qu'il a jugé à propos d'y faire.
Le fieur Berthier , Graveur de l'Ecole Militaire , a
deffiné & gravé quatre Eftampes , pour donner une
intelligence parfaite de tout ce Spectacle.
TABLE .
IECES FUGITIVES. Ode fur le Regne de Louis
P
XV.
Extrait de Lettre de M. Clerot , fur la Deſcription
de la Haute Normandie ,
L'Empire de la Coûtume , Ode,
2127
2134
2138
2143
Mémoire de M. de la Peyronie , lû à l'Académie
des Sciences ›
Le Plaifir ou le Papillon , Ode Anacréontique, 2150
Lettre fur la Méthode du Bureau Typograp. 2152
La Linote & la Pie , Fable , 2169.
Deuxième Lettre de M. Noblot à l'Abbé de Gourné

Ode fur la Mort de M. Rouffeau ,
2174
2177
Lettre fur les anciennes Epitaphes de Paris , 2179
Ode , Imitation d'Horace , 2184
Lettre de M. Maillart, fur les Généalogies des Maifons
Souveraines >
Le Renard bleffé & le Lion , Fable ,
2185
2187
Differtation
1
Differtation du Marquis de S. Aubin , fur l'autenticité
de Roricon ,
Les Sçavans & l'Ecolier , Fable ,
2188
2202
Eclairciffemens pour fervir de Mémoire à l'Hiſtoire
,
Ode fur l'Athéïfme ,
2203
2219
2227
Explication de l'Enigme & du Logogr . d'Août, 2226
Enigme , Logogryphes , &c .
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c. Biblioth . Fran . Hift . de la Littérature , 2231
Guide Harmonique , raport des fons , &c.
Recueil de Lettres Edifiantes ,
Ordonnances des Rois de France , VI . vol .
Differtation fur la couleur des Negres ,
2235
2236
2237
Caufes Célebres & intereſſantes ,
2238
Pleaumes de David , expliqués par les Peres de l'Eglife
Grecque , 2239
2242
2243
Avis pour une Hiftoire de Ciceron , ibid.
2244
2245
Reflexions fur les Paffions & fur les Goûts ,
Recueil des Harangues du P. de la Sante ,
Hiftoire du Mont Vefuve ,
Hiftoire de l'Acad. des Infcrip . & Belles Let. ibid.
Le Géographe Méthodique
ibid.
ibid.
Nouvelle Traduct . des Difc. de Théodoret , 2246
Abregé de l'Hiftoire d'Espagne ,
Differtation concernant les maux de Dents , ibid.
Avis de M.Dibon fur le Traité de M. Aftruc, 2248
Mémoires & Avantures de M. de *** 2249
Differtation Crit . fur les Chrono - Grammes , ibid.
Remarques fur l'Article précedent , ibid.
Effai de M. Locke, fur l'Entendement humain, 2250
Effai Pratique fur la petite Vérole , 2251
Traduction Italienne de 3. Livres de Ciceron, ibid.
Nouvelle Edition des Annales Ecclefiaftiques , ibid .
Nouveau Tréfor des Infcriptions antiques , 2252
Les OEuvres de Rouffeau , par Soufcription , ibid.
Oraifon
Oraifon Funebre de Charles Dupleffis d'Argentré ;
Evêque de Tulle , 2256
Livres nouveaux , imprimés à Milan & à Rome.ibid.
Programmes des Acad . de Bordeaux & Dijon , 2258
Affemb . publique de l'Acad . de Villefranche, 2264
Ode pour le Prix proposé par la même Acad. 2274
Eftampes nouvelles , Gravûres & nouv . Cartes , 2279
La Nature & l'Art , Fable Allégorique , 2281
Catalogue des Tableaux expolés au Salon du Louvre
,
2284
2292
2299
ibid.
Vers adreflés à M.de la Tour ,
Explic.d'unTableau peint à l'Encre de la Chine, 2297
Vente de Bijoux , Diamans ,
Chanfon notée
Spectacles.Théatre François, nouveauxActeurs, 2300
Théatre Italien , Parodie nouv . d'Alcione , 2302
Nouvelles Etrangeres, Turquie, Ruffie, Allemagne,
&c.
>
2303
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2318
Bénefices donnés
2320
Vers à Mile Defchamps , 2323
Pompe Funebre de la Reine de Sardaigne , 2326
Nouveau Spectacle , Jugement Univerſel , 2336
Errata de Septembre.
Age 1949. ligne 14. FEVRIER, lifex, FERRIER,
& ajoûtez, recommandable par fa fcience, autant
que par fa pieté. Il étoit frere de S. Vincent
Ferrier.
P. 2017. 1. 17. chogninno , l . ch'gnuno.
P. 2095. 1. premiere , LERANS , L. LERAN .
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2132. ligne 4. fes deux , lifez , des deux .
P. 2194. 1. 18. Kelgaud , l . Helgaud.
14208&
2299
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le