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1741, 07-08
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUILLET. 1741 .
EXCOLLIGIT
QUA
SPARGIT
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palaisa
M. DCC. XLI.
Aves Aprobation & Privilege du Ro
THE NEW
PUBLIC LIBRARY
335228
A V. I S.
TILDEN' FONDADRESSE
generale est à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très -inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardi
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la pre-.
miere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
1
J
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
AV
JUILLET.
1741.
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
ODE ,
Sur le Jugement dernier.
Uel fpectacle fe découvre
A mes timides regards !
1
La Voûte Célefte s'ouvre ;
Qu'entends- je de toutes parts ?
Les vents ufflent , les Mers grondent ,
Les Elémens fe confondent ,
Par des mouvemens divers ,
Aij Ec
1486 MERCURE DE FRANCE
46
Et brifant enfin leur digue ,
Font une funefte ligue ,
Pour détruire l'Univers. '
*
Le Pere du jour expire ;
L'horreur , le trouble & la nuit
Etabliffent leur empire ;
La Lune fanglante fuit ,
Les feux du Ciel fe confument ;
Et des feux nouveaux s'allument ,
Dont la lugubre clarté
Eft le terrible préſage
De cet inftant qui partage
Le tems & l'Eternité.
*
Un fon égal au Tonnerre
Anime l'airain fatal
Qui donne à toute la Terre
Le redoutable fignal ;
A cette voix menaçante ,
La mort même obéiffante
Ouvre fon avare ſein ,
Et je vois par tout le monde
D'une pouffiere féconde
Renaître le Genre humain,
*
Parmi
JUILLET. 1741. 1487
Parmi cet immenſe nombre
D'hommes tremblans , éperdus ,
Regne une trifteffe fombre ;
Tous les rangs font confondus ;
Déchûs de leurs avantages
Les Rois , les Héros , les Sages
Reconnoiffent aujourd'hui´
Qu'efclaves d'un même Maître ,
Au moment qu'il veut paroître ,
Tout s'éclipfe devant lui .
*
Pour annoncer fa venuë
Le Ciel s'embraſe d'éclairs ,
Je l'aperçois fur la nuë
Affis au milieu des airs ;
La Sainteté le couronne,
Sa Majesté l'environne ;
La foudre

part de fes yeux ,
Et fur fon front la Juſtice
Menace d'un prompt fuplice
Les Mortels audacieux .
*
Quels éfroyables fymptômes.
Cauſe ce nouveau Soleil ,
En diffipant les fantômes
Produits par un long fommeil !
A iij Saifi
$488 MERCURE DE FRANCE
Saifi d'une peur foudaine
Le jufte fe croit à peine
A couvert de fon couroux ,
Et l'on entend les coupables
Pouffer ces cris lam . ntables :
Montagnes tombez fur nous.
*
Moins troublés que les rebelles
Sous le glaive de Thémis ,
De leurs fureurs criminelles
Prêts à recevoir le prix :
Moinséfrayés font fur l'onde ,
Ceux dont tout l'efpoir fe fonde
Sur d'inutils efforts ,
Quand fous leurs pieds , fur leur tête
Les flots , les feux , la tempête
Leur préfentent mille morts.
285
Un Livre affreux fe déplie
Où par des traits éclatans
La voix du Seigneur publie
L'Hiftoire de tous les tems.
Envain P'heureux artifice
Avoit fçû peindre le vice
Des couleurs de la vertu ;
La vérité fouveraine
Détruit
JUILLET. 1741 ~1489
Détruit l'aparence vaine
Dont il étoit revêtu.
*
Sévere Juge & bon Pere
Dieu fépare fans retour
Les objets de fa colere
Des objets de fon amour.
Son implacable vengeance
Et fa divine clémence
Rendent par un juſte accord
L'Arrêt de mort & de vie
Qui du Saint & de l'Impie
Fixe pour jamais le fort .
*
Il commande , & les abîmes
A fes paroles s'ouvrant ,
Engloutiffent les Victimes
Qu'il livre au feu dévorant ,
Et du féjour de la joye
Lui- même traçant la voye ,
Les Elûs vont triomphans
Jouir du riche héritage
Qu'il a promis pour partage
A fes fideles Enfans.
*
A iiij
LET
1490 MERCURE DE FRANCE
***
LETTRE de M.... au fujet d'une Cérémonie
Eccléfiaftique de l'Eglife de Befançon.
Veus m'avez de man Cérémonie des
Ous m'avez demandé , Monfieur , des
trente deniers, qui fe pratique à Besançon , le
Mercredi Saint , à la Station qui fe fait dans
l'Eglife de S. Maurice de cette Ville , & fur
d'autres pratiques de notre Métropole , dont
j'eus l'honneur de vous entretenir il y a
quelque tems. Vous exigez de moi , qu'outre
le détail de cet ufage , je vous en marque
l'origine , autant qu'il fera poffible . Je
vous avoue , M. que l'obligation que vous
m'impofez , m'embaraffe fort , à caufe de la
difficulté qu'il y a de découvrir au jufte les
raifons d'origine des Rits Eccléfiaftiques ,
furtout de ceux de notre Eglife Métropolitaine
, dont il femble que nos Anciens fe
foient étudiés à nous ôter la connoiffance ,
par le peu de foin qu'ils ont eu à nous conferver
les Livres qui les renfermoicnt.
Cependant , comme d'une part , je ne puis
rien vous refuſer , & que d'une autre je n'ai
jamais plus de plaifir que lorfque j'ai occafion
de m'entretenir avec vous des anciens
Rits Eccléfiaftiques , j'eflayerai de vous fatisfaire
en vous difant en peu de mots ce que
je
CE
JUILLET. 1741 1491
éré
on.
des
7,1:
ans
ont
ya
je fçais de cette Cérémonie , dont voici un
détail exact & précis.
Le Mercredi de la Semaine Sainte , les
Chapitres des Eglifes Collégiales de S. Paul
& de Ste Marie - Magdeleine , fe rendent à
de l'Eglife Métropolitaine ; le Chanoine Semainier
de cette Eglife s'étant revêtû par deſſus ſes
Habits Sacerdotaux , d'une Chape rouge , &
ayant pris les Gants & laMitre , ( a) leClergé va
fut proceffionellement jufqu'à la porte de la
Ville , apellée la Porte de Rivotte. Le Célebrant
immédiatement précedé du Portebenitier
, des Acolytes & de la Croix Proceffionelle
, marche le dernier , tant en al-
Je lant, qu'en revenant ; ce qui eft remarquable.
en cette Proceffion , & qui ne s'obſerve de
la forte qu'en ce jour. Durant la Proceffion ,
on récite d'un ton de voix médiocre les
Pleaumes Graduels. Lorfqu'on eft arrivé auprès
du Puits qui eft proche la Porte de
le Rivotte , on interrompt les Pfeaumes , & le
Semainier bénit l'eau du Puits , après quoi
Ou
ar
Dus
les
Es
li.
fe
e ,'
(4) Les Chanoines de l'Eglife Métropolitaine de
Besançon ont l'ufage de la Mitre, des Gants & des
is autres Ornemens Pontificaux , en vertu d'un Pri-
' ai vilége qui leur fut accordé en 1048. par le Pape
Leon IX. lorfque, paffant à Besançon pour ſe rendre
à Rome , il confacra l'Eglife de S. Etienne de cette
Ville, lequel Privilége il confirma par une Bulle de
l'an 10SI.
ns
1-
ne
je A v On
t
1492 MERCURE DE FRANCE
on reprend les Pfeaumes & onva à S. Maurice.
Chemin faifant , le Semainier bénit
encore les autres Puits qu'il rencontre.
>
Lorfque la Proceffion eft arrivée à S. Maurice
, on chante l'Antienne du Titulaire
& l'on récite d'autres Prieres marquées dans
le Proceffionel de l'Eglife Métropolitaine .
Cependant le Semainier monte à l'Autel
& ayant toujours la Mitre fur la tête , il bénit
trente deniers qui lui font préfentés fur un
Baffin. La Bénédiction finie , on commence
les Litanies des Saints , & les Chapitres retournent
en leurs Eglifes en les continuant.
En fortant de S. Maurice , lorfque le Célebrant
eft arrivé fur les dégrés de la grande
Porte , il jette en deux ou trois fois les trente
deniers bénits, au Peuple qui fe trouve ordinairement
en affés grand nombre devant
cette Eglife pour en ramaſſer.
Voilà , M. quelle eft la Cérémonie des
trente deniers dont vous avez fouhaité .
fçavoir le détail. Quant à fon origine , il
n'eft pas fi facile de l'expliquer . L'opinion
vulgaire eft qu'on la pratique ainfi en mémoire
de ce que Judas ayant livré J. C. aux
Juifs pour trente deniers , cet Apôtre ayant
reporté cette fomme aux Princes des Prêtres
, ceux- ci n'ayant pas voulu les prendre ,
il les avoit jetté dans le Temple , & qu'en
déteftation de cette horrible trahison , on
jette
JUILLET. 1741 .
1493
jette ainfi dans la rue ces piéces d'argent .
Mais fi c'étoit la véritable raifon de l'origine
de cette pratique , béniroit- on à l'Autel cette
monnoye , pour la profaner tout de fuite par
l'ufage qu'on en fait ?
,
Pour moi , fans prétendre décider , je
penſe qu'il faut tirer cette origine d'une ancienne
coûtume , laquelle à l'imitation de
Rome s'obfervoit autrefois par l'Archevêque
de Besançon , & qui fut introduite en
cette Ville, lorsqu'on y quitta le Rit Gallican,
pour fuivre l'Ordre Romain . A Rome , le
Pape , & dans les autres Eglifes , l'Evêque
avoit coûtume de donner l'aumône aux Pauvres
le Samedi avant le Dimanche des Rameaux
, ainfi qu'il eft porté dans l'Ordre
Romain publié par Hitorpius , où au Chapitre
du Samedi avant les Rameaux , on lit
ces termes : Sabbatum ante Palmas .... Sabbato
vacat , Dominus Papa eleemofinam dat.
La même chofe fe lit dans le Faux - Alcuin
& même dans Durand au Livre 6. de fon
Rational , où au Chapitre 66. il dit qu'à ce
. jour le Pape avoit la coûtume de foulager
les Pauvres , qu'il leur diftribuoit des aumônes
, & leur lavoit les pieds , parce que ,
dit-il , le Jeudi Saint , la longueur des Offices
ne lui permettoit pas de leur rendre ce
devoir en ce jour. Jean d'Avranches témoigne
auffi que l'ordre de l'Eglife étoit qu'au
A vj
Sa1496
MERCURE DE FRANCE
miferit. Hac die, exit Proceffio per pofterulam
qua eft in angulo Civitatis fuper Ripulam . Par.
rochianus autem Presbiter id officii habet , ut
per feptuaginta & duas domos , pauperes ordinet
, & ut per fingulas finguli habeantur infirmi
, fi poterunt reperiri . Veniens ad oftium
cujufque domus intret Epifcopus cum Decanis,
Aqua benedicta & Turribulo , & dicat : Pax
buic domui , cateri refpondeant : Et cum fpiritu
tuo ; & det unicuique denarium , ofculando
illi manum fimiliter & Decani. Expleta
ergo vifitatione , veniendum eft ad Ecclefiam
S. Mauricii , & ibi facta oratione , incipiant
Litaniam regredientes.
2
Voilà , ce me femble , M. l'origine de la
Cérémonie dont il s'agit , laquelle a fouffert
bien des changemens par la fuite des tems
comme il paroît par le détail que j'ai fait cidevant
, & par le Texte de l'Ordinaire que
je viens de raporter. Plufieurs chofes l'ont
renduë méconnoiffable. 1 ° . Ce n'est plus
l'Archevêque qui diftribue l'aumône , puifqu'il
ne fe trouve plus à la Proceffion de ce
jour , ce qui peut être arrivé de ce que ce
Prélat par La qualité de Prince de l'Empire ,
ne pouvant vaquer en perfonne à la viſite
des Pauvres & des Malades , par raport aux
grandes affaires qui lui furvenoient , fe déchargea
de ce foin fur fon Clergé ; & comme
, felon le même Ordinaire , il devoit en
ce
JUILLET . 1741 . 1497
ce jour chanter les Oraifons folemnelles du
Vendredi Saint , le Semainier , ou celui qui
devoit célebrer la Meffe fut chargé , nonfeulement
de ces Oraifons , (a) mais encore
des autres fonctions que l'Archevêque devoit
remplir ; c'eft auffi pour cette raifon que le
Semainier paroît à cette Proceffion , immédiatement
précedé de la Croix , marchant
le dernier à la fuite du Clergé , tant en allant
qu'au retour , comme repréfentant le
Pontife , ce qui ne fe pratique de la forte
dans cette illuftre Eglife qu'en cette feule occafion
. Infenfiblement on omit entierement
la vifite des Malades , peut être parce qu'elle
emportoit trop de tems , furtout depuis
qu'on eût avancé au matin les Vêpres du
Carême . Mais comme on continua la Station
à S. Maurice , on continua auffi , felon
toutes les aparences , d'y diftribuer l'aumône
que le tumulte & la foule du peuple donna
lieu de jetter aux Pauvres , au lieu de la diftribuer
à chacun en particulier , comme on
l'avoit pratiqué auparavant.

(a) Selon le Miffel de Befançon imprimé à Mandeure
Epamanduoduri en 1671. le Semainier de
la Métropolitaine devoit chanter ces Oraifons folemnelles
au retour de la Proceffion & immédiatement
avant la Meffe du Mercredi Saint ; cela eft
auffi marqué dans le Cérémonial ou Ordinaire de
cette Eglife qui eft à prefent en ufage ; mais il y a
plufieurs années qu'on ne chante plus ces Oraifons.
1498 MERCURE DE FRANCE
2°. On diftribuoit autrefois foixante &
douze deniers , & à préfent on n'en diftribuë
que 30. la raifon de cette difference peut
être , que la vifite des pauvres & des malades
ayant ceffé , on perdit de vûë le véritable
objet de la Cérémonie de ce jour , qui
étoit cette vifite , accompagnée d'aumônes ;
& l'idée que la trahifon de Judas préfente
en ce jour à l'efprit , donna lieu de croire
que l'on ne jettoit au Peuple cette monnoye
que pour faire reffouvenir les Affiftans de ce
que le Sauveur du Monde avoit bien voulu
fouffrir de la part de fon perfide Difciple . Ce
fut auffi , felon moi , ce qui détermina infenfiblement
à ne plus faire entrer que 30.
deniers dans la Cérémonie de ce jour . Enfin
cette pratique n'étant plus envifagée que
fous des vûës myftérieufes & allégoriques ,
on fit fur cette Monnoye une bénediction ,
dont les termes marquent bien qu'au tems
qu'elle fut dreffée , on ne connoiffoit plus la
vraye origine de cette Cérémonie. Če qui
fortifie mes conjectures , c'eſt que le Rituel
cité plus haut , ne dit pas un mot de la bénediction
des 30. deniers , ni de la pratique
de les jetter dans la ruë , laquelle ne fe trouve
pas même dans les Ordinaires de l'Eglife
Métropolitaine un peu anciens , fi ce n'eft
dans ceux qui ont été écrits depuis deux du
trois fiécles,

JUILLE T. 1741 1499
3 °. Le Semainier bénit les Puits qu'il rencontre
en chemin faiſant , ce qui n'eſt point
marqué dans le même Rituel. Je crois que
cette bénediction a tiré fon origine de l'Eau
benite , dont notre ancien Ordinaire prefcrivoit
l'afperfion dans la chambre des malades,
conformément au quatrième Canon du Concile
de Nantes , tenu au IX. fiècle , laquelle
Eau, on béniſſoit dans la chambre même des
malades , & qu'on s'aviſa dans la fuite d'aller
bénir au Puits même où on devoit la puiſer.
Gette Benediction peut encore avoit pris
naiffance de l'ancienne pratique de bénir de
l'eau pour l'ufage des malades , de laquelle
Grégoire de Tours fait mention . Si cela étoit
il feroit aifé de rendre raifon pourquoi on
bénit plufieurs Puits , qui ne feroit autre , ce
me femble , que de faciliter au grand nom
bre de maifons , où il y avoit des malades à
vifiter , l'ufage de cette Eau bénite.
Voilà , M. mes conjectures & mes reflé
xions fur la Cérémonie dont vous avez defiré
aprendre le détail ; je les foumets bien volontiers
à votre jugement ; fi vous en êtes fatisfait
, je continuerai à vous faire part de
plufieurs autres ufages de notre Egliſe Métropolitaine
, que vous ne ferez peut- être pas.
fâché d'aprendre. Je pourrai vous parler en
tems & lieu de l'ancienne coûtume qu'obferve
SOCONS
1500 MERCURE DE FRANCE
>
ferve encore M. l'Archevêque de Besançon
aux Fêtes Pontificales , ' a) & le Semainier
aux autres Féres folemnelles, de réciter avec
fes Miniftres devant la Croix Proceflionnelle
, à l'entrée du Presbitere , au côté de l'Epitre
, le Judica , le Confiteor & les autres
Prieres qui precedent l'introït de la Meffe
jufqu'à Aufer à nobis , au lieu que quand if
n'y a point de Proceffion avant la Melle , le
Semainier les dit à la Sacriftie ; fur quoi je
fuis sur que vous ferez fâché d'aprendre
que cette même pratique qui s'étoit auffi
יכ
( a) M. de Vert s'eft trompé quand il a écrit au
Tome III de fon Explication des Rubriques de la
Mfle , I. Partie , Chapitre I page 3. Note 4. » que
»comme l'Archevêque de Belançon ne connoît plus
guere à prefent d'autre Pontifical que le Romain ,
il fuit en tout cela , ( c'eſt- à- dire pour la récitation
du Judica , du Confi eor , &c . ) l'uſage mo-
» derne , & fait toutes ces Prieres au pied de l'Autel.
Je ne fçache pas qu'aucun de nos Archevêques
ait jamais pratiqué ce que dit là - deffus M. de
Vert. M. de Grimaldy , des Princes de Monaco ,
qui a tenu le Siége de Befançon pendant plufieurs
années , qui eft encore plein de vie & de fanté , &
M. de Grammont , qui eft aujourd'hui notre Archevêque
, & l'un des Prélats de France le plus
exact & le plus attentif à l'obfervation des Cérémonies
du Pontifical , n'ont jamais obfervé ce que
dit M. de Vert , fi ce n'eft le Jeudi- Saint , où il y a
une raifon particuliere d'en ufer differemment des
autres Fêtes auxquelles M. l'Archevêque officie .
confervée
JUILLET. 1741 .
I for
confervée dans l'Eglife Collégiale de Sainte
- Marie Magdeleine de la même Ville pour
les Fêtes folemnelles , y a été tellement défigurée
en 1739. par la fituation qu'on a fait
prendre au Porte Croix , qu'on a placé pen
dant ces Prieres fur le marchepied de l'Autel
au coin de l'Evangile , contre la difpofition
I de l'Ordinaire manufcrit de cette ancienne
Collégiale , qui preferit la Cérémonie de la
même maniere qu'on l'obſerve à l'Egliſe Métropolitaine
, de forte qu'il n'eft plus poffible
de deviner à quelle fin ce Porte Croix fe
tient au coin du marchepied de l'Autel , quoiqu'il
y ait déja une autre Croix fur l'Autel
au mileu des Chandeliers. Le renversement
de ce Rit refpectable , me fait comprendre
aifement comment il eft arrivé que dans les
fiécles derniers , la plûpart de nos Cérémonies
Eccléfiaftiques les mieux fondées , font
devenues méconnoiffables , puifque dans le
= fiécle préfent , où l'on eft fi éclairé , il fe fait
des changemens en matiere de Rits , fi bizares,
qu'on ne les pardonneroit pas aux fiécles
les plus gothiques .
Avant que de finir ma Lettre , j'ai crû devoir
vous faire obferver que le Texte du Poni
tifical ou Rituel de S. Prothade , que j'ai raporté
ci deffus , ne fe trouve pas dans l'Edition
de ce Manufcrit qu'a donné au Public
un
Y502 MERCURE DE FRANCE
un fçavant Profeffeur ( a ) de l'Univerfité de
Befançon , dans le I. volume de l'Hiftoire
des Sequanois , page XVIII . tel que je l'ai
cité , mais on le voit dans les mêmes termes
au Livre de Dom Martenne , intitulé : De
Antiqua Ecclefia Difciplina in divinis Officiis ,
Cap. 21. Num. X. de Major. Hebdomad.
C'eft de - là que je l'ai tiré . La raison de cette
varieté , à ce que je penfe , eft que le Manuf
crit que nous avons , & qui a fervi à l'Edition
de ce Rituel , n'étant qu'une copie , le
Copifte y aura omis les mots qui fe lifent
dans l'Exemplaire que le Pere Martenne a
fuivi , qui eft peut - être l'Original même , ou
du moins qui en eft une copie plus exacte que
celle qui nous refte , car dans celle- ci on ne
trouve pas ces mots , Parrochianus autem
Presbiter , & le reſte juſqu'à Expleta autem ,
qui font effentiels à la découverte de l'origi
ne de la Cérémonie des 30. Deniers .
Jai dit plus haut que l'Original de ce Rituel
avoit été compilé au tems de l'Archevê
que de Befançon Hugues I. ce qui me le fait
croire avec l'Auteur de l'Hiftoire des Sequa-
(a) M , Dunod , qui continue à donner des preu
ves de fon érudition & de fon zele pour la gloire
& l'honneur de fa Patrie , par les découvertes cu .
rieufes dont il continuë d'enrichir la fuite de fon
Hiftoire du Comté de Bourgogne .
nois ,
JUILLET: 1741. 1505
hois , eft qu'après les affreux défordres du X.
fiécle , cet illuftre Prélat ayant été le premier
qui ait raffemblé fes Clercs pour leur faire
obferver la vie commune dans les Eglifes de
Besançon, S. Jean , S. Etienne, S. Paul , Sainte
Marie- Magdeleine , & S. Laurent ; cet Archevêque
, dans une Charte que l'on confer
ve dans les Archives du Chapitre de l'Eglife
Métropolitaine , parlant de celle de S. Etienne
, où il avoit établi cinquante Chanoines ,
déclare qu'il avoit trouvé cette Eglife prefque
détruite , fans Clergé , fans Difcipline Eccléfiaftique
& dans la derniere défolation ; &
que pour lui rendre fon ancienne fplendeur ,
il y avoit établi des Chanoines. Or, dans cet
établiſſement , il étoit néceffaire qu'Hugues I.
leur preſcrivît , non-feulement une Regle
Canonique ( a ) qui renfermât la Difcipline
de la vie commune qu'il vouloit faire obferver
dans ces Communautés de Chanoines , mais
il falloit encore leur marquer l'ordre des Cé-
(a) Selon l'Ordinaire de l'Eglife Métroplitaine de
Belançon , écrit vers le XV fiécle , un Chanoine
devoit lire un article de cette Regle Canonique à
Prime , à l'Office du Chapitre , & il y eft marqué
que quoique les Chapelains ou Chantres du bas
Choeur, qu'on apelle en cette Eglife Familiers ,
puffent alors fupléer à l'abſence des Chanoines pour
leurs fonctions , ils ne pouvoient pas néamoins
lire cette Regle ni tenir le Choeur , ni célebrer à
Autel Canonial ou Maître Autel .
remonies
1504 MERCURE DE FRANCE
remonies des Offices divins , un nouvel éta
bliffement de cette forte , fait dans des conjonctures
ſemblables à celles dont parle Hu.
gues I. ne pouvant fe paffer de l'un ni de
L'autre de ces Reglemens . Aufi la Regle Canonique
& le Rituel fe trouvent renfermés
dans le même volume. Je fuis , & c.
A Befançon le premier Mai 1741 .
ののめの
IMITATION de l'Ode IV . du premier
Livre d'Horace : Solvitur acris hyems, &c.
Le retour du Printems enfin nous dédommage E
Du plus ennuyeux des Hyvers.
Le Vaiffeau radoubé n'attend que l'Equipage ,
Pour affronter encor l'orage ,
Et de nouveau courir les Mers.
*
Tout rentre en mouvement , tout rit dans la Nature
Au départ du froid Aquilon ;
Plus de nége ; nos champs ont repris leur
Le bétail court à la verdure ,
Et le Laboureur au fillon.
*
parure ;
Déja , lorſque Phoebé montant ſur l'Hémiſphere ,
Vient
JUILLET. 1741 . 1505
Vient remplacer le Dieu du jour ,
Conduites par Vénus , les Nimphes de Cythere ,
D'un pied léger fur la pouffiere
Figurent cent chiffres d'amour.
X
L'Air retentit des chants de la Troupe galante ;
Au loin répondent les Echos ;
Et le Cyclope , au fond de ſa forge brulante ,
Sur fon enclume etin elante
Les répete au fon des marteaux.

La Terre ouvre fon fein , de fleurs quelle abon
dance !
Que de boutons épanouis !
De ce premier bienfait ufons , dans l'efpérance
Que nous verrons la Providence
Faire aux fleurs fucceder les fruits.
*
Oui , le front avec art paré d'une guirlande ,
De fang a lons rougir l'Autel ;
Un Chevreau nous fuffit , une plus riche offrande
N'est pas ce que le Ciel demande ;
Il n'en veut qu'au coeur du Mortel .
*
Pauvre , riche , tout meurt , & le trait qui déſole
La Hute du vil Artiſan ,
Vaj
1507 MERCURE DE FRANCE
Va, perçant à travers une garde frivole ,
Dans ce Palais , brifer l'Idole
Qu'y révere le Courtifan,
*
Nos jours font trop bornés, ami, pour nous repaître
Des vains projets d'un vaſte eſpoir ;
Le dernier fuit de près celui qui nous vit naître ;
Nous vivons , & ce foir peut - être
Nous irons au fombre manoir .
*
Ceffe donc de traiter de chimere & de Fable
Tout ce qu'on te dit de Pluton ,
Et fois fûr , en paffant la Barque redoutable ,
Qu'il n'eft ni jeu , ni vin , ni table ,
Sur les rives du Phlégéton.
*
Plus de beau Licidas , plus de tendre Silvie :
Amour ne va point chés les Morts ;
Nous perdons fes plaifirs , quand nous perdons
la vie ;
La jouiffance en eft ravie ;
Il n'en reste que les remords.
BOMPART , de S. Victor de Clermont en
Auvergne.
QUES-
7
JUILLEI. 1741. 1507
QUESTION IMPORTANTE,
Jugée au Parlement de Paris : Si le Regrès
en matiere Bénéficiale peut être admis
lorfque le Réfignant s'eſt réſervé une Penfion.
LE
FAIT.
E Sr Portejoye avoit été pourvû il y a
plufieurs années du Prieuré de Sex- Fontaines
, fitué dans le Diocèfe de Langres , &
de la Chapelle de S. Jacques & S. Philipe ,
érigée en l'Eglife Cathédrale de Langres.
Il fut conftitué prifonnier en 1737. faute
de payement de 3000. livres de réparations
civiles , auxquelles il avoit été condamné ,
pour injures envers le Sr Laujeois , & le 25.
Septembre de la même année il fe fit tansférer
dans les prifons de la Conciergerie , attendu
l'apel qu'il avoit interjetté de la Sentence.
Ce fut- là qu'il prit le parti de réfigner fes
Benefices au Sr Defarmoiſes , Chanoine de
l'Eglife de Nancy : il ſe tranſporta pour cet
effet le 29. Septembre 1737. entre les deux
guichets de la Conciergerie & y paſſa une
Procuration , pour réfigner fes deux Bénefices
au Sr Defarmoiſes , abfent , avec réſerve.
de 950. livres de penfion ; fçavoir , 920. liv.
B fur
1508 MERCURE DE FRANCE
fur le Prieuré de Sex-Fontaines , & 30. livres
fur la Chapelle ; on énonça dans la Procuration
que le Sr Portejoye étoit malade .
La Procuration étant ainfi paffée , le Sr
Portejoye en chargea lui - même un Expéditionnaire
en Cour de Rome , afin qu'il retint
une date , & il écrivit en même -tems
au Sr Defarmoiſes , pour lui donner avis de
la Réſignation , mais il ne lui parla point de
fa détention , & lui marqua qu'il avoi penfé
mourir.
Le Sr Portejoye étant forti de priſon le 22 .
Decembre 1738. il alla chés l'Expéditionnaire
en Cour de Rome , pour faire expédier
les Provifions , pour lefquelles il avoit
été retenu date dès l'année précedente ;
elles furent délivrées le 26. Decembre
& envoyées au Sr Defarmoifes , lequel obtint
en conféquence fon Vifa de M. l'Evêque
de Langres , pour le Prieuré de Sex-Fontaines
le 5. Janvier 1739. & en prit poffeffion
le 8. fans aucune réclamation.
Le 26. du même mois , il fut affigné à la
requête du Sr Portejoye au Bailliage de Chaumont
, pour voir dire qu'il feroit remis en
poffeffion du Prieuré de Sex- Fontaines, avec
défenfes de l'y troubler , & des réſerves de
fe pourvoir par raport à la Chapelle de faint
Jacques & de S. Philipe,
Les Juges du Bailliage de Chaumont s'étant
JUILLET. 1741 1509
tant trouvés partagés , renvoyerent la Cauſe
au Bailliage de Langres ; le Sr Portejoye interjetta
apel de cette Sentence.
Le Sr Defarmoiſes , dès le 5. Fevrier 1739 .
avoit réfigné les deux Bénefices en queſtion
au Sr de Gondrecourt , à la charge de la penfion
réſervée. Le fieur de Gondrecourt avoit
obtenu fes Provifions & pris poffeffion ; le
Sr Defarmoifes étoit même depuis décedé
enforte que le Sr de Gondrecourt fe trouva
être le contradicteur du Sr Portejoye , & obtint
la récréance par Arrêt fur apointé à
mettre.
Sur l'apel de la Sentence du Bailliage de
Chaumont , les deux Contendans confentirent
à l'évocation du principal , & demanderent
refpectivement à être maintenus dans`
la poffeffion du Prieuré contentieux.
On opofoit au Sr Portejoye trois moyens.
Le premier , qu'il n'y a qu'une maladie
grave & mortelle qui puiffe être un moyen
légitime de Regrès ; comme l'aplication de
ce moyen dépendoit d'une queftion purement
de fait , nous ne nous y arrêterons pas.
Le fecond moyen , qui étoit le plus important
, confiftoit à dire que, quand le Réfignant,
même dangereufement malade , s'eft
réſervé une penſion , il ne peut plus être admis
au Regrès.
Le Sr de Gondrecourt difoit que le Regrès
Bij n'a,
1510 MERCURE DE FRANCE
n'a été admis que par un fentiment d'humanité
, pour empêcher que le Réfignant , privé
d'un Bénefice qui le faifoit fubfifter, ne tombât
dans l'indigence.
Ainfi , lorfque le Réfignant n'eft point réduit
à cet état , le Regrès ne doit pas être admis
; c'est pourquoi lorfque le Réfignant ſe
trouve pourvû de quelque autre Bénefice qui
peut le faire fubfifter , il n'eft pas admis au
Regrès ; on trouve même plufieurs Arrêts
par lefquels , en déboutant le Réfignant du
Regrès , on lui a en même- tems créé d'office
une penfion fur le Bénefice réfigné.
A plus forte raifon , lorfque le Réfignant
s'eft réfervé lui-même une Penſion , la voye
du Regrès doit lui être fermée. En effet
non-feulement il a par cette réſerve pourvû à
fa fubfiftance , mais cette prévoyance fait
voir que ce n'eft point l'idée d'une mort prochaine
qui l'a déterminé à réfigner , puifqu'il
a pris les mesures que peut infpirer l'efperance
d'une longue vie.
Bouchel , au mot Regrès , raporte un Arrêt
du 9. Juillet 1620. qui débouta le Réfignant
du Regrès , parce qu'il s'étoit réſervé
une Penfion , & tel eft le fentiment de l'Auteur
de la nouvelle Differtation fur le Regrès,
On répondoit de la part du Sr Portejoye ,
que la Jurifprudence moderne admet le Regrès
, malgré la réserve d'une Penfion ; que
Brodeau
JUILLET. 1741. 1fir
Brodeau , Lettre B. n. 13. en raporte un Ar
rêt du 6. Juillet 1626. que cette Jurifprudence
eft atteſtée par M. Fuet , en fon Traité
des Matieres Béneficiales ; qu'à l'égard de
l'Auteur de la Differtation fur le Regrès , fon
opinion eft finguliere , & doit céder à la Jurifprudence.
Le troifiéme moyen que l'on opofoit au
Sr Portejoye, étoit qu'il avoit aprouvé la Réfignation
depuis fa convalefcence , ce qui dépendoit
encore des faits , auffi - bien que le
premier moyen , c'eft pourquoi nous pafferons
outre , n'y ayant d'intéreffant que le
fecond moyen qui dépendoit d'un point de
Droit.
Par Arrêt rendu en l'Audience de la
Grand'- Chambre , le Regrès fut admis , conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat
General Gilbert de Voifins , plaidant M. de
Laverdy pour le Sr Portejoye , & M. d'Ou
tremont pour le Sr de Gondrecourt.
B jij
EPI:
1512 MERCURE DE FRANCE
*********************
EPITRE
A M. l'Abbé LE FEVRE , Prieur de Saint
Laurent Curé de Nacqueville , à la
HOGUE , en Baffe- Normandie.
*
S Age & vigilant Curé ,
Qui, juftement réveré
Dans ta Paroiffe Hagarde ,
Par ton zele & par ton foin
Subviens fans ceffe au befoin
Du Troupeau mis fous ta garde ,
Ainfi que l'attefte au loin
Plus d'un fidéle témoin ;
Cher LE FEVRE , que j'honore ,
A préfent comme jadis ,
Puis- je te compter encore
Au nombre de mes Amis ?
C'eſt en effet ce que j'oſe
Efperer , par la raifon
Qu'un coeur droit tient toûjours bon
Contre la Métamorphofe ,
Que dans un coeur double caufe
Le Tems , ou l'éloignement ,
Ou du fort le changement ,
*Canton du Diocèfe de Coutances , fitué à l'Ouest
de la Prefqu'Ifle du Côtentin.
Оц
JUILLET: 1741 1513
Ou bien femblable autre choſe.
Mais quoique je me repoſe
Sur le principe affûré ,
Daigne pourtant ,
cher Curé ,
M'écrire deux mots de Profe ,
Qui m'affirment que malgré
L'eſpace qui nous éloigne ,
Ton coeur , au Canton Hagard
Eft le même à mon égard ,
Qu'il fut jadis à Vallogne.
Or pour prix de ces deux mots
Qui fcelleront mon repos ,
Je déclare par avance
Que malgré la médifance
De plus d'un vain Blazonneur ,
Les Hagards font gens d'honneur .
Partant , il ne s'en faut guére
Que dans la Claffe fauffaire
Des Heretiques , Luther ,
Calvin , Mélanthon , Bucer ,
Jean Hus , Jérôme de Prague ,
Je ne range les méchans ,
Qui difent que de tout tems
Il * ne nous vient de la Hague
Ni bon vent, ni bonnes gens.
2
F. M. Frigot.
14.
* Dicton ufité mal à propos dans la Baffe-Normandie.
B iiij
LET
1514 MERCURE DE FRANCE

LETTRE de M. Noblot ,à M. l'Abbé de
Gourné ,fur le Profpectus de fa Géographie.
Mercure de Mars 1741. page 563 .
'Ai été agréablement furpris , Monfieur ,
I de voir un Prospectus , où vous annoncez
une Géographie parfaite , & où vous condamnez
fi hautement toutes celles qui ont
parû jufques ici , & dont vous vous plaignez
que le monde eft inondé. La République
des Lettres vous fera , fans doute , bien
obligée du chef- d'oeuvre que vous lui faites
efperer en ce genre de Littérature , qui n'eſt
pas , je l'avouë , d'une petite conféquence ;
mais cependant une choſe m'a étonné , c'eſt
que vous ayez confondu ma Géographie avec
toutes celles que vous dénigrez avec tant de
raiſon. Quoi ! M. un Ouvrage , qui depuis
près de vingt ans jouit d'une réputation prefqu'univerfelle
, fi j'ofe le dire ainfi , ne vous
a pas parû digne d'être épargné & féparé de
la foûle ? Tout ce qu'il y a de gens de Lettres
, & même nos Académiciens , qui le
connoiffent , l'ont eftimé , fans parler d'une
illuftre & fçavante Compagnie , fi verfée en
tous genres de Littérature , qui l'a regardé
comme le meilleur qu'on eût encore vû.
Prétendez -vous , M. que votre jugement eft
préferable
JUILLET. 1741. 1515
préferable à celui de tant de Sçavans du pre
mier ordre ? Vous ne fçauriez me dire en
confcience que vous ne la connoiffez pas ,
puifque vous en avez fort exactement fuivi
łe Plan ; ainfi vous ne pouvez pas vous attribuer
la gloire de l'invention , comme vous
le faites néanmoins avec tant de confiance
car il y a plus de vingt - cinq ans que je conçus
ce deffein , que le R. P. Tournemine
trouva fi admirable , qu'il ne put s'empêcher
de le repeter plufieurs fois. Les défauts
que je trouvois , comme vous , dans les
Géographies que vous connoiffez , me l'ont
fait entreprendre , & je n'ai été dédommagé
de toutes les peines qu'elle m'a coûté , que
par l'aprobation génerale qu'elle a eûe ; mais
toutes ces peines font beaucoup moindres
que celles que je me fuis données en la refondant
d'un bout à l'autre Je fouhaite
malgré cela , pour le bien public, que la vôtre
l'emporte fur la mienne ; il y a lieu de
l'efperer,fur l'éloge emphatique ( pardonnezmoi
ce terme ) que vous en faites ; un autre
à ma place diroit peut- être , Quid dignum
tanto feret hic promiffor hiatu ? ... Mais j'ai
me mieux fufpendre mon jugement , emattendant
que votre Ouvrge paroiffe au grandi
jour. Et afin que le Public ne croye pas que
je lui en impofe en vous accufant d'avoir fuivi
mon Plan , je joindrai ici mon Profpectus,
B. v.
pour
1516 MERCURE DE FRANCE
pour qu'il le compare avec le vôtre . Un au
tre fujet d'étonnement pour moi , eft que
vous ayez été obligé de faire imprimer à vos
frais & dépens ce merveilleux & unique Ouvrage
en fon efpece , felon vous . Croyezmoi
, M. les Libraires entendent trop bien
leurs interêts pour l'avoir laiffé échaper , s'ils
avoient crû y faire le profit confidérable que
vous en attendez. Je fouhaite de tout mon
coeur que vous ne foyez point trompé dans
votre espérance. Je fuis , &c..
GEOGRAPHIE Universelle , ancienne
& moderne , Hiftorique & Chronologique .
vans ,
Cette Géographie a déja parû , ( c'est
l'Auteur qui parle , ) & malgré les défauts
qui s'y étoient gliffés , elle n'a pas laiffe
de plaire au Public , & même aux Sçadont
quelques - uns n'ont pû s'empêcher
de dire que c'étoit la meilleure qui eût
été imprimée jufques ici ; en effet , je ne fçache
pas qu'il en exifte aucune faite fur le même
deffein. L'Auteur , non - feulement a corrigé
les défauts dont on vient de parler , &
qui font prefque inévitables dans une premiere
Edition , mais encore l'a refondue entierement
& l'a mife dans un ordre beaucoup
meilleur que la premiere; en forte qu'on
peut dire que c'eft ici une Géographie toute
neuve
JUILLET. 1741. 1517
neuve , & par conféquent fort differente de
la précedente , comme on en conviendra
fi on vient à les comparer enfemble.
droit pour
On ne prétend pas néanmoins annoncer
une Géographie parfaite de tout point,il faucela
avoir vû foi-même tous les
Lieux dont on parle , ce qui ne fe peut ; mais
feulement une Defcription génerale des quatre
Parties du Monde connu , la plus exacte
qu'il foit poffible , & à laquelle on oſe affûrer
qu'on ne peut rien ajoûter que ce qui fe
découvrira dans la fuite. D'ailleurs on verra
dans celle- ci ce qui ne fe trouvera point dans
toutes celles qui ont été imprimées jufqu'à
préfent. Tels font de nouveaux établiffemens
pieux & profanes , Académies , Erections.
d'Archevêchés , Evêchés ; Places , Fortifications
, & c.la découverte de nouvelles Mines de
toutes fortes de Métaux , de nouveaux Volcans
, & fur tout d'une nouvelle Iſle , qui
s'éleva tout d'un coup du fond de l'Archipel
il y a plusieurs années , dont cependant aucun
Géographe n'a encore parlé. On y verra
auffi les révolutions arrivées dans les Royau
mes de Maroc & de Perfe , & l'état véritable,
de celui de Siam , fur lequel on avoit pris
plaifir d'en impofer au Public. Cette Def
cription eft tirée des Mémoires du Cheva-
Lier de Forbin , qui y a demeuré trois ans &
demi , & qui à fon retour en France , ne far
B vj pas
1518 MERCURE DE FRANCE
pas peu furpris de voir l'idée magnifique que
des Auteurs qui l'ont précedé & qui l'ont vû
comme lui , nous en avoient donné.
Voici l'ordre qu'on a tenu dans cette Géographie
. On donne d'abord un abregé fuccint
de l'Hiftoire des Royaumes , des Provinces
& des Républiques ; on voit les changemens
qui y font arrivés , le Gouvernement,
la Religion qu'on y profelle , les moeurs , les
Coûtumes , les qualités , & c. Puis on entre
dans le détail de la Géographie. Outre ce
qu'il y a de particulier dans chaque Ville ,
on y fait mention des Conciles Géneraux &
particuliers qui s'y font tenus , des Grands
Hommes qui y font nés , de quelque condition
qu'ils foient , des Chefs d'Ordres Reli
ligieux & des Ordres Militaires , des Princes
de l'Europe , &c. La Chronologie étant le
flambeau de l'Hiftoire , on a marqué avec
foin l'année de chaque évenement, quel qu'ib
foit. Enfin on verrà dans la Géographie Eccléfiaftique
, qui eft à la fin de chaque Etat ,
le tems de l'établiſſement des Archevêchés &
Evêchés & enfin comment la Religion
Chrétienne s'est répandue dans toutes les
Régions du Monde , depuis les Apôtres, qui
en ont jetté les premiers fondemens.
,
Les avantages de la Géographie font affés
connus; plufieurs chofes rendent cette Science
recommandable , fa dignité , fon utilité
&
JUILLET. 1741 : 1519
& le plaifir qu'on a de s'inftruire de tout ce
que renferme le Monde entier de plus curieux
& de plus utile à l'homme..
Sa dignité regarde le fujet qu'elle traite ;
qui eft la Defcription de l'Univers & de tout
ce qu'il produit , & celle des Mers & des
Hles.
Son utilité n'eft pas médiocre , fi on confidere
que cette Science nous aprend les
moeurs & les Coûtumes de toutes les Nations
, ainfi qu'on vient de le dire , connoiffance
qui eft néceffaire , non ſeulement aux
Rois & à leurs Miniftres,pour pouvoir traiter
avec elles des affaires qui concernent leurs.
Etats ; mais encore aux Géneraux d'Armées ,
pour connoître la fituation des Lieux & ne
pas fe laiffer furprendre par l'Ennemi , & aux:
Négocians, pour fçavoir ce que produit chaque
Contrée de plus propre à leur Commerce
.
La Géographie n'eft pas moins utile aux
Gens de Lettres : car il eft difficile d'enten-.
dre ou faire entendre aux autres un Hiſtorien
, ou un Poëte fans le fecours de la Géo-.
graphie , qui eft fi néceffaire pour acquérir
une plus parfaite connoiffance des Sciences..
C'eft ce qui a fait dire à Xilander que la lec
ture de l'Hiftoire eft froide fans la connoiffance
de la Géographie : Quarum [ Hiftoriarum
] friget fine Geographia cognitione lectio.
11
520 MERCURE DE FRANCE
Il est certain en effet que la Géographie & la
Chronologie font comme les deux clefs de
l'Hiftoire ; l'une fixe le lieu , & l'autre le
tems des évenemeus.
Quant au plaifir que donne cette Science, il
n'y a perfonne qui ne foit bien aife de connoîrte
les moeurs & les coûtumes de toutes les Nations
de l'Univers , de les comparer avec les
nôtres & de voir en quoi elles different , les
diverfes fortes d'animaux qu'il produit, les differens
Peuples, les Royaumes & la multitude
des Villes qu'il renferme , & enfin l'Océan
dont le globe de la terre eft environné . Et
cette étude eſt d'autant plus agréable , qu'on
peut fe fatisfaire fur tout ce qu'on vient de
raporter , fans fortir de fon cabinet , & fans
être expofe aux dangers de toutes efpeces ,
que courent les Voyageurs.
Cette Science ayant été traitée jufqu'à pre-.
fent d'une maniere fort feche , on a eu foin
de mettre dans cette Géographie tous les
ornemens qui peuvent en rendre l'étude utile )
& agréable : car ils n'amufent. pas feulement,
l'efprit par leur varieté , mais ils y fixent.
adroitement ce qu'il lui importe de retenir.
L'Auteur de la Méthode pour lire l'Hiftoire,
y dit qu'il ne faut pas tant d'érudition dans
la Géographie : mais lui qui en blâme ailleurs.
la fechereffe , doit fçavoir qu'on n'écrit pas
pour une feule forte de perfonnes. Il y a des
ScaJUILLET.
1741: 1521
Sçavans , des demi - Sçavans & des Gens
fans Lettres , entre les mains de qui cette
Géographie peut tomber. Ces derniers y
trouveront tout ce qui peut les inftruire
d'une Science qu'ils ignorent , fans s'arrêter
aux traits d'érudition qui fe rencontreront
dans leur lecture. Les premiers , s'ils fe donnent
la peine de la lire,y verront avec plaifir
les autorités des Poëtes qu'ils ont lûës dans
les fources : & les autres ne feront pas fâchés
qu'on leur ait épargné la peine de les chercher
dans ces mêmes fources.
On croit devoir avertir le Lecteur que les
pofitions de certains lieux , par exemple ,
de l'Ifle de Ceylan , de l'Afrique & de l'Afie
, &c. font dans cette Géographie differentes
de celles qui fe trouvent dans les autres
Méthodes . Pour rendre raifon de cette
difference , on dira franchement que la diverfité
qui regne dans tous les Géographes ,
dont pas un ne s'accorde fur les dégrés de
latitude & de longitude , non plus que dans
les divifions , a réduit l'Auteur de cette Géographie
à la néceffité de recourir aux Cartes
faites fur les obfervations de Meffieurs de
l'Académie des Sciences , pour s'affûrer , le
compas à la main , des uns & des autres.
Comme on ne fçauroit bien aprendre la
Géographie dans un Livre qui en traite , fans
avoir fous les yeux la Carte du lieu dont on
Lig
TJ22 MERCURE DE FRANCE
lit la defcription , il eft fort défagréable de
n'y pas trouver les pofitions & les divifions
conformes à celles qu'on lit dans fon Livre.
En vérité , quand on voit cette diverfité , on
diroit que la plupart des Géographes n'ont
jamais jetté les yeux fur les Cartes de Géographie
, lorfqu'ils ont compofé leurs Méthodes
, &c. On le répere en faveur de ceux
qui veulent aprendre parfaitement la Géographie
, il faut abfolument avoir une Carte
devant foi & la regarder à mesure qu'on lit :
car il eft certain que ce que
l'on voit , s'imprime
beaucoup mieux, & fait des traces plus
profondes dans le cerveau , que tous les entretiens
qu'on pourroit avoir là - deffus , &
même que toutes les lectures.
Segnius irritant animos demiſſa per aurem.,
Quam quafunt oculis fubjecta fidelibus , & qua
Ipfe fibi tradit fpectator. Hor. de Art.Poëtic. v. 180
Voilà le Prospectus de ma Géographie ,,
M. fi vous vous donnez la peine de le lire ,
vous ne sçauriez difconvenir que j'ai exécuté
il y a long- tems ce que vous promettez dans le
vôtre , où vous n'avez pas oublié de faire remarquer
que le Gouvernement Ecclefiaftique a
été formé für le Politique Je l'ai dit auffi avantvous
,& j'ofe affûrer, comme je crois l'avoir fait
dans ma Préface , qu'aucun Géographe avant
moi
JUILLET. 1741. 1523
moi n'avoit joint ces deux chofes enſemble ;
je veux dire la Géographie Civile & l'Eccléfiaftique.
Enfin j'ai évité tous les défauts que
vous détaillez fi bien à la page 564. du Mer
cure de France du mois de Mars 1741. Le
fuccès de votre Géographie , ou pour mieux
dire le jugement qu'en porteront les Sçavans ,
nous fera connoître fi elle eft préferable à la
mienne. Comme je ne fouhaite que le bien
de la République des Lettres , & que je n'ai
jamais travaillé que dans cette vûë , je ne ferai
nullement faché de la prééminence de
votre Géographie fur la mienne. Mais permettez
-moi de le dire encore une fois , au
moins la gloire de l'invention me demeu
rera , puifque le deffein d'une Géographie ,
telle que je l'ai donnée au Public , n'étoit
venu dans l'efprit d'aucun Géographe , foit
Latin , foit François.
LA MORT& les Funérailles de Pumilione ,
Puce célebre , par le Solitaire Ambroife.
AMUSEMENT POËTIQUE.
R Affemblez - vous , Puces du voiſinage ,
*
Venez , je veux vous expofer
C'est une Puce qui parle.
Le .
524 MERCURE DE FRANCE
Le grand chagrin , le grand dommage
Que la mort vient de nous caufer.
Vous connoiffiez Pumilione....
Hélas ! à ce doux nom ma force m'abandonne .
Pleurez mes yeux , pleurez mes foeurs
Joignons enſemble nos douleurs...
Pumilione... hélas ! Puce la plus aimable...
Vient de fubir le fort inévitable .
Pumilione eft morte... à ce trifte récit ,
Quelle penſée occupe votre efprit ?
C'eft une perte irréparable .
Envain pour avoir fon retour
Nous poufferions des cris ,nous verferions des larmes
Ioutiles & foibles armes!
Du terrible Pluton quiconque a vû la Cour ,
Fut- il l'objet le plus rempli de charmes ,
Ne revoit jamais plus le terreftre féjour .
Falloit-il que fi-tôt elle nous fût ravie !
Ses graces & les agrémens
Ne méritoient- ils pas une plus longue vie ,
Si la mort ne partoit envie
A ceux qui font doüés des plus riches talens ?
Elle a fubi le fort des rofes
Qui ne vivent que deux matins ,
Qu'on voit mourir dans les jardins ,
Lorfqu'elles font à peine écloſes .
Son regard étoit gracieux ,
Son
JUILLET. 1741 :
1525
Son air toujours officieux ,
Sa peau bien fine & pommelée.
Elle danſoit , fautoit d'une dexterité
Qui charmoit toute une affemblée.
Ce qu'on difoit partout de fon habileté
Pouffant la curiofité
De notre Reine Titimée ,
Pumilione alla dans fon Palais ,
Et par fes glorieux fuccès
Y furpaffa fa renommée .
Mais à quoi fert un beau talent ?
A nos plus graves Soeurs vous l'avez ojii dire ,
Il ne peut fouvent que nous ruire.
Notre Puce fautoit , lorfqu'un certain géant ,
Grand ennemi de notre race ,
Nommé l'homme , la voit qui paffe.
La colere l'enflamme , & dans un fier tranſport
Il la faifit . Elle fait maint effort ,
Soit pour en obtenir la grace ,
Ou bien pour s'échaper de ſa barbare main.
Mais elle ſe débat , elle le prie envain.
Entre fes doigts fa peau froiffée ,
Et fous fes deux ongles preſſée ,
Elle defcendit chés les morts.
Non. Jamais le Fleuve funebre
Ne vit de Puce fi celebre
Aaprocher de fes fombres bords.
Vas
1526 MERCURE DE FRANCE
Vas donc , Pumilione , où le Deftin t'apelle ;
Pars , vas fur la rive immortelle ,
Jouis des éternels honneurs :
Dans ce féjour , pleine de gloire
Puiffes -tu regner fur tes Soeurs ,
Comme tu vas regner dans leur mémoire ,
Et vivre à jamais dans nos coeurs .
Mais , mes Soeurs , je le vois , vous défirez d'aprendre
Les grands honneurs qu'après la mort
Des animaux, affligés de fon fort ,
A fes cendres font venus rendre.
Ecoutez-en le fidele raport .
Maint animal de petite ſtructure ,
Après que notre Puce eût quitté ce féjour ;
Vint pour marque
de fon amouÉ
Affifter à fa fépulture.
D'abord marchoient les Coufins , les Grillons,
Qui fur les plus funebres tons
Pouffoient au Ciel d'ameres plaintes,
Four foulager un peu les cuifantes douleurs
Dont leurs ames étoient atteintes ,
Leurs yeux fe répandoient en pleurs
Suivoit l'Abeille avec le Ver à ſoye .
Bien loin d'eux exilant la joye ;
Ils avoient quelque tems fufpendu leurs travaux
Pour pleurer tous enſemble une fidele amie
2
Qui
JUILLET . 1527 1741.
Qui bien fouvent pendant la vie
Leur procuroit des jours fi beaux
Par fon aimable compagnie.
Quatre Fourmis en longs habits de deuil
Portoient le funeſte cercueil .
Des Vers luifans , les lumieres ardentes
En grand nombre l'environnoient.
Enfin , en mouchoir blanc , en grand manteau ;
venoient
Freres & foeurs , oncles & tantes ,
Tous laiffoient échaper ces mots
Entrecoupés de longs fanglots :
Pumilione eft morte ! ah , barbare Deſtin ,
Donne-nous une prompte fin
Que ta méchanceté differe .
Pumilione eft morte ! ici-bas il n'eft rien
Qui puifle à l'avenir nous plaire .
Sur nos tombeaux que ne peut- elle faire
Ce que nous faifons fur le fien !
Le lieu pris pour la fépulture
Etoit un joli bofquillon ,
Formé par l'adroite Nature
Sur un tertre , orné de gazon,
Mille fleurs odoriférantes
S'y joüoient au milieu des plantes,
Lorsqu'on fut arrivé fur ces paifibles lieux ,
Une Mouche qui fçait l'art du Panégyrique ,
De la défunte fit l'éloge magnifique >
Et
528 MERCURE DE FRANCE
Et tira les larmes des yeux.
Après qu'elle fut miſe en terre ,
On mit fur fon cercueil une petite pierre
Où l'on a fait graver des Vers.
Maints beaux Efprits en donnerent divers
Au fentiment des Puces vénérables ,
Ces deux feuls étoient préferables :
Adieu plaifirs , adieu beaux jours ;
Ci giffent nos amours.
A M. Boyer d'Aix , en lui offrant la Piéce
précedente.
Tendre Favori d'Apollon ,
Chés qui l'efprit devance l'âge ,
Et qui cueillis dans le facré Vallon
Des fleurs dont tu fçais faire un fi parfait uſage ,
Reçois l'hommage de mes Vers.
Puiffes-tu les lifant , t'écrier : gens divers
Par cent moyens veulent me fatisfaire
Nul ne l'a fait comme ce Solitaire.
A ma petite Muſe , à mes badins écrits
Accorde donc quelques fourris.
Pour avoir tâché de te plaire
Je te demande ce feul prix.
LET
174 1529
LETTRE écrite d'Aix en Provence à M.
Abbé B .... fur le Puits extraordinaire
dont il eft parlé dans le premier Mercure
de cette année. Par M. Boyer le jeune.
E ne doute pas , Monfieur , qu'en lifant
le Mercure du mois de Janvier dernier ,
vous n'ayez fait attention à une Lettre écrite
de S. Pol en Artois , qui touche un Sujet de
Phyfique , auquel vous vous êtes fort apliqué.
Il s'y agit d'un Puits extraordinaire
qu'on voit dans le village de Boyaval , de
la même Province. Ce Puits. merveilleux !
qui a 110 piés de profondeur , eft tantôt à
fec pendant 2 ou 3 femaines ; tantôt l'eau
s'y éleve à une grande hauteur ; quelquefois
même , quoique plus rarement , elle eflue
par l'embouchure , comme on le vit au mois
de Fevrier de l'année 1736. où le débordement
forma un ruiffeau confidérable. La
crue des eaux dépend moins de l'abondance
des pluyes que de la continuité & de la
force avec laquelle le vent fouffle des Parties
Septentrionales. Elles ne laiffent pas d'ê
tre fort hautes dans des tems très-fecs , fi le
vent du Nord regne long -tems dans l'année ,
M. Quillet qui nous fait cette relation ,
croit
1530 MERCURE DE FRANCE
croit être en droit d'en conclure que les
pluyes ne donnent pas naiffance aux fontaines
, & s'attachant à la circonſtance du
vent du Nord , il penfe qu'il eft la caufe du
phénomene de ce Puits , & géneralement
des fontaines , par la force avec laquelle il
pouffe les eaux de la Mer dans la terre. Ces
vents Septentrionaux , ſelon lui , ſecondent
la direction des flots au tems du reflux , &
les obligent par une impulfion femblable à
celle de nos pompes , de s'élever par de
grands canaux jufqu'au coeur des montagnes,
d'où elles s'échapent , pour former des fources.
Je ne fçais ,M. fi vous vous accorderez làdeffus
avec M. Quillet ; du moins vous ne
ferez pas fâché que je vous en diſe ma penfée.
D'abord ces canaux font- ils bien propres
à produire le Puits en queſtion ? enfuite efton
bien fondé à tirer de ce fait particulier
une conclufion génerale pour toutes les rivieres
& fontaines ?
Il faut avouer que les inégalités du Puits
'de Boyaval font fingulieres , mais elles le feroient
encore davantage , fi elles venoient
d'une communication immédiate avec la
Mer. En effet , ne feroit - ce pas un prodige
que, tous les Puits communiquant avec elle,
celui de Boyaval fût le feul à fe reffentir des
agitations violentes qui y regnent , & à manifefter
cette communication ? il feroit tout
-
JUILLE 1. 1741. 1531
à - fait furprenant que les Eaux de la Mer , fi
elles donnoient l'être aux Puits , ne caufaffent
que dans celui- ci fes débordemens que
l'on y remarque.Croiroit- on que cette fingularité
eft caufée parce qu'elles viennent à Boyaval
par un canal fort droit , d'où il arrive
qu'étant moins arrêtées dans leur paffage ,
elles confervent encore affés de force pour
s'élever au- deffus de l'embouchure du Puits?
Mais pourquoi parmi tant de milliers de
Puits que nous avons dans l'Europe , n'y
auroit- il que celui de Boyaval qui fût joint
à la Mer par un canal droit , & qui découvrît
l'origine commune de tous les autres ?
Y a- t'il de la raifon à fupofer que la Nature
ayant tracé obliquement les autres canaux ,
n'ait tiré que celui - ci en droite ligne ?
Mais quand on lui accorderoit ce privilege,
qu'en arriveroit-il ? Qu'il ne feroit d'aucun
ufage . Moins les Eaux de la Mer feroient
arrêtées fur leur paffage , moins elles s'épureroient
, & plus elles arriveroient falées à
Boyaval. Cependant le Puits de ce Village
n'eft pas falé , il fournit de l'eau aux Habitans.
J'ajoûte , que quand ces Eaux pour-
Toient fe deffaler jufqu'à un certain point
dans les fables , ceux- ci fe rempliroient bientôt
de fel , & après cela ils feroient plus propres
à augmenter leur falure , qu'à la diminuer.
C Que
+334 MEI
CANCE
Que s'enfuit- il encore de ce qu'on fait
venir ces eaux dans le Puits en queſtion par
un canal fort droit , & qui réfifte peu à leur
direction ? c'est que les débordemens doivent
y être auffi fréquens que les tempêtes
fur la Mer. Au moins ne devroient - ils jamais
manquer , toutes les fois que les vents
du Nord pouffant les flots avec violence ,
les obligeroient d'entrer avec abondance
dans les ouvertures foûterraines,toujours prê
tes à les recevoir. Ces vents reviennent fouvent
dans l'année , d'où vient donc qu'il fe
paffe quelquefois plufieurs années , fans que
l'on voye aucune inondation ? la rareté de
cette inondation montre affés qu'elle a une
autre caufe.
Vous voyez , M. que cette idée des canaux
foûterrains ne peut s'étendre à toutes
les fontaines , puifqu'elle ne peut convenir
au Puits même , qui les a fait imaginer. Je
dis imaginer , car rien n'eft plus douteux
que l'existence de ces canaux . On a reconnu
plufieurs courans d'eau douce , qui coulant
fous terre vont fe dégorger dans la Mer. Il y
en a de tels près de Frontignan fur la côte
du Languedoc , & ailleurs ; mais jamais ou
n'a découvert aucun courant d'eau falée
qui vint de la Mer à la Terre. Si nous conful
tons un moment les loix du mouvement des
liquides , nous verrons que les Eaux de la
Mer
JUILLET. 1741. 1533
Mer ne peuvent jamais s'élever juſqu'au
coeur des montagnes , pour former les fources
que nous trouvons à leur pied. Tout ce
qu'elles peuvent & doivent faire , c'eſt de
regagner leur premiere hauteur , mais comment
fe poufferoient-elles au-delà ? je veux
qu'elles foient violemment pouffées par le
vent dans les canaux foûterrains , mais dès
que la colonne d'eau qui remplit un de ces
canaux , égalera par fa maffe la force avec
laquelle le vent agit fur la Mer , elle fera en
équilibre , & ne montera plus d'un pouce.
De plus , la Mer n'eft pas toujours agitée
par les vents , comme il le faudroit , pour
produire en tous lieux des fontaines qui coulaffent
toujours. Enfin je demande comment
ces Eaux pourroient fe deffaler en terre , car
cette difficulté revient ici avec plus de force
qu'au fujet du Puits.
L'impoffibilité d'expliquer en cette mahiere
l'origine des fontaines , nous oblige à
la chercher ailleurs . La raiſon veut que nous
'nous contentions de conjectures , plûtôt que
de recourir à un moyen auffi inconnu que
celui des canaux . Nous avons dans notre
Province auprès de Colmars une fontaine
qui coule & s'arrête plufieurs fois dans une
heure. Elle ne revient jamais plus fouvent
que lorfque le vent du Nord eft plus fort.
M. Bouche , notre Hiftorien qui a vû cette
Cij fon1534
MERCURE DE FRANCE
fontaine , croit ( T. 1. L. 1. Ch. 6. ) que les
vents qui fortent de la terre agiffent fur les
eaux qui y font enfermées , & les pouflent
par des ondulations femblables à celles
que
nous voyons dans nos Etangs, lorfqu'ils font
agités. J'aimerois encore mieux expliquer
par là les inégalités du Puits de Boyaval ,
que d'avoir recours à un canal qui y porte-
Toit l'eau de la Mer. Mais ne peut- on pas
croire , M. que le vent n'agit ici que par les
pluyes qu'il fait tomber ? Les eaux qui en
proviennent , s'infinuant dans les terres pierreufes
, peuvent defcendre jufqu'à la profondeur
de 110. pieds , & caufer par leur different
degré d'abondance , les divers accroiffemens
du Puits . On concevroit alors pourquoi
l'eau y est toujours plus haute , à me
fure que le vent du Nord fouffle avec plus
de force.
Mais on opofe que l'eau ne laiffe pas de
s'y élever fort haut , dès que le vent du Nord
fouffle , quoiqu'il ne donne point de pluye.
A cela il eft facile de répondre que fi ce·
vent ne donne point de pluye aux environs
de Boyaval , il fait fans doute pleuvoir dans
les Pays qui font au- deffus , du côté du Ser
tentrion . Les eaux qui s'y amaffent dans le
coeur des montagnes peuvent couler longtems
fous terre & former diferens refervoirs ,
avant que de donner naiffance à ce Puits,
Ainfi
JUILLET. 1741. 7535
Ainfi une pluye extraordinaire qui fera tombée
dans ces Pays fupérieurs , aura pû caufer
le débordement que l'on vit en 1736. Sur
ce pied, il arriveroit dans l'Artois , par raport
à ce Puits , quelque chofe de femblable à ce
qui arrive tous les ans en Egypte. Il n'y pleut
prefque jamais , & cependant le Nil ne laiffe
pas d'inonder régulierement tout le Pays ,
parce que les pluyes qui tombent pendant
trois mois en Ethyopie , l'obligent de fortie
de fon lit ; c'eft auffi le vent du Nord qui
amaffe fur les montages de l'Ethyopie les vapeurs
qui fe réfolvent en pluye. Au refte , la
longueur du trajet que ces eaux auroient à
faire , ne doit pas nous étonner. Combien
ya-t'il de fources qui ne paroiffent que
bien loin de l'endroit où elles fe forment ?
combien de courans qui restent long- tems
cachés en terré ? combien même qui ne paroiffent
jamais ? on affûre qu'il y a dans une
des Ifles Strophades une fontaine qu'on ſçait
venir de la Morée.
M. Quiller,faifant le calcul de la force qui
a fait dégorger le Puits en 1736. trouve
qu'elle a été fupérieure à un poids de 8054.
& il croit que les eaux de pluye ne peuvent
jamais acquerir la moindre partie de cette
force. Ce que nous avons dit jufqu'ici , nous
aide à concevoir comment elles peuvent
l'acquerit en entier . On fçait avec quel effort
Ciij les
1536 MERCURE DE FRANCE
les liquides tendent à reprendre leur premiere
hauteur , & avec quelle force ils preffent
tout ce qui les en empêche. Cela étant,
les eaux qui viennent des montagnes , beaucoup
plus élevées que le Village de Boyaval,
doivent monter dans le Puits à une grande
hauteur. Ajoûtez à cela quelque pluye´extraordinaire
furvenue en 1736. qui aura
rempli & fait déborder les refervoirs foûterrains
, & vous verrez que toutes ces Eaux
preflées par cette nouvelle abondance , doivent
s'échaper avec une force prodigieufe par
l'embouchure du Puits . A mesure qu'elles
diminueront , il décroîtra , & il pourra être
à fec pendant trois femaines , lorfqu'elles
couvriront à peine le fond des refervoirs qui
les renferment en terre ; vous connoiffez , M.
les Puits de Modene , à peine a t'on percé le
tuffur lequel on l'a bâti, que l'eau s'y élance
avec impétuofité , juſqu'à déborder , parce
qu'elle eft refferrée dans le creux de l'Apen.
nin d'où elle defcend . Nous avons en France
quelque chofe de plus fingulier , c'est le
Mafcaret de Bourdeaux, à fept ou huit lieuës
de cette Ville ; on voit quelquefois s'élever
fur la Garonne dans les tems les plus tranquilles
une montagne d'eau qui couvre toute
la riviere & qui renverfe les barques qu'el
le rencontre. Ce font des eaux de pluye
qui viennent fe rendre fous terre dans la
Ga
JUILLET. 1741. 1537
Garonne avec grande rapidité. Je pense que
cette force ne cede en rien à celle qui fait
déborder le Puits de Boyaval.
>
Il reste encore une difficulté fur laquelle je
ne dirai qu'un mot , & que M. Quillet touche
en paffant. Les pluyes font- elles fuffifantes
pour entretenir les fontaines ? nous
avons là- deffus la calcul de M. Mariotte
d'où il réfulte que l'eau qui paffe fous le
Pont neufà Paris en une année , eft en fix
fois plus petite quantité, que celle qui tombe
fur les terres où la Seine a fon cours au-deffus
de Paris. Comme rien ne démontre le défaut
de ce calcul , on peut s'y tenir juſqu'à
ce qu'on en ait un plus exact.
Quant à la pénétration des pluyes , c'eſt
un fait certain qu'elles s'infinuent dans les
terres & furtout dans les montagnes. Nous
avons vû plufieurs courans foûterrains qui
vont fe jetter dans la Mer bien au - deffous de
fon niveau. On trouve dans les Mines les
plus profondes , des ruiffeaux d'eau douce
qui diminuent dans les fechereffes ; & ne
voyons- nous pas tous les jours que les pluyes
font renaître nos fontaines deffechées , &
qu'elles raniment nos Puits ?
Lorfqu'on fait attention à tout ce que je
viens de dire , peut-on penfer que les eaux
circulent dans le grand corps de la terre ,
comme le fang dans celui des Animaux ? il
C iiij
eft
1538 MERCURE DE FRANCE
eft certain que les eaux ne ceffent de circules
de la Terre à la Mer & de la Mer à la Terre, &
que celles que nous bûyons venans de nos fontaines
ont pû couler dans le Rio de la Plata ;
mais ce n'eft pas fous terre qu'il faut chercher
le chemin de cette circulation. La Mer
travaille elle - même à fe fermer l'entrée des
Terres par une efpece de glû qu'elle dépofe
dans fon fond. Mais je m'aperçois que je
paffe infenfiblement les bornes d'une Lettre.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c.
D'Aix en Provence le 20. Avril 1741;
ABJURATION DE LA SATYRE,
Par M. de la Soriniere , en Anjou.
FUyez ,Satyre empoisonnée ,
Dont l'amertume affaifonnée
De fiel , de rage & de noirceur ,
Deshonora le fombre Auteur .
· Qui dans fa verve infortunée
Dégradant l'humaine raiſon ,
Vous fit naître , indigne avorton ,
D'une Euménide forcenée.
Fuyez , tout Rimeur ténebreux ;
Laiffez
JUILLET. – 1740. 1532
Laiffez d'un badinage affreux
Le trifte & périlleux uſage ;
Fleau de la vertu du Sage ,
Suſpendez vos coupables Jeux ;
Que gagnerez-vous à médire ?
Le chagrin d'entendre prédire
Quelque châtiment malheureux.
Soit malice , ou foit fuffifance
L'homme enclin à la médifance ,
Serpent de la focieté ,
D'un faux point d'honneur entêté,
Nous releve avec arrogance ;
Et pour trancher du bel efprit ,
Souvent par un fanglant écrit
Il nous déchire en notre abfence.
*
Nul n'échape à fes traits aigus ;;
Jadis un des fils de Lagus ,
Pour punir la folle incartade
De l'infâme Ecrivain , Sotade
Le fit enveloper de plomb ,
Et l'envoya médire au fond
De la Plaine humide & falée ;:
Rempli de cette Onde avalée ,
Pour gage d'un coupable abus ,.
Sotade ne clabauda plus..
Ptalomée Philadelphe..
Moi
1540 MERCURE DE FRANCE
Moi-même , ici je le confeffe ,
2
2
Au tems de ma folle jeuneffe
Selon mes caprices divers ,
Je cultivai le Dieu des Vers ;
Et déja me croyant Poëte
J'allai dans ma verve indifcrette
Et mes bouillons effervefcens ,
Fraper de mes cris indécens
Et des traits d'une Mufe immonde
Les trois Etats de ce bas Monde.
Jouet futile de l'erreur ,
Je croyois , hélas ! quelle horreur !
Que la Mufe la plus chétive ,
Echauffant la verve rétive ,
Avoit droit de tout critiquer ;
Et , pour peu que pour s'expliquer
La malice empruntar la rime ,
Médire n'étoit plus un crime ;
Et qu'on déchiroit fon prochain ,'
Sans ceffer d'être bon Chrétien .
Mais en ce tems , * que par ta grace ,
Seigneur , à mes yeux je retrace
Toute l'horreur de mes forfaits ,
Mon coeur par d'invincibles traits ,
* Cette Piéce a été composée dans les derniers jours
da Carême.
Abjure
JUILLET.
1741. 1541
Abjure une Muſe inſenſée ,
Dont le trop dangereux poiſon
Infecta mon ame abuſée ,
Malgré la voix de la raifon ;
Et de fon triomphe éphémere
Avec une douleur amere
Déteftant les lâches progrès ,
Je me livre à tous mes regrets.
REFLEXIONS fur le Genre Epiftolaire
, adreffées à Mr l'Abbé de * **
le même Auteur,
›Par
E fuis étonné , M. que parmi le nombre
Jinfini d'Ouvrages qui fe multiplient tous
les jours , perfonne ne s'avife de nous donner
d'excellens Modéles dans le Genre Epiftolaire.
Peut-être auffi cette négligence procéde-
t'elle du peu de befoin que chacun
croit en avoir.
Il n'y a perfonne qui ne fe croye en état
de faire une bonne Lettre. On s'aperçoit
que les trois quarts & demi des gens qui en
écrivent , les travaillent à deffein de les rendre
telles mais le malheur veut prefque
toujours qu'ils s'écartent de la nature pour
courir après le merveilleux .
C vj
Les
1542 MERCURE DE FRANCE
:
Les uns vifent au pompeux de Balzac ;
mais avec trop peu de génie , ils n'en attrapent
que le faux brillant les autres fe propofent
pour modéle le délicat Voiture , ils
le fuivent dans fon ftile & dans fes faillies
à ce qu'ils s'imaginent ; mais dans le vrai
ils ne fe rencontrent enfemble que fur quelques
miférables pointes , qui font , felon eux ,
le principal ornement de fes Lettres . Enfin
je n'en vois point , ou peu de bonnes , quoi
qu'on ne puiffe nier que beaucoup de
d'efprit n'en écrivent dans le commerce de la
Societé civile.
gens
Un célébre Moderne nous en a donné un
Recueil Mais peut - on comparer cet Ouvrage
à la beauté de fes autres Productions
en toutes fortes de litterature ? non affurément:
Quoi que ce grand Homme ait eu
pour but effentiel de prendre la nature pourguide
, l'efprit perce en mille endroits , il fe
fait jour malgré lui , fon ftyle s'éleve , & ,
fouvent fes phraſes finiffent en Epigrammes.
C'est pourtant le génie le plus aifé que nous
connoiffions , peut - être. Il eft donc bien
difficile de faire une bonne Lettre ? Je m'en
vais fur ce fujet rifquer mes réflexions , &
les foûmettre à votre judicieufe critique.
il
Faut-il beaucoup d'efprit ; ou n'en fautque
peu , ou point , pour écrire une Lettre
? Ceci paroît un paradoxe , une propoſttion
JUILLET. 1741 * 1543
tion ridicule & nouvelle. Je me flate pourtant
, M. que vous ne la taxerez pas abfolument
d'abfurdité , quand je vous aurai
communiqué les expériences que j'ai faites .
fur ce fujet important.
Il m'eft arrivé mille fois de recevoir des
Lettres de Gens qui paffoient pour avoir tout
l'efprit du monde , fans y avoir rien remarqué
que beaucoup d'envie de le faire paroî--
tre. D'autres fois , quelques Gens de Lettres,
ou réputés tels, m'ont honoré de leurs doctes :
Epitres,oùregnoient également l'érudition &
l'obscurité;& enfin Gens qui paffoient dans le
monde pour être extrémement bornés, même
en leur rendant juftice , m'en ont écrit defort
naturelles & de fort bonnes , dans lefquelles
la naïveté & la fimplicité ne dégéné
roient point en baffeffe ; le coeur y parloit 3.
& s'exprimoit à l'aide d'un peu de fens commun
, comme les honnêtes gens le font en
converfant : & j'étois toujours dans une nouvelle
admiration , chaque fois que j'en rece
vois de leur part.
L'efprit & la fcience gâtent donc les Lettres
? bien fouvent , fi on n'a pas la main
legére pour les difpenfer à propos. Il n'apartient
qu'aux Dames , chés qui tout eft
fentiment , avec de l'efprit & de la lecture ,
ou fimplement avec le premier , de ne point
gâter leurs Lettres . Elles n'écrivent que pour
exprimer
7544 MERCURE DE FRANCE
exprimer ce qu'elles penfent ; & c'eft de la
nature qu'elles empruntent ces traits & cette
délicateffe que l'art ne sçauroit fournir . Leurs
Lettres paroîtront deftituées d'ornemens à
bien des Erudits , j'en conviens ; mais les
vrais connoiffeurs ne penferont pas de même
: aufi cette aimable & précieufe portion
de la focieté civile n'écrit- elle pas pour les
Pédans.

Il faut , M. que je vous faffe part d'une
Epigramme que je fis , il y a quelques années
, à l'occafion d'un commerce Epifto--
laire que j'entretenois , pour de bonnes raifons
,avec l'homme le plus borné qui fût
jamais. J'ai confervé toutes fes Lettres &
je les ai lûës à bien des gens d'efprit qui les
ont admirées. J'avois foin de leur en cacher
la fignature , ils connoiffoient l'homme pour.
la plupart : Eh ! que ne peut pas la prévention
? Peut être , & fans doute , ils auroient
rougi d'avoir donné leur fuffrage à quelqu'un ,,
qu'ils eftimoient fi peu du côté de l'esprit.
Et cela est arrivé plus d'une fois.
Ce M. m'a écrit dans bien des fituations
differentes , & , toujours fans lecture & fans
Latin, il a trouvé le fecret de me charmer. Je
l'ai connu Calviniste de bonne foi ; je l'ai vû
changer de même , & me faire part de fon
abjuration. Je lui ai connu une Epouſe qu'il
aimoit tendrement , & enfin je l'en ai vû
privé.
JUILLET. 1740 1545
privé. Chargé de fix enfans , je lui ai vû
perdre un procès qui diminuoit fa fortune
de moitié ; toujours égal , toujours naturel ,
Simple & naïf, il m'expofoit ces différentes
Gituations d'une maniere fi touchante , d'après
des images fi vives , & toujours avec
tant de clarté , que cent fois je me fuis
écrié : Grand Dieu , faut-il que j'aye plus
d'efprit que cet homme- là , pour ne pouvoir
écrire comme lui !
Oui , M. cet homme- là étoit fi borné
qu'il fçavoit lire au plus ; & il peignoit
mal , ( quoi que de fon aveu il eût eu un
Maître à écrire quatre ans de fuite , ) qu'à
moins d'une longue habitude on ne pouvoit
déchifrer fon écriture. Enfin dans un mo.
ment d'enthouſiaſme à ſon ſujet , voici l'Epigramme
que je fis, & que je lui communiquai
, fachant bien qu'il ne s'en offenferoit
pas ; nous en étions fur ce ton- là ,
Quand je lis de toi quelque Ecrit ,
Je ne pu's que je ne t'admire ,
De n'avoir pas affés d'efprit
Pour bien peindre & pour mal écrire .
Il faut que je m'explique , M. l'Abbé , je
ne prétens pas inférer qu'il n'y ait que les
fots capables de bien écrire ; ils feroient bien
heureux. Vous feul , M. pouriez faire l'exception
d'une Théfe fi générale avec beaucoup
1546 MERCURE DE FRANCE
1 .
coup de génie : mais je conclus , d'après main
tes expériences ,que ce ne fera ni l'excès d'ef
prit , ni la vafte litterature , ni la profonde
érudition qui feront qu'on y parviendra ; ce
fera toujours à la fimple nature qu'on fera
redevable de ce rare & précieux talent. Ex
perto crede Roberto.
· ODE
Sur le vrai Bonheur .
Sincerité , quitte la Terre ,
Ton nom fait pâlir les Mortels 3
L'innocence. qui t'y révere ,
N'ofe aprocher de tes Autels.
L'orgueilleufe délicateffe
S'allarme trop de la rudeffe
De ton front toujours hérissé ;
Le crime heureux craint ton langage ji
C'est même assés d'en faire uſage ,
Pour être traité d'infenfé.
*
Cesse , coupable complaifance ,
De m'étaler les vains honneurs
Où les ressorts de ta fcience.
Placent d'adroits Adulateurs..
J'ignore
JUILLET. 1741
1547
J'ignore les routes indignes
Qui menent des fourbes infignes
Au plus haut point de la faveur ;
Peu jaloux de tes biens frivoles ,
Dois-je encenfer de vains Idoles
Que je foule aux pieds dans le coeur
*
Certain qu'au poids du Sanctuaire
La naissance & la qualité
Ne font qu'un Grand imaginaire
Que méconnoît la probité ,
Quand le crédit & l'opulence
Forment l'unique différence
Qu'allegue la cupidité ,
Jane reconnois de noblesse ,
Que l'innocence , la fagesse ,
Le mérite & l'intégrité .
*
Soit deſtin , raiſon , ou caprice ,
Je ne tais point la vérité,
Fille du Ciel , on te déguiſe
Sous le Vernis d'urbanité.
Pour ne point troubler l'injuſtice ,
On nomme fa noire malice ,
Efprit , talens , dexterité ;
C'est ainsi , grands Dieux ! que le vice,
Loin
1548 MERCURE DE FRANCE
Loin de craindre le précipice ,
Y tombe avec docilité .
*
Convaincu que l'hypocrifie
Met le comble à l'impieté ,
Je dérefte la perfidie ,
Les détours , la duplicité ;
Dérobez , coeurs pharifaïques
La noirceur de vos faits iniques
Sous un mifque de fainteté ;
Bien-tôt le Soleil de Justice
Sçaura dévoiler l'artifice
De votre feinte pieté.
*
Pourquoi donc , Juge fi févere ,
Souffres- tu que les innocens
S'enyvrent de la Coupe amere
Dont tu menaces les méchans
L'impieté dans l'abondance ,
Fait blafphemer ta Providence
A la plaintive pauvreté ;
Mais qui connoît que l'opulence
Caractériſe ta vengeance ,
Redoute la profpérité.
*
Comme , en dépit de la tempête ,
Qa
JUILLET. 1549 1741.
On voit un Cédre audacieur
Lever fon orgueilleuſe tête ,
Et braver la fureur des Cieux ;
L'Impie , élevé fur la Terre ,
Difpute au Maître du Tonnerre
Les droits du pouvoir abfolu ;
Victimes que fa main terraffe ,
Demain vous chercherez fa place ,
Mais hélas ! il ne fera plus.
*
Un Rocher au milieu de l'Onde
Méprife Neptune irrité ,
Ainfi tous les revers du Monde
Font briller l'intrépidité.
L'homme , affermi dans la conftance
Reçoit avec indifference
L'humiliante adverfité .
Les Cieux tomberoient ſur ſa tête ,
Dans fon coeur une paix parfaite
Enchaîne la félicité,
*
Tranquile au plus fort de l'orage ,
L'accablante calamité ,
Loin de rabaiffer fon courage ,
Réveille fa noble fierté .
Supérieur à fa difgrace ;
Les
1550 MERCURE DE FRANCE
Les traits impofans de fa face.
Annoncent un parfait ferein ,
Enfeveli dans la mifere ,
De fon ame la paix fincere
Fait rougir l'aveugle deftin .
Semblable à l'heureufe Bergere ,
'Au pied d'un Hêtre officieux ,
Sur le duvet de la fougere
Il goûte un fommeil gracieux ;
Charmé d'une amufante étude
Jamais la pâle inquietude
N'altere fa tranquillité ;
Le fombre toît de ſa chaumiere
Le verra finir fa carriere
En méprifant la vanité.
*

Qui fe borne au vrai néceffaire
Qu'exige la frugalité ,
A toujours de quoi fatisfaire
L'heureuſe médiocrité .
La précieuſe indépendance
Dédommage bien l'indigence
Par la paifible liberté ;
Ne rien efperer , ne rien craindre &
Etre infortuné fans fe plaindre ,
C'est l'unique félicité.
Les
Les biens , les emplois , la richeffe
N'affûrent point le vrai bonheur ;
Les foins , la crainte , la trifteffe ,
Balancent fouvent la grandeur ;
Mais toujours un calme tranquile
Se plaît dans un chétif azile ;
Au lieu que les Palais des Grands
Sont fouvent des prifons brillantes
Ou des Victimes éclatantes
S'immolent pour de beaux néants,
*
O toi , captieuſe molleffe ,
Qui veux que la fatalité
Triomphe de notre foiblefle ,
Et captive la liberté ;
Crois-tu par tes douces maximes
Pouvoir me cacher les abîmines
Où conduit ta brutalité ?
Non , le Souverain du Permeffe
Prétend toujours que la Sageffe,
Regle la fine Volupté.
*
Jaloux des droits de la Nature ;
Elle eft ma fouveraine Loi , 2
Si-tôt que la raifon épure,
Le tribus qu'elle attend de moi ;
Mais
ة ر ر
Mais , quand la rebelle intereffe
L'honneur , ou la délicateſſe ,
J'en fuis le rigide Cenfeur.
Il faut qu'un plaifir , pour me plaire ,
Soit légitime & néceffaire ,
Autrement j'en fuis la douceur.
Ennemi du prétendu fage ,
31
Qui s'allarme au nom des plaifirs ,
Je crois que le printems de l'âge
A droit d'innocenter les ris
Laiffant à la Misantropic
L'homicide & noire folie
De s'affliger à contre- tems ,
Pour me livrer à la trifteflè ,
J'attends que la fombre vieilleſſe
Ait ufé mon tempéramment.
Eclipfez-vous , vaines idées ,
Qui voulez fonder l'avenir ;
En me prêtant aux deſtinées ,
Je ne dois pas les prévenir ;
Sans m'embarraffer d'un peut- être ,
J'abandonne au Souverain Maître
La gloire des évenemens.
La meurtriere prévoyance
Déchir
Déchire nos coeurs par avance ,
En rendant tous les maux préfens.
Tandis que de chétifs reptiles
Vivent dans la fécurité ,
A l'abri des foins inutiles
Qu'enfante la cupidité ,
J'irai , Monstre d'ingratitude",
Par ma folle follicitude
Confeiller la Divinité ;
Celui dont les Cieux font l'ouvrage ,
Ne veut point que l'homme partage
Les foins qu'exige fa Bonté.
Pour mettre en défaut la prudence ,
Et la fagefle des Humains ;
La fouveraine intelligence
Rit de nos aveugles deffeins.
Cette avantageule impuiffance
Doit avertir notre ignorance
De fa vaine témérité .
Du préfent faire un jufte ufage ,
C'eft rendre un agréable hommage
A la fuprême Majeſté.
Un impénetrable nuage ,
Cicha
4554 MERCURE DE FRANCE
Cachant l'avenir à nos yeux ,
Qui prétend le percer , outrage
La Toute-puissance des Dieux ;
Oui , l'homme devient facrilege ,
Quand il afpire au privilege
De déveloper des fecrets
Qu'une attention paternelle
Dérobe à fon efprit rebelle ,
Par amour pour les intérêts.
L'ordre brillant de la Nature
Doit fixer notre vanité ;
Son refpect confond le murmure
De notre curiofité .
Que ferviroit une Science
Dont l'accablante connoissance
Réaliſeroit nos malheurs ?
Bannissons la trifte folie
D'ufer notre pénible vie
Dans d'infructueuſes frayeurs.
Il eft un fouci falutaire
Qui rend folidement heureux ;
L'unique étude nécessaire ,
C'eft d'être vraiment vertueux .
Honneur , dignité , rang , puissance ,
Er toi , ténebreufe Science ,
Tout
JUILLET.
1555 1741:
Tout s'évanouit à la mort ;
La vertu feule a l'avantage
D'attendre en paix l'heureux passage
Qui l'assûre d'un meilleur fort.
܀
Toi , dont l'ineffable tendresse
Forme en moi les gémissemens
Que pousse encore ma foiblesse ,
En proye à fes égaremens ,
Grand Dieu ! que ta douce Puissance
Triomphe de ma réfiſtance !
Diffipe mon aveuglement ,
Je fuis indigne de ta Grace ,
Seigneur ; mais trouve -t'on la trace
D'un peché lavé dans ton Sang ?
J. B. C. C. de Fignieres .
3 :stat statut:stst
REPONSE à un Article de la 359 :
Lettre des Obfervations fur les Ecrits mo
dernes , Tome 24.
'Examen que j'ai fait dans le Mercure
de Mai dernier des Lettres 347. &:348 .
des Obfervations fur les Ecrits modernes , a
piqué , dirai -je , l'Obfervateur ou l'Hiſto-
D riographe
4556 MERCURE DE FRANCE
ور

riographe prétendu , qui a bien voulu venir
à fon fecours , » comme fi celui - là ne fe
croyoit pas affés , fort lui feul contre tous
» ceux qui fe mêlent d'écrire . J'en fuis trèsfincerement
fâché ; mais ceux qu'une juſtification
auffi méfurée que la mienne eft
capable d'effaroucher , devroient , ce femble
, par refpec pour leur propre délicateffe
, ou n'attaquer jamais perfonne , ou le
faire avec tant de jufteffe & de modération ,"
que le Public & ceux qu'ils attaquent , leur
fçûffent également bon gré de leur critique
& de leur procedé .
Quand on a lû les deux Lettres des Obfervations
, on fe regarde avec ſurpriſe , &
on fe demande les uns aux autres : Mais
qu'a donc fait l'Auteur de la Defcription
pour
être traité de la forte ? a- t - il infulté
Ï'Obfervateur ? a - t- il infulté celui qui de
gaieté de coeur vient lui fervir de fecond ?
a - t- il affés mal mérité de la République des
Lettres , & fur - tout de la haute Normandic
; pour qu'il foit permis de le renvoyer
avec ignominie , comme un grime , à fon
Dictionaire , ou de lui dire d'un ton fec
& magiftral : Cela ne vaut rien ; vous avez
fait là une bévûë ; vous n'avez pas lû , ou
vous n'avez pas compris le fens d'un paffage
que vous citez ? &c. Eh ! de bonne foi
quand je me ferois mépris dans les huit ou
a
dit
JUILLET. 1741. 1557
dix articles que l'on critique fi mal à propos
, huit ou dix fautes peuvent- elles être
capables de décréditer un Ouvrage de ſeize
nt pages & plus , où j'ofe avancer qu'il y
a pour le Lecteur beaucoup moins à perdre
qu'à gagner ? Pourquoi donc ne pas infifter
de bonne grace fur ce qu'il y a d'utile dans
un Livre , & l'indiquer au Lecteur moins.
inſtruit , afin de le mettre en état de pouvoir
en profiter ? Après un Extrait ou une
Analyfe de cette nature , qui ne demande
ni des éloges ni des complimens , fi l'on a
découvert quelque faute qui vaille la peine
d'être relevée , il eft de l'interêt du Public
d'en avertir , mais modeftenent , & comme
malgré foi, premierement pour l'Auteur
parce que les veilles qu'il a facrifiées à l'utilité
publique , méritent bien que l'on ait
quelques égards pour lui , quand même il
fe feroit trompé en plufieurs points capifecondement
pour foi , parce qu'il eft
bien à craindre qu'en voulant reprendre les
autres , on ne tombe foi - même en faute , &
qu'on ne fe voie condamné à en porter la
taux ;
honte.
Or , c'eſt ce que n'ont fait ni l'Obfervateur
ni fon Hiftoriographe , fi pourtant ce
font deux Ecrivains differens : ils ont attaqué
avec hauteur , avec mépris même , & avec
indécence , un Auteur qui n'a jamais com-
Dij mis
1558 MERCURE DE FRANCE
mis d'autre crime à leur égard que celui d'avoir
employé fon tems à illuftrer de tout fon
pouvoir les Antiquités de leur Province
& en s'acharnant contre de prétenduës fautes
qu'ils lui imputent , ils en ont fait euxmêmes
de très -réelles.
,
J'ai dit dans la Deſcription que Hafdans
me paroiffoit être l'ancien nom de la Ville
d'Arques ; & j'ai cité en marge Dudon de
S. Quentin & Guillaume de Jumiége , qui
difent , l'un , Archas qua Hafdans dicitur,
' autre, Hafdans qua Archas dicitur . Or dans
tout le corps de mon Ouvrage je n'ai rien
cité que je ne l'aie lû moi- même, & medité
attentivement. Il eft pourtant vrai que les
deux Hiftoriens parlent là d'un Lieu fitué fur
la Seine , & que ce Lieu devoit être , felon
eux , le Pont de -l'Arche même, plutôt qu'un
Lieu voifin de cette Ville , qui ait porté d'abord
le nom de Hafdans , puis celui d'Archas
, & qui enfin abandonnant ce dernier
à la Ville voifine , aura repris celui de Haf
dans ou Lefdans. Pourquoi donc dans l'application
que j'ai faite du mot Hafdans à la
Ville d'Arques , ai je cité Dudon & fon copiſte
? Le voici. C'eſt que le Pont-de -l'Arche,
dont l'Antiquité ne remonte pas plus haut
que le Regne de Charles - le- Chauve , ou n'a
jamais eu d'autre nom que ceux d'Archas
Pons arcus , Pons arcis , ou a dû porter celui
du
JUILLET. 1741. 1559
du territoire fur lequel il a été bâti . Or ce
territoire s'appelloit de toute antiquité Piſte ,
Piftis , ad Piftas , nom
ad Piftas , nom qui s'eft maintenu
jufqu'à nos jours dans celui du Village voiſin
de Pitres. Delà , il s'enfuit que , s'il y a eu
dans la haute Normandie un Archas , dont
l'ancien nom ait été Hafdans , comme le
témoignent les deux Hiftoriens cités , il faut
chercher de Lieu autre part que dans le voifinage
de Pitres. Je l'ai placé à Arques , &
dans la fuppofition préfente je doute qu'il
foit poffible de le placer mieux .
Que deviendra donc l'autorité de Dudon ,
de S. Quentin , & de Guillaume de Jumiége
? Ils nous aprennent qu'aux environs de
Rouen un Lieu qu'on apelloit autrefois
Hafdans , a pris dans la fuite le nom d'Archas.
C'eft un trait d'Antiquité qu'ils n'ont
pas forgé , fans doute , & qu'il eft bon de
recueillir profitons- en pour déterminer la
pofition précife de ce Hafdans. Elle eſt toute
déterminée , direz vous , par les deux mêmes
Ecrivains , qui nous difent formellement
que Hafdans & le Pont de l'Arche
c'est la même chofe. Je réponds qu'en cela
ils fe font trompés ; que puifqu'il faut abfolument
diftinguer l'un de l'autre , ou ils devoient
placer la fcene de l'action dont ils
parlent , fur la riviere de Dieppe ; ou que
en effet cette action s'eft paffée fur les rivie
D iij
fi
res
1560 MERCURE DE FRANCE
res de Seine & d'Eure , ils devoient en parlant
d'Archas s'exprimer ainfi , Piftis que
Archas dicitur , & non pas Hafdans qu
Archas dicitur. Il y a bien d'autres mépriſes
femblables dans ces deux Auteurs.
Que conclure de tout ceci ? qu'il ne faut
point donner à une citation plus de force
ni plus d'étenduë que l'Auteur n'a eu en
vûë de lui en donner. J'ai parlé , par exemple
, de l'Abbaye de Fécan , dont j'ai fixé
la fondation à l'an 664 , & j'ai cité en marge
les Annales Bénédictines de Dom Mabillon,
tom. 1. page 447. Inutilement m'objecteroiton
qu'en cet endroit- là même Dom Mabillon
met la fondation de ce Monaftere en
658. Puifque nous ne fommes pas d'accord
fur la Chronologie , il faut croire que ce
n'eft pas pour la Chronologie que je l'ai
cité , mais uniquement pour les Faits hiſto
riques , abftraction de calcul. Ici pareillement
je dis qu'un Lieu de la haute Normandie
, appellé Archas , s'apelloit anciennement
Hafdans ; j'ajoûte que ce Lieu doit
être la Ville d'Arques ; enfin je cite en marge
Dudon , de S. Quentin , & Guillaume
de Jumiége : la citation eft employée là pour
prouver , non , que Hafdans ne doit point
être diftingué de la Ville d'Arques , mais
feulement qu'il y a dans la haute Normandie
un Lieu apellé d'abord Hafdans , & ene
fuite
JUILLET. 1741 1561
fuite Archas. Cependant comme j'ai de for
tes raiſons de croire que Hafdans eft la même
Ville que celle d'Arques , je devois perfifter
à dire dans mes défenfes que l'Archas
de Guillaume de Jumiege , c'eft- à - dire l'Archas
qu'on apelloit autrefois Hafdans , ne
doit point être placé ailleurs. En un mot, ou
Guillaume de Jumiége , & Dudon de Saint
Quentin , en voulant parler d'une Ville ,
ont parlé d'une autre , ou celle dont ils
parlent , n'eft pas celle dont ils ont voulu
parler.
Si mon Adverfaire n'eft pas content de
cet éclairciffement , il lui eft permis de ſouſcrire
tant qu'il voudra à tout ce qu'ont avancé
fes deux garants dans leur Hiftoire ; mais
qu'il me foit au moins permis , auffi - bien
qu'à lui , d'abonder en mon propre fens , &
de croire que l'un & l'autre fe font égarés
en plus d'un endroit , nommément en celui
dont il eft queſtion entre nous. Enfin , fi je
ne fuis
pas de fon avis , qu'il ait la bonté
de faire attention que je ne mérite pas pour
cela d'être renvoyé à l'école . M. de Valois
avoir lû Guillaume de Jumiège auffi- bien
que nous deux ; il n'a pas eu de peine à
comprendre que cet Ecrivain met Hafdans
qua Archas dicitur fur la riviere de Seine.
Cependant, immédiatement après l'avoir cité,
voici comme il s'exprime dans fa Notice des
Dij Gaules
1562 MERCURE DE FRANCE
Gaules , fous le titre de la Ville d'Arques :
Hafdans erge ( voila une conclufion bien
finguliere ) arca Caletorum duo funt ejufdem
Loci nomina. Quelles font les raifons
qui ont porté M. de Valois à prendre le
parti que j'ai pris ? je n'en fçais rien , j'ai expofé
les miennes , qui peut - être ne font pas
encore auffi victorieufes que celles qui l'ont
déterminé. Quoi qu'il en fait , j'ofe demander
à mon Adverfaire , pourquoi dans une
querelle où nous fommes deux contre lui ,
M.de Valois & moi, il s'en prend à moi ſeul :
en quoi ai - je donc mérité la ferule plus que
lui ? Finiffons cet article , & revenons à celui
de Piflis. Ce font les deux feuls fur lesquels
l'Auteur des Obfervations eft revenu à la
charge contre moi dans fa Lettre 359.
Comme il y a deux Archas dans la haute
Normandie , Arques & le Pont- de- l'Arche
il y a auffi deux Piftis , Pîtres , & un autre
Lieu que je foupçonne être le Bourg de Longueville
- la - Giffart. Sur quoi ai - je fondé mon
foupçon ? fur ce que le territoire de ce Bourg
porte de tems immémorial le nom de Ste
Foi , fous lequel il a été confacré , & que
Foi en françois , Fides en latin , & Piftis en
grec , fignifient la même chofe . Ce n'est là
qu'un foupçon ou une conjecture ; j'en ai
fuffisamment averti le Lecteur , il n'a pû s'y
méprendre cependant la conjecture n'eſt
pas
JUILLET. 1741. 1563
pas affés digne de rifée pour donner gain de
caufe à deux rieurs contre moi & contre
tous ceux qui n'ont pas daigné rire avec eux.
Mais Piftis , dit- on , fignifie dans la baſſe
Latinité des Cabanes , des Chaumieres . On le
fçait. S'il étoit même permis de fe vanter de
quelque chofe, j'ajoûterois que je le fçais avant
l'Auteur des Obfervations , & que je fuis un
de ceux qui le lui ont apris , puis qu'il ne le
fçait que depuis la nouvelle Edition du Gloffaire
de Ducange , & que parmi un affés
grand nombre d'Additions , j'ai fourni
aux Editeurs du Gloffaire ce même mor
accompagné de deux autorités , tirées , l'une
des. Capitulaires , l'autre d'un Titre de l'Abbaye
de S. Vandrille , dont ils n'ont pourtant
employé que la premiere , je ne dirai
pas pourquoi. Ceci foit dit en paffant, non
pour me glorifier de rien , mais pour faire
fentir à l'Obfervateur , que lors qu'il lui a
plû , d'un ton de Docteur , me renvoyer à
Ducange, il ne fçavoit pas qu'il me renvoyoit
à moi - même. Ce n'eft point là chicaner.
Mais revenons.

Piftis fignifie dans la baffe Latinité des
Huttes , des Chaumines ; donc ce mot n'eft
pas Latin donc il eft ou Teuton ou Celti
que d'origine , comme je l'ai obfervé . Et que
s'enfuit- il delà ? que parce qu'il eft Teutom
ou Celtique , les Fideles du Pays de Caux
D W n'ont
1564 MERCURE DE FRANCE
n'ont pû , fans fe rendre ridicules , le fanc
tifier , en lui fubftituant celui de Sanita
Fides S'ils l'ont pû , quelle raiſon a- t- on
de croire qu'ils ne l'aient pas fait ? Car enfin
il faut retrouver dans le Pays de Caux un
Piftis très- different du village de Pitres , fur
le territoire duquel s'eft formée la Ville du
Pont -de-l'Arche . Que l'on nous prouve qu'il
étoit fitué ailleurs qu'à Longueville ou à Ste
Foi , alors je renoncerai à ma conjecture ;
juſque - là , qu'elle ait le don de plaire ou
non à l'Obſervateur , je me donnerai bien
de garde d'y toucher , elle ne me déshonore
pas affés pour cela .
Je m'attens prefque à une nouvelle quef
tion de fa part. Si vous fçaviez , pourra t'il
me dire , ce que fignifioit Piftis dans la baffe
Latinité , que ne le difiez - vous dans votre
Defcription A cela je n'ai qu'un mot à répondre.
J'ai fçû bien des chofes que je n'ai
pas dites , les unes , parce que je n'ai pas
voulu les dire , les autres , parce que je ne
m'en fuis, pas fouvenu dans le tems . Si j'avois
dit celle - là , je n'y aurois pas moins
ajoûté ce que j'ai dit du Piftis grec , & du
Fides latin ; l'un ne détruit pas l'autre . Enfin
il ne s'agiffoit pas ici de donner l'origine du
nom de Piftis , nom qui n'existe plus dans
le Pays de Caux : il falloit trouver la pofition
du Lieu , & remonter à l'origine du
nom
JUILLET. 1741. 1563
nom de Ste Foi. Bien m'en a pris de ne vou
loir pas dire tout ce que je fçavois , ou que
j'étois en état de dire . L'ouvrage entier auroit
compris cinq volumes ; j'aurois pû faire
quelque quinzaine de fautes dans les trois
derniers ; & fi comme la chofe eft très-poffible
, elles euffent été réelles , voyez par la
maniere dont on me remercié aujourd'hur
des deux premiers , quelle obligation on
m'auroit cûë pour le total.
Ce ne font font point là des cavillations ;
je ne cherche point à éluder les difficultés.)
L'Obfervateur avoit miferablement défiguré
mon Ouvrage : je lui ai prouvé qu'il a pris à
gauche dans tous les points qu'il a choifis.
pour l'objet de fa Critique ; fans en excepter
un feul loin de le détourner de faire
des réfléxions fur mes défenfes , j'ofe le défier
pour fon honneur , pour ma confufion
pour l'interêt de la verité , d'y employer
encore quelques unes de fes feuilles , & d'y
réülfir. A la bonne heure , qu'il remarque
dans la fuite quelques traits répréhenſibles.
S'il choifit mieux qu'il n'a fait , il en trouvera.
Mais qu'il fe méfie d'une lecture rapi
de ; je poffede mieux mon Ouvrage que lui .
Cependant , dès que mes fautes feront mifes
en évidence , je ne trouverai point qu'il foit
rude d'avouer que je me fuis trompé. Juſqu'à
préfent j'ai donné des preuves du contraire ;
D vj je
1566 MERCURE DE FRANCE
je n'ai
pas
même attendu pour
cela
que l'an
m'ait attaqué. Lorfque la chofe en vaudra la
peine , & que je ferai inftruit , je préviendrai
toujours les Critiques.
L'AMOUR DE LA SOLITUDE ;
O D E.
A M. le Chevalier de
C Effe Effe de m'attirer par la flateuſe amorce
D'un plaifir paffager ;
J'ai fait avec l'Amour un éternel divorce ,
Et je fuis le danger.
*
Loin des foucis rongeurs , des jaloufes allarmes ,
Je coule d'heureux jours ,
Et la tranquillité , dont je goûte les charmes ,
Me venge des Amours.
*
Libre , feul , fans contrainte & fans inquiétude,
Je m'aplique à penfer ;
Mon coeur,né pour fentir, voudroit une autre étude,
Mais il fçait s'en paſſer.
JUILLET. 1567 1741
Je ne crains point les coups de la fatale Parque ,
Je vis , j'attens la mort ,
Et quand Caron viendra , j'entrerai dans fa Barque,
Sans accufer le fort.
*
Toi, vole après l'Amour qui t'invite à le fuivre,
I aiguile fes Traits.
Dans le fein des plaiſirs dont ton ame s'enyvre ,
Crains encor les regrets.
ENVOL
Viens demain égaïer ma paisible demeure ,
Réponds , ami fidele , à mon empressement ;
Les jours où je fuis feul ne me durent qu'une heure,
Les jours où je te vois me femblent un moment.
L. M. D. R.
******** 源**********粥
LETTRE écrite par M..... à M. Carpentier
, l'un des Auteurs de la nouvelle
Edition du Gloffaire de Du Cange , fur un
Endroit qui demande d'être expliqué &
rectifié.
E Public ne perd point de vûë , M.
Les promeffles auxquelles vous vous
êtes engagé , de donner une fuite de ce qui
eft
1568 MERCURE DE FRANCE
>
eft néceffaire pour rendre parfaite l'Edition
du Gloffaire de Du Cange On vous fera , à
la vérité , très -obligé , fi vous voulez publier
un Suplément de tous les mots que vous
avez trouvés depuis dans votre chemin
( car ils fortent , pour ainfi dire , de deffous
terre , ) mais vous ne pouvez vous difpenfer
de donner ce qui fait regretter l'ancienne
Edition ; je veux dire les Tables des mots
réünis , felon les differentes matieres , dans
un feul & même article , chacun felon la
fcience , l'art ou la profeffion à laquelle il
fe raporte. Outre cela , il vous refte encore
à publier une Table de tous les Auteurs qui
vous ont fourni les Textes que Vous avez
produits ; le nombre en eft groffi confidérablement
depuis la premiere Edition.
Vous avez auffi un Suplément à donner
au Catalogue des Manufcrits , non - feulement
de M. Du Cange , mais encore à ceux
qui font indiqués dans le Bibliotheca Bibliothecarum
de Dom Bernard de Montfaucon
Tout cela demande une perfonne qui n'ait
d'autre affaire que l'étude , & on préfume
que vous êtes aujourd'hui dans cette fituation.
Au reste , ayant toujours regardé le Gloffaire
de Du Cange comme l'un des Ouvrages
qui ont fait le plus d'honneur à la Nation
Françoife , & furtout à la Picardie ,
Pays
JUILLET. 1741. 1569
Pays de l'Auteur , je penfe , M. qu'on ne
doit rien négliger pour le rendre encore plus
exact qu'il n'eft. Vous êtes fans doute dans
le deffein d'admettre des corrections parmi
les additions. Si celle- ci vous a échapé , &
que vous ne vous en foyez pas aperçû avant
moi , je vous prierai de faire ufage de mon
obfervation .
M. Du Cange , au mot Tranfitus , dans le
fens qu'il fignifie la mort , donne pour exem
ple une ancienne Epitaphe qui eft à l'Eglife.
de Sainte Croix de Bourdeaux , dont voici
le contenu. Hic requiefcet, bone recordationes,
Famulus Chrifti Mummolenus qui vixit annis
CC. feptuaginta , apud quem nullusfuit dolus
malus , qui fuitfene ira jocondus , hoc eft accepit
tranfitum fub die VI. Idus Auguftas
ubi fecit Auguftus dies feptem , anno V. Regnum
Domini noftri Chlodovei Regis.
A la premiere lecture de cette Epitaphe,
on eft communément frapé du nombre d'années
qu'on donne au bon homme Mommolins
270. ans pour la vie d'un homme , qui n'eft
mort que la cinquième année du Kegne de
Clovis , feroient placer fa naiffance au com
mencement du troifiéme fiécle . Qui peut
croire qu'un homme ait vécû fi long- tems ,
après tant de fiécles , depuis ceux des Patriarches
? il me paroît qu'afin que perfonne
n'abuse de cette Epitaphe pour en conclure
fauffe1570
MERCURE DE FRANCE
mes ,
fauffement fur la durée de la vie des homil
fera bon de faire remarquer que les
deux CC. ne fignifient pas là deux cent ,
comme dans l'ufage ordinaire , mais qu'ils
fignifient feulement circiter. Les mots hoc eft,
me paroiffent auffi tranfpófés : leur place naturelle
doit être après Auguftas , enforte
qu'on puiffe lire , accepit tranfitumfub die VI.
Auguftus dies feptem ; encore faudra t'il ,
VII. Idus , pour faire répondre cette date au
7. d'Août. Je fuis , &c . A. T. ce 1. Mai 1741.
Quoique cette Lettre , dont l'original
n'eft figné de perfonne , ne paroiffe rien
contenir que de raifonnable , nous n'avons
pas cependant trouvé à propos de l'imprimer
dans notre Journal fans le confentement
dufçivant Auteur à qui elle eſt adreffée.
Nous lui avons écrit fur ce fujer , en lui
envoyant copie de la Lettre , & voici fa réponſe
datée du Prieuré de S. Pierre d'Abbeville
le 17. Mai 174г ..
ת
>
» Je ne trouve , M. aucun inconvénient
» à publier la Lettre qu'on vous a envoyée ;
» vous pouvez , fi vous le jugez à propos
ajoûter que vous me l'avez communiquée;
» que je vous ai affûré de ma reconnoiffance
» pour tous ceux qui voudront bien me
» faire part de leurs découvertes.; que malgré
la lecture immenfe que j'ai faite ,
» que je continue , tant des Manufcrits,, que
39.
&
des
JUILLET. 1741 1571
» des Livres imprimés , je fens qu'il m'écha-
» pera encore beaucoup de choſes intéref-
» fantes que je ne fçaurois réparer que par
» le fecours des Gens de Lettres : que je me
propofe de donner au Public tout ce qui
» pourra contribuer à la perfection de cet
» Ouvrage , & le plus promptement qu'il
» me fera poffible , & c.
»
, >
Edifiés de cette réponſe , nous préfumons
que M. C ... étant actuellement hors de Paris
, & pour ainfi dire à la campagne , deftitué
de Livres & de fes Papiers , n'a pas trouvé
à propos d'entrer dans l'examen de l'Epitaphe
de Bourdeaux , laquelle femble donner
270. ans de vie à celui qui en fait le fujet.
Etant dans fa fituation ordinaire , il auroit
fans doute , vû que l'Auteur de l'obfervation
n'aprend rien & ne corrige rien dans fa Lettre.
Cette difficulté fe trouve en effet toute
réfoluë depuis plufieurs années dans le I.
Tome des Annales du fçavant P. Mabillon
où P. 546. le circiter , fignifié par ces deux
lettres CC. eft tout au long , & où requiefcet,
recordationes , fene , &c. ont l'e pour l'i , &c.
Des Sçavans qui s'intéreffent au Gloffaire
& qui nous ont donné cette inftruction
ajoûtent qu'ils font en état de faire voir la
copie de l'Epitaphe en queftion , telle que
D. Mabillon l'a imprimée , tirée d'un Manufcrit
de l'Abbaye de Fleury.
1572 MERCURE DE FRANCE
************:*XXXX
A M. BOULE le jour de fa Fête , en
lui envoyant une Couronne de Lierre.
Tandis qu'au lever de l'Aurore
Dans un agréable Bofquet
Je te compofois un bouquet
Des dons de la riante Flore ,
Apollon s'offrant à mes yeux
M'a dit d'un ton mélodieux :
A qui deftines- tu cette frêle guirlande ?
Pour Boule , répliquai -je , il me faut une offrande.
A cet aimable nom , d'un doux tranſport ſaifi
Le brillant fils de Latonne
Fait de Lierre une Couronne ,
Dont m'ayant foudain muni ,
Voilà , dit- il , voilà pour mon cher Favori.
ENVO I.
Toi , du Souverain du Permeffe
L'heureux , le digne Nourriffon ,
Pourrois-tu de fa part , fans bleffer fa tendreffe
Ne pas agréer ce don ?
Par M. Vidal de Cabris.
LET
JUILLET. 1741. 1573
ນ htt ***
LETTRE écrite par M... à M... Avocat,
au fujet des anciennes Epitaphes qui font
dans les Eglifes de Paris , &c.
Omme je m'amufois un jour , Monfieur,
Cà tranfcrire dans le Cloître de l'Abbaye
de Ste Geneviève une Epitaphe qui me paroiffoit
curieufe & ancienne , & que je trouvois
de la difficulté à la déchiffrer , une Perfonne
qui paffoit me dit que toutes ces Epitaphes
étoient à la Bibliothéqué du Roy ,
& que je me donnois de la peine en vain.
Il arrive cependant que l'on eft quelquefois
mal informé , & c'est ce que j'ai reconnu
dans l'avis qui me fut donné. Il est bien
vrai , M. qu'on conferve dans la Bibliothéque
du Roy trois Volumes in folio , cottés
9180. lefquels ne contiennent que des Epitaphes
des Eglifes de Paris ; mais il s'en faut
bien que tout y foit ; les Eglifes de la Cité
a'y font pas oubliées non plus que celles de
la Ville ; pour ce qui eft de l'Univerfité , je
n'y ai aperçû de toutes les Eglifes qui y font
fituées , que les Epitaphes de S. André des
Arcs , de S. Cofme , quelques-unes des Cordeliers.
Jugez par - là combien il en manque,
puifqu'il n'y en a aucunes de S. Victor , de
Ste
1574 MERCURE DE FRANCE
Ste Genevieve , de S. Etienne du Mont , de
S. Severin , de S. Sulpice , ni des Colleges
qui font en grand nombre.
On trouve à la vérité dans l'Hiftoire de
S. Germain des Prés , celles de l'Abbaye ,
mais l'Auteur de la collection dont je viens
de parler , au lieu de raporter celles de S.
Martin des Champs qu'on avoit déja dans
l'Hiftoire de ce Prieuré par Marrier , auroit
bien mieux fait de tranfcrire celles des deux
célebres Abbayes que je viens de nommer ,.
defquelles nous n'avons aucune Hiſtoire.
Je ne fçais comment il a pû oublier l'Eglife
de S. Severin dont les piliers en font tout
couverts , & parmi lesquelles , foit là ,
foit
au Cimetiere , on dit qu'il y en a de fort
fingulieres. Je ne puis qu'exhorter quelqu'un
de cette Paroiffe à en faire un recueil pour
fervir de fuplément aux trois gros Volumes
de la Bibliothèque du Roy , & d'y joindre
celles de l'Eglife & du Cloître des Chartreux
qui font fur le territoire de la même
Paroiffe . L'Eglife des Grands Jacobins méritoit
bien auffi l'attention du zelé Compilateur
de tous ces Monumens. Mais peutêtre
que ce Curieux n'a pû achever entierement
ce qu'il s'étoit propofé de faire.
Au refte , M. j'ai crû qu'il étoit à propos
de défabufer ceux qui fe font perfuadés que
toutes les Epitaphes de la Ville de Paris,
étoient
1
JUILLET. 1741.
1575
étoient réünies en un corps à la Bibliothéque
du Koy. Il eft vrai que M. de Gagnieres en
a auffi recueilli plufieurs , & qu'il a fait
même repréfenter les défunts, tels qu'ils font
figurés fur les Tombes. Mais je fuis également
certain par les recherches que j'ai faites
dans fes Porte- feuilles confervés dans la Bibliothèque
Royale , qu'il n'y a rien de Ste
Géneviève , ni de plufieurs autres Eglifes,
Je me fouviens feulement qu'il a fait copier
prefque toutes celles qui font dans l'Eglife
de S. Yves , & une partie de celles qui font
aux Chartreux .
Puis donc que vous connoiffez de quelle
utilité peut être une telle collection , parce
que tôt ou tard il arrive que l'on brife les
Tombeaux & les Epitaphes , en rebâtiſſant
ou autrement , il me femble qu'il feroit bon
de prévenir la perte de ces Monumens.J'enrends
parler feulement des Epitaphes qui
font confidérables , ou qui peuvent être regardées
comme fingulieres par le ftyle. Sou
venez-vous que le fçavant Dom Mabillon
ne les négligeoit pas , non plus que Dom
Martene dans fes Voyages Litteraires. A mon
égard j'en ai recueilli le plus que j'ai pû de
celles que j'ai crû en valoir la peine , dans
toutes les Eglifes du Diocèfe de Paris. Je
vous réjouireis peut-être fi je vous, difois les
differentes pensées qui vinrent à l'efprit de
ceux
1576 MERCURE DE FRANCE
ceux qui furent témoins , ou qui furent fimplement
informés de ma curiofité. Il vaut
mieux vous régaler de quelques Infcriptions
du Recueil cité ci deffus . J'ai admiré la patience
du Copiſte qui paroît n'en avoir omis
aucunes du Cimetiere des Sts Innocens.
Vous fentez fans doute qu'il y a bien de la
Bourgeoifie , & vous n'en êtes pas furpris.
Je ne vous répeterai point ce que du Breuil-
& Sauval en ont raporté , quoiqu'en trèspetit
nombre . Voici celle d'un homme &
d'une femme d'Arras : Elle eft , dit le Compilateur
, fur une pierre enrichie d'or , proche
la porte de l'Eglife dedans le Cimetiere.
Cy gift auprès de ce * Moutier
Honnête homme Pierre Goutier ,
Natif d'Arras , qui puis toujours
Dedans Paris ufa les jours
Comme bon Bourgeois & Marchand ,
Et ... chacun foit fachant.
Le 12. Novembre 1554 .
Cy gift Jeanne Barbet fa femme ,
Laquelle a été bonne femme ;
D'Arras femblablement natifve ,
A Dieu fervir fut bien achuë ,
* Ce mot vient de Monafterium , nom que l'on
donnoit aux Eglifes où l'on faifoit l'Office Divin ,
quelles qu'elles fuſſeni . Mais
JUILLET.
1577 1741.
Mais la mort la faifi : en chambre
Le cinquiefme jour de Septembre
Qu'on dit mil cinq cent trente & un ,
Mourir convient , c'eft droit commun.
Sur une vieille pierre de Liais fous le Char
nier des Innocens.
Mil trois cens quatre - vingt fix
Firent faire par leurs amis
C'est Arche par dévotion ,
Ceux dont je ferai mention ,
Qui du métier de Friperie
Se vefquirent durant leur vie
Berthault de Roiien & fa femme
Jacqueline , qui fans diffame.
Fur avecque lui longuement ,
De leurs deniers firent pourtraire
Get Arche ceans & parfaire ,
Pour heberger les os des Morts :
A leurs ames Dieu doient repos .
De Jacqueline bien me membre
Eft morte au mois de Decembre ,
Berthault , qui fon Marry étoit ,
Samedy trente jour tout droict
Du mois de Juin rendit fon ame
Après Jacqueline fa femme :
S'il eft nul qui les corps enquerre ,
Ils gissent en ce Cimetiere ,

1578 MERCURE DE FRANCE
En l'année cy- dessus mife
Furent aportés de l'Eglife
Des Innocents : Ce favent ceulx
Qui y vindre avec culx.
Si prient Dieu , que par
fa grace ,
De leurs pechez pardon leur fasse ,
Et à tout autre Trepassez
Qui font de ce Monde passez.
On voit dans le même Recueil l'Epitaphe
d'Arnoult Eftable , Bourgeois de Paris , qui
avoit contribué à refaire le Charnier pour héberger
les os des pauvres Trépaffés , lequel
mourut en 1406. Et celle de Jacques Dourdin
, devant la Chapelle de Neuville . Il eſt
qualifié Premier Tapiffier du Roy , & avoit
auffi eû part à la Fabrique du Charnier ,
mort en 1407.
EPITAPHE de M. Jean Puillois , au
tour du Choeur de S. Germain l'Auxerrois
à droite. Page 1616. du même Recueil.
Cy devant auprès du Pillier ,
Gift de ceans un Marguillier,
Maître Jehan Puillois furnommé ,
En fon vivant bien renommé ,
Autant que Procureur fut onques ,
Fréquentant la Chambre des Comptes ,
Qui de bienfaits plein comme l'oeuf ;
Mil
JUILLET.
1579 1741.
Mil quatre cens nonante & neuf ,
Trépassa , dont fur grand efmoy ,
Le quatorziéme jour de May :
Priez pour lui , je vous en prie ,
Jefus & la Vierge Marie.
Et par occafion , permettez moi , M. de
finir par deux autres Epitaphes , dont l'une
eft dans l'Eglife Cathédrale d'Arras , & ne
contient que ces deux Vers .
Parve Hugo,tibi parva domus , breve nomen habebas ;
Et brevis eft titulus , & breve carmen habe.

L'autre Epitaphe fe voit dans l'Eglife de
S. Pierre à Lille.
A la Bataille de Poitiers
Entre plufieurs bons Chevaliers ,
Démoura , dont ce fut dommage ,
Celui-ci par fon vaffelage ;
Et avoit , comme on lit adont
Nom Eustache de Ribermont.
En guerre fut prompt & habile ,
Seigneur de Pouques , & de Neuville ,
Lequel , quand fut cette journée ,
De chacun crainte & redoutée ,
Monté fur un cheval puiffant ,
Les armes de Meleun portant ,
Auquel fait d'armes moru ,
1 E Pax
1580 MERCURE DE FRANCE
Par faute d'être fecouru .
En Septembre , le jour XIX . l'an mil III . c. LVI.
En faint lieu de grace Dieu le veuille colloquer.
Pour fon ame on doit bien prier.
R. P. C. D. H. E. P. P. D. G. M.
REPONSE de M. Tanevot , Commis des
Finances, aux Lettres de M. Deftouches
inferées dans les Mercures de Mai & Juin
dernier.
J
E vous dois , Monfieur , des remercimens
infinis de l'attention que vous avez
bien voulu faire à laLettre que j'eus l'honneur
de vous écrire au mois d'Avril dernier , imprimée
dans le Mercure du même mois ; on
ne pouvoit pas y répondre plus obligeamment
& plus heureuſement que vous l'avez fait.
Mon idée eft parfaitement remplie ; & pour
commencer par votre premiere Differtation,
il m'a parû que vous ne vous êtes pas ménagé
dans l'attaque, Vous avez choisi le côté le
plus fortifié , & il faut convenir que Bayle
s'eft plû à faire regarder l'hypotefe * des deux .
* M. Bayle , dit M. Leibnits dans fa Théodicée ,
reconnoît que Cerdon & Manès ont raifonné d'une
maniere pitoyable , mais il croit qu'ils n'ont pas affés
Principes
JUILLET. 1741. 1581
د
Principes comme un fort inexpugnable , il
en a fait fa Place de sûreté , d'où il infulte
tout à fon aiſe à la Raifon humaine , qu'il
défie de pouvoir l'y forcer,fans le fecours de
la Révélation. Cela étoit bon pour un Meliffus
, parce que c'eft moins la Raiſon qu'il
fert , que fon propre ennemi , au gré duquel
il regle toutes fes marches. Parlons naturellement.
Qui ne voit dans cette controverfe
la partialité de Bayle ? Il fait tout pour Zoroaftre
, & rien , ou prefque rien pour fon
Adverfaire. Il faut rendre juftice à notre Auteur
, il étoit bien capable de fournir d'autres
réponſes , mais ce n'étoit pas le
compte
.
de cet Apôtre du Doute , qui ne vifant toujours
qu'à établir le Pyrrhonifme , s'eft contenté
d'accorder ici aux Orthodoxes les raifons
à priori , & a livré aux Défenfeurs de
Manès les raifons à pofteriori, quoique, comme
vous l'obſervez fort bien, elles foient du
moins en parité avec celles des Orthodoxes,
mais il ne veut que faire floter la Raifon humaine
, parce que c'en eft aflés pour faire
faire naufrage à la Foi. La Scéne change
bien, depuis que vous vous êtes mis à la pla-
1
connu leurs avantages ... Il s'imagine qu'un habile
connuleurs
homme de leurparti auroit bien embarraſſé les Orthodoxes,
il femble que lui - même , faute d'un autre ,
a voulu fe charger d'un soin ſi peu néceſſaire au ju➡
gement de bien desgen.
E ij ce
1582 MERCURE DE FRANCE
>
ce de Méliffus . Vous prouvez très- bien que
l'exiſtence d'un mauvais Principe eft impoffi
ble , parce que la bonté eft néceffairement
renfermée dans l'idée de tout premier Principe
, ce qui tranche tout d'un coup la difficulté.
Vous faites voir avec le même fuccès
qu'un Etre qui n'existe pas par lui -même ,
peut toute- fois agir par lui -même , c'est - àdire
faire ufage du don de la liberté qu'a pû
lui faire fon Créateur. Vous démêlez à merveille
les fubtilités dans lefquelles l'Incrédule
s'envelope pour confondre en nous les
Principes de nos déterminations avec l'uſage
de ces mêmes Principes , & enfin vous puifez
dans les vrayes idées de l'ordre, les raifons
qui font voir qu'une caufe infiniment bonne
& fainte , peut fe difpenfer d'empêcher l'introduction
du mal moral , fans bleffer notre
liberté ; & que le mérite , ou le démérite, qui
fuivent de l'introduction du mal moral , font
exercer à Dieu fes deux plus grands attributs,
fa Bonté & fa Juftice. Les Sophifmes de Zoroaftre
ne vous ont point échapé . La fuite
de votre Analyſe , également claire & folide ,
acheve de rendre à la Raifon toute fon autorité.
Il est encore très - vrai , & j'en ai été convaincu
toute ma vie, que la Raifon , en laiffant
à nos Myſteres leur refpectable obſcurité
, concourt avec la Révelation , à nous en
attefter
JUILLET. 1741. 1583
atteſter la vérité,& à nous obliger de les croire
La Religion prife en elle - même ,indépendamment
de ce qui lui eſt étranger , & qui a fervi
à fon établiſſement , paroîtra toujours raiſonnable
à un efprit bien fait , & cela, par la jufteffe
de fes raports avec Dieu & avec l'homme.
Plein d'un refpect tendre ( j'ofe le dire )
pour cette fainte Religion , je vois avec
une véritable douleur , regner aujourd'hui ,
plus que jamais , un certain efprit de révolte
& d'indépendance , qui , non content de fecoüer
le joug,dogmatife l'impieté, & montre
un zele bizare à faire des Profelites. Délire
monftrueux , qui ne déshonore pas moins
la Raifon , que la Religion . Pouvois - je mieux
faire, vous trouvant , M. les armes à la main,
que de vous exciter encore au combat & à
multiplier nos victoires !
> ,
Je ne puis me difpenfer de vous faire part
ici de quelques Vers de ma Tragédie d'Adam
, d'après Milton , qui paroîtra inceffamment
, Vous y trouverez je crois
une teinture de vos Principes touchant
la liberté , le mérite & le démérite , dont
vous parlez fi bien dans votre Lettre.
Raphaël , après avoir raconté à Adam la révolte
des Anges & leur réprobation , ferme
fon récit par quelques Reflexions dont ces
Vers font partie :
E iij Les
1584 MERCURE DE FRANCE
Les Anges, ces Efprits que l'amour même anime ,
Pouvoient fe foûtenir dans leur Sphere fublime;
Tu vois qu'ils font tombés. Adam, veille fur toi ;
Qu'à tes yeux foient préfens le Seigneur & fa Loi.
Si jamais à ton Dieu tu faifois une offenſe ,
Garde- toi d'accufer fa fainte Providence ;
Que n'a- t'elle point fait , déployant fa bonté ,
Pour te mettre à l'abri de l'infidélité ?
Falloit-il que toujours fans combats, ſans victoire ,
Ton oifive vertu prétendît à la gloire ,
Et qu'unique foûtien d'une indolente foi ,
Dieu fe chargeant de tout , n'exigeât rien de toi
Ou plutôt falloit- il que d'erreur incapable ,
Et libre , fans pouvoir faire un choix condamnable, -
Permanent dans le bien , inacceffible au mal ,
Dieu , cet Etre parfait , te créât fon égal .
Quelle preuve auroit -il de ton obéiffance ,
Si tu la lui rendois , fans nulle préference ,
Si ton coeur entraîné fe foumettoit fans choix ,
Ainfi que fans mérite , à fes fuprêmes Loix ?
Ne dis point que contraire à la Bonté céleſte ,
La liberté pour toi fut un préfent funeste ,
Ou qu'un Etre qui peut déplaire à ſon Auteur
Ne dût jamais fortir des mains du Créateur .
Quoiqu'étranger au mal, tu puiffes le commettre,
Dieu , qui te faiſant libre , a ſemblé le permettre ,
Ne créant que le Bien en te mettant au jour ,
Te devoit à la gloire ainſi qu'à ſon amour ,
&c.
Y enons
JUILLET. 1741 1585
"
Venons à votre feconde Partie , c'eſt à
mon gré , un chef- d'oeuvre , tout en eft lumineux
, la méthode y eft jointe à la précifion.
Vos Principes font féconds & capables
de mener loin quiconque fçait penfer. Mais
le malheur eft que ces vérités tiennent autant
au coeur qu'à l'efprit , & que nos incrédules
font fermés au fentiment.
Lorfque dans l'étude de la Religion on ne
fera pas marcher ces deux Piéces enfemble ,
je veux dire l'efprit & le coeur , on ne parviendra
point à la connoître parfaitement .
Paſcal dit , » Dieu fenfible au coeur ; foi parfaite
. Je me ſouviens d'une penſée de Saint
Evremont , qui a fa jufteffe . » Il ſemble
» dit- il , dit il, que Dieu ait dérobé la Religion aux
» lumieres de notre efprit , pour la faire rou-
» ler uniquement fur les mouvemens de no-
» tre coeur. Abadie & Pafcal ont travaillé
dans cette vûë, ils fe font plus attachés à préfenter
la Religion au coeur qu'à l'efprit . C'eſt
que le fentiment , lorfqu'il eft droit , juge
d'autant plus fainement , qu'il eft, pour ainfi
dire , le cri de la vérité , qu'il prévient le raifonnement
, & qu'il ne court point rifque de
s'égarer dans les voyes de la difcuffion . Quoiqu'il
en foit , s'il ne faut parler qu'à l'efprit ,
vous faites bien voir que la Religion n'y
perd rien , & vous avez prouvé invinciblement
qu'il eft un accord réel & fenfible entre
la Raifon & la Foi. E iiij
Mais
1586 MERCURE DE FRANCE
Mais nos Efprits forts font bien dignes de
pitié de vouloir juger comme en dernier reffort
, la Divinité & la Religion au Tribunal
de la raiſon humaine ; eft- elle
proportionnée
à de fi grands objets ? D'ailleurs , & à s'en
raporter à cette Raifon même dans des cho-
Les qui font plus à fa portée quelqu'un peutil
fe flater de la pofféder à un degré de jufteffe
& d'étendue , qu'il en épuife toute la
force & la fagacité ? Vous croyez l'avoir
fuivie jufqu'où elle peut vous conduire ,
un autre viendra qui , fans atteindre encore le
but , vous laiffera bien loin derriere lui . Plus
d'efprit , plus d'acquis dans une perfonne que
dans l'autre , met bien de l'intervale entre
les découvertes . Eh , qui déterminera l'efprit
& l'acquis auxquels l'homme peut parvenir?
Par conféquent qui peut s'affûrer d'avoir
tout vû , tout dévelopé , tout aprofondi
? Loin d'avoir cette penfée ,
quiconque a
fait de férieufes refléxions fur la nature de
l'efprit humain , eft perfuadé que les nouvelles
connoiffances & les nouvelles erreurs
font à l'infini. Quel mêlange du vrai & du
faux dans les Philofophes . , Confultez Defcartes
fur Ariftote , Newton fur Descartes ,
M. l'Abbé de Molieres & tant d'autres fur
Newton . Quel flux & reflux d'opinions ! Si la
Raifon eft infuffifante pour dévoiler les myfteres
JUILLET. 1741. 1587
teres de la nature , quelle doit être fon
incapacité dans les matieres de la foi ? &
quelle eft en même tems la témérité de ces
raifonneurs qui veulent foûmettre tout à
leur jugement ?
Il n'eft pas moins vrai cependant , que la
raiſon nous eft donnée , pour nous fervir de
guide dans la recherche de la vérité ; mais il
eft néceffaire qu'en nous guidant , une raifon
fupérieure , une fuprême intelligence
l'éclaire elle - même dans la route qu'elle
nous fait tenir , & c'eft alors qu'elle ne peut
nous égarer. Pour arriver à une connoiffance
falutaire de Dieu , elle a la révelation ; pour
fe convaincre de la révelation , elle a les faits
hiftoriques. Voilà ce que vous dites fi bien ,
& ce qui me rapelle encore une penſée qui
eft dans M. de Fontenelle. » La Raifon, ditil
, conduit l'homme jufqu'à une entiere
» conviction des preuves hiftoriques de la
Religion Chrétienne , après quoi elle le
livre & l'abandonne à une autre lumiere
» non pas contraire , mais toute differente
» & infiniment ſupérieure . Ce paffage , M.
n'eft- il pas votre commentaire naturel ?
mais où trouverois-je des expreffions pour
vous dire combien j'ai été frapé de ce trait
admirable de votre Lettre , où vous fondez
le culte véritable fur l'obscurité des myfteres
& la féverité de la morale ? Nous de-
E v
"
"
Vons
1588 MERCURE DE FRANCE
vons à Dieu , & l'hommage de notre entendement
, & l'hommage de notre volonté .
Nous nous acquittons de l'un , en acquiefçant
à des vérités que nous ne concevons
pas , & de l'autre en nous afferviffant à des
préceptes pénibles à la nature. Je n'ai pas
été moins touché de ce que vous remarquez
fur les avantages que la Raifon elle -même
a tirés de la révelation qui nous a mis en
effet dans les meilleures voyes du raiſonnement
, & nous a éclairé fur la véritable fin
de l'homme & fur la nature du bien & du
mal . Tout ce morceau eft excellent. Je fuis
bien du fentiment des perfonnes de pieté
dont vous me parlez , & qui jugent que vos
ouvrages en faveur de la Religion feront plus
d'impreffion fur les efprits, que s'ils partoient
de la main d'un homme confacré par état
à ces fortes de travaux . J'ajoûte que c'eft un
grand préjugé pour la bonne cauſe , que la
fidelité de quelqu'un auffi éclairé que vous
l'êtes. Puiffent les incrédules , en vous lifant,
fe foûmettre à cette autorité fi refpectable
de la Religion ! » Quand on ne feroit dans
"toute fa vie que l'Apôtre d'un feul homme,
» ce ne feroit pas être en vain fur la Terre ,
» ni lui être un fardeau inutile. Je finirai par
ce trait de la Bruyere, en vous affûrant que je
fuis avec un attachement & une amitié inviolables
, Monfieur , votre , & c.
LE
JUILLET. 1741 1589
XXXXXXXXXXXXX *******
LE BEL ESPRIT ET LA NATURE.
Sous Ous un harnois brillant de broderies
Se promenoit bel Eſprit , vain Docteur ,
Comme l'on dit , feul dans les galeries
De fon cerveau , cherchant affeteries ,
Sublime outré , pointes , allégories ,
Dont fe flatoit d'ébloüir tout Lecteur ,
D'extafier même tout fpectateur.
Brûlant d'oüir fur la Scéne fes drames ,
Farciffons-les , difoit- il , d'Epigrames ,
Le goût du fiécle eſt friand du nouveau .
Ainfi marchoit tout le long d'un ruiffeau
Le bel Efprit , fecoüant fon génie ,
Le nez au vent , diftrait par fa manie ,
Ne voyant rien ; enfin il aperçoit
Fille modefte , & fimple en fa parure ,
Qui fur cent fleurs , une ou deux choififoit ;
Pour en orner avec goût fa coëffure
Or , devinez quelle fille c'étoit.
C'étoit la fimple & naïve Nature ,
Qui dans la main puifant un peu d'eau pure ;
Son beau vifage & fon tein en lavoir ;
C'étoit fon fard, fon anique peinture ;
Sirbel Efprit point ne la connoiſſoit ;
* Sir , eſt un mot Anglois qui veut dire Sieur
Seigneur.
E vj Choqué
1590 MERCURE DE FRANCE
Choqué , furpris de fa mince figure ,
Plus la lorgnoit , & moins il la priſoit.
Il la prenoit pour Bergere fimplette ,
Que faites- vous , lui dit -il , là , feulette 3
J'allois rêvant , lui dit- elle , à l'écart ,
De bel Elprit fuyant la mode & l'art.
De bel Efprit , répond-il , c'eft moi- même
Vous le voyez , je ne me cache point,
Je fuis tout feu , fçachez combien on m'aime.
De l'art partout , c'eſt- là mon vrai ſyſtême.
Eh ! tout Paris pour me louer ſe joint.
Autrefois l'Art cédoit à la Nature ,
Mais aujourd'hui c'est toute une autre allure ;
On veut partout rencontrer bel Eſprit .
Igno: ez - vous que je fuis à la mode ?
Dût la Nature en crever de dépit ,
Paris furtout encenſe ma pagode ;
Qui veut me fuivre est bien-tôt en crédit.
A ce difcours , la fillette foûrit ; 3
J'ai toujours crû , dit- elle , que pour plaire
On devoit fuir l'un & l'autre défaut ,
Ou trop ramper , ou fe guinder trop haut ,
Le crois encor , c'eſt le mieux qu'on pût faire.
Croyez- vous donc qu'on prife tant ce feu è
Ce vif éclat dont vous faites parade ,
A mon avis , c'eft une maſcarade.
Auffi , Milord , vous reſſemblez un peu-
Au
JUILLET.
1741
Aux diamans de Stras , ce fin Manoeuvre
Qui pour du fin nous met du faux en oeuvre ;
Et qui pourroit duper les ignorans
Qui ne font cas que d'éclats aparens.
Du vrai, du beau , Nature eft le modele ;'
Lui faudra t'il fleur artificielle ,
Pour rehauffer fes modeftes couleurs
N'ayons recours qu'aux véritables fleurs.
Loin de porter éclatante mantille ,
Un ornement naturel eft affés ,
Et vous diront les connoiffeurs fenfés
Que quand tout eft trop brillant , rien ne brill
Le bel Eſprit n'eft fouvent qu'un trompeur ,
Qu'un charlatan , qui veut charmer l'oreille ,
Et qui jamais ne vife , ni ne veille
A pénetrer , à remuer le coeur ;
Il est pourtant befoin qu'on le remuë ,
Sans quoi jamais il n'eft de vrai plaifir ,
Tout auditeur , comme froide ftatuë ,
Ecouteroit fans pouvoir rien fentir.
Que bel Efprit brille , éclaire , qu'il tonne ;
Au fond des coeurs que font tous ces éclats
Quoiqu'on le loue , il n'attendrit perfonne ,
Et tout fon feu n'émeut , ne touche pas.
Le naturel bien plus nous intereffe ,
Il porte à l'ame , ou plaifir , ou trifteffe ,
Pitié , terreur , furpriſe , étonnement
Jufqu'à
1592 MERCURE DE FRANCE
;
Jufqu'à nous faire aimer notre tourment.
De l'action naît ce qui nous attache ,
Pour infpirer la joye ou la douleur
L'art eft que l'art fous nature ſe cache
S'il veut aller directement au coeur.
S'il paroît crop , aprenez qu'il fait tache ;
Qu'ilfacrifie , & l'ouvrage , & l'Auteur.
Reconnoiffez à ma fimple parure
Ce que je fuis , c'eft moi qui fuis Nature :
Si vous daignez recevoir mes avis ,
Vous laifferez le clinquant & l'enflure
Dont vous guindez par trop tous vos Ecrits.
Vos partifans ont fouvent fait naufrage ,
En affectant un trop fubtil langage
Dont le bon goût dédaigne les attours ,
Dont la valeur n'aura pas long- tems cours.
Croyez-moi donc ; prenez- moi pour Pilote i
Sans vanité je fuis ce grand reffort
Qui fûrement peut ramener au port ,
Le vrai bon goût qui depuis long- tems flotte
Sans fçavoir , ou qui meurt , ou qui s'endort.
Que dites- vous , dit bel Efprit . Je jure
Que j'ignorois que Madame Nature
Dût s'avifer de donner des leçons ;
Il n'apartient qu'à la docte Minerve
De controller , de redreffer la verve
De fes zélés & fçavans nouriffons ;
Mais je veux bien avoir la complaifance
De
JUILLET. 1741 . 1593
De modérer s'il ſe peut l'élegance ,
Que vous taxez de trop brillans aprêts ;
Nous en verrons l'effet ; je vous promets
Qu je ferai de vos leçons uſage ,
De ce travail j'irai vous rendre hommage
Vous confulter fur mes productions ;
Et me foûmettre à vos corrections.
En efprit comme en autre chofe
Ce qui perd, c'eſt la vanité.
Pour en guérir l'homme entêté
De nos avis adouciffons la doſe ,
On en pourra corriger l'âcreté ,
Sous l'air de fleur offrant la verité ,
Otons l'épine de la rofe.
Par M. LL. de l'Académie Royale d'Angers
康***
LETTRE de M. Beneton de Peyrins¸écrite
à M. l'Abbé Desfontaines.
Lde faire de mon hiftoire de la Guerre ,
A critique , Monfieur , qu'il vous a plû
dans votre 359. Lettre des Qbfervations ,
m'attaquant par des endroits où je n'aurois
jamais penfé mériter d'être attaqué ; permettez
- moi d'y répondre. Vous commencez, on
parlant
1594 MERCURE DE FRANCE
parlant de mon Livre , d'une façon à faire
croire que ce n'eft qu'une petite Brochure
cependant un Ouvrage de plus de 300 pages
mérite bien d'être apellé Livre , ne faut - il
juger au refte d'un Livre que par fa groffeur?
Il y a long tems que je pense que fi on retranchoit
les trois quarts de ce qui fe trouve
de trop dans une infinité d'Ouvrages , ce qui
reſteroit , en rendroit la lecture plus fuportable
, & que l'on en tireroit une bien plus folide
inftruction ; un Lecteur eft fouvent épouvanté
à la vûë d'un gros Livre ; & s'il a le
courage de l'entamer , le dégoût & Pennui
lui font bien- tôt quitter prife ; on n'aime
point à fatiguer fon attention & fes yeux ,
pour parvenir à découv ir quelques bonnes
chofes , noyées dans un fatras d'inutilités.
Vous trouvez que je me fouviens peu de
la divifion que j'ai faite en quatre âges des
tems dans lesquels la Tactique a pû ſe former
& s'accroître ; je ne vois pas comment j'auxois
pû faire pour m'en mieux fouvenir
puifque ma narration ne roule que fur cette
divifion. Dans le premier de ces âges , la
Tactique n'eft qu'un art informe , fes principes
font arbitraires ; dans le fecond âge chaque
Peuple,de quelque réputation , fe fait une
Tactique conforme à fes inclinations ; dans
le troifiéme âge , les Romains en prenant
dans toutes les Tactiques qui les avoient précedées
JUILLET.
1741. 1595
cedées ce qu'il y avoit de meilleur , parviennent
à s'en faire une ,à laquelle il n'auroit pas
été aifé d'ajoûter quelque chofe , fi la poudre
à Canon , inventée au tems où je fais commencer
le quatriéme âge de la Tactique ,
n'eût obligé de faire des changemens confidérables
dans la maniere de faire la Guerre .
de
Je n'ai donné à la verité que peu d'exemples
pour chaque manoeuvre de Guerre , qui
a fervi à établir un principe certain pour cet
art.. J'ai eu fur cela mes deffeins particuliers ,
vous les avez devinés en partie , en ne regardant
mon travail que comme l'effai d'un
Ouvrage plus confidérable ; ma coûtume
n'eft point de m'épuiſer fur un fujet , & je
fçais , en Guerrier , me ménager un corps
réferve dans mes connoiffances , voulant furtout
éviter la prolixité ; je n'ai donc point eu
befoin de donner de ces Exemples principes ,
qu'autant qu'il en falloit pour prouver ce que
j'avançois , & fatisfaire raisonnablement au
titre de mon Livre ; ce que j'en ai donné ,
montre fuffisamment en quels tems & en
quelles occafions chacune des manoeuvres
de Guerre , connues préſentement,a paru pour
la premiere fois ; j'ai même porté un jugement
fur la bonté ou le défaut de chacune
de ces manoeuvres , cela ne s'apelle - t'il pas
remplir le titre d'un Livre ?
De plus , j'ai tâché de n'obmettre aucun
des,
1596 MERCURE DE FRANCE
des arrangemens qu'on peut faire prendre à
une Armée , foit pour la faire combattre, ſoit
pour la faire camper ; je nomme chacun de
ces arrangemens , & j'en propofe de nouyeaux
, j'ai même été fi loin fur cela , que fi
je ne craignois qu'on me foupçonnât de me
vouloir donner des loüanges , j'avancerois
qu'il n'eft guére poffible de parler plus clairement
& en moins de difcours que je l'ai fait ,
tant des diferentes Ordonnances d'Armées ,
que de la maniere dont fe font formés les
differens Corps de Troupes qui compofent
préfentement ces Armées . D'ailleurs j'avertis
au commencement de mon Ouvrage , que
ce n'eft qu'un précis de ce qui fe trouve contenu
fur la matière qui en fait le fujet dans
beaucoup d'autres Livres ; le mien contient
cependant bien des chofes qui ne fo
trouvent point dans ces Ouvrages ; n'aije
pas fuffifamment répondu à ce que
mes Lecteurs devoient attendre de moi ?
Vous me reprochez , M. que je ne fuis point
heureux dans mes Etymologies ; je n'ai donné
celles de Werjongodumnus , & de Poftvert,
que comme hazardées ; un Auteur ne mérite
point d'être repris fur ce qu'il ne donne pas
pour certain. Ma faute , felon vous , eſt d'avoir
joint enſemble des mots Latins avec
des mots Gaulois , & vous prétendez que les
Gaulois n'ont pû faire ce mélangé , j'en con-
3
*
viens
JUILLET. 1741 . 1597
viens avec vous ; mais quelle preuve donnezvous
que ce ne font pas les Romains qui ont
pû faire ce mêlange ? Nous ne connoiffons
les Dieux des Gaulois que par les Ecrits des
Romains ; feroit- il bien étonnant que ces
derniers euffent accommodé à leur Langue ,
des noms des Divinités étrangeres , qu'ils
avoient à faire connoître dans leur Nation ,
& que, pour cela ,ils euffent changé en tout, ou
en partie, les noms primitfs de ces Divinités,
defquels noms ils pouvoient même ignorer
la véritable fignification ? il feroit plus furprenent
de voir des mots d'une Langue nouvelle
dans une plus ancienne , que de voir
des mots d'une Langue ancienne dans une
Langue nouvelle
Vous ne voulez pas , M. que les Peuples
apellés Sicambres , tirent leur nom de l'un de
leurs Sics , ou Seigneurs , nommé Amber ,
je confens que cela ne foit pas ainfi , ce n'eft
qu'une autre probabilité , mais à l'égard du
Francus que je fais venir de Troye , & que
je dis avoir communiqué fon nom aux Fran
çois , paffez-moi mon obftination à ne pas
croire que ce foit là une vieille erreur , & je
difputerai point contre ceux qui par une .
autre obftination ( qui n'eft pas mieux fondée
que la mienne veulent tirer la dénomi →
nation des François des mots Allemans
Franch & Freinch , qu'ils font fignifier Libres.
Quand
1598 MERCURE DE FRANCE
} Quand , pour preuve de quelque chofe
on n'a à s'apuyer que fur la fignification d'un
mot qui paroît favorable , & qu'il y a d'autres
mots fufceptibles de prendre la même
faveur , un Auteur qui travaille fur la chofe
qui eft à prouver , eft en droit de choisir
celui de ces mots qu'il croira le plus propre à
établir le fyftême qu'il fe fera fait, fans qu'un
autre Auteur qui , pour une femblable preuve
, aura adopté un autre de ces mots , puiffe
raifonnablement obliger fon Confrere de fe
foûmettre à fon fentiment ; ils font tous deux
en même degré d'égalité pour l'évid nce ,
ainfi je fuis paffablement bien fondé à
foûtenir la poffibilité, que nous tenons notre
nom d'un Francus , malgré le grand mot de
Freinch , adopté par beaucoup d'Ecrivains ,
tant que la caufe d'où nous vient notre dénomination,
ne fera établie que fur ce mot.
En parlant de notre fortie des Troyens, je ne
crois pas aavvooiirr ddiitt que j'ai fort bien démontré
cette fortie dans uneDiffertation qui fe trouve
dans le Mercure ; & fi je l'ai dit ,j'ai manqué, je
l'avoue , mais je ne vois pas où eft la fingularité
dans la demande que je fais, fi on eft bien
certain que les mots que nous prenons dan
les Langues mortes , pour expliquer par 1844
moyen certains endroits de l'ancienne Histoire
, fignifient véritablement ce qu'on leur
fait fignifier; l'objection reftant fans décifion,
ceux
JUILLET. 1741 1599
ceux qui fe croient en état de décider , le
devroient faire ; mais paffons à une autre
Etymologie , fçavoir celle de Brigade . Vous
trouvez M. que dans celle - ci je laiffe mon
Lecteur dans un trop grand embarras à ſe
déterminer fur celui d'entre les termes de
Brag , de Birfe , & de Biges , qui peut avoir
été propre à produire celui de Brigade , ce
n'eft peut être aucun d'eux , mais me trouvant
dans l'embarras fur cela , j'ai voulu
frayer des voyes à de plus habiles gens que
moi ,, pour découvrir cette Etymologie , &
jai voulu feulement indiquer des chofes qui
pourroient faciliter à la trouver , fans avoir
néanmoins intention de fournir de quoi remettre
en honneur la belle Science des Etymologics.
A l'égard de l'étymologie de Sergent , tirée
de Serre-gens , je ne l'ai point inventé ,
vous en convenez , j'avoue même qu'elle eft
baffe,auffi n'en ai - je fait ufage que pour avoir
de quoi mettre de la diftinction entre deux
Officiers bien differens d'état, l'un bas & l'autre
élevé , qu'une même qualification pourroit
faire confondre , fi on ne tiroit cette
qualification de deux fources differentes ; des
12
eurs judicieux fe prêtent volontiers aux
vues d'un Auteur qui à à établir des diſtinctions,
& ne regardent point comme comiques
les étymologies employées dans cet efprit
fur1800
MERCURE DE FRANCE
fur tout quand il paroît que l'Auteur n'igno
re pas les étymologies accréditées.
Je fuis fâché , M. plus par raport à vous ,
que par raport à moi , que vous ne trouviez
pas que j'aie entendu ce qu'il falloit entendre
par les Uniremes , les Triremes , & les
Quinqueremes. J'ai dit clairement que je comprenois
, que de femblables vaiffeaux avoient
depuis un rang jufqu'à 5 rangs de rames ;
vous comprenez autrement ces rangs placés
les uns fur les autres , & vous dites que
les Triremes & Quinqueremes n'étoient autre
chofe que des Galeres à 3 ou à 5 rames de
chaque côté , & que toute autre fupofition
eft chimérique ; ne vous êtes-vous pas fait ,
M. une trop petite idée des vaiffeaux des anciens
? laiffons au Public éclairé à nous juger
fur cet article.
, Quant aux termes de Gaules , de Galles
de Wallons , & de Vallée , que je propoſe
comme dérivés d'un mot , qui dans l'ancienne
Langue Phénicienne vouloit dire du
bois ou des bois ; c'eſt encore une choſe ſur
laquelle je ne méritois pas d'être relevé ;
eſt-il bien déraisonnable de penſer qu'une
Galere a pû tirer ſon nom du bois dont elle
étoit faite ?
Vous ne me faites point de peine de dire
que j'ai traité le principal objet de mon Ouvrage
avec peu d'étendue & de méthode ;
quant
JUILLET . 1741: 160
quant au premier de ces défauts , je viens
d'en dire la raifon , & quant au fecond , j'en
apelle encore au jugement du Public ; il faut
être homme de guerre pour décider fur un
temblable cas; & en fait de méthode , chacun
ayant la fienne , la mienne eft d'être concis ;
au reſte , M. les loüanges qui viennent de la
part d'une perfonne de votre mérite , ne peuvent
qu'être très - flateufes pour ceux qui les
reçoivent ; j'aurai une reconnoiffance parfaite
pour celles que vous me donnez . J'ai l'hon
neur d'être & c.
SUR la Maladie du Duc de Nivernois.
VIngt jours y a que les divines Soeurs
En
proye étoient aux plus vives douleurs ;
Le double Mont retentifloit des plaintes
Qu'excitoient lors , fi raifonnables craintes ;
Leur Favori touchoit déja les bords
Du Fleuve noir qui mene chés les Morts ;
Déja Minos avoit marqué fa place
Près de Marot , de Tibulle & d'Horace ;
elene , en pleurs , levant les mains aux Cieux ;
Aon fecours apelloit tous les Dieux :
Bien qu'étayé de la Philoſophie ,
Nevers fentit qu'il étoit en la vie
Momen
1602 MERCURE DE FRANCE
Momens amers , où Nature parfois
De la Raifon nous dérobe la voix ;
Parens , amis étoient inconfolables ;
Si, que touché de leurs cris lamentables ,
Abandonnant les céleftes lambris ,
Le blond Phébus defcendit à Paris ,
Prit de Silva l'habit & la figure ,
De faux cheveux couvrit fa chevelure ,
Youta fon corps , prit une cane en main .
Paré qu'il fut de l'attirail humain ,
Chés Nivernois d'abord il s'achemine ,
Tâte fon poulx , interroge , examine ,
Bref, on l'eût pris pour ce qu'il paroiſſoit ,
Fors en ceci , que fouvent il laiffoit
En fes difcours échaper étincelles ,
Qui dénotoient facultés immortelles.
Bien jugerez qu'avec un tel fecours
On ne tremblât encore pour fes jours.
Tôt répondit l'effet à l'efpérance ,
Amis , Parens , dormez en affûrance ;
Le Dieu qui veille à vous le conferver ;
D'autres dangers fçaura le préſerver .
Partant , n'avons d'affaire plus preffante ,
Que de baifer la dextre bien-faifante ,
A qui devons évenement fi cher ,
Et qui trahit l'espoir du vieux Nocher.
Et toi , Deftin , dont les Decrets fuprêmes
Furent
JUILLET. 1741:
1603
Furent toujours refpectés des Dieux mêmes ,
Accorde , au moins , à mon défir ardent ,
Que quand viendra le critique moment
Qui doit trancher ou ma trame ou la fienne
Daigne Atropos ne couper que la mienne !
UN
N homme d'efprit , & de goût a fait
une Critique fage & mefurée de la
Comédie de Mélanide. C'eſt une Lettre qu'il
adreffe à une Dame , & qui eft intitulée
Jugement fur Mélanide, Comédie nouvelle, ou
le Temple de la Critique. Chés Clement ,
Quai de Gévres 1741 .
Une fiction ingénieufe rend cette lecture
intéreffante . L'Auteur n'ofant porter fon jugement
fur la nouvelle Piéce , prend le parti
d'aller au Temple de la Critique. Les grands
Maîtres dans tous les Arts ont contribué à
cet Edifice où regne une noble fimplicité.
Corneille y eft placé entre Homere & Michel
- Ange . On aperçoit un peu plus bas
Virgile , Racine & Raphaël . Defpreaux , le
Titien & Moliere difcourent enfemble. La
Déeffe eft bien differente de l'idée qu'on s'en'
forme ordinairement d'après la plume de nos
Ecrivains avec le difcernement & la droiture
on voit à fes côtés les Graces & l'Enjouëment
: l'Auteur arrive dans le moment
F
qu'on
1604 MERCURE DE FRANCE
qu'on va jouer devant elle , Mélanide. Les
deux premiers Rôles font remplis par M.
Baron & Mlle le Couvreur. Cette circonftance
ne dérobe rien aux louanges qui font
dûës à Mlle Gauffin & à M. Grandval . Elle
donne lieu feulement à quelques réfléxions
qui peuvent leur être avantageufes . La Piéce
parfaitement bien repréfentée , plaît beaucoup
aux Spectateurs . La Critique elle même donne
des larmes à Mélanide . Enfuite pour proceder
au jugement du Poëme , elle choifit
quelques - uns de nos célébres Auteurs dont
elle forme une espece d'Aréopage . Defpreaux
examine d'abord le choix du Sujet : Il lui
paroît être plutôt le fonds d'un Roman que
celui d'une Comédie , & il croit que les
Piéces de caractere font plus utiles que celles
qui ne roulent que fur des avantures , quelques
moralités qui en puiffent naître. Qu'on
ne dife point que les caracteres font épuisés ,
ils le font encore moins pour un homme
du génie de M. de la Chauffée , que pour
tout autre. C'est d'ailleurs le feul moyen de
paffer à la pofterité. L'Auteur du Telemaque
eft chargé de dire fon fentiment fur l'ordonnance
générale du Poëme : il la trouve affés
réguliere. Mélanide intéreſſe veritablement,
Les reconnoiffances méritent toutes fortes
d'éloges ; mais en dérobant à nos yeux celle
de Melanide avec le Comte d'Ormanfé,l'Auteur
JUILLET. 1741. 1605
teur ne s'eft- il pas privé de ce que fon Poë
me lui fourniffoit de plus touchant ? L'amour
duComte paroît trop violent,pour qu'il puiffe
renoncer fi- tôt à Rofalie en faveur de Mélanide
, & par cette raifon le dénouement péche
contre la vraie - femblance . On peut reprocher
encore à M. de la Chauffée , que
dès le 3e Acte on découvre le dénouement .
Mais combien cet Auteur mérite - t - il de
loüanges de s'être élevé à ce haut comique
qui flate fi fort les honnêtes gens ? Tous fes
Perfonnages font intéreffans , les Actes bien
diftribués , & conformes aux loix du Theâtre.
On recherche enfuite fi l'unité de Lieu ,
de Tems , & d'Action eft obfervée , c'eft le
foin de Racine qui ne trouve rien à redire à
celle de Lieu & de Temss mais par raport à
l'Action , il lui femble que le premier Acte
mérite d'être cenfuré , en ce que l'Amour de
Darvianne , qui n'eft point l'interêt principal
, l'occupe tout entier , d'où il fuit que
l'unité n'y eft point établie , ce qui fait prendre
le change au Spectateur. Il y a ici des
réfléxions fort juftes fur ce qui regarde cette
unité. Viennent les caracteres , & le fentiment
de Moliere . Le caractere de Mélanide
eſt touché de main de Maître , celui de fon
fils eft moins foûtenu , il eft peint boüillant
& impétueux dans le premier Acte ; la lenteur
de fa jaloufie n'y répond pas Le carac-
Fij tére
1606 MERCURE DE FRANCE
tére du Comte ne mérite aucunes loüanges ;
il balance trop long tems à facrifier fon
amour à Mélanide ; on n'aime point à le
voir hésiter fur un devo r de cette nature.
Ce défaut auroit été fauvé , fi l'on eût reculé
jufqu'au se Acte la reconnoiffance du Comte
avec Mélanide, Rofalie contrafte aflés bien
avec fon Amant. Il y a quelque chofe à dire
de Theodon. Il s'efforce de ramener à fon
devoir l'Epoux de Mélanide . Cela eſt d'un
homme d'honneur : mais eft- il bien le même
, lors qu'il laiffe le Comte dans l'eſpoir
d'obtenir Rofalie qu'il vient d'accorder à
Darvianne ? Ce font du moins des morceaux
de differente couleur. L'Auteur du Mifantrope
continue fes Obfervations . Il aplaudit
au ftile qui eft noble , fans être guindé ,
fpirituel , fans être précieux , élegant fans
être affecté, Quel éloge ! qu'on eft heureux
de le mériter dans le fiecle , où nous fommes!
La Diction , à quelques negligences près ,
peut fervir de modéle. Les vers font faciles ,
les images douces & gracieufes , mais un
peu déparées par la foibleffe du coloris ,
Moliere finit par cenfurer quelques Vers en
très - petit nombre. Enfin La Morte , qui fe
trouve au nombre des Juges , examine les
Scénes , il les aprouve , à l'exception de la
feconde du 2e Acte . Eft-il vrai -femblable
que Mélanide , inſtruite par les malheurs de
vingt
JUILLET. 1741 1607
>
vingt années découvre fes avantures à
Théodon , plutôt qu'à Dorifée fon ancienne
amie ? La 2 & la 3e Scénes du 3 ° Acte
font entièrement copiées fur le Tartuffe de
Moliere. Le 4 Acte eft le plus intereffant ;
l'Auteur fe furpaffe lui- même dans la Scéne
de Mélanide & de Darvianne
; mais on
trouve que Darvianne tarde trop à paroître
après la Lettre de Dorifee. Cette Lettte même
paroît finguliere , & l'on n'en voit
point la néceffité , puifque Mélanide , vivant
avec Dorifée , celle - ci pouvoit elle même
venir annoncer à fon amie la querelle de
Darvianne & du Marquis. La Motte obferve
encore que la Scéne de Darvianne
avec le Comte , & qui fait leur reconnoiffance
, n'eft point dans la Nature . Mais il
conclut enfin que les défauts de Mélanide
ne peuvent entrer en parallele avec les beautés.
C'est un objet charmant dont les attraits
reçoivent un nouvel éclat de quelques
legeres imperfections
. Ce jugement , dit
l'Auteur , fut inferé dans les Regiſtres du
Temple de la Critique : Nous l'adoptons
avec plaifir , du moins pour ce qu'il a d'avantageux
.
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure de Juin , premier Volume , font
Fiij Le
1608 MERCURE DE FRANCE
le Pepin & Table. On trouve dans le Logogryphe
, Bat , Ble & Abel.
Ceux de l'Enigme & du Logogryphe du
fecond Volume font , le Fleuret & Fontaine.
On trouve dans le Logogryphe , Fin , Fat ,
Tone , Nain , Fonte , Foin , Tane , lo , Noé ,
Ane & Aneton.
>
******* XXXXXXX**
D
ENIGM E.
E forme plus bizare il n'eft point dans le monde
Que celle dont je fuis ;
Chés moi je paffe & les jours & les nuits
Dans une paix affés profonde ;
Quoique mon Lieu natal foit ordinairement
Dans un étrange mouvement .
Ma maifon de cent chiens pourra bien me défendre
Ils ne fçauront par où me prendre ;
Mais de l'homme cruel l'impitoyable main
Me plonge le fer dans le fein ,
Et ce barbare y trouve place
Par le défaut de ma cuiraſſe .
Souvent ainfi qu'au noble on me livre au Bourgeois
,
Et jufqu'à des porte - mandilles ;
Mais il eft des climâts où je produis des filles
Qui tiennent bien leur rang dans le Palais des Rois.
LOGOJUILLET.
1741. 1609
XXXXXXX XXX XXXXXXXXXXXX
J
LOGOGRYPHE
hazardé.
E fuis Ville & fruit tout enſemble ;
Mais fi tu ne peux combiner
Les raports qu'en moi je raſſemble ,
N'efpere pas me deviner.
Ma tête produit fur la Terre
Encor plus de maux que de biens ;
Le refe , exempt de tous liens ,
Habite en plus noble hemiſphere ,
On trouve en moi tout à la fois
Une grande Ville d'Afrique ,
Un grain falutaire parfois ,
Le compere d'une bourique ;
Ce qui du Bourgeois , du Ruftique
Releve les petis Emplois ,
Et qui diftingue jufqu'aux Rois .
Plus , une Note de Muſique ,
Un mal qui nous met aux abois
Et pour lequel nul Empirique
N'a trouvé de vrai ſpécifique.
Lecteur , fufpends ton air fournois ;
Voilà , diras-tu , bien des chofes ?
D'accord , mais redouble tes foins ,
Prends mes fix pieds , & fi tu l'ofes ,
Cherchons d'autres métamorphofes.
3
4
7
Fiiij Je
1610 MERCURE DE FRANCE
Je t'en épargne un tiers au moins .
Complet , je forme un Capitaine ,
Fameux dans la Race Thébaine ;
Puis en retranchant quelques fons ,
Le langage des Poliffons ;
Un Monftre qui n'a d'exiſtance
Que dans certains Contes bouffons ,
Forgés pour amufer l'Enfance ;
Un Fleuve que fes Nourriffons
Par leur babil , ou leur vaillance ,
Font connoître plus loin qu'en France ;
Un Mets qu'on prépare en Provence ;
Un démenti mis en Latin ,
Dont aucun Docteur ne s'offense ;
Un terme qui prouve qu'on penfe ,
Et rend un Argument certain ;
J'offre encore une Capitale ;
Ce qu'on demande carte en main ;
Item un mal affés vilain ,
Très - proche parent de la galle ,
Et la moitié de Ragotin .
Tu ris , tu trouves ridicule
Cet affemblage bifcornu ,
Mais décous - moi par le menu ,
Tu verras une particule ,
Ce que tout Mulet
porte
à nu ;
Le mot qu'on dit quand on recule
10
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13
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17
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22
JUILLET. 1611 17410
1
Et le Tyran le plus connû. 23
Ne peux-tu percer ce mystere
Eh bien , reprends tout , j'y confens ;
Alors c'est par mon miniſtere
Que tu jouis de tes cinq fens ;
" Mais finiffons ce badinage ,
Tu dois me connoître ou jamais ;
Chés - moi tu peux trouver ton âge ,
Une boiffon qu'on met au frais ,
Ce qui rend heureux un ménage ,
La caufe de plus d'un naufrage ,
Et l'objet vil de nos fouhaits ;
Adieu , le Ciel te tienne en paix ,
Pour moi , je me fauve à la nâge .
JE
AUTR E.
E porte Pied , Pré , Rat , Peur , Acte
Récit , Répit , Peu , Créateur ,
Arc , Crédit , Puce , Ride , Pactė ,
Kéduit , Ré , Picard , Editeur ,
Epice , Trépied , Carte , Epacte ,
Dire , Autre , Pire , Cuir , Ardeur,
Perdu , Tari , Radi , Cardeur ,
Ducat , Capre , Rade , Prédire ,
Rue , Edit , Rap , Turc , Directeur ,,
Car , Péri , Patru , Kire , A&tcur ,
Cadet , Ecu , céder , Duc , Ire , >>
25
26
27
28
29 .
30
Tire ,
1612 MERCURE DE FRANCE
Tire , Cartier , Dieu , Race , Epire ,
Cap , Rape , Pari , Pierre , Dur ,
Pare , Carpe , Ardre , Date , Icare ,
Idée , Adepte , Diacre , Rare ,
Erudit , Cire , Drap , Art , Pur ,
Cid , Epidaure , Cidre , Aride ,
Aide , Etui , Perdre , Pere , Acide ,
Trace , Eau , Dupe , Curé , Crieur ,
Ruade , Ecrit , Durée , Urie ,
Tard , Dartre , Epier , Ur , Patrie ,
Partie , Ecart , Trié , Prieur ,
Epitre , Rude , Cape , Cariere ,
Eu , Carré , Trape , Epi , Recteur ,
Etre , Pie , Etude , & Priere ,
Tout cela dans P ·
Laffichard
NOUJUILLE
T. 1613 1741 .
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
MEMOIR E Spour fervir à l'Hiftoire des
Hommes Illuftres dans la République
des Lettres &c. par feu le R. P. Niceron
Barnabite. Tome XLI . in- 8°. à Paris , chés
Briaffon , à la Science , M. D C C. X L.
Suivant la coûtume que nous avons prife,
en rendant compte des précedens volumes.
de ces Mémoires , nous raporterons ici l'Article
entier de Louis Marracci , qui nous a
paru important , par raport , fur-tout , à un
point d'Histoire Litteraire , qui intéreffe la
Religion , & l'Eglife Orientale en particulier.
Louis Marracci naquit à Lucques , en Tofcane
, fur la fin de l'année 1612. Après avoir
fait fes premieres Etudes , il entra dans la
Congrégation des Clercs Réguliers de la
Mere de Dieu , dans laquelle il fe diftingua
par fon mérite & par fa fcience.
Il y enfeigna pendant fept ans la Réthorique
, & paffa par differentes Charges ,
comme celles de Maître des Novices , de
Supérieur , de Procureur Général , & d'Af
fiftant.
F vj Tous
1614 MERCURE DE FRANCE
Tous ces Emplois ne l'empêcherent pas
de s'apliquer à l'étude des Langues , & d'aprendre,
de lui-même le Grec , l'Hebreu , le
Syriaque , le Chaldéen & l'Arabe ; il enfeigna
même pendant quelque tems cette derniere
Langue à Rome , dans le College de
la Sapience , & dans celui de la Propagande,
par ordre du Pape Alexandre VII.
Il fut auffi Membre de diverfes Congré
gations , entr'autres de celles de l'Index ,
des Indulgences , des Reliques , de l'examen
des Evêques.
Ce qu'il fit à l'occafion de certaines lames
de plomb très- anciennes , fur lefquelles il y
avoit plufieurs chofes écrites en Arabe , mérite
d'être raporté . Ces lames avoient été
trouvées en Espagne , & les Efpagnols les
attribuoient à l'Apôtre S. Jacques & à fes
Difciples , parce qu'on y lifoit plufieurs chofes
conformes à la Foi Chrétienne . Marracci
ayant eu ordre de l'Inquifition de les exami
ner , en jugea tout autrement . Il les trouva
remplies d'erreurs Mahométanes , & fit voir
manifeftement au Tribunal de l'Inquifition ,
que S. Jacques , ni aucun de fes Difciples
n'en pouvoient être les Auteurs , mais que
c'étoit une production de quelques impofteurs
Mahometans , qui avoient voulu en
impoſer aux Chrétiens . Ce fage jugement de
Marracci donna lieu à un Decret du Pape
Innocent
JUILLET. 1741 1615
Innocent X. qui profcrivit ces Tables , qu'on
confervoit auparavant avec vénération.
Le Pape Innocent XI . l'avoit choiſi pour
fon Confeffeur , & avoit beaucoup de confiance
en lui. Il l'auroit même élevé aux honneurs
Eccléfiaftiques , fi l'humilité de Marracci
ne s'y étoit toûjours opofée .
Il mourut à Rome le 5. Février
de 87 ans & quatre mois.
1700 , âgé
Catalogue de fes Ouvrages.
I. PRODROMUS ad refutationem Alcorani
in quatuor partes divify Roma 1691. in 8 °..
Il fe trouve à Paris riaſſon . 4. volu
mes It. avec l'Alcoran . Patavii 1698. in fol..
2. ALCORANI Textus univerfus ex correctioribus
Arabum exemplaribus defcriptus
ac ex Arabico idiomate in Latinum tranflatus
; appofitis unicuique capiti notis atque
refutatione. Præmiffus eft Prodromus totum priorem
tomum implens . Patavii 1698. in fol . Deux
volumes. Cette Edition , qui eft fort belle ,
a été contrefaite à Francfort en 1715. dans
une autre , qui lui eft inférieure en toutes.
manieres .
La Verfion Latine de Marracci a été auffi
imprimée féparément , fans le Texte Arabe ,
fous ce titre : Mohammedis , filii Abdalia ,
Pfeudo- Propheta , Fides Ifmaelitica , id eft ,
Alcoranns ex idiomate Arabico , quo primum.
1616 MERCURE DE FRANCE
à Mohammede confcriptus eft , latinè verfus
per Ludovicum Marraccium , & ex ejufdem
animadverfionibus , aliorumque obfervationibus
illuftratus & expofitus , premiſſa brevi introductione
, & totius Religionis Mohammedica
finopfi , ex ipfo Alcorano ubique furis &
furarum verficulis adnotatis , congefta ; cura
opera M. Chriftiani Reineccii S. Th .
Baccalaurei, Lypfiæ 1721 in 8 ° .
Quoique Marracci ait travaillé à cet Ouvrage
pendant quarante ans , & qu'il y ait
aporté une grande aplication & une grande
connoiffance de la Langue Arabe , les Sçavans
en cette Langue y ont cependant trouvé
plufieurs fautes ; mais elles n'ôtent rien au
mérite de fon travail : les remarques qu'il a
ajoûtées à fa Traduction , font fçavantes ;
mais fes réfutations ne font pas toujours affés
folides , & on y reconnoît qu'il étoit plus
verfé dans la lecture des Auteurs Mahométans
, que dans la Philofophie & la Théologie.
C'est le jugement que M. Simon porte
de fon Ouvrage dans faBibliothéque choilie .
Tome 2 p. 222 .
3. L'EBRE prefo per le buone ; ó vero
Difcorfi familiari & amichevoli fatti con i
Rabbini di Roma intorno al Meſſia. Opera
poftuma del P. Ludovico Marracci. In Roma
1701. in 4º .
4. BIBLIA SACRA Arabica , Sacra Con-
·
gregationis
JUILLET. 1741. 1617
gregationis de Propaganda Fide juffu edita, ad
ufum Ecclefiarum Orientalium. Additis è regione
Bibliis vulgaribus Latinis.Romæ 1671 .
in-fol . 3. volumes. Pour faire connoître la
part que Marracci a eû à cet Ouvrage , il eſt
bon d'en donner ici l'Hiftoire.
de
*
Vers l'an 1624 , quelques Prélats de l'Eglife
d'Orient , particuliérement l'Archevêque
Grec d'Alep , qui fut depuis Patriarche
Damas , & le Patriarche des Coptes
en Egypte , prierent le Pape Urbain VIII. de
leur envoyer la Verfion Arabe de la Bible
imprimée , n'en ayant chés eux qu'un petit
nombre d'Exemplaires manufcrits , qui encore
n'étoient ni entiers , ni fort fideles.
Leur Supplique ayant été renvoyée à la Con
grégation de la Propagande , il y fut ordonné
que M. Sergio Rifio , Maronite , Archevêque
de Damas , qui étoit alors à Rome
& avoit entre les mains quelques Manuf
crits Arabes de la Bible , travailleroit , avec
d'autres qu'on lui affocia , à cet Ouvrage , &
on convint qu'ils rendroient la Verfion conforme
, autant qu'il feroit poffible , au fens
de la Vulgate , fans cependant la changer
dans les Endroits où elle étoit conforme au
Texte Hebreu .
On commença dès la même année à tra-
* Il y a là une méprife , car il n'y a jamais eu de
Patriarche de Damas,
vailler
1618 MERCURE DE FRANCE
vailler chés M. Rifio , à qui on donna pour
affociés l'Abbé Vittorio Scialac , Maronite
Profeffeur en Langues Arabe & Syriaque, au
College de la Sapience , les Peres Louis Cappella
, & Bonaventure Malvafia , Cordeliers
, le P. Hilarion Rancati , de l'Ordre de
Cîteaux , le P. Philipe Guadagnoli , Clerc
Régulier Mineur , & le P. Thomas de Novare
, Mineur Réformé ; on leur joignit encore
Jean Leopard Hefronite , & Gabriel
Sionite , tous deux Maronites , le P. Pierre ,
Jacobin , Prédicateur des Juifs , & quelques.
autres.
Pour éviter la confufion , on partagea le
travail , de maniere que Mrs Rifio & Guadagnoli
furent chargés de travailler à la Verfion
; que Jean Leopard Hefronite & le P..
Thomas de Novare eurent ordre de la revoir
, & que les autres furent commis pour
examiner leur Ouvrage en pleine Congrégation
, en collationnant ce qu'ils avoient
fait , avec les Manufcrits Arabes les plus corrects
, avec l'original Hebreu , & avec les.
Verfions Grecque & Syriaque , & pour prendre
garde qu'il ne s'y trouvât rien de contraire
au fens de la Vulgate.
Le Pentateuque ne fut pas plutôt achevé
qu'on commença à l'imprimer en deux colomnes
, dont l'une contenoit la Vulgate
Latine , & l'autre la Verfion Arabe..
Vers
JUILLET. 1741
1619
Vers l'an 1636 , on leur donna un nouvel
Ajoint , qui fut Abraham Echellenfis , Maronite
, fort habile dans les Langues Arabe
& Syriaque.
" Mais Rifio étant mort le 29. Août 1638
les Affemblées furent transferées chés le Pere
Nicolas Riccardi , Maître du Sacré Palais
qui y affiftoit avec le P. Lupi , fon compagnon
, comme firent depuis fes Succeffeurs
les Peres Gregoire Donari , Vincent
Macolano , Michel Mazzarini , & Vincent
Candido .
Après la mort du Pere Riccardi , les
Affemblées fe firent dans le Palais du Cardinal
Jean Baptifte Pallotta , qui y a fitoit
avec beaucoup d'aplication & d'affiduité ;
mais quelques uns des plus habiles dans la
Langue Arabe , ayant manqué alors , Guadagnoli
fe vit chargé de toute la peine de
la compofition , & Abraham Echellenfis de
celle de la révifion . Encore celui- ci abandonna
t'il bien tôt l'Italie , pour venir en
France travailler à la Polyglotte. Tout cela
retarda beaucoup l'Ouvrage , & en fit ſuf
pendre pour quelque tems l'impreffion.
Le Pape Innocent X. étant parvenu au
Pontificat en 1644 , fongea a faire avancer
l'Entrepriſe , & on recommença de nouveau
à s'affembler en 1646 par fon ordre dans le
Palais du Cardinal Pallotta . Ceux qui travaillerent
1620 MERCURE DE FRANCE
vaillerent alors , furent Guadagnoli , le Pere
Antoine d'Aquila , Mineur Réformé , le P.
Bonaventure Malvafia , les Peres Jean- Baptifte
Ferrari & Athanafe Kircher , Jefuites ,
Jean Baptifte Giona , Profeffeur en Hebreu ,
le P. Avila , Jacobin , le P. Gregoire , Auguftin
Déchauffé , Jean Nichea , & d'autres ,
auxquels on joignit cette même année Louis
Marracci. Peu de tems après , le P. Ferrari
ayant manqué , on lui ſubſtitua le P. Jean-
Baptifte Giattini , Jeſuite.
Guadagnoli continua de travailler à la Tra
duction , & Marracci fut chargé de la revoir
; ils préfentoient enfuite ce qu'ils avoient
fait à l'Affemblée générale qui fe faifoit une
fois la femaine chés le Cardinal.
Pour avancer davantage , on ordonna le
5. Novembre 1646 , que Guadagnoli , Antoine
d'Aquila & Louis Marracci s'affembleroient
trois fois la femaine dans le College
de la Propagande ; & M. Perfichi , Napolitain
, affifta à ces Affemblées à la place
du Cardinal Pallotta , qui étoit incommodé
de la goute.
C'eft ainfi que l'on finit l'ancien Tefta
ment , qui fut préfenté au Pape le 10. Sept.
1647. On paffa enfuite au nouveau , qui fut
achevé au commencement de l'année 1650 .
Mais le P. Giattini ayant dit dans la Préface,
qu'on l'avoit chargé de faire , que l'on s'étoit
attaché
JUILLET. 1741. 1621
attaché principalement à la Vulgate , dont
on ne s'étoit éloigné que dans des Endroits
où l'on n'auroit pû faire des changemens
dans l'ancien Texte Arabe , fans choquer
les peuples pour qui on travailloit ; ces paroles
déplurent au Cardinal Capponi , à qui
on communiqua cette Préface , en qualité
de Préfet de la Congrégation , & qui pré.
tendit qu'il falloit que la Bible Arabe fût en
tout conforme à la Vulgate.
On fufpendit donc l'impreffion , ju'qu'à
ce qu'elle eût été revue & corrigée ſuivant
cette nouvelle idée , ce qu'on commença de
faire au mois de Mai de l'an 165 1. dans le
Palais du Cardinal Capponi .
Le 12 Janvier de l'année fuivante 16527
Denis Maffari , les Peres Giattini , Kircher ,
Guadagnoli , Marracci , Brice , & Abraham
Echellenfis , que la Congrégation avoit rapellé
de Paris , s'affemblerent pour convenir
des moyens d'avancer l'Ouvrage. Les quatre,
derniers furent chargés de s'affembler deux
fois la femaine , pour travailler à la nouvelle
correction , & de raporter enfuite dans l'Affemblée
générale les changemens qu'ils feroient
convenus de faire.
Malgré cet ordre , on ne fit prefque rien
jufqu'en 1656 , & même Guadagnoli étant
mort le 27 Mars de cette année , & la pefte
s'étant fait fentir peu de tems après à Rome
lo
1622 MERCURE DE FRANCE
le travail fut arrêté jufqu'au mois de Mai de
l'année fuivante 1657. Alberici , qui avoit
fuccedé à Maffari dans la Charge de Sécrétaire
de la Congrégation , ayant alors ordonné
à Abraham Echellenfis & au P. Marracci
de fe remettre à l'Ouvrage , en leur
déclarant que l'intention de la Congrégation
étoit que la Verfion Arabe fût entiérement
conforme à la Vulgate , quant aux paroles
& quant au fens , ils recommencerent
à travailler.
Ils prirent chacun un Exemplaire imprimé
de la Verfion Arabe , & l'examinant verfet à
verfet , ils marquoient chacun fparément
à la marge les differences qu'il y avoit entre
elle & la Vulgate. Ils convenoient enſuite
des changemens qu'il falloit y faire , & les
communiquoient à deux hommes fçavans
qui s'affembloient deux ou trois fois la femaine
, pour les examiner & en dire leur
fentiment. Ce Sçavans étoient le P. Marc
de Lucques , Mineur Reformé , & le P. Antoine
d'Aqui'a , auxquels on joignit depuis
le P. Celeftin de Ste Liduvine , Carme Dé
chauffé , & Faufte Nairon , Maronite . Ceuxci
propofoient les nouvelles corrections dans
des Affemblées générales , où fe trouvoient
les Cardinaux Pallotta , Brancacci , & Albici.
On continua de cette maniere la révifion
jufqu'au
JUILLET. 1623 1741
Jufqu'au commencement de Juillet de l'an
1664 , qu'elle fut achevée. Le Sécrétaire de
la Congrégation de la Propagande voyant
par les nouveaux changemens qu'on avoit
fairs , que la premiere impreffion pourroit
fort bien fervir, en y mettant feulement quelques
cartons , communiqua fa penfée au
Pape Alexandre VII . qui l'aprouva , & on
commit le P. Marracci , pour examiner les
Endroits où il faudroit mettre des cartons ,
& ceux qu'il fuffiroit de corriger dans un
Errata.
Le Pape Clement IX , réfolu de faire finir
cet Ouvrage , ordonna en 1668 qu'on fit de
nouvelles Affemblées pour convenir des
feuilles qu'on réimprimeroit , des chofes
qu'on mettroit feulement dans l'Errata ,
du Titre qui feroit mis à la tête , & de la
Préface ; tout c. la fut reglé ; le P. Marracci
fût chargé de faire la Préface , & de veiller
à la réimpreffion de 25 feuilles & demie , &
à l'Errata.
C'eft ainfi que fut terminé ce grand Ouvrage
, après 46. années de travail . Telles
font les particularités de cette Edition , comme
elles font raportées par l'Abbé Nazari
dans fon Journal des Sçavans de Rome , du
29. Janvier 1672.
to
5. Lo STENDAR DO Ottomannico Spiegao
vero dichiarazione delle parole Arabiche
1624 MERCURE DE FRANCE
che pofte nello Stendardo Reale prefo dal
Ser. Rè di Polonia Giovanni III. al Grad
Vilire de Turchi , e dal medefimo Rè inviato
per tributo della fua pieta alla Santita di
Papa Innocentio XI. In Roma 1683. infol.
6. VITA del P. Gio . Leonardi Luchefe
Fondatore della Congregatione de' Chierici
della Madre di Dio . In Roma 1673. in-4°.
7. VITA della Venerabile Madre Paffitea
Crogi , Senefe , Fondatrice del Monafterio
delle Cappucine della Citta di Siena. In Venetia
1682. in-4° .
8. GRAMMATICA VOLGARE di Methodo
facile & chiaro. Imprimée plufieurs fois.
9. BREVE COMPENDIO della vita del S.
Pontefice Innocentio XL J'ignore la date
de cet Ouvrage & des fuivans."
10. L'HISTORIA della miracolofa Imagine
di S. Maria in Portico , Campitelli.
II. TRATTATO contro la vanita delle
Donne.
12. Il a travaillé auffi à la correction du
Breviaire Syriaque.
13. Il a enfin traduit en Latin les Hymnes
Grecques de S. Jofeph de Sicile , qu'Hyppolyte
Marracci , fon frere , a données au
Public en 1661 , in- 8°.
Le 5. Art. du Catalogue des Ouvrages de
L. Marracci auroit befoin de quelque Explication
JUILLET. - 1741. 1625
cation . Le P. Niceron l'a omiſe ; tâchons d'y
fuppléer. Lo Stendardo Ottamannico ſpiegato
&c. ou l'Etendart Othoman expliqué &c.
Cet Etendart eft celui que le Grand Vizir,
commandant l'Armée Turque , porta au
Siege de Vienne en l'année 1683 , & qui
tomba entre les mains de JEAN SOBIESKI
Roy de Pologne , après la mémorable Victoire
remportée par ce grand Prince , & la
levée du Sicge de cette Capitale. Le Roy de
Pologne l'envoya au Pape Innocent XI . qui
le fit mettre dans l'Eglife de S. Pierre &c.
Comme cet Etendart étoit fuperbe , tant
par fa matiere que par fes ornemens , & Turieux
en toutes manieres par les diverses Inf
criptions Arabes dont il étoit chargé , le P.
Marracci crût devoir en donner une Explication
, & c'eft le fujet du Livre dont le
Titre eft raporté ci - deffus .
Il faut croire que ce fçavant Religieux ne
fût pas le feul le feul qui travailla fur le même Sujet.'
Nous avons dans nos Recueils d'Hiſtoire
la Figure exacte de cet Etendart parfaitement
bien gravée à Rome , avec les Infcrip
tions . En tête de cette Gravure on lit
DISEGNO dello Stendardo del Primo Vizir
levato foto Vienna dal Seren. & Invitif.GIOVANNI
III. Rè di Polonia da S. M. mandato
alla S. di N. S. Papa INNOCENTIO XI . Aggicintavila
vera interpretatione delle parole
Arabiche
1626 MERCURE DE FRANCE
Arabiche in ditto Stendardo artifme inteffuté.
Sous la figure de l'Etendart , eft l'interprétation
en la même Langue , avec des Sen
tences Arabes brodées deffus.
Les voici en françois , 1 ° . Sur la partie fu
périeure.
2
Grand Dieu. Certainement nous avons fair
par toi une ouverture manifefte , afin que ins
pardonnes ce qui eft procedé du peché
ce qui eft arrivé depuis , & que tu perfectionnes
la grace que tu as répanduë , MAHO
MET , OMAR , & dirige-nous par
la droiture.
la
voye
de
Dans le milieu ou le champ de l'Etendart
, on lit : Il n'y a point d'autre Dieu que
Dieu , Mahomet eft l'Envoyé de Dieu. Čes
paroles , qui font feules route la Profeffion
de Foi des Mahométans , font répetées deux
fois.
2º. Au bas de l'Etendart eft cette autre
Sentence : ABUBECRE . Dieu foit à fon aide
avec une puiffante grace : c'est lui qui a mis
"dans le coeur des Fidéles une tranquillité permanente
& affurée , afin que leur Foi foit augmentée
OMAR OMAR & c .
3°. Enfin au deffous de la même Sentence
eft une Defcription fommaire de ce fameux
Etendart , qu'on peut rendre ainfi en François.
L'Etendart eft de brocard d'or &
» d'arhent , avec une grande bordure autour,
» fur
JUILLET. 1741. 1627
fur laquelle font gravés les caracteres Ara-
" bes fur un fond vert. Une moindre bor
» dure d'argent , & à fond rouge , ornée de
» fleurs , fépare la grande bordure du corps
» de l'Etendart , lequel eft auffi à fond rou-
>> ge. Toutes les Lettres font brodées en or
» La longueur de l'Etendart , qui eft terminé
» en pointe, est de 12 Palmes Romaines, &
» la largeur de 8. Il eft attaché à une espece
» de mât , au haut duquel il y a une boule
» de cuivre doré , avec deux petits anneaux ,
» dans lesquels font paflés deux gros cor-
» dons de foye verte , qui fervent à garan-
» tir l'Etendart, quand il vente extraordinai-
❤rement.
>
TRAITE' Hiftorique & Critique de l'Opi
nion ; par M. Gilbert - Charles le Gendre";
Marquis de S. Aubin fur Loire , cy- devant
Maître des Requêtes. Troifiéme Edition.
revûë , corrigée & augmentée . Sept volumes
-in- 12 , fe vend à Paris , chés Briaffon , ruë
S. Jacques , à la Science & à l'Ange Gardien
, 1741..
Nous avons déja parlé de cet Ouvrage ;
& nous lui avons rendu toute la justice qu'il
mérite , dans trois de nos Journaux , furtout
par l'Extrait que nous en avons donné
dans le Mercure de Mai 1733 , p. 950. &
dans celui du mois de Juin fuivant, p . 154.
G Cette
1628 MERCURE DE FRANCE
Cette nouvelle Edition eft augmentée , ou
plûtôt enrichie d'un VII . Volume , & précédée
d'une Préface intéreffante . Nous nous
bornerons à expofer ici en quoi confifte
Paugmentation qui a donné li u à ce VII.
Tome , qui eft de plus de 700. pages.
Elle eft destinée à traiter des Sciences occultes,
ce que l'illuftre Auteur a exécuté avec autant
d'ordre , que d'érudition & de fuccès , en
neuf diférens Chapitres , dans lesquels il eſt
parlé de l'Aftrologie Judiciaire , de pluſieurs
Divinations prétendues naturelles , de la
Magic , de la Cabale & des Nombres , des
Oracles , des Sybilles , des Augures , des
Préfages , & enfin des Songes,
Ce dernier Chapitre eft fuivi d'une Récapitulation
de l'Ouvrage entier , laquelle , à
cauſe de ſa brièveté & de fon importance
nous croyons devoir inférer ici.
Nous avons examiné , dans le premier
» Livre , combien l'Empire de l'Opinion eft
» étendu , & quelle est la varieté des juge-
» mens fur la Science en général, fur les Au-
» teurs , fur l'Eloquence & la Poëfie, Nous
» y avons obfervé la bizarrerie du goût pour
" les Théâtres ; & dans la feconde Partie de
» ce premier Livre , l'Hiftoire de la Philofophie
a embraffé la plus grande partie
n de l'Hiftoire de l'Opinion.
33
» Les Difcullions Métaphyfiques du fe--
» cond
JUILLET. 1741. 1629
cond Livre ont pû nous convaincre des
» excès aufquels l'efprit humain , abandonné
» à lui- même , eft capable de fe porter. "
» Le 3. Livre contient les contradictions
» des hommes fur la Mora e , fur les biens
» véritables , & fur les vertus ; des réfléxions
fur les paffions & fur l'utilité que nous
" pouvons en tirer ; une Differtation fur les
» deux Sujets qui frapent le plus l'efprit hu-
» main ; fçavoir , la douleur & la mort ;
» enfin les variétés des Loix & des Coûtu-
" mes , qui montrent des diférences furprénantes
dans la maniere de penfer des
» hommes.
"
» Le 4. Livre a traité de toutes les for-
» mes de Gouvernemens , des Opinions fur
» chaque Gouvernement particulier , des
» Maximes politiques. L'incertitude de
» P'Hiftoire & celle de la Chronologie y
» ont été prouvées par des exemples
.
» Les 5. & 6. Livres , en nous offrant
quelques nonumens , à la verité fort honorables
, des travaux de l'efprit humain ,
nous ont préfenté , de toutes parts , les
» écueils de fa curiofité , & des abîmes impénétrables
à tous fes efforts dans les
Mathématiques , la Phyfique , l'Aftrono-
» mie , la Médecine , la Chymie , l'Hiſtoire
naturelle & les Arts.
93
Nous avons fait remarquer par les fu-
Gij perftitions
"1630 MERCURE DE FRANCE
99 perftitions & par tous les moyens frivoles
de prédire , e xpliqués dans le 7. & der-
» nier Livre , jufqu'où ont été portées l'im◄
pofture & la crédulité . 12
" Par tout , nous avons trouvé que l'Opi-
" nion eft incomparablement plus étendue
» que la Science , & nous avons dû nous
» convaincre que rien n'eft plus foible que
» nos lumieres ; que dans nos connoiffances
» tout eft plein de ténébres & d'incertitudes;
ue les Sciences profanes font bien moins
» des voyes propres à nous procurer la con-
» noiffance de la verité , que les Hiftoires
» des Opinions des hommes. Quel motif
» plus capable de déraciner en nous la préfomption
de l'efprit & fon opiniâtreté !
ןכ
33
39 que
» Mais en même tems il eft évident que
» nous avons des guides sûrs en tout ce qui
regarde la Religion & la Societé , & que
» la lumiere ne nous manque jamais dans
tout ce qui eft effentiel . Une Sceptique
raifonnable , & l'Hiftoire de l'Opinion
» s'accordent avec tout ce que la Nature
» offre à nos regards , pour rapeller à notre
penfée les vérités importantes , & les De-
» crets éternels de la Providence , qui , en
impofant des bornes étroites à notre curiofité
, nous a accordé les moyens nécef-
" faires de remplir les devoirs de notre état
» en quoi confifte l'objet principal de la Philofophie,
"9
33
20 Unc
JUILLET. 1741. 1631
Une Table générale des Matiéres , des
plus amples & des mieux entenduës , relative
aux v11 . differens Volumes , acheve de
remplir utilement le dernier.
NOUVELLE EDITION du Dictionnaire
de Trévoux.
La veuve De Laulne , la veuve Ganeau ,
Gandouin , Le Gras , Cavelier , Vincent
Coignard , Mariette fils , Giffart , Guerin
l'aîné , Rollin fils , Le Mercier , & Boudet ;
viennent de publier un Profpectus de 4. pages
d'impreffion in-fol , dont la premiere
contient le Titre entier de ce grand Ouvrage.
Le refte intitulé Avis fur cette Edition
contient en fubftance , que ces Libraires fe
difpofent &travaillent à donner une nouvelle
Edition du Dictionnaire univerfel François &
Latin , connu fous le nom de DICTIONNAIRE
DE TREVOux , dédié à M. le Prince de
Dombes corrigé augmenté confidérablement
: en fix volumes in-fol. outre la correction
des fautes , le rétabliffement de l'Ortographe
réguliere & univerfelle , en quó;
les Editeurs proteftent qu'ils n'ont rien ne
gligé , ils affûrent de plus qu'ils n'ont épar
gné ni foins ni peines pour rendre ce Dic,
tionnaire d'une utilité générale , & pou
yraffembler tous les mots que toutes fortes
de perfonnes voudront y chercher dans que
G iij que

1-
1632 MERCURE DE FRANCE
que matiere que ce puiffe être. Le nombre
de ceux qui y feront ajoûtés , n'ira guére à
moins de quatre mille , fans parler des changemens
, des corrections , & de plufieurs
nouvelles Obfervations répandues dans le
cours de l'Ouvrage.
Ils ont fixé à 120 liv. le prix des 6. Volumes
en feuilles , & à 90 livres en faveur
de ceux qui voudront s'en affûrer des
Exemplaires complets : & voici les conditions
de cette affûrance . On payera actuellement
45 liv. & les 45 liv. reftantes lors qu'on
recevra un Exemplaire ,
à condition que
ceux qui auront affûré un Exemplaire, feront
tenus de le retirer dans le courant de fix
mois , après la publication de l'Ouvrage ;
paffé lequel tems , les avances feront perduës
pour eux . On ne recevra des affûrances que
jufqu'à la fin de Septembre 1741 .
Cette nouvelle Edition fera exécutée en
beau papier , & en beaux caracteres. L'Ouvrage
entier fera achevé d'être imprimé fur
la fin de 1742.
HISTOIRE Eccléfiaftique & Civile de la
Ville & du Diocèle de Carcaffonne , avec
les Piéces juftificatives & une Notice ancienne
& moderne de ce Diocèfe , par le
R. P. Bouges Religieux des Grands Auguf
tins de la Province de Touloufe,in -4° . à Paris
JUILLET. ! 1741. 1633
ris , Quai des Anguftins , chés Pierre Gandouin
, Pierre Emery & Pierre Piget , 1741 .
Il y a long- tems qu'un fçavant homm : a
dit que toute Hift ire eft bonne , mais elle
mérite d'être recherchée des Curieux , lorfqu'elle
nous aprend des faits aufli importans,
& cependant auffi peu connus que ceux qui
font raffemblés dans cette Hiftoire de la
Ville de Carcaffonne . Deux Auteurs avoient,
avant le Pere Bouges , travaillé chacun fur
une partie de l'Hiftoire de cette Ville. M.
Guillaume Beffe Avocat , avoit publié en
1645. l'Histoire des Comtes de Carcallonne,
& M. de Vic, Chanoine de l'Eglife Cathédrale
de cette Ville avoit donné en 1667. fur les
Mémoires de M. Eftellat , fon Confrere , la
Chronique des Evêques de cette Eglife .
Mais le P. Bouges, en écrivant l'Hiftoire Eccléfiaftique
& Civile de fa Patrie , renferme
les deux parties traitées féparément par Mrs
Beffe & de Vic. Les Travaux de ces deux
Ecrivains n'ont pû fervir de guide au nouvel
Auteur , parce qu'ils ont adopté avec trop
de confiance des Faits ; ou fabuleux , ou du
moins très incertains . Le P. Bouges s'eft
donc vû contraint de travailler tout à neuf,
& pour ne rien dire que de certain , il a vifité
les Archives de la Ville & du Diocèſe ,
qu'on lui a généreufement ouvert & communiqué
; il n'a pas négligé les Hiftoriens
Giiij an1634
MERCURE DE FRANCE
anciens de la Province , ni même ceux des
deux Nations Efpagnole & Françoiſe , qui
ont fucceffivement poffedé cette Ville.
Tels font les fondemens fur lesquels eft
apuyée la nouvelle Hiftoire de Carcaffonne,
Ville qui n'a pas été moins diftinguée autrefois
par la part qu'elle prit aux grandes affaires
, qu'elle l'eft aujourd'hui par fon
Commerce & fes Manufactures.
Elle mérita même l'attention des plus
grands Conquérans . Les Romains , les Goths,
les Sarrafins & les François en ont été fucceffivement
les maîtres. Comme elle avoit
pris parti dans la grande difpute des Albigeois
, elle crut auffi le pouvoir prendre dans
les troubles de la Ligue . Elle foûtint d'abord
le parti du Roy Henry III . contre les Mécontens
; & fi elle goûta quelque tems les
fentimens de la Ligue , elle fçut bien - tôt les .
quitter, & fut la premiere Ville du Languedoc
, qui reconnut l'autorité du Roy Henry
IV. Elle a depuis confervé cette fage fidelité,
& refufa en 1632. d'adhérer à la révolte de
Gafton de France & du Duc de Montmorenci.
Elle fortit néanmoins de fa modération
en 1655. contre les Fermiers des Gabelles
; mais l'Arrêt foudroyant que l'on rendit
contr'elle ne fut point exécuté , par la
fageffe d'un des Chefs.
Le P. Bouges ne s'en tient point à tous
ces
JUILLET. 1741 1635
ces Faits , il entre encore dans le détail du
caractere de tous les Evêques de cette Ville
& le Catalogue qu'il en a fair, a parû ſi exact
aux illuftres Religieux Bénédictins qui travaillent
à l'Ouvrage intitulé , Gallia Chriftiana
, qu'ils n'ont pas fait difficulté de s'en
fervir utilement. Auffi en ont - ils témoigné
toute leur reconnoillance au P. Bouges.
C'eft à quoi on devoit s'attendre de la part
de ces fçavans Religieux.
L'Ouvrage du P. Bouges eft donc un de
ces Ouvrages mûrement pefés & travaillés
avec foin , & pour donner lieu de vérifier
ce qu'il raporte d'important dans fon Hiftoire
, il y a joint 74. Pièces effentielles , Titres
ou Diplômes , depuis l'an 788. juſqu'en
1671. On fçait que ce font ces fortes de
preuves qui augmentent le mérite des Hiftoires
particulieres , parce qu'on trouve fouvent
dans ces Piéces la preuve des Faits géné
raux de notre Hiſtoire .
ESSAI fur l'Hiftoire Naturelle de la France
Equinoxiale , ou Dénombrement des Plantes
, des Animaux , & des Minéraux , qui fe
trouvent dans l'Ifle de Cayenne , dans les Ifles
de Remires , fur les Côtes de la Mer, & dans
le Continent de la Guyane, avec leurs noms
differens , Latins , François & Indiens , &c.
quelques obfervations fur leur ufage dans la
Gy Me-
7
1636 MERCURE DE FRANCE
Médecine & dans les Arts. Par M. Pierre
Barrere , Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , Docteur &
Profeffeur Royal en Médecine dans l'Univerfité
de Perpignan , Médecin de l'Hôpital
Militaire de la même Ville , ci - devant Médecin
Botaniste du Roy dans l'Ifle de Cayenne:
A Paris chés Piget , Quai des Auguftins
, à l'Image S. Jacques , 1741 .
Cet Ouvrage dédié à M. le Comte de
Maurepas , Miniftre & Sécretaire d'Etat , eft
divifé en deux parties. Dans la premiere ,
on donne plufieurs nouveaux genres de Plantes
de l'Amérique & un long dénombrement
de nouvelles Efpeces. On y a joint
leurs noms Latins , François & Amériquains ;
ce qui eft d'un grand fecours , non feulement
pour les Habitans de la Guyane , mais
encore pour tous les Botaniſtes.
On y explique auffi leurs differens ufages,
par raport à la Médecine , aux Arts & au
Commerce , & on y répand plufieurs obfervations
intéreffantes concernant la Phyfique,
l'Anatomie, l'Histoire naturelle , & la
pratique de la Médecine.
Dans la feconde Partie , qui concerne les
Animaux & les Minéraux , l'Auteur aporte
la même attention ainſi qu'à tout le refte de
l'Ouvrage ; il eft même allé au delà de plufieurs
habiles Naturaliftes fur quelques articles.
JUILLET. 1741. 1637
cles. Il eft donc à fouhaiter que l'Auteur
de cet Effai ( lequel a mérité le ſceau de l'aprobation
de l'Académie Royale des Sciences,
à qui il a crû devoir préfenter fon Manufcrit
, comme ayant l'honneur de tenir à cet
illuftre Corps par le titre de Correspondant )
voulût bien donner à la République des Lettres
une Hiſtoire naturelle plus détaillée ,
qui ne peut qu'être bien reçûë fortant de
la Plume d'un homme qui eſt très capable
de s'en acquitter dignement , c'eft ce que
M. Barrere nous fait efperer dans fa Préface
, & ce qui l'a engagé de donner feulement
le nom modefte d'Effai au curieux
Ouvrage dont nous venons de rendre comp
te. N'oublions pas qu'il prépare aufli une
Topographie Botanique du Rouffillon , ou un
Catalogue des Plantes obfervées en divers
endroits de cette Province.
En donnant dans le Mercure du mois de Mai
dernier, p. 890. une Lettre du célebre Aveugle
de Marfeille ( François Malaval ) écritė
à M. Surian , Médecin Botaniste , qui partoit
de cette Ville par ordre du Roy pour la recherche
des Plantes de l'Amérique , nous
aurions bien voulu pouvoir dire quelque
chofe du fuccès de ce Voyage , mais c'eſt ce
que uous ignorions alors , & ce que nous
ignorerions encore , fans le Livre de M.
Barrere , qui nous aprend que le Voyage de
Gvj M.
1638 MERCURE DE FRANCE
M.Surian a donné lieu à un excellent Ouvrage
de fa façon , dont le titre eft raporté en ces
termes : INSIGNIUM & rariorum Plantarum
femina ex Infulis Americanis recens allata
Jofepho Donato de Surian , Doctore Medico
Maffilienfi , nec non Botoniphylo , in
America Profeffore , Regis Chriftianiſſimi
mandato miffo.

HISTOIRE des Rois des deux Siciles , de
la Maifon de France , contenant ce qu'il y
a de plus intéreffant dans l'Hiftoire de Naples
, depuis la Fondation de la Monarchie
jufqu'à préfent , par M. d'Egly. Quatre Vol .
in- 12. Le premier de 498. p. Le fecond de
5.39 . Le troifiéme de 458. Et le quatrième
de 16. non compris une Préface & des
Remarques de M. Bélin , qui font à la tête
du premier Vol. & une Table des Matieres
qui fe trouve à la fin de chacun. Il y a auffi
à la tête du premier & du fecond Vol. plufieurs
Cartes de Géographie , néceffaires à
l'intelligence de l'Hiftoire , qui ont été faites
avec foin par M. Bélin , Ingénieur au
Dépôt des Cartes & Plans de la Marine .
A Paris , chés Non , fils , Quai des Auguf
tins , près le Pont S. Michel , à l'Occaſion ,
1741 .
HISTOIRE de l'Académie Royale des Infcriptions
JUILLET. 1741 1639
eriptions & Belles- Lettres , avec les Mémoires
de Littérature , tirés des Regiftres de
cette Académie , depuis l'année 1734. juf
ques & compris l'année 1737. in- 4 ° . Tomes
XI. XII. & XIII . Le onzième renfermant
uniquement la Table des Matieres contenuës
dans les dix premiers Vol . de 776. p. le dou
ziéme de 357. pour 'Hiftoire , & de 427.
pour les Mémoires ; le treizième de 713 .
pour l'Hiftoire & pour les Mémoires . A Paris
, de l'Imprimerie Royale , 1740.
TRAITE' de la Matiere Médicale 2 ou
de l'Hiftoire des proprietés , du choix & de
l'ufage des Remedes fimples, par M. Geofroi ,
Docteur Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , & Membre de l'Académie Royale
des Sciences. A Paris , chés Defaint & Saillant.
Trois Vol. in- 8 ° . 1741. L'Owvrage eft
en Latin.
OEUVRES de Ciceron , avec des Notes
choifies. A Paris , chés Jean Baptifte Coignard
, Hipp . Louis Guerin , Jean Defaint ,
& Jacques Guerin , 1742. in - 12 . L'Ouvrage
eft en Latin.
RECUEIL des Hiftoriens des Gaules & de
la France . Tome troifiéme , contenant ce
qui s'eft paflé dans les Gaules & ce que les
François
1646 MERCURE DE FRANCE
François ont fait fous les Rois de la premiere
Race , par Dom Martin Bouquet , Prêtre &
Religieux de la Congrégation de S. Maur .
A Paris , aux dépens des Libraires affociés
1741. in fol. de 808. pages fans la Préface
la Table Chronologique , qui comprend les
Annales Gauloifes & Françoifes , & le
Catalogue des Ouvrages contenus dans cè
Livre.
HISTOIRE des Celtes , & particulierement
des Gaulois & des Germains , depuis
les tems fabuleux jufqu'à la prife de Rome
par les Gaulois , par Simon Pellontier , à la
Haye ,chés Ifaac Reauregard , 1740. Volume
in- 12. de $ 74. pages , fans la Préface , la
Table des Auteurs & celle des Chapitres.

TRAITE' DE L'HORLOGERIE Méchanique
& Pratique , aprouvé par l'Académie Royale
des Sciences. Par Thiout l'aîné , Maître
Horloger à Paris , demeurant Quai Pelletier
Horloger ordinaire de S. M. C.
la Reine Douairiere d'Efpagne , & de
S. A. S M. le Duc d'Orléans , avec Figures.
2. Volu nes in . A Paris , chés
Charles Mette , rue de la Vielle Bouclerie
Prault pere , Quai de Gefvres , Pierre- André
Debats , Grand - Salle du Palais , Loüis Dupuis
, près la Fontaine S. Severin , & Charles-
AnJUILLET
. 1741. 1641
Antoine Jombert , ruë S. Jacques , 1741 .
Le prix des deux Volumes reliés en veau eſt
de 24. liv. & en blanc 21. liv.
Cet Ouvrage de M. Thiout eft le Traité
complet fur l'Horlogerie , dont M. le Comte
de Biévre parle fi avantageufement à la fin
de fa Lettre à M. D.... fur l'invention des
Horloges , datée de Romorantin le 25. Mai
1741. & imprimée dans le I. Vol . du Mercure
de Juin fuivant , page 1195.
L'Ouvrage contient 91. Planches en
Taille douce , très -proprement gravées , de
grandeur in folio oblong , lefquelles renferment
environ 950. Figures , & il eſt dédié
à M. le Duc d'Orléans . Le premier Volume
comprend l'Epitre Dédicatoire , la Préface ,
deux Tables des Matieres , la premiere fuivant
l'ordre qu'elles ont dans l'Ouvrage ,
& la feconde alphabétique ; un Catalogue
des Auteurs qui font cités ; les définitions
des principaux termes de l'Art de l'Horlo
gerie , & de ceux des Mathématiques , relatifs
à cet Art , le tout par ordre alphabétique
; le nom enfin , la deſcription & l'uſage
de toutes les differentes fortes d'Outils &
de Machines qui fervent à l'Art , &c. ce qui
fait un long & curieux détail , dans lequel
nous nous difpenfons d'entrer .
Ce premier Volume eft accompagné de
So Planches in folio , qui repréfentent toutes
ces
1642 MERCURE DE FRANCE
ces diferentes chofes , & beaucoup d'autres
qu'on ne détaille point ici
>
Le fecond Volume traite de la conſtruc
tion des Horloges , Pendules & Montres ;
des Reveils à poids , des Pendules à Secordes
, avec des obſervations fur la conſtruction
du Pendule & de la Lentille , du mouvement
de Pendule à reffort , de la Pendule
à quarts , de diférens Remontoirs de Pendule
, article très curieux , de toutes fortes
de Quadratures pour les Pendules , & pour
les Montres à Repetition , à l'Angloife , à la
Françoife , à tout - ou-rien , pour fonner les
heures, les quarts, les demi - quarts, & les minutes
, avec un feul Rounge ; des Quadratures
des Spheres de l'Obfervatoire , pour les
Montres à trois & à quatre parties ; des Pendules
d'Equation fans courbe ; d'une maniere
d'en tracer le Cercle ; Table des lon
gueurs du Pendule ; Table des Equations
moyennes du Soleil , prifes fur quite années
de fuite pour fervir à tailler les Courbes ,
mouvement qui roule le long d'un Plan in
cliné ; niveau de nouvelle conftruction ; plufieurs
conduites de Cadran pour les groffes
Horloges ; Marteaux difpofés pour fonner
les Heures & les Quarts par un feul Rouage
, Pendules à Secondes d'un an , Horloge
qui n'a qu'un rouage de trois roues pour le
mouvement & pour la fonnerie.
a
Montres
JUILLET. 1741. 1643
Montres qui marquent le lever & le coucher
du Soleil , le quantiéme du mois , celui
de la Lune , fes phaſes , l'heure qu'il eft dans
les principaux Lieux de la Terre &c. Defcription
de la Montre ordinaire ; Obfervations
fur le Calibre , fur le Reffort & fur la Fufée
fur le Rouage , fur le Balancier & le Reffort
fpiral ; fur l'Echapement , fur les Variations
des Montres , fur la longueur des Palettes ,
fur l'huile qu'on met aux pivots , fur la force
motrice d'une Montre , fur la puiffance réglante
, fur la groffeur & la forme des pignons.
Mémoire & Méthode pour bien éxaminer
& racommoder les Montres. Montres
à Secondes ; Rouage de Répétition qui
peut auffi fervir pour le Reveil . Reveil à
deux marteaux , Fufée de Montre qui fe remonte
à droite & à gauche ; diférentes Détentes
de Réveil , & pour fonner à la minute
; diférens Quantiémes de mois & de
Lune , & indépendant du mouvement . Remontoir
de Montre , propre pour des perfonnes
incommodées ; groffe Horloge de
nouvelle conftruction ; Remarque fur la con
ſtruction du Rouage à deux roues , pour les
groffes Horloges ; Reveil qui peut fonner
une fois pendant les 24 heures , & n'être
remonté que tous les 8 jours ; & enfin quantité
d'autres inventions anciennes & nouvelles
, qui concernent ce que cet Art a de plus
ingénieux
P
ปี
1644 MERCURE DE FRANCE
ingénieux & de plus intéreffant. Tous ces
diférens Ouvrages font repréfentés dans les
41 Planches de ce fecond Volume.
On peut donc dire , avec raifon , que ce
Recueil eft le plus complet & le plus ample
fur cette matiere; on y verqui
ait encore paru
ra par la comparaifon des premiers Ouvrages ,
à quel haut degré de perfection l'Art eft au
jourd'hui porté , & on y aprendra le nom
des Auteurs de toutes ces belles découvertes
. On ne peut , au refte , mieux faire connoître
le mérite & l'utilité de ce Traité ,
qu'en raportant le jugement & l'aprobition
que Meffieurs de l'Académie des Sciences
en ont donné en ces termes :
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale des Sciences du 23. Juillet 1740 .
Meffieurs de Mairan & de Fouchy , qui
avoient été nommés pour examiner un Traité
d'Horlogerie Méchaniqu: & Pratique , compofé
par M. Thiout , l'aîné , Maître Horloger
à Paris , dans lequel il décrit dans un
grand détail , & repréſente avec figures les
diférentes conftructions d'Echapement , des
Rouages , & des Quadratures diférentes qui
ont été inventées & pratiquées par les meilleurs
Maîtres , pour les Montres , Pendules
& Horloges , parmi lefquels il y en a plufieurs
de fa compofition , & dans lequel
Traité
JUILLET. 1741 1645
Traité il a joint diférentes regles pour les
Echapemens , la forme des Dentures , & tous
les outils qui font en ufage dans l'Art ; en
ayant fait leur raport , la Compagnie a jugé
que cet Ouvrage étoit fait avec beaucoup
d'exactitude & de foin , & a crû qu'il feroit
d'autant mieux reçû du Public , qu'il y a
long tems qu'on en fouhaite un pareil , &
que non feulement les Amateurs de l'Art ,
mais auffi plufieurs Maîtres pourront y puifer
des connoiffances qui leur feront utiles.
En foi de quoi j'ai figné le préfent Certificat.
A Paris , ce 7. Août 1740. Signé
FONTENELLE , Secretaire perpetuel de l'Académie
Royale des Sciences.
Pour garantir le Public des contrefactions ;
Auteur avertit que tous les Exemplaires feront
fignés de fa main à la fin du Privilege du
Roy , & que ceux où à la Planche V. du tome
fecond la fixiéme Figure manquera , font imparfaits
& défectueux.
ESTAMPES NOUVELLES.
LA MOISSON , Paylage en large , très bien
gravé par le fieur Laurent , d'après le Tableau original
de Vauvremens , du Cabinet de M. le Brun ;
I'Eftampe eft de la même grandeur du Tableau.
Elle fe vend chés le fieur Laurent , ruë de la Vannerie
, à l'Ange S. Michel. Prix 15. fols .
PRISE DU HERON , grande Eftampe en large ,
très1646
MERCURE DE FRANCE
très -heureufement gravée par Jacques Philipe le
Bas, d'après le Tableau original de C. Van- Falens,
qui eft dans le Cabinet de Mad . Van - Falens . Certe
Eftampe fe vend chés le Sr le Bas Graveur du
Roy , au bas de la ruë de la Harpe ; elle est dédiée
M. Méad , Médecin de S. M. Britannique , 1741 .
Il y a au bas de l'Eftampe quatre Vers Latins, dont
voici la Traduction .
Cruel Tyran des Habitans de l'Onde ,
N'accufe que toi feul des rigueurs de ton fort ;
Telle eft la Loi , qu'un Tyran dans ce Monde
Devienne tôt ou tard victime d'un plus fort .
RECUEIL contenant 2. Planches , repréfentant
divers Animaux , tiré du Cabinet du Comte de
Teffin , deffiné , d'après Nature , par M. Oudry ,
Peintre du Roy , gravé à l'eau forte par J. &. Ren ,
& terminé au burin par J. P. le Bas . On trouve ce
Recueil chés le même Graveur.
Jean Andier des Rochers , natif de Lyon , Graveur
du Roy , mourut dans un âge fort avancé au
commencement du mois de Mars dernier . Il a gravé
quelques Sujets de la Fable ,fur tout d'après leCorrege,
mais fon plus grand Ouvrage eft une longue Suite
de Portraits en Bufte de Perfonnes diftinguées par
leur naiffance , dans la Guerre , dans le Miniftere ,
dans la Magiftrature , dans les Sciences & dans les
Beaux- Arts ; cette Suite fe monte à plus de fept
cent Portraits , renfermés chacun dans un ovale
d'environ fix pouces de hauteur , avec des Vers au
bas , qui marquent le caractere & l'Eloge de la Perfonne.
Le feu Empereur Charles VI. avoit gratifié
le Sr Defrachers d'une belle Médaille d'er , pour
quelques
JUILLET. 1741 . 164
quelques Eftampes du Portrait de S. M. Impériale ,
qu'il prit la liberté de lui envoyer
Le Sr Petit , Graveur , connu par plufieurs Ou
vrages eftinés, & par quelques Portraits en pied &
jufqu'aux genoux , tels que ceux du Duc de Gêvres,
de l'Archevêque de Rheims , de M. Titon du Tillet,
de Mile de la Boiffiere , &c . a acheté les Planches
des Portaits marqués ci- deffus , à l'inventaire
du Sr Defrochers , & il en retouchera quelques- uns
pour leur donner plus de perfection . Il demeure
rue S. Jacques , à la Couronne d'Epines , entre la
rue des Noyers & la rue des Mathurins , vis -à- vis
la veuve Chereau,
des
La fuite des Portraits des Rois de France ,
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continuë de paroître
chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes, ruë d'Anjou;
il vient de mettre en vente ceux de ,
CHARLES IV. dit le Simple , XXX. Roy de
France , mort à Peronne , deffiné par A. Boizot , &
gravé par G. de Vill .
RAOUL , XXXI. Roy de France , mort à Auxerre,
deffiné par le même & gravé par Aveline, le jeune .
HENRI I. DUC DE MONTMORENCI , Connétable`
de France , mort à Agde le premier Avril 1614.
peint par E. P. & gravé par Et. Feſſard.
OLIVIER CROMWEL, né en 1603. mort à Lon
dres le 13. Septembre 1658. deffiné par Lombad ,
& gravé par J. G Will.
LOUIS DE NOGARET , Cardinal de la Valette .
Archevêque de Touloufe , Lieutenant General des
Armées du Roy , mort à Rivoli , près de Turin le
28. Septembre 16 9. âgé de 47. ans.
FRANÇOIS EUDES MEZERAY , Hiftoriographe de
France
1648 MERCURE DE FRANCE
France , de l'Académie Françoife , né à Ry , près
Falaife en 1610. mort à Paris le to. Juillet 1683 .
deffiné par A. Paillet , gravé par Balechou.
FRANÇOIS ROBICHON DE LA GUERINIERE
Ecuyer du Roy, peint par Tocqué , & gravé par
Guelard.
Le même Odieuvre , Marchand d'Eftampes , demeurant
préfentement ruë d'Anjou ,la derniere porte
cochere à main gauche , en entrant par la ruë
Dauphine, au premier Apartement , vend & achete
toutes fortes de Tableaux , Deffeins & Eſtampes ,
anciennes & modernes . d'Italie , de France , d'Allemagne
, d'Hollande & Angleterre ; Images de Vélin
de Flandres , & met les Eftampes en verre blanc,
Bordures dorées , unies, à cartouches & à la Romai❤
ne , Bordures de Cédre , Bois de Ste Lucie & de
Noyer , à jour , & de toutes façons ; colle les Eftampes
fur toile , & les met fur gorge. Le tout à
juſte prix.
Le Sr le Rouge , Ingénieur , Géographe du Roy ,
ruë des Auguftins vis - à - vis le Panier fleury , délivre
actuellement le Plan détaillé de la Bataille de
Molwitz , fuivant les Originaux levés fur les Lieux,
avec le Camp actuel de Neiff. Il donne par fouf.
cription , de gré à- gré , une Suite de 6. Planches
in 4°. contenant les trois dernieres Campagnes en
Allemagne , avec un Journal de ce qui s'eft paflé
de remarquable pendant cette Guerre Le prix fera
de 36. livres . Les Souſcriptions font de 12. livres ,
& on payera 12. livres en recevant l'Ouvrage le
15 Octobre prochain . On délivre auffi au même
endroit le nouveau Plan de Cartagene , fuivant
l'Original de Londres.
Ов
JUILLET.
1649 1741.
On y trouve une nouvelle Carte de la Siléfie
, dédie à M. le Mar chal de Belleifle , avec les
Camps des deux Armées & les Plans des Villes de
cette Province, avec les Plans deffinés des Pays Autrichiens
, de la Boheme , Moravie Luface , Haute
& Bafle Saxe , Brandebourg Westphalie , Franconie
, Baviere , Suabe , Tirol , Suiffe . Palatinat ,
Electorat de Mayence , Trèves , Cologne , & des
Pays Bas.
L'Auteur enfeigne les Mathématiques , les Fortifications
, l'Art de la Guerre , l'Allemand &
l'Anglois , &c.

Le Sr Baradelle , Ingénieur du Roy pour les Ins
truinens de Mathématique donne avis qu'il vient
de conftruire huit Cadrans Verticaux , qui s'orientent
fans le fecours de la Bouffole ; le premier pour
Paris , fes Environs & autres Lieux , diffous la même
Elevation . Le fecond , pour Rouen & pour
Rheims. Le troifiéme , pour Breft . Le quatrième,
pour Dijon & Tours . Le cinquiéme . pour Bordeaux
& Turin. Le fixième , pour Marſeille & Bayonne.
Le feptiéme, pour Lyon Le huitiéme, pour Amiens.
Tous ces Cadrans peuvent fervir en particulier pour
toutes les autres Villes qui fe trouvent deffous les
Lunaifons de chacun des Cadrans indiqués ci -desfus
. On a mis aux deux côtés de chaque Cadran ,
deux Echelles , qui contiennent les 12 Mois de
Pannée de 5. en 6. jours , ainfi il fera facile de trouver
par proportion le point qui doit répondre au
jour courant , on y trouve les tems des Equinoxes
du Printems & de l'Automne , les Solftices d'Eté
& d'Hyver.
Il y a un petit cordonnet de Soye qui eft toujours.
dans le centre du Cadran avec une petite Perle qui
coule au long,afin de l'ajuſter au jour du mois ; on
1650 MER CURE DE FRANCE

a pratiqué une pinule qui fe leve & fe couche lorf
qu'on veut faire ufage du Cadran : la pinule étant
levée , on expofe le tranchant de ce Cadran aú
Soleil, & on fait enforte que l'ombre de la pinule
foit exactement couchée le long de laligne
droite marquée dans la partie fupérieure , en élevant
ou ' baiffant le Cadran , fuivant la hauteur du
Soleil fur l'horizon , alors la petite Perle que l'on
a ajustée fur le jour du mois , comme l'on vient de
le dire ci - deffus , fe trouve toujours verticale
par le moyen d'un plomb qui eft attaché au bout
de la Soye , qui fait que la Perle marque l'heure
cherchée , c'est- à-dire à l'endroit où le plomb la
retient verticale fur l'heure qui eſt tracée ſur la
face du Cadran , & non autrement , comme on
pourrroit fe l'imaginer.
Ces Cadrans ont la proprieté , comme les autres
, de faire connoître l'heure du lever & du
coucher du Soleil , & fans Soleil on connoît
l'heure du lever & du coucher ,! orfque l'on a ajusté
la petite Perle fur le jour du mois ; on obfervera
qu'il faut que la Soye rafe bien verticalement la
furface du Cadran & qu'elle foit perpendiculairement
fur la ligne d'où partent les heures du
matin , qui fe trouve d'aplomb deffous le centre
du Cadran ; l'endroit où fe trouve la Perle eft
l'heure du lever où fe trouvent les heures gravées
pour le matin , & en regardant le haut des mêmes
lignes horaires , on y voit l'heure du foir , ou
partie des heures , c'est - à - dire qu'entre l'heure &
la demie heure , fe trouve le quart. Ainfi on voit
par évalution fi le Soleil fe leve ou fe couche à cinq
heures un quart du matin , ou à fept heures moins
un quart du foir. En voici un exemple ; pour trouver
l'heure du lever ou du coucher du Soleil pour
le 20. du mois de Mars , ou le 23. Septembre , on
étendra
JUILLET. 1741. 1651
étendia la Soye le long de la furface du Cadran ,
on fera couler la petite Perle fur le 20. Mars ,
& on la laiffera rafer la ſurface du Cadran juſqu'à
ce que la Soye foit le long de la ligne , d'où les premieres
heures du matin fortent ; on trouvera fur
la ligne que le Soleil fe leve à fix heures du
matin , par conféquent le Soleil fe trouvera couché
à la même heure qu'il s'eft levé ; autre exemple
pour
Avril & le 17. Août ; le Soleil fe leve
à cinq heures du matin & fe couche à fept heures
du foir , ainfi pour les autres jours des autres mois
on fera la même opération comme ci - deffus en
faifant couler la Perle fur le jour comme on a fait
pour trouver l'heure cherchée ; on y verra l'heure
du lever & l'heure du coucher ; les opérations qui
fe font fur le Cadran de Paris , fe font de même
pour les autres Cadrans dont on vient de parler .
le 25 .
Le fieur Baradelle avertit le Public qu'il eft le
premier qui ait, conftruit le Cadran de Paris & plufeurs
autres par les Calculs de Mrs de l'Académic
Royale des Sciences.
L'ufage des Cadrans verticaux eft infcrit au dos
des Cadrans , & le prix de chacun eft de 2. livres ;
ils font aifés à porter dans la poche , étant de quatre
pouces & demi de large , de fix pouces fix lignes de
hauteur , & de deux ou trois lignes d'épaiffeur .
Le fieur Baradelle demeure toujours à Paris fur
le Quai de l'Horloge du Palais , à l'Enfeigne de
l'Obfervatoire vis-à-vis les grands degrés de la
Riviere.
H CHAN,
1652 MERCURE DE FRANCE
LUCAS
Just Ji
CHANSON.
Ucas du Cabaret fortant la panfe pleine ,
Chancelant , difoit à Lubin :
Il n'eft pas vrai , morbleu , qu'un feul verre de vin
Soûtienne un homme,car je viens tout d'une haleine
D'en avaler un broc , & je tombe en chemin.
CHANSONETTE.
L Ivrez - vous , belle Jeunesse ,
Livrez-vous à la tendresse ;
Suivez vos heureux défirs :
Ce n'eft que dans le bel âge ,
Que les amoureux l'laifirs
Sont d'un agréable ufage .
鼎鼎魚
SPECTACLES.
E
4. Juillet , l'Académie Royale de
roïque des Fêtes Grecques & Romaines , compofé
d'un Prologue & de trois Entrées, intitulées
les Bacchanales , les Jeux Olympiques
& les Saturnales. Ce Ballet , dont les paroles
TANT
THE NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
" ASTOR, LENOX AMAD
TILDEN FOUNDATIONS
Aanatara
A
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
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ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
JUILLET. 1741. 1653
les font de M. Fufelier , & la Mufique de
M. de Blamont , Sur- Intendant de la Mufique
du Roy , avoit été donné dans fa nouveauté
le 13. Juillet 1723 , & repris le 11.
Juin 1733 , avec une nouvelle Entrée qui
avoit pour Titre la Fête de Diane , ajoûtée
à la repriſe le 9. Février 1734. Nous avons
donné l'Extrait de cet ingénieux Ballet dans
le Mercure de Juillet 1723. page 134.
Il paroît que le Public a reçû ce Ballet'
avec beaucoup de fatisfaction , ayant été
remis au Theatre d'une maniere très brillante
, & exécuté tout au mieux. La lle le
Maure chante le Rôle de Cléopatre dans la
premiere Entrée ; la Dlle Pelliffier celui de
Timée dans la feconde , & la Dlle le Maure
celui de Délie dans la troifiéme ; les Ballets
composés par le Sr Dupré ont été trouvés
variés & très- convenables aux Sujets de la
Piece ; la Dlle Barbarine danfe dans le Prologue
le rôle de Terpficore avec aplaudiffement.
La Dlle Cochois , nouvelle Danfeufe ,
qui a de grands talens , a danfe plufieurs
fois la même Entrée au gré du Public.
Le 8. les Comédiens François repréfenterent
la Tragédie dIphigenie , dans
laquelle le fieur Baron , âgé de 28 ans , Petitfils
du célébre Baron , mort en 1729 , joüa
le rôle d'Agamemnon.
Hij
La
1654 MERCURE DE 1 FRANCE
Le 15 , il repréfenta fur le même Théatre
le rôle de Pharafmane dans la Tragédie de
Rhadamifte & Zenobie .
Le 9 , le fieur de Bonneval , autre nouvel
Acteur , âgé d'environ 30 ans ,
débuta pour
la premiere fois , & joiia le rôle d'Orgon
dans la Comédie du Tartuffe de Moliere , &
dans la petite Piece de la Pupille celui d'Orgon
, avec aplaudiffement. Il a encore joué
dans la Comédie de l'Avare de Moliere le
principal rôle , avec le même fuccès .
Le 17 , le fieur de la Grange , autre nouvel
Acteur , qui n'avoit pas encore parû ,
joüa le rôle de Thefée dans la Tragédie de
Phedre & Hypolite , & trois jours après celui
d'Agamemnon dans la Tragédie d'Iphi
genie.
Le 3. les Comédiens Italiens remirent
au Théatre la Comédie du Joueur ,
excellente Piéce de la compofition de M.
Riccoboni le pere , retiré du Theatre ( depuis
1731. ) qu'il donna à l'Hôtel de Bourgogne
le 6 Decembre 1718 , dont il joüa lui - même
le principal Perfohnage d'une maniere inimitable
, avec le fameux Thomaffin. Le
fieur Mario & le nouvel Arlequin ont remplacé
les deux Acteurs dont on vient de
parler , & ont été fort aplaudis ; on peut
voir l'Extrait de cette Comédie dans le
Mercure
JUILLET. 1741. 1659
Mercure de Decembre 1718. page 138 .
Le 10. les mêmes Comédiens remirent
auffi au Théatre la Comédie des Amans
Jaloux , Piéce en trois Actes , en Profe
fans nom d'Auteur. Elle avoit été donnée
dans fa nouveauté le 21 Novembre 1735.
On peut voir l'Extrait que nous en avons
donné dans le premier vol. de Decembre
de la même année , page 2693 .
Le 15 , ils donnerent
une
Comédie
nouvelle
Italienne
, en trois
Actes
, intitulée
les
Fourberies
de Scapin
, Piece
très
comique
fort
bien
jouée
par
le nouvel
Arlequin
, &
par
tous
les autres
Acteurs
, & furtout
par
Scapin
, qui
donne
occafion
à un jeu
continuel
de Théatre
pendant
toute
la Piece
, laquel
eft terminée
par
un joli
Divertiffement
,
exécuté
par les
Acteurs
de la
Troupe
.
Le 11 , l'Opera Comique donna deux
Piéces , d'un Acte chacune , intitulées les
Coffres , & la Fauffe Ridicule , ornées d'un
Divertiffement de Chants & de Danfes , &
d'un Vaudeville. La Dlle d'Arimath , nouvelle
Actrice , joüa avec aplaudiffement le
principal Rôle de la feconde Piéce. Le fieur
Valliere exécuta un Concerto de fa compofition
fur le Tambour de Bafque , accompagné
de toute la fimphonie , qui fut
aplaudi,
iij La
1636 MERCURE DE FRANCE
·
Le 22 , on donna une Piéce nouvelle d'un
Acte , en Vaudevillés , qui a pour titre le
Qu'en dira t'on , avec des Intermedes de
Chants & de Danſes très - bien exécutés. Le
fieur Bourdet , nouveau Danfeur , a danfé
deux Entrées , en Pierrot & en Payſan , avec
aplaudiffement.
****************
NOUVELLES ETRANGERES,
AMERIQUE .
Na reçû par une Lettre écrite le 28. du mois
Marthe , qui eft fur la Côte de Cartagene , des nouvelles
du Siége de cette Place.
Depuis que les Efpagnols , après s'être défendus
dans le Fort de Bocachica, autant qu'il leur a été posfible,
ont pris le parti de l'abandonner, pour fe retirer
dans la Ville , les Anglois ont fait fauter ce Fort,
qui étoit prefque entierement détruit par le canon
de leurs Vaiffeaux & par celui d'une batterie de 18 .
piéces de canon qui avoit démonté ceiles du Fort,
Les autres petits Forts de 1 Boye ayant auffi été
- abandonnés par les Espagnols , les Anglois entrerent
dans le Port ; débarquerent leurs troupes ;
travaillerent à ouvrir une tranchée , & fe rendarent
maîtres des deux chemins qui conduisent à la
Ville , dans le deffein de la bloquer par Terre & par
Mer.
Le 20 Avril , à trois heures du matin les Anglois
marcherent au Fort de S. Lazare , qu'ils fenterent
d'emporter
JUILLET. 1741 1657
d'emporter d'affaut , mais cette entrepriſe ne leur
réuffit pas , & n'ayant pû foûtenir le feu du canon
de ce Fort & de celui de la Place , ils fe retirerent
à fept heures dans un grand défordre , ayant été
attaqués dans leur fuite par un détachement de la
Garniſon. Les Anglois ont eû en cette occafion.
15oo. hommes tués , ou bleffés , ou faits prifonniers.
Le Marquis de Salva , Gouverneur de la Place ,
ayant détaché des troupes pour pourſuivre les
Anglois qui avoient tenté de s'emparer du Fort
de Saint Lazare , fit une autre fortie , & chasfa
du chemin du bord de la Mer les ennemis qui
s'y étoient retranchés ; il leur a tué 450. hommes ,
leur en a pris 50. & par cet avantage il a rendu
libre le chemin qui communique de la Mer à la
Ville .
La Lettre par laquelle on a reçû ces détails , marque,
que les Anglois étoient campés à la pointe de
la Montagne de la Poupe , & que 18 de leurs plus
gros Vaiffeaux étoient à l'Ifle du Secours , où ils
travailloient à réparer le dommage confidérable
leur a caufé le canon que du Fort de Bocachica.
RUSSIE.
N mande de Pétersbourg que le Czar a réſo.
lu de fournir une fomme d'argent à la Reine
de Hongrie , au lieu des troupes qu'il devoit faire
marcher à ſon ſecours , en conféquence des Traités
conclus entre les deux Puiffances.
Le Marquis de la Chétardie , Ambafladeur du
Roy de France auprès du Czar , étant allé voir le
Port de Cromstadt , y fut reçû par le Comman
dant avec de grands honneurs , & il fut défrayé
avec toute la Suite pendant fon séjour , aux
dépens de S. M. Cz . Hj Un
1658 MERCURE DE FRANCE
Un grand nombre de Gentilshommes du Duché
de Curlande , fur la nouvelle qu'ils ont reçûë que
les Etats de ce Duché avoient été convoqués pour
élire un nouveau Duc de Curlande , fe font affemblés
, afin de déliberer fur les moyens de s'opofer
à l'Election d'un Prince Etranger.
27. On a apris depuis de Mittau que le du mois
dernier, les Etats de Curlande avoient élû pour Duc
de Curlande le Prince Louis - Erneſt de Brunſwick
Bevern , oncle du Czar.
O
SUEDE.
N aprend de Stockolm du 7. de ce mois, que
la Convention Préliminaire que le Roy a
conclue avec le Roy de France au fujet du Commerce
& de la Navigation, a été renduë publique depuis
qu'on a reçû la Ratification de S. M. T. Ĉ.
O
ALLEMAGNE.
Na apris de Vienne du 24. du mois dernier ,
que les trois Sujets qui ont été proposés aux
Etats par la Reine de Hongrie , afin qu'ils en éluffent
un pour remplir la Dignité de Palatin de ce
Royaume , ont été le Prince Efterhafi , & les Comtes
de Palfi & d'Erhoty , & que. le fecond a eû la
pluralité des fuffrages.
S. M. a reçû avis que le Lord Hincford , Ministre
Plénipotentiaire du Roy de la Grande Bretagne
auprès du Roy de Pruffe , & le Baron de Ginkel,
qui réfide auprès de S. M. Pr . en la même qualité
de la part de la République de Hollande , avoient
préſenté conjointement au Roy un Mé noire , qui
porte que S M Br . & les Etats Géneraux des Provinces-
Unies n'avoient pû voir qu'avec un trèsgrand
JUILLET. 1741.
1659
rand regret les differends furvenus entre la Rein
de Hongrie & S. M. Pr. & les Actes d'hoftilité que
ces differends avoient caufés , qu'ils fe trouvoien
obligés de témoigner auRoy de Piuffe la crainte qu'
ils avoient que fes démarches n'euffent des fuites
contraires à la tranquillité de l'Empire , & même à
celle de l'Europe ; que par ces raifons ils prioient
inftamment S. M. Pr . de confentir à retirer fes
troupes de Silefie , & de rendre la paix à l'Allema
gne dans une conjoncture où l'union eft fi nécesfaire
parmi les Puiffances bien intentionnées pour
les intérêts de l'Empire ; qu'après que le Roy de
Pruffe leur auroit accordé leurs demandes , ils ne
manqueroient pas de lui faire connoître combien
ils ont à coeur les intérêts particuliers , par l'empresfement
avec lequel ils travailleroient à terminer fes
differends avec la Reine ; que plus S. M. Pr . étoit
per uadée de la fincere amitié du Roy de la Grande-
Bretagne & des Etats Géneraux des Provinces-
Unies , plus elle devoit fentir qu'ils ne pouvoient
s'empêcher d'infifter , pour que fes troupes fortisfent
de Siléfie , que la fituation préfente des affaires
les jettoit dans un grand embarras ; que d'un côté
ils défiroient de cultiver en toute maniere l'amitié
du Roy de Pruffe , & que de l'autre ils étoient dans
la néceffité de remplir les engagemens qu'ils ont
pris avec la Maifon d'Autriche , engagemens que
S. M.Pr. ne pouvoit ignorer , & de l'exécution desquels
ils fe trouvoient fommés par la Reine ; qu'il
leur feroit infiniment agréable, que le Roy de Prusfe
fe conduisit dans cette circonftance d'un mantere
conforme à leurs defirs , & qu'ils efperoient que
S. M. Pr . voudroit bien leur donner fa réponſe le
plus promptement qu'il feroit poffible .
Le Couronnement de la Reine fe fir à Presbourg
le 25. du mois dernier avec un magnificence ex raordinaire
H
1660 MERCURE DE FRANCE
ordinaire . S. M fut couronnée dans l'Eglife Metropolitaine
par l'Archevêque de Gran , Primat du
Royaume de Hongrie ; après cette Céremonie , elle
fe rendit à l'Eglife des Francifcains , où elle reçût
l'Epée Royale , & étant montée à cheval elle frapa
plufieurs fois l'air avec cette Epée , felon la coûtume
, en faisant le figne de ' a Croix vers le Septentrion
, le Misi , le Levant & le Couchant ; les Evêques
& les Barons du Royaume la conduifirent enfuite
à un Arc de triomphe qui avoit été élevé visà
vis l'Eglife des Peres de la Mifericorde , & elle y
prêta le Serment ordinaire .
Le Grand Duc de Tofcane affifta incognito au
Couronnement de la Reine. Dans le Feftin Royal
l'Archiduchele Eléonore étoit à la droite de S. M.
l'Archiducheffe Marie- Magdeleine & le grand Duc
de Tofcane à la gauche. Vis - à vis de S. M. étoient
le Primat & le Palatin du Royaume entre le Prince
Efterhafi , Garde de la Couronne , & le Comte Efterhafi
, Grand- Miréchal.
.
La Reine ayant envoyé à V enne le Prince de Lamberg
, fon Grand- Ecuyer , pour donner part de fon
Cou onnement à | Impératrice fa Mere, cette Frinceffe
le rendit le 23.du mois dernier à l'Eglife Métropolitaine
de Vienn avec les Archiducheffes E'énore
& Marie Magdeleine , qui étoient revenues de
Presbourg le 27. & eile y affifta au Te Deum , qui
y fat chanté à plufieurs Choeurs de Mufique , &
après lequel il y eut une fa ve génerale , tant de
PArtillerie des Remparts , que de la Mofqueterie des
troupes de la Garnifon , qui étoient fous les mes.
Les tats du Royaume de Hongrie n'ont point
reçû la Proteſtation que l'Electeur de Baviere leur
a envoyée au fijt du Couronnement de S. M. Ils
ont nommé des Commiffaires pour rédiger les diférens
articles fur lefquels ils ont demandé que
la
JUILLET. 1741. 1661
la Reine fît de nouveaux Reglemens .
S. M. a tenu à Presbourg un Confeil d'Etat , dans
lequel on a examiné la réponſe faite par le Roy de
Pruffe au Mémoire qui lui a été préfenté par le Miniftre
Plénipotentiaire du Roy de la Grande- Bretagne
& par celui de la République de Hollande.
Comme le Roy de Pruffe ne s'explique point dans
cette réponſe fur les inftances que ces deux Puisfances
ont faites pour qu'il retirât les troupes de Siléfie
, la Reine a réfolu de tâcher d'engager S. M.
Br. & les Etats Géneraux des Provinces - Unies , à
preffer le Roy de Pruffe de donner une déclaration
pofitive à ce fujer.
On a apris du Camp de Buhlau du 2. de ce mois
que le 20 . du mois dernier , M. de Feftititz, Major
Géneral , ayant paffé la Neiff , par ordre du Comte
de Neuperg , avec un Corps de 1600. hommes ,
parmi lesquels il y avoit soo. Gentilshommes Hongrois
, qui fervent en qualité de volontaires dans
l'Armée de la Reine , & ce Major General ayant
occupé le pofte de Lichtemberg , un peu au-deffus
de Grotkaw , pour être à portée de couper les vivres
aux troupes Pruffiennes , & de faire des courfes
du côté de Brieg & d'Ohlau , le Roy de
Pruffe fit marcher la nuit du 22. au 23. 1500 .
Curaffiers & oo. Dragons avec quelques Compagnies
de Grenadiers & fix piéces de campagne ,
pour le chaffer de ce pofte.
Ce détachement , qui étoit commandé par le
Major General Riefedel , arriva le 23 à la pointe
du jour à la vûë du Village de Lichtemberg , & ce
Major General ayant étendu fes troupes fur la droite
& fur la gauche , dans le deffein d'enveloper
celles du Major General Feftititiz , il fit un feu trèsvif
d'Artillerie & de Moufqueterie.
Les Troupes de la Reine , après avoir efuyé plu-
H vj fieurs
1862 MERCURE DE FRANCE
feurs décharges des Ennemis , abandonnerent leur
pofte , & feignirent de prendre la fuite ; mais lorfqu'elles
eurent attiré les Pruffiens dans un endroit
où elles pouvoient les combattre avec quelque
avantage , elles firent volte face , & elles les attaquerent
avec tant de valeur , qu'ils furent mis en
défordre , & que le Major General Riefedel eut
beaucoup de peine à les rallier. Ce Major General ,
craignant que les Autrichiens ne s'emparaffent de
fon Artillerie , prit le parti de fe retirer dans un
Bois voisin de Lichtemberg , où le Major General
Feftititz ne jugea pas à propos de le fuivre . Les En
nemis ont perdu en cette occafion 140. hommes
& on leur a fait 64. prifonniers.
>
Le Roy de Pruffe ayant envoyé un Trompette
au Comte de Neuperg , pour lui propofer l'échange
des prifonniers , & pour lui demander que l'on convint
d'un Reglement qui s'obferveroit dans la fuite
à cet égard , le Comte de Neuperg a fait réponſe à
S. M Pr. que fi elle vouloir envoyer un de fes
Officiers Generaux dans un lieu également diftant
des deux Camps , il y envoyeroit aufli un Officier
General des Troupes de la Reine. Grotkaw a été
choifi pour le lieu des Conférences ; Le Major Géneral
Lentulus s'y rendra de la part de la Reine ,
& le Prince d'Anhalt- Deffau de la part du Roy de
Pruffe.
L'Electeur de Baviere & l'Electeur Palatin ont
fait remettre au Miniftre qui réfide à Ratisbonne
de la part de l'Electeur de Mayence , un Mémoise
par lequel ils déclarent que cet Electeur ne peut
exercer les fonctions de Directeur de la Diette de
PEmpire , pendant que le Siége Impérial fera vacant
. Ils ont joint à ce Mémoire une Proteftation
contre tous les Actes que l'Electeur de Mayence
pourroit faire en cette qualité . Le Minifire de cet
Electeur
JUILLET. 1741 166%
Electeur prétendant que cette Proteſtation ne doit
point l'empêcher de faire valoir les droits du Prince
fon Maître , a fignifié à la Diette , qu'il continueroit
de préfider au College Electoral.
La Reine de Hongrie a donné part à la Dietre
que plufieurs des Ambaladeurs qui font à Francfort
pour affifter à la Diette d'Election , ne reconnoîtront
point le Baron de Brandau en qualité
d'Ambafadeur Electoral pour la Boheme.
Le Miniftre de l'Archevêque de Saltzbourg a
informé la Diette que le Prince fon Maître n'envoyeroit
point
de Miniftre aux Conférences d'Offenbach.
On a apris de Vienne du 8. de ce mois , que la
Reine ayant propofé aux Etats du Royaume de
Hongrie , de confentir qu'elle en partageât la Souveraineté
avec le Grand Duc , fon Epoux , quelques
Députés ont reprefenté qu'elle avoit trop de fumieres
pour avoir beboin de s'affocier quelqu'un
dans l'adminiftration des affaires .
Les Etats de Croatie ont envoyé des Députés à
Presbourg pour affûrer la Reine de leur foumiffion
& de leur fidelité , & pour la fuplier d'ordonner
que la Croatie qui jusqu'à préfent a été dépendante
du Gouvernement de Stirie , en fût détachée , &
qu'elle fit une Province féparée ; que le Ban de
Croatie fût rétabli dans toutes les anciennes prérogatives
, & qu'il eût feul la direction de tout ce qui
regarde le Militaire dans cette Province .
9 Le Comte de Neuperg a mandé à la Reine
qu'un Détachement de Huffards de fes Troupes
qui avoit enlevé 800. Boeufs dans les environs de
Breflaw , avoit été pourſuivi dans fa retraite par an
Corps de 2000. Piuffiens , & que s'étant jetté dans
un Bois , il s'y étoit défendu avec tant de valeur ,
que les Enuemis avoient été obligés de fe retirer.
I
1664 MERCURE DE FRANCE
Il paroît à Hambourg une copie de la Proteftation
que le Comte de Montijo , Ambaffadeur Extraordinaire
du Roy d'Efpagne auprès de la Diette
qui doit le tenir à Francfort pour l'Election d'un
Empereur , a envoyée à Presbourg & à Ratisbonne
au fujet du Couronnement de la Reine de Hongrie ,
& qui porte que cette Princeffe continuant de s'attribuer
la proprieté des Etats que poffedoit le feu
Empereur fon pere , le Roy d'Eſpagne a ordonné
au Comte de Montijo de protefter contre le nouvel
Acte de Souveraineté qu'elle vient de faire , en
fe faifant couronner à Presbourg,S . M. C. ſe réfervant
tous les droits auxquels elle a fuccedé , & que
les Etats de Hongrie , felon elle , ne doivent point
ignorer.
LE
PRUSSE.
E Roy de Prufle a fait une réponſe au Mémoire
que le Loid Hincford & le Baron de Ginkel
lui ont préfenté de la part de S. M. Br . & des
Etats Géneraux des Provinces Unies.
Cette réponse datée du 15. du mois dernier ,
porte que n'ayant demandé depuis fon entrée en
Sil fie que 1 reftitution d'un bien qui lui apartient
, il ne s'eft jamais éloigné d'un accommodement
dont i pût accepter les conditions ; que
les propofitions avantageufes qu'il a faites à la
Reine de Hongrie , font connues de toute l'Europe
, & qu'elles font des preuves fuffifantes de la
modération & de fon amour pour la Paix que fes
differends avec cette Princeffe feroient déja terminés
, fi elle avoit voulu écouter ces propofitious ,
mais qu'elle les a rejeitées avec hauteur , qu'ainfi
il ne peut fe reprocher la continuation d'une Guerre
que la Cour de Vienne elle -même a rendu néc ffaue
, en refufant de lui rendre juftice ; qu'il reçoit
avec
JUILLET. 1741. 1665
avec beaucoup de reconnoiffance les affûrances
que le Roy de la Grande Bretagne & les Etats Géneraux
des Provinces Unies lui donnent de l'interêt
qu'ils prennent à ce qui le regarde , & qu'il
efpere que l'une & l'autre Puiffance , en employant
leurs bons offices pour rétablir la tranquillité en
Allemagne, non- feulement ne s'éloigneront jamais
de l'impartialité que demande un ouvrage fi falutaire
, mais encore n'exigeront point de lui des
conditions incompatibles avec ton honneur & avec
les droits inconteftables de fa Maiſon .
Les derniers avis de Berlin du 13. de ce mois
portent que le Loid Hincford , Miniftre P.énipoten-~~
tiaire du Roy de la Grande Bretagne auprès du Roy
de Pruffe , étoit retourné le 2. au Camp de S. M. Pr.
pour lui demander de la part du Roy fon Maître
une Déclaration plus p fitive que celle qui lui avoit
été remife par le Roy le 1. du mois dernier .
Le Roy de Pruffe a répondu au Lord Hincford ,
qu'il étoit très- difpofé à conclure la Paix avec la
Reine de Hongrie , pourvû que cette Princeſſe
voulût faciliter leur accommodement .
On a imprimé à Berlin par ordre du Roy une réponſe
en François à un Ecrit publié par la Cour
de Vienne fous le titre de Réfutation des Prétentions
du Roy de Pruffe fur les Dachés de Jagerndorff , de
Ligniz de Brieg , & dé Woklan.
Le Roy dit dans cette réponse que la Reine de
Hogne lui reproche à tort dans cet Ecrit , d'avoir
violé les loix du Dro t Naturel & du Droit
des Gens , en entrant à main armée dans la Siléfie
, qu'on n'ignore pas que la mort de l'Empereur
a mis toutes les affaires de l'Europe dans une fitua
tion critique , & que cette mort a réveillé les prétentions
de lufieurs Puflances fur la Silefie , que
cette raifon la déterminé à y faire entrer des
troupes
1866 MERCURE DE FRANCE
troupes , tant pour s'affûrer la poffeffion des Pays
qui lui apartiennent dans cette Province , que pour
couvrir les Fronti res de fes propres Etats ; qu'avant
que d'affembler fon Armée , il avoit informe
de fa réfolution le Miniftre qui réfidoit en la Cour
de Berlin de la part de la Reine de Hongrie , que
depuis fon arrivée en Sil fie , il avoit fufpendu
long tems les actes d'hoftilité ; qu'il avoit envoyé
à Vienne le Comte de Gotter , pour représenter à
la Reine de Hongrie les droits de la Maifon de
Brandebourg , & pour l'affûrer que fi elle vouloit y
avoir égard , il ne feroit aucune démarche qui pût
troubler leur bonne intelligence que la Reine de
Hongrie , bien loin de vouloir lui rendre juftice &
d'accepter des propofitions qu'elle devoit recevoir
favorablement , les avoit rejettées avec hauteur , &
qu'elle avoit déclaré qu'elle le regarderoit comme
ennemi , tant qu'il resteroit en Siléfie ; qu'il a été
obligé par de tels procedés , d'avoir recours à des
moyens moins pacifiques , & de commencer à faire
valoir fes droits par la force , que de l'aveu même
de la Cour de Vienne , il n'eft pas beſoin de déclaration
de Guerre , lorsqu'on repete un bien dant
on a la proprieté , & qu'il a prouvé d'une maniere
incontestable par fes Mémoires précedens fes droits
fur les Duchés de Jagerndorf , de Lignitz , de
Brieg & de Wohlau .
L'Auteur de l'Ecrit , qu'on entreprend de réfuter
par cette réponſe , ayant avancé que la Mufon de
Brandebourg étoit d'autant plus obligée de remplir
les engagemens qu'elle a pris par les Traités de
1686. & 1696. qu'elle en avoit retiré des avantages
confiderables , le Roy répond que le Titre de
Roy de Pruff , promis à l'Electeur fon Ayen ' , par
P'Empereur , lui avoit déja été affaré par le Traité
'Oliva ; que l'Empereur en accordant au même
Prince
JUILLET. 1741 1667
Prince l'expectative de l'Ooft frife , n'a fait que
remplir les promeffes qui avoient été faites à ce
Prince par l'Empire , pour le dédommager des pertes
qu'il avoit fouffertes , & que les prétendus équivalens
que la Maifon de Brandebourg a reçûs en
argent pour les Duchés qui font en conteftation ,
n'aprochent pas de la vingtiéme partie des fommes
que la Maifon d'Autriche en a tirées, depuis qu'elle
en eft en poffeffion .
ITALIE.
N mande de Venise , que le Chevalier Pierre
Grimani ,Procurateur de S. Marc , avoit été
élû Doge de cette République le 29. du mois dernier
, à la place de feu M. Louis Pifani .
+
On a apris de Rome du 2. de ce mois , que le 28.
du mois dernier , le Pape reçut la Haquenée que le
Roy des deux Siciles a coutume de lui envoyer
pour le Tribut du Royaume de Naples . Elle fut
préfentée par le Connétabie Colonne que S.
S. M.
Sic. a nommé fon Ambaffadeur Extraordinaire pour
cette fonction , & qui fe rendit à l'Eglife de Saint
Pierre , la Cavalcade s'étant faite dans l'ordre fuivant.
La Compagnie des Chevau Légers ; les Pages du
Connétable Colonne ; fes Gentilshommes ; ceux
des Cardinaux & des Ambaffadeurs ; les Gentilshommes
Napolitains & Siciliens qui étoient à Rome
; les Ducs Cefarini & Lanti , les Princes Caferta
, Borghese , Barberini & Sorano , les Prélats Napolitains
& Siciliens , la Chambre fecrette du Pape,
Le Connétable Colonne marchoit entre les Cameriers
d'honneur , & il étoit fuivi d'un Détachement
de la Compagnie des Suiffes de la Garde de
Sa Sainteté.
1668 MERCURE DE FRANCE
Le foir , le Cardinal Aquaviva fit tirer un ma
gnifique Feu d'Artifice dans la Place , vis- à - vis le
Palais Farnefe.
On a apris de Veniſe du 8. de ce mois , que les
Sénateurs s'étant affemblés le premier, vers les huit
heures du matin au Palais du Chevalier Gramini ,
qui a été élû Doge de cette Républ que ; ils le
conduifirent à la Place de S. Marc , dont il fit le
tour , fuivant la coûtume , en jettant au Peuple un
grand nombre de piéces d'or & d'argent, & enfuite
au Palais Ducal , où après avoir prêté le Serment
dinaire , il fut inſtallé dans fa Dignité par les
Procurateurs , dont le Doyen & le fous- Doyen
lui mirent la Couronne Ducale fur la tête.
Le lendemain , le Doge , accompagné de la Seigneurie
, fe e dit à Eglite Ducale , & y affifta
à la Grande Meffe qui fut célébrée Pontificalement
par M Diedo , Patriarche de Venife , & après la
quelle le Te Deum fur chanté à plufieurs Choeurs
de Mufique Pendant trois nuits confécutives . toutes
les Maifons de la Ville ont été illuminées , &
l'on a fait des réjouiffances publiques .
M
ESPAGNE.
R Vander-Meer , Ambaffadeur de la Républi
que de Hollande , ayant fait plufieurs inftan
ces pour que les Vaiffeaux Hollandois , fur lefquels
il fe trouveroit des Marchandifes d'Angleterre
, ne fuffent point arrêtés par les Vaiffeaux du
Roy d'Espagne , S. M a fait affûrer ce Miniftre
qu'elle étoit très- difpofée à défendre à fes Gardes-
Côtes , de troubler en aucune maniere & fous aucun
prétexte la navigation des Vaiffeaux Hollandois
, pourvû que les Etats Géneraux des Provinces
Wnies engageaffent le Roy de la Grande Bretagne
JUILLET. 1741 1669
a ordonner qu'à l'avenir les Anglois n'arrêtaſſent
Plus les Bâtimens qui auroient à bord quelques
Marchandifes d'Espagne.
On mande des Ines Philippines , que les Chré
tiens des Inles de Calamianes & de Mindore fouffroient
beaucoup de perfécutions de la part des
Mahométans , & que ces derniers avoient maffacré
deux Auguftins Déchauffés qui y exerçoient les.
fonctions de Vicaires Apoftoliques .
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
Na
Na apris de la Haye du 29. de ce mois , que
les Chinois , établis dans l'Ile de Java , avoient
formé avec les anciens Habitans de cette Ifle le
complot de profiter de la circonftance d'une Fête ,
pour maffacrer tous les Hollandois qui y demeurent
, pour piller la Ville & les Magaſins de Batavia
, & pour y mettre le feu .
1 Je
Le Chef de ce complot étoit un fils naturel du
dernier Empereur de la Chine , lequel a été obligé
il y a quelques années de s'enfuir de ce Royaume
parce qu'il avoit voulu y exciter des troubles , &
enlever la Couronne au Succefleur légitime .
>
Dès le mois de Mai de l'année derniere , il avoit
affemblé un Corps de 5. à 6000. hommes , à la
tête duquel il pilloit & bruloit tous les Lieux dont
les Habitans ne pouvient fe défendre , & Mrs Imhoff
& Van- Aarden ayant marché avec deux Corps
de Troupes Hollandoifes , pour s'opofer à les entreprifes
, il remporta fur eux l'avantage en deux.
differentes occafions . Animé par ces fuccès , il avoit
cherché par toutes fortes de moyens à groffir fon
parti , & étant parvenu à y attirer près de 60000 .
Javans & Chinois , il étoit convenu avec ceux de
fa Nation qui étoient dans Batavia , que le 8. du
mois
1670 MERCURE DE FRANCE
mois d'Octobre , à fept heures du foir , il le préfenteroit
devant la Vilie avec fon armée , pour
Pattaquer , & qu'en même tems qu'il donneroit
Paffaut , les Partifans qu'il avoit dans la Ville feroient
main bafle fur les Habitans. Son deffein
ayant été découvert par une Lettre qu'il écrivoit à
P'un des principaux Chefs de fa Nation , & qui fut
interceptée , on prit des mefures fi efficaces pour
contenir les Chinois de la Ville dans le devoir ,
qu'ils n'oferent rien entreprendre pour feconder
Farmée des Rebelles , lorfqu'elle attaqua la Ville ,
& cette armée fut obligée de fe retirer , fans avoir
caufé d'autre dommage , que d'avoir mis le feu
aux Fauxbourgs.
Le lendemain au matin , le Confeil s'étant affemblé
pour déliberer fur le traitement quon feroit
aux Chinois de Batavia , il fut décidé que la
fûreté des habitans demandoit qu'on fe détît d'ennemis
fi dangereux , & les Chinois ne voyant aucun
moyen d'échaper au châtiment qu'on leur préparoit
, mirent le feu à leur quartier qui compofoir
plus de la moitié de la Ville , & qui a été entierement
réduit en cendres . La plupart d'entr'eux ont
péri dans les flâmes ; & quoiqu'une partie de leurs ,
richeffes avoit été brulée , le pillage a été fi confidérable
, que plufieurs Soldats ont eu jufqu'à
10000. écus leur
pour part.
Le Chef des Rebelles , qui s'eft retiré dans les
montagnes après avoir manqué fon entrepriſe ,
étoit encore vers la fin du mois de Novembre dernier
avec un Corps de troupes affés nombreux
mais étant découragé par les differens échecs qu'il
a reçûs , il n'a point ofé faire de nouvelles tentatives
pour fe rendre maître de Batavia.
Un grand nombre de Rebelles ont déja fait des
démarches pour obtenir leur pardon , & ic Confeil
JUILLET. 1741 1671
de Batavia a fait publier le 12 , du mois d'Octobre
de l'année derniere une Amnistie génerale pour
ceux qui fe foumettroient dans le terme d'un mois ,
avec promeffe qu'ils jouiroient de la même protection
& des mêmes avantages , & qu'ils pourroient
recommencer leur commerce avec la même
liberté qu'avant la révolte. Leurs feuls Chefs font
exclus de l'Amniftie , & on a promis des récompenfes
à ceux qui les livreroient morts qu vifs.
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres du 6, de ce mois , que
ONemaddedoisdernier le Capitaine Wimbleton
, Commandant la Chaloupe de guerre le Crui
Zer', y aporta la nouvelle du mauvais fuccès de la
tentative faite par l'Amiral Vernon , pour furprendre
le Fort S. Lazare , & des difficultés que cet
Amiral avoit trouvées à continuer le Siége de Cartagene
, qui l'ont déterminé à abandonner fon entrepriſe
.
1
La Relation de cet Evenement contient les particularités
fuivantes.
Les Matelots ayant travaillé par ordre de l'Ami
ral Vernon , à ouvrir un paffage pour pénetrer dans
le Port intérieur de Cartagene , dont les Espagnols
avoient fermé l'entrée par les Vaifleaux qu'ils y
avoient coulés à fond , les Galiottes à bombes y
entrerent le 12. Avril dernier au foir , avec deux
Frégates deftinées à les couvrir. "
Le lendemain matin , elles commencerent à
bombarder la Ville , & le foir on pratiqua un autre
paffage à l'Eft dụ Banc qui eft à l'entrée du Port .
Trois Brulots qui pafferent par ce Canal & qui fe
pofterent à Jexar de Gracias , pour favorifer le débarquement
des troupes , firent un feu très - vif con
tra
1672 MERCURE DE FRANCE
tre les Espagnols partout où l'on s'aperçût qu'ils
vouloient fe retrancher.
Le 14. le Weymouth ayant paffé par le Canal à
l'Oüeft , & ayant fait le tour du Banc, fe plaça dans
la partie Orientale du Port .
Ce Vaiffeau fut joint le 15. au foir par la Chaloupe
de guerre le Cruizer , & le feu de ces Bâtimens
ayant chaflé les Efpagnols de tous les poftes qu'ils
occupoient entre l'extremité du Port & le Fort Saint
Lazare , les troupes commencerent à débarquer le
16. à la pointe du jour.. ་་་
Le Géneral Wentworth s'avança avec 1500.
hommes dans un défilé long & étroit , où il eut
quelques Soldats bleffés , & au fortir du défilé on
découvrit un Corps d'environ 600. hommes , lequel
s'étoit pofté très- avantageulement pour difputer
le paffage on marcha auffi-tôt pour attaquer
ce Corps , & on effuya plufieurs décharges de la
Moufqueterie des ennemis , mais enfin on les obligea
de fe retirer , & on fe rendit maître d'un terrain
propre à former un Camp à un mille du Fort
S. Lazare .
Le même jour & le jour fuivant , on fit débarquer
le refte des huit Régimens de Marine & de ceux de
Poland & de Cavendish , avec deux Bataillons des
troupes levées en Amérique , & toutes ces troupes
fouffrirent beaucoup pendant trois jours , ayant été
obligées de demeurer fous les Armes , parce qu'on
n'avoit pu débarquer leurs tentes ni leurs outils.
Les maladies qui fe mirent parmi les Soldats , & la
faifon pluvieufe qui aprochoit , ne permettant pas
de prendre le tems qui auroit été néceſſaire pour
élever une batterie de canons , il fut réfolu dans un
Confeil de guerre , de tenter d'emporter le Fort
S. Lazare par efcalade , d'autant que les affiégés
ajoûtoient tous les jours de nouveaux ouvrages à
leurs
JUILLET. 1741. 1673
leurs Fortifications , mais cette réſolution ne put
s'executer avant le 20.
Douze cent hommes fous les ordres du Brigadier
Géneral Guife , s'avancerent ce jour- là à trois
heures du matin vers le Fort , qu'ils attaquerent par
deux endroits , & les Grenadiers , qui marchoient
les premiers , pénetrerent dans quelques ouvrages
exterieurs , malgré le grand feu des ennemis , qui
leur tuerent beaucoup de monde , mais la Garniſon
du Fort recevant continuellement des fecours de la
Ville , & le canon des affiegés tirant de toutes parts
à cartouche , les troupes commandées pour l'attaque
, furent obligées de fe retirer , après avoir fait
une perte confidérable .
Quoique le Géneral Wentworth eût eû la précaution
de faire avancer un Corps de réſerve
de so . hommes , pour couvrir fa retraite , les asfiégés
firent en même-tems deux forties , l'une de
la Ville & l'autre du Fort , & non - feulement ils
pourſuivirent le Géneral Wentworth , mais ils for
cerent un retranchement que les Anglois avoient
fait à la tête du chemin du bord de la Mer , & ils les
chafferent de ce chemin.
Cependant les maladies étoient augmentées à tel
point parmi les affiégeans , que le 26. il avoient
plus de foo. morts ou malades , & parmi les der-,
niers prefque tous les principaux Officiers , ce qui
détermina l'Amiral Vernon à affembler un Confeil
de
guerre , dans lequel il fut reconnu que bien loin
que les troupes fuffent en état de continuer le Siége,
il reftoit à peine affés de Soldats pour les gardes
ordinaires du Camp . Comme on étoit d'ailleurs
menacé de manquer d'eau , toutes les Citernes, qui
en fourniffoient, étant épuiſées , on réfolut en conféquence
de faire rembarquer les troupes, & cela fut
executé le 27. au foir , fans aucun obſtacle de la part
des affiégés . Quelques
1674 MERCURE DE FRANCE
Quelques jours auparavant , P'Amiral Vernon ,
voulant faire un dernier effort contre la Ville, avoir
ordonné qu'on établît une batterie de canons fur
le Vaiffean la Galice , que les Efpagnols ont abandonné
après la prife des Forts de Bocachica & de
S. Jofeph. Cette batterie fut achevée le 26. & le
Vaiffeau la Galice s'étant aproché des remparts le
plus près qu'il fut poffible , il ne difcontinua point
de tirer depuis cinq heures du matin juſqu'à midi ,
quoiqu'il fût expofé en même- tems au feu de deux
Baftions , d'une demi Lune & d'un kavelin , mais
comme il étoit trop éloigné pour faire breche aux
remparts , qui font revétus de pierre, l'Amiral Vernon
envoya ordre au Capitaine Hore , qui commandoit
ce Vaiffeau , de couper fes cables , & lorfque
le flot feroit affés fort , de fe laiffer dériver
en préſentant toujours le flanc à l'ennemi , ce que
le Capitaine Hore exécuta , en continuant de tirer
jufqu'à ce qu'il échoua fur les bas fonds , on
le Vaiffeau la Galice fut bien - tôt rempli d'eau.
Auffi tôt après le rembarquement des troupes ,
on travailla à retirer les mâts des Vaiffeaux coulés
à fond par les Efpagnols , & les Officiers ont été
employés auffi-bien que les Soldats & les Matelots
à ce travail , dans lequel on a fi bien réuffi , qu'on
c'eft trouvé en état de remplacer fur les Vaiffeaux
les mâts qui avoient été brifés par le canon du Fort
de Bocachica. On retira auffi des Vaiffeaux Efpagnols
plufieurs ancres & des cables , enforte que
par ces fecours la Flotte s'eft trouvée en état de
remettre en Mer.
Ces précautions ayant été priſes , on tint le 5. &
le 6. du mois de Mai deux autres Confeils de guerre
, & tous les Officiers de Terre & de Mer , qui
affifteren : à ces Confeils , furent d'avis unanimement
, qu'on n'avoit point d'autre parti à prendre ,
que
>
JUILLET. 1741 1673
1741.1675
"
que celui de retourner à la Jamaïque , dès qu'on
auroit entierement détruit tous les Forts dont on
s'étoit emparé. La démolition de celui de Caſtillo !
Grande , laquelle s'cit faite fous la direction du
Capitaine Knowles , n'a pû ê re achevée que le 6.
parce que les murailles , dont les remparts de ce
Fort étoient revétus , étoient fort épaifles . On a
encloüé 59. piéces de canons qu'on y a trouvées ,
& on les a mifes hors d'état de fervir.
Lorfque le Capitaine Winbleton eft parti du Havre
de Cartagene , on ne fçavoit pas encore quand
la Flotte remettroit à la voile , & l'entree du Port
étant extrêmement étroite , on conjecture qu'il aura
fallu beaucoup de tems , pour que tous les Vaisfeaux
ayent pû en fortir .
Selon le raport de ce Capitaine , on a perdu au
Siége plus de la moitié des troupes qui y ont été
employées . Mrs Grant & Tompfon , Colonels ; Mrs
Robinion & Adair , Capitaines , & Mrs Percketį ,
Huges , Prideaux , Medlicot & Smith , Lieutenans ,
ont été tués . Les Colonels Moreton & Blagrave ;
le Major Dawſon ; les Ingénieurs Eligoth & Clarck;
les Capitaines Witeford , Sharpleff , Johnfton , Ingoldsby,
Corbett, Harris , Baldwin , Ouchterlony &
Kinefton , les Lieutenans Gregion , Walker, Ellyot ,
Wytenell , Jones , Jannifon , Brodie , Majoribanck
& Catchart ; M Welbury , Lieutenant d'Artillerie,
& M. la Primaudie , Commiffaire d'Artillerie , font
morts de maladie , auffi bien que plufieurs autres .
L'Amiral Vernon envoya le 28 à Cartagene le
Capitaine Rentone , avec une lettre , pour propo
fer l'échange des prifonniers à Don Sébastien de
Slava , Gouverneur de la Place , lequel a répondr
à cette lettre avec beaucoup de politeffe , & a renvoyé
68. prifonniers , parmi lefquels il y avoit plu-
Leurs bleſſés , qui fe font beaucoup loués des bons
traitemeng I
1676 MERCURE DE FRANCE
traitemens qu'ils avoient reçûs dans la Ville.
Le Vaileau Marchand l'Induſtrie , a été pris par
les Efpagnols , & a été conduit à S. Sebaſtien.
Les Equipages des Vaiffeaux Marchands le Sarah
& le Keyza , revenant l'un de le nouvelle York &
l'autre de la Jamaïque , ont rapor é que le Vaiffeau
de guerre la Defiance , s'étoit emparé de cinq Bâtimens
Efpagnols , chargés de munitions , & que
les Efpagnols avoient pris les Vaiffeaux le Gale , le
Lancaster & la Reine des Indes.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.b.
A Mere Angélique du S. Sacrement , Religieufe
L de l'Ordre de S. Dominique , eft morte à Aveiro
, en Portugal , dans le Monaftere de Jefus , âgée
de 104 ans , ayant aſſiſté juſqu'à la fin de fa vie au
Choeur & aux autres Exercices de fa Communauté.
Le Pere Jofeph de la Conception , Religieux du
Tiers Ordre de S. François , & Profeffeur de Théologie
à Santarem , y mourut le premier Mai dernier
, âgé de 75. ans. Il s'étoit acquis une grande
réputation par plufieurs Ouvrages dans lesquels il
2 donné de grandes preuves de fon érudition .
...
J
Le . Juin , Philipe Bondelmonte , Florentin
Gouverneur de la Ville de Rome & de fon District,
y mourut Il avoit d'abord paffé par différens Gouvernemens
de l'Erat Eccl . faftique , ayant eû celui
de Citta de Caftello , en Décembre 1720. enfuite
celui d'Orviette , puis celui d'Afcoli le 20. Janvier
1725. Il fut envoyé en 1730. à Benevent par le
Pape Clement XII en qualité de Commiffaire
Apoftolique , d'où étant de retour à Rome au mois.
de
OMJUILLET ( 17418 / 1677
de Juin 1731. il fut dé laré quelque tems après
Vice- Légat d'Av guon Il exerçoit encore cet Emploi
loriqu'il fut défigné au mois de Juillet 1738
Nonce ordinaire en France , mais cette nomination
n'ayant pu avoir d'effet , il fut déclaré Gouverneur
de Rome le 26. Septembre 1739.
=

Le 17 Louis Pifani , Doge de la République
de Venife , y mourut fubtement
âgé de 77.
ans , s . mois & 17 jours , étant né le premier Janvier
1664. &- après un Regne de 6 ans & mois ,
ayant été é¹û Doge le 17. Janvier 1735. au lieu &
place de Charles Ruzzini , mort le ་ du même
mois. Il étoit alors Procurateur de S. Marc.
Le 3. Juillet , Elizabeth Therefe de Loraine, Epoufe
de Charles- Emanuel , Roy de Sardaigne , Duc de Savoye
, Prince de Piémont , &c . dont elle étoit la
troifiéme femme , & avec lequel elle avoit été mariée
le 5. Mars 1737 mourut en couches à Turin ,
âgée de 29. ans 8. mois & 18. jours ét nt née le
15. Octobre 1711. Elle étoit fille de Léopold Jofeph
Charles , Duc de Loraine & de Bar , mort le
27. Mars 1729 & d'Elizabeth Charlotte d'Orleans ,
Ducheffe Douairiere de Lor ine & de Bar , fa
veuve. Elle laiffe de ce mariage e Duc d'Aofte , le
Duc de Chablais , & une Princeffe .
'
Le 14 Dieudonné Drion , Abbé Régulier des
Monafteres de Stavelo , Diocèle de Liége , & de
Malmedi , Diocèfe de Cologne , de l'Ordre de faint
Benoît , Prince du S. Empire Romain , Comte de
Logne , mourut dans fon Monaftere de Stavelo
âgé de 74. ans. Il avoit été élû Abbé de ces deux
Monafteres au lieu & place de feu Nicolas Maffin ,
le 2. Août 1737. étant alors Prieur de celui de Malmedi.
Il fut beni le 24. Août 1738. à Cologne , par
l'Evêque de Rodiopolis , affifté des Abbés de Saint
Pantaleon & de Brauweiler
$2 I ij FRAN
1678 MERCURE DE FRANCE
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
Jai
E Roy qui revint du Château de Rambouillet
le 30 du mois paffé , y retourna
le 3. de ce mois , & S. M. en revint le 4 .
Le 2. la Reine entendit la Meffe ans la
Chapelle du Château de Versailles , & S. M.
y communia par les mains du Cardinal de
Fleury fon Grand- Aumônier.
Le Roy a donné à l'Abbé d'Oppede , l'un
des Aumôniers de S. M. la Charge de Maître
de l'Oratoire vacante par la mort de
l'Abbé du Vigean.
>
Le 7. pendant la Meffe du Roy , l'Archevêque
de Toulouſe prêta ferment de fidelite
entre les mains de S. M.
On a reçû avis de Turin , que le 21 du
mois paffé , à onze heures du foir , la Reine
de Sardaigne étoit accouchée heureufement
d'un Prince , qui a été nommé le Duc de
Chablais.
Le 18..de ce mois , le Commandeur So
3
lar
JUILLET. 1741 . 1679
lar , Ambaffadeur du Roy de Sardaigne
eut en grand Manteau de deuil une Audience
particuliere du Roy , & il donna part à S. M.
de la mort de la Reine de Sardaigne . Il eut
enfuite Audience de la Reine , & il fuc
conduit à ces Audiences par le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaſſadeurs.

Le 25. le Roy prit le deuil pour la mort
de la Reine de Sardaigne.
M. de Vendeuil , Ecuyer du Roy , qui
tient à Paris une des Académies Royales ,
cut chés lui le 27. de ce mois , une Fête que
les jeunes Gentilshommes fes Eleves , font
en poffeffion de lui donner à pareil jour ,
veille de Sainte Anne , fa Patronne .
Ón avoit dreffé au fond du grand Manége
couvert , entouré d'arbres , un Feu d'Artifice,
galamment orné , de la compofition du
Sr Marié Artificier du Roy ; toutes les barrieres
de ce vafte Manége étoient chargées
de terrines , qu'on alluma à 8. heures du
foir , & qui firent un très - bel effet fous la
verdure. Un Concert de Timbales , de-
Trompettes & de Cors de Chaffe , exécuté
par les plus habiles de Paris , commença fur
les neuf heures ; & après une décharge d'une
I iij centaine
1680 MERCURE DE FRANCE
centaine de Boëtes , on tira le Feu qui eut
tout le fuccès poffible ; auffi fut il aplaudi
par tous les Spectateurs qui étoient en grand
hombre .
Après ce Spectacle , Mrs les Gentilshom
mes Académiftes , qui avoient ce dé leurs
Apartemens aux Dames invitées , allerent
leur donner la main , & les conduisirent
dans une Salle magnifiquement ornée pour
le Bal , qui commença au bruit d'une brillante
Symphonie de Haut bois & de Vio
lons , & dura jufqu'à fept heures du matin.
Il y eut durant tout ce tems- là une profufion
de toutes fortes de rafraîchiffemens qui furent
fervis aux Dames par ces Mellieurs.
Tout le monde admira leur politeffe , leur
modeftie & leur fageffe , dont une grande
gayeté ne les fit jamais fortir.
ENTREE féjour de M. le Duc de
Richelieu à Toulouf ; Honneurs qui lui
ont été rendus , &c.
L
E Duc de Richelieu , Commandant en
Chef dans la Province de Languedoc ,
fit fçavoir au commencement du mois de
Mai dernier , aux Capitculs de Toulouſe
qu'il feroit inceffamment fon ntrée de cérémonie
dans cette Ville , & qu'il s'atten
!
doit
JO JUILLET. 1681
1741
doit à recevoir les Honneurs qui lui étoient
dûs en cette qualité.
Le Parlement , informé par les Capitouls,
prétendit que pour ce qui le regardoit , la
Compagnie n'étoit pas dans l'ufage de rendre
de pareils Honneurs , fur quoi differens Mémoires
furent refpectivement envoyés à la
Cour , dont la décifion fût que le Parlement
nommeroit des Commiffaires , lefquels , de
concert avec le Duc de Richelieu , regleroient
ce que cette Compagnie feroit dans
l'occafion préfente : qu'à l'égard de la Ville,
on fuivroit le Cérémonial , écrit dans les
Regiftres de l'Hôtel de Ville : fuivant ces
Regiftres , depuis 1633. il n'y avoit point
eu de Commandant , qui eût fait d'entrée
en cérémonie
Après que toutes chofes eurent été reglées
, le Duc de Richelieu manda aux Capitouls
qu'il avoit fixé fon Entrée au Lundi
28. Mai, & en conféquence, il arriva la veille
à Lefpinet chés le Comte de Fumes , c'est- àdire
à une demi - lieuë de Toulouſe , dans la
Banlieuë de Sardiafe.
Le Duc de Richelieu en partit le lendemain
fur les deux heures après midi. Il trouva
à la Croix des Récolets à l'extremité du Fauxbourg
S. Michel , un Bataillon de 800 .
Hommes,commandé par M. de Lafeuillade
ancien Capitoul , & Receveur General du
1 iiij Canal
1682 MERCURE DE FRANCE
Canal de Languedoc , après qu'il en eût fait
la revûë , le Bataillon défila en bon ordre
pour aller prendre fon pofte à la Place Saint
Etienne devant l'Eglife Métropolitaine , avec
le refte du Cortége , lequel s'avança de la
maniere qui fuit , vers la Ville.
ORDRE de la Marche.
1
(1
Le Bataillon de 800. Hommes. Une Compagnie
de Huffars. Le Grand Prevôt avec
fes differentes Brigades. Les Compagnies de
la Milice Bourgeoife . La Maifon du Duc de
Richelieu. La Compagnie de fes Gardes. La
Compagnie du Guet. Les Officiers de l'Hôtel
de Ville . Les anciens Capitouls . Un Dais
- dont les bâtons étoient portés par les quatre
Affeffeurs des Capitouls . Les Trompettes &
Haut bois.
}
Le Duc de Richelieu fut reçû entre les
deux Portes de la Ville par les Capitouls en
Charge , dont le premier , qui eft Chef du
Confiftoire , fe plaça à fa droite ; le plus ancien
fe mit à fa gauche , & les deux autres
fuivoient. Marchoient enfuite le Capitaine
des Gardes , & le Comte de Clermont - Ro-
↑ chechouart à la tête de la Nobleffe. Les ca-
Toffes du Commandant , & quelques Détachemens
de diferentes Maréchauffées , fermoient
la Marche .
Elle
BOM JUILLET. 17411683
Elle continua par la grande rue de l'Inquifition
, par la Place du Salin , par le refte
de la grande rue , par la Place de l'Hôtel de
Ville , paffant devant l'Ecu & la Pomme ;
& enfin par la rue Boulbonne , on arriva à
l'Eglife de S Etienne , où le Te Deum fut
folemnellement chanté par la Mufique de
cette Cathédrale , & c .
Le Duc de Richelieu alla enfuite prendre
fon logement à l'Archevêché. Le Bataillon
qui étoit toujours refté fous les Armes , fur
salors congedié . On a remarqué qu'il y eût
pendant cette Marche plus de cinquante mille.
Perfonnes , foit aux fenêtres , foit dans les
rues , fans qu'il y ait eu le moindre embarras
, & qu'il foit arrivé aucun accident.
?
Les Archevêques de Narbonne & de
Toulouſe , les Evêques de Comminges & de
Montauban voulurent bien contribuer par
leur préfence aux Honneurs que la Ville a
rendus à l'Illuftre Commandant.
Le Préfident Caulet , repréfentant le Premier
Préfident du Parlement , fit la premiere
2 vifite au Duc de Richelieu. Il ne le trouva
e pas. Elle lui fut renduë fur le champ , & M.
le Duc trouva le Préfident.
"
Le 29. les Députés du Parlement firent
leur vifire. Le Préfident Riquet , accompa
gné de quatre Confeillers & du Procurcur
General , porta la parole & s'exprima en ces
Iv Nous germes.
1684 MERCURE DE FRANCE
Nous venons , Monfieur , aplaudir au
choix du Prince qui vous a confié fon Autorité
dans une partie de ce Reffort : Que
ce jour , le plus flateur & le plus brillant du
noble Emploi que vous exercez , foit celui
de votre union avec uneCompagnie auguſte ,
qui confacre tous fes travaux à la tranquillité
& au bonheur des Peuples foumis à fon adminiſtration
! C'eft ie digne ufage que vous
ferez de ce Génie fublime & de ces Talens,
auli ag cables que aves dans les Cfooluirdses d, equli'Eounrtopepalreûs
plus polies & les plus brillantes , & qui font
revivre aux yeux de la Nation Françoife ce
Miniftre fameux dont la gloire fembloit
avoir épuifé l'admiration de l'Univers.
Le Duc de Richelieu foupa ce jour - là chés
le Préfident Cauler.
Le 30. il fe rendit au Parlement où il fut
reçû en qualité de Commandant pour le
Roy dans la Province de Languedoc , de la
miniere qu'il avoit été reglé , placé immédiatement
au deffus du Doven.
Le Duc de Richelieu alla l'après-diner à
l'Hôtel de Ville , où tout le Corps étoit
convoqué , enfuite à l'Opera , d'où il revint
à l'Hô et de Ville où il foupa : une grande
Table en fer à cheval , & d'environ cent
Couverts , fut magnifiquement & très abondammen
: fervie. Le Souper , qui avoit été
préJUILLET.
1741. 1685
précedé d'un très beau Feu d'Artifice , avant
lequel on avoit fait plufieurs décharges de
Coulevrines & de Moufqueterie , fut accompagné
d'un Concert & fuivi d'un Bal qui
dura jufqu'au jour.
1
&
Prefque tous les Officiers des Troupes
du Roy , qui font dans cette Province ,
quantité d'Etrangers ont accouru à cette cérémonie
, & tout le monde en a parû fort
fatisfait.
Le 3. & le 5. Juillet , il y eut Concert
chés la Reine. M. de Blamont, Surintendant
de la Mufique de Roy en femeftre , fit chanter
le Prologue & les cinq Entrées du Ballet
de l'Europe Galante. Les principaux Rôles
furent chantés par les Dlles Romainville, Mathieu
& Abec , & par les Srs le Clerc , le
Begue , du Bourg , Tribou , Benoît & d'Angerville.
Le 8. le 1o. & le 12. la Reine entendit
l'Opera de Bellerophon , dont les Rôles furent
remplis par les mêmes Acteurs & par
les Srs Poirier & d'Aigremont.
Le Is. le 17. & le 19. on concerta l'Opera
de Proferpine. Les Rôles furent remplis
par les mêmes Sujets , & par les Sr & Dile
Godoneſche .
Les 22. 24. & 26. la Reine entendit l'Opera
d'Armide. Les mêmes Acteurs chante-
I vj
}
rent
1
1686 MERCURE DE FRANCE
rent les principaux Rôles avec les Dlles Defe
champs & la Lande , & le Sr. Richer, what if
Ε
La Loterie Royale établie par Arrêt du
Confeil du 22. Janvier 1741. en faveur des T
Pauvres , fut tirée pour li troifiéme fois dans l
la grande Salle de l'Hôtel de Ville , en préfence
des Prevôt des Marchands & Echevins
, le Lundi dernier jour du mois de Juillet.
La Lifte génerale des Billets gagnans fut
publiée le lendemain. Le Gros Lor qui efte
de 100000 livres eft échû au Nº. 16393 .
fous la Devife de A l'honneur de S. Mathias.
Le fecond Lot , qui eft de 50000. livres , eft
échú au N °. 3800. fous la Devile , Aux trois
Affociés
CONVENTION préliminaire de Commerce
& de Navigation entre le Roy le Roy
de Suede fignée à Versailles te 25. Avril
1741. dont voici la tèneur.
LOUIS par la grace de Dieu . Roy de France
L&
& de Navarre : A tous ceux qui ces préfentes:
Lettres verront , SALUT . Comme notre amé & féal
Confeiller en tous nos Confeils , le fieur Amelot
Mi.iftre & Sécretaire d'Etat & de nos Commandemens
, en vertu du plein pouvoir que Nous lui en
avions donné auroit conclú , arrêté & figné à Verfailles
, le 25 Avril dernier , avec le Sr. Comte de
Teffin , Miniftre Plénipotentiaire de notre très- cher
& très - amé frere le Roy de Suede , & pareilement.
muni
JUILLET. 1741 1687
muni de fes pleins pouvoirs , une Convention préliminaire
de Commerce & de Navigation , dont la
teneur s'enfuit.
Leurs Majeftés Très-Chrétienne & Suédoife défirant
également de pouvoir convenir entr'elles d'un
Traité de commerce & de navigation , pour l'uti
lité commune de leurs Sujets de part & d'autre
Elles ont jugé qu'en attendant qu'on pêt difcuter
& regler les differens articles qui doivent entrer
dans ce Traité , il étoit à propos d'en fixer les
principes par une convention préliminaire . S. M.
T. C. a donné pour cet effet fes pleins pouvoirs
au Sr Amelot Confeiller en tous fes Confeils , Miniftre
& Sécretaire d'Etat & de fes Commandemens
: Et S. M. S. ayant envoyé les fiens au St
Comte de Teffin fon Miniftre Plénipotentiaire à la
Cour de Sadite M. T. C. ils ont , après s'être communiqué
lefdits pleins pouvoirs , arêté , conclu
& figné pour ladite convention préliminaire , les
Articles fuivans.
Art. 1. fera permis aux Sujets de S. M. T. C.
de naviguer dans tous les Ports de Suede , d'y intro
du're toutes les denrées & marchandifes que less
Loix du Pays permettent à quelque Nation que ce:
foit d'y faire en rer & d'y négocier avec une entiere
liberté , par eux mêmes ou par leurs Facteurs,
Agens ou Commiffionnaires , fans y payer pour
leurs perfonnes , navires , biens , dennées , marchandiſes
ou effets , d'autres ou plus forts droits que
ceux qu'y payent les Sujets mêmes de 9. M. Sued ..
fauf néanmoins le privilege de franchife & de demi
franchiſe , affecté particulierement aux Navires
Suedois , duquel les Navires François ne jouiront
pas.
II. La même faculté fera pareillement accordée
en France aux sujets de S. M. Sued . Lans qu'ils puiffent
1688 MERCURE
DE FRANCE
feat y payer d'autres ou plusgrands droits que ceur qu'y payent les sujets mêmes de S. M. T. C. Pour
cet effet , il a été convenu que les Suedois feront
fols
exempts du droit de fret de par tón- cinquante
neau , dans tous les cas , excepté dans celui où ils chargeroient
des Marchandifes
de France dans un
Port de France , pour les tranfporter dans un autre
Port du même Royaume , ainfi qu'il a été reglé
pour les Villes Anfeatiques , à l'inftar defquelles les
Suedois feront traités en France ."
II . Les Sujets de S. M. T. C. jouiront dans la
Ville , Port & Territoire de Wilmar , à l'exclufion
de toutes les autres Nations , du privilege de ne
payer pour les effets & marchandiſes qu'ils y porteront
par leurs propres Vaiffeaux , que trois quarts pour cent de la valeur defdits effets ou marchandi
fes , pour tous droits de douane ou autres quels
qu'ils puiffent être , foit que lefdites marchandifes
s'y confomment , ou qu'elles en foient exportées ",
ainfi qu'il eft reglé pour les Sujets mêmes de S. M.
Suedoife.
IV. Les Articles ci - deffus , comme devant toujours
refter inalterables , feront inferés mot à mot
dans le Traité de navigation & de commerce qui fera fait entre Leurfd . M. mais en attendant ils ref
teront en pleine force & vigueur , & fernt , pour
le bien & Pavantage de leurs Sujets , exactement
obfervés & exec tés de part & d'autre , à compter
du jour qu ils feront rat fiés par L. M.
L. par
V. La prefente Convention
fera ratifiée M. T. C. & Sued . & leurs ratifications
en bonne
forme fer on: é hangées à Versailles , dans le terme
de deux mois , à compter du jour de fa fignature ,
ou plu.ôt fi faire fe peut.
En for de quo Nous , en vertu de nos pleins
pouvoirs refpect.fs , avons figné les Articles cideffus
,
TJUILLET.
1741291689 17412
deffus , & y avons apofé le cachet de nos Armes.
Fait à Verfailles le 25. Ayril 1741. Signé ( Ł . S. )
AMELOT. ( L. S. ) CHARLES. G. TESSIN .
Nous , ayant agréable la fufdite Convention de
commerce & de navigation , en tous & chacuns les
points & articles qui y font contenus & déclarés ,
avons iceux, tant pour Nous que pour nos Heritiers
, Succeffeurs , Royaumes , Pays , Terres , Seigneuries
& Sujets , accepté , aprouvé , ratifié &
confirmé , & par ces Prefentes fignées de notre
main , acceptons , aprouvons , ratifions & confirmons
; & le tout , promettons en foi & parole de
Roy , obferver inviolablement , fans aller ni venir
au contraire , directement ni indirectement , en
quelque forte & maniere que ce foit . En témoin
de quoi Nous avons fait mettre notre Scel à cefdites
Prefentes. DONNE' à Verfailles le 22. du mois
de Mai , l'an de grace 1741. & de notre Regne
le 26. Signé , LOUIS. Et plus bas , par le Roy.
PHELYPE A U X.
I
une
Scell du grand Sceau de cire jaune , fur l'acs de
foye bleue , treffés d'or , le Sceau enfermé dans 'i
boëte d'argent , fur le deffus de laquelle font empreintes
gravées les Armes de France & de Navarre , Jous
un pavillon Royal , foutenu par deux Anges .
MORIS.
>
Acque te Ligoy , fille de François Ligoy & de
Marguerite Viandon , du Village de Farges ,
nourut à Clermont en Auvergne le 3 du mois de
Mars dernier âgée de près de cent vingt ans , étant
née le 9. Mai de l'année 1621 .
Cet
690 MERCURE DE FRANCE
·
Cet Article nous vient de très bonne main ;
d'ailleurs on l'a accompagné d'Atteftations les plus
autentiques & des plus dignes de foi , fçavoir l'Extrait
Baptiftaire & l'Extrait Mortuaire de la Perfonne
en queſtion , dont nous avons les Originaux
entre les mains , en bonne forme.
Le nommé Mathieu Pefqué , eft mort à Toulou
fe , dans la 110. année de fon âge. Il étoit frere de
Jean Pefqué , mort l'année derniere , âgé de 107 .
ans , & il laiffe trois autres freres , qui ont chacun
plus de cent aus.
Le 16. Juin , Henri de Briqueville de la Luzerne,
Evêque , Baron & Comte de Cahors en Quercy
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris de la
Maison Royale de Navarre du 23. Avril 1686.
mourut dans fon Diocèfe , âgé d'environ 83. ansa
dans la 48. année de fon Epifcopat . Il avoit été
autrefois Aumônier ordinaire de la Dauphine , Ma
rie-Anne- Chrétienne- Victoire de Baviere . Il fut
nommé à l'Evêché de Cahors le 31 Mai 1693.
& facré le 28. Octobre fuivant dans l'Eglife de
S. Louis des Jéfuites à Paris par l'Archevêque d'Albi
, fon Métropolitain , affifté des Evêques de S.
Brieux & de Lavaur , & le 30. du même mois il
prêta ferment de fidelité entre les mains du Roy.
Il affifta aux Affemblées générales du Clergé de
France de 170c. & de 1707. en qualité de Député
de la Province d'Albi . Il s'étoir démis au mois de
Juin 1717. en faveur d'Antoine- François de Briqueville
de la Luzerne , fon neveu , de l'Abbaye de
la Garde Dieu dans on Diocèle, qu'il avoit obte
nuë le 23. Decembre 1706. en remettant celle de
Chantemerle , Diocèle de Troyes , dont il étoit
Titulaire depuis 1680. Il étoit frere aîné de Fran
çois de Briqueville , Comte de la Luzerne , Che+
valier des Ordres du Roy ; & nommé au mois de
Mai
30M UILLET. 1741 169
Mai dernier Vice Amiral de France , & fils de Gabriel
de Briqueville , Seigneur , Marquis de la Lu
zerne , d'Amanville & de Montfreville , Lieute
nant pour le Roy en Baffe- Normandie , Gouver
neur du Mont S. Michel , Maréchal des Camps &
Armées du Roy ,"mort au mois de Juillet 16840
âgé dep . ans , & de Marguerite de Bonvouſt
morte le 18. Septembre 1724 à l'âge de 90. ans . ~ }

Le 19. Antoine de Barillon d'Amoncourt , Marquis
de Branges , Seigneur de Mancy , Châtillon -fur-
Marne , &c. Maître des Requêtes Honoraire de
P'Hôtel du Roy , mourut à Paris , dans la 70 année
de fon âge , étant né le 6. Decembre 1671. I
avoit été reçû d'abord Conſeiller au Parlement de
Paris le 11. Janvier 1692. puis Maître des Requêtes
en 1700. Il fut nommé au mois de Janvier 1710.
à l'Intendance de Rouffillon & Cerdaigne , & de
l'Armée du Roy en Catalogne , d'où il fut transferé
au mois de Mars 1711. à celle de Pau en Bearn,
qu'il n'exerça que jufqu'en 1713. Il étoit fils de
Paul Barillon d'Amoncourt , Marquis de Branges ,
Seigneur de Mancy , Morangis , Châtillon- fur
Marne , Confeiller d'Etat ordinaire , qui avoit été
Ambaffadeur Extraordinaire en Angleterre , & qui
mourut le 23. Juillet 1691. & de Marie Magdeleine
Mangot , morte le 17. Octobre 1694. Il avoit
épousé Anne Doublet , morte le 21. Mai 1717.
âgée de 55. ans , laquelle étoit fille de Nicolas
Doublet , Seigneur de Perfan , Crouy , S Aubin
&c . Confeiller Sécretaire du Roy & de fes Finan
ces , Fermier Géneral des Gabelles de France , mort
le 23. Mars 1695. & d'Anne de Lair , morte le 2 .
Avril 1704. Il laifle d'elle Antoine - Pierre de Ba →
rillon d'Amoncourt , Confeiller au Parlement de
Paris , où il a été reçû le 9. Juin 1719. & marié le
3. Fevrier 1727. avec Françoile -Nicole de Landes
Deine
1692 MERCURE DE FRANCE
-
fils
Dame d'Houville dans le Pays Chartrain ; dont il
a Antoine Marie de Barillon d'Amoncourt ,
unique , né le 1. Mars 1736. Bonne de Burillon
veuve de François le Camus , Marquis de Bligny ,
Maréchal des Camps & Armées du Roy , & Anne-
Philberte de Barillon , époufete Charles Gabriel
de Tardieu , Marquis de Maleyffie , Lieutenant de
Roy de Compiegne.
Le 30. Dame Anne Magdeleine de Foudras de
Châteautiers , fille , ci devant Dame d'Atours de
feue S. A. R. Elizabeth Charlotte de Baviere , Duchefle
d'Orleans , dont elle avoit été auparavant
Fille d'Honneur , mourut à Paris , âgée d'environ
80. ans.
Le
....
Juillet D. Anne - Elizabeth Seo de la
Mefangere, époufe de Charles- Alexandre de Viffec
de la Tude . Joannis , Marquis de Ganges Baron
des Etats de la Province de Languedoc, Seigneur de
Caffilliac Soubeyras , Moulés l'ivier &c. mourut
à Gange , en Languedoc, âgée de 25. ans , étant
nec le 29 Juin 1716. Elle ne laiffe point d'enfans.
On a marqué de qui cette Dame étoit fille ; en raportant
fon ma iage dans le Mercure de Decembre
1738. Vol. I. p . 2725.
Le .... Claud . Paffart , Seigneur de S. Efcobitle
& de Paponville , en Beauce . Diocèse de Chartres
, Maître ordinaire en la Chambre des Compres
de Paris , reçû à cette Charge le 18. Septembre
1692. mourut fubit -ment à Bretigny , en allant à
fa Torre de S. Efcobille en Beaufe Il étoit feptua
genaire , & non marié . Il étoit fils puîné de Mi
chel Paffart , auffi Maître ordinaire en la Chambre
des Comptes de Paris , mort le 4. Juillet 1692. &
de Marie le Conte , morte le 16. Novembre 16831.
Le 3 Louis Sanguin , Marquis de Livry , Seis
gneur dudit Licu , Sevran , le Genitoy & des Tout
nelles
TOMJUILLET. 1741. 1693
nelles de Lay , Chevalier des Ordres du Roy , fon
premier Maître d'Hôtel , fon Confeiller en fes Confels
d'Etat & Privé , Lieutenant Géneral de fes Armées
, & Capitaine des Chaffes de la Capitainerie
Royale de la Forêt de Livry & de Bondy,mourut en
fon Château de Livry ,dans la 63. année de fon âge,
ayant été baptife le s . Avril 1679. Il avoit été d'a➡
bord Capitaine de Cavalerie , & enfuite Meſtre de
Camp d'unRégiment de Cavalerie en 1699. Il fut fait
fucceffivement Brigadier le 26. Octob e 1704. Maréchal
de Camp le 8 Mars 1718. & Lieutenant Gé
neral le 23. Decembre 1731. Il avoit fuccedé en
1723. à feu fon pere dans la Charge de premier
Maître d'Hôtel , dont il avoit obtenu la furvivance
dès le mois d'Octobre 1716. Il fut propofé le 2.
Fevrier 1724. pour être admis à l'Ordre du S. tfprit.
Il en fut reçû Chevalier le 3. Juin fuivant . Il
cut auffi dans le même mois un Brevet de Confeiller
d'Etat Il étoit fils aîné de Louis Sanguin , Marquis
de Livry, Seigneur de Genitoy , Raincy , &c .
aufli premier Maître d'Hôtel du Roy , & Capitaine
des Chales & Plaisirs de S. M. en la Capitainerie
Royale de la Forêt de Livry & de Bondy mort le
Novembre 1723. à l'âge de 72. ans , & de D Marie-
Antoinette de Beauvillier de S. Aignan , morte
le 13. Novembre 1729. âgée de 76. ans . Il avoit
ét marié le 9. Decembre 1706. avec Marie- Magdeleine
Robert , fille puînée & héritiere en partie
de Louis Robert , en fon vivant Seigneur de Lay ,
la Fortelle , & c . Préfident Honoraire en la Cham
bre des Comptes de Paris , & d'Anne Maudet. II
en laiffe des enfans dont l'aîné , Paul Sanguin ,
Marquis de Livry , Colonel du Régiment du Perche
depuis le 15. Avril 1738. a obtenu au mois
de Janvier dernier la furvivance de la Charge de
premier Maître d'Hôtel du Roy , & a été marié au
mcis
1694 MERCURE DE FRANCE
mois de Mars auffi dernier avec la Dlle de Mani
ban , feconde fille du Premier Préſident du Parlement
de Touloufe , & foeur cadette de la Marquife
de Malaufe , qui n'a point d'enfans.
Le même jour , Jean Louis de Voigny , Président
en la Cour des Aides de Paris , mourut dans la 3
année de fon âge , étant né le 9. Août 1706. Il
avoit été d'abord reçû Confeiller en cette même
Cour le 29. Décembre 1727. Il fut enfuite reçû
Préfident le 21. Novembre 1729. Il n'a point été
marié. Il étoit fils unique de Jean de Voigny ,
Confeiller- Sécretaire du Roy , Maifon , Couronne
de France & de fes Finances depuis 1719 , & de D.
Jeanne Boifnier.
Le 9. Don Jean Guillaume de Souza Pacheco ,
Gntilhomme Portugais , apellé le Comte de Souza,
mourut à Paris , âgé d'environ 33. ans.
Les nommés Jean Malo Tuiller , & Elie Dantou
Batelier , font morts depuis peu dans la Paroiffe de
la Magdeleine de Bergerac , e premier , âgé de
107 .7. ans , & le fecond de 105 .
3
Plufieurs Lettres de Poitou & de plufieurs autres
Provinces , où le bruit de la mort de M. Petit ,
Chirurgien célebre , de l'Académie Royale des
Sciences , s'eft répandu , marquent le juste regret
d'une perte auffi confidérable. Si ce malheur étoit
arrivé nous joindrions nos regrets à ceux
du Public ; mais par la grace de Dieu ce n'eft .
qu'un faux bruit ; M. Petit étant aujourd'hui 31 .
Juillet , non-feulement plein de vie , mais en trèsbonne
fanté , ce qui a donné lieu à ce faux bruit ,
eft la conformité des noms ; M. Petit , Docteur en
Médecine , & de la même Académie Royale des.
Sciences étant mort dans un âge affés avancé vers
le milieu du mois dernier .
SEN
JUILLET. 1741
:: 1635
SENTENCE DE POLICE,
SAN
ENTENCES de Police des 27. Janvier & 28.
Avril 1741. rendues fur l'intervention des Maiares
& Gardes en Charge & Corps des Marchands
Apoticaires , Epiciers , Epiciers - Confifeurs , pre-,
nant le fait & caufe du Sr Taffart , Marchand Apo
ticaire- Epicier à Paris , demeurant vieille rue du
Temple , contre les Jurés & Communauté des
Maîtres Traiteurs à Paris.
Le Procès qui étoit pardevant M. le Lieutenant
Géneral de Police , entre le Corps des Marchands
Apoticaires- Epiciers , Epiciers - Confifeurs à Paris ,
& les Jurés & Communauté des Maîtres Traiteurs
de la même Ville , au fujet de fix pots de Gelée
pour les Malades , que les Jurés Traiteurs avoientfaifis
fur ledit Sr Taffart , fe croyant feuls en droit
de la préparer & de la débiter , a été jugé , ſur l'intervention
des Maîtres & Gardes en Charge &Corps
defdits Marchands Apoticaires Epiciers , &c . prenant
le fait & caufe dudit Sr Taffart , par les deux
Sentences ci- deffus datées , entre Me Belliflain , au
nom & comme Procureur defdits Maîtres & Gardes
en Charge & Corps des Marchands Apoticaires, &c. "
Intervenans d'une part , Me Raux Procureur des
Jurés & Communauté defdits Maîtres Traiteurs
Pautre part, Me Formentin, le jeune, Procureur du
dit Sr Taffart , Marchand Apoticaire - Epicier , partie
faifie , encore d'autre part , & Me Beville Procureur
des cinq autres Corps des Marchands de ladite
Ville , auffi intervenant , & prenant le fait &
caufe defdits Marchands Apoticaires-Epiciers , pareillement
d'autre part ; par lesquelles Sentences la
faifie
1696 MERCURE
DE FRANCE
faifie faite par les Jurés Traiteurs fur ledit Sr Taffare
a été déclarée nulle , & il a été fait défenſes aux
Jurés Traiteurs d'en faire de femblable, fur les Marchands
Apoticaires- Epiciers , ni récidiver ; comme
auffi très - expreffes défenſes ont été faites aux Jurés
Traiteurs de faire à l'avenir aucune faifie qu'ils n'y
foient autorifés de l'Ordonnance du Lieutenant
Géneral de Police . Et à cet effet les Jurés et Communauté
des Maîtres Traiteurs condamnés en tous
les dépens , et lefdites Sentences imprimées , lûës
publiées et affichées à leurs frais et dépens
TABLE.
IECES FUGITIVES. Ode , fur le Jugement
dernier PIEC
1485
Lettre fur une Céremonie de l'Eglife de Befançon ,
1.490
Imitation de l'Ode IV. du premier Livre d'Horace
, 1504
Queftion importante , jugée au Parlement de
Paris , 1107
Epitre à l'Abbé le Févre , Prieur de S. Laurent à la
Hogue , 1512
Lettre de M. Noblot à l'Abbé de Gourné , 1514
Mort & Funérailles de Pumilione , Puce célebre
15231
Lettre à M. P'Abbé B ... fur un Puits extraordi
- naire , 1529
Abjuration de la Satyre , 3538
Reflexions fur le Genre Epiftolaire 1541
Ode fur le vrai Bonheur , 1546
Réponse à un Article des Obfervations fur les
Ecrits modernes ,
1:55
L'Amour & la Solitude , Ode , 1366
Lettre
3
Lettre à M. Carpentier , fur -l'Edition du Gloffaire
de Du Cange ,
f.
Vers à M. Boule , le jour de fa Fête ,
1567
1572
Lettre fur les anciennes Epitaphes des Eglifes de
Paris , 1173
Réponse de M. Tanevót à M. Deftouches , 180
Le bel Efprit & la Nature ,
1051589
Lettre de M. Beneton de Peyrins à l'Abbé Desfon
taines ,
Vers fur la Maladie du Duc de Nivernois ,
Jugement fur la Comédie de Mélanide ,
Enigme , Logogryphes , & c .
1593
1599
1603
1608
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c. Mémoire pour fervir à l'Hiftoire des Hommes
Illuftres , 1613
1623
Lo Stendardo Ottomanico , &c.
Traité Hiftorique & Critique de l'Optique , 1627
Nouvelle Edition du Dictionaire de Trevoux , 1631
Hinoire Eccléfiaftique & Civile de Carcaffonne
1632
Effai fur l'Hiftoire Naturelle de la France Equinoxiale
,
Hiftoire des Rois des deux Siciles
1635
1638
Hiftoire de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles-Lettres
Traité de la Matiére Médicinale
ibid.
1639
Euvres de Ciceron , avec des Notes choifies , ibid.
Recueil des Hiftoriens des Gaules & de la France
ibid.
ibid
Hiftoire des Celtes, Gaulois, Germains , &c. 1640
Traité de l'Horlogerie .
Estampes nouvelles , & Mort de Jean Andier des
Rochers , Graveur , 1645
Suite des Portraits des Rois de France , & c . 1647
Plan de la Bataille de Molwitz ,
Cadrans Verticaux ,
Chanſon notée ,
1648
1649
1652
Spectacles
Spectacles , Les Fêtes Grecques & Romaines , ibid.
Théatre François , nouveaux Acteurs ,
1653
Théatre Italien , le Joüeur & autres Piéces Italiennes
,
Opera Comique ,
1654
1655
Nouvelles Etrangeres , Amérique & Ruffie , 1656
Suede & Allemagne ,
1658
Pruffe, Italie, Elpagne, Hollande & Pays Bas, 1664
Grande- Bretagne , &c.
Morts des Pays Etrangers ,
Mort de la Reine de Sardaigne ,
1671
1676
1677
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1678
Académie de Vendeuil ,
Entrée du Duc de Richelieu à Toulouſe ,
1679
1680
1685
Convention de Commerce entre le Roy & le Roy
Concerts chés la Reine ,
de Suede
Morts ,
Sentence de Police ,
1686
1689
1695
Errata du 11. Volume de Juin.
Page 1472. ligne 2. fur lr , lifez , fur les .
Ibid. ligne 6. 1738. lifez , 1728 .
P. 1474. 1. 23. P'Alde , L. l'Aide,
Faute à corriger dans ce Livre.
Page 1626 ligne derniere , d'arhent , liſex ,
La Chanson notée doit regarder lapage
16524
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AOUST. 1741 .
QURY
COLLAGIT
SPARGIT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLI
Avec Aprobation & Privilege du Roy
AVIS.
L ,
ADRESSE generale eft à
Monfieur MORE AU Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comédie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inftamment, quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter suv
l'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
A O UST. 1741.
**************************
PIECES FUGITIVES;
en Vers et en Prose.
LA POESIE LYRIQUE,
D
O DE
U fommet où tu réfides ,
Viens , Mufe , embellir mes airs ;
Et que toi feule préfides
A l'ordre de mes Concerts ;
Favorable à mon audace ,
Defcends du haut du Parnaffe ;
Seconde mes doux tranfports ;
A j Touche
1700 MERCURE DE FRANCE
Touche , agréable Déeffe ,
Cette Lyre enchantereffe ,
Et regles-en les accords.
*
Sur cette Rive fleurie ,
Quels accens mélodieux
Font goûter cette Ambroisie
Qu'on fert au Maître des Dieux }
Dans les Antres, de Riphée ,
Eft- ce le fidele Orphée
Qui forme ces fons divins ;
Ou cette Lyre agréable ,
Dont l'harmonie admirable
Bâtiffoit les murs Thébains ?
*
Non , c'est ce Mortel * aimable ,
Dont Pefprit ingénieux
Mêle aux plaifirs de la table
Ses accords harmonieux.
Sur un Tapis de fougere
Bacchus , le Dieu de Cithere ,
Lui compofent fes Chanfons ;
L'enjoué fils de Semele
Touche fa Lyre fidele ,
L'Amour en forme les fons.
* Anacréon.
Sous
A O UST. 1741. 1701
Sous leurs doigts qu'elle eft légere !
Qu'elle enfante de plaifirs !
D'une agréable Bergere
Ici , j'entens les foupirs ;
Là , je vois , tandis qu'ils chantent,
Les Graces qui leur préfentent
Un Nectar délicieux ;
Et fur un épais nuage ,
Vénus accepte l'hommage ,
De ces paffe - tems joyeux .
H
Qu'il eft doux , Mufe chérie ,
De connoître tes douceurs !
Tu nous fais paffer la vie
Au fein des ris enchanteurs ;
Le chagrin fuit ta préfence ;
Les Jeux , pendant ton abſence ,
Ne répandent que des fleurs ;
Parois-tu leur Troupe aimable
-Reprend un viſage affable ,
Et fe couronne de fleurs.
*
Qelle nouvelle harmonie
Surprend le facré Côteau ?
Quelle Lyre affés hardie ,
Forme ce Concert nouveau ?
A j Dan's
བ་ ་ KE DE FRANC
Dans fa route audacieuſe ,
De fes accords
orgueilleufe ,
Pourquoi fend- elle les Airs ?
Mais que vois - je ? Quel miracle !
Je l'entends qui fert d'Oracle
Aux Maîtres de l'Univers.
*
Plein du beau feu qui l'anime ,
Pindare , la Foudre en main ,
Soûmet à fes pieds le crime ,
Réforme le Genre humain ;
Dans fes Odes épurées
Je vois les Vertus parées
Des traits les plus raviffans ;
Quel tableau l'horreur du vice ,
La candeur & la juſtice ,
Sont l'ame de fes accens.
*
Ainfi l'austere Sageffe ,
Mufe , en empruntant ta voix ,
Nous foûmet avec adreffe
Sous l'empire de fes Loix.
Parés des brillantes Graces ,
Qui voltigent fur tes traces ,
Ses fons entraînent nos coeurs ,
Es notre efprit, qu'elle enchante ,
Chérit
A O UST.
1703 1741.
Chérit fa vertu riante
Et fes préceptes vainqueurs .
*
Mais quel nouveau charine ! où fuis -je ?
Rome paroît à mes yeux !
Dans Tivoli , quel prodige !
Quels airs doux , mélodieux !
Horace , à fon gré ftoïque ,
T'introduit dans le Portique ,
Pour purifier nos moeurs ;
Ornant fa Philofophie
Des fleurs de la Poëfie ,
Il fait épurer nos coeurs.
Lyre , qui charmas Mécênes ,
Aprens - nous l'art d'être heureux ;
Brife ces cruelles chaînes
Qui nous rendent malheureux.
Bannis du fond de nos ames
#
Ces horreurs , ces vives flâmes
Qui corrompent nos vertus ;
Peins -nous les honneurs frivoles ,
Et renverfe les Idoles
Des Efclaves de Plutus.
Tous, que l'ardeur d'écrire
A iiij Amene
1704 MERCURE DE FRANCE
Amene au facré Vallon
De ces Maîtres de la Lyre
Imitez le noble ton ;
Soyez grands , mais fans enflure ;
Ne donnez à la Nature
Que de fimples agrémens
Qu'au brillant le vrai s'allie .
Voilà l'unique harmonie
Qui peut triompher des ans .
Par l'Abbé de Boro
SUITE de l'Effai d'un Traité Hiftorique
de la Croix de N. S. J. C.
Noule
IX. PARTIE.
Ous avons raporté ci - devant ce que
fit le Calife Omar dans la Ville de Jérufalem
, après en avoir fait la conquête , &
fur tout, les égards qu'il eut pour cette fainte
Ciré , à laquelle il accordà une Lettre de
fauve-garde , dont nous avons donné la traduction
; Lettre remarquable en plufieurs
manieres , & en particulier , par cette circonftance
, que le Calife n'y employe point
le nom de Jerufalem , accordant , dit- il , une
entiere fûreté au Peuple de la Ville Aelia ; il
ne fera peut-être pas hors de propos d'ajoûtex
A OUST. 1741. 1705
ter à cela quelques refléxions qui me font
venuës depuis.
Tout le monde fçait , & nous l'avons repeté
en fon lieu , qu'après la derniere révolte
des Juifs fous l'Empire d'Adrien , cet Empereur
extrordinairement irrité contre la Nation
entiere, fignala fa colere par la ruine to
tale de Jérufalem , enforte qu'il n'en reſta
plus le moindre veftige, & s'il confentit , non
pas qu'on la rebâtît , mais qu'on édifiât une
nouvelle Ville à la place , ce ne fut pas précifément
fur le même Terrain ; & pour abolir
entierement la mémoire de l'ancienne , il
ordonna , par une fuite de fa haîne , que cette
nouvelle Ville feroit nommée Aelia Capitolina
, lui donnant ainfi le nom de fa Famille
, joint à celui du Capitole Romain. II
étoit , pour ainfi dire , défendu de prononcer
le nom de Jérufalem , ce qui dura des
frécles entiers après Adrien , témoin ce qu'ou
aprend par les Actes de ces cinq Martyrs , qui
fous l'Empire de Maximin Hercule , fouffrirent
à Céfarée de Philipe. Le Juge demanda
à l'un de ces Confeffeurs quel étoit fon Pays.
Le Martyr répondit qu'il étoit de Jérufalem ,
ce qui mit fort en peine ce Magiftrat, ne fçachant
ce que c'étoit que cette Ville ; » car ,
» dit là -deffus un Auteur moderne , le nom
» de Jérufalem étoit inconnu aux Payens ,
depuis qu'Adrien avoit donné le nom
A v » Acla
32.
1706 MERCURE DE FRANCE
·
» d'Aelia à la Ville , qu'il avoit bâtie auprès .
» des ruines de l'ancienne Jérufalem.... Le
ود
Juge s'imagina , continuë t'il, qu'il parloit
» de quelque Ville , où les Juifs vouloient
s'établir & fe fortifier contre les Romains ;
» il eût bien voulu pouvoir tirer de fa bouche
quelques éclairciffemens fur une chofe qu'il
" croyoit fi importante au repos de l'Etat .
>>
Quoique cela paroiffe fingulier , il l'eft ;
ce me femble, encore davantage de voir que
plus de 300. ans après , l'Empire Romain
étant devenu Chrétien , & le nom de Jéru
falem ayant dû prévaloir , il foit encore fait
mention de celui d'Aelia , pour défigner
cette Ville dans un Acte autentique , émané
de la Chancellerie d'un Prince Arabe , &c.
&
On peut en paffant remarquer là- deffus
P'erreur de ceux qui prétendent que les Arabes
Mufulmans n'ont aucune teinture des
Lettres , & qu'ils ignorent far tout l'Hiftoire
des tems qui les ont précedés. Voici cependant
un Prince de cette Nation , qui n'ignore
pas les changemens arrivés à la Ville ,
jufqu'au nom de Jérufalem , mieux inſtruit ,
fans doute , que le Juge Payen de Céfarée ,
quoique Romain , & plus voifin des tems & .
des Lieux en queftion . On pourroit néanmoins
conjecturer que le Calife affecta d'employer
le nom d'Aelia , au lieu de celui de
Jérufalem , pour marquer fa haine particu-
Liere
AOUST.
1741. 1707

liere contre une Nation que tous les Mahometans
ont en horreur.
Le nom d'Aelia Capitolina , au refte , a
donné lieu dans la fuite à quelques Ecrivains
de confondre la Ville bâtie par Adrien, dont
nous parlons , avec celle de Capitoliade ,
dont nous allons parler ; mais il faut obferver
auparavant que la Ville de Jérufalem ne
fut pas la feule à qui la révolte des Juifs fut
une occafion de faire perdre fon ancien nom ;
en effet , pour abolir, autant que cela fe pou-
" voit , juſqu'à la mémoire de cette rébellion
Emmaüs fut apellée Nicopolis , Lidde , Diofpolis
, Hebron , Eleutheropolis , Sephoris ,
Diocefarée , &c.
Outre la Ville d'Adrien , bâtie près des
ruines de l'ancienne Jérufalem , dont il étoit
défendu de rapeller le nom , il y avoit une
autre Ville dans le même Pays , qui étoit
apellée Capitoliade. Pline & Jofeph n'en ont
point du tout parlé , mais on la trouve dans
Ptolomée , L. V. Ch. 15. parmi les Villes de
la Coelfyrie fous ce même nom, KaπITWλias .
Sa fituation eft même marquée dans l'Itineraire
d'Antonin , & fixée d'ailleurs par les
Actes des Conciles dans cette Partie de la
Colfyrie, qu'on a depuis apellée feconde Paleftine
, ce qui paroft par les noms de plufieurs
Evêque de Capitoliade qui ont affiſté à
diferens Concides , Καπετολιάδος Παλαιςήνες
B vj
Seve
1708 MERCURE DE FRANCE
JEUTépus. Capitoliados Palestina fecunda , difent
ces Actes. Et dans le Pré Spirituel de
Jean Mofchus , Chapitre 109. il eſt parlé
avec éloge de l'Abbé Théodofe , depuis
Evêque de Capitoliade , qui fuit Epifcopus
Capitoliadis , dit le Traducteur Latin ( Am
broife Camaldule . ) Enfin le fçavant Cardinal
Noris raporte dans la troifiéme Differtation
de fes Epoques Cyro - Macédonniennes,
p. 277. une belle Médaille de grand Bronze
de la même Ville , frapée en l'honneur de Septime
Severe , fur le revers de laquelle on lit
diftinctement KAHIT IEPAC Ar . Capitoliadis
Sacra & Libera . Nous ne nous arrêterons
pas aux autres circonftances du revers
de cette Médaille, fur laquelle , outre la Légende
, font encore gravées ces deux Lettres
H. P. qui défignent une époque. On invite.
feulement les Sçavans à lire les remarques
de l'illuftre Auteur fur cette époque, & fuc
la difference des deux Villes , Aelia Capitolina,
auparavant Jérufalem, & Capitoliade,
étant aifé de les diftinguer par les preuves
folides qu'il aporte : deux méprifes confidérables
du Pere Hardouin y font relevées avec
politeffe. La feule chofe dont l'Auteur n'a
pû rendre compte , c'eft le nom ancien que
portoit la Ville dont nous parlons , avant
qu'elle eût reçû celui de Capitoliade , qui
eft purement Romain . Mais revenons à notre
principal fujet. On
AOUST. 1741. 1709
*
On lit dans l'Hiftoire Eccléfiaftique de
M. Fleuri , T. XII . L. 55. p. 19. que du tems
de Chriftophle , Patriarche de Jérufalem , les
Mufulmans ayant excité du tumulte dans l'Eglife
de Conftantin , en brulerent les Portes
vers les Fêtes de Pâques l'an 325. de l'Egire.
9.37. de J. C. & pillerent l'Eglife du S. Sé
pulcre. C'étoit fous le Regne du Calife Radi,
nommé dans la Bibliothéque Orientale ,
RADHI Billah Ben Mockader, XX . Calife de
la Race des Abbaffides. Il y a dans ce dernier
Livre un affés long Article fur fon fujet
, mais il n'y eft pas fait mention de cette
violence , ni de ce pillage de l'Eglife du
S. Sépulcre.
Le même Hiftorien , L. 56. p. 163. ra
porte que l'Empereur Nicephore paffa en
perfonne en Syrie , & fit plufieurs conquêtes
, reprenant plufieurs Villes qui avoient
été démembrées de l'Empire Romain , à
commencer par Antioche. » Les Sarrafins ;
» dit notre Auteur , furent tellement irrités
» de ces conquêtes , qu'ils firent mourir
Chriſtophle, Patriarche d'Antioche, & bru-
» lerent Jean , Patriarche de Jérufalem ;
» croyant que Nicephore avoit marché con
و ر
* Cette expreffion n'eft pas exacte. L'Eglife en quef
tion ne pouvoit pas être apellée l'Eglife de Conftantin
, puifqu'il ne reftoit plus le moindre veftige des premiers
Edifices , comme on l'a prouvé ci - devant.
» tr'eux
1710 MERCURE DE FRANCE
» tr'eux à fa perfuafion . Ils brulerent auffi la
belle Eglife du S. Sépulcre . Ce qui arriva vers
l'année 968. de J. C. Enfin dans le 58. L.
de la même Hiftoire fous l'année 1010. on
page 386. en ces termes , un évenement
plus remarquable & plus exactement conf
lit
و د
tante.
و د
» On aprit peu de tems après que le Prince
» de Babylone avoit fait abattre l'Eglife du
» S. Sépulcre de Jérufalem , & il palla pour
» conſtant en France que c'étoit à la pour-
» fuite des Juifs : voici comme le Moine
» Glabert le raconte . Les Juifs étoient indignés
de voir une multitude innombrable
» de Chrétiens aller en pelerinage au S. Sé
pulcre. Il y avoit grand nombre de Juifs à
» Orleans , où le Roy Robert faifoit fou-
» vent fon féjour, & c'étoient les plus fiers &
» les plus hardis de tous . Ils gagnerent donc
» par argent un nommé Robert , Serffugitif
» du Monaftere de Melleray , qui couroit
» le monde en habit de Pelerin , & l'en-
» voyerent avec des Lettres écrites en ca-
» racteres Hébraïques, & enfermées dans un
bâton , adreffées au Prince de Babylone
39
39
>
qui portoient que s'il ne faifoit promp-
» tement détruire cette Maifon , fi vénérable
» au Chrétiens , ils le dépouilleroient bien-
» tôt de fon Royaume. Le Prince allarmé ,
envoya des gens à Jérufalem , qui renver- , 22
»fcAOUST
. 1741 1711
ferent l'Eglife de fond en comble . Ils s'cf-
» forcerent même de rompre avec des maf-
» fes de fer la Grote du S. Sépulcre , mais
» ils ne purent. C'eft la feconde fois que
» cette Eglife fut ruinée ; la premiere fut
» au mois de Juin 613. quand elle fut bru-
» lée par les Perfes.
"
»
»
» On fçut enfuite par tout le monde , que
» ce défaftre étoit arrivé par la malice des
Juifs, & les Chrétiens réfolurent d'un com-
» mun confentement de les bannir de toutes
» leurs terres . Ainfi , la haine publique écla-
» tant contr'eux , on les chaffa des Villes ;
plufieurs furent noyés ou tués par le fer ,
& par d'autres genres de mort , & quel-
» ques -uns fe tuerent eux-mêmes , enforte
qu'il en paroiffoit peu dans la Chrétienté .
» Les Evêques firent défenfe à tous les Chré
» tiens d'avoir avec eux aucun commerce
» d'affaires : ordonnant toutefois de recevoir
» ceux qui voudroient fe convertir . Ainfi
plufieurs fe firent baptifer , par la crainte
» de la mort , & revinrent peu après à leur
>> ancienne façon de vivre.
"
""
2
» Le porteur de la Lettre , qui avoit caufé
» tant de mal , revint à Orleans , & fut re-
» connu par un Pelerin qui avoit voyagé
» avec lui dans le Levant , & qui le trouva
" encore en liaifon avec les Juifs , dont it
» avoit reçû de grandes récompenfes . Il fut
ود
» pris.
1712 MERCURE DE FRANCE
99
» pris & foüetté fi rudement , qu'il confeffa
» fon crime , auffi-tôt les Officiers du Roy
» le condamnerent au feu , & il fut brulé
» hors la Ville , à la vûë de tout le Peuple .
Cinq ans après la ruine de cette Egliſe ,
» les Juifs qui s'étoient cachés en divers
» lieux , recommencerent à paroître , & fe
rétablirent , comme auparavant. La même
année, la mere du Prince de Babylone, qui
» étoit Chrétienne , & fe nommoit Marie ;
» commença à rebâtir l'Eglife du S. Sépul-
» cre ; & une multitude incroyable de gens
» de tout Pays allerent à Jérufalem , &
» donnerent de grandes fommes pour con-
" tribuer à ce Bâtiment. Tel eft le récit de
» Glabert. Peu de tems après , c'est- à dire
» l'an 1012. le Roy Henri fit auffi chaffer
» les Juifs de Mayence.
33
,
» Les Grecs comptent la chofe ainsi: L'an
» du Monde 6518. Indiiction huitième , c'eſt
» l'an de J. C. 1010 Aziz qui commandoit
» en Egypte , ayant rompu les Traités avec
»les Romains , pour un très- petit fujet ,
» renverfa le Temple magnifique du S. Sépulcre
à Jérufalem , ruina les Monafteres ,
» & en chaſſa les Moines qui s'enfuirent de
» toutes parts. Mais les Hiftoires Orientales
» nous aprennent que ce Deftructeur du Saint
Sépulcre , fut le troifiéme des Califes Fati-
» mites , Haquembiamrilla , & non pas fon
» pero Aziz.
">
Tel
AOUST. 1741 .
1713
Tel eft le Narré de M. Fleury , affés conforme
à ce qu'on trouve fur cet évenement
dans les Hiftoriens Orientaux , à l'exception
des noms Arabes qui font ordinairement
défigurés dans le François par exemple , le
Calife Kakemben Rillah , Destructeur de
l'Eglife du S. Sépulcre , eit nommé par M.
Fleury Haquembiamrilla. Comme tous ces
noms font, pour la plupart , compotés & fignificatifs
, il eft bon de les écrire & de les
imprimer exactement.
Je ne fçais fi je ne dois pas raporter ici
un autre évenement pris dans le même Auteur
( L. 58. p . 410. ) & qui peut renir fa
place dans l'Hitoire de la Croix de J. C.
voici fes propres termes : Vers le même
tems ( 1016. il y cur à Rome un Trem-
» blement de Terre , qui commença le Ven-
» dredy Saint , après l'Adoration de la Croix.
Un Juif de la Synagogue Grecque don-
" na avis au Pape , qu'à la même heure
les Juifs traitoient avec dérifion l'Image
du Crucifix . Le Pape s'en étant informé
» exactement , & ayant trouvé qu'il étoit
ainfi , condamna les coupables à perdre la
» vie , & après qu'ils eurent été décapités
» la fureur des vents ceffa . Chr. Ademari¸
» page 77.
""
*
Quoi qu'il en foit , nous lifons encore
dans cet Hiftorien , fous l'année 1034. que
Ro
1714 MERCURE DE FRANCE
33
" Romain Argyre , Empereur de Conftanti
nople avoit contribué au rétablitlement
» de l'Eglife du S. Sépulcre à Jérufalem ,
qui fut achevée par fon Succeffeur , fur
quoi il cite Cedren , p. 731 .
ود
Enfin dans le 59. L. pag. 534. de la même
Hiſtoire , on trouve un détail édifiant du
Pelerinage de Jérufalem, entrepris & exécuté
en 1041. par Richard ; Abbé de Verdun
dont le Duc de Normandie fit tous les frais,
qui furent grands , car l'Abbé mena avec lui
700. Pelerins & les défraya tous. Il alla d'abord
à Conftantinople , où l'Empereur lui
fit de riches préfens , & le Patriarche lui
donna plufieurs Reliques , entr'autres de la
vraye Croix , &c.
Nous aprochons cependant du tems que
la Providence Divine avoit marqué pour la
délivrance du Sépulcre de Jesus-CHRIST
des mains des Barbares , & pour mettre hors
de toute infulte les Monumens érigés en
P'honneur de fa Croix , de fa Sépulture , de
fa Réfurrection , &c, comme nous le ver
rons dans la fuite de cet Efai.
BOU
AOU 1. 17413 171
BOUQUET
A Madame S. par M. G. d'Aucourt
A Peine la naissante Aurore
Nous annonçoit un nouveau jour,
Que brulant du défir de vous faire ma courà
Je l'avois déja faite à Flore ,
Pour en obtenir un Bouquet.
Content de mon petit voyage ,
Fier d'un préfent de fleurs que l'Amour m'avoit fait,
Je venois vous en faire hommage.
Qui l'eût crû que Bacchus m'attendoit en chemin
Plein de couroux , reſpirant la vengeance ,
L'Amour , dit- il , fe rit de ma puiffance ;
Par les yeux de Philis il triomphe du vin ;
Près de cet Objet adorable ,
Qui penfe à mon jus délectable ?
Elle débauche mes Bûveurs ,
D'amour enyvre tous les coeurs ;
Chaque jour c'eft nouvelle hiftoire ;
J'aprends que notre ami Grégoire
De ta Philis adore les beaux yeux ;
Lucas ne pense plus à boire ,
Maturin devient amoureux ,
Et que va devenir ma gloire
A
#716 MERCURE DE FRANCE
A ces mots , il faifit mes fleurs ,
Les presse , & de leur fac il forme des Liqueurs ;
J'en vais , dit- il , faire un breuvage
Capable d'enyvrer les plus tendres Amans ;
Ne craignez rien , Philis , en vain ce Dieu fait rage,
Vous détruirez tous fes enchantemens ;
Quand vous voudrez que l'Amour ſoit le
maître ,
Vos beaux yeux n'auront qu'à paroître.
Bacchus a pû me ravir une fleur ,
Mais il me reste encore un coeur:
Dúffai je de ce Dieu m'attirer la colere ,
Dans les bras des Amours je P'oublie à Cythere.

患患患
LETTRE de M. Normand , Doeur en
Medecine , Medecin des Hôpitaux , &
Penfionnaire de la Ville de Dole , à M.
Vacher , Chirurgien Major des Hopitaux
du Roy, à Besançon, Correspondant de l'Académie
Royale des Sciences & Affocié de
celle de Chirurgie , fur l'Opération de la
Taille Latérale.
L'erat,sedat Pa
'Opération de la Taille par l'appareil
Lateral , s'étant , Monfieur , accréditée
au point où elle eft depuis quelques années
feulement , malgré les contradictions qu'elle
AOUST. 17418 1717
a effuyées, de la part même de ceux qui auroient
dû la favorifer , en employant leurs
lumieres & leurs talens à la perfectionner
il m'a paru qu'il feroit curieux & intéreffant
den découvrir la premiere origine.
>
Quelques- uns de ceux qui l'ont pratiquée ,
& qui ont écrit fur ce Sujet , ont été la chercher
dans l'Antiquité , mais ils n'en ont pas
découvert la vraie fource. Quelques autres
l'ont raprochée jufque vers la fin du dernier
fiecle ; d'autres enfin l'ont fait naître de
nos jours mais je crois que ce que je vais
vous dire là deffus , fixera une Epoque bien
plus ancienne .
Les premiers l'ont attribuée à Celfe , qui
enfeigne , à la verité , une méthode differente
du haut , du grand , & même du petit
appareil , tel qu'on le pratique aujourd'hui :
c'eſt le fentiment de quelques ( a ) grands
Hommes de nos jours. Ils n'avoient aparemment
rien trouvé qui en aprochât davantage ;
mais fi on lit les Anciens Etude trop negligée
aujourd'hui , dont on pourroit cependant
tirer un très grand fruit , & par laquelle
on découvriroit fouvent d'anciennes nouveautés
, il me femble qu'on ne peut
attribuer cette opération à Celle Cet Auteur
dit qu'ilfaut faire à la peau une incifion en
(a) Il paroit que M. Rau & M. Chefelden ont été
de ce fentiment.
forme
1718 MERCURE DE FRANCE
Forme de croiffant , pénétrante jusqu'au col de
la veffie , tout auprès de l'Anus , enforte que
les Cornes du Croiſſant regardent un peu lès
cuiffes du malade. Enfuite faire une autre incifion
tranfverfalement fous la peau , dans la
partie inférieure & la plus étroite de la premiere
, pour ouvrir le col de la veffie , de maniere
que l'incifion foit un peu plus grande que
la Pierre n'eft graffe.
Il auroit été plus raiſonnable de l'attribuer
à Albucafis. Cet Auteur Arabe conſeille , en
effet , d'introduire le doigt dans le Vagin ;
& en preffant fur la veffie avec la main gauche
, de conduire doucement la Pierre auffibas
qu'il eft poffible , depuis l'orifice de la
veffie , jufqu'au bas & près de la tuberofité
de l'Ifchium , & là , de faire une incifion fur
tout l'endroit où l'on fent la Pierre . Voilà
qui eft fi bien défigné , que M. Freind eft
obligé d'avouer que l'endroit marqué ici pour
l'incifion , eft entièrement le même
Frere Jacques , & après lui M. Ran , avoient
contume de la faire. (a)
que
cclui où
Mais 1 °. ce n'étoit point une méthode gé
nérale pour toutes fortes de Sujets ; Albuca
fis ne la propofoit que pour les femmes ; c'é
toit , fans doute , pour trouver un endroit
où l'on pût éviter de bleffer le vagin , en
(a) Hift. de la Medecine , Part. II. page 285. de
Edition d'Hollande.
faifant
A O UST. 1741. 1719
roit
pas
faifant une incifion à la veffie . 2 °. Quand on
y reconnoîtroit évidemment la Taille Latérale
, on fera voir que Albucafis auroit tiré
cela de quelques Ecrivains antérieurs de plufieurs
fiécles , & par conféquent qu'il ne l'au
inventé. Ce qui eft d'autant plus
certain , qu'il y a fort lieu de douter , dit
M. Freind ( a ) Si Albucafis a jamais fait l'o -
pération lui-même ; car il paroît évidemmen
par les termes dont il fe fert , que dans ces
tems là , dans les Pais où il demeuroit alors ,
on employoit rarement , ou peut- être jamais¸un
Chirurgien dans ces occafions. On ne devoit
pas toucher à une Vierge , & les femmes vertuenfes
ou mariées , ne fe pouvoient réfoudre à
découvrir à un bomme une pareille infirmité.
Ainfi , une Sage Femme , ou quelqu'autrefem
me , experimentée fur les maladies de fon fexe ;
devoit d'abord examiner la malade ; & quoi
qu'à la verité elle prît l'avis d'un Chirurgien ;
qu'elle fe fit donner les inftructions nécef
faires , il falloit néanmoins qu'elle fit l'opera
tion manuelle elle- même , malgré les accidens
qui pouvoient en arriver tous les jours ; y en
ayant très-peu , à ce que nous dit notre Au
teur , qui fuffent capables de la bien faire.
Les feconds , qui raprochent de nous l'invention
de la Taille Latérale jufque fur la
fin du dernier fécle , feroient bien mieux
(a) Ibidem , pag. 281.
fondés¿
720 MERCURE DE FRANCE
fondés , ſi on ne la trouvoit déja détaillée
dans des Auteurs qui vivoient , & qui l'ont
pratiquée bien des ficcles auparavant. Ce feroit,
en effet, avec juftice , qu'on l'attribueroit
à Frere Jacques; & fi la verité le permettoit,
je ferois charmé de la revendiquer pour un
Compatriote; car il étoit de cette Province ,
natifdu Village d'Arbagna, Paroiffe de Beaufort
, proche de Lons le Saunier. Mais il eft
affés glorieux pour lui & pour fa Patrie
d'avoir reffufcité une méthode fi précieuſe
& fi importante , abandonnée depuis tant de
fiécles ; & quoique depuis lui jufqu'à préfent
on ait infiniment perfectionn cette méthode
, fi imparfaite entre fes mains , on ne
laiffe pas de lui avoir l'entiere obligation
de l'avoir remiſe au jour.
En effet , on n'en trouve point de veftige
depuis Paulus Agineta , Médecin de l'Iйe
d'Egine , dans la Grece , jufqu'à lui , fi on en
excepte ce que nous avons raporté d'Albucafis
, & il ne paroît pas qu'aucun Auteur en
ait écrit , ni l'ait pratiquée avant ce même
Paulus , qui vivoit environ dans le quatriéme
fiécle , felon M. le Clerc ; ou dans le
feptiéme , au plus tard , felon M. Freind,
Albucafis ne vivoit , fuivant la commune
opinion , qu'environ l'an 1085. M. Freind.
foûtient par de fort bonnes raifons qu'il eſt
yenu encore plus tard , & qu'il n'a écrit que
fur
A OUST. 1741. 1721
Lar la fin du douzième fiecle : il ne peut par
conféquent qu'avoir fuivi Paulus en cette
matiere , comme il l'a copié en plufieurs
autres. Revenons à Paulus , & entrons dans
le détail de fon Opération.
.
>
Il fait fituer le malade de maniere qu'il
» foit couché fort haut , les cuiffès élevées ,
» & foûtenues par les mains du malade
» pour réduire , dit - il , la veffie dans un
petit efpace . Alors il examine fi la Pierre
» est tombée dans le col de la veffie , à l'oc
» cafion des fecouffes ou des faurs qu'il a fait
» faire au malade auparavant ; en ce cas il
» en vient à l'opération fans délai . Si au con-
» traire il n'aperçoit pas que la Pierre foit
» tombée dans le col de la veffie , il intro-
» duit dans le fondement le doigt indice de
» la main gauche , fi c'eft un enfant ; fi c'eſt
» un adulte , il y joint celui du milieu ;
(l'un & l'autre bien graiffés d'huile ) ; &
renverfant en bas la partie convexe de la
» main , il cherche la Pierre ; lorfqu'il l'a
trouvée , il l'amene doucement au col de
» la veffie , il ly engage , & la preffe comme
» s'il vouloit la pouffer dehors. Enfuite il
» fait prefer la veffie avec les mains par un
» Aide , pendant qu'un autre Aide , foûtenant
» & tirant en haut les Bourfes avec la main
droite,tendra le Periné avec la main gauche
22 du côté opofé à celui où il doit faire l'in-
B "cifion,
""
>
1722 MERCURE DE FRANCE
» cifion . Alors il prend le Lithotome , & il
» fait une incifion oblique entre les Bourfes
» & le Fondement , non pas proche le Ra-
ور
>>
phé , mais plus à côté , tirant enfuite vers
» la feffe gauche . Non juxta medium interfoemineum
fed ad alteram partem , adfiniftram
natem , obliquam fectionem faciemus
coupant la Pierre même. Il fait remarquer
que l'incifion doit être fort grande au dehors
, mais pas plus grande à la veffie , qu'il
pour faire fortir la Pierre;
ne faut
Il eft vifible que cette méthode que l'on
peut apeller le petit Apareil Lateral , n'eſt
pas le petit Apareil , tel qu'on le pratiquoit
anciennement , ou qu'on le pratique aujourd'hui
; & qu'au contraire elle ne differe de
l'Apareil Lateral , tel qu'on le pratique aujourd'hui
, qu'en ce que l'on fait l'inciſion
fur la Crénelure de la Sonde , au lieu que
Paulus la faifoit fur la Pierre même , n'ayant
pas l'ufage de la fonde , qui n'avoit point encore
été inventée , quoi qu'on fe fervit déja
d'un certain Catheter , qui paroît avoir été
une espece de petite Algalie , qui fervoit
feulement pour tirer l'urine de la veffie , en
l'introduifant par l'Uretre, & la pouffant jufqu'à
ce que fon bec pafsât le col de la veffie,
quoiqu'il dife ( lib , vij . cap. 39. ) qu'il fait
Pincifion entre l'Anus & le Scrotum , inter
Sed m & Teftes.
Pour
AOUS T. 1741. 1723
1
Pour peu que l'on connoiffe la maniere
d'écrire des Anciens , qui étoit trop laconique,
généralement parlant , pour ne pas manquer
quelquefois de précifion , & qui laiffe
fouvent beaucoup à refléchir , pour découvrir
le fond des chofes ; on jugera aifément qu'il
n'entendoit parler que du commencement
de l'incifion qu'il faifoit à quelque diſtance
du Raphé , non juxtà medium interfoemineum ,
fed ad alteram partem. La fuite le fait encore
mieux voir , en défignant non feulement la
figure de l'incifion , mais auffi le terme de
fon autre extrémité . Elle ne doit point s'étendre
du côté de l'Anus , comme dans le
grand & le petit Apareil ; elle doit au contraire
s'en éloigner , puifqu'il lui fajc décrire
une ligne oblique , Obliquam fectionem faciemus.
Il ne défigne pas moins clairement où
elle doit fe terminer , c'cft vers la feffe gauche
, ad finiftram natem. Il eft facile de concevoir
que c'eft vers la Tuberofité de l'Ifchium
, ou , pour mieux dire encore рец
près entre les mufcles Erecteur & Accelerateur
gauches , & à côté de l'inteftin Rectum,
Il n'eft pas moins certain , par le lieu &
la figure de l'incifion , rels qu'il les défigne ,
que le deffein de cet ancien Auteur Grec ,
étoit de la faire , non pas dans l'Uretre ,
ou du moins bien peu , mais dans le col de
la veffie , & même quelque peu dans fon
Bij corps,
1724 MERCURE DE FRANCE
corps , & de l'y faire latéralement , puifqu'il
la faifoit à quelque diftance du Raphé , décrivant
une ligne oblique , & tirant vers la
feffe gauche. Les Lithotomiftes d'aujourd'hui
ont- ils d'autre deffein , & l'exécutent - ils .
differemment pour le fond de la méthode ?
non certainement ; car de couper fur la
crénelure de la fonde , ou fur un autre corps,
il n'y a aucune difference effentielle pour le
fond , l'intention étant la même d'ouvrir le
col de la veffie , & fon corps , par la partie
latérale gauche , d'où dépend le fuccès de la
méthode , & c'est par où on lui doit la préference.
On ne peut donc s'empêcher de
conclure que Paulus a non - feulement pratiqué
la Taille Latérale , mais auffi qu'il l'a inventée
, aucun Auteur plus ancien , Grec ou
Latin , n'en ayant parlé avant lui .
Il est vrai qu'il paroît que ce Médecin
faifoit peut-être fon incifion un peu plus
haut que Frere Jacques , mais ce n'étoit pas.
un défaut ; M. Mery difoit , du tems même
de Frere Jacques , qu'il pouvoit bien entrer
comme il faifoit dans la veffie , en faisant
fon incifion deux pouces plus haut que l'endroit
qu'il coupe d'abord ; ce qui rendroit.
la playe beaucoup moins profonde , '& par
conféquent fa guérifon plus facile.
On ne fera pas furpris de ce que j'ai raporté
de Paulus , au fujet de la Taille Laté
rale
AOUS T.
1741: 1725
rale , fi on fe donne la peine de lire fon fi
xiéme Livre , par lequel on connoîtra combien
il étoit verfé dans les opérations de
Chirurgie . Ce Livre , dit M. Freind , ne contient
que
des Defcriptions d'Opérations de Chirurgie
, &&oonn peut dire que c'est l'ouvrage de
cette nature le plus complet qui ait paru , du
moins depuis ce qu'on apelle le rétabliſſement
des Sciences Il paroît évidemment par
ce Traité-ci , qu'il pratiquoit lui - même la Chirurgie
, & faifoit les Opérations de fes propres
mains......Enfin il nous aprend bien des chofes
dans cet Art, qui n'ont été ni raportées , ni
pratiquées , du moins autant que nous pouvons
le fçavoir par aucun Auteur plus ancien . "
• ......
Mais , dira-t'on , quelle aparence que Frere
Jacques , homme fans Litterature , ait tiré
cette méthode de Paulus ? Je conviens aifément
qu'il n'eft pas à préfumer que Frere
Jacques ait jamais lû Paulus ; cependant ce
que j'ai apris , en m'informant exactement
des perfonnes qui ont le plus fouvent vû
Frere Jacques , & qui ont eu quelque habitude
avec lui , fatisfera à l'objection . Cette
efpece de Moine , après avoir fuivi depuis
fes tendres années un Operateur Charlatan
qui s'étoit fait quelque réputation dans le
Royaume , & l'avoir vû opérer très -ſouvent,
foit
pour la Taille au grand & au petit Apareil
, foit pour les hernies ; l'envie de faire
Bij quelque
1726 MERCURE DE FRANCE
quelque fortune , lui fit former le deffein
d'entreprendre ces Opérations. Il n'exécuta
pas cependant ce deffein d'abord , il fe contenta
de trairer les chevaux dans la Cavalerie
, où il fervit quelques années ; ce fut ce
qui lui fournit l'occafion d'avoir connoiffance
de la Taille Latérale , qui lui fut indiquée
comme un moyen de faire fa fortune ,
en récompenfe de quelques fervices qu'il
avoit rendu à un Curicux verfé dans la Medecine
& dans la Chirurgie , lequel fans pratiquer
l'une ni l'autre , en lifoit cependant
avec plaifir les Auteurs , d'où il eft naturel
de penfer qu'il avoit tiré la connoiffance de
la Taille Latérale . Frere Jacques fe retira des
troupes, & commença à pratiquer cette opération
dans cette Province & dans fon voifinage,
ainfi que celle des hernies complettes .
S'étant ainfi exercé pendant quelques années,
il voulut paroître fur un plus grand Théatre ;
il vint donc à Paris en 1693 , où il propofa
les deux Opérations ; la feconde fut défaprouvée
, & il fe vit obligé de s'en tenir à
la premiere , qui y efluya toutes les contradictions
imaginables ; même encore en
1701 lorfqu'il s'y préfenta une feconde fois,
aprs avoir rectifié les inftrumens , quoi
qu'entr'autres il fe fervit d'une fonde crénelée
, & qu'il coupât fur fa rainure , pour éviter
les grands inconvéniens , dans lesquels
il
A O UST. 1941 . 1727
il étoit fujet à tomber , en faiſant ſon incifion
, fans être guidé par cette rainure .
Il eft , au refte, furprenant qu'elle ait été fi
fort défaprouvée à Paris par les plus habiles
Maîtres de l'Europe, d'alors , pendant que
ود
ور
l'on
en fentoit bien l'utilité dans cette Province .
Je me rappelle là - deffus ce qu'un homme
de grande confidération & d'un parfait jugement
, en tout ce qui regardoit les Opérations
de Chirurgie , me difoit il y a longtems
, Frere Jacques étant mort , & fa méthode
enfevelie avec lui. » On a tant blâmé la
» méthode de tailler latéralement , me difoit
» feu M. le Commandeur de Broilia , quoique
fes avantages foient viſibles & certains,'
parce que Frere Jacques , qui n'étoit point
» Anatomiſte,l'éxécutoit mal; pourquoi donc
» ces habiles Anatomiftes n'en redreffent- ils
» pas les défauts & les inconvéniens , pour
» pouvoir profiter des grands avantages qu'eiie'
" offre ? Quand même il n'y auroit que le
moindre de tous , qui eft d'épargner au malade
une bonne partie des vives douleurs ,
que caufe l'urine en s'écoulant par la playe ,
le malade urinant beaucoup plûtôt par l'Uretre
que lorfqu'il a été taillé par le grand
Apareil. Cela feul en vaudroit bien la
peine.
Quoi qu'il en foit , M. je crois avoir démontré
que Paulus eft celui de tous les An-
Bij
ciens
1728 MERCURE DE FRANCE
ciens qui a décrit l'Opération de la Taille fe
plus clairement , mais auffi qu'il a parlé le
premier de la Latérale , & qu'il en eft par
conféquent l'Inventeur ; que c'eft dans cette
Province qu'elle a été rétablie par le Frere
Jacques. Tout le monde fçait à quel degré
de perfection on l'a portée à Paris , à Londres
, & en Hollande . Je ferois bien charmé
d'avoir fatisfait en quelque maniere votre
curiofité fur ce fujet , l'origine de cette
Opération n'ayant point été examinée jufqu'ici
avec toute l'attention qu'elle méritoit.
Il étoit bien jufte d'ailleurs que je vous
adreffaffe mes Refléxions fur cette matiere
non -feulement par la confidération que j'ai
pour vous , mais encore parce que vous êtes
le premier dans cette Province qui avez prætiqué
la Taille Latérale depuis qu'on l'a mife
dans un état plus parfait. Je fuis , M. &c,
A Besançon , le 24. Juillet 1741.
EPITRE MORALE ,
A la Signora Domitilla , fur la perte
de fon Ecureuil.
A Deux beaux yeux que n'ont pas effacés
Même les yeux de Barberine ;
AOUS T. 1741. 1729
A deux fourcils que l'Amour a tracés ;
A des cheveux que de leur main divine
Sur un front enchanteur les Graces ont placés ,
Salut , encens , honneur & victoire certaine ;
Mais que ce foit toujours aux Rives de la Seine.
"
Charmante Domitife , il n'y a de proſpe
rités fi conftantes qui ne foient quelquefois
interrompues ; vous l'avez remarqué , fans.
doute , dans vos lectures , vous qui aimez
avec tant de juftice , l'Hiftoire , dès qu'elle
n'eft qu'un Roman . Vous avez vû dès naufrages
en arrivant au Port ; des triomphes
fuivis de l'esclavage ; des Trônes renversés ;
eh bien , tout cela vous annonçoit qu'un
Ecureuil peut s'échaper d'une poche . J'ai
fait chercher le vôtre hier dans tout l'Opera,
& je difois du ton dont on y fait les en
chantemens :
Quoi , ma recherche eſt inutile
Quoi , ce qui plaît à Domitile ,
Peut la quitter un moment !
Quelle difference bizare !
Un coeur dont elle s'empare ,
Voudroit s'échaper vainement ;
Mais un Ecureuil qui s'égare ,
Se retrouve mal - aifément .
La conjuration a été vaine , point d'Ecu
B v
reüil
1730 MERCURE DE FRANCE
reüil ; auffi n'en ai -je pas dormi de toute la
nuit , & je ne fçais comment vous confoler
affligé comme je le fuis moi- même.
Domitile , il est vrai , cette perte eft terrible ;
Ne ceffez pas pourtant d'avoir un coeur fenfible .
Oui , l'Amour vous prépare un avenir charmant
Hélas ! je le fçais de lui- même ;
3
Perdre fon Ecureuil eft un cruel tourment ,
M'a-t'il dit , je la plains , mais ce malheur extrême
Eft le feul qu'elle doit éprouver en aimant.
3
EXTRAIT d'une Lettre de M. Maillart ;
ancien Bâtonnier de l'Ordre des Avocats ,
écrite à M Secouffe , ancien Avocat an
Parlement,fur une difficulté Topographique.
1.
A
U premier Tome des Ordonnances
Royaux , Edition de 1733. page
789.eft une Ordonnance Latine , faite
par le Roy Charles IV. dit le Bel , fur
le change de Paris ; en voici le Lieu &
la date,
A&tum apud Lacum Nigrum , anno Domini
1325. menfe Augufti.
2. Pour fixer ce Lacum Nigrum , j'ai eu
recours à une Table Chronologique des Ordonnances
Royaux , imprimée à Paris , aux
dépens V
A O UST. 1741. 1731
depens du Roy , en 1706. où j'ai trouvé le
Sommaire de cette Ordonnance, & en marge
, ce qui fuit ,
Apud Lacum Nigrum, ( Marches Noir )
en Août 1325.
3. Le peu d'Analogie , qui m'a parû être
entre Lacum & Marche , m'a donné lieu
d'éclaircir ce point de Topographie .
4. La Notitia Galliarum , par Adrien Valois
, m'a fourni beaucoup de notions fur ce
fujet , für le mot Marchefneium.
J'y ai trouvé l'identité de Marches - Noir ,
avec le Lac- Noir, Corpus B. Leonardi Con-
·fefforis , in quâdam Ecclefiâ juxta Marches-
Noir fita , requiefcere dignofcitur , Cartâ anni
1226.
Prioratus S. Leonardi juxtà LACUM -NIGRUM.
Carta anni 1353. Ergo Lacus - Niger,
Marches-Noir , vel Marches - Neium unus
locus eft.
Marifcus enim , idem quod Palus & Lacus.
Littera Johannis Episcopi Carnotenfis , fic
definit.
Actum apud S. Leonardum juxtà Lacum.
Nigrum noftra Dioecefis , anno Domini 1394 .
5. La Carte du Diocèfe de Blois , 1706 .
a placé au Nord Oüeft , près Marches-Noir,
le Prieuré de S. Leonard .
6. Bernier , en fon Hiftoire de Blois ,
Edition
de 1682. page 221. a écrit ce qui fuit.
B vj Mar +
1732 MERCURE DE FRANCE
Marchefnium , ou Marfchuefnium , Lacus:
Niger Marchenium ; c'eft une des principales
Villes du Reffort de Château- Dun. Ce qui
fubfifte encore préfentement..
7. Au Nord- Oüeft de Marchenoir , cft la
Paroiffe de S. Leonard . Le nouveau Breviaire
de Blois en fait mémoire au 10. Mai.
Beatiffimi Anachoreta Leonardi celebratur
memoria prope Lacum Nigrum in Blefenfium
finibus ubi Parochialis extat ejus nominis confecrata
Ecclefia.
In ea quiefcunt facra ejus membra , ab
Anno 1226.
Qua per Gualterum Carnotenfem Epifcopum
è vicinofacello ad tumulum ejus condito levata
funt , & in Capsa recondita ....
Solemnis maximè fuit ifta tranflatio , cui
non modo Epifcopi Carnotenfis , & Cenomanenfis
interfuere , fed & plures Abbates , cum
DUNENSI VICOMITE , ac multis aliis ....
De là fuit que le Dunois a un Saint Leonard
Anachorete , auffi -bien que le Limofin
a un Saint Leonard Solitaitre , dont la Fête
eft au 6. Novembre.

Et que Marche - Noir eft le même Lieu
que Lacus- Niger. -
A
A O UST. 1741 1733
A M. le Prince René de Rohan , le lendemain
de la Thèse de Philofophie qu'il foûtins,
le 3. Juillet au College du Pleffis.
AImable Prince , je vous plains
D'être forti d'un Sang illuftre ;;
Pour votre gloire , les Deſtins
Vous devoient faire fils d'un Ruftre
Vous auriez l'extrême douceur
De ne devoir qu'à vous un luftre ,
Qui vous comble aujourd'hui d'honneur ,
Et votre naiffance vous fruftre
De ce qu'il a de plus flateur.
De ce profond fçavoir qu'à bon droit on admire ,
J'entends de tous côtés vos envieux me dire
Que je ne devrois point paroître ſi ſurpris ;
Il femble , à les ouir , que le fang vous infpire ,
Sans que vous ayez rien apris ;
Les plus beaux dons du Ciel, au gré de ces Efprits,
Sont dans votre Famille un bien héreditaire ,
Dont la jouiffance ordinaire-
Semble diminuer le prix.
eft vrai que les fleurs qu'il faut pour votre Race
Dépeuplent tous les jours les Jardins du Parnaffe ;
Et fous ces beaux Lauriers , d'Apollon fi chéris , -
Lea
1734 MERCURE DE FRANCE
Les Mufes & leurs Favoris ,
Quoiqu'ils ne foient pas en grand nombre ,
Ne peuvent plus trouver de quoi le mettre à
+ l'ombre .
Prince , digne , à mes yeux , de leurs plus doux
Concerts ,
Pour donner le tems de renaître
Aux Rameaux précieux dont ils étoient couverts ,
Vous deviez un peu moins vous preffer de paroître;
Mais dans votre illuftre Maiſon
Les Héros font plus prompts à croître
Que les Lauriers fur l'Hélicon .
Sa célebre fontaine elle - même eft tarie ;
Le defir de chanter aujourd'hui votre nom ;
De goûter de ces Eaux m'a fait naître l'envie ;
Mais je n'ai dans fon lit trouvé que du limon ,
Ou tout au plus un peu de lie ,
Dont le fumet eft affés bon
Pour infpirer une folie ,
Et non un coupler de Chanfon.
Les doctes Sujets d'Apo'lon
Mont dit que de ces Lieux l'Hipocrêne partie ,
Pour éviter l'ardeur qui brûle leur Vallon ,
Jufqu'au retour trop lent de fon tendre gazon ,
Roule fes claires Eaux dans la couche fleurie ,
Où dort l'heureufe Seine en ce charmant Canton.
C'eft - là , m'ont- ils dit , la raiſon
Four laquelle on a vû la Seine enorgueillie ,
Sortir
A OUST.
1735 1741.
Sortir de fon canal & faire tant de bruit ;
Comme une Riviere polie ,
Elle faifoit alors les honneurs de fon lit ;
Puis après les Céremonies
Elle eft rentrée en fon réduit ,
Où comme de bonnnes amies ,
Leurs Eaux fe font étroitement unies ;
Mais de cette union eft venu maint Ecrit ,
Plein de froideur & de bizarreries ,
Dont le P. L. fans ceffe retentit .
Depuis qu'elles coulent enſemble ,
Dès que quelqu'un en boit , il femble
Que le Démon des Vers poffede fon efprit.
Mon pauvre bûveur d'eau, m'a dit Horace, tremble
De rencontrer le même écueil ;
Ne boi plus que de l'eau d'Arcüeil ,
De peur de fuivre leur exemple ·
Ou plutôt déformais ne boi que du vin pur ,
C'est encore , à mon gré , le ſecret le plus fûr.
Ne pouvant marcher fur fa trace ,
Je fuis du moins l'avis d'Horace ;
D'autres peut-être feront mieux
Sans l'efperer , je le fouhaite ;
Non pas qu'on manque de Poëte
11 en left affés en ces Lieux ;
2
Mais ils ont déja tous confacré leur Trompette '
A chanter les vertus d'un Rival glorieux ;
1737 MERCURE DE FRANCE
J'en aurois fait moi- même autant de ma Mulette,
Si mon emploi trop férieux ,
Et qu'on croit ennemi des Chanfons & des Jeux ,
Ne l'avoit condamnée à demeurer muette .
Ainfi , digne ROHAN , n'attendez rien de nous ;
Il faut que la Philofophie
Contre ce coup vous fortifie .
Voyez même nos coeurs , fans en être jaloux ;
Rendre à votre Rival un tribut volontaire
Peut- être qu'à cet adverfaire
Vous pourriez difputer un Empire fi doux ;
Mais votre Sang toujours contraire
A ce qui peut faire pour vous ,
Vous rend la gloire même chere.
XXXXXXXXX-XXXX ***
QUESTION IMPORTANTE jugée
au Parlement de Paris , fçavoir , fi les
rentes dues par les Etats de Bourgogne , fe
reglent par la Coûtume de cette Province
ou par celle du domicile du Créancier.
FAIT.
E Marquis de Prye avoit eu de fon ma
2
Lriage un fils & une fille. Le fils étant
décedé quelques années après fa mere , la
fille mariée depuis à M. le Duc d'Hoftun ,
devint feule héritiere.
Dans
AOUST: 1741. 1737
Dans la fucceffion de la Marquife de Prye
fe trouverent deux parties de rente fur les
Etats de Bourgogne , au principal de 200000
liv. rembourfées du vivant de la Ducheffe
d'Hoftun , partie avant fon mariage , partie
depuis le mariage .
Madame la Ducheffe d'Hoftun fut mariée
vers la fin de l'année 1733. elle aporta en
dot , entr'autres effets la fomme de 141000
liv. de deniers comptans, provenant du rembourfement
de partie des Contrats de rente
fur les Etats de Bourgogne.
Elle mourut fans enfans , au mois d'Août
1738. étant encore mineure.
Elle laiffoit differens héritiers ; le Marquis
de Prye fon pere , héritier des meubles &
acquêts , la Dame de Pleneuf ayeule maternelle
, héritiere des propres maternels de
fa ligne , & les Srs Berthelot , héritiers des
propres de la ligne du Sr de Pleneuf.
Il s'éleva plufieurs queſtions entre fes héritiers
, entr'autres celle de fçavoir à qui
apartenoient les 141000 liv. provenant des -
Contrats fur les Etats de Bourgogne.
Comme ces rentes avoient été rembour
fées pendant la minorité de la Ducheffe
d'Hoftun , toutes les Parties convenoient
qu'on devoit les regarder comme fi elles.
euffent encore fubfifté .
Le Marquis de Prye , héritier mobilier ,
pré
1738 MERCURE DE FRANCE
prétendoir que ces rentes étant dûës par les pår
Etats de Bourgogne , devoient fe regler par
la Coûtume de cetre Province où elles font
réputées meubles en fucceffion ; qu'ainfi les
deniers qui en étoient provenus entroient
dans le mobilier qu'il avoit droit de recueillir.
La Dame de Pleneuf & les Srs Berthelot ,
héritiers des propres maternels , foûtenoient
au contraire que les rentes dont il s'agiffoit ,
étoient régies par la Coûtume de Paris , lieu
du domicile de la Marquife de Prye ; qu'elles
étoient immeubles dans la main de la Marquife
de Prye , & depuis devenuës propres
dans la main de la Ducheffe d'Hoftun fa
fille ; que les deniers qui les repréfentoient
confervoient la même nature de propre, fuivant
la fubrogation établie par l'Article 94.
de la Coûtume de Paris , & qu'ainfi ils devoient
apartenir à la Dame de Pleneuf , héritiere
des propres de fa ligne.
Par Sentence des Requêtes du Palais les
deniers avoient été adjugés à la Dame de
Plencuf. Sur l'apel qui en fut interjetté par
le Marquis de Prye , la Caufe fut plaidée en
l'Audience de la Grand ' Chambre.
On difoit de la part de l'Apellant , pour
foûtenir que les rentes dont il s'agiffoit devoient
fe regler par la Coûtume de Bourgogne,
lieu de l'affignat, & où elles fe payoient
AOUST. 17417 1739
à Bureau ouvert , que perfonne n'ignore la
diftinction établie entre les rentes ordinaires
& les rentes conftituées par affignat. Pour
les premieres qui font conftituées par les
Particuliers fous l'hypoteque génerale de
tous leurs biens , on fuit la Loi du domicile
du Créancier ; pour les rentes conftituées
par affignat , telles que celles dues par le
Roy , par les Hôtels de Ville , par le Cleron
fuit la Loi du lieu où elles fe payent
à Bureau ouvert. C'eft par cette raison qu'on
fuit la Coûtume de Paris pour les rentes fur
les Aydes & Gabelles , qui fe payent à l'Hôtel
de Ville de Paris , en quelque lieu que
le Rentier foir domicilié : enforte que le
point de la dificulté étoit de fçavoir dans
quelle claffe on devoit placer les Rentes fur
les Etats d'une Province ,
telles que celles
dont il s'agiffoit , queftion fur laquelle on
ne trouvoit aucun préjugé .
Pour décider cette queftion , l'Apellant
remontoit aux principes , qui ont établi la
diftinction entre les rentes ordinaires , qu'on
apelle volantes , & les rentes par affignat.
Pour déterminer la nature & la fituation
d'un droit incorporel , on fuit celle de fon
objer , fans confidérer le domicile de la perfonne
à laquelle il apartient. Si c'eft un meu
ble qui en eft l'objet , on fuit le domicile de
la perfonne qui regle tous fes meubles : fi
c'eft
1740 MERCURE DE FRANCE
c'est un immeuble , on fuit le lieu de fa fi
tuation .
Cette regle a décidé de la fituation de
toutes les rentes conftituées , tant qu'elles
l'ont été avec affignat . On fçait avec quel
fcrupule l'ufage en fut reçû : on exigeoit
dans l'origine un affignat d'un fond produifant
revenu, pour donner à la rente la couleur
d'une vente des fruits de l'héritage jufqu'à
concurrence du denier de la conftitution ,
& pour écarter toute idée d'ufure ; de là les
formalités de l'enfaifinement , le payement
des droits Seigneuriaux & autres conféquences
préjudiciables au commerce , qui
ont ceffé avec la néceffité de l'affignat ; tant
que cet ufage a fubfifté , toutes les rentes
dûës , foit par le Roy ou par des Particuliers,
ayant également un affignat certain , fondé
pour les unes fur l'autorité du Souverain ,'
& à l'égard des autres fur la convention des
Parties , elles étoient réputées fituées au lieu
de l'affignat , qui étoit le véritable objet de
l'obligation .
Dans la fuite , l'ufage des rentes fans affi
gnat & avec hypoteque générale , s'étant introduit
entre les Particuliers , comme le débiteur
pouvoit avoir des biens en differentes
Coûtumes , & qu'il y auroit eu trop d'inconvéniens
à faire une efpece de contribution
Coûtume par Coûtume, pour déterminer
fi
AOUST. 1741
1741
on
fituation de chaque portion de la rente ,
reconnut qu'à l'égard de ces rentes , Pobligation
perfonnelle du débiteur étoit le véritable
objet de la rente , & non l'hypoteque
des héritages, qui ne forme qu'une obligation
acceffoire & une fimple fûreté , & on
prétendit qu'il falloit fuivre le domicile du
débiteur. Mais comme en prenant ce parti .
le débiteur auroit été le maître en changeant
de domicile , de changer la nature des biens
de fon créancier , la Jurifprudence préferant
le bien de la juftice à l'exactitude fcrupuleufe
des principes , fixa la fituation des rentes
au lieu du domicile du créancier.
Mais ce changement s'eft borné aux rentes
dûës par les Particuliers , les rentes dûës par
le Roy n'étant pas fujettes aux mêmes inconvéniens
ont continué d'être reglées
comme auparavant.
>
Or , dans les rentes dûës par les Etats des
Provinces , & en particulier dans les Contrats
dont il s'agit , on trouve une obligation
& un affignat , auffi fixes & auffi immuables
que dûës dans les rentes dues par le Roy.
En 1723. les Etats de Bourgogne ayant
racheté les Offices Municipaux créés dans
cette Province , obtinrent un Edit qui , pour
faciliter le payement de la Finance , leur
permit d'emprunter à conftitution de rente ,
& d'affigner le payement de ces rentes furs
La
1742 MERCURE DE FRANCE
,
les nouveaux Octroys , qu'on impofa par cet
Edit fur les Villes & Bourgs dela Province ,
& dont on accorda la perception aux Etats.
La Marquise de Prye , alors féparée de
biens de fon mari , fournit aux Etats de
Bourgogne une fomme de 200000. liv. &
les Etats conftituerent deux rentes . Dans
les Contrats la rente eft ftipulée payable en
cette Ville de Dijon annuellement au Bureau
de la recette générale des Etats ; le Tréforier
affigne la rente , tant en principal qu'arrérages
qui en écheoiront géneralement & expreffément
fur tous & un chacun les biens & revenus de
ladite Province , & Spécialement .... fur le
produit des Oltroys nouveaux qui doivent être
Levés fur les Villes & Bourgs de cette Province
, fans que lesdits fonds puiffent être employés
ni divertis ailleurs qu'au payement des
interêts & au remboursement de la rente. On
ajoûte que la Créanciere fera tenue de recevoir
au Bureau de la Recette génerale defdits
Etats , fçavoir les interêts chaque année
dans le tems de leur échéance , & le rembourfement
du Principal , troisjours après que dénonciation
lui en aura été faite au domicile
par elle élû à Dijon .... qui demeure fixe &
permanent , encore bien que ladite rente eût
paffe en d'autres mains , fans laquelle claufe
expreffe lapréfente renie n'auroit été conftituée.
Ainfi , l'hypoteque génerale de la rente
,
l'afA
OUS T. 1741 1743
l'affignat particulier , le Bureau ouvert pour
le payement , le domicile élû irrévocablement
, même à l'égard des Succeffeurs à titre
fingulier , tout eft fitué en Bourgogne ; il
n'y a point à craindre ni changement de domicile
du débiteur , ni divifion & contribution
de la rente fur fes biens , puifque c'eft
la Province en Corps qui doit la rente , que
tout ce qui y eft affecté , eſt ſitué en Bourgogne
, & qu'elle fe paye à Bureau ouvert à
Dijon , où les Rentiers élifent un domicile
irrévocable pour l'exécution de la convention.
De la part de la Dame de Pleneuf on convenoit
que dans le tems que les rentes fe
conftituoient avec affignat , on fuivoit le lieu
de la fituation de l'affignat, tant pour les rentes
dûës par le Roy , que pour celles dûës par
des Particuliers ; on ne diftinguoit point alors
l'affignat fondé fur la convention , de celui
qui vient de l'autorité du Souverain & de
la nature de fes engagemens , parce que
toutes les rentes avoient également un affignat
ſpécial & permanent ; mais depuis que
l'ufage s'eft introduit de conftituer des rentes
avec hypoteque génerale fur tous les biens
du débiteur fans affignat particulier , on a
été dans la néceffité , à l'égard des rentes dûës
par des Particuliers, de fuivre le domicile du
Créancier , à caufe des inconvéniens qu'il y
au
$ 744 MERCURE DE FRANCE
auroit eû à ſuivre celui du débiteur , ou la
fituation des biens hypotequés.
Les Etats des Provinces , lorfqu'ils conftituent
des rentes fur eux -mêmes , contractent
une obligation perfonnelle comme
le dernier Particulier du Royaume , & on
peut comparer leur engagement à celui du
plus petit Village , de la plus petite Communauté.
Ils contractent comme de fimples
Particuliers avec hyporeque génerale de tous
les revenus des Etats : les Rentiers ont droit
de fe pourvoir fur tous les revenus des Etats.
pour leur payement , foit par des faifies , foit
par les autres contraintes qui font ufitées
entre Particuliers.
Ils peuvent avoir des revenus par tout le
Royaume, comme des Particuliers ; ils peuvent
avoir des Maifons à Paris ; quand on ne
fupoferoit qu'un Hôtel pour y loger le Syndic
de la Province ; ils peuvent avoir des
Rentes fur l'Hôtel de Ville de Paris ; ils peuvent
en avoir auffi à Lion & dans les autres
Lieux du Royaume.
Il y a une grande difference entre l'affignat
des Rentes dûës par le Roy , & celui
qui fait la fûreté des rentes dûës par les Etats
des Provinces ; la ſpécialité de l'un eft une
fuite de l'autorité du Souverain , qui en affignant
la rente fur un objet , en affranchit
le furplus des revenus de l'Etat ; l'autre au
contraire
AOUST. 1745 1741 .
ontraire ne peut être fondé que fur une convention
particuliere , telle que tous les Particuliers
du Royaume pourroient l'inferer dans
leurs Contrats de rentes.
La Coûtume de Paris , Art. 347. & 348.
ne diftingue que deux fortes de rentes conftituées
, celles qui font dûës par le Roy , &
celles qui font dûes par les Particuliers.
L'Article 348. ordonne de faire les criées
de ces dernieres devant la Porte de l'Eglife
de la Paroiffe du Créancier fur lequel elles
font faifies , & de mettre les Affiches à fa
porte , d'où il résulte que toutes les rentes
conftituées par des Particuliers , n'ont point
d'autre affiete que le domicile des Créanciers
.
Il n'en eft pas des rentes fur les Etats des
Provinces, comme de celles qui font dûës par
le Clergé; ces dernieres fuivent le lieu où elles
fe payent à Bureau ouvert , parce que le
Corps par lequel elles font dûës , étant compofé
de plufieurs Membres répandus dans
toutes les differentes parties du Royaume ,
on ne peut le confiderer comme un fimple
Particulier , c'est pourquoi dans l'uſage on
a affigné à ces rentes pour leur fituation le
lieu où elles fe payent à Bureau ouvert , ce
qui n'a point été étendu aux rentes dûës
par les Etats des Provinces , à l'égard defquelles
on fuit la regle génerale & commune
C à
1740 MENCUR L L FRANCE
à toutes les rentes conftituées par des Particuliers.
Enfin on opofoit au Marquis de Prye la
conduite qu'il avoit tenue à l'égard de Madame
la Ducheffe d'Hoftun fa fille , à l'occafion
du décès du Marquis de Prye fon fils .
Au décès de ce fils , il avoit abandonné les
rentes en queftion à Madame la Ducheffe
d'Hoftun , qui les recueillit comme propres
dans la fucceffion de fon frere.
Par Arrêt du 23. Février 1741. la Sentence
des Requêtes du Palais a été confirmée
, plaidant M. Gueau de Reverſeaux
pour les Apellans , & M. Cochin pour
' Intimé. Cet Arrêt juge que les rentes fur
les Etats des Provinces fuivent le domicile
du Créancier.
*****
D. D. NICOLAO-PETRO GUERET , Doctori
Theologo , Socio Sorbonico , necnon Paftori
Sancti Pauli vigilantiſſimo.
ODE.
Tutelagregis fplendida lumine ,
Paftorum columen , famaqué , nobili ·
Exardens fudio , matris ab ubere
Eledis ovibus data !
Spe
AOUST.
1747 1741.
Spe , firmufque fide , moribus integer ,
Exemplo ftimulans , eloquio potens ;
Ut fe patris amor maximus in fuos
Mactat , fic tua charitas.
*
Extant inter oves , te duce , mutuum
Cor , mentes , pietas ; permanet aurea
Pax, & fumma quies imperat , imperae
Et vita fapientia.
*
Degit mellifluis fingula pabulis ,
Degit nectareo fingula poculo ,
Certatim properat ducere gaudia
Rivi more fluentia.
*
Pernoctat jugiter mens ducis anxia ,
Ut grexfit penitùs dexter , & innocens.
felix eafors ! invidiam parit
Hac circumlocaftantibus.
*
Infeftos ovibus pellis , & horridam
Luporum rabiem vincis , obferas
Perverfis aditum , praliafi fubis
Mox pugna tibi gloria.
Cij Quas
1748 MERCURE DE FRANCE
Quas hinc fata premunt indiga , recreas ,
Quas illinc tenuat ſors atra , fublevas.
Oblitufque tui , fis memor omnium ;
Largam nulla fugit manum.
*
Erralunda diu Numine profpere
Da fi juncta tuis , annue fupplici ,
Nunc pro corde pio tu velis ultima
Efca fit fimilis comes .
*
Fauftum vocepecus clamitat unicâ ¿
Longos curre dies , fit tibi debita
Laurus jam toties . Semina collige
Dignis parta laboribus .
Offerebat humillimus & additiffimus
POUCHAIN,
****************
COPIE d'une Lettre écrite de Chichester
à M.... au fujet de l'infertion , par le Sr
Thomas Baker , Chirurgien de cette Ville ;
en date du 3. Décembre 1740. vieux Stile.
E vais vous faire le détail du fuccès extraordinaire
qui a fuivi l'infertion de la
petite Vérole en cette Ville. La maladie commença
AOUST. 1741. 1749
·
mença au mois de Mai dernier , & pendant
deux ou trois mois , il n'y en eut que 10.
ou 12. qui en furent attaqués , dont deux
Peurent par infertion . Le Peuple cria fort haut
contre ceux qui avoient la préfomption de
s'expofer à la mort en fe donnant cette dangereufe
maladie , & contre ceux qui le fouffroient.
Les feuls qui parlerent avec éloge de
cette opération , furent les Anabaptiſtes ,
& auffi furent- ils les feuls à la mettre en
pratique , de maniere que toute la Secte s'eft
fait donner la petite Vérole à l'inftigation de
leur Prédicant , dont le fils , qui eſt Chirurgien,
faifoit l'opération. Je ne vous nomme,'
ni le Prédicateur , ni l'Opérateur , vous les
connoiffez comme moi. A la fin , le fuccès
excita les autres à y venir ; & enfin ceux qui
s'y étoient le plus opofés , ont été obligés
de fe rendre & de changer d'avis , en pratiquant
cette opération fur eux -mêmes & fur
ceux qui leur apartenoient , de maniere que
de
250. perfonnes qui ont eu la petite Vérole
par infertion , il n'eft eft pas mort une
ſeule , excepté deux femmes groffes , d'aſſés
mauvaiſe conſtitution , qui moururent il y a
deux jours , & qui ont voulu fe faire faire
l'opération , difant qu'elles ne fe fauveroient
pas,fi elles étoient prifes naturellement de la
petite Vérole , mais elles fe font toutes les
deux
Cij
1750 MERCURE DE FRANCE
deux trompées. Nous en avons eu plus de
300. malades dans le même tems , dont il
eft mort environ un fixiéme de tous ceux
qui ont été pris naturellement. On comptoit
quand cette maladie a commencé , qu'il y
avoit environ 3000. perfonnes dans la Ville
en état de l'avoir , & je crois que la moitié
l'a eûë ou à peu près , ce qui occupe beaucoup
nos Chirurgiens. Il y a dix-huit ans que
cette maladie étoit ici , vous y étiez alors ,
& vous fçavez que je la fis donner par infertion
à trois de mes enfans , c'étoit alors le
commencement de cette découverte ; outre
mes trois enfans , il y en eut encore onze
dans la Ville , qui tous fe portent fort bien.
Je fuis , M. & c.
LA POULE ET LA CANETTE.
FABLE.
IL eft certains bienfaits qu'on ne peut oublier ;
Eût -on le coeur plus dur que le fer & l'acier.
La Canette jadis vivoit dans l'indigence ;
Le fort d'un orphelin eft plus dur qu'on ne penfes
Perfonne ne daignoit , fenfible à fes malheurs ,
Ecouter
AOUST. 1741. 1751
Ecouter fes foupirs , mettre fin à fes pleurs.
La Poule avoit , dit- on , très- nombreuſe famille :
Quoique pauvre d'ailleurs , il l'adopte pour fille ,
Entr'elle & les enfans partage tous les foins ,
Les aime , les nourrit , pourvoit à leurs befoins ,
Goûte de fes travaux la douce récompenfe ,
Voit croître les petits d'un oeil de complaifance.
Mais h las le Deftin d'un coup précipité ,
Fait fuccéder le deuil à fa félicité ,
Frape tous les enfans dans le cours d'une année ;
La voilà fans mari , fans enfans , fans lignée .
En proye
à la douleur dans un afreux lointain ,
Elle ne voit qu'ennui
, que peine , que chagrin.
Mille maux tour à tour fe fuccedent
fans ceffe ,
Non , il ne fut jamais une telle détreffe .
Un coeur reconnoiffant eft un autre Phénix ;
La Poule en fon malheur en connoît tout le prix s
Ses proches , fes parens remplis d'ingratitude ,
D'infulter à fes maux font toute leur étude ;
Sans apui , fans fecours , fans confolation
Perfonne n'eft fenfible à fon affliction .
La Canette pourvoit feule à fon néceffaire ,
La regarde à fon tour comme une tendre mere.
Pouvoir la foulager , pouvoir la fecourir ,
C'étoit pour la Canette un doux & vrai plaifir.
Que ne puis-je , dit- elle , aux dépens de ma vie ,
Suporter de vos maux du moins une partie !
Cij Qui
1752 MERCURE DE FRANCE
Qui n'admireroit pas de fi beaux ſentimens ?
Mais hélas ! qu'il eft peu de coeurs reconnoiſſans }
M ....
De Verfailles le 18. Juillet.
LETTRE de M. le Chevalier de Franville,
écrite le premier Juillet 1741. à M. Boyer
de la Valette,qui lui avoit envoyé une Hymne
lejour defa Fête le 24. Ju.n.
Es voeux , cher Ami , ont été pleinement
exaucés ; jamais Fête plus joyeuſement
célebree que la mienne . La Marquife
d'A ...en voulut faire les frais . Le Baron de
la Caſcade & le Chevalier de Mir .... ces deux
aimables Rivaux , furent de la partie. La ma-,
gnificence & la délicateffe annonçoient partour
le goût & la génerofité de notre belle Hôtelle.
L'aimable Mlle Lef.... fembloit étaler
plus de charmes que jamais , & tu fçais qu'elle
a toujours avec elle toute la Cour de Cythere.
La ferieuſe Tour... fufpendit fes brocards &
fes malices pour goguenarder avec nous.Enfin
fi je t'avois eû , mon cher Boyer , je n'euffe
plus rien eû à fouhaiter dans le monde . Tu
fus defiré de toute la Compagnie , au point
que l'enjoüé Mir .... dit qu'il doutoit s'il
n'aimeroit
AOUST. 1741
1753
n'aimeroit pas mieux être abfent que préfent,
s'il étoit affûré d'être regretté de même. Je
t'envoye en récompenfe de ton Hymne délicate
, mon Remerciment à mon incomparable
Marquife. Tu ne gagneras pas au troc ,
mais avec un ami on n'y regarde pas de fi près.
REMERCIMENT
A M. la Marquise d'A ...
T Endre A....ma Mufe badine , Τ
Et Philofophe en fes Concerts ,
D'une raifon dure & chagrine
Vient à tes pieds brifer les fers ;
Sois ma Sapho , fois ma Corine..
Je fçais que tes charmes divers
T'affûrent bien mieux que mes Vers ,
Ainfi qu'à la Beauté divine
Qui regnoit près de Salamine ,
Des Autels dans tout l'Univers .
Toutefois d'un retour fincere
Reçoi les tranfports innocens ;.
D'un coeur naïf le pur encens.
De tout tems aux Dieux a ſçû plaire.
11 me fouvient du jour heureux ,
Où , dans les dons inépuiſable ,
les. Cicur Ta main , d'un vin fait pour
Vint abreuver la Troupe aimable
Cv Que
1754 MERCURE DE FRANCE
Que tu fis affeoir à ta Table.
Là , tout ce qu'à nos voeux jadis
Prodiguoit la riche Amathée
Ce qu'à la riante Affemblée
De les plus tendres Favoris
Le Roy du célefte Pourpris
Etale aux plus fuperbes Fêtes ;
Ce que des Filles d'Hesperus ,
Et des trésors d'Alcinous
Nous ont célebré les Poëtes ,
Splendidement fut préfenté.
Là de la fade gravité
Releguant aux gens à Lunettes
Le perfonnage détesté ,
Chaque Convive tranſporté ,
Mit au niveau de nos fornettes
Son efprit & fa dignité.
Au bruit de mille Chanfonnettes ,
Notre joyeuſe Déité ,
J'entends la chere liberté ,
Mere des douces Amulettes
Unit & le fel des Goguettes ,
Et les rayons de la gaïté.
Nos ardeurs tendres , mais difcrettes
Sur l'aîle de la volupté ,
Par mille illufions fecrettes ,
Pentoient au coeur enchanté
Les
A
OUST. 1741 . 1755
Les charmes de la vérité.
Rien de nos délices parfaites
Ne troubloit la réalité.
Nos jeux de nos coeurs interprétes
Bravoient les frivoles gazettes
Du menfonge à l'air concerté.
Si vers le Nocher redouté
11 eût fallu payer nos dettes ,
Notre fage ftoïcité ,
De Myrthe couronnant nos têtes ,
Au doux fon de ce Luth vanté ,
Par les Amours mêmes monté ,
Délogeant fans bruit , fans Trompettes ,
Nous eût avec férenité
Conduits au Païs des Planettes.
Là , felon notre Arrêt porté,
Dépoüillant la mortalité ;
De Paphos les rians Athletes ,
Euffent avec folemnité
Reçû notre Societé
Aux voluptueufes retraites ,
Où des mains de l'oifiveté
On boit le conſolant Lethé.
Cvj´ LETTRE
1756 MERCURE DE FRANCE
*****:
LETTRE de M. Dival , écrite de la Cam-
Pagne le 26 Mai 1741. à M. le Baron
D. J. àfon Château de S....
Q
Uelle joyeuſe nouvelle venez-vous de
me donner , mon aimable Baron ! Vous
voilà donc devenu fenfible . O l'heureuſe
métamorphofe ! La Belle , M. vient enfin de
vous foûmettre à fes loix. Que je m'en réjoüis
de bon coeur ! Qui vous eût dit que
vous feriez enchaîné des mêmes liens que
vous vouliez me forcer de rompre. C'eſt là
un jeu de ce charmant petit Dieu d'Amathonte
que l'on n'offenfe jamais impunément
:
En vain la Philofophie
De l'amoureuſe faillie
Voudroit garantir nos goûts
Ami , que peut entre nous
La raifon la plus ftoïque
Contre l'effet fympathique
Du Dieu dont tu fens les coups ?
Aimez donc , ami charmant , le digne
objet qui vous enchante. Que j'ai déja de
plaifir de vous fçavoir amoureux ! Encore
une petite réforme & vous voilà arrivé à la
perfection
A O UST. 1741 1757
perfection qu'exigent les fages loix de notre
riante cotterie : Buveur d'eau , venez quel
quefois avec nous vous couronner de
pres :
Le Luth badin de Cupidon
Doit déformais être ta Lyre ;
Mais , fi dans le facré Valon
Tu veux éternifer le nom
De ton. adorable Thémire ;
Voluptueux Anacréon ,
Sçache mêler au double fon
L'enjoûment que Bacchus inſpire
De nos Docteurs du tendre Empire ,
Tu le fçais , c'eft une leçon ;
En vain , fans lui , le coeur foupire ;
Ce n'eft que par fon air fripon
Que l'on parvient à l'heureux ton ;
pam-
J'ai cependant de la peine à me perfuader
que votre coeur ait bien pris feu , quand je
vois , en relifant votre Lettre , que vous fupliez
notre aimable République de fléchir la
Divinité qui vous retient loin de nous. Comment
accorder ces deux points ? L'Ami ne
peut y gagner fans que l'Amant y perde.
Mais , ne me trompai- je point moi-même ?
* Siccis omnia nam dura
Deus propofuit. Hor, Od. 16. L. I.
oшi
1758 MERCURE DE FRANCE
oui ; je fens la juftice de votre demande . Les
charmes d'une paffion nouvelle ne vous font
point oublier nos plaifirs champêtres . Inftruit
de nos maximes , c'eft fur l'uſage varié
des douceurs de l'amour & de l'amitié que
vous fondez le bonheur de la vie . Sur ce
pié-là ;
Sans offenfer la Déité ,
Qui de nous te tient écarté ,
Pars , vole , ami , je t'y convie.
De quels vifs & tendres tranſports
Verrai -je mon ame faifie ,
En te revoyant fur ces bords !
Soudain dans mainte & mainte Orgie ;
Amant & Buveur , tour- à-tour ,
Tu verras chanter ton retour
Et ton amoureuſe folie .
Dans ce délicieux féjour ,
De la froide cérémonie
Excluant les airs frelatés ,
Nous laifferons la fimetrie
Regler les fuperbes Cités.
Dans cette retraite chérie ,
Partifans de la liberté ,
Nous puiferons la volupté
Dans la faine Philofophie ;
Tantôt , ami , pour que nos coeurs
Soient à jamais impenetrables
Auz
AOUST. 1759 1741 .
Aux ennuis , aux foucis
rongeurs ,
Nous rimerous des riens aimables.
Tantôt , entre deux clairs Ruiffeaux
Couchés fur un Lit de verdure
Nous unirons à leur murmure
Le bruit de nos joyeux propos .
Tontôt , au lever de l'Aurore ,
Chargés nous- mêmes de filets,
Nous irons déclarer encore
La guerre aux Hôtes des Forêts.
Enfin dans ces Lieux pleins de charmes ,
Loin du tumulte & des allarmes ,
Les Ris , les Jeux , & les Plaifirs
Occuperont tous nos loisirs.
,
le
Adieu , cher ami , je vous renvoye
Mercure de France * où j'ai admiré une
Lettre de Mr. Segond à Mr. Leübo , avec la
Réponse de ce dernier , & une Epitre de
l'ingénieux M. Desforges - Maillard , au ſujet
d'une Dlle Julie. Ces trois morceaux m'ont
paru d'une legereté & d'une délicateffe extrêmes.
Voilà de ces Auteurs que la nature
forme dans quelqu'un de fes bons quarts
d'heure , & que nous ferions affeoir volontiers
parmi les Legislateurs de notre ſenſée
République . Adieu , encore une fois. Vous
fçavez que je vous fuis tout dévoué .
* Le Mercure du mois d'Avril,
SUR
1760 MERCURE DE FRANCE
JuJustJtjosest : thá
SUR la Mort de M. Rouffean.
Rouffeau n'eft plus , la Parque inexorable
Vient de couper la trame de fes jours ;
Les Mufes fur fa tombe , en funebres atours ;
Pleurent la perte irréparable.
Mais pourquoi plaindrois -je ton fort?
Rouffeau , dans les bras de la mort
Tu prens une nouvelle vie ;
Ne crains plus les traits de l'envie.
L'impartiale vérité
Se charge du foin de ta gloire ,
Et court au Temple de Mémoire
Graver ton nom pour l'immotalité.
Que cependant ton Ombre fortunée ,
Marche bien - tôt d'un pas égal ,
Entre Augufte , Alexandre , Horace & Martial
La gloire avant la mort fouvent s'eft éclipfée ,,
Mais lorsque la Barque eft paffée ,
Les talens feuls , le génie & le coeur
Ont le droit de fixer le rang & la grandeur.
Par M. de Boislaurent , à Villefranche..
RE
AOUST . 1741. 1762
REMARQUES de M. Maillart , ancien
Bâtonnier de l'Ordre des Avocats au Parlement
, fur le Lieu de la mort du Roy
HENRY I. arrivée le 4. Août 1060 .
La celieu,Varyprès Paris, ou en Brit.
A plûpart de nos Hiftoriens ont nom-
Le premier eft connu : mais non pas le fecond.
Pour moi, je nomme ce Lieu Vitry dans
la Forêt de Biere ; préfentement de Fontaine-
Bleau , Bland , Bliard : car ces deux dernieres
terminaifons fe trouvent dans les anciens
Titres. Et voici mes preuves.
1°. La Chronique de S. Pierre le . Vif de
Sens , écrite par le Moine Clarius , mort en
1184. imprimée dans le Spicilege de Dom
Luc d'Achery , Edition de 1723. Tomo II,
pag. 463. & 475. On y lit :
Anno M L X. obiit Rex Hainricus. .
mortuo autem Hainrico Rege , apud Vitriacum
Caftrum in Bieria , & fepulto in Bafilica
Sancti Dionyfii
2. Le Docte D. Mabillon en fes Annales Bénédictines
, Edition de 1707. Tomo IV. p.
598. N° L 1. dit : Locum ubi mortuus Heinri
cus Victriacum Caftrum in Bieria , vocat
Clarius Monachus : quem locum fruftrà in
Briegio ponunt Recentiores,
Bieria !
1762 MERCURE DE FRANCE
Bieria , Sylva , nunc Fontif-blaudi vocatur
: ubi Ades Regia à tempore Ludovici Ju
nioris.
viam
Illic , inter illas Ædes , & Opidum ; ad
qua fert Moretum , vifitur Crux Vitriaci
, hactenus dicta : quo in loco , fortè olim
Caftrum cognomine ( Vitriacum ) fuerit , ubi
mortuus Heinricus.
>
3. La Carte Coro graphique de l'Ile de
France , par Samfon , Edition de 1707 , marque
que la Forêt de Fontaine bleau y eft
nommée Bievre , c'est Biere .
,
4. Le Plan Topo graphique actuel de la
Forêt de Fontainebleau, dans lequel la Croix
de Vitry eft placée à la droite du chemin de
Paris en Bourgogne , vis - à - vis le Village
de Brofles , au-deffus de la Croifée qu'y forme
le chemin de Melun à Fontainebleau .
Croix , qui a occafionné le nom de Garde
de la Croix de Vitry , au Canton Nord Eft
de la Forêt de Fontaine - bleau.
Cela me paroît fuffifant pour établir , que
le Roy Henry , eft décédé au Château de Vitry
en Biere , près de la Forêt de Fontaine-bleau.
Au Nord- Ouest de cette Forêt et le Village
de Villers en Biere , ce qui conſerve
l'ancien nom de Forêt de Biere.
ODE
A O UST. 1741. 1763
****************
ODE imitée de la XXI. d'Horace , Liv. 1.
adreffée à M. Boule , Principal du College
de Villefranche , en Beaujolois , Profeſſeur
de Rhé horique. Par M. A. Turge , Ecolier
de Rhétorique , & Penfionnaire an
même College.
MAitreffe du tréfor fleuri
De l'éloquent Fils de Latonne ,
Mufe , pour un Maître chéri
Forme une immortelle Couronne
Viens donner le prix à mes Vers ;
Fais que j'aprenne à l'Univers
La gloire de celui dont les foins , les exemples ;
Nous montrant tes bienfaits divers ,
Dans nos coeurs t'érigent des Temples.
*
L'efprit nourri des dons heureux
Des chaftes Nymphes du Permeffe ,
Laiffe , dit- il , aux Vents fougueux
Sur les Mers porter la triſteffe ;
Ne
La crainte à l'air pâle & tremblant ,
peut d'un commerce innocent
Aférer les douceurs , & la volupté pure ;
Riche
764 MERCURE DE FRANCE
bient
Riche de fes biens , le Sçavant
Eft au - deffus de la Nature.
*
Que des fuperbes Conquérans
Le meurtrier Tonnere gronde ;
Que d'impitoyables Tyrans
Préparent des chaînes au Monde s
Là , dans un loifir ftudieux ,
Les Graces , les Ris & les Jeux
Viennent tous , à l'envi¸ le couronner de Rofes ;
Dans les plaifirs dé icieux ,
Il boit l'oubli de toutes chofes,
X
Mufe , à l'inéffable douceur
De ces favoureufes miximes
Je confacre à jamais mon coeur.
Ah ! fais que ces naïves Kimes ,
Hommage d'un amour preffant ,
Plaiſent au Guide pénetrant ,
Dont la main nous ouvrit ton facré San&tuaire ;
Dis-lui qu'un coeur reconnoiffant
De tout tems eut le droit de plaire,
Le 29. Avril 1741.
RE
A O UST. 1741. 1765
*** ¤¤¤¤¤XXXXXXXXX
REPONSE à la Queftion propofée dans
le Mercure de Janvier , fur la vertu dufer
mis dans le charbon.
L'Expérience propofée dans le Mercure
de Janvier , ne paroît rien avoir que de
très naturel ; r° . Le feu circulant par
les pores
du fer ou d'autres corps , s'y détache des
corpufcules nuifibles du charbon ; c'eft ce
qui en diminue le mauvais effet ; 2°. Il femble
qu'une plus groffe quantité de fer doit
diffiper plus de ces atomes pernicieux , &
que par conféquent il feroit convenable de
couvrir prefque tout le feu de charbon d'une
large lame ou plaque de fer , qui arrêteroit
ainfi prefque toute la malignité de la fumée .
Par M. Fremiot de la Chaux.
ODE ,
Sur le jour de ma naiſſance:
A Ton adorable puiffance ,
Seigneur , à ton extrême amour ,
Mon coeur doit la clarté du jour
Que je reçus à ma naillance ,
Pour
1766 MERCURE DE FRANCE
Pour te voir dans tout ce qui luit.
Tu diffipas l'affreuſe nuit ,
Qui me déroboit la lumiere.
Je nacquis , & mes foibles yeux ,
Si-tôt que j'ouvris la paupiere ,
Semblerent admirer les Cieux.
*
De mon Etre Moteur ſuprême ;
Eternelle & fage bonté ,
A peine je vis la clarté ,
Que je fus offert au Baptême ;
Je fus déclaré ton Enfant ;
Tout le Ciel me vit triomphant
Du Prince des Anges rebelles ;
Mon coeur frapé dans ce moment
Crut voir les beautés éternelles
Qui brillent dans le Firmament.
*
Quand notre raiſon eſt naiſſante ,
Dans l'âge où l'on vole aux plaifirs ,
Brûlant des plus parfaits defirs ,
Je chantois ta grandeur brillante ;
Je contemplois l'éclat des Cieux ,
Les Prés verds , les Bois fpacieux ,
Et les fleurs qu'enfante la Terre ;
Je comprenois facilement
Que
A OUST.
1767 1741 .
Que toi feul lances le
Tonnerres ,
Que toi feul rends tout fi charmant.
*
Je paffai chés un Pere tendre
Prefque trois luftres accomplis ;
Mes fouhaits n'étoient pas remplis ;
Je brûlois de voir & d'aprendre.
Du fond d'un Pays ( 1 ) où les Arts
Frapent rarement les regards ,
Je vins dans la Reine des Villes : (2)
Je m'y vis guidé par mon coeur ;
Des Sciences les plus utiles
J'y fais fans ceffe mon bonheur .
*
-Parmi les vertus & les vices ,
Dans cette fçavante Cité ,
L'Amour coquet , la volupté .
M'y préfenterent leurs délices ;
Mais mon efprit rempli de toi ,
Grand Dieu , n'écouta que ta Loi ;
J'en fais les charmes de ma vie .
Je fuis fans bien , j'ai peu d'amis
Mais mon fort eft digne d'envie
Si je t'aime & te fuis foûmis.
( 1 ) Morlaix , en Baffe Bretagne.
(2 ) Paris.
;
Déja
1768 MERCURE DE FRANCE
Déja d'une courſe rapide
Je vois s'envoler mes beaux jours ;
Mais , Seigneur , prolonge leur cours ,
Fais que la vertu fort mon guide ;
Seconde mon extrême ardeur ;
Augmente le feu de mon coeur ,
Pour te louer dans mes Ouvrages,
Enflâmé d'un deffein fi beau ,
Je ne craindrai point les outrages
Dont me menace le tombeau .
Laffichard.
*******************
LETTRE de M. D. L. R à M... fur
la coûtume de boire à la fanté les uns
V

des autres.
Ous me croyez , Monfieur , fans doubien
défoeuvré ou bien enclin à
¿couter le Démon de la Pareffe , puifque
vous me propofez de tems en tems quelque
queftion à réfoudre , quelque point d'Hif
toire , ou de Littérature à éclaircir. Comme
celle dont il s'agit aujourd'hui , ne préſente rien
que de réjouiffant , car c'eft un vrai propos
de table , aufli me l'avez - vous faite le verre
à la main ; je m'y fuis d'abord prêté , & je
Vous ai promis de vous rendre inceffamment
,
un
A O UST. 1741 . 1769
unbon & fidele compte de mes recherches.
Vous voulez fçavoir, M. quelle eft l'origine,
l'occafion , l'époque de la bonne & louable
coûtume de boire à la fanté les uns des autres
, non feulement dans les Feftins , mais
dans les Repas même les plus familiers.
Que je m'estime heureux que votre curiofité
fe foit tournée de ce côté -là ! car je ne
m'en leverai pas plus matin , je n'avalerai pas
la moindre pouffiere dans la Bibliothèque de
mes illuftres voifins , & j'aurai le plaifir de
vous donner une ample fatisfaction ; d'aller
même au- delà de ce que vous me demandez.
Oui , M. quand vous m'avez fait la propofition,
je n'avois pas la moindre notion de ce
que vous voulez fçavoir , & le fujet me paroiffoit
ftérile , ingrat ; mais admirez un peu
mon avanture , ou plutôt reconnoiſſez la bénediction
qui a été donnée à ma bonne volonté
à peine me fuis- je mis en devoir
d'ouvrir quelques Livres de mon Cabinet ,
que j'ai trouvé de quoi vous fatisfaire , je
veux dire la befogne en queftion exécutée ,
& mon thême tout fair.
Je dois cette découverte , & la délivrance
de mon embarras , à Mrs de l'Académie de
Beziers , qui depuis quelque tems ont publié
un bon Ouvrage , fous le Titre que
Voici : RECUEIL de Lettres , Mémoires & autres
Piéces , pour fervir à l'Hiftoire de l'Aca-
Ꭰ démio
1770 MERCURE DE FRANCE
démie des Sciences & Belles- Lettres de la Ville
de Beziers ', I. vol. iħ -4° . A Beziers , chés la
veuve d'Etienne Barbet, & c. M. DCC . XXXVI . II
y a cent bonnes chofes dans ce Recueil,mais
allons promptement au fait de ce qui nous
intereffe on y trouve à la page 59. ces
termes M. Maffip rechercha d'où vient
que dans un Feftin on boit à la fanté les uns des
autres. Et tout de fuite on lit un long & curieux
Extrait de la Differtation de cet Académicien.
Que puis- je faire , M. de mieux ,
que de vous envoyer cet Extrait tel qu'il eft
imprimé dans ce Recueil ? je me flate que
vous en ferez content.
Les ufages les plus communs , dit M. Maffip
, ceux qu'on fuit d'ordinaire fans reflexion
& fans s'informer ni de leur origine , ni de
la fin pour laquelle ils ont été établis ; ces
ufages font quelquefois pour les Sçavans un
digne fujet de méditation & d'étude . Avides
de tout fçavoir , ils ne laiffent rien échaper
à leurs recherches ; leur curiofité embraffe
tout avec une égale ardeur. Telle eft la difpofition
avec laquelle on voit travailler fi utilement
l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres, dont un des principaux points
eft de percer les épaiffes tenebres de l'Antiquité,
& d'y répandre de toutes parts les plus
vives lumieres.
En effet , elle met chaque jour fous les
yeux
1. 1741
. 1771
yeux du Public , des Faits d'Hiftoire mémorables
, jufqu'alors tout- à- fait inconnus à la
multitude ; elle raproche auffi des tems extrêmement
éloignés , pour y débrouiller les
veftiges de prefque toutes les Coûtumes des
Anciens , fans en excepter même celles qui
renferment quelque chofe de bizarre, & dont
on ignoroit auparavant l'origine. L'ingénieux
M. Morin nous en donne un bel exemple
dans un de fes Mémoires , inferé dans les Õuvrages
de cette Académie , où il examine
avec beaucoup d'érudition , d'où vient qu'on
fait des fouhaits en faveur de ceux qui éternuënt.
Ce fujet fi peu intereffant en aparence
, a mérité néanmoins d'occuper la plume
de cet Auteur , & lui a donné lieu de manier
délicatement la plus belle Littérature .
>
J'avoue que la fingularité de cette queſtion
a d'abord offert à mon efprit celle que je me
fuis propofée de traiter aujourd'hui , & qui
ne m'a pas parû moins curieufe ; heureux, fi
pour fatisfaire votre bon goût , je pouvois
lui donner tous les agrémens dont je fens
bien qu'elle eft fufceptible ! A leur défaut ,
je m'attacherai à parcourir avec quelque ordre
une matiére que nul Ecrivain moderne ,
que je fçache ne s'eft encore avifé de
tirer de l'oubli , & à vous faire voir que l'ufage
de boire dans un Feftin à la fant les uns
des autres , fe trouve établi dans l'Antiquité
,
Dij la
1772 MEN
ГЛАСЕ UC
la plus reculée ; enfuite je tâcherai de décou
vrir comment il a été introduit.
Mais, avant
avant que
preuves , il ne fera pas hors de propos de faire
connoître en paffant la bizarrerie de cet
ufage , fur laquelle on n'eût pas manqué de
fe récrier , fi depuis long - tems une bienfeance
mal entenduë , ne lui avoit donné force
de Loi parmi beaucoup de Nations , je dis
mal entendue, car cette coûtume , dans fa
naiffance , a eû un fondement raisonnable
comme je l'expliquerai dans la fuite de ce
Mémoire.
d'entrer dans le détail des
>
Qu'on faffe des voeux pour des Convives ,
qu'on les exprime en des termes les plus gracieux
& les plus obligeans , jufque - là je ne
trouve rien qui ne s'accorde parfaitement
avec les plaifirs de la Table , qui forment
fouvent une espece de liaiſon , même entre
des inconnus ; mais qu'en imitant en quelque
forte la Cigogne de la Fable , on porte
en idée la fanté à un autre , tandis qu'on fe
la procure réellement à foi -même , par une
liqueur qui en eſt comme la ſource , ce feroit,
encore un coup, un falut hors de faifon,
des fouhaits très mal placés , une dérifion
piquante , fi comme je viens de le dire , l'ha
bitude n'avoit adouci ce qu'il y a de rude ou
d'irrégulier. Toutefois un grand Perfonnage,
autant diftingué par fon génie que par fon
élevation,
A O UST. 1741. 1773
élevation , & qui étoit , il n'y a pas fort longtems
, l'ornement de ce Royaume , n'avoit
pas fait difficulté de fe déclarer contre , &
lorfqu'à Table il vouloit favorifer quelqu'un
de fes bonnes graces , il lui difoit , pour parler
plus fincerement & plus correctement ,
je bois à ma fanté pour vous faire plaifir.
Quoiqu'il en foit , nous ne fçaurions difconvenir
que cet ufage ne fe foit acquis un empire
abfolu & prefque univerfel , & que nous
ne devions le regarder comme un devoir indifpenfable
d'honnêteté envers certaines perfonnes.
Pour revenir maintenant à l'origine de la
coûtume dont il s'agit , je remarque d'abord
que fi pour en fixer précisément l'époque , il
ne falloit avoir égard qu'à la politeffe qui paroît
l'avoir mife en vogue , nous n'aurions pas,
fans doute , à remonter fort haut ; nous croirions
pouvoir en déterminer l'établiſſement
dans le fiécle paffé , où regnoit un air de galanterie
& d'urbanité , dont toutes les manieres
fe reffentoient ; nous pourrions dire
aufft à la gloire de notre Nation , qu'elle auroit
contribué plus qu'aucune autre , à faire
paffer jufque dans les Feftins , ce fond de
civilité qui fait fon caractere effentiel , & qui
lui donne à jufte titre une grande prééminence
fur tous les Peuples. Ne cherchons pas
néanmoins à nous entêter de ces glorieux
D iij préjugés ;
1774 MERCURE DE FRANCE
préjugés ; on fçait , à la vérité, que nous fommes
capables d'inventer toutes fortes de Re .
gles de bienféance , mais , par malheur, nous
avons été prévenus fur celle- ci , puifque c'eſt
aux anciens Grecs & Romains , que nous la
devons.
Au refte , gardons nous bien de penfer ;
que cet ufage ait commencé en bûvant de
l'Eau , ce feroit faire injure au bon Vin ,
qui feul il apartient de faire l'honneur de la
Table , d'infpirer de la gayeté aux Convives
, d'échauffer leur imagination , & de réveiller
les fentimens les plus vifs & les plus
affectueux .
De- là M. Maffip préfume affés vrai femblablement
, que l'ufage de porter des fantés
commerça du tems du Patriarche Noë ,
à qui l'Ecriture Sainte attribuë l'Invention
du Vin. Il trouve aufli dans le Livre d'Efther
& dans les ordres qui furent donnés par le
Roy Affuerus , à l'occaſion de ce grand Feſ
tin , qu'il fit préparer pour tout le Peuple
dans fa Ville Capitale ; il trouve , dis - je , de
quoi fonder fes conjectures fur l'antiquité de
cet ufage ; mais il ne conviendroit pas , ajoûte
t'il , d'infifter beaucoup fur de fimples
préfomptions , tandis que des preuves folides
viennent s'offrir , pour mettre ce Sujet
dans une entiere évidence .
Alexander ab Alexandro Genial Dier. L.
A O UST. 1741. 1775
V. C. 21. nous marque précisément quelle
étoit la coûtume des Grecs , lorfque dans un
Feftin il vouloient boire à la fanté des Conviés.
Ils fe fervoient , dit- il , au commencement
de petits verres , mais à la fin du repas
les plus grands qu'on pouvoit trouver ,
faifoient
mieux leur affaire ; & c'est ce qu'on
apelloit boire à la maniere des Grecs . Ils
avoient d'ailleurs établi une Loi génerale parmi
eux , qui leur impofoit à tous cette alternative
, ou de boire dans ces grands verres ,
où de fe retirer ; s'en trouvoit - il beaucoup
qui priffent ce dernier parti ? Le cas n'eft pas
difficile à décider ; on fçait que ce Peuple aimoit
fort à boire ; cependant , continuë notre
Auteur , plufieurs prétendent que c'étoit
véritablement boire à la maniere des Grecs ,
toutes les fois qu'on faluoit les Dieux & fes
amis parmi les verres , & qu'on bûvoit autant
de rafades de Vin , qu'on portoit de fantés
à chacun d'eux en particulier. Nonnulli ,
dit- il , Graco more bihere dicunt effe , quoties
Deos aut amicos inter pocula appellarent fingulos
nominatim , toties haurire & largè merum
bibere.
On pratiquoit encore à peu près la même
chofe , lorfqu'on déferoit à quelqu'un des
Conviés les honneurs de la Magiftrature de
la Table : pour célebrer avec dignité cette
importante promotion , on fervoit des cou-
D iiij
pes
1946 MERCURE DE FRANCE
pes pleines de Vin , & les Conviés à qui eta
les étoient préfentées , défignoient nonimément
, après les avoir vuidées , ceux qui devoient
boire après eux . Dans cette Bacchique
Cérémonie , chacun bûvoit autant de fois
qu'il faluoit les Dieux , & faifoit des voeux
pour la fanté de fes amis , pour lesquels il
leur demandoit toute forte de biens. Quelle
étoit donc cette magiftrature de la Table ?
Car enfin dans une matiére fi intereffante il
ne faut rien négliger. Je me contenterai de
dire , pour ne point m'écarter de mon fujet ,
qu'elle confiftoit à préfider au Feſtin , à donner
des Loix qui regardoient la Diſcipline de
la Table , à prendre garde que tous les Conviés
bûffent également, & à avoir , felon Macrobe
, un rôle de tous les mets que ce Magiftrat
faifoit fervir à fon choix. Cicerón nous
fournit une preuve de cet ufage , dans fon
Livre de Senectute , où il fait parler Caton en
ces termes : Me vero & Magifteria delectant
à majoribus inftituta, & is fermo qui more majorum
à fummo adhibetur in poculis , & c . Le
même Auteur , dans fon Oraiſon contre
Verrès , s'exprime encore à cet égard d'une
maniere bien claire : Ifte enim Prator Severus
ac diligens , qui Populi Romani Legibus nunquam
paruiffet , illis diligenter Legibus , qua in
poculis ponebantur , obtemperabat.
Je reviens maintenant à ma queſtion , &

AOUST. 1741. 1777
je reprends mes preuves par un beau trait de
Plutarque dans fon Banquet des Sages . Mnefiphilus
, qui y prend la parole à fon tour , eft
d'avis que lorfque des hommes , tels que les
fept Sages , que Periander avoit conviés , fe
trouvent affemblés dans un même Feftin , ils
n'ont befoin ni de Coupes ni de Verres pour
être parfaitement unis , parce que les Mufes
aportant au milieu de la Compagnie
comme une Coupe de Sobrieté , leurs Difcours
remplis alors d'une profonde érudition ,
font naître l'amitié & la joye dans leurs
coeurs ; & fouvent , par les doux charmes de
la converfation , on tient le Pot fur la Taffe
fans fonger à y verfer du vin ; bien differens
de ceux qui , au fentiment d'Homere , fçavent
moins difcourir que boire , & y provoquer
les autres, comme Ajax, qui n'oublioit
jamais à Table ceux qui étoient à fes côtés.
"
Après que Mnefiphilus eut ainfi parlé , je
ferois bien aife , lui répondit Cherfias , de
fçavoir fi Jupiter faifoit donner à boire aux
Dieux par meſure , lorfqu'à Table ils bûvoient
les uns aux autres , de la même maniere
que le pratiquoit Agamemnon lorfqu'il
donnoit quelque Feftin aux Princes.
Grecs. J'omets à deffein , pour abreger , la
réponse que lui fait Cleodeme, parce qu'elle n'a
pas beaucoup de raport à notre question ,
mais je ne puis pafler fous filence la fanté
DY qu'Ulpien
1778 MERCURE DE FRANCE
qu'Ulpien porte à fes amis dans le Banquet
des Philofophes , décrit par Athenée , & que
je citerai ici fur la Verfion Latine de Dalechamp
: Plenampateram , dit il , amicis meis,
quos nominatim appellavi , totam præbibo , benevolentia
certum pignus : Ni ce que le même
Auteur raporte d'après Homere. Impleta Vino
patera , Achillem excepit : cncore moins ce
qu'il ajoûte : Impletis enim poculis invicem
prabibebant,fe mutuo falutantes , & qu'il prend
de Pindare , felon la Note marginale de Da.
lechamp , car tout cela prouve fort bien l'antiquité
de notre uſage.
Je trouve un autre exemple dans les Lapithes
de Lucien , où il eft dit que les fantés
couroient à la ronde dans le Feftin des Nôces
de Cléanthis , fille d'Ariftenet, fans qu'elles
fuffent interrompues par le trouble que
caufa la prompte yvreffe d'Alcidamas. Xenophon
, fi renommé parmi les Hiſtoriens ,
fe donne auffi pour garant de l'antiquité de
notre ufage. En effet , lorfqu'il décrit , Liv.
VII. avec quelle politeffe Seuthés , Roy des
Thraces , accueillit les Grecs dans l'entrevûë
qu'ils eurent , à l'occafion de l'expédition de
Cyrus , il defcend dans quelques particularités
, qui font merveilleufement au Sujet
que je traite.
Ici M. Maflip donne un précis de cet Endroit
de Xenophon , après quoi il ajoûte : je
n'en
A OUST.
1741. 1779
n'en dirai pas d'avantage , pour faire voir que
l'ufage dont il s'agit ici, étoit fort en vigueur
chés les anciens Grecs. Les divers traits que
je viens de ramaffer , le démontrent d'une
maniere indubitable ; établiſſons maintenant
que les premiers Romains ne l'avoient pas
auffi en moindre recommandation
. Pour y
réüffir , je n'aurois befoin que de rapeller
dans votre efprit l'extrême confufion qui regnoit
dans leur Empire fous la Domination
des Rois; tout y étoit prefque arbitraire, parce
que le peu de Loix fous lefquelles ils vivoient
, n'avoient rien de certain , ni de déterminé
, de-là vint , fans doute , la groffiereté
& l'impoliteffe
qui accompagnoient
toutes leurs actions , mais leur humeur brute
& fauvage s'humanifa bien - tôt après la fameufe
députation qu'ils firent dans les principales
Villes de la Grece , pour aprendre
d'elles leurs Loix & leurs Coûtumes ; & certes
cette démarche ne fut pas vaine , car elles
leur communiquerent
, avec la fage politique
du Gouvernement
, l'amour des Sciences , la
culture des Beaux - Arts , le bon goût dans
toutes fortes d'Ouvrages , la jufteffe du difcernement
, l'urbanité des moeurs .
Or, il eft vrai-femblable que les Romains ,
qui s'étoient fi foigneufement apliqués à fe
mouler en tout fur les Grecs , ne dédaignerent
pas la coûtume dont je parle , capable
D vj
de
1780 MERCURE DE FRANCE
de fomenter cette union & cette bonne in
telligence , qui fervirent dans peu à les élever
à ce haut degré de gloire , où depuis ils
ont été un charmant fpectacle pour toutes
les Nations. Pline & Horace confirment par
leur témoignage une fi naturelle conjecture .
Le premier nous affûre qu'après que les Romains
eurent vaincu les Grecs , & porté enfuite
leurs conquêtes jufque dans l'Afie Mineure
, ils fe départirent volontairement de
leurs anciennes manieres , & adopterent celles
des vaincus . Afia primum devicta , luxuriam
mifit in Italiam . Le fecond , en parlant
de Rome , dit à peu près la même chofe ..
Gracia victa fuum victorem cepit.
Je ne borne pas néanmoins mes preuves à
cette raison de vrai-femblance , ni au feul
raport de ces deux Auteurs . Rofine, excellent
Ecrivain , qui a mis dans un grand jour les
Antiquités Romaines , me fournit ici dequoi
conftarer plus fûrement notre uſage . Après .
avoir parlé de la maniere avec laquelle les
Romains fe mettoient à Table, & comment
ils en fortoient , après avoir diftingué avec
beaucoup de clarté toutes les parties de leurs
repas , & fait une exacte énumération de
tous les genres de Coupes dont ils fe fervoient
, cet Auteur , dis- je , nous aprend
que lorfque dans leurs Feftins , ils vouloient
s'exciter mutuellement à boire, avec un peu
plus
A O UST. 1741 1781
plus de gayeté qu'à l'ordinaire , par une
coûtume folemnelle qu'ils ne manquoient
pas d'obferver , ils commençoient par boire
a la fanté de celui qui occupoit la premiere
place de la Table , & ils continuoient ainſt
de fuite à porter des fantés à tous les Conviés
jufqu'à celui qui étoit placé le dernier.
Ce feroit ici le heu de faire la deſcription
de leurs Tables , de marquer l'ordre avec
lequel ils s'y mettoient , & comment ils s'y
tenoient , mais cela me meneroit trop loin ;
je réſerve donc cette matiere pour une autre
occafion , où je pourrai traiter des Fef
tins des Anciens.
" J'ai dit que cette coûtume étoit folemnelle
, & ce n'eft pas fans raifon ; car avant
que de porter des Santés , ils faifoient des
Libations à quelque Divinité, qu'ils croyoient
préfente à leurs repas , c'eft à dire , qu'ils.
répandoient legerement fur la Table , fur la
Terre , ou fur quelque autre Endroit , à leur
fantaifie , quelques goutes de Vin de la Coupe
qu'ils avoient entre les mains , puis ils la
vuidoient à l'honneur de leurs Maître fles
ou de leurs Amies , qu'ils ne faifoient pas
façon de nommer publiquement . Plaute nous
donne la formule fous laquelle ils faifoient
ce falut : il fait parler ainfi Sagarinus
Benè benè nos , benè te , benè me , vos , benè
noftram etiam Stephaniam & c . Stic . Act . v..
Sc. 4.
"
و
C'étoit
1782 MERCURE DE FRANCE
C'étoit avec ce peu de mots , au fentiment
de Refine , qu'ils exprimoient leurs fouhaits ,
ce qui fignifioit , dit- il , Je vous souhaite une
longue & heureufe vie , une fanté parfaite ,
car tout cela revient au même : bien plus ,
ajoûte- t'il , les Romains avoient accoûtumé
encore , lorfqu'ils vouloient faire beaucoup
d'honneur à un Ami , ou à une Amie , de
boire à leur fanté autant de rafades de
Vin, qu'il y avoit de lettres au nom de celui
ou de celles qu'ils vouloient faluer. Martial
fait mention de cette coûtume , comme il
eft aifé de le voir par les vers fuivans :
Naviafex Cyatis ; feptem Juftina bibatur ;
Quinque Lycas; Lyde quatuor ; Ida tribus .....
Nunc mihi dic quis erit , cui te Calociffe Deorum
Sex jubeo Cyatos fundere : Cafar erit.
Que dirai je de Tibere , qui , au raport
de Suetone , faifoit un fi grand cas des plus
grands bûveurs , qu'il voulût bien honorer
de la Charge de Quefteur , préférablement
à ceux de la Nobleffe de Rome qui avoient
droit d'y prétendre , un homme abfolument
incornu , & qui ne s'étoit rendu recommandable
auprès de lui , qu'en bûvant à fa
fanté une grande bouteille de Vin ?
Que penſerez- vous encore de l'Empereur
Commode , qui , felon le même Alexandre,
1 que
A O UST. 17412 1783
que j'ai déja cité , ne trouvoit pas de plus
douce fatisfaction , que celle de boire dans
la chaleur de fes débauches , dans un verre
d'une énorme grandeur , aux acclamations
de Vive Cefar , qu'on étoit auffi attentif à
lui donner , qu'il étoit empreffé à les rechercher
? 11 femble que ces deux Empereurs
croyoient ne pouvoir mieux mériter l'eftime
du Peuple , qu'en autorifant par des récompenfes
& par leur exemple de fi honteux
excès.
Pour en effacer promptement l'idée , je
me hâte d'expofer ici à vos yeux une nouvelle
preuve tirée de la cinquiéme Satire de
Juvenal , où ce Poëte fait une très vive
peinture des differens effets que produit la
bonne , ou la mauvaiſe fortune . De quelque
naiffance , dit-il , dont vous puiffiez vous
glorifier , fi les richeffes n'en relevent l'éclat ,
gardez- vous bien de vous plaindre à Table
de ce qu'on vous fert , vous rifqueriez d'éprouver
le fort de Cacus , qu'Hercule traîna
hors de fa caverne . A t'on jamais vû Virron
boire à la fanté de Trebius , & après lui ,
dans la même coupe ? Quando propinat Virro
tibi , fumitque tuis contracta Tabellis pocula ?
Qui de vous feroit affés hardi pour l'en
prier ? Avec un habit uſé & déchiré qu'on a
fur le corps , ofe - t'on s'expliquer avec lui
fur mille chofes ? Mais la chance tournet'elle
?
1984 MERCURE DE FRANCE
t'elle ? Trebius fe voit-il tout d'un coup élevé
à une haute fortune ? Alors ce n'eft plus le
même homme. Virron n'a pas de plus intime
ami que lui qu'on ferve à Trebius ce morceau
délicat : M. voulez- vous de ce ragoût ?
Aimables Ecus , s'écrie ici Juvenal , ô c'eft
à vous qu'on rend cet honneur , vous feuls
êtes les Freres & les bons Amis de Virron .
:
>
Nous trouvons encore dans Plaute divers
traits qui démontrent vifiblement que de fom
tems on avoit accoûtumé de porter des
Santés. Propino , dit it , magnum poculum
ille bibit .... Abs te accipiat , tibi propinet
tu bibas.... Propino tibi falutem magnis fau
cibus....Curc. Sc. 3 Act. 2. Afin . Sc . 1. Act . 2 .
"
Si je n'euffe craint d'abufer de l'honneur
de votre attention que n'aurois - je pas dit
encore für cette matiere , qui devient plus
fertile , à mesure qu'on foüille dans l'Antiquité
mais il eft tems de paffer à la derniere
partie de ce Mémoire , & d'éxaminer
en peu de mots comment l'ufage qui en fait
le fujet , s'eft introduit parmi les Anciens..
Je découvre d'abord deux differens moyens.
Le premier confifte dans une certaine maniere
de boire , qui n'eft pas venuë jufqu'à
nous , ou du moins qui ne s'y eft: pas maintenue,
& qui eft fort commune en Allemagne,,
& en plufieurs autres Pays. Pour l'intelli- .
gence de ce point , il eft bon d'obferver
qu'avant
AOUST. 1741 1789
:
qu'avant que les Anciens portaffent aucune
Santé , ils commençoient par boire les premiers
un peu de Vin de leur Coupe , ce que
les Auteurs Latins ont apellé prabibere , ou
pralibare puis ils faifoient paffer cette même
Coupe avec le refte du Vin , à celui pour
la fanté duquel ils vouloient s'intéreffer , &
ce Salut fe faifoit fans doute , comme aujourd'hui
, fur le point de boire , comme fi
on eût voulu dire , vous pouvez boire de
ce Vin fans nulle crainte , parce que je vais
l'éprouver en le goûtant le premier , pour
qu'il ne puiffe pas nuire à votre Santé , où ,
fi l'on veut encore , c'étoit une espece d'invitation
à boire , qui par fucceffion de tems
n'a retenu que l'effence de la formule dont.
on ufoit autrefois on dit aujourd'hui , je
bois à votre Santé , fouvent même on dit
tout court à votre Santé ; & peut être qu'anciennement
on ajoûtoit avant que de préfenter
la Coupe , buvez à votre Santé , comme
je vais boire à la mienne.
,
Voilà , fans doute , l'explication la plus
naturelle & la plus raifonnable qu'on puiffe
donner à cette façon bizarre , fur laquelle je
me fuis récrié au commencement de ce Mémoire
, & qui femble révolter le bon ſens ;
& c'eft auffi dans cette idée qu'on doit entendre
ces Vers de l'Eneïde.
Dixit
1786 MERCURE DE FRANCE
Dixit , & in menfam laticum libavit honorem ,
Primaque libato fummo tenus at : igit ore.
Tum Bitia dedit increpitans : ille impiger haufit
Spumantem pateram , & pleno fe proluit auro.
Poft alii proceres , & c.
Le fecond moyen qui a donné lieu à cet
fage chés les Anciens , c'eft la folle opinion
dont ils étoient imbus , que leurs Divinités
préfidoient toujours à leurs Repas ; c'eft pour
cela qu'ils avoient accoûtumé de placer fur
leurs Tables , comme nous l'affûre Arnobe
dans fon fecond Livre ,le Simulachre de quelque
Dieu , ou de quelque Déeffe , auquel ils
pûffent adreffer leurs voeux pour eux - mêmes,
ou pour ceux pour qui ils avoient intérêt de
les prier : Sacras facitis menfas Salinorum
appofiu & Simulachris Deorum.
1
Cela s'accorde parfaitement avec ce que
dit Alexandre , Jurifconfulte , que j'ai déja
cité , qui prétend qu'on faifoit des Libations
& des Sacrifices à ces Dieux Tutelaires de la
Table , afin de fe les rendre favorables dans
les prieres qu'on leur faifoit pour foi - même
, ou pour les Convives. Interque epulas
pocula , primum libare Diis dapes , & benè
precari Convivis , & fecundum precationem
dapibus cum modeftiâ vefci prifci moris erat
baud aliter quam fi facrum epulum effet ; &
quelques lignes plus bas il ajoûte : Vique
primus
A O UST. 1741 . 1787
primus calix Jovi Olympio mifceatur , fecundus
Heroibus , tertius Servatori Jovi.
Virgile parle auffi de ces Libations dans le
premier Livre de l'Eneide .
In menfam lati libant , Divosque precantur.
Et dans les Georgiques ,
Cui tu lacte Favos & miti dilue Baccho.
Il y a dans le Banquet des Sages de Plutarque
un Entretien de Solon avec Cleodeme
, qui éclaircit encore mieux l'opinion
des Anciens , touchant la préfence de leurs
Divinités , lorfqu'ils étoient à Table.
Le premier parle en ces termes. Il eſt évident
que le fouverain bien de l'homme confifteroit
à n'avoir pas befoin de nourriture ,
our du moins à en avoir befoin de bien peu ;
je ne conviens pas de cela , lui répond Cleodeme
, & je trouve au contraire , qu'il eſt
d'une néceffité abfoluë , qu'il y ait des Tables,
où l'on puiffe avoir le plaifir de boire les
uns aux autres , & de facrifier à Cerès & à
fa fille Proferpine , au lieu que fi vous les retranchiez
, vous ruineriez l'Autel des Dieux
Protecteurs de l'amitié & de l'hofpitalité.
Pour apuyer le fentiment de Cleodeme ,
Thalés ajoûte : Si les Dieux , par leur fuprê◄
me pouvoir , faifoient rentrer la Terre dans
fon premier néant, quelle étrange confufion
&
788 MERCURE DE FRANCE
& quel défordre ne s'enfuivroit - il pas ? Or,
dit il ,il en feroit de - même fi l'on vouloit
fuprimer la Table ; ce feroit renverser totalement
la Maiſon , bannir la Divinité Tutelaire
de Vefta , l'aimable coûtume de boire les
uns aux autres dans une même Coupe , de
feftiner fes amis , & de recevoir les Etrangers.
Je finis , dit M. Maflip , par une reflexion
à laquelle je fuis affés naturellement amené
par tout ce que je viens de dire . Il feroit à
fouhaiter que tous ces voeux qu'on fait pour
les autres , quand on a le verre à la main ,
fuffent auffi finceres , qu'ils font fréquens.
L'abus de cette bienféance a fi fort prévalu ,
qu'elle est aujourd'hui prefque de tous les
tems & de toutes les occafions , fans que le
coeur , géneralement parlant , ait plus de
part à ces marques extérieures d'amitié. Je
demanderois donc , je le répete , plus de fin
cérité dans ces fouhaits , parce qu'alors ,
quoique la ſanté n'en fût pas pour cela mieux
affermie , ni que les Médecins & les Remedes
n'en fuffent pas enfuite moins néceffaires,
il feroit vrai de dire que tout ne fe pafferoit
pas dans le Monde en complimens froids ,
ftériles , & de pure céremonie , & qu'il y
auroit quelque choſe de réel , qui feroit une
parfaite cordialité , qui uniroit enſemble tous
les hommes , comme dans les premiers fiécles,
ODE.
1741. 1709
おねぬの
ODE ,
SUR LE LABOURAGE.
REine des Arts , fource féconde
;
Des biens folides & certains ,
Que la Terre qui te feconde ,
Prodigue en faveur des Humains ;
D'où vient , aimable Agriculture ,
Qu'on te laiffe dans la roture
Sans privilege & fans honneur ,
Et qu'un Noble eft cenfé Ruftique ,
Fût-il d'une Nobleffe antique ,
Si-tôt qu'il s'eft fait Laboureur ?

Eft-ce ainfi que Rome & la Grece
Traiterent ces heureux Mortels ,
Dans ces fiecles où la Nobleffe
De Lauriers paroit tes Autels ?
Hélas ! infenfés que nous fommes ,
Nous nous mocquons de ces Grands Hommes ,
De ces Illuftres Conquérans ,
Qui , couverts & chargés de gloire ,
Retournoient après la victoire ,
A la culture de leurs Champs,
L
Le faux brillant eft notre Idole .
Conduits fans ceffe par l'erreur ,
Ou par l'opinion frivole ;
La baffeffe du Laboureur ,
Ses travaux , fes Boeufs , fa Charuë ;
Offrent à notre foible vûë
Des objets dénués d'éclat ;
Nous jugeons fur cette aparence ,
Que fon Art eft une ſcience ,
Auffi vile que fon état .
*
Loin d'ici préjugé funeſte ,
Ofes-tu me faire la loi?
La verité qui te déteſte
Vient m'éclairer ; retire - toi .
Mais quelle voix fe fait entendre ›
Ciel ! eft-ce toi qui viens m'aprendre
Qu'Adam , le Pere des Humains ,
En exerçant l'Agriculture ,
Fit à la Terre avec ufure
Payer le travail de fes mainst
*
Seroit- ce donc l'Etre fuprême ,
Qui defcendant exprès des Cieux ,
Auroit inftruit , guidé lui - même
Ce Mortel fi cher à ſes yeux ?
Qüi ;
AU 1794 ა ..
1741.
Oui , c'eft toi , Sageffe infinie ,
D'un Art néceſſaire à la vie
Tu vins lui faire des leçons ,
Lui montrer quel afpect des Aftres
Caufe les biens , ou les défaftres ,
Et renouvelle les Saifons .
*
Eclairé de ces connoiffances ,
Inftruit des climats & des tems
De la nature des femences ,
Des Terres , des Fruits differens ,
Il fçût recueillir chaque année
Dans une Terre façonnée
De quoi pourvoir à ſes beſoins.
Ainfi tranfmife d'âge en âge ,
La Science du Labourage
Eft un Monument de fes foins.
"
Mortels , admirons les Miracles
D'un Art , qui pour combler nos voeux
Nous réjouit par des fpectacles ,
Nous fait vivre & nous rend heureux.
Tout s'embellit dans nos Campagnes ;
On ne voit plus fur nos Montagnes
Des Lieux incultes & déferts ;
Ces Champs autrefois fi ftériles ,
Tour
1792 MEAUU EU I 、འ I ་
Tout-à-coup devenus fertiles ,
Sont de riches Moiffons couverts.
*
Mais à l'afpect de l'abondance ,
Quelles Fêtes dans ces Hameaux !
L'allegreffe anime la danfe ,
Tout s'en reffent , jufqu'aux Troupeaux ;
La difette n'ofant paroître ,
S'enfuit de ce féjour champêtre ;
Les Fruits ne font plus incertains
Voyant fa peine couronnée ,
Chacun bénit fa deſtinée
Et rend grace au Dieu des Humains .
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
de Juillet par l'Huitre , Orange &
Prédicateur. On trouve dans le premier le
nom du Fruit & de la Ville de ce nom , Or,
Ange , Oran, Orge , Ane ,Rang , Ré , Rage,
Agénor , Argo , Ogre , Garone , Noga , Nego
, Ergo , Anger , Gano , Rogne , Rago , On,
Garo , Gare , Nero , Organe , Age , Orgea
Egar , Orage , Argen , & Nage.
ENIGME.
A O UST. 1741. 1793
**** :********:****
JE
ENIGM E.
E ferre étroitement les côtes
De la maiſon du plus charmant des Hôtes
Que l'homme reçoive chés foi,
Cet Hôte , qui de la nature ,
Cherche fa liberté par la moindre ouverture ,
Et qui même feroit par fa fuite perdu ,
A befoin d'une fûre garde ;
Mais P'homme , que la perte intereffe & regarde ,
Et qui d'ailleurs connoît ma bonne fai ,
S'en raporte fans crainte à mes freres & moi.
LOGOGRYPHE.
H Uit Lettres font mon composé , Lecteur .
Noble fille de la valeur ,
Tous les grands coeurs font jaloux de mes charmes :
Je t'offre le canton fameux
Qu'un enlevement odieux
Fit couvrir de fang & de larmes ;
D'un animal aîlé l'ouvrage induſtrieux ,
Conftruit pour les Autels des Dieux ;
Le féjour du menſonge & de la flaterie ;
Un Peuple très- nombreux d'Afie ;
E L'oeil
1794 MERCURE DE FRANCE
L'oeil fragile d'un Bâtiment ;
Ce que l'on eft au fortir de l'Orgye ;
L'endroit dont chacun veut avoir une partie ,
Qui des Villes fait l'agrément ;
Ce que fousis les Plaines humides
Va chercher l'oeil des craintifs Matelots ;
Ce dont les Mortels font avides ;
Ce qu'on voit le long des Ruiffeaux
Produire le gazon & la fleur éclatante ;
Je renferme auffi cette Piante
Que fema l'ennemi dans le Champ du Seigneur ;
Ce qui des gens de bien a toujours fait l'horreur ;
Ce qui tantôt de l'aveugle Déeffe
Produit les caprices cruels ,
Tantôt punit les criminels ,
Et tantôt traîne auffi l'orgueil & la moleffe ;
L'apanage des Bienheureux ;
La dent du plus gros Quadrupede ,
L'endroit où le Sexe orgueilleux
Place , contre les ans , un impofteur remedee ;
? Ce que , malgré les Arrêts du Deftin ,
On voudroit vainement fe prologer fans fin ;
Un Inftrument , qui de l'Echo fidelle
Va troubler le fommeil dans les antres affreux ;
L'effet de l'Aftre lumineux
Qui jadis fut fixé dans fa courfe éternelle ;
Le lieu qui d'une dent cruelle
Garentit
A O UST. 1795 1741 .
Carentit l'animal qui va toujours rongeant ;
Un Inf &te vil & rampant.
J'en pourrois dire davantage ,
Lecteur , examine l'Ouvrage ,
C'èn eft aflés pour le préfent.
Par M David Regnard , Ecolier de Rhetorique
au College de Villefranche , en Beanjølois.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
'ETAT DES SCIENCES EN FRANCE depuis
Lla mort du Roy Robert , arrivée en 103 1 .
jufqu à celle de Philipe le Bel, arrivée en 1314.
Differtation qui a remporté en 1740 le
Prix de l'Académie des Belles Lettres , fondé
par M. le Président Durey de Noinville.
SUITE de l'Extrait donné dans le Mercure
de Mai , page 957.
La Differtation fur l'état des Sciences depuis
la mort du Roy Robert jufqu'à celle
de Philipe le Bel , qui eft l'article où nous
en fommes reftés fur le Livre de M. l'Abbé
Lebeuf, renferme tant de particularités, que
nous nous bornerons à en faire remarquer
E ij quel
1796 MERCURE DE FRANCE
quelques- unes. L'Auteur ayant eu l'efpace
de trois fiécles à parcourir , n'a pû s'empêcher
d'être un peu diffus fur chacun des
points qu'il traire , à caufe de l'immenfité
des matieres qui fe font préfentées.
Il obferve d'abord qu'il ne faut pas prendre
à la lettre les expreffions des Ecrivains
qui difent qu'à la mort de Fulbert de Chartres
, qui ne préceda que de peu de tems
celle du Roy Robert , toute Etude Philofophique
avoit ceffé en France, Il y cut des
Bibliothèques dans le Royaume comme auparavant
, & des Sçavans qui en firent ufage.
Les Livres à la vérité n'étoient pas fi communs
que de nos jours : mais on occupoit
les Moines à les tranfcrire . On en a des
témoignages certains dans Orderic Vital ,
quant à l'Abbaye de S. Evroul : ce qui fert
à porter le même jugement fur les autres fameux
Monafteres . Dans les mêmes Maifons
on faifoit des prieres particulieres pour ceux
qui donnoient des Livres ou des fonds pour
en entretenir les couvertures.
Une preuve affés forte que les Ecoles
étoient fort communes dans l'onziéme fiécle
, eft que Lanfranc fortant de celles d'Avranches
, chercha avec grand foin un Lieu
retiré où il n'y eût aucun exercice de
Littérature . C'étoit furtout dans l'Ordre de
Cluny que brilloit la Littérature profane.
On
A O UST. 1741. 1797
On y cherchoit , comme dit depuis Jean de
Sarifbery , l'or de la fageffe , à l'exemple de
Virgile , dans la boue d'Ennius. En parlant
de ces Ecoles , l'Auteur dit que la coûtume
n'étoit pas alors de faire étudier tous les Enfans
Nobles. Herluin , mort premier Abbé
du Bec , n'avoit apris à lire qu'à l'âge de 40 .
ans. Mais le nombre des Livres étoit trop
petit pour former de vrais Sçavans. On peut
juger de leur prix par celui qui fut payé en
Baffe-Bretagne pour un fimple recueil d'Homélies
, fçavoir deux cent brebis & trois
muids de grain. On regarda comme un prodige
qu'en cinq mois de tems cinq Religieux
euffent écrit toute la Bible . L'Auteur dit en
paffant que l'ignorance fut remarquable ,
furtout parmi les Prêtres Normands , def
cendus des Néophytes baptifés avec Rollon,
leur Chef. Les Maîtres furent auffi rares que
les Livres ; les guerres particulieres de Seigneur
à Seigneur , fomenterent auffi l'ignorance.
Au XII . fiécle, les Ordres nouveaux reffufciterent
un peu les Lettres , en rendant plus
communs les Copiftes de Livres. L'Ordre
de Citeaux fe diftingua de ce côté- là, encore
plus que celui des Chartreux & de Prémontré
: & le zele de ces nouveaux Bénédictins
ranima celui des anciens qui étoient les Cluniciens.
Il femble que ce fut alors que les
E iij
uns
1798 MERCURE DE FRANCE
uns & les autres firent une plus grande attention
à ce qui paroît être favorable aux
Etudes dans la Reg e de S. Benoît. Cetre ému
lation paffa jufque dans les Ecoles des Cathédrales
& dans celles des Chanoines Réguliers.
C'est ici que M. L. fait l'éloge de
la Maifon de S. Victor de Paris , qui fe mit.
en relation au fujet des Sciences avec l'Italie
& l'Angleterre ; & il aporte pour preuve de
la profondeur des connoiffances qu'on y
cultivoit le Traité du célebre Hugues , intitulé
Eruditio didafcalica... Les Rejettons
fortis alors de Saint Victor formerent ce que
dans le fiécle fuivant on apella l'Univerfité
de Paris , & que dès lors les Sçavans apelferent
la Cariabfipher du Royaume , c'eſtà
dire Civitas Litterarum.
Parmi les témoignages que l'Aureur produit
touchant la multiplication des Livres ,
il ne faut point oublier celui de Guibert de
Nogent : cet Abbé affûre que les Chartreux
de la grande Maifon préfererent les peaux &
les parchemins que Gui , Comte de Nevers
leur envoya , à la vaiffelle d'argent qu'il leur
avoir di bord deftinée . On peut voir dans
l'Ouvrage l'énumeration des Abbés qui firent
écrire des Livres. A Anderne , vers le Boulenois
, un Moine manchot tranfcrivit prefque
tous les anciens Livres. A S. Martin de
Tournay , douze Moines ne ceffoient de copick
AOUST. 1741 . 1799
pier les Livres. C'étoit fur les Volumes de
cette Maifon que l'on vérifioit les autres.
Teulfe , Abbé de Morigny près d'Etampes ,
s'apliqua à accentuer les Exemplaires & à
corriger les fautes des Copiftes . L'attention
fur la relieure des Livres ne fut pas moindre
que dans le fiècle précedent. Les Abbés y
firent contribuer toutes les Maifons de leur
dépendance. On effaya dans l'Ordre de Cîteaux
d'obtenir des Eccléfiaftiques quelques
anciens Livres. De -là viennent ceux qu'on
voit dans leurs Bibliothéques , qui font plus
anciens que l'Ordre. Le nom de Bibliothe
carius fe trouve donné à un Chanoine de
Beauvais dans Ives de Chartres : mais chés
les Religieux , celui qui avoit le foin des
Livres , s'apelloit Armarius. En finiffant cet
article , M. L. remarque qu'un Abbé de
T'Ordre de Prémontré dans les Pays - Bas ,
employa pour multiplier les Livres jufqu'à
des Religieufes.Enfin , il obferve que les Particuliers
qui n'avoient pas le moyen d'avoir
des Livres , alloient aux Ecoles exterieures
des Monafteres pour profiter de l'explication
qu'on y faifoit des Autcurs profanes & des
Livres Sacrés : & qu'à l'égard des Seigneurs,
à qui les facultés ne manquerent pas pour
avoir des Livres , mais qui malheureuſement
n'entendoient pas le Latin , ceux-là s'en faifoient
donner chés eux l'explication, comme
E iiij
>
on
1800 MERCURE DE FRANCE
on peut voir dans Lambert d'Ardres, au fujer
d'un Comte de Guifnes .
Nos Rois firent étudier leurs fils : Louis
VI. fut élevé à S. Denis ; Louis VII . fit quel
ques études au Cloître de Notre Dame , &
quoique ce dernier ne pût fe perfectionner
dans la Littérature , il aima toujours les Gens
de Lettres . Du Boulay avoit fait à fon fujet
une remarque que M. L. a depuis fuprimée
parce qu'elle s'eft trouvé faulle . Cet Hiftorien
a été mieux fondé lorfqu'il a fait obferver
que ce fut fous ces deux Regnes que
l'on fe picqua d'écrire en France en plus beau
Latin. Les Ouvrages d'Arnoul de Lifieux
& de Pierre de Blois , en font la preuve; mais
quoique communément tous ces Auteurs
fuffent Sçavans , les citations fréquentes
qu'ils font des Anciens ,font caufe
que M. L.
croit pouvoir leur attribuer ce que Bernard
de Chartres avoit dit au commencement de
ce fiécle - là » qu'avec toute la fcience qu'on
» avoit alors on n'étoit que comme des
Nains, montés fur les épaules des Géants ,
» c'est à dire qu'on ne paroiffoit fçavant ,
" que par la fcience d'autrui.
A la fin du XII . fiécle , il y eut quelque
décadence dans les Lettres , dont Etienne de
Tournay attribua la caufe au mauvais choix
que l'on faifoit des Profeffeurs. Il fe plaignit
au Pape de ce que ce n'étoit plus que
de
jeunes
AOUST. 1741. 1801
jeunes gens qui fe mêloient d'enfeigner , &
qu'on voyoit la fubtilité fucceder à la folidité.
La Secte qu'on apelloit du nom de
Cornificiens , avoit qualifié les vrais Sçavans
de Boeufs d'Abraham & d'Anes de Balaam ,
termes capables d'eux- mêmes de porter au
découragement : d'un autre côté on vit les
Ecoliers repréfentés par Alain fous ces couleurs
: Potius dediti gula quam gloffa , potius
colligunt libras quam legunt libros : libentins
intuentur Martham quam Marcum ; malunt
legere in falmone , quam in Salomone. Um
autre Auteur du tems , écrivit auffi alors de
même qu'Alain , qu'il étoit rare de voir s'apliquer
à la lecture :
Rarus aut nullus bodie
Libris impendit operam :
Hine velut ignorantia
Fumus obducit litteram..
V
M. P'Abbé L. croit que ce qui contribua
à fomenter la pareffe & l'ignorance , furent
les abregés qui furent faits au XII. fiécle
quoiqu'à bonne intention , l'un de la Théologie
par Pierre Lombard , l'autre du Droit
Canon par Gratien . Il fut d'ailleurs défendu
alors parmi les Cifterciens de compofer aucun
Livre fans la permiffion du Chapitre
Géneral , ce qui n'encourageoit pas beau-
Ev coup
1802 MERCURE DE FRANCE
coup à ce travail. Mais comme le zele & la
ferveur ne peuvent pas toujours durer , &
que la fuite des tems amene des changemens
, il femble que la naiffance des Ordres
Mandians fut l'époque qui arrêta le progrès
des Etudes dans les anciens Ordres. Un Dominiquain
titré dans l'Ordre (a ) crut devoir
raporter dans un de fes Cuvrages , qu'il s'étoit
aperçu que les Moines avoient plus de
foin de leurs Bâtimens que de leurs Livres ,
& que chés quelques - uns on préfervoit le
fromage des dents des fouris , les pommes
& les poires de la pourriture , les habits de
la teigne perdant que les Livres traînoient
& étoient couverts de poutliere. Cependant,
ajoute t'il , cela n'étoit pas géneral . Car un
» jour , quelques Religieux préfenterent au
و و
Roy Louis ( il ne dit pas lequel ) des Li-
» vres très - bien conditionnés , & ce Prince
» leur répondi : Qu'il eût mieux valu qu'ils
fuffent plus gâtés qu'ils ne l'étoient , voulant
marquer par-là qu'ils ne les avoient guéres:
Ouvert.
Cependant après quelques légers affoiblif
femens , les Etudes fe releverent à Paris.Entre
* plufieurs témoignages qui le prouvent , Jean
qui a pris le furnom d'Archithtenius , dit
que cette Ville étoit alors PhilofophisAt-
( a) Humbert de Romans , General François.
tica ;
A OUST. 1741. 1803
tica , Libris Graca , Studiis Indica. Ce fut ,
felon M. L. vers le commencement du Regne
de S. Louis , que les Etudes y ayant pris
une nouvelle face , on commença à fe fervir
du terme d'Univerfité dont S. Louis regarda
la fcience comme un nerf de l'Etat. Nangis
la regardoit comme une portion de la Fleur
de Lis qui formoit les Armes du Royaume.
Ce fut alors que les Colleges commencerent
à s'y multiplier. L'érection de ceux des Cifterciens
& des Prémontrés eft certaine.
Les Difputes de l'Univerfité avec les nouveaux
Ordres , c'eft à dire ceux des Mandians
, firent retomber la Latinité dans une
efpece de défordre. On peut voir dans la
Differtation , que l'Evêque même de Paris
recommanda de prier pour le fuccès des
Etudes qui commençoient à décheoir . Les
troubles arrivés à Paris furent avantageux à
d'autres Villes. L'Univerfité de Toulouſe
fut formée alors par les foins du Comte
Raymond. On établit auffi des Colleges en
plufieurs Villes. On raporte la fondation de
I'Univerfité de Montpellier à l'an 1289
Un Evêque d'Angers donna en 1293. des
preuves que l'ignorance étoit alors grande
dans fon Diocèle .
? 4
Telle fut la fituation des Sciences en géneral
durant les trois ficcies compris dans la
Differtation de M. Lebeuf. Nous ne fau-
E vj
rions
1804 MERCURE DE FRANCE
rions entrer dans le détail de l'état de chaque
Science en particulier , que dans un autre
Extrait que nous donnerons inceffamment.
Avis de l'Imprimeurfur lefecond Volume
de l'Hiftoire de Bourgogne. In fol imprimé à
Dijon , quife débite préfentement chés Briaſſon ,
Libraire rue S. Jacques à Paris.
On avoit promis de donner ce fecond Volume
fur la fin de l'année 1740. & il auroit
été facile & plus avantageux à l'Imprimeur
de le faire ; mais deux choſes qui tournent
à l'avantage du Public , l'en ont empêché.
La premiere , que l'Auteur , peu content
de divers Extraits tirés des Bibliothèques &
des Archives publiques & particulieres , ne
les a pas voulu donner, fans les avoir aupara
vant collationnés fur les originaux , qu'il
n'a trouvés qu'après bien des recherches ,
& dont la communication ne lui a pas toujours
été donnée auffi promptement qu'il
Fauroit défiré.
La feconde , que cet Auteur ayant fait ;
durant l'impreffion , de nouvelles décou
vertes qui lui ont fourni un nombre confidérable
de piéces importantes concernant
les matieres traitées en ce Volume , a voulu
en faire part au Public , & les donner chacune
à fa place parmi les autres preuves.
Ces piéces nouvellement recouvrées ont
donné
AOUST. 1741. 1805
donné lieu à un plus long travail & à de plus
grandes dépenfes pour l'Imprimeur , & ont
fort groffi ce volume , qui néanmoins ne
coûtera pas plus aux Soufcripteurs que le
premier , qui n'eft pas ſi gros .
fi
Si durant l'impreffion des autres Volumes
de la même Hiftoire , it fe rencontre de
femblables fujets de retard , l'Imprimeur' fe
flate qu'on ne lui en fçaura point mauvais
gré. Il promer de travailler fans relâche à
leur impreffion , dès qu'ils lui auront été
fournis.
11 prie les Soufcripteurs & les Acheteurs
de ne fe point inquiéter à l'occaſion des retards
qui pourroient arriver , & de fe tranquillifer
, parce qu'il a plus d'empreffement
de les contenter que de ménager fes propres
interêts.
Dans peu de tems cet Ouvrage , qui a coûté
des recherches infinies & des dépenses confdérables
, fera très- rare , & il y a lieu de
croire que ceux, qui Fauront eu par foufcription
ou autrement , ne feront point tentés
de s'en défaire.
>
DES ANTIQUITE's . de la Nation & de la
Monarchie Françoife par M.. GILBERT LE
GENDRE , Marquis de S. Aubin fur Loire
c - devant Maître des Requêtes. I. Vol. in - 4°.
A Paris , chés Briallon , rue S. Jacques , à la
Science
1806 MERCURE DE FRANCE
Science & à l'Ange Gardien . M. DCC. XLI .
M. le Marquis de S. Aubin ne ſe laffe
point d'enrichir le Public de bons & utiles
Ouvrages ; celui - ci qui intéreffe toute la
Nation , doit tenir un des premiers rangs
par l'importance du fujet , & par la maniere
dont il eft traité & aprofondi.
Il eft divifé en huit Chapitres , dont le I.
intitulé : De l'origine des François , contient
un Examen des fix differentes opinions qu'il
y a fur cette origine . Le II . Des Amazones ,
établit le Débarquement de ces Héroïnes
fur les Rivages des Marais Meotides , où les
Anciens François faifoient leur féjour avant
la prife de Troyes ; il expofe la Guerre des
Amazones & des François terminée par leurs
mariages , & l'Auteur raffemblant tout ce
que l'Antiquité a publié des differentes Nations
d'Amazones , s'attache à démêler exactement
le vrai du fabuleux , & on peut dire
qu'il y réuffic.
Les François étant redevables de leur gloire
& de leur bonheur à la Maifon qui regne
fur eux depuis neuf fiécles , quel motif plus.
fenfible , dit notre Auteur , pour fouiller
dans l'Hi toire des Lombards , dont les Souverains
ont donné commencement à la Maifon
de France i fus de dégrés en dégrés par
les mâles depuis onte fiécles d'Aniprand
Roy de Lombardie. Dans cet efprit , il fixe
dans
A O UST . 1741. 1307
,
dans trois Chapitres le tems de la fortie des
Lombards de la Scandinavie , & il les fuit
dans leurs differens féjours de la Germanie
, de la Pannonie & de l'Italie .
Il paffe dans le IV. à l'origine des Gau
lois qu'on peut nommer , dit- il à jufte titre
, la Nation la plus illuftre de l'Antiquité ,
foit par l'étendue de fes Colonies , foit
par la réputation de fes Armes . Il commence
à y traiter des Gaulois , Galates ou Celtes.
Le V. Chapitre explique au long la dif
perfion de la famille de Japhet. Il s'attache
furtout à la pofterité de Gomer , & parmi
fes Defcendans Cimmertens iffus d'Afcenaz
fon fils aîné , il fait voir que ces Cimmeriens
fe diviferent, en deux Branches principales
fur lefquelles il entre dans un grand détail
que nos bornes nous empêchent de fuivre .
Dans le VI . Chapitre , il difcute la date
& le point fixe du commencement de la
Monarchie Françoiſe , des commencemens
& des fins de chaque Regne depuis Pharamond
, premier Roy, jufqu'à Clovis ; il examine
quel Roy a combattu contre Attila
& il rectifie toute la Chronologie de ce
premier fiècle du Royaume de France Chronologie
pleine jufqu'ici d'obfcurité & d'erreurs
, & l'Auteur peut fe flater & dire qu'el
le cft maintenant établie fur de bonnes
preuves & fur un raport d'Evenemens qui
pro1808
MERCURE DE FRANCE
}
produit par lui- même une espece de preuves
très fortes , nous pouvons ajoûter de dé
monftrations.
Le VII . Chapitre eft employé à réfutez
une opinion répandue depuis quelque tems
dans les Ouvrages de quelques Modernes ,
qui penfent que les Royaumes ont été dans
leurs commencemens des dépendances de
l'Empire Romain , que les Rois indiftincte
ment s'honoroient du Titre d'Officiers de
l'Empire , que les Barbares s'établiffoient fur
les Terres de cet Empire par la permilion
des Officiers des Empereurs à condition
de les fervir , & qu'il n'y avoit de poffeffions
légitimes que celles qui étoient ratifiées par
des Concellions & des Traités de la part des
Empereurs.
Je ne crois pas , dit là - deffus notre Auteur
, qu'on ait rien imaginé de fi contraire
à toutes les Notions de l'Histoire . Pour rétablir
la vérité des Faits , il entre dans une
fçavante & pénible difcuffion , par laquelle
il démontre que les François fe font établis
dans les Gaules par leurs Conquêtes ; qu'au
lieu de cette profonde vénération , dont on
veut que les Barbares fullent alors remplis
pour l'Empire , le nom Romain étoit tombé
dans un extrême mépris ; que tant que les
François furent fur les bords du Rhin , les
Romains n'eurent point d'Enneinis plus redou
AOUST. 1741. 1809
doutables à combattre , ni de Guerres plus
continuelles à foutenir. Je compare , continuë
t'il , le Titre d'Empereur & de Roy ,
& il m'eft aifé de faire voir combien celuici
eft plus relevé & plus ancien ; & pour me
fervir des termes de du Tillet , que le Titre
de Roy fonne meilleur & plus doux
que celui
d'Empereurs le premier exprimant un gouvernement
paternel , qui comprend en foi
toute autorité , le fecond ne failant entendre
qu'un fimple commandement militaire.
,
Le VIII. & dernier Chapitre a pour objet
de rapeller , par les Argumens les plus décififs
,, cette vérité inconteftable , que tous
les Droits & Prérogatives des Empereurs
Romains ont été annexés depuis à la Couronne
de France . Cette Propofition eſt éta,
blie par les témoignages uniformes des Ecrivains
du tems même , par la diftinction de
l'Empire Romain des Gaules , feparé depuis
l'an 260. des Empires d'Orient & de Rome ,
par les circonftances où Anaftafe fe trouvoit,
lorfqu'il déclara Clovis Conful & qu'il le
reconnut Augufte ; par les Ornemens Impériaux
des Rois de la premiere Race ; par les
Monumens de ces tems reculés qui ſubſiſtent
encore ; pár les Créations que nos Rois
faifoient des Officiers Impériaux , tels que
les Patrices ; par les Monnoyes qui nous ref
& qui portent toutes les marques Im
tent ,
pes
a
1810 MERCURE DE FRANCE
périales ; par quelques exemples hiftoriques
femblables ; par la fuite non interrompue de
tous les Rois de France , qui depuis Clovis
jufqu'au Roy ont pris le Titre d'Empereurs.
L'illuftre Auteur explique quelles raiſons ont
porté Clovis & fes Succeffeurs à préferer le
Titre de Roy , fauf la prérogative du ràng
dont l'Empereur d'Allemagne eft en pollelfion
, comme Succeffeur des Empereurs de
Rome. Ce dernier Chapitre finit par un fom.
maire des Motifs qui doivent engager à regarder
la Couronne de France comme la
premiere de l'Univers .
La foule crainte d'riler trop au - delà de nos
bornes nous force de nous arrêter. Contentons
nous de la noble & véritable idie qui
nous eft donnée en ces termes de notre Nation
dès le commencement de l'Ouvrage.
La Nation Françoile a déja arteint le qua
torziéme fiècle , depuis qu'elle a fon le la
premiere Monarchie du Monde entier. La
douceur de fes Loix & la Religion n'ont pas
moins contribué à fes Conquêtes que la
force des Armes . Agathias dans le fixième
fiécle , repréfente les François comme un Peu
ple que la Religion , les Loix la Juſtice , les
mours douces & policées , diftinguoient des
Barbares ; & qui ne differoit des Romains
qu'à l'exterieur & par l'habillement. Ce qui
me fait principalement admirer ce Peuple ,
dit
AgaAOUS
T. 1741 1811
Agathias , lib. 1. c'eft la justice & l'union qui
yregnent , continuant de mériter les mêmes
louanges après douze ſiècles .
L'Eloge que Sidoine Apollinaire fait de
leur valeur , peut tenir lieu de beaucoup de
paffages qu'il feroit fuperflus de citer ici :
Le François , dit il , fait fon principal plaifir
de s'exercer aux Armes ; il eft fur l'Ennemi.
avant le Dard qu'il a lancés dès fa premiere.
jeuneffe il ne refpire que la guerre : fi le nombre
des Ennemis on le defavantage de la fituation
lui arrache la victoire , il meurt fans donner
aucun accès dans fin ame à la crainte ; il eſt
inv ncible même dans fa défaite , & la valeur
femble ne l'abandonner qu'après la vie.
+
Sparte jouit autrefois d'une prérogative
'finguliere d'avoir obfervé pendant fept cent
ans les mêmes Loix : ce que Ciceron difoit
n'être jamais arrivé à aucun Peuple , Orat.
pro Flacco. La France a déja furpallé doublement
cette gloire , puifqu'elle conferve
depuis quatorze fiécles la même fidelité à
fon Gouvernement & le même attachement
à fes Loix.
Les François ont rétabli l'Empire d'Occident
, & leur nom, depuis les Croifades, eft
devenu fi célebre dans l'Orient dont ils ont
poffedé l'Empire , qu'on ne donne point
d'autre nom à tous les Peuples Occidentaux .
Du tems de Charlemagne , le Royaumé de
France
1812 MERCURE DE FRANCE
V
France comprenoit les Gaules & toute l'Allemagne
depuis le Rhin jufqu'à l'Illirie ,
outre la Gaule fituée au- delà des Alpes ,
nommée alors le Royaume de Lombardie.
BIBLIA SACRA vulgata Editionis Sixti V.
Clementis VIII. Pont. Max. juffu recognita
atque edita Editio nova Verficulis diftincta.
Parifiis. Typis Jacobi Vincent , viâ Sancti Severini
, fub figno Angeli. MDCCXLI .
Cette nouvelle Edition du texte Latin de
la Bible felon la Vulgate , répond à la réputation
que le Sr Vincent s'eft justement acquife,
dans fon Art. Il n'a rien omis de ce
qui peut contribuer à donner à ce Livre la
perfection que fon importance exige. Il a
confulté les Editions les plus exactes , relles
que celles du Louvre , de Vitré , &c. Le texte
imprimé avec la correction la plus fcrupuleufe
, eft diftingué par Verlets , mais cette
diftinction n'interrompt point le fens , par
l'attention que le Sr Vincent a euë à ne commencer
par des lettres majufcules que les
Verfets qui commencent un fens.. La ponc
tuation cft des plus régulieres . On trouve au
haut de chique page un fommaire qui n'indique
que ce qu'elle contient , & au bas une
concordance dont les citations,diftiguées par
des tirets & des efpaces fuffifans, ne troublent
point les yeux des Lecteurs. La beauté du
papier
AOUST. 1741. 1815
papier , la netteté du caractere & la correction
du texte font efperer que cette nouvelle
Edition fera bien reçûë du Public , & qu'il
la préferera à toutes celles qui lui ont été
données jufqu'à prefent. Elle eft en un Vol.
in- . qui fe vend 5. liv. & en 7. Vol . in- 24,
qui fe vendent 7. liv. 19. f.
DICTIONAIRE UNIVERSELFrançois
& Latin , contenant la fignification
& la définition , tant des mots de l'une &
de l'autre Langue , avec leurs differens ufages
, que des termes propres de chaque Etat
& de chaque Profeffion. La Defcription de
routes les chofes naturelles & artificielles ;
leurs figures , leurs efpeces , leurs propriétés.
"L'Explication de tout ce que renferment les
Sciences & les Arts , foit Libéraux , foit Méchaniques
; avec des Remarques d'Erudition
& de Critique ; le tout tiré des plus excellens
Auteurs , des meilleurs Lexicographes , Erymologiftes
& Gloffaires , qui ont paru jufqu'ici
en differentes Langues. Dédié à S.Á.S.
le Prince Souverain de Dombes. Nouvelle
Edition corrigée & augmentée confidérablement
, en .6. vol. in -folio. A Paris , chés
la veuve Delaulne , & la veuve Ganean ,
rue S. Jacques Gandouin , Quai des Anguftins
; Legras , au Palaiss Cavelier , ruë
S. Jacques ; Vincent , rue S. Severins Coignard
1814 MERCURE DE FRANCE
gnard Mariette , fils ; Giffart ; Guerin ,
Taîné , rue S. Jacques ; Rollin , fils , Quai des
Auguftins ; Le Mercier & Boudet , rue faint
Jacques , 1741 .
Avis fur cette Edition.
Les Libraires de Paris fe difpofent & tra
vaillent à donner au Public une nouvelle
Edition du Diction ire de Trévoux , qui
aura beaucoup d'avantages , non feulement
fur les précédentes , mais encore fur tous
les autres Dictionaires .
Celui de l'Académie , dont il vient de paroître
une nouvelle Edition , eft fans contredit
un Ouvrage parfait en fon genre . Les
définitions y font juftes & exactes , les explications
fimples & naturelles ; les phrafes
bien choifies , & tout- à- fait dans le génie
de la Langue ; la décifion des difficultés
courte & précife : l'Orthographe y eft ramenée
à l'ufage le plus géneral , & aux regles
les plus railonnables de l'étymologie & de
la prononciation : il y regne partout une
fagefle & une oeconomie , dignes des grands
Maîtres qui y ont travaillé.
Mais ce Dictionaire , fuivant le plan que
T'on s'y eft propofé , fe renferme uniquement
dans ce qui regarde la Langue, & dans
les exprellions autorifées par l'ufage actuel.
Ов
A O UST. 1741. 1815
!
On n'y trouve pas les mots qui ont raport à
P'Hiftoire , à la Géographie , aux Arts & aux
Sciences , ni ceux que l'ufage n'admet plus ,
& qu'il eft pourtant néceffaire de fçavoir
pour intelligence des Auteurs anciens . On
n'y trouve pas même bien des mots du ſtyle
familier , dont on fe fert très communément.
Parce que les défi itions y font précifes , elles
Laiffent à défirer à baucoup de perfonnes des
explications plus étendues , & une connoiffance
plus détaillée des circonftances . En un
mot , il n'a pour objet que de fixer & de déterminer
l'ufage & les divers fens des expreffions
qui doivent entrer dans le Langage ou
dans la compofition.
Le Richelet dans fon origine n'avoit guére
plus d'étenduë que le Dictionaire de l'Académie
; & l'on fçait que la plupart des aug
mentations qui y ont été faites , ne l'ont pas
rendu beaucoup plus inftructif ni plus intéreffant.
D'ailleurs , l'orthographe qu'on y a
fuivie eft finguliere , & n'eft pas autorisée
par l'ufage , qui refpecte toujours les étymologies
.
Il paffe pour conftant que tout ce qu'il y
a de bon dans le Furetiere , a été pris du
Dictionaire de l'Académie , & que c'est ce
qui en a fait le principal mérite. La partie
dont Furetiere fe faifoit le plus d'honneur ,
étoit celle des Arts & des Sciences , & c'étoit
816 MERCURE DE FRANCE
toit juftement celle qui valoit le moins ,
parce qu'on manquoit alors des fecours qui
font venus depuis , & qui ont beaucoup
contribué à la réputation du Dictionaire de
Trevoux.
On peut dire de ce dernier Dictionaire ,
que c'eft proprement un Furetiere , un Bafnage
, un Richelet , & un Corneille que l'on
a amplifiés , & auxquels on a ajoûté un grand
nombre de Sentences , de Maximes , de Ré
fléxions , de Proverbes , & de Paffages choi
fis , tirés de toutes fortes d'Auteurs , tant en
profe qu'en vers. Ce qui y a paru de plus
utile , regarde les Sciences & les Arts , dont
les termes ont été puifés dans les Livres les
plus eftimés fur chaque matiere. On a été
bien aiſe d'y trouver les noms des prinċipales
Provinces & Villes du Monde , leur fitua
tion , & ce qu'elles ont de plus remarquable.
On a cru devoir y donner une idée des
Divinités Payennes & des Hommes illuftres
de l'Antiquité , dont la réputation eft le plus
généralement répandue , & dont on entend
tous les jours parler dans le commerce du
monde. Les amateurs du vieux ftyle peuvent
y fatisfaire leur curiofité fur la plus
grande partie des mots hors d'ufage , qui fe
lifent dans les Auteurs anciens , & qui ont
fouvent plus de force & d'énergie que ceux
qu'on y a fubftitués. On n'y a pas oublié
les
A O UST. 1741. 1817
les mots de converſation ; ceux qui ne font
en ufage que parmi le peuple ou dans les
Provinces , & qu'on ne trouve pas ordinairement
dans les autres Dictionaires . Enfin
on doit le regarder comme un excellent repertoire
, non-feulement de tous les mots
admis dans les differentes fortes de ilangages
, mais encore de faits curieux & de traits
d'érudition , qui y répandent une agréable
varieté , & qui ne peuvent manquer d'attacher
& de fatisfaire l'efprit des Lecteurs.
Mais malgré tous ces avantages , il s'y
étoit gliffé bien des défauts & des négligences
que l'on s'eft propofé de réformer dans
cette nouvelle Edition.
f
it
L'Orthographe y étoit irréguliere & contraire
à l'ufage général . On y avoit laiffé dans
le corps des mots les f& autres lettres qui
en ont été retranchées depuis long- tems ,
parce qu'elles ne fe prononcent pas . On
avoit écrit , par exemple , advertir , advocat,
abysme , blafmer , quoi qu'il foit généralement
reçû d'écrire avertir , avocat , abîme
blâmer ; & par un fyftême affés fingulier ,
on n'avoit mis ces lettres inutiles que dans
les premiers mots imprimés en capitales ,
encore y étoient- elles en petits caracteres romains
, & elles n'y paroiffoient plus enfuite
dans les mêmes mots employés pour exemples
, & tirés des differens Auteurs : ce qui
F étoit
1818 MERCURE DE FRANCE
étoit donner une, orthographe que l'on fem
bloit en même tems défaprouver. Il est vrai
que l'on a eu par-là intention de conferver
les traces de l'ancienne ; mais d'un autre côté
c'étoit en quelque forte laiffer le choix de
P'une ou de l'autre ; donner une espece d'au
torité à l'erreur , ou tout au moins jetter les
Lecteurs dans l'embarras & dans le doute ,
en leur préfentant comme indifferente une,
orthographe abfolument profcrite. On avoit
encore retranché, tout-à-fait d'un grand nom
bre de mots les lettres doubles , ou d'autres
que l'ufage y a confervées , pour n'en pas
laiffer difparoître les étymologies grecques
ou latines ou on avoit doublé fans aucun
motif , ni d'étymologie, ni de prononciation,
des lettres qui doivent demeurer fimples.
Pour remédier à tous ces défauts & à tous
ces inconvéniens dans la nouvelle Edition ,
on y a fuivi dans l'orthographe l'ufage le
plus conftant & le plus autorifé ; & on n'a
pas crû pouvoir mieux faire dans cette vue
querde fe conformer exactement à celle qui
vient d'être fixée par le nouveau Dictionaire
de l'Académie. On a fuprimé le mélange.
plus bizarre qu'utile des grandes & des petites
lettres , pour ne laiffer que celles qui font
abfolument néceffaires , & qui doivent s'écrire.
On a rétabli les doubles lettres & les
autres qui avoient été retranchées des mots

A O UST. 1741 . 1819
où l'ufage veut qu'elles reftent , & on a fimplifié
celles qui avoient été doublées fans
fondement. Mais pour conferver à ce Dictionaire
quelque chofe de fon ancienne forme
& pour ne pas y introduire un changement
trop confidérable & trop précipité , on y a
laiffé à leurs places une bonne partie des
mots écrits comme ils l'étoient , avec des
renvois à ceux où la bonne orthographe eft
obfervée ; enforte qu'on les trouvera toujours
, de quelque maniere qu'on les cherche
, & que l'on fera averti en même tems
que c'est l'orthographe des derniers qu'il faut
fuivre.
On a inferé dans les définitions & explications
des mots beaucoup de corrections.
& de nouvelles obfervations , foit pour en
donner des idées plus juftes & plus préciſes,
foit pour en faire connoître des fens & des
fignifications dont il n'avoit pas été parlé .
On a même ajoûté dans bien des endroits
de nouveaux exemples tirés des meilleurs
Auteurs anciens & modernes , qui ont pour
objet , ou de confirmer les explications déja
données , ou d'autorifer celles qui ont été
ajoûtées , ou feulement d'aprendre quelque
fait intéreffant , quelque anecdote curieufe
ou quelque circonftance particuliere , qui
peut contribuer à une intelligence plus parfaite
du mot dont il s'agit. On n'a pas laiffé
Fij
échaper
1820 MERCURE DE FRANCE
échaper les occafions de donner des regles
& des principes sûrs, pris de l'Académie, ou
des meilleurs Grammairiens , pour lever les
doutes & éclaircir les difficultés qui peuvent
naître fur certains mots, foit en ce qui concerne
la prononciation , foit en ce qui concerne
la conjugaifon des verbes irréguliers , les
infléxions finguliéres de quelques noms , ou
les autres bizarreries de la Langue , fur lefquelles
il eft affés ordinaire d'être embarraf
ſe ; & on s'eſt attaché , autant qu'il a été
poffible , à réfoudre les difficultés par les décifions
de l'Académie.
Mais ce ne font là les moindres avanque
tages que l'on trouvera dans la nouvelle Edition
du Dictionaire de Trévoux . Quelque
étenduë qu'on lui ait donné , on avoit cependant
lieu d'être étonné d'y voir manquer, un
grand nombre de mots du bel ufage , foit
de ceux qui apartiennent au difcours ordinaire
, foit de ceux qui regardent les Arts &
les Sciences , ou d'autres dont on n'a pas
donné toutes les differentes fignifications.
Tous ces mots feront inférés dans la nouvelle
Edition avec beaucoup d'autres qui ne
fe trouvent dans aucun Dictionaire , & dont
on a jugé que la connoiffance ne pourroit
être qu'utile au Public . La plupart ont été
introduits & confirmés par l'ufage depuis la
derniere Edition du Trévoux. Les autres ont
été
AOUST. 1741. 1821
été recueillis de differens Auteurs eftimés
Il y en a qui concernent la Phyfique ou
l'Hiftoire naturelle , & qui donneront occafion
d'en expliquer quelques effets curieux.
Il n'y a guére d'Arts ni de Sciences qui n'en
aient fourni de nouveaux. On a augmenté
le nombre des mots du vieux ftile , fur- tout
de ceux qui peuvent encore être employés
dans certains genres d'écrits en profe , ou en
vers. On n'a pas négligé les mots que les
modes ont mis en vogue , ni ceux qui doivent
leur origine à certains évenemens & à
certaines circonftances remarquables , ni ceux
qui font purement de converfation familiere
, qui ne s'écrivent pas , & que l'on hazarde
, pour ainsi dire , fans conféquence .
On a cru devoir pouffer l'attention jufqu'à
donner un plus grand détail de ceux qui
font d'un ufage commun dans quelques Provinces.
En un mot , on n'a épargné ni ſoins , ni
recherches pour rendre ce Dictionaire d'une
utilité générale , & pour y raffembler tous
les mots que toutes fortes de perfonnes voudront
y chercher , dans quelque matiere
que ce puiffe être . Le nombre de ceux qui
y feront ajoûtés n'ira guére à moins de 4000.
fans parler des changemens & des corrections
répandus dans le cours de l'Ouvrage.
On peut juger par cette prodigieufe augmen
Fiij
tation
1822 MERCURE DE FRANCE
tation de l'avantage confidérable qu'aura ce
Dictionaire , au deffus de tous ceux qui ont
paru jufqu'à préfent.
Le papier & les caracteres de cette nouyelle
Edition feront les mêmes que ceux du
préfent Avis . L'Ouvrage fera achevé entre- ci
& la fin de 1742. Le prix fera de 120 livres
les fix volumes en feuilles ; mais pour favorifer
les premiers acquéreurs , les Libraires
ont fixé le prix des fix volumes en feuilles
à 90 liv. pour ceux qui voudront affûrer
P'Ouvrage complet. On paiera actuellement
45 liv. & en recevant l'Exemplaire complet ,
pareille fomme de 45 liv. On ne recevra des
affûrances que jufqu'à à la fin de Septembre
prochain , à condition que ceux qui auront
affûré un Exemplaire feront tenus de le retirer
dans le courant de fix mois , après la
publication de l'Ouvrage complet , paffé lequel
tems les avances feront perdues pour
eux , fans laquelle condition cet avantage
n'auroit pas été proposé .
OBSERVATIONS CRITIQUES de D. Jean
Chyfoftôme Scarfo , Docteur en Théologie ,
de l'Ordre de S. Bafile , fur la Collection
d'Antiquités Romaines en cent Planches gravées
, avec les Obfervations de Rodolphin
Venuti , Académicien Tolcan de Cortone ,
publiées par Antoine Boriani , au mois de
Janvier
AOUST 17418 1823
Janvier 1739 ,
à Venife , chés Modeſte Feintius
, de 48. pages in - 8 ° . L'Ouvrage
eft en
Latin .
PROSPECTUS d'une Edition des Ouvrages
d'Hippocrates , par Soufcription . Ceux qui
voudront foufcrire , s'adrefferont à Pierre-
Jean Mariette , Imprimeur - Libraire , rue S.
Jacques , qui leur donnera une reconnoillance
fignée par M. Etienne , Mackie , Auteur
de cette Edition , en payant vingt livrés tournois
, ou huit Florins , 1741 .
le
LES VEIL L'EES DE THESSALIE
revues , corrigées & augmentées. Troifiéme
Edition ; par Mademoiſelle de Euffan 4. vol
lumes in- 12 . Le premier de 175. pages ,
fecond de 139 , le troifiéme de 171. & le
quatriéme de 216. A Paris , chés la veuve
Piffot , Quai de Conty , à la defcente du
Pont- neuf , à la Croix d'or , 1741 .
>
I
Mlle DE LUSSAN donna , il y a près
de dix ans , un Ouvrage intitulé les Veillées
de Theffalie ; il fut couru , & débité rapide
ment. Dans ces Veillées , au nombre de
cinq , l'Auteur avoit pris des engagemens ,
qu'il vient de remplir dans cette nouvelle
Edition . Ces Veillées refondues , à préfent
au nombre de huit & qui ne paroiffent par
Fi leur
1824 MERCURE DE FRANCE
2
leur Titre que le produit d'une vive , feconde
& belle imagination , renferment des
Préceptes & des Leçons de faine Morale.
La maniere dont cet Ouvrage eft écrit le
rend auffi agréable que le fonds en eft utile ;
on reconnoît la plume à qui le Public eft
redevable de l'Hiftoire de la Comteffe de Gon,
dés , & des Anecdotes de Philipe Auguße.
HISTOIRE D'ESTEVANILLE GONZALEZ
furnommé le Garçon de bonne humeur , tirée
de l'Eſpagnol , par M. Le Sage , Tome
fecond , premiere &-feconde Parties , Volumes
in. 12. Le premier de 236. pages , & le
fecond de soo. A Paris , chés Prault , pere ,
Quai de Gévres , au Paradis , 1741 .
NOUVEAU TRAITE' DU SUBLIME , OOuuvrage
utile aux perfonnes qui veulent atteindre
à la perfection de l'Eloquence & au vrai
mérite. Nouvelle Edition , A Paris , chés
le même Libraire , 1741. Volume in - 1 2 .
LES AMUSEMENS DU COEUR ET DE
L'ESPRIT. Ouvrage Périodique. Tome IX.
Il fe vend à Paris , chés la veuve PISSOT ,
Quai de Conty , & chés Antoine -Urbain
COUSTELIER , à l'entrée du Quai des Auguftins
, du côté du Pont S. Michel , près la
ruë Gît-le-Coeur. Le prix eft de cinquante
fols
'A O UST. 1741. 18251
fols en blanc , & de trois livres relié , in- 12.
d'environ 5oo. pages , d'une très-belle impreffion
, & fur du papier fin , 1741 .
Ce nouveau Volume eft le premier des
quatre qu'on a promis an Public pour cette
année 1741. On trouve d'abord des Poëfies
fugitives du Poëte Laine , qui conſiſtent en
Chanfons Bacchiques , tendres & galantes ,
avec d'autres Morceaux fur differens Sujets .
Les deux Soeurs Rivales , Nouvelle Hiftorique
, adreffée à Mad . la Préfidente de la
B *** , & partagée en deux Lettres . Le ftile
en eft affés pur & les Faits intéreffent
furpriſe des dénouemens , qui ont d'ailleurs
tout l'extérieur de la vrai -femblance.
>
par
la
Parmi les Poëfies , on trouve à la page 105 .
un Ouvrage de M. de Senecé , qui étoit demeuré
manufcrit . Ce font des préceptes de
fanté , pour parvenir à une longue & heureufe
vieilleffe. Voici d'abord l'expofition
du Sujet.
Voulez vous long- tems vivre en parfaite fanté ?
Suivez les Loix de la Nature ,
En tout ce qui n'est point contre l'autorité
De l'Etre fouverain dont elle est Créature ,
Certain que d'elle - même elle le porte au bien ,
Accordez - lui toujours ce qu'elle vous demande ;
Mais gardez - vous auffi ( le bons fens le commande)
De la folliciter de rien.
Fy Elle
1826 MERCURE DE FRANCE
Elle est aisée à fatisfaire ;
Elle eft reglée en fes défirs ;
Il ne faut que le néceffaire.
Moderez - vous en vos plaifirs ;
Goûtez-les , le Sage l'ordonne ,
Mais évitez -en les excès .
Quiconque aux plaiſirs s'abandonné ;
N'en jouit guere avec fuccès.
Défendez- vous fur - tout des excès de la table ;
Des plus fortes fantés c'est l'ordinaire écueil ;
Moins de gens dans les eaux ont trouvé leur cercueil
Et la guerre , fi redoutable ,
A moins rempli la Cour & la Ville de deüil.´
Que fi d'humeur facile , & Convive agréable
Vous vous êtes parfois permis
Quelqu'excès prefque inévitable
Dans un libre repas d'amis ,
Ayez recours à la recette
#
D'une fobre & fage diette ,
Et gardez-vous de furcharger ,
Par une folle intempérance ,
Un eftomach que l'abftinence
A feule dro't de foulager.
C'est un confeil très - falutaire ,
Que de s'attacher à guérir
Chaque chofe par fon contraire ;
Et l'on n'y peut trop recourir.
Vous fentez vous pefant par la longue habitude
D'un
A O UST. J 1741. 18,27
D'un trop continuel repos
L'exercice pris à propos
Yous guérit avec certitude.
Le repos vous guérit de trop de laffitude ,
Mais l'état où vous vous trouvez ,
Vient-il de pure inquietude ?.
Calmez-vous , fi vous le pouvez.
Le Poëte fait enfuite le parallele des maladies
du corps avec les paffions , qui font
les maladies de l'ame : il fait fentir le ridicule
des malades imaginaires , qui à force de remedes
font d'un mal de rien dans fa naiſſance,
une maladie importante . Un endroit aufli
bien traité eft celui où il repréfente l'embarras
d'une Confultation .
L'un dit , c'eft une humeur recuite
Qui nous menace ici d'une fâcheufe fuite ,
Si les levains ne font purgés :
L'émétique avant tout me paroît néceffaire .
› L'autre dit , 'c'eſt du ſang dent nous avons affaire ;
Tous les vaiffeaux font engorgés ;
Une prompte faignée eft le remede uniqué ,
Et nous ne ferons rien s'ils ne font dégagés.
Sur ces divers avis , chaque opinant s'explique :
L'un cite d'Hippocrate un paffage autentique ,
L'autre fur Galien fonde fes préjugés .
Tour à tour on objete , on répond , on réplique ;
F vj
Et
1828 MERCURE DE FRANCE
Et la faignée , & l'émétique
Tiennent les avis partagés .
Enfin réſultat , tout fe termine à dire
, pour
Qu'il faut remettre au lendemain :
Et , fans perdre du tems en vain ,
Pour confulter ailleurs , chacun d'eux fe retire , &c.
"
و د
Voici le fragment d'une Lettre fur les
Opera Italiens , écrite à une Demoiselle .
» Ne foyez point la dupe , Mademoiselle ,
» de ceux qui vous vanteront les Opera
» Italiens . Arrêtez-vous à admirer leur Mufique
, & refufez hardiment votre fuffrage
» à tout le refte. J'avois jufqu'à prefent fuf-
" pendu mon jugement fur cette matiere ,
» ne croyant pas pouvoir en juger par un
» Opera queje vis repréſenter à mon paffage
» à Alexandrie , & que je pouvois juſtement
apeller un Opera de campagne. Mais aujourd'hui
que j'ai vû celui de Rome , je
» crois pouvoir hazarder mon fentiment.
» Quelque prévention favorable que j'y
» aye pû aporter , je n'ai pû me louer que
» de leur fymphonie , de leurs décorations ,
» de la grandeur & de la magnificence de
» leur fale de fpectacle , & je n'ai pû me
» défendre de compter pour rien tout le
» refte . On peut dire que les Italiens ne
poffedent pas un Auteur qui connoiffe la
» déclamation dans le genre noble ; on di-
"
59
»roit
AOUST. 1741: 1829
roit , tant ils négligent cette partie , qu'ils
» ne penfent point qu'elle foit néceffaire .....
» Un Acteur Italien n'a befoin que de mémoire
, il récite , & ne joüe point . Croi-
» riez-vous , Mademoifelle , qu'un Maître
» de Chapelle pourroit ſe diſpenſer de faire
les récitatifs d'un Opera ? Tous Ics Acteurs
le rendent , comme bon leur ſemble , &
» rendent à peine quelques paroles , telles
» que le Compofiteur les a notées....
9
99
"
» Paffons maintenant à la Mufique. Quoiqu'en
difent les Italiens , il eft fûr qu'elle
» n'est jamais fi expreffive que la nôtre.....
» On ne me perfuadera jamais qu'une Mafique
& un mouvement d'Allegro de So-
» nate puiffe fervir à exprimer la douleur ,
» la tendreffe , l'inquiétude , & autres de
» cette nature.... Les Italiens ne connoiffent
point l'ufage d'introduire des Choeurs , à
» moins que vous ne preniez avec eux pour
» un Choeur une foule innombrable de Su-
» jets & de Gardes qu'ils mettent à la fuite
. » des Rois & des Princes , mais qui ne tien-
» nent la Scene que pour l'ornement , & la
quittent fans avoir proferé un feul mot ......
" Les Italiens ne connoiffant point la
» Danfe noble , vous ne voyez danfer dans
» leurs Opera que des Boufons qui , par
» leurs pas & leurs contorfions , femblent
n'afpirer qu'à vous faire rire. Ils ne font
"
» ja1830
MERCURE DE FRANCE
» jamais que cinq ou fix Danfeurs qui ne
danfent que des Entrées feules , ou des pas
» de deux, auffi ennuyeux par leur durée, que
» les Ariettes. Ce n'eft pas tout , ils n'ont jamais
» dans leurs Opera que deux fortes de voix,
" les deffus & les Tailles ; de forte qu'un
» homme qui auroit les yeux fermés ne fçaubien
fouvent qui parle , ou d'un
homme , ou d'une femme , de l'Amant ,
» ou de la Maîtreffe , du Pere , ou du Fils ,
» & c.
» roit
"3
Parmi les Poëfies , qui font en grand nombre
, on lit avec plaifir une Ode de M. de
Bainville , adreffée à feu M. le Duc d'Orleans,
Régent du Royaume une autre de M. le
Chevalier de S. Didier , intitulée : Le Royaume
de la Féve : deux Epîtres Philofophiques
dont la longueur ne nous permet pas de faire
aucun détail.
On trouve à la page 185. une Differtation
curieufe Sur ce qu'on doit penfer de l'apparition
des Efprits à l'occafion d'une avanture
arrivée à S. Maur . Cette Piéce veut être
lûë dans l'Ouvrage même.
Les Dames qui ont de l'attachement pour
les Animaux domestiques , feront bien aiſes
de voir , page 382. comment Madame l'Evêque
à célebré la mort de fa Chate . Voici
la Piéce.
A O UST. 1741 1838
Je fens le défefpoir affreux
Dont Apollon cut l'ame atteinte ,
Lorfqu'il fut affés malheureux
Pour bleffer fon cher Hiacinthe .
Ma Chate expire : 3 Deftin rigoureux !
Je viens de l'étouffer en fermant une porte :
Quoi ma main a commis ce forfait odieux !
Et fans crier , ma Chate eft morte.
Defcendez de vos toîts , accourez gros Matoux ;
Venez m'égratigner , vengez ma Chate aimable .
Mais non , moderez - vous , je ne fuis point coupable
,
Et j'ai de fon malheur plus de chagrin que vous.
Quelle mauvaiſe humeur de mon ame s'empare ?
Je ne veux plus de porte રે mon apartement :
Oui , je perfifterai dans ce deffein bizarre ;
Je veux , pour me punir , être expofée au vent.
Qu'on ôte de ces lieux mon luth & cette harpe ,
Ces doux amuſemens ne font plus faits pour moi :
J'aurai dorénavant les deux bras en écharpe ,
Pour être aux maladroits un exemple d'effroi.
M. Desforges- Maillard a fait inférer dans
ce Tome une Nouvelle Italienne qui a pour
titre , la femme guérie. Le Recueil d'où j'ai
pris
1832 MERCURE DE FRANCE
pris ce Conte , dit - il , page 332. eft imprimé
à Venise en 1560. Il eft divife comme le Décameron
de Bocace en dix journées : il contient
auffi cent Nouvelles , tirées de differens Auteurs
parmi lesquels il y en a de très- anciens , &
Surtout un SER GIOVANI qui écrivit en 1378 .
Je ne me fuis pas apliqué dans cette traduction
à rendre l'original mot pour mot . Les Ita.
liens ont des expreffins dont ils font grande
eftime , & qui conviendroient mal avec la politeffe
de notre Langue , &c.
M. l'Abbé Giacorno - Maria Zannotti ;
fra gl' Arcadi Evrindo Arifteo , a donné ici
deux belles Odes : ( c'eft ce que fignifie en
Italien le mot Canzone. ) La Crudelta ad
Eurilla , & l'Autunno. On auroit pû donner
une traduction de ces deux Piéces , &
ceux qui ignorent l'Italien n'auroient pas éte
privés d'entendre deux beaux morceaux dans
leur genre
.
La Redondille d'Orphée a fouvent été
traduite ou imitée de l'Efpagnol de Quevedo.
IIlI y en a une traduction de feu M. de Senecé
dans le troifiéme Tome de ces Amuſemens ;
& M. de Bainville vient de l'imiter de la
maniere qui fuit.
Le Public eft bien habile ;
Tâchons d'en faire un ami :
Mais non , c'eft chofe inutile
On
A O UST. 1741. 1833
On ne peut compter fur lui.
Quelque moyen que l'on prenne
Pour le rendre fatisfait ,
On y perd toujours la peine ;
Voici qui prouve ce fait.
Dans un champ près du Riphée
Caché fous l'herbe & les fleurs
Un ferpent rend veuf Orphée ,
Qui remplit tout de clameurs .
Des pleurs qu'on lui voit répandre
Chacun veut dire fon mot :
Ceux- ci difent , qu'il eft tendrel
Ceux-là difent , qu'il eft fot !
Pour ravoir fon Euridice
Aux Enfers il defcendit ;
Son chant y trouva propice
Pluton qui la lui rendit .
Les Morts la lui voyant prendre ,
Pour la conduire ici haut ,
Dirent d'abord , qu'il eft tendre ! .
Et puis dirent , qu'il eft fot !
Il revenoit avec elle >
Quand Pluton lui parle ainfi ;
Si tu veux garder ta Belle
Ne la vois que hors d'ici ;
Mais
4834 MERCURE DE FRANCE
Mais il ne put s'en défendre :
Il la perdit auſſi - tôt .
Depuis il ne fait qu'entendre :
Qu'il eft tendre qu'il eft fot !
Plufieurs autres Pièces de Poëfie fe font
lire encore avec plaifir dans ce nouveau Tome
mais nos bornes ne nous permettent
pas de les entamer.
:
Le dixiéme Volume de cet Onvrage Périodique
eft en vente chés les deux Libraires
indiqués ci deffus : & on nous prie d'avertir
le Public que le onzième fera achevé d'imprimer
pour le premier Octobre de l'année
courante .
SUITE du Journal Italien de M. le Marquis
Maffei, Offervazioni Letterarie &c . T.
III .
Onze Articles compofent le troifiéme Volume
de ce Journal. Dans le premier Article
on rend compte d'un Ouvrage qui a pour
objet & pour titre des Monuments Eccléfiaftiques
du iv. ficcle , qui n'ont point encore
paru , Monumenti Ecclefiaftici del quarto
fecolo Chriftiano non più venuti in luce : confervati
in Codice antichiffimo del Capitolo Ve
ronefe , &c.
Le fecond Article eft une fuite de ce qui
a déja été dit au fujet d'une nouvelle Edition
des
AOUST. 1741. 1835
des Oeuvres de S.Jerôme. On rend ici compte
du troifiéme Tome de cette Edition , fans
entrer dans un trop grand détail.
L'Article III . contient l'Extrait d'un fort .
bel Ouvrage de Botanique , publié à Florence
, dont le Titre eft : Nova Plantarum ge
nera , Autore Petro - Antonio - Michelio Flo
rentino. FLORENTIE 1729. L'Auteur de cet .
Ouvrage s'eft extrémement diftingué parmi
ceux qui ont traité la même matiere .
M. Boerhave a particulierement reconnu
fon mérite dans un Difcours prononcé , puis
imprimé à Leyde en la même année 1729 ,
Mortalium omnium , dit- il , in perveftigandis
ftirpibus fagaciffimus Petrus- Antonius Michelius
, in que une illuftrem Fabium Columnam ;
Nobilem Cortufum , acutiffimum Anguillarum
renatos fibi jure Italia gloriatur : Il ne faut
pas oublier que ce grand Botaniste préparoit
alors un fecond Volume , dans lequel il
traite principalement des Plantes Marines ,
fur tout de celles qui ont été inconnuës
avant lui , & dont il a fait la découverte , au
nombre de plus de 50..
On trouve enfin dans cer Extrait , que
l'Auteur du même Ouvrage , Amateur de la
belle Litterature , autant que des Sciences
qui regardent fa Profeffion de Medecin , fic
imprimer à Londres en 1726 , durant fon .
féjour dans cette Ville , le gentil Roman
Grec
1836 MERCURE DE FRANCE
Grec de Xenophon d'Ephefe , dont il eft parlé
dans Suidas , mais qui n'avoit jamais été publié
, ni traduit en Latin ; on en conferve
le Manufcrit dans la Bibliotheque des PP.
Benedictins de Florence : Depuis Ant. Maria
Salvini fit imprimer à Londres une Traduction
de fa façon de ce même petit Ouvrage .
NUOVO SISTEMA dell' Origine della Podagra
, è fuo Rimedios Opera di Michele Pinelli
: Roma 1734. in-4.
C'eft le fujet de l'Article IV. de ce même
Vol. & le fruit de l'Etude & de l'Expérience
d'un Medecin Romain de grande réputa
tion , lequel eft venu à bout de prouver par
des effets inconteftables qu'entre fes mains
La Goute n'eft pas , comme on le croit communément
, une maladie incurable : les Anciens
l'ont crû comme nous , témoin ce
Vers d'Ovide :
Frangere nodofam nefcit Medicina podagram.
Il faut cependant en excepter Pline , qui
loin d'être de ce fentiment ,s'exprime ainfi ,
en parlant de cette maladie : Infanabilis non
eft credendus , L. 26. c. 10. Notre fçavant
• Medecin affure qu'on guérit fort bien de la
goute, non -feulement par l'ufage de la Mofca
, Plante Chinoife , fur laquelle le Chevalier
du Temple a fait un Livre , mais encore
par le changement de nourriture , & en obfervant
AOUST . 1741.
1837
Jcufervant
un certain regime : fur quoi l'Auteur
cite l'exemple du Comte d'Albert , Prince
de Grimberghen , lequel , dit- il , dès fa
neffe fût cruellement attaqué de ce mal , &
s'en trouve aujourd'hui entiérement guéri ,
à l'âge de plus de 60. ans , par le moyen d'un
regime , que l'Auteur décrit ici fort exactement.
Outre ces deux moyens, le même Medecin
poffede un Remede qu'il eftime infaillible
, mais dont il ne donne pas le fecret
dans fon Livre.
Nous ne raporterons rien du v. Article, qui
roule fur des Obfervations Aftronomiques
de l'Eclypfe de Lune du 8. Septembre 1737.
faites à Padoue &c. fuivies d'autres Obfervations
faites à Venife l'année précedente
fur les Satellites de Jupiter , & fur le Paffage
de Mercure fous le Diſque du Soleil &c .
L'Article vi . contient un Eloge Hiſtori
que de l'Abbé Philippe Ivara , Architecte
Sicilien , de grande réputation ; on y parle
de tous fes Ouvrages , dont la plûpart font
- l'admiration des Curieux en plufieurs Endroits
de l'Italie .
On continue de parler d'Architecture dans
l'Article fuivant , à l'occafion d'un Livre imprimé
à Verone en 1735 , dont voici le Titre,
Li cinque Ordini dell' Archittetture civile di
Michel Sanmicheli. Opera del Conte Aleſſan
dro Pompei,
L'Hiftoire
1838 MERCURE DE FRANCE
L'Hiftoire Litteraire du fameux Archimede
fait le fujet du vIII . Article. Sujet qui
n'avoit point encore été dignement traité.
quoiqu'une infinité d'Ecrivains ayent parlé
de lui. Cet Ouvrage imprimé à Breffe en 1.
vol. in- fol . 1737. eft dû à M. Jean Marie
Mazzuchetti de Breffe , qui l'a executé avec
beaucoup de fçavoir , d'ordre , & de fuccès ,
au fentiment du Marquis Maffei , qui en
"donne ici un Extrait.
THOMA DEMPSTERI de Etruria Regali
Libri feptem II. vol . fol. Florentie 1723 .
:
Tout l'Article Ix. de ce Journal eft employé
à faire connoître cet Ouvrage , qui
doit être extrémement cher aux Antiquaires
, fur tout à ceux d'Italie , Ouvrage dans
lequel on n'a épargné ni fagacité , ni foin
ni dépense pour recueillir & mettre dans un
beau jour tous les Monumens qui nous reftent
de l'Etrurie ancienne & fçavante , lefquels
ne font pas en petit nombre , & pour
la gravûre defquels on a épuifé toute la délicateffe
des meilleurs Burins .
Dans le premier Tome font repréſentées
ces fameufes Tables de cuivre qu'on conferve
fi précieufement à Gubbio , avec une
longue Infcription dont les caracteres font
de la même forme & dans le même arrangement
que dans l'Original. Cinq de ces Tables
A O UST. 1741 1839
bles font en Lettres Etrufques , & deux en
Lettres Romaines. Ce Monument , & plufieurs
autres , qui font contenus dans les
deux Volumes , ont donné lieu à de grandes
Recherches fur la Religion & les Dieux des
Etrufques , fur leurs moeurs , leurs Coûtumes
& c. ce qui fait le fujet d'une Lecture
fçavante , curieuſe & des plus variées .
Au refte , tout l'Ouvrage de Dempster
étant en Latin l'Italie n'eft pas peu obligée
au Signor Buonarroti , de l'avoir non - feulement
traduit en Italien , mais encore de l'avoir
enrichi & augmenté de fes› fçavantes
Remarques ; enforte que l'Edition , dont
Filluftre Journaliste rend ici compte , peut
paffer pour un bon Commentaire de l'Au
teur Original.a
e Il eft bon d'avertir ici les Continuateurs
du P. Niceron que dans le Catalogue des
Ouvrages de Dempfter , inferé à la fin de fa
vie , Tom. XXVIII. des Mémoires & c. du
fçavant Theatin : l'Ouvrage fur les Monu
mens Etrufques ne fe trouve pas , ce qu'il
faudra réparer dans une autre Edition .
Lex. Article eft intitulé ANTICA Tavola
di Metallo con infigni Ifcrizioni , fur quoi.
nous ne ferons que traduire l'Infcription
que nous donne , en ces termes , le Journa
lifte
1.9.
In'y a pas long-tems que M. Drian Fair-
I
fan
1840 MERCURE DE FRANCE
fan aporta d'Italie à Londres ce très - rare
Monument , qui a été trouvé dans la Calabre.
C'eft une Lame d'un très bon Métal
de deux pieds & demi de hauteur , fur un
pied & demi de largeur , avec environ unc
once d'épaiffeur. On y voit d'un côté une
Infcription Romaine gravée , contenant 75 .
Vers , & de l'autre une Inſcription Grecque
de fo. Vers ; l'une & l'autre Infcription a
été inconnuë jufqu'à préfent . Le ftudieux
M. Maittaire les fit d'abord imprimer à Londres
, mais ce premier Effai devint prefque
inutile , du moins il ne fut guére connu
qu'en Angleterre ; ce qui engagea l'Editeur
de publier de nouveau ce Monument , & de
le rendre , pour ainfi dire , à l'Italie , remet
tant à un autre tems & à une autre occafion
de l'illuftrer amplement par des Corrections,
par des Remarques , par une Critique enfin
exacte & néceffaire.
Un Ouvrage d'une espece toute différente
fait la matière du dernier Article de ce Journal
, il a auffi fa curiofité & fon mérite . Il
porte pour Titre : IL TEATRO alla Moda
1. vol. 8°. in Venezia 1639. L'Auteur de ce
Journal en parle , dit- il , pour divertir un
peu le Lecteur , & pour le diftraire de l'application
férieufe qu'il a donnée aux Articles
précedens. Entrons dans fon Efprit , & mettons
d'après lui , à profit , ce qu'il a jugé à
propos de nous préfenter ici. La
AOUS T. 1741. 1841
La Mufique moderne , contre laquelle le
peu qui nous refte de vrais Amateurs de ce
bel Art , ne ceffent de fe récrier dans nos
Journaux , prend tant d'empire fur la plûpart
des Compofiteurs , que nous avons crû
que le Public fenfé nous fçauroit bon gré
de contribuer à en arrêter le cours. C'eſt à
quoi le petit Ouvrage , dont il eft ici queftion
, peut beaucoup fervir. Il fut imprimé
pour la premiere fois en l'année 1722 , & il
eft devenu très rare , parce qu'on n'en tira
qu'un fort petit nombre d'Exemplaires. Le
Marquis Maffei affure que cette fine Critique
de la Mufique moderne eft fortie d'une Plume
très délicate , & généralement eftimée.
Il voudra cependant bien nous permettre de
remarquer que fa maniere de critiquer n'eſt
pas des plus fines , quoique fa Critique foir
jufte & dans le vrai . Voici le fondement de
notre Obfervation .
C'eft par la Poëfie que le joli petit Ouvrage
en queſtion , GraZiofa Operetta , commence.
L'Auteur s'explique ainsi. La premiere
condition que j'exige d'un Poëte , qui
veut être à la mode , c'eft de n'avoir jamais lû
d'Ouvrage de Théatre des Grecs ni des Latins
, &c.
On voit bien que c'eft là une ironie ; mais
eft -il vrai -femblable qu'on exige de pareilles
conditions , & n'eft ce pas dire qu'il faut
G s'arracher
1842 MERCURE DE FRANCE
s'arracher les yeux pour voir clair ? Qui
prouve trop , ne prouve rien. Quoi qu'il en
foit , l'ironie doit avoir plus de reflemblance
avec la verité , fi on veut qu'elle produife
le fruit qu'on fe propofe d'en tirer.
L'Auteur n'impute pas au Poëte , qui eft
l'objet principal de fa cenfure , tous les défauts
qui fe font gliffés dans la Poëfie moderne
; il le plaint même d'être entraîné
malgré lui par le torrent de la Mode dans
une Ville , où les Auditeurs étant toujours les
mêmes , ont perdy , à force d'entendre continuellement
de mauvais ouvrages , la connoiffance
de ce qui peut contribuer à en faire
de bons. Sa Critique porte vrai femblablement
fur Venife , où d'ignorans Gondoliers ,
font , dit- il , les Arbitres des Ouvrages Poëtiques
, comme le Parterre l'eft à Paris, ajoûtant
que c'est par là qu'on perd infenfiblement
l'ufage du bon goût , parce que le
Poëte n'y eft jamais plus aplaudi , que lorfqu'il
mériteroit d'être fifflé.
Des Poëtes il paffe aux Compofiteurs de
Mufique, Il les exhorte avec le même genre
d'ironie , à avoir peu de connoiffance des tons
de leur Divifion , de leur Proprieté , à fe
bien garder de les accommoder aux paroles ,
ni aufens , à ne fe mettre point en peine de
diftinguer les trois genres de Mufique &c.
Delà il entre dans un détail que nous fu
primons
A OUST. 1741. 1843
& nous
primons ici pour ne point ennuyer ,
paflons avec notre Auteur aux Muficiens
qui ne font deſtinés qu'au Chant. Il leur
recommande , avec la même fineffe de Sarcafme
, de ne point aprendre à folfier , de peur
de tomber dans le danger d'avoir la voix ferme
, d'entonner jufte , & de chanter de mé
fure & c .
que
Il ajoûte que ce feroit ne pas fuivre la Mode¸
d'entendre ce qu'on veut faire fentir , qu'il
importe furtout de mal prononcer , & d'une
maniere la plus conforme à celle des Lombards,
c. Le Journaliſte finit par ce dernier trait :
Qui veut fçavoir jusqu'où peut conduire une
imitation ingénieufe , n'a qu'à lire l'Art. du
Livre qui regarde les Cantatrices. Il ne pourra
s'empêcher de rire , fut-il un Heraclite.
:

Mais allons un peu plus loin que M. Maffei
, & paffons des Théatres de Veniſe à
ceux de Paris , nous y trouverons à peu
près , la même décadence . Poëtes Dramatiques
, Poëtes Lyriques , tout fe conforme
à la Mode. Le bon goût fe perd tous les
jours les Pieces de Théatre , tant tragiques
que comiques , rentrent dans le cahos , d'où
Corneille Racine & Moliere les avoient
tirées. L'Opera n'eft pas dans un état moins
déplorable : nous ne pouvons en tracer une
peinture plus fidelie que par ce Morceau d'un
Auteur anonyme , c'eft Momus qui parle :
Gij Quel
1844 MERCURE DE FRANCE
Quel cabos fur chaque Théatre!
Tout fe contrefait , tout fe plâtre,
François , Italien , Forain ,
Aucun n'eft ce qu'il devroit être
Et fi Momus n'y met la main ,
On n'y pourra plus rien connoître,
Qui , fur le Théatre François

Le comique devient tragique ,
L'Italien n'eft plus badin comme autrefois ,
Il s'égare , il fe perd dans la Métaphysique.
Le Forain devient férieux,
D'ingénu qu'il étoit , il fait l'ingénieux ,
Il donne dans l'allégorique.
Si vers le Théatre Lyrique
Mon mauvais fort conduit mes pas
J'y cherche en vain cette Muſique ,
Sous Lully fi pleine d'apas ;
L'ouverture marche en Sonate ,
Le Choeur le plus bruyant , de l'oreille eſt chéri ,
L'Ariette devient Cantate
Et la voix dégenere en cri.
Si du Chant je paffe à la Danfe ,
Je ne m'en trouve guére mieux ,
On est toujours en l'air , &jamais en cadence ;
Aux dépens de l'oreille on cherche à plaire aux yeux ;
Ce n'est que pour la Danfe haute
Que d'aplaudiffemens la Sale retentit ;
A O UST. 1845 1741
A la mode on s'aſſujettit ;
On n'y danfe plus , on y faute ;
Oui , le dérangement eft tel ,
aux yeux des Spectateurs le noble paroît fade ;
On préféré au pas naturel
L'entrechat & la Gargoüillade.
TABLES
ASTRONOMIQUES du Soleil , de
la Lune , des Planettes , des Etoiles fixes &
des Satellites de Jupiter & de Saturne , avec
l'explication & l'ufage de ces mêmes Tables .
Par M. Caffini , Maître des Comptes , de
l'Académie Royale des Sciences & de la
Societé Royale de Londres. A Paris, de l'Imprimerie
Royale 1740. Vol. in- 4° . de 122.
pages pour les Tables , de 120. pour l'Explication
, & de 14. pour la Préface ,
fans
compter les Tables des Chapitres .
LETTRE écrite à M. D. L. R. par M.....
au fujet du Difcours du R.P. du Baudery ,
prononcé dans le College de LouiS LI
GRAND.
Vou
Ous m'avez fait un vrai plaifir , M. de
m'envoier le Difcours du R. P. du
Baudory. Je puis vous affûrer que l'empreffement
de le lire renaît après la curiofité fatisfaite
. C'eſt le fort des Ouvrages excellens
qui gagnent toujours à être aprofondis. La
G iij mefure
1846 MERCURE DE FRANCE
mefure d'attention que peut donner l'Auditeur,
fuffit pour prendre le caractere du vrai,
mais c'est la réfléxion qui dévelope les beautés
d'un certain ordre . Je vous en aurois remercié
plutôt fans la perte d'un Ami qui
m'étoit extrémement cher. Je n'ai pû m'empêcher
de donner quelque tems à la douleur.
Vous m'avez prié de vous dire là - deffus
mes fentimens , & je vous l'ai promis . Je
conviens qu'il y a toujours un certain plaifir
à dire ce que l'on penfe de bien ; mais il
faudroit le dire d'une manière digne du Sujet,
& c'eſt à quoi je ne crois pas pouvoir fuffire,
quelque aidé que je fois par les graces du
ftyle du P. du Baudory. Je vais néanmoins
vous tenir ma parole .
PREMIERE PARTI E.
L'Orateur dès fon Exorde & dans la fuite
donne au R. P. Porée des loüanges fi méfurées
, paffe fur tous les Endroits délicats avec
tant d'adreffe , met fi bien dans fon jour tout
ce qui peut être admiré , employe enfin des
traits d'Eloquence fi à propos , qu'il y a lieu
d'efperer que fon Succeffeur pourra dire un
jour , avec quelque juftice , ce que le P : du
Baudory dit avec un peu trop de modeſtie :.
Viro excellentiffimo ita fuccedo , ut quid ego.
periculofum omnibus probare vola , boc illefibi
gloriofum
A O UST. 1847
1741.
gloriofum ac honorificum femper comprobaverit.
, Deux chofes , dit l'Orateur concourent
à la dificulté de remplacer les Grands Hommes
; la péſanteur du fardeau dont on fe
charge , & les obftacles encore plus grands
qu'on a à furmonter , en effayant de marcher
fur leurs traces. Cette divifion paroît trèsnaturelle.
Examinons chaque Partie , nous
trouverons que tout y eft foûtenu avec beau
coup d'art & de finefle ; peut - être y en a t'il
un peu trop ; vous en jugerez mieux que
moi.
Poffeder les talens de celui dont on prend
la place , rendre à la Patrie les mêmes fervices
, fuivre fcrupuleufement fa méthode
ce font là les moyens de ne point dégenéser.
Exemples , comparaifons , tout ce qui
convient à un pareil Sujet , eft , artiſtement
mis en oeuvre. Je voudrois pouvoir vous ra
porter.cette premiere Partie toute entiere ,
mais je dois me fouvenir que c'eft une Lettre
que j'ai l'honneur de vous écrire , & qu'il
faut par confequent paffer fur bien des cho
fes. Je me contenterai donc de vous mettre
fous les yeux quelques Endroits qui pouront
vous donner une idée du Génie de l'Au
teur .
La comparaison du fubtil M. Mairan avec
l'ingénieux M. de Fontenelle me paroît très-
G iiij délicate.
1848 MERCURE DE FRANCE
délicate. Ainfi parle l'Orateur : Te hic teftem
appello , qui nuper in regiâ Scientiarum
Academia fuff&tus es ei viro qui munus fuap e
naturâ graviſſimum , quippe omnes rei litteraria
partes complexum in fefe, fic adimplevit,
ut munere quamvis immenfo major videretur ;
fic illuftravit , ut planè fit ambigendi locus
plusne munus ipfi , an ipfe muneri fplend ris
attulerit , &c. Actum quidem egregiè quòd ,
dum viri preftantiffimi loco fucceffifti , ne totum
non impleres tu folus ex imueris ; iimuifti
tamen , nimiùm fortaffis verecundè ac modeftè ,
&c. Je crois que vous trouverez cet endroit
marqué au bon coin . Je ne fçais au reſte , ſi
ne pourrois pas adreffer à peu près les mê
mes paroles au P. du Baudory. ( Te hic teftem
appello , qui nuper fuffectus es ei virɔ in quem
natura congefferat eam fermonis integritatem
elegantiam quam ipfi tantùm non invide
rent Tullianus nitor & Attica mundities , &c.
Altum quidem feliciter quòd , dùm viri praftantiffimi
loco fucceffifti , ne totum non impleres
tufolus extimueris .
Voici , Monfieur , le bel endroit où il met
fur la Scéne le Prince de Condé & M. de
Turenne. ( Scitis , Auditores , qualis quantufque
per univerfas regni civitates dolor exarferit
, cum geminum illud Heroum fydus
exemplar IURENNIUS CONDEUS , alter
in caftrenfi lumine , alter in umbrâ domefticâ
,
A O UST. 1741. 1849
ed , fato uterque diffimili , fed eodem uterque
fingultantis Patria defiderio fublati funt , geminoque
orbata fole fe aternis addictam tenebris
Gallia credidit , &c. Cette preuve eft
liće fi naturellement au fujet , qu'il eſt aifé
d'en faire l'aplication.
Enfin l'exemple de deux Miniftres qui ont
fuivi des routes fort opofées , fert de preuve
du danger qu'il y a à s'éloigner d'une pratique
autorisée. Voici ce que l'Orateur en
dit : Revocate vobis in memoriam , quot quantifque
laboribus colluctandum Mazarino fu:-
rit , ut Gallorum opinionem Richelio mancipatam
in fuam adminiftrandi rationem ab antecefforis
norma planè diffimilem traduceret . Perculerat
hic animos infcrutabili ingenii fui altitudine
aura popularis contemptor audax
fuffragia populorum non molliter eblandiendo ,
fedfuperbè defpiciendo extorferat potiùs quàm
obtinuerat , &c. buic rigido dominatuifucceffir
Mazarinus , & prom fereba: mitior indoles
acfuadebant temporum adjuncta , regni habenas
molliori tractavit manu . Quos alter obices
fortiter eluctando fuperaverat , hos alter declinavit
folerter eludendo , &c. Palmamque
nonquidempræripuit amulo,fed divifam cum illo
fibi vindicavit. Un autre auroit . peut-êêtre pû
mettre ce morceau en moins de paroles ,
mais il n'auroit pû y faire entrer plus de
beautés enforte que je me fens affés de for
GY
1850 MERCURE DE FRANCE
ce pour dire au P. du Baudory : Palmam non
quidem praripuifti amulo , fed divifam cum
illo tibi vindicabis. J'efpere que vous ferez de
mon fentiment .

SECONDE PARTIE.
Nous voici arrivés à la feconde partie
du Difcours. Celui qui prend la place
d'un homme illuftre , dit l'Orateur , a trois
grands obftacles à furmonter , le défaut d'expérience
, la critique , & le découragement
qui naît de l'un & de l'autre : il peint enſuite
la trifte fituation où fe trouve celui qui remplace
un homme illuftre . ( Vix prodit in publicum
, extemplo trutinam arripiunt , alterum
cum altero componunt fine pudore , librant fine
mifericordiâ , & fi huic ille praponderat , utpote
annis & opibus è longo collectis gravidior,
buncftatim adulterinum ac degenerem , minimèque
vendibilem conclamant , &c. Je partage
ici volontiers la peine de l'Auteur , & j'entre
dans les fentimens qu'il infpire. Il avoue
cependant que quelques - uns ont fanchi
cette barriere. Non diffiteor , inquit , primos
eloquentia Tulliana radios Hortenfium jampridem
in foro dominantem fic obſcuraſſe , vel
faltem decoloraffe , ut prima dicendi laurea è
fenili fronte in juvenile caput omnium Romanorum
fuffragio avolaret. Je ne doute pas
auffi que le P. du Baudory ne puiſſe ſouffrir
l'exA
O UST. 1741. 7851
l'exception qu'il reconnoît dans les autres :
je pourrois donc lui dire avec raifon : prima
dicendi laurea è fenili fronte in juvenile caput
omnium fuffragio avolabit.
Je ne dois pas oublier la maniere dont il
repréfente les divers talens de fon Prédéceffeur
dans tous les genres qu'embraffe la profeffion
qu'il a fi long tems exercée avec honneur
, Eloquence Sacré , Eloquence du Barreau
; Poëlie héroïque , Poëfie tendre & de
fentiment , Latine & Françoife , Tragédies ,
Comédies , &c. toujours avec une févérité
qui caractérifoit parfaitement la pieté de
l'Auteur. Effingite enim verò veftris animis
( nec magnus erit effingendi labor quod vidiftis
ipfi plerique teftes oculati. ) Effingite , inquam ,
vobis virum aliquem , cui fuos eloquentiafacra,
forenfis & academica , fuos mufa heroïca per
indè ac flebilis , latia pariter & gallica , fuos
Thalia fimul ac Melpomene fpiritus quafi cer
tatim afflaverint , qui five fuggeftum acades
micum confcenderet , fic ingeniofam Pliniifas
gacitatem cum nativo Tullii nitore conjunctam
exhiberet , ut ex utroque tertium efflorefceret
dicendi genus utrique fimile ac diffimile , neutri
erubefcendum , quippe quod utrumque meliori
fui parte redivivum exhiberet : five religionis.
fontes aperiret , fic lacrymas audientium lacrymis
provocaret fuis , ea fpargeret in Deum
beneficium amoris incendia , eos Dei vindicis
G vj ters
1852 MERCURE DE FRANCE
terrores ingeminaret , ut fcintillantem Oratoris
Academici fulgorem fimplex & nuda facri
Oratoris majeftas propemodum obumbraret ;
five forenfem eloquentiam è Themidis Atrio in
umbratilemfuadapalaftram traduceret, caufas
tam prudenter feligeret , tam folerter excuteret
, tam feliciter enodaret , non quidem ſuâ ,
fed alumnorum voce , ut victi pariter ac victores
plaufus referrent , toto confeffu judice , minimè
litigiofos ; five cothurnum indueret , am
bitiofam Cornelii´ majeftatem blandâ Racinii
teneritudine fic attemperaret , ut Jovis alitem
inter fulgura ludibundum , & tenerum , fed
caftum columbulum , &c. Je trouvé cet endroit
excellent.
Il me resteroit encore bien des chofes à
vous dire. Je m'arrêterai feulement à la
comparaifon qu'il fait de ceux qui remplacent
les grands hommes , à ces arbres plantés
au bas des montagnes ; voici comment
il s'exprime : Eos iftis arboribus infaufto fidere.
natis non intempeftivè contulerim , quafita ad
montium radices , quantumvis excrefcant , ipsâ
vallis profunditate , & iniquo montis obumbrantis
interpofitu , fic latent humiles , ut eas
nifi pede tangas , oculo non attingas , &fi quid
fibi inhæret vitii , id omne maledicentium procacitati
obvium offerant. L'aplication de cette
comparaifon peut avoir fes exceptions ,
& je croirois volontiers qu'elle ne fçauroit.
regarder notre . Orateur, Vous
AOUST. 1741. 1853
Vous feriez peut être bien aife , M. que
je vous dife quelque chofe de ce qu'on peut
apeller les complimens ; mais il me femble
que vous aurez plus de plaifir à les lire dans
le Difcours même : pour moi , je les trouve
parfaitement beaux , l'aplication en eft heureufe
, & je crois que l'Auteur a exécuté au
mieux ce qu'il défiroit. Vous pouvez voir
maintenant , M. que le P. Porée a laiffé dans
le coeur du P. du Baudory un amour trèstendre
& un refpect infini pour fa mémoire
. Je n'ai pas de peine àome perfuader
que vous penferez de même . Il me
refte à vous prier de me pardonner les fautes.
qui ont pû m'échaper , & de croire que je fuis
toujours , Monfieur , &c.
A Paris le 10. Août 1741 .
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
Royale de la Rochelle . Extrait d'une Lettre
écrite à M. D. L. R.
"Académie tint fon Affemblée publique le 26.
L'Avril dernier.M. Richard , Telurier de Fran
ce , Directeur , ouvrit la Séance par un Mémoire
fur l'ufage que les Anciens ont fait de leurs Vaisfeaux
pour le Commerce & pour la Guerre. Il commença
par les Egyptiens & les Phéniciens , qu'on
croit être les premiers Navigateurs , au moins pour
les voyages de long cours . L'invention ou la dé ..
couverte de l'Aftronomie par les Egyptiens en eft ,
dit-il une preuve.
>> La
1854 MERCURE DE FRANCE
La fuperftition que ces Peuples avoient d'embaumer
les morts avec tant de profufion & de
» dépenfe , a pû être le premier motifdu commerce
» qu'ils firent dans l'Arabie , dans l'Echyopie & dans
» l'Inde .... Sur quoi M. Richard remarqua que
les Portugais , qui fe tont honneur de la découverte
du Cap de Bonne Efperance , doivent tout au plus
être regardés comme la premiere Nation Européenne
qui l'ait retrouvé.
tira des Auteurs Sacrés & Profanes la preuve de
l'habileté des Phéniciens dans le Commerce. Les
Siéges des deux Tyr , par Nabucodonozor , par Alexandre
& par Démetrius , montrent la bravoure &
l'expérience, de ces mêmes Peuples dans la guerre.
L'Auteur paffa enfuite aux Grecs , dont les premiers
faits ne nous font connus que fous l'envelope
d'une Fable puerile. Le Siége de Troye donne oc
cafion de remarquer Pufage où l'on étoit alors de
mettre les Vaiffeaux à fec , & d'entourer les Flotes
de foffés & de retranchemens , & c .
En parlant des differences Républiques de la Grece,
il obferva la précaution qu'cut Lycurgue , d'interdire
à fes Citoyens l'ufage de la Marine , pour em
pêcher que le Commerce des Etrangers n'altérât la
pureté des murs & n'a foiblît la féverité des Loix
qu'il prétendoit établir à Lacédemone.
י
» Ce ne fut que du tems de Thémistocle , qu'Athènes
prévoyant ce qu'elle avoit à craindre de
la part des Perfes , tourna toutes les forces du
» côté de la Mer .... Ces deux Républiques acqui-
» rent dins la Marine une funefte expérience, pen
» dant les vingt - lept années que dura la guerre du
Péloponèle .... Cependant , au milieu de ces
horreurs , le Commerce & les Beaux Arts fleurirent
dans la Grece . Corinthe eut la gloire de
donner une nouvelle forme aux Galeres , d'en
» perfec-
30
n
AOUS T. 1741 . 1859
perfectionner la conftruction , d'inventer les poids:
& les mefures , & d'élever dans fon fein les plus
» excellens Artiftes en airain , dont elle fit un com-
» merce prodigieux ....
» Parmi les Grecs , les Rhodiens ne fe diftingué
» rent pas moins par leur valeur dans la défenfe de,
leur Ville , attaquée par Démetrius Poly orcete ,
" que par la fagcffe de leur Gouvernement , dans
» les Loix Navales , dont ils font les premiers Auteurs.
Loix refpectées par la Pofterité , & adop
tées par les deux Peuples qui fe font fait le plus
"grand nom dans l'Hiftoire par le Commerce Ma-
"ritime, & par la puiflance de leur Empire . On entend
aflés par -là les Carthaginois & les Romains .
L'Auteur raporta enfuite ce que les Hiſtoriens ont
dit fur le Commerce de Carthage en particulier ,.
fur le nombre de fes Etabliffemens le long de la
Côte d'Afrique , en Sicile , en Sardaigne , en Efpagne
, & c. Après ce détail , M. Richard parla de la
maniere dont le pafferent les premiers combats de
Mer entre les Carthaginois & les Romains , & des
inventions de guerre , qui procuierenſt à ceux- ci les
avantages qu'ils eurent fur leurs Rivaux , & c.
La conquête que fit Rome des Gaules & des ifles .
connues fous le nom de Caffitérides , fut auffi touchée
légerement par l'Auteur , qui en prit occafion
de faire quelques reflexions fur la place que les
Géographes anciens ont donnée à la Ville d'Arles
& à celle de Narbonne parmi les Ports de Mer.
D'où l'on peut ailément conclure les changemens
arrives fur les Côtes , par la retraite de cet Element ,
ou par l'aport des fables qui ont comblé l'embouchure
des Havres ou des Rivieres.
M. Richard parcourut , en finiffant , les differentes
Révolutions du Commerce des Romains , depuis
la conquête des Gaules jufqu'à la prife de Byzance
1856 MERCURE DE FRANCE
zance par l'Empereur Sévere . Cette Ville , devenue
comme l'etrepôt de toutes les richeffes de l'Orient,
fut enfin l'écueil fatal du courage , de la grandeur
& de la durée de l'Empire Romain . Amolli par le
Juxe , les Peuples du Nord l'inonderent fuceffivement
, & s'en rendirent les maîtres , & c.
M. de Chaffiron , Tréforier de France & Conſeiller
au Préfidial, prononça enſuite un Difcours fur le
Génie de l'Opera , confideré feulement comme Poëme
Dramatique. Vousen concevrez aisément tout
le deffein par ce morceau de l'Exorde.
Je n'embrafferai point , dit - il , ce qui regarde
la Mufique , la Danfe , la Décoration , les Machi-
" nes .... ce feroit vouloir faire un Traité , &c .
" Je me borne à ce qui convient plus particuliere-
»ment aux Exercices Académiques , à l'examen
" du goût & du génie du Poëme , des Sujets , des
" Caracteres , de l'Intrigue , de la Vrai-femblance ,
des Bienféances , &c . J'ai crû même ne devoir
» parcourir que légerement tous ces objets , & qu'il
» fuffifoit de les indiquer à des efprits auffi éclairés
que le vôtre. L'Auteur parle ainfi des Sujets.
23
20
Toute Fable deftinée à la compofition d'un
Opera , doit être fufceptible des fituations les plus
» brillantes , des Décorations les plus fuperbes ; fi
la guerre y paroît , ce ne doit être que pour y
étaler des triomphes ; la Paix ne s'y doit montrer
que fuivie de Fêtes & de Jeux , les paffions toutes
perfonnifiés , fout elles- mêmes au nombre des
" Acteurs. La jaloufie arme les furies de torches &
» de flambeaux ; le défelpoir y invoque les Ombres
» & fait fortir des Enfers les Habitans du Ténare ;
» tous les Peuples de la Terre s'y raffemblent , &
30 le Ciel toujours favorable aux voeux des Poëtes ,
offrebien-tôt une foule de Divinités , qui s'empreffent
de fa tager les plafirs des Mortels..
Le
A O UST. 8857 17418
La Mythologie a été la premiere fource dans la
quelle les Lyriques ont puifé , tantôt c'est Jupiter
qui fe dépouille de fa gloire pour venir rendre les
armes aux attraits de Niobé ; tantôt le brillant
Apollon , qui devenu Paſteur des Troupeaux d'Admete
, difpute le coeur de Coronis aux Bergers de
Theffalie , &c.
Les Romans ont fourni des Images auffi magnifiques
, aufli merveilleufes que toutes celles qu'on
a empruntées de la Mythologie , pour le prouver ,
M. de Chaffiron fait l'Analyfe des deux Amadis.
Son fentiment fur les fujets thés des tems héroïques,
de ces tems qui tiennent le milieu entre la
Fable & l'Hiftoire , fouffrira , fans doute , bien des
contradictions . Il veut qu'alors les préjugés reçûs
foient auffi refpectés que les vérités hiftoriques ;
» qu'Enée foit , dit - il , fi l'on veut un perfonage
qui doive à la Fable l'exiſtance de fes principales
» actions , il n'en devient pas moins ridicule dans
» l'Opera qui porte ce nom un infipide amoureux
a ne peut remplacer à nos yeux prévenus , ni le
pieux Protecteur des Dieux de Pergame , ni le
génereux Fondateur de l'Empire Romain.
29
» De-là , pourfuit - il , le faux toujours dominant
» dans les Héros de l'Opera , on leur a impoſé la
» fatale néceffité d'être perpétuellement amoureux;
» ils aiment à tout âge , ils aiment chés toutes les Na-
» tions , ils aiment dans tous les Evenemens de leur
» vie , heureux ou malheureux ; du moment qu'ils
» fe préfentent fur la Scene ils ne ſe reffouviennent
plus de leur antique bravoure. La gloire autrefois
donnoit le mouvement à toutes leurs actions;
» aujourd'hui ils ne montrent plus que les tranf-
>> ports d'une paffion effeminée ; on leur fait grace
» de toutes les autres qualités du coeur , pourvû
» qu'ils fçachent aimer ; qu'importe en effet qu'ils
» méritent
S58 MERCURE DE FRANCE
» méritent notre eftime , s'ils réüffiffent à plaire ?
» la valeur de Roland balance- t'elle un moment
les charmes de Médor dans le coeur d'Angélique ?
Les Lyr ques amfi affujettis à des Caracteres fis
faux fi outrés , fi mépritables , fe voyent par- à
même for s de pécher contre toute espece de vrais
femblance , & de facrifier l'auftere bienléance ou à
l'éclat du merveilleux ou à la néceffité d'un divertiffement
L'Auteur cita quelques exemples de ces
deux défauts , pris dans un Poème célebre , & continua
en ces termes .
au moins
Si l'imagination de nos Lyriques b'effe ainfi les
» bienféinces , avec le vrai le noiavie
➜ en fom nes -nous en quelque forte dédommagés .
» par la varieté du Spectacle ; les yeux font amufés.
» & l'oreille Alitée , mais qui peut nous fauver Pennui
que nous donne l'uniformité accablante de
l'intrigue , fous differens noms , ne font ce pas
toujours les mêmes Perfonages ? Un Héros
» amoureux , plus louvent par néceffité que par
» goût . Une Héroïne toujours tendre par inclina-
» tion , & coquette par habitude , & pour former
» le contraſte , un Prince fidole , qui dévore des
mépris , & une Aminte outragée , qui foupire fa
"
>> rage.
35%
M. de Chaffiron vint enfuite à l'examen de l'oeconomie
particuliere du Poëme . Il en parla ainfi ,
» La préference que l'Opera s'eft obligé de donner
aux yeux fur la raiſon , lui a fait établir des principes
directement opofés à ceux qui conftituënt
le vrai Dramatique. L'unité de Lieu qui forme
une maxime fon lamentale pour la Tragédie, de-
» vient un défaut réel pour l'Opera . Il eft de l'effence
de la beauté , de la régularité même de
" Poëme chantant , que le Lieu de la Scéne foir
different dans tous les Actes ; en vain le bon fens
>> en
A OUST. 1859 17412
» en murmure , les yeux y gagnent , & les Lyriques
= » n'ont jamais balancé entre le folide & le brillant ;
» au Palais enchanté d'Armide , ils font fucceder
des Deferts affreux`; ils remplacent le Mont Etna
vomiffant des flâmes , par les Bofquets fleuris de
» P'Elitée, ils joignent fans effort la Grece à l'Ethyo-
" pie , la Perfe à l'Egypte ; il n'eft point d'éloigne
» ment , de contrarieté , d'impoffibilité même , qui
» ne cedent à leur imagination vive & fertile ;
ils
peuvent , à leur gré , faire voyager les Pays , raffembler
les Peuples les plus éloignés , & les pré-
» fenter dans le même moment aux yeux étonnés
des Spectateurs.
Ne penfez pourtant pas , M que l'Auteur foit
toujours de mauvaiſe humeur contre l'Opera ;
voy z de quelle façon il décrit les agrémens de ce
Spectacle enchanteur , refpectivement aux differens
goûts .
cc
ל כ
99
» L'Opera , dit-il , forme un Spectacle univerfel,
» & où chacun trouve à s'amufer dans le genre qui
fui convient davantage , les Décorations occupent
également les Admirateurs ou les jaloux d'un Ser-
» vandoni , le Machinifte , quoique voifin du Géo-
» métre , laiffe dérider fon front févere à la vûë
d'un vol rapide dont il a médité le Méchanifme &
deviné les refforts. Les Amateurs de la Danſe ,
n'ofent
uniquement attentifs aux divertiffemens ,
Vor que nos Ballets nouveaux manquent
rieté , des pieds mûs en cadence , ont pour eux des
attraits toujours victorieux . Jugez de l'excès de
» leurs tranfports , lorfque l'inimitable Barbarini
leur préfente , avec la légereté de Terpficore , les
graces de la Déeffe de la Beauté . Enfin , le plus
grand nombre des . Spectateurs s'attache principa
» lement à la Mufique ; là tous les Caractéres ont
→ de quoi fe contenter ; les jeunes gens , toujours
>>
39
29
"
dè vafrivoles,
1860 MERCURE DE FRANCE
frivoles, font fatisfaits d'une Ariete , qu'ils apren
nent rapidement , & qu'ils chantent d'après l'Ac-
» teur ; les ames martiales fe réveillent au bruit d'u--
ne Symphonie guerriere , qui leur offre une
bruyante imitation des Inftrumens Militaires ; &
» cette portion des Spectateurs , dont le coeur eft
» toujours préparé aux impreffions de la rendrefle
" n'y trouvent que trop de quoi le paffionner &
entretenir le feu dangereux qui les confume .

Le croiriez-vous , M. malgré la délicate Apologie
de la Morale de l'Opera par un Auteur qui s
également du goût & de l'efprit , M. de Chaffiron
eft aflés téméraire pour improuver ſon ſentiment
& pour dire :
Seroit-il donc impoffible , Mrs , que nous en
vinffions enfin juſqu'à vouloir être raiſonnables? Et
» n'eft-il point d'autre paffion que l'Amour qui foit
» en droit de réüffir fur le Théatre Lyrique Jephté
eftune preuve bien éclatante du contraire . Des
» yeux accoûtumés aux Prodiges des Dieux , aux
» Enchantemens , aux preftiges des Romans , ont
vûfans dégoût des Perfonnages faints chanter fur
» la Scéne , & c.
Ce
30 N'aprouvons pas néanmoins qu'on introduife
≫ fur un Théatre profane les Myfteres facrés de notre
croyance & les objets refpectables de notre
culte , la pompe toute voluptueufe de l'Opera
a s'allie mal avec l'aufterité de la Religion ; la rai-
» fon même fouffre infiniment de voir imiter l'en-
≫thouſiaſme divin d'un Prophete , ou les chaftes
tranfports d'une Vierge , par des bouches accoû
» tumées à célebrer les louanges des Divinités de
Cythere .
"

L'Auteur voudroit donc que les Poëtes d'Opera
tournaffent plutôt leurs talens du côté de l'Hiſtoire
; » S'ils ont trouvé , dit - il, l'art de nous plaire &
» de
A O UST. 1741. 1861
80
de nous attacher dans l'imitation des chofes fain-
» tes , apréhenderoient ils de ne pas réuffir en trai .
tant des Sujets où leur imagination pourroit fe
jouer avec une entiere liberté ? En effet , la Fable
les affervit à une paffion unique , l'Hiftoire , au
contraire les offre toutes à leur Pinceau avec les
moeurs de tous les âges , les revolutions de tous
les fiecles , les ufages de toutes les Nations . Quelle
» varieté & quelle abondance d'Evenemens & d'ac-
» tions également propres à faire briller le génie des
» Poëtes & à exciter l'admiration des Spectateurs !
Que dites-vous , M. des idées de M. de Chaſſiron
, n'y trouvez - vous pas du vrai ? Mais ce vrai- là
fera- t'il affés fort pour luter contre le préjugé ? Ah !
M. que la raifon eft foible quand elle n'eſt pas à la
mode ! Cette mode imperieuſe veut qu'on aille aujourd'hui
à la Comédie pour pleurer; du tems de Moliere
on y alloit pour rire ; un ... génie hardi entraîne.
les fuffrages & fait changer le goût ; or comme il
y a moins de diftance entre le merveilleux Romanefque
, qui regne fur le Théatre de l'Opera & le
merveilleux hiftorique qu'on peut y introduire ,
qu'entre les pleurs & les ris , permettez- moi d'efperer
que quelque jour un Auteur fameux nous fe-
- ra préferer le raiſonnable à l'abfurde . Nous allons
fans peine de l'un à l'autre , c'eft l'apanage de l'humanité.
L'Auteur finit en obfervant qu'il n'eft point de.
Spectacle plus en priſe à la Critique que l'Opera ,
parce que tous les Arts concourent à le former , &
que chacun des Spectateurs fe croit en état de juger
au moins de certaines parties . D'ailleurs , dit- il , il
faut bien des connoiffances acquifes , & beaucoup
de jufteffe d'efprit pour ofer louer ; mille voix s'éevent
fur le champ , qui vous demandent raiſon de
vos Eloges , il faut répondre au Sçavant qui eft jaloux
1862 MERCURE DE FRANCE
loux , & à l'ignorant qui eft malin, & combien per
de perfonnes ont affés de force ou affés de lumieres
pour faire fentir les juſtes raiſons du jugement
favorable qu'ils portent ! &c .
Celui qui critique trouve fes Auditeurs bien pas
à fon avantage , il peut compter au moins fur les
trois quarts des fuffrages du cercle qui l'écoute ;
amour propre , ignorance , rivalité , malice , tout
Le réunit en faveur du Cenfeur , & c.
Après que M. de Chaffiron eut fini , M. Vaflin ,
Avocat, lût un Difcours auquel il donna pour titre,
Pourquoi la Satyre plaît plus que l'Eloge.
Les louanges, dit- il , font honneur à ceux qui les
» méritent & à ceux qui les donnent avec difcerne-
>> ment; elles annoncent des qualités eſtimables , des
vertus , dans ceux qui en font l'objet, & l'amour de
» ces mêmes vertus dans ceux qui les publient.La Sa-
» tyre, bien differente, deshonore tout à la fois celui
qui en eft la victime , & celui qui en lance les traits.
» Elle annonce des défauts , quelquefois même des
vices , dans celui qu'elle attaque , & une mali❤
>> gnité inexcufable dans celui qui les révele.
20
се
D'où vient donc l'odieux privilege qu'elle a de
» plaire' , & le dégoût que caufe ordinairement l'E
loge M. Vaflin avoua que ce défaut prend fa
fource dans la corruption du coeur humain ; qu'on
fe plaît naturellement à voir tourner les autres en
ridicule , & qu'on ne voit qu'à regret couronner le
mérite , comme fi l'élevation ou l'abaiffement d'au
trui faifoit notre honte ou notre gloire.
» Cependant , continua- t'il , quoique tous les
» hommes ne foient pas vicieux , la difference des
» mouvemens qu'excitent la Satyre & la lounge ,
« eft prefque la même , & fe fait remarquer jufe
» dans l'homme judicieux , modeste , vertueux me
" me .....
Il
AOUST, 1741. 1863
"A
Il attribua cet oubli des Loix de l'Equité , cette
préference bizare & injufte , à l'amour propie, à l'abus
des louanges , à la facilité de réuffir dans la Satyre
, opofée à la difficulté de réüffir dans l'Eloge .
Quelques traits fur chacun de ces points , vont faire
juger de la nature des preuves.

Ceffons de nous flater & de nous féduire , cesfons
d'écouter cet impofteur l'amour propre )
qui nous dépeignant fans ceffe à nous- mêmes dif-
» ferens de ce que nous fommes , nous tourne au
gré de fes defirs , en nous enyvrant d'un fol orgueil.
Fermons l'oreille à fes fla eries ; tenons-
→ nous en garde contre les foupleffes , fes transfor-
» mations , ſes raffinemens Libres alors de ces illu-
20
fions dangereufes , .qui , en nous aveuglant
» fur nos défauts , nous dérobent en même tems la
> connoiffance du mérite des autres ; de cette fenfi
bilité exceffive , qui arme notre jaloufie contre les
» talens reconnus ; de cette fauffe délicateffe enfin,
qui fe refuſe à toute comparaifon pénible à notre
vanité , nous reconnoîtrons la fource impure de
»ce dégoût géneral pour la loüange , & des charmes
attachés à la Satyre .
De ce principe fecret , dont l'Auteur dévelopa
enfuite les opérations , naît l'indifference pour les
qualités & les vertus communes , louées avec discrétion
; le mépris pour ce qui eft trop aprecié , &
l'incrédulité pour les vertus brillantes & extraordinaires.
"
La même prévention , qui fait rejetter les grandes
louanges comme fufpectes, håre les fuccès de la
Satyre. Celle- ci n'a pas befoin de fecours étranger
pour perfuader.
33 Que le mérite foit tel que l'amour propre te
plus opiniâtre ne puiffe le méconnoître , l'éloge
qu'on en fera ne fera plus agréable .... De- là
» l'impatience
864 MERCURE DE FRANCE

,, l'impatience de l'Homme de guerre , lorſqu'il entend
publier les actions d'un Capitaine , qu'il croit
égaler .... De. là le férieux de l'Orateur , lorf
qu'on fait honneur aux talens & à l'éloquence de,
fon Rival .... De- là enfin ces chicannes fur le
degré de mérite .... En vain a - t'on recours
dans ces occafions , aux ménagemens les plus étu-
. diés ; en vain commence- t'on par aplaudir en gé
neral aux belles qualités du Sujet ; on ne fçait que
trop en diminuer le prix dans le détail. L'amour
» de la vérité fert de prétexte pour entrer en difcuffion,
tandis qu'on laiffe tout faire à la jaloufie...
Des illufions de l'amour propre , M. Vaflin paſſa
l'abus des louanges . Il remarqua que , dans tous
les tems , il y a eu de faux éloges , où l'on en eft
venu jufqu'à encenfer les crimes des Tyrans
& où l'Art , foûtenant ces éloges impofteurs , a fçû,
par de coupables efforts , prêter aux plus dangereu-
Les paffions les couleurs de la Vertu .
A la vérité , ajoûta- t'il , de tels éloges , indi-
» gnes productions d'une crainte fervile , ou réfervés
à ces ames lâches , à ces infâmes Miniftres
des paffions de leurs Maîtres , font peu propres à
furprendre la crédulité. Profcrits dès leur naisfance
, l'indignation publique les condamne à
» l'oubli. Je me trompe ; le fouvenir s'en conferve
auffi long-tems que l'horreur de ces Monftres , nés
» pour le malheur du Genre humain , & le même
» pinceau , qui fait paffer à la Pofterité les excès de
» ces heureux fcélerats , lui fait découvrir avec
» étonnement des Complices plus coupables encore
» dans leurs odieux Panégyriftes.
Ces exemples ne doivent pas prévenir contre les
Panégyriques en géneral. L'Auteur reconnut , avec
complaifance , que la France , en particulier , tou-
Jours féconde en Héros , en Grands-Hommes, fournit
AOUST. 1741.
1865
nit la matiere des Eloges les plus magnifiques ....
Mais , dans l'ufage ordinaire , peut - on bien dire
que la louange foit cette noble récompenfe réservée
à la Vertu?
La flaterie eft une preuve qu'on le propoſe autre
chofe que d'honorer la Vertu . Après avoir marqué
combien elle domine dans les Eloges , combien eile
réuffit auprès des Grands , malgré l'intérêt qu'ils
auroient à profcrire les louanges aprêtées ; details
dans lesquels je ne puis entrer ici ; l'Auteur termine
en ces termes cette feconde Partie .
33
Ce n'eft pas feulement dans les Actions publi
» ques .... qu'on uſe de diffimulation & de flate-
» rie . Toute louange trop étendue en eſt ſuſpecte...
» Mais ne pourroit - on pas foupçonner quelques Panégyriftes
de malignité , dans ces occafions ? Il en
» coûte affés à l'amour propre pour avouer un mé-
» rite qui le gêne. Ainfi dès qu'on exagere , c'eft
» peut-être moins l'effet d'une prévention favora-
» ble , que de l'artifice . Celui qui ne loue qu'à re-
» gret s'en dédommage en loüant fans modération,
parce qu'il fçait bien qu'il ne fera pas crû .
Ce que les louanges perdent par l'abus qu'on en
fait , elles ne peuvent le regagner du côté de l'Art ;
car c'eft précisément en cela que confifte l'avanta
ge de la Satyre fur l'Eloge .
"
» Sur le pied que font les louanges , pour loüer
noblement , & avec fuccès , il faudroit joindre à
de rares talens une certaine meſure d'admiration .
» Et comment admirer , lorfque le mérite n'eft que
» médiocre On eft réduit alors à tout emprunter
de l'imagination . Ainfi , ou l'on ne fait que
efforts languiffans , ou l'on fe guinde. Le plus
heureux ou le plus adroit le fauve par d'ingénieufes
fictions .... Et c'eft de quoi rebuter des Au
diteurs fincéres & délicats ..
H
des
1866 MERCURE DE FRANCE
Si le Sujet mérite des louanges extraordinaires,
l'admiration alors peut devenir trop vive . Et le .
propre de l'admiration eft de jetter dans une efpece
d'enchantement , qui ôte , avec le fentiment,
»le feu néceffaire pour le choix des tours & desi
expreffions . ...
ور
ور
S'agit-il , au contraire , de médire ? L'esprit eft
» parfaitement libre , & le coeur eft armé. Il fuffit ›
de fe livrer à l'indignation qu'excite la vûë des
vices qu'on fe propofe d'attaquer. Tout foulage
alors le penchant du coeur . Le plaifir qu'on trou
» ve à abaiſſer un autre , ce que l'on croit y gagner;
» tout cela concourt à four nir les expreffions. Epi-
» thetes animées & énergiques ; traits hardis &
b pleins de feu ; fel piquant & délicat ; tout enfin
fe préfente comme de foi - même, & l'arrangement
» ne coûte prefque rien ; le coeur eft de la partie
c'eft affés....
» Dans l'Eloge , il y a à vaincre tous les mou-
» vemens qui entraînent à la critique, Il est peu
» d'hommes , dont les vertus ne foient balancées
par des défauts confidérables. Le contrafte revient
, malgré les foins qu'on aporte à l'écarter .
Ainfi l'efprit n'eft jamais tout entier à la loüange.
Obligé de divifer les forces , il faut qu'il en réferve
une partie pour réprimer les faillies du coeur,
» qui la défavoüe .....
"
30
Qu'il s'agifle enfin de l'éloge d'un Ouvrage ,
» il faut en faire remarquer les beautés .... Entrer
» dans une pénible & dangereufe difcuffion ....
» Pour peu que l'on s'écarte , on fçait qu'on fera
» relevé fans ménagement, kien de plus capable
» de rallentir le zele .... Une autre refléxion , &
l'Eloge difparoît ; la Cenfure en prend la place ....
On a plutôt fait d'un trait de Satyre .... Pour
l'apuyer , il ne faut que relever une penfée foi-"
"
גכ
ble,
AOUST. 1741 1867
"
ble , un mot déplacé ; on eft comme affûré du
fuccès ...
» Mais ce qui , décide en faveur de la Satyre ,
c'eft qu'il faut bien moins d'efprit pour en pénetrer
la malignité , que pour fentir la délicateffe
>> d'une louange . L'émotion qui s'empare du coeur,
toujours flaté par la Critique , porte auffi- tôt la
lumiere à l'efprit, . . . .
La Séance fut terminée par la lecture que fit M.
l'Abbé Bonvallet , d'une Ode de M. de Bologne
Académicien Affocié , intitulée , La Religion Chrétienne.
La pieté & le génie poëtique de l'Auteur n'y
éclattent pas moins que dans celles de ces Odes que
vous avez ci - devant inferées dans le Mercure. Je la
tranfcrirois volontiers ici toute ; mais elle est un
peu longue , & ma lettre peut- être l'eft déja trop .
D'ailleurs , vous aurez bien - tôt le plaifir de la voir
en entier dans le Recueil que M. de Bologne va inceffamment
donner au Public de toutes fes Odes facrées
.Il a compofé celle-ci à l'occafion d'une Epitre.
en Vers de M. **** , où les plus faints Mysteres de
la Religion étcient attaqués. Le Poëte Chrétien
commence ainſi :
Où fuis-je ! ... Quels honteux délires !
Quel vain tiffu d'abfurdités !
Les Juliens & les Porphyres
Ont moins vomi d'impietés .
Eft-ce un fou , qui briſe ſes chaînes
Un Malade , au milieu des peines
Dont l'agite un fonge impofteur ? .8
Ou la voix de l'Ange rebelle ,
Qu'anime une rage éternelle
A blafphemer fon Créateur ?
Hij
Non
1868 MERCURE DE FRANCE
Non. A la honte de notre âge ,
Pieufe FRANCE , dans ton fein ,
De fang froid , d'un pareil Ouvrage
Un Chrétien conçoit le deflein ! ...
Que tardes- tu ? prends ta victime ,
Dieu jufte ; à l'horreur de fon crime
Egale l'horreur de fon fort ...
Ou plutôt , lumiere ineffable ,
Daigne éclairer un miférable ,
Affis à l'ombre de la Mort .
TRINITE' fimple , Effence unique ,
Dieu que j'adore , inſpire moi ;
J'ofe ici contre un Frenetique
Défendre ton Culte & ta Foi ...
Quel Défenfeur pour ta querelle ! .. ,
Seconde , en faveur de mon zele ,
Le feu dont mes fens font faifis.
Ton pouvoir , fuprême Sageffe
Brilla toujours par la foibleſſe
Des inftrumens que tu choifis,
ESPRIT SAINT , tu m'es favorable
De tes confeils mystérieux
L'oeconomie impenetrable
A ce moment s'offre à mes yeux.
Ce que ta Majefté terrible
Dans un abîme inacceffible
14 Nous
AOUST. 1869 1741 .
Nous cache par trop de fplendeur
Nous en avons l'intelligence ,
Quand nous fçavons dans le filence
En adorer la profondeur.
Il entre enfuite en matiere. Il parle de la grandeur
& de la fainteté de la Religion Chrétienne ; de
la fublimité de fes Dogmes , & de la pureté de fa
Morale. Il décrit les principaux attributs de l'Etre
fuprême. Il paffe, à la Création de l'Univers de là
à la formation du premier Homme ; au mauvais
ufage qu'il fit de fa liberté , à fa chute enfin , & aux
malheurs où le plongea fa défobéiffance. Il parle
ainfi à Adam prévaricateur :
Ta chute étoit irréparable ;
Ton repentir eût été vain ,
Si ce Dieu tendre & fecourable
N'eût daigné te prêter la main.
Pour te fouftraire à l'Anathême ,
Ton Créateur s'offre lui-même.
A fubir l'Arrêt prononcé.
Un même Dieu , d'un même crime
Eft le Vengeur & la Victime ,
L'Expiateur & l'Offenſé.
Après avoir parlé de la venue du Meffie , prédit
par tant d'Oracles , le Poëte parcourt les divers argumens
par où nous démontrons aux Juifs , aux
Payens, & aux Impies, la Divinité de JESUS CHRIST
& de fa Religion ; les Miracles du Fils de Dien , fa
Réfurrection , le courage invincible de fes Apôtres ,
la converfion des Philofophes & des Empereurs ,
Hij l'intié1870
MERCURE DE FRANCE
l'intrépidité des Martyrs. Il finit par le grand prodige
du changement de tout l'Univers devenu
Chrétien ; fur quoi il dit :
Tout l'Univers femble renaître ;
A ce trait peut on méconnoître
La même main qui l'a formé ?
M. de Bologne termine ainfi fon Ode :
Vérités imples , lumineules ,
La plus aveugle impieté
De vos clartés victorieufes
'Sent malgré foi l'autorité.
En vain , par d'abfurdes maximes
Dans nos erreurs & dans nos crimes
Nous travaillons à nous calmer ;
CHRIST adorable , Dieu fuprême
Nous te croyons au moment même
Que nous ofons te blafphemer.
J'ai l'honneur d'être , &c..
L'Académie Royale des Sciences & Beaux - Arts ,
établie à Pau , propofe pour le Sujet du Prix qui
fera diftribué le premier Fevrier 1742. Le Luxe
géneralement répandu , eft plus utile que préjudiciable
un Etat.
Les Difcours ne pourront exceder une demie
heure de lecture ; ils feront adreffés à M. Duhau ,
Sécretaire de l'Académie . On n'en recevra aucun
après le mois de Novembre 1741. & s'ils ne font
affranchis de port.
Chaque Auteur mettra à la fin de fon Ouvrage
ЧАС
A OUST. 1741: 1871
ane Sentence & la repetera au - deffus d'un Billet
cacheté , dans lequel il aura écrit fon nom . Ceux
qui travailleront , auront foin d'éviter les larcins
les Auteurs plagiaires feront exclus du Prix .
ESTAMPES NOUVELLES.
ACTEON métamorpofé en Cerf , Eftampe nouvelle
d'environ 14. pouces de hauteur , fur 10. de
largeur , gravée par M. Sornique d'après le Ta
bleau de M. L. Boulogne , pour fervir de Pendant
au Repos de Diane, de la même grandeur , d'après
un Tableau de M. Jaura ; l'une & l'autre Eftampe
fe vendent chés le Sr Charpentier , rue S. Jacques ,
au Coq.
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continue de paroître
chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes , ruë d'Anjou;
il vient de mettre en vente ceux de ,
LOUIS IV. DIT D'OUTREMER , XXXII . Roy
de France , mort à Rheims le 15. Octore 954. après
18. ans , trois mois de Regne , deffiné par A. Boizot
, & gravé par Et. Feffard.
MARIE STUARD , Reine d'Ecoffe , née le 8. Decembre
1542. décapitée le 1. Février 1587. peinte
par A. P. & gravée par T. de Leu.
HENRI DE LORAINE , DUC DE GUISE , dit le
Balafré , né le 31. Decembre 1550 tué à Blois le
23. Decembre 1588. deffiné par Dumoutier , & grapar
C. Dupuis.

On trouve auffi chés le même Odieuvre , deux
belles Eftampes en hauteur ,, gravées par Et.Feffard,
d'après deux excellens Tableaux de M. Boucher.
Ces Eftampes portent pour titre : L'Amour Ven-
Hiiij dangeur
1872 MERCURE DE FRANCE
dangeur , & l'Amour Nâgeur. On lit ces Vers an
bas de l'Eftampe de l'Amour Vendangeur.
Bacchus eft fervi par l'Amour ;
L'Amour obtiendra fon falaire ;
Il verra bien- tôt dans Cythere
Bacchus le fervir à fon tour.
On lit ceux-ci au bas de celle de l'Amour Någeur.
L'Amour dans un Ruiffeau fçut à peine någer ,
Que fur un Fleuve il voulut voyager ;
Bien-tôt il fut en Mer , & fe livrant à l'Onde ,
Ce Dieu porta fes feux jufques au bout du Monde.
Comme le Public a parû fouhaiter de fçavoir où
pouvoient être les Miniatures originales de feu
Charles Guftavé Klingstedt , Peintre renommé en
ce genre , le Sr de la Vieville , fon gendre & fon
feul héritier , avertit qu'il a en fa poffeffion tous les
plus précieux Morceaux , dont il le défera , en tout
ou en partie , à un prix raiſonnable . On trouvera
chés lui toutes fortes de Sujets propres à Tabatieres
, rondes , ovales, & quarrées ; il a auffi plufieurs
Portraits en Braffelets & en Bagues . Il demeure ruë
S. Jofeph , près la rue du Gros - Chenet , Quartier
Montmartre ; on le trouvera chés lui le matin , depuis
neuf heures juſqu'à onze .
CHANSON.
R Eviens , cher objet que j'adore ,
Preffe ton aimable retour ;
Sags
4
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YORK
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ABTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
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SHOX
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GUNDATIONE
.
A O UST. 1741. 1873
Sans toi j'ai déja vû l'Aurore
Annoncer quatre fois le jour ;
Vole Amour , vole fur fes traces
Ramene en ces lieux mon Amant ,
Joins , s'il fe peut, à tant de graces
Un coeur tendre & conſtant.
GAVOTTE BACCHIQUE
NE cherchons qu'à rire & boire ,
Ne fongeons qu'à remplir nos défirs ;
Füyens les foupirs ;
Quel abus de croire
Qu'on peut être heureux ,
Sans contenter fes voeux !
*
Aimez , s'il vous prend envie ,
C'est un doux & cher amuſement )
Devenir Amant
Ce n'est pas folie ,
Mais fouffrir toujours,
C'eft perdre fes beaux jours.
*
Bacchus a droit de nous plaire ;
Ses plaifirs font de toute faifon ;
Sa douce boiffon
Sçait nous fatisfaire ,
Et plus on en prend ,
Plus le coeur eft content.
HY SPEC
1874 MERCURE DE FRANCE
******************米*米
SPECTACLES.
Ndesavous premiediede
Ous avons donné dans le premier Vol.
Mélanide, jouée fur le Théatre François le 12 .
Mai dernier , en attendant que l'impreffion
nous mît en état d'en rendre compte plus au
ong. Cette Piéce qui vient d'être impriméc
hés Prault fils , Quai de Conty , nous enage
à fatisfaire là - deffus nos Lecteurs.
Notre Extrait pafferoit les bornes ordinaires
, fi nous l'ornions de tous les détails
qui peuvent mériter attention . Pour éviter
cet inconvénient , nous nous bornons au
choix de ceux qui nous ont parû les plus frapans
voici une leçon de Mélanide , l'Héroïne
de la Piéce , à fon fils d'Arviane , qui
ne fe croit que le neveu de cette fage Mere :
lle lui dit , au fujet de fa fituation , que
l'abfence , qu'on lui prefcrit , lui fait paroître
affreufe :
Il ne tien roit qu'à vous qu'elle fût plus heureufe ;
Mais , par un contre- tems qu'on éprouve toujours ,
La prudence ne vient qu'à la fin des beaux jours.
L'Amour qui peut vous faire un tort fi manifefte
N'eft pas le feul écueil qui vous fera funefte
Vous en rencontrerez bien d'autres en tous lieux ;
Vous avez dans l'efprit un feu féditieux ,
Qui
A O UST. 1875
1741 .
Qui prend de plus en plus fur votre caractere ;
Le plus léger obftacle aufſi- tôt vous altere :
Vous ne fuportez rien . N'aprendrez - vous jamais
L'art de diffimuler , ou de fouffrir en paix
Les contrarietés dont la vie eſt ſemée ?
La moindre dans votre ame , aifément enflamée ;
Vous donne du dépit , du dégoût , de l'humeur.
Quand on veut dans le monde avoir quelque bonheur
,
Il faut légerement gliffer fur bien des choſes ;
On y trouve bien plus d'épines que de roſes ;
Aux contradictions , il faut s'accoûtumer ,
Ou , loin de tout commerce aller fe renfermer.
Il n'en faudroit pas davantage pour prouver
qu'il y a des moeurs dans la Comédie de
Mélanide ; nous croyons cependant qu'on
en verra avec plaifir cette feconde preuve :
nous la tirons du troifiéme Acte ; voici ce
qui y donne lieu.
Théodon , ami du Marquis d'Orvigny
lui aprend qu'il ne faut plus penfer à l'Hymen
qu'ils avoient projetté enfemble , attendu
que Mélanide , fa premiere femme ,
qu'il croyoit morte , eft vivante & réclame
fes droits. Le Marquis eft frapé d'une nouvelle
qui l'eût comblé de plaifir avant fes
dernieres amours ; il ne peut renoncer à
l'Hymen de Rofalie , qu'il ne lui en coûte ,
H vj
dit-il ,
1876 MERCURE DE FRANCE
dit- il , tout le bonheur de fa vie. Il ajoûte
que l'excès de fon amour rendra du moine
fon infidelité plus excufable . Théodon lui
répond en ami véritablement vertueux :
Ah ! Ciel ! cette reffource indigne & méprifable
N'eft pas faite pour vous . Malheur à qui s'en fert !
Hélas ! prefque toujours c'eft elle qui nous perd.
Sans faire un feul effort , vous vous laiſſez abbattre!
De peur de triompher ,vous craignez de combattre !
Le Marquis lui dit qu'il lui eft aifé de lui
donner d'utiles confeils , n'ayant ni fon coeur,
ni le trait qui le bleffe. Voici la réponſe du
fage Théodon :
Non : mais j'ai , comme ami , votre gloire à fauver ;
C'eſt un bien affés cher , pour vous le conſerver ;
Etouffez un amour qui n'eft plus légitime ;
Le penchant doit finir où commence le crime , & c.
Le mot m'eft échapé ;
Je ne m'en dédis point , quoiqu'il vous ait frapé.
Je vois quelles raiſons votre amour vous prépare;
Vous allez m'alleguer qu'un Arrêt vous sépare.
Pouvez - vous à préfent revendiquer des loix ,
Que vous ne trouviez pas fi juftes autrefois}
Soyez vrai. J'interroge ici votre droiture ;
Vous êtes- vous crû libre après cette rupture ?
Pourquoi donc Mélanide a- t'elle fi long-tems
Nourri
AOUST. 17413 1877
Nourri dans votre fein les feux les plus conftans a
Vous n'aurez donc été fidele qu'à fon ombre ?
Quoi ! fi tôt qu'elle fort de la nuit la plus ſombre,
Vous objectez l'Arrêt qui vous a féparés ?
Ce n'eft plus lui , c'eſt vous qui la deshonorez.
Quel prix réferviez - vous à l'amour le plus tendre
Quelle horreur fur vos jours eft prête à fe répandret
Vous n'aurez donc été qu'un lâche ſuborneur !
Quoique de fi juftes reproches ne produifent
pas d'abord l'effet que Théodon s'en eft
promis , ils ne laiffent pas de porter dans le
coeur du Marquis des remords qui font ef
perer un plus heureux fuccès de fes leçons ,
au fage ami qui vient de les donner.
En voilà plus qu'il n'en faut pour prouver
qu'il y a des moeurs dans cette Piéce ; ce qui
nous refte à inferer dans cet Extrait , ne regardera
que le pathétique qui a fi fort contribué
au fuccès de cet excellent Poëme.
Entre toutes les Scénes qui ont tiré des larmes
, nous choifirons celle de la reconnoiffance
dans le quatriéme Acte, & nous ne
croyons pouvoir en mieux faire fentir le
pathétique , qu'en la mettant en Dialogue .
Elle eft entre Mélanide & Darviane. Une
infulte que Darviane vient de faire à fon
Pere , fans le reconnoître pour tel , y donne
lieu. La voiei , avec quelques retranchemens
que nous avons jugé néceffaires , pour ne
pas trop groffir cet Extrait. Mi
1878 MERCURE DE FRANCE
Mélanide.
Qu'avez- vous fait vous n'avez qu'à poursuivre ,
Et bien-tôt avec vous on ne pourra plus vivre , & c.
Envers votre Rival foyez plus circonſpect ,
Et ne fortez jamais du plus profond reſpect
Que vous devez avoir pour lui ; je vous l'ordonne .
Darviane.
1
Et par quelle raiſon.... mais votre ordre m'étonne.
Qui moi le refpecter ! ah ! retranchez ce point, & c.
Mélanide.
Je vous ai toujours dit que jamais l'Hymenée
N'uniroit Rofalie à votre dſtinée .
Darviane.
Quel obftacle s'opoſe à des liens fi doux à
Votre état .
Mélanide.
Darviane.
Mon état , dites- vous ? j'en fais gloire.
Je fers avec honneur , du moins j'ofe le croire, &c.
Seroit-ce ma fortune elle eft aflés bornée ,
J'en conviens avec vous , mais quoi donc l'Hymenée
N'a-t'il jamais été l'ouvrage de l'amour ?
Serois-je le premier ? -on en voit chaque jour....
Mélanide.
Mais ils font affortis du moins par la naiffance.
Darviane.
De la mienne , il eft vrai , j'ai peu de connoiffance;
Yous
A O UST. 1741
1879
Vous avez évité de m'en entretenir ,
Depuis que le hazard a pů nous réunir ;
Mais je vous apartiens ; ce titre me raffûre ;
Oui, j'ai quelque naiffance; elle n'eft point obfcure,
Mélanide.
Ah ! bien loin d'en avoir , gémiffez d'être né .
Je frémis.
Darviane.
Mélanide.
Et voilà l'obſtacle infortuné
Que j'avois toujours craint de vous faire connoîtres
Darviane.
Moi j'aurois à rougir de ceux qui m'ont fait naître
Quel eft donc le néant où j'ai puifé le jour
Mélanide.
Que voulez- vous fçavoir ?
Darviane.
Parlez- moi fans détour.
La fource de ma vie eſt donc bien mépriſable !
Mélanide.
Elle eft de part & d'autre , aflés confidérable ;
Mais....
Darviane.
Quoi donc ? quel malheur me feroit ſurvenú z
Mélanide,
11 eft affreux,
Darviane,
Comment ? Mé
1880 MERCURE DE FRANCE
Mélanide.
Vous êtes méconnu.
Vous êtes à la fois le fruit & la victime
D'un Hymen que la Loin'a pas crû légitime , &c.
Une attente fondée , & trop bien confonduë
A foutenu long- tems votre Mere éperduë , & c.
Darviane.
Son Epoux eft donc mort !
Mélanide.
Il ne vit plus pour elle , & c
Darviane.
Pourquoi veux-je fçavoir ce fecret accablant ,
Quand je ne puis venger un affront ſi ſanglant ?
Me refuferez-vous auffi dans ma mifere
La grace & la douceur de connoître ma Mere ? & c.
Ne refuſez donc plus à mes empreffemens
Le bonheur de jouir de fes embraſſemens ;
Qu'au moins dans nos malheurs notre amour nous
raffemble ;
Nous les adoucirons , en les pleurant enfemble.
Mélanide.
Ne la connoiffez point .
Darviane.
Ou réüniffez-nous ,
Ou vous allez me voir mourir à vos genoux.
Mélanide,
Que vous êtes preffant !
Dat
AOUST. 1741
1835
Darviane.
Que vous êtes cruelle !
Mélanide.
Votre Mere fe tend ; vous l'emportez fur elle ;
Ah ! mon Fils !
Darviane.
Quoi ? c'est vous ! mon coeur eft fatisfait
Le Ciel a fait pour moi le choix que j'aurois fait, &c.
Le s . Août , les mêmes Comédiens repréfenterent
la Tragédie de Rhadamifte & Zénobie , dans
laquelle le Sr Paulin , nouvel Acteur , fit pour
la premiere fois le Rôle de Rhadamifte , au gré
du Public.
Le 17. les mêmes Comédiens donnerent la premiere
repréſentation de trois Comédies nouvelles
d'un Acte chacune , la premiere intitulée Silvie ,
Tragédie Bourgeoife en Profe , précedée d'un Prologue
; la feconde , La Belle Orgueilleuse ou l'Enfant
Gâté , en Vers , de l'Auteur du Glorieux , &
la troifiéme , Le Bal de Pafly , ou les Mafques ,
fuivie d'un Divertiffement. Cette derniere Piéce
n'eut qu'une repréfentation , & la premiere qui a
pour titre , Silvie ou la Tragédie en Profe n'en a eu
que deux ; il n'eſt reſté au Théatre que la feconde
Piéce , laquelle fut jouée le 21. avec fuccès , précedée
de la Comédie de Mélanide. On parlera plus
au long de ces nouveautés .
Le 30. on donna la Tragédie de Guſtave de M.
Piron , dans laquelle le Sr le Sage , nouvel Acteur
qui n'avoit pas encore paru fur le Théatre François,
joua le principal Rôle avec aplaudiffement.
L'Académie Royale de Mufique continue les
Représentations du Ballet Héroïque des Fêtes
Gree
}
1882 MERCURE DE FRANCE
Grecques Romaines ; on doit remettre inceffam◄
ment au Théatre l'Opera d'Alcione de feu M. de la
Mothe , de l'Académie Françoife , mis en Mufique
par M. Marais.
&

Le 31. Juillet , les Comédiens Italiens remirent
au Théatre une Comédie Italienne en cinq Actes
qui a pour titre , Arlequin perfecuté par la Dame
invifible , ou la Dama Demonio . Cette Piéce eft
tirée de la Dama Duenda de l'Eſpagnol , & la même
que Douville , frere de l'Abbé Boisrobert ,
Hauteroche ancien Comédien , ont donnée en
Vers au Théatre François , fous le titre de l'Eſprit
Follet. C'eft la quatrième Piéce que les mêmes
Comédiens jouerent à Paris fur le Théatre du Palais
Royal le 2. Mai 1716. A cette derniere reprife
, la Dlle Riccoboni & le nouvel Arlequin
y jouerent les deux principaux rolles avec aplaudiffement.
Le 5. Août , les mêmes Comédiens repréfenterent
les Fourberies d'Arlequin , Piéce Italienne ,
dans laquelle le Sr Conftantin joüa le rôle d'Arlequin
à la place du Sr Carlin , nouvel Arlequin , &
celui- ci remplit le Rôle de Pantalon pour la premiere
fois. Ces deux Acteurs jouerent au gré du
Public.
Le 10. ils remirent au Théatre la Comédie du
Naufrage au Port à l'Anglois , ou les Nouvelles débarquées
, Comédie Françoife & Italienne de la
compofition de M. Autreau , connu par d'autres
Piéces qu'il a données au même Théatre , qui ont
eu du fuccès ; cette Piéce qui avoit été donnée dans
fa nouveauté au mois d'Avril 1718. eft ornée de
trois Divertiffemens de Chants & de Danfes , &
fort bien remiſe au Théatre . On peut voir l'Extrait
qui en a été donné dans le Mercure de Mai 1718 .
P. 98.
La
A OUST. 1883 17412
Le 16. ils remirent auffi au Théatre la Comédie
de l'Embarras des Richeffes , dans laquelle le Se
Molin , Comédien de la Troupe qui étoit à Compiegne
l'année derniere , débuta pour la premiere
fois fur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne , & y
joua le Rôle d'Arlequin avec aplaudiffement ; on
remit auffi au Théatre le même jour la petite Piéce
des Adieux de Mars , Comédie en un Acte de M.
le Franc , Auteur de la Tragédie d'Enée Didon ,
repréſentée au Théatre François au mois de Juin
1737. Le Sr Romagnefy y a ajoûté une Scéne
nouvelle compofée de trois Actrices repréfentant
les trois Graces , lefquelles rendent compte
à Venus & à Mars de trois petites Piéces
nouvelles repréfentées le 17. Août au Theatre
François. Cette Scéne qui a été aplaudie , renferme
une ingénieufe critique de ces Piéces.
9
Le 26. les mêmes Comédiens remirent au Théatre
Timon le Misantrope , Comédie en trois Actes
précedés d'un Prologue avec des Intermedes de
Chants & de Daníes , dans laquelle le plus jeune
des enfans de feu Thomaffin , âgé de 18. ans & qui
n'a jamais parû en Public , joua le rôle d'Arlequin
avec beaucoup d'aplaudiffement & avec toute l'intelligence
convenable ; on lui trouve beaucoup de
talens.
Le 11 , Août , l'Opera Comique donna une Piéce
nouvelle d'un Acte en Vaudevilles , intitulée le Bacha
d'Alger , avec un Divertiffement de Chants &
de Danfes , laquelle fut précedée de la Chercheufe
d'Esprit & du Qu'en dira - t'on , dont on a déja´
parlé.
NOU
1884 MERCURE DE FRANCE
teat it tatt
NOUVELLES ETRANGERES.
LA CHIN E.
EXTRAIT d'un Lettre écrite de Peking
le 4. Octobre 1740. par le R. P. G ...
L
E Pere Foureau,qui a demeuré ici près de fix ans,
va en France pour faire élever plufieurs Chinois
de notre Chrétienté. Il est bien à fouhaiter qu'il·
réüffifle dans fa Commiffion . C'eſt un très-bou Religieux
, bien élevé ; il m'a promis de vous aller
voir , en cas qu'on l'envoye à Paris avec les Candidats
. Il a quantité de bons Livres Chinois & Tartares.
On dit qu'à Paris plufieurs Sçavans s'apli
quent à aprendre ces Langues.
>
La Religion est toujours dans le même état dans
cette grande Ville , c'eft à- dire qu'en géneral elle
n'y eft pas trop bien à la Cour. L'Empereur paroît
affés bien difpofé pour nous ; mais il y a toujours
de puiffants ennemis , qui , fous main nous
traverſent. Comme on diſtribuë beaucoup de Livres
de Religion , & qu'on tâche de prêcher & de
faire prêcher a toutes fortes de perfonnes, il y a de
grandes femences de la Religion , & j'efpere que
dans fon tems cela produira de bons fruits.
Nous n'avons pas encore reçû nos Lettres de
France , elles tardent bien cette année. J'ai lû
quelques nouvelles d'Europe au mois de Juin paffé,
c'eft par un Courier envoyé ici par la Cour de Ruf
fie , & parti de Pétersbourg au mois de Février
1740. La Caravane de Mofcovie fera ici au mois
de Novembre ou Decembie prochain . Selon les
aparences il y aura dans cette Caravane desAllemans,
ou
A O UST. 1867 17417
François , ou Italiens , & par eux nous aurons
quelques nouvelles & quelques Livres.
L'an paffé il nous vint une bonne Recruë de
Millionnaires de France & d'Allemagne, il en vient
aufli cette année. Dans les Provinces , les Miffionnaires
cachés fouffrent beaucoup . Parmi eux il y a
huit Dominicains Efpagno's & un Evêque , quatre
Francifcains Espagnols , huit ou neuf Italiens , dont
deux ou trois font Evêques ; il y a un Lazariſte Allemand
, Evêque , & deux ou trois Chinois de fa
Congrégation. Les Ecclefiaftiques François ont auffi
un Evêque , avec deux Prêtres Chinois , qu'ils ont
élevés à Siam. Il y a huit ou neuf Jéfuites Portugais
, avec trois ou quatre Jéfuites Chinois , qu'ils
ont élevés , deux Jéfuites Allemans , un Italien ,
huit Jéfuites François , avec deux Jefuites Chinois
que nous avons élevés ici.
Outre les Miffionnaires des Provinces , nous
fom.nes ici dix Jéfuites , avec trois Jéfuites Chinois
, que nous avons élevés ; il y a cinq Jéfuites
Allemans, quatre Jéfuites Portugais , & trois Jéfuites
Chinois , qu'ils ont élevés , auffi bien que trois
Jéfuites Italiens. La Congrégation de la Propagande
a dans cette Ville un Lazarifte & quatre Auguftins
Italiens.
Le Roy de Portugal a nommé Evêque de Peking
un Jéfuite Portugais qui eft ici depuis 13. ans.
C'eft un très -bon Miffionnaire.
O
RUSSIE,
Na apris de Petersbourg , que le Comte Era
neſt Biron , ci - devant Duc de Curlande , étoit
parti avec la famille , pour être conduit en Sibérie.
Mehemet Emini Pacha , Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire du Grand Seigneur auprès
du Çzar , y fit le 10. du mois dernier fon entrée
publique
1886 MERCURE DE FRANC
publique , le lendemain il eut audience du Prince
Antoine Ulrich de Brunſwick Bevern , pere de
S.M.Cz. & il fut admis le 13. à celle de la Princeflé
Régente de Mofcovie , à laquelle il remit deux let
tres de Sa Hauteffe , l'une pour le Czar , & l'autre
pour cette Princeffe .
Le Prince Louis Erneft de Brunswick Bevern eft
arrivé à Pétersbourg de Mittau le 17.
Lorfque Mehemet Emini Pacha , Ambaffadeur
Extraordinaire du Grand Seigneur . eut la premiere
audience de la Princeffe Régente , il y fut conduit
par le Géneral Ufcakow , qui étoit allé le prendre
à l'Hôtel des Ambaffadeurs , dans un des caroffes
du Czar , & il fut reçû au haut de l'escalier par le
Comte de Lowenwolde , Grand Maréchal de la
Cour , & par le Knées Kourakin , Grand Ecuyer de
S. M. Cz. La Princeffe Régente étoit debout fous
un Dais , & le Knées Tczerkaskoy , Grand Chance.
lier , qui étoit à fa gauche , répondit pour elle au
compliment de l'Ambaffadeur.
Le Prince Antoine Ulrich de Bevern dans l'audience
qu'il donna la veille à ce Miniftre , lui parla
en Italien , & il eut toujours fon chapeau ſur la tête
, excepté lorfque l'Ambaffadeur le falua en entrant
, & lorfque les noms du Grand Seigneur &
du Czar furent prononcés ou par lui ou par ce
Miniftre .
Sur les avis qu'on a reçûs que les troupes du Roy
de Suede faifoient plufieurs difpofitions qui donnoient
lieu de juger qu'elles étoient dans le deffein
de commencer les actes d'hoftilité , & qu'elles n'attendoient
pour entrer en campagne , que l'arrivée
du Géneral Levenhaup , qui doit les commander ;
on prend les mesures néceffaires pour s'opofer aux
enereprifes que ces troupes pourroient former con
tre la Mofcovie , & l'on a fait défiler pluſieurs Régimens
vers la Frontiere.
AOUST. 1741
1887
O
ALLEMAGNE,
N mande de Vienne du 15. du mois dernier ,
que les Etats du Royaume de Hongrie ont demandé
à la Reine que le Royaume ne fût jamais fans
Palatin , & que cette Dignité ne pût être remplic
que par un Seigneur Hongrois , que les Etats choifiroient
entre les trois Sujets qui leur feroient propolés
par Sa Majefté ; que fi la Reine venoit à mourir
, avant que l'Archiduc eût atteint l'âge de majorité
, le Palatin fût chargé de la Régence du
Royaume qu'aucun Evêché & aucune Charge ne
fuffent poffedés que par les Hongrois , & que les
Gentilshommes , qui ont acquis des biens en roture
, fuffent exempts des impofitions établies fur les
biens de cette nature.
Le Comte de Neuperg a mandé à la Reine , que
le Géneral Lentulus , lequel s'étoit rendu à Grotkau
, en qualité de Commiffaire de la Reine , pour
regler avec le Prince Théodore d'Anhalt Deſſau ,
Commiffaire du Roy de Pruffe , ce qui concernoit
l'échange des prifonniers de guerre , étant convenu
avec ce Prince de la maniere dont fe feroit cet
échange , les prifonniers avoient été renvoyés de
part & d'autre le premier du mois paffé.
La Reine a apris en même- tems que fur la nouvelle
de la marche d'un Corps de troupes Pruffiennes
, qui s'étoit avancé dans les environs de Franc
kenftein , pour mettre le Pays à contribution , le
Comte de Neuperg , avoit détaché le Major Géneral
Feftititz avez un Corps de Huffards & de Croa
tes , pour s'opofer aux entrepriſes des ennemis .
Il avoit couru un bruit que la Reine avoit envoyé
ordre au Comte de Neuperg , d'attaquer l'armée
commandé par le Roy de Pruffe , dès qu'il trouvetoit
l'occafion favorable , & ce bruit paroiffoit fondo
1388 MERCURE DE FRANCE
dé fur le parti que ce Géneral avoit pris de faire
avancer au- delà de la Neiff quelques détachemens ,
mais on a apris depuis par un Courier arrivé de Si
lefie , que le Comte de Neuperg étoit toujours
campé en- deçà de la Neiff , & qu'il ne s'étoit rien
paffé entre les deux Armées , fi ce n'étoit une rencontre
entre un détachement des troupes Pruffiennes
& celui de Huffards qui eft à Heinrichaw, fous
les ordres du Major General Feftititz.
"
Selon les derniers avis reçûs de Mittau , les Etats
de Curlande ont envoyé des Députés à Dresde ,
pour fuplier le Roy de Pologne , Electeur de Saxe,
de leur faire fçavoir les intentions fur la propofition
qui leur avoit été faite d'élire le Prince Louis Erneft
de Brunswick , pour Duc de Curlande .
Ces lettres ajoûtent , que le Comte Maurice de
Saxe avoit envoyé en Curlande une Proteftation
contre l'Election de ce Prince.
On a apris de Munich , que l'Electeur de Baviere
ayant réfolu de former un Camp dans la Plaine de
Scherding , entre l'Inn & le Danube , avoit donné
ordre à 18, Bataillons & à 16. Efcadrons , de s'y
rendre , & qu'une partie de ces troupes étoit déja
affemblée dans ce Camp , qui s'étend jufqu'auprès
de Neykirchen .
Il paroît à Ratisbonne des copies d'une lettre que
les Princes de l'Empire , qui ont envoyé des Ministres
à Offenbach , pour y tenir des Conférences ,
ont écrite à l'Electeur de Mayence , & par laquelle
is lui mandent que c'est par l'union & par la con
fiance réciproque entre les Etats de l'Empire , que
la tranquillité de l'Allemagne a été maintenue ;
qu'ils auroient fouhaité qu'après la mort de l'Empereur
on fe tût réuni , pour prendre de concert les
mefures néceffaires dans une conjoncture fi délicate
; que c'étoit naturellement à la Diette de l'Empue

AOUST. 1741. 1889
7
pire qu'il apartenoit de déliberer à ce fujet , mais
qu'il n'y avoi pas eû lieu d'efperer qu'elle pût le
faire , tant à caufe de l'abfence de plufieurs des Miniftres
qui doivent la compofer , qu'à caufe des.
troubles qui agitent l'Allemagne ; qe cette raiſon
les avoit déterminés à aſſembler un Congrez à Offenbach
, pour concerter entre eux la conduite
qu'ils devoient tenir dans les circonftances préfentes
; que leurs vûës ne tendant au préjudice de perfonne
, malgré les infinuations malignes par lefquel
les on a voulu perfuader le contraire , ils efperoient
que le College Electoral les aprouveroit & que
les Electeurs chargeroient les Miniftres qui reſident
de leur part à Francfort , d'agir conjointement avec
ceux qui font à Offenbach , pour parvenir à rétablir
la paix dans l'Empire ; que comme il y avoit
plufieurs articles importans à regler , tels que la
Capitulation Impériale , & l'explication de quelques
Conftitutions de l'Empire , ils s'adreffoient à l'Electeur
de Mayence , afin qu'il voulût employer fes
foins pour que les Miniftres, qui compofent le Cellege
Electoral à la Diette , faffent en état de reprendre
leurs délibérations.
Le Roy de Pruffe paroiffant perfifter dans le deffein
de ne point fe defifter de fes prétentions , le
Comte de Neuperg a dépêché un courier à la Reine,
pour fçavoir fes intentions au ſujet des opérations
du refte de la Campagne.
Ce General a mandé à S. M. en même tems, que
les Pandoures avoient enlevé quelques Beftiaux près
du Camp du Roy de Pruffe , qu'ayant été attaqués
par un détachement des ennemis , ils avoient
the so hommes, & avoient mis le reste en fuite, que
l'armée de la Reine occupoit toujours le amp de
Buhlau, & que le Roy de Pruffe étoit campé à Streelen
, où il fit le 21. la revûë génerale de fa Cavale
xic
1890 MERCURE DE FRANCE
rie qui a dû être renforcée par 16. Escadrons. Le
Comte de Neuperg a fait ajoûter de nouveaux ouvrages
aux fortifications de Neiff.
La grande quantité de pluye qui eft tombée dans
la Baviere & dans le Tirol , a tellement groffi quelques
- unes des rivieres qui fe jettent dans le Danube
, que ce Fleuve eft forti de fon lit , & qu'il a
inondé une partie du Pays qu'il arrofe . Son débordement
a caufé beaucoup de dommage , & les chemins
du côté de Clofter Neubourg font devenus
impraticables.
Le 21 du mois dernier , le feu prit à Pollftorf,
Bourg fitué à fept lieues de Vienne , & 53. maiſons
ont été entierement confumées les flâmes . par
On a apris que le Feldt Maréchal de Schmettau,
qui a quitté il y a quelque tems le fervice de la Rei
ne , pour entrer à celui du Roy de Pruffe , dont il eft
né Sujet , avoit obtenu de S. M. Pr. la Charge
de Grand-Maître de l'Artillerie , & une Penfion
de 20000. florins.
On mande de Paffau , que l'Electeur de Baviere
y avoit mis garnifon le 31. du mois dernier , fuivant
la Capitulation qui avoit été reglée le même
jour entre ce Prince & le Cardinal de Lamberg
Evêque & Souverain du cette Ville.
La Reine a fait publier à Vienne un Decrer qui
porte que S. M. jugeant néceffaire de faire une
augmentation dans les troupes , & de demander
pour cet effet aux Etats des Pays Héreditaires
15000. hommes de recruë , elle ordonne à la Bafle
Autriche de lui en fournir 2220. qui feront habillés
aux dépens de la Province..
Il a été reglé en conféquence de ce Decret , que
dans chaque Ville , Bourg ou Village , trente maifons
donneroient un Soldat dans fix femaines , à
compter du jour de la publication du Decret , &
qu'elles
AOUST. 1891 1741.
qu'elles feroient contraintes d'en fournir deux , ft
elles n'exécutoient point les ordres de la Reine
dans le tems prefcrit
On a apris de Bre flaw du 7. de ce mois , que le
premier l'armée de la Reine décampa de Buhlau , &
qu'elle alla fe pofter fous Kalgaw pour être à portée
de tirer des fubfiftances de la Ville de Glatz.
Par l'état qui a été dreffé pour l'échange des prifonniers
, il paroît que les Pruffiens en ont fait 2384 .
parmi lesquels font un Lieutenant Feldt- Maréchal
& un Major General des armées de la Reine , un
Colonel , quatre Lieutenans Colonels , un pareil
nombre de Majors , 22. Capitaines 39. Lieutenans ,
& 14 . Enfeignes ou Cornettes , & que le nombre
des prifonniers faits par les troupes de la Reine ,
confitte en un Lieutenant Colonel un Major ,
trois Capitaines , 23. Lieutenans , 22. Enſeignes
our Caporaux , & 1078. Soluats ou Cavaliers.
ITALIE.

N aprend de Rome , que le Cardinal de Tencin
,dans un Confiftoire fecret que le Pape
tint le 3. du mois dernier , préconifa l'Abbé de la
Prunarede, pour l'Abbaye de S. Guilhem du Defert, i
Ordre de S. Benoît, Diocèse de Lodéve ; l'Abbé de
Chamillard , Grand Vicaire de l'Evêque d'Evreux ,
pour celle de la Val Roy , Ordre de Câteaux , D.
de Rheims , & l'Abbé de S Exupery Chantre &
Chanoine de l'Eglife Métropolitaine de Paris , pour
celle de S. Sever O. de S. Benoît , D. de Coutances.
La Congrégation établie pour examiner fi le Pape'
pouvoit confentir que l'Infan : Cardinal poffedat l'Archevêché
de Séville en même- tems que celui de
Tolede, ayant décidé que puifqu'il y avoit plufieurs
exemples de pareilles réunions faites en faveur de
differens Princes d'Allemagne , l'Infant Cardinal
avoit I ij
1891 MERCURE DE FRANCE
avoit droit de prétendre le même avantage , le Pa
pe a déclaré au Cardinal Aquaviva , qu'il expedieroit
un Bref pour la réunion des Archevêchés de
Tolede & de Séville , à condition cependant que la
Collation des Bénefices , dépendans de ces deux
Archevêchés , feroit réſervée à la Datterie.
Une Galiote de Barbarie ayant pris dernierement
une Barque Françoife , & l'équipage de cette Barque
s'étant fauvé à Porto d'Anzio , les Galeres du
Pape , qui y étoient , fe mirent auffi tôt en Mer
& non feulement elles reprirent la Barque , mais
elles s'emparerent de la Galiote , fur laquelle on a
fait trente- un Efclaves.
Le Pape a difpofé de la Place de Bibliothécaire
du Vatican en faveur du Cardinal Paffionei.
MALTHE.
Elon les derniers avis reçus de l'Ile de Maltho ;
le Grand-Maître de la Religion , ayant été ing
formé des actes d'hoftilité commis par les Thunifiens
contre quelques Vaiffeaux François , a donné
ordre aux Elcadres de la Religion , d'aller croifer
dans les Mers de Tunis , pour s'opofer aux entreg
prifes des Infideles..
NAPLES.
*
N mande du 4. du mois dernier , que le 28,
du mois précedent le Roy reçût de Rome un
Bref, par lequel le Pape lui accorde un Indult, pour
lever une Taxe fur les revenus des biens Ecclefiaftiques
du Royaume de Naples & de celui de Sicile, &
qu'en confequence de ce Bref , S. M. a ordonné de
dreffer un Etat exact de tous les Bénefices des deux
Royaumes , & de lever quatre pour cent fur le pro-..
duit de leurs revenus . Une partie des fommes que
le Roy retirera de cette Taxe , fera employée à fonder
AOUST. 1741. 1893
der des Commanderies pour le nouvel Ordre de
S: Charles , que S. M. fe propofe d'établir.
P
Don Hyacinte Vofchi , Miniftre Pénipotentiaire
du Roy auprès de la Régence de Tripo y , a envoyé
au Roy le Traité qu'il a conclu au nom de S. M.
avec cette République.
ESPAGNE.
Es Equipages de plufieurs Vaiffeaux qui font arti
vés à Cadix & dans d'autres Ports du Royaume
d'Espagne , des Ifles que les François poffedent en
Amérique,ont raporte que les troupes Angloifes,qui
affiégeoient Cartagene , ayant établi une batterie de
canons & de mortiers à la tête du chemin de la Bonquille
, Don Sébaſtien de Slava , Vice Roy de la
Province de Santa Fé & Gouverneur particulier de
la Ville de Cartagene , avoit fait une fortie avec
3000. hommes , & avoit attaqué les ennemis avec
tant de valeur , qu'il les avoit obligés d'abandonner
tous les canons & les mortiers de cette batterie.
Ces équipages ont ajoûté que les enneinis en cette
occafion avoient perdu 2000. hommes , & qu'on
leur avoit fait 800. prifonniers ; que le canon de la
Place avoit coulé à fond deux Galiotes à bombes
& avoit fort maltraité plufieurs autres Vaiffeaux
des Anglois.
On a depuis reçû avis que l'Amiral Vernon avoit
tenté d'emporter le Fort de S. Lazare Pépée à la
main , mais que dans le tems que les Anglois montoient
à l'affaut , le Gouverneur du Fort avoit fait
jouer une mine avec un tel fuccès , que la plupart
des Soldats des deux Régimens que l'Amiral Vernon
avoit chargés de l'attaque , avoient fauté en l'air.
On a été auffi into mé , que Don Sébaſtien de
Slava , à la tête de soo hommes de troupes reglées
, & de 1800. Indiens , avoit fait en même
* I iij
tems
1894 MERCURE DE FRANCE
tems une feconde fortie ; qu'ayant chargé en queuë
le refte du Corps de troupes ennemies , qui avoit
attaqué le Fort de S. Lazare , il l'avoit mis en fuite ;
qu'il avoit pourfuivi les Anglois dans leur retraité ;
qu'il avoit chaffé du chemin du bord de la Mer un
détachement de leurs troupes , qui s'y étoit retranché
, & que les troupes , qui compofoient ce détachement,
avoient regagné précipitamment leursChaloupes
, après avoir fait une perte très- confidérable .
La joye que ces nouvelles ont caufé a été fort augmentée
par la nouvelle qu'on a reçûë depuis , que
l'Amiral Vernon , fe trouvant dans l'impuiffance de
continuer le Siége de Cartagene , avoit pris la réfolution
de le lever ; que le 27. du mois d'Avril , il
avoit fait rembarquer les troupes qui lui reftoient ,
& parmi lesquelles il y avoit un grand nombre de
malades ; que quelques jours après , ces troupes
étoient retournées à la Jamaïque , & que l'Amiral
Vernon fe difpofoit à y retourner lui même , dès
qu'il auroit pu réparer le dommage , qu'un grand
nombre de fes Vaiffeaux avoit fouffert.
Comme on n'a pû encore avoir de lettres de
Cartagene , on n'eſt inſtruit juſqu'à préſent que par
celles qui font venuës de Sainte Marthe & de Saint
Domingue , de la perte que les Anglois ont faite au
Siége de cette Place . Selon ces lettres, elle est beaucoup
plus grande que celle qu'ils avoüent , & l'on
prétend qu'il n'eft retourné à la Jamaïque que 20co.
hommes des troupes qui ont été employées au Siége
, & qu'il reftoit à peine affés de matelots fur les
Vaiffeaux de la Flotte Angloife , pour faire la ma
noeuvre,
a
On a reçû avis par un Vaifleau venant de Buenos
Ayres , que l'Efcadre . Efpagnole , commandée
par Don François Pizaro , étoit entrée dans ce Port
le 22. du mois de Janvier dernier que le premier
du
AOUST . 1741. 1895
da mois fuivant , elle avoit remis à la voile , pour
fe rendre dans la Mer du Sud , & que le même jour
cinq Vaifleaux de guerre Anglois , fous les ordres
du Chef d'Efcadre Anfon , avoient fait voile &
avoient pris la même route , mais que Don François
Pizaro avoit fur ces Vaiffeaux 200. lieues d'avance
.
La nouvelle Fégite le Triomphe a fait trois prifes,
l'une près du Cap de Clare , l'autre à 60. lieues
des Les Sorlingues , & la troifiéme entre le so. &
le s degré de Latitude Septentrionale .
L'Armateur Jean - Baptifte Salié s'eft emparé du
Brigantin Angois le Thomas , fur les Côtes du
Royaume de Portugal .
Le Viiffeau la Bonne Avanture a conduit dans le
Port de Vigo la Balandre Angloife la Marie de
Waterford , chargée de Salines & de charbon de
pierre.
Une autre Balandre de la même Nation du Port
de 80.. tonneaux , a été prife par les Frégates le
Saint Pierre & la Ste Sujanne.
Les Armateurs Efpagnols qui croiſent ſur les Côtes
de Portugal , ont fait plufieurs autres prifes confidérables
, & ils fe font emparés , entre autres
d'un Vaiffeau très - richement chargé.
ON
PORTUGAL.
du mois dernier, N mande de Lisbonne du 13.
qu'on y célebra au commencement de te
mois pendant trois jours confécutifs dans l'Eglife
Collégiale de Beja , la Fête qu'on y célebre tous les
ans , en expiation d'une profanation qui y a été
commife. L'Eglife , pendant ces trois jours , fut
tendue de brocard & de velours jufqu'à la voute ,
& éclairée d'un grand nombre de lumieres , & le
dernier jour on tira dans la Place , qui eſt vis - à - vis ,
un magnifique Feu d'artifice. I iij
Des
1896 MERCURE DE FRANCE
Des Ouvriers , en fouillant dans la terre à Bra
ga , ont trouvé une Pierre antique , fur laquelle eft
cette fafcription : C. Emil. Valens . Eq . Alf . Jur.
M. Ari Minl. VI. V. Si . M.
GENES ET ISLE DE CORSE.
N mande de Genes , que 300. hommes des
troupes de la parus vers
milieu du mois dernier , pour fe rendre dans l'iſe
de Corfe , d'où l'on a reçû avis que le Marquis de
Villemeur étoit retourné le 3. à la Baftie , après
avoir vifité les principaux poftes du centre de l'Iffe.
La Barque Françoife la Legere , eft arrivée d'Antibes
à la Baftie avec 100000. écus pour le payement
des troupes Franço fes.
On conduifit il y a quelque tems dans les prifons
de la Baftie , neuf Payfans de Nebbio , accufés d'avoir
donné retraite à quelques Bandits , & d'avoir
ейeû part à leurs brigandages .
Il y eut à Genes le 28. du mois dernier un orage
violent; le tonnerre eft tombé en cinq ou fix endroits
, & il a tué plufieurs perfonnes.
On a apris de l'ile de Corfe , que la Barque Francoife
la Legere , étoit partie de la Baftie le 16. du
même mois , pour aller donner la chaffe aux Corfaires
de Tunis , qui troublent la navigation fur les
Côtes.
L'un des deux Bandits de Lento , qui ont commis
tant de défordres dans l'Ile de Corfe , a été tué
par quelques Infulaires qui l'ont furpris dans une
embufcade , & fon compagnon a été bleflé dans la
même rencontre.
Le bruit court à la Baftie , que les neuf Payfans
de Nebbio , qui y font détenus dans les Prifons ,
feront condamnés à mort , ainfi qu'un jeune Corle,
qu'on a trouvé armé d'un pistoler & d'un filet ,
HOL
AOUST. 1897
17418
*
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
Ole 23. du mois dernier, le Baron de Reifchach,
Na apris de la Haye du 4. de ce mois , que
Miniftre de la Reine de Hongrie , remit au Préfident
de l'Affemblée des Etats Géneraux un Mémoimoire
, par lequel cette Princeffe demande aux
Etats Géneraux , d'ordonner que les fecours que
cette République doit lui fournir en conféquence
des Traités faits avec le feu Empereur , le tinffent
prêts à marcher. On prétend que cette Princeffe
fait de fortes inftances , pour que ces fecours , au
licu d'aller joindre les troupes que Roy de la Gran❤
de-Bretagne fait affembler fur les Frontieres de l'Electora
d'Hanover , foient envoyés à l'armée commandée
par le Comte de Neuperg.
GRANDE BRETAGNE.
Depuisl'arrivée d'unVaiffeau revenant de la
Jamaïque , le bruit s'eft répandu que l'Amiral
Vernon y étoit retourné avec toute ſa Flote , à l'exception
de fept Vaiffeaux de guerre , qu'il avoit
laillés dans le Havre de Cartagene fous les ordres
du Capitaine Davers, pour empêcher les Efpagnols
de rebâtir le's Fortsqu'il a détruits , mais comme on
fçait que plufieurs de fes Vaiffeaux ont été confi .
dérablement endommagés pendant le Siége , on
doute qu'il ait pu les ramener tous au Port Royal.
On a fû par l'équipage du même Vaiffeau , qui a
aporté la nouvelle de l'arrivée de l'Amiral Vernon
àla Jamaïque,que les Anglois s'étoient emparés d'un
Fort à Leguira , & que le Vaiffeau de guerre PEcureil
avoit conduit au Port Royal deux prifes confidérables
qu'il a faites dans les environs de l'lfle de
Saint Domingue.
La Chaloupe du Vaiffeau de guerre la Princeffe
1 v Marie
1898 MERCURE DE FRANCE
Marie , a enlevé fur les Côtes du Comté de Suffex,
à la hauteur de Fairley , un Bâtiment Efpagnol.
L'Armateur Jacques Wimble a fait une prife de
la valeur de 20000. livres fterlings.

Le Vaifleau le Ranger , commandé par le Capitaine
Johnſon , a été pris par les Eſpagnols , en faifant
voile de la Virginie pour la nouvelle Angleterre .
Un Armateur Anglois a conduit à Gibraltar un
Bâtiment Efpagnol , armé en guerre , dont il s'étoit
emparé le 16. Juin dernier à la hauteur de Cadix
, après un combat très - long , dans lequel il y a
eû beaucoup de mondé de tué & de bleffé de part
& d'autre.
Les équipages des Vaiffeaux le Doddington & le
Valentin , revenant de la Jamaïque , ont confirmé
que l'Amiral Vernon y étoit arrivé de Cartagene
avec fa Flote le 30. Mai dernier , mais l'on a fçu par
ces équipages que plufieurs de les Vaiffeaux étoient
en fort mauvais état , & qu'on travailloit à les réparer.
L'Armateur Page a conduit à Falmouth une prife
qu'il a faite dans les environs de Porto , fur laquelle
il y avoit 169. pipes de vin des Iles Canaries avec
une fomme confidérable d'argent.
Les Efpgnols fe font emparés des Vaiffeaux
Marchands Amérique , le Brumsdell , le Patuxen
Puick , l'Argill & l'Elizabeth, de onze autres Vaisfeaux
& de huit Barques ou Chaloupes.
On a apris le 16. Jun dernier par le Capitaine
Peyton , commandant le Vaiffeau de guerre le Kenpington
, qui arriva de la Jamaïque à Spithead le 2 .
de ce mois , que l'Amiral Vernon étoit retourné
dans cette
avec la Flotte qui eft fous fes ordres ,
& que le 3a dunois de Mai dernier , il étoit rentré
dans le Port Royal.
Le D c' de Newcastle en a mandé au Roy le dérail
fu vang. La
A O UST. 1899 1741.
Le 13 Mai , le Capitaine Davers , commandant
1 te Vaiffeau le Suffolck , fut détaché par l'Amiral
* Vernon ,avec cinq autres Vailleaux de guerre , pour
aller croifer für la Côre de Ste Marthe , avec ordre
de retourner en droiture à la Jamaïque , après être
demeuré à la hauteur de cette Ville pendant vingt
jours.
:
"
Les Forts & Châteaux du Havre de Cartagene
ayant été entierement démolis , & tous les Vaisfeaux
de tranfport étant partis, l'Amiral Vernon mit
à la voile le . avec la plupart des Vaiffeaux de
guerre de fa Flotte . Le lendemain , il fut joint à la
hauteur de la pointe Canoa par le Chevalier Chaloner
Ogle avec 14. Vaiffeaux : les Vaiffeaux de
guerre le Prince Frederic & le Burford le joignirent
le 20. & le 31. il arriva au Port Royal , où des.
Vaiffeaux de guerre le Boyne & l'Ecureuil , qui
avoient été ſéparés de la Flotte , s'étoient rendus le
jour piécedent . L'Amiral Vernon trouva au Porc
Royal le Convoy qui étoit parti de Portſmouth ,
pour lui porter des munitions .
Le premier Jun , il reçut avis par des Vaiffeaux
venus de Porto Bello , que le Chef d'Efcadre Anfon
avoit été dans la Mer du Sud à la hauteur d'Arica
avec fon Elcadre , & que l'Amiral Efpagnol
Pizito , qui Pavoit poursuivi jufqu'au Cap Horn ,
T'ayant perdu dans les environs de ce Cap , avoir
relâché à Buenos Ayres .
Le Vaiffeau de guerre le Deptford , commandé
par le Capitaine Moftyn , revint de la Côte de Ste
Marthe à la Jamaïque le 6. du même mois , avec un
Vaiffeau Espagnol dont il s'étoit emparé , & qui
après avoir débarqué à Ste Marthe la plus grande
partie des munitions dont il étoit chargé pour Cantagene
, portoit à la Havane le refte de fa cargaifon .
On a apris par l'équipage d'un Bâtiment reve
1 vj
mant
19oo MERCURE DE FRANCE
nant de Gibraltar , que le Contre - Amiral Haddock
continuoit de croiler à la hauteur du Cap de Saint
Vincent , & qu'il s'étoit emparé de deux Vaiffeaux
Hollandois , chargés de cordages & d'autres agrès
pour les Vaiffeaux que le Roy d'Efpagne fait conftruire
à Cadix .
、,
L'Armateur Page a fait , en revenant de Porto, une
prife eftimée 6000 liv. fterlings, & un autre Armateur
a enlevé un Vaiffeau qu'on dit être des Affogues.
Les Vaffeaux Marchands le Frienship Snowp , le
Sally & l'Etoile , on été pris par les Efpagnols , ainfi
qu'un autre Vaiffeau , richement chargé , qui
étoit deftiné Newfownland . pour
د م ح ا
at
Un Vaiffeau Hollandois , chargé de Marchandi
difes d'Efpagne , a été pris dans le Havre de Tenc
rif par le Vaiffeau la Refolution...
ནཱ་ ༧༦། ཏནྟི
Les Efpagnols fe font emparés des Vaiffeaux
Marchands la Grande- Bretagne , l'Agnès Betty , le
Durham & le Don Francifco.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
"
FRANCE .
A
NOUVELLES DE LA COUR , DE Paris , &c;
L
E 19. du mois dernier , les Députés des Etats
d'Artois eurent à Verſailles audience du Roy
étant préſentés par le Prince Charles de Loraine ,
Gouverneur de la Province , en furvivance du Duc
d'Elboeuf , & par le Marquis de Breteuil , Ministre
& Secretaire d'Etat. Ils y furent conduits en la maniere
accoûtumée, par le Marquis de Brezé, Grand-
Maitre des Céremonies , & par M. Defgranges, Maitre
des Cérémonies . La Députation étoit compofée
de l'Abbé de France de Noyelles , Chanoine de
P'Eglife Cathédrale d'Arras , pour le Clergé , & qui
porta
AO UST. 1741. 1991
porta la parole, du Comte Duglas , Colonel du Régiment
de Languedoc ,Infanterie , pour la Nobleffe,
& de M. de la Place , Député du Tiers- Etat.
9
Le 15. de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Ste Vierge , le Roy & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château , la Meffe , qui fut chantée
par la Muſiqee.
L'après midi , le Roy accompagné de Monfeigneur
le Dauphin , du Duc de Chartres , du Prince
de Dombes & du Comte d'Eu , aſſiſta aux Vêpres
& à la Proceffion , à laquelle l'Abbé Gergois, Chapelain
de la Chapelle de Mufique , officia. La Reine
entendit les Vêpres dans la Tribune.
Le même jour , la Reine communia par les mains
du Cardinal de Fleury , fon Grand- Aumônier.
Le deuil que le Roy avoit pris le 25. du mois dernier
pour la mort de la Reine de Sardaigne , ayant
fini le 14 de ce mois , S. M. le prit le lendemain
pour la mort de Mademoiſelle de Clermont.
Le 26. de ce mois , le Roy quitta le deuil que S.M.
avoit pris le 15. pour la mort de Mlle de Clermont.
Le 29. le Prince Cantimir , Ambaffadeur Extraordinaire
du Czar , eut une audience particuliere
du Roy , & il y fut conduit par le Chevalier de
Saintor , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Roy a donné l'agrément du Régiment de Cavalerie
de Bretagne , dont le Comte de Gaffion étoit
Meftre de Camp Lieutenant, au Marquis de Poyanne
, Premier Guidon de la Compagnie des Gendar
mnes de la Garde ordinaire de S. M.
Le 15. de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Ste Vierge , la Proceffion folemnelle de l'Eglife

1902 MERCURE DE FRANCE
Métropolitaine , qui fe fait tous les ans en exécu
< tion du Voeu de Louis XIII . ft fit à Paris avec les
céremonies accoûtuinées , & l'Abbé d'Harcourt ,
Doyen du Chapitre y officia. Le Parlement , la
Chambre des Comptes la Cour des Aides & le
·Corps de Ville , y aflifterent .
Le 16. dans l'Affemblée génerale du Corps de
-Ville , M: Germain , & M. Bougainville , Notaire ,
-furent élus Echevins . 2
La Place de Confeiller d'honneur au Parlement ,
vacante par la mort de M. de Montchefne , a été
donnée par S. M. à M. le Pelletier de Montmelian,
Préfident Honoraire au même Parlement.
2. Le Chevalier de Créqui , Gentilhomme de la
Manche de Monfeigneur le Dauphin a été nommé
Sous-Gouverneur de ce Prince , & il en fit le 30.
Juil et les premieres fonctions à la place du Comte
de Polaftron Lieutenant General , a qui le Roy conferve
les apointemens qu'il avoit el cette qualité.
Le Marquis de Montaigu , Capitaine au Régiment
des Gardes Françoites , qui a eté noinimé en
' même tems Gentilhomme de la Manche du même
Prince , à la place du Chevalier de Créqur , en fit
pareillement les fonctions le même jour .
Marc- Antoine Front de Beaupol de S. Aulaire
Marquis de Lanmary , Maréchal de Camp , de la Promotion
du 24. Févier 1738 ci - devant Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes de
Bretagne , a été nommé par le Ryfor Amballadeur
auprès du Roy de Suede à la place d'Alphonfe-
Mare Lous de S Severin d'Arragon , Parmeſan ,
Colonel d'Infanterie à la fuite du Régiment Royal
Italien , qui avoit été nominé à cette Ambaffade au
mois d'Août 1737 & que l'état de fa fanté a obligé
de demander fon rapel.
Le
AOUST. 1741. 1903
Le Duc de Chartres qui étoit parti de Paris le 25.
Mai dernier , pour fon voyage de Flandres & du
Haynault , arriva au Palais Royal le 13. du mois
dernier.
Le 20. de ce mois le Corps de Ville fe rendit à
Verfailles , & le Duc de Gefvres , Gouverneur de
Paris étant à la tête , il eut Audience du Roy avec
les céremonies accoutumées . Il fur prefenté à S. M.
par le Comte de Maurepas , Miniftie & Sécretaire
d'Etat, & conduit par le Marquis de Dreux, Grand-
Maître des Céremonies , & par M. Desgranges ,
Maître des Céremonies Les deux nouveaux Eche
vins prêterent entre les mains du Roy le Serment
de fidelité dont le Comte de Maurepas fit la lecture
ainfi que du Scrutin , qui avoit été préfenté par M.
le Bret , Avocat du Roy du Châtelet , lequel fit un
Difcours très-éloquent

Le même jour , le Corps de Ville eut Phonneur
de rendre fes refpects à la Reine , à Monfeigneur
le Dauphin & à Mefdames de France.
57 Les Députés des Etats de la Province de Languedoc
, eurent le 24. de ce mois audience du Roy,
étant préfentés à S. M. par le Prince de Dombes ,
Gouverneur de la Province , & par le Comte de
"Saint Florentin , Sécretaire d'Etat , & conduits en
-la maniere accoûtumée par le Marquis de Dreux ,
Grand Maître des Céremonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies La Députation étoit
compofée pour le Clergé de l'Archevêque de Tou-
-Pouze qui porta la parole avec beaucoup d'éloquence
; du Marquis de Niffas , Lieutenant General des
armées du Roy , pour la Nobleffe ; de Mrs La-
-inouroux & Delpech , Députés du Tiers Etat , «&
de M. la Fargue , Syndic Géneral de la Province.
#
Ils
1904 MERCURE DE FRANCE
curent enfuite audience de la Reine , de Moneigneur
le Dauphin & de Mefdames de France.
Le : s . Août , Fête de l'Affomption de la Vierge ,
il y eut Concert Spirituel au Château des Tuillexies
; on y chauta un Motet à grand Choeur , Exaltabo
te , de la compofition de M. Dubreuil , Maf
tre de Mufique , lequel fut fuivi d'un Concerto
exécuté par M. de Lavau , & d'un petit Moter à
voix feule de M. le Maire ; le Concert fut terminé
par un autre Motet à grand Choeur , Exaudiat te
Dominus . de M. de Boifmortier , précedé de plu
feurs pieces de Symphonies.
Le 25. Fête de S. Louis , le Concert d'Inftrumens
que l'Académie Royale de Mufique donne tous les
ans au Château des Tuilleries à l'occafion de la
Fête du Roy , fut exécuté par un grand nombre
d'excellens Symphonistes de la même Académie
qui jouerent differens morceaux de Mufique de M.
de Lully , & d'autres Maîtres modernes.
Le 29. & le 31. du mois dernier , & le 2. de ce
mois , il y eut Concert chés la Reine ; M. de Blamont
, Sur-Intendant de la Mufique du Roy fit
chanter le Prologue & les cinq Acts de l'Opera
de Perfée,dont les principaux Rôles furent chantés
par les Diles Godoneche , Defchamps , d'Aigre
mont , la Lande & Romainville , & par les Srs le
Begue , d'Aigremont , du Bourg , d'Angerville ,
Tribou , Poirier & Richer.
Le 7. le 9. & le 19. de ce mois , on concerta devant
la Reine l'Opera de Thefee ; les principaux
Rôles furent remplis par les mêmes Acteurs , &
par les Diles Abec & Duhamel , & par le Sr Godoneche,
Le
AOUST. 1941: 1905-
Le 21. la Reine étant à Trianon , on concert
l'Opera de Thetis Pelée , qui fut continué
à Vertailles le 23. par les mêmes Sujets & par
Dlle Mathieu.
la
Le 25 Fête de S. Louis , les 24. Violons de la
Chambre du Roy jouerent devant S. M. les Symphonies
du Ballet des Caracteres de l'Amour , Ballet
Héroique de la compofition de M. de Blamont
dont ' exécution fit beaucoup de plaifir.
&
Le Corps de Troupes que le Roy a jugé à propos
de faire avancer fur le Rhin , s'y eft affemblé fous
les ordres du Marquis de Leuville , Lieutenant General
des Armées du koy . La premiere & la feconde
divifion de la premiere colonne de ce Corps de
Troupes ont paffé le Rhin au Fort- Louis le 15 .
le 17. de ce mois . Le Marquis de Leuville , Lieutenant
General , le comte de Beranger & le Marquis
de Xumenes , Maréchaux de Camp , étoient à
la tête de la premiere divifion , & la feconde a
marché fous les ordres du Comte d'Aubigné , Lieu-
Maréchal tenant General , & du Comte de Clare ,
de Camp.
Le 19. Août , la troifiéme divifion du Corps de
Troupes , affemblé au Fort -Louis , y paffa le Rhin
Lieutenant fous les ordres du Marquis de la Fare ,
Géneral , du Duc de Luxembourg & du Marquis
de Mirepoix , Maréchaux de Camp. Le même jour ,
la premiere divifion de la feconde colonne , campée
à Lauterbourg , ſe mit en marche , & elle paffa
le Rhin , étant commandée par le Comte de Saxe ,
Lieutenant Général , lequel avoit avec lui M. de la
Tour, le Comte d'Eftrées , & le Chevalier d'Apcher,
Maréchaux de Camp.
Le 21. la quatriéme divifion de la premiere co-
Jonne paffa le Rhin au Fort- Louis : le Marquis de
Curton , Lieutenant General , étoit à la tête de
cette
1906 MERCURE DE FRANCE
"
"
cette divifion , & il avoit fous fes ordres le Comte
de Marcieu & le Duc de Boufflers , Maréchaux de
Camp La feconde divifion de la feconde colonne ,
partit auffi le 21. de Lauterbourg , & elle paffa le
Rhin , étant commandée par le Comte de Segur ,
Lieutenant Géneral , qui avoit avec lui le Marquis
du Chatel , le Comte de Berchiny , & le Comte de
Trefmes , Maréchaux de Camp.
>
Le Maréchal de Maillebois eft parti le 26. pour
taller prendre le commandement des Troupes que
le Roy a fait affembler fur la Meufe . Le Officiers
Géneraux que S. M. a nommés pour fervir dans
cette Armée , font le Marquis de Montal , le Marquis
de Balincourt , M. de Louvigny , le Comte
de la Mothe Houdancourt , le Marquis d'Fpinay
M. de Lutteaux , M. Philipes , le Marquis de Clermont-
Gallerande , le Marquis de Vaudrey , & le
Comte de Lautrec , Lieutenans Géner ux : le Marquis
de Putanges , le Comte de Coigny le Mar-
- quis d'Eftourmelles , le Chevalier de Saint Vallier ,
le Marquis de Chazeron , le Comte du Châtelet ,
le Prince de Pons , le Marquis de Brezé , le Marquis
de Maupeou , le Marquis de Pontchartrain
le Comte de Maulevrier , le Marquis de Croiffy
le Marquis d'Hautefort , le Duc de Randan , M.
de Contades & M. de Villemeur , Maréchaux de
Camp.
On écrit de Marſeille , du 3. Juillet ,, que M.le
Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur du Roy à
Conftantinople , après fon arrivée à Toulon fur les
Vaiffeaux de S. M. & après la Quarantaine ordinaire
, eft venu à Marseille , où il a été reçû avec
un aplaudiflement univerfel ; il eft logé à l'Arfenal
chés M. d'Hericourt , Intendant des Galeres , où
tous les Corps de la Ville & celui des Galeres ont
été le complimenter . Tout le monde eft charmé de
20
fa
3
1907
AOUST. 1741
a politeffe & de fes manieres engageantes . Les
quipages des Vaiffeaux du Roy ont reçû des marques
confidérables de fa liberalité . Les lettres écrites
de Conftantinople dans le tems de fon départ ,
marquent que j mais Ambaffadeur n'a été plus univerfellement
regretté que lui.
Le même Marquis de Villeneuve qui étoit arrivé
de Marfeille à la Cour au commencement du mois
dernier , fut prefenté au Roy le 9 qui le reçut très- favorablement . Il remit une Lettre du Grand Seigneur
à S. M.
>
MADEMOISELLE DE CLERMONT , Princeffe du
Sang , Sur -Intendante de la Maiton de la Rine
mourut au Petit Luxembourg le 11. de ce mois ,
vers les huit heures du matin , âgée de quarantetrois
ans , neuf mois & vingt cinq jours , étant née
le 26. du mois d'Octobre 1697. Cette Princeffe ,
qui fe nommoit Marie - Anne de Bourbon - Condé ,
étoit fille de Louis de Bourbon - Condé , Prince du
Sang , mort le 4. Mars 1710. & de Louife Fran
çoife de Bourbon , Légitimée de France , Fille du
feu Roy.
Funérailles & Inhumation du Corps de cette Princeffe .
Toute la Façade de l'Hôtel du Petit Luxembourg
étoit tenduë en blanc à douze lez , avec deux lez de
fatin blanc chargés d'Ecuffons aux Armes de Bourbon
- Condé , & entre ces deux lez étoient placés
les grands Ecuffons aux mêmes Armoiries.
La grande Cour étoit auffi tendue des deux côtés
, à fix lez , le Periftile entierement tendu les
Colomnes couvertes de même ; le g and Efcalier ,
le Perron , la grande Salle d'entrée & plufieurs
autres contigues , auffi tenduës , & garnies de pla
ques avec des bougies.
Le
1908
MERCURE DE
FRANCE
Le Corps de la Princeffe , qui avoit été vû à ví
fage découvert le jour de fa mort , ayant été ens
baumé & mis dans un Cercueil , fut expofé & élevé
fur une Eftrade de trois gradins , fous un Dais de
Damas blanc à crefpines d'argent. Il étoit couver
d'un Poële de Damas blanc herminé. On avoit pla
cé fur le Corps une Couronne de Princeffe fur un
carreau de Satin couvert dun Crêpe blanc , &
plus bas du côté des pieds on voyoit une boëte de
vermeil qui renfermoit le coeur de cette Princeffe
fur un carreau & un crêpe de même. On avot dreffe
dans le même Salo deux Autels pour y cé ebrer lat
Meffe , ils étoient garnis de Cierges & des Ecuffons.
D'an côté à la tête du Corps , étoit Mlle de Vil
leneuve , Demoiselle de compagnie de la Princesse ; e
en deçà du même côté étoient les Femmes de cham
bre . De l'autre côté du Corps étoient placés lesb
Aumôniers , les Ecuyers , les
Gentilshommes , &
Jes Pages.
1
Le is. Août , les PP.
Cordeliers vinrent jetter de
l'Eau benite fur le Corps de la Princesse ;
main , le Curé de S. Sulpice
accompagné de fon
le lende
Clergé fit la même
ceremonie ; & l'après- midi da
même jour, les PP de l'Oratoire de la ruë S. Honoré. ”
Ce jour là , on fit le tranfpott des Entrailles de
la Princesse à la Paroisse de S. Sulpice dans un carosse
fans draperie , dans lequel il y avoit un
Aumônier & deux
Gentilshommes , des Valets de
pied portant des flambeaux autour du carrosse. Le
Curé de S. Sulpice
accompagné de fon Clergé , re
çut les Entrailles ; on les porta
enfuite dans la Chapelle
de la Maifon de Condé , dans laquelle on
chanta le De profundis , on jetta de l'Eau benite ,
& après l'Oraifon elles furent miles dans le caveau .
Le 16. vers les huit heures du foir , le Corps fut
porté de l'Hôtel du Petit
Luxembourg à l'Eglife,
AOUST. 1741.
1909
Monaftere des Religieufes Carmelites du Fauxurg
S.Jacques qui étoit tendue en blanc de la mêne
maniere qu'elle l'avoit été lors de l'inhumation
du Corps de feue Madame la Duchesse.
Lorfque le Convoi fut arrivé au Monaftere des
Carmelites , l'Evêque de Châlons fur Marne accompagné
du Curé de S. Sulpice , après ies prieres,
dinaires , prefenta le Corps & fit un Difcours
eloquent , auquel M. de la Marre , Grand Pé
nitencier & Superieur des Religieufes Carmelites
répondit. Le Corps fut inhume enfuite avec le
Coeur , après les Prieres ordinaires , fous le Cloitre.
des Religieufes. Voici l'ordre de la marche du
Convoi.
Cent Pauvres , so hommes & so . femmes , cou
verts d'une piece de drap noir , portant
chacun un
fambeau , marchant fur deux files.
Deux Suiffes en deüil ,avec des pleureuſes , à cheval
& des houfles noires , portant chacun un Яambeau.
Le Sr Charaffe, Contrôleur de la bouche, en manteau
, à cheval , à la tête de fix Officiers en man
teau , à cheval , avec des houffes noires.
Six Valets de Chambre en manteau, à cheval avec
des houffes , éclairés par douze Domestiques.
Un caroffe drapé , attelé de fix chevaux , avec
des harnois drapés, où étoient les quatre Femmes de
Chambre de la Princeffe , éclairé de fix flambeaux.
Le caroffe drapé & attelé de - même , des Gentilshommes
de la fuite de S. A. S. MADEMOISELLE .
éclairé par huit flambeaux. Cette Princeffe faifant
les honneurs du Convoi.
Un autre caroffe drapé , attelé de- même , pour
les autres Gentilshommes de la même Princefle
éclairé par huit flambeaux.
Un autre caroffe drapé & attelé de- même , des
Gentilshommes qui devoient porter les coins du
ele , éclairé de huit flambeaux.
1910 MERCURE DE FRANCE
Un autre caroffe drapé , à fix chevaux caparaçonnés
, des Gentilshommes Ecuyers de la mêm
Princene ; M. le Chevalier de Thiers , un de les
Ecuyers , portant la Couronne , & un autre de fes
Ecuyers pour donner la main à MADEMOISELLE
pendant la Ceremonie ; ce carolle étoit eclairé par
dix flambeaux.
Un carofle drapé à fix chevaux, caparaçonnés avec
des Croix de Moire d'argent , où étoient l'Evêque
de Châlons , officiant , portant le Cour, & le Curé
de S. Sulpice accompagnés d'autres Prêtres de la
Paroifle , éclairé par dix flambeaux .
Six Pages à cheval , venoient enfuite en manteau,
portant chacun un flambeau , ils étoient fuivis par
20 Valets de pied , portant auſſi chacun un flam
beau.
Un caroffe attelé de huit chevaux caparaçonnés ,
avec des Croix de Moire d'argent , venoit enfuite ,
& renfermoit le Corps de la Princeffe ; fes Aumôniers
étoient dans le même carofle. Il y avoit
16. Valets de pied de chaque côté du Carofle , &
20. derriere ,, portant chacun un flambeau . 12. Suisfes
, vétus de deüil & en pleureufes , marchoieng
enfuite , portant des flambeaux , & la hallebarde
la pointe baillée.
Un caroffe à fept glaces & à fix places , attelé de
huit chevaux caparaçonnés, avec des Croix de Moi.
re d'argent , fuivoit, dans lequel étoit S. A. S. Ma-
DEMOISELLE , accompagnée de la Comteffe de
Marfan , de la Marquife de Lautrec, de la Comteffe
de Sade , & de Mlle de Villeneuve , faifant les fonctions
de la Dame d'honneur. Le dernier caroffe
attelé de fix chevaux caparaçonnés , fuivoit à vuide,
& fermoit la Marche du Convoi. Il y eû deux
Contrôleurs à cheval pendant la Marche, pour faire
obferver l'ordre convenable pendant la Ceremonie .
L'S
L'abondance des Matieres nos obl ge dr yer
u Mercure prochain tout ce qui regarde e Feu d'arifice
tire fur la Kiviere le 24. Août , vei le de la Fête
du Roy. c.
TABLE.
IECES FUGITIVES. La Poëfie Lyrique , 1699
PSuite du Traité de la Croix ,
Bouquet à Mad. S. par M. G ...
1704
1715
Lettre fur l'Opération de la Taille Latérale , 1716
Epitre Morale à la Signora Domitilla , 1728
Extrait de Lettre , fur une difficulté Topographique
, 1730
1733
Vers au Prince de Rohan , fur fa Thèse de Philofophie
,
Queſtion importante, jugée au Parl. de Paris , 1736
Ode Latine à M. Guerer , 1746
Copie de Lettre au fujet de la petite Vérole par
P'infertion ,
Fable , la Poule & la Canette ,
1748
1750
Lettre du Chev. de Franville, & Remerciment , 1752
Lettre écrite de la Campagne ,
Vers fur la Mort de Rouffeau ,
Remarques fur la Mort de Henry I.
Ode imitée d'Horace ,
Réponse à une Queftion propofée >
1716
1760-
1761
1763
1765
- ibid.
Ode fur le jour d'une Naiffance ,
Lettre fur la coûtume de boire à la fanté les uns
des autres ,
Ode fur le Labourage ,
Enigme , Logogryphes , &c. ,
1768
1789
1793
1795
1805
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS
, & c. L'Etat des Sciences en France
Des Antiquités de la Nation & de la Monarchie
Françoife ,
1812
18134
Biblia Sacra vulgata Editionis SixtiV.
Dictionaire Univerfel François & Latin ,
Obfervations Critiques fur la Collection d'Antiqui
tés Romaines ,
Profpectus des Ouvrages d'Hippocrates ,
1822
1823
Les Veillées de Theffalie, par Mlle de Luffan , ibid.
Hiftoire d'Eftevanille Gonzalez ,
Nouveau Traité du Sublime ,
Les Amuſemens du Coeur & de l'Eſprit ,
1824
ibid.
ibid.
3
Suite du Journal Italien du Marquis Maffei , 1834
Tables Aftronomiques du Soleil & de la Lune 1845
Lettre au fuvet du. Difcours du P. du Baudory ibid.
Séance publique de l'Acad . de la Rochelle , 1855
Prix proposé par l'Acad. Royale de Pau ,
Eftampes nouvelles ,
Chanfon notée ,
1870
1871
1873
Spectacles , Extrait de Mélanide , trois autres Piéces
nouvelles , & nouveaux Acteurs , & c. 1874
Théatre Italien, Piéces iciifes & nouv. Acteurs 1882
Nouvelles Etrangeres , de la Chine, Ruffic, & c. 1884
Italie , Malthe & Naples ,
1891
Elpagne, Portugal, Genes & Ile de Corfe , 1893
Hollande & Grande - Bretagne , &c. 1897
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 1900
Funérailles & Inhumation deMlle de Clermont, 1907
Errata de Juillet,
Age 1627. ligne 1. gravés, lifez,brodés. P.1650
1. 32. évalution , 1. évaluation.
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 1754 ligne 3. Amathée , lifex,, Amalthée,
P. 1839. 1. 22. Théatin , I. Barnabite.
Le Chanfon notte doit regarder lapage 8878
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le