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MERCURE
DE
FRANCE , 426031
DÉDIÉ AU ROT.
NOVEMBRE. 1740
THEFT'S
URICOLLIGIT
SPARGITE
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ,
M. DCC. XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy .
L
,
AVIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porier sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
"
DE
LA
ALLE
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROU
NOVEMBRE.
1749
LYON
*
1893
PIECES
FUGITIVES
,
en Vers et en Prose.
EPITRE
De M. de la Soriniere au Comte de Montmorenci
, fur la promesse qu'avoit fait ce
Seigneur de venir passer l'Automne à fon
Château des Buars en Anjou, avec la Comtesse
de
Montmorenci fon Epouse.
Ontmorenci , le tems s'avance >
Déja l'ardent Phebus volant dessus
M:
Balance ,
fon Char ,
Au fortir d'Erigone , entre dans la
▲ ij
Tan344
MERCURE DE FRANCE
Tandis que notre impatience
Nous brûle , & t'invite au départ .
Tu nous promettois que Pomone ,
Hâtant ton aimable retour ,
Loin de Paris , loin de la Cour ,
Nous te verrions dans cette Automne ;
Pour preffurer le vin nouveau ,
T'occuper du foin de la Tonne ,
Et d'en bien fournir ton Caveau .
Hélas ! tu promettois encore
Que l'aimable moitié que fon Epoux adore (4)
Et qui fur les bords Polonois
Jugea fi fainement du mérite François ;
Cette Héroïne , à qui le Ciel annexe
D'allier nos vertus aux vertus de fon sexe
Quittant Paris & les attraits
>
Viendroit ramenant ſur ſes traces
Les Jeux , les Amours & les Graces ,
Qui ne l'abandonnent jamais :
Mais d'un bien fi flateur notre attente déçûë ,
Détruit notre esperance auffi- tôt que conçûë.
Que de beaux projets éclipsés !
Nous devions , dès avant l'Aurore
Déja nos harnois endossés ,
Armés d'un Instrument fonore ,
(a) Ce Seigneur a épousé en Pologne la Veuve dn
Général Potoski.
Reveiller
NOVEMBRE. 1740 . 2345
Reveiller à grand bruit & Cerfs & Sangliers ,
Rembuchés dans tes bois au plus fort des halliers
Et je me ressouviens encore
Que hardi de tes nobles travaux ,
compagnon
Montant fuperbement ma Mule ,
Et trotant par monts & par vaux ,
Je devois être ton émule.
Au retour , pour nous délasser
Après quelques momens de table ,
Je n'irai point te retracer
L'image d'un vin délectable
Dont ont but chés toi l'an dernier ,
Un Hydropote (6) a fon excuse :
Et tout Hongrois qu'il foit qu'il pardonne à ma
Muse
De préferer ton Cuisinier :)(c)
Nous devions , le Prisme à la main ,
Eprouver avec la lentille ,
Si c'eft un fait assés certain
Que chaque rayon qui petille
Conserve invariablement
Le magnifique habillement
Qu'il reçoit de l'Aftre qui brille :
Newton l'a dit ; il n'en faut plus douter .
(b )Hydropote , buveur d'eau .
( c ) C'eft que les buveurs d'eau sont ordinairement
grands mangeurs.
A iij De
2346 MERCURE DE FRANCE
De ces belles
expériences ,
Tribut des fublimes Sciences
Où Newton feul peut ajoûter ,
Nous devions , fans nous arrêter ,
Parcourant ta
Bibliotheque
Porter nos regards curieux
Sur ces monumens précieux
>
De l'Histoire Romaine & Grecque ;
Puis laissant Thucidide , Hérodote , Platon ,
L'exact Polibe &
Xenophon ,
De l'Histoire à la Poëfie
Passer jusqu'à la Quintinie.
A ces nobles amusemens
Ou tu puisas les ornemens
Dont tu décoras ton génie ,
On auroit vu dans peu le séjour des Buars
Devenir celui des Beaux Arts.
Projets évanouis , que mon ame regrette
Réalisez - vous l'an prochain :
Et par un retour plus certain
Venez tirer de fa retraite
Un miserable Anachoréte.
Oui , Cointe , fi tu veux sçavoir
Ce qui m'occupe en la Province ,
Chagriné de ne s'y point voir ,
Je reste au fond de mon manoir ,
Sans qu'aucuu importun m'évince
D'un
NOVEMBRE. 1740 234%
D'un Cabinet , ni d'un Boudoir ,
Où du matin jusques au foir ,
Pour accomplir mon horoscope ,
Je contrefais le Misantrope..
Voudrois tu connoître en détail
Le prix , la valeur intrinséque
De ma mince Bibliotheque ?
Elle eft simple , & ſans l'attirail
De ces curiosités vaines
Que bien des gens assés souvent ,
Par un goût plus faux que fçavant ,
Entassent à grands frais , en vendant leurs Domaines.
Sur vingt Hiftoriens & quelques Orateurs
S'élevent à la file autant de Voyageurs ,
Qui, narrateurs constans de leurs lointains voyages,
Nous laissent à coup sûr bien des Fables pour gages ,
Paroissent sur les rangs ces fameux Ecrivains ,
Virgile , Juvenal , Plaute , Horace , Terence ,
Perse , Ovide , Syrus , ces Poëtes divins
Glorieux de la préference
Qu'on donne à Rome fur la France.
S'avancent fur leurs pas les Poëtes François ,
Qui sectateurs zélés du beau fiécle d'Augufte ,
Et toujours du vrai beau reconnoissant les loix ,
Sur la Nature & l'Art sçavent régler leur voix :
Leur bon goût eft la note où leur clavier s'ajufte :
A i
Tels
2348 MERCURE DE FRANCE.
Tels font ceux dont j'ai fait le choix :
Et , s'il t'en faut donner la liste presque
entiere ,
Despreaux , un Corneille , un Racine , un Moliere,
Un Quinaut , un Malherbe , un Marot , un Rousseau
,
La Fontaine , Renard , Voltaire & du Cerceau :
Et non de ces Rimeurs qu'au Parnasse on renie
Prototypes des vains abus ,
Qui loin de la belle harmonie
Du Rythme & de la Prosodie ,
Harcelant Pégase & Phébus
N'enfantent que de vrais bibus ,
Sans goût , fans art & fans génie.
Point de Scholiafte ennuyeux ,
Point de Critique fourcilleux ,
De Manuscrits qu'on ne peut lire
Ni cent Volumes rassemblés
D'originaux interpolés :
Je lis , mais fans vouloir écrire
?
Kollin , Prideaux , Locke & Newton ;
Columelle , Rapin , Pluche , Pope & Milton ,
Voilà ce qui , fixant mes volages caprices,
Fera jusqu'à la mort mes plus tendres délices ,
Avec les élémens & le style assorti
De Voltaire & d'Algaro.i.
J'ai banni les Romans & les Historiettes ,
Qui , de mon Cabinet Occupant les tablettes ,
S'éta
NOVEMBRE . 1746. 2349
S'étaloient avec pompe : & j'ai mis en leur lieu
Les faciles Ecrits de Chapelle & Chaulieu .
J'aime le vrai , le fimple , & déteste l'enflure
D'un Romanesque Auteur qui force la nature.
Qu'un faiseur de Romans du fond de fon cerveau,
* Arrache fans effort un volume nouveau ,
Peu touché des progrès de fa verve féconde ,
Ces riens interessans qui charment le beau monde ;
N'auront jamais pour moi que glace & que froi
deur ,
Et je plains bien ſouvent les talens de l'Auteur,
Qu'on cherche dans le vrai ces incidens fublimes
Ces situations , qui par des traits intimes
Sçavent faisir , fraper , & remuer le coeur ,
Je permettrois encor que l'Ecrivain qui brode
Avec la vérité mariât l'épisode ;
Mais que , feignant par tout, & qu'en de vains prejets
Un Auteur égaré nous offre les objets
Sous le verre imposteur du plus fin microscope ,
Je le place au niveau des Tireurs d'Horoscope.
Quelque pompeux habit , dont se pare un Roman ,
Il eft pauvre en effet , & n'est qu'un Charlatan ;
Il ne nous peut fournir aucun trait profitable ,
Qu'autant qu'il nous paroît Hiftoire véritable ;
C'est là que le Lecteur avec plaisir conduit
Voyage , & s'en revient utilement inftruit.
A v LES
135 MERCURE DE FRANCE
I
LES SYRENES.
L y a quelque tems que nous avons été
invités par une Lettre Anonyme, de donner
par nous-mêmes , ou de procurer au Public
par le moyen de ce Journal , quelque
inftruction exacte & folide , principalement
au fujet des Syrenes , & par occasion , des
autres Productions de la Mer , de la même
nature. Nos occupations continuelles nous
avoient fait perdre cet objet de vûë , lorsqu'il
nous eft tombé entre les mains un Ouvrage
tout récent , dans lequel le ſujet en
queftion nous paroît bien traité , & сара-
ble de fatisfaire la curiosité de la Personne
qui nous a fait l'honneur de s'adresser à
nous.
Cet Ouvrage eft intitulé : CAPRICES D'IMAGINATION
, Ou Lettres fur differens ſujets,
&c. 1. Vol. in- 8 ° . à Paris , chés Briasson
1740. lequel nous avons déja annoncé au
Public , dans le Mercure. Voici ce qu'on
y trouve au fujet des Syrenes , &c . p. 35 .
"
TROISIEME LETTRE Sur les
Syrenes , Tritons , Néréides , & autres Poissons
rares , quife trouvent dans la Mer.
, L'étenduë prodigicuse de la Mer &
l'inépui
NOVEMBRE . 1749. 2351
l'inépuisable fécondité de la Nature , ont
donné lieu , M. à quelques Physiciens de
s'imaginer qu'il n'est rien de propre aux autres
Elémens , que la Mer ne renferme dans
fon fein. La reflemblance qu'ils ont trouvée
entre certains Poissons & des Etres qui paroiffent
tellement particuliers aux Elémens à
qui ils apartiennent , qu'on n'auroit point dû
foupçonner que les Eaux en euffent des copies
, les a confirmés dans cette idée. La
Mer , outre fes Arbres & fes Plantes , a des
Poiffons , à qui , par raport à leur reffemblance
, on a donné les noms de Panais ;
d'Ortie , &c. On trouve fous la ligne une
quantité de Poiffons volans ; il y a des Eperviers
& des Hirondelles de Mer ; les Eaux
donnent naiffance à des Lyons , des Vaches,
des Chevaux , des Chiens , des Loups , des
Boeufs , des Veaux. On y trouve des Poissons
reffemblans à la Lune & aux Etoiles ,
qui portent le nom de ces Corps lumineux
& dont les premiers , du moins , jettent
pendant un tems assés long , une lumiere
éclatante , qui justifie d'autant micux leur
dénomination. Il eft cependant vrai , ceci
foit dit par paranthese , que la Lune Marine
n'a pas
le privilege exclusif de donner de la
lumiere ; mais cette faculté convient à merveille
& à fa figure , & au nom qu'elle porte.
On trouve même dans les Eaux des Hom-
,
A vj mes
2352 MERCURE DE FRANCE:
mes Marins & des Femmes Marines. Cette
derniere espece de Poissons fera le principal
objet de cette Lettre , après que je vous aurai
observé que les Productions de l'Art trouvent
auffi des copies dans l'Empire de Neptune
, & qu'on y voit des Roües , des Sciés ,
des Aiguilles & des Poignards.
L'Hiftoire fournit peu d'exemples d'apparitions
d'Hommes Marins ; en récompense on
en trouve beaucoup de Femmes Marines
vûës ou prises. Il femble qu'il foit attaché à
P'espece Fémelle d'aimer à attirer les regards.
Les anciens Naturaliſtes apellent les Hommes
Marins Tritons , & les Fémelles Syrenes.
Schot , dans fa Phyſique curieuse , fait deux
claffes differentes des Femmes Marines : il
conserve le nom de Syrenes à celles qui ne
reffemblent aux Femmes que par le tronc &
par les extrêmités fuperieures , & dont les
extrêmités inferieures font remplacées par
une queue de Poisson ; il nomme Néreides
celles qui reffemblent parfaitement aux Femmes.
Telle eft celle dont parle Jonfton , qui
fut prise en 1403. dans un Lac de Hollande
où elle avoit été jettée par la Mer , & qui fe
laiffa habiller , s'accoutuma à manger du
pain & du lait , & à filer , mais fans pouvoir
aprendre à parler . Un mauvais plaisant ne
manqueroit pas de dire , qu'à ce trait il voit
parfaitement que cette Femme n'eft pas une
Femme
NOVEMBRE. 1740 2353
Femme de notre terre . Mais pour moi , je
me garderois bien de le dire , quand je le
penserois.
Voilà , M. le feul exemple de Néreïde
vûë , qui foit venu à ma connoiffance. Il faut
que l'efpece en foit rare , auffi bien que celle
des vrais Hommes Marins . Je n'en connois
que peu d'hiftoires , que je vais vous ra-
-porter.
,
La premiere eft tirée de l'Hiftoire Naturelle
d'Angleterre de Childrey , qui raconte
d'après Raoul Coggeshall , Auteur fort ancien,
qu'en 1187. on prit aux environs d'Oxfort ,
un Poiffon parfaitement femblable à un Homme.
On le garda dans la Citadelle pendant
fix mois ou environ , au bout duquel tems ,
trouvant l'occaſion de s'enfuir , il fut précipitamment
fe jetter à la Mer. Childrey dit
d'après un autre Auteur , que ce Poiffon fut
pris dans les filets d'un Pêcheur.
Pareille Hiftoire , atteftée dans la Vie de
Peyresc par Gaffendi , rend très- probable ce
qu'on lit dans Pline , qu'un de ces Tritons
fut pris fur les Côtes de Portugal , & un autre
dans le voisinage du Détroit de Gibraltar.
Mais que dirons - nous de la fuivante ? Jean
Philipe Abelinus , dans fon premier Tome
de fon Théatre de l'Europe , raconte qu'en
l'année 1619. des Conseillers du Roy de
Dannemarck
4354 MERCURE DE FRANCE:
Dannemarck navigeant de Norwege à Cop .
penhague , virent un Homme Marin fe promener
dans la Mer , portant une botte d'herbes.
On lui lâcha un appas qui cachoit un
hameçon , au moyen duquel on l'attira à
bord du Vaiffeau . Mais à peine y fut il , qu'il
fe mit à parler & à menacer le Vaiffeau de fa
perte , fi on ne lui rendoit la liberté. Vous
jugez bien que les Marins , gens fort fuperftiticux
, ne la lui firent point attendre. C'eft
le feul exemple d'Homme Marin qui ait parlé.
Auffi quelques- uns doutent fi ce n'étoit
point plûtôt un Spectre qu'un Triton . Pour
-moi , qui ne conçois point d'où lui feroit
venue la connoiffance de la langue Danoise,
ou de quelqu'autre que ce fût , je commence
, & je me crois autorisé à le faire , par
contefter la vérité du Fait.
Les Syrenes , proprement dites , ainsi que
les Tritons , qui probablement font les mâles
de cette efpecc de Poissons , peuvent encore
fe fousdiviser en plufieurs classes ; les
unes ont un col , les autres n'en ont pas , &
les unes ont la queue double , pendant que
les autres l'ont fimple.
Le Capitaine Anglois , Jean Schmidt , au
raport de plusieurs Auteurs , vit en 1614.
dans la Nouvelle Angleterre , aux Indes Occidentales
, une Syrene ayant la partie ſupérieure
du corps parfaitement femblable à une
Femme
NOVEMBRE. 1740 2355
Femme. Elle nageoit avec toute la grace possible
, lorsqu'il l'aperçût du bord de la Mer
où il fe promenoit . Les yeux , le nez , le
front , de longs cheveux verts de mer , flotant
fur les épaules , auroient , à ce qu'il raporte
, fait une Fille très- aimable , file dessous
du nombril n'eût point été Poisson.
Aparemment que cette espece n'eſt pas
commune , car c'eft le feul exemple que je
connoiffe de pareille Syrene. Mais je vais en
raporter beaucoup de celles à qui le col
manque .
Bartholin raporte dans la feconde Centurie
de fes Hiſtoires mémorables , qu'on en trouve
dans la grande Riviere de Cuama , près
le Cap de Bonne - Esperance , qui ne different
des précedentes que par le défaut du col,
& parce que leur tête tient immédiatement
aux épaules . Elles reffemblent même aux
Femmes par les mammelles qu'elles ont pleines
de lait.
On en voit encore de pareilles dans les Indes
Orientales , près de certaines Isles apartenantes
aux Espagnols ; & fi l'on en croit
Kirker , près des Isles Philippines. 11 dit
que les Espagnols les nomment Pesce Muguer
, & les Naturels du Pays , Duyon. II
les dépeint femblables aux Femmes , fi l'on
en excepte le col & quelque difference dans
·le nez. Il ajoûte qu'elles n'ont point les mammelles
2356 MERCURE DE FRANCE :
melles flasques & molles , mais qu'elles fes
ont comme les filles , rondes & fermes ;
qu'elles ont les bras larges & commodes pour
´nager ; mais qu'elles n'ont point de jointures,
non plus que les doigts des mains.
Cette description convient affés à celle que
donne Monconys dans fon Voyage d'Egypte ,
page 252. de pareils Poissons qui fe trouvent
dans la Mer Rouge . Voici fes termes.
» Je fis picquer un petit chien par une vi-
" pere ordinaire ; elle le prit à la jambe droi-
» te de derriere , & lui fit deux trous dont
» le fang fortit auffitôt. Je lui donnai 55 .
"" grains de la raclure de dent de l'Homme
» Marin que j'avois aporté du Tour, & qu'on
» m'assûra être un fouverain remede contre
» toutes fortes de venins ; mais nonobftant
» il en mourut rrois heures après . Ces Hom-
» mes Marins font de gros Poiffons qu'on
prend dans la Mer Rouge. Ils font à peu
près de la grandeur d'un Chameau ; ils onɛ
» la tête faite comme celle d'un Boeuf , & la
» queuë comme celle d'un Poiffon . Le refte
» du corps , depuis le ventre en haut , eft
ود
»
» fait comme un Homme ou comme une
» Femme , y en ayant de l'un & de l'autre
fexe , ayant la nature de même que celle
» de l'un & de l'autre . Ils ont la poitrine
» les mammelles , les bras , les mains , de
» même que les Hommes , excepté que les
> "
>
doigts
NOVEMBRE.
1740. 2357
"
doigts font joints les uns aux autres , par
» une peau ou cartilage , comme les pattes
d'Oye , ou les aîles de Chauve - Souris . Plu
» fieurs personnes qui en ont vû , me l'ont
» assûré , car pour moi , je n'en ai pas vû.
» Du depuis , j'ai vû des mains où il n'y avoit
» que des os écorchés. Ils font joints les uns
» aux autres , & reffemblent à la tête d'une
» Merluche . Mais les Religieux m'ont pro-
» mis de m'en envoyer fi-tôt qu'on en pren-
» droit. Il eft impoffible d'en avoir un en-
» tier , parce que les Pêcheurs Turcs ont cet-
» te fuperftition de n'en vouloir point don-
» ner , & disent que leur Loi le défend ; &
» fi-tôt qu'ils en prennent , ils leur coupent
» la tête & la jettent à la Mer. J'ai vû la
» peau d'un , qui avoit quelques dix pieds
» de long ; elle étoit plus épaiffe que le plus
" gros Buffle qu'on voye , & plus dure que
» le bois. Ils en font des Rondaches à l'é-
» preuve du piſtolet , & des femelles de fou-
» liers qui durent trois ans. La dent que j'a-
» chetai douze Médains , femble une défen-
→ se de Sanglier.
Si cette Description eft exacte , cette espece
de Monftres Marins eft differente des
Tritons & des Syrenes . Mais il pourroir bien
fe faire que Monconys fe fût mépris en prenant
la mesure de la tête pour fa figure ; &
se qui m'engage à le croire , c'eft le trait de
fuperftition
2358 MERCURE DE FRANCE:
·
superstition des Turcs qu'il raporte. Leur
Loi leur défend les représentations de têtes
d'Hommes : auffi ont ils mutilé toutes les
Statues & Bas -reliefs qui font tombés ſous
leur puiffance ; & c'eft fans doute fur ce.
fondement qu'ils coupent la tête des Poissons
à figure humaine , & la jettent à la Mer.
Quoiqu'il en soit , cette espece differe certainement
de quelques autres , dont nous
parlerons ci après , qui ont la peau auffi douce
& auffi fine , que celle de la femme la plus
délicate .
Christophe Furer de Heimondorf , dans
fon Voyage de la Terre Sainte , parle auffi
d'une Syrene qu'il vit en 1565. dans la Ville
de Torre , dont la description convient à celles
dont parle Kirker , & à celle qui , au raport
de Bartholin dans l'endroit cité , fut dif
fequée par Pierre Paw , Professeur à Leyde .
Monconys & Bartholin different cependant
de Kirker , en ce que ce dernier prétend
qu'il n'y a pas d'articulation dans leurs bras,
& les premiers foûtiennent le contraire.
Mais il n'y a point de doute que Bartholin ,
en ayant fait la dissection , ne mérite plus de
croyance .
Je ne fçais dans quelle classe il faut ranger
la Syrene dont parle cet illuftre Anatomiſte
au même endroit , qui fut prise en Dannemarck
, aprit à filer , à parler , & même
prédig
NOVEMBRE. 1740. 2359
de ,
prédit l'avenir. Si elle eût joint à ces talen
celui de la Musique , je la croirois descenduë
d'une de ces Filles du Fleuve Achelous
& de la Nymphe Calliope , qui habitoient
le Rivage de Sicile , où elles avoient vû enlever
Proserpine , à qui elles étoient attachées
, & je croirois , n'en déplaise à Ovique
de rage d'avoir vû Ulisse leur échaper
, elles fe font pour toujours renfermées
fous les Eaux , au lieu de s'y fubmerger, com !
me le dit le Poëte Latin. Mais laiffons la Fable
; que celle dont il s'agit ait été une véritable
Syrene , c'eft ce qu'il n'eft pas permis
de révoquer en doute. Elle avoit une queuë
de Poiffon , & ce qui eft remarquable ,
c'eft que cette queue , au raport de Bartho
lin qui l'a dissequée , n'étoit qu'une maſſe de
chair informe , au lieu que celle des Poiffons
eft toute musculeuse ; de forte qu'elle paroît
n'avoir d'autre usage que de fervir de contrepoids
à la partie fuperieure du corps.
Kirker donne ailleurs la Description des
Syrenes qui ont une longue chevelure , formée
, non de poils , mais des filets charnus ,
qui forment des éminences ; ayant le viſage
agréable , les yeux vifs & gracieux , manquant
de nez , ayant les bras plus longs que
ceux des Hommes , les doigts des mains
joints par un cartilage en forme de patte
d'Oye des mammelles rondes & fermes
&
360 MERCURE DE FRANCE
& la peau couverte d'écailles extrêmément
blanches & fines , que l'on prend pour une
peau blanche & graffe . Il ajoûte que les Tritons
& les Syrenes ont autant d'adresse que
les Singes fur terre ; qu'ils fe construisent
avec des rocailles des grottes dans des lieux
inaccessibles aux hommes , où ils ont des
caches pour mettre leurs provisions ; qu'ils
fe font des lits d'un fable doux pour s'y reposer
de leurs fatigues ; qu'ils viennent fur la
terre , comme les Amphibies , pour y mieux
fentir la chaleur du Soleil , & qu'ils aiment
passionément nos fruits & nos racines.
Mais fi personne ne peut penetrer jusqu'aux
grottes des Syrenes , où Kirker a - t'il
pris la Description qu'il en donne ?
Dimas Bosque , Médecin du Viceroy de
l'Isle de Manara , rapore l'Histoire fuivante
dans une Lettre inserée dans l'Histoire d'Afie
de Barthole. Etant à fe promener fur le bord
de la Mer avec un Jesuite , une troupe de
Pêcheurs vint inviter ce Pere à entrer dans
leur Barque pour voir un prodige . C'étoient
feize Poissons à figure humaine , neuf fémelles
& fept mâles , qu'ils apelloient , à
cause de leur reffemblance , Homines Marins
& Femmes Marines , & qu'ils venoient
de prendre d'un coup de filet . On les tira
fur le Rivage , & on examina en détail leurs
parties , qui reffembloient prefque entierement
NOVEMBRE. 1740 2361
ment à celles de l'Homme . Ils avoient la
tête ronde , mais posée immédiatement fur.
les épaules . Leurs oreilles étoient éminentes
comme les nôtres , cartilagineuses & couvertes
d'une peau mince. Leurs yeux , femblables
aux nôtres pour la couleur , la forme
& la fituation dans des orbites cachés fous
le front , étoient de même garnis de paupieres
, & n'avoient point , comme ceux des
Poiffons , differens axes de vifion . Le nez ne
differoit qu'en ce qu'il étoit aplati & fendu .
La bouche , les lévres , les dents , étoient
parfaitement femblables aux nôtres ; les dernieres
étoient quarées & ferrées l'une contre
l'autre. Ils avoient la poitrine large & couverte
d'une peau extrêmement blanche , qui
laiffoit apercevoir les vaiffeaux fanguins qu'el
le couvroit. Les Femelles avoient les mammelles
rondes & fermes , non pendantes &
flasques , qui donnerent en les pressant une
grande abondance de lait très - blanc . Leurs
Bras, longs de deux coudées , plus pleins que
les nôtres,paroiffoient fans jointures, & leurs
mains attachées au cubitus ; ils avoient fous
les aiffelles des poils minces & mollets ; en
un mot , la conformation interieure & exte
rieure , tant des mâles que des femelles , examinée
anatomiquement , ne parut differer
presque en rien de celle du corps humain. Il
ne leur manquoit pas même cette difference
remar
2362 MERCURE DE FRANCE
remarquée par Ariftote entre les mâles & les
femelles , que ces dernieres ont plus d'embonpoint.
Le dessous du ventre , à commencer
aux anches & aux cuisses , fe partageoit
en une queue double , telle que celle
des Poiffons , & telle que celle avec les
quelles on peint ordinairement les Syrenes.
L'Isle de Manara , où l'on pêche les Syrenes
, eft une Isle d'environ quarante milles
de circuit , assés près de l'Isle de Ceylan.
Elle a au Nord les Roches de Romanancor,
contre lefquelles les courans , venant fe précipiter
, rejettent & brisent fur les Côtes
d'Infanapatan , les Navigateurs qui ne ſe ſont
pas tenus fur leurs gardes .
Je finirai l'Histoire des apparitions des Syrenes
par celle que
Bartholin raporte. Il dit
qu'un beau jour d'Eté de l'année 1669. une
infinité de personnes qui étoient fur la Rade
de Coppenhague , virent distinctement une
Syrene auprès du Port de cette Ville , ayant
le visage humain , fans barbe , & la queuë
double. Les rélations ne differerent qu'en un
point , c'eft fur la couleur des cheveux , que
les uns disoient rouges & les autres noirs ;
mais il peut fe faire que la differente réflexion
des rayons de lumiere , par raport aux Spectateurs
, causât ces differentes impreffions .
Je vous ai remarqué plus haut , M. que les
Néréides paroiffoient rares dans la Mer ; elles
font
NOVEMBRE. 1740 2363 .
font plus communes dans le Fleuve de Tachni
qui est fur les confins de la Province de Lu
comorie , à l'extrémité de l'Empire de Ruſſie.
Car Pierre Petowitz de Erlesund , raporte
dans fon Hiftoire de Moscovie , qu'on y trouve
des Poiffons entierement semblables aux
Hommes , au défaut près de parole & de
raifon, Il dit que le goût de leur chair eft
extrêmément doucereux..
Il manqueroit quelque chose à l'Hiftoire :
des Poissons à figure humaine , fi je ne vous
remarquois pas que l'Auteur connu fous le
nom d'Alexander ab Alexandro , parle de
Tritons , vûs fur les Côtes d'Espagne & d'Epire
, & que plufieurs Naturalistes , outre
ceux que j'ai déja cités , atteſtent de pareilles.
Histoires. Mais ce qui va peut- être vous furprendre
, quoique la remarque faite au com
mencement de cette Lettre , fur la reffemblance
entre des Poiffons & des Ouvrages
de l'Art , le rende probable , il y a des Poissons
qui reffemblent à un Moine : Gesner
donne la figure d'un. Olearius , dans la Des
cription du Cabinet du Duc de Holstein-
Gottorp, donne la figure d'un autre , n'ayant
ni nageoires, ni écailles , pris en vie au Nord.
de la Hollande , & conservé dans le Cabinet
du Duc de Holstein - Gottorp. Aldovrandus
en dépeint un troisième , mais different
dernier par les écailles dont il eft couvert.
On
10
2364 MERCURE DE FRANCE
On voit auffi dans Gesner la figure d'un Evêque
, c'eft à - dire , d'un Poiffon coëffé d'une
Mître telle que celle d'un Evêque .
que
Enfin , Kirker raporte qu'étant à Malthe
fur le bord de la Mer , dans le voisinage
d'une Eglise dédiée fous l'invocation de la
Vierge , connue vulgairement fous le nom
della Malesa , il vit un Poiffon monstrueux
le Fleuve y avoit jetté , & qu'on apelloit
Diable Marin. Si l'on en excepte une
longue queue qui le terminoit , il avoit la
figure humaine , quant à l'arrangement & à
la fituation de fes parties ; mais toutes ces
parties faifoient horreur ; la face entierement
défigurée , les yeux de travers ,
travers , la barbe ri .
diculement taillée , les joües couvertes de rides
, des cheveux mal rangés , fuposé que ce
qui en tenoit lieu puiffe mériter ce nom ; les
mains monftrueuses & femblables en grand
à des aîles de Chauve- Souris , & la peau
'couverte d'écailles raboteuses.
Je conçois bien comme une femblable figure
eft peu propre à infpirer de l'amour ;
mais je m'étonne que quelqu'une de ces gentilles
Syrenes n'ait pas inspiré cette paſſion
à quelqu'un des Spectateurs . Les Pigmalions
fe font assés multipliés , pour autoriser ma
furprise .
Vous ne trouverez fans doute , M. rien de
merveilleux dans ces differentes apparitions
de
NOVEMBRE. 1740. 2365.
་
'de Monftres Marins. Physicien comme vous
êtes , vous verrez d'abord que c'eſt par de
raisons naturelles , qu'ils préferent certains
endroits de la Mer à d'autres , ou qu'ils quittent
leur Lieu natal , pour voyager fur des
bords Etrangers . Mais l'ignorance de ces
raisons a donné lieu à des esprits timides &
fuperstitieux , ( & . d'où la fuperstition ne tire
- t'elle poine des forces ? ) de donner carriere
à leur imagination. Ils fe font donc persuadés
que l'aparition de ces Monstres Marins,
dans des Lieux insolites , présageoit des
Guerres & d'autres malheurs . Peut- on en
effet , fe refuser à l'évidence de leur raisonnement.?
En 1333. il y eut une Guerre cruelle
entre les François & les Anglois . Une Baleine
s'étoit échouée près de Lubeck. Les
Suedois en 1642. firent une irruption dans
le Holstein ; on y avoit pris deux Poissons en
forme de fcie , l'un long de dix pieds , à
Chilon , l'autre à Apenrade. Le Corsaire
Chinois Coxini , en 1661. attaque & prend
Taywan, dans l'Isle Formose , Herport avoit
vû le matin un Homme inconnu fortir trois
fois hors de la Mer , & une Syrene en faire
autant à midi. On en croira , M. ce qu'on
voudra ; pour moi , je me ſouviens qu'il y a
environ vingt ans , un Cochon Marin , entierement
femblable par la hure , les oreilles,
le col , la poitrine & les pattes de devant , à
B un
2366 MERCURE DE FRANCE
un Porc de notre terre , fut pris à la Rade
de S. Valeri , en Caux . Le Flux l'y avoit aporté
; le Soleil l'invita à s'ỳ divertir. Comme
il étoit dans un fond , il ne fentoit pas que
le Reflux alloit le laiffer prefque à fec , &
quand il le fentit , il n'y avoit plus assés d'eau
pour regagner la Mer. Les hurlemens dont
il fit alors retentir le rivage , attirerent des
Pêcheurs, qui , après l'avoir affommé & éventré
, pour le rendre plus portatif , car vous
fçaurez qu'il avoit le ventre aufli gros , pour
le moins , qu'une demi queuë d'Orleans , le
promenerent par les Villes du voisinage , où
ils le firent voir pour de l'argent. Je ne fus
pas des derniers attirés par la nouveauté du
fpectacle. Ainsi je parle en témoin oculaire.
Sa peau étoit extrêmement dure , plus même
que celle du Chien de Mer. Si c'étoit des
écailles fincs qui causoient cette asperité ,
c'eſt ce que je n'examinai point alors ; mais
je remarquai qu'elle étoit herissée de poils
très clair- semés à la vérité , mais extrêmément
roides , & près desquels ceux des Sangliers
n'étoient que du coton. Ce Monftre
Marin , au deffous du ventre , se terminoit
par une queue de Poiffon , & , ce qu'il y a
d'assés fingulier , cette malle énorme n'avoit
point de nageoires , ou du moins elles étoient
très- disproportionées au volume du corps.
Ainfi il rampoit plûtôt qu'il ne nageoit. , La
longueur
NOVEMBRE. 1740 2367
longueur de ce Poisson étoit de huit ou neuf
pieds. Cette observation peut fervir à vous .
faire connoître l'erreur de ceux qui prétendent
que le Marsoüin est le Cochon de Mer.
Mais fi ce dernier reffemble au Cochon de
Terre par le goût qu'il a pour les mêmes
nourritures , tous ceux qui le connoiffent
sçavent combien fa figure eft differente de
celle que je viens de décrire. Les Pêcheurs
n'ayant pas eu la précaution de faler ce Poiffon
, il fe corrompit à Amiens , & fur jetté
dans la Riviere. Je vous assûre cependant
que , quoiqu'il n'y eût aucun exemple de pareil
Monftre vû fur les Côtes de Picardie
cette aparition ne fut fuivie d'aucun événe
ment fâcheux , du moins fur notre Hemisphere.
Qu'il n'en foit point arrivé à nos Antipodes
, c'eft ce que je n'oserois assûrer. J'ai
perdu le fouvenir des Gazettes de ce tems - là,
& je ne crois pas être tenté de les lire pour
me les rapeller.
Je finirai cette Lettre par vous observer
que Kirker prétend que les Os des Syrenes
ont une vertu merveilleuse contre le Flux de
Sang , & qu'on en pourroit tirer le vrai Baume
de Vie ; la Momie , fi vantée des Philosophes
Hermétiques , & l'Elixir de Vie ,
pable de retablir la chaleur naturelle. Ecrions
nous donc avec lui : Quel dommage que ces
Poiffons foient fi rares ! Mais , pour parler
Bij vrai,
ca-
3
1365 MERCURE DE FRANCE
vrai , quel dommage qu'un fi grand Homme
ait adopté des idées auffi chimeriques ! Car
ne fuis - je pas bien fondé à croire qu'il en feroit
de ces magnifiques idées , à peu près
comme de la vertu alexitere de leurs dents
que Monconys trouva parfaitement imaginaire
,
ainfi que le paffage que j'ai extrait plus
haut en fait foi ? Je fuis , &c.
Si la personne qui nous a écrit fur ce fujet,
fouhaite une plus ample inftruction , elle lira
s'il lui plait , le Traité des Syrenes de l'Abbé
Nicaise , & ce que nous avons raporté nousmêmes
de l'aparition d'un Homme Marin ,
arrivée en 1724. dans les Mercures de Septembre
1725. p. 1963. & de Novembre , p.
2657. & les autres Evenemens femblables
cités à cette occafion & c.
****************
LA SOLITUDE ,
CANTATILLE.
SEjour heureux , où mon ame tranquille
Jouit du plus parfait repos ;
En vain flaté des attraits de la Ville ,
J'ai pû me délivrer de fon fatal cahos.
Mon coeur dans cette Solitude
Ne goûte que de vrais plaiſirs ;
Eloigné
NOVEMBRE. 1740 2369
Eloigné des foupçons & de l'inquietude .
Tout ici prévient mes desirs.
A la brillante Aurore
J'interromps mon fommeil ,
Le foin de plaire à Flore
M'occupe à mon reveil:
Le Zephir favorable
Seconde mes travaux ,
Et Pomone à ma table
Offre des mets nouveaux .
Je ris des rufes de Climene ,
Sa beauté n'a pour moi que d'impuiffans attraits ;
Amour , auteur de mes regrets ,
Je brise dans ce jour ma chaîne ,
Pour ne la reprendre jamais.
Sur un verd gason
Bacchus me careffe ,
Et de Cupidon
Je brave l'adreffe ;
Sans foins , fans allarmes ,
* A de fi doux charmes
Je livre mon coeur
Ils font mon bonheur ;
Tout cherche à me plaire ,
L'Aftre qui m'éclaire
Eft toujours brillant ,
Et loin de l'orage
Bij Je
2370 MERCURE DE FRANCE
Je lens l'avantage
De vivre content .
MEMOIRE Historique & Topographique
sur le Comté de Ponthien . Par M. Godart
de Beaulieu , ancien Maire de la Ville
d'Abbeville.
L
'Etendue du Reffort du Comté de
Ponthieu , auffi bien que du Siége Préfidial
qui y a été établi , peut être confideré,
1º. dans toute l'étendue que ce Comté avoit
auparavant 1225. époque du Traité de Chifait
entre Louis VIII . Roy de France ,'
& la Comteffe de Ponthieu.
non ,
2º. Dans les bornes où il eſt reſtraint depuis
1369. que ce Comté eſt rétini à la Couronne
, & que la Juftice Patrimoniale de
Ponthieu , qui reffortiffoit pardevant le Bailly
d'Amiens , eft devenue Royale , & a ressorti
nuëment au Parlement de Paris , fuivant
les Lettres en forme de Chartes , de
Charles V. Roy de France , de la même année
, raportées dans l'Hiftoire des Comtes
de Ponthieu & Mayeurs d'Abbeville , p. 382 .
Auparavant 1225. le Comté de Ponthieu
étoit un des plus beaux Comtés & de la plus
grande étendue du Royaume , puisqu'il n'avoi
NOVEMBRE . 1740. 2377
voit d'autre bornes du côté d'Artois , que la
Riviere de Canche ; du côté de Norman
die , que la Riviere de Seine , la Mer d'un
autre côté & le Comté d'Amiens de l'autre;
fuivant qu'il fera juftifié ci - après par les cinq
Démembremens qui en ont été faits depuis
l'année 1225. jusqu'à 1369.
,
Nous voyons même qu'auparavant 1200 .
le Duché ou Comté de Ponthieu , ( car on
s'eft fervi de ces deux Titres de Dignités en
parlant du Ponthieu ) dans ces anciens tems, il
étoit d'une plus grande étendue du côté de
la Flandre , puisqu'il comprenoit non - seulement
les Comtés de Boulogne , S. Pol, d'Ardres
& de Guisnes ; mais même qu'il s'étendoit
de ce côté jusqu'à l'Escaut , fuivant
'Hiftoire de Clovis , & les Chroniques de
l'Abbaye de S. Riquier , écrites par Aubin
Alcuin qui raportent qu'Alquaire , en
épousant Damiane , fille du Duc ou Roy
de Bourgogne , nicce de Clotilde , Reine de
France , fut par Clovis ordonné Duc de la
France Maritime , Francia Maritima , feu
Pontice , qui s'étendoit depuis l'Escaut jusqu'à
la Seine , & qui lui fut donné en Fiefou
Bénefice perpétuel , dont Clovis reçût la foi
& hommage , & qui a paffé à plufieurs Comtes
de Ponthieu , fes fucceffeurs , fur lesquels
une bonne partie a été usurpée par les Forestiers
ou Comtes de Flandre & les
Biiij Comtés
2372 MERCURE DE FRANCE
Comtes de Boulogne , S. Pol & autres
qui ont fervi de partage aux Puînés de Ponthieu
.
Il s'eft fait depuis 1200. cinq notables Démembremens
de ce Comté de Ponthieu .
Le premier & le plus ancien qui s'eft fait vers
1200. eft des Terres qui composent aujourd'hui
le Comté d'Eu , dont les Danois ou
Normans fe font emparés peu de tems après
leur établiſſement en Neuftrie.
Guillaume en fut le premier Comte , il
étoit le quatriéme fils de Richard fans Peur,
Duc de Normandie , qui etoit fils du bon
Duc Guillaume à la longue Epée , fils de
Raoul , premier Duc de Normandie .
Guillaume , Comte d'Eu & fes Succeffeurs
audit Comté , ont reconnu les Comtes de
Ponthieu pour leurs Suzerains , & leur ont
fait hommage
.
Nous trouvons qu'en 1208. au mois de
Juillet , Guillaume , Comte de Ponthieu ;
prend en fa garde & protection , les biens &
poffeffions des Eglises de Notre - Dame & de
S. Quentin de la Ville d'Eu ; ce qui marque
la Suzeraineté du Comté de Ponthieu .
Raoul , Comte d'Iffoudun , Comte d'Eu ,
au mois de Juin 1217. a rendu fon hommage
au Comte de Ponthieu .
Simon & Marie s'apointerent en 1234. en
qualité de Comte & Comteffe de Ponthieu
avee
NOVEMBRE 1740 2373·
Ivec Alix , Comteffe d'Eu , Veuve de Raoul
d'Iffoudun , pour l'hommage du Comté d'Eu
& les fervices qu'elle devoit au Comte de
Ponthieu , dans un Rôle des Affises de Ponthieu,
tenues en 1283. Jean, Comte d'Eu fut
présent en Affises , par Beasmont Paffemer ;
Bailly d'Eu , pardevant le Sénechal de Pon
thieu, au nom du Comte , le Service de trois
Chevaliers y denommés .
sy
Il eft à observer que le Comte d'Eu , fuivant
les Traités, ci -devant repris, pour mar
que de fujetion, doit au Comte de Ponthieu
le fervice de trois Chevaliers dans l'Armée
du Comte de Ponthieu , que le Comte d'Eu
doit lui présenter & tenir en Armes ; pour la
folde desquels le Comte d'Eu reçoit chacun
an du Comte de Ponthieu , la fomme de 40%
livres parifis, qui fe paye encore actuellement
fur la Vicomté de Ponthieu à Abbeville.
Jean , Comte d'Eu , en 1300. la veille de
S. Barthelemy , fit hommage pardevant le
Sénéchal de Ponthieu .
J'eanne , Comteffe d'Eu , en 1311. donna
fon aveu au Comte de Ponthieu.
Par la Coûtume du Comté d'Eu , rédigée
le 20. Janvier 1580. pardevant M. Pierre
Tillete , Lieutenant Particulier en la Sénechauffée
de Ponthieu , en la présence de
M. Charles Lamire , Procureur du Roy audit
Ponthieu , dans l'Art . 2. de ladite Coûtume,
B v il
2374 MERCURE DE FRANCE
il eft porté que des cas & crime de leze- majefté
Divine & Humaine , & crime de fabrication
de fauffe Monnoye ,la connoiffance en
apartient au Sénechal de Ponthieu , ou fon
Lieutenant , en fon Siége d'Abbeville .
Le second Démembrement du Comté de Pon
thieu, de 1225. par le Traité de Chinon , a été
auffi très confidérable , puisque par ce Traité
, qui eft au Trésor des Chartes du Roy ;
Marie , Comteffe de Ponthieu , pour fauver
partie de fon Comté , confisqué pour crime
de félonie de Simon de Dammartin, fon Mari
, cede & quitte à Louis VIII . Roy de
France , le Château de Doullens , & la
Ville de S. Riquier , avec toutes leurs apartenances
en Fiefs & Domaines , & plufieurs
autres Biens , fous les conditions reprises au
long au Traité , auquel il faut avoir recours.
Voyez l'Hift . des Mayeurs d'Abbev . p. 152 .
Le troisième Démembrement de ce Comté a
été fait en 1244. par cette même Marie ,
Comteffe de Ponthieu, & Mathieu de Montmorenci
, fon fecond Mari , en faveur de
Robert , premier Comte d'Artois , de plufieurs
Fiefs, situés au - delà de la Riviere d'Authie
, du côté d'Artois ; qui étoient lors tenus
du Comte de Ponthieu , pour l'être à l'avevenir
, avec l'Artois , de fa Couronne dé
France , en un feul Fief, fuivant la confirmation
donnée à cette vente par le Roy Saint
Louis ,
NOVEMBRE . 2375 1740 .
Louis , moyennant le prix & aux conditions
portées au Contrat de vente , qui fe trouve à
La Chambre des Comptes à Paris, dans le Trésor
des Chartes du Roy , & aux Archives
d'Artois , contrat qui fert de preuve pour ce
Démembrement , dont il refte encore une
preuve par la Coûtume ancienne & nouvelle
du Bailliage de Hesdin , qui porte , Art. 13 .
que les Fiefs entre Canche & Authie ci - devant
tenus du Comte de Ponthieu , vendus
à un Comte d'Artois , fuivent , quant à ce , la
Coûtume de Ponthieu.
Il eft auffi à observer que par la vente
de 1244. les Comte & Comteffe de Ponthieu
n'ont vendu au Comte d'Artois que
certains Fiefs & hommages entre Canche &
Authie ; qu'il en refte plufieurs autres non
compris dans la vente , qui apartiennent encore
aujourd'hui au Comte de Ponthieu ;
quoique fitués au - delà de la Riviere d'Authie ,
dans lesquels , fuivant la Charte de S. Louis,
Roy de France, donnée au Camp de la Massoure
en Egypte , l'an 1249. le Comte de
Ponthieu , ou fes Officiers , ont encore placitum
fundi ; la connoiffance des Actions
réelles , porte ce titre où le Comte a Fief &
Domaine , & qu'il pourra y faifir les biens
de fes Tenanciers , pour être payé de fes revenus
, fervices & reliefs ; il fera parlé ciaprès
de ces Fiefs.
B vj Le
2376 MERCURE DE FRANCE
Le quatrième Démembrement du Comté de
Ponthieu, eft de la Ville & Prévôté de Montreüil
fur la Mer , avec ses apartenances du
côté de Ponthieu .
›
Le Château de Montreuil , assis au très
fond de Ponthieu , en a toujours fait partie ,
il étoit l'ancienne Fortereffe des Comtes de
ce Pays , qui s'y refugioient dans les guerres.
Ces Comtes fe qualifioient fouvent , pour
cette cause Comtes de Ponthieu & de
Montreuil ; quoique Montreuil n'ait jamais
été un Comté ni un Fief separé du Ponthieu ,
ni qu'il y ait eu aucun Domaine ni hommage
dépendant dudit Château de Montreuil ,
proche duquel les Countes de Ponthieu ayant
fondé l'Abbaye dite aujourd'hui S. Sauve ,
fur le Mont de Montreuil , cela donna lieu
à plusieurs d'y venir habiter ; ce qui compofa,
dans la fuite , un Bourg qui a été fermé de
murailles depuis peu de fiécles. Ce Bourg
étoit affis , comme le Château & l'Abbaye
de S. Sauve , au très -fond du Ponthieu
dont les Seigneurs avoient la Juftice , auffibien
que tous les profits & revenus Vicomtiers
.
Ces Comtes cederent à l'Abbaye de S.
Sauve certains droits de Juftice dans ladite
Ville , qui feront expliqués ci - après ; ils
en donnerent une autre partie en Fief à differens
Seigneurs , pour être tenus dudit
Comté.
NOVEMBRE. 1745 2377
Comté. Et enfin , ils fe reserverent pour eux
& leurs fucceffeurs Comtes de Ponthieu
une autre partie de ces Droits de Juſtice &
Vicomté , & y établirent un Vicomte pour
la perception & conservation de leurs Droits,
les plaids fur la Mothe le Comte dans la Ville
de Montreuil , dont les apellations reffor+
tiffent pardevant le Sénéchal de Ponthieu.
,
Cette Vicomté de Ponthieu a Montreuil
Hubsiste encore aujourd'hui & apartient
au ficur d'Ygnopré , ayant été alienée en
1570. à faculté de rachat perpetuel , & confifte
dans plufieurs Cens , Profits & Emolu
mens dans la Ville de Montreuil. La plus
grande partie des Cens , Profits & Emolumens
Vicomtiers de la Ville de Montreuil ,
donnée en Fief per les Comtes de Ponthieu ,
apartenoit avant 1200. à un Puîné de Ponthieu,
qui en prit le nom de Montreuil , dont
les Descendans prirent enfuite celui de Maintenay
; ils font même Fondateurs de l'Hôtel-
Dieu de Montreuil.
L'un de ces Seigneurs de Maintenay ceda
partie de fa Vicomté,ou les Droits Vicomtiers
qu'il avoit dans Montreuil , l'an 1224. au Roy
Louis VIII. fuivant qu'il apert par l'Inventaire
des Chartes à Paris , & non la Forterefle
de Montreuil , qui a toujours apartenu
aux Comtes de Ponthieu jusqu'en 1369. que
ce Comté a été uni à la Couronne de France.
Voilà
378 MERCURE DE FRANCE
,
Voilà le premier titre qui a donné lieu au
Roy d'établir d'abord un Prévôt à Montreuil,
& dans la fuite un Lieutenant du Bailly d’Amiens
, & de faire reffortir à ladite Prévôté
devant ce Juge Royal, la Ville de Montreuil,
les Villes & Comté de Boulogne & de Guisnes
; les Villes & Châtellenies de S. Omer
& Hesdin ; la Ville & Comté de Theroua-
'ne ; la Ville & Cité d'Aire en partie , & le
Comté de S. Pol auffi en partie , fuivant les
Coûtumes génerales d'icelle Prévôté , imprimées
en 1512. à Hesdin ; ce qui fe doit entendre
pour les cas Royaux , où d'apels feulement
de ces Juſtices patrimoniales.
Les Seigneurs de Maintenay ont reservé
une partie de leurs Droits anciens dans la
Ville de Montreuil , qui font partie & membre
de leurs terres de Maintenay , tenuë du
Comté de Ponthieu , ayant encore aujour
d'hui dans la Ville plufieurs Cens , Profits &
Emolumens Vicomtiers; quoiqu'ils en ayent
éclipsé en 1380. une partie , qui compose
aujourd'hui le Fief & Vicomté de Fauquemberg
dans Montreuil , tenu pareillement de
Ponthieu ; ce qui comprend encore aujourd'hui
plus des deux tiers de la Ville de Montreuil
qui eft en Ponthieu ; compris quelques
autres Fiefs y séans tenus de Ponthieu ; néanmoins
la présence du Juge Royal résidant
à Montreuil , l'éloignement de dix lieuës
pour
NOVEMBRE. 1740 2379
pour venir à Abbeville y porter les apella4
tions des Vicomtes & Juges de Ponthieu.
La vente & alicnation faites en 1570. de
la Vicomté de Ponthieu à Montreüil, en faveur
de M. Jean Charpentier , qui étoit lors
Lieutenant du Bailly d'Amiens à Montreuil.
La translation du Bailly Prévôtal de Vuaben
dans la Ville de Montreuil , du consentement
des Officiers du Roy en la Sénéchaussée
de Ponthieu.
Toutes ces causes jointes ensemble ont
fait distraire de la Sénéchaussée de Ponthieu,
les Causes des Vassaux & Tenanciers du
Comté de Ponthieu dans Montreuil & fes
environs ; ils les ont portées devant le Lieutenant
du Bailly d'Amiens à Montreuil, ainſi
que les apellations des Sentences du Bailly
Prévôtal de Vuaben.
Pour preuve de ces Faits , on raporterà
la Charte de 1100. de Guy , Comte de Ponthieu
, par laquelle il quitte à l'Abbaye de S.
Sauve à Montreuil fur la Mer , tout le
Droit de Juftice que fes Prédeceffeurs Comtes
de Ponthieu , & lui , avoient dedans &
dehors l'Abbaye , au deffous du Château de
Montreuil.
fes
Guillaume , Comte de Ponthieu , par
Lettres de 1209. donne privilege aux Habitans
de Montreuil , de pouvoir teurber un
franc marais qui eft fur la Riviere de Can
che •
2380 MERCURE DE FRANCE
che ; fe refervant le Comté & Domaine qu'il
y avoit auparavant ; ce qui a été confirmé la
même année par Philipe , Roy de France
dit Augufte.
Le Roy S. Louis , par Lettres écrites au mois
d'Octobre 1254. adreffantes aux Mayeurs &
Echevins de la Ville de Montreuil fur la
Mer, leur mande avoir reçû la Foi de Jeanne,
Femme du Comte de Ponthieu , Reine de
Leon & Caftille , & que la Ville lui rendit
fes devoirs en ladite qualité.
Amortissement fait en 1259. par la Comteffe
de Ponthieu , d'une maison sise à Montreuil
, rue du Paon, en faveur des Religieux
de Valloires.
Par Arrêt du Parlement de Paris du mois
d'Août 1286. Edouard I. Roy d'Angleterre
& Comte de Ponthieu , & Leonor , Comteffe
de Ponthieu & de Montreuil , fa Femme
, prétendirent qu'à raison du Comté de
Ponthieu , la Ville de Montreuil étoit affise
fur leur très fond ; & en conséquence que
le Corps , Communauté & Habitans d'icelle
Ville , étoient fujets à leur correction
& Juftice , & quoique par ledit Arrêt pronontiatum
Regem Reginam in suâ petitione
pradicta non esse audiendos, nec eos posse justiciare
dictam communiam nec etiam Burgenses
dicte Villa , nec eorum bona pro facto
communia fed pramissa ad nos pertinere ; ce
qui
NOVEMBRE. 1740. 2381
qui ne pouvoit apartenir au Roy qu'en conséquence
des Lettres de confirmation de
Commune qu'il avoit accordées aux habitans,
qui les mettoit fous fa protection ; néanmoins
cela donne lieu de croire que pour
tout autre cas , les Habitans de Montreuil
étoient jufticiables du Comte de Ponthieu.
Les mêmes Comte & Comtesse , la même
année 1286. s'apointerent avec les Abbé
& Religieux de S. Sauve à Montreüil
pour le fait de la Juftice ; ce qui a été confirmé
par Philipe le Bel , Roy de France.
Par ce Traité , les Comte & Comteffe de
Ponthieu accordent aux Religieux , toute Justice
Haute & Basse , dans les murs & enclos
de l'Abbaye , & en la place de S. Sauve
de Montreuil , ainfi comme elle s'étend ;
refervé auxdits Comte & Comteffe & leurs
Hairs , le chemin autour de la place ,
fi
comme elle s'étend pardevant les Marieres ,
quelques quelques y foient & pardevers les
Hotes ; lequel chemin doit contenir fix pieds
de large, à compter du feüil des maisons des
fusdites , fi avant qu'il fe peut étendre fur la
place ; auquel chemin toute Juftice apartiendra
aux Comte & Comteffe , qui retiennent
& reservent encore la Haute & Balfe Justice
dans tous les autres endroits de la Ville de
Montreuil , non repris ni fpecifié dans l'Ace
; même la mouvance des Moulins affis
ใบ
2382 MERCURE DE FRANCE
fur la Riviere de Canche , près ladite Ville .
Vente faite en 1 284. par Jean de Vascogne
en faveur du Comte de Ponthieu , de tout
le droit qu'il avoit en la Ville & Banlieuë de
Montreuil.
Arrêt du Parlement de 1300. pour ajour
mer les Maire & Echevins de Montreuil en
reprise de Cause , pour être condamnés à
prêter ferment au Comte de Ponthieu .
Accord de l'an 1209. entre le Comte de
Ponthieu , & les Abbeffe & Religieuses de
Ste Austrebette de la Ville de Montreuil
touchant le marais à tourber de la Ville .
Par le Traité de Paix fait à Bretigni , lez
Chartres, en 1360. au mois de Mai, a été accordé
qu'Edouard , Roy d'Angleterre , Comte
de Ponthieu , auroit ce que fes Prédeceffeurs
tenoient dans la Ville de Montreuil
& les apartenances
.
Parmi les Regiftres & cueilloirs du Comté
de Ponthieu,il s'en eft trouvé un renouvellé
en 1390. contenant les Cens dûs au Comte
dans la Ville de Montreuil à cause de la Vicomté
de Ponthieu , laquelle a été alienée
comme a été dit ci - deffus , au profit de M.
Jean Charpentier , vers 1570 .
Le cinquième & dernier Démembrement du
Comté de Ponthieu , eft de plusieurs grands
Fiefs du Païs de Vimeu , mouvans anciennement
du Ponthieu , & rendus au Roy à cause
NOVEMBRE. 1740 2383
1
de fon Bailliage d'Amiens , dans le tems que
' ce Comté de Ponthieu apartenoit aux Rois
de Castille & d'Angleterre absens, & fouvent
en guerre avec la France.
de
Les Officiers Royaux au Bailliage d'Amiens
ont reçû , fans cause légitime , les
hommages de ces Vaffaux , auffi bien que
ceux des Abbayes , Prieurés , Commanderies
de Malthe & autres Gens de main- morte
du Comté de Ponthieu , en vertu de Lettres
Royales de Garde Gardienne , dans le tems
"que la Juftice de Ponthieu étoit encore patrimoniale
; lesquelles Eglises avec tous leurs
biens, quoique fitués en Ponthieu , fondés ou
confirmés par les Comtes ou Vaffaux de Ponthieu
, font reftés depuis ce dernier tems au
Bailliage d'Amiens , nonobftant les Ordonnances
Royaux ; depuis même 1369. que la
Juftice de Ponthieu eft Royale.
&
La meilleure partie de la Prévôté Royale
"de Vimen , établie à Oysemont au Baillia
ge
d'Amiens , eft composée de ces Fiefs &
arriere Vaffaux de Ponthieu .
>
Les preuves de ce cinquiénie Démembre-
Lès
ment fe tirent du Traité de Mariage fait l'an
1178. d'Edelle , fille de Jean 11. Comte de
Ponthieu , avec Renaud , fils de Bernard de
S. Valeri , Seigneur de Gamaches , de Bailleul
& de Cayeux.
Le Seigneur de S. Valeri par ses Lettres
da
2384 MERCURE DE FRANCE
de 1209. promet fervice au Comte de Ponthieu
.
Procès verbal de 1205. entre le Seigneur
de Cayeux & Bouillancour en Seri , qui
avoit refusé de rendre l'Hommage de fes
Fiefs au Comte de Ponthieu .
Traité de 1238. entre le Comte de Ponthieu
& le Seigneur de S. Valeri , ſur le differend
qu'il y avoit de fçavoir où le Seigneur
de S. Valeri devoit aller aux Affises du Comte
de Ponthieu,
Accord entre les mêmes Parties , de la Juftice
, de l'an 1247
Lettres du Roy Jean de l'an 1361. adressantes
à Mre Jean d'Artois , Comte d'Eu ,
pour entrer la Foy & Hommage du Roy
Edouard , Comte de Ponthieu , pour raison
des Fiefs de Cayeux , Ayraines , Hupy &
Vergies.
Par l'article 6. de la Coûtume locale de la
Prévôté de Vimeu , eft dû le quint denier du
prix de la vente des biens en roture, ou cotterie
, comme au Comté de Ponthieu .
Par l'oposition formée au 25. article de la
Coûtume génerale du Bailliage d'Amiens
reprise dans le Procès verbal de redaction
d'icelle , les Seigneurs de S. Valeri , Cayeux,
Lambercourt , Bailleu & autres de Vimeu
ci-devant en Ponthieu , ont foûtenu que
leurs Vaffaux , quoique tenant noblement
>
pou
NOVEMBRE. 1740. 2385
pour 65. fols parisis de relief & 20. fols de
chambellage , contre la dispofition dudit article
, n'avoient que Juftice Vicomtiere dans
leur Fief; comme il eft d'usage en Ponthieu.
Il fe trouve dans le Ponthieu plusieurs Fiefs
& Terres tenus de Cayeux , Bouillancour &
autres fusdites qui font reftées en Ponthieu ;
tel que la Mothe en Marquen - Terre , tenuë
de Cayeux ; Dominois , tenu de Bouillancour
en Seri , & autres.
Commines , Livre 3. de fes Mémoires ;
Chap. 1.raporte que aux Etats tenus en la Ville
de Tours, M. le Comte d'Eu étoit plaintifcontre
le Duc de Bourgogne ; lequel disoit que
ledit Duc lui empêchoit S. Valeri & autres
Terres qu'il tenoit de lui à cause d'Abbeville
& de la Comté de Ponthieu , & qu'il n'en
vouloit aucune raison au Comte d'Eu . Outre
vouloit ce Duc contraindre le Comte d'Eu de
lui faire Hommage envers & contre tous ; ce
que pour rien ne voudroit faire ; car ce feroit
contre l'autorité du Roy.Voyez Chopin ,'
Traité du Domaine ; il y met S. Valeri tenu
`du Comte de Ponthieu .
L'étendue du Reffort du Comté de Ponthieu
, tel qu'il eft aujourd'hui & depuis 1 369.
eft beaucoup diminuée ; néanmoins ce Comté
, du côté de la Normandie , n'eſt pas borné
entierement par la Riviere de Bresle ,
puisque les Villages de Soran , Lespinoy &
Baninval
2386, MERCURE DE FRANCE
Baninval , qui font au- delà de la Riviere ,
font encore en Ponthieu ; néanmoins on
peut dire que cette Riviere , qui fepare la
Normandie de la Picardie , peut à présent
fervir de bornes au Comté de Ponthieu ,
Ce Comté de Ponthieu ne peut pas absolument
avoir pour bornes la Riviere d'Au-,
thie du côté d'Artois ; puisque tout le Bailliage
Prévôtal de Vuaben , composé de plus
de 100. Fiefs , eft fitué au - delà de l'Authie ,
& n'est borné de ce côté- là , que par la Canche
; qu'il y a d'ailleurs plufieurs Fiefs &
Hommages du Ponthieu qui font au - delà de
la Riviere d'Authie , du côté du Bailliage de-
Creffi , enclavés dans l'Artois , qui a pour!
bornes , du côté du Bailliage de Vuaben ,
l'Epine Alverneuse , fuivant la Charte cidevant
citée de 1244.
>
Telle eft l'Abbaye de Dommartin , quoique
fituée au -delà de l'Authie vers l'Artois ,
déclarée être en Ponthieu en dedans les limites
du Royaume en France , par Arrêt contradictoire
du Conseil d'Etat , du 21. Novembre
1586. rendu entre le Procureur Géneral
du Roy & celui du Comte d'Artois ,
qui a été fuivi d'un autre Arrêt du Parlement
de Paris , qui décide la même chose. Mais en
1740. cette Abbaye eft du Bailliage d'Hesdin
en Artois. Tels font encore les Fiefs de Bretonval
, Fiefs à dourier , Fiefs cuisiniers , &
autres. Le
3
NOVEMBRE . 1740 2387
moyen
Le Comté de Ponthieu a, du côté du Nord,
´la Mer pour bornes en beaucoup d'endroits.
n'eft pas poffible du côté du Midi , de pouvoir
trouver à présent , aucunes bornes certaines
au Comté de Ponthieu , puisqu'au
des Prévôtés de Doullens & S. Riquier,
qui ont été distraites , & qui font actuellement
du Bailliage d'Amiens , il y a
tant de Fiefs de Ponthieu enclavés dans les
Villages du Bailliage d'Amiens , & un fi
grand mêlange de Fiefs du même Bailliage
dans les Terres du Ponthieu , que l'on a de la
peine à les diftinguer , qu'il y a même de ces
Fiefs du Bailliage d'Amiens qui vont jusqu'à
la Banlieuë d'Abbeville ; de forte qu'il feroit
bien plus facile de dénombrer le Comté de
Ponthieu par fes Fiefs que par le nombre des
Villes & Villages qui composent ce Comté .
Il en eft de même dans le Vimeux , où les
Fiefs de Ponthieu font très mêlangés avec
ceux du Bailliage d'Amiens , depuis que les
grands Vaffaux & les arriere Vaffaux du Comté
de Ponthieu de ce côté , fe font foustraits
de notre Sénéchauffée .
Mais comme ce n'eft pas ici le lieu de faire
l'état des Villes , Villages , Paroifles , Hameaux
& Fermes du Comté de Ponthieu
encore moins de remarquer ceux dont une
partie eft au Bailliage d'Amiens , je me contenterai
d'observer que le . Comté de Ponthieu
2388 MERCURE DE FRANCE
thieu comprend , fous cinq Bailliages Prévôtaux
environ 950. Fiefs , fçavoir.
> Au Bailliage d'Abbeville tant en Pon
thieu , qu'en Vimeu , plus de 440. Fiefs.
Au Bailliage de Cressi , plus de 200.
Au Bailliage de Ruë , plus de 100. -
Au Bailliage de Vuaben , plus de 100 .
Au Bailliage d'Airaines ou d'Argoulles
plus de 100.
Les Liftes du Ponthieu & du Comté d'Eu
font jointes aux Notes de M. Maillart , fur la
Coûtume d'Artois , Edit. de 1739.
Les appellations des Sentences de ces cinq
Baillifs Prévôtaux , ainfi que celles des Baillifs
& Officiers dudit Comté , & des Maire
& Echevins qui feront ci - après déclarées ,
font portées au Siége de la Sénéchauffée de
Ponthieu , fans oublier les Cas Royaux du
Comté d'Eu en premiere Inftance , & par
apel des Sentences des Officiers du Comté
d'Eu , renduës au premier cas de l'Edit des
Présidiaux .
Les appellations des autres Sentences des
Baillifs & Juges du Comté d'Eu , fe portant ,
recta , au Parlement de Paris , depuis que ce
Comté a été érigé en Pairie par Charles VII .
Roy de France , l'an 1459. en faveur de
Charles d'Artois , Comte d'Eu.
Les Maires & Echevins de la Ville d'Abbeville
, de Noyelle , fur Mer , Ponthoile ,
Crotoy ,
NOVEMBRE . 1740 2389.
Crotoy , Rue , Marquenterre , Vuaben ,
Crepi, S. Joffe , fur Mer , Villeroy, fur Authie
, Vismes , Port, Ayraine , Long , reffortiffent
en la même Sénéchauffée de Ponthieu.
Remarquez que le Siége du Bailliage Prévôtal
de Vuaben , étant présentement dans la
Ville de Montreuil , les apellations s'en portent
communément au Bailliage de Montreuil ,
*******************
MADRIGAL
A Madame VATRY , pour le jour de
Saint Louis 1740 .
JEE voulois pour votre Bouquet ,
Obligeante VATRY , faire votre portrait
Avec les couleurs du Parnasse.
Mais Apollon m'a dit , furpris de mon audace ,
Eh quoi ! pour coup d'essai tu voudrois, en ce jour,
Peindre tout à la fois , une Muse , une Grace ,
Minerve & la Mere d'Amour ?
De cet engagement fens tu bien l'importance ?
Cet avis m'éclairant fur mon insuffisance ,
A remplir mon projet je n'ai pû m'obſtiner :
Contentez- vous que j'aye osé l'imaginer.
Un zéle peu discret vaut moins que la prudence.
PHILIPPE.
C LET
2390 MERCURE
DE FRANCE
LETTRE de M. des Barbalieres, Commis
au Bureau de la Guerre , fur la variation
O
du Goût.
Na proposé , M. dans le Mercure de
Mai dernier, que, plus le bon Goût eft
porté à fa perfection , plus il eft menacé
d'une prochaine décadence ; que , lorsqu'on
a une fois passé dans les Sciences ce véritable
point de perfection , on en eft plus éloigné
que lorsqu'on n'y a pas encore atteint,
On ajoûte qu'on feroit bien aise de voir quelques
réflexions fur cela. J'ai l'honneur de
vous envoyer celles - ci.
Je crois devoir attribuer la cause d'un effet
fi furprenant , à deux défauts principaux
parmi les hommes, l'inconftance, & l'amour
propre. On a beau être né avec ce précieux
trésor de la nature , le bon fens , & avec ces
riches talens , qui bientôt procurent aisément
ce bon Goût en géneral,dont il eft ici queſtion
on n'eſt pas exempt de ces deux défauts qui
empêchent de s'y fixer ; l'ambition de vouloir
atteindre à plus qu'on ne peut , l'amour
la nouveauté & le changement, rendent
pour
incertain & flotant fur tout ce qu'on fait , on
veut toujours rencherir ; on eft arrivé à ce
point de perfection qu'on croit n'y être pas
encore
NOVEMBRE. 1740. 2391
encore , de forte qu'on paffe outre & qu'on
s'égare ; c'eft alors précisément qu'on en eſt
plus éloigné que lorsqu'on n'avoit fait que
s'y acheminer.
L'esprit aujourd'hui a la vogue , & le bon
fens , de qui feul le bon Goût tire fon origi
ne , a le deffous ; ces deux Etres , rivaux l'un
de l'autre dans l'homme , font qu'il n'eſt pas
long- tems d'accord avec lui -même ; l'un s'opose
à ce que produit l'autre , l'imagination
enfante le caprice , & de - là vient l'inégalité
& l'inconftance ; enfin, les Hommes ne font
pas tous pourvûs des mêmes qualités ; les fiécles
en ont fourni de diferente espece , &
c'eſt cette viciffitude qui a causé plus d'une
fois cette décadence du bon Goût ; il a paru
tant qu'il y en a eu un certain nombre, qui a
formé une autorité pour le foûtenir , mais
cette autorité s'eft trouvée rare , conséquemment
fon effet de peu de durée , il ne ſe
fe
montre que comme un Phénomene merveil
leux qui foudain disparoît.
›
&
D'où vient par exemple , ( on en tombe
d'accord, ) qu'on ne voit pas tout-à - fait dans
les Lettres le bon Goût aujourd'hui dans le
même éclat qu'il étoit anciennement
qu'un brillant , qui ébloüit plûtôt qu'il ne
touche , Ouvrage de l'esprit , mais où le
Goût n'a qu'une très- petite part, a pris la place
de cette fimplicité naturelle dont on n'a
Cij maing
·
2392 MERCURE DE FRANCE
maintenant que le triste fouvenir? D'où vient
qu'on ne voit pas tant de fidelité dans l'Histoire
, de vraisemblance & d'unité au Théatre
? Que font devenus ces tableaux naturels,
Ouvrages du Goût , que rendoit dans le fiécle
dernier le Cothurne François , qui aujourd'hui
multiplié & rebattu par la foule de
ceux qui fe le disputent , a tant perdu de fon
luftre ? A quoi enfin , doit-on attribuer un
changement fi notable dans tous les genres ?
ne feroit - ce point à la licentieuse fantaisie
qui regne aujourd'hui , & qui peut- être eft
le fruit de cet amour propre & de cette préfomption
, qui font qu'on fe croit aflés pourvû
de nouvelles lumieres , pour s'ériger en
original , & qu'on croiroit être foupçonné
d'un génie borné & infuffifant, fi on fe ravaloit
à fuivre continuellement des modéles ,
quelque bons qu'ils foient ?
On veut peut-être fe donner trop d'effor
produire de l'extraordinaire , & fans confidération
pour d'anciennes , de folides & de
juftes régles établies, en ftatuer de nouvelles ,
& cela pour acquerir , en qualité de Créateur
, une gloire plus lumineuse & plus fatisfaisante
que celle qu'on auroit fimplement
en qualité d'Imitateur. On pourroit dire qu'il
eft difficile , & peut - être impoffible , d'imiter
fidélement ces modéles , & que le plus
court eft de risquer à fes périls ; fi pourtant
On
NOVEMBRE. 1740 2397
On n'avoir que cet unique but , je ne ſçais ſi
on trouveroit autant de difficulté , mais l'idée
qu'on a de les furpaffer peut faire prendre
pour prétexte cette impoffibilité; voilà l'erreur,
& c'eft précisément elle qui cause la ruine du
bon Goût ; on fçait cependant qu'il n'y a
qu'un feul vrai , toujours le même , & qu'il
n'y a qu'une feule façon de l'atteindre .
J'ai parlé du Théatre , parce que c'eft- la
aujourd'hui où les productions abondent en
foule , & où le Goût eft le plus exposé ; on
trouve qu'il y eft different de celui qui floriffoit
du tems des Sophocles modernes ;
qu'on facrifie à l'éclat du Vers & à la pompeuse
expreffion , ce ftyle naturel , brillant ,
mais touchant du célébre Racine , & à la
complication d'une foule d'incidens forcés ,
cette unité & cette vraisemblance qui regnent
dans les OEuvres de cet Auteur , qui ,
joint à ce qu'il avoit le Goût pour premiere
régle , a observé celles qu'avoient prescrites
les premiers Legislateurs Dramatiques. Il eft
à présumer qu'il n'avoit pas la funeste complaisance
de travailler plûtôt pour le Goût à
la mode , que pour le vrai & le folide Goût ;
auffi il s'eft pû faire qu'il n'ait pas eu,au mo→
ment que ces Pieces ont commencé à paroître,
les mêmes fuffrages qu'il a eû, depuis ,'
& que la Pofterité ne lui refusera jamais.
On doit convenir que ces deux especes de
eſt
Ciij Goût,
2394 MERCURE DE FRANCE
Goût , mettent dans l'embarras tels Auteurs
qui , mûs par divers interêts , ne fçachant auquel
donner , préferent le présent à l'avenir.
Au Goût d'aujourd'hui , par exemple , le
vrai & le beau ne fuffifent pas feuls , il faut
du merveilleux & du brillant , & il arrive de
là que pour le fatisfaire dans ces deux derniers
points , on manque dans les autres:
Je fuis , &c.
A Versailles , ce 11. Juillet 1940 .
ODE
A M. le Chevalier de S ** G ** , fur la
guérison de lajambe cassée de M. de L **
fameux Buveur.
Sors Ors pour un tems des Coulisses ,
Triste fujet de tes pleurs ,
Où mille affreux précipices
Sont cachés dessous des fleurs.
Reçois trop tendre S ** G **
D'un air gai , d'un coeur tranquille ,
La nouvelle que voici :
Notre illuftre Patriarche
L ** rit , boit pur , & marche
Ris donc , & bois pur auffi.
C'ek
NOVEMBRE. 1740 2395.
C'eft'le Dieu du vin lui- même
Qui fenfible ; avec raison ,
A notre douleur extrême ,
Prend foin de fa guerison .
Un Satyre à rouge trogne ,
Bon Médecin , vieil Yvrogne ,
Fut député de fa part ,
Et , fans nul autre remede ,
A fait avec du vin tiéde ,
Un chef- d'oeuvre de fon Art.
Je l'ai vû , tu m'en dois croire ,
Des Ménades entouré ,
Marcher d'un pas assûré
Jusques au buffet, pour boire ,
Deux Satyres feulement
Soûtenoient le poids charmant
De fa grave corpulence ,
Et les Faunes à l'entour
Par une joyeuse danse
Célébroient un ſi beau jour.
*
Tel on voit le bon Sylene
Quand sur fon Ane monté ,
Deux Satyres à côté
Le foûtiennent avec peine :
Excepté que le Vieillard
Ciiij Eft
2398
MERCURE DE FRANCE
Eft plus laid & plus camard ,
Et n'a pas le mot pour rire ,
Au lieu
que notre Héros ,
Même au fort de ſon martyre ,
Etoit fécond en bons mots.
*
Déja fur fon avanture
Couroient entre les Bûveurs
De
fcandaleuses rumeurs
Un facrilege murmure .
Quoi ! le Dieu puiffant des pots
Permet qu'un de ses dévots
Ait un fort fi déplorable !
Et qui de nous desormais
Sera plus d'une heure à table ,
Ou voudra boire à longs traits
*
Faut- il donc en Bûveurs fades
Souffrir l'eau dans nos repas ,
Et de crainte des faux, pas
Bannir rondes & rasades ?
Pardon , ô Pere du Vin ,
Nous reconnoissons enfin
Ta sagesse & ta puissance ,
Tu fis voir par ce malheur
Que la parfaite conſtance
N'eft que chés un vrai Bûveur.
*
Tu
NOVEMBRE . 1749.
2397
Tu fis voir que les paroles
Des Cleanthes , des Zenons ',
N'ont été
>
que de vains fons
Et des promesses frivoles :
Que c'eft chés toi feulement
Que contre un cruel tourment
On peut trouver du remede ,
Et que pour braver les maux
Il n'eft sage qui ne cede
A l'intrépide L * *
*
Mais qui pourra le dépeindre
Dans les douloureux élans
De fes maux fi violens
Immobile & fans fe plaindre
C'eſt à ton docte pinceau
Qu'eft reservé ce tableau ::
Oui , tu feras fon Virgile ,
Il eft digne de tes Vers ,
Poursuis , illuftre S ** G **
Tu le dois à l'Univers.
LA Methamorphose des Bequilles de L**
en Aftres du Chevalier de S ** G **.
à l'Auteur de l'Ode précédente.
Toi ,dont la fçavante Plume
Accompagne le pinceau ,
Cy Toi ,
1398 MERCURE DE FRANCE
Toi , qui fçais faire un tableau
Et composer un volume ,
Reçois ces Vers impromptus
Qu'à la hâte j'ai conçûs ,
Pour ne te point faire attendre ;
Mais trêve de complimens ,
Sçais-tu fi j'ai le coeur tendre ?
Connois-tu mes fentimens ?
Pourquoi nommer les Coulisses
Trifte fujet de mes pleurs ?
N'y peut- on parmi les fleurs
Eviter les précipices
Si pour un objet charmant
Je foûpire vainement ,
Mon coeur fçait rompre
fa chaîne ,
Et , changeant , pour choifir mieux ,
Las des rigueurs de Climene ,
Je brûle pour d'autres yeux.
*
C'eſt ainfi qu'un fage Yvrogne ,
Sans quitter le Cabaret ,
Las du Champaigne clairet ,
Prend du velouté Bourgogne ,
Le Bûveur , comme l'Amant ,
Trouve dans le changement
Une
NOVEMBRE. 1740.
Une douceur fans pareille ;
Toujours exempt de chagrin
Il fçait changer de bouteille ,
Sans cesser d'aimer le Vin.
*
Mais quelle force imprévûë
Me transporte dans les airs !
O Dieux ! que d'objets divers
Viennent s'offrir à ma vûë !
L'antiquité , l'avenir ,
A la fois viennent s'unir,
Dans mes confuses pensées :
En faveur du grand L **
Joignons les choses passées
Aux événemens nouveaux .
*
Vers les climats de l'Aurore ,
Une fille de Minos
Regarde fuir fur les Eaux
Le vainqueur du Minotaure ;
Dans l'excès de fon tourment
Elle apelle vainement
Un ingrat qui l'abandonne
Enyvré de ſes beaux yeux ,
Bacchus fait de fa couronne
Un riche ornement des Cieux.
BIBLIO
THE
BE LAVILLE
DE
LYON
Cvj Pour
2400 MERCURE DE FRANCE
Pour le prix de la conſtance
Qu'un Bûveur fit éclater
Lorsqu'on l'entendoit chanter
Au plus fort de ſa ſouffrance ,
Le puissant Dieu du Sarment
Va placer au Firmament.
Deux Etoiles inconnuës ;
Nous verrons Aftres nouveaux ,
Briller au-dessus des nuës ,
Les Bequilles de L * * .
Et
*
Heureux Mortel , quelle gloire
que ton deftin eft beau !
Que ce prodige nouveau
Surprendra Observatoire !
Fameux Espion des Cieux
Perce d'un oeil curieux
Tes lunettes vigilantes ,
Au travers de leurs cristaux
Voi ces Bequilles brillantes ,
Ce font les Aftres jumeaux,
* Cassini,
*
COMPLI
NOVEMBRE. 1740. 2401
COMPLIMENT
› Du Marquis de M ** à la Bequille de L **.
A Pui du grand L ** , Bequille fortunée ,
Qui foûtiens un Mortel fi cher au Dieu du Vin ,
Quelle brillante deſtinée
T'attend au fortir de fa main !
Tu feras l'ornement & l'apui de la Vigne ,
Et pour prix du bienfait infigne
D'avoir jusqu'au buffet aidé ſes premiers pas ,
Tu fofitiendras le fruit qui remplit la bouteille ;
Que de Raisins va produire la Treille
Ou tu ferviras d'Echalas !
REMARQUES fur l'Ethymologie du nom
du Château de Vincennes près Paris.
' Ethymologie des noms propres de Liea
ne doit point être négligée ; elle fert
fouvent à éclaicir quelque point d'Hiftoire
intereffant : c'est dans cette vûë que M. R...
me faisoit remarquer dernierement que personne
n'a encore donné aucune Ethymologie
fatisfaisante du nom de Vincennes , qui
fans doute , n'a point été donné au hazard
mais par quelque raison particuliere .
L'Ethymologie
des
Les
2402 MERCURE DE FRANCE
>
Les uns prétendent que ce Lieu a été ainfi
nommé à cause de la bonté de l'air qui rend
la vie faine. Mais fi c'étoit là l'Ethymologie
de fon nom , on auroit écrit VIE - SAINE
& en Latin Vita Sana , au lieu que l'on dit
& on écrit VINCENNES , & en Latin , Vincenna
, ou Vincennie , Vicenna , Vicena ;
Vicenia.
,
D'autres , du nombre desquels eft M. de
Valois dans fa Notice des Gaules , prétendent
que ce Lieu fe nommoit anciennement
VICENES d'où les noms VINCENNES &
Vincenna fe font formés par corruption , &
qu'ils ont été donnés à ce Lieu , parce qu'il
étoit éloigné de Paris de 20. ftades , qui font
2500. pas , c'est- à- dire environ une lieuë
ce qu'il faut entendre dans le tems que
Ville de Paris étoit renfermée dans l'Isle du
Palais.
:
la
Cette Ethymologie ne paroît pas non plus
naturelle car , outre que les termes , vingt
ftades , ne ressemblent guere aux noms François
& Latins de Vincennes , les Romains.
& les Peuples foûmis à leur domination , ne
comptoient la diftance d'un Lieu à un autre
, que par Milles ; on ne comptoit par
Stades que chés les Grecs : il eft vrai que
chés les Romains il falloit huit Stades pour
faire mille pas mais chaque Stade n'étoit
point marqué , il n'y avoit que les Milles qui
l'étoient
NOVEMBRE: 1740 2403
P'étoient par une groffe pierre dreffée fur le
chemin , d'où vint cette façon de compter ,
primum , fecundum , &c. ab urbe lapidem ;
en forte que vingt Stades ne formoient point
un nombre qui eût rien de remarquable. Car
ce que les Latins apelloient lapis vicenarius ,
n'étoit point une pierre deſtinée à marquer
une diſtance de vingt ftades , c'étoit la pierre
tirée des carrieres depuis vingt ans , laquelle
étoit eftimée la meilleure , comme étant endurcie
à l'air & éprouvée avant que d'être
mise en oeuvre.
On pourroit dire que la distance de vinge
ftades dont Vincennes fe trouve éloigné de
Paris , revient à peu près à l'étenduë de la
Banlieuë , que ce nombre de 20. ſtades étoit
remarquable par cet endroit : en effet , Vincennes
, du moins une partie de fes dépendances
, fe trouve dans la Banlieuë de Paris ;
mais le nom de Vicenes ou Vincennes , eft
beaucoup plus ancien que la diftinction des
Banlieues autour de Paris & des grandes Villes,
laquelle ne fut établie qu'à l'occafion des
Croisades , qui commencerent fous le Régne
de Philipe I.
D'autres enfin , disent que l'ancien Parc
de Vincennes contenoit environ 2000. arpens
, ou vingt fois cent arpens , d'où , par
corruption , on fit Vincent , & ensuite Vincennes.
On aplique ici , mal à propos , au
Parc
,
2404 MERCURE DE FRANCE
Parc , ce qui ne peut , tout au plus , conve
nir qu'au Bois ; car lorsque le Bois fut nommé
Vincennes , il n'y avoit point encore de
Parc , puisque Philipe Augufte fut le premier
qui le fit enfermer de murailles en
1183. d'ailleurs , fuivant Piganiol de la
Force , en fon Etat de la France , Tom. 2 .
le Parc ne contient que 1467. arpens : or ,
nos Rois , qui fe font attachés à embellir ce
Lieu , auroient plutôt augmenté le Bois que
fongé d'en diminuer l'étenduë.
Il fe pourroit néanmoins faire que ce Bois:
contint anciennement environ 2000. arpens ,
qu'une partie en eût été détruite dans le
tems des Guerres , & qu'au lieu de dire 2000 .
on disoit alors vingt cent , de même que
l'on dit encore les quinze- vingt , au lieu de
dire trois cent.
Il eft certain que dans les noms composés
du nombre vingt & de quelque autre
mot, on écrivoit vin par abréviation de vingt :
tels font plufieurs Villages nommés Vincel
les , dont le nom a fans doute été composé
du nombre vingt & du mot celles , qui fignifioit
Maisons , parce qu'il n'y avoit aparemment
alors que vingt maisons dans chacun
de ces Villages.
On peut encore donner quelques autres
Ethymologies du nom de Vincennes , en remontant
aux premiers tems , où l'on trou-
Ve
NOVEMBRE. 1740 2401
ve qu'il eft parlé de ce Lieu : & pour cela
il faut observer que le Bois de Vincennes ,
qui fut détruit il y a quelques années pour
y replanter celui que l'on y voit aujourd'hui,
existoit long- tems avant le Parc & le Château,
& même avant qu'il y eût aucune habitation
dans cet Endroit : ainfi c'eft au Bois que
le nom de Vincennes fut donné , & le Parc ,
le Château , le Village , ont pris leur nom du
Bois ; ce qui eft fi vrai , que les Edits & Lettres
Patentes donnés dans ce Lieu par nos
Rois , jusqu'au tems de Louis XIV. font datés
du Bois de Vincennes.
Vers la fin du III . fiécle , tems où les Gaules
étoient foûmises aux Romains , il y eut
une faction de Païsans ,furnommés Bagaudes,
qui fe revolterent contre les Romains , fous
la conduite de deux Chefs , Hommes de
grande experience, nommés Amand & Elein :
ces Bagaudes n'avoient point de demeure
certaine , & la Bagaudie , dont quelques Auteurs
ont fait mention n'étoit point une
Province particuliere , c'étoit le Camp des
Bagaudes qu'ils établissoient en differens Païs
fuccellivement , pour y lever des contributions.
,
Suivant une Chartre de Charles de Chauve
, & ce que dit l'Auteur de la Vie de S.
Babolene , Abbé , le Monaftere de S. Maur
des Fossés, près Vincennes, fe nommoit anciennement
2406 MERCURE DE FRANCE.
,
ciennement Caftrum Bagandarum , Camp
des Bagaudes : il eft même à présumer que
ce Camp fut auffi établi encore plus près de
Paris , puisqu'on prétend que c'eft de cette
faction des Bagaudes que Fon a donné , par
ironie aux Parifiens le fobriquet . de Badants
; & on ne peut douter que les Bagaudes
n'étendiffent leurs courses fur le territoi
re de Vincennes : ils exigeoient peut- être
quelque droit de vingtain, ou vingtiéme, par
forme de contribution , & le nom de Vincennes
pourroit bien venir de ce droit , par.
ce qu'il fe nonimoit en Latin Vincenum ou
Vincennum , Vincenna , Vincena , Vicena.
Il y a encore dans le Royaume des Seigneurs
qui jouiffent de ce droit de vingtain , &
principalement dans la Province de Dauphiné.
Guy , Pape , qui étoit de ce même
Païs, en fait mention dans un Conseil , qui
eft à la fuite de fon Traité des Usures : il
nomme ce droit Vincenum bladorum & vini¸·
c'eft - à - dire , la vingtiéme partie des bleds
& du vin , & dit qu'il eft du pro reparatio- dû
ne murorum villarum , & exinde ipsi muri nomen
Vinceni fumpserunt à dictâ vigefimâ parte
fructuum que pro ipsorum murorum reparatione
folvitur , & Vincena nuncupantur ipfi muri
five monia villarum , & il décide que le Seigneur
qui vouloit exiger ce droit fur fes Habitans,
étoit mal fondé , parce qu'il n'y avoit
poin
NOVEMBRE . 1740. 2407
point de murailles dans ce ce Lieu là ; que
d'ailleurs ce n'eft pas au Seigneur à entretenir
les murailles du Château ou du Bourg ,
que ce font les Habitans qui y doivent contribuer,
chacun felon fes facultés , ainfi qu'à
tous les ouvrages publics , & que les Habitans
de la Banlieuë , qu'il apelle territorium.
vel mandamentum , y doivent pareillement
contribuer.
. On peut induire de ce que dit Guy , Pape,'
qu'anciennement la même chose , s'observoit
pour l'entretien & réparation des murs de
Paris qu'on y faisoit contribuer les Habitans
& même ceux de la Banlieuë , ou Territoire
adjacent , qui s'étendoit du côté du
Levant jusqu'à Vincennes , & que ce Lieu
a pris fon nom de Vincenum ou Vincennum ,
du droit de vingtain que l'on y payoit pour
l'entretien des murailles de Paris.
Les Habitans de Vincennes & des environs
, payoient auffi anciennement une impofition
par chaque feu , en confideration
des battues que l'on faisoit de tems en tems
dans le Bois de Vincennes, pour détruire les
Loups qui y étoient alors en grand nombre ,
& incommodoient les gens de ce Licu : les
Habitans de Montreuil , près Vincennes
furent affranchis de cette imposition par des
Lettres Patentes du Roy Jean en 1360. confirmées
par Charles V. par d'autres Lettres
données
2408 MERCURE DE FRANCE:
données à Paris en Mars 1364. qui portent
que de toutes Prises , Tailles & Impositions or→
données à payer par feu , pour cause , on occafion
de prise ou chasse de Loups , ils foient
doresnavant quittes , & c. Cette impofition
pouvoit bien être du vingtiéme des fruits
& de là ce Lieu auroit été nommé Vincen
nes.
Anciennement nos Rois avoient donné
droit de chauffage dans le bois de Vincen
nes aux Religieux de S. Martin des Champs ,
de S. Lazare & de S. Maur des Fossés , lesquels
en joüirent jusqu'en l'an 1164. qu'ils
le retrocederent à Louis VII. Ce droit de
chauffage étoit peut être reglé au vingtiéme
de chaque coupe de bois , ou plûtôt les coupes
du bois étoient reglées à vingt ans, avant
qu'on l'eût laiffé croître en futaye , & ce
bois pourroit avoir pris de là le nom de nemus
vicenarium , c'est - à - dire , bois âgé de
vingt ans , de même qu'on apelloit lapis Vicenarius
la pierre tirée depuis vingt ans.
Il faut auffi remarquer que dans quelques
anciennes Chartres , Vicenna eft pris pour
Venna , qui fignifie Vanne d'un Etang , ou
Ecluse fur une Riviere , ce qui pourroit
avoir quelque raport avec le Bois de Vincennes
, dans lequel il y a des Eaux qui y font
raffemblées : nous voyons , en effet , par des
Lettres Patentes du Roy Jean , données à
Paris
NOVEMBRE. 1740. 2409
Paris en Mars 1360. que les Eaux de Montreüil
étoient conduites aux dépens des Habitans
de Montreuil dans le Parc de Vincennes.
Enfin , il faut encore remarquer que le
nom Latin Vincenna , n'eft pas particulier
au Lieu de Vincennes , & que la Riviere de
Vienne , qui passe à Limoges , eft aufli nommée
en Latin Vincenna , ou Vicenus Fluvius
, V. Duchesne , in Fragm, Reg. Franc.
tom. 1. p. ; 67.70 +.814.
Au refte , je ne prétens point décider ici
fur la véritable Ethymologic du nom de Vincennes
; je ne donne ceci que comme des
idées nouvelles , qui peuvent conduire à de
plus grands éclairciffemens.
LE VARIN DE TOMBAC,
FABLE.
T -Rès- rarement veut-on paffer pour ce qu'on eft;
Séduits par l'amour propre ou bien par l'interêt ,
Nous nous efforçons de paroître
Tout ce que nous ne sommes pas ;
Les hommes per droient trop à fe laiffer connoître
Sc montrant ce qu'on eft;montrer ce qu'on doit être,
N'eft pas ordinaire ici bas,
Va
2410 MERCURE
DE FRANCE
Un Varin de Tombac un jour ſe mit en tête
De fe donner pour or du plus parfait aloi ;
En public il s'expose ; à quiconque s'arrête ,
Des Metaux , d'un ton fier , dit -il , je ſuis le Roië
Je fais la paix , je fais la guerre ,
Je prononce fouvent les Arrêts de Themis ,
Je fuis le maître de la Terre ;
Peuples & Rois , tout m'eft ſoumis
Le Souverain du tendre Empire
Lui -même obéit à ma Loi ,
Et le pouvoir qu'il a fur tout ce qui refpire
Seroit bien limité fans moi.
Chacun avec transport le contemple , l'admire ,
Voudroit en être possesseur ;
On fçait que ce métail , que fert- il de le dire ?
A des autels dans chaque coeur.
Tandis que l'on vantoit la grandeur , fa gravûre ;
Un Orfévre conduit par le fort en ces Lieux,
De leur amoureuse poſture.
Voyons quel eft , dit-il , l'objet délicieux ;
Il s'avance , le voit , n'en croyez pas vos yeux,
Leur dit-il , & s'armant d'une pierre de touche ,
Par une prompte épreuve il leur fait voir ſoudain
peu de prix de ce Varin. Le
De honte & de dépit nul n'ose ouvrir la bouche ,
Et chacun fuit par le plus court chemin.
Quand on juge fur l'aparence ,
Tel
NOVEMBRE. 1740. 2411
Tel que l'on croit fincere , ami de l'innocence ,
Plein de probité , de candeur ,
Eft fouvent faux au fond du coeur.
Par M. de S. R. de Montpellier.
LETTRE de M.... , écrite aux Auteurs
du Mercure,en leur envoyant le Frag
ment de la Chronique rimée de Pierre Gro
gnet.
Es occupations de M. **** M, ne lui ayant
pas permis de transcrire ce qui eft en
forme de Chronique dans fon Suplément à
Grognet , fuivant qu'il vous l'a promis dans
le Mercure de Mars 1739. p. 476. il m'a
confié fon Exemplaire , afin que je fiſſe moimême
l'Extrait en queftion pour vous l'envoyer
, avant qu'il dispose de cet Exemplaire
en faveur de ceux qui le lui demandent
& qui font la recherche de ces anciens Poëtes
, par raport aux Faits & aux expreffions
que leurs Ouvrages contiennent. Vous fçavez
qu'on en forme à la Bibliothèque du
Roy , un Recueil le plus complet qu'il eſt
poffible de faire , en continuant celui de M.
Du Cangé , qui eft, aujourd'hui dans la même
Bibliothéque ; de forte qu'il n'y a pas d'aparence
que les fouhaits de ceux qui condamnent
2412 MERCURE DE FRANCE
damnent au feu tous les anciens Poëtes Fran
çois , foient jamais accomplis.
Je fens que dans ces fortes de vérsifications
, qui nous paroiffent aujourdhui ſi
plattes , il peut fe rencontrer des noms , &
même des Faits que quelques personnes voudroient
avoir été ensevelis dans un éternel
oubli , & que pour cette raison , ces Poësies
peuvent déplaire aux oreilles délicates , autant
que par l'insipidité de la composition.
Mais puisqu'on ne retranche rien dans les
Chroniques qu'on publie en Prose , foit Latine
, foit Françoise ; par exemple , dans le
Journal des Regnes de Charles VI. & de
Charles VII . dans la Chronique fcandaleuse
du Regne de Louis XI . y a-t'il plus de raison
de retrancher & d'étouffer les petits Faits
arrivés fous les Regnes immédiatement ſuivans
, à cause qu'ils font écrits en Vers ou
en Rimes ? Si les vieux mots paffent dans
la Prose , pourquoi ne pafferont ils pas à plus
forte raison dans la Poëfie ? Mais certe Poëfie
eft mauvaise , dira quelque Purifte : n'importe
; il faut que l'on cornoiffe de quelle
maniere on rimoit dans tous les tems , jusqu'à
quel point on pouffoit la naïveté dans
les Pensées , & en quoi confiftoit le grotesque
, ou le burlesque de ce tems là , que
quelques personnes traitoient peut- être alors
de beau. Seroit - on fans cela fi avide de recueillir
NOVEMBRE . 1740 2413
cueillir les Sermons du Cordelier Michel
Menot, débités à Tours , moitié Latin , moitié
François , aufli bien que ceux de quelques
autres du même tems ? Il n'y a jamais
eu que des esprits bizares qui ayent pû jetter
au feu ces fortes de Sermons , lesquels
ont été imprimés à Paris en 1525. chés
Claude Chevallon , en conséquence d'un
Va de la Cour , fait en Parlement le VIII .
Avril de la même année , figné Du Tillet, &
d'un Certificat de la Faculté de Théologie ,
qui atteftoit avoir visité ledit Livre qu'elle a
trouvé assés tolerable & utile.
Mais laissons chacun conserver fon goût
particulier : votre Journal eft fait pour tout
le monde. Ceux qui ne voudront point de
l'ancienne Poëfie , y trouveront de la nouvelle
ceux à qui les vieilles Histoires ne
plaisent point , n'ont qu'à lire les nouvelles
qui s'y trouvent abondamment.
Voici donc le Fragment de Chronique rimée
qui vous a été promis , lequel fut composé
vers l'année 1530. & que Pierre Grognet
présenta à Jehan de Dinteville , Maître
d'Hôtel ordinaire du Roy , le fupliant de
corriger le gros & trop rude langaige mal aorné,
cela fait , le présenter ( avec les beaux mots
dorés de Caton ) à Meffeigneurs les Enfans de
France.
D RECOL
2414 MERCURE DE FRANCE
RECOLLECTION des merveilleuses
P
choses & Nouvelles advenues au noble
Royaume de France en notre tems , depuis
l'an de grace 1480.
Our racompter Histoires bien nouvelles,
Lisez ici , les verrez nompareilles ,
( 1480. ) Mil quatre cent avecques quatre- vingez
Lors és Celliers gellerent moult de vins .
( 1481. ) Mil quatre cent quatre - vingtz & puis
ung,
Gros & menus moururent en commun .
Triumphamment regnoit un Connestable ,
Mais fon peché l'a fait trop variable ,
Dont fut pugny , décapité en Grêve ,
En foutenant la mort qui lui fut gréve.
J'ai ben du vin la pinte à trois folz ,
Et puis après pour ung denier affoulz ,
Ce qui eft vil ay vû bien cher tenir
Et ce cher temps a viste revenir.-
J'ai vû Seigneur moult renommé des Cordes ,
Qui cordeloit en tout tems les discordes ,
Qui les Flammans bien fçavoit accorder
Et tous Pays pour le Roy concorder.
Pour ramener à bon mémoire ,
( 1493. ) Mil quatre cens quatre-vingtz- treize ,
Vendredy
NOVEMBRE 1740
1415
Vrendredy feptiesme de Juing ,
Mené fut devant le commun ,
Et bruslé vif à la voirie
Jehan Langloys Prebstre qui varie
En la Foy , lui natif d'Ivry
Etant reputé fans apuy ,
De bon lignaige , fils de Prebstre ;
Et Héretique contre l'estre
De la faincte Foy véritable,
De Jesus -Chrift & proufitable ;
Car il avoit par héresie
Osté la très facrée Hostie
Des mains du Prebstre célebrant ,
Comme chacun eft remembrant
En l'Eglise de Notre Dame ,
Dont il eft réputé infâme.
J'ai vû enfant lequel avoit deux têtes ,
Et fut monstré tant jours ouvriers que festes ;
Mais comme fçeu congnoistre par mon esme,
Il fut porté devant le Corps Sain& Edme.
Le CHARLES j'ai vû huitiesme de ce nom
De France Roy , par tout avoir renom
Delà les montz armes lances porta
Et vaillamment tout Naples conquesta.
L'an verole que l'argent fut peri ,
Et que le vin fe vendit à vil pris ,
Lorsque larrons ont le bois encheri ,
2
Dij
2416 MERCURE DE FRANCE
Et Naples fut des Ennemis repris ,
Et que grandz eaux eurent Paris compris
devant que Messias fut né ;
Claude Chauvreulx de faulceté furpris
Le jour
Fut par Arrêt au Pillory mené.
( 1496. ) L'an mil cinq cens moins double deux
Pour vous le faire brief & count ,
Ce Conseiller nommé Chauvreulx
Fut expulsé hors de la Court.
( 1498.) Mil quatre cens quatre - vingtz deux & feize
Mirandula Picus de bon affaire ,
Grant éleve régnoit Comte par excellence ,
Nul ne pouvoit eftimer fa science .
J'ai vu Paris avoir Prédicateur
Ung Tifferant Frere & bon Orateur ,
Premier tourna les filles penitentes ,¦
Lesquelles ont à Dieu fervir ententes.
( 1499. ) Mil quatre cens quatre- vingtz dix & neuf,
Tomba le Pont Notre Dame de neuf,
Ce cas advint en Octobre treizićme ,
Jour du matin viron l'heure neuvième ,
J'ai vû Paris crier le rouge & vert
Sans bon moyen & raison en appert ,
Ce gros abus par trop il a esté ,
Tant foit yver , authonne , ver , esté .
J'ai vu le pain à vû ung denier pour vendre ,
Long-tems après l'ai vû à fix revendre ,
Encores
NOVEMBRE. 1740 2417
Encores
pas n'en pouvoit on trouver ,
Cela eft vrai fans point le controuver.
J'ai vu Standor. qui les Poures fonda
A Montagu & les recommanda ,
Qui chacun jour prient pour les Trespaffés ;
Et pour nous tous quand nous ferons paffés,
J'ai vû plufieurs de maulvais Esperitz
Moult tourmentés par dangereux perila ,
Dont vint cela & ce piteux malheur ?
On n'en fçet rien , Dieu l'envoye meilleur.
Durant mon tems on a trouvé des Isles
Dedans les mers qui font beaucoup fertiles ,
Dont Habitans font d'étranges manieres
Sauvages gens des trésors ont minieres.
( 1503. ) Edmond de la Foffe , Escollier ,
Héretique particulier ,
Avoit prins & cierge & chasuble
Sainctement en pensée nuble
Comme le Diable le menoit
Et à fon voulloir prouvenoit ,
Des mains d'ung Prebstre il ofta
La Saincte Hoftie , & la brisa ,
Dont l'une des parties cheur
Près l'Autel dont trop lui mescheut ;
L'endroit fut où elle cheut à terre
Près l'Autel Sainct Pol & Saint Pierre ,
En la Sainte Chapelle au Lieu
Diij De
1478 MERCURE DE FRANCE
De Paris dédié à Dieu ,
Et l'autre part comme on revelle
Près les dégrés de la Chapelle ,
Tomba dont par cellui meffaict
En paroles de grant effect ,
Par trop viles & deteftables
Qu'il disoit trop déraisonnables
Contre Dieu , fut jugé avoir
Le poing couppé pour fon debvoir
Ce qu'il eust devant les dégrés
De celle Chapelle & aux grés
Du Juge eust la langue couppée ,
Et à fa très malle journée ,
Sur tout vif os , chair , cuyr & peau!x
Bruslés aux marches des Pourceaulx.
Ce cas advint ung Vendredy ,
Vingt & cinquième jour en nombre ,
L'an mil cinq cent & troys je dy
Qui fut pour lui piteux en combre.
( 1505. ) J'ai vû P'an mil cinq cént & cinq ;
Es caves moult geler de vins ,
Par plusieurs fois l'eaue a fait grant déluge
Où maintes gens n'avoient aucun refuge ,
Tant à Paris qu'à la Cité de Romme ,
Pour nos pechés a fouffert chascun homme.
·
J'ai vû Tournay aux Anglois retourner
Laiffant François fans plus à eux tourner ,
Aupa
NOVEMBRE: 1740 2419.
Auparavant Teroüenne rasée ,
Mais puis après a esté reparée.
Rodes auffi la clef des Chreftiens ,
Prise a esté des Turcs & des Payens ;
Dieu fçet bien tout dont eſt venu la faulte
fouvent avons voulenté haulte.
Par
trop
J'ai vu Leutker en la Foy varier ,
Et puis après follement marier ,
Dont dire fault fouffre dedans falpestre
Ont bataillé , car c'eſt ung falle Prestre.
Les boutefeux j'ai vû régner long- temps
Dont viateurs avoient par tout contens ,
Les accusans de ce merveilleux cas
Lors on crioit tant fuft hault comme bas.
J'ai vu par feu beaucoup de bonnes Villes ,
Auffi des Bourgs , qu'après ont été Villes ,
On dit bien vrai qu'après feu rien demeure.
Pensons en Dieu , qui en brief temps labeure.
J'ai vu regner gens vû d'armes miserables ,
Lesquelz étoient nommés fix milles Dyables :
Soubdain après ont été confondus ,
Les ungs bruslés & les aultres pendus.
J'ai vu au Ciel Planettes & Dragons
Ayant des queues flamans comme charbons ,
Pour nos pechés nous avons grand prefaige
Qui bien vivra fe trouvera moult faige.
Diiij REFLXIONS
#420 MERCURE DE FRANCE
Stist stet
REFLEXIONS NOUVELLES
pour fervir d'Eclairciffement au Mémoire
inseré dans le Mercure de Fevrier 1740.
intitulé : Réflexions d'un Physicien fur la
petite Verole.
Lfeffetd'un venin particulier, qui fe por-
A petite Verole eft regardée comme
te à la peau, lorsqu'il eft dévelopé par quelque
cause que ce foit , & dont on ne guérit
que lorsque la nature ou les remedes ont
la puiffance de chaffer ce venin au dehors.
›
Cette définition s'accorde avec l'opinion
universelle de presque tous les Médecins du
monde ; cependant avant que de donner fon
consentement à une opinion , tout Esprit
juste desire , avec raison , que cette opinion
porte avec elle une idée claire & diftincte
dont il ne résulte aucune absurdité .
La Géométrie feule ( il eft vray ) atteint
à une parfaite certitude ; mais vainement
s'efforceroit- on d'acquerir de nouvelles vérités
dans les autres Sciences utiles , fi l'on
exigeoit dans les recherches & découvertes
qui s'y font tous les jours , une évidence égafe
à celle de la Géometrie : on doit donc fe
contenter de raisonner fur chaque matiere
felon le dégré de probabilité dont elle eſt
fusceptible.
NOVEMBRE. 1740 2421
fusceptible. En Physique , par exemple , if
eft permis de fuposer un principe , pourvû
qu'il ne foit pas absurde & qu'il s'accorde dans
ses consequences avec tous les Faits connus ;
alors on eft en droit de le regarder comme
vrai , de cette vérité dont la Physique eft fusceptible.
On doit feulement éviter d'avoir
recours à un trop grand nombre de ces principes
fuposés , quand même ils n entraînent
avec eux aucune abfurdité & qu'ils s'accordent
avec les Faits.
Ces fupofitions trop fréquentes donnent
une jufte défiance de l'opinion qu'on veut
établir. Examinons donc avec fincerité , fi
le principe du Venin particulier ( cause de
la petite Verole ) n'eſt point absurde . 2° . S'il
n'en réfulte que des Faits reconnus pour vrais
& s'il n'a pas besoin d'un trop grand nom
bre de fupofitions.
ARTICLE I. Du Venin , cause de la petite
Verole.
Il y a des Venins reconnus de tout le monde
, dont les effets font fenfibles & hors de
toute conteftation : ce n'eft donc pas la fupofition
d'un Venin qu'on peut regarder
comme absurde ; il eft feulement queſtion
ici de fçavoir , fi dans le cas de la petite Verole
on peut en fuposer un particulier , cause
de cette maladie , qui s'accorde dans fes
Dv effets
3
2422 MERCURE DE FRANCE.
"
effets avec tous les Faits reconnus pour vrais,'
& qui n'ait d'ailleurs besoin pour être
prouvé , que d'un petit nombre de fupositions.
Pour parvenir à cet examen , on doit , s'il
eft poffible , remonter jusqu'à l'origine de ce
Venin, fçavoir le lieu où il réside, celui qu'il
attaque , enfin , quels font fes effets .
On remarquera d'abord que les Médecins
font divisés fur le lieu de ce Venin contagieux.
Les uns veulent qu'il réside dans l'air,
d'autres foûtiennent qu'il eft renfermé dans
la maffe du fang dès les premiers momens
de notre naiffance ; mais foit que ces Miasmes
contagieux viennent de l'air , foit qu'ils
fe communiquent par l'aproche d'un corps
attaqué de cette maladie , foit qu'ils foient
inserés à la maniere des Anglois , ils conviennent
que dans tous ces cas également ,
ces Miasmes dévelopent dans la maffe du
fang une matiere qui aparamment leur eft
anologue , & qui , à l'occafion de ce dévelopement
, fe porte à la peau par une vertu
qui nous eft inconnuë , ou peut- être fimplement
, parce que les pores , ou les glandes de
la peau, donnent un plus libre paffage à cette
matiere, que tous les autres vaiffeaux , glandes
&c. qui entrent dans la ftructure du
corps humain.
Qu'on faffe une sérieuse attention à ce que
nous
NOVEMBRE. 1740.2423 1740
nous venons de dire , & qu'on fuive avec
exactitude ce Venin dans fes effets ; foit
qu'on insere dans la peau une partie fubtile
, apartenante à la petite Verole , foit
foit que
ce venin répandu dans l'air penetre au travers
des pores , il faut également qu'une pctite
portion de cette matiere aille chercher
dans la maffe du fang une autre portion
de matiere , ou homogene à elle , ou d'une
Nature differente , mais qui dans l'une ou
l'autre fupofition acquiert fur le champ
par cette aproche , la faculté , ou la qualité
néceffaire pour revenir ensemble à la peau :
ce n'eft pas tout , il faut que cette petite portion
de Venin , étrangere au fang , fe fubdivise
encore infiniment pour aller chercher
chacune des parties qui lui conviennent , s'y
unir , s'y apliquer , & leur communiquer à
leur tour la dispofition nouvelle qui les rend
propres à fe à fe porter porter à la
peau .
Voilà bien des fupofitions ; mais la Nature
a encore plus de façons d'agir : allons
plus loin , & ne perdons point de vûë ce
poison étranger & fubtil , foit qu'il foit de
pareille nature que celui qu'il rencontre dans
la maffe du fang , foit qu'étant d'une nature, :
differente , il n'ait d'autre faculté que celle
de le déveloper. Dans le premier cas , s'il eft
de même nature , il femble qu'il en résulte
une abſurdité. En effet , il faut dans ce syſtê-
D vj
me
424 MERCURE DE FRANCE
me que l'on convienne que les parties ſembla
bles & interieures qui font ainfi dévelopées
par celles qui viennent de dehors , ou étoient
contenues dans la maffe du fang , ou
fixées dans un lieu particulier. Si elles étoient
contenues dans la maffe du fang , pourquoi,
fe rencontrant fans ceffe dans le cours rapide
de la circulation , ne fe déveloperoientelles
pas entr'elles par cette rencontre ? &
pourquoi reftent- elles fouvent dans cette
inaction pendant tout le cours de la vie ?
Dans la fupofition de l'attraction , elles
auroient entr'elles les mêmes principes , les
mêmes raports que chacune d'elles peut
avoir avec les parties de ce poison fubtil &
exterieur ; leur maffe , leur figure étant la
même , elles doivent être fufceptibles des.
mêmes effets. Si l'on prétend qu'elles fe dévelopent
en effet entr'elles , & que fouvent
la petite Verole paroît , pour ainfi dire , par
fa propre puiffance , fans avoir besoin d'aucun
levain contagieux & étranger , on répondra
qu'il est bien fingulier que ce venin
lorsqu'il nous eft communiqué ) ait presque
toujours la vertu de produire tous les
effets dont il eft capable , ainfi que l'infertion
le prouve invinciblement , & qu'au
contraire lorsqu'il eft dans nous , & qu'il eft
contenu dans nos vaiffeaux , où il fuit le
cours de la circulation , fa puiffance diminuë
NOVEMBRE 1740 2429
nuë à proportion qu'il y eft en plus grande.
quantité , & qu'il eft ( fi l'on peut fe fervir..
de ce terme ) plus près de nous : je fçais
qu'on peut répondre à tout , mais cependant
je doute qu'on réponde fuffifamment à cette
objection , fans admettre encore de nouvel
les fupofitions. L'absurdité fera encore plus
grande fi l'on fupofe ce Venin renfermé dans
un lieu particulier qui nous eft inconnu , &
qui ne peut s'échaper de fa prison , qu'à -l'aide
de celui qui lui eft transmis par l'air ou
par l'insertion : car fi ce Venin terrible eft.
caché dans un lieu particulier , pourquoi.cette
matiere y étant accumulée en fi grande
quantité , échape- t'elle aux yeux conoise
seurs des Anatomistes ? ou du moins pourquoi
n'y cause- t'elle pas des désordres proportionnés
à fa maſſe & à fa quantité ? Enfin
, pourquoi ne fe porte- t'elle pas à la peau,
fi la nature l'a deftinée à cette route?
>
Voyons fi nous nous trouverons mieux de
la feconde fupofition , & imaginons une matiere
étrangere à nous , mais qui a un certain
raport avec celle que nous aportons avec
nous dès le premier moment de notre naiffance.
Imaginons que cette matiere exterieure
, fans être homogene à aucune des
parties de nos liqueurs , a cependant la faculté
d'en déveloper certaines , qui produifent
alors la petite Verole.Mais dans ce syftêmg
426 MERCURE DE FRANCE
me même , en adoptant toutes les fupofitions
qu'il nous présente , il faudroit néces
sairement fuposer encore qu'il ne fe trouveroit
jamais qu'une certaine quantité de cette
matiere contagieuse,foit dans la maffe de no
tre fang , foit dans le lieu particulier de fa retraite
; car fans cette nouvelle fupoſition ,
pourquoi n'auroit - on pas la petite Verole
deux fois dans tous les cas poffibles ? La Nature
fage & intelligente auroit - elle eu la précaution
de ne fe charger précisément de ce
venin que dans la quantité néceffaire pour
produire certaines petites veroles fort abondantes
& fort malignes ?
On me répondra peut- être que lorsque la
nature en eft trop furchargée , elle y fuccombe
& qu'on meurt. Cette réponse feroit bonne
, s'il étoit prouvé que la petite Verole fortît
toujours en entier; mais l'experience nous
aprend que fouvent tout le Venin n'eſt pas
dévelopé , puisqu'il arrive fréquemment
qu'on a plufieurs fois cette maladie dans le
cours de fa vie , lorsqu'elle n'eft pas fort
abondante la premiere fois . Ce retour funefte
ne peut être produit , en fuivant l'hypotese
, que par un nouvel abord de cette
matiere étrangere & differente par fa nature,
de celle que nous fuposons renfermée dans
la maffe de notre fang ; cette derniere n'avoit
donc pas pû être dévelopée en entier
dans
NOVEMBRE. 1740 2427
dans la premiere attaque de cette maladie ,
parce qu'il ne fe trouvoit pas affés de celle
que l'air , ou l'insertion avoient communiquée
au fang,ou parce qu'elle n'avoit
pas af
fès de vertu pour la déveloper toute . L'un
& l'autre cas devroient arriver quelquefois ,
lors même que toute la peau auroit été couverte
de puftules ; c'eft ce que l'expérience
ne confirme pas.
On peut même ajoûter que ce syftême eft
moins conforme aux principes ordinaires de
la Phyfique , & à l'expérience des Anatomif
tes . En effet, on eft convenu jusques ici que
les matieres homogénes ont entr'elles une
dispofition quelconque à fe réunir , & qu'elles
paffent plus facilement que les autres par
les mêmes filieres , glandes , vaiffeaux &c .
Mais on n'a pas encore démontré , ni par le
fait , ni par le raisonnement , que les parties
héterogenes fe lient entr'elles avec autant de
facilité que celles qui font parfaitement femblables
; il feroit donc un peu plus vraiſemblable
qu'elles font pareilles.
Enfin , dans tout ce syftême on ne peut
s'expliquer avec clarté fur fes effets , ni fur
fa cause ; on voit d'un coup d'oeil combien
de difficultés , combien de fupofitions le
rendent fufpect ; mais les divifions des Médecins
fur cet article , leurs inquiétudes fur
les malades , les malheurs qui leur arrivent ,
l'obscurité
428 MERCURE DE FRANCE:
l'obscurité qui regne dans toutes les consé
quences de ce principe, ne viendroient - elles
point de fa fausseté ? Leurs erreurs peuvent intimider,
mais elles ne doivent pas décourager;
il n'en coûte rien de tenter une nouvelle
route : & pourquoi fe refuferoit- on à de nouvelles
opinions fi elles font fujettes à moins
d'inconveniens , fi elles demandent moins
de fupofitions , & fi elles s'accordent avec
les faits reçûs ?
Le Mémoire imprimé dans le mois de Fevrier
, paroît embraffer une opinion differente
de toutes celles dont nous avons parlé
; il femble que l'Auteur y veüille donner
une théorie génerale de toutes les fiévres
qu'il attribuë uniquement à la raréfaction du
fang porté au cerveau , cause immédiate de
l'état nouveau des nerfs , dont il prétend que
les fonctions doivent être changées à l'occafion
de cet abord d'un fang trop rarefié. Jusque
là on ne peut lui nier des faits conformes
à tous ces principes qui ne font point des fupositions
, & je crois qu'on doit penser avec
lui ,
, que fi les fonctions de quelque partie
que ce foit font lésées à l'occafion d'un trop.
grand abord de fang , les fonctions du cerveau
ne font pas exemptes de cette loi génerale
, & que par conséquent les nerfs peuvent
en être affectés ; on ne peut nier non
us que les nerfs ne foient en plus grande
quantité
NOVEMBRE. 1740. 2429
quantité dans les tuniques des arteres , que
dans celles de tous les autres vaiffeaux , &
que par conséquent les arteres ne doivent
participer plûtôt que ces autres vaiffeaux au
dérangement arrivé aux nerfs.
Mais l'Auteur fupose , fans aucune preuve ,
que ce fang rarefié porté au cerveau peut
contracter les nerfs , & que les nerfs communiqueront
cette contraction aux autres . If
paroît donc qu'il va trop loin , lorsqu'il avance
que les nerfs ont la puiffance de procu
rer aux parties qu'ils accompagnent le même
état dans lesquels ils font actuellement ; nonfeulement
cela n'eft pas prouvé , mais mê
me cela contredit des Faits Anatomiques reçûs
: par exemple , on voit tous les jours
un muscle en convulsion ou contracté , fans
que les nerfs qui y aboutiffent foient contractés
; ce Fait prouve combien on doit être
reservé fur une pareille matiere, à fuposer des
Faits qu'une vraisemblance vague nous perfuade
, & que le desir de démontrer un prin
cipe nous engage à adopter fans preuve ; ce
pendant il faut avouer qu'on ne peut s'em
pêcher d'accorder en partie à l'Auteur cette
fupofition , lorsqu'elle ne changera pas directement
les Faits reçûs , & fi l'Auteur s'étoit
contenté de dire que par une méchani
que inconnue, l'expérience paroît nous apren
dre que les nerfs peuvent (foit qu'ils fe contracten
430 MERCURE DE FRANCE
tractent ou non , foit qu'ils ne fe trouvent
dans aucun de ces deux états ) contracter ou
relâcher les parties auxquelles ils aboutiffent
& qu'ils accompagnent , cette fupofition me
paroîtroit de la nature de celles qui font-permises
en Phyfique , & il ne s'agiroit pour
y donner , avec raison , fon consentement ,
que d'examiner & comparer enfemble tous
les Faits qui en doivent resulter , pour voir
s'il ne naît point de ces Faits comparés , aucune
absurdité ; alors , en attendant mieux
on doit fuivre le principe dans fes conséquences.
En effet , qu'on faffe attention que fi l'Auteur
ne peut rendre raison de la nature des
esprits , de leur féparation dans les glandes
ou les vaiffeaux du cerveau , de leurs effets
dans le corps des nerfs ; que s'il ne peut même
prouver invinciblement l'exiftance de ces
esprits , à plus forte raison tenteroit - il en
vain d'expliquer la Méchanique par laquelle
il fupose que les nerfs contractent les arteres
dans tout le cours de leur propagation ; mais
fi cette théorie lui manque , elle manque
également à fes Adversaires , qui ignorent
comme lui cette Méchanique , & ne peuvent
par conséquent le convaincre de fauffeté
fur une opinion dont ils ignorent les premiers
principes, Elle ne renferme donc en
elle-même aucune absurdité manifefte , &
felon
NOVEMBRE. 1740 1431
felon nos principes , on eft en droit de la fuposer
, pourvû que ce foit fous la condition
expreffe d'en tirer toutes les conséquences
avec foin , & de les comparer enfemble ,pour
parvenir à connoître fi rien ne répugne dans
cette hypotese.
Suivons donc l'Auteur pas à pas , &
voyons s'il ne s'égare plus dans la fuite de ce
syftême. Il prétend , d'après les fupofitions
précédentes , que fi les arteres font contractées
, la partie rouge s'extravasera dans les
vaiffeaux limphatiques , ayant plus de peine
qu'à l'ordinaire à continuer fa route dans les
capillaires. Ce n'eſt pas un principe nouveau
qu'il annonce ici ; M. Helvetius a déja prétendu
, avec les grands Médecins de fon
tems , que les inflammations ordinaires ve
noient d'une extravafion de la partie rouge
du fang dans ces limphatiques : or , quelle
méchanique peut mieux produire cet effet
que le retréciffement des capillaires , dont les
dernieres ramifications ont des tuniques,d'où
les limphatiques tirent leur origine ? Enfin ,
le plus ou moins de contraction dans les
limphatiques paroît devoir encore produire
les plaques ou les boutons , ainfi qu'il eft expliqué
plus au long dans le Mémoire de Fevrier.
Tout cela fe peut faire ; rien dans tou
te cette méchanique ne paroît contraire à
l'expérience ni à la raison , mais indépendamment
432 MERCURE DE FRANCE
damment des objections auxquelles le Mé
moire a répondu , il s'en présente plusieurs
qui méritent notre attention.
Le fang ne fe porte- t'il pas ſouvent à la tête
fans fiévre ? Donc cette cause ne fuffit pas
pour donner la fiévre.
Et
L'Auteur peut répondre , que le fang rarefié
& porté en quantité à la tête donnera
toujours la fiévre , quoiqu'il fe puiffe faire
que le fang porté à la tête par une autre cause
que la rarefaction , né la donne pas.
pour parvenir à démontrer la fauffeté de
cette fupofition , il faudroit prouver que le
fang étant non-feulement porté à la tête ,
mais , de plus , rarefié & dans une certaine
quantité ; en un mot , dans toutes les conditions
que ce principe fupose , ne causeroit
cependant pas la fiévre ; mais il femble bien
difficile de foûtenir cette opinion , & encore
plus de la prouver.
Il y a encore une autre objection plus confidérable
: on demandera pourquoi la toux
attaque plûtôt la poitrine dans la rougeole
que dans les autres éruptions ? Il paroît vraifemblable
que cet effet ne peut avoir pour
cause qu'une matiere particuliere qui fe porte
à la poitrine par fa nature. Or , fi la rougeole
a pour principe un Venin particulier ,
pourquoi la petite Verole , qui cause pareillement
une éruption à la peau , n'auroit elle
pas
NOVEMBRE. 1740 2433
le fien Ici le raisonnement ceffe , &
T'expérience fuplée .
pas
On peut citer un Fait pour certain , c'eſt
qu'on touffe toujours lorsque la transpiration
eft interceptée . Or , la rougeole fortant prefque
tour à la fois , & couvrant avec de
grandes plaques une plus grande fuperficie
de la peau dans le même espace de tems que
les autres éruptions , doit produire cet effet ,
plûtôt que celles qui en couvrent moins.
ARTICLE II. Comparaison de ces deux
Systêmes.
Premier Point de Comparaison,
Dans le premier Syftême on fupose une
matiere particuliere à la petite Verole , &
cette fupofition paroît en entraîner une infinité
d'autres, puisqu'il faut alors attribuer à cha
que differente éruption une cause & une origine
differente.
Dans le fecond , on ne reconnoît qu'une
feule cause de toutes les fiévres intermittentes
, continues , malignes , & de celles qui
produisent des éruptions à la peau. Cette
cause eft une matière quelconque qui rarefie
le fang , le porte à la tête , &c. On doit
convenir qu'un pareil principe eft au moins
plus commode & admet moins de fupoitions.
1
Dan
2434 MERCURE DE FRANCE
Dans le premier , on fupose que la Nature
intelligente ne laiffe jamais dans la maffe
de notre fang qu'une certaine quantité de
cette matiere , fuffifante pour couvrir la fuperficie
de la peau ; dans le fecond on n'a
pas besoin de cette fupofition.
Dans le premier , on eft obligé de convenir
que ce Venin fe cache dans certains cas ,
fe dévelope dans d'autres ; qu'il eft ou renfermé
dans un endroit particulier , ou contenu
dans la maffe , fans qu'on puiffe rendre
une raison vrai- semblable de toutes ces fupofitions
. Dans le fecond , on dit feulement
que le fang eft rarefié , & qu'alors du même
principe naîtront toujours les mêmes effets .
Dans le premier , on fupose que ce venin
porté à la peau par l'insertion , a la vertu d'en
aller chercher un autre , qu'il le ramene avec
lui à la peau fans fe diffiper ; que le pus qui
fe forme ne l'altere point ; que quoique trèsfubtil
, il ne s'échape , ne fe diffipe point par
tant de détours differens,ni même pendant la
fupuration , & qu'après le deffechement même
, cette partie fubtile eft encore confervée
dans le bouton deffeché , ainfi que l'ufage de
la Chine pour inserer la petite Verole , le
prouveroit felon cette hypothese.
Dans le fecond , on ne fupose rien , finon
une matiere qui puiffe rarefier le fang à un
certain degré ce qui n'eft pas douteux .
Dans
NOVEMBRE . 1740. 2435
Dans le premier , on fupose que ce Venin
a une vertu inconnue & particuliere à lui ,
pour ſe porter plutôt à la tête que dans les
autres visceres. Dans le fecond , la rarefac
tion rendant le fang plus léger , fuffit pour
produire cet effet dans toutes les fiévres plus
ou moins , felon le dégré de rarefaction .
Dans le premier , on ne fçait de quelle
maniere ce Venin fe communique ; les uns
par
veulent que ce foit l'air , d'autres par le
fang lui-même ; les uns par des parties femblables,
d'autres par des parties héterogenes ;
chacune de ces fupofitions eft fujette à de
nouvelles dificultés.
Dans le fecond , on explique la communication
de ce Venin comme fimple maladie
de la peau , ainfi que la galle , & lorsqu'on
en eft attaqué fans contagion , on a recours
au même principe de la raréfaction .
La petite Verole paroît fouvent regner plus
fortement fur la fin de l'Eté & le commencement
de l'Automne , que dans les autres
faisons. Dans le premier Syftême , on ne
peut rendre raison de ce Fait, finon que cela
arrive par une vertu particuliere & inconnue;
mais felon l'hypothese du Mémoire de Février
, cela doit arriver plus fouvent dans le
tems où le fang doit être au plus haut point
de rarefaction. Or , quoique cette rarefaction
puiffe arriver par des causes diverses dans ,
d'autres
2436 MERCURE DE FRANCE
d'autres faisons , cependant la chaleur de
l'Eté doit y contribuer géneralement dans
tous les corps qui y feront disposés.
La petite Verole eft communément moins
dangereuse en Allemagne qu'en France. Dans
le premier Systême , il faut néceffairement
avoir recours à la qualité occulte de ce Venin
, plus propre à attaquer le fang des François
, que celui des Allemands. Dans le fecond
, on fe contentera de remarquer que le
Climat est moins propre à rarefier le fang, &
peut-être le fang des Allemands cft plus épais
naturellement.
Le fang fe porte à la tête , il s'y extravase,
il cause des dépôts, des fupurations, des délires,
des convulfions dans les nerfs, la mort.
Dans le premier Syftême on peut rendre raison
de ces Faits, en disant que c'eſt la nature du
Venin de la petite Verele , & dans le fecond
on verra que tous ces effets doivent ſe déduire
d'un feul principe , la rarefaction au dernier
degré , tandis que la fiévre ordinaire
n'eft que l'effet d'une rarefaction moderée
qui cependant porte toujours le fang à la tête
, ainfi le mal de tête ( qui eft un
fimptôme presque inséparable de cette ma,
ladie ) le prouve invinciblement.
que
Dans le premier , on rend raison avec
peine , ainfi qu'on l'a déja vû , pourquoi on
n'a pas la petite Verole deux fois , lorsqu'elle
cft
›
NOVEMBRE. 1740. 2437
eft fort abondante la premiere. Dans le fecond
, on en donne la raison par un effet purement
méchanique. L'endroit le plus foible
des vaiffeaux étant devenu le plus fort
par les
cicatrices vifibles ou invifibles dont il eft armé
, & par conséquent ne pouvant plus fe
prêter à l'extravafion du fang hors des vaisseaux
, ce qui peut ( fi ce Systême eſt vrai )
occafionner des maladies beaucoup plus dangereuses
que la petite Vérole même , par le
reflux du fang dans les parties intérieures.
ART. III. Des Experiences.
Dans le premier Systême on n'a point encore
fait d'Expériences qui pûffent nous
éclairer ; en effet , l'incertitude du but qu'on
Le propose dans ce Systême , felon lequel il
faut tantôt échauffer, tantôt rafraîchir , cause
la diverfité des Remedes donnés dans des
intentions differentes dans le cours de la même
maladie , d'où il résulte que les Expériences
font équivoques.
Dans le fecond , une feule intention ;
un feul but , c'eft d'empêcher l'éruption :
rien de fi aisé que de fçavoir fi on parvient
à ce but en donnant l'inoculation
à dès criminels , & en les traitant felon Boerhaave
& felon le Systême dont il s'agit ,
de la maniere la plus efficace , pour empêcher
toutes les inflammations de fe
porter
2438 MERCURE DE FRANCE
"
•
porter
par
à la fupuration. Il y a plus , c'eft qu'on
peut avancer fans crainte que ces Expériences
font presque entierement achevées
M. de la Metrie , Auteur d'un Livre nou-
-veau, qui a parû quelques jours après le Mémoire
en queftion , fur la petite Verole , où
il assûre que fur cent Expériences de petites
Veroles , traitées felon ce principe , il ne lui
eft arrivé aucun accident , & qu'il a crû voir
bien diftinctement qu'il avoit toujours diminué
la quantité des boutons. Il eft vrai
M. de la Metrie ajoûte qu'il n'a jamais
pû parvenir à empêcher l'éruption ; mais
quand il n'auroit fait que rendre benigne la
plus terrible de toutes les maladies , cela
fuffiroit pour adopter le Syftême en queſtion .
que
Cependant on peut dire que les Experiences
de M.de la Metrie ,loin de prouver qu'on
ne peut atteindre à empêcher la petite Verole
de fortir ( pour me fervir du terme ordinaire
) peut nous porter à penser que s'il
avoit été plus ferme dans fes propres principes
, il feroit parvenu à ce but. L'exemple
qu'il cite comme victorieux pour démontrer
cette impoffibilité , prouve précisément le
contraire , puisque dans cet exemple il n'a
fuivi qu'en partie l'intention de la Cure ,
que cependant il eft parvenu , felon lui , à
rendre très- benigne & très peu abondante
une petiteVerole qui devoit être très- maligne
&
&
NOVEMBRE . 1749 2439
& fort abondante : Il a faigné quatre fois un
enfant , mais il en a faigné trois du bras , &
felon le principe de la révulfion , que le
plus grand nombre des Médecins adopte , il
ne détournoit pas le fang de la tête , & réduisoit
le malade au feul bénefice de l'évacuation
, il a relâché la peau par le bain , ce qui
favorise encore l'éruption ; il eft vrai qu'il a
porté les autres remedes au plus haut point
de rafraîchiffement , mais , pour fçavoir s'il
lui eût été poffible d'arrêter entierement cette
éruption, il falloit faigner du pied & point
du bras ; il falloit ne point relâcher la peau
par le bain. On auroit tort de craindre d'arrêter
la transpiration par cette Méthode , la
révulſion relâchant les nerfs , en procurera
une plus falutaire , felon l'avis de presque
tous les Praticiens , & qui ne pourra jamais
porter à l'éruption , felon le principe du
Mémoire.
Mais quand ce Systême n'auroit pas pour
lui les Expériences déja faites, pourquoi n'en
pas faire de nouvelles pour éclairer la pratique
? Il me femble que ce qui doit déterminer
en géneral à faire des Expériences , fe réduit
à trois raisons principales. 1 ° . L'importance
de la matiere , 2°. la facilité de faire
ces Expériences , 3 °. le degré d'espérance
qu'on peut avoir de parvenir au but
qu'on fe propose. Je ne m'étendrai point
E ij fur
2440 MERCURE DE FRANCE
A
fur l'importance de la matiere , elle eft affés
prouvée par elle - même ; à l'égard de la facilité
des Expériences , on fçait par celle des
Anglois quelles font les preuves qu'on peut
avoir de la réüffite de l'insertion , ainfi ` rien
de fi aisé que de voir fi on peut s'oposer à
l'éruption , & fi cela fe peut fans danger ; on
peut risquer la vie d'un criminel , ainfi aucun
fcrupule ne peut arrêter ceux qui voudront
fuivre l'intention de cette Cure. A l'égard du
troifiéme Article , je le laiffe au jugement du
Lecteur ; mais , quand il feroit peu vraisemblable
que l'on pût parvenir à ce qu'on fe
propose , je ne vois pas l'inconvénient qu'il
peut y avoir à faire des Expériences , peutêtre
même en n'atteignant pas au but proposé.
Seroit- on aflés heureux pour acquérir ,
chemin faisant , de nouvelles & utiles connoiffances
?
CONCLUSION .
Enfin le fecond de ces deux Syftêmes s'accorde
avec l'opinion de Boerhaave , avec la
Cure ordinaire , employée par les grands Médecins
, avec le Discours de M. Chirac , qui
disoit hautement qu'on ne devoit point faire
d'attention à l'eruption dans cette maladie
mais a la fiévre feule , avec ce que l'Expé-
1ience ( quoique contredite par la varieté des
Remedes ) a pû faire apercevoir à tous les
,
grands
NOVEMBRE . 1740. 1740 244-
grands Médecins de l'utilité de la faignée du
pied dans cette maladie , tandis que
dans la
premiere opinion il faudroit néceflairement,
tantôt donner des Cordiaux , tantôt des rafraîchiffemens
; qu'il faudroit avoir principa
lement attention à l'éruption , contre l'avis
de M. Chirac , & favoriser la fupuration ,
contre celui de M. Boerhaave.
Un principe auffi fimple , qui s'accorde
avec l'opinion de ces grands Hommes dans
la pratique, qui adinet fi peu de fupofitions ,
dont les conséquences n'entraînent après el--
les aucune absurdité , & dont les effets fe
trouvent ( fij'ose me fervir de ce terme ) fi
bien quadrer avec tout ce qui arrive dans
cette terrible maladie , ne doit - il pas l'emporter
fur une opinion vague , qui a été reçûe
fans examen , qui à tout moment a befoin
de nouvelles fapofitions pour fe foûtenir,
& admet des qualités inconnues ou occultes?
Enfin de quelle utilité ne feroit pas la nouvelle
opinion , fi l'Auteur étoit affés heureux
pour avoir trouvé la vérité ? On ne mourroit
que très -rarement de la petite Verole ; les
femmes n'en feroient point marquées , & on
éviteroit des maladies plus dangereuses qu'el
le , qui doivent être très -fréquentes. Je conclus
donc fans héliter , qu'on ne fçauroit fe
dispenser de donner fon consentement à
cette opinion , ni en retarder les Expérien-
E iij
ces
2442 MERCURE DE FRANCE
ces faciles à faire , fans avoir à fe reprocher
une négligence qui intereffe fi fortement tous
les hommes & toute la Pofterité.
O DE
Sur la Grandeur de Dieu , tirée de
l'Ecclesiastique , Ch. 48.
VOus vous abandonnez aux disputes frivoles
Sur le Dieu de cet Univers ;
Vous vous épuisez en paroles ,
Et vos raisonnemens se perdent dans les airs .
*
C'est Dieu dont l'esprit pur , dont la force infinie
Pénetre toute ame & tout corps ;
Du Monde il soûtient l'harmonie ,
Il meut les Elemens par de puissans ressorts .
*
Voilà jusqu'à quel point l'homme peut le connoître
Les coeurs les plus ambitieux .
Il
Pourroient- ils atteindre à cet Etre ?
regne sur un Trône élevé dans les Cieux.
Son nom est le Dieu fort & le Dieu des Armées ;
Nations , redoutez son bras ;
Sec
NOVEMBRE
. 1740 2443
Ses mains sont du Tonnerre armées ;
Il porte d'un coup d'oeil la vie ou le trépas .
*
Son immense grandeur remplit le vaste espace ,
Où roulent tant d'Astres divers ;
Du centre , il vole à la surface ,
Il traverse les Cieux , il descend sous les Mers ,
>
*
Avant l'ordre des tems , sa puissance féconde
Du sein du néant fit sortir
Le Feu , l'Air & la Terre & l'Onde ;
Il créa l'Univers , il peut l'anéantir .
*
Terre Cieux , loüez Dieu ; vous Mortels , & vous
Anges ,
Chantez , redoublez vos efforts ;
-Formez un Concert de loüanges ;
Jusqu'au plus haut des Cieux élevez vos transports.
*
Tout se tait devant Dieu , la voix du Monde même
Ne pourroit louer son Auteur ;
Et c'est le Créateur suprême .
Qui seul peut dignement louer le Créateur.
Son Etre est un esprit , une pure pensée ,
Qui sans corps remplit tous les Lieux ;
E iiij
Par
2444 MERCURE DE FRANCE
Par qui sera- t'elle tracée ?
Et sous quelles couleurs se peindra- t'elle aux yeux?
*
Qui pourra raconter ses grandeurs immortelles
Marquer l'éclat de sa beauté ?
S'élever aux Cieux sur des aîles ,
Pour voler dans le sein de la Divinité 2
Par M. L. Tart.
330
OBSERVATIONS CRITIQUES ,
de M. COCQUARD , Avocat au Parlement
de Dijon , concernant son Hiftoire de la Vie
& des Ouvrages de TIMANTHE , imprimée
dans le Mercure de Juin , I. vol.
Près avoir réüni dans mon Hiſtoire de
la Vie & des Ouvrages de Timanthe ,
Peintre Grec , contemporain de Zeuxis , tous
les traits qui m'ont parû véritables , il eſt à
propos , pour ne rien laiffer à defirer fur cet- ,
te matiere , de raffembler maintenant tous.
ceux que je crois faux ou fuposés , & d'expliquer
les raisons qui m'ont engagé à admettre
les uns & à rejetter les autres.
SUR
NOVEMBRE. 1740. 2445
SUR le Lieu de la naiſſance de Timanthe
& sur le tems où il a vécu.
Euftate ( 1 ) & Madame Dacier , ( 2 ) ont
avancé que notre Thimante étoit de Sicyone.
Franciscus Junius ( 3 ) & M. Rollin , (4) fe
font contentés de dire qu'il étoit , felon
les uns , de Sicyone , & felon d'autres , de
Cythne , fans rien décider. M. de Piles (sa
dit précisément qu'on ne fçavoit pas le Lieu
de fa naiſſance , & M. Dacier ( 6) paroît perfuadé
qu'il avoit vécu fous Aratus de Sicyone.
J'ai prétendu , au contraire , que ce fameux
Peintre étoit de Cythne , & contemporain
de Zeuxis , & je vais prouver que cette contrarieté
des uns & l'incertitude des autres .
n'ont eû pour fondement que la confufion
qu'ils ont faite de deux Peintres du nom de
Timanthe , qui font nés en differens Lieux
& en differens tems .
D'un côté il eft certain que Timanthe
qui peignit avec tant d'art le Sacrifice d'Iphigenie
, & dont j'ai écrit l'Hiftoire , eft apellé
( 1 ) Sur le 163. Vers du 24. Livre de l'Iliade
d'Homere. (2 ) En fes Remarques fur le dernier Livre
de la Traduction de l'Iliade. ( 3 ) En fon Catalogue
des Peintres anciens , verbo TIMANTHES. (4) ·
Hift . anc . Tom XI . Liv. 22. Ch. § . Art . 3. verbo
TIMANTHE . ( 5 ) Abregé de la Vie des Peintres ,
L. 2 verbo TIMANTHE. ( 6 ) En les Remarques fur
La Traduction de la Vie d'Aratus par Plutarque ,
Εν par
2446 MERCURE DE FRANCE
par Quintilien ( 1 ) Cythnius de Cythne. Il eft
certain que ce Peintre vivoit du tems de
Zeuxis ; Pline ( 2 ) l'assûre : Æquales ejus
( Zeuxidis ) amuli fuere Timanthes , Androcydes
, Eupompus , Parrhafius , &c. Et quand
Pline ne l'auroit pas déclaré pofitivement ,
on n'en pourroit douter , puisque notre Tymanthe
remporta un Prix de Peinture ( 3 )
fur Parrhafius , qui fans contredit , étoit contemporain
de Zeuxis.
D'autre part , il n'eſt pas moins conſtant
qu'il y a eû un Timanthe , qui a vécu du
tems d'Aratus de Sicyone ; car Plutarque (4) ·
attefte que le Peintre Timanthe peignit avec
un grand fuccès le glorieux Combat de ce
fameux Géneral contre les Etoliens .
C'eft ce Paffage de Plutarque qui a évidemment
trompé les Auteurs contraires à mon
opinion , & voici aparemment ce qui a donné
lieu à leurs conjectures. La Ville de Sicyone,
au raport de Plutarque (5 ) & de Strabon
, ( 3 ) étoit floriffante pour les Arts , &
fur tout pour celui de la Peinture . Le Tableau
du Combat d'Aratus de Sicyone étoit,
(1 ) Inftit. de l'Orat . L. 2. C. 13. ( 2 ) Hift . Nat.
L. 35. C. 9. ( 3 ) Pline , ibid . C. 10. Franciscus Junius
, loco citato , verbo PARRHASIUS , Felibien ,
Entret . 1. fur la Vie & les Ouvrages des Peintres ,
M. Rollin , à l'endroit cité , verbo PARRHASIUS.
( 4 ) En la Vie d'Aratus. ( 5) Ibid. (6) Géograph.
L. 8.
fuivant
NOVEMBRE. 1740 2447
fuivant le même Plutarque , un Ouvrage accompli
du Peintre Timanthe , & ce Tableau
étoit digne de la réputation du Peintre de
ce nom , qui avoit fi bien représenté le Sacrifice
d'Iphigenic. De -là , les Auteurs que
j'ose contredire , fe font imaginés que le Timanthe
, Peintre du Sacrifice d'Iphigenie ,
étoit de Sicyone , qu'il vivoit fous Aratus
, & que le Tableau du Combat d'Aratus
étoit forti du même Pinceau que le Tableau
du Sacrifice d'Iphigenie ; en un mot , qu'il
n'y avoit eû qu'un Timanthe.
re ,
Mais après tout, quoique Sicyone , Ville
'du Peloponnefe , fût célebre pour la Peintus'ensuit-
il néceffairement que le Timanthe
même dont parle Plutarque, y ait pris naissance
? S'ensuit -il que le Tableau du Combat
d'Aratus y ait été peint ? Et quand il auroit
été fait dans cette Ville pendant la vie
d'Aratus , feroit- ce encore une conséquence
que le Peintre y fût né ? Ne pouvoit- il pas y
avoir été conduit par le defir d'y acquérir de la
gloire, ou pour y perfectionner fes talens , ou
pour y disputerquelque Prix? C'eft ainfi que le
grand Apelle ne dédaigna pas , quoique déja
connu & admiré , de s'y rendre Disciple de
deux grands Maîtres , ( 1 ) à qui il donna un
Talent, c'est-à- dire 1000.écus de notre Mon-
(1 ) Melanthus & Pamphilus. V. Plutarque , en
a Vie d'Aratus.
E vj noye
2448 MERCURE DE FRANCE
noye , moins pour aprendre d'eux la perfec
tion de l'Art , que pour participer à leur
grande réputation.
D'ailleurs, & ceci me paroît décifif, com
ment a t'on pû croire que le Timanthe de
Pline étoit le même que celui de Plutarque,
puisqu'il eft absolument impoffible que le
premier ait vécu jusqu'au tems du fecond ,
ou que le fecond ait vécu du tems du premier
?
Le Timanthe de Pline ( c'eft celui qui pei
gnir le Sacrifice d'Iphigenie ) étoit contemporain
& l'émule de Zeuxis ; & le Timanthe
de Plutarque , je veux dire le Peintre du
Combat d'Aratus , vivoit fous Aratus même.
Zeuxis fleuriffoit déja dans la XCV. Olympiade
, ( 1 ) & Aratus avoit à peine 20. ans la
derniere année de la CXXXI . Olympiade ;
cela eft fi vrai que Plutarque ( 2 ) dit que lorsque
Nicoclés
, après avoir regné quatre
mois , ſe vit für le point d'être dépoffedé
par les Etoliens qui lui avoient dreffé des embûches
, Aratus commençoit à entrer dans
l'âge d'homme , & que quand Aratus tenta
lui- même de délivrer Sicyone de la tyrannie
de Nicoclés , quelques - uns de ceux à qui il
communiqua fon entreprise , tâcherent envain
de l'en détourner , fous prétexte qu'il
( 1 ) Pline , Hift . Nat . L. 35. C. 9. et Bayle , en
fon Dict. verbo Zaux.S. ( 2) En la Vie d'Aratus.
manquoit
NOVEMBRE. 1740. 2449
manquoit d'expérience & de connoiffance
des affaires. Surquoi M. Dacier , dans une
Note marginale , ( 1 ) observe non - feulement
qu'Aratus m'avoit pas encore alors 20. ans ;
mais dans la Chronologie qu'il nous a donnée
( 2 ) pour les Vies de Plutarque , il place
l'execution de ce projet fous la premiere
année de la CXXXII . Olympiade . Or , de
la XCV. Olynipiade jusqu'à la CXXXII. il®
s'eft écoulé 180. ans ; & le Combat d'Aratus
contre les Etoliens eft bien pofterieur encore
à l'expulfion du Tyran Nicoctés ; car Plu
tarque raporte dans un autre endroit , ( 3)`
que lorsqu'Aratus eut reçû du fecours de
Lacedemone pour s'oposer aux mauvais desseins
des Etoliens , Agis lui dit très férieufement
qu'il feroit ce qu'Aratus jugeroit à propos
, parce que celui - ci étoit plus ancien que
lui , & d'ailleurs Capitaine Géneral des
Achéens ; & M. Dacier ( 4 ) place Agis comme
contemporain d'Aratus , fous la feconde
année de la CXXXVIII . Olympiade. De
forte que depuis la XCV. Olympiade , tems
où notre Timanthe , de même que Zeuxis
étoit en réputation , jusqu'au Combat d'Ara-
( 1 ) En fa Traduction de la Vie d'Aratus . ( 2 ) Tome
IX. des Vies de Plutarque , pag. 116 Edition
d'Amfterdam , 1724. in - 12 . ( 3 ) En la Vie d'Agis
et de Cléomene . ( 4 ) A l'endroit ci- deffus de fa
Chronologie.
fus
2450 MERCURE DE FRANCE
tus contre les Etoliens , il faut compter au
moins 212. années .
Sur quel fondement donc Euftate & Mad.
Dacier ont- ils pû avancer que notre Timanthe
étoit de Sicyone ? Par quelle raison furtout
M. Dacier a- t'il pû fe convaincre qu'il
étoit le même que celui qui vivoit fous Aratus
de Sicyone , & s'étonner ( 1 ) que Pline
n'ait pas fait mention du Tableau qui représentoit
le Combat d'Aratus , parmi les Ouvrages
qu'il raporte de notre Timanthe ? N'y
auroit- il pas bien plus lieu d'être furpris fi
Pline , qui assûre que ce Peintre étoit contemporain
de Zeuxis , lui eût attribué un
Tableau qui ne fut fait qu'après le Combat
d'Aratus ? Quel étrange anachronisme d'environ
212. années ! Le filence de Pline fur
le Tableau du Combat d'Aratus , ne fert- il
pas au contraire à autoriser la diſtinction qu'il
faut faire , à mon avis , de deux Timanthes ?
Cette Critique eft foutenue par l'opinion
de Sébastien Corrado , dont les refléxions
tendent au même but que les miennes, quoiqu'il
allegue d'autres exemples. Je crois ,
dit-il , ( 2 ) que le Timanthe de Pline eft un
( 1 ) En fes Remarques fur la Traduction de la Vie
d'Aratus . ( 2 ) Dans fon Commentaire fur le Brutus .
de. Ciceron , Chap . CLXX . Edition de Florence
1522. Nos credimus vel alterum Thimanthemfuiſſe
vel Plutarchum erraffe , quando Plinius fcribit Thi- .
>
autre
NOVEMBRE. 1740 245
utre que le Timanthe de Plutarque , ou
que Plutarque lui - même s'eft trompé. Pline
raconte que Timanthe étoit le contemporain
& l'émule de Zeuxis , & que Zeuxis fleurissoit
la XCV. Olympiade. Et felon le témoi
gnage de Plutarque , Aratus étoit déja vieux
lorsque Philipe , qui fut vaincu dans la fuite
par les Romains , n'étoit encore que dans fa
jeuneffe . Or , depuis Zeuxis jusqu'à cette
défaite de Philipe , il s'eft au moins écoulé
220. années; d'où il s'ensuit que le Timanthe
de Pline n'a pas vécu fous Aratus . Tel eft le
raisonnement de Corrado.
Il faut donc néceffairement diftinguer
deux Timanthes , l'un contemporain de Zeuxis
, & l'autre d'Aratus , car je ne puis , par
une alternative femblable à celle de Corrado ,
foupçonner Plutarque de s'être trompé , &
d'avoir voulu parler de notre Timanthe fous
le nom de celui qui peignit le Combat d'Aratus
contre les Etoliens. Plutarque , l'un
de nos meilleurs Hiftoriens ; qui étoit Grec
d'origine , qui a composé fon Hiftoire de la
Vie d'Aratus , fur des Mémoires qu'Aratus
mantem Zeuxidis aqualem, & amulum fuiffe ,& Zeuxim
Olymp. XCV . floruiffe . Atqui Plutarchus idem eft
auctor Aratum, quamvis fenem , vixiffe juvene adhuc
Philippo, qui poflea fuit à Romanis victus: ad quod tempus
à Zeuxide anni minimùm ducenti & vigenti nume
rantur , tantum abeft , ut eodem tempore,Timanthes ille
Aratus fuerint.
$
lui ·
TAS MERCURE DE FRANCE
lui-même avoit laissés , & qui l'a adressée à.
Polycrate , Concitoyen & descendant d'Aratus
; Plutarque , dis- je , étoit , fans doute ,
bien inftruit du Fait qu'il a exposé . Il n'eft
nas furprenant que l'Antiquité ait eû en difrens
tems , deux Peintres du même nom.
Plutarque fait même encore mention d'un
Timanthe , ami d'Aratus , en un autre en
droit , où il eft dit qu'Aratus & Timanthe
fe fauverent dans un Bois près de la Ville
d'Adria, pour y paffer la nuit , à couvert des
poursuites d'Antigonus ; mais je ne crois pas
que ce Timanthe foit le même que celui qui
peignit le Combat d'Aratus contre les Etoliens,
& moins encore le Timanthe dont j'ai
écrit la Vie..
,
1º%
Quoiqu'il en foit , il est évident
qu'Euftate , Madame Dacier & ceux qui les
ont fuivis , n'ont pas dû avancer
que notre
Timanthe étoit de Sicyone. 2 °. Que M. Dacier
s'eft mépris en s'imaginant qu'il étoit le
même que le Timanthe dont parle Plutarque
, & qui vivoit fous Aratus .
OUVRAGES DE TIMAN THE.
Franciscus Junius [ 1 ] & M. Dacier , [ 2 ]
ont attribué à notre Timanthe le Tableau
( 1 ) En fon . Catalogue des Peintres anciens , verbo )
THIMANIES. ( 2 ) En fes Remarques fur la Traduction
de la Vie d'Aratus,
du
NOVEMBRE. 1740 2453
1
du Combat d'Aratus contre les Etoliens ;
mais les Observations qui viennent d'être
faites , ne prouvent - elles pas suffisamment leur
erreur, & ne justifient -elles pas en même tems
le silence que j'ai garde , d'après Pline , sur
ce Tableau dans mon précedent Discours ?
Franciscus Junius , sur tout , auroit dû , en
son Catalogue des Peintres anciens , distinguer
deux Timanthes , & ne pas confondre, comme
il a fait , en un seul & même article , les :
Artistes & les Ouvrages .
Cependant quoique le Tableau du Com :
bat d'Aratus contre les Etoliens devienne :
étranger à l'Histoire des Ouvrages de notre
Timanthe , je ne doute pas que comme il a
ébloui tant de bons Ecrivains , il n'interesse
assés la curiosité des Amateurs , pour ne pas
désaprouver que je donne ici une idée de la
représentation du Combat même d'Aratus. ›
Les Etoliens s'étant emparés de la Ville de
Pellene , s'affoiblirent eux - mêmes par leur:
victoire , dont ils userent sans ménagement
& avec insolence. Les Soldats se dispersoient
dans les maisons , & en venoient aux mains .
entre eux pour le butin ; les Capitaines eħlevoient
les femmes & les filles, & , afin qu'au
cun autre n'osât s'en saisir , & que chacun
d'eux pût distinguer celle qui lui étoit tom→
bée en partage , ils lui mettoient leur propres
casque fur la tête. Ce fut précisément pendang
2454 MERCURE DE FRANCE.
dant cette occupation qu'Aratus , sans attendre
que toutes ses Troupes l'eussent joint ,
fondit sur eux avec celles qu'il avoit . Les pre
miers surpris aux portes &dans les Fauxbourgs
de Pellene , sont défaits , & leur fuite précipitée
, jette l'épouvante parmi les autres qui
se rallient pour les secourir. Bientôt le désordre
& l'effroi regnent partout , & les
Etoliens ne savent plus à quoi se déterminer.
Dans une si grande confusion , une Fille
de Pellene , aussi distinguée par sa haute
naissance , que par sa taille avantageuse &
sa beauté singuliere , se leve promptement
pour sortir du Temple de Diane , où un Capitaine
Etolien l'avoit menée. A l'aspect de
cette Fille , qui avoit encore le casque ombragé
de trois Panaches , que ce Capitaine
lui avoit mis sur la tête , les Etoliens
croyant remarquer une véritable Déesse , furent
à un tel point saisis de frayeur & d'étonnement,
qu'ils perdirent absolument cou .
rage ; & Aratus qui étoit entré dans la Ville
pêle -mêle avec les Fuyards , en chaffa les
Ennemis , après en avoir tué fept cent.
Voilà le Combat célebre que le Timanthe
dont parle Plutarque , avoit peint avec tant
de force & de naïveté , qu'on s'imaginoit
voir la chose même ; ce qui a engagé M. Dacier
à dire dans une Note , [ 1 ] " qu'il s'éton-
( 1) Sur fa Traduction De la Vie d'Aratus .
» noit
NOVEMBRE. 1740 2453
noit que quelque grand Peintre de nos
jours n'eût point traité ce Sujet , qui fe-
" roit certainement un beau Tableau .
Le Cyclope dormant.
Notre Timanthe , pour faire juger de la
grandeur du Cyclope, quoique peint dans un
petit Tableau , avoit placé autour de lui des
Satyres , qui mesuroient son pouce avec un
Thyrse , Thyrso pollicem ejus metientes. Ce
sont les termes de Pline , que du Pinet [1]
me paroît avoir mal rendus par ceux - ci : qui
mesuroient son pouce avec des tiges d'herbes .
Pourquoi priver ces Satyres de leur Thyrse
tandis que le Latin le leur donne si formellement
? M. de Piles n'a pas fait la même
faute en parlant de ce Tableau. Les tiges
d'herbe de du Pinet , répondent - elles à l'idée
que Timanthe avoit voulu donner de la taille
gigantesque du Cyclope ? Il eft vrai que ce
Traducteur de Pline ajoûte à la marge : on
avec des perches ; mais n'est- ce pas tomber.
dans une autre extrémité ? Le Thyrse que
M. de Piles , à son tour , dit être une espece
de bâton fort haut , n'étoit qu'une Lance ou
un Dard envelopé de sarmens & de feuilles.
de vigne , que les Poëtes ont donné aux Satyres
, de- même qu'à Bacchus & aux Menades
›
parce qu'on croyoit que les Satyres
( 1 ) Traduction de l'Hift. Nat . de Pline , L.
35. Ch. 10.
2456 MERCURE DE FRANCE
!
avoient combattu avec cette sorte d'Armes'?
comme Soldats de Bacchus .
Le Palamede tué par surprise .
Photius [ 1 ] parle de ce Tableau , sans
l'attribuer à notre Timanthe ; & Pline , en
parlant de ce Timanthe , ne dit fien du tout
de ce Tableau . Cependant je n'ai pas laissé
de le mettre au nombre des Ouvrages de ce
Peintre , & j'ai pour garant Tzetzés , qui a
dit qu'on en étoit redevable au Pinceau de
Timanthe . Tzetzés [ 2 ] lui même avoit tiré
cette particularité ex Aschtionis Mytilenai
Ephemeridibus , & Franciscus Junius [ 3 ] est
de même sentiment.
Je prévois pourtant que , comme j'ai
démontré , qu'il y avoit eû deux Timanthes,
on ne manquera pas de me demander pourquoi
j'attribuë plûtôt cet Ouvrage au Timanthe
contemporain de Zeuxis , qu'au Timanthe
contemporain d'Aratus ; en voici la raison.
Ce fut à Ephese qu'Alexandre le Grand
fur troublé à la vûe de ce Tableau ; Alexandre
fit son Entrée à Ephese la troisiéme année
de son Regne , & le quatrième jour qui
suivit la prise de la Ville de Sardis , [ 4 ] & la
( 1 ) Ex Ptolomei Hephestionis nova ad variam eru- ›
dutionem Historia Libro 1. ( 2 ) Chilia . 8. Hift. 198.
(3 ) En fon Catalogue des Peintres anciens , verbo
TIMANTHES ( 4) V. les Suplémens de J. Freinshemius
à la Vie d'Alex , le Grand par Quint-Curce L.2 .
Ville
NOVEMBRE. 1740. 2457
Ville de Sardis fut prise peu de tems après
la Bataille du Granique . [ 1 ] Or , suivant les
Chronologistes [ 2 ] la Bataille du Granique
est placée sous la troisième année de la CXI .
Olympiade, & j'ai fait voir que ce ne fut que
la deuxième année au moins de la CXXXVIII
Olympiade , que le Timanthe de Plutarque
peignit le Combat d'Aratus contre les Etoliens
. Desorte que depuis la troisième année
de la CXI. Olympiade jusqu'au tems du
Combat d'Aratus , il se trouve un espace de
133. années au moins. Comment donc le
Timanthe , contemporain d'Aratus , auroitil
peint un Tableau qui étoit déja à Ephese
avant qu'Alexandre le Grand y arrivât ? D'où
il faut conclure que le Tableau représentant
Palamede , étoit l'Ouvrage de l'autre Timanthe
, contemporain de Zeuxiș .
Le Héros.
J'ai dit dans mon premier Discours , que
les plus juftes proportions qu'un Pinceau ,
conduit par une main habile , puisse donner
à la forme exterieure du corps humain , se
trouvoient réunies dans çe Tableau , autorisé
(1 ) Arrian , des Guerres d'Alex . le Grand , L. x.
Ch . VI (2 ) Peravii Rationar . Temp. L. 4. Ch . 15 .
L'Abregé Chronol de l'Hift . Univ . du P.Petau , par
M. Collin , & la Chronol. de M. Dacier , pour les
Vies de Plutarque, verbo Alex. le Grand,
par
2458 MERCURE DE FRANCE
par Pline . [ 1 ] Il est vrai que dans quelques
Editions de cet Auteur , le Texte est un peu
alteré en cet endroit. On lit , entre autres ,
dans l'Edition de Dalechamp : [ 2 ] Artem
ipsa in complexus viros pingendi ; ce qui ne
forme aucun sens raisonnable ; sur quoi Dalechamp
cite à la marge un Manuscrit qui
porte Arte ipsâ complexus vires pingendi ,
& c'est ainsi qu'a lû Franciscus Junius. [ 3 ]
Mais dans le Pline du P. Hardoüin , on lit
Artem ipsam complexus viros pingendi. Ces
variantes font un sens different . Le Texte
Latin , selon le Manuscrit qui a été cité par
Dalechamp , & qu'a suivi Franciscus Junius,
nous fait concevoir que notre Timanthe , en
peignant son Héros , avoit employé tout ce
que la Peinture avoit de force's au lieu que
les expressions que renferme le Texte du P.
Hardouin, nous font comprendre que Timanthe
excelloit à peindre des Hommes , comme
d'autres excelloient à peindre des Femmes ,
ainsi que ce sçavant Jésuite les a interpretées :
Ut alii in mulieribus effingendis , fic ille in viris
eximius , & c'est l'idée que j'ai donnée
des talens de Timanthe , dès le commencement
de la Vie de ce Peintre.
Plusieurs raisons m'ont fait préferer le
(1 ) Hift. Nat . L. 35. C. 10. ( 2 ) Lyon , 1585 .
chés Barthelemi Honorat. ( 3 ) De Pictura Veterum,
Liv. 3. Ch. 6.
Texte
NOVEMBRE: 1740. 2459
une m
Texte du P. Hardouin à celui du Manuscrit.
1. Si l'on doit se prêter à conserver , autant
qu'il est possible , le Texte d'un Auteur ,
n'est- il pas manifeste que celui qu'on lit dans
l'Edition du P. Hardoüin , Artem ipsam complexus
viros pingendi , se raproche davantage
du Texte corrompu , Artem ipsa in complexus
viros pingendi Il n'y a qu'un seul petit
changement d'ipsa in en ipsam. Les Copistes
ont fort bien pû prendre par mégarde
pour in , à cause de la ressemblance de ces
caracteres , surtout la Lettre i n'étant presque
jamais ponctuée dans les anciens, Ma
nuscrits. Au contraire , dans le Passage tel
qu'il se trouve au Manuscrit cité par Dalechamp
, & suivi par Franciscus Junius, Arte
ipsa complexus vires pingendi , il y a trois corrections
differentes ; non- seulement on retranche
l'in , mais on met arte pour artem ,
& vires pour viros . 2 °. Comme il ne s'agit en
cet endroit que du Tableau d'un homme , il
paroît assés naturel que Pline , après avoir
déja vanté ce Tableau en ces termes absolutissimi
operis, ait ajoûté par forme de refléxion,
que le caractere propre de Timanthe étoit
d'exceller à peindre des hommes Arten
ipsam complexus viros pingendi. 3 ° . il n'y a
qu'à faire attention que tous les autres Tableaux
de ce Peintre , j'entens ceux dont les
Anciens ont cû connoiffance , ne représen
,
toient
2460 MERCURE DE FRANCE
e
toient en effet que des hommes , si l'on en
excepte le Tableau du Sacrifice d'Iphigénie ;
encore dans ce Tableau même , y avoit- il
cinq Personnages d'Hommes , pour un de
Femme.
L'Ajax outré de colere , &c.
que On a vû dans mon premier Discours ,
selon moi , Timanthe vainquit Parrhasius
dans le Tableau d'un Ajax outré de colere
contre les Chefs des Grecs , de ce qu'ils
avoient adjugé les Armes d'Achille à Ulisse .
. Cependant , si l'on en croit du Pinet , [ 1 ]
Sandrart [ 2 ] & Moreri, [ 3 ] ce ne fut pas Parrhasius
, mais Demon , que Timanthe eut en
cette occasion pour Concurrent.
A quoi je réponds , 1 °. que je ne connois
point de Peintre apellé Demon, & que ni Franciscus
Junius, en son Catalogue des Peintres
anciens , ni Felibien , en ses Entretiens sur
I la Vie & les Ouvrages des Peintres , n'en font
aucune mention . J'avoue qu'on trouve
Damon dans un Livre de Pline , étranger à la
dispute de Timanthe , de laquelle il s'agit
ici ; mais outre la difference de l'Orthographe
dans les noms de Demon & de Damon ;
( 1 ) En ſa Traduction de l'Hift. Nat. de Pline , L.
35. Ch . 10. (2 ) Dans fon Académie de Peinture ,
L. 2. Ch. 17. ( 3 ) Dans fon Diction . Hiftor . verbe
DEMON.
c'est
NOVEMBRE. 1740 .
2461
c'est que ce Damon , ainsi orthographié ;
n'étoit qu'un Statuaire , & non pas un Peintre.
[ 1 ]
2º. Tous les autres Auteurs , tant anciens
que modernes , [ 2 ] qui ont parlé du Prix
remporté en Peinture sur le Tableau d'un
Ajax, nomment expressément Parrhasius, &
non pas Demon pour le Vaincu.
3º. Les autres Tableaux & tous les Faits
particuliers que du Pinet , Sandrart & Moreri
, mettent sur le compte de ce prétendu
Demon , sont attribués à Parrhasius , par les
Auteurs anciens & modernes que j'ai cités
en la Note précedente.
4°. Et voici la source de l'erreur groffiere
de du Pinet , de Sandrart & de Moreri ; Pli
ne [ 3 ] s'étant déja un peu étendu sur les talens
de Parrhasius , ajoûte immédiatement ,
pinxit & Demon Atheniensium argumento
quoque ingenioso ; paroles que du Pinet , faute
d'avoir compris le vrai sens de ce mot Deż
(1 ) Pline , Hift. Nat. L. 34. C. 8. & Franc . Junius
, en fon Catalogue des Peintres anciens , verbo
DAMON . ( 2 ) Elien , de variâ Hiftoriâ , L. 9. C. 12.
Athenée , L. 12. C. 21. Pline , Hift. Nat . L. 35.
C. 10. Euftate , fur le 545. Vers de l'Odyffée
d'Homere. Franc . Junius , à l'endroit cité , verbo
PARRHASIUS . Felibien , Entret . 1. fur la Vie & les
Ouvrages des Peintres. M. Rollin , Hift . Anc. Tom.
XI . L. 22. C. So Art 2. verbo PARRHASIUS , &c.
(3) Hift. Nat. L. 35. C. 10.
F mon
2462 MERCURE DE FRANCE
1
mon , a ainsi traduites en notre Langue :
Quant à Demon Athenien , il fut auffi tenu
pour Peintre excellent & fort inventif de son
tems. Et comme c'est précisément après ce
Passage , que Pline continuë de parler des
Tableaux de Parrhasius , & qu'il raporte les
autres Faits concernant ce Peintre , sans rapeller
fon nom , de - là vient que du Pinet ,
dans le cours de fa Traduction , a attribué à .
Demon, Peintre imaginaire , tout ce que Pline
a réellement dit de Parrhasius : de - là vient
aussi que Sandrart , qui est tombé dans la
même faute que du Pinet, a osé reprendre les
Auteurs qui ne favorisoient pas son opinion ;
de- là vient enfin que Moreri,trompé ou par le
même Passage de Pline , ou par la Traduction
de du Pinet, a fait dans son Dictionaire
Historique , un Article exprès de DEMON
qu'il qualifie d'ancien Peintre d' Athenes , vivant
du tems de Parrhasius & de Socrate ,
vers la XCIII. Olympiade , 408. ans avant
Jesus- Christ : ajoûtant entre autres , que ce
Demon fit un Tableau d'Ajax , en concurrence
de Timanthe , qui l'emporta sur lui : faute qui
subsiste encore dans l'Edition de 1732 .
Du Pinet , Sandrart & Moreri , n'ont pas
pris garde que dans ce Passage de Pline ,
pinxit Demon Atheniensium argumenta
quoque ingenioso , le mot Demon n'est pas le
nominatif d'un nom propre d'homme , mais
l'accusatif
NOVEMBRE. 1740 2463
μας ,
Paccusatif d'un mot Grec , qui vient de an
& signifie Peuple , & proprement une
Assemblée de plusieurs hommes, & quelque .
fois un Etat populaire , d'où a été formé le
mot Supioxpatia , Démocratie. [ 1 ] Platon
a employé le même terme dans un de ses
Ouvrages , [ 2 ] où il raporte que lorsqu'il
voulut prendre part au Gouvernement , il
trouva le Peuple d'Athenes déja vieilli , c'està
- dire au point de radotcr, δεμον καλαβει ήδη
pesCureper. Ciceron , qui a traduit ce Passage
dans une de ses Epitres , [ 3 ] n'a eû garde do
dire que Platon trouva Demon déja vieilli ;
mais il rend le mot Suov, par ceux - ci , Populum
Atheniensem, le Peuple d'Athenes : Atque
hanc quidem ille ( Plato ) causam sibi ait
non attingenda Reipublica fuisse : quod cum
offendisset Populum Atheniensem propè jam
desipientem senectute , &c. Pline veut donc
dire à l'endroit ci- dessus , que Parrhasius
peignit le Peuple d'Athenes ou l'Assemblée
du Peuple d'Athenes. C'est pourquoi un des
Commentateurs de Pline [ 4] a mis en marge
de ces mots pinxit & Demon , cette Note
courte , mais essentielle , Tov Aμov , terme
consacré pour désigner le Peuple ou l'Assem-
- (1) V. Lexicon Scapula , verbo AHMOE. (2)
Epift . ad Perdiceam. ( 3 ) Epift . 9. L. 1. ad Lentulum.
(4 ) Dalechamp , L. 35. C. 10. de l'Hift .
Nat. de Pline.
Fij
bléc
2464 MERCURE DE FRANCE
blée du Peuple . Le P. Hardouin , dans son
Commentaire sur le même Historien , a fait
aussi cette remarque , Anov , Hoc est Populi
Atheniensis ; seu Civium in communi concilio
concessuque multitudinem ; [ 1 ] & M. Rollin
étant obligé de traduire le Passage de Pline
dans un de ses Ouvrages , [ 2 ] non- seulement
s'est exprimé de la sorte : C'étoit une
Peinture fidelle du PEUPLE D'ATHENES , qui
brilloit de mille traits sçavans & ingénieux ;
mais en citant au bas de la page , le Latin de
Pline , il a eû l'attention de faire imprimer
en gros caracteres ces mots , DEMON
ATHENIENSIUM , aparamment afin que
le Lecteur y fit plus de refléxion .
Ce n'est pas la seule fois qu'on a représenté
dans un Tableau ou dans un Ouvrage
de Sculpture , le Peuple d'Athenes ; il y en a
entre autres trois exemples du Peintre Euphranor
, & des Statuaires Léocharés & Lyson.
[3 ]
Quelle bévûë donc de du Pinet , de Sandrart
& de Moreri , d'avoir érigé en Peintre
d'Athenes un Tableau qui représentoit le
Peuple de cette Ville , & d'avoir faussement
attribué à un Demon chimerique , la plupart
des Ouvrages , des Faits & des Discours de
Parrhasius !
(1 ) En fon Commentaire fur Pline , ibid. ( 2 )
Hift. Anc. Tom . XI L. 22. Ch . 5. Art 2. verbo
PARRHASIUS. (3 ) Pausanias , Liv. I.
NOVEMBRE 1740 2465
J'ai encore aperçu une faute de même nature
que la précedente , dins la Traduction
de du Piner. Comme Pline , après ces mots :
Pinxit & Demon Atheniensium argumento
quoque ingenioso , dit tout de suite : Volebat
namque varium , iracundum , injustum , inconstantem
, eundem verò exorabilem , clementem
, misericordem, excelsum , gloriosum , bu
milem , ferocem , fugacemque , & omnia pariter
ostendere ce qui , suivant l'exacte Traduction
de M. Rollin , signifie : » Car [ Par-
,
rhasius ne voulant rien oublier touchant
le caractere de cette Nation , il la repré-
» senta , d'un côté , bisarre , colere , injuste,
» inconstante ; & de l'autre , humaine , clé-
» mente , sensible à la pitié : & avec tout
» cela , fiere , hauraine , glorieuse , féroce
» & quelquefois même baffe , fuyarde & timide.
Du Pinet , qui avoit mal traduit le
commencement du Passage de Pline , en di
sant : Quant à Demon Athenien , il fut au si
tenu pour Peintre excellent, & fort inventif de
son tems , du Pinet ; dis -je , ajoûte aussi - tôr :
Car il voulait représenter en un même Sujet &
Pourtrait , un Homme inconstant, colere & inique;
& néanmoins affable, citment , misericor
dieux , haut à la main , superbe & humble ,
furieux & conart , & étoit après à représenter
tout cela en un même Sujet. C'est ainsi qu'
près avoir dans le premier Article , fait un
F iij
Peintre
1466 MER CURE DE FRANCE
Peintre Athénien d'un Tableau représentant
le Peuple d'Athenes , du Pinet prend dans le
second , un Tableau du Peuple d'Athenes
pour
celui d'un seul & même
homme
. Mais
si , suivant
la judicieuse
remarque
de M.
Rollin
, c'étoit
la merveille
de l'Art que le
Pinceau
eût pû rassembler
& réünir
tant de
traits
differens
dans un Tableau
allégorique
,
qui représentoit
le caractere
d'une
Nation
;
n'y a- t'il pas lieu de s'étonner
que du Pinet
ait pû se figurer
qu'il eût été possible
à un
Peintre
de représenter
un seul & même
Homme
, sous tant d'aspects
divers
, & directement
oposés
les uns aux autres ?
Spectatum admissi risum teneatis , Amici ♪
La suite pour un autre Mercure.
L'Auteur de ces sçavantes & curieuses
Observations , nous permettra d'ajoûter ici
ce que nous avons trouvé dans des Mémoires
manuscrits qui nous sont tombés entre
les mains , sur la Vie & les Ouvrages des
anciens Peintres , Sculpteurs , Graveurs &
Architectes Grecs & Romains.
-On lit dans ces Mémoires que Damon
Peintre d'Athenes , étoit contemporain de
Parrhasius & de Timanthe ; qu'il s'attacha
beaucoup à l'expression , qu'il y excella
& qu'il fit plusieurs Tableaux dont on fai
soir
NOVEMBRE. 1740. 2467
Soit grand cas. Il y en avoit un à Rome qui
représentoit un Prêtre de Cybele , que l'Em
pereur Tibere acheta 60. mille Sesterces ,
c'est-à- dire environ 3000. livres de notre
Monnoye.
La vanité insuportable de Damon dimi
nuoit beaucoup de l'estime qu'on avoit pour
lui. Il étoit toûjours vétu d'une maniere distinguée
, il se disoit descendu d'Apollon ,
& se vantoit d'avoir souvent communication
avec Hercule.
On estimoit beaucoup deux Soldats qu'il
peignit armés à la légere , avec tant d'art
que l'un sembloit courir au Combat , animé
& tout dégoutant de sueur , & l'autre ent
sortir si las , qu'on le voyoit haleter en po
sant ses Armes.
Il fit un défi à Timanthe dans l'Isle de
Samos , à qui représenteroit le mieux un
Ajax , plaidant contre Ulisse pour les Armes
d'Achille. Il en fut vaincu , de quoi étant
fâché , il dit d'une maniere piquanté contre
son Adversaire, qu'il avoit moins de regret de
se voir vaincu par l'artifice d'un Peintre , que
de voir Ajax contraint de céder deux fois
lavantage du combat à deux personnes si
peu dignes de le remporter.
F iiij ODE
1
2468
MERCURE DE
FRANCE
**************
O DĚ
Sur les Tableaux indécens,
LA
Peinture dans fon
enfance
Α
N'avoit que des traits
innocens ;
Rien ne choquoit la bienséance
Rien
n'insultoit jamais les Sens ;
Un Peintre délicat , habile ,
D'un Art auffi noble qu'utile
Soûtenoit en tout la grandeur ;
Et par cette aimable
impofture ,
Imitateur de la Nature" ,
Il ne corrompoit point le coeur.
*
Toujours des Sujets respectables
Occupoient les naiffans pinceaux ;
Des Hommes les plus vénerables
Ils
éternisoient les travaux :
Du Dieu qui commande à la foudre ,
Et qui peut tout réduire en poudre ,
Ils réprésentoient les fureurs ;
Et fuivant Minerve à la trače •
Ils jugeoient leurs tableaux fans grace ,
Dès qu'ils bleffoient les bonnes moeurs,
Tour
NOVEMBRE. 1740 2469
Tout reffentoit le caractere
D'une ame pleine de candeur ;
Chaque Peintre étoit sûr de plaire ,
En ne copiant que fon coeur :
Guidé par des regles fensées,
Religieux dans les pensées ,
Et prudent dans les fictions ,
Il agiffoit d'une main sûre ,
Et n'exprimoit dans fa peinture
Que les plus noblespaffions.
*
Mais quelle eft cette main lubrique
Qui vient profaner le pinceau ,
Et du Licée & du Portique ,
Obscurcir l'éclat le plus beau
Par quelle coupable manie
Abusant ainsi du génie ,
Vous bleffe - t'on , chere pudeur ?
Peintre déteftable & perfide ,
Quel est le Demon qui te guide?
Le crime te fait-il honneur ?
Je les vois , ces Tableaux funeftes ;
De l'Art avortons odiéur ,
Les plus déteftables Inceſtes
Se renouvellent fous mes yeux e
7470 MERCURE DE FRANCE
Déja je resens dans mon ame
L'aiguillon d'une impure flamme ,
Que malaisément on éteint ,
Un preftige trop délectable
Me rend ainsi presque coupable
Du crime que je vois dépeint.
De ces nudités fcandaleuses
Ciel ! quel eft le trait féducteur ,
Qui des personnes vertueuses ,
Par leurs yeux va percer le coeur
Peut- on avec indifference ,
Voir dans toute leur ressemblance
Les plus fcandaleuses amours ?
Pour bleffer la délicateffe ,
Et fuccomber à la foibleffe ,
"
Un Tableau fait plus qu'un discours;
Là , par un mutuel commerce
De la vûë & du fentiment ,
Au charme dont le trait nous perce
Le desir fuccede aisément ; ~:
Des feux de l'Amante d'Uliffe
Le Spectateur devient complice
Du crime que le Peintre a fait ;
1672
Par
NOVEMBRE. 1740. 2471
Par une indécente Figure ,
Le mal qui n'eft qu'une peinture ,
En produit un autre en effet .
*
Ah ! pourquoi , trop foible Nature ;
Te livrer ainfi des affauts !
De ta chancellante ftru&tare
Peut- on ignorer les défauts
Chaque pas annonce ta chûte ,
Sans même qu'on te persécute
Tout marque ta légereté ;
Faut-il donc qu'une main barbare
Avec adreffe te prépare
Une amorce à l'impureté ?
t
C'est ainsi , jeuneſſe avide ,
Qu'on pervertit votre raison ;
C'eft dans l'âge le plus timide
Qu'on vous présente le poison ;
C'eft , quand on vous voit fans défense ;
Que l'ontend à votre innocence
Lespiéges les plus dangereux :
Et par un puiffant artifice ,
Pour vous accoûtumer au vice ,
On n'a besoin que de vos yeux,
F vj Soyez
2472 MERCURE DE FRANCE
Soyez confondu dans l'abîme
Et dans les horreurs du tombeau ,
Yous , qui ne portez que le crime
Au bout d'un délicat pinceau ;
Allez , Artisan témeraire ,
Allez recevoir pour falaire
Les plus épouvantables mauxe
Que le plus violent fuplice
Soit le prix de votre malice ,
Et le fruit de tous vos travaux.
*
Mais vous , dont les mains épurées ¿
Vous , dont le fcrupuleux talent
Par des couleurs bien ménagées
Sçavez charmer en inftruisant ;
Oui , vous , qui pour peindre avec grace ;
Suivez toujours l'ancienne trace ,
Et le fentier le moins batu
Vivez , . . . . . & jusqu'aux derniers ages ;
......
Nous ne verrons que les images
De la gloire & de la vertu.
*
Qua manus obscoenas depinxit prima Tabellar
Et posuit cafta turpia visa domo è
Propert . Lib. 2. Eleg. 5.
F. LAFUE , Cordelier à Toulouse.
VIII. LET;
NOVEMBRE. 1740. 2475.
*********************
VIII. LETTRE contenant la suite des
pensées diverses fur la Typographie
& la Pédagogie.
Ue Pon mette , M. un Enfant Typograb
:
97'he du Bureau de fix rangs fur un Ku-
Q
diment de College , il fera bien moins embaraffé
qu'un Maître de la methode vulgaire vis- à- vis ce
même Bureau d'où peut venir cette difference , fi
ce n'eft de la fupériorité de la nouvelle maniere
d'inftruire les Enfans La preuve en eft encore plus
grande , quand on interroge des Enfans de la inethode
vulgaire devant un Bureau , für les lettres
les fons , l'ortographe , & fur les premieres notions
des Arts & des Sciences dont le bon Maître de Typographie
donne quelque teinture aux Enfans , par
le moyen des Thêmes variés, & de la conversation
toujours mise à profit.
98°. Faute d'y avoir bien pensé , il y en a qui™
croient que le nom , ou la dénomination des lettres
eft arbitraire , en quoi on fe trompe fort . L'arbitraire
ne regarde que les yeux , & l'inutilité , &
l'équivoque de ce même nom ; par exemple , le
mot ache défigne aux yeux la lettre h , mais ce mot
né donne pas à l'oreille le fon aspiré du mot heros.
Le mot icse montre aux yeux la lettre x , mais ce
mot n'inftruit pas l'oreille fur l'i muet dans l'apli
cation : exemple , dans axe on n'entend point la
voyelléi du mot icse , &c. Il faut donc rectifier enfuite
ce que l'on avoit mal apellé. Le nom des fi
gnes eft arbitraire pour les yeux , mais le nom des
fons ne doit pas être arbitraire , c'eſt- à - dire , " que
le fon doit être contenu dans fa dénomination de la
maniere la plus fimple , c'eft pourquoi l'oreille de
l'Enfan
MERCURE DE FRANCE.
l'Enfant Typographe entendant articuler fe , le
eu , re , en conclud plûtôt fleur , que fi elle entendoit,
effe , elle ,' e , u , erre. Là methode élementaire
qui aproche plus de la lecture doit être préférée à
celle qui en éloigne.
99. Si la methode du Bureau eft fi bonne , pourquoi
tous les Enfans des Princes & des Grands Seigueurs
ne la fuivent- ils pas? Cette objection eft fans
comparaison de la nature de celles d'un Ture , qui
demande pourquoi les Empereurs Musulmans &
Payens ne le font pas Chrétiens à la parole des
Missionnaires. Les Maîtres des Grands Seigneurs
font ordinairement plus fçavans , plus prévenus
plus indifferens & moins dociles , que les Maîtres
des simples Bourgeois . Il faut bien de la vertu &
de courage pour oser suivre une nouvelle méthode ,
quoique la meilleure. La plupart des Maîtres ne
songent qu'à eux- mêmes , & s'embarrasent peu de
l'évenement d'une éducation ; on a toujours le prétexte
de ne pas vouloir innover , ni risquer en fai
sant des expériences Pédagogiques .
100. On dispute les Chaires des Professeurs qui
doivent enseigner les Sujets d'un Souverain , pourquoi
ne fait - on pas disputer la place des Maîtres
nécessaires pour l'institution , l'éducation , & la formation
de l'Héritier présomptif d'une Couronne ?
C'est qu'en général on n'a pas assés examiné cette
anatiere , et qu'on n'a pas la force de s'élever audessus
des préjugés. Himporte cependant à toute
l'Europe , que les jeunes Princes reçoivent la meil
leure des éducations , et qu'on ne voye jamais réparoître
l'ignorance et la barbarie de certains siécles.
Tel devient Gouverneur ou Précepteur d'un
jeune, Prince , qui n'auroit jamais pensé à le de-.
venir .
11. La plupart des Peres ont l'esprit & borné
NOVEMBRE. $ 740 , 247 $
en fait d'éducation , qu'ils s'imaginent que les Maî
tres sont obligés d'avoir dans leur tête ce qu'ils
doivent montrer à leurs Eleves , et refusent d'achefer
les Livres élementaires & d'usage ; en quoi ils
font tort à leurs Enfans , parce qu'en attendant
qu'ils puissent s'en servir , les Maîtres sont guides
eux-mêmes par les Livres methodiques , surtout par
la Bibliothèque des Enfans in - 4° . que chaque famille
doit lire et mettre entre les mains des Précepteurs
et des Gouverneurs qui font gloire de suivre
la meilleure route qu'on puisse leur indiquer,
L'avis est d'autant plus nécessaire , que l'on trouve
des Maisons de so. et de 100. mille livres de rente
qui refusent à l'éducation de leurs Enfans les Li
vres que beaucoup de petits Bourgeois n'ont pas
fait difficulté de donner , en sacrifiant pour cela un
fac de mille francs , et plus , quand il l'a fallu
N'est-ce pas une honte de voir de jeunes Seigneurs
n'avoir que les Livres de leur Classe , comme un
simple Externe , fils de quelque Artisan ?
102. Il y a eu des Gouverneurs , qui , pour entrer
dans de bonnes Maisons , ont promis de suivre
la nouvelle Methode du Bureau , ensuite i's ont
fait entendre aux Parens que l'Enfant se dégoûtoit
de cette machine , & qu'il seroit aisé d'instruire
l'Enfant par d'autres artifices , ils ont ajoûté que'
les Parens ayant confiance en eux , devoient leur
laisser la liberté de la methode &c . A quoi il fut
répondu dans le tems. 1° . Qu'avant que d'entrer
dans la Maison il falloit dire qu'on ne vouloit pas
suivre cette Methode. 2° . Que le prétendu dégoût
de l'Enfant n'étoit que le dégoût de son Maître.
3°. Que c'étoit au Maître à chercher la cause du dégoût
et à la furmonter. 4° . On ne doit pas être
surpris qu'un Maître plein de ses préjugés , ou qui
a la vûë fort courte , préfere la Methode vulgaire
2476 MERCURE DE FRANCE
à celle du Bureau. 59. Un Maître, ignorant le Sys
tême , fait de fon mieux pour n'être pas obligé de
s'en servir. 6°. Un Maître qui ne sçait presque pas
écrire , qui ignore l'ortographe , préfere la Methode
vulgaire ; elle eft plus commode pour les vûës
courtes , pour les paresseux , et pour ceux qui ne
sçavent pas l'ortographe. 7 °. La confiance des parens
n'exclud pas la sur-intendance de l'éducation
et cette confiance supose de la docilité dans le Maî
tre , qui n'a pas tenu sa parole , et qui par-là s'est
rendu suspect &c .
103 Quand les parens ont témoigné qu'ils vou.
foient un Précepteur pour la Typographie , il falfoit
refuser les places , ou se soumettre aux conditions.
Il est permis de gêner un Gouverneur qui ne
va pas droit , et de lui rapeller son devoir et ses engagemens
avant que d'entrer dans la Maison. Quelque
confiance que l'on ait , on ne se dépouille pas
de la qualité de Pere ; d'ailleurs , quand on est Homme
de Lettres, on doit concourir au bien de l'éducation
de l'Enfant , et le Gouverneur est obligé de
faire connoître les raisons qui le déterminent à ne
pas tenir sa parole , et à préferer la Methode vulgaire
à celle du Bureau Typographique . Heureux
les Enfans dont les Peres pensent ainsi !
des
104°. On trouve , dit on , bien des Maîtres de
Typographie qui ne sçavent pas' beaucoup j'en
conviens , et j'eneonclus deux choses : la premiere,
que la Methode doit être bien bonne , puisque
Maîtres ignorans . suivant le systême du Bureau ,
avancent beaucoup plus les Enfans que ne font les
Docteurs de la Methode vulgaire : la feconde , que
ces Docteurs sont très - blâmables de ne pas se mettre
au fait des exercices du Bureau , et de croupir
dans l'ignorance de leur préjugé. On prend les sujets
qu'on trouve pour montrer la Typographie ;
il
NOVEMBRE. 1740 2477 .
1
il vaut mieux employer des ignorans , que de n'e
ployer personne. La Methode est si bonne , qu'un
Enfant Typographe peut former un Maître , pourvû
que ce Maître ait de l'esprit et de la sagacité , dont
le systême fait plus de cas , que de l'art de corriger
des fautes & de so ecismes. Le préjugé contre
les Latinistes est d'autant plus fondé qu'ils passent ,
ordinairement leur vie à l'étude des mots , & meurent
avant que d'arriver à l'étude des choses. Il
vient de mourir un Maître de Typographie qui n'avoit
presque point d'étude ; il ne fçavoit que le métier
, ou l'art de la Typographie ; les Docteurs
Latiniftes qui lui ont fuccedé , l'ont fait regreter
d'avantage ; c'eft donc la bonté de la Methode qui ,
produit cette difference.
10s. Les anciens Critiques du Bureau conviennent
aujourd'hui , que celui de quatre rangs est excellent
pour la lecture et l'ortographe , mais ils ne
veulent pas convenir , que celui de six rangs puisseservir
utilement à montrer les premiers élemens de
la Langue Latine.
On répond que ceux qui doutent de la bonté
du Rudiment Typographique , ne conçoivent pas
mieux le Bureau de quatre rangs que celui de fix ;
ils se rendent à des exemples & à des témoignages ,
sans apercevoir l'esprit du systême. Le principe de,
l'a b. c. Typographique & le principe du Rudiment
Typ. est le même , c'est la même methode , l'un ,
va avec l'autre , même marche , même ordre , même
facilité &c. le voit qui peut.
106. On a tort en géneral de crier contre les
Ecoles & contre les Colleges , on ne doit crier que
contre les Methodes & contre les Maîtres prévenus
, ignorans , & qui refusent de mieux faire. Le
bien public demande qu'il y ait des Ecoles & des
Colleges pour les pauvres gens , ce sont les Hô→
pitauz
2478 MERCURE DE FRANCE
>
Pitaux de la République des Lettres . Mais les gens
riches n'envoyent pas leurs enfans malades à l'Hô- '
tel - Dieu, ni à la Charité. Quand les Colleges auront
des Régens aussi Philosophes que Latinistes ,
& qu'ils suivront une Methode plus judicieuse
qu'ils chargeront le Maître plûtôt que l'Enfant ,
qu'ils feront travailler à la version plûtôt qu'à la
composition , qu'ils donneront des textes à la portée
des Enfans ; qu'ils chercheront à les soulager, à
leur donner les idées & les sentimens des choses ,
plûtôt que de simples termes & des regles avant la
pratique pour lors on dita que les Ecoles publiques
sont peut être préferables à l'education pri
vée & domestique , & c'est dans ce sens - là que M.
l'Abbé de S. P. l'entend , lorsqu'il dit que les Colleges
sont préférables à l'éducation privée & domestique.
107. Le Maître doit avoir lû , et doit relire les
Livres élementaires pour l'instruction de son En-'
fant ; il doit lire tous les originaux pendant le cours
pédagogique , et mener l'Enfant comme par la main
dans les beaux endroits choisis de ces mêmes Livres
, en atrendant que l'Eleve les puisse lire dans
la suite lui- même ; car dans l'enfance tout est é'émentaire
, on ne peut rien aprendre à fonds ; il faut
donc se contenter du géneral , da superficiel : mais
Pesprit d'ordre & de methode inspiré à l'Enfant , le
met en état d'aprofondir tout , de déveloper ses
idées , de les augmenter , de les comparer , de les
multiplier , de les perfectionner , & de les fier ensemble
. Tout ce qui paroissoit n'avoir pas de raport
, se trouve ingénieusement rassemblé le
pour
même bien. C'est une terre ou peu à peu l'on a
semé , planté , &c. et à la fin le jardin , le parterre,
le verger , tout s'y trouve avec simetrie et proportion
, on ne s'informe plus comment cela est venu,
он
I
+
i
NOVEMBRE. 1740 1479.
on ne pense qu'à jouir en cultivant , & c.
108. Il ne faut plus demander si l'éducation par
ticuliere et domestique est préferable à l'éducation
publique des Ecoles & des Colleges. Il faut seule
ment demander , fi un habile Professeur Latiniste
et Philosophe , attaché à un seul Enfant , ne le
rendroit pas plus habile , et en moins de tems , que
s'il l'avoit dans une Classe avec cent Ecoliers ? Un
Grand Seigneur riche est en état de choisir le Précepteur
et le Gouverneur de son Enfant ; pourquoi
le livre- t'il donc pendant le cours des Classes à une
dixaine de Maîtres , dont la plupart sont incapables
de le bien élever selon sa qualité , et selon les vûës
des parens ? La plupart des Regens ne sont que des
Ecoliers qui auroient besoin eux -mêmes d'avoir des
Maîtres , non seulement pour le Latin , mais pour
La Lecture , l'Ecriture , PArithmetique , l'Ortogra
phe , la Géométrie , le Monde , la Morale , la Po
litique, l'Histoire , la Géographie , la Chronologie,
& sur tout pour la Langue Françoise.
109. Beaucoup de personnes , par oeconomie ,
ont fait faire des Bureaux à leurs Ouvriers et à leur
fantaisie ils les ont garnis un peu à la main , un
peu avec des caracteres de cuivre , et ensuite ces
mêmes personnes s'apercevant , mais trop tard , de
l'imperfection et de l'inutilité de leur ouvrage , ont
pris le parti de faire faire des Bureaux aux
Ouvriers indiqués par l'Auteur , et ont par - là aug
menté leur dépense ; il est vrai que les Bureaus
manqués peuvent servir utilement à d'autres usages
Typographiques , supose que les Maîtres ayent
le talent de profiter de tout.
bons
10 Ily a d'honnêtes Artisans qui refüseroient
de faire les machines inventées par quelque Con
frere de leur voisinage Plusieurs Menuisiers ayant
v le Bureau Typographique , ont eu la délicatesse
de
#486 MERCURE DE FRANCE
1
de renvoyer les Bourgeois à M. Liez , Menuisier
de l'Auteur au bout de la rue de Verneuil , au coin
de la rue Poitier , Fauxbourg S. Germain , & l'on
trouve , à la honte de la Pédagogie , des Précepteurs
nourris , logés , bien payés , et même ayant des
pensions , qui , aux dépens de l'éducation de leur
Eleve , ont fait commerce de Bureaux , employant
d'autres Menuisiers , et le Domestique de l'Eleve
pour les garnitures des Bureaux à vendre , en se disant
les Auteurs & les Inventeurs de leurs Machines
Typographiques et Historiques. Qui auroit cra
que des Gouverneurs attachés à de jeunes Seigneurs,
cussent pû préferer un vil interêt aux égards & à la
reconnoissance qu'ils doivent à l'Auteur de la Me
thode Typographique , qui leur a prodigué généreusement
tous les secrets de la Typographie?
Est- ce là donner de bons exemples du côté du
coeur ? Suffit- il d'avoir de l'esprit , du sçavoir Pé
dagogique ? Et ne doit- on pas exiger d'un Gouver
neur les qualités civiles , qui font le bon Citoyen ?
On raporte ce Fait afin que les parens veillent un
peu plus sur la conduite des Précepteurs , qui peu
contens de leur honoraire , cherchent encore des
Ecoliers en Ville. J'ai l'honneur d'être &c.
丸丸
LE JEUNE HOMME ET LE FLEUVE,
L
FABLE.
Es plaisirs , les honneurs , la gloire & la ris
chesse
Sont au - delà d'un Fleuve dangereux ;
H n'a qu'un Poit , & co'ft pour les heureux ,
Qui
NOVEMBRE. 1740. 243
Qui nés dans l'opulence y paffent fans adreffe ;
Car tous les biens font faits pour eux.
Un jeune Homme arriva sur la rive du Fleuve ;
Il fe présente au Pont , & tente de paffer ;
Mais il n'avoit aucune preuve
Qu'il eût droit de le traverser ;
Les gardes rudement fçûrent le repouffer.
Il va s'affeoir fur le Rivage ,
Trifte & penfif il pleure fon deftin :
Pourquoi , s'écria-t’il` , n'ai -je pas l'avantage
De partager un ſi riche butin ?
Vivrai-je ici dans la misere ,
Tandis que d'autres jouiront
Des biens que j'aperçois au-delà de ce Pont ?
Pour tromper les Argus , helas ! que puis- je faire ?
Le fommeil en fermant fes yeux ,
Fait trêve à fa douleur extrême ;
Bien tôt un Songe gracieux ,
Des Dieux l'interpréte fuprême ;
Lai dicte ce qu'il doit tenter.
Il fe reveille , & plein de joye
Au plus digne projet il voit fon ame en proye j
Et fans un moment heſiter ,
Dans le Fleuve il entre à la nage.
Les écueils , les vents & l'orage ,
De concert femblent s'oposer
A fon intrépide paffage.
-Via
2482 MERCURE DE FRANCE
Vingt fois il touche le Rivage ,
Vingr fois à fes desirs il fçait fe refuser.
Enfin , redoublant fon courage ,
Malgré les jaloux & le fort ,
De chacun recevant l'hommage ,
Il fe voit heureux dans le port.
Ce qu'on vient de lire s'adreffe
A la courageuse Jeuneſſe.
Avec de l'esprit , des talens ,
De la vertu , de la ſageſſe ,
Quoi qu'elle naiffe fans richeffe ,
Elle peut parvenir aux honneurs les plus grands
ENVO I.
CHer B ** , je te félicite
D'avoir bravé par ton mérite
Ce qui fembloit reculer ton bonheur
Rien n'a jamais ralenti ton ardeur.
Je fuis encor fur le Rivage ,
Où tu fis le projet de furmonter l'orage ;
Je te vois de l'autre côté ,
Parmi les jeux & l'allegreffe ,
Savourant avec volupté
Les fruits charmans de la fageffe.
3
Mais que manque-t'il à mes voeux ?
Satisfait de mon indigence ,
Avec
C NOVEMBRE. 1740 2483
Avec plaisir je vois ton opulence ,
Et ton bonheur me rend heureux.
Laffichard.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
d'Octobre , par le Cachet , Corneille,
& Fusil. On trouve dans le premier Logogryphe
, Corne , Cor de Chaffe , Licorne ,
Oeil , Conil , Cerne , Celle , Licol , Lin ,
Lien ; & dans le fecond , Fil , Fils , Fi
If, Lis , Suif, Vif, & Vil.
ENIGM E. ·
J'ai plus d'un pere , & ne fuis point bâtard,
De tout mon corps , fans être illégitime ,
Chaque membre a fon pere à part ,
Et l'on ne m'en fait point un crime.
De membres étrangers quoique je fois formé ;
Je ne fuis pourtant point difforme ;
Loin que je fois un Monftre énorme ,
Je fais un tout dont le monde eft charmé.
Auffitôt né je parle . Ingénieux , utile ,
Sçavant par fois , j'amuse & la Cour & la Ville.
Je veux plaire , je veux me rendre curieux ;
C'eft
2484 MERCURE DE FRANCE
C'est là mon but, mais,quoique je pro,ette,
Quoique j'aime à chanter toujours la chansonnette,
On m'accuse pourtant fouvent d'être ennuyeux.
Le croira-t'on ? Je vois multiplier mon Etre
Et fans quitter le Lieu qui m'a vû naître ,
Je vole en mille Endroits divers ,
Et deviens citoyen presque de l'Univers.
>
Mon regne n'eft pas long . Je vois bientôt un frere
Sur mes ruines établi ,
Qui me fait tomber dans l'oubli.
Quoique je fois commun , quoique je fois vulgaire ;
Il faut donner pourtant de l'argent pour me voir,
Autrement il n'eft point poffible de m'avoir.
Mais par un dernier trait faisons - nous mieux con
noître.
Je suis devant tes yeux , & dans tes mains peut êtro
J. A. Masson d'Arras.
**************************
LOGOGRYPHE ENIGMATIQUE.
D
16 Es cinq lettres du nom de ce Dieu furieux
A qui Neptune un jour dit , hola , Camarade ,
Otez 1. vous aurez une grande falade ;
Puisque le mot reftant dit tout herbage au mieux.
Après 5 , 2. & 3. ajoûtez la premiere ; s
Vous avez un poiffon qui n'eft pas de Riviere.
Mettez
NOVEMBRE.
1740. 249
Mettez 5. 2. & 3. et puis 4. & puis un ,
C'eft de tout Créancier le langage importun.
3. 1. 2. c'eft le nom d'une bête feroce ,
3. & 4. avec 2. après un crime atroce ,
•
On paye ainsi bien cher en un jufte tourment.
S. I. & 3. eft bon pour l'affaisonnement.
4. 2. avec mérite la potence
. 3 .
Qui n'a pas 5. 2. 4. eft bien dans l'indigence .
5. & 4. avec 2. le moindre Savetier
Le fait tout en chantant , & c'eſt là ſon métier.
s . 1. & 4. & 3. on ne peut toujours l'être ;
Il nous faut un quelqu'un , vous fçavez bien peut - être
Que 5. 2. avec 3. eft un corps radieux.
Sachez auffi le nom qu'un Art ingénieux
Donne à l'un des Coursiers qui dans l'air le promene
:
C'eſt 1.2. 4. & 5. quand à perte
d'haleine
Il l'a caracolé en vrai cheval fougueux ,
En quel état et il ? 5. & 4. avec 2 .
4.2 . 3. & expriment
bien ſa course ;
Car il va constamment le train de la grande ourse,
Ferré comine Pégase & fellé en oiseau .
1. & 4 eft le nom d'un Domaine fort beau ,
Et Domaine titré , apanage de Prince .
3. 2. & 5. veut dire , en langage bien mince ,
Renom bon ou mauvais. 4. 5 , avec un ,
C'eft fur tout ici bas du tems l'effet commun.
2.4 c'est tout lieu ; 2. & 5. ouverture
G Qu'on
2486 MERCURE DE FRANCE
Qu'on ne sçauroit jamais fe conserver trop pure.
4. 2. avec 5. vous devez le fçavoir
Puisque de vous connoître eft pour vous un devoir.
3. & 4. I. & 5. c'eft un mal effroyable ;
Fuyez-le, mais fuyez encore plus le Diable;
3. 1. 4. avec 2. exprime un mouvement
Qu'on fait de bas en haut ; ou le foulagement,
Mon mouvement, Lecteur , n'ayant plus rien à dire,
Le voici ; 1. & 2. adieu je me retire .
Par un Ch,
LOGOGRYPHE,
IlL n'eft rien ici bas
Plus commun que mon Etre.
Fresque tous les Mortels me trouvent des apaši
Le plus fage , fans me connoître ,
M'eftime & ne m'aproche pas.
Si par fois je mene à ma ſuite
Mille douceurs , mille plaisirs ,
Plus fouvent je les mets en fuite ;
Et ne fais plus former que de triftes foupirs.
Ce portrait , cher Lecteur , eft trop énigmatique,
Pour me dévoiler à tes yeux ,
Je me fers de l'Arithmétique ,
Ce chemin eft moins épineux.
De fept lettres ne prends que les quatre premieres ;
C'eſt ma moitié , j'en ai reçû le nom,
C'est
NOVEMBRE. 1740. 2487
C'est mon chef , heureux s'il eft bon !
Mes trois dernieres
Servent à diftinguer les hommes & les tems .
Par elles toute la Nature
Eft exposée à divers changemens.
Veux-tu dans ma ſtructure
Pénetrer plus à fonds ?
Soit. Je vais t'aider , operons?
Par deux de mes lettres je donne
Isle en Pays d'Aunis , en Musique deux tons ;
Double pronom de premiere perfonne .
En trois lettres je suis un des quatte Elemens ;
Le féjour favori des vents ;
Une faison charmante , un terme de tendreffe ;
Isle da bas Poitou , Ville , rare trésor
Plus précieux que for ;
De la brutalité la plus vive peinture .
Une lettre de plus , je présente d'abord
Un amas d'eau , la Mere de Mercure ;
Ce qui dans tous les chants fert à former l'accord ;
Une Ville d'Artois , une autre de Champagne
Un Lieu néceffaire en campagne
Pour préparer le grain , repos d'un Escalier ,
Nid d'un Oiseau de proye , un Saint à l'Ecolier
Rarement agreable ;
Un Oiseau dont l'orgueil eft connu dans la Fable ;
Je fuis Poiffon de Mer , inftrument de Marins ;
Gij Nom
2488 MERCURE DE FRANCE
Nom de plufieurs Sçavans qu'on miet au rang des
Saints ;
· Maladie à nulle autre égale ;
Des Etats du Mogol la Ville Capitale ;
Ce qu'il n'eſt pas aisé de joindre à la raison.
Enfin , j'exprime l'action .
En cinq lettres je nomme un art diabolique ,
Fort en vogue au fiécle gothique ,
Mais qu'en France à présent nous ne connoiffons
pas ;
Un des principaux Magiftrats ;
La plus parfaite Créature ;
Le contraire de la douceur ;
Je fers à marquer la douleur ,
Tout ce qui vit dans la Nature
Etoit jadis ce que je fuis.
Ami Lecteur , je crois t'entendre ,
C'eft trop jaser , dis - tu , je le veux , je finis ;
Il n'en falloit pas tant pour me faire comprendre.
Disons encore cependant
Que de mon tout en ôtant une Lettre ,
Aufi - tôt je vais être
Le cruel ennemi de Carême prenant .
Par Mile de la Caure;
NOU
NOVEMBRE. 1740 2489
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
O
SSERVAZIONI LETTERARIE
che possono fervir di continuazione al
Giornal de Letterati d'Italia , fotto la Prote-
Zione del Auguftiss . Imperadore CARLO VI.
T. II. In Verona M. DCC . XXXVIII .
nella Stamperia del Seminario , per Jacopo
Vallarsi.
Nous ne répeterons rien fur la methode &
fur le mérite de ce nouveau Journal Italien .
Le Public en eft fufifamment inftruit par ce
qui en a été raporté dans les deux derniers
Mercures de l'année 1738. Il s'agit aujourd'hui
de lui rendre compte du fecond Volume
de cet Ouvrage , affés rare en France
jusqu'à présent.
Će II. Tome eft composé de X. Articles ,'
dont le premier regarde une Nouvelle Edition
des Euvres de S. Ephrem , entreprise à
Rome , fous les Auspices & par l'autorité du
Cardinal Quirini , Bibliothéquaire du Vatican
, déja bien avancée par le labeur de deux
fçavans Hommes ; fçavoir , M. Affemani &
le R. P. Pierre Benedetti , Jéfuite , Maronites
du Mont- Liban . Voici le titre de cette
G iij
Edi2490
MERCURE DE FRANCE
>
Edition , d'après notre Journaliste. SANCTI
PATRIS NOSTRI EPHREM SYRI opera omnia
que extant Græcè , Syriacè , Latinè. To-
MUS 1. Syriacè & Latinè . Roma , ex Typographia
Vaticana. An. M. DCC. XXXVII .
Cette grande Entreprise avoit déja été an-
" noncée au Public , dans le Journal de Trevoux
, Septembre 1731. p. 1643. avec quel
que détail , & cette Annonce fit beaucoup
de plaifir aux Amateurs de la Religion . Il y
a eu depuis du changement pour l'execution
du Plan géneral ; car au lieu de 4. Vol . infol.
d'abord projettés , il y en aura VI . en
tout. Voici comment s'explique là - deffus le
Journaliſte Italien . » La Racolta è diftri-
» buita in sei Tomi , de quali i primi tre
»fono impiegati nel Greco , e gli altri mel
» Siriaco. Sono usciti finora i due primi to-
» mi d'ammendue , le Parti. Precedette it
primo di tutti Gracè & Latinè , dall'isteffa
» Stamperia l'anno 1732 .
33
Dans le fecond Article , l'Auteur du Jour
nal rend compte du II. Tome de la Nouvelle
Edition des OEuvres de S. Jerôme
faite à Veronne , par les foins principalement
de M. le Marquis Maffei . Nous avons
parlé de cette Edition à l'occaſion du I. Volume
du même Journal ; ce qui nous dispense
de nous arrêter fur cet Article.
OSSERVAZIONI d'una Cometa fatte nell'
Offer
NOVEMBRE. 1940. 2491
Offervatorio dell'Instituto delle Scienze di Bo-
Logna ne mesi de Febbrajo & Marzo 1737.
Ceft le fujet du III . Article de ce Journal ,
lequel contient tout le détail des Observations
faites à Boulogne fur le cours d'une
Comete , depuis le 22. Fevrier jusqu'au 6.
Avril 1737. le tout accompagné de Notes
& Calculs Aftronomiques , & d'une Carte
bien gravée , qui met fous les yeux tout ce
qui eft contenu dans le détail en queftion.
Article IV. IN ROMANAS & Gracas Gras
vii & Gronovii Antiquitates Nova Supplementa.
Tomus primus. Ven. M. DCC. XXXVII.
Rien ne peut être plus utile à la Répu
blique des Lettres , & de plus agréable en
particulier aux Antiquaires , que l'entreprise
d'ajoûter au Corps eftimable des Antiquités
Grecques & Romaines , de bons Suplémens,
qui contiennent tout ce qu'on a trouvé , rectifié
, ou perfectionné dans ce même genre ,
depuis les grandes Compilations de Grævius,
de Gronovius &c. Le premier Volume de
ces Suplémens contient les Ouvrages dont
voici les titres.
Pauli Merula de Legibus Romanorum.
Ejusdem de Comitiis Romanorum.
Ottonis Aicheri brevis Inftitutio de Comitiis
Romanorum.
Francisci Poleti Historia Fori Romani illuftrata
& audta.
Giiij M
2492 MERCURE DE FRANCE
M. Antonii Majoragii de Senatu Romano:
Matthai Agyptii Senatus Consulti de Bacchanalibus
explicatio.
Petri Burmanni de Vectigalibus Populi Romani.
Balthaffaris Bonifacii de Archivis.
Albertini Barisoni de Archivis Commentarius
nunc primum editus.
Scipionis Gentilis de Armis Romanorum ,
five de Juftitia bellica Romanorum.
A la tête de ce Volume , eft une Préface
du Marquis Poleni , dont le nom fait l'Eloge
& eft feul capable d'illuftrer tout Ouvrage
rendu public par l'impreffion .
و
Article V. ORAZIONE in morte di Euge
nio Francesco , Principe di Savoya . Padova.
1737.
Cette Oraison Funebre du Prince Eugene
'de Savoye , eft un fruit des rares talens &
de l'amitié de M. Paffionei , Nonce du Pape
à la Cour de Vienne . Il y avoit eu entre ce
Prince & le Prélat Romain , une étroite liaison
, fondée fur le mérite & fur l'eftime reciproque
, laquelle n'a fini que par la mort
du premier. Elle fut prononcée à Vienne le
10. Juillet 1736. jour de fa Pompe Funebre
, & extraordinairement aplaudie . On ne
l'a imprimée que plusieurs mois après , au
grand contentement du Public , qui avoit
marqué là deffus beaucoup d'impatience.
-
C'eft
NOVEMBRE. 1740 2493
3
>
C'eft , felon notre Journaliſte une véritable
Piéce d'Eloquence , & qui a mérité d'être
dédiée , par l'Impreffion , à Sa Majeſté
Imperiale : on lit fur tout avec beaucoup de
plaisir dans cette Piéce , le détail qui concerne
le mérite Litteraire du Prince Eugene,
qui a toujours aimé & cultivé les Sciences
& les Beaux Arts. On y parle de fon riche
Cabinet , de fon ample Recueil d'Estampes,
de fon amas de Tableaux les plus rares &
des plus grands Maîtres , de l'acquisition
enfin de la plus grande partie des Ouvrages
de Raphaël , grayés par Marc- Antoine
fon Eleve favori , & c.
1
I
Article VI. TUTTE le Opere di Giovan
Girgio Triffino , non più raccolte. Verona ,
1729.
Ce Recueil de toutes les OEuvres de J.
Georges Triffin , qui n'avoit jamais été entrepris
, eft divisé en deux Volumes , dont
le premier contient toutes les Poëfies de cet
Auteur. Italià Liberata , qui eft à leur tête ,
eft , dit notre Journaliſte , le premier Poëme
qu'on ait vû , composé felon les regles d'Ariftote
, depuis la décadence des Belles Lettres.
Le fecond Tome comprend tous les
Ecrits en Prose , parmi lesquels on trouve
une Traduction attribuée , attribuita , à Trissin
, des deux Livres de Dante , de Vulgari
Eloquentia , Le Texte Latin de Dante' , qu'on
Gy trou2494
MERCURE DE FRANCE
}
trouve dans ce Recueil , étoit devenu fort
rare , n'ayant jamais été réimprimé , depuis .
PEdition de Paris , faite en 1577. par Corbi--
nelli. On assûre que les autres Ouvrages qui.
fuivent, font également utiles & curieux . H
s'y agit particulierement de Grammaire , d'EJoquence
, & quelquefois de Morale. Le
Journaliſte n'oublie pas de dire que le Marquis
Maffei a conseillé de faire ce Recueil ,
L & qu'on voit à la tête une Préface de fa façon.
Il fait ensuite un Extrait de cette Préface
, qui en fait connoître l'importance par
raport aux Ouvrages du Triffin.
Article VII. DELLA Eloquenza Italiana di
Monsignor Giufto Fontanini Libri tre. Roma..
1736. in-4°.
Depuis l'inftitution des Journaux , on n'en
trouvera aucun qui contienne , fur quelque
matiere que ce puiffe être , un Extrait d'une
auffi longue étenduë que celui que présente
ici le Journaliſte Veronois ; car il remplic
au moins les deux tiers de fon Livre : & de
quoi s'agit- il d'un Ouvrage qui au commencement
a été imprimé à Rome en l'année
1706. & en un fort petit Volume ( un
Libretto ) contenant feulement un Catalogue
raisonné de divers Livres écrits en Langue
Italienne & fur differens fujets. Cependant
le titre excita d'abord la curiofité publique
; mais on y chercha vainement quelque
Article
NOVEMBRE. 1740 2495
Article où il fût parlé de l'Eloquence Italien
ne, on ne trouva rien d'aprochant. L'Auteur
s'avisa alors de groffir extrêmement fon Ouvrage
, & de le mettre dans l'état où il fe
trouve aujourd'hui ,fans oublier de dire pour
fa défense , que par le terme d'Eloquence , il
entend la Langue . Il n'y a point d'inconve
nient , dit il , que la Langue Italienne foit
apellée par moi Eloquence , n'ayant pas crû
devoir m'affujettir à ce que dit Pline [ Liv. s .
Lettre 20. ] aliud effe Eloquentiam , aliud Loquentia.
Sur quoi il s'apuye de l'Autorité de
Dante , qui a intitulé dans ce même fens un
Ouvrage de fa façon , où il ne s'agit que de
la Langue Italienne , de vulgari Eloquentia.
Nous laiffons aux Sçavans le droit de juger
fi cette Autorité eft fuffifante , & fi en bonne
Litterature , cette espece d'équivoque peut
' être permise. Nous ne fuivrons pas l'Auteur
du Journal dans tout ce qu'il pense & dit
fur ce fujet,& encore moins dans l'ennuyeux
détail qui allonge fi fort ce VII. Article ; car
on y trouve presque toute la Bibliographie
ancienne & moderne de l'Italie. Nous entrerons
encore moins dans l'esprit de critique
& de censure continuelle qui anime cet
Extrait jusqu'à la fin. On eft fort porté à
croire que Auteur a eu fes raisons pour en
agir ainsi , & qu'il eft peut être personnellement
intereffé dans les démêlés litteraires
dont il eft queftion, Gvj Art.
96 MERCURE DE FRANCE
Article VIII. DE SENATORIS nominibus
Differtatio , qua de iis que in Caffiodorane
"Editionis fronte immutata funt , ratio redditur
Romanorum Nominum argumentum animadversionibus
plurimis illuftratur. Sans nom
d'Auteur ni d'Imprimeur.
Quel que foit l'Auteur de cette Differtation
, la République des Lettres doit lui
fçavoir bon gré de fon entreprise , qui consifte
à corriger , à retablir le titre que portent
les Editions des Ouvrages de l'illuftre
Senateur Caffiodore , & par occafion , d'éclaircir
par des Remarques judicieuses , tout
ce qui concerne les Noms Romains , fouvent
alterés en plufieurs manieres dans les
Manuscrits ; ce qui eft particulierement arrivé
à l'Ecrivain respectable dont on vient de
parler. Cet Auteur a fait fes corrections -fur
la derniere Edition de Caffiodore donnée dépuis
peu en Italie , par les foins du P. Jean
Garet , qui ampliorem nobis Editionem obtulit,
atque eruditè expolivit , dit l'Auteur , lequel
ajoûte en même tems , que ni le nouvel Editeur
, ni les Sçavans qui l'ont précedé , en
travaillant fur Caffiodore , ne fe font point
aperçus des alterations qui font dans le titre
qu'ils ont tout - à - fait mal entendu , in singu
lis fermè verbis aut pravè annuntiando,autpra
postere intelligendo , peccari fuspicor.
Nous fommes obligés de renvoyer à la
DiflerNOVEMBRE
. 1740 240
Differtation même , pour aprendre de quelle
maniere l'Auteur retablit le Frontispice des
OEuvres de Caffiodore , & pour profiter de
toute la Litterature qu'il étale à cette occafion
fur les differens Noms Romains & c. Unt
tel détail ne fçauroit être renfermé dans les
bornes que nous fommes obligés de nous
prescrire.
Cette Differtation eft immédiatement fui-
'vie dans le Journal , d'une fort belle Lettre
Latine , qui a un raport parfait avec la matiere
qu'on vient de traiter. Elle eft écrite
par le Marquis Scipion Maffei au fçavant
Abbé Bacchini ; car nous croyons qu'il n'y a
point de témerité d'expliquer ainsi l'adreffe
de cette Lettre , qui eft telle dans le Journal
, BENEDICTO BACCHINIO ABBATI S. M.
S. P. D. On reconnoît en effet la plume &
le génie Litteraire de M. Maffei dans tout
fon contenu nous ne fçaurions en dire davantage
, fans courir le risque dont nous venons
de parler. Il nous fuffira d'aprendre au
Public que l'Auteur de la Lettre Latine qui
eft fans date , préparoit alors une nouvelle
Edition de Caffiodore , ce qui l'a mis dans
une rélation néceffaire avec l'Abbé Bacchini ,
que nous croyons auffi pouvoir reconnoître
pour l'Auteur de la Differtation ci- deffus .
Article IX. GRAN TAzza d'Agata orientale
figurata nel Museo Farnese , ora Reale di
Napoli,
>
On
498 MERCURE DE FRANCE
On a toujours regardé , die l'Auteur du
Discours qui fuit ce titre , comme un trésor
ineftimable les trois grand's Bijoux Gioje,
gravés en relief & hiftoriés de quantité de
Figures , qui fe conservent , l'un dans le Cabinet
de l'Empereur , à Vienne , le fecond à-
Paris , dans le Trésor de la Ste Chapelle , &
le troisième , dans le Palais Carpegna ,
à Ro
me. Tous les Curieux intelligens considerent
ces Piéces comme autant de témoins in
signes du bonheur des Anciens , d'avoir pû
trouver des Pierres précieuses d'une telle
grandeur , d'une telle qualité , & avec cela
d'avoir eu des Ouvriers capables de les orner
de bas reliefs, travaillés & finis avec tant
de grace & d'intelligence. La Piéce de Vienne
fut d'abord gravée & publiée par les foins
de Lambecius dans fon fecond Volume . Elle
a paru depuis dans d'autres Livres . Celle
de Paris parut pour la premiere fois dans un
Ouvrage de Triftan de S. Amant : d'autres
fçavans Antiquaires l'ont ensuite auffi publiée.
Celle de Rome , enfin , a été gravée
par les foins de Philipe Buonarroti , dans le
bel Ouvrage que nous avons de lui fur les
Médaillons . Aujourd'hui , continuë l’Auteur
, on ne peut fe dispenser d'ajoûter à ce
nombre , le quatriéme Monument de pareille
espece dont il s'agit ici : Monument
véritablement merveilleux , non encore connu
SUBTHRISS
DE
LA
NILLE
+
NOVEMBRE. 1740.499 N
nu , ni publié . Il vient de l'ancien Cabine
Farnese , & brille aujourd'hui dans la Royale
& magnifique Galerie du Roy de Naples
& de Sicile . D'abord pour le rendre public ,
un Homme de Lettres de diftinction , apellé
à Parme par le Duc François , pour certain
travail , le fit exactement deffiner ; mais ce
Sçavant , diftrait par beaucoup d'occupa
tions , & ensuite prévenu par la mort , n'e
xecuta point fon projet.
L'Auteur , que nous n'avons fait que tra
duire jusqu'à présent , a mis au commencement
de fon discours , deax belles Estam
pes qui représentent les Figures fculptées ,
tant en dedans qu'en dehors de ce précieux
Vase , & ces Gravûres , chacune de grandeur
pareille à l'original , paroiffent trèsbien
executées. Nous ne pouvons que renvoyer
à l'infpection de ces Eftampes , fanslesquelles
on ne fçauroit bien juger du mérite
de ce Monument d'Antiquité , encore
moins pénetrer les fujets que l'incomparable
Ouvrier a voulu y traiter.
Ajoûtons cependant une Instruction de
notre Auteur , qui ne pourra que faire plaifir.
Ce fuperbe refte de la magnificence de Anciens
, eft d'un feul morceau d'Agathe Orien
tale. Toute la partie qui eft chargée de Figures
, eft faine & entiere , au lieu que celles
de Paris & de Vienne ont eu le malheur
d'être
$2500 MERCURE DE FRANCE
*
.
•
d'être caffées ou fenduës , ce qui a obligé de
les rejoindre & de les réunir du mieux qu'il
a été poffible. De plus ( a ) fa forme n'eft pas
celle d'une table ou d'un quarré , comme
celles qu'on vient de dire, mais d'un véritable
Vase , & , à parler plus proprement , d'une
Coupe. La grandeur eft , comme on l'a dit ,
telle qu'on la voit représentée dans le Deſſein
gravé. La hauteur du bord qui regne autour
, eft d'environ de quatre doigts , & l'épaiffeur
eft femblable au Deffein. Au refte ;
ce qu'on doit principalement considerer dans
ce morceau , c'eft en général la beauté de
l'Ouvrage , la correction du Deffein , & la
perfection du travail ; enforte que felon notre
Auteur , il peut fervir d'un merveilleux
Modele & d'un Exemplaire achevé ; car ,
ajoûte - t'il , nul Peintre , nul Sculpteur ne
peut fe flater de faire un ouvrage confiderable
& parfait , che non gusta le antiche idee
& che fopra i Monumenti antichi non fa studio
attento , & indefels.
Pour ce qui eft des Figures gravées fur ce
Vase , ou de l'intelligence du fujet que le
Sculpteur a voulu traiter , il n'y a personne ,
comme dit l'Auteur , qui ne voulût en être
bien inftruit , mais ce ne fera pas lui , vrai-
(a) La forma non è di tavola , cioé d'un quadretto.
fembla
NOVEMBRE. 1740. 250
femblablement , qui donnera cette fatisfaction
au Public ; car après avoir hazardé d'abord
de dire , que c'eft l'Apothéose D'ALEXANDRE
, dont il donne quelques raisons de
vraisemblance , il se retracte un moment
après , pour reconnoître dans les Figures du
premier Deffein , qui font au nombre de fept,
une Famille Grecque ; fçavoir , le Pere & ta
Mere , deux Fils & deux Filles , & c. & cette
Famille pourroit bien être , felon lui , celle
de Ptolomée Auletes , Roy d'Egypte , opinion
favorisée par le Sphinx fur lequel l'une
des Figures eft affise ; mais après avoir débité
là deffus beaucoup de belles chofes ,prises
de l'Hiftoire ancienne & de la Mytologie ,
notre Auteur paroît n'être pas encore content
de fon interprétation , ne fe diffimulant point
les difficultés qui en réfultent , &c.
Ce qu'il y a de certain , & qui faute aux
yeux par la gravûre , c'eſt que dans cette rare
Sculpture les Personnages ne font point
représentés dans une action grave & ferieufe
, mais ils paroiffent au contraire animés
d'une certaine joye , & comme occupés de
quelque Fête , ce qui donne occafion à l'Auteur
d'hazarder encore quelques conjectur
rés conformes à cette idée , & apuyées d'une
certaine Litterature , qui cependant ne mene
à rien de certain , par raport au fujet qu'il
s'agit d'expliquer.
Finiffons
502 MERCURE DE FRANCE
Finiffons par une fingularité remarquable
dans cette Coupe , qui eft d'être fculptée non
feulement dans fon fonds interieur , mais encore
fur fon revers ou dans le fonds exterieurs
fur quoi notre Auteur va chercher dans Homere
la Taffe de Neftor à deux fonds & c .
au fonds exterieur de la nôtre , * ajoûte - t'il , il
y a une belle Gorgonne avec fes Serpens & c.
artistement executée ; en forte que , fi on en
croit le Deffein gravé & l'Auteur du Discours
, c'eft une des plus belles & des plus
accomplies Têtes de cette efpece , qui ayent
jamais paru dans aucun Monument antique .
Art. X. FRANCISCI BIANCHINI Veronensis
Astronomica ac Geographica Observationes
selecta , ex ejus Autographis excerpte ,
ana cum Meridiani Romani Tabula. Cura &
studio Euftachii Manfredi. 1. vol. in-fot
Verona , M. DCC. XXXVII.
M. Bianchini , dont l'Italie regrette enco
re la perte , a été un Sçavant des plus distingués
de l'Europe , & ce n'eft pas fans raifon
que notre Journaliſte le qualifie de
grand Homme. Il a laiffé une infinité d'ENel
fondo esterno della noſtra Tazza é una
bella Gorgone , come nella Stampa fi monstra &c .
Par le fonds exterieur , on doit ,fans doute, entendre
le creux qui forme le pied de cette Coupe , &
Vespace qu'il fournit dans le fonds , assés large pour
sentenir lagravire de la Teie en question.
crits
NOVEMBRE . 1740 2507
•
erits , dont la plus confidérable partie regarde
l'Etude de l'Aftronomie , Etude dans
laquelle il s'eft le plus fignalé. Ces Ecrits ,
fur tout ceux qui concernent la Méridienne,
à laquelle il avoit particulierement travaillé
pour donner une Géographie exacte , juſte
& parfaite de l'Italie , étoient contenus en
une infinité de Feuilles , & mêlés parmi
quantité d'autres Papiers , qu'il n'étoit pas
bien aisé à toutes fortes de personnes de diftin
guer , &c. Mais M. le Chanoine Bianchini ,
de la Congrégation de l'Oratoire à Rome, digne
neveu de l'Auteur , & apliqué à toute
forte de bonne Litterature , a employé tous
fes foins pour tirer de l'obscurité tout ce qui
pouvoit être utile au Public , en quoi il a
été fecondé par d'autres Sçavans , fur tout
par M. Euftache Manfredi , Aftronome de
Inftitut des Sciences de Boulogne , lequel a
achevé de débrouiller ce grand cahos, & enfin
a mis la main à l'oeuvre principale avec
• tant de fuccès, qu'il en eft réfulté le fçavant Ouvrage
dont il eft queftion dans cet Article .
Nous nous dispensons d'en faire l'Analyse ,
par les raisons déja marquées , outre que l'utilité
de cet Ouvrage regarde plus particulie
rement l'Italie , & que l'interêt qu'on peut y
prendre n'eft pas universel.
Le Journal finit par un Discours assés.
long , intitulé , Aurora Boreale apparsa la
Notte
304 MERCURE DE FRANCE
>
Notte delli 16. Decembre 1737. M. Manfredi
dont on vient de parler , avoit observé une
pareille Aurore Boréale au mois de Mars
1727. & il fit part de fon Observation Aftronomique
; il y a lieu de croire que c'eſt lui qui
parle ici fur le même fujet . Quoiqu'il en ſoit,
ce Discous fent fon habile Homme &
aprend plufieurs choses qu'on ne fait pas
communément , par exemple , que fous
divers Consuls de la République de Rome
, & encore fous l'Empire de Tibere , on
vit paroître de femblables Phénomenes , fuivant
le témoignage de Pline & de Séneque ,
fans parler de celui dont il eft fait mention
dans Grégoire de Tours , qui parut en l'année
584. N'oublions pas que l'Auteur , après
avoir beaucoup dit fur cette matiere , rend
là deffus toute la juftice qui eft dûë à l'un de
nos plus illustres Membres de l'Académie des
Sciences. Ma di questa materia , dit - il , niųno
ha scri to più di propofito ne più ampiamente
, ne con piu studio , ed erudizione del S ig.
Mairan. Il raporte ensuite le fentiment de
M. de Mairan fur le Sujet en queftion , & c.
L'Académie Royale des Inscriptions &
Belles - Lettres , vient de donner fon douZiéme
Volume contenant l'Hiftoire de cette Compagnie
, avec les Mémoires de Littérature . tirés
de ses Regiftres , depuis l'année 1734 jusques
"NOVEMBRE. 25055 1740
compris 1737. De l'Imprimerie Royale ,
1740. in 4° .Et le 13. Volume , contenant les
Mémoires de Littérature , tirés des Registres
de la même Académie , depuis l'année 1734.
jusques & compris 1737. auffi de l'Imprimerie
Royale , 1740. in 4° .
=
La même Académie a ajoûté à l'Hiftoire
& aux Piéces de Littérature , qu'elle a données
au Public , une Table ample , exacte &
détaillée de toutes les matieres qui ont été
traitées dans les dix premiers Volumes , &
dont la plupart ne font point annoncées par
le Titre des Ouvrages . Cette Table eft alphabétique
, & elle forme un Volume femblable
à ceux des Mémoires mêmes , auffi
de l'Imprimerie Royale , 1740. L'Académie ›
en usera ainfi dans la fuite de dix en dix
Volumes .
HISTOIRE de l'origine & des premiers
progrès de l'Imprimerie , par M. Prosper ,
Marchand , à la Haye , chés la veuve Le
vier , 1740. in-4° .
DESCRIPTION Géographique & Hiftorique
de la Haute Normandie , divisée en
deux Parties , dont la premiere comprend le
Pays de Caux , & la feconde , le Vexin ,
avec un Dictionaire complet & les Cartes ,
Géographiques de ces deux Provinces . A
Paris ;
2506 MERCURE DE FRANCE
Paris , chés Nyon , Pere , Place de Conty
à Ste Monique ; Nyon , fils , & Didot , Quai
des Auguſtins , & Giffart , ruë S. Jacques ,
1740. 2. volumes in-4° .
PANEGYRIQUES , Sermons , Harangues ;
& autres Piéces d'Eloquence , par feu M. de
la Parifiere , Evêque de Nîmes. A Paris ,
chés Giffey , ruë de la vieille Bouclerie , Bordelet,
Lambert , & Durand , ruë S. Jacques
2. volumes in- 12. 1740.
LUDI Epigrammatici Festivis salibus è rupe
Parnaffi deciduis adjocum aspersi .... & in
gratiam studiosa potiffimum Juventutis luce pu
blica donati , & c . Auguitæ , 1738. in- 8 °.
LIBRI quatuor de Imitatione Chrifti Joannis
Gersenii de Canabaio Abbatis Vercellenfis,
in Versus distributi, unà cum novis Concordantiis
, studio R. P. Thoma Ag. Erhard , &c.
Auguste Vindeliciorum , in- 8°. Cette Edition
contient d'abord le Texte de l'Imitation
, ensuite une Concordance de toutes
les expreffions qui fe trouvent dans les quatre
Livres , & enfin le Texte même , mis en
Vers Latins hexametres & pentametres. A
Paris , chés Debure, le jeune , Quai des Auguftins
, à l'Image S. Germain.
LA
7
NOVEMBRE. 1740 2507
LA VIE du Pere Jean Rigolen , de la Com
pagnie de Jesus , avec fes Traités de Dévotion
, & fes Lettres Spirituelles. Quatrième.
Edition , revûë , corrigée & augmentée. A
Lyon, chés Pierre Valfray , 1739. Vol. in- 8 °↓
de 514. pages.
LE CATECHISME Spirituel de la Perfec
tion Chrétienne , composée par le R. P. J.
J. Surin , de la Compagnie de Jesus , nouvellement
revû & corrigé par le P. T. B. F. de
la même Compagnie , 1740. 2. volumes
in 12. Le premier Tome de 630. pages , &
te fecond de 496.
HISTOIRE du Fanatisme dans la Religion
Proteftante , depuis son origine , par le P.
François Catron , de la Compagnie de Jesus ,
1740, 2. vol in- 12 . Tous ces Livres fe trouvent
à Paris , chés André Delaguette , ruë S , Jacy
ques , au Bon Paſteur , & à S. Antoine.
*
LA MEDECINE , la Chirurgie , & la Phar⇒
macie des Pauvres , par feu M. Hecquet ,
Docteur Regent , & ancien Doyen de la
Faculté de Médecine de Paris, avec la Vie de
l'Auteur , & un Catalogue raisonné de fes
Ouvrages . A Paris, chés la veuve Alix , ruë
S. Jacques , au Griffon , 3. volumes in- 12.
1740.
RECUEIL
508 MERCURE DE FRANCE
RECUEIL des Piéces d'Eloquence présentées
à l'Académie des Belles Lettres de Marseille
, pour le Prix de l'année M. DCC . XL .
Brochure in- 12 . de 96. pages. A Marseille,
chés Pierre Boy , &c.
par
L'Académie a adjugé , felon l'usage , le
25. Août , Fête de S. Louis , le Prix fondé
M. le Maréchal Duc de Villars , fon Fondateur
, à un Discours en Prose fur le fujet
qu'elle avoit proposé , dont l'Auteur eft M.
Nicolas , Avocat au Parlement de Paris.
Elle avertit le Public que le 25. Août ,
Fête de S. Louis de l'année prochaine 1741 .
elle adjugera le Prix à une Piéce de cent
Vers au plus , & de quatre- vingt au moins ,
qui fera une Ode , ou un Poëme à rimes
plattes , dont le Sujet fera LA PROVIDENCE .
Ce Prix fera une Médaille d'Or , de la valeur
de 300. livres , port. nt d'un côté le
Bufte de M. le Maréchal Duc de Villars , de
l'autre ces mots : Premium Academia Massiliensis
, entourés d'une Couronne de Lauriers.
On adressera les Ouvrages , comme de
coûtume , à M. de Chalamont de la Visclede
Sécretaire perpetuel de l'Académie des Belles
Lettres de Marseille , rue de l'Evêché , à
Marseille . On affranchira les Paquets à la
Pofte , fans quoi ils ne feront point retirés ;
ils ne feront reçûs que jusqu'au premier Mai ,
inclusiNOVEMBRE
. 1740 2509
inclusivement ; les Auteurs n'y mettront
point leurs noms , mais une Sentence tirée
de l'Ecriture Sainte , des Peres de l'Eglise ,'
ou des Auteurs Prophanes ; ils marqueront
à M. le Sécretaire une adreffe à laquelle il
envoyera fon Récepiflé .
S'ils fouhaitent que leurs noms foient imprimés
à la tête de leurs Ouvrages , ils doivent
l'envoyer , avec leurs titres , à une personne
domiciliée à Marseille , qui les remettra
à M. le Sécretaire , le 25. Juiller ,
non plûtôt ni plûtard.
On prie les Auteurs de prendre les mesures
néceffaires pour n'être point connus avant
la décision de l'Académie , de ne point figner
les Lettres qu'ils pourroient écrire à M. le Sécretaire,
de ne point lui présenter eux- mêmes
leurs Ouvrages en feignant de n'en être pas
les Auteurs, ni fe faire connoître à lui , ou à
quelqu'autre Académicien ; & on les avertit
que s'ils font connus par leur faute , leurs
Ouvrages feront exclus du concours , auffibien
que tous ceux en faveur desquels on au
ra follicité , & tous ceux qui contiendront
quelque chose de trop libre.
L'Auteur qui aura remporté le Prix , viendra
le recevoir dans la Sale de l'Académie le
25. Août , jour de la Séance publique deftiné
à l'adjuger , s'il eft à Marseille , & s'il eft
absent , il envoyera à une personne domici-
H liće
2510 MERCURE DE FRANCE
liée à Marseille , le Récepiffé de M. le Sécretaire
, moyennant lequel le Prix fera remis
à cette personne.
Le Recueil imprimé dont il eft ici queftion,
commence par la Piéce qui a remporté le
Prix , dans laquelle on trouve de fort beaux
traits . Suivent trois autres Piéces fur le même
fujet , lesquelles ont auffi leur mérite . Le
Livre finit par une Lifte des membres de
l'Académie de Marseille en la présente annće
1740.
Le Catalogue des Livres de M. Bellanger ,
Trésorier General du Sceau de France , fe
vend chés G. & C. Martin , Libraires , ruë
S. Jacques. Ce Catalogue eft extrêmement
détaillé & fait avec foin , & on y a joint
une Table Alphabétique des Auteurs. La
Vente de ce Cabinet doit se faire incessam-
>ment.
Nous fommes priés d'annoncer au Public la vente
des Curiofités de feu M Crozat , qui fe doit faire
au plus offrant & dernier enchériffeur , vers la fin
de cette année , & au plus tard au mois de Janvier
1741.
Ces Curiofités confiftent , 19. en une Collection
de Pierres gravées , la plus nombreuſe & en mêmetems
la mieux choife qui ait peut - être jamais été
faite par aucun Particulier , puisqu'elle est composée
de 1382. Pierres gravées , tant en creux qu'en
relief, toutes montées en Bagues ou environnées de
Cercles
NOVEMBRE. 1743. 2511
C
•
i
釁
Cercles d'or, en forme de Médaillons . On n'entrera
pas quant à préfent , dans le détail de cette portion
precieufe du Cabinet de M. Crozat ; fi on fe
bornoit même à ne décrire que les Morceaux de
marque , cela conduiroit trop loin , & d'ailleurs on
en promet un Catalogue , dont on ne manquera
pas de rendre compte lorfqu'il paroîtra . Il feroit
encore pus difficile de décrire les Deffeins originaux
des Grands Maîtres , que M. Crozat avoit rasfemblés
au nombre de 19000. & qui feront pareillement
vendus avec les Pierres gra ées. Il y en a
de tous les Maîtres , mais fingulierement de ceux
qui ont acquis le plus de réputation dans les Ecoles
d'Italie , de France , des Pays - Bas , d'Allemagne
, &c. On feroit étonné du nombre de Deffeins
de Raphael , de Michel- Ange , du Parmesan , de
Jules Romain, de Polidore , des Caraches, & géneralement
de tous les Maîtres de la premiere Claffe ,
qui fe trouvent réunis dans cette Collection , fi on
pouvoit en donner un Catalogue détaillé , mais on
fent bien qu'il n'eft guere poffible de faire l'énumération
de 19000. Deffeins , auffi n'en promet - on
qu'une Defcription fommaire à la fuite du Catalo-
-gue des Pierres gravées .
M. Crozat avoit entrepris de faire graver les Tableaux
du Cabinet du Roy , ceux du Duc d'Or
leans Regent, & des principaux Cabinets de France
. Nous avons rendu compte dans le tems du Recueil
qui en a parû , & qui contenoit l'Ecole Romaine
; il a parû depuis , en deux tems differens , un
grand nombre de Planches confidérables , d'après les
Tableaux des Peintres Vénitiens , qui font dans ces
Cabinets , gravés par nos plus habiles Graveurs ,
& géneralement toutes ces Planches , & toutes les
Eftampes qui en proviennent , feront auffi vendues,
comme les Pierres gravées , ainfi que les Deffeins ,
Hij M.
2512 MERCURE DE FRANCE
7
M.Crozat l'ayant ainfi ordonné par fon Teftament
& par un effet de fa charité envers les Pauvres ,
dont il avoit donné pendant fa vie , des marques
bien fenfibles , il a voulu que les deniers qui proviendroient
de cette vente fuffent diftribués aux
Pauvres des Paroifles de Paris .
pes
On a omis , en parlant de l'Expofition du Salon ,
qu'il auroit été à fouhaiter que les deux beaux Grou
dont M.Couftou a fait les Modéles pour le Roy,
qu'on doit placer au Château de Marly , euffent pú
y être transportés , mais cela ayant été impoffible ,
les Curieux pourront les voir dans l'Attelier de M.
Couftou , où ils ont été faits , dans la Cour du
vieux Louvre.
Et pour ne rien diffimuler de ce qui s'eft paffé
au fujet des Ouvrages exposés au même Salon, nous
ferons part à nos Lecteurs de quelques reproches de
la du Public , ou efpece de murmure , qui part
font venus jufqu'à nous , au fujet des Peintres &
Sculpteurs de la même Académie , dont le Public
aime les Ouvrages , & qui négligent d'en orner le
Salon , tels que Mrs Largilliere , Rigaud , & c. Et
comme ces fortes de reproches n'ont rien de défobligéant
pour perfonne, nous mettrons ici les noms
que nous avons retenus de ceux qui font dans le
cas , fans ofer affûrer cependant que nous n'en
ayons omis aucun ; fçavoir , Mrs Caze , Profeffeur ,
Coypel , Premier Peintre de M. le Duc d'Orleans ;
le Cler, P. pour la Perſpective ; de Tourniere , P.;
de Fremin , Premier Sculpteur du Roy d'Espagne ;
Galloche , P. , le Moine , Pere & Fils , Sculpteurs ;
Vanloo , le Pere ; Dumont , le Romain , Gobert ,
P.; Van Schappen , P. & Directeur de l'Académie
Aulique de Peinture & Sculpture de l'Empereur à
Vienne ; Chaufourier, Adjoint à Profeffeur pour la
Perspective ;
NOVEMBRE. 1740 2513
Perfpective ; Vanloo , Fils , Peintre du Roy d'Espa- .
gne ; Parroffel , P.; Du Change , Graveur , Confeiller
de l'Académie , Maffe , P.; Jean-Paul Panini,
Peintre Romain , de l'Académie ; le Chevalier Servandoni
, Peintre , Architecte , Eleve de Panini , de
l'Académie , M. Pellegrini , P. de l'Académie , Vé-
N. Cochin , Graveur ; N. Cars , Graveur ;
Tocqué , Peintre ; de l'Académie , Surugue , Gra
veur , & c.
nitien ;
de
Le Dimanche 27. de ce mois , M. Chardin ,
l'Académie Royale de Peinture & Sculpture , fut
préfenté au Roy par M. le Contrôleur Général
avec deux Tableaux de fa compofition , que S. M.
reçut
très- favorablement. Ces deux Morceaux font
deja connûs, ayant été exposés au Salon du Louvre
au mois d'Août dernier . Nous en avons parlé dans le
Mercure d'Octobre fuivant . fous le titre de la
Mere Laborieufe & du Benedicite.
ESTAMPES NOUVELLES.
Le Portrait du Pape en Bufte , fort bien grave
d'après fon Portrait original , peint à Rome , vient
d'être mis en vente chés N. Beauvais , ruë S. Jacques,
à S. Nicolas . Autour on lit ces mots : BENEDICTUS
XIV. PONT . MAX . ÆTAT.LXV . CREA
TUS ANNO M. DCC . XL. ANTEA CARDINALIS
LAMBERTINI . Et au bas de l'Estampe , ( grandeur
in- 4°. ) font dans un Cartouche , les Armes de fa
Maifon ; fçavoir, Palé d'or de gueule de fix piéces.
La Maiſon LAMBERTINI eft une des plus anciennes
parmi les plus nobles de la Ville de Boulogne,
reconnue telle par des Titres du dixiéme fiécle , ceux
de cette Maiſon fuivirent le parti des Guelphes ,
En tous tems ils ont exercé les principales Char
Hij ges,
2514 MERCURE DE FRANCE
ges , tant Militaires que Politiques ; Egano & Guido
, fe diftinguerent dans le quatorziéme fiecle ; les
Rois d'Arragon leur firent changer leurs premieres
Armoiries en celles qu'ils porten aujourd'hui , qui
font d'Artagon même , comme le marque l'Histoire.
Parmi les Illuftres de cette Maifon , & qui ont
décoré la Ville de Boulogne , on compte la Bien
heureufe Imelda , de l'Ordre de S. Dominique ,
qui mourut dans le XIV . fiécle , & la Bienheureufe
Jeanne , Religieufe de Ste Claire , dans le
XV. fitcle ; elle fut la Compagne de Ste Catherine
de Boulogne , à qui elle fucceda dans la Dignité 3
d'Abelle du Convent de Corpus Domini , de la même
Ville .
Les Lambertini obtinrent en 1440. par octroi des
feize Réformateurs de Boulogne , la Seigneurie &
Pentiere poffeffion de la Terre apellée Poggio Rognatico
, dans le Territoire de Boulogne , ce qui leur
fut confirmé par les Souverains Pontifes . Le Pape
Jules II les agregea aux quarante Maifons principales
qui compofent le Sénat .
Cette Mailon, après avoir été divifée en p'ufieurs
Branches , fe trouve aujourd'hui réduite & réunie
fous un feul Chef , duquel eft iflu le Pape Benoît
XIV. Il nâquit le 31. Mars 167 , de Marcel Lambertini
, & de N. Bulgarini , dont la foeur , qui vit
actuellement , fut marize dans la Maifon des Comtes
Roffi , & après le décès de ces deux foeurs , la
Maiſon Bulgarini fera tout- à fait éteinte.
Jean Lambertini , frere du Pape , qui mourut
il y
a quelques années , époufa une Dame de la Maifon
des Marquis Villa , de Ferrare , & en fecondes
nôces, il époufa une autre Dame de la Maiſon Manfi,
de la Ville de Luques , qui vit encore.
Du premier Mariage eft né le Marquis Egano
Lambertini ,
NOVEMBRE. 1740. 251St
Lambertini , Sénateur , feul & unique Neveu du
Pape , & une Fille , qui eft Religieufe dans le Convent
de Ste Marie Nouvelle , à Boulogne . Le Marquis
Egano eft feulement âgé de 20. ans , il a époufé
une Dame de la Maifon des Marquis Spada , de
Boulogne.
Cette illuftre Maifon eft aujourd'hui privée de la
meilleure partie des Revenus dont elle jouiffoit ,
principalement de la Terre de Poggio , malheureufement
toute inondée par les débordemens des Rivieres
, calamité dont le Territoire de Boulogne fe
trouve affligé depuis un fiécle & demi .
Le Pape ayant paffé les premieres années de fa.
jeuneffe dans le College Clementin à Rome , s'apliqua
à l'étude du Droit Civil & Canonique ; il
fut fait Sécretaire de Rote par M. Caprara , créé
depuis Cardinal ; Clément XI. le fit Avocat du
Confiftoire , Promoteur de la Foi , Chanoine de
S. Pierre , Confeiller du Saint Office , Sécretaire du
Concile , & enfuite il l'employa dans les Congré
gations concernant les affaires les plus importantes
de l'Eglife .
Le Pape Benoît XIII . en l'année 1728. le créa
Cardinal, & Evêque d'Ancone , & Clement XII . lui ,
conféra l'Archevêché de Boulogne en l'année 1731.
LE SOIR , Paylage en large , éclairé par un Soleil
couchant,d'une admirable compofition , & trèsbien
gravé d'après le Tableau original de Berghem ,
par J. B. le Bas , Graveur du Roy , chés lequel elle
Te vend , ruë de la Harpe , vis - à- vis la rue Percée .
-
Il paroît auffi une très belle Eftampe , de
la même forme , d'après l'Illuftre Philipe Wauvremens
, gravée avec beaucoup d'intelligence par
M. J Mayreau , Graveur du Roy , chés lequel elle
fe vend , rue Galande , vis - à- vis S. Blaize , fous le
Hij titre
2516 MERCURE DE FRANCE
titre du PILLAGE DES REITRES , pendant les Guerres
Civiles des François fous HENRI III . en 1987 .
Le Tableau original , qui apartient au Graveur
25. pouces de large , fur 21. pouces de haut .
La Suite des Portraits des Rois de France , des
Grands - Hommes & des Personnes Illuftres dans les
Arts & dans les Sciences , continuë de paroître avec
fuccès chés Odieuvre Marchand d'Eftampes , Quai
de l'Ecole ; il vient de mettre en vente , toûjours de
la même grandeur , ceux de
CHARLEMAGNE , XXIII . Roy de France & Empereur
, mort à Aix- la - Chapelle le 28. Janvier 814 .
après 48. ans de Regne , deffiné par A. Boizot , &
gravé par J. G. Will .
JEAN TZERCLAES , COMTE DE TILLY , Géneral
des Troupes de l'Empire , mort à Ingolstad
le 20. Avril 1630. peint par P. L. & gravé par L.S.
M. Giannotti , qui s'eft rendu recommandable
aux Amateurs de Mufique par les Ouvrages qu'il
a mis au jour précedemment , nous a prié d'avertir
les Perfonnes qui ont du goût pour cet Art , qu'il
eft dans le deffein de faire graver par fouscription ,
fon fixiéme OEuvre , composé de fix Trios pour
deux Violons & une Baffe , dont il a obtenu le Privilege,
aux conditions fuivantes . 1 ° . Le Prix de ce
Recueil fera de fix livres pour les Souscrivans qui
délivreront trois livres en fouscrivant , & le refte
en recevant leur Exemplaire. 2 ° . On fouscrira
chés l'Auteur , demeurant ruë S. Honoré à la Ville
de Conftantinople , vis - à vis les Peres de l'Oratoire
jufqu'à la fin de Février 1741. 3 ° . Les Perfonnes
qui n'auront pas fouscrit , ne pourront avoir
ce Recueil à moins de neuf livres . 4. L'Auteur
délivrera les Exemplaires dans le courant d'Avril
1741.
NOVEMBRE. 1740. 2517
M. du Bouffet , Maître de Mufique du Roy , pour
fes Académies Royales des Belles - Lettres & des
Sciences , & Organiſte de l'Eglife Paroiffiale de
S. André des Arcs , vient de mettre en Mufique la
premiere Ode de M. Rouffeau , tirée du Pfeaume
14. Seigneur , dans ta gloire adorable , c.
Le goût & les talens de M. du Bouffet pour la
Mufique Spirituelle , font connus par plufieurs autres
Ouvrages , & il promet de donner fucceffivement
toutes les Odes Sacrées du même Auteur , fi
cette premiere eft goûtée du Public .
Le prix en blanc eft d'une livre 4. fols ; on trouve
cet Ouvrage chés l'Auteur , à Paris , ruë du P'âtre
Ste Avoye; Boivin , ruë S. Honoré, à la Regle d'or;
le Clerc, rue du Rou'e, à la Croix d'or ; & chés Delaguette,
Libraire, ruë S. Jacques , au Bon Pasteur &
à S. Antoine .
NOUVELLE DECOUVERTE!
Le beau Ronge sur la Porcelaine.
Le beau Rouge propre à être employé fur la
Porcelaine , avoit toujours été regardé comme un
de ces Secrets , pour la découverte defquels on ne
pouvoit faire que des efforts impuiffans , lorsqu'un
Particulier inventa en Saxe le Rouge , tel qu'on
l'employe aujourd'hui à la Manufacture de Dresde ,
Cette Découverte réveilla les eſpérances des Artistes
, & on mit la main à l'oeuvre pour tâcher de
découvrir quelque chofe de mieux . Après bien des
recherches , on a enfin trouvé le moyen de perfectionner
cette Couleur tant defirée ; on eft en état
à préfent d'employer fur la Porcelaine le plus
beau Rouge dans toutes les nuances dont il eft fusceptible
; outre les avantages qu'il a fur celui de
Dresde , par raport au coloris, il a encore celui d'ê-
Hv tre
2518 MERCURE DE FRANCE
tre inalterable ; aucun frotement ne peut l'enlever
lorfqu'il eft une fois employé , c'eſt ce qui a été
démontré par nombre d'Expériences réïterées . On
eft redevable de cette Découverte aux recherches
laborieufes du Sr Taunay , Marchand Orfévre-
Jouaillier , Quai de Conty , au Petit Suifle .
CHANSON.
B Elle Babet , qui pourroit se défendre ?
A de si doux accens qui pourroit résister ?
Non , non , le Berger le moins tendre
En vous voyant est forcé de se rendre ;
Vos beaux yeux sçavent tout charmer.
Par Mlle ***
CHANSONETTE.
FAnchon , l'autre jour dans ce bois
Tu faisois la folette ,
Près de Lucas , qui quelquefois
Te parloit en cachette ;
Crainte de passer pour fâcheux ,
Je m'enfuis sans rien dire ,
Car j'aperçus dans tes beaux yeux
Qu'un tiers n'eût fait que nuire.
Le
་
Lovembre
1740.
THERE
1
DE
LA
LYON
VILLE
Le
NOVEMBRE . 1740 2519
Le soir , de retour au logis ,
D'où vient es tu rêveuse ?
Tes yeux paroissent interdits ,
Ton humeur est grondeuse ;
Pour moi je pense bonnement
Te voyant chiffonnée ,
Que sur l'herbette un malin vent ;
Malgré toi t'a jettée.
E
おのおのの
SPECTACLES.
XTRAIT de la Comédie nouvelle en
Vers & en cinq Actes , intitulée l'Heureux
Echange , repréſentée au Théatre François
, le 22. Octobre dernier.
ACTEURS.
Ormond ,
Arifte
Le Sr de la Thorilliere:
le Sr Fierville.
Damond , Fils d'Ormond , le Sr Montmeny.
Le Chevalier ,
Frontin
le Sr Dubois.
le Sr Poiffon.
Araminte , Soeur d'Ormond, la Dlle la Motte.
Hortense , Fille d'Arifte , la Dlle Conel.
Angelique , Niéce d'Ormond, la Dlle d'Angeville.
la Dlle Lavoy.
Finette ,
La Scene est à Paris , chés Ormond.
H vj
Cette
2520 MERCURE DE FRANCE
Cette Comédie , dont l'Auteur eft anonyme
, ayant été retirée à la feconde représentation
, il ne nous a pas été poffible d'en donner
un Extrait moins imparfait nous nous
contentons présentement d'en inserer dans
ce Journal un argument très- fuccint , en attendant
que l'impreifion nous mette en état
d'en parler plus au long. Voici fur quoi roule
l'Action Théatrale .
,
Deux Amis , dont l'un s'apelle Ormond ,
& l'autre Arifte , pour mieux ferrer les noeuds
de leur amitié, veulent unir leurs familles par
un heureux Hymen ; Ormond a un Fils
Ariſte a une Fille ; Arifte , prêt à partir pour
l'Amerique , où fes affaires l'apellent , prie
Ormond de vouloir bien fe charger de l'éducation
de fa Fille ; Ormond lui confie for
Fils ; ils conviennent entre eux qu'ils fe diront
l'un & l'autre Peres de l'Enfant qu'ils
éleveront : Arifte , pour des raisons qu'on
n'explique pas affés dans la Piece , renvoye
à Paris , fous le nom d'Oronte le Fils que
fon Ami Ormond a mis en dépôt entre fes
mains , en lui faisant promettre qu'il ne fe
dira pas fon Fls. Il faut même fuposer qu'il
a exigé de lui , qu'il ne diroit absolument
rien qui pût faire foupçonner fon véritable
état . Voilà donc Oronte arrivé à Paris ; le
hazard fait qu'il vient loger dans le voisinage
d'Ormond , ou peut- être Arifte lui a t'il recommandé
NOVEMBRE. 1740. 2527.
commandé de rechercher l'amitié d'Ormond,
par des motifs dont il lui a fait un myftere.
Des visites qu'ils fe rendent réciproquement
lient entre eux une sympathie que fe fortifie
tous les jours ; Ormond fait un fi grand cas
de ce nouveau Voisin , qu'il fouhaiteroit de
tout fon coeur que le Fils qu'il a confié à
Arifte lui reffemblât. Arifte revient enfin de
l'Amérique , & fans rien faire connoître de
plus à fon Ami Ormond , il lui dit que fon
Fils arrivera bientôt. Cependant Oronte devient
amoureux d'Hortense ; c'eft la Fille
qu'Arifte a mis en dépôt chés Ormond. Cet
amour , entre ces jeunes personnes , naît de
la conformité d'humeurs , ils font auffi vertueux
& auffi fages l'un que l'autre ; Arifte
garde fon fecret jusqu'à la fin du dernier
Acte ; ce fecret gardé , fans qu'on puiffe fçavoir
pourquoi , fait le noeud de la Piéce ,
& l'aveu qu'Arifte fait à Ormond du vérita- ›
ble état d'Oronte en fait le denoûment , à
la fatisfaction des quatre perfonnes intereffées.
Voilà en quoi confifte l'Action principale
; voici ce que l'Auteur a imaginé pour
en faire une Comédie en cinq Actes. Or--
mond a une Niéce apellée Angelique , qui
peut être lui tient lieu de Fille ; cette Angelique
ne femble entrer dans la Piéce que
pour contrafter avec Hortense , car elle eft
prefque auffi folle qu'Hortense eft fage ; pour
faire
2522 MERCURE DE FRANCE
>
faire le même contraſte avec Oronte , on lui
donne pour Ami un Chevalier auffi étourdi
qu'Oronte eft prudent , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft que ces deux jeunes Gens,
dont le caractere eft diamétralement oposé
foient unis d'une maniere fi intime . Nous ne
parlons point ici d'une Soeur d'Ormond , appellée
Araminte , qui joue le personnage de
ces vieilles folles dont le Public eft fi rebatu
, & dont Moliere & Renard ont fourni
des modéles ; le premier dans les Femmes
Sçavantes , & le dernier dans le Joueur. Ce
qui produit quelque interêt dans la Comédie
de l'Heureux Echange , c'eft qu'Ormond
ayant promis à Arifte de marier les deux Enfans
échangés ( fi l'on peut apeller du nom
d'Echange ce dépôt qu'ils fe font confiés l'un
à l'autre ) Ormond & Hortense fe trouvent
dans une fituation bien affligeante ; Ariſte
qui pourroit d'un feul mot leur épargner ce
chagrin , augmente leur peine par la promef
fe qu'il fait à Ormond que fon cher Fils fe
montrera bientôt à fes yeux ; le plaifir que
cette promeffe réïterée doit faire à Ormond,
eft même diminué par le malheur d'Oronte,
qui par là fe trouve très - malheureux .
Au refte , quoique cette Comédie ne foit
pas des mieux conduites , l'Auteur anonyme
ne laiffe pas de mériter de juftes éloges ,
par raport aux portraits dont fa Piéce eft femée
,
NOVEMBRE. 1740 2523
mée , & aux maximes qui y font répanduës ;
l'honneur cependant ilferoit à fouhaiter pour
du Théatre , que les Auteurs s'attachaffent
un peu moins à ce qu'on apelle beautés de
détail , & qu'ils en dédommageaffent les
Spectateurs par des choses plus réelles , qui
ne font que trop négligées,mais , par malheur,
il n'eft pas donné à tous les Gens d'esprit
d'avoir de l'invention.
,
Le 5. Novembre , les mêmes Comédiens
donnerent une Piéce nouvelle en Prose &
en un Acte , intitulée Joconde , fuivie d'un
divertiffement , de laquelle on parlera plus
au long , ayant été reçue favorablement du
Public .
Les Vers qu'on va lire ont été envoyés trop
tard pour être inserés dans le dernier Mercure
, ayant été faits à l'occafion de la petite
Comédie de la Magie de l'Amour , joüée à
Fontainebleau le 27. Octobre dernier.
J.
VERS à Mlle Gauffin.
Aimois fans le fçavoir , aimable Sophilette ,
Mais je le fçais depuis un jour.
Je n'aurois jamais crû que mon ame inquiette
Reffentît les traits de l'Amour.
A peine je te vis , ma raison allarmée
Me fit craindre l'enchantement .
Depuis
2524 MERCURE DE FRANCE
Depuis ce tems helas ! fa perte eft confirmée ;
Pour moi le plus beau jour brille fans agrément.
Je desire la nuit , mais rien ne me foulage ;
Le fommeil fur mes yeux répand - il fes pavots ?
Dans un fonge flateur tu m'offres ton image ,
Et tu viens troubler mon repos :
Non , je n'en doute plus , l'Art de la Theſſalie
N'eft pas ce qui fait ma langueur :
Que j'étois fimple , helas ! d'accuser la magie ,
Du trouble fecret de mon coeur !
L'Amour eft l'enchanteur, lui feul ma rendu tendre;
Tes beaux yeux font l'enchantement :
C'eft en vain que les miens ont voulu te l'aprendre ,
Quoiqu'ils parlaffent clairement ,
Pour toi , belle Gauffin , fans ceffe je foupire.
Je me plais à porter tes fers ,
Permets qu'à tes genoux je te le puiffe dire
Je le ferai bien mieux qu'en Vers.
MADRIGAL
A la même en lui présentant les Vers précedens.
D'Un Amant qui porte tes chaînes
Et dont tes yeux percent le coeur ,
Si tu veux foulager les peines ;
Accorde le tien au porteur.
Le
NOVEMBRE. 1740 252§ .
>
Le 19. Novembre , les Comédiens Italiens
firent l'Ouverture de leur Théatre depuis leur
retour de Fontainebleau , par le Superstitieux,
Comédie en Vers & en trois Actes du Sieur
Romagnesy. Cette Piéce avoit été donnée
au mois de Mars dernier , & avoit été interrompue
à la feconde représentation par
l'indisposition d'un Acteur ; elle a été reçûë
aujourd'hui auffi favorablement qu'elle l'avoit
été dans fa nouveauté ; on en parlera
plus au long . Cette Piéce fut fuivie de la
premiere représentation d'une petite Comédie
en Prose & en un Acte , intitulée PEpreuve
, & d'un Concerto , Divertiffement
Pantomime nouveau , qui a été aplaudi &
très - bien dansé par les Acteurs de la Troupe.
>
Le 8. Novembre , l'Académie Royale de
Musique , remit au Théatre Amadis , Tragédie
de Mrs Quinault & Lully , laquelle n'avoit
pas été reprise depuis le mois d'Octobre
1731. Les deux Rôles du Prologue de l'Enchanteur
Alquif& de l'Enchanterelle Urgande
, font joués par le Sr le Page & par la Dlle
Erremens ; les Dlles Antier & le Maure
joüent les deux mêmes Rôles d'Arcabonne &
d'Oriane qu'elles avoient jouées . en 1731. Le
Sr Jelyot , joue celui d'Amadis , le Sr Albert
remplit celui de Florestan: La Dlle Fel joüe
le Rôle de Corisandre , & le Sr le Page celui
d'Acalais.
}
2526 MERCURE DE FRANCE
d'Acalans. Ce magnifique Opera a été reçû
très- favorablement du Public , & rien n'a
été épargné pour le remettre avec tout l'éclar
qu'il mérite . On a donné un Extrait du
Poëme dans le Mercure d'Octobre 1731. p.
2413. auquel nous renvoyons .
Le 17. on donna une représentation du
Ballet des Sens , qu'on avoit remis au Théatre
au mois de Mai dernier. Ce Ballet fut:
fuivi des Entrées Pantomimes , exécutées par
le Sr Rinaldi Foffano , & la Dlle fon Epouse
dont on a déja parlé ; on doit continuer le
même Ballet tous les Jeudis pendant l'hyver.
PARODIE sur l'Air , Sortons d'esclavage
du troisiéme Acte d'Amadis de Gaule.
1.
Complet
Uel Champ plein de Charmes !
Amadis , vous l'emportez ;
Tout vous rend les Armes ;
Amadis , vous l'emportez
Sur les nouveautés.
11. Calmons nos allarmes ;
Le bon goût est rétabli ,
R ..... rend les Armes ,
Le bon goût est rétabli ,
Tout cede à Lully.
NOU
NOVEMBRE. 1740. 2527
NOUVELLES ETRANGERES.
L
TURQUI E.
Es dernieres Lettres de Conftantinople portent
que le Grand Vifir ayant fait fçavoir au Comte
d'Uhlefeldt qu'il lui donneroit audience . le 24 du
mois dernier , cet Ambaffadeur fe rendit avec toute
fa fuite dans la Plaine de Siabad , où le Grand
Vifir le reçût fous des Tentes qu'il avoit fait dresser
pour leur entrevûë . Après l'audience , le Comte
d'Uhlefeldt dîna avec le Grand Vifir, qui fit fervir
plufieurs Tables pour les Genti shommes & les
Domeftiques de l'Ambaffadeur . Le dîner fut fuivi
de diverses Joûtes , dans lefquelles les Pages du
Grand Vifir fe diftinguerent par leur adreffe , & le
foir le Grand Vifir donna au Comte d'Uhlefeldt un
repas auffi magnifique que celui du matin . Pendant
le dîner & le fouper, la Mufique de ce Premier Miniftre
exécuta plufieurs Fantares , & des Pantomimes
, firent plufieurs tours de force fur un
Théatre élevé vis - à vis de fa Tente. Les principaux
Miniftres du Grand Seigneur fe trouverent à
cette Fête , mais les Miniftres Etrangers , qui y
avoient été invités , s'excuferent d'y affifter , parce
que la pefte continuant de faire beaucoup de ravage
à Conftantinople , ils ont craint la communication
du mal contagieux.
Lorfque l'Ambaffadeur prit congé du Grand Vi
fir , ce Premier Miniftre lui fit préfent de deux Fufils
damafquinés en or , & d'un très- beau cheval ,
dont la felle , la houffe & le harnois , étoient de
velours cramoifi , couvert d'une riche broderie.
L'Ambaffadeur
528 MERCURE DE FRANCE
L'Ambaffadeur , felon la coûtume , fut revétu
d'une Peliffe de Martre Zibeline , & l'on diſtribua
des Caffetans & des Mouchoirs brodés à toutes les
perfonnes de fa fuite . Il fut enfuite reconduit à
Conftantinople avec les mêmes céremonies qu'en
allant à l'audience du Grand Vifir .
Les précautions que le Comte d'Uhlefeldt a prifes
pour garantir fa Maifon de la pefte , n'ont pû
empêcher que plufieurs de fes domeftiques n'en
fuffent attaqués , & il y en a 28. de malades , du
nombre desquels font trois de fes principaux Officiers
. Dès les premiers fymptômes qu'ils ont eû de
ce mal , on les a fait partir pour la campagne , &
l'Ambaffadeur n'a gardé auprès de lui que les perfonnes
dont l'état n'a laiffé aucun foupçon de contagion
. On ne laiffe plus entrer aucun Turc
dans fon Palais , & tout ce qu'on y aporte eft vifité
& parfumé avec foin . Le Comte d'Uhlefeldt , pour
plus grande sûr té compte fortir lui même de
Conftantinople ; auffi tôt après qu'il aura eû fa premiere
audience du Grand Seigneur , il fe retirera.
dans une Maiton de Campagne , voifine de celle du
Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur du Roy de
France , & il ne retournera point à Conftantinople,
que la pefte ne foit entierement ceffée .
Sur les plaintes que le Comte d'Uhlefeldt a faites
de Gianihi Ali Pacha , par ordre de l'Empereur , fa
Porte a envoyé un Capigi Bachi à Vienne , pour
prendre des informations au fujet de la conduite de
cet Ambaffadeur.
१.
Le Marquis de Villeneuve a obtenu pour les Religieux
Obfervantins , qui font à Smyrne , la permiffion
d'y bâtir une Eglife.
RUSSI
NOVEMBRE. 1740 2529
RUSSIE.
N mande de Pétersboug , que le Feldt- Maréchal
Eefcy avoit reçû avis de Vienne , que le
feu Empereur l'avoit créé Comte de l'Empire .
On a apris que la Czarine , qui depuis plufieurs
jours étoit incommodée de la goute , fe
trouva très- mal le 16. du mois paffé ; qu'elle eût ce
jour- là un crachement de fang, & que la fievre violente
dont il fut fuivi,fit craindre qu'il ne fe formât
une inflammation .
terman ,
L'état fâcheux dans lequel S. M. Cz . fe trouvoit,
l'ayant engagée à regler l'ordre de ſa ſucceſſion ,
elle fit apeller le Duc de Curlande , le Comte d'Osle
Feldt Maréchal Comte de Munich , le
Knées Czerkaskoy , & plufieurs autres Miniftres &
Géneraux , & elle nomma en leur préfence pour fon
Succeffeur le Prince Jean , Fils de la Princeffe de
Brunswick Bevern , auquel elle donna en même
tems le Titre de Grand Prince de Mofcovie.
Le 17. elle fit communiquer au Sénat la difpofition
qu'elle avoit faite en faveur de ce Prince , & la
formule du Serment , qui devoit être prêté à cette
occafion , ayant été dreffée , la Princeffe de Brunswick
Bevern , le Prince fon Epoux , la Princeffe Elizabeth
Petrowna , le Duc & la Ducheffe de Curlande
prêterent le 18. ce Serment ; leur exemple
: fut fuivi par les Miniftres, les Géneraux, & les principaux
Officiers des differens Tribunaux.
Le Prince Jean fut proclamé le lendemain , Grand
Prince de Mofcovie , & pendant cette céremonie
: ainfi que pendant celle du jour précedent , les portes
de Pétersbourg furent fermées , la garde des
principaux poftes fut renforcée , & les trois Régimens
des Gardes demeurerent fous les Armes.
L'AЯe
2530 MERCURE DE FRANCE
C
L'Acte par lequel la Czarine a reglé la fucceffion
au Trône , porte que l'attention avec laquelle S M.
Cz. a toujours travaillé depuis le commencement de
fon Regne à affûrer le bonheur de ſes Sujets , eft fi
connue de tout le monde , qu'elle pourroit le dispenfer
d'entrer à cet égard dans aucun détail ;
qu'elle a donné des preuves fuffifantes de fou affection
pour les Peuples par.fon zele pour étendre la
Religion ; pour faire observer la Juſtice ; pour proteger
les oprimés ; pour défendre la Moscovie contre
les entrepriſes des Ennemis ; par le foin qu'elle
a pris de fonder des Colleges & des Académies pour
l'inftruction de la Jeuneffe ; par fon aplication à fa
vorifer les progrès du Commerce , à établir des
Manufactures , à faire réparer les chemins , & à
mettre en ufage tous les moyens qui pouvoient contribuer
à la gloire de la Nation ; qu'elle remercie le
Dieu Tout- Puiffant, Difpenfateur de tous les Biens,
Ide ce qu'il a bien voulu , par un effet de la bonté
inexprimable , benir les intentions pures & droites
qui l'ont dirigée dans toutes fes actions , être fon
Bouclier & fon Défenfeur dans les Guerres qu'elle
a été obligée d'etreprendre , & couronner les démarches
par des fuccès fi heureux , que la tranquillité
de l'État paroît être entierement affermie , tant
au- dedans qu'au dehors; que des graces fi fignalées
lui impofent l'obligation de continuer avec la même
ardeur , de faire tous les efforts pour affûrer à
fes Sujets la poffeffion de ces avantages , & que ce
motif l'engage à pourvoir à fa fucceffion , en vertu
du pouvoir que lui donne la Conftitution du 16.
Février 1722. dont l'obſervation a étéjurée par tous
fes Sujets , & par laquelle il a été ftatué que les
Souverains de Mofcovie pourroient fe cho fir tel
Succeffeur qu'ils jugeroient à propos ; qu'ainfi elle
déclare & inftitue le Prince Jean pour Héritier Préfomptif
NOVEMBRE. 1740 2535
1740.2531
•
fomptif de la Couronne ; qu'en cas que ce Prince
meure fans laiffer d'Eufans mâles , elle lui fubftituë
les Freres qu'il pourra avoir dans la fuite , & qu'el
le autorife celui qui reftera le dernier , à nommer
fon Succeffeur ; qu'en conféquence de cette dispo
fition , elle ordonne à tous fes Sujets , fans aucune
exception , de s'engager par un Serment folemnel à
s'y conformer , & d'invoquer le Tout- Puiffant ,
pour qu'il lui plaife de répandre fes Bénédictions
fur les mesures qu'elle prend pour la profperité do
l'Etat.
Le bruit court que le Prince de Brunswik Bevern
, fera Génera iffime des Troupes.
On a apris par les dernieres Lettres , que la Czarine
quelques jours avant ſa mort, a nommé le Duc
de Curlande Regent de Mofcovie , & qu'elle a ordonné
par un Acte figné de fa main , que pendant
la Minorité du jeune Czar , qui , fuivant les Cons-
-titutions de l'Etat , ne doit prendre les rênes du
Gouvernement qu'à l'âge de 16. ans accomplis , le
Duc de Curlande eût le plein pouvoir d'adminiftrer
toutes les affaires de la Monarchie , tant celles du
dedans que celles du dehors ; que les Alliances &
les Traités qu'il conclûroit avec les Puiflances
Etrangeres , euffent la même force que s'ils étoient
conclus par le Czar lui- même , qu'il fût le maître
de faire telles difpofitions qu'il jugeroit convenables
pour l'interêt de la Mofcovie , en ce qui regarde
l'entretien des forces de Terre & de Mer ,
Fadminiftration des Finances, les recompenfes pour
les fervices rendus à l'Etat , & en géneral toutes les
Caffaires publiqués . Dans le cas de la mort du Czar,
le Duc de Curlande confervera la même autorité ,
jufqu'à ce que le Succeffeur de ce Prince foit en
âge de gouverner par lui - même , & f , contre toute
attente , les Enfans ou les Freres qui pourront
naître
2532 MERCURE DE FRANCE
naître au Czar , mouroient fans laiffer d'héritiers
légitimes , ou s'il n'y avoit pas affés de fûreté pour
la fucceffion , le Duc Régent a été autorisé par la
Czarine , à prendre , conjointement avec les Ministres
du Cabinet , le Sénat & les Feldts Maréchaux,
les mesures néceffaires pour le reglement de la fucceffion
, à élire un nouveau Souverain & à lui affûrer
la poffeffion du Trône. La Czarine a déclaré
qu'elle vouloit que le Czar élu de la forte par un
accord commun , fût regardé & refpecté dans la
fuite , comme s'il avoit été défigné par elle même.
Elle a ajoûté dans l'Acte par lequel elle donne la
Régence au Duc de Curlande, qu'elle ne doute pas ,
vú le zele & la fidelité que ce Prince lui a marqués
depuis plufieurs années , qu'il n'ait pour toutes les
Perfonnes de la Famille des Czars , le refpect qui
leur eft dû , & qu'il ne prenne foin de pourvoir à
leur entretien , d'une maniere convenable à leur
rang. Le même Acte porte , que comme la Régence
ne peut être qu'onéreufe au Duc de Curlande ,
& qu'il ne s'eft déterminé à fe charger de ce fardeau,
que par une véritable affection pour la Mailon
Regnante, elle confent que fi ce Prince vouloit
abfolument renoncer aux embarras du Gouvernement
, il établiffe , du confentement des Miniftres
du Cabinet , du Sénat , des Feldts - Maréchaux &
des autres Géneraux , une Régence qui puiffe durer
jufqu'à la Majorité du Czar , & que la nouelle Régence
étant établie , le Duc de Curlande puiffe ,
felon fon bon plaifir , demeurer à Pétersbourg ou
fe retirer dans les Etats , pour lequel effet le Gouvernement
lui donnera tous les fecours néceffaires.
La mort de la Czarine ayant été cachée jufqu'au
29. au matin du mois dernier , on fit fermer dès la
pointe du jour toutes les portes de Pétersbourg ,
avec ordre de ne les ouvrir que le 30. on a posé
des
NOVEMBRE. 1740 . 2533
des Corps de Garde dans toutes les principales ruës
& les trois Régimens à pied étant fous les Armes ,
on proclama Czar le Prince Jean , Grand Prince de
Moscovie , fils de la Princeffe Anne de Mekelbourg
& du Prince Antoine Ulrich de Brunswick Bevern..
Les Miniftres du Cabinet , le Sénat & les Géneraux
, ont en même-tems prêté Serment au nouveau
Czar entre les mains du Duc de Curlande.
Aulli- tôt après cette Céremonie on a publié
une Déclaration fignée par tous les Miniftres &
par les Generaux , dans laquelle le Czar , après
avoir apris à fes Sujets la mort de la Czarine
, leur enjoint , en conféquence de la difpofition
faite le 16. par cette Princeffe pour regler
l'ordre de fa fucceffion , de le reconnoître pour Souverain
de Moscovie , & de lui prêter ferment d'obéiffance.
L'Acte par lequel la Czarine a déclaré le
Duc de Curlande Régent pendant la Minorité , eft
joint à cette Déclarat on , à la fin de laquelle le
Czar recommande à fes Sujets , de le fervir avec fidelité
& de fe conformer exactement , .jufqu'à - ce
qu'il ait atteint l'âge de 16. ans , à tout ce que
Duc Régentjugera à propos de décider pour le bien
de l'Etat , conjointement avec les Miniſtres, le Sénat
& les Generaux.
ALLEMAGNE.
le
E jour de la mort de l'Empereur , les Chefs des
LConfeils & les principaux Officiers des differens
Tribunaux,furent admis à baifer la main à la Gran
de Ducheffe de Tofcane , qui les a confirmés dans
leurs Emplois , & qui a laiffé provifionellement
Toutes choſes dans l'état dans lequel elles étoient.:
L'Impératrice Douairiere fe rendit le même jour
vers les fept heures du matin au Palais de la Favo-
I rite
2534 MERCURE DE FRANCE
rite , & elle emmena avec elle dans fon Monaftere
l'Impératrice & les Archiducheffes . La Grande Du
cheffe eft restée avec le Grand Duc dans ce Palais
julqu'au 26. du mois paffé , qu'elle alla occuper ce
lui de Vienne. 1
.
- Cette Princeffe a envoyé au Comte d'Uhlefeldt
de nouvelles Lettres de Créance , avec ordre d'as
sûrer le Grand Seigneur qu'elle eft dans la réfolution
d'obſerver fidellement le Traité conclu par
l'Empereur avec Sa Hauteffe.
été
Le Corps de l'Empereur ayant été transferé du
Palais de la Favorite à celui de Vienne , & ayant
expofé à vifage découvert fur un Lit de parade pendant
un jour entier , il fut mis le 22. dans un Cercueil
, & on le porta dans la Sale des Chevaliers
laquelle étoit entierement tendue de noir, ainfi que
tous les Apartemens du Palais ; il y fut placé lur
une Eftrade couverte d'un Tapis de velours noir
Aeurs d'or , les differentes marques de la Dignité
Impériale étoient fur des couffins auprès du Cercueil,
qui étoit fous un Dais de la même étoffe que le Ta
pis de l'Etrade ; aux quatre coins de la Sale étoient
des Autels , fur lefquels on a célebré des Meffes
pour le repos de l'ame de S. M. I. depuis une heure
du matin jufqu'à midi , pendant tout le tems que
le Corps y a été en dépôt.
Le 28. jour fixé pour la Pompe funebre, le Corps
de l'Empereur fut porté à l'Eglife Aulique des Auguffins
Déchauffés , & enfuite à celle des Capucins ,
où eft la fépulture des Princes de la Maiſon d'Autriche,
& la marche du Convoy fe fit dans l'ordre
fuivant.
Une Compagnie de Grenadiers ; les Pauvres des
Hôpitaux , les Freres de la Miféricorde , les Minimes
; les Carmes Réformés & non Réformés , les
Services ; les Religieux de l'Obfervance; les Dominicains
;
NOVEMBRE. 1740. · 2539
cains ,les Auguftins ; les Barnabites ; les Bénedic
fins Ecoffois , les Peres Trinitaires de la Rédemption .
des Captifs . les Chanoines Réguliers de S. Augusrin
;
les Auguftins Déchauffés & les Capucins ; une
Compagnie de Cuiraffiers ; les Officiers de la Maifon
de S. M.I. le Recteur & les Doyens de l'Univerfité
; les Magiftrats de Vienne ; les cinq Tribu
naux , les Confeillers d'Etat; les Chevaliers de l'Oré
dre de la Toifon d'or qui font à la Cour Impériale ;
plufieurs Evêques & le Cardinal Archevêque de
Vienne , la Compagnie des Trabans & une Compagnie
des Nobles Archers de la Garde de l'Empereur.
Les Chambellans de S. M. I. précedoient le Corps
qui étoit porté par 12. d'entre eux . Le Grand Duc de
Tofcane marchoit immédiatement après le Cercueil;
& il étoit fuivi des Archiducheſſes Marie- Anne &
Marie- Magdeleine , qui étoient accompagnées des
principales Dames de la Cour. Les Miniftres d'Etat ,
les Géneraux & un grand nombre de Seigneurs
venoient enfuite , & la marche étoit fermée par
une Compagnie des Nobles Archers de la Garde de
S. M. I & par une Compagnie de Cuiraffiers. Le
Régiment des Gardes formoit une double haye dans
les rues par lesquelles le Convoy paffa.
Lorfque le Corps fut arrivé à l'Eglife des Capucins
, le Gardien du Convent à la tête de fes Reli
gieux , le reçût avec les cérémonies accoûtumées ,
& après qu'on eut celebré l'Office des Morts , le
Corps fut mis dans le Tombeau des Princes de la
Maifon d'Autriche .
SAXE.
N. a apris de Dresde , que le Confeil de Régence
, fur la nouvelle de la mort de l'Empereur
, a pris poffeffion au nom du Roy de Pologne,
Rond d
I ij Electeur
536 MERCURE DE FRANCE
Electeur de Saxe , des fonctions d'un des Vicaires
Géneraux de l'Empire.
ITALIE,
N mande de Rome que l'on a dreffé dans les
Affemblées qui fe font tenues au Capitole , le
Projet d'une Pragmatique, pour reformer le luxe, &
que les deux premiers Confervateurs l'ont remis au
Pape , qui a chargé les Cardinaux Pic de la Mirandole
& Valenti Gonzaga, de Pexaminer. On a apris
en même tems que le Cardinal Aquaviva avoit envoyé
fes grands caroffes de céremonie à Naples , od
il devoit fe rendre pour tenir fur les Fonts de Bap
tême , au nom du Roy d'Eſpagne, la Princefle dont
la Reine des deux Siciles eft accouchée, & que cette
Eminence a fait faire de magnifiques liviées pour
paroître dans cette occafion avec l'éclat convenable .
M. Anaftafi , Archevêque de Sorento , lequel
ayant été mandé à Rome , à l'occafion du meurtre
commis par fes Sbires en la perfonne du Vicaire
General de Maffà , avoit obtenu du feu Pape la permiffion
de differer fon voyage , a reçû ordre de s'y
rendre inceffamment.
Sa Sainteté a envoyé à la Ducheffe de Modene
un Chapelet d'Emeraudes & de Diamans .
MODEN E.
Na apris de Modene , que le Frere du Prin
ce Héreditaire fut baptisé le 14. du mois paffé
dans l'Eglife Collégiale de Saffuolo, & qu'il fut tenu
fur les Fonts de Baptême , au nom du Pape , par le
Cardinal de Rohan . Le Duc de Modene , accompagné
du Prince Héreditaire , alla au- devant de ce
Cardinal jufqu'à Fiorano , & l'y ayant fait monter
dans
NOVEMBRE 2537 1740 1740.
dans fon caroffe , il le conduifit à Saffuolo , où ce
Cardinal fut reçû au bruit de plufieurs falves
d'Artillerie .
Le Cardinal de Rohan , en arrivant au Château ,
trouva le Régiment des Gardes en Bataille , Tambours
batrans & Enfeignes déployées. Les Suifles
& les Gardes du Corps étoient en haye fous les Ar
mes dans la feconde Cour , & la principale Nobles
se de ce Duché , laquelle s'étoit rendue à Saffuolo ,
attendoit le Duc & le Cardinal au pied de l'escalier.
Après que le Cardinal de Rohan eut falué la Ducheffe
de Modene , il paffa dans l'apartement du
Duc , qui eut avec lui un long entretien . Il dîna
enfuite avec ce Prince & avec la Ducheffe , & pendant
le repas il y eut Concert. A quatre heures après
midi, ce Cardinal ayant pris fon Rochet & fa Châpe
de Cardinal , alla à l'Eglife dans un caroffe du Duc,
lequel étoit fuivi de dix autres caroffes , precedé
de douze Pages , & aux côtés duquel marchoit un
détachement des Gardes du Corps. Le Doyen de la
Collégiale, à la tête des Chanoines , tous en Châpe,
le reçût à la porte & iui préfenta de l'Eau Benite.
Peu de tems après que le Cardinal fut entré dans le
Choeur, où le Portrait du Pape étoit fous un Dais,le
Frere du Prince Héreditaire,accompagné de la Com .
teffe de Vezzani, fa Gouvernante , du Comte Alexandre
Marciano & de plufieurs Gentilshommes & Officiers
du Duc , y arriva en Chaiſe à Porteurs On fit
auffi-tôt la Céremonie du Baptême , après laquelle le
Cardinal de Rohan s'étant placé fur une chaife auprès
du Dais fous lequel étoit le Portrait de S. S. le
Doyen de l'Eglife Collégiale entonna le Te Deum,
qui fut chanté à plufieurs Choeurs de Mufique. Le
Cardinal de Rohan fe leva enfuite de fa chaife , &
étant monté à la Tribune où étoient le Dec & la
Ducheffe , il leur préfenta le Prince , à qui il a doa
ré les noms de Benoit- Philipe - Armand.
2538 MERCURE DE FRANCE
I
ISLE DE CORSE.
Left à préfent certain que le neveu du Baron de
Neuhoff eft forti de l'Isle de Corfe , & on vient
d'aprendre qu'il étoit arrivé à Livourne avec un
Gentilhomme Pruffien & 14. ou 15. Corfes , tous
en très mauvas équipage . Depuis cet évenement
Ja tranquillité paroît être entierement rétablie dans
P'Isle ; il n'y a plus que deux fameux Bandits qui y
commettent encore des défordres , & comme on a
arrêté depuis peu à Lento trois de leurs parens qui
favorifoient leurs brigandages , on compte qu'ils
prendront bien- tôt le parti de demander grace.
Depuis que le neveu du Baron de Neuhoff eft
forti de l'Isle de Corfe , on y voyage prefque partout
en sûreté , excepté dans les environs de Lento,
où les deux Bandits dont on a parlé , continuent de
commettre des brigandages.
Le Marquis de Maillebois a fait remettre au
Commiflaire Géneral de la République toutes les
Armes qu'on a ôtées aux Rebelles.
U
ESPAGNE.
N Vaiffeau qui eft arrivé d'Amérique au Ferol
le 16. du mois paffé , a raporté des lettres de
Don Manuel Montiano , Gouverneur de S. Augus
tin dans la Floride . par lefquelles on a reçû la
confirmation de la levée du siége que les Anglois
avoient mis devant cette Place.
Ces Lettres marquent que les Ennemis après 38 .
jours de tranchée ouverte , avoient abandonné le
27 du mois de Juillet dernier leur Camp avec tant
de précipitation , qu'ils n'avoient emmené ni leurs
bagages ni leur Artillerie , que le Géneral Oglethorpe,
avant que de décamper, avoit retirédu Fort
Saint
32
NOVEMBRE. 1740 2539
Saint Diegue les Troupes Angloifes qu'il y avoit
mises en garnifon , & que de 1 foo hommes avec
Jefquels il étoit entré dans la Floride , il ne lui en
reftoit qu'environ 800 , lorsqu'il avoit levé le Siége .
...Don Jofeph Gonzalez , Enfeigne de Vaiffeau ,
qui commande un Vaiffeau armé en courſe , s'eft
emparé d'un Bâtiment Anglois de 206. tonneaux
dont la charge confitant en Sucre & en Coton eft
eftimée 70000. Piaftres .
On a apris , en dernier lieu de Madrid , que le
3. du mois dernier , l'Armateur Barrera conduifit
dans un Port de Galice le Bigantin Anglois la
Branche d'Olive, chargé de differentes Marchandifes.
Un autre Brigantin de la même Nation , nommé
la Charmante Saly , fur lequel il y avoit 170. Bariis
de Riz , fut pris le 16. à la hauteur de S. Sébastien ,
par la Barque Eipagnole la Notre- Dame de l'Assomption.
Le même jour Don Félix Romero s'empara d'un
Bâtiment Irlandois dans les environs de Peniche .
Don Jofeph Gonzales , Enfeigne de Vailleau ,
qui commande un Bâtiment armé en courſe , enleva
le 26. Septembre dernier , vers le 38. dégré de
Latitude Septentrionale , un Paquetbot qui reve-
-noit de l'Ile de S. Chriftophe , & à bord duquel il
y avoit une grande quantité de Sucre & de Coton.
Le 11. & le 17. du même mois , Don Juan de
Efcarza a fait deux prifes , dont la charge eſt eſti-
-mée +3000. Piaftres .
du On a reçû avis des Iles Canaries , que le 22.
mois de Mai dernier , un Armateur Eſpagnol étoit
entré dans le Port de Sainte Croix , de l'ifle de
Tenerif, avec un Pinque Anglois & une Corvette
de la même Nation.
Deux Barques Efpagnoles ont pris à quatre milles
de Gibraltar, le Vaiffeau la Marguerite , qui étoie
deftiné pour Livourne.
23.40 MERCURE DE FRANCE
GRANDE -BRETAGN E.
Na apris de Londres , que le Vaiffeau la Lim
corne , allant de cette Ville à Falmouth , a été
pris à la hauteur de Folkftone , par un Armateur
Efpagnol.
L'Equipage d'un Bâtiment qui vient de la Jamaïque
, a raporté que l'Armateur Colt , qui croi
foit à la hauteur de l'Isle de Cuba , avoit été pris
par un Vaiffeau de Guerre Efpagnol , mais qu'ayant
eû avant que d'être attaqué , la précaution de faire
monter une partie de fes gen's fur deux prifes qu'il
avoit faites , il avoit trouvé le moyen de fauver
ces deux prifes , qui avoient été conduites à la Jamaïque
.
go ,
Les Vaiffeaux Efpagnols la Notre - Dame del Cha-
& le Saint Jofeph , dont le Vaiffeau de Guerre
le Dauphin , s'eft emparé , ont été déclarés de bonne
prife.
'MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Leeffe &Anhalt- Zerbst , & veuve depuis le 25 .
E 11. Octobre , Magdeleine- Auguftenée Prin-
Mars 1732. de Frederic II . du nom , Duc de Saxe-
Gotha , Chevalier de l'Ordre de l'Elephant , avec
lequel elle avoit été mariée le 7. Juin 1696. mourut
à Altenbourg , âgée de 6o . ans , 11. mois 29.
jours , étant née le 12. Novembre 1679. Elle étoit
fiile de Charles Guillaume , Prince d'Anhalt-Zerbst,
mort le 8. Novembre 1718. & de Sophie , née Duche
de Saxe- Hall , morte le 31. Mars 1724. Elle
avoit eû 16. enfans >
tant mafles , que femeiies ,
dont il en refte encore 7. fils & 2. filles. L'aîné des
môles
NOVEMBRE. 1740. 2541
mafles , eft Frederic III . Duc , Regent de Saxe-Go
tha , né le 14. Avril 1699. & marié le 17. Septembre
1729. avec Loüife - Dorothée de Saxe- Meinungen
, née le 10. Aouft 1710. fille d'Erneft Louis ,
Duc de Saxe- Meinungen ,Chevalier de l'Aigle noire,
Grand-Maître de l'Artillerie de l'Empereur & de
l'Empire, mort le 24. Novembre 1724. & de Dorothée-
Marie de Saxe-Gotha,fa premiere femme, morte
le 18. Avtil 1713. De ce mariage eft venu Frederic,
Prince Hereditaire de Saxe- Gotha, né le 20. Janvier
1735.Les 2 filles de la Ducheffe Douairiere de Saxe-
Gotha, qui vient de mourir,font Frederique de Saxe-
Gotha , née le 17. Juillet 1715. mariée en 1735.
avec Jean- Adolfe , Duc de Saxe- Weiffenfels , né
le 4 Septembre 1685. & veuf de Jeanne- Antoinette
de Saxe- Eifenach ; & Augufte de Saxe- Gotha , née
le 30. Septembre 1719. mariée à Londres le 8, Mai
1736. avec Frederic Louis Prince de Galles , né le
31. Janvier 1707.
Le 20. à une heure après minuit Charles
V I. du nom , Empereur des Romains , Roy de
Germanie , de Hongrie & de Bohême , Archiduc
d'Autriche , Duc de Brabant , de Milan , de Luxem
bourg , de Mantouë , Parme & Plaifance , Comte
de Flandres , du Tiro!, &e mourut à Vienne , âgé
de s . ans 19. jours , étant né le 1. Octobre 168 $.
La maladie de ce Prince a été de peu de durée . Elle
a commencée par de violentes coliques, dont il fut
fort incommodé pendant les derniers jours de fon
féjour au Chateau de Haltburn ; à fon retour au
Palais de la Favorite , qui fut le 13. Octobre , il fe
trouva mieux , mais le is . au foir , les vomiffemens
qu'il avoit déja eûs à Haltburn recommencerent
avec beaucoup de violence , ils furent fuivis d'une
grande douleur au côté , accompagnée d'une fièvre
très- ardente.Il fût faigné 2. fois au pied pendant la
nuit , Iv
2542 MERCURE DE FRANCE
puit ; mais ces faignées & les remedes , qui furent
employés depuis , n'eurent aucun fuccès . On jugea
le 17. au foir que l'inflammation étoit formée , &
qu'il n'y avoit plus d'efperance de guérifon ; le 18.
après-midi , le Viatique lui fût adminiftré par le
Nonce Apoftolique , & il fit enfuite fon Teftament
en prefence des Comtes de Sinzendorff , & de Sta
remberg , & du Baron de Bartenſtein. L'extrême-
Onction lui fut donnée la nuit fuivante . Après fa
mort fon corps ayant été ouvert , on lui a trouvé
dans le foye, une pierre de la groffeur d'une noifette,
dont les parties inégales & pointues avoient déchiré
les fibres du foye & avoient caufé un épanchement
de bile , dans toutes les parties interieures du
corps. Ce Prince qui avoit été nommé au Batême
le 12. Octobre 1685. Charles , François , Jofeph
Venceflas , Baltafar, Jean , Antoine, Ignace , étoit le
troifiéme fils de Leopold premier du nom , Empereur
des Romains , Roi de Germanie , de Hongrie
& de Bohême , Archiduc d'Autriche , &c . mort le
5. Mai 1705. & d'Eleonore- Magdeleine de Baviere .
de Neubourg , fa troifiéme femme , morte le 19.
Janvier 1720. 11 difputa la Morarchie d'Espagne au
Roi régnant Philipe V. avec differens fuccès , depuis
1703 jufqu'en 1711. Après la mort de l'Empereur
Jofeph , fon frere , il quitta Barcelone , où il
faifoit fa réfidence , & repaffa en Allemagne pour
recueillir les Etats Héréditaires de la Maifon d'Au-
Friche. Il fût élû Empereur des Romains , le 12.
Octobre de la même année 1711. à Francfort , où
il reçût la Couronne Imperiale , le 22. Decembre
fuivant . Il fut Couronné à Presbourg en qualité de
Roy de Hongrie , le 22. Mai 1712 , & à Prague en
celle de Roy de Bohême , les . Septembre 1723.
Il avoit été marié d'abord par Procureur , à Vienne
23. Avril 1708. & enſuite en perſonne à Barce- le
lone
" NOVEMBRE. 1740 2543
lone le 1. Aouft de la même année, avec Elifabeth-
Chriftine de Brunfwic- Lunebourg , née le 28. Août
1691. fille aînée de Louis- Rodolphe Duc de Brunfwic-
Lunebourg- Blankenbourg , puis Duc de Wolfenbutel
en 1731. mort le 1. Mars 1735. & de
Chriftine - Loüife , née Princeffe d'Oettingen. Il a
eu de ce mariage ,
Leopold , Jean , Jofeph , Antoine , François de
Paule, Ermenegilde , Rodolphe , Ignace , Baltafar ,
Archiduc d'Autriche , né à Vienne le 13. Avril 1716.
mort le 4 Novembre fuivant .
Marie Thérefe Walburge , Amelie- Chriftine
Archiducheffe d'Autriche , née le 13. Mai 1717 .
mariée à Vienne le 12. Fevrier 1736. avec François-
Etienne , alors Duc de Loraine & de Bar , & aujourd'hui
Grand Duc de Tofcane , né le 8. Decembre
1708 . 7
Marie-Anne Eleonore , Guillelmine , Jofeph ,
Archiducheffe d'Autriche , née le 14. Septembre
1718. vivante , & non encore mariée , & Marie-
Amelie , Caroline, Loüife , Ludomille, Anne Archiducheffe
d'Autriche, née le 5. Avril 1724. & morte
le 19. Avril 1730.
Charles VI. qui vient de mourir , étoit le dernier
mafle de la Maiton d'Autriche , & le 16. Empereur
de fa race. La dignité Imperiale n'étoit point fortie
de cette Maifon depuis l'an 1438.
Le 28. Anne Iwanowna , Czarine , & Grande
Ducheffe de Mofcovie , Souveraine de toutes
les Ruffies , dont elle prenoit le titre d'Imperatrice,
mourut à Petersbourg , âgée de 47 ans , 4 mois ,
21. jours , étant née le 7 Juin 1693 , après avoir regné
ro. ans & 9. mois. Elle avoit fucce sé au Czar
Pierre Alexiowitz II , du nom , fon Neveu , à la mode
de Bretagne , après la mort duquel elle fut reconnue
& proclamée à Moſcow, Imperatrice & Souve-
I vj
raine
2544 MERCURE DE FRANCE
´raine de toutes les Ruffies , le 30. Janvier 1730 :
Elle fit fon entrée publique à Mofcow , le 26. Fcvrier
fuivant , & elle y fût couronnée le 9. Mai
de la même année . Elle étoit niéce du Czar Pierre 1 .
mort le 8. Février 1725. & fille puifnée de Iwan ,
ou Jean Alexiowitz , Czar & Grand Duc de Mofcovie
, mort le 26. Janvier 1696. à l'âge de 33. ans
& de Profcovie Foederowna , Solticow- Apraxin ,
morte le 24 Octobre 1723. âgée de 60. ans. Elle
' avoit été mariée le 13. Novembre 1710. avec Frederic
Guillaume , Duc de Curlande, qui mourut fans
enfans le 21.Janvier 1711.Cette Princeffe avoit pour
four ainée , Catherine Iwanowna , née le 15. Juillet
1692. & morte à Petersbourg , le 25. Juin 1733 .
Celle - ci avoit été mariée le 19. Avril 1716. avec
Charles -Leopold Duc de Mecklenbourg - Schwerin.
Elle en a laiffé une fille unique nommée Elizabeth-
Catherine-Chriftine de Mecklenbourg , née le 18.
Decembre 1718. & mariée à Petersbourg le 14.
Juillet 1739. avec Antoine-Ulric, Prince de Brunf
wic- Lunebourg- Bevern , né le 28. Aouft 1714.
fecond fils de Ferdinand Albert , Duc régnant de
Brunfwic-Lunebourg- Wolffenbutel . De ce mariage
eft venu Jean de Brunfwic- Lunebourg , né à Petersbourg
le 23. Aouft de cette prefente année 1740.
C'eft cet enfant que la Czarine , fa grande Tante
a nommé pendant fa derniere maladie , pour fon
fucceffeur , l'aïant fait proclamer le 19. Octobre ,
Grand Prince de Mofcovie. La Czarine a fait cette
difpofition en vertu d'une Conftitution du 16. Février
1722. dont l'obſervation a été jurée par tous
les Sujets de la Monarchie Ruffienne , & par laquelle
il a été ftatué , que les Souverains de Ruffie pourroient
fe choifir tel Succeffeur qu'ils jugeroient à
propos.
FRANCE
NOVEMBRE. 1740. 2541
•
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
E 30. du mois dernier , la Reine entendit la
Melle dans la Chapelle de la Cour ovale de
Fontainebleau , & S. M. communia par les mains
du Cardinal de Fleury,fon Grand Aumônier.
Le 31. veille de la Fête de tous les Saints , le Roy
& la Reine , accompagnés de Monfeigneur le Dau
phin & de Madame de France , affifterent dans la
Chapelle du Château aux premieres Vêpres , aufquelles
l'Evêque de Comminges officia .
Le premier de ce mois , jour de la Fête , le Roy
& la Reine , accompagnés comme la veille , enten
dirent la grande Meffe célébrée pontificalement par
le même Evêque , & chantée par la Mufique.
L'après midi , leurs Majeftés affifterent au Sermon
du Pere Renauld , Jacobin , & enſuite aux Vêpre
s, auxquelles le même Prélat Officia . Le Roy &
la Reine entendirent auffi les Vêpres des Morts .
Le 12. L'ouverture du Parlement fe fit avec les
cérémonies accoûtumées , par une Meffe folemnelle
célébrée pontificalement dans la grande Sale da
Palais , par l'Evêque de Pamiers , & à laquelle M.
le Peletier , Premier Préfident , & les Chambres
affifterent .
CONSECRATION
·L
ET DEDICACE
de l'Eglife de N. D. des Victoires.
E Dimanche 13. jour de Novembre 1740. la
Confécration de l'Eglife des PP . Auguftins,
près la Place des Victoires , fût faite par M. l'Evêque
2546 MERCURE DE FRANCE
que de Joppé , qui officia pontificalement à la Grand'-
Meffe & à Vêpres.
La Cérémonie commença à 7. heures du matin ,
elle fût fuivie de la Grand'- Meffe à dix heures . L'après
-midi Vêpres à 3. heures , fuivies de la Prédication
, par M. l'Abbé Cheret , Curé de S. Roch ,
Docteur de Sorbonne, Prédicateur du Roy , enfuite
Complies , le Salut , & la Benediction du Très-
Saint Sacrement , par M. l'Archevêque de Paris.
Le Lundi 14. La Grand' Meffe fût folemnellement
chantée à dix heures , les Vêpres à trois heures :
Prédication par M. l'Abbé Cauffe , Prédicateur du
Roy,Complies & le Salut . M. l'ancien Archevêque de
Besançon , y officia pontificalement .
Le Mardi 15. Prédication par le P. de Neuville',
Jefuite, Prédicateur ordinaire du Roy. M. l'Evêque
de Carcaffone , officia pontificalement au Salut .
Le Mercredi 16. Prédication par M. l'Abbé Clement
, Prêtre de la Paroiffe de S. Mery. M. l'Evêque
de Mâcon , officia pontificalement au Salut.
Le Jeudi 17. Prédication par le P. Tainturier ,
Jefuite , Prédicateur ordinaire du Roy M. l'Evêque
de Joppé , officia au Salut pontificalement .
Le Vendredi 18. Prédication par le P. Segand ,
Jefuite, Prédicateur ordinaire du Roy . M. l'Evêque
de Langres , officia pontificalement au Salut.
Le Samedi 19. Prédication par le P. de S. Genes ,
Prêtre de la Doctrine Chrétienne. M. l'Evêque de
Pamiers , officia pontificalement au Salut.
Le Dimanche 2o. jour de l'Octave . M. l'Evêque
de Mets, officia pontificalement tout le jour. La
Prédication par M. l'Abbé Meney , Après la Bénédic
tion du Très- Saint Sacrement , on chanta folemnellement
le Te Deum.
Cette cérémonie toute Sainte dans fon Inftitution ,
a été des plus Auguftes , & a attiré un concours extraordinaire.
NOVEMBRE. 1740 2547
M. PArchevêque avoit accordé quarante jours
d'Indulgence , à toutes les perfonnes qui , pendant
POctave de cette folemnité , après s'être confeffées
& avoir communié , auroient vifité l'Eglife de N.D.
des Victoires , & prié pour l'exaltation de la Foy ,
Pextirpation des Héréfies , pour le Roy, la Reine ,
Monfeigneur le Dauphin, & toute la Famille Royale.
La Reine arriva à Versailles , de Fontainebleau ,
le 14. Monfeigneur le Dauphin y étoit revenu le 12 .
Le 15. Le Roi arriva de Fontainebleau à Choify ,
vers les quatre heures du foir. 3. M. profita du refte
de la journée pour le promener dans les Jardins ,
& les deux jours fuivans, le Roy vifita les nouveaux
Apartemens & tout ce qu'il avoit ordonné de faire
au Château , dont S. M. parût très- fatisfaite ; Elle
partit le 18. après foupé pour le rendre à Versailles.
Il a paru ici , vers le rf . de ce mois , une feuille
volante in4°, de 3, pages & demi, contenant les motifs
qui ont occafionné le départ des Eſcadres de
Breft & de Toulon .'
Le 22. M. de Camas , Envoyé Extraordinaire du
Royde Pruffe, eut fon Audience publique de Congé
du Roy, de la Reine , de Monſeigneur le Dauphin ,
& de Meldames de France , il fut conduit à ces Audiences
, par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs , qui étoit allé le prendre dans les
caroffes de leurs Majeftés , & après avoir été traité
par les Officiers du Roy , il fut reconduit à Paris
dans les mêmes caroffes , avec les cérémonies accoûtumées.
Le premier Novembre , Fête de la Touffaine
II
2548 MERCURE DE FRANCE
44
Il y eut Concert ſpirituel au Château des Tuilleries;
on y executa une Sonate en quatuor de M. Boismortier
, qui fut fuivie du Motet Exultate jufti , de
M. de la Lande & d'un Concerto de M. le Clair
joué par le fieur Dupont ; le Concert fut terininé
par le beau Motet Diligam te , de la compofition de
feu M. Gilles , qui eft un excellent morceau de
Mufique.
Le 2. La Cour étant à Fontainebleau , la Reine
entendit en Concert l'Opera de Proferpine , qu'on
continua le 7. & le 9. les principaux Rôles furent
chantés par les Dlles Defchamps , Huguenot , Mathieu
, Abec & Romainville , & par les Sieurs le
Cler , Godoneche , Tavernier , d'Angerville , Dubourg
, le Begue , Poirier , Benoît & Richer , de la
Mufique du Roy La Dile Huguenot chanta à la fin
du premier , du troifiéme & cinquiéme Acte , trois
differentes Cantatilles , de la compofition de M. de
Blamont , fur-Intendant de la Mufique du Roy.
Le 11. l'Académie Royale de Mufique , donna
le premier Bal public , qu'on donne tous les
ans à pareil jour fur le Théâtre de l'Opera , &
qu'on continue pendant differens jours jufqu'à
PAvent. On les reprend ordinairement à la Fête
des Rois , jufqu'au Carême.
Le 3. Novembre , les Comédiens François , repréfenterent
à Fontainebleau , la Tragédie d'Electro
& les trois Freres Rivaux .
Le 8. Le Mariagefait & rompu , & le Grondeur.
Le 10. Zaire , dans laquelle le fieur Rouffelet
nouvel Acteur ,joua le Rôle de Lufignan , & la petite
Comédie du Florentin .
Le 22. Les mêmes Comédiens repréſenterent à
Verfailles
NOVEMBR E. 1740 2549
Verfailles le Philofophe Marié & Crispin , Rival de
fon Maître.
Le 24. Le Comte d'Effex , & la Famille Extravas
gante.
Le 5. Novembre , les Comédiens Italiens joue
rent auffi à la Cour , la Comedie de la **** dans
laquelle le fieur Rochart , nouvel Acteur , joua le
Rôle de Marton , déguifé en femme , cette Piéce
fût fuivie d'un très joli divertiffement , intitulé les
Chinois , dans lequel le même Acteur danfa ; il fut
fuivi de la petite Piéce du Retour de Tendreffe.
les mêmes Comédiens reprefenterent à
les Amours Anonimes . & la Joie im-
Le 23..
Verſailles
prévûë.
›
****************
A
MORTS & MARIAGE.
Ntoine Viguier , Doyen des Perruquiers ;
mourut à Touloufe le 3. Octobre , âgé de
cent cinq ans accomplis , ayant eû de deux femmes
trente-fept enfans , dont un qui vit , âgé de
quatre- vingt ans , eft marié à Blaye. Ce fait eft
prouvé par piéces juftificatives , & attefté par un
fils d'Antoine Viguier , qui eft Organiſte de la
Cathédrale de Lavaur.
Le 6. Jean Thomas , Confeiller honoraire au
Châtelet de Paris , où il avoit été reçû en 1676 .
mourut âgé d'environ 86. ans . Il étoit veuf de
Marie Anne Gigault , de laquelle il avoit eu feuë
Marie- Magdeleine Thomas, qui avoit été mariée au
mois de Juillet 1698. avec Charles - Jofeph de Fortia,
alors Confeiller au Parlement de Paris , aujourd'hui
1558 MERCURE DE FRANCE .
jourd'hui Confeiller d'Etat ordinaire , & Chef du
Confeil du Prince de Condé. Elle mourut en 1719
ayant laiffé 6. enfans.
Le 12 Frere Euſtache le Veneur , Chevalier Prog
fès de l'Ordre de S. Jean de ferufalem , Commandeur
de la Commanderie de Haute-Havene , près
d'Arras , ci devant Capitaine de Cavalerie dans le
Régiment des Cravates , mourut au Château de
Bailly, en Riviére , dan le Pays de Caux , dans la
64 année de fon âge , étant né le 22. Decembre
1676. Il étoit deuxième fils de feu Charies le Veneur
de Tillieres , Seigneur de Ceffeville , près le
Pont- de- l'Arche , & de Creftot , & d'Elifabeth des
Mazis. La Généalogie de le Veneur eft raportée
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne,
tom. 8. p. 256.
*
Le 24, Dame Marie Claire Genevieve de Bretagne
d'Avaugour, veuve en f condes nôces depuis le
7 Mr 1730
de Charles Roger , Prince deeCourtenay
, qu'elle avoit épousé le 17 Novembre 1704 .
mourut à Paris , âgée de 64 ans , & fans enfans .
Elle étoit fille de Claude de Bretagne , Baron d'Avaugour
, premier Baron de Bretagne , Comte de
Vertus & de Goello Seigneur de Cliffon , mort le
7. Mars 1699 & d'Anne- Judith le Liévre , morte
le 22. Decembre 1695. Elle avoit été mariée en
premieres nôces le 15. Aouft 1694 avec Gonçale-
Jofeph- Carvalho Patalin , Intendant des Bâtimens
& Maifons Royales du Royaume de Portugal , Seigneur
de la Ville de Azambugeira Commandeur
de la Commanderie de S. Pierre Aguiar dans l'Ordre
de Chrift . La défunte avoit été élevée dans
l'Abbaye de Malnoue , fous les yeux de Marie-
Claire de Bretagne, fa tante , qui en étoit Abbeffe .
Son coeur y a été porté , & prefenté par Augufte-
Jofeph de Montullé , Prêtre , Docteur en Théologie
NOVEMBRE. 1740 2551
gie de la Faculté de Paris , Abbé Commandataire de
' Abbaye de Liques , Diocèfe de Boulogne , qui
dans cette occafion a fait le difcours fuivant à la
Dame Roffignol , actuellement Abbeffe de ce Monaftere
, qui reçût le coeur à la tête de la Communauté.
DISCOURS de M.l'Abbé de Montullé
en préfentant le Coeur de Mde la Princeffe
de Courtenay , à Me Rolignol , Abbeffe
de Malnoue , à la tête de fa Communauté.
N.Ties- Puiffante &. Très- liluftre ,
Ous vous préfentons le Coeur de Très-Haute,
.4
Marie-Claire
de Bretagne , veuve de T. H. & T. P. Prince de
Courtenay. Ce Coeur formé à la pieté dans cette
fainte Maifon , fous les yeux d'une fainte & illuftre
Abbeffe , fa Tante vous apartenoit de droit, Mesdames
, comme un dépôt que vous n'aviez confié
au monde que pour l'édifier. Coeur tendre & compatiffant
pour les autres , & dur en même tems
pour lui feul ; Coeur bienfaifant , brûlant toûjours
de l'amour de fon Divin Epoux ; Coeur fidéle
généreux , digne du fang dont il fortoit , & de celui
auquel il s'étoit allié ; Coeur toûjours occupé à
remplir fes devoirs , toûjours égal ; eile en donna
des marques dans fa derniere maladie , malgré les
douleurs les plus vives , fon Coeur fut toûjours en
paix , elle regardoit les fouffrances comme une femence
de l'immortalité , & ce Coeur qui n'aſpiroit
qu'après elle , béniffoit fans ceffe la main paternelle.
de celui qui le vouloit rendre digne de lui être réu
ni. Si un Coeur auffi Chrétien peut mourir , celuisi
ceffa de vivre ; recevez-le , Mefdames , comme
un
2352 MERCURE DE FRANCE
+
un gage afsûré de l'amitié conftante qu'elle eût tou
jours pour cette Maiſon , où elle a commencé
puifer les femences du falut , & accordez lui le fuffrage
de vos prieres.
Le 8. Novembre , Jacques Touchet Lord , Baron
d'Audley , en Angleterre , Comte de Caſtlebaven
en, Irlande , Pair de la Grande Bretagne , de la Religion
Catholique , mourut à Paris , âgé d'environ
65. ans .
-
Le même jour , De Marie-Marguerite de Và
leilles , veuve depuis le 11. Decembre 1714 de Jacques
de Vanolles , Confeiller Secretaire du Roy ,
Grand-Audiencier de France , & Tréforier Géneral
de la Marine , mourut à Paris , âgé d'environ 72 .
ans , laiffant 2. fils , l'aîné , Maître des Requeftes de
' Hôtel du Roy , & Intendant en Franche Comté ;
& le cadet , Chanoine de l'Eglife Métropolitaine de
Rheims .
Le même jour , Antoine Lancelot , ancien Confeiller-
Secretaire du Roy, Maiſon Couronne de France
& de fes Finances , Cenfeur Roial , Affocié de l'Academie
des Infcriptions & Belles Lettres , & Inf
pecteur du College Roial , mourut dans ce College
à l'âge de 65. ans. Il s'étoit fait connoître par les
talens dans l'Art Diplomatique , dans lequel il é
toit fort verfé. Il laiffe une Bibliothéque nombreufe
& choifie concernant l'Hiftoire de France , laquelle
il avoit formée avec beaucoup de foins & à
grands frais.
Le 16. Novembre , le Comte de la Guiche , Meftre
de Camp , Lieutenant du Regiment de Condé
Cavalerie , époufa Mlle Henriette de Bourbon de
Verneuil , fille légitimée du feu Duc de Bourbon
Condé , la célébration en a été faite à l'Hôtel de
Madame la Ducheffe Douairiere .
NOVEMBRE . 1740 2553
PRIERE A L'AMOUR..
O D E.
A Mad. la Comtesse de la Guiche , pour
Le jour de son Mariage.
Forme les traits d'une Mortelle ,
A la clarté de ton flambeau
Deviens toi-même le modele ,
Tu n'en peux choisir un plus beau.
En elle assemble avec conftance
Même dès sa jeune faison ,
Et l'Enjouement & la Prudence
Les Graces avec la Raison .
*
Quels dons la rendroient plus charmante
Tu les as tous en ton pouvoir ;
A P'écouter fais qu'on ressente
Autant de plaisir qu'à la voir ,
*
Si dans son Temple un jour conduite ,
L'Hymen l'enchaîne sous sa Loi ,
Que l'Amitié soit à sa suite ;
Elle eft plus conftante que toi.
*
Que
2554 MERCURE DE FRANCE
Que son bonheur soit ton étude ;
En captivant sa liberté ,
Fais-lui trouver dans l'habitude
Les plaifirs de la nouveauté.
*
Qu'en elle un charme inexplicable
Puisse sans art fi bien briller ,
Que tout ce qui veut être aimable
S'empresse de lui ressembler.
*
Mais j'abandonne un vain myftere ,
Eh pourquoi garder le secret ?
On voit assés que ma priere ,
Jeune Flore , eft votre portrait..
*
Que l'esprit eft peu nécessaire !
Quand le talent eft d'imiter !
Il ne faut pas grand art pour faire
Un portrait qu'on ne peut flater,
APROBATION.
J
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Novembre , &
J'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Paris , le premier Decembre 1740.
HARDION.
TABLE.
PLECES FUGITIVES . Epitre au Comte de
Montmorency , &c. 2343
Les Syrennes , &c. , 2359
La Solitude , Cantatille
2368
Mémoire fur le Comté de Ponthieu , &c.
2370
Madrigal , 2389
2390
2394
Lettre fur la variation du Goût ,
Ode à M. le Chevalier de *
Remarques fur l'Ethymologie de Vincennes , 240x
Le Varin de Tombac , Fable , 2409
Lettre. fur la Chronique rimée de P. Grognet, 2411
Refléxions d'an Phyficien fur la petite Vérole ,
Ode fur la Grandeur de Dieu , & c.
2420
2442
Obfervations Critiques fur Hiftoire de la Vie &
des Ouvrages de Timanthe , &c.
Ode fur les Tableaux indécens ,
VIII. Lettre fur la Typographie , & c.
Le jeune Homme & le Fleuve , Fable ,
Enigme , Logogryphes &c .
2444
2468
2473
2480
2483
2489
2508
Estampes
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ;
&c . Journal Italien de M. Maffei , &c.
Prix de l'Académie de Marfeille , de 1741.
Eftampes nouvelles , 2513
Chanson notée , & c.
Vers à Mlle Gauffin , & c
Nouvelles Etrangeres , Turquie ,
2518
Spectacles . L'Heureux Echange , & c.
2519
25231
2527
2529
2133
2535
2536
2538
2540
ibid.
Ruffie ,
Allemagne ,
Saxe >
Italie & Modene ;
Isle de Corse & Espagne
Grande- Bretagne ,
Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 2545
Consécration & Dédicace de le l'Eglife de N. D.
.des Victoires ,
Morts et Mariage ,
ibid.
2549
Priere à l'Amour , Ode à Mad. la Comteffe de la
.Guiche , 2553
Errata d'Octobre.
8 X
Page 2319. ligne premiere , le Mariage , lisez
Confentement.
P. 2320. 1. 7. le 8. ôtez ces deux mots .
Fantes à corriger dans ce Livre.
PAR . 14,avide.
Age 2471. ligne 14. avide , lise , timide.
›
P. 2499. 1. 26. de , l. des.
P. 2500. 1. 10. de , ôtez ce mot.
La Chanson notée doit regarder la page
2519
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
DECEMBRE. 1740 .
PREMIER , VOLU ME.
SPARGIT
QUR
COLLIGITIS
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC . XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU Commis au
Mercure ,
›
vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mereure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AV
ROT.
DECEMBRE . 1740.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
PRIERE
Du Prophete Habacuc , pour les Péchés.
I.
A voix grand Dieu,vient de descendre;
Je suis saisi , qu'ai- je entendu ? .
A la mort l'homme s'est vendu ;
Tu veux la forcer de se rendre ! ...
Hâte toi de rompre nos fers :
Opere & montre à l'Univers
I. Vol. A ij
Се
2556 MERCURE DE FRANCE
Ce Midi ( a) qui de ta colere
Termine les juftes effets ,
Pour ouvrir à notre misere
Un tems de grace & de bienfaits,
I 1,
Il viendra , le Saint que j'adore ,
Dans la plénitude des jours ....
Je le vois commencer son cours
Entre le Couchant & l'Aurore.
Des Cieux l'immense profondeur ,
Pleine de sa vive splendeur ,
Est un abîme de lumiere ;
Et la Terre sur mille Autels
Lui présente dans sa carrierę
Les Sacrifices des Mortels.
III.
Tel que l'Aftre , qui des ténebres
Fait évanouir les horreurs ,
Son état va de nos erreurs
Dissiper les ombres funebres .
Il tient en main´des traits perçans . .
Hommes , qui vous croyez puissans ,
(a) Ce Midi ; on fe fert de ce mot pour exprimer ce
milieu des années que l'Apôtre S. Paul apelle Piénitude
du tems. D'ailleurs, on eft autorisé par le Style
même du Prophete , qui dit tour de fuite que Dieu
viendra du Midi.
Vous
DECEMBRE . 1740. 2557
Vous ne le voyez que fragile ,
Pâle , mourant , percé de cloux ;
Mais Dieu caché sous notre Argile ,
Se fera connoître à ses coups.
IV .
Devant sa face glorieuse
La mort sàns Armes , s'enfuïra ,
Par sa mort même il détruira
Le Trône de cette envieuse .
Chassé par le même Vainqueur
L'Ange rebelle & séducteur ,
Qui du Monde usurpa l'Empire ,
Ira du légitime Roi ,
Par qui la Nature respire ,
Dans les Enfers subir la Loi.
4
.
J'ai (6) déjá vú ce Dieu terrible
De l'oeil mesurer l'Univers ;
Regarder les Peuples divers ,
C'en est assés
pour l'Invincible ....
Tout se fond .. les Monts orgueilleux ...
Sur leurs fondemens ruineux ,
(b) Le Prophete rapelle ici les Miracles ancienne
ment operés en faveur du Peuple d'Israël , comme
ayant été , felon l'expreffion de S. Paul , autant de figures
qui annonçoient des Miracles d'un ordre encore
plus relevé en faveur de l'Israël nouveau , &c.
A iij S'ébran
2558 MERCURE DE FRANCE
S'ébranlent ... tombent en poussiere ;
Et du plus fastueux Mortel
La tête si haute , si fiere ,
S'abaisse aux pieds de l'Eternel.
V I.
Dans le Camp du Madianite
Regnent l'épouvanté & l'horreur ;
Ce Peuple impie , & fans pudeur ,
Venge en mourant l'Israëlite . ...
Mais sur le fluide Elément
Que vois je ? Quel renversement !
Le Jourdain est - il donc coupable t
Le crime a- t'il soitillé les Eaux }
Et sur la Mer , Dieu redoutable ,
Va- t'il attirer tes Aeaux ?
VII.
Toi qui fais ton Char d'un (e) nuage ;
De qui les vents sont les Coursiers ,
Et qui , pour sauver tes Guerriers ,
Presses , fais avancer l'Orage :
Dieu Saint , tu promis autrefois
De prendre l'Arc & le Carquois
Pour ce Peuple qui te révere ;
Tes Miracles sont tes garans ,
(c) Qui ponis nubem ascensum tuum : qui ambulaï
Super pennas ventorum . Psalm . 103. 3 .
Et
DECEMBRE . 2559 1740.
Et je vois tout ce qu'il espere ,
Quand tu divises les Torrens .
VIII.
L'Onde surprise , mugissante ,
S'éleve & s'écoule à ta voix ;
L'abîne aplaudit à tes Loix ;
Le fond des Rivieres te chante .
Le Soleil arrête la nuit ;
Le Tonnerre éclaire & conduit
Les Enfans de ton alliance ;
La Terre tremble sous tes pas ,
Et les Nations en silence
N'attendent plus que le trépas .
IX.
C'est toi , Grand Dieu , qui de nos Peres
Brisas les funeftes liens .
Sous le joug des Egyptiens
Ils versoient des larmes ameres ....
'L'Homme choisi par ta bonté ,
Pour les remettre en liberté ,
Vient , frape l'Impie & son Trône ;
Le Tyran voit dans son Palais
Avec l'espoir de sa Couronne
Son nom s'éteindre pour jamais .
Comme un tourbillon formidable ,
X.
Sor Armée avance sur nous ;
A j
Notre
2560 MERCURE DE FRANCE
Notre mort fate son courroux ,
Le coup paroît inévitable.
Le cruel rit de nos malheurs ,
Comme l'usurier rit des pleurs
Du Pauvre caché qu'il oprime ;
Mais tu vois la sécurité
D'un Prince endormi dans son crime ,
Et maudis sa témerité.
X I.
L'Ennemi ... la Mer .... $ Moïse!
Où fuirons - nous ? dit Israël
Le Miniftre de l'Immortel
..
Etend le bras ... l'Onde est soumise.
Devant ton Char , Dieu Protecteur ,
La Mer s'enfuit avec frayeur ;
Ses flots nous ouvrent un paſſage.
Ton doigt , par ce chemin nouveau
Nous conduit à l'autre Rivage ,
Et nos Ennemis au Tombeau.
XIL
Après ces Miracles de grace ;
Quelle voix trouble tous mes sens ?
Le sang (d) dans mes veines se glace.
La crainte interrompt mes accens :
( d) Habacuc prévoit &prédit les maux que l'infide.
lité d'Israël attira sur ce Peuple ; & dans l'énuméra–
tion abregée de ces miseres , on reconnoit aisément le
tableau plus dévelopé que Moise en avoit tracé.
Abi
DECEMBRE.
2561 1740
Ah ! s'il se peut , pour mon repos ,
Que le mal passe dans mes os ;
Qu'il m'enflamme , qu'il me consume,
Avant que le courroux des Cieux
Lance la foudre qui s'allume ;
Mort , viens m'unir à mes Ayeux.
XIII.
Leur ame fidelle & constante
Est heureuse au sein de la Paix ;
L'unique fin de leurs souhaits
Est le doux fruit de leur attente ,
Mais pour leurs perfides Neveux ,
Figuier maudit , infructueux ,
Vigne ingrate , Olivier stérile ,
Champs arides , mort de Troupeaux ,
Trompeur espoir , peine inutile ;
Le Ciel a juré tous ces maux.
XIV.
Le Nom (e) d'un Dieu Sauveur m'anime ;
(e) Heureux état de ceux qui mettent toute leur
confiance dans le vrai Dieu & dans fon Envoyé J.C.
La Synagogue incrédule a porté la peine qui lui avoit
été prédite. L'Eglise ne ceffe de chanter les louanges du
Rédempteur qui lui a donné la Foi la Paix.
La conclufion de ce Cantique eft la même que
celle du grand Cantique de Moife . Ego autem Domino
gaudebo & exultabo in Deo Jesu meo, dit Habacuc.
Laudate gentes . quia propitius erit terra populi
fui , avoit dit Moïse.
A v Sa
2562 MERCURE DE FRANCE
Sa force soûtient mon espoir ;
Mon allegresse à son pouvoir´
Rend un hommage légitime ;
Plus vite que le Cerf qui fuit ,
A l'ennemi qui me poursuit
Je sçaurai dérober ma vie ;
J'irai , conduit par le Vainqueur ,
Sur les hauteurs de ma Patrie
Chanter sa gloire & mon bonheur.
****************
REFLEXIONS de M. de Villemont ,
sur la Guerre perpétuelle qui regne entre
L
les Auteurs modernes.
Il n'y a point d'homme, quelque habile
qu'il foit en un genre d'écrire , qui ose
s'assûrer d'échaper à la critique. La paix fe
fait de tems en tems entre les Nations , on
ne l'a point encore vûë , du moins génerale ,
entre les Auteurs de nos jours . Les Esprits
excellens ou fublimes , dont les Ouvrages
paffent pour être autant de chefs-d'oeuvres
fegardent en pitié les conceptions d'autrui .
Ils croyent être les feuls capables de penser
& d'écrire ; leur délicateffe ou leur vanité ,
les empêche de rien aprouver. D'autres qui
font inférieurs à ces Maîtres de l'Art , ont
contre
DECEMBRE. 1740. 2563
>
contre eux une jaloufie inutile . Ils font ce
qu'ils peuvent pour trouver des défauts dans
leurs Ouvrages , ils perdent leur tems; ce qui
de foi eft bon , ſubſiſte toujours , & tout ce
qu'on a écrit contre Corneille , Racine ; la
Fontaine , Despreaux , Fontenelle , Perrault ,
la Bruyere , Voltaire , Capiftron , la Motte
Rouffeau , Pirron , & tant d'autres , n'empê
chera jamais que chacun d'eux en leur genre,
ne paffe pour des Modeles difficiles à égaler.
Il eſt vrai , comme je l'ai dit , que quelquesuns
d'entre ces habiles , par un excès de délicateffe
, ou peut- être par un peu de malignité
, tâchent de répandre fur les Ouvrages
d'autrui un ridicule , que
, que les gens fans passion
n'y remarquent pas..
Que n'a point dit , par exemple , l'Horace
moderne , ou l'Auteur des Satyres contre les
Ouvrages de Boursault ? Il n'eft pas le feul ,
à la vérité , qui ait entrepris de ridiculiser les
Ouvrages de cet Auteur, même fa Personne.
Moliere dans fon Impromptu de Versailles ,
en parle avec le dernier mépris , & fi l'on en
croit les Commentateurs des Caracteres de
ce fiécle , c'eft lui , fous le nom de Capis, que
M. de la Bruyere traite en quelque façon d'Ecolier
; cela eft bien- tôt dit. Cependant ni
lui ni les autres , ne nous marquent point en
quoi confiftent fon ignorance & fes défauts ,
& c'eft ce qui fait , qu'au jugement de beau-
A vj
coup
2564 MERCURE DE FRANCE
coup de personnes d'un goût affés délicat ,
Boursault ne paffe point pour un Auteur ennuyeux,
ni méprisable.On voit encore aujourd'hui
avec plaifir la représentation de plufieurs
de fes Piéces de Théatre,& l'on ne croit point
deshonorer fon esprit en trouvant dans fes
Lettres du feu , du bon fens & de l'agrément.
Il est même en quelque forte étonnant qu'un
homme , de fon propre aveu , fans étude
d'une condition peu relevée & peut-être par
cette raison , fans beaucoup d'usage du Monde
, ou du moins d'éducation , ait fçû , par
la feule lecture & les lumieres du fens commun
, acquérir ou fe former l'art d'écrire
auffi jufte & avec autant de naturel & de dé .
licatefle qu'il l'a fait. Quelle ironie le même
Auteur des Satyres n'a- t'il pas employée
contre le célebre Quinault ! fi on veut l'en
croire , on jugera que Quinault étoit un gé
nie fort médiocre. Il fçavoit rimer, difoit- il,
mais la raison & les agrémens étoient bannis
de fes Ecrits , cependant il paffe aujourd'hui
pour un Modele , & malgré ce fameux Satyrique
, le Public convient que dans la Poëfie
Lyrique ou Chantante , personne de nos
jours ne l'a égalé. Il eft vrai que dans une
Préface il femble fe repentir d'en avoir trop
dit contre ce dernier. Il tâche auffi d'en apaiser
plufieurs autres , principalement Scudery
& Chapelain , auffi -bien que ce fameux Partisan
DECEMBRE. 1740 2565
Partisan des Modernes , contre lequel , avant
leur réconciliation , il s'étoit fi fort déchaîné,
malgré l'éloquence & l'érudition qui fe font
fentir en fes Ouvrages. Après de longs & de
piquans combats de plume , une fimple Epigramme
fut le fceau de la paix qui fe fit entre
ces deux illuftres & fuperbes Rivaux.
La voici.
Tout le trouble poëtique
A Paris s'en va cesser ;
Perrault l'Antipindarique ,
Et Despreaux l'Homerique ,
Consentent de s'embrasser.
Quelque aigreur qui les anime ,
Quand , malgré l'emportement ,
Comme eux , l'un l'autre , on s'estime ,
La paix se fait aisément ;
Mon embarras est comment
On pourra finir la Guerre
De Pradon & da Parterre .
Tout cela me persuade que la Philosophie
a raison de dire que , qui prouve trop , ne
prouve rien , & qu'il y a plufieurs traits de
Satyre qu'on doit plutôt regarder comme un
jeu d'esprit , que comme une décifion fans
apel.
Chacun a fon talent particulier ; heureux
qui
2566 MERCURE DE FRANCE.
la
qui fçait le connoître & s'en fervir ! M. Despreaux
a excellé dans la Satyre , & par
beauté de fon génie , & par une heureuse &
adroite imitation des Anciens, C'étoit fon
talent , & s'il eût voulu faire des Opera , ou
donner dans le comique , ou dans le tragique ,
peut- être n'eût-il pas mieux réüli
que quel .
ques uns de ceux qu'il a critiqué. On fçait
qu'il a eû d'habiles & puiffans Adverſaires ,
qui ne l'ont pas épargné , & tout autre en
leur place en auroit fait autant , dès qu'il ne
les avoit lui même ménagés en aucune façon.
Mais ayant plutôt réuffi à faire briller
leur esprit qu'à détruire fa réputation & la
bonté de fes Ouvrages , leur chagrin , qui
ſembloit être éteint , ou du moins affoupi ,
fe réveilla à l'occafion de fa Sityre contre les
Femmes , & de fon Ode au Roy , fur la Prise
de Namur . Ils crurent que ce grand Poëte
dans ces deux dernieres Piéces , étoit fort
inférieur à lui même ; ce qui donna lieu à
cette Epigramme d'un bel Esprit.
Grand Despreaux , vous radotez ;
Vos nouveaux Vers que vous vantez ,
Sont siffés au Parnasse , & l'on n'en fait que
On va bien - tôt oublier votre nom .
Si vous ne sçavez plus ni loüer , ni médire ;
A quoi diantre serez- vous bon ?
rire.
Les
DECEMBRE. 2567 t
1740.
1
Les Maîtres de l'Art , nos Apollons , ou,
foi disant tels , ont effectivement prétendu
que les dernieres productions de
M. Despreaux ne font point de la force de,
fes premieres Poëfies , & qu'en lui la vieilleffe
, femblable à celle d'Homere, qu'on dit
s'endormir quelquefois dans fon Odiffée
avoit éteint ce,grand , ce pathétique , ce fu-,
blime , cet enthousiasme , ce feu d'imagination
, qui font l'ame de la belle Poëfie , &
qu'il fçavoit fi bien faire valoir autrefois.
Quoiqu'il en foit , il faudroit être tout- à - fait
dépourvû de fens commun pour ne pas remarquer
de grandes beautés jusque dans fes
moindres Ouvrages . Ils en font tous remplis ,
mais , pour quelques Auteurs qui ont eû la
noble & loüable hardieffe de lutter contre
lui, fa Critique étoit fi redoutée par d'autres,
que la peur de fe l'attirer , a porté quelquesunes
de nos meilleures Plumes à prodiguer
en fa faveur des Eloges fouvent fi outrés ,
qu'ils s'en font rendus méprisables , au jugement
de beaucoup de gens éclairés. Je ne
doute point que M. Despreaux lui- même
n'en ait parfaitement ſenti le ridicule , & ce
qui le prouve , c'eſt qu'il n'en a pas épargné
davantage quelques -uns des Membres d'un
certain Corps , qui s'étoient dévoués , pour
ainfi -dire , à la fureur de lui donner de ces
fortes de louanges déplacées. Tel nous a
donné
,
2568 MERCURE DE FRANCE
par
donné des préceptes excellens pour nous garantir
de pecher contre les regles du beau
ftyle , qui , par un effet de cet usage fervile ,
& plus encore la témérité de fon entreprise
fur une matiere au deffus de fes forces ,
n'a pû fe garantir de pécher lui - même contre
les regles du jugement ; en quoi auffi a- t'il
été juſtement repris , puisqu'il eft beaucoup
plus pardonnable de manquer par la construction
de quelque phrase , ou par l'improprieté
de quelques termes aux loix de l'usage
, que de pécher , de quelque maniere que
ce puiffe être , contre les regles de la raison.
Heureux donc encore une fois qui connoît
fon talent & qui s'aplique à le faire valoir !
C'eft , fans contredit , le plus sûr moyen de
réüffir dans les Arts comme dans les Sciences.
En vain en croyons - nous une sotte fierté ,
Le plus vaste génie est toujours limité ;
Tous n'ont pas obtenu tous les dons en partage ;
Mais chacun a le fien ; qui le connoît est sage.
On en fçait d'autres qui ne peuvent goûter
les Traductions , parce qu'ils entendent le .
Latin , le Grec & peut- être l'Hébreu ; ils
veulent qu'on aille jusque dans la fource
s'inftruire de ce qu'ont dit les Anciens . Un
Auteur,fût- il auffi habile qu'un d'Ablancourt,
ou qu'un Dacier , ou tout autre , qui les habille
DECEMBRE. 1740: 2569
if
Bille à la Françoise , eft , felon eux , un Esprit
fubalterne ; il eft incapable de penser ,
n'aprend , il ne dit rien de nouveau , & quel
que utiles & fçavantes que foient les Refléxions
ou les Notes dont il accompagne fa
Traduction , ce n'eſt au plus, à les entendre,
qu'un Sçavantaffe , un Pédant , un Compilateur
, en un mot , un Plagiaire ; le Public
équitable n'en juge pas de même , & il lui
fçait un fort bon gré au contraire des peines
qu'il a prises de transmettre en notre Langue
& dans toute leur force les graces Attiques
ou celles de la Latinité. C'eſt à ces
fecours que les perfonnes fans étude ou qui
n'ont qu'une médiocre teinture des Sciences
avec le fens commun en partage , doivent les
connoiffances qui ont fervi à éclairer leur
entendement & à former leur esprit à la politeffe
& à la vertu . Moliere a cû raison de
jouer en plein Théatre , fous le nom de Vadius
, le ridicule & l'extravagance des Docteurs
présomptueux.
Il y a quantité d'Auteurs que je me dispense
de nommer,dont les Ouvrages font fort
critiqués. Il m'en eft tombé plufieurs de cette
espece entre les mains ; je les ai lûs & n'y ai
point remarqué ce ridicule ni ce ma uvais fens
qu'on leur attribuoit. C'eſt un effet, me dirat'on
, de votre peu de discernement & de votre
mauvais goût ; point du tout : je n'ai pas cû
2570 MERCURE DE FRANCE
la présomption de m'en raporter à mes foibles
lumieres , cette garantie n'auroit pas eû
affés de poids ; j'ai pris la précaution de consulter
des hommes défintereffés , équitables,
fçavans & reconnus pour tels , qui m'ont
fortifié dans mon fentiment ; & j'ai de plus
remarqué que la lecture de la plupart de ces
mêmes Ouvrages fi décriés par la Satyre , ne
laiffoit pas de plaire à d'autres personnes d'un
goût allés délicat ; mauvaise conséquence
encore une fois , me dira - t'on , il eft plus de
fots ou d'ignorans que d'habiles gens . Vous
avez donc oublié ce que je viens de dire , ou
vous n'y avez pas fait d'attention ; je parle de
gens d'esprit & de bon goût , non prévenus,
& capables de juger de ces fortes de matieres.
Montagne a raison quand il dit que dans
les Sciences humaines il n'y a point de principes
fi probables , ou , en aparence, fi certains,
qu'on ne puiffe détruire , ou du moins affoiblir
beaucoup par des raisonnemens ou des
argumens contraires. L'opofition qui fe remarque
dans les differentes opinions des Philosophes
anciens d'avec celles des modernes,
ainfi que dans cet Art fameux de la Médecine
, vraye matiere de controverse , le démontre
affés clairement. Ariftofe , par exemple ,
exclut le vuide de la Nature . Descartes le
fuit en cela. Au contraire , Gaffendy , Pascal
& d'autres Philosophes , prétendent que le
vuida
DECEMBRE. 1740 257
vuide eft poffible , même néceffaire , & ils.
le prouvent par des raisonnemens folides, &
de plus par des Expériences qui femblent
emporter conviction . Les Docteurs en Médecine
ont auffi chacun leur Systême ; l'un
eft pour le purgatif, l'autre pour la faignée ,
fans pouvoir au jufte déterminer laquelle de.
ces deux Opérations eft la plus convenable
pour la confervation ou pour le rétabliſſement
de la fanté du Genre humain , & il arrive
affés fouvent qu'elles fe fuplantent tour
à tour , felon la fantaisie ou la mode . Il en
eft à peu près de même des Ouvrages d'esprit
; il n'y en a point de fi parfait auquel on
ne le croye bien fondé à trouver à redire ; je
dis plus , qu'on ne s'efforce même de rendre
ridicule par des Parodies extravagantes
, comme font celles qu'on a fai
tes fur quelques- unes des Piéces de M.
Racine , & que les Comédiens Italiens ont
eû la hardieffe de représenter fur leur Théa
tre publiquement. C'est dans ces fortes d'oc
cafions qu'on peut bien dire , après M. de la
Bruyere , que les meilleures choses ne fervent
fouvent à certains esprits qu'à leur faire
rencontrer une fottise. Ce fameux Cenfeur
du Genre humain n'a pû fe garantir lui - même
de la censure ; on le remarquera ailleurs .'
Cela me fait fouvenir de ce que me dit un
jour un Homme de Lettres & d'un bon jugement
1572 MERCURE DE FRANCE
gement. Il rencontra un de ces prétendus
beaux esprits, qui lui aprit d'un air présomptueux
& content , qu'il alloit critiquer tout
Horace. Cet Ouvrage fera curieux , lui répartit-
il , de fens froid. Je m'étonne feulement
que tant d'habiles gens avant vous
n'ayent osé l'entreprendre . Il y a plufieurs
manieres de s'immortaliser. On n'oubliera
jamais qu'un fou fameux brûla dans cette
intention un des plus beaux Temples du
Monde .
Le dégoût, la malignité ou la plaisanteric
d'un Censeur, n'operent pas toujours ce qu'il
fouhaite. Un Ouvrage eft critiqué ou tourné
en ridicule ; donc il ne vaut rien. Cette conséquence
, comme nous l'avons fait voir à
Poccafion de Racine , eft tout- à- fait déraisonnable
; il faudroit , pour la rendre jufte ,
qu'elle fût décidée par un consentement général
, ce qui eft presque impoffible , fi Dieu
ne s'en mêle , fur tout à l'égard de certains
Ouvrages qui ont leurs Partisans , puisqu'il
n'y a personne qui n'ait prétendu , avec justice
, que
fon jugement foit libre & indépendant
de la prévention ou de l'opinion d'au
trui ; ou du moins il faudroit qu'un nombre
égal d'esprits éclairés & partagés de fentimens
fur un même Ouvrage , fe réüniffent
de bonne foi pour convenir & prouver unaainement
qu'il eft mauvais;raisonnement qui
RC
DECEMBRE. f
1740 2573
ne vaut pas mieux que le premier. Ce qu'on
peut dire , ce me femble , de plus raisonnable
fur la matiere dont il s'agit , eft qu'il y a
des Auteurs , tels que font ceux que j'ai d'abord
nommé , fur qui la critique ne peut
s'exercer qu'à fa confufion . C'eſt le Serpent
qui mord la Lime. On ne prétend pas conclure
de- là que leurs Ouvrages foient exemts
de toutes fortes de défauts. Qui oseroit fe
flater d'atteindre à la fouveraine perfection ?
Mais les fautes dans ces fameux Auteurs, ou
ce qui paroît de moins refléchi ou de moins
fortement rendu en certains endroits de leurs ·
Ouvrages , doit être regardé comme des ombres
un peu trop fortes , ou quelques légeres.
négligences dans d'excellens Tableaux , qui
malgré cette obscurité , ou quelques traits
moins achevés, n'empêchent pas qu'on ne remarque
la nobleffe , l'éclat , la magnificence
& le beau choix des principales Piéces qui
en font l'ordonnance & dont ils font composés
, & il ne feroit pas donné à leurs Censeurs
, diroit à ce propos un la Bruyere ,
d'arriver à de telles fautes par leurs chefsd'oeuvres
; mas ces esprits fublimes , qui devroient
être au- deffus de la jaloufie , méprifent
quelquefois avec trop de hauteur , ou.
peut être , comnie nous l'avons dit , par un
peu de malignité , tout ce qui eft moins par
fait que leurs Ouvrages,
Tous
2574 MERCURE DE FRANCE
Tous les hommes bien conformés ont les
même organes. Ils ont une ame qui vient
d'un même principe & qui eft esprit. Ils ne
s'en fervent pourtant pas tous de la même
maniere , & l'on a peine à comprendre pourquoi
il y a fi peu de raport entre les humeurs
, comme entre les esprits d'un même
composé , & que l'on ne me dise pas que
cela dépend de l'éducation & des préceptes ,
quoique l'un & l'autre foit néceffaires ; pour
éclairer notre entendement & pour nous apprendre
à bien vivre nous voyons tous les
jours que de deux personnes formées du
même fang , également cultivées , instruites
avec les mêmes foins & par les mêmes
Maîtres , foit dans les Arts , foit dans
les Sciences , il s'en trouve ordinairement &
presque toujours une dont l'adreffe ou la pénetration
l'emporte fur l'autre . Semblables
à deux arbres de même espece , plantés en
même terre , dans le même tems & par la
même main , dont l'un affés fouvent profite
,, augmente & s'embellit beaucoup plus
que l'autre , ou produit de meilleurs & de
plus beaux fruits. Les partisans des Atomes
prétendroient , par parenthese , fur le Chapitre
des hommes , que cela vient de la difference
de leurs figures & de celle de leur arrangement
dans la compofition du corps humain
; car quoique les Atomes foient imperceptibles
- DECEMBRE. 1740. 2575
perceptibles à nos fens , il y en a ,
felon eux,
de differentes figures , de ronds , de pointus,
de droits , de crochus , de plus fubtils & plus
polis les uns que les autres , &c. Sur ce
principe , il n'y a presque point de queſtions
difficiles dans la Philosophie , ni dans les effets
de la Nature qu'on ne puiffe résoudre
du moins avec quelque aparence de vérité.
Etabliſſons avant toutes choses , pour fondement
, que les Atomes font fubordonnés
à une fuprême Intelligence qui les a créés
pour fervir de matiere à tout Etre composé ;
dont la mort , ou la deftruction arrive néceffairement
par la décompofition ou desunion
des mêmes Atomes , qui fe détachent ou fe
dérangent avec le tems de leur fituation naturelle
. Que conclure de ce raisonnement ?
Le voici Il y a des hommes , pour ne parque
des Sciences , en qui la Nature a mis
de plus heureuses , de plus faciles & de plus
favorables dispositions qu'en d'autres , des
génies élevés , transcendans , fuperieurs , qui
tiennent du Ciel plûtôt que des préceptes ,
le fublime , le grand , ou , fi vous voulez
le merveilleux , & qui le produisent comme
un ruiffeau fort de fa fource ; en un mot ,
qui anobliffent les Sciences & vont au delà
de ce qu'elles leur ont enseigné ; il y en a
d'autres moindres , qui , malgré tous leurs
efforts , ne peuvent atteindre ou égaler les
premiers.
ler
:
1576 MERCURE DE FRANCE
premiers. Ils pensent , ils écrivent , ils traduisent
même , & l'on ne peut pas raisonnablement
dire qu'ils faffent mal . On les critique
, on tâche à décrier leurs Ouvrages , on
veur les tourner en ridicule ; on en dit trop ,
le Public équitable fe révolte contre ces Satyres
outrées , & , Juge fans paffion & fans
interêt , il ne les met point au rang des mauvais
Auteurs . Je n'entends pourtant pas prendre
ici le parti ni me rendre le Dom Quichote
de certains Ouvrages,où l'ignorance eft fi vifible
& fi groffiere , & les fautes font en fi
grand nombre , qu'ils tombent néceffairement
d'eux- mêmes. Je ne parle , encore une
fois , que de plusieurs Auteurs de ces derniers
tems , comme les Scuderys , les Brebeufs
, les du Riers , les Chapelains , les Théophiles
, les Balzacs , les Ronsards , les Boursauts
& leurs femblables , dont les Ouvrages,
quoique critiqués , ne laiffent pas de plaire
& d'avoir leur mérite : bien qu'inferieurs aux
fublimes productions des grands modéles
que j'ai ci - devant cité , fi l'on s'en raporte
au fentiment des habiles de nos jours. On
fçait que Théophile a fort mal parlé de Balzac
, Balzac de Théophile ; malgré cela on
ne fçauroit raisonnablement disconvenir que
l'un & l'autre n'ayent eu des talens , du mérite
& de l'érudition.
Beaucoup de gens font dans les Belles Lettres-
1
DECEMBRE . 1749 2577
ce que les Héros ou les grands Capitaines
font dans le monde , les premiers en leur
genre ; mais ces Héros ont fous eux de braves
, d'illuftres Officiers , qui , pour être un
peu moins habiles , moins accomplis , ou
moins experimentés qu'eux , ne laiffent pas
d'avoir beaucoup de mérite & de grandes
qualités ; & il y auroit en ceux qu'on admire
davantage , beaucoup d'imprudence pour
ne rien dire de plus , s'ils s'avisoient de traiter
avec hauteur & avec mépris ceux qu'on
admire un peu moins .
2
Quoi ! parce que Lucain eft inferieur à
Virgile , Juvenal à Horace , C ** à Corneille
& à Racine , Re * à Moliere , Ro* à la
Fontaine , R ** à Fontenelle , conclurat'on
de -là
que leurs Ouvrages font à mépriser
? Parce que l'Abbé F ** a moins de talens
pour la Chaire que n'en avoit le Pere Bourdalouë
& le Pere Cheminais , & que Pascal
a été moins purifte que Buffy Rabutin , ou
que le Pere Bouhours , eft- ce une conséquence
que l'un ne devoit point prêcher & que
l'autre ne devoit point écrire ? Quoi ! parce
qu'un bon esprit , au lieu d'être Poëte contre
fon talent , employe fon étude & fes
veilles à faire des remarques fur les plus
beaux paffages & fur les heroïques fentimens
des Anciens , à l'exemple de M. l'Abbé de
Bellegarde , ou qu'il enrichit le Public de
I. Vol.
plufieurs
& B
2578 MERCURE DE FRANCE
plufieurs belles & profitables Traductions ;
doit- on le traiter de Compilateur ou de Plagiaire
? Si un Auteur judicieux & méthodique
recueille avec foin tous les termes des
Arts pour en composer , comme Guillet ,
un Dictionaire utile , doit-on blâmer fon
travail ? Si les Entretiens fur les Vies & fur
les Ouvrages des plus excellens Peintres, anciens
& modernes , par M. Félibien , Secrétaire
de l'Académie des Sciences & Hiftorio .
graphe du Roy , ne font qu'un Recueil ; ce
travail , qui ne demandoit pas un esprit
moins habile & moins consommé que le
fien dans la connoiffance de ce bel Art ,
pour nous en inftruire , en fera- t'il moins digne
de notre aprobation , & de notre reconnoiffance
? Si quelque autre pour l'honneur
de fon Prince & de la Nation , & pour
la fatisfaction du Public , écrit d'un ftyle aisé
& naturel les Nouvelles du tems , & ce qui
fe paffe de plus curieux dans les Régions
par raport à nous les plus éloignées , doiton
le traiter de Copifte , de Compilateur, de .
foible Ecrivain ? En vérité ces fentimens feroient
injuftes & trop rigoureux , & la délicateffe
de ceux qui ne peuvent goûter que
des Ouvrages fublimes , ou de pure invention
, s'il eft vrai néanmoins qu'il s'en puiffe
faire aujourd'hui de ce dernier genre , eft un
peu trop fubtile pour devoir être aprouvée ;
mais
DECEMBRE. 1740. 2579.
, mais puisque c'eft un mal fans remede &
que la plupart des Auteurs femblent être
convenus entre eux de s'entre-déchirer toujours
, il faut faire ce que font les fages , ne
point prendre de parti dans leurs querelles ,
afin d'être toujours en état de rendre à chacun
la justice que méritent fes Ecrits . Sur ce
principe , qui paroît affés vrai , il eft facile de
conclure que dans cette espece de guerre il
entre presque toujours beaucoup moins d'équité
que de jalousie ou de paffion.
C'En
ののの
LA PARESSE ,
O DE.
' En est fait , je romps le silence
Disparois enfin à mes yeux ,
Paresse , ton aspect m'offense
Je brise tes fers odieux.
Rempli d'une audace sublime ,
Par l'effort d'un coeur magnanime
Je vais me soustraire à tes Loix ;
Et d'Esclave devenu Maître ,
J'entreprens de faire connoître
Le danger d'écouter ta voix.
*
Bij C'esp
2580 MERCURE DE FRANCE:
C'est toi , funeste Enchanteresse ,
Qui fais le plus de criminels ,
Par des poisons de toute espece
Tu corromps le coeur des Mortels ,
Par toi , dangereuse Ennemie ,
La Raison même est endormie ,
Tu fais nos plus cruels malheurs ,
Tu vins , & l'on vit sur tes traces
Les plus effroyables disgraces ;
Tu remplis l'Univers d'horreurs,
*
L'indigence toujours fatale ,
Et que suit de près le larcin ,
La faim au teint livide & pâle ,
Sortent-elles pas de ton sein ?
Oui , ceux qui d'un culte frivole
Honorent ta funeste Idole ,
Tu les combles de tes bienfaits ;
Le désespoir qui les accable ,
Suivi d'une mort misérable ,
Est ce qui borne leurs forfaits ,
H
Lorsque par de fausses délices
Un Mortel se laisse emporter
Dans les plus affreux précipices
Tu sçais promptement le jetter ;
31
DECEMBRE: 2581 1740 1746 :
Sa Raison alors éclipsée ,
A son esprit , à sa pensée ;
Ote toute leur liberté .
Et sa coupable négligence
Ne lui laisse dans l'indigence
D'autres biens que l'oisiveté .
*
:
O Thémis , auguste Déesse ,
Je crois entendre tes leçons ;
Tu m'instruis , & de la Paresse
Dans les airs se perdent les sons ;
Au milieu de l'amas immense
Des Loix que dicte la prudence ,
Je vais discerner l'Equité .
Hélas ! au fort de mes Ouvrages
Je me vois couvert de nuages ,
Je rentre dans l'obscurité.
*
Quittons Thémis , suivons Bellone
Et le noble Dieu des Combats ;
Chés la Troupe qui l'environne ,
Paresse , on ne te connoît pas ;
Que vois-je ? Un Guerrier intrépide
Dans la noble ardeur qui le guide
Va se faire un nom éclatant.
Vain projet il quitte les Armes ,
Bij
2582 MERCURE DE FRANCE
Et court , trompé par tes faux charmes ,
Au précipice qui l'attend.
*
Dans ces Solitudes tranquilles
Où le vice semble inconnu ,
Je me retire ; en ces aziles
J'espere trouver la vertu ,
Trompeuse & frivole aparence !
Quand je crois trouver l'innocence ,
Je la vois fuir loin de mes pas ;
O toi , que dépeignent mes rimes ,
A la tête de tant de crimes
Qui peut ne te connoître pas
*
Acheve , homicide furie :
Que les bornes de l'Univers
Soient celles où ta tyrannie
Ne fasse plus porter de fers.
Mais non , dans l'horreur qui l'anime ,
Rien ne lui semble illégitime ,
Tout cede à son fatal courroux ;
Noblesse , honneur , grandeur suprême ;
Rois, Souverains , & les Dieux même ,
Ce monstre ose les braver tous.
H
Arrête , Muse , ton délire , ...
Reconnois
DECEMBRE. 1740 2583)
Reconnois qu'il en est encor ,
Qu'une divine ardeur inspire ,
Pour qui la gloire est un trésor.
Leur esprit est un Jardin vaste ,
Où par un aimable contraste ,
Chaque fleur forme un vif émail ,
Mais , Muse , une gloire fi belle ,
De quelle façon s'acquiert - elle ?
C'est par l'étude & le travail.
::
Par M. P. T. J. Varin , de Rouen.
CONCILIATION de deux Passages,
l'un de Ciceron , l'autre d' Hirtius , au sujet
du tems que César alla à la guerre dAfrique.
Avec un Etat de la Réformation
faite par César de l'ancienne année Romaine.
Traduite de l'Anglois, par M. J. B. BAZIN,
Conseiller au Parlement de Dijon:
A de Ciceron
Près avoir examiné les deux Paffages
de Ciceron & d'Hirtius , fur lesquels
nous héſitions , parce qu'ils fembloient ne
pas fe concilier , je vous envoye , Monfieur .
le résultat de mes Refléxions . Voici ce qui
causoit notre embarras . Ciceron , dans fon
fecond Livre De Divinat. Cap. 24. dit que
César alla à la guerre d'Afrique ante brumam.
Cesar cum à fummo haruspice monere →
B iiij tur
>
2584 MERCURE DE FRANCE
tur , ne in Africam ante brumam transmitteret,
nonne transmifit ? Hirtius au contraire , quí a
écrit l'hiftoire de cette Guerre fur les propres
mémoires de Céfar , dit qu'il s'embarqua
pour l'Afrique vers le 6. des Calendes
de Janvier Navem confcendit ante diemfextum
Calend. Januar. Bell. Afric . cap. 2 .
:
Il est donc queſtion de fçavoir comment
on peut ajuſter ces deux Auteurs par raport
au tems ; c'est- à- dire , comment il fe peut
faire que Céfar fût parti , comme le dit Hirtius
, le 6. des Calendes de Janvier ( qui , fuivant
Scaliger , répond au 27. Decembre ) &
que fuivant Cicéron , il ſe foit embarqué ante
brumam. Car fi nous voulons prendre ce mot
bruma dans fa plus ample fignification ,
( comme il faut le prendre fouvent ) pour
tout l'hyver , le mois de Decembre y fera
compris en entier , de façon qu'à dire en ce
fens que Céfar alla en Afrique ante brumam ,
ce feroit réellement dire que le 27 Decembre
étoit avant le premier. D'autre part en
prenant bruma pour un jour particulier de
T'hyver , ce fera le jour le plus court , autrement
le Solſtice d'hiver ; en effet c'est l'étymologie
qu'en donne Varron de L. Lat. lib.
V. dicta bruma quod dies breviffimus eft. Ovide
en donne la même idée au premier Livre des
Faftes : Bruma noviprima eft veterifque noviſſi
ma folis. Et dans ce fens il eft fouvent opo-
S
DECEMBRE. 1740 2585
fe au Solftice d'Eté , par Varron , Pline &
Cicéron même De Nat. Deor. C'eft auffi
fans contredit en ce fens qu'il l'a employé
dans le paffage dont il s'agic ; car c'eſt
ce qu'il fignifioit dans le vieux Jargon des
Arufpices , au moyen duquel ils vouloient
faire accroire à Céfar , qu'il ne falloit rien entreprendre
ante brumam : c'eſt-à-dire , dans le
tems que l'année expiroit , avant que les jours
commençaffent à croître ; ainfi que l'obferve
Donat fur un paffage du Phormion de Térence
, dans lequel environ cent ans auparavant,
le Poëte dit en ce même ftile & par maniere
de raillerie : Arufpex vetuit ante brumam
aliquid novi negoti incipere. Act. 1. Sc. 4. En
prenant , dis-je , bruma dans ce paffage pour
le Solftice d'hyver, on ne leve pas la difficulté
; car bruma en ce fens répondoit , fuivant
la maniere de compter, univerfellement adop
tée du tems de Cicéron , au 8. des Cal. de
Janvier , ainfi que l'atteftent Pline , Columelle
& Servius ; & c'étoit la place qu'il
tenoit dans l'ancien Calendrier Romain .'
Deforte que , fuivant ce calcul , Céfar alla
en Afrique deux jours au moins poft brumam,
parce que fuivant Hirtius il n'y alla que
le 6. des Calendes de Janvier. Il est donc
clair que fuivant cette fignification , les deux
paffages ne peuvent être vrais. La feule façon
néanmoins de les concilier , eft de faire voir
B v que
12586 MERCURE DE FRANCE
que , quoique le 6. des Calendes de Janvier
ne puiffe être avant le 8. qu'on fupofe être
le jour apellé bruma , cependant ces deux
jours , c'eft-à-dire , le 6. & le 8. des Calendes
de Janvier, lorfque Céfar alla en Afrique ,
étoient réellement ante brumam . C'est ce que
je tâcherai de prouver. Pour y parvenir, j'obferve
que Céfar revint d'Afrique au Printems
de l'année en laquelle il réforma le Calendrier
, & que par conféquent Hirtius en écrivant
l'Hiftoire de cette Guerre, a dû dater ce
qui s'étoit fait avant la réformation , fuivant
qu'il le trouvoit dans fes mémoires , c'eſt- àdire
, fuivant les jours & les mois de l'ancienne
année. Or l'année dans fa premiere Inftitution
étant lunaire de 354. jours , elle finiffoit
onze jours avant que le Soleil eût fait
deforte que la Lune devoit anticiper
d'onze jours ,
jours , c'eſt -à- dire , parcourir fes
douze mois, onze jours plus vite que le Soleil.
A fupofer par exemple qu'ils commençaffent
enſemble leur tour au premier de Janvier
, la Lune reviendroit au premier de Janvier
, tandis que le Soleil ne feroit qu'au 21 .
Decembre ; l'année fuivante le premier de
Janvier fuivant la Lune , ne feroit que le 10 .
Decembre par raport au Soleil. Et par ce
moyen Janvier & tous les mois qui fuivent ,
dans l'efpace de 33. pafferoient par toutes les
faifons de l'année , comme cela arrive dans
•
fon
tour ,
l'année
DECEMBRE . 17403
2587
Pannée Mahometane , qui eft annus Lunaris
vagus , fans intercalation . Mais les Romains ,
quoique peu entendus en ces matieres
pourvûrent à ce défaut , & trouverent moyen
d'ajuſter les mois avec le Soleil , & les maintenir
dans les faifons qui leur font propres ,
en faiſant de ces onze jours un mois intercalaire
de vingt- deux jours tous les deux ans ,
& de vingt-trois tous les quatre ans , entre
la Fête des Terminales & le Regifugium,c'eſtà
dire , entre le 23. & le 24. Février , où depuis
dans l'année Julienne , on plaça le jour
biffextile . Or fi l'on eût eu foin d'inferer régulierement
ce mois intercalaire , ou comme
Plutarque l'apelle, Mercedonius, cela eût accordé
parfaitement les mois avec le cours du
Soleil , & les auroit maintenus dans leurs
propres faifons ; mais comme on laiffoit aux
Pontifes le foin de cette Intercalation , longtems
avant Céfar , ils commencerent à abuſer
de la charge qui leur étoit confiée ; fans aucun
égard pour les regles , per intercalendi
licentiam , comme le dit Suetone ( in Jul . )
ils intercaloient , ou négligeoient de le faire ;
fuivant que cela pouvoit ou fervir à leurs amis,
ou nuire à leurs ennemis; abus dont il eft fouvent
parlé dans les Epîtres de Cicéron , &
qui eft exprimé dans Cenforin , de cette
forte : Horum plerique , dit - il , ob odium vel
gratiam , quo quis Magiftratu citius abiret
B vj diutius- ve
2588 MERCURE DE FRANCE
'diutius- ve fungeretur, aut publici redemptor ex
anni magnitudine in lucro , damnove effet , plus
minufve ex libidine intercalando , rem fibi ad
corrigendum mandatam ultro depravarunt.
Mais cette dépravation , comme il eſt aifé de
le voir , confiftoit principalement en ce qu'ils
négligoient d'intercaler ; & cette négligence
mit les chofes dans un tel degré de confufion
, que du tems de Céfar les mois avoient
quitté les faifons dans lefquelles ils doivent
être , ceux de l'Hyver fe trouvant au milieu
de l'Automne , ceux d'Automne en Eté , &
ainfi du refte. Janvier par exemple , par exemple , tomboit
en Octobre , de façon que les Calendes de
Janvier étoient à la place où devoit être le
3. des Ides d'Octobre . Suivant ce calcul
vous voyez que, lors que Céfar alla en Afrique
le 6. des Calendes de Janvier , comme
le dit Hirtius , fi on confidere l'ordre des
mois , & les faifons ( car elles étoient fixes ,
quoique les mois variaffent ) il y alla plufieurs
femaines ante brumam , ainfi que l'affirme
Cicéron. Il faut montrer que les mois
étoient dans une telle confufion ; je le ferai
en mettant fous les yeux en deux mots la réformation
faite par Céfar. Comme il vit le
défordre que les Pontifes avoient introduits
dans l'année, & parce qu'il étoitGrand Pontife
& Dictateur, il réfolut avec l'aide de Sofigene
Aftronome d'Alexandrie , de rectifier le Calendrier,'
1
DECEMBRE. 1740 2589
lendrier , premierement en remettant les
mois dans leurs anciennes places , & en les
fixant fur l'année folaire telle que nous l'avons
encore à prefent . Ainfi pour les remettre en
ordre , il fut forcé non-feulement d'interca
ler le mois Mercedonius de 23. jours en Février
, parce que comme je l'ai dit ci- deffus ,
il falloit le faire de 23. jours au bout de quatre
ans , majs encore de mettre de plus deux
nouveaux mois , faifant 67. jours entre Novembre
& Decembre , en tout 90. jours , qui
étant ajoûtés à l'année Lunaire de 354. ou de
355. jours, ( car c'eſt ainfi que Numa l'avoit
ordonné, quia, comme le dit Cenforin , impar
numerusplenus & magis fauftus habebatur) faifoient
une année de445.ou fuivant Suetone de
quinze mois . Cela prouve évidemment combien
les mois avoient reculé dans l'ancienne
année. Quoiqu'il ne foit pas facile d'expliquer
comment cette longue année remit tout
en regle , je crois qu'on peut le faire en cette
maniere. Cette longue année de la reforma¬
tion qui comprenoit 445. jours , finit certainement
lorfque commença la premiere
année Julienne, qui fut , comme le dit Cenforin
, lorfque Céfar entra dans fon quatriéme
Confulat , c'eft -à - dire , le premier Janvier
4669. fuivant la Période Julienne , ou
45. ans avant J. C. Or fi on compte ces 445 .
jours en retrogradant depuis là
ils rempliront
l'année 46. avant J. C. & finiront au 13.
2590 MERCURE DE FRANCE
d'Octobre de l'année 47. Deforte que le
premier Janvier fe trouvoit , comme je l'ai
dit , à la place qu'occupa dans la fuite le 13.
Octobre de l'année de Céfar. C'eft donc- là
où commença cette longue année , & elle
finit le dernier Decembre de l'an 46. avant
J. C. fans contredit. En cette façon le pre-
-mier jour de cette année , c'est - à - dire , le
: 1. de Janvier en l'année 47. avant J.C. étant,
-comme je l'ai montré, le 13. de notre mois
d'Octobre , elle devoit fuivant le cours de
la Lune , finir l'année ſuivante ante Chriftum
46. le 2. Octobre ; mais comme on avoit
intercalé en Février le mois Mercedonius de
23. jours , ces 23. jours la raprochoient du
mois de Janvier fuivant , enforte qu'au lieu
de finir au 2. d'Octobre , elle alloit jufqu'au
25 : enfuite les deux autres mois intercalaires
de 67. jours ajoûtés par Céfar , la menerent
précifément jufqu'au jour que la 1. année Julienne
devoit commencer. Voilà la meilleure
idée
que jeje puiffe
donner
de cette
longue
année
de Céfar
, que Macrobe
apelle
annus confufionis
ultimus
parce
que , quoiqu'elle fût en effet très - dérangée
en elle - même
, elle mit cependant
fin à la confufion
, qui étoit
précedemment
dans l'année
Lunaire
, & introduifit
la forme
réguliere
qui eft en ufige parmi
nous . Voyons
à prefent
ce que raconte
Hirtius
de la Guerre
d'Afrique
,où Céfar
alla,
ainfi
DECEMBRE. 1740 2591
ainfi que je l'ai dit , une année avant qu'il reformât
le Calendrier. Chapitre I. il dit que
Céfar vint à Lilybée , pour de - là paffer en
Afrique le 14. des Calendes de Janvier , qui
devoit néceffairement être le 30. de notre
mois de Septembre , les Calendes de Janvier
étant comme je l'ai fait voir, le 13.d'Octobre..
Au Chapitre II. font ces paroles , au fujet
defquelles je vous ai tant rompu la tête :
Navem confcendit a . d . 6. Kal . Fan . qui par
conféquent étoit le 8. de notre mois d'Octobre
. Dans le 6. Chapitre , il dit que Cé
far campa à Rufpine , aux Calendes de Janvier
, c'est- à - dire , le 13. d'Octobre , qui fut
le premier jour de la longue année . Au Chapitre
37. que Céfar fe mit en marche pour
combattre Scipion & Labienus , le 6. des
Calendes de Février , qui étoit le 6. de Novembre,
& c'eft fur ce pied- là qu'il faut compter
toutes les autres dates. Je ne puis m'empêcher
de remarquer ici que Plutarque ( in
Cafare ) & Dion ( 1. 42 ) quoiqu'ils ayent
tous deux donné un état de la réformation
faite par Céfar , cependant ni l'un ni l'autre
ne femble avoir bien entendu la façon dont
les mois avoient retrogadé dans l'ancienne
année , qu'il avoit deffein de corriger. Car en
difant que Céfar vint à Lilybée , & delà s'embarqua
pour paffer en Afrique , ce qui fe fit
fuivant l'ancien Calendrier , comme dit Hirtius
2592 MERCURE DE FRANCE
›
la
tius , le 14. & le 6. des Calendes de Janvier ,
ils difent que ce fut environ le milieu de
l'hyver, ou au folftice d'hyver , comme fi Janvier
eût eu alors quelque raport avec ce qu'ils
apelloient Bruma , comme cela arriva par
fuite dans l'année Julienne , fans faire attention
qu'en ce tems les mois de l'hyver tomboient
en Automne , enforte même que fui-.
vant ces dates , à les compter exactement ,
Céfar alla en Afrique long- tems avant le
folftice d'hyver. Car s'étant embarqué le 6 .
des Calendes de Janvier , c'eft- à- dire , notre
8. d'Octobre , & le jour qu'ils apellent Bruma
, ou le folftice d'hyver , étant comme je
l'ai fait voir ci - deffus , le 8. des Calendes de
Janvier , c'est - à- dire le 25. de notre mois de
Decembre ; il eft clair qu'il y alla juftement
onze femaines ante Brumam. Ainfi vous
voyez qu'il eft aifé de concilier l'opofition
qui paroiffoit être entre Cicéron & Hirtius ,
& qu'ils difent vrai l'un & l'autre . Mais
quoique cela foit clair, je ne puis m'empêcher
de vous faire remarquer un autre paffage dans
Hirtius même , qui confirmera de plus en
plus le calcul que j'ai fait de ces dates , &
dont en même tems je leverai la difficulté .
C'eſt dans le 47. Chapitre , où il raporte un
étrange accident qui arriva dans l'Armée de
Céfar , comme je le penfe , environ le 3. ou
le 4. des Calendes de Février. Car ayant raconté
DECEMBRE. 1746. 2593
conté depuis le Chapitre 37. jufqu'au 43. ce
que fit Céfar le 6. des Calendes de Février
& les trois jours fuivans , & depuis le Chapitre
43. jufqu'au 47, ce qui fe paffoit pendant
ce tems en d'autres endroits , il ajoûte
immédiatement ( Chapitre 47. ) que ce prodige
arriva environ en ce tems : Per id tempus
fere Cafaris exercitui res accidit incredibi
lis auditu , & que ce fut vergiliarum figna
confecto , circiter vigilia fecunda noctis. C'eft
le paffage dont je parle , lequel a paru fi embrouillé
aux Commentateurs , qu'ils ont tous
paffé pardeffus , faute de fçavoir comment
accorder le coucher des Pleiades avec les
Calendes de Février. Godwin , l'un d'eux ,
pour trancher la difficulté , a dit que Vergi
liarum eft une leçon vitieufe , que la véritable
eft, ainfi qu'ill'a trouvé en quelques Mss . vi
giliarum figno confecto , c'est - à- dire , dato:
Enforte que ces mots fignifient , que cela
arriva precifément après le fignal donné pour
relever la Garde . Mais cette correction pé
che contre les regles du bons fens & de la
bonne Latinité. Car quel jugement y auroit
il à dire , après que le fignal eût été donné
& d'ajouter , circiter , environ , c'eſt - à- dire ,
ou devant ou après ce fignal ? D'ailleurs
peut-on penfer qu'un Ecrivain poli tel qu'Hir
tius eût écrit confecto pour dato ? Si c'eût été
fon idée , il eût omis la premiere partie de
2594 MERCURE DE FRANCE
la phrafe, & eût dit fimplement, circiter vigilia
fecundâ noctis , ou il eût mis les deux parties
en une , en cette maniere , vigilia fecundæ
noctis figno dato. Mais après tout , ces mots
vergiliarum figno confecto , n'ont pas befoin
d'être corrigés , & le fçavant homme qui a
donné la derniere édition de Céfar , le Docteur
Clarck dans fa Note fur cet endroit, en
trouve le fens fi clair , qu'il paroît étonné de
ce que des perfonnes d'un plus grand fçavoir
que Godwin , telles que Cellarius , par
exemple s'y foient arrêtées. Il demande de
quel coucher des Pleiades Hirtius a voulu parler,
puifque ce n'a pû être ni le Cofmique, ni
l'Heliaque , ni l'Acronique , d'autant que
dit-il , en Février , le Soleil étant dans le figne
des Poiffons , les Pleïades fe couchoient
néceffairement circiter vigilia fecundâ noctis.
De quelle forte donc de coucher faut il entendte
celui dont parle Hirtius ? Ce n'eft, dit- il,
d'aucune des fortes de l'obfervation annuelle
mentionnée par Cellarius ( qui étoit connuë
alors de tous les Romains ) mais occafu diurno
aftronomico ; & ainfi le doute eft levé
comme fi nous pouvions penfer qu'Hirtius
lorfqu'il a écrit fon Hiftoire, ait fait un calcul
aftronomique du mouvement journalier &
des diftances du Soleil & des Etoiles , &
nous ait dit plûtôt comme un faifeur d'Almamach
que comme un Hiftorien,à quelle heure
les
DECEMBRE
1740 2595
les fept Etoiles fe coucherent cette nuit- là ,
chofe peu connue de la plupart des Romains,
à fupofer même qu'elle le fût de quelquesuns.
De plus , ce ne feroit pas une grande
preuve du fçavoir d'Hirtius d'avoir marqué
une époque , fans dire fi c'eft pour Rome ,
ou pour Rufpine , qui tient , comme l'entend
le Docteur , l'espace de tout un figne , pendant
la durée duquel la chofe peut avoir été
vraïe & fauffe . Car il eft clair que les Pleïades
pendant trente jours de fuite ne peuvent
pas fe coucher circiter vigiliâ fecundâ , c'eſtà
dire environ le commencement de la feconde
veille qui eft ce que prétend Hirtius.
Ce qui peut étonner eft donc , que tandis
que le Docteur fait fes efforts pour éclaircir
ce paffage par cet expedient , il ne peut
avec toute fa fcience , venir à bout de trouver
, au moyen de la circonſtance que les
Pleiades fe couchoient environ le commencement
de la feconde veille , en quelle partie
du figne des Poiffons , le Soleil étoit pour
lors , & par conféquent environ quel jour de
Février cet accident arriva. Mais quoi ! s'il
arriva pendant que le Soleil n'étoit pas dans
le figne des Poiffons ( car cela peut être arrivé
en Février , & néanmoins plufieurs jours
avant que le Soleil entrât au figne des Poiffons
) ou fi cela n'arriva pas du tout en Février.
Mais comme je l'ai montré ci - deſſus , à
la
597 MERCURE DE FRANCE
prola
fin de Janvier , n'eft-il pas encore vrai en
Aftronomie que le Soleil étant dans le Verfeau
, les Pleiades ne peuvent fe coucher que
circiter vigiliâ fecundâ ? Et fi après tout , le
mois de Février étoit réellement en celui de
Novembre de l'année Julienne , que deviendra
la folution Aftronomique de la difficulté
pofée par le Docteur ? Quoiqu'il en ſoit ,
quand on lui accorderoit que la fupputation
qu'il a faite pour Hirtius eft jufte & exacte ,
elle n'aboutiroit qu'à faire dire à cet Auteur
deux fois la même chofe , en ces mots ,
Vergiliarum figno confetto , circiter vigiliâfecundâ
, quand même on lui pafferoit que le
coucher des Pleiades en Février & la feconde
veille défignent le même tems de la nuit . Deforte
qu'à préfent on devroit plûtôt être
étonné de ce qu'Hirtius , au lieu qu'il pouvoit
s'expliquer nettement en peu de mots ,
& dire fimplement comme il a fait en d'autres
endroits , circiter vigiliâ fecundâ , ait
ajoûté une defcription inutile de ce même
tems en ces paroles Vergiliarum figno´confecto
, & cela dans un fens inconnu aux Romains
de fon fiècle. Car il eft clair par tous
leurs Ecrivains qu'ils n'avoient aucune autre
notion du coucher des Pleiades , ou d'aucune
autre Etoile , que par raport aux faifons de
l'année dans l'une ou l'autre des manieres
que j'ai raportées ci-deſſus.
Convenons
DECEMBRE. 1740. 2597
Convenons donc qu'Hirtius ne s'eft point
jetté dans cet embarras Aftronomique ,& qu'il
a parlé more Romano , alors il n'y aura point
de Tautologie dans ces mots , mais au contraire
deux marques diftinctes , l'u̟ne de la
faison de l'année dans laquelle l'accident arriva
, fçavoir Vergiliarum signo confecto , l'au
tre du tems de la nuit qui fut circiter vigilia
fecundâ. Et c'eft fi évidemment la pensée
d'Hirtius , que le Docteur lui même y revient
à la fin , & dit ; Caterum şi hæc verba
Vergiliarum signo confecta , omninò de anni
tempestate funt intelligenda. C'est - à -dire ,
nous fommes , forcés d'abandonner fon eccasus
diurnus & d'entendre ces mots
comme le font tous les Sçavans d'un coucher
respectif à la faison de l'année , alors que
faudra t'il faire ? car c'eft en cela que gît la
difficulté. Alors , dit- il , cum Cellario dicendum
est accidiffe hac ineunte Martio , quod
tempus propius abest ab heliaco Pleiadum occasu.
C'eſt - à - dire , qu'il faudra reculer l'accident
à un mois plus convenable
›
?
fi
& dire
avec Cellarius ( quoique contre la pensée
d'Hirtius ) que cela fe paffa , non pas en Fevrier
, mais en Mars. Pourquoi cela ? Parce
qu'alors , dit-il , les Pleïades alloient dans
peu se coucher heliaquement .
Mais en accordant tout cela , la difficulté ,
comme vous pouvez le voir, ne laiffe pasddao
fubfifter
2398 MERCURE DE FRANCE
fubsifter encore ; car Hirtius ne dit pas que
lorsque le prodige arriva,lesPleiades n'étoient
pas loin du coucher , mais que pour lors
elles étoient déja couchées. Puis donc que
le coucher * heliaque ne fert de rien à notre
propos , effayons fi le coucher cosmique ne
diffipera pas l'obscurité. Les Pleiades , comme
on le fçait , font une Conftellation dans
le Taureau , qui , lors que le Soleil eſt dans
ce Signe , fe levent avec lui , & par consé
quent lorsqu'il fe leve dans le Signe oposé ,
qui eft le Scorpion , elles doivent fe coucher
cosmiquement. Or , le tems auquel le Soleil
entre dans le Scorpion , ſuivant l'observation
ancienne , étoit environ le 18. de notre Octobre.
Car on fuposoit communément que
le Is. des Cal, ou environ , étoit le jour que
le Soleil entroit dans chaque Signe , comme
il paroît par Ovide , Columelle & Pline , et
on le marquoit ainsi dans l'ancien Calendrier
Romain. Le Soleil donc , fuivant les Anciens
, étoit dans le Signe du Scorpion depuis
environ le 18. d'Octobre jusqu'au 17.
Novembre , lorsque les Plefades étant dans
le Signe oposé , devoient , fuivant leur calcul
, fe coucher cosmiquement . Or , que ce
foit de ce coucher des Pleiades qu'Hirtius
* Le lever le coucher des Etoiles , diftingués
par les Poëtes en Cosmique , Acronyque & Héliaque
ou aparent , &c.
ai ;
DECEMBRE. 1740.
THEQUE
FOLA VILLE
DE
OLYON
ait voulu parler , cela paroîtra clairement
nous confiderons le tenis auquel cet acc
dent arriva dans l'Armée de César ; ce fut ,
comme je l'ai dit , environ le 4. ou le 3. des
Cal. de Février. Càr quoique , fuivant la réformation
, ces deux jours foient à présent
lė 29. & le 30. de Janvier , jours auxquels
les Pleiades ne font couchées en aucun fens;
cependant fuivant l'ancienne façon de compter
l'année de Numa , dans la derniere desquelles
fe fit la guerre d'Afrique , & ce prodige
arriva, lorsque les mois eurent abandonné
leurs anciennes places , & se trouverent
en des faisons dans lesquelles ils ne devoient
pas être , nous trouverons que fuivant la regle
dont j'ai parlé plus haut , ces deux jours
n'étoient autres réellement que nos 8. & 9 .
de Novembre, deforte que , fi la choſe arriva
l'un de ces deux jours, ou peut-être quelques
jours après , elle arriva , comme vous voyez ,
lorfque les Pleiades étoient , conformément
à l'obfervation commune , couchées cofmiquement.
Mais après tout , j'obferve que lesi
anciens , parmi les marques qu'il avoient de
l'entrée de chacune des quatre faifons , ont
pris le coucher des Pleïades pour défigner
particulierement le commencement de l'hyver
que Pline met le 3. des Ides de Novembre,
Varron le 4. Columelle le 6. ce qui
répond aux 8. 1o. & 11. de notre mois de
,
Novembre
1600 MERCURE DE FRANCE
Novembre, auquel jour la Conftellation des
Pleïades pouvoit étre dite proprement , fidus
confectum ou peractum , à l'entrée de l'hyver.
Et fuivant cela, je crois que le vrai fens d'Hirtius
eft que lorsque l'hyver étoit commencé ,
Vergiliarum figno confecto , c'est-à - dire envi
ron l'onzième de Novembre, fe fit cette tempête
de Grêle , & parurent ces exhalaiſons
de feu , qui s'arrêterent fur les lances des foldats
; chofe qui , quoique non incroïable ;
comme il le dit , eft néanmoins très -rare en
cette faifon de l'année. Ce préfage eft cependant
, comme je l'ai dit , une preuve évidente
que les dates d'Hirtius doivent être rangées
en la maniere dont je l'ai fait , au moyen
dequoi il n'y refte plus de difficulté : Pour
prouver mon calcul d'une façon plus intelligible
, j'ai compofé une Table , qui eſt une
Chronologie de l'ancienne année depuis la
premiere date d'Hirtius , juſqu'à l'annus confufionis
ultimus , comparée par un calcul retrograde
avec l'année Julienne , dont la vérité
paroît , en ce que l'une & l'autre s'accordent
à tomber fur le premier Janvier de l'année
Julienne .
Les Auteurs modernes étant très-partagés
au fujet de cette longue année , j'ai , fans
avoir égard à leurs fentimens , effaïé de la
décrire exactement , fuivant l'idée qu'en ont
donné Suetone & Cenforin , en prenant l'année
DECEMBRE . 1740. 2601
47.
née Julienne à rebours , pour une régle qui
me conduifit à l'autre , & en même tems de
montrer à quels mois & jours de l'année Julienne
les dates d'Hirtius répondent ; & je
crois que la vérité de ma fupputation fe prou
ve d'elle-même , en ce que les deux années ,
comme je l'ai dit , s'accordent à tomber fur
le premier Janvier de l'année Julienne . Par
cette Table on voit que le manquement des
mois dans l'ancienne année , que la nouvelle
devoit rectifier, étoit juſtement de 80. jours ,
parce qu'on en trouve autant en comptant à
rébours l'année Julienne entre le premier de
Janvier Pan 46. avant J.C. & le 13.Octobre
où étoient les anciennes Cal. de Janvier.
Le feul doute qu'il puiffe y avoir ſur ce fyftême
, eft de fçavoir fi j'ai bien rangé les
mois Intercalaires. Je ne crois pas qu'il puiffe
y en avoir fur le Mercedonius , car il eft certainement
à fa place ; mais par raport aux
deux nouveaux mois de Céfar de 67. jours
que je divife en 33. &:34 . jours, en ne donnant
à chacun que quatre jours de Nones.
Ma raifon pour le faire ainfi , eft que
c'eft la plus naturelle divifion de 67. jours ,
& parce que c'étoit une attention religieufe
qu'ont euë Numa & Céfar , de ne donner
que quatre Nones à tous les mois , excepté
ces quatre , Mars , Mai , Juillet & Octobre
, qui depuis le tems de Romulus , ont
C toûjours 1. Vol.
>
2602 MERCURE DE FRANCE
toûjours eu 31, jours & fix Nones. Trois
fçavans hommes , le P. Petau , Erycius , Puteanus
& Gaffendi , quoiqu'ils n'ayent pas
expliqué cette longue année de la même façon
, en donnent cependant une defcription
affés exacte. Le P. Petau y comprend les 67.
jours , mais fimplement comme autant de
jours , fans dire comment ils étoient divifés en mois.
>
Puteanus ( de Biffexto ) dit qu'ils étoient
partagés en deux mois de 29. & de 3 1. jours ,
à l'imitation des mois de Numa , ( qui tous ,
excepté Février , étoient alternativement de
cette mefure , ) & que les fept autres jours
éroient επαγόμεναι c'eſt - à - dire , ajoûtés
à la fin du 2. mois. Mais c'eft une
pure imagination . Car Céfar , comme il paroît
, n'a jamais eu la fuperftition de Numa
au fujet des mois impairs , & ne prétendoit
pas mouler les fiens fur ceux de l'ancienne
année qu'il vouloit abolir , fon deffein étoit
feulement d'inferer en paffant deux mois de
longueur fuffifante , pour l'introduction de
fa propre année , & cela dans une forme de
mois tout-à- fait differente de ceux de Numa.
Ces fept jours même ne peuvent pas
être proprement
apellés éagóμevas , à moins qu'on
ne donne le même nom aux 67. jours dont
ils faifoient partie , & ceux-là même n'étoient
réellement pas tels ; mais plutôt évferie , ou
Intercalaires ,
DECEMBRE, 1740. 2603
Intercalaires , c'eſt à- dire , qu'ils étoient inferés
entre les mois, au lieu qu ' ήμέραι επαγό
Meval proprement dites , étoient, comme il paroît
par la forme des années dans lesquelles
on en ufoit , quelques jours ajoûtés à la fin
d'une année pour en remplir la meſure
après que tous les mois étoient finis . Deforte ,
en un mot, que Puteanus fait une diftinction ,
qui n'eft fondée ſur aucune difference réelle ,
& qui n'aboutit pas à plus que feroit une
divifion tout- à-fait inégale de 67. jours en
deux mois , l'un de 29. jours & l'autre de
38. Gaffendi , dit en termes exprès ( Expof.
Cal. ) que la divifion des 67. jours
en deux mois , étoit telle que je l'ai faite :
Cafar duos ex illis menfes , alterum dierum
33. alterum 34. creavit. Pour ce qui eft du
nom que je leur ai donné , Menfis Intercalaris
prior & pofterior , j'ai pour moi l'autorité
de Cicéron , qui dans fon Epître à
Ligarius , apelle ainfi le premier. Mais je ne
puis omettre de relever une bévûë de Scaliger
au fujet de ces mois Intercalaires , fur un
paffage de l'Epître de Cicéron à Ligarius ,
( non pas à Lepta , comme il le raporte.
Cicéron en cet endroit , dit donc à Ligarius
qu'il a été dans la maifon de Céfar interceder
pour lui. a. d. 6. Cal . Intercalarespriores.
Or Scaliger fait de ce jour les Cal . du mois
Mercedonius . Car Cicéron , dit-il , par Cal.
Cij Intercalares
2
2604 MERCURE DE FRANCE
Intercalares priores , entend le premier jour
du mois Mercedonius. Manifefto Cal. Intercalares
priores diemprimum Mercedonii vocat.
En quoi il confond totalement les noms de
deux mois très - differens & très - éloignés l'un
de l'autre , & par ce moyen il fait entendre
que Céfar étoit à Rome, tandis qu'il étoit en
Afrique, Car le 6. des Cal . de Mercedonius
étoit comme on le voit le 29. Decembre
l'année 47. avant J. C. tems auquel Céfar
étoit au milieu de la Guerre d'Afrique : Au
lieu que le 6. des premieres Calendes intercalaires
, qui eft le tems auquel Ciceron intercedoit
pour Ligarius , étoit dix mois après
( lorfque cette Guerre étoit terminée , & Céfar
de retour à Rome , ) c'est-à- dire , le 22 .
Septembre l'an 46. ayant J. C. quoique je
penfe que ce foit le 23. c'eft- à- dire , le cinq
de ces Calendes , fuivant les dernieres 'Editions
de Gruter , Grævius & Gronovius.
,
Je n'ai plus rien à ajoûter , fi ce n'eft feulement
par maniere d'atteftation , que vous
trouverez dans les annales d'Ufher , plufieurs
'des dates'd'Hirtius fixées aux mêmes jours de
l'année Julienne , auxquels je les ai réduites.
L'original Anglois fe trouve dans un Recueil
intitulé : Bibliotheca Literaria. Reing à
Collection ofinferiptions , Medals , Difertations
&c. to be continuel Number v111 . Lom-
'dom . 1723. in-4°. C'eft la troifiéme piéce de
ce Recueil.
DECEMBRE. 1740 2605
********************
TRADUCTION de la premiere
Elegie du IV. Livre de Tibulle : Sulpitia
eft tibi.
POUR L
OUR la Fête aujourd'hui Celimene eft parée ,
Dieux , venez admirer les graces , fes apas ,
Et vous, Jeux & Plaifirs , qui fuivez Citherée
En cette aimable Cour venez fixer vos pas.
Pour enfâmer les Dieux Amour du haut des nûës
Vient au feu de fes yeux allumer fon flambeau ;
Sans ceffe à fes côtés les Graces affiduës ,
Mêlent à fes attraits quelque charme nouveau,
Voit-on au gré des vents floter fa chevelure
Cet air fimple lui fied , & fçait nous attirer.
L'art a t-il entrepris d'ajufter fa parure ?
Sa majefté nous charme & fe fait admirer.
*
Sous quelques ornemens qu'elle change & varie ,
Toujours des mêmes feux elle enflâme nos coeurs
Tel Vertumne au milieu d'une Plaine fleurie ,
Ravit également fous diverfes couleurs .
C iij
Celebre
2606 MERCURE DE FRANCE
Celebrez aujourd'hui l'aimable Célimene ,
Mufes , vous lui devez vos plus tendres accens ;
Que fouvent en ces lieux ce fujet vous ramene
Jamais plus digne objet ne reçût votre encens.
LETTRE de M. Maillart , ancien Bâtonier
de l'Ordre des Avocats au Parlement
de Paris à M Secoulle , Avocat en la
même Cour.
L
;
Du 31. Octobre 1740 .
A vénérable antiquité , Monfieur , que
vous cultivez , avec tant d'affiduité , me
procure le plaifir de vous adreffer mes obfertions
fur la qualification , SANS -Terre ,
donnée à des Princes.
1°. L'ancien droit féodal n'admettoit point
les Nobles , à la poffeffion des fiefs , à moins
qu'ils ne fuffent en âge de les défervir , avec
le fecours des armes offenfives & défenfives :
cet âge étoit celui de 21. ans .
J'ai raporté cet usage en mes Notes fur la
Coûtume d'Artois , Edit de 1739 , art. 154 .
N°. 83. page 879.
2º. Comme les Enfans puifnés des Princes
n'avoient pas préfomptivement l'ufage des
armes avant cet âge fuffifant , on ne leur affignoit
DECEMBRE. 1740. 2607
gnoit point d'Apanage , l'adminiſtration ne
leur en étoit point confiée pendant leur minorité
féodale .
3º. Voici quelques traces de cette qualification
, Sans - Terre.
4°. André du Chêne , qui a fi bien mérité
du Public , raporte ce qui fuit , en fon Hiftoire
d'Angleterre, Edition de 1634. p. 478. à
la fin de la vie du Roy HENRY II . décédé à
Chinon, dans l'octave de la Fête de S.Pierre,
c'eſt -à-dire , le 3. Juillet 1190. & inhumé
dans l'Abbaye de Font -Evrauld en Touraine.
» Le 4. JEAN , furnommé SANS -TERRE
» par fon Pere même , d'autant qu'il étoit le
» dernier , & que , de fon vivant , il n'eût
prefq'aucun Apanage.
›
» Et bien que depuis il poffedât l'Irlande
» & la Normandie & fuccedât même à fon
» frere Richard , au Royaume , fi eft -ce que
» le furnom de SANS-TERRE lui demeura
❞ toujours.
5 °. Le même défaut d'Apanage fit attribuer
la qualité de Sans-Terre , à PHILIPE
de France , dit le Hardi , né 4. fils du Roy
JEAN , le 15. Janvier 1341. Ce Prince ne
fût Apanagé du Comté de Touraine que
par Charte du mois d'Octobre 1360. & de
la Duché- Pairie de BOURGOGNE que par
Charte du 2. Juin 1364. Il avoit alors 23.
ans ce Prince a fait la fouche de la derniere
race de Bourgogne- Duché. Ciij Tang
4
1
2608 MERCURE DE FRANCE
Tant qu'il n'eut point d'Apanage , il fut
qualifié Sans- Terre ; je trouve cela dans une
Tranfaction du 3. Decembre 1509. tranſcrite
du Protocole de Philibert Maignen , Notaire
Royal à Autun, en Bourgogne, & paffée entre
Guillaume de Clugny , & le Chapelain de
Saint Benigne , à Saint Jean d'Autun .
Tranfaction imprimée dans les Mémoires
de la famille de Clugny , fournis au Parlement
de Dijon en 1723. dont voici les termes.
و د
" Acauſe & raiſon de ce que par feu No.
»ble Seigneur Maître Guillaume de Clugny ,
Seigneur de Conforgien & de Burry , Bailly
» d'Auxois , & depuis Bailly de Dijon , du
» tems du Roy Jehan , Roy de France , &
» de feu Monfeigneur PHILIPPES SAN-
" TARRE , Duc de Bourgogne .
6. J'ai copié, ce qui fuit dans les SoUVERAINS
de M. de Chazot , Tome 2. pag, 77 .
Edition de 1736. 79.
» La fucceffion remonta à fon grand - On-
» cle PHILIPPES , Comte de Breffe , dit SANS-
» TERRE , furnom qu'il s'étoit luimême
donné , parce qu'il fut jufqu'à l'âge de 22 .
» ans fans avoir d'Apanage.
Ce puifné de la Maifon de Savoye , né le
3. Avril 1438. décéda le 7. Novembre 1497.
Il devint Duc de Savoye par la mort de fon
petit Neveu , le Duc Charles- Jean Amé ,
arrivée le 16. Avril 1496.
DECEMBRE. 1740 2609
le
Jefpere , Monfieur , avoir prouvé par
Droit ancien , & par les Faits Hiftoriques ,
dans les anciens tems , les cadets mineurs
de 21. ans , étoient qualifiés SANSque
,
TERRE .
J'ai l'honneur d'être , &c.
EPITHAL AME ,
Sur le mariage de M. de la Bourdonnaye de
Bloffac , de Mlle le Pelletier de la
Houffaye.
C'eft THEMIS qui parte.
VOLEZO >
z , ô tendre Amour venez dans ces
Climats ,
Et vous, ô chafte Hymen, daignez fuivre fes pas :
Je fçais , quoique vous foyez freres ,
Qu'enſemble on ne vous trouve gueres ;
Le deftin des Amans , & celui des époux ,
Vous ont toujours rendus ennemis ou jaloux :
Sufpendez votre broüillerie.
En faveur de Themis , elle a beſoin de vous ,
Faites enfin la paix , c'est moi qui vous en prie ;
Mais vous reconnoiffez ma voix ,
Cy Puifque
2610 MERCURE DE FRANCE
Puifque fur les bords de la Seine
Déja tous les deux je vous vois ;
Auprès de moi voici quel ſujet vous amene.
Parmi ceux dont les coeurs me font le plus foumis.
Ou parmi mes plus chers amis ,
J'ai toujours diftingué deux familles en France
A qui j'ai confié cent fois
Le dépôt facré de mes loix :
Je m'en fuis bien trouvée , & ma reconnoiffance
Entre elles veut former une étroite alliance .
Comme je pefe tout fans partialité :
Les honneurs , le bien , la naiſſance
De l'un & de l'autre côté
Tiennent égale ma balance.
L'aimable LA HOUSSAYE a tous les agrémens
Que dans le monde l'on fouhaite ,
Et que peut poffeder une fille parfaite.
Faits
Des mélodieux inftrumens
pour charmer l'oreille , avec art elle tire
Un fon plein de mille douceurs ,
Et l'on diroit alors qu'à l'une des neuf Soeurs
Apollon a remis ſa lyre ;
Mais avec tant de grace elle fait quelquefois
De fes pas mefurés admirer la cadence ,
Que tout enfemble je la crois
Mufe
DECEMBRE. 2611
1740.
Mufe de l'Harmonie & Mufe de la Danfe :
Ce n'eft pas encor tout , cette jeune Beauté ,
Sçait de tous les Pays les moeurs & les ufages ,
En quel coin de la terre on voit chaque Cité
L'origine des Rois , & leur poftérité ,
•
Dans quel tems ont vêcu les plus grands Perſonnages,
Enfin ce qu'ils ont fait , & ce qu'ils ont été.
Des foins d'une prudente Mere
Ce font - là les fruits attendus ,
Et c'eft ainfi qu'aux fiens on tranfmet fes vertus .
Ce font-là les leçons d'un Pere ,
Que le Prince chérit , que le Public revére ,
Et qui malgré les grands emplois ,
Dont il foûtient fi bien le poids ,
Pour former ſes enfans prend le tems néceffaire :
C'est ce quefit pour lui ce grand homme de Cour
Dont il tient lui même le jour ,
Et qui connoiffoit l'art de plaire :
Si ce célébre Magiftrat ,
Ou plutôt cet homme d'Etat ,
Qui fans relâche aima le travail & la peinę ,
Eut l'efprit & le coeur d'un Sénateur Romain ;
Celle qui lui donna la main ,
A toutes les vertus d'une Dame Romaine ,
Avec la dignité qu'infpire un noble fang ,
Joint à beaucoup de grandeur d'ame ,
In
2612 MERCURE DE FRANCE
En tout tems cette illuftre Dame
De fon illuftre Epoux a foutenu le rang.
>
Celui de qui Bloffac ent le bonheur de naître ,
Par fes rares talens fe fit fi bien connoître ,
Qu'il caufa de l'étonnement ;
Mais hélas ! il n'eft plus ; fi la Parque ennemie
N'eût pas coupé le fil d'une fi belle vie ,
Il eût été certainement ,
En dépit même de l'uſage ,
Le Chef de fon Areopage ,
Comme il en étoit l'ornemenr.
Bien loin que le Fils dégénére ,
Je fçais que dès les jeunes ans ,
Les grands exemples d'un tel Pere
A fon efprit étoient prefens.
Que le fort d'une tendre Mere ,
En pareil cas eft fortuné !
La peine du veuvage eft fans doute légere ;
Avec un Enfant fi bien né.
Après fes premiers exercices ,
La longue étude de mes loix
Fait fans aucun dégoût fes plus cheres délices ;
Sur le coeur de Themis il acquiert de grands droits
Et fa plus importante affaire
Eft
DECEMBRE : 1740. 2613
Eft , qu'il falfe toujours tout l'honneur qu'on peut
faire
A l'état dont il a fait choix .
De toutes les vertus un fi rare affemblage
Va rendre nos Epoux heureux ,
Et c'eft un affuré préſage ,
Que les Enfans qui naîtront d'eux ,
Seront dignes de leurs Ayeux.
Cependant tout eft prêt pour ce grand mariage :
Tendre Amour , chafte Hymen , foyez ici pour nous;
C'eft à vous aujourd'hui d'achever mon ouvrage ,
Voilà ce que j'attends de vous .
Yous confentez à tout , & votre doux fourire
Dit plus , ô Dieux charmans , que vous ne pourriez
dire.
Allons célebrer ce beau jour ;
Auprès de nos Amans raffemblons notre Cour
Leur bonheur que tout favorife ,
Ne peut qu'être parfait , puifque l'Hymen unit
Par mon équitable entremiſe
Deux coeurs que l'Amour affortit .
ENVOI
de M. de Signy, frere de Mlle de la Houſſaye .
Vous fçavez , mon aimable foeur ,
Que vous me fûtes toûjours chere ,
Mais je dois partager mon coeur
Entre
.
2614 MERCURE DE FRANCE.
Entre vous & celui que vous rendez mon frere ,
Et puifque vous ne faites qu'un ,
Recevez mes voeux en commun.
Je n'ai pas ofé joindre à votre Epithalame ,
Tout ce que pour vous j'ai dans l'ame.
Cette grande Déeffé , & ces deux petits Dieux
Me paroiffent trop férieux :
A mon âge on aime la joie ,
Et comme je m'y fens enclin
Voici ce que je vous envoye
Sur un ton un peu plus badin.
CHANSON, fur PAir : M. le Prevôt des
Marchands , &c.
A La nôce on ne doit penſer ,
Qu'à boire , chanter & danfer ;
En attendant que l'on s'empreffe
Afe mettre de bonne humeur ,
Permettez que je vous adreſe
Trois fouhaits qui partent du coeur,
Souvent le défaut d'amitié
De l'une ou de l'autre moitié
Met du trouble dans le ménage ,
Faites donc que tous les époux
Afin de s'aimer d'avantage
Viennent prendre exemple fur vous.
J'ignore
DECEMBRE.
1740. 2615
J'ignore quelle eft la façon
D'une fille ou bien d'un garçon ,
Et tout cela paffe ma ſphere ;
Vous comblerez pourtant mes voeux ,
Si vous avez foin de me faire
Moins de niéces que de neveux .
Surtout , que jamais votre ardeur
Ne reçoive aucune froideur ,
Et fous les loix de l'Hymenée
Puifliez vous après cinquante ans.
Comme la premiere journée
Etre l'un de l'autre contens !
>
*****i
EXTRAITdes Plaidoyers faits au College
de Louis LE GRAND.
N
Ous rendons volontiers juſtice à la fageffe
des moyens qu'on employe dans
ce College pour l'éducation de la jeune Nobleffe
, qu'on y forme à tous les genres d'Exercices
les plus utiles. Nous mettons dans
les Plaidoyers que les deux célebres
Profeffeurs de Rhétorique font travailler
tous les ans à leurs Eleves , & qu'ils retouchent
d'après eux , on y reconnoît toujours
une main d'habile Maître. Ceux dont nous
donnons
ce rang
2616 MER CURE DE FRANCE
donnons ici l'Extrait , ont été faits fous la
direction du Pere de la Sante , Jésuite ,
& prononcés publiquement, le 16 Août 1740 .
avec l'aplaudiffement d'une illuftre & nombreuse
Affemblée. C'eſt une Cause d'invention
, mais fondée cependant fur l'Hiftoire .
En voici le Sujet, tel qu'il fe lit dans le Programme
imprimé.
SUJET .
L'Empereur CHARLE - QUINT ayant abdiqué
l'Empire , & fait des gratifications confidérables
aux principaux Officiers de fa Maifon
, deftina fon Portrait enrichi de Diamans,
à celui d'entre eux qui lui avoit rendu
de plus importans fervices pendant le cours de
fon Regne. Ce grand Prince , pour obvier à la
jaloufie que la préférence d'un feul pourroit
donner aux autres , ne voulut gratifier aucun
en particulier de ce précieux gage de fon affection
; mais il chargea PHILIPE II . fon Fils,
de remettre le Portrait à celui , qui , après
un mûr examen , feroit jugé avoir micux
fervi le Prince & l'Etat.
Il fe présente cinq Concurrens Le premier,
eft un Géneral d'Armée , homme de coeur
& de main qui a ſignalé fa valeur en plufieurs
Combats , & par un grand nombre
de Victoires.
Le fecond, eft un homme d'Etat & de Cabinet
,
DECEMBRE . 1740 2617
binet , fage & profond Politique , qui a fuggeré
à fon Maître d'utiles projets , avec les
moyens de les exécuter heureusement.
Le troifiéme, eft un homme d'esprit & de
tête , qui a régi les Finances avec beaucoup
d'economie & d'habileté.
Le quatrième , eft un Chef d'Escadre , excellent
homme de Mer , qui a fait de nouvelles
découvertes & de glorieuses Conquêtes
dans le nouveau Monde .
Le cinquéme , eft un homme de vertu &
de probité , Confident zelé de fon Prince ,
auquel il a tâché d'inspirer un tendre amour
pour fes Peuples , & une exacte précaution,
contre les écueils de la Cour.
PHILIPE , fuivant l'intention de Charles.
nomme un de fes Confeillers d'Etat , pour
examiner les raisons des Aspirans , & pour
décider auquel des cinq fera donné le riche
Portrait. Mais afin d'adoucir la peine que
l'exclufion pourroit causer aux quatre autres,
le jeune Monarque leur fait proposer en fon
nom quelques Bijoux ou Joyaux rares & cu.
rieux , dont la diftribution fera reglée fur le
mérite des fervices de chacun d'eux . C'eſt
l'objet & la matiere de cette Déliberation .
I. PLAIDOYER. Pour le Géneral d'Armée.
Nous ne ferons qu'indiquer quelques preu
ves & quelques endroits de ces Discours
qui
2618 MERCURE DE FRANCE
qui mériteroient d'être transcrits en entier ,
pour n'en rien perdre de beau.
M. Pinon d'Avor de Villemain , qui parloit
au nom du Géneral d'Armée , fe proposa
de faire voir que nul autre n'avoit tant
contribué que lui , 1 ° . à la gloire du Souverain
, 2º. à la sûreté de l'Etat. Il en tira les
preuves & de l'Art Militaire en géneral , &
de fes Exploits personnels en particulier.
Pour connoître le prix de la gloire Militaire
, il faut voir à quel prix elle s'acquiert ;
combien de périls" , combien de travaux à
effuyer pour un Géneral d'Armée . Le jeune
Orateur en fit une description vive , qu'il releva
par l'opofition de la vie douce & tranquille
de l'Homme d'Etat dans le réduit d'un
Cabinet délicieux , d'où il mande au Géneral
d'attaquer & de vaincre ; ordre qui fe
donne plus aisément qu'il ne s'exécute ....
Il tire encore avantage du caractere de la
plupart des Politiques , dont il peint la Profeffion.
Ce n'eft fouvent , dit- il qu'un honnête
tromperie couverte du masque de la prudence
, & revénë du ſpécieux nom de génie ; c'eſt
quelquefois le bel art d'aller à fes fins par des
voyes obliques, & détournées en dépit de la bonne
foi & de la probité. Maxime reçûë chésplus
d'un Politique , intérêt avant toute chose , intérêt
. Pourvu qu'on touche au but , qu'importe par
quelles voyes , qu'importe à quel prix ? ....
Qu'ils
DECEMBRE. 1740: 2619
Qu'ils viennent , ces Meffieurs , qu'ils viennent
au Camp ; c'eſt - là qu'ils trouveront de la droi
ture , de la franchise , de l'ouverture de coeur
de la génerofité , de l'honneur , mais du véritable
honneur , qui ſe trouve rarement dans l'étroite
enceinte de leur Cabinet.
Après ces preuves génerales , le Guerrier
paffe à fes Exploits particuliers , foit dans les
guerres domeftiques , foit dans les guerres
étrangeres , double fleau de la tranquillité
publique. A l'égard de celles - là , il prend
pour exemple la sédition de Gand , plutôt
réprimée par la force des Armes, que par celle
des Arrêts. Que les Loix font foibles , s'écrie
- t'il , fi le fer ne les fait respecter ! Unfeul
Colonel à la tête de fon Régiment, vaut plus alors
à l'Etat que cent Bourguemeftres àla tête de
Leurs Compagnies
..
Quant aux Ennemis étrangers , que feroit
contre eux le Politique avec fes grandes idées,
l'Homme de Finances avec fes piftoles , le
Chefd'Escadre occupé à fes Découvertes , fi
la valeur du Guerrier ne venoit au fecours de
-1'Etat ?
La guerre contre la France & contre François
I. fervit de preuve à l'Orateur , qui ca-'
racterisa ainfi la Nation Françoise.Eh ! à quels
ennemis , grand Dieu ! n'avions - nous pas affaire
? Presqu'à toute l'Europe liguée contre la
Maison d'Autriche , qu'on joupçonnoit d'aspirer
2620 MERCURE DE FRANCE
rer à la Monarchie universelle , mais fur tont
à cette Nation voisine , auffi émule de l'Espagne,
que Carthage l'étoit de Rome ; à cette Nation
auffi brave , auffi terrible dans le Combat,
qu'elle eft aimable & polie dans la Societés á
cette Nation dont l'humeur vive , bouillante, 吻
active , a tant de fois déconcerté le phlegme Espagnol
; à cette Nation , qu'un échec anime ,
au lieu de l'abattre , qui femble tirer des forces
de fes défaites même ; qui , au milieu des plus
garands desaftres , trouve dan: fon esprit & dans
fon courage des reffources inépuisables ; à cette
Nation enfin,conduite par un Roy guerrier, dont
la valeur a été pour le grand Charle -Quint même
, un digne oljet d'émulation & de noble jaloufie
; par un Roy qui n'a jamais parû plas
courageux que dans fon malheur , jamais plus
libre que dans nos fers , jamais plus Roy que
dans fa captivité , &c.
II. PLAIDOYER. Pour l'Homme d'Etat.
Avant que d'entrer en matiere , M. de
Beauffan , chargé de cette Cause, crut devoir
détruire le préjugé favorable qu'auroit pû faire
naître dans l'esprit du Juge l'air de confrance
avec lequel le Guerrier avoit fait valoir
fes fervices ; ensuite , pour faire fentir la
fupériorité de fa Profeffion fur celle de fes
Concurrens , il fit remarquer que le nom
feul d'Homme d'Etat , avertit que c'eft le
Membre
DECEMBRE . 1740. 2621
Membre le plus effentiel à l'Etat , que fon
Art eft l'ame du Gouvernement & le principal
mobile du vafte Corps de l'Empire ; mais
fe bornant à deux avantages capables de faire
pancher la balance de fon côté , il entreprit
de montrer que la Politique eft le grand
reffort qui fait tout mouvoir & au- dedans
& au- dehors du Royaume.
PREMIERE PARTIE
D'abord il prouva que tout ce qu'il v a de
plus important dans un Royaume , eft l'objet
des veilles de l'Homme d'Etat, qu'il doit
partageravec le Prince les foins du Trône, que
pour le foulager , pour lui épargner l'embarras
d'un détail difficile , c'eft à lui de dé
broüiller , d'éclaircir , de préparer ce que les
grandes affaires ont de plus fatiguant & de
plus pénible ; qu'enfin c'eft par ces fortes de
fervices qu'il doit s'établir dans la faveur &
dans la
confiance du Souverain; qu'après tout,
ce n'est pas affés de s'être rendu maître de l'esprit
du Monarque , il faut encore fe rendre maître
des Evenemens par un effort de génie fupérieur
à tout ce qui s'apelle hazard & fortune .
Les interêts desPrincesfont de
magnifiques objets,
dont on ne fe forme de grandes idées , que parce
qu'on fe figure que les Grands n'agiffent jamais
quepar de grandes
vûës.Cependant on peut dire
que les grands interêts, comme les petits , fe res
sentent
2622 MERCURE DE FRANCE
sentent fouvent de la foibleffe humaine, & qu'il
y entre quelquefois plus de hazard & de caprice
que de fageffe & de raison. Ce qui fait l'élo-
Loge de l'Homme d'Etat , c'eft qu'il fait par
prudence fe prévaloir de tous ces écarts de raison
, profiter des fauffes démarches d'autrui , fe.
faire un plan fuivi de l'inconftance des hommes,
en faire partie de fon fyftême politique , fixer le
fortpar un prodigieux enchaînement deprécau
tions , enfin triompher de la fortune , en faisant
fervir à fes deffeins les bizarreries même & les
caprices de cette aveugle Reine du Monde, &c.
L'Orateur ajoute à ces refléxions une idée
magnifique de l'Homme d'Etat, qui doit être
l'Oracle du Prince , l'Auteur des projets utiles
, le Protecteur des Loix , des Arts , du
Commerce, en un mot , l'homme universel...
Il montre que fes Rivaux ne font que comme
de fimples Subalternes à fon égard , qui
n'ont agi que par l'impreffion & le mouvement
de fon génie qui les a dirigés .... Il
reléve le mérite de fes foins & l'étendue de
fes lumieres par la vafte étendue des Etats
de Charle- Quint, qui comprenoient les Espagnes
, la Flandre , une grande partie de l'AIlemagne
& de l'Italie , avec une partie du
nouveau Monde ... Il fait valoir contre le
Guerrier le fervice qu'il a rendu à tant de
Peuples , en réparant les maux causés par la
valeur Martiale ... Si la Politique , dit- il ,
n'avoit
DECEMBRE. 1740. 2623
' avoit fermé les playes faites par la guerre ,
qu'auroit produit cette continuité de victoires &
de triomphes ? Ce tiffu defuccès eût été une calamité
publique ; la deftruction de l'Etat eût
peut-être bien-têt accompagné celle de l'Ennemi
... &c.
Il termine cette Partie , en concluant avec
un Ancien qu'une bonne tête vaut plus à l'Etat
que cent mille bras , & que c'eft à l'Homme
d'Etat ; à la Politique , que pour l'ordinaire
on raporte les heureux Evenemens d'un
regne & la félicité des Peuples , non - feulement
au-dedans , mais encore au- dehors du
Royaume ; fujet de la feconde Partie.
L'Orateur y expose tous les devoirs de
l'Homme d'Etat , devoirs qui s'étendent aux
Peuples voifins , jusqu'aux Nations les plus
reculées , & qui embraffent tous les genres
d'affaires, & de négociations .. Il faut, dit- il ,
Se prêter à des Alliés faire tête à des ennemis,
ménager avec adreffe ceux qui restent dans la
neutralité... &c . Il désavoüe la fauffe Politique
, objectée par le Guerrier , & qui eft
plûtôt l'ouvrage de la fraude , que le fruit de
la fageffe. Les trompeurs fe trompent , ajoûtet'il
, s'ils feflatent de duper long - tems tout le
monde ... Il définit la vraye Politique , celle
qui eft fondée fur la bonne foi , fur la probité,
fur les lumieres d'une raison épurée , d'un bon
fens rafiné , d'un esprit pénetrant qui découvre
la
2624 MERCURE DE FRANCE
La ruse fans la mettre en oeuvre , qui la combat
noblement & la fubjugue par un effort de prudence
, &c. Il conclut par cette refléxion ,
que Charle Quint Politique a été, fans comparaison,
plus grand que Charle-Quint Guerrier
, & qu'ayant l'honneur de lui reſſembler
par fon plus bel endroit , il mérite auffi le
mieux fon Portrait , comme l'extrait fidele
de fa reffemblance .... Nous ne pouvons
omettre fans regret un grand nombre de
beaux traits répandus dans ce Discours.
HI. PLAIDOYER. Pour le Sur- Intendant
des Finances.
M. Daugeard, en qualité de Sur -Intendant,
avança qu'il avoit pourvû pendant fon adminiftration
, 1 °. à la fplendeur du Trône , 2 ° .
au foulagement de l'Etat. Pour établir la
premiere propofition , il fit remarquer d'abord
qu'on juge, bien differemment du mérite
des Rois & de celui des Particuliers,
Ceux- ci peuvent- être grands hommes avec
le génie , la ſcience , les talens ; un Roy fans
opulence ne peut être grand Prince. Il ne feroit,
dit il, regardé que comme un vain fantôme
de majesté Royale , moins connu par son nom
que par fes malheurs ... Tranchons le mot ,
Souverain fans épargne feroit une espece de
Jeanfans Terre. C'eft ce que comprit Charles
- Quint , & ce qui l'engagea à regler fes
?
un
Finances
DECEMBRE.
1740. 2625
Pinte-
♪
Finances avant que de rien tenter pour
rêt de fa gloire. L'Orateur présente en cet
endroit les traits les plus éclarans de l'Histoire
de ce Prince. Il prétend que c'eſt à lui
qu'il faut attribuer tous ces glorieux Evenemens
; non que fes Competiteurs n'en partagent
la gloire avec lui , mais ils la partagent
de telle forte , que chacun d'eux eft entré
feulement dans quelque entreprise particuliere
, & que nul autre que lui n'embraffe le
total des fuccès. La raison qu'il en aporte
c'eft que leurs Emplois font indépendans les
uns des autres , & que tous dépendent du
fien. Que deviendroient , dit- il , les reflexions
de l'Homme d'Etat , s'il ne comptoit fur d'autres
refforts que fur ceux de fa Politique ? Pour
conclure une Alliance, un Traité de Paix pour
découvrir le fecret d'une Cour Etrangerè ; de
l'intrigue & de fpécieux discours ne fuffisent
pas; vous parlez en vain , fi vous ne donnez,
ducorps à vos paroles par quelque chose de plus
folide : Eh! n'est- ce pas de moi qu'on emprunte
ce puiffant mobile ? Sur ce qu'on pourroit
penser qu'il y a moins de danger dans
la garde d'un Trésor , que dans l'attaque ou
' dans la défense d'une Citadele , il fait voir
qu'il a des ennemis plus redoutables que ceux
de l'Homme de Guerre ; Ennemis cachés
flateurs , Courtisans avides & importuns ,
dont le crédit eft dangereux , & à l'égard des
I. Vol. Ꭰ quels
2626 MERCURE DE FRANCE
quels une roideur inflexible peut rendre auffi
criminel qu'une lâche condescendance : L'or n'eft
point de ces objets qu'on s'accoûtume à regarder
avec des yeux d'indifferences it a d'étranges
charmes pour attirer les yeux & les mains
même les plus respectables ..... Si quelqu'un
doute du péril , qu'il fe rapelle le fort de l'infortuné
Marigny; en lui, l'Espagne eft inftruite
par la France , & quoique la réparation ait
été plus glorieuse que le fuplice n'avoit été
honteux, il est toujours triste de n'êtrejuſtifié que
quand on ne peut plus goûter le plaifir de la justification....
Il faut même quelquefois combattre
L'inclination trop tendre & trop bienfaisante
d'un Prince génereux à l'excès ; l'empêcher d'être
prodigue, pour lui ménager les moyens d'être
libéral ... Pour s'élever au-deffus de la crainte
dans ces occafions délicates , il faut une toute
autre veriu que la vertu Militaire . .. Il faut
pouvoir mépriser plus que la mort ; eh quoi ! la
disgrace , l'indignation du Souverain ... &c .
La feconde Partie commence par un trait
frapant. Le Riche fonds pour un Prince , que
l'amour de fon Peuple ! Que le Monarque eft
opulent quand il poffede les coeurs de fes Sujets,
& quand il peut dire comme ce Romain , qu'il
fouhaite moins avoir de l'or, que de commander
à des gens qui en ayent ! ... Le grand Art eft
d'enrichir le Prince fans apauvrir le Peuple
... & c. Il montre la néceffité des .fubfides.
DECEMBRE.
1740. 2627
>
des. Puisque le Prince défend les biens des Sujets
il est juste que les Sujets contribuënt
d'une partie de leurs biens aux besoins du Prince
... Il diftingue trois fortes de conditions
dans l'Etat, les unes riches, les autres médiocres,
d'autres pauvres & indigentes. Il donne
pour regle de faire tomber le poids des impôts
fur ceux que leur opulence met le plus en
état de le porter ... Il veut encore qu'on
mette une difference entre les choses d'une
absoluë néceffité pour l'entretien de la vie ,
& celles qui ne fervent précisément qu'au
luxe & à la vanité . Il faut faire tomber fur
celles - ci les taxes les plus confidérables &
faire grace aux autres qu'exigent les besoins
de la Nature. C'eft oposer une digue à la fureur
du luxe , que de rendre d'un accès difficile
tout ce qui le favorise , &c. Il finit par cette
judicieuse refléxion , que fi l'argent eft ,
comme on dit , le fang du Peuple , il doit
circuler auffi pour le foulagement du Peuple,
tantôt paffer du Prince aux Sujets , & tantôt
des Sujets revenir au Prince ... &c. Le choix
nous embaraffe dans un grand nombre de
traits intereffans.
IV. PLAIDOYER, Pour le Chefd'Escadre.
M. de Barullat , représentant ce Chef,
fit un parallele fuivi & raisonné de fes fervices
avec ceux de fes Compétiteurs ... II
Dij commence
2628 MERCURE DE FRANCE
,
commence par le Guerrier ... Le Guerrier
n'a eû affaire qu'à des hommes , & à des hommes
dont les forces , dont le Pays , dont le
'caractere , dont la maniere d'attaquer luj
étoient connûs. Pour lui , il a eû à combattre
des Barbares & des Sauvages, qu'il n'avoit
garde de connoître , c'eſt-à - dire des
gens qui , fous une figure d'hommes, avoient
la fureur & la brutalité des bêtes féroces ; des
gens qui, pour n'être pas auffi braves, ni auffi
aguerris que les Européens , trouvoient dans
leurs ruses & dans leur rage un fuplément de
valeur & d'exercice dans l'Art Militaire. Il
a cû à combattre contre les tempêtes , les
vents , les flots , les écueils , le Ciel , la Terre
, la Mer , tous les Elemens conjurés ; il ' a
éû à combattre contre fon Equipage même ,
contre l'impatience , les murmures , les désobéïffances,
les plaintes amères de fes Compagnons
de fortune , &c . Montrez , montrezmoi,
illuftre Guerrier, de femblables périls dans
vos Exploits , & je vous rends les Armes.
Pour quelques Villes , pour quelques Provinces
que le Géneral a conquises , l'Orateur
fe fait fort de montrer cemt Peuples , cent
Royaumes , un nouveau Monde tout entier ,
foumis à l'Empire de fon Prince. En quel endroit
, dit-il , l'avez - vous fait connoître où il
ne fut déja connû fans vous ? Pour moi je l'ai
fait connoître d'un Pole à l'autre, du Couchant
DECEMBRE . 1740 2629
t
AP Aurore ... Il compare ensuite ce que l'u
& l'autre ont fait pour la sûreté de l'Eta
L'Etat ne peut être attaqué qué de deux ma
nieres, au- debors par les Ennemis,ou au dedans
par les Rebelles. Qui peut nier que les terres &
les richeffes immenses , acquises dans les Pays
Etrangers , n'ayent mis le Souverain des Espa
gnes en état de donner la Loi , & de ne la recevoir
d'aucun autre Potentat ? .. &c. Et quant
aux troubles domestiques , n'eft-il pas évident
qu'on les a prévenus en purgeant le Royaume
d'une infinité d'ames viles , transplantées dans
les Colonies , où elles deviennent utiles à la Pa
trie par leur travail ? ... &c.
Du Guerrier il paffe au Politique. C'est un
homme de tête , c'est un Aigle pour le Conseil
c'est un génie à grands projets , voilà tout fon
mérite ; mais en eft - ce un moindre que d'avoir
fçû prendre conseil de foi- même en mille rencontres
périlleuses , où mille Politiques de fens
rassis euffent peut-être perdu la tête ? D'avoir
non- seulement fait la fonction de Conseiller auprès
d'un Roy,mais d'avoir rempli par foi- même
tous les devoirs de Roy, de Gouverneur, de Législateur
, d'Amiral , de Capitaine, de Soldat,
de Sur- Intendant des Finances , des Bâtimens,
des Manufactures ; d'Inspecteur , de Directeur
Géneral de toutes les Profeffions imaginables ?
Et tout cela , non dans un Royaume , mais dans
vingt Royaumes differens; Royaumes où il afallu
D iij établir
2630 MERCURE DE FRANCE
établir des Loix parmi des Nations qui n'en
connoiffoient aucune ? & c ..... Qu'on ne
dise point que la maniere de traiter avec ces
Peuples encore brutes , n'exige pas tant de foupleffe
de délicateffe d'esprit qu'en fuposent les
Négociations où il faut entrer avec les Peuples
civilisés d'Europe.... L'interêt eft un grand·
maître qui ouvre les yeux l'esprit aux plus
Stupides en aparence ... La malignité naturelle
tient lieu de génie à ces Sauvages , dont la fourberie
eft d'autant plus dangereuse qu'elle n'eft
point temperée par les bienséances & corrigée
par l'éducation ... & c .
Pour ce qui eft du Sur- Intendant des Fimances
, l'Orateur fe fit un jeu de fa défaite .
Il n'eut qu'à faire voir que c'étoit aux foins
& aux travaux du Chefd'Escadre qu'étoit dûë
la plus grande partie des fommes prodigieufes
qui avoient depuis peu rempli le Trésor
Royal ... Il demanda en finiffant s'il n'étoit
pas jufte qu'ayant été long- tems privé de la
présence de fon Roy, il obtint au moins fon
Portrait, pour le dédommager . Ces Meffieurs,
dit- il , ont toujours joni de l'aspect du Soleil ;
m'en refusera-t'on un rayon échapé ? Enfin pour
parler aux yeux, il fit étaler la Carte des Pays
qu'il avoit foûmis à l'Empire des Espagnes ,
& voulut que les voix de tous ces nouveaux
Sujets fiffent l'office de la fienne ... Les
trois Parties de ce Discours font pleines de
force &
d'énergie
.
V.
DECEMBRE. 1740. 2631
V. PLAIDOYER. Prononcé
du Confident vertueux.
par
l'Ami
M. Fargés , défenseur du Confident, avança
que cet homme de vertu , en inspirant à
Charle-Quint de l'amour pour fes Sujets , &
en le préservant des écueils de la Cour , l'avoit
conduit aux deux fins principales du grand
Art de regner , 1 °. au bonheur du Souve
rain , 2°. au bonheur des Peuples.
Le jeune Orateur commença par déplorer
avec beaucoup d'éloquence la condition des
Princes presque toujours environnés de
Courtisans flateurs & intereffés, qui étudient
le foible du Maître , tâchent d'entrevoir fa
paffion favorite , la découvrent bien - tôt , la
fatent , la fervent , l'entretiennent , achettent
par ces odieux fervices & ces criminelles
complaisances , la faveur d'un Souverain ,
& visent à leur fortune aux dépens de fon
véritable bonheur ... Les Princes ont-ils de
l'attraitpour le plaifir ? Les plaifirs volent fur
leur paffage & s'offrent en foule à leurs défirs.
On leur montre le crime fous une face riante
on leur présente le poison dans une Coupe enchantée.
L'enchantement fecondé de l'yvreffe
qui accompagne la grandeur , leur persuade
aisément que ce qui les flate leur eft permis , &
que comme ils peuvent tout ce qu'ils veulent , ils
ont droit de vouloir tout ce qu'ils peuvent . . 1
D iiij Le
2632 MERCURE DE FRANCE
Le Confident vertueux fçut préserver for
Prince de tous ces écueils , & en même tems
assûrer fon bonheur. Il ne lui en coûta point
de baffeffes pour entrer dans la confidence
du Monarque ; il ne rampa point pour s'élever:
Certain airde noble franchise & de respectueuse
liberté, faifit l'eftime du Prince ; l'amitiéfuivit
de près l'eftime.Il fe trouve entre les grandes
ames certaine sympathie d'inclinations & de fen
timens qui les lie les unit ensemble dès le premier
abord. Le dégoût ne fuit point de telles
liaisons fondéesfur un mérite réciproque , &c.
L'Orateur fit valoir ensuite la prudence &
l'adreffe du Confident à ménager doucement
l'entrée à la vérité dans le coeur du Prince.
La vérité, dit- il , rebuteroit , fi on ne prenoit
foin de la dépouiller de ce qu'elle a d'apre, d'austere
& de farouche ... En fléchiffant un peu ,
elle parvient à coup sûr où elle n'arriveroit jamais
de droit fil... En telle conjoncture on
touche mieux le but en l'effleurant, qu'en le beurtant
avec rudeffe , & c... Quel zele ne fallut ·
il pas encore , pour faire bien comprendre au
Souverain que la flaterie eft un outrage & un
affront radoucis que fuivant la maxime de LADISLAS
, c'est un foufflet poliment donné ...
Que le plus malheureux de tous les Princes .
eft celui qui accorde le plus à fes paffions , que
les miniftres defes plaifirs font les plus mortels
ennemis de fon bonheur ; que quiconque eft in
fide
DECEMBRE. 1740. 2633
· •
dele au Maître des Souverains , le peut
aisément
être au Souverain même ?.. Charle-
Quint comprit ces maximes , il les pratiqua, an
moins en partie ; car fa vertu fouffrit quelque
eclipse , mais cette éclipse ne fut pas de longue
durée, & bien- tôt les fages conseils prévalurent
à la paffion , & c.
Dans la feconde Partie , l'Orateur montre
que c'eſt au Confident vertueux que l'Espagne
& l'Allemagne dûrent dans la personne
de Charles , un Roy & un Empereur , avec
lequel la plupart des vertus parurent affises
fur le Trône , & contribuerent à la félicité
publique ; ce ne fut point au Guerrier , dont
l'interêt demandoit la prolongation d'une
guerre , funefte au repos & au bonheur des
Peuples. Ce ne fut point non - plus à la Politique
, qui pensa renverser l'Etat de fond- encomble
, à force de ménager les faillies fou
gueuses de l'Hérefiarque Luther ... L'Orateur
n'avoit garde d'oublier ici l'Interim de
Charle - Quint, Ouvrage de cet Esprit de molleffe,
fuggerée par la Politique, & fi contraire
aux vrais intérêts de la Religion ;. Interim
dont l'unique effet fut de mécontenter le bon
& le mauvais parti. De ta même fource vinrent
la Ratification du Traité de Francfort &
l'union de l'Empereur avec les Proteftans contre
la France. Funeftes ménagemens qui ne fi
rent qu'enfler le coeur des Rebelles , &* qui bign-
DY tot
2634 MERCURE DE FRANCE
tôt euſſent fait couler des flots de fang & de
pleurs par toute l'Allemagne , fi pour le bonbeur
des Peuples le vertueux Confident n'avoit
conseillé au Prince d'user contre la Secte de tout
le poids de l'autorité Impériale , & ne l'avoit
bien convaincu qu'il ne faut dans un Royaume
qu'un Dieu , qu'une Loi , qu'une Foi & qu'un
Roy ! Après celaje demande qui a le plus contribué
à la félicité des Peuples , de l'esprit de
Religion , ou de l'esprit de Politique ? ... En
quoi pent contribuer l'Homme de Finance
au bonheur public, s'il n'eft lui- même dirigé
par les principes de la vertu ? ... Le Chef
d'Escadre , en aportant les richeſſes des Pays
conquis , n'en a-t'il point aporté les vices ,
tandis que l'homme vertueux a fait rendre
par fes confeils le centuple à ces Peuples
nouvellement foûmis , en leur procurant le
précieux trésor de la Foi ? .. &c.
L'abdication de Charles- Quint , étoit un
Point délicat , qui paroiffoit donner l'avantáge
au Politique fur l'Homme de vertu ; car
enfin celui- ci devoit - il fouffrir qu'un Monarque
fi propre à faire des heureux , fe lassat fi
tôt de l'être ? Le fage Orateur tourne cette
circonftance toute, entiere à l'avantage du
Confident vertueux ; il fait voir qu'il forma
d'abord toutes les opofitions que fuggeroit la
prudence à une résolution fi extraordinaire ;
mais enfin après de longues épreuves & de vives
remontrances
DECEMBRE. 1740.
1740. 2635
Pémontrances , pouvoit- il , devoit-il oposer Sa
voix à celle du Ciel ... Ignoroit - il qu'il eft
plus beau , plus glorieux de mépriser un Trône
que de le poffeder ? .. Ne fçavoit- il pas que les
yeux de la multitude ont trop de foibleffe pour n'etre
pas auffi offusqués de l'obscurité volontaire
d'un Monarque abdiquant, qu'éblouis de l'éclat
d'un Souverain regnant ? ... Un homme qui
aimoit le falut de fon Prince, n'avoit- il pas lien
de fe réjouir, qu'après avoir regné fur la Terrej
il prit des moyens pour regner dans le Ciel ?
Enfin il voyoit le Sceptre tomber entre les mains
d'un Fils digne de remplacer le Pere. Cette,
derniere refléxion eft un Compliment adroit
pour le Monarque qui proposoit les Prix
ajoûtés à celui de Charle - Quint .
L'Orateur conclut que le Confident vertueux
a d'autant plus de droit à l'honneur
disputé , que tous fes Concurrens ont déja
reçû une récompense proportionnée à leurs
fervices , au lieu que celui - ci , content de fa
vertu & de celle qu'il faisoit pratiquer à fon
Prince , n'a jamais voulu profiter de la reconnoiffance
& de la libéralité du Maître
qu'il fervoit fi avantageusement ... La délicateffe
eft ce qui regne le plus dans ce Discours
, dont nous ne donnons qu'une légere
ébauche...
D vj EXA2636
MERCURE DE FRANCE
29
39
وو
EXAMEN DE LA Cause.
M.du Puis de Marcé,qui faisoit la fonction
'de Juge , après avoir fait l'examen de la
Cause & balancé avec beaucoup de discernement
& de précifion les raisons exposées
par les cinq Concurrens, prononça en faveur
du Confident vertueux , & fit gagner le procès
à la vertu. Ensuite il affigna par ordre à
chacun des quatre autres , c'eft- à- dire au
Guerrier , au Politique , au Sur- Intendant des
Finances , au Chef d'Escadre , les Bijoux qui
convenoient le mieux à la nature des differens
fervices rendus par eux au Prince & à
Etat. Voici le précis de l'Arrêt définitif.
JUGEMENT.
" VOULONS & ordonnons que le Por-
» trait enrichi de Diamans & deftiné aux plus
importans fervices par l'Empereur abdiquant
, foit donné en propre au Confident
vertueux .... Rien de comparable aux
principes & aux fentimens de vertu , qu'il
a eû foin d'inspirer au Monarque qui l'ho-
»noroit de fa confiance ... Un Roy guer
» rier , un Roy Politique , un Roy auffi riche
» & auffi puillant qu'on le puiffe imaginer ,
"peut avec tout cela n'être qu'un fort mau-
" vais Roy , s'il n'eft vertueux ... Ainfi for-
→mer un bon Roy , qui aime fes de-
"
» voirs
DECEMBRE. 1740. 2637
39
voirs , & qui faffe fon bonheur de celui
de fes Peuples , l'engager à maintenir
» l'ordre & la Religion dans plufieurs grands
Royaumes ; c'eft un fervice , c'eft un bien-
» fait fans égal , c'eſt donner au Monde un
» modele de Souverain, & dès - là , c'eft mériter
l'Image, à qui le plus grand Prince a fer-
" vi de modele.
و ر
» ASSIGNONS le fecond rang au Chef du
» Conseil , qui dans l'ordre Politique a le
" plus contribué à tous les Evenemens d'un
"beau Regne ... Après la vertu , rien de fi
» eftimable qu'un rare génie pour le Miniſtere
» dans le Gouvernement d'un grand Peuple....
Décernons à cet excellent Ministre
" une Horloge finguliere , travaillée par le plus
» célebre Artifte d'Allemagne , & conservée
»précieuſement parmi les Raretés de l'Escu-
» rial .... Cette Horloge , unique dans for
» espece , composée de refforts cachés , mis
» en mouvement par un poids inviſible , n'a
» point de montre exterieure , & n'annonce
» aucun instant du jour , que celui feul où
» l'heure eft entierement écoulée .... Symbo-
» les myfterieux , qui nous rapellent les res-
" sorts imperceptibles d'un Gouvernement
» dont le fecret a été l'ame , où tout a parû
reglé avec poids & mesure , où enfin nut
» deffein n'a éclaté qu'à l'heure précise mar-
" quée pour l'Evenement.
»ADJUGEONS
638 MERCURE DE FRANCE
>>
ود
» ADJUGEONS la rroifiéme Place au fameux
Chef d'Escadre , Conquérant du
» Mexique. Les Mines d'or que l'Espagne
» doit à fes travaux , nous avertiffent que
» l'Espagne lui doit à ſon tour ce magnifique
» Collier de la Toison d'or , que porta le premier
, PHILIPE le Bon , Duc de Bourgogne ,
Bisaycul de Charle - Quint. Un fi glorieux
» Monument , transmis à notre Monarquet
» par le premier Inſtituteur de cet Ordre de
» Chevalerie , ne convient mieux à nul autre
» qu'au premier Fondateur de nos Colonies .
» Les Exploits de Jason égalent- ils ceux de
» notre Héros Marin ? La Toison d'Or de
» Colchos fut-elle d'un auffi grand prix que
» ces Lingots d'or dont l'Amérique paye tri-
» but à notre Puiffance ?
و د
» Le quatrième Don fera le partage du Gé-
» neral d'Armée , à qui nous ne pouvons dé-
» cerner de Prix plus convenable que le ter-
» rible Sabre de Damas , qui fe trouva parmi
» les dépouilles de Soliman II. forcé par
» Charle - Quint à lever le Siége de Vienne....
» Que notre Guerrier n'envie point au Chef
» d'Escadre la préference que nous lui avons
» donnée. La conquête du nouveau Monde
» eft pour l'Espagne un tout autre objet qu'u
» ne ou deux Provinces conquises en Euro-
" pe ; au plus grand avantage eft dûë la plus
grande récompense.
99
» AVONS
DECEMBRE.
1740. 2639
"
95 AVONS- nous donc oublié le Sur- Intendant
des Finances ? Non .... Le Prince &
» l'Etat font trop redevables à fes foins , pour
» ne lui en pas marquer leur reconnoiffance...
» Le Présent que nous lui adjugeons , quoi-
" que placé au dernier d'une
pas
rang , n'eft
" moindre valeur que les autres .... C'eft
» un beau & rare Médaillon ou grande Mé-
» daille d'argent , frapée au meilleur Coin ,
" & consacrée à la gloire de Charle-Quint
"5 par fes Etats de Flandre , pour lui rendre
"graces de l'abondance qu'il avoit fait re-
» naître dans le Pays , après une longue di-
» fette . ... La face de ce Médaillon repré-
» sente la tête de cet Augufte Bienfaicteur ...
» Au Revers on voit une Corne d'abondance
25 avec cette Inscription ou Légende : Abundantia
in Belgium revocata .... STATUONS
» & reglons que ce Joyau précieux apartien-
» dra désormais à notre bienfaisant Tréso-
» rier , Auteur & Conservateur de l'abon-
» dance publique.
Il feroit inutile de faire ici l'éloge de la
Cause dont nous venons de donner l'Extrait .
Tout y eft conforme au plan d'éducation
qu'on fe propose ; le choix du Sujet , la maniere
dont on le traite , les principes de vertu
qu'on y établit , les conditions elevées
qu'on y met fur la Scene , les récompenses
décernées aux grands fervices rendus au Prince
2640 MERCURE DE FRANCE
ce & à l'Etat , tout cet affemblage eft des
plus propres à former le coeur & l'esprit des
jeunes Seigneurs , & à les piquer d'une noble
émulation . Nous fouscrivons avec plaifir
aux fuffrages publics qu'a mérités l'Auteur ;
il nous refte à dire un mot des cinq Concur
rens.
M. Pinon de Villemain parla pour le Guerrier
, avec toute la nobleffe & la fermeté
convenables à cette Profeffion.
M. de Beauffan exposa les droits de l'Honr.
me d'Etat , avec toute la fineffe & la dexterité
d'un habile Politique.
M. d'Augeard plaida au nom du Sur-Intendant
des Finances , d'une maniere aisée
naturelle & infinuante , qui plut beaucoup.
M. de Bartillat fit parler le Chefd'Escadre
avec une franchise & une liberté dignes d'un
grand Officier de Marine , & qui furent fort
aplaudies.
M. Farge: intervint pour le Confident vertueux
, avec un air de candeur & d'aimable
ingénuité , qui prévenoit en fa faveur.
M. du Puis de Marcé fit l'exposé de la
Cause , pesa les preuves , & prononça le Jugement
avec une gravité douce & gracieuse ,
qui avoit déja éclaté dans plus d'une occa
fion.
Le fuccès conftant d'un tel Exercice eft la
preuve inconteftable de fon utilité.
EGLOGUE
DECEMBRE: 1748 264
*******************
EGLOGUE SIMPOSIA QUE
L
E célébré Gregoire & l'alteré Lucas'
Un foir , au Cabaret fur la fin d'un repas ,
Tous deux fçavans dans l'art de chanter & de boire ,
Tout deux du premier rang fe difputoient la gloire .
Les mâles roulemens qui fortoient de leur creux ,
Réveilloient des caveaux les échos ténébreux ,
Et les tonneaux vuidés dans ces voûtes facrées
Répétoient des chanfons qu'ils avoient infpirées ,
Quand tout à coup Gregoire après un rouge bord,
Faifons , dit- il , Lucas , un genereux effort ;
Du commun des Bûveurs quittons le fot famage
De Bachus fur l'Amour qui n'a dit l'avantage ?
Hafardons-nous tous deux fur des fujets nouveaux ,
Et fi le coeur t'en dit , ofons chanter Lavaux :
Dans un & beau ſujet , qui manquera d'haleine ,
Aura fur lui la honte & l'écot pour La peine :
Tope , répond Lucas ; & fans plus balancer
Je bois , & je te fuis , tu n'as qu'à commencer.
Gregoire.
Comme on voit une treille à l'ormeau qu'elle embraffe
,
Ajouter par les fruits une nouvelle grace ,
Ainf
2642 MERCURE DE FRANCE
Ainfi le Grand Lavaux au milieu d'un repas
Des mets & du vin même augmente les apas .
Lucas.
Telle étoit des Bûveurs la troupe défolée ,"
Voyant ces jours paffés la vandange coulée ,
Telle elle fut encor , entendant le récit
Du cruel accident qui mit Lavaux au lit.
Gregoire.
O Bachus ! il fortoit d'un joyeux facrifice
Où l'on avoit tant bû pour te rendre propice ;
Qu'eft devenu le foin de ta Divinité ?
Lucas
O Bachus ! c'eft à toi que l'on doit la fanté
Son rétabliffement caufera plus de joye ,
Coûtera plus de vin que la Paix de Savoye.
Gregoire.
De quel air brava- t'il cette vive douleur ,
Puifque dans le moment qu'arriva le malheur ;'
Vente entendanr craquer fes os fur la pouffiere
Trompé , lui demandoit , eft - ce ta Tabatiere at
Lucas.
Mais quelle fermeté è quelle foi pour le vin ş
Quand voyant venir yvre à lui fon Medecin ;
Lorfque chacun pâlit , & s'opofe à la cure ,
Travaille ami , dit-il , ma guériſon eft sûre ,
Je reconnois en soi le célefte fecours ,
Ug
DECEMBRE. 1740. 2843
Un Dieu conduit ta main & prend ſoin de mes jours "
Gregoire.
Le Printemps promettoit une pleine abondance ,
Et les bleds & les ceps , notre douce eſperance ,
Se hâtoient à l'envi de croître & de fleurir ;
Et déja nos melons étoient prêts à meurir ;
Le Ciel en un inſtant a tout changé de face ,
Et pleure de Lavaux la funefte difgrace .
Lucas:
On voit dans la Nature un fecond changements
Les fégles font à bas , on coupe le froment ;
D'où vient cette chaleur fi fertile & fi douce ?
Ce qui refte de fruits fe maintient , & tout pouffe ;"
Le verjus plein de fuc femble croître à nos yeux ;
Bois rafade, Lucas , Lavanx fe porte mieux.
Gregoire.
Meuriffez , doux Mufcats, croiffez belle vandange ,
Sans crainte que l'Abeille ou laGuefpe vous manges
Vous irez au preffoir fans courir de haſard ;
La Jambe de Lavaux doit fouler votre mard.
Lucas.
Freffoir de Chalandré , quelle immortelle gloire
Te va rendre à jamais célébre dans l'Hiftoire !
Tu foutiendras bien tôt un Trophée orgueilleux ;
Quel objet de refpect aux Bûveurs nos neveux ,
Qui verront fur ton arbre à deux vieilles chevilles
Pendre
1844 MERCURE DE FRANCE
Pendre du grand Lavaux les fameuſes Bequilles !
Gregoire.
Ò Vin ! qui fis Poëte autrefois Saint Amant ,
Infpire-moi des vers pour un tel monument.
Lucas.
O Bouteille ! aujourd'hui l'Helicón de Liniere ,
Un quatrain feulement , & je te fable entiere .
Gregoire.
Lavaux à la Pofterité
Confacre ici fon équipagé ,
Pour un éternel témoignage
Qu'il ne doit qu'au vin fa fante
Lucas
Prenez part au deftin de cet heureux Preffoir
Coulez , doux jus de la vendange;
La vertu du trophée en Champagne vous change ,
Et fupplée à votre Terroir.
Gregoire.
Lucas, cette matiere eft trop vafte & trop belle
Et déja Lucifer fait pâlir la Chandelle ,
Déja tout le réveille & frémit dans Paris ,
Des vendeurs d'Eau-de-Vie entends par tout les cris,
Vois aller en convois les Pois verds à la Halle.
Puifqu'entre nous encor la balance eft égale ,
Comptons, le jour nous chaffe & demain fitu veur;
A la fin du fouper recommençons tous deux.
DE
DECEMBRE.
1740 2648
めの
DE L'ORIGINE & de l'utilité des Chanfons
particulierement des Vaudevilles. Par
M. Beneton- de- Morange- de-Peyrins.
, ANS tous les tems & chés tous les
Peuples , on a eû l'ufage de certaines
Piéces de Poëfies Lyriques , de differen
noms , propres à louer , ou à blâmer les actions
des perfonnes qui ont parû avec écat
fur le Théâtre du monde . is.
Les hommes ont chanté , prefqu'auffi - tôt
qu'ils ont parlé ; quand des réflexions trèsfimples
ne leur auroient pas laiffé apercevoir
que les organes de la voix étoient fufceptibles
de differens fons , le chant des oiſeaux
' auroit pû fuffire à leur donner envie d'imiter
ces petites créatures fi avantageufement pour
vûes d'une admirable flexibilité de gofier.
Dès que les hommes ont fçû chanter
avec quelque méthode , c'eft dans les Prierës
adreffées à la Divinité qu'ils ont fait ufage de
cette capacité ; on a crû mieux honorer les
Dieux en mettant les Prieres qu'on leur adref
foit , fur des tons harmonieux . C'est donc à
l'occafion de la Religion, que l'Art du Chant
s'eft perfectionné , & c'eft de- là que la Mufique
a tiré fon origine.
Les
2646 MERCURE DE FRANCE
Les premiers Actes de Religion furent deş
facrifices accompagnés d'Odes, ou d'Hymnes,
chantés par des Chours.
>
*
Les Payens , & particulierement les Grecs ,
reconnoiffoient deux fortes de Dieux , ceux
du Ciel , & ceux qui avoient été hommes ;
les Hymnes pour les premiers , étoient des re
mercîmens , & les Hymnes pourles feconds
étoient fimplement des Panegyriques.
,
Les Actes de Religion , dont l'objet n'étoit
que de faire connoître les vertus des homimes
Déïfiés , donnerent occafion aux premiers
Philofophes , qui étoient auffi Poëtes
de mettre en Chants les maximes qu'ils
croyoient propres à exciter les hommes à la
vertu , & à réprimer les vices ; ils débitoient
en public leur Morale Lyrique, & celui d'entre
eux qui réüffiffoit le mieux à faire goûter
la fienne , recevoit pour récompenfe un
Mouton , une Chévre, ou une Peau de Bouc,
pleine de vin ; tel étoit le prix ordinaire des
inftructions , & ces inftructions donnerent
naiffance à ce qui fut apellé Tragédie , du
nom de la chofe qui étoit donnée pour Prix à
chacun de ces Actes.
Je viens de faire regarder comme des efpeces
de Panegyriques les Chants en faveur
des Héros Déifiés ; ils en étoient en effet ,
puifque chaque Chant inftruifoit des actions
Loüiables qu'avoit faites le Héros pour qui il
étoit
DECEMBRE. 1740 2647
étoit
propre , mais comme
dans l'Hiftoire
de ces Heros
, toûjours
flatée , il étoit ajfé
d'apercevoir
malgré
la flaterie
, qu'il y avoit
cû de l'homme
en eux , c'est-à- dire , des
chofes
dignes
de blâme dans ce qu'ils avoient
fait pendant
leur vie , on introduifoit
fur la
Scéne
pour
interlocuteurs
, & après l'Hymne
de louange
chantée
par les Choeurs
, d'autres
Chantres
: Ceux-ci , que je nommerai
Chantres
Controverfiftes
, avoient
pour fonctions
,
toujours
en récit chantant
, les uns de devenir
les Défenfeurs
de ce que les autres pouvoient
dire en forme de Glofe contre
le Héros
Déïfié ; ce que difoient
les premiers
de
ces Chantres
, tendoit
à porter
l'affemblée
à honorer
le Héros
dont il étoit queſtion
& à l'imiter
dans fa conduite
; & le difcours
des Chantres
Glofateurs
, étoit pour
porter
la même
affemblée
à éviter ce qui paroiffoit
de repréhenfible
dans la vie de ce
Héros.
Les premieres Tragédies contenoient donc
deux parties , l'Hiftorique & la Critique ,
renfermées en une feule action , Dans la fuite,
l'action fut féparée en deux , la premiere à
laquelle les Choeurs refterent joints , conferva
le nom de Tragédie , & la feconde qui ne
renfermoit plus que la correction des moeurs,
prit le nom de Comédie : de la Comédie nâqui
la Satyre , parce qu'il eft impoffible de
repréſenter
2648 MERCURE DE FRANCE
repréfenter des défauts fans donner des
exemples & fans faire des portraits ; & on
apella des Satyres les difcours propres à relever
les hommes des fautes dans lesquelles ils
tomboient.
On a diftingué dans tous les tems deux
fortes de Satyres , l'une eft une judicieuſe
Critique , qui fera toûjours permiſe & utile ,
tant pour la correction des moeurs, que pour
rectifier l'Hiftoire dont elle eft comme le
Aambeau d'autre partie de la Satyre eft une
Critique mordante, & par conféquent moins
permife , puifqu'elle ne reprend qu'en attaquant
la réputation , & n'a fouvent pour fondement
que l'impofture & le menfange.
Quant à l'Etymologie du nom de Satyre ,
quelques- uns prétendent la tirer du mot Latin
Satur , dont on a fait Satura , & ensuite
Satyre ; je le ferois plutôt venir de l'ancien
mot Grec Sathinn , fait pour défigner ce qui
avoit été Déïfié fous le nom de Priape , &
qui fervit ensuite à dénommer les Demi-
Dieux, habitans des Forêts, Compagnons de
Pan , des Sylvains & des Faunes ; les Satyres
étoient les fymboles de cette verve échauffée
qui caractérise à la fois & le libertinage &
la causticité qui fe trouvent dans les Ecrits
licencieux .
La Satyre a été plus ou moins du goût des
anciens Peuples , à proportion de leur génie ;
ce
DECEMBRE. 1749 . 2645
ce font les Peuples les plus policés qui en
ont fait le plus d'usage ; c'eſt à tort qu'Horace
& Quintilien ont avancé que cette espece
de Poëfie n'a pas été connue des Grecs : quam
rudis & Gracis intacti carminis Auctor , dit le
premier ( Sat.X. L. I. ) Satyra quidem tota nostra
eft, dit le fecond ( L. X. C. I. ) il eſt ſeulement
vrai que les Romains ont eû en ce genre
plus d'Ecrivains que les Grecs , mais ces
derniers étant conftamment les Inventeurs
de la Comédie,il eft impoffible qu'ils n'ayent
fait usage de la Satyre , & qu'ils n'ayent eû
des Piéces dans ce goût. Les Philippiques de
Démofthene , qui fournirent à Ciceron l'idée
d'un femblable Ouvrage , & les Cyclopes
d'Euripide , peuvent en être un commencement
de preuve.
M. Juvenel de Carlencas , qui vient de
donner un ouvrage fur l'origine des Sciences
& des Arts , imprimé à Lyon en cette même
année , & qui ma cité à l'occafion de mon
Eloge de la Chaffe , s'eft laiffé prévenir par
Horace : Voici ce qu'il dit fur cette forte de
Poëme , la Satyre inftruit agréablement , en
décréditant le vice d une maniere vive , plaifante
& variée ; c'est un Poëme que les Grecs
n'ont jamais tenté, quoique leurs anciens Comiques
en ayent donné l'idée aux Romains. Lucilius
, contemporain de Terence, eft le premier
qui ait écrit des Satyres ; comme il s'étoit formé
I. Vol. E
Sur
2650 MERCURE DE FRANCE
fur Ariftophane , il prit de ce Poëte affés d'agrément
de délicateffe , mais plein de fon
modéle , il laiffa couler dans fes écrits quantité
de mots Grecs : Je ne fuis pas de ce fentiment,
les Grecs eûrent des Chanfons fatyriques
les Romains en firent auffi , & les François
n'ont pas été des derniers entre les Peuples
modernes , qui ont fait ufage de la Satyre , à
imiter les anciens qui leur en ont donné l'exemple.
Quant à l'efpece de Chanfon , dont j'entreprends
dans cet ouvrage de démontrer l'u.
tilité , je n'admets cette utilité , qu'en tant
que le Vaudeville reftera dans le genre critique
, dans la Satyre qui ne frapera que le
vrai , & n'entrera point dans le Satyrique impofteur
; en ne fortant point de la place que
je lui affigne , je lui conferve le droit qu'il
doit avoir , de dire des verités ; il eſt vrai que
ces verités font fouvent défagréables pour
ceux qu'elles regardent , mais après tout , le
general des hommes peut- il être fâché que
ceux d'entre eux qui méritent d'être repris ,
le foient ? Il faut donc laiffer aller la Chanfonnette
fon petit chemin , quand elle ne fert
qu'à corriger les moeurs en riant , & ne la
profcrire que quand elle attaque la Religion,
le Gouvernement , ou qu'elle fe rend l'apologifte
des Palfions vicieuſes.
Les François ont apellé Chanfons , ce que
les
DECEMBRE: 1740. 2651
Latins apelloient Carmina & Cantica , c'eſtà-
dire , toutes fortes de Poëfies faites pour
être chantées ; notre Vaudeville fait auffi
pour être chanté par la Populace , eft pour
cette raifon vulgairement apellé Chanfon des
ruës ; il eft la Cantilina di trivio des Italiens.
Quant àfon origine, c'eft chés nous qu'il l'aura
prife , fi on en croit Defpreux. Le François
né malin forma le Vaudeville Art Poët.
Mènage prétend ( d'après les Auteurs qu'il
a fuivi que cette Poëfie triviale nous vient
de Vire en Normandie, & que du Lieu de
fa naiffance elle fut nommée Vau-de- Vire
comme qui diroit Nouvelle - de - Vire ou imitation
de chofe venuë de Vire.
**
Le Vaudeville nous vient d'Efpagne , ainſi
que la Paffe caille ou la Paffe rue; les Efpagnols
par ce dernier terme voulurent exprimer
une Chanfon vulgaire de Ville , faite
pour courir les ruës , en opofition de leur
Villanelle ou Villageoife ; nous , en imitation
de la Paffe- rue des Efpagnols , nous avons fair
de même notre Vaudeville par opofition à
notre Gavotte ; ce qui doit confirmer ce que
j'avance , c'eft que le Vaudeville n'a été commun
parmi nous , que depuis François I.
tems où nous avons commencé à reprendre ,
l'ancienne relation que nous avions eûe avec
* Voyez cette Etymologie plus exactement raportée
daris le Mercure de Decembre 1728. pag. 2644 .
E ij l'Espagne ,
2652 MERCURE DE FRANCE
J'Espagne , & qui n'avoit ceffé qu'à caufe de
nos longues Guerres contre les Anglois.
,
Qu'il me soit encore permis de dire , que
l'ufage de la Satyre renfermé dans les bornes
du raifonnable & du vrai , ne peut être que
bon ; les perfonnes de tous Etats , tant celles
que la Naiffance ou les Dignités élevent
que celles qui font pour ainfi dire ifolées ,
ont befoin de quelque chofe qui les tienne
continuellement en garde contre le mauvais
ufage que les unes pourroient faire de leur
autorité , & les autres de leur loifir ; il faut
regarder comme un bien , ce qui peut empêcher
que nous ne fuccombions fous nos
foibleffes ; la Louange eft un éguillon qui excite
à la Vertu ; la Critique eft un frein qui
arrête ; l'homme prudent doit craindre de
devenir l'objet de l'un de ces portraits frapans
qu'offre la Satyre , & s'il ne dépend pas
de lui d'avoir autant de cette crainte qu'il
feroit neceffaire pour pouvoir fe corriger enrierement
& éviter d'être ainfi dépeint , il en
doit avoir au moins affés pour être plus refervé
fur fa conduite.
Ce n'eft que par des Ouvrages Satyriques
de l'Antiquité parvenus jufques à nous , que
nous fçavons plus au vrai quels ont été interieurement
les Perfonnages qui ont figuré
dans le monde ; on a dans Suétone les caracteres
des premiers Céfars ; Ovide & Horace
>
DECEMBRE.
1740 2653
•
face , Perfe & Juvenal , font connoître les
moeurs de leur tems ; ne ferions- nous pas privés
de la connoiffance d'une infinité d'Anecdotes
intereffantes pour notre Hiftoire fans
les Ouvrages de nos Anciens Chanfonniers ,
lefquels ont commencé fous Philipe Augulte
, & fans ceux de nos Troubadours ,
Provençaux , par raport aux Vau- de- villes
feulement ? Si on avoit eû le foin de recueillir
tous ceux qui ont été faits depuis que cette
efpece de Chanfon eft en ufage , combien
n auroit -on pas par ce moyen de portraits
plus fidéles des perfonnes dont l'Hiftoire
nous a transmis les actions , & combien ferions-
nous mieux en état de juger par ces
portraits , plus que par l'Hiftoire , du mérite
de ceux que nous regardons , peut - être fauffement
, comme de Grands Hommes ? Un
pareil recueil de Vaudevilles choifis , feroit
dès -à - prefent un Monument précieux , où un
Hiftorien , qui voudroit écrire avec fincerité,
trouveroit de quoi fe fatisfaire ; les Vau-devilles
ne font pas toûjours des Satyres exagerées
; ils difent fouvent de bonnes verités
rimées ; s'ils n'épargnent perfonne & fi depuis
le premier Noble , jufques au dernier
Artifan , tout homme réprehenfible en doit
craindre l'attaque , le petit mal qu'ils peuvent
faire eft bien compenfé par le bien réel
qu'ils aportent en réprimant les vices capi-,
È iij
taux
2654 MERCURE DE FRANCE
taux, tels que l'amour defordonné, le vin , le
jeu , l'hypocrific , l'ignorance , la mauvaiſe
foi , la poltronnerie , l'arrogance , & c. De
quels vices la Terre ne feroit - elle pas inondée
, fi ceux qui y font enclins , & qui ont
des mefures à garder , n'aprehendoient d'être
chanfonnés : Que de Gens démafqués
par des chanfons ? l'une aprend le peu
de capacité
d'un homme de Cabinet, à qui la Renommée
prodigue mal- à - propos des louanges
; une autre aprend qu'un homme de
Guerre ne mérite pas la réputation qu'une
Hiftoire flateufe lui donne ; fans la chanſonnette
critique , la Pofterité ignoreroit qu'un
Général qui a fçû fauffement fe faire honneur
à lui feul du gain d'une Bataille , doit
ce gain uniquement , ou au hafard , ou au
courage de fes foldats , ou à l'habileté de
quelque Officier , lequel a agi de fa tête , &
non de celle de fon General.:
Sans la Chanfonnette on ignoreroit encore
qu'un homme que l'on croît très -régulier
dans fa conduite eft tout autre que ce qu'il
paroît ; qu'un Magiftrat a vendu la juftice ;
que quelqu'un chargé d'une grande entrepriſe
en doit le confeil & la conduite de ce qui en
a fait le fuccès , à des gens d'un efprit fuperieur
, dont les noms reſteroient dans un oubli
éternel fans le petit flambeau dont il eft
ici queftion ; enfin la Chanfonnette peut faire
rentrer
DECEMBRE.
1740. 2655
rentrer dans leur ſphere le Bourgeois ridicule
, la Coquette altiere , & certains Efprits
fougueux & turbulens qui , quoique réduits
à la vie civile , trouveroient les moyens de
troubler la focieté , fans la crainte de n'avoir
pas les rieurs de leur côté.
8
2
J'ai dit que c'étoit dans les Fêtes de Religion
qu'avoient pris leur origine , tant les
Piéces de Poëfies Hiftoriques , que celles de
Poëfies Morales , & que de ces dernieres vinrent
les Pocfies Satyriques ; ainfi , outre les
Poëmes qui ne regardoient que les Dieux
l'Antiquité eut encore l'ufage des Chanfons ,
propres à relever & à mettre au jour les actions
vertueufes des particuliers , & des Chanfons
propres à ridiculifer les vices d'autres
particuliers ; les gens de tous Etats pouvoient
devenir des objets d'écrits de louanges , ou
d'écrits Satyriques , fuivant leurs differens mérites
; c'étoit par des Piéces apellées Paranym
phes , inventés d'abord pour entrer dans le
Cérémonial des Nôces, que l'on eut le moyen
de critiquer ; les Ecclefiaftiques adopterent
enfuite ces fortes de Piéces , pour s'en fervir
aux mêmes fins , & les Paranymphes font encore
en ufage dans nos Univerfités.
Il y avoit d'autres Piéces qui attaquoient la
conduite des Magiftrats Publics. Nous en
confervons quelque chofe dans les Mercuriales
qui fe font aux rentrées des Parlemens,
E iiij Les
-
31
2656 MERCURE DE FRANCE
Les Généraux d'Armées , qui par de maut .
vaifes manoeuvres méritoient d'être chanfonnés
, ne manquoient pas de l'être ; on
trouve dans le feptiéme livre de Denis d'Haficarnaffe
l'origine des Satyres mordantes
des Soldats contre leurs Officiers ; les Guer
riers ont naturellement l'efprit railleur ; l'oifiveté
où ils font fouvent , leur donne le
moyen plus qu'à des gens de tous autres Etats,
de s'exercer fur ce qui eft de leur goût ;
il est même à propos que des hommes qui
ne doivent la sûreté de leurs jours qu'au Génie
, & à l'humeur de ceux qui les commandent
, foient alertes à relever les fotifes que
peuvent faire ces Commandans ; un Général
qui craint que fes fautes ne foient ridiculifées
, fe tient mieux en garde pour n'en
point commettre ; les fautes commiſes dans
la conduite d'une Armée font bien plûtôt
aperçûës par le Public , que celles qui fe font
dans le Confeil d'un Souverain ; une manoeuvre
de Guerre fe montre tôt ou tard à découvert
, trop de perfonnes y ont part pour
que le fin n'en foit pas fçû ; il en eft tout le
contraire d'une manoeuvre de Cabinet ; delà
les Chanfons critiques ont toûjours été bien
plus communes parmi les Gens de Guerre ,
que parmi les Gens des autres conditions .
Les Grecs étoient grands faifeurs de Chan
fons , tant contre ceux qui les gouvernoient,
que
DECEMBRE.
1740. 2657
que contre ceux qui les conduifoient à la
Guerre.; un Général Grec , étoit fi bien
éclairé , que fouvent, pour une faute fi légere ,
qu'un General Romain , n'auroit pas été pri
vé pour cela du Triomphe , il fe trouvoit accablé
de bons mots Satyriques ; Polybe en
offre plufieurs exemples ; j'ai fait voir dans
mon Traité des Marques Nationales , que
les anciens Guerriers mettoient fur leurs ar
mures des figures qui fervoient à les faire reconnoître
dans les Combats ' ; un Capitaine
Athénien , dont ma memoire ne me fournit
pas le nom , étant raillé de ce qu'il n'avoit
mis qu'une mouche fur fon bouclier , à deffein
(lui difoit- on ) de refter mieux confondu
dans la foule , & de n'être point reconnu
comme un Chef par les Ennemis , fit ceffer
la raillerie en difant qu'au contraire fon intention
étoit en prenant une auffi petite marque
de s'aprocher fi près de l'Ennemi , que fa
mouche deviendroit très- vifible ,
>
Philipe!, Roy de Macedoine , ayant perdu
une Bataille dans la Theffalie, le Poëte Alcée
fit une Chanfon Satyrique contre le Roy
qui ne prit point d'autre vengeance que de
répondre par une autre Chanfon ; les Soldats
Romains étoient dans l'ufage de chanter des
Chanfons de dérifion contre leurs Géneraux,
foit que ces Généraux fuffent vainqueurs, ou
vaincus ; on fçait que la premiere récompen
E v fe
2658 MERCURE DE FRANCE
fe d'un Général Romain qui avoit gagné une
Bataille , étoit d'entrer en Triomphe dans
Rome au retour de fon Expedition ; cette
entrée fe faifoit avec une pompe extraordinaire,
cependant au milieu des acclamations
du Peuple , les Soldats victorieux qui fuivoient
celui qui les avoit fait vaincre , en
exaltant les hauts faits de leur Général , y
mêloient fouvent la Satyre , & lui reprochoient
fes défauts On aprend chés Plutarque
dans la vie de Camille , que ce Dictateur, l'un
des plus grands Capitaines de l'ancienne Rome
, ne fut pas épargné dans fon Triomphe ;
jufques aux quatre chevaux blancs qui tiroient
fon Char , tout fournit matiere aux
Soldats licencieux , pour faire connoître que
la conduite de leur Général n'étoit pas irréprochable.
Si toutes les Piéces Satyriques faites par les
Soldats Romains contre leurs Généraux
avoient mérité de parvenir jufques à nous
on auroit dequoi s'étonner en voyant juf
qu'où la licence étoit portée fur ce point- là.
Céfar de retour à Rome & triomphant, pour
avoir vaincu les Gaulois , ne fut point attaqué
fur fes faits Militaires ,la Critique auroit eû peu
de chofe à mordre de ce côté -là, mais il le fût
fur les foibleffes de fa vie, & même fur fes défauts
corporels , on lui reprocha , au raport
de Suetone , fon avarice & fon temperemment
DECEMBRE . 1740. 2659
ment amoureux . Les Soldats par leurs Chane
fons convioient le Peuple Romain au fpectacle
du Triomphe de leur Général , venez ,
difoient-ils dans leurs Chants , venez voir un
Victorieux qui n'a pas fon pareil , mais auparavant
renfermez vos femmes , tenez lesfous l'a
clef,fi vous pensez qu'elles en valent la peine ;
en vous amenant des Gaules le plus grand Capitaine
du monde , nous vous amenons auffi le
plus grand paillard de la Terre , s'il est chauve
, le mal n'eft pas grand , fa tête eft fi bien
couverte de Lauriers, qu'il ne paroît rien defa
difgrace , & fa bourfe eft fi bien remplie de l'or
des Gaulois qu'il a pillés, que nous avons tout
lieu d'efperer d'être contents de ui , s'il fe plaît
autant à donner qu'à prendre.
#
Si à propos de ces difcours Satyriques ,
qu'un Géneral étoit obligé d'entendre , & de
fouffrir le jour de fon Triomphe , on fait at
tention à une autre Cérémonie d'ufage dans
les Pompes de cette efpece , on conviendra
qu'un Triomphateur ne devoit pas jouir de
fa gloire dans une fituation parfaitement
tranquille ; il fembloit qu'on cherchoit à le
mortifier , & à l'humilier dans le jour de fa
vie le plus brillant , pendant que ce Général
porté ſur un fuperbe Char , traverfoit la Ville
& alloit au Capitole , fuivi d'une Armée de
vainqueurs & de vaincus , ( ces derniers enchaînés
, ) & que précédé d'Inftrumens dont
E vj
Pair
2660 MERCURE DE FRANCE
› l'air rétentiffoit , il étoit environné d'une
troupe de Héraults qui annonçoient fes hauts
faits ; l'ufage plaçoit derriere ce Général , &
fur fon même Char l'un de ces Héraults ;
pour lui répéter de fois à autre tant que du-
Toit l'action, ces mots. Refpice poft- te . Hominem
memento- te,&c.L'objet de cette humilianteFormule,
étoit de faire reffouvenir celui à qui elle
étoit adreffée ; qu'il ne devoit point s'enyvrer
de fa profperité , qu'étant homme & fujet à
l'inconftance de la fortune , il ne devoit point
diſcontinuer à tâcher de la fixer par la pratique
de la Vertu , &c.
Après avoir combattu les fentimens des
Auteurs qui ont avancé que les Grecs n'ont
point fait ufage de la Satyre , il ne me refte
plus qu'à fixer le tems à peu - près où ces
Grecs ont commencé à avoir des Chanfons
de l'efpece qui peut fe raporter à nos Vaudevilles.
Thefpis reconnu unanimement pour le premier
Acteur Comique , doit auffi être regardé
comme l'Inventeur de l'action, apellée par
les Latins Ludus Mimicus , & par nous apellée
Farce , aaccttiioonn qui doit fe mettre au- deffous
de la Comédie , tant par la baſſeſſe de
fentiment qui en fait le fujet , que par la
bouffonerie dont ce fujet eft toûjours accompagné.
›
Les Eleves de Thefpis alloient de Ville en
Ville
DECEMBRE. 1740 2664
Ville ( le vifage barbouillé , ou couvert do
feuilles débiter les ;) Chanfons que leur fourniffoit
la Critique fcandaleufe ; voilà quelle
fut l'origine de ces fortes de Chanfons.
A l'égard des Romains , ce fut à l'occafion
des Jeux apellés Fefceniens , qu'on chanta de
femblables Chanfons ; la Nation des Ofques
fit voir à l'Italie les premiers Farceurs ; ces
Comédiens , ou plûtôt Baladins , montés fur
des Chariots , à l'exemple des Difciples de
Thefpis , fe promenoient dans les rues de
Rome , & chantoient les Poëfies qui leur
étoient fournies par les efprits Satyriques ,
ces Scénes badines furent pouffées fi loin, &
devinrent fi licencieuſes , que perfonne ne fe
trouvant plus à couvert des traits de la médifance
, les Magiftrats furent obligés de les
défendre .
La France a eûr de ces fortes de bas Comédiens,
dès le onzième ſiècle , ils fe nommoient
Hiftrions , & les Cenfures dont l'Eglife les
notoit de tems en tems , eft la preuve qu'ils
peuvent être regardés comme les premiers
qui mirent le Public dans le goût des Chanfons
Critiques ; ces Hiftrions montés ſur de
petits Théâtres dreffés dans les Places des
Villes , y repréfentoient des Scénes de la come
pofition des Poëtes du tems ; & ils entremêloient
ces Scénes de Chanfons qui furent
apellées Vaudevilles , à caufe du lieu où elles
fe chantoient.
2662 MERCURE DE FRANCE
IMITATION de l'Ode XI . d'Horace .
Tu neQuæfieris , &c.
L Euconoć ma bonne amie ,
Vous & moi ne recherchons pas
Combien durera notre vie ,
Ni quand viendra notre trépas.
*
Il fuffit que les Dieux le fçachent ;
Gardons-nous de vouloir entser
Dans un myftere qu'ils nous cachent ;
Et qu'eux feuls peuvent pénétrer.
Envain pour vous tenir en garde
Contre les arrêts des Deftins ,
Sur ce que Jupiter vous garde
Confulteriez - vous les Devins.
*
Qu'il prolonge votre carriere
Ou qu'il veuille abreger vos jours ,
Aprenez de moi la maniere
De bien mettre à profit leur cours.
Büvez
DECEMBRE.
1740. 2663
Bûvez du bop , faites bombance ;
Sur l'avenir , à peu de tems
Sachez borner votre eſperance
Et menagez tous vos inſtans .
Le tems , ainfi que ma parole ,
Toujours va fon rapide train ,
Le voyez- vous comme il s'envole
Doutez qu'il revienne demain.
DISSERTATIO N sur les Oiseaux de
Passage , les Hirondelles , &c. apuyée sur
des Observations exactement continuées pendant
plusieurs années , avec des conjectures
raprochées aufimple & au vrai-semblable.
Par M. Carré .
L
E Phénomene que j'entreprends d'expliquer
, quoiqu'auffi ancien que la Création,
donne chaque jour occafion à des conjectures
frivoles. Tel eft le Syftême dont il
fe trouve un Extrait dans le Mercure du mois
d'Octobre 1737. page 2145. L'Auteur fait
paffer dans la Lune les Oiseaux qui nous
quittent en Septembre & Octobre ; ce Syftême
fingulier ne paroît imaginé que pour entre
2664 MERCURE DE FRANCE
tretenir les Partisans du merveilleux dans.
leurs erreurs, & en imposer aux ignorans, ou
aux amateurs du prodige.
Cet Auteur fronde fon Syftême avec raison,
mais il ne nous communique aucune folution
, pour déterminer ce que nous devons
croire ou rejetter d'un Phénomene , qui fe
réïtere deux fois chaque année. Me fera - t'il
permis d'effayer de fupléer à fon filence ?
Rien de plus fimple que les moyens que
Dieu a employés pour varier cette admirable
perspective , composée de Cieux , de Terres
& d'Eaux , habitée par un nombre' prodigieux
d'Animaux de figures & d'especes diferentes
, dont les organes & les inclinations
fe reffemblent fi peu .
Aucun Oiseau n'a jamais habité la Lune ;
du moins ceux qui peuplent la Terre que
nous habitons ; ils remontent tous au contraire,
directement vers le Soleil, c'est- à- dire
vers le Midi , excepté un très- petit nombre
d'especes, telles que le Corbeau , la Corneille
, la Pie, le Pigeon , la Perdrix , le Moineau
franc , le Hibou , la Chouette & la Chauve-
Souris . Ces trois dernieres especes paffent
l'hyver dans un fommel lethargique , ainfi
que le Rat-Loire , & les Reptiles . Tous les
autres Oiseaux font de paffage pour nous.
Lorsque les Oiseaux , qui ne vivent que de
Vermiffeaux , de petits Insectes volans &
rampans
DECEMBRE. 1740. 2665
fampans, qui fe trouvent fous la mouffe,fous
les écorces des groffes Plantes ; & de Reptiles
ou de Graines , repaffent du Midi vers
nous; les Oiseaux Aquatiques, dont les principaux
alimens fe trouvent dans les Eaux &
les Bourbiers , fe retirent vers le Nord , dont
l'air frais & humide pendant la belle faison
leur convient.
Dès le 15. Mars , on voit des Hirondelles
dans le Haut- Languedoc, en très - petit nombre
, couple par couple ; elles ne font que
paffer en descendant vers le Nord ; elles continuënt
d'arriver jusqu'au commencement de
Mai. J'en ai vû arriver de groffes troupes en
Avril.
L'Hirondelle revient toujours au même
Lieu où elle eft née. J'en ai vû en diférens
tems , qui voloient , ayant un brin de nompareille
à leur patte , & des gens dignes de foi
m'ont assûré que c'étoit la feconde , la troifiéme
& la quatrième année qu'elles paroissoient
au même Lieu où on leur avoit attaché
cette marque dans leur nid , qu'elles pla- .
quent contre une Poutre , un Soliveau , ou
fous la Saillie des Toits & des Cheminées ,
& autres Lieux couverts & chauds , hors de
la portée des Rats & des Souris .
Il y a des Pays où on les mange. On voit
dans les rues à Toulouse des paquets d'Oiseaux
qu'on vend par douzaines en Octobre
&
2666 MERCURE DE FRANCE
& au commencement de Novembre , composés
d'Alouettes , de Linots , de Chardonnerets
, de Pinçons & d'Hirondelles .
La conduite invariable qu'elles tiennent
pour paffer fucceffivement d'Europe en Afrique
, doit convaincre qu'elles exécutent
ponctuellement les Loix que leur inſtinct
leur prescrit. On pourroit conjecturer que
c'eft le mauvais tems ou la diminution de
leur nourriture , qui les chaffe . Voici un fait
affés remarquable. J'étois en 1734. à Lavaur,
Ville fituée entre Montauban , Toulou e , Albi
, Caftres & Caftelnaudari. L'Eté fut variable
; vers le 15. Août , le tems devint ferein
& très- chaud , cette férenité & cette chaleur
fe foûtinrent jusqu'à la fin de Septembre ;
les Hirondelles qui peuplent cette Ville &
une étendue de la Contrée , s'en allerent au
commencement de Septembre ; de là j'ai
conclu que quelque tems qu'il faffe , rien ne
peut differer leur départ.
L'ordre qu'elles observent dans leur transmigration
, vient de leur inftinct. Il y a lieu
de croire qu'elles connoiffent les Détro.ts de
Mer qu'elles doivent traverser , & l'on a observé
que celles qui peuplent les Provinces
Méridionales , partent les premieres pour
l'Afrique. Le Pere Loyer , Préfet Apoftolique
des Miffions , assûre dans fa Relation du
Royaume d'Iffini , Côte de la Guinée , que
depuis
DECEMBRE . 1740 2667
depuis le mois d'Octobre jusqu'en Mars , on
y voit une multitude infinie d'Hirondelles
qui ne multiplient point dans ce Pays - là .
Les Hirondelles qui font plus avancées
dans le Royaume , partent fucceffivement &
fuivent de près celles qui ont quitté les Provinces
Méridionales , auxquelles elles fuccedent.
Celles qui peuplent le fond du Nord ,
n'arrivent dans les Provinces Méridionales ,
que vers la fin d'Octobre & au commencement
de Novembre , environ deux mois
après le départ des premieres.
>
On a remarqué que le besoin de manger
& de fe reposer , leur fait faire diverses ftations
, que leur trajet , qui dure environ deux
mois , fe fait par troupes , & que celles des
Contrées Méridionales d'Europe les ayant
précedées , vont les attendre en Afrique , où
elles arrivent par bandes , observant toujours
les mêmes ftations pour ſe reposer & pour
repaître. On a auffi remarqué qu'elles n'arrivent
qu'à la chûte du jour aux endroits où
elles doivent paffer la nuit , d'où elles prennent
leur vol dès la pointe du jour , chaque
bande ayant fon guide qui vole à la tête de
la troupe , lequel s'arrête dans les matinées
trop fraîches , pour attendre que le Soleil fe
leve & échauffe l'air. Ces Oiseaux ne fe pershent
que fur des arbres dépouillés de leurs
feuilles
2668 MERCURE DE FRANCE:
feuilles , fur des murs , des ruines ou habita
tions couvertes de chaume. Le moment du
départ eft marqué par un cri du Chef
qui eſt à la tête , & toutes les Hirondelles
fuivent.
Celles qui remontent du fond du Nord ;
pour paffer les dernieres en Afrique , en occupent
les Parties Septentrionales , pour repaffer
les premieres en Europe vers la fin de
Mars , & celles qui font le plus au Midi de
la Guinée , fuivent fucceffivement, pour arri
ver dans nos Provinces Méridionales en Mai;
elles les abandonnent au commencement de
Septembre. Quand elles ont un grand trajet
de Mer à faire , ainfi que tous les autres Oiseaux
, elles volent fi haut , qu'il eft presque
impoffible de les apercevoir fans Lunettes
d'aproche .
A l'égard des Cigognes , elles quittent vers
la fin d'Octobre le Nord , l'Allemagne , la
Hollande & la Flandre ; elles partent en
troupes comme les Hirondelles, pour gagner
le Midi. On fait que la Cigogne fait fes petits
en Europe , & qu'elle ne vit que de Reptiles
, dont les Terres marécageuses fourmillent.
En allant vers la Mer , elles cotoyent
les Rivieres qui viennent & qui coulent au
Midi , comme la Loire , le Rhône & la Garonne
. On a remarqué qu'elles fe divisent
par troupes. J'en ai vû paffer dans le Haut-
Languedoc
DECEMBRE. 1740; 2669
Languedoc de très - petites bandes de 6. de 8 .
& de 10, le long des Rivieres , & lorſque
ces Rivieres fe détournent , les Cigognes les
quittent , pour continuer la ligne de direction
qui doit les mener à l'endroit où elles
veulent aller.
J :
ELOGE DU SEJOUR CHAMPESTRE,
S Ejonr chéri des Cieux , Campagnes fortunées ¸
Où sur un fuseau d'or l'Innocence & la Paix
Ont pris soin de filer mes premieres années ,
Ne vous reverrai - je jamais ?
Dans le sein des Cités les soucis & les peines
Répandent leur venin sur les plus doux loisirs ;
C'est à l'ombre des Bois , c'est au bord des Fon
taines ,
Que résident les vrais plaisirs.
L'altiere ambition , l'interêt , l'injustice ,
Ne donnerent jamais la Loi dans nos Hameaux
Si l'on a quelquefois recours à l'artifice ,
Ce n'est que contre les Oiseaux .
Auffi n'y voit -on pas , chassé par l'imposture ,
L'Orphelin , de ses cris fatiguer les Echos ;
2670 MERCURE DE FRANCE
Il ne s'y fit jamais entendre de murmure ,
Si ce n'est celui des Ruisseaux.
Paris, ne vante point la voix de ces Syrenes ,
Dont le Fils de Vénus anime les accens ;
Philomele, en chantant ses amours & ses peines ,
Forme des accords plus touchans .
Les Spectacles pompeux qu'on étale à ta vûë ,
Ces chef- d'oeuvres de l'Art ne charment point mes
yeux ;
Les Rives de la Marne , en leur vaste étenduë ,
M'en offrent de plus gracieux.
Ici , c'est un Ruisseau tombant d'une coline,
Qui roule entre des fleurs le cristal de ses Eaux ;
A ses divers détours , je juge qu'il s'obstine
A rester dans des Lieux si beaux.
Là , des Hêtres touffus , qu'a plantés la Nature ,
Couronnent un Vallon , retraite du repos ,
Où toujours les Zéphirs unissent leur murmure
Au doux ramage des Oiseaux.
Plus loin , des Papillons , aussi- tôt que l'Aurore
D'un jour serain & pur annonce le retour ,
Viennent d'un vol léger entre les bras de Flore ,
-Offrir leur encens à l'Amour.
Des
DECEMBRE. 1740.2671
Des présens de Cerés la Plaine ſe couronne ;
L'Epouse du Printems regne au bord des Ruisseaux;
Bacchus , armé d'un Thyrse, & Sylvain & Pomone ,
Tiennent leur Cour sur les Côteaux .
"Je voyois d'un coup d'oeil , il m'en souvient encore ,
De tous ces Dieux divers les séjours pleins d'at
traits ;
Ah ! fortuné Désert , Rivage que j'adore ,
Ne vous reverrai - je jamais ?
****************
LETTRE de M. de L. R. écrite à M. le
Marquis de B. au fujet de la Nouvelle
Hiftoire de l'Académie Royale des Inscriptions
Belles- Lettres , &e.
Puisque vous n'êtes pas prêt , Monfieur, de quitter votre Normandie pour venir
respirer l'air natal , & vous raffafier de Littérature
dans la fource même, je continuërai
de vous faire part de ce qui fe paffe ici de
plus confidérable & de plus diftingué dans
ce dernier genre. Je commencerai aujourd'hui
par un Livre affés nouveau , & qui mérite
à tous égards les qualifications que je
viens de dire. En voici d'abord le Titre.
•
HISTOIRE de l'Académie Royale des
Inscriptions & Belles - Lettres , depuis fon Etabliffement
2672 MERCURE DE FRANCE
bliffement , avec les Eloges des Académiciens ,
morts depuis fon Renouvellement. Trois Volu
mes in-12. A Paris , chés Hypolite- Louis
Guerin, ruë S.Jacques ,à S. Thomas d'Aquin ,
M. DC C. XL .
C'eſt , M. une Hiftoire particuliere de l'Académie
Royale des Inscriptions & Belles
Lettres , depuis fon Etabliſſement , pour la .
quelle le Public a témoigné beaucoup d'empreffement
; on l'auroit vûë plutôt , dit le
fçavant & modefte Auteur , fi l'on n'avoit
craint de paroître donner deux fois la
même chose , car cette Hiftoire fe trouve
déja, à peu de chose près , dans les Mémoires
que l'Académie a publiés en differens tems
& en plufieurs Volumes in 4°.
Le fcrupule disparût avec raison en faisant
refléxion que l'Hiftoire & les Eloges dont elle
eft enrichie , ne s'y trouvoient que par morceaux
détachés & coupés , fuivant les années
auxquelles répondent les Mémoires de Littératures,
contenus dans chaque Volume; que
d'ailleurs , le nombre de ces Volumes étoit
trop.confidérable pour ne pas fatiguer un
Lecteur qui feroit forcé de paffer fans cefle
de l'un à l'autre , dans la vûë d'y recueillir
ces parties dispersées ; au lieu qu'en les réüniffant
en un feul corps , c'eft une lecture
fuivie & convenable aux personnes même
qui fe croyent le moins à portée de faire ufage
du furplus. On
DECEMBRE . 1740. 2673
pour-
On peut donc dire , M. que c'eft ici un
Livre nouveau , dont le Public avoit befoin,
& qu'il défiroit extrémement. Ses fouhaits
fe trouvent d'autant mieux accomplis, qu'on
a joint dans cet Ouvrage un Catalogue de
ce que chaque Membre de cette Académie
a composé en differens tems , & non-feulement
ce qui eft contenu dans les Mémoires
de l'Académie , mais encore ce qui s'en trouve
chés differens Libraires , en divers Pays &
dans les Journaux Littéraires . Il étoit disgracieux
à bien des Particuliers de fe
voir de douze gros Volumes in- 4°. pour y
puiser les lumieres dont ils avoient besoin
& pour trouver dans l'un des douze ce qui
fait l'objet de fes recherches. Le célebre Aureur
a prévenu & aplani toutes ces difficultés,
& à la fin de fon Ouvrage il a donné un
Catalogue des differentes Differtations contenues
dans ce nombre de Volumes, où elles
fe trouvent rangées, chacune felon la Claffe à
laquelle elle apartient ensorte que ceux ,
par exemple , dont l'objet eft l'Hiftoire de
France , y verront réünies fous un même Titre
toutes les Piéces Académiques de ce
genre , avec l'indication du Volume qui les
contient.
>
L'origine de l'Académie des Inscriptions
étant fort connue par les differens Livres où
fe trouvent des Extraits de ce qui en eft dit
1. Vol. F dans
2674 MERCURE DE FRANCE
dans le premier Volume des Mémoires , imprimé
en 1717. je me dispenserai , M. de
m'étendre là - deffus. Comme elle ne fut composée
d'abord en 1663. que de quatre Personnes,
tirées du Corps de l'Académie Françoise
, le Roy l'apella la petite Académie. Ces
Membres étoient M. Chapelain , l'Abbé de
Bourzeis , M. Charpentier , & l'Abbé de
Caffaignes ; leur occupation étoit de travailler
aux Descriptions , aux Devises , aux Médailles
, qui regardoient les Actions & le
Regne de ce grand Prince .
Depuis , fous le Miniſtere de M. de Pontchartrain
& vers l'année 1691. la petite Académie
s'accrut & devint plus connuë ſous le
nom d'Académie Royale des Inscriptions &
Médailles . Mais la liaison des connoiffances
que demandoient ces matieres avec celles deş
Médailles & Légendes Romaines & Grecques
, ne fit l'impreffion qu'on avoit lieu
d'attendre , qu'au commencement du Regne
du Roy heureusement regnant. Ce fut en
Pannée 1716. que fa dénomination fut changée
en celle d'Académie Royale des Inscriptions
& Pelles- Lettres ; & l'année fuivante
elle fit paroître les deux premiers Volumes
contenant les Eloges de XII . Académiciens
& environ 140. Articles ou Mémoires de
Littérature , tirés de fes Regiftres depuis le
Renouvellement fait en 1701. jusques &
compris
DECEMBRE. 1740. 2675
compris l'année 1710. Deux autres Volumes
parurent en 1723. & contenoient les Memoires
depuis 1711. jusqu'en 17, 17. Les deux
qui furent publiés en 1729. renfermoient la
fuite jusqu'à 1725.
Vous lirez , M. avec une fatisfaction particuliere
ce qui eft raporté au fujet de la vifite
que le Czar rend.ten 1718. à l'Académie des
Belles Lettres , dans laquelle il fouhaita ſçavoir
l'objet & la forme de fesExercices . L'Académie
trouva bien - tôt l'occafion de marquer
au Prince une partie de fa reconnoiffance, &
la faifit le jour qu'il alla à la Monnoye des
Médailles . Après avoir confideré de fort près
la ftructure du plus grand Balancier , & en
avoir bien examiné la force & le jeu , le Czar
y voulut donner lui - même le mouvement ;
mais il fut extremement furpris de voir fortir
de deffous le Coin une grande Médaille
d'or , où il fe reconnut d'abord dans un Portrait
beaucoup plus reffemblant , & incomparablement
mieux travaillé qu'aucun de
ceux qu'il avoit fait graver en Moscovie &
en Hollande ; il fentit de même l'ingénieuse
allufion du Revers , qui repréſentoit une
Renommée , paffant du Septentrion au Midi,
avec ces mots : Vires acquirit eundo , lesquelles
fe raportoient à la réputation & aux
diverses connoiffances que S M. Czarienne
avoit acquises dans fes Voyages.
,
Fij On
2676 MERCURE DE FRANCE
On voit ensuite la maniere dont le Monarque
entretint,tant qu'il vécut,une relation
avec l'Académie. Il la pria en 1719. de travailler
à une Inscription , pour mettre fur le
Piédeftal de fa Statue Equeftre, érigée dans la
Ville de Pétersbourg. En l'année 1722. il
envoya à l'Académie plufieurs Figures de Divinités
, d'Hommes & d'Animaux , la plûpart
de Bronze , qui avoient été trouvées depuis
peu auprès d'Aftracan , & de la Mer
Caspienne.
Quelque temps après, les Troupes du Czar
firent une découverte plus finguliere . Un détachement
ayant pénétré dans le Pays des
Tartares Calmuques , quelques Soldats trouverent
dans un vieux Château une espece de
Bibliothéque , dont ils ne tinrent aucun compte
; ils furent d'abord choqués de la forme
des Livres , ils étoient extrémement longs
n'ayant presque point de largeur. Le dedans
ne leur parut guere moins bizare ; les feuillets
étoient fort épais & composés d'une
espece de Coton ou d'Ecorce d'Arbre, enduite
d'un double vernis de deux couleurs . L'Ecriture
en étoit blanche fur un fond noir.
Les Soldats s'attacherent donc plus à détruire
ces Livres qu'à les enlever; les plus curieux
en aporterent quelques feuillets au Czar. Cé
Prince ne trouvant personne dans fes Etats
ni dans les Univerſités & Académies duNord ,
qui
DECEMBRE.
2677
1740.
qui pût connoître cette Ecriture , encore
moins l'expliquer , il en envoya un feüillet à
M. l'Abbé Bignon , Préfident de l'Académie .
Ce feuillet aporté en 1722. à l'Académie ,
fut auffi - tôt reconnû par Mrs Freret & Fourmont
l'aîné , pour de l'Ecriture & de la Langue
du Thibet , c'étoit un Morceau détaché
de quelque Oraison Funebre , composée
dans le goût & le génie des Tartares ; l'Auteur
y paroiffoit croire l'immortalité de l'Ame
, &c. Le Czar donna fes ordres pour le
recouvrement de ce qui pouvoit refter de
cette Bibliothèque , mais fa mort ,
arrivée au
commencement de l'année 1723. rendit ce
projet fans execution .
L'Epoque la plus heureuse & la plus mémorable
pour l'Hiftoire de l'Académie, M.eft
P'honneur qu'elle reçut le 24. Juillet 1719.
lorsque le Roy voulut bien préfider à fon
Affemblée. Il faut lire cet Evenement dans
le Livre , pour ne rien perdre des graces &
de la nobleffe de la Narration de notre Historien
.
t
Peu de temps après, M.Baudelct de Dairval
, Académicien Penfionaire , fit don à
l'Académie , de fes Médailles , de fes Bronzes
& Marbres antiques , & d'une partie de
fes Livres. Et en l'année 1724. Mrs les Doyen
& Chanoines de l'Eglise Métropolitaine, lui
donnerent les Bas - Reliefs antiques , trouvés
Fiij.
2878 MERCURE DE FRANCE
en 1710. dans les fondemens du Choeur de
cette Eglise , lesquels M. Baudelot avoit expliqués.
On trouve ensuite l'Hiftoire de ce qui a
occafioné le Voyage de Mrs Sevin & Fourmont
à Conftantinople en 1728. dont ils
raporterent, le premier, plus de fix cent Manuscrits
d'élite , & le fecond entre autres
Curiofités , la Copic figurée de près de
trois mille Inscriptions des premiers tems ,
dont aucune n'a encore été publiée.
,
Vient en fon rang la Fondation faite en
1732. par M. le Préfident Durey de Noinville
, d'un Prix annuel de 405. livres pour
l'Auteur , qui , au jugement de l'Académie.
aura le mieux réüffi à traiter le Sujet proposé
par elle.
A la fin de cette Partie Hiftorique , font
nommés les Sujets qui ont été traités pour le
Prix , avec les noms des Personnes auxquelles
il a été adjugé , ce qui eft fuivi des changemens
arrivés dans la Lifte de l'Académie ,
depuis le Reglement du mois de Juillet
1701. jusqu'à présent; en indiquant les Morts
des Académiciens , & les noms des Personnes
qui leur ont fuccedé. On trouve enfin
une autre Lifte qui représente l'état présent
en ( 1740. ) de l'Académie .
On entre ensuite dans une autre Partie de
cette Hiftoire , qui n'eft pas la moins curieuse
DECEMBRE. 1740. 2679
ر
ŝe, la moins utile & la moins intereſſante . Ce
font les Eloges des Académiciens morts depuis
le Renouvellement de l'Académie , contenant
proprement l'Hiftoire Littéraire de chacun de
ces Sçavans , écrite avec toute l'exactitude
& tout l'agrément poffible.
Ces Eloges commencent dès le premier
Volume par celui de M. Charpentier , &
continuent dans les deux fuivans . Les cinq
qui fuivent ont été lûs dans les Affemblées
publiques par M. l'Abbé Tallemant, qui a fait
les fonctions de Sécretaire jusqu'en l'année
1706. Les autres font de la compofition de
M. de Boze , de l'Académie Françoise , Intendant
du Cabinet du Roy , Sécretaire perpétuel
de l'Académie , & fon très digne Historien.
Je m'étendrois , M. avec plaifir fur toutes
les fingularités qui frapent dans les differentes
circonstances de la Vie de quelques Académiciens
, fi je ne craignois d'exceder de
beaucoup les bornes ordinaires d'une Lettre;
je choifirai feulement deux ou trois Morceaux
qui me paroiffent mériter plus particu
lierement votre attention.
Dans le fecond Voyage que fit M. Vaillant,
le Pere , en 1674. pour aller chercher des
Antiques dans le Levant , un Corsaire d'Alger
ayant attaqué & pris la Barque fur laquelle
M. Vaillant s'étoit embarqué à Li-
Fij vourne,
2680 MERCURE DE FRANCE
›
vourne , le conduifit avec les autres Esclaves
à Alger. Le Consul de France le reclama inutilement.
Enfin , après plus de quatre mois
de captivité , il lui fut permis de retourner
en France , on lui rendit même une vingtaine
de Médailles d'or qu'on lui avoit prises.
S'étant embarqué de nouveau , il s'aperçût
à l'aproche d'un Bâtiment qu'il rencontra ,
que fa liberté n'étoit pas encore trop affûrée;
redoutant un nouvel esclavage , il avala fes
20. Médailles d'or. Il continua neanmoins
affés heureusement fon voyage , & arriva à
un des Rivages voisins de l'Embouchure du
Rhône : cependant les Médailles qu'il avoit
avalées , & qui pouvoient peser cinq ou fix
onces , l'incommodoient extrêmement. Il
consulta là- deffus deux Médecins , l'accident
leur parut fingulier ; mais ils ne demeurerent
pas d'accord du remede, & dans l'incertitude
M. Vaillant ne fit rien. La Nature le foulagea
d'elle- même de tems à autre , & il avoit
recouvré plus de la moitié de fon trésor ,
lorsqu'il arriva à Lyon. Il alla voir un Curieux
de fes Amis , à qui il conta fes avantures
, & n'oublia pas l'Article des Médailles.
Il lui montra celles qui lui étoient déja revenuës
, & lui fit la description de celles qu'il
attendoit encore . Parmi ces dernieres étoit
un Othon , qui fit tant d'envie à fon Ami ,
qu'illui proposa de l'en accommoder pour un
certain
DECEMBRE . 1740: 2681
@ertain prix ; M. Vaillant y consentit pour la
rareté du fait, & heureusement il fe trouva le
jour même en état de tenir fon marché. Il
revint à Paris , prit d'autres inftructions ,
repartit & fit un dernier voyage plus heureux.
L'Eloge de M. Galland fournit encore quelque
fingularité. La plus remarquable eft la
fatale avanture , qui lui arriva à Smirne , lors
de fon troifiéme voyage du Levant : écou
tons là - deflus M. de Boze lui- même.
, » Il étoit prêt dit-il , à s'embarquer à
» Smirne, quand il penfa y périr par un prodigieux
tremblement de Terre. La grande
" & premiere fecouffe vint fur le midi ;
tems auquel il y a communément du feu
» dans toutes les Maifons , & cette circonftance
joignit au bouleverfement general ,
>> un incendie épouvantable ; plus de quinze
» mille habitans fûrent enfevelis fous les rui-
" nes , ou dévorés par les flammes . M. Gal-
» land fût préfervé du feu par un privilege
» affés ordinaire aux Cuifines des Philofophes
; & les décombres de fon toît l'en-
» terrerent de maniere que par des cfpe-
» ces de petits canaux interrompus , il jouif-
>> foit encore de quelque refpiration : c'est ce
» qui le fauva , car il ne fût retiré que le len-
» demain.
ود
Peut- être , M. n'aurois - je pas été auffa
heureux
F v
2682 MERCURE DE FRANCE
heureux que M. Galland , fi je m'étois embarqué
fur un Vaiffeau , qui alloit d'abord à
Smirne , comme cela penfa arriver , lorſqu'à
peu -près dans le même tems je partis de Marfeille
, pour faire le voyage de la Paleſtine .
Je me fouviendrai toute ma vie de la calamité
de Smirne , par le récit pathétique , que
nous en fit le Capitaine d'un Vaiffeau François,
lequel ainfi que beaucoup d'autres Bâ
timens , ne fe trouvant pas en sûreté dans le
Port de cette Ville , furent obligés de prendre
le large , de courir les Mers , & d'aller
enfin chercher leur sûreté jufque dans le
Port de Seyde , Ville fituée fur la Côte de
Syrie , où j'étois alors .
2
Je reviens à M. Galland , avec lequel vous
fçavez , M. que j'ai eû de grandes liaiſons
pour ajoûter deux traits finguliers d'une assés
rare Philosophie à fon Hiftoire Littéraire .
Lorsque M. Clement mourut , M. Galland
m'inspira le deffein de poftuler fa Place de
Garde de la Bibliothèque du Roy &
ce deffein auroit pû réüffir , fi M. l'Abbé
de Louvois avoit eû de moindres fentimens.
d'amitié & de reconnoiffance pour M. l'Abbé
de Targny, qui l'avoit inftruit dans les hautes
fciences ,& fuivi dans fes voyages Littéraires
, &c. Je gagnai toujours beaucoup dins
cette conjoncture , sçavoir l'utile connoiffance
de M. l'Abbé de Louvois , & j'ofe dire
la
DECEMBRE . 1740. 2683
fa bienveillance dont il m'honora toujours
depuis . Un jour en prenant du Caffé après le
dîner , la converfation tomba fur le curieux
Traité de M. Galland , de l'Origine & du
progrès du Caffe , & c . Ce qui donna lieu à
M. l'Abbé de s'étendre fur le mérite de l'Auteur
, de relever , fur tout , fon défintereffement
, son amour pour l'Etude & pour
vie retirée , dequoi il voulut bien ajouter la
preuve qui suit.
la
A la mort de M. Oudinet , Garde des
Médailles du Cabinet du Roy , l'Abbé de
Louvois crût que cette Place ne pouvoit être
mieux remplie , que par notre Philosophe ,
qu'elle lui apartenoit même de droit par plufieurs
raisons. C'est sur ce pied-là qu'il en
parla au Roy , & Sa Majefté décida fur le
champ en fa faveur ; mais quelle fût la furpriſe
de M. l'Abbé , quand au lieu des remercînens
auxquels il avoit lieu de s'attendre
Galland qui ne sçavoit rien de ce qui s'étoit
paffé à Versailles , & qu'on avoit voulu surprendre
agréablement , parût , extrêmement
trifte , rêveur & filentieux. Il s'expliqua enfin
& pria inftamment M. l'Abbé de Louvois
de remercier pour lui le Roy , de l'excufer
envers S. M. d'acepter une telle Charge ,
qui l'expoferoit au grand monde , & le tireroit
de fon centre , c'est- à - dire , de la rétraite
F vj pour
2684 MERCURE DE FRANCE
pour laquelle il étoit né , & c .
Que dites-vous , M. de ce trait original ?
Je tiens encore de M. l'Abbé de Louvois que
le Roy ne pût s'empêcher de l'admirer , &
que ce Grand Prince qui aimoit la vertu , qui
récompensoit volontiers le mérite , après avoir
agréé M. Simon , propofé pour remplacer
M. Galland , ajoûta , Je donne 600 liv. de
Penfion à Galland , qui aidera de fes lumieres
celui qui doit avoir foin de mon Cabinet.
Je finis , M. par un autre trait moins bril-
Lant , mais que vous trouverez auffi fingulier.
Une place vacquoit dans l'Académie ;
deux Sujets étoient fur les rangs , je fus prié
par un ami d'engager M. Galland á favorifer
M. B. l'un de ces deux Sujets ; M. Galland
me promit de faire tout ce qu'il pourroit pour
m'obliger. Quelques jours après M. B. fût
reçû à l'Académie , furquoi furquoi mon Ami me
pria de remercier M. Galland , lequel eût la
bonté de me dire avec un flegme admirable ,
qu'il ne lui étoit dû aucun remercîment
parce qu'au lieu de donner fon fuffrage à
M. B. du mérite duquel il convenoit , il s'éroit
déclaré pour fon concurrent par des
raifons qu'il croyoit juftes & valables.
L'équitable Auteur de fon éloge l'a donc
bien caracterifé , M. en difant de lui » Hommae
vrai , jufque dans les moindres choſes ;
" fa
>
DECEMBRE.
1740 2685
"
""
» fa droiture & fa probité alloient au point ,
que rendant compte à fes Affociés de fa *
dépenfe , dans le Levant , il leur comptoit
» feulement un fol ou deux , quelquefois
» rien du tout pour les journées , qui par des
conjonctures favorables , ou même par des
» abftinences involontaires , ne lui avoient
pas coûté d'avantage.
ود
ور
Je ne l'ai guére quitté que le jour de fa
mort , arrivée le 17. Février 1715. dans la
76 année de fon âge. » Il penfa peu de jours
" auparavant, que fes Ouvrages , le feul unique
bien qu'il laiffoit , pourroient être
diffipés , s'il n'y mettoit ordre , il le fit &
» de la façon la plus fimple & la plus mili-
» taire , fe contentant de le dire publique-
» ment à un neveu , qui étoit venu de
و ر
Noyon pour l'affifter dans fa maladie , &
» fuivant cette dispofition , qui a été fidele-
" ment executée , fes Manw crits Orientaux ,
» ont paffe dans la Bibliothèque du Roy : fon
» Dictionaire Numifmatique , eft revenu à
» l'Académie , & fa Traduction de l'Alcoran
» a été portée à M. l'Abbé Bignon , comme
" un gage de fon eftime & de fa reconnois-
» sance . C'eft avec une fortune fi médiocre
" que M. Galland a eu la gloire de faire le,
plus illuftres héritiers..
>>
* Ce Voyage fefit aux dépens de la Compagnie de
Indes Orientales .
Ainfi
2686 MERCURE DE FRANCE
Ainfi finit fon Eloge , qui eft ſuivi du Catalogue
de fes Ouvrages qui font en affés
grand nombre , & ont tous leur mérite particulier.
L'Auteur en a ufé de même à l'égard
de tous les Académiciens , dont les Eloges
font contenus dans le Livre dont j'ai l'honneur
de vous rendre compte , ce qui forme
une agréable & utile varieté, & donne un nouveau
prix à l'Ouvrage entier , lequel a d'ailleurs
tous les avantages & les plus beaux ornemens
de l'Art de l'Imprimerie & de la
Gravûre .
Je ne fçais, M. fi je dois vous faire excufe
ou me fçavoir gré de la longueur de cette
Lettre : je fçais feulement que la matiere m'a
plû , qu'elle m'a entraîné au- delà des bornes ,
& je conjecture sans risque , qu'elle fera de
votre gout.
>
Le Voyage de Normandie , dont vous me
faites l'honneur de me parler , eft prêt à imprimer
, j'efpere pouvoir vous le préfenter
avant Pâques ; le terme feroit plus court ,
fans quelques gravûres qui restent à executer,
telles que font le fuperbe Dôme de l'Eglife
de Coutance , dont M. l'Evêque veut bien
faire lever le Plan , à mon intention , à la
priere de M. le Marquis de Montaigu ; celui
du Mont S. Michel dont j'ai plufieurs deffeins
, & quelques Médailles , &c. Je me
fuis au refte arrêté à ce titre que vous avez
aprouvé
DECEMBRE. 1740. 2687
aprouvé. VOYAGE LITTERAIRE de Normandie
, contenant plufieurs remarques d'Hif
toire , de Littérature , & d'Antiquités ; avec
des figures , &c.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c.
A Paris , ce 5. Decembre 1740 .
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
de Novembre, par le Mercure, Eolus ,
& Mariage . On trouve dans le premier Logogryphe
, qui eft Enigmatique , Olus , Sôle ,
Solve , Leo , Luo , Sel , Vol , Sou , Suo , Seul ,
Sol , Eous , Sue , Vole , Eu , Los , Vſe , On ,
Os , Vos , Lues , Levo , Eo.
J
ENIGM E.
E fçais tirer du fein de l'ombre
Tout le brillant du plus beau jour ;
Et cependant un lieu trop fombre
Pour mon ufage eft un mauvais féjour.
Sous mes pas on voit tour à tour
Se former l'eau, le feu , le ferpent & les roles ,
L'Hyver , l'Automne , le Printemps :
Quoique légerement, je traite à fond les chofes ,
Et même
2688 MERCURE DE FRANCE
Et même en diſant vrai , je ments .
Trifte victime du génie !
Je m'épuife en productions ,
Et la plus parfaite Harmonie ,
Naît de mes contradictions.
**************************
LOGOGRYPHE
A Mile L ....
J E ne vous dirai rien , Iris , de ma nature ,
Il ne s'agit que de mon nom ,
Qui n'eft pas de fort grand renom ,
Mais au moins de rare ftructure ,
Car fi vous en ôtez certain membre tortu ,
Il vous refte a e ,i , O u. > >
Remis en mon entier , que l'on jette en arriere
Mes deux lettres du bout , je fuis une Riviere ,
Du nom de qui le membre avant dernier
Etant par votre fcin devenu le premier ,
Dans l'inftant à vous le prefente
Une parricide innocente ,
Qui , par un déplorable fort ,
Ne sert , qu'en assûrant la mort.
Au Pere infortuné qui lui donne la vie
Sous vos Loix en la vit mainte fois affervie ,
Entre
DECEMBRE. 1740. 2689
Entre vos belles mains ,
Par d'utiles replis enchanter les humains.
Arrachez à fon nom la tête ,
Il devient aquatique Bête ;
Ajoutez à mon tout certaine Lettre en chef ,
C'eft chofe très - facile à faire ,
Iris , je vous affûre en bref ,
Que vous me trouverez dans votre Baptiftaire ?
AUTR E.
D'Onze Lettres formé, je chante les hauts faits
De ces héros comblés de gloire ,
De ces braves , dont la mémoire
Doit être précieufe & célébre à jamais
Un de mes pieds ôté , qu'en deux on me divife ,
La premiere moitié préfente à vos efprits .
Un athlete vainqueur qui remporte le prix ,
Superieur à ceux que l'on vantoit à Pife .
Dans la feconde on renferme les foux .
Dix , huit , neuf; cinq , trois , onze. Ah ! que je
fuis aimable !
De moi tous les grands coeurs font épris ,font jaloux.
Quatre, cinq , dix, trois, onze , Animal redoutable ;
Un, deux, dix , cinq , & onze ; un cas pendable;
Quatre , cinq, trois : un Royaume cité
En plufieurs lieux de l'Evangile ;
Deux, cinq , donne un Vin fort vanté .
Deux, trois, un, fept, cinq , fix & onze : un meuble
utile ,
Dix
2690 MERCURE DE FRANCE
Dix, fept, deux : Lieu connu par l'Inquifition ,
Huit, neuf, cinq, dix & onze , eft Riviere fameuſe
Cinq, trois & onze , aveugle Paffion ,
Un, fept, cinq, trois & onze , Etoffe précieuſe ,
Un , deux , fix , onze : Eau croupie & bourbeufe,
Cinq , un & deux , dix & onze , autrefois
L'hérétique a tenté de détruire mon culte ,
Onze, huit, deux , d'lfraël un des Rois ,
Trois , cinq , quatre, onze , avant l'Office on me
confulte .
Sept, trois , dix & onze , eft un Grain ,
Dont quelquefois on fait du Pain ,
Un, deux, fix, cinq , mon nom , belle Agnès, vous
fait rire ,
Deux, cinq & trois , l'on me refpire ,
Quatre, deux, dix & onze , un Fleuve renommé,
Deux, un & cinq , chofe rare en ce monde ,
Six,deux,un, onze , Inftrument qui fend l'Onde
Un , deux, fix , dix & onze , eſt à tout imprimé ;
Mais crainte qu'à la fin l'Eſprit ne s'alambique ,
En quatre mots , cher Lecteur , on finit ,
On trouve en moi trois Notes de Mufique ,
Et cinq Villes encore , et je n'ai pas tout dite
NOU
DECEMBRE. 1740 2691
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
OUVELLE BIBLIOTHEQUE LITTERAINRE
des principaux Ecrits qui fe publient.
Janvier 1739. Tome II . Ala Haye , ches
Pierre Paupie. Petit in - 12 .
Ce Volume commence par un Eloge historique
fort étendu & très - circonftancié de
feu M. Herman Boerhaave.
Voici quelques titres de Livres pris de ce
Journal , que nous croyons devoir faire connoître
.
TRAITE DE LA PRUDENCE , Contenant
un grand nombre d'Inftructions , de Sentences
& de Proverbes choifis , in - 12 . A Cologne.
REFLEXIONS Hiftoriques & Politiques fur
les Moyens dont les plus grands Princes &
habiles Miniftres fe font fervis
pour gouver
ner & augmenter leurs Etats , in - 8°. 1739%
à Leyde.
TRAITE ' SUR LES DEMONIAQUES , dont il
eft parlé dans le Nouveau Teftament , qui
contient
2692 MERCURE DE FRANCE
contient des Recherches de ce qu'il faut en
tendre par- là , par T. P. A. P. O. A. B. J.
T. C. O. S. & une Réponse en forme de
Lettre à l'Auteur des Recherches , par Leo - `
nard Twel , Maître ès Arts , Vicaire de l'Eglise
de Ste Marie à Marlborough , & Prébendaire
de S. Paul , traduit de l'Anglois fur
la feconde Edition , à Leyde , chés Baudoüin
& Pierre vander Aa , 1738. in 8 ° . de 232 .
fans la Préface , qui en contient 19 .
pages ,
AMUSEMENS DÉS BAINS DE BADE , en Suisfe
, de Schintzenach & de Pfeffers , avec la
Defcription & la Comparaison de leurs Eaux
avec celles des Bains de Schwalbach , & au-
.tres de l'Empire ; le tout accompagné d'Histoires
& d'Anecdotes curieuses . Ouvrage
auffi utilé que recréatif , enrichi de Taillesdouces
, à Londres , chés Samuel Harding ;
1739. de 290. pages , in- 8 °.
PSEAUTIER , publié par les foins de Gott .
Aug. Frankius , Profeffeur en Théologie
dans l'Académie de Halle , imprimé aux dépens
de la Maison des Orphelins de cette
Ville , 1738. Petit in - 8 °. de 360. pages , à
Halle. L'Ouvrage eft en Latin.
NOUVELLE BIBLIOTHEQUE , &C. Fevrier
1739.
HisDECEMBRE.
1740. 2693
HISTOIRE de Pierre d'Aubuffon , Grand
Maître de Rhodes , par Pere Rouhours.
Nouvelle Edition in - 12..39 . à la Haye.
AMUSEMENS LITTERAIRES , ou Correspondance
Politique , Hiftorique , Philosophique
, Critique & Galante , pour l'année
1738. par M. A. de la Barre de Beaumarchais
, in- 8°. Deux Volumes 1739. à Francfort.
LETTRES D'ARISTENE TE , auxquelles on
a ajoûté les Lettres choisies d'Alciphron ,
traduites du Grec , in - 12 . 1739. à Londres .
SPADACRENE , OU Differtation Phyfique
fur les Eaux de Spa , par Henri de Heers ,
Docteur en Médecine. Nouvelle Edition ,
revûë , corrigée & auginentée de Notes Historiques
& Critiques , par M. W. Chrouët
Docteur en Médecine, in - 8 ° . à la Haye. 1739
BIBLIOTHEQUE de Campagne , ou Amusemens
du Coeur & de l'Esprit , in - 12 . Tom,
IX. à la Haye , 1739.
LES EPITRES & le Panégyrique de Pline le
Jeune , avec des Notes , la Vie de Pline ,
& d'amples Indices , par M. Jean - Matthias
Gesner &c. A Leipfic , aux dépens de Gaspard
2694 MERCURE DE FRANCE
pard Fritsch , 1739. in- 8 ° . de 652. pages ,
fans l'Epitre Dédicatoire , & une excellente
Table des Matieres .
ESSAI DE PHYSIQUE , par M. Pierre Van
Muffchenbroeck , Profeffeur de Philofophie
& de Mathématiques à Utrecht ; avec une
Description de nouvelles fortes de Machines
Pneumatiques , & un Recueil d'Expériences
, par M. J. V. M. Traduit du Hollandois
, par M. Pierre Maffuet , Docteur en
Médecine. A Leyden , chés Samuel Luchtmans,
Imprimeur de l'Univerfité . 1739.Deux
vol. in 4. de 914. pages pour le Corps de
l'Ouvrage , fans compter le Recueil d'Experiences
, qui en contient 63. la Préface , ni
la Table des Matieres.
TRAITE' DE L'EAU COMMUNE & de la
maniere d'en faire choix , par Jean Heimreichius
, Docteur en Philosophie & en Médecine
, & Profeffeur en cette derniere Science
, en Phyfique & en Langues Orientales .
A Cobourg , chés Jean - Georges' Steinmarck-
1738.
NOUVELLE BIBLIOTHEQUE , &C. MARS.
1739.
CHRONOLOGIE DE L'HISTOIRE SAINTE
&
DECEMBRE. 1740. 2695
& des Hiftoires Etrangeres qui la concernent
, depuis la fortie d'Egypte jusqu'à la
Captivité de Babylone , par Alphonse de
Vignoles , 1738. in - 4°. Deux Tomes, dont le
premier eft de 790. pages , & de 42. pour
I'Epitre Dédicatoire , la Préface & la Table
des Chapitres ; & le fecond de 866. p. & de
20. pour l'Indice des Matieres , à Berlin¸
chés Ambroise Hande.
DESCRIPTION des Fêtes données par la
Ville de Paris , à l'occasion du Mariage de
MADAME Louise- Elizabeth de France , &
de Don Philipe , Infant & Grand Amiral d'Espagne
, les 29. & 30. Août 1739. A Paris
de l'Imprimerie de P. G. le Mercier , ruë S.
Jacques au Livre d'Or.
ANTIQUA NUMISMATA MAXIMI MODU-
11 , &c. Médaillons Antiques d'or , d'argent,
de bronze , qui , du Cabinet du Cardinal
Alexandre Albani , ont paffe dans la Bibliothéque
du Vatican , par ordre du Pape Clement
XII. avec les Remarques de M. l'Abbé
Rodulphino Venuti de Cortone. I. vol. fol. A
Rome , chés Bernabé. 1739 .
On trouve un parfaitement bel Extrait de
cet Ouvrage dans le Journal des Sçavans , du
mois de Septembre de cette année , ce qui
nous dispense de faire autre chose que de
l'annoncer
2696 MERCURE DE FRANCE
l'annoncer ici comme un Livre des plus im
portans en ce genre de Litterature .
HISTOIRE ROMAINE , depuis la Fondation
de Rome jusqu'à la Bataille d'Actium
c'est- à- dire , jusqu'à la fin de la République.
Par M. Rollin , ancien Recteur de l'Université
de Paris , Profeffeur d'Eloquence au College
Royal, & Affocié à l'Académie Royale
des Inscriptions & Belles Lettres . Tome IV .
A Paris , chés la veuve Etienne , Libraire
rue S. Jacques , à la Vertu , 1740. in - 12 . de
552. pages , fans deux Avertiffemens & une
Table des Matieres.
MEMOIRES pour fervir à l'Histoire des Insectes
, par M. de Reaumur , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Societé Royale
de Londres , & des Académies de Pétersbourg
& de l'Inftit . de Bologne , Commandeur
& Intendant de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis. Tome V. Suite de l'Histoire
des Mouches à deux aîles , & l'Hiftoire
de plusieurs Mouches à quatre aîles ; fçayoir
, des Mouches à fçie , des Cigales &
des Abeilles. A Paris , de l'Imprimerie Roy2-
le , 1740. in -4° . de 728. pages , fans une Préface
, Planches détachées 38. fe vendent
ch's Lambert , ruë S. Jacques , vis - a - vis la
ruë de la Parcheminerie .
TRA
DECEMBRE . 1740: 2697
*
C
TRADUCTION ITALIENNE de l'Histoire
ancienne de M. Rollin , IX . Volume ,
Venise chés Jean - Baptifte Albrizzi , Imprimeur
Libraire , 1740. in - 12 .
MEMOIRES de Maximilien Emmanuel Duc
de Wirtemberg , Colonel d'un Régiment de
Dragons au fervice du Roy de Suede , contenant
plufieurs particularités de la Vie de
Charles XII . depuis 1703. jusqu'en 1709.
après la Bataille de Pultowa , par M. F. P. à
Amfterdam , 1745. in - 12 .
L'ACCORD DE LA GRACE ET DE LA LIBERTE'
, Poëme accompagné de Remarques.
Critiques & Hiftoriques , par le R. P. le Vaillant
de la Baffairies , de la Compagnie de
Jesus , Théologien du Comte de Salme ,
Evêque de Tournay , & Examinateur Synodal
du Diocèse . A Tournay , chés Louis Varlé,
Imprimeur Juré , au Marché aux Poteries
à l'Enseigne de la Bibliothèque Royale . Cet
Ouvrage eft composé de XII . Chants , avec
des Sommaires à la téte de chacun de ces
Chants , & une Dédicace à l'Evêque de
Tournay , au commencement de l'Ouvrage.
LA RELIGION PROTESTANTE convaincuë
de faux , &c. pour fervir de Replique , tant
à un Ecrit intitulé : Réponse à M. Maynard
1. Vol.
G &c
2698 MERCURE DE FRANCE
"
&c. qu'à la feconde partie de la Réponse du
Miniftre Claude , au Livre de M. Bossuet ,
Evêque de Meaux , & c . Par M. MAYNARD,
Prêtre,Docteur en Théologie. 2. Volumes in- 8°,
d'environ 400. pages chacun. A Paris , chés
André Cailleau , Place de Sorbonne , à l'1-
mage S. André. M. DCC. LX.
Cet Ouvrage dédié à S. A. S. M. LE DUC
D'ORLEANS , Premier Prince du Sang , eft
précedé d'une Préface , où l'on aprend quelle
en a été l'occafion , quelle en peut être
P'utilité , en quoi il differe des autres Ouvrages
qui ont traité de la même matiere, & enfin
, quelle en eft la Méthode. M, ROBBE ,
Docteur de Sorbonne , & Grand Maître du
College Mazarin , déclare dans fon Aprobation,
que cet Ouvrage lui a paru très-conforme
à la Doctrine de l'Eglise Catholique , &
très-propre à détromper les Proteftans , foit
fçavans , foit ignorans , de toutes leurs erreurs
d'un feul coup. L'Auteur y démontre
dit- il , de la maniere la plus fenfible la fauffeté
des principes de Foi de la Religion Proteftante
, & y répond très -folidement aux'
objections des plus fameux Miniftres Proteftans
, contre le principe des Catholiques ,
mis dans l'Autorité de l'Eglise , & c. Enfin
le fçavant Censeur , juge çet Ouvrage fort
digne d'être publié & répandu parmi les nouveaux
Convertis , & ceux qui ne le font pas
Encore .
Les
BLIO
THELYON DOQUE
DECEMB R E. 1740 260
2893 *
Les Livres fuivans fe trouvent ches hype
me Cailleau , Libraire.
HISTOIRE de la derniere Révolution arrivée
dans l'Empire Ottoman le 28. Septembre 17301
avec quelques Observations fur l'état des affaires
de la Ville & Empire de Maroc, in- 1 2 .
1740.
La Découverte des Longitudes , avec la
Méthode facile aux Navigateurs pour en faire
ufage actuellement , par M. De l'Isle
in 12. 1740 .
COLLECTIO Judiciorum de novis Erroribus
qui ab initio duodecimi feculi poft Incarnationem
Verbi , usque ad annum 1735. &c. Operâ
& studio Caroli Du Plessis d'Argentré ,
Illustrissimi Reverendissimi Episcopi &
Vice- Comitis Tutelensis , in- fol, 3. Vol.
Histoire du Peuple de Dieu , par le R. P.
Berruyer de la Compagnie de Jesus , in-4° .
.8. Vol.
La même , in- 12 . 10. Volumes, Nouvelle
Edition , revûë , corrigée & augmentée ,
1740.
Pensées fur divers fujets de Religion &
de Morale , par le R. P. Bourdalouë de la
Compagnie de Jesus , in - 8 . 2. Vol .
Les mêmes Pensées in- 12. 3. vol.
Observations curieuses fur toutes les parties
de la Physique, extraites & recueillies des
Gij meilleurs
1700 MERCURE DE FRANCE.
.
meilleurs Mémoires des Académies de l'Euvol..
rope , in- 12. 3 .
Description Historique des Château
Bourg & Forêt de Fontainebleau , in - 12.
Deux Volumes avec Figures.
Les Prétendus Reformés convaincus de
Schisme , par M. Nicole , in- 1 2. 2. vol.
·
Les Préjugés Légitimes contre les Calviniftes
, Nouvelle Edition augmentée`, in- 12 .
du même.
L'Unité de l'Eglise , ou Refutation du
nouveau Systême de M. Jurieu , m- 12. du
même.
'Histoire naturelle de l'Univers , dans laquelle
on raporte des raisons Physiques fur
les effets les plus curieux & les plus extraor
dinaires de la Nature , enrichie de Figures
en taille - douce , par M. Colonne , Gentilhomme
Romain , in- 12 . 4. vol .
Les Principes de la Nature , fuivant les
opinions des anciens Philosophes &c. in - 12,
3. vol.
Annales de Tacite , in- 12 . 10. Volumes.
Recueil des Ouvrages composés par feu
M. Papin en faveur de la Religion , in- 12.
3. vol. vol.
Traité des Ponts & Chemins , Nouvelle
Edition augmentée , par M. Gautier, avec Figures
, in- 8°. 2. vol.
Le Sr Cailleau donne aufli avis. aux Amateurs
DECEMBRE. 1740 270 €
mateurs de la Philosophie Hermétique
qu'il distribue les trois premiers Volumes.de
fa Nouvelle Edition de la Bibliothèque des.
Philosophes Chimiques , augmentée d'un
grand nombre d'Adeptes , avec des Notes
fur leurs Ouvrages pour en faciliter l'intelligence
à ceux qui ne font pas encore accoûtumés
à leur façon d'exposer leur Doctrine
en termes énergiques. Cet Ouvrage eft enrichi
de Planches en taille - douce,gravées par
de bons Maîtres. On mettra inceffamment
fous Preffe les trois derniers Volumes de cette
Bibliothèque.
LE CUISINIER GASCON , contenant un
nombre d'Entrées & d'Entremets , avec la
maniere de les composer , fe trouve à Paris, "
chés Brunet , fils , Libraire au Palais , &
Claude - François Simon , Imprimeur- Libraire
ruë de la Parcheminerie. L'Epitre Dédicaroire
qui eft à la tête de cet Ouvrage , eft ingénicuse
& de bonne main ; il paroît que
L'Auteur des Ragoûts peut , à juste titre , fe
piquer d'une délicateffe & d'un goût exquis.
Il n'eft pas étonnant que de telles Ecoles
produisent des chefs - d'oeuvres , & il feroit
difficile de trouver de plus grands Maî
tres & des Ecoliers plus parfaits.
Après l'Epitre Dédicatoire , adreffée au
Prince de Dombes , on lit cet Avis au Lec-
G iij teur
702 MERCURE DE FRANCE
teur, en ces termes. Cet Ouvrage eft très- different
de la plupart de ceux qui ont parû fur le
même fujet. Les uns remplis de préceptes
communs, rebutent par leur longueur, les autres
, bornés à de fimples Catalogues des
Sauces , n'aprenent que des noms à qui
voudroit s'inftruire du fonds des choses . On
trouvera ici un choix judicieux des Mets les
plus exquis , avec la maniere détaillée de
les aprêter. L'Auteur des Dons de Comus eft
fçavant ; le Patiffier Anglois a de l'esprit ; je
ne me pique que de goût.
OEUVRES de M. Boileau Defpreaux ;
Edition nouvelle, 2. vol. in - 4 . chez la Veuve
Alix , rue S. Jacques. MDCCXL.
On renouvelle avec confiance les Editions
de ces Ouvrages qui font de tous les tems, &
propres à être mis entre les mains de tout le
monde : telles font les Oeuvres de l'Illuftre
M. Defpreaux , fi ſouvent réimprimées &
lûës cependant toujours avec un nouveau
plaifir. Le Texte feul de ce Poëte fit
long -tems tout l'ornement de fon Ouvrage
, on s'en contentoit , & la nobleffe , la
force , l'énergie de l'expreffion faifoient paf
fer fur certaines obſcurités qui ne naiſſoient
que de faits déja un peu éloignés ; cependant
dans la fuite on ne voulut rien ignorer de ce
qui concernoit la Perfonne & les Ouvrages
da
DECEMBRE. 1740 2703
de M. Defpreaux , ce fut ce qui produifit en
1716. une Edition en 4. vol. in 12. accompagnée
de Notes & d'Eclairciffemens qui furent
abregés dans la fuite pour en former
l'Edition qui parut en 1735. en deux volumes
in- 12.
Celle qu'on donne aujourd'hui eft à tous
égards la plus exacte & la plus complette ,
qui ait paru jufqu'à préfent ; une main habile
en a eu la direction , & a répondu parfaite->
ment à ce qu'on étoit en droit d'en attendre."
M. l'Abbé Souchay , Editeur de cet Ouvra→
ge , l'a enrichi de plufieurs Notes nouvelles
& curieufes , dont l'agréable précifion répand
une lumiere fuffifante pour éclairer le
Lecteur dans l'obfcurité de certains faits.
M. de Montchenay qui avoit toujours en
tretenu une liaiſon particuliere avec M. Def
preaux , a bien voulu communiquer quelques
traits anecdotes , qu'il avoit jettés fur le
papier à mesure que le commerce qu'il avoit
avec fon illuftre ami les lui fourniffoit. L'A-:
cadémicien Editeur , leur a donné les agré--
mens convenables , & il les a placés à la tête
du premier Volume fous le titre de Boleana ,
ou Entretiens de M. de Montchenay avec M."
Defpreaux. On trouvera dans ce morceau
des traits de détail inftructifs & intereffans
pour un Lecteur curieux , qui aime à ſuivre
les Auteurs de réputation dans leur vie pri-
Giiij vee!
2704 MERCURE DE FRANCE
vée & dans les relations qu'ils ont entrete
nuës ; on y verra l'Horace moderne honoré
de l'Aprobation , & fi cela fe peut dire , de .
la familiarité de l'Augufte de nos jours ;
chéri des Grands , recherché par les Sçavans,
admiré même par le commun des Hommes ,
parmi lefquels il dut voir avec complaifance
que fes Vers , même en naiffant , étoient devenus
proverbes ; en un mot , on y verra ,
qu'il a été univerfellement confideré tant à la
Cour, qu'à la Ville , parce que le mérite fupé--
rieur fçait par tout emporter les fuffrages .
Le Libraire de fon côté , a répondu parfaitement
aux foins du judicieux Editeur par .
les ornemens qui étoient du reffort de fa
Profeffion ; cette Edition eft en effet très bel- ,
le par le choix du papier, des caracteres, des
vignettes , & c. tout eft l'ouvrage du goût.:
Les Gravures répandues dans le corps de
l'Ouvrage , & l'Eſtampe qui eſt à la tête ,
font les prémices d'un jeune Burin , qui pa- .
roît marcher à grands pas fur les traces desi
Audrans , des Drevets , & c.
•
On mande de Rome qu'il y paroît un Livre
intitulé,Vindicià Canonicarum Scripturarum
Vulgata Latina Editionis. Ce Livre
contient divers Fragmens qui n'avoient point
encore été imprimés , & qui ont été recueil
lis
par le P. Joseph Blanchini , de la Con
grégation des Prêtres de l'Oratoire.
DECEMBRE. 1740. 270
L'Académie Royale des Sciences tint fon Affemblée
publique le Samedi 12. Novembre , à laquelle
préfida M. de Réaumur , Directeur.
M. de Fouchi ouvrit la Séance par la lecture
d'un Mémoire , dans lequel il donne le moyen de
perfectionner un Inftrument Aftronomique , propre
à prendre en Mer les hauteurs des Aftres & leurs
diſtances.
M. Morand lût enfuite une Differtation curieuse
fur le nouveau Remede Anglois de la Dlle Stephens,
contre la maladie de la Pierre , &c.
M. de Caffini de Thuri lût un Mémoire contenant
les Opérations Aftronomiques qu'il a faites
cette année de Paris à Dunquerke ; pour déterminer
le raport des Arcs Septentrionaux du Méridien
, qui paffe par l'Observatoire de Paris , aux
Arcs Méridionaux du même Méridien , qu'il mefura
l'année paflée ; il réfulte de cette comparaifon
que les Arcs Septentrionaux font plus grands que
Les Méridionaux , d'où il conclud que la Terre eft
aplatie vers les Poles .
La Séance finit par la lecture que fit M. Lemery
d'un Mémoire de M. de Buffon ; ce Mémoire con +
tient une grande quantité d'Expériences que M. de
Buffon a faites pour découvrir les poids propres à
faire rompre toutes fortes de Piéces de Bois , même
des Arbres entiers de toutes fortes de longueur &
de groffeur.
Le 15. l'Académie Royale des Inscriptions &
Belles -Lettres fit fa rentrée par une Affemblée publique
, à laquelle le Cardinal de Polignac préfida.
M. de Boze , Sécretaire perpétuel , commença par
annoncer le Sujet du Prix , arrêté par l'Académie
& en même - tems on diftribua le Progamme fuiyant.
›
G V
PRIX
9706 MERCURE DE FRANCE
PRIX LITTERAIRE , fondé dans
Académie Royale des Inscriptions
Belles- Lettres.
fent
'Académie Royale des Inscriptions & Belles
Lettres,défirant que les Auteurs qui compopour
le Prix , ayent tout le tems d'aprofondir
les matieres , & de travailler les Sujets qu'elle leur
donne à traiter , annonce dès à préfent que le sujet
qu'elle a arrêté pour le concours au Prix qu'elle
diftribuera à Pâques 1742. confifte à examiner & à
déterminer Quelles étoient les Nations Gauloises qui
'établirent dans l'Afie Mineure , & que l'on y connut
fous le nom de Galates . En quel tems elles y paſſerent.
Quelle étoit l'étendue des Pays qu'elles occuperent.
Quelles étoient leurs Moeurs , leur Langue & la forme
de leur Gouvernement. En quel tems les Galates
refferent d'avoir des Chefs de leur Nation , & de for
mer un Etat indépendant.
Le Prix fera toujours une Médaille d'or de la va→
leur de quatre cent livres.
Toutes perfonnes , de quelque Pays & condition
qu'elles foient , excepté celles qui compofent l'Académie
, feront a mifes à concourir pour ce Prix ,
& leurs Ouvrages pourront être écrits en Franço s
ou en Latin , à leur choix. Il faudra feulement les
borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront fimplement une Deviſe à
leurs Ouvrages ; mais pour fe faire connoître , ils
y joindront , dans un papier cacheté , & écrit de
Jeur propre main, leurs nom , demeures & qualités,
& ce papier ne fera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix .
Les Piéces , affranchies de tous ports , feront remises
entre les mains du Sécretaire de l'Académie,
avant le premier Décembre 1741 .
M.
DECEMBRE. 1740
1740 2707 .
M. l'Abbé Sallier ouvrit la Séance par un Discours *
qu'il lût pour M. Racine , fur le Style Poëtique , &
fur le Langage figuré , dans lequel on remarqua
une agréable & utile discuffion des Ouvrages ou
les Auteurs ont peché contre les bonnes regles , ou
les ont heureuſement obfervées. C'eft à l'occafion
d'un Ecrivain entêté & rempli de figures outrées ,
de Métaphores & de Comparaisons hardies , que
l'Académicien dit agréablement que cet Ecrivain
avoit mis toute la Nature à contribution , &e.
Enfuite M.de Foncemagne lût pour M. de la Curne,
un excellent Morceau de l'Hiftoire des anciens Poëtes
nommés Trouveres ou Troubadours . Ce Morceau
rouloit tout entier fur la Vie extrêmement variée
de Bertrand de Berne , grand Poëte de la fin du
XII. Siecle, qui a mêlé l'Hiftoire à la Poësie , en quoi
la Pofterité lui a quelque obligation , car fans lui
on ignoreroit quantité de faits que l'habile Académicien
a fçû mettre en oeuvre pour l'interêt de la
verité & pour l'ornement de fon Sujet.Ce Poëte Historien
étoit Limoufin , Homme de Condition , mais
extrêmement brouillon, traître même & tout à fait
malhonnête homme , qui occafionna , fomenta &
allongea tant qu'il pût les cruelles guerres qui déchirerent
la France fous Philipe Augufte & Richard,
Roy d'Angleterre , le plus puffant des Vaffaux de
Ja Couronne de France & le plus guerrier.
M. l'Abbé Fourmont termina li Séance par la
lecture d'une Differtation de fa compofition , au
fujet de trois Inscriptions Grecques d'une haute an
tiquité, par lui raportées de la Grece , dans le voyage
fait par ordre du Roy , lefquelles bien méditées
par ce favantbbé , lui ont donné lieu d'exposer
plufieurs chofes curieufes & utiles pour l'intelligen
ce de l'Hiftoire ancienne de cette belle Partie de
PEurope , qui eft encore aujourd'hui l'objet des re
G vj
cherches
›
2708 MERCURE DE FRANCE
cherches des Amateurs de la belle Littérature ,
en particulier des Antiquaires.
OUVERTURE du College Royal .
Les Profeffeurs du College Royal de France , fondé
à Paris par le Roy François I. le Pere & le Restaurateur
des Lettres , reprirent leurs Exercices, interompus
par les vacances ordinaires , le Lundi 21 .
Novembre.Voici les noms des Sçavans qui remplissent
aujourd'hui les Chaires de ce fameux College,
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier & Henri.
Pour la Langue Grecque .
Mrs Capperonnier & Vatry.
Pour les Mathématiques.
Mrs de Cury & Privat de Molieres .
Pour la Philosophie .
Mrs Terraffon & Privat de Molieres.
Pour l'Eloquence Latine;
Mrs Rollin & Souchay.
Pour la Médecine, la Chirurgie. la Pharmacie,
& la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Astruc & Dubois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Séretaire Interprete du Roy , &
Fourmont.
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon & le Merre .
Pour la Langue Syriaque.
M. l'Abbé Fourmont,
ESTAMPES
DECEMBRE. 1740. 27099
ESTAMPES NOUVELLES.
La Mere Laborieufe , Eftampe en hauteur , gra
vée par M. Lepicié , d'après le Tableau original
de M. Chardin , qui eft dans le Cabinet du Roy .
Cette Eftampe eft bien digne du Tableau, puisqu'elle
eft parfaitement au gré de tout le monde , & même
des Connoiffeurs les plus difficiles & les plus
délicats . Cette Eftampe fe vend chés l'Auteur , au
coin de l'Abreuvoir du Quai des Orphevres , &
chés L. Surugue , Graveur du Roy , rue des Noyers,
vis-à- vis le mur de S. Yves . On lit ces Vers au bas.
Un rien vous amuse , ma Fille ,
Hier ce Feuillage étoit fait ,
Je vois par chaque point d'éguille
Combien votre esprit est distrait .
Croyez-moi , fuyez la paresse ,
Et goûtez cette vérité ,
Que le travail & la sagesse
Valent les biens & la beauté .
Ces Vers font de M. Lepicié , ils expriment trèsbien
le Sujet du Tableau.
Voici d'autres Vers à M. Chardin , dont les traits
de louanges nous ont parû auffi vrais que bien
tournés, fur le même Sujet & fur fon Pendant , dont
nous avons déja parlé fous le Titre du Benedicite
& que le même M. Lepicié doit graver d'après le Ta.
bleau original, qui eft auffi dans le Cabinet du Roy.
VERS
710 MERCURE DE FRANCE
VERS d'un Professeur du College du Plessis
à M. Chardin Peintre de l'Académie
›
Royale de Peinture , sur les deux Tableaux.
qu'il a faits pour le Roy.
S Age Rival de la Nature ,
Par quel heureux talent sçais - tu plaire à nos yeux
Chardin , tout vit dans ta Peinture ,
Tout eft riant , ingénieux .
&
D'un nouveau goût Inventeur & Modele
Tu montres la carriere & remportes le prix.
Que j'aime ton Dessein & ce Pinceau fidele ,
Qui sçait avec tant d'art placer le coloris !
Oiti , c'est la Nature , c'est elle ;
A sa simplicité je reconnois ses traits.
Mes yeux la trouveroient moins belle ;
Si tu l'ornois de plus d'attraits.
D'une Mere laborieuse
Quel Pinceau délicat pourroit, comme le tien¿
Tracer l'air imposant & l'auftere maintien ?
Un enfant hypocrite écoute la grondeuse ;
Mes yeux de cet enfant font ravis , enchantés ;
C'eft à peindre cet âge , ami de l'innocence ,
Que tu fais éclater tes plus vives beautés.
Chardin , c'est à l'aimable enfance
Que tu dois de ton Art les traits les plus vantés
Près d'une fage Gouvernante
Ici la toile me présente
Deux
DECEMBRE. 1740 2711
Deux Enfans , dont l'air feul annonce la candeur.
Le dîner les attend : mais il faut au Seigneur
Un petit mot préliminaire .
Le Frere joint les mains , & d'un ton bégayant
Prononçant la courte priere ,
Jette fur le potage un oeil impatient.
D'un air modefte & fin fa Soeur le considere
Quelle naïveté dans ces tendres objets !
Le Connoiffeur que ton Ouvrage attire ,
Chardin , n'est jamais las d'en contempler les traits
Empressé , curieux , il regarde , il admire ,
Sourit à ces Enfans , & , fe laiffant charmer ,
Sent encor plus qu'il ne peut exprimer.
Mais pourquoi m'étonner que tes heureux Ouvra
ges
Du Public éclairé remportent les fuffrages >
Ton pinceau travailloit pour ce fejour pompeus
Où le goût raffembla de ces Maîtres fameux ,
Des le Bruns , des Mignards les fçavantes mer
veilles :
Pour prix de tes charmantes veilles ,
Parmi tous ces grands noms le tien fera compté.
Tel auprès des Auteurs d'Andromaque & d'Horace
La Fontaine eft affis au fommet du Parnaffe ,
Et jouit avec eux de l'Immortalité .
AUTRE PORTRAIT de Monfeigneur le DAUPHIN,
ovale gravé par J. Daullé, d'après la tête originale
de J. Louis Tocqué , Peintre de l'Académie . Il fe
vend
712 MERCURE DE FRANCE
vend chés Daullé , rue S. Jacques , à S. François ,
vis- à vis la rue de la Parcheminerie.
Le St Huquier, Graveur & Marchand d'Eftampes,
rue S. Jacques , au coin de la rue des Mathurins ,
vient de mettre au jour une Suite de douze feuilles
de nouveaux Caprices d'Ornemens , mêlés de fleurs
& de fruits. Il efpere que leur fingularité & leur nouveauté
plaira autant au Public qu'à tous les habiles
Deffinateurs d'Ornemens , à qui il a communiqué
fes Deffeins , avant que de les graver. Il a encore
nouvellement gravé plufieurs beaux Sujets propres à
faire des Ecrans à Guéridon , à main , & autres
très-galans & amuſans .
La Suite des Portraits des Rois de France , des
Grands-Hommes & des Personnes Illustres dans les
Arts & dans les Sciences , continue de paroître avec
fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai
de l'Ecole ; il vient de mettre en vente , toûjours de
la même grandeur , ceux de
LOUIS I. DIT LE DEBONNAIRE " Empereur,
XXIV. Roy de France , mort à Ingelheim , près
Mayence, le 20. Juin 840. après 27. ans de Regne,
deffiné par A. Boizot , & gravé par J. G. Will.
FREDERIC- HENRI , PRINCE D'ORANGE , mort
à la Haye le 14. Mars 1647. âgé de 63. ans .
Le Sr Lemau de la Jaiffe , ancien Officier de la
Maifon d'Orleans , de l'Ordre Royal de S. Lazare ,
Auteur de la Carte Génerale de la Monarchie & du
Militaire de France , ancien & moderne , dédiée &
préſentée au Roy en Janvier 1733. ainfi que des
Abregés annuels de ladite Carte ( en forme de Suplémens
) aux Mutations Militaires fur Terre &
fur Mer , doit mettre au jour fon feptiéme Abregé
DECEMBRE.
1740-2713
Ja Militaire de France de 1740. à 1741. à la fir
du mois de Decembre 1740 avec Aprobation &
Privilege géneral du Roy , qu'il a pla à Sa Majeſté
lu renouveller pour le tems & efpace de vingt an
nées consécutives , du 22. Janvier 1740.
Ce nouvel Abregé Milnaire de Terre & de Mer , ~
outre le grand détail & le bon ordre qu'il contient,
fera augmenté cette année des Suje: s fuivans , pour
Putilité des Officiers des Troupes , qui le defirent ,
& pour la connoiffance du Service du Roy , fi néceflaire
à la jeune Nobleffe du Royaume . Sçavoir :
De la Table Sommaire des differens Sujets que
ce feptiéme Abrege Militaire contient , & qui pré- ›
cede la Table Générale & Alphabétique de ce Livre.
De la fuite du Journal Hiftorique du Militaire de
France , contenant les Faites du Regne de Louis
XV. jusqu'en Décembre 1740 .
Des Corps des Troupes de la Maiſon du Roy &
autres , dans lesquels ont fervi , fervent & d'où for
tent aujourd'hui les Maréchaux de France , les-
Lieutenans Géneraux , les Maréchaux de Camp &
les Brigadiers d'Infanterie , de Cavalerie & de Dragons
, dès leurs premiers Grades .
De la nouvelle Promotion , faite par Sa Majesté
le premierJanvier 1740 des Maréchaux de Camp &
des Brigadiers d'Infanterie , de Cavalerie , de Dragons
, de l'Artillerie & des Ingénieurs , avec les Régimens
accordés par le Roy aux nouveaux Colonc's
& Meftres de Camp.
Des noms & qualités des premiers Officiers commandans
en géneral & en particulier les Compagnes
à pied & à cheval de la Garde . & les Régimens
des Gardes Françoifes & des Gardes Suiffes
de la Maifon du Roy , les Compagnies de la Gendarmerie
, & les Corps de toutes les Troupes qui
fubfiftent , ainsi que les premieres Milices , l'Artil-
>
lerie
1714 MERCURE DE FRANCE
lerie & les Fortifications, lors des années de la créa
tion de chaque Corps par les Rois de France .
Des noms des 27. Gentilshommes à Drapeau ,
d'augmentation dans 27. Compagnies du Régiment
des Gardes Françoifes , par l'Ordonnance du Roy
du 11. Janvier 1740 .
Des noms des premiers Capitaines Factionnaires ,
des cent vingt-deux Régimens de l'Infanterie Françoife
& Etrangere , fur pied.
Des noms des Officiers de la Compagnie des 60.
Gentilshommes Gardes du Pavillon Amiral .
Des noms des Officiers des trois Compagnies de
Bo. Gentilshommes chacune , Gardes de la Marine, i
Des noms des Officiers de la Compagnie des 30.
Cadets Gentilshommes , definés pour 1's Colonies.
Des noms des Officiers des so . Compagnies Franches
de Soldats de la Marine.
De la Création des 10, nouvelles Compagnies
franches de Soldats de la Marine , par l'Ordonnance
du Roy , du 19. Septembre 1740 .
Des noms des Officiers de la Compagnie des
30. Gentilshommes Gardes de l'Etendart Réal des
Galeres , à Marseille .
Des noms des Officiers des 15. Compagnies franches
de Soldats des Galeres à Marseille.
De l'idée fuccinte des vivres des Hôpitaux & des
Invalides de la Marine & des Galeres .
Des Armoiries gravées de toutes les Provinces.
du Royaume , placées en tête de chaque Gouvernement
Génerat , par ordre Géographique , où les
Régimens de Province qui exiftent , trouveront
le Blafon du nom de leur Régiment.
Du nouveau Régiment d'Infanterie Gardes- Loraine
, créé par l'Ordonnance du Roy du 6. Avril
1740. pour fervir à la garde ordinaire du Roy de
Pologne , & fous fes ordres à Luneville ,
Dea
1
DECEMBRE . 1740. 2713
Des deux Compagnies de Gardes ordinaires à
cheval du Roy de Pologne à Luneville.
De la Compagnie des Cadets Gentilshommes }
entretenus par le Roy de Pologne à Luneville .
" De la Compagnie des Maréchauffées de Loraine
& Barrois , créée par Edit du Roy de Pologne , du
mois d'Octobre 1738 .
De la Création des Régimens François & Etrangers
, & de la filiation des premiers Colonels &
Meftres de Camp d'Infanterie , de Cavalerie & de
Dragons , ainfi que des Chefs des cinq Brigades du
Régiment Royal de Carabiniers , qui ont été jusqu'à
présent , fuivant les Mémoires recueillis des
anciens Officiers des Corps , envoyés par Mrs les
Majors à l'Auteur en 1740.
Des années de réception des Prévôts Géneraux
des 30. Compagnies des Maréchauffées de France ,
Des noms & qualités des Géneraux qui ont commandé
dans les Batailles mémorables gagnées par les
François , depuis le commencement de la Monarchie
jusqu'à préfent , avec les trois Tables Chronologiques
de la premiere , feconde & troifiéme Race
de nos Rois , ornées de Légendes Latines , tirées
des Médailles du Roy , qui ont été frapées pour
chaque Regne , juſqu'à notre auguſte Monarque
LOUIS XV. 66e. Roy .
Ainfi que des obmiffions Militaires du précedent
Abregé, rétablies dans ce feptiéme Abregé de 1740.
à 1741.
Le présent Abregé Militaire le débitera par les
trois Libraires de Paris , ci- après nommés , aux prix
de quarante-huit fols, relié en veau , & de trente- fix
fols , en Brochure couverte de papier marbré . Oh
y trouvera auffi la fuite des précedens Abregés de
1734 1735 1736 1737 1738. 1739. A Paris ,
chés Prauli , Pere , Quai de Gesvres , au Paradis
Lamesle
1716 MERCURE DE FRANCE
Lanesle , Pere , ruë de la vieille Bouclerie , à la
Minerve, Lamesle , le jeune, Pont S. Michel, au Livre
Royal .
Et la Carte Génerale de la Monarchie & du Mi→
litaire de France , ancien & moderne , gravée en
Taille -douce , fe trouvera , chés l'Auteur , rue Guenegaut
, près le Pont Neuf ; chés le Sr Prevoft , à
la Renommée , au prix de 24. livres, relié en veau,
aux Armes du Roy dorées grand in -folio , et relié en
vélin vert , qui fe roule , au prix de 20 livres , avec
le petit Livre in - 8 ° . des Plans des 112. principales
Places de Guerre , Frontieres du Royaume , auffi
gravées en Taille - douce , aux prix de 4. livres 12 .
fols, relié en veau , & de 4. livres , en Brochure couverte
de papier bleu d'Hollande. Les trois Libraires
ci-deffus débiteront de- même fur ce pied , ses premiers
Ouvrages Militaires.
Le Sr de Gerontoly , établi depuis 25. ans à Paris,
profeffant les Langues Etrangeres , enfeigne l'Italienne
, l'Espagnole , l'Angloife , la Portugaife , &,
la Françoife aux Etrangers , & les traduit les unes
& les autres . Il demeure vis - à- vis la Comédie
Françoife , chés l'Arquebuſier .
Papillon , Graveur en Bois , & de la Societé des
Arts , demeurant préfentement rue S. Jacques , à
côté de l'Olivier , vis- à - vis le Chef S. Jean , au Papillon
, donne avis que fon petit Almanach de P
ris pour l'année 1741. paroît actuellement , augmenté
de plufieurs chofes curieufes .
On nous assûre que M.Chicoyneau ,Premier Médecin
du Roy , ayant vu la guérifon d'un grand Prélat,
qui avoit des Boutons , Rongeurs & Dartres au vifage
depuis plus de huit ans , de ayant pris d'ailleurs la ans , & ayant apris
guérifon de plusieurs autres Perfonnes confidérables ,
par
DECEMBRE. 1740 2717
par les Remedes compofés & debités par Mad. de
Leftrade depuis plus de 40. ans , a bien voulu ,pour
Putilité & le foulagement du Public , donner fon
Aprobation pour les débiter .
Ces Remedes font une Eau pour la guériſon des
Dartres vives & farineufes , Boutons , Rougeurs ,
Taches de rouffeur , & autres Maladies de la Peau.
Et un Baume blanc , en confiftance de Pomade
qui de les cavités & les rougeurs après la petite
yérole , les taches jaunes & le hâle , unit & blanchit
le teint.
Ces Remedes fe gardent tant que l'on veut , &
peuvent fe tranfporter partout . Les Bouteilles de
cette Eau font de 2. 3. 4 6. livres & au deffus ,
felon la grandeur . Les Pots de Baume blanc , font
de 3. livres 10. fols , & les demi Pots d'une livre
If.fols,
Mad. de Leftrale , demeure à Paris , rue de la
Comédie Françoise , chés un Grainetier , au prémier
Etage , il y a une Affiche au deffus de la porte .
Le Prélat dont on vient de parler , a gratifié la
D de Leftrade d'une Penfion favie durant.
Le Public eft averti que le véritable Suc de Regliffe
& de Guimauve blanc fans fucre , fi eftimé
pour toutes les maladies du Poulmon , inflammations
, enrouemens, toux , rhumes , afthme , poalmonie
& pituite , continue à fe debiter depuis plus
de trente ans , de l'aveu & aprobation de M. le
Premier Médecin du Roy , chés Mlle Desmoulins ,
* qui eft la feule qui en a le fecret de défunte Mlle
Guy , quoique depuis quelques années des Particuliers
ayent voulu le contrefaire , lefquels pour mieux
tromper le Public , fe font dits Enfans de M. Guy,
ce qui eft une fupofition , & la difference s'en connoîtra
aisément par la comparaiſon qu'on en pourra
frire.
On
718 MERCURE DE FRANCE
l'on veur On peut s'en fervir en tout tems, le tranfporter
par tout & le garder fi long - tems que
fans qu'il le gâte et qu'il perde rien de fa qualité .
Mlle Desmoulins demeure rue Guenegaud , Fauxborug
S. Germain , du cô é de la rue Mazarine, chés
M. Guillaume , Marchand de Vin , aux Armes de
France , au fecond Apartement,
Le Sr Briart , qui demeure toujours dans l'Abbaye
S. Germain des Prés , à l'entrée de la rue Abbatiale
, à Paris , a compofé depuis peu une Effence
d'Ognifiori ou de toutes fleurs , d'une odeur agreable;
on en met quelques gouttes dans l'eau dont on fe
lave après avoir été rasé , elle blanchit l'eau , les
Dames s'en fervent pour décraffer & rendre la peau
douce & unie , elle ne nuit point au teint ; les plus
petites Bouteilles font d'environ 5. onces ,
vend 24. fols l'once .
on la
Il continue avec fuccès à faire la véritable Effence
de Savon à la Bergamotte, & autres odeurs dou
ces , dont on fe fert pour la barbe au lieu de Savon
nettes ; les Dames s'en fervent auffi pour le laver le
vifage & les mains ; on la vend 12 fols l'once. Il
avertit que les Bouteilles font toujours cachetées ;
au tour du cachet on y lit fon nom & fa demeure ,
il y a une Bouteille dans le milieu du Cachet , out
il y a le nom de la Liqueur , comme à l'Ognifiori ,
Il a été obligé d'augmenter le prix de ſes Effences ,
attendu la cherté de l'Efprit de Vin , &c.
Il fait auffi de bons Cuirs à repaffer les Raſoirs
avec lefquels il ne faut point de Pierre à aiguifer ;
il les vend depuis 40 fols jufqu'à 60. à un feyl
côté , & depuis 4. livres jufqu'à 8. à deux côtés
differens . Il donne la maniere de s'en fervir.
Voith
It Vol.
12 jouga
l'aubad
DECEMBRE. 1740 2718 ·
Voici un ancien NOEL en Langue Provençale,
que nous tirons de l'oubli , à l'occasion des
Fêtes de Noel, dant la Musique nous aparî
très- ingénieuse.
Y Ou ai mon Fifre , pren ton Tambourin
Anen jouga l'aubado
A l'Accouchado
Qu'a fach lou Dauphin ,
Quan li seren , veissi coumo fau faire
Parapatapan , parapatapan , Liretto ,
Aquo pou pa manqua de rejoÿji la Maire ,
Parapatapan , parapatapan , Liretto ,
Parapatapan , parapatapan ,
A quo pou pa manqua de rejoui l'Enfan .
SPECTACLES.
E Novembre , les Comédiens Fran
Lois donnerent la premiere Représenta
tion d'une petite Piéce en Prose & en un
Acte , fuivie d'un Divertiffement , fous le
titre de Joconde. Nous n'en donnons ici
qu'un Extrait abregé pour l'intelligence du
Sujet.
AC
2720 MERCURE DE FRANCE
1
ACTEURS.
Aftolphe, Roy de Lombardie, Le Sr Dubois.
*Joconde ,
Clorinde ,
Marcelie ,
Soeurs ,
Suson ,
Matafio , Philosophe ,
Le Sr.Montmenil.
La Dile la Motte.
La Dlle Conel.
La Dile Dangeville .
Le Sr Poiffon.
Aftolphe , Roy de Lombardie , & Joconde,
également trahis par leurs Epouses , dont
ils fe croyoient tendrement aimés , pour ſe
consoler de leur disgrace , entreprirent un
voyage , dans lequel ils fe proposerent d'en
conter à toutes les femmes , & d'insérer
dans un Livre les noms de toutes celles qu'ils
auroient féduites.
C'eft chés une Aubergifte que la Scene fe
paffe. Cette Femme a trois filles , dont l'une
s'apelle Clorinde , l'autre Marcelle , & la
troifiéme Suson. Clorinde , qui fe présente
la premiere , fe vante d'une infenfibilité à
toute épreuve. Joconde lui dit que ce n'eft
pas de ce jour feulement qu'il adore fes
-charmes ; mais elle ne fait que rire de ce flateur
langage ; cependant , toute inflexible
qu'elle paroît , Joconde ne fe rebute pas ;
il trouve enfin le fecret de l'attendrir , en lui
jurant qu'il l'aimera toujours , malgré fa rigueur,
& qu'il lui consacrera les trifles restes
d'une vie que fon insenfibilité condamne à
être
DECEMBRE. 1740 2726
être toujours infortunée . Clorinde ne peut
tenir contre des proteftations fi tendres ; elle
confent que Joconde la demande en mariage
à fa mere ; elle fouhaite ardemment qu'un
Amant auffi paffionné qu'il le lui paroît , ob
tienne cet heureux confentement. A peine
s'eft-elle retirée que Joconde écrit son nom
dans la Lifte de fes Maîtreffes & de fes
Conquêtes.
Aftolphe entreprend une Victoire auffi
parfaite fur le coeur de Marcelle , c'eſt une
Philofophe , elle , vient fuivie de fon Profeffeur.
Le Roy de Lombardie , tâche de l'ébloüir
par l'éclat des Richeffes ; elle oppose à
cette attaque le rempart de fa fcience favorite
, mais l'éclat d'un Diamant d'un grand
prix , lui fait ouvrir les yeux ; elle demande.
confeil à son Maître , qui d'abord lui dit
qu'il faut refufer le prefent qu'on lui offre ;
mais il ne pratique pas la leçon qu'il donne
à fon éleve ; une Tabatire d'or qu'Aftolphe
lui met entre les mains lui fait changer de
langage ; il l'accepte ; fon exemple adoucit
la férocité de fon Ecoliere , elle confent à
accepter un Epoux fi favorifé de Plutus . Paffons
à la troifiéme Soeur.
› Suzon vient avec un air fâché , elle ne répond
que par monofyllabes à la déclaration
d'amour que Joconde lui fait ; il defefpere
a prefque du fuccès dont il s'eft Aaté ; il Pąt-
1. Vol. H taque
"
2722 MERCURE DE FRANCE
taque
·
du côté de l'ambition ; il fait briller à
fes yeux tout ce que cette paffion des grandes
ames a de plus éclatant. Fille d'une fimple Aubergifte,
elle doit devenir une des plus grandes
Dames de la Cour ; elle préte l'oreille
à la promeffe féduifante que fon Amant
prétendu lui en fait ; elle ne défire rien tant
qu'un hymen qui va la placer dans un rang fi
fort audeffus de l'humble fituation où la
naiffance l'a mife ; à peine elle capitule , que
Joconde qui eft témoin des articles du mariage
, fe preffe de l'infcrire dans le livre des
Exploits amoureux , qui font communs entre
fon Roy & lui. M fe retire avec Aftolphe ; ils
laiffent leur livre fur une table. Les trois
Soeurs fe font confidence de leur bonne Fortune
, & fe croyent plus heureufes les unes
les autres mais elles fortent bientôt
que
d'une erreur fi flateufe . La curiofité les porte
à lire dans le Livre qu'elles n'avoient pas encore
aperçû le titre qui frape leur yeux les
allarme autant qu'il les pique . C'eſt un Journal
des Exploits amoureux d'Aftolphe & de
Joconde ; l'interest qu'elles y prenent le leur
fait parcourir jufqu'à la derniere page , où
non fans un jufte dépit, elles trouvent leurs
leurs trois noms inferés de fraîche date à la
fuite l'un de l'autre. Elles en font de vifs reproches
à leurs faux Amans qui reviennent
pour joüir de leur triomphe ; ils les apaifent
par
DECEMBRE. 1740 2721
par un mariage convenable , dont Aftolphe
les prie en ami , & qu'il leur prescrit en Roy.
Ce mariage qu'elles acceptent sans nulle répugnance
, amene un divertiffement que les
deux malins Voyageurs ont déja préparé ,
tant ils étoient sûrs du fuccès de leur der
niere entreprise.
Cette petite Piéce , qui eft de M. Fagan
a été bien reçûë. On croît qu'elle auroit eû
plus de fuccès en trois Actes , qui auroient
donné lieu à l'Auteur d'y mettre plus de jeu
Comique. Le rôle de Suzon , joué par la
Dlle Dangeville , a été generalement aplaudi,
La Mufique du divertiff ment eft de
M. Grandval : elle a fait beaucoup de plaifir.
›
Le 7. Decembre , les mêmes Comédiens
remirent au Théâtre , la Tragédie d'Inés de
Caftro de feu M. de la Mothe , de l'Aca
démie Françoife.
›
Le 1 , is remirent auffi au Théâtre la Comédie
des Dehors Trompeurs , de M. de
Boiffy , & la petite Piéce de l'Oracle , que
le Public a revûe avec plaifir. Nous avons
donné l'Extrait de ces deux Piéces quand
elles ont parû pour la premiere fois , au
mois de Février & de Mars de cette année.
La Comédie de l'Oracle , vient d'être imprimée
chés Prault , le fils , Quai de Conty,
à la Defcente du Pont Neuf, à la Charité
& fe vend 24 fols.
Hij
2724. MERCURE DE FRANCE
L'Académie Royale de Mufique , continue
toujours les repréfentations d'Amadis de
Gaule , que le Public ne fe laffe pas de voir ;
& qui fait toujours le même plaifir , à en
juger par les nombreuſes affemblées que ce
fpectacle attire , on doit remettre au Théâtre
l'Opera de Proferpine , dans le mois de Janvier
prochain.
AMlle le Maure , pendant la représentation
de l'Opera d'Amadis , le 25. Novembre
1740. de la part du Public.
TAndis qu'au Parnaffe on s'aprète
A vous ériger maints Autels ,
Des hommages plus naturels
Célébrent ici votre Fête.
Dans ce Temple mélodieux , ( 1 )
Dont vos feuls Talens font les Dieux ;
Nos mains , ( 2 ) du plaifir que vous faites (
Bruyantes interprétes , )
Par un fracas mille fois répeté ,
- Bien mieux
que Vers ou Profe ;
Y feront votre Apothéose , 8
Et pour que rien ne manque à la folemnité ,
Nos transports , notre volupté ,
Seront l'encens & la couronne ,
( 1 ) La Sale de l'Opera. ( 2 ) Les battemens de mains .
Que
DECEMBRË.
1740. 2725
Que le goût vous décerne & que l'Amour vous
donne.
Du Parterre de l'Opera , le 25. Novembre
1740. à 6. heures du foir.
Le 23. Novembre , les Comediens Ita
liens remirent au Théâtre une Piéce Italienne
en cinq Actes , intitulée , Arlequin Prince
, jouće par les principaux Acteurs Italiens .
La même Comédie avoit déja été repréſentée
fur le même Théâtre le 4. Juin 1716. fous
le titre d' Arlequin crû Prince par Magie , en
Italien , Arlichino finto Principe , Piéce trèsancienne
dont on ignore l'Auteur . Il y a en
Italie unc Comédie en Mufique , à peu -près
femblable intitulée , il Girello ( le Tonnelet )
parce que c'eft , par ce Tonnelet , qu'Arlequin
eft crû Prince .
> Le 29 , ils donnerent une autre Comédie
Italienne en trois Actes , qui a pour titre les
Jumeaux , laquelle avoit été auffi repréſentée
fur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne , le
15 Juillet 1716. fous le titre des deux Les
lio & des deux Arlequins. Cette Piéce n'eft
pas toute copiée des Menechmes de Plaute ,
elle eft auffi tirée d'une Comédie Italienne ,
intitulée La Moglie del Secchi , qu'on croît
ancienne d'environ 200 ans . La même Piéce
a été ensuite réduite en Canevas , pour être
jouée à l'impromptu , & l'on y a fuivi l'origi
H iij
nal
2726 MERCURE DE FRANCE
mal de la Piéce que l'Auteur a conduit avec
tant d'adreffe que le méme Acteur peut jouër
les deux perfonnages , évitant par-là l'incom
modité d'avoir recours au mafque , ou bien
de faire jouër ces Rôles par deux Acteurs qui
ne fe reffemblent pas. Le Sieur Riccoboni , le
pere , qui jouoit autrefois les deux Rôles de
Lelio , paroiffoit fur la Scéne fous differens
habits , & Arlequin fon Valet , avoit par-def
fus fon habit ordinaire un petit Mantelet &
une plume à fon Chapeau pour diftinguer
l'Arlequin de Ville , d'avec celui qui arrivoit
d'un très-long voyage. A cette derniere reprife
, les Comédiens Italiens n'ont pas toutà
- fait fuivi le Plan de l'ancienne Piece dont
le titre ne permettoit pas de fuprimer la ressemblance
des Maîtres,fans défigurer l'action
de la Comédie.
Le 9. Decembre , le mêmes Comédiens ;
remirent encore au Théâtre une autre Pièce
Italienne en trois Actes, intitulée , Arlequin ,
Voleur , Prevôt & Juge , qui avoit été joüéc
le 2. Juin 1716. Cette Comédie eft très - ancienne
& connue en Italie , fous le titre de
il Ladro, Sbirro e Giudice . Les Acteurs Comiques
des Foires de S. Germain & de S. Lau
rent , l'ont accommodée à leur Théâtre .
On aprend de Luneville , que le 24. Nayembre
, veille de la Fête de Ste Catherine,
dont
DECEMBRE. 1740 2729
dont la Reine de Pologne , Ducheffe de Loraine
& de Bar , porte le nom , on y avoit
célébré avec beaucoup de magnificence la
Fête de S. M. P. Tous les Miniftres Etrangers
qui réfident auprès du Roy à Nancy ,
accompagnés des Seigneurs & Dames de la
Cour , en habits de Gala , fe rendirent à dix
heures du matin au Château , pour rendre
leurs refpects à la Reine ; on dit la Meffe
quelque tems après , chantée par un excelfent
Choeur de Mufique , après laquelle
L. M. P. dînerent feules en public ; il y eût
pendant le dîner une très - belle fimphonie ,
exécutée d'une maniere fort brillante par la
Mufique de la Chambre ; on remarqua entre
autres , une Femme qui jouia du Luth ,
avec une précifion admirable. Outre la Table
de L. M. P , il y en eût plufieurs autres fervies
avec autant de délicateffe que de profufion
; celle du Duc Offolinski , Grand Maître
de la Maiſon du Roy , étoit de 60 couverts.
Vers le foir , on joia la Comédie avec
des divertiffemens , dans les entre - Actes ,
dans lefquels la jeune Dlle Cammafle , dont
nous avons déja eû occafion de parler plufieurs
fois , fit briller fes talens pour la danfe
; elle danfa plufieurs Entrées avec beau
coup d'aplaudiffemens.
On exécuta enfuite une Paftorale , dont les
paroles font de M. le Chevalier de Solignac ,
H iiij Sécrétaire
2728 MERCURE DE FRANCE
Sécrétaire du Cabinet & des Commandé
mens du Roy de Pologne , mifes en muſi
que par M. de la Pierre , Maître de Muſique
de la Chapelle & de la Chambre de L. M. P.
Cette Paftorale ſe trouve imprimée à Nancy,
de l'Imprimerie de Pierre Antoine.
&
Elle commença par les Vers qu'on va lire
que le Dieu Pan , adreſſe à la Reine.
MADAME , Ces Bergers , prêts à vous rendre hommage
,
;
Peuvent- ils ſe flater d'avoir votre fuffrage
Garant des fentimens qu'ils viennenr exprimer ;
Je connois leur audace , & n'oſe la blâmer
L'Art n'a point embelli leur ruftique langage ;
On peut vous confacrer de plus nobles accents
Mais en quels Lieux , dans quel Bocage ,
Peut-on offrir des voeux plus purs & plus ardens &
Au refte cette Paftorale a été exécutée au
gré de L. M. P. & de toute la Cour ; les
principaux Rôles qui font Jupiter , Mars &
differens Bergers , ont été chantés par les
Sieurs Cuignier & Aubert , ceux de Minerve
-& de differentes Bergeres , par les Dlles
Framboifier , Roland , Gournay , Chevalier &
Verniau ; les Rôles de differens Bergers de la
Paftorale , ont été exécutés par le fieur Mechain
, & ceux des Faunes , des Silvains &
des Bergers , ont été très - bien chantés en
choeu
DECEMBRE . 1740 2729
choeur par d'autres Sujets de la Mufique du
Roy.
Ćette Paftorale fût exécutée dans le grand
Salon de la Reine , en préfence de L. M. P.
& de toute la Cour ; on fervit enfuite un
grand fouper , & les Tables y furent fervies
comme elles l'avoient été au dîner. Un Bal
mafqué fucceda au foûper , lequel dura fort
avant dans la nuit.
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
Es derniers avis de Conftantinople portent , que
feldt , Ambaffadeur Extraordinaire de l'Empereur ,
eut fa premiere audience publique du Grand Seigneur
, & qu'il y fut conduit par le Chiaoux Pacha ,
qui étoit alié le prendre à fon Palais avec plufieurs
Officiers de Sa Hauteffe .
Ce Miniftre , avant que d'être introduit dans la
Sale d'Audience , fut revêtu d'une l'éliffe de Martre
Zibeline , & on diftribua des Caffetans à 120.
perfonnes de fa fuite. On fit défiler enfuite fous les
fenêtres de la Sale dans laquelle il s'étoit arrêté ,
les plus beaux chevaux des Ecuries du Grand Seigneur
, les uns montés par les Ecuyers de Sa Hauteffe
, & les autres conduits par des Palfreniers ,
après que l'Ambaffadeur eut vû diftribuer le prêt
aux Janiffaires, le Grand Vifir alla le joindre, pour
Hv
&
2730 MERCURE DE FRANCE
le préfenter au Grand Seigneur. Après l'audience ;
à laquelle on n'admit avec le Comte d'Uhlefeldt
que le Comte fon Frere & douze autres Seigneurs
Allemands , cet Ambaffadeur fut reconduit en fon
Palais avec le même cortege qui l'avoit accompagné
au Serrail,
Le Grand Vifir donna quelques jours après au
Comte d'Uhlefeldt un magnifique repas , auquel on
dit que le Grand Seigneur fe trouva incognito .
Au commencement du mois d'Octobre dernier ,
le Chevalier Finochietti , Miniftre Plénipotentiaire
du Roy des deux Siciles , eut une audience publique
du Grand Vifir , lequel , après avoir reçû de lui
la Ratification du Traité de Commerce conclu avec
le Roy des deux Siciles , fignée par S. M. Sic . lui
remit la Ratification du même Traité , fignée par
Sa Hautefle.
Le Kiaïa du Grand Vifir fut déposé le 19. du
mois de Septembre dernier , & on lui a donné la
direction des Aqueducs que le Grand Seigneur fait
construire à la Mecque.
RUSSIE.
N mande de Pétersbourg, que le 30. du mois
dernier, les trois Régimens des Gardes à pied
s'étant mis fous les Armes , fuivant l'ordre qu'ils en
avoient reçû la veille , le Czar fut porté du Palais
d'Eté à celui d'Hyver , & que la marche ſe fit
dans l'ordre fuivant.
Un Détachement de la feconde Compagnie des
Gardes du Corps ; les Valets de pied du Czar ; les
Pages ; plufieurs chevaux de felle , conduits par
des Palfreniers ; les Ecuyers Cavalcadours & les
Ecuyers de main , à cheval ; les Chambellans ; les
Confeillers d'Etat & les Miniftres , dans des carosses
DECEMBRE. 1740% 2735
ses de S. M. Cz . attelés chacun de huit chevaux .
Le Duc Régent dans fon caroffe , attelé , auffi de
huit chevaux , précedoit la Chaife à porteurs , dans
laquelle le Czar étoit avec fa Nourrice , & qui étoit
fuivie d'un autre caroffe , dans lequel étoient le
Prince & la Princeffe de Brunswick Bevern . Plufeurs
autres caroffes remplis par les Seigneurs &
les Dames de la Cour , venoient enfuite , & la marche
étoit fermée par an Détachement de la premiere
Compagnie des Gardes du Corps.
Lorfque le Czar fut arrivé au Palais d'Hyver , on
y arbora l'Etendart de la Couronne , & on chanta le
Te Deum dans la Chapelle , au bruit d'une falve de
51. coups de canon ,
Le lendemain , le Duc Régent alla rendre vifite.
au Prince & à la Princeffe de Brunswick Bevern ,
ains qu'à la Princeffe Elizabeth Petrowna . Ce Prince
a fait affûrer tous les Miniftres des Puiffances Etrangeres
, que le Czar rempliroit tous les engagemens
contractés par la fenë Czarine.
On a publié à Pétersbourg un Edit par lequel le
Czar ordonne à tous fes Sujets de quelque condition
qu'ils foient , de donner le Titre d'Alteffe au Prince
& à la Princeffe de Brunsvick Bevern , ainfi qu'au
Duc & à la Du heffe de Curlande.
Le Duc Régent paroît avoir pour principal objet
dans fon adminiftration , d'entrenir la tranquillité
dans le Royaume , afin d'être en état d'affûrer de
plus en plus le bonheur & la gloire de la Nation .
Ce Prince , qui pendant la vie de la feuë Czarine
avoit employé les foins pour terminer les differends
enire la Mofcovie & la Suede , eft dans la réfolution
de contribuer de tout fon pouvoir à rétablir la
bonne intelligence entre les deux Puiffances , & il
a dépêché un de fes Sécretaires au Miniftre qui réfide
à Stockola de la part du Roy de la Grande-
H vj Bretagne ,
2732 MERCURE DE FRANCE
Bretagne , pour le prier d'y contribuer par fes bon
offices .
Quoique le Duc Régent défire que la Mofcovie
continue de jouir des avantages de la Paix le plus
long- tems qu'il fera poffible , il ne néglige point
de prendre les mefures convenables pour la fûreté
de l'Etat , les Troupes demeureront fur le pied où
elles font à préfent , fçavoir , de 180000. hommes ,
& on les augmentera jufqu'à 200000. fi les négociations
commencées avec la Suede n'ont pas le
fuccès qu'on en efpere ; on laiffera auffi plufieurs
Vaiffeaux de guerre dans le Port de Cromſtadt. La
Garniſon de Pétersbourg a été renforcée de fix Bataillons
, & elle eft composée à préfent de 22. Bataillons
& de 16. Escadrons .
Le Comte de Biron , frere du Duc Régent, conferve
le Commandement géneral des Troupes qui
font dans les Provinces de Moſcow , de Susdal &
de Wolodimer , d'où l'on a apris que les Habitans
de tous les ordres avoient prêté Serment de fidelité
au Czar, & qu'ils paroiffoient fort fatisfaits des dernieres
difpofitions faites par la Czarine.
Le Duc Régent , voulant fignaler fon avenement
à la Régence par des Actes de clémence & de bonté
, a accordé la liberté à tous les prifoniers qui
n'ont point été arrêtés pour des crimes dignes de
mort, et il a rapellé plufieurs exilés de Siberie . Il a
auffi réfolu d'abolir certains châtimens dont l'ufage
avoit été établi par les anciens Souverains de Moscovie.
Les dernieres Lettres reçûës de Pétersbourg , du
20 du mois paffé , portent que les commencemens
de la Régence du Duc de Curlande avoient donné
lieu de croire que fon adminiftration feroit pafible,
mais que plufieurs de fes démarches ont parû annoncer
des deffeins ambitieux ; qu'il s'eft emporté
DECEMBRE. 1740. 2733
diverfes violences contre quelques Seigneurs des
plus confidérables , & qu'il a même laiffé échaper
des difcours dont la Princeffe de Brunswick Bevern
a été offenfée . Ces excès ont déterminé à s'affûrer
de fa perfonne , & le Feldt - Maréchal Comte de
Munich en ayant reçû l'ordre , fe rendit le matin
du 20. du mois dernier chés ce Prince , pour exécuter
fa commiffion. Le Duc de Curlande d'abord
fit quelque réfiftance , mais plufieurs Officiers
qui avoient accompagné le Comte de Munich,
étant entrés dans la chambre , en arrêta le Duc , &
on le conduifit l'après midi à la Fortereffe de
Schlieffelbourg , où il fera gardé fort étroitement.
On s'affûra auffi de la Ducheffe fon Epoufe & de
toute fa Famille.
On publia en même- tems une Déclaration du
Czar , laquelle porte que le Duc de Curlande ,
au lieu de fe conformer aux volontés de la feuë
Czarine , qui en lui confiant la Régence , lui avoit
recommandé principalement de n'agir en aucune oc-
-cafion contre les Loix de l'Etat , & de conferver
pour toutes les perfonnes de la Famille des Czars
le refpect qui leur eft dù , a entrepris plufieurs chofes
contraires aux Loix , & a témoigné publiquement
du mépris pour la Princeffe & le Prince de
Brunswick Bevern ; qu'il a même tenu des diſcours
menaçans qui ne convenoient en aucune maniere , &
par lefquels il a fait connoître des vûës auffi vaſtes
que criminelles ; que par ces raifons le Czar a été
obligé à la réquifition de tous les Ordres de l'Etat
, d'ôter la Régence au Duc de Curlande & de
la donner à la Princeffe de Brunswick Bevern ; que
S. M. Czarienne veut que cette Princeffe gouverne
avec la même autorité que la feue Czarine avoit
donnée au Duc de Curlande , & que tous les Moscovites
, de quelque condition qu'ils foient , ayent
Pows
734 MERCURE DE FRANCE
pour les ordres de la Princeffe de Brunswick Be
vern ,pendant le tems de fa Régence , la même fou
miffion que pour ceux du Czar. Le Titre de Grande
Princeffe de Mofcovie eft conferé à cette Prineeffe
par la même Déclaration , laquelle a été fignée
par le Sénat , par les Miniftres & par les Géneraux
ALLEMAGNE .
Na aprisde Vienne du 12.du moispaffé
que fur la déclaration que le Comte de la Pé
roufe à faite à la Grande- Ducheffe de Tofcane de
la part de l'Electeur de Baviere au fajet des droits
que ce Prince prétend avoir fur la fucceffion de
l'Empereur , la Grande- Ducheffe a réfolu de faire
publier un Manifefte , pour combattre les raifons
fur lefquelles l'Electeur de Baviere fonde fes prétentions.
Cette Pinceffe a envoyé en même -tems
ordre à tous fes Miniftres dans les Cours Etrangeres
d'informer les Puiffances auprès defquelles ils
réfident , des differences qui fe trouvent entre l'Acte
original du Teftament de Ferdinand I. & l'Extrait
de ce Teftament , qui eft entre les mains de
l'Electeur de Baviere .
Les réponſes du Roy de Pologne , Electeur de
Saxe & du Roy de Pruffe aux Lettres que la Grande
Ducheffe leur a écrites , pour leur donner part de
la mort de l'Empereur , ont fait beaucoup de plaifir
à la Cour , & on affûre que le Roy de Pruffe a
mandé que non -feulement il maintiendroit de tout
fon pouvoir l'execution de la Pragmatique Sanction,
mais encore qu'il fourniroit un Corps de Toupes
auxiliaires , s'ti en étoit befoin .
La Grande Ducheffe de Tolcane ayant ordonné
le 6. le ce mois , qu'on remît en liberté les Feldt-
Maréchaux de Wallis & de Seckendorf, & le ComDECEMBRE.
1740 2733
te de Neuperg , elle a fait écrire au premier de fe
retirer dans les Terres , au fecond , qu'on ne l'empêcheroit
pas de fe rendre à fon Gouvernement de
Philisbourg , & au dernier de revenir à Vienne .
Le Catafalque que la Grande Ducheffe de Tos
cane avoit ordonné d'élever dans l'Eglife Aulique
des Auguftins Déchauffés , ayant été achevé le 14.
du mois paffé , on célebra le 16. dans cette Eglife .
qui étoit tenduë de noir jufqu'à la voute , & éclairée
d'une grande quantité de lumieres , un Service
folemnel pour le repos de l'ame de l'Empereur . Le
Cardinal , Archevêque de Vienne , y officia pontificalement
, & l'Oraifon Funebre fut prononcée pas
le Pere Bitterman , de la Compagnie de Jefus
La feconde Meffe de Requiem fut dite le lende
main par M. de Breitenbucher , Evêque d'Antigonie
, & le Comte Efterhazi , Evêque de Dorien &
de Sebenigo , officia le 18. à la troifieme . Les Archiducheffes
Eleonore & Marie Magdeleine , & le
Grand Duc de Toscane, accompagnés des Seigneurs
& des Dames de la Cour , affifterent au Service qui
fut célebré le 16 .
On a apris depuis , que le 19.du mois dernier , les
Gouverneurs & les Magiftrats de l'Archiduché d'Autriche
prêterent Serment de fidelité à la Grande Ducheffe
de Tofcane entre les mains des Commiffaires
nommés par certe Princeffe . Les Grands Officiers Hé◄
reditaires de la Province le prêterent le lendemain; les
Magiftrats de Vienne s'acquitterent du même devoir
le 21. & les Députés des Etats de la Haute & Baffe
Autriche , rendirent le 22. leur hommage à la
Grande Ducheffe , qui étoit fous un Dais , ayant
fur la tête le Bonnet Archiducal , que le Prévôt de
l'Abbaye de Cloker Neubourg , où ce Bonnet eft
ordinairement en dépôt , avoit aporté au Palais le
jour précedent avec les céremonies accoûtumées.
Le
273 MERCURE DE FRANCE
Le Feldt-Maréchal Comte de Seckendorff & le
Comte de Neuperg arriverent à Vienne , l'un le
19. & l'autre le 21.
On mande de Dresde , que le Baron de Groschlag
, Miniftre Plénipotentiaire de l'Electeur de
Mayence , remit le 26. du mois paffé au Roy de
Pologne , Electeur de Saxe , la Lettre que l'Electeur
de Mayence à écrite à S. M. pour l'inviter à
fe rendre à Francfort.
On aprend de Berlin de la fin du mois paffé , que
le Roy de Pruffe a reçû un Courier de Vienne , par
les dépêches duquel la Grande Ducheffe de Tofcane
témoigne fa reconnoiffance des difpofitions dans
lefquelles eft S. M. par raport à l'execution de la
Pragmatique Sanction .
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid , que le 18. du mois
d'Octobre dernier , l'Armateur Barrer conduifit
dans un Port de Galice , le Brigantin Anglois la
Marie , de 60. tonneaux , & que Don Auguftin de
Samano , commandant le Vaiffeau la Notre- Dame
de l'omption , prit le 24. dans les environs de l'Isle
de Bas , un Vaiffeau de la même Nation , dont
la charge eft eftimée 40000. Piaftres.
La Frégate la Biscayenne , entra le 5. du mois
paflé dans le Port de Saint Sébaſtien avec le Vaiffeau
Anglois l'Illuftre Couple , dont elle s'eft emparée le
31. Octobre dernier , vers le 48. Degré de Latitude
Septentrionale , à 80. lieues du Cap de Finiftere,
après un combat qui a duré plus de trois heures ,
& dans lequel les Anglois ont eû quatre hommes
de tués & plufieurs de bleffes On a fait 26. prifonniers
fur ce Bâtiinent , à bord duquel il Y avoit des
Marchandiſes pour 20000. Piaftres.
Ол
DECEMBRE. 1740 2737
On a apris des Isles Canaries , qu'un Brigantin &
une Corvette des Ennemis ont été enlevés à la hauteur
du Port de Sainte Croix de Tenerif, par une
Balandre Espagnole , nommée la Saini Elme.
Une Barque nommée la Galere de Guipuscoa ,
que Don Trofime Andres a armée en courfe , prit
le 24. du mois d'Octobre dernier à deux lieuës
de Douvres, le Vaiffeau Anglois la Licorne, du port
de 70. tonneaux , dont la charge eft eftimée 20000.
Piaftres.
Le 18. la Frégate la Notre - Dame du Mont Carmel
, s'empara vers le 49. degré de Latitude Septentrionale
, d'une Balandre Angloife qui étoit deſtinée
pour Terre - Neuve , & elle enleva le 2. Novembre
dernier à la même hauteur le Pinque le Clement ,
fur lequel il y avoit 1500. Quintaux de Moluë fëche
, 160 Barriques de Suif & une grande quantité
de Cuirs.
L'Armateur Sebaſtien Blanco entra le 6 dans la
Baye de Cadix avec le Vaiffeau Anglois le Saint
Antoine , un des Bâtimens du dernier Convoy parti
de Londres pour la Méditerranée , & qui en avoit
été féparé par la tempête. Cette prite fait d'autant
plus d'honneur à Don Sebaftien Blanco , qu'il y
avoit fur le Vaiffeau ennemi , outre l'Equipage ,
plufieurs Officiers Anglois & 46. hommes de recrues
, que le Capitaine devoit débarquer à Port
Mahon & qui ont été tous faits prifoniers . Le
Capitaine de ce Vaiſſeau a été tué dans le Combat ,
- qui a été fort long & fort vif .
Don Martin de Perita , Commandant le Vaiffeau
la Notre-Dame de Aranzazu , a conduit à Lisbonne
une prife Angloife qu'il avoit faite le 17. Octobre
dernier , entre le 38. & le 39. degré de Latitude, &
à bord de laquelle il y avoit pour 16000. Piaftres
de Marchandifes .
Cinquante
2738 MERCURE DE FRANCE
Cinquante hommes de l'Equipage d'une Balandre
qui avoit été armée à Gibraltar ayant fait une descente
dans une des Ifles Canaries , les Habitans les
ont tous tués ou faits prifonniers .
O
NAPLES.
N mande de Naples,du 8. du mois paffé, que
les Troupes deſtinées à affieger le Fort qu'on
avoit conftruit dans les environs de Portici , pour
donner au Roy & à la Reine le Spectacle de l'attaque
& de la défenfe d'une Place , ayant fait toutes les dispofitions
néceffaires pour commencer le Siége ,
Leurs Majeftés fe rendirent le 25. du mois d'Octobre
dernier dans le Camp des Affiégeans , & qu'elles
virent l'ouverture de la tranchée.
Elles y font retournées plufieurs fois les jours fuivans
, & elles ont affifté à toutes les principales
opérations du Siége , ainfi qu'à la prife du Fort , qui
fut emporté d'affaut le 31. Pendant tout le tems
que le Siége a duré , le Roy a fait diftribuer 20.
fols par jour à chaque Soldat des Troupes qui ont
attaqué ou défendu le Fort .
Le Roy & la Reine de Pologne , Electeur & Electrice
de Saxe , ont envoyé à la Reine un Cabinet ,
dont tous les ornemens font d'or maffif , avec un
Berceau d'argent pour la Princeffe dont S. M. eft
accouchée.
Le Duc de Salas . Sécretaire d'Etat , a écrit aux Goùverneurs
des Places Maritimes & à tous les Com- .
mandans des Côtes ,pour leur ordonner d'empêcher
qu'on ne donne aucune atteinte au nouveau Traité
de Navigation & dé Commerce , conclu entre le
Roy & le Grand Seigneur.
ITALIE
DECEMBRE. 1740 27301
7
ITALIE.
N aprend de Rome , que le Pape a fait ven
dre les actions qu'il avoit fur plufieurs Monts
de Pieté , pour en diftribuer les fonds aux Pauvres.
Le s. de ce mois , Sa Sainteté fit expedier un
Bref pour rétablir l'Ordre de Chevalerie de Saint
Etienne , Roy de Hongrie , qui étoit depuis longtemps
enfeveli dans l'oubli , & elle remit le même
jour ce Bref à un Religieux Hongrois , de l'Ordre
de S. Paul Hermite , que l'Empereur avoit envoyé
à Rome , pour le folliciter.
On a apris depuis que le 8. Novembre dernier ,
le Comte de Daun , Auditeur de Rote , Allemand
& Miniftre de la Grande Ducheffe de Tofcane , eut
une Audience particuliere du Pape , dans laquelle
il donna part à Sa Sainteté de la mort de l'Empereur
, & que le même jour le Pape tint un Confistoire
public , pour informer le Sacré College de cet
Evenement .
Sa Sainteté , dans le difcours qu'elle fit aux Cardinaux
, s'étendit beaucoup fur les grandes qualités
& les vertus du feu Empereur particulierement fur
fa Pieté folide & fur fon attachement au Saint Siége.
Après avoir expofé avec éloquence la néceffité
de faire ufage du Miniftere Apoftolique , pour détourner
par de falutaires exhortations les inconvé–
niens qui pourroient furvenir dans la vacance de
la dignité Impériale , elle ajoûta qu'on devoit faire
d'ardentes prieres , pour demander à Dieu . que les
Electeurs , procedant avec unanimité au choix d'un
Empereur , fuffent infpirés & éclairés dans ce choix
par l'Elprit Saint , & que dans le nouveau Chef
qu'ils donneront à l'Empire , l'Eglife y trouvât un
de fes Protecteurs , & la Chrétienté un de ſes défenfeurs
.
Le
740 MERCURE DE FRANCE
Le Pape annonça dans le même Confiftoire le
Jubilé univerfel pour fon Exaltation au Pontificat
& Sa Sainteté fixa le commencement de ce Jubilé
au premier Dimanche de l'Avent.
L'Abbé Doria a été nommé par Sa Sainteté, pour
aller réfider à Francfort en qualité d'Internonce ,
pendant que les Electeurs y feront affemblés.
La Bulle par laquelle le Pape accorde un Jubilé
pour fon Exaltation au Pontificat , fut publiée le
24. du mois dernier , avec les cérémonies accoûfumées
, & ce Jubilé a commencé le 27. par
une Proceffion. folemnelle du Clergé Séculier &
Régulier de Rome, & à laquelle le Pape affifta avec
le Sacré College . Cette Proceffion partit de l'Eglife
de Notre - Dame des Anges , & fe rendit
P'Eglife de Sainte Marie Majeure .
GENES ET ISLE DE CORSE.
N mande de Genes que l'Equipage d'un Ba→
timent arrivé au commencement de ce mois
de Malaga , a raporté qu'un Armateur Espagnol de
Sant Andero s'eft emparé d'un Vaiffeau Marchand
Anglois , armé en guerre , qui lui avoit donné la
chaffe
“ L'ifle de Corſe jouit à préfent d'une parfaite tranquillité
, et la sûreté des grands chemins n'y eft plus
troublée que pat les deux Ban its de Lento qui ont
volé et dépouillé le Chirurgien Major d'un Régiment
des Troupes Françoises .
Il fe tint à Genes le 17 du mois paſſé un grand
Confeil , dans lequel il fut réfolu d'infcrire , à l'imitation
des Vénitiens , le frere et les neveux du
Pape dans le Livre de la Nobleffe .
On a apris de l'Ile de Corfe , que le Marquis de
Maillebois avoit envoyé le Comte , fon fils , vifiter
La
DECEMBRE. 1749 274
La Province de la Balagna , qu'on dit avoir été fort
maltraitée par les derniers Orages.
Un Armateur Mayorquain relâcha il y a quelque
tems à Ajaccio avec une prife Angloife qu'il a fair
conduire à Livourne.
FLORENCE.
LEs Lettresde Florence du s . de ce mois ,
por
tent que le 2. le Confeil de Régence reçût des
dépêches , par lesquelles le Grand Duc , en lui annonçant
la mort de l'Empereur , lui ordonne de
prendre les mesures néceffaires pour la sûreté des
Places du Grand Duché , et en particulier pour
celle du Port de Livourne. En conféquence des or
dres de ce Prince , on travaille à rendre les Troupes
complettes , à remplir les Magafins , et à faire'
réparer les Fortifications des principales Villes , et
on a envoyé une fomme confidérable à Livourne ,
pour payer ce qui eft dû aux Officiers et aux Soldats
de la Garnifon. Le Marquis Caponi , qui eft
Gouverneur de cette derniere Ville , eft parti pour
donner les ordres néceffaires..
Y
On a apris de Milan , que le Commandant de
cette Place a reçû ordre de mettre toutes les Places
du Milanez à l'abri de toute ſurpriſe , & de renforcer
les Garnifons de Tortone , de Lodi , & de Pizz
ghitone,
GRANDE-BRETAGNE,
>
N mande de Londres , qu'un Vaiffeau Mar
chand de Briftol a été pris par un Armateur
Espagnol , qui l'a conduit à Saint Sebaftien , & que
x autres Bâtimens , dont cinq étoient deftinés pour
Liverpool ,
2742 MERCURE DE FRANCE
Liverpool ; étoient tombés entre les mains des ennemis
.
Le 29. du mois paffé , le Roy fe rendit à la
Chambre des Pairs , avec les cérémonies accoûtutumées
, & S. M. ayant mandé la Chambre des
Communes , fit le difcours fuivant.
MYLORDS ET MESSIEURS. Je vous annonçai
à la derniére Séance du Parlement , que jefaifois
des préparatifs pour foûtenir de la maniere la plus
vigoureufe & laplus efficace la Guerre jufte né-
• ceffaire dans laquelle jefuis engagé. Dans cette vûë
j'ai armé de fortes Efcadres , & j'ai ordonné qu'elles
allaffent aux Lieux pour lesquelles elles étoient deftinées
, tant en Europe qu'en Amerique , avec autant
de diligence que l'Armement des Vaffeaux & la nature
de ces Expeditions pourroient le permettre, On a
embarqué un corps confidérable de Troupes , lesquelles
doivent fe joindre à un grand nombre de mes Sujets
qui ont été enrollés en Amérique , toutes les chofes
néceffaires pour le transport de ces Troupes & pour les.
conduire à leur destination , étoient préparées depuis
long-tems , on n'attendoit qu'un tems favorable ,
pour leur faire entreprendre le voyage . Les differens incidens
, quifontfurvenus , n'ont fait d'autre impreffion
fur moi , que de m'affermir dans ma réſolution ,
elles m'ont déterminé à renforcer mes armemens ,
bin loin de m'obliger de renoncer aux mesures que j'a
vois prifes pour foutenir l'honneur de ma Couronne
les Droits indubitables de mon Peuple. La Cou
d'Espagne , ayant déja reffenti quelques effets de notre
vengeance , a commencé a être convaincuë , qu'étant
feule , elle ne pourroit plus long- tems fe défendre contre
les efforts de la Nation Britannique . Si quelque
autre Puiffance , en conformité de certaines démarches
extraordinaires , qui ont éclaté depuis peu , vouloit
prétendre de preferire ou limiter les opérations de la
Guerra
DECEMBRE . 1740 2743
Guerre contre mes Ennemis déclarés , l'honneur ¿.
l'intereft de ma Couronne de mes Royaumes , doivent
me porter à ne perdre aucun tems pour me mettre
en état de repouffer toutes les infultes , & de rendre
inútiles tous les defſſeins formés contre nous , en infraction
de la foy des Traités , j'espère que des démarches
fi difficiles à juftifier , fous quelque`couleur ou prétexte
qu'elles puiffent avoir été entreprifes , feront connoître
à mes Alliés le danger qui nous regarde , d
les porteront à s'unir à nous pour foûtenir & défendre
la Caufe commune , l'important malheureux évenement
de la mort de l'Empereur, ouvre la porte à une
nouvelle Scéne d'affa res en Europe , dans lesquelles toutes
les grandes Puiffances pourront être ou directement
ou indirectement engagées . Il eft impoffible de déterminer
jufqu'où la Politique , l'Interêt , ou l'Ambition
pourroient porter certaines Cours dans cette conjoncture
critique. J'employerai mes foins à obferver exactement
a fuivre leurs démarches , & à m'aſſujettir aux
engagemens que j'ai contractés , afin de maintenir la
balance du pouvoir & la liberté de l'Europe , & en
agilant de concert avec les Puiffances qui font dans
les mêmes obligations , également engagées à conferver
la fûreté la tranquillité générale , j'employerai
les moyens les plus capables de détourner les dan
gers éminens qui peuvent nous menacer.
2
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
J'ai ordonné qu'on vous préfentât l'Etat des Depenfes
de cette année. C'est toûjours avec regret que je demande
des Subfiaes extraordinaires à mon Peuple
mais ce que je viens de vous communiquer , doit ( uffire
pour vous convaincre , qu'il fera nécessaire de
faire quelques augmentations , non - feulement pour
foutenir la premiere Guerre avec vigueur ; mais encore
pour nous préparer aux évenemens qui pourroient
provenir de la nouvelle fituation des affaires de l'Eu
торе
2744 MERCURE DE FRANCE
rope . C'est pourquoi je compte fur le zéle & fur l'affec
tion que vous m'avez montrés pour ma perfonne &
pour mon Gouvernement , auffi - bien que fur l'attention
que vous ferez à votre propre sûreté & à ce qui
peut intereffer la Cause commune , & je ne doute point
que vous ne m'accordiez les Subfides que ces differens
objets pourront demander .
a
>
MY LORDS ET MESSIEURS , la difette de
Bled ; qui régne dans plufieurs Pays de l'Europe ,
déterminé differentes Puiffances à faire des . Reglemens
extraordinaires , pour prévenir les fuites de ce malheur,
& quoiqu'en plufieurs endrous de ce Royaume
la récolte ait été plus favorable , cependant la pruden
ce commune exige que nous pourvoyions , autant qu'il
Je pourra , à une telle calamité , outre que dans les
circonstances où nous fommes , ce feroit une négligence
inexcufable de fouffrir que nos ennemis tiraffent aucune
forte de provifions de mes Etats , & d'expoſer par-là
mes propres Sujets au malheur d'en être privés . Ainfi
je vous recommande inftamment de préparer un Bill
pour empêcher que cela n'arrive. Les difficultés qu'on a
eues à fournir la Flotte de Matelots par les moyens
jufqu'ici pratiqués , font voir qu'on a befoin d'un Reglement
Parlementaire à ce sujet. Il faut par cette
raifon , que je vous conjure , de faire à cet égard, fans
perdre de tems , des Loix lesquelles pendant que nous
ferons engagés dans une Guerre pour la défenfe du
Commerce & de la Navigation , puiffent mettre la
Nation en état de fe fervir de ce grand nombre de
Matelots , qui font un fi fermefoûtien de notre Puif-
Lance. L'importance de ces confiderations eft fi évidente
, qu'il eft inutile que j'employe aucune preuve ,
pour vous convaincre de la neceffité qu'il y a que vous
conferviez une parfaite unanimité , & que vous ufiez
de la plus grande diligence dans vos Déliberations .
Deux Bâtimens Anglois ont été pris depuis peu
DECEMBRE. 1740. 2745
la hauteur d'Oporto , par un Armateur Eſpagnol .
Un autre Armateur de la même Nation s'eft em
paré d'un Brigantin de la Nouvelle Yorc , à la vúc
d'un Vaiffeau de Guerre Anglois , de 40. Canons ,
lequel lui avoit donné inutilement la chaffe , parce
que l'Armateur s'étoit aproché fi près de Terre,
que le Vaiffeau de Guerre n'avoit pu le joindre.
Le 10. Novembre dernier , les Seigneurs préfen
terent au Roy leur Adreffe , dans laquelle , après
voir exprimé à S. M. leur reconnoiffance , ils l'as
surent qu'ils concoureront à toutes les mefures
qu'elle jugera à propos de prendre pour mettre la
dignité & l'honneur de la Couronne à l'abri de
toute infulte , & pour rendre inutiles tous les des
seins qui pourroient être formés contre la Nation .
Ils ajoûtent qu'ils font véritablement perfuadés que
la mort de l'Empereur eft un Evenement qui doit
attirer l'attention de tous ceux qui défirent lincerement
la sûreté & la tranquillité générale de l'Europe
, & qu'ils feconderont de tout leur pouvoir
l'intention dans laquelle le Roy eft de remplir les
engagemens qu'il a contractés , pour maintenir la
Balance entre les principales Puiffances.
A la fin de leur Adreffe , ils fuplient le Roy de
leur permettre de lui témoigner les voeux ardens
qu'ils font pour que toutes les entreprifes de S. M.
foient fuivies des plus heureux fuccès.
Le Roy leur répondit.
MYLORDS , Je vous remercie de cette Adreffe , qui
contient des preuves de votre fidélité & de votre affection.
Rien ne peut m'être plus agréable que le zéle que
vous me témoignez pour continuer une Guerre jufte &
néceffaire ; auffi- bien que pour foûtenir mon honneur
& ma dignité, & pour maintenir la Balance & la
liberté de l'Europe , que j'ai entierement à coeur.
La Chambre des Communes préfenta le lende-
J. Voh I main
2746 MERCURE DE FRANCE
main fon Adreffe , laquelle porte que tous les fidé.
les Sujets du Roy font pénétrés de la plus vive reconnoissance
des mesures que S. M. a prifes pour
l'interêt de fes Royaumes , en équipant de fi fortes
Efcadres , & en envoyant en Amérique un Corps
confiderable de Troupes de débarquement ; que la
Chambre des Communes accordera au koy avec
toute la diligence possible , les fubfides qui lui feront
néceffaires , nnoonn--feulement pour foûtenir la
Guerre contre l'Eſpagne mais encore pour que
S. M. foit préparée à tous les évenemens qui pourront
arriver dans la fituation nouvelle des affaires
de l'Europe ; que la Chambre prendra aussi les mefures
les plus convenables pour que les Flottes du
Roy ne manquent point de Matelots .
>
MORT DES PAYS ETRANGERS.
E Pere Lucas de Ste Catherine , Religieux &
Chronologifte de l'Ordre des Dominiquains ,
Académicien de l'Académie Royale de l'Hiftoire ,
mourut à Lisbonne , le 7. du mois d'Octobre dernier.
L'Académie Royale de l'Hiftoire l'avoit chargé
d'écrire l'Hiftoire de l'Ordre de Malthe , & il en
avoit déja fait imprimer deux Volumes , qui font
regretter qu'il n'ait pû continuer cet Ouvrage.
FRAN
DECEMBRE. 1740 2747
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
Lehé
E 27. du mois dernier , premier Dimanche
de l'Avent , le Roy & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de
Verſailles la Meffe , qui fut chantée par la
Mufique . L'après midi , leurs Majeftés , ac
compagnées de Madame , affifterent au Ser
mon du Pere Regnault , Jacobin.
Le même jour , l'Evêque de Saint Malo
fut facré dans l'Eglife du Seminaire des Miffions
Etrangeres par l'Evêque de Chartres
affifté des Evêques de Langres & de Mâcon.
Le 29. le Prince Cantimir , Ambaſſadeur
Extraordinaire du Czar , eut en long manteau
de deuil une Audience particuliere du
Roy , & il donna part à S. M. de la mort de
la Czarine. Il fut conduit à cette Audience
par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le premier de ce mois , le Roi prit le deuil
en violet pour la mort de la Czarine.
Le 4. fecond Dimanche de l'Avent, le Roy
& la Reine entendirent dans la même Cha-
I ij pelle
2748 MERCURE DE FRANCE
pelle la Meffe chantée par la Mufique. L'a
près midi , leurs Majeftés affifterent au Sermon
du Pere Regnaud , Jacobin,
Le lendemain , pendant la Meffe du Roy;
l'Evêque de Saint Malo prêta ferment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le Roy a permis à la Princeffe de Chalais ,
Dame du Palais de la Reine , de fe demettre
de cette Place en faveur de la Marquife de
Taleyrand , fa fille.
S. M. a accordé à M. Joly de Fleury ,
Procureur General du Parlement , la furvivance
de fa Charge en faveur de M. Joly de
Fleury , fon fils aîné , Avocat General du
Parlement.
à
Le 8. Décembre
, le Comte de Cafte
lane , nommé par le Roy fon Ambaffadeur
à la Porte Ottomane , partit pour ſe rendre
Conftantinople : il doit s'embarquer à Tou
lon,où l'on a armé deux Vaiffeaux commandés
par M. de Gabarer. M. de Villeneuve,
qu'il va relever , reviendra par les mêmes
Vaiffeaux.
Le même jour , Fête de la Conception
de la fainte Vierge , le Roi & la Reine entendirent
dans la même Chapelle la Meffe
chantée par la Mufique.
L'après- midi leurs Majeftés affifterent au
Sermon du même Prédicateur.
Le
DECEMBRE . 1740 27.4%
Le même jour la Reine communia par les
mains du Cardinal de Fleury , fon Grand
Aumônier.
Le Comte de la Marck , Ambaffadeur Extraordinaire
& Miniftre Plénipotentiaire du
Roy auprès du Roy d'Efpagne , ayant été
obligé , par l'état de fa fanté , de demander
à S. M. la permiffion de revenir en France ,
Evêque de Rennes a été nommé pour
le remplacer.
Le 11. Décembre , le Roy arriva fur le foir
au Château de Choify , accompagné de
quantité de Seigneurs de fa Cour."
Le 13. S. M. alla à la Chaffe dans les Bois
de Verriere , & le lendemain le Roy reſta au
Château pour le promener dans fon Parc en
bateau , quoique l'eau de la riviere y fut entrée
par deffus l'apui de la Terraffe , qui eft
du côté du Salon en Lanterne , qui donne à
l'encoignure du Village de Choify. L'autre
côté qui borde la riviere , & où le Roy a fait
faire un Jeu d'Oye & un Labyrinthe a été
pareillement inondé. S. M. partit le 15.
pour retourner à Versailles .
Le 18. quatrième Dimanche de l'Avent ;
le Roy & la Reine entendirent dans la même
Chapelle la Meffe chantée par la Mufique.
I iij L'après
"
750 MERCURE DE FRANCE
L'après-midi leurs Majeftés affifterent au
Sermon du même Prédicateur.
Le 20. le Prince Cantimir , Ambaffadeur
Extraordinaire du Czar , eut une Audience
particuliere du Roy , & il y fut conduit par
Le Chevalier de Saintot , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le 22. le Roy a quitté le deüil que S. M.
avoit pris le premier de ce mois pour la mort
de la Czarine.
Le Roy a nommé le Comte de Belle- Ifle }
fon Ambaffadeur Extraordinaire , & fon Miniftre
Plénipotentiaire à la Diette , qui doit
fe tenir à Francfort pour l'Election d'un
Empereur.
S. M. a donné au Marquis de Saint Sernin
, Lieutenant Général , le Gouvernement
de Belle -Ifle .
On a apris de Warfovie que la Reine de
Pologne , Electrice de Saxe , accoucha le 10.
du mois pallé , d'une Princeffe qui fut bap
tifée le même jour dans la Chapelle du Palais
par le Primat du Royaume ; que cette
Princeffe a été tenue fur les Fonts au nom du
Grand Duc de Tofcane & de la Ducheffe
Doüairiere de Parme , & qu'elle a été nomméc
DECEMBRE. 1740 2751
méc Dorothée , Cunegonde ; Hedwige ;
Françoife , Xaviere , Florence.
Le 8 Décembre , Fête de la Conception de
la Vierge , le Concert Spirituel du Château
des Tuilleries commença par une Sonnate
en quatuor de M. de Boifmortier , qui fut fuivie
du Motet Exurgat Deus , Motet de M.
de Lalande , après lequel le Sieur Roſtenne
executa fur deux Flutes à Bec un Concerto >
joué par une feule perfonne : le Sieur Guignon
en executa un autre fur le Violon , &
on termina le Concert par un fecond Motet
à grand Choeur de l'Auteur du premier
Motet,
Le 25. Fête de Noël , il y eut encore
Concert Spirituel ; on y chanta l'Exurgat
Deus , Motet à grand Choeur de M. de la
Lande , qui fut fuivi d'une fuite des plus
beaux Noëls anciens & modernes , exécutés
par toute la fimphonie ; on donna enfuite un
petit Motet à voix feule de M. Gaumé ; &
après plusieurs Concerto exécutés fur le Violon
& la Flute , on finit par le Motet Confi
temini Domino.
I iiij MORTS
2752 MERCURE DE FRANCE
"
****************
'MORTS,NAISSANCE & MARIAGES.
L
E nommé Bernard Saluat , natif de Narbonne
en Languedoc , eft mort dans l'Ile de Leon lé
5. Octobre dernier , âgé de 120. ans. Il avoit été
marié deux fois , & quoiqu'il eût plus de 80. ans
lorfqu'il époufa fa feconde femme , il en a eu plu-
Geurs enfans , dont un n'eſt actuellement que dans
la quatorziéme année de fon âge.
Le nommé Antoine Dupont dit Blanchet , eft
mort à la fin du même mois au Village de la Ferre ,
Diocèle de Couferans , âgé de 103. ans.
On mande de Riom en Auvergne , que la Dame
Bouteix y étoit morte le 12. Octobre ,âgée de 100 .
ans , moins quelques jours.
Le nommé Jean Billac mourut dans la Paroiffe
d'Afquets , Diocèſe de Condom , le 26. âgé de
102. ans.
Le 26. Louis de la Doisefpe , de Saint Oüen ;
Avocat au Parlement de Normandie , & l'un des
anciens Membres de l'Académie Royale des Belles
Lettres de Caën , eft mort en fa maifon de Campagne
d'Aguerny , proche le Bourg de la Délivrande
, âgé de quatre-vingt ans. On peut connoître
fa profonde Erudition , par quelques- uns de les
Ouvrages qu'on a vûs dans les précédens Mercures
; le dernier eft un Poëme Héroïque en quatre
chants , traduit du quatriéme Livre de l'Eneide de
Virgile , inferé dans le premier volume du Mercure
de Decembre 1738. Son infirmité le contraignit à
la fin d'avoir recours à un Scribe pour achever cet
Ouvrage.
Le 18. Novembre D. Anne Bellinzani >
DECEMBRE. 1740 2651
depuis le 31. Août 1723. de Michel Ferrand , Préfident
honoraire des Requêtes du Palais du Parlement
de Paris , avec lequel elle avoit été mariée en
1676. mourut dans le Monaftere du Cherche - Midi ,
au Fauxbourg S. Germain où elle s'étoit retirée
âgée d'environ 82. ans : elle étoit fille de François
Bellinzani , Confeiller du Roy en fes Confeils , Intendant
Général du Commerce de France , auparavant
Réfident du Duc de Mantouë en France , mort
en 1684. & de Loüife Chevreau , morte le 10. Août
17 10.
$
Le 20. D.... de Verthamon , épouſe de Denis-
François Angran d'Alleray , Confeiller au Parlement
de Paris , de la premiere Chambre des Enquêtes
avec lequel elle avoit été mariée au mois
de Février 1738. mourut en couches dans fes Terres
en Vendomois , âgée de 22. ans , fans laiffer de
pofterité. Elle étoit fille unique de François- Antoine
de Verthamon de Villemenon , Seigneur d'Embloy,
S. Amant , & Poutines , Confeiller au Parlement
de Paris , mort le 21. Décembre 1735. à l'âge de
44 ans , & de Geneviève - Jeanne Perrelle fa
yeuve,
›
Le 13. Jean Louis Marquis de la Tournelle , Seigneur
de Courancy , Chomard , & c . d'une ancienne
Nobleffe de la Province de Nivernois , Diocèſe
d'Autun , Colonel Lieutenant du Régiment de
Condé, Infanterie , depuis le mois de Mars dernier,
mourut à Paris , âgé de 22. ans fans pofterité.
laiffant une four âgée de 18. ans pour fon Heriritiere
. Il étoit fils de feu Roger , Marquis de la
Tournelle , mort au mois de Novembre 1721. &
de D. Jeanne Charlotte du Deffend de la Lande
aujourd'hui fa veuve , fille de feu Jean Baptifte du
Deffend , Marquis de la Lande , Lieutenant Général
des Armées du Roy , & au Gouvernement de
Por I y
>
4794 MERCURE DE FRANCE
*
F'Orléanois , Dunois , & Vendômois , & Gouver
neur du Neuf Brifac . Le Marquis de la Tournelle
qui vient de mourir , avoit été marié le 19. Juin
1734. avec Marie- Anne de Mailly , née en 1717.
cinquiéme & derniere fille de Louis de Mailly
Marquis de Nefle & de Mailly , Chevalier des Órdres
du Roy , & de feue Armande Felicité de la
Porte Mazarin , ci-devant Dame du Palais de la
Reine.
Le même jour , Jerome Louvel de Glizy , d'une
Nobleffe de Picardie , Chevalier de l'Ordre de S.
Jean de Jerufalem ( ayant été reçû au grand Prieuré
de France le 26. Octobre 1700. ) Major du Régiment
de Cavalerie de Vintimille , ci- devant Peyre ,
mourut en Avignon : il étoit neveu de Louis Louvel
de Glizy , né le 6. Juillet 1649. reçû Chevalier
de Malthe au grand Prieuré de France le 26 Août
1666. & qui devint Grand Prieur de Champagne.
Le 24. Armand de Mormez de S. Hilaire , Seigneur
de Garges , Deulyon, & le Verniout, Lieutenant
Général des Armées du Roy , Grand- Croix de
'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , Gouver
neur de Belleifle en Mer , ci - devant Lieutenant
Général d'Artillerie , mourut à Paris dans la quatre-
vingt-neuviéme année de fon âge. Il fervoit
déja dans l'Artillerie en 1675. & étoit auprès de
fon pere lorfque celui- ci eut le bras emporté du
coup de canon qui tua le Maréchal Vicomte de
Turenne le 27. Juillet de la même année . Il commanda
depuis en Chef l'Artillerie dans plufieurs
Provinces , & dans les Armées du Roy. Il étoit
Brigadier d'Infanterie dès 1693. Il fut fait Chevalier
de S. Louis le 6. Février 1694. Maréchal de Camp
le 29. Janvier 1702. Lieutenant Général le 6. Octobre
1704. Commandeur de l'Ordre de S. Louis
au mois de Février 1707. Confeiller au nouveau
Confeil
DECEMBRE . 1740 2755
Ple
Confeil de Guerre en 1715. & Grand-Croix de
l'Ordre de S. Louis le 9. Octobre 1717. Le Gouvernement
de Belleifle lui fut donné au mois d'Avril
1726. & il fe démit alors de fes Emplois dans
l'Artillerie . Il étoit fils de Pierre de Mormez , Seigneur
de S. Hilaire , Lieutenant Général d'Artille
rie , & Maréchal de Camp des Armées du Roya
mort le 21. Janvier 1680. âgé de 70. ans, & de Judith
Frichet , & veuf fans enfans de Magdeleine de
Jaucourt des Peuilles , morte le 13. Mai 1717. Il
étoit frere de feuë Judith de Mormez de S. Hilaire ,
qui avoit épousé Daniel de la Vefpierre , Seigneur
de Liembrune , de Dive , Pleffis-Cacheleu ,
mont , Miévre , le Quefnoy , dont elle laiffa des
enfans ; & de Magdeleine de Mormez de S. Hilaire,
veuve depuis le 17. Avril 1715. de Charles Leonor
de Clermont , Marquis de Gallerande , Baron
de Loudon & de Meru , & mere du Marquis de
Clermont Gallerande , Chevalier des Ordres du
Roy , & premier Ecuyer du Duc d'Orleans ; du
Comte de Clermont Gallerande , Colonel Lieutenant
du Régiment d'Orleans Infanterie , du Vicomte
de Clermont , Colonel d'Infanterie , marié
depuis quelques mois avec la Dame de la Vigerie ,
veuve d'un Maître des Requêtes ; & de deux filles
non mariées.
Le 27. D. Antoinette Loüife- Therefe de Beon de
Luxembourg , époufe de Jean-Hippolite de Beaumont
, des Seigneurs de Gibaut en Saintonge, Meftre
de Camp de Cavalerie , & Exempt des Gardes
du Corps du Roy , frere de Leon de Beaumont
Evêque de Saintes , mourut à Paris âgée d'environ
78. ans. Cette Dame qui étoit fille de Jean - Louis
de Beon de Luxembourg , Marquis de Boutteville
& de Marie de Cugnac de Dampierre , avoit été
mariée en premieres noces le premier Mai 1684.
I vj
avec
2756. MERCURE DE FRANCE
avec Hugues Betault , Seigneur de Chemault &
de Montbarrois , Confeiller au Parlement de Paris ,
puis Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy ,mort le 2. Mars 1712. Elle avoit de celui- ci
deux fils , dont un mourut le 26. Février 1737.
comme on l'a raporté dans le tems .
Le 30. Charles René de Marefcot , Seigneur de
Mareq , la Concy , la Tourbelle & Marcilly , Clerc
tonfuré du Diocèfe de Paris , & ci- devant Titulaire
de quelques Prieurés qu'il avoit réfignés à la charge
de penfion , mourut à Paris dans la 92. année
de fon âge , étant né le 12. Juillet 1649. Il étoit
parvenu à cet âge avancé fans aucune infirmité , &
il a toujours confervé un efprit très fain jufques au
dernier moment de fa vie . Il jouifloit de 22000. livres
de rente fur les anciennes Tontines . Il étoit le
dernier des fils de Michel Marefcot , Seigneur de
Thoiry , de Morgue , le Mefnil - Durand , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , & d'Adrienne
de Maupeou d'Ableiges , morte âgée de 84.
ans le 22. Janvier 1706. alors veuve en fecondes
nôces d'Antoine Baron , Seigneur Baron de Cottainville
& de Puflay. I laiffe pour heritiere Angelique-
Claude de Marefcot , fa niéce , veuve en
fecondes nôces depuis le 5. Juin 1738. d'Angelique-
François de Renouard , Comte de Villayer & d'Auteüil
, Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roy.
Le 9. Décembre D Magdeleine Dagueffeau , veuve
depuis le 27 Mars dernier de Pierre Hector le
Guerchois , Seigneur de Sainte Colombe , Drozé ,
Percy , Conelle , la Garonne , S Germain & Saint
Martin de Vareville , Foucarville , Averton , Courcité
, & c. Confeiller d'Etat ordinaire , mourut à
Paris âgée de 61. ans . On a marqué de qui cette
Dame étoit fille dans le Mercure du mois d'Avril
dernier &
DECEMBRE . 1740 2757
dernier , en raportant la mort de feu fon mari '
page 819.
ร
Le 2. Novembre il eft né un fils à Henry-François
de Lambert , Marquis de S. Bris , en Auxerrois ,
Baron de Chitri & Augi Lieutenant Général des
Armées du Roy , Gouverneur d'Auxerre , de fon
mariage avec Louiſe - Therefe de Menou qui a été
fait & célebré le 26. Février de la préfente année.
Cette Dame eft troifiéme fille de feu François-
Charles de Menou de Charnifay, Marquis de Nanvignes
, dit de Menou en Nivernois , Brigadier
des Armées du Roy , ci- devant Capitaine Lieutenant
des Chevau-Legers d'Anjou , mort le 13. Juin
1731. & de feue Marie - Anne - Therefe Cornuau de
la Grandiere de Murcé , morte le 28. Mai 1736.
Ses deux fours aînées font mariées la premiere
avec le Marquis de Jumilhac , Capitaine Lieutenant
de la premiere Compagnie des Moufquetaires du
Roy , & Brigadier de fes Armées ; & la feconde ,
avec Louis - Alexandre Damas , Seigneur Comte de
Crux. Elles font niéces d'Auguftin - Roch de Menou
de Charnifay Evêque de la Rochelle . Le
Marquis de Lambert avoit épousé en premieres
nôces Angelique de Larian de Rochefort , Marquife
Douairiere de Loëmaria , morte le 3. Mai
1736. à l'âge de 46. ans. Il eft fils de la célebre
Marquife de Lambert , dont la mori & l'éloge font
raportés dans le Mercure d'Août 1733. pag . 1843 .
•
Le 12. Decembre , Gafpard - François Toutain ,
Seigneur de Richebourg , de S. Martin du Manoir ,
& de Sainte Croix , Gentilhomme de Normandie
de l'Election de Bayeux , & Moufquetaire du Roy,
fils de Marc- Antoine Touftain , Seigneur de S. Martin
du Manoir , de Sainte Croix de Montivilliers ,
de
758 MERCURE DE FRANCE
de Richebourg , ancien Officier dans le Régimen e
de Champagne , & de D. Marie- Françoife de la
Houflaye , fut marié à Efcrefnnes , près Pithiviers ,
en Gâtinois , avec Damoiselle Louife - Emilie Touftain
, fa coufine au quatrième degré , fille de François
Touftain , Seigneur Châtelain Haut-Jufticier
d'Efcrefnnes , de Murs , Bejun , Montafilan & Javerly
, ci- devant Capitaine dans les Régimens de
Champagne & de Picardie ; & de Marie-Jeanne de
Mailly de Frouville .
Le 16. Michel Bouvard de Fourqueux , Confeiller
au Parlement de Paris à la quatriéme Chambre des
Enquêtes , où il a été reçu le 22. Août 1738. fils de
Michel Bouvard , Seigneur de Fourqueux , Coxfeiller
du Roy en fes Coufeils , & Honoraire au
Parlement , Procureur Général en la Chambre des
Comptes de Paris , & de feue D. Claude-Marguerite
Hallé , morte le 23. Septembre 1735. âgée de
34. ans , fut marié avec Damoiselle Marie- Louiſe
Auget , née le 27. Mars 1728. fille unique de Jean-
Baptifte Robert Auget , Seigneur Baron de Monthion
, Joffigny , Minerval & Chambry , Maître
ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris ; &
de défunte D. Catherine-Marie- Françoiſe Surisey
de S. Remy fa premiere femme , morte le 28 .
Avril 1728. âgée de 18. à 19. ans .
On s'eft trompé dans le Mercure de Septembre
dernier , à l'article du mariage de la Demoiſelle
Cochin avec M. Michel de Montpefat , Confeiller
au Grand Confeil , pag. 2124. en la difant
fille de la premiere femme de M. Cochin , au
lieu qu'elle eft fille de Jeanne-Helene Renard , fa
feconde femme , & que cette nouvelle mariée n'est
née que le 27. Juin 1723 .
DISCOURS
DECEMBRE . 1740. 2759
DISCOURS prononcé par M. l'Evêque,
Comte de Valence , dans l'Eglife de l'Abbaye
des Religieufes de Soyon , le 16. Octobre
1740. en béniffant le Mariage M. le Comte
de Maugiron & de Mlle de Saffenage.
(
E Mariage des Chrétiens n'eft pas une alliance
Lprofane , ni un contrat purement civil ,ce n'cit
•
pas même une fimple cérémonie de religion ; c'eft
une focieté ordonnée de Dieu , à laquelle l'Apôtre
donne le nom augufte de grand Sacrement &
qui étant la figure de l'union de JESUS - CHRIST avec
fon Eglife , en doit être auffi l'expreffion & l'image
la plus parfaite .
Élevez -vous donc aujourd'hui au deffus des fens
pour ne vous occuper que des graces que l'Eglife
vous préfente , & qui vous vont devenir fi néceffaires
pour fan&ifier les douceurs & les peines in-
Séparables de l'état que vous embraffez.
Les agrémens de la jeuneffe , les charmes de la
beauté , font de foibles avantages : La naiffance la
plus illuftre cette chaîne d'alliances par où l'on
tient à ce qu'il y a de plus grand ; ces diftinctions
flateules & prématurées qui fement de fleurs tous
les pas que l'on fait dans les routes hazardeufes de
la fortune font auffi , bien de chofe aux yeux
de la Foi qui ne connoît rien de grand , que la
qualité d'enfant de Dieu , & de coheritier de Ja-
SUS-CHRIST .
peu
2
Reconnoiffez , Monfieur , que fi ce qui brille le
plus aux yeux des hommes dans les établiffemens
peut venir des parens & de la tendreffe généreufe
d'un oncle qui vous tient lieu de per. une jeune
épouſe élevée dans la crainte du Seigneur , qui
>
compte
122776600 MERCURE DE FRANCE
compte parmi fes Ancêtres des Saints dans le Ciel ,
& des Héros fur la terre , eft un don de Dieu ,
qui mérite toute votre reconnoiffance .
Les profanes vous aprendront qu'elle eft formée
par les mains des graces , nous vous difons qu'elle
eft inftruite & cultivée par celles de la vertu , aimezla
d'un amour tendre , d'un amour refpectueux ,
d'un amour chrétien .
Qu'elle foit toûjours à votre égard ce que la fageffe
ne fut que pour un tems à l'égard de Salomon ,
l'objet de toutes vos complaifances .
:
J'ai aimé la fag effe s'écrioit ce Prince du fein de
fes profpérités Paffionné pour elle , j'ai recherché
fon alliance : Je me fuis propofé de vivre avec
elle dans une douce focieté : Je cherchois dans la
douceur de fes entretiens , le calme à mes ennuis ,
& à l'agitation de mes peines . A
Mais plus heureux que ce Roy d'Ifraël , ayez , M.
la gloire d'une noble & conftante fidélité : Que la
fageffe & votre époufe faffent les délices de votre
coeur Soyez tout entier à l'une & à l'autre : Vous
ne trouverez rien qui foit plus digne de vous .
Pour vous , Mlle , qui foumife à la voix de ceux
qui vous ont donné le jour allez fuivre la vocation
du Ciel en acceptant un jeune Epoux , plus épris de
Vos vertus que de vos charmes , hâtez -vous de
faire defcendre fur lui toutes les bénédictions dont
vous êtes dans les deffeins de la Providence le gage
le plus précieux .
Devenue par la grace & la force du Sacrement,
la reffource & toute l'efpérance de fa Maifon, foyezen
toujours la confolation & la gloire . Vous y
trouvez la meilleure amie dans la plus tendre & la
plus refpectable de toutes les Meres : Formez-vous
fur fon coeur & fur fes vertus . Il est bien doux de
pouvoir imiter ce que l'on aime . Avec des fentimens
DECEMBRE. 1740 2761
mens & de la docilité , une perfonne de votre fang
& de votre âge , devient bien tôt tout ce qu'elle
doit être.
Perfuadés que vous êtes l'un & l'autre dans ces
difpofitions , nous allons recevoir vos promeffe's ,
& les fceller du fceau redoutable de la Religion .
Dieu en va être le témoin ; faites enforte par votre
fidélité à les remplir , qu'il n'en foit pas un jour le
vengeur.
Puiffent des feux fi purs , que tant d'heureuſes
qualités vont allumer dans vos ames , ne s'éteindre
jamais ; mais conferver toujours avec l'ardeur qui
les anime , toute l'innocence de la vertu qui les
accompagne !
Vivez , & que vos jours coulent dans les profpérités
& dans l'innocence . Que la paix foit avec
vous . Croiffez & multipliez fur la terre : Vos noms
ne fçauroient trop s'y répandre. Que d'années en
années Dieu comblant vos voeux par une heureufe
fécondité , qui eft la récompenfe de ceux qui
le craignent , vous donne des héritiers dont vous
formiez à votre tour l'enfance & la jeuneffe par vos
foins & par vos exemples , & qui tranfmettent la
gloire de vos Ancêtres dans la poſtérité la plus zesulée
! Ainfi foit -il.
ARREST
1762 MERCURE DE FRANCE
ARREST NOTABLE, & c .
EDent
DIT DU ROY , portant Création de Six
cent mille livres de Rentes viageres fur l'Hôtel
de Ville de Paris . Donné à Versailles au mois de
Novembre 1740. Regiftré en Parlement le 13. du
même mois , dont la teneur fuit .
Louis , par la Grace de Dieu , Roy de France & c.
Le feu Roy notre très - honoré Seigneur & Bifayeul ,
de glorieufe mémoire , auroit par deux de fes Edits .
des mois d'Aouft 1693. & Juillet 1698. créé un
Million de livres de Rentcs viageres fur l'Hôtel de
notre bonne Ville de Paris , diftinguées par Claffes
& à differens deniers , plus ou moins avantageux à
proportion de l'inégalité des âges : Ces Rentes.
ayant été alors acquifes en deniers comptans, le feu
Roy ordonna par l'Article VII . de fon Edit du
mo's de Decembre 1713. qu'il ne feroit rien innové
à leur égard , enforte que depuis qu'elles ont
été conftituées , jufqu'à prefent , elles n'ont fouffert
aucune alteration. Comme il ne reste plus de ce
Million , qu'environ Trente mille livres de rentes
& que plufieurs particuliers ont paru fouhaiter depuis
quelques années , qu'il Nous plût de leur procurer
un pareil moyen de rendre leur fubfiftance
plus commode pendant le refte de leur vie . Nous
avons réfolu de créer Six cent mille livres de ces
Rentes , d'autant mieux que, fans charger nos peuples
de nouvelles impofitions, Nous trouverons parlà
de quoi fournir à quelques dépenses extraordinaires
que Nous avons été obligés de faire . A ces
Caufes &c. Nous avons par notre prefent Edit perpetuel
& irrévocable , dit , ftatué & ordonné , difons,
DECEMBRE. 1740 2763
fons ,ftatuons & ordonnons , voulons & Nous plaît.
ART. 1. Que par les Commiffaires de notre
Confeil , qui feront par Nous députés , il foit vendu
& aliené à nos chers & bien amés les Prevôt des
Marchands & Echevins de notre bonne Ville de
Paris , Six cent mille livres actuelles & effectives de
rentes viageres , à prendre fur tous les deniers provenans
de nos Droits d'Aydes & Gabelles , & Cinq
Groffes Fermes , lefquels Nous affectons , obligeons
& hypothequons par préférence à la partie de notre
Tréfor Royal , au payement des arrerages desdites
Rentes.
II. Les conftitutions particulieres defdites Rentes,
qui ne pourront être moindres de Cinquante livres
de jouiffance actuelle , feront faites par leídits Prea
vôt des Marchands & Echevins , à ceux qui en auront
porté les Capitaux en notre Tréfor Royal
pour en jouir , foit fur leur tête , foit fur celle de
toutes autres perfonnes que bon leur femblera ; &
les Contracts feront paffez pardevant tels Notaires
que les Acquereurs voudront choifir , qui feront tenus
de leur délivrer lefdits Contrats fans frais , &
auxquels il fera par Nous pourvû de falaire raifonnable
.
III. Il fera fait fept Claffes differentes defdites
Rentes Viageres , fuivant la difference des âges des
Rentiers La premiere , de Quarante mille livres de
Rente , depuis la naiſſance juſqu'à trente ans accomplis
, dont les arrerages feront payés à raison du
Denier quatorze : La deuxième , de Soixante- dix
mille livres , depuis trente ans jufqu'à quarante , à
ૐ
raifon du Denier douze : La troifiéme , de Quatrevingt-
dix mille livres , depuis quarante ans jufqu'à
cinquante , à raifon du Denier onze : La quatrième,
de Deux cent mille livres , depuis cinquante ans
jufqu'à foixante , à raison du Denier dix : La cinquiéme
724 MERCURE DE FRANCÉ
quiéme , de Quatre- vingt- dix mille livres , depuis
foixante ans jufqu'à foixante-cinq , à raifon du
Denier neuf : La fixiéme , de Soixante - dix mille
livres , depuis foixante- cinq ans jufqu'à foixantedix
, à raifon du Denier huit : Et la feptième , de
Quarante mille livres , depuis foixante-dix ans &
& au- deffus , à raifon du Denier fept ; & à cet effet ,
ceux qui acquerreront defdites Rentes, feront tenus
de juftifier leur âge par des Extraits- Baptiftaires ou
autres actes équipolens , fuivant & conformément à
ce qui a été prefcrit ci- devant en pareil cas.
IV. S'il arrivoit que quelqu'un des Acquereurs
defdites Rentes , fur un faux Certificat , ou par une
fuppofition de nom , fe fit comprendre dans une
Claffe plus avancée en âge que celle où il doit être,
Voulons que la Rente demeure éteinte & fupprimée
, & qu'il foit condamné en Six mille livres d'anende
, apliquable un tiers au dénonciateur , & les
deux autres tiers à notre profit , même qu'il foit
procedé contre lui comme fauffaire , fuivant la rigueur
des Ordonnances , fans qu'il puiffe être réta
bli , fous quelque prétexte qué ce foit : Permettons
néanmoins aux Rentiers , de faire réformer , lors de
la paffation des Contracts , les erreurs qui pourroient
s'être ghiffées à ce sujet dans les Quittances qui leur
feront délivrées par le Garde de notre , Tréfor
Royal.
>
V. Les Acquereurs defdites Rentes recevront les
arrerages des trois mois du quartier courant en
quelque tems d'icelui qu'ils acquierent , dont la dépenfe
fera paffée & allouée fans difficulté , dans les
Comptes des Payeurs : Et feront lefdits arrerages
payés jufqu'au jour du décès de chacun des Rentiers ,
après quoi lefdites Rentes demeureront éteintes à
notre profit ; mais les arrerages jufqu'au jour du decès
, apartiendront à leurs Veuves , Héritiers ou
ayant
DECEM BRE . 1740. 2766
"
yant caufe , & leur feront payés fans difficulté.
VI . Les Etrangers non naturalisés , même ceux qui
feront demeurans hors notre Royaume Pays ,
Terres & Seigneuries de notre obéiffance , pourront
acquerir & poffeder les Rentes viageres créécs par
le prefent Edit , ainfi que nos propres Sujets ; & ils
en jouiront avec tous les Privileges qui leur ont été
accordés pour les autres Rentes dudit Hôtel de
Ville , par l'Edit du mois de Decembre 1674. &
autres fubfequens.
les ar
VII. Et pour d'autant plus favorifer les Acquereurs
defdites Rentes viageres , Voulons que
rérages , à quelques fommes qu'ils puiffent mouter,
ne puiffent être faifis fous quelque prétexte que ce
foit , pas même pour nos propres affaires ; & en
outre , que les Rentes qui feront acquifes par les
Etrangers , foient exemptes de toutes Lettres de
marque & de reprélailles , pour quelque caufe que
ce foit.
VIII Voulons au furplus , que les arrérages
defdites Rentes viageres foient payés par les
Payeurs des Rentes dudit Hôtel de Ville , de fix en
fix mois , en la même forme et maniere que les autres
Rentes viageres , et conformément aux differens
Reglemens qui ont été faits pour la police def
dites Rentes , et notamment par notre Déclaration
du 27. Decembre 1727. et par l'Arreſt rendu en
notre Confeil le 23. Avril 1737. &C,
Z
Le second Volume eft actuellement fous preffe
paroîtra inceffamment , dans lequel jeront
insérées les Piéces qui n'ont pù trouver place
dans le courant de l'année, avec la Table Gé
nerale.
Ji
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le premier Volume du Mercure de France dis
mois de Decembre , & j'ai crû qu'on pouvoit en per
mettre l'impression. A Paris , le premier Janvier
1741 .
HARDIO N.
TABLE.
PIECES FUGITIVES. Priere du Prophete
Habacuc , 2555-
Refléxions de M de Villemont , Auteur Moderne
.
La Pareffe , Ode,
2562
2579
Conciliation de deux Paffages de Ciceron & d'Hirtius
,
Traduction d'une Elegie de Tibule ,
Lettre de M. Maillart à M. Secoufſe ,
2583
2605
2606
Epithalame fur le Mariage de Mlle le Pelletier ,
2609
Envoi de M. de Signy , frere de la Mariée , 2613
Chanfon ,
Plaidoyers du College des Jéfuites ,
2614
2615
Eglogue
Eglogue Simpofiaque , 2647
De l'origine & de l'utilité des Chanfons , Vaudevilles
,
2645
Imitation de l'Ode XI . d'Horace , 2662
Differtation fur les Oifeaux de Paffage ? 2663
Eloge du féjour champêtre , 2669
Lettre de M. de L. R. fur l'Hiftoire de l'Académic
des Inscriptions & Belles- Lettres ,
2671
2687
Enigme , Logogryphes , & c .
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c. Nouvelle Bibliotheque Litteraire , Janvier
- & c.
Reflexions Hiftoriques & Politiques ,
Traité fur les Démoniaques ,
2691
ibid.
ibid.
Amuſemens des Bains de Bade > 2692
Nouvelle Bibliotheque , &c. Fevrier , ibid.
Hiftoire de Pierre d'Aubuffon , 2693
Amuſemens Litteraires , ibid.
Bibliotheque de Campagne , ibid.
Les Epitres & le Panégyrique de Pline le jeune, 2693
Traité de l'Eau commune ,
Chronologie de l'Hiftoire Sainte ,
2694
ibid.
Defcription des Fêtes données par la Ville de Paris,
à l'occafion de Madame de France ,
Médaillons Antiques d'or , d'argent, & c .
2695
ibid.
Hiftoire Romaine depuis la Fondation deRome, 2696
Mémoire pour fervir à l'Hift. des Infectes , ibid.
Traduction Italienne de l'Hift . ancienne, &c. 2697
Mémoires du Duc de Wirtemberg ,
L'Accord de la Grace & de la Liberté ,
ibid.
ibid.
La Religion Proteftante convaincue de faux , ibid.
Livres nouveaux 2699
Le Cuifinier Gaſcon , 2701
Quvres de Boileau Defpreaux , 2702
Académie des Sciences & Belles- Lettres ,
2705
College Royal , 2708
Eftampes nouvelles , 2709
Yers
Vers à M. Chardín ,
2710
,
Militaire de France , & c .
M. de Geroncoli , Profeffeur de Langues ,
Chanson notée , Noel , &c .
Spectacles. Comédie de Joconde ,
Fête donnée à Luneville , à la Reine de Pologne
Allemagne , Efpagne , Naples , Italie , &c.
Nouvelles Etrangeres , Turquie & Ruffie ,
Genes & Isle de Corse , & c .
Florence & Grande- Bretagne ,
Morr des Pays Etrangers
Morts, Naiffance & Mariages ,
2712
2716
2719
ibid.
2728
2729
2734
2740
2741
2746
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 2747
2752
Difcours au fujet du Mariage de M. de Maugiron
& de Mlle de Şaffenage ,
Arrêt Notable ,
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
2759
2762
Age 2574. ligne 10. néceſſaires , lisez, néceſſaire.
P. 2617. 1. 11. cinquéme , l . cinquième.
P. 2638. 1. premiere , rroifiéme , 1. troifiéme .
P. 2647. 1. derniere & avant derniere , nâqui,
l. naquit.
P. 2664. 1. 4. fon , l. le.
P. 2666. 1. 2. Linots , . Linotes.
P. 2669. 1. 8. Séjonr ; l . Séjour .
P. 2685. 1. penultiéme , le , l. les.
P. 2698. 1. 7. LX. lisez , XL,
P. 2716. 1. 10. & 1 1. relié , l. reliée .
La Chanson notée doit regarderala page 2719
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
DECEMBRE . 1740 .
SECOND VOLUME.
CURICOLLIGITI
SPARGIT
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy,
AVIS.
•
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervirde cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Morcau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. Sois.
MERCURE
DE FRANCE ,.
DÉDIÉ AV ROT
DECEMBRE . 1740.
*********************
PIECES
1
FUGITIVES ;
en Vers et en Prose.
+
IMITATION des Vers Latins inferés
dans le I. Vol. du Mercure de Juin dernier
, pag. 1180. Sur les Pluyes du mois de
Mai.
H
ELAS ! de quels forfaits fi noirs , fi
déteftables ,
Envers le Ciel vengeur fommes-nous
donc coupables ?
O Mois , qui fus jadis le Pere du beau temps ,
Cher Mois où le Soleil fertilifoit nos champs ,
II. Vol. A ij Mois
2770 MERCURE DE FRANCE
Mois où régnoit Zephire , où nous enchantoit Flore,
Par fes dons enrichis des larmes de l'Aurore ;
Où l'air retentifloit du doux chant des Oiseaux
Où les Arbres s'ornoient de feüillages nouveaux ;
Jadis du Siécle d'or image fortunée ,
Mais , quel trifte fpectacle offre-tu cette année
Une fatale Pluye abreuvant nos Guerets ,
A la fterilité vient condamner Cerès..
En vain la Terre afpire aux fécondes careffes ,
Du Soleil qui languit fous des ombres épaiſſes .
Brillante Flore, & toi , Zéphire , fon tendre Epoux,
Quel Pays trop heureux hélas ! habitez - vous ?
Ici le fier Borée attriftant la Nature ,
Souffle encor tous les jours la piçquante froidure.
La confternation des habitans de l'Air
Les rend auffi muets qu'au plus fort de l'Hyver.
O Mai , n'es- tu venu que pour priver l'Automne
Et des dons de Baccus , & des dons de Pomone ?
Froides nuits , jours obfcurs , nuages pluvieux ,
Néges , glaces , frimats , Aquilons furieux ,
Dans ce Mois défiré devions- nous vous attendre ?
Sont- ce là les Concerts que nous devions entendre?
Quoi ! de Lait & de Vin font- ce là les Ruiffeaux ,
Dont l'espoir enchanteur animoit nos travaux ?
Quoi ! font-ce là les fruits dont les pures délices
Devoient être le prix de nos durs exercices ?
Vous donc, Côteaux , jadis fi charmans à mes yeux,
Bois ,
DECEMBRE. 1740. 2771
Bois, Prés , Sillons , Fruitiers , recevez mes Adieux .
Objets de ma douleur , je n'ai pas le courage
De vous confiderer un feul jour d'avantage.
F...
SUITE des Obfervations Critiques de
M. COCQUARD , Avocat au Parlement de
Dijon , concernant fon Hiſtoire de la Vie
& des Ouvrages de Timanthe , Peintre
Grec.
C
L'Ajax outré de colere , &c .
E n'eft pas feulement au fujet du Concurrent
de Timanthe , que quelques
Auteurs modernes fe font mépris ; on a encore
fait plus d'une équivoque fur les fujets
que ces deux Rivaux avoient choifi pour fe
difputer le prix de la Peinture , & fur les fuites
de leur difpute.
Parrhafius , fuivant le langage de Félibien
(1) , ayant fait un Tableau d'Ajax , Timanthe
le furpaffa par un autre Ouvrage qu'il fit :
. Ce qui nous fait comprendre que l'Ouvrage
de Timanthe rouloit fur un autre fujet que
celui du Tableau de Parrhafius , quoique
Pline ( 2) nous aprenne que ces deux Pein
(1) Entret. 1. sur la Vie & les Ouvrages des Peintres.
(2 ) Hift Nat. 1. 35.
\
. C. 10 .
A iij tres
2772 MERCURE DE FRANCE
tres exercerent leur pinceau fur le même point
d'Hiftoire. Superaius à Timanthe Sami in
Ajace armorumque judicio . C'est ce que raporte
en termes plus clairs l'un des bons
Commentateurs de Valere - Maxime ( 1 ) :
Timanthem intelligit. Is Ajdcem armorumque
judicium pinxit : Et plus precisément encore
Elien ( 2 ) , en disant que le sujet dont les
deux Peintres avoient fait choix , étoit Ajax
disputant contre Uliffe : Propofitum autem
quod in manu fumpferant , erat Ajax dimi
cans cum Ulyffe. Il y a souvent plus de difficulté
, & toujours plus d'honneur à triompher
d'un concurrent par un Ouvrage fur un
même sujet , que par un autre de notre pure
imagination & de notre propre goût. On eft
plus gêné dans l'un , on eft plus libre dans
l'autre . Au premier cas , les armes sont éga
les au fecond , elles peuvent ne l'être pas.
C'eft le scul talent des contendans , qui décide
de la victoire ,& le mérite du vaincu releve
alors la gloire du vainqueur.
Du Pinet a fait une autre équivoqué sur ce
même passage de Pline : Superatus à Timanthe
Sami in Ajace armorumque judicio , en le
rendant en ces termes : Timanthe le vainquit
en un Ajax , & même au jugement des Armes
en l'Ile de Samos. Ne semble- t- il pas que ce
(1 ) Chriftoph. Colerus , Animad. in Valer. Max.
1. 8. c . 11. (2 ) De Variâ. Hift. l . 9. 6. 12.
Tra
DECEMBR Ë. 1740. 1740. *
que
où
2773
Traducteur ait voulu nous faire entendre
Timanthe surpassa son Rival par deux Tableaux
diférens , ou que ces Peintres eurent
auffi ensemble une querelle qui se décida
par le sort des armes ? Et ce qui engage
le penser de la sorte , c'eft l'adverbe même
qu'il a plû à du Pinet d'ajoûter de fon chef ,
car il ne se rencontre pas dans le Latin ,
il eft dit fimplement in Ajace armorumque
judicio expreffions concises qui n'offrent
d'autre sens à l'esprit que celui que j'ai un
peu étendu en parlant des deux Tableaux
représentant Ajax outré de colere contre les
Grecs , de ce qu'ils avoient ajugé les Armes
Achille à Ulyffe. C'eft ainfi que M. Rollin
(1 ) , dont l'autorité eft d'un fi grand poids ,
a exprimé en notre Langue le Passage de
Pline : à quoi l'on peut ajoûter une Note du
P. Hardouin ( 2) , où il dit que le Tableau
de Timanthe représentoit Ajax & Ulyffe qui
se disputoient les Armes d'Achille , in tabula
que Ajacis & Vlyffis contentionem exhiberet
de Achillis armis: Ce qui eft apuyé par les
paffages d'Elien & du Commentateur de
Valere - Maxime , que j'ai raportés plus haut..
Ces observations contribuent à faire sentir
toute la force & l'énergie de la fanfaronade
de Parrhafius , qui dans le fond , piqué du
彜
( 1 ) Hift . Ancienne, Tom. x1.1.2 . c.5 . art. 2. verbe
Parrhafius. ( 2 ) En fon Com . fur Pline. 1. 35.c. 10 .
A iiij jugement
2774 MERCURE DE FRANCE
jugement des Spectateurs qui avoient préféré
à fon Tableau celui de Timánthe , dit à ses
Amis , suivant Athenée ( 1 ) , quod ipse parùm
curaret , at 'cum Ajace condolefcerent , qui ite
Tum vincendus fit : & suivant Pline ( 2 ) , Heroïs
nomine ſe moleftè ferre dicebat , quod iterum
ab indigno victus effet : & suivant Elien
(3 ) , fe quidem parvi pendere victoriam ; condoleret
potiusfilio Telamonis qui in eadem re bis
jam adverfario fuiffet inferior : Pensée ingénieuse
queFel.bien ( 4 ) n'a nullement renduë,
en parlant de l'Ajax de Parrhafius , s'étant
contenté de raconter froidement que le vain .
cu dit , que fon plus grand déplaifir étoit que
fon Ajax fut furmonté par un homme indigne
de remporter cette gloire ; tandis qu'il faut
traduire avec M. Rollin ( s ) : Voyez mon Héros
! fon fort me touche encore plus que
propre. Il eft vaincu une feconde fois par un
homme qui ne le vant pas. Quelle difference !
Sur le facrifice d'Iphigenie .
le mien
La premiére remarque que j'ai à faire à
l'occafion de ce Tableau qui fit remporter un
autre prix à Timanthe , regarde le concurrent
( 1 ) Traduct. de Noël le Comte , 1. x11 . c. 11 .
(2 ) Hift. Nat. 1. 35. c. 10. (3 ) De variâ Hift . 1. 9. l.
C. 17. (4) Entret . 1. fur la Vie & les Ouvr . des .
Peintres. (5 ) Hift. anc. To. xx . l . 2. c. 6. art. 2 .
Verbo Parrhafius.
da
DECEMBRE. 1740. 2775
de ce Peintre. J'ai dit dans mon premier discours
, que ce fut Colotès ou Colos , fameux
Peintre de Teïos , Ville d'Ionie . Voici le Passage
de Quintilien (1 ) qui m'a fourni cette
circonftance de fait : Timanthes ... in eâ tabulâ
quâ Colotem Teium vicit &c. Comme cet
Auteur n'a parlé du concurrent de Timanthr
qu'à l'accusatif, Colotem , nos Modernes ont
varié fur le point de sçavoir fi le Nominatif
étoit en Grec & en Latin , & doit être par
conféquent en François Calotès ou Colos
Francifcus Junius ( 2 ) a écrit au Nominatif
Latin , Colotès : & M. l'Abbé Gédoyn ( 3 ) .
dont la plume eft fi élegante , en traduifant
le Paffage de Quintilien , a dit en Françoi
Colos. M. Caritidès n'auroit pas été incertain
sur le choix , lui qui difoit au sujet des noms
propres d'homme
,
» Ceux qu'on habille'en Grec ont bien meilleure *
"mine ,
» Et pour en avoir un qui fe termine en ès ,
» Je me fais apeller Monfieur Caritidès ( 4) ..
Duffai-je paffer dans l'esprit du Lecteur
pour un autre Caritidès , j'avouë que je pré-
( 1 ) Inftit. de l'Orat . l . 2. c. 13. ( 2 ) En fon Catalog.
des Peintres anciens, verbo Colorés. ( 3 ) Not
marginale de la Trad . de l'Inftit , de l'Orat. de Quintilien
, 1. 2. c . 13. (4 ) Moliere , dans les Fâcheur
Act . 3. Sc. 2.
A v fere
2776 MERCURE DE FRANCE:
fere le fentiment de Francifcus Junius à celui
de M.I'Abbé Gedoyn , & que Colotès eft plus
de mon goût que Colos,ne fût- ce que par une
raison semblable à celle de M. Caritidès même,
qui eft que les noms propres d'homme ont
plûtôt en Grec une terminaison en ès qu'en
os: fi l'on ajoute à cela qu'il y a eu plus d'un
perfonnage apellé Colotès , témoin celui qui
Difciple & Ami d'Epicure , avoit dédié au
Roy Prolomée un Livre intitulé : Que ce
n'eft point vivre que de vivre fuivant les opinions
des autres Philofophes ( 1 ).
La seconde remarque concerne le tems où
le Tableau de Timanthe exiftoit encore.
J'ai osé avancer qu'il étoit à Rome du tems
d'Augufte , & je me suis fondé sur ce paffage
du Poëme de l'Etna ( 2) :
Quin etiam Grajafixos tenuere tabella ;
Signave ; nunc etiam rorantes arte capilli ;
Sub truce nunc parvi ludentes Cholchide nati į
Nunc tristes circa fubjecta altaria cerva,
Velatufque pater , nunc gloria viva Myronis ,
Quin etiam illa manus operùm turbaque morantur!
» Les Statues & les Tableaux des Peintres
de la Grece charment encore nos regards.
(1 ) Diogene Laërce , en la Vie d'Epicure , Plu
tarque en fon Traité contre l'Epicurien Colotès..
(2) Vers 589. & ſuiv,
» Ici }
DECEMBR E. 1740 2777
Ici , l'Art nous représente Venus sortant
» de l'Onde. Là, de petits Enfans , qui jouënt
» sous le glaive fatal de Médée : C'eft tantôt
Agamemnon le visage couvert d'un voi-
»le , & tous les Généraux de l'Armée des
» Grecs , accablés de trifteffe devant l'Autel
» de Diane , avant que la Biche eût été envoyée
nous admirons enfin la Vache de
Myron , qu'on avoit dit être vivante
qui lui acquit tant de gloire. Non- seule-
»ment la beauté, des Ouvrages de cette es-
» pece , mais encore le nombre arrête les
❞ yeux des Spectateurs. «
"
" &
Je me fers ici de la Traduction de M. de
Serionne ( 1 ) , qui dans une note fur ces
mots :
Nunc trifles circafubje & a altaria cerva ;
Velatufque Pater .
a raifon , ce me semble , de ne douter pas
que le Poëte n'ait entendu parler du Tableau
de notre Timanthe . Or puisque ce Poëte a
vanté ce chef- d'oeuvre comme exiftant de
fes jours , il s'enfuit qu'il se voyoit encore à
Rome du tems d'Augufte , soit qu'on doive
attribuer le Poëme de l'Etna à Virgile , comme
quelques - uns l'ont crû , foit qu'on aime
mieux l'attribuer à Cornelius Severus , com-
(1) A Paris , chés Chaubert & Cloufier , 1736.
A vj
me
2778 MERCURE DE FRANCE
me font plufieurs autres ( 1 ) avec plus de fondement
; ces deux Poëtes ayant tous deux
vêcu à Rome fous le même Empereur ( 2 )
Les autres remarques vont rouler fur les
personnages reprefentés dans le Tableau de
Timanthe .
Le R. P. Marfy , Jefuite , en a parlé en
ces termes dans son excellent Poënie Latin
sur la Peinture ( 3 ) :
Sape etiam extremos quarentem effingere motus
Deficit ars , genioque negat pigmenta rebellis.
Hinc mutanda via eft . Pictorem imitare Pelafgum,
Qui pavidam Atrida natam dum fifteret aris
'Mærentes inter proceres , Patruumque , Patremque ,
Defperans tantos pingendo attingere luctus ,
Occuluit velo vultus prudente paternos ,
Et tacuit folers qua reddere tela negabat .
Suivant ce Poëte , Timanthe avoit peint
Iphigenie craintive auprès de l'Autel :
Qui pavidam Atrida natam dum fifteret aris ,
Mais cette idée ne s'accorde pas avec celle
que nous donne M. de Piles (4) , lorsqu'il •
-
> 4 •
de
( 1 ) V. Senec. Fil. in Ep . 79. Voffius , de Poët.
Lat . Et Girald , de Poët . Hift . Dial . 4. ( 2 ) Ovide a
adreffé à Cornelius Severus l'Eleg. 2. 1.
Ponto. ( 3 ) V. le Pour & Contre , tom . 9. nombre
CXXII. (4) Abregé de la Vie des Peintres , 1. 2 .
verbo Timanthe.
dit
DECEMBRE. 1740. 2779
dit que cette jeune Fille paroiffoit à l'Autel
d'une beauté furprenante , fembloit volon
tairement dévouée à fa Patrie ; ce qui fupofe
qu'elle attendoit le coup mortel avec conftance
& non avec crainte. J'ai dans mon premier
discours , d'autant plus volontiers fuivi
le paffage de M. de Piles ,qu'il m'a paru fondé
fur quelques Vers d'Euripide , lequel , au jugement
de plus d'un Critique ( 1 ) , avoit déja
fourni à Timanthe l'idée du voile que ce
Peintre jetta sur les yeux d'Agamemnon. O
mon Pere ! dit Iphigenie dans Euripide ( 2 ) ,
au moment même qu'on la menoit au Lieu
deſtiné pour son Sacrifice , ô mon Pere ! me
voici auprès de vous ; mais ce n'eft point à def
fein de chercher un aZile contre ceux qui me
conduisent à l'Autel de Diane pour y être immolée
: non puifque l'Oracle demande mon
Jang , je me dévoue moi-même volontairement à
ma Patrie & à toute la Grece. Puiffiez - vous
jouir tous d'un heureux fort ! Que la victoire
couronne votre noble entreprife , & vous procure
un glorieux retour en vòtre Patrie ! Quant
à moi , qu'aucun des Grecs ne m'aproche clandeftinement,
pour me tenir au moment que Cal
chas voudra fraper a victime car je vais
tendre ma tête an facré coûteau , avec courage
avec fermeté.
›
(1 ) Dalechamp & M. Rollin . (2 ) Iphig, en Au-
-lide , Act. V.
Auffi
278 MERCURE DE FRANCE.
Auffi Racine ; ce noble imitateur des Anciens
, a fort bien compris qu'en cette occafion
, la crainte , du moins à l'exterieur, eût
été indigne d'une Princeffe telle qu'Iphigenie
, puisqu'il lui fait dire par Agamemnon :
» Ma Fille , il faut céder , votre heure est arrivée,
» Songez bien dans quel rang vous êtes élevée .
» Je vous donne un confeil , qu'à peine je reçoi ;
» Du coup qui vous attend vous mourrez moins
que moi.
"Montrez en expirant de qui vous êtes née ,
❤Faites rougir ces Dieux qui vous ont condamnée;
» Allez ; & que les Grecs qui vont vous immoler ,
»Reconnoiffent mon fang en le voyant couler. (1 )
Iphigenie n'avoit pas attendu ce conſeil
pour donner des marques de sa fermeté
puisqu'elle avoit déja dit à Achille :
30
Vous voyez de quel oeil & comme indifferente,
» J'ai reçû de ma mort la nouvelle fanglante ; 93
Je n'en ai point pâli ( 2) ;
3
·
puifqu'elle avoit déja dit à fon Pere même :
» Ma vie eſt votre bien , vous voulez le reprendre,
Vos ordres fans détour pouvoient fe faire entendre
;
D'un oeil auffi content , d'un coeur auffi foûmis.
(1 ) Iphig. Act. 4. Sc. 4. ( 2 ) Ibid . Act. 3. Sc. 6.
Que
DECEMBRE. 1740. 278
Que j'acceptois l'Epoux que vous m'aviez promis,
» Je fçaurai s'il le faut , Victime obéiffante ,
» Tendre au fer de Calchas une tête innocente ,
» Et refpectant le coup , par vous - même ordonné ,
» Vous rendre tout le fang que vous m'avez
donné (1 ).
Si Iphigenie tâche enfuite d'attendrir Agamemnon
, ce n'eft point par la crainte de la
mort ; mais par d'autres confiderations :
Non, que la peur du coup dont je fuis menacée
» Me faffe rapeller votre bonté paffée 2
Ne craignez rien . Mon coeur de votre honneur ja
loux ,
Ne fera point rougir un Pere tel que vous,
» Et fi je n'avois eû que ma vie à défendre ,
» J'aurois fçû renfermer un fouvenir fi tendre (2).
Enfin fon coeur senfible à la gloire , lui dicte
ces genereux fentimens qu'elle exprimę à
Achille :
» Partez. A vos honneurs j'aporte trop d'obſtacles
»Vous-même dégagez la foi de vos Oracles ,
» Signalez ce Héros à la Grece promis ,
Tournez votre douleur contre vos Ennemis.
Déja Priam pâlit , Déja Troye en allarmes ,
(1 ) Ibid. Act . 4. Sc . 4. ( 2) Ibid,
Redoute
2782 MERCURE DE FRANCE
» Redoute mon bucher , & frémit de vos larmes,
» Allez , & dans ces murs vuides de Citoyens
" Faites pleurer ma mort aux Veuves desTroyens.
לכ
Je meurs dans cet efpoir fatisfaite & tranquille ;
ɔɔ Si je n'ai pas vécu la Compagne d'Achille ,
» J'efpere que du moins un heureux ayenir
A vos faits immortels joindra mon fouvenir ,
» Et qu'un jour mon trépas , fource de votre gloire,
❤ Ouvrira le récit d'une fi belle Hiſtoire ( 1 ).
Tant il eft vrai que le fang des Héros ne doit
point paroître fufceptible des foibleffes du
Vulgaire , & ne doit envifager que la gloire
qui fuit le facrifice qu'on fait à fa Patrie , fur
tout quand il fe trouve conforme à la volonté
celefte .
Je ne puis , au ſujet des Personnages du
Tableau de Timanthe , m'empêcher de
relever une autre faute , quoique legere , de
M. de Piles contre la pureté de notre Langue.
Les expreffions , dit- il ( 2 ) , qui paroissoient
fur le vifage du Frere & de l'Oncle de
cette Victime , faifoient juger de l'état douloureux
où pouvoit être le Pere . Cette phrafe ne
me paroît pas affés nette il y aa une amphibologie.
Il semble , ou que Menelas
dont M. de Piles a voulu parler fous ces
( 1 ) Ibid. Act . 5. Sc . 2. ( 2 ) Abregé de la vie des
Peintres , 1. 2. verbo Timanthe.
mots
DECEMBRE . 1740: 2783
mots , fur le vifage du Frère & de l'Oncle
de certeVictime , étoit tout à la fois & le Frere
& l'Oncle d'Iphigenie , ou que Timanthe
avoit peint Orefte , frere d'Iphigenie, avec
Menelas Oncle de cette Princeffe . Pour s'énoncer
plus nettement , il falloit dire : les
expreffions qui paroiffoient fur le visage du
Frere d'Agamemnon , ou bien : les expreffions ·
quiparoiffoient fur le visage de l'Oncle de la
Victime , ou tout fimplement : les expreſſions
qui paroiffoient fur le vifage de Menelas.
Quoique je n'ose qualifier du nom de faute
une omiffion qu'a faite M.Rollin ( 1 ) , en parlant
du même Tableau , je n'ai pas laiffé d'ê
tre un peu furpris que cet Ecrivain fi éclairé
fi judicieux , qui a voulu nous en donner
une grande idée , ait négligé de mettre au
rang des Perfonnages dépeints par Timanthe
, Ajax qui fembloit pouffer de grands
cris. Il eft vrai que M. Rollin s'eft contenté
de traduire fur ce fujet un paffage de Quintilien
, où Ajax ne fe trouve point compris ;
mais Valere- Maxime ( 2 ) a fait une expreffe .
mention de ce Héros dans cette gradation
de triſteffe , d'affliction & de defeſpoir , Cal
chanta triftem , moeftum Ulyffem , clamantem
Ajacem , lamentantem Menelaum , &c. Et il
faut convenir que ces cris d'Ajax , un des
(1 ) Hift. an. tom. xi . l . 2. ch . § . art. 2. verbo Timanthe.
( 2 ) L. 8. ch , x1 . 1. 6.
principaux
2784 MERCURE DE FRANCE
principaux Chefs de la Grece , devoient pro
duire un effet admirable , par la varieté qu'ils
jettoient dans le Tableau , qui en devenoit
d'ailleurs plus animé . Valere- Maxime qui a
vécu fous l'Empereur Augufte ( 1 ) , n'avoit
pas manqué de voir à Rome ce magnifique
Tableau , qui , comme je l'ai prouvé , y exifroit
encore du tems de cet Empereur ; ainſi
l'on peut dire que l'Hiftorien nous en a fait
la defcription d'après l'Original . M. de Piles
a auffi compté Ajax pour un des Perfonnages
du Tableau de Timanthe .
A propos de ce chef- d'oeuvre de Peinture ,
je crois qu'on ne me fçaura pas mauvais gré
de parler ici d'un autre Tableau d'un Peintre
moderne qui a repréſenté differemment
le Sacrifice d'Iphigenic , & qui pour s'être
trop écarté des idées du Peintre Grec , a fait,
felon moi , une faute confidérable.
,
Les Auteurs comme on fçait , ne s'accordent
pas tous , entre eux , fur les particularités
du Sacrifice d'Iphigenie, lequel n'étoit
peut-être qu'une imitation fabuleuſe de
celui de la Fille de Jephté ( 2 ).
Les uns ( 3 ) assûrent qu'on immola véri-
( 1 ) Ex Valer. Max. Vitâ , C. Mitalerio auctore.
(2 ) Louis Cappel , de Voto Jephte , Brown , Eſſai
fur les Erreurs Populaires , 1. 5. c. 14. M. Dacier
fur le 199. Vers de la Sat. 3. du 2. liv . d'Horace .
(3 ) Efchyle dans Agamemnon, Sophocle dans Electablement
DECEMBRE: 1740. 2785
tablement Iphigenie , & qu'elle mourut en
Aulide.Les autres ( 1 ) racontent que ſon ſang
n'y fut point répandu , & que Diane attendrie
l'enleva , à la faveur d'une nuë , & la
porta dans la Tauride , après avoir fubftitué
une Biche en fa place.
C'est à cette feconde Tradition fabuleufe
que s'eft attaché le Peintre moderne , pour
n'être pas un fimple copiſte du Peintre Grec.
Car dans le Tableau moderne , qui eft actuellement
à Dijon , chés un de mes Amisj
on voit au- deffus d'une nuë , Diane tenant
Iphigenie entre fes bras. Auprès de l'Autel ;
Calchas le fer en main , paroît extrêmement
furpris que la Victime ait échapé à fes coups .
Agamemnon & plufieurs autres Spectateurs,
faifis d'une certaine trifteffe mêlée de joye &
d'étonnement , fuivent de vue Iphigenie dans
les Airs ; & ce Roi femble d'une main, aver
tir Clytemneftre pâle , profternée & deses
perée , de lever au Ciel fes yeux mouillés de
pleurs , pour admirer une fi confolante merveille
.
Ce Tableau paroît d'un très bon goût , au
premier coup d'oeil ; mais la réflexion en diminue
un peu le prix. Car quoique Clytemneftre
y faffe un fort bel effet , le Peintre
›
tre , Lucrece , liv . 1. Horat. Sat. 3. 1. 2. & c .
(1 ) Euripide dans Iphig. en Tauride , Ovid . 1. 12.
de fes Metam. Cornelius Severius in Ætna .
moderne
1786 MERCURE DE FRANCE
moderne , quel qu'il foit , n'a pas dû la ren
dre prefente à l'Autel où fa Fille devoit être
immolée ; c'eſt une faute que Timanthe n'avoit
cu garde de commettre.
La fidelité de l'Hiftoire , ou l'exactitude
de la Fable dont il s'agit , répugne à l'idée du
Peintre moderne ; Clytemneftre n'accompa
gna point Iphigenie en Aulide , puisqu'Ulyffe
, Député des Grecs à Mycenes , fut obligé
de tromper adroitement la Mere pour
emmener la Fille ,
Mittor & ad Matrem , qua non hortanda, fed aftu
Decipienda fuit ,
dit Ulyffe lui-même dans Ovide ( 1 ).
En vain voudroit- on excufer le Peintre
fur ce paffage d'Horace ( 2 ) :
Piaribus atque Poëtis
Quidlibet audendi femper fuit aqua poteftas.
Cette prétendue permiffion accordée aux
Peintres & aux Poëtes de tout entreprendre
& de tout ofer , n'eft dans ce paffage Latin
qu'une pitoyable réponſe des méchans Poëtes
opofés au judicieux fentiment d'Horace,
qui prefcrit de ne bleffer jamais la vrai - femblance
, ou la verité ( 3 ) . Les Peintres ni les
( 1 ) Metam 1. 13.Vers 193. & Hygin . Fab. cclx r .
(z) Art Poët. ( 3 ) V. les Remarques de M. Dacier
Poëtes,
DECEMBRE. 1740: 2787
Poëtes , quelques grands que foient leurs
privileges , n'en doivent pas abufer , & de
tout tems ces privileges ont été furtout
renfermés dans les bornes de la bienséance .
>
Agamemnon , après une longue réſiſtance
à l'Oracle de Calchas , crut , quoiqu'en fuivant
de fauffes idées ( 1 ) , devoir le Sacrifice
de fa Fille aux Dieux qui l'exigeoient , & à
l'avantage de la Patrie : ce qui diminuë un
peu l'horreur de fa condefcendance aux defirs
des Grecs , qui ne pouvoient s'ouvrir que
par là un chemin vers Troye : & la conduite
de ce Roy Payen ne fort pas de la vrai-femnblance
. Mais comme la tendreffe des Meres
pour leurs Enfans eft infiniment plus grande
celle des Peres , ainfi que Clytemneſtre
le dit elle même dans Sophocle ( 2 ) , ç'eût
été une barbarie infigne & inexcufable de la
part d'Agamemnon , de fouffrir que cette
Reine vint repaître fans néceffité fes yeux de
l'horible fpectacle du Sacrifice fanglant de
fa Fille. Une telle tolerance eût été incroyable.
Ce qu'Agamemnon , Ulyffe & tous les
Grecs avoient pris tant de foin d'éviter , le
Peintre moderne ne l'a-t'il pas dû faire pareillement
, à l'exemple de Timanthe ?
que
-
fur l'Att Poët . d'Horace , n . 9. & fuiv.
(1) V. les Remarques du même , fur les 206. 207.
& 208. Vers de la 3. Sat. 1. 2. d'Horace. ( 2 ) Dans
Elecure , Act. 2. Sc. I.
Je
2788 MERCURE DE FRANCE
Je ne diffimulerai pas que Clytemnestre
dans une des plus belles Tragédies de M. de
Crébillon , dit à Electre , en parlant d'Agamemnon
lui -même ;
و د
Soufcris , fans murmurer , au fort qu'on te pré.
pare ,
» Et ceffe de gémir fur la mort d'un Barbare ,
ǝs Qui , s'il eût pû ,trouver un fecond Ilion
» T'auroit facrifiée à fon ambition .
>
Le Cruel qu'il étoit , bourreau de fa Famille ,
» Oſa bien à mes yeux faire égorger fa Fille ( 1 ) .
Mais ce paffage ne me paroît pas devoir être
ici tiré à conféquence ; car outre qu'on peut
penfer que ces mots à mes yeux ne font- là
qu'une expreffion hyperbolique , ils font
partie d'une fauffe excufe que Clytemneftre ,
femme diffimulée & méchante , dans la Piéce
de M. de Crébillon , comme dans l'Electre de
Sophocle , allegue pour tâcher de colorer &
l'affaffinat d'Agamemnon & fon fecond mariage
avec Egyfthe. En effet , Electre , quoique
retenue , dès fa tendre enfance , dans un
rude eſclavage , ayant été fecrettement informée
par quelques Amis , des circonſtances
du Sacrifice d'Iphigenie , & du meurtre
d'Agamemnon , fait- elle une réponſe qui en
excufant fon Pere , confond Clytemnestre :
(1) Electre , Act . 1. Sc..s .
» Tout
DECEMBRE. 1740. 2789
Tout cruel qu'il étoit , il étoit votre Epoux ,
S'il falloit l'en punir , Madame , était- ce à vous ?
» Si le Ciel , dont fur lui la rigueur fut extrême ,
Réduifit ce Héros à verfer ſon ſang même ,
» Du moins en fe privant d'un fang fi précieux ,
» Il ne le fit couler que pour l'offrir aux Dieux ;
» Mais vous , qui de ce fang immolez ce qui refte,
» Mere dénaturée & d'Electre & d'Oreste ,
» Ce n'est point à des Dieux jaloux de leurs Autels,
» Vous nous ſacrifiez au plus vil des Mortels.
On m'a objecté que comme Racine dans fon
Iphigenie fait arriver Clytemneftre au Port
d'Aulide , afin d'exciter de plus grands mouvemens
dans l'ame des Spectateurs , de même
le Peintre moderne a pû l'y conduire auffi ,
pour ajoûter un nouvel ornement à fon Tableau
, par le contrafte de la grande confternation
de cette Reine avec l'étonnement mêlé
de joye des autres Perfonnages , qui s'aperçoivent
les premiers que Diane dérobe
Iphigenie au fer de Calchas.
Mais il n'y a qu'à faire attention que fuivant
le plan de Racine , les Grecs ayant prétexté
le mariage de cette Princefle en Aulide
, à deffein de l'y attirer , il n'étoit pas hors
de vrai-femblance que Clytemneftre l'y accompagnât
; mais eût- il été vrai , ſemblable
que les Grecs, & furtout Agamemnon , euſlen
fouffet
$790 MERCURE DE FRANCE
fouffert la préſence d'une Mere à l'Autel même
où l'on vouloit immoler fa Fille Auffi
Racine en écarte t'il toujours conftamment
Clytemnestre . Tantôt Agamemnon lui infinue
qu'elle ne doit point y affifter , tantôt il
l'en prie , & le lui commande même en Maî
tre fouverain , tantôt il prend foin de placer
des Gardes pour lui en fermer tous les paffages
,en un mot ,
en un mot , elle ne fçauroit y aborder
(1).
Le Peintre moderne eft donc auffi blâmable
de s'être trop laiffé entraîner à ſon imagination
qui l'a égaré , que Timanthe mérite
d'être loué d'avoir été plus retenu , en ne donnant
aucune place à Clytemneftre dans fon
Tableau ; car il ne faut pas fe figurer que ce
Peintre Grec ne s'y détermina que parce que
fon génie s'étoit déja épuifé à peindre le défefpoir
de Menelas ; n'auroit- il pas pû fe tirer
d'affaire à l'égard de la Mere d'Iphigenie , en
la faifant tomber évanouie au pied de l'Autel
, comme il fit à l'égard du Pere en lui couyrant
la tête d'un voile ?
Si quid novifti rectius iftis ,
Candidus imperti;fi non his utere mecum.
>
( 1 ) Iphig. Act. 1. Sc. 5. Act . 3. Sc. 1. & 7, A &t . 5 .
Sc. 4 .
EPITRE
DECEMBRE . 1740: 2792
EPITRE
A M. le Marquis de Can*** , d'Avignon.
Esprit éclairé par les Dieux ,
Qui fus l'amour de ma Patrie ,
Quand , d'une cruelle furie
Tu vins pour arrêter les efforts odieux ;
Toi , qui fçais allier à la haute Naiſſance
Les fentimens , la complaifance
D'une douce affabilité ,
Et dont le coeur plein de bonté ,
Au fein même de l'opulence ,
Ne connoît point la vanité ;
Amateurs des beaux Arts Caumont , dont la
Science ,
>
A travers mille foins cherche la vérité
Et diffipant l'obfcurité
Des nuages de l'ignorance ,
Nous dévoile l'Antiquité ,
Reçois de ces Rimes legeres
Le tiffu préparé ſans fard .
;
C'eft inutilement qu'on a recours à l'Art ,
Dès qu'on trace du coeur les fentimens finceres ;
Puiffe ma Mufe dans fes feux ,
JI. Vel,
疊
A
792 MERCURE DE FRANCE
A ce feul fouhait fatisfaire !
De t'amufer , & de te plaire ,
C'est d'elle tout ce que je veux.
Par quel faux préjugé , dans le fiécle où nous fom
mes ,
Par quel étrange aveuglement ,
Esclaves de l'Erreur , eft - il encor des hommes ,
Qui méprifent des Dieux le Langage charmant į
Infipides Efprits , Tyrans impitoyables ,
D'un fçavoir lucratif faiſant ſeulement cas ,
Ils voudroient que leurs traits flétriffent les apas
Des Sciences toujours utiles , agréables ,
Fécondes en beautés , qu'ils ne connoiffent pas.
Mais vainement ces coeurs farouches
Font éclore à nos yeux des projets détestés ;
Du poifon qu'exhalent leurs bouches
Ils demeurent seuls infectés .
Victimes du dépit dont leur ame eft ſaiſie,
Leur effort est bientôt détruit ,
Et l'ombre de leur frenefie
S'envole , fe diffipe , & fuit
Devant le Dieu du Goût, dont la voix immortelle,
Malgré leurs cris bruians nous guide & nous
conduit.
,
Ainfi l'Aftre du jour par sa clarté nouvelle
Chaffe les ombres de la nuit.
Mufe que je chéris , adorable Mattreſſe ,
Toi , qui pares de fleurs les jours de mon Přine
rems , Comble
DECEMBRE,
2793 1740.
Comble mes Voeux , fois ma Déeffe
D'une innocente vie enchaîne les inftans.
A ta douceur enchantereffe .
Je livre pour jamais , je confacre mes ans
Tes charmes , de mon coeur, ont banni la trifteffe ;
Et les Plaifirs pour moi ceffent d'être inconftans.
Malgré nos foins , & notre envie ,
Plus rapide que le Zéphir
Le court efpace de la vie
Vole pour ne plus revenir.
De peines , de douceurs , également fuivie.
Tantôt la voix pour nous fait naître le plaifir¸·
Tantôt à mille foins lâchement affervie
Elle trompe notre défir.
De ce different affemblage.
Er de biens , & de maux , qu'elle vient nous offrir,
Chacun de nous doit faire uſage ;
Et c'eft , felon moi , le plus fage ,
Qui d'un bien , qu'un moment peut faire évanouir,
Sçait retirer tout l'avantage
Et qui fçait le mieux en jouïr.
De ce judicieux fiſtême
Je veux fuivre la douce voix ,
En goûtant le repos que j'aime ,
Dans l'étude dont j'ai fait choix .
Je préfere ce bien ſuprême
Aux Palais qu'habitent les Rois ;
Bij
2794 MERCURE DE FRANCE
Et les fauffes raifons , que d'une erreur extrêmę
On veut m'opofer quelquefois ,
A mes fens enchantés font un diffus Problême ;
Que je ne puis réfoudre , & dont je fuis les Loix
D'une douce Philofophie
Je favoure ainfi la douceur ,
Et c'eft elle à qui je confie
Et mon repos , & mon bonheur,
Vainement la mélancolie
Veut répandre fur moi fa mortelle vapeur j
Pour la bannir loin de mon coeur 2 .
Le plus fur antidote , eft un peu de folie.
Par M. B**, d'Aix ,
LETTRE de M. N.... à M. l'Abbé
Lebeuf, Chanoine & Sous - Chantre d'Au
xerre.
'Ai lû , Monfieur , avec beaucoup de
Jplaifir , votre troisième Iome de Differ
tations Hiftoriques , & en particulier celle
qui traite des anciennes Sepultures , où vous
avez répondu à une Note anonyme que je
fis mettre dans le Mercure du mois de Septembre
1738. pag. 2018. Au fujet de quelques
Cercueils de pierre qu'on trouva cette
année dans les fondations d'une Maiſon , fife
ruë
DECEMBRE . 1740 2795
rue des Amandiers' ; je n'avois ofé décider
que ce Lieu faifoit partie du Cimetiere de la
Bafilique de S. Pierre & S. Paul ; mais vous i
l'établiffez fi folidement que mes doutes font
entierement levés ; et comme je gagne toujours
à vous les propofer , je vous adreffe
encore ici quelques obfervations que j'ai faites
à l'occafion de ce que j'ai lû dans votre
fçavant Traité.
En parlant du Tombeau de Ste Creſcence,
p. 299. vous dites qu'il devoit être quelque
part vers la ruë de la Bucherie , mais il n'y a
guére d'aparence , felon vous , qu'il y ait
encore fous terre des tombeaux de Pierre dans
ce quartier- là , attendu qu'on y a beaucoup
bâti dans les derniers fiécles ; il y a cepene
dant encore quelques endroits de ce terrein ,
qui pourront un jour vous fournir matiere à
de nouvelles remarques fur les anciennes fépultures
, tels que le Jardin & les Cours des
Ecoles de Médecine,& même la plus grande
partie des Bâtimens , fous lefquels il n'y a
point de Caves ; on fera fans doute bientôt
obligé de foüiller ce terrein pour en réédi
fier les Bâtimens qui ont près de 300, ans
d'ancienneté. On pourroit auffi trouver de
ces anciennes Sepultures dans le terrein d'une
ancienne maifon qui étoit dans la même
ruë , du côté de la Riviere , près de l'Egoût
de la rue des Rats. Cette maifon fût démolie
B iij
il
?
1796 MERCURE DE FRANCE
il y a quelques années, à caufe de fa vetufté; il
n'y avoit point de caves & on n'en a pas foüil
lé le terrein. Le Tombeau de Ste Crefcence
pourroit bien être dans quelqu'un de ces
deux emplacemens, qui font près de laRiviere ,
de l'Eglife Cathédrale, & vers le bout Oriental
de la ruë de la Bucherie , cette pofition fe
raportant parfaitement à celle que vous don
nez au Tombeau dont nous parlons .
Vous dites , Monfieur , un peu plus bas ;
que dans le xii . fiècle , certains endroits de
la rue Garlande , dite par
adouciffement raë
Galande , étoient encore fi peu peuplés , que
les Juifs y avoient un de leurs Cimetieres ;
qu'il ne fera pas difficile de diftinguer leurs
Tombeaux de ceux des Chrétiens , y ayant
les exemples de ceux de la rue de la Harpe
où ils avoient un autre Cimetiere .
Cette Note me donne lieu d'obferver qu'ent
effet la rue Galande étoit anciennement
nommée Garlande , parce qu'elle, étoit con
tigue à la Terre ou FiefGarlande,qui apartenoit
aux Seigneurs de ce nom , lefquels
étoient des plus confidérables de leur tems.
Ce terrein fe nommoit auparavant le Clos-
Mauvoifin , furnom qu'on lui avoit , fans
doute , donné à caufe du yoifinage de la Riviere
qui pouvoit y caufer du dommage lors
des grandes crûes , qui s'étendent quelquefois
jufque dans ce quartier-là ,
LS
DECEMBRE. 1740. 2797
Le Fief-Garlande apartenoit à Etienne deĜarlande
, Archidiacre de l'Eglife de Paris , & à
Guillaume de Garlande Dapifer , c'est- à- dire,
Grand- Maître de la Maifon de Louis le Gros .
En 1120 , Etienne de Garlande fonda la pe.
tite Eglife de Saint Agnan , qui eft dans la
ruë de la Colombe , ce qu'il fit avec la permiffion
de Gibert , Evêque de Paris , & du
Chapitre de N. D , qui lui permirent de divifer
fa Prébende , pour en revêtir deux Eccléfiaftiques
, qui ont été apellés de- là Chamoines
de Saint Agnan. Etienne de Garlande
donna auffi fa portion du FiefGarlande
pour fonder ces deux Canonicats de Saint
Agnan , lefquels font à préfent affectés aux
plus anciens Eccléfiaftiques de la Muſique,
de N. D.
Tronçon , l'un des premiers Commenta
teurs de la Coûtume de Paris , dans la Lifte
des Seigneurs de Fiefs fitués dans la Ville &
Fauxbourgs de Paris , qu'il a mis à la fuite de
fon Commentaire , dit fur la fin , que le Fief-
Garlande , apartient aux Chanoines de Saint
Agnan d'Orleans ; cette méprife vient évidemment
de ce que cet Auteur ignoroit qu'il
y eût à Paris des Chanoines de Saint Agnan ,
& ne connoiffoit que ceux d'Orleans , auxquels
il a mal-à -propos attribué le Fief- Gar
lande , étant certain que ce Fief apartient
toujours aux Chanoines de Saint Agnan
B iiij
fondés.
4
798 MERCURE DE FRANCE
fondés en l'Eglife de Paris , puifque c'eft à
eux que toutes les Maifons bâties dans la di--
recte de ce Fief , payent les Droits Seigneuriaux.
Une partie du Clos - Garlande , étoit encore
en Vignes l'an 1258 , quoique ce terrein fût
compris dans l'enceinte des murailles , que
Philipe Augufte avoit fait bâtir : ſous le Řegne
de ce Prince , les Juifs avoient un de
leurs Cimetieres dans le Clos - Garlande , ils
en payoient 4 liv. parifis de Cens & Rentes ,
aux Seigneurs de ce nom .
>
Il y a environ 25. ou 30. ans , qu'en foüillant
dans les deux premieres Cours de l'Hôtel
de Leffeville , fis rue Galande , on trouva
plufieurs Cercueils de plâtre & de pierre ,
tendre , dans lefquels il y avoit des offemens,
humains , & on en trouva auffi beaucoup
dans les terres qui furent remuées.
On trouva encore en 1739 , un de ces
Cercueils de pierre , en fouillant les Fondations
d'un Bâtiment , qui a fon entrée
par la
même ruë , dans le Lieu où étoit ci- devant
une Hôtellerie apellée l'Hôtel de Bourgogne,
ce Cercueil étoit à quatre ou cinq pieds
avant dans terre ; il paroiffoit tourné au
midi & au Septentrion , mais on n'en découvrit
qu'un bout qui étoit fuporté par un
gros dez de pierre.
Le Bâtiment qui étoit en cet endroit pa
roisDECEMBRE.
1740 799
toiffoit fort ancien ; l'efcalier étoit dans une
efpece de Tour hexagone, fur la porte de la
quelle il'y avoit un bas-relief qui repréſentort ,
à ce qu'on prétend , les Armes de la Maiſon
de Coligni il auroit été facile d'éclaircir ce
Fait , fi l'on eût confervé cette pierre , mais
les Maçons l'employerent à couvrir une Foffe
d'aifance, & mirent les armoiries en-deffous,
ce qui embaraffera peut-être un jour quelques
Antiquaires.
Pour revenir aux Sépultures dont j'ai parlé,'
qui font fans doute fort anciennes, je ne crois
pas que le Cimetiere des Chrétiens que l'on
avoit formé depuis le bord méridional de la
Riviere , s'étendît jufques dans le terrein du
Clos- Garlande , il y a au contraire aparence
que la rue Garlande , qui étoit alors un grand
chemin , féparoit le Cimetiere des Chrétiens
de celui des Juifs ; & que les Cercueils trouvés
dans les Cours de l'Hôtel de Leffeville
étoient des Sépultures de Juifs , attendu qu'ils
avoient un de leurs Cimetieres dans le Clos-
Garlande , fous le Régne de Philipe Augufte
, & que le Cercueil trouvé dans la
Maifon voifine , n'étoit pas tourné à la maniére
des Chrétiens .
On n'a pas fuivi l'ancienne étymologie du
nom de la ruë Garlande , lorfqu'on a marqué
en 1728 , les rues de Paris de leurs noms ;
l'Infcription de celle - ci porte ,
ruë Galande ,
Bv
&
2800 MERCURE DE FRANCE
& non rue Garlande ; mais on a fait revivre
fon ancien nom en deux occafions.
La premiére , dans le Tableau des Avocats
mis au Greffe de la Cour en 1738 , par
M. Maillart , qui étoit alors Bâtonnier de
l'Ordre , on voit en plufieurs endroits de ce
Tableau , rue Garlande pour ruë Galande.
L'autre exemple qui eft encore plus récent
, fe trouve fur un nouveau Miffel de
Paris , apartenant à la Chapelle de S. Blaife ,
fife ruëGalande , en laquelle s'affembloient les
Maîtres Charpentiers & Maçons , & qui fut
interdite il y a trois ou quatre mois , à cauſe
de fa vetufté ; on a imprimé en lettres d'or
fur ce Miffel , qu'il a été donné à cette Chapelle
, ruë fife rue Garlande , par l'un des principaux
Adminiſtrateurs de la Confrairie . Ces
Adminiftrateurs qui ne fçavent pas l'Hiſtoire ,
comme celui qui avoit dicté au Relieur cette
Ortographe , en furent extrêmément furpris
& demanderent naïvement fi cela ne leur
portoit point de préjudice.
Il feroit à fouhaiter qu'en marquant les
noms des rues de Paris , on ne les eût pas
défigurés la plûpart , comme on a fait , tels
que le font ceux de la rue du Grand Hurleur,
que l'on a ainfi apellé , au lieu de la ruë du
Grand Hue- le , qui eft fon véritable nom ,fuivant
M.deValois ,dans le Valefiana , & ainfi de
plufieurs autres dont l'ancienne étymologie
&
DECEMBRE. 1740 280
& la véritable ortographe fervent à éclaircie
plufieurs points d'Hiftoire de cette Ville ,
J'ai l'honneur d'être , &c .
MADRIGAL
Sur le dérangement des Saifons , pendant les
années 1739. & 1740.
L'Hyver , toujours jaloux des plus belles ſaiſons ,
Veut foumettre à fes loix le Printemps & l'Au
tomne ;
Et, vainqueur du Soleil, par la grêle il couronne
Son pouvoir fur les Dieux, auteurs de nos moiffons
Par des feux plus conftans, Soleil , reprends ta courfe
Punis ce fier rival de fon deffein pervers.
LOUIS , notre Soleil , notre unique reffource ,
Nous mettant par fes foins à l'abri des revers >
Te fait voir comme il faut éclairer l'Univers.
焼必思
IX. LET TRE contenant la suite des abus, des
avis & pensées diverses fur la Typographie.
111°.
L
Es Précepteurs, M. , de la Méthode vulgaire
, en se présentant pour la Typographie
, se plaignent , 1. de ce que je prends le
parti des Enfans et des Parens que je ne connois pas ,
B vj plûtôt
1802 MERCURE DE FRANCE
plutôt que le parti des Maîtres que je cherche à for
mer. 2°. De ce que j'exige l'essai et le noviciat
avant l'engagement . 3 ° . Que je ne fais pas assés
payer pour la peine. 4 ° . De la difficulté à se placer
par cette Méthode . 5°. Que la Typographie exige
trop de minuties grammaticales . 6 °. Que j'envoye
trop de Maîtres aux Paiens pour leur donner le
choix . 7. Que je ne défere pas assés aux promesses
de ceux qui se présentent , et que je ne
dois pas
douter de leur bonne intention . 8 °. Que je n'ai pas
assés d'indulgence à l'égard des Maîtres paresseux ,
indifferens , ignorans où novices dans la Typographie.
9 °. De ce que je m'opose à la pension proposée
avant l'essai et le noviciat Typographique . 10º.
Que je suis trop long - tems à placer de pauvres
Maîtres , et à leur donner de l'emploi . 11 ° . Que je
ne dis pas assés de bien d'eux aux Parens. 12°. Que
je suis trop rigide en corrigeant les Thèmes du Bureau
Typographique . Je réponds que j'ai été trop
crédule et la dupe de plusieurs Précepteurs,et j'espe →
re que les Parens même auront la bonté de répondre
à ces sortes de plaintes. J'avoue que je suis difficile,
je crois devoir prendre le parti des Enfans avant
celui des Maîtres , dont la plupart sont des Sujets
très-équivoques.
112 ° . Consulté bien des fois sur le choix d'un
Précepteur et d'un Gouverneur , avant que de répondre
, j'ai fait remarquer les especes differentes ; car
il y en a à tout prix , selon la taille , l'air , l'exterieur
, l'âge , les qualités du corps ; selon l'esprit ,
le caractere , les talens , les connoissances, les sentimens
, selon les moeurs , les qualités du coeur , selon
les preuves de patience , de sçavoir péda
gogique , selon le témoignage des personnes sans
reproche , et désinteressées , selon le parti auquel
on tient ; selon les connoissances , les manieres du
monde
DECEMBRE. 1740. 2805
monde , & c. Enfin j'en ai tant dit , que des Parens
très riches , voyant qu'un bon Gouverneur coûteroit
beaucoup , se sont contentés de prendre un
Ecolier de dix - huit ans , sortant du College . Voilà
comme on passe d'une extremité à l'autre .
113 °. En faveur des petits Bourgeois et des pauvres
gens , qui ne peuvent pas donner un Louis par
mois , on a formé quelques Maîtres externes sans
étude , qui au lieu de 3. livres par mois , prix ordinaire
de la Méthode vulgaire , prennent ensuite f
ou 6 livres par mois pour la Méthode Typographi
que. Cette attention a fait plaisir à des Parens riches
, mais trop oeconomes , ils ont voulu des Maîtres
à bon marché , mais ils en ont été bien - tôt
dégoûtés , et ils auroient voulu trouver dans ces
Maîtres tout le sçavoir des Maîtres à Louis d'or.
Quand ces Maîtres ignorans cessent d'aller donner
leçon, il n'est pas aisé de les remplacer à fi bas prix,
ils ne sont capables que de la dénomination des
Lettres sans Bureau , ou du seul Bureau de quatre
rangs ; car les Maîtres , Latinistes ou non , trouvent
Le Bureau de quatre rangs plus commode pour cacher
leur ignorance ou leur paresse .
114°. Quand les Parens voudront examiner un
Précepteur sur la Typographie , il faut prendre au
hazard les Cartes de quelques Logettes , et leur demander
l'usage , et des exemples de chaque Carte ,
ou bien leur dicter quelques mots à composer sur
la Table du Bureau Typographique ou enfin
composer soi- même quelques mots avec des fautes
typographiques , pour voir si le Maître les sçaura
corriger. On peut aussi lui demander combien de
dans un certain mot , combien il faut de
Cartes pour ce mot . Exemple , jaugeage , fille ,
Saone , orgueilleux , c.
sons il
y a
115 °. Le grand nombre des Maîtres et des Maîtresses
2804 MERCURE DE FRANCE
tresses externes se servent volontiers des Livres par
demandes et par réponses , pour montrer la Géographie
, l'Histoire , la Sphere , le Blason , la Fable ,
&c. Comme avec le petit Cathéchisme, on exerce la
mémoire et la langue des Enfans avec des mots fans
idées sensibles , sans intelligence ; on ne cherche
d'abord que des Enfans échos et Perroquets , qui
articulent les mots. C'est un grand abus , auquel fe
prêtent certains Auteurs , pour mieux débiter leurs
Ouvrages ; les Gouvernantes font charmées d'en .
tendre leurs Enfans plus hábiles qu'elles , le Livre à
la main , il y a des Maisons où j'ai obtenu la réfor
me de cet abus , sur la remontrance que l'Enfant
oublioit ces leçons en devenant plus grand et en
acquerant les véritables idées des choses sensibles
par l'usage de la conversation ou des études suivies
et raisonnées à propos.
116°. Chacun a remarqué que les Ecrivains et les
Copistes publics sont ordinairement le rebut de la
République des Lettres , et souvent du Pays Latin ,
c'est la derniere des ressources Littéraires ; on a observé
en même tems qu'à force de copier matérielle
ment,sans comprendre ce qu'ils copioient , ils s'abrutissoient
et perdoient presque l'usage de leur intelligence.
Ne pourroit - on pas dire quelque chose d'aprochant
d'un grand nombre de Linguistes et de Lasinistes?
Ce sont pour lors les plus mauvais Précepteurs
et Gouverneurs du monde , on ne les doit em
ployer que pour Répetiteurs seulement , faute d'autres.
L'etude passionnée des mots sans idées nuit
beaucoup à l'étude des choses .
117. Les Critiques , comme feu M. G. disoient
que le Bureau Typographique est inutile et au-dessous
du moindre A. B. C. entre les mains du moindre
Maître ; la Réponse de M. Perquis les a fait
taire. Les Critiques , qui aprouvent le Bureau pour
Ja
DECEMBRE. 1740 2809
la lecture et l'ortographe , et non pour les premiers
Elemens de la Grammaire Françoise et de la Grammaire
Latine , peuvent lire la Réponse dans la Bibliotheque
des Enfans in- 4° . Ceux qui disent le
Bureau bon pour un Enfant en particulier , non
pour une Ecole , peuvent aller chés M. Chompré
le cadet , rue S. Louis du Palais , et à l'Ecole de
I'Efant Jesus , à l'Hôpital de la Pitié . Et enfin les
Critiques , qui croyent le Bureau propre pour une
Ecole , et non pour un Enfant , sont priés d'aller
voir quelque Enfant Typographe dans des Maisons
particulieres. Ceux qui s'imaginent qu'un Bureau
convient aux garçons et non aux filles , pourront
également voir l'Ecole de Mlle Laîné , au- dessous
du College de la Marche , Montagne Ste Genevié
ve, ou bien dans des Maisons particulieres, en s'informant
des bons Maîtres et des bonnes Maîtresses ,
qui montrent en Ville selon la nouvelle Méthode ,
comme Mile Marion , l'aînée , à l'Hôtel de Nantiat,
rue Beaubourg ; Mlle Giraud , rue des Boucheries
Fauxbourg 3.Germain, chés M. Adam ; Mlle de Nizot
, rue du Sépulchre , vis- à- vis la Cour du Dra◄
gon ; Mlle Rouffeau , rue de Clery.
118 °. Les choses de théorie et de pure intelli
gence peuvent s'aprendre assés vite , et quelques
fois sur le champ , selon le degré de compréhen
sion , de sagacité, d'attention et de mémoire ; mais
les choses de pratique et d'usage , comme la lecture
, l'écriture , &c. demandent la continuelle réïtération
des actes pour acquérir l'habitude . Les Parens
sont donc priés de ne point s'impatienter si
les Maîtres ne se pressent pas de mettre les Enfans
sur les Livres ; les bons Maîtres tirent grand
parti du Bureau avant que de passer aux Livres , et
les Maîtres médiocres ou indifferens sur le bien ou
le mieux , passent aux Livres le plûtôt qu'ils peu-,
vent 2
806 MERCURE DE FRANCE
vent , par complaisance pour les Parens trop prés
venus.
119°. Pour rendre bien complette la garniture
d'un Bureau , il faut que chaque Logette contienne
le nom de chaque espece particuliere, que l'Enfant
y va prendre , afin que de lui-même il puisse en
aprendre le nom et l'usage ; par exemple un Enfant
voit pour la premiere fois dans son Théme le signe
, il cherche dans le paquet de cette Logette
et il trouve une Carte fur laquelle il lit point d'interrogation
on l'interroge sur ce signe , il répond
sans qu'on l'ait prévenu là- dessus , on doit, du plus
ou moins, faire ainsi de tout le Bureau .
120°. Un homme de très grand mérite , mort
Conseiller d'Etat , trouvoit que l'Auteur et Inventeur
du Bureau Typographique , avoit tort de prodiguer
et de rendre public son secret . Ce grand
Magistrat fuposoit , que si dans une Ecole particuculiere
on avoit formé quelques Enfans , fans faire
paroître le Bureau, et qu'ensuite on eût sonné de la
Trompette pour donner quelques Enfans en spectacle
, tout Paris y auroit couru ; on aime le merveilleux
, sur tout lorsque la cause qui le produit est
cachée. C'est la ressource inépuisable des charlatans
, je n'ai pas crû devoir prendre cette route .
Cependant, si la chose étoit à refaire , l'expérience &
l'essai chés les Bourgeois auroient mieux réussi que
chés les Grands Seigneurs ; on n'auroit pas trouvé
en son chemin tant de Gouvernantes , de Valets de
Chambres , de Précepteurs et de Gouverneurs contraires
à cette métethode. Quand le pere et la mere
sont d'accord chés le Bourgeois , on peut compter
sur eux , il n'en eft pas de niême dans les Grandes
Maisons où souvent le pere et la mere y sont comme
des Etrangers , ignorans ce qui s'y passe .
121°.Il y a des Précepteurs et des Gouverneurs ,
qui
DECEMBRE. 1740. 2807
qui trouvent mauvais qu'on interroge leurs Elevess
furtout devant les parens; qui difent qu'on leur tend
des piéges , qui rougissent de voir qu'ils répondent
mal sur de très- petites choses ; qui voudroient les.
interroger eux-mêmes ; qui voudroient qu'on eût
cette complaisance pour eux , qui ne demandent que
des éloges et des aprobateurs. Je réponds à tout cela
qu'il y a des momens d'examen et non d'instruction ,
qu'il seroit bon que le Gouverneur n'y fût pas ,
sauf à lui communiquer ensuite ce que
P'on a fair
à la priere des Parens , et ce que l'on penſe des
Eleves ,
1229. On a trouvé de bons Peres , qui ont d'abord
fait la dépense des Bureaux , avec plaifir ;
mais qui n'ont pas eû la force d'exiger que les Précepteurs
et les Gouverneurs suivroient le fyftême
en plein, qui se sont contentés de la Méthode Vul- ·
gaire un peu renforcée . C'eft foiblesse dans les Parens
, de se laisser fubjuguer par un homme que
l'on paye bien , et tout cela vient de l'ignorance ou
de l'indiférence dans laquelle vivent les Gens du
siécle , abîmés dans les Affaires , dans les Plaifirs
et incapables de la Sur- intendance de l'éducation de
leurs Enfans. On ménage un Gouverneur, on craint
de n'en pas trouver un autre aussi bien fait , aussi
poli , aussi amusant , aussi agréable à la Mere , aux
Parens , aux Amis , aux Etrangers , & enfin on
craint de tomber entre les mains de quelques Pédant
insuportable .
123.De cent manieres de juger de l'esprit et de la
portée d'un Précepteur , en voici une sûre ; vous lui
expliquez nettement un principe, qui étant compris,
instruit fur 10, 20, 30, exemples diférens ; avec un
peu de génie le principe est compris , et les 10 , 20 ,
30. exemples trouvés , au lieu que le Maître dont
l'esprit eft bouché, et qui vous dit qu'il comprend le
principe
2008 MERCURE DE FRANCE
principe et l'exemple donné , ne comprend que l'e
xemple et non le principe , il faut lui expliquer les
10 , 20 , 30. exemples , comme r0 , 20 , 30. principes
; chaque chose selon lui est une régle , un principe.
C'est l'espece de Précepteurs la plus inepte ,
qu'il faut laisser aux petits Bourgeois , ou aux mau
vaifes Pensions où il ne s'agit que de corriger des
Solécifmes. Au commencement du monde les hommes
n'étoient occupés que de leurs Actes , à la fin
ils réfléchirent furces Actes , et ces réflexions s'a→
pellerent Science , Art , Métier. Chaque fcience est
le fruit des observations , des méditations sur les
Actes en nous et hors de nous. Les Enfans font d'abord
dans le cas des premiers hommes , et les Précepteurs
sans esprit sont aussi de la même trempe ,
desorte qu'ils out befoin d'un Mafer plûtôt que d'un
Eleve. Les Parens qui ont l'esprit bouché , s'accommodent
quelquefois de leurs semblables plûtôt que
de la Typographie , et furtout les gens avares.
124°. Des Maîtres ignorans , prévenus ou malintentionnés
, jettent fouvent fur les Enfans et fur
le Systême du Bureau leurs pitoyables objections.
L'un dit , les Enfans ne sont pas capables de cette
Méthode ; l'autre , cette machine est un casse- tête
l'autre , les Enfans n'y veulent pas mordre , l'autre
, cette Méthode est trop composée , il y a trop
de choses dans les Livres de la Typographie; ils font
trop difficiles à comprendre , les Livres font trop
longs , ils suposent trop de connoissance . Vous pour
riezdire, et vous diriez peut - être vrai.Je suis une bête
indigne et incapable de ma profession , les Enfans ont
plus d'esprit que moi , ils me font la Leçon , j'en dearois
rougir et profiter de leur exemple , &c. Mais on
doit croire charitablement que c'est la seule préver
tion qui retient tant de Maîtres dans l'ignorance de
Ja Méthode vulgaire .
J'ai l'honneur d'être , &c. ODE
DECEMBRE: 1740. 2809
****************
O DE
рой Mad. la Comtesse de Saint E *** , pona
le commencement de l'Année .
Par M. Tg
Ovous ,
***
Vous , qui fans craindre l'insulte¿
L'outrage , la fuite des ans ,
Philosophez loin du tumultè ,
Aimez la retraite , les Champ
*
Saint E *** , dont la fageffe ,
Dont le coeur mâle , vertueux
Illuftre encore la nobleſſe
Que vous donnerent vos Ayeux.
*
Souffrez que du réduit champêtre
Où je jouis de yos bienfaits ,
J'ose vous offrir des effais
Qu'une douce étude fait naître,
*
Un nouvel an va fucceder
A l'an qui fuit & qui s'envole ,
Et chacun , pour le retarder ,
Exhale fa plainte frivole .
a
2710 MERCURE DE FRANCE
O déplorable aveuglement !
On gémit fur la deftinée ;
Un an s'écoule , une autre année
Arrive , offre un nouveau tourments
*
Heureux qui de fon ame chaſſe
Les regrets vains & fuperflus ,
Qui jouit du présent qui paſſe ,
Sans pleurer le tems qui n'eft plus !
*
Des erreurs du foible vulgaire
Loin d'avaler le noir poison ,
Il fuit , comme vous , la raison
'Qui le conseille , qui l'éclaire .
**
Qu'annonce la fin d'un beau jour ?
La nuit qui vient prendre fa place ;
Le tems & vieillit & s'efface ,
Renaît , disparoît fans retour.
Et
Rien n'eft conftant , rien n'eft folide ,
par
lui tout eft combattu.
Le Sage , que la vertu guide ,
Sous les coups fuccombe abbatu .
Le
DECEMBRE.
1740 281
Le plus grand Roy dans fa carriere ,
Semblable à l'habitant des Bois
Que couvre une fimple chaumiere ,
Ne peut fe fouftraire à ſes Loix.
*
Le Chêne qui femble immobile ,
Et qui s'éleve jusqu'aux Cieux ,
En pouffiere tombe à nos yeux ,
Comme un Roseau foible , futile,
Ce qu'on voit de plus merveilleux ;
Les Miracles de la Nature ,
Les agrémens de fa ftructure ,
Paffent , nous paffons avec eux,
*
Malgré le foin qu'au tems de Flore
Le Jardinier a d'arroser
Les fleurs que Phébus fait éclore ,
Le Midi les voit fe paffer,
*
Productions de l'induftrie >
Du bon goût , de tous les Beaux - Arts ,
Rien au Tems , à la tyrannie ,
N'oposa jamais de remparts,
Des
281 MER CURE DE FRANCE
Des fuperbes Palais que Rome
Conftruifit pour l'Antiquité ,
Hélas ! que reste- t'il à l'Homme a
Le fouvenir qu'ils ont été.
*
Sans l'art heureux de reproduire ,
Les veilles des Grecs , des Romains ,
leût de l'un & l'autre Empire
Effacé les Ecrits Divins .
*
Homere , Virgile , Térence ,
Horace dont on eſt épris ,
Ces grands , ces célebres esprits ,
› Auroient fenti fa violence.
*
Mais , pour fléttir ces Ecrivains
Il n'a que d'impuiffantes armes ;
Sa viteffe , fes efforts vains ,
Ajoûtent fans ceffe à leurs charmes .
*
Ainfi , du Goût Reſtaurateurs ,
Les Grands Hommes , auxquels la France
Autrefois donna la naiffance ,
Ont partout des Adorateurs .
*
Fou
DECEMBRE: 1740 2812
Pour tous les tems , pour tous les âges ,
Corneille , Racine , Boileau ,
Riches d'un goût toujours nouveau
Reçoivent toujours des fuffrages .
*
2
En fa Prase , & fimple & charmant a
Saint E *** plein de jufteffe ,
Joignant au vrai le fentiment ,
Ne perd point fon air de jeuneffe .
*
Héritiere de fes talens
Qui font respecter la mémoire ,
Malgré l'inconftance des ans ,
Vous l'êtes auffi de fa gloire.
*
Il plaît , il amuse , il inftruit ,
Et vous l'égalez en maximes ,
Ainfi qu'en les OEuvres fublimes
Brille en vous fon folide esprit .
814 MERCURE DE FRANCE
TESTAMENT du dernier Empereur de la
Chine JUNGSCHING , tel qu'il a été publié
après la mort , par fon fils & fucceffeur ,
l'Empereur de la Chine Régnant Kungli ,
l'an 1735. le 27. Septembre,
Depuis que par la Grace de Dieu , je
foûtiens avec un foin infatigable le pefant
fardeau du gouvernement de ce puiffant
Empire de la Chine , qui a été de tout
tems une grande & inféparable Monarchie
, je me fuis fur-tout efforcé d'obferver
les deux regles fondamentales d'un bon Gouvernement
; fçavoir , de maintenir la Juſtice
felon la volonté de Dieu , & de me conformer
à l'avis de gens âgés & fages , auffi bien
que d'agir fuivant les loüables Ordonnances
de mes Ancêtres .
Le très - puiffant Monarque mon pere ,
de
gloricufe mémoire , m'a choifi pour fon fucceffeur
parmi tous les enfans , & m'a ordonné
de me charger du Gouvernement de cet
Empire après fon décès .
J'ai tâché de remplir cette fainte volonté
par mes foins continuels pour le bien Public
, & le maintien des Loix dans toute leur
vigueur.
J'ai
DECEMBRE. 1740 2815
J'ai eu foin que la Juftice fût gardée , nonfeulement
parmi les Princes du Sang , mais
encore dans tous les Etats ; que les Capitaines
de huit divifions des Soldats fiffent fidélement
leur fervice pour le bien de l'Empire ;
que les fix principaux Colleges de l'Empire
auffi bien que les autres Chancelleries , fiffent
exactement leur devoir ; qué le bon ordre
fût gardé parmi tous les Sujets de cet
Empire , auffi bien qu'une difcipline rigoureufe
parmi le Soldat dans le Pays & fur les
Frontieres ; que furtout , les places des Juges
ne fuffent point confiées à des Gens avares
& intereffés ; mais que la paix & la joye
régnaffent par-tout le Royaume.
Pour obtenir ces fins falutaires à l'Empire
, j'ai paffé depuis treize ans mon tems dans
un travail fans relâche , & une inquiétude
continuelle , quand la néceffité le requeroit.
Je n'ai pas manqué de punir la malice , l'injuftice
& la négligence des Grands , & j'ai
tâché en même tems de les convaincre , que
ce n'étoit que pour leur bien & celui de l'Etat
que je les puniffois .
Quoique je n'aye pû amener le tout à ce
point de perfection , que j'avois fouhaité ;
cependant j'ai eu un vrai plaifir de remarquer
que le bon ordre , la juftice , la concorde entre
les Grands & le Peuple , & une complaifance
réciproque parmi tous les Sujets ,
II. Vol. C aug2816
MERCURE DE FRANCE
augmentoient à chaque heure , & que le Ciel
les a tellement bénis , que chacun d'eux, tant
dans les Provinces éloignées, qu'ici près , peut
vivre dans un profond repos , & jouir des
fruits que la Terre fournit en abondance .
Cet état floriffant de l'Empire , eft une
confolation particuliere pour moi , dans le
tems que ma fanté & mes forces font trèsaffoiblies
; de forte que ma vie dans ce monde
ne peut être de longue durée. J'en vois
aprocher la fin avec d'autant plus de modération
, que ma confcience me rend l'agréable
témoignage , que dans l'avancement de
la profperité de cet Etat , j'ai obfervé autant
qu'il m'a été poffible , la fainte volonté de
mon pere , quoique je n'aye pû achever tout
ce que j'avois commencé.
Mais afin que ce grand ouvrage du Gouvernement
foit continué après ma mort à
l'avantage commun , je confirme par la préfente
le choix que j'avois fait , il y a longtems
, d'un fucceffeur à cet Empire , & j'ordonne
que Kungli ( a) Bo Obayzin Wan foit
( a) L'Empereur de la Chine d'à préfent s'apelle
Kungli Bo Obayzin Wan , qui fignifie un Prince
Impérial de la premiere claffe ; car les Princes font
divifés en differentes claffes, fuivant leurs qualités &
leur mérite . Quelquefois on les fait pafler d'une claffe
plus diftinguée à une moindre, pour les punir des
crimes qu'ils ont commis.
mis
DECEMBRE. 1740. 2817
mis après ma mort , avec l'affiſtance divine
fur le Trône de nos Peres .
Il a l'ame bonne & le coeur noble. Mon
pere l'a aimé le plus de tous fes petits fils ,
& il l'a fait élever dans fon Palais avec un
fein particulier.
Je l'ai déclaré mon Succeffeur dès le com
mencement de mon Regne , c'est-à - dire ,
dans le huitième mois après mon avénement
au Trône , dans une Affemblée publique de
tous les Princes , des Miniftres de Manfure
de la Chine , tenue dans la grande Sale. ( a )
Les Ordres font fcellés de mon fceau , &
gardés dans la haute place de la grande Sale.
Je l'ai élevé dès ce tems à la Dignité d'un
Kirwan , afin qu'il pût fe mettre au fait des
affaires du Gouvernement.
Le commencement de fon Regne fera
d'autant plus heureux , que tout l'Empire fe
trouve dans une tranquillité profonde , &
qu'il peut tout le promettre des Grands auffi
bien que du Peuple.
J'ai établi de bonnes Ordonnances pour
la punition des méchans & des refractaires ,
de ceux enfin qui fe laiffent aveugler par des
préfens. Il faut employer tour à tour la ri-
(a) Dans cette grande Sale eft le Trône de l'Empire.
Il y en a d'autres petits dans les autres Apartemens
du Palais Impérial , mais on ne les eftime
pas autant que le Tiône de la grande Sale .
Cij gueur
2818 MERCURE DE FRANCE
& la douceur ; chacune en fon tems.
gueur
Ayant une fois pendant mon Regne voulu
lâcher la bride , je m'aperçûs bientôt que
quelques Grands de l'Empire ( a ) s'étoient
énorgueillis & tranoient de mauvais deffeins
, dans lefquels ils ont perſiſté ſans
avouer leur faute , & n'en ont marqué aucun
repentir. Je fus obligé de les punir
pour donner l'exemple aux autres afin
qu'ils fe gardaffent de pareilles entreprifes.
,
J'ai examiné les Reglemens des Colleges
& des Chancelleries ; j'ai adouci ce qui m'y
a paru
de trop dur , & rendu plus fevere ce
qui étoit trop doux.
Ils avoient été dreffés autrefois d'un confentement
unanime par les Membres des
Colleges. Je les ai corrigés dans mon Confeil
Privé , & je les ai confirmés , afin qu'à
l'avenir ils fervent de regle dans toutes les
affaires de l'Empire. Pour prévenir tout défordre
, il faut toujours les garder inviolablement
, jufqu'à ce qu'on trouve quelque
(a) Selon toutes les aparences , l'Empereur
Jungfchin parle ici de fon propre frere , le neuviéme
fils de Kamhi , qu'on foupçonna de haute
trahifon . Il fut forcé d'avaler une taffe de poifon ,
dont il mourut. Après fa mort , plufieurs autrs
perfonnes de qualité , furent tourmentées &
Lécutées,
chofe
DECEMBRE . 1740. 2813
chofe à y corriger , & qu'on puiffe les rendre
plus parfaits.
>
Vous , les Confeillers Privés , & vous ,
autres Miniftres prudens , qui m'avez aſſiſté
fidélement dans ce travail falutaire & qui
fçavez que ces Ordonnances font bonnes
auffi bien que celles de mon pere , ayez foin
de les faire exécuter ; gardez vos confciences
pures , & ne les foüillez par aucune injuftice ;
concourez unanimement à tout ce qui peut
contribuer au bien public ; renoncez à toute
partialité , qui provient de la haine ou de
l'amitié qu'on a pour quelque perfonne ;
foyez bienfaifans , & faites votre devoir
avec le même zéle que vous l'avez fait durant
mon Regne , & vous ferez long- tems
heureux .
Faites Empereur celui que j'ai deftiné pour
être mon heritier , & fatisfaites à votre devoir
, afin que fon Regne foit heureux , &
je pourrai paroître avec joye au Ciel auprès
de mon pere & de mes prédéceffeurs .
Mon cher Prince , Kungli , tu dois être
un heritier heureux d'un puiffant Empire.
Je te donne fur ce fujet mes confeils bien
intentionnés.
Kuntfcha Kualigka Kinvan , eft ton frere
cadet. Vous êtes nés d'une même mere .
Aime- le fincerement. Ne le furcharge pas
Ciij d'af2820
MERCURE DE FRANCE
d'affaires . Fais- le travailler & repofer alter
nativement.
Sois ami des gens fidéles . Maintiens la
Juftice. Ecoute la vérité . Ne te laiffe pas
aveugler par les flateurs ,
les flateurs , ni féduire par les
menteurs.
Sois particulierement gracieux envers les
Familles qui defcendent de nos Ancêtres.
Défens les honnêtes gens , fur-tout ceux que
tu employes pour le maniement des affaires
d'Etat ; par ce moyen tu joüiras plufieurs années
d'un Regne heureux , & tu participeras
à la fainte bénédiction de nos Prédéceffeurs.
& tu rendras ton bonheur éternel .
Tob ( a ) Zinvan a le coeur droit. Il eft
fage & complaifant : il fe trompe quelquefois
, mais il n'offenfera perfonne de deſſein
prémédité .
Kenze (b) Zinvan eft fincere & droit ;
il est bien entendu & fort habile : en un mot,
c'eft un Prince fort utile à l'Etat. Mais par
raport à la foibleffe de fon tempérament , il
ne peut pas foûtenir un grand fardeau d'affaires.
C'eft pourquoi lorfqu'il y en a eu de
(a) Tob Zinvan eft le feiziéme fils de l'Empereur
Kambi Tob , eft ſon véritable nom .
(b ) Kenze Zinvan eft le dix - feptiéme fils de cet
Empereur.
confé
DECEMBRE. 1740. 2821
conféquence , tous les Princes & les Miniftres
, touchés de pitié , m'ont prié de le
ménager, me repréfentant qu'il feroit fâcheux
qu'un Prince fi prudent & fi bon , fût hors
d'état d'affifter à l'avenir aux Confeils , pour
avoir éte chargé de trop pénibles occupations.
Alika ( a ) Bitkeida Dfchantingjuju , eſt
fincere & jufte. Il remplit fidélement fon
devoir. Il a revû les Ordonnances de mon
pere , & il les a perfectionnées ; ainfi il a
rendu des fervices confidérables à l'Empire.
Pendant ces dernieres années , il a écrit
& envoyé avec beaucoup de prudence , mes
Ordres aux Magiftrats & à mes autres
Sujets.
Ortai (b) Alika Bitkeida , eft fidéle , conftant
, & fort habile dans les affaires d'Etat.
Il a apaifé le Peuple & tenu les Grands en
bride. Il a maintenu la paix avec les voisins
fur les Frontieres. Il y en a fort peu qui lui
foient égaux en mérite . Je fuis auſſi affûré
(a ) Dfchantingjuju eſt ſon nom . Alika Bitikeida
fignifie Confeiller Privé.
(b) Ortai a été Confeiller Privé de l'Empereur
Jangfching. Il eft difgracié , ainfi que Dfchantingjuju
, à quoi l'envie des autres Miniftres a le plus સે
contribué.
C iiij
dc
2822 MERCURE DE FRANCE
de fa fidelité que de celle du Miniftre cideffus.
Confie à ces deux Perfonnes l'infpection
du Thaimiao , ( a ) ils feront reconnoiſſans
de cette grace & de ce bienfait ,
Fais toujours regler tes Loix & tes Ordonnances
conformément aux Loix de l'Empire
.
Quitte le deuil après 27. jours , & fais pu
blier le préfent Teſtament.
DONNE' dans la treizième année de
mon Regne , le vingt - troifiéme jour du
huitième mois,& felon l'époque Chrétienne,
l'an 1735. le 27. Septembre. V. S.
( a ) Thaimiao eft un ancien Temple dans le Palais
Impérial ; c'eft le plus grand Temple & le premier
de l'Empire.
*******
**
CANTIQUE d'Ifaie. Chap. 12 .
Seigneur , tu m'as livré la Guerre :
Je t'en bénirai mille fois ;
Il falloit des coups de Tonnere ,
Pour me rapeller à tes Loix.
Tes traits ont fait couler mes larmes ;
Mes pleurs ont fait tomber tes armes ;
J'éprouve aujourd'hui ta douceur ....
Le
DECEMBRE. 1740 1740 2823
Le voilà , ce Dieu redoutable ,
Qui par bonté pour un coupable ,
De Juge devient fon Sauveur.
Si j'ai redouté ſa Puiſſance ,
Quand il tonnoit pour me punir ,
Lui dois-je moins de confiance ,
Quand il daigne me foûtenir ?
Sans craindre & fans braver fa foudre ,
Vers lui , moi qui ne fuis que poudre ,
J'irai comme au Dieu du Salut ;
Il eft ma force , il eft må gloire :
Me promettre en lui la victoire ,
C'eft lui payer un doux tribut.
Efperez la fin de vos peines ,
Peuple , il comblera vos defirs ,
Yous puilerez à fes fontaines
Des eaux pures , de vrais plaifirs.
Dites alors plein d'allegreffe ,
Qu'avec nous tout mortel adreffe
Ses voeux , fon encens au Seigneur.
Publiez fon nom , fes ouvrages ;
Et fongez que dans vos hommages
Tout doit répondre à fa grandeur.
Célébrez fes dons magnifiques ,
Annoncez-les à l'Univers ;
CT
Que
2824 MERCURE DE FRANCE
Que l'amour porte vos Cantiques
A l'autre rivage des mers.
O Cité glorieuſe & Sainte ,
Sion , tu l'as dans ton enceinte ,
Ce Dieu qu'attendoit Iſraël :
Eclate de reconnoiffance ,
Fais voir que tu fens la préſence
De l'immenfe , de l'Eternel .
&
QUESTION IMPORTANTE
Jugée au Parlement de Paris , Confultis
Claffibus.
I une Procuration ad negotia , & les
Actes faits un conféquence ,donnent
une hypoteque au Mandant , fur les biens du
Mandataire , & de quel jour peut être cette
hypotéque.
FAIT.
En 1721. le Sr de la Rouziere paſſa en
Province une Procuration devant Notaires
au Sr Carrel , ancien Controlleur des Rentes
fur l'Hôtel de Ville de Paris , pour recevoir
fes Rentes fur la Ville , ainfi que
Sr Carrel en recevoit pour differens Particuliers
. Il envoya une Expedition de cette Prole
curation
DECEMBRE. 1740. 2825
curation au Sr. Carrel , qui la dépoſa chés
un Notaire à Paris , le 17. Novembre 1721 ,
comme les Payeurs des Rentes l'exigent
pour leur sûreté , lorfque la Procuration eft
paffée en Province & qu'elle doit fervir à recevoir
plufieurs payemens.
Le 12. Juillet 1725. le Sr de l'Efpinay de
Marteville , paffa devant Notaires à Paris ,
une femblable Procuration au Sr. Carrel
avec pouvoit de fubftituer en fon lieu & place
telles autres perfonnes qu'il jugeroit à
propos , & de les révoquer.
Par un Acte paffé le même jour & devant
les mêmes Notaires , au pied de la minutte
de cette Procuration du Sr de Marteville
, le Sr Carrel fubrogea les Srs Thurault
& Affeline en fon lieu , pour recevoir
les Rentes du Sr. de Marteville.
:
Cette fubftitution n'eût cependant point
d'effet le Sr Carelle reçût lui - même les
Rentes du Sr de Marteville , de même
celles du Sr de la Rouziere.
que
Le Sr Carrel au tems de fon décès étoit
débiteur de 1453 liv. envers le Sr de la Rouziere
, & de 4230 liv. envers le Sr de Marteville
, pour arrerages par lui reçûs de leurs
Rentes.
›
En 1727. les heritiers bénéficiaires du
Sr Carrel , vendirent à Pierre Fournier & fa
femme , deux Maifons , fifes à Vanvre près
C vj Paris ,
2826 MERCURE DE FRANCE
•
Paris , moyennant 14000 liv. dont 1000 liv.
furent payées à un créancier hypotequaire du
défunt , & 6000 liv. à differens créanciers
chirographaires , tous délégués dans le Contrat
; & à l'égard des 7000 liv . reftans , il fut
ftipulé qu'elles feroient payées après que les
Acquereurs auroient mis à fin le décret
qu'ils devoient faire.
Les Acquereurs ayant fait ce décret aux
Requeſtes du Palais , il y furvint des opofitions
, entre autres de la part des Srs de la
Rouziere & de Marteville. Ces opofitions
furent converties en Saifies & Arrêts. Les
Acquereurs qui fe rendirent Adjudicataires
par décret , furent condamnés par deux Sentences
des 4 Octobre 1729. & 17 Aouſt
1731. à configner le prix entier de leur Adjudication
; & fur l'Inftance d'ordre intervint
une troifiéme Sentence en la premiere Chambre
des Requeftes du Palais , le 29 Juillet
1733. qui colloqua le Sr de la Rouziere par
hypoteque du 17 Novembre 1721. & les
héritiers du Sr de Marteville , par hypoteque
du 12 Juillet 1725. comme ils y avoient
conclu.
Les Acquereurs ayant interjetté apel de ces
Sentences , fe plaignoient principalement de
ce que les Srs de la Rouziere & de Marteville
avoient été colloqués comme créanciers
hypotequaires fur les Biens du Sr Carrel¸
préDECEMBRE.
1740. 2827
prétendant que ni les Procurations qu'ils lui
avoient données , ni les Actes faits en conféquence,
n'avoient point produit d'hypoteque .
Pour foûtenir cette propofition, les Apellans
difoient qu'à confiderer l'ufage des Procurations
en général , rien n'eft plus utile.
dans la Société ; que par cette voye , les hommes
fe rendent mutuellement divers offices,
non -seulement utiles , mais même néceſſai→
res : l'intereft n'y a le plus fouvent point de
part , la feule amitié y engage : mais celui
qui veut bien rendre un office d'ami , s'y
portera t'il avec la même ardeur , file fervice
défintereffé qu'il rend , a contre lui des fuites
telles que l'hypoteque de fes biens ? Celui qui
donne fes foins aux affaires d'autrui ne veut
pas toujours engager fes biens .
Si l'on confulte les principes de la matiere ,
l'hypoteque apellée en Droit jus ad rem , eft
une obligation des immeubles qui affûre l'exécution
des engagemens que l'on contracte.
Chés les Romains , il ne fuffifoit pas de
s'engager perfonnellement pour obligér auffi
fes biens ; l'hypoteque devoit être ftipulée
nommément.
Parmi nous, l'hypoteque n'a pas befoin d'être
ftipulée. Il y en a de deux fortes , expreſſe &
racite .
L'hypoteque expreffe eft conventionnelle
ou légale la premiere réfulte des engagemens
2828 MERCURE DE FRANCE
mens volontaires contractés par des Actes
autentiques : l'autre naît des engagemens
forcés que l'on contracte en Jugement par
les condamnations qui y font prononcées .
L'hypoteque tacite s'acquiert par le feul
bénefice de la Loi , dans certains cas où elle
affecte les biens aux engagemens tacites &
non exprimés : il eft inutile d'aprofondir cette
derniere efpece d'hypoteque ; les Intimés
conviennent qu'il n'y a point de Loi qui leur
donne une hypoteque tacite , ils ne prétendent
d'autre hypoteque que la conventionnelle
expreſſe.
14
Ce n'eft point la ftipulation qui donne
l'hypoteque dans notre Droit François ; c'eſt
l'obligation perfonnelle qui la produit ; l'hypoteque
expreffe fupofe une obligation perfonnelle
expreffe , & la tacite , une obligation
perfonnelle non exprimée. C'est ce que nous
atteftent Neguzantius de Pign. Donellus, ibid.
Bafnage des hypot . & ce qui réfulte de l'article
107. de la Coûtume de Paris.
Il eſt donc conftant que l'Acte le plus authentique
ne fçauroit produire d'hypoteque
expreffe, à moins qu'il ne renferme une obligation
perfonnelle expreffe. Un engagement
tacite ne fuffit pas pour donner une hypoteque
, à moins qu'elle ne foit accordée par la
Loi ; mais ce n'eft pas ici le cas .
Les Parties conviennent qu'il ne réſulte
aucune
DECEMBRE. 1740. 2829
aucune hypoteque d'une Procuration ; qu'elle
ne donne même pas d'action contre celui à
qui elle eft adreffée : ordinairement le Mandataire
n'intervient pas dans l'Acte qui contient
la Procuration ; quand il y feroit préfent
, le Notaire n'en fait pas mention , & le
plus fouvent n'écrit pas le nom du Mandataire
, qui ne contracte par conféquent dans
cet Acte , ni expreffément , ni tacitement .
Les deux Procurations données au Sr Carrel
, n'avoient donc produit aucune hypoteque
fur fes biens ; le dépôt qu'il a fait de la
premiere , & l'Acte par lequel il a fubrogé à
la feconde , n'en ont pas non plus produit.
Premierement, pour ce qui eft de l'Acte de
fubrogation, loin que le Sr Carrel ait déclaré
qu'il s'obligeoit d'exécuter la Procuration ,
il a déclaré au contraire qu'il ne vouloit pas
l'exécuter , il ne s'eft donc pas encore obligé
par cet Acte , il n'a commencé à s'engager tacitement
, que lorsqu'il a reçû lui même les
Rentes qui étoient l'objet de la Procuration.
A l'égard du dépôt de l'autre Procuration
, ce n'eft qu'une formalité qu'exigent
les Payeurs des Rentes pour leur sûreté ; cet
Acte ne contient aucun engagement de la
part du fondé de Procuration , qui conferve
la liberté d'agir ou de ne pas agir , en vertu
de la Procuration : fa perfonne & à plus forte
raifon fes biens ne font point engagés par un
Acte
2830 MERCURE DE FRANCE
Acte de cette qualité . Il dépofe la Procura
tion , il l'a certifie véritable afin que l'on y
ajoûte foi , s'il juge à propos de l'accepter &
de l'exécuter ; il ne fait rien de plus .
Il eft vrai que le Mandataire qui dépofe fa
Procuration , témoigne en quelque forte que
fon intention eft d'en faire ufage , & que le
Sr Carrel a confirmé que telle étoit fon intention
, en rempliffant l'objet des deux Procurations
, mais tout cela ne peut produire
qu'un engagement tacite , qui foûmet le
Mandataire à rendre compte de ce qu'il a
geré , & à remettre au Conftituant les for
mes qu'il a reçûës pour lui . Cet engagement
tacite qui réfulteroit de même du feul fait de
fa geftion & des quittances qu'il donne , ne
produit qu'une action perfonnelle contre lui
pour le faire condamner à exécuter cet engagement
tacite , en cas qu'il n'y fatisfalle pas
volontairement ; mais il ne peut jamais réfulter
delà une hypoteque expreffe conven
tionnelle , n'y ayant dans tous ces Actes aucune
obligation perfonnelle expreffe , telle
qu'il en faut une pour produire cette hypoteque
.
C'eft ce qui fut jugé en 1723. contre le
Sr de Malezieux , par Sentence renduë en la
Premiere Chambre des Requeftes du Palais
qui fut confirmée par Arreft du 4. Juin de la
même année, au raport de M. l'Abbé Pucelle.
On
DECEMBRE. 1740. 2831
On convient que tout Contract authentique
, qui contient une obligation perſonnelle
expreffe , ou un de ces engagemens tacites ,
auxquels la Loi attache l'hypoteque , produit
de plein droit l'hypotheque ; mais
hors ces cas , l'autenticité feule de l'Acte ne
donne pas l'hypoteque , s'il n'y a une obligation
expreffe.
Par exemple , le Tuteur n'a point d'hypoteque
fur les biens de fon mineur pour la ref
titution de fes avances , quoiqu'il ait une action
pour les répéter , parce que l'Acte de
Tutelle ne contient point d'engagement de
part du Mineur. la
De même , la quittance donnée devant Notaires
au Débiteur qui paye plus qu'il ne doit,
produit contre le Créancier une obligation
tacite de rendre ce qu'il a reçû de trop , &
une action perfonnelle au Débiteur pour le
redemander, mais la quittance donnée par le
Créancier ne produit point d'hypoteque , fuivant
le Reglement des Mercuriales de 1666.
& cela parce que la quittance ne contient
point d'obligation de la part du Créancier.
Quoique la contrainte par corps ait lieu
contre les Mandataires qui reçoivent pour
le Public des Rentes fur l'Hôtel de Ville , il
ne s'enfuit pas delà , qu'on ait une hypote
que expreffe fur leurs biens , fans qu'ils ayent
expreffément engagé leur perfonne.
Au
2832 MERCURE DE FRANCE
Au contraire de la part des Intimés , on
difoit que la queftion intereffoit tous ceux
qui ont des Rentes fur l'Hôtel de Ville.
Qu'ordinairement on ne les reçoit pas soimême
, que
, que la plupart de ceux qui en ont ,''
ne pourroient le faire fans fe déranger. On
s'adreffe à des perfonnes qui fe font volontairement
attachées à faire cette Recette
pour chaque Particulier , moyennant la rétribution
qu'on leur donne : on eft dans l'ufage
de s'y confier , même fans les connoître
particulierement ; la grande commodité
qu'on y trouve , fait que leurs fonctions font
devenues publiques , de confiance, & en quelque
forte néceffaires
. Où feroit la fùreté , fi
les Procurations
devant Notaires que pren
nent ces fortes de perfonnes, ne produifoient
pas contre elles une hypoteque
fur leurs biens
pour la reftitution
de ce qu'elles ont reçû ?
Indépendamment de ces confidérations ,
& fuivant les principes , l'hypoteque dans
l'efpece étoit acquife aux Conftituans , du
jour des Actes de dépôt & de fubftitution .
Un Mandataire ne dépofe une Procuration
que dans l'intention de l'exécuter : fon
intention marquée par le dépôt , opére le
même effet que l'exécution; c'eft.à - dire , que
l'acceptation de fa part , eft auffi bien marquée
par le dépôt que par l'exécution même.
La
DECEMBRE. 1740. 2833 .
La fecónde Procuration , portant pouvoir
en général au Mandataire d'en nommer un
ou plufieurs autres , & le Mandataire n'en
ayant nommé que fans s'exclure de la faculté
qu'il avoit de recevoir par lui- même , par - là
il a accepté cette Procuration , & l'a exécutée
, d'autant plus que par l'événement , il a
reçû lui-même les Rentes , fans avoir révo
qué la fubrogation qu'il avoit fait.
Quoique le Mandat foit un Contract fi
nallagmatique, il n'eſt pas néceffaire que les
obligations réciproques fe rencontrent dans
un même Acte ni dans le même tems . Deux
perfonnes font réciproquement obligées fur
un même objet , l'une par un Acte & au
moment qu'elle l'aura paffé , quoique l'autre
qui doit auffi être obligée , ne fe foit obligée
que depuis & par un Acte différent. Ce ne
font pas les mots qui forment l'obligation ,
c'eſt le confentement . Peu importe de quelle
maniere il foit donné .
Toute obligation autentique emporte hypoteque
; or, les Actes de dépôt & de fubrogation
, faits par le Sr Carrel ont été paffés
devant Notaires , ils font par conséquent autentiques
& produifent l'hypoteque qui eft
attachée aux obligations autentiques .
Il y a même une ftipulation expreffe d'hypoteque
dans ces Actes par ces termes de
ftyle qui fe trouvent à la fin , promettans , &c.
obligeans ,
2834 MERCURE DE FRANCE
obligeans , &c . il n'eft pas douteux que ces
termes , qui font le commencement de clau
fes que l'on abrege comme étant de ftyle ,
comprennent en abregé une ftipulation expreffe
d'hypoteque fur tous les biens , c'eſt
ce qui a été jugé par deux Arrêts rendus, l'un
en la cinquiéme Chambre des Enquêtes le
17. Novembre 1587. raporté par Goujet, des
hypoteques , Queſtion 10. l'autre , en la premiere
des Enquêtes le 13. Août 1608. raporté
par M. le Prêtre, I. Cent. Chap . 63 .
Ainfi, de même que le Mandant s'eft valablement
obligé envers le Mandataire , quoique
ce dernier ne fût pas préfent , de même
le Mandataire a valablement obligé fa perfonne
& fes biens envers le Mandant , par
les Actes de dépôt & de fubrogation , qui
contiennent une véritable acceptation des
deux Procurations.
Si le Mandataire n'avoit pas eû intention
de les accepter, il ne les auroit pas déposées,
& n'auroit pas fubrogé quelqu'un , il les auroit
renvoyées , ou s'il avoit fubrogé quelqu'un
en vertu de la feconde , il auroit déclaré
qu'il fe démettoit totalement du pouvoir
qui lui étoit donné , afin de ne s'engager en
aucune maniere , ce qu'il n'a pas fait ; & ce
n'étoit pas fon intention , puifqu'au contraire
il a reçû lui -même les rentes en conféquence
des deux Procurations,
Peu
DECEMBRE. 1740. 2835
Peu importe que le Mandataire n'ait reçû
que long- tems après les Actes de dépôt &
de fubrogation , il fuffit que ces Actes ayent
une date certaine & qu'ils foient autentiques;
l'obligation qui en réfulte & l'hypoteque qui
en eft la fuite , tirent leur origine de ces Actes
, & par conséquent la date de l'hypoteque
qu'ils produifent remonte au tems où ils
ont été paffés. Il y a bien d'autres cas où
l'obligation eft née avant que l'action foit
ouverte , comme l'explique M. Cujas , Ad
Legem. 1. ff. qui potiores .
La Procuration fignée en même tems du
Mandant & du Mandataire , emporteroit inconteftablement
hypoteque réciproque du
jour que l'Acte feroit paffé , quoi qu'il ne fût
exécuté que long- tems après ; ainfi ce n'eft
pas le tems de l'exécution qui regle la date
de l'hypotheque, c'eft la date de l'obligation ,
laquelle , à l'égard du Mandataire dans l'espece
préfente , eft du jour de l'acceptation
qu'il a contractée par les Actes de dépôt &
de fubrogation.
Tels étoient en fubftance les moyens allegués
de part & d'autre dans cette affaire qui
a éré difcutée folemnellement . Elle avoit été
diftribuée en la troifiéme Chambre des Enquêtes
, où M. de Loffendiere , Confeiller ,
en fit le Raport en préfence de toute la
Chambre ; mais Mellieurs y ayant trouvé de
la
2836 MERCURE DE FRANCE
la difficulte , arrêterent que la Queſtion feroit
consultée aux autres Chambres , comme
cela fe pratiquoit quelquefois anciennement.
Et ayant fait part de cet Arrêté à la Grand'-
Chambre & aux quatre autres Chambres des
Enquêtes , ces cinq Chambres envoyerent
chacune deux Confeillers pour affifter &
avoir voix délibérative au raport qui devoit
être fait de l'Affaire en la troifiéme des
Chambres ; ce qui fut ainfi exécuté . Il
avoit 33. ou 34. Juges , dont dix étoient les
Députés de la Grand'- Chambre & des quatre
Chambres des Enquêtes , & le furplus
composé de Mrs les Préfidens & Confeillers
de la troifiéme .
Y
,
L'avis qui prévalut , fut que le Mandant
avoit hypoteque fur les biens du Sr Carrel du
jour des Actes de dépôt & de fubftitution
& la Sentence qui l'avoit ainfi jugé , fut confirmée
par Arrêt du 27. Août 1740. On dit
que l'Arrêt paffa de 26. ou 27. opinions contre
7. ou 8.
Il y avoit 68. ans que l'on n'avoit point
rendu d'Arrêt Consultis Claffibus , le dernier
Arrêt rendu en cette forme , étant celui de
1 672. raporté au Journal des Audiences, qui
donne hypoteque aux Procureurs ad lites
pour leurs frais & falaires fur les biens de
leurs Clients , du jour de la Procuration qui
leur eft donnée pour occuper.
II
DECEMBRE. 1740. 1740. 2837
Il n'y avoit point eû depuis d'Arrêt rendu
Consultis Claffibus , mais feulement divers
Arrêts rendus en forme de Reglement par
la Grand' -Chambre feule.
On ne fçait au furplus fi l'Arrêt du 27.
Août 1740. dont on vient de parler , doit
être qualifié d'Arrêt rendu Consultis Claffibus,
car anciennement , lorfqu'on vouloit rendre
un Arrêt de cette efpece , le Raporteur alloit
faire le raport de l'Affaire dans chaque Cham
bre & y réfumoit l'opinion qui avoit paffé à
la pluralité des voix , au lieu qu'ici l'on n'a
pris que l'avis de deux Députes de chaque
Chambre , comme cela s'étoit déja pratiqué
en quelques occafions , notamment lors de
l'Arrêt de Reglement du 19. Juin 1674. raporté
au Journal des Audiences , par lequel
on jugea de nouveau , comme en 1672 , que
l'hypoteque des Procureurs ad lites , pour
leurs frais & falaires , eft du jour de la Procuration.
Il y a encore actuellement une autre Affaire
pendante au Parlement , qui a été renvoyée
pour être jugée Consultis Claffibus ,
entre M. l'Evêque de Laon & les Habitans
du Comté d'Anizy , fur la Queſtion de fçavoir
fi dans la Coûtume de Vermandois , on
peut dire exempt des Droits de Lods &
Ventes , par la fimple poffeffion , ou s'il
faut un Titre formel pour jouir de cette
fe
exemption.
Autrefois
2838 MERCURE DE FRANCE
Autrefois Mrs du Parlement , tous en Ro
bes rouges , s'affembloient la veille des grandes
Fêtes & prononçoient les Arrêts les plus
folemnels qui avoient été rendus depuis la
derniere prononciation ; on choififfoit les
Arrêts qui pouvoient fervir de regle fur
quelque point de Jurifprudence , c'eft ce
qu'on apelloit Arrêts en Robes rouges, & que
quelques perfonnes , peu verfées au Palais ,
confondent , mal à propos , avec les Arrêts
qui fe rendent encore aux grandes Audiences
de la Grand'- Chambre , où Mrs les Préfidens
à Mortier font en Robes rouges ; mais
ces prononciations d'Arrêts en Robes rouges
ont ceffé depuis l'Ordonnance de 1667.
laquelle , Tit. 26. Art. 7. abroge en toutes
Cours & Jurifdictions , les formalités des
prononciations des Arrêts & Jugemens .
**
RONDEAU
A M. Destouches , de l'Académie Françoise.
V Ive l'esprit , c'eft lui feul qu'on encense ;
De la Nature on ne fait plus de cas ;
Dans l'art des Vers , dans celui des Campras ,
C'eft être Goth d'offrir fa reffemblance
On ne veut plus que clinquant & fatras.
Un
DECEMBRE. 1740 2835
Un Madrigal qui brille en aparence ,
Sur le folide obtient la préference ,
Ah ! que ces traits , dit- on , font délicats !
Vive l'esprit .
De tout Ouvrage il commence l'effence
Du double Mont les autres Potentats
Ont beau crier , tout tombe en décadence
Si .... mais en vain , on ne les entend pas ,
Et chaque Auteur prend pour devise en France ,
Vive l'esprit.
ENVOI
Digne Rival de Plaute & de Terence ,
Grand Nericaud , de ce fel plein d'apac
Tu nous fais voir que la folle dépense
Fait tous les jours éclore cent fatras ,
Et tu ne dis qu'au goût qui le dispense ,
Vive l'esprit .
Par M. de St Roman , de Montpellier:
II. Vol. D INS
2840 MERCURE DE FRANCE
INSTRUCTION de M. l'Abbé L. B.
au fujet d'une Lettre qui regarde la fitua
tion d'Epaone , où fe tint un Concile des
Gaules vers le commencement du fixiéme
fiecle.
Q
Uoique la Lettre qui fuit ne foit
Pas nouvelle , elle mérite d'être
publiée
, non feulement à caufe de la réputation
de l'Auteur , qui eft le même duquel
on a une Lettre décifive fur la même matiere.
dans les Mémoires de Trévoux , Novembre
1737. mais encore pour mettre ceux qui
foûtiendront la même caufe que lui , en état.
de répondre aux objections qu'on pourroit
faire dans la fuite contre la Comté d'Abbon ,
en faveur de l'Eglife de S. Romain , fituée à
un quart de lieuë de Vienne , & en faveur
du Lieu nommé Ebao ou Tortilianum. Les
raifons de M. Didier détruiſent ſuffiſamment
ces objections , & nous font voir comment
cet habile Ecrivain eft enfin parvenu à trou
ver Epaone dans la Comté d'Abbon , après
avoir prouvé que plufieurs Lieux où on le
croyoit fitué , ne peuvent pas le repréſenter.
DECEMBR E. 1740 2841
LETTRE de M. Didier grand Archi
diacre & Chanoine de Vienne , à M....
V
>
Ous fouhaitez , Monfieur , que j'écrive
les Reflexions que nous fimes il y a
quelques jours , en lifant la Differtation de
M. de Valbonnais , Premier Préſident de la
Chambre des Comptes de Dauphiné , fur le
Lieu où s'eft tenu le fameuxConcile d'Epaone
; je fuis perfuadé qu'en cela nous entrons
dans les vûës qu'a eues cet illuftre Magiftrat.
Ainfi c'eft très- volontiers que je foûmets
mes conjectures à fa docte cenfure ; mais ce
fera , s'il vous plaît , fous votre nom qu'elles
iront jufqu'à lui , puifque vous ayez l'honneur
d'en être connu particulierement.
Si M. le P. P. s'étoit déterminé lui- même ,.
j'aurois pris d'abord le parti qu'il auroit em- ›
braffé ; mais comme il attend les découvertes
qu'on peut faire , en fuivant les routes
qu'il a marquées , je vous avouë que je fuis
plus indéterminé qu'auparavant , j'avois crû
devoir me fixer à croire que Ponas étoit le
Lieu du Concile d'Epaone ; je m'y étois déterminé
fur ce que le fçavant Dom Mabillon
m'avoit affûré que dans le Lieu d'Epaone
il y avoit deux Eglifes , l'une dédiée à faint
André, Apôtre,& l'autre à S. Vincent, Martyr.
J'ai encore fon Mémoire écrit de fa main ,
Dij
ой
2842 MERCURE DE FRANCE
2
1
où le nom de l'Eglife de faint Vincent eſt
écrit plufieurs fois ; & j'avois trouvé deux
Eglifes de Paroiffe autour de Ponas , dont
l'une eft dédiée à faint André , & l'autre à
faint Vincent ; à la vérité , ni Ponas , ni les
Eglifes n'apartiennent en aucune façon à l'Eglife
de Vienne ; mais dans dix fiecles , il
arrive bien des changemens dans les poffef
fions.
Le Diplôme de Louis le Debonnaire que
M. le P. P. ajoûte à fa Differtation , me dépaïfe
; car au lieu de faint Vincent , je trouve
S. Romain , Titulaire d'une de ces deux Eglifes
; ainfi il faut chercher cette Eglife de faint
Romain , c'est ce que nous pourrons faire
vous & moi , Monfieur , en allant fur les
Lieux quand il vous plaira ; peut-être
Topographie de Ponas nous donnera quelconnoiffance
particuliere pour affeoir que
notre jugement.
que
la
J'embrafferois volontiers le nouveau fystême
que M. le P. P. voudroit établir , que
cet Epaone pourroit bien être quelque Château
du côté du Pont Evêque , fi nous y
pouvions trouver l'Eglife de faint André ; car
pour celle de faint Romain Martyr , elle eft
conftante , non -feulement parce que M. le
P. P. raporte de l'ancien Terrier de l'Archevêché
de Vienne , mais auffi parce que l'Ordo
Viennenfis Ecclefiæ , qui a été réformé en
1385-
DECEMBRE: 1740 2843
1385. & qui fubfiftoit bien des ficcles auparavant
, met la Station du fecond jour des
Rogations à cette Eglife de faint Romain .
...
Die fecundâ Rogationum .... Proceffione
procedente... dumpervenerit propè pontemgeria
procedat Proceffio fancti Severi ad fanctum
Martinum , deinde ad fanctum Romanum ..
Extra civitatem Clericuli recitent Antiphonas
ufque ad fanctum Romanum . Statio ad
fanctumRomanum. Litaniam decantent duo Sacerdotes
mandato Magiftri Chori , ante altare
unus Coadjutor & duo Praſbyteri proftrati Litaniam
dicant ex mandato Magiftri . Oratio
Deus qui culpas , &c. Cantoriam ad Miſſam
Capellanus fancti Andrea monialium, & alius
de forma , &c.
Je marque exprès que le Chapelain de
S. André les Nonains faifoit la Chantrerie ,
parce que cela peut conduire à établir que
ce Monaftere avoit l'Eglife de S. Romain ,
attendu que dans les autres Eglifes où le
Chapitre faifoit Station , les Chapelains de
ces Eglifes faifoient la Chantrerie , ce qui
donneroit licu de croire que l'Eglife de S.
André & celle de S. Romain , dont il eft
parlé dans le Diplôme de Louis le Debonnaire
, auroient été unies.
Les ruines de l'Eglife de S. Romain paroiffent
encore à la tête du grand Pré de
l'Archevêché ; les Fonds Capitulaires , & les
Diij Directes
2844 MERCURE DE FRANCE
Directes que l'Eglife de Vienne a encore autour
de ces ruines , peuvent encore fortifier
la conjecture de M. le P. P.
Mais avec tout cela je vous avouë , Monfieur
, que je ne puis encore me rendre à
cette opinion , quand je confidere la fituation
du Licu , qui ne pouvoit être guere
commode pour une fi augufte Affemblée ;
il ne paroît dans tous les environs que Bois
& que Lieux pleins d'eau ; on n'y voit point
de veftige qu'il y eût de ce côté là quelque
Château affés vafte pour loger les vingtquatre
Evêques & leur fuite , n'euffent- ils
mené qu'un Diacre chacun ; & d'ailleurs ,
quelle raiſon auroit eu l'Evêque S. Avite de
tenir cette Affemblée à un quart de lieuë de
fon Eglife & de fon Palais , fi toutefois les
Evêques avoient alors des Palais ?
L'idée & la notion que nous avons de
Villa , ne peut guere s'accommoder à un
Lieu qui ne paroît pas avoir jamais été habité
cependant la Lettre de convocation de
S. Avite , dit qu'il choifit Epaone , comme
un Lieu commode pour l'Aflemblée.
L'endroit où étoit l'Eglife de S. Romain
& tout le voisinage , peut encore moins convenir
au Lieu d'Epaone,fi l'on veut qu'Epaone
fût en vue de l'Eglife de Vienne , puifqu'il
eft conftant que de nul endroit de Vienne
pas même des Châteaux qui font fur les
éminences ,
DECEMBRE: 1740 2845
&
•
eminences , on ne peut voir ni l'endroit de
l'Eglife de S. Romain , ni les environs ; ce
Lieu étant furmonté par plufieurs côteaux
qui font autour de Vienne.
Je ne vois pas auffi qu'on puiffe dire qu'-
Epaone fût à la vûë de Vienne ; il est vrai que
dans la vente que le Monaftere de S. Martin
d'Autun fit du Lieu apellé Tortilianum, il eſt
dit que ce Tortilianum ( qu'on prétend être
la même chofe qu'Epaone ) étoit in vicinia &
profpectu corum, c'eft- à dire, de l'Archevêque
& de fon Chapitre.
, Mais en premier licu ce vicinia & prof-
-pectus ne paroiffent pas fe devoir prendre ici
littéralement , & pour ainsi dire , phyſiquement
; mais comme une maniere de parler ,
par raport au Monaftere de S. Martin d'Autun
, qui étant fort éloigné de Tortilianum ,
l'Eglife de Vienne pouvoit dire qu'elle l'avoit
fous les yeux.
:
+
En fecond lieu , lorſque l'Eglife de Vienne
acquit ce Lieu là pour le prix de cent livres
d'argent, il n'y avoit que quatre- vingt - quinze
ans que Louis le Debonnaire lui avoit reftitué
Epaone ; car le Refcrit de cet Empereur
eft de 831. & la vente de Tortilianum eft de
926.il n'eft pas poffible que l'Eglife de Vienne
eût fi- tôt perdu la mémoire de cette reſtitution
; d'où vient cependant qu'on n'en dit
Diiij pas
2846 MERCURE DE FRANCE
pas un mot dans la vente de Tortilianum ?
İl femble qu'on y auroit au moins expofé que
ce Lieu avoit autrefois apartenu à l'Eglife de
Vienne : il n'y a rien même d'aprochant ; les
Députés remontrent feulement à l'Abbé de
S. Martin d'Autun , que Tortilianum eft un
Lieu fort éloigné de fon Monaftere. L'Abbé
repréſente à fes Moines qu'ils ne joüiffent
pas paisiblement de cete Terre , qu'elle leur
a été enlevée & pillée plufieurs fois ; que
d'ailleurs , la dépenfe des voyages en confumoit
tout le revenu ; ce qui marque que depuis
long- tems ce Lieu lui apartenoit ; mais
ils ne difent point qu'il eût apartenu auparavant
à l'Eglife de Vienne : l'Acte eft une
vente pure & fimple .
Je ne vois pas non plus qu'il y ait grand
fondement à faire fur l'Acte de 888. pour
dire que Tortilianum & Epaonum font la
même chofe : il eft vrai que dans cet Acte ,
par lequel un Archevêque de Vienne remet
ce Tortilianum au Comte Theutbere , pour en
joüir fa vie durant , on fe fert du mot Ebaonemfive
Tortilianum , ce qui fait voir qu'Ebao
ou Ebaona & Tortilianum font la même
chofe ; cela eft conftant , mais il ne l'eft
point du tout qu'Ebao foit la même choſe
qu'Epaona ou Epaonum. La reſſemblance
des noms ne prouve pas l'identité des chofes.
Combien
DECEMBRE . 1740. 2847
Combien de Lieux avons nous très- differens,'
qui ne le font guere dans le nom. Ambor
niacum & Ambroniacum , font loin l'un de
l'autre , & très - aprochans de nom ; celui - là
eft un Prieuré , & l'autre eft une Abbaye en
Bugey , dont M. de Maugiron , Comte de
Lyon , ci - devant Agent du Clergé , eſt
Abbé.
Je fuis perfuadé qu'il faut chercher cet
Ebao ou Tortilianum du côté de Romans ;
depuis Mantaille juſques à Geniffieu . L'Acte
raporté dans le Spicilegium de Dom Lục
d'Achery me détermine à cette opinion ; car
l'Archevêque qui aparamment vouloit donner
au Comte Theutbere ce qui étoit à ſa
bienséance , en lui remettant trois Terres
,
exprimées dans l'Acte , tres villas, Mantulam,
Ebaonem & Geniciacum , met toujours cet
Ebaonem entre Mantaille & Geniffieu . Vous
fçavez que Mantaille étoit une Terre de
l'Eglife de Vienne ; c'eft là que l'Archevêque
Otramne tint l'Affemblée pour l'Election du
Roy Bozon , & ce n'eft que dans le dernier
fiecle que les Archevêques ont échangé cette
Seigneurie pour acquérir une partie de la
Leide de Vienne , s'en réfervant pourtant les
dixmes ; Geniffieu qui eft près de Romans ,
fait partie de la Terre de Triol mouvante
de l'Eglife de Romans, laquelle y a la dixie ,
›
Dv &
2848 MERCURE DE FRANCE
& ce font les Archevêques qui ont fondé le
Monaftere de Romans , qui eft aujourd'hui
un Chapitre de Chanoines.
Vous avez fort bien remarqué , Monfieur
, qu'en mettant Tortilianum entre Mantaille
&Geniffieu , dans l'Acte de vente fait par
l'Abbé de S. Martin , on aura pû dire même
littéralement que Tortilianum étoit in vicinia
profpectu de l'Archevêque & de fon Chapitre
, par raport à leur Château de Mantaille
, d'où aparemment on pouvoit voir
Tortilianum.
Je ne doute pas que M. le Premier Préfi
dent ne pût trouver dans les titres de l'Abbaye
de Romans , quelques veftiges de cet
Ebaona ou Tortilianum. M. de Fontenille .
Maître du Choeur de cette Eglife eft trèsinftruit
de fes droits : il fçait tous fes titres
& il pourroit fans trop de peine , faire cette
recherche. M. le Préfident de Murat , dont
les Terres font près de Mantaille , M. de
Mitral , Confeiller , & autres Magiftrats des
Cours fupérieures
de Grenoble , & qui ont
des Terres de ce côté là , peuvent auffi avoir
des titres qui donneroient
quelque jour à
cette recherche . Il y a du côté de Romans
des Paroiffes dont le nom paroit venir des
anciens noms Latins , Ebaona & Tortiliacomme
Terfanne Tournain
ou
> Tournés
,
num
DECEMBRE . 1740: 2849
Tournés
•
le Village apellé Vaune &c.
Au refte , fans quelque nouveau * fecours ,
je ne crois pas que l'on puiffe bien s'affûrer
du Lieu précis où étoit Epaone, & fi la fagacité
& la pénétration de l'efprit de M. le P.P.
ne rendent pas ce fervice à la République
des Lettres , je crois qu'on fera toujours làdeffus
dans l'incertitude ; ce qu'il y a néan◄
moins de bien affûré , c'eft que le Lieu d'Epaone
étoit dans le Diocèfe de Vienne , &
qu'il apartenoit à l'Eglife de Vienne , ce qui
détruit feul la plupart des fyftêmes que les
Sçavans ont bâtis fur le Lieu de ce fameux
Concile.
En finiffant ma Lettre , il me vient un
fcrupule trop bien fondé ; il fe pourroit bien
que le Lieu apellé Mantula dans l'Acte de
888. fût aufli bien Mente que Mantaille ,
parce que dans nos Regiftres , ce premier eft
fouvent apellé Prioratus Mantula , comme
qui diroit la petite Mantaille. En effet ,
Mente n'eft pas loin de Mantaille ; c'eft un
Prieuré de Cluny , & de là on ne pourroic
pas conclure qu'il n'eût pas apartenu à l'Eglife
de Vienne. On fçait qu'avant que le
Concile de Latran eût défendu aux Evêques
d'aliéner le temporel de leurs Eglifes ,
* Ce fecours eft venu à l'Auteur en 1737. comme
il paroit par la Lettre des Mémoires de Trévoux du
mois de Novembre de la même année.
D vj ils
12850 MERCURE DE FRANCE:
*
ils fondoient très -fouvent des Monafteres &
leur donnoient des dixmes ; nos anciens
Archevêques avoient tellement apauvri leur
temporel , que fans les Abbayes qu'on y a
unies , ils n'auroient pas aujourd'hui de quoi
fubfifter. Enfin que Mantula foit Mente ou
Mantaille , cela ne doit faire aucun changement
dans nos Reflexions fur le Lieu de Tor
tilianum. Je fuis M. &c.
Le
19. Avril 1714.
餐
L'AMOUR ET PSICHE ,
P
FABLE.
Siché , fans avoir vu l'Amour ;
Devint fa moitié bienheureufe ;
Mais fon ame trop curieuſe
Tenta, mal à propos , de le connoître un jour .
Elle craint de trouver quelque monftre effroyable,
A l'éclat d'une lampe , avec étonnement ,
Elle aperçoit un jeune homme charmant ,
Qui goûtoit un repos aimable ,
A fon aſpect fa main fait un vacillement.
D'une goute d'huile bouillante
Elle éveille en ſurfaut le plus tendre des Dieux ,
Qu
DECEMBRE. 1740 285
Qui , pénétré de fa douleur cuifante ,
S'envole auffitôt dans les Cieux.
Pfiché vainement le rapelle ,
Il l'abandonne fans retour.
Epoufes , fur ce beau modele ,
Craignez dans vos Epoux d'épouvanter l'amour ?
Vos défauts égalent les nôtres ;
Ce n'est que par votre douceur
Que vous parvenez au bonheur
De nous faire oublier les vôtres .
Laffichard.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Senlis ;
le 8. Septembre 1740. fur une Cérémonie
M
finguliere.
R. Gabriel- François Daraine , Ecuyer ,
Seigneur d'Outreval , né à Compié
gne au mois de Mars 1650. & inftalé le 21 .
May 1680. dans les Charges de Premier &
Ancien Préfident , Lieutenant Général Civil
& Criminel , & Commiffaire Enquêteur &
Examinateur au Bailliage & Siége Préfidial
de cette Ville , folemnifa avec les Officiers
de fa Compagnie par un grand repas qu'il
leur donna le 6. de ce mois , la foixantićme
année de l'exercice de fes Charges . Il
avoit en 1730. fait pareille Cérémonie pour
la
2852 MERCURE DE FRANCE
>
la cinquantiéme année.Ce Magiftrat qui s'eft
acquis l'eftime & la confidération de tout le
Public a encore l'efprit & le corps auffi
fains que dans fa jeuneffe , & on fe flate
qu'il fera en état de remplir long-tems une
carriere , que fa bonne fanté fait efperer ne
pas devoir finir auffi tôt que fon grand âge ,
qui eft de 90. ans & fix mois , fembleroit le
faire craindre.
****************
ENIGM E.
TANDIS que de Phebus le flambeau nous éclaire,
Sur un Lit à trois pieds giffantes fur le dos ,
Sans foins & fans emploi nous goûtons le repos ;
Mais dès que terminant fa courſe circulaire
Ce Dieu va chés Thétis & fait place à la nuit ,
Nous fortons de notre réduit :
Alors notre double machoire
Devore à chaque inſtant & la flâme & le feu ;
Et quoique de tels mets doivent nous plaire peu ,
On nous les fait manger fans boire.
Par M. Flocard, à Parisi
LO:
DECEMBRE. 1740 2853
LOGOGRYPHE.
UN des plus Saints Prélats de France ;
Une Ville de grand renom ;
****
Mot qui peut garantir d'Erreur , de Médifance #
Autre dont les Enfans aprennent la Leçon ;
Inftrument dont fe fert la fevere Juſtice ;
Et dont maint criminel redoute le fuplice ;
Fleuve très- renommé du plus rapide cours ;
Métal au Roy d'un grand fecours ;
Lieu d'azile & de réfidence
En certain Canton de la France ;
Païs où des Chrétiens on ne fuit par les Loix ;
Héros fameux par les Exploits ;
Poiffon des plus petits qui foient dans les Rivieres
Avec un peu d'attention
Vous verrez tous ces caracteres
Dans cinq traits qui forment mon nom.
Giret de Fecamp
NOU:
2854 MERCURE DE FRANCE
忠峨
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , & c .
A MYTHOLOGIE & les Fables , expli-
Luces par l'Hiftoire , par M. l'Abbé Baquées
nier , de l'Académie
des Inscriptions
& Belles
- Lettres. Troifiéme
Volume
, in 4º. A
Paris , chés Briaffon
, Libraire
, ruë S. Jacques
, à la Science , 1740.`
ESSAIS fur l'Hiftoire des Belles -Lettres ;
des Sciences & des Arts , par M. Juvenel
1740. in - 12 . de 443. pages , fans la Préface .
A Lyon , chés Duplain , pere & fils , & à
Paris , chés Prault , fils , Quai de Conty , à la
Charité.
HISTOIRE des Empires & des Républiques
, depuis le Déluge , jusqu'à J. C. où
l'on voit dans celle d'Egypte & d'Aſie la liaifon
de l'Hiftoire Sainte avec la Profane , &
dans celle de la Grece , le raport de la Fable
avec l'Hiftoire . Par M. l'Abbé Guyon , Tonie
V. Macédoniens , Seconde Partie. A
Paris , chés H. L. Guerin , & autres Libraires
in- 12. de 662. pages , non compris la
Table des Matieres , 1740.
JeanDECEMBRE.
1740 285 $
Jean- Baptifte Albri , Imprimeur-Libraire
, a imprimé & débite à Venife , les
Lettres de M. Ant. Ferratius , fous ce Titre:
M. Ant. Ferratii Epiftolarum Libri fex , in
quibus omnia ferè, qua in Orationibus M. Tullii
dubia occurrunt , polemicè illuftrantur:
1740. in-4°.
On trouve chés le même , Compendio dell
Archittettura generale da Vitruvio Opera di
M. Parraval , 1740. in- 8°. Fig.
›
L'HISTOIRE de la Religion de Malthe ;
en Italien , par M. Barthelemi Pozzo. C'eſt
la continuation de celle de Jacques Bofius
depuis 1571 , jusqu'en 1688. Deux Volumes
in-4° . Cet ouvrage fe trouve auffi à Verone ,
dans la même forme.
Dominique - Marie Manni , Imprimeur-
Libraire , débite depuis peu à Florence , un
Abregé de la derniere Edition du Dictionaire
de la Crufca , en cinq Volumes in 4 ° . L'Ouvrage
eft en Italien.
SUPLEMENT de la Méthode pour Etudier
Hiftoire , avec un Suplément au Catalogue
des Hiftoriens & des Remarques fur la bonté &
le choix de leurs Editions , par M. l'Abbé
Lenglet Dufresnoy , in-4° . Paris , chés Rollin
, fils & de Bure , l'aîné. Deux Volumes en
grand
2856 MERCURE DE FRANCE
grand ou en petit Papier. Le même in 12. trois
Volumes , chés les mêmes Libraires.
La Méthode pour étudier l'Hiftoire de
M. l'Abbé Lenglet Dufresnoy , parut en quatre
Volumes in-4° . l'année 1729. L'accueil
favorable , que le Public a fait à cet ouvrage ,
a engagé l'Auteur à le revoir , à l'examiner
avec un oeil critique. Et enfin il a trouvé
qu'on pouvoit encore y ajouter des choſes
effentielles pour fa perfection. C'eft ce qui l'a
engagé à faire ce Suplément qui eft en état
de paroître depuis environ cinq ans , & qui
eft fous preffe depuis près de deux ans.
On peut divifer cet Ouvrage comme en
trois parties; la premiere regarde l'Ancienne
Hiftoire ; la feconde traite de l'Hiftoire Moderne
, enfin on voit dans la troiſième un
Suplément très - curieux au Catalogue des
Hiftoriens.
Ce Livre eft partagé non pas en Chapitres,'
mais en 33. Difcours . Les xvIII . premiers
regardent l'Hiftoire Ancienne ; on y trouve
quelques parties que l'Auteur n'avoit pas
traitées avec un auffi grand détail , & d'autres
qui font nouvelles , entre autres , l'Hiftoire
Ancienne de l'Italie , de la Sicile , de
plufieurs Etats de l'Europe & de l'Afrique ,
& même celle des Amazones , qui font un
des Phénomenes les plus finguliers de l'Ancienne
Hiftoire. Les treize Difcours qui fui-.
vent
DECEMBRE. 1740 2857
vent depuis le 18. jufqu'au 32. comprennent
un Etat du Gouvernement de tous les Royau
mes ou Souverainetés principales de l'Europe.
On fçait combien cette matiere eft néceffaire
pour l'Etude de l'Hiftoire Moderne.'
L'Auteur a raffemblé fous un feul point de
vûë ce qu'on trouveroit à peine dans un
grand nombre de Volumes ; ainfi ce font
des Lectures épargnées & facilitées pour ceux
qui , par la fituation de leurs affaires , font
preflés de lire.
Les deux derniers Chapitres regardent la
néceffité & l'ufage de l'Hiftoire pour les differentes
parties de la vie , & même pour le
Droit Public ou la Politique : ce font ces
quinze derniers Difcours que l'on peut regarder
comme la deuxième Partie de cet Ouvrage.
Enfin la troifiéme Partie contient un Suplément
très- curieux au Catalogue des Historiens
, avec des renvois au premier Catalogue
de la Méthode . On fçait que comme
on imprime beaucoup en Hiftoire , tant en
France , que dans les Pays Etrangers , cette
Partie fera toujours fufceptible de Suplémens.
Et on peut affurer que dans cet Ouvrage , il
y a beaucoup de chofes curieufes , & même
des traits d'Hiftoire Anecdotes .
Les Libraires prient de donner avis , que
n'ayant imprimé de ce Suplément que la
moitié
2858 MERCURE DE FRANCE
moitié du nombre qui s'eft imprimé des día
ferentes Editions de la Méthode , c'eſt à ceux
qui en ont befoin à s'en pourvoir le plutôt
qu'ils pourront.
L'Ouvrage in- 4° . grand Papier , 2. Volumes
, fe vend 20 liv . Le petit Papier in -4°.
2. Volumes , 14. liv. 1
Et l'in- 1 2. 3. Volumes, 9. liv. Le tout relié.
DESCRIPTION Géographique & Hiftorique
de la Haute Normandie, divifée en deux Parties
, dont la premiere comprend le Pays de
Caux , la feconde le Vexin. On y a joint
un Dillionaire Géographique complet , & les
Cartes Géographiques de ces deux Provinces ,
2. vol. in-4° . A Paris , chés Nyon , Pere ,
Place de Conty , à Sainte Monique , chés
Didot, Quay des Auguſtins, à la Bible d'Or ,'
chés Giffart , rue S. Jacques , à Sainte Thérefe,
& chés Nyon , fils, Quay des Auguſtins,
près le Pont S. Michel , 1740 .
Voici un Ouvrage des mieux travaillés
entre ceux qui ont parû en ce genre de Litterature
, & qui peut à tous égards fervir de
Modéle aux Écrivains qui auront affés de
courage & de fagacité pour en entreprendre
de femblables , en prenant pour objet les
Pays dont ils feront le plus à portée , ou le
mieux inftruits. Par un femblable travail
on auroit enfin une Notice exacte de toute
la
DECEMBRE. 1740. 2859
la France à remonter depuis les premiers
tems , où l'Hiftoire commence à parler des
Gaulois , jufqu'au fiécle où nous fommes
ce qui répandroit de grandes lumieres fur
toutes les Parties de notre Hiſtoire.
M. de Valois avoit formé cette grande
entrepriſe , & l'exécuta dans la Notice qu'il
fit imprimer en 1676. Notre Auteur en parlant
de lui & de fon Ouvrage , s'exprime en
ces termes.
و د
و د
» Cet Homme illuftre , le premier qui ait
» débrouillé le cahos de nos Antiquités ,
» étoit fans contredit le feul de fon fiécle
qui pût remplir avec honneur le Projet
d'une Notice des Gaules. Quel Tréfor
»pour les Géographes , que fa précieufe No-
» tice ! Néanmoins outre les omiffions , qui
compoferoient plus d'un jufte Volume
" combien de fautes réelles n'y rencontre
t'on pas , malgré le fçavoir & la fagacité
» de l'Auteur ? Si l'Ouvrage de M. de Valois
» eft un prodige pour le fiécle où il a parû¸
» il faut avouer que de fon tems l'ancienne
Géographie de la France n'étoit pas en-
» core affés éclaircie, pour qu'il lui für poffi-
» ble de fatisfaire pleinement l'attente de fon
» Lecteur.
""
C'eft ainſi qu'en rendant juftice au mérite
Litteraire de M. de Valois , & à fon excellent
Ouvrage , l'Auteur ne diffimule pas les
fautes
2860 MERCURE DE FRANCE
•
fautes & les omiffions que les Sçavans y trouvent
tous les jours ; & à propos de fautes ,
quand il en reconnoît lui -même dans les
Auteurs Modernes , qui ont traité les mêmes
fujets , il les releve avec liberté pour l'interêt
de la verité. On en trouve un exemple entre
autres à la page 146. du I. Tome » Neuf-
» Chaftel , dit- il , eft une Ville du Pays de
» Brai , fituće à 8. ou 9. lieuës au Nord - Eft
» de la Ville de Rouen , dans une Vallée ri-
» che & abondante en fruits , en grains ,
>>
en
pâturages. Un Géographe ( 1 ) récent à re-
" pris Thomas Corneille & Baudrand , de
» ce que l'un & l'autre placent cette Ville ,
» tantôt dans le Pays de Caux , tantôt dans
» le Pays de Brai : ce font des fautes qui écha
» pentfouvent, dit- il,dans les Ouvrages d'une
auffi grande étenduë que
les leurs.
Mais dans les Ouvrages d'une auffi pe- .
» tite étenduë que le fien , puisqu'il n'entreprenoit
que la Defcription de la France
» feule , devoit- il lui échaper à lui même de
» mettre une fi grande difference entre le
""
Pays de Brai & le Pays de Caux ? L'un eft
» renfermé dans l'autre , comme la partie eft
» renfermée dans le tout ; nous l'avons ob-
» fervé plus haut. Une Ville du Pays de Brai ,
» du moins du Brai Normand , eſt donc né-
(1 ) Piganiol de la Force , Nouv. Defcription de la
France , Tom. V. pag. 212. 213 .
>> ceffairement
DECEMBRE. 1740 2861
» ceffairement une Ville du Pays de Caux ,
» & il n'y a point de faute fur ce fujet , ni
» dans Baudrand , ni dans Thomas Corneille.
Les deux Volumesj qui contiennent ce
grand détail de Géographie & d'Hiftoire ,
dans lequel nous ne fçaurions entrer , font
difpofés & travaillés de la même maniere &
felon la même Méthode , l'un pour le Pays
de Caux , l'autre pour le Vexin . On prend
dans le fecond encore plus de liberté que
dans le premier , quand il s'agit de relever
certaines méprifes échapées à differens Auteurs,
& rétablir autant qu'il eft poffible , la
vérité de certains Faits d'Hiftoire ou de Géographie.
Ces Auteurs font , Nugerel , qui a
écrit une Chronique , le P. du Moutier dans
fon Neuftria Pia , le P. Mabillon dans fes
Annales , M. de Boulainvilliers , Etat de la
France , &c.
,
ECLAIRCISSEMENS donnés par M. Maillart,
Ancien Batonnier de l'Ordre des Avocats an
Parlement de Paris à l'Auteur de la Defcrip
tion Géographique & Hiftorique de la Haute
Normandie , Edition de 1740. Tome II.
pag. 162.
Vous vous étonnez , Monfieur , de ce que
j'ai pû assûrer que l'Efchiquier de Norman.
die , n'a eu le dernier reffort qu'en 1499. par
l'Edit de Louis XII.
Réponse.
2862 MERCURE DE FRANCE
Réponse. J'ai pour garant le fçavant Fran
çois Ragueau, décedé le 13. Septembre 1605 .
en fon Indice des Droits Royaux , & Seigneuriaux
, au mot Efchiquier. En voici les
termes.
❞
L'Efchiquier de Normandie , qui ne tenoit
pas ordinairement , & pour lequel il
» n'y avoit aucun arrêté , ni déterminé , a été
érigé en Cour Souveraine & ordinaire
" le Roy Louis XII . en l'an 1499. «
"
par
Le même Ragueau énonce les Efchiquiers
d'Alençon & de l'Archevêque de Roüen ;
Choppin celui du Roy de Navarre . Tout
cela étoit des Cours de Grands-Jours.
Vous demandez , Monfieur , à quel Parlement
on pouvoit apeller des Jugemens de
I'Efchiquier de Rouen ?
Réponse. 1 °. L'Apel interjetté du Juge Délegué
, fe porte au Déléguant. Legibus prima
& ult. digeft. XLIX. Quis & à quo appelletur.
2º. Ainfi les Griefs propofés contre la Commiffion
de l'Eſchiquier, fe portoient au Roy,
lequel en perfonne , ou par d'autres Commiffaires
, les jugeoit felon le Droit , ainfi
qu'il fe pratique préfentement par la voye de
callation.
3 °. Lifez , Monfieur , les Notes fur Artois
, Edition de 1739. page 1005. & vous
y trouverez que la Charte accordée par le
Roy Louis XI. aux Trois Etats de Normandie,
DECEMBRE. 1740 2863
mandie , au mois de Novembre 1470. vieil
Style , fut d'abord regiftrée au Parlement de
Paris , le 3. Janvier fuivant , & à la Chambre
des Comptes le 4. Mai , & qu'elle ne fût regiftrée
à l'Efchiquier de Normandie
>
10. Février 1470 .
, que
le
Delà
j'infere
que, même
dans
les affaires
majeures
Normandes
, nos
Rois
en communiquoient
à cette
Cour
de France
& des
Pairs
, c'est
- à- dire
, au Parlement
de Paris
;
qui
ne pouvoit
juger
les Apellations
de l'ELchiquier
de Rouen
, felon
l'Article
x111
. de
l'Ordonnance
du Roy
Louis
X. dit le Hutin
,
datée
du 19. Mars
1314.
& l'Article
xvIII
.
de celle
du 22. Juillet
1315.
Cette
derniere
excluoit
même
le Pourvoi
au Roy
: Prohibition
, qui bleſſant
la Souveraineté
du Prince
,'
étoit
cenfée
non
écrite
.
Le Verbe Allemand Scheken , c'eft - àdire
mittere , envoyer , eft l'origine de Scacarium
Efchiquier puisque cette Cour n'étoit tenuë
qu'en vertu d'une Commiffion du Prince.
Je tiens cela de Choppin en son Traité
De Domanio , Lib . II . Tit . xv. Nº. 2.
celle
Cette Etymologie me plaît mieux que
que j'ai lûe dans D. B. de Montfaucon
Bibliotheca Maxima Tome II. p. 848. En
voici les termes .
\
» Il fera remarqué , même felon l'écriture
dudit Registre , qu'on ne fçait fi c'eft Sta-
II, Vol. E ›› tarium
2864 MERCURE DE FRANCE
» tarium ou Scacarium , d'autant que les T;
»font courbés comme les C ; de laquelle er-
" reur eft procédé le terme d'Efchiquier . «
Vous dites , Monfieur , que le Roy Philipe
le Bel fixa pour toujours la Cour de l'Efchiquier
dans Roüen : donc l'origine en eft
antérieure à ce Prince . M. du Souillet en
fon Rouen , Edition de 1731. p. 23. l'a confidérée
comme bien reculée jufqu'à Rollon
Raoul ou Robert , premier Duc de Normandie
, reconnu par la France , & décédé en
917. En voici les termes .
ود
ર
,
» Ce grand homme , qui n'ignoroit rien
» voulut encore mieux affermir fon Etat
» c'eft pourquoi il établit , ou plutôt il con-
» tinua , & confirma la Juftice , qu'il nomma
Efchiquier , & ordonna le Grand Séné-
» chal , pour corriger les Sentences des Vi-
» comtes & des Baillis pour vifiter la
» Province , & pour juger de toutes les cau-
> fes provifoires en attendant la Séance de
P'Efchiquier , qui fe tenoit en tel lieu , &
» en tel tems qu'il plaifoit au Prince : Cet
Efchiquier étant, à proprement parler, une
Affemblée de tous les Notables de la Pro-
» vince , ou un Parlement ambulatoire , qui
»fe tenoit deux fois par an , à fçavoir au
» commencement du Printems , & à l'entrée
» de l'Automne , à chacun trois mois , tan-
» tôt à Rouen , puis à Caen , & quelquefois
»
33
DECEMBRE.
1740
2865
à Falaife , où les plus grandes cauſes , &
» les
apellations des
premiers Juges fe déçi-
» doient . <<<
>
Les idées que
fournit cet
Auteur , me
font
confidérer
l'origine de
l'Efchiquier
comme celle des
Commiffaires que les anciens
Princes
envoyoient dans les
Provinces ,
furquoi on peut voir Fr. de Roye , Anteceff.
Andegaven . De Miffis
Dominicis , eorum officio
& poteftate , ubi multa ad
Ecclefiafticam
forenfem
difciplinam
Andegavi , apud
Petrum Avril Regis &
Academia
Typographum
1672. in-40.
A l'égard de
l'Efchiquier
Normand , on
peut encore lire le
laborieux
Bafnage fur
Normandie , au Titre 1. des
Jurifdictions &
Art. XXXVIII , & les Du
Cangiftes au mot
Scacarium.
Au
Mercure de
France
Novembre 1740 .
p. 2770. &
fuivantes , on trouvera une excellente
Differtation fur le Ponthien , où il y
a des chofes
intereffantes pour le Comté
d'Eu , qui fait une partie
intégrante de la
Haute -
Normandie : Comté d'Eu , dont il y
a une Liſte éxacte , tant en
Domaines qu'en
mouvances , jointe aux Notes fur Artois ,
Edition de
1739.
Jean - Baptifte Coignard ,
Imprimeur du
Roy , rue S. Jacques , vient de publier une
E ij nouvelle
2866 MERCURE DE FRANCE
nouvelle Edition du Dictionaire de l'Acadé
mie Françoife en 2. Vol. in--fº. Cette Edition
eft fi confidérablement changée & avec
tant de foin , que ce Livre doit être regardé
comme le meilleur en fon genre , & le plus
autorisé pour fervir de régle en matiere d'Or
tographe , & pour connoître les diverfes acceptions
de chaque mot , avec la pureté , la
correction & l'élegance des Phrafes de notre
Langue,
Le même Libraire , & H. L. Guerin , débitent
une nouvelle Traduction de l'Imitation
de Jefus- Chrift, par le P. Lallemant, Jefuitę
connu par d'autres Traductions qui ont été
fort goûtées.
1
L'ART DE LA GUERRE , ou Maximes &
Inftructions fur l'Art Militaire , par M. le
Marquis de Quincy , Lieutenant Général de
l'Artillerie , auquel eft joint un Traité des
Mines , & des Tables pour l'aprovifionement
des Places de Guerre , par M. le Ma
rêchal de Vauban , en deux Volumes in- 1 2 .
A Paris , chés Coignard , Mariette , Delespine
& Heriffant , rue S. Jacques.
DISSERTATION , dans laquelle on recher
che depuis quel tems le nom de FRANCE a
été en ufage pour défigner une portion des
Gaules 1.
DECEMBRE . 1740. 2867
Gaules , l'étenduë de cette portion ainſi dénommée
, & fes plus anciennes divifions depuis
l'établiffement de la Monarchie Françoiſe
qui a remporté le Prix dans l'Academie
Françoife de Soiffons , en l'année 1740 , par
M. Lebenf, Chanoine & Sous Chantre d'Auxerre
à Paris , chés J. B. Delefpine , ruë
S. Jacques , 1740.
Ceux qui s'apliquent à l'Hiftoire de la
Nation Françoife , font allés informés qu'il y
a eû en deçà du Rhin , une certaine portion
de Terrain , apellée Francia , par des Ecrivains
qui ont précédé Clovis. Mais depuis
quand ce nom s'eft- il communiqué à tout le
Pays conquis par les Francs jufqu'à la Loire ?
C'eft ce que M. l'Abbé L. détermine au milieu
du vi . fiècle. Il dit que Cyprien Evêque
de Toulon , en fa vie de S. Céfaire d'Arles ,
eft le plus ancien Ecrivain qui s'en ferve dans
le fens dont il s'agit ici , diftinguant la France
d'avec les Gaules , comme étant deux diférens
Pays , dans lefquels S. Céfaire envoye
fes Sermons.
témoins
S. Nizier , Evêque de Tréves , auffi - bien
que Marius , Evêque d'Avenches , aujourd'hui
Lauzane , en fa Chronique , font des
pour ce tems-là , que le nom de
France étoit restraint à une partie de la Belgique
& des Lyonnoifes. Mais Soiffons fût
compris dans la France , dès le Regne de
E iij Clovis
868 MERCURE DE FRANCE
"
Clovis , & le P. de Longueval ( 1 ) ne paroît
pas bien fondé à refferrer , comme il fait , l'ancienne
France d'alors entre l'Oife , la Marne
& la Seine. L'Auvergne & le Poitou n'étoient
pas encore de la France , quoique poffedés
par les fils de Clovis . Les Textes de Gregoire
de Tours & de Fortunat de Poitiers , font
formels là deffus ; le Limofin n'étoit pas non
plus encore réputé du Territoire des Francs,
quand S. Eloy le quitta pour venir en France.
C'eft le langage de S. Ouën , qui devoit fe
connoître en fait d'expreffions ufitées de fon
tems . On voit à la page 24. dans la Note , le
mot Francias au plurier pour fignifier l'Austrafie
& la Neuftrie. Mais l'Auteur de la vie
Manuscrite , où fe lit cette expreffion , n'écrivoit
qu'au 1x. fiécle .
M. L. s'étend beaucoup fur l'origine du
mot Neuftria , & il dit là - deffus des chofes,
qu'on ne trouve pas ailleurs , fondé fur le
Manufcrit de Frédegaire du vII . fiécle
confervé chés les Jefuites du Collège de
Louis le Grand. Il remarque auffi que le mot
de Neuftria n'eft point dans Gregoire de
Tours , & que ce n'eft qu'une altération du
Terme Neptrechum ou Neptricum , ufité dans
le Manufcrit de Frédegaire , enforte que felon
lui , cette expreflion n'a aucun raport
avec les mots d'Eft , ni d'Oüeft, mais qu'elle
fignifie
(1 ) Hiftoire de l'Eglife Gallicane.
DECEMBRE. 1740. 2869
fignifie feulement præcipua fedes potentis , ou
præcipuum Regnum.
L'étendue du Royaume de Clovis , lors de
fa mort , qui eſt le ſecond point que l'Académie
de Soiffons avoit donné à traiter , ne
peut guéres ſe prouver que par le nombre des
Evêques qui affifterent au Concile d'Orleans
par
fon ordre . Nous nous contenterons de
faire remarquer ici après M. L. que les Evêques
de Rennes & de Vannes , y furent mandés
par Clovis , & qu'ils y affifterent. L'Auteur
infere une Remarque toute nouvelle dans
la Note de la page 42. Il y marque à l'occafion
du Concile d'Agde de l'an 506. dont il
a été obligé de dire un mot , que vraisemblablement
le Petrus Epifcopus de Palatio , dont
on cherche tant ie Siege , civit Pierre , alors
Evêque de la Saintonge , qui auroit fiégé en
cette année -là , dans une Bourgade de fon
Territoire,dite Palais , parce qu'on a des preuves
de ſemblables réfidences d'Evêques en
d'autres Lieux , que dans la Capitale des Peuples
confiés à leurs foins, & il en raporte quel
ques uns. La raifon qu'il aporte plus bas pour
laquelle on ne trouve pas le nom de S. Remi
au Concile d'Orleans, ni d'aucun autre Evêque
du Royaume , qu'on apella depuis l'Auftrafie
, paroît auffi meilleure que celle que
Marlot ou d'autres Rhémois ont produite.
L'Auteur n'a pas oublié de raffembler dans
E iiij une
870 MERCURE DE FRANCE
une autre Note , une partie de ce qui peut
combattre la Tradition affés récemment introduite
à Nevers fur un Evêque nommé
Tauricianus & regardant ce Tauricianus ,
comme un Evêque de la Province Séquanoife
, il enviſage Nevers , comme un Lieu
du Royaume des Francs & non pas des
Bourguignons.
La troifiéme Partie contient la moitié de
la Differtation de M. L. Il y examine quel
fut le partage des Etats de Clovis entre fes
Enfans , & quels furent les motifs de la divifion
, telle qu'elle fut faite entre eux . Il
adopte en partie le fentiment de M. l'Abbé
du Bos , dans fon Hiftoire Critique de la
Monarchie , & il convient que Thierry ,
Clodomire & Childebert , curent , outre le
Gros de leurs Etats , qui fe tenoit de proche
en proche , quelques Pays détachés . Il fait
remarquer dans une Note , que les expreffions
de partage fait ordine folidato , doivent
s'entendre du Territoire d'une même piéce
& ne faifant qu'une même confiftance . Il
croit que le Royaume de Clotaire fût dans
ce cas : il fût le plus petit en étenduë , mais
le plus peuplé ou garni de Villes remplies de
Francs , enforte que par l'égalité fouvent répétée
en fait de partage , dans Gregoire de
Tours , il faut entendre que celui qui avoit
le plus grand Territoire, n'avoit pas plus que
les
DECEMBRE . 1740 2870
1es autres ; parce que dans ce grand efpace ;
il y avoit moins de Cités , ou , s'il y en avoit
également , elles étoient moins garnies de
Quartiers de Francs . Orléans , par exemple ,
& fon voisinage, étoient remplis de François,
delà vint que Clovis apoftrophant les Saints
Moines de Micy , leur difoit : Vos ergo
Euspici & Maximine , definite inter Francos
effe peregrini. Sur la fin de cet article , M. 'L.
revient à la raifon , pour laquelle S. Remi
& les autres Evêques du côté de la Meuſe ,
la Mofelle & le Rhin , n'affifterent pas au Concile
d'Orléans. Il remarque dans un Canon
de ce Concile , une expreffion qui indique
qu'il y avoit des Diocèfes , dont les Evêques
pouvoient être de la dépendance de deux .
Rois , & il conclut delà , que vraisemblablement
Thierry régnoit dans fon Royaume de
Metz ou d'Auftrafie , & que ce fut pour cela
que Clovis n'envoya pas une Lettre de con-
Vocation aux Evêques de ce Territoire . Les
raifons qu'il donne de la forme dont on crût
devoir arranger les portions du Lot de chacun
des quatre Freres , paroiffent fort probables.
La prudence demandoit que ces quatre
Freres vécuffent en paix , & pour cela il étoit
néceffaire que l'un ne pût pas entreprendre
fur l'autre ,fans rifquer la perte de fes Etats.
C'eft ce que l'on voit qui a été obfervé dans
la divifion , telle qu'elle eft répréfentée par
Ev la
2872 MERCURE DE FRANCE
la Differtation dont nous venons de rendre
compte , laquelle fait honneur à fon Auteur ,
& intereffe toute la Nation.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR &
de L'ESPRIT. Tome VI. Se vend à Paris.
chés la Veuve Piffot , Quai de Conty au
coin de la rue de Verdun , à la defcente du
Pont Neuf & chés Antoine - Claude
Briaffon , rue S. Jacques , à la Science. Le
prix eft de trois livres.
-
,
J
Second Extrait.
En continuant de faire connoître un
Ouvrage qui paroît être agréable au Public ,
voici un échantillon du Prologue qui a été
récité à l'occafion d'une Piéce de Théâtre que
des Perfonnes de la plus haute Nobleſſe jonërent
, il y a quelques mois , pour leur amufement
, & celui d'une Compagnie choifie. Il eft.
de M. l'Abbé de Grécourt , pag. 3 16 .
LA Critique judicieufe
Qui , d'un ton charitable & dous
Reprend , fans être faftueuſe ,
Les fautes des fots & des fous
A place en bonne Compagnie :
Mais fa Rivale , avec raifon
En eft méprisée & bannie ,
SOMMIG
DECEMBR E. 1740 .
2873
Comme une pefte de Maiſon ;
Elle fe nomme la Cenfure ,
Et veut perpetuellement ,
A l'aide d'un peu de Lecture ,
Triompher dans fon fentiment.
Tout eft criminel à fa yûë ,
Tout eft ignare & non lettré ,
Tout n'eft que vice , erreur , bévûë ;
Et tout est fait contre ſon gré.
A cette Megere inquiette ,
Sur fon échine il fait beau voir
L'habit d'une vieille Coquette ,
Ou les lambeaux d'un manteau noir
De même à peu-près accoutrée ,
Elle fe gliffe en un séjour
Où les Plaifirs du tems d'Aftrée
Tiennent leur agréable Cour.
Elle y trouve la Comédie ,
Nymphe révérée en ces lieux ;
Et d'abord comme une étourdie ,
Lui jette un regard furieux .
Comment donc ! Mufe Pantomime ;
On dit que depuis quelque tems
Vous ofez vous mettre en eftime
Parmi les plus honnêtes gens ?
Songez que vous êtes profcrite
Par des décrets cent fois rendus :
E vj
Nos
2874 MERCURE DE FRANCE
Nos faintes Loix vous ont infcrite
Dans l'Index des Jeux défendus .
Toujours , toujours les moeurs timides
Ont fui vos dangereux atraits ,
Et de vos difcours homicides
Le coeur a reffentį les traits .
Alte - là , lui répond la Muſe ,
Je fais bien ce qu'on dit de moi ;
Mais fouffre auffi que je m'excufe ,
En diftinguant mon double emploi.
A tes clameurs je m'abandonne ,
Lorfqu'aux yeux d'un bruyant Public
Un Spectacle forcé ſe donne
Par un mercenaire trafic.
Que ton ftrident couroux s'enflâme
Contre ce tendre & doux poiſon ,
Qui pourroit dans une jeune ame
Donner atteinte à la raiſon , &c.
Les Remarques de Mad. la Préfidente F**
au fujet de la Differtation de M ****, fur les
Théâtres des Anciens; & celles de Mad.V**,
font judicieufes & bien écrites .
» Les Anciens , dit Madame V ** page
" 329. n'avoient qu'un genre de Spectacle
» pour le Dramatique nous en avons
» deux . Pourquoi ne peuvent- ils être par-
» faits l'un & l'autre dans leur goût different
?
,
DECEMBRE. 1740 2875
rent ? Il me semble que l'Opéra eft fait
»pour le Poëme dans tout son merveilleux ,
" & pour des actions d'éclat qui demandent
» des Choeurs ; la Comédie pour le Poëme
» plus fimple , mais infiniment intéressant
و ر
و د
ور
qui ne représente , à la vérité , que l'inté-
» rieur de la Cour des Princes , les paffions ,
» les intrigues des Grands , dont le peuple
» ne doit point être inftruit. Mais ces Tragédies,
toutes fimples qu'elles sont, n'ont-
» elles pas tout le pathétique , le paffionné ,
» l'instructif que vous demandez ? J'en
apelle à l'effet qu'elles causent ordinaire-
"ment. Pourquoi donc les blâmer ? Est- ce
" parce que les Anciens ne penfoient pas de
» même A l'égard de la magnificence des
» habits , permettez - moi de vous demander
» fi elle pouvoit s'accorder avec ce vraisem-
» blable fi scrupuleux & fi exact des An-
» ciens. Un peuple qui se trouve fur une
place dans ses habits naturels , doit - il être
» bien magnifique ? Et doivent- ils donner
beaucoup d'éclat à un spectacle ? Non ,
» assûrément.
و د
و د
» Souffrez que je vous demande encore ,
» fi les Anciens avoient l'usage de fiffler
» les Piéces , pour marquer qu'ils les trou-
" voient mauvaises. Trouve t'on quelques
" monumens qui prouvent qu'ils avoient des
fifflets ? Je serois bien curicuse de sçavoir
comment ils étoient faits. A
2876 MERCURE DE FRANCE.
A la page 337. & fuiv. on trouve une Pa
rodie critique de l'Opéra de Dardanus . Puis
une trentaine d'Epigrammes traduites d'Owen
, outre des Odes , des Chansons , des
Parodies , les Statuts de l'Ordre des Trancardins
, en couplets fur l'air de M. le Prevôt
des Marchands , & sur celui des Infiniment
petits.
"
و د
و د
ל כ
» Cet Ordre , dit - on pag. 403. étoit fort
» brillant sur la fin de la Régence. Il étoit
» composé de quantité de personnes de la
"premiere diftinction , jusqu'à celles d'une
» Condition honnête . Il y avoit sept Offi-
» ciers , qui après une information de vie &
de moeurs , donnoient des Lettres de réception
, avec lesquelles on avoit droit
d'hospitalité chés les Freres Trancardins &
» les Soeurs Trancardines pendant deux jours .
On promet de donner dans les Volumes suivans
un très-grand nombre de Piéces composées
par des Membres illuftres de cet Ordre
dont il reste encore quelques Freres & Soeurs .
Voici une Epître de Madame Vatrỳ , à
M. l'Abbé Dauchel , qui avoit envoyé de la
conferve faite par une Religieufe , qui refufa
d'enfaire des cours.
Votre conferve eft merveilleufe ,
Je vous en fais mille remercimens :
Yous en devez autant de complimens
A
DECEMBRE. 1740. 2877
A l'aimable Religieufe
Qui la fit de fa blanche main.
Mais , au fujet des Cours , d'où lui vient ce dé
dain ?
D'en façonner elle s'excufe ,
De les toucher elle refufe !
Pour moi je ne fuis pas de même ſentiment :
Je forme là-deffus tout un autre fyftême.
Je fais grand cas du coeur : fource du mouvement ,
C'est lui qui nous éleve au - deffus de nous - mêmes ;
Il porte nos défirs jufques au Firmament ,
Et nous fait accomplir le précepte charmant
Que faint Jean répetoit fouvent dans fa vieilleffe .
Mais , que l'on trouve peu de coeurs de cette
efpece !
Je regarderois donc comme un fort grand bon
heur
D'être ouvriere en fait de Coeur ;
Et que de les toucher je ferois fatisfaite ,
S'ils étoient faits comme je les fouhaite .
La Lettre fur l'origine & le progrès des
Opéra en France , avec l'établiffement de
l'Académie Royale de Muſique , à Paris
eft un bon Mémoire Hiftorique , où l'on
trouvera plufieurs traits particuliers , qui
étoient échapés aux recherches de ceux qui
ont traité précédemment ces matieres. C'eſt
apa878
MERCURE DE FRANCE
་
aparamment la feule bonne raiſon qui ait déterminé
à donner cette Lettre au Public .
Nous ne dirons rien de l'Avanture Hiftorique
( pag. 437. ) elle eft courte & ne fatiguera
pas les Lecteurs.
L'Ode de M. d'Arnaud, intitulée la Fauffe
Gloire , a le mérite ordinaire aux Poëfies de
cet Auteur.
M. le Chevalier de Neufville Montador ,
a compofé l'Elegie fuivante , adreffée à Mademoiſelle
D. L. D. C.
Pendant que tu me crois encore
Dans les enchantemens d'un fommeil gracieux ,
Une fource de pleurs vient de m'ouvrir les yeux :
Un fouvenir affreux m'agite & me dévore .
Hélas ! pourquoi faut - il que l'ombre de la nuit
Ait apéfanti ma paupiere ?
Que n'ai-je préféré quelque veille guerriere
A de faufles douceurs que tant de trouble ſuit !
A peine renonçant aux traits de la lumiere ,
Et tel qu'à mon heure derniere ,
J'oubliois mon ardeur , mon Etre & l'Univers ,
Qu'un effain de fonges perfides
Sortis , pour m'allarmer , du goufre des Enfers ;
S'offrent à mes efprits amoureux & timides ,..
Non plus , comme l'Amour te peint , riche d'apas ,
Le front ferein, la bouche animée & vermeille ;
Le
DECEMBRE. 1740 2879
Et par une heureuſe merveille ,
Qu'un moins tendre que moi ne démêleroit pas ,
Les yeux tout à la fois , vifs , languiffans, modeftes .
Les fymptômes les plus funeftes
Décoloroient ton teint , Alétriffoient tes beautés .
Languiffante ou plutôt , Thémire , évanouie ,
Tu promenois par tout tes regards irrités ;
Et tu me reprochois que mes légeretés
Te couteroient bien- tôt la vie ;
Tu regretois l'excès de ta bonté :
• Ingrat , c'eft donc ainfi que tu traites ma flâme
Difois-tu? Ma fincerité
» Méritoit bien de captiver une ame
» Qui connut tout le prix de fa félicité .
" Que je détefte , hélas ! la coupable fierté
Que j'eus pour des amans fans doute moins vo
lages !
a Seul tyran de ma liberté ,
» Que n'ai je reçû leurs hommages !
Tu le fçais : chacun d'eux , encor que
rebuté ,
>> Préfere de languir fous le poids de mes chaînes ,
» A gouter ailleurs des plaifirs .
Et toi , dont je prévins les amoureux défirs ,
>> Pour t'exemter les plus légeres peines ,
35 Toi , qui n'as à me reprocher
Que d'avoir trop payé ta légere tendreffe ,
» Et de n'avoir pû te cacher
Que
2880 MERCURE DE FRANCE
20 Que fi tu voulois t'attacher
» A triompher de ma fageffe ,
"Tu pouvois. Mais c'eft trop détailler ma foibleffe .
Tu connois ton crime , & fçais bien
33
Ce que j'ajouterois fi tu pouvois poursuivre...
» Adieu .. mais fouviens - toi .. que j'ai ceffé de vivre.
» Pour avoir comparé mon amour & le tien .
C'est ainsi , charmante Thémire ,
Que , par un injufte tourment
Qu'on imagine mieux qu'on ne fçauroit le dire ,
Tu fuppliciois ton Amant.
Je voulois m'excufer & te faire comprendre
Que j'étois toujours auffi tendre ,
Auffi fidele , auffi conftant.
Je prens tes belles mains , rivales de l'albâtre ;
J'embralle tes genoux , tes piés que j'idolâtre.
J'allois bien faire plus ; mais, dans le même inftant,
En remarquant fur ton viſage
La colere mêlée aux horreurs du trépas ,
Tout mon fang s'eft glacé ; je ne me fouviens pas
Si tu m'as parlé davantage .
Bien- tôt , plus abbattu que toi ,
Je n'ai pû rompre le filence :
Mais pour prouver mon innocence
Mon ardeur & ma bonne foi ,
De mes jours malheureux j'ai fait un facrifice .
» Puiffe le Ciel , te diſois - je en mourant ;
Te
DECEMBRE. 1740.
2881
39
Te rendre, ma Thémire , un auffi tendre Amant !
39
Mais ignore ton injuftice ;
De vaius remords font un cruel fuplice
Que ma parfaite ardeur te voudroit épargner .
Je meurs de tes chagrins , mais je meurs de ten
dreffe .
» Ádieu…….. fi chés Pluton Cupidon peut regner ,
»Tu feras toujours ma Maîtrefle .
Soudain l'horifon s'embellit
Des feux de la naiffante Autore :
A leur douce clarté mon fononge s'évapore .
Je me croyois au Styx , je me trouve en mon lit;
Ce réveil arrêta la fource de mes larmes.
Eh ! fy me diras - tu , quel es baffes allarmes !
> Peux-tu mieux terminer ton fort ?
Comment , pleurer ! eh quoi ! ..... ce n'étoit pas
ma mort :
Hélas ! je regretois de ne plus voir tes charmes.
Ce fixiéme Tome finit par des Parodies
de deux airs de l'Opéra des Fêtes Vénitiennes
. Le feptiéme eft en vente à Paris , chés
la Veuve PISSOT , & chés BRIASSON.
On avertit que les Libraires de Province
doivent s'adreffer à ces deux Boutiques pour
avoir des corps complets de cet Ouvrage
périodique. On leur fera une remiſe honnête
, foit qu'ils prennent les Volumes en
blanc' , ou qu'ils les demandent reliés . Ils
doivent feulement s'adreffer là directement.
De
2882 MERCURE DE FRANCE
De Boulogne. On a imprimé tout récemment
dans cette Ville deux Ouvrages de
Pieté , l'un & l'autre de M. le Cardinal Prof
per Lambertini , Archevêque de Boulogne ,
élevé fur la Chaire de S. Pierre.
Le premier eft intitulé : Annotazioni fopra
le Fefte di noftro Signore , della B. Virgine.
Le fecond Annotazioni fopra gli Atti
d'alcuni fancti di Bologna , è fopra il facrifizie
della Miffa . In Bologna 1740.
Le quatriéme Volume du Recueil delle
Notificazioni , Editti , e inftruzioni dal Signor
Cardinale Lambertini , Arcivescovo di Bologna
, avoit été publié quelque tems auparavant.
On a public auffi dans le même tems le
quatriéme Volume du grand Ouvrage du
même Auteur, de Servorum Dei Beatificatione
, Beatorum Canonizatione , Liber 4.
in fol.
De Venife. Jean -Baptifte Pafquali , Imprimeur-
Libraire , a publié depuis peu l'Hif
toire d'Aquilée , compofée par le R. P. Bernard
de Rubeis , Dominicain .
Il paroît encore un autre Ouvrage :
Sotto il nome d'Academico intronato , intitulé::
Trattato de gli Studii delle Donne in due parti
divife . In Venezia , 1740 .
Le
DECEMBRE. 1740 2883
La Relazione di una nuova Ifola Scoperta
nel nuovo Mondo fopra le Cofte dell'Ifole Caribdoin
America , tradotta dallo Spanolo in
Venezia , 1739. cette Relation eft de D.
Louis Campo Bello , Capitaine du Vaiffeau
la Stella,
D'Amfterdam. Hiftoire de Thamas Kouli
Kan , Sophi de Perfe.
Ou MEMOIRES OU Effai pour fervir à l'Hif
toire de M. le Tellier , Marquis de Louvois ,'
Miniftre & Sécretaire d'Etat de la Guerre
fous le Regne de Louis XIV, à Amfterdam ,
1740. in- 8°.
De la Haye. On a imprimé chez Van Du
ren les Ouvrages fuivans , tous avec Figures,
1740. in-8°.
des LA TACTIQUE , ou l'Art de ranger
Bataillons , & de faire faire à une Armée en
Campagne tous les mouvemens qui convien
nent fuivant les différentes occafions.
FONCTIONS & Devoirs des Officiers , tant
d'Infanterie que de Cavalerie .
GEOMETRIE- PRATIQUE à l'ufage des Of
ficiers, laquelle enfeigne toutes les opérations
les plus néceffaires, tant fur le papier que fur
le terrein , TRAITE
2884 MERCURE DE FRANCE
TRAITE' de l'Architecture Civile , à l'ufage
des Officiers.
Nous avons reçû depuis peu le Prospectus fuivant,
d'un Ouvrage qui fera , fans doute , beaucoup de
plaifir aux Sçavans , & que nous croyons devoir
donner ici en fon entier .
LETTRES de Critique , d'Hiftoire & de Litterature,
&c écrites à divers Sçavans de l'Europe. Par feu
M. Gisbert Cuper , Bourguemaître de la Ville de
Deventer , Député des Etats de la Province d'Over-
Yffel à l'Affemblée des Etats Géneraux des Provinces
Unies des Pays - Bas , enfuite Confeiller- Député
de la même Province , & enfin Député de Leurs
Hautes Puiffances à l'Armée des Alliés en Brabant
& en Flandres , en 1706. Recueillies par M. de
Boyer , Gentilhomme Hollandois , Petit- Neveu de
M. Cuper , & dont on propofe l'impreffion au Public
par Soufcription . A Amsterdam , chés Henri
du Sauzet. M DC C. X L.
PROJET DE L'EDITEUR. ´
J'ai deffein de faire préfent au Public d'un beau
Recueil de Lettres , que feu M. Cuper écrivit autrefois
à feu M. la Croze , & dont une Perfonne
d'un grand fçavoir & d'un mérite diftingué , m'a
fait la faveur de me mettre en poffeffion , fes Amiş
de Berlin , auffi génereux que fçavans , n'ayant pas
refufé , à fa confidération , de me communiquer un
pareil Tréfor , dont je ieur ai la plus fenfible obligation
Pour rendre ce Recueil plus parfait , j'avois efperé
d'obtenir par le même canal, les Réponſes de M.
la Croze aux Lettres de M. Cuper ; mais il ne m'a
pas été poffible de les recouvrer . Elles étoient en
1732.
DECEMBRE. 1740. 2885
de
1732. entre les mains du fçavant M. Mosheim ,
mêmee. que les Lettres de M, Cuper à M. la Croze.
M. Mosheim le dit lui - même dans une Lettre à
M. Uffenbach , datée du 6. Juin 1732. Voici les
paroles, Habeo adhuc Gisberti Cuperi Epiftolas ad
M. V. la Croze cum hujus refponfionibus , in quibus
multa funt eximia , & fcitu digniffima : fed qui eas
dono mihi dedit illuftris la Croze , fe vivo in alias
manus thefaurum hunc vetat venire. * Comment les
Lettres de M. Cuper ont été féparées des Réponses
de M.la Croze, avec lesquelles elles taifoient un tout ,
il n'y a que huit ans , c'eft ce que j'ignore , mais il
eft à craindre que ces Réponfes ne foient trop bien
cachées. Quelle obligation n'auroit- on pas à M.
Mosheim , fi cet illuftre Abbé pouvoit en procurer
la communication ! De ma part il n'y a rien que je
ne fiffe pour l'y engager , & fi je ne me fuis pas
adreffé directement à lui-même , c'eft que mon nom
lui étant parfaitement inconnu , je n'ai point ofé
prendre cette liberté. Je me flatois d'ailleurs
des perfonnes très - propres à m'aider dans une pareille
recherche , trouveroient le moyen d'y réüffir ,
fans qu'on fût obligé de détourner M. Mosheim de
fes fçavantes occupations.
que
Mais s'il faut abfolument fe paffer des Réponses
de M. la Croze , j'ai pris le parti de publier feules
les Lettres de M. Cuper , & d'y en joindre quantité
d'autres écrites par ce même Sçavant à Mrs Basnige
, Jurieu , Jean le Clerc , Martin , Paiteur à
Utrecht , van Dalen , à Dom Bernard de Monfaucon
, & à d'autres illuftres Sçavans de France . Toutes
ces Lettres feront ensemble un beau Volume inquarto
, très- digne d'être offert au Public . Ces Pié-
* V. Joh. Georgii Schelhornii Amoenitates Hiftoris
Ecclefiaftica & Litteraria . Tom. II. pag. 761 .
COS
2886 MERCURE DE FRANCE
ces diverfes m'ont été communiquées de la maniere
du monde la plus gracieufe & la plus polie , par
des perfonnes d'érudition & de mérite , à qui j'en
marque ici publiquement ma vive reconnoiffance .
En m'obligeant ainfi , elles s'attireront infailliblement
des Eloges de la part du Public intelligent.
On peut affurer que ce ne font point ici des Lettres
remplies
d'une Erudition
commune
. Tous ceux
qui font un peu au fait de la belle Littérature
, fçavent
que M. Cuper
étoit un Sçavant
& un Homme
du premier
Ordre. Tout le monde
fçait combien
d'Ouvrages
utiles & remplis
de la plus folide Erudition
, il a mis en lumiere
; mais tout le monde
n'eſt
pas également
inftruit
que malgré
fon attachement
pour l'Etude
, il n'a point négligé
de ſe rendre
utile
à fa Patrie. En effet , il s'eft acquité
dignement
des Emplois
les plus honorables
auxquels
il a été élevé
; Emplois
, comme
le remarque
fort bien le Pere
Niceron
, qui n'ont point affoibli
l'amour
qu'il avoit
pour les Belles
Lettres , qui faifoient
fon délaẞement
auxquelles il donnoit tous fes momens de loifir. A
l'Armée même , & au milieu des Camps , il écrivoit de
longues fçarantes Lettres , qui font connoître la
fagacité defon esprit & l'étenduë de fes connoiffances . *
* Mémoires pour fervir à l'Histoire des Hommes Illuftres
, Tom . VI. pag . 90. On verra quelques, uns
des Titres de M. Cuper dans l'endroit cité. Les
voici tels qu'on les trouve dans le Recueil de M.
Schelhorn , & que nous les avons marqués à la tête
de ce Projet.
Gisbertus Cuperus Conful & CamerariusDaventrienfis.
Ab Ordinibus Tranfifalania pridem per multos
annos adfcriptus Potentiffimorum Ordinum Generalium
Foederats Belgica Conceffui ; inde Deputa- .
torum Tranfifalania Collegio , tandemque Anno 1706 .
C'eft
DECEMBRE . 1740. 2887
C'est dans ce double point de vue de fçavant
Homme & d'Homme diftingué par plufieurs Charges
honorables , que je conjure les Perfonnes judicieufes
, qui voudront foufcrire à ce Recueil , d'envifager
M Cuper. Son mérite fut univerfellement
reconnu . L'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres l'ajouta à la Claffe des Académiciens honoraires
, ce qu'il avoit coûtume d'apeller fon enrôlement
d'honneur . * Les Sçavans ſe faifoient une affaire
ferieufe de le confulter fur leurs Etudes , &
même dans fa Patrie on reconnut ſa vertu , & on
eftima fes grandes connoiffances ; marque peu
équivoque d'un Génie fupérieur , qui par les plus
nobles moyens , fçait fe faire jour à travers l'ignorance
, l'envie & les préjugés du Vulgaire.
M. Cuper étant tel que je viens de le repréſenter,
on me croira facilement fi je dis que fes Lettres
rendent témoignage de fon rare fçavoir , & qu'on
y remarque par tout une candeur éclairée , & une
noble modeftic , qui fied fi bien aux Sçavans du
premier Ordre. On y verra auffi combien l'amour
qu'avoit M. Cuper pour la Religion , étoit fincere,
& quel étoit fon zele pour le bien de l'Etat . Un
tel Homme pouvoit par la fupériorité de ſes connoiffances
, trouver le foible d'un Systême & apercevoir
des obfcurités , fi je puis m'exprimer ainfi
où des efprits moins attentifs ou prévenus , n'aper.
çoivent que lumiere ; mais rien ne pouvoit l'empêcher
de rendre juftice aux Auteurs en blâmant modeftement
leurs Ouvrages. C'eft ce qu'on remarquera
dans plufieurs endroits de ce Recueil , où M.
a Republica Legatus miſſus ad exercitum, qui in Brabantia
& Flandria militabat,fumma cum Auctoritate.
V. Schelhornii Amanitates Hift. Ecclef. & Lit.
Tom. II. pag. 768.
* V. le P. Niceron , ubi fupra.
II. Vol. F
Cuper
2888 MERCURE DE FRANCE
Cuper traite le Syftême étonnant du P. Hardouim
d'un peu chimérique , mais le nom de ce Reverend
Pere y paroît toujours accompagné des éloges
qu'un Sçavant auffi célebre méritoit à fi jufte titre.
Il eft bon de prévenir le Public fur deux choſes .
La premiere , c'eft que les Lettres de M. Cuper ne
roulent pas uniquement fur l'étude des Antiquités
& des Médailles , puifqu'il eft certain qu'il n'avoit
pas une connoiffance médiocre des matieres de
Théologie , d'Hiftoire , tant Sacrée que Prophane
de Philofophie & même de Phyfique. Il en parle
dans fes Lettres , avec cette fatisfaction , qui fait
connoître qu'il fentoit tout le charme qui est attaché
à la poffeffion d'un grand nombre de connoifances
différentes .
Les génies bornés , qui ne font tout au plus capa-
'bles que de retourner fans ceffe un feul & même
objet, ne fçauroient jamais goûter un plaifir fi fenfible.
C'eft pourquoi M. de Voltaire a fort bien dit
quelque part » Que le plus grand Génie & fûrement
le plus défirable , eft celui qui ne donne
» l'exclufion à aucun des Beaux - Arts. Ils font tous
le plaifir de l'ame : y en a - t'il dont on doive fe
» priver ? Heureux l'efprit , ajoute- t'il , que la Phi-
» lofophie ne peut deffecher , & que les charmes
» des Belles- Lettres ne peuvent amollir ; qui fçait
fe fortifier avec Locke , s'éclairer avec Clarke &
Newton , s'élever dans la lecture de Ciceron &
de Boffuet , s'embellir par les charmes de Virgile
» & du Taffe !
ود
La feconde chofe qui paroît mériter attention ,
c'eft que les Lettres de M. Cuper ne font pas feulement
fçavantes, elles font encore écrites d'un ftyle
tout-à - fait convenable aux Sujets que l'on y traite
, & au caractere de celui qui écrit . Et que perfonne
ne s'imagine que M. Cuper étant Etranger ,
DECEMBRE. 1740. 2889
ne pouvoit fçavoir le François que fort médiocrement.
Il avoit voyagé en France , & il en avoit étudié
la Langue , dont il fe faifoit un plaifir de fe servir
en écrivant à fes Amis . Auffi ne fera- t'il pas
néceffaire de toucher à fon ftyle , & fi on change
quelque chofe, cela ne regardera que certains mots,
qui , vifiblement, ne font pas à leur place & que M.
Cuper lui-même n'auroit pas confervés, s'il eût revû
fon Manufcrit. Il échape aux perfonnes même qui
n'ont jamais écrit qu'en François , & qui n'y ont
pas mal réüffi , des négligences , qu'il feroit ridicule
de ne point corriger quand on s'en aperçoit
à tems , & qu'on donne leurs Ouvrages au Public .
Dans les Lettres de M. Cuper , où regne une éru
dition fi variée , les Antiquaires trouveront de quoi
fe fatisfaire fur diverfes Médailles rares , & fur quelques
Antiquités de Tartarie , de Siberie , & c .
Les Lettres à M. la Croze ont été écrites depuis
le 13 Mars 1708. jufqu'à la fin de 1716. & il paroît
par ces Lettres que M. Cuper étoit en commerce
de Littérature , non- feulement avec les Sçavans
de ces Provinces , Perizonius , Graevius , Reland
Rhenferd , Heyman , Almeloveën , De Witzen ,
Brenkman , Maffon , mais avec les plus célebres Sçavans
de l'Europe, Leibnitz d'Hanover, Fabricius de
Hambourg; Huet , Evêque d'Avranches , Banduri ,
Monfaucon l'Abbé Bignon , Galland de Paris , Astorius
Bourguet de Venife , Bianchini , de la Torre,
Evêque d'Adria , Vignoli , Garde de la Bibliothéque
Vaticane , Valfechi , Benedictin , Gerard , Conful
d'Angleterre à Smirne , & plufieurs autres Perfonnages
du premier Ordre .
>
Si la Famille de M. Cuper aimoit affés les Sçavans
pour vouloir les obliger , ou fi une Perfonne
qui touche de fort près cet Homme célebre , eût eû
quelque égard aux politeffes & aux attentions que
Fij jc
2890 MERCURE DE FRANCE
je lui ai marquées dans cette rencontre , je crois
qu'il en feroit revenu un avantage très - conſidérable
à la République des Lettres . Car jamais Sçavant
n'eut peut - être un commerce de Lettres plus étenduque
M. Cuper, & je fçais de bonne part qu'il exifte,
de fes Lettres & de fes autres Ouvrages non imprimés,
un grand nombre de Volumes . Le tems & des
circonftances plus favorables, feront peut - être quelque
chofe de plus que je n'ai pû faire jufqu'ici . I
elt feulement à remarquer que plufieurs Sçavans ,
tant de ce Pays que de France & d'Allemagne ,
aprouvent extrêmement mon Entreprife , & fi elle
a quelque fuccès , c'eſt à eux feuls que le Public &
moi en aurons l'obligation . Je n'ai pas befoin de les
exhorter à me continuer leur fecours & leur bienveillance
. Ils ont trop bien commencé pour demeurer
en fi beau chemin , & je n'ai que des remercimens
à leur faire .
pour
M. du Sauzet , connu & eftimé depuis long- tems
d'un grand nombre de Sçavans , n'a rien oublié pour
m'encourager dans mon deffein , foit en y intereſſant
des Perfonnes d'un rang & d'un mérite diftingués , qui
m'ont déja donné des fecours réels , accompagnés de
marques de confidération bien -flateuſes
inoi
,
& que je voudrois pouvoir mériter ; foit en acceptant
de fe charger de l'impreffion de l'Ouvrage ,
que je lui offris d'abord . Son zele pour le bien de
la République des Lettres m'eſt un fûr garant qu'il
n'épargnerà rien pour donner à mon Recueil toute
la beauté que l'impreffion peut lui procurer , &
qu'on aura tout lieu d'aplaudir à mon choix. Il enrich
ra l'Edition de toutes les Médailles & autres
Figures que j'ai pû recouvrer. Et comme dans cette
entrepriſe , je n'ai d'autre intérêt que la fatisfaction
& l'utilité du Public intelligent , je fuis perfuadé
auffi que le même motif eft le principal objet du
Libraire ,
DECEMBRE . 1740. 2898
Libraire , qui s'eft chargé de l'exécuter. Je le connois
affés pour pouvoir répondre qu'il fera fidele à
remplir fes engagemens.
Eninj'ofe conjurer toutes lesPerfonnes qui aiment
l'étude de fuivre l'exemple des Sçavans, qui ont déja
fecondé mon Projet , & pour comble de grace de
m'honorer de leurs avis , de leurs lumieres & même
de leurs Critiques. Je promets bien fincerement de
me rendre à la jufteffe de leurs raifons ; quand même
elles ne me feroient point favorables , ce qui
pourroit fort bien arriver , & affùrément je ne manquerai
pas de reconnoître un fervice de cette importance
, ayant toujours fait profeſſion d'aimer la
vérité par- deffus toutes chofes , & de me rendre à
fa lumiere , autant que la foibleffe de mon efprit a
pû me le permettre .
Avertiffement du Libraire.
H. du Sauzet , qui a entrepris de donner au Public
une belle Edition des Lettres de feu M. Cuper,
fur du Papier & avec un Caractere pareils à ceux du
Projet , promet de n'en imprimer que soo. Exem
plaires , à moins que le nombre des Soufcriptions
ne l'oblige à en tirer une plus grande quantité ; &
dans ce cas on peut s'affûrer qu'il n'imprimera pas
un feul Exemplaire au - delà du nombre foufcrit. Il
efpere que les Gens de Lettres, à qui ce Recueil peut
être utile , voudront bien l'encourager dans une
Entreprife qui les intéreffe fi particulierement.
*
Ce Volume in quarto contiendra environ 100.
feuilles d'impreffion , qui , à un fol la feüille
font
Pour le Titre & la Vignette ,
Pour 11. Figures gravées ,
Pour 12. Médailles gravées ,
Fl. f.
2.
I. 2.
6 .
En tour Fl. 6. 10.
Fiij
On
2892 MERCURE DE FRANCE
On payera la moitié de la fomme en fouscrivant,
& le refte en recevant l'Exemplaire . On n'imprimera
fur du grand Papier Royal que le nombre
précis qui aura été ſoufcrit , & dont le prix fera de
16. Florins.
Si l'Ouvrage a plus ou moins de 100. feüilles
d'impreffion , on ajoûtera ou l'on rabattra un fol
pour chaque feuille.
La Soufcription fera ouverte depuis le 10. No
vembre 1740 jufqu'au premier Avril 1741. auquel
tems on commencera l'impreffion , & on peut
être affûré qu'elle aura lieu , foit qu'il y ait beaucoup
de Soufcriptions , foit qu'il y en ait peu.
Les Perfonnes qui n'auront pas foufcrit ne pourront
avoir le Livre à moins de 8. Florins 10. fupofé
qu'il en refte des Exemplaires.
Au refte , le Libraire aura une attention particu-
Here à remplir exactement les conditions qu'il propofe.
Il n'a garde de prendre pour modele ces
Libraires qui n'ont que trop abufé de la confianee
du Public , en vendant pour la moitié du prix
marqué les Livres qu'ils ont imprimé par voye de
Soufcription . Le Public n'a rien à craindre de pareil
de la part de l'imprimeur des Lettres de feu M.
Cuper. Il n'imprimera que le nombre marqué , il
en maintiendra le prix, & enfin l'Edition aura lieu,
même indépendamment de la Soufcription . Il espere
de la délivrer un an après l'expiration du terme
marqué pour la Soufcription.
On pourra foufcrire à Amfterdam , chés H. du
Sauzet , & chés les principaux Libraires , tant de
ses Provinces , que des Pays Etrangers,
QUESDECEMBRE.
1740.
2893
QUESTION DE MEDECINE.
La connoissance des Plantes est - elle nécessaire
à un Médecin ?
Sit
I tout le Monde penfoit de la même maniere ,
on n'auroit pas proposé comme un Problême
une vérité des plus incon eftables ; & c'eft dans la
vue de renare quelque fervice au Public , qu'on
fouhaiteroit le de delabufer des fentimens qu'on a
tâché de lui infpirer ,que la Théorie de la Botanique
n'étoit nullement néceffaire à un Médecin.
La Botanique , il faut l'avouer , ne feroit qu'une
Science fort ftérile, ou plûtôt une fimple curiofité ,
fi elle ne fe raportoit à la Médecine ; c'eft auffi fous
ce raport que l'on tâchera de montrer que la connoiffance
parfaite des Plantes eft indifpenfable à un
Médecin.
Connoître parfaitement les Plantes , c'eſt ſçavoir
les noms qu'on leur a donnés , démêler les genres ,
difcerner les differentes especes, & enfin les diftinguer
les unes d'avec les autres; c'eft- là précisément
ce qu'on apelle la Théorie de la Botanique , qui eft
très - differente de cette partie qu'on nomme ordinairement
Botanique pratique & ufuelle , qui confifte
à connoître les vertus des Plantes , & à fçavoir
s'en fervir avec prudence dans les Maladies.
Cette Science a été la Science de tous les tems &
de tous les Médecins . La néceffité de chercher une
nourriture & des Remedes dans les Maladies , obligea
nos premiers Peres à connoître les Plantes . La
Médecine même n'a pris naiſſance que de cette
Connoiffance , elle n'employoit dans ces tems heureux
d'autres Remedes que le fuc de quelques herbes
: Hac erat antiqua Medicina ( Pline, Hift. Nat.}
eu comme dit un ancien Philofophe : Medicina.
Fij paucarum
2894
MERCURE
DE FRANCE
paucarum herbarum olim scientia erat . (Senec . Epift. )
Et on croyoit avec fondement que les Plantes pouvoient
fuffire à tout . Nihil non herbarum vi effici
poffe plerique exiftimarunt. ( Pline. Hift . Nat. )
Les Médecins Grecs & Arabes s'apliquerent
beaucoup à la connoiffance des Plantes, ils ne metroient
aucune difference entre découvrir une Plante
& avoir prolongé la vie : Aqualis quippè cenfebatur
gloria herbam inveniſſe & vitam juvaſſe . ( Id. )
Les Romains, avides de fçavoir toutes les Scien
tes : Romani omnium utilitatum & virtutum rapatiffimi
: ( Id. ) cultiverent avec foin la Botanique ;
Antonius Mafa , Médecin d'Augufte , Diofcoride ,
Galien & un grand noinbre d'autres grands Médecins
, fe diftinguerent beaucoup dans cette partie de
la Médecine.
Quoiqu'Hippocrate n'ait pas jetté les fondemens
de la connoiffance parfaite des Plantes , où il n'y a
prefque rien à defirer aujourd'hui , nous devons re
connoître ce grand homme, dit un célebre Botaniste ,
(Tournefort , Elem. Botan . ) pour le premier qui
nous ait inſtruit de leurs vertus , il paroît par les
Ouvrages , qu'il Tentoit la néceffité de la Théorie
de cette Science , puifqu'il veut qu'un bon Médeein
aye une connoiffance parfaite des Remedes ; &
comme les Plantes étoient fes Remedes les plus favoris
, il a voulu nous marquer par -là que leur connoiffance
devoit faire en partie un des devoirs du
Médecin . Il ajoûte que fi les Remedes que le Médecin
employe , font par lui connus tēls qu'il n'en
doit point employer d'autres , il n'a rien à attendre
du hazard . Si quidem explorata funt Medico Morborum
medicamenta, quemadmodum reor, ea ut Morbis
fanitatem adferant , minimè morantur , ( Hippo
De locis in homine. )
Mais ce grand Génie en Médecine parle bien plus
expreflément
DECEMBRE.
1740. 28.9.5
•
expreffément de l'amour qu'on doit avoir pour l'étude
de la Botanique , dans une Lettre à Cratevas,
Médecin, fon Contemporain, dans laquelle après l'avoir
prié de ramaffer & de lui envoyer autant de Plantes
qu'il pourra, pour guérir un de fes Malades : Quantas
& qualefcumque poteris herbas lege , eafque ad nos
tranfmitte, ad curandum virum . ( Id. Epift . ad Crat. )
il fait un aveu fincere qu'il a toujours admiré & fait
beaucoup de cas de la connoiffance des Plantes :
Rem herbariam femper miratus fum. ( Id. ibid. )
Ajoûtons à l'autorité d'Hippocrate , celle d'un
des plus fçavans Médecins de nos jours , il ne fe
peut rien dire de plus décifif , ni de plus fenfé fur
cette matiere : Ceux qui font perfuadés ( "dit ce
» grand Homme ) comme ils le doivent être, avoueront
qu'un Médecin qui ne connoît pas les Plantes
, eft très-indigne d'en porter le nom . *
Après de fi grands témoignages , un Médecin
peut-il fe flater de remplir dignement les devoirs de
fon miniftere , s'il ne connoît pas les Plantes , d'où la
Médecine tire de fi puiffans fecours dans les maladies
? Il est donc hors de doute que la connoiffance
des Plantes eft néceffaire à ceux qui s'attachent
par Profeffion à la Médecine.
La facilité avec laquelle nous pouvons nous fervir
des Plantes qui naiffent parmi nous , doit nous
porter avec plus d'ardeur à les connoître . Quand
on veut que la Botanique foir utile , c'eft la Botanique
de fon Pays qu'il faut le plus étudier .
Il est déja avoué que l'on trouve dans chaque
Contrée la plupart des Remedes qui font neceffaires
pour la guérifon des maladies des Habitans. La
Feu M. Fagon, Premier Médecin de Louis XIV .
dans l'Aprobation de l'Hiftoire des Plantes des envi-
#ons de Paris.
Fv terre
2896 MERCURE DE FRANCE
terre où nous naiffons , dit Pline , produit tous les
Remedes dont nous avons befoin , pour rétablir ou
pour conferver notre fanté , ces Remedes font fimples
, faciles à trouver & coûtent peu : Ex terra
nafcentibus nata Medicina , bac fola natura placuerat
effe remedia , parata vulgo , inventu facilia &
fine impendio. ( Plin . Hift . Nat. )
"
Le grand Sidenham ne doute nullement que la
Providence n'ait été foigneule de mettre dans chaque
Pays les fecours néceffaires pour guérir les ma
ladies même les plus remarquables , ou pour s'en
préferver : Nullatenùs dubito , quin in exundanti illa
plenitudine , quâ turget natura difflu tque , ita jubente
optimo maximo rerum omnium Conditore , in fingulorum
prafervationem profpectum pariter fit de curatione
malorum magis infignium , que homines vexant ;
idque pro foribus & in patrio cujuslibet Jolo, ( Sydenbam
, Prafat. )
Le Rouffillon, & fur tout nos Pirenées , font des
riches trésors de Botanique ( comme l'Auteur efpere
, Dieu aidant , de le faire voir un jour. ) Eft on
donc excufable de ne pas connoître tant de fecours
qui viennent chés nous ? Secours que nous foulons.
aux pieds , & qui peuvent nous fervir avec plus de
sûreté & avec moins de dépenfe .
La véritable connoiffance des Plantes , fupofe une
parfaite notion & une exacte recherche des parties.
qui les compofent , & c'eft ce qu'on apelle l'Anatomie
des Plantes , Anatomie qui fut digne de toute
l'aplication des grands Médecins, & des plus célebres
Anatomiftes . Mais cette Diffection n'eft pas
une curiofité purement ſpéculative , qui ne fert qu'à
* Malpighi , Premier Médecin d'Innocent XII.
Grew , fçavant Anglois; Ruyſch, un des plus grands:
Anatomistes de ce Siécle ; Rai , célebre Botanifte.
amufes
DECEMBRE . 1740. 2897
amufer Pefprit d'un Médecin , elle l'éclaire au
contraire pour la guérifon des Maladies.
Car comme l'Anatomie comparée , ou celle des
Animaux , eft recommandée en Médecine par les
grands Maîtres , à caufe de la parfaite reffemblance
qu'il y a entre les corps des Animaux & celui
de l'Homme ; de- même la diffection des Plantes
par l'affinité qu'elle a avec l'Anatomie de l'Homme
& celle des Animaux ,' mene l'efprit d'un Médecin
à la vraye connoiffance de l'oeconomie animale , &
de la ftructure des parties qui compofent le corps.
humain.
La Diffection des Plantes , en fecond licu , nous
découvrant la ftructure particuliere & le caractére
effentiel de chaque Plante , nous conduit néceffairement
à faire le jufte choix des parties d'une même
Plante , qui doivent être employées par préference
en Médecine ?
D'ailleurs fi on ne connoiffoit les Plantes que par
l'exterieur , outre que ce feroit les connoître par
une aveugle routine , à combien de mépriles ne feroit
-on pas expofé tous les jours , puifqu'il y a
nombre de Plantes qui fe reffemblent fi tort par le
port extérieur , qui font cependant très - differentes:
par leurs vertus ?
Ce n'eft donc que par l'examen intérieur des
Plantes , qu'on peut en acquérir une parfaite connoiffance
& que l'on peut éviter ces écueils fi dangereux
; on démêle ailément les Plantes , dit un
des plus fçavans Botaniftes , ( Tournefort , Elem ..
Bot. quand on les connoît par des endroits fi remarquables
. Voilà donc encore pour la connoisfance
des Plantes , de nouveaux Titres de recom--
mandation , & pour les Médecins de nouveaux mọ-
tifs de s'apliquer à l'étude de cette Science .
Mais après tout , la raifon n'infpire t'elle pas:
I. vj qu'un
2898 MERCURE DE FRANCE
qu'un Médecin qui voit des Malades , connoiffe les
Plantes dont il doit tirer les Remedes les plus affûrés
, pour la guérifon des maladies ? Car enfin il
s'agit de guérir les Malades , ou par un régime bien
entendu , ou par des Remedes apliqués à propos ;
& comment un Médecin peut - il remplir ces deux
vûës , s'il ne connoît pas les Plantes , foit qu'on les
employe fimplement à titre de Remedes, foit qu'elles
deviennent des alimens médicamenteux ? Devrat'il
s'en raporter à d'autres , peut- être encore plus
étrangers que lui dans la matiere médicale ? Comment
après cela un Médecin , fenfible à fon honneur
, fera - t'il en état d'éclairer ceux qui devroient
le feconder dans fes deffeins , s'il n'eft point éclairé
lui -même ? Comment fecourir des Malades dans
des cas preffans , où il faut employer ce qu'on a
fous fa main , ou dans une occafion où l'on fera
dénué des fecours ordinaires de la Pharmacie ? Faudra
t'il abandonger à leur fort ces Victimes infortunées
, qui auroient pû échaper à la violence du
mal , par l'aide d'un peu de Botanique ? Si l'on fait
alors de dangereux Qui pro quo , quelle fera la
deftinée des Malades ? Et un Médecin qui verra tout
cela d'un front ferein , n'aura - t'il rien à fe reprocher
?
Avoüons donc de bonne fai , qu'on ne sçauroit
diffimuler la néceffité de la connoiffance des Plantes
, dont on fent & toute l'utilité , & tous les avan .
tages ; combien d'honneur ne feroit pas cette connoiffance
aux Médecins, & combien d'ennuis ; difons
mieux combien de triftes catastrophes n'épargneroit
elle pas aux Malades ? On doit donc convenir
que ceux qui exercent la Médecine , doivent connoître
au moins les Plantes qu'ils ordonnent tous
les jours.
Pourquoi n'ajoûterons- nous pas que la néceffité
de
BELE VILLE
DECEMBRE. 1740 28
LYON
* /
8931
'de connoître les Plantes fe trouve , pour ainfi dire
fcellée du témoignage des Livres Sacrés , qui en
ordonne l'ufage comme néceffaire , & qu'il eft infenfé
, dit le Sage , de les méprifer ou de les décrier
? Altiffimus creavit de terrâ Medicamenta ,
Vir prudens non abhorrebit illa. ( Ecclefiaft )
ن و
Mais tant de raifons d'eftime acquifes à la Botanique
par des Rois & des Princes qui l'ont honorée
de leur attachement , qui fe font apliqués à
' bien connoître les Plantes , & qui ont permis qu'on
leur fit porter leurs noms , ne devroient elles pas ,
ce femble , nous exciter à l'étude de cette
Science , & faire convenir les plus prévenus contre
la Théorie de la Botanique , de fon mérite & de
fa néceffité ?
S'il reftoit encore quelque doute fur la néceffité
indifpenfable ou font les Médecins , de connoître
les Plantes , il fuffiroit pour perfuader , du moins
les Perfonnes éclairées qui reviennent plus facilement
des préjugés communs , de rapeller la fage
précaution du feu Roy Louis XIV . qui ordonne à
tous les Profeffeurs en Médecine , de faire à leurs
Etudians la Démonftration des Plantes. Le fage
Edit ( Edit du Roy du mois de Mars 1707. ) ( que ce
grand Roy a rendu à ce fujet , fondé fur la raifon ,
& qui n'a en vûë que de bannir ignorance , & de
faire de bons Médecins , ) veut que tous ceux qui
ſe deſtinent à la Médecine , ayent une connoiſſance
des Plantes .
Qu'il me foit permis encore , pour nous exciter
à l'étude des Plantes , d'ajoûter à toutes ces raifons
un autre motif qui naît du même principe , & qui
tient en quelque forte à ce fage Edit , par des liaifons
naturelles , c'eſt l'efprit de l'établiſſement des
Jardins Royaux. Les dignes Profeffeurs des ces Eco
les de Botanique , ont toujours été chargés , nonfeulement
2900 MERCURE DE FRANCE
feulement du foin d'enfeigner les vertus des Planres
, mais encore d'aprendre à les bien connoître
par Principes & par une Méthode tirée de la ftructure
des Fleurs & des Fruits , & des parties qui les
compofent , telles que font les Pétales , les Etamines
, les Sommets , le Piftile , le Calice , les Semences
, les Capfules , &c . C'eſt ainfi qu'ont penſé les
Gefners , les Columna , les Cefalpins , les Jungius ,
les Moriffons , les Rais , les Plumiers , les Tourneforts
, les Magnols , les Hermans , les Boerhaaves;
c'eft ainfi que penfent encore * Mrs de Chicoyneau ,
Mrs de Juffieu , l'illuftre M. Linnæus , & autres
Sçavans du premier ordre : Viros quos vel nominare,
laudare eft.
Après cela , pouvoit - on s'élever fans témerité
contre la Théorie de la Botanique , & s'efforcer de
répandre un ridicule fur ces mots de Petale , de
Pitile , de Calice , &c . Noms confacrés par les
grands Maîtres de la Botanique , à caractériſer les
genres , à démêler les efpeces , & à former une
Méthode qui a été jugée fi néceffaire à la connoiffance
parfaite des Plantes ? Ne pourroit- on pas dire
d'un fi mauvais Cenfeur , qu'il juge de ce qu'il ne
connoît pas : Necfuprà crepidam futor . ( Plin. Hift.
Nat. ) ou qu'il eft plutôt du nombre de ceux dont
parle un Apôtre: Quacumque ignorant , blafphemant.
B. Jud. Apoftol. Epift ? )
Au refte que penfer de cet Antibotaniſte, le crois
M. de Chicoyneau , ci- devant Chancelier de-
PUniverfité de Médecine de Montpellier , Profeffeur
en Botanique au Jardin du Roy , aujourd'hui premier
Médecin de LOUIS XV .
, Feu M. de Chicoyneau , fils qui a rempli
les mêmes fonctions à Montpellier pendant quelques
Années.
ra-t'on
DECEMBRE . 1740. 290T
ra-t'on ? Après cet écart, il paroît ſe rapatrier avec la
Botanique , au moins devroit- il fentir qu'il eft tombé
en contradiction avec lui- même , en décriant
hautement la Théorie de cette Science , & en montrant
prefque dans le même inftant , du haut d'une
Chaire, quelques herbes potageres à une Affemblée .
qui ne lui attribua jamais des connoiffances qu'on
pourroit lui difputer à juste titre .
Peut- on fe retrancher à dire qu'il fuffit qu'un
Médecin connoiffe les vertus des Plantes , ou qu'il
fçache la Botanique- pratique , fans fe mettre en
peine d'en fçavoir les noms differens , d'en difcerner
les genres , d'en démêler les efpeces, moins encore
de connoître les Plantes par méthode ?
C'eft certainement penfer en homme qui n'a aucune
idée des Sciences , comme s'il étoit poffible
d'acquérir parfaitement la connoiffance d'un Art ,
ni d'aucune Science , fans en avoir apris les premiers
élémens , ou fi la pratique ne fupofoit pas par
avance une parfaite notion de la Théorie. Difons.
donc que la connoiffance des Plantes doit précéder
celle de leurs vertus , & que pour les bien connoîtreil
faut fe fervir d'une méthode fûre , aifée & invariable.
On ne peut difconvenir qu'un Médecin doit
connoître les Plantes ufuelles ; mais l'expérience
montre , dit un des plus grands Maîtres en Botanique
, Tournefort , Elem. Bot. ) » qu'il n'eft gue-
» re poffible de diftinguer les Plantes dont nous
» venons de parler , fans en connoître un très - grand
nombre d'autres qui leur reflemblent fi fort ,
53 que l'om peut s'y tromper facilement. D'ailleurs
quelle affurance a- t'on que ces Plantes que l'on
croit inutiles & d'aucun ufage , foient telles qu'on
les penfe ? Si l'on eft quelquefois dans l'impuiffance
de pouvoir fecourir les Malades , ce n'eft pas la
faute
2902 MERCURE DE FRANCE
faute ni le manque de Remedes , mais c'eſt le plus
fouvent notre ignorance . Nulla ufquam eſt Remediorum
penuria ,fed noftra eorum plerumque turpis
ignoratio . ( Fernel. Metho. Med. )
tes
15
N'eft- ce pas affés , dira- t'on , qu'on aye des Livres
de Botanique , ou quelque Hiftoire des Plan-
, pour fe rendre habile dans cette Science ? Cela
feul ne doit- il pas fuffire ? Non , on n'eſt jamais devenu
Botaniste à peu de frais. La Botanique dit
» un grand Génie , * u'eft pas une Science fédentaire
& pareffeule , qui fe puiffe acquérir dans le
repos & dans l'ombre du Cabinet ; elle veut que
" l'on coure les Montagnes & les Forêts , que l'on
graviffe contre des Rochers efcarpés , que l'on
s'expofe aux bords des précipices. Les feuls Livres
qui peuvent nous inftruire à fond dans cette ma-
» tiere , ont été jettés au hafard fur toute la furfa-
» ce de la terre , & il faut fe réfoudre à la fatigue
» & au péril de les chercher & de les ramaffer.
အ
D
23
En effet , combien de figures & de defcriptions
des Plantes, peuexactes , ne trouve - t'on pas dans la
plupart des Ouvrages de Botanique , quand on a
été accoûtumé de bonne heure à étudier cette Science
dans le grand Livre , c'est- à - dire dans la Nature
même Ce feroit donc une espece de prodige de
voir un homme , fans avoir la moindre teinture des
Elemens de Botanique , fans avoir fait d'ailleurs
aucune courfe devenir tout à coup habile dans
une Science , où il eft fi rare d'excelier.
Ne diffimulons donc pas l'enchaînement des con..
féquences , qui naiffent néceffaitement de cette erreur
, que la connoiffance des Plantes n'eft nullement
néceffaire à un Médecin . Car fi la Théorie
* M. de Fontenelle , Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences de Paris 1708.
de
DECEMBRE. 1740. 2903
de la Botanique , ou la connoiffance parfaite des
Plantes n'eft nullement néceffaire à un Médecin ,
ainfi qu'on a tâché de l'infpirer au Public ; donc
toutes ces Ecoles de Botanique établies par les Souverains
, pour aprendre aux Médecins à bien connoître
les Plantes , vont être déformais inutiles ;
tous ces illuftres Profeffeurs en Botanique ne font
qu'amufer le Public au lieu de l'inftruire ; c'eſt en
vain que les Médecins s'apliquent à connoître les
Plantes par Principes, c'eft à - dire par l'examen des
Fleurs & des Fruits , des Pétales , des Etamines , du
Calice , &c. Ils ne font donc que fe repaître d'i
dées creufes , & ils font dans l'erreur & dans l'illufion
; il n'y aura plus que le nouveau Prófeffeur
en Botanique qui penfe fainement,
Mais fi au contraire le Théorie de la Botanique ,
ou la connoiffance parfaite des Plantes , relative à la
Médecine , eft néceffaire à un Médecin , comme it
eſt avoué dans tout le Monde fçavant ; tous ces Jar
dins de Botanique font donc des Ecoles utiles au
Public , & fagement établies ; les vrais Profeffeurs
en Botanique font des hommes refpectables & di-.
gnes de tous Eloges , de-même que les Medecins
qui fe font un devoir de connoître parfaitement les
Plantes ; le Profeffeur en Botanique , de fraîche date
, doit fe raviſer rentrer en lui - même , & affec-
⚫tionner la Théorie de la Botanique , ou la connoisfance
parfaite des Plantes , autant qu'il a tâché de la
décrier ; & on doit conclure enfin la connoisque
fance parfaite des Plantes eft néceffaire à un Médecin.
Par M.Barrere, Médecin de l'Hôpital Militaire de
Perpignan , Docteur & Profeffeur Royal en Médecine
dans l'Univerfité de la même "Ville , ci - devant
Botaniste du Roy dans l'Ifle de Cayenne.
EXTRAIT
2904 MERCURE DE FRANCE
ج ا ن ف
ÈXTRA IT du Mémoire de M. de Fouchi,
contenant la Description l'usage d'un
nouvel Inftrument de son invention , deftin
pour prendre en Mer les bauteurs & les
diftances des Aftres.
CE
Et Instrument eft compofé d'un Secteur d'environ
60. degrés 14. pouces de rayon , presque
femblable aux quartiers de M. Hadley , ufité
à préfent dans la Marine ; fur l'un de fes rayons eft
fixement attachée une Lunette , ayant par un bout
un oculaire , & par l'autre un autre verre , qui au
lieu d'être placé perpendiculairement à l'axe du
tuyau , lui eft incliné , de maniere que fon plan
fait avec le plan de l'Inftrument , un angle de 67°.
30'. vis-à- vis le tuyau , & fur fon axe prolongé eft
placée une monture perpendicula re au plan de
I'Inftrument & inclinée à l'axe de la Lunette de
70°. 30'. Cette monture contient deux verres , l'un
étamé dans un de fa furface, & l'autre qui n'eſt
point étamé ces deux verres enfemble formant
dans la partie qui eft tranfparente un objectif de la
Lunette ; & comme ils font inclinés dans un ſens ,
& que le verre qui eft au bout du tuyau , l'eft dans
cette double inclinaifon remédie à la .
confufion des objets qu'entraîneroit la pente du
premier verre , & c'eſt une des fingularités de cette
Lunette , dans laquelle on voit pour la premiere
fois des verres inclinés à l'axe de la Lunette , fans
défigurer les objets , ce qui jufques ici avoit parù
impoffible.
un autre ,
2
Sur le centre de l'Inftrument roule une alidade ,
chargée à ce même centre d'un verre étamé ou miroir
Sphérique ; ce miroir reçoit les rayons & les
renvoye fur la partie étamée du verre dont nous
venons
DECEMBRE. 1740 2905.
Venons de parler , & de- là dans la Lunette à la➡
quelle ces miroirs forment enfemble un autre oba
jectif, & comme le grand miroir est entraîné par le
mouvement de l'alidade , il s'enfuit qu'il eft exposé
fucceffivement à plufieurs objets que la Lunette repréfente
toujours joints avec celui qui eft vû directement,
pendant que l'alidade marque fur le limbe
les degrés de cette diſtance .
tout
La divifion n'eft que par points de 20 ' . en 20' . &
pour avoir les divifions intermédiaires , M. de Fouchi
a ajoûté à l'alidade une longue aiguille mobile
fur un clou tourné au bas de l'alidade , & preſque
auffi longue qu'elle ; cette aiguille porte en bas ,
près de fon centre de mouvement , le fil index de
Ï'Inftrument, & va fe terminer près du centre ,
au haut de l'alidade , fur un limbe de cuivre , fur
lequel elle décrit un cercle par fon mouvement ;
elle eft pouffée d'un côté par une vis , & de l'autre
par un reffort , & comme il y a vingt fois plus loin
de fon centre de mouvement à fa pointe , que de ce
ntême centre à l'endroit où font les points de la divifion
de l'Inftrument , l'efpace parcouru par cette
pointe , eft auffi 20. fois plus grand que celui que le
filet parcourt fur ces points , ce qui permet d'avoir
fur le petit limbe de l'alidade , des minutes auffi
grandes que les efpaces de 20 ' . le font fur le limbe,
& par conféquent três aifé à partager en quarts ou
en espaces de 15”.
Cet Inftrument fe vérifie comme ceux qui ſont à
préfent en ufage , & l'ufage en eft le même pour
les hauteurs , c'eft- à - dire que regardant l'horifon
par la Lunette , on fait venir l'image du Soleil fe
joindre à ce même horiſon , & l'alidade marque la
hauteur.
Mais fon principal ufage , & qui lui eſt même er
quelque forte particulier , c'eft de pouvoir prendre
des
2906 MERCURE DE FRANCE
des diſtances d'Etoiles à la Lune , ce qui fe fait en
pointant la Lunette à Proile & faifant venir le
bord de la Lune s'y joindre , auquel cas l'alidade
marquera la diftance entre ce bord & l'Etoile .
Le mouvement du Navire ne fait point féparer
tes objets une fois joints enfeinble , & de plus la
Lunette fe pouvant allonger , ou racourcir , s'ajuste
à toutes les vûës differentes.
Nous efperons donner inceffamment de pareils
Extraits des autres Mémoires qui ont été lûs dans
la même Académie .
ASSEMBLE'E publique de l'Académie
des Beaux Arts de Lyon , tenue le Mercredi
7. Decemdre 1740 dans laquelle M. de
Ruolz , Préfident , a parlé de la maniere
qui suit.
MEESSIEURS,"
Nous allons , fuivant nos ufages , faire part au Public
des Difcours & Mémoires qui ont fait le fujet
de nos Séances particulieres depuis la derniere Assemblée
publique.
» MEMOIRE fervant de Réponſe à une Question
propofée , qui étoit de fçavoir fi les Vignerons
ont raifon de croire que lorsqu'ils plantent
de la Vigne dans une terre où la neige fe trouve
mêlée & enfévelie dans la tranchée cette Vigne
acquiert une qualité froide , qui affecte pour toujours
le Raifin & le faffe couler , enforte que le
" fuc qui devoit le nourrir & lui fervir de fubftance
, échape avant qu'il foit formé.
L'Auteur de ce Mémoire a fait fentir en géneral
1e
avantages que la neige procure à la terre , & il
DECEMBRE. 1740. 2907
a remarqué cependant qu'il eft des terres d'une
qualité à rendre ce mêlange très - nuiſible , il a fait
le détail de leurs differentes efpeces , mais à ce fu-.
jetil a attaqué avec force le pouvoir que l'on prétend
donner à la Lune , & s'eft élevé contre un
préjugé qui tendroit , fans aucune aparence de fondement
& de raifon , à la rendre comme le Soleil
l'arbitre abfolu de la végetation.
Il eft donc aujourd'hui de notorieté dans tous les
Tribunaux Académiques , que cette Planette n'a
aucun pouvoir iei bas , fes démarches font toutes
indifferentes à la Terre , mais au Ciel , fa conduite
n'est pas irreprochable.
Bien qu'elle foit vieille Planette ,
Elle met en jeune Coquette
Du Rouge & des Mouches fouvent ,
Et fe farde fous la cornette ,
On le fçait de plus d'un Sçavant
Qu'elle reçoit à la Toilette.
C'est le reproche que lui a fait de nos jours
gne Mufe de poids & d'autorité dans le monde.
Ale P. du Cerceau. )
5
» Mémoire fur le Mercure , & la maniere la plus
parfaite de le purifier , avec des preuves de l'inu-
» tilité de l'Eau qui en réfulte pour la guérison des
» maladies caufées par les Vers
> Le Chimifte obferve en paffant que le Rouge
cette couleur fi éclatante & fi vive , n'eft autre chofe
bien fouvent qu'une préparation de Mercure , dont
le beau Sexe ne connoît pas tout le danger , par
raport à la fanté , lorfqu'il l'employe comme un
agrément au vifage.
»Projet
2908 MERCURE DE FRANCE
M
» Projet d'un Traité Phyfique & Hiftorique fur
» les Métaux , ou idée generale d'une Géographie
& Chronologie Métal ique.
*
M. Moeglin , Pun de nos Correfpondans , nous
a envoyé un Mémoire fur les Boules de feu , qu'il
prétend être de la même nature que la Foudre ,
mais d'une matiere plus épaiffe , à en juger par
leurs exhalaiſons .
Mémoire fur le Toilé, ou nouvelle Méthode de
Toifer & Arpenter , fondée ſur une aplication as
furée des principes .
Quel interêt ne doit point prendre la Justice dans
tout ce qui eft recherche du vrai la capacité , on
le fçait , n'eft pas toujours le partage de ceux qui
font reconnus pour Experts , & qui cependant decident
en Maîtres fur ces fortes de matieres , par
l'autorité de fait qui leur eft confiée , la balance ſe
trouvant alors dans leurs mains. Les Loix Romaines
ne puniffoient que le Dol dans les Arpenteurs ,
Si Menfor falfum modum dixerit , actio hac Dolum
duntaxat exigat. ff . Tit . Si Menfor , ¿c ) Il falloit
s'imputer leur ignorance , & c'eft précisément
cette ignorance que l'Académicien fe propofe de
bannir de la Societé , par la facilité des lumieres
qu'il infpire pour toutes les opérations du Toiſé .
Méthode pour tracer une Méridienne par les
hauteurs du Soleil quelques jours de l'année que
» ce ſoit , fuivant laquelle l'ufage des hauteurs cor-
»refpondantes eft prouvé être préferable à d'autres ,
même à la maniere affés connue dont on les tra-
» ce dans les tems des Solſtices , par divers Cercles
Concentriques , & un Style .
» Differtation fur le Méchanifme de l'imagi-
» nation humaine , dont l'Auteur prétend que la
» fubftance médullaire du cerveau eft le fiége .
On juge qu'une pareille matiere fupole beaucoup
de
DECEMBRE. 1740. 2909
de méditation ; elle offre un Tableau , qu'en vain on
voudroit décrire , il faut le voir & le fuivre dans
toutes fes parties .
L'Académicien finit en difant avec une jufte modeftie
qu'il a marché fur les bords de l'infini, & que.
d'autres d'un génie élevé y entreront peut - être avec
plus de fuccès .
» Suite d'un précedent Mémoire fur l'Imprime-
» rie , contenant plufieurs précautions propres à fa
perfection , avec un moyen prépofé pour impri-
» mer à la fois les mots les plus ufités , tels que les
Adverbes , fans être obligé d'en compofer les
a Lettres.
Le Reverend Pere Delozeran Dufefc , l'un de
nos Correfpondans , nous a envoyé un Difcours
qu'il a fait fur la force de la Poudre , & le recul
des Canons .
Ce Difcours nous a parû très-profond dans fes
calculs , & bien digne de l'Auteur de la fçavante
Differtation fur le Tonnerre & autres , couronnées
differentes Académies du Royaume .
par
En fait de Science les recherches fe foûtiennent
aifément , & un bon Auteur peut être toujours égal
dans fes productions. En diroit- on autant dans les
matieres de pur efprit ?
Nous annonçons ici avec empreffement , un Ouvrage
qui aura pour titre : Journal du Ciel au
Méridien à la Latitude de Lyon , calculé par ordre
de cette Académie , & qui fera imprimé chés
le Sr Delaroche .
L'Académicien qui en est l'Auteur , auroit bien
fouhaité pouvoir le donner pour l'année où nous
allons entrer , mais il fera néceffairement retardé
jufqu'à l'année fuivante.
Nous donnâmes dans la derniere Affemblée publique
l'Extrait d'un Mémoire fur les Couleurs , apliqué
2910 MERCURE DE FRANCE
qué aux Fleurs & aux Papillons ; l'Académicien en
a donné la fuite & il y explique le méchaniſme de
la colorifation des fleurs , & entre les Opérations
Chimiques propres à nous en donner l'idée , il
a chofi la filtration , laquelle diftribuant les fucs
dans les différentes parties des fleurs , fert principalement
à les colorer , en effet le fuc qui nourrit les
Végetaux , coule & monte le long de leurs fibres .
II falloit apuyer ce raifonnement par une Expérience.
L'Académicien a fait la diffection d'un Torus
Albus , feur affés connue ; & l'Anatomie de
cette Plante ainfi faite fous nos yeux , a foûtenu
fon idée .
L'Art eft venu à ſon ſecours pour découvrir la Nature
; un tuyau de Pompe , placé dans une Cuvette
remplie d'eau , de vin & d'huile , un Piſton poor y
faire refouler les Liqueurs, trois Bouchons de differentes
matieres , pour former les differentes filtrations
, ont concouru à fournir une Expérience trèsplaufible
de l'idée de la Colorifation ."
De cette connoiffance , l'Académicien prétend
nous mener à grands pas à celles des Teintures , & à
leurs principes. En effet , il a fini en nous faisant
voir 16. couleurs meres ou nuances , préſentées
dans de petites boëtes d'yvoire , & qu'il a extraites
de la diffolution de fept fleurs ordinaires,
Ce détail paroîtra un peu long , mais en pouvoiton
moins dire pour offrir une idée légere d'un travail
extrêmement curieux ?
Plufieurs Mémoires fur les Thermometres à
» l'Eſprit de vin & au Mercure , & fur leurs cons-
> tructions , comparés à ceux de M. de Reaumur.
L'Académicien s'eft aperçû que la plupart des Ther
mometres que l'on répand dans le Public fous le
nom de ce grand Homme , font infideles par un
défaut de correfpondance; cette remarque eft effentielle
>
DECEMBRE. 1740. 2911
tielle, en effet ce qui peut rendre l'ufage des Thermometres
agréable dans la Societé & utile dans les
Expériences de Phyfique , n'eft autre chofe , fans
doute , qu'une marche en degrés comparables des
uns aux autres .
Tour ce qui a raport à un pareil Sujet , mérite
bien notre attention ; la Societé Royale de Montpellier
vient de nous aprendre qu'un certain degré
de température dans l'air , que refpirent les Che
nilles ou Vers à Soye , degré , dis - je , déterminé par
le Thermometre, a fait faire depuis quelques années
à Alais une double récolte à ceux qui s'y font prê
tés. Fera-t'on après cela , pour me fervir des termes
dont fe fert cette Académie , le reproche à ceux
qui cultivent les Sciences & les Beaux- Arts , de ne
s'attacher qu'à des chofes inutiles & purement curieufes
Tel devient dans un Etat le mérite des recherches
Académiques , & telles font les richeſſes
qui font le fruit de ces recherches.
» Differtation fur la Simpathie & Antipathie , ou
ɔɔ réunion de toutes les differentes efpeces de Simpathies
& Antipathies , avec les Remarques aux-
›› quelles elles ont donné lieu .
L'Académicien s'eft propofé feulement de nous
donner quant-à- préfent l'idée d'une matiere qui eft
des plus vaftes, ce n'eft ici que la partie hiftorique &
critique ; il fuivra chaque efpece de Simpathie , &
s'attachera à établir ce qu'il y a de moins incertain
dans un ſujet fi fouvent diſcuté & fi peu éclairci .
#
Obfervations fur la chaleur du feu de Charbon
de pierre & de terre, comparée à celle du bois par
des Expériences faites dans des poëles. L'Acadé
micien qui a fait ce Mémoire pour obéir aux ordres
de la Cour, a vérifié que les avantages du Charbon
de terrefont en raifon fupérieurs à celui du bois de
Hêtre pour la durée & pour la chaleur , comme de
cinq à un, G Je
1912 MERCURE DE FRANCE
Je ne parle point de l'Analyfe qu'il nous a préfentée
du Charbon de terre , pour en déterminer
toutes les qualités.
» Difcours fur l'Alun , dans lequel l'Académicien
» examine en Chimifte fi l'Alun mis dans le vín ;
» eft indifferent à la fanté , & il fe détermine à
» en juger la mixtion très- pernicieufe au corps.
L'ufage d'une boiffon auffi familiere que le vin ,
fait comprendre l'interêt de ces recherchés & du
point de vérité qui en doit réſulter .
>> Expériences qui prouvent que les Obfervations
» des hauteurs du Mercure en des Barometres dif-
> ferens , dont on veut faire la comparaifon en
» differens Pays , doivent être faites avec des
» Barometres fimples , égaux , & qui ſoient rem-
» plis du même Mercure , précautions qui même
» ne fçauroient procurer des meſures bien exac- >> tes.
La Phyfique , il eſt vrai , aide à la Géométrie ,
mais fuivant l'expreffion d'un des plus grands Académiciens
du Royaume , elle ne lui fert que dans
les à peu près.
Telle est l'idée génerale de notre travail depuis
la derniere Affemblée publique ; elle auroit pû , fans
doute , vous être offerte d'une façon plus intereffante
, fi la vérité ſeule ne nous avoit pas parû devoir
faire l'unique interêt d'un Difcours de cette nature .
L'Inſtrument & la Carte qui font mis ici fous les
yeux font deux Ouvrages dans lefquels nous fommes
perfuadés qu'on remarqueta l'art dont le travail
peut venir à bout , & le travail qu'il a fallu
pour cet Art ; c'eſt une Carte itineraire de nos Provinces
, que M. Deville a faite & deffinée .
A l'égard de l'inftrument , M. Bordes en avoit
médité le Projet depuis un tems conſidérable ; il auroit
été difficile à tout autre de l'executer ; il falloit
comme
DECEMBRE 1740 2913
comme il a fait , joir dre la pratique à la théorie ;
l'une & l'autre chés lui font le fruit du goût & de
l'inclination , il voudra bien après l'Affemblée nous
préfenter l'explication de cet Inftrument & de tous
les avantages qui y font attachés.
Lû dans l'Affemblée publique le 7. Décembre
1740 & remis à l'inſtant à M. le Sécretaire . Signé ,
DE RUOL Z.
Enfuite M. Mathon lût un Diſcours fur la Philofophie
de Newton , & M. l'Abbé Cahiet , un autre
fur les Vents , ces deux Ouvrages se trouvent au
nombre de ceux qui avoient été raportés dans la
derniere Affemblée publique.
3
Nous fommes priés d'inférer dans notre Journal
la Lifte de Mrs de l'Académie des Beaux - Arts de
Lyon ,, érigée par Lettres Patentes du Roy en 1724 .
M. le Duc de Villeroy , Gouverneur des Provinces
de Lyonnois , Forêts & Beaujolois, Protecteur.
M. Pallu , Intendant de la Géneralité de Lyon ,
Directeur.
MATHEMATIQUES.
Géometrie.
M. Mathon de la Cour, de l'Académie des Scien
ces & Belles- Lettres de la même Ville.
M. l'Abbé du Gaybi.
M. de l'Horme.
Méchaniques.
M. Bordes.
Aftronomie.
M. l'Abbé Cahier , Chanoine de Fourrieres.
Le R. P. Beraud , Jéfuite , Profeffeur de Mathematiques
au grand College .
G ij Allogi
2914 MERCURE DE FRANCE
Affociés libres.
M. Grollier de Servieres , ancien Lieutenant Colonel
d'Infanterie , de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de la même Ville .
M. l'Abbé de Valernod , Chanoine d'Ainay.
M. de Regnault de Parcieu , de l'Académie des
Sciences & Belles - Lettres .
M. Beffon .
PHYSIQUE ,
Anatomie.
M. Rey , Docteur en Médecine , Aggregé au
College de Lyon , de l'Académie des Sciences &
Belles - Lettres de la même Ville , & de la Societé
Royale de Montpellier.
M. Garnier , Docteur en Médecine , Aggregé au
College de Lyon.
Botanique,
M. Pestalozzi , Docteur en Médecine , Aggregé
au College de Lyon , de l'Académie des Sciences &
des Belles- Lettres ,, & de la Societé Royale de
Montpellier.
M. Joanon.
Chymie.
M. Albouy , Apoticaire.
M. Gavinet , Apoticaire.
Affociés libres.
M. de Ruolz , Conſeiller en la Cour des Monnoyes
, &c. à Lyon .
M. l'Abbé la Croix , Obeancier de S. Juſt , Tré→、
forier de France au Bureau des Finances de la Généralité
de Lyon , & de l'Académie des Sciences &
Belles - Lettres de la même Ville,
M.
DECEMBRE.
1740: 2915
M. de Ville , Ingénieur du Roy.
Le R. P. Tolomas , Jéfuite .
ARTS .
Mufique.
M. Bollioud Mermet , de l'Académie des Sciences
& Belles- Lettres de la même Ville .
M. Cheinet, auffi de l'Académie des Sciences, & c .
Architecture.
M. de la Monce , Peintre & Architecte .
M. Soufflot , Architecte.
•
Affociés libres.
M. Gacon , ancien Echevin de la Ville de Lyon .
M. Bertaud de la Vaure , Conſeiller à la Cour des
Monnoyes de Lyon.
M. Clapaffon , Avocat.
M. du Gas , Préfident Honoraire à la Cour des
Monnoyes , ancien Prévôt des Marchands , de l'Académie
des Sciences & Belles - Lettres de la même
Ville.
M. Claret de la Tourrette de Fleurieu , Préfident
Honoraire à la Cour des Monnoyes , ancien Lieutenant
Criminel , de l'Académie des Sciences &
Belles Lettres de la même Ville , & Prévôt des
Marchands .
Sécretaire perpétuel , M. Chriſtin .
ACADEMICIENS HONORAIRES.
M. Perrichon , Confeiller d'Etat , ancien Prévôt
des Marchands , & ancien Directeur .
Honoraires Correspondans.
Le R. P. Grégoire , du Tiers Ordre , à Marseille.
Le R. P. Morand , Jéfuite , à Aix .
G iij Le
1916 MERCURE DE FRANCE
Le R. P. du Chatelard , Jéfuite , Hidrographe du
Roy , à Toulon.
M.Chrétien- Louis Moegling , Docteur en Médecine
, de l'Inftitut de Boulogne , à Tubinge.
Dom Charles Hébert de Quincy, de l'Inftitut de
Boulogne , à Boulogne.
Le R. P. de Lozeran du Fefc , Jéfuite , à Tournon,
Le R. P. du Clos , Jéfuite , à Aix.
M. l'Abbé Goiffon , Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences , à Toiffey , en Dombes.
ESTAMPES NOUVELLES.
!
Alte Flamande , & Retard de Chaffe , deux Estampes
en large , gravées par le fieur F. P. Beaumont
, fur le Pont Notre - Dame , au Griffon d'or
couronné , chés lequel elles fe vendent , d'après
deux beaux Paysages de Philipe Vauvremens , dé
diées à M. Félix Aubery , Chevalier , Marquis
de Vaſtan , Baron de Vieux - Pont , Confeiller du
Roy en fes Confeils , Maître des Requêtes Honoraire
de fon Hôtel , Prévôt des Marchands.
La Suite des Portraits des Rois de France , des
Grands -Hommes & des Personnes Illuftres dans les
Arts & dans les Sciences, continue de paroître avec
fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai
de l'Ecole ; il vient de mettre en vente , toûjours de
la même grandeur , ceux de
CHARLES II. DIT LE CHAUVE , Empereur,
XXV. Roy de France , mort à Nantua , dans le
Bugey , le 10 Octobre 377. après 37. ans de Regne
, deffiné par A.Boizet, & gravé par F. Aveline.
THEODORE DE BEZE , Miniftre de Genéve , né
à Vezelai le 24. Juin 1519. mort à Genève le 3 .
Octobre 1605.
HENRI
DECEMBRE. 1740. 2917
HENRI RUZE D'EFFIAT, MARQUIS DE CINQ
MARS , Grand Ecuyer de France , décapité à Lyon
Septembre 1642. , âgé de 22. ans , peint par
A. H. & gravé par Daret.
le 12.
LOUIS LE GENDRE , Prêtre , Chanoine & Sous-
Chantre de l'Eglife de Paris , Hiftoriographe de
France , né à Rouen , mort à Paris le premier Février
1733. âgé de 78. ans, peint par F.N. & gravé
par S. P.
CATALOGUE de Mufique Françoife & Italienne
, que le Sr le Clerc , Ordinaire de la Chambre
du Roy & de l'Académie Royale de Mufique ,
a fait graver , qui ſe vendent à Paris , aux adreffes
ordinaires , & chés lui , rue S. Honoré , près l'Oratoire
.
Il continuë de faire graver tous les meilleurs Aug
teurs , tant anciens que nouveaux ,
Sonates à Violon feul & Basse.
Corelly , cinquiéme Oeuvre ,
Rane , premier Oeuvre ,
Guillemain , premier Oeuvre ,
9 liv.
4 liv. 12 f
12
Guillemain, II.Liv . troifiéme Oeuvre, 12 liv.
Tremais , premier Oeuvre ,
Veracini , premier Oeuvre ,
Locatelli , fixième Oeuvre ,
Guerini , premier Oeuvre ,
Geminiani , deuxième Oeuvre ,
Telemann , Sonatine ,
Caprice & Boutade de Rebel ,
12.
12
12
12
6
3
2 liv. & fi
Sonates à deux Violons.
Teffarini , premier & fecond Oeuvre , 7 liv. 4 f.
Forster, à 2. Violons & Baſſe, ad libitum, 6
Fefch , premier Oeuvre ,
Tremais , fecond Oeuvre ,
Guillemain, 4. & cinquiéme Õeuvre , 12
GL
Piéces
2918 MERCURE DE FRANCE
Piéces de Clavecin.
Handel , premier Livre ,
Le même , fecond Livre ,
Le même , troifiéme Livre ,
Le même , quatriéme Livre ,
Scarlatti , premier Volume ,
Le même , fecond Volume ,
12 liv..
Sonates à Flutes & Paffe.
12
6 ;
8
Locatelli , fecond Oeuvre ,
Mahault , premier Oeuvre ,
Quantz nouveau ,
M. B ***
1. Partie du se Oeuvre de Corelly ,
Santis , quatriéme Oeuvre ,
Haffe , premier Oeuvre ,
San Martini , premier Ocuvre ,
Weidemen , premier Oeuvre ,
8 liv.
4
8
4 10 f.
7
Sonates à deux Flutes.
Telemann , à 2. Flutes ou 2. Violons , 6 liv .
Louillet, cinquiéme Oeuvre à 2. Flutes,
2. Violons ou 2. Hautbois ,
4 liv.
3 liv. 12 f.
II. Partie du se Oeuvre de Corelly , 3 liv . 12 f.
Groneman , premier Oeuvre ,
Quignard , fecond Oeuvre , 3
12
Valentini ... à 2. Fl , ou 2. Violons , 3 12
Vielles & Musettes.
Derochet , Menuets & plufieurs Airs ,
-Les nouvelles Bagatelles , du même ,
I liv . 4 f.
3 liv. 12 f
Trios pour les Violons , Flutes & Hautbois.
Corelly, premier, fecond , troifiéme &
quatriéme Oeuvre ,
Vivaldy , premier Oeuvre ,
30 liv.
7
Abace
DECEMBRE.
1740 1740 2919
Abaco , troifiéme Oeuvre ,
Trietty de Telemann ,
Corellyzantes de Tellemann ,
Pichler , premier Oeuvre ,
Handel ,
Porpora ,
Differens Auteurs , premier & fecond
Oeuvre ,
Smalle , premier Oeuvre
Brevio , premier & fecond Oeuvre ,
Alberto Gallo , ſecond Oeuvre ,
Tortoriti , premier Oeuvre ,
San Martini , premier Oeuvre ,
Locatelli , cinquième Oeuvre ,
Guillemain , fecond Oeuvre ,
Le même , fixiéme Oeuvre ,
Le même , huitiéme Oeuvre ,
7 liv,
S
12
7
8
Iz f
10 liv.
21
2 8 f.
Quatuors & Concertos.
Premiers Quatuors de Telemann ,
Vivaldi l'Eftro Armonico зе Oeuvre
Le même , les 4. Saiſons , 8e Oeuvre 21
Premier Concerto de Tremais
Guillemain , feptiéme Oeuvre ,
>
Sonates pour le Violoncelle
Lanzetty, premier Oeuvre ,
Triemer , premier Oeuvre ,
Batta Somis , douze Sonates
Defech , fecond Oeuvre ,
Giacomo Klein , fecond Oeuvre
Vivaldy ,
De Fefch , troifiéme Oeuvre ,
Klein , le jeune , premier Livre ,
Jo liv.
6
S
G v Le
2920 MERCURE DE FRANCE
Le premier Livre de Sonnates à Violon feal ,
avec la Baffe- continue, dédiées à M. le Clair, l'aîné ,
compofées par Mlle de Hauteterre , & gravées par
fon Mari , vient d'être mis en vente , chés l'Auteur
rue du Four , Fauxbourg S. Germain , près la ruë
Princeffe , à la Reine d'Eſpagne ; chés Boivin , ruë
S. Honoré , à la Régle d'Or , & chés Le Cler , ruë
du Rople , à la Croix d'Or .
On trouvera à la fin de cet Ouvrage, une recherche
de traits d'Archets pour les Ecoliers. Le prix eft
de 10 liv. en blane . A Paris , 1740 .
Nouveaux Livres de Mufique , qui ſe vendent
chez M. Boivin , ruë Ș. Honoré , à la
Régle d'Or.
Une nouvelle Méthode pour la Flûte Traverfiere ;
dans laquelle font démontrés plufieurs tons & cadences
qui n'ont jamais été enfeignés , avec des principes
de Mufique , & beaucoup de Leçons à une &
deux Parties . Prix . • 41.
Nouvelles Piéces de Clavecin , d'Efcarlati , Maitre
de Clavecin du Prince des Afturies . Ces Piéces
font beaucoup briller la main. Le prix eft de 9 1.
Tons de Chaffe & Fanfares à deux Trompes ,
faire connoître aux Veneurs le Cerf que l'on pour
court , fes divers mouvemens & les differentes
opérations de la Chaffe du Cerf, Prix .. 11. 4 f.
9
Les plus beaux Vaudevilles , Chanfons & Contredanfes
Angloifes , accommodés pour deux Flûtes
ou Violons , par M. Corrette . Prix. 3 l. 12 f.
Le neuvième avre de Locatelli , pour deux Flû-
Pix .
•
• 5 lo
La Vente de la Bibliothéque de feu M. le Maréchal
DECEMBRE. 1740. 2921
chal Duc d'Eitrées , commencée au mois d'Aoû
dernier , & interrompue en Septembre , à caufe des
Vacances , recommencera le mois de Janvier prochain
, après les Rois , dans le même endroit ruë
de Richelieu , à l'Hôtel de Louvois . Cette Bibliothéque
eft trop connue des Sçavans , pour entrer
dans aucun détail sur la qualité & la quantité des
Volumes rares & finguliers en tous genres.
Cette Vente fera fuivie de celle des fuites de Mé
dailles antiques , Confulaires & Impériales , d'ar
gent , grand & moyen Bronze , Monnoyes de France
or & argent , Receuil d'Eftampes & grand nombre
de Tableaux .
Le Catalogue en eft imprimé chés Jacques Guerin
, Quay des Auguſtins .
Le Spectacle de la Nature dans toutes fes
parties , confidérablement augmenté de Piéces
très-intereffantes . Aux Amateurs de l'Hif
toire Naturelle , & autres Curieux.
L'Hiftoire Naturelle eft auffi agréable qu'inftructive
, & l'ardeur avec laquelle on s'aplique depuis
quelques années à la connoître , a donné des preuves
de fes agrémens à ceux qui s'y font attachés.
Le défir d'être utile au Public, a engagé un Particu
lier d'expofer à fes yeux un amas confidérable de
Morceaux les plus rares & les plus finguliers que
produife la Na ure. Il feroit impoffible de donner
le détail d'une collection auffi nombreufe , & qui
a coûté bien du tems & de la dépenfe, pour la pouffer
au point où on la verra : on fe contentera de
dire que dans ce qui regarde les productions de la
Mer, on y remarquera l'Efpadon , un Foetus de Ba
leine , le Requin , le Poiffon volant , & plufieurs
G vj
autres
922 MERCURE DE FRANCE
2
autres des plus rares ; avec une fuite de Coquillages
des plus agréables & des mieux confervés , des
Plantes Marines , des Madrepores , des Coraux de
toute efpece , des affemblages de diverfes produc
tions , qui jointes enfemble , forment des Jeux admirables
de la Nature , &c. Dans ce qui regarde la
Terre , on verra des Mines d'or , d'argent & autres,
des Criftaux , des Pétrifications , des Congellations
une Licorne un Armadile ou Tatou plufieurs
Crocodiles , l'Araignée mâle & femelle , une quantité
nombreuſe de Phioles remplies d'Infectes &
Reptiles des plus finguliers , l'Oifeau de Patadis &
autres , avec une collection de Papillons étrangers,
très -bien confervés : plufieurs Animaux terreftres ,
& entr'autres l'Afue Rayé mâle & femelle , trèsrare
; enfin pour donner une idée du coup d'oeil
agréable & vafte que doit donner l'amas prodigieux
de cette Collection , il fuffit de dire qu'elle remplit
deux grandes Salles garnies d'Armoire & de
Gradins .
On a joint à ce Cabinet quantité d'autres Curiofités
, comme Armes antiques , Ouvrages de Sculpture
& de Tour , Ouvrages en Cire , & autres de
toute efpéce. On efpere que les Curieux feront fatisfaits
de la vue de toutes ces raretés , & qu'ils voudront
bien répondre , par leur préfence , aux intentions
que l'on a eûe de leur être utile en les amufant.
Ce Cabinet qui a été vu pendant le cours de la
derniere Foire de S. Germain , eft fi confidérablement
augmenté depuis ce tems , de Piéces curieufes
d'Hiftoire naturelle & de Plantes de Mer, qu'autres
morceaux fingu ier , que ce fuplément feul merite
l'attention des plus grands Curieux .
Ce Cabinet fe verra tous les jours depuis deux heures
après-midi jusqu'à ſept heures du foir , excepté les
Fêtes
DECEMBRE. 1740 2923
an
Fêtes Dimanches pendant le Service Divin ,
Carrefour de l'Ecole , vis -à- vis la rue des Prêtres.
Si quelques perfones veulent examiner ces Curiofités
feuls tranquillement , on pourra les leur faire voir
le matin , en avertiſſant la veille.
Si quelqu'un fe présentoit pour acquerir en totalité
toutes ces Curiofités , on lui en fera une compofition
bonnête raisonnable.
Le Cabinet dont on vient de parler , contient des
Morceaux affés rares & affés finguliers pour exciter
, tant les Amateurs en ce genre , que ceux qui
veulent s'inftruire fur cette matiere , à venir le voir,
& l'on ofe fe flater que leur démarche ne fera pas infructueufe;
& comme ce qu'on ne voit que légèrement
, ne laiffe aucune impreffion , furtout à ceux
qui n'ont pas une connoiffance acquile fur ces matieres
, celui qui a fait la Collection de ces diverfes
Curiofités , a fait la dépenfe pour l'utilité du Public
, de faire faire un Catalogue de toutes les Piéces
nombreuſes que contient ce Cabinet, & le diftribuera
gratis à tous ceux qui lui feront l'honneur
de le venir voir , afin que chacun puiffe être en
état d'examiner avec fruit tout ce que renferme ce
Cabinet , en voyant piéce à piéce ce qu'il contient.
Ce Catalogue eft fait de façon , que l'on peut com
mencer par un des côtés & finir de fuite par l'autre ,
en fuivant le tout le Livre à la main, ce qui inftruit
de ce que l'on a fous les yeux. Il fuffit de dire que
ce Cabinet eft compofé de plus de fept à huit mille
Piéces, tant grandes que petites, & pour la plûpart,
de morceaux les plus précieux qui fe trouvent dans
l'Hiftoire naturelle , & dans ce que l'Antiquité &
l'Art peuvent offrir de plus rare .
Le Sieur Rouffelot Cleriffeau , Marchand Gantier
, Privilegié du Roy , demeurant à Paris , ruë
Fire
2924 MERCURE DE FRANCE
Tire-Chappe , au Gand de Paris, à la Porte-Cochere
par laquelle on traverſe dans la rue des Bourdonnois,
vend des Gands pour femmes , d'une nouvelle
teinture , qui imite les couleurs de Soye , en toutes
fortes de couleurs. Ces Gans ne fe déteignent point,
& on peut les laver fans faire tort à la teinture , qui
refte toujours dans fa premiere couleur . Ils confervent
& nourriffent la peau , ils font très-doux ,
& tiennent chaud pendant l'Hyver & font frais
pendant l'Eté . Le même Marchand efpere d'en fournir
auffi pour hommes , inceffamment.
Le Sieur Bunon , reçû à Saint Côme , pour la
confervation des Dents & des Genſives , exerce ſon
Art, à Paris, rue S.Honoré, vis-à- vis celle de Grenel
le , à la fatisfaction du Public ; comme on perd les
Dents,fouvent faute de connoître les foins qu'elles
demandent , & les moyens de les conferver , on eft
reçû chés lui fans interêts à le faire vifiter la bouche,
& lorsqu'elle a befoin de quelque fecours, il pratique
toutes les opérations convenables , & donne les
remedes propres, foit pour conferver lesDents & les
Genfives ,foit pour prévenir & remédier aux accidens
qui leur furviennent . Les perfonnes dont il a l'honeur
d'avoir la confiance , ont lieu d'être contentes de là
maniere dont il gouverne leur bouche il donne
un opiate & une poudre pour blanchir les Dents
des racines & éponges préparées pour la propreté
de la bouche ; il a une excellente Fabrique de Dents
artificielles qui imitent les naturelles , étant trèsfolides.
Toutes perfonnes non aifées font reçûës &
fecourues gratuitement.
;
La Veuve Bailly , renouvelle au Public fes assurances
, qu'elle n'a point quitté fon Commerce , &
les véritables Savonettes de pure Crême de
Savon
DECEMBRE. 1740 2925.
嶺
Savon , fe débitent toujours chés elle rue du petit-
Lyon , à l'Image S. Nicolas.
Guérifon des Rhumatiſmes invéterés , gouteux
douleurs de nerfs , sciatiques , &c.
2
Le Sr le Carlier , Gendre du défunt fieur Porcheron
continue la même Pomade composée de
Simples , autorifée par Lettres Patentes du Roy ,
accordées à défunt Porcheron & à fes fucceffeurs ,
enregistrées au Parlement , approuvée de M. le
Premier Medecin du Roy, de M. Helvetius , Medecin
ordinaire de Sa Majefté , & Premier Medecin
de la Reine , & de Meffieurs les Doyen & Docteurs
de la Faculté de Medecine de Paris , lefquels
ont eux-mêmes guéri pat le feul liniment & frot .
tement de cette Pomade , plufieurs Malades de
Rhumatismes inveterés , goutteux , douleurs de
* nerfs , Nerfs retirés , Sciatiques , Paralyfies & Enquilaufes
dans les boëtes des genoux , qui ne cedoient
point aux remedes ordinaires : Elle guérit
auffi les playes abandonnées , le lait répandu aux
femmes & enflures de jambes ; elle fait transpirer
l'humeur au dehors fans aucunes cicatrices ; elle ne
fe corrompt janiais , & peut fe transporter en toutes
fortes de Pays. La même Pommade guérit les
maux de tête , les fluxions , & les hemoroides. Il
donne la maniere de s'en fervir . Les pots font de
cinquante fols , & de cent fols , cachetés de fon cachet.
Il demeure à Paris , rue Pavée , Quartier S. Sanveur
, derriere la Comédie Italienne , proche la ruë
Françoise , au premier Apartement , où fon Tableau
eft exposé.
SPEC
2916 MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
EXTRAIT d'une petite Comédie nouvelle
en Profe & en un Acte, intitulée l'Epreuve ,
par M. de Marivaux, repréſentée au Théâtre
Italien , le 19. Novembre 1740.
Lucidor.
ACTEURS.
Mad. Desmartins , Mere de Marianne , La
Marianne , fa Fille ,
Le Sr Romagnefy.
Dlle Belmont.
La Dlle Silvia.
Lifette , Servante de Ma- LaDlleThomaffin.
dame Desmartins ,
Blaife , jeune Fermier Le Sr Deshayes.
Frontin, Valet de Lucidor, Le 3r Riccoboni.
Cette Piéce a été très -bien reçûë du Public.
On l'a trouvée pleine d'efprit , fimple en action
, & élégamment dialoguée. En attendant
que l'Impreffion nous mette en état d'en
parler plus au long , on n'en donnera ici
qu'une espece d'Argument.
Lucidor étant tombé malade dans une de
fes Terres , y eft devenu amoureux de Marianne
, fille de Mad. Desmartins , ſa Fermiere.
L'Amour est entré dans fon coeur à
la faveur de la reconnoiffance . L'aimable
Marianne
DECEMBRE . 1740 1927,
me en lui
Marianne lui a parû fi fenfiblé à fa maladie ,
qu'il a crû avoir lieu de fe flater qu'il ne lui
étoit pas indifferent , ce qui l'a déterminé à
la demander en mariage à fa mere , malgré
l'inégalité des conditions. Prêt à faire une demande
dont il doit attendre tout le bonheur
de fa vie , il veut par délicateffe s'affûrer de
la poffeffion du coeur , avant que d'obtenir
celle de la perfonne ; cette délicateffe , qui
le porte à faire l'épreuve qui donne le titre à
la Piéce , lui fait craindre que Marianne n'aique
fes richeffes ; pour pénétrer ce
qui fe paffe dans le coeur de fa future épouſe ,
il ordonne à Frontin , fon Valet de Chambre,
de fe prêter au ftratagême , dont il s'eft
avifé , & de paffer , non pour fon Domeſtique
, mais pourun homme riche à qui il veut
faire époufer Marianne . Frontin feint d'arriver
de Paris chés Lucidor , richement habillé
, pour jouer le perfonnage que fon
Maître exige de lui ; il paroît furpris
du deffein que fon Maître a formé , pour
pofféder une Fille de fa Fermiere , & lui dit
qu'il pourroit l'avoir à moindre prix. Lucidor
lui ferme la bouche , fur tout ce qui peut
deshonorer l'objet de fon amour , & le renvoye.
Dans la premiere converfation que
Lucidor a avec Marianne, il lui dit qu'il veut
la marier avec un homme qui puiffe la rendre
heureuſe : il lui en fait le portrait d'une
maniere
2928 MERCURE DE FRANCE
maniere à lui faire penfer que c'eft de luimême
qu'il lui parle ; il lui préfente une
boete remplie de bijoux , pour préfent de
nôces , qu'il lui donne en qualité d'Ami ;
Marianne le reçoit avec plaifir , fe confir
mint de plus en plus dans la penfée , que
Pepcufeur & l'Ami qui donne le prefent de
nôces , ne font qu'une même perfonne. Mais
fa joïe eft bien-tôt détruite par une feconde
converfation, ou le même Lucidor, qui lui eſt
fi cher , la détrompe de fon erreur , en lui
difant, en termes trop intelligibles pour elle,
que c'eft à un de fes amis qu'il la deftine , &
que dans cette boëte qu'il lui a déja donnée ,
elle trouvera le portrait d'une aimable perperfonne
qu'il veut époufer. Marianne paroît
comme frapée d'un coup mortel ; elle eft fi
faifie , qu'elle n'a pas la force de dire un feuk
mot , mais la boëte de bijoux qu'elle rend fur
le champ à Lucidor , eft une réponſe bien plus
énergique pour ce tendre Amant , il ne peut
plus retenir les transports de fon amour ; it
fe jette à fes pieds & lui déclare tendrement
qu'il n'adore que la charmante Marianne.
Mad. Desmartins qui arrive pendant qu'il
eft aux pieds de fa Fille , ne fçait que penfer
de ce qu'elle voit. Lucidor lui déclare
fon amour pour Marianne , & la prie de confentir
à le rendre heureux en l'acceptant pour
Gendre.
Voilà
DECEMBR E. 1746. 2929
Voilà tout ce qui concerne l'action Théâ
trale dans le court argument que nous don
nons de cette Piéce ; quant à l'épiſode de
Blaife , jeune Fermier , à qui Mad. Desmartins
à promis Marianne , elle ne fert qu'à
fournir quelques Scenes Comiques , qui ne
font qu'amufer & qui ne font nullement néceffaires
pour arriver au but que l'Auteur
s'eft propofé , cette feconde épreuve étant
fubordonnée à celle que Lucidor fait fur le
coeur de Marianne , par la propofition d'un
mariage infiniment plus flateur pour la Fille
d'une Fermiere ; cet Amant pouvoit aisément
s'en paffer ; mais ces fortes de fuperfluïtés
ne laiffent pas d'être utiles , furtout quand
elles donnent lieu de faire paroître un Acteur
auffi aimé que le Sr Deshayes , qui fait
toujours beaucoup de plaifir , dans quelque
Rôle qu'on le place. La Dile Silvia & le
Sr Romagnefy , qui jouent les deux princi
paux Rôles de la Piéce , ont eû des aplaudif-
Temens très bien mérités.
Cette Comédie paroît imprimée depuis
peu. A Paris, chés F. G. Merigot , Quai des
Auguftins , à la defcente du Pont S. Michel ,
à S. Louis , 1740. prix 24. fols.
Le 19. Decembre , les mêmes Comédiens
donnerent la premiere Répréfentation d'une
Comédio nouvelle , intitulée , Amadis , Parodie
d'Amadis de Gaule , qu'on jouë actuel
lement
•
2930 MERCURE DE FRANCE
lement à l'Académie Royale de Mufique .
Cette Piéce , dont les fieurs Romagnefy &
Riccoboni , font les Auteurs , a été reçûë favorablement
du Public . Elle eft ornée de
trois Intermedes de Chants & de Danſes trèsbien
exécutés , dans des caracteres convenables
, au fujet de la Parodie. Un nouveau
Danfeur & une nouvelle Danfeufe , y ont
danfé enſemble differentes Entrées dans les
Divertiffemens de la Parodie , dont la Mufique
, qui eft très-bien caracteriſée , eſt toûjours
du fieur Blaife , & la compofition des
Ballets , des Srs Riccoboni & Deshayes .
Le S. Rochart de Bouillac , nouveau Comédien
, qui a débuté à Fontainebleau , a été
reçû depuis dans la Troupe de l'Hôtel de
Bourgogne.
Le 27. Decembre, les Comédiens François
remirent au Théâtre , la Comédie du Triomphe
du Temps , en trois Actes , dont chaque
Acte forme un different Sujet de Piéce . Elle
eft précédée d'un Prologue,& ornée de trois
Divertiffemens de Chants & de Danfe . Cette
Comédie , qui eft du feu fieur le Grand
avoit été donnée dans fa nouveauté , le 18 .
Octobre 1724. avec fuccès. Nous avons
donné , dans le tems , des Extraits féparés de
ces trois Actes & du Prologue , avec les couplets
des trois Intermedes , dans le Mercure
DECEMBRE. 1740. 2937
de Novembre 1724. pag. 2443. auxquels
nous renvoyons nos Lectures,
hothot
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
N mande de Conftantinople , que le bruit y
couroit , que Thamas Kouli-Kan , ayant reçu
le fecours de Troupes que le Prince fon fils lui a
amené , avoit remporté une Victoire complette fur
les Usbechs & fur les Aghuans .
RUSSIE.
Es dernieres Lettres de Petersbourg , du 27
L'ovembre dernier,portent qu'onne pût le
dernier ,, portent
même jour de la détention du Duc de Curlande ,
être inftruit de toutes les particularités de cet évenement
, & que ce ne fût que le lendemain qu'on
fçût exactement de quelle maniere le Feldt Maréchal
Comte de Munich avoit exécuté l'ordre qu'il
avoit reçû à ce sujet.
Ce Géneral s'étant rendu à pied en habit uniforme
avec fes Adjudans, au Palais d'Eté, vers les deux
heures du matin , il entra dans le Corps de Garde ,
où font les Troupes qui font le Service auprès du
corps de la feue Czarine. Il leur demanda fi elles le
reconnoiffoient , & les Troupes ayant répondu
qu'elles fe feroient toûjours honneur de marcher
fous fon Commandement , il leur dit qu'elles fçavoient
avec quel zéle il s'étoit expofé plufieurs fois
pour le Service de l'Etat ; qu'elles l'avoient glorieufement
2932 MERCURE DE FRANCE
rieuſement fuivi ; qu'il comptoit qu'elles ne l'abandonneroient
pas dans une occafion où il s'agiffoit
de l'interêt du Czar , & qu'il falloit détruire en la
perfonne du Régent , un traître & un ufurpateur de
Pautorité. Les Oficiers & les Soldats l'affurerent
qu'ils étoient difposés à faire tout ce qu'il ordonneroit
, & il détacha auffi- tôt vingt hommes , pour
fe faifir du Duc de Curlande. Ce Prince au premier
bruit qu'il entendit apella la Garde ; mais on lui
annonça que la Garde n'étoit plus à les ordres , &
ceux qu'on avoit chargés de l'arrêter , s'étant faifis
de lui , ils le menerent du Palais d'Eté au Corps de
Garde de celui d'Hyver. On arrêta en même tems
la Ducheffe de Curlande , fes trois enfans , le Géneral
Guftave Biron , & M. de Beftucheff , Miniſtre
du Cabinet , & l'on conduifit ces deux derniers au
même Corps de Garde où étoit le Duc de Curlande
.
A neuf heures du matin , lorsque les trois
Régimens des Gardes à pied eurent été affemb és ,
la Princeffe Elizabeth Petrowna , fut mandée ainfi
que les Miniftres & les Géneraux chés la Princeffe
de Brunswick Bevern , & il s'y tint un Confeil qui ·
dura jufqu'à cinq heures du foir . En conféquence
des réfolutions qui y furent prifes , le Duc de Curlande
fut mis dans un équipage des Ecuries du Gzar ,
avec un Médecin & deux Officiers . Il étoit précedé
de l'Adjudant Géneral du Comte de Munich , &
efcorté d'un détachement des Soldats des Gardes ,
Ja Bayonnette au bout du Fufil . La Ducheffe de
Curlande , le Prince Charles , fon fecond fils & la
Princeffe , fa fille , partirent en même tems dans
d'autres Voitures , & ils furent conduits , ainfi que
le Duc de Curlande , au Convent de S. Alexandre
Newsky , éloigné de Petersbourg d'un quart de
lieus , où ils pafferent tous la nuit , & d'où ils furent
DECEMBRE. 1740. 2938
tent transferés le 2 1. du mois dernier à la Fortereffe
de Schluffelbourg , près le Lac de la Doga . Le Gé
neral Guſtave Biron & M. de Beftucheff , partirent
le même jour que le Duc & la Ducheffe de Curfande
; mais on ignore en quel lieu ils ont été conduits
. Le fils aîné du Duc de Curlande , étant fort
malade , on s'eft contenté de le transporter du Pa→
Hais d'Eté dans l'Hôtel où logeoient les perfonnes
de la fuite du Duc fon pere , & l'on y a mis une
Garde.
On a dépêché un Courier à Moſcow, pour donner
ordre de s'assurer de la perfonne du Géneral
Charles Biron , qui y commande , & qui eft frere
aîné du Duc de Curlande .
•
Le Géneral Bismarch , Gouverneur de Riga , y a
été arrêté aufli le 23. par ordre de la Princelle Kégente.
Le 21. cette Princeffe fit la cérémonie elle -même
du Colier de l'Ordre de S. André , & elle annonça
en même tems que le Czar déclaroit le Prince de
Brunswick- Bevern , Lieutenant - Colonel de la Compagnie
des Gardes à Cheval .
Le Comte de Golofkin a été nommé Vice-
>>Chancelier ; le Grand Maréchal de la Cour a obtenu
une Gratification de 400000. liv.
S. M. Cz. accordé au Feldt Maréchal Trubeskoy
, une Penfion de 200co liv. & Elle lui a
fait en même tems la remife d'une fomme de
400000 liv . qu'il avoit empruntée de la Couronné.
Elle a donné des Terres pour plus de 20000 liv. de
rente au Géneral Apraxin , beau- Fils du Géneral
Owzakow , & pour environ 12000 liv . à M. de
Chaploff , Maréchal de la Cour.
Le Baron de Mengden , a été déclaré Conſeiller
Privé , & le Czar a disposé du Régiment de Cuiraffiers
du Prince de Brunswick , en faveur du Feldt
Maréchal
2934 MERCURE DE FRANCE
Maréchal Lafci , que le feu Empereur a nommé
Comte de l'Empire .
La plupart des perfonnes qui étoient attachées au
Duc de Curlande ont été privées de leurs emplois ,
& l'on a arrêté quelques - uns de fes principaux
Officiers . M. Asfendiel , Capitaine dans le Régiment
des Gardes Simonowky , a été conduit à la
Fortereffe de Schluffelbourg ; & l'on cherche partout
le JuifLiepman , qui a pris la fuite dès qu'il a
été informé de la détention du Duc. Comme ils
avoient l'un & l'autre beaucoup de part à fa confiance,,
on s'attend à tirer d'eux plufieurs éclair,
ciffemens dont on a befoin.
O
MITTAU.
Na apris le mois paffé que le Conſeil de Régence
reçût il y a quelque tems une Lettre
par laquelle le Duc de Curlande mandoit aux Etats
de ce Duché , que pour condefcendre à la volonté
de la feuë Czarine , il avoit été obligé d'accepter la
Régence de Mofcovie ; que les foins attachés à
l'Adminiſtration des affaires d'un fi grand Etat , ne
l'empêcheroient point d'avoir l'attention la plus
exacte pour tout ce qui pourroit contribuer à l'avantage
de fes Sujets, qu'il le trouveroit même plus
en état d'y travailler avec fuccès , & qu'il efperoit
que les Curlandois continueroient de lui témoigner
le même attachement qu'ils avoient fait paroître
pour fa perfonne depuis fon Election .
Les Etats avoient nommé des Députés pour aller
féliciter le Duc fur la nouvelle marque de confiance
& de diftinction qu'il avoit reçûë de la feuë Czarine
, & ces Députés fe difpofoient déja à partir ,
pour s'acquitter de leur Commiffion , lorſqu'on a
apris que le Duc avoit été arrêté à Petersbourg
"
ayco
DECEMBRE: 1740 2935
avec la Ducheffe & fes Enfans , & qu'on parloit
même de lui faire fon Procès .
Les derniers avis portent qu'on attendoit inceffainment
à Mittau un détachement de Troupes
Mofcovites , dont le Commandant avoit ordre de
fe faifir de plufieurs effets apartenans au Duc de
Curlande , & qu'on y étoit dans une grande imparience
, de fçavoir fi les Etats de Curlande auroient
la liberté d'élire un nouveau Souverain , ou fi la
République de Pologne feroit valoir fes Droits fur
ce Duché, & fur celui de Semigalle , conformément
à ce qui a été réglé dans la Diette génerale de
1689.
O
ALLEMAG N E.
N aprend de Vienne , du 3. de ce mois , que
lorfque les Députés des Etats de la Haute &
Baffe Autriche , rendirent le 12. du mois dernier
leur hommage à la Grande Ducheffe de Tofcane ,
le Comte de Sinzendorff , Grand Chancelier de la
Cour , leur expoſa par ordre de cette Princeffe , les
raifons pour lesquelles l'Affemblée des Etats avoit
été convoquée. Le Comte de Harrach , qui en qualité
de Maréchal Heréditaire de la Province , étoit à
la tête des Députés , répondit au difcours du Comte
de Sinzendorff , & il assûra la Grande Ducheffe de
Toſcane au nom des Etats , que les Autrichiens auroient
toujours pour elle la même fidelité & la même
foûmiffion qu'ils avoient eûs pour le feu Empereur.
Après la Harangue du Comte de Harrach , la
Grande Duchesse de Toscane déclara que pour le
bien de fes Sujets , elle avoit résolu d'associer le
Grand Duc , fon époux , au Gouvernement , & elle
ajoûta qu'elle informeroit plus amplement les Etats
de fes intentions à cefujet .
II. Vol. H Les
1936 MERCURE DE FRANCE
8
Les Députés des Etats ayant prêté le ferment de
fidélité , cette Princeffe précédée des Chevaliers de
la Toifon d'Or , qui étoient à Vienne , des Miniftres
d'Etat ; des Confeillers Privés ; des Chambel
lans de la Clef d'Or , des Officiers Heréditaires &
des Députés des Etats ,fe rendit en Chaife à Porteurs
à l'Eglife Métropolitaine de S. Etienne, où elle entendit
la Grande Meffe , célébrée par le Cardinal
Archevêque de cette Ville , & elle jura fur l'Evangile
de conferver aux Etats leurs Privileges , & de
gouverner fes Sujets en Mere de la Patrie . Elle retourna
au Palais avec le même Cortege , & elle affifta
dans la Chapelle au Te Deum , pendant lequel
on fit plufieursSalves d'Artillerie & deMoufqueterie.
A midi , la Grande Ducheffe de Toſcane dîna
avec le Grand Duc , qui fe plaça à la gauche de
cette Princeffe , & elle fut fervie par les Officiers
Héréditaires de la Province.
La Grande Ducheffe étant fortie de table , les
Députés des Etats & les Officiers Heréditaires furent
conduits dans une Sale , où on leur fervit une ta,
ble de 80, couverts . Il y en eut feize autres , cha
cune de douze couverts pour les Seigneurs & les
Dames de la Cour.
On avoit élevé dans la Place de Graben , un Arc
de Triomphe , fous lequel étoit le Portrait de la
Grande Ducheffe , qu'un Ange couronnqit .
1
Cette Princeffe , après avoir donné Audience le
18. du mois dernier , à l'Univerfité de Vienne , fut
haranguée par M. François - Antoine de Spaun ,
Recteur , en Latin ; elle répondit en la même
Langue.
La Grande Ducheffe de Tofcane a conferé au
Grand
Ducla
prérogative
de
regner
fur l'Archidu- ché d'Autriche & des autres Pays Heréditaires , &
l'Acte en a été enregistré dans tous les Tribunaux
de cet Archiduché.
DECEMBRE, 1740 2937
fon
Cette Princeffe déclare dans cet Acte , que
intention eft de ne point donner la moindre atteinte
à la Pragmatique Sanction ; qu'elle reconnoît
qu'il n'eft nullement en fon pouvoir d'y déroger ,
&que le Grand Duc n'eft pas moins éloigné qu'elle
de rien entreprendre qui n'y foit entierement con
forme ; mais qu'elle a jugé , que l'on ne pourroit
point regarder comme une chofe contraire à l'ordre
établi par l'Empereur au fajet de fa fucceffion
fi en réfervant expreffément tous les Droits quia
l'avenir & felon les évenemens futurs , pourroient
apartenir en vertu de cette difpofition aux autres
héritiers ou héritieres de la Maifon d'Autriche , elle
fe déterminoit à en difpofer en faveur de quelqu'un,
tel qu'il fût , afin d'en jouir & de les gouverner
conjointement avec elle , & fi elle lui transportoit
de cette maniere une partie des Droits qui lui apartiennent
uniquement & à l'exclufion de tout autre s
qu'en conféquence de cette maxime fondée fur le
Droit & ayant confideré d'ailleurs par raport à
fon fexe , que la profperité , le repos & la sûreté de
fes Etats & Pays Heréditaires , pourroient exiger
en plus d'une occafion , qu'elle fût foulagée du pefant
fardeau du Gouvernement par l'aide & les
foins d'une perfonne de confiance , elle a crú ne
pouvoir mieux faire que de partager fon autorité
avec le Grand Duc de Tofcane , en faveur duquel
concourent la haute naiffance , les grandes qualités
& le mariage qu'il a contracté avec elle , bien entendu
qu'elle ne prétend point le défaifir de la pro
prieté de les Etats qui doivent toujours demeurer
indiffolublement unis ; qu'ainfi après une mûre dé-
Jiberation & de fon plein gé , elle confere au
Grand Duc la prérogative de régner ; qu'elle eft
au furplus dans la ferme attente , que dans le cas
où celui de ſes enfans qui lui fuccedera , auroit at-
H ÿj teins
2938 MERCURE DE FRANCE
teint fa 18 année , il n'oubliera jamais le refpe&
filial qu'il doit au Grand Duc , pour ofer lui diſputer
en rien la prérogative de régner , qu'elle lui
confere.
Le Grand Duc , en acceptant l'aflociation , a promis
folemnellement qu'il n'en prendroit point occafion
d'exiger la preféance fur la Grande Ducheffe;
qu'il obferveroit & accompliroit fidélement toutes
les Claufes contenues dans l'Acte , par lequel cette
Princeffe confent de partager avec lui fon autorité ,
fans qu'aucune raifon ni prétexte puiffe jamais l'engager
à fe départir de cette réfolution ; qu'il fe
conformeroit à ce qui a été reglé par la Pragmatique
Sanction , qui ftatuë que le régne fur le corps
d'Etats laiflés par le feu Empereur fera unique &
indiviſible , pour les héritiers de la maiſon d'Autriche
, & qu'il n'entreprendroit rien contre les Droits
qui leur apartiennent .
On a apris de Dresde du 12. de ce mois , que les
Commiffaires chargés de l'Expedition des Affaires
qui concernent le Vicariat Genéral de l'Empire , font
le Baron de Gersdorf , Vice- Chancelier de l'Electo
rat de Saxe , Mrs de Looff , Rex & de Studnitz ,
Confeillers Intimes ,& Mrs de Gartner & de Schrotte,
Confeillers Auliques. Ils s'affemblent regulierement
tous les jours , & après chacune de leurs féances ,
le Baron de Gersdorff, rend compte au Roy de Po
logne , Electeur de Saxe , du réſultat de leurs déli
bérations .
Le 8. du même mois , Fête de la Conception de
la Sainte Vierge , pendant la Meffe qu'entendit la
Grande Ducheffe de Tofcane , M. Adam Gerfter ,
Recteur de l'Univerfité de Vienne ,& les Doyens des
quatre Facultés , jurerent fuivant la coûtume de
foutenir l'Immaculée Conception.
BAVIERI
DECEMBRE . 1740 . 2939
L
BAVIER E.
>
E'S avis de Munich , portent que la proteftation
que le Comte de la Peroufe , Miniftre de
l'Electeur de Baviere à la Cour de Vienne , a remise
aux Miniftres de la Grande Duchefle de Toſcane , a
eté rendue publique, & qu'elle renferme que l'Electeur
conjointement avec quelques autres Etats de
l'Empire , a fait connoître combien il étoit attentif
à maintenir fes droits , depuis que le feu Empereur
a demandé à l'Empire la garantie de la Pragmatique
Sanction , & de l'Ordre de fucceffion qu'il a établi
; que l'Empire avoit fur ce fujet des confidérations
genérales qui intereffoient fa confervation &
fa sûreté , & qui devoient le porter à prévenir les
dangers auxquels l'ane & l'autre pouvoient être expofées
; qu'à ces confidérations fe joignoient les
Droits de l'Electeur Droits fondés fur diverfes
difpofitions , tant par raport aux Pays Heréditaires
de la Maifon d'Autriche , que par raport à une partie
de l'ancien Patrimoine de la Maiſon Electorale
de Baviere , dans le cas où la Branche Maſculine de
la Maifon d'Autriche viendroit à s'éteindre ; que
l'Electeur conftamment attaché à fes principes ,
s'eft crû obligé de ne négliger aucune occafion de
fe garentir lui & fa Maifon du préjudice que pouvoit
lui caufer l'acceptation de la Pragmatique Sanction
; qu'on ne peut ignorer que les acceptations ou
les renonciations que l'Electrice a faites avant fon
Mariage , & que l'Electeur a confirmées depuis , ne
donnent ni ne peuvent donner aucun poids à cette
Pragmatique , & que la fimple lecture de ces Piéces
peut fuffire pour établir cette verité , que l'Electrice
en qualité de Princeffe de la Maiſon , n'a pû renoncer
qu'aux Droits venant de fon chef , & non aux
Dreits
370
H iij
1940 MERCURE DE FRANCE
la
Droits particuliers qui étoient acquis à la Maiſon
de Baviere ; qu'il n'a pas été fait la moindre mention
de ces Droits dans le Contrat de Mariage de
cette Princeffe ; qu'ainfi l'Electeur a pâ , fans le
moindre inconvenient , confirmer ces renonciations
, puifqu'elles n'influoient en rien fur fes Droits,
& qu'il avoit été pourvû d'une autre maniere à ceux
de la Maiſon Electorale ; que le confentement de
toute la Maifon de Baviere , auroit pû être neceſ- '
faire en cette occafion , mais qu'on n'a point penfé
à le demander , parce que les Droits particuliers
de cette Maiſon ne pouvoient fouffrir aucun préju
dice par ce mariage , que la Grande Ducheffe de
Tofcane , ayant , fous le Titre d'Unique Héritiere
des Etats de la Maifon d'Autriche , pris poffeffion
de tous les Pays Heréditaires de cette Maiſon, cette
démarche prouve qu'elle prétend fe les aproprier ,"
& faire valoir l'ordre de fucceffion établi par
Pragmatique Sanction ; qu'une entrepriſe de cette
nature eft trop contraire aux Droits de l'Electeur ,
pour qu'il lui foit poffible de la regarder avec indifference
, malgré les fentimens d'eftime & d'affec
tion qu'il conferve & qu'il confervera toujours pour
la Grande Ducheffe de Tofcane; que par ces raifons
il fe voit obligé de prendre les mesures neceffaires
pour prévenir le tort qu'on veut faire à ſa Maiſon
qu'il eft d'autant plus autorifé à s'y opofer , que le
feu Empereur dans le Décret de Commiffion qu'il
à envoyé à la Diette , a déclaré expreffément que'
la garentie que S. M. I. demandoit de la Pragmatique
Sanction , ne devoit caufer aucun préjudice à
perfonne , & qu'il eft probable que c'eft cette dé-'
claration qui a engagé quelques Etats de l'Empire
à fe charger de la Garentie ; que l'Electeur ,
miné par des motifs fi puiflans , ne peut fe difpenfer
de protefter de la maniere la plus folemnelle contre
déterdes
DECEMBRE: . 1745 1745. - 2941
des entrepriſes prématurées & contraires à fes
Droits , le réfervant fans aucune reſtriction & en la
meilleure forme que faire fe peut , le maintien de
fes Droits & de ceux de la Maiſon , & qu'afin que
le Public foit informé de leur nature , l'Electeur
fait travailler actuellemenr à un Manifefte , dans
lequel ils feront amplement déduits .
Le bruit court que ce Prince fait diftribuer un
nouvel Ecrit intitulé : Obfervations, tant fur la Lettre
Circulaire adreffée par la Cour de Vienne , à fes
Miniftres dans les Cours Etrangeres , que fur les
Extraits qui y font joints , du Teftament & du Codicile
de l'Empereur Ferdinand I. touchant la Succeffion
aux Etats de la Maifon d'Autriche.
HAMBOUR G.
ON aprend que les Troupes qui le font rendues par ordre du Roy de Pruffe , dans le Duché
de Groffen, font entrées en Silefie , & que S. M. Pr
a fait remettre aux Miniftres Etrangers qui font à
Berlin , une Déclaration , laquelle porte qu'en fai
fant entrer les Troupes dans cette Province , elle
ne s'étoit déterminée à cette démarche par aucune
mauvaiſe intention contre la Cour de Vienne , &
moins encore dans le deffein de vouloir troubler le
repos de l'Empire ; qu'elle s'eft crue indispenfabiement
forcée au parti qu'elle a pris pour faire valoir
les Droits inconteftables de fa Maifon fur la Silefie,
fondés fur d'anciens Pactes de Famille & de Confraternité
entre les Electeurs de Brandebourg & les
Princes de Silefie , de même que fur d'autres Titres
refpectables ; que les circonftances prefentes & la
crainte de le voir prévenir par ceux qui forment
des prétentions fur la Succeffion du feu Empereur ,
ont demandé de la promptitude dans cette entre-
Hiiij prife ;
2942 MERCURE DE FRANCE
prife ; mais que fi ces raifons n'ont pû lui permettre
de s'éclaircir préalablement avec la Grande Duchesse
de Tofcane, elles n'empêcheront jamais S. M.
de prendre fortement à coeur les interêts de la Maifon
d'Autriche , & d'en être le plus ferme apui
dans toutes les occafions qui fe prefenteront.
Il doit paroître inceffamment un Manifefte , dans
lequel feront exposés les Droits de la Maison de
Brandebourg fur le Duché de Silefie .
S. M. Pr. a fait prefent de fon Portrait enrichi de
Diamans au Marquis de Beauveau qui étoit allé en
Pruffe en qualité d'Envoyé Extraordinaire du Roy
de France , pour la complimenter fur la mort du
feu Roy.
POLOGNE.
Oblé extraordinairement à Warfovie , pour déliberer
fur les mesures que la République prendra
par raport au Duché de Curlande .
Na apris de Pologne que le Sénat s'eft affem-
Les mêmes nouvelles portent que le détachement
qui étoit allé à Mittau , avoit enlevé tous les Effets
que le Duc de Curlande у avoit fait transporter de
Petersbourg.
ESPAGNE .
N aprend de Madrid , que le Pacquetbot Ans
glois la Notre- Dame de la Solitude , dont le
Vaiffeau le St. Ignace s'eft emparé , & fur lequel il
ya 106378 livres de Tabac , entra le 6 de ce mois
dans le Port de Fontarabie .
Le même Vaisseau a fait à la hauteur des
Ifles du Vent une autre prife Angloife , dont la
charge confifte en 157. barriques d'Eau- de- Vie de
Canne.
ITALIS
DECEMBRE. 1740 19.43.
ITALIE.
N mande de Rome , que le 27. du mois d'Octobre
dernier , jour fixé pour l'ouverture dis
Jubilé , le Pape accompagné du Sacré College , du
Tribunal de la Rote , des Evêques Affiftans du Trône
, de tous les autres Prélats , du Connétable Colonne
, du Gouverneur de cette Ville , des Prieur
& Confervateurs du Peuple Romain , & de la prin
cipale Noblesse , assista à la Procession folemnelle
que le Clergé Séculier & Régulier fit de l'Eglife
de Nôtre-Dame des Anges à celle de Ste Marie-
Majeure.
Sa Sainteté a établi une nouvelle Congrégation ;
compofée des Cardinaux Aldrovandi , Valenti
Gonzaga & Paffioneï , dans laquelle on examinéra
toutes les affaires qui auront raport à l'Election de
P'Empereur.
Au commencement du mois passé , le Cardinal
Valenti - Gonzaga , a eû plufieurs Conférences avec
FAmbassadeur de Malthe , au fujet des differends
furvenus entre le Confeil de la Religion & M. Gualterio
, qui réfide à Malthe , en qualité d'Inquifiteur
, & qui a menacé d'excommunier le Grand-
Maître & les Chevaliers , s'ils n'obligeoient le Fils
du Bey de Tunis de fortir de leur Ifle .
Les Lettres de Florence , marquent qu'après quel
ques jours d'un tems assés beau , pour faire efperer
la cessation de la pluye , elle recommença la nuit du
premier au deux de ce mois avec une fi grande
abondance caufée par une fonte de Neiges fi prodigieufe
, que la Riviere de l'Arno , s'eft débordée
la nuit fuivante. Ses eaux ont monté dans cette
Ville jufqu'à 40. pieds de hauteur , elles ont cou
yert toutes les Arches des Ponts , à Pexception de
Hv celle
1944 MERCURE DE FRANCE
celle du milieu , & elles ont passe pardessus les pa
rapets des Quais . Toutes les Maifons basses de la
Ville ont été fubmergées , & l'eau a monté jusqu'aux
apartemens du premier étage , deforte que plufieurs
perfonnes fe font trouvées enfermées dans leurs
Maifons fans pouvoir en fortir ni recevoir aucun
fecours parce que l'impétuofité de l'eau avoit brifé
ou emporté tous les Bateaux qui étoient fur la Riviere.
Il y a encore plufieurs Maifons dont il n'est
pas possible d'aprocher , & dans lesquelles on ne
fait passer des Vivres qu'avec de grandes Perches.
Cette inondation , dont on n'a point d'exemple , a
d'autant plus furpris , qu'elle eft arrivée en très peu
de tems , fans avoir été précédée d'aucun vent ni
orage.
Les eaux avoient baissé quelques jours après , de
près de vingt pieds, & on esperoit qu'elles diminuëroient
encore beaucoup ; on commençoit à être
rassûré de l'allarme que cette inondation a caufée
dans cette ville avec d'autant plus de raiſon , que fr
elle avoit fait encore quelques progrès , on eût été
obligé d'abandonner la Ville .
Le débordement de la Riviere a caufé un dommage
très - conſidérable , & il eſt aifé de juger par ce
que les eaux ont entraîné & qu'on a vû passer , que
les campagnes , où la Riviere s'eft débordée , ont
beaucoup fouffert , & qu'il y a eu un grand nombre
de perfonnes noyées , & de, Maitons renversées.
L'eau ayant gagné une Verrerie , qui eft à
l'extremité de la Ville , près de la Porte San-Friano,
& ayant pénétré jusqu'au Fourneau qui étoit allumé
, elle a fait fauter en l'air toute la matiere qui
y étoit , & cette matiere a mis le feu aux Bâtimens.
Cet incendie , quoique très- confidérable , n'a pas eû
des fuites auffi fâcheufes qu'on le craignoit , parce
qu'on a fait des coupûres , pour empêcher la communication
des flâmes .
DECEMBRE 1740 2945
•
On a depuis apris de Rome , que
le 3. de ce
mois , on célébra dans la Chapelle du Palais du
Quirinal , un Service folemnel pour le repos de l'ame
de l'Empereur , & que fa Sainteté y affifta avec
le Sacré College . Le Cardinal Annibal-Albani , Camerlingue
de la Ste Eglife , y officia pontificalement
, & l'Oraifon Funebre fût prononcée par
M. Jean - Charles Boſchi , Camérier Secret du
Pape.
Sa Sainteté a donné un Bref , par lequel elle releve
des Cenfures & des peines Ecclefiaftiques tous
Religieux qui ayant abandonné leur Ordre , ou
même ayant apoftafié , fe préfenteront à un Vicaire
Apoftolique , avec un fincere repentir , pour obtenir
l'abfolution . Le Pape ordonne par le même
Bref, à tous les Superieurs des Convens , de les recevoir
dans leurs Maifons, & de ne leur faire éprou
ver aucun mauvais traitement , & il accorde aux
Religieux , que l'Auſterité de leur Ordre pourroit
détourner d'y rentrer , la permiffion de paffer dans
un Ordre dont la régle foit moins difficile à obſerver.
L
NAPLE S.
Es Lettres de Naples portent que le 17. du
mois paffé , le Cardinal Aquaviva , que le Roy
& la Reine d'Espagne avoient chargé de tenir en
leur nom fur les Fonts de Baptême la Princeffe dont
la Reine des deux Siciles eft accouchée , fe rendit
en grand cortege au Palais , étant accompagné de
Dom Jofeph de Miranda , Premier Ecuyer du Roy,
qui étoit allé le prendre à l'Hôtel de Converfano ,
dans les carosses de leurs Majeftés . Le carosse dans
lequel étoit ce Cardinal , étoit précedé de dix -huit
de fes Valets de pied , de fix Coureurs & de fes Pages
, & il étoit environné de plufieurs Gentilshom
Hvj mes
2946 MERCURE DE FRANCE
mes à cheval. Le Cardinal Aquaviva fut reçû au ba
du grand Escalier par les Premiers Gentilshomme
de la Chambre , & il fut conduit par Don Bar
thelemy Roffi , l'un d'entre eux , dans l'apartement
du Roy, qui le reçût avec beaucoup de marques de
bienveillance. Il accompagna enfuite leurs Majeftés
à la Chapelle , où la jeune Princeffe reçût le Baptême
par les mains de M. Simonetti -Nonce du
Pape.
"
On mande de la même Ville , du 29. Novem
bre , que le Traité de Navigation & de Commerce ,
qui fe négocioit entre le Roy & la République de
Hollande , venoit d'y être conclu , & qu'il avoit été
figné pour le Roy , par le Prince Dardore Milano ,
Miniftre Plénipotentiaire de S. M. & pour les Etats
Géneraux , par M. d'Egmont de Nyenbourg , leur
Envoyé extraordinaire à Naples.
>
Le Cardinal Aquaviva , fe rendit le 24. du mois
dernier en grand Cortege au Palais , & il prefentaą
à la Reine la Rofe d'Or , bénite par le Pape
GENES ET ISLE DE CORSE.
N aprend de Genes , qu'un Armateur Efpagnol
a conduit à la Specie , un Vaiffeau Hollandois,
fur lequel on dit qu'il y a pour 30000 Piastres
de Marchandifes , & dont il s'eft emparé vers
le Cap- Corfe, fous prétexte qu'il y avoit à bord de
ce Bâtiment , cent Barils de Poudre & une grande
quantité de Caiffes remplies de Fufils & de Piſtolets
, qu'il portoit en Turquie.
Le Comte de Maillebois eft parti de la Baftie ,
pour revenir en France .
On mande que le 7. Decembre , il y avoit eû
pendant trois jours confécutifs des Vents fi violens
, qu'on ne fe fouvenoit point d'en avoir ja
mais
DECEMBRE. 1740. 2947
mais effuyé de pareils . & que la Mer avoit été fi
agitée , que plufieurs Bâtimens qui étoient dans le
Port de Genes , avoient été extraordinairement en
dommagés. Un Vaiffeau Suedois , qui n'avoit pu
fe mettre à couvert , comme les autres , derriere
l'ancien Mole , a eû tous fes cables rompus , & il
eft allé ſe brifer vers S. Théodore , près le Palais
du Prince Doria. Tout l'équipage a eû le bonheur
de fe fauver.
O
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres , qu'un Vaiffeau de
Guerre du Roy , s'eft emparé d'un Bâtiment
Hollandois , fur lequel il y avoit une grande quantité
de Marchandiſes qui apartenoient à des Négocians
de Cadix.
Les Vaiffeaux le Nanci & le S. Thomas , l'un de
Waterford & l'autre d'Edimbourg , font tombés
entre les mains des Eſpagnols .
Un Armateur de la même Nation. , a conduit à
Barcelonne le Vaiffeau la Wilhelmine , commandé
par le Capitaine Backir , qui alloit d'Amfterdam
à Livourne.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
O
N mande de Rome , que le Pere Dom Mu
caire , y étoit mort le 27. Novembre dernier ,
dans l'Hofpice de S. Etienne des Maures , âgée
de 108. ans , & qu'il n'avoit eû aucune incommodité
pendant le cours de fa vie . Il avoit été Abbé de
Séethe dans la Thébaïde en Egypte . Il étoit Copte
Catholique de Nation.
Le
2948 MERCURE DE FRANCE
Le 14. Decembre , Benoist Erba Odescalchi ,
natif de Milan , Cardinal , Prêtre du titre des douze
Apôtres , ancien Archevêque de Milan , mourut
à Milan , âgé de 61. ans , 4. mois & 4. jours ,
étant né le 19. Août 1679. Il étoit Créature du feu
Pape Clement XI . qui le fit fucceffivement fon Camerier
d'honneur au mois de Mars 1703. Vice-
Légat de Ferrare au mois de Mai 1706 & Ponent
de la Vifite en 1707. Etant Vice -Legat de Bologne,
il fut nommé au mois d'Août 1711. à la Nonciature
de Pologne. Il prit alors le nom d'Odescalchi,
D. Livio Odescalchi , fon Coufin Germain maternel,
l'aïant ainfi fouhaité. L'Archevêché de Theffalonique
, in partibus Infidelium , fut proposé pour
lui dans un Confiftoire le 18. Decembre de la même
année 1711. Pendant fa Nonciature en Pologne ,
Clement XI . l'ayant nommé à l'Archevêché de Milan
, au mois d'Août 1712. propofa pour lui cette
Eglife en Confiftoire le s . Octobre , & lui accorda
le Pallium le 21. Novembre. Il le créa & déclara
Cardinal le 30. Janvier 1713. à fon retour de Pologne.
Il fit fon entrée à Rome le 10. Mars 1715 .
& s'étant rendu en Cavalcade au Confiftoire le 14 .
du même mois , il y reçût le Chapeau. Le premier
Avril fuivant , le Pape après avoir fait la céremonie
de lui fermer & ouvrir la bouche , lui affigna le titre
Presbyteral des Ss . Nerée & Achillée . Il quitta
depuis ce titre & opta celui des douze Apôtres. Il
fit au mois de Juin 1736. à cauſe de fes indispoli .
tions actuelles, fa démiffion de l'Archevêché de Milan
, & il la ratifia le 16. Janvier 1737. Il etoit fils
d'Alexandre Erba , Senateur de Milan , & de Lucrece
Odescalchi, Soeur du Pape Innocent XI . Dommé
auparavant Benoit Odescalchi , mort le 12 .
Août 1689. âgé de 78. ans . Baithafar Erba Odescalchi
, Duc de Bracciano , Prince de Firmio , Frere
aîné
DÉCEMBRE. 1740. 2947
aîné du Cardinal qui vient de mourir , a été fübſtitué
au nom & aux Armes d'Odescalchi , par De
Livio Odescalchi , fon Coufin , mort le 7. Septembre
1713. La Genealogie de la Famille d'Odescal
chi fe trouve dans les Génealogies des Maifons
Souveraines , qui ont été données au Fublic en
1736. Tom. II. contenant celles d'Italie avec les
Familles Papales , pag. 661.
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &C.
I
E 19. de ce mois , pendant la Meffe du
Roy , l'Evêque d'Agde prêta Serment
de fidelité entre les mains de S. M.
Le 24. veille de la Fête de la Nativité de
Notre Seigneur , le Roy & la Reine , accompagnés
de Madame , affifterent aux premieres
Vêpres qui furent chantées par la Mufique
, & auxquelles l'Evêque d'Agde officia.
Le 25. jour de la Fête , le Roy & la Reine,
qui après avoir affifté à Matines , avoient en
tendu trois Meffes à minuit , affifterent à la
grande Meffe célebrée pontificalement par
le même Prélat. Leurs Majeftés étoient accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame , du Duc de Chartres & dù Dục
de Penthievre.
2950 MERCURE DE FRANCE
L'après- midi , leurs Majeftés entendirent
te Sermon du Pere Renaud , Jacobin , &
enfuite les Vêpres auxquelles le même Prélat
officia.
1
Depuis le 24. Decembre , les Eaux de la
Riviere de Seine ont tellement groffi par les
pluyes continuelles , par la fonte de neiges
, & par le débordement des autres Rivieres
, que la Ville de Paris en a beaucoup
fouffert , l'eau ayant pénetré dans differens
quartiers , où l'on étoit obligé d'aller en
Bateau pour pouvoir entrer dans les Maiſons.
On prétend que cette inondation a été plus
confidérable que la derniere arrivée en
3711.
Le Prevôt des Marchands , & le Lieutenant
Géneral de Police , trouverent à propos
quelques jours auparavant , de faire déloger
tous les Habitans, qui avoient leurs domiciles
dans les Maifons bâties fur les Ponts , pour
prévenir les accidents qui pouvoient arriver,
ce qui fut exécuté le même jour de la publi
cation des Ordonnances de ces Magiftrats ,
dont la vigilance & le zéle ne peuvent s'ex
primer , cette Ville immenfe n'ayant manqué
d'aucune des chofes néceffaires à la vie ,
& les Marchés publics ayant toujours été
abondamment fournis..
LC
DECEMBRE. 1740. 2951
受
Le 30. le Prevôt des Marchands , accom
pagné des Echevins , s'étant rendu à la Grand
Chambre du Parlement, réprefenta à la Cour,
les Gens du Roy préfens , que les dangers
dont la Ville de Paris étoit menacée par une
inondation fi fubite & fi extraordinaire , les
engageoit à recourir à Dieu , par la puiffante
protection de Sainte Genevieve , & à
la Cour , pour la fuplier d'ordonner que la
Chaffe de la Sainte fut découverte , ce qui
fût accordé , & en conféquence , la Cour
rendit un Arrêt qui fut porté le même jour ,
par le Greffier en Chef , à l'Abbé de Sainte.
Genevieve , lequel fit découvrir auffi -tôt la
Chaffe au fon de toutes les Cloches de cette
Abbaye Royale , &c.
Le même jour , l'Archevêque de Paris , fit
publier un Mandement, à la même occafion,
dont voici la teneur.
CHAR
HARLES -GASPARD - GUILLAUME DE VENTIMILLE
des Comtes de Marſeille du Luc , par
la Mifericorde Divine , & par la grace du faint Siége
Apostolique , Archevêque de Paris , & c.
Que de traits de la colere de Dieu font tombés
fur nous depuis quelque tems ! Un Hyver, dont la
rigueur & la longue durée ont augmenté la mifere
de plufieurs Familles indigentes , établies dans cette
Capitale , a fait périr fur la terre une partie des fémences
qui lui avoient été confiées ; à une ſaiſon
fi fâcheufe ont fuccedé des pluyes prefque contimuelles
, lefquelles ont endommagé nos Campagnes
1952 MERCURE DE FRANCE
gnes , & ont à peine permis de moiffonner & de
ferrer les grains , qui étoient parvenus à maturité.
La cherté du Pain & l'augmentation de l'indigence,
des Pauvres ont été les fuites de la modicité d'une
Recoite , que les Peuples attendaient comme une
reffource extrêmément néceffaire à leurs befoins.
Après tant de coups affligeans , la main du Seigneur
s'étend encore aujourd'hui fur nous , une nouvelle
calamité jette la confternation dans tous les
coeurs. Une inondation , dont on a vû jusqu'à préfent
peu d'exemples , caufe des pertes immenfes à
une infinité de Particuliers , & fait apréhender aư
Public de plus triftes accidents. Quoi de plus convenable
dans de pareilles circonftances , que de
conjuret le Seigneur par nos larmes , nos gémiffe →
mens & nos prieres , de nous accorder un fecours ,
que tout le pouvoir des hommes ne sçauroit nous
procurer ; que de demander à celui qui a dit à la
mer , vous viendrez jusque-là , & vous ne paſſerez
pas les barrieres queje vous ai marquées ; vous briſerez
contr'elles lorgueil de vos flots , qu'il arrête la
violence & le débordement de ces rivieres, qui portent
la terreur & la déſolation en tant de lieux ?
A CES CAUSES , ayant égard aux repréſentations
qui nous ont été faites par les Magiſtrats , aprés en
avoir conferé avec nos Venerables Freres les Doyen ,
Chanoines & Chapitre de notre Eglife Métropolitaine
, nous ordonnons que Samedi prochain trente-
uniéme du prefent mois , & les deux jours fuivans
, le Saint Sacrement fera exposé dans notre
Métropole & dans toutes les Eglifes de cette Ville
& de la Banlieuë, que le matin en l'expofant , après
avoir chanté l'Hymne O falutaris Hoftia , avec le
Verfet & l'Oraifon du Saint Sacrement, on récitera
le Pleaume Miferere , & l'Oraiſon intitulée Ad coer→
cendam
DECEMBRE. 1745. 2953
cendam aquarum inundantiam , & que le foir il fera,
fait un Salut auquel on dira les prieres accoûtumées
avec le Trait Domine non fecundùm , & la Benedic
tion à la fin . Voulons que les mêmes prieres foient
faites dans toutes les autres Eglifes de notre Diocèle ,
auffi-tot après la reception de notre préſent Man
dement.
Nous exhortons les Fideles de vifiter les Eglifes
pendant lefdits jours , particulierement celles de
Notre-Dame & de fainte Geneviève , où les Chaffes
de S. Marcel & de cette Sainte feront découvertes
; nous leur recommandons furtout de travailler
à apaifer le Seigneur par un prompt changement de
vie & par une fincere pénitence , & de fe fouvenir
qu'en vain ils imploreroient fa mifericorde , s'ils
continuoient à provoquet fes vengeances par der
nouveaux crimes ›
ou s'ils négligeoient d'expier
leurs iniquités paffées.
Il y eût auffi ce même jour un Mandement , pu
blié par le Reverendiffime Pere , Abbé de l'Abbaye ,
Royale de fainte Geneviève , qui s'exprimoit en
ces termes .
FRANÇOIS PATOT, Abbé de l'Abbaye Royale de
Sainte Geneviève au Mont de Paris , dépendante
immédiatement du Saint Siége , & Supérieur Géneral
des Chanoines Réguliers de la Congrégation
de France : Aux Chanoines Réguliers de notredite
Abbaye , & à toutes autres Perfonnes dépendantes
de notre Jurifdiction Abbatiale , SALUT. Les fléaux.
dont le Seigneur fe fert pour châtier fon Peuple ſe
multiplient de jour en jour. Un long & rigoureux
Hyver a été fuivi d'une ftérilité prefque génerale ;
la Terre a refufé d'ouvrir fon fein pour produire
les fruits qu'elle devoit porter ; & les Saifons confondues
par un affreux dérangement ont fait éva
Bouir toutes nos efpérancês . C'en étoit affés pour
nous
2954 MERCURE DE FRANCE
nous faire ouvrir les yeux fur la cauſe de tant de
malheurs , & nous engager à récourir , dans la
fincérité de notre coeur , vers celui qui nous fra-
' poit dans les jours de fes vengeances : mais nous
avons affecté d'ignorer d'où partoient ces coups .
Bien loin de chercher à apaifer , par des oeuvres
dignes de notre Religion , un Dieu offenſé , nos
iniquités font montées à leur comble , & leur cri
s'eft élevé jufqu'au Thrône de fa Juftice . Sa colere
, felon l'expreffion du Prophete Ifaïe , s'eft répandue
fur les Eaux; il les a difperfées ; elles ne connoiffent
plus de bornes ; elles inondent & la Ville.
& les Campagnes ; elles portent par tout l'horreur
& la crainte , & nous préfagent des maux plus accablans
encore que ceux que nous avons éprouvés .
Prévenons les par les larmes & les gémiffemens ,
d'un coeur contrit & humilié ; fentons ce que peut
un Dieu irrité contre un Pécheur endurci ; offrons
Jui nós Voeux & nos Prieres , afin de défarmer fon
bras vengeur. Adreffons - nous à notre Sainte Patrone
qui , dans des circonftances pareilles à celles
qui font le fujet de nos allarmes , donna autrefois
à cette Capitale du Royaume des preuves d'une
Protection marquée au prodige le plus furprenant ,
& esperons qu'elle nous obtiendra la même faveur
dans ces jours d'affliction .
A CES CAUSES , nous ordonnons , conformément
à l'Arrêt du Parlement de ce jour , rendu à la requifition
de Meffieurs les Prevôt des Marchands &
Echevins de cette Ville , que la Chaffe de Sainte
Geneviève , Patrone de Paris & du Royaume , fera
entierement découverte ce jourd'hui , dont la Ville
fera avertie par le fon de toutes les Cloches de notre
Abbaye ; que le même jour on commencera les
Prieres publiques par un Salut qui fe fera après Complies
, & demain Samedi par une Meffe folemnelle ,
Mique
DECEMBRE. 1740 2955
que nous célébrerons pontificalement à neuf heures
du matin ; que pendant le tems que la Chaffe
demeurera découverte , on dira au Grand Autel
des Meffes , depuis cinq heures du matin jufqu'à
midi; & que tous les foirs après Complies, fera fait
un Salut qui commencera par une Proceffion dans
l'Eglife , à laquelle on chantera , 1° . Les Litanies ,
Aufer à nobis , &c. 2°. L'Antienne de Sainte Ge
neviève , Ofelix Ancilla , &c . Le Trait , Domine ,
non fecundùm. L'Antienne de la Sainte Vierge
Sub tuum prafidium. Et Domine , falvum fac Regem.
Et l'Antienne , Da Pacem. Le y . Domine , legem
pone aquis. R. Ne tranfgrediantur fines fuos. Les
Oraifons ; la premiere , Ad coercendam nimiam
aquarum abundantiam. Deus , qui in minifterio
aquarum falutis tua nobis Sacramentafanxifti , jube
terrores inundantium ceffare aquarum , ut qui fe regenerantibus
aquis gaudent renatos , gaudeant his
caftigantibus effe correctos . Per Dominum . La deuxiés
me , de la Sainte Vierge , Concede nos. La troifié
me , de Sainte Geneviève , Prafta , quafumus . La
quatrième , pour le Roy , Quafumus , omnipotens
Deus. La cinquiéme , pour la Paix , Deus , à quo
Sancta defideria. ww
Nous ordonnons de plus , que pendant que la
Chaffe demeurera expofée à la dévotion des Fideles,
tous les Prêtres qui célébreront la Meffe dans notre
Eglife , continueront de dire les Collectes , Secrettes
& Poftcommunions que nous avons fait imprimer
à cet effet : Et enjoignons à tous les Chanoines
Réguliers de cette Abbaye , de faire en leur
particulier des Prieres pour obtenir de Dieu , qu'il
exauce fon Peuple , refferre les Eaux dans leurs li
mites , & accorde un temps favorable pour les
biens de la Terre .
Donné à Paris,en notre Abbaye Royale de Sain
te
2956 MERCURE DE FRANCE
te Geneviève , le 30 Décembre 1740. Signé , Fr.
FRANÇOIS PATOT , Abbé de Sainte Genevieve .
Et plus bas , Par mon Révérendiffimie Abbé , Fr.
REGNIER , Secretaire .
Le même jour , le Grand Prieur de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prés , donna auffi fon
Mandement fur le même fujet , dont voici la
teneur.
JEAN-BAPTISTE FLOYRAC, Grand Prieur de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prés immédiate au
Saint Siege , & Grand-Vicaire de S. A. S. Monfeigneur
le Comte de Clermont , Prince du Sang ,
Abbé Commandataire de ladite Abbaye : A tous
les Fideles de notre Jurifdiction , SALUT , en Notre
Seigneur.
Dieu justement irrité par nos crimes , & encore
plus par l'endurciffement de nos coeurs , lance fur
nous depuis long- temps les traits les plus marqués
de fa colere. Un hyver long & rigoureux, une terre
ingrate , des pluyes prefque continuelles fur le peu
de moiffon que la rigueur de la faifon avoit épargné
, nos vignes gelées lorfqu'une derniere efperance
nous reftoit , la cherté du pain , l'extrême
indigence d'un nombre innombrable de Familles
; tel eft l'enchaînement de calamités publiques
dont Dieu s'eft fervi jufqu'ici pour nous
rapeller à nous- mêmes. Une nouvelle calamité ,
le ravage de l'inondation qui fuccede à tant de
fléaux , nous menace aujourd'hui des accidens les
plus terribles , fi nous ne nous hâtons de défarmer
le bras qui nous frape . Réveillons- nous donc enfin
de notre affoupiffement. La Foi nous aprend qu'au
moment que les Pécheurs s'adreflent à Dieu avec
un repentir fincere , il oublie leurs péchés. Mérisons
au plutôr par une amere pénitence , & par de
fer
J
1
DECEMBRE. 1749 2957
ferventes prieres qu'il jette fur nous des yeux de
mifericorde , & qu'il fe fouvienne en notre faveur
de fes promeffes confolantes.
A CES CAUSES , nous ordonnons que Samedi
prochain , trente- uniéme du préfent mois , & les
deux jours fuivans , le Saint Sacrement fera expofé
dans notre Eglife avant la grande Meffe ; après la
quelie on chantera le Trait Domine non fecundum ,
& l'Oraifon Ad coercendam aquarum inundantiam
& que le foir il fera fait un Salut , auquel après
J'Hymne Tantum ergo , on chantera le Pfeaume
Miferere , & les Oraifons ordinaires. DONNE' en
1'Abbaye Royale de Saint Germain des Prés , le
trentiéme jour de Décembre mil fept cent quarante
Signé, Fr. JEAN -BAPTISTE FLOYRAC, Grand Prieur
& Vicaire Géneral de S. A. S. Et plus bas. Par
Commandement du R. P. Grand Prieur , & Vicaire
Général de S. A. S. Signé , Fr. JEAN - FRANÇOIS
DE BREZILLAC.
5. Le 28 Novembre , le 3 & le 5 Décembre,
il y eut Concert chés la Reine. M. de Blamont
, Surintendant de la Mufique du Roy,
fit chanter fon Ballet Héroïque des Fêtes
Grecques Romaines , dont les principaux
Rôles furent très- bien exécutés par les Diles
Defchamps , Mathieu , Romainville & Huguenot
; cette derniere chanta à la fin du
dernier Concert , le Parnaffe Lyrique , Cantate
du même Auteur. Les autres Rôles furent
remplis par les Srs Romainville , d'Angerville
, le Begue , Benoît , Jelyot , Poirier
& Godoneche.
Le
2958 MERCURE DE FRANCE
Le 10 , le 12 & le 17 Décembre , on concerta
l'Opera de Phaeton. Les mêmes Acteurs
remplirent les principaux Rôles avec
les Sieurs du Bourg & d'Egremont.
Le 19 , la Reine entendit le Ballet des
Caracteres de l'Amour , lequel fut exécuté
par les mêmes Sujets.
Le premier Décembre , les Comédiens
François repréſenterent à la Cour la Tragédie
d'Inés de Caftro , & la petite Comédie
de l'Etourderie.
Le 6 , Le Menteur , & la petite Piece nouvelle
de Joconde.
Le 15 , Rodogune , & l'Esprit de Contradiction.
Le 20 , les Débors Trompeurs , & le
Dédit.
Le
22 ,
billard.
Phédre & Hippolite , & le Ba-
Le 29 , le Diftrait & les Vendanges de
Surenne.
Le
14 du même mois , les Comédiens
Italiens repréfenterent auffi à la Cour la
Comédie des Contretemps , & la petite Piéce
nouvelle de l'Epreuve.
RE:
DECEMBRE. 1740 2959
BENEFICES
DONNES.
E. Roi a nommé à l'Evêché de Tulles , en Limofin
, Suffragant de Bourges , vacant du 27
Septembre dernier par la mort de Charles du Plef
fis d'Argentré , François de Beaumont d'Autichamp,
Prêtre- Doyen de l'Eglife Cathédrale d'Angers , &
Abbé
Commandataire de l'Abbaye d'Oigny , O. S.
A. D. d'Autun , depuis le mois d'Avril 1731. Il eft
fils de Charles de Beaumont , Seigneur d'Autichamp,"
& de Roche fur Grave, & de Gabriel de la Baume
Pluvinel. Il a pour frere aîné Antoine- Louis de Beaumont,
Seigneur d'Autichamp, de Roche & S. Martin
, au Mandement de Montelimart & de S. Rambert
, près de Vienne en Dauphiné , Lieutenant de
Roy dans la Province d'Anjou , & Commandant
pour S. M. dans la Ville & Château d'Angers ,
lequel a un fils , fecond Cornette des Chevau
Legers d'Orleans , depuis le mois d'Avril 1738 ,
dont on a raporté le mariage dans le Mercure
d'Octobre 1737 , p . 2316 , où le nom de fa
mere eft défiguré. Elle fe nommoit Jeanne Olimpe
Binet de Montifroy. Loüis-Imbert de Beaumont ,
Chevalier d'Autichamp , Meftre de Camp de Cavalerie
, Exempt des Gardes du Corps du Roy , &
Brigadier de fes Armées de la Promotion du 15
Mars dernier , eft frere puîné du nouvel Evêque.
Jofeph de Beaumont, apellé le Comte d'Autichamp ,
Enfeigne des Gardes du Corps du Roy , & auffi
Brigadier de fes Armées , dont la mort eſt raportée
dans le Mercure de Janvier 1739 , p. 183 , étoit
leur frere. Cette Maifon de Beaumont eft d'une
très-ancienne Nobleffe. Elle tire fon origine & fon
nom du Lieu de Beaumont , près de la Mure en
Graifivaudan dans le Dauphiné. Allard en a donné
une Genealogie imprimée . Le Laboureur en a
II. Vol. aufla
1960 MERCURE DE FRANCE
auffi donné une dans fes Mazures de l'Ile - Barbo ,
tom. II. p . 239.
Et à l'Evêché de Quebec en Canada , vacant par
la mort de François- Louis de Pourroy de Quinçonas
de Lauberiviere , Dauphinois , qui y avoit été
nommé au mois de Mars 1739 , Henri Marie du
Breil de Ponibriand , Prêtre- Docteur en Théologie
de la Faculté de Paris , du 11 May 1736. Chanoine
& Vicaire Géneral de S. Malo . Il eft fils de Jo.
feph-Yves du Breil , Seigneur Comte de Pontbriand,
Gouverneur de l'Ile & Fort des Hebyens , Infpecteur
des Milices , Garde -Côte dans les Evêchés.
de S. Malo , Dol & S. Brieux , mort en 1710 , & de
Marie-Angélique- Silvie Marot de la Garaye , morte
en 1732. à l'Hopital de Joffelin en Bretagne , où
elle s'étoit retirée pour le donner entierement au
fervice des Pauvres. Elle étoit foeur du Comte de
la Garaye , qui dans la vue de fe rendre utile aux
Pauvres malades , s'eft apliqué à l'étude de la Médecine
, de la Pharmacie et de la Chirurgie, et qui
y a fait plufieurs découvertes. Il tient chés lui un
Hôpital , dont il prend foin avec la Dame fon
Epoufe . On a déja parlé de la Maifon du Breil dans
les précedens Mercures , entr'autres dans celui du
mois de Juillet 1729 , p . 1685 , à l'occafion du mariage
de la Comtefle de Chabot- Rohan , qui eft de
cette Maifon , et héritiere de la Branche de Raiz
et dans celui du mois de Mai 1738 , p . 1029 , οι
l'on a raporté le mariage de la Comteſſe de Bruc
propre niéce du nouvel Evêque de Quebec
Le feu Comte de Pontbriand laiſſa en mourant
neuf enfans, actuellement vivans, trois filles , et fix
garçons . Les trois filles font Religieufes à la Vifitation
de Rennes . Trois des garçons font dans l'Etat
Ecclefiaftique , et les trois autres au Service du
Roy. Ceux- ci font , Claude du Breil , Comte de
PontDECEMBRE.
1740. 2961
Pontbriand , aîné de fa Branche , Capitaine Géneral
Garde Côte aux Evêchés de S. Malo , Dol &
S. Brieux , & Gouverneur de l'Ile & Fort des Hebyhens
, ayant obtenu ces Charges à la mort de
fon pere. il époufa en 1722 , Françoife- Gabrielle
d'Epinay, fille de Barthelemy- Gabriel d'Eſpinay ,
Comte d'Efpinay en Bretagne , Colonel du Régiment
de Charolois , & Brigadier des Armées du 2
Roy, mort au mois de Septembre 116´´ et d'Anne !
Hautefort. Il n'en a eu que la Comteffe de Bruc.
du Breil , Sieur de Neuil , fon frere , eſt ›
actuellement Capitaine de Dragons dans le Régi- :
ment de Vibraye , et a fervi ci devant en Italie en
qualité d'Aide de Camp du Maréchal de Coigny.
Le troifiéme , qui eft le Chevalier de Pontbriand,
eft Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , et ancien
Capitaine dans les Milices de Bretagne , et a ſervi
dix ans dans le Régiment de Périgord : Il a un Bre
vet de Gentilhomme de la Chambre du Roy de
Pologne , Duc de Lorraine et de Bar.
Le premier des trois Eccléfiaftiques , eft Guillaume-
Marie du Breil de Pontbriand , Prêtre Docteur
en Théologie, Chanoine-Théologal , et Grand
Chantre de l'Eglife Cathédrale de Rennes , Abbé
Commandataire de l'Abbaye de N. D. de Lanvaux,
O. de Cit. Dioc. de Vannes , depuis 1735 .
Le fecond , Prêtre Licentié en Droit , eft connu
à Paris, C'est lui qui a fait dans cette Ville l'établiſ
fement charitable pour l'inſtruction des Savoyards
qu'on y voit aujourd'hui .
Le troifieme , et qui a donné occafion de parler
de cette nombreufe Famille , eft le nouvel Evêque
de Quebec.
Iij
MORTS
2962 MERCURE DE FRANCE
L
MORT S.
E 27. Novembre , mourut à Paris , Barthele
mi-Jean Nouveau , Confeiller - Sécretaire du
Roy , Maiſon , Couronne de France & de fes Finances
, depuis 1719, & Seigneur de Chennevières,
en France , qui étoit veuf de Jeanne Guerbois ,
morte le premier Avril 1727 .
?
Le 4. Decembre, D. Marie- Anne Guerin , veuve
depuis le 24. Septembre 1729. d'Etienne Piochard ,
Sieur de la Brulerie & de Beauchêne , ancien Capitaine
d'une Compagnie de Dragons , dans le Régiment
de Vassé, depuis Efpinay , & à prefent Vibraye
, mourut à Joigny en Bourgogne , âgée de
71. ans , laiffant 1. fils & 2. filles , qui font Elizabeth-
Marie-Alexandrine Piochard de la Brulerie
née le 8. Août 1697. reftée fille , & Angelique-
Julie Piochard de Beauchêne , née le 22. Août
1698 , & mariée en 1730. avec Louis - François
Chollet , Avocat en Parlement , & Lieutenant Ġeneral
de la Ville de Joigny , qui en a des enfans.
Leur frere eft Jean -Etienne Piochard , Sieur de la
Brulerie , né le 31. Mai 1696. Chevalier de l'Ordre
de S. Louis, depuis le mois de Juillet 1736. & Sous-
Brigadier depuis le mois de Juin 1737. de la premiere
Compagnie des Mousquetaires, dans laquelle
il fert depuis le 25. Juillet 1713. ayant été auparavant
Enfeigne - Colonel du Régiment de Piffond,
Infanterie. Il avoit été marié le 24. Decembre 1725.
avec Loüife-Jeanne de Bouteville , morte âgée de
33. ans , le 31. Juillet 1734. Elle étoit fille de deffunt
Jean-Edmond de Bouteville , Chevalier , Seigneux
DECEMBRE . 1740. 2963 `
f
gneur de Lumieres fur- Meufe , & de Villers-devant-
Mouzon , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , ancien Capitaine dans le Régiment de
Soiffonnois , Infanterie , & de D. Marguerite Habert
, aujourd'hui veuve en fecondes nôces d'Albert-
Eugene de Cuftine , Comte d'Auflans , Seigneur
de Buzy , en Loraine dont elle a eû le
Comte de Cuftine , ancien Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment Roïal Pologne ; & le Chevalier
de Cuftine , Capitaine de Cavalerie dans Roial
Piémont. De 5. Enfans , il n'eſt reſté à M. de la
Brulerie , que Louis- Nicolas Piochard , né le 8 .
Octobre 1726. La mere de M. de la Brulerie ,
dont on raporte la mort , étoit fille aînée d'Etienne
Guerin , Sieur de la Carthoderie , & des Verdiers ;
& de Marfe de la Prée , four de François de
la Prée , Seigneur de la Baronnie de Bontin , des
Ormes , de Somecaize , & c. Huiffier , Prevôt de
l'Ordre Militaire de S. Louis , & Maréchal Genéral
des Logis , des Camps & Armées du Roy ,
mort en 1723. laiffant des enfans de Henriette-
Nicole Lamblin , fa femme , morte en Février
1739. & foeur du Confeiller de la Grand' Chambre
du Parlement de Paris ; du nom de Lamblin. La
Famille des Piochard eft une des plus anciennes de
la Ville de Joigny.
Le 7. mourut à Paris , D. Marie- Magdeleine
Guillebault de Grancour , veuve depuis le premier
Avril 1735. de Louis le Maire , Ecuyer Sieur de
Launay, ancien Capitaine au Régiment de Condé,
Cavalerie & Chevalier de l'Ordre Militaire de S.
Loüis,
Le 14. D. Marguerite- Gabrielle le Noir , épouſe
d'André- Guillaume -Nicolas France , Confeiller-
Sécretaire du Roy , Maifon , Couronne de France
mourut à Paris , âgéc d'environ 30. ans.
I iij
2964 MERCURE DE FRANCE
4
Le 16. mourut à Paris , âgé de 83. ans 3. mois
Hubert- François Collin de Blamont , Chevalier de
P'Ordre Militaire de S. Louis , & Lieutenant Colonel
de Cavalerie , à la fuite du Régiment d'Heudicourt.
Il étoit Oncle de M. Collin de Blamont ,
Sur-Intendant de la Mufique du Roy.
Le même jour Anne de Montmorency- Luxembourg,
apellé le Comte de Montmorency , & auparavant
le Comte de Ligny , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , de la promotion du 15. Mars , en
laquelle qualité il fervoit dans les Troupes Frangoifes
, dans l'Ifle de Corfe , mourut à Toulon en
repaffant en France , âgé de 32. ans , 11. mois &
14. jours , étant né le 2 Janvier 1707. Il n'a point
été marié. Il avoit été fait Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , à l'âge de 14. ans , par Commiffion du
premier Janvier 1721. & il fut fait Brigadier le premier
Août 1734. Il étoit deuxiéme fils de feu Charles-
François-Frederic de Montmorency Luxem
bourg , Duc de Piney Luxembourg , & de Beaufort
Montmorency , Pair de France , Prince de
Tingry , Chevalier des Ordres du Roy, Lieutenant
Géneral de fes Armées , Gouverneur de Normandie
, &c. mort le 4. Août 1726. & de Marie Gil-
Jonne Gillier de Clerambault , ſa feconde femme ,
mote le 15. Septembre 1709.
Le 17. D. Marguerite de Chancel de la Grange ,
veuve de Jean- Baptifte Stoppa , Capitaine au Régiment
des Gardes Suiffes du Roy , avec lequel elle
avoit été mariée le 21. Février 1702. mourut à Paris
, laiffant une fille mariée avec le Comte d'Erlach.
La défunte étoit fille de Leonard de Chance!,
Ecuyer , Seigneur de la Grange , & de D. Anne de
Bertin .
Le 24. D. Marie Becdeliévre , époufe du Marquis
de la Riviére , aîné de la maiſon de ce nom ,
DECEMBRE.• 1740 2965
P
-en Bretagne , mourut à Paris , dans la 35. année
-de fon âge, étant née le 6. Août 1706. Gui Marie-
Hilarion Becdeliévre , fon frere, Chevalier de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem , & Lieutenant au Régiment
des Gardes Françoifes , où il fervoit depuis
1718. mourut un jour ou deux avant elle . Il
étoit dans la 28 année de fon âge, étant né au mois
d'août 1713. Ils étoient l'un & l'autre enfans de
Guillaume- Jean Baptiſte - François Becdeliévre ,
Seigneur de la Bufnelais . & de Tréambert , Premier
Préfdent de la Chambre des Comptes de
Nantes , mort le 7 Novembre 1733г. âgé de 46.
ans , & de Françoife Renée le Nobletz.
Le 26. Jean Soanen , natif de Riom , en Auvergne
, Evêque & Seigneur de Senez en Provence ,
mourut dans l'Abbaye de la Chaife -Dieu , Diocèfe
de Clermont en Auvergne , dans la 95. année de
fon âge. Il étoit de la Congrégation de l'Oratoire ,
célebre Prédicateur , & ayant un Brévet de Prédicateur
ordinaire du Roy , lorfqu'il fut nommé le 8 .
Septembre 1695. à l'Evêché de Senez , qu fut préconifé
& propolé pour lui à Rome les 20. Fevrier
& 21. Mai 1696. Il fut facré le premier
Juillet dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire
de la rue S. Honoré , par l'Archevêque de
Paris , affifté de . Evêques de Vence & de Glandeve
, & il prêta Serment de fidelité entre les mains
du Roy le 18. du même mois. Il affifta en 1705.
à l'Affemblée Génerale du Clergé , en qualité de
Deputé de la Province d'Embrum , & il y prêcha
le 2. Juin , à l'ouverture de l'Affemblée.
Le 30. mourut à Paris D ..... Bauyn , Epouſe
& troifiéme femme d'Ifidore- Marie Lotin de Charny
, Seigneur de Charny , Châtelain de Chauny ,
avec lequel elle avoit été mariée le 12. Novembre
1725. Elle étoit foeur de feu Nicolas - Profper
Bauyo , I iiij
2966 MERCURE DE FRANCE
Bauyn , Seigneur d'Angervilliers , Miniftre & Sé
cretaire d'Etat , ayant le Département de la Guer➡
re , mort le 15. Fevrier dernier.
****************
ARRESTS NOTABLES.
RREST du 27. Septembre , qui ordonne
que les Officiers pourvûs des Offices y dénommés
, feront reçûs au payement du Prêt & Annuel
fur le pied de la moitié des évaluations d'iceux,
pendant les neuf années de la Déclaration du 19 .
Juin 1740 , nonobftant que par le troifiéme Article
d'icelle il foit ordonné qu'ils feront admis au paye
ment desdits droits fur le pied des évaluations en en-
* tier.
-
DECLARATION DU ROY , du 9. Octobre ,
qui ordonne que ceux qui ont acquis depuis le premier
Janvier 1736. les Rentes fur les Poftes , en
jouiront , à commencer du premier jour des trois
mois du quartier courant au tems de la date des
quittances .
ORDONNANCE DU ROY , du 10, pour regler
les rangs des Officiers du Régiment Royal- Corfe
d'In fanterie , dont voici la teneur,
Sa Majefté ayant , par fon Ordonnance du 10.
Août 1739. réfolu de mettre fur pied un Régiment
d'Infanterie Italienne Corfe , fous le titre de Royal-
Corfe , & jugeant néceffaire pour le bien de fon
fervice , de prévenir les conteftations qui pourroient
furvenir entre les Capitaines qu'elle a choifis pour
commander les Compagnies qui compofent ce Régiment,
Elle a trouvé à propos de regler les rangs
fuivant
DECEMBR E. 1740 2967
1
fuivant lefquels ils doivent y marcher , ainfi qu'il
fuit :fçavoir , le fieur Comte de Vence, auquel elle
a donné la Charge de Colonel- Lieutenant du Régiment
, le fieur de Comeyras , Lieutenant - Colonel
, le fieur Binet , Sergent Major , & les
fieurs Visconti Tavera , Colonna , Buttafoco , Petriconi
, Lafond , Capitaine- Ayde- Major , Carbuccia
, Grimaldi , Baldaſari , Coſta , Sanfonetti & Matras
, Capitaines dans ledit Régiment. Mande &
ordonne Sa Majefté aux Gouverneurs & fes Lieutenans
Géneraux en fes Provinces , Intendans efdites
Provinces , Gouverneurs ou Commandans dans fes
Villes & Places , aux Commiffaires des Guerres, &
à tous autres fes Officiers qu'il apartiendra , de tenir
la main à l'execution de la préfente , &c.
AUTRE du 18. qui fixe les limites de la Navigation
au petit Cabotage , & regle les formalités à
obferver pour la réception des Maîtres ou Patrons
des Bâtimens qui font employés à cette Navigation.
DECLARATION DU ROY, du 26. qui exemp
te de tous Droits les Bleds , Grains & Légumes qui
entreront dans le Royaume ; & ordonne la fixation
des Cens , Rentes & Redevanees qui fe payent en
Grains. Regiſtrée en Parlement le 27. dudit .
ARREST du 8. Novembre , qui proroge pour un
an , à compter du premier Janvier 1741. au premier
Janvier 1742. l'exemption de Droits fur les
Beftiaux , ordonnée par Arrêt du 16. Février 1740-
SENTENCE de M. le Lieutenant Civil , du 9.
qui ordonne que , conformément à la Déclaration
du Roy du 26. Octobre 1740 , il fera fait un Tarif
de l'évaluation en argent des Droits qui Le perçoi-
I v vent
2968 MER CURE DE FRANCE
vent en efpeces fur les Grains , les Farines & fes
Légumes dans les Marchés dans Villes , Bourgs &
Villages de la Prévôté & Vicomté de Paris , ou étant
dans l'étendue de la Jurifdiction du Châtelet , ou
de ceux dans lefquels le Châtelet a la connoiffan
ce des cas Royaux.
ARREST du 22. qui exempte jufqu'au dernier
Mars 1741. les Vins du Rouffillon & du Languedoc
, qui feront amenés au Havre , Honfleur , ou à
Rouen , pour la deftination de Paris , de la moitié
des Droits du Tarif de 1664. des Droits de double
fubvention , & de ceux des grandes Entrées .
AUTRE de la Cour du Parlement , du 30. Decembre
, qui enjoint à tous Mandians de fe retirer
dans les Paroiffes dont ils font natifs , ou dans celles
de leur domicile , fix femaines , au plus tard
après la publication de l'Arrêt qui leur fait défenfes
,fous peine afflictive , de demander l'aumône ,
& pourvoit en même tems aux moyens de les fai-
Te fubfifter , ainfi qu'il eft dit plus au long par le
même Arrêt , & c.
T
APPRO
?
Ji
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le fecond Volume du Mercure de France du
mois de Decembre , & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
l'impression . A Paris , le dixiéme Janvier
1741.
HARDION.
TABLE
Plats inferesdans le premier Volume de Juin
IECES FUGITIVES. Imitation des Vers
dernier , fur les pluyes du mois de Mai , 1 2769
Suite des Obfervations Critiques de M Cocquard',
fur la Vie & les Ouvrages de Timanche „ 11771
Epitre à M. le Marquis ** , d'Avignon , 2791
Lettre de M. N à M. l'Abbé Lebeuf , &c . 127-94
Madrigal fur le dérangement des Saifons ,
IX. Lettre fur la Typographie
2801
Sibid.
Ode à Mad . la Comteffe de Saint E *** pour le
commencement de l'année
> par M. Yg
***
2809
Teftament du dernier Empereur de la Chine Jungfching
,
Cantique d'Haïe ,
Queftion importante , jugée au Parlement ,
Rondeau à M. Deftouches ,
28.14
2822
2824
2838
Inftruction de M. Lebeuf , au fujet de la fituation
d'Epaone ,
2840
L'Amour & Pfiché , Fable ,
2850
I vi
Extrait
Extrait d'une Lettre fur une Céremonie finguliere ;
Enigme , Logogryphe , & c .
2851
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c.
2852
2854
La Mythologie & les Fables expliquées par l'Histoire
, ibid.
ibid.
2855
Effais fur l'Hiftoire des Belles - Lettres ,
Hiftoire des Empires & de la République , &c. ibid.
Livres nouveaux, imprimés en Italie,
Hiftoire de la Religion de Malthe en Italien , ibid.
Suplém n: de laMéthode pour étudier l'Hiftoire ibid.
Defcription de la Haute Normandie , 2858
Eclairciffemens de M. Maillart , fur le même fujer,
2861
L'Art de la Guerre , ou Maximes fur l'Art Militaire
,
2866
ibid.
Differtation pour fçavoir depuis quel tems le nom
de France eft en ufage
Nouveaux Amuſemens du Coeur & de l'Efprit ,
2872
2882
Differens Livres des Pays Etrangers
Géométrie pratique à l'ufage des Officiers , 2883
Lettres de Critique , d'Hiftoire & de Littérature ,
2884
Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des Hommes Illuftres
Queftion de Médecine ,
2886
2893
Inftrument pour prendre en Mer les hauteurs & les
diſtances des Aftres , 2904
'Affemblée de l'Académie de Lyon , & Lifte des
Académiciens de la même Académie ,
Eftampes nouvelles ,
Mufique Françoife & Italienne , &c.
2906
2916
2917
Vente de la Bibliothéque du Maréchal d'Eftrée, 1911
Le Spectacle de la Nature , & Curiofités &c . ibid.
Gands d'une nouvelle fabrique , 2944
Bunon
Bunon , Guétifon des Dents & des Gencives , ibid.
Spectacles. Théatre François & Italien ,
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Ruffie , Mittau ,
&c.
Mort des Pays Etrangers ,
2930
2931
2947
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 2949
Inondation , Découverte de la Châffe de Ste Géneviéve
, Mandemens , & c.
Bénefices donnés ,
Morts,
Arrêts Notables ,
2950
2959
2962
2966
Errata du premier volume de Décembre:
PAge 2732. ligne antépénultiéme , paſible , lia , paifible.
P. 2759. 1. 4. M. l. de M.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2770. ligne 6. Mais , lise , Mai.
Ibid. 1. 11, Zéphire , l. Zéphir.
4
P. 1791. I. 13. Amateurs , l. Amateur.
P. 1836. 1. derniere , la difficulte , 1. la difficulta
P. 2837. 1. 7. Coufultis , 1. Confultis.
P. 2893. 1. 8. de , ôtez ce mot.
P. 2896. I. 19. des , l. de.
P. 2905. 1. 28. aife l . aifés.
P. 2906. 1. derniere , le , l. les.
P. 2907. I. 21 .
gne ,
1. une.
P. 2910. 1. 22. celle , 1. celles.
LYON
TABLE
TABLE GENERALE
De
l'Année 1740 .
A
Bulfeda ,
Abeilles ,
A.
1331
1614
Académie des Sciences , 964. 1415. 2068. 2705
Des Belles-Lettres , 322. 963.2504 . 2671 2705
D'Angers ,
De Soiffons ,
Des Jeux Floraux
554
109. 1416
"
1050. 2048
De Marfeille > 1195 , 2508. 2824
De Lyon , IS, 3. 1967 , 2906
De la Rochelle
De Montpellier
De Caen J
Y
De Pau ,
De Bordeaux ,
D'Arras ,.
De Villefranche ,
De Peinture ,
De Chirurgie ,
De Madrid ,
De Lisbonne ,
De Petersbourg ,
De leur utilité ,
Acta eruditorum ,
4. 1284
1416
394
1416
2007
551
2052
2068
303. 1758
1816
324.743. 2746
Adultere innocente ( 1 ) Comédie ,
Amadis , Parodie ,
Amans magnifiques ( les ) Comédie ,
.... 147
1285
1619
126
2929
835
Amant
DES MATIERES!
Amant Auteur & Valet ( l' ) Comédie 330.769
Amboife ( Georges d' )
705
Amour fecret ( 1 ) Comédie 2291
>
Amputation à Lambeau , 1775
Amuſemens du Coeur & de l'Efprit ( les nouveaux )
925. 1159. 1794. 2016. 2241. 2872
Anatomie colorée , 969
Andeol ( S. ) 436
Anneaux magiques ( les deux ) Comédie , 993
Antiquitatum nova Suplementa , 2491
Antiquités ,
De la Maifon de France ,
Anus fans ouverture ,
411. 116. 1621. 1814. 2497 ,
Arlequin amoureux par complaifance ( Comé-
1370. 1982
1768
die }
126
Barbier paralitique , Comédie . 126
Crû Prince , Comédie 2725
Dans le Château enchanté , Comédie 573
Dévalifeur de Maifons , Comédie , 995
-Militaire , Comédie , 2090
Prodigue , Comédie , 573
Voleur , Prévôt & Juge , Comédie , 2726
Armorial de France 321.952
Arrêts célebres ,
བ་
Arts ( connoiffance des beaux )
Avis falutaires d'un Philofophe Chrétien ,
Aurore Boreale ,
34.555.883. 1709. 2191
47
944
2593
Auteurs ( Guerre dés )
B.
B
Ajazet I. Tragédie ,
2562
1184. 224 224,1
Bafile & Quitterie , Comédie,
Bauflan ( Eloge de M. de )
Beauchateau ,
Beaupré ( de )
Begon ,
Bejar >
569
398
846
844
2145
843
BelleTABLE
Belle-mere fupofée ( la ) Comédie ,
Bellerofe
Bianchini Francifco
Bibliotheque Germanique , 305. 2009. Françoiſe ,
501. Nouvelle ,
Boileau ,
Bonnart >
Bouquet ,
7427
847
2502
1591. 1806. 2691
2702
1766
1403. 2295. 2389
Bouts - Rimés, 161. 174 , 253. 370 , 380. 639. 659.
882.903. 919. 1123. 1129. 1324. 1330. 1513
Brie ( de )
Briquetage de Marfal ,
Bruma ,
847
1164
2584
Bureau Typographique , 16. 213. 466. 625. 1116.
1485. 1697. 2473 , 2801
C.
Adrans Solaires , 1363
Calendrier réformé ,
2588
Cantique d'Ifaye ,
Cantates , 617.623.850. 1473. 1735. 2199. 2368
Caprices de l'imagination ( les )
Cartes Géographiques , 114. 744. 1621. Du Syſtême
Solaire ,
Caffiodore "
Céremonie finguliere ,
2822
2350
970
2496
2851
Céfar , quand il paffa en Afrique , 2583
Chaalis , 1502
Châteauneuf ( de )
845
Chirurgie ;
287
Clairambault ( Pierre ) 108
Cocu imaginaire ( le ) Comédie ; 838
College Royal 2708
Complimens
Comédienne ( la ) Comédie,
Communion faite avec la main gauche ,
2090
761.763 . 768. 788
2154
Conte
DES MATIERES:
Conte ,
Convulfions de femmes enceintes ,
Coûtumes d'Artois ,
2167
1777
1412
Critique de l'Ecole des Femmes , Comédie , 1130
Croix ( Hiftoire de la )
Cuper ( Lettres de )
2171
2884
D.
Ardanus , Parodie ,
D Daneche- Mend Kan ,
126
1752
335. 557
837
1477. 1690. 1924. 2119
Dehors trompeurs ( les ) Comédie ,
Dépit amoureux ( le ) Comédie ,
Deftouches ,
Difcours , 254. 444 1050. Sur la fimplicité des
moeurs & des caracteres ,
Dorimont ,
Double dénoûment ( le ) Comédie ,`
1287
848
330
Double Mariage d'Arlequin ( le ) Comédie , 1427
Duclos ,
845
E.
EEcole
Chiquier de Normandie , 2861
Ecole des Femmes ( l' ) Comédie , 1130
Ecole des Maris ( l' ) Comédie ,
Ecole des Petits- Maîtres ( l' ) Comédie ,
839
2078
Ecole du Monde ( l' ) Comédie
Edouard III . Tragédie ,
Education , 634. Des Filles ,
Eglogues ,
Elegies , 111. 482. 1259. 1352. 1548. 2878. Traduites
de Tibulle ,
Elemens de Géométrie ,
Eloquence ,
Eloquenza Italiana ,
118
125.748
1151
681. 2641
2605
947
+9
2494
Enigmes , 82. 282. 514. 699. 920. 1147: 1386.
1585. 1784. 2002, 2232. 2483 , 2687.2852
Epaone
TABLE
Épione , 1846
Ephrem , Opera .
2489
Epigramme , 2229
Epithalames , 2107. 2609
Epitres en Vers , 31. 45. 203. 20§ . 246. 264. 439 •
888. 1343. 1519. 1564. 1719. 1755. 1778 .
1962 2147 2208. 2246. 2313. 2343. 2791 .
Imitée d'Horace ,
Epreuve ( P ) Comédie ,
1493
2525 2926
Estampes , 111. 327. SS3 . 743.971 . 1622. 1816.
2068 2173.25 13. 2709. 2916
Etourdi ( 1 ) Comédie ,
Etrennes ,
Eventails ,
f.
836
I
1263
F
Ables 26. 168. 235. 473. 606. 694. 864.
1749 2028.2189 2244. 2409. 2480 2850
Fâ heux es ) Comédie ,
Félibien ,
Feftin de Pierre ( le ) Comédie ,
Flambards ,
Fleurs- de - Lys ,
Floridor ,
Foire S. Germain
840
2141
1132
266 660
1083
1133
489.853
Force du fang & de l'Amour ( la ) Comédie , 1426
Foffiles ( Traité des }
France ,
François de Ste Therefe ( le P. }
737
2866
109
G.
G
Alilée ( Empire de )
476
838
940
Garcie de Navare ( Don ) Comédie ,
Genealogia Diplomatica Aug. Gentis Habsburgica ,
Goût ,
Goutte ,
2390
DES MATIERES.
Goutte ,
Grognet ( Pierre )
Guillemeau ;
Guyot ,
Alicot ,
H
Harangues ,
Hauteroche ,>
535
2411
1762
847
H.
1766
1433. 1453
1139
2075
1773
2298.2519
He menigilde , Tragédie ,
Hernie de l'eftomach ,
Heureux Echange ( l' ) Comédie ,
Hiftoire du Nivernois , 236. 670. De Paris , 271 .
De Bourgogne , 516. Ecclefiaftique de Montpellier
, 1168. Des Sciences , 1970. De la Philofophie
.
Homme à bonne fortune ( l' ) Comédie ,
Hongrie ( Révolutions d' )
Horlogerie ,
2009
1637
685
741. 1810
Hydropife ,
I.
Acob ( Louife ,
Jaloufe imprévue ( la ) Comédie
Jefus Chrift , Epoque de fa Naiffance
Jettons ,
Imprimerie ,
Impromptu de Versailles ( 1 ) Comédie
848
1638
1944
113. 1076
2141
1131
Inftrument pour prendre les hauteurs & diftances
des. Aftres ,
*
Joconde , Comédie ,
Ifaac , Tragédie ,
Ivara ( Abbate Philippo )
Inles découvertes au Nord ,
Jumeaux ( les ) Comédie ,
2904
2523. 2719
1209
347
936
2725
L
TABLE
L.
2513
L'Langue Grecque ,fi elle étoit celle des ¿113
lois ,
Lavaux ,
Le Breton ,
Le Comte ,
640. 1737
2394
1766
1142-
968
Leçons gratuites de Mathématiques ,
Logogryphes , 83. 283. 515. 700. 921. 1148 .
1387. 1586. 1785. 2002. 2232. 2484. 2688 .
Lofme de Monchefnai ( Jacques de )
2853
1938
Luynes , 1598
M.
M
Madrigaux ,
Mandemens >
Achine pour battre la mefure , 2038
117. 1463. 1683. 2046. 280 I
550. 1896. 295 3
Manufcri: de Poëfies pieufes , 2202
*Mariage forcé ( le ) Comédie , 1131
Mariages mal affortis ( les ) Comédie , 1832
Marié fans le fçavoir ( le ) Comédie ,
Marque ( Jacques de )
Médailles , 1299. 2137. Science des Médailles ,
Mémoire , moyen d'en acquérir ,
289.904
2031
Mémoires de Condé , 294. Du Gai-Troüin , 1410
986
1759
Méthode pour étudier l'Hiftoire ,
Mithras ,
Moliere ,
Montagne ( Michel de )
Montfleuri ,
Montmorenci ,
Monumens ( Explication de divers )
Mafai Theupoli numifmata ,
2855
413
840. 1130
2247
849
790. 1821
538
935
N.
DES MATIERES.
Anteüil ,
N.
846
N Naufrage d'Arlequin ( le ) Comédie , 1425
Nevers ,
Niceron ( le P. Jean Pierre )
Nivedunum
Noces de Vénus ( les ) Ballet ,
Normandie ,
Nouvelles Littéraires de Caen ,
O
O.
866
91
242.673
1819
2858
2023
Des . La Chicane , 54. L'Amitié , 191. A Iris ;
268. Le Triomphe de la Vertu , 403. A Julie,
512. A l'Evêque de Limoges , 831. L'Amour de
la Patrie , 104. L'Anatomie , 1111. Sur une
Tempête , 1290 La Brieveté de la vie , 1358 .
Le Tabac , 1687. L'Orgueil , 1704. La Gloire ,
1742. Sur un Retour , 1979. A l'Académie Françoife
, 2211. De Deftouches à fa Patrie , 2223 .
A M. de S. G. 2394. La Grandeur de Dieu , 2442.
Les Tableaux indécens , 2468. Priere à l'Amour,
2553. La Pareffe , 2579, A la C. de S. E.
2609. Imitée d'Horace ,
Cillets ( des )
Oifeaux de Paffage ,
2662
1138
2663
Ombres parlantes ( les ) Comédie , ·996 ·
Opera ( Lettre fur l' ) 1429
Opération Céfarienne , 1774
Opus mufivum , 1139. Plumarium , 2140
Oracle ( l' ) Comédie , 588.765. 1195
Oraifon Funebre , 1404
Qratio in adventų Etruria Ducis , 1615
Orazione in morte de Eugenio ,
2492
Orgemont ( d' ) 846
Origenis Opera ,
Offervazioni Letterarie
Qzillon .
2238
$27.7489
842
TABLE
P.
Anégyrique de S. Vincent de Paul ,
515 .
845.
Parallele du coeur , de l'efprit & du bons fens , 932 .
Parc ( du )
Des Romains & des François ,
Paroiffes voisines de Paris
Perfiflés , Tragédie ,
Pêche du Bofphore ,
Petit de Beauchamp ,
Philipe de Macédoine ,
Philofophiques de Ciceron ,
2210
19 249.915 .
2082
591
845
Pirame & Thisbé , Opera ,
1392
1617
125
Pierre (Remede pour la) 224. 695.892 . 1124. 1395
Plaidoyers des Jéfuites ,
Plan de Paris ,
Plantarum genera ( nova )
.
2615
1177
529
Plantes des Environs de Paris , 1414. Leur connois-
3
sance néceflaire au Médecin , 2893
Poemes. L'Amour Médecin , 75. Le Libertin converti
, 665. Defcartes , 1143
Poëfies fur les Archevêques de Sens , 1781
Ponthieu ( Conte de ) 2370
Portrait du Peintre ( e ) Comédie , 1131
Précieufes ridicules ( les ) Comédie
Princeffe d'Elide ( la ) Comédie ,
838
834
Ueftions
Q.
980. 1325
R.
R
Egles pour
former un Avocat ,
Roy de Cocagne , ( le ) Comédie ;
Romainville ,
Rondeau
Rozeli ,
1172
569
1142
2838
845
S.
DES MATIERES.
S.
Ans-Terre , d'où vient cette qualification , 2606
Satires imitees d'Horace • SA
Servandoni ,
Sirenes ,
1723. 1913
573
2350
Solde Militaire des Romains , 307
Sonnets , 81. 325. 1091. 1943
Stances
1236
Superftitieux ( le ) Comédie , 572
T.
Ableaux ,
Talens inutiles ( les ) Comédie ,
2270
1210
Teftament de Jungsching , 2814
Thevenin ,
1765
Timanthe , 1092. 2444. 2771
Tombeaux > 2794
Tragédie Grecque & Françoiſe , 4
Tremblemens de Terre , $87.950
Triffino ( Giovan Girgio ) 2493
· Trois Freres ( les ) Comédie , 2078
V...
V
844
2645
196 2420
Aliote ,
Vaudevilles
;
Vérole ( la petite )
Vers. La Vanité des chofes de la vie , 13. Sur la
Mort du D. de Bourbon , 184. 280. La Mufe
Suifle 20.Sur une Prédiction , 223 . A M.Daquin ,
379. Difcours de Satan , 462. L'Amour caractérifé
, 480. Requête , 486. Allégorie , 497. Le
grand Hyver , 96. A Mlle Huguenot , 601. Sur
un Déjeûner , 632. A M. Tonnelier , 698. Au
Cardinal de Fleury , 786. A M. Greffet , 875.
L'Amour & le Poëte , 912. A Mlle le Maure
993. 1209. 2724. A M. le F. 997. La France ...
heurefe
TABLE DES MATIERES:
heureufe , 1019. Les Ecoliers d'Orleans , 1069.
Querela in menfem Maïum pluviofum , 6180. A
Mile Gauffin , 1200. 2089. 2523. A Mlle Dumefail
, 1202. A M. Servandoni, 1210. Mævius,
1296. A l'Evêque de Sifteron , 1452. Les Jardins
de Sceaux , 1460. L'Amour défarmé, 1834. Prologue
de Comédie, 1835. Adreffe à M.... 1840.
Contre le Vin , 2129. Imitation de Juvenal ,
2217. Priere d'Habacuc , 25 55. Séjour Champêtre
: 2669. A M. Chardin , 2710. Sur la Pluye
du mois de Mai , 2769
Vieilleffe extraordinaire, 160. 175. 179. 361. 390.
396. 397. 196. 607. 608. 612. 820. 823.826 .
1032. 1251. 1356. 1661. 1670. 2118. 232 7,
2323-2549.2752.2851
Vies des Hommes Illuftres de France , 704. 1597
Villacoubley ,
Villiers ,
Vincennes ,
Z Ulime , Tragedie ,
THEQUE
LYON
*
1893
DE
LA
ALLE
Z.
621
1141
2401
1202. 1203. 1418
DE
FRANCE , 426031
DÉDIÉ AU ROT.
NOVEMBRE. 1740
THEFT'S
URICOLLIGIT
SPARGITE
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ,
M. DCC. XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy .
L
,
AVIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porier sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
"
DE
LA
ALLE
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROU
NOVEMBRE.
1749
LYON
*
1893
PIECES
FUGITIVES
,
en Vers et en Prose.
EPITRE
De M. de la Soriniere au Comte de Montmorenci
, fur la promesse qu'avoit fait ce
Seigneur de venir passer l'Automne à fon
Château des Buars en Anjou, avec la Comtesse
de
Montmorenci fon Epouse.
Ontmorenci , le tems s'avance >
Déja l'ardent Phebus volant dessus
M:
Balance ,
fon Char ,
Au fortir d'Erigone , entre dans la
▲ ij
Tan344
MERCURE DE FRANCE
Tandis que notre impatience
Nous brûle , & t'invite au départ .
Tu nous promettois que Pomone ,
Hâtant ton aimable retour ,
Loin de Paris , loin de la Cour ,
Nous te verrions dans cette Automne ;
Pour preffurer le vin nouveau ,
T'occuper du foin de la Tonne ,
Et d'en bien fournir ton Caveau .
Hélas ! tu promettois encore
Que l'aimable moitié que fon Epoux adore (4)
Et qui fur les bords Polonois
Jugea fi fainement du mérite François ;
Cette Héroïne , à qui le Ciel annexe
D'allier nos vertus aux vertus de fon sexe
Quittant Paris & les attraits
>
Viendroit ramenant ſur ſes traces
Les Jeux , les Amours & les Graces ,
Qui ne l'abandonnent jamais :
Mais d'un bien fi flateur notre attente déçûë ,
Détruit notre esperance auffi- tôt que conçûë.
Que de beaux projets éclipsés !
Nous devions , dès avant l'Aurore
Déja nos harnois endossés ,
Armés d'un Instrument fonore ,
(a) Ce Seigneur a épousé en Pologne la Veuve dn
Général Potoski.
Reveiller
NOVEMBRE. 1740 . 2345
Reveiller à grand bruit & Cerfs & Sangliers ,
Rembuchés dans tes bois au plus fort des halliers
Et je me ressouviens encore
Que hardi de tes nobles travaux ,
compagnon
Montant fuperbement ma Mule ,
Et trotant par monts & par vaux ,
Je devois être ton émule.
Au retour , pour nous délasser
Après quelques momens de table ,
Je n'irai point te retracer
L'image d'un vin délectable
Dont ont but chés toi l'an dernier ,
Un Hydropote (6) a fon excuse :
Et tout Hongrois qu'il foit qu'il pardonne à ma
Muse
De préferer ton Cuisinier :)(c)
Nous devions , le Prisme à la main ,
Eprouver avec la lentille ,
Si c'eft un fait assés certain
Que chaque rayon qui petille
Conserve invariablement
Le magnifique habillement
Qu'il reçoit de l'Aftre qui brille :
Newton l'a dit ; il n'en faut plus douter .
(b )Hydropote , buveur d'eau .
( c ) C'eft que les buveurs d'eau sont ordinairement
grands mangeurs.
A iij De
2346 MERCURE DE FRANCE
De ces belles
expériences ,
Tribut des fublimes Sciences
Où Newton feul peut ajoûter ,
Nous devions , fans nous arrêter ,
Parcourant ta
Bibliotheque
Porter nos regards curieux
Sur ces monumens précieux
>
De l'Histoire Romaine & Grecque ;
Puis laissant Thucidide , Hérodote , Platon ,
L'exact Polibe &
Xenophon ,
De l'Histoire à la Poëfie
Passer jusqu'à la Quintinie.
A ces nobles amusemens
Ou tu puisas les ornemens
Dont tu décoras ton génie ,
On auroit vu dans peu le séjour des Buars
Devenir celui des Beaux Arts.
Projets évanouis , que mon ame regrette
Réalisez - vous l'an prochain :
Et par un retour plus certain
Venez tirer de fa retraite
Un miserable Anachoréte.
Oui , Cointe , fi tu veux sçavoir
Ce qui m'occupe en la Province ,
Chagriné de ne s'y point voir ,
Je reste au fond de mon manoir ,
Sans qu'aucuu importun m'évince
D'un
NOVEMBRE. 1740 234%
D'un Cabinet , ni d'un Boudoir ,
Où du matin jusques au foir ,
Pour accomplir mon horoscope ,
Je contrefais le Misantrope..
Voudrois tu connoître en détail
Le prix , la valeur intrinséque
De ma mince Bibliotheque ?
Elle eft simple , & ſans l'attirail
De ces curiosités vaines
Que bien des gens assés souvent ,
Par un goût plus faux que fçavant ,
Entassent à grands frais , en vendant leurs Domaines.
Sur vingt Hiftoriens & quelques Orateurs
S'élevent à la file autant de Voyageurs ,
Qui, narrateurs constans de leurs lointains voyages,
Nous laissent à coup sûr bien des Fables pour gages ,
Paroissent sur les rangs ces fameux Ecrivains ,
Virgile , Juvenal , Plaute , Horace , Terence ,
Perse , Ovide , Syrus , ces Poëtes divins
Glorieux de la préference
Qu'on donne à Rome fur la France.
S'avancent fur leurs pas les Poëtes François ,
Qui sectateurs zélés du beau fiécle d'Augufte ,
Et toujours du vrai beau reconnoissant les loix ,
Sur la Nature & l'Art sçavent régler leur voix :
Leur bon goût eft la note où leur clavier s'ajufte :
A i
Tels
2348 MERCURE DE FRANCE.
Tels font ceux dont j'ai fait le choix :
Et , s'il t'en faut donner la liste presque
entiere ,
Despreaux , un Corneille , un Racine , un Moliere,
Un Quinaut , un Malherbe , un Marot , un Rousseau
,
La Fontaine , Renard , Voltaire & du Cerceau :
Et non de ces Rimeurs qu'au Parnasse on renie
Prototypes des vains abus ,
Qui loin de la belle harmonie
Du Rythme & de la Prosodie ,
Harcelant Pégase & Phébus
N'enfantent que de vrais bibus ,
Sans goût , fans art & fans génie.
Point de Scholiafte ennuyeux ,
Point de Critique fourcilleux ,
De Manuscrits qu'on ne peut lire
Ni cent Volumes rassemblés
D'originaux interpolés :
Je lis , mais fans vouloir écrire
?
Kollin , Prideaux , Locke & Newton ;
Columelle , Rapin , Pluche , Pope & Milton ,
Voilà ce qui , fixant mes volages caprices,
Fera jusqu'à la mort mes plus tendres délices ,
Avec les élémens & le style assorti
De Voltaire & d'Algaro.i.
J'ai banni les Romans & les Historiettes ,
Qui , de mon Cabinet Occupant les tablettes ,
S'éta
NOVEMBRE . 1746. 2349
S'étaloient avec pompe : & j'ai mis en leur lieu
Les faciles Ecrits de Chapelle & Chaulieu .
J'aime le vrai , le fimple , & déteste l'enflure
D'un Romanesque Auteur qui force la nature.
Qu'un faiseur de Romans du fond de fon cerveau,
* Arrache fans effort un volume nouveau ,
Peu touché des progrès de fa verve féconde ,
Ces riens interessans qui charment le beau monde ;
N'auront jamais pour moi que glace & que froi
deur ,
Et je plains bien ſouvent les talens de l'Auteur,
Qu'on cherche dans le vrai ces incidens fublimes
Ces situations , qui par des traits intimes
Sçavent faisir , fraper , & remuer le coeur ,
Je permettrois encor que l'Ecrivain qui brode
Avec la vérité mariât l'épisode ;
Mais que , feignant par tout, & qu'en de vains prejets
Un Auteur égaré nous offre les objets
Sous le verre imposteur du plus fin microscope ,
Je le place au niveau des Tireurs d'Horoscope.
Quelque pompeux habit , dont se pare un Roman ,
Il eft pauvre en effet , & n'est qu'un Charlatan ;
Il ne nous peut fournir aucun trait profitable ,
Qu'autant qu'il nous paroît Hiftoire véritable ;
C'est là que le Lecteur avec plaisir conduit
Voyage , & s'en revient utilement inftruit.
A v LES
135 MERCURE DE FRANCE
I
LES SYRENES.
L y a quelque tems que nous avons été
invités par une Lettre Anonyme, de donner
par nous-mêmes , ou de procurer au Public
par le moyen de ce Journal , quelque
inftruction exacte & folide , principalement
au fujet des Syrenes , & par occasion , des
autres Productions de la Mer , de la même
nature. Nos occupations continuelles nous
avoient fait perdre cet objet de vûë , lorsqu'il
nous eft tombé entre les mains un Ouvrage
tout récent , dans lequel le ſujet en
queftion nous paroît bien traité , & сара-
ble de fatisfaire la curiosité de la Personne
qui nous a fait l'honneur de s'adresser à
nous.
Cet Ouvrage eft intitulé : CAPRICES D'IMAGINATION
, Ou Lettres fur differens ſujets,
&c. 1. Vol. in- 8 ° . à Paris , chés Briasson
1740. lequel nous avons déja annoncé au
Public , dans le Mercure. Voici ce qu'on
y trouve au fujet des Syrenes , &c . p. 35 .
"
TROISIEME LETTRE Sur les
Syrenes , Tritons , Néréides , & autres Poissons
rares , quife trouvent dans la Mer.
, L'étenduë prodigicuse de la Mer &
l'inépui
NOVEMBRE . 1749. 2351
l'inépuisable fécondité de la Nature , ont
donné lieu , M. à quelques Physiciens de
s'imaginer qu'il n'est rien de propre aux autres
Elémens , que la Mer ne renferme dans
fon fein. La reflemblance qu'ils ont trouvée
entre certains Poissons & des Etres qui paroiffent
tellement particuliers aux Elémens à
qui ils apartiennent , qu'on n'auroit point dû
foupçonner que les Eaux en euffent des copies
, les a confirmés dans cette idée. La
Mer , outre fes Arbres & fes Plantes , a des
Poiffons , à qui , par raport à leur reffemblance
, on a donné les noms de Panais ;
d'Ortie , &c. On trouve fous la ligne une
quantité de Poiffons volans ; il y a des Eperviers
& des Hirondelles de Mer ; les Eaux
donnent naiffance à des Lyons , des Vaches,
des Chevaux , des Chiens , des Loups , des
Boeufs , des Veaux. On y trouve des Poissons
reffemblans à la Lune & aux Etoiles ,
qui portent le nom de ces Corps lumineux
& dont les premiers , du moins , jettent
pendant un tems assés long , une lumiere
éclatante , qui justifie d'autant micux leur
dénomination. Il eft cependant vrai , ceci
foit dit par paranthese , que la Lune Marine
n'a pas
le privilege exclusif de donner de la
lumiere ; mais cette faculté convient à merveille
& à fa figure , & au nom qu'elle porte.
On trouve même dans les Eaux des Hom-
,
A vj mes
2352 MERCURE DE FRANCE:
mes Marins & des Femmes Marines. Cette
derniere espece de Poissons fera le principal
objet de cette Lettre , après que je vous aurai
observé que les Productions de l'Art trouvent
auffi des copies dans l'Empire de Neptune
, & qu'on y voit des Roües , des Sciés ,
des Aiguilles & des Poignards.
L'Hiftoire fournit peu d'exemples d'apparitions
d'Hommes Marins ; en récompense on
en trouve beaucoup de Femmes Marines
vûës ou prises. Il femble qu'il foit attaché à
P'espece Fémelle d'aimer à attirer les regards.
Les anciens Naturaliſtes apellent les Hommes
Marins Tritons , & les Fémelles Syrenes.
Schot , dans fa Phyſique curieuse , fait deux
claffes differentes des Femmes Marines : il
conserve le nom de Syrenes à celles qui ne
reffemblent aux Femmes que par le tronc &
par les extrêmités fuperieures , & dont les
extrêmités inferieures font remplacées par
une queue de Poisson ; il nomme Néreides
celles qui reffemblent parfaitement aux Femmes.
Telle eft celle dont parle Jonfton , qui
fut prise en 1403. dans un Lac de Hollande
où elle avoit été jettée par la Mer , & qui fe
laiffa habiller , s'accoutuma à manger du
pain & du lait , & à filer , mais fans pouvoir
aprendre à parler . Un mauvais plaisant ne
manqueroit pas de dire , qu'à ce trait il voit
parfaitement que cette Femme n'eft pas une
Femme
NOVEMBRE. 1740 2353
Femme de notre terre . Mais pour moi , je
me garderois bien de le dire , quand je le
penserois.
Voilà , M. le feul exemple de Néreïde
vûë , qui foit venu à ma connoiffance. Il faut
que l'efpece en foit rare , auffi bien que celle
des vrais Hommes Marins . Je n'en connois
que peu d'hiftoires , que je vais vous ra-
-porter.
,
La premiere eft tirée de l'Hiftoire Naturelle
d'Angleterre de Childrey , qui raconte
d'après Raoul Coggeshall , Auteur fort ancien,
qu'en 1187. on prit aux environs d'Oxfort ,
un Poiffon parfaitement femblable à un Homme.
On le garda dans la Citadelle pendant
fix mois ou environ , au bout duquel tems ,
trouvant l'occaſion de s'enfuir , il fut précipitamment
fe jetter à la Mer. Childrey dit
d'après un autre Auteur , que ce Poiffon fut
pris dans les filets d'un Pêcheur.
Pareille Hiftoire , atteftée dans la Vie de
Peyresc par Gaffendi , rend très- probable ce
qu'on lit dans Pline , qu'un de ces Tritons
fut pris fur les Côtes de Portugal , & un autre
dans le voisinage du Détroit de Gibraltar.
Mais que dirons - nous de la fuivante ? Jean
Philipe Abelinus , dans fon premier Tome
de fon Théatre de l'Europe , raconte qu'en
l'année 1619. des Conseillers du Roy de
Dannemarck
4354 MERCURE DE FRANCE:
Dannemarck navigeant de Norwege à Cop .
penhague , virent un Homme Marin fe promener
dans la Mer , portant une botte d'herbes.
On lui lâcha un appas qui cachoit un
hameçon , au moyen duquel on l'attira à
bord du Vaiffeau . Mais à peine y fut il , qu'il
fe mit à parler & à menacer le Vaiffeau de fa
perte , fi on ne lui rendoit la liberté. Vous
jugez bien que les Marins , gens fort fuperftiticux
, ne la lui firent point attendre. C'eft
le feul exemple d'Homme Marin qui ait parlé.
Auffi quelques- uns doutent fi ce n'étoit
point plûtôt un Spectre qu'un Triton . Pour
-moi , qui ne conçois point d'où lui feroit
venue la connoiffance de la langue Danoise,
ou de quelqu'autre que ce fût , je commence
, & je me crois autorisé à le faire , par
contefter la vérité du Fait.
Les Syrenes , proprement dites , ainsi que
les Tritons , qui probablement font les mâles
de cette efpecc de Poissons , peuvent encore
fe fousdiviser en plufieurs classes ; les
unes ont un col , les autres n'en ont pas , &
les unes ont la queue double , pendant que
les autres l'ont fimple.
Le Capitaine Anglois , Jean Schmidt , au
raport de plusieurs Auteurs , vit en 1614.
dans la Nouvelle Angleterre , aux Indes Occidentales
, une Syrene ayant la partie ſupérieure
du corps parfaitement femblable à une
Femme
NOVEMBRE. 1740 2355
Femme. Elle nageoit avec toute la grace possible
, lorsqu'il l'aperçût du bord de la Mer
où il fe promenoit . Les yeux , le nez , le
front , de longs cheveux verts de mer , flotant
fur les épaules , auroient , à ce qu'il raporte
, fait une Fille très- aimable , file dessous
du nombril n'eût point été Poisson.
Aparemment que cette espece n'eſt pas
commune , car c'eft le feul exemple que je
connoiffe de pareille Syrene. Mais je vais en
raporter beaucoup de celles à qui le col
manque .
Bartholin raporte dans la feconde Centurie
de fes Hiſtoires mémorables , qu'on en trouve
dans la grande Riviere de Cuama , près
le Cap de Bonne - Esperance , qui ne different
des précedentes que par le défaut du col,
& parce que leur tête tient immédiatement
aux épaules . Elles reffemblent même aux
Femmes par les mammelles qu'elles ont pleines
de lait.
On en voit encore de pareilles dans les Indes
Orientales , près de certaines Isles apartenantes
aux Espagnols ; & fi l'on en croit
Kirker , près des Isles Philippines. 11 dit
que les Espagnols les nomment Pesce Muguer
, & les Naturels du Pays , Duyon. II
les dépeint femblables aux Femmes , fi l'on
en excepte le col & quelque difference dans
·le nez. Il ajoûte qu'elles n'ont point les mammelles
2356 MERCURE DE FRANCE :
melles flasques & molles , mais qu'elles fes
ont comme les filles , rondes & fermes ;
qu'elles ont les bras larges & commodes pour
´nager ; mais qu'elles n'ont point de jointures,
non plus que les doigts des mains.
Cette description convient affés à celle que
donne Monconys dans fon Voyage d'Egypte ,
page 252. de pareils Poissons qui fe trouvent
dans la Mer Rouge . Voici fes termes.
» Je fis picquer un petit chien par une vi-
" pere ordinaire ; elle le prit à la jambe droi-
» te de derriere , & lui fit deux trous dont
» le fang fortit auffitôt. Je lui donnai 55 .
"" grains de la raclure de dent de l'Homme
» Marin que j'avois aporté du Tour, & qu'on
» m'assûra être un fouverain remede contre
» toutes fortes de venins ; mais nonobftant
» il en mourut rrois heures après . Ces Hom-
» mes Marins font de gros Poiffons qu'on
prend dans la Mer Rouge. Ils font à peu
près de la grandeur d'un Chameau ; ils onɛ
» la tête faite comme celle d'un Boeuf , & la
» queuë comme celle d'un Poiffon . Le refte
» du corps , depuis le ventre en haut , eft
ود
»
» fait comme un Homme ou comme une
» Femme , y en ayant de l'un & de l'autre
fexe , ayant la nature de même que celle
» de l'un & de l'autre . Ils ont la poitrine
» les mammelles , les bras , les mains , de
» même que les Hommes , excepté que les
> "
>
doigts
NOVEMBRE.
1740. 2357
"
doigts font joints les uns aux autres , par
» une peau ou cartilage , comme les pattes
d'Oye , ou les aîles de Chauve - Souris . Plu
» fieurs personnes qui en ont vû , me l'ont
» assûré , car pour moi , je n'en ai pas vû.
» Du depuis , j'ai vû des mains où il n'y avoit
» que des os écorchés. Ils font joints les uns
» aux autres , & reffemblent à la tête d'une
» Merluche . Mais les Religieux m'ont pro-
» mis de m'en envoyer fi-tôt qu'on en pren-
» droit. Il eft impoffible d'en avoir un en-
» tier , parce que les Pêcheurs Turcs ont cet-
» te fuperftition de n'en vouloir point don-
» ner , & disent que leur Loi le défend ; &
» fi-tôt qu'ils en prennent , ils leur coupent
» la tête & la jettent à la Mer. J'ai vû la
» peau d'un , qui avoit quelques dix pieds
» de long ; elle étoit plus épaiffe que le plus
" gros Buffle qu'on voye , & plus dure que
» le bois. Ils en font des Rondaches à l'é-
» preuve du piſtolet , & des femelles de fou-
» liers qui durent trois ans. La dent que j'a-
» chetai douze Médains , femble une défen-
→ se de Sanglier.
Si cette Description eft exacte , cette espece
de Monftres Marins eft differente des
Tritons & des Syrenes . Mais il pourroir bien
fe faire que Monconys fe fût mépris en prenant
la mesure de la tête pour fa figure ; &
se qui m'engage à le croire , c'eft le trait de
fuperftition
2358 MERCURE DE FRANCE:
·
superstition des Turcs qu'il raporte. Leur
Loi leur défend les représentations de têtes
d'Hommes : auffi ont ils mutilé toutes les
Statues & Bas -reliefs qui font tombés ſous
leur puiffance ; & c'eft fans doute fur ce.
fondement qu'ils coupent la tête des Poissons
à figure humaine , & la jettent à la Mer.
Quoiqu'il en soit , cette espece differe certainement
de quelques autres , dont nous
parlerons ci après , qui ont la peau auffi douce
& auffi fine , que celle de la femme la plus
délicate .
Christophe Furer de Heimondorf , dans
fon Voyage de la Terre Sainte , parle auffi
d'une Syrene qu'il vit en 1565. dans la Ville
de Torre , dont la description convient à celles
dont parle Kirker , & à celle qui , au raport
de Bartholin dans l'endroit cité , fut dif
fequée par Pierre Paw , Professeur à Leyde .
Monconys & Bartholin different cependant
de Kirker , en ce que ce dernier prétend
qu'il n'y a pas d'articulation dans leurs bras,
& les premiers foûtiennent le contraire.
Mais il n'y a point de doute que Bartholin ,
en ayant fait la dissection , ne mérite plus de
croyance .
Je ne fçais dans quelle classe il faut ranger
la Syrene dont parle cet illuftre Anatomiſte
au même endroit , qui fut prise en Dannemarck
, aprit à filer , à parler , & même
prédig
NOVEMBRE. 1740. 2359
de ,
prédit l'avenir. Si elle eût joint à ces talen
celui de la Musique , je la croirois descenduë
d'une de ces Filles du Fleuve Achelous
& de la Nymphe Calliope , qui habitoient
le Rivage de Sicile , où elles avoient vû enlever
Proserpine , à qui elles étoient attachées
, & je croirois , n'en déplaise à Ovique
de rage d'avoir vû Ulisse leur échaper
, elles fe font pour toujours renfermées
fous les Eaux , au lieu de s'y fubmerger, com !
me le dit le Poëte Latin. Mais laiffons la Fable
; que celle dont il s'agit ait été une véritable
Syrene , c'eft ce qu'il n'eft pas permis
de révoquer en doute. Elle avoit une queuë
de Poiffon , & ce qui eft remarquable ,
c'eft que cette queue , au raport de Bartho
lin qui l'a dissequée , n'étoit qu'une maſſe de
chair informe , au lieu que celle des Poiffons
eft toute musculeuse ; de forte qu'elle paroît
n'avoir d'autre usage que de fervir de contrepoids
à la partie fuperieure du corps.
Kirker donne ailleurs la Description des
Syrenes qui ont une longue chevelure , formée
, non de poils , mais des filets charnus ,
qui forment des éminences ; ayant le viſage
agréable , les yeux vifs & gracieux , manquant
de nez , ayant les bras plus longs que
ceux des Hommes , les doigts des mains
joints par un cartilage en forme de patte
d'Oye des mammelles rondes & fermes
&
360 MERCURE DE FRANCE
& la peau couverte d'écailles extrêmément
blanches & fines , que l'on prend pour une
peau blanche & graffe . Il ajoûte que les Tritons
& les Syrenes ont autant d'adresse que
les Singes fur terre ; qu'ils fe construisent
avec des rocailles des grottes dans des lieux
inaccessibles aux hommes , où ils ont des
caches pour mettre leurs provisions ; qu'ils
fe font des lits d'un fable doux pour s'y reposer
de leurs fatigues ; qu'ils viennent fur la
terre , comme les Amphibies , pour y mieux
fentir la chaleur du Soleil , & qu'ils aiment
passionément nos fruits & nos racines.
Mais fi personne ne peut penetrer jusqu'aux
grottes des Syrenes , où Kirker a - t'il
pris la Description qu'il en donne ?
Dimas Bosque , Médecin du Viceroy de
l'Isle de Manara , rapore l'Histoire fuivante
dans une Lettre inserée dans l'Histoire d'Afie
de Barthole. Etant à fe promener fur le bord
de la Mer avec un Jesuite , une troupe de
Pêcheurs vint inviter ce Pere à entrer dans
leur Barque pour voir un prodige . C'étoient
feize Poissons à figure humaine , neuf fémelles
& fept mâles , qu'ils apelloient , à
cause de leur reffemblance , Homines Marins
& Femmes Marines , & qu'ils venoient
de prendre d'un coup de filet . On les tira
fur le Rivage , & on examina en détail leurs
parties , qui reffembloient prefque entierement
NOVEMBRE. 1740 2361
ment à celles de l'Homme . Ils avoient la
tête ronde , mais posée immédiatement fur.
les épaules . Leurs oreilles étoient éminentes
comme les nôtres , cartilagineuses & couvertes
d'une peau mince. Leurs yeux , femblables
aux nôtres pour la couleur , la forme
& la fituation dans des orbites cachés fous
le front , étoient de même garnis de paupieres
, & n'avoient point , comme ceux des
Poiffons , differens axes de vifion . Le nez ne
differoit qu'en ce qu'il étoit aplati & fendu .
La bouche , les lévres , les dents , étoient
parfaitement femblables aux nôtres ; les dernieres
étoient quarées & ferrées l'une contre
l'autre. Ils avoient la poitrine large & couverte
d'une peau extrêmement blanche , qui
laiffoit apercevoir les vaiffeaux fanguins qu'el
le couvroit. Les Femelles avoient les mammelles
rondes & fermes , non pendantes &
flasques , qui donnerent en les pressant une
grande abondance de lait très - blanc . Leurs
Bras, longs de deux coudées , plus pleins que
les nôtres,paroiffoient fans jointures, & leurs
mains attachées au cubitus ; ils avoient fous
les aiffelles des poils minces & mollets ; en
un mot , la conformation interieure & exte
rieure , tant des mâles que des femelles , examinée
anatomiquement , ne parut differer
presque en rien de celle du corps humain. Il
ne leur manquoit pas même cette difference
remar
2362 MERCURE DE FRANCE
remarquée par Ariftote entre les mâles & les
femelles , que ces dernieres ont plus d'embonpoint.
Le dessous du ventre , à commencer
aux anches & aux cuisses , fe partageoit
en une queue double , telle que celle
des Poiffons , & telle que celle avec les
quelles on peint ordinairement les Syrenes.
L'Isle de Manara , où l'on pêche les Syrenes
, eft une Isle d'environ quarante milles
de circuit , assés près de l'Isle de Ceylan.
Elle a au Nord les Roches de Romanancor,
contre lefquelles les courans , venant fe précipiter
, rejettent & brisent fur les Côtes
d'Infanapatan , les Navigateurs qui ne ſe ſont
pas tenus fur leurs gardes .
Je finirai l'Histoire des apparitions des Syrenes
par celle que
Bartholin raporte. Il dit
qu'un beau jour d'Eté de l'année 1669. une
infinité de personnes qui étoient fur la Rade
de Coppenhague , virent distinctement une
Syrene auprès du Port de cette Ville , ayant
le visage humain , fans barbe , & la queuë
double. Les rélations ne differerent qu'en un
point , c'eft fur la couleur des cheveux , que
les uns disoient rouges & les autres noirs ;
mais il peut fe faire que la differente réflexion
des rayons de lumiere , par raport aux Spectateurs
, causât ces differentes impreffions .
Je vous ai remarqué plus haut , M. que les
Néréides paroiffoient rares dans la Mer ; elles
font
NOVEMBRE. 1740 2363 .
font plus communes dans le Fleuve de Tachni
qui est fur les confins de la Province de Lu
comorie , à l'extrémité de l'Empire de Ruſſie.
Car Pierre Petowitz de Erlesund , raporte
dans fon Hiftoire de Moscovie , qu'on y trouve
des Poiffons entierement semblables aux
Hommes , au défaut près de parole & de
raifon, Il dit que le goût de leur chair eft
extrêmément doucereux..
Il manqueroit quelque chose à l'Hiftoire :
des Poissons à figure humaine , fi je ne vous
remarquois pas que l'Auteur connu fous le
nom d'Alexander ab Alexandro , parle de
Tritons , vûs fur les Côtes d'Espagne & d'Epire
, & que plufieurs Naturalistes , outre
ceux que j'ai déja cités , atteſtent de pareilles.
Histoires. Mais ce qui va peut- être vous furprendre
, quoique la remarque faite au com
mencement de cette Lettre , fur la reffemblance
entre des Poiffons & des Ouvrages
de l'Art , le rende probable , il y a des Poissons
qui reffemblent à un Moine : Gesner
donne la figure d'un. Olearius , dans la Des
cription du Cabinet du Duc de Holstein-
Gottorp, donne la figure d'un autre , n'ayant
ni nageoires, ni écailles , pris en vie au Nord.
de la Hollande , & conservé dans le Cabinet
du Duc de Holstein - Gottorp. Aldovrandus
en dépeint un troisième , mais different
dernier par les écailles dont il eft couvert.
On
10
2364 MERCURE DE FRANCE
On voit auffi dans Gesner la figure d'un Evêque
, c'eft à - dire , d'un Poiffon coëffé d'une
Mître telle que celle d'un Evêque .
que
Enfin , Kirker raporte qu'étant à Malthe
fur le bord de la Mer , dans le voisinage
d'une Eglise dédiée fous l'invocation de la
Vierge , connue vulgairement fous le nom
della Malesa , il vit un Poiffon monstrueux
le Fleuve y avoit jetté , & qu'on apelloit
Diable Marin. Si l'on en excepte une
longue queue qui le terminoit , il avoit la
figure humaine , quant à l'arrangement & à
la fituation de fes parties ; mais toutes ces
parties faifoient horreur ; la face entierement
défigurée , les yeux de travers ,
travers , la barbe ri .
diculement taillée , les joües couvertes de rides
, des cheveux mal rangés , fuposé que ce
qui en tenoit lieu puiffe mériter ce nom ; les
mains monftrueuses & femblables en grand
à des aîles de Chauve- Souris , & la peau
'couverte d'écailles raboteuses.
Je conçois bien comme une femblable figure
eft peu propre à infpirer de l'amour ;
mais je m'étonne que quelqu'une de ces gentilles
Syrenes n'ait pas inspiré cette paſſion
à quelqu'un des Spectateurs . Les Pigmalions
fe font assés multipliés , pour autoriser ma
furprise .
Vous ne trouverez fans doute , M. rien de
merveilleux dans ces differentes apparitions
de
NOVEMBRE. 1740. 2365.
་
'de Monftres Marins. Physicien comme vous
êtes , vous verrez d'abord que c'eſt par de
raisons naturelles , qu'ils préferent certains
endroits de la Mer à d'autres , ou qu'ils quittent
leur Lieu natal , pour voyager fur des
bords Etrangers . Mais l'ignorance de ces
raisons a donné lieu à des esprits timides &
fuperstitieux , ( & . d'où la fuperstition ne tire
- t'elle poine des forces ? ) de donner carriere
à leur imagination. Ils fe font donc persuadés
que l'aparition de ces Monstres Marins,
dans des Lieux insolites , présageoit des
Guerres & d'autres malheurs . Peut- on en
effet , fe refuser à l'évidence de leur raisonnement.?
En 1333. il y eut une Guerre cruelle
entre les François & les Anglois . Une Baleine
s'étoit échouée près de Lubeck. Les
Suedois en 1642. firent une irruption dans
le Holstein ; on y avoit pris deux Poissons en
forme de fcie , l'un long de dix pieds , à
Chilon , l'autre à Apenrade. Le Corsaire
Chinois Coxini , en 1661. attaque & prend
Taywan, dans l'Isle Formose , Herport avoit
vû le matin un Homme inconnu fortir trois
fois hors de la Mer , & une Syrene en faire
autant à midi. On en croira , M. ce qu'on
voudra ; pour moi , je me ſouviens qu'il y a
environ vingt ans , un Cochon Marin , entierement
femblable par la hure , les oreilles,
le col , la poitrine & les pattes de devant , à
B un
2366 MERCURE DE FRANCE
un Porc de notre terre , fut pris à la Rade
de S. Valeri , en Caux . Le Flux l'y avoit aporté
; le Soleil l'invita à s'ỳ divertir. Comme
il étoit dans un fond , il ne fentoit pas que
le Reflux alloit le laiffer prefque à fec , &
quand il le fentit , il n'y avoit plus assés d'eau
pour regagner la Mer. Les hurlemens dont
il fit alors retentir le rivage , attirerent des
Pêcheurs, qui , après l'avoir affommé & éventré
, pour le rendre plus portatif , car vous
fçaurez qu'il avoit le ventre aufli gros , pour
le moins , qu'une demi queuë d'Orleans , le
promenerent par les Villes du voisinage , où
ils le firent voir pour de l'argent. Je ne fus
pas des derniers attirés par la nouveauté du
fpectacle. Ainsi je parle en témoin oculaire.
Sa peau étoit extrêmement dure , plus même
que celle du Chien de Mer. Si c'étoit des
écailles fincs qui causoient cette asperité ,
c'eſt ce que je n'examinai point alors ; mais
je remarquai qu'elle étoit herissée de poils
très clair- semés à la vérité , mais extrêmément
roides , & près desquels ceux des Sangliers
n'étoient que du coton. Ce Monftre
Marin , au deffous du ventre , se terminoit
par une queue de Poiffon , & , ce qu'il y a
d'assés fingulier , cette malle énorme n'avoit
point de nageoires , ou du moins elles étoient
très- disproportionées au volume du corps.
Ainfi il rampoit plûtôt qu'il ne nageoit. , La
longueur
NOVEMBRE. 1740 2367
longueur de ce Poisson étoit de huit ou neuf
pieds. Cette observation peut fervir à vous .
faire connoître l'erreur de ceux qui prétendent
que le Marsoüin est le Cochon de Mer.
Mais fi ce dernier reffemble au Cochon de
Terre par le goût qu'il a pour les mêmes
nourritures , tous ceux qui le connoiffent
sçavent combien fa figure eft differente de
celle que je viens de décrire. Les Pêcheurs
n'ayant pas eu la précaution de faler ce Poiffon
, il fe corrompit à Amiens , & fur jetté
dans la Riviere. Je vous assûre cependant
que , quoiqu'il n'y eût aucun exemple de pareil
Monftre vû fur les Côtes de Picardie
cette aparition ne fut fuivie d'aucun événe
ment fâcheux , du moins fur notre Hemisphere.
Qu'il n'en foit point arrivé à nos Antipodes
, c'eft ce que je n'oserois assûrer. J'ai
perdu le fouvenir des Gazettes de ce tems - là,
& je ne crois pas être tenté de les lire pour
me les rapeller.
Je finirai cette Lettre par vous observer
que Kirker prétend que les Os des Syrenes
ont une vertu merveilleuse contre le Flux de
Sang , & qu'on en pourroit tirer le vrai Baume
de Vie ; la Momie , fi vantée des Philosophes
Hermétiques , & l'Elixir de Vie ,
pable de retablir la chaleur naturelle. Ecrions
nous donc avec lui : Quel dommage que ces
Poiffons foient fi rares ! Mais , pour parler
Bij vrai,
ca-
3
1365 MERCURE DE FRANCE
vrai , quel dommage qu'un fi grand Homme
ait adopté des idées auffi chimeriques ! Car
ne fuis - je pas bien fondé à croire qu'il en feroit
de ces magnifiques idées , à peu près
comme de la vertu alexitere de leurs dents
que Monconys trouva parfaitement imaginaire
,
ainfi que le paffage que j'ai extrait plus
haut en fait foi ? Je fuis , &c.
Si la personne qui nous a écrit fur ce fujet,
fouhaite une plus ample inftruction , elle lira
s'il lui plait , le Traité des Syrenes de l'Abbé
Nicaise , & ce que nous avons raporté nousmêmes
de l'aparition d'un Homme Marin ,
arrivée en 1724. dans les Mercures de Septembre
1725. p. 1963. & de Novembre , p.
2657. & les autres Evenemens femblables
cités à cette occafion & c.
****************
LA SOLITUDE ,
CANTATILLE.
SEjour heureux , où mon ame tranquille
Jouit du plus parfait repos ;
En vain flaté des attraits de la Ville ,
J'ai pû me délivrer de fon fatal cahos.
Mon coeur dans cette Solitude
Ne goûte que de vrais plaiſirs ;
Eloigné
NOVEMBRE. 1740 2369
Eloigné des foupçons & de l'inquietude .
Tout ici prévient mes desirs.
A la brillante Aurore
J'interromps mon fommeil ,
Le foin de plaire à Flore
M'occupe à mon reveil:
Le Zephir favorable
Seconde mes travaux ,
Et Pomone à ma table
Offre des mets nouveaux .
Je ris des rufes de Climene ,
Sa beauté n'a pour moi que d'impuiffans attraits ;
Amour , auteur de mes regrets ,
Je brise dans ce jour ma chaîne ,
Pour ne la reprendre jamais.
Sur un verd gason
Bacchus me careffe ,
Et de Cupidon
Je brave l'adreffe ;
Sans foins , fans allarmes ,
* A de fi doux charmes
Je livre mon coeur
Ils font mon bonheur ;
Tout cherche à me plaire ,
L'Aftre qui m'éclaire
Eft toujours brillant ,
Et loin de l'orage
Bij Je
2370 MERCURE DE FRANCE
Je lens l'avantage
De vivre content .
MEMOIRE Historique & Topographique
sur le Comté de Ponthien . Par M. Godart
de Beaulieu , ancien Maire de la Ville
d'Abbeville.
L
'Etendue du Reffort du Comté de
Ponthieu , auffi bien que du Siége Préfidial
qui y a été établi , peut être confideré,
1º. dans toute l'étendue que ce Comté avoit
auparavant 1225. époque du Traité de Chifait
entre Louis VIII . Roy de France ,'
& la Comteffe de Ponthieu.
non ,
2º. Dans les bornes où il eſt reſtraint depuis
1369. que ce Comté eſt rétini à la Couronne
, & que la Juftice Patrimoniale de
Ponthieu , qui reffortiffoit pardevant le Bailly
d'Amiens , eft devenue Royale , & a ressorti
nuëment au Parlement de Paris , fuivant
les Lettres en forme de Chartes , de
Charles V. Roy de France , de la même année
, raportées dans l'Hiftoire des Comtes
de Ponthieu & Mayeurs d'Abbeville , p. 382 .
Auparavant 1225. le Comté de Ponthieu
étoit un des plus beaux Comtés & de la plus
grande étendue du Royaume , puisqu'il n'avoi
NOVEMBRE . 1740. 2377
voit d'autre bornes du côté d'Artois , que la
Riviere de Canche ; du côté de Norman
die , que la Riviere de Seine , la Mer d'un
autre côté & le Comté d'Amiens de l'autre;
fuivant qu'il fera juftifié ci - après par les cinq
Démembremens qui en ont été faits depuis
l'année 1225. jusqu'à 1369.
,
Nous voyons même qu'auparavant 1200 .
le Duché ou Comté de Ponthieu , ( car on
s'eft fervi de ces deux Titres de Dignités en
parlant du Ponthieu ) dans ces anciens tems, il
étoit d'une plus grande étendue du côté de
la Flandre , puisqu'il comprenoit non - seulement
les Comtés de Boulogne , S. Pol, d'Ardres
& de Guisnes ; mais même qu'il s'étendoit
de ce côté jusqu'à l'Escaut , fuivant
'Hiftoire de Clovis , & les Chroniques de
l'Abbaye de S. Riquier , écrites par Aubin
Alcuin qui raportent qu'Alquaire , en
épousant Damiane , fille du Duc ou Roy
de Bourgogne , nicce de Clotilde , Reine de
France , fut par Clovis ordonné Duc de la
France Maritime , Francia Maritima , feu
Pontice , qui s'étendoit depuis l'Escaut jusqu'à
la Seine , & qui lui fut donné en Fiefou
Bénefice perpétuel , dont Clovis reçût la foi
& hommage , & qui a paffé à plufieurs Comtes
de Ponthieu , fes fucceffeurs , fur lesquels
une bonne partie a été usurpée par les Forestiers
ou Comtes de Flandre & les
Biiij Comtés
2372 MERCURE DE FRANCE
Comtes de Boulogne , S. Pol & autres
qui ont fervi de partage aux Puînés de Ponthieu
.
Il s'eft fait depuis 1200. cinq notables Démembremens
de ce Comté de Ponthieu .
Le premier & le plus ancien qui s'eft fait vers
1200. eft des Terres qui composent aujourd'hui
le Comté d'Eu , dont les Danois ou
Normans fe font emparés peu de tems après
leur établiſſement en Neuftrie.
Guillaume en fut le premier Comte , il
étoit le quatriéme fils de Richard fans Peur,
Duc de Normandie , qui etoit fils du bon
Duc Guillaume à la longue Epée , fils de
Raoul , premier Duc de Normandie .
Guillaume , Comte d'Eu & fes Succeffeurs
audit Comté , ont reconnu les Comtes de
Ponthieu pour leurs Suzerains , & leur ont
fait hommage
.
Nous trouvons qu'en 1208. au mois de
Juillet , Guillaume , Comte de Ponthieu ;
prend en fa garde & protection , les biens &
poffeffions des Eglises de Notre - Dame & de
S. Quentin de la Ville d'Eu ; ce qui marque
la Suzeraineté du Comté de Ponthieu .
Raoul , Comte d'Iffoudun , Comte d'Eu ,
au mois de Juin 1217. a rendu fon hommage
au Comte de Ponthieu .
Simon & Marie s'apointerent en 1234. en
qualité de Comte & Comteffe de Ponthieu
avee
NOVEMBRE 1740 2373·
Ivec Alix , Comteffe d'Eu , Veuve de Raoul
d'Iffoudun , pour l'hommage du Comté d'Eu
& les fervices qu'elle devoit au Comte de
Ponthieu , dans un Rôle des Affises de Ponthieu,
tenues en 1283. Jean, Comte d'Eu fut
présent en Affises , par Beasmont Paffemer ;
Bailly d'Eu , pardevant le Sénechal de Pon
thieu, au nom du Comte , le Service de trois
Chevaliers y denommés .
sy
Il eft à observer que le Comte d'Eu , fuivant
les Traités, ci -devant repris, pour mar
que de fujetion, doit au Comte de Ponthieu
le fervice de trois Chevaliers dans l'Armée
du Comte de Ponthieu , que le Comte d'Eu
doit lui présenter & tenir en Armes ; pour la
folde desquels le Comte d'Eu reçoit chacun
an du Comte de Ponthieu , la fomme de 40%
livres parifis, qui fe paye encore actuellement
fur la Vicomté de Ponthieu à Abbeville.
Jean , Comte d'Eu , en 1300. la veille de
S. Barthelemy , fit hommage pardevant le
Sénéchal de Ponthieu .
J'eanne , Comteffe d'Eu , en 1311. donna
fon aveu au Comte de Ponthieu.
Par la Coûtume du Comté d'Eu , rédigée
le 20. Janvier 1580. pardevant M. Pierre
Tillete , Lieutenant Particulier en la Sénechauffée
de Ponthieu , en la présence de
M. Charles Lamire , Procureur du Roy audit
Ponthieu , dans l'Art . 2. de ladite Coûtume,
B v il
2374 MERCURE DE FRANCE
il eft porté que des cas & crime de leze- majefté
Divine & Humaine , & crime de fabrication
de fauffe Monnoye ,la connoiffance en
apartient au Sénechal de Ponthieu , ou fon
Lieutenant , en fon Siége d'Abbeville .
Le second Démembrement du Comté de Pon
thieu, de 1225. par le Traité de Chinon , a été
auffi très confidérable , puisque par ce Traité
, qui eft au Trésor des Chartes du Roy ;
Marie , Comteffe de Ponthieu , pour fauver
partie de fon Comté , confisqué pour crime
de félonie de Simon de Dammartin, fon Mari
, cede & quitte à Louis VIII . Roy de
France , le Château de Doullens , & la
Ville de S. Riquier , avec toutes leurs apartenances
en Fiefs & Domaines , & plufieurs
autres Biens , fous les conditions reprises au
long au Traité , auquel il faut avoir recours.
Voyez l'Hift . des Mayeurs d'Abbev . p. 152 .
Le troisième Démembrement de ce Comté a
été fait en 1244. par cette même Marie ,
Comteffe de Ponthieu, & Mathieu de Montmorenci
, fon fecond Mari , en faveur de
Robert , premier Comte d'Artois , de plufieurs
Fiefs, situés au - delà de la Riviere d'Authie
, du côté d'Artois ; qui étoient lors tenus
du Comte de Ponthieu , pour l'être à l'avevenir
, avec l'Artois , de fa Couronne dé
France , en un feul Fief, fuivant la confirmation
donnée à cette vente par le Roy Saint
Louis ,
NOVEMBRE . 2375 1740 .
Louis , moyennant le prix & aux conditions
portées au Contrat de vente , qui fe trouve à
La Chambre des Comptes à Paris, dans le Trésor
des Chartes du Roy , & aux Archives
d'Artois , contrat qui fert de preuve pour ce
Démembrement , dont il refte encore une
preuve par la Coûtume ancienne & nouvelle
du Bailliage de Hesdin , qui porte , Art. 13 .
que les Fiefs entre Canche & Authie ci - devant
tenus du Comte de Ponthieu , vendus
à un Comte d'Artois , fuivent , quant à ce , la
Coûtume de Ponthieu.
Il eft auffi à observer que par la vente
de 1244. les Comte & Comteffe de Ponthieu
n'ont vendu au Comte d'Artois que
certains Fiefs & hommages entre Canche &
Authie ; qu'il en refte plufieurs autres non
compris dans la vente , qui apartiennent encore
aujourd'hui au Comte de Ponthieu ;
quoique fitués au - delà de la Riviere d'Authie ,
dans lesquels , fuivant la Charte de S. Louis,
Roy de France, donnée au Camp de la Massoure
en Egypte , l'an 1249. le Comte de
Ponthieu , ou fes Officiers , ont encore placitum
fundi ; la connoiffance des Actions
réelles , porte ce titre où le Comte a Fief &
Domaine , & qu'il pourra y faifir les biens
de fes Tenanciers , pour être payé de fes revenus
, fervices & reliefs ; il fera parlé ciaprès
de ces Fiefs.
B vj Le
2376 MERCURE DE FRANCE
Le quatrième Démembrement du Comté de
Ponthieu, eft de la Ville & Prévôté de Montreüil
fur la Mer , avec ses apartenances du
côté de Ponthieu .
›
Le Château de Montreuil , assis au très
fond de Ponthieu , en a toujours fait partie ,
il étoit l'ancienne Fortereffe des Comtes de
ce Pays , qui s'y refugioient dans les guerres.
Ces Comtes fe qualifioient fouvent , pour
cette cause Comtes de Ponthieu & de
Montreuil ; quoique Montreuil n'ait jamais
été un Comté ni un Fief separé du Ponthieu ,
ni qu'il y ait eu aucun Domaine ni hommage
dépendant dudit Château de Montreuil ,
proche duquel les Countes de Ponthieu ayant
fondé l'Abbaye dite aujourd'hui S. Sauve ,
fur le Mont de Montreuil , cela donna lieu
à plusieurs d'y venir habiter ; ce qui compofa,
dans la fuite , un Bourg qui a été fermé de
murailles depuis peu de fiécles. Ce Bourg
étoit affis , comme le Château & l'Abbaye
de S. Sauve , au très -fond du Ponthieu
dont les Seigneurs avoient la Juftice , auffibien
que tous les profits & revenus Vicomtiers
.
Ces Comtes cederent à l'Abbaye de S.
Sauve certains droits de Juftice dans ladite
Ville , qui feront expliqués ci - après ; ils
en donnerent une autre partie en Fief à differens
Seigneurs , pour être tenus dudit
Comté.
NOVEMBRE. 1745 2377
Comté. Et enfin , ils fe reserverent pour eux
& leurs fucceffeurs Comtes de Ponthieu
une autre partie de ces Droits de Juſtice &
Vicomté , & y établirent un Vicomte pour
la perception & conservation de leurs Droits,
les plaids fur la Mothe le Comte dans la Ville
de Montreuil , dont les apellations reffor+
tiffent pardevant le Sénéchal de Ponthieu.
,
Cette Vicomté de Ponthieu a Montreuil
Hubsiste encore aujourd'hui & apartient
au ficur d'Ygnopré , ayant été alienée en
1570. à faculté de rachat perpetuel , & confifte
dans plufieurs Cens , Profits & Emolu
mens dans la Ville de Montreuil. La plus
grande partie des Cens , Profits & Emolumens
Vicomtiers de la Ville de Montreuil ,
donnée en Fief per les Comtes de Ponthieu ,
apartenoit avant 1200. à un Puîné de Ponthieu,
qui en prit le nom de Montreuil , dont
les Descendans prirent enfuite celui de Maintenay
; ils font même Fondateurs de l'Hôtel-
Dieu de Montreuil.
L'un de ces Seigneurs de Maintenay ceda
partie de fa Vicomté,ou les Droits Vicomtiers
qu'il avoit dans Montreuil , l'an 1224. au Roy
Louis VIII. fuivant qu'il apert par l'Inventaire
des Chartes à Paris , & non la Forterefle
de Montreuil , qui a toujours apartenu
aux Comtes de Ponthieu jusqu'en 1369. que
ce Comté a été uni à la Couronne de France.
Voilà
378 MERCURE DE FRANCE
,
Voilà le premier titre qui a donné lieu au
Roy d'établir d'abord un Prévôt à Montreuil,
& dans la fuite un Lieutenant du Bailly d’Amiens
, & de faire reffortir à ladite Prévôté
devant ce Juge Royal, la Ville de Montreuil,
les Villes & Comté de Boulogne & de Guisnes
; les Villes & Châtellenies de S. Omer
& Hesdin ; la Ville & Comté de Theroua-
'ne ; la Ville & Cité d'Aire en partie , & le
Comté de S. Pol auffi en partie , fuivant les
Coûtumes génerales d'icelle Prévôté , imprimées
en 1512. à Hesdin ; ce qui fe doit entendre
pour les cas Royaux , où d'apels feulement
de ces Juſtices patrimoniales.
Les Seigneurs de Maintenay ont reservé
une partie de leurs Droits anciens dans la
Ville de Montreuil , qui font partie & membre
de leurs terres de Maintenay , tenuë du
Comté de Ponthieu , ayant encore aujour
d'hui dans la Ville plufieurs Cens , Profits &
Emolumens Vicomtiers; quoiqu'ils en ayent
éclipsé en 1380. une partie , qui compose
aujourd'hui le Fief & Vicomté de Fauquemberg
dans Montreuil , tenu pareillement de
Ponthieu ; ce qui comprend encore aujourd'hui
plus des deux tiers de la Ville de Montreuil
qui eft en Ponthieu ; compris quelques
autres Fiefs y séans tenus de Ponthieu ; néanmoins
la présence du Juge Royal résidant
à Montreuil , l'éloignement de dix lieuës
pour
NOVEMBRE. 1740 2379
pour venir à Abbeville y porter les apella4
tions des Vicomtes & Juges de Ponthieu.
La vente & alicnation faites en 1570. de
la Vicomté de Ponthieu à Montreüil, en faveur
de M. Jean Charpentier , qui étoit lors
Lieutenant du Bailly d'Amiens à Montreuil.
La translation du Bailly Prévôtal de Vuaben
dans la Ville de Montreuil , du consentement
des Officiers du Roy en la Sénéchaussée
de Ponthieu.
Toutes ces causes jointes ensemble ont
fait distraire de la Sénéchaussée de Ponthieu,
les Causes des Vassaux & Tenanciers du
Comté de Ponthieu dans Montreuil & fes
environs ; ils les ont portées devant le Lieutenant
du Bailly d'Amiens à Montreuil, ainſi
que les apellations des Sentences du Bailly
Prévôtal de Vuaben.
Pour preuve de ces Faits , on raporterà
la Charte de 1100. de Guy , Comte de Ponthieu
, par laquelle il quitte à l'Abbaye de S.
Sauve à Montreuil fur la Mer , tout le
Droit de Juftice que fes Prédeceffeurs Comtes
de Ponthieu , & lui , avoient dedans &
dehors l'Abbaye , au deffous du Château de
Montreuil.
fes
Guillaume , Comte de Ponthieu , par
Lettres de 1209. donne privilege aux Habitans
de Montreuil , de pouvoir teurber un
franc marais qui eft fur la Riviere de Can
che •
2380 MERCURE DE FRANCE
che ; fe refervant le Comté & Domaine qu'il
y avoit auparavant ; ce qui a été confirmé la
même année par Philipe , Roy de France
dit Augufte.
Le Roy S. Louis , par Lettres écrites au mois
d'Octobre 1254. adreffantes aux Mayeurs &
Echevins de la Ville de Montreuil fur la
Mer, leur mande avoir reçû la Foi de Jeanne,
Femme du Comte de Ponthieu , Reine de
Leon & Caftille , & que la Ville lui rendit
fes devoirs en ladite qualité.
Amortissement fait en 1259. par la Comteffe
de Ponthieu , d'une maison sise à Montreuil
, rue du Paon, en faveur des Religieux
de Valloires.
Par Arrêt du Parlement de Paris du mois
d'Août 1286. Edouard I. Roy d'Angleterre
& Comte de Ponthieu , & Leonor , Comteffe
de Ponthieu & de Montreuil , fa Femme
, prétendirent qu'à raison du Comté de
Ponthieu , la Ville de Montreuil étoit affise
fur leur très fond ; & en conséquence que
le Corps , Communauté & Habitans d'icelle
Ville , étoient fujets à leur correction
& Juftice , & quoique par ledit Arrêt pronontiatum
Regem Reginam in suâ petitione
pradicta non esse audiendos, nec eos posse justiciare
dictam communiam nec etiam Burgenses
dicte Villa , nec eorum bona pro facto
communia fed pramissa ad nos pertinere ; ce
qui
NOVEMBRE. 1740. 2381
qui ne pouvoit apartenir au Roy qu'en conséquence
des Lettres de confirmation de
Commune qu'il avoit accordées aux habitans,
qui les mettoit fous fa protection ; néanmoins
cela donne lieu de croire que pour
tout autre cas , les Habitans de Montreuil
étoient jufticiables du Comte de Ponthieu.
Les mêmes Comte & Comtesse , la même
année 1286. s'apointerent avec les Abbé
& Religieux de S. Sauve à Montreüil
pour le fait de la Juftice ; ce qui a été confirmé
par Philipe le Bel , Roy de France.
Par ce Traité , les Comte & Comteffe de
Ponthieu accordent aux Religieux , toute Justice
Haute & Basse , dans les murs & enclos
de l'Abbaye , & en la place de S. Sauve
de Montreuil , ainfi comme elle s'étend ;
refervé auxdits Comte & Comteffe & leurs
Hairs , le chemin autour de la place ,
fi
comme elle s'étend pardevant les Marieres ,
quelques quelques y foient & pardevers les
Hotes ; lequel chemin doit contenir fix pieds
de large, à compter du feüil des maisons des
fusdites , fi avant qu'il fe peut étendre fur la
place ; auquel chemin toute Juftice apartiendra
aux Comte & Comteffe , qui retiennent
& reservent encore la Haute & Balfe Justice
dans tous les autres endroits de la Ville de
Montreuil , non repris ni fpecifié dans l'Ace
; même la mouvance des Moulins affis
ใบ
2382 MERCURE DE FRANCE
fur la Riviere de Canche , près ladite Ville .
Vente faite en 1 284. par Jean de Vascogne
en faveur du Comte de Ponthieu , de tout
le droit qu'il avoit en la Ville & Banlieuë de
Montreuil.
Arrêt du Parlement de 1300. pour ajour
mer les Maire & Echevins de Montreuil en
reprise de Cause , pour être condamnés à
prêter ferment au Comte de Ponthieu .
Accord de l'an 1209. entre le Comte de
Ponthieu , & les Abbeffe & Religieuses de
Ste Austrebette de la Ville de Montreuil
touchant le marais à tourber de la Ville .
Par le Traité de Paix fait à Bretigni , lez
Chartres, en 1360. au mois de Mai, a été accordé
qu'Edouard , Roy d'Angleterre , Comte
de Ponthieu , auroit ce que fes Prédeceffeurs
tenoient dans la Ville de Montreuil
& les apartenances
.
Parmi les Regiftres & cueilloirs du Comté
de Ponthieu,il s'en eft trouvé un renouvellé
en 1390. contenant les Cens dûs au Comte
dans la Ville de Montreuil à cause de la Vicomté
de Ponthieu , laquelle a été alienée
comme a été dit ci - deffus , au profit de M.
Jean Charpentier , vers 1570 .
Le cinquième & dernier Démembrement du
Comté de Ponthieu , eft de plusieurs grands
Fiefs du Païs de Vimeu , mouvans anciennement
du Ponthieu , & rendus au Roy à cause
NOVEMBRE. 1740 2383
1
de fon Bailliage d'Amiens , dans le tems que
' ce Comté de Ponthieu apartenoit aux Rois
de Castille & d'Angleterre absens, & fouvent
en guerre avec la France.
de
Les Officiers Royaux au Bailliage d'Amiens
ont reçû , fans cause légitime , les
hommages de ces Vaffaux , auffi bien que
ceux des Abbayes , Prieurés , Commanderies
de Malthe & autres Gens de main- morte
du Comté de Ponthieu , en vertu de Lettres
Royales de Garde Gardienne , dans le tems
"que la Juftice de Ponthieu étoit encore patrimoniale
; lesquelles Eglises avec tous leurs
biens, quoique fitués en Ponthieu , fondés ou
confirmés par les Comtes ou Vaffaux de Ponthieu
, font reftés depuis ce dernier tems au
Bailliage d'Amiens , nonobftant les Ordonnances
Royaux ; depuis même 1369. que la
Juftice de Ponthieu eft Royale.
&
La meilleure partie de la Prévôté Royale
"de Vimen , établie à Oysemont au Baillia
ge
d'Amiens , eft composée de ces Fiefs &
arriere Vaffaux de Ponthieu .
>
Les preuves de ce cinquiénie Démembre-
Lès
ment fe tirent du Traité de Mariage fait l'an
1178. d'Edelle , fille de Jean 11. Comte de
Ponthieu , avec Renaud , fils de Bernard de
S. Valeri , Seigneur de Gamaches , de Bailleul
& de Cayeux.
Le Seigneur de S. Valeri par ses Lettres
da
2384 MERCURE DE FRANCE
de 1209. promet fervice au Comte de Ponthieu
.
Procès verbal de 1205. entre le Seigneur
de Cayeux & Bouillancour en Seri , qui
avoit refusé de rendre l'Hommage de fes
Fiefs au Comte de Ponthieu .
Traité de 1238. entre le Comte de Ponthieu
& le Seigneur de S. Valeri , ſur le differend
qu'il y avoit de fçavoir où le Seigneur
de S. Valeri devoit aller aux Affises du Comte
de Ponthieu,
Accord entre les mêmes Parties , de la Juftice
, de l'an 1247
Lettres du Roy Jean de l'an 1361. adressantes
à Mre Jean d'Artois , Comte d'Eu ,
pour entrer la Foy & Hommage du Roy
Edouard , Comte de Ponthieu , pour raison
des Fiefs de Cayeux , Ayraines , Hupy &
Vergies.
Par l'article 6. de la Coûtume locale de la
Prévôté de Vimeu , eft dû le quint denier du
prix de la vente des biens en roture, ou cotterie
, comme au Comté de Ponthieu .
Par l'oposition formée au 25. article de la
Coûtume génerale du Bailliage d'Amiens
reprise dans le Procès verbal de redaction
d'icelle , les Seigneurs de S. Valeri , Cayeux,
Lambercourt , Bailleu & autres de Vimeu
ci-devant en Ponthieu , ont foûtenu que
leurs Vaffaux , quoique tenant noblement
>
pou
NOVEMBRE. 1740. 2385
pour 65. fols parisis de relief & 20. fols de
chambellage , contre la dispofition dudit article
, n'avoient que Juftice Vicomtiere dans
leur Fief; comme il eft d'usage en Ponthieu.
Il fe trouve dans le Ponthieu plusieurs Fiefs
& Terres tenus de Cayeux , Bouillancour &
autres fusdites qui font reftées en Ponthieu ;
tel que la Mothe en Marquen - Terre , tenuë
de Cayeux ; Dominois , tenu de Bouillancour
en Seri , & autres.
Commines , Livre 3. de fes Mémoires ;
Chap. 1.raporte que aux Etats tenus en la Ville
de Tours, M. le Comte d'Eu étoit plaintifcontre
le Duc de Bourgogne ; lequel disoit que
ledit Duc lui empêchoit S. Valeri & autres
Terres qu'il tenoit de lui à cause d'Abbeville
& de la Comté de Ponthieu , & qu'il n'en
vouloit aucune raison au Comte d'Eu . Outre
vouloit ce Duc contraindre le Comte d'Eu de
lui faire Hommage envers & contre tous ; ce
que pour rien ne voudroit faire ; car ce feroit
contre l'autorité du Roy.Voyez Chopin ,'
Traité du Domaine ; il y met S. Valeri tenu
`du Comte de Ponthieu .
L'étendue du Reffort du Comté de Ponthieu
, tel qu'il eft aujourd'hui & depuis 1 369.
eft beaucoup diminuée ; néanmoins ce Comté
, du côté de la Normandie , n'eſt pas borné
entierement par la Riviere de Bresle ,
puisque les Villages de Soran , Lespinoy &
Baninval
2386, MERCURE DE FRANCE
Baninval , qui font au- delà de la Riviere ,
font encore en Ponthieu ; néanmoins on
peut dire que cette Riviere , qui fepare la
Normandie de la Picardie , peut à présent
fervir de bornes au Comté de Ponthieu ,
Ce Comté de Ponthieu ne peut pas absolument
avoir pour bornes la Riviere d'Au-,
thie du côté d'Artois ; puisque tout le Bailliage
Prévôtal de Vuaben , composé de plus
de 100. Fiefs , eft fitué au - delà de l'Authie ,
& n'est borné de ce côté- là , que par la Canche
; qu'il y a d'ailleurs plufieurs Fiefs &
Hommages du Ponthieu qui font au - delà de
la Riviere d'Authie , du côté du Bailliage de-
Creffi , enclavés dans l'Artois , qui a pour!
bornes , du côté du Bailliage de Vuaben ,
l'Epine Alverneuse , fuivant la Charte cidevant
citée de 1244.
>
Telle eft l'Abbaye de Dommartin , quoique
fituée au -delà de l'Authie vers l'Artois ,
déclarée être en Ponthieu en dedans les limites
du Royaume en France , par Arrêt contradictoire
du Conseil d'Etat , du 21. Novembre
1586. rendu entre le Procureur Géneral
du Roy & celui du Comte d'Artois ,
qui a été fuivi d'un autre Arrêt du Parlement
de Paris , qui décide la même chose. Mais en
1740. cette Abbaye eft du Bailliage d'Hesdin
en Artois. Tels font encore les Fiefs de Bretonval
, Fiefs à dourier , Fiefs cuisiniers , &
autres. Le
3
NOVEMBRE . 1740 2387
moyen
Le Comté de Ponthieu a, du côté du Nord,
´la Mer pour bornes en beaucoup d'endroits.
n'eft pas poffible du côté du Midi , de pouvoir
trouver à présent , aucunes bornes certaines
au Comté de Ponthieu , puisqu'au
des Prévôtés de Doullens & S. Riquier,
qui ont été distraites , & qui font actuellement
du Bailliage d'Amiens , il y a
tant de Fiefs de Ponthieu enclavés dans les
Villages du Bailliage d'Amiens , & un fi
grand mêlange de Fiefs du même Bailliage
dans les Terres du Ponthieu , que l'on a de la
peine à les diftinguer , qu'il y a même de ces
Fiefs du Bailliage d'Amiens qui vont jusqu'à
la Banlieuë d'Abbeville ; de forte qu'il feroit
bien plus facile de dénombrer le Comté de
Ponthieu par fes Fiefs que par le nombre des
Villes & Villages qui composent ce Comté .
Il en eft de même dans le Vimeux , où les
Fiefs de Ponthieu font très mêlangés avec
ceux du Bailliage d'Amiens , depuis que les
grands Vaffaux & les arriere Vaffaux du Comté
de Ponthieu de ce côté , fe font foustraits
de notre Sénéchauffée .
Mais comme ce n'eft pas ici le lieu de faire
l'état des Villes , Villages , Paroifles , Hameaux
& Fermes du Comté de Ponthieu
encore moins de remarquer ceux dont une
partie eft au Bailliage d'Amiens , je me contenterai
d'observer que le . Comté de Ponthieu
2388 MERCURE DE FRANCE
thieu comprend , fous cinq Bailliages Prévôtaux
environ 950. Fiefs , fçavoir.
> Au Bailliage d'Abbeville tant en Pon
thieu , qu'en Vimeu , plus de 440. Fiefs.
Au Bailliage de Cressi , plus de 200.
Au Bailliage de Ruë , plus de 100. -
Au Bailliage de Vuaben , plus de 100 .
Au Bailliage d'Airaines ou d'Argoulles
plus de 100.
Les Liftes du Ponthieu & du Comté d'Eu
font jointes aux Notes de M. Maillart , fur la
Coûtume d'Artois , Edit. de 1739.
Les appellations des Sentences de ces cinq
Baillifs Prévôtaux , ainfi que celles des Baillifs
& Officiers dudit Comté , & des Maire
& Echevins qui feront ci - après déclarées ,
font portées au Siége de la Sénéchauffée de
Ponthieu , fans oublier les Cas Royaux du
Comté d'Eu en premiere Inftance , & par
apel des Sentences des Officiers du Comté
d'Eu , renduës au premier cas de l'Edit des
Présidiaux .
Les appellations des autres Sentences des
Baillifs & Juges du Comté d'Eu , fe portant ,
recta , au Parlement de Paris , depuis que ce
Comté a été érigé en Pairie par Charles VII .
Roy de France , l'an 1459. en faveur de
Charles d'Artois , Comte d'Eu.
Les Maires & Echevins de la Ville d'Abbeville
, de Noyelle , fur Mer , Ponthoile ,
Crotoy ,
NOVEMBRE . 1740 2389.
Crotoy , Rue , Marquenterre , Vuaben ,
Crepi, S. Joffe , fur Mer , Villeroy, fur Authie
, Vismes , Port, Ayraine , Long , reffortiffent
en la même Sénéchauffée de Ponthieu.
Remarquez que le Siége du Bailliage Prévôtal
de Vuaben , étant présentement dans la
Ville de Montreuil , les apellations s'en portent
communément au Bailliage de Montreuil ,
*******************
MADRIGAL
A Madame VATRY , pour le jour de
Saint Louis 1740 .
JEE voulois pour votre Bouquet ,
Obligeante VATRY , faire votre portrait
Avec les couleurs du Parnasse.
Mais Apollon m'a dit , furpris de mon audace ,
Eh quoi ! pour coup d'essai tu voudrois, en ce jour,
Peindre tout à la fois , une Muse , une Grace ,
Minerve & la Mere d'Amour ?
De cet engagement fens tu bien l'importance ?
Cet avis m'éclairant fur mon insuffisance ,
A remplir mon projet je n'ai pû m'obſtiner :
Contentez- vous que j'aye osé l'imaginer.
Un zéle peu discret vaut moins que la prudence.
PHILIPPE.
C LET
2390 MERCURE
DE FRANCE
LETTRE de M. des Barbalieres, Commis
au Bureau de la Guerre , fur la variation
O
du Goût.
Na proposé , M. dans le Mercure de
Mai dernier, que, plus le bon Goût eft
porté à fa perfection , plus il eft menacé
d'une prochaine décadence ; que , lorsqu'on
a une fois passé dans les Sciences ce véritable
point de perfection , on en eft plus éloigné
que lorsqu'on n'y a pas encore atteint,
On ajoûte qu'on feroit bien aise de voir quelques
réflexions fur cela. J'ai l'honneur de
vous envoyer celles - ci.
Je crois devoir attribuer la cause d'un effet
fi furprenant , à deux défauts principaux
parmi les hommes, l'inconftance, & l'amour
propre. On a beau être né avec ce précieux
trésor de la nature , le bon fens , & avec ces
riches talens , qui bientôt procurent aisément
ce bon Goût en géneral,dont il eft ici queſtion
on n'eſt pas exempt de ces deux défauts qui
empêchent de s'y fixer ; l'ambition de vouloir
atteindre à plus qu'on ne peut , l'amour
la nouveauté & le changement, rendent
pour
incertain & flotant fur tout ce qu'on fait , on
veut toujours rencherir ; on eft arrivé à ce
point de perfection qu'on croit n'y être pas
encore
NOVEMBRE. 1740. 2391
encore , de forte qu'on paffe outre & qu'on
s'égare ; c'eft alors précisément qu'on en eſt
plus éloigné que lorsqu'on n'avoit fait que
s'y acheminer.
L'esprit aujourd'hui a la vogue , & le bon
fens , de qui feul le bon Goût tire fon origi
ne , a le deffous ; ces deux Etres , rivaux l'un
de l'autre dans l'homme , font qu'il n'eſt pas
long- tems d'accord avec lui -même ; l'un s'opose
à ce que produit l'autre , l'imagination
enfante le caprice , & de - là vient l'inégalité
& l'inconftance ; enfin, les Hommes ne font
pas tous pourvûs des mêmes qualités ; les fiécles
en ont fourni de diferente espece , &
c'eſt cette viciffitude qui a causé plus d'une
fois cette décadence du bon Goût ; il a paru
tant qu'il y en a eu un certain nombre, qui a
formé une autorité pour le foûtenir , mais
cette autorité s'eft trouvée rare , conséquemment
fon effet de peu de durée , il ne ſe
fe
montre que comme un Phénomene merveil
leux qui foudain disparoît.
›
&
D'où vient par exemple , ( on en tombe
d'accord, ) qu'on ne voit pas tout-à - fait dans
les Lettres le bon Goût aujourd'hui dans le
même éclat qu'il étoit anciennement
qu'un brillant , qui ébloüit plûtôt qu'il ne
touche , Ouvrage de l'esprit , mais où le
Goût n'a qu'une très- petite part, a pris la place
de cette fimplicité naturelle dont on n'a
Cij maing
·
2392 MERCURE DE FRANCE
maintenant que le triste fouvenir? D'où vient
qu'on ne voit pas tant de fidelité dans l'Histoire
, de vraisemblance & d'unité au Théatre
? Que font devenus ces tableaux naturels,
Ouvrages du Goût , que rendoit dans le fiécle
dernier le Cothurne François , qui aujourd'hui
multiplié & rebattu par la foule de
ceux qui fe le disputent , a tant perdu de fon
luftre ? A quoi enfin , doit-on attribuer un
changement fi notable dans tous les genres ?
ne feroit - ce point à la licentieuse fantaisie
qui regne aujourd'hui , & qui peut- être eft
le fruit de cet amour propre & de cette préfomption
, qui font qu'on fe croit aflés pourvû
de nouvelles lumieres , pour s'ériger en
original , & qu'on croiroit être foupçonné
d'un génie borné & infuffifant, fi on fe ravaloit
à fuivre continuellement des modéles ,
quelque bons qu'ils foient ?
On veut peut-être fe donner trop d'effor
produire de l'extraordinaire , & fans confidération
pour d'anciennes , de folides & de
juftes régles établies, en ftatuer de nouvelles ,
& cela pour acquerir , en qualité de Créateur
, une gloire plus lumineuse & plus fatisfaisante
que celle qu'on auroit fimplement
en qualité d'Imitateur. On pourroit dire qu'il
eft difficile , & peut - être impoffible , d'imiter
fidélement ces modéles , & que le plus
court eft de risquer à fes périls ; fi pourtant
On
NOVEMBRE. 1740 2397
On n'avoir que cet unique but , je ne ſçais ſi
on trouveroit autant de difficulté , mais l'idée
qu'on a de les furpaffer peut faire prendre
pour prétexte cette impoffibilité; voilà l'erreur,
& c'eft précisément elle qui cause la ruine du
bon Goût ; on fçait cependant qu'il n'y a
qu'un feul vrai , toujours le même , & qu'il
n'y a qu'une feule façon de l'atteindre .
J'ai parlé du Théatre , parce que c'eft- la
aujourd'hui où les productions abondent en
foule , & où le Goût eft le plus exposé ; on
trouve qu'il y eft different de celui qui floriffoit
du tems des Sophocles modernes ;
qu'on facrifie à l'éclat du Vers & à la pompeuse
expreffion , ce ftyle naturel , brillant ,
mais touchant du célébre Racine , & à la
complication d'une foule d'incidens forcés ,
cette unité & cette vraisemblance qui regnent
dans les OEuvres de cet Auteur , qui ,
joint à ce qu'il avoit le Goût pour premiere
régle , a observé celles qu'avoient prescrites
les premiers Legislateurs Dramatiques. Il eft
à présumer qu'il n'avoit pas la funeste complaisance
de travailler plûtôt pour le Goût à
la mode , que pour le vrai & le folide Goût ;
auffi il s'eft pû faire qu'il n'ait pas eu,au mo→
ment que ces Pieces ont commencé à paroître,
les mêmes fuffrages qu'il a eû, depuis ,'
& que la Pofterité ne lui refusera jamais.
On doit convenir que ces deux especes de
eſt
Ciij Goût,
2394 MERCURE DE FRANCE
Goût , mettent dans l'embarras tels Auteurs
qui , mûs par divers interêts , ne fçachant auquel
donner , préferent le présent à l'avenir.
Au Goût d'aujourd'hui , par exemple , le
vrai & le beau ne fuffifent pas feuls , il faut
du merveilleux & du brillant , & il arrive de
là que pour le fatisfaire dans ces deux derniers
points , on manque dans les autres:
Je fuis , &c.
A Versailles , ce 11. Juillet 1940 .
ODE
A M. le Chevalier de S ** G ** , fur la
guérison de lajambe cassée de M. de L **
fameux Buveur.
Sors Ors pour un tems des Coulisses ,
Triste fujet de tes pleurs ,
Où mille affreux précipices
Sont cachés dessous des fleurs.
Reçois trop tendre S ** G **
D'un air gai , d'un coeur tranquille ,
La nouvelle que voici :
Notre illuftre Patriarche
L ** rit , boit pur , & marche
Ris donc , & bois pur auffi.
C'ek
NOVEMBRE. 1740 2395.
C'eft'le Dieu du vin lui- même
Qui fenfible ; avec raison ,
A notre douleur extrême ,
Prend foin de fa guerison .
Un Satyre à rouge trogne ,
Bon Médecin , vieil Yvrogne ,
Fut député de fa part ,
Et , fans nul autre remede ,
A fait avec du vin tiéde ,
Un chef- d'oeuvre de fon Art.
Je l'ai vû , tu m'en dois croire ,
Des Ménades entouré ,
Marcher d'un pas assûré
Jusques au buffet, pour boire ,
Deux Satyres feulement
Soûtenoient le poids charmant
De fa grave corpulence ,
Et les Faunes à l'entour
Par une joyeuse danse
Célébroient un ſi beau jour.
*
Tel on voit le bon Sylene
Quand sur fon Ane monté ,
Deux Satyres à côté
Le foûtiennent avec peine :
Excepté que le Vieillard
Ciiij Eft
2398
MERCURE DE FRANCE
Eft plus laid & plus camard ,
Et n'a pas le mot pour rire ,
Au lieu
que notre Héros ,
Même au fort de ſon martyre ,
Etoit fécond en bons mots.
*
Déja fur fon avanture
Couroient entre les Bûveurs
De
fcandaleuses rumeurs
Un facrilege murmure .
Quoi ! le Dieu puiffant des pots
Permet qu'un de ses dévots
Ait un fort fi déplorable !
Et qui de nous desormais
Sera plus d'une heure à table ,
Ou voudra boire à longs traits
*
Faut- il donc en Bûveurs fades
Souffrir l'eau dans nos repas ,
Et de crainte des faux, pas
Bannir rondes & rasades ?
Pardon , ô Pere du Vin ,
Nous reconnoissons enfin
Ta sagesse & ta puissance ,
Tu fis voir par ce malheur
Que la parfaite conſtance
N'eft que chés un vrai Bûveur.
*
Tu
NOVEMBRE . 1749.
2397
Tu fis voir que les paroles
Des Cleanthes , des Zenons ',
N'ont été
>
que de vains fons
Et des promesses frivoles :
Que c'eft chés toi feulement
Que contre un cruel tourment
On peut trouver du remede ,
Et que pour braver les maux
Il n'eft sage qui ne cede
A l'intrépide L * *
*
Mais qui pourra le dépeindre
Dans les douloureux élans
De fes maux fi violens
Immobile & fans fe plaindre
C'eſt à ton docte pinceau
Qu'eft reservé ce tableau ::
Oui , tu feras fon Virgile ,
Il eft digne de tes Vers ,
Poursuis , illuftre S ** G **
Tu le dois à l'Univers.
LA Methamorphose des Bequilles de L**
en Aftres du Chevalier de S ** G **.
à l'Auteur de l'Ode précédente.
Toi ,dont la fçavante Plume
Accompagne le pinceau ,
Cy Toi ,
1398 MERCURE DE FRANCE
Toi , qui fçais faire un tableau
Et composer un volume ,
Reçois ces Vers impromptus
Qu'à la hâte j'ai conçûs ,
Pour ne te point faire attendre ;
Mais trêve de complimens ,
Sçais-tu fi j'ai le coeur tendre ?
Connois-tu mes fentimens ?
Pourquoi nommer les Coulisses
Trifte fujet de mes pleurs ?
N'y peut- on parmi les fleurs
Eviter les précipices
Si pour un objet charmant
Je foûpire vainement ,
Mon coeur fçait rompre
fa chaîne ,
Et , changeant , pour choifir mieux ,
Las des rigueurs de Climene ,
Je brûle pour d'autres yeux.
*
C'eſt ainfi qu'un fage Yvrogne ,
Sans quitter le Cabaret ,
Las du Champaigne clairet ,
Prend du velouté Bourgogne ,
Le Bûveur , comme l'Amant ,
Trouve dans le changement
Une
NOVEMBRE. 1740.
Une douceur fans pareille ;
Toujours exempt de chagrin
Il fçait changer de bouteille ,
Sans cesser d'aimer le Vin.
*
Mais quelle force imprévûë
Me transporte dans les airs !
O Dieux ! que d'objets divers
Viennent s'offrir à ma vûë !
L'antiquité , l'avenir ,
A la fois viennent s'unir,
Dans mes confuses pensées :
En faveur du grand L **
Joignons les choses passées
Aux événemens nouveaux .
*
Vers les climats de l'Aurore ,
Une fille de Minos
Regarde fuir fur les Eaux
Le vainqueur du Minotaure ;
Dans l'excès de fon tourment
Elle apelle vainement
Un ingrat qui l'abandonne
Enyvré de ſes beaux yeux ,
Bacchus fait de fa couronne
Un riche ornement des Cieux.
BIBLIO
THE
BE LAVILLE
DE
LYON
Cvj Pour
2400 MERCURE DE FRANCE
Pour le prix de la conſtance
Qu'un Bûveur fit éclater
Lorsqu'on l'entendoit chanter
Au plus fort de ſa ſouffrance ,
Le puissant Dieu du Sarment
Va placer au Firmament.
Deux Etoiles inconnuës ;
Nous verrons Aftres nouveaux ,
Briller au-dessus des nuës ,
Les Bequilles de L * * .
Et
*
Heureux Mortel , quelle gloire
que ton deftin eft beau !
Que ce prodige nouveau
Surprendra Observatoire !
Fameux Espion des Cieux
Perce d'un oeil curieux
Tes lunettes vigilantes ,
Au travers de leurs cristaux
Voi ces Bequilles brillantes ,
Ce font les Aftres jumeaux,
* Cassini,
*
COMPLI
NOVEMBRE. 1740. 2401
COMPLIMENT
› Du Marquis de M ** à la Bequille de L **.
A Pui du grand L ** , Bequille fortunée ,
Qui foûtiens un Mortel fi cher au Dieu du Vin ,
Quelle brillante deſtinée
T'attend au fortir de fa main !
Tu feras l'ornement & l'apui de la Vigne ,
Et pour prix du bienfait infigne
D'avoir jusqu'au buffet aidé ſes premiers pas ,
Tu fofitiendras le fruit qui remplit la bouteille ;
Que de Raisins va produire la Treille
Ou tu ferviras d'Echalas !
REMARQUES fur l'Ethymologie du nom
du Château de Vincennes près Paris.
' Ethymologie des noms propres de Liea
ne doit point être négligée ; elle fert
fouvent à éclaicir quelque point d'Hiftoire
intereffant : c'est dans cette vûë que M. R...
me faisoit remarquer dernierement que personne
n'a encore donné aucune Ethymologie
fatisfaisante du nom de Vincennes , qui
fans doute , n'a point été donné au hazard
mais par quelque raison particuliere .
L'Ethymologie
des
Les
2402 MERCURE DE FRANCE
>
Les uns prétendent que ce Lieu a été ainfi
nommé à cause de la bonté de l'air qui rend
la vie faine. Mais fi c'étoit là l'Ethymologie
de fon nom , on auroit écrit VIE - SAINE
& en Latin Vita Sana , au lieu que l'on dit
& on écrit VINCENNES , & en Latin , Vincenna
, ou Vincennie , Vicenna , Vicena ;
Vicenia.
,
D'autres , du nombre desquels eft M. de
Valois dans fa Notice des Gaules , prétendent
que ce Lieu fe nommoit anciennement
VICENES d'où les noms VINCENNES &
Vincenna fe font formés par corruption , &
qu'ils ont été donnés à ce Lieu , parce qu'il
étoit éloigné de Paris de 20. ftades , qui font
2500. pas , c'est- à- dire environ une lieuë
ce qu'il faut entendre dans le tems que
Ville de Paris étoit renfermée dans l'Isle du
Palais.
:
la
Cette Ethymologie ne paroît pas non plus
naturelle car , outre que les termes , vingt
ftades , ne ressemblent guere aux noms François
& Latins de Vincennes , les Romains.
& les Peuples foûmis à leur domination , ne
comptoient la diftance d'un Lieu à un autre
, que par Milles ; on ne comptoit par
Stades que chés les Grecs : il eft vrai que
chés les Romains il falloit huit Stades pour
faire mille pas mais chaque Stade n'étoit
point marqué , il n'y avoit que les Milles qui
l'étoient
NOVEMBRE: 1740 2403
P'étoient par une groffe pierre dreffée fur le
chemin , d'où vint cette façon de compter ,
primum , fecundum , &c. ab urbe lapidem ;
en forte que vingt Stades ne formoient point
un nombre qui eût rien de remarquable. Car
ce que les Latins apelloient lapis vicenarius ,
n'étoit point une pierre deſtinée à marquer
une diſtance de vingt ftades , c'étoit la pierre
tirée des carrieres depuis vingt ans , laquelle
étoit eftimée la meilleure , comme étant endurcie
à l'air & éprouvée avant que d'être
mise en oeuvre.
On pourroit dire que la distance de vinge
ftades dont Vincennes fe trouve éloigné de
Paris , revient à peu près à l'étenduë de la
Banlieuë , que ce nombre de 20. ſtades étoit
remarquable par cet endroit : en effet , Vincennes
, du moins une partie de fes dépendances
, fe trouve dans la Banlieuë de Paris ;
mais le nom de Vicenes ou Vincennes , eft
beaucoup plus ancien que la diftinction des
Banlieues autour de Paris & des grandes Villes,
laquelle ne fut établie qu'à l'occafion des
Croisades , qui commencerent fous le Régne
de Philipe I.
D'autres enfin , disent que l'ancien Parc
de Vincennes contenoit environ 2000. arpens
, ou vingt fois cent arpens , d'où , par
corruption , on fit Vincent , & ensuite Vincennes.
On aplique ici , mal à propos , au
Parc
,
2404 MERCURE DE FRANCE
Parc , ce qui ne peut , tout au plus , conve
nir qu'au Bois ; car lorsque le Bois fut nommé
Vincennes , il n'y avoit point encore de
Parc , puisque Philipe Augufte fut le premier
qui le fit enfermer de murailles en
1183. d'ailleurs , fuivant Piganiol de la
Force , en fon Etat de la France , Tom. 2 .
le Parc ne contient que 1467. arpens : or ,
nos Rois , qui fe font attachés à embellir ce
Lieu , auroient plutôt augmenté le Bois que
fongé d'en diminuer l'étenduë.
Il fe pourroit néanmoins faire que ce Bois:
contint anciennement environ 2000. arpens ,
qu'une partie en eût été détruite dans le
tems des Guerres , & qu'au lieu de dire 2000 .
on disoit alors vingt cent , de même que
l'on dit encore les quinze- vingt , au lieu de
dire trois cent.
Il eft certain que dans les noms composés
du nombre vingt & de quelque autre
mot, on écrivoit vin par abréviation de vingt :
tels font plufieurs Villages nommés Vincel
les , dont le nom a fans doute été composé
du nombre vingt & du mot celles , qui fignifioit
Maisons , parce qu'il n'y avoit aparemment
alors que vingt maisons dans chacun
de ces Villages.
On peut encore donner quelques autres
Ethymologies du nom de Vincennes , en remontant
aux premiers tems , où l'on trou-
Ve
NOVEMBRE. 1740 2401
ve qu'il eft parlé de ce Lieu : & pour cela
il faut observer que le Bois de Vincennes ,
qui fut détruit il y a quelques années pour
y replanter celui que l'on y voit aujourd'hui,
existoit long- tems avant le Parc & le Château,
& même avant qu'il y eût aucune habitation
dans cet Endroit : ainfi c'eft au Bois que
le nom de Vincennes fut donné , & le Parc ,
le Château , le Village , ont pris leur nom du
Bois ; ce qui eft fi vrai , que les Edits & Lettres
Patentes donnés dans ce Lieu par nos
Rois , jusqu'au tems de Louis XIV. font datés
du Bois de Vincennes.
Vers la fin du III . fiécle , tems où les Gaules
étoient foûmises aux Romains , il y eut
une faction de Païsans ,furnommés Bagaudes,
qui fe revolterent contre les Romains , fous
la conduite de deux Chefs , Hommes de
grande experience, nommés Amand & Elein :
ces Bagaudes n'avoient point de demeure
certaine , & la Bagaudie , dont quelques Auteurs
ont fait mention n'étoit point une
Province particuliere , c'étoit le Camp des
Bagaudes qu'ils établissoient en differens Païs
fuccellivement , pour y lever des contributions.
,
Suivant une Chartre de Charles de Chauve
, & ce que dit l'Auteur de la Vie de S.
Babolene , Abbé , le Monaftere de S. Maur
des Fossés, près Vincennes, fe nommoit anciennement
2406 MERCURE DE FRANCE.
,
ciennement Caftrum Bagandarum , Camp
des Bagaudes : il eft même à présumer que
ce Camp fut auffi établi encore plus près de
Paris , puisqu'on prétend que c'eft de cette
faction des Bagaudes que Fon a donné , par
ironie aux Parifiens le fobriquet . de Badants
; & on ne peut douter que les Bagaudes
n'étendiffent leurs courses fur le territoi
re de Vincennes : ils exigeoient peut- être
quelque droit de vingtain, ou vingtiéme, par
forme de contribution , & le nom de Vincennes
pourroit bien venir de ce droit , par.
ce qu'il fe nonimoit en Latin Vincenum ou
Vincennum , Vincenna , Vincena , Vicena.
Il y a encore dans le Royaume des Seigneurs
qui jouiffent de ce droit de vingtain , &
principalement dans la Province de Dauphiné.
Guy , Pape , qui étoit de ce même
Païs, en fait mention dans un Conseil , qui
eft à la fuite de fon Traité des Usures : il
nomme ce droit Vincenum bladorum & vini¸·
c'eft - à - dire , la vingtiéme partie des bleds
& du vin , & dit qu'il eft du pro reparatio- dû
ne murorum villarum , & exinde ipsi muri nomen
Vinceni fumpserunt à dictâ vigefimâ parte
fructuum que pro ipsorum murorum reparatione
folvitur , & Vincena nuncupantur ipfi muri
five monia villarum , & il décide que le Seigneur
qui vouloit exiger ce droit fur fes Habitans,
étoit mal fondé , parce qu'il n'y avoit
poin
NOVEMBRE . 1740. 2407
point de murailles dans ce ce Lieu là ; que
d'ailleurs ce n'eft pas au Seigneur à entretenir
les murailles du Château ou du Bourg ,
que ce font les Habitans qui y doivent contribuer,
chacun felon fes facultés , ainfi qu'à
tous les ouvrages publics , & que les Habitans
de la Banlieuë , qu'il apelle territorium.
vel mandamentum , y doivent pareillement
contribuer.
. On peut induire de ce que dit Guy , Pape,'
qu'anciennement la même chose , s'observoit
pour l'entretien & réparation des murs de
Paris qu'on y faisoit contribuer les Habitans
& même ceux de la Banlieuë , ou Territoire
adjacent , qui s'étendoit du côté du
Levant jusqu'à Vincennes , & que ce Lieu
a pris fon nom de Vincenum ou Vincennum ,
du droit de vingtain que l'on y payoit pour
l'entretien des murailles de Paris.
Les Habitans de Vincennes & des environs
, payoient auffi anciennement une impofition
par chaque feu , en confideration
des battues que l'on faisoit de tems en tems
dans le Bois de Vincennes, pour détruire les
Loups qui y étoient alors en grand nombre ,
& incommodoient les gens de ce Licu : les
Habitans de Montreuil , près Vincennes
furent affranchis de cette imposition par des
Lettres Patentes du Roy Jean en 1360. confirmées
par Charles V. par d'autres Lettres
données
2408 MERCURE DE FRANCE:
données à Paris en Mars 1364. qui portent
que de toutes Prises , Tailles & Impositions or→
données à payer par feu , pour cause , on occafion
de prise ou chasse de Loups , ils foient
doresnavant quittes , & c. Cette impofition
pouvoit bien être du vingtiéme des fruits
& de là ce Lieu auroit été nommé Vincen
nes.
Anciennement nos Rois avoient donné
droit de chauffage dans le bois de Vincen
nes aux Religieux de S. Martin des Champs ,
de S. Lazare & de S. Maur des Fossés , lesquels
en joüirent jusqu'en l'an 1164. qu'ils
le retrocederent à Louis VII. Ce droit de
chauffage étoit peut être reglé au vingtiéme
de chaque coupe de bois , ou plûtôt les coupes
du bois étoient reglées à vingt ans, avant
qu'on l'eût laiffé croître en futaye , & ce
bois pourroit avoir pris de là le nom de nemus
vicenarium , c'est - à - dire , bois âgé de
vingt ans , de même qu'on apelloit lapis Vicenarius
la pierre tirée depuis vingt ans.
Il faut auffi remarquer que dans quelques
anciennes Chartres , Vicenna eft pris pour
Venna , qui fignifie Vanne d'un Etang , ou
Ecluse fur une Riviere , ce qui pourroit
avoir quelque raport avec le Bois de Vincennes
, dans lequel il y a des Eaux qui y font
raffemblées : nous voyons , en effet , par des
Lettres Patentes du Roy Jean , données à
Paris
NOVEMBRE. 1740. 2409
Paris en Mars 1360. que les Eaux de Montreüil
étoient conduites aux dépens des Habitans
de Montreuil dans le Parc de Vincennes.
Enfin , il faut encore remarquer que le
nom Latin Vincenna , n'eft pas particulier
au Lieu de Vincennes , & que la Riviere de
Vienne , qui passe à Limoges , eft aufli nommée
en Latin Vincenna , ou Vicenus Fluvius
, V. Duchesne , in Fragm, Reg. Franc.
tom. 1. p. ; 67.70 +.814.
Au refte , je ne prétens point décider ici
fur la véritable Ethymologic du nom de Vincennes
; je ne donne ceci que comme des
idées nouvelles , qui peuvent conduire à de
plus grands éclairciffemens.
LE VARIN DE TOMBAC,
FABLE.
T -Rès- rarement veut-on paffer pour ce qu'on eft;
Séduits par l'amour propre ou bien par l'interêt ,
Nous nous efforçons de paroître
Tout ce que nous ne sommes pas ;
Les hommes per droient trop à fe laiffer connoître
Sc montrant ce qu'on eft;montrer ce qu'on doit être,
N'eft pas ordinaire ici bas,
Va
2410 MERCURE
DE FRANCE
Un Varin de Tombac un jour ſe mit en tête
De fe donner pour or du plus parfait aloi ;
En public il s'expose ; à quiconque s'arrête ,
Des Metaux , d'un ton fier , dit -il , je ſuis le Roië
Je fais la paix , je fais la guerre ,
Je prononce fouvent les Arrêts de Themis ,
Je fuis le maître de la Terre ;
Peuples & Rois , tout m'eft ſoumis
Le Souverain du tendre Empire
Lui -même obéit à ma Loi ,
Et le pouvoir qu'il a fur tout ce qui refpire
Seroit bien limité fans moi.
Chacun avec transport le contemple , l'admire ,
Voudroit en être possesseur ;
On fçait que ce métail , que fert- il de le dire ?
A des autels dans chaque coeur.
Tandis que l'on vantoit la grandeur , fa gravûre ;
Un Orfévre conduit par le fort en ces Lieux,
De leur amoureuse poſture.
Voyons quel eft , dit-il , l'objet délicieux ;
Il s'avance , le voit , n'en croyez pas vos yeux,
Leur dit-il , & s'armant d'une pierre de touche ,
Par une prompte épreuve il leur fait voir ſoudain
peu de prix de ce Varin. Le
De honte & de dépit nul n'ose ouvrir la bouche ,
Et chacun fuit par le plus court chemin.
Quand on juge fur l'aparence ,
Tel
NOVEMBRE. 1740. 2411
Tel que l'on croit fincere , ami de l'innocence ,
Plein de probité , de candeur ,
Eft fouvent faux au fond du coeur.
Par M. de S. R. de Montpellier.
LETTRE de M.... , écrite aux Auteurs
du Mercure,en leur envoyant le Frag
ment de la Chronique rimée de Pierre Gro
gnet.
Es occupations de M. **** M, ne lui ayant
pas permis de transcrire ce qui eft en
forme de Chronique dans fon Suplément à
Grognet , fuivant qu'il vous l'a promis dans
le Mercure de Mars 1739. p. 476. il m'a
confié fon Exemplaire , afin que je fiſſe moimême
l'Extrait en queftion pour vous l'envoyer
, avant qu'il dispose de cet Exemplaire
en faveur de ceux qui le lui demandent
& qui font la recherche de ces anciens Poëtes
, par raport aux Faits & aux expreffions
que leurs Ouvrages contiennent. Vous fçavez
qu'on en forme à la Bibliothèque du
Roy , un Recueil le plus complet qu'il eſt
poffible de faire , en continuant celui de M.
Du Cangé , qui eft, aujourd'hui dans la même
Bibliothéque ; de forte qu'il n'y a pas d'aparence
que les fouhaits de ceux qui condamnent
2412 MERCURE DE FRANCE
damnent au feu tous les anciens Poëtes Fran
çois , foient jamais accomplis.
Je fens que dans ces fortes de vérsifications
, qui nous paroiffent aujourdhui ſi
plattes , il peut fe rencontrer des noms , &
même des Faits que quelques personnes voudroient
avoir été ensevelis dans un éternel
oubli , & que pour cette raison , ces Poësies
peuvent déplaire aux oreilles délicates , autant
que par l'insipidité de la composition.
Mais puisqu'on ne retranche rien dans les
Chroniques qu'on publie en Prose , foit Latine
, foit Françoise ; par exemple , dans le
Journal des Regnes de Charles VI. & de
Charles VII . dans la Chronique fcandaleuse
du Regne de Louis XI . y a-t'il plus de raison
de retrancher & d'étouffer les petits Faits
arrivés fous les Regnes immédiatement ſuivans
, à cause qu'ils font écrits en Vers ou
en Rimes ? Si les vieux mots paffent dans
la Prose , pourquoi ne pafferont ils pas à plus
forte raison dans la Poëfie ? Mais certe Poëfie
eft mauvaise , dira quelque Purifte : n'importe
; il faut que l'on cornoiffe de quelle
maniere on rimoit dans tous les tems , jusqu'à
quel point on pouffoit la naïveté dans
les Pensées , & en quoi confiftoit le grotesque
, ou le burlesque de ce tems là , que
quelques personnes traitoient peut- être alors
de beau. Seroit - on fans cela fi avide de recueillir
NOVEMBRE . 1740 2413
cueillir les Sermons du Cordelier Michel
Menot, débités à Tours , moitié Latin , moitié
François , aufli bien que ceux de quelques
autres du même tems ? Il n'y a jamais
eu que des esprits bizares qui ayent pû jetter
au feu ces fortes de Sermons , lesquels
ont été imprimés à Paris en 1525. chés
Claude Chevallon , en conséquence d'un
Va de la Cour , fait en Parlement le VIII .
Avril de la même année , figné Du Tillet, &
d'un Certificat de la Faculté de Théologie ,
qui atteftoit avoir visité ledit Livre qu'elle a
trouvé assés tolerable & utile.
Mais laissons chacun conserver fon goût
particulier : votre Journal eft fait pour tout
le monde. Ceux qui ne voudront point de
l'ancienne Poëfie , y trouveront de la nouvelle
ceux à qui les vieilles Histoires ne
plaisent point , n'ont qu'à lire les nouvelles
qui s'y trouvent abondamment.
Voici donc le Fragment de Chronique rimée
qui vous a été promis , lequel fut composé
vers l'année 1530. & que Pierre Grognet
présenta à Jehan de Dinteville , Maître
d'Hôtel ordinaire du Roy , le fupliant de
corriger le gros & trop rude langaige mal aorné,
cela fait , le présenter ( avec les beaux mots
dorés de Caton ) à Meffeigneurs les Enfans de
France.
D RECOL
2414 MERCURE DE FRANCE
RECOLLECTION des merveilleuses
P
choses & Nouvelles advenues au noble
Royaume de France en notre tems , depuis
l'an de grace 1480.
Our racompter Histoires bien nouvelles,
Lisez ici , les verrez nompareilles ,
( 1480. ) Mil quatre cent avecques quatre- vingez
Lors és Celliers gellerent moult de vins .
( 1481. ) Mil quatre cent quatre - vingtz & puis
ung,
Gros & menus moururent en commun .
Triumphamment regnoit un Connestable ,
Mais fon peché l'a fait trop variable ,
Dont fut pugny , décapité en Grêve ,
En foutenant la mort qui lui fut gréve.
J'ai ben du vin la pinte à trois folz ,
Et puis après pour ung denier affoulz ,
Ce qui eft vil ay vû bien cher tenir
Et ce cher temps a viste revenir.-
J'ai vû Seigneur moult renommé des Cordes ,
Qui cordeloit en tout tems les discordes ,
Qui les Flammans bien fçavoit accorder
Et tous Pays pour le Roy concorder.
Pour ramener à bon mémoire ,
( 1493. ) Mil quatre cens quatre-vingtz- treize ,
Vendredy
NOVEMBRE 1740
1415
Vrendredy feptiesme de Juing ,
Mené fut devant le commun ,
Et bruslé vif à la voirie
Jehan Langloys Prebstre qui varie
En la Foy , lui natif d'Ivry
Etant reputé fans apuy ,
De bon lignaige , fils de Prebstre ;
Et Héretique contre l'estre
De la faincte Foy véritable,
De Jesus -Chrift & proufitable ;
Car il avoit par héresie
Osté la très facrée Hostie
Des mains du Prebstre célebrant ,
Comme chacun eft remembrant
En l'Eglise de Notre Dame ,
Dont il eft réputé infâme.
J'ai vû enfant lequel avoit deux têtes ,
Et fut monstré tant jours ouvriers que festes ;
Mais comme fçeu congnoistre par mon esme,
Il fut porté devant le Corps Sain& Edme.
Le CHARLES j'ai vû huitiesme de ce nom
De France Roy , par tout avoir renom
Delà les montz armes lances porta
Et vaillamment tout Naples conquesta.
L'an verole que l'argent fut peri ,
Et que le vin fe vendit à vil pris ,
Lorsque larrons ont le bois encheri ,
2
Dij
2416 MERCURE DE FRANCE
Et Naples fut des Ennemis repris ,
Et que grandz eaux eurent Paris compris
devant que Messias fut né ;
Claude Chauvreulx de faulceté furpris
Le jour
Fut par Arrêt au Pillory mené.
( 1496. ) L'an mil cinq cens moins double deux
Pour vous le faire brief & count ,
Ce Conseiller nommé Chauvreulx
Fut expulsé hors de la Court.
( 1498.) Mil quatre cens quatre - vingtz deux & feize
Mirandula Picus de bon affaire ,
Grant éleve régnoit Comte par excellence ,
Nul ne pouvoit eftimer fa science .
J'ai vu Paris avoir Prédicateur
Ung Tifferant Frere & bon Orateur ,
Premier tourna les filles penitentes ,¦
Lesquelles ont à Dieu fervir ententes.
( 1499. ) Mil quatre cens quatre- vingtz dix & neuf,
Tomba le Pont Notre Dame de neuf,
Ce cas advint en Octobre treizićme ,
Jour du matin viron l'heure neuvième ,
J'ai vû Paris crier le rouge & vert
Sans bon moyen & raison en appert ,
Ce gros abus par trop il a esté ,
Tant foit yver , authonne , ver , esté .
J'ai vu le pain à vû ung denier pour vendre ,
Long-tems après l'ai vû à fix revendre ,
Encores
NOVEMBRE. 1740 2417
Encores
pas n'en pouvoit on trouver ,
Cela eft vrai fans point le controuver.
J'ai vu Standor. qui les Poures fonda
A Montagu & les recommanda ,
Qui chacun jour prient pour les Trespaffés ;
Et pour nous tous quand nous ferons paffés,
J'ai vû plufieurs de maulvais Esperitz
Moult tourmentés par dangereux perila ,
Dont vint cela & ce piteux malheur ?
On n'en fçet rien , Dieu l'envoye meilleur.
Durant mon tems on a trouvé des Isles
Dedans les mers qui font beaucoup fertiles ,
Dont Habitans font d'étranges manieres
Sauvages gens des trésors ont minieres.
( 1503. ) Edmond de la Foffe , Escollier ,
Héretique particulier ,
Avoit prins & cierge & chasuble
Sainctement en pensée nuble
Comme le Diable le menoit
Et à fon voulloir prouvenoit ,
Des mains d'ung Prebstre il ofta
La Saincte Hoftie , & la brisa ,
Dont l'une des parties cheur
Près l'Autel dont trop lui mescheut ;
L'endroit fut où elle cheut à terre
Près l'Autel Sainct Pol & Saint Pierre ,
En la Sainte Chapelle au Lieu
Diij De
1478 MERCURE DE FRANCE
De Paris dédié à Dieu ,
Et l'autre part comme on revelle
Près les dégrés de la Chapelle ,
Tomba dont par cellui meffaict
En paroles de grant effect ,
Par trop viles & deteftables
Qu'il disoit trop déraisonnables
Contre Dieu , fut jugé avoir
Le poing couppé pour fon debvoir
Ce qu'il eust devant les dégrés
De celle Chapelle & aux grés
Du Juge eust la langue couppée ,
Et à fa très malle journée ,
Sur tout vif os , chair , cuyr & peau!x
Bruslés aux marches des Pourceaulx.
Ce cas advint ung Vendredy ,
Vingt & cinquième jour en nombre ,
L'an mil cinq cent & troys je dy
Qui fut pour lui piteux en combre.
( 1505. ) J'ai vû P'an mil cinq cént & cinq ;
Es caves moult geler de vins ,
Par plusieurs fois l'eaue a fait grant déluge
Où maintes gens n'avoient aucun refuge ,
Tant à Paris qu'à la Cité de Romme ,
Pour nos pechés a fouffert chascun homme.
·
J'ai vû Tournay aux Anglois retourner
Laiffant François fans plus à eux tourner ,
Aupa
NOVEMBRE: 1740 2419.
Auparavant Teroüenne rasée ,
Mais puis après a esté reparée.
Rodes auffi la clef des Chreftiens ,
Prise a esté des Turcs & des Payens ;
Dieu fçet bien tout dont eſt venu la faulte
fouvent avons voulenté haulte.
Par
trop
J'ai vu Leutker en la Foy varier ,
Et puis après follement marier ,
Dont dire fault fouffre dedans falpestre
Ont bataillé , car c'eſt ung falle Prestre.
Les boutefeux j'ai vû régner long- temps
Dont viateurs avoient par tout contens ,
Les accusans de ce merveilleux cas
Lors on crioit tant fuft hault comme bas.
J'ai vu par feu beaucoup de bonnes Villes ,
Auffi des Bourgs , qu'après ont été Villes ,
On dit bien vrai qu'après feu rien demeure.
Pensons en Dieu , qui en brief temps labeure.
J'ai vu regner gens vû d'armes miserables ,
Lesquelz étoient nommés fix milles Dyables :
Soubdain après ont été confondus ,
Les ungs bruslés & les aultres pendus.
J'ai vu au Ciel Planettes & Dragons
Ayant des queues flamans comme charbons ,
Pour nos pechés nous avons grand prefaige
Qui bien vivra fe trouvera moult faige.
Diiij REFLXIONS
#420 MERCURE DE FRANCE
Stist stet
REFLEXIONS NOUVELLES
pour fervir d'Eclairciffement au Mémoire
inseré dans le Mercure de Fevrier 1740.
intitulé : Réflexions d'un Physicien fur la
petite Verole.
Lfeffetd'un venin particulier, qui fe por-
A petite Verole eft regardée comme
te à la peau, lorsqu'il eft dévelopé par quelque
cause que ce foit , & dont on ne guérit
que lorsque la nature ou les remedes ont
la puiffance de chaffer ce venin au dehors.
›
Cette définition s'accorde avec l'opinion
universelle de presque tous les Médecins du
monde ; cependant avant que de donner fon
consentement à une opinion , tout Esprit
juste desire , avec raison , que cette opinion
porte avec elle une idée claire & diftincte
dont il ne résulte aucune absurdité .
La Géométrie feule ( il eft vray ) atteint
à une parfaite certitude ; mais vainement
s'efforceroit- on d'acquerir de nouvelles vérités
dans les autres Sciences utiles , fi l'on
exigeoit dans les recherches & découvertes
qui s'y font tous les jours , une évidence égafe
à celle de la Géometrie : on doit donc fe
contenter de raisonner fur chaque matiere
felon le dégré de probabilité dont elle eſt
fusceptible.
NOVEMBRE. 1740 2421
fusceptible. En Physique , par exemple , if
eft permis de fuposer un principe , pourvû
qu'il ne foit pas absurde & qu'il s'accorde dans
ses consequences avec tous les Faits connus ;
alors on eft en droit de le regarder comme
vrai , de cette vérité dont la Physique eft fusceptible.
On doit feulement éviter d'avoir
recours à un trop grand nombre de ces principes
fuposés , quand même ils n entraînent
avec eux aucune abfurdité & qu'ils s'accordent
avec les Faits.
Ces fupofitions trop fréquentes donnent
une jufte défiance de l'opinion qu'on veut
établir. Examinons donc avec fincerité , fi
le principe du Venin particulier ( cause de
la petite Verole ) n'eſt point absurde . 2° . S'il
n'en réfulte que des Faits reconnus pour vrais
& s'il n'a pas besoin d'un trop grand nom
bre de fupofitions.
ARTICLE I. Du Venin , cause de la petite
Verole.
Il y a des Venins reconnus de tout le monde
, dont les effets font fenfibles & hors de
toute conteftation : ce n'eft donc pas la fupofition
d'un Venin qu'on peut regarder
comme absurde ; il eft feulement queſtion
ici de fçavoir , fi dans le cas de la petite Verole
on peut en fuposer un particulier , cause
de cette maladie , qui s'accorde dans fes
Dv effets
3
2422 MERCURE DE FRANCE.
"
effets avec tous les Faits reconnus pour vrais,'
& qui n'ait d'ailleurs besoin pour être
prouvé , que d'un petit nombre de fupositions.
Pour parvenir à cet examen , on doit , s'il
eft poffible , remonter jusqu'à l'origine de ce
Venin, fçavoir le lieu où il réside, celui qu'il
attaque , enfin , quels font fes effets .
On remarquera d'abord que les Médecins
font divisés fur le lieu de ce Venin contagieux.
Les uns veulent qu'il réside dans l'air,
d'autres foûtiennent qu'il eft renfermé dans
la maffe du fang dès les premiers momens
de notre naiffance ; mais foit que ces Miasmes
contagieux viennent de l'air , foit qu'ils
fe communiquent par l'aproche d'un corps
attaqué de cette maladie , foit qu'ils foient
inserés à la maniere des Anglois , ils conviennent
que dans tous ces cas également ,
ces Miasmes dévelopent dans la maffe du
fang une matiere qui aparamment leur eft
anologue , & qui , à l'occafion de ce dévelopement
, fe porte à la peau par une vertu
qui nous eft inconnuë , ou peut- être fimplement
, parce que les pores , ou les glandes de
la peau, donnent un plus libre paffage à cette
matiere, que tous les autres vaiffeaux , glandes
&c. qui entrent dans la ftructure du
corps humain.
Qu'on faffe une sérieuse attention à ce que
nous
NOVEMBRE. 1740.2423 1740
nous venons de dire , & qu'on fuive avec
exactitude ce Venin dans fes effets ; foit
qu'on insere dans la peau une partie fubtile
, apartenante à la petite Verole , foit
foit que
ce venin répandu dans l'air penetre au travers
des pores , il faut également qu'une pctite
portion de cette matiere aille chercher
dans la maffe du fang une autre portion
de matiere , ou homogene à elle , ou d'une
Nature differente , mais qui dans l'une ou
l'autre fupofition acquiert fur le champ
par cette aproche , la faculté , ou la qualité
néceffaire pour revenir ensemble à la peau :
ce n'eft pas tout , il faut que cette petite portion
de Venin , étrangere au fang , fe fubdivise
encore infiniment pour aller chercher
chacune des parties qui lui conviennent , s'y
unir , s'y apliquer , & leur communiquer à
leur tour la dispofition nouvelle qui les rend
propres à fe à fe porter porter à la
peau .
Voilà bien des fupofitions ; mais la Nature
a encore plus de façons d'agir : allons
plus loin , & ne perdons point de vûë ce
poison étranger & fubtil , foit qu'il foit de
pareille nature que celui qu'il rencontre dans
la maffe du fang , foit qu'étant d'une nature, :
differente , il n'ait d'autre faculté que celle
de le déveloper. Dans le premier cas , s'il eft
de même nature , il femble qu'il en résulte
une abſurdité. En effet , il faut dans ce syſtê-
D vj
me
424 MERCURE DE FRANCE
me que l'on convienne que les parties ſembla
bles & interieures qui font ainfi dévelopées
par celles qui viennent de dehors , ou étoient
contenues dans la maffe du fang , ou
fixées dans un lieu particulier. Si elles étoient
contenues dans la maffe du fang , pourquoi,
fe rencontrant fans ceffe dans le cours rapide
de la circulation , ne fe déveloperoientelles
pas entr'elles par cette rencontre ? &
pourquoi reftent- elles fouvent dans cette
inaction pendant tout le cours de la vie ?
Dans la fupofition de l'attraction , elles
auroient entr'elles les mêmes principes , les
mêmes raports que chacune d'elles peut
avoir avec les parties de ce poison fubtil &
exterieur ; leur maffe , leur figure étant la
même , elles doivent être fufceptibles des.
mêmes effets. Si l'on prétend qu'elles fe dévelopent
en effet entr'elles , & que fouvent
la petite Verole paroît , pour ainfi dire , par
fa propre puiffance , fans avoir besoin d'aucun
levain contagieux & étranger , on répondra
qu'il est bien fingulier que ce venin
lorsqu'il nous eft communiqué ) ait presque
toujours la vertu de produire tous les
effets dont il eft capable , ainfi que l'infertion
le prouve invinciblement , & qu'au
contraire lorsqu'il eft dans nous , & qu'il eft
contenu dans nos vaiffeaux , où il fuit le
cours de la circulation , fa puiffance diminuë
NOVEMBRE 1740 2429
nuë à proportion qu'il y eft en plus grande.
quantité , & qu'il eft ( fi l'on peut fe fervir..
de ce terme ) plus près de nous : je fçais
qu'on peut répondre à tout , mais cependant
je doute qu'on réponde fuffifamment à cette
objection , fans admettre encore de nouvel
les fupofitions. L'absurdité fera encore plus
grande fi l'on fupofe ce Venin renfermé dans
un lieu particulier qui nous eft inconnu , &
qui ne peut s'échaper de fa prison , qu'à -l'aide
de celui qui lui eft transmis par l'air ou
par l'insertion : car fi ce Venin terrible eft.
caché dans un lieu particulier , pourquoi.cette
matiere y étant accumulée en fi grande
quantité , échape- t'elle aux yeux conoise
seurs des Anatomistes ? ou du moins pourquoi
n'y cause- t'elle pas des désordres proportionnés
à fa maſſe & à fa quantité ? Enfin
, pourquoi ne fe porte- t'elle pas à la peau,
fi la nature l'a deftinée à cette route?
>
Voyons fi nous nous trouverons mieux de
la feconde fupofition , & imaginons une matiere
étrangere à nous , mais qui a un certain
raport avec celle que nous aportons avec
nous dès le premier moment de notre naiffance.
Imaginons que cette matiere exterieure
, fans être homogene à aucune des
parties de nos liqueurs , a cependant la faculté
d'en déveloper certaines , qui produifent
alors la petite Verole.Mais dans ce syftêmg
426 MERCURE DE FRANCE
me même , en adoptant toutes les fupofitions
qu'il nous présente , il faudroit néces
sairement fuposer encore qu'il ne fe trouveroit
jamais qu'une certaine quantité de cette
matiere contagieuse,foit dans la maffe de no
tre fang , foit dans le lieu particulier de fa retraite
; car fans cette nouvelle fupoſition ,
pourquoi n'auroit - on pas la petite Verole
deux fois dans tous les cas poffibles ? La Nature
fage & intelligente auroit - elle eu la précaution
de ne fe charger précisément de ce
venin que dans la quantité néceffaire pour
produire certaines petites veroles fort abondantes
& fort malignes ?
On me répondra peut- être que lorsque la
nature en eft trop furchargée , elle y fuccombe
& qu'on meurt. Cette réponse feroit bonne
, s'il étoit prouvé que la petite Verole fortît
toujours en entier; mais l'experience nous
aprend que fouvent tout le Venin n'eſt pas
dévelopé , puisqu'il arrive fréquemment
qu'on a plufieurs fois cette maladie dans le
cours de fa vie , lorsqu'elle n'eft pas fort
abondante la premiere fois . Ce retour funefte
ne peut être produit , en fuivant l'hypotese
, que par un nouvel abord de cette
matiere étrangere & differente par fa nature,
de celle que nous fuposons renfermée dans
la maffe de notre fang ; cette derniere n'avoit
donc pas pû être dévelopée en entier
dans
NOVEMBRE. 1740 2427
dans la premiere attaque de cette maladie ,
parce qu'il ne fe trouvoit pas affés de celle
que l'air , ou l'insertion avoient communiquée
au fang,ou parce qu'elle n'avoit
pas af
fès de vertu pour la déveloper toute . L'un
& l'autre cas devroient arriver quelquefois ,
lors même que toute la peau auroit été couverte
de puftules ; c'eft ce que l'expérience
ne confirme pas.
On peut même ajoûter que ce syftême eft
moins conforme aux principes ordinaires de
la Phyfique , & à l'expérience des Anatomif
tes . En effet, on eft convenu jusques ici que
les matieres homogénes ont entr'elles une
dispofition quelconque à fe réunir , & qu'elles
paffent plus facilement que les autres par
les mêmes filieres , glandes , vaiffeaux &c .
Mais on n'a pas encore démontré , ni par le
fait , ni par le raisonnement , que les parties
héterogenes fe lient entr'elles avec autant de
facilité que celles qui font parfaitement femblables
; il feroit donc un peu plus vraiſemblable
qu'elles font pareilles.
Enfin , dans tout ce syftême on ne peut
s'expliquer avec clarté fur fes effets , ni fur
fa cause ; on voit d'un coup d'oeil combien
de difficultés , combien de fupofitions le
rendent fufpect ; mais les divifions des Médecins
fur cet article , leurs inquiétudes fur
les malades , les malheurs qui leur arrivent ,
l'obscurité
428 MERCURE DE FRANCE:
l'obscurité qui regne dans toutes les consé
quences de ce principe, ne viendroient - elles
point de fa fausseté ? Leurs erreurs peuvent intimider,
mais elles ne doivent pas décourager;
il n'en coûte rien de tenter une nouvelle
route : & pourquoi fe refuferoit- on à de nouvelles
opinions fi elles font fujettes à moins
d'inconveniens , fi elles demandent moins
de fupofitions , & fi elles s'accordent avec
les faits reçûs ?
Le Mémoire imprimé dans le mois de Fevrier
, paroît embraffer une opinion differente
de toutes celles dont nous avons parlé
; il femble que l'Auteur y veüille donner
une théorie génerale de toutes les fiévres
qu'il attribuë uniquement à la raréfaction du
fang porté au cerveau , cause immédiate de
l'état nouveau des nerfs , dont il prétend que
les fonctions doivent être changées à l'occafion
de cet abord d'un fang trop rarefié. Jusque
là on ne peut lui nier des faits conformes
à tous ces principes qui ne font point des fupositions
, & je crois qu'on doit penser avec
lui ,
, que fi les fonctions de quelque partie
que ce foit font lésées à l'occafion d'un trop.
grand abord de fang , les fonctions du cerveau
ne font pas exemptes de cette loi génerale
, & que par conséquent les nerfs peuvent
en être affectés ; on ne peut nier non
us que les nerfs ne foient en plus grande
quantité
NOVEMBRE. 1740. 2429
quantité dans les tuniques des arteres , que
dans celles de tous les autres vaiffeaux , &
que par conséquent les arteres ne doivent
participer plûtôt que ces autres vaiffeaux au
dérangement arrivé aux nerfs.
Mais l'Auteur fupose , fans aucune preuve ,
que ce fang rarefié porté au cerveau peut
contracter les nerfs , & que les nerfs communiqueront
cette contraction aux autres . If
paroît donc qu'il va trop loin , lorsqu'il avance
que les nerfs ont la puiffance de procu
rer aux parties qu'ils accompagnent le même
état dans lesquels ils font actuellement ; nonfeulement
cela n'eft pas prouvé , mais mê
me cela contredit des Faits Anatomiques reçûs
: par exemple , on voit tous les jours
un muscle en convulsion ou contracté , fans
que les nerfs qui y aboutiffent foient contractés
; ce Fait prouve combien on doit être
reservé fur une pareille matiere, à fuposer des
Faits qu'une vraisemblance vague nous perfuade
, & que le desir de démontrer un prin
cipe nous engage à adopter fans preuve ; ce
pendant il faut avouer qu'on ne peut s'em
pêcher d'accorder en partie à l'Auteur cette
fupofition , lorsqu'elle ne changera pas directement
les Faits reçûs , & fi l'Auteur s'étoit
contenté de dire que par une méchani
que inconnue, l'expérience paroît nous apren
dre que les nerfs peuvent (foit qu'ils fe contracten
430 MERCURE DE FRANCE
tractent ou non , foit qu'ils ne fe trouvent
dans aucun de ces deux états ) contracter ou
relâcher les parties auxquelles ils aboutiffent
& qu'ils accompagnent , cette fupofition me
paroîtroit de la nature de celles qui font-permises
en Phyfique , & il ne s'agiroit pour
y donner , avec raison , fon consentement ,
que d'examiner & comparer enfemble tous
les Faits qui en doivent resulter , pour voir
s'il ne naît point de ces Faits comparés , aucune
absurdité ; alors , en attendant mieux
on doit fuivre le principe dans fes conséquences.
En effet , qu'on faffe attention que fi l'Auteur
ne peut rendre raison de la nature des
esprits , de leur féparation dans les glandes
ou les vaiffeaux du cerveau , de leurs effets
dans le corps des nerfs ; que s'il ne peut même
prouver invinciblement l'exiftance de ces
esprits , à plus forte raison tenteroit - il en
vain d'expliquer la Méchanique par laquelle
il fupose que les nerfs contractent les arteres
dans tout le cours de leur propagation ; mais
fi cette théorie lui manque , elle manque
également à fes Adversaires , qui ignorent
comme lui cette Méchanique , & ne peuvent
par conséquent le convaincre de fauffeté
fur une opinion dont ils ignorent les premiers
principes, Elle ne renferme donc en
elle-même aucune absurdité manifefte , &
felon
NOVEMBRE. 1740 1431
felon nos principes , on eft en droit de la fuposer
, pourvû que ce foit fous la condition
expreffe d'en tirer toutes les conséquences
avec foin , & de les comparer enfemble ,pour
parvenir à connoître fi rien ne répugne dans
cette hypotese.
Suivons donc l'Auteur pas à pas , &
voyons s'il ne s'égare plus dans la fuite de ce
syftême. Il prétend , d'après les fupofitions
précédentes , que fi les arteres font contractées
, la partie rouge s'extravasera dans les
vaiffeaux limphatiques , ayant plus de peine
qu'à l'ordinaire à continuer fa route dans les
capillaires. Ce n'eſt pas un principe nouveau
qu'il annonce ici ; M. Helvetius a déja prétendu
, avec les grands Médecins de fon
tems , que les inflammations ordinaires ve
noient d'une extravafion de la partie rouge
du fang dans ces limphatiques : or , quelle
méchanique peut mieux produire cet effet
que le retréciffement des capillaires , dont les
dernieres ramifications ont des tuniques,d'où
les limphatiques tirent leur origine ? Enfin ,
le plus ou moins de contraction dans les
limphatiques paroît devoir encore produire
les plaques ou les boutons , ainfi qu'il eft expliqué
plus au long dans le Mémoire de Fevrier.
Tout cela fe peut faire ; rien dans tou
te cette méchanique ne paroît contraire à
l'expérience ni à la raison , mais indépendamment
432 MERCURE DE FRANCE
damment des objections auxquelles le Mé
moire a répondu , il s'en présente plusieurs
qui méritent notre attention.
Le fang ne fe porte- t'il pas ſouvent à la tête
fans fiévre ? Donc cette cause ne fuffit pas
pour donner la fiévre.
Et
L'Auteur peut répondre , que le fang rarefié
& porté en quantité à la tête donnera
toujours la fiévre , quoiqu'il fe puiffe faire
que le fang porté à la tête par une autre cause
que la rarefaction , né la donne pas.
pour parvenir à démontrer la fauffeté de
cette fupofition , il faudroit prouver que le
fang étant non-feulement porté à la tête ,
mais , de plus , rarefié & dans une certaine
quantité ; en un mot , dans toutes les conditions
que ce principe fupose , ne causeroit
cependant pas la fiévre ; mais il femble bien
difficile de foûtenir cette opinion , & encore
plus de la prouver.
Il y a encore une autre objection plus confidérable
: on demandera pourquoi la toux
attaque plûtôt la poitrine dans la rougeole
que dans les autres éruptions ? Il paroît vraifemblable
que cet effet ne peut avoir pour
cause qu'une matiere particuliere qui fe porte
à la poitrine par fa nature. Or , fi la rougeole
a pour principe un Venin particulier ,
pourquoi la petite Verole , qui cause pareillement
une éruption à la peau , n'auroit elle
pas
NOVEMBRE. 1740 2433
le fien Ici le raisonnement ceffe , &
T'expérience fuplée .
pas
On peut citer un Fait pour certain , c'eſt
qu'on touffe toujours lorsque la transpiration
eft interceptée . Or , la rougeole fortant prefque
tour à la fois , & couvrant avec de
grandes plaques une plus grande fuperficie
de la peau dans le même espace de tems que
les autres éruptions , doit produire cet effet ,
plûtôt que celles qui en couvrent moins.
ARTICLE II. Comparaison de ces deux
Systêmes.
Premier Point de Comparaison,
Dans le premier Syftême on fupose une
matiere particuliere à la petite Verole , &
cette fupofition paroît en entraîner une infinité
d'autres, puisqu'il faut alors attribuer à cha
que differente éruption une cause & une origine
differente.
Dans le fecond , on ne reconnoît qu'une
feule cause de toutes les fiévres intermittentes
, continues , malignes , & de celles qui
produisent des éruptions à la peau. Cette
cause eft une matière quelconque qui rarefie
le fang , le porte à la tête , &c. On doit
convenir qu'un pareil principe eft au moins
plus commode & admet moins de fupoitions.
1
Dan
2434 MERCURE DE FRANCE
Dans le premier , on fupose que la Nature
intelligente ne laiffe jamais dans la maffe
de notre fang qu'une certaine quantité de
cette matiere , fuffifante pour couvrir la fuperficie
de la peau ; dans le fecond on n'a
pas besoin de cette fupofition.
Dans le premier , on eft obligé de convenir
que ce Venin fe cache dans certains cas ,
fe dévelope dans d'autres ; qu'il eft ou renfermé
dans un endroit particulier , ou contenu
dans la maffe , fans qu'on puiffe rendre
une raison vrai- semblable de toutes ces fupofitions
. Dans le fecond , on dit feulement
que le fang eft rarefié , & qu'alors du même
principe naîtront toujours les mêmes effets .
Dans le premier , on fupose que ce venin
porté à la peau par l'insertion , a la vertu d'en
aller chercher un autre , qu'il le ramene avec
lui à la peau fans fe diffiper ; que le pus qui
fe forme ne l'altere point ; que quoique trèsfubtil
, il ne s'échape , ne fe diffipe point par
tant de détours differens,ni même pendant la
fupuration , & qu'après le deffechement même
, cette partie fubtile eft encore confervée
dans le bouton deffeché , ainfi que l'ufage de
la Chine pour inserer la petite Verole , le
prouveroit felon cette hypothese.
Dans le fecond , on ne fupose rien , finon
une matiere qui puiffe rarefier le fang à un
certain degré ce qui n'eft pas douteux .
Dans
NOVEMBRE . 1740. 2435
Dans le premier , on fupose que ce Venin
a une vertu inconnue & particuliere à lui ,
pour ſe porter plutôt à la tête que dans les
autres visceres. Dans le fecond , la rarefac
tion rendant le fang plus léger , fuffit pour
produire cet effet dans toutes les fiévres plus
ou moins , felon le dégré de rarefaction .
Dans le premier , on ne fçait de quelle
maniere ce Venin fe communique ; les uns
par
veulent que ce foit l'air , d'autres par le
fang lui-même ; les uns par des parties femblables,
d'autres par des parties héterogenes ;
chacune de ces fupofitions eft fujette à de
nouvelles dificultés.
Dans le fecond , on explique la communication
de ce Venin comme fimple maladie
de la peau , ainfi que la galle , & lorsqu'on
en eft attaqué fans contagion , on a recours
au même principe de la raréfaction .
La petite Verole paroît fouvent regner plus
fortement fur la fin de l'Eté & le commencement
de l'Automne , que dans les autres
faisons. Dans le premier Syftême , on ne
peut rendre raison de ce Fait, finon que cela
arrive par une vertu particuliere & inconnue;
mais felon l'hypothese du Mémoire de Février
, cela doit arriver plus fouvent dans le
tems où le fang doit être au plus haut point
de rarefaction. Or , quoique cette rarefaction
puiffe arriver par des causes diverses dans ,
d'autres
2436 MERCURE DE FRANCE
d'autres faisons , cependant la chaleur de
l'Eté doit y contribuer géneralement dans
tous les corps qui y feront disposés.
La petite Verole eft communément moins
dangereuse en Allemagne qu'en France. Dans
le premier Systême , il faut néceffairement
avoir recours à la qualité occulte de ce Venin
, plus propre à attaquer le fang des François
, que celui des Allemands. Dans le fecond
, on fe contentera de remarquer que le
Climat est moins propre à rarefier le fang, &
peut-être le fang des Allemands cft plus épais
naturellement.
Le fang fe porte à la tête , il s'y extravase,
il cause des dépôts, des fupurations, des délires,
des convulfions dans les nerfs, la mort.
Dans le premier Syftême on peut rendre raison
de ces Faits, en disant que c'eſt la nature du
Venin de la petite Verele , & dans le fecond
on verra que tous ces effets doivent ſe déduire
d'un feul principe , la rarefaction au dernier
degré , tandis que la fiévre ordinaire
n'eft que l'effet d'une rarefaction moderée
qui cependant porte toujours le fang à la tête
, ainfi le mal de tête ( qui eft un
fimptôme presque inséparable de cette ma,
ladie ) le prouve invinciblement.
que
Dans le premier , on rend raison avec
peine , ainfi qu'on l'a déja vû , pourquoi on
n'a pas la petite Verole deux fois , lorsqu'elle
cft
›
NOVEMBRE. 1740. 2437
eft fort abondante la premiere. Dans le fecond
, on en donne la raison par un effet purement
méchanique. L'endroit le plus foible
des vaiffeaux étant devenu le plus fort
par les
cicatrices vifibles ou invifibles dont il eft armé
, & par conséquent ne pouvant plus fe
prêter à l'extravafion du fang hors des vaisseaux
, ce qui peut ( fi ce Systême eſt vrai )
occafionner des maladies beaucoup plus dangereuses
que la petite Vérole même , par le
reflux du fang dans les parties intérieures.
ART. III. Des Experiences.
Dans le premier Systême on n'a point encore
fait d'Expériences qui pûffent nous
éclairer ; en effet , l'incertitude du but qu'on
Le propose dans ce Systême , felon lequel il
faut tantôt échauffer, tantôt rafraîchir , cause
la diverfité des Remedes donnés dans des
intentions differentes dans le cours de la même
maladie , d'où il résulte que les Expériences
font équivoques.
Dans le fecond , une feule intention ;
un feul but , c'eft d'empêcher l'éruption :
rien de fi aisé que de fçavoir fi on parvient
à ce but en donnant l'inoculation
à dès criminels , & en les traitant felon Boerhaave
& felon le Systême dont il s'agit ,
de la maniere la plus efficace , pour empêcher
toutes les inflammations de fe
porter
2438 MERCURE DE FRANCE
"
•
porter
par
à la fupuration. Il y a plus , c'eft qu'on
peut avancer fans crainte que ces Expériences
font presque entierement achevées
M. de la Metrie , Auteur d'un Livre nou-
-veau, qui a parû quelques jours après le Mémoire
en queftion , fur la petite Verole , où
il assûre que fur cent Expériences de petites
Veroles , traitées felon ce principe , il ne lui
eft arrivé aucun accident , & qu'il a crû voir
bien diftinctement qu'il avoit toujours diminué
la quantité des boutons. Il eft vrai
M. de la Metrie ajoûte qu'il n'a jamais
pû parvenir à empêcher l'éruption ; mais
quand il n'auroit fait que rendre benigne la
plus terrible de toutes les maladies , cela
fuffiroit pour adopter le Syftême en queſtion .
que
Cependant on peut dire que les Experiences
de M.de la Metrie ,loin de prouver qu'on
ne peut atteindre à empêcher la petite Verole
de fortir ( pour me fervir du terme ordinaire
) peut nous porter à penser que s'il
avoit été plus ferme dans fes propres principes
, il feroit parvenu à ce but. L'exemple
qu'il cite comme victorieux pour démontrer
cette impoffibilité , prouve précisément le
contraire , puisque dans cet exemple il n'a
fuivi qu'en partie l'intention de la Cure ,
que cependant il eft parvenu , felon lui , à
rendre très- benigne & très peu abondante
une petiteVerole qui devoit être très- maligne
&
&
NOVEMBRE . 1749 2439
& fort abondante : Il a faigné quatre fois un
enfant , mais il en a faigné trois du bras , &
felon le principe de la révulfion , que le
plus grand nombre des Médecins adopte , il
ne détournoit pas le fang de la tête , & réduisoit
le malade au feul bénefice de l'évacuation
, il a relâché la peau par le bain , ce qui
favorise encore l'éruption ; il eft vrai qu'il a
porté les autres remedes au plus haut point
de rafraîchiffement , mais , pour fçavoir s'il
lui eût été poffible d'arrêter entierement cette
éruption, il falloit faigner du pied & point
du bras ; il falloit ne point relâcher la peau
par le bain. On auroit tort de craindre d'arrêter
la transpiration par cette Méthode , la
révulſion relâchant les nerfs , en procurera
une plus falutaire , felon l'avis de presque
tous les Praticiens , & qui ne pourra jamais
porter à l'éruption , felon le principe du
Mémoire.
Mais quand ce Systême n'auroit pas pour
lui les Expériences déja faites, pourquoi n'en
pas faire de nouvelles pour éclairer la pratique
? Il me femble que ce qui doit déterminer
en géneral à faire des Expériences , fe réduit
à trois raisons principales. 1 ° . L'importance
de la matiere , 2°. la facilité de faire
ces Expériences , 3 °. le degré d'espérance
qu'on peut avoir de parvenir au but
qu'on fe propose. Je ne m'étendrai point
E ij fur
2440 MERCURE DE FRANCE
A
fur l'importance de la matiere , elle eft affés
prouvée par elle - même ; à l'égard de la facilité
des Expériences , on fçait par celle des
Anglois quelles font les preuves qu'on peut
avoir de la réüffite de l'insertion , ainfi ` rien
de fi aisé que de voir fi on peut s'oposer à
l'éruption , & fi cela fe peut fans danger ; on
peut risquer la vie d'un criminel , ainfi aucun
fcrupule ne peut arrêter ceux qui voudront
fuivre l'intention de cette Cure. A l'égard du
troifiéme Article , je le laiffe au jugement du
Lecteur ; mais , quand il feroit peu vraisemblable
que l'on pût parvenir à ce qu'on fe
propose , je ne vois pas l'inconvénient qu'il
peut y avoir à faire des Expériences , peutêtre
même en n'atteignant pas au but proposé.
Seroit- on aflés heureux pour acquérir ,
chemin faisant , de nouvelles & utiles connoiffances
?
CONCLUSION .
Enfin le fecond de ces deux Syftêmes s'accorde
avec l'opinion de Boerhaave , avec la
Cure ordinaire , employée par les grands Médecins
, avec le Discours de M. Chirac , qui
disoit hautement qu'on ne devoit point faire
d'attention à l'eruption dans cette maladie
mais a la fiévre feule , avec ce que l'Expé-
1ience ( quoique contredite par la varieté des
Remedes ) a pû faire apercevoir à tous les
,
grands
NOVEMBRE . 1740. 1740 244-
grands Médecins de l'utilité de la faignée du
pied dans cette maladie , tandis que
dans la
premiere opinion il faudroit néceflairement,
tantôt donner des Cordiaux , tantôt des rafraîchiffemens
; qu'il faudroit avoir principa
lement attention à l'éruption , contre l'avis
de M. Chirac , & favoriser la fupuration ,
contre celui de M. Boerhaave.
Un principe auffi fimple , qui s'accorde
avec l'opinion de ces grands Hommes dans
la pratique, qui adinet fi peu de fupofitions ,
dont les conséquences n'entraînent après el--
les aucune absurdité , & dont les effets fe
trouvent ( fij'ose me fervir de ce terme ) fi
bien quadrer avec tout ce qui arrive dans
cette terrible maladie , ne doit - il pas l'emporter
fur une opinion vague , qui a été reçûe
fans examen , qui à tout moment a befoin
de nouvelles fapofitions pour fe foûtenir,
& admet des qualités inconnues ou occultes?
Enfin de quelle utilité ne feroit pas la nouvelle
opinion , fi l'Auteur étoit affés heureux
pour avoir trouvé la vérité ? On ne mourroit
que très -rarement de la petite Verole ; les
femmes n'en feroient point marquées , & on
éviteroit des maladies plus dangereuses qu'el
le , qui doivent être très -fréquentes. Je conclus
donc fans héliter , qu'on ne fçauroit fe
dispenser de donner fon consentement à
cette opinion , ni en retarder les Expérien-
E iij
ces
2442 MERCURE DE FRANCE
ces faciles à faire , fans avoir à fe reprocher
une négligence qui intereffe fi fortement tous
les hommes & toute la Pofterité.
O DE
Sur la Grandeur de Dieu , tirée de
l'Ecclesiastique , Ch. 48.
VOus vous abandonnez aux disputes frivoles
Sur le Dieu de cet Univers ;
Vous vous épuisez en paroles ,
Et vos raisonnemens se perdent dans les airs .
*
C'est Dieu dont l'esprit pur , dont la force infinie
Pénetre toute ame & tout corps ;
Du Monde il soûtient l'harmonie ,
Il meut les Elemens par de puissans ressorts .
*
Voilà jusqu'à quel point l'homme peut le connoître
Les coeurs les plus ambitieux .
Il
Pourroient- ils atteindre à cet Etre ?
regne sur un Trône élevé dans les Cieux.
Son nom est le Dieu fort & le Dieu des Armées ;
Nations , redoutez son bras ;
Sec
NOVEMBRE
. 1740 2443
Ses mains sont du Tonnerre armées ;
Il porte d'un coup d'oeil la vie ou le trépas .
*
Son immense grandeur remplit le vaste espace ,
Où roulent tant d'Astres divers ;
Du centre , il vole à la surface ,
Il traverse les Cieux , il descend sous les Mers ,
>
*
Avant l'ordre des tems , sa puissance féconde
Du sein du néant fit sortir
Le Feu , l'Air & la Terre & l'Onde ;
Il créa l'Univers , il peut l'anéantir .
*
Terre Cieux , loüez Dieu ; vous Mortels , & vous
Anges ,
Chantez , redoublez vos efforts ;
-Formez un Concert de loüanges ;
Jusqu'au plus haut des Cieux élevez vos transports.
*
Tout se tait devant Dieu , la voix du Monde même
Ne pourroit louer son Auteur ;
Et c'est le Créateur suprême .
Qui seul peut dignement louer le Créateur.
Son Etre est un esprit , une pure pensée ,
Qui sans corps remplit tous les Lieux ;
E iiij
Par
2444 MERCURE DE FRANCE
Par qui sera- t'elle tracée ?
Et sous quelles couleurs se peindra- t'elle aux yeux?
*
Qui pourra raconter ses grandeurs immortelles
Marquer l'éclat de sa beauté ?
S'élever aux Cieux sur des aîles ,
Pour voler dans le sein de la Divinité 2
Par M. L. Tart.
330
OBSERVATIONS CRITIQUES ,
de M. COCQUARD , Avocat au Parlement
de Dijon , concernant son Hiftoire de la Vie
& des Ouvrages de TIMANTHE , imprimée
dans le Mercure de Juin , I. vol.
Près avoir réüni dans mon Hiſtoire de
la Vie & des Ouvrages de Timanthe ,
Peintre Grec , contemporain de Zeuxis , tous
les traits qui m'ont parû véritables , il eſt à
propos , pour ne rien laiffer à defirer fur cet- ,
te matiere , de raffembler maintenant tous.
ceux que je crois faux ou fuposés , & d'expliquer
les raisons qui m'ont engagé à admettre
les uns & à rejetter les autres.
SUR
NOVEMBRE. 1740. 2445
SUR le Lieu de la naiſſance de Timanthe
& sur le tems où il a vécu.
Euftate ( 1 ) & Madame Dacier , ( 2 ) ont
avancé que notre Thimante étoit de Sicyone.
Franciscus Junius ( 3 ) & M. Rollin , (4) fe
font contentés de dire qu'il étoit , felon
les uns , de Sicyone , & felon d'autres , de
Cythne , fans rien décider. M. de Piles (sa
dit précisément qu'on ne fçavoit pas le Lieu
de fa naiſſance , & M. Dacier ( 6) paroît perfuadé
qu'il avoit vécu fous Aratus de Sicyone.
J'ai prétendu , au contraire , que ce fameux
Peintre étoit de Cythne , & contemporain
de Zeuxis , & je vais prouver que cette contrarieté
des uns & l'incertitude des autres .
n'ont eû pour fondement que la confufion
qu'ils ont faite de deux Peintres du nom de
Timanthe , qui font nés en differens Lieux
& en differens tems .
D'un côté il eft certain que Timanthe
qui peignit avec tant d'art le Sacrifice d'Iphigenie
, & dont j'ai écrit l'Hiftoire , eft apellé
( 1 ) Sur le 163. Vers du 24. Livre de l'Iliade
d'Homere. (2 ) En fes Remarques fur le dernier Livre
de la Traduction de l'Iliade. ( 3 ) En fon Catalogue
des Peintres anciens , verbo TIMANTHES. (4) ·
Hift . anc . Tom XI . Liv. 22. Ch. § . Art . 3. verbo
TIMANTHE . ( 5 ) Abregé de la Vie des Peintres ,
L. 2 verbo TIMANTHE. ( 6 ) En les Remarques fur
La Traduction de la Vie d'Aratus par Plutarque ,
Εν par
2446 MERCURE DE FRANCE
par Quintilien ( 1 ) Cythnius de Cythne. Il eft
certain que ce Peintre vivoit du tems de
Zeuxis ; Pline ( 2 ) l'assûre : Æquales ejus
( Zeuxidis ) amuli fuere Timanthes , Androcydes
, Eupompus , Parrhafius , &c. Et quand
Pline ne l'auroit pas déclaré pofitivement ,
on n'en pourroit douter , puisque notre Tymanthe
remporta un Prix de Peinture ( 3 )
fur Parrhafius , qui fans contredit , étoit contemporain
de Zeuxis.
D'autre part , il n'eſt pas moins conſtant
qu'il y a eû un Timanthe , qui a vécu du
tems d'Aratus de Sicyone ; car Plutarque (4) ·
attefte que le Peintre Timanthe peignit avec
un grand fuccès le glorieux Combat de ce
fameux Géneral contre les Etoliens .
C'eft ce Paffage de Plutarque qui a évidemment
trompé les Auteurs contraires à mon
opinion , & voici aparemment ce qui a donné
lieu à leurs conjectures. La Ville de Sicyone,
au raport de Plutarque (5 ) & de Strabon
, ( 3 ) étoit floriffante pour les Arts , &
fur tout pour celui de la Peinture . Le Tableau
du Combat d'Aratus de Sicyone étoit,
(1 ) Inftit. de l'Orat . L. 2. C. 13. ( 2 ) Hift . Nat.
L. 35. C. 9. ( 3 ) Pline , ibid . C. 10. Franciscus Junius
, loco citato , verbo PARRHASIUS , Felibien ,
Entret . 1. fur la Vie & les Ouvrages des Peintres ,
M. Rollin , à l'endroit cité , verbo PARRHASIUS.
( 4 ) En la Vie d'Aratus. ( 5) Ibid. (6) Géograph.
L. 8.
fuivant
NOVEMBRE. 1740 2447
fuivant le même Plutarque , un Ouvrage accompli
du Peintre Timanthe , & ce Tableau
étoit digne de la réputation du Peintre de
ce nom , qui avoit fi bien représenté le Sacrifice
d'Iphigenic. De -là , les Auteurs que
j'ose contredire , fe font imaginés que le Timanthe
, Peintre du Sacrifice d'Iphigenie ,
étoit de Sicyone , qu'il vivoit fous Aratus
, & que le Tableau du Combat d'Aratus
étoit forti du même Pinceau que le Tableau
du Sacrifice d'Iphigenie ; en un mot , qu'il
n'y avoit eû qu'un Timanthe.
re ,
Mais après tout, quoique Sicyone , Ville
'du Peloponnefe , fût célebre pour la Peintus'ensuit-
il néceffairement que le Timanthe
même dont parle Plutarque, y ait pris naissance
? S'ensuit -il que le Tableau du Combat
d'Aratus y ait été peint ? Et quand il auroit
été fait dans cette Ville pendant la vie
d'Aratus , feroit- ce encore une conséquence
que le Peintre y fût né ? Ne pouvoit- il pas y
avoir été conduit par le defir d'y acquérir de la
gloire, ou pour y perfectionner fes talens , ou
pour y disputerquelque Prix? C'eft ainfi que le
grand Apelle ne dédaigna pas , quoique déja
connu & admiré , de s'y rendre Disciple de
deux grands Maîtres , ( 1 ) à qui il donna un
Talent, c'est-à- dire 1000.écus de notre Mon-
(1 ) Melanthus & Pamphilus. V. Plutarque , en
a Vie d'Aratus.
E vj noye
2448 MERCURE DE FRANCE
noye , moins pour aprendre d'eux la perfec
tion de l'Art , que pour participer à leur
grande réputation.
D'ailleurs, & ceci me paroît décifif, com
ment a t'on pû croire que le Timanthe de
Pline étoit le même que celui de Plutarque,
puisqu'il eft absolument impoffible que le
premier ait vécu jusqu'au tems du fecond ,
ou que le fecond ait vécu du tems du premier
?
Le Timanthe de Pline ( c'eft celui qui pei
gnir le Sacrifice d'Iphigenie ) étoit contemporain
& l'émule de Zeuxis ; & le Timanthe
de Plutarque , je veux dire le Peintre du
Combat d'Aratus , vivoit fous Aratus même.
Zeuxis fleuriffoit déja dans la XCV. Olympiade
, ( 1 ) & Aratus avoit à peine 20. ans la
derniere année de la CXXXI . Olympiade ;
cela eft fi vrai que Plutarque ( 2 ) dit que lorsque
Nicoclés
, après avoir regné quatre
mois , ſe vit für le point d'être dépoffedé
par les Etoliens qui lui avoient dreffé des embûches
, Aratus commençoit à entrer dans
l'âge d'homme , & que quand Aratus tenta
lui- même de délivrer Sicyone de la tyrannie
de Nicoclés , quelques - uns de ceux à qui il
communiqua fon entreprise , tâcherent envain
de l'en détourner , fous prétexte qu'il
( 1 ) Pline , Hift . Nat . L. 35. C. 9. et Bayle , en
fon Dict. verbo Zaux.S. ( 2) En la Vie d'Aratus.
manquoit
NOVEMBRE. 1740. 2449
manquoit d'expérience & de connoiffance
des affaires. Surquoi M. Dacier , dans une
Note marginale , ( 1 ) observe non - feulement
qu'Aratus m'avoit pas encore alors 20. ans ;
mais dans la Chronologie qu'il nous a donnée
( 2 ) pour les Vies de Plutarque , il place
l'execution de ce projet fous la premiere
année de la CXXXII . Olympiade . Or , de
la XCV. Olynipiade jusqu'à la CXXXII. il®
s'eft écoulé 180. ans ; & le Combat d'Aratus
contre les Etoliens eft bien pofterieur encore
à l'expulfion du Tyran Nicoctés ; car Plu
tarque raporte dans un autre endroit , ( 3)`
que lorsqu'Aratus eut reçû du fecours de
Lacedemone pour s'oposer aux mauvais desseins
des Etoliens , Agis lui dit très férieufement
qu'il feroit ce qu'Aratus jugeroit à propos
, parce que celui - ci étoit plus ancien que
lui , & d'ailleurs Capitaine Géneral des
Achéens ; & M. Dacier ( 4 ) place Agis comme
contemporain d'Aratus , fous la feconde
année de la CXXXVIII . Olympiade. De
forte que depuis la XCV. Olympiade , tems
où notre Timanthe , de même que Zeuxis
étoit en réputation , jusqu'au Combat d'Ara-
( 1 ) En fa Traduction de la Vie d'Aratus . ( 2 ) Tome
IX. des Vies de Plutarque , pag. 116 Edition
d'Amfterdam , 1724. in - 12 . ( 3 ) En la Vie d'Agis
et de Cléomene . ( 4 ) A l'endroit ci- deffus de fa
Chronologie.
fus
2450 MERCURE DE FRANCE
tus contre les Etoliens , il faut compter au
moins 212. années .
Sur quel fondement donc Euftate & Mad.
Dacier ont- ils pû avancer que notre Timanthe
étoit de Sicyone ? Par quelle raison furtout
M. Dacier a- t'il pû fe convaincre qu'il
étoit le même que celui qui vivoit fous Aratus
de Sicyone , & s'étonner ( 1 ) que Pline
n'ait pas fait mention du Tableau qui représentoit
le Combat d'Aratus , parmi les Ouvrages
qu'il raporte de notre Timanthe ? N'y
auroit- il pas bien plus lieu d'être furpris fi
Pline , qui assûre que ce Peintre étoit contemporain
de Zeuxis , lui eût attribué un
Tableau qui ne fut fait qu'après le Combat
d'Aratus ? Quel étrange anachronisme d'environ
212. années ! Le filence de Pline fur
le Tableau du Combat d'Aratus , ne fert- il
pas au contraire à autoriser la diſtinction qu'il
faut faire , à mon avis , de deux Timanthes ?
Cette Critique eft foutenue par l'opinion
de Sébastien Corrado , dont les refléxions
tendent au même but que les miennes, quoiqu'il
allegue d'autres exemples. Je crois ,
dit-il , ( 2 ) que le Timanthe de Pline eft un
( 1 ) En fes Remarques fur la Traduction de la Vie
d'Aratus . ( 2 ) Dans fon Commentaire fur le Brutus .
de. Ciceron , Chap . CLXX . Edition de Florence
1522. Nos credimus vel alterum Thimanthemfuiſſe
vel Plutarchum erraffe , quando Plinius fcribit Thi- .
>
autre
NOVEMBRE. 1740 245
utre que le Timanthe de Plutarque , ou
que Plutarque lui - même s'eft trompé. Pline
raconte que Timanthe étoit le contemporain
& l'émule de Zeuxis , & que Zeuxis fleurissoit
la XCV. Olympiade. Et felon le témoi
gnage de Plutarque , Aratus étoit déja vieux
lorsque Philipe , qui fut vaincu dans la fuite
par les Romains , n'étoit encore que dans fa
jeuneffe . Or , depuis Zeuxis jusqu'à cette
défaite de Philipe , il s'eft au moins écoulé
220. années; d'où il s'ensuit que le Timanthe
de Pline n'a pas vécu fous Aratus . Tel eft le
raisonnement de Corrado.
Il faut donc néceffairement diftinguer
deux Timanthes , l'un contemporain de Zeuxis
, & l'autre d'Aratus , car je ne puis , par
une alternative femblable à celle de Corrado ,
foupçonner Plutarque de s'être trompé , &
d'avoir voulu parler de notre Timanthe fous
le nom de celui qui peignit le Combat d'Aratus
contre les Etoliens. Plutarque , l'un
de nos meilleurs Hiftoriens ; qui étoit Grec
d'origine , qui a composé fon Hiftoire de la
Vie d'Aratus , fur des Mémoires qu'Aratus
mantem Zeuxidis aqualem, & amulum fuiffe ,& Zeuxim
Olymp. XCV . floruiffe . Atqui Plutarchus idem eft
auctor Aratum, quamvis fenem , vixiffe juvene adhuc
Philippo, qui poflea fuit à Romanis victus: ad quod tempus
à Zeuxide anni minimùm ducenti & vigenti nume
rantur , tantum abeft , ut eodem tempore,Timanthes ille
Aratus fuerint.
$
lui ·
TAS MERCURE DE FRANCE
lui-même avoit laissés , & qui l'a adressée à.
Polycrate , Concitoyen & descendant d'Aratus
; Plutarque , dis- je , étoit , fans doute ,
bien inftruit du Fait qu'il a exposé . Il n'eft
nas furprenant que l'Antiquité ait eû en difrens
tems , deux Peintres du même nom.
Plutarque fait même encore mention d'un
Timanthe , ami d'Aratus , en un autre en
droit , où il eft dit qu'Aratus & Timanthe
fe fauverent dans un Bois près de la Ville
d'Adria, pour y paffer la nuit , à couvert des
poursuites d'Antigonus ; mais je ne crois pas
que ce Timanthe foit le même que celui qui
peignit le Combat d'Aratus contre les Etoliens,
& moins encore le Timanthe dont j'ai
écrit la Vie..
,
1º%
Quoiqu'il en foit , il est évident
qu'Euftate , Madame Dacier & ceux qui les
ont fuivis , n'ont pas dû avancer
que notre
Timanthe étoit de Sicyone. 2 °. Que M. Dacier
s'eft mépris en s'imaginant qu'il étoit le
même que le Timanthe dont parle Plutarque
, & qui vivoit fous Aratus .
OUVRAGES DE TIMAN THE.
Franciscus Junius [ 1 ] & M. Dacier , [ 2 ]
ont attribué à notre Timanthe le Tableau
( 1 ) En fon . Catalogue des Peintres anciens , verbo )
THIMANIES. ( 2 ) En fes Remarques fur la Traduction
de la Vie d'Aratus,
du
NOVEMBRE. 1740 2453
1
du Combat d'Aratus contre les Etoliens ;
mais les Observations qui viennent d'être
faites , ne prouvent - elles pas suffisamment leur
erreur, & ne justifient -elles pas en même tems
le silence que j'ai garde , d'après Pline , sur
ce Tableau dans mon précedent Discours ?
Franciscus Junius , sur tout , auroit dû , en
son Catalogue des Peintres anciens , distinguer
deux Timanthes , & ne pas confondre, comme
il a fait , en un seul & même article , les :
Artistes & les Ouvrages .
Cependant quoique le Tableau du Com :
bat d'Aratus contre les Etoliens devienne :
étranger à l'Histoire des Ouvrages de notre
Timanthe , je ne doute pas que comme il a
ébloui tant de bons Ecrivains , il n'interesse
assés la curiosité des Amateurs , pour ne pas
désaprouver que je donne ici une idée de la
représentation du Combat même d'Aratus. ›
Les Etoliens s'étant emparés de la Ville de
Pellene , s'affoiblirent eux - mêmes par leur:
victoire , dont ils userent sans ménagement
& avec insolence. Les Soldats se dispersoient
dans les maisons , & en venoient aux mains .
entre eux pour le butin ; les Capitaines eħlevoient
les femmes & les filles, & , afin qu'au
cun autre n'osât s'en saisir , & que chacun
d'eux pût distinguer celle qui lui étoit tom→
bée en partage , ils lui mettoient leur propres
casque fur la tête. Ce fut précisément pendang
2454 MERCURE DE FRANCE.
dant cette occupation qu'Aratus , sans attendre
que toutes ses Troupes l'eussent joint ,
fondit sur eux avec celles qu'il avoit . Les pre
miers surpris aux portes &dans les Fauxbourgs
de Pellene , sont défaits , & leur fuite précipitée
, jette l'épouvante parmi les autres qui
se rallient pour les secourir. Bientôt le désordre
& l'effroi regnent partout , & les
Etoliens ne savent plus à quoi se déterminer.
Dans une si grande confusion , une Fille
de Pellene , aussi distinguée par sa haute
naissance , que par sa taille avantageuse &
sa beauté singuliere , se leve promptement
pour sortir du Temple de Diane , où un Capitaine
Etolien l'avoit menée. A l'aspect de
cette Fille , qui avoit encore le casque ombragé
de trois Panaches , que ce Capitaine
lui avoit mis sur la tête , les Etoliens
croyant remarquer une véritable Déesse , furent
à un tel point saisis de frayeur & d'étonnement,
qu'ils perdirent absolument cou .
rage ; & Aratus qui étoit entré dans la Ville
pêle -mêle avec les Fuyards , en chaffa les
Ennemis , après en avoir tué fept cent.
Voilà le Combat célebre que le Timanthe
dont parle Plutarque , avoit peint avec tant
de force & de naïveté , qu'on s'imaginoit
voir la chose même ; ce qui a engagé M. Dacier
à dire dans une Note , [ 1 ] " qu'il s'éton-
( 1) Sur fa Traduction De la Vie d'Aratus .
» noit
NOVEMBRE. 1740 2453
noit que quelque grand Peintre de nos
jours n'eût point traité ce Sujet , qui fe-
" roit certainement un beau Tableau .
Le Cyclope dormant.
Notre Timanthe , pour faire juger de la
grandeur du Cyclope, quoique peint dans un
petit Tableau , avoit placé autour de lui des
Satyres , qui mesuroient son pouce avec un
Thyrse , Thyrso pollicem ejus metientes. Ce
sont les termes de Pline , que du Pinet [1]
me paroît avoir mal rendus par ceux - ci : qui
mesuroient son pouce avec des tiges d'herbes .
Pourquoi priver ces Satyres de leur Thyrse
tandis que le Latin le leur donne si formellement
? M. de Piles n'a pas fait la même
faute en parlant de ce Tableau. Les tiges
d'herbe de du Pinet , répondent - elles à l'idée
que Timanthe avoit voulu donner de la taille
gigantesque du Cyclope ? Il eft vrai que ce
Traducteur de Pline ajoûte à la marge : on
avec des perches ; mais n'est- ce pas tomber.
dans une autre extrémité ? Le Thyrse que
M. de Piles , à son tour , dit être une espece
de bâton fort haut , n'étoit qu'une Lance ou
un Dard envelopé de sarmens & de feuilles.
de vigne , que les Poëtes ont donné aux Satyres
, de- même qu'à Bacchus & aux Menades
›
parce qu'on croyoit que les Satyres
( 1 ) Traduction de l'Hift. Nat . de Pline , L.
35. Ch. 10.
2456 MERCURE DE FRANCE
!
avoient combattu avec cette sorte d'Armes'?
comme Soldats de Bacchus .
Le Palamede tué par surprise .
Photius [ 1 ] parle de ce Tableau , sans
l'attribuer à notre Timanthe ; & Pline , en
parlant de ce Timanthe , ne dit fien du tout
de ce Tableau . Cependant je n'ai pas laissé
de le mettre au nombre des Ouvrages de ce
Peintre , & j'ai pour garant Tzetzés , qui a
dit qu'on en étoit redevable au Pinceau de
Timanthe . Tzetzés [ 2 ] lui même avoit tiré
cette particularité ex Aschtionis Mytilenai
Ephemeridibus , & Franciscus Junius [ 3 ] est
de même sentiment.
Je prévois pourtant que , comme j'ai
démontré , qu'il y avoit eû deux Timanthes,
on ne manquera pas de me demander pourquoi
j'attribuë plûtôt cet Ouvrage au Timanthe
contemporain de Zeuxis , qu'au Timanthe
contemporain d'Aratus ; en voici la raison.
Ce fut à Ephese qu'Alexandre le Grand
fur troublé à la vûe de ce Tableau ; Alexandre
fit son Entrée à Ephese la troisiéme année
de son Regne , & le quatrième jour qui
suivit la prise de la Ville de Sardis , [ 4 ] & la
( 1 ) Ex Ptolomei Hephestionis nova ad variam eru- ›
dutionem Historia Libro 1. ( 2 ) Chilia . 8. Hift. 198.
(3 ) En fon Catalogue des Peintres anciens , verbo
TIMANTHES ( 4) V. les Suplémens de J. Freinshemius
à la Vie d'Alex , le Grand par Quint-Curce L.2 .
Ville
NOVEMBRE. 1740. 2457
Ville de Sardis fut prise peu de tems après
la Bataille du Granique . [ 1 ] Or , suivant les
Chronologistes [ 2 ] la Bataille du Granique
est placée sous la troisième année de la CXI .
Olympiade, & j'ai fait voir que ce ne fut que
la deuxième année au moins de la CXXXVIII
Olympiade , que le Timanthe de Plutarque
peignit le Combat d'Aratus contre les Etoliens
. Desorte que depuis la troisième année
de la CXI. Olympiade jusqu'au tems du
Combat d'Aratus , il se trouve un espace de
133. années au moins. Comment donc le
Timanthe , contemporain d'Aratus , auroitil
peint un Tableau qui étoit déja à Ephese
avant qu'Alexandre le Grand y arrivât ? D'où
il faut conclure que le Tableau représentant
Palamede , étoit l'Ouvrage de l'autre Timanthe
, contemporain de Zeuxiș .
Le Héros.
J'ai dit dans mon premier Discours , que
les plus juftes proportions qu'un Pinceau ,
conduit par une main habile , puisse donner
à la forme exterieure du corps humain , se
trouvoient réunies dans çe Tableau , autorisé
(1 ) Arrian , des Guerres d'Alex . le Grand , L. x.
Ch . VI (2 ) Peravii Rationar . Temp. L. 4. Ch . 15 .
L'Abregé Chronol de l'Hift . Univ . du P.Petau , par
M. Collin , & la Chronol. de M. Dacier , pour les
Vies de Plutarque, verbo Alex. le Grand,
par
2458 MERCURE DE FRANCE
par Pline . [ 1 ] Il est vrai que dans quelques
Editions de cet Auteur , le Texte est un peu
alteré en cet endroit. On lit , entre autres ,
dans l'Edition de Dalechamp : [ 2 ] Artem
ipsa in complexus viros pingendi ; ce qui ne
forme aucun sens raisonnable ; sur quoi Dalechamp
cite à la marge un Manuscrit qui
porte Arte ipsâ complexus vires pingendi ,
& c'est ainsi qu'a lû Franciscus Junius. [ 3 ]
Mais dans le Pline du P. Hardoüin , on lit
Artem ipsam complexus viros pingendi. Ces
variantes font un sens different . Le Texte
Latin , selon le Manuscrit qui a été cité par
Dalechamp , & qu'a suivi Franciscus Junius,
nous fait concevoir que notre Timanthe , en
peignant son Héros , avoit employé tout ce
que la Peinture avoit de force's au lieu que
les expressions que renferme le Texte du P.
Hardouin, nous font comprendre que Timanthe
excelloit à peindre des Hommes , comme
d'autres excelloient à peindre des Femmes ,
ainsi que ce sçavant Jésuite les a interpretées :
Ut alii in mulieribus effingendis , fic ille in viris
eximius , & c'est l'idée que j'ai donnée
des talens de Timanthe , dès le commencement
de la Vie de ce Peintre.
Plusieurs raisons m'ont fait préferer le
(1 ) Hift. Nat . L. 35. C. 10. ( 2 ) Lyon , 1585 .
chés Barthelemi Honorat. ( 3 ) De Pictura Veterum,
Liv. 3. Ch. 6.
Texte
NOVEMBRE: 1740. 2459
une m
Texte du P. Hardouin à celui du Manuscrit.
1. Si l'on doit se prêter à conserver , autant
qu'il est possible , le Texte d'un Auteur ,
n'est- il pas manifeste que celui qu'on lit dans
l'Edition du P. Hardoüin , Artem ipsam complexus
viros pingendi , se raproche davantage
du Texte corrompu , Artem ipsa in complexus
viros pingendi Il n'y a qu'un seul petit
changement d'ipsa in en ipsam. Les Copistes
ont fort bien pû prendre par mégarde
pour in , à cause de la ressemblance de ces
caracteres , surtout la Lettre i n'étant presque
jamais ponctuée dans les anciens, Ma
nuscrits. Au contraire , dans le Passage tel
qu'il se trouve au Manuscrit cité par Dalechamp
, & suivi par Franciscus Junius, Arte
ipsa complexus vires pingendi , il y a trois corrections
differentes ; non- seulement on retranche
l'in , mais on met arte pour artem ,
& vires pour viros . 2 °. Comme il ne s'agit en
cet endroit que du Tableau d'un homme , il
paroît assés naturel que Pline , après avoir
déja vanté ce Tableau en ces termes absolutissimi
operis, ait ajoûté par forme de refléxion,
que le caractere propre de Timanthe étoit
d'exceller à peindre des hommes Arten
ipsam complexus viros pingendi. 3 ° . il n'y a
qu'à faire attention que tous les autres Tableaux
de ce Peintre , j'entens ceux dont les
Anciens ont cû connoiffance , ne représen
,
toient
2460 MERCURE DE FRANCE
e
toient en effet que des hommes , si l'on en
excepte le Tableau du Sacrifice d'Iphigénie ;
encore dans ce Tableau même , y avoit- il
cinq Personnages d'Hommes , pour un de
Femme.
L'Ajax outré de colere , &c.
que On a vû dans mon premier Discours ,
selon moi , Timanthe vainquit Parrhasius
dans le Tableau d'un Ajax outré de colere
contre les Chefs des Grecs , de ce qu'ils
avoient adjugé les Armes d'Achille à Ulisse .
. Cependant , si l'on en croit du Pinet , [ 1 ]
Sandrart [ 2 ] & Moreri, [ 3 ] ce ne fut pas Parrhasius
, mais Demon , que Timanthe eut en
cette occasion pour Concurrent.
A quoi je réponds , 1 °. que je ne connois
point de Peintre apellé Demon, & que ni Franciscus
Junius, en son Catalogue des Peintres
anciens , ni Felibien , en ses Entretiens sur
I la Vie & les Ouvrages des Peintres , n'en font
aucune mention . J'avoue qu'on trouve
Damon dans un Livre de Pline , étranger à la
dispute de Timanthe , de laquelle il s'agit
ici ; mais outre la difference de l'Orthographe
dans les noms de Demon & de Damon ;
( 1 ) En ſa Traduction de l'Hift. Nat. de Pline , L.
35. Ch . 10. (2 ) Dans fon Académie de Peinture ,
L. 2. Ch. 17. ( 3 ) Dans fon Diction . Hiftor . verbe
DEMON.
c'est
NOVEMBRE. 1740 .
2461
c'est que ce Damon , ainsi orthographié ;
n'étoit qu'un Statuaire , & non pas un Peintre.
[ 1 ]
2º. Tous les autres Auteurs , tant anciens
que modernes , [ 2 ] qui ont parlé du Prix
remporté en Peinture sur le Tableau d'un
Ajax, nomment expressément Parrhasius, &
non pas Demon pour le Vaincu.
3º. Les autres Tableaux & tous les Faits
particuliers que du Pinet , Sandrart & Moreri
, mettent sur le compte de ce prétendu
Demon , sont attribués à Parrhasius , par les
Auteurs anciens & modernes que j'ai cités
en la Note précedente.
4°. Et voici la source de l'erreur groffiere
de du Pinet , de Sandrart & de Moreri ; Pli
ne [ 3 ] s'étant déja un peu étendu sur les talens
de Parrhasius , ajoûte immédiatement ,
pinxit & Demon Atheniensium argumento
quoque ingenioso ; paroles que du Pinet , faute
d'avoir compris le vrai sens de ce mot Deż
(1 ) Pline , Hift. Nat. L. 34. C. 8. & Franc . Junius
, en fon Catalogue des Peintres anciens , verbo
DAMON . ( 2 ) Elien , de variâ Hiftoriâ , L. 9. C. 12.
Athenée , L. 12. C. 21. Pline , Hift. Nat . L. 35.
C. 10. Euftate , fur le 545. Vers de l'Odyffée
d'Homere. Franc . Junius , à l'endroit cité , verbo
PARRHASIUS . Felibien , Entret . 1. fur la Vie & les
Ouvrages des Peintres. M. Rollin , Hift . Anc. Tom.
XI . L. 22. C. So Art 2. verbo PARRHASIUS , &c.
(3) Hift. Nat. L. 35. C. 10.
F mon
2462 MERCURE DE FRANCE
1
mon , a ainsi traduites en notre Langue :
Quant à Demon Athenien , il fut auffi tenu
pour Peintre excellent & fort inventif de son
tems. Et comme c'est précisément après ce
Passage , que Pline continuë de parler des
Tableaux de Parrhasius , & qu'il raporte les
autres Faits concernant ce Peintre , sans rapeller
fon nom , de - là vient que du Pinet ,
dans le cours de fa Traduction , a attribué à .
Demon, Peintre imaginaire , tout ce que Pline
a réellement dit de Parrhasius : de - là vient
aussi que Sandrart , qui est tombé dans la
même faute que du Pinet, a osé reprendre les
Auteurs qui ne favorisoient pas son opinion ;
de- là vient enfin que Moreri,trompé ou par le
même Passage de Pline , ou par la Traduction
de du Pinet, a fait dans son Dictionaire
Historique , un Article exprès de DEMON
qu'il qualifie d'ancien Peintre d' Athenes , vivant
du tems de Parrhasius & de Socrate ,
vers la XCIII. Olympiade , 408. ans avant
Jesus- Christ : ajoûtant entre autres , que ce
Demon fit un Tableau d'Ajax , en concurrence
de Timanthe , qui l'emporta sur lui : faute qui
subsiste encore dans l'Edition de 1732 .
Du Pinet , Sandrart & Moreri , n'ont pas
pris garde que dans ce Passage de Pline ,
pinxit Demon Atheniensium argumenta
quoque ingenioso , le mot Demon n'est pas le
nominatif d'un nom propre d'homme , mais
l'accusatif
NOVEMBRE. 1740 2463
μας ,
Paccusatif d'un mot Grec , qui vient de an
& signifie Peuple , & proprement une
Assemblée de plusieurs hommes, & quelque .
fois un Etat populaire , d'où a été formé le
mot Supioxpatia , Démocratie. [ 1 ] Platon
a employé le même terme dans un de ses
Ouvrages , [ 2 ] où il raporte que lorsqu'il
voulut prendre part au Gouvernement , il
trouva le Peuple d'Athenes déja vieilli , c'està
- dire au point de radotcr, δεμον καλαβει ήδη
pesCureper. Ciceron , qui a traduit ce Passage
dans une de ses Epitres , [ 3 ] n'a eû garde do
dire que Platon trouva Demon déja vieilli ;
mais il rend le mot Suov, par ceux - ci , Populum
Atheniensem, le Peuple d'Athenes : Atque
hanc quidem ille ( Plato ) causam sibi ait
non attingenda Reipublica fuisse : quod cum
offendisset Populum Atheniensem propè jam
desipientem senectute , &c. Pline veut donc
dire à l'endroit ci- dessus , que Parrhasius
peignit le Peuple d'Athenes ou l'Assemblée
du Peuple d'Athenes. C'est pourquoi un des
Commentateurs de Pline [ 4] a mis en marge
de ces mots pinxit & Demon , cette Note
courte , mais essentielle , Tov Aμov , terme
consacré pour désigner le Peuple ou l'Assem-
- (1) V. Lexicon Scapula , verbo AHMOE. (2)
Epift . ad Perdiceam. ( 3 ) Epift . 9. L. 1. ad Lentulum.
(4 ) Dalechamp , L. 35. C. 10. de l'Hift .
Nat. de Pline.
Fij
bléc
2464 MERCURE DE FRANCE
blée du Peuple . Le P. Hardouin , dans son
Commentaire sur le même Historien , a fait
aussi cette remarque , Anov , Hoc est Populi
Atheniensis ; seu Civium in communi concilio
concessuque multitudinem ; [ 1 ] & M. Rollin
étant obligé de traduire le Passage de Pline
dans un de ses Ouvrages , [ 2 ] non- seulement
s'est exprimé de la sorte : C'étoit une
Peinture fidelle du PEUPLE D'ATHENES , qui
brilloit de mille traits sçavans & ingénieux ;
mais en citant au bas de la page , le Latin de
Pline , il a eû l'attention de faire imprimer
en gros caracteres ces mots , DEMON
ATHENIENSIUM , aparamment afin que
le Lecteur y fit plus de refléxion .
Ce n'est pas la seule fois qu'on a représenté
dans un Tableau ou dans un Ouvrage
de Sculpture , le Peuple d'Athenes ; il y en a
entre autres trois exemples du Peintre Euphranor
, & des Statuaires Léocharés & Lyson.
[3 ]
Quelle bévûë donc de du Pinet , de Sandrart
& de Moreri , d'avoir érigé en Peintre
d'Athenes un Tableau qui représentoit le
Peuple de cette Ville , & d'avoir faussement
attribué à un Demon chimerique , la plupart
des Ouvrages , des Faits & des Discours de
Parrhasius !
(1 ) En fon Commentaire fur Pline , ibid. ( 2 )
Hift. Anc. Tom . XI L. 22. Ch . 5. Art 2. verbo
PARRHASIUS. (3 ) Pausanias , Liv. I.
NOVEMBRE 1740 2465
J'ai encore aperçu une faute de même nature
que la précedente , dins la Traduction
de du Piner. Comme Pline , après ces mots :
Pinxit & Demon Atheniensium argumento
quoque ingenioso , dit tout de suite : Volebat
namque varium , iracundum , injustum , inconstantem
, eundem verò exorabilem , clementem
, misericordem, excelsum , gloriosum , bu
milem , ferocem , fugacemque , & omnia pariter
ostendere ce qui , suivant l'exacte Traduction
de M. Rollin , signifie : » Car [ Par-
,
rhasius ne voulant rien oublier touchant
le caractere de cette Nation , il la repré-
» senta , d'un côté , bisarre , colere , injuste,
» inconstante ; & de l'autre , humaine , clé-
» mente , sensible à la pitié : & avec tout
» cela , fiere , hauraine , glorieuse , féroce
» & quelquefois même baffe , fuyarde & timide.
Du Pinet , qui avoit mal traduit le
commencement du Passage de Pline , en di
sant : Quant à Demon Athenien , il fut au si
tenu pour Peintre excellent, & fort inventif de
son tems , du Pinet ; dis -je , ajoûte aussi - tôr :
Car il voulait représenter en un même Sujet &
Pourtrait , un Homme inconstant, colere & inique;
& néanmoins affable, citment , misericor
dieux , haut à la main , superbe & humble ,
furieux & conart , & étoit après à représenter
tout cela en un même Sujet. C'est ainsi qu'
près avoir dans le premier Article , fait un
F iij
Peintre
1466 MER CURE DE FRANCE
Peintre Athénien d'un Tableau représentant
le Peuple d'Athenes , du Pinet prend dans le
second , un Tableau du Peuple d'Athenes
pour
celui d'un seul & même
homme
. Mais
si , suivant
la judicieuse
remarque
de M.
Rollin
, c'étoit
la merveille
de l'Art que le
Pinceau
eût pû rassembler
& réünir
tant de
traits
differens
dans un Tableau
allégorique
,
qui représentoit
le caractere
d'une
Nation
;
n'y a- t'il pas lieu de s'étonner
que du Pinet
ait pû se figurer
qu'il eût été possible
à un
Peintre
de représenter
un seul & même
Homme
, sous tant d'aspects
divers
, & directement
oposés
les uns aux autres ?
Spectatum admissi risum teneatis , Amici ♪
La suite pour un autre Mercure.
L'Auteur de ces sçavantes & curieuses
Observations , nous permettra d'ajoûter ici
ce que nous avons trouvé dans des Mémoires
manuscrits qui nous sont tombés entre
les mains , sur la Vie & les Ouvrages des
anciens Peintres , Sculpteurs , Graveurs &
Architectes Grecs & Romains.
-On lit dans ces Mémoires que Damon
Peintre d'Athenes , étoit contemporain de
Parrhasius & de Timanthe ; qu'il s'attacha
beaucoup à l'expression , qu'il y excella
& qu'il fit plusieurs Tableaux dont on fai
soir
NOVEMBRE. 1740. 2467
Soit grand cas. Il y en avoit un à Rome qui
représentoit un Prêtre de Cybele , que l'Em
pereur Tibere acheta 60. mille Sesterces ,
c'est-à- dire environ 3000. livres de notre
Monnoye.
La vanité insuportable de Damon dimi
nuoit beaucoup de l'estime qu'on avoit pour
lui. Il étoit toûjours vétu d'une maniere distinguée
, il se disoit descendu d'Apollon ,
& se vantoit d'avoir souvent communication
avec Hercule.
On estimoit beaucoup deux Soldats qu'il
peignit armés à la légere , avec tant d'art
que l'un sembloit courir au Combat , animé
& tout dégoutant de sueur , & l'autre ent
sortir si las , qu'on le voyoit haleter en po
sant ses Armes.
Il fit un défi à Timanthe dans l'Isle de
Samos , à qui représenteroit le mieux un
Ajax , plaidant contre Ulisse pour les Armes
d'Achille. Il en fut vaincu , de quoi étant
fâché , il dit d'une maniere piquanté contre
son Adversaire, qu'il avoit moins de regret de
se voir vaincu par l'artifice d'un Peintre , que
de voir Ajax contraint de céder deux fois
lavantage du combat à deux personnes si
peu dignes de le remporter.
F iiij ODE
1
2468
MERCURE DE
FRANCE
**************
O DĚ
Sur les Tableaux indécens,
LA
Peinture dans fon
enfance
Α
N'avoit que des traits
innocens ;
Rien ne choquoit la bienséance
Rien
n'insultoit jamais les Sens ;
Un Peintre délicat , habile ,
D'un Art auffi noble qu'utile
Soûtenoit en tout la grandeur ;
Et par cette aimable
impofture ,
Imitateur de la Nature" ,
Il ne corrompoit point le coeur.
*
Toujours des Sujets respectables
Occupoient les naiffans pinceaux ;
Des Hommes les plus vénerables
Ils
éternisoient les travaux :
Du Dieu qui commande à la foudre ,
Et qui peut tout réduire en poudre ,
Ils réprésentoient les fureurs ;
Et fuivant Minerve à la trače •
Ils jugeoient leurs tableaux fans grace ,
Dès qu'ils bleffoient les bonnes moeurs,
Tour
NOVEMBRE. 1740 2469
Tout reffentoit le caractere
D'une ame pleine de candeur ;
Chaque Peintre étoit sûr de plaire ,
En ne copiant que fon coeur :
Guidé par des regles fensées,
Religieux dans les pensées ,
Et prudent dans les fictions ,
Il agiffoit d'une main sûre ,
Et n'exprimoit dans fa peinture
Que les plus noblespaffions.
*
Mais quelle eft cette main lubrique
Qui vient profaner le pinceau ,
Et du Licée & du Portique ,
Obscurcir l'éclat le plus beau
Par quelle coupable manie
Abusant ainsi du génie ,
Vous bleffe - t'on , chere pudeur ?
Peintre déteftable & perfide ,
Quel est le Demon qui te guide?
Le crime te fait-il honneur ?
Je les vois , ces Tableaux funeftes ;
De l'Art avortons odiéur ,
Les plus déteftables Inceſtes
Se renouvellent fous mes yeux e
7470 MERCURE DE FRANCE
Déja je resens dans mon ame
L'aiguillon d'une impure flamme ,
Que malaisément on éteint ,
Un preftige trop délectable
Me rend ainsi presque coupable
Du crime que je vois dépeint.
De ces nudités fcandaleuses
Ciel ! quel eft le trait féducteur ,
Qui des personnes vertueuses ,
Par leurs yeux va percer le coeur
Peut- on avec indifference ,
Voir dans toute leur ressemblance
Les plus fcandaleuses amours ?
Pour bleffer la délicateffe ,
Et fuccomber à la foibleffe ,
"
Un Tableau fait plus qu'un discours;
Là , par un mutuel commerce
De la vûë & du fentiment ,
Au charme dont le trait nous perce
Le desir fuccede aisément ; ~:
Des feux de l'Amante d'Uliffe
Le Spectateur devient complice
Du crime que le Peintre a fait ;
1672
Par
NOVEMBRE. 1740. 2471
Par une indécente Figure ,
Le mal qui n'eft qu'une peinture ,
En produit un autre en effet .
*
Ah ! pourquoi , trop foible Nature ;
Te livrer ainfi des affauts !
De ta chancellante ftru&tare
Peut- on ignorer les défauts
Chaque pas annonce ta chûte ,
Sans même qu'on te persécute
Tout marque ta légereté ;
Faut-il donc qu'une main barbare
Avec adreffe te prépare
Une amorce à l'impureté ?
t
C'est ainsi , jeuneſſe avide ,
Qu'on pervertit votre raison ;
C'eft dans l'âge le plus timide
Qu'on vous présente le poison ;
C'eft , quand on vous voit fans défense ;
Que l'ontend à votre innocence
Lespiéges les plus dangereux :
Et par un puiffant artifice ,
Pour vous accoûtumer au vice ,
On n'a besoin que de vos yeux,
F vj Soyez
2472 MERCURE DE FRANCE
Soyez confondu dans l'abîme
Et dans les horreurs du tombeau ,
Yous , qui ne portez que le crime
Au bout d'un délicat pinceau ;
Allez , Artisan témeraire ,
Allez recevoir pour falaire
Les plus épouvantables mauxe
Que le plus violent fuplice
Soit le prix de votre malice ,
Et le fruit de tous vos travaux.
*
Mais vous , dont les mains épurées ¿
Vous , dont le fcrupuleux talent
Par des couleurs bien ménagées
Sçavez charmer en inftruisant ;
Oui , vous , qui pour peindre avec grace ;
Suivez toujours l'ancienne trace ,
Et le fentier le moins batu
Vivez , . . . . . & jusqu'aux derniers ages ;
......
Nous ne verrons que les images
De la gloire & de la vertu.
*
Qua manus obscoenas depinxit prima Tabellar
Et posuit cafta turpia visa domo è
Propert . Lib. 2. Eleg. 5.
F. LAFUE , Cordelier à Toulouse.
VIII. LET;
NOVEMBRE. 1740. 2475.
*********************
VIII. LETTRE contenant la suite des
pensées diverses fur la Typographie
& la Pédagogie.
Ue Pon mette , M. un Enfant Typograb
:
97'he du Bureau de fix rangs fur un Ku-
Q
diment de College , il fera bien moins embaraffé
qu'un Maître de la methode vulgaire vis- à- vis ce
même Bureau d'où peut venir cette difference , fi
ce n'eft de la fupériorité de la nouvelle maniere
d'inftruire les Enfans La preuve en eft encore plus
grande , quand on interroge des Enfans de la inethode
vulgaire devant un Bureau , für les lettres
les fons , l'ortographe , & fur les premieres notions
des Arts & des Sciences dont le bon Maître de Typographie
donne quelque teinture aux Enfans , par
le moyen des Thêmes variés, & de la conversation
toujours mise à profit.
98°. Faute d'y avoir bien pensé , il y en a qui™
croient que le nom , ou la dénomination des lettres
eft arbitraire , en quoi on fe trompe fort . L'arbitraire
ne regarde que les yeux , & l'inutilité , &
l'équivoque de ce même nom ; par exemple , le
mot ache défigne aux yeux la lettre h , mais ce mot
né donne pas à l'oreille le fon aspiré du mot heros.
Le mot icse montre aux yeux la lettre x , mais ce
mot n'inftruit pas l'oreille fur l'i muet dans l'apli
cation : exemple , dans axe on n'entend point la
voyelléi du mot icse , &c. Il faut donc rectifier enfuite
ce que l'on avoit mal apellé. Le nom des fi
gnes eft arbitraire pour les yeux , mais le nom des
fons ne doit pas être arbitraire , c'eſt- à - dire , " que
le fon doit être contenu dans fa dénomination de la
maniere la plus fimple , c'eft pourquoi l'oreille de
l'Enfan
MERCURE DE FRANCE.
l'Enfant Typographe entendant articuler fe , le
eu , re , en conclud plûtôt fleur , que fi elle entendoit,
effe , elle ,' e , u , erre. Là methode élementaire
qui aproche plus de la lecture doit être préférée à
celle qui en éloigne.
99. Si la methode du Bureau eft fi bonne , pourquoi
tous les Enfans des Princes & des Grands Seigueurs
ne la fuivent- ils pas? Cette objection eft fans
comparaison de la nature de celles d'un Ture , qui
demande pourquoi les Empereurs Musulmans &
Payens ne le font pas Chrétiens à la parole des
Missionnaires. Les Maîtres des Grands Seigneurs
font ordinairement plus fçavans , plus prévenus
plus indifferens & moins dociles , que les Maîtres
des simples Bourgeois . Il faut bien de la vertu &
de courage pour oser suivre une nouvelle méthode ,
quoique la meilleure. La plupart des Maîtres ne
songent qu'à eux- mêmes , & s'embarrasent peu de
l'évenement d'une éducation ; on a toujours le prétexte
de ne pas vouloir innover , ni risquer en fai
sant des expériences Pédagogiques .
100. On dispute les Chaires des Professeurs qui
doivent enseigner les Sujets d'un Souverain , pourquoi
ne fait - on pas disputer la place des Maîtres
nécessaires pour l'institution , l'éducation , & la formation
de l'Héritier présomptif d'une Couronne ?
C'est qu'en général on n'a pas assés examiné cette
anatiere , et qu'on n'a pas la force de s'élever audessus
des préjugés. Himporte cependant à toute
l'Europe , que les jeunes Princes reçoivent la meil
leure des éducations , et qu'on ne voye jamais réparoître
l'ignorance et la barbarie de certains siécles.
Tel devient Gouverneur ou Précepteur d'un
jeune, Prince , qui n'auroit jamais pensé à le de-.
venir .
11. La plupart des Peres ont l'esprit & borné
NOVEMBRE. $ 740 , 247 $
en fait d'éducation , qu'ils s'imaginent que les Maî
tres sont obligés d'avoir dans leur tête ce qu'ils
doivent montrer à leurs Eleves , et refusent d'achefer
les Livres élementaires & d'usage ; en quoi ils
font tort à leurs Enfans , parce qu'en attendant
qu'ils puissent s'en servir , les Maîtres sont guides
eux-mêmes par les Livres methodiques , surtout par
la Bibliothèque des Enfans in - 4° . que chaque famille
doit lire et mettre entre les mains des Précepteurs
et des Gouverneurs qui font gloire de suivre
la meilleure route qu'on puisse leur indiquer,
L'avis est d'autant plus nécessaire , que l'on trouve
des Maisons de so. et de 100. mille livres de rente
qui refusent à l'éducation de leurs Enfans les Li
vres que beaucoup de petits Bourgeois n'ont pas
fait difficulté de donner , en sacrifiant pour cela un
fac de mille francs , et plus , quand il l'a fallu
N'est-ce pas une honte de voir de jeunes Seigneurs
n'avoir que les Livres de leur Classe , comme un
simple Externe , fils de quelque Artisan ?
102. Il y a eu des Gouverneurs , qui , pour entrer
dans de bonnes Maisons , ont promis de suivre
la nouvelle Methode du Bureau , ensuite i's ont
fait entendre aux Parens que l'Enfant se dégoûtoit
de cette machine , & qu'il seroit aisé d'instruire
l'Enfant par d'autres artifices , ils ont ajoûté que'
les Parens ayant confiance en eux , devoient leur
laisser la liberté de la methode &c . A quoi il fut
répondu dans le tems. 1° . Qu'avant que d'entrer
dans la Maison il falloit dire qu'on ne vouloit pas
suivre cette Methode. 2° . Que le prétendu dégoût
de l'Enfant n'étoit que le dégoût de son Maître.
3°. Que c'étoit au Maître à chercher la cause du dégoût
et à la furmonter. 4° . On ne doit pas être
surpris qu'un Maître plein de ses préjugés , ou qui
a la vûë fort courte , préfere la Methode vulgaire
2476 MERCURE DE FRANCE
à celle du Bureau. 59. Un Maître, ignorant le Sys
tême , fait de fon mieux pour n'être pas obligé de
s'en servir. 6°. Un Maître qui ne sçait presque pas
écrire , qui ignore l'ortographe , préfere la Methode
vulgaire ; elle eft plus commode pour les vûës
courtes , pour les paresseux , et pour ceux qui ne
sçavent pas l'ortographe. 7 °. La confiance des parens
n'exclud pas la sur-intendance de l'éducation
et cette confiance supose de la docilité dans le Maî
tre , qui n'a pas tenu sa parole , et qui par-là s'est
rendu suspect &c .
103 Quand les parens ont témoigné qu'ils vou.
foient un Précepteur pour la Typographie , il falfoit
refuser les places , ou se soumettre aux conditions.
Il est permis de gêner un Gouverneur qui ne
va pas droit , et de lui rapeller son devoir et ses engagemens
avant que d'entrer dans la Maison. Quelque
confiance que l'on ait , on ne se dépouille pas
de la qualité de Pere ; d'ailleurs , quand on est Homme
de Lettres, on doit concourir au bien de l'éducation
de l'Enfant , et le Gouverneur est obligé de
faire connoître les raisons qui le déterminent à ne
pas tenir sa parole , et à préferer la Methode vulgaire
à celle du Bureau Typographique . Heureux
les Enfans dont les Peres pensent ainsi !
des
104°. On trouve , dit on , bien des Maîtres de
Typographie qui ne sçavent pas' beaucoup j'en
conviens , et j'eneonclus deux choses : la premiere,
que la Methode doit être bien bonne , puisque
Maîtres ignorans . suivant le systême du Bureau ,
avancent beaucoup plus les Enfans que ne font les
Docteurs de la Methode vulgaire : la feconde , que
ces Docteurs sont très - blâmables de ne pas se mettre
au fait des exercices du Bureau , et de croupir
dans l'ignorance de leur préjugé. On prend les sujets
qu'on trouve pour montrer la Typographie ;
il
NOVEMBRE. 1740 2477 .
1
il vaut mieux employer des ignorans , que de n'e
ployer personne. La Methode est si bonne , qu'un
Enfant Typographe peut former un Maître , pourvû
que ce Maître ait de l'esprit et de la sagacité , dont
le systême fait plus de cas , que de l'art de corriger
des fautes & de so ecismes. Le préjugé contre
les Latinistes est d'autant plus fondé qu'ils passent ,
ordinairement leur vie à l'étude des mots , & meurent
avant que d'arriver à l'étude des choses. Il
vient de mourir un Maître de Typographie qui n'avoit
presque point d'étude ; il ne fçavoit que le métier
, ou l'art de la Typographie ; les Docteurs
Latiniftes qui lui ont fuccedé , l'ont fait regreter
d'avantage ; c'eft donc la bonté de la Methode qui ,
produit cette difference.
10s. Les anciens Critiques du Bureau conviennent
aujourd'hui , que celui de quatre rangs est excellent
pour la lecture et l'ortographe , mais ils ne
veulent pas convenir , que celui de six rangs puisseservir
utilement à montrer les premiers élemens de
la Langue Latine.
On répond que ceux qui doutent de la bonté
du Rudiment Typographique , ne conçoivent pas
mieux le Bureau de quatre rangs que celui de fix ;
ils se rendent à des exemples & à des témoignages ,
sans apercevoir l'esprit du systême. Le principe de,
l'a b. c. Typographique & le principe du Rudiment
Typ. est le même , c'est la même methode , l'un ,
va avec l'autre , même marche , même ordre , même
facilité &c. le voit qui peut.
106. On a tort en géneral de crier contre les
Ecoles & contre les Colleges , on ne doit crier que
contre les Methodes & contre les Maîtres prévenus
, ignorans , & qui refusent de mieux faire. Le
bien public demande qu'il y ait des Ecoles & des
Colleges pour les pauvres gens , ce sont les Hô→
pitauz
2478 MERCURE DE FRANCE
>
Pitaux de la République des Lettres . Mais les gens
riches n'envoyent pas leurs enfans malades à l'Hô- '
tel - Dieu, ni à la Charité. Quand les Colleges auront
des Régens aussi Philosophes que Latinistes ,
& qu'ils suivront une Methode plus judicieuse
qu'ils chargeront le Maître plûtôt que l'Enfant ,
qu'ils feront travailler à la version plûtôt qu'à la
composition , qu'ils donneront des textes à la portée
des Enfans ; qu'ils chercheront à les soulager, à
leur donner les idées & les sentimens des choses ,
plûtôt que de simples termes & des regles avant la
pratique pour lors on dita que les Ecoles publiques
sont peut être préferables à l'education pri
vée & domestique , & c'est dans ce sens - là que M.
l'Abbé de S. P. l'entend , lorsqu'il dit que les Colleges
sont préférables à l'éducation privée & domestique.
107. Le Maître doit avoir lû , et doit relire les
Livres élementaires pour l'instruction de son En-'
fant ; il doit lire tous les originaux pendant le cours
pédagogique , et mener l'Enfant comme par la main
dans les beaux endroits choisis de ces mêmes Livres
, en atrendant que l'Eleve les puisse lire dans
la suite lui- même ; car dans l'enfance tout est é'émentaire
, on ne peut rien aprendre à fonds ; il faut
donc se contenter du géneral , da superficiel : mais
Pesprit d'ordre & de methode inspiré à l'Enfant , le
met en état d'aprofondir tout , de déveloper ses
idées , de les augmenter , de les comparer , de les
multiplier , de les perfectionner , & de les fier ensemble
. Tout ce qui paroissoit n'avoir pas de raport
, se trouve ingénieusement rassemblé le
pour
même bien. C'est une terre ou peu à peu l'on a
semé , planté , &c. et à la fin le jardin , le parterre,
le verger , tout s'y trouve avec simetrie et proportion
, on ne s'informe plus comment cela est venu,
он
I
+
i
NOVEMBRE. 1740 1479.
on ne pense qu'à jouir en cultivant , & c.
108. Il ne faut plus demander si l'éducation par
ticuliere et domestique est préferable à l'éducation
publique des Ecoles & des Colleges. Il faut seule
ment demander , fi un habile Professeur Latiniste
et Philosophe , attaché à un seul Enfant , ne le
rendroit pas plus habile , et en moins de tems , que
s'il l'avoit dans une Classe avec cent Ecoliers ? Un
Grand Seigneur riche est en état de choisir le Précepteur
et le Gouverneur de son Enfant ; pourquoi
le livre- t'il donc pendant le cours des Classes à une
dixaine de Maîtres , dont la plupart sont incapables
de le bien élever selon sa qualité , et selon les vûës
des parens ? La plupart des Regens ne sont que des
Ecoliers qui auroient besoin eux -mêmes d'avoir des
Maîtres , non seulement pour le Latin , mais pour
La Lecture , l'Ecriture , PArithmetique , l'Ortogra
phe , la Géométrie , le Monde , la Morale , la Po
litique, l'Histoire , la Géographie , la Chronologie,
& sur tout pour la Langue Françoise.
109. Beaucoup de personnes , par oeconomie ,
ont fait faire des Bureaux à leurs Ouvriers et à leur
fantaisie ils les ont garnis un peu à la main , un
peu avec des caracteres de cuivre , et ensuite ces
mêmes personnes s'apercevant , mais trop tard , de
l'imperfection et de l'inutilité de leur ouvrage , ont
pris le parti de faire faire des Bureaux aux
Ouvriers indiqués par l'Auteur , et ont par - là aug
menté leur dépense ; il est vrai que les Bureaus
manqués peuvent servir utilement à d'autres usages
Typographiques , supose que les Maîtres ayent
le talent de profiter de tout.
bons
10 Ily a d'honnêtes Artisans qui refüseroient
de faire les machines inventées par quelque Con
frere de leur voisinage Plusieurs Menuisiers ayant
v le Bureau Typographique , ont eu la délicatesse
de
#486 MERCURE DE FRANCE
1
de renvoyer les Bourgeois à M. Liez , Menuisier
de l'Auteur au bout de la rue de Verneuil , au coin
de la rue Poitier , Fauxbourg S. Germain , & l'on
trouve , à la honte de la Pédagogie , des Précepteurs
nourris , logés , bien payés , et même ayant des
pensions , qui , aux dépens de l'éducation de leur
Eleve , ont fait commerce de Bureaux , employant
d'autres Menuisiers , et le Domestique de l'Eleve
pour les garnitures des Bureaux à vendre , en se disant
les Auteurs & les Inventeurs de leurs Machines
Typographiques et Historiques. Qui auroit cra
que des Gouverneurs attachés à de jeunes Seigneurs,
cussent pû préferer un vil interêt aux égards & à la
reconnoissance qu'ils doivent à l'Auteur de la Me
thode Typographique , qui leur a prodigué généreusement
tous les secrets de la Typographie?
Est- ce là donner de bons exemples du côté du
coeur ? Suffit- il d'avoir de l'esprit , du sçavoir Pé
dagogique ? Et ne doit- on pas exiger d'un Gouver
neur les qualités civiles , qui font le bon Citoyen ?
On raporte ce Fait afin que les parens veillent un
peu plus sur la conduite des Précepteurs , qui peu
contens de leur honoraire , cherchent encore des
Ecoliers en Ville. J'ai l'honneur d'être &c.
丸丸
LE JEUNE HOMME ET LE FLEUVE,
L
FABLE.
Es plaisirs , les honneurs , la gloire & la ris
chesse
Sont au - delà d'un Fleuve dangereux ;
H n'a qu'un Poit , & co'ft pour les heureux ,
Qui
NOVEMBRE. 1740. 243
Qui nés dans l'opulence y paffent fans adreffe ;
Car tous les biens font faits pour eux.
Un jeune Homme arriva sur la rive du Fleuve ;
Il fe présente au Pont , & tente de paffer ;
Mais il n'avoit aucune preuve
Qu'il eût droit de le traverser ;
Les gardes rudement fçûrent le repouffer.
Il va s'affeoir fur le Rivage ,
Trifte & penfif il pleure fon deftin :
Pourquoi , s'écria-t’il` , n'ai -je pas l'avantage
De partager un ſi riche butin ?
Vivrai-je ici dans la misere ,
Tandis que d'autres jouiront
Des biens que j'aperçois au-delà de ce Pont ?
Pour tromper les Argus , helas ! que puis- je faire ?
Le fommeil en fermant fes yeux ,
Fait trêve à fa douleur extrême ;
Bien tôt un Songe gracieux ,
Des Dieux l'interpréte fuprême ;
Lai dicte ce qu'il doit tenter.
Il fe reveille , & plein de joye
Au plus digne projet il voit fon ame en proye j
Et fans un moment heſiter ,
Dans le Fleuve il entre à la nage.
Les écueils , les vents & l'orage ,
De concert femblent s'oposer
A fon intrépide paffage.
-Via
2482 MERCURE DE FRANCE
Vingt fois il touche le Rivage ,
Vingr fois à fes desirs il fçait fe refuser.
Enfin , redoublant fon courage ,
Malgré les jaloux & le fort ,
De chacun recevant l'hommage ,
Il fe voit heureux dans le port.
Ce qu'on vient de lire s'adreffe
A la courageuse Jeuneſſe.
Avec de l'esprit , des talens ,
De la vertu , de la ſageſſe ,
Quoi qu'elle naiffe fans richeffe ,
Elle peut parvenir aux honneurs les plus grands
ENVO I.
CHer B ** , je te félicite
D'avoir bravé par ton mérite
Ce qui fembloit reculer ton bonheur
Rien n'a jamais ralenti ton ardeur.
Je fuis encor fur le Rivage ,
Où tu fis le projet de furmonter l'orage ;
Je te vois de l'autre côté ,
Parmi les jeux & l'allegreffe ,
Savourant avec volupté
Les fruits charmans de la fageffe.
3
Mais que manque-t'il à mes voeux ?
Satisfait de mon indigence ,
Avec
C NOVEMBRE. 1740 2483
Avec plaisir je vois ton opulence ,
Et ton bonheur me rend heureux.
Laffichard.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
d'Octobre , par le Cachet , Corneille,
& Fusil. On trouve dans le premier Logogryphe
, Corne , Cor de Chaffe , Licorne ,
Oeil , Conil , Cerne , Celle , Licol , Lin ,
Lien ; & dans le fecond , Fil , Fils , Fi
If, Lis , Suif, Vif, & Vil.
ENIGM E. ·
J'ai plus d'un pere , & ne fuis point bâtard,
De tout mon corps , fans être illégitime ,
Chaque membre a fon pere à part ,
Et l'on ne m'en fait point un crime.
De membres étrangers quoique je fois formé ;
Je ne fuis pourtant point difforme ;
Loin que je fois un Monftre énorme ,
Je fais un tout dont le monde eft charmé.
Auffitôt né je parle . Ingénieux , utile ,
Sçavant par fois , j'amuse & la Cour & la Ville.
Je veux plaire , je veux me rendre curieux ;
C'eft
2484 MERCURE DE FRANCE
C'est là mon but, mais,quoique je pro,ette,
Quoique j'aime à chanter toujours la chansonnette,
On m'accuse pourtant fouvent d'être ennuyeux.
Le croira-t'on ? Je vois multiplier mon Etre
Et fans quitter le Lieu qui m'a vû naître ,
Je vole en mille Endroits divers ,
Et deviens citoyen presque de l'Univers.
>
Mon regne n'eft pas long . Je vois bientôt un frere
Sur mes ruines établi ,
Qui me fait tomber dans l'oubli.
Quoique je fois commun , quoique je fois vulgaire ;
Il faut donner pourtant de l'argent pour me voir,
Autrement il n'eft point poffible de m'avoir.
Mais par un dernier trait faisons - nous mieux con
noître.
Je suis devant tes yeux , & dans tes mains peut êtro
J. A. Masson d'Arras.
**************************
LOGOGRYPHE ENIGMATIQUE.
D
16 Es cinq lettres du nom de ce Dieu furieux
A qui Neptune un jour dit , hola , Camarade ,
Otez 1. vous aurez une grande falade ;
Puisque le mot reftant dit tout herbage au mieux.
Après 5 , 2. & 3. ajoûtez la premiere ; s
Vous avez un poiffon qui n'eft pas de Riviere.
Mettez
NOVEMBRE.
1740. 249
Mettez 5. 2. & 3. et puis 4. & puis un ,
C'eft de tout Créancier le langage importun.
3. 1. 2. c'eft le nom d'une bête feroce ,
3. & 4. avec 2. après un crime atroce ,
•
On paye ainsi bien cher en un jufte tourment.
S. I. & 3. eft bon pour l'affaisonnement.
4. 2. avec mérite la potence
. 3 .
Qui n'a pas 5. 2. 4. eft bien dans l'indigence .
5. & 4. avec 2. le moindre Savetier
Le fait tout en chantant , & c'eſt là ſon métier.
s . 1. & 4. & 3. on ne peut toujours l'être ;
Il nous faut un quelqu'un , vous fçavez bien peut - être
Que 5. 2. avec 3. eft un corps radieux.
Sachez auffi le nom qu'un Art ingénieux
Donne à l'un des Coursiers qui dans l'air le promene
:
C'eſt 1.2. 4. & 5. quand à perte
d'haleine
Il l'a caracolé en vrai cheval fougueux ,
En quel état et il ? 5. & 4. avec 2 .
4.2 . 3. & expriment
bien ſa course ;
Car il va constamment le train de la grande ourse,
Ferré comine Pégase & fellé en oiseau .
1. & 4 eft le nom d'un Domaine fort beau ,
Et Domaine titré , apanage de Prince .
3. 2. & 5. veut dire , en langage bien mince ,
Renom bon ou mauvais. 4. 5 , avec un ,
C'eft fur tout ici bas du tems l'effet commun.
2.4 c'est tout lieu ; 2. & 5. ouverture
G Qu'on
2486 MERCURE DE FRANCE
Qu'on ne sçauroit jamais fe conserver trop pure.
4. 2. avec 5. vous devez le fçavoir
Puisque de vous connoître eft pour vous un devoir.
3. & 4. I. & 5. c'eft un mal effroyable ;
Fuyez-le, mais fuyez encore plus le Diable;
3. 1. 4. avec 2. exprime un mouvement
Qu'on fait de bas en haut ; ou le foulagement,
Mon mouvement, Lecteur , n'ayant plus rien à dire,
Le voici ; 1. & 2. adieu je me retire .
Par un Ch,
LOGOGRYPHE,
IlL n'eft rien ici bas
Plus commun que mon Etre.
Fresque tous les Mortels me trouvent des apaši
Le plus fage , fans me connoître ,
M'eftime & ne m'aproche pas.
Si par fois je mene à ma ſuite
Mille douceurs , mille plaisirs ,
Plus fouvent je les mets en fuite ;
Et ne fais plus former que de triftes foupirs.
Ce portrait , cher Lecteur , eft trop énigmatique,
Pour me dévoiler à tes yeux ,
Je me fers de l'Arithmétique ,
Ce chemin eft moins épineux.
De fept lettres ne prends que les quatre premieres ;
C'eſt ma moitié , j'en ai reçû le nom,
C'est
NOVEMBRE. 1740. 2487
C'est mon chef , heureux s'il eft bon !
Mes trois dernieres
Servent à diftinguer les hommes & les tems .
Par elles toute la Nature
Eft exposée à divers changemens.
Veux-tu dans ma ſtructure
Pénetrer plus à fonds ?
Soit. Je vais t'aider , operons?
Par deux de mes lettres je donne
Isle en Pays d'Aunis , en Musique deux tons ;
Double pronom de premiere perfonne .
En trois lettres je suis un des quatte Elemens ;
Le féjour favori des vents ;
Une faison charmante , un terme de tendreffe ;
Isle da bas Poitou , Ville , rare trésor
Plus précieux que for ;
De la brutalité la plus vive peinture .
Une lettre de plus , je présente d'abord
Un amas d'eau , la Mere de Mercure ;
Ce qui dans tous les chants fert à former l'accord ;
Une Ville d'Artois , une autre de Champagne
Un Lieu néceffaire en campagne
Pour préparer le grain , repos d'un Escalier ,
Nid d'un Oiseau de proye , un Saint à l'Ecolier
Rarement agreable ;
Un Oiseau dont l'orgueil eft connu dans la Fable ;
Je fuis Poiffon de Mer , inftrument de Marins ;
Gij Nom
2488 MERCURE DE FRANCE
Nom de plufieurs Sçavans qu'on miet au rang des
Saints ;
· Maladie à nulle autre égale ;
Des Etats du Mogol la Ville Capitale ;
Ce qu'il n'eſt pas aisé de joindre à la raison.
Enfin , j'exprime l'action .
En cinq lettres je nomme un art diabolique ,
Fort en vogue au fiécle gothique ,
Mais qu'en France à présent nous ne connoiffons
pas ;
Un des principaux Magiftrats ;
La plus parfaite Créature ;
Le contraire de la douceur ;
Je fers à marquer la douleur ,
Tout ce qui vit dans la Nature
Etoit jadis ce que je fuis.
Ami Lecteur , je crois t'entendre ,
C'eft trop jaser , dis - tu , je le veux , je finis ;
Il n'en falloit pas tant pour me faire comprendre.
Disons encore cependant
Que de mon tout en ôtant une Lettre ,
Aufi - tôt je vais être
Le cruel ennemi de Carême prenant .
Par Mile de la Caure;
NOU
NOVEMBRE. 1740 2489
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
O
SSERVAZIONI LETTERARIE
che possono fervir di continuazione al
Giornal de Letterati d'Italia , fotto la Prote-
Zione del Auguftiss . Imperadore CARLO VI.
T. II. In Verona M. DCC . XXXVIII .
nella Stamperia del Seminario , per Jacopo
Vallarsi.
Nous ne répeterons rien fur la methode &
fur le mérite de ce nouveau Journal Italien .
Le Public en eft fufifamment inftruit par ce
qui en a été raporté dans les deux derniers
Mercures de l'année 1738. Il s'agit aujourd'hui
de lui rendre compte du fecond Volume
de cet Ouvrage , affés rare en France
jusqu'à présent.
Će II. Tome eft composé de X. Articles ,'
dont le premier regarde une Nouvelle Edition
des Euvres de S. Ephrem , entreprise à
Rome , fous les Auspices & par l'autorité du
Cardinal Quirini , Bibliothéquaire du Vatican
, déja bien avancée par le labeur de deux
fçavans Hommes ; fçavoir , M. Affemani &
le R. P. Pierre Benedetti , Jéfuite , Maronites
du Mont- Liban . Voici le titre de cette
G iij
Edi2490
MERCURE DE FRANCE
>
Edition , d'après notre Journaliste. SANCTI
PATRIS NOSTRI EPHREM SYRI opera omnia
que extant Græcè , Syriacè , Latinè. To-
MUS 1. Syriacè & Latinè . Roma , ex Typographia
Vaticana. An. M. DCC. XXXVII .
Cette grande Entreprise avoit déja été an-
" noncée au Public , dans le Journal de Trevoux
, Septembre 1731. p. 1643. avec quel
que détail , & cette Annonce fit beaucoup
de plaifir aux Amateurs de la Religion . Il y
a eu depuis du changement pour l'execution
du Plan géneral ; car au lieu de 4. Vol . infol.
d'abord projettés , il y en aura VI . en
tout. Voici comment s'explique là - deffus le
Journaliſte Italien . » La Racolta è diftri-
» buita in sei Tomi , de quali i primi tre
»fono impiegati nel Greco , e gli altri mel
» Siriaco. Sono usciti finora i due primi to-
» mi d'ammendue , le Parti. Precedette it
primo di tutti Gracè & Latinè , dall'isteffa
» Stamperia l'anno 1732 .
33
Dans le fecond Article , l'Auteur du Jour
nal rend compte du II. Tome de la Nouvelle
Edition des OEuvres de S. Jerôme
faite à Veronne , par les foins principalement
de M. le Marquis Maffei . Nous avons
parlé de cette Edition à l'occaſion du I. Volume
du même Journal ; ce qui nous dispense
de nous arrêter fur cet Article.
OSSERVAZIONI d'una Cometa fatte nell'
Offer
NOVEMBRE. 1940. 2491
Offervatorio dell'Instituto delle Scienze di Bo-
Logna ne mesi de Febbrajo & Marzo 1737.
Ceft le fujet du III . Article de ce Journal ,
lequel contient tout le détail des Observations
faites à Boulogne fur le cours d'une
Comete , depuis le 22. Fevrier jusqu'au 6.
Avril 1737. le tout accompagné de Notes
& Calculs Aftronomiques , & d'une Carte
bien gravée , qui met fous les yeux tout ce
qui eft contenu dans le détail en queftion.
Article IV. IN ROMANAS & Gracas Gras
vii & Gronovii Antiquitates Nova Supplementa.
Tomus primus. Ven. M. DCC. XXXVII.
Rien ne peut être plus utile à la Répu
blique des Lettres , & de plus agréable en
particulier aux Antiquaires , que l'entreprise
d'ajoûter au Corps eftimable des Antiquités
Grecques & Romaines , de bons Suplémens,
qui contiennent tout ce qu'on a trouvé , rectifié
, ou perfectionné dans ce même genre ,
depuis les grandes Compilations de Grævius,
de Gronovius &c. Le premier Volume de
ces Suplémens contient les Ouvrages dont
voici les titres.
Pauli Merula de Legibus Romanorum.
Ejusdem de Comitiis Romanorum.
Ottonis Aicheri brevis Inftitutio de Comitiis
Romanorum.
Francisci Poleti Historia Fori Romani illuftrata
& audta.
Giiij M
2492 MERCURE DE FRANCE
M. Antonii Majoragii de Senatu Romano:
Matthai Agyptii Senatus Consulti de Bacchanalibus
explicatio.
Petri Burmanni de Vectigalibus Populi Romani.
Balthaffaris Bonifacii de Archivis.
Albertini Barisoni de Archivis Commentarius
nunc primum editus.
Scipionis Gentilis de Armis Romanorum ,
five de Juftitia bellica Romanorum.
A la tête de ce Volume , eft une Préface
du Marquis Poleni , dont le nom fait l'Eloge
& eft feul capable d'illuftrer tout Ouvrage
rendu public par l'impreffion .
و
Article V. ORAZIONE in morte di Euge
nio Francesco , Principe di Savoya . Padova.
1737.
Cette Oraison Funebre du Prince Eugene
'de Savoye , eft un fruit des rares talens &
de l'amitié de M. Paffionei , Nonce du Pape
à la Cour de Vienne . Il y avoit eu entre ce
Prince & le Prélat Romain , une étroite liaison
, fondée fur le mérite & fur l'eftime reciproque
, laquelle n'a fini que par la mort
du premier. Elle fut prononcée à Vienne le
10. Juillet 1736. jour de fa Pompe Funebre
, & extraordinairement aplaudie . On ne
l'a imprimée que plusieurs mois après , au
grand contentement du Public , qui avoit
marqué là deffus beaucoup d'impatience.
-
C'eft
NOVEMBRE. 1740 2493
3
>
C'eft , felon notre Journaliſte une véritable
Piéce d'Eloquence , & qui a mérité d'être
dédiée , par l'Impreffion , à Sa Majeſté
Imperiale : on lit fur tout avec beaucoup de
plaisir dans cette Piéce , le détail qui concerne
le mérite Litteraire du Prince Eugene,
qui a toujours aimé & cultivé les Sciences
& les Beaux Arts. On y parle de fon riche
Cabinet , de fon ample Recueil d'Estampes,
de fon amas de Tableaux les plus rares &
des plus grands Maîtres , de l'acquisition
enfin de la plus grande partie des Ouvrages
de Raphaël , grayés par Marc- Antoine
fon Eleve favori , & c.
1
I
Article VI. TUTTE le Opere di Giovan
Girgio Triffino , non più raccolte. Verona ,
1729.
Ce Recueil de toutes les OEuvres de J.
Georges Triffin , qui n'avoit jamais été entrepris
, eft divisé en deux Volumes , dont
le premier contient toutes les Poëfies de cet
Auteur. Italià Liberata , qui eft à leur tête ,
eft , dit notre Journaliſte , le premier Poëme
qu'on ait vû , composé felon les regles d'Ariftote
, depuis la décadence des Belles Lettres.
Le fecond Tome comprend tous les
Ecrits en Prose , parmi lesquels on trouve
une Traduction attribuée , attribuita , à Trissin
, des deux Livres de Dante , de Vulgari
Eloquentia , Le Texte Latin de Dante' , qu'on
Gy trou2494
MERCURE DE FRANCE
}
trouve dans ce Recueil , étoit devenu fort
rare , n'ayant jamais été réimprimé , depuis .
PEdition de Paris , faite en 1577. par Corbi--
nelli. On assûre que les autres Ouvrages qui.
fuivent, font également utiles & curieux . H
s'y agit particulierement de Grammaire , d'EJoquence
, & quelquefois de Morale. Le
Journaliſte n'oublie pas de dire que le Marquis
Maffei a conseillé de faire ce Recueil ,
L & qu'on voit à la tête une Préface de fa façon.
Il fait ensuite un Extrait de cette Préface
, qui en fait connoître l'importance par
raport aux Ouvrages du Triffin.
Article VII. DELLA Eloquenza Italiana di
Monsignor Giufto Fontanini Libri tre. Roma..
1736. in-4°.
Depuis l'inftitution des Journaux , on n'en
trouvera aucun qui contienne , fur quelque
matiere que ce puiffe être , un Extrait d'une
auffi longue étenduë que celui que présente
ici le Journaliſte Veronois ; car il remplic
au moins les deux tiers de fon Livre : & de
quoi s'agit- il d'un Ouvrage qui au commencement
a été imprimé à Rome en l'année
1706. & en un fort petit Volume ( un
Libretto ) contenant feulement un Catalogue
raisonné de divers Livres écrits en Langue
Italienne & fur differens fujets. Cependant
le titre excita d'abord la curiofité publique
; mais on y chercha vainement quelque
Article
NOVEMBRE. 1740 2495
Article où il fût parlé de l'Eloquence Italien
ne, on ne trouva rien d'aprochant. L'Auteur
s'avisa alors de groffir extrêmement fon Ouvrage
, & de le mettre dans l'état où il fe
trouve aujourd'hui ,fans oublier de dire pour
fa défense , que par le terme d'Eloquence , il
entend la Langue . Il n'y a point d'inconve
nient , dit il , que la Langue Italienne foit
apellée par moi Eloquence , n'ayant pas crû
devoir m'affujettir à ce que dit Pline [ Liv. s .
Lettre 20. ] aliud effe Eloquentiam , aliud Loquentia.
Sur quoi il s'apuye de l'Autorité de
Dante , qui a intitulé dans ce même fens un
Ouvrage de fa façon , où il ne s'agit que de
la Langue Italienne , de vulgari Eloquentia.
Nous laiffons aux Sçavans le droit de juger
fi cette Autorité eft fuffifante , & fi en bonne
Litterature , cette espece d'équivoque peut
' être permise. Nous ne fuivrons pas l'Auteur
du Journal dans tout ce qu'il pense & dit
fur ce fujet,& encore moins dans l'ennuyeux
détail qui allonge fi fort ce VII. Article ; car
on y trouve presque toute la Bibliographie
ancienne & moderne de l'Italie. Nous entrerons
encore moins dans l'esprit de critique
& de censure continuelle qui anime cet
Extrait jusqu'à la fin. On eft fort porté à
croire que Auteur a eu fes raisons pour en
agir ainsi , & qu'il eft peut être personnellement
intereffé dans les démêlés litteraires
dont il eft queftion, Gvj Art.
96 MERCURE DE FRANCE
Article VIII. DE SENATORIS nominibus
Differtatio , qua de iis que in Caffiodorane
"Editionis fronte immutata funt , ratio redditur
Romanorum Nominum argumentum animadversionibus
plurimis illuftratur. Sans nom
d'Auteur ni d'Imprimeur.
Quel que foit l'Auteur de cette Differtation
, la République des Lettres doit lui
fçavoir bon gré de fon entreprise , qui consifte
à corriger , à retablir le titre que portent
les Editions des Ouvrages de l'illuftre
Senateur Caffiodore , & par occafion , d'éclaircir
par des Remarques judicieuses , tout
ce qui concerne les Noms Romains , fouvent
alterés en plufieurs manieres dans les
Manuscrits ; ce qui eft particulierement arrivé
à l'Ecrivain respectable dont on vient de
parler. Cet Auteur a fait fes corrections -fur
la derniere Edition de Caffiodore donnée dépuis
peu en Italie , par les foins du P. Jean
Garet , qui ampliorem nobis Editionem obtulit,
atque eruditè expolivit , dit l'Auteur , lequel
ajoûte en même tems , que ni le nouvel Editeur
, ni les Sçavans qui l'ont précedé , en
travaillant fur Caffiodore , ne fe font point
aperçus des alterations qui font dans le titre
qu'ils ont tout - à - fait mal entendu , in singu
lis fermè verbis aut pravè annuntiando,autpra
postere intelligendo , peccari fuspicor.
Nous fommes obligés de renvoyer à la
DiflerNOVEMBRE
. 1740 240
Differtation même , pour aprendre de quelle
maniere l'Auteur retablit le Frontispice des
OEuvres de Caffiodore , & pour profiter de
toute la Litterature qu'il étale à cette occafion
fur les differens Noms Romains & c. Unt
tel détail ne fçauroit être renfermé dans les
bornes que nous fommes obligés de nous
prescrire.
Cette Differtation eft immédiatement fui-
'vie dans le Journal , d'une fort belle Lettre
Latine , qui a un raport parfait avec la matiere
qu'on vient de traiter. Elle eft écrite
par le Marquis Scipion Maffei au fçavant
Abbé Bacchini ; car nous croyons qu'il n'y a
point de témerité d'expliquer ainsi l'adreffe
de cette Lettre , qui eft telle dans le Journal
, BENEDICTO BACCHINIO ABBATI S. M.
S. P. D. On reconnoît en effet la plume &
le génie Litteraire de M. Maffei dans tout
fon contenu nous ne fçaurions en dire davantage
, fans courir le risque dont nous venons
de parler. Il nous fuffira d'aprendre au
Public que l'Auteur de la Lettre Latine qui
eft fans date , préparoit alors une nouvelle
Edition de Caffiodore , ce qui l'a mis dans
une rélation néceffaire avec l'Abbé Bacchini ,
que nous croyons auffi pouvoir reconnoître
pour l'Auteur de la Differtation ci- deffus .
Article IX. GRAN TAzza d'Agata orientale
figurata nel Museo Farnese , ora Reale di
Napoli,
>
On
498 MERCURE DE FRANCE
On a toujours regardé , die l'Auteur du
Discours qui fuit ce titre , comme un trésor
ineftimable les trois grand's Bijoux Gioje,
gravés en relief & hiftoriés de quantité de
Figures , qui fe conservent , l'un dans le Cabinet
de l'Empereur , à Vienne , le fecond à-
Paris , dans le Trésor de la Ste Chapelle , &
le troisième , dans le Palais Carpegna ,
à Ro
me. Tous les Curieux intelligens considerent
ces Piéces comme autant de témoins in
signes du bonheur des Anciens , d'avoir pû
trouver des Pierres précieuses d'une telle
grandeur , d'une telle qualité , & avec cela
d'avoir eu des Ouvriers capables de les orner
de bas reliefs, travaillés & finis avec tant
de grace & d'intelligence. La Piéce de Vienne
fut d'abord gravée & publiée par les foins
de Lambecius dans fon fecond Volume . Elle
a paru depuis dans d'autres Livres . Celle
de Paris parut pour la premiere fois dans un
Ouvrage de Triftan de S. Amant : d'autres
fçavans Antiquaires l'ont ensuite auffi publiée.
Celle de Rome , enfin , a été gravée
par les foins de Philipe Buonarroti , dans le
bel Ouvrage que nous avons de lui fur les
Médaillons . Aujourd'hui , continuë l’Auteur
, on ne peut fe dispenser d'ajoûter à ce
nombre , le quatriéme Monument de pareille
espece dont il s'agit ici : Monument
véritablement merveilleux , non encore connu
SUBTHRISS
DE
LA
NILLE
+
NOVEMBRE. 1740.499 N
nu , ni publié . Il vient de l'ancien Cabine
Farnese , & brille aujourd'hui dans la Royale
& magnifique Galerie du Roy de Naples
& de Sicile . D'abord pour le rendre public ,
un Homme de Lettres de diftinction , apellé
à Parme par le Duc François , pour certain
travail , le fit exactement deffiner ; mais ce
Sçavant , diftrait par beaucoup d'occupa
tions , & ensuite prévenu par la mort , n'e
xecuta point fon projet.
L'Auteur , que nous n'avons fait que tra
duire jusqu'à présent , a mis au commencement
de fon discours , deax belles Estam
pes qui représentent les Figures fculptées ,
tant en dedans qu'en dehors de ce précieux
Vase , & ces Gravûres , chacune de grandeur
pareille à l'original , paroiffent trèsbien
executées. Nous ne pouvons que renvoyer
à l'infpection de ces Eftampes , fanslesquelles
on ne fçauroit bien juger du mérite
de ce Monument d'Antiquité , encore
moins pénetrer les fujets que l'incomparable
Ouvrier a voulu y traiter.
Ajoûtons cependant une Instruction de
notre Auteur , qui ne pourra que faire plaifir.
Ce fuperbe refte de la magnificence de Anciens
, eft d'un feul morceau d'Agathe Orien
tale. Toute la partie qui eft chargée de Figures
, eft faine & entiere , au lieu que celles
de Paris & de Vienne ont eu le malheur
d'être
$2500 MERCURE DE FRANCE
*
.
•
d'être caffées ou fenduës , ce qui a obligé de
les rejoindre & de les réunir du mieux qu'il
a été poffible. De plus ( a ) fa forme n'eft pas
celle d'une table ou d'un quarré , comme
celles qu'on vient de dire, mais d'un véritable
Vase , & , à parler plus proprement , d'une
Coupe. La grandeur eft , comme on l'a dit ,
telle qu'on la voit représentée dans le Deſſein
gravé. La hauteur du bord qui regne autour
, eft d'environ de quatre doigts , & l'épaiffeur
eft femblable au Deffein. Au refte ;
ce qu'on doit principalement considerer dans
ce morceau , c'eft en général la beauté de
l'Ouvrage , la correction du Deffein , & la
perfection du travail ; enforte que felon notre
Auteur , il peut fervir d'un merveilleux
Modele & d'un Exemplaire achevé ; car ,
ajoûte - t'il , nul Peintre , nul Sculpteur ne
peut fe flater de faire un ouvrage confiderable
& parfait , che non gusta le antiche idee
& che fopra i Monumenti antichi non fa studio
attento , & indefels.
Pour ce qui eft des Figures gravées fur ce
Vase , ou de l'intelligence du fujet que le
Sculpteur a voulu traiter , il n'y a personne ,
comme dit l'Auteur , qui ne voulût en être
bien inftruit , mais ce ne fera pas lui , vrai-
(a) La forma non è di tavola , cioé d'un quadretto.
fembla
NOVEMBRE. 1740. 250
femblablement , qui donnera cette fatisfaction
au Public ; car après avoir hazardé d'abord
de dire , que c'eft l'Apothéose D'ALEXANDRE
, dont il donne quelques raisons de
vraisemblance , il se retracte un moment
après , pour reconnoître dans les Figures du
premier Deffein , qui font au nombre de fept,
une Famille Grecque ; fçavoir , le Pere & ta
Mere , deux Fils & deux Filles , & c. & cette
Famille pourroit bien être , felon lui , celle
de Ptolomée Auletes , Roy d'Egypte , opinion
favorisée par le Sphinx fur lequel l'une
des Figures eft affise ; mais après avoir débité
là deffus beaucoup de belles chofes ,prises
de l'Hiftoire ancienne & de la Mytologie ,
notre Auteur paroît n'être pas encore content
de fon interprétation , ne fe diffimulant point
les difficultés qui en réfultent , &c.
Ce qu'il y a de certain , & qui faute aux
yeux par la gravûre , c'eſt que dans cette rare
Sculpture les Personnages ne font point
représentés dans une action grave & ferieufe
, mais ils paroiffent au contraire animés
d'une certaine joye , & comme occupés de
quelque Fête , ce qui donne occafion à l'Auteur
d'hazarder encore quelques conjectur
rés conformes à cette idée , & apuyées d'une
certaine Litterature , qui cependant ne mene
à rien de certain , par raport au fujet qu'il
s'agit d'expliquer.
Finiffons
502 MERCURE DE FRANCE
Finiffons par une fingularité remarquable
dans cette Coupe , qui eft d'être fculptée non
feulement dans fon fonds interieur , mais encore
fur fon revers ou dans le fonds exterieurs
fur quoi notre Auteur va chercher dans Homere
la Taffe de Neftor à deux fonds & c .
au fonds exterieur de la nôtre , * ajoûte - t'il , il
y a une belle Gorgonne avec fes Serpens & c.
artistement executée ; en forte que , fi on en
croit le Deffein gravé & l'Auteur du Discours
, c'eft une des plus belles & des plus
accomplies Têtes de cette efpece , qui ayent
jamais paru dans aucun Monument antique .
Art. X. FRANCISCI BIANCHINI Veronensis
Astronomica ac Geographica Observationes
selecta , ex ejus Autographis excerpte ,
ana cum Meridiani Romani Tabula. Cura &
studio Euftachii Manfredi. 1. vol. in-fot
Verona , M. DCC. XXXVII.
M. Bianchini , dont l'Italie regrette enco
re la perte , a été un Sçavant des plus distingués
de l'Europe , & ce n'eft pas fans raifon
que notre Journaliſte le qualifie de
grand Homme. Il a laiffé une infinité d'ENel
fondo esterno della noſtra Tazza é una
bella Gorgone , come nella Stampa fi monstra &c .
Par le fonds exterieur , on doit ,fans doute, entendre
le creux qui forme le pied de cette Coupe , &
Vespace qu'il fournit dans le fonds , assés large pour
sentenir lagravire de la Teie en question.
crits
NOVEMBRE . 1740 2507
•
erits , dont la plus confidérable partie regarde
l'Etude de l'Aftronomie , Etude dans
laquelle il s'eft le plus fignalé. Ces Ecrits ,
fur tout ceux qui concernent la Méridienne,
à laquelle il avoit particulierement travaillé
pour donner une Géographie exacte , juſte
& parfaite de l'Italie , étoient contenus en
une infinité de Feuilles , & mêlés parmi
quantité d'autres Papiers , qu'il n'étoit pas
bien aisé à toutes fortes de personnes de diftin
guer , &c. Mais M. le Chanoine Bianchini ,
de la Congrégation de l'Oratoire à Rome, digne
neveu de l'Auteur , & apliqué à toute
forte de bonne Litterature , a employé tous
fes foins pour tirer de l'obscurité tout ce qui
pouvoit être utile au Public , en quoi il a
été fecondé par d'autres Sçavans , fur tout
par M. Euftache Manfredi , Aftronome de
Inftitut des Sciences de Boulogne , lequel a
achevé de débrouiller ce grand cahos, & enfin
a mis la main à l'oeuvre principale avec
• tant de fuccès, qu'il en eft réfulté le fçavant Ouvrage
dont il eft queftion dans cet Article .
Nous nous dispensons d'en faire l'Analyse ,
par les raisons déja marquées , outre que l'utilité
de cet Ouvrage regarde plus particulie
rement l'Italie , & que l'interêt qu'on peut y
prendre n'eft pas universel.
Le Journal finit par un Discours assés.
long , intitulé , Aurora Boreale apparsa la
Notte
304 MERCURE DE FRANCE
>
Notte delli 16. Decembre 1737. M. Manfredi
dont on vient de parler , avoit observé une
pareille Aurore Boréale au mois de Mars
1727. & il fit part de fon Observation Aftronomique
; il y a lieu de croire que c'eſt lui qui
parle ici fur le même fujet . Quoiqu'il en ſoit,
ce Discous fent fon habile Homme &
aprend plufieurs choses qu'on ne fait pas
communément , par exemple , que fous
divers Consuls de la République de Rome
, & encore fous l'Empire de Tibere , on
vit paroître de femblables Phénomenes , fuivant
le témoignage de Pline & de Séneque ,
fans parler de celui dont il eft fait mention
dans Grégoire de Tours , qui parut en l'année
584. N'oublions pas que l'Auteur , après
avoir beaucoup dit fur cette matiere , rend
là deffus toute la juftice qui eft dûë à l'un de
nos plus illustres Membres de l'Académie des
Sciences. Ma di questa materia , dit - il , niųno
ha scri to più di propofito ne più ampiamente
, ne con piu studio , ed erudizione del S ig.
Mairan. Il raporte ensuite le fentiment de
M. de Mairan fur le Sujet en queftion , & c.
L'Académie Royale des Inscriptions &
Belles - Lettres , vient de donner fon douZiéme
Volume contenant l'Hiftoire de cette Compagnie
, avec les Mémoires de Littérature . tirés
de ses Regiftres , depuis l'année 1734 jusques
"NOVEMBRE. 25055 1740
compris 1737. De l'Imprimerie Royale ,
1740. in 4° .Et le 13. Volume , contenant les
Mémoires de Littérature , tirés des Registres
de la même Académie , depuis l'année 1734.
jusques & compris 1737. auffi de l'Imprimerie
Royale , 1740. in 4° .
=
La même Académie a ajoûté à l'Hiftoire
& aux Piéces de Littérature , qu'elle a données
au Public , une Table ample , exacte &
détaillée de toutes les matieres qui ont été
traitées dans les dix premiers Volumes , &
dont la plupart ne font point annoncées par
le Titre des Ouvrages . Cette Table eft alphabétique
, & elle forme un Volume femblable
à ceux des Mémoires mêmes , auffi
de l'Imprimerie Royale , 1740. L'Académie ›
en usera ainfi dans la fuite de dix en dix
Volumes .
HISTOIRE de l'origine & des premiers
progrès de l'Imprimerie , par M. Prosper ,
Marchand , à la Haye , chés la veuve Le
vier , 1740. in-4° .
DESCRIPTION Géographique & Hiftorique
de la Haute Normandie , divisée en
deux Parties , dont la premiere comprend le
Pays de Caux , & la feconde , le Vexin ,
avec un Dictionaire complet & les Cartes ,
Géographiques de ces deux Provinces . A
Paris ;
2506 MERCURE DE FRANCE
Paris , chés Nyon , Pere , Place de Conty
à Ste Monique ; Nyon , fils , & Didot , Quai
des Auguſtins , & Giffart , ruë S. Jacques ,
1740. 2. volumes in-4° .
PANEGYRIQUES , Sermons , Harangues ;
& autres Piéces d'Eloquence , par feu M. de
la Parifiere , Evêque de Nîmes. A Paris ,
chés Giffey , ruë de la vieille Bouclerie , Bordelet,
Lambert , & Durand , ruë S. Jacques
2. volumes in- 12. 1740.
LUDI Epigrammatici Festivis salibus è rupe
Parnaffi deciduis adjocum aspersi .... & in
gratiam studiosa potiffimum Juventutis luce pu
blica donati , & c . Auguitæ , 1738. in- 8 °.
LIBRI quatuor de Imitatione Chrifti Joannis
Gersenii de Canabaio Abbatis Vercellenfis,
in Versus distributi, unà cum novis Concordantiis
, studio R. P. Thoma Ag. Erhard , &c.
Auguste Vindeliciorum , in- 8°. Cette Edition
contient d'abord le Texte de l'Imitation
, ensuite une Concordance de toutes
les expreffions qui fe trouvent dans les quatre
Livres , & enfin le Texte même , mis en
Vers Latins hexametres & pentametres. A
Paris , chés Debure, le jeune , Quai des Auguftins
, à l'Image S. Germain.
LA
7
NOVEMBRE. 1740 2507
LA VIE du Pere Jean Rigolen , de la Com
pagnie de Jesus , avec fes Traités de Dévotion
, & fes Lettres Spirituelles. Quatrième.
Edition , revûë , corrigée & augmentée. A
Lyon, chés Pierre Valfray , 1739. Vol. in- 8 °↓
de 514. pages.
LE CATECHISME Spirituel de la Perfec
tion Chrétienne , composée par le R. P. J.
J. Surin , de la Compagnie de Jesus , nouvellement
revû & corrigé par le P. T. B. F. de
la même Compagnie , 1740. 2. volumes
in 12. Le premier Tome de 630. pages , &
te fecond de 496.
HISTOIRE du Fanatisme dans la Religion
Proteftante , depuis son origine , par le P.
François Catron , de la Compagnie de Jesus ,
1740, 2. vol in- 12 . Tous ces Livres fe trouvent
à Paris , chés André Delaguette , ruë S , Jacy
ques , au Bon Paſteur , & à S. Antoine.
*
LA MEDECINE , la Chirurgie , & la Phar⇒
macie des Pauvres , par feu M. Hecquet ,
Docteur Regent , & ancien Doyen de la
Faculté de Médecine de Paris, avec la Vie de
l'Auteur , & un Catalogue raisonné de fes
Ouvrages . A Paris, chés la veuve Alix , ruë
S. Jacques , au Griffon , 3. volumes in- 12.
1740.
RECUEIL
508 MERCURE DE FRANCE
RECUEIL des Piéces d'Eloquence présentées
à l'Académie des Belles Lettres de Marseille
, pour le Prix de l'année M. DCC . XL .
Brochure in- 12 . de 96. pages. A Marseille,
chés Pierre Boy , &c.
par
L'Académie a adjugé , felon l'usage , le
25. Août , Fête de S. Louis , le Prix fondé
M. le Maréchal Duc de Villars , fon Fondateur
, à un Discours en Prose fur le fujet
qu'elle avoit proposé , dont l'Auteur eft M.
Nicolas , Avocat au Parlement de Paris.
Elle avertit le Public que le 25. Août ,
Fête de S. Louis de l'année prochaine 1741 .
elle adjugera le Prix à une Piéce de cent
Vers au plus , & de quatre- vingt au moins ,
qui fera une Ode , ou un Poëme à rimes
plattes , dont le Sujet fera LA PROVIDENCE .
Ce Prix fera une Médaille d'Or , de la valeur
de 300. livres , port. nt d'un côté le
Bufte de M. le Maréchal Duc de Villars , de
l'autre ces mots : Premium Academia Massiliensis
, entourés d'une Couronne de Lauriers.
On adressera les Ouvrages , comme de
coûtume , à M. de Chalamont de la Visclede
Sécretaire perpetuel de l'Académie des Belles
Lettres de Marseille , rue de l'Evêché , à
Marseille . On affranchira les Paquets à la
Pofte , fans quoi ils ne feront point retirés ;
ils ne feront reçûs que jusqu'au premier Mai ,
inclusiNOVEMBRE
. 1740 2509
inclusivement ; les Auteurs n'y mettront
point leurs noms , mais une Sentence tirée
de l'Ecriture Sainte , des Peres de l'Eglise ,'
ou des Auteurs Prophanes ; ils marqueront
à M. le Sécretaire une adreffe à laquelle il
envoyera fon Récepiflé .
S'ils fouhaitent que leurs noms foient imprimés
à la tête de leurs Ouvrages , ils doivent
l'envoyer , avec leurs titres , à une personne
domiciliée à Marseille , qui les remettra
à M. le Sécretaire , le 25. Juiller ,
non plûtôt ni plûtard.
On prie les Auteurs de prendre les mesures
néceffaires pour n'être point connus avant
la décision de l'Académie , de ne point figner
les Lettres qu'ils pourroient écrire à M. le Sécretaire,
de ne point lui présenter eux- mêmes
leurs Ouvrages en feignant de n'en être pas
les Auteurs, ni fe faire connoître à lui , ou à
quelqu'autre Académicien ; & on les avertit
que s'ils font connus par leur faute , leurs
Ouvrages feront exclus du concours , auffibien
que tous ceux en faveur desquels on au
ra follicité , & tous ceux qui contiendront
quelque chose de trop libre.
L'Auteur qui aura remporté le Prix , viendra
le recevoir dans la Sale de l'Académie le
25. Août , jour de la Séance publique deftiné
à l'adjuger , s'il eft à Marseille , & s'il eft
absent , il envoyera à une personne domici-
H liće
2510 MERCURE DE FRANCE
liée à Marseille , le Récepiffé de M. le Sécretaire
, moyennant lequel le Prix fera remis
à cette personne.
Le Recueil imprimé dont il eft ici queftion,
commence par la Piéce qui a remporté le
Prix , dans laquelle on trouve de fort beaux
traits . Suivent trois autres Piéces fur le même
fujet , lesquelles ont auffi leur mérite . Le
Livre finit par une Lifte des membres de
l'Académie de Marseille en la présente annće
1740.
Le Catalogue des Livres de M. Bellanger ,
Trésorier General du Sceau de France , fe
vend chés G. & C. Martin , Libraires , ruë
S. Jacques. Ce Catalogue eft extrêmement
détaillé & fait avec foin , & on y a joint
une Table Alphabétique des Auteurs. La
Vente de ce Cabinet doit se faire incessam-
>ment.
Nous fommes priés d'annoncer au Public la vente
des Curiofités de feu M Crozat , qui fe doit faire
au plus offrant & dernier enchériffeur , vers la fin
de cette année , & au plus tard au mois de Janvier
1741.
Ces Curiofités confiftent , 19. en une Collection
de Pierres gravées , la plus nombreuſe & en mêmetems
la mieux choife qui ait peut - être jamais été
faite par aucun Particulier , puisqu'elle est composée
de 1382. Pierres gravées , tant en creux qu'en
relief, toutes montées en Bagues ou environnées de
Cercles
NOVEMBRE. 1743. 2511
C
•
i
釁
Cercles d'or, en forme de Médaillons . On n'entrera
pas quant à préfent , dans le détail de cette portion
precieufe du Cabinet de M. Crozat ; fi on fe
bornoit même à ne décrire que les Morceaux de
marque , cela conduiroit trop loin , & d'ailleurs on
en promet un Catalogue , dont on ne manquera
pas de rendre compte lorfqu'il paroîtra . Il feroit
encore pus difficile de décrire les Deffeins originaux
des Grands Maîtres , que M. Crozat avoit rasfemblés
au nombre de 19000. & qui feront pareillement
vendus avec les Pierres gra ées. Il y en a
de tous les Maîtres , mais fingulierement de ceux
qui ont acquis le plus de réputation dans les Ecoles
d'Italie , de France , des Pays - Bas , d'Allemagne
, &c. On feroit étonné du nombre de Deffeins
de Raphael , de Michel- Ange , du Parmesan , de
Jules Romain, de Polidore , des Caraches, & géneralement
de tous les Maîtres de la premiere Claffe ,
qui fe trouvent réunis dans cette Collection , fi on
pouvoit en donner un Catalogue détaillé , mais on
fent bien qu'il n'eft guere poffible de faire l'énumération
de 19000. Deffeins , auffi n'en promet - on
qu'une Defcription fommaire à la fuite du Catalo-
-gue des Pierres gravées .
M. Crozat avoit entrepris de faire graver les Tableaux
du Cabinet du Roy , ceux du Duc d'Or
leans Regent, & des principaux Cabinets de France
. Nous avons rendu compte dans le tems du Recueil
qui en a parû , & qui contenoit l'Ecole Romaine
; il a parû depuis , en deux tems differens , un
grand nombre de Planches confidérables , d'après les
Tableaux des Peintres Vénitiens , qui font dans ces
Cabinets , gravés par nos plus habiles Graveurs ,
& géneralement toutes ces Planches , & toutes les
Eftampes qui en proviennent , feront auffi vendues,
comme les Pierres gravées , ainfi que les Deffeins ,
Hij M.
2512 MERCURE DE FRANCE
7
M.Crozat l'ayant ainfi ordonné par fon Teftament
& par un effet de fa charité envers les Pauvres ,
dont il avoit donné pendant fa vie , des marques
bien fenfibles , il a voulu que les deniers qui proviendroient
de cette vente fuffent diftribués aux
Pauvres des Paroifles de Paris .
pes
On a omis , en parlant de l'Expofition du Salon ,
qu'il auroit été à fouhaiter que les deux beaux Grou
dont M.Couftou a fait les Modéles pour le Roy,
qu'on doit placer au Château de Marly , euffent pú
y être transportés , mais cela ayant été impoffible ,
les Curieux pourront les voir dans l'Attelier de M.
Couftou , où ils ont été faits , dans la Cour du
vieux Louvre.
Et pour ne rien diffimuler de ce qui s'eft paffé
au fujet des Ouvrages exposés au même Salon, nous
ferons part à nos Lecteurs de quelques reproches de
la du Public , ou efpece de murmure , qui part
font venus jufqu'à nous , au fujet des Peintres &
Sculpteurs de la même Académie , dont le Public
aime les Ouvrages , & qui négligent d'en orner le
Salon , tels que Mrs Largilliere , Rigaud , & c. Et
comme ces fortes de reproches n'ont rien de défobligéant
pour perfonne, nous mettrons ici les noms
que nous avons retenus de ceux qui font dans le
cas , fans ofer affûrer cependant que nous n'en
ayons omis aucun ; fçavoir , Mrs Caze , Profeffeur ,
Coypel , Premier Peintre de M. le Duc d'Orleans ;
le Cler, P. pour la Perſpective ; de Tourniere , P.;
de Fremin , Premier Sculpteur du Roy d'Espagne ;
Galloche , P. , le Moine , Pere & Fils , Sculpteurs ;
Vanloo , le Pere ; Dumont , le Romain , Gobert ,
P.; Van Schappen , P. & Directeur de l'Académie
Aulique de Peinture & Sculpture de l'Empereur à
Vienne ; Chaufourier, Adjoint à Profeffeur pour la
Perspective ;
NOVEMBRE. 1740 2513
Perfpective ; Vanloo , Fils , Peintre du Roy d'Espa- .
gne ; Parroffel , P.; Du Change , Graveur , Confeiller
de l'Académie , Maffe , P.; Jean-Paul Panini,
Peintre Romain , de l'Académie ; le Chevalier Servandoni
, Peintre , Architecte , Eleve de Panini , de
l'Académie , M. Pellegrini , P. de l'Académie , Vé-
N. Cochin , Graveur ; N. Cars , Graveur ;
Tocqué , Peintre ; de l'Académie , Surugue , Gra
veur , & c.
nitien ;
de
Le Dimanche 27. de ce mois , M. Chardin ,
l'Académie Royale de Peinture & Sculpture , fut
préfenté au Roy par M. le Contrôleur Général
avec deux Tableaux de fa compofition , que S. M.
reçut
très- favorablement. Ces deux Morceaux font
deja connûs, ayant été exposés au Salon du Louvre
au mois d'Août dernier . Nous en avons parlé dans le
Mercure d'Octobre fuivant . fous le titre de la
Mere Laborieufe & du Benedicite.
ESTAMPES NOUVELLES.
Le Portrait du Pape en Bufte , fort bien grave
d'après fon Portrait original , peint à Rome , vient
d'être mis en vente chés N. Beauvais , ruë S. Jacques,
à S. Nicolas . Autour on lit ces mots : BENEDICTUS
XIV. PONT . MAX . ÆTAT.LXV . CREA
TUS ANNO M. DCC . XL. ANTEA CARDINALIS
LAMBERTINI . Et au bas de l'Estampe , ( grandeur
in- 4°. ) font dans un Cartouche , les Armes de fa
Maifon ; fçavoir, Palé d'or de gueule de fix piéces.
La Maiſon LAMBERTINI eft une des plus anciennes
parmi les plus nobles de la Ville de Boulogne,
reconnue telle par des Titres du dixiéme fiécle , ceux
de cette Maiſon fuivirent le parti des Guelphes ,
En tous tems ils ont exercé les principales Char
Hij ges,
2514 MERCURE DE FRANCE
ges , tant Militaires que Politiques ; Egano & Guido
, fe diftinguerent dans le quatorziéme fiecle ; les
Rois d'Arragon leur firent changer leurs premieres
Armoiries en celles qu'ils porten aujourd'hui , qui
font d'Artagon même , comme le marque l'Histoire.
Parmi les Illuftres de cette Maifon , & qui ont
décoré la Ville de Boulogne , on compte la Bien
heureufe Imelda , de l'Ordre de S. Dominique ,
qui mourut dans le XIV . fiécle , & la Bienheureufe
Jeanne , Religieufe de Ste Claire , dans le
XV. fitcle ; elle fut la Compagne de Ste Catherine
de Boulogne , à qui elle fucceda dans la Dignité 3
d'Abelle du Convent de Corpus Domini , de la même
Ville .
Les Lambertini obtinrent en 1440. par octroi des
feize Réformateurs de Boulogne , la Seigneurie &
Pentiere poffeffion de la Terre apellée Poggio Rognatico
, dans le Territoire de Boulogne , ce qui leur
fut confirmé par les Souverains Pontifes . Le Pape
Jules II les agregea aux quarante Maifons principales
qui compofent le Sénat .
Cette Mailon, après avoir été divifée en p'ufieurs
Branches , fe trouve aujourd'hui réduite & réunie
fous un feul Chef , duquel eft iflu le Pape Benoît
XIV. Il nâquit le 31. Mars 167 , de Marcel Lambertini
, & de N. Bulgarini , dont la foeur , qui vit
actuellement , fut marize dans la Maifon des Comtes
Roffi , & après le décès de ces deux foeurs , la
Maiſon Bulgarini fera tout- à fait éteinte.
Jean Lambertini , frere du Pape , qui mourut
il y
a quelques années , époufa une Dame de la Maifon
des Marquis Villa , de Ferrare , & en fecondes
nôces, il époufa une autre Dame de la Maiſon Manfi,
de la Ville de Luques , qui vit encore.
Du premier Mariage eft né le Marquis Egano
Lambertini ,
NOVEMBRE. 1740. 251St
Lambertini , Sénateur , feul & unique Neveu du
Pape , & une Fille , qui eft Religieufe dans le Convent
de Ste Marie Nouvelle , à Boulogne . Le Marquis
Egano eft feulement âgé de 20. ans , il a époufé
une Dame de la Maifon des Marquis Spada , de
Boulogne.
Cette illuftre Maifon eft aujourd'hui privée de la
meilleure partie des Revenus dont elle jouiffoit ,
principalement de la Terre de Poggio , malheureufement
toute inondée par les débordemens des Rivieres
, calamité dont le Territoire de Boulogne fe
trouve affligé depuis un fiécle & demi .
Le Pape ayant paffé les premieres années de fa.
jeuneffe dans le College Clementin à Rome , s'apliqua
à l'étude du Droit Civil & Canonique ; il
fut fait Sécretaire de Rote par M. Caprara , créé
depuis Cardinal ; Clément XI. le fit Avocat du
Confiftoire , Promoteur de la Foi , Chanoine de
S. Pierre , Confeiller du Saint Office , Sécretaire du
Concile , & enfuite il l'employa dans les Congré
gations concernant les affaires les plus importantes
de l'Eglife .
Le Pape Benoît XIII . en l'année 1728. le créa
Cardinal, & Evêque d'Ancone , & Clement XII . lui ,
conféra l'Archevêché de Boulogne en l'année 1731.
LE SOIR , Paylage en large , éclairé par un Soleil
couchant,d'une admirable compofition , & trèsbien
gravé d'après le Tableau original de Berghem ,
par J. B. le Bas , Graveur du Roy , chés lequel elle
Te vend , ruë de la Harpe , vis - à- vis la rue Percée .
-
Il paroît auffi une très belle Eftampe , de
la même forme , d'après l'Illuftre Philipe Wauvremens
, gravée avec beaucoup d'intelligence par
M. J Mayreau , Graveur du Roy , chés lequel elle
fe vend , rue Galande , vis - à- vis S. Blaize , fous le
Hij titre
2516 MERCURE DE FRANCE
titre du PILLAGE DES REITRES , pendant les Guerres
Civiles des François fous HENRI III . en 1987 .
Le Tableau original , qui apartient au Graveur
25. pouces de large , fur 21. pouces de haut .
La Suite des Portraits des Rois de France , des
Grands - Hommes & des Personnes Illuftres dans les
Arts & dans les Sciences , continuë de paroître avec
fuccès chés Odieuvre Marchand d'Eftampes , Quai
de l'Ecole ; il vient de mettre en vente , toûjours de
la même grandeur , ceux de
CHARLEMAGNE , XXIII . Roy de France & Empereur
, mort à Aix- la - Chapelle le 28. Janvier 814 .
après 48. ans de Regne , deffiné par A. Boizot , &
gravé par J. G. Will .
JEAN TZERCLAES , COMTE DE TILLY , Géneral
des Troupes de l'Empire , mort à Ingolstad
le 20. Avril 1630. peint par P. L. & gravé par L.S.
M. Giannotti , qui s'eft rendu recommandable
aux Amateurs de Mufique par les Ouvrages qu'il
a mis au jour précedemment , nous a prié d'avertir
les Perfonnes qui ont du goût pour cet Art , qu'il
eft dans le deffein de faire graver par fouscription ,
fon fixiéme OEuvre , composé de fix Trios pour
deux Violons & une Baffe , dont il a obtenu le Privilege,
aux conditions fuivantes . 1 ° . Le Prix de ce
Recueil fera de fix livres pour les Souscrivans qui
délivreront trois livres en fouscrivant , & le refte
en recevant leur Exemplaire. 2 ° . On fouscrira
chés l'Auteur , demeurant ruë S. Honoré à la Ville
de Conftantinople , vis - à vis les Peres de l'Oratoire
jufqu'à la fin de Février 1741. 3 ° . Les Perfonnes
qui n'auront pas fouscrit , ne pourront avoir
ce Recueil à moins de neuf livres . 4. L'Auteur
délivrera les Exemplaires dans le courant d'Avril
1741.
NOVEMBRE. 1740. 2517
M. du Bouffet , Maître de Mufique du Roy , pour
fes Académies Royales des Belles - Lettres & des
Sciences , & Organiſte de l'Eglife Paroiffiale de
S. André des Arcs , vient de mettre en Mufique la
premiere Ode de M. Rouffeau , tirée du Pfeaume
14. Seigneur , dans ta gloire adorable , c.
Le goût & les talens de M. du Bouffet pour la
Mufique Spirituelle , font connus par plufieurs autres
Ouvrages , & il promet de donner fucceffivement
toutes les Odes Sacrées du même Auteur , fi
cette premiere eft goûtée du Public .
Le prix en blanc eft d'une livre 4. fols ; on trouve
cet Ouvrage chés l'Auteur , à Paris , ruë du P'âtre
Ste Avoye; Boivin , ruë S. Honoré, à la Regle d'or;
le Clerc, rue du Rou'e, à la Croix d'or ; & chés Delaguette,
Libraire, ruë S. Jacques , au Bon Pasteur &
à S. Antoine .
NOUVELLE DECOUVERTE!
Le beau Ronge sur la Porcelaine.
Le beau Rouge propre à être employé fur la
Porcelaine , avoit toujours été regardé comme un
de ces Secrets , pour la découverte defquels on ne
pouvoit faire que des efforts impuiffans , lorsqu'un
Particulier inventa en Saxe le Rouge , tel qu'on
l'employe aujourd'hui à la Manufacture de Dresde ,
Cette Découverte réveilla les eſpérances des Artistes
, & on mit la main à l'oeuvre pour tâcher de
découvrir quelque chofe de mieux . Après bien des
recherches , on a enfin trouvé le moyen de perfectionner
cette Couleur tant defirée ; on eft en état
à préfent d'employer fur la Porcelaine le plus
beau Rouge dans toutes les nuances dont il eft fusceptible
; outre les avantages qu'il a fur celui de
Dresde , par raport au coloris, il a encore celui d'ê-
Hv tre
2518 MERCURE DE FRANCE
tre inalterable ; aucun frotement ne peut l'enlever
lorfqu'il eft une fois employé , c'eſt ce qui a été
démontré par nombre d'Expériences réïterées . On
eft redevable de cette Découverte aux recherches
laborieufes du Sr Taunay , Marchand Orfévre-
Jouaillier , Quai de Conty , au Petit Suifle .
CHANSON.
B Elle Babet , qui pourroit se défendre ?
A de si doux accens qui pourroit résister ?
Non , non , le Berger le moins tendre
En vous voyant est forcé de se rendre ;
Vos beaux yeux sçavent tout charmer.
Par Mlle ***
CHANSONETTE.
FAnchon , l'autre jour dans ce bois
Tu faisois la folette ,
Près de Lucas , qui quelquefois
Te parloit en cachette ;
Crainte de passer pour fâcheux ,
Je m'enfuis sans rien dire ,
Car j'aperçus dans tes beaux yeux
Qu'un tiers n'eût fait que nuire.
Le
་
Lovembre
1740.
THERE
1
DE
LA
LYON
VILLE
Le
NOVEMBRE . 1740 2519
Le soir , de retour au logis ,
D'où vient es tu rêveuse ?
Tes yeux paroissent interdits ,
Ton humeur est grondeuse ;
Pour moi je pense bonnement
Te voyant chiffonnée ,
Que sur l'herbette un malin vent ;
Malgré toi t'a jettée.
E
おのおのの
SPECTACLES.
XTRAIT de la Comédie nouvelle en
Vers & en cinq Actes , intitulée l'Heureux
Echange , repréſentée au Théatre François
, le 22. Octobre dernier.
ACTEURS.
Ormond ,
Arifte
Le Sr de la Thorilliere:
le Sr Fierville.
Damond , Fils d'Ormond , le Sr Montmeny.
Le Chevalier ,
Frontin
le Sr Dubois.
le Sr Poiffon.
Araminte , Soeur d'Ormond, la Dlle la Motte.
Hortense , Fille d'Arifte , la Dlle Conel.
Angelique , Niéce d'Ormond, la Dlle d'Angeville.
la Dlle Lavoy.
Finette ,
La Scene est à Paris , chés Ormond.
H vj
Cette
2520 MERCURE DE FRANCE
Cette Comédie , dont l'Auteur eft anonyme
, ayant été retirée à la feconde représentation
, il ne nous a pas été poffible d'en donner
un Extrait moins imparfait nous nous
contentons présentement d'en inserer dans
ce Journal un argument très- fuccint , en attendant
que l'impreifion nous mette en état
d'en parler plus au long. Voici fur quoi roule
l'Action Théatrale .
,
Deux Amis , dont l'un s'apelle Ormond ,
& l'autre Arifte , pour mieux ferrer les noeuds
de leur amitié, veulent unir leurs familles par
un heureux Hymen ; Ormond a un Fils
Ariſte a une Fille ; Arifte , prêt à partir pour
l'Amerique , où fes affaires l'apellent , prie
Ormond de vouloir bien fe charger de l'éducation
de fa Fille ; Ormond lui confie for
Fils ; ils conviennent entre eux qu'ils fe diront
l'un & l'autre Peres de l'Enfant qu'ils
éleveront : Arifte , pour des raisons qu'on
n'explique pas affés dans la Piece , renvoye
à Paris , fous le nom d'Oronte le Fils que
fon Ami Ormond a mis en dépôt entre fes
mains , en lui faisant promettre qu'il ne fe
dira pas fon Fls. Il faut même fuposer qu'il
a exigé de lui , qu'il ne diroit absolument
rien qui pût faire foupçonner fon véritable
état . Voilà donc Oronte arrivé à Paris ; le
hazard fait qu'il vient loger dans le voisinage
d'Ormond , ou peut- être Arifte lui a t'il recommandé
NOVEMBRE. 1740. 2527.
commandé de rechercher l'amitié d'Ormond,
par des motifs dont il lui a fait un myftere.
Des visites qu'ils fe rendent réciproquement
lient entre eux une sympathie que fe fortifie
tous les jours ; Ormond fait un fi grand cas
de ce nouveau Voisin , qu'il fouhaiteroit de
tout fon coeur que le Fils qu'il a confié à
Arifte lui reffemblât. Arifte revient enfin de
l'Amérique , & fans rien faire connoître de
plus à fon Ami Ormond , il lui dit que fon
Fils arrivera bientôt. Cependant Oronte devient
amoureux d'Hortense ; c'eft la Fille
qu'Arifte a mis en dépôt chés Ormond. Cet
amour , entre ces jeunes personnes , naît de
la conformité d'humeurs , ils font auffi vertueux
& auffi fages l'un que l'autre ; Arifte
garde fon fecret jusqu'à la fin du dernier
Acte ; ce fecret gardé , fans qu'on puiffe fçavoir
pourquoi , fait le noeud de la Piéce ,
& l'aveu qu'Arifte fait à Ormond du vérita- ›
ble état d'Oronte en fait le denoûment , à
la fatisfaction des quatre perfonnes intereffées.
Voilà en quoi confifte l'Action principale
; voici ce que l'Auteur a imaginé pour
en faire une Comédie en cinq Actes. Or--
mond a une Niéce apellée Angelique , qui
peut être lui tient lieu de Fille ; cette Angelique
ne femble entrer dans la Piéce que
pour contrafter avec Hortense , car elle eft
prefque auffi folle qu'Hortense eft fage ; pour
faire
2522 MERCURE DE FRANCE
>
faire le même contraſte avec Oronte , on lui
donne pour Ami un Chevalier auffi étourdi
qu'Oronte eft prudent , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft que ces deux jeunes Gens,
dont le caractere eft diamétralement oposé
foient unis d'une maniere fi intime . Nous ne
parlons point ici d'une Soeur d'Ormond , appellée
Araminte , qui joue le personnage de
ces vieilles folles dont le Public eft fi rebatu
, & dont Moliere & Renard ont fourni
des modéles ; le premier dans les Femmes
Sçavantes , & le dernier dans le Joueur. Ce
qui produit quelque interêt dans la Comédie
de l'Heureux Echange , c'eft qu'Ormond
ayant promis à Arifte de marier les deux Enfans
échangés ( fi l'on peut apeller du nom
d'Echange ce dépôt qu'ils fe font confiés l'un
à l'autre ) Ormond & Hortense fe trouvent
dans une fituation bien affligeante ; Ariſte
qui pourroit d'un feul mot leur épargner ce
chagrin , augmente leur peine par la promef
fe qu'il fait à Ormond que fon cher Fils fe
montrera bientôt à fes yeux ; le plaifir que
cette promeffe réïterée doit faire à Ormond,
eft même diminué par le malheur d'Oronte,
qui par là fe trouve très - malheureux .
Au refte , quoique cette Comédie ne foit
pas des mieux conduites , l'Auteur anonyme
ne laiffe pas de mériter de juftes éloges ,
par raport aux portraits dont fa Piéce eft femée
,
NOVEMBRE. 1740 2523
mée , & aux maximes qui y font répanduës ;
l'honneur cependant ilferoit à fouhaiter pour
du Théatre , que les Auteurs s'attachaffent
un peu moins à ce qu'on apelle beautés de
détail , & qu'ils en dédommageaffent les
Spectateurs par des choses plus réelles , qui
ne font que trop négligées,mais , par malheur,
il n'eft pas donné à tous les Gens d'esprit
d'avoir de l'invention.
,
Le 5. Novembre , les mêmes Comédiens
donnerent une Piéce nouvelle en Prose &
en un Acte , intitulée Joconde , fuivie d'un
divertiffement , de laquelle on parlera plus
au long , ayant été reçue favorablement du
Public .
Les Vers qu'on va lire ont été envoyés trop
tard pour être inserés dans le dernier Mercure
, ayant été faits à l'occafion de la petite
Comédie de la Magie de l'Amour , joüée à
Fontainebleau le 27. Octobre dernier.
J.
VERS à Mlle Gauffin.
Aimois fans le fçavoir , aimable Sophilette ,
Mais je le fçais depuis un jour.
Je n'aurois jamais crû que mon ame inquiette
Reffentît les traits de l'Amour.
A peine je te vis , ma raison allarmée
Me fit craindre l'enchantement .
Depuis
2524 MERCURE DE FRANCE
Depuis ce tems helas ! fa perte eft confirmée ;
Pour moi le plus beau jour brille fans agrément.
Je desire la nuit , mais rien ne me foulage ;
Le fommeil fur mes yeux répand - il fes pavots ?
Dans un fonge flateur tu m'offres ton image ,
Et tu viens troubler mon repos :
Non , je n'en doute plus , l'Art de la Theſſalie
N'eft pas ce qui fait ma langueur :
Que j'étois fimple , helas ! d'accuser la magie ,
Du trouble fecret de mon coeur !
L'Amour eft l'enchanteur, lui feul ma rendu tendre;
Tes beaux yeux font l'enchantement :
C'eft en vain que les miens ont voulu te l'aprendre ,
Quoiqu'ils parlaffent clairement ,
Pour toi , belle Gauffin , fans ceffe je foupire.
Je me plais à porter tes fers ,
Permets qu'à tes genoux je te le puiffe dire
Je le ferai bien mieux qu'en Vers.
MADRIGAL
A la même en lui présentant les Vers précedens.
D'Un Amant qui porte tes chaînes
Et dont tes yeux percent le coeur ,
Si tu veux foulager les peines ;
Accorde le tien au porteur.
Le
NOVEMBRE. 1740 252§ .
>
Le 19. Novembre , les Comédiens Italiens
firent l'Ouverture de leur Théatre depuis leur
retour de Fontainebleau , par le Superstitieux,
Comédie en Vers & en trois Actes du Sieur
Romagnesy. Cette Piéce avoit été donnée
au mois de Mars dernier , & avoit été interrompue
à la feconde représentation par
l'indisposition d'un Acteur ; elle a été reçûë
aujourd'hui auffi favorablement qu'elle l'avoit
été dans fa nouveauté ; on en parlera
plus au long . Cette Piéce fut fuivie de la
premiere représentation d'une petite Comédie
en Prose & en un Acte , intitulée PEpreuve
, & d'un Concerto , Divertiffement
Pantomime nouveau , qui a été aplaudi &
très - bien dansé par les Acteurs de la Troupe.
>
Le 8. Novembre , l'Académie Royale de
Musique , remit au Théatre Amadis , Tragédie
de Mrs Quinault & Lully , laquelle n'avoit
pas été reprise depuis le mois d'Octobre
1731. Les deux Rôles du Prologue de l'Enchanteur
Alquif& de l'Enchanterelle Urgande
, font joués par le Sr le Page & par la Dlle
Erremens ; les Dlles Antier & le Maure
joüent les deux mêmes Rôles d'Arcabonne &
d'Oriane qu'elles avoient jouées . en 1731. Le
Sr Jelyot , joue celui d'Amadis , le Sr Albert
remplit celui de Florestan: La Dlle Fel joüe
le Rôle de Corisandre , & le Sr le Page celui
d'Acalais.
}
2526 MERCURE DE FRANCE
d'Acalans. Ce magnifique Opera a été reçû
très- favorablement du Public , & rien n'a
été épargné pour le remettre avec tout l'éclar
qu'il mérite . On a donné un Extrait du
Poëme dans le Mercure d'Octobre 1731. p.
2413. auquel nous renvoyons .
Le 17. on donna une représentation du
Ballet des Sens , qu'on avoit remis au Théatre
au mois de Mai dernier. Ce Ballet fut:
fuivi des Entrées Pantomimes , exécutées par
le Sr Rinaldi Foffano , & la Dlle fon Epouse
dont on a déja parlé ; on doit continuer le
même Ballet tous les Jeudis pendant l'hyver.
PARODIE sur l'Air , Sortons d'esclavage
du troisiéme Acte d'Amadis de Gaule.
1.
Complet
Uel Champ plein de Charmes !
Amadis , vous l'emportez ;
Tout vous rend les Armes ;
Amadis , vous l'emportez
Sur les nouveautés.
11. Calmons nos allarmes ;
Le bon goût est rétabli ,
R ..... rend les Armes ,
Le bon goût est rétabli ,
Tout cede à Lully.
NOU
NOVEMBRE. 1740. 2527
NOUVELLES ETRANGERES.
L
TURQUI E.
Es dernieres Lettres de Conftantinople portent
que le Grand Vifir ayant fait fçavoir au Comte
d'Uhlefeldt qu'il lui donneroit audience . le 24 du
mois dernier , cet Ambaffadeur fe rendit avec toute
fa fuite dans la Plaine de Siabad , où le Grand
Vifir le reçût fous des Tentes qu'il avoit fait dresser
pour leur entrevûë . Après l'audience , le Comte
d'Uhlefeldt dîna avec le Grand Vifir, qui fit fervir
plufieurs Tables pour les Genti shommes & les
Domeftiques de l'Ambaffadeur . Le dîner fut fuivi
de diverses Joûtes , dans lefquelles les Pages du
Grand Vifir fe diftinguerent par leur adreffe , & le
foir le Grand Vifir donna au Comte d'Uhlefeldt un
repas auffi magnifique que celui du matin . Pendant
le dîner & le fouper, la Mufique de ce Premier Miniftre
exécuta plufieurs Fantares , & des Pantomimes
, firent plufieurs tours de force fur un
Théatre élevé vis - à vis de fa Tente. Les principaux
Miniftres du Grand Seigneur fe trouverent à
cette Fête , mais les Miniftres Etrangers , qui y
avoient été invités , s'excuferent d'y affifter , parce
que la pefte continuant de faire beaucoup de ravage
à Conftantinople , ils ont craint la communication
du mal contagieux.
Lorfque l'Ambaffadeur prit congé du Grand Vi
fir , ce Premier Miniftre lui fit préfent de deux Fufils
damafquinés en or , & d'un très- beau cheval ,
dont la felle , la houffe & le harnois , étoient de
velours cramoifi , couvert d'une riche broderie.
L'Ambaffadeur
528 MERCURE DE FRANCE
L'Ambaffadeur , felon la coûtume , fut revétu
d'une Peliffe de Martre Zibeline , & l'on diſtribua
des Caffetans & des Mouchoirs brodés à toutes les
perfonnes de fa fuite . Il fut enfuite reconduit à
Conftantinople avec les mêmes céremonies qu'en
allant à l'audience du Grand Vifir .
Les précautions que le Comte d'Uhlefeldt a prifes
pour garantir fa Maifon de la pefte , n'ont pû
empêcher que plufieurs de fes domeftiques n'en
fuffent attaqués , & il y en a 28. de malades , du
nombre desquels font trois de fes principaux Officiers
. Dès les premiers fymptômes qu'ils ont eû de
ce mal , on les a fait partir pour la campagne , &
l'Ambaffadeur n'a gardé auprès de lui que les perfonnes
dont l'état n'a laiffé aucun foupçon de contagion
. On ne laiffe plus entrer aucun Turc
dans fon Palais , & tout ce qu'on y aporte eft vifité
& parfumé avec foin . Le Comte d'Uhlefeldt , pour
plus grande sûr té compte fortir lui même de
Conftantinople ; auffi tôt après qu'il aura eû fa premiere
audience du Grand Seigneur , il fe retirera.
dans une Maiton de Campagne , voifine de celle du
Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur du Roy de
France , & il ne retournera point à Conftantinople,
que la pefte ne foit entierement ceffée .
Sur les plaintes que le Comte d'Uhlefeldt a faites
de Gianihi Ali Pacha , par ordre de l'Empereur , fa
Porte a envoyé un Capigi Bachi à Vienne , pour
prendre des informations au fujet de la conduite de
cet Ambaffadeur.
१.
Le Marquis de Villeneuve a obtenu pour les Religieux
Obfervantins , qui font à Smyrne , la permiffion
d'y bâtir une Eglife.
RUSSI
NOVEMBRE. 1740 2529
RUSSIE.
N mande de Pétersboug , que le Feldt- Maréchal
Eefcy avoit reçû avis de Vienne , que le
feu Empereur l'avoit créé Comte de l'Empire .
On a apris que la Czarine , qui depuis plufieurs
jours étoit incommodée de la goute , fe
trouva très- mal le 16. du mois paffé ; qu'elle eût ce
jour- là un crachement de fang, & que la fievre violente
dont il fut fuivi,fit craindre qu'il ne fe formât
une inflammation .
terman ,
L'état fâcheux dans lequel S. M. Cz . fe trouvoit,
l'ayant engagée à regler l'ordre de ſa ſucceſſion ,
elle fit apeller le Duc de Curlande , le Comte d'Osle
Feldt Maréchal Comte de Munich , le
Knées Czerkaskoy , & plufieurs autres Miniftres &
Géneraux , & elle nomma en leur préfence pour fon
Succeffeur le Prince Jean , Fils de la Princeffe de
Brunswick Bevern , auquel elle donna en même
tems le Titre de Grand Prince de Mofcovie.
Le 17. elle fit communiquer au Sénat la difpofition
qu'elle avoit faite en faveur de ce Prince , & la
formule du Serment , qui devoit être prêté à cette
occafion , ayant été dreffée , la Princeffe de Brunswick
Bevern , le Prince fon Epoux , la Princeffe Elizabeth
Petrowna , le Duc & la Ducheffe de Curlande
prêterent le 18. ce Serment ; leur exemple
: fut fuivi par les Miniftres, les Géneraux, & les principaux
Officiers des differens Tribunaux.
Le Prince Jean fut proclamé le lendemain , Grand
Prince de Mofcovie , & pendant cette céremonie
: ainfi que pendant celle du jour précedent , les portes
de Pétersbourg furent fermées , la garde des
principaux poftes fut renforcée , & les trois Régimens
des Gardes demeurerent fous les Armes.
L'AЯe
2530 MERCURE DE FRANCE
C
L'Acte par lequel la Czarine a reglé la fucceffion
au Trône , porte que l'attention avec laquelle S M.
Cz. a toujours travaillé depuis le commencement de
fon Regne à affûrer le bonheur de ſes Sujets , eft fi
connue de tout le monde , qu'elle pourroit le dispenfer
d'entrer à cet égard dans aucun détail ;
qu'elle a donné des preuves fuffifantes de fou affection
pour les Peuples par.fon zele pour étendre la
Religion ; pour faire observer la Juſtice ; pour proteger
les oprimés ; pour défendre la Moscovie contre
les entrepriſes des Ennemis ; par le foin qu'elle
a pris de fonder des Colleges & des Académies pour
l'inftruction de la Jeuneffe ; par fon aplication à fa
vorifer les progrès du Commerce , à établir des
Manufactures , à faire réparer les chemins , & à
mettre en ufage tous les moyens qui pouvoient contribuer
à la gloire de la Nation ; qu'elle remercie le
Dieu Tout- Puiffant, Difpenfateur de tous les Biens,
Ide ce qu'il a bien voulu , par un effet de la bonté
inexprimable , benir les intentions pures & droites
qui l'ont dirigée dans toutes fes actions , être fon
Bouclier & fon Défenfeur dans les Guerres qu'elle
a été obligée d'etreprendre , & couronner les démarches
par des fuccès fi heureux , que la tranquillité
de l'État paroît être entierement affermie , tant
au- dedans qu'au dehors; que des graces fi fignalées
lui impofent l'obligation de continuer avec la même
ardeur , de faire tous les efforts pour affûrer à
fes Sujets la poffeffion de ces avantages , & que ce
motif l'engage à pourvoir à fa fucceffion , en vertu
du pouvoir que lui donne la Conftitution du 16.
Février 1722. dont l'obſervation a étéjurée par tous
fes Sujets , & par laquelle il a été ftatué que les
Souverains de Mofcovie pourroient fe cho fir tel
Succeffeur qu'ils jugeroient à propos ; qu'ainfi elle
déclare & inftitue le Prince Jean pour Héritier Préfomptif
NOVEMBRE. 1740 2535
1740.2531
•
fomptif de la Couronne ; qu'en cas que ce Prince
meure fans laiffer d'Eufans mâles , elle lui fubftituë
les Freres qu'il pourra avoir dans la fuite , & qu'el
le autorife celui qui reftera le dernier , à nommer
fon Succeffeur ; qu'en conféquence de cette dispo
fition , elle ordonne à tous fes Sujets , fans aucune
exception , de s'engager par un Serment folemnel à
s'y conformer , & d'invoquer le Tout- Puiffant ,
pour qu'il lui plaife de répandre fes Bénédictions
fur les mesures qu'elle prend pour la profperité do
l'Etat.
Le bruit court que le Prince de Brunswik Bevern
, fera Génera iffime des Troupes.
On a apris par les dernieres Lettres , que la Czarine
quelques jours avant ſa mort, a nommé le Duc
de Curlande Regent de Mofcovie , & qu'elle a ordonné
par un Acte figné de fa main , que pendant
la Minorité du jeune Czar , qui , fuivant les Cons-
-titutions de l'Etat , ne doit prendre les rênes du
Gouvernement qu'à l'âge de 16. ans accomplis , le
Duc de Curlande eût le plein pouvoir d'adminiftrer
toutes les affaires de la Monarchie , tant celles du
dedans que celles du dehors ; que les Alliances &
les Traités qu'il conclûroit avec les Puiflances
Etrangeres , euffent la même force que s'ils étoient
conclus par le Czar lui- même , qu'il fût le maître
de faire telles difpofitions qu'il jugeroit convenables
pour l'interêt de la Mofcovie , en ce qui regarde
l'entretien des forces de Terre & de Mer ,
Fadminiftration des Finances, les recompenfes pour
les fervices rendus à l'Etat , & en géneral toutes les
Caffaires publiqués . Dans le cas de la mort du Czar,
le Duc de Curlande confervera la même autorité ,
jufqu'à ce que le Succeffeur de ce Prince foit en
âge de gouverner par lui - même , & f , contre toute
attente , les Enfans ou les Freres qui pourront
naître
2532 MERCURE DE FRANCE
naître au Czar , mouroient fans laiffer d'héritiers
légitimes , ou s'il n'y avoit pas affés de fûreté pour
la fucceffion , le Duc Régent a été autorisé par la
Czarine , à prendre , conjointement avec les Ministres
du Cabinet , le Sénat & les Feldts Maréchaux,
les mesures néceffaires pour le reglement de la fucceffion
, à élire un nouveau Souverain & à lui affûrer
la poffeffion du Trône. La Czarine a déclaré
qu'elle vouloit que le Czar élu de la forte par un
accord commun , fût regardé & refpecté dans la
fuite , comme s'il avoit été défigné par elle même.
Elle a ajoûté dans l'Acte par lequel elle donne la
Régence au Duc de Curlande, qu'elle ne doute pas ,
vú le zele & la fidelité que ce Prince lui a marqués
depuis plufieurs années , qu'il n'ait pour toutes les
Perfonnes de la Famille des Czars , le refpect qui
leur eft dû , & qu'il ne prenne foin de pourvoir à
leur entretien , d'une maniere convenable à leur
rang. Le même Acte porte , que comme la Régence
ne peut être qu'onéreufe au Duc de Curlande ,
& qu'il ne s'eft déterminé à fe charger de ce fardeau,
que par une véritable affection pour la Mailon
Regnante, elle confent que fi ce Prince vouloit
abfolument renoncer aux embarras du Gouvernement
, il établiffe , du confentement des Miniftres
du Cabinet , du Sénat , des Feldts - Maréchaux &
des autres Géneraux , une Régence qui puiffe durer
jufqu'à la Majorité du Czar , & que la nouelle Régence
étant établie , le Duc de Curlande puiffe ,
felon fon bon plaifir , demeurer à Pétersbourg ou
fe retirer dans les Etats , pour lequel effet le Gouvernement
lui donnera tous les fecours néceffaires.
La mort de la Czarine ayant été cachée jufqu'au
29. au matin du mois dernier , on fit fermer dès la
pointe du jour toutes les portes de Pétersbourg ,
avec ordre de ne les ouvrir que le 30. on a posé
des
NOVEMBRE. 1740 . 2533
des Corps de Garde dans toutes les principales ruës
& les trois Régimens à pied étant fous les Armes ,
on proclama Czar le Prince Jean , Grand Prince de
Moscovie , fils de la Princeffe Anne de Mekelbourg
& du Prince Antoine Ulrich de Brunswick Bevern..
Les Miniftres du Cabinet , le Sénat & les Géneraux
, ont en même-tems prêté Serment au nouveau
Czar entre les mains du Duc de Curlande.
Aulli- tôt après cette Céremonie on a publié
une Déclaration fignée par tous les Miniftres &
par les Generaux , dans laquelle le Czar , après
avoir apris à fes Sujets la mort de la Czarine
, leur enjoint , en conféquence de la difpofition
faite le 16. par cette Princeffe pour regler
l'ordre de fa fucceffion , de le reconnoître pour Souverain
de Moscovie , & de lui prêter ferment d'obéiffance.
L'Acte par lequel la Czarine a déclaré le
Duc de Curlande Régent pendant la Minorité , eft
joint à cette Déclarat on , à la fin de laquelle le
Czar recommande à fes Sujets , de le fervir avec fidelité
& de fe conformer exactement , .jufqu'à - ce
qu'il ait atteint l'âge de 16. ans , à tout ce que
Duc Régentjugera à propos de décider pour le bien
de l'Etat , conjointement avec les Miniſtres, le Sénat
& les Generaux.
ALLEMAGNE.
le
E jour de la mort de l'Empereur , les Chefs des
LConfeils & les principaux Officiers des differens
Tribunaux,furent admis à baifer la main à la Gran
de Ducheffe de Tofcane , qui les a confirmés dans
leurs Emplois , & qui a laiffé provifionellement
Toutes choſes dans l'état dans lequel elles étoient.:
L'Impératrice Douairiere fe rendit le même jour
vers les fept heures du matin au Palais de la Favo-
I rite
2534 MERCURE DE FRANCE
rite , & elle emmena avec elle dans fon Monaftere
l'Impératrice & les Archiducheffes . La Grande Du
cheffe eft restée avec le Grand Duc dans ce Palais
julqu'au 26. du mois paffé , qu'elle alla occuper ce
lui de Vienne. 1
.
- Cette Princeffe a envoyé au Comte d'Uhlefeldt
de nouvelles Lettres de Créance , avec ordre d'as
sûrer le Grand Seigneur qu'elle eft dans la réfolution
d'obſerver fidellement le Traité conclu par
l'Empereur avec Sa Hauteffe.
été
Le Corps de l'Empereur ayant été transferé du
Palais de la Favorite à celui de Vienne , & ayant
expofé à vifage découvert fur un Lit de parade pendant
un jour entier , il fut mis le 22. dans un Cercueil
, & on le porta dans la Sale des Chevaliers
laquelle étoit entierement tendue de noir, ainfi que
tous les Apartemens du Palais ; il y fut placé lur
une Eftrade couverte d'un Tapis de velours noir
Aeurs d'or , les differentes marques de la Dignité
Impériale étoient fur des couffins auprès du Cercueil,
qui étoit fous un Dais de la même étoffe que le Ta
pis de l'Etrade ; aux quatre coins de la Sale étoient
des Autels , fur lefquels on a célebré des Meffes
pour le repos de l'ame de S. M. I. depuis une heure
du matin jufqu'à midi , pendant tout le tems que
le Corps y a été en dépôt.
Le 28. jour fixé pour la Pompe funebre, le Corps
de l'Empereur fut porté à l'Eglife Aulique des Auguffins
Déchauffés , & enfuite à celle des Capucins ,
où eft la fépulture des Princes de la Maiſon d'Autriche,
& la marche du Convoy fe fit dans l'ordre
fuivant.
Une Compagnie de Grenadiers ; les Pauvres des
Hôpitaux , les Freres de la Miféricorde , les Minimes
; les Carmes Réformés & non Réformés , les
Services ; les Religieux de l'Obfervance; les Dominicains
;
NOVEMBRE. 1740. · 2539
cains ,les Auguftins ; les Barnabites ; les Bénedic
fins Ecoffois , les Peres Trinitaires de la Rédemption .
des Captifs . les Chanoines Réguliers de S. Augusrin
;
les Auguftins Déchauffés & les Capucins ; une
Compagnie de Cuiraffiers ; les Officiers de la Maifon
de S. M.I. le Recteur & les Doyens de l'Univerfité
; les Magiftrats de Vienne ; les cinq Tribu
naux , les Confeillers d'Etat; les Chevaliers de l'Oré
dre de la Toifon d'or qui font à la Cour Impériale ;
plufieurs Evêques & le Cardinal Archevêque de
Vienne , la Compagnie des Trabans & une Compagnie
des Nobles Archers de la Garde de l'Empereur.
Les Chambellans de S. M. I. précedoient le Corps
qui étoit porté par 12. d'entre eux . Le Grand Duc de
Tofcane marchoit immédiatement après le Cercueil;
& il étoit fuivi des Archiducheſſes Marie- Anne &
Marie- Magdeleine , qui étoient accompagnées des
principales Dames de la Cour. Les Miniftres d'Etat ,
les Géneraux & un grand nombre de Seigneurs
venoient enfuite , & la marche étoit fermée par
une Compagnie des Nobles Archers de la Garde de
S. M. I & par une Compagnie de Cuiraffiers. Le
Régiment des Gardes formoit une double haye dans
les rues par lesquelles le Convoy paffa.
Lorfque le Corps fut arrivé à l'Eglife des Capucins
, le Gardien du Convent à la tête de fes Reli
gieux , le reçût avec les cérémonies accoûtumées ,
& après qu'on eut celebré l'Office des Morts , le
Corps fut mis dans le Tombeau des Princes de la
Maifon d'Autriche .
SAXE.
N. a apris de Dresde , que le Confeil de Régence
, fur la nouvelle de la mort de l'Empereur
, a pris poffeffion au nom du Roy de Pologne,
Rond d
I ij Electeur
536 MERCURE DE FRANCE
Electeur de Saxe , des fonctions d'un des Vicaires
Géneraux de l'Empire.
ITALIE,
N mande de Rome que l'on a dreffé dans les
Affemblées qui fe font tenues au Capitole , le
Projet d'une Pragmatique, pour reformer le luxe, &
que les deux premiers Confervateurs l'ont remis au
Pape , qui a chargé les Cardinaux Pic de la Mirandole
& Valenti Gonzaga, de Pexaminer. On a apris
en même tems que le Cardinal Aquaviva avoit envoyé
fes grands caroffes de céremonie à Naples , od
il devoit fe rendre pour tenir fur les Fonts de Bap
tême , au nom du Roy d'Eſpagne, la Princefle dont
la Reine des deux Siciles eft accouchée, & que cette
Eminence a fait faire de magnifiques liviées pour
paroître dans cette occafion avec l'éclat convenable .
M. Anaftafi , Archevêque de Sorento , lequel
ayant été mandé à Rome , à l'occafion du meurtre
commis par fes Sbires en la perfonne du Vicaire
General de Maffà , avoit obtenu du feu Pape la permiffion
de differer fon voyage , a reçû ordre de s'y
rendre inceffamment.
Sa Sainteté a envoyé à la Ducheffe de Modene
un Chapelet d'Emeraudes & de Diamans .
MODEN E.
Na apris de Modene , que le Frere du Prin
ce Héreditaire fut baptisé le 14. du mois paffé
dans l'Eglife Collégiale de Saffuolo, & qu'il fut tenu
fur les Fonts de Baptême , au nom du Pape , par le
Cardinal de Rohan . Le Duc de Modene , accompagné
du Prince Héreditaire , alla au- devant de ce
Cardinal jufqu'à Fiorano , & l'y ayant fait monter
dans
NOVEMBRE 2537 1740 1740.
dans fon caroffe , il le conduifit à Saffuolo , où ce
Cardinal fut reçû au bruit de plufieurs falves
d'Artillerie .
Le Cardinal de Rohan , en arrivant au Château ,
trouva le Régiment des Gardes en Bataille , Tambours
batrans & Enfeignes déployées. Les Suifles
& les Gardes du Corps étoient en haye fous les Ar
mes dans la feconde Cour , & la principale Nobles
se de ce Duché , laquelle s'étoit rendue à Saffuolo ,
attendoit le Duc & le Cardinal au pied de l'escalier.
Après que le Cardinal de Rohan eut falué la Ducheffe
de Modene , il paffa dans l'apartement du
Duc , qui eut avec lui un long entretien . Il dîna
enfuite avec ce Prince & avec la Ducheffe , & pendant
le repas il y eut Concert. A quatre heures après
midi, ce Cardinal ayant pris fon Rochet & fa Châpe
de Cardinal , alla à l'Eglife dans un caroffe du Duc,
lequel étoit fuivi de dix autres caroffes , precedé
de douze Pages , & aux côtés duquel marchoit un
détachement des Gardes du Corps. Le Doyen de la
Collégiale, à la tête des Chanoines , tous en Châpe,
le reçût à la porte & iui préfenta de l'Eau Benite.
Peu de tems après que le Cardinal fut entré dans le
Choeur, où le Portrait du Pape étoit fous un Dais,le
Frere du Prince Héreditaire,accompagné de la Com .
teffe de Vezzani, fa Gouvernante , du Comte Alexandre
Marciano & de plufieurs Gentilshommes & Officiers
du Duc , y arriva en Chaiſe à Porteurs On fit
auffi-tôt la Céremonie du Baptême , après laquelle le
Cardinal de Rohan s'étant placé fur une chaife auprès
du Dais fous lequel étoit le Portrait de S. S. le
Doyen de l'Eglife Collégiale entonna le Te Deum,
qui fut chanté à plufieurs Choeurs de Mufique. Le
Cardinal de Rohan fe leva enfuite de fa chaife , &
étant monté à la Tribune où étoient le Dec & la
Ducheffe , il leur préfenta le Prince , à qui il a doa
ré les noms de Benoit- Philipe - Armand.
2538 MERCURE DE FRANCE
I
ISLE DE CORSE.
Left à préfent certain que le neveu du Baron de
Neuhoff eft forti de l'Isle de Corfe , & on vient
d'aprendre qu'il étoit arrivé à Livourne avec un
Gentilhomme Pruffien & 14. ou 15. Corfes , tous
en très mauvas équipage . Depuis cet évenement
Ja tranquillité paroît être entierement rétablie dans
P'Isle ; il n'y a plus que deux fameux Bandits qui y
commettent encore des défordres , & comme on a
arrêté depuis peu à Lento trois de leurs parens qui
favorifoient leurs brigandages , on compte qu'ils
prendront bien- tôt le parti de demander grace.
Depuis que le neveu du Baron de Neuhoff eft
forti de l'Isle de Corfe , on y voyage prefque partout
en sûreté , excepté dans les environs de Lento,
où les deux Bandits dont on a parlé , continuent de
commettre des brigandages.
Le Marquis de Maillebois a fait remettre au
Commiflaire Géneral de la République toutes les
Armes qu'on a ôtées aux Rebelles.
U
ESPAGNE.
N Vaiffeau qui eft arrivé d'Amérique au Ferol
le 16. du mois paffé , a raporté des lettres de
Don Manuel Montiano , Gouverneur de S. Augus
tin dans la Floride . par lefquelles on a reçû la
confirmation de la levée du siége que les Anglois
avoient mis devant cette Place.
Ces Lettres marquent que les Ennemis après 38 .
jours de tranchée ouverte , avoient abandonné le
27 du mois de Juillet dernier leur Camp avec tant
de précipitation , qu'ils n'avoient emmené ni leurs
bagages ni leur Artillerie , que le Géneral Oglethorpe,
avant que de décamper, avoit retirédu Fort
Saint
32
NOVEMBRE. 1740 2539
Saint Diegue les Troupes Angloifes qu'il y avoit
mises en garnifon , & que de 1 foo hommes avec
Jefquels il étoit entré dans la Floride , il ne lui en
reftoit qu'environ 800 , lorsqu'il avoit levé le Siége .
...Don Jofeph Gonzalez , Enfeigne de Vaiffeau ,
qui commande un Vaiffeau armé en courſe , s'eft
emparé d'un Bâtiment Anglois de 206. tonneaux
dont la charge confitant en Sucre & en Coton eft
eftimée 70000. Piaftres .
On a apris , en dernier lieu de Madrid , que le
3. du mois dernier , l'Armateur Barrera conduifit
dans un Port de Galice le Bigantin Anglois la
Branche d'Olive, chargé de differentes Marchandifes.
Un autre Brigantin de la même Nation , nommé
la Charmante Saly , fur lequel il y avoit 170. Bariis
de Riz , fut pris le 16. à la hauteur de S. Sébastien ,
par la Barque Eipagnole la Notre- Dame de l'Assomption.
Le même jour Don Félix Romero s'empara d'un
Bâtiment Irlandois dans les environs de Peniche .
Don Jofeph Gonzales , Enfeigne de Vailleau ,
qui commande un Bâtiment armé en courſe , enleva
le 26. Septembre dernier , vers le 38. dégré de
Latitude Septentrionale , un Paquetbot qui reve-
-noit de l'Ile de S. Chriftophe , & à bord duquel il
y avoit une grande quantité de Sucre & de Coton.
Le 11. & le 17. du même mois , Don Juan de
Efcarza a fait deux prifes , dont la charge eſt eſti-
-mée +3000. Piaftres .
du On a reçû avis des Iles Canaries , que le 22.
mois de Mai dernier , un Armateur Eſpagnol étoit
entré dans le Port de Sainte Croix , de l'ifle de
Tenerif, avec un Pinque Anglois & une Corvette
de la même Nation.
Deux Barques Efpagnoles ont pris à quatre milles
de Gibraltar, le Vaiffeau la Marguerite , qui étoie
deftiné pour Livourne.
23.40 MERCURE DE FRANCE
GRANDE -BRETAGN E.
Na apris de Londres , que le Vaiffeau la Lim
corne , allant de cette Ville à Falmouth , a été
pris à la hauteur de Folkftone , par un Armateur
Efpagnol.
L'Equipage d'un Bâtiment qui vient de la Jamaïque
, a raporté que l'Armateur Colt , qui croi
foit à la hauteur de l'Isle de Cuba , avoit été pris
par un Vaiffeau de Guerre Efpagnol , mais qu'ayant
eû avant que d'être attaqué , la précaution de faire
monter une partie de fes gen's fur deux prifes qu'il
avoit faites , il avoit trouvé le moyen de fauver
ces deux prifes , qui avoient été conduites à la Jamaïque
.
go ,
Les Vaiffeaux Efpagnols la Notre - Dame del Cha-
& le Saint Jofeph , dont le Vaiffeau de Guerre
le Dauphin , s'eft emparé , ont été déclarés de bonne
prife.
'MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Leeffe &Anhalt- Zerbst , & veuve depuis le 25 .
E 11. Octobre , Magdeleine- Auguftenée Prin-
Mars 1732. de Frederic II . du nom , Duc de Saxe-
Gotha , Chevalier de l'Ordre de l'Elephant , avec
lequel elle avoit été mariée le 7. Juin 1696. mourut
à Altenbourg , âgée de 6o . ans , 11. mois 29.
jours , étant née le 12. Novembre 1679. Elle étoit
fiile de Charles Guillaume , Prince d'Anhalt-Zerbst,
mort le 8. Novembre 1718. & de Sophie , née Duche
de Saxe- Hall , morte le 31. Mars 1724. Elle
avoit eû 16. enfans >
tant mafles , que femeiies ,
dont il en refte encore 7. fils & 2. filles. L'aîné des
môles
NOVEMBRE. 1740. 2541
mafles , eft Frederic III . Duc , Regent de Saxe-Go
tha , né le 14. Avril 1699. & marié le 17. Septembre
1729. avec Loüife - Dorothée de Saxe- Meinungen
, née le 10. Aouft 1710. fille d'Erneft Louis ,
Duc de Saxe- Meinungen ,Chevalier de l'Aigle noire,
Grand-Maître de l'Artillerie de l'Empereur & de
l'Empire, mort le 24. Novembre 1724. & de Dorothée-
Marie de Saxe-Gotha,fa premiere femme, morte
le 18. Avtil 1713. De ce mariage eft venu Frederic,
Prince Hereditaire de Saxe- Gotha, né le 20. Janvier
1735.Les 2 filles de la Ducheffe Douairiere de Saxe-
Gotha, qui vient de mourir,font Frederique de Saxe-
Gotha , née le 17. Juillet 1715. mariée en 1735.
avec Jean- Adolfe , Duc de Saxe- Weiffenfels , né
le 4 Septembre 1685. & veuf de Jeanne- Antoinette
de Saxe- Eifenach ; & Augufte de Saxe- Gotha , née
le 30. Septembre 1719. mariée à Londres le 8, Mai
1736. avec Frederic Louis Prince de Galles , né le
31. Janvier 1707.
Le 20. à une heure après minuit Charles
V I. du nom , Empereur des Romains , Roy de
Germanie , de Hongrie & de Bohême , Archiduc
d'Autriche , Duc de Brabant , de Milan , de Luxem
bourg , de Mantouë , Parme & Plaifance , Comte
de Flandres , du Tiro!, &e mourut à Vienne , âgé
de s . ans 19. jours , étant né le 1. Octobre 168 $.
La maladie de ce Prince a été de peu de durée . Elle
a commencée par de violentes coliques, dont il fut
fort incommodé pendant les derniers jours de fon
féjour au Chateau de Haltburn ; à fon retour au
Palais de la Favorite , qui fut le 13. Octobre , il fe
trouva mieux , mais le is . au foir , les vomiffemens
qu'il avoit déja eûs à Haltburn recommencerent
avec beaucoup de violence , ils furent fuivis d'une
grande douleur au côté , accompagnée d'une fièvre
très- ardente.Il fût faigné 2. fois au pied pendant la
nuit , Iv
2542 MERCURE DE FRANCE
puit ; mais ces faignées & les remedes , qui furent
employés depuis , n'eurent aucun fuccès . On jugea
le 17. au foir que l'inflammation étoit formée , &
qu'il n'y avoit plus d'efperance de guérifon ; le 18.
après-midi , le Viatique lui fût adminiftré par le
Nonce Apoftolique , & il fit enfuite fon Teftament
en prefence des Comtes de Sinzendorff , & de Sta
remberg , & du Baron de Bartenſtein. L'extrême-
Onction lui fut donnée la nuit fuivante . Après fa
mort fon corps ayant été ouvert , on lui a trouvé
dans le foye, une pierre de la groffeur d'une noifette,
dont les parties inégales & pointues avoient déchiré
les fibres du foye & avoient caufé un épanchement
de bile , dans toutes les parties interieures du
corps. Ce Prince qui avoit été nommé au Batême
le 12. Octobre 1685. Charles , François , Jofeph
Venceflas , Baltafar, Jean , Antoine, Ignace , étoit le
troifiéme fils de Leopold premier du nom , Empereur
des Romains , Roi de Germanie , de Hongrie
& de Bohême , Archiduc d'Autriche , &c . mort le
5. Mai 1705. & d'Eleonore- Magdeleine de Baviere .
de Neubourg , fa troifiéme femme , morte le 19.
Janvier 1720. 11 difputa la Morarchie d'Espagne au
Roi régnant Philipe V. avec differens fuccès , depuis
1703 jufqu'en 1711. Après la mort de l'Empereur
Jofeph , fon frere , il quitta Barcelone , où il
faifoit fa réfidence , & repaffa en Allemagne pour
recueillir les Etats Héréditaires de la Maifon d'Au-
Friche. Il fût élû Empereur des Romains , le 12.
Octobre de la même année 1711. à Francfort , où
il reçût la Couronne Imperiale , le 22. Decembre
fuivant . Il fut Couronné à Presbourg en qualité de
Roy de Hongrie , le 22. Mai 1712 , & à Prague en
celle de Roy de Bohême , les . Septembre 1723.
Il avoit été marié d'abord par Procureur , à Vienne
23. Avril 1708. & enſuite en perſonne à Barce- le
lone
" NOVEMBRE. 1740 2543
lone le 1. Aouft de la même année, avec Elifabeth-
Chriftine de Brunfwic- Lunebourg , née le 28. Août
1691. fille aînée de Louis- Rodolphe Duc de Brunfwic-
Lunebourg- Blankenbourg , puis Duc de Wolfenbutel
en 1731. mort le 1. Mars 1735. & de
Chriftine - Loüife , née Princeffe d'Oettingen. Il a
eu de ce mariage ,
Leopold , Jean , Jofeph , Antoine , François de
Paule, Ermenegilde , Rodolphe , Ignace , Baltafar ,
Archiduc d'Autriche , né à Vienne le 13. Avril 1716.
mort le 4 Novembre fuivant .
Marie Thérefe Walburge , Amelie- Chriftine
Archiducheffe d'Autriche , née le 13. Mai 1717 .
mariée à Vienne le 12. Fevrier 1736. avec François-
Etienne , alors Duc de Loraine & de Bar , & aujourd'hui
Grand Duc de Tofcane , né le 8. Decembre
1708 . 7
Marie-Anne Eleonore , Guillelmine , Jofeph ,
Archiducheffe d'Autriche , née le 14. Septembre
1718. vivante , & non encore mariée , & Marie-
Amelie , Caroline, Loüife , Ludomille, Anne Archiducheffe
d'Autriche, née le 5. Avril 1724. & morte
le 19. Avril 1730.
Charles VI. qui vient de mourir , étoit le dernier
mafle de la Maiton d'Autriche , & le 16. Empereur
de fa race. La dignité Imperiale n'étoit point fortie
de cette Maifon depuis l'an 1438.
Le 28. Anne Iwanowna , Czarine , & Grande
Ducheffe de Mofcovie , Souveraine de toutes
les Ruffies , dont elle prenoit le titre d'Imperatrice,
mourut à Petersbourg , âgée de 47 ans , 4 mois ,
21. jours , étant née le 7 Juin 1693 , après avoir regné
ro. ans & 9. mois. Elle avoit fucce sé au Czar
Pierre Alexiowitz II , du nom , fon Neveu , à la mode
de Bretagne , après la mort duquel elle fut reconnue
& proclamée à Moſcow, Imperatrice & Souve-
I vj
raine
2544 MERCURE DE FRANCE
´raine de toutes les Ruffies , le 30. Janvier 1730 :
Elle fit fon entrée publique à Mofcow , le 26. Fcvrier
fuivant , & elle y fût couronnée le 9. Mai
de la même année . Elle étoit niéce du Czar Pierre 1 .
mort le 8. Février 1725. & fille puifnée de Iwan ,
ou Jean Alexiowitz , Czar & Grand Duc de Mofcovie
, mort le 26. Janvier 1696. à l'âge de 33. ans
& de Profcovie Foederowna , Solticow- Apraxin ,
morte le 24 Octobre 1723. âgée de 60. ans. Elle
' avoit été mariée le 13. Novembre 1710. avec Frederic
Guillaume , Duc de Curlande, qui mourut fans
enfans le 21.Janvier 1711.Cette Princeffe avoit pour
four ainée , Catherine Iwanowna , née le 15. Juillet
1692. & morte à Petersbourg , le 25. Juin 1733 .
Celle - ci avoit été mariée le 19. Avril 1716. avec
Charles -Leopold Duc de Mecklenbourg - Schwerin.
Elle en a laiffé une fille unique nommée Elizabeth-
Catherine-Chriftine de Mecklenbourg , née le 18.
Decembre 1718. & mariée à Petersbourg le 14.
Juillet 1739. avec Antoine-Ulric, Prince de Brunf
wic- Lunebourg- Bevern , né le 28. Aouft 1714.
fecond fils de Ferdinand Albert , Duc régnant de
Brunfwic-Lunebourg- Wolffenbutel . De ce mariage
eft venu Jean de Brunfwic- Lunebourg , né à Petersbourg
le 23. Aouft de cette prefente année 1740.
C'eft cet enfant que la Czarine , fa grande Tante
a nommé pendant fa derniere maladie , pour fon
fucceffeur , l'aïant fait proclamer le 19. Octobre ,
Grand Prince de Mofcovie. La Czarine a fait cette
difpofition en vertu d'une Conftitution du 16. Février
1722. dont l'obſervation a été jurée par tous
les Sujets de la Monarchie Ruffienne , & par laquelle
il a été ftatué , que les Souverains de Ruffie pourroient
fe choifir tel Succeffeur qu'ils jugeroient à
propos.
FRANCE
NOVEMBRE. 1740. 2541
•
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
E 30. du mois dernier , la Reine entendit la
Melle dans la Chapelle de la Cour ovale de
Fontainebleau , & S. M. communia par les mains
du Cardinal de Fleury,fon Grand Aumônier.
Le 31. veille de la Fête de tous les Saints , le Roy
& la Reine , accompagnés de Monfeigneur le Dau
phin & de Madame de France , affifterent dans la
Chapelle du Château aux premieres Vêpres , aufquelles
l'Evêque de Comminges officia .
Le premier de ce mois , jour de la Fête , le Roy
& la Reine , accompagnés comme la veille , enten
dirent la grande Meffe célébrée pontificalement par
le même Evêque , & chantée par la Mufique.
L'après midi , leurs Majeftés affifterent au Sermon
du Pere Renauld , Jacobin , & enſuite aux Vêpre
s, auxquelles le même Prélat Officia . Le Roy &
la Reine entendirent auffi les Vêpres des Morts .
Le 12. L'ouverture du Parlement fe fit avec les
cérémonies accoûtumées , par une Meffe folemnelle
célébrée pontificalement dans la grande Sale da
Palais , par l'Evêque de Pamiers , & à laquelle M.
le Peletier , Premier Préfident , & les Chambres
affifterent .
CONSECRATION
·L
ET DEDICACE
de l'Eglife de N. D. des Victoires.
E Dimanche 13. jour de Novembre 1740. la
Confécration de l'Eglife des PP . Auguftins,
près la Place des Victoires , fût faite par M. l'Evêque
2546 MERCURE DE FRANCE
que de Joppé , qui officia pontificalement à la Grand'-
Meffe & à Vêpres.
La Cérémonie commença à 7. heures du matin ,
elle fût fuivie de la Grand'- Meffe à dix heures . L'après
-midi Vêpres à 3. heures , fuivies de la Prédication
, par M. l'Abbé Cheret , Curé de S. Roch ,
Docteur de Sorbonne, Prédicateur du Roy , enfuite
Complies , le Salut , & la Benediction du Très-
Saint Sacrement , par M. l'Archevêque de Paris.
Le Lundi 14. La Grand' Meffe fût folemnellement
chantée à dix heures , les Vêpres à trois heures :
Prédication par M. l'Abbé Cauffe , Prédicateur du
Roy,Complies & le Salut . M. l'ancien Archevêque de
Besançon , y officia pontificalement .
Le Mardi 15. Prédication par le P. de Neuville',
Jefuite, Prédicateur ordinaire du Roy. M. l'Evêque
de Carcaffone , officia pontificalement au Salut .
Le Mercredi 16. Prédication par M. l'Abbé Clement
, Prêtre de la Paroiffe de S. Mery. M. l'Evêque
de Mâcon , officia pontificalement au Salut.
Le Jeudi 17. Prédication par le P. Tainturier ,
Jefuite , Prédicateur ordinaire du Roy M. l'Evêque
de Joppé , officia au Salut pontificalement .
Le Vendredi 18. Prédication par le P. Segand ,
Jefuite, Prédicateur ordinaire du Roy . M. l'Evêque
de Langres , officia pontificalement au Salut.
Le Samedi 19. Prédication par le P. de S. Genes ,
Prêtre de la Doctrine Chrétienne. M. l'Evêque de
Pamiers , officia pontificalement au Salut.
Le Dimanche 2o. jour de l'Octave . M. l'Evêque
de Mets, officia pontificalement tout le jour. La
Prédication par M. l'Abbé Meney , Après la Bénédic
tion du Très- Saint Sacrement , on chanta folemnellement
le Te Deum.
Cette cérémonie toute Sainte dans fon Inftitution ,
a été des plus Auguftes , & a attiré un concours extraordinaire.
NOVEMBRE. 1740 2547
M. PArchevêque avoit accordé quarante jours
d'Indulgence , à toutes les perfonnes qui , pendant
POctave de cette folemnité , après s'être confeffées
& avoir communié , auroient vifité l'Eglife de N.D.
des Victoires , & prié pour l'exaltation de la Foy ,
Pextirpation des Héréfies , pour le Roy, la Reine ,
Monfeigneur le Dauphin, & toute la Famille Royale.
La Reine arriva à Versailles , de Fontainebleau ,
le 14. Monfeigneur le Dauphin y étoit revenu le 12 .
Le 15. Le Roi arriva de Fontainebleau à Choify ,
vers les quatre heures du foir. 3. M. profita du refte
de la journée pour le promener dans les Jardins ,
& les deux jours fuivans, le Roy vifita les nouveaux
Apartemens & tout ce qu'il avoit ordonné de faire
au Château , dont S. M. parût très- fatisfaite ; Elle
partit le 18. après foupé pour le rendre à Versailles.
Il a paru ici , vers le rf . de ce mois , une feuille
volante in4°, de 3, pages & demi, contenant les motifs
qui ont occafionné le départ des Eſcadres de
Breft & de Toulon .'
Le 22. M. de Camas , Envoyé Extraordinaire du
Royde Pruffe, eut fon Audience publique de Congé
du Roy, de la Reine , de Monſeigneur le Dauphin ,
& de Meldames de France , il fut conduit à ces Audiences
, par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs , qui étoit allé le prendre dans les
caroffes de leurs Majeftés , & après avoir été traité
par les Officiers du Roy , il fut reconduit à Paris
dans les mêmes caroffes , avec les cérémonies accoûtumées.
Le premier Novembre , Fête de la Touffaine
II
2548 MERCURE DE FRANCE
44
Il y eut Concert ſpirituel au Château des Tuilleries;
on y executa une Sonate en quatuor de M. Boismortier
, qui fut fuivie du Motet Exultate jufti , de
M. de la Lande & d'un Concerto de M. le Clair
joué par le fieur Dupont ; le Concert fut terininé
par le beau Motet Diligam te , de la compofition de
feu M. Gilles , qui eft un excellent morceau de
Mufique.
Le 2. La Cour étant à Fontainebleau , la Reine
entendit en Concert l'Opera de Proferpine , qu'on
continua le 7. & le 9. les principaux Rôles furent
chantés par les Dlles Defchamps , Huguenot , Mathieu
, Abec & Romainville , & par les Sieurs le
Cler , Godoneche , Tavernier , d'Angerville , Dubourg
, le Begue , Poirier , Benoît & Richer , de la
Mufique du Roy La Dile Huguenot chanta à la fin
du premier , du troifiéme & cinquiéme Acte , trois
differentes Cantatilles , de la compofition de M. de
Blamont , fur-Intendant de la Mufique du Roy.
Le 11. l'Académie Royale de Mufique , donna
le premier Bal public , qu'on donne tous les
ans à pareil jour fur le Théâtre de l'Opera , &
qu'on continue pendant differens jours jufqu'à
PAvent. On les reprend ordinairement à la Fête
des Rois , jufqu'au Carême.
Le 3. Novembre , les Comédiens François , repréfenterent
à Fontainebleau , la Tragédie d'Electro
& les trois Freres Rivaux .
Le 8. Le Mariagefait & rompu , & le Grondeur.
Le 10. Zaire , dans laquelle le fieur Rouffelet
nouvel Acteur ,joua le Rôle de Lufignan , & la petite
Comédie du Florentin .
Le 22. Les mêmes Comédiens repréſenterent à
Verfailles
NOVEMBR E. 1740 2549
Verfailles le Philofophe Marié & Crispin , Rival de
fon Maître.
Le 24. Le Comte d'Effex , & la Famille Extravas
gante.
Le 5. Novembre , les Comédiens Italiens joue
rent auffi à la Cour , la Comedie de la **** dans
laquelle le fieur Rochart , nouvel Acteur , joua le
Rôle de Marton , déguifé en femme , cette Piéce
fût fuivie d'un très joli divertiffement , intitulé les
Chinois , dans lequel le même Acteur danfa ; il fut
fuivi de la petite Piéce du Retour de Tendreffe.
les mêmes Comédiens reprefenterent à
les Amours Anonimes . & la Joie im-
Le 23..
Verſailles
prévûë.
›
****************
A
MORTS & MARIAGE.
Ntoine Viguier , Doyen des Perruquiers ;
mourut à Touloufe le 3. Octobre , âgé de
cent cinq ans accomplis , ayant eû de deux femmes
trente-fept enfans , dont un qui vit , âgé de
quatre- vingt ans , eft marié à Blaye. Ce fait eft
prouvé par piéces juftificatives , & attefté par un
fils d'Antoine Viguier , qui eft Organiſte de la
Cathédrale de Lavaur.
Le 6. Jean Thomas , Confeiller honoraire au
Châtelet de Paris , où il avoit été reçû en 1676 .
mourut âgé d'environ 86. ans . Il étoit veuf de
Marie Anne Gigault , de laquelle il avoit eu feuë
Marie- Magdeleine Thomas, qui avoit été mariée au
mois de Juillet 1698. avec Charles - Jofeph de Fortia,
alors Confeiller au Parlement de Paris , aujourd'hui
1558 MERCURE DE FRANCE .
jourd'hui Confeiller d'Etat ordinaire , & Chef du
Confeil du Prince de Condé. Elle mourut en 1719
ayant laiffé 6. enfans.
Le 12 Frere Euſtache le Veneur , Chevalier Prog
fès de l'Ordre de S. Jean de ferufalem , Commandeur
de la Commanderie de Haute-Havene , près
d'Arras , ci devant Capitaine de Cavalerie dans le
Régiment des Cravates , mourut au Château de
Bailly, en Riviére , dan le Pays de Caux , dans la
64 année de fon âge , étant né le 22. Decembre
1676. Il étoit deuxième fils de feu Charies le Veneur
de Tillieres , Seigneur de Ceffeville , près le
Pont- de- l'Arche , & de Creftot , & d'Elifabeth des
Mazis. La Généalogie de le Veneur eft raportée
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne,
tom. 8. p. 256.
*
Le 24, Dame Marie Claire Genevieve de Bretagne
d'Avaugour, veuve en f condes nôces depuis le
7 Mr 1730
de Charles Roger , Prince deeCourtenay
, qu'elle avoit épousé le 17 Novembre 1704 .
mourut à Paris , âgée de 64 ans , & fans enfans .
Elle étoit fille de Claude de Bretagne , Baron d'Avaugour
, premier Baron de Bretagne , Comte de
Vertus & de Goello Seigneur de Cliffon , mort le
7. Mars 1699 & d'Anne- Judith le Liévre , morte
le 22. Decembre 1695. Elle avoit été mariée en
premieres nôces le 15. Aouft 1694 avec Gonçale-
Jofeph- Carvalho Patalin , Intendant des Bâtimens
& Maifons Royales du Royaume de Portugal , Seigneur
de la Ville de Azambugeira Commandeur
de la Commanderie de S. Pierre Aguiar dans l'Ordre
de Chrift . La défunte avoit été élevée dans
l'Abbaye de Malnoue , fous les yeux de Marie-
Claire de Bretagne, fa tante , qui en étoit Abbeffe .
Son coeur y a été porté , & prefenté par Augufte-
Jofeph de Montullé , Prêtre , Docteur en Théologie
NOVEMBRE. 1740 2551
gie de la Faculté de Paris , Abbé Commandataire de
' Abbaye de Liques , Diocèfe de Boulogne , qui
dans cette occafion a fait le difcours fuivant à la
Dame Roffignol , actuellement Abbeffe de ce Monaftere
, qui reçût le coeur à la tête de la Communauté.
DISCOURS de M.l'Abbé de Montullé
en préfentant le Coeur de Mde la Princeffe
de Courtenay , à Me Rolignol , Abbeffe
de Malnoue , à la tête de fa Communauté.
N.Ties- Puiffante &. Très- liluftre ,
Ous vous préfentons le Coeur de Très-Haute,
.4
Marie-Claire
de Bretagne , veuve de T. H. & T. P. Prince de
Courtenay. Ce Coeur formé à la pieté dans cette
fainte Maifon , fous les yeux d'une fainte & illuftre
Abbeffe , fa Tante vous apartenoit de droit, Mesdames
, comme un dépôt que vous n'aviez confié
au monde que pour l'édifier. Coeur tendre & compatiffant
pour les autres , & dur en même tems
pour lui feul ; Coeur bienfaifant , brûlant toûjours
de l'amour de fon Divin Epoux ; Coeur fidéle
généreux , digne du fang dont il fortoit , & de celui
auquel il s'étoit allié ; Coeur toûjours occupé à
remplir fes devoirs , toûjours égal ; eile en donna
des marques dans fa derniere maladie , malgré les
douleurs les plus vives , fon Coeur fut toûjours en
paix , elle regardoit les fouffrances comme une femence
de l'immortalité , & ce Coeur qui n'aſpiroit
qu'après elle , béniffoit fans ceffe la main paternelle.
de celui qui le vouloit rendre digne de lui être réu
ni. Si un Coeur auffi Chrétien peut mourir , celuisi
ceffa de vivre ; recevez-le , Mefdames , comme
un
2352 MERCURE DE FRANCE
+
un gage afsûré de l'amitié conftante qu'elle eût tou
jours pour cette Maiſon , où elle a commencé
puifer les femences du falut , & accordez lui le fuffrage
de vos prieres.
Le 8. Novembre , Jacques Touchet Lord , Baron
d'Audley , en Angleterre , Comte de Caſtlebaven
en, Irlande , Pair de la Grande Bretagne , de la Religion
Catholique , mourut à Paris , âgé d'environ
65. ans .
-
Le même jour , De Marie-Marguerite de Và
leilles , veuve depuis le 11. Decembre 1714 de Jacques
de Vanolles , Confeiller Secretaire du Roy ,
Grand-Audiencier de France , & Tréforier Géneral
de la Marine , mourut à Paris , âgé d'environ 72 .
ans , laiffant 2. fils , l'aîné , Maître des Requeftes de
' Hôtel du Roy , & Intendant en Franche Comté ;
& le cadet , Chanoine de l'Eglife Métropolitaine de
Rheims .
Le même jour , Antoine Lancelot , ancien Confeiller-
Secretaire du Roy, Maiſon Couronne de France
& de fes Finances , Cenfeur Roial , Affocié de l'Academie
des Infcriptions & Belles Lettres , & Inf
pecteur du College Roial , mourut dans ce College
à l'âge de 65. ans. Il s'étoit fait connoître par les
talens dans l'Art Diplomatique , dans lequel il é
toit fort verfé. Il laiffe une Bibliothéque nombreufe
& choifie concernant l'Hiftoire de France , laquelle
il avoit formée avec beaucoup de foins & à
grands frais.
Le 16. Novembre , le Comte de la Guiche , Meftre
de Camp , Lieutenant du Regiment de Condé
Cavalerie , époufa Mlle Henriette de Bourbon de
Verneuil , fille légitimée du feu Duc de Bourbon
Condé , la célébration en a été faite à l'Hôtel de
Madame la Ducheffe Douairiere .
NOVEMBRE . 1740 2553
PRIERE A L'AMOUR..
O D E.
A Mad. la Comtesse de la Guiche , pour
Le jour de son Mariage.
Forme les traits d'une Mortelle ,
A la clarté de ton flambeau
Deviens toi-même le modele ,
Tu n'en peux choisir un plus beau.
En elle assemble avec conftance
Même dès sa jeune faison ,
Et l'Enjouement & la Prudence
Les Graces avec la Raison .
*
Quels dons la rendroient plus charmante
Tu les as tous en ton pouvoir ;
A P'écouter fais qu'on ressente
Autant de plaisir qu'à la voir ,
*
Si dans son Temple un jour conduite ,
L'Hymen l'enchaîne sous sa Loi ,
Que l'Amitié soit à sa suite ;
Elle eft plus conftante que toi.
*
Que
2554 MERCURE DE FRANCE
Que son bonheur soit ton étude ;
En captivant sa liberté ,
Fais-lui trouver dans l'habitude
Les plaifirs de la nouveauté.
*
Qu'en elle un charme inexplicable
Puisse sans art fi bien briller ,
Que tout ce qui veut être aimable
S'empresse de lui ressembler.
*
Mais j'abandonne un vain myftere ,
Eh pourquoi garder le secret ?
On voit assés que ma priere ,
Jeune Flore , eft votre portrait..
*
Que l'esprit eft peu nécessaire !
Quand le talent eft d'imiter !
Il ne faut pas grand art pour faire
Un portrait qu'on ne peut flater,
APROBATION.
J
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Novembre , &
J'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Paris , le premier Decembre 1740.
HARDION.
TABLE.
PLECES FUGITIVES . Epitre au Comte de
Montmorency , &c. 2343
Les Syrennes , &c. , 2359
La Solitude , Cantatille
2368
Mémoire fur le Comté de Ponthieu , &c.
2370
Madrigal , 2389
2390
2394
Lettre fur la variation du Goût ,
Ode à M. le Chevalier de *
Remarques fur l'Ethymologie de Vincennes , 240x
Le Varin de Tombac , Fable , 2409
Lettre. fur la Chronique rimée de P. Grognet, 2411
Refléxions d'an Phyficien fur la petite Vérole ,
Ode fur la Grandeur de Dieu , & c.
2420
2442
Obfervations Critiques fur Hiftoire de la Vie &
des Ouvrages de Timanthe , &c.
Ode fur les Tableaux indécens ,
VIII. Lettre fur la Typographie , & c.
Le jeune Homme & le Fleuve , Fable ,
Enigme , Logogryphes &c .
2444
2468
2473
2480
2483
2489
2508
Estampes
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ;
&c . Journal Italien de M. Maffei , &c.
Prix de l'Académie de Marfeille , de 1741.
Eftampes nouvelles , 2513
Chanson notée , & c.
Vers à Mlle Gauffin , & c
Nouvelles Etrangeres , Turquie ,
2518
Spectacles . L'Heureux Echange , & c.
2519
25231
2527
2529
2133
2535
2536
2538
2540
ibid.
Ruffie ,
Allemagne ,
Saxe >
Italie & Modene ;
Isle de Corse & Espagne
Grande- Bretagne ,
Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 2545
Consécration & Dédicace de le l'Eglife de N. D.
.des Victoires ,
Morts et Mariage ,
ibid.
2549
Priere à l'Amour , Ode à Mad. la Comteffe de la
.Guiche , 2553
Errata d'Octobre.
8 X
Page 2319. ligne premiere , le Mariage , lisez
Confentement.
P. 2320. 1. 7. le 8. ôtez ces deux mots .
Fantes à corriger dans ce Livre.
PAR . 14,avide.
Age 2471. ligne 14. avide , lise , timide.
›
P. 2499. 1. 26. de , l. des.
P. 2500. 1. 10. de , ôtez ce mot.
La Chanson notée doit regarder la page
2519
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
DECEMBRE. 1740 .
PREMIER , VOLU ME.
SPARGIT
QUR
COLLIGITIS
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC . XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU Commis au
Mercure ,
›
vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mereure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AV
ROT.
DECEMBRE . 1740.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
PRIERE
Du Prophete Habacuc , pour les Péchés.
I.
A voix grand Dieu,vient de descendre;
Je suis saisi , qu'ai- je entendu ? .
A la mort l'homme s'est vendu ;
Tu veux la forcer de se rendre ! ...
Hâte toi de rompre nos fers :
Opere & montre à l'Univers
I. Vol. A ij
Се
2556 MERCURE DE FRANCE
Ce Midi ( a) qui de ta colere
Termine les juftes effets ,
Pour ouvrir à notre misere
Un tems de grace & de bienfaits,
I 1,
Il viendra , le Saint que j'adore ,
Dans la plénitude des jours ....
Je le vois commencer son cours
Entre le Couchant & l'Aurore.
Des Cieux l'immense profondeur ,
Pleine de sa vive splendeur ,
Est un abîme de lumiere ;
Et la Terre sur mille Autels
Lui présente dans sa carrierę
Les Sacrifices des Mortels.
III.
Tel que l'Aftre , qui des ténebres
Fait évanouir les horreurs ,
Son état va de nos erreurs
Dissiper les ombres funebres .
Il tient en main´des traits perçans . .
Hommes , qui vous croyez puissans ,
(a) Ce Midi ; on fe fert de ce mot pour exprimer ce
milieu des années que l'Apôtre S. Paul apelle Piénitude
du tems. D'ailleurs, on eft autorisé par le Style
même du Prophete , qui dit tour de fuite que Dieu
viendra du Midi.
Vous
DECEMBRE . 1740. 2557
Vous ne le voyez que fragile ,
Pâle , mourant , percé de cloux ;
Mais Dieu caché sous notre Argile ,
Se fera connoître à ses coups.
IV .
Devant sa face glorieuse
La mort sàns Armes , s'enfuïra ,
Par sa mort même il détruira
Le Trône de cette envieuse .
Chassé par le même Vainqueur
L'Ange rebelle & séducteur ,
Qui du Monde usurpa l'Empire ,
Ira du légitime Roi ,
Par qui la Nature respire ,
Dans les Enfers subir la Loi.
4
.
J'ai (6) déjá vú ce Dieu terrible
De l'oeil mesurer l'Univers ;
Regarder les Peuples divers ,
C'en est assés
pour l'Invincible ....
Tout se fond .. les Monts orgueilleux ...
Sur leurs fondemens ruineux ,
(b) Le Prophete rapelle ici les Miracles ancienne
ment operés en faveur du Peuple d'Israël , comme
ayant été , felon l'expreffion de S. Paul , autant de figures
qui annonçoient des Miracles d'un ordre encore
plus relevé en faveur de l'Israël nouveau , &c.
A iij S'ébran
2558 MERCURE DE FRANCE
S'ébranlent ... tombent en poussiere ;
Et du plus fastueux Mortel
La tête si haute , si fiere ,
S'abaisse aux pieds de l'Eternel.
V I.
Dans le Camp du Madianite
Regnent l'épouvanté & l'horreur ;
Ce Peuple impie , & fans pudeur ,
Venge en mourant l'Israëlite . ...
Mais sur le fluide Elément
Que vois je ? Quel renversement !
Le Jourdain est - il donc coupable t
Le crime a- t'il soitillé les Eaux }
Et sur la Mer , Dieu redoutable ,
Va- t'il attirer tes Aeaux ?
VII.
Toi qui fais ton Char d'un (e) nuage ;
De qui les vents sont les Coursiers ,
Et qui , pour sauver tes Guerriers ,
Presses , fais avancer l'Orage :
Dieu Saint , tu promis autrefois
De prendre l'Arc & le Carquois
Pour ce Peuple qui te révere ;
Tes Miracles sont tes garans ,
(c) Qui ponis nubem ascensum tuum : qui ambulaï
Super pennas ventorum . Psalm . 103. 3 .
Et
DECEMBRE . 2559 1740.
Et je vois tout ce qu'il espere ,
Quand tu divises les Torrens .
VIII.
L'Onde surprise , mugissante ,
S'éleve & s'écoule à ta voix ;
L'abîne aplaudit à tes Loix ;
Le fond des Rivieres te chante .
Le Soleil arrête la nuit ;
Le Tonnerre éclaire & conduit
Les Enfans de ton alliance ;
La Terre tremble sous tes pas ,
Et les Nations en silence
N'attendent plus que le trépas .
IX.
C'est toi , Grand Dieu , qui de nos Peres
Brisas les funeftes liens .
Sous le joug des Egyptiens
Ils versoient des larmes ameres ....
'L'Homme choisi par ta bonté ,
Pour les remettre en liberté ,
Vient , frape l'Impie & son Trône ;
Le Tyran voit dans son Palais
Avec l'espoir de sa Couronne
Son nom s'éteindre pour jamais .
Comme un tourbillon formidable ,
X.
Sor Armée avance sur nous ;
A j
Notre
2560 MERCURE DE FRANCE
Notre mort fate son courroux ,
Le coup paroît inévitable.
Le cruel rit de nos malheurs ,
Comme l'usurier rit des pleurs
Du Pauvre caché qu'il oprime ;
Mais tu vois la sécurité
D'un Prince endormi dans son crime ,
Et maudis sa témerité.
X I.
L'Ennemi ... la Mer .... $ Moïse!
Où fuirons - nous ? dit Israël
Le Miniftre de l'Immortel
..
Etend le bras ... l'Onde est soumise.
Devant ton Char , Dieu Protecteur ,
La Mer s'enfuit avec frayeur ;
Ses flots nous ouvrent un paſſage.
Ton doigt , par ce chemin nouveau
Nous conduit à l'autre Rivage ,
Et nos Ennemis au Tombeau.
XIL
Après ces Miracles de grace ;
Quelle voix trouble tous mes sens ?
Le sang (d) dans mes veines se glace.
La crainte interrompt mes accens :
( d) Habacuc prévoit &prédit les maux que l'infide.
lité d'Israël attira sur ce Peuple ; & dans l'énuméra–
tion abregée de ces miseres , on reconnoit aisément le
tableau plus dévelopé que Moise en avoit tracé.
Abi
DECEMBRE.
2561 1740
Ah ! s'il se peut , pour mon repos ,
Que le mal passe dans mes os ;
Qu'il m'enflamme , qu'il me consume,
Avant que le courroux des Cieux
Lance la foudre qui s'allume ;
Mort , viens m'unir à mes Ayeux.
XIII.
Leur ame fidelle & constante
Est heureuse au sein de la Paix ;
L'unique fin de leurs souhaits
Est le doux fruit de leur attente ,
Mais pour leurs perfides Neveux ,
Figuier maudit , infructueux ,
Vigne ingrate , Olivier stérile ,
Champs arides , mort de Troupeaux ,
Trompeur espoir , peine inutile ;
Le Ciel a juré tous ces maux.
XIV.
Le Nom (e) d'un Dieu Sauveur m'anime ;
(e) Heureux état de ceux qui mettent toute leur
confiance dans le vrai Dieu & dans fon Envoyé J.C.
La Synagogue incrédule a porté la peine qui lui avoit
été prédite. L'Eglise ne ceffe de chanter les louanges du
Rédempteur qui lui a donné la Foi la Paix.
La conclufion de ce Cantique eft la même que
celle du grand Cantique de Moife . Ego autem Domino
gaudebo & exultabo in Deo Jesu meo, dit Habacuc.
Laudate gentes . quia propitius erit terra populi
fui , avoit dit Moïse.
A v Sa
2562 MERCURE DE FRANCE
Sa force soûtient mon espoir ;
Mon allegresse à son pouvoir´
Rend un hommage légitime ;
Plus vite que le Cerf qui fuit ,
A l'ennemi qui me poursuit
Je sçaurai dérober ma vie ;
J'irai , conduit par le Vainqueur ,
Sur les hauteurs de ma Patrie
Chanter sa gloire & mon bonheur.
****************
REFLEXIONS de M. de Villemont ,
sur la Guerre perpétuelle qui regne entre
L
les Auteurs modernes.
Il n'y a point d'homme, quelque habile
qu'il foit en un genre d'écrire , qui ose
s'assûrer d'échaper à la critique. La paix fe
fait de tems en tems entre les Nations , on
ne l'a point encore vûë , du moins génerale ,
entre les Auteurs de nos jours . Les Esprits
excellens ou fublimes , dont les Ouvrages
paffent pour être autant de chefs-d'oeuvres
fegardent en pitié les conceptions d'autrui .
Ils croyent être les feuls capables de penser
& d'écrire ; leur délicateffe ou leur vanité ,
les empêche de rien aprouver. D'autres qui
font inférieurs à ces Maîtres de l'Art , ont
contre
DECEMBRE. 1740. 2563
>
contre eux une jaloufie inutile . Ils font ce
qu'ils peuvent pour trouver des défauts dans
leurs Ouvrages , ils perdent leur tems; ce qui
de foi eft bon , ſubſiſte toujours , & tout ce
qu'on a écrit contre Corneille , Racine ; la
Fontaine , Despreaux , Fontenelle , Perrault ,
la Bruyere , Voltaire , Capiftron , la Motte
Rouffeau , Pirron , & tant d'autres , n'empê
chera jamais que chacun d'eux en leur genre,
ne paffe pour des Modeles difficiles à égaler.
Il eſt vrai , comme je l'ai dit , que quelquesuns
d'entre ces habiles , par un excès de délicateffe
, ou peut- être par un peu de malignité
, tâchent de répandre fur les Ouvrages
d'autrui un ridicule , que
, que les gens fans passion
n'y remarquent pas..
Que n'a point dit , par exemple , l'Horace
moderne , ou l'Auteur des Satyres contre les
Ouvrages de Boursault ? Il n'eft pas le feul ,
à la vérité , qui ait entrepris de ridiculiser les
Ouvrages de cet Auteur, même fa Personne.
Moliere dans fon Impromptu de Versailles ,
en parle avec le dernier mépris , & fi l'on en
croit les Commentateurs des Caracteres de
ce fiécle , c'eft lui , fous le nom de Capis, que
M. de la Bruyere traite en quelque façon d'Ecolier
; cela eft bien- tôt dit. Cependant ni
lui ni les autres , ne nous marquent point en
quoi confiftent fon ignorance & fes défauts ,
& c'eft ce qui fait , qu'au jugement de beau-
A vj
coup
2564 MERCURE DE FRANCE
coup de personnes d'un goût affés délicat ,
Boursault ne paffe point pour un Auteur ennuyeux,
ni méprisable.On voit encore aujourd'hui
avec plaifir la représentation de plufieurs
de fes Piéces de Théatre,& l'on ne croit point
deshonorer fon esprit en trouvant dans fes
Lettres du feu , du bon fens & de l'agrément.
Il est même en quelque forte étonnant qu'un
homme , de fon propre aveu , fans étude
d'une condition peu relevée & peut-être par
cette raison , fans beaucoup d'usage du Monde
, ou du moins d'éducation , ait fçû , par
la feule lecture & les lumieres du fens commun
, acquérir ou fe former l'art d'écrire
auffi jufte & avec autant de naturel & de dé .
licatefle qu'il l'a fait. Quelle ironie le même
Auteur des Satyres n'a- t'il pas employée
contre le célebre Quinault ! fi on veut l'en
croire , on jugera que Quinault étoit un gé
nie fort médiocre. Il fçavoit rimer, difoit- il,
mais la raison & les agrémens étoient bannis
de fes Ecrits , cependant il paffe aujourd'hui
pour un Modele , & malgré ce fameux Satyrique
, le Public convient que dans la Poëfie
Lyrique ou Chantante , personne de nos
jours ne l'a égalé. Il eft vrai que dans une
Préface il femble fe repentir d'en avoir trop
dit contre ce dernier. Il tâche auffi d'en apaiser
plufieurs autres , principalement Scudery
& Chapelain , auffi -bien que ce fameux Partisan
DECEMBRE. 1740 2565
Partisan des Modernes , contre lequel , avant
leur réconciliation , il s'étoit fi fort déchaîné,
malgré l'éloquence & l'érudition qui fe font
fentir en fes Ouvrages. Après de longs & de
piquans combats de plume , une fimple Epigramme
fut le fceau de la paix qui fe fit entre
ces deux illuftres & fuperbes Rivaux.
La voici.
Tout le trouble poëtique
A Paris s'en va cesser ;
Perrault l'Antipindarique ,
Et Despreaux l'Homerique ,
Consentent de s'embrasser.
Quelque aigreur qui les anime ,
Quand , malgré l'emportement ,
Comme eux , l'un l'autre , on s'estime ,
La paix se fait aisément ;
Mon embarras est comment
On pourra finir la Guerre
De Pradon & da Parterre .
Tout cela me persuade que la Philosophie
a raison de dire que , qui prouve trop , ne
prouve rien , & qu'il y a plufieurs traits de
Satyre qu'on doit plutôt regarder comme un
jeu d'esprit , que comme une décifion fans
apel.
Chacun a fon talent particulier ; heureux
qui
2566 MERCURE DE FRANCE.
la
qui fçait le connoître & s'en fervir ! M. Despreaux
a excellé dans la Satyre , & par
beauté de fon génie , & par une heureuse &
adroite imitation des Anciens, C'étoit fon
talent , & s'il eût voulu faire des Opera , ou
donner dans le comique , ou dans le tragique ,
peut- être n'eût-il pas mieux réüli
que quel .
ques uns de ceux qu'il a critiqué. On fçait
qu'il a eû d'habiles & puiffans Adverſaires ,
qui ne l'ont pas épargné , & tout autre en
leur place en auroit fait autant , dès qu'il ne
les avoit lui même ménagés en aucune façon.
Mais ayant plutôt réuffi à faire briller
leur esprit qu'à détruire fa réputation & la
bonté de fes Ouvrages , leur chagrin , qui
ſembloit être éteint , ou du moins affoupi ,
fe réveilla à l'occafion de fa Sityre contre les
Femmes , & de fon Ode au Roy , fur la Prise
de Namur . Ils crurent que ce grand Poëte
dans ces deux dernieres Piéces , étoit fort
inférieur à lui même ; ce qui donna lieu à
cette Epigramme d'un bel Esprit.
Grand Despreaux , vous radotez ;
Vos nouveaux Vers que vous vantez ,
Sont siffés au Parnasse , & l'on n'en fait que
On va bien - tôt oublier votre nom .
Si vous ne sçavez plus ni loüer , ni médire ;
A quoi diantre serez- vous bon ?
rire.
Les
DECEMBRE. 2567 t
1740.
1
Les Maîtres de l'Art , nos Apollons , ou,
foi disant tels , ont effectivement prétendu
que les dernieres productions de
M. Despreaux ne font point de la force de,
fes premieres Poëfies , & qu'en lui la vieilleffe
, femblable à celle d'Homere, qu'on dit
s'endormir quelquefois dans fon Odiffée
avoit éteint ce,grand , ce pathétique , ce fu-,
blime , cet enthousiasme , ce feu d'imagination
, qui font l'ame de la belle Poëfie , &
qu'il fçavoit fi bien faire valoir autrefois.
Quoiqu'il en foit , il faudroit être tout- à - fait
dépourvû de fens commun pour ne pas remarquer
de grandes beautés jusque dans fes
moindres Ouvrages . Ils en font tous remplis ,
mais , pour quelques Auteurs qui ont eû la
noble & loüable hardieffe de lutter contre
lui, fa Critique étoit fi redoutée par d'autres,
que la peur de fe l'attirer , a porté quelquesunes
de nos meilleures Plumes à prodiguer
en fa faveur des Eloges fouvent fi outrés ,
qu'ils s'en font rendus méprisables , au jugement
de beaucoup de gens éclairés. Je ne
doute point que M. Despreaux lui- même
n'en ait parfaitement ſenti le ridicule , & ce
qui le prouve , c'eſt qu'il n'en a pas épargné
davantage quelques -uns des Membres d'un
certain Corps , qui s'étoient dévoués , pour
ainfi -dire , à la fureur de lui donner de ces
fortes de louanges déplacées. Tel nous a
donné
,
2568 MERCURE DE FRANCE
par
donné des préceptes excellens pour nous garantir
de pecher contre les regles du beau
ftyle , qui , par un effet de cet usage fervile ,
& plus encore la témérité de fon entreprise
fur une matiere au deffus de fes forces ,
n'a pû fe garantir de pécher lui - même contre
les regles du jugement ; en quoi auffi a- t'il
été juſtement repris , puisqu'il eft beaucoup
plus pardonnable de manquer par la construction
de quelque phrase , ou par l'improprieté
de quelques termes aux loix de l'usage
, que de pécher , de quelque maniere que
ce puiffe être , contre les regles de la raison.
Heureux donc encore une fois qui connoît
fon talent & qui s'aplique à le faire valoir !
C'eft , fans contredit , le plus sûr moyen de
réüffir dans les Arts comme dans les Sciences.
En vain en croyons - nous une sotte fierté ,
Le plus vaste génie est toujours limité ;
Tous n'ont pas obtenu tous les dons en partage ;
Mais chacun a le fien ; qui le connoît est sage.
On en fçait d'autres qui ne peuvent goûter
les Traductions , parce qu'ils entendent le .
Latin , le Grec & peut- être l'Hébreu ; ils
veulent qu'on aille jusque dans la fource
s'inftruire de ce qu'ont dit les Anciens . Un
Auteur,fût- il auffi habile qu'un d'Ablancourt,
ou qu'un Dacier , ou tout autre , qui les habille
DECEMBRE. 1740: 2569
if
Bille à la Françoise , eft , felon eux , un Esprit
fubalterne ; il eft incapable de penser ,
n'aprend , il ne dit rien de nouveau , & quel
que utiles & fçavantes que foient les Refléxions
ou les Notes dont il accompagne fa
Traduction , ce n'eſt au plus, à les entendre,
qu'un Sçavantaffe , un Pédant , un Compilateur
, en un mot , un Plagiaire ; le Public
équitable n'en juge pas de même , & il lui
fçait un fort bon gré au contraire des peines
qu'il a prises de transmettre en notre Langue
& dans toute leur force les graces Attiques
ou celles de la Latinité. C'eſt à ces
fecours que les perfonnes fans étude ou qui
n'ont qu'une médiocre teinture des Sciences
avec le fens commun en partage , doivent les
connoiffances qui ont fervi à éclairer leur
entendement & à former leur esprit à la politeffe
& à la vertu . Moliere a cû raison de
jouer en plein Théatre , fous le nom de Vadius
, le ridicule & l'extravagance des Docteurs
présomptueux.
Il y a quantité d'Auteurs que je me dispense
de nommer,dont les Ouvrages font fort
critiqués. Il m'en eft tombé plufieurs de cette
espece entre les mains ; je les ai lûs & n'y ai
point remarqué ce ridicule ni ce ma uvais fens
qu'on leur attribuoit. C'eſt un effet, me dirat'on
, de votre peu de discernement & de votre
mauvais goût ; point du tout : je n'ai pas cû
2570 MERCURE DE FRANCE
la présomption de m'en raporter à mes foibles
lumieres , cette garantie n'auroit pas eû
affés de poids ; j'ai pris la précaution de consulter
des hommes défintereffés , équitables,
fçavans & reconnus pour tels , qui m'ont
fortifié dans mon fentiment ; & j'ai de plus
remarqué que la lecture de la plupart de ces
mêmes Ouvrages fi décriés par la Satyre , ne
laiffoit pas de plaire à d'autres personnes d'un
goût allés délicat ; mauvaise conséquence
encore une fois , me dira - t'on , il eft plus de
fots ou d'ignorans que d'habiles gens . Vous
avez donc oublié ce que je viens de dire , ou
vous n'y avez pas fait d'attention ; je parle de
gens d'esprit & de bon goût , non prévenus,
& capables de juger de ces fortes de matieres.
Montagne a raison quand il dit que dans
les Sciences humaines il n'y a point de principes
fi probables , ou , en aparence, fi certains,
qu'on ne puiffe détruire , ou du moins affoiblir
beaucoup par des raisonnemens ou des
argumens contraires. L'opofition qui fe remarque
dans les differentes opinions des Philosophes
anciens d'avec celles des modernes,
ainfi que dans cet Art fameux de la Médecine
, vraye matiere de controverse , le démontre
affés clairement. Ariftofe , par exemple ,
exclut le vuide de la Nature . Descartes le
fuit en cela. Au contraire , Gaffendy , Pascal
& d'autres Philosophes , prétendent que le
vuida
DECEMBRE. 1740 257
vuide eft poffible , même néceffaire , & ils.
le prouvent par des raisonnemens folides, &
de plus par des Expériences qui femblent
emporter conviction . Les Docteurs en Médecine
ont auffi chacun leur Systême ; l'un
eft pour le purgatif, l'autre pour la faignée ,
fans pouvoir au jufte déterminer laquelle de.
ces deux Opérations eft la plus convenable
pour la confervation ou pour le rétabliſſement
de la fanté du Genre humain , & il arrive
affés fouvent qu'elles fe fuplantent tour
à tour , felon la fantaisie ou la mode . Il en
eft à peu près de même des Ouvrages d'esprit
; il n'y en a point de fi parfait auquel on
ne le croye bien fondé à trouver à redire ; je
dis plus , qu'on ne s'efforce même de rendre
ridicule par des Parodies extravagantes
, comme font celles qu'on a fai
tes fur quelques- unes des Piéces de M.
Racine , & que les Comédiens Italiens ont
eû la hardieffe de représenter fur leur Théa
tre publiquement. C'est dans ces fortes d'oc
cafions qu'on peut bien dire , après M. de la
Bruyere , que les meilleures choses ne fervent
fouvent à certains esprits qu'à leur faire
rencontrer une fottise. Ce fameux Cenfeur
du Genre humain n'a pû fe garantir lui - même
de la censure ; on le remarquera ailleurs .'
Cela me fait fouvenir de ce que me dit un
jour un Homme de Lettres & d'un bon jugement
1572 MERCURE DE FRANCE
gement. Il rencontra un de ces prétendus
beaux esprits, qui lui aprit d'un air présomptueux
& content , qu'il alloit critiquer tout
Horace. Cet Ouvrage fera curieux , lui répartit-
il , de fens froid. Je m'étonne feulement
que tant d'habiles gens avant vous
n'ayent osé l'entreprendre . Il y a plufieurs
manieres de s'immortaliser. On n'oubliera
jamais qu'un fou fameux brûla dans cette
intention un des plus beaux Temples du
Monde .
Le dégoût, la malignité ou la plaisanteric
d'un Censeur, n'operent pas toujours ce qu'il
fouhaite. Un Ouvrage eft critiqué ou tourné
en ridicule ; donc il ne vaut rien. Cette conséquence
, comme nous l'avons fait voir à
Poccafion de Racine , eft tout- à- fait déraisonnable
; il faudroit , pour la rendre jufte ,
qu'elle fût décidée par un consentement général
, ce qui eft presque impoffible , fi Dieu
ne s'en mêle , fur tout à l'égard de certains
Ouvrages qui ont leurs Partisans , puisqu'il
n'y a personne qui n'ait prétendu , avec justice
, que
fon jugement foit libre & indépendant
de la prévention ou de l'opinion d'au
trui ; ou du moins il faudroit qu'un nombre
égal d'esprits éclairés & partagés de fentimens
fur un même Ouvrage , fe réüniffent
de bonne foi pour convenir & prouver unaainement
qu'il eft mauvais;raisonnement qui
RC
DECEMBRE. f
1740 2573
ne vaut pas mieux que le premier. Ce qu'on
peut dire , ce me femble , de plus raisonnable
fur la matiere dont il s'agit , eft qu'il y a
des Auteurs , tels que font ceux que j'ai d'abord
nommé , fur qui la critique ne peut
s'exercer qu'à fa confufion . C'eſt le Serpent
qui mord la Lime. On ne prétend pas conclure
de- là que leurs Ouvrages foient exemts
de toutes fortes de défauts. Qui oseroit fe
flater d'atteindre à la fouveraine perfection ?
Mais les fautes dans ces fameux Auteurs, ou
ce qui paroît de moins refléchi ou de moins
fortement rendu en certains endroits de leurs ·
Ouvrages , doit être regardé comme des ombres
un peu trop fortes , ou quelques légeres.
négligences dans d'excellens Tableaux , qui
malgré cette obscurité , ou quelques traits
moins achevés, n'empêchent pas qu'on ne remarque
la nobleffe , l'éclat , la magnificence
& le beau choix des principales Piéces qui
en font l'ordonnance & dont ils font composés
, & il ne feroit pas donné à leurs Censeurs
, diroit à ce propos un la Bruyere ,
d'arriver à de telles fautes par leurs chefsd'oeuvres
; mas ces esprits fublimes , qui devroient
être au- deffus de la jaloufie , méprifent
quelquefois avec trop de hauteur , ou.
peut être , comnie nous l'avons dit , par un
peu de malignité , tout ce qui eft moins par
fait que leurs Ouvrages,
Tous
2574 MERCURE DE FRANCE
Tous les hommes bien conformés ont les
même organes. Ils ont une ame qui vient
d'un même principe & qui eft esprit. Ils ne
s'en fervent pourtant pas tous de la même
maniere , & l'on a peine à comprendre pourquoi
il y a fi peu de raport entre les humeurs
, comme entre les esprits d'un même
composé , & que l'on ne me dise pas que
cela dépend de l'éducation & des préceptes ,
quoique l'un & l'autre foit néceffaires ; pour
éclairer notre entendement & pour nous apprendre
à bien vivre nous voyons tous les
jours que de deux personnes formées du
même fang , également cultivées , instruites
avec les mêmes foins & par les mêmes
Maîtres , foit dans les Arts , foit dans
les Sciences , il s'en trouve ordinairement &
presque toujours une dont l'adreffe ou la pénetration
l'emporte fur l'autre . Semblables
à deux arbres de même espece , plantés en
même terre , dans le même tems & par la
même main , dont l'un affés fouvent profite
,, augmente & s'embellit beaucoup plus
que l'autre , ou produit de meilleurs & de
plus beaux fruits. Les partisans des Atomes
prétendroient , par parenthese , fur le Chapitre
des hommes , que cela vient de la difference
de leurs figures & de celle de leur arrangement
dans la compofition du corps humain
; car quoique les Atomes foient imperceptibles
- DECEMBRE. 1740. 2575
perceptibles à nos fens , il y en a ,
felon eux,
de differentes figures , de ronds , de pointus,
de droits , de crochus , de plus fubtils & plus
polis les uns que les autres , &c. Sur ce
principe , il n'y a presque point de queſtions
difficiles dans la Philosophie , ni dans les effets
de la Nature qu'on ne puiffe résoudre
du moins avec quelque aparence de vérité.
Etabliſſons avant toutes choses , pour fondement
, que les Atomes font fubordonnés
à une fuprême Intelligence qui les a créés
pour fervir de matiere à tout Etre composé ;
dont la mort , ou la deftruction arrive néceffairement
par la décompofition ou desunion
des mêmes Atomes , qui fe détachent ou fe
dérangent avec le tems de leur fituation naturelle
. Que conclure de ce raisonnement ?
Le voici Il y a des hommes , pour ne parque
des Sciences , en qui la Nature a mis
de plus heureuses , de plus faciles & de plus
favorables dispositions qu'en d'autres , des
génies élevés , transcendans , fuperieurs , qui
tiennent du Ciel plûtôt que des préceptes ,
le fublime , le grand , ou , fi vous voulez
le merveilleux , & qui le produisent comme
un ruiffeau fort de fa fource ; en un mot ,
qui anobliffent les Sciences & vont au delà
de ce qu'elles leur ont enseigné ; il y en a
d'autres moindres , qui , malgré tous leurs
efforts , ne peuvent atteindre ou égaler les
premiers.
ler
:
1576 MERCURE DE FRANCE
premiers. Ils pensent , ils écrivent , ils traduisent
même , & l'on ne peut pas raisonnablement
dire qu'ils faffent mal . On les critique
, on tâche à décrier leurs Ouvrages , on
veur les tourner en ridicule ; on en dit trop ,
le Public équitable fe révolte contre ces Satyres
outrées , & , Juge fans paffion & fans
interêt , il ne les met point au rang des mauvais
Auteurs . Je n'entends pourtant pas prendre
ici le parti ni me rendre le Dom Quichote
de certains Ouvrages,où l'ignorance eft fi vifible
& fi groffiere , & les fautes font en fi
grand nombre , qu'ils tombent néceffairement
d'eux- mêmes. Je ne parle , encore une
fois , que de plusieurs Auteurs de ces derniers
tems , comme les Scuderys , les Brebeufs
, les du Riers , les Chapelains , les Théophiles
, les Balzacs , les Ronsards , les Boursauts
& leurs femblables , dont les Ouvrages,
quoique critiqués , ne laiffent pas de plaire
& d'avoir leur mérite : bien qu'inferieurs aux
fublimes productions des grands modéles
que j'ai ci - devant cité , fi l'on s'en raporte
au fentiment des habiles de nos jours. On
fçait que Théophile a fort mal parlé de Balzac
, Balzac de Théophile ; malgré cela on
ne fçauroit raisonnablement disconvenir que
l'un & l'autre n'ayent eu des talens , du mérite
& de l'érudition.
Beaucoup de gens font dans les Belles Lettres-
1
DECEMBRE . 1749 2577
ce que les Héros ou les grands Capitaines
font dans le monde , les premiers en leur
genre ; mais ces Héros ont fous eux de braves
, d'illuftres Officiers , qui , pour être un
peu moins habiles , moins accomplis , ou
moins experimentés qu'eux , ne laiffent pas
d'avoir beaucoup de mérite & de grandes
qualités ; & il y auroit en ceux qu'on admire
davantage , beaucoup d'imprudence pour
ne rien dire de plus , s'ils s'avisoient de traiter
avec hauteur & avec mépris ceux qu'on
admire un peu moins .
2
Quoi ! parce que Lucain eft inferieur à
Virgile , Juvenal à Horace , C ** à Corneille
& à Racine , Re * à Moliere , Ro* à la
Fontaine , R ** à Fontenelle , conclurat'on
de -là
que leurs Ouvrages font à mépriser
? Parce que l'Abbé F ** a moins de talens
pour la Chaire que n'en avoit le Pere Bourdalouë
& le Pere Cheminais , & que Pascal
a été moins purifte que Buffy Rabutin , ou
que le Pere Bouhours , eft- ce une conséquence
que l'un ne devoit point prêcher & que
l'autre ne devoit point écrire ? Quoi ! parce
qu'un bon esprit , au lieu d'être Poëte contre
fon talent , employe fon étude & fes
veilles à faire des remarques fur les plus
beaux paffages & fur les heroïques fentimens
des Anciens , à l'exemple de M. l'Abbé de
Bellegarde , ou qu'il enrichit le Public de
I. Vol.
plufieurs
& B
2578 MERCURE DE FRANCE
plufieurs belles & profitables Traductions ;
doit- on le traiter de Compilateur ou de Plagiaire
? Si un Auteur judicieux & méthodique
recueille avec foin tous les termes des
Arts pour en composer , comme Guillet ,
un Dictionaire utile , doit-on blâmer fon
travail ? Si les Entretiens fur les Vies & fur
les Ouvrages des plus excellens Peintres, anciens
& modernes , par M. Félibien , Secrétaire
de l'Académie des Sciences & Hiftorio .
graphe du Roy , ne font qu'un Recueil ; ce
travail , qui ne demandoit pas un esprit
moins habile & moins consommé que le
fien dans la connoiffance de ce bel Art ,
pour nous en inftruire , en fera- t'il moins digne
de notre aprobation , & de notre reconnoiffance
? Si quelque autre pour l'honneur
de fon Prince & de la Nation , & pour
la fatisfaction du Public , écrit d'un ftyle aisé
& naturel les Nouvelles du tems , & ce qui
fe paffe de plus curieux dans les Régions
par raport à nous les plus éloignées , doiton
le traiter de Copifte , de Compilateur, de .
foible Ecrivain ? En vérité ces fentimens feroient
injuftes & trop rigoureux , & la délicateffe
de ceux qui ne peuvent goûter que
des Ouvrages fublimes , ou de pure invention
, s'il eft vrai néanmoins qu'il s'en puiffe
faire aujourd'hui de ce dernier genre , eft un
peu trop fubtile pour devoir être aprouvée ;
mais
DECEMBRE. 1740. 2579.
, mais puisque c'eft un mal fans remede &
que la plupart des Auteurs femblent être
convenus entre eux de s'entre-déchirer toujours
, il faut faire ce que font les fages , ne
point prendre de parti dans leurs querelles ,
afin d'être toujours en état de rendre à chacun
la justice que méritent fes Ecrits . Sur ce
principe , qui paroît affés vrai , il eft facile de
conclure que dans cette espece de guerre il
entre presque toujours beaucoup moins d'équité
que de jalousie ou de paffion.
C'En
ののの
LA PARESSE ,
O DE.
' En est fait , je romps le silence
Disparois enfin à mes yeux ,
Paresse , ton aspect m'offense
Je brise tes fers odieux.
Rempli d'une audace sublime ,
Par l'effort d'un coeur magnanime
Je vais me soustraire à tes Loix ;
Et d'Esclave devenu Maître ,
J'entreprens de faire connoître
Le danger d'écouter ta voix.
*
Bij C'esp
2580 MERCURE DE FRANCE:
C'est toi , funeste Enchanteresse ,
Qui fais le plus de criminels ,
Par des poisons de toute espece
Tu corromps le coeur des Mortels ,
Par toi , dangereuse Ennemie ,
La Raison même est endormie ,
Tu fais nos plus cruels malheurs ,
Tu vins , & l'on vit sur tes traces
Les plus effroyables disgraces ;
Tu remplis l'Univers d'horreurs,
*
L'indigence toujours fatale ,
Et que suit de près le larcin ,
La faim au teint livide & pâle ,
Sortent-elles pas de ton sein ?
Oui , ceux qui d'un culte frivole
Honorent ta funeste Idole ,
Tu les combles de tes bienfaits ;
Le désespoir qui les accable ,
Suivi d'une mort misérable ,
Est ce qui borne leurs forfaits ,
H
Lorsque par de fausses délices
Un Mortel se laisse emporter
Dans les plus affreux précipices
Tu sçais promptement le jetter ;
31
DECEMBRE: 2581 1740 1746 :
Sa Raison alors éclipsée ,
A son esprit , à sa pensée ;
Ote toute leur liberté .
Et sa coupable négligence
Ne lui laisse dans l'indigence
D'autres biens que l'oisiveté .
*
:
O Thémis , auguste Déesse ,
Je crois entendre tes leçons ;
Tu m'instruis , & de la Paresse
Dans les airs se perdent les sons ;
Au milieu de l'amas immense
Des Loix que dicte la prudence ,
Je vais discerner l'Equité .
Hélas ! au fort de mes Ouvrages
Je me vois couvert de nuages ,
Je rentre dans l'obscurité.
*
Quittons Thémis , suivons Bellone
Et le noble Dieu des Combats ;
Chés la Troupe qui l'environne ,
Paresse , on ne te connoît pas ;
Que vois-je ? Un Guerrier intrépide
Dans la noble ardeur qui le guide
Va se faire un nom éclatant.
Vain projet il quitte les Armes ,
Bij
2582 MERCURE DE FRANCE
Et court , trompé par tes faux charmes ,
Au précipice qui l'attend.
*
Dans ces Solitudes tranquilles
Où le vice semble inconnu ,
Je me retire ; en ces aziles
J'espere trouver la vertu ,
Trompeuse & frivole aparence !
Quand je crois trouver l'innocence ,
Je la vois fuir loin de mes pas ;
O toi , que dépeignent mes rimes ,
A la tête de tant de crimes
Qui peut ne te connoître pas
*
Acheve , homicide furie :
Que les bornes de l'Univers
Soient celles où ta tyrannie
Ne fasse plus porter de fers.
Mais non , dans l'horreur qui l'anime ,
Rien ne lui semble illégitime ,
Tout cede à son fatal courroux ;
Noblesse , honneur , grandeur suprême ;
Rois, Souverains , & les Dieux même ,
Ce monstre ose les braver tous.
H
Arrête , Muse , ton délire , ...
Reconnois
DECEMBRE. 1740 2583)
Reconnois qu'il en est encor ,
Qu'une divine ardeur inspire ,
Pour qui la gloire est un trésor.
Leur esprit est un Jardin vaste ,
Où par un aimable contraste ,
Chaque fleur forme un vif émail ,
Mais , Muse , une gloire fi belle ,
De quelle façon s'acquiert - elle ?
C'est par l'étude & le travail.
::
Par M. P. T. J. Varin , de Rouen.
CONCILIATION de deux Passages,
l'un de Ciceron , l'autre d' Hirtius , au sujet
du tems que César alla à la guerre dAfrique.
Avec un Etat de la Réformation
faite par César de l'ancienne année Romaine.
Traduite de l'Anglois, par M. J. B. BAZIN,
Conseiller au Parlement de Dijon:
A de Ciceron
Près avoir examiné les deux Paffages
de Ciceron & d'Hirtius , fur lesquels
nous héſitions , parce qu'ils fembloient ne
pas fe concilier , je vous envoye , Monfieur .
le résultat de mes Refléxions . Voici ce qui
causoit notre embarras . Ciceron , dans fon
fecond Livre De Divinat. Cap. 24. dit que
César alla à la guerre d'Afrique ante brumam.
Cesar cum à fummo haruspice monere →
B iiij tur
>
2584 MERCURE DE FRANCE
tur , ne in Africam ante brumam transmitteret,
nonne transmifit ? Hirtius au contraire , quí a
écrit l'hiftoire de cette Guerre fur les propres
mémoires de Céfar , dit qu'il s'embarqua
pour l'Afrique vers le 6. des Calendes
de Janvier Navem confcendit ante diemfextum
Calend. Januar. Bell. Afric . cap. 2 .
:
Il est donc queſtion de fçavoir comment
on peut ajuſter ces deux Auteurs par raport
au tems ; c'est- à- dire , comment il fe peut
faire que Céfar fût parti , comme le dit Hirtius
, le 6. des Calendes de Janvier ( qui , fuivant
Scaliger , répond au 27. Decembre ) &
que fuivant Cicéron , il ſe foit embarqué ante
brumam. Car fi nous voulons prendre ce mot
bruma dans fa plus ample fignification ,
( comme il faut le prendre fouvent ) pour
tout l'hyver , le mois de Decembre y fera
compris en entier , de façon qu'à dire en ce
fens que Céfar alla en Afrique ante brumam ,
ce feroit réellement dire que le 27 Decembre
étoit avant le premier. D'autre part en
prenant bruma pour un jour particulier de
T'hyver , ce fera le jour le plus court , autrement
le Solſtice d'hiver ; en effet c'est l'étymologie
qu'en donne Varron de L. Lat. lib.
V. dicta bruma quod dies breviffimus eft. Ovide
en donne la même idée au premier Livre des
Faftes : Bruma noviprima eft veterifque noviſſi
ma folis. Et dans ce fens il eft fouvent opo-
S
DECEMBRE. 1740 2585
fe au Solftice d'Eté , par Varron , Pline &
Cicéron même De Nat. Deor. C'eft auffi
fans contredit en ce fens qu'il l'a employé
dans le paffage dont il s'agic ; car c'eſt
ce qu'il fignifioit dans le vieux Jargon des
Arufpices , au moyen duquel ils vouloient
faire accroire à Céfar , qu'il ne falloit rien entreprendre
ante brumam : c'eſt-à-dire , dans le
tems que l'année expiroit , avant que les jours
commençaffent à croître ; ainfi que l'obferve
Donat fur un paffage du Phormion de Térence
, dans lequel environ cent ans auparavant,
le Poëte dit en ce même ftile & par maniere
de raillerie : Arufpex vetuit ante brumam
aliquid novi negoti incipere. Act. 1. Sc. 4. En
prenant , dis-je , bruma dans ce paffage pour
le Solftice d'hyver, on ne leve pas la difficulté
; car bruma en ce fens répondoit , fuivant
la maniere de compter, univerfellement adop
tée du tems de Cicéron , au 8. des Cal. de
Janvier , ainfi que l'atteftent Pline , Columelle
& Servius ; & c'étoit la place qu'il
tenoit dans l'ancien Calendrier Romain .'
Deforte que , fuivant ce calcul , Céfar alla
en Afrique deux jours au moins poft brumam,
parce que fuivant Hirtius il n'y alla que
le 6. des Calendes de Janvier. Il est donc
clair que fuivant cette fignification , les deux
paffages ne peuvent être vrais. La feule façon
néanmoins de les concilier , eft de faire voir
B v que
12586 MERCURE DE FRANCE
que , quoique le 6. des Calendes de Janvier
ne puiffe être avant le 8. qu'on fupofe être
le jour apellé bruma , cependant ces deux
jours , c'eft-à-dire , le 6. & le 8. des Calendes
de Janvier, lorfque Céfar alla en Afrique ,
étoient réellement ante brumam . C'est ce que
je tâcherai de prouver. Pour y parvenir, j'obferve
que Céfar revint d'Afrique au Printems
de l'année en laquelle il réforma le Calendrier
, & que par conféquent Hirtius en écrivant
l'Hiftoire de cette Guerre, a dû dater ce
qui s'étoit fait avant la réformation , fuivant
qu'il le trouvoit dans fes mémoires , c'eſt- àdire
, fuivant les jours & les mois de l'ancienne
année. Or l'année dans fa premiere Inftitution
étant lunaire de 354. jours , elle finiffoit
onze jours avant que le Soleil eût fait
deforte que la Lune devoit anticiper
d'onze jours ,
jours , c'eſt -à- dire , parcourir fes
douze mois, onze jours plus vite que le Soleil.
A fupofer par exemple qu'ils commençaffent
enſemble leur tour au premier de Janvier
, la Lune reviendroit au premier de Janvier
, tandis que le Soleil ne feroit qu'au 21 .
Decembre ; l'année fuivante le premier de
Janvier fuivant la Lune , ne feroit que le 10 .
Decembre par raport au Soleil. Et par ce
moyen Janvier & tous les mois qui fuivent ,
dans l'efpace de 33. pafferoient par toutes les
faifons de l'année , comme cela arrive dans
•
fon
tour ,
l'année
DECEMBRE . 17403
2587
Pannée Mahometane , qui eft annus Lunaris
vagus , fans intercalation . Mais les Romains ,
quoique peu entendus en ces matieres
pourvûrent à ce défaut , & trouverent moyen
d'ajuſter les mois avec le Soleil , & les maintenir
dans les faifons qui leur font propres ,
en faiſant de ces onze jours un mois intercalaire
de vingt- deux jours tous les deux ans ,
& de vingt-trois tous les quatre ans , entre
la Fête des Terminales & le Regifugium,c'eſtà
dire , entre le 23. & le 24. Février , où depuis
dans l'année Julienne , on plaça le jour
biffextile . Or fi l'on eût eu foin d'inferer régulierement
ce mois intercalaire , ou comme
Plutarque l'apelle, Mercedonius, cela eût accordé
parfaitement les mois avec le cours du
Soleil , & les auroit maintenus dans leurs
propres faifons ; mais comme on laiffoit aux
Pontifes le foin de cette Intercalation , longtems
avant Céfar , ils commencerent à abuſer
de la charge qui leur étoit confiée ; fans aucun
égard pour les regles , per intercalendi
licentiam , comme le dit Suetone ( in Jul . )
ils intercaloient , ou négligeoient de le faire ;
fuivant que cela pouvoit ou fervir à leurs amis,
ou nuire à leurs ennemis; abus dont il eft fouvent
parlé dans les Epîtres de Cicéron , &
qui eft exprimé dans Cenforin , de cette
forte : Horum plerique , dit - il , ob odium vel
gratiam , quo quis Magiftratu citius abiret
B vj diutius- ve
2588 MERCURE DE FRANCE
'diutius- ve fungeretur, aut publici redemptor ex
anni magnitudine in lucro , damnove effet , plus
minufve ex libidine intercalando , rem fibi ad
corrigendum mandatam ultro depravarunt.
Mais cette dépravation , comme il eſt aifé de
le voir , confiftoit principalement en ce qu'ils
négligoient d'intercaler ; & cette négligence
mit les chofes dans un tel degré de confufion
, que du tems de Céfar les mois avoient
quitté les faifons dans lefquelles ils doivent
être , ceux de l'Hyver fe trouvant au milieu
de l'Automne , ceux d'Automne en Eté , &
ainfi du refte. Janvier par exemple , par exemple , tomboit
en Octobre , de façon que les Calendes de
Janvier étoient à la place où devoit être le
3. des Ides d'Octobre . Suivant ce calcul
vous voyez que, lors que Céfar alla en Afrique
le 6. des Calendes de Janvier , comme
le dit Hirtius , fi on confidere l'ordre des
mois , & les faifons ( car elles étoient fixes ,
quoique les mois variaffent ) il y alla plufieurs
femaines ante brumam , ainfi que l'affirme
Cicéron. Il faut montrer que les mois
étoient dans une telle confufion ; je le ferai
en mettant fous les yeux en deux mots la réformation
faite par Céfar. Comme il vit le
défordre que les Pontifes avoient introduits
dans l'année, & parce qu'il étoitGrand Pontife
& Dictateur, il réfolut avec l'aide de Sofigene
Aftronome d'Alexandrie , de rectifier le Calendrier,'
1
DECEMBRE. 1740 2589
lendrier , premierement en remettant les
mois dans leurs anciennes places , & en les
fixant fur l'année folaire telle que nous l'avons
encore à prefent . Ainfi pour les remettre en
ordre , il fut forcé non-feulement d'interca
ler le mois Mercedonius de 23. jours en Février
, parce que comme je l'ai dit ci- deffus ,
il falloit le faire de 23. jours au bout de quatre
ans , majs encore de mettre de plus deux
nouveaux mois , faifant 67. jours entre Novembre
& Decembre , en tout 90. jours , qui
étant ajoûtés à l'année Lunaire de 354. ou de
355. jours, ( car c'eſt ainfi que Numa l'avoit
ordonné, quia, comme le dit Cenforin , impar
numerusplenus & magis fauftus habebatur) faifoient
une année de445.ou fuivant Suetone de
quinze mois . Cela prouve évidemment combien
les mois avoient reculé dans l'ancienne
année. Quoiqu'il ne foit pas facile d'expliquer
comment cette longue année remit tout
en regle , je crois qu'on peut le faire en cette
maniere. Cette longue année de la reforma¬
tion qui comprenoit 445. jours , finit certainement
lorfque commença la premiere
année Julienne, qui fut , comme le dit Cenforin
, lorfque Céfar entra dans fon quatriéme
Confulat , c'eft -à - dire , le premier Janvier
4669. fuivant la Période Julienne , ou
45. ans avant J. C. Or fi on compte ces 445 .
jours en retrogradant depuis là
ils rempliront
l'année 46. avant J. C. & finiront au 13.
2590 MERCURE DE FRANCE
d'Octobre de l'année 47. Deforte que le
premier Janvier fe trouvoit , comme je l'ai
dit , à la place qu'occupa dans la fuite le 13.
Octobre de l'année de Céfar. C'eft donc- là
où commença cette longue année , & elle
finit le dernier Decembre de l'an 46. avant
J. C. fans contredit. En cette façon le pre-
-mier jour de cette année , c'est - à - dire , le
: 1. de Janvier en l'année 47. avant J.C. étant,
-comme je l'ai montré, le 13. de notre mois
d'Octobre , elle devoit fuivant le cours de
la Lune , finir l'année ſuivante ante Chriftum
46. le 2. Octobre ; mais comme on avoit
intercalé en Février le mois Mercedonius de
23. jours , ces 23. jours la raprochoient du
mois de Janvier fuivant , enforte qu'au lieu
de finir au 2. d'Octobre , elle alloit jufqu'au
25 : enfuite les deux autres mois intercalaires
de 67. jours ajoûtés par Céfar , la menerent
précifément jufqu'au jour que la 1. année Julienne
devoit commencer. Voilà la meilleure
idée
que jeje puiffe
donner
de cette
longue
année
de Céfar
, que Macrobe
apelle
annus confufionis
ultimus
parce
que , quoiqu'elle fût en effet très - dérangée
en elle - même
, elle mit cependant
fin à la confufion
, qui étoit
précedemment
dans l'année
Lunaire
, & introduifit
la forme
réguliere
qui eft en ufige parmi
nous . Voyons
à prefent
ce que raconte
Hirtius
de la Guerre
d'Afrique
,où Céfar
alla,
ainfi
DECEMBRE. 1740 2591
ainfi que je l'ai dit , une année avant qu'il reformât
le Calendrier. Chapitre I. il dit que
Céfar vint à Lilybée , pour de - là paffer en
Afrique le 14. des Calendes de Janvier , qui
devoit néceffairement être le 30. de notre
mois de Septembre , les Calendes de Janvier
étant comme je l'ai fait voir, le 13.d'Octobre..
Au Chapitre II. font ces paroles , au fujet
defquelles je vous ai tant rompu la tête :
Navem confcendit a . d . 6. Kal . Fan . qui par
conféquent étoit le 8. de notre mois d'Octobre
. Dans le 6. Chapitre , il dit que Cé
far campa à Rufpine , aux Calendes de Janvier
, c'est- à - dire , le 13. d'Octobre , qui fut
le premier jour de la longue année . Au Chapitre
37. que Céfar fe mit en marche pour
combattre Scipion & Labienus , le 6. des
Calendes de Février , qui étoit le 6. de Novembre,
& c'eft fur ce pied- là qu'il faut compter
toutes les autres dates. Je ne puis m'empêcher
de remarquer ici que Plutarque ( in
Cafare ) & Dion ( 1. 42 ) quoiqu'ils ayent
tous deux donné un état de la réformation
faite par Céfar , cependant ni l'un ni l'autre
ne femble avoir bien entendu la façon dont
les mois avoient retrogadé dans l'ancienne
année , qu'il avoit deffein de corriger. Car en
difant que Céfar vint à Lilybée , & delà s'embarqua
pour paffer en Afrique , ce qui fe fit
fuivant l'ancien Calendrier , comme dit Hirtius
2592 MERCURE DE FRANCE
›
la
tius , le 14. & le 6. des Calendes de Janvier ,
ils difent que ce fut environ le milieu de
l'hyver, ou au folftice d'hyver , comme fi Janvier
eût eu alors quelque raport avec ce qu'ils
apelloient Bruma , comme cela arriva par
fuite dans l'année Julienne , fans faire attention
qu'en ce tems les mois de l'hyver tomboient
en Automne , enforte même que fui-.
vant ces dates , à les compter exactement ,
Céfar alla en Afrique long- tems avant le
folftice d'hyver. Car s'étant embarqué le 6 .
des Calendes de Janvier , c'eft- à- dire , notre
8. d'Octobre , & le jour qu'ils apellent Bruma
, ou le folftice d'hyver , étant comme je
l'ai fait voir ci - deffus , le 8. des Calendes de
Janvier , c'est - à- dire le 25. de notre mois de
Decembre ; il eft clair qu'il y alla juftement
onze femaines ante Brumam. Ainfi vous
voyez qu'il eft aifé de concilier l'opofition
qui paroiffoit être entre Cicéron & Hirtius ,
& qu'ils difent vrai l'un & l'autre . Mais
quoique cela foit clair, je ne puis m'empêcher
de vous faire remarquer un autre paffage dans
Hirtius même , qui confirmera de plus en
plus le calcul que j'ai fait de ces dates , &
dont en même tems je leverai la difficulté .
C'eſt dans le 47. Chapitre , où il raporte un
étrange accident qui arriva dans l'Armée de
Céfar , comme je le penfe , environ le 3. ou
le 4. des Calendes de Février. Car ayant raconté
DECEMBRE. 1746. 2593
conté depuis le Chapitre 37. jufqu'au 43. ce
que fit Céfar le 6. des Calendes de Février
& les trois jours fuivans , & depuis le Chapitre
43. jufqu'au 47, ce qui fe paffoit pendant
ce tems en d'autres endroits , il ajoûte
immédiatement ( Chapitre 47. ) que ce prodige
arriva environ en ce tems : Per id tempus
fere Cafaris exercitui res accidit incredibi
lis auditu , & que ce fut vergiliarum figna
confecto , circiter vigilia fecunda noctis. C'eft
le paffage dont je parle , lequel a paru fi embrouillé
aux Commentateurs , qu'ils ont tous
paffé pardeffus , faute de fçavoir comment
accorder le coucher des Pleiades avec les
Calendes de Février. Godwin , l'un d'eux ,
pour trancher la difficulté , a dit que Vergi
liarum eft une leçon vitieufe , que la véritable
eft, ainfi qu'ill'a trouvé en quelques Mss . vi
giliarum figno confecto , c'est - à- dire , dato:
Enforte que ces mots fignifient , que cela
arriva precifément après le fignal donné pour
relever la Garde . Mais cette correction pé
che contre les regles du bons fens & de la
bonne Latinité. Car quel jugement y auroit
il à dire , après que le fignal eût été donné
& d'ajouter , circiter , environ , c'eſt - à- dire ,
ou devant ou après ce fignal ? D'ailleurs
peut-on penfer qu'un Ecrivain poli tel qu'Hir
tius eût écrit confecto pour dato ? Si c'eût été
fon idée , il eût omis la premiere partie de
2594 MERCURE DE FRANCE
la phrafe, & eût dit fimplement, circiter vigilia
fecundâ noctis , ou il eût mis les deux parties
en une , en cette maniere , vigilia fecundæ
noctis figno dato. Mais après tout , ces mots
vergiliarum figno confecto , n'ont pas befoin
d'être corrigés , & le fçavant homme qui a
donné la derniere édition de Céfar , le Docteur
Clarck dans fa Note fur cet endroit, en
trouve le fens fi clair , qu'il paroît étonné de
ce que des perfonnes d'un plus grand fçavoir
que Godwin , telles que Cellarius , par
exemple s'y foient arrêtées. Il demande de
quel coucher des Pleiades Hirtius a voulu parler,
puifque ce n'a pû être ni le Cofmique, ni
l'Heliaque , ni l'Acronique , d'autant que
dit-il , en Février , le Soleil étant dans le figne
des Poiffons , les Pleïades fe couchoient
néceffairement circiter vigilia fecundâ noctis.
De quelle forte donc de coucher faut il entendte
celui dont parle Hirtius ? Ce n'eft, dit- il,
d'aucune des fortes de l'obfervation annuelle
mentionnée par Cellarius ( qui étoit connuë
alors de tous les Romains ) mais occafu diurno
aftronomico ; & ainfi le doute eft levé
comme fi nous pouvions penfer qu'Hirtius
lorfqu'il a écrit fon Hiftoire, ait fait un calcul
aftronomique du mouvement journalier &
des diftances du Soleil & des Etoiles , &
nous ait dit plûtôt comme un faifeur d'Almamach
que comme un Hiftorien,à quelle heure
les
DECEMBRE
1740 2595
les fept Etoiles fe coucherent cette nuit- là ,
chofe peu connue de la plupart des Romains,
à fupofer même qu'elle le fût de quelquesuns.
De plus , ce ne feroit pas une grande
preuve du fçavoir d'Hirtius d'avoir marqué
une époque , fans dire fi c'eft pour Rome ,
ou pour Rufpine , qui tient , comme l'entend
le Docteur , l'espace de tout un figne , pendant
la durée duquel la chofe peut avoir été
vraïe & fauffe . Car il eft clair que les Pleïades
pendant trente jours de fuite ne peuvent
pas fe coucher circiter vigiliâ fecundâ , c'eſtà
dire environ le commencement de la feconde
veille qui eft ce que prétend Hirtius.
Ce qui peut étonner eft donc , que tandis
que le Docteur fait fes efforts pour éclaircir
ce paffage par cet expedient , il ne peut
avec toute fa fcience , venir à bout de trouver
, au moyen de la circonſtance que les
Pleiades fe couchoient environ le commencement
de la feconde veille , en quelle partie
du figne des Poiffons , le Soleil étoit pour
lors , & par conféquent environ quel jour de
Février cet accident arriva. Mais quoi ! s'il
arriva pendant que le Soleil n'étoit pas dans
le figne des Poiffons ( car cela peut être arrivé
en Février , & néanmoins plufieurs jours
avant que le Soleil entrât au figne des Poiffons
) ou fi cela n'arriva pas du tout en Février.
Mais comme je l'ai montré ci - deſſus , à
la
597 MERCURE DE FRANCE
prola
fin de Janvier , n'eft-il pas encore vrai en
Aftronomie que le Soleil étant dans le Verfeau
, les Pleiades ne peuvent fe coucher que
circiter vigiliâ fecundâ ? Et fi après tout , le
mois de Février étoit réellement en celui de
Novembre de l'année Julienne , que deviendra
la folution Aftronomique de la difficulté
pofée par le Docteur ? Quoiqu'il en ſoit ,
quand on lui accorderoit que la fupputation
qu'il a faite pour Hirtius eft jufte & exacte ,
elle n'aboutiroit qu'à faire dire à cet Auteur
deux fois la même chofe , en ces mots ,
Vergiliarum figno confetto , circiter vigiliâfecundâ
, quand même on lui pafferoit que le
coucher des Pleiades en Février & la feconde
veille défignent le même tems de la nuit . Deforte
qu'à préfent on devroit plûtôt être
étonné de ce qu'Hirtius , au lieu qu'il pouvoit
s'expliquer nettement en peu de mots ,
& dire fimplement comme il a fait en d'autres
endroits , circiter vigiliâ fecundâ , ait
ajoûté une defcription inutile de ce même
tems en ces paroles Vergiliarum figno´confecto
, & cela dans un fens inconnu aux Romains
de fon fiècle. Car il eft clair par tous
leurs Ecrivains qu'ils n'avoient aucune autre
notion du coucher des Pleiades , ou d'aucune
autre Etoile , que par raport aux faifons de
l'année dans l'une ou l'autre des manieres
que j'ai raportées ci-deſſus.
Convenons
DECEMBRE. 1740. 2597
Convenons donc qu'Hirtius ne s'eft point
jetté dans cet embarras Aftronomique ,& qu'il
a parlé more Romano , alors il n'y aura point
de Tautologie dans ces mots , mais au contraire
deux marques diftinctes , l'u̟ne de la
faison de l'année dans laquelle l'accident arriva
, fçavoir Vergiliarum signo confecto , l'au
tre du tems de la nuit qui fut circiter vigilia
fecundâ. Et c'eft fi évidemment la pensée
d'Hirtius , que le Docteur lui même y revient
à la fin , & dit ; Caterum şi hæc verba
Vergiliarum signo confecta , omninò de anni
tempestate funt intelligenda. C'est - à -dire ,
nous fommes , forcés d'abandonner fon eccasus
diurnus & d'entendre ces mots
comme le font tous les Sçavans d'un coucher
respectif à la faison de l'année , alors que
faudra t'il faire ? car c'eft en cela que gît la
difficulté. Alors , dit- il , cum Cellario dicendum
est accidiffe hac ineunte Martio , quod
tempus propius abest ab heliaco Pleiadum occasu.
C'eſt - à - dire , qu'il faudra reculer l'accident
à un mois plus convenable
›
?
fi
& dire
avec Cellarius ( quoique contre la pensée
d'Hirtius ) que cela fe paffa , non pas en Fevrier
, mais en Mars. Pourquoi cela ? Parce
qu'alors , dit-il , les Pleïades alloient dans
peu se coucher heliaquement .
Mais en accordant tout cela , la difficulté ,
comme vous pouvez le voir, ne laiffe pasddao
fubfifter
2398 MERCURE DE FRANCE
fubsifter encore ; car Hirtius ne dit pas que
lorsque le prodige arriva,lesPleiades n'étoient
pas loin du coucher , mais que pour lors
elles étoient déja couchées. Puis donc que
le coucher * heliaque ne fert de rien à notre
propos , effayons fi le coucher cosmique ne
diffipera pas l'obscurité. Les Pleiades , comme
on le fçait , font une Conftellation dans
le Taureau , qui , lors que le Soleil eſt dans
ce Signe , fe levent avec lui , & par consé
quent lorsqu'il fe leve dans le Signe oposé ,
qui eft le Scorpion , elles doivent fe coucher
cosmiquement. Or , le tems auquel le Soleil
entre dans le Scorpion , ſuivant l'observation
ancienne , étoit environ le 18. de notre Octobre.
Car on fuposoit communément que
le Is. des Cal, ou environ , étoit le jour que
le Soleil entroit dans chaque Signe , comme
il paroît par Ovide , Columelle & Pline , et
on le marquoit ainsi dans l'ancien Calendrier
Romain. Le Soleil donc , fuivant les Anciens
, étoit dans le Signe du Scorpion depuis
environ le 18. d'Octobre jusqu'au 17.
Novembre , lorsque les Plefades étant dans
le Signe oposé , devoient , fuivant leur calcul
, fe coucher cosmiquement . Or , que ce
foit de ce coucher des Pleiades qu'Hirtius
* Le lever le coucher des Etoiles , diftingués
par les Poëtes en Cosmique , Acronyque & Héliaque
ou aparent , &c.
ai ;
DECEMBRE. 1740.
THEQUE
FOLA VILLE
DE
OLYON
ait voulu parler , cela paroîtra clairement
nous confiderons le tenis auquel cet acc
dent arriva dans l'Armée de César ; ce fut ,
comme je l'ai dit , environ le 4. ou le 3. des
Cal. de Février. Càr quoique , fuivant la réformation
, ces deux jours foient à présent
lė 29. & le 30. de Janvier , jours auxquels
les Pleiades ne font couchées en aucun fens;
cependant fuivant l'ancienne façon de compter
l'année de Numa , dans la derniere desquelles
fe fit la guerre d'Afrique , & ce prodige
arriva, lorsque les mois eurent abandonné
leurs anciennes places , & se trouverent
en des faisons dans lesquelles ils ne devoient
pas être , nous trouverons que fuivant la regle
dont j'ai parlé plus haut , ces deux jours
n'étoient autres réellement que nos 8. & 9 .
de Novembre, deforte que , fi la choſe arriva
l'un de ces deux jours, ou peut-être quelques
jours après , elle arriva , comme vous voyez ,
lorfque les Pleiades étoient , conformément
à l'obfervation commune , couchées cofmiquement.
Mais après tout , j'obferve que lesi
anciens , parmi les marques qu'il avoient de
l'entrée de chacune des quatre faifons , ont
pris le coucher des Pleïades pour défigner
particulierement le commencement de l'hyver
que Pline met le 3. des Ides de Novembre,
Varron le 4. Columelle le 6. ce qui
répond aux 8. 1o. & 11. de notre mois de
,
Novembre
1600 MERCURE DE FRANCE
Novembre, auquel jour la Conftellation des
Pleïades pouvoit étre dite proprement , fidus
confectum ou peractum , à l'entrée de l'hyver.
Et fuivant cela, je crois que le vrai fens d'Hirtius
eft que lorsque l'hyver étoit commencé ,
Vergiliarum figno confecto , c'est-à - dire envi
ron l'onzième de Novembre, fe fit cette tempête
de Grêle , & parurent ces exhalaiſons
de feu , qui s'arrêterent fur les lances des foldats
; chofe qui , quoique non incroïable ;
comme il le dit , eft néanmoins très -rare en
cette faifon de l'année. Ce préfage eft cependant
, comme je l'ai dit , une preuve évidente
que les dates d'Hirtius doivent être rangées
en la maniere dont je l'ai fait , au moyen
dequoi il n'y refte plus de difficulté : Pour
prouver mon calcul d'une façon plus intelligible
, j'ai compofé une Table , qui eſt une
Chronologie de l'ancienne année depuis la
premiere date d'Hirtius , juſqu'à l'annus confufionis
ultimus , comparée par un calcul retrograde
avec l'année Julienne , dont la vérité
paroît , en ce que l'une & l'autre s'accordent
à tomber fur le premier Janvier de l'année
Julienne .
Les Auteurs modernes étant très-partagés
au fujet de cette longue année , j'ai , fans
avoir égard à leurs fentimens , effaïé de la
décrire exactement , fuivant l'idée qu'en ont
donné Suetone & Cenforin , en prenant l'année
DECEMBRE . 1740. 2601
47.
née Julienne à rebours , pour une régle qui
me conduifit à l'autre , & en même tems de
montrer à quels mois & jours de l'année Julienne
les dates d'Hirtius répondent ; & je
crois que la vérité de ma fupputation fe prou
ve d'elle-même , en ce que les deux années ,
comme je l'ai dit , s'accordent à tomber fur
le premier Janvier de l'année Julienne . Par
cette Table on voit que le manquement des
mois dans l'ancienne année , que la nouvelle
devoit rectifier, étoit juſtement de 80. jours ,
parce qu'on en trouve autant en comptant à
rébours l'année Julienne entre le premier de
Janvier Pan 46. avant J.C. & le 13.Octobre
où étoient les anciennes Cal. de Janvier.
Le feul doute qu'il puiffe y avoir ſur ce fyftême
, eft de fçavoir fi j'ai bien rangé les
mois Intercalaires. Je ne crois pas qu'il puiffe
y en avoir fur le Mercedonius , car il eft certainement
à fa place ; mais par raport aux
deux nouveaux mois de Céfar de 67. jours
que je divife en 33. &:34 . jours, en ne donnant
à chacun que quatre jours de Nones.
Ma raifon pour le faire ainfi , eft que
c'eft la plus naturelle divifion de 67. jours ,
& parce que c'étoit une attention religieufe
qu'ont euë Numa & Céfar , de ne donner
que quatre Nones à tous les mois , excepté
ces quatre , Mars , Mai , Juillet & Octobre
, qui depuis le tems de Romulus , ont
C toûjours 1. Vol.
>
2602 MERCURE DE FRANCE
toûjours eu 31, jours & fix Nones. Trois
fçavans hommes , le P. Petau , Erycius , Puteanus
& Gaffendi , quoiqu'ils n'ayent pas
expliqué cette longue année de la même façon
, en donnent cependant une defcription
affés exacte. Le P. Petau y comprend les 67.
jours , mais fimplement comme autant de
jours , fans dire comment ils étoient divifés en mois.
>
Puteanus ( de Biffexto ) dit qu'ils étoient
partagés en deux mois de 29. & de 3 1. jours ,
à l'imitation des mois de Numa , ( qui tous ,
excepté Février , étoient alternativement de
cette mefure , ) & que les fept autres jours
éroient επαγόμεναι c'eſt - à - dire , ajoûtés
à la fin du 2. mois. Mais c'eft une
pure imagination . Car Céfar , comme il paroît
, n'a jamais eu la fuperftition de Numa
au fujet des mois impairs , & ne prétendoit
pas mouler les fiens fur ceux de l'ancienne
année qu'il vouloit abolir , fon deffein étoit
feulement d'inferer en paffant deux mois de
longueur fuffifante , pour l'introduction de
fa propre année , & cela dans une forme de
mois tout-à- fait differente de ceux de Numa.
Ces fept jours même ne peuvent pas
être proprement
apellés éagóμevas , à moins qu'on
ne donne le même nom aux 67. jours dont
ils faifoient partie , & ceux-là même n'étoient
réellement pas tels ; mais plutôt évferie , ou
Intercalaires ,
DECEMBRE, 1740. 2603
Intercalaires , c'eſt à- dire , qu'ils étoient inferés
entre les mois, au lieu qu ' ήμέραι επαγό
Meval proprement dites , étoient, comme il paroît
par la forme des années dans lesquelles
on en ufoit , quelques jours ajoûtés à la fin
d'une année pour en remplir la meſure
après que tous les mois étoient finis . Deforte ,
en un mot, que Puteanus fait une diftinction ,
qui n'eft fondée ſur aucune difference réelle ,
& qui n'aboutit pas à plus que feroit une
divifion tout- à-fait inégale de 67. jours en
deux mois , l'un de 29. jours & l'autre de
38. Gaffendi , dit en termes exprès ( Expof.
Cal. ) que la divifion des 67. jours
en deux mois , étoit telle que je l'ai faite :
Cafar duos ex illis menfes , alterum dierum
33. alterum 34. creavit. Pour ce qui eft du
nom que je leur ai donné , Menfis Intercalaris
prior & pofterior , j'ai pour moi l'autorité
de Cicéron , qui dans fon Epître à
Ligarius , apelle ainfi le premier. Mais je ne
puis omettre de relever une bévûë de Scaliger
au fujet de ces mois Intercalaires , fur un
paffage de l'Epître de Cicéron à Ligarius ,
( non pas à Lepta , comme il le raporte.
Cicéron en cet endroit , dit donc à Ligarius
qu'il a été dans la maifon de Céfar interceder
pour lui. a. d. 6. Cal . Intercalarespriores.
Or Scaliger fait de ce jour les Cal . du mois
Mercedonius . Car Cicéron , dit-il , par Cal.
Cij Intercalares
2
2604 MERCURE DE FRANCE
Intercalares priores , entend le premier jour
du mois Mercedonius. Manifefto Cal. Intercalares
priores diemprimum Mercedonii vocat.
En quoi il confond totalement les noms de
deux mois très - differens & très - éloignés l'un
de l'autre , & par ce moyen il fait entendre
que Céfar étoit à Rome, tandis qu'il étoit en
Afrique, Car le 6. des Cal . de Mercedonius
étoit comme on le voit le 29. Decembre
l'année 47. avant J. C. tems auquel Céfar
étoit au milieu de la Guerre d'Afrique : Au
lieu que le 6. des premieres Calendes intercalaires
, qui eft le tems auquel Ciceron intercedoit
pour Ligarius , étoit dix mois après
( lorfque cette Guerre étoit terminée , & Céfar
de retour à Rome , ) c'est-à- dire , le 22 .
Septembre l'an 46. ayant J. C. quoique je
penfe que ce foit le 23. c'eft- à- dire , le cinq
de ces Calendes , fuivant les dernieres 'Editions
de Gruter , Grævius & Gronovius.
,
Je n'ai plus rien à ajoûter , fi ce n'eft feulement
par maniere d'atteftation , que vous
trouverez dans les annales d'Ufher , plufieurs
'des dates'd'Hirtius fixées aux mêmes jours de
l'année Julienne , auxquels je les ai réduites.
L'original Anglois fe trouve dans un Recueil
intitulé : Bibliotheca Literaria. Reing à
Collection ofinferiptions , Medals , Difertations
&c. to be continuel Number v111 . Lom-
'dom . 1723. in-4°. C'eft la troifiéme piéce de
ce Recueil.
DECEMBRE. 1740 2605
********************
TRADUCTION de la premiere
Elegie du IV. Livre de Tibulle : Sulpitia
eft tibi.
POUR L
OUR la Fête aujourd'hui Celimene eft parée ,
Dieux , venez admirer les graces , fes apas ,
Et vous, Jeux & Plaifirs , qui fuivez Citherée
En cette aimable Cour venez fixer vos pas.
Pour enfâmer les Dieux Amour du haut des nûës
Vient au feu de fes yeux allumer fon flambeau ;
Sans ceffe à fes côtés les Graces affiduës ,
Mêlent à fes attraits quelque charme nouveau,
Voit-on au gré des vents floter fa chevelure
Cet air fimple lui fied , & fçait nous attirer.
L'art a t-il entrepris d'ajufter fa parure ?
Sa majefté nous charme & fe fait admirer.
*
Sous quelques ornemens qu'elle change & varie ,
Toujours des mêmes feux elle enflâme nos coeurs
Tel Vertumne au milieu d'une Plaine fleurie ,
Ravit également fous diverfes couleurs .
C iij
Celebre
2606 MERCURE DE FRANCE
Celebrez aujourd'hui l'aimable Célimene ,
Mufes , vous lui devez vos plus tendres accens ;
Que fouvent en ces lieux ce fujet vous ramene
Jamais plus digne objet ne reçût votre encens.
LETTRE de M. Maillart , ancien Bâtonier
de l'Ordre des Avocats au Parlement
de Paris à M Secoulle , Avocat en la
même Cour.
L
;
Du 31. Octobre 1740 .
A vénérable antiquité , Monfieur , que
vous cultivez , avec tant d'affiduité , me
procure le plaifir de vous adreffer mes obfertions
fur la qualification , SANS -Terre ,
donnée à des Princes.
1°. L'ancien droit féodal n'admettoit point
les Nobles , à la poffeffion des fiefs , à moins
qu'ils ne fuffent en âge de les défervir , avec
le fecours des armes offenfives & défenfives :
cet âge étoit celui de 21. ans .
J'ai raporté cet usage en mes Notes fur la
Coûtume d'Artois , Edit de 1739 , art. 154 .
N°. 83. page 879.
2º. Comme les Enfans puifnés des Princes
n'avoient pas préfomptivement l'ufage des
armes avant cet âge fuffifant , on ne leur affignoit
DECEMBRE. 1740. 2607
gnoit point d'Apanage , l'adminiſtration ne
leur en étoit point confiée pendant leur minorité
féodale .
3º. Voici quelques traces de cette qualification
, Sans - Terre.
4°. André du Chêne , qui a fi bien mérité
du Public , raporte ce qui fuit , en fon Hiftoire
d'Angleterre, Edition de 1634. p. 478. à
la fin de la vie du Roy HENRY II . décédé à
Chinon, dans l'octave de la Fête de S.Pierre,
c'eſt -à-dire , le 3. Juillet 1190. & inhumé
dans l'Abbaye de Font -Evrauld en Touraine.
» Le 4. JEAN , furnommé SANS -TERRE
» par fon Pere même , d'autant qu'il étoit le
» dernier , & que , de fon vivant , il n'eût
prefq'aucun Apanage.
›
» Et bien que depuis il poffedât l'Irlande
» & la Normandie & fuccedât même à fon
» frere Richard , au Royaume , fi eft -ce que
» le furnom de SANS-TERRE lui demeura
❞ toujours.
5 °. Le même défaut d'Apanage fit attribuer
la qualité de Sans-Terre , à PHILIPE
de France , dit le Hardi , né 4. fils du Roy
JEAN , le 15. Janvier 1341. Ce Prince ne
fût Apanagé du Comté de Touraine que
par Charte du mois d'Octobre 1360. & de
la Duché- Pairie de BOURGOGNE que par
Charte du 2. Juin 1364. Il avoit alors 23.
ans ce Prince a fait la fouche de la derniere
race de Bourgogne- Duché. Ciij Tang
4
1
2608 MERCURE DE FRANCE
Tant qu'il n'eut point d'Apanage , il fut
qualifié Sans- Terre ; je trouve cela dans une
Tranfaction du 3. Decembre 1509. tranſcrite
du Protocole de Philibert Maignen , Notaire
Royal à Autun, en Bourgogne, & paffée entre
Guillaume de Clugny , & le Chapelain de
Saint Benigne , à Saint Jean d'Autun .
Tranfaction imprimée dans les Mémoires
de la famille de Clugny , fournis au Parlement
de Dijon en 1723. dont voici les termes.
و د
" Acauſe & raiſon de ce que par feu No.
»ble Seigneur Maître Guillaume de Clugny ,
Seigneur de Conforgien & de Burry , Bailly
» d'Auxois , & depuis Bailly de Dijon , du
» tems du Roy Jehan , Roy de France , &
» de feu Monfeigneur PHILIPPES SAN-
" TARRE , Duc de Bourgogne .
6. J'ai copié, ce qui fuit dans les SoUVERAINS
de M. de Chazot , Tome 2. pag, 77 .
Edition de 1736. 79.
» La fucceffion remonta à fon grand - On-
» cle PHILIPPES , Comte de Breffe , dit SANS-
» TERRE , furnom qu'il s'étoit luimême
donné , parce qu'il fut jufqu'à l'âge de 22 .
» ans fans avoir d'Apanage.
Ce puifné de la Maifon de Savoye , né le
3. Avril 1438. décéda le 7. Novembre 1497.
Il devint Duc de Savoye par la mort de fon
petit Neveu , le Duc Charles- Jean Amé ,
arrivée le 16. Avril 1496.
DECEMBRE. 1740 2609
le
Jefpere , Monfieur , avoir prouvé par
Droit ancien , & par les Faits Hiftoriques ,
dans les anciens tems , les cadets mineurs
de 21. ans , étoient qualifiés SANSque
,
TERRE .
J'ai l'honneur d'être , &c.
EPITHAL AME ,
Sur le mariage de M. de la Bourdonnaye de
Bloffac , de Mlle le Pelletier de la
Houffaye.
C'eft THEMIS qui parte.
VOLEZO >
z , ô tendre Amour venez dans ces
Climats ,
Et vous, ô chafte Hymen, daignez fuivre fes pas :
Je fçais , quoique vous foyez freres ,
Qu'enſemble on ne vous trouve gueres ;
Le deftin des Amans , & celui des époux ,
Vous ont toujours rendus ennemis ou jaloux :
Sufpendez votre broüillerie.
En faveur de Themis , elle a beſoin de vous ,
Faites enfin la paix , c'est moi qui vous en prie ;
Mais vous reconnoiffez ma voix ,
Cy Puifque
2610 MERCURE DE FRANCE
Puifque fur les bords de la Seine
Déja tous les deux je vous vois ;
Auprès de moi voici quel ſujet vous amene.
Parmi ceux dont les coeurs me font le plus foumis.
Ou parmi mes plus chers amis ,
J'ai toujours diftingué deux familles en France
A qui j'ai confié cent fois
Le dépôt facré de mes loix :
Je m'en fuis bien trouvée , & ma reconnoiffance
Entre elles veut former une étroite alliance .
Comme je pefe tout fans partialité :
Les honneurs , le bien , la naiſſance
De l'un & de l'autre côté
Tiennent égale ma balance.
L'aimable LA HOUSSAYE a tous les agrémens
Que dans le monde l'on fouhaite ,
Et que peut poffeder une fille parfaite.
Faits
Des mélodieux inftrumens
pour charmer l'oreille , avec art elle tire
Un fon plein de mille douceurs ,
Et l'on diroit alors qu'à l'une des neuf Soeurs
Apollon a remis ſa lyre ;
Mais avec tant de grace elle fait quelquefois
De fes pas mefurés admirer la cadence ,
Que tout enfemble je la crois
Mufe
DECEMBRE. 2611
1740.
Mufe de l'Harmonie & Mufe de la Danfe :
Ce n'eft pas encor tout , cette jeune Beauté ,
Sçait de tous les Pays les moeurs & les ufages ,
En quel coin de la terre on voit chaque Cité
L'origine des Rois , & leur poftérité ,
•
Dans quel tems ont vêcu les plus grands Perſonnages,
Enfin ce qu'ils ont fait , & ce qu'ils ont été.
Des foins d'une prudente Mere
Ce font - là les fruits attendus ,
Et c'eft ainfi qu'aux fiens on tranfmet fes vertus .
Ce font-là les leçons d'un Pere ,
Que le Prince chérit , que le Public revére ,
Et qui malgré les grands emplois ,
Dont il foûtient fi bien le poids ,
Pour former ſes enfans prend le tems néceffaire :
C'est ce quefit pour lui ce grand homme de Cour
Dont il tient lui même le jour ,
Et qui connoiffoit l'art de plaire :
Si ce célébre Magiftrat ,
Ou plutôt cet homme d'Etat ,
Qui fans relâche aima le travail & la peinę ,
Eut l'efprit & le coeur d'un Sénateur Romain ;
Celle qui lui donna la main ,
A toutes les vertus d'une Dame Romaine ,
Avec la dignité qu'infpire un noble fang ,
Joint à beaucoup de grandeur d'ame ,
In
2612 MERCURE DE FRANCE
En tout tems cette illuftre Dame
De fon illuftre Epoux a foutenu le rang.
>
Celui de qui Bloffac ent le bonheur de naître ,
Par fes rares talens fe fit fi bien connoître ,
Qu'il caufa de l'étonnement ;
Mais hélas ! il n'eft plus ; fi la Parque ennemie
N'eût pas coupé le fil d'une fi belle vie ,
Il eût été certainement ,
En dépit même de l'uſage ,
Le Chef de fon Areopage ,
Comme il en étoit l'ornemenr.
Bien loin que le Fils dégénére ,
Je fçais que dès les jeunes ans ,
Les grands exemples d'un tel Pere
A fon efprit étoient prefens.
Que le fort d'une tendre Mere ,
En pareil cas eft fortuné !
La peine du veuvage eft fans doute légere ;
Avec un Enfant fi bien né.
Après fes premiers exercices ,
La longue étude de mes loix
Fait fans aucun dégoût fes plus cheres délices ;
Sur le coeur de Themis il acquiert de grands droits
Et fa plus importante affaire
Eft
DECEMBRE : 1740. 2613
Eft , qu'il falfe toujours tout l'honneur qu'on peut
faire
A l'état dont il a fait choix .
De toutes les vertus un fi rare affemblage
Va rendre nos Epoux heureux ,
Et c'eft un affuré préſage ,
Que les Enfans qui naîtront d'eux ,
Seront dignes de leurs Ayeux.
Cependant tout eft prêt pour ce grand mariage :
Tendre Amour , chafte Hymen , foyez ici pour nous;
C'eft à vous aujourd'hui d'achever mon ouvrage ,
Voilà ce que j'attends de vous .
Yous confentez à tout , & votre doux fourire
Dit plus , ô Dieux charmans , que vous ne pourriez
dire.
Allons célebrer ce beau jour ;
Auprès de nos Amans raffemblons notre Cour
Leur bonheur que tout favorife ,
Ne peut qu'être parfait , puifque l'Hymen unit
Par mon équitable entremiſe
Deux coeurs que l'Amour affortit .
ENVOI
de M. de Signy, frere de Mlle de la Houſſaye .
Vous fçavez , mon aimable foeur ,
Que vous me fûtes toûjours chere ,
Mais je dois partager mon coeur
Entre
.
2614 MERCURE DE FRANCE.
Entre vous & celui que vous rendez mon frere ,
Et puifque vous ne faites qu'un ,
Recevez mes voeux en commun.
Je n'ai pas ofé joindre à votre Epithalame ,
Tout ce que pour vous j'ai dans l'ame.
Cette grande Déeffé , & ces deux petits Dieux
Me paroiffent trop férieux :
A mon âge on aime la joie ,
Et comme je m'y fens enclin
Voici ce que je vous envoye
Sur un ton un peu plus badin.
CHANSON, fur PAir : M. le Prevôt des
Marchands , &c.
A La nôce on ne doit penſer ,
Qu'à boire , chanter & danfer ;
En attendant que l'on s'empreffe
Afe mettre de bonne humeur ,
Permettez que je vous adreſe
Trois fouhaits qui partent du coeur,
Souvent le défaut d'amitié
De l'une ou de l'autre moitié
Met du trouble dans le ménage ,
Faites donc que tous les époux
Afin de s'aimer d'avantage
Viennent prendre exemple fur vous.
J'ignore
DECEMBRE.
1740. 2615
J'ignore quelle eft la façon
D'une fille ou bien d'un garçon ,
Et tout cela paffe ma ſphere ;
Vous comblerez pourtant mes voeux ,
Si vous avez foin de me faire
Moins de niéces que de neveux .
Surtout , que jamais votre ardeur
Ne reçoive aucune froideur ,
Et fous les loix de l'Hymenée
Puifliez vous après cinquante ans.
Comme la premiere journée
Etre l'un de l'autre contens !
>
*****i
EXTRAITdes Plaidoyers faits au College
de Louis LE GRAND.
N
Ous rendons volontiers juſtice à la fageffe
des moyens qu'on employe dans
ce College pour l'éducation de la jeune Nobleffe
, qu'on y forme à tous les genres d'Exercices
les plus utiles. Nous mettons dans
les Plaidoyers que les deux célebres
Profeffeurs de Rhétorique font travailler
tous les ans à leurs Eleves , & qu'ils retouchent
d'après eux , on y reconnoît toujours
une main d'habile Maître. Ceux dont nous
donnons
ce rang
2616 MER CURE DE FRANCE
donnons ici l'Extrait , ont été faits fous la
direction du Pere de la Sante , Jésuite ,
& prononcés publiquement, le 16 Août 1740 .
avec l'aplaudiffement d'une illuftre & nombreuse
Affemblée. C'eſt une Cause d'invention
, mais fondée cependant fur l'Hiftoire .
En voici le Sujet, tel qu'il fe lit dans le Programme
imprimé.
SUJET .
L'Empereur CHARLE - QUINT ayant abdiqué
l'Empire , & fait des gratifications confidérables
aux principaux Officiers de fa Maifon
, deftina fon Portrait enrichi de Diamans,
à celui d'entre eux qui lui avoit rendu
de plus importans fervices pendant le cours de
fon Regne. Ce grand Prince , pour obvier à la
jaloufie que la préférence d'un feul pourroit
donner aux autres , ne voulut gratifier aucun
en particulier de ce précieux gage de fon affection
; mais il chargea PHILIPE II . fon Fils,
de remettre le Portrait à celui , qui , après
un mûr examen , feroit jugé avoir micux
fervi le Prince & l'Etat.
Il fe présente cinq Concurrens Le premier,
eft un Géneral d'Armée , homme de coeur
& de main qui a ſignalé fa valeur en plufieurs
Combats , & par un grand nombre
de Victoires.
Le fecond, eft un homme d'Etat & de Cabinet
,
DECEMBRE . 1740 2617
binet , fage & profond Politique , qui a fuggeré
à fon Maître d'utiles projets , avec les
moyens de les exécuter heureusement.
Le troifiéme, eft un homme d'esprit & de
tête , qui a régi les Finances avec beaucoup
d'economie & d'habileté.
Le quatrième , eft un Chef d'Escadre , excellent
homme de Mer , qui a fait de nouvelles
découvertes & de glorieuses Conquêtes
dans le nouveau Monde .
Le cinquéme , eft un homme de vertu &
de probité , Confident zelé de fon Prince ,
auquel il a tâché d'inspirer un tendre amour
pour fes Peuples , & une exacte précaution,
contre les écueils de la Cour.
PHILIPE , fuivant l'intention de Charles.
nomme un de fes Confeillers d'Etat , pour
examiner les raisons des Aspirans , & pour
décider auquel des cinq fera donné le riche
Portrait. Mais afin d'adoucir la peine que
l'exclufion pourroit causer aux quatre autres,
le jeune Monarque leur fait proposer en fon
nom quelques Bijoux ou Joyaux rares & cu.
rieux , dont la diftribution fera reglée fur le
mérite des fervices de chacun d'eux . C'eſt
l'objet & la matiere de cette Déliberation .
I. PLAIDOYER. Pour le Géneral d'Armée.
Nous ne ferons qu'indiquer quelques preu
ves & quelques endroits de ces Discours
qui
2618 MERCURE DE FRANCE
qui mériteroient d'être transcrits en entier ,
pour n'en rien perdre de beau.
M. Pinon d'Avor de Villemain , qui parloit
au nom du Géneral d'Armée , fe proposa
de faire voir que nul autre n'avoit tant
contribué que lui , 1 ° . à la gloire du Souverain
, 2º. à la sûreté de l'Etat. Il en tira les
preuves & de l'Art Militaire en géneral , &
de fes Exploits personnels en particulier.
Pour connoître le prix de la gloire Militaire
, il faut voir à quel prix elle s'acquiert ;
combien de périls" , combien de travaux à
effuyer pour un Géneral d'Armée . Le jeune
Orateur en fit une description vive , qu'il releva
par l'opofition de la vie douce & tranquille
de l'Homme d'Etat dans le réduit d'un
Cabinet délicieux , d'où il mande au Géneral
d'attaquer & de vaincre ; ordre qui fe
donne plus aisément qu'il ne s'exécute ....
Il tire encore avantage du caractere de la
plupart des Politiques , dont il peint la Profeffion.
Ce n'eft fouvent , dit- il qu'un honnête
tromperie couverte du masque de la prudence
, & revénë du ſpécieux nom de génie ; c'eſt
quelquefois le bel art d'aller à fes fins par des
voyes obliques, & détournées en dépit de la bonne
foi & de la probité. Maxime reçûë chésplus
d'un Politique , intérêt avant toute chose , intérêt
. Pourvu qu'on touche au but , qu'importe par
quelles voyes , qu'importe à quel prix ? ....
Qu'ils
DECEMBRE. 1740: 2619
Qu'ils viennent , ces Meffieurs , qu'ils viennent
au Camp ; c'eſt - là qu'ils trouveront de la droi
ture , de la franchise , de l'ouverture de coeur
de la génerofité , de l'honneur , mais du véritable
honneur , qui ſe trouve rarement dans l'étroite
enceinte de leur Cabinet.
Après ces preuves génerales , le Guerrier
paffe à fes Exploits particuliers , foit dans les
guerres domeftiques , foit dans les guerres
étrangeres , double fleau de la tranquillité
publique. A l'égard de celles - là , il prend
pour exemple la sédition de Gand , plutôt
réprimée par la force des Armes, que par celle
des Arrêts. Que les Loix font foibles , s'écrie
- t'il , fi le fer ne les fait respecter ! Unfeul
Colonel à la tête de fon Régiment, vaut plus alors
à l'Etat que cent Bourguemeftres àla tête de
Leurs Compagnies
..
Quant aux Ennemis étrangers , que feroit
contre eux le Politique avec fes grandes idées,
l'Homme de Finances avec fes piftoles , le
Chefd'Escadre occupé à fes Découvertes , fi
la valeur du Guerrier ne venoit au fecours de
-1'Etat ?
La guerre contre la France & contre François
I. fervit de preuve à l'Orateur , qui ca-'
racterisa ainfi la Nation Françoise.Eh ! à quels
ennemis , grand Dieu ! n'avions - nous pas affaire
? Presqu'à toute l'Europe liguée contre la
Maison d'Autriche , qu'on joupçonnoit d'aspirer
2620 MERCURE DE FRANCE
rer à la Monarchie universelle , mais fur tont
à cette Nation voisine , auffi émule de l'Espagne,
que Carthage l'étoit de Rome ; à cette Nation
auffi brave , auffi terrible dans le Combat,
qu'elle eft aimable & polie dans la Societés á
cette Nation dont l'humeur vive , bouillante, 吻
active , a tant de fois déconcerté le phlegme Espagnol
; à cette Nation , qu'un échec anime ,
au lieu de l'abattre , qui femble tirer des forces
de fes défaites même ; qui , au milieu des plus
garands desaftres , trouve dan: fon esprit & dans
fon courage des reffources inépuisables ; à cette
Nation enfin,conduite par un Roy guerrier, dont
la valeur a été pour le grand Charle -Quint même
, un digne oljet d'émulation & de noble jaloufie
; par un Roy qui n'a jamais parû plas
courageux que dans fon malheur , jamais plus
libre que dans nos fers , jamais plus Roy que
dans fa captivité , &c.
II. PLAIDOYER. Pour l'Homme d'Etat.
Avant que d'entrer en matiere , M. de
Beauffan , chargé de cette Cause, crut devoir
détruire le préjugé favorable qu'auroit pû faire
naître dans l'esprit du Juge l'air de confrance
avec lequel le Guerrier avoit fait valoir
fes fervices ; ensuite , pour faire fentir la
fupériorité de fa Profeffion fur celle de fes
Concurrens , il fit remarquer que le nom
feul d'Homme d'Etat , avertit que c'eft le
Membre
DECEMBRE . 1740. 2621
Membre le plus effentiel à l'Etat , que fon
Art eft l'ame du Gouvernement & le principal
mobile du vafte Corps de l'Empire ; mais
fe bornant à deux avantages capables de faire
pancher la balance de fon côté , il entreprit
de montrer que la Politique eft le grand
reffort qui fait tout mouvoir & au- dedans
& au- dehors du Royaume.
PREMIERE PARTIE
D'abord il prouva que tout ce qu'il v a de
plus important dans un Royaume , eft l'objet
des veilles de l'Homme d'Etat, qu'il doit
partageravec le Prince les foins du Trône, que
pour le foulager , pour lui épargner l'embarras
d'un détail difficile , c'eft à lui de dé
broüiller , d'éclaircir , de préparer ce que les
grandes affaires ont de plus fatiguant & de
plus pénible ; qu'enfin c'eft par ces fortes de
fervices qu'il doit s'établir dans la faveur &
dans la
confiance du Souverain; qu'après tout,
ce n'est pas affés de s'être rendu maître de l'esprit
du Monarque , il faut encore fe rendre maître
des Evenemens par un effort de génie fupérieur
à tout ce qui s'apelle hazard & fortune .
Les interêts desPrincesfont de
magnifiques objets,
dont on ne fe forme de grandes idées , que parce
qu'on fe figure que les Grands n'agiffent jamais
quepar de grandes
vûës.Cependant on peut dire
que les grands interêts, comme les petits , fe res
sentent
2622 MERCURE DE FRANCE
sentent fouvent de la foibleffe humaine, & qu'il
y entre quelquefois plus de hazard & de caprice
que de fageffe & de raison. Ce qui fait l'élo-
Loge de l'Homme d'Etat , c'eft qu'il fait par
prudence fe prévaloir de tous ces écarts de raison
, profiter des fauffes démarches d'autrui , fe.
faire un plan fuivi de l'inconftance des hommes,
en faire partie de fon fyftême politique , fixer le
fortpar un prodigieux enchaînement deprécau
tions , enfin triompher de la fortune , en faisant
fervir à fes deffeins les bizarreries même & les
caprices de cette aveugle Reine du Monde, &c.
L'Orateur ajoute à ces refléxions une idée
magnifique de l'Homme d'Etat, qui doit être
l'Oracle du Prince , l'Auteur des projets utiles
, le Protecteur des Loix , des Arts , du
Commerce, en un mot , l'homme universel...
Il montre que fes Rivaux ne font que comme
de fimples Subalternes à fon égard , qui
n'ont agi que par l'impreffion & le mouvement
de fon génie qui les a dirigés .... Il
reléve le mérite de fes foins & l'étendue de
fes lumieres par la vafte étendue des Etats
de Charle- Quint, qui comprenoient les Espagnes
, la Flandre , une grande partie de l'AIlemagne
& de l'Italie , avec une partie du
nouveau Monde ... Il fait valoir contre le
Guerrier le fervice qu'il a rendu à tant de
Peuples , en réparant les maux causés par la
valeur Martiale ... Si la Politique , dit- il ,
n'avoit
DECEMBRE. 1740. 2623
' avoit fermé les playes faites par la guerre ,
qu'auroit produit cette continuité de victoires &
de triomphes ? Ce tiffu defuccès eût été une calamité
publique ; la deftruction de l'Etat eût
peut-être bien-têt accompagné celle de l'Ennemi
... &c.
Il termine cette Partie , en concluant avec
un Ancien qu'une bonne tête vaut plus à l'Etat
que cent mille bras , & que c'eft à l'Homme
d'Etat ; à la Politique , que pour l'ordinaire
on raporte les heureux Evenemens d'un
regne & la félicité des Peuples , non - feulement
au-dedans , mais encore au- dehors du
Royaume ; fujet de la feconde Partie.
L'Orateur y expose tous les devoirs de
l'Homme d'Etat , devoirs qui s'étendent aux
Peuples voifins , jusqu'aux Nations les plus
reculées , & qui embraffent tous les genres
d'affaires, & de négociations .. Il faut, dit- il ,
Se prêter à des Alliés faire tête à des ennemis,
ménager avec adreffe ceux qui restent dans la
neutralité... &c . Il désavoüe la fauffe Politique
, objectée par le Guerrier , & qui eft
plûtôt l'ouvrage de la fraude , que le fruit de
la fageffe. Les trompeurs fe trompent , ajoûtet'il
, s'ils feflatent de duper long - tems tout le
monde ... Il définit la vraye Politique , celle
qui eft fondée fur la bonne foi , fur la probité,
fur les lumieres d'une raison épurée , d'un bon
fens rafiné , d'un esprit pénetrant qui découvre
la
2624 MERCURE DE FRANCE
La ruse fans la mettre en oeuvre , qui la combat
noblement & la fubjugue par un effort de prudence
, &c. Il conclut par cette refléxion ,
que Charle Quint Politique a été, fans comparaison,
plus grand que Charle-Quint Guerrier
, & qu'ayant l'honneur de lui reſſembler
par fon plus bel endroit , il mérite auffi le
mieux fon Portrait , comme l'extrait fidele
de fa reffemblance .... Nous ne pouvons
omettre fans regret un grand nombre de
beaux traits répandus dans ce Discours.
HI. PLAIDOYER. Pour le Sur- Intendant
des Finances.
M. Daugeard, en qualité de Sur -Intendant,
avança qu'il avoit pourvû pendant fon adminiftration
, 1 °. à la fplendeur du Trône , 2 ° .
au foulagement de l'Etat. Pour établir la
premiere propofition , il fit remarquer d'abord
qu'on juge, bien differemment du mérite
des Rois & de celui des Particuliers,
Ceux- ci peuvent- être grands hommes avec
le génie , la ſcience , les talens ; un Roy fans
opulence ne peut être grand Prince. Il ne feroit,
dit il, regardé que comme un vain fantôme
de majesté Royale , moins connu par son nom
que par fes malheurs ... Tranchons le mot ,
Souverain fans épargne feroit une espece de
Jeanfans Terre. C'eft ce que comprit Charles
- Quint , & ce qui l'engagea à regler fes
?
un
Finances
DECEMBRE.
1740. 2625
Pinte-
♪
Finances avant que de rien tenter pour
rêt de fa gloire. L'Orateur présente en cet
endroit les traits les plus éclarans de l'Histoire
de ce Prince. Il prétend que c'eſt à lui
qu'il faut attribuer tous ces glorieux Evenemens
; non que fes Competiteurs n'en partagent
la gloire avec lui , mais ils la partagent
de telle forte , que chacun d'eux eft entré
feulement dans quelque entreprise particuliere
, & que nul autre que lui n'embraffe le
total des fuccès. La raison qu'il en aporte
c'eft que leurs Emplois font indépendans les
uns des autres , & que tous dépendent du
fien. Que deviendroient , dit- il , les reflexions
de l'Homme d'Etat , s'il ne comptoit fur d'autres
refforts que fur ceux de fa Politique ? Pour
conclure une Alliance, un Traité de Paix pour
découvrir le fecret d'une Cour Etrangerè ; de
l'intrigue & de fpécieux discours ne fuffisent
pas; vous parlez en vain , fi vous ne donnez,
ducorps à vos paroles par quelque chose de plus
folide : Eh! n'est- ce pas de moi qu'on emprunte
ce puiffant mobile ? Sur ce qu'on pourroit
penser qu'il y a moins de danger dans
la garde d'un Trésor , que dans l'attaque ou
' dans la défense d'une Citadele , il fait voir
qu'il a des ennemis plus redoutables que ceux
de l'Homme de Guerre ; Ennemis cachés
flateurs , Courtisans avides & importuns ,
dont le crédit eft dangereux , & à l'égard des
I. Vol. Ꭰ quels
2626 MERCURE DE FRANCE
quels une roideur inflexible peut rendre auffi
criminel qu'une lâche condescendance : L'or n'eft
point de ces objets qu'on s'accoûtume à regarder
avec des yeux d'indifferences it a d'étranges
charmes pour attirer les yeux & les mains
même les plus respectables ..... Si quelqu'un
doute du péril , qu'il fe rapelle le fort de l'infortuné
Marigny; en lui, l'Espagne eft inftruite
par la France , & quoique la réparation ait
été plus glorieuse que le fuplice n'avoit été
honteux, il est toujours triste de n'êtrejuſtifié que
quand on ne peut plus goûter le plaifir de la justification....
Il faut même quelquefois combattre
L'inclination trop tendre & trop bienfaisante
d'un Prince génereux à l'excès ; l'empêcher d'être
prodigue, pour lui ménager les moyens d'être
libéral ... Pour s'élever au-deffus de la crainte
dans ces occafions délicates , il faut une toute
autre veriu que la vertu Militaire . .. Il faut
pouvoir mépriser plus que la mort ; eh quoi ! la
disgrace , l'indignation du Souverain ... &c .
La feconde Partie commence par un trait
frapant. Le Riche fonds pour un Prince , que
l'amour de fon Peuple ! Que le Monarque eft
opulent quand il poffede les coeurs de fes Sujets,
& quand il peut dire comme ce Romain , qu'il
fouhaite moins avoir de l'or, que de commander
à des gens qui en ayent ! ... Le grand Art eft
d'enrichir le Prince fans apauvrir le Peuple
... & c. Il montre la néceffité des .fubfides.
DECEMBRE.
1740. 2627
>
des. Puisque le Prince défend les biens des Sujets
il est juste que les Sujets contribuënt
d'une partie de leurs biens aux besoins du Prince
... Il diftingue trois fortes de conditions
dans l'Etat, les unes riches, les autres médiocres,
d'autres pauvres & indigentes. Il donne
pour regle de faire tomber le poids des impôts
fur ceux que leur opulence met le plus en
état de le porter ... Il veut encore qu'on
mette une difference entre les choses d'une
absoluë néceffité pour l'entretien de la vie ,
& celles qui ne fervent précisément qu'au
luxe & à la vanité . Il faut faire tomber fur
celles - ci les taxes les plus confidérables &
faire grace aux autres qu'exigent les besoins
de la Nature. C'eft oposer une digue à la fureur
du luxe , que de rendre d'un accès difficile
tout ce qui le favorise , &c. Il finit par cette
judicieuse refléxion , que fi l'argent eft ,
comme on dit , le fang du Peuple , il doit
circuler auffi pour le foulagement du Peuple,
tantôt paffer du Prince aux Sujets , & tantôt
des Sujets revenir au Prince ... &c. Le choix
nous embaraffe dans un grand nombre de
traits intereffans.
IV. PLAIDOYER, Pour le Chefd'Escadre.
M. de Barullat , représentant ce Chef,
fit un parallele fuivi & raisonné de fes fervices
avec ceux de fes Compétiteurs ... II
Dij commence
2628 MERCURE DE FRANCE
,
commence par le Guerrier ... Le Guerrier
n'a eû affaire qu'à des hommes , & à des hommes
dont les forces , dont le Pays , dont le
'caractere , dont la maniere d'attaquer luj
étoient connûs. Pour lui , il a eû à combattre
des Barbares & des Sauvages, qu'il n'avoit
garde de connoître , c'eſt-à - dire des
gens qui , fous une figure d'hommes, avoient
la fureur & la brutalité des bêtes féroces ; des
gens qui, pour n'être pas auffi braves, ni auffi
aguerris que les Européens , trouvoient dans
leurs ruses & dans leur rage un fuplément de
valeur & d'exercice dans l'Art Militaire. Il
a cû à combattre contre les tempêtes , les
vents , les flots , les écueils , le Ciel , la Terre
, la Mer , tous les Elemens conjurés ; il ' a
éû à combattre contre fon Equipage même ,
contre l'impatience , les murmures , les désobéïffances,
les plaintes amères de fes Compagnons
de fortune , &c . Montrez , montrezmoi,
illuftre Guerrier, de femblables périls dans
vos Exploits , & je vous rends les Armes.
Pour quelques Villes , pour quelques Provinces
que le Géneral a conquises , l'Orateur
fe fait fort de montrer cemt Peuples , cent
Royaumes , un nouveau Monde tout entier ,
foumis à l'Empire de fon Prince. En quel endroit
, dit-il , l'avez - vous fait connoître où il
ne fut déja connû fans vous ? Pour moi je l'ai
fait connoître d'un Pole à l'autre, du Couchant
DECEMBRE . 1740 2629
t
AP Aurore ... Il compare ensuite ce que l'u
& l'autre ont fait pour la sûreté de l'Eta
L'Etat ne peut être attaqué qué de deux ma
nieres, au- debors par les Ennemis,ou au dedans
par les Rebelles. Qui peut nier que les terres &
les richeffes immenses , acquises dans les Pays
Etrangers , n'ayent mis le Souverain des Espa
gnes en état de donner la Loi , & de ne la recevoir
d'aucun autre Potentat ? .. &c. Et quant
aux troubles domestiques , n'eft-il pas évident
qu'on les a prévenus en purgeant le Royaume
d'une infinité d'ames viles , transplantées dans
les Colonies , où elles deviennent utiles à la Pa
trie par leur travail ? ... &c.
Du Guerrier il paffe au Politique. C'est un
homme de tête , c'est un Aigle pour le Conseil
c'est un génie à grands projets , voilà tout fon
mérite ; mais en eft - ce un moindre que d'avoir
fçû prendre conseil de foi- même en mille rencontres
périlleuses , où mille Politiques de fens
rassis euffent peut-être perdu la tête ? D'avoir
non- seulement fait la fonction de Conseiller auprès
d'un Roy,mais d'avoir rempli par foi- même
tous les devoirs de Roy, de Gouverneur, de Législateur
, d'Amiral , de Capitaine, de Soldat,
de Sur- Intendant des Finances , des Bâtimens,
des Manufactures ; d'Inspecteur , de Directeur
Géneral de toutes les Profeffions imaginables ?
Et tout cela , non dans un Royaume , mais dans
vingt Royaumes differens; Royaumes où il afallu
D iij établir
2630 MERCURE DE FRANCE
établir des Loix parmi des Nations qui n'en
connoiffoient aucune ? & c ..... Qu'on ne
dise point que la maniere de traiter avec ces
Peuples encore brutes , n'exige pas tant de foupleffe
de délicateffe d'esprit qu'en fuposent les
Négociations où il faut entrer avec les Peuples
civilisés d'Europe.... L'interêt eft un grand·
maître qui ouvre les yeux l'esprit aux plus
Stupides en aparence ... La malignité naturelle
tient lieu de génie à ces Sauvages , dont la fourberie
eft d'autant plus dangereuse qu'elle n'eft
point temperée par les bienséances & corrigée
par l'éducation ... & c .
Pour ce qui eft du Sur- Intendant des Fimances
, l'Orateur fe fit un jeu de fa défaite .
Il n'eut qu'à faire voir que c'étoit aux foins
& aux travaux du Chefd'Escadre qu'étoit dûë
la plus grande partie des fommes prodigieufes
qui avoient depuis peu rempli le Trésor
Royal ... Il demanda en finiffant s'il n'étoit
pas jufte qu'ayant été long- tems privé de la
présence de fon Roy, il obtint au moins fon
Portrait, pour le dédommager . Ces Meffieurs,
dit- il , ont toujours joni de l'aspect du Soleil ;
m'en refusera-t'on un rayon échapé ? Enfin pour
parler aux yeux, il fit étaler la Carte des Pays
qu'il avoit foûmis à l'Empire des Espagnes ,
& voulut que les voix de tous ces nouveaux
Sujets fiffent l'office de la fienne ... Les
trois Parties de ce Discours font pleines de
force &
d'énergie
.
V.
DECEMBRE. 1740. 2631
V. PLAIDOYER. Prononcé
du Confident vertueux.
par
l'Ami
M. Fargés , défenseur du Confident, avança
que cet homme de vertu , en inspirant à
Charle-Quint de l'amour pour fes Sujets , &
en le préservant des écueils de la Cour , l'avoit
conduit aux deux fins principales du grand
Art de regner , 1 °. au bonheur du Souve
rain , 2°. au bonheur des Peuples.
Le jeune Orateur commença par déplorer
avec beaucoup d'éloquence la condition des
Princes presque toujours environnés de
Courtisans flateurs & intereffés, qui étudient
le foible du Maître , tâchent d'entrevoir fa
paffion favorite , la découvrent bien - tôt , la
fatent , la fervent , l'entretiennent , achettent
par ces odieux fervices & ces criminelles
complaisances , la faveur d'un Souverain ,
& visent à leur fortune aux dépens de fon
véritable bonheur ... Les Princes ont-ils de
l'attraitpour le plaifir ? Les plaifirs volent fur
leur paffage & s'offrent en foule à leurs défirs.
On leur montre le crime fous une face riante
on leur présente le poison dans une Coupe enchantée.
L'enchantement fecondé de l'yvreffe
qui accompagne la grandeur , leur persuade
aisément que ce qui les flate leur eft permis , &
que comme ils peuvent tout ce qu'ils veulent , ils
ont droit de vouloir tout ce qu'ils peuvent . . 1
D iiij Le
2632 MERCURE DE FRANCE
Le Confident vertueux fçut préserver for
Prince de tous ces écueils , & en même tems
assûrer fon bonheur. Il ne lui en coûta point
de baffeffes pour entrer dans la confidence
du Monarque ; il ne rampa point pour s'élever:
Certain airde noble franchise & de respectueuse
liberté, faifit l'eftime du Prince ; l'amitiéfuivit
de près l'eftime.Il fe trouve entre les grandes
ames certaine sympathie d'inclinations & de fen
timens qui les lie les unit ensemble dès le premier
abord. Le dégoût ne fuit point de telles
liaisons fondéesfur un mérite réciproque , &c.
L'Orateur fit valoir ensuite la prudence &
l'adreffe du Confident à ménager doucement
l'entrée à la vérité dans le coeur du Prince.
La vérité, dit- il , rebuteroit , fi on ne prenoit
foin de la dépouiller de ce qu'elle a d'apre, d'austere
& de farouche ... En fléchiffant un peu ,
elle parvient à coup sûr où elle n'arriveroit jamais
de droit fil... En telle conjoncture on
touche mieux le but en l'effleurant, qu'en le beurtant
avec rudeffe , & c... Quel zele ne fallut ·
il pas encore , pour faire bien comprendre au
Souverain que la flaterie eft un outrage & un
affront radoucis que fuivant la maxime de LADISLAS
, c'est un foufflet poliment donné ...
Que le plus malheureux de tous les Princes .
eft celui qui accorde le plus à fes paffions , que
les miniftres defes plaifirs font les plus mortels
ennemis de fon bonheur ; que quiconque eft in
fide
DECEMBRE. 1740. 2633
· •
dele au Maître des Souverains , le peut
aisément
être au Souverain même ?.. Charle-
Quint comprit ces maximes , il les pratiqua, an
moins en partie ; car fa vertu fouffrit quelque
eclipse , mais cette éclipse ne fut pas de longue
durée, & bien- tôt les fages conseils prévalurent
à la paffion , & c.
Dans la feconde Partie , l'Orateur montre
que c'eſt au Confident vertueux que l'Espagne
& l'Allemagne dûrent dans la personne
de Charles , un Roy & un Empereur , avec
lequel la plupart des vertus parurent affises
fur le Trône , & contribuerent à la félicité
publique ; ce ne fut point au Guerrier , dont
l'interêt demandoit la prolongation d'une
guerre , funefte au repos & au bonheur des
Peuples. Ce ne fut point non - plus à la Politique
, qui pensa renverser l'Etat de fond- encomble
, à force de ménager les faillies fou
gueuses de l'Hérefiarque Luther ... L'Orateur
n'avoit garde d'oublier ici l'Interim de
Charle - Quint, Ouvrage de cet Esprit de molleffe,
fuggerée par la Politique, & fi contraire
aux vrais intérêts de la Religion ;. Interim
dont l'unique effet fut de mécontenter le bon
& le mauvais parti. De ta même fource vinrent
la Ratification du Traité de Francfort &
l'union de l'Empereur avec les Proteftans contre
la France. Funeftes ménagemens qui ne fi
rent qu'enfler le coeur des Rebelles , &* qui bign-
DY tot
2634 MERCURE DE FRANCE
tôt euſſent fait couler des flots de fang & de
pleurs par toute l'Allemagne , fi pour le bonbeur
des Peuples le vertueux Confident n'avoit
conseillé au Prince d'user contre la Secte de tout
le poids de l'autorité Impériale , & ne l'avoit
bien convaincu qu'il ne faut dans un Royaume
qu'un Dieu , qu'une Loi , qu'une Foi & qu'un
Roy ! Après celaje demande qui a le plus contribué
à la félicité des Peuples , de l'esprit de
Religion , ou de l'esprit de Politique ? ... En
quoi pent contribuer l'Homme de Finance
au bonheur public, s'il n'eft lui- même dirigé
par les principes de la vertu ? ... Le Chef
d'Escadre , en aportant les richeſſes des Pays
conquis , n'en a-t'il point aporté les vices ,
tandis que l'homme vertueux a fait rendre
par fes confeils le centuple à ces Peuples
nouvellement foûmis , en leur procurant le
précieux trésor de la Foi ? .. &c.
L'abdication de Charles- Quint , étoit un
Point délicat , qui paroiffoit donner l'avantáge
au Politique fur l'Homme de vertu ; car
enfin celui- ci devoit - il fouffrir qu'un Monarque
fi propre à faire des heureux , fe lassat fi
tôt de l'être ? Le fage Orateur tourne cette
circonftance toute, entiere à l'avantage du
Confident vertueux ; il fait voir qu'il forma
d'abord toutes les opofitions que fuggeroit la
prudence à une résolution fi extraordinaire ;
mais enfin après de longues épreuves & de vives
remontrances
DECEMBRE. 1740.
1740. 2635
Pémontrances , pouvoit- il , devoit-il oposer Sa
voix à celle du Ciel ... Ignoroit - il qu'il eft
plus beau , plus glorieux de mépriser un Trône
que de le poffeder ? .. Ne fçavoit- il pas que les
yeux de la multitude ont trop de foibleffe pour n'etre
pas auffi offusqués de l'obscurité volontaire
d'un Monarque abdiquant, qu'éblouis de l'éclat
d'un Souverain regnant ? ... Un homme qui
aimoit le falut de fon Prince, n'avoit- il pas lien
de fe réjouir, qu'après avoir regné fur la Terrej
il prit des moyens pour regner dans le Ciel ?
Enfin il voyoit le Sceptre tomber entre les mains
d'un Fils digne de remplacer le Pere. Cette,
derniere refléxion eft un Compliment adroit
pour le Monarque qui proposoit les Prix
ajoûtés à celui de Charle - Quint .
L'Orateur conclut que le Confident vertueux
a d'autant plus de droit à l'honneur
disputé , que tous fes Concurrens ont déja
reçû une récompense proportionnée à leurs
fervices , au lieu que celui - ci , content de fa
vertu & de celle qu'il faisoit pratiquer à fon
Prince , n'a jamais voulu profiter de la reconnoiffance
& de la libéralité du Maître
qu'il fervoit fi avantageusement ... La délicateffe
eft ce qui regne le plus dans ce Discours
, dont nous ne donnons qu'une légere
ébauche...
D vj EXA2636
MERCURE DE FRANCE
29
39
وو
EXAMEN DE LA Cause.
M.du Puis de Marcé,qui faisoit la fonction
'de Juge , après avoir fait l'examen de la
Cause & balancé avec beaucoup de discernement
& de précifion les raisons exposées
par les cinq Concurrens, prononça en faveur
du Confident vertueux , & fit gagner le procès
à la vertu. Ensuite il affigna par ordre à
chacun des quatre autres , c'eft- à- dire au
Guerrier , au Politique , au Sur- Intendant des
Finances , au Chef d'Escadre , les Bijoux qui
convenoient le mieux à la nature des differens
fervices rendus par eux au Prince & à
Etat. Voici le précis de l'Arrêt définitif.
JUGEMENT.
" VOULONS & ordonnons que le Por-
» trait enrichi de Diamans & deftiné aux plus
importans fervices par l'Empereur abdiquant
, foit donné en propre au Confident
vertueux .... Rien de comparable aux
principes & aux fentimens de vertu , qu'il
a eû foin d'inspirer au Monarque qui l'ho-
»noroit de fa confiance ... Un Roy guer
» rier , un Roy Politique , un Roy auffi riche
» & auffi puillant qu'on le puiffe imaginer ,
"peut avec tout cela n'être qu'un fort mau-
" vais Roy , s'il n'eft vertueux ... Ainfi for-
→mer un bon Roy , qui aime fes de-
"
» voirs
DECEMBRE. 1740. 2637
39
voirs , & qui faffe fon bonheur de celui
de fes Peuples , l'engager à maintenir
» l'ordre & la Religion dans plufieurs grands
Royaumes ; c'eft un fervice , c'eft un bien-
» fait fans égal , c'eſt donner au Monde un
» modele de Souverain, & dès - là , c'eft mériter
l'Image, à qui le plus grand Prince a fer-
" vi de modele.
و ر
» ASSIGNONS le fecond rang au Chef du
» Conseil , qui dans l'ordre Politique a le
" plus contribué à tous les Evenemens d'un
"beau Regne ... Après la vertu , rien de fi
» eftimable qu'un rare génie pour le Miniſtere
» dans le Gouvernement d'un grand Peuple....
Décernons à cet excellent Ministre
" une Horloge finguliere , travaillée par le plus
» célebre Artifte d'Allemagne , & conservée
»précieuſement parmi les Raretés de l'Escu-
» rial .... Cette Horloge , unique dans for
» espece , composée de refforts cachés , mis
» en mouvement par un poids inviſible , n'a
» point de montre exterieure , & n'annonce
» aucun instant du jour , que celui feul où
» l'heure eft entierement écoulée .... Symbo-
» les myfterieux , qui nous rapellent les res-
" sorts imperceptibles d'un Gouvernement
» dont le fecret a été l'ame , où tout a parû
reglé avec poids & mesure , où enfin nut
» deffein n'a éclaté qu'à l'heure précise mar-
" quée pour l'Evenement.
»ADJUGEONS
638 MERCURE DE FRANCE
>>
ود
» ADJUGEONS la rroifiéme Place au fameux
Chef d'Escadre , Conquérant du
» Mexique. Les Mines d'or que l'Espagne
» doit à fes travaux , nous avertiffent que
» l'Espagne lui doit à ſon tour ce magnifique
» Collier de la Toison d'or , que porta le premier
, PHILIPE le Bon , Duc de Bourgogne ,
Bisaycul de Charle - Quint. Un fi glorieux
» Monument , transmis à notre Monarquet
» par le premier Inſtituteur de cet Ordre de
» Chevalerie , ne convient mieux à nul autre
» qu'au premier Fondateur de nos Colonies .
» Les Exploits de Jason égalent- ils ceux de
» notre Héros Marin ? La Toison d'Or de
» Colchos fut-elle d'un auffi grand prix que
» ces Lingots d'or dont l'Amérique paye tri-
» but à notre Puiffance ?
و د
» Le quatrième Don fera le partage du Gé-
» neral d'Armée , à qui nous ne pouvons dé-
» cerner de Prix plus convenable que le ter-
» rible Sabre de Damas , qui fe trouva parmi
» les dépouilles de Soliman II. forcé par
» Charle - Quint à lever le Siége de Vienne....
» Que notre Guerrier n'envie point au Chef
» d'Escadre la préference que nous lui avons
» donnée. La conquête du nouveau Monde
» eft pour l'Espagne un tout autre objet qu'u
» ne ou deux Provinces conquises en Euro-
" pe ; au plus grand avantage eft dûë la plus
grande récompense.
99
» AVONS
DECEMBRE.
1740. 2639
"
95 AVONS- nous donc oublié le Sur- Intendant
des Finances ? Non .... Le Prince &
» l'Etat font trop redevables à fes foins , pour
» ne lui en pas marquer leur reconnoiffance...
» Le Présent que nous lui adjugeons , quoi-
" que placé au dernier d'une
pas
rang , n'eft
" moindre valeur que les autres .... C'eft
» un beau & rare Médaillon ou grande Mé-
» daille d'argent , frapée au meilleur Coin ,
" & consacrée à la gloire de Charle-Quint
"5 par fes Etats de Flandre , pour lui rendre
"graces de l'abondance qu'il avoit fait re-
» naître dans le Pays , après une longue di-
» fette . ... La face de ce Médaillon repré-
» sente la tête de cet Augufte Bienfaicteur ...
» Au Revers on voit une Corne d'abondance
25 avec cette Inscription ou Légende : Abundantia
in Belgium revocata .... STATUONS
» & reglons que ce Joyau précieux apartien-
» dra désormais à notre bienfaisant Tréso-
» rier , Auteur & Conservateur de l'abon-
» dance publique.
Il feroit inutile de faire ici l'éloge de la
Cause dont nous venons de donner l'Extrait .
Tout y eft conforme au plan d'éducation
qu'on fe propose ; le choix du Sujet , la maniere
dont on le traite , les principes de vertu
qu'on y établit , les conditions elevées
qu'on y met fur la Scene , les récompenses
décernées aux grands fervices rendus au Prince
2640 MERCURE DE FRANCE
ce & à l'Etat , tout cet affemblage eft des
plus propres à former le coeur & l'esprit des
jeunes Seigneurs , & à les piquer d'une noble
émulation . Nous fouscrivons avec plaifir
aux fuffrages publics qu'a mérités l'Auteur ;
il nous refte à dire un mot des cinq Concur
rens.
M. Pinon de Villemain parla pour le Guerrier
, avec toute la nobleffe & la fermeté
convenables à cette Profeffion.
M. de Beauffan exposa les droits de l'Honr.
me d'Etat , avec toute la fineffe & la dexterité
d'un habile Politique.
M. d'Augeard plaida au nom du Sur-Intendant
des Finances , d'une maniere aisée
naturelle & infinuante , qui plut beaucoup.
M. de Bartillat fit parler le Chefd'Escadre
avec une franchise & une liberté dignes d'un
grand Officier de Marine , & qui furent fort
aplaudies.
M. Farge: intervint pour le Confident vertueux
, avec un air de candeur & d'aimable
ingénuité , qui prévenoit en fa faveur.
M. du Puis de Marcé fit l'exposé de la
Cause , pesa les preuves , & prononça le Jugement
avec une gravité douce & gracieuse ,
qui avoit déja éclaté dans plus d'une occa
fion.
Le fuccès conftant d'un tel Exercice eft la
preuve inconteftable de fon utilité.
EGLOGUE
DECEMBRE: 1748 264
*******************
EGLOGUE SIMPOSIA QUE
L
E célébré Gregoire & l'alteré Lucas'
Un foir , au Cabaret fur la fin d'un repas ,
Tous deux fçavans dans l'art de chanter & de boire ,
Tout deux du premier rang fe difputoient la gloire .
Les mâles roulemens qui fortoient de leur creux ,
Réveilloient des caveaux les échos ténébreux ,
Et les tonneaux vuidés dans ces voûtes facrées
Répétoient des chanfons qu'ils avoient infpirées ,
Quand tout à coup Gregoire après un rouge bord,
Faifons , dit- il , Lucas , un genereux effort ;
Du commun des Bûveurs quittons le fot famage
De Bachus fur l'Amour qui n'a dit l'avantage ?
Hafardons-nous tous deux fur des fujets nouveaux ,
Et fi le coeur t'en dit , ofons chanter Lavaux :
Dans un & beau ſujet , qui manquera d'haleine ,
Aura fur lui la honte & l'écot pour La peine :
Tope , répond Lucas ; & fans plus balancer
Je bois , & je te fuis , tu n'as qu'à commencer.
Gregoire.
Comme on voit une treille à l'ormeau qu'elle embraffe
,
Ajouter par les fruits une nouvelle grace ,
Ainf
2642 MERCURE DE FRANCE
Ainfi le Grand Lavaux au milieu d'un repas
Des mets & du vin même augmente les apas .
Lucas.
Telle étoit des Bûveurs la troupe défolée ,"
Voyant ces jours paffés la vandange coulée ,
Telle elle fut encor , entendant le récit
Du cruel accident qui mit Lavaux au lit.
Gregoire.
O Bachus ! il fortoit d'un joyeux facrifice
Où l'on avoit tant bû pour te rendre propice ;
Qu'eft devenu le foin de ta Divinité ?
Lucas
O Bachus ! c'eft à toi que l'on doit la fanté
Son rétabliffement caufera plus de joye ,
Coûtera plus de vin que la Paix de Savoye.
Gregoire.
De quel air brava- t'il cette vive douleur ,
Puifque dans le moment qu'arriva le malheur ;'
Vente entendanr craquer fes os fur la pouffiere
Trompé , lui demandoit , eft - ce ta Tabatiere at
Lucas.
Mais quelle fermeté è quelle foi pour le vin ş
Quand voyant venir yvre à lui fon Medecin ;
Lorfque chacun pâlit , & s'opofe à la cure ,
Travaille ami , dit-il , ma guériſon eft sûre ,
Je reconnois en soi le célefte fecours ,
Ug
DECEMBRE. 1740. 2843
Un Dieu conduit ta main & prend ſoin de mes jours "
Gregoire.
Le Printemps promettoit une pleine abondance ,
Et les bleds & les ceps , notre douce eſperance ,
Se hâtoient à l'envi de croître & de fleurir ;
Et déja nos melons étoient prêts à meurir ;
Le Ciel en un inſtant a tout changé de face ,
Et pleure de Lavaux la funefte difgrace .
Lucas:
On voit dans la Nature un fecond changements
Les fégles font à bas , on coupe le froment ;
D'où vient cette chaleur fi fertile & fi douce ?
Ce qui refte de fruits fe maintient , & tout pouffe ;"
Le verjus plein de fuc femble croître à nos yeux ;
Bois rafade, Lucas , Lavanx fe porte mieux.
Gregoire.
Meuriffez , doux Mufcats, croiffez belle vandange ,
Sans crainte que l'Abeille ou laGuefpe vous manges
Vous irez au preffoir fans courir de haſard ;
La Jambe de Lavaux doit fouler votre mard.
Lucas.
Freffoir de Chalandré , quelle immortelle gloire
Te va rendre à jamais célébre dans l'Hiftoire !
Tu foutiendras bien tôt un Trophée orgueilleux ;
Quel objet de refpect aux Bûveurs nos neveux ,
Qui verront fur ton arbre à deux vieilles chevilles
Pendre
1844 MERCURE DE FRANCE
Pendre du grand Lavaux les fameuſes Bequilles !
Gregoire.
Ò Vin ! qui fis Poëte autrefois Saint Amant ,
Infpire-moi des vers pour un tel monument.
Lucas.
O Bouteille ! aujourd'hui l'Helicón de Liniere ,
Un quatrain feulement , & je te fable entiere .
Gregoire.
Lavaux à la Pofterité
Confacre ici fon équipagé ,
Pour un éternel témoignage
Qu'il ne doit qu'au vin fa fante
Lucas
Prenez part au deftin de cet heureux Preffoir
Coulez , doux jus de la vendange;
La vertu du trophée en Champagne vous change ,
Et fupplée à votre Terroir.
Gregoire.
Lucas, cette matiere eft trop vafte & trop belle
Et déja Lucifer fait pâlir la Chandelle ,
Déja tout le réveille & frémit dans Paris ,
Des vendeurs d'Eau-de-Vie entends par tout les cris,
Vois aller en convois les Pois verds à la Halle.
Puifqu'entre nous encor la balance eft égale ,
Comptons, le jour nous chaffe & demain fitu veur;
A la fin du fouper recommençons tous deux.
DE
DECEMBRE.
1740 2648
めの
DE L'ORIGINE & de l'utilité des Chanfons
particulierement des Vaudevilles. Par
M. Beneton- de- Morange- de-Peyrins.
, ANS tous les tems & chés tous les
Peuples , on a eû l'ufage de certaines
Piéces de Poëfies Lyriques , de differen
noms , propres à louer , ou à blâmer les actions
des perfonnes qui ont parû avec écat
fur le Théâtre du monde . is.
Les hommes ont chanté , prefqu'auffi - tôt
qu'ils ont parlé ; quand des réflexions trèsfimples
ne leur auroient pas laiffé apercevoir
que les organes de la voix étoient fufceptibles
de differens fons , le chant des oiſeaux
' auroit pû fuffire à leur donner envie d'imiter
ces petites créatures fi avantageufement pour
vûes d'une admirable flexibilité de gofier.
Dès que les hommes ont fçû chanter
avec quelque méthode , c'eft dans les Prierës
adreffées à la Divinité qu'ils ont fait ufage de
cette capacité ; on a crû mieux honorer les
Dieux en mettant les Prieres qu'on leur adref
foit , fur des tons harmonieux . C'est donc à
l'occafion de la Religion, que l'Art du Chant
s'eft perfectionné , & c'eft de- là que la Mufique
a tiré fon origine.
Les
2646 MERCURE DE FRANCE
Les premiers Actes de Religion furent deş
facrifices accompagnés d'Odes, ou d'Hymnes,
chantés par des Chours.
>
*
Les Payens , & particulierement les Grecs ,
reconnoiffoient deux fortes de Dieux , ceux
du Ciel , & ceux qui avoient été hommes ;
les Hymnes pour les premiers , étoient des re
mercîmens , & les Hymnes pourles feconds
étoient fimplement des Panegyriques.
,
Les Actes de Religion , dont l'objet n'étoit
que de faire connoître les vertus des homimes
Déïfiés , donnerent occafion aux premiers
Philofophes , qui étoient auffi Poëtes
de mettre en Chants les maximes qu'ils
croyoient propres à exciter les hommes à la
vertu , & à réprimer les vices ; ils débitoient
en public leur Morale Lyrique, & celui d'entre
eux qui réüffiffoit le mieux à faire goûter
la fienne , recevoit pour récompenfe un
Mouton , une Chévre, ou une Peau de Bouc,
pleine de vin ; tel étoit le prix ordinaire des
inftructions , & ces inftructions donnerent
naiffance à ce qui fut apellé Tragédie , du
nom de la chofe qui étoit donnée pour Prix à
chacun de ces Actes.
Je viens de faire regarder comme des efpeces
de Panegyriques les Chants en faveur
des Héros Déifiés ; ils en étoient en effet ,
puifque chaque Chant inftruifoit des actions
Loüiables qu'avoit faites le Héros pour qui il
étoit
DECEMBRE. 1740 2647
étoit
propre , mais comme
dans l'Hiftoire
de ces Heros
, toûjours
flatée , il étoit ajfé
d'apercevoir
malgré
la flaterie
, qu'il y avoit
cû de l'homme
en eux , c'est-à- dire , des
chofes
dignes
de blâme dans ce qu'ils avoient
fait pendant
leur vie , on introduifoit
fur la
Scéne
pour
interlocuteurs
, & après l'Hymne
de louange
chantée
par les Choeurs
, d'autres
Chantres
: Ceux-ci , que je nommerai
Chantres
Controverfiftes
, avoient
pour fonctions
,
toujours
en récit chantant
, les uns de devenir
les Défenfeurs
de ce que les autres pouvoient
dire en forme de Glofe contre
le Héros
Déïfié ; ce que difoient
les premiers
de
ces Chantres
, tendoit
à porter
l'affemblée
à honorer
le Héros
dont il étoit queſtion
& à l'imiter
dans fa conduite
; & le difcours
des Chantres
Glofateurs
, étoit pour
porter
la même
affemblée
à éviter ce qui paroiffoit
de repréhenfible
dans la vie de ce
Héros.
Les premieres Tragédies contenoient donc
deux parties , l'Hiftorique & la Critique ,
renfermées en une feule action , Dans la fuite,
l'action fut féparée en deux , la premiere à
laquelle les Choeurs refterent joints , conferva
le nom de Tragédie , & la feconde qui ne
renfermoit plus que la correction des moeurs,
prit le nom de Comédie : de la Comédie nâqui
la Satyre , parce qu'il eft impoffible de
repréſenter
2648 MERCURE DE FRANCE
repréfenter des défauts fans donner des
exemples & fans faire des portraits ; & on
apella des Satyres les difcours propres à relever
les hommes des fautes dans lesquelles ils
tomboient.
On a diftingué dans tous les tems deux
fortes de Satyres , l'une eft une judicieuſe
Critique , qui fera toûjours permiſe & utile ,
tant pour la correction des moeurs, que pour
rectifier l'Hiftoire dont elle eft comme le
Aambeau d'autre partie de la Satyre eft une
Critique mordante, & par conféquent moins
permife , puifqu'elle ne reprend qu'en attaquant
la réputation , & n'a fouvent pour fondement
que l'impofture & le menfange.
Quant à l'Etymologie du nom de Satyre ,
quelques- uns prétendent la tirer du mot Latin
Satur , dont on a fait Satura , & ensuite
Satyre ; je le ferois plutôt venir de l'ancien
mot Grec Sathinn , fait pour défigner ce qui
avoit été Déïfié fous le nom de Priape , &
qui fervit ensuite à dénommer les Demi-
Dieux, habitans des Forêts, Compagnons de
Pan , des Sylvains & des Faunes ; les Satyres
étoient les fymboles de cette verve échauffée
qui caractérise à la fois & le libertinage &
la causticité qui fe trouvent dans les Ecrits
licencieux .
La Satyre a été plus ou moins du goût des
anciens Peuples , à proportion de leur génie ;
ce
DECEMBRE. 1749 . 2645
ce font les Peuples les plus policés qui en
ont fait le plus d'usage ; c'eſt à tort qu'Horace
& Quintilien ont avancé que cette espece
de Poëfie n'a pas été connue des Grecs : quam
rudis & Gracis intacti carminis Auctor , dit le
premier ( Sat.X. L. I. ) Satyra quidem tota nostra
eft, dit le fecond ( L. X. C. I. ) il eſt ſeulement
vrai que les Romains ont eû en ce genre
plus d'Ecrivains que les Grecs , mais ces
derniers étant conftamment les Inventeurs
de la Comédie,il eft impoffible qu'ils n'ayent
fait usage de la Satyre , & qu'ils n'ayent eû
des Piéces dans ce goût. Les Philippiques de
Démofthene , qui fournirent à Ciceron l'idée
d'un femblable Ouvrage , & les Cyclopes
d'Euripide , peuvent en être un commencement
de preuve.
M. Juvenel de Carlencas , qui vient de
donner un ouvrage fur l'origine des Sciences
& des Arts , imprimé à Lyon en cette même
année , & qui ma cité à l'occafion de mon
Eloge de la Chaffe , s'eft laiffé prévenir par
Horace : Voici ce qu'il dit fur cette forte de
Poëme , la Satyre inftruit agréablement , en
décréditant le vice d une maniere vive , plaifante
& variée ; c'est un Poëme que les Grecs
n'ont jamais tenté, quoique leurs anciens Comiques
en ayent donné l'idée aux Romains. Lucilius
, contemporain de Terence, eft le premier
qui ait écrit des Satyres ; comme il s'étoit formé
I. Vol. E
Sur
2650 MERCURE DE FRANCE
fur Ariftophane , il prit de ce Poëte affés d'agrément
de délicateffe , mais plein de fon
modéle , il laiffa couler dans fes écrits quantité
de mots Grecs : Je ne fuis pas de ce fentiment,
les Grecs eûrent des Chanfons fatyriques
les Romains en firent auffi , & les François
n'ont pas été des derniers entre les Peuples
modernes , qui ont fait ufage de la Satyre , à
imiter les anciens qui leur en ont donné l'exemple.
Quant à l'efpece de Chanfon , dont j'entreprends
dans cet ouvrage de démontrer l'u.
tilité , je n'admets cette utilité , qu'en tant
que le Vaudeville reftera dans le genre critique
, dans la Satyre qui ne frapera que le
vrai , & n'entrera point dans le Satyrique impofteur
; en ne fortant point de la place que
je lui affigne , je lui conferve le droit qu'il
doit avoir , de dire des verités ; il eſt vrai que
ces verités font fouvent défagréables pour
ceux qu'elles regardent , mais après tout , le
general des hommes peut- il être fâché que
ceux d'entre eux qui méritent d'être repris ,
le foient ? Il faut donc laiffer aller la Chanfonnette
fon petit chemin , quand elle ne fert
qu'à corriger les moeurs en riant , & ne la
profcrire que quand elle attaque la Religion,
le Gouvernement , ou qu'elle fe rend l'apologifte
des Palfions vicieuſes.
Les François ont apellé Chanfons , ce que
les
DECEMBRE: 1740. 2651
Latins apelloient Carmina & Cantica , c'eſtà-
dire , toutes fortes de Poëfies faites pour
être chantées ; notre Vaudeville fait auffi
pour être chanté par la Populace , eft pour
cette raifon vulgairement apellé Chanfon des
ruës ; il eft la Cantilina di trivio des Italiens.
Quant àfon origine, c'eft chés nous qu'il l'aura
prife , fi on en croit Defpreux. Le François
né malin forma le Vaudeville Art Poët.
Mènage prétend ( d'après les Auteurs qu'il
a fuivi que cette Poëfie triviale nous vient
de Vire en Normandie, & que du Lieu de
fa naiffance elle fut nommée Vau-de- Vire
comme qui diroit Nouvelle - de - Vire ou imitation
de chofe venuë de Vire.
**
Le Vaudeville nous vient d'Efpagne , ainſi
que la Paffe caille ou la Paffe rue; les Efpagnols
par ce dernier terme voulurent exprimer
une Chanfon vulgaire de Ville , faite
pour courir les ruës , en opofition de leur
Villanelle ou Villageoife ; nous , en imitation
de la Paffe- rue des Efpagnols , nous avons fair
de même notre Vaudeville par opofition à
notre Gavotte ; ce qui doit confirmer ce que
j'avance , c'eft que le Vaudeville n'a été commun
parmi nous , que depuis François I.
tems où nous avons commencé à reprendre ,
l'ancienne relation que nous avions eûe avec
* Voyez cette Etymologie plus exactement raportée
daris le Mercure de Decembre 1728. pag. 2644 .
E ij l'Espagne ,
2652 MERCURE DE FRANCE
J'Espagne , & qui n'avoit ceffé qu'à caufe de
nos longues Guerres contre les Anglois.
,
Qu'il me soit encore permis de dire , que
l'ufage de la Satyre renfermé dans les bornes
du raifonnable & du vrai , ne peut être que
bon ; les perfonnes de tous Etats , tant celles
que la Naiffance ou les Dignités élevent
que celles qui font pour ainfi dire ifolées ,
ont befoin de quelque chofe qui les tienne
continuellement en garde contre le mauvais
ufage que les unes pourroient faire de leur
autorité , & les autres de leur loifir ; il faut
regarder comme un bien , ce qui peut empêcher
que nous ne fuccombions fous nos
foibleffes ; la Louange eft un éguillon qui excite
à la Vertu ; la Critique eft un frein qui
arrête ; l'homme prudent doit craindre de
devenir l'objet de l'un de ces portraits frapans
qu'offre la Satyre , & s'il ne dépend pas
de lui d'avoir autant de cette crainte qu'il
feroit neceffaire pour pouvoir fe corriger enrierement
& éviter d'être ainfi dépeint , il en
doit avoir au moins affés pour être plus refervé
fur fa conduite.
Ce n'eft que par des Ouvrages Satyriques
de l'Antiquité parvenus jufques à nous , que
nous fçavons plus au vrai quels ont été interieurement
les Perfonnages qui ont figuré
dans le monde ; on a dans Suétone les caracteres
des premiers Céfars ; Ovide & Horace
>
DECEMBRE.
1740 2653
•
face , Perfe & Juvenal , font connoître les
moeurs de leur tems ; ne ferions- nous pas privés
de la connoiffance d'une infinité d'Anecdotes
intereffantes pour notre Hiftoire fans
les Ouvrages de nos Anciens Chanfonniers ,
lefquels ont commencé fous Philipe Augulte
, & fans ceux de nos Troubadours ,
Provençaux , par raport aux Vau- de- villes
feulement ? Si on avoit eû le foin de recueillir
tous ceux qui ont été faits depuis que cette
efpece de Chanfon eft en ufage , combien
n auroit -on pas par ce moyen de portraits
plus fidéles des perfonnes dont l'Hiftoire
nous a transmis les actions , & combien ferions-
nous mieux en état de juger par ces
portraits , plus que par l'Hiftoire , du mérite
de ceux que nous regardons , peut - être fauffement
, comme de Grands Hommes ? Un
pareil recueil de Vaudevilles choifis , feroit
dès -à - prefent un Monument précieux , où un
Hiftorien , qui voudroit écrire avec fincerité,
trouveroit de quoi fe fatisfaire ; les Vau-devilles
ne font pas toûjours des Satyres exagerées
; ils difent fouvent de bonnes verités
rimées ; s'ils n'épargnent perfonne & fi depuis
le premier Noble , jufques au dernier
Artifan , tout homme réprehenfible en doit
craindre l'attaque , le petit mal qu'ils peuvent
faire eft bien compenfé par le bien réel
qu'ils aportent en réprimant les vices capi-,
È iij
taux
2654 MERCURE DE FRANCE
taux, tels que l'amour defordonné, le vin , le
jeu , l'hypocrific , l'ignorance , la mauvaiſe
foi , la poltronnerie , l'arrogance , & c. De
quels vices la Terre ne feroit - elle pas inondée
, fi ceux qui y font enclins , & qui ont
des mefures à garder , n'aprehendoient d'être
chanfonnés : Que de Gens démafqués
par des chanfons ? l'une aprend le peu
de capacité
d'un homme de Cabinet, à qui la Renommée
prodigue mal- à - propos des louanges
; une autre aprend qu'un homme de
Guerre ne mérite pas la réputation qu'une
Hiftoire flateufe lui donne ; fans la chanſonnette
critique , la Pofterité ignoreroit qu'un
Général qui a fçû fauffement fe faire honneur
à lui feul du gain d'une Bataille , doit
ce gain uniquement , ou au hafard , ou au
courage de fes foldats , ou à l'habileté de
quelque Officier , lequel a agi de fa tête , &
non de celle de fon General.:
Sans la Chanfonnette on ignoreroit encore
qu'un homme que l'on croît très -régulier
dans fa conduite eft tout autre que ce qu'il
paroît ; qu'un Magiftrat a vendu la juftice ;
que quelqu'un chargé d'une grande entrepriſe
en doit le confeil & la conduite de ce qui en
a fait le fuccès , à des gens d'un efprit fuperieur
, dont les noms reſteroient dans un oubli
éternel fans le petit flambeau dont il eft
ici queftion ; enfin la Chanfonnette peut faire
rentrer
DECEMBRE.
1740. 2655
rentrer dans leur ſphere le Bourgeois ridicule
, la Coquette altiere , & certains Efprits
fougueux & turbulens qui , quoique réduits
à la vie civile , trouveroient les moyens de
troubler la focieté , fans la crainte de n'avoir
pas les rieurs de leur côté.
8
2
J'ai dit que c'étoit dans les Fêtes de Religion
qu'avoient pris leur origine , tant les
Piéces de Poëfies Hiftoriques , que celles de
Poëfies Morales , & que de ces dernieres vinrent
les Pocfies Satyriques ; ainfi , outre les
Poëmes qui ne regardoient que les Dieux
l'Antiquité eut encore l'ufage des Chanfons ,
propres à relever & à mettre au jour les actions
vertueufes des particuliers , & des Chanfons
propres à ridiculifer les vices d'autres
particuliers ; les gens de tous Etats pouvoient
devenir des objets d'écrits de louanges , ou
d'écrits Satyriques , fuivant leurs differens mérites
; c'étoit par des Piéces apellées Paranym
phes , inventés d'abord pour entrer dans le
Cérémonial des Nôces, que l'on eut le moyen
de critiquer ; les Ecclefiaftiques adopterent
enfuite ces fortes de Piéces , pour s'en fervir
aux mêmes fins , & les Paranymphes font encore
en ufage dans nos Univerfités.
Il y avoit d'autres Piéces qui attaquoient la
conduite des Magiftrats Publics. Nous en
confervons quelque chofe dans les Mercuriales
qui fe font aux rentrées des Parlemens,
E iiij Les
-
31
2656 MERCURE DE FRANCE
Les Généraux d'Armées , qui par de maut .
vaifes manoeuvres méritoient d'être chanfonnés
, ne manquoient pas de l'être ; on
trouve dans le feptiéme livre de Denis d'Haficarnaffe
l'origine des Satyres mordantes
des Soldats contre leurs Officiers ; les Guer
riers ont naturellement l'efprit railleur ; l'oifiveté
où ils font fouvent , leur donne le
moyen plus qu'à des gens de tous autres Etats,
de s'exercer fur ce qui eft de leur goût ;
il est même à propos que des hommes qui
ne doivent la sûreté de leurs jours qu'au Génie
, & à l'humeur de ceux qui les commandent
, foient alertes à relever les fotifes que
peuvent faire ces Commandans ; un Général
qui craint que fes fautes ne foient ridiculifées
, fe tient mieux en garde pour n'en
point commettre ; les fautes commiſes dans
la conduite d'une Armée font bien plûtôt
aperçûës par le Public , que celles qui fe font
dans le Confeil d'un Souverain ; une manoeuvre
de Guerre fe montre tôt ou tard à découvert
, trop de perfonnes y ont part pour
que le fin n'en foit pas fçû ; il en eft tout le
contraire d'une manoeuvre de Cabinet ; delà
les Chanfons critiques ont toûjours été bien
plus communes parmi les Gens de Guerre ,
que parmi les Gens des autres conditions .
Les Grecs étoient grands faifeurs de Chan
fons , tant contre ceux qui les gouvernoient,
que
DECEMBRE.
1740. 2657
que contre ceux qui les conduifoient à la
Guerre.; un Général Grec , étoit fi bien
éclairé , que fouvent, pour une faute fi légere ,
qu'un General Romain , n'auroit pas été pri
vé pour cela du Triomphe , il fe trouvoit accablé
de bons mots Satyriques ; Polybe en
offre plufieurs exemples ; j'ai fait voir dans
mon Traité des Marques Nationales , que
les anciens Guerriers mettoient fur leurs ar
mures des figures qui fervoient à les faire reconnoître
dans les Combats ' ; un Capitaine
Athénien , dont ma memoire ne me fournit
pas le nom , étant raillé de ce qu'il n'avoit
mis qu'une mouche fur fon bouclier , à deffein
(lui difoit- on ) de refter mieux confondu
dans la foule , & de n'être point reconnu
comme un Chef par les Ennemis , fit ceffer
la raillerie en difant qu'au contraire fon intention
étoit en prenant une auffi petite marque
de s'aprocher fi près de l'Ennemi , que fa
mouche deviendroit très- vifible ,
>
Philipe!, Roy de Macedoine , ayant perdu
une Bataille dans la Theffalie, le Poëte Alcée
fit une Chanfon Satyrique contre le Roy
qui ne prit point d'autre vengeance que de
répondre par une autre Chanfon ; les Soldats
Romains étoient dans l'ufage de chanter des
Chanfons de dérifion contre leurs Géneraux,
foit que ces Généraux fuffent vainqueurs, ou
vaincus ; on fçait que la premiere récompen
E v fe
2658 MERCURE DE FRANCE
fe d'un Général Romain qui avoit gagné une
Bataille , étoit d'entrer en Triomphe dans
Rome au retour de fon Expedition ; cette
entrée fe faifoit avec une pompe extraordinaire,
cependant au milieu des acclamations
du Peuple , les Soldats victorieux qui fuivoient
celui qui les avoit fait vaincre , en
exaltant les hauts faits de leur Général , y
mêloient fouvent la Satyre , & lui reprochoient
fes défauts On aprend chés Plutarque
dans la vie de Camille , que ce Dictateur, l'un
des plus grands Capitaines de l'ancienne Rome
, ne fut pas épargné dans fon Triomphe ;
jufques aux quatre chevaux blancs qui tiroient
fon Char , tout fournit matiere aux
Soldats licencieux , pour faire connoître que
la conduite de leur Général n'étoit pas irréprochable.
Si toutes les Piéces Satyriques faites par les
Soldats Romains contre leurs Généraux
avoient mérité de parvenir jufques à nous
on auroit dequoi s'étonner en voyant juf
qu'où la licence étoit portée fur ce point- là.
Céfar de retour à Rome & triomphant, pour
avoir vaincu les Gaulois , ne fut point attaqué
fur fes faits Militaires ,la Critique auroit eû peu
de chofe à mordre de ce côté -là, mais il le fût
fur les foibleffes de fa vie, & même fur fes défauts
corporels , on lui reprocha , au raport
de Suetone , fon avarice & fon temperemment
DECEMBRE . 1740. 2659
ment amoureux . Les Soldats par leurs Chane
fons convioient le Peuple Romain au fpectacle
du Triomphe de leur Général , venez ,
difoient-ils dans leurs Chants , venez voir un
Victorieux qui n'a pas fon pareil , mais auparavant
renfermez vos femmes , tenez lesfous l'a
clef,fi vous pensez qu'elles en valent la peine ;
en vous amenant des Gaules le plus grand Capitaine
du monde , nous vous amenons auffi le
plus grand paillard de la Terre , s'il est chauve
, le mal n'eft pas grand , fa tête eft fi bien
couverte de Lauriers, qu'il ne paroît rien defa
difgrace , & fa bourfe eft fi bien remplie de l'or
des Gaulois qu'il a pillés, que nous avons tout
lieu d'efperer d'être contents de ui , s'il fe plaît
autant à donner qu'à prendre.
#
Si à propos de ces difcours Satyriques ,
qu'un Géneral étoit obligé d'entendre , & de
fouffrir le jour de fon Triomphe , on fait at
tention à une autre Cérémonie d'ufage dans
les Pompes de cette efpece , on conviendra
qu'un Triomphateur ne devoit pas jouir de
fa gloire dans une fituation parfaitement
tranquille ; il fembloit qu'on cherchoit à le
mortifier , & à l'humilier dans le jour de fa
vie le plus brillant , pendant que ce Général
porté ſur un fuperbe Char , traverfoit la Ville
& alloit au Capitole , fuivi d'une Armée de
vainqueurs & de vaincus , ( ces derniers enchaînés
, ) & que précédé d'Inftrumens dont
E vj
Pair
2660 MERCURE DE FRANCE
› l'air rétentiffoit , il étoit environné d'une
troupe de Héraults qui annonçoient fes hauts
faits ; l'ufage plaçoit derriere ce Général , &
fur fon même Char l'un de ces Héraults ;
pour lui répéter de fois à autre tant que du-
Toit l'action, ces mots. Refpice poft- te . Hominem
memento- te,&c.L'objet de cette humilianteFormule,
étoit de faire reffouvenir celui à qui elle
étoit adreffée ; qu'il ne devoit point s'enyvrer
de fa profperité , qu'étant homme & fujet à
l'inconftance de la fortune , il ne devoit point
diſcontinuer à tâcher de la fixer par la pratique
de la Vertu , &c.
Après avoir combattu les fentimens des
Auteurs qui ont avancé que les Grecs n'ont
point fait ufage de la Satyre , il ne me refte
plus qu'à fixer le tems à peu - près où ces
Grecs ont commencé à avoir des Chanfons
de l'efpece qui peut fe raporter à nos Vaudevilles.
Thefpis reconnu unanimement pour le premier
Acteur Comique , doit auffi être regardé
comme l'Inventeur de l'action, apellée par
les Latins Ludus Mimicus , & par nous apellée
Farce , aaccttiioonn qui doit fe mettre au- deffous
de la Comédie , tant par la baſſeſſe de
fentiment qui en fait le fujet , que par la
bouffonerie dont ce fujet eft toûjours accompagné.
›
Les Eleves de Thefpis alloient de Ville en
Ville
DECEMBRE. 1740 2664
Ville ( le vifage barbouillé , ou couvert do
feuilles débiter les ;) Chanfons que leur fourniffoit
la Critique fcandaleufe ; voilà quelle
fut l'origine de ces fortes de Chanfons.
A l'égard des Romains , ce fut à l'occafion
des Jeux apellés Fefceniens , qu'on chanta de
femblables Chanfons ; la Nation des Ofques
fit voir à l'Italie les premiers Farceurs ; ces
Comédiens , ou plûtôt Baladins , montés fur
des Chariots , à l'exemple des Difciples de
Thefpis , fe promenoient dans les rues de
Rome , & chantoient les Poëfies qui leur
étoient fournies par les efprits Satyriques ,
ces Scénes badines furent pouffées fi loin, &
devinrent fi licencieuſes , que perfonne ne fe
trouvant plus à couvert des traits de la médifance
, les Magiftrats furent obligés de les
défendre .
La France a eûr de ces fortes de bas Comédiens,
dès le onzième ſiècle , ils fe nommoient
Hiftrions , & les Cenfures dont l'Eglife les
notoit de tems en tems , eft la preuve qu'ils
peuvent être regardés comme les premiers
qui mirent le Public dans le goût des Chanfons
Critiques ; ces Hiftrions montés ſur de
petits Théâtres dreffés dans les Places des
Villes , y repréfentoient des Scénes de la come
pofition des Poëtes du tems ; & ils entremêloient
ces Scénes de Chanfons qui furent
apellées Vaudevilles , à caufe du lieu où elles
fe chantoient.
2662 MERCURE DE FRANCE
IMITATION de l'Ode XI . d'Horace .
Tu neQuæfieris , &c.
L Euconoć ma bonne amie ,
Vous & moi ne recherchons pas
Combien durera notre vie ,
Ni quand viendra notre trépas.
*
Il fuffit que les Dieux le fçachent ;
Gardons-nous de vouloir entser
Dans un myftere qu'ils nous cachent ;
Et qu'eux feuls peuvent pénétrer.
Envain pour vous tenir en garde
Contre les arrêts des Deftins ,
Sur ce que Jupiter vous garde
Confulteriez - vous les Devins.
*
Qu'il prolonge votre carriere
Ou qu'il veuille abreger vos jours ,
Aprenez de moi la maniere
De bien mettre à profit leur cours.
Büvez
DECEMBRE.
1740. 2663
Bûvez du bop , faites bombance ;
Sur l'avenir , à peu de tems
Sachez borner votre eſperance
Et menagez tous vos inſtans .
Le tems , ainfi que ma parole ,
Toujours va fon rapide train ,
Le voyez- vous comme il s'envole
Doutez qu'il revienne demain.
DISSERTATIO N sur les Oiseaux de
Passage , les Hirondelles , &c. apuyée sur
des Observations exactement continuées pendant
plusieurs années , avec des conjectures
raprochées aufimple & au vrai-semblable.
Par M. Carré .
L
E Phénomene que j'entreprends d'expliquer
, quoiqu'auffi ancien que la Création,
donne chaque jour occafion à des conjectures
frivoles. Tel eft le Syftême dont il
fe trouve un Extrait dans le Mercure du mois
d'Octobre 1737. page 2145. L'Auteur fait
paffer dans la Lune les Oiseaux qui nous
quittent en Septembre & Octobre ; ce Syftême
fingulier ne paroît imaginé que pour entre
2664 MERCURE DE FRANCE
tretenir les Partisans du merveilleux dans.
leurs erreurs, & en imposer aux ignorans, ou
aux amateurs du prodige.
Cet Auteur fronde fon Syftême avec raison,
mais il ne nous communique aucune folution
, pour déterminer ce que nous devons
croire ou rejetter d'un Phénomene , qui fe
réïtere deux fois chaque année. Me fera - t'il
permis d'effayer de fupléer à fon filence ?
Rien de plus fimple que les moyens que
Dieu a employés pour varier cette admirable
perspective , composée de Cieux , de Terres
& d'Eaux , habitée par un nombre' prodigieux
d'Animaux de figures & d'especes diferentes
, dont les organes & les inclinations
fe reffemblent fi peu .
Aucun Oiseau n'a jamais habité la Lune ;
du moins ceux qui peuplent la Terre que
nous habitons ; ils remontent tous au contraire,
directement vers le Soleil, c'est- à- dire
vers le Midi , excepté un très- petit nombre
d'especes, telles que le Corbeau , la Corneille
, la Pie, le Pigeon , la Perdrix , le Moineau
franc , le Hibou , la Chouette & la Chauve-
Souris . Ces trois dernieres especes paffent
l'hyver dans un fommel lethargique , ainfi
que le Rat-Loire , & les Reptiles . Tous les
autres Oiseaux font de paffage pour nous.
Lorsque les Oiseaux , qui ne vivent que de
Vermiffeaux , de petits Insectes volans &
rampans
DECEMBRE. 1740. 2665
fampans, qui fe trouvent fous la mouffe,fous
les écorces des groffes Plantes ; & de Reptiles
ou de Graines , repaffent du Midi vers
nous; les Oiseaux Aquatiques, dont les principaux
alimens fe trouvent dans les Eaux &
les Bourbiers , fe retirent vers le Nord , dont
l'air frais & humide pendant la belle faison
leur convient.
Dès le 15. Mars , on voit des Hirondelles
dans le Haut- Languedoc, en très - petit nombre
, couple par couple ; elles ne font que
paffer en descendant vers le Nord ; elles continuënt
d'arriver jusqu'au commencement de
Mai. J'en ai vû arriver de groffes troupes en
Avril.
L'Hirondelle revient toujours au même
Lieu où elle eft née. J'en ai vû en diférens
tems , qui voloient , ayant un brin de nompareille
à leur patte , & des gens dignes de foi
m'ont assûré que c'étoit la feconde , la troifiéme
& la quatrième année qu'elles paroissoient
au même Lieu où on leur avoit attaché
cette marque dans leur nid , qu'elles pla- .
quent contre une Poutre , un Soliveau , ou
fous la Saillie des Toits & des Cheminées ,
& autres Lieux couverts & chauds , hors de
la portée des Rats & des Souris .
Il y a des Pays où on les mange. On voit
dans les rues à Toulouse des paquets d'Oiseaux
qu'on vend par douzaines en Octobre
&
2666 MERCURE DE FRANCE
& au commencement de Novembre , composés
d'Alouettes , de Linots , de Chardonnerets
, de Pinçons & d'Hirondelles .
La conduite invariable qu'elles tiennent
pour paffer fucceffivement d'Europe en Afrique
, doit convaincre qu'elles exécutent
ponctuellement les Loix que leur inſtinct
leur prescrit. On pourroit conjecturer que
c'eft le mauvais tems ou la diminution de
leur nourriture , qui les chaffe . Voici un fait
affés remarquable. J'étois en 1734. à Lavaur,
Ville fituée entre Montauban , Toulou e , Albi
, Caftres & Caftelnaudari. L'Eté fut variable
; vers le 15. Août , le tems devint ferein
& très- chaud , cette férenité & cette chaleur
fe foûtinrent jusqu'à la fin de Septembre ;
les Hirondelles qui peuplent cette Ville &
une étendue de la Contrée , s'en allerent au
commencement de Septembre ; de là j'ai
conclu que quelque tems qu'il faffe , rien ne
peut differer leur départ.
L'ordre qu'elles observent dans leur transmigration
, vient de leur inftinct. Il y a lieu
de croire qu'elles connoiffent les Détro.ts de
Mer qu'elles doivent traverser , & l'on a observé
que celles qui peuplent les Provinces
Méridionales , partent les premieres pour
l'Afrique. Le Pere Loyer , Préfet Apoftolique
des Miffions , assûre dans fa Relation du
Royaume d'Iffini , Côte de la Guinée , que
depuis
DECEMBRE . 1740 2667
depuis le mois d'Octobre jusqu'en Mars , on
y voit une multitude infinie d'Hirondelles
qui ne multiplient point dans ce Pays - là .
Les Hirondelles qui font plus avancées
dans le Royaume , partent fucceffivement &
fuivent de près celles qui ont quitté les Provinces
Méridionales , auxquelles elles fuccedent.
Celles qui peuplent le fond du Nord ,
n'arrivent dans les Provinces Méridionales ,
que vers la fin d'Octobre & au commencement
de Novembre , environ deux mois
après le départ des premieres.
>
On a remarqué que le besoin de manger
& de fe reposer , leur fait faire diverses ftations
, que leur trajet , qui dure environ deux
mois , fe fait par troupes , & que celles des
Contrées Méridionales d'Europe les ayant
précedées , vont les attendre en Afrique , où
elles arrivent par bandes , observant toujours
les mêmes ftations pour ſe reposer & pour
repaître. On a auffi remarqué qu'elles n'arrivent
qu'à la chûte du jour aux endroits où
elles doivent paffer la nuit , d'où elles prennent
leur vol dès la pointe du jour , chaque
bande ayant fon guide qui vole à la tête de
la troupe , lequel s'arrête dans les matinées
trop fraîches , pour attendre que le Soleil fe
leve & échauffe l'air. Ces Oiseaux ne fe pershent
que fur des arbres dépouillés de leurs
feuilles
2668 MERCURE DE FRANCE:
feuilles , fur des murs , des ruines ou habita
tions couvertes de chaume. Le moment du
départ eft marqué par un cri du Chef
qui eſt à la tête , & toutes les Hirondelles
fuivent.
Celles qui remontent du fond du Nord ;
pour paffer les dernieres en Afrique , en occupent
les Parties Septentrionales , pour repaffer
les premieres en Europe vers la fin de
Mars , & celles qui font le plus au Midi de
la Guinée , fuivent fucceffivement, pour arri
ver dans nos Provinces Méridionales en Mai;
elles les abandonnent au commencement de
Septembre. Quand elles ont un grand trajet
de Mer à faire , ainfi que tous les autres Oiseaux
, elles volent fi haut , qu'il eft presque
impoffible de les apercevoir fans Lunettes
d'aproche .
A l'égard des Cigognes , elles quittent vers
la fin d'Octobre le Nord , l'Allemagne , la
Hollande & la Flandre ; elles partent en
troupes comme les Hirondelles, pour gagner
le Midi. On fait que la Cigogne fait fes petits
en Europe , & qu'elle ne vit que de Reptiles
, dont les Terres marécageuses fourmillent.
En allant vers la Mer , elles cotoyent
les Rivieres qui viennent & qui coulent au
Midi , comme la Loire , le Rhône & la Garonne
. On a remarqué qu'elles fe divisent
par troupes. J'en ai vû paffer dans le Haut-
Languedoc
DECEMBRE. 1740; 2669
Languedoc de très - petites bandes de 6. de 8 .
& de 10, le long des Rivieres , & lorſque
ces Rivieres fe détournent , les Cigognes les
quittent , pour continuer la ligne de direction
qui doit les mener à l'endroit où elles
veulent aller.
J :
ELOGE DU SEJOUR CHAMPESTRE,
S Ejonr chéri des Cieux , Campagnes fortunées ¸
Où sur un fuseau d'or l'Innocence & la Paix
Ont pris soin de filer mes premieres années ,
Ne vous reverrai - je jamais ?
Dans le sein des Cités les soucis & les peines
Répandent leur venin sur les plus doux loisirs ;
C'est à l'ombre des Bois , c'est au bord des Fon
taines ,
Que résident les vrais plaisirs.
L'altiere ambition , l'interêt , l'injustice ,
Ne donnerent jamais la Loi dans nos Hameaux
Si l'on a quelquefois recours à l'artifice ,
Ce n'est que contre les Oiseaux .
Auffi n'y voit -on pas , chassé par l'imposture ,
L'Orphelin , de ses cris fatiguer les Echos ;
2670 MERCURE DE FRANCE
Il ne s'y fit jamais entendre de murmure ,
Si ce n'est celui des Ruisseaux.
Paris, ne vante point la voix de ces Syrenes ,
Dont le Fils de Vénus anime les accens ;
Philomele, en chantant ses amours & ses peines ,
Forme des accords plus touchans .
Les Spectacles pompeux qu'on étale à ta vûë ,
Ces chef- d'oeuvres de l'Art ne charment point mes
yeux ;
Les Rives de la Marne , en leur vaste étenduë ,
M'en offrent de plus gracieux.
Ici , c'est un Ruisseau tombant d'une coline,
Qui roule entre des fleurs le cristal de ses Eaux ;
A ses divers détours , je juge qu'il s'obstine
A rester dans des Lieux si beaux.
Là , des Hêtres touffus , qu'a plantés la Nature ,
Couronnent un Vallon , retraite du repos ,
Où toujours les Zéphirs unissent leur murmure
Au doux ramage des Oiseaux.
Plus loin , des Papillons , aussi- tôt que l'Aurore
D'un jour serain & pur annonce le retour ,
Viennent d'un vol léger entre les bras de Flore ,
-Offrir leur encens à l'Amour.
Des
DECEMBRE. 1740.2671
Des présens de Cerés la Plaine ſe couronne ;
L'Epouse du Printems regne au bord des Ruisseaux;
Bacchus , armé d'un Thyrse, & Sylvain & Pomone ,
Tiennent leur Cour sur les Côteaux .
"Je voyois d'un coup d'oeil , il m'en souvient encore ,
De tous ces Dieux divers les séjours pleins d'at
traits ;
Ah ! fortuné Désert , Rivage que j'adore ,
Ne vous reverrai - je jamais ?
****************
LETTRE de M. de L. R. écrite à M. le
Marquis de B. au fujet de la Nouvelle
Hiftoire de l'Académie Royale des Inscriptions
Belles- Lettres , &e.
Puisque vous n'êtes pas prêt , Monfieur, de quitter votre Normandie pour venir
respirer l'air natal , & vous raffafier de Littérature
dans la fource même, je continuërai
de vous faire part de ce qui fe paffe ici de
plus confidérable & de plus diftingué dans
ce dernier genre. Je commencerai aujourd'hui
par un Livre affés nouveau , & qui mérite
à tous égards les qualifications que je
viens de dire. En voici d'abord le Titre.
•
HISTOIRE de l'Académie Royale des
Inscriptions & Belles - Lettres , depuis fon Etabliffement
2672 MERCURE DE FRANCE
bliffement , avec les Eloges des Académiciens ,
morts depuis fon Renouvellement. Trois Volu
mes in-12. A Paris , chés Hypolite- Louis
Guerin, ruë S.Jacques ,à S. Thomas d'Aquin ,
M. DC C. XL .
C'eſt , M. une Hiftoire particuliere de l'Académie
Royale des Inscriptions & Belles
Lettres , depuis fon Etabliſſement , pour la .
quelle le Public a témoigné beaucoup d'empreffement
; on l'auroit vûë plutôt , dit le
fçavant & modefte Auteur , fi l'on n'avoit
craint de paroître donner deux fois la
même chose , car cette Hiftoire fe trouve
déja, à peu de chose près , dans les Mémoires
que l'Académie a publiés en differens tems
& en plufieurs Volumes in 4°.
Le fcrupule disparût avec raison en faisant
refléxion que l'Hiftoire & les Eloges dont elle
eft enrichie , ne s'y trouvoient que par morceaux
détachés & coupés , fuivant les années
auxquelles répondent les Mémoires de Littératures,
contenus dans chaque Volume; que
d'ailleurs , le nombre de ces Volumes étoit
trop.confidérable pour ne pas fatiguer un
Lecteur qui feroit forcé de paffer fans cefle
de l'un à l'autre , dans la vûë d'y recueillir
ces parties dispersées ; au lieu qu'en les réüniffant
en un feul corps , c'eft une lecture
fuivie & convenable aux personnes même
qui fe croyent le moins à portée de faire ufage
du furplus. On
DECEMBRE . 1740. 2673
pour-
On peut donc dire , M. que c'eft ici un
Livre nouveau , dont le Public avoit befoin,
& qu'il défiroit extrémement. Ses fouhaits
fe trouvent d'autant mieux accomplis, qu'on
a joint dans cet Ouvrage un Catalogue de
ce que chaque Membre de cette Académie
a composé en differens tems , & non-feulement
ce qui eft contenu dans les Mémoires
de l'Académie , mais encore ce qui s'en trouve
chés differens Libraires , en divers Pays &
dans les Journaux Littéraires . Il étoit disgracieux
à bien des Particuliers de fe
voir de douze gros Volumes in- 4°. pour y
puiser les lumieres dont ils avoient besoin
& pour trouver dans l'un des douze ce qui
fait l'objet de fes recherches. Le célebre Aureur
a prévenu & aplani toutes ces difficultés,
& à la fin de fon Ouvrage il a donné un
Catalogue des differentes Differtations contenues
dans ce nombre de Volumes, où elles
fe trouvent rangées, chacune felon la Claffe à
laquelle elle apartient ensorte que ceux ,
par exemple , dont l'objet eft l'Hiftoire de
France , y verront réünies fous un même Titre
toutes les Piéces Académiques de ce
genre , avec l'indication du Volume qui les
contient.
>
L'origine de l'Académie des Inscriptions
étant fort connue par les differens Livres où
fe trouvent des Extraits de ce qui en eft dit
1. Vol. F dans
2674 MERCURE DE FRANCE
dans le premier Volume des Mémoires , imprimé
en 1717. je me dispenserai , M. de
m'étendre là - deffus. Comme elle ne fut composée
d'abord en 1663. que de quatre Personnes,
tirées du Corps de l'Académie Françoise
, le Roy l'apella la petite Académie. Ces
Membres étoient M. Chapelain , l'Abbé de
Bourzeis , M. Charpentier , & l'Abbé de
Caffaignes ; leur occupation étoit de travailler
aux Descriptions , aux Devises , aux Médailles
, qui regardoient les Actions & le
Regne de ce grand Prince .
Depuis , fous le Miniſtere de M. de Pontchartrain
& vers l'année 1691. la petite Académie
s'accrut & devint plus connuë ſous le
nom d'Académie Royale des Inscriptions &
Médailles . Mais la liaison des connoiffances
que demandoient ces matieres avec celles deş
Médailles & Légendes Romaines & Grecques
, ne fit l'impreffion qu'on avoit lieu
d'attendre , qu'au commencement du Regne
du Roy heureusement regnant. Ce fut en
Pannée 1716. que fa dénomination fut changée
en celle d'Académie Royale des Inscriptions
& Pelles- Lettres ; & l'année fuivante
elle fit paroître les deux premiers Volumes
contenant les Eloges de XII . Académiciens
& environ 140. Articles ou Mémoires de
Littérature , tirés de fes Regiftres depuis le
Renouvellement fait en 1701. jusques &
compris
DECEMBRE. 1740. 2675
compris l'année 1710. Deux autres Volumes
parurent en 1723. & contenoient les Memoires
depuis 1711. jusqu'en 17, 17. Les deux
qui furent publiés en 1729. renfermoient la
fuite jusqu'à 1725.
Vous lirez , M. avec une fatisfaction particuliere
ce qui eft raporté au fujet de la vifite
que le Czar rend.ten 1718. à l'Académie des
Belles Lettres , dans laquelle il fouhaita ſçavoir
l'objet & la forme de fesExercices . L'Académie
trouva bien - tôt l'occafion de marquer
au Prince une partie de fa reconnoiffance, &
la faifit le jour qu'il alla à la Monnoye des
Médailles . Après avoir confideré de fort près
la ftructure du plus grand Balancier , & en
avoir bien examiné la force & le jeu , le Czar
y voulut donner lui - même le mouvement ;
mais il fut extremement furpris de voir fortir
de deffous le Coin une grande Médaille
d'or , où il fe reconnut d'abord dans un Portrait
beaucoup plus reffemblant , & incomparablement
mieux travaillé qu'aucun de
ceux qu'il avoit fait graver en Moscovie &
en Hollande ; il fentit de même l'ingénieuse
allufion du Revers , qui repréſentoit une
Renommée , paffant du Septentrion au Midi,
avec ces mots : Vires acquirit eundo , lesquelles
fe raportoient à la réputation & aux
diverses connoiffances que S M. Czarienne
avoit acquises dans fes Voyages.
,
Fij On
2676 MERCURE DE FRANCE
On voit ensuite la maniere dont le Monarque
entretint,tant qu'il vécut,une relation
avec l'Académie. Il la pria en 1719. de travailler
à une Inscription , pour mettre fur le
Piédeftal de fa Statue Equeftre, érigée dans la
Ville de Pétersbourg. En l'année 1722. il
envoya à l'Académie plufieurs Figures de Divinités
, d'Hommes & d'Animaux , la plûpart
de Bronze , qui avoient été trouvées depuis
peu auprès d'Aftracan , & de la Mer
Caspienne.
Quelque temps après, les Troupes du Czar
firent une découverte plus finguliere . Un détachement
ayant pénétré dans le Pays des
Tartares Calmuques , quelques Soldats trouverent
dans un vieux Château une espece de
Bibliothéque , dont ils ne tinrent aucun compte
; ils furent d'abord choqués de la forme
des Livres , ils étoient extrémement longs
n'ayant presque point de largeur. Le dedans
ne leur parut guere moins bizare ; les feuillets
étoient fort épais & composés d'une
espece de Coton ou d'Ecorce d'Arbre, enduite
d'un double vernis de deux couleurs . L'Ecriture
en étoit blanche fur un fond noir.
Les Soldats s'attacherent donc plus à détruire
ces Livres qu'à les enlever; les plus curieux
en aporterent quelques feuillets au Czar. Cé
Prince ne trouvant personne dans fes Etats
ni dans les Univerſités & Académies duNord ,
qui
DECEMBRE.
2677
1740.
qui pût connoître cette Ecriture , encore
moins l'expliquer , il en envoya un feüillet à
M. l'Abbé Bignon , Préfident de l'Académie .
Ce feuillet aporté en 1722. à l'Académie ,
fut auffi - tôt reconnû par Mrs Freret & Fourmont
l'aîné , pour de l'Ecriture & de la Langue
du Thibet , c'étoit un Morceau détaché
de quelque Oraison Funebre , composée
dans le goût & le génie des Tartares ; l'Auteur
y paroiffoit croire l'immortalité de l'Ame
, &c. Le Czar donna fes ordres pour le
recouvrement de ce qui pouvoit refter de
cette Bibliothèque , mais fa mort ,
arrivée au
commencement de l'année 1723. rendit ce
projet fans execution .
L'Epoque la plus heureuse & la plus mémorable
pour l'Hiftoire de l'Académie, M.eft
P'honneur qu'elle reçut le 24. Juillet 1719.
lorsque le Roy voulut bien préfider à fon
Affemblée. Il faut lire cet Evenement dans
le Livre , pour ne rien perdre des graces &
de la nobleffe de la Narration de notre Historien
.
t
Peu de temps après, M.Baudelct de Dairval
, Académicien Penfionaire , fit don à
l'Académie , de fes Médailles , de fes Bronzes
& Marbres antiques , & d'une partie de
fes Livres. Et en l'année 1724. Mrs les Doyen
& Chanoines de l'Eglise Métropolitaine, lui
donnerent les Bas - Reliefs antiques , trouvés
Fiij.
2878 MERCURE DE FRANCE
en 1710. dans les fondemens du Choeur de
cette Eglise , lesquels M. Baudelot avoit expliqués.
On trouve ensuite l'Hiftoire de ce qui a
occafioné le Voyage de Mrs Sevin & Fourmont
à Conftantinople en 1728. dont ils
raporterent, le premier, plus de fix cent Manuscrits
d'élite , & le fecond entre autres
Curiofités , la Copic figurée de près de
trois mille Inscriptions des premiers tems ,
dont aucune n'a encore été publiée.
,
Vient en fon rang la Fondation faite en
1732. par M. le Préfident Durey de Noinville
, d'un Prix annuel de 405. livres pour
l'Auteur , qui , au jugement de l'Académie.
aura le mieux réüffi à traiter le Sujet proposé
par elle.
A la fin de cette Partie Hiftorique , font
nommés les Sujets qui ont été traités pour le
Prix , avec les noms des Personnes auxquelles
il a été adjugé , ce qui eft fuivi des changemens
arrivés dans la Lifte de l'Académie ,
depuis le Reglement du mois de Juillet
1701. jusqu'à présent; en indiquant les Morts
des Académiciens , & les noms des Personnes
qui leur ont fuccedé. On trouve enfin
une autre Lifte qui représente l'état présent
en ( 1740. ) de l'Académie .
On entre ensuite dans une autre Partie de
cette Hiftoire , qui n'eft pas la moins curieuse
DECEMBRE. 1740. 2679
ر
ŝe, la moins utile & la moins intereſſante . Ce
font les Eloges des Académiciens morts depuis
le Renouvellement de l'Académie , contenant
proprement l'Hiftoire Littéraire de chacun de
ces Sçavans , écrite avec toute l'exactitude
& tout l'agrément poffible.
Ces Eloges commencent dès le premier
Volume par celui de M. Charpentier , &
continuent dans les deux fuivans . Les cinq
qui fuivent ont été lûs dans les Affemblées
publiques par M. l'Abbé Tallemant, qui a fait
les fonctions de Sécretaire jusqu'en l'année
1706. Les autres font de la compofition de
M. de Boze , de l'Académie Françoise , Intendant
du Cabinet du Roy , Sécretaire perpétuel
de l'Académie , & fon très digne Historien.
Je m'étendrois , M. avec plaifir fur toutes
les fingularités qui frapent dans les differentes
circonstances de la Vie de quelques Académiciens
, fi je ne craignois d'exceder de
beaucoup les bornes ordinaires d'une Lettre;
je choifirai feulement deux ou trois Morceaux
qui me paroiffent mériter plus particu
lierement votre attention.
Dans le fecond Voyage que fit M. Vaillant,
le Pere , en 1674. pour aller chercher des
Antiques dans le Levant , un Corsaire d'Alger
ayant attaqué & pris la Barque fur laquelle
M. Vaillant s'étoit embarqué à Li-
Fij vourne,
2680 MERCURE DE FRANCE
›
vourne , le conduifit avec les autres Esclaves
à Alger. Le Consul de France le reclama inutilement.
Enfin , après plus de quatre mois
de captivité , il lui fut permis de retourner
en France , on lui rendit même une vingtaine
de Médailles d'or qu'on lui avoit prises.
S'étant embarqué de nouveau , il s'aperçût
à l'aproche d'un Bâtiment qu'il rencontra ,
que fa liberté n'étoit pas encore trop affûrée;
redoutant un nouvel esclavage , il avala fes
20. Médailles d'or. Il continua neanmoins
affés heureusement fon voyage , & arriva à
un des Rivages voisins de l'Embouchure du
Rhône : cependant les Médailles qu'il avoit
avalées , & qui pouvoient peser cinq ou fix
onces , l'incommodoient extrêmement. Il
consulta là- deffus deux Médecins , l'accident
leur parut fingulier ; mais ils ne demeurerent
pas d'accord du remede, & dans l'incertitude
M. Vaillant ne fit rien. La Nature le foulagea
d'elle- même de tems à autre , & il avoit
recouvré plus de la moitié de fon trésor ,
lorsqu'il arriva à Lyon. Il alla voir un Curieux
de fes Amis , à qui il conta fes avantures
, & n'oublia pas l'Article des Médailles.
Il lui montra celles qui lui étoient déja revenuës
, & lui fit la description de celles qu'il
attendoit encore . Parmi ces dernieres étoit
un Othon , qui fit tant d'envie à fon Ami ,
qu'illui proposa de l'en accommoder pour un
certain
DECEMBRE . 1740: 2681
@ertain prix ; M. Vaillant y consentit pour la
rareté du fait, & heureusement il fe trouva le
jour même en état de tenir fon marché. Il
revint à Paris , prit d'autres inftructions ,
repartit & fit un dernier voyage plus heureux.
L'Eloge de M. Galland fournit encore quelque
fingularité. La plus remarquable eft la
fatale avanture , qui lui arriva à Smirne , lors
de fon troifiéme voyage du Levant : écou
tons là - deflus M. de Boze lui- même.
, » Il étoit prêt dit-il , à s'embarquer à
» Smirne, quand il penfa y périr par un prodigieux
tremblement de Terre. La grande
" & premiere fecouffe vint fur le midi ;
tems auquel il y a communément du feu
» dans toutes les Maifons , & cette circonftance
joignit au bouleverfement general ,
>> un incendie épouvantable ; plus de quinze
» mille habitans fûrent enfevelis fous les rui-
" nes , ou dévorés par les flammes . M. Gal-
» land fût préfervé du feu par un privilege
» affés ordinaire aux Cuifines des Philofophes
; & les décombres de fon toît l'en-
» terrerent de maniere que par des cfpe-
» ces de petits canaux interrompus , il jouif-
>> foit encore de quelque refpiration : c'est ce
» qui le fauva , car il ne fût retiré que le len-
» demain.
ود
Peut- être , M. n'aurois - je pas été auffa
heureux
F v
2682 MERCURE DE FRANCE
heureux que M. Galland , fi je m'étois embarqué
fur un Vaiffeau , qui alloit d'abord à
Smirne , comme cela penfa arriver , lorſqu'à
peu -près dans le même tems je partis de Marfeille
, pour faire le voyage de la Paleſtine .
Je me fouviendrai toute ma vie de la calamité
de Smirne , par le récit pathétique , que
nous en fit le Capitaine d'un Vaiffeau François,
lequel ainfi que beaucoup d'autres Bâ
timens , ne fe trouvant pas en sûreté dans le
Port de cette Ville , furent obligés de prendre
le large , de courir les Mers , & d'aller
enfin chercher leur sûreté jufque dans le
Port de Seyde , Ville fituée fur la Côte de
Syrie , où j'étois alors .
2
Je reviens à M. Galland , avec lequel vous
fçavez , M. que j'ai eû de grandes liaiſons
pour ajoûter deux traits finguliers d'une assés
rare Philosophie à fon Hiftoire Littéraire .
Lorsque M. Clement mourut , M. Galland
m'inspira le deffein de poftuler fa Place de
Garde de la Bibliothèque du Roy &
ce deffein auroit pû réüffir , fi M. l'Abbé
de Louvois avoit eû de moindres fentimens.
d'amitié & de reconnoiffance pour M. l'Abbé
de Targny, qui l'avoit inftruit dans les hautes
fciences ,& fuivi dans fes voyages Littéraires
, &c. Je gagnai toujours beaucoup dins
cette conjoncture , sçavoir l'utile connoiffance
de M. l'Abbé de Louvois , & j'ofe dire
la
DECEMBRE . 1740. 2683
fa bienveillance dont il m'honora toujours
depuis . Un jour en prenant du Caffé après le
dîner , la converfation tomba fur le curieux
Traité de M. Galland , de l'Origine & du
progrès du Caffe , & c . Ce qui donna lieu à
M. l'Abbé de s'étendre fur le mérite de l'Auteur
, de relever , fur tout , fon défintereffement
, son amour pour l'Etude & pour
vie retirée , dequoi il voulut bien ajouter la
preuve qui suit.
la
A la mort de M. Oudinet , Garde des
Médailles du Cabinet du Roy , l'Abbé de
Louvois crût que cette Place ne pouvoit être
mieux remplie , que par notre Philosophe ,
qu'elle lui apartenoit même de droit par plufieurs
raisons. C'est sur ce pied-là qu'il en
parla au Roy , & Sa Majefté décida fur le
champ en fa faveur ; mais quelle fût la furpriſe
de M. l'Abbé , quand au lieu des remercînens
auxquels il avoit lieu de s'attendre
Galland qui ne sçavoit rien de ce qui s'étoit
paffé à Versailles , & qu'on avoit voulu surprendre
agréablement , parût , extrêmement
trifte , rêveur & filentieux. Il s'expliqua enfin
& pria inftamment M. l'Abbé de Louvois
de remercier pour lui le Roy , de l'excufer
envers S. M. d'acepter une telle Charge ,
qui l'expoferoit au grand monde , & le tireroit
de fon centre , c'est- à - dire , de la rétraite
F vj pour
2684 MERCURE DE FRANCE
pour laquelle il étoit né , & c .
Que dites-vous , M. de ce trait original ?
Je tiens encore de M. l'Abbé de Louvois que
le Roy ne pût s'empêcher de l'admirer , &
que ce Grand Prince qui aimoit la vertu , qui
récompensoit volontiers le mérite , après avoir
agréé M. Simon , propofé pour remplacer
M. Galland , ajoûta , Je donne 600 liv. de
Penfion à Galland , qui aidera de fes lumieres
celui qui doit avoir foin de mon Cabinet.
Je finis , M. par un autre trait moins bril-
Lant , mais que vous trouverez auffi fingulier.
Une place vacquoit dans l'Académie ;
deux Sujets étoient fur les rangs , je fus prié
par un ami d'engager M. Galland á favorifer
M. B. l'un de ces deux Sujets ; M. Galland
me promit de faire tout ce qu'il pourroit pour
m'obliger. Quelques jours après M. B. fût
reçû à l'Académie , furquoi furquoi mon Ami me
pria de remercier M. Galland , lequel eût la
bonté de me dire avec un flegme admirable ,
qu'il ne lui étoit dû aucun remercîment
parce qu'au lieu de donner fon fuffrage à
M. B. du mérite duquel il convenoit , il s'éroit
déclaré pour fon concurrent par des
raifons qu'il croyoit juftes & valables.
L'équitable Auteur de fon éloge l'a donc
bien caracterifé , M. en difant de lui » Hommae
vrai , jufque dans les moindres choſes ;
" fa
>
DECEMBRE.
1740 2685
"
""
» fa droiture & fa probité alloient au point ,
que rendant compte à fes Affociés de fa *
dépenfe , dans le Levant , il leur comptoit
» feulement un fol ou deux , quelquefois
» rien du tout pour les journées , qui par des
conjonctures favorables , ou même par des
» abftinences involontaires , ne lui avoient
pas coûté d'avantage.
ود
ور
Je ne l'ai guére quitté que le jour de fa
mort , arrivée le 17. Février 1715. dans la
76 année de fon âge. » Il penfa peu de jours
" auparavant, que fes Ouvrages , le feul unique
bien qu'il laiffoit , pourroient être
diffipés , s'il n'y mettoit ordre , il le fit &
» de la façon la plus fimple & la plus mili-
» taire , fe contentant de le dire publique-
» ment à un neveu , qui étoit venu de
و ر
Noyon pour l'affifter dans fa maladie , &
» fuivant cette dispofition , qui a été fidele-
" ment executée , fes Manw crits Orientaux ,
» ont paffe dans la Bibliothèque du Roy : fon
» Dictionaire Numifmatique , eft revenu à
» l'Académie , & fa Traduction de l'Alcoran
» a été portée à M. l'Abbé Bignon , comme
" un gage de fon eftime & de fa reconnois-
» sance . C'eft avec une fortune fi médiocre
" que M. Galland a eu la gloire de faire le,
plus illuftres héritiers..
>>
* Ce Voyage fefit aux dépens de la Compagnie de
Indes Orientales .
Ainfi
2686 MERCURE DE FRANCE
Ainfi finit fon Eloge , qui eft ſuivi du Catalogue
de fes Ouvrages qui font en affés
grand nombre , & ont tous leur mérite particulier.
L'Auteur en a ufé de même à l'égard
de tous les Académiciens , dont les Eloges
font contenus dans le Livre dont j'ai l'honneur
de vous rendre compte , ce qui forme
une agréable & utile varieté, & donne un nouveau
prix à l'Ouvrage entier , lequel a d'ailleurs
tous les avantages & les plus beaux ornemens
de l'Art de l'Imprimerie & de la
Gravûre .
Je ne fçais, M. fi je dois vous faire excufe
ou me fçavoir gré de la longueur de cette
Lettre : je fçais feulement que la matiere m'a
plû , qu'elle m'a entraîné au- delà des bornes ,
& je conjecture sans risque , qu'elle fera de
votre gout.
>
Le Voyage de Normandie , dont vous me
faites l'honneur de me parler , eft prêt à imprimer
, j'efpere pouvoir vous le préfenter
avant Pâques ; le terme feroit plus court ,
fans quelques gravûres qui restent à executer,
telles que font le fuperbe Dôme de l'Eglife
de Coutance , dont M. l'Evêque veut bien
faire lever le Plan , à mon intention , à la
priere de M. le Marquis de Montaigu ; celui
du Mont S. Michel dont j'ai plufieurs deffeins
, & quelques Médailles , &c. Je me
fuis au refte arrêté à ce titre que vous avez
aprouvé
DECEMBRE. 1740. 2687
aprouvé. VOYAGE LITTERAIRE de Normandie
, contenant plufieurs remarques d'Hif
toire , de Littérature , & d'Antiquités ; avec
des figures , &c.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c.
A Paris , ce 5. Decembre 1740 .
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
de Novembre, par le Mercure, Eolus ,
& Mariage . On trouve dans le premier Logogryphe
, qui eft Enigmatique , Olus , Sôle ,
Solve , Leo , Luo , Sel , Vol , Sou , Suo , Seul ,
Sol , Eous , Sue , Vole , Eu , Los , Vſe , On ,
Os , Vos , Lues , Levo , Eo.
J
ENIGM E.
E fçais tirer du fein de l'ombre
Tout le brillant du plus beau jour ;
Et cependant un lieu trop fombre
Pour mon ufage eft un mauvais féjour.
Sous mes pas on voit tour à tour
Se former l'eau, le feu , le ferpent & les roles ,
L'Hyver , l'Automne , le Printemps :
Quoique légerement, je traite à fond les chofes ,
Et même
2688 MERCURE DE FRANCE
Et même en diſant vrai , je ments .
Trifte victime du génie !
Je m'épuife en productions ,
Et la plus parfaite Harmonie ,
Naît de mes contradictions.
**************************
LOGOGRYPHE
A Mile L ....
J E ne vous dirai rien , Iris , de ma nature ,
Il ne s'agit que de mon nom ,
Qui n'eft pas de fort grand renom ,
Mais au moins de rare ftructure ,
Car fi vous en ôtez certain membre tortu ,
Il vous refte a e ,i , O u. > >
Remis en mon entier , que l'on jette en arriere
Mes deux lettres du bout , je fuis une Riviere ,
Du nom de qui le membre avant dernier
Etant par votre fcin devenu le premier ,
Dans l'inftant à vous le prefente
Une parricide innocente ,
Qui , par un déplorable fort ,
Ne sert , qu'en assûrant la mort.
Au Pere infortuné qui lui donne la vie
Sous vos Loix en la vit mainte fois affervie ,
Entre
DECEMBRE. 1740. 2689
Entre vos belles mains ,
Par d'utiles replis enchanter les humains.
Arrachez à fon nom la tête ,
Il devient aquatique Bête ;
Ajoutez à mon tout certaine Lettre en chef ,
C'eft chofe très - facile à faire ,
Iris , je vous affûre en bref ,
Que vous me trouverez dans votre Baptiftaire ?
AUTR E.
D'Onze Lettres formé, je chante les hauts faits
De ces héros comblés de gloire ,
De ces braves , dont la mémoire
Doit être précieufe & célébre à jamais
Un de mes pieds ôté , qu'en deux on me divife ,
La premiere moitié préfente à vos efprits .
Un athlete vainqueur qui remporte le prix ,
Superieur à ceux que l'on vantoit à Pife .
Dans la feconde on renferme les foux .
Dix , huit , neuf; cinq , trois , onze. Ah ! que je
fuis aimable !
De moi tous les grands coeurs font épris ,font jaloux.
Quatre, cinq , dix, trois, onze , Animal redoutable ;
Un, deux, dix , cinq , & onze ; un cas pendable;
Quatre , cinq, trois : un Royaume cité
En plufieurs lieux de l'Evangile ;
Deux, cinq , donne un Vin fort vanté .
Deux, trois, un, fept, cinq , fix & onze : un meuble
utile ,
Dix
2690 MERCURE DE FRANCE
Dix, fept, deux : Lieu connu par l'Inquifition ,
Huit, neuf, cinq, dix & onze , eft Riviere fameuſe
Cinq, trois & onze , aveugle Paffion ,
Un, fept, cinq, trois & onze , Etoffe précieuſe ,
Un , deux , fix , onze : Eau croupie & bourbeufe,
Cinq , un & deux , dix & onze , autrefois
L'hérétique a tenté de détruire mon culte ,
Onze, huit, deux , d'lfraël un des Rois ,
Trois , cinq , quatre, onze , avant l'Office on me
confulte .
Sept, trois , dix & onze , eft un Grain ,
Dont quelquefois on fait du Pain ,
Un, deux, fix, cinq , mon nom , belle Agnès, vous
fait rire ,
Deux, cinq & trois , l'on me refpire ,
Quatre, deux, dix & onze , un Fleuve renommé,
Deux, un & cinq , chofe rare en ce monde ,
Six,deux,un, onze , Inftrument qui fend l'Onde
Un , deux, fix , dix & onze , eſt à tout imprimé ;
Mais crainte qu'à la fin l'Eſprit ne s'alambique ,
En quatre mots , cher Lecteur , on finit ,
On trouve en moi trois Notes de Mufique ,
Et cinq Villes encore , et je n'ai pas tout dite
NOU
DECEMBRE. 1740 2691
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
OUVELLE BIBLIOTHEQUE LITTERAINRE
des principaux Ecrits qui fe publient.
Janvier 1739. Tome II . Ala Haye , ches
Pierre Paupie. Petit in - 12 .
Ce Volume commence par un Eloge historique
fort étendu & très - circonftancié de
feu M. Herman Boerhaave.
Voici quelques titres de Livres pris de ce
Journal , que nous croyons devoir faire connoître
.
TRAITE DE LA PRUDENCE , Contenant
un grand nombre d'Inftructions , de Sentences
& de Proverbes choifis , in - 12 . A Cologne.
REFLEXIONS Hiftoriques & Politiques fur
les Moyens dont les plus grands Princes &
habiles Miniftres fe font fervis
pour gouver
ner & augmenter leurs Etats , in - 8°. 1739%
à Leyde.
TRAITE ' SUR LES DEMONIAQUES , dont il
eft parlé dans le Nouveau Teftament , qui
contient
2692 MERCURE DE FRANCE
contient des Recherches de ce qu'il faut en
tendre par- là , par T. P. A. P. O. A. B. J.
T. C. O. S. & une Réponse en forme de
Lettre à l'Auteur des Recherches , par Leo - `
nard Twel , Maître ès Arts , Vicaire de l'Eglise
de Ste Marie à Marlborough , & Prébendaire
de S. Paul , traduit de l'Anglois fur
la feconde Edition , à Leyde , chés Baudoüin
& Pierre vander Aa , 1738. in 8 ° . de 232 .
fans la Préface , qui en contient 19 .
pages ,
AMUSEMENS DÉS BAINS DE BADE , en Suisfe
, de Schintzenach & de Pfeffers , avec la
Defcription & la Comparaison de leurs Eaux
avec celles des Bains de Schwalbach , & au-
.tres de l'Empire ; le tout accompagné d'Histoires
& d'Anecdotes curieuses . Ouvrage
auffi utilé que recréatif , enrichi de Taillesdouces
, à Londres , chés Samuel Harding ;
1739. de 290. pages , in- 8 °.
PSEAUTIER , publié par les foins de Gott .
Aug. Frankius , Profeffeur en Théologie
dans l'Académie de Halle , imprimé aux dépens
de la Maison des Orphelins de cette
Ville , 1738. Petit in - 8 °. de 360. pages , à
Halle. L'Ouvrage eft en Latin.
NOUVELLE BIBLIOTHEQUE , &C. Fevrier
1739.
HisDECEMBRE.
1740. 2693
HISTOIRE de Pierre d'Aubuffon , Grand
Maître de Rhodes , par Pere Rouhours.
Nouvelle Edition in - 12..39 . à la Haye.
AMUSEMENS LITTERAIRES , ou Correspondance
Politique , Hiftorique , Philosophique
, Critique & Galante , pour l'année
1738. par M. A. de la Barre de Beaumarchais
, in- 8°. Deux Volumes 1739. à Francfort.
LETTRES D'ARISTENE TE , auxquelles on
a ajoûté les Lettres choisies d'Alciphron ,
traduites du Grec , in - 12 . 1739. à Londres .
SPADACRENE , OU Differtation Phyfique
fur les Eaux de Spa , par Henri de Heers ,
Docteur en Médecine. Nouvelle Edition ,
revûë , corrigée & auginentée de Notes Historiques
& Critiques , par M. W. Chrouët
Docteur en Médecine, in - 8 ° . à la Haye. 1739
BIBLIOTHEQUE de Campagne , ou Amusemens
du Coeur & de l'Esprit , in - 12 . Tom,
IX. à la Haye , 1739.
LES EPITRES & le Panégyrique de Pline le
Jeune , avec des Notes , la Vie de Pline ,
& d'amples Indices , par M. Jean - Matthias
Gesner &c. A Leipfic , aux dépens de Gaspard
2694 MERCURE DE FRANCE
pard Fritsch , 1739. in- 8 ° . de 652. pages ,
fans l'Epitre Dédicatoire , & une excellente
Table des Matieres .
ESSAI DE PHYSIQUE , par M. Pierre Van
Muffchenbroeck , Profeffeur de Philofophie
& de Mathématiques à Utrecht ; avec une
Description de nouvelles fortes de Machines
Pneumatiques , & un Recueil d'Expériences
, par M. J. V. M. Traduit du Hollandois
, par M. Pierre Maffuet , Docteur en
Médecine. A Leyden , chés Samuel Luchtmans,
Imprimeur de l'Univerfité . 1739.Deux
vol. in 4. de 914. pages pour le Corps de
l'Ouvrage , fans compter le Recueil d'Experiences
, qui en contient 63. la Préface , ni
la Table des Matieres.
TRAITE' DE L'EAU COMMUNE & de la
maniere d'en faire choix , par Jean Heimreichius
, Docteur en Philosophie & en Médecine
, & Profeffeur en cette derniere Science
, en Phyfique & en Langues Orientales .
A Cobourg , chés Jean - Georges' Steinmarck-
1738.
NOUVELLE BIBLIOTHEQUE , &C. MARS.
1739.
CHRONOLOGIE DE L'HISTOIRE SAINTE
&
DECEMBRE. 1740. 2695
& des Hiftoires Etrangeres qui la concernent
, depuis la fortie d'Egypte jusqu'à la
Captivité de Babylone , par Alphonse de
Vignoles , 1738. in - 4°. Deux Tomes, dont le
premier eft de 790. pages , & de 42. pour
I'Epitre Dédicatoire , la Préface & la Table
des Chapitres ; & le fecond de 866. p. & de
20. pour l'Indice des Matieres , à Berlin¸
chés Ambroise Hande.
DESCRIPTION des Fêtes données par la
Ville de Paris , à l'occasion du Mariage de
MADAME Louise- Elizabeth de France , &
de Don Philipe , Infant & Grand Amiral d'Espagne
, les 29. & 30. Août 1739. A Paris
de l'Imprimerie de P. G. le Mercier , ruë S.
Jacques au Livre d'Or.
ANTIQUA NUMISMATA MAXIMI MODU-
11 , &c. Médaillons Antiques d'or , d'argent,
de bronze , qui , du Cabinet du Cardinal
Alexandre Albani , ont paffe dans la Bibliothéque
du Vatican , par ordre du Pape Clement
XII. avec les Remarques de M. l'Abbé
Rodulphino Venuti de Cortone. I. vol. fol. A
Rome , chés Bernabé. 1739 .
On trouve un parfaitement bel Extrait de
cet Ouvrage dans le Journal des Sçavans , du
mois de Septembre de cette année , ce qui
nous dispense de faire autre chose que de
l'annoncer
2696 MERCURE DE FRANCE
l'annoncer ici comme un Livre des plus im
portans en ce genre de Litterature .
HISTOIRE ROMAINE , depuis la Fondation
de Rome jusqu'à la Bataille d'Actium
c'est- à- dire , jusqu'à la fin de la République.
Par M. Rollin , ancien Recteur de l'Université
de Paris , Profeffeur d'Eloquence au College
Royal, & Affocié à l'Académie Royale
des Inscriptions & Belles Lettres . Tome IV .
A Paris , chés la veuve Etienne , Libraire
rue S. Jacques , à la Vertu , 1740. in - 12 . de
552. pages , fans deux Avertiffemens & une
Table des Matieres.
MEMOIRES pour fervir à l'Histoire des Insectes
, par M. de Reaumur , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Societé Royale
de Londres , & des Académies de Pétersbourg
& de l'Inftit . de Bologne , Commandeur
& Intendant de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis. Tome V. Suite de l'Histoire
des Mouches à deux aîles , & l'Hiftoire
de plusieurs Mouches à quatre aîles ; fçayoir
, des Mouches à fçie , des Cigales &
des Abeilles. A Paris , de l'Imprimerie Roy2-
le , 1740. in -4° . de 728. pages , fans une Préface
, Planches détachées 38. fe vendent
ch's Lambert , ruë S. Jacques , vis - a - vis la
ruë de la Parcheminerie .
TRA
DECEMBRE . 1740: 2697
*
C
TRADUCTION ITALIENNE de l'Histoire
ancienne de M. Rollin , IX . Volume ,
Venise chés Jean - Baptifte Albrizzi , Imprimeur
Libraire , 1740. in - 12 .
MEMOIRES de Maximilien Emmanuel Duc
de Wirtemberg , Colonel d'un Régiment de
Dragons au fervice du Roy de Suede , contenant
plufieurs particularités de la Vie de
Charles XII . depuis 1703. jusqu'en 1709.
après la Bataille de Pultowa , par M. F. P. à
Amfterdam , 1745. in - 12 .
L'ACCORD DE LA GRACE ET DE LA LIBERTE'
, Poëme accompagné de Remarques.
Critiques & Hiftoriques , par le R. P. le Vaillant
de la Baffairies , de la Compagnie de
Jesus , Théologien du Comte de Salme ,
Evêque de Tournay , & Examinateur Synodal
du Diocèse . A Tournay , chés Louis Varlé,
Imprimeur Juré , au Marché aux Poteries
à l'Enseigne de la Bibliothèque Royale . Cet
Ouvrage eft composé de XII . Chants , avec
des Sommaires à la téte de chacun de ces
Chants , & une Dédicace à l'Evêque de
Tournay , au commencement de l'Ouvrage.
LA RELIGION PROTESTANTE convaincuë
de faux , &c. pour fervir de Replique , tant
à un Ecrit intitulé : Réponse à M. Maynard
1. Vol.
G &c
2698 MERCURE DE FRANCE
"
&c. qu'à la feconde partie de la Réponse du
Miniftre Claude , au Livre de M. Bossuet ,
Evêque de Meaux , & c . Par M. MAYNARD,
Prêtre,Docteur en Théologie. 2. Volumes in- 8°,
d'environ 400. pages chacun. A Paris , chés
André Cailleau , Place de Sorbonne , à l'1-
mage S. André. M. DCC. LX.
Cet Ouvrage dédié à S. A. S. M. LE DUC
D'ORLEANS , Premier Prince du Sang , eft
précedé d'une Préface , où l'on aprend quelle
en a été l'occafion , quelle en peut être
P'utilité , en quoi il differe des autres Ouvrages
qui ont traité de la même matiere, & enfin
, quelle en eft la Méthode. M, ROBBE ,
Docteur de Sorbonne , & Grand Maître du
College Mazarin , déclare dans fon Aprobation,
que cet Ouvrage lui a paru très-conforme
à la Doctrine de l'Eglise Catholique , &
très-propre à détromper les Proteftans , foit
fçavans , foit ignorans , de toutes leurs erreurs
d'un feul coup. L'Auteur y démontre
dit- il , de la maniere la plus fenfible la fauffeté
des principes de Foi de la Religion Proteftante
, & y répond très -folidement aux'
objections des plus fameux Miniftres Proteftans
, contre le principe des Catholiques ,
mis dans l'Autorité de l'Eglise , & c. Enfin
le fçavant Censeur , juge çet Ouvrage fort
digne d'être publié & répandu parmi les nouveaux
Convertis , & ceux qui ne le font pas
Encore .
Les
BLIO
THELYON DOQUE
DECEMB R E. 1740 260
2893 *
Les Livres fuivans fe trouvent ches hype
me Cailleau , Libraire.
HISTOIRE de la derniere Révolution arrivée
dans l'Empire Ottoman le 28. Septembre 17301
avec quelques Observations fur l'état des affaires
de la Ville & Empire de Maroc, in- 1 2 .
1740.
La Découverte des Longitudes , avec la
Méthode facile aux Navigateurs pour en faire
ufage actuellement , par M. De l'Isle
in 12. 1740 .
COLLECTIO Judiciorum de novis Erroribus
qui ab initio duodecimi feculi poft Incarnationem
Verbi , usque ad annum 1735. &c. Operâ
& studio Caroli Du Plessis d'Argentré ,
Illustrissimi Reverendissimi Episcopi &
Vice- Comitis Tutelensis , in- fol, 3. Vol.
Histoire du Peuple de Dieu , par le R. P.
Berruyer de la Compagnie de Jesus , in-4° .
.8. Vol.
La même , in- 12 . 10. Volumes, Nouvelle
Edition , revûë , corrigée & augmentée ,
1740.
Pensées fur divers fujets de Religion &
de Morale , par le R. P. Bourdalouë de la
Compagnie de Jesus , in - 8 . 2. Vol .
Les mêmes Pensées in- 12. 3. vol.
Observations curieuses fur toutes les parties
de la Physique, extraites & recueillies des
Gij meilleurs
1700 MERCURE DE FRANCE.
.
meilleurs Mémoires des Académies de l'Euvol..
rope , in- 12. 3 .
Description Historique des Château
Bourg & Forêt de Fontainebleau , in - 12.
Deux Volumes avec Figures.
Les Prétendus Reformés convaincus de
Schisme , par M. Nicole , in- 1 2. 2. vol.
·
Les Préjugés Légitimes contre les Calviniftes
, Nouvelle Edition augmentée`, in- 12 .
du même.
L'Unité de l'Eglise , ou Refutation du
nouveau Systême de M. Jurieu , m- 12. du
même.
'Histoire naturelle de l'Univers , dans laquelle
on raporte des raisons Physiques fur
les effets les plus curieux & les plus extraor
dinaires de la Nature , enrichie de Figures
en taille - douce , par M. Colonne , Gentilhomme
Romain , in- 12 . 4. vol .
Les Principes de la Nature , fuivant les
opinions des anciens Philosophes &c. in - 12,
3. vol.
Annales de Tacite , in- 12 . 10. Volumes.
Recueil des Ouvrages composés par feu
M. Papin en faveur de la Religion , in- 12.
3. vol. vol.
Traité des Ponts & Chemins , Nouvelle
Edition augmentée , par M. Gautier, avec Figures
, in- 8°. 2. vol.
Le Sr Cailleau donne aufli avis. aux Amateurs
DECEMBRE. 1740 270 €
mateurs de la Philosophie Hermétique
qu'il distribue les trois premiers Volumes.de
fa Nouvelle Edition de la Bibliothèque des.
Philosophes Chimiques , augmentée d'un
grand nombre d'Adeptes , avec des Notes
fur leurs Ouvrages pour en faciliter l'intelligence
à ceux qui ne font pas encore accoûtumés
à leur façon d'exposer leur Doctrine
en termes énergiques. Cet Ouvrage eft enrichi
de Planches en taille - douce,gravées par
de bons Maîtres. On mettra inceffamment
fous Preffe les trois derniers Volumes de cette
Bibliothèque.
LE CUISINIER GASCON , contenant un
nombre d'Entrées & d'Entremets , avec la
maniere de les composer , fe trouve à Paris, "
chés Brunet , fils , Libraire au Palais , &
Claude - François Simon , Imprimeur- Libraire
ruë de la Parcheminerie. L'Epitre Dédicaroire
qui eft à la tête de cet Ouvrage , eft ingénicuse
& de bonne main ; il paroît que
L'Auteur des Ragoûts peut , à juste titre , fe
piquer d'une délicateffe & d'un goût exquis.
Il n'eft pas étonnant que de telles Ecoles
produisent des chefs - d'oeuvres , & il feroit
difficile de trouver de plus grands Maî
tres & des Ecoliers plus parfaits.
Après l'Epitre Dédicatoire , adreffée au
Prince de Dombes , on lit cet Avis au Lec-
G iij teur
702 MERCURE DE FRANCE
teur, en ces termes. Cet Ouvrage eft très- different
de la plupart de ceux qui ont parû fur le
même fujet. Les uns remplis de préceptes
communs, rebutent par leur longueur, les autres
, bornés à de fimples Catalogues des
Sauces , n'aprenent que des noms à qui
voudroit s'inftruire du fonds des choses . On
trouvera ici un choix judicieux des Mets les
plus exquis , avec la maniere détaillée de
les aprêter. L'Auteur des Dons de Comus eft
fçavant ; le Patiffier Anglois a de l'esprit ; je
ne me pique que de goût.
OEUVRES de M. Boileau Defpreaux ;
Edition nouvelle, 2. vol. in - 4 . chez la Veuve
Alix , rue S. Jacques. MDCCXL.
On renouvelle avec confiance les Editions
de ces Ouvrages qui font de tous les tems, &
propres à être mis entre les mains de tout le
monde : telles font les Oeuvres de l'Illuftre
M. Defpreaux , fi ſouvent réimprimées &
lûës cependant toujours avec un nouveau
plaifir. Le Texte feul de ce Poëte fit
long -tems tout l'ornement de fon Ouvrage
, on s'en contentoit , & la nobleffe , la
force , l'énergie de l'expreffion faifoient paf
fer fur certaines obſcurités qui ne naiſſoient
que de faits déja un peu éloignés ; cependant
dans la fuite on ne voulut rien ignorer de ce
qui concernoit la Perfonne & les Ouvrages
da
DECEMBRE. 1740 2703
de M. Defpreaux , ce fut ce qui produifit en
1716. une Edition en 4. vol. in 12. accompagnée
de Notes & d'Eclairciffemens qui furent
abregés dans la fuite pour en former
l'Edition qui parut en 1735. en deux volumes
in- 12.
Celle qu'on donne aujourd'hui eft à tous
égards la plus exacte & la plus complette ,
qui ait paru jufqu'à préfent ; une main habile
en a eu la direction , & a répondu parfaite->
ment à ce qu'on étoit en droit d'en attendre."
M. l'Abbé Souchay , Editeur de cet Ouvra→
ge , l'a enrichi de plufieurs Notes nouvelles
& curieufes , dont l'agréable précifion répand
une lumiere fuffifante pour éclairer le
Lecteur dans l'obfcurité de certains faits.
M. de Montchenay qui avoit toujours en
tretenu une liaiſon particuliere avec M. Def
preaux , a bien voulu communiquer quelques
traits anecdotes , qu'il avoit jettés fur le
papier à mesure que le commerce qu'il avoit
avec fon illuftre ami les lui fourniffoit. L'A-:
cadémicien Editeur , leur a donné les agré--
mens convenables , & il les a placés à la tête
du premier Volume fous le titre de Boleana ,
ou Entretiens de M. de Montchenay avec M."
Defpreaux. On trouvera dans ce morceau
des traits de détail inftructifs & intereffans
pour un Lecteur curieux , qui aime à ſuivre
les Auteurs de réputation dans leur vie pri-
Giiij vee!
2704 MERCURE DE FRANCE
vée & dans les relations qu'ils ont entrete
nuës ; on y verra l'Horace moderne honoré
de l'Aprobation , & fi cela fe peut dire , de .
la familiarité de l'Augufte de nos jours ;
chéri des Grands , recherché par les Sçavans,
admiré même par le commun des Hommes ,
parmi lefquels il dut voir avec complaifance
que fes Vers , même en naiffant , étoient devenus
proverbes ; en un mot , on y verra ,
qu'il a été univerfellement confideré tant à la
Cour, qu'à la Ville , parce que le mérite fupé--
rieur fçait par tout emporter les fuffrages .
Le Libraire de fon côté , a répondu parfaitement
aux foins du judicieux Editeur par .
les ornemens qui étoient du reffort de fa
Profeffion ; cette Edition eft en effet très bel- ,
le par le choix du papier, des caracteres, des
vignettes , & c. tout eft l'ouvrage du goût.:
Les Gravures répandues dans le corps de
l'Ouvrage , & l'Eſtampe qui eſt à la tête ,
font les prémices d'un jeune Burin , qui pa- .
roît marcher à grands pas fur les traces desi
Audrans , des Drevets , & c.
•
On mande de Rome qu'il y paroît un Livre
intitulé,Vindicià Canonicarum Scripturarum
Vulgata Latina Editionis. Ce Livre
contient divers Fragmens qui n'avoient point
encore été imprimés , & qui ont été recueil
lis
par le P. Joseph Blanchini , de la Con
grégation des Prêtres de l'Oratoire.
DECEMBRE. 1740. 270
L'Académie Royale des Sciences tint fon Affemblée
publique le Samedi 12. Novembre , à laquelle
préfida M. de Réaumur , Directeur.
M. de Fouchi ouvrit la Séance par la lecture
d'un Mémoire , dans lequel il donne le moyen de
perfectionner un Inftrument Aftronomique , propre
à prendre en Mer les hauteurs des Aftres & leurs
diſtances.
M. Morand lût enfuite une Differtation curieuse
fur le nouveau Remede Anglois de la Dlle Stephens,
contre la maladie de la Pierre , &c.
M. de Caffini de Thuri lût un Mémoire contenant
les Opérations Aftronomiques qu'il a faites
cette année de Paris à Dunquerke ; pour déterminer
le raport des Arcs Septentrionaux du Méridien
, qui paffe par l'Observatoire de Paris , aux
Arcs Méridionaux du même Méridien , qu'il mefura
l'année paflée ; il réfulte de cette comparaifon
que les Arcs Septentrionaux font plus grands que
Les Méridionaux , d'où il conclud que la Terre eft
aplatie vers les Poles .
La Séance finit par la lecture que fit M. Lemery
d'un Mémoire de M. de Buffon ; ce Mémoire con +
tient une grande quantité d'Expériences que M. de
Buffon a faites pour découvrir les poids propres à
faire rompre toutes fortes de Piéces de Bois , même
des Arbres entiers de toutes fortes de longueur &
de groffeur.
Le 15. l'Académie Royale des Inscriptions &
Belles -Lettres fit fa rentrée par une Affemblée publique
, à laquelle le Cardinal de Polignac préfida.
M. de Boze , Sécretaire perpétuel , commença par
annoncer le Sujet du Prix , arrêté par l'Académie
& en même - tems on diftribua le Progamme fuiyant.
›
G V
PRIX
9706 MERCURE DE FRANCE
PRIX LITTERAIRE , fondé dans
Académie Royale des Inscriptions
Belles- Lettres.
fent
'Académie Royale des Inscriptions & Belles
Lettres,défirant que les Auteurs qui compopour
le Prix , ayent tout le tems d'aprofondir
les matieres , & de travailler les Sujets qu'elle leur
donne à traiter , annonce dès à préfent que le sujet
qu'elle a arrêté pour le concours au Prix qu'elle
diftribuera à Pâques 1742. confifte à examiner & à
déterminer Quelles étoient les Nations Gauloises qui
'établirent dans l'Afie Mineure , & que l'on y connut
fous le nom de Galates . En quel tems elles y paſſerent.
Quelle étoit l'étendue des Pays qu'elles occuperent.
Quelles étoient leurs Moeurs , leur Langue & la forme
de leur Gouvernement. En quel tems les Galates
refferent d'avoir des Chefs de leur Nation , & de for
mer un Etat indépendant.
Le Prix fera toujours une Médaille d'or de la va→
leur de quatre cent livres.
Toutes perfonnes , de quelque Pays & condition
qu'elles foient , excepté celles qui compofent l'Académie
, feront a mifes à concourir pour ce Prix ,
& leurs Ouvrages pourront être écrits en Franço s
ou en Latin , à leur choix. Il faudra feulement les
borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront fimplement une Deviſe à
leurs Ouvrages ; mais pour fe faire connoître , ils
y joindront , dans un papier cacheté , & écrit de
Jeur propre main, leurs nom , demeures & qualités,
& ce papier ne fera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix .
Les Piéces , affranchies de tous ports , feront remises
entre les mains du Sécretaire de l'Académie,
avant le premier Décembre 1741 .
M.
DECEMBRE. 1740
1740 2707 .
M. l'Abbé Sallier ouvrit la Séance par un Discours *
qu'il lût pour M. Racine , fur le Style Poëtique , &
fur le Langage figuré , dans lequel on remarqua
une agréable & utile discuffion des Ouvrages ou
les Auteurs ont peché contre les bonnes regles , ou
les ont heureuſement obfervées. C'eft à l'occafion
d'un Ecrivain entêté & rempli de figures outrées ,
de Métaphores & de Comparaisons hardies , que
l'Académicien dit agréablement que cet Ecrivain
avoit mis toute la Nature à contribution , &e.
Enfuite M.de Foncemagne lût pour M. de la Curne,
un excellent Morceau de l'Hiftoire des anciens Poëtes
nommés Trouveres ou Troubadours . Ce Morceau
rouloit tout entier fur la Vie extrêmement variée
de Bertrand de Berne , grand Poëte de la fin du
XII. Siecle, qui a mêlé l'Hiftoire à la Poësie , en quoi
la Pofterité lui a quelque obligation , car fans lui
on ignoreroit quantité de faits que l'habile Académicien
a fçû mettre en oeuvre pour l'interêt de la
verité & pour l'ornement de fon Sujet.Ce Poëte Historien
étoit Limoufin , Homme de Condition , mais
extrêmement brouillon, traître même & tout à fait
malhonnête homme , qui occafionna , fomenta &
allongea tant qu'il pût les cruelles guerres qui déchirerent
la France fous Philipe Augufte & Richard,
Roy d'Angleterre , le plus puffant des Vaffaux de
Ja Couronne de France & le plus guerrier.
M. l'Abbé Fourmont termina li Séance par la
lecture d'une Differtation de fa compofition , au
fujet de trois Inscriptions Grecques d'une haute an
tiquité, par lui raportées de la Grece , dans le voyage
fait par ordre du Roy , lefquelles bien méditées
par ce favantbbé , lui ont donné lieu d'exposer
plufieurs chofes curieufes & utiles pour l'intelligen
ce de l'Hiftoire ancienne de cette belle Partie de
PEurope , qui eft encore aujourd'hui l'objet des re
G vj
cherches
›
2708 MERCURE DE FRANCE
cherches des Amateurs de la belle Littérature ,
en particulier des Antiquaires.
OUVERTURE du College Royal .
Les Profeffeurs du College Royal de France , fondé
à Paris par le Roy François I. le Pere & le Restaurateur
des Lettres , reprirent leurs Exercices, interompus
par les vacances ordinaires , le Lundi 21 .
Novembre.Voici les noms des Sçavans qui remplissent
aujourd'hui les Chaires de ce fameux College,
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier & Henri.
Pour la Langue Grecque .
Mrs Capperonnier & Vatry.
Pour les Mathématiques.
Mrs de Cury & Privat de Molieres .
Pour la Philosophie .
Mrs Terraffon & Privat de Molieres.
Pour l'Eloquence Latine;
Mrs Rollin & Souchay.
Pour la Médecine, la Chirurgie. la Pharmacie,
& la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Astruc & Dubois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Séretaire Interprete du Roy , &
Fourmont.
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon & le Merre .
Pour la Langue Syriaque.
M. l'Abbé Fourmont,
ESTAMPES
DECEMBRE. 1740. 27099
ESTAMPES NOUVELLES.
La Mere Laborieufe , Eftampe en hauteur , gra
vée par M. Lepicié , d'après le Tableau original
de M. Chardin , qui eft dans le Cabinet du Roy .
Cette Eftampe eft bien digne du Tableau, puisqu'elle
eft parfaitement au gré de tout le monde , & même
des Connoiffeurs les plus difficiles & les plus
délicats . Cette Eftampe fe vend chés l'Auteur , au
coin de l'Abreuvoir du Quai des Orphevres , &
chés L. Surugue , Graveur du Roy , rue des Noyers,
vis-à- vis le mur de S. Yves . On lit ces Vers au bas.
Un rien vous amuse , ma Fille ,
Hier ce Feuillage étoit fait ,
Je vois par chaque point d'éguille
Combien votre esprit est distrait .
Croyez-moi , fuyez la paresse ,
Et goûtez cette vérité ,
Que le travail & la sagesse
Valent les biens & la beauté .
Ces Vers font de M. Lepicié , ils expriment trèsbien
le Sujet du Tableau.
Voici d'autres Vers à M. Chardin , dont les traits
de louanges nous ont parû auffi vrais que bien
tournés, fur le même Sujet & fur fon Pendant , dont
nous avons déja parlé fous le Titre du Benedicite
& que le même M. Lepicié doit graver d'après le Ta.
bleau original, qui eft auffi dans le Cabinet du Roy.
VERS
710 MERCURE DE FRANCE
VERS d'un Professeur du College du Plessis
à M. Chardin Peintre de l'Académie
›
Royale de Peinture , sur les deux Tableaux.
qu'il a faits pour le Roy.
S Age Rival de la Nature ,
Par quel heureux talent sçais - tu plaire à nos yeux
Chardin , tout vit dans ta Peinture ,
Tout eft riant , ingénieux .
&
D'un nouveau goût Inventeur & Modele
Tu montres la carriere & remportes le prix.
Que j'aime ton Dessein & ce Pinceau fidele ,
Qui sçait avec tant d'art placer le coloris !
Oiti , c'est la Nature , c'est elle ;
A sa simplicité je reconnois ses traits.
Mes yeux la trouveroient moins belle ;
Si tu l'ornois de plus d'attraits.
D'une Mere laborieuse
Quel Pinceau délicat pourroit, comme le tien¿
Tracer l'air imposant & l'auftere maintien ?
Un enfant hypocrite écoute la grondeuse ;
Mes yeux de cet enfant font ravis , enchantés ;
C'eft à peindre cet âge , ami de l'innocence ,
Que tu fais éclater tes plus vives beautés.
Chardin , c'est à l'aimable enfance
Que tu dois de ton Art les traits les plus vantés
Près d'une fage Gouvernante
Ici la toile me présente
Deux
DECEMBRE. 1740 2711
Deux Enfans , dont l'air feul annonce la candeur.
Le dîner les attend : mais il faut au Seigneur
Un petit mot préliminaire .
Le Frere joint les mains , & d'un ton bégayant
Prononçant la courte priere ,
Jette fur le potage un oeil impatient.
D'un air modefte & fin fa Soeur le considere
Quelle naïveté dans ces tendres objets !
Le Connoiffeur que ton Ouvrage attire ,
Chardin , n'est jamais las d'en contempler les traits
Empressé , curieux , il regarde , il admire ,
Sourit à ces Enfans , & , fe laiffant charmer ,
Sent encor plus qu'il ne peut exprimer.
Mais pourquoi m'étonner que tes heureux Ouvra
ges
Du Public éclairé remportent les fuffrages >
Ton pinceau travailloit pour ce fejour pompeus
Où le goût raffembla de ces Maîtres fameux ,
Des le Bruns , des Mignards les fçavantes mer
veilles :
Pour prix de tes charmantes veilles ,
Parmi tous ces grands noms le tien fera compté.
Tel auprès des Auteurs d'Andromaque & d'Horace
La Fontaine eft affis au fommet du Parnaffe ,
Et jouit avec eux de l'Immortalité .
AUTRE PORTRAIT de Monfeigneur le DAUPHIN,
ovale gravé par J. Daullé, d'après la tête originale
de J. Louis Tocqué , Peintre de l'Académie . Il fe
vend
712 MERCURE DE FRANCE
vend chés Daullé , rue S. Jacques , à S. François ,
vis- à vis la rue de la Parcheminerie.
Le St Huquier, Graveur & Marchand d'Eftampes,
rue S. Jacques , au coin de la rue des Mathurins ,
vient de mettre au jour une Suite de douze feuilles
de nouveaux Caprices d'Ornemens , mêlés de fleurs
& de fruits. Il efpere que leur fingularité & leur nouveauté
plaira autant au Public qu'à tous les habiles
Deffinateurs d'Ornemens , à qui il a communiqué
fes Deffeins , avant que de les graver. Il a encore
nouvellement gravé plufieurs beaux Sujets propres à
faire des Ecrans à Guéridon , à main , & autres
très-galans & amuſans .
La Suite des Portraits des Rois de France , des
Grands-Hommes & des Personnes Illustres dans les
Arts & dans les Sciences , continue de paroître avec
fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai
de l'Ecole ; il vient de mettre en vente , toûjours de
la même grandeur , ceux de
LOUIS I. DIT LE DEBONNAIRE " Empereur,
XXIV. Roy de France , mort à Ingelheim , près
Mayence, le 20. Juin 840. après 27. ans de Regne,
deffiné par A. Boizot , & gravé par J. G. Will.
FREDERIC- HENRI , PRINCE D'ORANGE , mort
à la Haye le 14. Mars 1647. âgé de 63. ans .
Le Sr Lemau de la Jaiffe , ancien Officier de la
Maifon d'Orleans , de l'Ordre Royal de S. Lazare ,
Auteur de la Carte Génerale de la Monarchie & du
Militaire de France , ancien & moderne , dédiée &
préſentée au Roy en Janvier 1733. ainfi que des
Abregés annuels de ladite Carte ( en forme de Suplémens
) aux Mutations Militaires fur Terre &
fur Mer , doit mettre au jour fon feptiéme Abregé
DECEMBRE.
1740-2713
Ja Militaire de France de 1740. à 1741. à la fir
du mois de Decembre 1740 avec Aprobation &
Privilege géneral du Roy , qu'il a pla à Sa Majeſté
lu renouveller pour le tems & efpace de vingt an
nées consécutives , du 22. Janvier 1740.
Ce nouvel Abregé Milnaire de Terre & de Mer , ~
outre le grand détail & le bon ordre qu'il contient,
fera augmenté cette année des Suje: s fuivans , pour
Putilité des Officiers des Troupes , qui le defirent ,
& pour la connoiffance du Service du Roy , fi néceflaire
à la jeune Nobleffe du Royaume . Sçavoir :
De la Table Sommaire des differens Sujets que
ce feptiéme Abrege Militaire contient , & qui pré- ›
cede la Table Générale & Alphabétique de ce Livre.
De la fuite du Journal Hiftorique du Militaire de
France , contenant les Faites du Regne de Louis
XV. jusqu'en Décembre 1740 .
Des Corps des Troupes de la Maiſon du Roy &
autres , dans lesquels ont fervi , fervent & d'où for
tent aujourd'hui les Maréchaux de France , les-
Lieutenans Géneraux , les Maréchaux de Camp &
les Brigadiers d'Infanterie , de Cavalerie & de Dragons
, dès leurs premiers Grades .
De la nouvelle Promotion , faite par Sa Majesté
le premierJanvier 1740 des Maréchaux de Camp &
des Brigadiers d'Infanterie , de Cavalerie , de Dragons
, de l'Artillerie & des Ingénieurs , avec les Régimens
accordés par le Roy aux nouveaux Colonc's
& Meftres de Camp.
Des noms & qualités des premiers Officiers commandans
en géneral & en particulier les Compagnes
à pied & à cheval de la Garde . & les Régimens
des Gardes Françoifes & des Gardes Suiffes
de la Maifon du Roy , les Compagnies de la Gendarmerie
, & les Corps de toutes les Troupes qui
fubfiftent , ainsi que les premieres Milices , l'Artil-
>
lerie
1714 MERCURE DE FRANCE
lerie & les Fortifications, lors des années de la créa
tion de chaque Corps par les Rois de France .
Des noms des 27. Gentilshommes à Drapeau ,
d'augmentation dans 27. Compagnies du Régiment
des Gardes Françoifes , par l'Ordonnance du Roy
du 11. Janvier 1740 .
Des noms des premiers Capitaines Factionnaires ,
des cent vingt-deux Régimens de l'Infanterie Françoife
& Etrangere , fur pied.
Des noms des Officiers de la Compagnie des 60.
Gentilshommes Gardes du Pavillon Amiral .
Des noms des Officiers des trois Compagnies de
Bo. Gentilshommes chacune , Gardes de la Marine, i
Des noms des Officiers de la Compagnie des 30.
Cadets Gentilshommes , definés pour 1's Colonies.
Des noms des Officiers des so . Compagnies Franches
de Soldats de la Marine.
De la Création des 10, nouvelles Compagnies
franches de Soldats de la Marine , par l'Ordonnance
du Roy , du 19. Septembre 1740 .
Des noms des Officiers de la Compagnie des
30. Gentilshommes Gardes de l'Etendart Réal des
Galeres , à Marseille .
Des noms des Officiers des 15. Compagnies franches
de Soldats des Galeres à Marseille.
De l'idée fuccinte des vivres des Hôpitaux & des
Invalides de la Marine & des Galeres .
Des Armoiries gravées de toutes les Provinces.
du Royaume , placées en tête de chaque Gouvernement
Génerat , par ordre Géographique , où les
Régimens de Province qui exiftent , trouveront
le Blafon du nom de leur Régiment.
Du nouveau Régiment d'Infanterie Gardes- Loraine
, créé par l'Ordonnance du Roy du 6. Avril
1740. pour fervir à la garde ordinaire du Roy de
Pologne , & fous fes ordres à Luneville ,
Dea
1
DECEMBRE . 1740. 2713
Des deux Compagnies de Gardes ordinaires à
cheval du Roy de Pologne à Luneville.
De la Compagnie des Cadets Gentilshommes }
entretenus par le Roy de Pologne à Luneville .
" De la Compagnie des Maréchauffées de Loraine
& Barrois , créée par Edit du Roy de Pologne , du
mois d'Octobre 1738 .
De la Création des Régimens François & Etrangers
, & de la filiation des premiers Colonels &
Meftres de Camp d'Infanterie , de Cavalerie & de
Dragons , ainfi que des Chefs des cinq Brigades du
Régiment Royal de Carabiniers , qui ont été jusqu'à
présent , fuivant les Mémoires recueillis des
anciens Officiers des Corps , envoyés par Mrs les
Majors à l'Auteur en 1740.
Des années de réception des Prévôts Géneraux
des 30. Compagnies des Maréchauffées de France ,
Des noms & qualités des Géneraux qui ont commandé
dans les Batailles mémorables gagnées par les
François , depuis le commencement de la Monarchie
jusqu'à préfent , avec les trois Tables Chronologiques
de la premiere , feconde & troifiéme Race
de nos Rois , ornées de Légendes Latines , tirées
des Médailles du Roy , qui ont été frapées pour
chaque Regne , juſqu'à notre auguſte Monarque
LOUIS XV. 66e. Roy .
Ainfi que des obmiffions Militaires du précedent
Abregé, rétablies dans ce feptiéme Abregé de 1740.
à 1741.
Le présent Abregé Militaire le débitera par les
trois Libraires de Paris , ci- après nommés , aux prix
de quarante-huit fols, relié en veau , & de trente- fix
fols , en Brochure couverte de papier marbré . Oh
y trouvera auffi la fuite des précedens Abregés de
1734 1735 1736 1737 1738. 1739. A Paris ,
chés Prauli , Pere , Quai de Gesvres , au Paradis
Lamesle
1716 MERCURE DE FRANCE
Lanesle , Pere , ruë de la vieille Bouclerie , à la
Minerve, Lamesle , le jeune, Pont S. Michel, au Livre
Royal .
Et la Carte Génerale de la Monarchie & du Mi→
litaire de France , ancien & moderne , gravée en
Taille -douce , fe trouvera , chés l'Auteur , rue Guenegaut
, près le Pont Neuf ; chés le Sr Prevoft , à
la Renommée , au prix de 24. livres, relié en veau,
aux Armes du Roy dorées grand in -folio , et relié en
vélin vert , qui fe roule , au prix de 20 livres , avec
le petit Livre in - 8 ° . des Plans des 112. principales
Places de Guerre , Frontieres du Royaume , auffi
gravées en Taille - douce , aux prix de 4. livres 12 .
fols, relié en veau , & de 4. livres , en Brochure couverte
de papier bleu d'Hollande. Les trois Libraires
ci-deffus débiteront de- même fur ce pied , ses premiers
Ouvrages Militaires.
Le Sr de Gerontoly , établi depuis 25. ans à Paris,
profeffant les Langues Etrangeres , enfeigne l'Italienne
, l'Espagnole , l'Angloife , la Portugaife , &,
la Françoife aux Etrangers , & les traduit les unes
& les autres . Il demeure vis - à- vis la Comédie
Françoife , chés l'Arquebuſier .
Papillon , Graveur en Bois , & de la Societé des
Arts , demeurant préfentement rue S. Jacques , à
côté de l'Olivier , vis- à - vis le Chef S. Jean , au Papillon
, donne avis que fon petit Almanach de P
ris pour l'année 1741. paroît actuellement , augmenté
de plufieurs chofes curieufes .
On nous assûre que M.Chicoyneau ,Premier Médecin
du Roy , ayant vu la guérifon d'un grand Prélat,
qui avoit des Boutons , Rongeurs & Dartres au vifage
depuis plus de huit ans , de ayant pris d'ailleurs la ans , & ayant apris
guérifon de plusieurs autres Perfonnes confidérables ,
par
DECEMBRE. 1740 2717
par les Remedes compofés & debités par Mad. de
Leftrade depuis plus de 40. ans , a bien voulu ,pour
Putilité & le foulagement du Public , donner fon
Aprobation pour les débiter .
Ces Remedes font une Eau pour la guériſon des
Dartres vives & farineufes , Boutons , Rougeurs ,
Taches de rouffeur , & autres Maladies de la Peau.
Et un Baume blanc , en confiftance de Pomade
qui de les cavités & les rougeurs après la petite
yérole , les taches jaunes & le hâle , unit & blanchit
le teint.
Ces Remedes fe gardent tant que l'on veut , &
peuvent fe tranfporter partout . Les Bouteilles de
cette Eau font de 2. 3. 4 6. livres & au deffus ,
felon la grandeur . Les Pots de Baume blanc , font
de 3. livres 10. fols , & les demi Pots d'une livre
If.fols,
Mad. de Leftrale , demeure à Paris , rue de la
Comédie Françoise , chés un Grainetier , au prémier
Etage , il y a une Affiche au deffus de la porte .
Le Prélat dont on vient de parler , a gratifié la
D de Leftrade d'une Penfion favie durant.
Le Public eft averti que le véritable Suc de Regliffe
& de Guimauve blanc fans fucre , fi eftimé
pour toutes les maladies du Poulmon , inflammations
, enrouemens, toux , rhumes , afthme , poalmonie
& pituite , continue à fe debiter depuis plus
de trente ans , de l'aveu & aprobation de M. le
Premier Médecin du Roy , chés Mlle Desmoulins ,
* qui eft la feule qui en a le fecret de défunte Mlle
Guy , quoique depuis quelques années des Particuliers
ayent voulu le contrefaire , lefquels pour mieux
tromper le Public , fe font dits Enfans de M. Guy,
ce qui eft une fupofition , & la difference s'en connoîtra
aisément par la comparaiſon qu'on en pourra
frire.
On
718 MERCURE DE FRANCE
l'on veur On peut s'en fervir en tout tems, le tranfporter
par tout & le garder fi long - tems que
fans qu'il le gâte et qu'il perde rien de fa qualité .
Mlle Desmoulins demeure rue Guenegaud , Fauxborug
S. Germain , du cô é de la rue Mazarine, chés
M. Guillaume , Marchand de Vin , aux Armes de
France , au fecond Apartement,
Le Sr Briart , qui demeure toujours dans l'Abbaye
S. Germain des Prés , à l'entrée de la rue Abbatiale
, à Paris , a compofé depuis peu une Effence
d'Ognifiori ou de toutes fleurs , d'une odeur agreable;
on en met quelques gouttes dans l'eau dont on fe
lave après avoir été rasé , elle blanchit l'eau , les
Dames s'en fervent pour décraffer & rendre la peau
douce & unie , elle ne nuit point au teint ; les plus
petites Bouteilles font d'environ 5. onces ,
vend 24. fols l'once .
on la
Il continue avec fuccès à faire la véritable Effence
de Savon à la Bergamotte, & autres odeurs dou
ces , dont on fe fert pour la barbe au lieu de Savon
nettes ; les Dames s'en fervent auffi pour le laver le
vifage & les mains ; on la vend 12 fols l'once. Il
avertit que les Bouteilles font toujours cachetées ;
au tour du cachet on y lit fon nom & fa demeure ,
il y a une Bouteille dans le milieu du Cachet , out
il y a le nom de la Liqueur , comme à l'Ognifiori ,
Il a été obligé d'augmenter le prix de ſes Effences ,
attendu la cherté de l'Efprit de Vin , &c.
Il fait auffi de bons Cuirs à repaffer les Raſoirs
avec lefquels il ne faut point de Pierre à aiguifer ;
il les vend depuis 40 fols jufqu'à 60. à un feyl
côté , & depuis 4. livres jufqu'à 8. à deux côtés
differens . Il donne la maniere de s'en fervir.
Voith
It Vol.
12 jouga
l'aubad
DECEMBRE. 1740 2718 ·
Voici un ancien NOEL en Langue Provençale,
que nous tirons de l'oubli , à l'occasion des
Fêtes de Noel, dant la Musique nous aparî
très- ingénieuse.
Y Ou ai mon Fifre , pren ton Tambourin
Anen jouga l'aubado
A l'Accouchado
Qu'a fach lou Dauphin ,
Quan li seren , veissi coumo fau faire
Parapatapan , parapatapan , Liretto ,
Aquo pou pa manqua de rejoÿji la Maire ,
Parapatapan , parapatapan , Liretto ,
Parapatapan , parapatapan ,
A quo pou pa manqua de rejoui l'Enfan .
SPECTACLES.
E Novembre , les Comédiens Fran
Lois donnerent la premiere Représenta
tion d'une petite Piéce en Prose & en un
Acte , fuivie d'un Divertiffement , fous le
titre de Joconde. Nous n'en donnons ici
qu'un Extrait abregé pour l'intelligence du
Sujet.
AC
2720 MERCURE DE FRANCE
1
ACTEURS.
Aftolphe, Roy de Lombardie, Le Sr Dubois.
*Joconde ,
Clorinde ,
Marcelie ,
Soeurs ,
Suson ,
Matafio , Philosophe ,
Le Sr.Montmenil.
La Dile la Motte.
La Dlle Conel.
La Dile Dangeville .
Le Sr Poiffon.
Aftolphe , Roy de Lombardie , & Joconde,
également trahis par leurs Epouses , dont
ils fe croyoient tendrement aimés , pour ſe
consoler de leur disgrace , entreprirent un
voyage , dans lequel ils fe proposerent d'en
conter à toutes les femmes , & d'insérer
dans un Livre les noms de toutes celles qu'ils
auroient féduites.
C'eft chés une Aubergifte que la Scene fe
paffe. Cette Femme a trois filles , dont l'une
s'apelle Clorinde , l'autre Marcelle , & la
troifiéme Suson. Clorinde , qui fe présente
la premiere , fe vante d'une infenfibilité à
toute épreuve. Joconde lui dit que ce n'eft
pas de ce jour feulement qu'il adore fes
-charmes ; mais elle ne fait que rire de ce flateur
langage ; cependant , toute inflexible
qu'elle paroît , Joconde ne fe rebute pas ;
il trouve enfin le fecret de l'attendrir , en lui
jurant qu'il l'aimera toujours , malgré fa rigueur,
& qu'il lui consacrera les trifles restes
d'une vie que fon insenfibilité condamne à
être
DECEMBRE. 1740 2726
être toujours infortunée . Clorinde ne peut
tenir contre des proteftations fi tendres ; elle
confent que Joconde la demande en mariage
à fa mere ; elle fouhaite ardemment qu'un
Amant auffi paffionné qu'il le lui paroît , ob
tienne cet heureux confentement. A peine
s'eft-elle retirée que Joconde écrit son nom
dans la Lifte de fes Maîtreffes & de fes
Conquêtes.
Aftolphe entreprend une Victoire auffi
parfaite fur le coeur de Marcelle , c'eſt une
Philofophe , elle , vient fuivie de fon Profeffeur.
Le Roy de Lombardie , tâche de l'ébloüir
par l'éclat des Richeffes ; elle oppose à
cette attaque le rempart de fa fcience favorite
, mais l'éclat d'un Diamant d'un grand
prix , lui fait ouvrir les yeux ; elle demande.
confeil à son Maître , qui d'abord lui dit
qu'il faut refufer le prefent qu'on lui offre ;
mais il ne pratique pas la leçon qu'il donne
à fon éleve ; une Tabatire d'or qu'Aftolphe
lui met entre les mains lui fait changer de
langage ; il l'accepte ; fon exemple adoucit
la férocité de fon Ecoliere , elle confent à
accepter un Epoux fi favorifé de Plutus . Paffons
à la troifiéme Soeur.
› Suzon vient avec un air fâché , elle ne répond
que par monofyllabes à la déclaration
d'amour que Joconde lui fait ; il defefpere
a prefque du fuccès dont il s'eft Aaté ; il Pąt-
1. Vol. H taque
"
2722 MERCURE DE FRANCE
taque
·
du côté de l'ambition ; il fait briller à
fes yeux tout ce que cette paffion des grandes
ames a de plus éclatant. Fille d'une fimple Aubergifte,
elle doit devenir une des plus grandes
Dames de la Cour ; elle préte l'oreille
à la promeffe féduifante que fon Amant
prétendu lui en fait ; elle ne défire rien tant
qu'un hymen qui va la placer dans un rang fi
fort audeffus de l'humble fituation où la
naiffance l'a mife ; à peine elle capitule , que
Joconde qui eft témoin des articles du mariage
, fe preffe de l'infcrire dans le livre des
Exploits amoureux , qui font communs entre
fon Roy & lui. M fe retire avec Aftolphe ; ils
laiffent leur livre fur une table. Les trois
Soeurs fe font confidence de leur bonne Fortune
, & fe croyent plus heureufes les unes
les autres mais elles fortent bientôt
que
d'une erreur fi flateufe . La curiofité les porte
à lire dans le Livre qu'elles n'avoient pas encore
aperçû le titre qui frape leur yeux les
allarme autant qu'il les pique . C'eſt un Journal
des Exploits amoureux d'Aftolphe & de
Joconde ; l'interest qu'elles y prenent le leur
fait parcourir jufqu'à la derniere page , où
non fans un jufte dépit, elles trouvent leurs
leurs trois noms inferés de fraîche date à la
fuite l'un de l'autre. Elles en font de vifs reproches
à leurs faux Amans qui reviennent
pour joüir de leur triomphe ; ils les apaifent
par
DECEMBRE. 1740 2721
par un mariage convenable , dont Aftolphe
les prie en ami , & qu'il leur prescrit en Roy.
Ce mariage qu'elles acceptent sans nulle répugnance
, amene un divertiffement que les
deux malins Voyageurs ont déja préparé ,
tant ils étoient sûrs du fuccès de leur der
niere entreprise.
Cette petite Piéce , qui eft de M. Fagan
a été bien reçûë. On croît qu'elle auroit eû
plus de fuccès en trois Actes , qui auroient
donné lieu à l'Auteur d'y mettre plus de jeu
Comique. Le rôle de Suzon , joué par la
Dlle Dangeville , a été generalement aplaudi,
La Mufique du divertiff ment eft de
M. Grandval : elle a fait beaucoup de plaifir.
›
Le 7. Decembre , les mêmes Comédiens
remirent au Théâtre , la Tragédie d'Inés de
Caftro de feu M. de la Mothe , de l'Aca
démie Françoife.
›
Le 1 , is remirent auffi au Théâtre la Comédie
des Dehors Trompeurs , de M. de
Boiffy , & la petite Piéce de l'Oracle , que
le Public a revûe avec plaifir. Nous avons
donné l'Extrait de ces deux Piéces quand
elles ont parû pour la premiere fois , au
mois de Février & de Mars de cette année.
La Comédie de l'Oracle , vient d'être imprimée
chés Prault , le fils , Quai de Conty,
à la Defcente du Pont Neuf, à la Charité
& fe vend 24 fols.
Hij
2724. MERCURE DE FRANCE
L'Académie Royale de Mufique , continue
toujours les repréfentations d'Amadis de
Gaule , que le Public ne fe laffe pas de voir ;
& qui fait toujours le même plaifir , à en
juger par les nombreuſes affemblées que ce
fpectacle attire , on doit remettre au Théâtre
l'Opera de Proferpine , dans le mois de Janvier
prochain.
AMlle le Maure , pendant la représentation
de l'Opera d'Amadis , le 25. Novembre
1740. de la part du Public.
TAndis qu'au Parnaffe on s'aprète
A vous ériger maints Autels ,
Des hommages plus naturels
Célébrent ici votre Fête.
Dans ce Temple mélodieux , ( 1 )
Dont vos feuls Talens font les Dieux ;
Nos mains , ( 2 ) du plaifir que vous faites (
Bruyantes interprétes , )
Par un fracas mille fois répeté ,
- Bien mieux
que Vers ou Profe ;
Y feront votre Apothéose , 8
Et pour que rien ne manque à la folemnité ,
Nos transports , notre volupté ,
Seront l'encens & la couronne ,
( 1 ) La Sale de l'Opera. ( 2 ) Les battemens de mains .
Que
DECEMBRË.
1740. 2725
Que le goût vous décerne & que l'Amour vous
donne.
Du Parterre de l'Opera , le 25. Novembre
1740. à 6. heures du foir.
Le 23. Novembre , les Comediens Ita
liens remirent au Théâtre une Piéce Italienne
en cinq Actes , intitulée , Arlequin Prince
, jouće par les principaux Acteurs Italiens .
La même Comédie avoit déja été repréſentée
fur le même Théâtre le 4. Juin 1716. fous
le titre d' Arlequin crû Prince par Magie , en
Italien , Arlichino finto Principe , Piéce trèsancienne
dont on ignore l'Auteur . Il y a en
Italie unc Comédie en Mufique , à peu -près
femblable intitulée , il Girello ( le Tonnelet )
parce que c'eft , par ce Tonnelet , qu'Arlequin
eft crû Prince .
> Le 29 , ils donnerent une autre Comédie
Italienne en trois Actes , qui a pour titre les
Jumeaux , laquelle avoit été auffi repréſentée
fur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne , le
15 Juillet 1716. fous le titre des deux Les
lio & des deux Arlequins. Cette Piéce n'eft
pas toute copiée des Menechmes de Plaute ,
elle eft auffi tirée d'une Comédie Italienne ,
intitulée La Moglie del Secchi , qu'on croît
ancienne d'environ 200 ans . La même Piéce
a été ensuite réduite en Canevas , pour être
jouée à l'impromptu , & l'on y a fuivi l'origi
H iij
nal
2726 MERCURE DE FRANCE
mal de la Piéce que l'Auteur a conduit avec
tant d'adreffe que le méme Acteur peut jouër
les deux perfonnages , évitant par-là l'incom
modité d'avoir recours au mafque , ou bien
de faire jouër ces Rôles par deux Acteurs qui
ne fe reffemblent pas. Le Sieur Riccoboni , le
pere , qui jouoit autrefois les deux Rôles de
Lelio , paroiffoit fur la Scéne fous differens
habits , & Arlequin fon Valet , avoit par-def
fus fon habit ordinaire un petit Mantelet &
une plume à fon Chapeau pour diftinguer
l'Arlequin de Ville , d'avec celui qui arrivoit
d'un très-long voyage. A cette derniere reprife
, les Comédiens Italiens n'ont pas toutà
- fait fuivi le Plan de l'ancienne Piece dont
le titre ne permettoit pas de fuprimer la ressemblance
des Maîtres,fans défigurer l'action
de la Comédie.
Le 9. Decembre , le mêmes Comédiens ;
remirent encore au Théâtre une autre Pièce
Italienne en trois Actes, intitulée , Arlequin ,
Voleur , Prevôt & Juge , qui avoit été joüéc
le 2. Juin 1716. Cette Comédie eft très - ancienne
& connue en Italie , fous le titre de
il Ladro, Sbirro e Giudice . Les Acteurs Comiques
des Foires de S. Germain & de S. Lau
rent , l'ont accommodée à leur Théâtre .
On aprend de Luneville , que le 24. Nayembre
, veille de la Fête de Ste Catherine,
dont
DECEMBRE. 1740 2729
dont la Reine de Pologne , Ducheffe de Loraine
& de Bar , porte le nom , on y avoit
célébré avec beaucoup de magnificence la
Fête de S. M. P. Tous les Miniftres Etrangers
qui réfident auprès du Roy à Nancy ,
accompagnés des Seigneurs & Dames de la
Cour , en habits de Gala , fe rendirent à dix
heures du matin au Château , pour rendre
leurs refpects à la Reine ; on dit la Meffe
quelque tems après , chantée par un excelfent
Choeur de Mufique , après laquelle
L. M. P. dînerent feules en public ; il y eût
pendant le dîner une très - belle fimphonie ,
exécutée d'une maniere fort brillante par la
Mufique de la Chambre ; on remarqua entre
autres , une Femme qui jouia du Luth ,
avec une précifion admirable. Outre la Table
de L. M. P , il y en eût plufieurs autres fervies
avec autant de délicateffe que de profufion
; celle du Duc Offolinski , Grand Maître
de la Maiſon du Roy , étoit de 60 couverts.
Vers le foir , on joia la Comédie avec
des divertiffemens , dans les entre - Actes ,
dans lefquels la jeune Dlle Cammafle , dont
nous avons déja eû occafion de parler plufieurs
fois , fit briller fes talens pour la danfe
; elle danfa plufieurs Entrées avec beau
coup d'aplaudiffemens.
On exécuta enfuite une Paftorale , dont les
paroles font de M. le Chevalier de Solignac ,
H iiij Sécrétaire
2728 MERCURE DE FRANCE
Sécrétaire du Cabinet & des Commandé
mens du Roy de Pologne , mifes en muſi
que par M. de la Pierre , Maître de Muſique
de la Chapelle & de la Chambre de L. M. P.
Cette Paftorale ſe trouve imprimée à Nancy,
de l'Imprimerie de Pierre Antoine.
&
Elle commença par les Vers qu'on va lire
que le Dieu Pan , adreſſe à la Reine.
MADAME , Ces Bergers , prêts à vous rendre hommage
,
;
Peuvent- ils ſe flater d'avoir votre fuffrage
Garant des fentimens qu'ils viennenr exprimer ;
Je connois leur audace , & n'oſe la blâmer
L'Art n'a point embelli leur ruftique langage ;
On peut vous confacrer de plus nobles accents
Mais en quels Lieux , dans quel Bocage ,
Peut-on offrir des voeux plus purs & plus ardens &
Au refte cette Paftorale a été exécutée au
gré de L. M. P. & de toute la Cour ; les
principaux Rôles qui font Jupiter , Mars &
differens Bergers , ont été chantés par les
Sieurs Cuignier & Aubert , ceux de Minerve
-& de differentes Bergeres , par les Dlles
Framboifier , Roland , Gournay , Chevalier &
Verniau ; les Rôles de differens Bergers de la
Paftorale , ont été exécutés par le fieur Mechain
, & ceux des Faunes , des Silvains &
des Bergers , ont été très - bien chantés en
choeu
DECEMBRE . 1740 2729
choeur par d'autres Sujets de la Mufique du
Roy.
Ćette Paftorale fût exécutée dans le grand
Salon de la Reine , en préfence de L. M. P.
& de toute la Cour ; on fervit enfuite un
grand fouper , & les Tables y furent fervies
comme elles l'avoient été au dîner. Un Bal
mafqué fucceda au foûper , lequel dura fort
avant dans la nuit.
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
Es derniers avis de Conftantinople portent , que
feldt , Ambaffadeur Extraordinaire de l'Empereur ,
eut fa premiere audience publique du Grand Seigneur
, & qu'il y fut conduit par le Chiaoux Pacha ,
qui étoit alié le prendre à fon Palais avec plufieurs
Officiers de Sa Hauteffe .
Ce Miniftre , avant que d'être introduit dans la
Sale d'Audience , fut revêtu d'une l'éliffe de Martre
Zibeline , & on diftribua des Caffetans à 120.
perfonnes de fa fuite. On fit défiler enfuite fous les
fenêtres de la Sale dans laquelle il s'étoit arrêté ,
les plus beaux chevaux des Ecuries du Grand Seigneur
, les uns montés par les Ecuyers de Sa Hauteffe
, & les autres conduits par des Palfreniers ,
après que l'Ambaffadeur eut vû diftribuer le prêt
aux Janiffaires, le Grand Vifir alla le joindre, pour
Hv
&
2730 MERCURE DE FRANCE
le préfenter au Grand Seigneur. Après l'audience ;
à laquelle on n'admit avec le Comte d'Uhlefeldt
que le Comte fon Frere & douze autres Seigneurs
Allemands , cet Ambaffadeur fut reconduit en fon
Palais avec le même cortege qui l'avoit accompagné
au Serrail,
Le Grand Vifir donna quelques jours après au
Comte d'Uhlefeldt un magnifique repas , auquel on
dit que le Grand Seigneur fe trouva incognito .
Au commencement du mois d'Octobre dernier ,
le Chevalier Finochietti , Miniftre Plénipotentiaire
du Roy des deux Siciles , eut une audience publique
du Grand Vifir , lequel , après avoir reçû de lui
la Ratification du Traité de Commerce conclu avec
le Roy des deux Siciles , fignée par S. M. Sic . lui
remit la Ratification du même Traité , fignée par
Sa Hautefle.
Le Kiaïa du Grand Vifir fut déposé le 19. du
mois de Septembre dernier , & on lui a donné la
direction des Aqueducs que le Grand Seigneur fait
construire à la Mecque.
RUSSIE.
N mande de Pétersbourg, que le 30. du mois
dernier, les trois Régimens des Gardes à pied
s'étant mis fous les Armes , fuivant l'ordre qu'ils en
avoient reçû la veille , le Czar fut porté du Palais
d'Eté à celui d'Hyver , & que la marche ſe fit
dans l'ordre fuivant.
Un Détachement de la feconde Compagnie des
Gardes du Corps ; les Valets de pied du Czar ; les
Pages ; plufieurs chevaux de felle , conduits par
des Palfreniers ; les Ecuyers Cavalcadours & les
Ecuyers de main , à cheval ; les Chambellans ; les
Confeillers d'Etat & les Miniftres , dans des carosses
DECEMBRE. 1740% 2735
ses de S. M. Cz . attelés chacun de huit chevaux .
Le Duc Régent dans fon caroffe , attelé , auffi de
huit chevaux , précedoit la Chaife à porteurs , dans
laquelle le Czar étoit avec fa Nourrice , & qui étoit
fuivie d'un autre caroffe , dans lequel étoient le
Prince & la Princeffe de Brunswick Bevern . Plufeurs
autres caroffes remplis par les Seigneurs &
les Dames de la Cour , venoient enfuite , & la marche
étoit fermée par an Détachement de la premiere
Compagnie des Gardes du Corps.
Lorfque le Czar fut arrivé au Palais d'Hyver , on
y arbora l'Etendart de la Couronne , & on chanta le
Te Deum dans la Chapelle , au bruit d'une falve de
51. coups de canon ,
Le lendemain , le Duc Régent alla rendre vifite.
au Prince & à la Princeffe de Brunswick Bevern ,
ains qu'à la Princeffe Elizabeth Petrowna . Ce Prince
a fait affûrer tous les Miniftres des Puiffances Etrangeres
, que le Czar rempliroit tous les engagemens
contractés par la fenë Czarine.
On a publié à Pétersbourg un Edit par lequel le
Czar ordonne à tous fes Sujets de quelque condition
qu'ils foient , de donner le Titre d'Alteffe au Prince
& à la Princeffe de Brunsvick Bevern , ainfi qu'au
Duc & à la Du heffe de Curlande.
Le Duc Régent paroît avoir pour principal objet
dans fon adminiftration , d'entrenir la tranquillité
dans le Royaume , afin d'être en état d'affûrer de
plus en plus le bonheur & la gloire de la Nation .
Ce Prince , qui pendant la vie de la feuë Czarine
avoit employé les foins pour terminer les differends
enire la Mofcovie & la Suede , eft dans la réfolution
de contribuer de tout fon pouvoir à rétablir la
bonne intelligence entre les deux Puiffances , & il
a dépêché un de fes Sécretaires au Miniftre qui réfide
à Stockola de la part du Roy de la Grande-
H vj Bretagne ,
2732 MERCURE DE FRANCE
Bretagne , pour le prier d'y contribuer par fes bon
offices .
Quoique le Duc Régent défire que la Mofcovie
continue de jouir des avantages de la Paix le plus
long- tems qu'il fera poffible , il ne néglige point
de prendre les mefures convenables pour la fûreté
de l'Etat , les Troupes demeureront fur le pied où
elles font à préfent , fçavoir , de 180000. hommes ,
& on les augmentera jufqu'à 200000. fi les négociations
commencées avec la Suede n'ont pas le
fuccès qu'on en efpere ; on laiffera auffi plufieurs
Vaiffeaux de guerre dans le Port de Cromſtadt. La
Garniſon de Pétersbourg a été renforcée de fix Bataillons
, & elle eft composée à préfent de 22. Bataillons
& de 16. Escadrons .
Le Comte de Biron , frere du Duc Régent, conferve
le Commandement géneral des Troupes qui
font dans les Provinces de Moſcow , de Susdal &
de Wolodimer , d'où l'on a apris que les Habitans
de tous les ordres avoient prêté Serment de fidelité
au Czar, & qu'ils paroiffoient fort fatisfaits des dernieres
difpofitions faites par la Czarine.
Le Duc Régent , voulant fignaler fon avenement
à la Régence par des Actes de clémence & de bonté
, a accordé la liberté à tous les prifoniers qui
n'ont point été arrêtés pour des crimes dignes de
mort, et il a rapellé plufieurs exilés de Siberie . Il a
auffi réfolu d'abolir certains châtimens dont l'ufage
avoit été établi par les anciens Souverains de Moscovie.
Les dernieres Lettres reçûës de Pétersbourg , du
20 du mois paffé , portent que les commencemens
de la Régence du Duc de Curlande avoient donné
lieu de croire que fon adminiftration feroit pafible,
mais que plufieurs de fes démarches ont parû annoncer
des deffeins ambitieux ; qu'il s'eft emporté
DECEMBRE. 1740. 2733
diverfes violences contre quelques Seigneurs des
plus confidérables , & qu'il a même laiffé échaper
des difcours dont la Princeffe de Brunswick Bevern
a été offenfée . Ces excès ont déterminé à s'affûrer
de fa perfonne , & le Feldt - Maréchal Comte de
Munich en ayant reçû l'ordre , fe rendit le matin
du 20. du mois dernier chés ce Prince , pour exécuter
fa commiffion. Le Duc de Curlande d'abord
fit quelque réfiftance , mais plufieurs Officiers
qui avoient accompagné le Comte de Munich,
étant entrés dans la chambre , en arrêta le Duc , &
on le conduifit l'après midi à la Fortereffe de
Schlieffelbourg , où il fera gardé fort étroitement.
On s'affûra auffi de la Ducheffe fon Epoufe & de
toute fa Famille.
On publia en même- tems une Déclaration du
Czar , laquelle porte que le Duc de Curlande ,
au lieu de fe conformer aux volontés de la feuë
Czarine , qui en lui confiant la Régence , lui avoit
recommandé principalement de n'agir en aucune oc-
-cafion contre les Loix de l'Etat , & de conferver
pour toutes les perfonnes de la Famille des Czars
le refpect qui leur eft dù , a entrepris plufieurs chofes
contraires aux Loix , & a témoigné publiquement
du mépris pour la Princeffe & le Prince de
Brunswick Bevern ; qu'il a même tenu des diſcours
menaçans qui ne convenoient en aucune maniere , &
par lefquels il a fait connoître des vûës auffi vaſtes
que criminelles ; que par ces raifons le Czar a été
obligé à la réquifition de tous les Ordres de l'Etat
, d'ôter la Régence au Duc de Curlande & de
la donner à la Princeffe de Brunswick Bevern ; que
S. M. Czarienne veut que cette Princeffe gouverne
avec la même autorité que la feue Czarine avoit
donnée au Duc de Curlande , & que tous les Moscovites
, de quelque condition qu'ils foient , ayent
Pows
734 MERCURE DE FRANCE
pour les ordres de la Princeffe de Brunswick Be
vern ,pendant le tems de fa Régence , la même fou
miffion que pour ceux du Czar. Le Titre de Grande
Princeffe de Mofcovie eft conferé à cette Prineeffe
par la même Déclaration , laquelle a été fignée
par le Sénat , par les Miniftres & par les Géneraux
ALLEMAGNE .
Na aprisde Vienne du 12.du moispaffé
que fur la déclaration que le Comte de la Pé
roufe à faite à la Grande- Ducheffe de Tofcane de
la part de l'Electeur de Baviere au fajet des droits
que ce Prince prétend avoir fur la fucceffion de
l'Empereur , la Grande- Ducheffe a réfolu de faire
publier un Manifefte , pour combattre les raifons
fur lefquelles l'Electeur de Baviere fonde fes prétentions.
Cette Pinceffe a envoyé en même -tems
ordre à tous fes Miniftres dans les Cours Etrangeres
d'informer les Puiffances auprès defquelles ils
réfident , des differences qui fe trouvent entre l'Acte
original du Teftament de Ferdinand I. & l'Extrait
de ce Teftament , qui eft entre les mains de
l'Electeur de Baviere .
Les réponſes du Roy de Pologne , Electeur de
Saxe & du Roy de Pruffe aux Lettres que la Grande
Ducheffe leur a écrites , pour leur donner part de
la mort de l'Empereur , ont fait beaucoup de plaifir
à la Cour , & on affûre que le Roy de Pruffe a
mandé que non -feulement il maintiendroit de tout
fon pouvoir l'execution de la Pragmatique Sanction,
mais encore qu'il fourniroit un Corps de Toupes
auxiliaires , s'ti en étoit befoin .
La Grande Ducheffe de Tolcane ayant ordonné
le 6. le ce mois , qu'on remît en liberté les Feldt-
Maréchaux de Wallis & de Seckendorf, & le ComDECEMBRE.
1740 2733
te de Neuperg , elle a fait écrire au premier de fe
retirer dans les Terres , au fecond , qu'on ne l'empêcheroit
pas de fe rendre à fon Gouvernement de
Philisbourg , & au dernier de revenir à Vienne .
Le Catafalque que la Grande Ducheffe de Tos
cane avoit ordonné d'élever dans l'Eglife Aulique
des Auguftins Déchauffés , ayant été achevé le 14.
du mois paffé , on célebra le 16. dans cette Eglife .
qui étoit tenduë de noir jufqu'à la voute , & éclairée
d'une grande quantité de lumieres , un Service
folemnel pour le repos de l'ame de l'Empereur . Le
Cardinal , Archevêque de Vienne , y officia pontificalement
, & l'Oraifon Funebre fut prononcée pas
le Pere Bitterman , de la Compagnie de Jefus
La feconde Meffe de Requiem fut dite le lende
main par M. de Breitenbucher , Evêque d'Antigonie
, & le Comte Efterhazi , Evêque de Dorien &
de Sebenigo , officia le 18. à la troifieme . Les Archiducheffes
Eleonore & Marie Magdeleine , & le
Grand Duc de Toscane, accompagnés des Seigneurs
& des Dames de la Cour , affifterent au Service qui
fut célebré le 16 .
On a apris depuis , que le 19.du mois dernier , les
Gouverneurs & les Magiftrats de l'Archiduché d'Autriche
prêterent Serment de fidelité à la Grande Ducheffe
de Tofcane entre les mains des Commiffaires
nommés par certe Princeffe . Les Grands Officiers Hé◄
reditaires de la Province le prêterent le lendemain; les
Magiftrats de Vienne s'acquitterent du même devoir
le 21. & les Députés des Etats de la Haute & Baffe
Autriche , rendirent le 22. leur hommage à la
Grande Ducheffe , qui étoit fous un Dais , ayant
fur la tête le Bonnet Archiducal , que le Prévôt de
l'Abbaye de Cloker Neubourg , où ce Bonnet eft
ordinairement en dépôt , avoit aporté au Palais le
jour précedent avec les céremonies accoûtumées.
Le
273 MERCURE DE FRANCE
Le Feldt-Maréchal Comte de Seckendorff & le
Comte de Neuperg arriverent à Vienne , l'un le
19. & l'autre le 21.
On mande de Dresde , que le Baron de Groschlag
, Miniftre Plénipotentiaire de l'Electeur de
Mayence , remit le 26. du mois paffé au Roy de
Pologne , Electeur de Saxe , la Lettre que l'Electeur
de Mayence à écrite à S. M. pour l'inviter à
fe rendre à Francfort.
On aprend de Berlin de la fin du mois paffé , que
le Roy de Pruffe a reçû un Courier de Vienne , par
les dépêches duquel la Grande Ducheffe de Tofcane
témoigne fa reconnoiffance des difpofitions dans
lefquelles eft S. M. par raport à l'execution de la
Pragmatique Sanction .
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid , que le 18. du mois
d'Octobre dernier , l'Armateur Barrer conduifit
dans un Port de Galice , le Brigantin Anglois la
Marie , de 60. tonneaux , & que Don Auguftin de
Samano , commandant le Vaiffeau la Notre- Dame
de l'omption , prit le 24. dans les environs de l'Isle
de Bas , un Vaiffeau de la même Nation , dont
la charge eft eftimée 40000. Piaftres.
La Frégate la Biscayenne , entra le 5. du mois
paflé dans le Port de Saint Sébaſtien avec le Vaiffeau
Anglois l'Illuftre Couple , dont elle s'eft emparée le
31. Octobre dernier , vers le 48. Degré de Latitude
Septentrionale , à 80. lieues du Cap de Finiftere,
après un combat qui a duré plus de trois heures ,
& dans lequel les Anglois ont eû quatre hommes
de tués & plufieurs de bleffes On a fait 26. prifonniers
fur ce Bâtiinent , à bord duquel il Y avoit des
Marchandiſes pour 20000. Piaftres.
Ол
DECEMBRE. 1740 2737
On a apris des Isles Canaries , qu'un Brigantin &
une Corvette des Ennemis ont été enlevés à la hauteur
du Port de Sainte Croix de Tenerif, par une
Balandre Espagnole , nommée la Saini Elme.
Une Barque nommée la Galere de Guipuscoa ,
que Don Trofime Andres a armée en courfe , prit
le 24. du mois d'Octobre dernier à deux lieuës
de Douvres, le Vaiffeau Anglois la Licorne, du port
de 70. tonneaux , dont la charge eft eftimée 20000.
Piaftres.
Le 18. la Frégate la Notre - Dame du Mont Carmel
, s'empara vers le 49. degré de Latitude Septentrionale
, d'une Balandre Angloife qui étoit deſtinée
pour Terre - Neuve , & elle enleva le 2. Novembre
dernier à la même hauteur le Pinque le Clement ,
fur lequel il y avoit 1500. Quintaux de Moluë fëche
, 160 Barriques de Suif & une grande quantité
de Cuirs.
L'Armateur Sebaſtien Blanco entra le 6 dans la
Baye de Cadix avec le Vaiffeau Anglois le Saint
Antoine , un des Bâtimens du dernier Convoy parti
de Londres pour la Méditerranée , & qui en avoit
été féparé par la tempête. Cette prite fait d'autant
plus d'honneur à Don Sebaftien Blanco , qu'il y
avoit fur le Vaiffeau ennemi , outre l'Equipage ,
plufieurs Officiers Anglois & 46. hommes de recrues
, que le Capitaine devoit débarquer à Port
Mahon & qui ont été tous faits prifoniers . Le
Capitaine de ce Vaiſſeau a été tué dans le Combat ,
- qui a été fort long & fort vif .
Don Martin de Perita , Commandant le Vaiffeau
la Notre-Dame de Aranzazu , a conduit à Lisbonne
une prife Angloife qu'il avoit faite le 17. Octobre
dernier , entre le 38. & le 39. degré de Latitude, &
à bord de laquelle il y avoit pour 16000. Piaftres
de Marchandifes .
Cinquante
2738 MERCURE DE FRANCE
Cinquante hommes de l'Equipage d'une Balandre
qui avoit été armée à Gibraltar ayant fait une descente
dans une des Ifles Canaries , les Habitans les
ont tous tués ou faits prifonniers .
O
NAPLES.
N mande de Naples,du 8. du mois paffé, que
les Troupes deſtinées à affieger le Fort qu'on
avoit conftruit dans les environs de Portici , pour
donner au Roy & à la Reine le Spectacle de l'attaque
& de la défenfe d'une Place , ayant fait toutes les dispofitions
néceffaires pour commencer le Siége ,
Leurs Majeftés fe rendirent le 25. du mois d'Octobre
dernier dans le Camp des Affiégeans , & qu'elles
virent l'ouverture de la tranchée.
Elles y font retournées plufieurs fois les jours fuivans
, & elles ont affifté à toutes les principales
opérations du Siége , ainfi qu'à la prife du Fort , qui
fut emporté d'affaut le 31. Pendant tout le tems
que le Siége a duré , le Roy a fait diftribuer 20.
fols par jour à chaque Soldat des Troupes qui ont
attaqué ou défendu le Fort .
Le Roy & la Reine de Pologne , Electeur & Electrice
de Saxe , ont envoyé à la Reine un Cabinet ,
dont tous les ornemens font d'or maffif , avec un
Berceau d'argent pour la Princeffe dont S. M. eft
accouchée.
Le Duc de Salas . Sécretaire d'Etat , a écrit aux Goùverneurs
des Places Maritimes & à tous les Com- .
mandans des Côtes ,pour leur ordonner d'empêcher
qu'on ne donne aucune atteinte au nouveau Traité
de Navigation & dé Commerce , conclu entre le
Roy & le Grand Seigneur.
ITALIE
DECEMBRE. 1740 27301
7
ITALIE.
N aprend de Rome , que le Pape a fait ven
dre les actions qu'il avoit fur plufieurs Monts
de Pieté , pour en diftribuer les fonds aux Pauvres.
Le s. de ce mois , Sa Sainteté fit expedier un
Bref pour rétablir l'Ordre de Chevalerie de Saint
Etienne , Roy de Hongrie , qui étoit depuis longtemps
enfeveli dans l'oubli , & elle remit le même
jour ce Bref à un Religieux Hongrois , de l'Ordre
de S. Paul Hermite , que l'Empereur avoit envoyé
à Rome , pour le folliciter.
On a apris depuis que le 8. Novembre dernier ,
le Comte de Daun , Auditeur de Rote , Allemand
& Miniftre de la Grande Ducheffe de Tofcane , eut
une Audience particuliere du Pape , dans laquelle
il donna part à Sa Sainteté de la mort de l'Empereur
, & que le même jour le Pape tint un Confistoire
public , pour informer le Sacré College de cet
Evenement .
Sa Sainteté , dans le difcours qu'elle fit aux Cardinaux
, s'étendit beaucoup fur les grandes qualités
& les vertus du feu Empereur particulierement fur
fa Pieté folide & fur fon attachement au Saint Siége.
Après avoir expofé avec éloquence la néceffité
de faire ufage du Miniftere Apoftolique , pour détourner
par de falutaires exhortations les inconvé–
niens qui pourroient furvenir dans la vacance de
la dignité Impériale , elle ajoûta qu'on devoit faire
d'ardentes prieres , pour demander à Dieu . que les
Electeurs , procedant avec unanimité au choix d'un
Empereur , fuffent infpirés & éclairés dans ce choix
par l'Elprit Saint , & que dans le nouveau Chef
qu'ils donneront à l'Empire , l'Eglife y trouvât un
de fes Protecteurs , & la Chrétienté un de ſes défenfeurs
.
Le
740 MERCURE DE FRANCE
Le Pape annonça dans le même Confiftoire le
Jubilé univerfel pour fon Exaltation au Pontificat
& Sa Sainteté fixa le commencement de ce Jubilé
au premier Dimanche de l'Avent.
L'Abbé Doria a été nommé par Sa Sainteté, pour
aller réfider à Francfort en qualité d'Internonce ,
pendant que les Electeurs y feront affemblés.
La Bulle par laquelle le Pape accorde un Jubilé
pour fon Exaltation au Pontificat , fut publiée le
24. du mois dernier , avec les cérémonies accoûfumées
, & ce Jubilé a commencé le 27. par
une Proceffion. folemnelle du Clergé Séculier &
Régulier de Rome, & à laquelle le Pape affifta avec
le Sacré College . Cette Proceffion partit de l'Eglife
de Notre - Dame des Anges , & fe rendit
P'Eglife de Sainte Marie Majeure .
GENES ET ISLE DE CORSE.
N mande de Genes que l'Equipage d'un Ba→
timent arrivé au commencement de ce mois
de Malaga , a raporté qu'un Armateur Espagnol de
Sant Andero s'eft emparé d'un Vaiffeau Marchand
Anglois , armé en guerre , qui lui avoit donné la
chaffe
“ L'ifle de Corſe jouit à préfent d'une parfaite tranquillité
, et la sûreté des grands chemins n'y eft plus
troublée que pat les deux Ban its de Lento qui ont
volé et dépouillé le Chirurgien Major d'un Régiment
des Troupes Françoises .
Il fe tint à Genes le 17 du mois paſſé un grand
Confeil , dans lequel il fut réfolu d'infcrire , à l'imitation
des Vénitiens , le frere et les neveux du
Pape dans le Livre de la Nobleffe .
On a apris de l'Ile de Corfe , que le Marquis de
Maillebois avoit envoyé le Comte , fon fils , vifiter
La
DECEMBRE. 1749 274
La Province de la Balagna , qu'on dit avoir été fort
maltraitée par les derniers Orages.
Un Armateur Mayorquain relâcha il y a quelque
tems à Ajaccio avec une prife Angloife qu'il a fair
conduire à Livourne.
FLORENCE.
LEs Lettresde Florence du s . de ce mois ,
por
tent que le 2. le Confeil de Régence reçût des
dépêches , par lesquelles le Grand Duc , en lui annonçant
la mort de l'Empereur , lui ordonne de
prendre les mesures néceffaires pour la sûreté des
Places du Grand Duché , et en particulier pour
celle du Port de Livourne. En conféquence des or
dres de ce Prince , on travaille à rendre les Troupes
complettes , à remplir les Magafins , et à faire'
réparer les Fortifications des principales Villes , et
on a envoyé une fomme confidérable à Livourne ,
pour payer ce qui eft dû aux Officiers et aux Soldats
de la Garnifon. Le Marquis Caponi , qui eft
Gouverneur de cette derniere Ville , eft parti pour
donner les ordres néceffaires..
Y
On a apris de Milan , que le Commandant de
cette Place a reçû ordre de mettre toutes les Places
du Milanez à l'abri de toute ſurpriſe , & de renforcer
les Garnifons de Tortone , de Lodi , & de Pizz
ghitone,
GRANDE-BRETAGNE,
>
N mande de Londres , qu'un Vaiffeau Mar
chand de Briftol a été pris par un Armateur
Espagnol , qui l'a conduit à Saint Sebaftien , & que
x autres Bâtimens , dont cinq étoient deftinés pour
Liverpool ,
2742 MERCURE DE FRANCE
Liverpool ; étoient tombés entre les mains des ennemis
.
Le 29. du mois paffé , le Roy fe rendit à la
Chambre des Pairs , avec les cérémonies accoûtutumées
, & S. M. ayant mandé la Chambre des
Communes , fit le difcours fuivant.
MYLORDS ET MESSIEURS. Je vous annonçai
à la derniére Séance du Parlement , que jefaifois
des préparatifs pour foûtenir de la maniere la plus
vigoureufe & laplus efficace la Guerre jufte né-
• ceffaire dans laquelle jefuis engagé. Dans cette vûë
j'ai armé de fortes Efcadres , & j'ai ordonné qu'elles
allaffent aux Lieux pour lesquelles elles étoient deftinées
, tant en Europe qu'en Amerique , avec autant
de diligence que l'Armement des Vaffeaux & la nature
de ces Expeditions pourroient le permettre, On a
embarqué un corps confidérable de Troupes , lesquelles
doivent fe joindre à un grand nombre de mes Sujets
qui ont été enrollés en Amérique , toutes les chofes
néceffaires pour le transport de ces Troupes & pour les.
conduire à leur destination , étoient préparées depuis
long-tems , on n'attendoit qu'un tems favorable ,
pour leur faire entreprendre le voyage . Les differens incidens
, quifontfurvenus , n'ont fait d'autre impreffion
fur moi , que de m'affermir dans ma réſolution ,
elles m'ont déterminé à renforcer mes armemens ,
bin loin de m'obliger de renoncer aux mesures que j'a
vois prifes pour foutenir l'honneur de ma Couronne
les Droits indubitables de mon Peuple. La Cou
d'Espagne , ayant déja reffenti quelques effets de notre
vengeance , a commencé a être convaincuë , qu'étant
feule , elle ne pourroit plus long- tems fe défendre contre
les efforts de la Nation Britannique . Si quelque
autre Puiffance , en conformité de certaines démarches
extraordinaires , qui ont éclaté depuis peu , vouloit
prétendre de preferire ou limiter les opérations de la
Guerra
DECEMBRE . 1740 2743
Guerre contre mes Ennemis déclarés , l'honneur ¿.
l'intereft de ma Couronne de mes Royaumes , doivent
me porter à ne perdre aucun tems pour me mettre
en état de repouffer toutes les infultes , & de rendre
inútiles tous les defſſeins formés contre nous , en infraction
de la foy des Traités , j'espère que des démarches
fi difficiles à juftifier , fous quelque`couleur ou prétexte
qu'elles puiffent avoir été entreprifes , feront connoître
à mes Alliés le danger qui nous regarde , d
les porteront à s'unir à nous pour foûtenir & défendre
la Caufe commune , l'important malheureux évenement
de la mort de l'Empereur, ouvre la porte à une
nouvelle Scéne d'affa res en Europe , dans lesquelles toutes
les grandes Puiffances pourront être ou directement
ou indirectement engagées . Il eft impoffible de déterminer
jufqu'où la Politique , l'Interêt , ou l'Ambition
pourroient porter certaines Cours dans cette conjoncture
critique. J'employerai mes foins à obferver exactement
a fuivre leurs démarches , & à m'aſſujettir aux
engagemens que j'ai contractés , afin de maintenir la
balance du pouvoir & la liberté de l'Europe , & en
agilant de concert avec les Puiffances qui font dans
les mêmes obligations , également engagées à conferver
la fûreté la tranquillité générale , j'employerai
les moyens les plus capables de détourner les dan
gers éminens qui peuvent nous menacer.
2
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
J'ai ordonné qu'on vous préfentât l'Etat des Depenfes
de cette année. C'est toûjours avec regret que je demande
des Subfiaes extraordinaires à mon Peuple
mais ce que je viens de vous communiquer , doit ( uffire
pour vous convaincre , qu'il fera nécessaire de
faire quelques augmentations , non - feulement pour
foutenir la premiere Guerre avec vigueur ; mais encore
pour nous préparer aux évenemens qui pourroient
provenir de la nouvelle fituation des affaires de l'Eu
торе
2744 MERCURE DE FRANCE
rope . C'est pourquoi je compte fur le zéle & fur l'affec
tion que vous m'avez montrés pour ma perfonne &
pour mon Gouvernement , auffi - bien que fur l'attention
que vous ferez à votre propre sûreté & à ce qui
peut intereffer la Cause commune , & je ne doute point
que vous ne m'accordiez les Subfides que ces differens
objets pourront demander .
a
>
MY LORDS ET MESSIEURS , la difette de
Bled ; qui régne dans plufieurs Pays de l'Europe ,
déterminé differentes Puiffances à faire des . Reglemens
extraordinaires , pour prévenir les fuites de ce malheur,
& quoiqu'en plufieurs endrous de ce Royaume
la récolte ait été plus favorable , cependant la pruden
ce commune exige que nous pourvoyions , autant qu'il
Je pourra , à une telle calamité , outre que dans les
circonstances où nous fommes , ce feroit une négligence
inexcufable de fouffrir que nos ennemis tiraffent aucune
forte de provifions de mes Etats , & d'expoſer par-là
mes propres Sujets au malheur d'en être privés . Ainfi
je vous recommande inftamment de préparer un Bill
pour empêcher que cela n'arrive. Les difficultés qu'on a
eues à fournir la Flotte de Matelots par les moyens
jufqu'ici pratiqués , font voir qu'on a befoin d'un Reglement
Parlementaire à ce sujet. Il faut par cette
raifon , que je vous conjure , de faire à cet égard, fans
perdre de tems , des Loix lesquelles pendant que nous
ferons engagés dans une Guerre pour la défenfe du
Commerce & de la Navigation , puiffent mettre la
Nation en état de fe fervir de ce grand nombre de
Matelots , qui font un fi fermefoûtien de notre Puif-
Lance. L'importance de ces confiderations eft fi évidente
, qu'il eft inutile que j'employe aucune preuve ,
pour vous convaincre de la neceffité qu'il y a que vous
conferviez une parfaite unanimité , & que vous ufiez
de la plus grande diligence dans vos Déliberations .
Deux Bâtimens Anglois ont été pris depuis peu
DECEMBRE. 1740. 2745
la hauteur d'Oporto , par un Armateur Eſpagnol .
Un autre Armateur de la même Nation s'eft em
paré d'un Brigantin de la Nouvelle Yorc , à la vúc
d'un Vaiffeau de Guerre Anglois , de 40. Canons ,
lequel lui avoit donné inutilement la chaffe , parce
que l'Armateur s'étoit aproché fi près de Terre,
que le Vaiffeau de Guerre n'avoit pu le joindre.
Le 10. Novembre dernier , les Seigneurs préfen
terent au Roy leur Adreffe , dans laquelle , après
voir exprimé à S. M. leur reconnoiffance , ils l'as
surent qu'ils concoureront à toutes les mefures
qu'elle jugera à propos de prendre pour mettre la
dignité & l'honneur de la Couronne à l'abri de
toute infulte , & pour rendre inutiles tous les des
seins qui pourroient être formés contre la Nation .
Ils ajoûtent qu'ils font véritablement perfuadés que
la mort de l'Empereur eft un Evenement qui doit
attirer l'attention de tous ceux qui défirent lincerement
la sûreté & la tranquillité générale de l'Europe
, & qu'ils feconderont de tout leur pouvoir
l'intention dans laquelle le Roy eft de remplir les
engagemens qu'il a contractés , pour maintenir la
Balance entre les principales Puiffances.
A la fin de leur Adreffe , ils fuplient le Roy de
leur permettre de lui témoigner les voeux ardens
qu'ils font pour que toutes les entreprifes de S. M.
foient fuivies des plus heureux fuccès.
Le Roy leur répondit.
MYLORDS , Je vous remercie de cette Adreffe , qui
contient des preuves de votre fidélité & de votre affection.
Rien ne peut m'être plus agréable que le zéle que
vous me témoignez pour continuer une Guerre jufte &
néceffaire ; auffi- bien que pour foûtenir mon honneur
& ma dignité, & pour maintenir la Balance & la
liberté de l'Europe , que j'ai entierement à coeur.
La Chambre des Communes préfenta le lende-
J. Voh I main
2746 MERCURE DE FRANCE
main fon Adreffe , laquelle porte que tous les fidé.
les Sujets du Roy font pénétrés de la plus vive reconnoissance
des mesures que S. M. a prifes pour
l'interêt de fes Royaumes , en équipant de fi fortes
Efcadres , & en envoyant en Amérique un Corps
confiderable de Troupes de débarquement ; que la
Chambre des Communes accordera au koy avec
toute la diligence possible , les fubfides qui lui feront
néceffaires , nnoonn--feulement pour foûtenir la
Guerre contre l'Eſpagne mais encore pour que
S. M. foit préparée à tous les évenemens qui pourront
arriver dans la fituation nouvelle des affaires
de l'Europe ; que la Chambre prendra aussi les mefures
les plus convenables pour que les Flottes du
Roy ne manquent point de Matelots .
>
MORT DES PAYS ETRANGERS.
E Pere Lucas de Ste Catherine , Religieux &
Chronologifte de l'Ordre des Dominiquains ,
Académicien de l'Académie Royale de l'Hiftoire ,
mourut à Lisbonne , le 7. du mois d'Octobre dernier.
L'Académie Royale de l'Hiftoire l'avoit chargé
d'écrire l'Hiftoire de l'Ordre de Malthe , & il en
avoit déja fait imprimer deux Volumes , qui font
regretter qu'il n'ait pû continuer cet Ouvrage.
FRAN
DECEMBRE. 1740 2747
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
Lehé
E 27. du mois dernier , premier Dimanche
de l'Avent , le Roy & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de
Verſailles la Meffe , qui fut chantée par la
Mufique . L'après midi , leurs Majeftés , ac
compagnées de Madame , affifterent au Ser
mon du Pere Regnault , Jacobin.
Le même jour , l'Evêque de Saint Malo
fut facré dans l'Eglife du Seminaire des Miffions
Etrangeres par l'Evêque de Chartres
affifté des Evêques de Langres & de Mâcon.
Le 29. le Prince Cantimir , Ambaſſadeur
Extraordinaire du Czar , eut en long manteau
de deuil une Audience particuliere du
Roy , & il donna part à S. M. de la mort de
la Czarine. Il fut conduit à cette Audience
par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le premier de ce mois , le Roi prit le deuil
en violet pour la mort de la Czarine.
Le 4. fecond Dimanche de l'Avent, le Roy
& la Reine entendirent dans la même Cha-
I ij pelle
2748 MERCURE DE FRANCE
pelle la Meffe chantée par la Mufique. L'a
près midi , leurs Majeftés affifterent au Sermon
du Pere Regnaud , Jacobin,
Le lendemain , pendant la Meffe du Roy;
l'Evêque de Saint Malo prêta ferment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le Roy a permis à la Princeffe de Chalais ,
Dame du Palais de la Reine , de fe demettre
de cette Place en faveur de la Marquife de
Taleyrand , fa fille.
S. M. a accordé à M. Joly de Fleury ,
Procureur General du Parlement , la furvivance
de fa Charge en faveur de M. Joly de
Fleury , fon fils aîné , Avocat General du
Parlement.
à
Le 8. Décembre
, le Comte de Cafte
lane , nommé par le Roy fon Ambaffadeur
à la Porte Ottomane , partit pour ſe rendre
Conftantinople : il doit s'embarquer à Tou
lon,où l'on a armé deux Vaiffeaux commandés
par M. de Gabarer. M. de Villeneuve,
qu'il va relever , reviendra par les mêmes
Vaiffeaux.
Le même jour , Fête de la Conception
de la fainte Vierge , le Roi & la Reine entendirent
dans la même Chapelle la Meffe
chantée par la Mufique.
L'après- midi leurs Majeftés affifterent au
Sermon du même Prédicateur.
Le
DECEMBRE . 1740 27.4%
Le même jour la Reine communia par les
mains du Cardinal de Fleury , fon Grand
Aumônier.
Le Comte de la Marck , Ambaffadeur Extraordinaire
& Miniftre Plénipotentiaire du
Roy auprès du Roy d'Efpagne , ayant été
obligé , par l'état de fa fanté , de demander
à S. M. la permiffion de revenir en France ,
Evêque de Rennes a été nommé pour
le remplacer.
Le 11. Décembre , le Roy arriva fur le foir
au Château de Choify , accompagné de
quantité de Seigneurs de fa Cour."
Le 13. S. M. alla à la Chaffe dans les Bois
de Verriere , & le lendemain le Roy reſta au
Château pour le promener dans fon Parc en
bateau , quoique l'eau de la riviere y fut entrée
par deffus l'apui de la Terraffe , qui eft
du côté du Salon en Lanterne , qui donne à
l'encoignure du Village de Choify. L'autre
côté qui borde la riviere , & où le Roy a fait
faire un Jeu d'Oye & un Labyrinthe a été
pareillement inondé. S. M. partit le 15.
pour retourner à Versailles .
Le 18. quatrième Dimanche de l'Avent ;
le Roy & la Reine entendirent dans la même
Chapelle la Meffe chantée par la Mufique.
I iij L'après
"
750 MERCURE DE FRANCE
L'après-midi leurs Majeftés affifterent au
Sermon du même Prédicateur.
Le 20. le Prince Cantimir , Ambaffadeur
Extraordinaire du Czar , eut une Audience
particuliere du Roy , & il y fut conduit par
Le Chevalier de Saintot , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le 22. le Roy a quitté le deüil que S. M.
avoit pris le premier de ce mois pour la mort
de la Czarine.
Le Roy a nommé le Comte de Belle- Ifle }
fon Ambaffadeur Extraordinaire , & fon Miniftre
Plénipotentiaire à la Diette , qui doit
fe tenir à Francfort pour l'Election d'un
Empereur.
S. M. a donné au Marquis de Saint Sernin
, Lieutenant Général , le Gouvernement
de Belle -Ifle .
On a apris de Warfovie que la Reine de
Pologne , Electrice de Saxe , accoucha le 10.
du mois pallé , d'une Princeffe qui fut bap
tifée le même jour dans la Chapelle du Palais
par le Primat du Royaume ; que cette
Princeffe a été tenue fur les Fonts au nom du
Grand Duc de Tofcane & de la Ducheffe
Doüairiere de Parme , & qu'elle a été nomméc
DECEMBRE. 1740 2751
méc Dorothée , Cunegonde ; Hedwige ;
Françoife , Xaviere , Florence.
Le 8 Décembre , Fête de la Conception de
la Vierge , le Concert Spirituel du Château
des Tuilleries commença par une Sonnate
en quatuor de M. de Boifmortier , qui fut fuivie
du Motet Exurgat Deus , Motet de M.
de Lalande , après lequel le Sieur Roſtenne
executa fur deux Flutes à Bec un Concerto >
joué par une feule perfonne : le Sieur Guignon
en executa un autre fur le Violon , &
on termina le Concert par un fecond Motet
à grand Choeur de l'Auteur du premier
Motet,
Le 25. Fête de Noël , il y eut encore
Concert Spirituel ; on y chanta l'Exurgat
Deus , Motet à grand Choeur de M. de la
Lande , qui fut fuivi d'une fuite des plus
beaux Noëls anciens & modernes , exécutés
par toute la fimphonie ; on donna enfuite un
petit Motet à voix feule de M. Gaumé ; &
après plusieurs Concerto exécutés fur le Violon
& la Flute , on finit par le Motet Confi
temini Domino.
I iiij MORTS
2752 MERCURE DE FRANCE
"
****************
'MORTS,NAISSANCE & MARIAGES.
L
E nommé Bernard Saluat , natif de Narbonne
en Languedoc , eft mort dans l'Ile de Leon lé
5. Octobre dernier , âgé de 120. ans. Il avoit été
marié deux fois , & quoiqu'il eût plus de 80. ans
lorfqu'il époufa fa feconde femme , il en a eu plu-
Geurs enfans , dont un n'eſt actuellement que dans
la quatorziéme année de fon âge.
Le nommé Antoine Dupont dit Blanchet , eft
mort à la fin du même mois au Village de la Ferre ,
Diocèle de Couferans , âgé de 103. ans.
On mande de Riom en Auvergne , que la Dame
Bouteix y étoit morte le 12. Octobre ,âgée de 100 .
ans , moins quelques jours.
Le nommé Jean Billac mourut dans la Paroiffe
d'Afquets , Diocèſe de Condom , le 26. âgé de
102. ans.
Le 26. Louis de la Doisefpe , de Saint Oüen ;
Avocat au Parlement de Normandie , & l'un des
anciens Membres de l'Académie Royale des Belles
Lettres de Caën , eft mort en fa maifon de Campagne
d'Aguerny , proche le Bourg de la Délivrande
, âgé de quatre-vingt ans. On peut connoître
fa profonde Erudition , par quelques- uns de les
Ouvrages qu'on a vûs dans les précédens Mercures
; le dernier eft un Poëme Héroïque en quatre
chants , traduit du quatriéme Livre de l'Eneide de
Virgile , inferé dans le premier volume du Mercure
de Decembre 1738. Son infirmité le contraignit à
la fin d'avoir recours à un Scribe pour achever cet
Ouvrage.
Le 18. Novembre D. Anne Bellinzani >
DECEMBRE. 1740 2651
depuis le 31. Août 1723. de Michel Ferrand , Préfident
honoraire des Requêtes du Palais du Parlement
de Paris , avec lequel elle avoit été mariée en
1676. mourut dans le Monaftere du Cherche - Midi ,
au Fauxbourg S. Germain où elle s'étoit retirée
âgée d'environ 82. ans : elle étoit fille de François
Bellinzani , Confeiller du Roy en fes Confeils , Intendant
Général du Commerce de France , auparavant
Réfident du Duc de Mantouë en France , mort
en 1684. & de Loüife Chevreau , morte le 10. Août
17 10.
$
Le 20. D.... de Verthamon , épouſe de Denis-
François Angran d'Alleray , Confeiller au Parlement
de Paris , de la premiere Chambre des Enquêtes
avec lequel elle avoit été mariée au mois
de Février 1738. mourut en couches dans fes Terres
en Vendomois , âgée de 22. ans , fans laiffer de
pofterité. Elle étoit fille unique de François- Antoine
de Verthamon de Villemenon , Seigneur d'Embloy,
S. Amant , & Poutines , Confeiller au Parlement
de Paris , mort le 21. Décembre 1735. à l'âge de
44 ans , & de Geneviève - Jeanne Perrelle fa
yeuve,
›
Le 13. Jean Louis Marquis de la Tournelle , Seigneur
de Courancy , Chomard , & c . d'une ancienne
Nobleffe de la Province de Nivernois , Diocèſe
d'Autun , Colonel Lieutenant du Régiment de
Condé, Infanterie , depuis le mois de Mars dernier,
mourut à Paris , âgé de 22. ans fans pofterité.
laiffant une four âgée de 18. ans pour fon Heriritiere
. Il étoit fils de feu Roger , Marquis de la
Tournelle , mort au mois de Novembre 1721. &
de D. Jeanne Charlotte du Deffend de la Lande
aujourd'hui fa veuve , fille de feu Jean Baptifte du
Deffend , Marquis de la Lande , Lieutenant Général
des Armées du Roy , & au Gouvernement de
Por I y
>
4794 MERCURE DE FRANCE
*
F'Orléanois , Dunois , & Vendômois , & Gouver
neur du Neuf Brifac . Le Marquis de la Tournelle
qui vient de mourir , avoit été marié le 19. Juin
1734. avec Marie- Anne de Mailly , née en 1717.
cinquiéme & derniere fille de Louis de Mailly
Marquis de Nefle & de Mailly , Chevalier des Órdres
du Roy , & de feue Armande Felicité de la
Porte Mazarin , ci-devant Dame du Palais de la
Reine.
Le même jour , Jerome Louvel de Glizy , d'une
Nobleffe de Picardie , Chevalier de l'Ordre de S.
Jean de Jerufalem ( ayant été reçû au grand Prieuré
de France le 26. Octobre 1700. ) Major du Régiment
de Cavalerie de Vintimille , ci- devant Peyre ,
mourut en Avignon : il étoit neveu de Louis Louvel
de Glizy , né le 6. Juillet 1649. reçû Chevalier
de Malthe au grand Prieuré de France le 26 Août
1666. & qui devint Grand Prieur de Champagne.
Le 24. Armand de Mormez de S. Hilaire , Seigneur
de Garges , Deulyon, & le Verniout, Lieutenant
Général des Armées du Roy , Grand- Croix de
'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , Gouver
neur de Belleifle en Mer , ci - devant Lieutenant
Général d'Artillerie , mourut à Paris dans la quatre-
vingt-neuviéme année de fon âge. Il fervoit
déja dans l'Artillerie en 1675. & étoit auprès de
fon pere lorfque celui- ci eut le bras emporté du
coup de canon qui tua le Maréchal Vicomte de
Turenne le 27. Juillet de la même année . Il commanda
depuis en Chef l'Artillerie dans plufieurs
Provinces , & dans les Armées du Roy. Il étoit
Brigadier d'Infanterie dès 1693. Il fut fait Chevalier
de S. Louis le 6. Février 1694. Maréchal de Camp
le 29. Janvier 1702. Lieutenant Général le 6. Octobre
1704. Commandeur de l'Ordre de S. Louis
au mois de Février 1707. Confeiller au nouveau
Confeil
DECEMBRE . 1740 2755
Ple
Confeil de Guerre en 1715. & Grand-Croix de
l'Ordre de S. Louis le 9. Octobre 1717. Le Gouvernement
de Belleifle lui fut donné au mois d'Avril
1726. & il fe démit alors de fes Emplois dans
l'Artillerie . Il étoit fils de Pierre de Mormez , Seigneur
de S. Hilaire , Lieutenant Général d'Artille
rie , & Maréchal de Camp des Armées du Roya
mort le 21. Janvier 1680. âgé de 70. ans, & de Judith
Frichet , & veuf fans enfans de Magdeleine de
Jaucourt des Peuilles , morte le 13. Mai 1717. Il
étoit frere de feuë Judith de Mormez de S. Hilaire ,
qui avoit épousé Daniel de la Vefpierre , Seigneur
de Liembrune , de Dive , Pleffis-Cacheleu ,
mont , Miévre , le Quefnoy , dont elle laiffa des
enfans ; & de Magdeleine de Mormez de S. Hilaire,
veuve depuis le 17. Avril 1715. de Charles Leonor
de Clermont , Marquis de Gallerande , Baron
de Loudon & de Meru , & mere du Marquis de
Clermont Gallerande , Chevalier des Ordres du
Roy , & premier Ecuyer du Duc d'Orleans ; du
Comte de Clermont Gallerande , Colonel Lieutenant
du Régiment d'Orleans Infanterie , du Vicomte
de Clermont , Colonel d'Infanterie , marié
depuis quelques mois avec la Dame de la Vigerie ,
veuve d'un Maître des Requêtes ; & de deux filles
non mariées.
Le 27. D. Antoinette Loüife- Therefe de Beon de
Luxembourg , époufe de Jean-Hippolite de Beaumont
, des Seigneurs de Gibaut en Saintonge, Meftre
de Camp de Cavalerie , & Exempt des Gardes
du Corps du Roy , frere de Leon de Beaumont
Evêque de Saintes , mourut à Paris âgée d'environ
78. ans. Cette Dame qui étoit fille de Jean - Louis
de Beon de Luxembourg , Marquis de Boutteville
& de Marie de Cugnac de Dampierre , avoit été
mariée en premieres noces le premier Mai 1684.
I vj
avec
2756. MERCURE DE FRANCE
avec Hugues Betault , Seigneur de Chemault &
de Montbarrois , Confeiller au Parlement de Paris ,
puis Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy ,mort le 2. Mars 1712. Elle avoit de celui- ci
deux fils , dont un mourut le 26. Février 1737.
comme on l'a raporté dans le tems .
Le 30. Charles René de Marefcot , Seigneur de
Mareq , la Concy , la Tourbelle & Marcilly , Clerc
tonfuré du Diocèfe de Paris , & ci- devant Titulaire
de quelques Prieurés qu'il avoit réfignés à la charge
de penfion , mourut à Paris dans la 92. année
de fon âge , étant né le 12. Juillet 1649. Il étoit
parvenu à cet âge avancé fans aucune infirmité , &
il a toujours confervé un efprit très fain jufques au
dernier moment de fa vie . Il jouifloit de 22000. livres
de rente fur les anciennes Tontines . Il étoit le
dernier des fils de Michel Marefcot , Seigneur de
Thoiry , de Morgue , le Mefnil - Durand , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , & d'Adrienne
de Maupeou d'Ableiges , morte âgée de 84.
ans le 22. Janvier 1706. alors veuve en fecondes
nôces d'Antoine Baron , Seigneur Baron de Cottainville
& de Puflay. I laiffe pour heritiere Angelique-
Claude de Marefcot , fa niéce , veuve en
fecondes nôces depuis le 5. Juin 1738. d'Angelique-
François de Renouard , Comte de Villayer & d'Auteüil
, Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roy.
Le 9. Décembre D Magdeleine Dagueffeau , veuve
depuis le 27 Mars dernier de Pierre Hector le
Guerchois , Seigneur de Sainte Colombe , Drozé ,
Percy , Conelle , la Garonne , S Germain & Saint
Martin de Vareville , Foucarville , Averton , Courcité
, & c. Confeiller d'Etat ordinaire , mourut à
Paris âgée de 61. ans . On a marqué de qui cette
Dame étoit fille dans le Mercure du mois d'Avril
dernier &
DECEMBRE . 1740 2757
dernier , en raportant la mort de feu fon mari '
page 819.
ร
Le 2. Novembre il eft né un fils à Henry-François
de Lambert , Marquis de S. Bris , en Auxerrois ,
Baron de Chitri & Augi Lieutenant Général des
Armées du Roy , Gouverneur d'Auxerre , de fon
mariage avec Louiſe - Therefe de Menou qui a été
fait & célebré le 26. Février de la préfente année.
Cette Dame eft troifiéme fille de feu François-
Charles de Menou de Charnifay, Marquis de Nanvignes
, dit de Menou en Nivernois , Brigadier
des Armées du Roy , ci- devant Capitaine Lieutenant
des Chevau-Legers d'Anjou , mort le 13. Juin
1731. & de feue Marie - Anne - Therefe Cornuau de
la Grandiere de Murcé , morte le 28. Mai 1736.
Ses deux fours aînées font mariées la premiere
avec le Marquis de Jumilhac , Capitaine Lieutenant
de la premiere Compagnie des Moufquetaires du
Roy , & Brigadier de fes Armées ; & la feconde ,
avec Louis - Alexandre Damas , Seigneur Comte de
Crux. Elles font niéces d'Auguftin - Roch de Menou
de Charnifay Evêque de la Rochelle . Le
Marquis de Lambert avoit épousé en premieres
nôces Angelique de Larian de Rochefort , Marquife
Douairiere de Loëmaria , morte le 3. Mai
1736. à l'âge de 46. ans. Il eft fils de la célebre
Marquife de Lambert , dont la mori & l'éloge font
raportés dans le Mercure d'Août 1733. pag . 1843 .
•
Le 12. Decembre , Gafpard - François Toutain ,
Seigneur de Richebourg , de S. Martin du Manoir ,
& de Sainte Croix , Gentilhomme de Normandie
de l'Election de Bayeux , & Moufquetaire du Roy,
fils de Marc- Antoine Touftain , Seigneur de S. Martin
du Manoir , de Sainte Croix de Montivilliers ,
de
758 MERCURE DE FRANCE
de Richebourg , ancien Officier dans le Régimen e
de Champagne , & de D. Marie- Françoife de la
Houflaye , fut marié à Efcrefnnes , près Pithiviers ,
en Gâtinois , avec Damoiselle Louife - Emilie Touftain
, fa coufine au quatrième degré , fille de François
Touftain , Seigneur Châtelain Haut-Jufticier
d'Efcrefnnes , de Murs , Bejun , Montafilan & Javerly
, ci- devant Capitaine dans les Régimens de
Champagne & de Picardie ; & de Marie-Jeanne de
Mailly de Frouville .
Le 16. Michel Bouvard de Fourqueux , Confeiller
au Parlement de Paris à la quatriéme Chambre des
Enquêtes , où il a été reçu le 22. Août 1738. fils de
Michel Bouvard , Seigneur de Fourqueux , Coxfeiller
du Roy en fes Coufeils , & Honoraire au
Parlement , Procureur Général en la Chambre des
Comptes de Paris , & de feue D. Claude-Marguerite
Hallé , morte le 23. Septembre 1735. âgée de
34. ans , fut marié avec Damoiselle Marie- Louiſe
Auget , née le 27. Mars 1728. fille unique de Jean-
Baptifte Robert Auget , Seigneur Baron de Monthion
, Joffigny , Minerval & Chambry , Maître
ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris ; &
de défunte D. Catherine-Marie- Françoiſe Surisey
de S. Remy fa premiere femme , morte le 28 .
Avril 1728. âgée de 18. à 19. ans .
On s'eft trompé dans le Mercure de Septembre
dernier , à l'article du mariage de la Demoiſelle
Cochin avec M. Michel de Montpefat , Confeiller
au Grand Confeil , pag. 2124. en la difant
fille de la premiere femme de M. Cochin , au
lieu qu'elle eft fille de Jeanne-Helene Renard , fa
feconde femme , & que cette nouvelle mariée n'est
née que le 27. Juin 1723 .
DISCOURS
DECEMBRE . 1740. 2759
DISCOURS prononcé par M. l'Evêque,
Comte de Valence , dans l'Eglife de l'Abbaye
des Religieufes de Soyon , le 16. Octobre
1740. en béniffant le Mariage M. le Comte
de Maugiron & de Mlle de Saffenage.
(
E Mariage des Chrétiens n'eft pas une alliance
Lprofane , ni un contrat purement civil ,ce n'cit
•
pas même une fimple cérémonie de religion ; c'eft
une focieté ordonnée de Dieu , à laquelle l'Apôtre
donne le nom augufte de grand Sacrement &
qui étant la figure de l'union de JESUS - CHRIST avec
fon Eglife , en doit être auffi l'expreffion & l'image
la plus parfaite .
Élevez -vous donc aujourd'hui au deffus des fens
pour ne vous occuper que des graces que l'Eglife
vous préfente , & qui vous vont devenir fi néceffaires
pour fan&ifier les douceurs & les peines in-
Séparables de l'état que vous embraffez.
Les agrémens de la jeuneffe , les charmes de la
beauté , font de foibles avantages : La naiffance la
plus illuftre cette chaîne d'alliances par où l'on
tient à ce qu'il y a de plus grand ; ces diftinctions
flateules & prématurées qui fement de fleurs tous
les pas que l'on fait dans les routes hazardeufes de
la fortune font auffi , bien de chofe aux yeux
de la Foi qui ne connoît rien de grand , que la
qualité d'enfant de Dieu , & de coheritier de Ja-
SUS-CHRIST .
peu
2
Reconnoiffez , Monfieur , que fi ce qui brille le
plus aux yeux des hommes dans les établiffemens
peut venir des parens & de la tendreffe généreufe
d'un oncle qui vous tient lieu de per. une jeune
épouſe élevée dans la crainte du Seigneur , qui
>
compte
122776600 MERCURE DE FRANCE
compte parmi fes Ancêtres des Saints dans le Ciel ,
& des Héros fur la terre , eft un don de Dieu ,
qui mérite toute votre reconnoiffance .
Les profanes vous aprendront qu'elle eft formée
par les mains des graces , nous vous difons qu'elle
eft inftruite & cultivée par celles de la vertu , aimezla
d'un amour tendre , d'un amour refpectueux ,
d'un amour chrétien .
Qu'elle foit toûjours à votre égard ce que la fageffe
ne fut que pour un tems à l'égard de Salomon ,
l'objet de toutes vos complaifances .
:
J'ai aimé la fag effe s'écrioit ce Prince du fein de
fes profpérités Paffionné pour elle , j'ai recherché
fon alliance : Je me fuis propofé de vivre avec
elle dans une douce focieté : Je cherchois dans la
douceur de fes entretiens , le calme à mes ennuis ,
& à l'agitation de mes peines . A
Mais plus heureux que ce Roy d'Ifraël , ayez , M.
la gloire d'une noble & conftante fidélité : Que la
fageffe & votre époufe faffent les délices de votre
coeur Soyez tout entier à l'une & à l'autre : Vous
ne trouverez rien qui foit plus digne de vous .
Pour vous , Mlle , qui foumife à la voix de ceux
qui vous ont donné le jour allez fuivre la vocation
du Ciel en acceptant un jeune Epoux , plus épris de
Vos vertus que de vos charmes , hâtez -vous de
faire defcendre fur lui toutes les bénédictions dont
vous êtes dans les deffeins de la Providence le gage
le plus précieux .
Devenue par la grace & la force du Sacrement,
la reffource & toute l'efpérance de fa Maifon, foyezen
toujours la confolation & la gloire . Vous y
trouvez la meilleure amie dans la plus tendre & la
plus refpectable de toutes les Meres : Formez-vous
fur fon coeur & fur fes vertus . Il est bien doux de
pouvoir imiter ce que l'on aime . Avec des fentimens
DECEMBRE. 1740 2761
mens & de la docilité , une perfonne de votre fang
& de votre âge , devient bien tôt tout ce qu'elle
doit être.
Perfuadés que vous êtes l'un & l'autre dans ces
difpofitions , nous allons recevoir vos promeffe's ,
& les fceller du fceau redoutable de la Religion .
Dieu en va être le témoin ; faites enforte par votre
fidélité à les remplir , qu'il n'en foit pas un jour le
vengeur.
Puiffent des feux fi purs , que tant d'heureuſes
qualités vont allumer dans vos ames , ne s'éteindre
jamais ; mais conferver toujours avec l'ardeur qui
les anime , toute l'innocence de la vertu qui les
accompagne !
Vivez , & que vos jours coulent dans les profpérités
& dans l'innocence . Que la paix foit avec
vous . Croiffez & multipliez fur la terre : Vos noms
ne fçauroient trop s'y répandre. Que d'années en
années Dieu comblant vos voeux par une heureufe
fécondité , qui eft la récompenfe de ceux qui
le craignent , vous donne des héritiers dont vous
formiez à votre tour l'enfance & la jeuneffe par vos
foins & par vos exemples , & qui tranfmettent la
gloire de vos Ancêtres dans la poſtérité la plus zesulée
! Ainfi foit -il.
ARREST
1762 MERCURE DE FRANCE
ARREST NOTABLE, & c .
EDent
DIT DU ROY , portant Création de Six
cent mille livres de Rentes viageres fur l'Hôtel
de Ville de Paris . Donné à Versailles au mois de
Novembre 1740. Regiftré en Parlement le 13. du
même mois , dont la teneur fuit .
Louis , par la Grace de Dieu , Roy de France & c.
Le feu Roy notre très - honoré Seigneur & Bifayeul ,
de glorieufe mémoire , auroit par deux de fes Edits .
des mois d'Aouft 1693. & Juillet 1698. créé un
Million de livres de Rentcs viageres fur l'Hôtel de
notre bonne Ville de Paris , diftinguées par Claffes
& à differens deniers , plus ou moins avantageux à
proportion de l'inégalité des âges : Ces Rentes.
ayant été alors acquifes en deniers comptans, le feu
Roy ordonna par l'Article VII . de fon Edit du
mo's de Decembre 1713. qu'il ne feroit rien innové
à leur égard , enforte que depuis qu'elles ont
été conftituées , jufqu'à prefent , elles n'ont fouffert
aucune alteration. Comme il ne reste plus de ce
Million , qu'environ Trente mille livres de rentes
& que plufieurs particuliers ont paru fouhaiter depuis
quelques années , qu'il Nous plût de leur procurer
un pareil moyen de rendre leur fubfiftance
plus commode pendant le refte de leur vie . Nous
avons réfolu de créer Six cent mille livres de ces
Rentes , d'autant mieux que, fans charger nos peuples
de nouvelles impofitions, Nous trouverons parlà
de quoi fournir à quelques dépenses extraordinaires
que Nous avons été obligés de faire . A ces
Caufes &c. Nous avons par notre prefent Edit perpetuel
& irrévocable , dit , ftatué & ordonné , difons,
DECEMBRE. 1740 2763
fons ,ftatuons & ordonnons , voulons & Nous plaît.
ART. 1. Que par les Commiffaires de notre
Confeil , qui feront par Nous députés , il foit vendu
& aliené à nos chers & bien amés les Prevôt des
Marchands & Echevins de notre bonne Ville de
Paris , Six cent mille livres actuelles & effectives de
rentes viageres , à prendre fur tous les deniers provenans
de nos Droits d'Aydes & Gabelles , & Cinq
Groffes Fermes , lefquels Nous affectons , obligeons
& hypothequons par préférence à la partie de notre
Tréfor Royal , au payement des arrerages desdites
Rentes.
II. Les conftitutions particulieres defdites Rentes,
qui ne pourront être moindres de Cinquante livres
de jouiffance actuelle , feront faites par leídits Prea
vôt des Marchands & Echevins , à ceux qui en auront
porté les Capitaux en notre Tréfor Royal
pour en jouir , foit fur leur tête , foit fur celle de
toutes autres perfonnes que bon leur femblera ; &
les Contracts feront paffez pardevant tels Notaires
que les Acquereurs voudront choifir , qui feront tenus
de leur délivrer lefdits Contrats fans frais , &
auxquels il fera par Nous pourvû de falaire raifonnable
.
III. Il fera fait fept Claffes differentes defdites
Rentes Viageres , fuivant la difference des âges des
Rentiers La premiere , de Quarante mille livres de
Rente , depuis la naiſſance juſqu'à trente ans accomplis
, dont les arrerages feront payés à raison du
Denier quatorze : La deuxième , de Soixante- dix
mille livres , depuis trente ans jufqu'à quarante , à
ૐ
raifon du Denier douze : La troifiéme , de Quatrevingt-
dix mille livres , depuis quarante ans jufqu'à
cinquante , à raifon du Denier onze : La quatrième,
de Deux cent mille livres , depuis cinquante ans
jufqu'à foixante , à raison du Denier dix : La cinquiéme
724 MERCURE DE FRANCÉ
quiéme , de Quatre- vingt- dix mille livres , depuis
foixante ans jufqu'à foixante-cinq , à raifon du
Denier neuf : La fixiéme , de Soixante - dix mille
livres , depuis foixante- cinq ans jufqu'à foixantedix
, à raifon du Denier huit : Et la feptième , de
Quarante mille livres , depuis foixante-dix ans &
& au- deffus , à raifon du Denier fept ; & à cet effet ,
ceux qui acquerreront defdites Rentes, feront tenus
de juftifier leur âge par des Extraits- Baptiftaires ou
autres actes équipolens , fuivant & conformément à
ce qui a été prefcrit ci- devant en pareil cas.
IV. S'il arrivoit que quelqu'un des Acquereurs
defdites Rentes , fur un faux Certificat , ou par une
fuppofition de nom , fe fit comprendre dans une
Claffe plus avancée en âge que celle où il doit être,
Voulons que la Rente demeure éteinte & fupprimée
, & qu'il foit condamné en Six mille livres d'anende
, apliquable un tiers au dénonciateur , & les
deux autres tiers à notre profit , même qu'il foit
procedé contre lui comme fauffaire , fuivant la rigueur
des Ordonnances , fans qu'il puiffe être réta
bli , fous quelque prétexte qué ce foit : Permettons
néanmoins aux Rentiers , de faire réformer , lors de
la paffation des Contracts , les erreurs qui pourroient
s'être ghiffées à ce sujet dans les Quittances qui leur
feront délivrées par le Garde de notre , Tréfor
Royal.
>
V. Les Acquereurs defdites Rentes recevront les
arrerages des trois mois du quartier courant en
quelque tems d'icelui qu'ils acquierent , dont la dépenfe
fera paffée & allouée fans difficulté , dans les
Comptes des Payeurs : Et feront lefdits arrerages
payés jufqu'au jour du décès de chacun des Rentiers ,
après quoi lefdites Rentes demeureront éteintes à
notre profit ; mais les arrerages jufqu'au jour du decès
, apartiendront à leurs Veuves , Héritiers ou
ayant
DECEM BRE . 1740. 2766
"
yant caufe , & leur feront payés fans difficulté.
VI . Les Etrangers non naturalisés , même ceux qui
feront demeurans hors notre Royaume Pays ,
Terres & Seigneuries de notre obéiffance , pourront
acquerir & poffeder les Rentes viageres créécs par
le prefent Edit , ainfi que nos propres Sujets ; & ils
en jouiront avec tous les Privileges qui leur ont été
accordés pour les autres Rentes dudit Hôtel de
Ville , par l'Edit du mois de Decembre 1674. &
autres fubfequens.
les ar
VII. Et pour d'autant plus favorifer les Acquereurs
defdites Rentes viageres , Voulons que
rérages , à quelques fommes qu'ils puiffent mouter,
ne puiffent être faifis fous quelque prétexte que ce
foit , pas même pour nos propres affaires ; & en
outre , que les Rentes qui feront acquifes par les
Etrangers , foient exemptes de toutes Lettres de
marque & de reprélailles , pour quelque caufe que
ce foit.
VIII Voulons au furplus , que les arrérages
defdites Rentes viageres foient payés par les
Payeurs des Rentes dudit Hôtel de Ville , de fix en
fix mois , en la même forme et maniere que les autres
Rentes viageres , et conformément aux differens
Reglemens qui ont été faits pour la police def
dites Rentes , et notamment par notre Déclaration
du 27. Decembre 1727. et par l'Arreſt rendu en
notre Confeil le 23. Avril 1737. &C,
Z
Le second Volume eft actuellement fous preffe
paroîtra inceffamment , dans lequel jeront
insérées les Piéces qui n'ont pù trouver place
dans le courant de l'année, avec la Table Gé
nerale.
Ji
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le premier Volume du Mercure de France dis
mois de Decembre , & j'ai crû qu'on pouvoit en per
mettre l'impression. A Paris , le premier Janvier
1741 .
HARDIO N.
TABLE.
PIECES FUGITIVES. Priere du Prophete
Habacuc , 2555-
Refléxions de M de Villemont , Auteur Moderne
.
La Pareffe , Ode,
2562
2579
Conciliation de deux Paffages de Ciceron & d'Hirtius
,
Traduction d'une Elegie de Tibule ,
Lettre de M. Maillart à M. Secoufſe ,
2583
2605
2606
Epithalame fur le Mariage de Mlle le Pelletier ,
2609
Envoi de M. de Signy , frere de la Mariée , 2613
Chanfon ,
Plaidoyers du College des Jéfuites ,
2614
2615
Eglogue
Eglogue Simpofiaque , 2647
De l'origine & de l'utilité des Chanfons , Vaudevilles
,
2645
Imitation de l'Ode XI . d'Horace , 2662
Differtation fur les Oifeaux de Paffage ? 2663
Eloge du féjour champêtre , 2669
Lettre de M. de L. R. fur l'Hiftoire de l'Académic
des Inscriptions & Belles- Lettres ,
2671
2687
Enigme , Logogryphes , & c .
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c. Nouvelle Bibliotheque Litteraire , Janvier
- & c.
Reflexions Hiftoriques & Politiques ,
Traité fur les Démoniaques ,
2691
ibid.
ibid.
Amuſemens des Bains de Bade > 2692
Nouvelle Bibliotheque , &c. Fevrier , ibid.
Hiftoire de Pierre d'Aubuffon , 2693
Amuſemens Litteraires , ibid.
Bibliotheque de Campagne , ibid.
Les Epitres & le Panégyrique de Pline le jeune, 2693
Traité de l'Eau commune ,
Chronologie de l'Hiftoire Sainte ,
2694
ibid.
Defcription des Fêtes données par la Ville de Paris,
à l'occafion de Madame de France ,
Médaillons Antiques d'or , d'argent, & c .
2695
ibid.
Hiftoire Romaine depuis la Fondation deRome, 2696
Mémoire pour fervir à l'Hift. des Infectes , ibid.
Traduction Italienne de l'Hift . ancienne, &c. 2697
Mémoires du Duc de Wirtemberg ,
L'Accord de la Grace & de la Liberté ,
ibid.
ibid.
La Religion Proteftante convaincue de faux , ibid.
Livres nouveaux 2699
Le Cuifinier Gaſcon , 2701
Quvres de Boileau Defpreaux , 2702
Académie des Sciences & Belles- Lettres ,
2705
College Royal , 2708
Eftampes nouvelles , 2709
Yers
Vers à M. Chardín ,
2710
,
Militaire de France , & c .
M. de Geroncoli , Profeffeur de Langues ,
Chanson notée , Noel , &c .
Spectacles. Comédie de Joconde ,
Fête donnée à Luneville , à la Reine de Pologne
Allemagne , Efpagne , Naples , Italie , &c.
Nouvelles Etrangeres , Turquie & Ruffie ,
Genes & Isle de Corse , & c .
Florence & Grande- Bretagne ,
Morr des Pays Etrangers
Morts, Naiffance & Mariages ,
2712
2716
2719
ibid.
2728
2729
2734
2740
2741
2746
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 2747
2752
Difcours au fujet du Mariage de M. de Maugiron
& de Mlle de Şaffenage ,
Arrêt Notable ,
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
2759
2762
Age 2574. ligne 10. néceſſaires , lisez, néceſſaire.
P. 2617. 1. 11. cinquéme , l . cinquième.
P. 2638. 1. premiere , rroifiéme , 1. troifiéme .
P. 2647. 1. derniere & avant derniere , nâqui,
l. naquit.
P. 2664. 1. 4. fon , l. le.
P. 2666. 1. 2. Linots , . Linotes.
P. 2669. 1. 8. Séjonr ; l . Séjour .
P. 2685. 1. penultiéme , le , l. les.
P. 2698. 1. 7. LX. lisez , XL,
P. 2716. 1. 10. & 1 1. relié , l. reliée .
La Chanson notée doit regarderala page 2719
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
DECEMBRE . 1740 .
SECOND VOLUME.
CURICOLLIGITI
SPARGIT
Chés
Papillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy,
AVIS.
•
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervirde cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Morcau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. Sois.
MERCURE
DE FRANCE ,.
DÉDIÉ AV ROT
DECEMBRE . 1740.
*********************
PIECES
1
FUGITIVES ;
en Vers et en Prose.
+
IMITATION des Vers Latins inferés
dans le I. Vol. du Mercure de Juin dernier
, pag. 1180. Sur les Pluyes du mois de
Mai.
H
ELAS ! de quels forfaits fi noirs , fi
déteftables ,
Envers le Ciel vengeur fommes-nous
donc coupables ?
O Mois , qui fus jadis le Pere du beau temps ,
Cher Mois où le Soleil fertilifoit nos champs ,
II. Vol. A ij Mois
2770 MERCURE DE FRANCE
Mois où régnoit Zephire , où nous enchantoit Flore,
Par fes dons enrichis des larmes de l'Aurore ;
Où l'air retentifloit du doux chant des Oiseaux
Où les Arbres s'ornoient de feüillages nouveaux ;
Jadis du Siécle d'or image fortunée ,
Mais , quel trifte fpectacle offre-tu cette année
Une fatale Pluye abreuvant nos Guerets ,
A la fterilité vient condamner Cerès..
En vain la Terre afpire aux fécondes careffes ,
Du Soleil qui languit fous des ombres épaiſſes .
Brillante Flore, & toi , Zéphire , fon tendre Epoux,
Quel Pays trop heureux hélas ! habitez - vous ?
Ici le fier Borée attriftant la Nature ,
Souffle encor tous les jours la piçquante froidure.
La confternation des habitans de l'Air
Les rend auffi muets qu'au plus fort de l'Hyver.
O Mai , n'es- tu venu que pour priver l'Automne
Et des dons de Baccus , & des dons de Pomone ?
Froides nuits , jours obfcurs , nuages pluvieux ,
Néges , glaces , frimats , Aquilons furieux ,
Dans ce Mois défiré devions- nous vous attendre ?
Sont- ce là les Concerts que nous devions entendre?
Quoi ! de Lait & de Vin font- ce là les Ruiffeaux ,
Dont l'espoir enchanteur animoit nos travaux ?
Quoi ! font-ce là les fruits dont les pures délices
Devoient être le prix de nos durs exercices ?
Vous donc, Côteaux , jadis fi charmans à mes yeux,
Bois ,
DECEMBRE. 1740. 2771
Bois, Prés , Sillons , Fruitiers , recevez mes Adieux .
Objets de ma douleur , je n'ai pas le courage
De vous confiderer un feul jour d'avantage.
F...
SUITE des Obfervations Critiques de
M. COCQUARD , Avocat au Parlement de
Dijon , concernant fon Hiſtoire de la Vie
& des Ouvrages de Timanthe , Peintre
Grec.
C
L'Ajax outré de colere , &c .
E n'eft pas feulement au fujet du Concurrent
de Timanthe , que quelques
Auteurs modernes fe font mépris ; on a encore
fait plus d'une équivoque fur les fujets
que ces deux Rivaux avoient choifi pour fe
difputer le prix de la Peinture , & fur les fuites
de leur difpute.
Parrhafius , fuivant le langage de Félibien
(1) , ayant fait un Tableau d'Ajax , Timanthe
le furpaffa par un autre Ouvrage qu'il fit :
. Ce qui nous fait comprendre que l'Ouvrage
de Timanthe rouloit fur un autre fujet que
celui du Tableau de Parrhafius , quoique
Pline ( 2) nous aprenne que ces deux Pein
(1) Entret. 1. sur la Vie & les Ouvrages des Peintres.
(2 ) Hift Nat. 1. 35.
\
. C. 10 .
A iij tres
2772 MERCURE DE FRANCE
tres exercerent leur pinceau fur le même point
d'Hiftoire. Superaius à Timanthe Sami in
Ajace armorumque judicio . C'est ce que raporte
en termes plus clairs l'un des bons
Commentateurs de Valere - Maxime ( 1 ) :
Timanthem intelligit. Is Ajdcem armorumque
judicium pinxit : Et plus precisément encore
Elien ( 2 ) , en disant que le sujet dont les
deux Peintres avoient fait choix , étoit Ajax
disputant contre Uliffe : Propofitum autem
quod in manu fumpferant , erat Ajax dimi
cans cum Ulyffe. Il y a souvent plus de difficulté
, & toujours plus d'honneur à triompher
d'un concurrent par un Ouvrage fur un
même sujet , que par un autre de notre pure
imagination & de notre propre goût. On eft
plus gêné dans l'un , on eft plus libre dans
l'autre . Au premier cas , les armes sont éga
les au fecond , elles peuvent ne l'être pas.
C'eft le scul talent des contendans , qui décide
de la victoire ,& le mérite du vaincu releve
alors la gloire du vainqueur.
Du Pinet a fait une autre équivoqué sur ce
même passage de Pline : Superatus à Timanthe
Sami in Ajace armorumque judicio , en le
rendant en ces termes : Timanthe le vainquit
en un Ajax , & même au jugement des Armes
en l'Ile de Samos. Ne semble- t- il pas que ce
(1 ) Chriftoph. Colerus , Animad. in Valer. Max.
1. 8. c . 11. (2 ) De Variâ. Hift. l . 9. 6. 12.
Tra
DECEMBR Ë. 1740. 1740. *
que
où
2773
Traducteur ait voulu nous faire entendre
Timanthe surpassa son Rival par deux Tableaux
diférens , ou que ces Peintres eurent
auffi ensemble une querelle qui se décida
par le sort des armes ? Et ce qui engage
le penser de la sorte , c'eft l'adverbe même
qu'il a plû à du Pinet d'ajoûter de fon chef ,
car il ne se rencontre pas dans le Latin ,
il eft dit fimplement in Ajace armorumque
judicio expreffions concises qui n'offrent
d'autre sens à l'esprit que celui que j'ai un
peu étendu en parlant des deux Tableaux
représentant Ajax outré de colere contre les
Grecs , de ce qu'ils avoient ajugé les Armes
Achille à Ulyffe. C'eft ainfi que M. Rollin
(1 ) , dont l'autorité eft d'un fi grand poids ,
a exprimé en notre Langue le Passage de
Pline : à quoi l'on peut ajoûter une Note du
P. Hardouin ( 2) , où il dit que le Tableau
de Timanthe représentoit Ajax & Ulyffe qui
se disputoient les Armes d'Achille , in tabula
que Ajacis & Vlyffis contentionem exhiberet
de Achillis armis: Ce qui eft apuyé par les
paffages d'Elien & du Commentateur de
Valere - Maxime , que j'ai raportés plus haut..
Ces observations contribuent à faire sentir
toute la force & l'énergie de la fanfaronade
de Parrhafius , qui dans le fond , piqué du
彜
( 1 ) Hift . Ancienne, Tom. x1.1.2 . c.5 . art. 2. verbe
Parrhafius. ( 2 ) En fon Com . fur Pline. 1. 35.c. 10 .
A iiij jugement
2774 MERCURE DE FRANCE
jugement des Spectateurs qui avoient préféré
à fon Tableau celui de Timánthe , dit à ses
Amis , suivant Athenée ( 1 ) , quod ipse parùm
curaret , at 'cum Ajace condolefcerent , qui ite
Tum vincendus fit : & suivant Pline ( 2 ) , Heroïs
nomine ſe moleftè ferre dicebat , quod iterum
ab indigno victus effet : & suivant Elien
(3 ) , fe quidem parvi pendere victoriam ; condoleret
potiusfilio Telamonis qui in eadem re bis
jam adverfario fuiffet inferior : Pensée ingénieuse
queFel.bien ( 4 ) n'a nullement renduë,
en parlant de l'Ajax de Parrhafius , s'étant
contenté de raconter froidement que le vain .
cu dit , que fon plus grand déplaifir étoit que
fon Ajax fut furmonté par un homme indigne
de remporter cette gloire ; tandis qu'il faut
traduire avec M. Rollin ( s ) : Voyez mon Héros
! fon fort me touche encore plus que
propre. Il eft vaincu une feconde fois par un
homme qui ne le vant pas. Quelle difference !
Sur le facrifice d'Iphigenie .
le mien
La premiére remarque que j'ai à faire à
l'occafion de ce Tableau qui fit remporter un
autre prix à Timanthe , regarde le concurrent
( 1 ) Traduct. de Noël le Comte , 1. x11 . c. 11 .
(2 ) Hift. Nat. 1. 35. c. 10. (3 ) De variâ Hift . 1. 9. l.
C. 17. (4) Entret . 1. fur la Vie & les Ouvr . des .
Peintres. (5 ) Hift. anc. To. xx . l . 2. c. 6. art. 2 .
Verbo Parrhafius.
da
DECEMBRE. 1740. 2775
de ce Peintre. J'ai dit dans mon premier discours
, que ce fut Colotès ou Colos , fameux
Peintre de Teïos , Ville d'Ionie . Voici le Passage
de Quintilien (1 ) qui m'a fourni cette
circonftance de fait : Timanthes ... in eâ tabulâ
quâ Colotem Teium vicit &c. Comme cet
Auteur n'a parlé du concurrent de Timanthr
qu'à l'accusatif, Colotem , nos Modernes ont
varié fur le point de sçavoir fi le Nominatif
étoit en Grec & en Latin , & doit être par
conféquent en François Calotès ou Colos
Francifcus Junius ( 2 ) a écrit au Nominatif
Latin , Colotès : & M. l'Abbé Gédoyn ( 3 ) .
dont la plume eft fi élegante , en traduifant
le Paffage de Quintilien , a dit en Françoi
Colos. M. Caritidès n'auroit pas été incertain
sur le choix , lui qui difoit au sujet des noms
propres d'homme
,
» Ceux qu'on habille'en Grec ont bien meilleure *
"mine ,
» Et pour en avoir un qui fe termine en ès ,
» Je me fais apeller Monfieur Caritidès ( 4) ..
Duffai-je paffer dans l'esprit du Lecteur
pour un autre Caritidès , j'avouë que je pré-
( 1 ) Inftit. de l'Orat . l . 2. c. 13. ( 2 ) En fon Catalog.
des Peintres anciens, verbo Colorés. ( 3 ) Not
marginale de la Trad . de l'Inftit , de l'Orat. de Quintilien
, 1. 2. c . 13. (4 ) Moliere , dans les Fâcheur
Act . 3. Sc. 2.
A v fere
2776 MERCURE DE FRANCE:
fere le fentiment de Francifcus Junius à celui
de M.I'Abbé Gedoyn , & que Colotès eft plus
de mon goût que Colos,ne fût- ce que par une
raison semblable à celle de M. Caritidès même,
qui eft que les noms propres d'homme ont
plûtôt en Grec une terminaison en ès qu'en
os: fi l'on ajoute à cela qu'il y a eu plus d'un
perfonnage apellé Colotès , témoin celui qui
Difciple & Ami d'Epicure , avoit dédié au
Roy Prolomée un Livre intitulé : Que ce
n'eft point vivre que de vivre fuivant les opinions
des autres Philofophes ( 1 ).
La seconde remarque concerne le tems où
le Tableau de Timanthe exiftoit encore.
J'ai osé avancer qu'il étoit à Rome du tems
d'Augufte , & je me suis fondé sur ce paffage
du Poëme de l'Etna ( 2) :
Quin etiam Grajafixos tenuere tabella ;
Signave ; nunc etiam rorantes arte capilli ;
Sub truce nunc parvi ludentes Cholchide nati į
Nunc tristes circa fubjecta altaria cerva,
Velatufque pater , nunc gloria viva Myronis ,
Quin etiam illa manus operùm turbaque morantur!
» Les Statues & les Tableaux des Peintres
de la Grece charment encore nos regards.
(1 ) Diogene Laërce , en la Vie d'Epicure , Plu
tarque en fon Traité contre l'Epicurien Colotès..
(2) Vers 589. & ſuiv,
» Ici }
DECEMBR E. 1740 2777
Ici , l'Art nous représente Venus sortant
» de l'Onde. Là, de petits Enfans , qui jouënt
» sous le glaive fatal de Médée : C'eft tantôt
Agamemnon le visage couvert d'un voi-
»le , & tous les Généraux de l'Armée des
» Grecs , accablés de trifteffe devant l'Autel
» de Diane , avant que la Biche eût été envoyée
nous admirons enfin la Vache de
Myron , qu'on avoit dit être vivante
qui lui acquit tant de gloire. Non- seule-
»ment la beauté, des Ouvrages de cette es-
» pece , mais encore le nombre arrête les
❞ yeux des Spectateurs. «
"
" &
Je me fers ici de la Traduction de M. de
Serionne ( 1 ) , qui dans une note fur ces
mots :
Nunc trifles circafubje & a altaria cerva ;
Velatufque Pater .
a raifon , ce me semble , de ne douter pas
que le Poëte n'ait entendu parler du Tableau
de notre Timanthe . Or puisque ce Poëte a
vanté ce chef- d'oeuvre comme exiftant de
fes jours , il s'enfuit qu'il se voyoit encore à
Rome du tems d'Augufte , soit qu'on doive
attribuer le Poëme de l'Etna à Virgile , comme
quelques - uns l'ont crû , foit qu'on aime
mieux l'attribuer à Cornelius Severus , com-
(1) A Paris , chés Chaubert & Cloufier , 1736.
A vj
me
2778 MERCURE DE FRANCE
me font plufieurs autres ( 1 ) avec plus de fondement
; ces deux Poëtes ayant tous deux
vêcu à Rome fous le même Empereur ( 2 )
Les autres remarques vont rouler fur les
personnages reprefentés dans le Tableau de
Timanthe .
Le R. P. Marfy , Jefuite , en a parlé en
ces termes dans son excellent Poënie Latin
sur la Peinture ( 3 ) :
Sape etiam extremos quarentem effingere motus
Deficit ars , genioque negat pigmenta rebellis.
Hinc mutanda via eft . Pictorem imitare Pelafgum,
Qui pavidam Atrida natam dum fifteret aris
'Mærentes inter proceres , Patruumque , Patremque ,
Defperans tantos pingendo attingere luctus ,
Occuluit velo vultus prudente paternos ,
Et tacuit folers qua reddere tela negabat .
Suivant ce Poëte , Timanthe avoit peint
Iphigenie craintive auprès de l'Autel :
Qui pavidam Atrida natam dum fifteret aris ,
Mais cette idée ne s'accorde pas avec celle
que nous donne M. de Piles (4) , lorsqu'il •
-
> 4 •
de
( 1 ) V. Senec. Fil. in Ep . 79. Voffius , de Poët.
Lat . Et Girald , de Poët . Hift . Dial . 4. ( 2 ) Ovide a
adreffé à Cornelius Severus l'Eleg. 2. 1.
Ponto. ( 3 ) V. le Pour & Contre , tom . 9. nombre
CXXII. (4) Abregé de la Vie des Peintres , 1. 2 .
verbo Timanthe.
dit
DECEMBRE. 1740. 2779
dit que cette jeune Fille paroiffoit à l'Autel
d'une beauté furprenante , fembloit volon
tairement dévouée à fa Patrie ; ce qui fupofe
qu'elle attendoit le coup mortel avec conftance
& non avec crainte. J'ai dans mon premier
discours , d'autant plus volontiers fuivi
le paffage de M. de Piles ,qu'il m'a paru fondé
fur quelques Vers d'Euripide , lequel , au jugement
de plus d'un Critique ( 1 ) , avoit déja
fourni à Timanthe l'idée du voile que ce
Peintre jetta sur les yeux d'Agamemnon. O
mon Pere ! dit Iphigenie dans Euripide ( 2 ) ,
au moment même qu'on la menoit au Lieu
deſtiné pour son Sacrifice , ô mon Pere ! me
voici auprès de vous ; mais ce n'eft point à def
fein de chercher un aZile contre ceux qui me
conduisent à l'Autel de Diane pour y être immolée
: non puifque l'Oracle demande mon
Jang , je me dévoue moi-même volontairement à
ma Patrie & à toute la Grece. Puiffiez - vous
jouir tous d'un heureux fort ! Que la victoire
couronne votre noble entreprife , & vous procure
un glorieux retour en vòtre Patrie ! Quant
à moi , qu'aucun des Grecs ne m'aproche clandeftinement,
pour me tenir au moment que Cal
chas voudra fraper a victime car je vais
tendre ma tête an facré coûteau , avec courage
avec fermeté.
›
(1 ) Dalechamp & M. Rollin . (2 ) Iphig, en Au-
-lide , Act. V.
Auffi
278 MERCURE DE FRANCE.
Auffi Racine ; ce noble imitateur des Anciens
, a fort bien compris qu'en cette occafion
, la crainte , du moins à l'exterieur, eût
été indigne d'une Princeffe telle qu'Iphigenie
, puisqu'il lui fait dire par Agamemnon :
» Ma Fille , il faut céder , votre heure est arrivée,
» Songez bien dans quel rang vous êtes élevée .
» Je vous donne un confeil , qu'à peine je reçoi ;
» Du coup qui vous attend vous mourrez moins
que moi.
"Montrez en expirant de qui vous êtes née ,
❤Faites rougir ces Dieux qui vous ont condamnée;
» Allez ; & que les Grecs qui vont vous immoler ,
»Reconnoiffent mon fang en le voyant couler. (1 )
Iphigenie n'avoit pas attendu ce conſeil
pour donner des marques de sa fermeté
puisqu'elle avoit déja dit à Achille :
30
Vous voyez de quel oeil & comme indifferente,
» J'ai reçû de ma mort la nouvelle fanglante ; 93
Je n'en ai point pâli ( 2) ;
3
·
puifqu'elle avoit déja dit à fon Pere même :
» Ma vie eſt votre bien , vous voulez le reprendre,
Vos ordres fans détour pouvoient fe faire entendre
;
D'un oeil auffi content , d'un coeur auffi foûmis.
(1 ) Iphig. Act. 4. Sc. 4. ( 2 ) Ibid . Act. 3. Sc. 6.
Que
DECEMBRE. 1740. 278
Que j'acceptois l'Epoux que vous m'aviez promis,
» Je fçaurai s'il le faut , Victime obéiffante ,
» Tendre au fer de Calchas une tête innocente ,
» Et refpectant le coup , par vous - même ordonné ,
» Vous rendre tout le fang que vous m'avez
donné (1 ).
Si Iphigenie tâche enfuite d'attendrir Agamemnon
, ce n'eft point par la crainte de la
mort ; mais par d'autres confiderations :
Non, que la peur du coup dont je fuis menacée
» Me faffe rapeller votre bonté paffée 2
Ne craignez rien . Mon coeur de votre honneur ja
loux ,
Ne fera point rougir un Pere tel que vous,
» Et fi je n'avois eû que ma vie à défendre ,
» J'aurois fçû renfermer un fouvenir fi tendre (2).
Enfin fon coeur senfible à la gloire , lui dicte
ces genereux fentimens qu'elle exprimę à
Achille :
» Partez. A vos honneurs j'aporte trop d'obſtacles
»Vous-même dégagez la foi de vos Oracles ,
» Signalez ce Héros à la Grece promis ,
Tournez votre douleur contre vos Ennemis.
Déja Priam pâlit , Déja Troye en allarmes ,
(1 ) Ibid. Act . 4. Sc . 4. ( 2) Ibid,
Redoute
2782 MERCURE DE FRANCE
» Redoute mon bucher , & frémit de vos larmes,
» Allez , & dans ces murs vuides de Citoyens
" Faites pleurer ma mort aux Veuves desTroyens.
לכ
Je meurs dans cet efpoir fatisfaite & tranquille ;
ɔɔ Si je n'ai pas vécu la Compagne d'Achille ,
» J'efpere que du moins un heureux ayenir
A vos faits immortels joindra mon fouvenir ,
» Et qu'un jour mon trépas , fource de votre gloire,
❤ Ouvrira le récit d'une fi belle Hiſtoire ( 1 ).
Tant il eft vrai que le fang des Héros ne doit
point paroître fufceptible des foibleffes du
Vulgaire , & ne doit envifager que la gloire
qui fuit le facrifice qu'on fait à fa Patrie , fur
tout quand il fe trouve conforme à la volonté
celefte .
Je ne puis , au ſujet des Personnages du
Tableau de Timanthe , m'empêcher de
relever une autre faute , quoique legere , de
M. de Piles contre la pureté de notre Langue.
Les expreffions , dit- il ( 2 ) , qui paroissoient
fur le vifage du Frere & de l'Oncle de
cette Victime , faifoient juger de l'état douloureux
où pouvoit être le Pere . Cette phrafe ne
me paroît pas affés nette il y aa une amphibologie.
Il semble , ou que Menelas
dont M. de Piles a voulu parler fous ces
( 1 ) Ibid. Act . 5. Sc . 2. ( 2 ) Abregé de la vie des
Peintres , 1. 2. verbo Timanthe.
mots
DECEMBRE . 1740: 2783
mots , fur le vifage du Frère & de l'Oncle
de certeVictime , étoit tout à la fois & le Frere
& l'Oncle d'Iphigenie , ou que Timanthe
avoit peint Orefte , frere d'Iphigenie, avec
Menelas Oncle de cette Princeffe . Pour s'énoncer
plus nettement , il falloit dire : les
expreffions qui paroiffoient fur le visage du
Frere d'Agamemnon , ou bien : les expreffions ·
quiparoiffoient fur le visage de l'Oncle de la
Victime , ou tout fimplement : les expreſſions
qui paroiffoient fur le vifage de Menelas.
Quoique je n'ose qualifier du nom de faute
une omiffion qu'a faite M.Rollin ( 1 ) , en parlant
du même Tableau , je n'ai pas laiffé d'ê
tre un peu furpris que cet Ecrivain fi éclairé
fi judicieux , qui a voulu nous en donner
une grande idée , ait négligé de mettre au
rang des Perfonnages dépeints par Timanthe
, Ajax qui fembloit pouffer de grands
cris. Il eft vrai que M. Rollin s'eft contenté
de traduire fur ce fujet un paffage de Quintilien
, où Ajax ne fe trouve point compris ;
mais Valere- Maxime ( 2 ) a fait une expreffe .
mention de ce Héros dans cette gradation
de triſteffe , d'affliction & de defeſpoir , Cal
chanta triftem , moeftum Ulyffem , clamantem
Ajacem , lamentantem Menelaum , &c. Et il
faut convenir que ces cris d'Ajax , un des
(1 ) Hift. an. tom. xi . l . 2. ch . § . art. 2. verbo Timanthe.
( 2 ) L. 8. ch , x1 . 1. 6.
principaux
2784 MERCURE DE FRANCE
principaux Chefs de la Grece , devoient pro
duire un effet admirable , par la varieté qu'ils
jettoient dans le Tableau , qui en devenoit
d'ailleurs plus animé . Valere- Maxime qui a
vécu fous l'Empereur Augufte ( 1 ) , n'avoit
pas manqué de voir à Rome ce magnifique
Tableau , qui , comme je l'ai prouvé , y exifroit
encore du tems de cet Empereur ; ainſi
l'on peut dire que l'Hiftorien nous en a fait
la defcription d'après l'Original . M. de Piles
a auffi compté Ajax pour un des Perfonnages
du Tableau de Timanthe .
A propos de ce chef- d'oeuvre de Peinture ,
je crois qu'on ne me fçaura pas mauvais gré
de parler ici d'un autre Tableau d'un Peintre
moderne qui a repréſenté differemment
le Sacrifice d'Iphigenic , & qui pour s'être
trop écarté des idées du Peintre Grec , a fait,
felon moi , une faute confidérable.
,
Les Auteurs comme on fçait , ne s'accordent
pas tous , entre eux , fur les particularités
du Sacrifice d'Iphigenie, lequel n'étoit
peut-être qu'une imitation fabuleuſe de
celui de la Fille de Jephté ( 2 ).
Les uns ( 3 ) assûrent qu'on immola véri-
( 1 ) Ex Valer. Max. Vitâ , C. Mitalerio auctore.
(2 ) Louis Cappel , de Voto Jephte , Brown , Eſſai
fur les Erreurs Populaires , 1. 5. c. 14. M. Dacier
fur le 199. Vers de la Sat. 3. du 2. liv . d'Horace .
(3 ) Efchyle dans Agamemnon, Sophocle dans Electablement
DECEMBRE: 1740. 2785
tablement Iphigenie , & qu'elle mourut en
Aulide.Les autres ( 1 ) racontent que ſon ſang
n'y fut point répandu , & que Diane attendrie
l'enleva , à la faveur d'une nuë , & la
porta dans la Tauride , après avoir fubftitué
une Biche en fa place.
C'est à cette feconde Tradition fabuleufe
que s'eft attaché le Peintre moderne , pour
n'être pas un fimple copiſte du Peintre Grec.
Car dans le Tableau moderne , qui eft actuellement
à Dijon , chés un de mes Amisj
on voit au- deffus d'une nuë , Diane tenant
Iphigenie entre fes bras. Auprès de l'Autel ;
Calchas le fer en main , paroît extrêmement
furpris que la Victime ait échapé à fes coups .
Agamemnon & plufieurs autres Spectateurs,
faifis d'une certaine trifteffe mêlée de joye &
d'étonnement , fuivent de vue Iphigenie dans
les Airs ; & ce Roi femble d'une main, aver
tir Clytemneftre pâle , profternée & deses
perée , de lever au Ciel fes yeux mouillés de
pleurs , pour admirer une fi confolante merveille
.
Ce Tableau paroît d'un très bon goût , au
premier coup d'oeil ; mais la réflexion en diminue
un peu le prix. Car quoique Clytemneftre
y faffe un fort bel effet , le Peintre
›
tre , Lucrece , liv . 1. Horat. Sat. 3. 1. 2. & c .
(1 ) Euripide dans Iphig. en Tauride , Ovid . 1. 12.
de fes Metam. Cornelius Severius in Ætna .
moderne
1786 MERCURE DE FRANCE
moderne , quel qu'il foit , n'a pas dû la ren
dre prefente à l'Autel où fa Fille devoit être
immolée ; c'eſt une faute que Timanthe n'avoit
cu garde de commettre.
La fidelité de l'Hiftoire , ou l'exactitude
de la Fable dont il s'agit , répugne à l'idée du
Peintre moderne ; Clytemneftre n'accompa
gna point Iphigenie en Aulide , puisqu'Ulyffe
, Député des Grecs à Mycenes , fut obligé
de tromper adroitement la Mere pour
emmener la Fille ,
Mittor & ad Matrem , qua non hortanda, fed aftu
Decipienda fuit ,
dit Ulyffe lui-même dans Ovide ( 1 ).
En vain voudroit- on excufer le Peintre
fur ce paffage d'Horace ( 2 ) :
Piaribus atque Poëtis
Quidlibet audendi femper fuit aqua poteftas.
Cette prétendue permiffion accordée aux
Peintres & aux Poëtes de tout entreprendre
& de tout ofer , n'eft dans ce paffage Latin
qu'une pitoyable réponſe des méchans Poëtes
opofés au judicieux fentiment d'Horace,
qui prefcrit de ne bleffer jamais la vrai - femblance
, ou la verité ( 3 ) . Les Peintres ni les
( 1 ) Metam 1. 13.Vers 193. & Hygin . Fab. cclx r .
(z) Art Poët. ( 3 ) V. les Remarques de M. Dacier
Poëtes,
DECEMBRE. 1740: 2787
Poëtes , quelques grands que foient leurs
privileges , n'en doivent pas abufer , & de
tout tems ces privileges ont été furtout
renfermés dans les bornes de la bienséance .
>
Agamemnon , après une longue réſiſtance
à l'Oracle de Calchas , crut , quoiqu'en fuivant
de fauffes idées ( 1 ) , devoir le Sacrifice
de fa Fille aux Dieux qui l'exigeoient , & à
l'avantage de la Patrie : ce qui diminuë un
peu l'horreur de fa condefcendance aux defirs
des Grecs , qui ne pouvoient s'ouvrir que
par là un chemin vers Troye : & la conduite
de ce Roy Payen ne fort pas de la vrai-femnblance
. Mais comme la tendreffe des Meres
pour leurs Enfans eft infiniment plus grande
celle des Peres , ainfi que Clytemneſtre
le dit elle même dans Sophocle ( 2 ) , ç'eût
été une barbarie infigne & inexcufable de la
part d'Agamemnon , de fouffrir que cette
Reine vint repaître fans néceffité fes yeux de
l'horible fpectacle du Sacrifice fanglant de
fa Fille. Une telle tolerance eût été incroyable.
Ce qu'Agamemnon , Ulyffe & tous les
Grecs avoient pris tant de foin d'éviter , le
Peintre moderne ne l'a-t'il pas dû faire pareillement
, à l'exemple de Timanthe ?
que
-
fur l'Att Poët . d'Horace , n . 9. & fuiv.
(1) V. les Remarques du même , fur les 206. 207.
& 208. Vers de la 3. Sat. 1. 2. d'Horace. ( 2 ) Dans
Elecure , Act. 2. Sc. I.
Je
2788 MERCURE DE FRANCE
Je ne diffimulerai pas que Clytemnestre
dans une des plus belles Tragédies de M. de
Crébillon , dit à Electre , en parlant d'Agamemnon
lui -même ;
و د
Soufcris , fans murmurer , au fort qu'on te pré.
pare ,
» Et ceffe de gémir fur la mort d'un Barbare ,
ǝs Qui , s'il eût pû ,trouver un fecond Ilion
» T'auroit facrifiée à fon ambition .
>
Le Cruel qu'il étoit , bourreau de fa Famille ,
» Oſa bien à mes yeux faire égorger fa Fille ( 1 ) .
Mais ce paffage ne me paroît pas devoir être
ici tiré à conféquence ; car outre qu'on peut
penfer que ces mots à mes yeux ne font- là
qu'une expreffion hyperbolique , ils font
partie d'une fauffe excufe que Clytemneftre ,
femme diffimulée & méchante , dans la Piéce
de M. de Crébillon , comme dans l'Electre de
Sophocle , allegue pour tâcher de colorer &
l'affaffinat d'Agamemnon & fon fecond mariage
avec Egyfthe. En effet , Electre , quoique
retenue , dès fa tendre enfance , dans un
rude eſclavage , ayant été fecrettement informée
par quelques Amis , des circonſtances
du Sacrifice d'Iphigenie , & du meurtre
d'Agamemnon , fait- elle une réponſe qui en
excufant fon Pere , confond Clytemnestre :
(1) Electre , Act . 1. Sc..s .
» Tout
DECEMBRE. 1740. 2789
Tout cruel qu'il étoit , il étoit votre Epoux ,
S'il falloit l'en punir , Madame , était- ce à vous ?
» Si le Ciel , dont fur lui la rigueur fut extrême ,
Réduifit ce Héros à verfer ſon ſang même ,
» Du moins en fe privant d'un fang fi précieux ,
» Il ne le fit couler que pour l'offrir aux Dieux ;
» Mais vous , qui de ce fang immolez ce qui refte,
» Mere dénaturée & d'Electre & d'Oreste ,
» Ce n'est point à des Dieux jaloux de leurs Autels,
» Vous nous ſacrifiez au plus vil des Mortels.
On m'a objecté que comme Racine dans fon
Iphigenie fait arriver Clytemneftre au Port
d'Aulide , afin d'exciter de plus grands mouvemens
dans l'ame des Spectateurs , de même
le Peintre moderne a pû l'y conduire auffi ,
pour ajoûter un nouvel ornement à fon Tableau
, par le contrafte de la grande confternation
de cette Reine avec l'étonnement mêlé
de joye des autres Perfonnages , qui s'aperçoivent
les premiers que Diane dérobe
Iphigenie au fer de Calchas.
Mais il n'y a qu'à faire attention que fuivant
le plan de Racine , les Grecs ayant prétexté
le mariage de cette Princefle en Aulide
, à deffein de l'y attirer , il n'étoit pas hors
de vrai-femblance que Clytemneftre l'y accompagnât
; mais eût- il été vrai , ſemblable
que les Grecs, & furtout Agamemnon , euſlen
fouffet
$790 MERCURE DE FRANCE
fouffert la préſence d'une Mere à l'Autel même
où l'on vouloit immoler fa Fille Auffi
Racine en écarte t'il toujours conftamment
Clytemnestre . Tantôt Agamemnon lui infinue
qu'elle ne doit point y affifter , tantôt il
l'en prie , & le lui commande même en Maî
tre fouverain , tantôt il prend foin de placer
des Gardes pour lui en fermer tous les paffages
,en un mot ,
en un mot , elle ne fçauroit y aborder
(1).
Le Peintre moderne eft donc auffi blâmable
de s'être trop laiffé entraîner à ſon imagination
qui l'a égaré , que Timanthe mérite
d'être loué d'avoir été plus retenu , en ne donnant
aucune place à Clytemneftre dans fon
Tableau ; car il ne faut pas fe figurer que ce
Peintre Grec ne s'y détermina que parce que
fon génie s'étoit déja épuifé à peindre le défefpoir
de Menelas ; n'auroit- il pas pû fe tirer
d'affaire à l'égard de la Mere d'Iphigenie , en
la faifant tomber évanouie au pied de l'Autel
, comme il fit à l'égard du Pere en lui couyrant
la tête d'un voile ?
Si quid novifti rectius iftis ,
Candidus imperti;fi non his utere mecum.
>
( 1 ) Iphig. Act. 1. Sc. 5. Act . 3. Sc. 1. & 7, A &t . 5 .
Sc. 4 .
EPITRE
DECEMBRE . 1740: 2792
EPITRE
A M. le Marquis de Can*** , d'Avignon.
Esprit éclairé par les Dieux ,
Qui fus l'amour de ma Patrie ,
Quand , d'une cruelle furie
Tu vins pour arrêter les efforts odieux ;
Toi , qui fçais allier à la haute Naiſſance
Les fentimens , la complaifance
D'une douce affabilité ,
Et dont le coeur plein de bonté ,
Au fein même de l'opulence ,
Ne connoît point la vanité ;
Amateurs des beaux Arts Caumont , dont la
Science ,
>
A travers mille foins cherche la vérité
Et diffipant l'obfcurité
Des nuages de l'ignorance ,
Nous dévoile l'Antiquité ,
Reçois de ces Rimes legeres
Le tiffu préparé ſans fard .
;
C'eft inutilement qu'on a recours à l'Art ,
Dès qu'on trace du coeur les fentimens finceres ;
Puiffe ma Mufe dans fes feux ,
JI. Vel,
疊
A
792 MERCURE DE FRANCE
A ce feul fouhait fatisfaire !
De t'amufer , & de te plaire ,
C'est d'elle tout ce que je veux.
Par quel faux préjugé , dans le fiécle où nous fom
mes ,
Par quel étrange aveuglement ,
Esclaves de l'Erreur , eft - il encor des hommes ,
Qui méprifent des Dieux le Langage charmant į
Infipides Efprits , Tyrans impitoyables ,
D'un fçavoir lucratif faiſant ſeulement cas ,
Ils voudroient que leurs traits flétriffent les apas
Des Sciences toujours utiles , agréables ,
Fécondes en beautés , qu'ils ne connoiffent pas.
Mais vainement ces coeurs farouches
Font éclore à nos yeux des projets détestés ;
Du poifon qu'exhalent leurs bouches
Ils demeurent seuls infectés .
Victimes du dépit dont leur ame eft ſaiſie,
Leur effort est bientôt détruit ,
Et l'ombre de leur frenefie
S'envole , fe diffipe , & fuit
Devant le Dieu du Goût, dont la voix immortelle,
Malgré leurs cris bruians nous guide & nous
conduit.
,
Ainfi l'Aftre du jour par sa clarté nouvelle
Chaffe les ombres de la nuit.
Mufe que je chéris , adorable Mattreſſe ,
Toi , qui pares de fleurs les jours de mon Přine
rems , Comble
DECEMBRE,
2793 1740.
Comble mes Voeux , fois ma Déeffe
D'une innocente vie enchaîne les inftans.
A ta douceur enchantereffe .
Je livre pour jamais , je confacre mes ans
Tes charmes , de mon coeur, ont banni la trifteffe ;
Et les Plaifirs pour moi ceffent d'être inconftans.
Malgré nos foins , & notre envie ,
Plus rapide que le Zéphir
Le court efpace de la vie
Vole pour ne plus revenir.
De peines , de douceurs , également fuivie.
Tantôt la voix pour nous fait naître le plaifir¸·
Tantôt à mille foins lâchement affervie
Elle trompe notre défir.
De ce different affemblage.
Er de biens , & de maux , qu'elle vient nous offrir,
Chacun de nous doit faire uſage ;
Et c'eft , felon moi , le plus fage ,
Qui d'un bien , qu'un moment peut faire évanouir,
Sçait retirer tout l'avantage
Et qui fçait le mieux en jouïr.
De ce judicieux fiſtême
Je veux fuivre la douce voix ,
En goûtant le repos que j'aime ,
Dans l'étude dont j'ai fait choix .
Je préfere ce bien ſuprême
Aux Palais qu'habitent les Rois ;
Bij
2794 MERCURE DE FRANCE
Et les fauffes raifons , que d'une erreur extrêmę
On veut m'opofer quelquefois ,
A mes fens enchantés font un diffus Problême ;
Que je ne puis réfoudre , & dont je fuis les Loix
D'une douce Philofophie
Je favoure ainfi la douceur ,
Et c'eft elle à qui je confie
Et mon repos , & mon bonheur,
Vainement la mélancolie
Veut répandre fur moi fa mortelle vapeur j
Pour la bannir loin de mon coeur 2 .
Le plus fur antidote , eft un peu de folie.
Par M. B**, d'Aix ,
LETTRE de M. N.... à M. l'Abbé
Lebeuf, Chanoine & Sous - Chantre d'Au
xerre.
'Ai lû , Monfieur , avec beaucoup de
Jplaifir , votre troisième Iome de Differ
tations Hiftoriques , & en particulier celle
qui traite des anciennes Sepultures , où vous
avez répondu à une Note anonyme que je
fis mettre dans le Mercure du mois de Septembre
1738. pag. 2018. Au fujet de quelques
Cercueils de pierre qu'on trouva cette
année dans les fondations d'une Maiſon , fife
ruë
DECEMBRE . 1740 2795
rue des Amandiers' ; je n'avois ofé décider
que ce Lieu faifoit partie du Cimetiere de la
Bafilique de S. Pierre & S. Paul ; mais vous i
l'établiffez fi folidement que mes doutes font
entierement levés ; et comme je gagne toujours
à vous les propofer , je vous adreffe
encore ici quelques obfervations que j'ai faites
à l'occafion de ce que j'ai lû dans votre
fçavant Traité.
En parlant du Tombeau de Ste Creſcence,
p. 299. vous dites qu'il devoit être quelque
part vers la ruë de la Bucherie , mais il n'y a
guére d'aparence , felon vous , qu'il y ait
encore fous terre des tombeaux de Pierre dans
ce quartier- là , attendu qu'on y a beaucoup
bâti dans les derniers fiécles ; il y a cepene
dant encore quelques endroits de ce terrein ,
qui pourront un jour vous fournir matiere à
de nouvelles remarques fur les anciennes fépultures
, tels que le Jardin & les Cours des
Ecoles de Médecine,& même la plus grande
partie des Bâtimens , fous lefquels il n'y a
point de Caves ; on fera fans doute bientôt
obligé de foüiller ce terrein pour en réédi
fier les Bâtimens qui ont près de 300, ans
d'ancienneté. On pourroit auffi trouver de
ces anciennes Sepultures dans le terrein d'une
ancienne maifon qui étoit dans la même
ruë , du côté de la Riviere , près de l'Egoût
de la rue des Rats. Cette maifon fût démolie
B iij
il
?
1796 MERCURE DE FRANCE
il y a quelques années, à caufe de fa vetufté; il
n'y avoit point de caves & on n'en a pas foüil
lé le terrein. Le Tombeau de Ste Crefcence
pourroit bien être dans quelqu'un de ces
deux emplacemens, qui font près de laRiviere ,
de l'Eglife Cathédrale, & vers le bout Oriental
de la ruë de la Bucherie , cette pofition fe
raportant parfaitement à celle que vous don
nez au Tombeau dont nous parlons .
Vous dites , Monfieur , un peu plus bas ;
que dans le xii . fiècle , certains endroits de
la rue Garlande , dite par
adouciffement raë
Galande , étoient encore fi peu peuplés , que
les Juifs y avoient un de leurs Cimetieres ;
qu'il ne fera pas difficile de diftinguer leurs
Tombeaux de ceux des Chrétiens , y ayant
les exemples de ceux de la rue de la Harpe
où ils avoient un autre Cimetiere .
Cette Note me donne lieu d'obferver qu'ent
effet la rue Galande étoit anciennement
nommée Garlande , parce qu'elle, étoit con
tigue à la Terre ou FiefGarlande,qui apartenoit
aux Seigneurs de ce nom , lefquels
étoient des plus confidérables de leur tems.
Ce terrein fe nommoit auparavant le Clos-
Mauvoifin , furnom qu'on lui avoit , fans
doute , donné à caufe du yoifinage de la Riviere
qui pouvoit y caufer du dommage lors
des grandes crûes , qui s'étendent quelquefois
jufque dans ce quartier-là ,
LS
DECEMBRE. 1740. 2797
Le Fief-Garlande apartenoit à Etienne deĜarlande
, Archidiacre de l'Eglife de Paris , & à
Guillaume de Garlande Dapifer , c'est- à- dire,
Grand- Maître de la Maifon de Louis le Gros .
En 1120 , Etienne de Garlande fonda la pe.
tite Eglife de Saint Agnan , qui eft dans la
ruë de la Colombe , ce qu'il fit avec la permiffion
de Gibert , Evêque de Paris , & du
Chapitre de N. D , qui lui permirent de divifer
fa Prébende , pour en revêtir deux Eccléfiaftiques
, qui ont été apellés de- là Chamoines
de Saint Agnan. Etienne de Garlande
donna auffi fa portion du FiefGarlande
pour fonder ces deux Canonicats de Saint
Agnan , lefquels font à préfent affectés aux
plus anciens Eccléfiaftiques de la Muſique,
de N. D.
Tronçon , l'un des premiers Commenta
teurs de la Coûtume de Paris , dans la Lifte
des Seigneurs de Fiefs fitués dans la Ville &
Fauxbourgs de Paris , qu'il a mis à la fuite de
fon Commentaire , dit fur la fin , que le Fief-
Garlande , apartient aux Chanoines de Saint
Agnan d'Orleans ; cette méprife vient évidemment
de ce que cet Auteur ignoroit qu'il
y eût à Paris des Chanoines de Saint Agnan ,
& ne connoiffoit que ceux d'Orleans , auxquels
il a mal-à -propos attribué le Fief- Gar
lande , étant certain que ce Fief apartient
toujours aux Chanoines de Saint Agnan
B iiij
fondés.
4
798 MERCURE DE FRANCE
fondés en l'Eglife de Paris , puifque c'eft à
eux que toutes les Maifons bâties dans la di--
recte de ce Fief , payent les Droits Seigneuriaux.
Une partie du Clos - Garlande , étoit encore
en Vignes l'an 1258 , quoique ce terrein fût
compris dans l'enceinte des murailles , que
Philipe Augufte avoit fait bâtir : ſous le Řegne
de ce Prince , les Juifs avoient un de
leurs Cimetieres dans le Clos - Garlande , ils
en payoient 4 liv. parifis de Cens & Rentes ,
aux Seigneurs de ce nom .
>
Il y a environ 25. ou 30. ans , qu'en foüillant
dans les deux premieres Cours de l'Hôtel
de Leffeville , fis rue Galande , on trouva
plufieurs Cercueils de plâtre & de pierre ,
tendre , dans lefquels il y avoit des offemens,
humains , & on en trouva auffi beaucoup
dans les terres qui furent remuées.
On trouva encore en 1739 , un de ces
Cercueils de pierre , en fouillant les Fondations
d'un Bâtiment , qui a fon entrée
par la
même ruë , dans le Lieu où étoit ci- devant
une Hôtellerie apellée l'Hôtel de Bourgogne,
ce Cercueil étoit à quatre ou cinq pieds
avant dans terre ; il paroiffoit tourné au
midi & au Septentrion , mais on n'en découvrit
qu'un bout qui étoit fuporté par un
gros dez de pierre.
Le Bâtiment qui étoit en cet endroit pa
roisDECEMBRE.
1740 799
toiffoit fort ancien ; l'efcalier étoit dans une
efpece de Tour hexagone, fur la porte de la
quelle il'y avoit un bas-relief qui repréſentort ,
à ce qu'on prétend , les Armes de la Maiſon
de Coligni il auroit été facile d'éclaircir ce
Fait , fi l'on eût confervé cette pierre , mais
les Maçons l'employerent à couvrir une Foffe
d'aifance, & mirent les armoiries en-deffous,
ce qui embaraffera peut-être un jour quelques
Antiquaires.
Pour revenir aux Sépultures dont j'ai parlé,'
qui font fans doute fort anciennes, je ne crois
pas que le Cimetiere des Chrétiens que l'on
avoit formé depuis le bord méridional de la
Riviere , s'étendît jufques dans le terrein du
Clos- Garlande , il y a au contraire aparence
que la rue Garlande , qui étoit alors un grand
chemin , féparoit le Cimetiere des Chrétiens
de celui des Juifs ; & que les Cercueils trouvés
dans les Cours de l'Hôtel de Leffeville
étoient des Sépultures de Juifs , attendu qu'ils
avoient un de leurs Cimetieres dans le Clos-
Garlande , fous le Régne de Philipe Augufte
, & que le Cercueil trouvé dans la
Maifon voifine , n'étoit pas tourné à la maniére
des Chrétiens .
On n'a pas fuivi l'ancienne étymologie du
nom de la ruë Garlande , lorfqu'on a marqué
en 1728 , les rues de Paris de leurs noms ;
l'Infcription de celle - ci porte ,
ruë Galande ,
Bv
&
2800 MERCURE DE FRANCE
& non rue Garlande ; mais on a fait revivre
fon ancien nom en deux occafions.
La premiére , dans le Tableau des Avocats
mis au Greffe de la Cour en 1738 , par
M. Maillart , qui étoit alors Bâtonnier de
l'Ordre , on voit en plufieurs endroits de ce
Tableau , rue Garlande pour ruë Galande.
L'autre exemple qui eft encore plus récent
, fe trouve fur un nouveau Miffel de
Paris , apartenant à la Chapelle de S. Blaife ,
fife ruëGalande , en laquelle s'affembloient les
Maîtres Charpentiers & Maçons , & qui fut
interdite il y a trois ou quatre mois , à cauſe
de fa vetufté ; on a imprimé en lettres d'or
fur ce Miffel , qu'il a été donné à cette Chapelle
, ruë fife rue Garlande , par l'un des principaux
Adminiſtrateurs de la Confrairie . Ces
Adminiftrateurs qui ne fçavent pas l'Hiſtoire ,
comme celui qui avoit dicté au Relieur cette
Ortographe , en furent extrêmément furpris
& demanderent naïvement fi cela ne leur
portoit point de préjudice.
Il feroit à fouhaiter qu'en marquant les
noms des rues de Paris , on ne les eût pas
défigurés la plûpart , comme on a fait , tels
que le font ceux de la rue du Grand Hurleur,
que l'on a ainfi apellé , au lieu de la ruë du
Grand Hue- le , qui eft fon véritable nom ,fuivant
M.deValois ,dans le Valefiana , & ainfi de
plufieurs autres dont l'ancienne étymologie
&
DECEMBRE. 1740 280
& la véritable ortographe fervent à éclaircie
plufieurs points d'Hiftoire de cette Ville ,
J'ai l'honneur d'être , &c .
MADRIGAL
Sur le dérangement des Saifons , pendant les
années 1739. & 1740.
L'Hyver , toujours jaloux des plus belles ſaiſons ,
Veut foumettre à fes loix le Printemps & l'Au
tomne ;
Et, vainqueur du Soleil, par la grêle il couronne
Son pouvoir fur les Dieux, auteurs de nos moiffons
Par des feux plus conftans, Soleil , reprends ta courfe
Punis ce fier rival de fon deffein pervers.
LOUIS , notre Soleil , notre unique reffource ,
Nous mettant par fes foins à l'abri des revers >
Te fait voir comme il faut éclairer l'Univers.
焼必思
IX. LET TRE contenant la suite des abus, des
avis & pensées diverses fur la Typographie.
111°.
L
Es Précepteurs, M. , de la Méthode vulgaire
, en se présentant pour la Typographie
, se plaignent , 1. de ce que je prends le
parti des Enfans et des Parens que je ne connois pas ,
B vj plûtôt
1802 MERCURE DE FRANCE
plutôt que le parti des Maîtres que je cherche à for
mer. 2°. De ce que j'exige l'essai et le noviciat
avant l'engagement . 3 ° . Que je ne fais pas assés
payer pour la peine. 4 ° . De la difficulté à se placer
par cette Méthode . 5°. Que la Typographie exige
trop de minuties grammaticales . 6 °. Que j'envoye
trop de Maîtres aux Paiens pour leur donner le
choix . 7. Que je ne défere pas assés aux promesses
de ceux qui se présentent , et que je ne
dois pas
douter de leur bonne intention . 8 °. Que je n'ai pas
assés d'indulgence à l'égard des Maîtres paresseux ,
indifferens , ignorans où novices dans la Typographie.
9 °. De ce que je m'opose à la pension proposée
avant l'essai et le noviciat Typographique . 10º.
Que je suis trop long - tems à placer de pauvres
Maîtres , et à leur donner de l'emploi . 11 ° . Que je
ne dis pas assés de bien d'eux aux Parens. 12°. Que
je suis trop rigide en corrigeant les Thèmes du Bureau
Typographique . Je réponds que j'ai été trop
crédule et la dupe de plusieurs Précepteurs,et j'espe →
re que les Parens même auront la bonté de répondre
à ces sortes de plaintes. J'avoue que je suis difficile,
je crois devoir prendre le parti des Enfans avant
celui des Maîtres , dont la plupart sont des Sujets
très-équivoques.
112 ° . Consulté bien des fois sur le choix d'un
Précepteur et d'un Gouverneur , avant que de répondre
, j'ai fait remarquer les especes differentes ; car
il y en a à tout prix , selon la taille , l'air , l'exterieur
, l'âge , les qualités du corps ; selon l'esprit ,
le caractere , les talens , les connoissances, les sentimens
, selon les moeurs , les qualités du coeur , selon
les preuves de patience , de sçavoir péda
gogique , selon le témoignage des personnes sans
reproche , et désinteressées , selon le parti auquel
on tient ; selon les connoissances , les manieres du
monde
DECEMBRE. 1740. 2805
monde , & c. Enfin j'en ai tant dit , que des Parens
très riches , voyant qu'un bon Gouverneur coûteroit
beaucoup , se sont contentés de prendre un
Ecolier de dix - huit ans , sortant du College . Voilà
comme on passe d'une extremité à l'autre .
113 °. En faveur des petits Bourgeois et des pauvres
gens , qui ne peuvent pas donner un Louis par
mois , on a formé quelques Maîtres externes sans
étude , qui au lieu de 3. livres par mois , prix ordinaire
de la Méthode vulgaire , prennent ensuite f
ou 6 livres par mois pour la Méthode Typographi
que. Cette attention a fait plaisir à des Parens riches
, mais trop oeconomes , ils ont voulu des Maîtres
à bon marché , mais ils en ont été bien - tôt
dégoûtés , et ils auroient voulu trouver dans ces
Maîtres tout le sçavoir des Maîtres à Louis d'or.
Quand ces Maîtres ignorans cessent d'aller donner
leçon, il n'est pas aisé de les remplacer à fi bas prix,
ils ne sont capables que de la dénomination des
Lettres sans Bureau , ou du seul Bureau de quatre
rangs ; car les Maîtres , Latinistes ou non , trouvent
Le Bureau de quatre rangs plus commode pour cacher
leur ignorance ou leur paresse .
114°. Quand les Parens voudront examiner un
Précepteur sur la Typographie , il faut prendre au
hazard les Cartes de quelques Logettes , et leur demander
l'usage , et des exemples de chaque Carte ,
ou bien leur dicter quelques mots à composer sur
la Table du Bureau Typographique ou enfin
composer soi- même quelques mots avec des fautes
typographiques , pour voir si le Maître les sçaura
corriger. On peut aussi lui demander combien de
dans un certain mot , combien il faut de
Cartes pour ce mot . Exemple , jaugeage , fille ,
Saone , orgueilleux , c.
sons il
y a
115 °. Le grand nombre des Maîtres et des Maîtresses
2804 MERCURE DE FRANCE
tresses externes se servent volontiers des Livres par
demandes et par réponses , pour montrer la Géographie
, l'Histoire , la Sphere , le Blason , la Fable ,
&c. Comme avec le petit Cathéchisme, on exerce la
mémoire et la langue des Enfans avec des mots fans
idées sensibles , sans intelligence ; on ne cherche
d'abord que des Enfans échos et Perroquets , qui
articulent les mots. C'est un grand abus , auquel fe
prêtent certains Auteurs , pour mieux débiter leurs
Ouvrages ; les Gouvernantes font charmées d'en .
tendre leurs Enfans plus hábiles qu'elles , le Livre à
la main , il y a des Maisons où j'ai obtenu la réfor
me de cet abus , sur la remontrance que l'Enfant
oublioit ces leçons en devenant plus grand et en
acquerant les véritables idées des choses sensibles
par l'usage de la conversation ou des études suivies
et raisonnées à propos.
116°. Chacun a remarqué que les Ecrivains et les
Copistes publics sont ordinairement le rebut de la
République des Lettres , et souvent du Pays Latin ,
c'est la derniere des ressources Littéraires ; on a observé
en même tems qu'à force de copier matérielle
ment,sans comprendre ce qu'ils copioient , ils s'abrutissoient
et perdoient presque l'usage de leur intelligence.
Ne pourroit - on pas dire quelque chose d'aprochant
d'un grand nombre de Linguistes et de Lasinistes?
Ce sont pour lors les plus mauvais Précepteurs
et Gouverneurs du monde , on ne les doit em
ployer que pour Répetiteurs seulement , faute d'autres.
L'etude passionnée des mots sans idées nuit
beaucoup à l'étude des choses .
117. Les Critiques , comme feu M. G. disoient
que le Bureau Typographique est inutile et au-dessous
du moindre A. B. C. entre les mains du moindre
Maître ; la Réponse de M. Perquis les a fait
taire. Les Critiques , qui aprouvent le Bureau pour
Ja
DECEMBRE. 1740 2809
la lecture et l'ortographe , et non pour les premiers
Elemens de la Grammaire Françoise et de la Grammaire
Latine , peuvent lire la Réponse dans la Bibliotheque
des Enfans in- 4° . Ceux qui disent le
Bureau bon pour un Enfant en particulier , non
pour une Ecole , peuvent aller chés M. Chompré
le cadet , rue S. Louis du Palais , et à l'Ecole de
I'Efant Jesus , à l'Hôpital de la Pitié . Et enfin les
Critiques , qui croyent le Bureau propre pour une
Ecole , et non pour un Enfant , sont priés d'aller
voir quelque Enfant Typographe dans des Maisons
particulieres. Ceux qui s'imaginent qu'un Bureau
convient aux garçons et non aux filles , pourront
également voir l'Ecole de Mlle Laîné , au- dessous
du College de la Marche , Montagne Ste Genevié
ve, ou bien dans des Maisons particulieres, en s'informant
des bons Maîtres et des bonnes Maîtresses ,
qui montrent en Ville selon la nouvelle Méthode ,
comme Mile Marion , l'aînée , à l'Hôtel de Nantiat,
rue Beaubourg ; Mlle Giraud , rue des Boucheries
Fauxbourg 3.Germain, chés M. Adam ; Mlle de Nizot
, rue du Sépulchre , vis- à- vis la Cour du Dra◄
gon ; Mlle Rouffeau , rue de Clery.
118 °. Les choses de théorie et de pure intelli
gence peuvent s'aprendre assés vite , et quelques
fois sur le champ , selon le degré de compréhen
sion , de sagacité, d'attention et de mémoire ; mais
les choses de pratique et d'usage , comme la lecture
, l'écriture , &c. demandent la continuelle réïtération
des actes pour acquérir l'habitude . Les Parens
sont donc priés de ne point s'impatienter si
les Maîtres ne se pressent pas de mettre les Enfans
sur les Livres ; les bons Maîtres tirent grand
parti du Bureau avant que de passer aux Livres , et
les Maîtres médiocres ou indifferens sur le bien ou
le mieux , passent aux Livres le plûtôt qu'ils peu-,
vent 2
806 MERCURE DE FRANCE
vent , par complaisance pour les Parens trop prés
venus.
119°. Pour rendre bien complette la garniture
d'un Bureau , il faut que chaque Logette contienne
le nom de chaque espece particuliere, que l'Enfant
y va prendre , afin que de lui-même il puisse en
aprendre le nom et l'usage ; par exemple un Enfant
voit pour la premiere fois dans son Théme le signe
, il cherche dans le paquet de cette Logette
et il trouve une Carte fur laquelle il lit point d'interrogation
on l'interroge sur ce signe , il répond
sans qu'on l'ait prévenu là- dessus , on doit, du plus
ou moins, faire ainsi de tout le Bureau .
120°. Un homme de très grand mérite , mort
Conseiller d'Etat , trouvoit que l'Auteur et Inventeur
du Bureau Typographique , avoit tort de prodiguer
et de rendre public son secret . Ce grand
Magistrat fuposoit , que si dans une Ecole particuculiere
on avoit formé quelques Enfans , fans faire
paroître le Bureau, et qu'ensuite on eût sonné de la
Trompette pour donner quelques Enfans en spectacle
, tout Paris y auroit couru ; on aime le merveilleux
, sur tout lorsque la cause qui le produit est
cachée. C'est la ressource inépuisable des charlatans
, je n'ai pas crû devoir prendre cette route .
Cependant, si la chose étoit à refaire , l'expérience &
l'essai chés les Bourgeois auroient mieux réussi que
chés les Grands Seigneurs ; on n'auroit pas trouvé
en son chemin tant de Gouvernantes , de Valets de
Chambres , de Précepteurs et de Gouverneurs contraires
à cette métethode. Quand le pere et la mere
sont d'accord chés le Bourgeois , on peut compter
sur eux , il n'en eft pas de niême dans les Grandes
Maisons où souvent le pere et la mere y sont comme
des Etrangers , ignorans ce qui s'y passe .
121°.Il y a des Précepteurs et des Gouverneurs ,
qui
DECEMBRE. 1740. 2807
qui trouvent mauvais qu'on interroge leurs Elevess
furtout devant les parens; qui difent qu'on leur tend
des piéges , qui rougissent de voir qu'ils répondent
mal sur de très- petites choses ; qui voudroient les.
interroger eux-mêmes ; qui voudroient qu'on eût
cette complaisance pour eux , qui ne demandent que
des éloges et des aprobateurs. Je réponds à tout cela
qu'il y a des momens d'examen et non d'instruction ,
qu'il seroit bon que le Gouverneur n'y fût pas ,
sauf à lui communiquer ensuite ce que
P'on a fair
à la priere des Parens , et ce que l'on penſe des
Eleves ,
1229. On a trouvé de bons Peres , qui ont d'abord
fait la dépense des Bureaux , avec plaifir ;
mais qui n'ont pas eû la force d'exiger que les Précepteurs
et les Gouverneurs suivroient le fyftême
en plein, qui se sont contentés de la Méthode Vul- ·
gaire un peu renforcée . C'eft foiblesse dans les Parens
, de se laisser fubjuguer par un homme que
l'on paye bien , et tout cela vient de l'ignorance ou
de l'indiférence dans laquelle vivent les Gens du
siécle , abîmés dans les Affaires , dans les Plaifirs
et incapables de la Sur- intendance de l'éducation de
leurs Enfans. On ménage un Gouverneur, on craint
de n'en pas trouver un autre aussi bien fait , aussi
poli , aussi amusant , aussi agréable à la Mere , aux
Parens , aux Amis , aux Etrangers , & enfin on
craint de tomber entre les mains de quelques Pédant
insuportable .
123.De cent manieres de juger de l'esprit et de la
portée d'un Précepteur , en voici une sûre ; vous lui
expliquez nettement un principe, qui étant compris,
instruit fur 10, 20, 30, exemples diférens ; avec un
peu de génie le principe est compris , et les 10 , 20 ,
30. exemples trouvés , au lieu que le Maître dont
l'esprit eft bouché, et qui vous dit qu'il comprend le
principe
2008 MERCURE DE FRANCE
principe et l'exemple donné , ne comprend que l'e
xemple et non le principe , il faut lui expliquer les
10 , 20 , 30. exemples , comme r0 , 20 , 30. principes
; chaque chose selon lui est une régle , un principe.
C'est l'espece de Précepteurs la plus inepte ,
qu'il faut laisser aux petits Bourgeois , ou aux mau
vaifes Pensions où il ne s'agit que de corriger des
Solécifmes. Au commencement du monde les hommes
n'étoient occupés que de leurs Actes , à la fin
ils réfléchirent furces Actes , et ces réflexions s'a→
pellerent Science , Art , Métier. Chaque fcience est
le fruit des observations , des méditations sur les
Actes en nous et hors de nous. Les Enfans font d'abord
dans le cas des premiers hommes , et les Précepteurs
sans esprit sont aussi de la même trempe ,
desorte qu'ils out befoin d'un Mafer plûtôt que d'un
Eleve. Les Parens qui ont l'esprit bouché , s'accommodent
quelquefois de leurs semblables plûtôt que
de la Typographie , et furtout les gens avares.
124°. Des Maîtres ignorans , prévenus ou malintentionnés
, jettent fouvent fur les Enfans et fur
le Systême du Bureau leurs pitoyables objections.
L'un dit , les Enfans ne sont pas capables de cette
Méthode ; l'autre , cette machine est un casse- tête
l'autre , les Enfans n'y veulent pas mordre , l'autre
, cette Méthode est trop composée , il y a trop
de choses dans les Livres de la Typographie; ils font
trop difficiles à comprendre , les Livres font trop
longs , ils suposent trop de connoissance . Vous pour
riezdire, et vous diriez peut - être vrai.Je suis une bête
indigne et incapable de ma profession , les Enfans ont
plus d'esprit que moi , ils me font la Leçon , j'en dearois
rougir et profiter de leur exemple , &c. Mais on
doit croire charitablement que c'est la seule préver
tion qui retient tant de Maîtres dans l'ignorance de
Ja Méthode vulgaire .
J'ai l'honneur d'être , &c. ODE
DECEMBRE: 1740. 2809
****************
O DE
рой Mad. la Comtesse de Saint E *** , pona
le commencement de l'Année .
Par M. Tg
Ovous ,
***
Vous , qui fans craindre l'insulte¿
L'outrage , la fuite des ans ,
Philosophez loin du tumultè ,
Aimez la retraite , les Champ
*
Saint E *** , dont la fageffe ,
Dont le coeur mâle , vertueux
Illuftre encore la nobleſſe
Que vous donnerent vos Ayeux.
*
Souffrez que du réduit champêtre
Où je jouis de yos bienfaits ,
J'ose vous offrir des effais
Qu'une douce étude fait naître,
*
Un nouvel an va fucceder
A l'an qui fuit & qui s'envole ,
Et chacun , pour le retarder ,
Exhale fa plainte frivole .
a
2710 MERCURE DE FRANCE
O déplorable aveuglement !
On gémit fur la deftinée ;
Un an s'écoule , une autre année
Arrive , offre un nouveau tourments
*
Heureux qui de fon ame chaſſe
Les regrets vains & fuperflus ,
Qui jouit du présent qui paſſe ,
Sans pleurer le tems qui n'eft plus !
*
Des erreurs du foible vulgaire
Loin d'avaler le noir poison ,
Il fuit , comme vous , la raison
'Qui le conseille , qui l'éclaire .
**
Qu'annonce la fin d'un beau jour ?
La nuit qui vient prendre fa place ;
Le tems & vieillit & s'efface ,
Renaît , disparoît fans retour.
Et
Rien n'eft conftant , rien n'eft folide ,
par
lui tout eft combattu.
Le Sage , que la vertu guide ,
Sous les coups fuccombe abbatu .
Le
DECEMBRE.
1740 281
Le plus grand Roy dans fa carriere ,
Semblable à l'habitant des Bois
Que couvre une fimple chaumiere ,
Ne peut fe fouftraire à ſes Loix.
*
Le Chêne qui femble immobile ,
Et qui s'éleve jusqu'aux Cieux ,
En pouffiere tombe à nos yeux ,
Comme un Roseau foible , futile,
Ce qu'on voit de plus merveilleux ;
Les Miracles de la Nature ,
Les agrémens de fa ftructure ,
Paffent , nous paffons avec eux,
*
Malgré le foin qu'au tems de Flore
Le Jardinier a d'arroser
Les fleurs que Phébus fait éclore ,
Le Midi les voit fe paffer,
*
Productions de l'induftrie >
Du bon goût , de tous les Beaux - Arts ,
Rien au Tems , à la tyrannie ,
N'oposa jamais de remparts,
Des
281 MER CURE DE FRANCE
Des fuperbes Palais que Rome
Conftruifit pour l'Antiquité ,
Hélas ! que reste- t'il à l'Homme a
Le fouvenir qu'ils ont été.
*
Sans l'art heureux de reproduire ,
Les veilles des Grecs , des Romains ,
leût de l'un & l'autre Empire
Effacé les Ecrits Divins .
*
Homere , Virgile , Térence ,
Horace dont on eſt épris ,
Ces grands , ces célebres esprits ,
› Auroient fenti fa violence.
*
Mais , pour fléttir ces Ecrivains
Il n'a que d'impuiffantes armes ;
Sa viteffe , fes efforts vains ,
Ajoûtent fans ceffe à leurs charmes .
*
Ainfi , du Goût Reſtaurateurs ,
Les Grands Hommes , auxquels la France
Autrefois donna la naiffance ,
Ont partout des Adorateurs .
*
Fou
DECEMBRE: 1740 2812
Pour tous les tems , pour tous les âges ,
Corneille , Racine , Boileau ,
Riches d'un goût toujours nouveau
Reçoivent toujours des fuffrages .
*
2
En fa Prase , & fimple & charmant a
Saint E *** plein de jufteffe ,
Joignant au vrai le fentiment ,
Ne perd point fon air de jeuneffe .
*
Héritiere de fes talens
Qui font respecter la mémoire ,
Malgré l'inconftance des ans ,
Vous l'êtes auffi de fa gloire.
*
Il plaît , il amuse , il inftruit ,
Et vous l'égalez en maximes ,
Ainfi qu'en les OEuvres fublimes
Brille en vous fon folide esprit .
814 MERCURE DE FRANCE
TESTAMENT du dernier Empereur de la
Chine JUNGSCHING , tel qu'il a été publié
après la mort , par fon fils & fucceffeur ,
l'Empereur de la Chine Régnant Kungli ,
l'an 1735. le 27. Septembre,
Depuis que par la Grace de Dieu , je
foûtiens avec un foin infatigable le pefant
fardeau du gouvernement de ce puiffant
Empire de la Chine , qui a été de tout
tems une grande & inféparable Monarchie
, je me fuis fur-tout efforcé d'obferver
les deux regles fondamentales d'un bon Gouvernement
; fçavoir , de maintenir la Juſtice
felon la volonté de Dieu , & de me conformer
à l'avis de gens âgés & fages , auffi bien
que d'agir fuivant les loüables Ordonnances
de mes Ancêtres .
Le très - puiffant Monarque mon pere ,
de
gloricufe mémoire , m'a choifi pour fon fucceffeur
parmi tous les enfans , & m'a ordonné
de me charger du Gouvernement de cet
Empire après fon décès .
J'ai tâché de remplir cette fainte volonté
par mes foins continuels pour le bien Public
, & le maintien des Loix dans toute leur
vigueur.
J'ai
DECEMBRE. 1740 2815
J'ai eu foin que la Juftice fût gardée , nonfeulement
parmi les Princes du Sang , mais
encore dans tous les Etats ; que les Capitaines
de huit divifions des Soldats fiffent fidélement
leur fervice pour le bien de l'Empire ;
que les fix principaux Colleges de l'Empire
auffi bien que les autres Chancelleries , fiffent
exactement leur devoir ; qué le bon ordre
fût gardé parmi tous les Sujets de cet
Empire , auffi bien qu'une difcipline rigoureufe
parmi le Soldat dans le Pays & fur les
Frontieres ; que furtout , les places des Juges
ne fuffent point confiées à des Gens avares
& intereffés ; mais que la paix & la joye
régnaffent par-tout le Royaume.
Pour obtenir ces fins falutaires à l'Empire
, j'ai paffé depuis treize ans mon tems dans
un travail fans relâche , & une inquiétude
continuelle , quand la néceffité le requeroit.
Je n'ai pas manqué de punir la malice , l'injuftice
& la négligence des Grands , & j'ai
tâché en même tems de les convaincre , que
ce n'étoit que pour leur bien & celui de l'Etat
que je les puniffois .
Quoique je n'aye pû amener le tout à ce
point de perfection , que j'avois fouhaité ;
cependant j'ai eu un vrai plaifir de remarquer
que le bon ordre , la juftice , la concorde entre
les Grands & le Peuple , & une complaifance
réciproque parmi tous les Sujets ,
II. Vol. C aug2816
MERCURE DE FRANCE
augmentoient à chaque heure , & que le Ciel
les a tellement bénis , que chacun d'eux, tant
dans les Provinces éloignées, qu'ici près , peut
vivre dans un profond repos , & jouir des
fruits que la Terre fournit en abondance .
Cet état floriffant de l'Empire , eft une
confolation particuliere pour moi , dans le
tems que ma fanté & mes forces font trèsaffoiblies
; de forte que ma vie dans ce monde
ne peut être de longue durée. J'en vois
aprocher la fin avec d'autant plus de modération
, que ma confcience me rend l'agréable
témoignage , que dans l'avancement de
la profperité de cet Etat , j'ai obfervé autant
qu'il m'a été poffible , la fainte volonté de
mon pere , quoique je n'aye pû achever tout
ce que j'avois commencé.
Mais afin que ce grand ouvrage du Gouvernement
foit continué après ma mort à
l'avantage commun , je confirme par la préfente
le choix que j'avois fait , il y a longtems
, d'un fucceffeur à cet Empire , & j'ordonne
que Kungli ( a) Bo Obayzin Wan foit
( a) L'Empereur de la Chine d'à préfent s'apelle
Kungli Bo Obayzin Wan , qui fignifie un Prince
Impérial de la premiere claffe ; car les Princes font
divifés en differentes claffes, fuivant leurs qualités &
leur mérite . Quelquefois on les fait pafler d'une claffe
plus diftinguée à une moindre, pour les punir des
crimes qu'ils ont commis.
mis
DECEMBRE. 1740. 2817
mis après ma mort , avec l'affiſtance divine
fur le Trône de nos Peres .
Il a l'ame bonne & le coeur noble. Mon
pere l'a aimé le plus de tous fes petits fils ,
& il l'a fait élever dans fon Palais avec un
fein particulier.
Je l'ai déclaré mon Succeffeur dès le com
mencement de mon Regne , c'est-à - dire ,
dans le huitième mois après mon avénement
au Trône , dans une Affemblée publique de
tous les Princes , des Miniftres de Manfure
de la Chine , tenue dans la grande Sale. ( a )
Les Ordres font fcellés de mon fceau , &
gardés dans la haute place de la grande Sale.
Je l'ai élevé dès ce tems à la Dignité d'un
Kirwan , afin qu'il pût fe mettre au fait des
affaires du Gouvernement.
Le commencement de fon Regne fera
d'autant plus heureux , que tout l'Empire fe
trouve dans une tranquillité profonde , &
qu'il peut tout le promettre des Grands auffi
bien que du Peuple.
J'ai établi de bonnes Ordonnances pour
la punition des méchans & des refractaires ,
de ceux enfin qui fe laiffent aveugler par des
préfens. Il faut employer tour à tour la ri-
(a) Dans cette grande Sale eft le Trône de l'Empire.
Il y en a d'autres petits dans les autres Apartemens
du Palais Impérial , mais on ne les eftime
pas autant que le Tiône de la grande Sale .
Cij gueur
2818 MERCURE DE FRANCE
& la douceur ; chacune en fon tems.
gueur
Ayant une fois pendant mon Regne voulu
lâcher la bride , je m'aperçûs bientôt que
quelques Grands de l'Empire ( a ) s'étoient
énorgueillis & tranoient de mauvais deffeins
, dans lefquels ils ont perſiſté ſans
avouer leur faute , & n'en ont marqué aucun
repentir. Je fus obligé de les punir
pour donner l'exemple aux autres afin
qu'ils fe gardaffent de pareilles entreprifes.
,
J'ai examiné les Reglemens des Colleges
& des Chancelleries ; j'ai adouci ce qui m'y
a paru
de trop dur , & rendu plus fevere ce
qui étoit trop doux.
Ils avoient été dreffés autrefois d'un confentement
unanime par les Membres des
Colleges. Je les ai corrigés dans mon Confeil
Privé , & je les ai confirmés , afin qu'à
l'avenir ils fervent de regle dans toutes les
affaires de l'Empire. Pour prévenir tout défordre
, il faut toujours les garder inviolablement
, jufqu'à ce qu'on trouve quelque
(a) Selon toutes les aparences , l'Empereur
Jungfchin parle ici de fon propre frere , le neuviéme
fils de Kamhi , qu'on foupçonna de haute
trahifon . Il fut forcé d'avaler une taffe de poifon ,
dont il mourut. Après fa mort , plufieurs autrs
perfonnes de qualité , furent tourmentées &
Lécutées,
chofe
DECEMBRE . 1740. 2813
chofe à y corriger , & qu'on puiffe les rendre
plus parfaits.
>
Vous , les Confeillers Privés , & vous ,
autres Miniftres prudens , qui m'avez aſſiſté
fidélement dans ce travail falutaire & qui
fçavez que ces Ordonnances font bonnes
auffi bien que celles de mon pere , ayez foin
de les faire exécuter ; gardez vos confciences
pures , & ne les foüillez par aucune injuftice ;
concourez unanimement à tout ce qui peut
contribuer au bien public ; renoncez à toute
partialité , qui provient de la haine ou de
l'amitié qu'on a pour quelque perfonne ;
foyez bienfaifans , & faites votre devoir
avec le même zéle que vous l'avez fait durant
mon Regne , & vous ferez long- tems
heureux .
Faites Empereur celui que j'ai deftiné pour
être mon heritier , & fatisfaites à votre devoir
, afin que fon Regne foit heureux , &
je pourrai paroître avec joye au Ciel auprès
de mon pere & de mes prédéceffeurs .
Mon cher Prince , Kungli , tu dois être
un heritier heureux d'un puiffant Empire.
Je te donne fur ce fujet mes confeils bien
intentionnés.
Kuntfcha Kualigka Kinvan , eft ton frere
cadet. Vous êtes nés d'une même mere .
Aime- le fincerement. Ne le furcharge pas
Ciij d'af2820
MERCURE DE FRANCE
d'affaires . Fais- le travailler & repofer alter
nativement.
Sois ami des gens fidéles . Maintiens la
Juftice. Ecoute la vérité . Ne te laiffe pas
aveugler par les flateurs ,
les flateurs , ni féduire par les
menteurs.
Sois particulierement gracieux envers les
Familles qui defcendent de nos Ancêtres.
Défens les honnêtes gens , fur-tout ceux que
tu employes pour le maniement des affaires
d'Etat ; par ce moyen tu joüiras plufieurs années
d'un Regne heureux , & tu participeras
à la fainte bénédiction de nos Prédéceffeurs.
& tu rendras ton bonheur éternel .
Tob ( a ) Zinvan a le coeur droit. Il eft
fage & complaifant : il fe trompe quelquefois
, mais il n'offenfera perfonne de deſſein
prémédité .
Kenze (b) Zinvan eft fincere & droit ;
il est bien entendu & fort habile : en un mot,
c'eft un Prince fort utile à l'Etat. Mais par
raport à la foibleffe de fon tempérament , il
ne peut pas foûtenir un grand fardeau d'affaires.
C'eft pourquoi lorfqu'il y en a eu de
(a) Tob Zinvan eft le feiziéme fils de l'Empereur
Kambi Tob , eft ſon véritable nom .
(b ) Kenze Zinvan eft le dix - feptiéme fils de cet
Empereur.
confé
DECEMBRE. 1740. 2821
conféquence , tous les Princes & les Miniftres
, touchés de pitié , m'ont prié de le
ménager, me repréfentant qu'il feroit fâcheux
qu'un Prince fi prudent & fi bon , fût hors
d'état d'affifter à l'avenir aux Confeils , pour
avoir éte chargé de trop pénibles occupations.
Alika ( a ) Bitkeida Dfchantingjuju , eſt
fincere & jufte. Il remplit fidélement fon
devoir. Il a revû les Ordonnances de mon
pere , & il les a perfectionnées ; ainfi il a
rendu des fervices confidérables à l'Empire.
Pendant ces dernieres années , il a écrit
& envoyé avec beaucoup de prudence , mes
Ordres aux Magiftrats & à mes autres
Sujets.
Ortai (b) Alika Bitkeida , eft fidéle , conftant
, & fort habile dans les affaires d'Etat.
Il a apaifé le Peuple & tenu les Grands en
bride. Il a maintenu la paix avec les voisins
fur les Frontieres. Il y en a fort peu qui lui
foient égaux en mérite . Je fuis auſſi affûré
(a ) Dfchantingjuju eſt ſon nom . Alika Bitikeida
fignifie Confeiller Privé.
(b) Ortai a été Confeiller Privé de l'Empereur
Jangfching. Il eft difgracié , ainfi que Dfchantingjuju
, à quoi l'envie des autres Miniftres a le plus સે
contribué.
C iiij
dc
2822 MERCURE DE FRANCE
de fa fidelité que de celle du Miniftre cideffus.
Confie à ces deux Perfonnes l'infpection
du Thaimiao , ( a ) ils feront reconnoiſſans
de cette grace & de ce bienfait ,
Fais toujours regler tes Loix & tes Ordonnances
conformément aux Loix de l'Empire
.
Quitte le deuil après 27. jours , & fais pu
blier le préfent Teſtament.
DONNE' dans la treizième année de
mon Regne , le vingt - troifiéme jour du
huitième mois,& felon l'époque Chrétienne,
l'an 1735. le 27. Septembre. V. S.
( a ) Thaimiao eft un ancien Temple dans le Palais
Impérial ; c'eft le plus grand Temple & le premier
de l'Empire.
*******
**
CANTIQUE d'Ifaie. Chap. 12 .
Seigneur , tu m'as livré la Guerre :
Je t'en bénirai mille fois ;
Il falloit des coups de Tonnere ,
Pour me rapeller à tes Loix.
Tes traits ont fait couler mes larmes ;
Mes pleurs ont fait tomber tes armes ;
J'éprouve aujourd'hui ta douceur ....
Le
DECEMBRE. 1740 1740 2823
Le voilà , ce Dieu redoutable ,
Qui par bonté pour un coupable ,
De Juge devient fon Sauveur.
Si j'ai redouté ſa Puiſſance ,
Quand il tonnoit pour me punir ,
Lui dois-je moins de confiance ,
Quand il daigne me foûtenir ?
Sans craindre & fans braver fa foudre ,
Vers lui , moi qui ne fuis que poudre ,
J'irai comme au Dieu du Salut ;
Il eft ma force , il eft må gloire :
Me promettre en lui la victoire ,
C'eft lui payer un doux tribut.
Efperez la fin de vos peines ,
Peuple , il comblera vos defirs ,
Yous puilerez à fes fontaines
Des eaux pures , de vrais plaifirs.
Dites alors plein d'allegreffe ,
Qu'avec nous tout mortel adreffe
Ses voeux , fon encens au Seigneur.
Publiez fon nom , fes ouvrages ;
Et fongez que dans vos hommages
Tout doit répondre à fa grandeur.
Célébrez fes dons magnifiques ,
Annoncez-les à l'Univers ;
CT
Que
2824 MERCURE DE FRANCE
Que l'amour porte vos Cantiques
A l'autre rivage des mers.
O Cité glorieuſe & Sainte ,
Sion , tu l'as dans ton enceinte ,
Ce Dieu qu'attendoit Iſraël :
Eclate de reconnoiffance ,
Fais voir que tu fens la préſence
De l'immenfe , de l'Eternel .
&
QUESTION IMPORTANTE
Jugée au Parlement de Paris , Confultis
Claffibus.
I une Procuration ad negotia , & les
Actes faits un conféquence ,donnent
une hypoteque au Mandant , fur les biens du
Mandataire , & de quel jour peut être cette
hypotéque.
FAIT.
En 1721. le Sr de la Rouziere paſſa en
Province une Procuration devant Notaires
au Sr Carrel , ancien Controlleur des Rentes
fur l'Hôtel de Ville de Paris , pour recevoir
fes Rentes fur la Ville , ainfi que
Sr Carrel en recevoit pour differens Particuliers
. Il envoya une Expedition de cette Prole
curation
DECEMBRE. 1740. 2825
curation au Sr. Carrel , qui la dépoſa chés
un Notaire à Paris , le 17. Novembre 1721 ,
comme les Payeurs des Rentes l'exigent
pour leur sûreté , lorfque la Procuration eft
paffée en Province & qu'elle doit fervir à recevoir
plufieurs payemens.
Le 12. Juillet 1725. le Sr de l'Efpinay de
Marteville , paffa devant Notaires à Paris ,
une femblable Procuration au Sr. Carrel
avec pouvoit de fubftituer en fon lieu & place
telles autres perfonnes qu'il jugeroit à
propos , & de les révoquer.
Par un Acte paffé le même jour & devant
les mêmes Notaires , au pied de la minutte
de cette Procuration du Sr de Marteville
, le Sr Carrel fubrogea les Srs Thurault
& Affeline en fon lieu , pour recevoir
les Rentes du Sr. de Marteville.
:
Cette fubftitution n'eût cependant point
d'effet le Sr Carelle reçût lui - même les
Rentes du Sr de Marteville , de même
celles du Sr de la Rouziere.
que
Le Sr Carrel au tems de fon décès étoit
débiteur de 1453 liv. envers le Sr de la Rouziere
, & de 4230 liv. envers le Sr de Marteville
, pour arrerages par lui reçûs de leurs
Rentes.
›
En 1727. les heritiers bénéficiaires du
Sr Carrel , vendirent à Pierre Fournier & fa
femme , deux Maifons , fifes à Vanvre près
C vj Paris ,
2826 MERCURE DE FRANCE
•
Paris , moyennant 14000 liv. dont 1000 liv.
furent payées à un créancier hypotequaire du
défunt , & 6000 liv. à differens créanciers
chirographaires , tous délégués dans le Contrat
; & à l'égard des 7000 liv . reftans , il fut
ftipulé qu'elles feroient payées après que les
Acquereurs auroient mis à fin le décret
qu'ils devoient faire.
Les Acquereurs ayant fait ce décret aux
Requeſtes du Palais , il y furvint des opofitions
, entre autres de la part des Srs de la
Rouziere & de Marteville. Ces opofitions
furent converties en Saifies & Arrêts. Les
Acquereurs qui fe rendirent Adjudicataires
par décret , furent condamnés par deux Sentences
des 4 Octobre 1729. & 17 Aouſt
1731. à configner le prix entier de leur Adjudication
; & fur l'Inftance d'ordre intervint
une troifiéme Sentence en la premiere Chambre
des Requeftes du Palais , le 29 Juillet
1733. qui colloqua le Sr de la Rouziere par
hypoteque du 17 Novembre 1721. & les
héritiers du Sr de Marteville , par hypoteque
du 12 Juillet 1725. comme ils y avoient
conclu.
Les Acquereurs ayant interjetté apel de ces
Sentences , fe plaignoient principalement de
ce que les Srs de la Rouziere & de Marteville
avoient été colloqués comme créanciers
hypotequaires fur les Biens du Sr Carrel¸
préDECEMBRE.
1740. 2827
prétendant que ni les Procurations qu'ils lui
avoient données , ni les Actes faits en conféquence,
n'avoient point produit d'hypoteque .
Pour foûtenir cette propofition, les Apellans
difoient qu'à confiderer l'ufage des Procurations
en général , rien n'eft plus utile.
dans la Société ; que par cette voye , les hommes
fe rendent mutuellement divers offices,
non -seulement utiles , mais même néceſſai→
res : l'intereft n'y a le plus fouvent point de
part , la feule amitié y engage : mais celui
qui veut bien rendre un office d'ami , s'y
portera t'il avec la même ardeur , file fervice
défintereffé qu'il rend , a contre lui des fuites
telles que l'hypoteque de fes biens ? Celui qui
donne fes foins aux affaires d'autrui ne veut
pas toujours engager fes biens .
Si l'on confulte les principes de la matiere ,
l'hypoteque apellée en Droit jus ad rem , eft
une obligation des immeubles qui affûre l'exécution
des engagemens que l'on contracte.
Chés les Romains , il ne fuffifoit pas de
s'engager perfonnellement pour obligér auffi
fes biens ; l'hypoteque devoit être ftipulée
nommément.
Parmi nous, l'hypoteque n'a pas befoin d'être
ftipulée. Il y en a de deux fortes , expreſſe &
racite .
L'hypoteque expreffe eft conventionnelle
ou légale la premiere réfulte des engagemens
2828 MERCURE DE FRANCE
mens volontaires contractés par des Actes
autentiques : l'autre naît des engagemens
forcés que l'on contracte en Jugement par
les condamnations qui y font prononcées .
L'hypoteque tacite s'acquiert par le feul
bénefice de la Loi , dans certains cas où elle
affecte les biens aux engagemens tacites &
non exprimés : il eft inutile d'aprofondir cette
derniere efpece d'hypoteque ; les Intimés
conviennent qu'il n'y a point de Loi qui leur
donne une hypoteque tacite , ils ne prétendent
d'autre hypoteque que la conventionnelle
expreſſe.
14
Ce n'eft point la ftipulation qui donne
l'hypoteque dans notre Droit François ; c'eſt
l'obligation perfonnelle qui la produit ; l'hypoteque
expreffe fupofe une obligation perfonnelle
expreffe , & la tacite , une obligation
perfonnelle non exprimée. C'est ce que nous
atteftent Neguzantius de Pign. Donellus, ibid.
Bafnage des hypot . & ce qui réfulte de l'article
107. de la Coûtume de Paris.
Il eſt donc conftant que l'Acte le plus authentique
ne fçauroit produire d'hypoteque
expreffe, à moins qu'il ne renferme une obligation
perfonnelle expreffe. Un engagement
tacite ne fuffit pas pour donner une hypoteque
, à moins qu'elle ne foit accordée par la
Loi ; mais ce n'eft pas ici le cas .
Les Parties conviennent qu'il ne réſulte
aucune
DECEMBRE. 1740. 2829
aucune hypoteque d'une Procuration ; qu'elle
ne donne même pas d'action contre celui à
qui elle eft adreffée : ordinairement le Mandataire
n'intervient pas dans l'Acte qui contient
la Procuration ; quand il y feroit préfent
, le Notaire n'en fait pas mention , & le
plus fouvent n'écrit pas le nom du Mandataire
, qui ne contracte par conféquent dans
cet Acte , ni expreffément , ni tacitement .
Les deux Procurations données au Sr Carrel
, n'avoient donc produit aucune hypoteque
fur fes biens ; le dépôt qu'il a fait de la
premiere , & l'Acte par lequel il a fubrogé à
la feconde , n'en ont pas non plus produit.
Premierement, pour ce qui eft de l'Acte de
fubrogation, loin que le Sr Carrel ait déclaré
qu'il s'obligeoit d'exécuter la Procuration ,
il a déclaré au contraire qu'il ne vouloit pas
l'exécuter , il ne s'eft donc pas encore obligé
par cet Acte , il n'a commencé à s'engager tacitement
, que lorsqu'il a reçû lui même les
Rentes qui étoient l'objet de la Procuration.
A l'égard du dépôt de l'autre Procuration
, ce n'eft qu'une formalité qu'exigent
les Payeurs des Rentes pour leur sûreté ; cet
Acte ne contient aucun engagement de la
part du fondé de Procuration , qui conferve
la liberté d'agir ou de ne pas agir , en vertu
de la Procuration : fa perfonne & à plus forte
raifon fes biens ne font point engagés par un
Acte
2830 MERCURE DE FRANCE
Acte de cette qualité . Il dépofe la Procura
tion , il l'a certifie véritable afin que l'on y
ajoûte foi , s'il juge à propos de l'accepter &
de l'exécuter ; il ne fait rien de plus .
Il eft vrai que le Mandataire qui dépofe fa
Procuration , témoigne en quelque forte que
fon intention eft d'en faire ufage , & que le
Sr Carrel a confirmé que telle étoit fon intention
, en rempliffant l'objet des deux Procurations
, mais tout cela ne peut produire
qu'un engagement tacite , qui foûmet le
Mandataire à rendre compte de ce qu'il a
geré , & à remettre au Conftituant les for
mes qu'il a reçûës pour lui . Cet engagement
tacite qui réfulteroit de même du feul fait de
fa geftion & des quittances qu'il donne , ne
produit qu'une action perfonnelle contre lui
pour le faire condamner à exécuter cet engagement
tacite , en cas qu'il n'y fatisfalle pas
volontairement ; mais il ne peut jamais réfulter
delà une hypoteque expreffe conven
tionnelle , n'y ayant dans tous ces Actes aucune
obligation perfonnelle expreffe , telle
qu'il en faut une pour produire cette hypoteque
.
C'eft ce qui fut jugé en 1723. contre le
Sr de Malezieux , par Sentence renduë en la
Premiere Chambre des Requeftes du Palais
qui fut confirmée par Arreft du 4. Juin de la
même année, au raport de M. l'Abbé Pucelle.
On
DECEMBRE. 1740. 2831
On convient que tout Contract authentique
, qui contient une obligation perſonnelle
expreffe , ou un de ces engagemens tacites ,
auxquels la Loi attache l'hypoteque , produit
de plein droit l'hypotheque ; mais
hors ces cas , l'autenticité feule de l'Acte ne
donne pas l'hypoteque , s'il n'y a une obligation
expreffe.
Par exemple , le Tuteur n'a point d'hypoteque
fur les biens de fon mineur pour la ref
titution de fes avances , quoiqu'il ait une action
pour les répéter , parce que l'Acte de
Tutelle ne contient point d'engagement de
part du Mineur. la
De même , la quittance donnée devant Notaires
au Débiteur qui paye plus qu'il ne doit,
produit contre le Créancier une obligation
tacite de rendre ce qu'il a reçû de trop , &
une action perfonnelle au Débiteur pour le
redemander, mais la quittance donnée par le
Créancier ne produit point d'hypoteque , fuivant
le Reglement des Mercuriales de 1666.
& cela parce que la quittance ne contient
point d'obligation de la part du Créancier.
Quoique la contrainte par corps ait lieu
contre les Mandataires qui reçoivent pour
le Public des Rentes fur l'Hôtel de Ville , il
ne s'enfuit pas delà , qu'on ait une hypote
que expreffe fur leurs biens , fans qu'ils ayent
expreffément engagé leur perfonne.
Au
2832 MERCURE DE FRANCE
Au contraire de la part des Intimés , on
difoit que la queftion intereffoit tous ceux
qui ont des Rentes fur l'Hôtel de Ville.
Qu'ordinairement on ne les reçoit pas soimême
, que
, que la plupart de ceux qui en ont ,''
ne pourroient le faire fans fe déranger. On
s'adreffe à des perfonnes qui fe font volontairement
attachées à faire cette Recette
pour chaque Particulier , moyennant la rétribution
qu'on leur donne : on eft dans l'ufage
de s'y confier , même fans les connoître
particulierement ; la grande commodité
qu'on y trouve , fait que leurs fonctions font
devenues publiques , de confiance, & en quelque
forte néceffaires
. Où feroit la fùreté , fi
les Procurations
devant Notaires que pren
nent ces fortes de perfonnes, ne produifoient
pas contre elles une hypoteque
fur leurs biens
pour la reftitution
de ce qu'elles ont reçû ?
Indépendamment de ces confidérations ,
& fuivant les principes , l'hypoteque dans
l'efpece étoit acquife aux Conftituans , du
jour des Actes de dépôt & de fubftitution .
Un Mandataire ne dépofe une Procuration
que dans l'intention de l'exécuter : fon
intention marquée par le dépôt , opére le
même effet que l'exécution; c'eft.à - dire , que
l'acceptation de fa part , eft auffi bien marquée
par le dépôt que par l'exécution même.
La
DECEMBRE. 1740. 2833 .
La fecónde Procuration , portant pouvoir
en général au Mandataire d'en nommer un
ou plufieurs autres , & le Mandataire n'en
ayant nommé que fans s'exclure de la faculté
qu'il avoit de recevoir par lui- même , par - là
il a accepté cette Procuration , & l'a exécutée
, d'autant plus que par l'événement , il a
reçû lui-même les Rentes , fans avoir révo
qué la fubrogation qu'il avoit fait.
Quoique le Mandat foit un Contract fi
nallagmatique, il n'eſt pas néceffaire que les
obligations réciproques fe rencontrent dans
un même Acte ni dans le même tems . Deux
perfonnes font réciproquement obligées fur
un même objet , l'une par un Acte & au
moment qu'elle l'aura paffé , quoique l'autre
qui doit auffi être obligée , ne fe foit obligée
que depuis & par un Acte différent. Ce ne
font pas les mots qui forment l'obligation ,
c'eſt le confentement . Peu importe de quelle
maniere il foit donné .
Toute obligation autentique emporte hypoteque
; or, les Actes de dépôt & de fubrogation
, faits par le Sr Carrel ont été paffés
devant Notaires , ils font par conséquent autentiques
& produifent l'hypoteque qui eft
attachée aux obligations autentiques .
Il y a même une ftipulation expreffe d'hypoteque
dans ces Actes par ces termes de
ftyle qui fe trouvent à la fin , promettans , &c.
obligeans ,
2834 MERCURE DE FRANCE
obligeans , &c . il n'eft pas douteux que ces
termes , qui font le commencement de clau
fes que l'on abrege comme étant de ftyle ,
comprennent en abregé une ftipulation expreffe
d'hypoteque fur tous les biens , c'eſt
ce qui a été jugé par deux Arrêts rendus, l'un
en la cinquiéme Chambre des Enquêtes le
17. Novembre 1587. raporté par Goujet, des
hypoteques , Queſtion 10. l'autre , en la premiere
des Enquêtes le 13. Août 1608. raporté
par M. le Prêtre, I. Cent. Chap . 63 .
Ainfi, de même que le Mandant s'eft valablement
obligé envers le Mandataire , quoique
ce dernier ne fût pas préfent , de même
le Mandataire a valablement obligé fa perfonne
& fes biens envers le Mandant , par
les Actes de dépôt & de fubrogation , qui
contiennent une véritable acceptation des
deux Procurations.
Si le Mandataire n'avoit pas eû intention
de les accepter, il ne les auroit pas déposées,
& n'auroit pas fubrogé quelqu'un , il les auroit
renvoyées , ou s'il avoit fubrogé quelqu'un
en vertu de la feconde , il auroit déclaré
qu'il fe démettoit totalement du pouvoir
qui lui étoit donné , afin de ne s'engager en
aucune maniere , ce qu'il n'a pas fait ; & ce
n'étoit pas fon intention , puifqu'au contraire
il a reçû lui -même les rentes en conféquence
des deux Procurations,
Peu
DECEMBRE. 1740. 2835
Peu importe que le Mandataire n'ait reçû
que long- tems après les Actes de dépôt &
de fubrogation , il fuffit que ces Actes ayent
une date certaine & qu'ils foient autentiques;
l'obligation qui en réfulte & l'hypoteque qui
en eft la fuite , tirent leur origine de ces Actes
, & par conséquent la date de l'hypoteque
qu'ils produifent remonte au tems où ils
ont été paffés. Il y a bien d'autres cas où
l'obligation eft née avant que l'action foit
ouverte , comme l'explique M. Cujas , Ad
Legem. 1. ff. qui potiores .
La Procuration fignée en même tems du
Mandant & du Mandataire , emporteroit inconteftablement
hypoteque réciproque du
jour que l'Acte feroit paffé , quoi qu'il ne fût
exécuté que long- tems après ; ainfi ce n'eft
pas le tems de l'exécution qui regle la date
de l'hypotheque, c'eft la date de l'obligation ,
laquelle , à l'égard du Mandataire dans l'espece
préfente , eft du jour de l'acceptation
qu'il a contractée par les Actes de dépôt &
de fubrogation.
Tels étoient en fubftance les moyens allegués
de part & d'autre dans cette affaire qui
a éré difcutée folemnellement . Elle avoit été
diftribuée en la troifiéme Chambre des Enquêtes
, où M. de Loffendiere , Confeiller ,
en fit le Raport en préfence de toute la
Chambre ; mais Mellieurs y ayant trouvé de
la
2836 MERCURE DE FRANCE
la difficulte , arrêterent que la Queſtion feroit
consultée aux autres Chambres , comme
cela fe pratiquoit quelquefois anciennement.
Et ayant fait part de cet Arrêté à la Grand'-
Chambre & aux quatre autres Chambres des
Enquêtes , ces cinq Chambres envoyerent
chacune deux Confeillers pour affifter &
avoir voix délibérative au raport qui devoit
être fait de l'Affaire en la troifiéme des
Chambres ; ce qui fut ainfi exécuté . Il
avoit 33. ou 34. Juges , dont dix étoient les
Députés de la Grand'- Chambre & des quatre
Chambres des Enquêtes , & le furplus
composé de Mrs les Préfidens & Confeillers
de la troifiéme .
Y
,
L'avis qui prévalut , fut que le Mandant
avoit hypoteque fur les biens du Sr Carrel du
jour des Actes de dépôt & de fubftitution
& la Sentence qui l'avoit ainfi jugé , fut confirmée
par Arrêt du 27. Août 1740. On dit
que l'Arrêt paffa de 26. ou 27. opinions contre
7. ou 8.
Il y avoit 68. ans que l'on n'avoit point
rendu d'Arrêt Consultis Claffibus , le dernier
Arrêt rendu en cette forme , étant celui de
1 672. raporté au Journal des Audiences, qui
donne hypoteque aux Procureurs ad lites
pour leurs frais & falaires fur les biens de
leurs Clients , du jour de la Procuration qui
leur eft donnée pour occuper.
II
DECEMBRE. 1740. 1740. 2837
Il n'y avoit point eû depuis d'Arrêt rendu
Consultis Claffibus , mais feulement divers
Arrêts rendus en forme de Reglement par
la Grand' -Chambre feule.
On ne fçait au furplus fi l'Arrêt du 27.
Août 1740. dont on vient de parler , doit
être qualifié d'Arrêt rendu Consultis Claffibus,
car anciennement , lorfqu'on vouloit rendre
un Arrêt de cette efpece , le Raporteur alloit
faire le raport de l'Affaire dans chaque Cham
bre & y réfumoit l'opinion qui avoit paffé à
la pluralité des voix , au lieu qu'ici l'on n'a
pris que l'avis de deux Députes de chaque
Chambre , comme cela s'étoit déja pratiqué
en quelques occafions , notamment lors de
l'Arrêt de Reglement du 19. Juin 1674. raporté
au Journal des Audiences , par lequel
on jugea de nouveau , comme en 1672 , que
l'hypoteque des Procureurs ad lites , pour
leurs frais & falaires , eft du jour de la Procuration.
Il y a encore actuellement une autre Affaire
pendante au Parlement , qui a été renvoyée
pour être jugée Consultis Claffibus ,
entre M. l'Evêque de Laon & les Habitans
du Comté d'Anizy , fur la Queſtion de fçavoir
fi dans la Coûtume de Vermandois , on
peut dire exempt des Droits de Lods &
Ventes , par la fimple poffeffion , ou s'il
faut un Titre formel pour jouir de cette
fe
exemption.
Autrefois
2838 MERCURE DE FRANCE
Autrefois Mrs du Parlement , tous en Ro
bes rouges , s'affembloient la veille des grandes
Fêtes & prononçoient les Arrêts les plus
folemnels qui avoient été rendus depuis la
derniere prononciation ; on choififfoit les
Arrêts qui pouvoient fervir de regle fur
quelque point de Jurifprudence , c'eft ce
qu'on apelloit Arrêts en Robes rouges, & que
quelques perfonnes , peu verfées au Palais ,
confondent , mal à propos , avec les Arrêts
qui fe rendent encore aux grandes Audiences
de la Grand'- Chambre , où Mrs les Préfidens
à Mortier font en Robes rouges ; mais
ces prononciations d'Arrêts en Robes rouges
ont ceffé depuis l'Ordonnance de 1667.
laquelle , Tit. 26. Art. 7. abroge en toutes
Cours & Jurifdictions , les formalités des
prononciations des Arrêts & Jugemens .
**
RONDEAU
A M. Destouches , de l'Académie Françoise.
V Ive l'esprit , c'eft lui feul qu'on encense ;
De la Nature on ne fait plus de cas ;
Dans l'art des Vers , dans celui des Campras ,
C'eft être Goth d'offrir fa reffemblance
On ne veut plus que clinquant & fatras.
Un
DECEMBRE. 1740 2835
Un Madrigal qui brille en aparence ,
Sur le folide obtient la préference ,
Ah ! que ces traits , dit- on , font délicats !
Vive l'esprit .
De tout Ouvrage il commence l'effence
Du double Mont les autres Potentats
Ont beau crier , tout tombe en décadence
Si .... mais en vain , on ne les entend pas ,
Et chaque Auteur prend pour devise en France ,
Vive l'esprit.
ENVOI
Digne Rival de Plaute & de Terence ,
Grand Nericaud , de ce fel plein d'apac
Tu nous fais voir que la folle dépense
Fait tous les jours éclore cent fatras ,
Et tu ne dis qu'au goût qui le dispense ,
Vive l'esprit .
Par M. de St Roman , de Montpellier:
II. Vol. D INS
2840 MERCURE DE FRANCE
INSTRUCTION de M. l'Abbé L. B.
au fujet d'une Lettre qui regarde la fitua
tion d'Epaone , où fe tint un Concile des
Gaules vers le commencement du fixiéme
fiecle.
Q
Uoique la Lettre qui fuit ne foit
Pas nouvelle , elle mérite d'être
publiée
, non feulement à caufe de la réputation
de l'Auteur , qui eft le même duquel
on a une Lettre décifive fur la même matiere.
dans les Mémoires de Trévoux , Novembre
1737. mais encore pour mettre ceux qui
foûtiendront la même caufe que lui , en état.
de répondre aux objections qu'on pourroit
faire dans la fuite contre la Comté d'Abbon ,
en faveur de l'Eglife de S. Romain , fituée à
un quart de lieuë de Vienne , & en faveur
du Lieu nommé Ebao ou Tortilianum. Les
raifons de M. Didier détruiſent ſuffiſamment
ces objections , & nous font voir comment
cet habile Ecrivain eft enfin parvenu à trou
ver Epaone dans la Comté d'Abbon , après
avoir prouvé que plufieurs Lieux où on le
croyoit fitué , ne peuvent pas le repréſenter.
DECEMBR E. 1740 2841
LETTRE de M. Didier grand Archi
diacre & Chanoine de Vienne , à M....
V
>
Ous fouhaitez , Monfieur , que j'écrive
les Reflexions que nous fimes il y a
quelques jours , en lifant la Differtation de
M. de Valbonnais , Premier Préſident de la
Chambre des Comptes de Dauphiné , fur le
Lieu où s'eft tenu le fameuxConcile d'Epaone
; je fuis perfuadé qu'en cela nous entrons
dans les vûës qu'a eues cet illuftre Magiftrat.
Ainfi c'eft très- volontiers que je foûmets
mes conjectures à fa docte cenfure ; mais ce
fera , s'il vous plaît , fous votre nom qu'elles
iront jufqu'à lui , puifque vous ayez l'honneur
d'en être connu particulierement.
Si M. le P. P. s'étoit déterminé lui- même ,.
j'aurois pris d'abord le parti qu'il auroit em- ›
braffé ; mais comme il attend les découvertes
qu'on peut faire , en fuivant les routes
qu'il a marquées , je vous avouë que je fuis
plus indéterminé qu'auparavant , j'avois crû
devoir me fixer à croire que Ponas étoit le
Lieu du Concile d'Epaone ; je m'y étois déterminé
fur ce que le fçavant Dom Mabillon
m'avoit affûré que dans le Lieu d'Epaone
il y avoit deux Eglifes , l'une dédiée à faint
André, Apôtre,& l'autre à S. Vincent, Martyr.
J'ai encore fon Mémoire écrit de fa main ,
Dij
ой
2842 MERCURE DE FRANCE
2
1
où le nom de l'Eglife de faint Vincent eſt
écrit plufieurs fois ; & j'avois trouvé deux
Eglifes de Paroiffe autour de Ponas , dont
l'une eft dédiée à faint André , & l'autre à
faint Vincent ; à la vérité , ni Ponas , ni les
Eglifes n'apartiennent en aucune façon à l'Eglife
de Vienne ; mais dans dix fiecles , il
arrive bien des changemens dans les poffef
fions.
Le Diplôme de Louis le Debonnaire que
M. le P. P. ajoûte à fa Differtation , me dépaïfe
; car au lieu de faint Vincent , je trouve
S. Romain , Titulaire d'une de ces deux Eglifes
; ainfi il faut chercher cette Eglife de faint
Romain , c'est ce que nous pourrons faire
vous & moi , Monfieur , en allant fur les
Lieux quand il vous plaira ; peut-être
Topographie de Ponas nous donnera quelconnoiffance
particuliere pour affeoir que
notre jugement.
que
la
J'embrafferois volontiers le nouveau fystême
que M. le P. P. voudroit établir , que
cet Epaone pourroit bien être quelque Château
du côté du Pont Evêque , fi nous y
pouvions trouver l'Eglife de faint André ; car
pour celle de faint Romain Martyr , elle eft
conftante , non -feulement parce que M. le
P. P. raporte de l'ancien Terrier de l'Archevêché
de Vienne , mais auffi parce que l'Ordo
Viennenfis Ecclefiæ , qui a été réformé en
1385-
DECEMBRE: 1740 2843
1385. & qui fubfiftoit bien des ficcles auparavant
, met la Station du fecond jour des
Rogations à cette Eglife de faint Romain .
...
Die fecundâ Rogationum .... Proceffione
procedente... dumpervenerit propè pontemgeria
procedat Proceffio fancti Severi ad fanctum
Martinum , deinde ad fanctum Romanum ..
Extra civitatem Clericuli recitent Antiphonas
ufque ad fanctum Romanum . Statio ad
fanctumRomanum. Litaniam decantent duo Sacerdotes
mandato Magiftri Chori , ante altare
unus Coadjutor & duo Praſbyteri proftrati Litaniam
dicant ex mandato Magiftri . Oratio
Deus qui culpas , &c. Cantoriam ad Miſſam
Capellanus fancti Andrea monialium, & alius
de forma , &c.
Je marque exprès que le Chapelain de
S. André les Nonains faifoit la Chantrerie ,
parce que cela peut conduire à établir que
ce Monaftere avoit l'Eglife de S. Romain ,
attendu que dans les autres Eglifes où le
Chapitre faifoit Station , les Chapelains de
ces Eglifes faifoient la Chantrerie , ce qui
donneroit licu de croire que l'Eglife de S.
André & celle de S. Romain , dont il eft
parlé dans le Diplôme de Louis le Debonnaire
, auroient été unies.
Les ruines de l'Eglife de S. Romain paroiffent
encore à la tête du grand Pré de
l'Archevêché ; les Fonds Capitulaires , & les
Diij Directes
2844 MERCURE DE FRANCE
Directes que l'Eglife de Vienne a encore autour
de ces ruines , peuvent encore fortifier
la conjecture de M. le P. P.
Mais avec tout cela je vous avouë , Monfieur
, que je ne puis encore me rendre à
cette opinion , quand je confidere la fituation
du Licu , qui ne pouvoit être guere
commode pour une fi augufte Affemblée ;
il ne paroît dans tous les environs que Bois
& que Lieux pleins d'eau ; on n'y voit point
de veftige qu'il y eût de ce côté là quelque
Château affés vafte pour loger les vingtquatre
Evêques & leur fuite , n'euffent- ils
mené qu'un Diacre chacun ; & d'ailleurs ,
quelle raiſon auroit eu l'Evêque S. Avite de
tenir cette Affemblée à un quart de lieuë de
fon Eglife & de fon Palais , fi toutefois les
Evêques avoient alors des Palais ?
L'idée & la notion que nous avons de
Villa , ne peut guere s'accommoder à un
Lieu qui ne paroît pas avoir jamais été habité
cependant la Lettre de convocation de
S. Avite , dit qu'il choifit Epaone , comme
un Lieu commode pour l'Aflemblée.
L'endroit où étoit l'Eglife de S. Romain
& tout le voisinage , peut encore moins convenir
au Lieu d'Epaone,fi l'on veut qu'Epaone
fût en vue de l'Eglife de Vienne , puifqu'il
eft conftant que de nul endroit de Vienne
pas même des Châteaux qui font fur les
éminences ,
DECEMBRE: 1740 2845
&
•
eminences , on ne peut voir ni l'endroit de
l'Eglife de S. Romain , ni les environs ; ce
Lieu étant furmonté par plufieurs côteaux
qui font autour de Vienne.
Je ne vois pas auffi qu'on puiffe dire qu'-
Epaone fût à la vûë de Vienne ; il est vrai que
dans la vente que le Monaftere de S. Martin
d'Autun fit du Lieu apellé Tortilianum, il eſt
dit que ce Tortilianum ( qu'on prétend être
la même chofe qu'Epaone ) étoit in vicinia &
profpectu corum, c'eft- à dire, de l'Archevêque
& de fon Chapitre.
, Mais en premier licu ce vicinia & prof-
-pectus ne paroiffent pas fe devoir prendre ici
littéralement , & pour ainsi dire , phyſiquement
; mais comme une maniere de parler ,
par raport au Monaftere de S. Martin d'Autun
, qui étant fort éloigné de Tortilianum ,
l'Eglife de Vienne pouvoit dire qu'elle l'avoit
fous les yeux.
:
+
En fecond lieu , lorſque l'Eglife de Vienne
acquit ce Lieu là pour le prix de cent livres
d'argent, il n'y avoit que quatre- vingt - quinze
ans que Louis le Debonnaire lui avoit reftitué
Epaone ; car le Refcrit de cet Empereur
eft de 831. & la vente de Tortilianum eft de
926.il n'eft pas poffible que l'Eglife de Vienne
eût fi- tôt perdu la mémoire de cette reſtitution
; d'où vient cependant qu'on n'en dit
Diiij pas
2846 MERCURE DE FRANCE
pas un mot dans la vente de Tortilianum ?
İl femble qu'on y auroit au moins expofé que
ce Lieu avoit autrefois apartenu à l'Eglife de
Vienne : il n'y a rien même d'aprochant ; les
Députés remontrent feulement à l'Abbé de
S. Martin d'Autun , que Tortilianum eft un
Lieu fort éloigné de fon Monaftere. L'Abbé
repréſente à fes Moines qu'ils ne joüiffent
pas paisiblement de cete Terre , qu'elle leur
a été enlevée & pillée plufieurs fois ; que
d'ailleurs , la dépenfe des voyages en confumoit
tout le revenu ; ce qui marque que depuis
long- tems ce Lieu lui apartenoit ; mais
ils ne difent point qu'il eût apartenu auparavant
à l'Eglife de Vienne : l'Acte eft une
vente pure & fimple .
Je ne vois pas non plus qu'il y ait grand
fondement à faire fur l'Acte de 888. pour
dire que Tortilianum & Epaonum font la
même chofe : il eft vrai que dans cet Acte ,
par lequel un Archevêque de Vienne remet
ce Tortilianum au Comte Theutbere , pour en
joüir fa vie durant , on fe fert du mot Ebaonemfive
Tortilianum , ce qui fait voir qu'Ebao
ou Ebaona & Tortilianum font la même
chofe ; cela eft conftant , mais il ne l'eft
point du tout qu'Ebao foit la même choſe
qu'Epaona ou Epaonum. La reſſemblance
des noms ne prouve pas l'identité des chofes.
Combien
DECEMBRE . 1740. 2847
Combien de Lieux avons nous très- differens,'
qui ne le font guere dans le nom. Ambor
niacum & Ambroniacum , font loin l'un de
l'autre , & très - aprochans de nom ; celui - là
eft un Prieuré , & l'autre eft une Abbaye en
Bugey , dont M. de Maugiron , Comte de
Lyon , ci - devant Agent du Clergé , eſt
Abbé.
Je fuis perfuadé qu'il faut chercher cet
Ebao ou Tortilianum du côté de Romans ;
depuis Mantaille juſques à Geniffieu . L'Acte
raporté dans le Spicilegium de Dom Lục
d'Achery me détermine à cette opinion ; car
l'Archevêque qui aparamment vouloit donner
au Comte Theutbere ce qui étoit à ſa
bienséance , en lui remettant trois Terres
,
exprimées dans l'Acte , tres villas, Mantulam,
Ebaonem & Geniciacum , met toujours cet
Ebaonem entre Mantaille & Geniffieu . Vous
fçavez que Mantaille étoit une Terre de
l'Eglife de Vienne ; c'eft là que l'Archevêque
Otramne tint l'Affemblée pour l'Election du
Roy Bozon , & ce n'eft que dans le dernier
fiecle que les Archevêques ont échangé cette
Seigneurie pour acquérir une partie de la
Leide de Vienne , s'en réfervant pourtant les
dixmes ; Geniffieu qui eft près de Romans ,
fait partie de la Terre de Triol mouvante
de l'Eglife de Romans, laquelle y a la dixie ,
›
Dv &
2848 MERCURE DE FRANCE
& ce font les Archevêques qui ont fondé le
Monaftere de Romans , qui eft aujourd'hui
un Chapitre de Chanoines.
Vous avez fort bien remarqué , Monfieur
, qu'en mettant Tortilianum entre Mantaille
&Geniffieu , dans l'Acte de vente fait par
l'Abbé de S. Martin , on aura pû dire même
littéralement que Tortilianum étoit in vicinia
profpectu de l'Archevêque & de fon Chapitre
, par raport à leur Château de Mantaille
, d'où aparemment on pouvoit voir
Tortilianum.
Je ne doute pas que M. le Premier Préfi
dent ne pût trouver dans les titres de l'Abbaye
de Romans , quelques veftiges de cet
Ebaona ou Tortilianum. M. de Fontenille .
Maître du Choeur de cette Eglife eft trèsinftruit
de fes droits : il fçait tous fes titres
& il pourroit fans trop de peine , faire cette
recherche. M. le Préfident de Murat , dont
les Terres font près de Mantaille , M. de
Mitral , Confeiller , & autres Magiftrats des
Cours fupérieures
de Grenoble , & qui ont
des Terres de ce côté là , peuvent auffi avoir
des titres qui donneroient
quelque jour à
cette recherche . Il y a du côté de Romans
des Paroiffes dont le nom paroit venir des
anciens noms Latins , Ebaona & Tortiliacomme
Terfanne Tournain
ou
> Tournés
,
num
DECEMBRE . 1740: 2849
Tournés
•
le Village apellé Vaune &c.
Au refte , fans quelque nouveau * fecours ,
je ne crois pas que l'on puiffe bien s'affûrer
du Lieu précis où étoit Epaone, & fi la fagacité
& la pénétration de l'efprit de M. le P.P.
ne rendent pas ce fervice à la République
des Lettres , je crois qu'on fera toujours làdeffus
dans l'incertitude ; ce qu'il y a néan◄
moins de bien affûré , c'eft que le Lieu d'Epaone
étoit dans le Diocèfe de Vienne , &
qu'il apartenoit à l'Eglife de Vienne , ce qui
détruit feul la plupart des fyftêmes que les
Sçavans ont bâtis fur le Lieu de ce fameux
Concile.
En finiffant ma Lettre , il me vient un
fcrupule trop bien fondé ; il fe pourroit bien
que le Lieu apellé Mantula dans l'Acte de
888. fût aufli bien Mente que Mantaille ,
parce que dans nos Regiftres , ce premier eft
fouvent apellé Prioratus Mantula , comme
qui diroit la petite Mantaille. En effet ,
Mente n'eft pas loin de Mantaille ; c'eft un
Prieuré de Cluny , & de là on ne pourroic
pas conclure qu'il n'eût pas apartenu à l'Eglife
de Vienne. On fçait qu'avant que le
Concile de Latran eût défendu aux Evêques
d'aliéner le temporel de leurs Eglifes ,
* Ce fecours eft venu à l'Auteur en 1737. comme
il paroit par la Lettre des Mémoires de Trévoux du
mois de Novembre de la même année.
D vj ils
12850 MERCURE DE FRANCE:
*
ils fondoient très -fouvent des Monafteres &
leur donnoient des dixmes ; nos anciens
Archevêques avoient tellement apauvri leur
temporel , que fans les Abbayes qu'on y a
unies , ils n'auroient pas aujourd'hui de quoi
fubfifter. Enfin que Mantula foit Mente ou
Mantaille , cela ne doit faire aucun changement
dans nos Reflexions fur le Lieu de Tor
tilianum. Je fuis M. &c.
Le
19. Avril 1714.
餐
L'AMOUR ET PSICHE ,
P
FABLE.
Siché , fans avoir vu l'Amour ;
Devint fa moitié bienheureufe ;
Mais fon ame trop curieuſe
Tenta, mal à propos , de le connoître un jour .
Elle craint de trouver quelque monftre effroyable,
A l'éclat d'une lampe , avec étonnement ,
Elle aperçoit un jeune homme charmant ,
Qui goûtoit un repos aimable ,
A fon aſpect fa main fait un vacillement.
D'une goute d'huile bouillante
Elle éveille en ſurfaut le plus tendre des Dieux ,
Qu
DECEMBRE. 1740 285
Qui , pénétré de fa douleur cuifante ,
S'envole auffitôt dans les Cieux.
Pfiché vainement le rapelle ,
Il l'abandonne fans retour.
Epoufes , fur ce beau modele ,
Craignez dans vos Epoux d'épouvanter l'amour ?
Vos défauts égalent les nôtres ;
Ce n'est que par votre douceur
Que vous parvenez au bonheur
De nous faire oublier les vôtres .
Laffichard.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Senlis ;
le 8. Septembre 1740. fur une Cérémonie
M
finguliere.
R. Gabriel- François Daraine , Ecuyer ,
Seigneur d'Outreval , né à Compié
gne au mois de Mars 1650. & inftalé le 21 .
May 1680. dans les Charges de Premier &
Ancien Préfident , Lieutenant Général Civil
& Criminel , & Commiffaire Enquêteur &
Examinateur au Bailliage & Siége Préfidial
de cette Ville , folemnifa avec les Officiers
de fa Compagnie par un grand repas qu'il
leur donna le 6. de ce mois , la foixantićme
année de l'exercice de fes Charges . Il
avoit en 1730. fait pareille Cérémonie pour
la
2852 MERCURE DE FRANCE
>
la cinquantiéme année.Ce Magiftrat qui s'eft
acquis l'eftime & la confidération de tout le
Public a encore l'efprit & le corps auffi
fains que dans fa jeuneffe , & on fe flate
qu'il fera en état de remplir long-tems une
carriere , que fa bonne fanté fait efperer ne
pas devoir finir auffi tôt que fon grand âge ,
qui eft de 90. ans & fix mois , fembleroit le
faire craindre.
****************
ENIGM E.
TANDIS que de Phebus le flambeau nous éclaire,
Sur un Lit à trois pieds giffantes fur le dos ,
Sans foins & fans emploi nous goûtons le repos ;
Mais dès que terminant fa courſe circulaire
Ce Dieu va chés Thétis & fait place à la nuit ,
Nous fortons de notre réduit :
Alors notre double machoire
Devore à chaque inſtant & la flâme & le feu ;
Et quoique de tels mets doivent nous plaire peu ,
On nous les fait manger fans boire.
Par M. Flocard, à Parisi
LO:
DECEMBRE. 1740 2853
LOGOGRYPHE.
UN des plus Saints Prélats de France ;
Une Ville de grand renom ;
****
Mot qui peut garantir d'Erreur , de Médifance #
Autre dont les Enfans aprennent la Leçon ;
Inftrument dont fe fert la fevere Juſtice ;
Et dont maint criminel redoute le fuplice ;
Fleuve très- renommé du plus rapide cours ;
Métal au Roy d'un grand fecours ;
Lieu d'azile & de réfidence
En certain Canton de la France ;
Païs où des Chrétiens on ne fuit par les Loix ;
Héros fameux par les Exploits ;
Poiffon des plus petits qui foient dans les Rivieres
Avec un peu d'attention
Vous verrez tous ces caracteres
Dans cinq traits qui forment mon nom.
Giret de Fecamp
NOU:
2854 MERCURE DE FRANCE
忠峨
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , & c .
A MYTHOLOGIE & les Fables , expli-
Luces par l'Hiftoire , par M. l'Abbé Baquées
nier , de l'Académie
des Inscriptions
& Belles
- Lettres. Troifiéme
Volume
, in 4º. A
Paris , chés Briaffon
, Libraire
, ruë S. Jacques
, à la Science , 1740.`
ESSAIS fur l'Hiftoire des Belles -Lettres ;
des Sciences & des Arts , par M. Juvenel
1740. in - 12 . de 443. pages , fans la Préface .
A Lyon , chés Duplain , pere & fils , & à
Paris , chés Prault , fils , Quai de Conty , à la
Charité.
HISTOIRE des Empires & des Républiques
, depuis le Déluge , jusqu'à J. C. où
l'on voit dans celle d'Egypte & d'Aſie la liaifon
de l'Hiftoire Sainte avec la Profane , &
dans celle de la Grece , le raport de la Fable
avec l'Hiftoire . Par M. l'Abbé Guyon , Tonie
V. Macédoniens , Seconde Partie. A
Paris , chés H. L. Guerin , & autres Libraires
in- 12. de 662. pages , non compris la
Table des Matieres , 1740.
JeanDECEMBRE.
1740 285 $
Jean- Baptifte Albri , Imprimeur-Libraire
, a imprimé & débite à Venife , les
Lettres de M. Ant. Ferratius , fous ce Titre:
M. Ant. Ferratii Epiftolarum Libri fex , in
quibus omnia ferè, qua in Orationibus M. Tullii
dubia occurrunt , polemicè illuftrantur:
1740. in-4°.
On trouve chés le même , Compendio dell
Archittettura generale da Vitruvio Opera di
M. Parraval , 1740. in- 8°. Fig.
›
L'HISTOIRE de la Religion de Malthe ;
en Italien , par M. Barthelemi Pozzo. C'eſt
la continuation de celle de Jacques Bofius
depuis 1571 , jusqu'en 1688. Deux Volumes
in-4° . Cet ouvrage fe trouve auffi à Verone ,
dans la même forme.
Dominique - Marie Manni , Imprimeur-
Libraire , débite depuis peu à Florence , un
Abregé de la derniere Edition du Dictionaire
de la Crufca , en cinq Volumes in 4 ° . L'Ouvrage
eft en Italien.
SUPLEMENT de la Méthode pour Etudier
Hiftoire , avec un Suplément au Catalogue
des Hiftoriens & des Remarques fur la bonté &
le choix de leurs Editions , par M. l'Abbé
Lenglet Dufresnoy , in-4° . Paris , chés Rollin
, fils & de Bure , l'aîné. Deux Volumes en
grand
2856 MERCURE DE FRANCE
grand ou en petit Papier. Le même in 12. trois
Volumes , chés les mêmes Libraires.
La Méthode pour étudier l'Hiftoire de
M. l'Abbé Lenglet Dufresnoy , parut en quatre
Volumes in-4° . l'année 1729. L'accueil
favorable , que le Public a fait à cet ouvrage ,
a engagé l'Auteur à le revoir , à l'examiner
avec un oeil critique. Et enfin il a trouvé
qu'on pouvoit encore y ajouter des choſes
effentielles pour fa perfection. C'eft ce qui l'a
engagé à faire ce Suplément qui eft en état
de paroître depuis environ cinq ans , & qui
eft fous preffe depuis près de deux ans.
On peut divifer cet Ouvrage comme en
trois parties; la premiere regarde l'Ancienne
Hiftoire ; la feconde traite de l'Hiftoire Moderne
, enfin on voit dans la troiſième un
Suplément très - curieux au Catalogue des
Hiftoriens.
Ce Livre eft partagé non pas en Chapitres,'
mais en 33. Difcours . Les xvIII . premiers
regardent l'Hiftoire Ancienne ; on y trouve
quelques parties que l'Auteur n'avoit pas
traitées avec un auffi grand détail , & d'autres
qui font nouvelles , entre autres , l'Hiftoire
Ancienne de l'Italie , de la Sicile , de
plufieurs Etats de l'Europe & de l'Afrique ,
& même celle des Amazones , qui font un
des Phénomenes les plus finguliers de l'Ancienne
Hiftoire. Les treize Difcours qui fui-.
vent
DECEMBRE. 1740 2857
vent depuis le 18. jufqu'au 32. comprennent
un Etat du Gouvernement de tous les Royau
mes ou Souverainetés principales de l'Europe.
On fçait combien cette matiere eft néceffaire
pour l'Etude de l'Hiftoire Moderne.'
L'Auteur a raffemblé fous un feul point de
vûë ce qu'on trouveroit à peine dans un
grand nombre de Volumes ; ainfi ce font
des Lectures épargnées & facilitées pour ceux
qui , par la fituation de leurs affaires , font
preflés de lire.
Les deux derniers Chapitres regardent la
néceffité & l'ufage de l'Hiftoire pour les differentes
parties de la vie , & même pour le
Droit Public ou la Politique : ce font ces
quinze derniers Difcours que l'on peut regarder
comme la deuxième Partie de cet Ouvrage.
Enfin la troifiéme Partie contient un Suplément
très- curieux au Catalogue des Historiens
, avec des renvois au premier Catalogue
de la Méthode . On fçait que comme
on imprime beaucoup en Hiftoire , tant en
France , que dans les Pays Etrangers , cette
Partie fera toujours fufceptible de Suplémens.
Et on peut affurer que dans cet Ouvrage , il
y a beaucoup de chofes curieufes , & même
des traits d'Hiftoire Anecdotes .
Les Libraires prient de donner avis , que
n'ayant imprimé de ce Suplément que la
moitié
2858 MERCURE DE FRANCE
moitié du nombre qui s'eft imprimé des día
ferentes Editions de la Méthode , c'eſt à ceux
qui en ont befoin à s'en pourvoir le plutôt
qu'ils pourront.
L'Ouvrage in- 4° . grand Papier , 2. Volumes
, fe vend 20 liv . Le petit Papier in -4°.
2. Volumes , 14. liv. 1
Et l'in- 1 2. 3. Volumes, 9. liv. Le tout relié.
DESCRIPTION Géographique & Hiftorique
de la Haute Normandie, divifée en deux Parties
, dont la premiere comprend le Pays de
Caux , la feconde le Vexin. On y a joint
un Dillionaire Géographique complet , & les
Cartes Géographiques de ces deux Provinces ,
2. vol. in-4° . A Paris , chés Nyon , Pere ,
Place de Conty , à Sainte Monique , chés
Didot, Quay des Auguſtins, à la Bible d'Or ,'
chés Giffart , rue S. Jacques , à Sainte Thérefe,
& chés Nyon , fils, Quay des Auguſtins,
près le Pont S. Michel , 1740 .
Voici un Ouvrage des mieux travaillés
entre ceux qui ont parû en ce genre de Litterature
, & qui peut à tous égards fervir de
Modéle aux Écrivains qui auront affés de
courage & de fagacité pour en entreprendre
de femblables , en prenant pour objet les
Pays dont ils feront le plus à portée , ou le
mieux inftruits. Par un femblable travail
on auroit enfin une Notice exacte de toute
la
DECEMBRE. 1740. 2859
la France à remonter depuis les premiers
tems , où l'Hiftoire commence à parler des
Gaulois , jufqu'au fiécle où nous fommes
ce qui répandroit de grandes lumieres fur
toutes les Parties de notre Hiſtoire.
M. de Valois avoit formé cette grande
entrepriſe , & l'exécuta dans la Notice qu'il
fit imprimer en 1676. Notre Auteur en parlant
de lui & de fon Ouvrage , s'exprime en
ces termes.
و د
و د
» Cet Homme illuftre , le premier qui ait
» débrouillé le cahos de nos Antiquités ,
» étoit fans contredit le feul de fon fiécle
qui pût remplir avec honneur le Projet
d'une Notice des Gaules. Quel Tréfor
»pour les Géographes , que fa précieufe No-
» tice ! Néanmoins outre les omiffions , qui
compoferoient plus d'un jufte Volume
" combien de fautes réelles n'y rencontre
t'on pas , malgré le fçavoir & la fagacité
» de l'Auteur ? Si l'Ouvrage de M. de Valois
» eft un prodige pour le fiécle où il a parû¸
» il faut avouer que de fon tems l'ancienne
Géographie de la France n'étoit pas en-
» core affés éclaircie, pour qu'il lui für poffi-
» ble de fatisfaire pleinement l'attente de fon
» Lecteur.
""
C'eft ainſi qu'en rendant juftice au mérite
Litteraire de M. de Valois , & à fon excellent
Ouvrage , l'Auteur ne diffimule pas les
fautes
2860 MERCURE DE FRANCE
•
fautes & les omiffions que les Sçavans y trouvent
tous les jours ; & à propos de fautes ,
quand il en reconnoît lui -même dans les
Auteurs Modernes , qui ont traité les mêmes
fujets , il les releve avec liberté pour l'interêt
de la verité. On en trouve un exemple entre
autres à la page 146. du I. Tome » Neuf-
» Chaftel , dit- il , eft une Ville du Pays de
» Brai , fituće à 8. ou 9. lieuës au Nord - Eft
» de la Ville de Rouen , dans une Vallée ri-
» che & abondante en fruits , en grains ,
>>
en
pâturages. Un Géographe ( 1 ) récent à re-
" pris Thomas Corneille & Baudrand , de
» ce que l'un & l'autre placent cette Ville ,
» tantôt dans le Pays de Caux , tantôt dans
» le Pays de Brai : ce font des fautes qui écha
» pentfouvent, dit- il,dans les Ouvrages d'une
auffi grande étenduë que
les leurs.
Mais dans les Ouvrages d'une auffi pe- .
» tite étenduë que le fien , puisqu'il n'entreprenoit
que la Defcription de la France
» feule , devoit- il lui échaper à lui même de
» mettre une fi grande difference entre le
""
Pays de Brai & le Pays de Caux ? L'un eft
» renfermé dans l'autre , comme la partie eft
» renfermée dans le tout ; nous l'avons ob-
» fervé plus haut. Une Ville du Pays de Brai ,
» du moins du Brai Normand , eſt donc né-
(1 ) Piganiol de la Force , Nouv. Defcription de la
France , Tom. V. pag. 212. 213 .
>> ceffairement
DECEMBRE. 1740 2861
» ceffairement une Ville du Pays de Caux ,
» & il n'y a point de faute fur ce fujet , ni
» dans Baudrand , ni dans Thomas Corneille.
Les deux Volumesj qui contiennent ce
grand détail de Géographie & d'Hiftoire ,
dans lequel nous ne fçaurions entrer , font
difpofés & travaillés de la même maniere &
felon la même Méthode , l'un pour le Pays
de Caux , l'autre pour le Vexin . On prend
dans le fecond encore plus de liberté que
dans le premier , quand il s'agit de relever
certaines méprifes échapées à differens Auteurs,
& rétablir autant qu'il eft poffible , la
vérité de certains Faits d'Hiftoire ou de Géographie.
Ces Auteurs font , Nugerel , qui a
écrit une Chronique , le P. du Moutier dans
fon Neuftria Pia , le P. Mabillon dans fes
Annales , M. de Boulainvilliers , Etat de la
France , &c.
,
ECLAIRCISSEMENS donnés par M. Maillart,
Ancien Batonnier de l'Ordre des Avocats an
Parlement de Paris à l'Auteur de la Defcrip
tion Géographique & Hiftorique de la Haute
Normandie , Edition de 1740. Tome II.
pag. 162.
Vous vous étonnez , Monfieur , de ce que
j'ai pû assûrer que l'Efchiquier de Norman.
die , n'a eu le dernier reffort qu'en 1499. par
l'Edit de Louis XII.
Réponse.
2862 MERCURE DE FRANCE
Réponse. J'ai pour garant le fçavant Fran
çois Ragueau, décedé le 13. Septembre 1605 .
en fon Indice des Droits Royaux , & Seigneuriaux
, au mot Efchiquier. En voici les
termes.
❞
L'Efchiquier de Normandie , qui ne tenoit
pas ordinairement , & pour lequel il
» n'y avoit aucun arrêté , ni déterminé , a été
érigé en Cour Souveraine & ordinaire
" le Roy Louis XII . en l'an 1499. «
"
par
Le même Ragueau énonce les Efchiquiers
d'Alençon & de l'Archevêque de Roüen ;
Choppin celui du Roy de Navarre . Tout
cela étoit des Cours de Grands-Jours.
Vous demandez , Monfieur , à quel Parlement
on pouvoit apeller des Jugemens de
I'Efchiquier de Rouen ?
Réponse. 1 °. L'Apel interjetté du Juge Délegué
, fe porte au Déléguant. Legibus prima
& ult. digeft. XLIX. Quis & à quo appelletur.
2º. Ainfi les Griefs propofés contre la Commiffion
de l'Eſchiquier, fe portoient au Roy,
lequel en perfonne , ou par d'autres Commiffaires
, les jugeoit felon le Droit , ainfi
qu'il fe pratique préfentement par la voye de
callation.
3 °. Lifez , Monfieur , les Notes fur Artois
, Edition de 1739. page 1005. & vous
y trouverez que la Charte accordée par le
Roy Louis XI. aux Trois Etats de Normandie,
DECEMBRE. 1740 2863
mandie , au mois de Novembre 1470. vieil
Style , fut d'abord regiftrée au Parlement de
Paris , le 3. Janvier fuivant , & à la Chambre
des Comptes le 4. Mai , & qu'elle ne fût regiftrée
à l'Efchiquier de Normandie
>
10. Février 1470 .
, que
le
Delà
j'infere
que, même
dans
les affaires
majeures
Normandes
, nos
Rois
en communiquoient
à cette
Cour
de France
& des
Pairs
, c'est
- à- dire
, au Parlement
de Paris
;
qui
ne pouvoit
juger
les Apellations
de l'ELchiquier
de Rouen
, felon
l'Article
x111
. de
l'Ordonnance
du Roy
Louis
X. dit le Hutin
,
datée
du 19. Mars
1314.
& l'Article
xvIII
.
de celle
du 22. Juillet
1315.
Cette
derniere
excluoit
même
le Pourvoi
au Roy
: Prohibition
, qui bleſſant
la Souveraineté
du Prince
,'
étoit
cenfée
non
écrite
.
Le Verbe Allemand Scheken , c'eft - àdire
mittere , envoyer , eft l'origine de Scacarium
Efchiquier puisque cette Cour n'étoit tenuë
qu'en vertu d'une Commiffion du Prince.
Je tiens cela de Choppin en son Traité
De Domanio , Lib . II . Tit . xv. Nº. 2.
celle
Cette Etymologie me plaît mieux que
que j'ai lûe dans D. B. de Montfaucon
Bibliotheca Maxima Tome II. p. 848. En
voici les termes .
\
» Il fera remarqué , même felon l'écriture
dudit Registre , qu'on ne fçait fi c'eft Sta-
II, Vol. E ›› tarium
2864 MERCURE DE FRANCE
» tarium ou Scacarium , d'autant que les T;
»font courbés comme les C ; de laquelle er-
" reur eft procédé le terme d'Efchiquier . «
Vous dites , Monfieur , que le Roy Philipe
le Bel fixa pour toujours la Cour de l'Efchiquier
dans Roüen : donc l'origine en eft
antérieure à ce Prince . M. du Souillet en
fon Rouen , Edition de 1731. p. 23. l'a confidérée
comme bien reculée jufqu'à Rollon
Raoul ou Robert , premier Duc de Normandie
, reconnu par la France , & décédé en
917. En voici les termes .
ود
ર
,
» Ce grand homme , qui n'ignoroit rien
» voulut encore mieux affermir fon Etat
» c'eft pourquoi il établit , ou plutôt il con-
» tinua , & confirma la Juftice , qu'il nomma
Efchiquier , & ordonna le Grand Séné-
» chal , pour corriger les Sentences des Vi-
» comtes & des Baillis pour vifiter la
» Province , & pour juger de toutes les cau-
> fes provifoires en attendant la Séance de
P'Efchiquier , qui fe tenoit en tel lieu , &
» en tel tems qu'il plaifoit au Prince : Cet
Efchiquier étant, à proprement parler, une
Affemblée de tous les Notables de la Pro-
» vince , ou un Parlement ambulatoire , qui
»fe tenoit deux fois par an , à fçavoir au
» commencement du Printems , & à l'entrée
» de l'Automne , à chacun trois mois , tan-
» tôt à Rouen , puis à Caen , & quelquefois
»
33
DECEMBRE.
1740
2865
à Falaife , où les plus grandes cauſes , &
» les
apellations des
premiers Juges fe déçi-
» doient . <<<
>
Les idées que
fournit cet
Auteur , me
font
confidérer
l'origine de
l'Efchiquier
comme celle des
Commiffaires que les anciens
Princes
envoyoient dans les
Provinces ,
furquoi on peut voir Fr. de Roye , Anteceff.
Andegaven . De Miffis
Dominicis , eorum officio
& poteftate , ubi multa ad
Ecclefiafticam
forenfem
difciplinam
Andegavi , apud
Petrum Avril Regis &
Academia
Typographum
1672. in-40.
A l'égard de
l'Efchiquier
Normand , on
peut encore lire le
laborieux
Bafnage fur
Normandie , au Titre 1. des
Jurifdictions &
Art. XXXVIII , & les Du
Cangiftes au mot
Scacarium.
Au
Mercure de
France
Novembre 1740 .
p. 2770. &
fuivantes , on trouvera une excellente
Differtation fur le Ponthien , où il y
a des chofes
intereffantes pour le Comté
d'Eu , qui fait une partie
intégrante de la
Haute -
Normandie : Comté d'Eu , dont il y
a une Liſte éxacte , tant en
Domaines qu'en
mouvances , jointe aux Notes fur Artois ,
Edition de
1739.
Jean - Baptifte Coignard ,
Imprimeur du
Roy , rue S. Jacques , vient de publier une
E ij nouvelle
2866 MERCURE DE FRANCE
nouvelle Edition du Dictionaire de l'Acadé
mie Françoife en 2. Vol. in--fº. Cette Edition
eft fi confidérablement changée & avec
tant de foin , que ce Livre doit être regardé
comme le meilleur en fon genre , & le plus
autorisé pour fervir de régle en matiere d'Or
tographe , & pour connoître les diverfes acceptions
de chaque mot , avec la pureté , la
correction & l'élegance des Phrafes de notre
Langue,
Le même Libraire , & H. L. Guerin , débitent
une nouvelle Traduction de l'Imitation
de Jefus- Chrift, par le P. Lallemant, Jefuitę
connu par d'autres Traductions qui ont été
fort goûtées.
1
L'ART DE LA GUERRE , ou Maximes &
Inftructions fur l'Art Militaire , par M. le
Marquis de Quincy , Lieutenant Général de
l'Artillerie , auquel eft joint un Traité des
Mines , & des Tables pour l'aprovifionement
des Places de Guerre , par M. le Ma
rêchal de Vauban , en deux Volumes in- 1 2 .
A Paris , chés Coignard , Mariette , Delespine
& Heriffant , rue S. Jacques.
DISSERTATION , dans laquelle on recher
che depuis quel tems le nom de FRANCE a
été en ufage pour défigner une portion des
Gaules 1.
DECEMBRE . 1740. 2867
Gaules , l'étenduë de cette portion ainſi dénommée
, & fes plus anciennes divifions depuis
l'établiffement de la Monarchie Françoiſe
qui a remporté le Prix dans l'Academie
Françoife de Soiffons , en l'année 1740 , par
M. Lebenf, Chanoine & Sous Chantre d'Auxerre
à Paris , chés J. B. Delefpine , ruë
S. Jacques , 1740.
Ceux qui s'apliquent à l'Hiftoire de la
Nation Françoife , font allés informés qu'il y
a eû en deçà du Rhin , une certaine portion
de Terrain , apellée Francia , par des Ecrivains
qui ont précédé Clovis. Mais depuis
quand ce nom s'eft- il communiqué à tout le
Pays conquis par les Francs jufqu'à la Loire ?
C'eft ce que M. l'Abbé L. détermine au milieu
du vi . fiècle. Il dit que Cyprien Evêque
de Toulon , en fa vie de S. Céfaire d'Arles ,
eft le plus ancien Ecrivain qui s'en ferve dans
le fens dont il s'agit ici , diftinguant la France
d'avec les Gaules , comme étant deux diférens
Pays , dans lefquels S. Céfaire envoye
fes Sermons.
témoins
S. Nizier , Evêque de Tréves , auffi - bien
que Marius , Evêque d'Avenches , aujourd'hui
Lauzane , en fa Chronique , font des
pour ce tems-là , que le nom de
France étoit restraint à une partie de la Belgique
& des Lyonnoifes. Mais Soiffons fût
compris dans la France , dès le Regne de
E iij Clovis
868 MERCURE DE FRANCE
"
Clovis , & le P. de Longueval ( 1 ) ne paroît
pas bien fondé à refferrer , comme il fait , l'ancienne
France d'alors entre l'Oife , la Marne
& la Seine. L'Auvergne & le Poitou n'étoient
pas encore de la France , quoique poffedés
par les fils de Clovis . Les Textes de Gregoire
de Tours & de Fortunat de Poitiers , font
formels là deffus ; le Limofin n'étoit pas non
plus encore réputé du Territoire des Francs,
quand S. Eloy le quitta pour venir en France.
C'eft le langage de S. Ouën , qui devoit fe
connoître en fait d'expreffions ufitées de fon
tems . On voit à la page 24. dans la Note , le
mot Francias au plurier pour fignifier l'Austrafie
& la Neuftrie. Mais l'Auteur de la vie
Manuscrite , où fe lit cette expreffion , n'écrivoit
qu'au 1x. fiécle .
M. L. s'étend beaucoup fur l'origine du
mot Neuftria , & il dit là - deffus des chofes,
qu'on ne trouve pas ailleurs , fondé fur le
Manufcrit de Frédegaire du vII . fiécle
confervé chés les Jefuites du Collège de
Louis le Grand. Il remarque auffi que le mot
de Neuftria n'eft point dans Gregoire de
Tours , & que ce n'eft qu'une altération du
Terme Neptrechum ou Neptricum , ufité dans
le Manufcrit de Frédegaire , enforte que felon
lui , cette expreflion n'a aucun raport
avec les mots d'Eft , ni d'Oüeft, mais qu'elle
fignifie
(1 ) Hiftoire de l'Eglife Gallicane.
DECEMBRE. 1740. 2869
fignifie feulement præcipua fedes potentis , ou
præcipuum Regnum.
L'étendue du Royaume de Clovis , lors de
fa mort , qui eſt le ſecond point que l'Académie
de Soiffons avoit donné à traiter , ne
peut guéres ſe prouver que par le nombre des
Evêques qui affifterent au Concile d'Orleans
par
fon ordre . Nous nous contenterons de
faire remarquer ici après M. L. que les Evêques
de Rennes & de Vannes , y furent mandés
par Clovis , & qu'ils y affifterent. L'Auteur
infere une Remarque toute nouvelle dans
la Note de la page 42. Il y marque à l'occafion
du Concile d'Agde de l'an 506. dont il
a été obligé de dire un mot , que vraisemblablement
le Petrus Epifcopus de Palatio , dont
on cherche tant ie Siege , civit Pierre , alors
Evêque de la Saintonge , qui auroit fiégé en
cette année -là , dans une Bourgade de fon
Territoire,dite Palais , parce qu'on a des preuves
de ſemblables réfidences d'Evêques en
d'autres Lieux , que dans la Capitale des Peuples
confiés à leurs foins, & il en raporte quel
ques uns. La raifon qu'il aporte plus bas pour
laquelle on ne trouve pas le nom de S. Remi
au Concile d'Orleans, ni d'aucun autre Evêque
du Royaume , qu'on apella depuis l'Auftrafie
, paroît auffi meilleure que celle que
Marlot ou d'autres Rhémois ont produite.
L'Auteur n'a pas oublié de raffembler dans
E iiij une
870 MERCURE DE FRANCE
une autre Note , une partie de ce qui peut
combattre la Tradition affés récemment introduite
à Nevers fur un Evêque nommé
Tauricianus & regardant ce Tauricianus ,
comme un Evêque de la Province Séquanoife
, il enviſage Nevers , comme un Lieu
du Royaume des Francs & non pas des
Bourguignons.
La troifiéme Partie contient la moitié de
la Differtation de M. L. Il y examine quel
fut le partage des Etats de Clovis entre fes
Enfans , & quels furent les motifs de la divifion
, telle qu'elle fut faite entre eux . Il
adopte en partie le fentiment de M. l'Abbé
du Bos , dans fon Hiftoire Critique de la
Monarchie , & il convient que Thierry ,
Clodomire & Childebert , curent , outre le
Gros de leurs Etats , qui fe tenoit de proche
en proche , quelques Pays détachés . Il fait
remarquer dans une Note , que les expreffions
de partage fait ordine folidato , doivent
s'entendre du Territoire d'une même piéce
& ne faifant qu'une même confiftance . Il
croit que le Royaume de Clotaire fût dans
ce cas : il fût le plus petit en étenduë , mais
le plus peuplé ou garni de Villes remplies de
Francs , enforte que par l'égalité fouvent répétée
en fait de partage , dans Gregoire de
Tours , il faut entendre que celui qui avoit
le plus grand Territoire, n'avoit pas plus que
les
DECEMBRE . 1740 2870
1es autres ; parce que dans ce grand efpace ;
il y avoit moins de Cités , ou , s'il y en avoit
également , elles étoient moins garnies de
Quartiers de Francs . Orléans , par exemple ,
& fon voisinage, étoient remplis de François,
delà vint que Clovis apoftrophant les Saints
Moines de Micy , leur difoit : Vos ergo
Euspici & Maximine , definite inter Francos
effe peregrini. Sur la fin de cet article , M. 'L.
revient à la raifon , pour laquelle S. Remi
& les autres Evêques du côté de la Meuſe ,
la Mofelle & le Rhin , n'affifterent pas au Concile
d'Orléans. Il remarque dans un Canon
de ce Concile , une expreffion qui indique
qu'il y avoit des Diocèfes , dont les Evêques
pouvoient être de la dépendance de deux .
Rois , & il conclut delà , que vraisemblablement
Thierry régnoit dans fon Royaume de
Metz ou d'Auftrafie , & que ce fut pour cela
que Clovis n'envoya pas une Lettre de con-
Vocation aux Evêques de ce Territoire . Les
raifons qu'il donne de la forme dont on crût
devoir arranger les portions du Lot de chacun
des quatre Freres , paroiffent fort probables.
La prudence demandoit que ces quatre
Freres vécuffent en paix , & pour cela il étoit
néceffaire que l'un ne pût pas entreprendre
fur l'autre ,fans rifquer la perte de fes Etats.
C'eft ce que l'on voit qui a été obfervé dans
la divifion , telle qu'elle eft répréfentée par
Ev la
2872 MERCURE DE FRANCE
la Differtation dont nous venons de rendre
compte , laquelle fait honneur à fon Auteur ,
& intereffe toute la Nation.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR &
de L'ESPRIT. Tome VI. Se vend à Paris.
chés la Veuve Piffot , Quai de Conty au
coin de la rue de Verdun , à la defcente du
Pont Neuf & chés Antoine - Claude
Briaffon , rue S. Jacques , à la Science. Le
prix eft de trois livres.
-
,
J
Second Extrait.
En continuant de faire connoître un
Ouvrage qui paroît être agréable au Public ,
voici un échantillon du Prologue qui a été
récité à l'occafion d'une Piéce de Théâtre que
des Perfonnes de la plus haute Nobleſſe jonërent
, il y a quelques mois , pour leur amufement
, & celui d'une Compagnie choifie. Il eft.
de M. l'Abbé de Grécourt , pag. 3 16 .
LA Critique judicieufe
Qui , d'un ton charitable & dous
Reprend , fans être faftueuſe ,
Les fautes des fots & des fous
A place en bonne Compagnie :
Mais fa Rivale , avec raifon
En eft méprisée & bannie ,
SOMMIG
DECEMBR E. 1740 .
2873
Comme une pefte de Maiſon ;
Elle fe nomme la Cenfure ,
Et veut perpetuellement ,
A l'aide d'un peu de Lecture ,
Triompher dans fon fentiment.
Tout eft criminel à fa yûë ,
Tout eft ignare & non lettré ,
Tout n'eft que vice , erreur , bévûë ;
Et tout est fait contre ſon gré.
A cette Megere inquiette ,
Sur fon échine il fait beau voir
L'habit d'une vieille Coquette ,
Ou les lambeaux d'un manteau noir
De même à peu-près accoutrée ,
Elle fe gliffe en un séjour
Où les Plaifirs du tems d'Aftrée
Tiennent leur agréable Cour.
Elle y trouve la Comédie ,
Nymphe révérée en ces lieux ;
Et d'abord comme une étourdie ,
Lui jette un regard furieux .
Comment donc ! Mufe Pantomime ;
On dit que depuis quelque tems
Vous ofez vous mettre en eftime
Parmi les plus honnêtes gens ?
Songez que vous êtes profcrite
Par des décrets cent fois rendus :
E vj
Nos
2874 MERCURE DE FRANCE
Nos faintes Loix vous ont infcrite
Dans l'Index des Jeux défendus .
Toujours , toujours les moeurs timides
Ont fui vos dangereux atraits ,
Et de vos difcours homicides
Le coeur a reffentį les traits .
Alte - là , lui répond la Muſe ,
Je fais bien ce qu'on dit de moi ;
Mais fouffre auffi que je m'excufe ,
En diftinguant mon double emploi.
A tes clameurs je m'abandonne ,
Lorfqu'aux yeux d'un bruyant Public
Un Spectacle forcé ſe donne
Par un mercenaire trafic.
Que ton ftrident couroux s'enflâme
Contre ce tendre & doux poiſon ,
Qui pourroit dans une jeune ame
Donner atteinte à la raiſon , &c.
Les Remarques de Mad. la Préfidente F**
au fujet de la Differtation de M ****, fur les
Théâtres des Anciens; & celles de Mad.V**,
font judicieufes & bien écrites .
» Les Anciens , dit Madame V ** page
" 329. n'avoient qu'un genre de Spectacle
» pour le Dramatique nous en avons
» deux . Pourquoi ne peuvent- ils être par-
» faits l'un & l'autre dans leur goût different
?
,
DECEMBRE. 1740 2875
rent ? Il me semble que l'Opéra eft fait
»pour le Poëme dans tout son merveilleux ,
" & pour des actions d'éclat qui demandent
» des Choeurs ; la Comédie pour le Poëme
» plus fimple , mais infiniment intéressant
و ر
و د
ور
qui ne représente , à la vérité , que l'inté-
» rieur de la Cour des Princes , les paffions ,
» les intrigues des Grands , dont le peuple
» ne doit point être inftruit. Mais ces Tragédies,
toutes fimples qu'elles sont, n'ont-
» elles pas tout le pathétique , le paffionné ,
» l'instructif que vous demandez ? J'en
apelle à l'effet qu'elles causent ordinaire-
"ment. Pourquoi donc les blâmer ? Est- ce
" parce que les Anciens ne penfoient pas de
» même A l'égard de la magnificence des
» habits , permettez - moi de vous demander
» fi elle pouvoit s'accorder avec ce vraisem-
» blable fi scrupuleux & fi exact des An-
» ciens. Un peuple qui se trouve fur une
place dans ses habits naturels , doit - il être
» bien magnifique ? Et doivent- ils donner
beaucoup d'éclat à un spectacle ? Non ,
» assûrément.
و د
و د
» Souffrez que je vous demande encore ,
» fi les Anciens avoient l'usage de fiffler
» les Piéces , pour marquer qu'ils les trou-
" voient mauvaises. Trouve t'on quelques
" monumens qui prouvent qu'ils avoient des
fifflets ? Je serois bien curicuse de sçavoir
comment ils étoient faits. A
2876 MERCURE DE FRANCE.
A la page 337. & fuiv. on trouve une Pa
rodie critique de l'Opéra de Dardanus . Puis
une trentaine d'Epigrammes traduites d'Owen
, outre des Odes , des Chansons , des
Parodies , les Statuts de l'Ordre des Trancardins
, en couplets fur l'air de M. le Prevôt
des Marchands , & sur celui des Infiniment
petits.
"
و د
و د
ל כ
» Cet Ordre , dit - on pag. 403. étoit fort
» brillant sur la fin de la Régence. Il étoit
» composé de quantité de personnes de la
"premiere diftinction , jusqu'à celles d'une
» Condition honnête . Il y avoit sept Offi-
» ciers , qui après une information de vie &
de moeurs , donnoient des Lettres de réception
, avec lesquelles on avoit droit
d'hospitalité chés les Freres Trancardins &
» les Soeurs Trancardines pendant deux jours .
On promet de donner dans les Volumes suivans
un très-grand nombre de Piéces composées
par des Membres illuftres de cet Ordre
dont il reste encore quelques Freres & Soeurs .
Voici une Epître de Madame Vatrỳ , à
M. l'Abbé Dauchel , qui avoit envoyé de la
conferve faite par une Religieufe , qui refufa
d'enfaire des cours.
Votre conferve eft merveilleufe ,
Je vous en fais mille remercimens :
Yous en devez autant de complimens
A
DECEMBRE. 1740. 2877
A l'aimable Religieufe
Qui la fit de fa blanche main.
Mais , au fujet des Cours , d'où lui vient ce dé
dain ?
D'en façonner elle s'excufe ,
De les toucher elle refufe !
Pour moi je ne fuis pas de même ſentiment :
Je forme là-deffus tout un autre fyftême.
Je fais grand cas du coeur : fource du mouvement ,
C'est lui qui nous éleve au - deffus de nous - mêmes ;
Il porte nos défirs jufques au Firmament ,
Et nous fait accomplir le précepte charmant
Que faint Jean répetoit fouvent dans fa vieilleffe .
Mais , que l'on trouve peu de coeurs de cette
efpece !
Je regarderois donc comme un fort grand bon
heur
D'être ouvriere en fait de Coeur ;
Et que de les toucher je ferois fatisfaite ,
S'ils étoient faits comme je les fouhaite .
La Lettre fur l'origine & le progrès des
Opéra en France , avec l'établiffement de
l'Académie Royale de Muſique , à Paris
eft un bon Mémoire Hiftorique , où l'on
trouvera plufieurs traits particuliers , qui
étoient échapés aux recherches de ceux qui
ont traité précédemment ces matieres. C'eſt
apa878
MERCURE DE FRANCE
་
aparamment la feule bonne raiſon qui ait déterminé
à donner cette Lettre au Public .
Nous ne dirons rien de l'Avanture Hiftorique
( pag. 437. ) elle eft courte & ne fatiguera
pas les Lecteurs.
L'Ode de M. d'Arnaud, intitulée la Fauffe
Gloire , a le mérite ordinaire aux Poëfies de
cet Auteur.
M. le Chevalier de Neufville Montador ,
a compofé l'Elegie fuivante , adreffée à Mademoiſelle
D. L. D. C.
Pendant que tu me crois encore
Dans les enchantemens d'un fommeil gracieux ,
Une fource de pleurs vient de m'ouvrir les yeux :
Un fouvenir affreux m'agite & me dévore .
Hélas ! pourquoi faut - il que l'ombre de la nuit
Ait apéfanti ma paupiere ?
Que n'ai-je préféré quelque veille guerriere
A de faufles douceurs que tant de trouble ſuit !
A peine renonçant aux traits de la lumiere ,
Et tel qu'à mon heure derniere ,
J'oubliois mon ardeur , mon Etre & l'Univers ,
Qu'un effain de fonges perfides
Sortis , pour m'allarmer , du goufre des Enfers ;
S'offrent à mes efprits amoureux & timides ,..
Non plus , comme l'Amour te peint , riche d'apas ,
Le front ferein, la bouche animée & vermeille ;
Le
DECEMBRE. 1740 2879
Et par une heureuſe merveille ,
Qu'un moins tendre que moi ne démêleroit pas ,
Les yeux tout à la fois , vifs , languiffans, modeftes .
Les fymptômes les plus funeftes
Décoloroient ton teint , Alétriffoient tes beautés .
Languiffante ou plutôt , Thémire , évanouie ,
Tu promenois par tout tes regards irrités ;
Et tu me reprochois que mes légeretés
Te couteroient bien- tôt la vie ;
Tu regretois l'excès de ta bonté :
• Ingrat , c'eft donc ainfi que tu traites ma flâme
Difois-tu? Ma fincerité
» Méritoit bien de captiver une ame
» Qui connut tout le prix de fa félicité .
" Que je détefte , hélas ! la coupable fierté
Que j'eus pour des amans fans doute moins vo
lages !
a Seul tyran de ma liberté ,
» Que n'ai je reçû leurs hommages !
Tu le fçais : chacun d'eux , encor que
rebuté ,
>> Préfere de languir fous le poids de mes chaînes ,
» A gouter ailleurs des plaifirs .
Et toi , dont je prévins les amoureux défirs ,
>> Pour t'exemter les plus légeres peines ,
35 Toi , qui n'as à me reprocher
Que d'avoir trop payé ta légere tendreffe ,
» Et de n'avoir pû te cacher
Que
2880 MERCURE DE FRANCE
20 Que fi tu voulois t'attacher
» A triompher de ma fageffe ,
"Tu pouvois. Mais c'eft trop détailler ma foibleffe .
Tu connois ton crime , & fçais bien
33
Ce que j'ajouterois fi tu pouvois poursuivre...
» Adieu .. mais fouviens - toi .. que j'ai ceffé de vivre.
» Pour avoir comparé mon amour & le tien .
C'est ainsi , charmante Thémire ,
Que , par un injufte tourment
Qu'on imagine mieux qu'on ne fçauroit le dire ,
Tu fuppliciois ton Amant.
Je voulois m'excufer & te faire comprendre
Que j'étois toujours auffi tendre ,
Auffi fidele , auffi conftant.
Je prens tes belles mains , rivales de l'albâtre ;
J'embralle tes genoux , tes piés que j'idolâtre.
J'allois bien faire plus ; mais, dans le même inftant,
En remarquant fur ton viſage
La colere mêlée aux horreurs du trépas ,
Tout mon fang s'eft glacé ; je ne me fouviens pas
Si tu m'as parlé davantage .
Bien- tôt , plus abbattu que toi ,
Je n'ai pû rompre le filence :
Mais pour prouver mon innocence
Mon ardeur & ma bonne foi ,
De mes jours malheureux j'ai fait un facrifice .
» Puiffe le Ciel , te diſois - je en mourant ;
Te
DECEMBRE. 1740.
2881
39
Te rendre, ma Thémire , un auffi tendre Amant !
39
Mais ignore ton injuftice ;
De vaius remords font un cruel fuplice
Que ma parfaite ardeur te voudroit épargner .
Je meurs de tes chagrins , mais je meurs de ten
dreffe .
» Ádieu…….. fi chés Pluton Cupidon peut regner ,
»Tu feras toujours ma Maîtrefle .
Soudain l'horifon s'embellit
Des feux de la naiffante Autore :
A leur douce clarté mon fononge s'évapore .
Je me croyois au Styx , je me trouve en mon lit;
Ce réveil arrêta la fource de mes larmes.
Eh ! fy me diras - tu , quel es baffes allarmes !
> Peux-tu mieux terminer ton fort ?
Comment , pleurer ! eh quoi ! ..... ce n'étoit pas
ma mort :
Hélas ! je regretois de ne plus voir tes charmes.
Ce fixiéme Tome finit par des Parodies
de deux airs de l'Opéra des Fêtes Vénitiennes
. Le feptiéme eft en vente à Paris , chés
la Veuve PISSOT , & chés BRIASSON.
On avertit que les Libraires de Province
doivent s'adreffer à ces deux Boutiques pour
avoir des corps complets de cet Ouvrage
périodique. On leur fera une remiſe honnête
, foit qu'ils prennent les Volumes en
blanc' , ou qu'ils les demandent reliés . Ils
doivent feulement s'adreffer là directement.
De
2882 MERCURE DE FRANCE
De Boulogne. On a imprimé tout récemment
dans cette Ville deux Ouvrages de
Pieté , l'un & l'autre de M. le Cardinal Prof
per Lambertini , Archevêque de Boulogne ,
élevé fur la Chaire de S. Pierre.
Le premier eft intitulé : Annotazioni fopra
le Fefte di noftro Signore , della B. Virgine.
Le fecond Annotazioni fopra gli Atti
d'alcuni fancti di Bologna , è fopra il facrifizie
della Miffa . In Bologna 1740.
Le quatriéme Volume du Recueil delle
Notificazioni , Editti , e inftruzioni dal Signor
Cardinale Lambertini , Arcivescovo di Bologna
, avoit été publié quelque tems auparavant.
On a public auffi dans le même tems le
quatriéme Volume du grand Ouvrage du
même Auteur, de Servorum Dei Beatificatione
, Beatorum Canonizatione , Liber 4.
in fol.
De Venife. Jean -Baptifte Pafquali , Imprimeur-
Libraire , a publié depuis peu l'Hif
toire d'Aquilée , compofée par le R. P. Bernard
de Rubeis , Dominicain .
Il paroît encore un autre Ouvrage :
Sotto il nome d'Academico intronato , intitulé::
Trattato de gli Studii delle Donne in due parti
divife . In Venezia , 1740 .
Le
DECEMBRE. 1740 2883
La Relazione di una nuova Ifola Scoperta
nel nuovo Mondo fopra le Cofte dell'Ifole Caribdoin
America , tradotta dallo Spanolo in
Venezia , 1739. cette Relation eft de D.
Louis Campo Bello , Capitaine du Vaiffeau
la Stella,
D'Amfterdam. Hiftoire de Thamas Kouli
Kan , Sophi de Perfe.
Ou MEMOIRES OU Effai pour fervir à l'Hif
toire de M. le Tellier , Marquis de Louvois ,'
Miniftre & Sécretaire d'Etat de la Guerre
fous le Regne de Louis XIV, à Amfterdam ,
1740. in- 8°.
De la Haye. On a imprimé chez Van Du
ren les Ouvrages fuivans , tous avec Figures,
1740. in-8°.
des LA TACTIQUE , ou l'Art de ranger
Bataillons , & de faire faire à une Armée en
Campagne tous les mouvemens qui convien
nent fuivant les différentes occafions.
FONCTIONS & Devoirs des Officiers , tant
d'Infanterie que de Cavalerie .
GEOMETRIE- PRATIQUE à l'ufage des Of
ficiers, laquelle enfeigne toutes les opérations
les plus néceffaires, tant fur le papier que fur
le terrein , TRAITE
2884 MERCURE DE FRANCE
TRAITE' de l'Architecture Civile , à l'ufage
des Officiers.
Nous avons reçû depuis peu le Prospectus fuivant,
d'un Ouvrage qui fera , fans doute , beaucoup de
plaifir aux Sçavans , & que nous croyons devoir
donner ici en fon entier .
LETTRES de Critique , d'Hiftoire & de Litterature,
&c écrites à divers Sçavans de l'Europe. Par feu
M. Gisbert Cuper , Bourguemaître de la Ville de
Deventer , Député des Etats de la Province d'Over-
Yffel à l'Affemblée des Etats Géneraux des Provinces
Unies des Pays - Bas , enfuite Confeiller- Député
de la même Province , & enfin Député de Leurs
Hautes Puiffances à l'Armée des Alliés en Brabant
& en Flandres , en 1706. Recueillies par M. de
Boyer , Gentilhomme Hollandois , Petit- Neveu de
M. Cuper , & dont on propofe l'impreffion au Public
par Soufcription . A Amsterdam , chés Henri
du Sauzet. M DC C. X L.
PROJET DE L'EDITEUR. ´
J'ai deffein de faire préfent au Public d'un beau
Recueil de Lettres , que feu M. Cuper écrivit autrefois
à feu M. la Croze , & dont une Perfonne
d'un grand fçavoir & d'un mérite diftingué , m'a
fait la faveur de me mettre en poffeffion , fes Amiş
de Berlin , auffi génereux que fçavans , n'ayant pas
refufé , à fa confidération , de me communiquer un
pareil Tréfor , dont je ieur ai la plus fenfible obligation
Pour rendre ce Recueil plus parfait , j'avois efperé
d'obtenir par le même canal, les Réponſes de M.
la Croze aux Lettres de M. Cuper ; mais il ne m'a
pas été poffible de les recouvrer . Elles étoient en
1732.
DECEMBRE. 1740. 2885
de
1732. entre les mains du fçavant M. Mosheim ,
mêmee. que les Lettres de M, Cuper à M. la Croze.
M. Mosheim le dit lui - même dans une Lettre à
M. Uffenbach , datée du 6. Juin 1732. Voici les
paroles, Habeo adhuc Gisberti Cuperi Epiftolas ad
M. V. la Croze cum hujus refponfionibus , in quibus
multa funt eximia , & fcitu digniffima : fed qui eas
dono mihi dedit illuftris la Croze , fe vivo in alias
manus thefaurum hunc vetat venire. * Comment les
Lettres de M. Cuper ont été féparées des Réponses
de M.la Croze, avec lesquelles elles taifoient un tout ,
il n'y a que huit ans , c'eft ce que j'ignore , mais il
eft à craindre que ces Réponfes ne foient trop bien
cachées. Quelle obligation n'auroit- on pas à M.
Mosheim , fi cet illuftre Abbé pouvoit en procurer
la communication ! De ma part il n'y a rien que je
ne fiffe pour l'y engager , & fi je ne me fuis pas
adreffé directement à lui-même , c'eft que mon nom
lui étant parfaitement inconnu , je n'ai point ofé
prendre cette liberté. Je me flatois d'ailleurs
des perfonnes très - propres à m'aider dans une pareille
recherche , trouveroient le moyen d'y réüffir ,
fans qu'on fût obligé de détourner M. Mosheim de
fes fçavantes occupations.
que
Mais s'il faut abfolument fe paffer des Réponses
de M. la Croze , j'ai pris le parti de publier feules
les Lettres de M. Cuper , & d'y en joindre quantité
d'autres écrites par ce même Sçavant à Mrs Basnige
, Jurieu , Jean le Clerc , Martin , Paiteur à
Utrecht , van Dalen , à Dom Bernard de Monfaucon
, & à d'autres illuftres Sçavans de France . Toutes
ces Lettres feront ensemble un beau Volume inquarto
, très- digne d'être offert au Public . Ces Pié-
* V. Joh. Georgii Schelhornii Amoenitates Hiftoris
Ecclefiaftica & Litteraria . Tom. II. pag. 761 .
COS
2886 MERCURE DE FRANCE
ces diverfes m'ont été communiquées de la maniere
du monde la plus gracieufe & la plus polie , par
des perfonnes d'érudition & de mérite , à qui j'en
marque ici publiquement ma vive reconnoiffance .
En m'obligeant ainfi , elles s'attireront infailliblement
des Eloges de la part du Public intelligent.
On peut affurer que ce ne font point ici des Lettres
remplies
d'une Erudition
commune
. Tous ceux
qui font un peu au fait de la belle Littérature
, fçavent
que M. Cuper
étoit un Sçavant
& un Homme
du premier
Ordre. Tout le monde
fçait combien
d'Ouvrages
utiles & remplis
de la plus folide Erudition
, il a mis en lumiere
; mais tout le monde
n'eſt
pas également
inftruit
que malgré
fon attachement
pour l'Etude
, il n'a point négligé
de ſe rendre
utile
à fa Patrie. En effet , il s'eft acquité
dignement
des Emplois
les plus honorables
auxquels
il a été élevé
; Emplois
, comme
le remarque
fort bien le Pere
Niceron
, qui n'ont point affoibli
l'amour
qu'il avoit
pour les Belles
Lettres , qui faifoient
fon délaẞement
auxquelles il donnoit tous fes momens de loifir. A
l'Armée même , & au milieu des Camps , il écrivoit de
longues fçarantes Lettres , qui font connoître la
fagacité defon esprit & l'étenduë de fes connoiffances . *
* Mémoires pour fervir à l'Histoire des Hommes Illuftres
, Tom . VI. pag . 90. On verra quelques, uns
des Titres de M. Cuper dans l'endroit cité. Les
voici tels qu'on les trouve dans le Recueil de M.
Schelhorn , & que nous les avons marqués à la tête
de ce Projet.
Gisbertus Cuperus Conful & CamerariusDaventrienfis.
Ab Ordinibus Tranfifalania pridem per multos
annos adfcriptus Potentiffimorum Ordinum Generalium
Foederats Belgica Conceffui ; inde Deputa- .
torum Tranfifalania Collegio , tandemque Anno 1706 .
C'eft
DECEMBRE . 1740. 2887
C'est dans ce double point de vue de fçavant
Homme & d'Homme diftingué par plufieurs Charges
honorables , que je conjure les Perfonnes judicieufes
, qui voudront foufcrire à ce Recueil , d'envifager
M Cuper. Son mérite fut univerfellement
reconnu . L'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres l'ajouta à la Claffe des Académiciens honoraires
, ce qu'il avoit coûtume d'apeller fon enrôlement
d'honneur . * Les Sçavans ſe faifoient une affaire
ferieufe de le confulter fur leurs Etudes , &
même dans fa Patrie on reconnut ſa vertu , & on
eftima fes grandes connoiffances ; marque peu
équivoque d'un Génie fupérieur , qui par les plus
nobles moyens , fçait fe faire jour à travers l'ignorance
, l'envie & les préjugés du Vulgaire.
M. Cuper étant tel que je viens de le repréſenter,
on me croira facilement fi je dis que fes Lettres
rendent témoignage de fon rare fçavoir , & qu'on
y remarque par tout une candeur éclairée , & une
noble modeftic , qui fied fi bien aux Sçavans du
premier Ordre. On y verra auffi combien l'amour
qu'avoit M. Cuper pour la Religion , étoit fincere,
& quel étoit fon zele pour le bien de l'Etat . Un
tel Homme pouvoit par la fupériorité de ſes connoiffances
, trouver le foible d'un Systême & apercevoir
des obfcurités , fi je puis m'exprimer ainfi
où des efprits moins attentifs ou prévenus , n'aper.
çoivent que lumiere ; mais rien ne pouvoit l'empêcher
de rendre juftice aux Auteurs en blâmant modeftement
leurs Ouvrages. C'eft ce qu'on remarquera
dans plufieurs endroits de ce Recueil , où M.
a Republica Legatus miſſus ad exercitum, qui in Brabantia
& Flandria militabat,fumma cum Auctoritate.
V. Schelhornii Amanitates Hift. Ecclef. & Lit.
Tom. II. pag. 768.
* V. le P. Niceron , ubi fupra.
II. Vol. F
Cuper
2888 MERCURE DE FRANCE
Cuper traite le Syftême étonnant du P. Hardouim
d'un peu chimérique , mais le nom de ce Reverend
Pere y paroît toujours accompagné des éloges
qu'un Sçavant auffi célebre méritoit à fi jufte titre.
Il eft bon de prévenir le Public fur deux choſes .
La premiere , c'eft que les Lettres de M. Cuper ne
roulent pas uniquement fur l'étude des Antiquités
& des Médailles , puifqu'il eft certain qu'il n'avoit
pas une connoiffance médiocre des matieres de
Théologie , d'Hiftoire , tant Sacrée que Prophane
de Philofophie & même de Phyfique. Il en parle
dans fes Lettres , avec cette fatisfaction , qui fait
connoître qu'il fentoit tout le charme qui est attaché
à la poffeffion d'un grand nombre de connoifances
différentes .
Les génies bornés , qui ne font tout au plus capa-
'bles que de retourner fans ceffe un feul & même
objet, ne fçauroient jamais goûter un plaifir fi fenfible.
C'eft pourquoi M. de Voltaire a fort bien dit
quelque part » Que le plus grand Génie & fûrement
le plus défirable , eft celui qui ne donne
» l'exclufion à aucun des Beaux - Arts. Ils font tous
le plaifir de l'ame : y en a - t'il dont on doive fe
» priver ? Heureux l'efprit , ajoute- t'il , que la Phi-
» lofophie ne peut deffecher , & que les charmes
» des Belles- Lettres ne peuvent amollir ; qui fçait
fe fortifier avec Locke , s'éclairer avec Clarke &
Newton , s'élever dans la lecture de Ciceron &
de Boffuet , s'embellir par les charmes de Virgile
» & du Taffe !
ود
La feconde chofe qui paroît mériter attention ,
c'eft que les Lettres de M. Cuper ne font pas feulement
fçavantes, elles font encore écrites d'un ftyle
tout-à - fait convenable aux Sujets que l'on y traite
, & au caractere de celui qui écrit . Et que perfonne
ne s'imagine que M. Cuper étant Etranger ,
DECEMBRE. 1740. 2889
ne pouvoit fçavoir le François que fort médiocrement.
Il avoit voyagé en France , & il en avoit étudié
la Langue , dont il fe faifoit un plaifir de fe servir
en écrivant à fes Amis . Auffi ne fera- t'il pas
néceffaire de toucher à fon ftyle , & fi on change
quelque chofe, cela ne regardera que certains mots,
qui , vifiblement, ne font pas à leur place & que M.
Cuper lui-même n'auroit pas confervés, s'il eût revû
fon Manufcrit. Il échape aux perfonnes même qui
n'ont jamais écrit qu'en François , & qui n'y ont
pas mal réüffi , des négligences , qu'il feroit ridicule
de ne point corriger quand on s'en aperçoit
à tems , & qu'on donne leurs Ouvrages au Public .
Dans les Lettres de M. Cuper , où regne une éru
dition fi variée , les Antiquaires trouveront de quoi
fe fatisfaire fur diverfes Médailles rares , & fur quelques
Antiquités de Tartarie , de Siberie , & c .
Les Lettres à M. la Croze ont été écrites depuis
le 13 Mars 1708. jufqu'à la fin de 1716. & il paroît
par ces Lettres que M. Cuper étoit en commerce
de Littérature , non- feulement avec les Sçavans
de ces Provinces , Perizonius , Graevius , Reland
Rhenferd , Heyman , Almeloveën , De Witzen ,
Brenkman , Maffon , mais avec les plus célebres Sçavans
de l'Europe, Leibnitz d'Hanover, Fabricius de
Hambourg; Huet , Evêque d'Avranches , Banduri ,
Monfaucon l'Abbé Bignon , Galland de Paris , Astorius
Bourguet de Venife , Bianchini , de la Torre,
Evêque d'Adria , Vignoli , Garde de la Bibliothéque
Vaticane , Valfechi , Benedictin , Gerard , Conful
d'Angleterre à Smirne , & plufieurs autres Perfonnages
du premier Ordre .
>
Si la Famille de M. Cuper aimoit affés les Sçavans
pour vouloir les obliger , ou fi une Perfonne
qui touche de fort près cet Homme célebre , eût eû
quelque égard aux politeffes & aux attentions que
Fij jc
2890 MERCURE DE FRANCE
je lui ai marquées dans cette rencontre , je crois
qu'il en feroit revenu un avantage très - conſidérable
à la République des Lettres . Car jamais Sçavant
n'eut peut - être un commerce de Lettres plus étenduque
M. Cuper, & je fçais de bonne part qu'il exifte,
de fes Lettres & de fes autres Ouvrages non imprimés,
un grand nombre de Volumes . Le tems & des
circonftances plus favorables, feront peut - être quelque
chofe de plus que je n'ai pû faire jufqu'ici . I
elt feulement à remarquer que plufieurs Sçavans ,
tant de ce Pays que de France & d'Allemagne ,
aprouvent extrêmement mon Entreprife , & fi elle
a quelque fuccès , c'eſt à eux feuls que le Public &
moi en aurons l'obligation . Je n'ai pas befoin de les
exhorter à me continuer leur fecours & leur bienveillance
. Ils ont trop bien commencé pour demeurer
en fi beau chemin , & je n'ai que des remercimens
à leur faire .
pour
M. du Sauzet , connu & eftimé depuis long- tems
d'un grand nombre de Sçavans , n'a rien oublié pour
m'encourager dans mon deffein , foit en y intereſſant
des Perfonnes d'un rang & d'un mérite diftingués , qui
m'ont déja donné des fecours réels , accompagnés de
marques de confidération bien -flateuſes
inoi
,
& que je voudrois pouvoir mériter ; foit en acceptant
de fe charger de l'impreffion de l'Ouvrage ,
que je lui offris d'abord . Son zele pour le bien de
la République des Lettres m'eſt un fûr garant qu'il
n'épargnerà rien pour donner à mon Recueil toute
la beauté que l'impreffion peut lui procurer , &
qu'on aura tout lieu d'aplaudir à mon choix. Il enrich
ra l'Edition de toutes les Médailles & autres
Figures que j'ai pû recouvrer. Et comme dans cette
entrepriſe , je n'ai d'autre intérêt que la fatisfaction
& l'utilité du Public intelligent , je fuis perfuadé
auffi que le même motif eft le principal objet du
Libraire ,
DECEMBRE . 1740. 2898
Libraire , qui s'eft chargé de l'exécuter. Je le connois
affés pour pouvoir répondre qu'il fera fidele à
remplir fes engagemens.
Eninj'ofe conjurer toutes lesPerfonnes qui aiment
l'étude de fuivre l'exemple des Sçavans, qui ont déja
fecondé mon Projet , & pour comble de grace de
m'honorer de leurs avis , de leurs lumieres & même
de leurs Critiques. Je promets bien fincerement de
me rendre à la jufteffe de leurs raifons ; quand même
elles ne me feroient point favorables , ce qui
pourroit fort bien arriver , & affùrément je ne manquerai
pas de reconnoître un fervice de cette importance
, ayant toujours fait profeſſion d'aimer la
vérité par- deffus toutes chofes , & de me rendre à
fa lumiere , autant que la foibleffe de mon efprit a
pû me le permettre .
Avertiffement du Libraire.
H. du Sauzet , qui a entrepris de donner au Public
une belle Edition des Lettres de feu M. Cuper,
fur du Papier & avec un Caractere pareils à ceux du
Projet , promet de n'en imprimer que soo. Exem
plaires , à moins que le nombre des Soufcriptions
ne l'oblige à en tirer une plus grande quantité ; &
dans ce cas on peut s'affûrer qu'il n'imprimera pas
un feul Exemplaire au - delà du nombre foufcrit. Il
efpere que les Gens de Lettres, à qui ce Recueil peut
être utile , voudront bien l'encourager dans une
Entreprife qui les intéreffe fi particulierement.
*
Ce Volume in quarto contiendra environ 100.
feuilles d'impreffion , qui , à un fol la feüille
font
Pour le Titre & la Vignette ,
Pour 11. Figures gravées ,
Pour 12. Médailles gravées ,
Fl. f.
2.
I. 2.
6 .
En tour Fl. 6. 10.
Fiij
On
2892 MERCURE DE FRANCE
On payera la moitié de la fomme en fouscrivant,
& le refte en recevant l'Exemplaire . On n'imprimera
fur du grand Papier Royal que le nombre
précis qui aura été ſoufcrit , & dont le prix fera de
16. Florins.
Si l'Ouvrage a plus ou moins de 100. feüilles
d'impreffion , on ajoûtera ou l'on rabattra un fol
pour chaque feuille.
La Soufcription fera ouverte depuis le 10. No
vembre 1740 jufqu'au premier Avril 1741. auquel
tems on commencera l'impreffion , & on peut
être affûré qu'elle aura lieu , foit qu'il y ait beaucoup
de Soufcriptions , foit qu'il y en ait peu.
Les Perfonnes qui n'auront pas foufcrit ne pourront
avoir le Livre à moins de 8. Florins 10. fupofé
qu'il en refte des Exemplaires.
Au refte , le Libraire aura une attention particu-
Here à remplir exactement les conditions qu'il propofe.
Il n'a garde de prendre pour modele ces
Libraires qui n'ont que trop abufé de la confianee
du Public , en vendant pour la moitié du prix
marqué les Livres qu'ils ont imprimé par voye de
Soufcription . Le Public n'a rien à craindre de pareil
de la part de l'imprimeur des Lettres de feu M.
Cuper. Il n'imprimera que le nombre marqué , il
en maintiendra le prix, & enfin l'Edition aura lieu,
même indépendamment de la Soufcription . Il espere
de la délivrer un an après l'expiration du terme
marqué pour la Soufcription.
On pourra foufcrire à Amfterdam , chés H. du
Sauzet , & chés les principaux Libraires , tant de
ses Provinces , que des Pays Etrangers,
QUESDECEMBRE.
1740.
2893
QUESTION DE MEDECINE.
La connoissance des Plantes est - elle nécessaire
à un Médecin ?
Sit
I tout le Monde penfoit de la même maniere ,
on n'auroit pas proposé comme un Problême
une vérité des plus incon eftables ; & c'eft dans la
vue de renare quelque fervice au Public , qu'on
fouhaiteroit le de delabufer des fentimens qu'on a
tâché de lui infpirer ,que la Théorie de la Botanique
n'étoit nullement néceffaire à un Médecin.
La Botanique , il faut l'avouer , ne feroit qu'une
Science fort ftérile, ou plûtôt une fimple curiofité ,
fi elle ne fe raportoit à la Médecine ; c'eft auffi fous
ce raport que l'on tâchera de montrer que la connoiffance
parfaite des Plantes eft indifpenfable à un
Médecin.
Connoître parfaitement les Plantes , c'eſt ſçavoir
les noms qu'on leur a donnés , démêler les genres ,
difcerner les differentes especes, & enfin les diftinguer
les unes d'avec les autres; c'eft- là précisément
ce qu'on apelle la Théorie de la Botanique , qui eft
très - differente de cette partie qu'on nomme ordinairement
Botanique pratique & ufuelle , qui confifte
à connoître les vertus des Plantes , & à fçavoir
s'en fervir avec prudence dans les Maladies.
Cette Science a été la Science de tous les tems &
de tous les Médecins . La néceffité de chercher une
nourriture & des Remedes dans les Maladies , obligea
nos premiers Peres à connoître les Plantes . La
Médecine même n'a pris naiſſance que de cette
Connoiffance , elle n'employoit dans ces tems heureux
d'autres Remedes que le fuc de quelques herbes
: Hac erat antiqua Medicina ( Pline, Hift. Nat.}
eu comme dit un ancien Philofophe : Medicina.
Fij paucarum
2894
MERCURE
DE FRANCE
paucarum herbarum olim scientia erat . (Senec . Epift. )
Et on croyoit avec fondement que les Plantes pouvoient
fuffire à tout . Nihil non herbarum vi effici
poffe plerique exiftimarunt. ( Pline. Hift . Nat. )
Les Médecins Grecs & Arabes s'apliquerent
beaucoup à la connoiffance des Plantes, ils ne metroient
aucune difference entre découvrir une Plante
& avoir prolongé la vie : Aqualis quippè cenfebatur
gloria herbam inveniſſe & vitam juvaſſe . ( Id. )
Les Romains, avides de fçavoir toutes les Scien
tes : Romani omnium utilitatum & virtutum rapatiffimi
: ( Id. ) cultiverent avec foin la Botanique ;
Antonius Mafa , Médecin d'Augufte , Diofcoride ,
Galien & un grand noinbre d'autres grands Médecins
, fe diftinguerent beaucoup dans cette partie de
la Médecine.
Quoiqu'Hippocrate n'ait pas jetté les fondemens
de la connoiffance parfaite des Plantes , où il n'y a
prefque rien à defirer aujourd'hui , nous devons re
connoître ce grand homme, dit un célebre Botaniste ,
(Tournefort , Elem. Botan . ) pour le premier qui
nous ait inſtruit de leurs vertus , il paroît par les
Ouvrages , qu'il Tentoit la néceffité de la Théorie
de cette Science , puifqu'il veut qu'un bon Médeein
aye une connoiffance parfaite des Remedes ; &
comme les Plantes étoient fes Remedes les plus favoris
, il a voulu nous marquer par -là que leur connoiffance
devoit faire en partie un des devoirs du
Médecin . Il ajoûte que fi les Remedes que le Médecin
employe , font par lui connus tēls qu'il n'en
doit point employer d'autres , il n'a rien à attendre
du hazard . Si quidem explorata funt Medico Morborum
medicamenta, quemadmodum reor, ea ut Morbis
fanitatem adferant , minimè morantur , ( Hippo
De locis in homine. )
Mais ce grand Génie en Médecine parle bien plus
expreflément
DECEMBRE.
1740. 28.9.5
•
expreffément de l'amour qu'on doit avoir pour l'étude
de la Botanique , dans une Lettre à Cratevas,
Médecin, fon Contemporain, dans laquelle après l'avoir
prié de ramaffer & de lui envoyer autant de Plantes
qu'il pourra, pour guérir un de fes Malades : Quantas
& qualefcumque poteris herbas lege , eafque ad nos
tranfmitte, ad curandum virum . ( Id. Epift . ad Crat. )
il fait un aveu fincere qu'il a toujours admiré & fait
beaucoup de cas de la connoiffance des Plantes :
Rem herbariam femper miratus fum. ( Id. ibid. )
Ajoûtons à l'autorité d'Hippocrate , celle d'un
des plus fçavans Médecins de nos jours , il ne fe
peut rien dire de plus décifif , ni de plus fenfé fur
cette matiere : Ceux qui font perfuadés ( "dit ce
» grand Homme ) comme ils le doivent être, avoueront
qu'un Médecin qui ne connoît pas les Plantes
, eft très-indigne d'en porter le nom . *
Après de fi grands témoignages , un Médecin
peut-il fe flater de remplir dignement les devoirs de
fon miniftere , s'il ne connoît pas les Plantes , d'où la
Médecine tire de fi puiffans fecours dans les maladies
? Il est donc hors de doute que la connoiffance
des Plantes eft néceffaire à ceux qui s'attachent
par Profeffion à la Médecine.
La facilité avec laquelle nous pouvons nous fervir
des Plantes qui naiffent parmi nous , doit nous
porter avec plus d'ardeur à les connoître . Quand
on veut que la Botanique foir utile , c'eft la Botanique
de fon Pays qu'il faut le plus étudier .
Il est déja avoué que l'on trouve dans chaque
Contrée la plupart des Remedes qui font neceffaires
pour la guérifon des maladies des Habitans. La
Feu M. Fagon, Premier Médecin de Louis XIV .
dans l'Aprobation de l'Hiftoire des Plantes des envi-
#ons de Paris.
Fv terre
2896 MERCURE DE FRANCE
terre où nous naiffons , dit Pline , produit tous les
Remedes dont nous avons befoin , pour rétablir ou
pour conferver notre fanté , ces Remedes font fimples
, faciles à trouver & coûtent peu : Ex terra
nafcentibus nata Medicina , bac fola natura placuerat
effe remedia , parata vulgo , inventu facilia &
fine impendio. ( Plin . Hift . Nat. )
"
Le grand Sidenham ne doute nullement que la
Providence n'ait été foigneule de mettre dans chaque
Pays les fecours néceffaires pour guérir les ma
ladies même les plus remarquables , ou pour s'en
préferver : Nullatenùs dubito , quin in exundanti illa
plenitudine , quâ turget natura difflu tque , ita jubente
optimo maximo rerum omnium Conditore , in fingulorum
prafervationem profpectum pariter fit de curatione
malorum magis infignium , que homines vexant ;
idque pro foribus & in patrio cujuslibet Jolo, ( Sydenbam
, Prafat. )
Le Rouffillon, & fur tout nos Pirenées , font des
riches trésors de Botanique ( comme l'Auteur efpere
, Dieu aidant , de le faire voir un jour. ) Eft on
donc excufable de ne pas connoître tant de fecours
qui viennent chés nous ? Secours que nous foulons.
aux pieds , & qui peuvent nous fervir avec plus de
sûreté & avec moins de dépenfe .
La véritable connoiffance des Plantes , fupofe une
parfaite notion & une exacte recherche des parties.
qui les compofent , & c'eft ce qu'on apelle l'Anatomie
des Plantes , Anatomie qui fut digne de toute
l'aplication des grands Médecins, & des plus célebres
Anatomiftes . Mais cette Diffection n'eft pas
une curiofité purement ſpéculative , qui ne fert qu'à
* Malpighi , Premier Médecin d'Innocent XII.
Grew , fçavant Anglois; Ruyſch, un des plus grands:
Anatomistes de ce Siécle ; Rai , célebre Botanifte.
amufes
DECEMBRE . 1740. 2897
amufer Pefprit d'un Médecin , elle l'éclaire au
contraire pour la guérifon des Maladies.
Car comme l'Anatomie comparée , ou celle des
Animaux , eft recommandée en Médecine par les
grands Maîtres , à caufe de la parfaite reffemblance
qu'il y a entre les corps des Animaux & celui
de l'Homme ; de- même la diffection des Plantes
par l'affinité qu'elle a avec l'Anatomie de l'Homme
& celle des Animaux ,' mene l'efprit d'un Médecin
à la vraye connoiffance de l'oeconomie animale , &
de la ftructure des parties qui compofent le corps.
humain.
La Diffection des Plantes , en fecond licu , nous
découvrant la ftructure particuliere & le caractére
effentiel de chaque Plante , nous conduit néceffairement
à faire le jufte choix des parties d'une même
Plante , qui doivent être employées par préference
en Médecine ?
D'ailleurs fi on ne connoiffoit les Plantes que par
l'exterieur , outre que ce feroit les connoître par
une aveugle routine , à combien de mépriles ne feroit
-on pas expofé tous les jours , puifqu'il y a
nombre de Plantes qui fe reffemblent fi tort par le
port extérieur , qui font cependant très - differentes:
par leurs vertus ?
Ce n'eft donc que par l'examen intérieur des
Plantes , qu'on peut en acquérir une parfaite connoiffance
& que l'on peut éviter ces écueils fi dangereux
; on démêle ailément les Plantes , dit un
des plus fçavans Botaniftes , ( Tournefort , Elem ..
Bot. quand on les connoît par des endroits fi remarquables
. Voilà donc encore pour la connoisfance
des Plantes , de nouveaux Titres de recom--
mandation , & pour les Médecins de nouveaux mọ-
tifs de s'apliquer à l'étude de cette Science .
Mais après tout , la raifon n'infpire t'elle pas:
I. vj qu'un
2898 MERCURE DE FRANCE
qu'un Médecin qui voit des Malades , connoiffe les
Plantes dont il doit tirer les Remedes les plus affûrés
, pour la guérifon des maladies ? Car enfin il
s'agit de guérir les Malades , ou par un régime bien
entendu , ou par des Remedes apliqués à propos ;
& comment un Médecin peut - il remplir ces deux
vûës , s'il ne connoît pas les Plantes , foit qu'on les
employe fimplement à titre de Remedes, foit qu'elles
deviennent des alimens médicamenteux ? Devrat'il
s'en raporter à d'autres , peut- être encore plus
étrangers que lui dans la matiere médicale ? Comment
après cela un Médecin , fenfible à fon honneur
, fera - t'il en état d'éclairer ceux qui devroient
le feconder dans fes deffeins , s'il n'eft point éclairé
lui -même ? Comment fecourir des Malades dans
des cas preffans , où il faut employer ce qu'on a
fous fa main , ou dans une occafion où l'on fera
dénué des fecours ordinaires de la Pharmacie ? Faudra
t'il abandonger à leur fort ces Victimes infortunées
, qui auroient pû échaper à la violence du
mal , par l'aide d'un peu de Botanique ? Si l'on fait
alors de dangereux Qui pro quo , quelle fera la
deftinée des Malades ? Et un Médecin qui verra tout
cela d'un front ferein , n'aura - t'il rien à fe reprocher
?
Avoüons donc de bonne fai , qu'on ne sçauroit
diffimuler la néceffité de la connoiffance des Plantes
, dont on fent & toute l'utilité , & tous les avan .
tages ; combien d'honneur ne feroit pas cette connoiffance
aux Médecins, & combien d'ennuis ; difons
mieux combien de triftes catastrophes n'épargneroit
elle pas aux Malades ? On doit donc convenir
que ceux qui exercent la Médecine , doivent connoître
au moins les Plantes qu'ils ordonnent tous
les jours.
Pourquoi n'ajoûterons- nous pas que la néceffité
de
BELE VILLE
DECEMBRE. 1740 28
LYON
* /
8931
'de connoître les Plantes fe trouve , pour ainfi dire
fcellée du témoignage des Livres Sacrés , qui en
ordonne l'ufage comme néceffaire , & qu'il eft infenfé
, dit le Sage , de les méprifer ou de les décrier
? Altiffimus creavit de terrâ Medicamenta ,
Vir prudens non abhorrebit illa. ( Ecclefiaft )
ن و
Mais tant de raifons d'eftime acquifes à la Botanique
par des Rois & des Princes qui l'ont honorée
de leur attachement , qui fe font apliqués à
' bien connoître les Plantes , & qui ont permis qu'on
leur fit porter leurs noms , ne devroient elles pas ,
ce femble , nous exciter à l'étude de cette
Science , & faire convenir les plus prévenus contre
la Théorie de la Botanique , de fon mérite & de
fa néceffité ?
S'il reftoit encore quelque doute fur la néceffité
indifpenfable ou font les Médecins , de connoître
les Plantes , il fuffiroit pour perfuader , du moins
les Perfonnes éclairées qui reviennent plus facilement
des préjugés communs , de rapeller la fage
précaution du feu Roy Louis XIV . qui ordonne à
tous les Profeffeurs en Médecine , de faire à leurs
Etudians la Démonftration des Plantes. Le fage
Edit ( Edit du Roy du mois de Mars 1707. ) ( que ce
grand Roy a rendu à ce fujet , fondé fur la raifon ,
& qui n'a en vûë que de bannir ignorance , & de
faire de bons Médecins , ) veut que tous ceux qui
ſe deſtinent à la Médecine , ayent une connoiſſance
des Plantes .
Qu'il me foit permis encore , pour nous exciter
à l'étude des Plantes , d'ajoûter à toutes ces raifons
un autre motif qui naît du même principe , & qui
tient en quelque forte à ce fage Edit , par des liaifons
naturelles , c'eſt l'efprit de l'établiſſement des
Jardins Royaux. Les dignes Profeffeurs des ces Eco
les de Botanique , ont toujours été chargés , nonfeulement
2900 MERCURE DE FRANCE
feulement du foin d'enfeigner les vertus des Planres
, mais encore d'aprendre à les bien connoître
par Principes & par une Méthode tirée de la ftructure
des Fleurs & des Fruits , & des parties qui les
compofent , telles que font les Pétales , les Etamines
, les Sommets , le Piftile , le Calice , les Semences
, les Capfules , &c . C'eſt ainfi qu'ont penſé les
Gefners , les Columna , les Cefalpins , les Jungius ,
les Moriffons , les Rais , les Plumiers , les Tourneforts
, les Magnols , les Hermans , les Boerhaaves;
c'eft ainfi que penfent encore * Mrs de Chicoyneau ,
Mrs de Juffieu , l'illuftre M. Linnæus , & autres
Sçavans du premier ordre : Viros quos vel nominare,
laudare eft.
Après cela , pouvoit - on s'élever fans témerité
contre la Théorie de la Botanique , & s'efforcer de
répandre un ridicule fur ces mots de Petale , de
Pitile , de Calice , &c . Noms confacrés par les
grands Maîtres de la Botanique , à caractériſer les
genres , à démêler les efpeces , & à former une
Méthode qui a été jugée fi néceffaire à la connoiffance
parfaite des Plantes ? Ne pourroit- on pas dire
d'un fi mauvais Cenfeur , qu'il juge de ce qu'il ne
connoît pas : Necfuprà crepidam futor . ( Plin. Hift.
Nat. ) ou qu'il eft plutôt du nombre de ceux dont
parle un Apôtre: Quacumque ignorant , blafphemant.
B. Jud. Apoftol. Epift ? )
Au refte que penfer de cet Antibotaniſte, le crois
M. de Chicoyneau , ci- devant Chancelier de-
PUniverfité de Médecine de Montpellier , Profeffeur
en Botanique au Jardin du Roy , aujourd'hui premier
Médecin de LOUIS XV .
, Feu M. de Chicoyneau , fils qui a rempli
les mêmes fonctions à Montpellier pendant quelques
Années.
ra-t'on
DECEMBRE . 1740. 290T
ra-t'on ? Après cet écart, il paroît ſe rapatrier avec la
Botanique , au moins devroit- il fentir qu'il eft tombé
en contradiction avec lui- même , en décriant
hautement la Théorie de cette Science , & en montrant
prefque dans le même inftant , du haut d'une
Chaire, quelques herbes potageres à une Affemblée .
qui ne lui attribua jamais des connoiffances qu'on
pourroit lui difputer à juste titre .
Peut- on fe retrancher à dire qu'il fuffit qu'un
Médecin connoiffe les vertus des Plantes , ou qu'il
fçache la Botanique- pratique , fans fe mettre en
peine d'en fçavoir les noms differens , d'en difcerner
les genres , d'en démêler les efpeces, moins encore
de connoître les Plantes par méthode ?
C'eft certainement penfer en homme qui n'a aucune
idée des Sciences , comme s'il étoit poffible
d'acquérir parfaitement la connoiffance d'un Art ,
ni d'aucune Science , fans en avoir apris les premiers
élémens , ou fi la pratique ne fupofoit pas par
avance une parfaite notion de la Théorie. Difons.
donc que la connoiffance des Plantes doit précéder
celle de leurs vertus , & que pour les bien connoîtreil
faut fe fervir d'une méthode fûre , aifée & invariable.
On ne peut difconvenir qu'un Médecin doit
connoître les Plantes ufuelles ; mais l'expérience
montre , dit un des plus grands Maîtres en Botanique
, Tournefort , Elem. Bot. ) » qu'il n'eft gue-
» re poffible de diftinguer les Plantes dont nous
» venons de parler , fans en connoître un très - grand
nombre d'autres qui leur reflemblent fi fort ,
53 que l'om peut s'y tromper facilement. D'ailleurs
quelle affurance a- t'on que ces Plantes que l'on
croit inutiles & d'aucun ufage , foient telles qu'on
les penfe ? Si l'on eft quelquefois dans l'impuiffance
de pouvoir fecourir les Malades , ce n'eft pas la
faute
2902 MERCURE DE FRANCE
faute ni le manque de Remedes , mais c'eſt le plus
fouvent notre ignorance . Nulla ufquam eſt Remediorum
penuria ,fed noftra eorum plerumque turpis
ignoratio . ( Fernel. Metho. Med. )
tes
15
N'eft- ce pas affés , dira- t'on , qu'on aye des Livres
de Botanique , ou quelque Hiftoire des Plan-
, pour fe rendre habile dans cette Science ? Cela
feul ne doit- il pas fuffire ? Non , on n'eſt jamais devenu
Botaniste à peu de frais. La Botanique dit
» un grand Génie , * u'eft pas une Science fédentaire
& pareffeule , qui fe puiffe acquérir dans le
repos & dans l'ombre du Cabinet ; elle veut que
" l'on coure les Montagnes & les Forêts , que l'on
graviffe contre des Rochers efcarpés , que l'on
s'expofe aux bords des précipices. Les feuls Livres
qui peuvent nous inftruire à fond dans cette ma-
» tiere , ont été jettés au hafard fur toute la furfa-
» ce de la terre , & il faut fe réfoudre à la fatigue
» & au péril de les chercher & de les ramaffer.
အ
D
23
En effet , combien de figures & de defcriptions
des Plantes, peuexactes , ne trouve - t'on pas dans la
plupart des Ouvrages de Botanique , quand on a
été accoûtumé de bonne heure à étudier cette Science
dans le grand Livre , c'est- à - dire dans la Nature
même Ce feroit donc une espece de prodige de
voir un homme , fans avoir la moindre teinture des
Elemens de Botanique , fans avoir fait d'ailleurs
aucune courfe devenir tout à coup habile dans
une Science , où il eft fi rare d'excelier.
Ne diffimulons donc pas l'enchaînement des con..
féquences , qui naiffent néceffaitement de cette erreur
, que la connoiffance des Plantes n'eft nullement
néceffaire à un Médecin . Car fi la Théorie
* M. de Fontenelle , Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences de Paris 1708.
de
DECEMBRE. 1740. 2903
de la Botanique , ou la connoiffance parfaite des
Plantes n'eft nullement néceffaire à un Médecin ,
ainfi qu'on a tâché de l'infpirer au Public ; donc
toutes ces Ecoles de Botanique établies par les Souverains
, pour aprendre aux Médecins à bien connoître
les Plantes , vont être déformais inutiles ;
tous ces illuftres Profeffeurs en Botanique ne font
qu'amufer le Public au lieu de l'inftruire ; c'eſt en
vain que les Médecins s'apliquent à connoître les
Plantes par Principes, c'eft à - dire par l'examen des
Fleurs & des Fruits , des Pétales , des Etamines , du
Calice , &c. Ils ne font donc que fe repaître d'i
dées creufes , & ils font dans l'erreur & dans l'illufion
; il n'y aura plus que le nouveau Prófeffeur
en Botanique qui penfe fainement,
Mais fi au contraire le Théorie de la Botanique ,
ou la connoiffance parfaite des Plantes , relative à la
Médecine , eft néceffaire à un Médecin , comme it
eſt avoué dans tout le Monde fçavant ; tous ces Jar
dins de Botanique font donc des Ecoles utiles au
Public , & fagement établies ; les vrais Profeffeurs
en Botanique font des hommes refpectables & di-.
gnes de tous Eloges , de-même que les Medecins
qui fe font un devoir de connoître parfaitement les
Plantes ; le Profeffeur en Botanique , de fraîche date
, doit fe raviſer rentrer en lui - même , & affec-
⚫tionner la Théorie de la Botanique , ou la connoisfance
parfaite des Plantes , autant qu'il a tâché de la
décrier ; & on doit conclure enfin la connoisque
fance parfaite des Plantes eft néceffaire à un Médecin.
Par M.Barrere, Médecin de l'Hôpital Militaire de
Perpignan , Docteur & Profeffeur Royal en Médecine
dans l'Univerfité de la même "Ville , ci - devant
Botaniste du Roy dans l'Ifle de Cayenne.
EXTRAIT
2904 MERCURE DE FRANCE
ج ا ن ف
ÈXTRA IT du Mémoire de M. de Fouchi,
contenant la Description l'usage d'un
nouvel Inftrument de son invention , deftin
pour prendre en Mer les bauteurs & les
diftances des Aftres.
CE
Et Instrument eft compofé d'un Secteur d'environ
60. degrés 14. pouces de rayon , presque
femblable aux quartiers de M. Hadley , ufité
à préfent dans la Marine ; fur l'un de fes rayons eft
fixement attachée une Lunette , ayant par un bout
un oculaire , & par l'autre un autre verre , qui au
lieu d'être placé perpendiculairement à l'axe du
tuyau , lui eft incliné , de maniere que fon plan
fait avec le plan de l'Inftrument , un angle de 67°.
30'. vis-à- vis le tuyau , & fur fon axe prolongé eft
placée une monture perpendicula re au plan de
I'Inftrument & inclinée à l'axe de la Lunette de
70°. 30'. Cette monture contient deux verres , l'un
étamé dans un de fa furface, & l'autre qui n'eſt
point étamé ces deux verres enfemble formant
dans la partie qui eft tranfparente un objectif de la
Lunette ; & comme ils font inclinés dans un ſens ,
& que le verre qui eft au bout du tuyau , l'eft dans
cette double inclinaifon remédie à la .
confufion des objets qu'entraîneroit la pente du
premier verre , & c'eſt une des fingularités de cette
Lunette , dans laquelle on voit pour la premiere
fois des verres inclinés à l'axe de la Lunette , fans
défigurer les objets , ce qui jufques ici avoit parù
impoffible.
un autre ,
2
Sur le centre de l'Inftrument roule une alidade ,
chargée à ce même centre d'un verre étamé ou miroir
Sphérique ; ce miroir reçoit les rayons & les
renvoye fur la partie étamée du verre dont nous
venons
DECEMBRE. 1740 2905.
Venons de parler , & de- là dans la Lunette à la➡
quelle ces miroirs forment enfemble un autre oba
jectif, & comme le grand miroir est entraîné par le
mouvement de l'alidade , il s'enfuit qu'il eft exposé
fucceffivement à plufieurs objets que la Lunette repréfente
toujours joints avec celui qui eft vû directement,
pendant que l'alidade marque fur le limbe
les degrés de cette diſtance .
tout
La divifion n'eft que par points de 20 ' . en 20' . &
pour avoir les divifions intermédiaires , M. de Fouchi
a ajoûté à l'alidade une longue aiguille mobile
fur un clou tourné au bas de l'alidade , & preſque
auffi longue qu'elle ; cette aiguille porte en bas ,
près de fon centre de mouvement , le fil index de
Ï'Inftrument, & va fe terminer près du centre ,
au haut de l'alidade , fur un limbe de cuivre , fur
lequel elle décrit un cercle par fon mouvement ;
elle eft pouffée d'un côté par une vis , & de l'autre
par un reffort , & comme il y a vingt fois plus loin
de fon centre de mouvement à fa pointe , que de ce
ntême centre à l'endroit où font les points de la divifion
de l'Inftrument , l'efpace parcouru par cette
pointe , eft auffi 20. fois plus grand que celui que le
filet parcourt fur ces points , ce qui permet d'avoir
fur le petit limbe de l'alidade , des minutes auffi
grandes que les efpaces de 20 ' . le font fur le limbe,
& par conféquent três aifé à partager en quarts ou
en espaces de 15”.
Cet Inftrument fe vérifie comme ceux qui ſont à
préfent en ufage , & l'ufage en eft le même pour
les hauteurs , c'eft- à - dire que regardant l'horifon
par la Lunette , on fait venir l'image du Soleil fe
joindre à ce même horiſon , & l'alidade marque la
hauteur.
Mais fon principal ufage , & qui lui eſt même er
quelque forte particulier , c'eft de pouvoir prendre
des
2906 MERCURE DE FRANCE
des diſtances d'Etoiles à la Lune , ce qui fe fait en
pointant la Lunette à Proile & faifant venir le
bord de la Lune s'y joindre , auquel cas l'alidade
marquera la diftance entre ce bord & l'Etoile .
Le mouvement du Navire ne fait point féparer
tes objets une fois joints enfeinble , & de plus la
Lunette fe pouvant allonger , ou racourcir , s'ajuste
à toutes les vûës differentes.
Nous efperons donner inceffamment de pareils
Extraits des autres Mémoires qui ont été lûs dans
la même Académie .
ASSEMBLE'E publique de l'Académie
des Beaux Arts de Lyon , tenue le Mercredi
7. Decemdre 1740 dans laquelle M. de
Ruolz , Préfident , a parlé de la maniere
qui suit.
MEESSIEURS,"
Nous allons , fuivant nos ufages , faire part au Public
des Difcours & Mémoires qui ont fait le fujet
de nos Séances particulieres depuis la derniere Assemblée
publique.
» MEMOIRE fervant de Réponſe à une Question
propofée , qui étoit de fçavoir fi les Vignerons
ont raifon de croire que lorsqu'ils plantent
de la Vigne dans une terre où la neige fe trouve
mêlée & enfévelie dans la tranchée cette Vigne
acquiert une qualité froide , qui affecte pour toujours
le Raifin & le faffe couler , enforte que le
" fuc qui devoit le nourrir & lui fervir de fubftance
, échape avant qu'il foit formé.
L'Auteur de ce Mémoire a fait fentir en géneral
1e
avantages que la neige procure à la terre , & il
DECEMBRE. 1740. 2907
a remarqué cependant qu'il eft des terres d'une
qualité à rendre ce mêlange très - nuiſible , il a fait
le détail de leurs differentes efpeces , mais à ce fu-.
jetil a attaqué avec force le pouvoir que l'on prétend
donner à la Lune , & s'eft élevé contre un
préjugé qui tendroit , fans aucune aparence de fondement
& de raifon , à la rendre comme le Soleil
l'arbitre abfolu de la végetation.
Il eft donc aujourd'hui de notorieté dans tous les
Tribunaux Académiques , que cette Planette n'a
aucun pouvoir iei bas , fes démarches font toutes
indifferentes à la Terre , mais au Ciel , fa conduite
n'est pas irreprochable.
Bien qu'elle foit vieille Planette ,
Elle met en jeune Coquette
Du Rouge & des Mouches fouvent ,
Et fe farde fous la cornette ,
On le fçait de plus d'un Sçavant
Qu'elle reçoit à la Toilette.
C'est le reproche que lui a fait de nos jours
gne Mufe de poids & d'autorité dans le monde.
Ale P. du Cerceau. )
5
» Mémoire fur le Mercure , & la maniere la plus
parfaite de le purifier , avec des preuves de l'inu-
» tilité de l'Eau qui en réfulte pour la guérison des
» maladies caufées par les Vers
> Le Chimifte obferve en paffant que le Rouge
cette couleur fi éclatante & fi vive , n'eft autre chofe
bien fouvent qu'une préparation de Mercure , dont
le beau Sexe ne connoît pas tout le danger , par
raport à la fanté , lorfqu'il l'employe comme un
agrément au vifage.
»Projet
2908 MERCURE DE FRANCE
M
» Projet d'un Traité Phyfique & Hiftorique fur
» les Métaux , ou idée generale d'une Géographie
& Chronologie Métal ique.
*
M. Moeglin , Pun de nos Correfpondans , nous
a envoyé un Mémoire fur les Boules de feu , qu'il
prétend être de la même nature que la Foudre ,
mais d'une matiere plus épaiffe , à en juger par
leurs exhalaiſons .
Mémoire fur le Toilé, ou nouvelle Méthode de
Toifer & Arpenter , fondée ſur une aplication as
furée des principes .
Quel interêt ne doit point prendre la Justice dans
tout ce qui eft recherche du vrai la capacité , on
le fçait , n'eft pas toujours le partage de ceux qui
font reconnus pour Experts , & qui cependant decident
en Maîtres fur ces fortes de matieres , par
l'autorité de fait qui leur eft confiée , la balance ſe
trouvant alors dans leurs mains. Les Loix Romaines
ne puniffoient que le Dol dans les Arpenteurs ,
Si Menfor falfum modum dixerit , actio hac Dolum
duntaxat exigat. ff . Tit . Si Menfor , ¿c ) Il falloit
s'imputer leur ignorance , & c'eft précisément
cette ignorance que l'Académicien fe propofe de
bannir de la Societé , par la facilité des lumieres
qu'il infpire pour toutes les opérations du Toiſé .
Méthode pour tracer une Méridienne par les
hauteurs du Soleil quelques jours de l'année que
» ce ſoit , fuivant laquelle l'ufage des hauteurs cor-
»refpondantes eft prouvé être préferable à d'autres ,
même à la maniere affés connue dont on les tra-
» ce dans les tems des Solſtices , par divers Cercles
Concentriques , & un Style .
» Differtation fur le Méchanifme de l'imagi-
» nation humaine , dont l'Auteur prétend que la
» fubftance médullaire du cerveau eft le fiége .
On juge qu'une pareille matiere fupole beaucoup
de
DECEMBRE. 1740. 2909
de méditation ; elle offre un Tableau , qu'en vain on
voudroit décrire , il faut le voir & le fuivre dans
toutes fes parties .
L'Académicien finit en difant avec une jufte modeftie
qu'il a marché fur les bords de l'infini, & que.
d'autres d'un génie élevé y entreront peut - être avec
plus de fuccès .
» Suite d'un précedent Mémoire fur l'Imprime-
» rie , contenant plufieurs précautions propres à fa
perfection , avec un moyen prépofé pour impri-
» mer à la fois les mots les plus ufités , tels que les
Adverbes , fans être obligé d'en compofer les
a Lettres.
Le Reverend Pere Delozeran Dufefc , l'un de
nos Correfpondans , nous a envoyé un Difcours
qu'il a fait fur la force de la Poudre , & le recul
des Canons .
Ce Difcours nous a parû très-profond dans fes
calculs , & bien digne de l'Auteur de la fçavante
Differtation fur le Tonnerre & autres , couronnées
differentes Académies du Royaume .
par
En fait de Science les recherches fe foûtiennent
aifément , & un bon Auteur peut être toujours égal
dans fes productions. En diroit- on autant dans les
matieres de pur efprit ?
Nous annonçons ici avec empreffement , un Ouvrage
qui aura pour titre : Journal du Ciel au
Méridien à la Latitude de Lyon , calculé par ordre
de cette Académie , & qui fera imprimé chés
le Sr Delaroche .
L'Académicien qui en est l'Auteur , auroit bien
fouhaité pouvoir le donner pour l'année où nous
allons entrer , mais il fera néceffairement retardé
jufqu'à l'année fuivante.
Nous donnâmes dans la derniere Affemblée publique
l'Extrait d'un Mémoire fur les Couleurs , apliqué
2910 MERCURE DE FRANCE
qué aux Fleurs & aux Papillons ; l'Académicien en
a donné la fuite & il y explique le méchaniſme de
la colorifation des fleurs , & entre les Opérations
Chimiques propres à nous en donner l'idée , il
a chofi la filtration , laquelle diftribuant les fucs
dans les différentes parties des fleurs , fert principalement
à les colorer , en effet le fuc qui nourrit les
Végetaux , coule & monte le long de leurs fibres .
II falloit apuyer ce raifonnement par une Expérience.
L'Académicien a fait la diffection d'un Torus
Albus , feur affés connue ; & l'Anatomie de
cette Plante ainfi faite fous nos yeux , a foûtenu
fon idée .
L'Art eft venu à ſon ſecours pour découvrir la Nature
; un tuyau de Pompe , placé dans une Cuvette
remplie d'eau , de vin & d'huile , un Piſton poor y
faire refouler les Liqueurs, trois Bouchons de differentes
matieres , pour former les differentes filtrations
, ont concouru à fournir une Expérience trèsplaufible
de l'idée de la Colorifation ."
De cette connoiffance , l'Académicien prétend
nous mener à grands pas à celles des Teintures , & à
leurs principes. En effet , il a fini en nous faisant
voir 16. couleurs meres ou nuances , préſentées
dans de petites boëtes d'yvoire , & qu'il a extraites
de la diffolution de fept fleurs ordinaires,
Ce détail paroîtra un peu long , mais en pouvoiton
moins dire pour offrir une idée légere d'un travail
extrêmement curieux ?
Plufieurs Mémoires fur les Thermometres à
» l'Eſprit de vin & au Mercure , & fur leurs cons-
> tructions , comparés à ceux de M. de Reaumur.
L'Académicien s'eft aperçû que la plupart des Ther
mometres que l'on répand dans le Public fous le
nom de ce grand Homme , font infideles par un
défaut de correfpondance; cette remarque eft effentielle
>
DECEMBRE. 1740. 2911
tielle, en effet ce qui peut rendre l'ufage des Thermometres
agréable dans la Societé & utile dans les
Expériences de Phyfique , n'eft autre chofe , fans
doute , qu'une marche en degrés comparables des
uns aux autres .
Tour ce qui a raport à un pareil Sujet , mérite
bien notre attention ; la Societé Royale de Montpellier
vient de nous aprendre qu'un certain degré
de température dans l'air , que refpirent les Che
nilles ou Vers à Soye , degré , dis - je , déterminé par
le Thermometre, a fait faire depuis quelques années
à Alais une double récolte à ceux qui s'y font prê
tés. Fera-t'on après cela , pour me fervir des termes
dont fe fert cette Académie , le reproche à ceux
qui cultivent les Sciences & les Beaux- Arts , de ne
s'attacher qu'à des chofes inutiles & purement curieufes
Tel devient dans un Etat le mérite des recherches
Académiques , & telles font les richeſſes
qui font le fruit de ces recherches.
» Differtation fur la Simpathie & Antipathie , ou
ɔɔ réunion de toutes les differentes efpeces de Simpathies
& Antipathies , avec les Remarques aux-
›› quelles elles ont donné lieu .
L'Académicien s'eft propofé feulement de nous
donner quant-à- préfent l'idée d'une matiere qui eft
des plus vaftes, ce n'eft ici que la partie hiftorique &
critique ; il fuivra chaque efpece de Simpathie , &
s'attachera à établir ce qu'il y a de moins incertain
dans un ſujet fi fouvent diſcuté & fi peu éclairci .
#
Obfervations fur la chaleur du feu de Charbon
de pierre & de terre, comparée à celle du bois par
des Expériences faites dans des poëles. L'Acadé
micien qui a fait ce Mémoire pour obéir aux ordres
de la Cour, a vérifié que les avantages du Charbon
de terrefont en raifon fupérieurs à celui du bois de
Hêtre pour la durée & pour la chaleur , comme de
cinq à un, G Je
1912 MERCURE DE FRANCE
Je ne parle point de l'Analyfe qu'il nous a préfentée
du Charbon de terre , pour en déterminer
toutes les qualités.
» Difcours fur l'Alun , dans lequel l'Académicien
» examine en Chimifte fi l'Alun mis dans le vín ;
» eft indifferent à la fanté , & il fe détermine à
» en juger la mixtion très- pernicieufe au corps.
L'ufage d'une boiffon auffi familiere que le vin ,
fait comprendre l'interêt de ces recherchés & du
point de vérité qui en doit réſulter .
>> Expériences qui prouvent que les Obfervations
» des hauteurs du Mercure en des Barometres dif-
> ferens , dont on veut faire la comparaifon en
» differens Pays , doivent être faites avec des
» Barometres fimples , égaux , & qui ſoient rem-
» plis du même Mercure , précautions qui même
» ne fçauroient procurer des meſures bien exac- >> tes.
La Phyfique , il eſt vrai , aide à la Géométrie ,
mais fuivant l'expreffion d'un des plus grands Académiciens
du Royaume , elle ne lui fert que dans
les à peu près.
Telle est l'idée génerale de notre travail depuis
la derniere Affemblée publique ; elle auroit pû , fans
doute , vous être offerte d'une façon plus intereffante
, fi la vérité ſeule ne nous avoit pas parû devoir
faire l'unique interêt d'un Difcours de cette nature .
L'Inſtrument & la Carte qui font mis ici fous les
yeux font deux Ouvrages dans lefquels nous fommes
perfuadés qu'on remarqueta l'art dont le travail
peut venir à bout , & le travail qu'il a fallu
pour cet Art ; c'eſt une Carte itineraire de nos Provinces
, que M. Deville a faite & deffinée .
A l'égard de l'inftrument , M. Bordes en avoit
médité le Projet depuis un tems conſidérable ; il auroit
été difficile à tout autre de l'executer ; il falloit
comme
DECEMBRE 1740 2913
comme il a fait , joir dre la pratique à la théorie ;
l'une & l'autre chés lui font le fruit du goût & de
l'inclination , il voudra bien après l'Affemblée nous
préfenter l'explication de cet Inftrument & de tous
les avantages qui y font attachés.
Lû dans l'Affemblée publique le 7. Décembre
1740 & remis à l'inſtant à M. le Sécretaire . Signé ,
DE RUOL Z.
Enfuite M. Mathon lût un Diſcours fur la Philofophie
de Newton , & M. l'Abbé Cahiet , un autre
fur les Vents , ces deux Ouvrages se trouvent au
nombre de ceux qui avoient été raportés dans la
derniere Affemblée publique.
3
Nous fommes priés d'inférer dans notre Journal
la Lifte de Mrs de l'Académie des Beaux - Arts de
Lyon ,, érigée par Lettres Patentes du Roy en 1724 .
M. le Duc de Villeroy , Gouverneur des Provinces
de Lyonnois , Forêts & Beaujolois, Protecteur.
M. Pallu , Intendant de la Géneralité de Lyon ,
Directeur.
MATHEMATIQUES.
Géometrie.
M. Mathon de la Cour, de l'Académie des Scien
ces & Belles- Lettres de la même Ville.
M. l'Abbé du Gaybi.
M. de l'Horme.
Méchaniques.
M. Bordes.
Aftronomie.
M. l'Abbé Cahier , Chanoine de Fourrieres.
Le R. P. Beraud , Jéfuite , Profeffeur de Mathematiques
au grand College .
G ij Allogi
2914 MERCURE DE FRANCE
Affociés libres.
M. Grollier de Servieres , ancien Lieutenant Colonel
d'Infanterie , de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de la même Ville .
M. l'Abbé de Valernod , Chanoine d'Ainay.
M. de Regnault de Parcieu , de l'Académie des
Sciences & Belles - Lettres .
M. Beffon .
PHYSIQUE ,
Anatomie.
M. Rey , Docteur en Médecine , Aggregé au
College de Lyon , de l'Académie des Sciences &
Belles - Lettres de la même Ville , & de la Societé
Royale de Montpellier.
M. Garnier , Docteur en Médecine , Aggregé au
College de Lyon.
Botanique,
M. Pestalozzi , Docteur en Médecine , Aggregé
au College de Lyon , de l'Académie des Sciences &
des Belles- Lettres ,, & de la Societé Royale de
Montpellier.
M. Joanon.
Chymie.
M. Albouy , Apoticaire.
M. Gavinet , Apoticaire.
Affociés libres.
M. de Ruolz , Conſeiller en la Cour des Monnoyes
, &c. à Lyon .
M. l'Abbé la Croix , Obeancier de S. Juſt , Tré→、
forier de France au Bureau des Finances de la Généralité
de Lyon , & de l'Académie des Sciences &
Belles - Lettres de la même Ville,
M.
DECEMBRE.
1740: 2915
M. de Ville , Ingénieur du Roy.
Le R. P. Tolomas , Jéfuite .
ARTS .
Mufique.
M. Bollioud Mermet , de l'Académie des Sciences
& Belles- Lettres de la même Ville .
M. Cheinet, auffi de l'Académie des Sciences, & c .
Architecture.
M. de la Monce , Peintre & Architecte .
M. Soufflot , Architecte.
•
Affociés libres.
M. Gacon , ancien Echevin de la Ville de Lyon .
M. Bertaud de la Vaure , Conſeiller à la Cour des
Monnoyes de Lyon.
M. Clapaffon , Avocat.
M. du Gas , Préfident Honoraire à la Cour des
Monnoyes , ancien Prévôt des Marchands , de l'Académie
des Sciences & Belles - Lettres de la même
Ville.
M. Claret de la Tourrette de Fleurieu , Préfident
Honoraire à la Cour des Monnoyes , ancien Lieutenant
Criminel , de l'Académie des Sciences &
Belles Lettres de la même Ville , & Prévôt des
Marchands .
Sécretaire perpétuel , M. Chriſtin .
ACADEMICIENS HONORAIRES.
M. Perrichon , Confeiller d'Etat , ancien Prévôt
des Marchands , & ancien Directeur .
Honoraires Correspondans.
Le R. P. Grégoire , du Tiers Ordre , à Marseille.
Le R. P. Morand , Jéfuite , à Aix .
G iij Le
1916 MERCURE DE FRANCE
Le R. P. du Chatelard , Jéfuite , Hidrographe du
Roy , à Toulon.
M.Chrétien- Louis Moegling , Docteur en Médecine
, de l'Inftitut de Boulogne , à Tubinge.
Dom Charles Hébert de Quincy, de l'Inftitut de
Boulogne , à Boulogne.
Le R. P. de Lozeran du Fefc , Jéfuite , à Tournon,
Le R. P. du Clos , Jéfuite , à Aix.
M. l'Abbé Goiffon , Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences , à Toiffey , en Dombes.
ESTAMPES NOUVELLES.
!
Alte Flamande , & Retard de Chaffe , deux Estampes
en large , gravées par le fieur F. P. Beaumont
, fur le Pont Notre - Dame , au Griffon d'or
couronné , chés lequel elles fe vendent , d'après
deux beaux Paysages de Philipe Vauvremens , dé
diées à M. Félix Aubery , Chevalier , Marquis
de Vaſtan , Baron de Vieux - Pont , Confeiller du
Roy en fes Confeils , Maître des Requêtes Honoraire
de fon Hôtel , Prévôt des Marchands.
La Suite des Portraits des Rois de France , des
Grands -Hommes & des Personnes Illuftres dans les
Arts & dans les Sciences, continue de paroître avec
fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai
de l'Ecole ; il vient de mettre en vente , toûjours de
la même grandeur , ceux de
CHARLES II. DIT LE CHAUVE , Empereur,
XXV. Roy de France , mort à Nantua , dans le
Bugey , le 10 Octobre 377. après 37. ans de Regne
, deffiné par A.Boizet, & gravé par F. Aveline.
THEODORE DE BEZE , Miniftre de Genéve , né
à Vezelai le 24. Juin 1519. mort à Genève le 3 .
Octobre 1605.
HENRI
DECEMBRE. 1740. 2917
HENRI RUZE D'EFFIAT, MARQUIS DE CINQ
MARS , Grand Ecuyer de France , décapité à Lyon
Septembre 1642. , âgé de 22. ans , peint par
A. H. & gravé par Daret.
le 12.
LOUIS LE GENDRE , Prêtre , Chanoine & Sous-
Chantre de l'Eglife de Paris , Hiftoriographe de
France , né à Rouen , mort à Paris le premier Février
1733. âgé de 78. ans, peint par F.N. & gravé
par S. P.
CATALOGUE de Mufique Françoife & Italienne
, que le Sr le Clerc , Ordinaire de la Chambre
du Roy & de l'Académie Royale de Mufique ,
a fait graver , qui ſe vendent à Paris , aux adreffes
ordinaires , & chés lui , rue S. Honoré , près l'Oratoire
.
Il continuë de faire graver tous les meilleurs Aug
teurs , tant anciens que nouveaux ,
Sonates à Violon feul & Basse.
Corelly , cinquiéme Oeuvre ,
Rane , premier Oeuvre ,
Guillemain , premier Oeuvre ,
9 liv.
4 liv. 12 f
12
Guillemain, II.Liv . troifiéme Oeuvre, 12 liv.
Tremais , premier Oeuvre ,
Veracini , premier Oeuvre ,
Locatelli , fixième Oeuvre ,
Guerini , premier Oeuvre ,
Geminiani , deuxième Oeuvre ,
Telemann , Sonatine ,
Caprice & Boutade de Rebel ,
12.
12
12
12
6
3
2 liv. & fi
Sonates à deux Violons.
Teffarini , premier & fecond Oeuvre , 7 liv. 4 f.
Forster, à 2. Violons & Baſſe, ad libitum, 6
Fefch , premier Oeuvre ,
Tremais , fecond Oeuvre ,
Guillemain, 4. & cinquiéme Õeuvre , 12
GL
Piéces
2918 MERCURE DE FRANCE
Piéces de Clavecin.
Handel , premier Livre ,
Le même , fecond Livre ,
Le même , troifiéme Livre ,
Le même , quatriéme Livre ,
Scarlatti , premier Volume ,
Le même , fecond Volume ,
12 liv..
Sonates à Flutes & Paffe.
12
6 ;
8
Locatelli , fecond Oeuvre ,
Mahault , premier Oeuvre ,
Quantz nouveau ,
M. B ***
1. Partie du se Oeuvre de Corelly ,
Santis , quatriéme Oeuvre ,
Haffe , premier Oeuvre ,
San Martini , premier Ocuvre ,
Weidemen , premier Oeuvre ,
8 liv.
4
8
4 10 f.
7
Sonates à deux Flutes.
Telemann , à 2. Flutes ou 2. Violons , 6 liv .
Louillet, cinquiéme Oeuvre à 2. Flutes,
2. Violons ou 2. Hautbois ,
4 liv.
3 liv. 12 f.
II. Partie du se Oeuvre de Corelly , 3 liv . 12 f.
Groneman , premier Oeuvre ,
Quignard , fecond Oeuvre , 3
12
Valentini ... à 2. Fl , ou 2. Violons , 3 12
Vielles & Musettes.
Derochet , Menuets & plufieurs Airs ,
-Les nouvelles Bagatelles , du même ,
I liv . 4 f.
3 liv. 12 f
Trios pour les Violons , Flutes & Hautbois.
Corelly, premier, fecond , troifiéme &
quatriéme Oeuvre ,
Vivaldy , premier Oeuvre ,
30 liv.
7
Abace
DECEMBRE.
1740 1740 2919
Abaco , troifiéme Oeuvre ,
Trietty de Telemann ,
Corellyzantes de Tellemann ,
Pichler , premier Oeuvre ,
Handel ,
Porpora ,
Differens Auteurs , premier & fecond
Oeuvre ,
Smalle , premier Oeuvre
Brevio , premier & fecond Oeuvre ,
Alberto Gallo , ſecond Oeuvre ,
Tortoriti , premier Oeuvre ,
San Martini , premier Oeuvre ,
Locatelli , cinquième Oeuvre ,
Guillemain , fecond Oeuvre ,
Le même , fixiéme Oeuvre ,
Le même , huitiéme Oeuvre ,
7 liv,
S
12
7
8
Iz f
10 liv.
21
2 8 f.
Quatuors & Concertos.
Premiers Quatuors de Telemann ,
Vivaldi l'Eftro Armonico зе Oeuvre
Le même , les 4. Saiſons , 8e Oeuvre 21
Premier Concerto de Tremais
Guillemain , feptiéme Oeuvre ,
>
Sonates pour le Violoncelle
Lanzetty, premier Oeuvre ,
Triemer , premier Oeuvre ,
Batta Somis , douze Sonates
Defech , fecond Oeuvre ,
Giacomo Klein , fecond Oeuvre
Vivaldy ,
De Fefch , troifiéme Oeuvre ,
Klein , le jeune , premier Livre ,
Jo liv.
6
S
G v Le
2920 MERCURE DE FRANCE
Le premier Livre de Sonnates à Violon feal ,
avec la Baffe- continue, dédiées à M. le Clair, l'aîné ,
compofées par Mlle de Hauteterre , & gravées par
fon Mari , vient d'être mis en vente , chés l'Auteur
rue du Four , Fauxbourg S. Germain , près la ruë
Princeffe , à la Reine d'Eſpagne ; chés Boivin , ruë
S. Honoré , à la Régle d'Or , & chés Le Cler , ruë
du Rople , à la Croix d'Or .
On trouvera à la fin de cet Ouvrage, une recherche
de traits d'Archets pour les Ecoliers. Le prix eft
de 10 liv. en blane . A Paris , 1740 .
Nouveaux Livres de Mufique , qui ſe vendent
chez M. Boivin , ruë Ș. Honoré , à la
Régle d'Or.
Une nouvelle Méthode pour la Flûte Traverfiere ;
dans laquelle font démontrés plufieurs tons & cadences
qui n'ont jamais été enfeignés , avec des principes
de Mufique , & beaucoup de Leçons à une &
deux Parties . Prix . • 41.
Nouvelles Piéces de Clavecin , d'Efcarlati , Maitre
de Clavecin du Prince des Afturies . Ces Piéces
font beaucoup briller la main. Le prix eft de 9 1.
Tons de Chaffe & Fanfares à deux Trompes ,
faire connoître aux Veneurs le Cerf que l'on pour
court , fes divers mouvemens & les differentes
opérations de la Chaffe du Cerf, Prix .. 11. 4 f.
9
Les plus beaux Vaudevilles , Chanfons & Contredanfes
Angloifes , accommodés pour deux Flûtes
ou Violons , par M. Corrette . Prix. 3 l. 12 f.
Le neuvième avre de Locatelli , pour deux Flû-
Pix .
•
• 5 lo
La Vente de la Bibliothéque de feu M. le Maréchal
DECEMBRE. 1740. 2921
chal Duc d'Eitrées , commencée au mois d'Aoû
dernier , & interrompue en Septembre , à caufe des
Vacances , recommencera le mois de Janvier prochain
, après les Rois , dans le même endroit ruë
de Richelieu , à l'Hôtel de Louvois . Cette Bibliothéque
eft trop connue des Sçavans , pour entrer
dans aucun détail sur la qualité & la quantité des
Volumes rares & finguliers en tous genres.
Cette Vente fera fuivie de celle des fuites de Mé
dailles antiques , Confulaires & Impériales , d'ar
gent , grand & moyen Bronze , Monnoyes de France
or & argent , Receuil d'Eftampes & grand nombre
de Tableaux .
Le Catalogue en eft imprimé chés Jacques Guerin
, Quay des Auguſtins .
Le Spectacle de la Nature dans toutes fes
parties , confidérablement augmenté de Piéces
très-intereffantes . Aux Amateurs de l'Hif
toire Naturelle , & autres Curieux.
L'Hiftoire Naturelle eft auffi agréable qu'inftructive
, & l'ardeur avec laquelle on s'aplique depuis
quelques années à la connoître , a donné des preuves
de fes agrémens à ceux qui s'y font attachés.
Le défir d'être utile au Public, a engagé un Particu
lier d'expofer à fes yeux un amas confidérable de
Morceaux les plus rares & les plus finguliers que
produife la Na ure. Il feroit impoffible de donner
le détail d'une collection auffi nombreufe , & qui
a coûté bien du tems & de la dépenfe, pour la pouffer
au point où on la verra : on fe contentera de
dire que dans ce qui regarde les productions de la
Mer, on y remarquera l'Efpadon , un Foetus de Ba
leine , le Requin , le Poiffon volant , & plufieurs
G vj
autres
922 MERCURE DE FRANCE
2
autres des plus rares ; avec une fuite de Coquillages
des plus agréables & des mieux confervés , des
Plantes Marines , des Madrepores , des Coraux de
toute efpece , des affemblages de diverfes produc
tions , qui jointes enfemble , forment des Jeux admirables
de la Nature , &c. Dans ce qui regarde la
Terre , on verra des Mines d'or , d'argent & autres,
des Criftaux , des Pétrifications , des Congellations
une Licorne un Armadile ou Tatou plufieurs
Crocodiles , l'Araignée mâle & femelle , une quantité
nombreuſe de Phioles remplies d'Infectes &
Reptiles des plus finguliers , l'Oifeau de Patadis &
autres , avec une collection de Papillons étrangers,
très -bien confervés : plufieurs Animaux terreftres ,
& entr'autres l'Afue Rayé mâle & femelle , trèsrare
; enfin pour donner une idée du coup d'oeil
agréable & vafte que doit donner l'amas prodigieux
de cette Collection , il fuffit de dire qu'elle remplit
deux grandes Salles garnies d'Armoire & de
Gradins .
On a joint à ce Cabinet quantité d'autres Curiofités
, comme Armes antiques , Ouvrages de Sculpture
& de Tour , Ouvrages en Cire , & autres de
toute efpéce. On efpere que les Curieux feront fatisfaits
de la vue de toutes ces raretés , & qu'ils voudront
bien répondre , par leur préfence , aux intentions
que l'on a eûe de leur être utile en les amufant.
Ce Cabinet qui a été vu pendant le cours de la
derniere Foire de S. Germain , eft fi confidérablement
augmenté depuis ce tems , de Piéces curieufes
d'Hiftoire naturelle & de Plantes de Mer, qu'autres
morceaux fingu ier , que ce fuplément feul merite
l'attention des plus grands Curieux .
Ce Cabinet fe verra tous les jours depuis deux heures
après-midi jusqu'à ſept heures du foir , excepté les
Fêtes
DECEMBRE. 1740 2923
an
Fêtes Dimanches pendant le Service Divin ,
Carrefour de l'Ecole , vis -à- vis la rue des Prêtres.
Si quelques perfones veulent examiner ces Curiofités
feuls tranquillement , on pourra les leur faire voir
le matin , en avertiſſant la veille.
Si quelqu'un fe présentoit pour acquerir en totalité
toutes ces Curiofités , on lui en fera une compofition
bonnête raisonnable.
Le Cabinet dont on vient de parler , contient des
Morceaux affés rares & affés finguliers pour exciter
, tant les Amateurs en ce genre , que ceux qui
veulent s'inftruire fur cette matiere , à venir le voir,
& l'on ofe fe flater que leur démarche ne fera pas infructueufe;
& comme ce qu'on ne voit que légèrement
, ne laiffe aucune impreffion , furtout à ceux
qui n'ont pas une connoiffance acquile fur ces matieres
, celui qui a fait la Collection de ces diverfes
Curiofités , a fait la dépenfe pour l'utilité du Public
, de faire faire un Catalogue de toutes les Piéces
nombreuſes que contient ce Cabinet, & le diftribuera
gratis à tous ceux qui lui feront l'honneur
de le venir voir , afin que chacun puiffe être en
état d'examiner avec fruit tout ce que renferme ce
Cabinet , en voyant piéce à piéce ce qu'il contient.
Ce Catalogue eft fait de façon , que l'on peut com
mencer par un des côtés & finir de fuite par l'autre ,
en fuivant le tout le Livre à la main, ce qui inftruit
de ce que l'on a fous les yeux. Il fuffit de dire que
ce Cabinet eft compofé de plus de fept à huit mille
Piéces, tant grandes que petites, & pour la plûpart,
de morceaux les plus précieux qui fe trouvent dans
l'Hiftoire naturelle , & dans ce que l'Antiquité &
l'Art peuvent offrir de plus rare .
Le Sieur Rouffelot Cleriffeau , Marchand Gantier
, Privilegié du Roy , demeurant à Paris , ruë
Fire
2924 MERCURE DE FRANCE
Tire-Chappe , au Gand de Paris, à la Porte-Cochere
par laquelle on traverſe dans la rue des Bourdonnois,
vend des Gands pour femmes , d'une nouvelle
teinture , qui imite les couleurs de Soye , en toutes
fortes de couleurs. Ces Gans ne fe déteignent point,
& on peut les laver fans faire tort à la teinture , qui
refte toujours dans fa premiere couleur . Ils confervent
& nourriffent la peau , ils font très-doux ,
& tiennent chaud pendant l'Hyver & font frais
pendant l'Eté . Le même Marchand efpere d'en fournir
auffi pour hommes , inceffamment.
Le Sieur Bunon , reçû à Saint Côme , pour la
confervation des Dents & des Genſives , exerce ſon
Art, à Paris, rue S.Honoré, vis-à- vis celle de Grenel
le , à la fatisfaction du Public ; comme on perd les
Dents,fouvent faute de connoître les foins qu'elles
demandent , & les moyens de les conferver , on eft
reçû chés lui fans interêts à le faire vifiter la bouche,
& lorsqu'elle a befoin de quelque fecours, il pratique
toutes les opérations convenables , & donne les
remedes propres, foit pour conferver lesDents & les
Genfives ,foit pour prévenir & remédier aux accidens
qui leur furviennent . Les perfonnes dont il a l'honeur
d'avoir la confiance , ont lieu d'être contentes de là
maniere dont il gouverne leur bouche il donne
un opiate & une poudre pour blanchir les Dents
des racines & éponges préparées pour la propreté
de la bouche ; il a une excellente Fabrique de Dents
artificielles qui imitent les naturelles , étant trèsfolides.
Toutes perfonnes non aifées font reçûës &
fecourues gratuitement.
;
La Veuve Bailly , renouvelle au Public fes assurances
, qu'elle n'a point quitté fon Commerce , &
les véritables Savonettes de pure Crême de
Savon
DECEMBRE. 1740 2925.
嶺
Savon , fe débitent toujours chés elle rue du petit-
Lyon , à l'Image S. Nicolas.
Guérifon des Rhumatiſmes invéterés , gouteux
douleurs de nerfs , sciatiques , &c.
2
Le Sr le Carlier , Gendre du défunt fieur Porcheron
continue la même Pomade composée de
Simples , autorifée par Lettres Patentes du Roy ,
accordées à défunt Porcheron & à fes fucceffeurs ,
enregistrées au Parlement , approuvée de M. le
Premier Medecin du Roy, de M. Helvetius , Medecin
ordinaire de Sa Majefté , & Premier Medecin
de la Reine , & de Meffieurs les Doyen & Docteurs
de la Faculté de Medecine de Paris , lefquels
ont eux-mêmes guéri pat le feul liniment & frot .
tement de cette Pomade , plufieurs Malades de
Rhumatismes inveterés , goutteux , douleurs de
* nerfs , Nerfs retirés , Sciatiques , Paralyfies & Enquilaufes
dans les boëtes des genoux , qui ne cedoient
point aux remedes ordinaires : Elle guérit
auffi les playes abandonnées , le lait répandu aux
femmes & enflures de jambes ; elle fait transpirer
l'humeur au dehors fans aucunes cicatrices ; elle ne
fe corrompt janiais , & peut fe transporter en toutes
fortes de Pays. La même Pommade guérit les
maux de tête , les fluxions , & les hemoroides. Il
donne la maniere de s'en fervir . Les pots font de
cinquante fols , & de cent fols , cachetés de fon cachet.
Il demeure à Paris , rue Pavée , Quartier S. Sanveur
, derriere la Comédie Italienne , proche la ruë
Françoise , au premier Apartement , où fon Tableau
eft exposé.
SPEC
2916 MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
EXTRAIT d'une petite Comédie nouvelle
en Profe & en un Acte, intitulée l'Epreuve ,
par M. de Marivaux, repréſentée au Théâtre
Italien , le 19. Novembre 1740.
Lucidor.
ACTEURS.
Mad. Desmartins , Mere de Marianne , La
Marianne , fa Fille ,
Le Sr Romagnefy.
Dlle Belmont.
La Dlle Silvia.
Lifette , Servante de Ma- LaDlleThomaffin.
dame Desmartins ,
Blaife , jeune Fermier Le Sr Deshayes.
Frontin, Valet de Lucidor, Le 3r Riccoboni.
Cette Piéce a été très -bien reçûë du Public.
On l'a trouvée pleine d'efprit , fimple en action
, & élégamment dialoguée. En attendant
que l'Impreffion nous mette en état d'en
parler plus au long , on n'en donnera ici
qu'une espece d'Argument.
Lucidor étant tombé malade dans une de
fes Terres , y eft devenu amoureux de Marianne
, fille de Mad. Desmartins , ſa Fermiere.
L'Amour est entré dans fon coeur à
la faveur de la reconnoiffance . L'aimable
Marianne
DECEMBRE . 1740 1927,
me en lui
Marianne lui a parû fi fenfiblé à fa maladie ,
qu'il a crû avoir lieu de fe flater qu'il ne lui
étoit pas indifferent , ce qui l'a déterminé à
la demander en mariage à fa mere , malgré
l'inégalité des conditions. Prêt à faire une demande
dont il doit attendre tout le bonheur
de fa vie , il veut par délicateffe s'affûrer de
la poffeffion du coeur , avant que d'obtenir
celle de la perfonne ; cette délicateffe , qui
le porte à faire l'épreuve qui donne le titre à
la Piéce , lui fait craindre que Marianne n'aique
fes richeffes ; pour pénétrer ce
qui fe paffe dans le coeur de fa future épouſe ,
il ordonne à Frontin , fon Valet de Chambre,
de fe prêter au ftratagême , dont il s'eft
avifé , & de paffer , non pour fon Domeſtique
, mais pourun homme riche à qui il veut
faire époufer Marianne . Frontin feint d'arriver
de Paris chés Lucidor , richement habillé
, pour jouer le perfonnage que fon
Maître exige de lui ; il paroît furpris
du deffein que fon Maître a formé , pour
pofféder une Fille de fa Fermiere , & lui dit
qu'il pourroit l'avoir à moindre prix. Lucidor
lui ferme la bouche , fur tout ce qui peut
deshonorer l'objet de fon amour , & le renvoye.
Dans la premiere converfation que
Lucidor a avec Marianne, il lui dit qu'il veut
la marier avec un homme qui puiffe la rendre
heureuſe : il lui en fait le portrait d'une
maniere
2928 MERCURE DE FRANCE
maniere à lui faire penfer que c'eft de luimême
qu'il lui parle ; il lui préfente une
boete remplie de bijoux , pour préfent de
nôces , qu'il lui donne en qualité d'Ami ;
Marianne le reçoit avec plaifir , fe confir
mint de plus en plus dans la penfée , que
Pepcufeur & l'Ami qui donne le prefent de
nôces , ne font qu'une même perfonne. Mais
fa joïe eft bien-tôt détruite par une feconde
converfation, ou le même Lucidor, qui lui eſt
fi cher , la détrompe de fon erreur , en lui
difant, en termes trop intelligibles pour elle,
que c'eft à un de fes amis qu'il la deftine , &
que dans cette boëte qu'il lui a déja donnée ,
elle trouvera le portrait d'une aimable perperfonne
qu'il veut époufer. Marianne paroît
comme frapée d'un coup mortel ; elle eft fi
faifie , qu'elle n'a pas la force de dire un feuk
mot , mais la boëte de bijoux qu'elle rend fur
le champ à Lucidor , eft une réponſe bien plus
énergique pour ce tendre Amant , il ne peut
plus retenir les transports de fon amour ; it
fe jette à fes pieds & lui déclare tendrement
qu'il n'adore que la charmante Marianne.
Mad. Desmartins qui arrive pendant qu'il
eft aux pieds de fa Fille , ne fçait que penfer
de ce qu'elle voit. Lucidor lui déclare
fon amour pour Marianne , & la prie de confentir
à le rendre heureux en l'acceptant pour
Gendre.
Voilà
DECEMBR E. 1746. 2929
Voilà tout ce qui concerne l'action Théâ
trale dans le court argument que nous don
nons de cette Piéce ; quant à l'épiſode de
Blaife , jeune Fermier , à qui Mad. Desmartins
à promis Marianne , elle ne fert qu'à
fournir quelques Scenes Comiques , qui ne
font qu'amufer & qui ne font nullement néceffaires
pour arriver au but que l'Auteur
s'eft propofé , cette feconde épreuve étant
fubordonnée à celle que Lucidor fait fur le
coeur de Marianne , par la propofition d'un
mariage infiniment plus flateur pour la Fille
d'une Fermiere ; cet Amant pouvoit aisément
s'en paffer ; mais ces fortes de fuperfluïtés
ne laiffent pas d'être utiles , furtout quand
elles donnent lieu de faire paroître un Acteur
auffi aimé que le Sr Deshayes , qui fait
toujours beaucoup de plaifir , dans quelque
Rôle qu'on le place. La Dile Silvia & le
Sr Romagnefy , qui jouent les deux princi
paux Rôles de la Piéce , ont eû des aplaudif-
Temens très bien mérités.
Cette Comédie paroît imprimée depuis
peu. A Paris, chés F. G. Merigot , Quai des
Auguftins , à la defcente du Pont S. Michel ,
à S. Louis , 1740. prix 24. fols.
Le 19. Decembre , les mêmes Comédiens
donnerent la premiere Répréfentation d'une
Comédio nouvelle , intitulée , Amadis , Parodie
d'Amadis de Gaule , qu'on jouë actuel
lement
•
2930 MERCURE DE FRANCE
lement à l'Académie Royale de Mufique .
Cette Piéce , dont les fieurs Romagnefy &
Riccoboni , font les Auteurs , a été reçûë favorablement
du Public . Elle eft ornée de
trois Intermedes de Chants & de Danſes trèsbien
exécutés , dans des caracteres convenables
, au fujet de la Parodie. Un nouveau
Danfeur & une nouvelle Danfeufe , y ont
danfé enſemble differentes Entrées dans les
Divertiffemens de la Parodie , dont la Mufique
, qui eft très-bien caracteriſée , eſt toûjours
du fieur Blaife , & la compofition des
Ballets , des Srs Riccoboni & Deshayes .
Le S. Rochart de Bouillac , nouveau Comédien
, qui a débuté à Fontainebleau , a été
reçû depuis dans la Troupe de l'Hôtel de
Bourgogne.
Le 27. Decembre, les Comédiens François
remirent au Théâtre , la Comédie du Triomphe
du Temps , en trois Actes , dont chaque
Acte forme un different Sujet de Piéce . Elle
eft précédée d'un Prologue,& ornée de trois
Divertiffemens de Chants & de Danfe . Cette
Comédie , qui eft du feu fieur le Grand
avoit été donnée dans fa nouveauté , le 18 .
Octobre 1724. avec fuccès. Nous avons
donné , dans le tems , des Extraits féparés de
ces trois Actes & du Prologue , avec les couplets
des trois Intermedes , dans le Mercure
DECEMBRE. 1740. 2937
de Novembre 1724. pag. 2443. auxquels
nous renvoyons nos Lectures,
hothot
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
N mande de Conftantinople , que le bruit y
couroit , que Thamas Kouli-Kan , ayant reçu
le fecours de Troupes que le Prince fon fils lui a
amené , avoit remporté une Victoire complette fur
les Usbechs & fur les Aghuans .
RUSSIE.
Es dernieres Lettres de Petersbourg , du 27
L'ovembre dernier,portent qu'onne pût le
dernier ,, portent
même jour de la détention du Duc de Curlande ,
être inftruit de toutes les particularités de cet évenement
, & que ce ne fût que le lendemain qu'on
fçût exactement de quelle maniere le Feldt Maréchal
Comte de Munich avoit exécuté l'ordre qu'il
avoit reçû à ce sujet.
Ce Géneral s'étant rendu à pied en habit uniforme
avec fes Adjudans, au Palais d'Eté, vers les deux
heures du matin , il entra dans le Corps de Garde ,
où font les Troupes qui font le Service auprès du
corps de la feue Czarine. Il leur demanda fi elles le
reconnoiffoient , & les Troupes ayant répondu
qu'elles fe feroient toûjours honneur de marcher
fous fon Commandement , il leur dit qu'elles fçavoient
avec quel zéle il s'étoit expofé plufieurs fois
pour le Service de l'Etat ; qu'elles l'avoient glorieufement
2932 MERCURE DE FRANCE
rieuſement fuivi ; qu'il comptoit qu'elles ne l'abandonneroient
pas dans une occafion où il s'agiffoit
de l'interêt du Czar , & qu'il falloit détruire en la
perfonne du Régent , un traître & un ufurpateur de
Pautorité. Les Oficiers & les Soldats l'affurerent
qu'ils étoient difposés à faire tout ce qu'il ordonneroit
, & il détacha auffi- tôt vingt hommes , pour
fe faifir du Duc de Curlande. Ce Prince au premier
bruit qu'il entendit apella la Garde ; mais on lui
annonça que la Garde n'étoit plus à les ordres , &
ceux qu'on avoit chargés de l'arrêter , s'étant faifis
de lui , ils le menerent du Palais d'Eté au Corps de
Garde de celui d'Hyver. On arrêta en même tems
la Ducheffe de Curlande , fes trois enfans , le Géneral
Guftave Biron , & M. de Beftucheff , Miniſtre
du Cabinet , & l'on conduifit ces deux derniers au
même Corps de Garde où étoit le Duc de Curlande
.
A neuf heures du matin , lorsque les trois
Régimens des Gardes à pied eurent été affemb és ,
la Princeffe Elizabeth Petrowna , fut mandée ainfi
que les Miniftres & les Géneraux chés la Princeffe
de Brunswick Bevern , & il s'y tint un Confeil qui ·
dura jufqu'à cinq heures du foir . En conféquence
des réfolutions qui y furent prifes , le Duc de Curlande
fut mis dans un équipage des Ecuries du Gzar ,
avec un Médecin & deux Officiers . Il étoit précedé
de l'Adjudant Géneral du Comte de Munich , &
efcorté d'un détachement des Soldats des Gardes ,
Ja Bayonnette au bout du Fufil . La Ducheffe de
Curlande , le Prince Charles , fon fecond fils & la
Princeffe , fa fille , partirent en même tems dans
d'autres Voitures , & ils furent conduits , ainfi que
le Duc de Curlande , au Convent de S. Alexandre
Newsky , éloigné de Petersbourg d'un quart de
lieus , où ils pafferent tous la nuit , & d'où ils furent
DECEMBRE. 1740. 2938
tent transferés le 2 1. du mois dernier à la Fortereffe
de Schluffelbourg , près le Lac de la Doga . Le Gé
neral Guſtave Biron & M. de Beftucheff , partirent
le même jour que le Duc & la Ducheffe de Curfande
; mais on ignore en quel lieu ils ont été conduits
. Le fils aîné du Duc de Curlande , étant fort
malade , on s'eft contenté de le transporter du Pa→
Hais d'Eté dans l'Hôtel où logeoient les perfonnes
de la fuite du Duc fon pere , & l'on y a mis une
Garde.
On a dépêché un Courier à Moſcow, pour donner
ordre de s'assurer de la perfonne du Géneral
Charles Biron , qui y commande , & qui eft frere
aîné du Duc de Curlande .
•
Le Géneral Bismarch , Gouverneur de Riga , y a
été arrêté aufli le 23. par ordre de la Princelle Kégente.
Le 21. cette Princeffe fit la cérémonie elle -même
du Colier de l'Ordre de S. André , & elle annonça
en même tems que le Czar déclaroit le Prince de
Brunswick- Bevern , Lieutenant - Colonel de la Compagnie
des Gardes à Cheval .
Le Comte de Golofkin a été nommé Vice-
>>Chancelier ; le Grand Maréchal de la Cour a obtenu
une Gratification de 400000. liv.
S. M. Cz. accordé au Feldt Maréchal Trubeskoy
, une Penfion de 200co liv. & Elle lui a
fait en même tems la remife d'une fomme de
400000 liv . qu'il avoit empruntée de la Couronné.
Elle a donné des Terres pour plus de 20000 liv. de
rente au Géneral Apraxin , beau- Fils du Géneral
Owzakow , & pour environ 12000 liv . à M. de
Chaploff , Maréchal de la Cour.
Le Baron de Mengden , a été déclaré Conſeiller
Privé , & le Czar a disposé du Régiment de Cuiraffiers
du Prince de Brunswick , en faveur du Feldt
Maréchal
2934 MERCURE DE FRANCE
Maréchal Lafci , que le feu Empereur a nommé
Comte de l'Empire .
La plupart des perfonnes qui étoient attachées au
Duc de Curlande ont été privées de leurs emplois ,
& l'on a arrêté quelques - uns de fes principaux
Officiers . M. Asfendiel , Capitaine dans le Régiment
des Gardes Simonowky , a été conduit à la
Fortereffe de Schluffelbourg ; & l'on cherche partout
le JuifLiepman , qui a pris la fuite dès qu'il a
été informé de la détention du Duc. Comme ils
avoient l'un & l'autre beaucoup de part à fa confiance,,
on s'attend à tirer d'eux plufieurs éclair,
ciffemens dont on a befoin.
O
MITTAU.
Na apris le mois paffé que le Conſeil de Régence
reçût il y a quelque tems une Lettre
par laquelle le Duc de Curlande mandoit aux Etats
de ce Duché , que pour condefcendre à la volonté
de la feuë Czarine , il avoit été obligé d'accepter la
Régence de Mofcovie ; que les foins attachés à
l'Adminiſtration des affaires d'un fi grand Etat , ne
l'empêcheroient point d'avoir l'attention la plus
exacte pour tout ce qui pourroit contribuer à l'avantage
de fes Sujets, qu'il le trouveroit même plus
en état d'y travailler avec fuccès , & qu'il efperoit
que les Curlandois continueroient de lui témoigner
le même attachement qu'ils avoient fait paroître
pour fa perfonne depuis fon Election .
Les Etats avoient nommé des Députés pour aller
féliciter le Duc fur la nouvelle marque de confiance
& de diftinction qu'il avoit reçûë de la feuë Czarine
, & ces Députés fe difpofoient déja à partir ,
pour s'acquitter de leur Commiffion , lorſqu'on a
apris que le Duc avoit été arrêté à Petersbourg
"
ayco
DECEMBRE: 1740 2935
avec la Ducheffe & fes Enfans , & qu'on parloit
même de lui faire fon Procès .
Les derniers avis portent qu'on attendoit inceffainment
à Mittau un détachement de Troupes
Mofcovites , dont le Commandant avoit ordre de
fe faifir de plufieurs effets apartenans au Duc de
Curlande , & qu'on y étoit dans une grande imparience
, de fçavoir fi les Etats de Curlande auroient
la liberté d'élire un nouveau Souverain , ou fi la
République de Pologne feroit valoir fes Droits fur
ce Duché, & fur celui de Semigalle , conformément
à ce qui a été réglé dans la Diette génerale de
1689.
O
ALLEMAG N E.
N aprend de Vienne , du 3. de ce mois , que
lorfque les Députés des Etats de la Haute &
Baffe Autriche , rendirent le 12. du mois dernier
leur hommage à la Grande Ducheffe de Tofcane ,
le Comte de Sinzendorff , Grand Chancelier de la
Cour , leur expoſa par ordre de cette Princeffe , les
raifons pour lesquelles l'Affemblée des Etats avoit
été convoquée. Le Comte de Harrach , qui en qualité
de Maréchal Heréditaire de la Province , étoit à
la tête des Députés , répondit au difcours du Comte
de Sinzendorff , & il assûra la Grande Ducheffe de
Toſcane au nom des Etats , que les Autrichiens auroient
toujours pour elle la même fidelité & la même
foûmiffion qu'ils avoient eûs pour le feu Empereur.
Après la Harangue du Comte de Harrach , la
Grande Duchesse de Toscane déclara que pour le
bien de fes Sujets , elle avoit résolu d'associer le
Grand Duc , fon époux , au Gouvernement , & elle
ajoûta qu'elle informeroit plus amplement les Etats
de fes intentions à cefujet .
II. Vol. H Les
1936 MERCURE DE FRANCE
8
Les Députés des Etats ayant prêté le ferment de
fidélité , cette Princeffe précédée des Chevaliers de
la Toifon d'Or , qui étoient à Vienne , des Miniftres
d'Etat ; des Confeillers Privés ; des Chambel
lans de la Clef d'Or , des Officiers Heréditaires &
des Députés des Etats ,fe rendit en Chaife à Porteurs
à l'Eglife Métropolitaine de S. Etienne, où elle entendit
la Grande Meffe , célébrée par le Cardinal
Archevêque de cette Ville , & elle jura fur l'Evangile
de conferver aux Etats leurs Privileges , & de
gouverner fes Sujets en Mere de la Patrie . Elle retourna
au Palais avec le même Cortege , & elle affifta
dans la Chapelle au Te Deum , pendant lequel
on fit plufieursSalves d'Artillerie & deMoufqueterie.
A midi , la Grande Ducheffe de Toſcane dîna
avec le Grand Duc , qui fe plaça à la gauche de
cette Princeffe , & elle fut fervie par les Officiers
Héréditaires de la Province.
La Grande Ducheffe étant fortie de table , les
Députés des Etats & les Officiers Heréditaires furent
conduits dans une Sale , où on leur fervit une ta,
ble de 80, couverts . Il y en eut feize autres , cha
cune de douze couverts pour les Seigneurs & les
Dames de la Cour.
On avoit élevé dans la Place de Graben , un Arc
de Triomphe , fous lequel étoit le Portrait de la
Grande Ducheffe , qu'un Ange couronnqit .
1
Cette Princeffe , après avoir donné Audience le
18. du mois dernier , à l'Univerfité de Vienne , fut
haranguée par M. François - Antoine de Spaun ,
Recteur , en Latin ; elle répondit en la même
Langue.
La Grande Ducheffe de Tofcane a conferé au
Grand
Ducla
prérogative
de
regner
fur l'Archidu- ché d'Autriche & des autres Pays Heréditaires , &
l'Acte en a été enregistré dans tous les Tribunaux
de cet Archiduché.
DECEMBRE, 1740 2937
fon
Cette Princeffe déclare dans cet Acte , que
intention eft de ne point donner la moindre atteinte
à la Pragmatique Sanction ; qu'elle reconnoît
qu'il n'eft nullement en fon pouvoir d'y déroger ,
&que le Grand Duc n'eft pas moins éloigné qu'elle
de rien entreprendre qui n'y foit entierement con
forme ; mais qu'elle a jugé , que l'on ne pourroit
point regarder comme une chofe contraire à l'ordre
établi par l'Empereur au fajet de fa fucceffion
fi en réfervant expreffément tous les Droits quia
l'avenir & felon les évenemens futurs , pourroient
apartenir en vertu de cette difpofition aux autres
héritiers ou héritieres de la Maifon d'Autriche , elle
fe déterminoit à en difpofer en faveur de quelqu'un,
tel qu'il fût , afin d'en jouir & de les gouverner
conjointement avec elle , & fi elle lui transportoit
de cette maniere une partie des Droits qui lui apartiennent
uniquement & à l'exclufion de tout autre s
qu'en conféquence de cette maxime fondée fur le
Droit & ayant confideré d'ailleurs par raport à
fon fexe , que la profperité , le repos & la sûreté de
fes Etats & Pays Heréditaires , pourroient exiger
en plus d'une occafion , qu'elle fût foulagée du pefant
fardeau du Gouvernement par l'aide & les
foins d'une perfonne de confiance , elle a crú ne
pouvoir mieux faire que de partager fon autorité
avec le Grand Duc de Tofcane , en faveur duquel
concourent la haute naiffance , les grandes qualités
& le mariage qu'il a contracté avec elle , bien entendu
qu'elle ne prétend point le défaifir de la pro
prieté de les Etats qui doivent toujours demeurer
indiffolublement unis ; qu'ainfi après une mûre dé-
Jiberation & de fon plein gé , elle confere au
Grand Duc la prérogative de régner ; qu'elle eft
au furplus dans la ferme attente , que dans le cas
où celui de ſes enfans qui lui fuccedera , auroit at-
H ÿj teins
2938 MERCURE DE FRANCE
teint fa 18 année , il n'oubliera jamais le refpe&
filial qu'il doit au Grand Duc , pour ofer lui diſputer
en rien la prérogative de régner , qu'elle lui
confere.
Le Grand Duc , en acceptant l'aflociation , a promis
folemnellement qu'il n'en prendroit point occafion
d'exiger la preféance fur la Grande Ducheffe;
qu'il obferveroit & accompliroit fidélement toutes
les Claufes contenues dans l'Acte , par lequel cette
Princeffe confent de partager avec lui fon autorité ,
fans qu'aucune raifon ni prétexte puiffe jamais l'engager
à fe départir de cette réfolution ; qu'il fe
conformeroit à ce qui a été reglé par la Pragmatique
Sanction , qui ftatuë que le régne fur le corps
d'Etats laiflés par le feu Empereur fera unique &
indiviſible , pour les héritiers de la maiſon d'Autriche
, & qu'il n'entreprendroit rien contre les Droits
qui leur apartiennent .
On a apris de Dresde du 12. de ce mois , que les
Commiffaires chargés de l'Expedition des Affaires
qui concernent le Vicariat Genéral de l'Empire , font
le Baron de Gersdorf , Vice- Chancelier de l'Electo
rat de Saxe , Mrs de Looff , Rex & de Studnitz ,
Confeillers Intimes ,& Mrs de Gartner & de Schrotte,
Confeillers Auliques. Ils s'affemblent regulierement
tous les jours , & après chacune de leurs féances ,
le Baron de Gersdorff, rend compte au Roy de Po
logne , Electeur de Saxe , du réſultat de leurs déli
bérations .
Le 8. du même mois , Fête de la Conception de
la Sainte Vierge , pendant la Meffe qu'entendit la
Grande Ducheffe de Tofcane , M. Adam Gerfter ,
Recteur de l'Univerfité de Vienne ,& les Doyens des
quatre Facultés , jurerent fuivant la coûtume de
foutenir l'Immaculée Conception.
BAVIERI
DECEMBRE . 1740 . 2939
L
BAVIER E.
>
E'S avis de Munich , portent que la proteftation
que le Comte de la Peroufe , Miniftre de
l'Electeur de Baviere à la Cour de Vienne , a remise
aux Miniftres de la Grande Duchefle de Toſcane , a
eté rendue publique, & qu'elle renferme que l'Electeur
conjointement avec quelques autres Etats de
l'Empire , a fait connoître combien il étoit attentif
à maintenir fes droits , depuis que le feu Empereur
a demandé à l'Empire la garantie de la Pragmatique
Sanction , & de l'Ordre de fucceffion qu'il a établi
; que l'Empire avoit fur ce fujet des confidérations
genérales qui intereffoient fa confervation &
fa sûreté , & qui devoient le porter à prévenir les
dangers auxquels l'ane & l'autre pouvoient être expofées
; qu'à ces confidérations fe joignoient les
Droits de l'Electeur Droits fondés fur diverfes
difpofitions , tant par raport aux Pays Heréditaires
de la Maifon d'Autriche , que par raport à une partie
de l'ancien Patrimoine de la Maiſon Electorale
de Baviere , dans le cas où la Branche Maſculine de
la Maifon d'Autriche viendroit à s'éteindre ; que
l'Electeur conftamment attaché à fes principes ,
s'eft crû obligé de ne négliger aucune occafion de
fe garentir lui & fa Maifon du préjudice que pouvoit
lui caufer l'acceptation de la Pragmatique Sanction
; qu'on ne peut ignorer que les acceptations ou
les renonciations que l'Electrice a faites avant fon
Mariage , & que l'Electeur a confirmées depuis , ne
donnent ni ne peuvent donner aucun poids à cette
Pragmatique , & que la fimple lecture de ces Piéces
peut fuffire pour établir cette verité , que l'Electrice
en qualité de Princeffe de la Maiſon , n'a pû renoncer
qu'aux Droits venant de fon chef , & non aux
Dreits
370
H iij
1940 MERCURE DE FRANCE
la
Droits particuliers qui étoient acquis à la Maiſon
de Baviere ; qu'il n'a pas été fait la moindre mention
de ces Droits dans le Contrat de Mariage de
cette Princeffe ; qu'ainfi l'Electeur a pâ , fans le
moindre inconvenient , confirmer ces renonciations
, puifqu'elles n'influoient en rien fur fes Droits,
& qu'il avoit été pourvû d'une autre maniere à ceux
de la Maiſon Electorale ; que le confentement de
toute la Maifon de Baviere , auroit pû être neceſ- '
faire en cette occafion , mais qu'on n'a point penfé
à le demander , parce que les Droits particuliers
de cette Maiſon ne pouvoient fouffrir aucun préju
dice par ce mariage , que la Grande Ducheffe de
Tofcane , ayant , fous le Titre d'Unique Héritiere
des Etats de la Maifon d'Autriche , pris poffeffion
de tous les Pays Heréditaires de cette Maiſon, cette
démarche prouve qu'elle prétend fe les aproprier ,"
& faire valoir l'ordre de fucceffion établi par
Pragmatique Sanction ; qu'une entrepriſe de cette
nature eft trop contraire aux Droits de l'Electeur ,
pour qu'il lui foit poffible de la regarder avec indifference
, malgré les fentimens d'eftime & d'affec
tion qu'il conferve & qu'il confervera toujours pour
la Grande Ducheffe de Tofcane; que par ces raifons
il fe voit obligé de prendre les mesures neceffaires
pour prévenir le tort qu'on veut faire à ſa Maiſon
qu'il eft d'autant plus autorifé à s'y opofer , que le
feu Empereur dans le Décret de Commiffion qu'il
à envoyé à la Diette , a déclaré expreffément que'
la garentie que S. M. I. demandoit de la Pragmatique
Sanction , ne devoit caufer aucun préjudice à
perfonne , & qu'il eft probable que c'eft cette dé-'
claration qui a engagé quelques Etats de l'Empire
à fe charger de la Garentie ; que l'Electeur ,
miné par des motifs fi puiflans , ne peut fe difpenfer
de protefter de la maniere la plus folemnelle contre
déterdes
DECEMBRE: . 1745 1745. - 2941
des entrepriſes prématurées & contraires à fes
Droits , le réfervant fans aucune reſtriction & en la
meilleure forme que faire fe peut , le maintien de
fes Droits & de ceux de la Maiſon , & qu'afin que
le Public foit informé de leur nature , l'Electeur
fait travailler actuellemenr à un Manifefte , dans
lequel ils feront amplement déduits .
Le bruit court que ce Prince fait diftribuer un
nouvel Ecrit intitulé : Obfervations, tant fur la Lettre
Circulaire adreffée par la Cour de Vienne , à fes
Miniftres dans les Cours Etrangeres , que fur les
Extraits qui y font joints , du Teftament & du Codicile
de l'Empereur Ferdinand I. touchant la Succeffion
aux Etats de la Maifon d'Autriche.
HAMBOUR G.
ON aprend que les Troupes qui le font rendues par ordre du Roy de Pruffe , dans le Duché
de Groffen, font entrées en Silefie , & que S. M. Pr
a fait remettre aux Miniftres Etrangers qui font à
Berlin , une Déclaration , laquelle porte qu'en fai
fant entrer les Troupes dans cette Province , elle
ne s'étoit déterminée à cette démarche par aucune
mauvaiſe intention contre la Cour de Vienne , &
moins encore dans le deffein de vouloir troubler le
repos de l'Empire ; qu'elle s'eft crue indispenfabiement
forcée au parti qu'elle a pris pour faire valoir
les Droits inconteftables de fa Maifon fur la Silefie,
fondés fur d'anciens Pactes de Famille & de Confraternité
entre les Electeurs de Brandebourg & les
Princes de Silefie , de même que fur d'autres Titres
refpectables ; que les circonftances prefentes & la
crainte de le voir prévenir par ceux qui forment
des prétentions fur la Succeffion du feu Empereur ,
ont demandé de la promptitude dans cette entre-
Hiiij prife ;
2942 MERCURE DE FRANCE
prife ; mais que fi ces raifons n'ont pû lui permettre
de s'éclaircir préalablement avec la Grande Duchesse
de Tofcane, elles n'empêcheront jamais S. M.
de prendre fortement à coeur les interêts de la Maifon
d'Autriche , & d'en être le plus ferme apui
dans toutes les occafions qui fe prefenteront.
Il doit paroître inceffamment un Manifefte , dans
lequel feront exposés les Droits de la Maison de
Brandebourg fur le Duché de Silefie .
S. M. Pr. a fait prefent de fon Portrait enrichi de
Diamans au Marquis de Beauveau qui étoit allé en
Pruffe en qualité d'Envoyé Extraordinaire du Roy
de France , pour la complimenter fur la mort du
feu Roy.
POLOGNE.
Oblé extraordinairement à Warfovie , pour déliberer
fur les mesures que la République prendra
par raport au Duché de Curlande .
Na apris de Pologne que le Sénat s'eft affem-
Les mêmes nouvelles portent que le détachement
qui étoit allé à Mittau , avoit enlevé tous les Effets
que le Duc de Curlande у avoit fait transporter de
Petersbourg.
ESPAGNE .
N aprend de Madrid , que le Pacquetbot Ans
glois la Notre- Dame de la Solitude , dont le
Vaiffeau le St. Ignace s'eft emparé , & fur lequel il
ya 106378 livres de Tabac , entra le 6 de ce mois
dans le Port de Fontarabie .
Le même Vaisseau a fait à la hauteur des
Ifles du Vent une autre prife Angloife , dont la
charge confifte en 157. barriques d'Eau- de- Vie de
Canne.
ITALIS
DECEMBRE. 1740 19.43.
ITALIE.
N mande de Rome , que le 27. du mois d'Octobre
dernier , jour fixé pour l'ouverture dis
Jubilé , le Pape accompagné du Sacré College , du
Tribunal de la Rote , des Evêques Affiftans du Trône
, de tous les autres Prélats , du Connétable Colonne
, du Gouverneur de cette Ville , des Prieur
& Confervateurs du Peuple Romain , & de la prin
cipale Noblesse , assista à la Procession folemnelle
que le Clergé Séculier & Régulier fit de l'Eglife
de Nôtre-Dame des Anges à celle de Ste Marie-
Majeure.
Sa Sainteté a établi une nouvelle Congrégation ;
compofée des Cardinaux Aldrovandi , Valenti
Gonzaga & Paffioneï , dans laquelle on examinéra
toutes les affaires qui auront raport à l'Election de
P'Empereur.
Au commencement du mois passé , le Cardinal
Valenti - Gonzaga , a eû plufieurs Conférences avec
FAmbassadeur de Malthe , au fujet des differends
furvenus entre le Confeil de la Religion & M. Gualterio
, qui réfide à Malthe , en qualité d'Inquifiteur
, & qui a menacé d'excommunier le Grand-
Maître & les Chevaliers , s'ils n'obligeoient le Fils
du Bey de Tunis de fortir de leur Ifle .
Les Lettres de Florence , marquent qu'après quel
ques jours d'un tems assés beau , pour faire efperer
la cessation de la pluye , elle recommença la nuit du
premier au deux de ce mois avec une fi grande
abondance caufée par une fonte de Neiges fi prodigieufe
, que la Riviere de l'Arno , s'eft débordée
la nuit fuivante. Ses eaux ont monté dans cette
Ville jufqu'à 40. pieds de hauteur , elles ont cou
yert toutes les Arches des Ponts , à Pexception de
Hv celle
1944 MERCURE DE FRANCE
celle du milieu , & elles ont passe pardessus les pa
rapets des Quais . Toutes les Maifons basses de la
Ville ont été fubmergées , & l'eau a monté jusqu'aux
apartemens du premier étage , deforte que plufieurs
perfonnes fe font trouvées enfermées dans leurs
Maifons fans pouvoir en fortir ni recevoir aucun
fecours parce que l'impétuofité de l'eau avoit brifé
ou emporté tous les Bateaux qui étoient fur la Riviere.
Il y a encore plufieurs Maifons dont il n'est
pas possible d'aprocher , & dans lesquelles on ne
fait passer des Vivres qu'avec de grandes Perches.
Cette inondation , dont on n'a point d'exemple , a
d'autant plus furpris , qu'elle eft arrivée en très peu
de tems , fans avoir été précédée d'aucun vent ni
orage.
Les eaux avoient baissé quelques jours après , de
près de vingt pieds, & on esperoit qu'elles diminuëroient
encore beaucoup ; on commençoit à être
rassûré de l'allarme que cette inondation a caufée
dans cette ville avec d'autant plus de raiſon , que fr
elle avoit fait encore quelques progrès , on eût été
obligé d'abandonner la Ville .
Le débordement de la Riviere a caufé un dommage
très - conſidérable , & il eſt aifé de juger par ce
que les eaux ont entraîné & qu'on a vû passer , que
les campagnes , où la Riviere s'eft débordée , ont
beaucoup fouffert , & qu'il y a eu un grand nombre
de perfonnes noyées , & de, Maitons renversées.
L'eau ayant gagné une Verrerie , qui eft à
l'extremité de la Ville , près de la Porte San-Friano,
& ayant pénétré jusqu'au Fourneau qui étoit allumé
, elle a fait fauter en l'air toute la matiere qui
y étoit , & cette matiere a mis le feu aux Bâtimens.
Cet incendie , quoique très- confidérable , n'a pas eû
des fuites auffi fâcheufes qu'on le craignoit , parce
qu'on a fait des coupûres , pour empêcher la communication
des flâmes .
DECEMBRE 1740 2945
•
On a depuis apris de Rome , que
le 3. de ce
mois , on célébra dans la Chapelle du Palais du
Quirinal , un Service folemnel pour le repos de l'ame
de l'Empereur , & que fa Sainteté y affifta avec
le Sacré College . Le Cardinal Annibal-Albani , Camerlingue
de la Ste Eglife , y officia pontificalement
, & l'Oraifon Funebre fût prononcée par
M. Jean - Charles Boſchi , Camérier Secret du
Pape.
Sa Sainteté a donné un Bref , par lequel elle releve
des Cenfures & des peines Ecclefiaftiques tous
Religieux qui ayant abandonné leur Ordre , ou
même ayant apoftafié , fe préfenteront à un Vicaire
Apoftolique , avec un fincere repentir , pour obtenir
l'abfolution . Le Pape ordonne par le même
Bref, à tous les Superieurs des Convens , de les recevoir
dans leurs Maifons, & de ne leur faire éprou
ver aucun mauvais traitement , & il accorde aux
Religieux , que l'Auſterité de leur Ordre pourroit
détourner d'y rentrer , la permiffion de paffer dans
un Ordre dont la régle foit moins difficile à obſerver.
L
NAPLE S.
Es Lettres de Naples portent que le 17. du
mois paffé , le Cardinal Aquaviva , que le Roy
& la Reine d'Espagne avoient chargé de tenir en
leur nom fur les Fonts de Baptême la Princeffe dont
la Reine des deux Siciles eft accouchée , fe rendit
en grand cortege au Palais , étant accompagné de
Dom Jofeph de Miranda , Premier Ecuyer du Roy,
qui étoit allé le prendre à l'Hôtel de Converfano ,
dans les carosses de leurs Majeftés . Le carosse dans
lequel étoit ce Cardinal , étoit précedé de dix -huit
de fes Valets de pied , de fix Coureurs & de fes Pages
, & il étoit environné de plufieurs Gentilshom
Hvj mes
2946 MERCURE DE FRANCE
mes à cheval. Le Cardinal Aquaviva fut reçû au ba
du grand Escalier par les Premiers Gentilshomme
de la Chambre , & il fut conduit par Don Bar
thelemy Roffi , l'un d'entre eux , dans l'apartement
du Roy, qui le reçût avec beaucoup de marques de
bienveillance. Il accompagna enfuite leurs Majeftés
à la Chapelle , où la jeune Princeffe reçût le Baptême
par les mains de M. Simonetti -Nonce du
Pape.
"
On mande de la même Ville , du 29. Novem
bre , que le Traité de Navigation & de Commerce ,
qui fe négocioit entre le Roy & la République de
Hollande , venoit d'y être conclu , & qu'il avoit été
figné pour le Roy , par le Prince Dardore Milano ,
Miniftre Plénipotentiaire de S. M. & pour les Etats
Géneraux , par M. d'Egmont de Nyenbourg , leur
Envoyé extraordinaire à Naples.
>
Le Cardinal Aquaviva , fe rendit le 24. du mois
dernier en grand Cortege au Palais , & il prefentaą
à la Reine la Rofe d'Or , bénite par le Pape
GENES ET ISLE DE CORSE.
N aprend de Genes , qu'un Armateur Efpagnol
a conduit à la Specie , un Vaiffeau Hollandois,
fur lequel on dit qu'il y a pour 30000 Piastres
de Marchandifes , & dont il s'eft emparé vers
le Cap- Corfe, fous prétexte qu'il y avoit à bord de
ce Bâtiment , cent Barils de Poudre & une grande
quantité de Caiffes remplies de Fufils & de Piſtolets
, qu'il portoit en Turquie.
Le Comte de Maillebois eft parti de la Baftie ,
pour revenir en France .
On mande que le 7. Decembre , il y avoit eû
pendant trois jours confécutifs des Vents fi violens
, qu'on ne fe fouvenoit point d'en avoir ja
mais
DECEMBRE. 1740. 2947
mais effuyé de pareils . & que la Mer avoit été fi
agitée , que plufieurs Bâtimens qui étoient dans le
Port de Genes , avoient été extraordinairement en
dommagés. Un Vaiffeau Suedois , qui n'avoit pu
fe mettre à couvert , comme les autres , derriere
l'ancien Mole , a eû tous fes cables rompus , & il
eft allé ſe brifer vers S. Théodore , près le Palais
du Prince Doria. Tout l'équipage a eû le bonheur
de fe fauver.
O
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres , qu'un Vaiffeau de
Guerre du Roy , s'eft emparé d'un Bâtiment
Hollandois , fur lequel il y avoit une grande quantité
de Marchandiſes qui apartenoient à des Négocians
de Cadix.
Les Vaiffeaux le Nanci & le S. Thomas , l'un de
Waterford & l'autre d'Edimbourg , font tombés
entre les mains des Eſpagnols .
Un Armateur de la même Nation. , a conduit à
Barcelonne le Vaiffeau la Wilhelmine , commandé
par le Capitaine Backir , qui alloit d'Amfterdam
à Livourne.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
O
N mande de Rome , que le Pere Dom Mu
caire , y étoit mort le 27. Novembre dernier ,
dans l'Hofpice de S. Etienne des Maures , âgée
de 108. ans , & qu'il n'avoit eû aucune incommodité
pendant le cours de fa vie . Il avoit été Abbé de
Séethe dans la Thébaïde en Egypte . Il étoit Copte
Catholique de Nation.
Le
2948 MERCURE DE FRANCE
Le 14. Decembre , Benoist Erba Odescalchi ,
natif de Milan , Cardinal , Prêtre du titre des douze
Apôtres , ancien Archevêque de Milan , mourut
à Milan , âgé de 61. ans , 4. mois & 4. jours ,
étant né le 19. Août 1679. Il étoit Créature du feu
Pape Clement XI . qui le fit fucceffivement fon Camerier
d'honneur au mois de Mars 1703. Vice-
Légat de Ferrare au mois de Mai 1706 & Ponent
de la Vifite en 1707. Etant Vice -Legat de Bologne,
il fut nommé au mois d'Août 1711. à la Nonciature
de Pologne. Il prit alors le nom d'Odescalchi,
D. Livio Odescalchi , fon Coufin Germain maternel,
l'aïant ainfi fouhaité. L'Archevêché de Theffalonique
, in partibus Infidelium , fut proposé pour
lui dans un Confiftoire le 18. Decembre de la même
année 1711. Pendant fa Nonciature en Pologne ,
Clement XI . l'ayant nommé à l'Archevêché de Milan
, au mois d'Août 1712. propofa pour lui cette
Eglife en Confiftoire le s . Octobre , & lui accorda
le Pallium le 21. Novembre. Il le créa & déclara
Cardinal le 30. Janvier 1713. à fon retour de Pologne.
Il fit fon entrée à Rome le 10. Mars 1715 .
& s'étant rendu en Cavalcade au Confiftoire le 14 .
du même mois , il y reçût le Chapeau. Le premier
Avril fuivant , le Pape après avoir fait la céremonie
de lui fermer & ouvrir la bouche , lui affigna le titre
Presbyteral des Ss . Nerée & Achillée . Il quitta
depuis ce titre & opta celui des douze Apôtres. Il
fit au mois de Juin 1736. à cauſe de fes indispoli .
tions actuelles, fa démiffion de l'Archevêché de Milan
, & il la ratifia le 16. Janvier 1737. Il etoit fils
d'Alexandre Erba , Senateur de Milan , & de Lucrece
Odescalchi, Soeur du Pape Innocent XI . Dommé
auparavant Benoit Odescalchi , mort le 12 .
Août 1689. âgé de 78. ans . Baithafar Erba Odescalchi
, Duc de Bracciano , Prince de Firmio , Frere
aîné
DÉCEMBRE. 1740. 2947
aîné du Cardinal qui vient de mourir , a été fübſtitué
au nom & aux Armes d'Odescalchi , par De
Livio Odescalchi , fon Coufin , mort le 7. Septembre
1713. La Genealogie de la Famille d'Odescal
chi fe trouve dans les Génealogies des Maifons
Souveraines , qui ont été données au Fublic en
1736. Tom. II. contenant celles d'Italie avec les
Familles Papales , pag. 661.
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &C.
I
E 19. de ce mois , pendant la Meffe du
Roy , l'Evêque d'Agde prêta Serment
de fidelité entre les mains de S. M.
Le 24. veille de la Fête de la Nativité de
Notre Seigneur , le Roy & la Reine , accompagnés
de Madame , affifterent aux premieres
Vêpres qui furent chantées par la Mufique
, & auxquelles l'Evêque d'Agde officia.
Le 25. jour de la Fête , le Roy & la Reine,
qui après avoir affifté à Matines , avoient en
tendu trois Meffes à minuit , affifterent à la
grande Meffe célebrée pontificalement par
le même Prélat. Leurs Majeftés étoient accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame , du Duc de Chartres & dù Dục
de Penthievre.
2950 MERCURE DE FRANCE
L'après- midi , leurs Majeftés entendirent
te Sermon du Pere Renaud , Jacobin , &
enfuite les Vêpres auxquelles le même Prélat
officia.
1
Depuis le 24. Decembre , les Eaux de la
Riviere de Seine ont tellement groffi par les
pluyes continuelles , par la fonte de neiges
, & par le débordement des autres Rivieres
, que la Ville de Paris en a beaucoup
fouffert , l'eau ayant pénetré dans differens
quartiers , où l'on étoit obligé d'aller en
Bateau pour pouvoir entrer dans les Maiſons.
On prétend que cette inondation a été plus
confidérable que la derniere arrivée en
3711.
Le Prevôt des Marchands , & le Lieutenant
Géneral de Police , trouverent à propos
quelques jours auparavant , de faire déloger
tous les Habitans, qui avoient leurs domiciles
dans les Maifons bâties fur les Ponts , pour
prévenir les accidents qui pouvoient arriver,
ce qui fut exécuté le même jour de la publi
cation des Ordonnances de ces Magiftrats ,
dont la vigilance & le zéle ne peuvent s'ex
primer , cette Ville immenfe n'ayant manqué
d'aucune des chofes néceffaires à la vie ,
& les Marchés publics ayant toujours été
abondamment fournis..
LC
DECEMBRE. 1740. 2951
受
Le 30. le Prevôt des Marchands , accom
pagné des Echevins , s'étant rendu à la Grand
Chambre du Parlement, réprefenta à la Cour,
les Gens du Roy préfens , que les dangers
dont la Ville de Paris étoit menacée par une
inondation fi fubite & fi extraordinaire , les
engageoit à recourir à Dieu , par la puiffante
protection de Sainte Genevieve , & à
la Cour , pour la fuplier d'ordonner que la
Chaffe de la Sainte fut découverte , ce qui
fût accordé , & en conféquence , la Cour
rendit un Arrêt qui fut porté le même jour ,
par le Greffier en Chef , à l'Abbé de Sainte.
Genevieve , lequel fit découvrir auffi -tôt la
Chaffe au fon de toutes les Cloches de cette
Abbaye Royale , &c.
Le même jour , l'Archevêque de Paris , fit
publier un Mandement, à la même occafion,
dont voici la teneur.
CHAR
HARLES -GASPARD - GUILLAUME DE VENTIMILLE
des Comtes de Marſeille du Luc , par
la Mifericorde Divine , & par la grace du faint Siége
Apostolique , Archevêque de Paris , & c.
Que de traits de la colere de Dieu font tombés
fur nous depuis quelque tems ! Un Hyver, dont la
rigueur & la longue durée ont augmenté la mifere
de plufieurs Familles indigentes , établies dans cette
Capitale , a fait périr fur la terre une partie des fémences
qui lui avoient été confiées ; à une ſaiſon
fi fâcheufe ont fuccedé des pluyes prefque contimuelles
, lefquelles ont endommagé nos Campagnes
1952 MERCURE DE FRANCE
gnes , & ont à peine permis de moiffonner & de
ferrer les grains , qui étoient parvenus à maturité.
La cherté du Pain & l'augmentation de l'indigence,
des Pauvres ont été les fuites de la modicité d'une
Recoite , que les Peuples attendaient comme une
reffource extrêmément néceffaire à leurs befoins.
Après tant de coups affligeans , la main du Seigneur
s'étend encore aujourd'hui fur nous , une nouvelle
calamité jette la confternation dans tous les
coeurs. Une inondation , dont on a vû jusqu'à préfent
peu d'exemples , caufe des pertes immenfes à
une infinité de Particuliers , & fait apréhender aư
Public de plus triftes accidents. Quoi de plus convenable
dans de pareilles circonftances , que de
conjuret le Seigneur par nos larmes , nos gémiffe →
mens & nos prieres , de nous accorder un fecours ,
que tout le pouvoir des hommes ne sçauroit nous
procurer ; que de demander à celui qui a dit à la
mer , vous viendrez jusque-là , & vous ne paſſerez
pas les barrieres queje vous ai marquées ; vous briſerez
contr'elles lorgueil de vos flots , qu'il arrête la
violence & le débordement de ces rivieres, qui portent
la terreur & la déſolation en tant de lieux ?
A CES CAUSES , ayant égard aux repréſentations
qui nous ont été faites par les Magiſtrats , aprés en
avoir conferé avec nos Venerables Freres les Doyen ,
Chanoines & Chapitre de notre Eglife Métropolitaine
, nous ordonnons que Samedi prochain trente-
uniéme du prefent mois , & les deux jours fuivans
, le Saint Sacrement fera exposé dans notre
Métropole & dans toutes les Eglifes de cette Ville
& de la Banlieuë, que le matin en l'expofant , après
avoir chanté l'Hymne O falutaris Hoftia , avec le
Verfet & l'Oraifon du Saint Sacrement, on récitera
le Pleaume Miferere , & l'Oraiſon intitulée Ad coer→
cendam
DECEMBRE. 1745. 2953
cendam aquarum inundantiam , & que le foir il fera,
fait un Salut auquel on dira les prieres accoûtumées
avec le Trait Domine non fecundùm , & la Benedic
tion à la fin . Voulons que les mêmes prieres foient
faites dans toutes les autres Eglifes de notre Diocèle ,
auffi-tot après la reception de notre préſent Man
dement.
Nous exhortons les Fideles de vifiter les Eglifes
pendant lefdits jours , particulierement celles de
Notre-Dame & de fainte Geneviève , où les Chaffes
de S. Marcel & de cette Sainte feront découvertes
; nous leur recommandons furtout de travailler
à apaifer le Seigneur par un prompt changement de
vie & par une fincere pénitence , & de fe fouvenir
qu'en vain ils imploreroient fa mifericorde , s'ils
continuoient à provoquet fes vengeances par der
nouveaux crimes ›
ou s'ils négligeoient d'expier
leurs iniquités paffées.
Il y eût auffi ce même jour un Mandement , pu
blié par le Reverendiffime Pere , Abbé de l'Abbaye ,
Royale de fainte Geneviève , qui s'exprimoit en
ces termes .
FRANÇOIS PATOT, Abbé de l'Abbaye Royale de
Sainte Geneviève au Mont de Paris , dépendante
immédiatement du Saint Siége , & Supérieur Géneral
des Chanoines Réguliers de la Congrégation
de France : Aux Chanoines Réguliers de notredite
Abbaye , & à toutes autres Perfonnes dépendantes
de notre Jurifdiction Abbatiale , SALUT. Les fléaux.
dont le Seigneur fe fert pour châtier fon Peuple ſe
multiplient de jour en jour. Un long & rigoureux
Hyver a été fuivi d'une ftérilité prefque génerale ;
la Terre a refufé d'ouvrir fon fein pour produire
les fruits qu'elle devoit porter ; & les Saifons confondues
par un affreux dérangement ont fait éva
Bouir toutes nos efpérancês . C'en étoit affés pour
nous
2954 MERCURE DE FRANCE
nous faire ouvrir les yeux fur la cauſe de tant de
malheurs , & nous engager à récourir , dans la
fincérité de notre coeur , vers celui qui nous fra-
' poit dans les jours de fes vengeances : mais nous
avons affecté d'ignorer d'où partoient ces coups .
Bien loin de chercher à apaifer , par des oeuvres
dignes de notre Religion , un Dieu offenſé , nos
iniquités font montées à leur comble , & leur cri
s'eft élevé jufqu'au Thrône de fa Juftice . Sa colere
, felon l'expreffion du Prophete Ifaïe , s'eft répandue
fur les Eaux; il les a difperfées ; elles ne connoiffent
plus de bornes ; elles inondent & la Ville.
& les Campagnes ; elles portent par tout l'horreur
& la crainte , & nous préfagent des maux plus accablans
encore que ceux que nous avons éprouvés .
Prévenons les par les larmes & les gémiffemens ,
d'un coeur contrit & humilié ; fentons ce que peut
un Dieu irrité contre un Pécheur endurci ; offrons
Jui nós Voeux & nos Prieres , afin de défarmer fon
bras vengeur. Adreffons - nous à notre Sainte Patrone
qui , dans des circonftances pareilles à celles
qui font le fujet de nos allarmes , donna autrefois
à cette Capitale du Royaume des preuves d'une
Protection marquée au prodige le plus furprenant ,
& esperons qu'elle nous obtiendra la même faveur
dans ces jours d'affliction .
A CES CAUSES , nous ordonnons , conformément
à l'Arrêt du Parlement de ce jour , rendu à la requifition
de Meffieurs les Prevôt des Marchands &
Echevins de cette Ville , que la Chaffe de Sainte
Geneviève , Patrone de Paris & du Royaume , fera
entierement découverte ce jourd'hui , dont la Ville
fera avertie par le fon de toutes les Cloches de notre
Abbaye ; que le même jour on commencera les
Prieres publiques par un Salut qui fe fera après Complies
, & demain Samedi par une Meffe folemnelle ,
Mique
DECEMBRE. 1740 2955
que nous célébrerons pontificalement à neuf heures
du matin ; que pendant le tems que la Chaffe
demeurera découverte , on dira au Grand Autel
des Meffes , depuis cinq heures du matin jufqu'à
midi; & que tous les foirs après Complies, fera fait
un Salut qui commencera par une Proceffion dans
l'Eglife , à laquelle on chantera , 1° . Les Litanies ,
Aufer à nobis , &c. 2°. L'Antienne de Sainte Ge
neviève , Ofelix Ancilla , &c . Le Trait , Domine ,
non fecundùm. L'Antienne de la Sainte Vierge
Sub tuum prafidium. Et Domine , falvum fac Regem.
Et l'Antienne , Da Pacem. Le y . Domine , legem
pone aquis. R. Ne tranfgrediantur fines fuos. Les
Oraifons ; la premiere , Ad coercendam nimiam
aquarum abundantiam. Deus , qui in minifterio
aquarum falutis tua nobis Sacramentafanxifti , jube
terrores inundantium ceffare aquarum , ut qui fe regenerantibus
aquis gaudent renatos , gaudeant his
caftigantibus effe correctos . Per Dominum . La deuxiés
me , de la Sainte Vierge , Concede nos. La troifié
me , de Sainte Geneviève , Prafta , quafumus . La
quatrième , pour le Roy , Quafumus , omnipotens
Deus. La cinquiéme , pour la Paix , Deus , à quo
Sancta defideria. ww
Nous ordonnons de plus , que pendant que la
Chaffe demeurera expofée à la dévotion des Fideles,
tous les Prêtres qui célébreront la Meffe dans notre
Eglife , continueront de dire les Collectes , Secrettes
& Poftcommunions que nous avons fait imprimer
à cet effet : Et enjoignons à tous les Chanoines
Réguliers de cette Abbaye , de faire en leur
particulier des Prieres pour obtenir de Dieu , qu'il
exauce fon Peuple , refferre les Eaux dans leurs li
mites , & accorde un temps favorable pour les
biens de la Terre .
Donné à Paris,en notre Abbaye Royale de Sain
te
2956 MERCURE DE FRANCE
te Geneviève , le 30 Décembre 1740. Signé , Fr.
FRANÇOIS PATOT , Abbé de Sainte Genevieve .
Et plus bas , Par mon Révérendiffimie Abbé , Fr.
REGNIER , Secretaire .
Le même jour , le Grand Prieur de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prés , donna auffi fon
Mandement fur le même fujet , dont voici la
teneur.
JEAN-BAPTISTE FLOYRAC, Grand Prieur de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prés immédiate au
Saint Siege , & Grand-Vicaire de S. A. S. Monfeigneur
le Comte de Clermont , Prince du Sang ,
Abbé Commandataire de ladite Abbaye : A tous
les Fideles de notre Jurifdiction , SALUT , en Notre
Seigneur.
Dieu justement irrité par nos crimes , & encore
plus par l'endurciffement de nos coeurs , lance fur
nous depuis long- temps les traits les plus marqués
de fa colere. Un hyver long & rigoureux, une terre
ingrate , des pluyes prefque continuelles fur le peu
de moiffon que la rigueur de la faifon avoit épargné
, nos vignes gelées lorfqu'une derniere efperance
nous reftoit , la cherté du pain , l'extrême
indigence d'un nombre innombrable de Familles
; tel eft l'enchaînement de calamités publiques
dont Dieu s'eft fervi jufqu'ici pour nous
rapeller à nous- mêmes. Une nouvelle calamité ,
le ravage de l'inondation qui fuccede à tant de
fléaux , nous menace aujourd'hui des accidens les
plus terribles , fi nous ne nous hâtons de défarmer
le bras qui nous frape . Réveillons- nous donc enfin
de notre affoupiffement. La Foi nous aprend qu'au
moment que les Pécheurs s'adreflent à Dieu avec
un repentir fincere , il oublie leurs péchés. Mérisons
au plutôr par une amere pénitence , & par de
fer
J
1
DECEMBRE. 1749 2957
ferventes prieres qu'il jette fur nous des yeux de
mifericorde , & qu'il fe fouvienne en notre faveur
de fes promeffes confolantes.
A CES CAUSES , nous ordonnons que Samedi
prochain , trente- uniéme du préfent mois , & les
deux jours fuivans , le Saint Sacrement fera expofé
dans notre Eglife avant la grande Meffe ; après la
quelie on chantera le Trait Domine non fecundum ,
& l'Oraifon Ad coercendam aquarum inundantiam
& que le foir il fera fait un Salut , auquel après
J'Hymne Tantum ergo , on chantera le Pfeaume
Miferere , & les Oraifons ordinaires. DONNE' en
1'Abbaye Royale de Saint Germain des Prés , le
trentiéme jour de Décembre mil fept cent quarante
Signé, Fr. JEAN -BAPTISTE FLOYRAC, Grand Prieur
& Vicaire Géneral de S. A. S. Et plus bas. Par
Commandement du R. P. Grand Prieur , & Vicaire
Général de S. A. S. Signé , Fr. JEAN - FRANÇOIS
DE BREZILLAC.
5. Le 28 Novembre , le 3 & le 5 Décembre,
il y eut Concert chés la Reine. M. de Blamont
, Surintendant de la Mufique du Roy,
fit chanter fon Ballet Héroïque des Fêtes
Grecques Romaines , dont les principaux
Rôles furent très- bien exécutés par les Diles
Defchamps , Mathieu , Romainville & Huguenot
; cette derniere chanta à la fin du
dernier Concert , le Parnaffe Lyrique , Cantate
du même Auteur. Les autres Rôles furent
remplis par les Srs Romainville , d'Angerville
, le Begue , Benoît , Jelyot , Poirier
& Godoneche.
Le
2958 MERCURE DE FRANCE
Le 10 , le 12 & le 17 Décembre , on concerta
l'Opera de Phaeton. Les mêmes Acteurs
remplirent les principaux Rôles avec
les Sieurs du Bourg & d'Egremont.
Le 19 , la Reine entendit le Ballet des
Caracteres de l'Amour , lequel fut exécuté
par les mêmes Sujets.
Le premier Décembre , les Comédiens
François repréſenterent à la Cour la Tragédie
d'Inés de Caftro , & la petite Comédie
de l'Etourderie.
Le 6 , Le Menteur , & la petite Piece nouvelle
de Joconde.
Le 15 , Rodogune , & l'Esprit de Contradiction.
Le 20 , les Débors Trompeurs , & le
Dédit.
Le
22 ,
billard.
Phédre & Hippolite , & le Ba-
Le 29 , le Diftrait & les Vendanges de
Surenne.
Le
14 du même mois , les Comédiens
Italiens repréfenterent auffi à la Cour la
Comédie des Contretemps , & la petite Piéce
nouvelle de l'Epreuve.
RE:
DECEMBRE. 1740 2959
BENEFICES
DONNES.
E. Roi a nommé à l'Evêché de Tulles , en Limofin
, Suffragant de Bourges , vacant du 27
Septembre dernier par la mort de Charles du Plef
fis d'Argentré , François de Beaumont d'Autichamp,
Prêtre- Doyen de l'Eglife Cathédrale d'Angers , &
Abbé
Commandataire de l'Abbaye d'Oigny , O. S.
A. D. d'Autun , depuis le mois d'Avril 1731. Il eft
fils de Charles de Beaumont , Seigneur d'Autichamp,"
& de Roche fur Grave, & de Gabriel de la Baume
Pluvinel. Il a pour frere aîné Antoine- Louis de Beaumont,
Seigneur d'Autichamp, de Roche & S. Martin
, au Mandement de Montelimart & de S. Rambert
, près de Vienne en Dauphiné , Lieutenant de
Roy dans la Province d'Anjou , & Commandant
pour S. M. dans la Ville & Château d'Angers ,
lequel a un fils , fecond Cornette des Chevau
Legers d'Orleans , depuis le mois d'Avril 1738 ,
dont on a raporté le mariage dans le Mercure
d'Octobre 1737 , p . 2316 , où le nom de fa
mere eft défiguré. Elle fe nommoit Jeanne Olimpe
Binet de Montifroy. Loüis-Imbert de Beaumont ,
Chevalier d'Autichamp , Meftre de Camp de Cavalerie
, Exempt des Gardes du Corps du Roy , &
Brigadier de fes Armées de la Promotion du 15
Mars dernier , eft frere puîné du nouvel Evêque.
Jofeph de Beaumont, apellé le Comte d'Autichamp ,
Enfeigne des Gardes du Corps du Roy , & auffi
Brigadier de fes Armées , dont la mort eſt raportée
dans le Mercure de Janvier 1739 , p. 183 , étoit
leur frere. Cette Maifon de Beaumont eft d'une
très-ancienne Nobleffe. Elle tire fon origine & fon
nom du Lieu de Beaumont , près de la Mure en
Graifivaudan dans le Dauphiné. Allard en a donné
une Genealogie imprimée . Le Laboureur en a
II. Vol. aufla
1960 MERCURE DE FRANCE
auffi donné une dans fes Mazures de l'Ile - Barbo ,
tom. II. p . 239.
Et à l'Evêché de Quebec en Canada , vacant par
la mort de François- Louis de Pourroy de Quinçonas
de Lauberiviere , Dauphinois , qui y avoit été
nommé au mois de Mars 1739 , Henri Marie du
Breil de Ponibriand , Prêtre- Docteur en Théologie
de la Faculté de Paris , du 11 May 1736. Chanoine
& Vicaire Géneral de S. Malo . Il eft fils de Jo.
feph-Yves du Breil , Seigneur Comte de Pontbriand,
Gouverneur de l'Ile & Fort des Hebyens , Infpecteur
des Milices , Garde -Côte dans les Evêchés.
de S. Malo , Dol & S. Brieux , mort en 1710 , & de
Marie-Angélique- Silvie Marot de la Garaye , morte
en 1732. à l'Hopital de Joffelin en Bretagne , où
elle s'étoit retirée pour le donner entierement au
fervice des Pauvres. Elle étoit foeur du Comte de
la Garaye , qui dans la vue de fe rendre utile aux
Pauvres malades , s'eft apliqué à l'étude de la Médecine
, de la Pharmacie et de la Chirurgie, et qui
y a fait plufieurs découvertes. Il tient chés lui un
Hôpital , dont il prend foin avec la Dame fon
Epoufe . On a déja parlé de la Maifon du Breil dans
les précedens Mercures , entr'autres dans celui du
mois de Juillet 1729 , p . 1685 , à l'occafion du mariage
de la Comtefle de Chabot- Rohan , qui eft de
cette Maifon , et héritiere de la Branche de Raiz
et dans celui du mois de Mai 1738 , p . 1029 , οι
l'on a raporté le mariage de la Comteſſe de Bruc
propre niéce du nouvel Evêque de Quebec
Le feu Comte de Pontbriand laiſſa en mourant
neuf enfans, actuellement vivans, trois filles , et fix
garçons . Les trois filles font Religieufes à la Vifitation
de Rennes . Trois des garçons font dans l'Etat
Ecclefiaftique , et les trois autres au Service du
Roy. Ceux- ci font , Claude du Breil , Comte de
PontDECEMBRE.
1740. 2961
Pontbriand , aîné de fa Branche , Capitaine Géneral
Garde Côte aux Evêchés de S. Malo , Dol &
S. Brieux , & Gouverneur de l'Ile & Fort des Hebyhens
, ayant obtenu ces Charges à la mort de
fon pere. il époufa en 1722 , Françoife- Gabrielle
d'Epinay, fille de Barthelemy- Gabriel d'Eſpinay ,
Comte d'Efpinay en Bretagne , Colonel du Régiment
de Charolois , & Brigadier des Armées du 2
Roy, mort au mois de Septembre 116´´ et d'Anne !
Hautefort. Il n'en a eu que la Comteffe de Bruc.
du Breil , Sieur de Neuil , fon frere , eſt ›
actuellement Capitaine de Dragons dans le Régi- :
ment de Vibraye , et a fervi ci devant en Italie en
qualité d'Aide de Camp du Maréchal de Coigny.
Le troifiéme , qui eft le Chevalier de Pontbriand,
eft Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , et ancien
Capitaine dans les Milices de Bretagne , et a ſervi
dix ans dans le Régiment de Périgord : Il a un Bre
vet de Gentilhomme de la Chambre du Roy de
Pologne , Duc de Lorraine et de Bar.
Le premier des trois Eccléfiaftiques , eft Guillaume-
Marie du Breil de Pontbriand , Prêtre Docteur
en Théologie, Chanoine-Théologal , et Grand
Chantre de l'Eglife Cathédrale de Rennes , Abbé
Commandataire de l'Abbaye de N. D. de Lanvaux,
O. de Cit. Dioc. de Vannes , depuis 1735 .
Le fecond , Prêtre Licentié en Droit , eft connu
à Paris, C'est lui qui a fait dans cette Ville l'établiſ
fement charitable pour l'inſtruction des Savoyards
qu'on y voit aujourd'hui .
Le troifieme , et qui a donné occafion de parler
de cette nombreufe Famille , eft le nouvel Evêque
de Quebec.
Iij
MORTS
2962 MERCURE DE FRANCE
L
MORT S.
E 27. Novembre , mourut à Paris , Barthele
mi-Jean Nouveau , Confeiller - Sécretaire du
Roy , Maiſon , Couronne de France & de fes Finances
, depuis 1719, & Seigneur de Chennevières,
en France , qui étoit veuf de Jeanne Guerbois ,
morte le premier Avril 1727 .
?
Le 4. Decembre, D. Marie- Anne Guerin , veuve
depuis le 24. Septembre 1729. d'Etienne Piochard ,
Sieur de la Brulerie & de Beauchêne , ancien Capitaine
d'une Compagnie de Dragons , dans le Régiment
de Vassé, depuis Efpinay , & à prefent Vibraye
, mourut à Joigny en Bourgogne , âgée de
71. ans , laiffant 1. fils & 2. filles , qui font Elizabeth-
Marie-Alexandrine Piochard de la Brulerie
née le 8. Août 1697. reftée fille , & Angelique-
Julie Piochard de Beauchêne , née le 22. Août
1698 , & mariée en 1730. avec Louis - François
Chollet , Avocat en Parlement , & Lieutenant Ġeneral
de la Ville de Joigny , qui en a des enfans.
Leur frere eft Jean -Etienne Piochard , Sieur de la
Brulerie , né le 31. Mai 1696. Chevalier de l'Ordre
de S. Louis, depuis le mois de Juillet 1736. & Sous-
Brigadier depuis le mois de Juin 1737. de la premiere
Compagnie des Mousquetaires, dans laquelle
il fert depuis le 25. Juillet 1713. ayant été auparavant
Enfeigne - Colonel du Régiment de Piffond,
Infanterie. Il avoit été marié le 24. Decembre 1725.
avec Loüife-Jeanne de Bouteville , morte âgée de
33. ans , le 31. Juillet 1734. Elle étoit fille de deffunt
Jean-Edmond de Bouteville , Chevalier , Seigneux
DECEMBRE . 1740. 2963 `
f
gneur de Lumieres fur- Meufe , & de Villers-devant-
Mouzon , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , ancien Capitaine dans le Régiment de
Soiffonnois , Infanterie , & de D. Marguerite Habert
, aujourd'hui veuve en fecondes nôces d'Albert-
Eugene de Cuftine , Comte d'Auflans , Seigneur
de Buzy , en Loraine dont elle a eû le
Comte de Cuftine , ancien Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment Roïal Pologne ; & le Chevalier
de Cuftine , Capitaine de Cavalerie dans Roial
Piémont. De 5. Enfans , il n'eſt reſté à M. de la
Brulerie , que Louis- Nicolas Piochard , né le 8 .
Octobre 1726. La mere de M. de la Brulerie ,
dont on raporte la mort , étoit fille aînée d'Etienne
Guerin , Sieur de la Carthoderie , & des Verdiers ;
& de Marfe de la Prée , four de François de
la Prée , Seigneur de la Baronnie de Bontin , des
Ormes , de Somecaize , & c. Huiffier , Prevôt de
l'Ordre Militaire de S. Louis , & Maréchal Genéral
des Logis , des Camps & Armées du Roy ,
mort en 1723. laiffant des enfans de Henriette-
Nicole Lamblin , fa femme , morte en Février
1739. & foeur du Confeiller de la Grand' Chambre
du Parlement de Paris ; du nom de Lamblin. La
Famille des Piochard eft une des plus anciennes de
la Ville de Joigny.
Le 7. mourut à Paris , D. Marie- Magdeleine
Guillebault de Grancour , veuve depuis le premier
Avril 1735. de Louis le Maire , Ecuyer Sieur de
Launay, ancien Capitaine au Régiment de Condé,
Cavalerie & Chevalier de l'Ordre Militaire de S.
Loüis,
Le 14. D. Marguerite- Gabrielle le Noir , épouſe
d'André- Guillaume -Nicolas France , Confeiller-
Sécretaire du Roy , Maifon , Couronne de France
mourut à Paris , âgéc d'environ 30. ans.
I iij
2964 MERCURE DE FRANCE
4
Le 16. mourut à Paris , âgé de 83. ans 3. mois
Hubert- François Collin de Blamont , Chevalier de
P'Ordre Militaire de S. Louis , & Lieutenant Colonel
de Cavalerie , à la fuite du Régiment d'Heudicourt.
Il étoit Oncle de M. Collin de Blamont ,
Sur-Intendant de la Mufique du Roy.
Le même jour Anne de Montmorency- Luxembourg,
apellé le Comte de Montmorency , & auparavant
le Comte de Ligny , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , de la promotion du 15. Mars , en
laquelle qualité il fervoit dans les Troupes Frangoifes
, dans l'Ifle de Corfe , mourut à Toulon en
repaffant en France , âgé de 32. ans , 11. mois &
14. jours , étant né le 2 Janvier 1707. Il n'a point
été marié. Il avoit été fait Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , à l'âge de 14. ans , par Commiffion du
premier Janvier 1721. & il fut fait Brigadier le premier
Août 1734. Il étoit deuxiéme fils de feu Charles-
François-Frederic de Montmorency Luxem
bourg , Duc de Piney Luxembourg , & de Beaufort
Montmorency , Pair de France , Prince de
Tingry , Chevalier des Ordres du Roy, Lieutenant
Géneral de fes Armées , Gouverneur de Normandie
, &c. mort le 4. Août 1726. & de Marie Gil-
Jonne Gillier de Clerambault , ſa feconde femme ,
mote le 15. Septembre 1709.
Le 17. D. Marguerite de Chancel de la Grange ,
veuve de Jean- Baptifte Stoppa , Capitaine au Régiment
des Gardes Suiffes du Roy , avec lequel elle
avoit été mariée le 21. Février 1702. mourut à Paris
, laiffant une fille mariée avec le Comte d'Erlach.
La défunte étoit fille de Leonard de Chance!,
Ecuyer , Seigneur de la Grange , & de D. Anne de
Bertin .
Le 24. D. Marie Becdeliévre , époufe du Marquis
de la Riviére , aîné de la maiſon de ce nom ,
DECEMBRE.• 1740 2965
P
-en Bretagne , mourut à Paris , dans la 35. année
-de fon âge, étant née le 6. Août 1706. Gui Marie-
Hilarion Becdeliévre , fon frere, Chevalier de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem , & Lieutenant au Régiment
des Gardes Françoifes , où il fervoit depuis
1718. mourut un jour ou deux avant elle . Il
étoit dans la 28 année de fon âge, étant né au mois
d'août 1713. Ils étoient l'un & l'autre enfans de
Guillaume- Jean Baptiſte - François Becdeliévre ,
Seigneur de la Bufnelais . & de Tréambert , Premier
Préfdent de la Chambre des Comptes de
Nantes , mort le 7 Novembre 1733г. âgé de 46.
ans , & de Françoife Renée le Nobletz.
Le 26. Jean Soanen , natif de Riom , en Auvergne
, Evêque & Seigneur de Senez en Provence ,
mourut dans l'Abbaye de la Chaife -Dieu , Diocèfe
de Clermont en Auvergne , dans la 95. année de
fon âge. Il étoit de la Congrégation de l'Oratoire ,
célebre Prédicateur , & ayant un Brévet de Prédicateur
ordinaire du Roy , lorfqu'il fut nommé le 8 .
Septembre 1695. à l'Evêché de Senez , qu fut préconifé
& propolé pour lui à Rome les 20. Fevrier
& 21. Mai 1696. Il fut facré le premier
Juillet dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire
de la rue S. Honoré , par l'Archevêque de
Paris , affifté de . Evêques de Vence & de Glandeve
, & il prêta Serment de fidelité entre les mains
du Roy le 18. du même mois. Il affifta en 1705.
à l'Affemblée Génerale du Clergé , en qualité de
Deputé de la Province d'Embrum , & il y prêcha
le 2. Juin , à l'ouverture de l'Affemblée.
Le 30. mourut à Paris D ..... Bauyn , Epouſe
& troifiéme femme d'Ifidore- Marie Lotin de Charny
, Seigneur de Charny , Châtelain de Chauny ,
avec lequel elle avoit été mariée le 12. Novembre
1725. Elle étoit foeur de feu Nicolas - Profper
Bauyo , I iiij
2966 MERCURE DE FRANCE
Bauyn , Seigneur d'Angervilliers , Miniftre & Sé
cretaire d'Etat , ayant le Département de la Guer➡
re , mort le 15. Fevrier dernier.
****************
ARRESTS NOTABLES.
RREST du 27. Septembre , qui ordonne
que les Officiers pourvûs des Offices y dénommés
, feront reçûs au payement du Prêt & Annuel
fur le pied de la moitié des évaluations d'iceux,
pendant les neuf années de la Déclaration du 19 .
Juin 1740 , nonobftant que par le troifiéme Article
d'icelle il foit ordonné qu'ils feront admis au paye
ment desdits droits fur le pied des évaluations en en-
* tier.
-
DECLARATION DU ROY , du 9. Octobre ,
qui ordonne que ceux qui ont acquis depuis le premier
Janvier 1736. les Rentes fur les Poftes , en
jouiront , à commencer du premier jour des trois
mois du quartier courant au tems de la date des
quittances .
ORDONNANCE DU ROY , du 10, pour regler
les rangs des Officiers du Régiment Royal- Corfe
d'In fanterie , dont voici la teneur,
Sa Majefté ayant , par fon Ordonnance du 10.
Août 1739. réfolu de mettre fur pied un Régiment
d'Infanterie Italienne Corfe , fous le titre de Royal-
Corfe , & jugeant néceffaire pour le bien de fon
fervice , de prévenir les conteftations qui pourroient
furvenir entre les Capitaines qu'elle a choifis pour
commander les Compagnies qui compofent ce Régiment,
Elle a trouvé à propos de regler les rangs
fuivant
DECEMBR E. 1740 2967
1
fuivant lefquels ils doivent y marcher , ainfi qu'il
fuit :fçavoir , le fieur Comte de Vence, auquel elle
a donné la Charge de Colonel- Lieutenant du Régiment
, le fieur de Comeyras , Lieutenant - Colonel
, le fieur Binet , Sergent Major , & les
fieurs Visconti Tavera , Colonna , Buttafoco , Petriconi
, Lafond , Capitaine- Ayde- Major , Carbuccia
, Grimaldi , Baldaſari , Coſta , Sanfonetti & Matras
, Capitaines dans ledit Régiment. Mande &
ordonne Sa Majefté aux Gouverneurs & fes Lieutenans
Géneraux en fes Provinces , Intendans efdites
Provinces , Gouverneurs ou Commandans dans fes
Villes & Places , aux Commiffaires des Guerres, &
à tous autres fes Officiers qu'il apartiendra , de tenir
la main à l'execution de la préfente , &c.
AUTRE du 18. qui fixe les limites de la Navigation
au petit Cabotage , & regle les formalités à
obferver pour la réception des Maîtres ou Patrons
des Bâtimens qui font employés à cette Navigation.
DECLARATION DU ROY, du 26. qui exemp
te de tous Droits les Bleds , Grains & Légumes qui
entreront dans le Royaume ; & ordonne la fixation
des Cens , Rentes & Redevanees qui fe payent en
Grains. Regiſtrée en Parlement le 27. dudit .
ARREST du 8. Novembre , qui proroge pour un
an , à compter du premier Janvier 1741. au premier
Janvier 1742. l'exemption de Droits fur les
Beftiaux , ordonnée par Arrêt du 16. Février 1740-
SENTENCE de M. le Lieutenant Civil , du 9.
qui ordonne que , conformément à la Déclaration
du Roy du 26. Octobre 1740 , il fera fait un Tarif
de l'évaluation en argent des Droits qui Le perçoi-
I v vent
2968 MER CURE DE FRANCE
vent en efpeces fur les Grains , les Farines & fes
Légumes dans les Marchés dans Villes , Bourgs &
Villages de la Prévôté & Vicomté de Paris , ou étant
dans l'étendue de la Jurifdiction du Châtelet , ou
de ceux dans lefquels le Châtelet a la connoiffan
ce des cas Royaux.
ARREST du 22. qui exempte jufqu'au dernier
Mars 1741. les Vins du Rouffillon & du Languedoc
, qui feront amenés au Havre , Honfleur , ou à
Rouen , pour la deftination de Paris , de la moitié
des Droits du Tarif de 1664. des Droits de double
fubvention , & de ceux des grandes Entrées .
AUTRE de la Cour du Parlement , du 30. Decembre
, qui enjoint à tous Mandians de fe retirer
dans les Paroiffes dont ils font natifs , ou dans celles
de leur domicile , fix femaines , au plus tard
après la publication de l'Arrêt qui leur fait défenfes
,fous peine afflictive , de demander l'aumône ,
& pourvoit en même tems aux moyens de les fai-
Te fubfifter , ainfi qu'il eft dit plus au long par le
même Arrêt , & c.
T
APPRO
?
Ji
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le fecond Volume du Mercure de France du
mois de Decembre , & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
l'impression . A Paris , le dixiéme Janvier
1741.
HARDION.
TABLE
Plats inferesdans le premier Volume de Juin
IECES FUGITIVES. Imitation des Vers
dernier , fur les pluyes du mois de Mai , 1 2769
Suite des Obfervations Critiques de M Cocquard',
fur la Vie & les Ouvrages de Timanche „ 11771
Epitre à M. le Marquis ** , d'Avignon , 2791
Lettre de M. N à M. l'Abbé Lebeuf , &c . 127-94
Madrigal fur le dérangement des Saifons ,
IX. Lettre fur la Typographie
2801
Sibid.
Ode à Mad . la Comteffe de Saint E *** pour le
commencement de l'année
> par M. Yg
***
2809
Teftament du dernier Empereur de la Chine Jungfching
,
Cantique d'Haïe ,
Queftion importante , jugée au Parlement ,
Rondeau à M. Deftouches ,
28.14
2822
2824
2838
Inftruction de M. Lebeuf , au fujet de la fituation
d'Epaone ,
2840
L'Amour & Pfiché , Fable ,
2850
I vi
Extrait
Extrait d'une Lettre fur une Céremonie finguliere ;
Enigme , Logogryphe , & c .
2851
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c.
2852
2854
La Mythologie & les Fables expliquées par l'Histoire
, ibid.
ibid.
2855
Effais fur l'Hiftoire des Belles - Lettres ,
Hiftoire des Empires & de la République , &c. ibid.
Livres nouveaux, imprimés en Italie,
Hiftoire de la Religion de Malthe en Italien , ibid.
Suplém n: de laMéthode pour étudier l'Hiftoire ibid.
Defcription de la Haute Normandie , 2858
Eclairciffemens de M. Maillart , fur le même fujer,
2861
L'Art de la Guerre , ou Maximes fur l'Art Militaire
,
2866
ibid.
Differtation pour fçavoir depuis quel tems le nom
de France eft en ufage
Nouveaux Amuſemens du Coeur & de l'Efprit ,
2872
2882
Differens Livres des Pays Etrangers
Géométrie pratique à l'ufage des Officiers , 2883
Lettres de Critique , d'Hiftoire & de Littérature ,
2884
Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des Hommes Illuftres
Queftion de Médecine ,
2886
2893
Inftrument pour prendre en Mer les hauteurs & les
diſtances des Aftres , 2904
'Affemblée de l'Académie de Lyon , & Lifte des
Académiciens de la même Académie ,
Eftampes nouvelles ,
Mufique Françoife & Italienne , &c.
2906
2916
2917
Vente de la Bibliothéque du Maréchal d'Eftrée, 1911
Le Spectacle de la Nature , & Curiofités &c . ibid.
Gands d'une nouvelle fabrique , 2944
Bunon
Bunon , Guétifon des Dents & des Gencives , ibid.
Spectacles. Théatre François & Italien ,
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Ruffie , Mittau ,
&c.
Mort des Pays Etrangers ,
2930
2931
2947
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 2949
Inondation , Découverte de la Châffe de Ste Géneviéve
, Mandemens , & c.
Bénefices donnés ,
Morts,
Arrêts Notables ,
2950
2959
2962
2966
Errata du premier volume de Décembre:
PAge 2732. ligne antépénultiéme , paſible , lia , paifible.
P. 2759. 1. 4. M. l. de M.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2770. ligne 6. Mais , lise , Mai.
Ibid. 1. 11, Zéphire , l. Zéphir.
4
P. 1791. I. 13. Amateurs , l. Amateur.
P. 1836. 1. derniere , la difficulte , 1. la difficulta
P. 2837. 1. 7. Coufultis , 1. Confultis.
P. 2893. 1. 8. de , ôtez ce mot.
P. 2896. I. 19. des , l. de.
P. 2905. 1. 28. aife l . aifés.
P. 2906. 1. derniere , le , l. les.
P. 2907. I. 21 .
gne ,
1. une.
P. 2910. 1. 22. celle , 1. celles.
LYON
TABLE
TABLE GENERALE
De
l'Année 1740 .
A
Bulfeda ,
Abeilles ,
A.
1331
1614
Académie des Sciences , 964. 1415. 2068. 2705
Des Belles-Lettres , 322. 963.2504 . 2671 2705
D'Angers ,
De Soiffons ,
Des Jeux Floraux
554
109. 1416
"
1050. 2048
De Marfeille > 1195 , 2508. 2824
De Lyon , IS, 3. 1967 , 2906
De la Rochelle
De Montpellier
De Caen J
Y
De Pau ,
De Bordeaux ,
D'Arras ,.
De Villefranche ,
De Peinture ,
De Chirurgie ,
De Madrid ,
De Lisbonne ,
De Petersbourg ,
De leur utilité ,
Acta eruditorum ,
4. 1284
1416
394
1416
2007
551
2052
2068
303. 1758
1816
324.743. 2746
Adultere innocente ( 1 ) Comédie ,
Amadis , Parodie ,
Amans magnifiques ( les ) Comédie ,
.... 147
1285
1619
126
2929
835
Amant
DES MATIERES!
Amant Auteur & Valet ( l' ) Comédie 330.769
Amboife ( Georges d' )
705
Amour fecret ( 1 ) Comédie 2291
>
Amputation à Lambeau , 1775
Amuſemens du Coeur & de l'Efprit ( les nouveaux )
925. 1159. 1794. 2016. 2241. 2872
Anatomie colorée , 969
Andeol ( S. ) 436
Anneaux magiques ( les deux ) Comédie , 993
Antiquitatum nova Suplementa , 2491
Antiquités ,
De la Maifon de France ,
Anus fans ouverture ,
411. 116. 1621. 1814. 2497 ,
Arlequin amoureux par complaifance ( Comé-
1370. 1982
1768
die }
126
Barbier paralitique , Comédie . 126
Crû Prince , Comédie 2725
Dans le Château enchanté , Comédie 573
Dévalifeur de Maifons , Comédie , 995
-Militaire , Comédie , 2090
Prodigue , Comédie , 573
Voleur , Prévôt & Juge , Comédie , 2726
Armorial de France 321.952
Arrêts célebres ,
བ་
Arts ( connoiffance des beaux )
Avis falutaires d'un Philofophe Chrétien ,
Aurore Boreale ,
34.555.883. 1709. 2191
47
944
2593
Auteurs ( Guerre dés )
B.
B
Ajazet I. Tragédie ,
2562
1184. 224 224,1
Bafile & Quitterie , Comédie,
Bauflan ( Eloge de M. de )
Beauchateau ,
Beaupré ( de )
Begon ,
Bejar >
569
398
846
844
2145
843
BelleTABLE
Belle-mere fupofée ( la ) Comédie ,
Bellerofe
Bianchini Francifco
Bibliotheque Germanique , 305. 2009. Françoiſe ,
501. Nouvelle ,
Boileau ,
Bonnart >
Bouquet ,
7427
847
2502
1591. 1806. 2691
2702
1766
1403. 2295. 2389
Bouts - Rimés, 161. 174 , 253. 370 , 380. 639. 659.
882.903. 919. 1123. 1129. 1324. 1330. 1513
Brie ( de )
Briquetage de Marfal ,
Bruma ,
847
1164
2584
Bureau Typographique , 16. 213. 466. 625. 1116.
1485. 1697. 2473 , 2801
C.
Adrans Solaires , 1363
Calendrier réformé ,
2588
Cantique d'Ifaye ,
Cantates , 617.623.850. 1473. 1735. 2199. 2368
Caprices de l'imagination ( les )
Cartes Géographiques , 114. 744. 1621. Du Syſtême
Solaire ,
Caffiodore "
Céremonie finguliere ,
2822
2350
970
2496
2851
Céfar , quand il paffa en Afrique , 2583
Chaalis , 1502
Châteauneuf ( de )
845
Chirurgie ;
287
Clairambault ( Pierre ) 108
Cocu imaginaire ( le ) Comédie ; 838
College Royal 2708
Complimens
Comédienne ( la ) Comédie,
Communion faite avec la main gauche ,
2090
761.763 . 768. 788
2154
Conte
DES MATIERES:
Conte ,
Convulfions de femmes enceintes ,
Coûtumes d'Artois ,
2167
1777
1412
Critique de l'Ecole des Femmes , Comédie , 1130
Croix ( Hiftoire de la )
Cuper ( Lettres de )
2171
2884
D.
Ardanus , Parodie ,
D Daneche- Mend Kan ,
126
1752
335. 557
837
1477. 1690. 1924. 2119
Dehors trompeurs ( les ) Comédie ,
Dépit amoureux ( le ) Comédie ,
Deftouches ,
Difcours , 254. 444 1050. Sur la fimplicité des
moeurs & des caracteres ,
Dorimont ,
Double dénoûment ( le ) Comédie ,`
1287
848
330
Double Mariage d'Arlequin ( le ) Comédie , 1427
Duclos ,
845
E.
EEcole
Chiquier de Normandie , 2861
Ecole des Femmes ( l' ) Comédie , 1130
Ecole des Maris ( l' ) Comédie ,
Ecole des Petits- Maîtres ( l' ) Comédie ,
839
2078
Ecole du Monde ( l' ) Comédie
Edouard III . Tragédie ,
Education , 634. Des Filles ,
Eglogues ,
Elegies , 111. 482. 1259. 1352. 1548. 2878. Traduites
de Tibulle ,
Elemens de Géométrie ,
Eloquence ,
Eloquenza Italiana ,
118
125.748
1151
681. 2641
2605
947
+9
2494
Enigmes , 82. 282. 514. 699. 920. 1147: 1386.
1585. 1784. 2002, 2232. 2483 , 2687.2852
Epaone
TABLE
Épione , 1846
Ephrem , Opera .
2489
Epigramme , 2229
Epithalames , 2107. 2609
Epitres en Vers , 31. 45. 203. 20§ . 246. 264. 439 •
888. 1343. 1519. 1564. 1719. 1755. 1778 .
1962 2147 2208. 2246. 2313. 2343. 2791 .
Imitée d'Horace ,
Epreuve ( P ) Comédie ,
1493
2525 2926
Estampes , 111. 327. SS3 . 743.971 . 1622. 1816.
2068 2173.25 13. 2709. 2916
Etourdi ( 1 ) Comédie ,
Etrennes ,
Eventails ,
f.
836
I
1263
F
Ables 26. 168. 235. 473. 606. 694. 864.
1749 2028.2189 2244. 2409. 2480 2850
Fâ heux es ) Comédie ,
Félibien ,
Feftin de Pierre ( le ) Comédie ,
Flambards ,
Fleurs- de - Lys ,
Floridor ,
Foire S. Germain
840
2141
1132
266 660
1083
1133
489.853
Force du fang & de l'Amour ( la ) Comédie , 1426
Foffiles ( Traité des }
France ,
François de Ste Therefe ( le P. }
737
2866
109
G.
G
Alilée ( Empire de )
476
838
940
Garcie de Navare ( Don ) Comédie ,
Genealogia Diplomatica Aug. Gentis Habsburgica ,
Goût ,
Goutte ,
2390
DES MATIERES.
Goutte ,
Grognet ( Pierre )
Guillemeau ;
Guyot ,
Alicot ,
H
Harangues ,
Hauteroche ,>
535
2411
1762
847
H.
1766
1433. 1453
1139
2075
1773
2298.2519
He menigilde , Tragédie ,
Hernie de l'eftomach ,
Heureux Echange ( l' ) Comédie ,
Hiftoire du Nivernois , 236. 670. De Paris , 271 .
De Bourgogne , 516. Ecclefiaftique de Montpellier
, 1168. Des Sciences , 1970. De la Philofophie
.
Homme à bonne fortune ( l' ) Comédie ,
Hongrie ( Révolutions d' )
Horlogerie ,
2009
1637
685
741. 1810
Hydropife ,
I.
Acob ( Louife ,
Jaloufe imprévue ( la ) Comédie
Jefus Chrift , Epoque de fa Naiffance
Jettons ,
Imprimerie ,
Impromptu de Versailles ( 1 ) Comédie
848
1638
1944
113. 1076
2141
1131
Inftrument pour prendre les hauteurs & diftances
des. Aftres ,
*
Joconde , Comédie ,
Ifaac , Tragédie ,
Ivara ( Abbate Philippo )
Inles découvertes au Nord ,
Jumeaux ( les ) Comédie ,
2904
2523. 2719
1209
347
936
2725
L
TABLE
L.
2513
L'Langue Grecque ,fi elle étoit celle des ¿113
lois ,
Lavaux ,
Le Breton ,
Le Comte ,
640. 1737
2394
1766
1142-
968
Leçons gratuites de Mathématiques ,
Logogryphes , 83. 283. 515. 700. 921. 1148 .
1387. 1586. 1785. 2002. 2232. 2484. 2688 .
Lofme de Monchefnai ( Jacques de )
2853
1938
Luynes , 1598
M.
M
Madrigaux ,
Mandemens >
Achine pour battre la mefure , 2038
117. 1463. 1683. 2046. 280 I
550. 1896. 295 3
Manufcri: de Poëfies pieufes , 2202
*Mariage forcé ( le ) Comédie , 1131
Mariages mal affortis ( les ) Comédie , 1832
Marié fans le fçavoir ( le ) Comédie ,
Marque ( Jacques de )
Médailles , 1299. 2137. Science des Médailles ,
Mémoire , moyen d'en acquérir ,
289.904
2031
Mémoires de Condé , 294. Du Gai-Troüin , 1410
986
1759
Méthode pour étudier l'Hiftoire ,
Mithras ,
Moliere ,
Montagne ( Michel de )
Montfleuri ,
Montmorenci ,
Monumens ( Explication de divers )
Mafai Theupoli numifmata ,
2855
413
840. 1130
2247
849
790. 1821
538
935
N.
DES MATIERES.
Anteüil ,
N.
846
N Naufrage d'Arlequin ( le ) Comédie , 1425
Nevers ,
Niceron ( le P. Jean Pierre )
Nivedunum
Noces de Vénus ( les ) Ballet ,
Normandie ,
Nouvelles Littéraires de Caen ,
O
O.
866
91
242.673
1819
2858
2023
Des . La Chicane , 54. L'Amitié , 191. A Iris ;
268. Le Triomphe de la Vertu , 403. A Julie,
512. A l'Evêque de Limoges , 831. L'Amour de
la Patrie , 104. L'Anatomie , 1111. Sur une
Tempête , 1290 La Brieveté de la vie , 1358 .
Le Tabac , 1687. L'Orgueil , 1704. La Gloire ,
1742. Sur un Retour , 1979. A l'Académie Françoife
, 2211. De Deftouches à fa Patrie , 2223 .
A M. de S. G. 2394. La Grandeur de Dieu , 2442.
Les Tableaux indécens , 2468. Priere à l'Amour,
2553. La Pareffe , 2579, A la C. de S. E.
2609. Imitée d'Horace ,
Cillets ( des )
Oifeaux de Paffage ,
2662
1138
2663
Ombres parlantes ( les ) Comédie , ·996 ·
Opera ( Lettre fur l' ) 1429
Opération Céfarienne , 1774
Opus mufivum , 1139. Plumarium , 2140
Oracle ( l' ) Comédie , 588.765. 1195
Oraifon Funebre , 1404
Qratio in adventų Etruria Ducis , 1615
Orazione in morte de Eugenio ,
2492
Orgemont ( d' ) 846
Origenis Opera ,
Offervazioni Letterarie
Qzillon .
2238
$27.7489
842
TABLE
P.
Anégyrique de S. Vincent de Paul ,
515 .
845.
Parallele du coeur , de l'efprit & du bons fens , 932 .
Parc ( du )
Des Romains & des François ,
Paroiffes voisines de Paris
Perfiflés , Tragédie ,
Pêche du Bofphore ,
Petit de Beauchamp ,
Philipe de Macédoine ,
Philofophiques de Ciceron ,
2210
19 249.915 .
2082
591
845
Pirame & Thisbé , Opera ,
1392
1617
125
Pierre (Remede pour la) 224. 695.892 . 1124. 1395
Plaidoyers des Jéfuites ,
Plan de Paris ,
Plantarum genera ( nova )
.
2615
1177
529
Plantes des Environs de Paris , 1414. Leur connois-
3
sance néceflaire au Médecin , 2893
Poemes. L'Amour Médecin , 75. Le Libertin converti
, 665. Defcartes , 1143
Poëfies fur les Archevêques de Sens , 1781
Ponthieu ( Conte de ) 2370
Portrait du Peintre ( e ) Comédie , 1131
Précieufes ridicules ( les ) Comédie
Princeffe d'Elide ( la ) Comédie ,
838
834
Ueftions
Q.
980. 1325
R.
R
Egles pour
former un Avocat ,
Roy de Cocagne , ( le ) Comédie ;
Romainville ,
Rondeau
Rozeli ,
1172
569
1142
2838
845
S.
DES MATIERES.
S.
Ans-Terre , d'où vient cette qualification , 2606
Satires imitees d'Horace • SA
Servandoni ,
Sirenes ,
1723. 1913
573
2350
Solde Militaire des Romains , 307
Sonnets , 81. 325. 1091. 1943
Stances
1236
Superftitieux ( le ) Comédie , 572
T.
Ableaux ,
Talens inutiles ( les ) Comédie ,
2270
1210
Teftament de Jungsching , 2814
Thevenin ,
1765
Timanthe , 1092. 2444. 2771
Tombeaux > 2794
Tragédie Grecque & Françoiſe , 4
Tremblemens de Terre , $87.950
Triffino ( Giovan Girgio ) 2493
· Trois Freres ( les ) Comédie , 2078
V...
V
844
2645
196 2420
Aliote ,
Vaudevilles
;
Vérole ( la petite )
Vers. La Vanité des chofes de la vie , 13. Sur la
Mort du D. de Bourbon , 184. 280. La Mufe
Suifle 20.Sur une Prédiction , 223 . A M.Daquin ,
379. Difcours de Satan , 462. L'Amour caractérifé
, 480. Requête , 486. Allégorie , 497. Le
grand Hyver , 96. A Mlle Huguenot , 601. Sur
un Déjeûner , 632. A M. Tonnelier , 698. Au
Cardinal de Fleury , 786. A M. Greffet , 875.
L'Amour & le Poëte , 912. A Mlle le Maure
993. 1209. 2724. A M. le F. 997. La France ...
heurefe
TABLE DES MATIERES:
heureufe , 1019. Les Ecoliers d'Orleans , 1069.
Querela in menfem Maïum pluviofum , 6180. A
Mile Gauffin , 1200. 2089. 2523. A Mlle Dumefail
, 1202. A M. Servandoni, 1210. Mævius,
1296. A l'Evêque de Sifteron , 1452. Les Jardins
de Sceaux , 1460. L'Amour défarmé, 1834. Prologue
de Comédie, 1835. Adreffe à M.... 1840.
Contre le Vin , 2129. Imitation de Juvenal ,
2217. Priere d'Habacuc , 25 55. Séjour Champêtre
: 2669. A M. Chardin , 2710. Sur la Pluye
du mois de Mai , 2769
Vieilleffe extraordinaire, 160. 175. 179. 361. 390.
396. 397. 196. 607. 608. 612. 820. 823.826 .
1032. 1251. 1356. 1661. 1670. 2118. 232 7,
2323-2549.2752.2851
Vies des Hommes Illuftres de France , 704. 1597
Villacoubley ,
Villiers ,
Vincennes ,
Z Ulime , Tragedie ,
THEQUE
LYON
*
1893
DE
LA
ALLE
Z.
621
1141
2401
1202. 1203. 1418
Qualité de la reconnaissance optique de caractères