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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
SEPTEMBRE . 1740 .
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
Tapillan
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
L
AVIS.
>
ADRESSE generale teftaà
Monfieur MOREAU Commis au
Mercure vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets ca ™
chetés aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte ,
d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
mais
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'aurons
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX, SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DĚDIE AU
ROT.
SEPTEMBRE. 1740 .
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose .
IMITATION de la premiere Satyre du
I. Livre d'Horace : Quifit Mecanas , &c.
D
' Où vient qu'aucun Mortel , quelque
sort qu'il éprouve ,
N'eft content de l'état dans lequel il
fe trouve
Soit qu'il l'ait par raifon librement embrassé ,
Soit que par le hazard il s'y soit vû placé
Cher Mécene , d'où vient que chacun porte envie
A celui qu'il voit fuivre un autre plan de vie ?
A ij
Que
1
1914 MERCURE DE FRANCE
Que vos Deftins sont doux , ô fortunés Marchands
!
Dit le Soldat courbé sous le fardeau des ans.
Mais écoutez ceux - là , quand l'Autan les exerce ;
»La Guerre , difent - ils , vaut mieux que le Com-
» merce ;
» Car à la Guerre enfin de quoi s'agit- il tant ?
» De combattre ; Eh bien , soit . Il ne faut qu'un
» inftant
» Pour donner au Guerrier , qu'aiguillonne la
» gloire ,
Soit une prompte mort , soit une ample vic
>> toire .
Le fameux Avocat ne ceffe d'éxalter
Le sort des Laboureurs ; quand, pour le consulter,
Un Plaideur Campagnard qu'un soin cruel trans
porte ,
Au premier chant du Coq , vient fraper à sa porte,
Du Procès qu'on lui fait celui - ci confterné ,
Et malgré lui des Champs à la Ville entraîné ,
Soûtient à haute voix, que d'un bonheur tranquile
On ne sçauroit joiiir qu'en vivant dans la Ville.
L'énumeration des Exemples divers
Qu'en ce genre plaintif nous fournit l'Univers
Surpaffant à coup sûr la plus longue Harangue ,
Du Causeur Fabius pourroit laffer la langue .
Pour ne point trop long-tems en suspens vous
tenir ,
1
Ecoutez , cher Mécene , où je veux en venir,
$i.
SEPTEMBRE. 1740. 1915
Si , descendu des Cieux , Jupiter debonnaire
Disoit : » Cà , Mécontens , je vais vous fatisfaire,
» Toi , Söldat ennuïé de courir aux Combats ,
» Tu seras Trafiquant. Toi , Jurifte , fi las
» D'écouter les Plaideurs & de voir leur grimace ,
» Tu feras Campagnard. . . . Vîte , changez de
place ...
55
» Vous demeurez ! Sans doute. Ils ne bougeront
point.
Leur bonheur toutefois dépend d'eux en tout point.
Parlons de bonne foi . Ne seroit-il pas jufte
Qu'alors de l'Univers le Souverain augufte ,
Leur montrant un visage enflâmé de courroux ,
Et se blâmant tout haut d'avoir été trop doux ,
Leur dît qu'il n'auroit plus les oreilles fi prêtes
D'écouter desormais leurs frivoles Requêtes ?
Au refte , loin de moi le comique Projet
De traiter en ces Vers un fi grave Sujet ,
Comme fi je faisois quelque Conte pour rire ,
Quoique , lorsqu'il s'agit de parler ou d'écrire ,
Rien n'empêche , après tout , qu'avec utilité
On ne puiffe en riant dire la verité.
C'eft fouvent même ainfi qu'on peut la mettre en
vogue ,
A l'imitation d'un sage Pedagogue
Qui chargé d'enseigner les premiers Elémens ,
De Gâteaux & de noix fait largesse aux Enfans ,
Afia de leur donner le courage d'aprendre
1
A iij
Cc
1916 MERCURE DE FRANCE
Ce qu'on aime assés peu dans un âge fi tendre.
Abftenons-nous pourtant de rire,& pour le mieux,
Raisonnons aujourd'hui sur le ton sérieux.
Celui qui tente tout pour accroître sa Terre ;
Celui qui va braver les périls de la Guerre ;
L'Aubergifte fertile en mensonges pervers ;
L'audacieux Nocher qui traverse les Mers ;
Tous ces Mortels actifs font sonner , cher Mécene,
Qu'ils subissent ainſi le travail & la peine ,
Pour acquerir le droit & la facilité
De passer leurs vieux jours dans la tranquillité ,
Après qu'ils auront fait un amas assés ample.
La (4) Fourmi , disent- ils , nous offre un bel
exemple.
» Très- petite , il eft vrai ; capable néanmoins
Et des plus grands travaux & des plus graves soins ,
Sans relâche on la voit , tandis que l'Eté dure ,
»Groffir son magazin des grains qu'elle y voiture;
Et quand le sombre Hyver, attriftant nos Climats
Prodigue les glaçons , la neige , les frimats , 3
Alors , ne quittant plus son obscure retraite.
Elle jouit enfin , sans que rien l'inquiete ,
» Des vivres , dont, habile à prévoir l'avenir ,
(a ) Quiconque souhaite une plus heureuse Traduction
de cet endroit d'Horace , n'a qu'à lire les Satyres de
M. Despreaux. Cet avis aura lieu pour l'endroit qu'ora.
trouvera ci-après noté (b) .
Dand
SEPTEMBRE. 1740: 1917
ר ע
»Dans la belle Saison elle a sçû se munir.
C'eft bien dit. Mais quoi done ! insensés que vous
êtes ,
Vous que ni fer , ni feu , ni rochers, ni tempêtes3
Ni glaces , ni chaleurs ne sçauroient éloigner
Des Lieux où vous conduit le defir de gagner ;
Vous que rien ne rebute enfin , pourvû qu'un autre
N'ait pas son Coffre -fort mieux garni que le vôtre ;
Avares , quel plaifir trouvez - vous à cacher
Ce grand nombre d'Ecus où vous n'osez toucher ?
>> Y toucher ! Oh ! s'il faut admettre cette clause,
» Le tout se réduira bien tôt à peu de chose.
Si vous n'y touchez pas, eh ! qu'a donc de fi beau
De vos Ecus oisifs le ftérile monceau ? •
Aveugles , fiffiez- vous dans vos Granges superbes
Entasser tous les ans près de cent mille Gerbes ,
Vos ventres, après tout, quel qu'en soit le contien
Ne fçauroient contenir beaucoup plus que le mien
Tel parmi ses égaux , l'Esclave dont l'échine
Porte au loin le fardeau du pain qu'on leur deſtine}
Quand ce vient au moment du repas souhaité ,
Ne reçoit rien de plus que qui n'a rien porté.
Eh! qu'importe aux Mortels, de qui dans sa durée
Par des termes si courts la Vie eft mesurée ,
D'avoir à labourer mille Arpens ou bien cent ?
» Ah, Dieu ! fi vous sçaviez quel plaifir on reffent",
Lorsque d'un grand monceau l'on tire sa dépense
!..... A iiij Bon !
1918 MERCURE DE FRANCE
Bon! qu'ai je à faire, moi, d'un magasin immense,'
Si pour raflafier mon plus vif apetit ,
Je tire quand je veux ce qu'il faut d'un petit ?
Quoi ! fi n'ayant besoin que d'un peu d'eau pour
boire ,
Vous cedez au penchant dont vous vous faites gloire ,
Jusqu'au point d'aimer mieux puiser cette même
eau
Dans un Fleuve bruyant que dans un doux Ruisseau
,
Ne méritez- vous pas que les Ondes rapides ,
Pour châtier l'excès de vos defirs avides ,
Vous entraînent soudain , entraînant à la fois
De la Rive un morceau rompu sous votre poids ?
Or ceux que la Raison dans leurs souhaits dirige ,
Se contentant du peu que la Nature exige ,
Plus sages , plus heureux que vous ne les croyez ,
Ne puisent point d'eau trouble & ne sont point
noyez .
Mais la plupart du Monde , en s'abusant soi- même ;
Excuse par ces mots son avarice extrême :
» On ne peut trop avoir ; car, quoi ! vous le sçavez ;
» On ne fait cas de vous qu'autant que vous avez
Comment traiter un Fou qui parle de la sorte ?
Il faut l'abandonner au mal qui le transporte.
C'eft pour guérir son coeur prendre trop de souci .
Qu'il soit donc malheureux , puisqu'il le veut ains ;
Et qu'il dise , au mépris de nos Censures vaimes ,
SEPTEMBRE . 1740 1919
Ce que disoit souvent un Avare d'Athenes :
Tout le Peuple me siffle , & moi je m'aplaudis ,
Quand ; fouftrait à fes yeux & feul dans mo■
» taudis ,
» Je compte les Ecus que renferme mon Coffre ,
Etme pâme à l'afpect des doux charmes qu'i
m'offre. 20
Tantale ( 6) dans l'Enfer éprouvant les rigueurs
Qu'exercent contre lui les trois cruelles Soeurs ,
Près d'une Eau qu'il aborde & qui le fuit fans ceffe,
Ne fçauroit mettre fin à la foif qui le preffe.
Tu ris ? C'est toi pourtant , c'est toi , pauvre hé-
• bété ,
Que la Fable dépeint fous un nom emprunté.
Près des Sacs entaffes qu'implacable Eumenide
Te contraint d'épargner ta paffion fordide ,
Tu te laiffes mourir & de foif & de faim
Et regardes ton Or comme un objet divin ,
Que fans le mettre en oeuvre, on révere, on falue ,
Ou comme un Tableau , fait feulement pour la vûë.
Quoi ! Kiche mal nourri , nial couché, mal vétu ;
Poffeffeur indigent , quoi ! donc , ignores- tu
* Comment tu dois user de cet Or que tu gardes ?
Achetes- en du Pain , du Vin , un Lit, des Hardes.
Que dis- je ? Achetes- en ce dont en général
On ne peut fe paffer fans s'en trouver plus mal
(b) Voyez la Note (a).
Av Eft-ce
1920 MERCURE DE FRANCE
Est- ce donc, que fans ceffe être dans la contrainte,
Que sécher nuit & iour de frayeur & de crainte
Que redouter fans fin la fourde trahison
Des Voleurs , des Valets qui font dans ta maiſon ,
Qu'efluier , en un mot , d'éternelles allarmes ,
Sont des plaifirs pour toi fi doux , fi pleins de
charmes ?
Faffe le jufte Ciel qu'au gré de mes defirs
Je fois toujours privé de ſemblables plaiſirs !!
» Mais enfin , diras- tu , si quelque Pleurefie ,
» Ou quelque autre accident menaçant votre vie
» Vous met au Lit ; alors cet utile métal
» Vous fournit les moyens de réſiſter au mal
»Dont l'accès imprévû vous abbat , vous confterne
De trouver fur le champ quelqu'un qui vous gou
3
> verne ;
D'apeller au plûtôt un expert Médecin ,
» Qui de ce même mal vous procurant la fin ;
Conſole vos Parens , vos Enfans , votre Femme.
Les console ! Alte-là . Tu te trompes , infame ,
Si tu te crois aimé . Tes plus proches Parens ,
Tes Voifins , tes Valets , ta Femme , tes Enfans
T'abhorrent comme un Monftre , & ce n'eſt pare
sans caufe.
Comment t'aimeroient- ils , lorsqu'à toute autre
chofe
Tu préferes cet Or , qui feul te fait la loi ?
Eft-il donc étonnant que perfonne pour toi
N'ait
SEPTEMBRE. 1740. 1920
N'ait une affection dont ta manie infigne ,
Ettes bas fentimens te rendent trop indigne ?
Si tu prétends avoir , fans qu'il t'en coûte rien
Des Parens toujours prêts à te faire du bien-
Des Amis difposés à te rendre service ;
C'eft prétendre aux baudets enfeigner l'Exercice ;
Que fait en uniffant l'adreffe à la vigueur ,
Un docile Coursier dompté par le Piqueur.
Quoi ! seras-tu toujours dans ton erreur fi ferme
A ta recherche au moins daigne enfin mettre un
terme.
Ta fortune eft conduite au but tant ſouhaité.
Muni de plus d'argent , crains moins la pauvreté
Finis un dur travail , & deformais paifible ,
Garde-toi d'imiter , fi cela t'eft poffible
Certain Umidius , dont il eft à propos
Que je raporte ici l'avanture en deux mots.
Si riche, qu'il comptoit par boiffeaux fes Efpeces
Au refte , fi crasseux , malgré tant de richesses ,
Qu'il osoit tous les jours le montrer à peu près :
Auffi ma habillé que les derniers Valets ;
Ce Fou se refusant même le nécessaire
Sans cesse se plaignit du tems , de la mifere ,
Prôna son indigence , & jufqu'à fon déclin ,
Ne redouta rien tant que de manquer
de pain..
Mais certaine Affranchie , autrefois fon Efclave ,·
Des Femmes de son Siecle en effet la plus brave ,
A-vj
Lai
1922 MERCURE DE FRANCE
Lui donnant d'une hache au beau milieu du corps
L'envoya publier fes befoins chés les Morts .
» Quel eft donc votre avis ? Que faut-il que je faffe
» De Menius (c) enfin dois je ſuivre la trace
» Est- ce Nomentanus ( d) que je dois imiter ?
→ Par votre beau diſcours voulez-vous m'exciter
သ
» A diffiper comme eux mon bien dans la débauche?
Je t'entends . C'eft ainfi que tu prends tout à gauche.
Exceffif en tes moeurs , c'est ainsi qu'on te voit
Armer l'un contre l'autre & le chaud & le froid.
Mon avis n'eft rien moins qu'un avis fi bizare.
Non ; quand je te défends d'être un ladre,un avare;
Je ne t'ordonne point d'être un diffipateur.
Entre le franc brutal & le lâche flateur ,
Entre le fin Efcroc & l'Imprudent trop dupe ,
Il eft certain milieu que l'honnête Homme occupe;
Et qui veut marcher droit dans la route du bien
Ni deçà , ni delà , ne s'en écarte en rien .
> "
Quoi ! fans fin, ( j'en reviens à ma premiere Thêse ,)
L'Avare ſe plaindra d'être mal à fon aife !
Quoi ! malgré tant d'Ecus accumulés chés lui ,
Il est encor jaloux des facultés d'autrui !
Il ne fçauroit fonger , sans dépit & fans gêne ,
Que la Chévre d'autrui vaille mieux que la fienne !
Il peut , monté fi haut , ne fe comparer pas
A tant de gens placés dans un degré plus bas !
( cd ) Fameux débauchés.
Tant
SEPTEMBRE . 1740 1928
Tant courir
› en un mot , pour laiffer en arriere
Quiconque veut primer dans la même carriere !
Car quelque prompt qu'il foit à groffir fon trésor,
Malheureux ! il en voit de bien plus prompts encor.
Ainsi , quand plusieurs Chars , dans l'ardeur qui les
guide ,
Se disputent le prix d'une course rapide ,
L'impatient Cocher ne songeant qu'aux moyens
De passer les chevaux qui précedent les siens ,
Voit ses plus grands succès avec indifference ,
Tandis que par malheur quelque Char le devance.
De-là vient qu'il est rare au suprême degré
Qu'aucun homme ici bas vive heureux à son gré ;
Et quand son temps est fait , sorte de cette vie ,
Tel qu'un Convive aimable & plein de courtoisie ,
Qui , content de la chere , avec civilité ,
Remercie en partant l'Hôté qui l'a traité.
Mais sur ce sujet- là c'est assés de langage.
Je n'en sonnerai pas un seul mot davantage ,
De crainte que quelqu'un ne me soupçonne enfin
De piller les Recueils du chassieux ( a) Crispin.
-F. M. F.
(a ) Philosophe Stoicien & mauvais Poëte , qui avoit
beaucoup de Livres & peu de jugement. C'étoit le
Cotin d'Horace.
SE924
MERCURE DE FRANCE
丸
SECONDE LETTRE de M. Néricault
Destouches , à M. le C. de C
J'Aprends avec un extrême plaisir, so que ma Réponse vous a frapé, sans vous offenser.
Vous me priez de ne vous point épargner
les remedes qui vous sont encore nécessaires
, pour sortir de l'état malheureux
où vous êtes ; vous souhaitez passionnément
votre guérison ; mais elle est retardée par
mille incertitudes sur le parti que vous devez
embrasser ; vous croyez un Dieu , m'ajoûtez
-vous, & jusqu'à présent vous ne pouvez
aller plus loin. Cependant vous avoüez
qu'un homme raisonnable ne peut croire en
Dieu,sans être Chrétien, & que dé conséquen
ce en conséquence il faut en venir là. Ĉourage
, M..voilà un raisonnement bien sensé ,
& le plus difficile eft fait , puis qu'heureusement
vous êtes parvenu jusqu'à vous faire
cette demonftration.
En effet tout y conduit un homme qui raisonne
jufte. Néanmoins vous flottez encore
entre diverses opinions , ou qui séparent les
Chrétiens , ou qui les engagent dans de vives
disputes . Je vous plains , M. de tout
mon coeur , &prenez garde que vos incerti-
Judes ne vous soient funeftes. Faites de sérieuses
SEPTEMBRE. 1740. 1925
vieuses refléxions sur le portrait que je vais
vous tracer. C'eſt celui d'un de mes anciens
amis . qui étoit un de ces Chercheurs , dont
l'orgueil eft toujours puņi & dont la chute
doit nous faire.trembler. Voici l'Epigrammeque
je fis sur lui , & qui fut une espece de
prophetic , dont j'ai vû l'accomplissement.
J
EPIGRAMME.
E connois un certain Sophiste ,
Qui d'abord étoit Moliniste
Ensuite il se fit Janséniste ,
Bien-tôt il devint Calviniste ,.
Peu de temps après , Quietiſte ;
Maintenant il fait le Déiste ;
Le Diable le suit à la piste ;
Et si le bon Dieu ne l'assifte
Toland le mettra sur sa Liste.
g
Ce Toland étoit un célebre Athée Anglois;.
que je connus , & contre qui je disputai vivement,
lorsque j'étois à Londres . Cet impu
dent me fit voir une Lifte de tous ceux qu'il
croyoit de son opinion , ou qu'il se vantoit
d'avoir pervertis par ses Argumens , qui l'auroient
bien- tôt conduit à la Greve s'il les
eût débités à Paris avec autant d'insolence &
de sécurité qu'i les débitoit à Londres de
vive voix & dans ses Ouvrages pernicieux.
Prenez
1926 MERCURE DE FRANCE
Prenez donc votre parti , M. & croyez
moi , prenez le plus naturel , qui eft certainement
le plus sûr ; c'eft celui de vous lais
ser guider par l'Eglise ; par cette Eglise enseignante,
qui ne peut errer , ni par conséquent
vous induire en erreur , puisque l'infaillibilité
lui a été promise , & que les promeffes seroient
fauffes, si elle étoit sujette à se trom
per. Avec un pareil guide on ne risque rien ;
tous les doutes disparoiffent , toutes les disputes
sont finies, ou doivent l'être. Ce qu'on
lui opose n'eft qu'opiniâtreté , n'eft que sophisme.
Il faut ou renoncer à l'Eglise , ou se
soûmettre à ses décisions , point de milieu.
En vain veut- on équivoquer sur ce mot
Eglise. Celle à qui Dieu a remis le droit de
nous enseigner , eft celle-là même qui eft
en droit de captiver notre croyance , & demême
que les membres ne conduisent point
la tête, ce n'eft poit la multitude qui conduit
PEglise, c'eft l'Eglise qui conduit la multitude .
Eglise enseignante , Eglise écoutante. L'une
dirige, prononce & décide ; l'autre suit, écoute
& obéit. Tel eft l'ordre que Dieu a établi ,
& tel eft l'ordre que vous devez suivre , si
vous voulez sincerement être Enfant de l'Eglise.
Pardon , M. si j'entre dans ces détails , qui
ne sont nullement de ma compétence . La
suite du raisonnement m'y a jetté malgré
moi.
SEPTEMBRE. 1740 1927
moi. Je réprends votre Lettre pour y répon
dre article par article.
Dans l'incertitude où vous êtes , ditesvous
, sur le choix que vous ferez d'un Guide,
pour la pratique de la Religion Chrétienne
, vous en trouvez deux également célebres
par le grand nombre de leurs Sectateurs .
Enfin les noms fameux de Luther & de Calvin
vous imposent.
Se peut- il , M. que deux pareils hommes
vous paroissent dignes de votre attention ?
De quel droit se sont- ils révoltés contre l'Eglise
Par quel ordre ont- ils dogmatisé ?
D'où venoit leur Miffion ? Quels miracles ,
quels prodiges ont prouvé le plein pouvoir
qu'ils s'arrogeoient de réformer les abus qu'ils
prétendoient trouver dans l'Eglise ? Dans
cette Eglise à qui JESUS - CHRIST avoit promis
d'être avec elle jusqu'à la consommation des
siécles ?
C'est une queftion à laquelle ni ces deux
Héresiarques , ni leurs Sectateurs les plus
subtils n'ont jamais pû répondre qu'en balbutiant,
ou que par un torrent d'injures & de
calomnies. C'eſt un détroit dont ils ne peuvent
sortir , quelque sécurité & quelque arrogance
qu'ils affectent au milieu des écueils
qui les embaraffent.
Mais par quel charme , me direz - vous ,
ont- ils donc fait en si peu de tems , un si
grand
1928 MERCURE DE FRANCE
grand nombre de Prosélites ? Lisez les deux
Epitaphes suivantes , elles serviront de ré
-ponse à votre Queſtion .
EPITAPHE DE LUTHER
CYY
gît un Moine séducteur ,
Qui jetta le froc aux orties ,
Des Ames par lui perverties ,
Se disant le Réformateur.
La Convoitise & la Luxure ,
Devant lui sonnant le tocsin',
D'une Mere innocente & pure
L'in fame déchira le sein .
Sous ses Etendarts , mille Insectes
Contre elle oserent s'élever >
Tous s'unissant pour la braver ,
Quoique divisés en vingt Sectes
Par lui , pour glisser son venin ,
Toute licence étant permise ,
Pour épouser une Nonnain ,
Il fit divorce avec l'Eglise.
EPITAPHE DE CALVIN
CY git dans cette Eglise nuë
Le Chanoine roux de Noyon.
Le Diable , à triple carillon ,
Au Monde
annonça
la venue
SEPTEMBRE. 1740 1928
De ce témeraire brouillon.
Cet Apôtre sans Mission ,
Préchant un nouvel Evangile ,
Retranchant Carême & Vigile ,
Mit la Terre en combustion .
D'un Corps * de structure parfaite ,
Ce prétendu Réformateur
Fit un Corps , qui par sa maigreur
A la figure d'un Squelette .
Plus impétueux que le vent ,
Brûlant d'un desir de vengeance ,
Au comble il porta l'insolence
Et, tout au plus , demi sçavant ,
Sçut imposer à l'ignorance .
Tout Prêtre , tout Moine apostat p
Devint son Sectateur fidele ;
2
D'un Peuple enyvré d'un faux zele
Par la révolte & l'attentat
Il sçût faire un Peuple Soldat
Et l'Héresiarque rebelle ,
Fonda sa Doctrine nouvelic:
Sur les ruines de l'Etat.
Qu'en dites-vous , Monsieur ? Etes- vous
encore bien tenté de suivre les traces & les
Dogmes de ces deux célebres Apoftats , qui
d'ailleurs par leurs differens principes devin
* Corps de Doctrine,
Fent
1930 MERCURE DE FRANCE
rent ennemis irréconciliables ? Etes- vous en
core ébloui du grand nombre de Sectateurs
qu'ils fe font faits d'abord ? Plus vous lirez
l'Hiftoire , dont ces deux Epitaphes font un
Extrait fidele , plus vous aprofondirez toutes
les circonstances des triftes & fameuses révolutions
causées par ces esprits remuants &
furieux , plus leur Ecole vous paroîtra funeste
& pernicieuse , plus vous détefterez leur
mémoire , & plus enfin vous gémirez amerement
fur le malheur du fiècle qui les a
produits , pour causer la perte de tant d'ames
perverties , qui fuivirent alors une espece de
Mode , ou plutôt de fureur aveugle , à laquelle
une teinture nouvelle de fcience mal
digerée , donna lieu tout à coup.
Lu her & Calvin s'accordoient fur un
point , ils autorisoient également le libertinage
de l'esprit & du coeur. Vous étonnerez-
vous après cela qu'ils fe foient vûs fuivis
en peu de tems d'une foule de Disciples de
touc rang & de toute espece ?
Les plus qualifiés furent enflâmés par
leurs Maîtres du défir d'envahir les plus belles
poffeffions de l'Eglise , & fe virent autorisés
à cette usurpation.
Des Princes , des Seigneurs mécontens, fe
parant du zele fpécieux de la Réforme , faifirent
avidement cette occafion,pour le faire
un parti redoutable à la Cour,
Le
SEPTEMBRE . 1740 1931 .
Le Peuple enchanté d'une nouvelle Doctrine
, qui lui faisoit un mérite & même une
vertu de fe fouftraire à tout ce qui gênoit
l'esprit & mortifioit les fens , fe livra ftupidement
& fans examen , aux attraits d'une liberté
effrenée. Pour comble de malheur ,
rous ceux qui devoient annoncer la Loy, n'en
étoient pas toujours les mieux inftruits , & la
régularité de leurs moeurs ne répondant
point à la pureté de la morale qu'ils débitoient
, ils ne pouvoient manquer par là de
donner prise fur eux. Quel fiécle heureux
pour l'erreur & pour l'impudence !
Mais fuposons pour un moment , vous &
moi , que nos deux Hérefiarques fuflent nés
dans le fiécle où nous fommes , & qu'ils tentaffent
de nous faire illufion par les Argumens
les plus fpécieux , qui les ont fait triompher
de leur tems. Croyez - vous qu'il fiffent
bien des progrès ? Je vous garantis qu'ils
n'étrenneroient pas , ou que tout au plus ils
ne débiteroient leur marchandise qu'à des
Fanatiques & à des Vifionnaires , dont l'engeance
fubfifte dans les fiécles les plus éclairés
, témoin nos Figuriftes & nos Convulfionnaires
; mais entre les Personnes fensées ,
le moindre petit Licencié , mettroit au fac
nos deux Apoftats. Papiers fur table , il leur
feroiio/oir mille & mille contradictions dans
leurs raisonnemens , dans leurs Ecrits & dans
leurs
1932 MERCURE DE FRANCE
leurs Réformes. Il ne faudroit ni des Boffuets,
ni des Fénelons pour les confondre , & de fi
grands hommes croiroient fe proftituer , s'ils
entroient en lice contre de fi foibles Adver
saires.
Eh pourquoi donc , direz-vous , n'ont- ils
pas atterré les Succeffeurs de Calvin & de Luther
?
Une infinité d'obftacles fe font oposés à la
converfion de leurs Sectateurs. Le mal étoit
fait ; le venin avoit pénetré ; la plupart des
bleffûres étoient devenues incurables par les
préjugés de l'éducation , par la honte de s'avouer
vaincu , & de chanter la palinodie ;
par la vanité de paroître tenir ferme , & parer
les coups des plus célebres Antagoniſtes,
par une haine fuccée avec le lait , invéterée
mortelle contre l'Eglise vifible & contre
fon Chef. Que vous dirai -je enfin ? par une
répugnance devenue invincible , à foumettre
les fauffes lumieres d'une raison opiniâtre &
révoltée , à des Dogmes qui l'enchaînent &
qui la font céder au pouvoir fupérieur d'une
tradition conftante , à des Miniftres facrés
qui
en font les dépofitaires. Il faudroit fſe réduire
à croire ce qu'on ne peut comprendre;
il faudroit jeûner , mortifier fes fens , & pardeffus
tout cela fe jetter aux pieds d'un homme,
pour lui avoüer fincerement les fautes les
plus honteuses & les plus fecrettes . Humiliation
SEPTEMBRE. 1740. 1933
liation terrible & révoltante pour des esprits
rétifs & orgueilleux , accoûtumés à croire &
à prêcher , que retrancher tout ce qui gêne
& ce qui mortifie , c'eft réformer l'Eglise .
Tels font , M. je vous affûre , les motifs fecrets
qui ont retenu les Claudes , les Jurieux,
& tant d'autres fuports de l'Hérefie dans les
fers, où l'ennemi de Dieu les avoit enchaînés
dès l'inftant de leur naiffance .
Il eft vrai que je pourrois ici vous citer un
grand nombre de bons esprits , qui ont cû
la force de briser leurs chaînes , en cédant
docilement à la vérité qui les éclairoit , & à
la grace qui les avoit follicités ; mais par les
funeftes obftacles que je viens de vous déduire
, la multitude égarée a réſiſté , & puisque
jusqu'à présent elle ne s'eft pas renduë
aux argumens invincibles , par lesquels on
l'a tant defois convaincuë d'erreur, il ne nous
refte plus qu'à jetter un oeil de compaffion
fur elle , & qu'à demander au Ciel avec ferveur
, que le moment marqué par la Providence
pour rapeller au Bercail tant de Brebis
égarées , puiffe arriver bien-tôt. Que ne donnerois
- je point , que ne facrifierois -je point
pour être enfin l'heureux Spectateur d'une fi
fainte révolution ?
Laiffez donc -là Calvin & Luther , & concevez
pour eux tout le mépris qu'ils méritent
; mais n'allez pas vous jetter dans une
aurre
1934 MERCURE DE FRANCE
autre extrémité , en tâchant de vous déterminer
, comme vous vous le proposez , en relisant
affidûment toutes les OEuvres de Bayle.
Grand Dieu ! quel Maître allez - vous choisir ?
Il vous préservera d'être trompé, dites- vous ?
c'eft un Philosophe aimable, au deſſus de toutes
fortes de préjugés , & qui vous fauvera ,
continuez - vous, de tous ceux qui pourroient
vous fasciner.
Desabusez - vous , M. c'eft un fceptique
qui a toujours vogué entre tous les Partis , &
qui s'étant mis en tête de garder la neutralité,
n'a jamais pû fe déterminer pour aucun
d'eux. Il s'eft crû follement capable de trouver
la vérité , & de ne la devoir qu'à fes recherches
& à fes lumieres ; mais quiconque
examinera fes Ecrits avec autant de fang froid
qu'il en affectoit,fe convaincra, facilement que
plus il l'a cherchée , plus il s'en est écarté ,
fans pouvoir cependant fe dégager d'une
grande prédilection pour le Huguenotisme, &
qu'enfin desesperant de découvrir cette verité
qui ne se présente qu'aux humbles de coeur,
il n'a pû parvenir qu'à l'incertitude , & qu'au
doute universel. Quel dommage qu'un fi
bel esprit , non content de fe gâter & de s'être
égaré , ait mis en oeuvre tous les agrémens
& tous les rafinemens de l'Art le plus
féduisant , pour corrompre l'esprit de fes
Lecteurs ! en quoi ce dangereux Ecrivain n'a
que trop bien réüffi Pour
SEPTEMBRE . 1740. 1939
Pour vous mettre en garde contre lui , li
sez l'Epitaphe que je viens de lui dreffer.
EPITAPHE DE BAYLE
CxY gît un Philosophe habile ,
Qui parut nouveau par son style ,
Et qui le rendit si charmant ,
Sans se piquer d'être Puriste ,
Qu'au sujet même le plus triste
Il sçût donner de l'agrément ;
Mais couvrant avec artifice
Son poison vif& séducteur ,
II conduit l'innocent Lecteur
Jusques au bord du précipice ,
Sans faire effort pour l'en tirer ;
Aimable & pernicieux Guide ,
Dont la main flateuse & perfide
Le mene au loin pour l'égarer.
Voilà tout le profit que vous tirerez de ce
Philosophe moderne. Mettez tous fes Ecrits
à l'alambic , vous ne pourrez en extraire que
le Donte , ou plutôt que le Désespoir. Car
tout homme qui ne fe fert de fon esprit que
pour fe jetter dans les ténebres de l'incertitu
de fur les matieres & les principes de la Re
ligion , eft un homme qui veut desesperer
le fon falut, & qui conséquemment ne peut
être B
1
1936 MERCURE DE FRANCE
être que très-malheureux pendant fa vie , &
infiniment plus après la mort.
J'ai vû mourir un des plus zelés Sectateurs
de Bayle , entouré de cinq ou six prétendus
Esprits forts , que ce dangereux Philosophe
avoit gâtés auffi - bien que lui. Voici de quelle
maniere fe termina cette trifte Scene que
jai renduë tout naïvement dans les Vers
• uivans.
LE PHILOSOPHE MOURANT,
L'Intrépide Cleon , ce fameux incrédule ,
Sur le point de mourir , sembloit s'inquieter ;
Ses Disciples confus le trouvoient ridicule ,
Et lui disoient : Ami , pourquoi vous tourmenter
J'éprouve , répond-il , un suplice bien rude ;
Je croyois parvenir jusqu'à la certitude ,
Et je n'ai jamais pû parvenir qu'à douter ;
Je me résous enfin à la Palinodie ,
Et je vais aux Rieurs donner la Comédie.
Le parti le plus sûr est de mourir Chrétien ;
J'y puis gagner beaucoup , & je ne risque rien .
Vous voyez que cet homme fentit en
mourant toute fa force Philosophique s'évanoüir.
Malheureusement il de fentit bien tard,
& peut-être trop tard , quoique fon repentir
parût très-fincere , & qu'il n'oubliât rien
pour nous en convaincre. Peu de jours après
sa
SEPTEMBRE. 1740. 1937
La mort je fis l'Epigramme que vous allez lixe,
& qui n'eſt qu'une suite de la précedente.
D'où vient que ce fameux Impic
Dans son lit est si tourmenté ?
C'est que, malade , il se défie ,
De ce qu'il croyoit en santé.
Ce Dissertateur intrépide ,
Qui morguoit la Religion ,'
Maintenant incertain , timide ,
Meurt Chrétien par précaution.
Voulez- vous un exemple encore plus cé
Lebre ? lisez & profitez.
LE MAITRE D'ECONCERTE.
D Ans le plus violent transport ,
Des Barraux dit un jour , j'enrage ,
Mes Proselytes à la mort ,
Perdent la tête & le courage.'
Tous ces Fanfarons effrayés
Par des Sermoneurs pitoyables ,
Confessés & communiés ,
Meurent comme des miserables.
Mais à la fin ce maître fou •
Qui pleuroit sur ses Prosélites ,
Détestant ses erreurs maudites ,
Youlut mourir la corde au cou .
Bij
Que
1938 MERCURE DE FRANCE
Que ces exemples vous faffent trembler ,
& fi vous m'en croyez , Monsieur , n'atten
pas la mort vous éclaire. que
Je suis , &c.
dez
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Chartres
le 10. Juillet 1740 sur la Mort d'un
Illuftre de cette Ville.
N
Otre Ville , Monfieur , vient de perdre
par la mort de M. Jacques de Losme
de Monchesnay, un Citoyen plein d'honneur
& de Religion , & la République des
Lettres , un de ses Phénomenes , j'ose l'apeller
ainfi , car M. Baillet auroit pû le compter
parmi fes Enfans célebres. Il s'étoit en effet
diftingué fur le Parnaffe dès lâge de 15. ans ,
Bayle va vous le dire dans une Lettre qu'il
lui écrivit , vous y verrez auffi que M. de
Montchesnay pensoit bien différemment de
ce Sénateur de Venise ( André Naugerius )
qui facrifioit tous les ans aux Mânes de Catulle
un Exemplaire de Martial.
M. je vous rends mille & mille graces de
tous les éloges que vous m'avez prodigués , &
dontje suis tout-à -fait indigne , il seroit infini
ment glorieux de les mériter, venant d'une personne
qui a l'esprit aussi délicat que vous. J'ai
été
SEPTEMBRE. 1746. 1939
été charmé de vos Imitations de Martial , j'en
Avois vû quelqu'une dans le Mercure Galant
sans sçavoir le nom de l'Auteur , & dès- lors
j'avois trouvé que l'on rendoit les lieux les plus
malhonnêtes du Poëte Latin, d'une maniere qui
étoit tournée délicatement , & qui faisoit sentir
ce que c'est , sans choquer trop les oreilles chastes.
Je m'estimerai très- heureux , Monsieur
de contribuer de mes soins à faire voir le jour à
votre Martial , si vous voulez que pour
mettre en goût nos Libraires , je fasse imprimer
Parmi quelques Piéces curieuses que je sçais qui
s'impriment , l'Ecrit que vous m'avez envoyé ,
je le ferai de bon coeur. Je suis assûré Péque
chantillon qu'ils en verroient par ce moyen, les
exciteroit à mériter la préférence. Je suis éponvanté
, Monsieur , quand vous me dites que ce
sont des productions d'une Muse de 15. ans,
souffrez que je vous aplique ce mot de Claudien .
• Primordia tanta
Vix pauci meruere Senes.
Je suis avec beaucoup d'estime & de joge
d'avoir l'honneur de ne vous être pas indiffe
rent , Monsieur , &'c.
BAYLE.
ARoterdam le 31. d'Octobre 1686 .
La Princeffe de Conti , dont vous annonçâtes
la mort l'an paffé dans le Mercure , fut
attaquée de la petite vérole à Fontainebleau
Les derniers jours d'Octobre 1685. le Prince
B iij
fon
940 MERCURE DE FRANCE
fon Mari , s'enferma avec elle , il prit la ma
ladie , & il en mourut le 9 Novembre fuivant
, âgé feulement de 24. ans , 7. mois , 5
jours. M. de Monchesnay lui fit cette Epitaphe
, imitée de celle de * Scorpus , chés
Martial.
Mais
Par un trépas précipité
Ce Prince à la France est ôté ,
Tout le monde pleure sa perte ;
La Mort l'auroit saisi plus tard ,
voyant les Lauriers dont sa tête est couverte,
Elle l'a pris pour un Vieillard.
Mais ce qui établit au Parnaffe la réputation
de M. de M. fut la compofition de quatre
Piéces qu'il donna à l'ancien Théatre Italien ;
la Cause des Femmes , au mois de Décembre
1687. & la Critique de cette Piéce au mois
de Février fuivant ; MeZetin , Grand Sophi ;
en Juillet 1689.le Phénix ou la Femme fidelle,
en Octobre 1691. & enfin les Souhaits , en
Décembre 1693. chacune de ces Piéces fut
* Ce Scorpus s'étoit rendu fameux dans les Jeux du
Cirque , il y avoit remporté plufieurs Prix. Martial
l'a chanté plufieurs fois . Voici les deux derniers Vers
de l'Epitaphe , c'est ce que M. de M. a imité.
Invida quem Lachefis rapuit trieteride nonâ ,
Dum numerat palmas credidit effe Senem .
Mark. L. X. Ep. 53.
SEPTEMBRE . 1740. 1948
reçue avec de grands aplaudiffemens ; mais
le Phenix eut un fuccès extrêmement brillant.
En 1692. ou 1693. M. de M. fit imprimer
une Traduction du Plaidoyer de Ciceron
pour Milon ; il y mit fon nom & y pric
la qualité d'Avocat au Parlement. Enfin en
1702. il donna rrois Satyres qui furent extrêmément
goûtées , l'une eft une Imitation de
la feconde d'Horace , & commence par ces
mots.
Symphonistes Chanteurs , &c.
Ces trois Satyres ne font qu'un échantillon
d'un plus grand nombre , qu'on m'affûre être
de beaucoup fupérieures , & qu'on a trouvées
dans fes papiers ; il a auffi laiffé quelques
Epitres & plufieurs Imitations de Martial ,
c'eft- à - dire , toutes celles que fa confcience
tendre & délicate n'avoit pas livrées au feu
Elle lui avoit reproché il y a long - tems fes Pié
ces Dramatiques , quoiqu'elles ne fe fentissent
presque point de l'extrême licence dont
le Théatre Italien étoit alors infecté ; il les
apelloit ordinairement Delicta Juventutis.
Cela l'engagea à écrire contre la Comédie
une Lettre en forme de Differtation qu'il
adreffa au célebre Despreaux , fon ami. L'amitié
qui étoit entre eux , fait l'Eloge du
coeur & de l'esprit de M. de M. Ce fut M. de
M. Doctus componere amicos , qui le réconci-
B iiij lia
1
4942 MERCURE DE FRANCE
lia avec feu M. Regnard; le fceaude ce racom
modement fut l'Epitre Dédicatoire de la Comédie
des Menechmes.
Vous sçavez aparemment, Monfieur , que
dans ces derniers tems on s'eft adreffé à lui
pour avoir de nouveaux Eclairciffemens fur les
Euvres de Despreaux. Les matériaux confidérables
qu'il a envoyés , paroîtront à la suite
de la belle Edition que nous procurent les
foins de M. l'Abbé Souchay. M. de M. n'y
a rien oublié de ce qu'il fçavoit de fon illustre
Ami.
M. de M. étoit né à Paris le 4. Mars 1666.
& il y a environ 20. ans que forcé par des diminutions
confidérables que fa fortune avoit
fouffertes par le Syftême , & pour ne s'occuper
que de l'affaire importante du falut, il s'arracha
à la Capitale & à plufieurs Amis de confidération
par leur mérite & par leur rang. Il vint s'établir
dans notre Ville, Patrie de fon Epouse,
& celle des Nicoles , des Regniers , des Thiers,
&c. Il y mourut le 26. Juin dernier , avec
l'eftime & les regrets de tout ce qu'il y a de
vrais Connoiffeurs en mérite . C'eft un témoignage
que je dois à l'amitié dont il m'ho
noroit depuis plus de 15. ans.
J'ai l'honneur d'être , & c.
SONNET
SEPTEMBRE. 1740 1943
1740..
Sotato
SONNE T.
Envoyé à une très- aimable Personne , à qui la
Langue Italienne est fort familiere , le 4. de
ce mois ,jour de sa Fête , Ste Rosalie.
N Acque in orto d'amor vermiglia Rosa ,
Pomposa si ma fú priva di Spine ,
Naquero in an bel prato anco le Spine ,
Tutte vezzose , & fur prive di Rosa ;
Piangean le Spine ch' eran senza Rosa ,
Piangea la Rosa , ch' era senza Spine ,
Et dicean ogn' hor la Rosa & Spine ,
Orfane Spine ed ' abbandonata Rosa ;
Ma l'Empireo voler volle che Spine
Non Languissero più per bella Rosa ,
Le diè la Rosa , & confortò le Spine ;
Ed' avendo pietà ancor di Rosa ,
Che Languideta andava sonza Spine ,
Le diè le Spine , & consolò la Rosa,
I
BY DE
1944 MERCURE DE FRANCE
DE la vraie Epoque de la Naissance
de JESUS- CHRIST.
E Mercure de France du mois de No
Lovercure 1733.page nous an-
1739. page 2632. nous an¬
nonce l'impreffion d'un Livre interessant
qui eft l'HISTOIRE suivie des Voyages de
JESUS CHRIST , & on ajoûte ces paroles re
marquables. Al'égard de la Chronologie que
notre Auteur a suivie , il supose avec les plus
habiles dans cette science , que l'Ere vulgaire
qui a été suivie dans l'Eglise Latine depuis
Denis le Petit , c'est- à- dire depuis le VI. siècle,
eft de trois ans plus tard , que la vraie Epoque
de N. S. ensorte qu'au lien que nous comptons
aujourd'hui lan 1739. il faudroit compter
1742.
>
Je doute fort que dans cette Hiftoire , il
soit bien démontré que ce soit là le sentiment
des plus habiles Chronologiftes. Le
célebre Riccioli si connu des Sçavans ,
traite bien cette Queſtion au VIII. Livre
du premier Tome de sa Chronologie réformée,
qu'on trouve dans la plupart des Biblio
théques ; & on peut dire , que c'eft l'endroit
le plus curieux & le plus méthodiquement
traité de tout l'Ouvrage. Dans le premier
Chapitre, page 298. il fait voir que quelquesuns
SEPTEMBRE. 1740 . 1945
ans ont compté les années de l'Incarnation .
de J. C. du 25. Mars , jour de l'Annon
ciation ; quelques - autres du jour de l'Incarnation
complete , où le Meffie se fit voir
sous une forme humaine le 25. Decembre.
Mais que la plupart des Computiſtes
comptent les années de l'Incarnation , ou de
la Nativité de J. C. de la Circoncision du
Sauveur , premier de Janvier , où commencent
les années Romaines , & celles de la
Période Julienne. Et c'eft là qu'il nous aprend
que dans les Actes publics on commença
compter les années du tems de l'Incarnation
ou de la Nativité de J. C. en Italie , vers
l'an 590. dans les Pays-Bas , vers 620. en
France , vers 780. & en Espagne beaucoup
plus tard.
à
Dans le Chapitre II . page 300. il raporte le
sentiment de differens Auteurs sur le jour de
la Naiffance du Sauveur , & il déclare qu'il
le croit né l'an 45. de la Réformation Julienne
, fixant son Incarnation au 25. Mars ,
jour de Vendredi & sa Naiffance au premier
inſtant du 25. Decembre , jour de
Dimanche .
>
se trouvent
Dans le Chapitre III . il dit d'abord que les
opinions sur cette fameuse Epoque , qui ont
quelques dégrés de probabilité
renfermées entre la 40. & la 48 année de la
Réformation Julienne. Il con mence ce Cha
B vj pitre
1946 MERCURE DE FRANCE
pitre en nommant les Auteurs qui ont écrit
le plus sçavamment sur l'Epoque de la Naissance
de J. C. Et à la page 302. on voit une
Table bien circonftanciée de toutes les années
, dont l'opinion peut être probable , avec
les Confuls qui dans ces tems- là ont gouver
né la République Romaine .
On voit ensuite que la premiere opinion ,
qui foûtient que le Sauveur eft né l'an 40. de
la Réformation Julienne, cinq ans avant l'Ere
vulgaire, D. Lalius & C. Antiftius étant Confuls
, eft celle de Kepler , fameux Mathématicien
, & celle de M. Antonius Capellus.
La feconde opinion que nous donne la
Naissance du Sauveur l'an 41. de la Réformation
Julienne , quatre ans avant l'Ere vul
gaire , C. Cesar Octavien XII. & L. Cornelius
Sulla étant Confuls , eft celle de Laurent
Suslyga , Polonois , & le P. Petau , au XII.
Livre de la Doctrine des Tems , Chap. 7. paroît
lui être favorable .
La troisiéme opinion supose J. C. né l'an
42. de la Réformation Julienne , trois ans
avant l'Ere vulgaire , C. Calvisius Sabinus &
L. Paffinus étant Consuls ; & c'eſt celle de
Sulpicius Severe , & de Tirin.
La quatriéme opinion croit J. C. né l'an 437
de la Réformation Julienne , deux ans avant
l'Ere vulgaire , Cn. Cornelius Lentulus & M.
Valerius étant Consuls. Le premier Auteur
qui
SEPTEMBRE. 1746 1947
qui l'a soûtenue , eft Clement Alexandrin
Après lui , Caffiodore , S. Jerôme , Tertulien
, Baronius , Scaliger , Lanfberg ont été
de la même opinion.
La cinquième le met né l'an 44. de la Réformation
Julienne , un an avant l'Ere vulgaire,
C. Céfar Octavien XIII. & M. Plautius
Silvanus étant Confuls ; & c'eft celle d'Epiphane
, d'Eufebe , de Genebrard, d'Onuphre ,
de Panuvinus, de Pontacus , de Cuspinianus,
de Marianus, de Tycho & de plusieurs autres.
La sixiéme opinion nous donne la Naissance
du Sauveur le 25. de Decembre l'an
45. de la Réformation Julienne ; Cossus
Cornelius Lentulus , L. Calpurnius Pison'
étant Consuls , & c'eft celle de Denis le Petit
, appellée l'Ere vulgaire , ou commune ,
qui eft maintenant en usage pour le dénombrement
des années. Les Sectateurs les plus
célébres de cette opinion , sont le vénera
ble Rede , Jean Lucidus , Georges Syncellus,
Pierre Alliacensis , Pitatus , Stoflerinus , Cusanus
, Roger Baccon , Campanus , Clavius
, Salmeron , &c. Et Riccioli ajoûte que
ce n'est point- là l'opinion du vulgaire , mais
que c'est celle de l'Eglise Romaine , qui , à
la verité , n'étant pas établie par quelque Decret
folemnel, l'est par un usage constant de
plus de mille ans d'antiquité ; comme onle
peut voir dans le Martyrologe , dans tous les
Bréviaires
548 MERCURE DE FRANCE
Bréviaires & dans le Calendrier Romain.
La septiéme opinion met le Sauveur incarné
l'an 46 , de la Réformation Juliene ;
& c'eft celle de Jean Hervart dans sa nou
velle Chronologie.
Enfin , la huitiéme opinion soûtient que
J. C. est né deux ans entiers après l'Ere vulgaire
des Chrétiens ; & c'eft celle de Paul de
Middelbourg,Evêque de Possembrone, homme
très - sçavant. Et à la fin de ce Chapitre ,
Riccioli dit que ce n'est pas la peine de raporter
les autres opinions ,parce qu'elles sont toutes
insoûtenables, & la plûpart très- absurdes!
Ne m'étant pas permis de m'étendre ici
fort au long sur une question fi importante
& fi curieuse , je renvoye les Sçavans particulierement
au Chapitre 4. du Livre VIII . de
Riccioli , dont on peut tirer là - dessus les
plus grandes lumieres .
Il y dit d'abord , que Dieu ne nous
hyant point donné de revelation sur cette
Epoque , ni les Evangeliftes ne nous ayant
rien marqué de positif fur le tems précis de
la Nativité du Sauveur , il ne faut taxer d'aucune
erreur , ceux qui ne s'éloignent que de
peu d'années de la maniere ordinaire de
compter les tems , qui est en usage dans l'Église
Romaine. Il croit cependant que l'opinion
qui supose J. C. incarné & né la 45 .
année Julienne, au Confulat de C. Cornelius
Lentulus
SEPTEMBRE: 1740 1949
,
est la
Lentulus & de L. Calpurnius Pison
vraye & la probabilissime. Et bien loin qu'il
y ait aucune nécessité de s'écarter de l'année
de la Naissance de J. C. reçûë dans l'Eglise ,'
par raport à la théorie , ou à la pratique ; il
dit au contraire qu'il est expedient de n'y
zien changer.
Et pour prouver que cette opinion eft la
vraye & la probabilissime , il fait voir que
Denis le Petit , homme très sçavant , s'eft
apliqué avec la plus grande diligence à la
recherche de cette fameuse Epoque. Qu'étant
à Rome il avoit vû tout ce qu'il y avoit
de Monumens authentiques de la Religion
dans les Archives de l'Eglise Romaine ; &
qu'ayant proposé son opinion avec des preuves
bien circonstantiées , elle fut préférée à
celle de Cassiodore, qui croyoit le Sauveur né
sous le Consulat de Lentulus & de Messalinus;
& l'opinion de Denis le Petit , quoi qu'Etranger
, prévalut sur celle de ce Senateur
Romain , qui florissoit de son tems.
Dans le cinquiéme Chapitre , page 306 !
Riccioli détruit le fondement des autres opinions
, & fait voir qu'elles sont moins probables
que celle qui tient J. C. né l'an 45 .
de la Reformation Julienne , sous les Consuls
C. Cornelius , Lentulus & L. Calpurnius
Pison , qu'il reconnoît être la probabilissizne.
II
1950 MERCURE DE FRANCE
Il déclare premierement que la premiere
& la seconde opinion qui donnent la Naissance
du Sauveur l'an 40. ou 41. de la
Réformation Julienne , sont particulierement
fondées sur l'autorité de Josephe , qui
dans ses Antiquités Judaïques s'étant fort
étendu sur les actions mémorables de l'ancien
Herode , qui vivoit encore très- certainement
à la Nativité de J. C. nous le dit
mort l'année 41. ou 42. Julienne . Et c'est
ce qu'il confirme par une Eclipse de Lune
qui a précedé sa mort , que le P. Petau au L
Tome de la Doctrine des tems , Liv. VIII . pa
ge 820. dit être arrivée l'année 4710. de la
Période Julienne , & la 42. de la Réforma
tion de Jules César , la nuit du 12. au 13 .
Mars. Mais le P. Riccioli renvoye ici ses
Lecteurs au Liv. VI . Chap. 14. pag. 283. &
aux suivantes, où il traite fpecialement de la
mort d'Herode , & c'est- là qu'il fait voir
que Josephe se contredit lui-même . Et pour
ce qui regarde l'Eclipse de Lune , qui a précedé
la mort d'Herode , Riccioli grand Astronome
, la dit arrivée le 29. Decembre
de l'année 45. Julienne , 4. jours après la
Naissance de J. C. & à la fin de ce Chapitre,'
il le marque mort au mois d'Avril,la premiere
année de J. C.
Pour abreger,je renvoye les Sçavans sur tout
le reste , aux endroits de Riccioli que j'ai
cités
SEPTEMBRE . 1740 1951
cités. Et encore au troisiéme Tome de sa
Chronologie Réformée , pag. 45. où il nous
donne le Catalogue des Consuls Romains ;
& c'est là qu'à la troisiémé colomne de la
page 51. on voit la premiere année avant J.
C. marquée au Consulat de Cossus Cornelius
Lentulus, & de L. Calpurnius Pison : parce
qu'onze mois & 24. jours de Decembre
étant déja écoulés au moment de la Naissance
du Sauveur , elle doit être comptée pour
la premiere avant sa Nativité.
Mais ce qui mérite encore une attention
particuliere , c'est que le P. Perau , qui dans
son sçavant Ouvrage de la Doctrine des tems,
avoit paru incliner pour l'anticipation de
l'Epoque de J. C. cependant dans le treiziéme
Livre du fecond Tome, où il fait profession
de nous donner le véritable ordre des
tems depuis la création du Monde : étant
parvenu au Consulat de Cossus Cornelius
Lentulus & de L. Calpurnius Pison , p. 662.il
dit ces paroles mémorables. » On croit com-
» munément le Sauveur né sous ces Consuls.
S'il ne croit pas cette opinion la plus probable
, pourquoi l'a- t - il voulu suivre dans un
Livre où il fait profession de nous enseigner
la véritable Doctrine des tems ?
De plus , le P. Perau , dans la troisiéme
partie du Rationarium Temporum, imprimé à
Paris 1702. Liv. 1. Chap. 4. où il parle de
da
1952 MERCURE DE FRANCE
la Periode Julienne page 16. dit positive
ment que la premiere année de J. C. est
celle qui a pour Cycle Solaire 10. pour Cycle
Lunaire 2. pour Indiction 4. & il ajoûte
que cela ne peut convenir à aucune autre année
, qu'à la 4714. de la Periode Julienne ;
& il en donne la preuve démonstrative. On
voit encore au Chap . XV. du même Livre ,
où il donne les Epoques dont tous les Chronologistes
conviennent page 52. que l'Ere
Chrétienne a commencé aux Calendes de
Janvier de l'année 4714. de la Période Julienne
la 46. de l'ancienne Réformation , &
la quatrième de la 194. Olympiade. Et au
Livre treiziéme de la Doctrine des tems, page
662. cette premiere année de J. C. est
mise sous les Consuls C. Julius César &
L. Æmilius Paulus , qui est le Consulat qui
suit immédiatement celui de Cossus Cornelius
Lentulus , & de L. Calpurnius Pison. Selon
le sentiment du P. Petau , le Sauveur est
donc né l'année 4713. de la Période Julienne.
D'ailleurs tous les Chronologistes sçavent
que l'année 1739. est la 645 2. de la Période
Julienne ; parce que c'est celle qui a
pour Cycle Solaire 12. pour Cycle Lunaire
1. & pour Indiction 2. & c'est ce qui ne
peut convenir qu'à cette année de la Période
Julienne. Et ayant soustrait 4713. qui est
l'année de la Naissance de J. C. selon cetre
Période
SEPTEMBRE. 1740 1953
Période , de 645 2. il reste précisément 17391
Il n'y a donc aucune erreur dans le dénom
brement en usage dans l'Eglise Romaine .
Il me paroît cependant que je dois encore
dire ici , que dans la derniere Edition du
Rationarium Temporum du P. Petau , on trou
ve, à la troisiéme Partie Liv. IV. page 312 .
une Dissertation où l'on prétend démontrer
P'anticipation de l'Epoque de la Naissance de
J. C. sur celle qui est maintenant en usage :
mais son principal fondement est établi sur
l'autorité de Josephe , & sur l'Eclipse de
Lunc qui a précedé la mort d'Herode.
Nous avons déja dit que tout cela est sçavamment
détruit dans les endroits de Riccioli
que j'ai cités. Ceux qui ont lû attentivement
cette Edition nouvelle , sçavent bien
que cette Dissertation n'est point du P. Petau
, ni d'aucun de ses Confreres ; & il
est aisé de voir qu'elle n'a été mise au jour
que par des personnes qui ont prétendu autoriser
plusieurs points de leur Doctrine par
le nom célébre du P. Petau. Toutefois je
dois faire remarquer , que dans cette Edition
même , on y trouve la succession des Consuls
Romains à la seconde Partie , où la
Naissance de J. C. est marquée au Consulat
de Cossus Cornelius Lentulus,& de L. Calpur
nius Pison , qui est certainement la 4713. de
La Période Julienne , c'est- à - dire , celle qui
précede
1954 MERCURE DE FRANCE
précede immédiatement l'Ere Chrétienné
où le Sauveur est né le 25. Décembre . Il
faut encore faire attention que ceux qui ont
donné au Public cette Edition , n'ont pas
réfléchi que la Naissance de J. C. est un fait
momentané. Et ils y ont mis l'année des
Consuls César Aug. XIII. & M. Plautius
Silvanus pour la premiere avant J. C. qui
dans Petau & Riccioli est la seconde . Ainsi
cette succession des Consuls pour les années
avant J. C. a besoin de correction.
Secondément , il est certain que l'opinion
qui croit le Sauveur né l'année 4713. de la
Période Julienne , s'accorde parfaitement
avec ce que nous avons de plus clairement
marqué dans les Evangelistes touchant la vie
& la mort de JESUS - CHRIST.
Lé P. Perau dans le second Tome de la
Doctrine des Tems , Liv. XIII . page 664.
nous donne à Nole la mort d'Auguste l'année
4727. de la Période Julienne le 19.
Août ; on voit par la soustraction de 4713.
que c'étoit évidemment la 14. de JESUSCHRIST
. Et cette année est verifiée par
une Eclipse de Lune, qui étant arrivée le 27.
Septembre , apaisa la sédition des Légions
Romaines , qui ayant apris la mort de l'Empereur
, s'étoient révoltées en Pannonie. Et
c'est aussi ce que nous aprend avec les mêmes
circonstances le P. Riccioli , au second
Tome
SEPTEMBRE. 1740 1955
Tome de sa Chronologie Réformée page 32 .
& c'est à cette mort arrivée le 19. Août
que ces deux célébres Chronologistes nous
donnent le commencement du Regne de
Tibere.
>
Cela étant établi , nous lisons dans l'Evangile
de S. Luc, Chapitre III . que la quinziéme
année de l'Empire de Tibere César , Ponce Pi-
Late étant Gouverneur de la Judée , Herode
étant Tétrarque de la Galilée , Philipe son
frere l'étant de l'Iturée & du Pais des Trachonites
Lysanias de la Contrée d'Abila ;
sous le Pontificat d'Anne & de Caiphe , la parole
du Seigneur se fit entendre à Jean ,fils de
Zacharie , au Désert : & il alla dans tout le
Pais qui est le long du Jourdain , prêchant le
Baptême de Pénitence pour la remission des
pechés, Et l'Evangeliste dans le même Chapitre
au Verfet 23. dit qu'alors JESUS étoit
âgé d'environ trente ans. Ajoûtant donc à 14.
ans de l'Empire d'Auguste les 15. de celui
de Tibere , on a pour le tems que Jean prêcha
le Baptême de Penitence 29. ans des
deux Empires. Et J. C. n'ayant été baptisé
qu'après que Jean avoit parlé très - avantageusement
de lui dans le Désert , on voit
que tout cela s'accorde parfaitement à ce
dans que nous avons de l'âge de Jes y s се
Chapitre de S. Luc. Et c'est pour cela que
Riccioli à la trentiéme année de l'Ere Chré
tienne
957 MERCURE DE FRANCE
tienne page 33. dit positivement que le Sauveur
du Monde fut baptisé le 6. Janvier
un Vendredi , étant âgé de 29. ans & 13 .
jours .
Pour abreger le plus qu'il est possible , on
croit communément dans l'Eglise que le
Sauveur fut crucifié à l'âge de 33. ans . Or
la Chronologie nous aprend que la trentetroisiéme
année de l'Ere Chrétienne qui est
en usage , eut pour Lettre Dominicale D. &
pour Epacte 11. Et cette Epacte nous montre
le mois de Nisan du Calendrier Juif .
commençant cette année-là le 20. Mars :
comptant donc de -là jusqu'à 14. on tombe
fur le 2. Avril que la Lettre Dominicale
nous fait connoître avoir été un Jeudi , où
selon la Loi , on devoit ce jour - là manger
l'Agneau Pascal , & où le Sauveur inftitua le
S. Sacrement. Le lendemain , jour de Vendredi
, 3. Avril , il fut crucifié ; & le Dimanche
5. Avril , il resuscita. Et voilà encore
ce qui s'accorde avec ce que nous
avons de marqué dans les Evangelistes sur
les jours de l'Inftitution de l'Euchariftie , de
la Mort , & de la Resurrection de J. C.
Je dois cependant dire , qu'on a crû
assés communément dans l'Eglise le Sauveur
crucifié le 25. Mars. En effet , dans le Martyrologe
Romain , on trouve la commémogation
du bon Larron , qui est décédé le
même
SEPTEMBRE. 1745 1957
même jour que J. C. marquée au 25. de co
mois. Et il paroît que c'est l'opinion qu'a
suivi Cornelius à Lapide , sçavant Interpréte
de l'Ecriture . On voit dans l'ordre chronologique
qu'il nous donne de toute la vie du
Sauveur au commencement de son omnentaire
sur les quatre Evangiles, pag. 17. &
18. qu'il y met l'Institution de l'Eucharistie
un Jeudi le 24. Mars , la Mort de J. C. un
Vendredi le 25. & sa Resurrection le 27.
jour de Dimanche de l'année 34. de l'Ere
Chrétienne. Mais voyons maintenant comment
cela peut s'accorder , avec l'ordre chro
nologique de cette année , bien verifié.
La Chronologie par les Cycles Solaires &
Lunaires nous donne cette année -là pour
Lettre Dominicale C. & pour Epacte 22. Or
cette Epacte nous montre au mois de Mars
le premier de Nisan le & 9. de là
comptant
jusqu'à 14. on tombe sur le 22. du mois
jour où le Sauveur auroit dû , selon la Loi
manger l'Agneau Pascal , & faire la Cene
avec ses Disciples , & la Lettre Dominicale
C. nous fait connoître que c'étoit un Lundia
C'est donc là ce qui ne peut convenir aujour
marqué par les Evangelistes . On voit ici que
Cornelius à Lapide s'est trompé en nous don
nant cette année la Fête de Pâques , comme
cela est en usage parmi les Chrétiens, c'està-
dire,le Dimanche après le 14, de Nisan. En
effet,
1958 MERCURE DE FRANCE
,
effet, dans la Table Pascale réformée , l'Epacte
22. au premier rang de la Lettre C. montre
cette Solemnité le 28. Mars où l'on voit
encore que le même Auteur s'est trompé en
le disant le 27. Mars , & le Vendredi le
25. qui dans le vrai fut le 26. Les Chronologistes
qui ont examiné cette Epoque ,
sçavent qu'il n'est pas possible de trouver
jamais le Vendredi Saint le 25. Mars , au
tems des opinions probables sur la mort du
Messie .
Cependant le P. Petau,pour soûtenir que la
Mort de J. C. est arrivée au mois de Mars, l'amise
à l'an 31. de l'Ere Chrétienne.Cette année
eut pour Lettre Dominicale G. & pour
Epacte 19. qui nous montre dans le Calendrier
le premier de Nisan le 12. Mars.
Après avoir compté de- là jusqu'à 14. on a le
25. Mars où le Meffie , felon la Loi ,
auroit mangé la Pâque avec fes Apôtres. Et
la Letrre G. jointe au 25. Mars , nous fait
voir que ce jour-là fut un Dimanche. Et c'est
encore ce qui ne peut s'accorder au jour
dont les Evangelistes font mention. D'où l'on
doit conclure que l'année 33. qui s'y accor
de parfaitement dans toutes ses circonstances
, est la vraie & la probabilissime.
En troisiéme lieu , il est encore certain que
l'opinion qui nous donne l'Epoque de la Naissance
de J. C. l'année 4713. de la Période
Julienne
SEPTEMBRE . 1740. 1959
Julienne , sous les Consuls Cossus Cornelius
Lentulus , & L. Calpurnius Pison , est
celle qui s'accorde parfaitement au Calcul
Astronomique des Eclipses avant & après
J. C. Le P. E. Souciet , au premier Tome
des Observations Astronomiques faites à la
Chine page 18. fait mention d'une Eclipse de
Soleil arrivée à Pekin le 11. Octobre l'année
2155. avant J. C. Ayant donc soustrait
2155. de 4714. premiere année du Sauveur
selon la Periode Julienne , on a la 2559. de
cette même Periode qui concourt avec la
2155. avant J. C. Or , la Chronologic nous
donne pour cette année par les Cycles Solaires
& Lunaires la Lettre Dominicale A. &
l'Epacte 12. & effectivement au mois d'Oc- ,
tobre du Calendrier Romain , on voit à l'Epacte
12. une Nouvelle Lune bien marquée
au 11. du mois , comme il falloit
ce jour- là une Eclipse de Soleil..
pour avoir
Au huitiéme Livre de la Doctrine des Tems
du P. Petau , Tome premier page 803. on a
le Calcul d'une Eclipse de Lune arrivée la
nuit du 20. au 21. Septembre l'an 331 .
avant J. C. qui a précedé la Bataille d'Arbele
, & dont Plutarque fait mention dans la
vie d'Alexandre. Le P. E. Souciet dans les
Fastes du Monde page 27. dit que cette Bataille
se donna le 21. du mois de Septembre .
Ayant donc soustrait 331. de 4714, premiere
C année
1950 MERCURE DE FRANCE
année de J. C. selon la Periode Julienne ;
on a la 4383. de cette Periode qui fut en
concurrence avec celle d'avant J. C. au tems
de la Bataille d'Arbele. Or , la Chronologie
nous aprend que cette année eut pour Lettre
Dominicale C. & pour Epacte 18. Dans le
mois de Septembre du Calendrier Romain ,
l'Epacte 18. nous montre la Nouvelle Lune
le 6. du mois. Comptant donc de- là jusqu'à
15. on tombe sur le 20. Septembre pour
la Pleine Lune. D'où l'on voit que l'Eclipse
a dû arriver la nuit du zo . au 21 .
Voilà donc l'année 331. avant J. C. que
le P. Petau dit être la 4383. de la Periode
Julienne , bien démontrée par une Eclipse
de Lune,arrivée au mois de Septembre avant
la Bataille d'Arbele. L'année 1739. nous est
aussi bien démontrée être la 645 2. de la Periode
Julienne , par le Cycle Solaire 12. le
Nombre d'Or 11. & l'Indiction 2. de l'année
6452. de cette même Periode qui concourt
avec la 1739. de J. C. ayant soustrait
4382. année qui a immédiatement précedé
celle où s'est donnée la Bataille : reste 2070 .
ans depuis cette Bataillejusqu'à l'année 1739 .
& de 2070. ayant soustrait les 331. des an
nées données avant J. C. reste précisément
1739. sans qu'il soit besoin de faire aucune
addition , comme le prétend l'Auteur de
'Histoire suivie des Voyages de J. C.
Le
ཟླ
SEPTEMBRE. 1740. 1961
Le P. E. Souciet , au premier Tome des
Observations faites à la Chine,page 24. donne
le Calcul d'une Eclipse de Soleil arrivée
le 5. Fevrier l'an 2. avant J. C. Ayant
donc de 4714 soustrait 2. on a l'année 1712 .
de la Periode Julienne , qui eut pour Lettre
Dominicale C. & pour Epacte 24. Et dans
le mois de Fevrier du Calendrier Romain ,
l'Epacte 24. nous montre la Nouvelle Lune
le 5. de ce mois , comme il le falloit , pour
avoir une Eclipse de Soleil.
Au premier Tome de la Doctrine des
Tems du P. Petau , Livre VIII . page 822.
on a le Calcul d'une Eclipse totale de Lune ,
vûë en Pannonie la nuit du 27. au 28. Septembre
l'an 14. de l'Ere Chrétienne , qui
après la mort d'Auguste , arrivée le 19. Août,
fit cesser la rebellion des Legions Romaines
dont nous avons parlé. Ayant à 4713. année
de la Naissance de J. C. selon la Periode
Julienne , ajoûté 14. on a la 4727. de cette
Periode , qui concourt avec la 14. de l'Ere
Chrétienne , qui eut pour Lettre Dominicale
G. & pour Epacte 11. Et on voit au mois
de Septembre du Calendrier Romain que
l'Epacte 11.y donne la Nouvelle Lune le i 3 .
du mois , & , ayant compté de - là jusqu'à 15.
on a la Pleine Lune le 27. Septembre , &
la nuit suivante cette fameuse Eclipse.
Je dois dire en finissant , que je n'ai trou-
Cij vé
1962 MERCURE DE FRANCE
-
vé dans les bons Auteurs aucune Eclipse de
Soleil & de Lune avant ou après JESUS
CHRIST , qu'il ne m'ait été très - facile de
verifier , de la même maniere que j'ai fait
celles dont je viens de faire mention. Je
crois donc avoir démontré par le Calcul
Astronomique des Eclipses , que l'opinion
qui croit le Sauveur né à la fin de l'année
4713. de la Periode Julienne sous les Consuls
Cossus Cornelius Lentulus , & L. Calpurnius
Pison , est la vraye & la probabilissi
me. Ainsi mon opinion est , avec Riccioli &
les autres que j'ai cités , qu'il n'y a aucun
changement à faire à l'Ere Chrétienne qui
est en usage dans l'Eglise Romaine.
EP ITR E.
***
Au Révérend Pere d'Ailly , Recteur du Col
lege des Jésuites à Moulins , le 31. Juilles
1740. jour de la Fête de S. Ignace.
R Espectable d'Ailly , guide toujours fidéle
D'un Troupeau que le Ciel a commis à ton zéle
Pardonne si du Pinde encor je suis les Loix ;
Je veux versifier pour la derniere fois.
Non , que d'un Art si beau l'élégante imposture
Pour
SEPTEMBRE. 1740. 1963
Pour moi soit une erreur que la Raison abjure ;
Je rends plus de juftice à ce talent heureux ,
Qui nous prêtant des sons plus vifs & plus nombreux,
Sçait charmer à la fois les coeurs & les oreilles ;
On ne s'égare point sur les pas des Corneilles :
Mais un peu moins d'éclat , plus de réalité ,
Peut conduire un Mortel à l'Immortalité.
Je me fais , par devoir , une route nouvelle ,
Je quitte le Parnasse & le Barreau m'apelle .
Entre ces deux objets puis je me partager ?
La Veuve & l'Orphelin , qu'il me faut proteger ,
Demandent tous mes soins & toute mon étude ,
Et leur bonheur dépend de mon exactitude.
Ainsi , puisqu'il est tems de me sacrifier ,
Pour la derniere fois , je vais versifier ;
De vains amusemens me tiendroient lieu de crimes.
Mais quel sera l'objet de mes dernieres Rimes ?
Eh ! puis- je dans mon choix balancer un moment ?
Quel sujet ! pour pouvoir le remplir dignement ,
Je sçais , prêt à marcher , que j'ai besoin d'un guide;
Prête , éloquent Recteur , à ma Muse timide
Cette clarté , ce feu que depuis quelques jours
Mais yeux ont vû briller dans tes moindres discours ;
Je les implore au nom des Filles de Mémoire ;
De ta Societé je vais chanter la gloire ;
Quel secours fut jamais donné plus à propos ?
Comme les Champs de Mars , l'Eglise a ses Heros .
Ciij O
1964 MERCURE DE FRANCE
O , combien il en sort du sein du grand Ignace
Répandus sur la terre , ils en couvrent la face .
De combien de talens & de trésors divers
Cette source féconde enrichit l'Univers !
(1 ) De quel prix ne sont point ces brillantes Ecoles,
Où nos jeunes Seigneurs , comme des cires molles,
Façonnés par la main de l'éducation ,
Feront au doux repos succeder l'action ?
Quel fruit de vos leçons ! chacun d'eux par avance
Prend la robe virile , au sortir de l'enfance .
Quel Prodige inouil ce n'est point par degrés
Que croissent les talens , ils sont prématurés .
C'est peu que du Barreau , c'est peu que de la
Chaire ;
Tout refleurit par vous , jusqu'à l'Art Militaire :
Comme des Cicerons , vous faites des Césars.
(2) Vous montrez à défendre , à forcer des rempars.
Contre Mars en courroux il n'est point de retraites
On ne voit que Vaubans & que Poliorcettes ;
Mille Forts démolis n'en sont - ils pas témoins ?
Oui , ( 3 ) les Demetrius renaissent par vos soins.. :
Mais , c'est trop m'arrêter à la vertu guerriere
Dans une plus brillante & plus vaste carriere
( 1 ) Les Colleges.
( 2 ) Les Ecoles de Mathématique.
( 3 ) Démetrius furnommé Poliorcette , c'eſt - à- dire ,
Preneur de Villes.
Les
SEPTEMBRE. 1740 ; 1969
Les Fils de Loyola , par mille exploits fameux
Ne se sont-ils pas fait un nom plus digne d'eux
C'est en Heros Chrétiens qu'ils s'offrent à ma plume.
Une nouvelle ardeur dans mes veines s'allume.
Je les vois à l'envi s'arracher au repos ;
Qui peut les exciter à traverser les flots ?
Vont-ils , nouveaux Jasons , sur le sein de Nerée
Conquerir de Phrixus ( 4 ) la dépouille sacrée ?
Non , leur zéle plus pur vole après un trésor
Cent fois plus précieux , plus éclatant que l'or ;
Dans des Climats lointains ils vont chercher des ames
Que le peché condamne à d'éternelles flammes ;
D'un voyage si beau voilà l'unique but ;
Ils vont des Nations operer le Salut .
Du grand nom , qu'ils ont pris , ils soûtiennent la
gloire ;
Du Rédempteur du Monde achevant la victoire,
A ses faits triomphans ils sont associés .
Le Serpent infernal écrasé sous leurs pieds
Vomit les derniers traits de sa rage impuissante ;
သ Quoi , dit- il , de J в S U S posterité naissante ,
» De l'ouvrage fatal , dont il fut occupé ,
93 Quelque reste à son chefétoit-il échapé ? ..
Par des frémissemens l'Enfer en vain s'exhale ;
Des Apôtres nouveaux la présence fatale
Sur ces bords inconnus fait luire un jour nouveau,
4)La Toison d'Or .
C iiij
Leurs
1966 MERCURE DE FRANCE
Leurs mains, Peuples heureux, vous tirent du tombeau,
Et vous régénerant dans les Eaux du Baptême ,
Ils font pour vous sauver ce qu'eut fait JESUS même.
( 5 ) Ciel , quel spectacle affreux vient fraper mes
regards !
Le sang à gros ruisseaux coule de toutes parts.
Tout en est inondé , pour l'Enfer quelle joye !
Des suplices par tout l'apareil se déploye :
Mais en les tourmentant on comble leurs desirs ,
Et l'acier des Bourreaux ne fait que des Martyrs.
Quelle Palme à vos fronts tient lieu de Diadême,
Disciples fortunés d'un Maître qui vous aime ?
Qui , vainqueurs des Tyrans & même du trépas ,
S'il rentra dans sa gloire , il y conduit vos pas .
Vous triomphez ; Satan vous cede la victoire :
Mais sa noire fureur s'accroît par votre gloire ,
Et, malgré tout l'éclat de mille heureux progrès,
Il arme contre vous mille ennemis secrets ;
Il fait sous ses drapeaux marcher la calomnie ;
Chez elle , la vertu n'est jamais impunie ,
Elle vous assassine avec un fer sacré ,
Dans le fourneau brûlant tel l'or est épuré.
Mais à tout Novateur le Ciel livrant la guerre ,
Vangera ses Elus des complots de la terre ;
( s ) Le Martyre qu'ils fouffrent dans leurs Miffions
étrangeres.
I:
SEPTEMBR E. , 1740. 1967
Et de l'Erreur enfin perçant l'obscurité ,
Dans son plus haut éclat mettra la vérité .
Par J. D. D. H.
DISCOURS lû par M. de Ruolz , Préfident
de l'Académie des beaux Arts à
Lyon , dans l'Affemblée publique , tenuë le
4. Mai 1740. ( a )
MESSIEURS ,
L'objet des Académies dans les Affemblées
publiques , eft fans doute d'entretenir
dans les Efprits le Goût & l'Inclination pour
leurs Exercices , de confulter le Sentiment
du Public fur les differentes Productions
qu'elles dévoilent à fes yeux , & de trouver
dans cette démarche le fujet d'un Hommage
, fans lequel elles ne pourroient légitime-
(a) Dans le compte que nous avons rendu de l'Affemblee
publique de l'Académie de Lyon , au mois de
Juillet dernier , page 1553. nous avons imprimé
fur des Mémoires peu exacts , un Difcours fous le
nom de M. de Ruolz , que cet illuftre Académicien
defavoie , ainfi que celui qui eft imprimé dans les
Mémoires de Trevoux du mois de Juin dernier , Jeconde
Partie. Le voici tel qu'il a été fait ¿ lû à
l'Académie par M. de Ruolz.
Cv ment
1968 MERCURE DE FRANCE
ment participer à la gloire de former des
Corps dans la Societé .
,
C'eft pour répondre encore mieux à un
Engagement auffi intéreffant , à des Vûës
auffi naturelles , qu'à l'Ouverture de ces
Seances nous faifons part au Public de
tout ce qui s'eft paflé parmi nous , en lui of
frant le détail de nos Veilles , le Produit de
chaque jour académique ; en un mot , l'Hiftoire
de nos Occupations ; à quoi nous al-
Ions fatisfaire depuis le 2. Decembre 1739 .
jufqu'à préfent : dans ce Recit nous mériterions
peu le foupçon d'une vaine gloire , même
la plus légere ; un pareil mouvement eſt
bien étranger pour tous ceux qui , comme
nous , fans négliger l'Aprobation du Public,
ne cherchent qu'à s'en procurer les lumieres.
2. Réflexions (ur une Aurore Boreale , qui
a été aperçue dans le Virtemberg vers lafin de
cette derniere année. Ces Réflexions nous ont
été envoyées par M. Mocgling , Médécin à
Tubinge , & Académicien honoraire parmi
nous.
1. Mémoire fur la néceffité des Proportions
dans l'Architecture , accompagné des Deffeins
de differentes Eglifes de Rome , levés par l'Auteur
même , ( M. Souflole ) tels que S. André
de Laval , S. Ignace , S. Charles du
Cours. Ces Deffeins & la Diflertation tendent
à faire voir que les Proportions dans
l'Art
SEPTEMBRE. 1749. 1969
fArt de conftruire, ne font rien moins qu'ar
bitraires.
Une Vérité , atteftée d'ailleurs par le bon
Goût , n'eft cependant pas encore bien reconnue
, & il eft fâcheux , fans doute , que
des Monumens publics réparés depuis peu
de jours ( Piramide de la Place des Jacobins )
avec foin & magnificence , nous aprennent
que l'Ignorance ofe , de pair avec le Sçavoir,
donner le ton à l'Architecture , & bâtiſſant
au gré de fon Caprice , foule aux pieds , par
un renversement du bon fens , les Loix de
'Harmonie , & les Régles les plus certaines
dans les Proportions.
3. Nous avons déja parlé de la Vie du
Comte de Marfigly , écrite par Dom Hebert
de Quincy , de l'Académie de l'Inftitut à Boulogne
, & l'un de nos Académiciens honoraires
, qui nous l'a envoyée .
Cette Vie , Ouvrage encore Manufcrit ,
indépendamment des traits qui caractériſent
l'Homme de Condition , l'Homme Guerrier
, nous a fourni la Lecture de plufieurs
Morceaux qui font honneur à l'Homme
Académicien.
4. Obfervations exactement faites en differens
endroits de cette Ville , des variations furprenantes
du Barometre lors des grands vents
qui fe firent fentir dans le mois de Decembre
de l'année derniere. ( 5. Decembre 1739. )
C vj Si
1970 MERCURE DE FRANCE
5. Un Académicien a fait part à l'Acadé
mie d'une Lettre que lui a écrite un Médecin
étranger fur les Proprietés du fer , par ra◄
port à differentes Maladies .
6. Difcours fur le Tempéramment. Ce Dif
cours n'intereſſe en rien la Santé ; il s'agit du
Tempéramment dans l'accord des Inftrumens
de Mufique , fur la Théorie duquel
l'Académicien prétend que le Sieur Rameau
lui-même n'a rien déterminé.
Ce Mémoire eft accompagné d'un Inftrument
imaginé par l'Auteur , pour arriver à
une Pratique sûre dans l'Accord : il lui a
donné le nom de Phtongometre.
Quoi que ce mot exprime affés bien la
chofe , n'auroit-il point fallu , pour éviter
cet air de myftere dont on accufe avec tant
de grace les Sciences , que l'Académicien ,
en nous préfentant cet Inftrument , eût dit
qu'il s'apelloit la Meſure des Tons , & non
pas un Phtongometre ?
*
· 7. Mémoire fur la Serrurerie , avec une
Explication de toutes les parties qui en forment
le Méchanifme. Cet Ouvrage , qui fait partie
* M. de Mondorge , de l'Académie des Sciences de
cette Ville , avoit lû dans l'Aſſemblée publique la ſemaine
précedente , une Differtation qui tendoit à étales
Sciences doivent être mises à la portée de
l'Entendement , & qu'on en doit bannir tout ce qui
eft farouche.
blir
que
de
SEPTEMBRE. 1740 1977
de celui que nous avons entrepris , fur l'Hiftoire
des Arts , eft accompagné de plufieurs
Obfervations propres à rendre les Ouvrages
en Fer , & plus fimples & plus faciles dans
leurs exécutions ; c'eft en effet l'Objet & le
Plan de cette Entrepriſe particuliere.
نم
8. Obfervations Météorologiques faites à
Lyon pendant l'année 1739. & comparées à
celles qui ont étéfaites à Toulon pendant la même
année , par le Pere de Chatelard , l'un de nos
Correfpondans ou Académiciens honoraires.
9. Remarques fur les differentes conftructions
des Barometres.
10. Obfervations de l'Eclipfe de Lune , arǹ
rivée le 13. Janvier 1740.
Je m'arrête ici pour parler d'un des
beaux jours de cette Académie , lorſque M.
de Fleurieux eft venu y prendre une place
d'Académicien ordinaire , libre dans la Claffe
des Arts.
Ce jour heureux , qui a rendu complet le
nombre prefcrit par nos Réglemens , aprendra
à jamais que les Fonctions importantes
& prefque continuelles d'un Miniftere éclatant
( M. de Fleurieux eft Prévôt des Marchands
à Lyon ) ne font point incompatibles
avec le commerce des Sciences , lorfque
l'on s'en eft fait dans tous les tems une
douce habitude . Elles fervent alors à délaffer
l'Homme Public ; & parmi les differens
délaffemens
1972 MERCURE DE FRANCE
délaffemens attachés à la vie , qui ne fçait
que tous ceux que procurent les Belles Lettres
, les Sciences & les Arts , ont toujours
été du goût de Monfieur de Fleurieux ?
11. Mémoire écrit enforme de Lettre , fur
L'Origine la Formation des Couleurs,raportées
aux Fleurs & aux Papillons ,foûtenus d'une
Comparaifon de la Conduite de la Nature dans
la Végétation , avec les Opérations Chimiques.
Ce Difcours doit etre fuivi d'autres Recherches
dont la perfection des Teintures
fera l'objet.
12. Diverses Obfervations de la Déclinaifon
Inclinaifon de l'Aiguille aimantée , faites à
Toulon.
13. Obfervations d'une Aurore Boreale qui
aparu , l'Eclipfe de Lune du & de 13. Janvier
dernier , dont il a été déja parlé.
14. Le tout joint a une Deſcription de
l'Inftrument dont fe fert l'Académicien ( Hidographe
de Sa Majefté ) pour meſurer la
quantité d'eau qui tombe toutes les années.
15. Un Académicien de l'Académie Roya-.
le des Sciences , a
a fait part à l'Académie des
Lettres que lui a écrit M. du Hamel fur plufieurs
articles concernant les Matieres que
nous traitons dans nos Affemblées , indépendamment
des Sujets attachés à chaque Claffe
particuliere.
16. Le même Correfpondant à Toulon
nous
SEPTEMBRE. 1740 1973
nous a envoyé une Deſcription du Cabeſtan
dont on fe fert fur les Vaiffeaux , avec le détail
des Inconveniens auxquels affujettit fon
ufage , & les differens Projets qui ont été
tentés jufqu'à préfent pour les éviter : Objet
qu'a en vûë l'Académie Royale des Sciences
& pour lequel M. de Maurepas ( ce , Miniftre
fi confideré des Sçavans ) a fait retarder
le Prix attaché à la réüffice . Plufieurs
d'entre nous remplis du Sujet , travaillent ,'
chacun en particulier , & ont promis de ne
point fe communiquer leurs Ouvrages , qu'après
qu'ils les auroient envoyés à Paris avec
Jes précautions ordinaires .
Des Académiciens , qu'une conformité de
goût & d'inclination réunit tous les jours
avec joye , s'obfervent cependant dans leurs
Entretiens , & une referve auftére eft la mefure
du plaifir qu'ils y trouvent. Bien éloignés
de vouloir partager le fruit de leurs travaux ,
ils s'en derobent jufqu'à la connoiffance ; ils
agiffent comme de vrais ennemis , & cependant
ils s'aiment. ... Etrange contrarieté !
C'eſt à la Gloire , feule capable de produire
de tels Paradoxes , d'en déveloper la caufe
, puifque tout autre intérêt que le fien n'en
fauroit former de pareils. Difons le , ces
Sentimens dans eux font auffi honorables
que le Sujet qui les anime, eft digne de fuccès.
17. Difcours fur l'Art des Fondeurs , particulierement.
>
1974 MERCURE DE FRANCE
ticulierement par raport à la Fonte des Cloches.
avec des Calculs Géometriques des Proportions
néceffaires pour déterminer les differens fons.
L'Auteur fait voir quelle doit être la Pro-
'portion du Battan , ou Battail , en raiſon avec
une Cloche ; la differente configuration des
Cloches à la Françoife & à l'Italienne ; & il
nous a donné le modèle d'une Cloche à la
Françoife , fondue exprès , & qui fert d'épreuve
à fa Differtation.
18. Mémoire fur le Mouvement des Pla
nettes, avec l'Explication de leurs Eclipfes, fuivant
la Methode la plus fimple. Ce Mémoire
eft fait pour être à la fuite de celui qui eft
intitulé : Effais de Physique.
19. Recherches hiftoriques au sujet d'une
Source Vitriolique , cuivreufe , qui eft à quellienes
de cette Ville. ( à Cheffy , Village
du Lyonnois. )
ques
Ces Recherches feront bientôt Livies de
la Partie Phyfique qui découvrira l'Analyfe
& les Proprietés des Eaux de cette Source .
Des Dons de la Nature qui ont excité l'attention
& la curiofité des Sçavans éloignés ,
ne peuvent être placés fous nos yeux , que
pour mériter de notre part encore plus d'attention.
( M. Bolduc de l'Académie des
Sciences , Mémoires de l'Académie . &c . )
20. Mémoire accompagné du Modéle d'une
Machinepropre à piler & à tamifer les Drogues
SEPTEMBRE. 1740. 1971
gues, & pourfervir à cet ufage dans la Pharmas
cie de l'Hôtel-Dieu de cette Ville, avec les calculs
qui en prouvent les effets . ( M. Delorme. ) .
Le travail de plufieurs perfonnes à la fois
au lieu d'une feule qui pourra être employée
dans la Pharmacie , eft le Motif de cette Invention
, à laquelle l'Académicien a été animé
par celui de Mrs les Recteurs de cette
Maiſon , prépofé à cette partie , & qui
premier aa fenti les inconveniens d'un travail
ainfi multiplié, & fi néceffaire autre part ;
on ne peut que loüer fon zéle.
le
21. Mémoire & Explication d'une Machine
propre à faire & tailler fur le Tour toutes
fortes de Vis , quelle que foit la distance entre
leurs beliffes , à gauche comme à droite , fans le
fecours d'aucun mandrin .
L'Auteur de ce Mémoire , verfe dans l'Art
du Tour , dont il fçait fe faire dont il fçait fe faire un amuſement
aimable , n'a pas crû devoir produire un garant
plus infaillible de fon Idée , que l'exécution-
même ; quand les Mechaniques en
font arrivées là , elles font affûrées de leur
triomphe.
On ne croit pas que ce moyen de les perfectionner
dans un point qui leur eft aufli
effentiel , fe trouve ni dans l'Ouvrage du
Pere Plumier , ni aucune part dans les Mémoires
de l'Académie des Sciences.
22. Mémoire en forme de Lettre , contenang
#976 MERCURE DE FRANCE
nant la Defcription du Voyage de Naples en
partant de Rome. ( M. de la Mouce ) * Tout
ce qui peut intéreffer la Curiofité , foit fur
la Route , foit dans la Ville qui en eft le
terme , ſe trouve décrit & accompagné de
Remarques fur chaque objet particulier . Elles
font l'Ouvrage d'une connoiffance néceffaire
de l'Antiquité , d'une longue habitude
, du goût , du diſcernement & du vrai .
L'Académicien Voyageur , en écrivant ,
pour ainfi dire , d'après les Lieux , & les
objets même , n'a eu à emprunter des Rélations
les plus modernes , que l'occafion
de relever bien des fautes échapées ou au défaut
de lumieres , ou au manque de fidélité
dans les Faits .
23. Introduction à la Physique de Newton
, propre à bien faire connoître ce Philofophe
, & à mettre en état de juger qui font les
mieuxfondés ou de Newton dans fon Systême,
on de fes Adverfaires dans leurs objections.
Le Systême de l'Attraction qu'il faut fe donner
de garde de vouloir confiderer dans un
point Phyfique , eft , comme on fçait , le
premier fujet de méditation qui fe préfente
dans cette Phyfique , & par conféquent dans
fon Introduction. Nous renvoyons à la lecture
de cet Ouvrage , fans en dire rien de
plus ; il eft de tels fujets pour lefquels la fimple
esquifle ne peut rien . L'Ouvrage fera
continué
SEPTEMBRE. 1740. 1977
continué par l'Académicien dans le même
goût.
24. Mémoire fur la Théorie des Cadrans
Solaires , & la pratique d'un Inftrument inventé
par l'Académicien pour tracer toutes
fortes de Cadrans , & trouver les Hauteurs ;
avec une aplication des Régles de la Gnomonique
à l'apofition des differens points de
la Terre fur les Cartes Géographiques.
25. Recherches fur la caufe des Vents ;
leurs nombres , leurs avantages , les differens
Pays dans chacun defquels un Vent particulier
regne. Il faut convenir que dans une partie
de ce Mémoire , l'Obfervateur curieux
goûte plus de fatisfaction que le Philofophe .
Čes Recherches feront fuivies d'une Expli
cation enjoüée des autres Méteores. Nous
attendons auffi du même Académicien l'Hif
toire des Courans ; il ne fçauroit la refufer
à nos fouhaits.
26. Petit Entretien fur les trois fortes de
Baume du Perou , auquel eft joint un Deſſein
crayonné de l'Arbre qui le produit , que les
Indiens apellent le Zilo , ou Gomorra Zilo.
L'Académicien a mis fous nos yeux un Coco
plein de l'efpece de Baume qu'on apelle
Baume fec , & qui a diftilé de l'Arbre.
Après tout ce détail , fruit d'un intervalle
affés long , me permettrez-vous , Meffieurs ,
une feule Réflexion ? Convenons que les
Productions
1978 MERCURE DE FRANCE
Productions de l'Eſprit font bien differentes
de celles de la Nature ; il n'eft aucune faifon
qui arrête le cours ni les progrès des
Productions de l'Efprit , il peut être fécond
en tout tems , & ſa fécondité trouve toujours
une nouvelle fource en elle- même.
Tel a donc été pour nous . le Revenu de
cette derniere Saiſon , s'il m'eſt permis de
parler ainfi ; nous fommes charmés de le
partager avec le Public . de même que celui
des précédentes ; & c'eft cet empreffement
de notre part qui a fait le fujet d'un de nos
Réglemens , connus fans doute , par lequel
M. le Sécrétaire eft engagé de procurer la
lecture des Ouvrages de l'Académie à ceux
qui fouhaitent les voir.
Si ce foin eft un affujetiffement , fon zéle
pour tout ce qui eft Devoir Académique ,
ne lui permet pas de s'en apercevoir.
M. Albouy & M. l'Abbé de la Croix vont
remplir la Séance par les Difcours que nous
allons entendre.
Lû le 4. Mai 1740. dans l'Affemblée publique
, & remis à l'inftant à M. le Sécréfaire.
Signé , De Ruol
*
ODE
SEPTEMBRE. 1740. 1979
O DE
sur son Retour.
MAîtresse aimable & fidelle ,
Toi , que j'aimerai toujours ,
Entends ma voix qui t'apelle .
Muse , viens à mon secours ,
Fais éclore de ma Lyre
Ces chants que la joye inspire ,
A tous les sensibles coeurs ;
Plus que jamais je desire
D'avoir part à tes faveurs.
Ha
Cueille les fleurs immortelles
Qu'on voit sur le double Mont ;
Des plus vives , des plus belles ,
Je veux couronner mon front.
Doux charme de l'allegresse
Je cede à ta douce yvresse ;
Que ces momens sont heureux !
Non , non , jamais la tendresse
Ne m'inspira tant de feux.
*
Les Dieux , que pendant l'absence
Mes
1980 MERCURE DE FRANCE
Mes soupirs ont attendris ,
Vont me rendre la présence
D'un Frere que je chéris ;
Mais je le vois , je l'embrasse ;
Que mon coeur se satisfasse
Au gré du plus vif désir ;
Est-il un bien que n'efface
Un si sensible plaisir ?
Vous , Monstres que je déteste ,
Noirs soucis , cruels Vautours ,
Vous dont le poison funeste
Fannoit la fleur de mes jours ';
Fuyez , portez vos allarmes
Aux coeurs dévoués aux larmes ,
Tandis qu'un plus heureux sort
Me fera goûter les charmes ,
Qu'inspire un tendre transport.
*
Les peines les plus cruelles
Ne sçauroient durer toujours ;
Le plus doux plaisir , comme elles ,
Tôt ou tard finit son cours .
La Beauté des Champs expire
Sous le redoutable Empire
D'un hyver trop rigoureux
Mais
SEPTEMBRE. 1740 1988
Mais le Printems & Zéphire
Ramenent Flore & les Jeux.
*
Cher Frere , à qui la Nature
M'a si tendrement lié ,
O toi , dont le coeur m'assûre
Les trésors de l'amitié ,
Vainement ma Lyre tente
De peindre l'ame contente
Du bonheur qui la ravit ;
Ah ! quand le plaisir enchante ,
On sent bien mieux qu'on ne dit.
*
Le Dieu même du Parnasse
M'inspirât-t-il les accens ,
Qui de l'élegant Horace
Ont fait admirer les chants ,
De la douce frénesie ,
Dont j'ai mon ame saisie ,
Pour faire le vrai Tableau ,
La plus vive Poësie
N'auroit qu'un foible Pinceau.
7
Par M. B ** , d'Aix.
SE
1982 MERCURE DE FRANCE
****************
SECONDE REPONSE de M. le
Marquis de S. Aubin , à M l'Abbé des
Fontaines , & à l'Auteur Anonyme des
Refléxions , au sujet des Antiquités de la
Maison de France.
DepuismaRéponse à la M. l'Abbé des FontainesL. e)tdterseO2b9ſ4e.rv(aRtéiopnosnsfeurà
les Ecrits modernes , M. l'Abbé des Fontaines eſt
revenu à la charge deux fois de fuite , dans les Lettres
307 & 308 Il penfe qu'il a porté un coup
mortel à mon Systême fur les Antiquités de la Maifon
de France .
Il avoit prétendu tirer un grand avantage du filence
des Hiftoriens qui n'ont pas parlé de la retraite
de Childebrand, Roy de Lombardie , en Fran
ce. J'ai répondu que M. l'Abbé des Fontaines faifoit
trop d'honneur aux Hiftoriens des huit éme &
neuviéme fiécles ; que fi un Fait auffi célebre que la
retraite de Childebrand en France a été univerfellement
omis , un Fait encore plus célebre , le Regno
de Childebrand en Lombardie , n'a pas été moins
univerfellement omis ; qu'aucune parti ularité de
fon détrônement n'a été écrite ; qu'on ne doit pas
s'attendre à trouver les Faits qui font arrivés pendant
ce fiécle , décrits dans les Hiftoriens avec toutes
leurs circonftances.
Sur cela , M. L. D. F. fait remarquer l'Adreſſe
que j'ai employée ; ( Adreffe imputée . ) ce qu'il explique
en ces termes : M. D. S. A. regarde le détrônement
de Childebrand , comme le Fait principal L
fa retraite en France , comme une particularité ; do
ainfi il n'eft pas étonnant que les Hiftoricus de ce temsSETEMBRE.
1740. 1985
là-l'agent omife , puiſqu'ils n'ont décrit, aucune circonftance
de l'Evenement le plus important. C'eft lo
réſultat du raisonnement de ce Critique. Il me semble
cependant qu'on n'a jamais donné le nom de particu-
Larité ou de circonstance à un Fait qui eft indépendant
d'un autre. Car Childebrand , Roy de Lombardie , a
pû être détrôné , fans qu'on puiſſe en induire néceſſairement
qu'il a paffé en France , parce qu'on y trouve
dans le même tems un Prince de ce même nom.
Voilà ce qui s'apelle donner habilement le change
, & employer cette même adreffe que M. L.
D. F. m'impute. J'avoue qu'il feroit poffible que
Childebrand eût été détrôné , fans qu'il fe fût réfugié
en France ; mais eft- ce là de quoi il s'agit ? La
queftion eft de fçavoir. fi le - filence des Hiftoriens
affaiblit mes preuves fur l'identité de Childebrand ,
Roy de Lombardie , & de Childebrand , beau- frere
de Charles Martel. Je foutiens que cette objection
ne mérite aucun égard , parce que les Hiftoriens
n'ont pas même parlé de fon Regne . Or le détrônement
de Childebrand a été l'occaſion ou plûtôt
la caufe de fa retraite en France .
Il est donc certain que fi le premier Fait eft indépendant
du fecond , le fecond dépend néceſſairement
du premier. Ainfi , pour que les Hiftoriens
neus apriffent que Childebrand s'étoit réfugié en
France , il faudroit , à plus forte raifon , qu'ils eussent
écrit que Childebrand avoit regné en Lombardie.
C'est ce que M. L. D. F. a reconnu , par la mamiere
dont il a tourné fon objection , avant que de
prévoir la fubtilité qu'il a employée en dernier lieu.
Aucun , avoit- il dit , n'a écrit que Childebrand
après avoir été détrôné , fe foit réfugié en France. 11
a donc donné lui- même le Fait du détrônement ,
somme préalable & principal , & le Fait de la re-
D traite
1984 MERCURE DE FRANCE
traite en France , comme conféquent & acceffoire ;
& quand cela ne fuivroit pas de les paroles , la chofe
, en elle-même , n'eft elle pas évidente ?
">
93
Venons au coup mortel , qui n'empêche pourtant
pas le Syftême d'être encore en état de fe défendre.
M. L. D. F. cite ce Paffage de ma premiere
Réponse : » Et quels font les Hiftoriens dont le fi-
» lence fur la retraite de Childebrand en France
a pourroit rendre douteufe l'identité de Childebrand
beau-frere de Charles Martel ? ( Il y a dans ma
Réponse , de Childebrand , Roy de Lombardie
» & de Childebrand , beau -frere de Charles Martel. )
» L'Hiftoire de Paul Diacre , finit à la mort de
Luitprand ; fur quoi il me vient en pensée que
» Paul Diacre , qui a écrit fon Hiftoire du tems de
Charlemagne , & qui auroit pû la continuer juf-
» qu'à l'extinction du Royaume de Lombardie, n'a
pas voulu parler des Succeffeurs de Luitprand ,
pour faire entendre qu'il ne reconnoiffoit plus de
» Rois légitimes depuis Luitprand , & que c'étoient
des ufurpateurs qui avoient été les ennemis de
» Pepin & de Charlemagne . M. L. D. F. après cette
Citation , dit tout de fuite : Mais cette refléxion
ne porte-t'elle pas en même- tems un coup mortel au
Systême de M. de S. A ? Je veux que Paul Diacre
pas voulu parler de Rachis , d'Aftaulfe , ennemis
de nos Rois ; mais fi le Childebrand de France avoit
été le même que celui de Lombardie , cet Hiftorien auroit-
il oublié d'en parler ?
n'ait
Il eût été impoffible que Paul Diacre parlât du
Regne très- court de Childebrand , fans parler de
P'Ufurpateur Rachis. Cet Hiftorien a fait mention
de Childebrand , dans les tems dont il a écrit l'Histoire.
Nous y lifons que Childebrand fut défigné
Roy de Lombardie par Luitprand , fon oncle. Il n'a
pas jugé à propos de parler des Evenemens qui ont
fuivi
SEPTEMBRE . 1740 1985
fuivi le Regne de Luitprand , à la fin duquel il a
affecté de s'arrêter . Je n'aperçois pas , dans le prétendu
coup mortel du Systême , la moindre conjecture
qui le bleffe . Paul Diacre ceffe de faire men.
tion de Childebrand parce qu'il ne continuë pas
fon Hiftoire au delà de Luitprand. Il étoit libre à
Paul Diacre de garder le filence fur les tems les
plus récents ; combien d'Auteurs ont eû la même
circonspection ? Le coup eft paré.
Le Regne de Childebrand , continuë l'Obſervateur ,
eft attefté par un Diplôme reconnu pour authentique ;
des Hiftoriens me disent que les Lombards rejetterent
enfuite ce Roy légitime , & que Rachis fut fon fuccesseur.
Voilà la révolution confignée dans les Monu.
mens de l'Antiquité. Mais aucun Hiftorien , aucun
Diplôme ne m'aprend que ce même Childebrand fe foit
retiré en France. Le nom de Childebrand , qui défigne
clairement fa Patrie Lombarde , & les liaifons
étroites qui furent entre Pepin d'Héristel &
Charles Martel d'une part , & Luitprand & Chil
debrand de l'autre , feroient recevoir l'identité d'un
feul Childebrand, par les plus difficultueux Généalogiftes
; mais voilà de plus cette identité confignée
dans les Monumens de l'Antiquité , non par
un fimple témoignage d'Hiftorien ou par un Diplôme
, mais par une preuve très - fupérieure , par
le témoignage du Roy Robert II . témoignage dé
cifif , qui n'a rien d'équivoque , qui ne peut le raporter
à une Race féminine , puifque toutes les filiations
depuis Robert II . en remontant jufqu'à
Childebrand , font prouvées de mâle en mâle , &
déclare fa Maifon venoit d'Italie..
que ce Roy que
Je me fouviens d'avoir dit que je me ſervois de
la méthode des Géometres , en prenant pour principes
les Fairs que j'avois prouvés ; ce n'étoit pas
dire que mes inductions formaflent une démonftra-
Dij tion
1987 MERCURE DE FRANCE
tion prefque géométrique . Mais j'adopte volontiers
ce terme , pourvû que par-là on entende la certitude
& Pevidence hiftorique. Une fimple preuve
directe , le témoignage d'un Hiftorien de ces temsla
ne pourroit pas être rejetté , n'étant pas contredit.
Cependant combien trouve- t'on de mépriſes
groffieres dans ces Auteurs ? L'un a dit que Charles
le Simple étoit fils de Charles le Gras ; un autre
a avancé que l'Empereur Arnoul étoit fils d'un Ba
ron de France. Quelle difference du témoignage ,
fur lequel nous nous apuyons principalement , foir
par le caractere pieux du Roy Robert II. foit par la
nature du Fait dont il devoit être parfaitement instruit
, s'agiſſant de l'origine de fes propres Ancêtres
; foit par le concours de tous les autres raorts
hiftoriques ; foit parce qu'il ne refte plus de vraifemblance
à aucune autre opinion débitée fur les
Ancêtres de Robert le Fort !
Eft- ce ma faute , fi M. L. D. F. ne voit dans tour
cela qu'une combinaiſon de conséquences probables ?
Il ajoûte même auffi-tôt ce correctif, comme s'il
s'étoit trop avancé ; ( Chronologie . ) Mais ce quifajt
encore douter de l'identité dé Childebrand de France
de Childebrand de Lombardie , c'eft que dans la
guerre faite à Aftaulfe par Pepin , il n'est point parlé
de lui. Auroit-il manqué de faifir cette occafion de fe
venger de l'Ufurpateur , d'engager Pepin à le faire
remonter fur le Trône's
Voici , comme on voit , une objection ajoûtée à
celles que M. L. D. F. avoit faites en premier lieu.
Mais quelle objection ! La guerre de Pepin contre
Aftaulfe , fe raporte à l'onzième année après le détrônement
de Childebrand , & à la troifiéme année
après la mort, dont le tems nous eft indiqué par le
Continuateur de Frédegaire , qui dit en l'année 752.
Jufqu'ici cette Chronique a été écrite par les ordres
de
SEPTEMBRE 1746 1987
de Childebrand ; elle va dorénavant être fuivie fou
l'autorité du Comte Nébelon , fon fils.
M. L. D. F. pour foûtenir fa Chronologie , dira
peut- être, il n'eft pas impoffible que celui qui a fait
commencer une Chronique foit encore vivant, lors
qu'elle eft continuée par les ordres de fon fils. It
me faut le témoignage précis de l'Hiftoire . M. L. D. F.
dira ce qu'il jugera à propos ; & le Public auffi en
penfera ce qu'il jugera à propos de fon côté . En
fupofant même que Childebrand vivoit encore , la
prudence ne lui eût pas permis d'engager Pepin à le
faire remonter fur le Frône. Le nouveau Roy de
France , en portant la guerre au-delà des Alpes",
montroit affés un projet formé de joindre à fa Couronne
celle de Lombardie ; projet , qui moins de
vingt ans après fut executé par Charlemagne . Chi
debrand & fes defcendans ne devoient- ils pas craindre
de fe faire des ennemis de leurs Protecteurs ,
'ils montroient quelque prétention ou quelque vuë
fur le Royaume des Lombards ? Quels avertiffemens
ne recevoient - ils pas de tant d'exemples des
maux causés par la funefte foif de dominer ?
Il n'y a qu'à fe rapeller avec quelle cruauté les
Mérovingiens ont fait mourir leurs plus proches
parens , pour agrandir leurs Etats ; comment Charles
Martel & Pepin traiterent les reftes de la Famille
Mérovingienne ; combien ils persécuterent la
Maifon d'Aquitaine, qui étoit Mérovingienne auffi.
A nous renfermer dans les commencemens des Regnes
des Carliens , Pepin & Siagrius , fils de Carlomán
, & neveux de Pepin , Roy de France , furent
enfermés dans un Monaftere ; les deux fils d'un autre
Carloman , propre frere de Charlemagne , furent
conduits chés Thaffillon , Duc de Baviere , puis
chés Didier , Roy des Lombards , dès que leur Pere
Carloman fut mort , leur Mere ayant voulu les
D iij fouftraire
1988 MERCURE DE FRANCE
fouftraire à la jaloufie de leur oncle. Tant il étoit
dangereux alors d'avoir des prétentions qui ne fussent
pas foûtenuës par la force !
C'est ce qui m'a fait dire ( à la page 204. des
Antiq. de la Mais . de Fr. ) peut - être les defcendans
de Childebrand laifferent- ils tomber peu à peu dans
P'oubli kur origine de Lombardie , pour ne faire
paroître aucune prétention fur un Royaume
conquis par Charlemagne , & poffedé par fa Pofterité
. Mais Kobert II . étant affermi fur fon Trône
par les trois Regnes d'Eudes, de kobert I. & de Hugues
Capet , les raifons de politique difparoiffent, &
la vérité le montre par la preuve la plus certaine &
la plus autentique .
La même refléxion s'aplique à la continuation de
Frédegaire. Childebrand , réfugié auprès de Pepin,
qui n'avoit pas encore pris le titre de Roy , auroitil
eû l'imprudence , dans une Chronique écrite par
fon ordre , de fe décorer d'une naiffance , d'un
rang , & d'un titre fupérieurs à ceux de fon beaufrere
& de fon neveu , dont la protection lui fervoit
d'azyle ? Eût- il fait inſerer la Race & fon Regne
, dans une Hiftoire entierement étrangere à la
révolution qui lui avoit enlevé la Couronne de
Lombardie
Mais voici un trait de prudence bien plus marqué .
C'eft un fait très certain que Luitprand , Roy de
Lombardie vint en 739 avec toutes les forces au
fecours de Charles contre les Sarrafins. Comment
Childebrand & Nebelon ont-ils pû négliger d'aprendre
à la Pofterité l'obligation effentielle que Charles
, Pepin , & toute la France avoient à Luitprand ?
C'eſt par le même motif, qui fit fuprimer à Germanicus
fon nom dans l'Infcription qui contenoit fes
propres victoires. ( Tac. Annal . Lib . 2. )
L'omiflion du nom de Germanicus , dans ce Monument,
SEPTEMBRE. 1740 1989
nument, eft une preuve que l'Infcription fut ordonnée
par lui- même; car quel autre que lui eût pû l'y
omettre ? L'omiffion du fecours amené par Luitprand
eft une preuve que les guerres des Sarrafins
en France ont été écrites par les ordres de fes neveux.
L'identité de Childebrand Roy de Lombardie
, & beau- frere de Charles Martel , en eft encore
confirmée ; car fi le Continuateur de Frédegaire
n'eût pas écrit par les ordres de Childebrand Lombard
& de Nebelon , eût - il pû omettre un Fait aufi
important pour le Sujet qu'il traitoit , que le fecours
de toutes les forces de Lombardie amenées
en France par Luitprand lui- même ? L'omiffion du
titre de Roy fera- t'elle quelque impreffion , après
avoir ajoûté cette remarque aux précedentes ?
Il me refte à répondre à deux attaques , l'une de
Critique & l'autre de Dialectique , & enfin à la négligence
& à l'inexactitude qui me font imputées.
Je commence par le point de Critique . J'ai dit, dans
ma premiere Réponſe , que fi le Continuateur de
Frédegaire n'avoit pas marqué l'identité de Childebrand,
Roy de Lombardie , & de Childebrand , beaufrere
de Charles Martel , c'eft que ce Fait étoit
trop notoire alors , & qu'il n'avoit aucun raport aux
Evenemens dont Childebrand & Nébelon faifoient
écrire l'Hiftoire .
( Critique . ) M. L. D. F. releve cette Réponse
& il y voit des conséquences dangereufes. Selon
d'habiles Critiques , dit - il , lorfqu'il s'eft écoulé deux
fi'cles ou environ , fans trouver aucun vestige d'un
Fait illuftre , il doit paffer pour apocryphe. Je ne connois
aucun Critique qui ait avancé une regle fi préjudiciable
à l'Hiftoire .
Les véritables regles de la Critique en ce genre ,
font , d'examiner quel eft le premier Auteur qui a
avancé un Fait , fi l'Auteur eft grave , s'il eft ancien ,
Dij
s'il
990 MERCURE DE FRANCE
s'il peut avoir faivi des veftiges que le tems n'ait pas
faiflé parvenir jufqu'à nous , s'il eft contredit , file
Pait en lui - même eft vrai- femblable , dans quelles
fources il a pû être puisé , fi l'Auteur non contemporain
a eû quelque motif d'alterer la vérité , quel's
font les tems & les conjectures , où les Contemporains
manquent.
Il n'y a pas une feule de ces regles de Critique
qui n'affûre l'origine Royale de la Maifon de France.
L'Auteur , fur lequel je me fonde principalement
, a fept cent cinquante ans d'ancienneté. If
ne fait que répeter les paroles d'un Roy pieux &
fincere ; il a puisé le plus décifif des témoignages
dans la tradition même de la Famille dont il nous
aprend l'origine ; cette preuve eft encore fortifiée
par le concours des circonftances qui s'y raportent ;
les fiécles où nous faifons nos recherches , font
obfcurcis par les plus épaiffes ténebres ; enfin après
que toutes les autres opinion's fur les Antiquités de
la Maiſon de France ont été réfutées , le témoigna
gne d'Helgaud ne peut plus être valablement contredit.
Mais voici , fuivant M. L. D: F. le danger de ma
Réponse. En admettant la raison employée par M.
D. S. A. il n'y a point de Fable célebre qui ne doive
être admife il n'y aura qu'à dire qu'elle étoit trop nosoire
pour être écrite dans fes commencemens . Ai - je
fait entendre qu'on doive admettre les Faits qui ne
font pas autorisés du genre de preuves qui leur
convient ? Non , mes paroles fignifient qu'on ne
déplace pas ordinairement un Fait pour l'aprendre
au Public , lorsqu'il eft connu de tout le monde.
Quel danger y a-t'il que cette maxime introduife
des Fables ? M. L. D. F. a fi bien pris le féns de
Ares paroles , qu'il dit lui - même, que de pareils Faits
ont été confignés dans des Pieces où ils ne dévoient pas
naturelleSEPTEMBRE
174 1994
naturellement fe trouver. J'avoue qu'on trouve quelquefois
de pareils Faits confignés dans des Pieces of
ils ne devroient pas naturellement fe trouver , c'eſt- àdire
, des Faits auffi déplacés que l'eût été l'origine
Lombarde de Childebrand dans la guerre des Sarrafins
; mais a-t'on jamais affecté de répandre quelque
foupçon d'incertitude fur un Fait, parce qu'il no
fe trouve pas dans un endroit où il ne devoit pas
naturellement fe trouver ? Ce n'eft pas là le point de
Dialectique annoncé ; le voici.
Nous avons reconnu , dit M. L. D. F. 1° . que l'in
terpretation
donnée à ce témoignage par M. D. S. A.
paroiffoit mieux fondée que celle des autres Critiques.
2. Qu'elle n'étoit pas auffi certaine qu'il le penfe. Il
trouve en cela une espèce de contradiction
. Mais en
bonne Logique, une interprétation
peut être mieuxfondée
,fans qu'elle foit certaine ; l'esprit faifit aisémen
cette différence. Il n'eft pas douteux que l'efprit ne
faififfe aisément cette difference ; mais M. L. D. F.
nous donne encore le change ; il faut , s'il le veut
bien , rétablir la queftion dans fon état véritable.
( Dialectique. ). De quoi s'agit- il dans le Paffage
d'Helgaud ? De la Race mafculine ou d'une des
Races féminines de Robert II . En quoi mon interprétation
est- elle différente de celle des autres Cri
tiques ? En ce que j'ai prouvé que ce qu'ils entendoient
de la Race maternelle de Robert II . fe raportoit
invinciblement à fa Kace paternelle . C'eft
de là qu'il faut partir."
Rapellons maintenant les deux Jugemens de M,
L. D. F. Premier Jugement : M. D. S. A. réfute
fort bien les differentes interprétations qu'on a données
à ce Paffage. Celle qu'il donne , parait mieux fondée
Second Jugement qui fuit immédiatement : Šon inserprétation
n'eft pas auffi certaine qu'il le penfe ,
d'autant mieux qu'on ne peut pas dire que l'Hiftorien,
DV par
1992 MERCURE DE FRANCE
par ces termes , ejus inclyta progenies , indique la
Race mafculine de Robert II. Il paroît qu'on doit
plutôt l'entendre de la Raceféminine.
M. L. D. F. dit donc précisément , & au même
endroit , que le Paffage doit s'entendre de la Race
mafculine , & qu'il doit auffi s'entendre de la Race
féminine; & afin de balancer mieux les deux membres
de la contradiction , il exprime l'un & l'autre par
an il paroit. L'interprétation que M. D. S. A. donne
au Paffage d'Helgaud ( fçavoir l'interprétation de la
Race mafculine ) paroît mieux fondée . Il paroît qu'on
doit plutôt l'entendre ( le même Paffage ) de la Race
féminine. C'est - à - dire , il paroît que le Paffage fe
raporte à la Race maſculine , & il ne paroît pas que le
Paffage fe raporte à la Race mafculine . Voilà deux
propofitions dont les termes fe détruſent par
sertions oposées. Rien ne fut jamais plus contradictoire
; car de même que le vrai & le faux ,
Contradictoire n'eft pas fufceptible du plus ou du
moins.
des asle
M. L. D. F. a repeté deux fois qu'Helgauld employe
des expreffions qui indiquent plûtôt l'origine
féminine que la mafculine . Ĉe feroit faire tort à
fon érudition , que de le foupçonner de croire que
ces mots , ejus inclyta progenies , indiquent plutôt
une origine féminine qu'une origine maſculine ; il
eft donc invité par toute l'importance dont eft fon
fuffrage , de faire connoître quelles font ces expresfions
d'Helgaud , qui indiquent plutôt une Race
féminine.
M. L. D. F. avoüe fincerement fes mépriſes . Je
confirme avec plaifir le témoignage avantageux
qu'il fe rend à lui- même à cette occafion . Il reconnoît
qu'il a cú tort de dire que des Auteurs contemporains
euffent marqué l'origine Saxone de Robert
le Fort. ( Négligence & inexactitude. ) La fincerité
SEPTEMBRE. 1740. 1993
cerité & l'impartialité l'obligent enfuite d'aprendre
au Public que le hazard lui a fait connoître ma
négligence. Cet éclairciſſement donné , dit- il en parlant
de moi , par un Auteur qui ſe pique d'une fcrupuleuse
exactitude , ne me laiffa d'abord aucun doute .
Mais la Differtation de M. l'Abbé des Thuilleries
m'étant tombée par bazard entre les mains , j'ai eû
la curiofité de la relire ; & j'ai été furpris de voir que
M. D. S. A. ait exposé avec tant de négligence le fentiment
de l'Abbé des Thuilleries fur l'origine Saxone
de Robert le Fort . Loin de la rejetter , comme le dit le
moderne Généalogifte , il l'adopte formellement.
M. L. D. F. raporte tout de fuite un affés long
Paffage de l'Abbé des Thuilleries, qui fait connoître
tout le contraire ; car l'Abbé des Thuilleries y
transporte l'origine Saxone à une origine Bavaroife;
& il marque clairement que , fuivant fon opinion
>
l'Ayeule paternelle de Robert le Fort fut feule du
vrai Sang de Saxe.
M. L. D. F. avoit dit qu'il me voyoit avec peine
braver les témoignages de plufieurs Auteurs contemporains
, qui , en parlant de Robert le Fort , difent qu'il
étoit Saxonici generis . M. l'Abbé des Thuilleries ,
quifait venir Robert le Fort de Conrad , Comte d'Altorf,
a crú devoir interpreter ces Paffages , & non les
rejetter , comme fait M. de S. Aubin. L'Abbé des
Thuilleries n'a pas interpreté , & je n'ai pas rejetté
des Paffages , qui de l'aveu de M. L. D. F. mieux
informé , n'exifterent jamais .
Je n'ai pas nié que l'Abbé des Thuilleries
n'eût
expliqué Aimoin ; il ne s'en agiffoit pas de la part
de M. L. D. F. qui ne l'avoit feulement
pas nommé .
L'Abbé des Thuilleries
explique donc Aimoin ; il
tâche de l'attirer à fon fentiment ; mais il rejette
l'origine Saxone , fans aucune explication à ce fujer.
Expliquer Aimoin , c'eſt transferer fon témoignage
D vj
d'une
1994 MERCURE DE FRANCE
P'une origine Saxone à une origine Bavaroife ; &
c'eft ce que l'Abbé des Thuilleries a fait . Expliquer
P'origine prétendue Saxone de Robert le Fort, c'eft 1 .
faire connoître fur quels motifs l'opinion de cette
origine auroit pû être fondée . 2 °. C'eſt expoſer de
quelle tige Saxone en particulier les Auteurs avoient
fait defcendre Robert le Fort ; mais c'eft ce que
P'Abbé des Thuilleries n'a point fait , & ce que j'ai
effayé de faire avec le plus grand détail
Je n'ai omis ni ce que l'Abbé des Thuilleries a
remarqué , conformément aux autorités raportées
par Audigier , que toute l'Allemagne avoit été
quelquefois apellée Saxe , ni ce qu'il a dit après
Chiflet , que Robert le Fort , étant fils de Conrad
d'Altorf, avoit pour ayeule paternelle une Princeſſe
de la Maifon de Saxe . J'ai raporté l'un & l'autre ,
( Antiq. de la Maif. de Fr. p. 52. ) non en citant
P'Abbé des Thuilleries , mais Audigier & Chifflet ,
aimant mieux aller aux fources , dont je me fuis
toujours bien trouvé ; témoignage que je me rends
mon tour , pour tâcher de rétablir l'opinion de
mon exactitude ; le feul talent dont j'aye lieu , &
dont il me foit permis de me piquer , parce que le
devoir de tout Ecrivain l'exige .
Dans un fecond paffage cité , l'Abbé des Thuilleries
apelle le témoignage d'Aimoin invincible ; non
par raport à l'opinion d'une origine Saxone , qu'il
ne lui attribue feulement pas, puifqu'il explique fon
Paffage d'une origine Bavaroife , mais en ce qu'il
réfulte invinciblement des paroles de cet Auteur
qui a été contemporain de Huges Capet & qui écrivoit
fous Robert II. que la Race maſculine de ces
Princes étoit étrangere à la Maiſon Carlienne . Toute
l'ancienne Hiftoire , comme nous l'avons remarqué
, témoigne la diverfité de ces deux Races mafculines
, en même tems que le terme de Germanus ,
la :
SEPTEMBRE. 1740 1994
la proprieté du Comté de Madrie , tranfmife de Pepin
d'Hériftel aux defeendans de Childebrand , &
ce qui eft énoncé par les Auteurs contemporains
des Ancêtres de Robert le Fort , qu'ils étoient du
fang Carlien , ne permettent pas de douter que
Childebrand n'ait épousé la foeur de Charles Martel .
M. L. D. F. ne veut pas même que j'apelle la
Differtation de l'Abbé des Thuilleries très - courte.
Ille renferme , dit- il , tout ce qui peut solidement
apuyer fon opinion. Que falloit - il de plus ? N'eft-il
donc pas convenable d'apeller très - courte une Dissertation
qui ne peut feule & par elle- même , compofer
le plus petit volume in - douke ? Dire qu'une
Differtation eft très- courte , eft- ce juger qu'elle
manque de folidité ? Mais ce que je n'avois pas penfé
à inferer dans ma premiere Réponſe , je le déclare
volontiers ici . La Differtation de l'Abbé des Thuilleries
manque précisément de ce qui étoit le plus
néceffaire pour apuyer fon opinion . Illa fonde uniquement
fur ce qu'on doit lire fratris dans la Chronique
de S. Benigne ; mais il ne l'établit en aucune
maniere , au lieu que j'ai aporté plufieurs raifons décifives
qu'il faut y lire fratres ; au moyen de quoi
tout l'édifice d'une origine Bavaroife eft entierement
renversé.
Je puis bien en dire autant de tous les autres Sys.
têmes fur les Antiquités de la Maifon de France.
Or il n'apartient qu'à la vérité de diffiper par fa lumiere
toutes les erreurs.
( Enthousiasme. ) Il eft avantageux aux Lettres de
contefter les nouveautés qui fe préfentent. Mais
n'eft- ce pas franchir les bornes , que de voulo r juger
les motifs de la plus légitime défenſe ? Ne s'en
préfentoit-il pas d'autres plus naturellement , que
ceux de l'entoufiafme & de l'amour propre , qui me
font attribués par M. l'Abbé des Fontaines ? Je n'ai
pas
1996 MERCURE DE FRANCE
pas prétendu expofer au jour des probabilités ou
des inductions fimplement spécieufes fur les Antiquités
de la Maifon de France . Sans remonter au- delà
de Robert le Fort , elle eſt la plus ancienne des Maifons
Souveraines , comme elle eft incomparablement
la plus augufte ; mais c'eſt un furcroît important
de grandeurs , d'ajoûter au - delà de Robert le
Fort fix degrés juſqu'à Anſprand , & deux cent ans
d'ancienneté prouvés à la rigueur , avec évidence &
avec certitude ; & ce qui eft plus important que ces
fix degrés , c'eft la découverte d'une origine Royale
, & la jonction de la lignée de Robert le Fort &
de ce nombre immenfe de Héros & de Souverains
qui font iffus de lui , avec les puiffans Rois d'une
Nation Illuftre , tant en Allemagne qu'en Italie , &
qui a été la plus célebre de toutes par fes Loix.
Voila le vrai motif de mon zele . Le feul interêt de
la découverte d'un Fait hiftorique ne m'auroit pas
engagé à réfuter M. l'Abbé des Fontaines , ni à faire
la moindre attention à l'enthouſiaſme de fes jugemens.
33
( Réponse à l'Auteur anonyme des Reflex. ) L'Auteur
anonyme des Refléxions affaifonne fa Critique
d'une extrême politeffe ; & je prends volontiers cette
occafion de lui répondre fur le même ton. Il
commence par citer ce Paffage de mon Traité de
POpinion , Il faudroit , ce me femble , en bonne
» police Littéraire , qu'un Auteur critiqué par un
» Journaliſte , fût en droit de faire inférer la Ré-
» ponte dans un des Journaux fuivans ; car il n'y a
point de juftice d'attaquer un homme qui n'a au-
» cun moyen de fe défendre. Et pour éviter tout in-
» convénient, on pourroit prefcrire à la Réponſe les
» mêmes bornes ou la même étenduë qu'auroit euës
» la Critique. Cet Auteur , dit - il enfuite .... n'a
pas demandé aux Ecrivains périodiques , qui ont fait
diverfes
35
SEPTEMBRE. 174 . 1997
diverfes objections contre fon Système généalogique de
la Maison de France , l'execution de cette Police Litteraire
, & a prouvé contre lui - même , par la Réponſe
qu'il vient d'imprimer , qu'indépendamment de cette Po-
Tice , un Auteur a le moyen de fe défendre.
Juger le Ouvrages nouveaux en tout genre , les
aprécier , regler leurs deftinées , m'a toujours parû
une entrepriſe auffi difficile que délicate. Ces fortes
de décifions font fouvent dictées par les plus injuftes
partialités : & presque toutes émanent au moins de
certaines particularités imperceptibles , qui fuffisent
pour préfenter au Public un Ouvrage nouveau fous
la forme la plus défavorable . Mrs les Journaliſtes ,afin
de confondre les qualités de Nouvelliftes & de Juges
des Lettres , vantent la Critique . On ne peut
nier fa grande utilité ; mais les Livres qui fortent de
deffous la preffe , fi vous en exceptez quelques motifs
importaus , ne me paroiffent pas être le véritable
objet de la Critique . Il feroit bien plus avantageux
qu'elle s'attachât aux objets les plus intereffans des
Sciences , & à ces Ouvrages , dont les défauts peuvent
être d'autant plus contagieux, qu'ils font entre
les mains de tout le monde. De quel prix feroit un
excellent Auteur, accompagné d'une bonne Critique !
J'avoue que je me ferois fervi avec bien plus de
fatisfaction & moins d'embarras de la Police Litteraire
, dont il vient d'être parlé , fi je l'avois trouvée
établie car la reffource d'une Feuille que le
Public ne connoît pas ou qu'il méprife , peut - elle
être regardée comme un moïen de se défendre ? Elle
ne paffe point entre les mains des mêmes perſonnes
, qui ont lû l'Ouvrage Périodique . Celui qui
n'a que cette reffource , eft dans le cas d'un homme
qui ayant un procès , ne pourroit pas inftruire
fes Juges , & auroit feulement la liberté de conter
fon affaire à quelques Paffans,
L'Auteu
1998 MERCURE DE FRANCE
A
L'Auteur Anonyme des Réflexions reconnoît que
les conjectures les plus heureuses & les plus plausibles
Supléent au défaut des preuves directes que l'Hifloire
nefournit pas : & il donne une face nouvelle à des
objections fort bien tournées , pour me contefter
l'évidence . Il n'eft pas convaincu que la certitude
hiftorique fe rencontre dans la filiation de Robert
le Fort & dans l'identité de Childebrand. Mais
quand on confidere , dit-il , que le Comté de Madrie
la Terre de Saiffeaux ont pis , foit par le défaut
Héritiers,foit pour d'autres raifons inconnues , paf-
Jer aux Defcendans de Robert le Fort , que ce Prince
pu porter le nom de Robert & s'être engagé dans le
mêmeparti que Robert, mari d'Agane , fans être fon
fils ; que le témoignage de Robert II . eft trop vague ,
& qu'enfin aucun de ces Faits n'eft accompagné d'une
sirconftance évidemment décifive pour le Systême du
fçavant Ecrivain , il eft naturel de douter , ce n'eft
pas être Pyrrhonien que de regarder comme conjecturale
la filiation de Robert le - Fort.
L'ingénieux Journaliſte trouvera bon que je lui
repréfente que le mêlange des preuves avec les
conjectures , obfcurcit la lumiere qui en réſulte
roit , fi elles étoient expofées avec plus d'ordre. Le
nom de Robert , commun au pere & au fils , les
mêmes qualifications données par les Auteurs con
temporains à l'un & l'autre , leurs mêmes intérêts
dans les Guerres Civiles des François , & l'intervalle
précis d'une génération forment prefque ce
concours de circonftances qui , fuivant le judicieux
Critique , déterminent invinciblement l'esprit d'un
Côté plutôt que de l'autre.
Voilà jufqu'ici le degré de conviction qui réſulte
de l'affemblage des conjectures les plus plaufibles :
mais ce que nous y avons ajoûté , porte ce fait à
une évidence & à une certitude hiſtorique. La filiation
›
SEPTEMBRE : 1745% 1999
liation de Robert le Fort , outre laraport des quatre
conjectures précédentes , eft apuyée fur trois preu-,
ves , chacune en particulier , decifives ; du Comté
de Madrie , de la Terre de Saiffeaux , & du témoignage
de Robert II . trois preuves de la réunion
defquelles il réfulte une conviction bien plus forte
que d'une fimple preuve directe .
·
Comme ces trois preuves ont été fufifamment expliquées
, il ne me refte qu'à répondre aux réflexions
faites en dernier lieu . Elles fe réduisent à
deux. 1. Le Comté de Madrie & la Terre de Saiffeaux
ont pú , foit par le défaut d'héritiers , foit pour
d'autres cauſes inconnuës , paffer aux deſcendans de
Robert le Fort . Ces caufes me font tellement in
connues , que je n'ai pû en imaginer aucune , en
recherchant avec foin & effayant toutes les hypothéfes
poffibles. Le témoignage de Hugues le Grand
ne laiffe aucun lieu de douter qu'Agane de Berri
n'ait été une de fes Ayeules , puifqu'en donnant la
Terre de Saiffeaux à l'Abbaie de S. Martin , il déclare
qu'elle lui vient d'une de fes Ayeules.
Cette Terre n'avoit donc pas paffé à Hugues le
Grand , faute d'héritiers , ni par aucune autre rai
fon inconnue : & puifque Hugues le Grand étoit
petit-fils de Robert le Fort , il s'enfuit néceffairement
que Robert le Fort a été fils de Robert &
d'Agane. Nous fçavons d'ailleurs que Robert, mari
d'Agane, étoit fils de Théodebert Comte de Madries
ce qui démontre que, tant le Comté de Madrie que
la Terre de Saiffeaux ont paffé de filiations en filiations
& par des fucceffions directes dans la lignée
des Afcendans de Robert II . Ce Monarque acheve
la conviction réſultante évidemment de ces preuves
, par le témoignage que fa Maiſon eft originai
re d'Italie témoignage qui n'a plus rien de vague,
& qui ne peut s'apliquer à une Race féminine ; fa
Mere
2000 MERCURE DE FRANCE
fa
Mere ayant été Aquitaine , fon Aycule Saxe ,
Bifayeule Vermandois , fa Trifayeule Alface , fa
quatriéme Ayeule Berri . Il n'y a dans toute cette
Généalogie , aucune Race venuë d'Italie , que la
Race paternelle Car perfonne affurément ne prétendra,
parce que la naiflance des cinquième & fix éme
Ayeules du Roy Robert II . ou des femmes de
Théodebert & ae Nébelon eft inconnue , & en fupofant
même que ces Princeffes euffent été Italiennes
que Robert II . ait pû dire , à cauſe d'elles , que
fa Race étoit venuë d'Italie
Sur l'identité de Childebrand , Beau - frere de Charles
Martel , & de Childebrand , Roy de Lombardie,
l'Auteur des Réflexions propoſe encore ces difficultés.
Qu'on se repréſente que l'H ftoire garde un profondfilence
fur l'arrivée de Childebrand , Roy de Lom.
bardie en France , & que le Childebrand , qui s'y eft
rendu célébre par les exploits , n'est point décoré du
nom de Roy, & qu'aucun Auteur ancien ne l'a crú le
même que le Roy de Lombardie , je demande après cela
fi l'identité de Childebrand , Beau-frere de CharlesMartel
de Childebrand , neveu de Luitprand , peut être
évidemment démontrée ?
J'ai répondu fuffiſamment aux deux premieres
objections, qui confiftent en ce que l'Hiftoire garde
le filence fur l'arrivée de Childebrand en France &
fur ce qu'il n'y eft pas décoré du titre de Roy; quant
à la troifiéme , il fuffit d'obſerver ce qui n'eft ignoré
de perfonne , qu'on a fouvent découvert des faits
très- certains , qui n'avoient pas été remarqués , ni
énoncés par les anciens Hiftoriens , & que cette
objection ne fubfifte plus à la vvûuëe des preuves claires
& affûrées , que l'intérêt de la vérité que je défends
m'oblige de répeter ici ; fçavoir que Childebrand
qui a époufé la foeur de Charles Martel , qui
porte un nom Lombard , dont les Defcendans fe
difent
SEPTEMBRE. 1740. 2001
difent originaires d'Italie , ne peut avoir été que le
neveu de ce Luitprand Roy de Lombardie , qui
avoit des liaiſons fi intimes avec Pepin d'Hériftel
& avec Charles Martel .
Ainfi tous ces Faits enchaînés les uns aux autres,
fe trouvent confignés dans les Monumens de l'Hiftoire
, & ils y font doublement confignés par les
deux témoignages de Hugues le Grand & du Roy
Robert II auxquels des énonciations fimples d'Hiftoriens
fujets à fe tromper, ne feroient pas comparables
pour la certitude .
L'Auteur des Réflexions répete encore l'Eloge de
modeftie qu'il m'avoit déja donné . Je préfererois
à toutes les cécouvertes Litteraires un feul trait d'une
véritable modeftie : mais c'est ce montrer peu digne
de cet éloge que d'y paroître fi tenfible.
Depuis que ce te feconde Reponse a été imprimée ;
M. l'Abbé Granet a averti qu'il étoit feul Auteur
du Jugement porté fur les Antiquités de la Maifon de
France dans les Obfervations , qui font un Ouvrage
commun à MM, les Abbés des Fontaines & Granet >
& que M. l'Abbé des Fontaines n'avoit aucune part
à ce Jugement.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure d'Août par , Papier ,
Orfevre , & Bafile . On trouve dans le premier
Logogryphe , Fer , Feu , S. uf, Reve,
For , Eve , Féve , Ove , Verre , Ruë , Or ,
Roue , Four , Ver , Fou , Fur , Où , Re ,
Eure ; & dans le fecond on trouve , Asile ,
Bail , Bafe , Bile , Ail , Albi , Bal , Baſle ,
Blé , Afie , Bife , & Bias.
ENIGME
2002 MERCURE DE FRANCE
*******************
ENIGME LOGOGRYPHE.
PLus barbare que Lucifer ,
J'ai souvent , suivi de mon Pere ,
Enfoncé le Glaive & le Fer
*
Dans les entrailles de ma mere ,
Dans l'abominable dessein
De dévorer , de mettre en poudre ,
L'Enfant qu'elle porte en son sein.
Et puisque la celefte Foudre
N'a pas mis fin à tant de maux ,
Punis toi-même un si grand crime
Dechire mon corps en lambeaux
Et si tu crains que la Victime
Ne se révolte contre toi ,
Lecteur , tu trouveras chés moi ,
Pour consommer enfin un si grand Sacrifice ;
L'Exécuteur , le Lieu , l'Instrument du Suplice?
A Ronen , par M. *** de Fécamp.
J.E
LOGOGRYPHE.
E suis Térin , je suis Mâtin ;
Je suis Merle , je suis Merlesse ,
ཚJo
SEPTEMBRE. 1740 2003
Je suis Ane , je suis Anesse ,
Je suis très -Saint, je suis Malin ,
Je suis Maître , je suis Maîtresse ,
Je suis alerte , je suis lent,
Et mon nom eft T .....
A. R. D. R. P.
AUTRE.
E possede à la fois taille , gefte , noblesse ;
Des mouvemens du coeur je connois les ressorts;
Je peins la force , la foiblesse ,
La rage , le dépit , la crainte & les remords.
On m'estime à la Cour , on m'adore à la Ville.
Un petit Maître , un Glorieux ,
Un Heros , un Amant, par moi sont peints au mieux ,
Et la Nature en moi rend ce talent facile ,
Huit membres composent mon nom ,
Qui renferment tous huit ensemble
Ce qu'aux yeux ici je rassemble
Par l'Art de la Combinaison.
J'offre d'abord un mot qui n'est rien moins que remé
dre ,
Un Acteur du grand Opera
Qu'une Sillabe nommera
La notte d'après Ut , une Ville de Flandre ;
C&
2004 MERCURE DE FRANCE:
Ce qui servoit à conserver la cendre
Des Heros de l'Antiquité ,
Ce qui donne au Danseur l'aimable agilité ,
Et le jarret lui fait bien tendre ;
Des Pays froids un Animal ,
Qui va plus vite qu'un Cheval ,
Un grand Arbre qui rime à Chêne .
Le terme tout contraire à celui d'accorder ,
Le vice de l'Ame hautaine
D'un mortel rebutant , qu'on ne peut aborder ;
Uu autre Arbre portant un petit fruit utile ,
Dont dans plusieurs Pays on sçait tirer de l'huile ,
Ce qu'est l'Homme sans vêtemens ,
Ce qui , large & bien droit , embellit une Ville ;
L'amas qui du Soleil voile l'éclat charmant .
Voilà , Lecteur , tout ce que peut produire
Un nom très- fameux à Paris ,
Et celui qui le porte a sçû te faire rire ,
Et pleurer à differens prix.
L'Affichard.
NOU
SEPTEMBRE. 1740.
2005
įį į į į į į į į į į ! ! ! ! ! ! !
NOUVELLES
LITTERAIRES ,
E
DES BEAUX - ARTS , & c.
XAMEN du Livre intitulé : Réflexions
Politiques sur les Finances & le Commerce.
A la Haye , chés les Freres Vaillant
& Nicolas Prevêt , 2. Volumes in- 12.
On voit depuis peu dans le Public quelques
Exemplaires de cet Ouvrage , qui est
proprement la Réfutation de l'Apologie du
fameux Systême , & des Critiques inserées
dans les Réflexions Politiques contre la plûpart
des Opérations de Finance , faites depuis
1709. jusqu'en 1726. Les vûës du Mi- ¨
niftére pendant tout ce tems- là , sont dévelopées
, aprofondies & mises dans tout leur
jour , sans passion & sans préjugés , dans
l'Ouvrage que nous annonçons. Les Opérations
de M. Law y sont pareillement discu
tées & pesées au poids de la raison & de la
justice. Ce Livre jette une grande lumiere
sur l'Histoire de notre tems ; on y trouve
des choses neuves sur la Haute Finance ; il
intéresse le fond des Matieres , & par
par
la précision , la force & la netteté de l'examen
; & nous sommestrès-mortifiés de ne
pouvoir
2006 MERCURE DE FRANCE
ཟླ
pouvoir faire connoître plus particulierement
un Quvrage si digne de curiosité.
HISTOIRE DU GOUVERNEMENT DE VE
NISE , avec des Notes Historiques & Politiques
, par M. Amelot de la Houssaye , nou
velle Edition , revûë , corrigée & augmentée
, avec Figures , à Lyon , chés Jacques de
Certe rue Merciere , à la Trinité , 3. Volumes
in- 12. dont le dernier contient l'Hif
toire des Uscoques.
›
MEDITATION DES PRESTRES devant &
après la Ste Messe , pour se disposer à la célébrer
dignement & avec fruit , pour chaque
jour du mois & pour les principales
Fêtes de l'année , avec une Oblation de ce
divin Sacrifice en l'honneur de quelque circonstance
de la Passion de N. S. Nouvelle
Edition revûë , corrigée & augmentée trèsconfidérablement
, par le Pere Edme Cloyseault
, Prêtre de l'Oratoire , Supérieur du
Séminaire , & Grand Vicaire du Diocèse de
Châlons sur Saone , à Lyon , chés le même
Libraire.
MEDITATIONS D'UNE RETRAITE ECCLESIASTIQUE
de dix jours , pour se corriger de
ses défauts & changer de vie , avec un Examen
pour aider à faire une Confession génerale
;
SEPTEMBRE . 1740. 2007
nerale ; à l'usage des Curés & autres Eccles
siastiques qui font Rétraite dans un Séminaire
, à Lyon , par le même Auteur , &
chés le même Libraire.
TRAITE' DE LA MORT & de sa Prépa
ration , tiré des Livres Saints , dans lequel
on expose par les propres paroles de l'Ecriture
tout ce que le Chrétien doit faire pour
se ménager une fainte Mort. Ouvrage nécessaire
& utile à tous les Fidéles qui desirent
de bien mourir , & à tous ceux qui sont
chargés de les instruire , de les consoler &
de les assister à la Mort , par M. l'Abbé
le Pelletier Chanoine de la Metropole
de Rheims , à Paris , chés Huart , Imprimeur
de Monseigneur le Dauphin , & Ganeau
, ruë S. Jacques , 1740. Vol. in- 12 . de
344. pages sans l'Avertissement & la Table.
PROGRAME de l'Académie Royale des belles
Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux.
LA
' ACADEMIE propose à tous les Sçavans,
un Prix fondé à perpétuité par feu M.
le Duc de la Force . C'est une Médaille d'Or
de la valeur de trois cent livres .
Cette Compagnie a déja avèrtí que le fujet
du Prix de l'année suivante 1741. fera la
cause physique de la couleur des Negres , de
E -Laا ه
2008 MERCURE DE FRANCE
la qualité de leurs Cheveux , & de la dégéné
ration de l'un & de l'autre.
Elle annonce aujourd'hui , qu'elle destine
le Prix de l'année 1742. à celui qui donnera
L'explication la plus probable de la cause
des effets de l'Electricité des corps.
Les Dissertations sur la couleur des Negres,
ne seront reçues pour le concours que jusqu'au
premier du mois de Mai de l'année
1741. & les Dissertations sur l'Electricité, ne
feront reçues que jusqu'au premier Mai de
l'année 1742. Elles peuvent être en François
ou en Latin : on demande qu'elles foient
écrites en caractéres bien lisibles .
Au bas des Dissertations il y aura une Sentence
, & l'Auteur mettra dans un billet séparé
& cacheté , la même Sentence , avec
son nom , son adresse & ses qualités , d'une
façon qui ne puisse pas former d'équivoque .
Les Paquets seront affranchis de Port , &
adressés à M. le Président Barbot , Sécretaire
de l'Académie , sur les Fossés du Chapeau
Ronges on an Sr. Brun , Imprimeur , Aggregé
de l'Académie , rue S. James.
>
Les deux Prix de cette année , l'un sur
Porigine des Fontaines des Rivieres ; l'autre,
sur la cause de la fertilité des Terres , ont été
remportés : le premier , par M. Kuhn , Docteur
en Droit & Professeur de Mathematiques
à Dantzick ; le second , par M. Kulbel,
Medecin
SEPTEMBRE. 1740. 2009,
Medecin du Roy de Pologne , à la Forte
resse de Konigstein.
A Bordeaux , le 25. Août 17402
AVERTISSEMENT.
On trouvera chés le Sr. Brun , le Recueil
de toutes les Dissertations de ceux qui ont
remporté le Prix depuis l'établissement de
l'Académie , en six Volumes in- 12 . On les
vend toutes ensemble, ou séparément. Et pour
la commodité des Sçavans , on a inseré à la
fin de cette Dissertation , un Catalogue de
toutes celles qui ont mérité le Prix depuis
l'établissement de l'Académie.
ou His- BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE
toire Litteraire de l'Allemagne , de la Suisse
& des Pays du Nord. Année M. DC C
XXXIV . T. 29. 1. Vol in- 12. Amsterdam
chés Pierre Humbert 1734.
ARTICLE VIII . Cet Article contient l'Ex
trait du III. Tome de l'Histoire de la Philo
sophie , écrite en Allemand par M. Jacob
Brucker , Pasteur de l'Eglise & Recteur du
College de Kauffbeyern , Membre de la Societé
des Sciences de Berlin . A Vime , chés
Daniel Barthelemi. 1732. pages 1344. sans
la Préface & la Table.
L'Auteur s'étant proposé de donner au Public
une Histoire complette de la Philoso-
E ij phie
2010 MERCURE DE FRANCE
燙
phie , depuis son berceau jusqu'à notre tems,
il l'a déja poussée jusqu'au IX . Siécle , où la
Philosophie d'Aristote prit tellement le dessus
, qu'on n'en connut plus d'autre , au
moins en Europe.
6
Ce troisiéme Tome traite premierement
de l'état de la Philosophie parmi les Ro-
´mains , avant la Naissance de J. C. & ensuite
des Philosophes Payens qui ont fleur
pendant les neuf premiers Siécles du Christianisme
, ils sont divisés dans cet Ouvrage
en differentes Classes , suivant la Doctrine
de Pitagore , de Platon , d'Aristore , d'Epicure
& c. qu'ils ont suivie , ou qui ont forme
quelque nouvelle Secte.
Nous ne suivons pas le Journaliste dans
son Extrait ; il faudroit abreger un Abrege ,
ce qui nous meneroit encore assés loin. Il
a cependant des traits curieux dans l'Auteur
Original qui ne sont pas oubliés dans l'Extrait
, & qui méritent une attention particuliere
on en jugera par celui - ci.
:
La République d'Athenes ayant été condamnée
par le Senat Romain à une Amende
considerable , pour avoir ruiné la Ville d'Orope
, résolut d'envoyer une Ambassade à
Rome pour obtenir la décharge de cette
Amende. On choisit pour cela trois des plus
célébres Philosophes de la Grece ; sçavoir ,
Carnede , Critolaus & Diogene , qui sçûrent
profiter
SEPTEMBRE . 1740
2011
profiter en habiles Gens de l'occasion , pour
faire connoître à Rome les Sciences qu'ils
enseignoient dans leur Patrie . Mais sur les
représentations de Caton le Censeur , qui regardoit
la Philosophie comme une Science ,
qui n'étoit propre qu'à gâter l'esprit , & å
amollir le courage des jeunes Romains , le
Senat congédia promptement ces Philosophes.
Il est vrai cependant que pendant le
peu de féjour qu'ils avoient fait à Rome
la Jeunesse Romaine avoit déja pris tant de
goût pour l'étude de la Philosophie , qu'il
ne fut plus possible de l'en détourner , & c.
part à
. L'Article XII , est destiné aux Nouvelles
Litteraires , recueillies de diverses Contrées
d'Allemagne. Nous ferons seulement
nos Lecteurs d'une curieuse Nouveauté qui
regarde la Botanique , & qui se trouve à la
page 184. de ce Journal .
On écrit de Carlsruh , que M. Auguste
Guill . Sievert , Ingenieur & Inspecteur des
Jardins de S. A. S. M. le Margrave de
Bade-Dourlach , entreprend de publier um
Recueil gravé de toutes les Fleurs , de toutes
les Plantes , de tous les Arbres , & de
tous les Fruits étrangers . Tout cela sera représenté
dans sa * grandeur naturelle , & ac,
* Cela fignifie , sans doute , qu'on indiquera cette
grandeur, & qu'on observera dans la Gravûre toutés
les proportions .
E iij compagné
2012 MERCURE DE FRANCE
,
compagné d'une Description . L'Ouvrage
contiendra six Volumes in fol. chaque Volume
divisé en 4. Parties , lesquelles paroîtront
de trois en trois mois ; de sorte qu'on
publiera un Volume par an ; chaque Partie
contiendra 30. Planches & l'Impression
sera faite sur du papier Royal de Hollande du
plus fin. Ce Recueil s'imprimera par Souscription
, & les Souscripteurs seuls pourront
l'acquerir. Le Prix de la Souscription
est pour chaque Partie de cinq Florins d'Allemagne
, & de sept pour ceux qui voudront
les Figures enluminées.
Autre Nouveauté & Curiosité Litteraire .
De Leipzig. M. Gohsched , jusqu'ici Professeur
extraordinaire en Poëfie , est devenu
Professeur ordinaire de Logique & de Métaphysique.
Il a fait imprimer , il n'y a pas
fort long-tems , l'Iphigenie de Racine traduite
en Vers Allemands.
Le XIII . & dernier Article , est rempli
par une seconde Lettre de M. P. à M. de B.
sur les Celtes. Nous avons rendu compte de
la premiere dans le 1. Volume du Mercure
de Decembre 1739. page 1868. Celle - ci n'eſt
pas moins curieuse ; l'Auteur s'est engagé
d'y faire voir deux choses. La premiere , cft
qu'à plusieurs égards les Celtes n'étoient
rien moins que Barbares . La feconde , est
que ce qu'il y avoit de plus déraisonnable
&
SEPTEMBRE. 2013 1740 .
& de plus barbare dans leurs Coûtumes ;
est précisément ce que les François , les Allémands
, & les autres Peuples du Nord ,
ont jugé à propos de conserver. Tout cela
nous a paru bien traité , & l'engagement
heureusement
rempli.
GESTA ET VESTIGIA DANORUM extra Da
niam , pracipuè in Oriente , Italiâ , Hifpaniâ,
Gallia , Scotia , Hibernia , Belgiô , Germaniâ
, & Sclavoniâ , Lipsiæ , 174c . in - 8 ° .´.
L
TRAITE' DES MALADIES VENERIENNES
par M. Astruc , Medecin Consultant du Roy,'
à Paris , chés Guillaume Cavelier , ruë S.
Jacques , au Lys d'Or , 1740. Nouvelle Edi
tion , 2. Volumes in-4° .
LA METHODE des Fluxions & des Suites
infinies , par M. le Chevalier Newton, in- 4
'Paris , chés de Bure l'aîné , Libraire , Quai
des Augustins , à l'Image S. Paul , 1740.
Voici un excellent Ouvrage , que nous
devons à deux grands Maîtres ; fçavoir , au
Chevalier Newton , comme Auteur , & à
M. de Buffon , comme Traducteur. C'est
un des premiers Ouvrages de Newton , commencé
en 1664. fini en 1671. & qui cepen
dant n'a paru qu'en 1736. dix ans après la
mort de fon Auteur. Ainfi le précepte qu'Ho-
E iiij
race
or MERCURE DE FRANCE
race prescrit aux Ecrivains, nonumque prema
tur in annum , a été ici obfervé & bien audelà.
›
Comme la matiere du Calcul differentiel
& du Calcul intégral n'avoit pas encore été
maniée par les Géometres , M. de Leibnitz
si connu dans les differentes parties de la Litterature,
voulut se dire Inventeur des Régles
qu'il en a publiées en 1684. ce qui occafionna
un grand Procès entre ce sçavant & le célébre
Isaac Newton. Ce dernier reclama sa
découverte ; & enfin par les piéces du Procès,
qui ont été données sous le titre de Commercium
Epistolicum , il a été prouvé que
Newton étoit le premier Auteur des Régles
du Calcul differentiel & du Calcul intégral ;
& que Leibnitz n'étoit venu qu'en second
& après avoir eu communication de la découverte
de Newton . C'est ce que M. de
Buffon prouve avec beaucoup de sein &
d'exactitude dans les 24. premieres pages -de
son élegante & sçavante Préface .
Il s'est apliqué dans les six autres pages à
faire connoître la bizarrerie de l'Esprit humain
, en représentant un Anglois ennemi
de la Géométrie , Homme qui n'en étoit ernemi
, que parce qu'il n'y entendoit rien. Il
a soin même de réfuter en deux mots un des ."
ennemis particuliers de M. Newton ; & sur
L'idée qu'en donne M. de Buffon , on sent
bien
SEPTEMBRE . 1740 2011
bien que celui dont il parle , quoique Homme
obscur dans les Sciences, n'est ennemi de
Newton , que parce qu'il se croit un plus
grand Homme & un plus grand Géometre
que celui qu'il attaque , & qu'il croit ne
pouvoir usurper en Angleterre le Trône de
la Géometrie , que quand il en aura chassé
Newton. Mais la chose est encore à faire.
On ne sçauroit trop loüer M. de Buffon
d'avoir mis en notre langue un Ouvrage essentiel
en Géometrie , qui étoit à peine connu
en ce Royaume , ayant été publié en une
Langue qui n'estici étudiée que par un petit
nombre de Sçavans.
1
>
LA SCIENCE DES GEOMETRES , ou la Theo
rie & la Pratique des Géomètres , contenant
non-seulement ce qui est compris dans les Ele
mens d'Euclide , mais encore la Trigonometrie ,
la Longimetrie , l'Altimetrie , le Nivellement ,
la Planimetrie , la Géodesie , la Méthode des
Indivisibles , les Sections Coniques , la Stereo
metrie , le Jaugeage , la Mesure des Onglots,
des Corps annulaires , des Solides à Arêtes
courbes , concaves & convexes , des Voutes de
toute espece ; enfin tout ce qui peut concer
des Corps & de leur Surface ;
M. l'Abbé Deidier. A Paris, chés Charles-
Antoine Imbert, Libraire du Roy pour l'Artillerie
& le Génie , rue S. Jacques , à l'Imago
Notre-Dame , 1739
Ev LAZA
ner la mesure
par
016 MERCURE DE FRANCE
LA MESURE DES SURFACES ET DES SOLIDES
, par l'Arithmetique des Infinis & par
les Centres de Gravité , par M. l'Abbé Deidier
, à Paris , chés le même Libraire , 1740 .
Les deux Ouvrages que nous venons d'annoncer
, sont le second & le troisiéme Volume
du Nouveau Cours de Mathematiques
dont M. l'Abbé Deidier donna le projet au
commencement de l'année 1739. & dont le
premier Volume parut bien-tôt après sous le
titre d'Arithmétique des Géometres ; le second
se débite depuis quelques mois , & l'accueil.
favorable que le Public lui a fait , de même
qu'au premier , est un sûr garant du succèsdu
troisiéme . L'Auteur se propose dans celui-
ci , de faire passer les Commençans de
a simple Sinthese , à l'Analyse , en n'employant
que l'Algebre ordinaire qu'il apli--
que àà ccee que
la Géométrie a de plus rélevé.
Son but est de faciliter par - là l'étude des
nouveaux Calculs dont il fait actuellement
imprimer un Traité , qui paroîtra avant la fin
de l'année. L'Aprobation que l'Académie
Royale des Sciences a donnée à ce troisiéme
Volume , fait voir que M. l'Abbé Deidier ne
perd point de vue son dessein , & qu'il l'exécute
avec tout l'ordre & la clarté qu'on peur:
desirer.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR ET
DE
SEPTEMBRE. 1740. 2017
DE L'ESPRIT . Nombres 15. 16. 17. & 18. fin
du Tome cinquième , se vendent à Paris
chez la Veuve Pissot , Quai de Conti , à la
defcente du Pont Neuf.
Réflexions où l'on découvre la source du mal .
heur inséparable de la Profeffion de Poëte.
و د
ود
» C'est de tout tems ( dit l'Auteur p . 337. ),
» que l'on a vû les Poëtes se déchaîner con
" tre la Fortune. Nous avons l'obligation de
plusieurs Ouvrages achevés aux prétenduës
injustices qu'elle a faites à plusieurs d'entr'eux
. Parmi tous ceux qui ont déclamé
» contre elle , il ne s'en trouve pas un qui
» convienne avoir mérité ses rigueurs : ou ;
s'il en fait l'aveu , il ne manque pas de vou-
» loir persuader qu'il ne s'est attiré son indignation
, que par des raisons qui lui font
» honneur. Tout bien examiné , ils ne sont
» malheureux que par leur faute , our par cel-
" le des autres. Il y va plus souvent de la leur
que de celle des autres .....
»
و ر
و ر
ود
De toutes les démarches faites pour se
distinguer dans ce Mondé , je n'en trouve
point de si hardies, ni de si dangereuses que
le dessein de faire des Vers. Prétendre à
» obscurcir le commun des Hommes par
" son esprit , c'est un projet qui ne peut
» manquer de nous attirer , pour le moins
autant d'ennemis , que celui de les effacer
par une brillante fortune. Le devoir d'un
E vj
Poëte
2018 MERCURE DE FRANCE
➜
» Poëte est de sçavoir mieux penser , mieux
» parler & mieux écrire qu'un autre . On se
représente que celui qui excelle dans son
» Art a rempli cette obligation : on manque
rarement de le punir, par quelque endroit ,
» d'avoir humilié notre amour propre . . . .
» On a toujours décidé que l'Esprit est de
tous les avantages celui qui mérite le plus
» d'éblouir , de séduire & de plaire . Chacun
prétend ne devoir qu'à lui seul les sentimens
qu'il cherche à obtenir de la part
» dés hommes : il est naturel que celui qui
» est reconnu plus vif, plus éclairé & plus
» solide qu'un autre , fasse plus d'impressions
Aateuses que celui qui lui est inferieur. Il
ne peut manquer de se faire autant d'ennemis
de ceux de la derniere classe , qui
» ont les mêmes prétentions que lui sur l'a-
» mitié ou sur le coeur d'une même person-
» ne. Les Femmes sur tout , qui tous les
» Hommes sont curieux de plaire , se rcn-
» dent , pour la plûpart , à l'esprit & au sentiment.
Elles en suposent , avec raison ,.
beaucoup plus dans un Poëte que dans UIT
autre .... Je crois qu'il y auroit peu de
Poëtes malheureux , s'ils n'avoient besoin
» que des Femmes , pour voir leur situation
adoucie : mais elles ne sont , malheureu-
» sement pour eux , que les Juges du vrai
mérite , & n'ont que rarement le pouvoir
de
SEPTEMBRE. 1740. 2613
» de le récompenser autrement que par
» tendresse.
99
32.
leur
» On trouvera peut- être que je fais aux
» Poëtes plus d'honneur qu'ils n'en meritent,
» en les croyant si heureux en amour. Mais
» je ne crois pas qu'on me démente quand
»je dirai que , depuis Ovide qui eut les bon-
" nes graces d'une fille d'Empereur , plu-
" sieurs -Poëtes ont fait des impressions sur
» le coeur de plusieurs Belles , dont leur état
plus relevé sembloit devoir les garantir.
Que d'Ouvrages n'avons- nous pas où les
» noms de Corinne , de Lesbie d'Iris
» de Climene &c. sont mis à la place des
» Beautés que l'on croyoit faites pour ne ce-
» der qu'à la plus éclatante Noblesse ou à
l'opulence la plus florissante ! Si l'on con-
» noissoit les véritables personnes que les
>> Poëtes ont chanté jusqu'à présent sous des
» noms déguisés , que de preuves n'auroit-
» on pas des avantages que l'Esprit a sur
» toute autre qualité ?
وو
•
و
L'Auteur passe aux raisons que les Poëtes
peuvent avoir de se reprocher eux - mêmes.
leur malheur. Il finit par cette maxime très-
$age, Page 346. » Que les Poëtes de ce
» tems connoissent un peu mieux certains
" usages , certaines - bienséances , l'amitié
» ou d'autres qualités du coeur , je suis persuadé
qu'ils auront moins de sujets d'écla
» ter
2020 MERCURE DE FRANCE
» ter contre la Fortune . Je suis bien dispo
» sé à croire que ceux qui ont part à ses fa-
» veurs , ne les ont obtenues que parce qu'ils
» ont senti mieux que d'autres la nécessité
qu'il y a de se distinguer par un esprit sociable
, & par les qualités qui caracterisent
»l'honnête homme.
On trouve ensuite des Poësies non imprimées
de M. le Marquis de la Fare. Elles consistent
en six Odes que l'on assûre être bien de ce
Seigneur Ces Pieces perdroient trop à être
abregées. Voici trois autres petits morceaux
qui ne sont pas indifférens .
AM. TITON DU TILLET Auteur du Parnasse
François , en lui envoyant une Ecritoire
d'argent avec cette dévise : Peut - elle
être en meilleures mains ? Par Madame
VATRY.
A Pollon vous fait ce présent ,
Aimable Auteur de son Parnasse A
Vous y méritez une place ,
Place unique & sans concurrent.
Pour présenter ce don Apollon m'a choisie :
Ce choix me flate plus que dix coups d'Ambroisie.
Epitre de la même Dame.
Onc ne pourrai trop de graces te rendre ,
Très-génereux , très aimable Titon ,
Si
SEPTEMBRE . 1740. 2024
Si que tes dons le prennent sur un ton
Dont n'ose plus songer à me défendre.
Aprens au moins qu'il en coûte à mon coeur
Pour te ceder là- dessus la victoire :
Bien me flatois d'avoir toujours la gloire
De ne jamais connoître de vainqueur .
Aprens aussi combien je suis surprise
De voir autant de génerosité
Jointe aux vertus qui font une ame exquise,
Au vaste esprit , plein de solidité ,
Dont , en naissant , tous les Dieux t'ont doté
Ains de ces Dieux certaine historiette
Se dit tout bas dans le sacré Vallon :
On dit qu'épris d'une estime parfaite
On vit Minerve épouser Apollon ;
L'Himen leur tint l'affaire très - secrete ;
De cet Himen nâquit un fils , dit - on ,
Et chacun croit qu'il s'apelle Titon .
Réponse aux deux Pieces précédentes.
Dame qui m'avez fait présent
Du plus joli meuble d'argent ,
D'une précieuse Ecritoire ,
Q'acompagnoient des Vers exquis
Que n'ai-je le talent requis
Pour m'en servir à votre gloire ?
Mais il faut un esprit plus riche & plus profond
Pour célébrer tant de mérites :
Es
2022 MERCURE DE FRANCE
Et si j'étois , comme vous dites ,
Fils de Minerve & d'Apollon ,
Dessus le double Mont j'irois trouver mon Pere ,
J'engagerois aussi ma mere ,
De venir avec moi tendrement le prier
Qu'il voulût bien me confier
Sa plume sçavante & légere ,
Afin de vous remercier.
En voilà assés sur ce cinquiéme Tome
des Nouveaux Amusemens . Nous donnerons
dans les Mercures prochains des Extraits du
sixième Tomé de cet Ouvrage Périodique
qui est en vente depuis quelques jours dans
trois Boutiques differentes ; sçavoir , 1º. chés
la Veuve Pissot , Quai de Conti , où se trouvent
les Corps complets tous reliés . 2 ° . chés
Briasson , rue S. Jacques , à la Science . 3 ° .
chés Gabriel Merigot , près la ruë Gît- le-
Coeur , Quai des Augustins. L'Auteur des
Amusemens nous prie d'avertir que le septiéme
Tome sera en vente le premier Janvier
1741. le huitiéme le premier Avril suivant ;
& ainsi de suite régulierement tous les trois
mois , & sans aucune interruption .
Extrait
SEPTEMBRE. 1740. 2023
Extrait d'une Lettre de M. F. au fujet des
Nouvelles Litteraires imprimées à Caën
écrite du Cotentin le 14. Juillet 1740.
Pfion des Perfonnes qui vous avoient pro- -
Our fupléer en quelque forte à l'omifmis
un Mémoire au fujet de l'Ouvrage Périodique
qui s'imprime tous les 15.jours à Caën,
depuis le commencement de cette année ,
fous le Titre de Nouvelles Litteraires , je vais
avoir l'honneur de vous rendre un compte
abregé des quatre premieres feuilles de ce
même Ouvrage.
La premiere commence par un Discours
Préliminaire , qui m'a paru bien écrit. Il faudroit
le copier tout entier, pour vous mettre
en état d'en juger. Je me contenterai d'en
tranfcrire ici quelques traits .
" Les Sciences & les Arts , dit d'abord
»l'Auteur , ont leurs révolutions comme les
» Empires. Jamais ils n'aprochent plus de
» leur chûte , que lorfqu'ils femblent être
» dans leur plus haut période ; femblables à
» ces Aftres errans , qui , après avoir éclairé
» un Hemiſphere , vont briller fur un autre
" horifon. Le deftin des Lettres femble êtré
» attaché à la fortune des Empires ; les Etats
» les plus floriffans ont produit les talens fupérieurs
& les Génies du premier ordre.
" Les Mufes reflemblent à ces Courtifanes
33
volages
2024 MERCURE DE FRANCE
99
volages & mercenaires , qui ne prodiguent
» leurs careffes qu'à ceux qui font dans l'opulence
& la profperité.
"
>
Après ce Préambule , l'Auteur fait à peu
près fur le même ton l'Hiftoire de la
naiffance des Arts dans l'Egypte , de l'azile
qu'ils trouverent dans la Grece , & de l'efpece
de Victoire qu'ils remporterent fur les
Romains vainqueurs de l'Univers ; & enfin
de leur décadence fous les Empereurs &c.
» Lucain & Seneque , dit- il , dédaignant la
» route battuë , voulurent s'en frayer une
» nouvelle. Leur génie étoit trop grand pour
» ploïer fous un modele ; la Nature leur pa-
» rut trop nuë & trop fimple ; ils emprunte-
» rent le brillant de l'Art. Semblables à ces
Coquettes bruiantes , qui voulant animer
» leur beauté naturelle par l'éclat du fard ,
ufent leurs attraits , au lieu de leur prêter
» des graces nouvelles.
› » Les malheurs des autres , continue - t - il
» font des leçons dont nous devons profiter.
» Il ne faut démêler les caufes de fes révolu-
» tions , que pour les prévenir.
"
to
" LOUIS LE GRAND femble avoir fixé les
» Arts dans cet Empire , en répandant avec
profufion fes liberalités fur ceux qui les
cultivent , & en fondant les Académies
» d'où font fortis ces grands Hommes , qui
» ont immortalifé leur Nom , la Patrie & leur
»ร Fondateur.
» En
SEPTEMBRE. 1740. 2025"
» En vain quelques Efprits mélancoliques *
gémiffent fur la corruption du goût . No-
» tre fiécle a des Génies qui balancéront la
» gloire des Anciens . Les Mairans , les Mau-
» pertuis , les Fontenelles ont eu peu de rivaux
» dans les fiécles paffés . Voltaire nous con-
» fole des Corneilles & des Racines. Cochin
» dans le Barreau ne nous permet point de
» regreter Patru , ni le Maître. Il ne manque à
» ces grands Hommes qu'un tombeau , pour
" que l'envie fe change en culte & en admi-
1
» ration.
" Mais , il faut l'avouer , les Sciences femblent
s'être concentrées dans la Capitale . La
» fureur du jeu a été plus funeſte au progrès
» des Arts dans la Province , que le brigan
dage & l'inondation des Barbares ne le fu
rent à l'Italie.
» Autrefois nos Citoyens , femblables à
» ceux d'Athenes , fe diftinguoient des autres
hommes par un goût décidé pour les
» Lettres ; mais Caën eft moins recomman-
» dable aujourd'hui par ce qu'il eft , que par
» ce qu'il a été. C'eft une feconde Egypte
» que l'on ne vante plus que par fes Momies.
» Céfar verfa des larmes d'émulation en contemplant
la Statuë d'Alexandre . C'eft ainfi
qu'en contemplant la gloire de nos Ancê-
" tres , nous devrions être enflammés du defir
de les atteindre. Quelle filiation plus
flateufe
55
""
2026 MERCURE DE FRANCE
» Alateuſe pour nous , que de compter parmi
" nos Ayeux Litteraires les Malherbes , les
» Huets , les Bochards , les Varignons &c.
Mais aujourd'hui il y a un ridicule attaché
au titre d'Homme de Lettres, qu'il y a de
la témérité d'affronter & c.
cr
L'Auteur attribue le difcredit des Arts &
des Sciences dans la baffe Normandie , à la
perfecution de ces hommes nouveaux , qu'un
caprice de lafortune éleve , afin de faire mieux
fentir leur baffeffe & c . & encore davantage à
l'indifference que les Perfonnes de condition
ont ordinairement pour ces mêmes Arts &
Sciences. « Un Gentilhomme , dit - il , fe croit
» bien fondé à dédaigner un talent qu'un
» Plebéïen obfcur peut partager avec le plus
qualifié il ne veut point courir une carriere
dans laquelle il pourroit trouver , par-
» mi les conditions médiocres , des Rivaux
qui lui feroient fentir l'infériorité de fon
efprit & c. Tel eft , ajoûte - t il quelques lí
" gnes plus bas , tel est l'aviliffement où font
» tombés les Arts parmi nous , que celui qui
» rougiroit d'être Peintre , Poëte ou Ora-
» teur , n'a point honte de fon inutilité.
ور
;
Enfin , Monfieur , c'eft pour infpirer l'amour
des Lettres que nos Journalistes de
Caën ont entrepris de faire paroître ces feuilles
, en y expofant les Productions les plus
nouvelles , ou du moins les plus rares ; &
Voici
SEPTEMBRE. 1740 .
2027
voici une partie des Loix qu'ils fe font prefcrites
dans leur Societé Litteraire.
Nous nous prefcrivons de bannir
Loin de nous les Efprits cauftiques ,
Qui bleffent fans vouloir guérir ;
Cenfeurs bourrus , fâcheux Critiques ;
Vrais boute-feux des Républiques ,
Nous vous banniffons pour toujours ,
Votre demeure eft chés les Ours.
Et vous , Complaifans infipides
Qui ne louez qu'avec fadeur ,
Cherchez ailleurs des gens avides
D'un poiſon qui gâte le coeur &c .
au
Suivent quelques Strophes d'une Ode intitulée
l'Age d'Or , laquelle a remporté cette
année le Prix au Palinod de Caën , fans cependant
avoir pû obtenir les fuifrages de la
plupart des Juges & c. » C'eft , dit - on ,
» Public à décider fi le goût de ces Mrs.
» doit avoir autant de Partifans que leur pro-
» bité a de juftes Admirateurs. Le jeune
» Horace , après fon fratricide , fut condam-
» né par les Decemvirs , mais il fut abfous
» par le Peuple.
La feconde Feüille commence par une Lettre
écrite de Paris le 10. Janvier 1740. dans
laquelle on exhorte à continuer cet Ouvrage
Périodique malgré la cenfure &c. On annonce
2028 MERCURE DE FRANCE
nonce en même tems un petit Ouvrage inţitulé
le Temple du Bonheur ouvert an Public
pour ses Etrennes 1740. On trouve ensuite
plufieurs jolies Pieces de Vers tirées du même
Ouvrage, & quelques nouvelles du Théatre
François &c.
Page 32. on annonce le fecond Volume .
du Cours de Mathematiques de M. l'Abbé
Deidier & c. ainfi que quelques Fables nouvelles
de M. Richer, originaire de cette Province
, dont on a inferé ici le Solitaire &
Importun , Fable.
Page 33. On parle avec éloge de deux
Pieces Latines adreffées à S. E. M. le Cardinal
de Fleury par M. Gerard , Profeffeur de
Seconde au College du Bois , à Caën .
Page 34. Les deux Diamans , Fable , fans
nom d'Auteur. La voici en entier,
L'autre jour, chés un Lapidaire ,
Entre deux Diamans furvinrent grands débats :
Tous deux brilloient & fçavoient plaire ,
L'un pourtant étoit vrai , l'autre ne l'étoit pas ,
Même à juger par l'aparence ,
Auquel donner la préference ?
Elle étoit pour l'enfant de l'Art,
J'admire quelle eft ton audace ,
Difoit à fon voifin le Diamant bâtard ;
Eft -il Rubis que je n'efface ?
Cependant
SEPTEMBRE. 1740 2020
1 Cependant tu voudrois te comparer à moi
Reviens de ton erreur & fois moins témeraire.
Ami , répond fon Adverfaire ,
La vanité jamais ne reconnut de Loi ,
Le plus sûr avec elle eſt toujours de fe taire :
C'eſt aux vrais connoiffeurs à me venger de toi .
Un homme expert alors entre pour
faire
emplette
Nos Diamans font préfentés ;
Le faux a beau montrer mille & mille clartés ,
Il eft connu pour faux ; d'abord on le rejette.
Il voulut éclater , mais cachant fon dépit ,
Il aprit par cette avanture ,
Que le brillant , pour avoir du crédit ,
Doit être enfant de la Nature.
Page 35. Mort & Eloge du R. P. de la
Rue , Benedictin de la Congrégation de S.
Maur , connu par une magnifique Edition
d'Origene &c.
Page 36. Differtation fur les Jugemems du
Public touchant les Gens de Lettres , fans nom
d'Auteur. Il m'a femblé que le but de cette
'Piece eft de prouver » que les Ouvrages qui
» nous font reftés de l'Antiquité ne font trou-
»vés beaux que parce que les hommes ont
» contracté l'habitude de les trouver tels , &
que cette habitude devenue comme une
» feconde Nature , fe tranfmet des Peres aux
» Enfans &c. L'Auteur eft , dit-il , fort tenté
2 de
2030 MERCURE DE FRANCE
و د
de croire que les Homeres , les Horaces
» &c. ne font immortels que parce que leur
langue ett morte , & que fi elle eût été fu-
» jette aux variations , peut- être ne les connoîtrions
nous pas &c . Ronfard , que nous
mépriſons aujourd'hui , étoit - il un fot ?
» Avoit- il moins d'efprit qu'Horace ? A-t-il
» été mons admiré ? Non , fans doute. D'où
39
>>
vient donc la difference du fort de ces deux
» Poëtes ? De celle des deux langues . Ho-
» race , à certains égards , eft aujourd'hui ce
qu'il a été , parce que fa langue eft toujours
la même, & qu'il y a eu dans tous les fiécles
qui fe font écoulés depuis , des per-
» fonnes gagées pour en perpétuer l'intelli-
" gence &c. " Une partie de cette Differtation
eft répandue par morceaux dans differentes
Feuilles .
Feuille troifiéme , page 5o . Nouvelles Litteraires
de Paris , au fujet du Livre intitulé :
Caprices d'Imagination.
Page 51. On invite le Public à commu̟-
niquer quelques Anecdotes hiftoriques fur
tous ceux de la Ville de Caën qui ſe ſont diftingués
dans la République des Lettres.
Page 52. Le Moineau Orateur , Fable. Ce
Moineau prêchoit contre l'amour, lorsqu'une
Fauvette vint lui en donner jufqu'au point
de lui faire tourner la tête ; ce qui lui attira
la rifée de fon auditoire.
11
SEPTEMBRE: 1740 2031
:
Il reconnut alors que soi -même on s'expose ,
Lorsque l'on veut réformer une erreur
Qui prend sa source dans le coeur.
>
Page 53. & 54. Sonnet à la gloire de Caën
& de Mrs de Coigny & de Louvigny , par
feu M. Belin , Curé de Blainville , nommé
ici par erreur M. Hebert: » Les Journalistes.
admirent la pensée de ce Sonnet, sans pou-
» voir cependant s'empêcher de dire qu'il s
» roit à souhaiter que l'Auteur eût corrigé
quelques négligences , & c.
Feüille 4. pages 55. & suiv. Extrait de la
Vie de Moliere , par M. de Voltaire. Page
61. Nouvelles du Théatre François.
LETTRE aux Auteurs du Mercure
touchant un Secret pour avoir de la Mémoire
, & retenir tout ce qu'on entend & tout
ce qu'on lit.
V
Otre Journal , Messieurs , admettant
toutes fortes de Secrets, de Préservatifs,
Remedes, Découvertes,Curiofités,&c. j'ai crû
que vous ne refuseriez pas d'y donner place à
un merveilleux Secret, fur lequel je fuis tombé
en parcourant les anciens Manuscrits de l'Abbaye
de Ste Geneviève . Vous fçavez le cas
que l'on fait de la Mémoire. Ciceron raporte
dans fon fecond Livre de l'Orateur , ce que
Simonides imagina pour rendre la Mémoire
F locale
2032 MERCURE DE FRANCE
locale. On a auffi un petit Livre fur le même
fujet. Mais un fecret de donner de la Mémoire
à ceux qui en manquent, pourroit être
fort utile , furtout à ceux qui font obligés de
parler en public, à ceux qui lisent beaucoup,
aux Etudians mêmes. J'ai qualifié ci - deffus
ce Secret de merveilleux ; & s'il eft assûré
je ne le crois pas moins admirable en fon espece
, que les Sachets Anti- apoplectiques de
Mrs le Blanc & Arnoul, le font dans la leur.
(a) Ce Secret qui donne de la Mémoire eft
d'un nommé Jean de Tholet , Chanoine Régulier
, Docteur en Théologie & dans l'un
& l'autre Droit. Le Manuscrit , dont je le tire
eft cotté B. B. 1. & l'écriture m'a parû du
XV. fiècle . C'eft vers la fin du Volume
qu'on lit ce titre .
RECEPTA Magiftri Johannis de Tholeto
, in Sacra Pagina & in utroque Jure .
Doctoris , & Canonici Regularis , pro
memoria habenda.
PROCESSUS TALIS EST.
Post quam bene quieveris nocte precedente
diem дио volueris uti , in primo jejunio ftoma-
(a ) Je nomme ces deux M M.felon l'ordre chronologique
& naturel , parce que je fçais que le premier eft
Poncle , & que le fecond eft le neveu , je fais de plus
que les Sachets du premier ont été connus dans le
Royaume avant ceux du fecond.
abi
SEPTEMBRE. 1740 2033
ghi facies te ra li tempora ad modum cir…sli &.
superis ad modum Presbyteri . Quo facto vade
; ad ignem vel ad solenfi fit calidus , & bibas
unum cyphum bani vini & optimi in quofacies
ares ripas panic assati, quas præcisè comedes
nil aliud i que ad vesperam. Deinde lava caput
tuum de aqua artificiali compofita de ruta, bedera
terrestri, plantagine, aqua rosacea, aqua ardente
meliffe , betonica & scabiosa; & taliterfagies
quod vena capitis fint totaliter calida. Et
ftatim accipe unguentum quod erit fic factum.
F. De floribus miricorum grana, genefta, lilii,
eliffe , betonica , centaurea , de uno quoque
septem3 pone in oleo olivarum recenti in uno
vase vitreo & bene obftructo ; & pone adfolem
Per
desem dies ; & poft accipe totum infimul &
tere fortiter, nec ponas nifi medietatem olei.
Poftea fic discooperies illud. Primòpone decimam
partem butyrivaccini recentis, deinde tria coclearia
aqua vviittaa ffoorrttiioorriiss ,, & duo coclearia aqua.
ardentis, quatuor rosacea , duo fcabiosa, & duo
ruta & quatuor vini albi , & cola totum perftamineum
fac totum bullire ad ignem clarum :
poftea pone ad calorem solis usquequo perdiderit
calorem igneum , & tune pone eum in quodam
vase vitreo vel marmoreo , & durabit in
virtute sua per duos annos. Et præficis diebus
unges cacumen capitis tui & tempora , & cel-
Lam memoria , & foveam colli : & poftea pons
aimutiam de corio delicato & teneas te calide
Fij
2034 MERCURE DE FRANCE
ad hoc quod sudes , & cerebrum subtilisetur ab
horâ tertia usque ad vesperam. Poftea lava
caput tuum de vino albo præcisè fi habes , &
deinde comede & ftude fortiter , quoniam antequam
fit annus completus , quicquid aut leges
aut audies memoriter retinebis.
Il y a par forme
de préliminaire
avant
cette
Recepte
: Primò
notandum
eft quod homo debet
uti ifta Recepta
per spatium
duarum
lunationum
unius
anni , antequam
quis ad nutum
valeat
corde
tenus
retinere
omnia
quacumque
leget vel audiet
: & completo
anno , non faciet
nifi quater
in anno , scilicet
de tribus
menfibus
in tres menses
,& in cursu Lune, quando
eft dies
electionis
ad minutionem
sanguinis
.
Pour m'expliquer fur ce Secret d'une
maniere intelligible à tout le monde ; il
paroît que ceux qui voudront s'en fervir doivent
d'abord fe munir d'un onguent ou drogue
qui fera ainfi composée ;
On prendra des fleurs de bruyere ou tamaris
, de geneſt , de lys , de méliffe , de bétoine
, de céntaurée , fept grains de chacune,
& on mettra le tout dans une bouteille de
verre presque pleine d'huile d'olive nouvelle,
qu'on bouchera bien & qu'on exposera au
Soleil durant dix jours ; au bout desquels on
prendra le tout , avec la moitié de l'huile
feulement , & on broyera bien les fleurs ensemble.
Après cela on y mettra la dixième.
partie
SEPTEMBRE. 1740. 1740 2035
partie d'une livre de bon beure frais , trois
cuillerées de la plus forte eau de vie
deux cuillerées d'esprit de vin , quatre cuillerées
d'eau rose , deux cuillerées d'eau de
scabieuse , deux cuillerées d'eau de rhuë ,
quatre cuillerées de vin blanc ; & après avoir
paffé le tout par le tamis , on le fera bouillir
à un feu clair. L'ayant retiré du feu , on le
laiffera au Soleil jusqu'à ce qu'il ait perdu fa
chaleur , & alors on le renfermera dans un
vase de verre ou de marbre . Cet Onguent
conservera fa vertu pendant deux ans. Telle
eft la compofition de la Drogue dont on se
frottera la tête chaque jour pendant deux
mois.
Mais avant que d'en commencer l'usage , un
jour au matin , après avoir bien reposé , &
avant que de prendre aucune nourriture , il
faudra fe faire raser le tour de la tête & le
haut , ensorte qu'il ne refte qu'un léger tour
de cheveux . Etant ainsi rasé , on s'aprochera
du feu, ou bien l'on ira au Soleil, s'il eft ardent;
on prendra un verre de bon vin avec trois morceaux
de pain rôti , & rien autre chose jusqu'au
foir. Après ce leger repas, on fe lavera la tête
d'une eau préparée , dans laquelle il entrera
de l'eau de rhue , de lierre terrestre , de plantain
, de l'eau rose , de l'eau spiritueuse de
méliffe , de l'eau de bétoine & de l'eau de
fcabieuse de maniere que les veines de la
Fiij tête
2036 MERCURE DE FRANCE
tête foient entierement échauffées. La tête
étant aifi préparée , on se frottera le sommet,
les tempes , la cellule de la mémoire & la
nuque du col avec l'Onguent ci deffus décrit
; après quoi on fe la couvrira foigneusement
, & on fe tiendra affés chaudement
pour faire fuer & fubtiliser le cerveau , depuis
les neufheures du matin jusqu'au soir . Enfin
fur le foir on fe lavera la tête avec du vin
blanc , puis on mangera & on étudiera tang
qu'on voudra..
D'abord on fera ce même Remede chaque
jour pendant deux mois , & on sera sûr , die
P'Auteur , de retenir tout ce qu'on lira &
tour ce qu'on entendra. L'année d'après on
fe contentera de ne pratiquer cette Recepte
que quatre fois , c'eſt à dire de trois mois en
trois mois , un jour seulement , qui sera dans
le cours de la Lune & quand il fait bon
fe faire saigner.
Sans doute , M. qu'il y aura des personnes
qui ne feront pas grand cas de cette Recepte,
fur tout ne voyant point que l'Auteur
prenne la qualité de Docteur en Médecine ..
Mais le défaut de ce titre dans la personne
de Jean de Tholet, ne doit pas empêher qu'on
n'en effaye. Ce Secret eft d'autant plus rare
que l'on ne trouve aucune mention de ce
Jean de Tholet dans Martinus Lipenius , en.
› sa Bibliotheque de Médecine , à l'Article de
>
SEPTEMBRE. 1740 2037
fa Mémoire. Il y avoit autrefois parmi les
Chanoines Réguliers de France d'habiles
Médecins . La Maison de Ste Gereviéve do
Paris n'en manqua gueres au XIII. fiécle ;
l'Abbé qui siégea sur la fin du Regne de
S. Louis , faisoit profeffion expreffe de Médecine.
Je n'ose pas assûrer que ce Jean de
Tholet ait été de la même Maison , parce
que je n'en ai pas de preuve ; mais je suis
certain qu'il n'étoit pas de celle de S. Victor.
Tholet ou Tolet dont il étoit aparemment
natif, eſt un petit Bourg du Berry , dans l'Election
de Blanc , où l'on voit une Fontaine
d'Eau Minérale très - abondante, qui fut peutetre
l'occafion du penchant que Jean eus
pour la Médecine.
Au refte , dans la crainte de me tromper
pour le nom des Eaux & des Drogues cideffus
mentionnées , je me suis adressé à do
très -habiles gens qui m'ont aidé à rencontrer
jufte dans la Traduction ; & le Lecteur plus
connoisseur que moi , pourra juger fi ella
eft fidelle.
Fiiij LET
2038
MERCURE DE
FRANCE
LETTRE du Sieur
Fougeau de
Moralec ,
ancien
Commissaire
Ordinaire de
l'Artillerie
, à un de ses Amis ,
contenant la Description
d'une nouvelle
Machine fort simple,
laquelle marque
exactement toutes les differentes
mesures des Airs de
Musique.
V
Ous me fîtes
l'honneur ,
Monsieur ,
de me parler il y a quelque tems d'une
Machine fort jolie ,
inventée , par
occasion ,
par une
personne aussi curieuse que
spirituelle
, pour donner à des goutes deau
tombant
de quelle hauteur on voudra sur une surface
retentissante , plus ou moins de vitesse , fuivant
les
différentes
mesures des Airs de Musique
. Le
Mercure , où l'on voit une Description
fort détaillée de cette
Machine ;
m'est tombé
heureusement entre les mains, if
y a
quelques jours , je l'ai
examinée avec
plaisir ; mais , comme dit le Proverbe , Fa
cile est
inventis addere ; dans
l'examen que
j'ai fait de cette
Machine , j'en ai trouvé la
construction un peu
embarassante & capable
d'en
dégoûter avec le tems les
Amateurs les
plus
passionnés, de la Musique . Voici donc ,'
M. ce que j'ai imaginé pour en rendre l'usage
aussi
commode qu'il le peut être.
J'ai crû qu'a la place du second vase &
des deux ou trois
lizieres , dont
l'Auteur
parle , on pourroit
heureusement
substituer.
ne
SEPTEMBRE. 1740. 2039
une espece de Pompe , qui à chaque goute
que filtrera la liziere , posée dans le premier
vase, en laissera échaper une , qui tiendra l'eau
de ce vase toujours à la même hauteur. Suposez
, M. la vérité de cette petite découverte ,'
croyez- vous qu'on en puisse faire une plus
heureuse ? Or j'aurai l'honneur de vous dire
qu'elle réüffit actuellement chés nous trèsparfaitement.
Voici la figure & la description bien dé
taillée de cette Pompe. A. est une bouteille
ou caraffe de cristal , parce qu'on peut voir
avec quelque plaifir à travers cette matiere
transparente , monter les bulles d'air produis
tes par l'abaissement de l'eau du vase sous la
petite échancrure D. du Tube B. C. Cette
caraffe tient deux pintes ou environ , & son
col entre dans ce Tube , qui est de cuivre
ou de fer blanc , auquel il est exactement
cimenté , & descend jusqu'à la petite échancrure
D. qui ne doit avoir que quatre à
cinq lignes de largeur , & deux lignes ou environ
de hauteur. Ce Tube s'emboëte exactement
dans un autre E F. qui doit avoir un
trou G. plus ouvert d'une demie ligne que
celui du Tube B. C. & précisément à la hauteur
du diaphragme H.I. qui doit être exacte
ment foudé au milieu du Tube E. F. afin que
le Tube B. C. ne descende pas plus bas que
ce diaphragme, à la hauteur duquel doit être
F v soudée
8040 MERCURE DE FRANCE
$
R
B
N
H
SEPTEMBRE . 1740 2041
soudée une petite lame M. N. de la largeur
d'un demi pouce ou environ , faisant avec le
Tube B. C. un angle de 74. degrés ou environ
, & s'étendant de part & d'autre jusqu'à
la demi circonférence de ce Tube, ainsi qu'il
paroît par la figure , & cela pour rompre en
quelque sorte, la communication de l'eau du
vase avec celle de la Pompe,& empêcher par
que les bulles d'air n'y entrent avec beaucoup
de bruit. Les deux petites ouvertures
D. & G. doivent se trouver exactement l'une
devant l'autre, quand la Pompe joue . Ce Tube
E. F. peut demeurer ouvert , si l'on veut ,
par son extrémité F.
là
Pour faire un tout de cette petite Machine,
on place la Pompe au haut d'une espece de
boëte à Pendule de six à sept pieds de hauteur
, où on la fait entrer par
deux ouvertures
du diametre de son col , dans deux planches
posées pour cet effet au haut de cette
boëte , à quelques pouces l'une sur l'autre ,
& cela pour poser la Pompe à plomb du
premier coup. On la fait , dis- je , entrer dans
ces ouvertures presque jusqu'au fond de la :
boëte , afin qu'il refte dans le vase K. posé
sur une troisiéme planche , & dans lequel
doit plonger le col de la Porpe , assés d'espace
pour loger trois ou quatre lizieres de
drap , L. Z. postes les unes sur les autres ,
pour leux faire filtrer des grosses gouttes . Ce
F vj vase
2042 MERCURE DE FRANCE
vase a 9. pouces de longueur , sur 7. de lar .
geur , & deux de profondeur , & ses bords
sont inclinés en dedans de la largeur d'un demi
pouce , pour retenir l'eau & empêcher
qu'en remuant le vaisseau , elle ne s'extravase.
Ces lizieres , qui n'en font qu'une , pour
ainsi dire , doivent être soûtenues sur une
lame de cuivre L. d'une longueur proportionnée
, ayant ses bords relevés de 4. à 5.
lignes , & son extrémité inférieure V. terminée
en forme d'Entonnoir aplati , pour les
contenir toujours dans le même état, & l'endroit
O. de la lame , sur lequel apuyent les
dizieres , recourbé de la longueur d'un pouce
ou environ , avec les mêmes bords. De maniere
que l'extrémité Z. des lizieres qui doit
plonger , puisse surnager librement sur la
surface de l'eau du vase , & cela pour faciliter
le passage de l'eau par dessus la courbure
O. de la lame L. car il est certain que fi ces
lizieres , au lieu de surnager , plongcoient à
plomb dans ce vase , la filtration ne se feroit
qu'imparfaitement. Cette lame , vers le haut
de sa courbure X. doit avoir de part & d'au
tre , un fil de laiton Y.Y. qui la traverse à angles
droits , & sur les bords de laquelle il eft
soudé , de maniere que les lizieres puissent
passer librement par dessous . A ces fils
de laiton , au milieu desquels il doit y avoir
une petite boucle, sont attachées deux chainettes
SEPTEMBRE. 1740. 2043
nettes R. R. d'environ huit pouces de longueur
, lesquelles vont passer sur un petit
axe ou cylindre S. T. dont le bout S. doit
passer à travers la fermeture de la boëte , pour
y porter une aiguille , qui doit marquer exactement
toutes les differentes mesures des Airs
de Musique.
Quand on veut ouvrir cette boëte, on doit
avoir soin de tourner l'aiguille du Cadran ,
pour dégager la liziere du vase , où elle plonge
, & quand on veut la refermer , on détourne
cette même aiguille , pour faire replonger
la liziere , ce qui se fait sans aucun
dérangement.
Je ne vous dis point qu'il doit y avoir un
vase au bas de la boëte , pour recevoir les
goutes d'eau filtrées par les lizieres, & qu'audessus
de ce vase on doit mettre une espece
de vaisseau de fer blanc , ouvert par les deux
bouts , pour empêcher le rejaillissement de
l'eau sur les côtés de la boëte ; & qu'enfin
on ne voit absolument rien de toute cette
Machine que le Cadran qui est au haut de
cette boëtë.
Eh bien , M. que direz-vous de ce petit
Tout ? Me suis-je assés bien expliqué dans
la description que je vous en ai faite ? Je
souhaite y avoir aussi bien réüffi que je crois
l'avoir fait dans les Journaux de la République
des Lettres , Mai 1699. & Novembre
1699
2044 MERCURE DE FRANCE
1699. Juin 1710. Memoires de Trévoux
Mars 1710. & Janvier 1713. & dans les Mémoires
de l'Académie Royale des Sciences ,
an. 1722. Comme vous avez lû tous ces
Journaux , je ne vous dirai rien des matieres
qui m'y interessent ; je me contenterai de
yous féliciter sur l'inclination que vous avez
toujours euë pour les Sciences & les Beaux-
Arts , que vous cultivez avec tant de succès ;
je vous avoue qu'on y trouve une ſource inépuisable
de moyens d'éviter l'ennui . J'en
fais tous les jours d'heureuses Experiences ,.
qui me font bénir mille fois le soin qu'ont
cû nos Parens de travailler à notre éducation,
qui nous met heureusement en état d'éviter
le cruel chagrin de n'avoir rien à faire . Si je
trouve , M. quelque chose de nouveau, j'aurai
l'honneur de vous en faire part avec un
plaisir égal à celui que j'ai de vous témoigner
qu'on ne peut être avec plus d'amitié ,
d'estime & de consideration que j'ai l'honneur
de l'être , & c.
>
A Saumur ce premier Août 1739 .
On aprend de Berlin , que le Roy de Prus
se vient de révoquer la défense qui avoit été
faite sous le Regne précédent , de vendre
aucun des Ouvrages Philosophiques de M.
Wolff.
On
SEPTEMBRE . 1740. 2049
On écrit de Lisbonne , que le Docteur Jo-
'seph de Auren , vient de faire imprimer le second
Tome de son Hiftoire de là Médecine..
Il paroît un nouveau Poëme intitulé , O
Imineo dos Menezes & Castros , dont Felix
Joseph da Costa , eft Auteur , & dans lequel
on trouve beaucoup de fécondité d'ima
gination & une Versification très-élégante.
Jean - Baptiste Pasquali, Libraire de Venise,
vient d'imprimer le premier Volume du Recueil
, qu'il avoit annoncé , des divers Ouvrages
qui se trouvent épars dans le Journal.
de Leipsic , Acta Eruditorum , touchant les
Arts & les Sciences ; en voici le Titre . Opus-
CULA omnia Actis Eruditorum Lipsiensibus
, qua ad universam Mathesim , Physi
eam , Medicinam , &c. pertinent. T. I. ab anno
1682. ad annum 1687. in - 4° . 1740 .
inserta ,
LE PROCE's entre la Grande -Bretagne &
'Espagne, ou Recueil des Traités, Conventions,
Mémoires , & autres Piéces touchant les démê
lés entre ces deux Couronnes. Par M. Rousset
, de l'Académie des Sciences de Petersbourg
& de Berlin, A la Haye , chés P. Gosse ,
1740. in- 8 °.
,
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des In
sectes , par M de Reaumur , de l'Académie
Royale des Sciences , &c . T. V. Suite de l'Hisaoire
des Mouches à deux ailes , & His-
2
toire
046 MERCURE DE FRANCE
toire de plusieurs Mouches à quatre aîles , scar
voir , des Mouches à Scies , des Cigales & des
Abeilles. De l'Imprimerie Royale 1740. in-4
HISTOIRE de l'Académie Royale des Belles-
Lettres & des Inscriptions , depuis son Etablissements
avec les Eloges des Académiciens morts
depuis son Renouvellement , & le Catalogue
de leurs Ouvrages , &c. 3. vol. in- 12 , chés
Louis-Hypolite Guerin , 1740.
Le Lieutenant Géneral du Bailliage de
Boulogne , eut l'honneur ces jours passés de
présenter au Roy plusieurs Médailles antiques
, qui ont été trouvées en creusant le
nouveau Port de la même Ville , parmi lesquelles
il y en a trois d'or , dont l'une de
Galba , l'autre d'Antonin Pie , & la troisiéme
de Vitellius . S. M. l'a honoré de la belle
Médaille d'or qui a été frapée au sujet de
Pacquisition de la Loraine. D'un côté c'est le
Portrait du Roy en Bufte , avec l'Inscription
ordinaire. LUD. XV. REX CHRISTIANISS.
Et sur le Revers , on voit Minerve , qui , le
Caducée à la main , conduit au pied de son
Trône la Loraine, représentée sous le symbo
le d'une Femme couronnée de Tours , laquelle
présente au Roy l'Ecu des Armes de Loraine
& de Bar. Pour Légende MINERVA PACIFERA
, & dans l'Exergue , LOTARING. ET
BAR REGNO ADD. M. D. CC . XXXVIL
L'AproSEPTEMBRE
. 1740: 2047
7
L'Aprobation de l'Académie des Sciences en faveur
du Sr Maffoteau de S. Vincent , au fujet de les
Inventions d'Horlogerie , dont il a été fait mention
dans le Mercure du mois dernier , doit être limitée,
conformément au Certificat de l'Académie qui nous
a été communiqué par lui , & dont nous joignons
ici la Copie.
EXTRAIT de deux Raports de Mrs Dortous ,
de Mairan & Camus , nommés Commiffaires par
l'Académie Royale des Sciences , le 23. Décembre
1735. pour examiner un Mémoire intitulé : Des
cription de deux Montres à Répetition d'une nouvelle
conftruction , & la plus fimple qu'on puiſſe imaginer ,
les Piéces même de deux Modeles inventées & executées
fur les principes du Mémoire par Maffoteau de
S. Vincent , Chevalier , Ingénieur Horloger de
Roy , de l'Hôtel de la Monnoye à Paris , & Membre
de l'Académie des Curieux.
Nous avons examiné , par ordre de l'Acadé
mie , le Mémoire qui lui a été préfenté par M. Massoteau
de S. Vincent , au fujet des Montres fimples &
à Reperition . Pour les Montres fimples à Minutes,
M.Maffoteau propofe de fuprimer le Pignon ouRoue
de Chauffée , & la Roue de Renvoi où elle engraine
& de mettre un Pignon fur la grande Roue, laquelle
engraine dans la Roue de Cadran ; il est vrai que
Montre en devient plus fimple de deux Roues.
la
Pour les Montres à Repetition , M. Maffoteau
nous a préfenté deux Modeles , où il a fuprimé le
grand Reffort de la Repetition & toutes les Roues
& les Pignons qui en forment le Rouage.
Le grand Reffort fert à faire tourner le Rochet
des heures , qui engraine dans les levées des Marteaux
, le Rouage fert à moderer le mouvement du
Rochet , qui , fans le Rouage , tourneroit avec trop
de précipitation , enforte qu'on ne pourroit pas
diftin
048 MERCURE DE FRANCE
diftinguer & compter les coups de Marteaux.
Pour avoir des coups de Marteaux que l'on puiffe
compter,M. Maffoteau a inventé & executé deux Mo
deles. Dans le premier Modele , au lieu de Pouffoiz
ordinaire , il a mis une Vis fans fin , qui engraine
dans le Pignon qui eft fur le Rochet , & dans le
Rateau qui engraine en même tems dans les deux
piéces, qui fait l'office du grand Reffort & du Roüage
, ce qui nous paroît nouveau utile . Le Bouton
de la Montre eft attaché au carré de cette Vis fans
in , enforte qu'en tournant le Bouton d'un fens ,
jufqu'à ce que l'on trouve de la réſiſtance , ce qui
arrive quand le bout du Rateau repofe fur le Limagon
, on fait paffer autant de dents du Rochet qu'il
en faut pour faire fonner l'heure qui convient au
degré du Limaçon , fur lequel repole ce Rateau , &
en tournant le Bouton de l'autre fens , le Rochet
fait fonner autant de coups qu'on a fait paffer de
fes dents .
*
2º. Il a executé un Rateau garni de Chevilles
qui levent le Marteau , & cinq Deffens differens.
FAIT à Paris le 23. Février 1736. Signé , Dortous
de Mairan & Camus.
Nous avons reçû de Toulouse le Programme qui
uit.
L'Académie des Jeux Floraux diftribuëra le 3 .
Mai de l'année 1741. fes cinq Prix .
Le premier est une Amaranthe d'or de la valeur
de quatre cent livres , deſtiné à une Ode.
Le fecond est une Violette d'argent , de la valeur
de deux cent cinquante livres , deftiné à un Poëme
de foixante Vers au moins , & de cent Vers as
plus. Le Sujet de cette forte de Poëme doit être hé
roïque ou dans le genre noble , & les Vers en doivent
être Alexandrins.
Le troisiéme Prix eft une Eglantine d'argent , de
SEPTEMBRE. 1749. 2049
fe
0+
Dia
ne
le
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112S
het
3
S
la valeur de deux cent cinquante livres , qui eft des--
tinée à une Piéce de Prose d'un quart d'heure o
d'une petite demie heure de lecture , dont le Sujet
fera pour l'année 1741. L'UTILITE' DES BIENSEAN ,
CBS.
Le quatrième Prix eft un Souci d'argent , de la
waleur de deux cent livres . Il eft deftiné à une Elégie
, à une Idyle ou à une Eglogue . Ces trois gentes
d'Ouvrages concourent enfemble pour le même
Prix , & doivent être tous trois à Rimes plates &
Vers Alexandrins , fans mêlanges de Vers d'aube
mofure .
Le Sujet de tous ces genres d'Ouvrages de Poë
deft au choix des Auteurs.
Le cinquième Prix eft un Lys d'argent , de la va
leur de foixante livres , deftiné à un Sonnet à l'honneng
de la Vierge.
Les Auteurs font avertis de ne fe pas négliger
fur les Rimes.
Les Ouvrages qui ne font que des Imitations on
des Traductions , ceux qui ont parû dans le Public,
Ceux qui traitent des Sujets donnés par d'autres
Académies , les Ouvrages qui ont quelque chofe de
burlesque , de fatyrique , de contraire aux bonnes
mccurs , ceux dont les Auteurs fe font connoître
avant le Jugement , & pour lefquels ils follicitent.
ou font folliciter , font exclus des Prix .
Les Auteurs qui traitent des Matieres Théologi
ques doivent faire mettre au bas de leurs Ouvrages
l'Aprobation de deux Docteurs en Théologie , ce
qui fera même obfervé à l'égard du Sonnet à l'hon
15 neur de la Vierge ; fans quoi ces Ouvrages n'entreront
pas au Concours.
Les Auteurs feront remettre dans tout le mois de
Janvier de l'année 1741. par des Perfonnes domisiliées
à Toulofe, à M. le Chevalier d'Aliés , Sécretaire
2050 MERCURE DE FRANCE
taire Perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux ;
demeurant dans la rue des Couteliers , à Toulouſe
trois Copies bien 1 fibles de chaque Ouvrage , qui
fera défigné feulement par une Devile ou Sentence.
M. le Sécretaire écrira la réception des Ouvrages
dans fon Regiſtre , le nom , la qualité ou Profeffion
, & la demeure des Perfonnes qui les lui auront
remis , lefquels figneront fon Regiſtre , & il leur
expédiera le Récepiffé des Ouvrages .
Non - feulement M. le Sécretaire ne retirerà point
les Paquets qui lui feront adreffés par la Pofte en droi
ture , s'ils ne font affranchis ; mais quand même on
les affianchiroit , les Ouvrages qui lui parviendront
par cette voye ne feront pas mis au Concours , par
les raifons dont on a fouvent averti les Auteurs ,
moins que ces Paquets ne lui foient adreffés par des
Perlonnes de fa connoiffance , enforte qu'il puiffe
s'assurer que fes Récepiflés ne s'égarent point , &
quee les Auteurs font à l'abri de toute furpriſe pour
recevoir les Prix qu'ils auront remportés.
à
Ceux qui auront remporté des Prix feront obligés,
s'ils font à Toulouse , de venir les recevoir euxmêmes
, l'après midi du troifi me jour du mois de
Mai , à l'Affemblée publique de la Diftribution des
Prix , qui le fait dans le grand Confiſtoire de l'Hôtel
de Ville . S'ils font hors de portée de venir les
recevoir eux- mêmes , ils doivent envoyer une Pracuration
en bonne forme à une Perfonne domici
liée à Toulouse , pour les recevoir de M. le Sécretaire
, en lui remettant la Procuration des Auteurs
& les Récepiffés des Ouvrages.
On ne peut remporter que trois fois chacun des
Prix que l'Académie diftribuë. Les Auteurs qu'on
reconnoîtra en avoir obtenu un plus grand nombre,
en feront exclus , de même que ceux qu'on découvrira
en avoir remporté fous des noms fuposés.
Après
SEPTEMBRE . 1746. 2051
Après que les Auteurs fe feront fait connoître, on
leur donnera des Attestations , portant qu'un tel
une telle année , pour tel Ouvrage par lui composé
a remporté un tel Prix , & l'Ouvrage en Original
fera attaché à cette Atteftation , fous le contre- fcel
des Jeux.
>
Ceux qui auront remporté trois des quatre premiers
Prix , l'un defquels fera l'Amaranthe , qui eft
Le Prix deſtiné à l'Ode , pourront obtenir des Letres
de Maître des Jeux Floraux , & feront du Corps
des Jeux , avec droit d'affifter & d'opiner , comme
Juges , aux Affemblées particulieres & publiques
qui fe font pour le jugement des Ouvrages & pour
a Diftribution des Prix. '
L'Ode qui a pour titre , SUR LA MODERATION
DANS LES DESIRS , & pour Devise , Nil cupientium
nudus caftra fequor , Horat. a remporté le premier
Prix.
Le Discours qui a pour Sentence , Stultorum exaltatio
ignominia , Prov . 3. 35. a remporté le Prix de
fon genre
.
Le Lys d'argent a été adjugé au Sonnet qui a pour
Devile, Quibus te laudibus efferam nescio , &c . 1740 .
Les Prix du Poëme & de l'Eglogue ont été réfervés
.
On verra dans le Recueil de l'Académie les noms
des Auteurs qui ont remporté ces trois Prix .
L'Académie aura à diftribuer l'année prochaine
1741. outre les cinq Prix de l'année , deux Prix
d'Ode , trois Prix de Poëme , un Prix de Difcours ,
& un Prix d'Eglogue , réfervés , ce qui fera en tout
douze Prix .
C'eſt avec un extrême regret que l'Académie fe
Toit forcée à réſerver tant de Prix. Elle fouhaite
que l'abondante moiffon réveille l'émulation des
Auteurs.
LETTRE
2052 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. Noyel de Belleroche
Sécretaire perpetuel de l'Académie de Ville-
Franche en Beaujolois , contenant ce qui
s'est passé dans cette Académie le jour de
$. Louis dernier.
E vous envoye , Monfieur , en abregé ce qui
s'eft paffé dans la derniere Affemblée publique
de notre Académie , avec le Programme du Prix
qu'elle propofe que vous êtes prié de rendre
public. J'y joins auffi une copie de mon Discours
prononcé dans cette Aflemblée , dont vous ferez
P'ufage que vous trouverez à propos .
Le 25 Août , jour de S. Louis , l'Académie
Royale des Sciences & des Beaux- Arts , établie à
Ville Franche , en Beaujolois , fous la protection
de M. le Duc d'Orleans , en l'année 1679. confir.
mée par Lettres Patentes du mois de Décembre
1695. tint fon Affemblée publique dans la forme
de fes Reglemens , j'eus l'honneur d'y lire un Discours
fur ce qui peut contribuer à notre bonheur , &
les moyens de l'assurer .
M. Guchot , Docteur en Théologie , Chanoine
de l'Eglife Collegiale , fit enfuite lire un Discours
de fa compofition , fur l'avantage que la Nobleffe peut
trouver dans les Sciences .
M. Deffertine , Procureur du Roy au Bailliage }
répondit en qualité de Directeur , à l'un & à l'autre
de ces Difcours ,
Le Panégyrique de S. Louis avoit été prononcé
le matin au milieu de la Meffe folemnellement cé→
lebrée par M. Châtelain Deffertine , Curé , Sacristain
du Chapitre , & Pun des Académiciens .
M. Micolier , Avocat du Roy au même Bailliage,
fut nommé à la fin de la Séance à la Place vacante
pak
SEPTEMBRE. 1740, 2053
par le décès de M. l'Avocat, Doyen de la Chambre
des Comptes de Paris , & on diftribua le ProgamMO
fuivant.
L'Académie propoſe pour Prix une Médaille d'or
au Difcours François qui fera jugé l'avoir remporté
fur ces paroles des Proverbes , Chap I. Sapientio
foris pradicat , in plateis dat vocem fuam. Ce Prixfera
donné le 25. Août 1741. jour de S. Louis . Les
Difcours ne feront reçûs pour le Concours que jus«
qu'au 31. Mai prochain . On aura attention de mettre
au bas une Sentence , & l'Auteur écrira dans un
Billet féparé & cacheté la même Sentence avec fon
aom , fes qualités & fon adreffe. Les Paquets feront
affranchis de port & adreffés à M. Noyel de Bellerache
, Sécretaire perpetuel de l'Académie.
DISCOURS prononcé le 25. Août 1740 .
en l'Assemblée publique de l'Académie Roya
le des Sciences & des Beaux- Arts à Villefranche
, en Beaujolois , par M. Noyel de
Belleroche , Ecuyer , Seigneur de Bionnay
Sécretaire perpétuel de la même Académie.
R
Ien n'eft plus naturel que de chercher ce qui
peut contribuer à notre bonheur ; les refléxions
qui conduifent aux moyens de l'aflurer, ne peu
vent être que très - intereffantes, elles font le fujet que
l'on s'eft proposé dans ce Discours . L'objet de l'étude
de bien des Philofophes , a été de trouver en
quoi confiftoit la véritable félicité , mais les fauffes
opinions des Sectateurs de Zenon , & celles des
Epicuriens , ont entraîné dans des erreurs fouvene
combattues & toujours renouvellées ; les derniers
diftinguoient à peine les plaifirs qui conviennent à
Phomme d'avec ceux dont les plus vils animaux
font
1054 MERCURE DE FRANCE
font fufceptibles , ils accordoient tout aux fens. Les
Stoïciens, au contraire , voulant donner trop d'empire
à la raifon , exigeoient l'impoffible, & fur l'affurance
d'un maintien affecté , vouloient perfuader qu'ils ne
reffento: ent aucune douleur au milieu même des tourmens
, cherchant à convaincre ceux de leur Secte
des
par argumens captieux , & malgré leur propre
expérience, que les maux n'avoient rien de réel , &
que la raifon étoit un Bouclier à l'épreuve contre la
douleur la plus aiguë ; la fermeté d'efprit peut , il eft
vrai, ne point ajoûter à nos maux le defelpoir ou les
plaintes inutiles, & les adoucir en quelque façon par
la tranquillité avec laquelle elle les fait fuporter, mais
toute la conftance & tous les raifonnemens imaginables
, ne peuvent jamais empêcher que les maladies
& les bleffures ne foient un dérangement dans
les refforts qui compoſent la méchanique de notre
corps , & l'ame , pendant qu'elle s'y trouve unie par
les liens étroits , dont elle eft envelopée , ne peut
apercevoir ce défordre fans y être fenfible.
Il faut donc convenir que nous éprouvons des
maux réels , qu'il eft au-deflus de l'humanité de ne
pas reffentir ; mais puifque nous fommes fujets à
des douleurs inévitables , ne nous livrons pas à celles
que nous pouvons éviter ; s'il ne nous eft pas
permis d'efperer une entiere félicité , profitons du
moins de tout ce qui peut nous en aprocher , il n'eft
point d'autres maux réels que les douleurs corporelles
, tout ce qui n'attaque point le corps ne peut
plus bleffer que l'efprit, c'eft alors l'imagination qui
donne aux évenemens de la vie la qualification
d'heureux ou malheureux , par la maniere dont elle
nous les fait enviſager, la fortune ne nous fait, pour
ainfi dire , ni bien ni mal , elle nous préfente feulement
des objets que l'ame uniquement maîtreffe de
rendre fa condition trifte ou riante , enviſage comme
SEPTEMBRE.
1740. 2055
me il lui plaît Ne voyons- nous pas tous les jours
le même accident éprouvé par differentes perfonnes
dans les mêmes circonftances , faire fur leurs efprits
des effets totalement opoles , d'où la conféquence
eft évidente que l'on n'eft heureux ou malheureux
qu'autant que l'on croit l'être ? Je ne prétens pas
cependant que la nature & l'amitié , aux premiers
mouvemens , ne puffent nous faire verfer des larmes
très-légitimes fur la perte d'un proche ou d'un
ami , mais dans un accident fans reflource une ame
forte revient de fon battement , & fe tend à ellemême
, elle éloigne fes idées affl geantes & celles
qui peuvent être fuivies de quelque trifteffe , elle
choilit parmi les differentes façons de penfer , celles
qui peuvent épargner des inquiétudes , il n'eft pas
même befoin d'un difcernement bien fupérieur pour
nous aprendre à faire ce choix, il ne s'agit que de foumettre
fon efprit à la raifon , ceux qui la croient incompatible
avec le bonheur , ne la connoiffent
elle feule peut le procurer & le rendre durable . Si
nous la confultons , elle nous aprendra que pour
être heureux il ne faut jamais faire dépendre entierement
notre bonheur des objets qui nous font
étrangers & fur lefquels nous n'avons point de pouvoir
, leur privation ou la difficulte de les octenir ,
nous expofent à trop d'afflictions , nous devons au
contraire fonder principalement notre tranquillité
fur ce qui dépend de nous , & que nous pouvons
par conféquent nous procurer avec facilite , c'est- àdire
qu'il ne faut pas defirer ce qui n'est point en
notre difpofition , & que comme il n'eft rien dont
nous puiffions plus fouverainement difpofer que de
nos pensées & de notre volonté , nous devons y
chercher notre félicité , en un mot , pour être heureux
il faut déterminer fon efprit à n'avoir point de
paffion pour ce qui eft hors de lui , mais à trouver
fon vrai bonheur dans lui-même G La
pas,
2056 MERCURE DE FRANCE
La Morale ne peut rien entreprendre de plus utile ,
à la Societé , que de corriger les fauffes idées fur
lefquelles la plus grande partie de ceux dont elle
eft composée, dirigent leurs démarches , quoiqu'on
ne puiffe pas le flater de faire impreffion fur le plus
grand nombre , prefque invinciblement attaché à
fon erreur ; comme il eft cependant des efprits
moins féduits , fufceptibles des réflexions qui leur
paroiffent juftes , on ne doit pas craindre lorfqu'on
eft apuyé fur la vérité , d'attaquer l'opinion la plus
univerfellement reçûë , de condamner ce que les
hommes aprouvent en géneral , & de combattre
les erreurs qui leur font les plus cheres , en
s'élevant contre leurs defirs ; ils font l'unique fource
de nos inquiétudes ; plus ils font violens , moins
ils nous laiſſent tranquilles , l'agitation qu'ils donnent
à l'efprit , eft ce que l'on apelle paflion , elle
fe trouve plus ou moins forte proportionément à
la vivacité de ces defirs.
L'objet que l'on s'eft proposé dans ce Difcours ,
n'eft point d'attaquer les paffions paffageres , qui ne
peuvent durer que pendant les premieres années de
la vie , & dont on revient prefque malgré foi dans
un temps où le fang n'eft plus en cette fermentation
que lui caufe la jeuneffe , on ne veut pas non
plus s'attacher à condamner ces inclinations vicieufes
, qui portent avec elles leur condamnation par
le foin que l'on prend à les cacher , mais on fe contentera
de combattre ces affections vives auxquelles
fe livrent ordinairement ceux même qui croyent fe
conduire avec fageffe , & de faire voir qu'elles font
le principal obftacle à leur bonheur .
Comme il n'eft point d'hommes fans amour propre
, il en eft peu fans ambition , & qui ne foient
Aatés d'avoir quelque prérogative fur les autres d'acquerir
la faveur des Grands & les biens de la Fortune.
SEPTEMBRE . 1740. 2057
Tine .Les moins ambitieux ne font prefque point fans
avoir interieurement quelques- uns de ces objets dans
leurs démarches ils efluyent pour les obtenit des
peines réelles. Le fuccès en eft incertain , la réüsfite
n'aflûre pas même cette félicité que l'on cherche
, elle devient fouvent la fouice de nouvelles inquiétudes
; c'eſt ce qui doit détromper ſur l'idée
que l'on veut avoir des avantages que semble promettre
l'ambition ; quelle plus douce récompenfe
pourioit elle nous allûrer que la paix & la tranquil
lité , qui font cependant incompatibles avec elle
puifqu'on n'ignore pas que le chagrin de trouver
des concurrens , de céder à un Compétiteur plus
habile ou plus fortuné , fait naître des mouvemens
qui ne peuvent laiffer l'efprit dans une affiete pai-
Lible ?
On eft bien éloigné d'outrer la Morale jufques à
donner pour précepte qu'il ne faut rien entreprendre
de tout ce qui peut procurer l'autorité , les richeffes,
& le crédit . On fçait que le travail eſt l'exercice
naturel de la vertu & que tous ces biens peuvent
en être le prix , on ajoûtera même que pour
l'avantage de la focieté , il est néceffaire de conferver
une louable émulation , de fe rendre utile à fa
Patrie; mais il ne faut point regarder les récompenfes
de fes travaux comme affûrées fe promettre de
les obtenir , ni s'affliger de leur perte , on doit all
contraire par de folides refléxions , fe préparer à
toutes les révolutions , fe reflouvenir que l'on fera
toujours au - deffus des évenemens , lorfqu'on aura
un affés grand fond de raifon pour les vaincre &
s'accoûtumer à ne poit eftimer l'objet de ſes défirs
au-delà de fa vraye valeur.
On ne peut pas dire qu'un bien foit effentiellement
défirable , lorfque le mépris que l'on en fait
tient lui- même de la grandeur , & peut- on discon-
Gii venir
2058 MERCURE DE FRANCE
venir qu'il ne foit incomparablement plus grand de
renoncer aux dignités & aux honneurs en les mé→
ritant , que de les chercher pour fatisfaire fon ambition
?
Un efprit né avec une certaine élevation , eft
ordinairement flaté d'être utile , il fe trouve fenfible
au plaifir de faire connoître les ta ens , les
dignités femblent en préfenter les occafions ; cependant
elles peuvent être méprifées , non . feulement
par grandeur d'ame , mais encore on peut s'en
éloigner par amour propre , en réflechiflant ſur l'affujettiffement
, les périls , & les revers auxquels elles
expofent ; en effet peut- on ignorer de quel
détail fatiguant eft accompagné le rang fupérieur
que l'on veut conferver fur les autres hommes ?
lorfque l'on fe propofe de le remplir avec honneur,
on ne travaille que pour leur bien ; on abandonne
fon repos pour n'être occupé qu'à procurer celui
des autres, & malgré tous les foins , peut- on compter
fur la reconnoiffance de ceux pour qui l'on fe
donne tant de peine à l'experience n'aprend- elle pas
que le plus folide mérite n'eft point à l'abri des traits
empoifonnés de l'envie , des commentaires & des
vifions d'une oifiveté médiſaute , & que fouvent l'exactitude
à remplir nos devoirs , nous fait des ennemis
d'autant plus redoutables ,que le mérite même eft
l'objet de leur averfion ? l'orfqu'au contraire on ne
s'acquitera pas dignement de l'autorité qu'on exerce;
quels mépris ne s'attire- t'on point & quels reproches
n'a- t'on pas foi- même à fe faire c'eft par ces
confidérations que l'amour propre bien entendu
au lieu d'être flaté de remplir fes dignités , devroit
s'en éloigner , connoiffant les peines & les défagrémens
qu'elles peuvent lui procurer. Les moins importantes
adminiftrations n'en font pas exemptes .
Les haînes, les jaloufies , la critique, s'uniffent dans
les
SEPTEMBRE. 1740. 2059
Les plus petites Communautés , contre ceux qui les
dirigent , & lorfqu'on examine fans prévention certaines
délicateffes qui s'y conteftent fur l'autorité &
la préfféance , dont s'inquietent férieufement des
hommes qui fe croyent raifonnables , en voyant
prendre tant de foins pour des fujets auffi légers , peu
s'en faut qu'on ne fe perfuade voir ces jeunes gens
au- deffous même de l'adolefcence , qui fe font parmi
eux une affaire férieufe de réüffir & de l'empor
ter fur des objets qui paroîtront toujours indifferens
& quelquefois rifibles aux yeux de ceux dont la raifon
eft mieux formée ; comment peut -on concevoir
en effet , fi l'on n'en étoit convaincu par une expérience
funefte, que dans une Societé composée d'un
petit nombre d'honnêtes gens affemblés , où la Pro
vidence femble avoir ordonné l'égalité , & ne nous
avoir placé que pour joüir tranquillement des avantages
que fa bonté nous offre , que dans un féjour
qui devroit être fi tranquile , on fe faffe une étude
fatiguante d'obtenir une idée de fupériorité les uns
fur les autres , que l'on foit obftinément attentif à
faifir toutes les occafions d'empieter , pour ainfi difur
la liberté commune , & de fe rendre redoutable
, en fe donnant mille peines pour en procurer
à des Concitoyens dont on n'a même aucun fujet
de fe plaindre c'eft un égarement qui ne peut Le
comprendre , ajoûtons que pour conferver cette autorité
on eft obligé de la payer cherement par un
efclavage & des foumiffions gênantes auprès des Supérieurs
dont on veut ménager la protection.
Cette faveur des Grands eft encore un des objets
dont s'occupe l'ambition ; fi l'on renonçoit à contenir
les autres hommes dans la dépendance , on
n'auroit plus de motifs à fe gêner pour y vivre foimême
, on s'en éloigneroit d'autant plus volontiers
qu'il n'eft pas poffible d'obtenir la protection , fans
G iij s'apercevoir
2060 MERCURE DE FRANCE
}
s'apercevoir des peines qu'elle coûte , des foins asfidus
qu'il eft néceffaire d'employer pour la conferver
, combien peu il faut pour la perdre , &
qu'enfi elle n'a fouvent rien de réel que 1 efclavage
aquel elle nous enchaîne que par conféquent
elle n'eft ordinairement accompagne ni fuivie d'au
cunes de ces douceurs qui font le caractere de la
véritable félicité.
Refpectons dans les perfonnes en place , celles
qu'ils occupent , c'eft la reconnoiffance que nous
ne pouvons refufer aux foins qu'ils doivent prendre
pour faire obferver dans la focieté ce bon ordre
dont les avantages nous font deſtinés; rendons nous
dignes pour notre propre fatisfaction de mériter leur
eltime , mais n'ayons pas la préfomption de croire
qu'ils ne puiffent fe difpenfer de nous l'accorder
pourquoi nous affliger s'ils fe trompent dans le
choix de ceux qu'ils honorent de leur confiance? ce
feroit exiger que, parce qu'ils font grands , ils fuent
infaillibles , & quand même nous aurions is de
penfer qu'ils ne nous accordent pas la juftice qu'ils
nous doivent , rendons leur celle de convenir c
le
leur eft moins facile qu'à d'autres de pénetrer idea
ratere de ceux qui les aprochent , la flateris , Te
déguiſement les obfedent , pour un homme dont la
penetration fupérieure fçait diftinguer au premier
coup d'oeil les gens qu'il employe , qui peut au tra
vers de tous les nuages que répandent l'artifice ,
déguifement & l'envie , difcerner & proteger un
mérite paisible ? il en eft mille qui fe laiffent fédui
re par le menfonge & les difcours Alateurs , foavent
par la prévention & les aparences d'un exterieur
prévenant ; contentons - nous de plaindre ceux qui
le trompent dans leur choix , mais ne nous impo
fons point par une affliction déplacée , la peine de
leur erreur, il nous eft plus avantageux de mériter leur
confiance
SEPTEMBRE. 1740. 2061
>
Confiance que de l'obtenir , le premier eft une ſatisfaction
, toujours inféparable de la vertu ; l'autre
eft louvent un effet du hazard ; ce n'eft donc point
aux hommes vertueux à rechercher la protection
c'eft aux personnes en place de ne rien oublier pour
trouver le mérite , & de faire attention combien il
leur eft important d'avoir un difcernement aflés
jufte pour le connoître , lorſque l'on voit ces hommes
enftes d'une protection dont ils fe font affûrés
par des refforts inconnus , à la faveur de laquelle
ils fatisfont leur efprit de hauteur & d'interêt , chés
qui la crainte de perdre une confiance fi peu méritée
fait naître une haine marquée contre tous ceux
qu'ils foupçonnent en être plus dignes peut on
s'empêcher de condanner en fecret celui qui les
favorife ? qu'il eft malheureux pour un homme élevé
dans ces places refpectables , que l'on puiffe imputer
à fon mauvais choix les défordres & les injusrices
qui fe commettent fous fon nom & l'en rendre
, en quelque façon , refponfable ! mais au contraire
, quelle gloire & quelle fatisfaction d'avoir
cu un difcernement affés jufte pour confier fon autorité
à celui dont la fageffe & la penetration font
l'éloge du Protecteur ! c'eft par un tel fecours, mieux
que par la terreur de plufieurs Légions affemblées ,
qu'un Souverain peut devenir l'arbitre des Nations
voifines & le médiateur des differends qui s'élevent
entre les plus grands Empires , qu'il entretiendra la
tranquillité & l'abondance dans fon Etat & qu'il en
reculera les Frontieres ; quel bonheur pour les Peuples
de vivre fous un Regne où l'on voit la principale
adminiftration confiée à celui qu'ils choifiroient
eux-mêmes pour foulager le Souverain du poids trop
immenfe de fes occupations , dont les intentions
font droites, les vûës juftes , & dans lequel enfin ils
m'ont rien à foukaiter qu'une vie qui puiffe , après
Gi avoir
2062 MERCURE DE FRANCE
avoir paffé les bornes ordinaires , s'étendre encore
au delà des exemples que nous avons des plus
grands âges ! ce voeu unanime dans tous nos coeurs
ne peut laiffer en doute fur fon objet ; qui pourroit
à tous ces traits ne pas reconnoître la fageffe d'un
Roy , dont la penetration a fçû ſe choifir un Ministre
qui furpafle les d'Amboifes & les Richelieu , &
dont toutes les vertus font couronnées par un zele
ardent pour fon Souverain , & un parfait définte
reflem nt pour lui même ?
Cet efprit de detachement délivre de bien des
inquiétudes cependant l'objet de nos defirs , qui
paroît le p us géneral , eft pour les biens de la fortune
; s'il eft dfficile de s'en paffer totalement , il en
fut moins qu'on ne pense pour être heureux . On a
dit fouven: que le plus grand fond de richeſſes eft
celui d'un efprit affés moderé pour fçavoir le contenter
de peu ; l'abondance & la pauvreté font ,
proprement parler , les effets de notre opinion , &
les richeffes n'ont d'autre agrément que celui qui
leur eft donné par le Proprietaire qui les poffede.
Pendant que le Sage ne défire rien au - delà des biens
médiocres que la Providence a voulu lui diftribuer,
qu'il oeconome prudemment & dont il fçait faire
un bon ufage , qu'il refléchit fur le nombre infini
de miferables , qui , fans avoir moins mérité auprès
du Souverain difpenfateur de tous les biens , n'en
ont point été également favorifes. Des Riches infatiables
, trouvent le fecret de fe croire indigents
avec des poffeffions qui fatisferoient plufieurs familles
, ils ne font pas encore convenus de quel
nombre de Contrats , de quelle étenduë de terrain ,
de quelle portion de la furface de la Terre il falloit
jouir , pour fe trouver affés opulents , en jouiffant
du double , du triple , du centuple même de ce que
leurs Auteurs ont poffedé , ils forment des voeux
auf
SEPTEMBRE . 1743. 2063
Tuffi inquiets , fe refuſent autant d'agrémens & fe
donnent autant de peine pour augmenter leur fortune
, que s'ils étoient encore dans la fituation où
leurs parens les ont fait naître , telle eft la punition
de leur attachement , tandis que pour d'autres , par
une erreur contraire , le fuperflu le plus inutile devient
un néceſſaire indiſpenſable , tous enſemble ne
connoiffent point d'autre mérite que celui d'acquérir
, n'importe par quelle voye , ils fouffrent avec
peine que l'on n'accorde pas toujours à ces talens
les honneurs qui ne font dûs qu'à la vertu , & fe
trouvent à plaindre après avoir changé leur premiere
fituation , de ne pas pouvoir corriger leur naissance,
s'il étoit poffible de comparer les agitations,
les dégoûts auxquels font exposés ceux qu'une fortune
inopinée femble avoir comblé de fes faveurs ,
avec les fatigues de ces hommes robuftes, mais fans
bien , chargés de tous les travaux de l'Agriculture
ou des Arts les plus pénibles , on trouveroit à la fin
de leur vie une fupputation de mécontentemens à
peu près égale, en fupofant même qu'il ne fe rencontrât
pas que les premiers euffent paffé un plus grand
: nombre de momens dans l'agitation & dans les
peines de l'efprit.
=
Mais enfin en regardant , fi l'on veut , les honneurs
& les richeffes comme un bien , ne fçauroiton
jouir agréablement de la vie fans être en poffesfion
de toutes les differentes fortes de biens , qui ,
pouvant l'accompagner , ne lui font cependant
qu'accidentels ? pourquoi fe faire une néceffité af-
Aigeante d'un excedent dont on peut fe paffer , &
ne pas jouir d'une tranquillité que l'on fe procure
fûrement en obfervant de n'avoir rien à fe reprocher
dans fa conduite , & en s'occupant de la recherche
de la vérité ?
Ce n'est point affés pour être heureux de ne pas
GY attacher
2064 MERCURE DE FRANCE
attacher notre bonheur aux objets qui nous fontétrangers,
il faut enore fonder principalement notre
tranquillité fur ce qui dépend entierement de nous,
& dont nous pouvons fouverainement difpoler.
*
Si nous avons quelque voye qui puiffe nous con
duire au vrai bonheur , c'eft de faire le bien & d'aimer
la vérité ; tel étoit le premier principe que le
-Sage de Samos enfeignoit à fes Difciples , en les
affûrant qu'avec ces difpofitions on devènoit femblable
aux Dieux ; cette promeffe étoit exagerée , mais
elle exprime dignement la penfée de ce Philoſophe,
dont l'intention étoit de faire connoître le prix attaché
aux Sciences & à la vertu ; il ne pouvoit donner
une plus haute idée de la félicité que procurent le
fçavoir & la probité ; c'eft en poffedant l'un & l'autre
, que nous pouvons nous affûrer un bonheur pur
& fans revers , parce que l'honnête homme porte
partout avec lui la tranquillité que lui donne l'affûrance
qu'il n'a aucuns reproches à fe faire , & l'amateur
de la vérité trouve fans ceffe de nouveaux
fujets d'amuſemens par les nouvelles connoiffances.
qu'il peut acquérir tous les jours.
L'esprit ne peut être fans agir ; son action est la
pensée , aufi naturelle aux Etres intelligens , que la
gravité l'est à la matiere. L'objet le plus satisfaisant
de cette pensée , est l'éclairciffement de quelques
vérités ; elies font à l'esprit ce que la lumiere
est à nos yeux ; celui qui s'eft apliqué à quelque
connoiffance utile , peut rendre compte de la fatisfaction
qu'il a trouvée dans le progrès de ses découvertes
. La raison du contentement qu'on éprouve
est que l'esprit étant né pour se réunir à celui qui:
est la vérité même , s'aproche de l'objet auquel il
est destiné , en découvrant ce qui est vrai ;
* Pithagore.
alors il
devient
7 SEPTEMBRE. 17401 2055
devient plus pur, plus fort & plus étendu , à proportion
qu'il acquiert de nouvelles lumieres , & ne peut
fe refuser au plaisir de s'apercevoir qu'il tend à fa
perfection . Il n'eft personne qui ne conçoive que
Paplication eft préferable à l'indolence , comme la
vertu l'est au vice ; qu'il est plus avantageux de
s'instruire que de rester dans l'ignorance : mais
ceux qui ne veulent pas fe donner la peine de sçavoir
, interessent leur amour propre à fe prévenir
contre les Sciences ; ils profitent de l'avantage qu'ils
trouvent d'avoir un grand nombre de Partisans interessés
dans leurs causes ; ils se raffûrent par la
multitude de leurs semblables , & font entr'eux une
convention tacite , de fe borner au feul talent de
critiquer celui des autres , de trouver du ridicule
dans ce qu'ils n'entendent pas ; & femblables à ces
Hommes fans moeurs qui font gloire de leurs défauts
, ils ne rougiffent plus de l'aveu sincere , mais
honteux , de leur ignorance : cependant peut-on
exprimer le vuide & l'ennui auquel font en proye
dans le cours de leur vie , ceux qui la paflent fans
Occupation , malgré les vains amusemens auxquels
ils donnent inutilement le nom de plaisirs , puisquils
font fi fouvent accompagnés de dégoûts & de
repentirs? Les Sciences, au contraire,banniffent l'ennui
de la folitude même ; elles fervent de foûtien
& de consolation dans les changemens auxquels
nous fommes exposés , & donnent un éclat plus
Aateur à la prosperité ; en un mot , elles font un
plaisir de tous les tems & de tous les âges ; c'eft
pourquoi on ne fçauroit trop estimer les Affemblées
dans lesquelles on les cultive , puisque l'émulation
Y fait nécessairement naître le desir de s'inftruire .
La premiere idée de l'un eft embellie par les réflexions
d'un autre , qui font encore perfectionnées
par un troisiéme ; & c'eft ainfi que plufieurs lumie-
G vj
res
2066 MERCURE DE FRANCE
res raffemblées forment un vrai jour , comme l'an
nonce la Devise de cette Académie ; il n'est pas
jusques à l'amour propre , fi nuifible par tout ailleurs
, qui ne contribue à la perfection des Entretiens
Académiques ; l'émulation , le fentiment naturel
de soûtenir son opinion , anime au travail &
à la recherche des vraies raiſons pour l'établir ; enfin
, ce qui doit rendre la Science plus défirable
c'est que la véritable conduit à la vertu & à la probité
, qui donnent cette paix interieure , d'ou peut
naître le vrai bonheur.
>
Nous venons de voir que la paix ne sçauroit regner
dans un esprit agité par les paffions ; elle fe
trouve encore moins dans une ame qui ne peut fe
délivrer du reproche d'avoir agi contre les fentimens
de fes lumieres naturelles : c'eft donc l'interêt
de notre félicité qui nous engage à ne rien entreprendre
que nous puiffions un jour nous reprocher,
parce qu'un feul remords est capable de troubler
notre tranquillité au milieu même de tout le faste
d'une prosperité aparente ; ce qui démontre que
le véritable bonheur ne peut habiter qu'avec la probité
, qui consifte non feulement à éviter les actions
condamnables , mais encore à faire tout le
bien que l'on peut procurer . Si lorsqu'il s'agit de
lier quelque focieté , on examine le caractere de
ceux avec qui l'on veut s'affocier , fi pour vivre
avec agrément l'on souhaite de trouver des moeurs,
des fentimens & des dispositions bienfaiſantes dans
les perfonnes avec qui l'on est obligé d'avoir quelque
habitude , à combien plus forte raison , étant
inséparables de nous - mêmes , devons nous desirer
d'avoir ces bonnes qualités Quand la confidera-
* Une Rose de Diamans, & pour Légende : Mutue
clarescimus igne.
tion
SEPTEMBRE. 1740 2037
tion des autres ne s'y trouveroit avoir aucune part ,
P'expérience a dû nous confirmer le plaifir que procure
le fouvenir d'une bonne action . Autant le vice
eft fuivi d'inquiétudes & de chagrins , autant la
vertu fait goûter de douceurs. Tandis que l'envie
trouve l'art de nourrir les douleurs de ce qui devroit
faire le fujet d'une véritable joye , c'eft - à dire,
de l'avancement de fes Concitoyens & de fes proches
, l'inclination bienfaifante au contraire , tâche
de procurer ce même avancement dans lequel elle
rencontre un double plaifir ; celui de voir fon Pa
rent , fon Ami fatisfait , avec celui d'avoir contribué
à la satisfaction . Quelle douceur de pouvoir
fe féliciter d'avoir recouru le Miferable , protegé
l'Innocence & placé le Mérite ! l'éclat de la plus
brillante grandeur , les titres les plus pompeux
r'ont rien de fi flateur . Vous reconnoiffez , Messieurs
, à ces fentimens , ceux de l'augufte Protecteur
de cette Académie ; il préfere l'exercice des
mouvemens que font naître en lui sa pieté & la
bonté de fon coeur , au plaifir de jouir du rang de
Premier Prince du Sang ; fon élevation ne le flate
que par la liberté qu'elle lui donne de répandre plus
abondamment fes bienfaits ; après avoir examiné
avec foin dans les Confeils les moyens de procurer
le bien général de l'Etat , il ne néglige pas de defcendre
au détail des calamités des Provinces & des
familles même , pour les foulager dans leur infor
tune . Au milieu du tumulte qui ſemble entourer la
demeure des Grands , il a sçâ ſe faire une retraite
pieuse , qui n'eft acceffible qu'à la vertu & aux
fentimens qu'elle inspire . Son exemple nous aprend
que c'eft à la Religion de régler nos moeurs ; & je
ne puis mieux terminer ce Discours moral , qu'en
disant qu'elle doit fervir de guide à la raison humaine
, toujours trop foible pour fçavoir fe conduire
2068 MERCURE DE FRANCE
duire par elle-même. Les égaremens auxquels les
plus grands Hommes ont été fujets , en font une
preuve. En effet , fi chacun en particulier fe faifoit
l'arbitre , fe on ſon idée , de ce qui doit être
permis ou défendu , il s'enfuivroit un renversement
prefque univerfel on verroit fouvent l'injuſtice
autorisée , les trahifons justifiées & bien des crimes
honorés du nom de vertu , fi la Religion ne
donnoit pas les principes invariables fur lesquels
nous devons faire le bien , fuir le mal , & assûrer
enfin notre véritable félicité.
Le Samedi 13. Août , l'Académie Royale des
Sciences , élût le Comte de S. Florentin , Sécretaire
d'Etat , pour remplir la place d'Académicien
honoraire , vacante par la mort de M. le Peletier
Desforts. Le Samedi fuivant , le Comte de Maurepas
, Miniftre & Sécretaire d'Etat , écrivit à l'Académie
que le Roy avoit aprouvé cette Election ,
Le Samedi 3. Septembre , à 9. heures du matin
l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture ,
tint une Affemblée génerale & extraordinaire , où
M. Orry , Miniftre d'Etat , Contrôleur Géneral
des Finances , Vice- Protecteur , après avoir été
complimenté au nom de la Compagnie , par M.
Lépicié , Graveur du Roy , & Sécretaire de l'Académie
, fit la diftribution des grands Prix ; fçavoir ,
Le premier de Sculpture , au fieur Mignot.
Le fecond de Peinture , au fieur Challes , & le
fecond de Sculpture au fieur Gafpard Adam .
Enfuite ce Miniftre diftribua les petits Prix pour
le Deffein.
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît deux très - belles Eftampes en hauteur ,
de
t
SEPTEMBRE 1740 2069
de même grandeur , excellemment gravées par le
fieur le Bas , chés lequel elles fe trouvent , ruë de
la Harpe , vis -à- vis la rue Percée .
La premiere , d'après Ph . Wauvermans , fous le
titre de Halte d'Officiers , où l'on voit dans un beau
Paylage , quantité de Figures , de Chevaux &c . dédiée
à M. Jofeph - François Dufresne , Confeiller des
-Finances de S. A. S. & Elect . de Baviere .
La feconde , d'après C. Van-.-Falens , fous le titre
du Chaffeur fortuné , Payfage d'une heureufe
compofition , avec Figures , Chevaux , Chiens &:
Gibier , un Chaffeur affis auprès d'une aimable
Chaffereffe. Cette Eftampe eft dédiée au Comte
Egmont , Duc de Gueldre & de Julliers , Prince:
de Gavre & du S. Empire Romain , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe & de la premiere Création.
La Suite des Portraits des Grands-Hommes &
des Personnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continuë de paroître avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Eſtampes , Quai de l'Ecole ,
il vient de mettre en vente , toûjours de la même
grandeur :
CALLDERIC III. XXI . Roy de France , détrôné
en 751. après huit ans de Regne , mort à l'Abbaye
de S. Bertin en 754. deffiné par A. Boizot , &
vé par J. G. Will .
gra
LOUIS EMMANUEL DE VALOIS , COMTE D'ALETZ,
DUC D'ANGOULEME , Colonel de la . Cavalerie legere
, Gouverneur de Provence , né en 1996. most
en 1653. gravé par Mellan .
ETIENNE PASQUIER , Avocat Géneral à la Cham
bre des Comptes , né à Paris en 1528. mort le 31.
Août 1615. peint par A. D. & gravé par L. Gaultier .
M..
2070 MERCURE DE FRANCE
M. Marc- Antoine Eidous , ci- devant Ingénieur
des Camps & Armées du Roy d'Efpagne & de M.
le Prince de la Torrella , Ambaffadeur du Roy des
deux Siciles à la Cour de France , avertit les Perfonnes
qui fouhaiteront d'aprendre les Mathémati
ques , les Fortifications & le Lavis des Plans , qu'il
les montrera à celles qui voudront bien s'adreffer
à lui , & que fans les embarraffer dans des fubtilités
inutiles , il les mettra en fort peu de tems en
état d'agir par eux- mêmes & de fe paffer de Maîtres.
Sa demeure eft au Fanxbourg S. Germain , Cour
du Dragon Ste Marguerite , chés le fieur Chrétien,
Traiteur , à l'Hermitage.
M. Maflotteau de S. Vincent , donne avis qu'il a
chés lui , au College de Cambrai , au premier apar
tement , un Quart de Cercle qui porte plus de deux
pieds de Rayon , garni de fes Lunettes pour regarder
dans le Ciel , propre à un Aftronome ; lequel
eft à vendre à bonne compofition.
►
Le Sr Neilson , Chirurgien Ecoffois , reçû à S. Côme
, pour la guérifon des Hernies ou Defcentes
traite ces Maladies avec beaucoup de fuccès , par le
fecours des Bandages Elaftiques , qu'il a inventés
pour les Hommes , Femmes & Enfans. Ces Bandages
font fort aprouvés, non feulement parce qu'ils font
très-légers & commodes à porter, jour & nuit, mais
auffi parce qu'ils font très - utiles par raport à leurs
refforts , qui compriment la partie malade , ferment
exactement l'ouverture qui a permis la Defcente , &
réfiftent aux impulfions que font les parties intérieures
, foit à cheval ou à pied. En envoyant la meſure
prife fur l'Os pubis , & marquant le côté malade
, on eft aflûré de les avoir juftes .
Il donne fon Avis , & felon l'âge & le tempérament,
SEPTEMBRE. 1740 2571
ment , il prépare des Remedes q i lui font particu
liers , & convenables à ces Maladies . Il a auffi inventé
des Bandages Elaftiques très - légers , commodes
& néceffaires à porter pendant les exercices
violens , pour le garantir des maux , & prévenir les
incommodités qui arrivent tous les jours .
Sa demeure eft à Paris , ruë Dauphine , an Coq
d'or , au premier Apartement. Il ne reçoit point
de Lettres fans que le port en foit payć .
On nous affûre que M. Chycoineau , Premier Médecin
du Roy ayant vû la guériſon d'un grand
Prélat , qui avoit des Boutons Rougeurs & Dartres
au vifage depuis plus de huit ans , & ayant apris
d'ailleurs la guériſon de p ufieurs autres Perfonnes
confidérables , par les Remedes compofés & débités
par Mad. de Leftrade depuis plus de 40. ans , a
bien voulu , pour l'utilité & le foulagement du Public
, donner fon Aprobation pour les débiter .
Ces Remedes font une Eau pour la guérifon des
Dartres vives & farineufes , Boutons , Rougeurs
Taches de rouffeurs , & autres Maladies de la Peau.
Et un Baume blanc , en confiſtance de Pommade,
qui ôte les cavités & les rougeurs aprés la petite
vérole ; les taches jaunes & le hâle, unit & blanchit
le teint.
•
Ces Remedes fe gardent tant que l'on veut , &
peuvent fe tranfporter partout. Les Bouteilles de
cette Eau , font de 2. 3. 4. 6. livres & au- deffus
felon la grandeur. Les Pots de Baume blanc , font
de 3. livres 10. fols , & les demi Pots de une livre
cinq fols.
Mad de Leftrade , demeure à Paris , rue de la
Comédie Françoife , chés un Grainetier , au premier
Etage , il y a une Affiche au- deffus de la
porte.
Le Prélat dont on vient de parler , a gratifié la
D. de Leftrade d'une Penfion fa vie durant.
2072 MERCURE DE FRANCE.
MUSETTE.
D Ans le fond d'un Bocage
J'ai vu le tendre Amour ,
Qui tenoit ce langage
A Philis l'autre jour ;
Bergere ah ! quel dommage
Que vous ne sentiez pas
Ce que dans le Village
On sent pour vos apas .
*
L'esclavage m'allarme ,
Répond-elle à l'inftant ;
La liberté me charme ,
Et rien ne me plaît tant ;
Amour , ah ! quel dommage
Que mon fidele coeur
Devint l'heureux partage
De quelqu'Amant trompeur !
*
Que cette peur , Bergere ,
Ne vous allarme pas
Dans la tendre carriere
Je conduirai vos pass
L'Amant
YORK
CSLIC LIBRARY.
ACTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATION8.
W YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX
avo
TILDEN
FOUNDEN
DES
SEPTEMBRE. 1740. 2073
L'Amant le moins fidele ,
Pour vous sera constant
Si vous suivez , la Belle ,
Ce conseil important.
*
Voici ce que demande
L'Art de fixer un coeur ;
Que la douceur s'entende
Avec votre rigueur ;
Flatez sans satisfaire
Les désirs qu'il fait voir ,
Et faites qu'il espere ,
Sans remplir son espoir.
CHANSONETTE.
Venus sur la molle verdure
D'un jonc fraîchement amassé , i
Reposoit sous la voûte obscure
D'un Chevrefeuil entrelassé.
*
Le feuillage touffu d'un Hêtre
Couronnoit ce sombre Berceau ;
Au pied de ce Trône champêtre
Serpentoit un profond Ruisseau.
Vénus
2074 MERCURE DE FRANCE
Vénus dans son Cristal fidele
Plongeoit des regards satisfaits ;
Il présentoit à l'Immortelle
La vive Image de ses traits.
*
Des Poissons la Troupe timide
Respecte le divin Tableau ;
L'Habitant de la Rive humide
Se cache & n'ose troubler l'eau.
*
Le Tigre que la soif attire
Sur l'émail de ces bords fleuris ,
A pas suspendus se retire ,
De tant de merveilles surpris
Depuis le lever de l'Aurore ,
L'Amour rôdoit dans ces Cantons ,
Et n'avoit pû blesser encore
Que des Oiseaux & des Moutons.
*
Il démêle enfin la Déesse
Au travers du feüillage épais ;
Il prend son Arc , tire , & la blesse
Du plus meurtrier de ses Traits.
Perfide
SEPTEMBRE. 1740.
2075
Perfide Enfant , s'écria - t'elle ,
D'où vient contre moi ta fureur ?
Je vous prenois pour Isabelle ,
Dit l'Amour , pardonnez l'erreur .
.
Le Chevalier de S. Jorry,
**
SPECTACLES.
TRAGEDIE du College de LOUIS
LE GRAN D.
L
E 3. Août on représenta au College de
Louis le Grand , pour la diftribution des
Prix fondés par Sa Majefté , la Tragédie
d'Hermenigilde , par le P. Porée , de la Compagnie
de Jesus. Cette Piéce emporta les
Suffrages de tous les Connoiffeurs . L'invention
en parut neuve ; l'intrigue intereffante ;
la conduite réguliere ; les fituations touchantes
; les caractercs foûtenus ; les fentimens
exprimés avec cette force & cette délicateſſe
propres au célébre Auteur.
Nous nous bornerons à donner une idée
génerale du fujet de cette Tragédie . Hermenigilde,
fils de Leovigilde , Roy des Gots , essuya
une rude perfécution pour la Foy Catholique
de la part ddee ffoonn PPeerree qui étoit
Arien.
1076 MERCURE DE FRANCE
Arien. Son zéle peu éclairé lui fit prendre
les armes pour la défense de fa Réligion ; il
demanda même du fecours aux Grecs , dont
il fut trahi. Son Pere , devenu fon vainqueur,
lui proposa de recevoir l'Euchariftie de la
main d'un Evêque Arien ; ce qu'ayant refusé
, il reçût la Couronne du Martyre .
Le jeu des Acteurs fut excellent. M. Cayrel
joua , avec beaucoup de fentiment , le rôle
d'Hermenigilde ; on remarqua même qu'il
hazardoit un genre de déclamation peu ordinaire
à fon âge : il y réüffit autant qu'il pouvoit
l'esperer. M. de Coligny foûtint avec
force le Personnage de Leovigilde . M. du
Pleffix Pegaffe executa celui de Recarede ,
frere du Martyr , avec une aimable naïveté.
M. de Soleinne fe diftingua dans celui de
Valamir , ancien Gouverneur du jeune Prince.
Mrs de Rieux , Bourdon , de Vildé , de
Morinville , de Fins , & du Felix , partagerent
les aplaudiffemens du Public.
On donna pour Interméde le Monde Démasqué
, Ballet Moral , dont le deffein est de
montrer le Faux qui régne dans le Monde ,
& qui est le principe de presque tous les
Vices , afin de le détruire , en le faisant connoître.
Dans un champ fi vafte on choisit
1. Les faux Caracteres. 2 °. Les fauffes Vertus.
3 °. Les faux Talens. 4 ° . Les fauffes Aparences.
Entre les faux caracteres , on démasqua
SEPTEMBRE . 2077 1740.
qua la fausse Simplicité , la fausse Bravoure
, la fausse Douceur . Parmi les fauffes Vertus
, on découvrit la fauffe Pieté , la fauffe
Liberalité , la fauffe Amitié . Les faux Talens
présenterent la fauffe Politique , la fauffe Habileté
, la fauffe Politeffe . Enfin , la faulle
Opulence , la fauffe Indigence , la fauffe Douleur
ou le faux Deüil ,furent les fauffes Aparences
auxquelles on ſe borna .
Le Spectacle fut gracieux & instructif,
les Danses variées & toujours aplaudies . On
le Monde fe vit , pour la pre- peut dire que
miere fois , démasquer avec plaisir. L'entrée
de Momus , devenu Maître à danser , picqua
beaucoup par la vivacité & par la fingularité
du jeu . M. de Chabanon , éleve de Momus ,
& M. Destouches , éleve de Terpsicore , s'y
distinguerent. Mrs de Rohan & de Crussol
danserent avec la grace qui eft née avec eux.
Mrs de Saint Chartre , de Morinville , de
Chateldon , de la Garaye , Laujon , Veyrier
la Marteliere , de Fins , de Beaumont , de
Rochemore , de Casecastel , de.Colignon , de
Palis , Douet , du Mouchet , de Kerolain¸
de Tinteniac de Kennedy de Van asten.
mériterent les aplaudiffemens du Public.
L'Affemblée fut des plus brillantes & des
plus nombreuses ; S. A. S. M. le Comte de
la Ma che ; M. le Cardinal de Polignac ; M.
le Nonce ; plufieurs Princes , Prélats , & au
1
,
tres
2078 MERCURE DE FRANCE
tres personnes de la premiere diftinction honorerent
le Spectacle de leur préfence.
M. Malter l'aîné , Compositeur des Danses
, foutint parfaitement la grande réputation
qu'il s'eft juftement acquise de puis plufieurs
années par les Ballets qu'il a fait exécuter
, & qui l'ont fait regarder du Public
comme un homme dont le Talent eft unique.
Le Spectacle finit , fuivant la coûtume
par l'Eloge du Roy , prononcé par M. de
Rieux , avec beaucoup de dignité. Rien ne
fait plus d'honneur au College de LOUIS LE
GRAND que cet exercice qui a tous les ans un
nouvel éclat , & qui contribuë infiniment à
donner à la jeune Nobleffe ces manieres aifées
& naturelles , qui font une partie des
charmes de la focieté civile.
Le Jeudi 11. Août , les Ecoliers du College
Mazarin , représenterent fur leur Théatre
, à l'occafion de la diftribution des Prix ,
deux Comédies , dont l'une a pour titre les
trois Freres , & l'autre l'Ecole des Petits-Maîtres.
Le Cardinal de Polignac , & beaucoup
de Personnes distinguées par leur naiffance
& par leur érudition , y furent attirés par la
réüffite qu'avoient eu les Piéces des années
précedentes.
y
Ces deux dernieres furent précedées d'un
Prologue qui annonçoit la Piéce des Trois
Freres
SEPTEMBRE. 1740. 2079
2
Freres , & qui rendoit en même tems raifon
des motifs qu'on avoit eus pour ne donner
cette année que des Comédies. La Tragédie
, disoit un des Personnages du Prologue
est moins propre que la Comédie à former
le coeur dela jeunesse , & d'ailleurs elle
ne peut être auffi bien renduë par des Acteurs
qui sortent de l'enfance. Dans cet âge heureux
la nature nepeut qu'avec peine , fe parer des
faux brillans de l'Art. A l'égard de l'inftruction
, la bonne Comédie , dont l'objet eft de représenter
naïvement les actions des hommes ,
de faire la guerre aux vices , convient mieux
que la Tragédie à de jeunes gens qui vont entrer
dans le Monde . La Tragédie toujours dans
le merveilleux , paffe , avec raison , chés les
Ecoliers pour un effort de l'imagination , plutôt
que pour l'imitation du vrai . Enfin,le Tragique,
ui rarement daigne s'humaniser , ne peut an
us qu'étonner la Jeuneffe ; le Comique se prête
elle , & l'inftruit en la faisant rire.
LE PROLOGUET fut prononcé par
Mrs Charles- Marim du Frêtne.
Michel- Joseph Mouret,
Jean -Louis Mercier
Joseph- François de Klinglin.
Voiciale fujet de la Comédie des Trois
Freres .
, L'un de ces Freres eftún Avare l'autre
est un Prodigue , le dernier & le plus jeune
H eft
2030 MERCURE DE FRANCE
<
eft Généreux . Le but de cette Piéce eft de
prouver que la Générosité s'éloigne également
des deux excès contraires.
PERSONNAGES .
Argante , Avare , Frere
d'Arifte & de Lifidor.
Arifte , Prodigue , Frere
d'Argante & de Lift-"
dor.
MESSIEURS.
Jean- Paul Monnerau de
Muffoville..
Charles- Marin du Fref
ne.
Lifidor , Généreux , Fre- Vivant du Cros.
re d'Argante & d'Arifte.
Damis , Fils d'Argante.
Scapin, Valet d'Argante.
L'Epine , Valet d'Arifte.
Du Bois , Valet de Lifi
dor. mes
Ruftan , Marchand de
Chevaux .
་་
M. Doucet , Maître Sel-
C
Alexandre-Geoffroy-Fau..
connier de Saint Brif
Jon
Charles - François Paſſerat,
François Moreau .
Michel-Jefeph Mouret.
Louis - Joseph Flavign
Jean- Antoine le Bes
Juif , Ufuriers tradiziod Jean-Louis Mercien
Gette Piéce fut reçûë avec un aplaudiffement
géneral C'est une des dernieres qu'ait
composé l'Auteur. Quelque convaincu que
nous foyons de fa modeftie , nous ne pouvons
nous dispenser de dire en deux mots ,
pour lui rendre , auffi bien qu'à fon Ouvrage
, la juftice qui leur eft dûë , que l'exposi
tion des cette Comédie est très claire , la
conduite parfaitement soûtenuë , lá Morale
à
SEPTEMBRE. 1740. 2081
&
à l'abri de toute censure , & le Comique des
plus nobles & des plus piquants. L'Avare
& les autres Perfonnages de cette Piéce , font
caracterisés par des traits fi nouveaux , qu'ils
prouvent de reste qu'il s'en faut bien que les
Auteurs Comiques les ayent tous épuisés.
Les jeunes gens qui la représenterent s'en acquitterent
de façon à ne rien defirer de plus,
même dans des personnes plus avancées en
âge. Il faut cependant avouer que M. Monnereau
, qui joüoit le Rôle de l'Avare , fe
diſtingua par
deffus les autres.
Sujetde la Comédie de l'Ecole des Petits-Maîtres.
Damis , Petit- Maître , donne dans les folies
qui ne font que trop communes aux
rfonnes de fon âge. Le dénoûment de
re Piéce , prouve qu'on ne fe répent jas
d'avoir été fage .
Plius
.
Cersonnages de l'Ecole des Petits -Maîtres.
Arifte , Pere de Damis.
Damis ; Petit - Maître
Fils d'Arifte.
Oronte , Vieillard , ami
d'Arifte.
Leandre , Sécrétaire d'Arifte
.
gnac.
Le Marquis de Grafi-,
M. Charles - Marin du
Frefne.
Vivant du Cros.
Michel-Jofeph Mouret.
Alexandre- Geoffroi-Fauconnier
de S. Briffon.
Jean- Paul Monnereau de
Muffoville.
Hij Valet
2082 MERCURE DE FRANCE -
Valet d'Arifte.
Farnçois Moreau.
Scapin , Valet de Damis. Charies - François Paffe-
Un Payfan.
ral.
Louis-Jofeph Flavigny.
Cette Piéce eft un des premiers Ouvrages
de l'Auteur. C'est le même qui , les années
précédentes , donna fur le même Théatre
Sigifmond , Tragédie , les Captifs , Comédie¸
Alcefte , Tragédie , le Danger des Richeſſes
Comédie . Le Spectateur éclairé a retrouvé
avec plaifir dans les Comédies de cette année
, la pureté du style , & la fineſſe de composition
qu'il avoit tant admiré dans les précédentes.
La fatisfaction qu'il en a témoigné
par fes aplaudiffemens , prouve que les
Acteurs fe font acquittés de leur Rôle , de façon
à ne point faire de tort à l'Ouvrage,
Nous croirions en faire à M. du Cros, en paffant
fous filence , que dans un Rôle difficile
& long , il a été géneralement goûté ,
PERSIFLE'S , Tragédie de 60. Vers
en IV. Actes , par Personne. 1740 .
ACTEURS.
Persifiés.
Semiramis.
Pompée.
Helene
Zoroastre.
Oziris.
Sardanapale,
La Scene eft dans l'Univers ,
La
SEPTEMBRE. 1746 2083
Le Théatre représente un Clair de Lune,
ACTE I. Persiflés Semiramis , Pompée
, Sardanapale , Helene , Zoroastre ,
Oziris.
,
Persifiés.
Oui ,
Zoroaftre.
Non ,
Helene.
Quoi ?
Pompée.
Si ,
Semiramis.
Comment ?
Oziris.
Ah !
Sardanapale:
Mais ,
C
Pompée.
Car ;
Helene.
Pour
Persiflés.
Enfin,
Zoroastre.
Hiij Ache
2084 MERCURE DE FRANCE
Achevez d'éclaircir ,
Semiramis .
J'entends ,
Pompée.
>
Quel grand dessein !
>
ACTE II . Persiflés , Semiramis Zoroaftre
, Pompée.
Persiflés.
Eh bien , cette faveur , dont les graces sinistres
De cent glaçons vivans ont été les Ministres ,
Fatalement heureux , vaincus & couronnés ,
Grands , soumis , furieux , morts avant d'être nés ,
Ces Serpens élancés outrageant l'Atmosphére ,
Ont franchi des travers l'intrepide carriere .
Je vous l'avois promis , & l'Oracle interdit-
Justifie en un jour ce qu'il n'a point piédit.
Semiramis .
Il le faut avoüer ; par le Trône où j'aspire
Le songe de l'Egypte au Ciel le pouvoit lire ,
Zoroastre sçait trop ....
Zoroastre.
Instruit , mais aveuglé
Il a creusé , craint , crû , mais il n'a point tremblć.
Peut-être ....
Pompée.
Et de quel droit à
Persiflés.
SEPTERE. 1740. 2085
Persifiés.
L'Enfer , les Dieux , la Terre
Des ombres & du jour entretiennent la guerre.
Mon bras , & j'en attefte un Trône qui m'est dû ,
A versé plus de sang qu'il n'en fut répandu.
Zoroastre.
Eh bien ! allons au Temple ; une fi sainte chaîne
Versera dans nos coeurs ou l'amour ou la haine ;
Sardanapale entraîne Oziris avec nous.
Pompée ; ( après avoir réfléchi. )
Allons , ou n'allons
pas ;
Persiflés.
Nous y consentons tous.
ACTE . III.
Helene seule.
Catastrophe obligeante , entêtement docile !
Par quel art mon coeur balancé ,
Va -t'il d'un spectacle inutile
Flater un Trône renversé ?
Toujours & jamais à moi- même ,
De cette incartade suprême
Je me plais à nourrir le captieux détour.
Ah ! comment m'arracher à cet abîme extrême ?
Destin , vous vous taisez ! faites parler l'Amour .
Hiiij Que
2086 MERCURE DE FRANCE
Que me servira la contrainte
D'un miracle aussi naturel ?
Que peut l'esperance ou la crainte-
Que prévient un plaisir mortel ?
Heureuse ! & toutefois, c'eft un autre, ou moi même.
De cette incartade suprême
Je me plais à nourrir le captieux détour.
Ah ! comment m'arracher à cet abîme extrême ?
Destin , vous vous taisez ! faites parler l'Amour .
"
ACTE IV . Persiflés , Zoroastre , Semiramis
, Helene , Oziris , Sardanapale ,
Pompée.
Persifiés.
O fortune ! ô revers !
Zoroastre.
O nouvelle funefte
Persiflés.
Yous sçavez ... :
Zoroastre.
Non , Seigneur , & j'ignore le refte .
Persiflés.
Eh bien ! aprenez donc ...
Semiramis.
Je l'avois préssenti .
Lo
SEPTEMBRE. 1740.
2087
Le sort ne prescrit rien , le sort s'eft démenti .
Persiflés.
Mais enfin c'est un songe , & sa lumiere occulte ....
Helene.
A peine du sommeil le paisible tumulte
Confondoit l'Univers , qu'un Monftre inattendu
Découvre à mes regards un Phantôme étendu ;
Effrayans & flateurs ses desseins me préparent ,
De mon lit ébranlé les voutes se séparent ;
Agités de concert , leur art cimetrisé
En une vaste Mer l'ont métamorphosé.
Mon deftin s'éclaircit, Seigneur , je me condamne.
Persiflés.
Non , Madame , il est tems que ma vertu profane
D'un vol ingénieux vers l'immortalité
Perce des lieux errans l'auguste obscurité ;
Le Heros se découvre , & d'un coup magnanime
Il sefrape.]
J'épouse enfin la gloire , un Temple & votre eſtime .
Oziris.
O vertu !
Helene:
Quel revers !
Zoroastre.
Eût- on dû l'esperer !
Hv Sarda1088
MERCURE DE FRANCE
Car enfin ...
Sardanapale.
Pompée.
il est vrai.
Helene.
Peut-on trop l'admirer !
On emporte Persiflés.
Fin de la Tragédie.
L'Académie Royale de Musique , qui
continue toujours le Ballet des Fêtes Venitiennes
, donna le 18 , Septembre , unc nouvelle
Pantomime dansée par le fieur Rinaldi-
Fossano & la Dile son épouse , à laquelle se
joignirent les meilleurs Sujets de l'Académie,
pour remplir les differens caracteres qui
faisoient connoître le fujet de la Pantomime
, laquelle fut géneralement aplaudie .
Le 10. Septembre , les Comédiens François
remirent au Théatre le Préjugé à la Mo--
de , Comédie en Vers & en cinq Actes de
M. de la Chaussée , qu'on a revûe avec plai
sir. Cette Piéce avoit été donnée pour la
premiere fois en Fevrier 1735. on peut en
voir l'extrait dans le Mercure d'Avril de la
même année , page 768 .
Le 15. ils remirent aussi au Théatre la
Tragédie
SEPTEMBRE. 1740. 2089
Tragédie de Medée , de M. de Longepierre.
. Elle avoit été donnée dans fa nouveauté en
Fevrier 1694. & la Dlle Champmeslé y
joüoit le principal Rôle. Cette Pièce ne fut
réprise qu'au mois de Septembre 1728. & la
Dile Balicourt , retirée du Théatre depuis
quelques années , avoit rempli le même Rôle
de Mcdée avec beaucop de succès ; aujourd'hui
la Dlle Dumesnil remplace cette
derniere Actrice , & joue le même Rôle
avec beaucoup d'aplaudissement.
************
VERS à Mlle Gaussin , au sujet de la
Comédie du Fat Puni , où elle paroît fur
la fin , déguisée en homme.
L'Autre four admirant la fotise imbecille
De ce Marquis fourbe , évanté ,
Dont , fous le nom de Clerinville ,
Tu démafques fi bien la fotte vanité ,
Je difois tout bas en moi-même :
Ah ! fi par un bonheur extrême
Elle eût voulu me faire un tour auffi malin
A mon coeur tendre & plus fincere
Sous cette forme finguliere
L'Amour eût fait trouver la charmante Gauffin.
D. de L.
H vj
Le
1090 MERCURE DE FRANCE
Le premier Septembre , les Comédiens Ita
liens donnerent une Piéce nouvelle Italienne
en trois Actes , intitulée Arlequin Militaire .
Elle fut fuivie d'un Divertiffement , dans lequel
l'Arlequin Italien , à la tête d'une Compagnie
de Dragons , leur fait faire l'Exercice
d'une maniere très- comique ; chaque Dragon
, muni d'une bouteille de vin & d'une
taffe , obéit , avec ces armes , au commandement
du Capitaine.
Le 3. ils donnerent une petite Piéce nouvelle
en Profe & en un Acte , qui a pour
titre la Comédienne , laquelle n'ayant pas été
goûtée du Public , ' n'a eu qu'une repréfentation.
&
,
Le 12. les mêmes Comédiens donnerent
une Pantomime nouvelle , danfee la Dile
par
Roland- & par le fieur Poitiers , nouveau
Danfeur , tous deux arrivés depuis peu de
Londres. Cette Danfeuſe avoit déja paru fur
le même Théatre en 1732. avec aplaudiffement
, & ne fait pas moins de plaifir préfentement
, auffi bien que le nouveau Danfeur.
Ces deux nouveaux Sujets ont été fort
aplaudis par de nombreuſes Affemblées.
1.e 17. le fils de ce nouveau Danfeur , âgé
d'environ fept ans , danſa ſeul à la fin du premier
Acte de la Piéce , une Entrée en Arlequin
, fur un air de Chaconne , avec toute
la grace & la jufteffe imaginables & fort audeffus
SEPTEMBRE. 1740 2091
deffus de fon âge ; il caracterifa parfaitement
le perfonnage qu'il repréfentoit. Il danfa encore
une differente Entrée à la fin d'un autre
Acte & fous un different perfonnage avec les
mêmes aplaudiffemens .
Le 17. Septembre , l'Opera Comique donna
une petite Piéce nouvelle , d'un Acte ,
ornée de Chants & de Danfes , qui a pour
titre les Jardins d'Hebé. Cette Piéce fut précédée
des Fêtes Villageoifes , Ambigu comique
, avec des Intermédes dont on a déja
parlé , dans lefquels le fieur Catolini , nouvel
Arlequin , & la Dlle fon Epouſe , continuent
de jouer au gré du Public.
***
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.
O
Nmande de Petersbourg , qu'il y arrivoit
tous les jours un grand nombre de Seigneurs
de diverfes Provinces de Mofcovie , lefquels y font
attirés par le defir de voir les Fêtes que la Czarine
doit donner , à l'occafion de la Naiffance du Prince
ou de la Princeffe , dont accouchera la Princeffe
Anne de Meckelbourg , Epoute du Prince Antoine
Ulrich de Beveren.
On a apris qu'il étoit furvenu quelques difficultés
, par raport au Lieu où doit fe faire l'échange
de
1092 MERCURE DE FRANCE
de l'Ambaffadeur du grand Seigneur & de celui de .
la Czarine ; que l'Ambaffadeur Turc demandoit
que cet échange fe fît dans la Plaine voifine de
Bender , & que le Géneral Romanzoff exigeoit
qu'il ne fe fit que dans les environs de Kiow .
Les dernieres Lettres de Petersbourg , marquent
que la Princeffe Anne de Meckelbourg , Epouſe
du Prince Antoine Ulrich de Beveren , étoit accouchée
d'un Prince .
ALLEMAGNE,
N mande de Vienne , que dès que la fanté dé
PAmbaffadeur du Grand Seigneur a été parfaitement
rétablie , on a envoyé à Schwechadt M.
de Weber , Reférendaire du Confeil de Guerre ,
pour convenir avec ce Miniftre du jour auquel il
feroit fon Entrée publique à Vienne ; mais que l'Ambaffadeur
a fait naître de nouvelles difficultés au fujet
du cérémonial , & M. de Weber a été obligé
de revenir en cette Ville fans avoir rien réglé.
aux-
Le Marquis de Mirepoix , Ambaffadeur du Roy
T. C. voyant que les offices de conciliation ,
quels il fe porteroit pour lever ces difficultés , feroient
agréables à l'Empereur , y a employé fes
foins avec tant de fuccès , que l'Ambaffadeur de Sa
Hauteffe eft demeuré d'accord de faire le 23. du
mois dernier ion Entrée , & de fe conformer à ce
qui a été pratiqué par les autres Ambaſſadeurs du
Grand Seigneur.
On a apris depuis que cet Ambaffadeur fit le 23 .
du mois paffé fon Entrée publique à Vienne , comme
il en étoit convenu , & que l'on obferva l'ordre
fuivant dans la mar.he.
Un détache nent d'un Régiment de Huffards ;
feize Dragons du Régiment d'Althan ; ving Gre
nadiers
SEPTEMBRE. 1740. 2093
diers du Régiment des Gardes à pied ; plufieurs
Chevaux de main des principaux Officiers des Carabiniers
; les deux Compagnies des Carabiniers ,
ayant leurs Officiers à leur tête ; deux Timbaliers.
fix Trompetes & un pareil nombre de Hautbois ,
avec des habits de drap bleu galonnés d'argent ; les .
Bourguemeftres & les autres Magiftrats , précédés.
des Huffiers ; le Corps de Ville ; les Chevaux de
main du Prince d'Averfperg & du Comte de
Wurmbrand ; une troupe de Turcs ; les Chevaux
que le Grand Seigneur envoye en préfent à l'Empereur
, conduits chacun par deux Palefreniers
73. Officiers Allemands qui avoient été faits prifonniers
dans la derniere Guerre , & qui ont éte remis
en liberté à l'occafion de la Paix ; 48. Chatirs
ou Valets de Pied de l'Ambaffadeur ; douze
Chiaoux , fept Agås Turcs habillés d'une Etoffe de
foye verte à Fleurs d'Or , & tenant le Sabre à la
main ; deux autres Agas qui portoient des Queues
de Cheval ; l'Ecuyer & les Pages de l'Ambaſſadeur-;
15. jeunes Turcs de diftinction , vêtus magnifiquement
fur de très-beaux chevaux ; le Sécretaire
& le Chancelier de l'Ambaflade ; douze
Chevaux de main de l'Ambaffadeur ; fon Selictar
Aga , précédé de fix Pages & de deux Agas .
L'Ambaff deur étoit à cheval entre le Prince
d'Averfperg & le Comte de Wurmbrand , & il
étoit fuivi de 36. de fes Domestiques qui marchoient
deux à deux. La marche étoit fermée par
les Janiffaires & les Spahis que le Grand Seigneur
lui a donn s pour fa garde , & qui avoient à leur
tête plufieurs Inftrumens de Mufique guerriere.
Le Prince d'Averfperg & le Comte de Wurmbrand
conduifirent l'Ambaffadeur à l'Hôtel qui lui
avoit été préparé , & lorfqu'il y fut arrivé il y fut
complimenté de la part de leurs Majeftés Impériales
.
L'AM
2094 MERCURE DE FRANCE
L'Ambaffadeur du Grand Seigneur fe rendit le 4 .
de ce mois au Palais de la Favorite avec le même
cortege , dont il avoit été accompagné lorſqu'il £t
ſon Entrée à Vienne , & il eut fa premiere Audience
publique de l'Empereur.
Le 29. du mois dernier , le Prince Electoral de
Saxe prit congé de leurs Majeftés Imperiales , & il
reprit le 31. la route de Drefde , où il a dû arriver
5. de ce mois. le
L'Empereur lui a fait préfent d'un Diamant de
20000. florins ; l'Imperatrice lui a donné une Can- .
ne dont la pomme eft un Sphinx d'Or , qui porte
un Collier de fort beaux Brillans , & il a reçû de
P'Imperatrice Douairiere une Tabatiere dont le deffus
& la Cuvette font de deux Pierres précieuſes.
On a apris de Ratisbonne , du 27. du mois paffé
que le College des Princes de l'Empire a accordé
une voix de plus dans la Diette au Roy de Dannemarck
, comme Duc de Holſtein Gluckſtadt
& que cette affaire , qui a été agitée pendant près
d'un fiécle , a été terminée dans une Affemblée
que les Miniftres des Princes qui compofent ce
College , tinrent le 13. du même mois.
ITALIE.
l'au-
Na reçû avis de Rome que le 20. du mois paffé ,
jour fixé pour le Couronnement du Pape , on
diftribua dans les Cours du Palais du Vatican ,
mône ordinaire d'un Jule par tête à près de soooo .
perfonnes qui fe préfenterent pour la recevoir. On
publia l'après midi un Decret , par lequel Sa Saintete
accordoit une Indulgence Pleniere à tous ceux
qui s'étant confeffés & ayant communié , affifteroient
le lendemain à la Meffe qu'elle devoit célébrer
, ou qui recevroient ſa Bénédiction à la grande
Loge
SEPTEMBRE . 1740. 2095
រ
Loge du Portail de l'Eglife de Saint Pierre .
Le 21 les Cardinaux fe rendirent à la Sale des Paremens
, fuivant l'invitation du Premier Maître de
Cérémonies , & le Pape y étant arrivé avec un
nombreux cortege de Princes Romains , de Prélats ,
& de Nobleffe , Sa Sainteté fut revêtue de fes ornemens
Pontificaux par les deux plus anciens des
Cardinaux Diacres. Tout étant prêt pour la Cérémonie
de Couronnement , la Proceffion fe mit en
marche. Les Prélais en Rochets & en Chapes violettes
étoient à la tête ; ils étoient fuivis des Cardinaux
en Rochets & en Chapes rouges , & le Pape
étoit porté dans une chaife découverte . La Proceffon
, après être defcendue par le grand Efcalier de
Conftantin , fe rendit fous le Portail de l'Eglife de
S. Pierre qui étoit orné de tapifferies magnifiques :
le Pape s'y plaça fur un Trône à côté de la Porte
Sainte , & les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal Albani , Camerlingue
de la Sainte Eglife , fe tenant débout & découvert
à la gauche du Trône , complimenta le Pape fur
fon Election , enfuite s'étant mis à genoux , il baifa
les pieds & la main droite de Sa Sainteté , après
quoi il l'embraffa la priant de vouloir bien admettre
au baiſement des pieds les Chanoines & les Of
ficiers de l'Eglife de S. Pierre , Cérémonie qui fe
fit pendant que les Cardinaux & les Prélats entrerent
proceffionnellement dans l'Eglife . Le Pape fut
porté enfuite dans la Chapelle de la Sainte Trinité,
où ayant quitté fa Mitre , il fit fa priere devant le
S. Sacrement. Après fa priere , il alla à la Chapelle
Clementine , & les Cardinaux lui baiſerent la main ,
ainfi que les Patriarches , les Archevêques , les
Evêques , les Princes du Soglio , les Confervateurs
&le Prieur du Peuple Romain .
Cette Cérémonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape
2096 MERCURE DE FRANCE
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & entonris
l'Office de Tierce , qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de cet Office
Sa Sainteté prit fes Ornemens pour célébrer la Meſ.
fe, & pendant qu'Elle étoit en marche pour fe rendre
au Principal Autel , dit la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Cérémonies brûla des étoupes
par trois fois en chantant chaque fois , Pater Sancte ,
fic tranfit gloria mundi. Le Pape , après avoir die
l'Introite , monta fur fon Trône , & les Cardinaux
vinrent à l'obédience , & baiferent les pieds , les
genoux , la main & la joue de Sa Sainteté ; les
Archevêques & les Evêques lui baiferent les pieds
& les genoux , & les Pénitenciers les pieds fulement
. Enfuite le Pape entonna le Gloria in Excelfis
, après lequel il retourna à l'Autel pour achever,
la Meffe .
Lorfqu'elle fut finie , Sa Sainteté reçût du Chapitre
de l'Eglife de S. Pierre la retribution de 25.
Jules de Monnoye ancienne , & Elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où , pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne , Corona aurea fuper
caput eius , on ôta la Mitre de Sa Sainteté , & le
premier Cardinal Diacre lui mit la Thiare fur la
tête. Le Pape donna alors fa Bénédiction au Peuple
, au bruit d'une Salve génerale de l'Artillerie
du Château S. Ange , & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux plus anciens Cardinaux Diacres publie
rent une Indulgence Pleniere en forme de Jubilé ,
& Sa Sainteté donna deux autres fois au Peuple fa
Bénédiction. Elle retourna enfui e à la Sale des
Paremens , où elle fut complimentée fur fon Couronnement
par le Sacré College . Le ſoir , ainfi que
le lendemain , il y eut des illuminations & des feux
dans toute la Ville , & on tira la Girandole du´
Château S. Ange . Le
SEPTEMBRE. 1740. 2097
Le Pape partit le 21. après midi du Palais du Vatican
, pour le rendre à celui de Monte Cavallo ,
étant précédé de toute la Prélature & de la principale
Nobleffe , à cheval , & fuivi des deux Compagnies
des Chevau - Legers & de celles des Cuiraffiers
: Sa Sainteté avoit dans fon caroffe le Car
dinai Ruffo & le Cardinal Camerlingue.
On cépêcha le 20. des Couriers à toutes les
Cours , pour leur donner part de l'Election du
Pape.
Le 25.
5. Fête
de S. Louis
Roy
de France
, le Duc
de Saint
Aignan
, Ambaffadeur
de S. M. T. C. alla
en
grand
cortege
à l'Eglife
dédiée
à ce Saint
,
dans
laquelle
les Cardinaux
tinrent
Chapelle
tuivant
l'ufage
, & la Meffe
fut
célébrée
par
l'Evêque
de Malthe
.
Le Cardinal Alexandre Albani a obtenu la place
de Préfet de la Chapelle du Pape , & le Cardinal
Lanfredini a été fait Econome de la Banque & de
'Hôpital du S. Efprit. Sa Sainteté a difpofé de la
Charge de Ponent du Bon Gouvernement , en faveur
de M. Caftelli ; Elle a donné celles de Votant
& d'Ausiteur de la Signature à Mrs Arefe & Conti,
celle de Confulteur des Rites à M. Erba , & une
de Camerier Secret participant au Grand Prieur
Antinori . Le Marquis Ottieri , Premier Ecuyer du
Pape ayant demandé des Lettres de Veterance ,
le Marquis Patrizi Montorio lui fuccede dans cette
charge . M. Vinciguerra a été confirmé dans la
place de Chapelain Secret de Sa Sainteté , qui a
accordé à M. Clarelli le Canonicat de l'Eglife de
S. Pierre , vacant par la mort de M. Albini . Ce
fera le Prélat Merlini qui exercera par interim les
fonctions d'Auditeur du Pape , & le bruit court que
M. Giuftiniani fera Sous- Dataire à la Place de M.
Spannochi.
On
2098 MERCURE DE FRANCE
"On a apris en dernier lieu de Rome que le Pape ,
accompagné des Cardinaux de Rohan & de Colonitz
, fe rendit le 28. du mois paffé à l'Eglife des
Religieux Auguftins & que Sa Sainteté y celébra
la Meffe , après laquelle Elle admit le Général
de l'Ordre & les autres Religieux de la Maiſon ,
lui baifer les pieds .
Le lendemain , le Pape tint un Confiftoire , dans
lequel , après avoir remercié les Cardinaux de fon
Election , il déclara Doyen du Sacré College & Vice
Chancelier de la Ste Eglife le Cardinal Ruffo , qui
opta le titre d'Evêque d'Oftie & de Velletri .
Le Cardinal Annibal Albani , Camerlingue , qui
eft devenu Sous Doyen des Cardinaux , par la nomination
du Cardinal Ruffo au Decanat , n'ayant
point voulu accepter l'Evêché de Porto , Sa Sainteté
propofa cet Evêché pour le Cardinal Pic de la
Mirandole, & le titre de S. Laurent in Lucina pour
le Cardinal Alberoni , Premier Cardinal Prêtre .
Le Pape fit enfuite la cérémonie de donner le
Chapeau aux Cardinaux d'Auvergne , de Lamberg ,
Valenti Gonzaga , & Stampa , qui allerent l'aprés
midi , fuivant l'ufage , faire leurs prieres à la Bafilique
de S. Pierre , & rendre vifite au Cardinal
Doyen.
Le Cardinal Corfini a préfenté au Pape un Jefuite
Portugais , que le Roi de Portugal a chargé
de les affaires auprès du Saint Siége à la place du
Pere d'Evora , & cette commiffion donnée à ce
Cardinal par S. M. Port. fait conjecturer que le titre
de Protecteur des affaires Ecclefiaftiques du
Royaume de Portugal lui eſt deſtiné .
Sa Sainteté a établi deux Congrégations , l'une
compofée des Cardinaux Alberoni , Cibo & Aldovrandi
, pour réformer les abus qui fe font introduits
dans l'adminiſtration des revenus de la Chambre
SEPTEMBRE . 2099 1740
bre Apoftolique , l'autre , compofée des Cardinaux
Pic de la Mirandole , Belluga , & Lanfredini , laquelle
fera chargée de faire des perquifitions touchant
les moeurs des Sujets qui feront nommés aux
Evêchés.
La Légation de Bologne a été donnée au Cardinal
Alberoni , & il y a aparence que le Cardinal
Delci , qui a remis l'Archevêché de Ferrare , aura
celle de cette derniere Ville , où M. Berardi & l'Avocac
Boninį doivent fe rendre , le premier en qua
lité de Commiffaire de la Chambre Apoftolique
& e fecond en qualité de Vice Commiffaire.
2
Le 28. on inonda la Place Navone , & il y eut un
grand concours de Nobleffe dans les Palais qui environnent
cette Place , particulierement dans celui
du Cardinal de Kohan , où le Chevalier de S.
Georges fe trouva' , ainsi que l'Ambaffadeur de
S. M. T. C. dix- fept Cardinaux & up grand nombre
de Perfonnes de diftinction .
FLORENCE,
Na apris par l'Equipage d'un Vaiffeau qui
revient des Echelles du Levant , & qui eft entré
depuis peu dans le Port de Livourne , que le
changement de Grand Vifir n'avoit pu encore rétablir
la tranquillité à Conftantinople , & qu'on
croyoit que le Grand Seigneur feroit obligé de facrifier
le Chef des Eunuques au reffentiment du
Peuple , qui eft mécontent de l'ufage que ce Favori
fait de fon autorité.
23.
Selon les derniers avis reçûs de Florence , il y eut
le du mois dernier un violent Orage , pendant
lequel il tomba de la grêle d'une groffeur extraordinaire
.
VENISER
2100 MERCURE DE FRANCE
ON
VENIS E.
N aprend de Venife par l'Equipage d'un Va'sseau
arrivé depuis peu des Echelles du Levant,
qu'un Arinateur Catalan ayant attaqué dans les environs
de l'Isle de Malthe un Bâtiment Algerien
qu'il avoit pris pour Anglois , fon Vaiffeau "avolt
été fi endommagé par l'Artillerie du Corfaire , que
ne pouvant éviter de P rir , il avoit pris le parti
d'aller à l'abordage ; que le combat avoit été trèsvif
et très-long , & que les Espagnols s'étoient rendus
maîtres du Bâtiment ennemi , quoiqu'ils fuffènt
intérieurs de moitié en nombre à l'Equipage de ce
Vaiffeau , fur lequel il y avoit 400. hommes.
NAPLE S.
E Traité que le Chevalier Finochietti étoit
chargé de négocier avec la Régence de Tripoli
eft conclu , & il eft parti depuis peu un Officier ,
pour porter la ratification de ce Traité , figné par
le Roy.
Les difficultés qui retardent la conclufion de la
Paix entre S. M. & la Régence d'Alger , n'ont pû
encore être levées, & le Dey paroît perſiſter dans la
réfolution de ne point confentir à un accommodement
, à moins qu'on n'accorde aux Algériens des
conditions affés avantageufes pour les dédommager
de la perte qu'ils feront en n'attaquant plus les
Vaiffeaux Napolitains & Siciliens .
Le Grand Seigneur informé des difpofitions du
Dey & de la Régence d'Alger , leur a écrit deux
fois , pour les engager à fe relâcher de leurs prétentions.
L'Ambaffadeur de la Religion de Malthe a fait áu
.Miniftere de la part de fon Ordre , quelques représentations
SEPTEMBRE. 1740 2101
t
sentations au fujet de divers Articles du Traité que
le Roy a conclu avec le G. S.
Les du mois paffé , les Seigneurs & les Dames
de la Cour reçûrent un ordre de la Sécretairerie
d'Etat , par lequel il leur eft enjoint de ſe rendre en
habits de Céremonie au Palais , dès que la Reine
fentira les premieres douleurs de l'acouchement ,
& le Corps de Ville a reçû un pareil ordre .
> Le Nonce du Pape ' Ambaffadeur de France
P'Envoyé du Roy de Pologne , Electeur de Saxe ,
celui de la République de Hollande , & les autres
Miniftres Etrangers , ont été invités le même jour
à fe trouver aux couches de la Reine .
fera
Le nouveau Régiment que S. M Sic. a résolu de
lever , & qui portera le nom de Royal Corſe ,
composé de deux Bataillons.
La place de Bibliothequaire de S. M. a été accordée
, avec une Penfion de 1200. Ducats , à Don
Mattheo Egizzio , cy devant Sécretaire d'Ambassade
à la Cour de France .
Sur les repréſentations de M. d'Egmond de
yenbourg Envoyé Extraordinaire de la République
de Hollande , le Vaiffeau Hollandois la Galere
d'Amfterdam ; qu'un Armateur Efpagnol avoit conduit
à Meffine , a été relâché . >
La Reine fut faignée le 21. du mois paffé par
précaution pour fa groffeffe , & depuis qu'elle eft
dans fon neuviéme mois , lés Dames que leurs Emplois
attachent à fa Perfonne , couchent toutes les
nuits au Palais .
Le Roy de Pologne , Electeur de Saxe , lui a envoyé
de magnifiques préfens , & le Roy fe propoſe
de donner à cette Princeffe après fès couches une
Agrafe de Diamans d'un prix confiderable .
ISLE
2102 MERCURE DE FRANCE
ISLE DE CORSE.
N mande que le neveu du Baron de Neuhoff
Fut attaquéil y a quelque tems par un détachement
des Troupes Françoifes ; que l'on tua quel
ques- uns des Vagabonds de fa Suite , entre autres
un Chirurgien qui l'accompagnoit , & que l'on fit un
prifonnier , qui prend le titre de fon Ayde de Camp.
On a conduit à la Baftie plufieurs prifonniers de
Fiumorbo , parmi lefquels font deux femmes parentes
de quelques Bandits de l'Ifolacci , qui après
s'être foûmis fe font mis de nouveau à exercer leurs
brigandages.
Le Marquis de Villemur a fait mener à Calvi
Don Jofeph Renucci , qui a été arrêté pour avoir
enrôlé des Corfes.
On a apris depuis , que dans la rencontre qu'il y a
eû entre un détachement des Troupes Françoifes &
le neveu du Baron de Neuhoff , on a fait deux prifonniers
outre celui qui prend le titre d'Ayde de
Camp de cet Avanturier , & que plufieurs perfonnes
chés lefquelles on a trouvé des Armes à feu , &
qu'on accufe d'avoir confervé des intelligences avec
les Rebelles , ont été conduites à la Baftie , où l'on
fit pendre le 16. du mois paffé un jeune homme de
Lento , qui a été convaincu d'avoir cû part à plufieurs
des vols des Bandits de l'Iſolacci . Un nommé
Capinero , de Fiumorbo , qui après s'être foûmis, a
recommencé fes brigandages avec quelques- uns de
ces Bandits , & qui a commis plufieurs affaffinats , a
été condamné à être rompu vif , & il doit être executé
dans le Lieu de fa naiffance , pour intimider
Les Compatriotes.
Il est arrivé de Ziccaro à Ajaccio un détachement
des Troupes Françoifes avec cinq prifonniers , du
nombre defquels font deux Ecclefiaftiques qui ont
fourni
SEPTEMBRE . 1740. 2103
fourni des vivres au neveu du Baron de'Neuhoff. L'un
d'eux eft neveu du Prévôt de Ziccaro , & il avoit été
banni de l'Isle..
On a apris en dernier lieu que le 25. du mois
dernier , Fête de S. Louis , Roy de France, le Marquis
de Maillebois donna à la Baftie un magnifique
repas , auquel M. Dominique Mirie Spinola Commiflaire
de la République de Genes , fut invité , &
pendant lequel on fit plufieurs falves de l'Atillerie
de la Ville & des Châteaux , & que le Marquis de
Villemur , à l'occaſion de la meine Fête , donna un
Bal aux Dames de Calvi.
L
ESPAGNE.
Es Lettres de Madrid portent que toutes les
Troupes font en mouvement , & que l'on en
fait marcher la plus grande partie vers les Côtes du
Royaume d'Espagne , pour s'opofer aux defcentes
que les Anglois pourroient tenter.
Le bruit court qu'il y a 2200. hommes de Troupes
de débarquement für les Vaiffeaux de l'Efcadre ,
commandée par le Vice - Amiral Don Rodrigue de
Torres , & que cette Efcadre doit être jointe par
huit autres Vaiffeaux de Guerre , qui ont été équipés
à Cadix , à la Corogne & à Sant- Andero .
Les Armateurs Efpagnols continuënt de faire
fouvent des prifes fur les Anglois, & l'un d'eux a conduit
encore depuis peu à la Corogne un Bâtiment
de cette Nation , de 22. canons .
Le Vaiffeau la Notre- Dame du Pilier , commandé
pår le Capitaine Don Michel Manuel Santos entra
dans le Port de Marin , en Galice , avec une Priſe
Angloife qu'il a faite à la hauteur d'Oporto , qui
eft eftimé 40000.. écus ; & l'Armateur Blaife Valino
a conduit à la Corogne un autre Bâtiment
de la même Nation.
I GRANDE
2104 MERCURE DE FRANCE
GRANDE BRETAGNE.
Na apris de Londres , que le 25. du mois
paflé le Vaislean le Parnafle arriva de pos
mérique à l'embouchure de la Tamife , ayant à
bord les prifonniers qui ont été faits fur les Efpagnols
par les Armateurs de la Jamaïque ; que ces
prifonniers ont été conduits depuis à Londres , &
qu'ils ont été mis à la Tour avec les autres priſonniers
de leur Nation .
Un Convoi de Vaiffeaux Marchands eft revenu
d'Antigue , fous l'eſcorte du Vaiffeau de Guerre le
Rocbuck , qui a pris dans fa route une Barque Eſpa
gnole de 130. tonneaux.
Le Capitaine Wentworth avec une Chaloupe qui
n'étoit montée que de 17. hommes , s'eft emparé
d'un Vaiffeau Espagnol , à bord duquel il a trouvé
8000. Piéces de huit.
On a apris de Jerſey , qu'on y eft dans des allarmes
continuelles à caufe du grand nombre de
Barques Efpagnoles qui croiſent dans les environs
de cette Isle. Auffi- tôt qu'un Bâtiment Anglois paroît
, il eft chaffé par cinq ou fix de ces Barques, fur
chacune defquelles il n'y a pas plus de 40. hommes,
mais qui ayant 16. Rameurs de chaque côté , vont
fi vite , qu'elles ont abordé un Vaiffeau , avant que
J'Equipage ait pû fe préparer à fe défendre. Elles ont
enlevé depuis peu deux Vaiffeaux & deux Barques .
Le Vaiffeau le Bien Venu , qui alloit de Genes en
Irlande , & le Basbord , qui revenoit de la nouvelle
Angleterre , ont auffi été pris par les Eſpagnols .
On mande de la Caroline , qu'une partie de la
Garnison du Fort Saint Auguſtin , ayant fait une for, ?
tie , avoit attaqué un détachement des Troupes du
Géneral Oglethorpe , dont il y avoit eû 90. hommes
de tués,
SEPTEMBRE. 1740. 2105
On a apris depuis de Lon tres , qu'un Armateur
Espagnol s'eft emparé du Vaiffeau les Deux Soeurs ,
commandé par le Capitaine Burfell .
Selon les derniers avis reçus de la Caroline , le
Gouverneur du Fort S. Auguftin fit le 26. du mois
de Juin dernier une feconde fortie , dans laquelle
il tailla en piéces 130. hommes des Troupes du Gé .
neral Oglethorpe.
Les Commiffaires de l'Amirauté ayant prié la So
cieté Royale & le College des Médecins , d'examiner
fi l'on pouvoit efperer de préferver les Matelots
du fcorbut , en mettant du Vitriol dans l'eau qu'on
leur donne à boire & fi l'on n'avoit point à craindre
quelque inconvénient de cet ufage , la Societé
Royale & le College des Médecins ont décidé qu'il
ne pouvoit être que falutaire.
Trois Vaiffeaux ont été pris par un Armateur Es .
pagnol , qui n'eft forti de S. Sébastien qu'à la fin da
mois dernier.
On a reçû avis de la nouvelle Georgie , que le
Géneral Oglethorpe , malgré les avantages remportés
fur fes Troupes par la Garniſon de S. Auguſtin ,
continuoit d'affieger ce Fort, & qu'il esperoit de s'en
rendre maître:
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
'N' aprend de la Haye, que les Etats Generaux
ont renouvellé la défenfe de faire fortir des
bleds de ce l'ays , & qu'ils ont fait publier un Edit
pour empêcher de diftiller des Eaux de Vie de grains
pendant l'efpace de trois mois , dans le Pays d'audelà
de la Meufe.
On mande de Bruxelles , que M. Tempi , Archevêque
de Nicomédie , Nonce du Pape , fit placer le
10. de ce mois les Armes de Benoit XIV. fur la
I ij porte
2106 MERCURE DE FRANCE
porte de fon Hôtel ; que le foir , il fit tirer un Feut
d'artifice , & que fon Hôtel fut illuminé de Flambeaux
de cire blanche.
*********************
MORT DES PAYS ETRANGERS.
On Jofeph de Soufa de Caftellobranco , ancien
DEvêque de Funchal , mourut à Lisbonne le 29.
Juillet dernier , dans la 85. année de fon âge, II
étoit Chanoine de l'Eglife Cathédrale de Leiria , Député
du S. Office & Inquifiteur de Coïmbre & d'Évora
, lorfqu'il fut nommé en 1697. par le feu Koy
de Portugal à l'Evêché de Funchal , dont il s'eft démis
en 1721. C'étoit un Prélat recommandable par
fes vertus & par fa fcience , & il eft extrêmément
regretté des pauvres , auxquels il faisoit de grandes
charités.
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c .
E 28. Août , le Roy & Monfeigneur le Dau-
Lphin ,fignerent au Contrat de Mariage de M.
le Baftier , le fils , Concierge en furvivance du Châtéau
de la Meute , & Huiffier de la Chambre de
S. M. lequel époufa le 30. du même mois la Dile
Hollande , fille du Concierge du Château de Marly.
EPISEPTEMBRE.
1740. 2107
L'Hymen
EPITHALAM E.
Amour parlent à la Mariée.
Nous , Dieu de l'Hymenée , & Nous , Dieu de
Cythere ,
Dont l'accord pouvoit seul fléchir votre rigueur ,
Pour nous mieux attacher à votre Char vainqueur ,
De la Guerre entre nous , helas ! trop drdinaire ,
Promettons , jeune Eglé , d'éteindre la fureur.
De nos voeux en votre faveur ,
Prémices d'une Paix fincere ,
Agréez ce Tribut offert par la Candeur.
De votre heureux Epoux que la constante ardeur
Soit un nouveau garant de votre Don de plaire ,
Qu' u gré de votre esprit, comme de votre coeur
De fes soins empressés la grace & la douceur
Répondent aux attraits de votre caractéré !
3
Qu'il comble enfin votre bonheur ,
Que sans lui desormais nous ne pouvons plus faire !
Le 30. Août , le Roy arriva à cheval à Choisy
vers les fept heures du foir accompagné de plufieurs
Seigneurs , après avoir chaffé Paprès midi dans la
Plaine de Montrouge S M. alla voir , d'abord
après fon arrivée , les nouveaux apartemens qu'elle
a ordonné dans la Galerie du Chateau .
Le 31. le Roy alla , fur le midi . voir la grande
Fregate , dont la Ville lui a fait préfent , que l'on
I iij avoir
2108 MERCURE DE FRANCE
avoit parée de tous fes ornemens , & paffa enſuite
l'eau dans la petite Gondole bleue avec les Dames
& Seigneurs de fa Cour. S. M. fe rendit après en
caroflè , à a Forêt de Senar , où elle chaffa & prit
un Cerf avec les petits Chiens,& retourna à Choisy
vers les fept heures du foir.
Le premier Sprembre , le Roy alla à la même
Forêt
pour y chaffer avec fes grands Chiens , & prit
encore un Cerf,
Le 2. S. M. chaffa aux Perdreaux & aux Lievres
dans la Plaine de Creteil & y tua 114. pieces de
Gibier . Le Roy alla d'abord vers un Hameau apellé
Mesly pafla par Creteil pour aller à Maisons , d'où
S. M. retourna à Choisy fur le foir , une grande partie
des Seigneurs de fa fuite chafferent du côté de
Villeneuve S. Georges , au- deffous de Limay , Valenton
et Brevanes . Les Dames ne furent point de
cette chaffe .
Le 3 Septembre , le Roy fe rendit encore avec
les Dames et les mêmes Seigneurs , à la Forêt de
Senar où S. M prit deux Cerfs.
Le 4 S. M. ne fortit pas de Choisy ,› pour joüir
du plaifir de la promenade dans fon Parc , et alla
enfuite à pied , accompagné de plufieurs Seigneurs,
à Vêpres et au Salut à la Paroiffe de Choisy.
Le 5. le Roy partit à midy, après avoir paffé l'eau
avec les Dames et Seigneurs de fa fuite , pour aller
chasser dans la Forêt de Senar , où il prit un Cerf,
que S. M. courut pendant près de cinq heures et
qui lui donna beaucoup de plaifir . Une heure après
le départ du Roy , on fit remonter la grande Fregate
, dans laquelle on avoit dressé une table de
24. couverts , tandis que la Gondole bleuë , les
quatre autres Gondoles et quelques petits Bateaux
allerent attendre le Roy à Soisy fous Etioles , ou
après la chasse , le Roy arriva , et entra vers les
Lept
SEPTEMBRE. 1740. 2109
cre ,
fept heures dans la Fregate , fur laquelle on fervit
un magnifique repas ; on mit en même tems la
Fregate au fil de l'eau pour arriver à Châtillon , ou
l'on fervit au Roy le gibier qu'on y avoit fait préparer
; l'entremets ne fut fervi qu'à Villeneuve S.
Georges. On continua la route jufqu'à Choisy , où
S. M. arriva à onze heures , avant même que le
foupé fût fini. On mit auffi tôt la Fregate à l'and'où
le Roy ne fortit qu'une heure après . L'efcalier
où le Roy remonta dans fon Parc , toute
par
la Terrasse qui borde la Riviere et qui fait face au
Château , et celle qui est au--dessous des Apartemens
, étoient illuminés par un très - grand nombre
de Terrines : la Fregate & les autres Gondoles
étoient auffi extraordinairement éclairées , &
produifoient un bel effet. Les bords de la Riviere
près des Villages circonvoifins , qui étoient
fur la Route du Roy , étoient couverts d'un nombre
infini de Peuple , qui faifoit retentir l'air des
cris de VIVE LB Rox ; auxquels on répondoit également
de la Fregate où S. M. étoit , & des autres
Gondoles.
Au refte , ce repas fut fervi avec tout l'ordie &
la magnificence poffible , par les foins du Comte de
Coigny , Gouverneur du Château de Choisy lequel
n'a rien épargné , dans cette occafion , pour
procurer au Roy le plaifir d'une Fête brillante. M.
Gabriel , le fils , Architecte du Roy & Contrôleur
des Bâtimens & Jardins de Choisy , avoit été chargé
de l'arrangement de cette ingénieuse Fête , s'étant
donné tous les mouvemens néceffaires afin
que rien n'y manquât. S M. a eu la bonté de té ,
moigner qu'elle en étoit très-fatisfaite.
Le Roy ordoana , après être rentré dans le Parc
qu'on ne derangeât rien dans la Fregate pour avoi
encore le plaifir de voir l'illumination dont le
1 iiij coup
2110 MERCURE DE FRANCE
coup d'oeil étoit des plus agréables . Sa M. refta encore
une demi heure fur la Terraffe , & partit à
une heure après minuit pour le rendre à Verlailles
avec tous les Seigneurs & Dames qui l'avoient accompagné
.
Le 9. le Roy retourna à Choisy pour y paſſer encore
quelques jours , & prit le 1o . & le 12. le divertiffement
de la chaffe dans la Forêt de Senar.
Le 13 S. M. alla , l'après midi , chés le Maréchal
de Coigny , voir la belle Maiſon qu'il a achetée
depuis peu.
Le Roy alla chaffer dans la même Forêt le 14.
& revint de Soisy fous Etioles dans fa grande Fregate
avec les Princes , Princeffes , Seigneurs & Dames
de la Cour qui l'avoient accompagné , S. M. foupa
dans la Fregate , retourna enfuite à Choisy & partit
immédiatement après pour aller coucher à Verfailles
.
Le 18. le Roy en partit , prenant la route de Paris
. S. M. paffa par la rue de Vaugirard , où le Prevôt
des Marchands , les Echevins , le Corps de
Ville , le Colonel à la tête de fes Gardes , eurent
P'honneur de rendre leurs refpects au Roy qui
paffa enfuite par l'Efrapade , devant la Maifon de
la Doctrine Chrétienne , & defcendit vers la Riviere
, d'où S M. fe rendit à Ivry chés M. le Premier
, où elle foupa . & alla coucher à Choisy.
Le lendemain , le Roy chassa dans la Foret de
Senar & fe rendit enfuite à la Queue en Brie chés
le Prince de Dombes , où S. M. foupa , & retourna
coucher à Choisy. Il y avoit fur le chemin une
grande quantité de terrines pour éclairer là route
par où le Roy devoit paffer.
Le 20. Monfeigneur le Dauphin arriva à Choisy
pour faluer le Roy , qui monta , peu de tems après
avec ce Prince, dans fa Gondole bleuë pour traver
fes
SEPTEMBRE. 1740. 2111
fer la Riviere , & après le départ de S. M pour la
chaffe, Monfeigneur le Dauphin retourna à Choisy
où il fe promena long tems dans le Parc . Il vit
enfuite les nouveaux apartemens , & à l'iffuë du
diné , ce Prince partit pour fe rendre à Fontainebleau
.
Le 22. le Roy paffa encore la Riviere dans fa
Gondole à onze heures du matin pour aller chaffer
dans la Forêt de Senar , d'où S. M. alla fouper &
coucher chés le Duc de Villeroy , & le lendemain
à Fontainebleau
Le matin du 23. M. le Cardinal de Fleury , qui
avoit couché à Villejuif , arriva à Choisy fur les
neuf heures. Il y fut reçû par le Comte de Coigny
qui étoit accompagné de M. Gabriel , & fut conduit
dans les Apartemens , dans les nouveaux Bâtimens
, & enfuite dans le Parc . S. E. en parut extremément
fatisfaite , & partit fur les dix heures
pour le rendre à Athye chés la Maréchale de Villars
, où elle devoit dîner , fouper et coucher , &
partir le lendemain pour Fontaineb´eau .
Le 3 r. Août , la Reine arriva entre fix & fept
heures du foir à Bagnolet. Peu de tems après S.
M. alla fe promener en caleche , dans les Jardins ,
accompagnée feulement de S. A. R. Madame la
Ducheffe d'Orleans , fuivie dans d'autres caleches ,
des Dames de fa Cour Au retour de cette promenade
, & vers les huit heures , la Reine et S.
A R. refterent feules jufqu'à Pheure du foupé.
On fe mit à table vers les dix heures . La table
étoit de vingt couverts , & fut fervie avec toute la
délicateffe , la profufion & tout l'ordre poffible.
Mais rien ne pouvoit égar la beauté & la délicateffe
du fruit . Le milieu de la table repréſentoit.
un vrai & magnifique Parterre de toutes fortes de
fleurs , repréfentées en fucre , avec un artifice
I y mer2112
MERCURE DE FRANCE
merveilleux. La Reine , à l'iffue du fouper , s'a
musa à jouer , ce qui dura jusqu'à près de trois
heures du matin , qu'elle monta en caroffe pour
retourner à Verſailles , en marquant à S. A. R. de
la maniere la plus gracieuſe , une entiere & parfaite
fatisfaction .
Le premier de ce mois , on célébra avec les cérémonies
accoûtumées dans l'Eglise de l'Abbaye
Royale de S. Denis , le Service folemnel qui s'y
fait tous les ans pour le repos de l'ame du feu Roy
Louis XIV . & l'Evêque de Toulon y officia pontificalement
. Le Prince de Dombes , le Comte d'Eu,
le Duc de Penthievre & plufieurs Seigneurs de la
Cour , у affifterent.
Le 2. le Roy quitta le deüil que S. M. avoit pris
le 12. du mois dernier pour la mort de la Reine
premiere Douairiere d'Efpagne.
Le 8. Fête de la Nativité de la Ste Vierge , le
Roy & la Reine entendirent la Meffe dans la Chapelle
du Château de Verfailles , & l'après midi leurs
Majeftés affifterent aux Vêpres , qui furent chantées
par la Mufique.
Le même jour , la Reine communia par les
mains du Cardinal de Fleury , fon Grand Aumônier.
Le Roy a nommé Intendant du Dauphiné M.
Bertier de Sauvigny , Maître des Requêtes , lequel
eft remplacé dans l'Intendance de la Généralité de
Moulins , par M. de la Porte , Maître des Requêtes.
Le 3. Septembre , on célébra dans l'Eglife de
Notre Dame , un Service Solemnel pour le repos
de l'ame du Comte du Luc , Frere de l'Archevêque
de
SEPTEMBRE . 1740. 2113
de Paris. Toute l'Affemblée du Clergé , les Communautés
Séculieres & Régulieres , & plufieurs Seigneurs
& Dames y affifterent. Le Marquis du Luc
en fit les honneurs.
Le 4. de ce mois , M. de Lezze , Ambaffadeur
ordinaire de la République de Venise , fit fon Entrée
publique en cette Ville. Le Maréchal d'Asfeld
& le Chevalier de Saintot , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent le prendre dans les Caroffes
du Roy & de la Reine au Couvent de Picpus , d'où
la marche fe fit en cet ordre.
;
Le caroffe de l'Introducteur ; celui du Maréchal
d'Asfeld ; un Suiffe de l'Ambaffadeur , à cheval ;
fa livrée à pied ; huit de fes Officiers , à cheval
fix chevaux de main de l'Ambafladeur ; fon Ecuyer
& fix Pages , à cheval ; le caroffe du Roy , aux côtés
duquel marchoient la livrée du Maréchal d'Asfeld
& celle du Chevalier de Saintot ; le caroffe de
la Reine ; celui de Madame la Ducheffe d'Orleans ;
ceux du Duc d'Orleans , du Duc de Chartres , de
la Ducheffe de Bourbon , premiere Douairiere ,
de
la Ducheffe de Bourbon , feconde Douairiere , du
Comte de Clermont , de la Princeffe de Conty ,
du Prince de Conty , de la Ducheffe du Maine , du
Prince de Dombes , du Comte d'Eu , de la Comreffe
de Toulouſe , du Duc de Penthievre ; celui
de M. Amelot , Miniftre & Sécretaire d'Etat , ayant
le département des Affaires Etrangeres , & à une
diſtance de trente à quarante pas , les quatre caroffes
de l'Ambaffadeur , à la tête defquels étoit
un Suisse .
Après que l'Ambaffadeur fut arrivé à fon Hôtel,
il fut complimenté de la part du Roy , par le Duc
de la Tremoille Premier Gentilhomme de la
Chambre ; de la part de la Reine , par le Marquis
I vj
•
de
2114 MERCURE DE FRANCE
de Teffé , fon Premier Ecuyer , & de la part de
Madame la Ducheffe d'Orleans , par le Marquis de
Crevecoeur , Premier Ecuyer de Son Alteffe Royale .
Le 6.le Comte de Brionne & le Chevalier de Saintot
, Introducteur des Ambaffadeurs , allerent prendre
l'Ambaſſadeur en fon Hôtel dans les Caroffes
du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent à Vexfailles
, où il eut fa premiere Audience publique du
Roy. Il trouva à fon paffage dans l'avant cour du
Château , les Compagnies des Gardes Françoiſes &
Suiffes fous les armes , les Tambours apellant , dans
la cour , les Gardes de la Porte & ceux de la Prévôté
, à leurs poftes ord naires , & fur l'escalier les
Cent Suisses en habits de cérémonie , la hallebarde
à la main. Il fut reçû en dedans de la Sale des Gardes
par le Duc de Villeroy , Capitaine des Gardes
du Corps , qui étoient en haye & fous les armes.
Après l'Audience du Roy , l'Ambassadeur fut conduit
à celles de la Reine & de Monfeigneur le Dau
phin par le Comte de Brionne & par le Chevalier
de Saintot , & à celle de Mefdames de France par
le Chevalier de Saintot. Il alla en robe à ces Audiences
, fuivant l'ufage des Ambassadeurs de Venife
, & après avoir été traité par les Officiers du
Roy , il fut reconduit à Paris par le Chevalier de
Saintot , Introducteur des Ambassadeurs , dans les
Carosses de leurs Majeftés , avec les cérémonies
accoûtumées.
L
BENEFICES DONNE'S.
E Roy a nommé le Cardinal de Tencin à l'Archevé
hé de Lyon ; l'Abbé Fouquet , ancien
Agent éneral du Clergé , à l'Archevêché d'Embrun
, qu'avoit ce Cardinal ; l'Abbé d'Hugues , Vicaire
Géne.al de l'Archevêché d'Embrun , à l'Evêché
SEPTEMBRE. 1740. 2115
ché de Nevers , & l'Abbé de Beaupoil de S. Aulaire
, Vicaire General de l'Evêché de Perigueux , à
l'Evêché de Tarbes .
"
à
S. M. a accordé l'Abbaye de Bolbonne , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Mirepoix , à l'Evêque de
Montpellier ; celle du Relecq, même Ordre, D. de
S. Pol de Leon , à l'Abbé du Vivier de Lanſac , ancien
Agent Géneral du Clergé , celle de S. Sauveurle
Vicomte , O. de S. Benoit , D. de Coutances ,
l'Abbé de Leon , celle d'Effey , même Ordre , Diocèle
d'Agen, à l'Abbé d'Efpalunque , Vicaire Géneral
de l'Evêché de Lefcar ; celle de Hambies , même
Ordre , D. de Coutances , à l'Abbé de Pontac ,
Aumônier de la Reine ; celle de Chaage , Ordre de
S. Aug. D. & Ville de Meaux , à l'Abbé de Polastron
; celle de Treport , Ordre de S. Benoît, D. de
Rouen , à l'Abbé de S. Pierre , Archidiacre de Rouen;
celle des Efchalis , O. de C. D. de Sens , à l'Abbé
de Coriolis , celle de S. Martin des Airs , O. de S.
Aug. D. de Troyes , à l'Abbé de Macheco de Premeaux
; celle de S. Polycarpe, O. de S. Benoît, D. de
Narbonne , à l'Abbé du Prat , Vicaire Géneral de
l'Evêché de Montpellier ; celle de S. Hilaire de la
Celle, O. de S. Aug. D. de Poitiers , à l'Abbé d'Arimont
de Bonlieu ; celle d'Aubepierre , O. de C. D.
de Limoges , à l'Abbé de S. Sauveur , Vicaire Géneral
de l'Evêché de Mende ; celle de S. Genou de
l'Etrée , O. de S. Benoît , D. de Limoges , à l'Abbé
de Grosbois, Doyen de la Ste Chapelle de Dijon, &
Elû des Etats de Bourgogne ; celle de S. Thibery ,
O. de S. Benoit , D. d'Agde , à l'Abbé de Crillon ;
celle de Pontifroy , O. de C. D. & Ville de Metz ,
à l'Abbé de Gouyon de Launay- Commats ; l'Abbaye
Réguliere de l'Étoile , O. de C. D. de Poitiers , à
Dom de Tilly.
Le Prieuré de S. Etienne de Monnais , Ordre de
Grammont,
2116 MERCURE DE FRANCE
>
Grammont , D. d'Angers , à l'Abbé de Cherlté de la
Verderie, celui de S. Jean de Colle, O. S. Au. D. de
Perigueux , à l'Abbé de Laftours ; celui de la Bloutiere
, O. de S. Benoît , D. de Coutances , à l'Abbé̟
de Voifenon, Doyen du Chapitre de l'Eglife Cathédrale
de Boulogne ; celui de la Ste Trinité de Fou
geres , D. de Rennes , à l'Abbé d'Eſtrées ; celui de
Montjean , D. d'Angers , à l'Abbé le Rouge , Syndic
de la Faculté de Théologie & Chapelain de la
Reine ; celui de Notre- Dame de Treifevents , D. de
la Rochelle , à l'Abbé de Catron ; celui de S. Symphorien
de Martigny , D. de Rennes , à l'Abbé de
Borfat du Sellier , Chapelain de la Reine ; celui de
Notre- Dame de Cernay , D. de Poitiers , à l'Abbé
Doré, & celui de S. Denis de Pille, D. de Bordeaux,
à l'Abbé de Guyonnet de Montbalen.
Le 27. Août dernier , il y eut Concert chés la
Reine; M. de Blamont , Sur- Intendant de la Mufique
du Roy , fit chanter l'Opera d'Amadis de Gaule
qu'on continua le 29. & le 3. Septembre ; les Principaux
Perfonnages furent remplis par les Dlles Romainville,
Huguenot, Deschamps, Mathieu & Daigremont
, & par les Srs Dangerville , Godoneche ,
du Bourg & le Begue.
Le 5. on concerta l'Opera de Thetis & Pelée. Les
Rôles furent replis par les mêmes Sujets qu'on vient
de nommer , & par le Sr Poiriers ,tous de la Mufique
du Roy.
Le 14. & le 19. la Reine entendit l'Opera de Persée
, dont l'exécution fit beaucoup de plaifir à S. M.
Les premiers Rôles furent chantés par les mêmes.
Sujets , & par les Srs Richer & Jelyot.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité de la Vierge
, on chanta au Concert Spirituel du Château des
Tuilleries
3
}
SEPTEMBRE. 1740. 2117
•
Tuilleries le Motet Dominus regnavit, lequel avoit
été chanté ci - devant au Concert de la Reine ; il a
été mis en Mufique par M. de Villeneuve , ſur la
Verfion en Vers François de M. l'Abbé Pellegrin , ce
Motet fut fuivi d'un autre Jubilate , & c. de la compofition
de M. de Mondonville ; on exécuta enſuite
deux Concerto, joués fur la Flute & le Violon par
les. Srs Guignon & Blavet ; & on termina le Concert
le Te Deum de M. de la Lande . par
res
L'expofition des Tableaux , Sculptures , Gravú
Desseins & autres Ouvrages de l'Académie
Royale de Peinture et Sculpture , établie à Paris
fous la Protection du Roy , a commencé le 22+
Août dernier , et a duré jufques et compris le 15.
de ce mois , dans le grand Salon du Louvre.
Cette expofition avoit été ordonnée , felon
l'intention du Roy , par M. Orry , Miniftre d'Etat,
Contrôleur Géneral des Finances , Directeur Géneral
des Bâtimens , Jardins , Arts et Manufactu
res du Roy , et Vice- Protecteur de l'Académie.
On diftribua le même jour de l'expofition , un
petit Livre , contenant le Catalogue de tous les Ouvrages
de Mrs les Peintres , Sculpteurs et Graveurs
de l'Académie , aujourd'hui vivans ; nous nous
propofons d'en parler plus au long dans le premier
Journal , la matiere étant trop abondante pour
pouvoir entrer dans celui-ci , qui eft d'ailleurs assés
rempli.
ຈ
MORTS , BAPTEME & MARIAGES.
E 4. Juillet , Jean-Baptifte Chomel , né à Paris ,
Docteur Regent , & actuellement Doyen & ancien
Profeffeur de la Faculté de Médecine de Paris ,
Conseiller,
2118 MERCURE DE FRANCE
Conseiller , Medecin ordinaire du Roy , & Affocié
Véteran de l'Académie Royale des Sciences , mourut
à Paris âgé de 69. ans , laiffant un grand nom
bre d'enfans , entr'autres , un Fils Docteur Régent
de la même Faculté , qui lui fuccede en la qualité de
Medecin du Roy , dont il avoit la furvivance . Le
défunt eft Auteur d'un Abregé de l'Hiftoire des
Plantes usuelles , imprimé pour la quatrième fois
à Paris en 1730. en trois Volumes in- 12.
Le nommé Jean Bra at , Serrurier , mourut au
Mont de Marsen , en Gascogne , le 29 du mois
de Juillet dernier , âge de 1oc. ans accomplis .
Le ... Juillet , mourut à Paris Pierre - Simon
Roubault , Chirurgien Juré de faint Côme , & ancien
Prevôt , ci devant premier Chirurgien du Roy
de Sardaigne Victor Amédée , & en dernier lieu
Chirurgien de la Pitié . Il étoit Affocié Veteran de
l'Académie des Sciences & il a fait imprimer à
Turin plufieurs Ouvrages de Chirurgie & d'Anatomie,
fort eftimés .
D. Gabrielle Anne de Froullay - Teffé , fille de
Charles , Comte de Froullay , Grand Maréchal des
Logis de la Maison du Roy , Commandeur de fes
Ordres , & d'Angelique de Baudean de Parabere ,
& veuve depuis le 24. Mars 1728 de Louis- Nicolas
le Tonnellier Breteuil , Baron de Preuilly , premier
Baron de Touraine, Seigneur d'Azay- le -Feron ,
Fontbaudry & autres Lieux , Introducteur des Ambaffadeurs
& Princes Etrangers près Sa Majefté ,
mourut à Paris le 4 Août , âgée de 70. ans .
Elle a eu de fon Mariage cinq enfans ; fçavoir ,
René-Alexandre de Breteuil , Baron de Preuilly ,
mort en 1720. Enseigne de la Colonelie du Régiment
de Champagne , Charles- Augufte , Baron de
Preuilly , Capitaine de Cavalerie , mort en fon Châ
teau d'Azay - le-Feron en Touraine le 13. Juin 173 r.
laissant
SEPTEMBRE . 1740 2119
laiffant des enfans en bas âge , Gabrielle - Emilie de
Breteuil , mariée le 12. Juin 1725. à Florent Claude
, Marquis du Châtelet , Comte de l'Omont
Maréchal des Camps & Armées du Roy , Charles-
Augufte de Breteuil , Chevalier de Malthe , mort
en 1710. & Elizabeth - Théodose de Breteuil , Grand
Vicaire & Archidiacre de Sens .
Ils font Cousins germains de François- Victor le
Tonnellier- Breteuil , Marquis de Fontenay- Trésigny
, Sire de Villebert , Baron de Boitron & c.
Commandeur des Ordres du Roy , Chancelier de
la Reine , & Sécretaire d'Etat .
Le même jour , D. Marie - Catherine Guillois ,
épouse de Jean-Baptifte de Gaumont , Conseiller
d'Etat Ordinaire , Conseiller d'honneur au Parlement
de Paris , Maître des Requêtes honoraire de
l'Hôtel du Roi , ci devant Intendant des Finances ,
avec lequel elle avoit été mariée le 14 Septembre
1693. mourut à Paris âgée de 67. ans , & fans laiffer
d'enfans Son Héritière eft Généviéve- Michelle
Guillois , fa foeur cadette , veuve de Philipe l'Evêque
, Seigneur de Gravelle , mort Doyen des Maî
tres des Comptes de Paris , le 13. Mai dernier ',
comme on l'a marqué dans le Mercure du même
mois , p. 1041. où l'on trouve de qui ces deux Dames
sont filles.
Auguitin Nadal , mourut le 7. Août à Poitiers ,
Lieu de la naiffance âgé de 82 ans . Il étoit Abbé
de Doudeauville depuis 716. & Affocié Véteran
de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-
Lettres. 11 a été sécretaire de Mrs les deux der
niers Ducs d'Aumont , auffi bien des Troupes
que
Boulonnoifes & Province du Boulonnois. Il fut
nommé en 1712 par le feu Roy , Sécretaire de
l'Ambaffade Extraordinaire auprès de S. M. Britanmique
la Reine Anne , pour la Paix d'Utrecht . Il a
publié
2120 MERCURE DE FRANCE
publié plusieurs Tragédies de fa compofition dont
voici les titres Saül , Herodes , Antiochus , ou les
Machabées , Mariamne , & Ofarphis , ou Moyfe.
On a encore de lui l'Hiftoire des eftales , imprimée
en 1726. & autres Differtations Académiques &
Piéces fugitives en Vers.
Le même jour , Antoine - Charles Guiller , Confeiller
, Sécretaire du Roi , Maison , Couronne de
France & de fes Finances depuis 1731. ancien Juge-
Consul des Marchands de Paris , mourut , âgé de
68.ans. Antoine- Charles Guiller de Gerville , fon fils
aîné, a été reçû Maître Ordinaire en la Chambre des
Comptes de Paris le 13.Decembre 1732.& a épousé
la fille aînée de feu Philipe Brochant , Maître Ordinaire
en la même Chambre des Comptes , & deCatherine
Hazon fa veuve, à préfent femme depuis 1736.
du Vicomte d'Urtubie , Gentilhomme Biscayen.
Le 10 Antoine- Denis- Augufte de la Fare , Baron
de Tornac Baron des Etats de Languedoc ,
Maréchal des Camps & Armées du Roy , Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
Gouverneur de Villefranche , de Conflans en Roussillon
, & Lieutenant de Roy de la Ville d'Agde &
Fort de Brefcou , mourut à Liancourt , âgé de 75 .
ans ou environ . Il avoit d'abord entré Page du
Roy dans la grande Ecurie le 29. Septembre 1682 .
Il fut enfuite long- tems Capitaine de Dragons dans
le Régiment d'Eftrade , depuis Colonel du fecond
Régiment de Languedoc de Dragons à fe création
le 3 Janvier 1703 & fut fait Brigadier le 29. Mars
1710. & Maréchal de Camp à la Promotion du
premier Fevrier 1719. Le grand Cordon rouge lui
fut accordé le 22 Novembre de la même année
1719. & le Gouvernement de Villefranche au
mois d'Août 1723. Il étoit fils de Henri de la Fare
, Baron de Tornac & des Etats de Languedoc ,
Lieute
SEPTEMBRE. 1740 2121
Lieutenant de Roy des Fort de Brescou & Ville
d'Agde , mort le 17. Fevrier 1706. & d'Isabelle
Pelor , fille de Claude Pelot , Premier Préfident du
Parlement de Normandie , & il avoit été marié au
mois d'Avril 1704. avec Fleurie- Therese de Grimoard
de Beauvoir , fille de Louis- Pierre- Scipion
de Grimoard de Beauvoir , Comte du Roure , Lieutenant
Général au Gouvernement de Languedoc ,
& de Claude-Marie de Gast d'Artigny. Elle mourut
au mois de Janvier 1707. ne lui laiffant qu'une
fille qui tut mariée en 1720. avec Joseph de Beaumont
de Brison , Capitaine dans le Régiment du
Roy , Cavalerie . La Généalogie de la Maison de la
Fare eft raportée dans Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , Tom. 2. p . 134.
Le 13. D. Marie - Françoise Meliand , épouse
d'Urbain-Guillaume de la Moignon , Comte de
Launay- Courson , Marquis de la Mothe & c. Confeiller
d'Etat Ordinaire & au Conseil Royal des Finances
, avec lequel elle avoit été mariée au mois
d'Octobre 1695 , mourut à Paris , âgée de 63 ans
ayant en pour enfans Anne- Vioire de Lamoignon
de Courson , mariée le 7. Septembre 1712. avec
Charles - René de Maupeou , Seigneur , Vicomte de
Bruyeres , Préfident du Parlement de Paris ; Guillaume
de Lamoignon , Seigneur de Montrevaux ,
Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy , & auparavant
Conseiller & Commiffaire aux Requêtes du
Parlement de Paris , marié avec Marie- Renée de
Catinat , veuve de Jacques- Antoine de S. Simon ,
Marquis de Courtomer , Colonel du Regiment de
Soiffonnois ; Marie- Françoise de Lamoignon , Religieuse
aux Filles de Ste Marie du Fauxbourg S.
Jacques ; Chrétien-Nicolas de Lamoignon , Seigneur
du Bournau , Conseiller au Parlement de
Paris en 1721 , & enfuite Maître des Requêtes en
1728.
2122 MERCURE DE FRANCE
1728. mort le 25. Août 1733. à l'âge de 33 ans
fans avoir été marié , Marie- Charlotte & Elizabeth-
Henriette de Lamoignon , mortes en bas âge , Fe
lix - Urbain de Lamoignon de Courson . Chevalier
de Malthe mort jeune , Louise Claire de Lamoignon
de Courson , mariée à l'âge de 21. ans le 13 .
Juillet 1735. avec Armand- Pierre- Marc- Antoine
de Gourgues , Marquis d'Aulnay , de Vayret & de
Bouret , Confeiller & Commiffaire aux Requêtes
du Parlement de Paris , reçû le 2. Septembre 1735-
& .... .. de Lamoignon de Courson , mariée
au mois de Juin 177. avec Antoine- Jean Gagne
de Perigny , fils d'un Préfident du Parlement
-de Dijon , & reçû Conseiller au Parlement de Pa
ris le 17. Juin 1735. puis Maître des Requêtes de
P'Hôtel du Roy en 1738. La Dame de Courson
leur mere étoit fille de Claude Meliand , Seigneur
de Breviande , Maître des Requêtes Ordinaire
de l'Hôtel du Roi , ci- devant Intendant
fucceffivement à Alençon , Caen & Rouen , mort
le 8.Fevrier 1695 âgé de 61. ans & de Jeanne de
Gomont, morte le 19. Avril 1684 âgée de 32. ans.
Le 14. Jean Helffant , Conseiller du Roi en fes
Conseils , Maître ordina.re en fa Chambre des
Comptes de Paris , Charge en laquelle il avoit été
reçû au lieu & place de feu Jean- Baptifte Hel flant
fon cousin germain, le 22. Juin 1729 mourut âgé de
61.. ans, & fans avoir été marié Il avoit été en premier
lieu Gentilhomme ordi aire fervant du Roy.
Le 15. Mathieu Cooke , ou Kooke , Irlandois ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , de la Promotion
du 20. Fevrier 1734 & Chevalier de l'Ordre
Militaire de S Louis , mourut à Paris dans la
82 année de fon âge . Il avoit été autrefois Colonel
d'Infanterie de fa Nation , & il avoit été fait
Brigadier le 3. Mars 1708. & ensuite Maréchal de
Camp le 1. Fevrier 1719. La
SEPTEMBRE. 1740. 2123
Le 25. D. Marie - Adelaide Gramont , Dame du
Palais de la Reine , & veuve depuis le 28. Janvier
17,6. de François Armand de Gontaut , Duc de
Biron , Pair de France , Brigadier des Armées du
Roy , avec lequel elle avoit été mariée le 30. Decembre
1715 mourut à Paris âgée d'environ 40 .
ans. Elle étoit fille aînée d'Antoine , Duc de Gramont
, Pair & Maréchal de France , Gouverneur de
Navarre & de Bearn , Colonel du Régiment des
Gardes Françoises &c . mort le 16. Decembre 1725.
& de D. Marie Christine de Noailles fa veuve . Elle
avoit eu deux enfans , dont les morts font raportées
fçavoir , celle de la Marquise de Montmirel fa fille,
dans le Mercure de Juin 177. vol . 2. pag . 1419.
& celle du Duc de Lauzun fon fils , dans le Mer
cure de Juin 1739. vol . 1. p . 1446,
3
Le 11. Août 1740. a été bâtisée Marie - Barthelemi
, née le jour précédent , fille de Barthelemi-
François Thoynard de Joy , Maître des Requê
tes Ordinaire de l'Hôtel du Roy , & auparavant
Conseiller au Parlement de Paris , & Commiffaire
aux Requêtes du Palais , & de Anne- Marie
Jacqueline Lallemant de Levignen , mariés le 4..
Novembre 1739. Le Parain a été Barthelemi Thoynard
, Baron du Vouldy , Montsuzain , Voué , S.
Remi S. Martin , Seigneur de Montçay , Ligny ,
Jouy &c. Fermier General des Fermes du Roy
Aycul paternel de l'entant. La Maraine , D. Marie-
Jacqueline Boutin , épouse de Louis- François
Lallemant , Comte de Levignen , Seigneur de Betz,
Macqueline & Oimoy, Maître des Requêtes Ordinaire
de l'Hôtel du Roy , Intendant de Juſtice , Police
& Finances en la Géneralité d'Alençon , fon
Ayeule maternelle .
Le 18. Juillet , Gerard- François Michel de Monpesat,
>
2124 MERCURE DE FRANCE
pesat , Conseiller au Grand Conseil, et Grand Rapor~
teur en la Chancelerie de France ,fils de Charles- François
Michel , Conseiller Sécretaire du Roy , Maison
Couronne de France & de fes Finances Receveur
Géneral des Finances de la Géneralité de Montauban
, Seigneur de Montpesat en Rouergue , & de
feue Françoise- Claudine du Frefne , morte le 4.
Novembre 1736. épousa Dlle . Marie-Helene Cochin
fille de Henri Cochin , Conseiller - Séretaire
du Roy , Maison Couronne de France & de fes
Finances, Avocat au Parlement de Paris , & de feuë
Magdeleine Denis fa premiere femme , morte au
mois de Fevrier 1718 .
Le 22. Claude - René Cordier de Launay , Conseiller
au Parlement de Paris , à la premiere Cham .
bre des Enquêtes , où il a été reçû le 2. Septembre
1735. fils de Jacques- René Cordier , Ecuyer , Sieur
de Launay , Trésorier Géneral de l'Extraordinaire
des Guerres , & de D. Anne- Therese de Crocher,
fut marié à Paris avec Dlle Marie - Magdeleine
Maffon , fille aînée de Jean Maffon de Pliffey , Seigneur
de Dry & des Oliveteaux , Conseiller Sécretaire
du Roy , Maison , Couronne de France &
de fes Finances , Chevalier de l'Ordre de S. Michel
, & de D. Marie- Pelagie Partyet . Elle est niéce
d'Antoine-Lambert Maffon des Montées , Seigneur
du Comté de Meslay , au Pays Chartrain , Président
en la Chambre des Comptes de Paris qui a
épousé le 4. Fevrier dernier la fille unique de Jerôme
Morault , Procureur Géneral du Grand Conseil.
Le 31. Jean -François Joly de Fleury , Avocat
Géneral au Grand Conseil , reçû à cette Charge le
10. Juillet 1737. & auparavant Substitut du Procureur
Géneral au Parlement de Paris , fecond fils
de Guillaume- François Joly de Fleury , Seigneur de
Grigny
SEPTEMBRE. 1740 .
2125
Grigny & c. Procureur Géneral au Parlement , &
de D. Marie Françoise le Maistre , fut marié avec
Dlle....... Desvieux , derniere fille de feu Louis
Philipe Desvieux , Fermier Géneral des Fermes
Unies du Roy , mort le 13. Decembre 1735. & de
Magdeleine- Bonne le Couturier fa veuve .
TABL E.
PIECES FUGITIVES. Imitation de la premiere
Satyre du premier Livre d'Horace, 1913.
Seconde Lettre de M. Destouches , & c . 1924
Extrait de Lettre fur la Mort d'un Illuftre Chartrain
Sonnet Italien à une Dlle ,
1938
1943
De la vraie Epoque de la Naiffance de J. C. 1944
Epitre au P. d'Ailly , Jéfuite , 1962
Difcours de M. Ruolz , de l'Académie de Lyon, 1967.
Ode , & c .
II. Réponse de M. de S. Aubin ,
1979
1982
2002
2005
Enigme , Logogryphes , & c .
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c.
Programme de l'Académie de Bordeaux, & c. 2007
Bibliotheque Germanique , &c. 2009,
Nouveaux Amusemens du Coeur et de l'Esprit 2016
Extrait de Lettre fur des Nouvelles Litteraires, 2013
Lettre fur un Secret pour avoir de la Mémoire , 203L
Lettre fur une Machine qui marque les diférentes
mefures des Airs de Mufique 2038
Programme de l'Académie des Jeux Floraux, 2048
Lettre du Sécretaire perpétuel de l'Académie de
Villefranche , & c.
Discours prononcé dans cette Académie , 2053
Election de M. le Comte de S. Florentin , d'Académicien
2052
démicien Honoraire en l'Académie Royale es
Sciences ,
Prix de Peinture & de Sculpture ,
Eftampes nouvelles ,
2068
Ibid.
ibid.
2072 Chanson notée , & Chansonette ,
Spectacles. Hermenigilde , Tragédie des Jésuites 2075
Perfifiés , Trag die ,
Vers à Mlle Gauffin , & c .
Nouvelles Etrangeres , Ruffie ,
Allemagne ,
Italie ,
Florence. ,
Venise et Naples ,
Isle de Corse ,
Comédies repréfetées au College Mazarin , 2c78
2082
2089
2091
2092
2094
2099
2100
2102
Espagne & Grande - Bretagne ,
2103
Hollande et Pays - Bas ,
2105
Mort des Pays Etrangers ,
2106
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. ibid.
Epithalame , & c. 2107
Bénéfices donnés , & c. 2114
Morts , Baptême et Mariages , 2117
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1926. ligue 20. poit , lisek, point .
P. 1943. 1. 7. an ,
l. un.
P. 1946. 1. 14. que , l. qui . P. 1949. l . 17. circonftantiées
, l. circonftanciées
.
P. 1965. 1. 2. fait , l. faits.
P. 1981. 1. 13. m'inſpirât-t'il , l. m'inſpirât- il.
La Chanson notée doit regarder la page 2072
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
OCTOBRE . 1740 .
URICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty;
à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XL.
Avec Aprobation Privilege du Roy
A VIS .
L
›
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comédie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prietrès- inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroltre leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'aurònt
qu'à donner leurs adrefes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Mejageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
OCTOBRE. 1740.
**************************
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
DECLAMATION contre le Vin ,
l'Eloge de l'Eau commune . Par M. de la
Soriniere , en Anjou, à M. de l'Isle , Médecin
de la Faculté d'Angers.
D
Isciple d'Hippocrate , Emule de Chi
rac ,
Qui sauves les Mortels du redoutable
bac , *
Je t'adresse ces Vers que ma Muse en colere
* Cela s'entend des grandes Cures qu'a fait ce docte
A ij Raporta
2130 MERCURE DE FRANCE
Raporta du Mont Parnassin
Contre ce Jus traître , assassin ,
Qui jadis eut l'art de me plaire ,
Mais qui bientôt proscrit par l'usage de l'eau ,
Digne fruit de ton Ordonnance ,
Ne pût , malgré sa fougue & mon intempérance ,
Me précipiter au Tombeau.
>
Oui , mon sang apauvri , mon corps en décadence
Hélas ! peu s'en falut ; & si j'en échapai ,
Je t'en dois ma reconnoissance.
Enfin profitant du délai
Que la Parque eut la complaisance ,
En secondant tes soins , d'accorder à mes voeux
Je vis bientôt ces jours sombres & nébuleux ,
Destinés à couler au gré de Célimene ,
Reprendre leur serenité ,
Et mon estomac humecté
D'eau de Riviere & de Fontaine ,
Recouvrer enfin la santé.
Célimene , c'est ton ouvrage ;
Déja de langueur abatu ,
Je touchois au sombre Rivage ,
Lorsque soutenant mon courage
Et ma chancelante vertu ,
Alédecin dans le cours de la maladie Epidémique
qui a regné dans la Province d'Anjou , à la suite des
grands froids.
Au
OCTOBRE
2131 1740!
Au zelé Médecin décernant ton suffrage ,
Tous deux la Coupe en main & me prodiguant l'eau,
Tu me fis éprouver un Déluge nouveau .
Cessez Bûveurs , par vos cris insensés ,"
De célebrer un Dieu que les Sages abhorrent
Il n'est parmi ceux qui l'honorent ,
Que transports & fureurs & que
cerveaux blessés
Et le Jus qui fait vos délices ,
Produisant vos fougueux caprices }
Vous a cent fois deshonorés .
Jadis en sa folle manie ,
Une Mere (a) en céremonie ;
Pleine de transports abhorrés ,
Parcourant la Thrace en furie ,
Immola le Fils d'Echion
Aux Bachiques excès de sa dévotion ;
Et si l'on vouloit mettre en rimes
Tous les maux qu'a causés son Jus ,
Nous pourions apeller Bacchus
L'Auteur de prèsque tous les crimes
Et de presque tous les abus .
Mais frayons-nous , ma Muse , une route plus sûre,
Et passons du récit de ces pieux forfaits ,
A l'éloge enchanteur d'une Onde claire & pure ,
(a) Agavé , dans les Orgies devenuë furieuse , déchira
son fils Penthée , qui marquoit peu de dévotion
à cette Céremonie .
A iij Que
2132 MERCURE DE FRANCE
Que dans des Lieux sombres & frais
La Nature sans art nous fournit tout exprès
Pour le bien de la Créature ;
J
Démontrons , s'il se peut , aux Humains étonnés
Qu'il faut quitter le vin par des traits raisonnés ;
Viens , Thalés , (b) à mon aide , inspire -moi , Pindare
, ( c )
Nous avons à prouver un systême assés rare ; ·
Et plus d'un fin Côteau charmé de sa boisson ,
Honnira le Rimeur & fa froide leçon ;
Mais pour moi qui veux vivre & plaire à Célimene ,
Je le promis d'abord & le tiendrai sans peine ;
Je promis qu'à jamais , maître de ma raison ,
J'adorerois la Belle & fuirois ce poison ;
Que j'aurois en tout tems des choses à lui dire ,
Que le vin nous fait perdre & que l'eau nous ing
pire ;
Ett que toujours à moi , maître de mon secret ; -
On me verroit constant , amoureux & discret ,
Des Amans le parfait modele ,
Encherir sur la Tourterelle.
Loin d'ici ce Bûveur , ce petit Maître Amant ,
Qui du feu de vos yeux embrasé froidement ,
En voulant composer ses soupirs méthodiques ,
(b) Thales de Milet soûtenoit que l'eau étoit le prin
ipe de toutes choses .
(c) Pindare commence une de ses plus magnifiques
des par l'éloge de l'eau.
N'exhale
OCTOBRE 2133 1946)
N'exhale que son vin & ses clameurs Bacchiques ,
Il emprunte la voix des plus graves sermens ,
Et pour comble d'égaremens ,
Au moment qu'il vous jure une amour éternelle ,
Auprès d'un autre objet d'abord il se décele ;
Il vous dit qu'à jamais succombant sous vos coups
H
veut sacrifier Lettres & Billets doux ;
C'est pour vous qu'il est infidele
Au prix de vous, Iris n'est ni sage, ni belle
Portraits , sermens , tout est à vos genoux ;
Tous secrets révelés , indigne de sa chaîne a
If lui ravit tous ses transports ,
Et dûssiez- vous être inhumaine ,
Il plaindroit peu ses vains efforts
L'honneur de servir Célimene
Suffit à ses soins empressés
pour être heureux est - ce assés ? Mais
En vain prodigue-t'il ses bruyantes tendresses ,
L'Amour de ses douceurs lui fait peu de lar
gesses ,
Et mon petit Maître effaré ,
Dégradant l'homme & copiant la bête ,
Ne remporte de sa conquête
Et de son vin évaporé ,
Qu'un long sommeil & grand mal à la tête,
O toi ! le plus noble Element ,
Le principe de tous les Etres
A iiij Dont
134 MERCURE DE FRANCE
Dont fut tiré le (d) Firmament .
Et le premier de nos Ancêtres ;
Toi , dont la limpide clarté .
La magnifique transparence ,
Imitent du Cristal l'éclatante beauté,
Symbole de la tempérance
Et de la simple vérité ;
Toi , dont le spécifique (e) usage ,
Sans aucun Remede aprêté ,
Rend à nos sens la liberté ,
Et répare avec avantage
Ce que dans le printemps de l'âge
Nous avons trop peu ménagé ;
Jouffriras- tu toujours dans un humble silence
Que par un honteux préjugé ,
Par une injufte préférence ,
Ton culte soit si négligé ?
} Le vin qui te doit sa´naissance ,
Eut des Autels en maint Pays ;-
Poëtes , Orateurs ont vanté sa puissance ;
Mais je doute en effet si ce Nectar exquis
Que l'on fêtoit en Thrace avec tant de licence ,
Ce poison fi délicieux ,
Eût jamais été mis au nombre des grands Dieux
Si de la dévote Bacchante ,
(d) Selon Thalés Milesien .
(e) Les Eaux Minerales & les Bains .
Brouillany
OCTOBRE. 1746. 2139
Brouillant & cervelle & raison ,
Le Dieu noyé dans sa boisson
N'eût voilé les horreurs d'une Scéne infamante
Sous le nom de Religion .
Remontons aux temps d'Ilion ;
Le fils de Latone , au contraire ,
Pour échauffer le vieux Homere ;
Faisoit boire à son Nourrisson
Les doctes Eaux de Castalie ,
Et celles du Mont Hélicon ,
Aux Campagnes de Béotie ;
En cent Lieux Apollon eut un Prêtre inspiré
Tout retentit de ses Oracles ;
Et nous ne voyons pas un seul Antre sacré
Où Bacchus ait fait ses miracles .
Mais que vois- je ! ( f) un Docteur des Rives
d'Albion ,
Un Sage qui nous vient aprendre
Ce qu'à peine on pourroit comprendre
Dans sa docte Exposition ,
Si les faits & l'expérience ,
Concourant avec la science ,
Ne secondoient partout sa juste opinion ?
Mais passons des vertus dont son heureuse plume
Enrichit autrefois son sublime volume ,
(f) Le Sr Jean Hanckock , Ministre à Londres , A
composé un magnifique Traité des vertus de l'Eau
le Docteur Smick en a duſſi donné un. commune ;
A Y Aux
»
2136 MERCURE DE FRANCE
Aux bords du Tanaïs , du Nil ou du Jourdain ,
Nous verrons qu'en ces Lieux où l'on proscrit du vin
L'usage , ou la folle coûtume ,
Les hommes beaux , bien faits, hardis & vigoureux,”-
Sont guerriers par état , comme ils sont amoureux .
Dans ces Lieux où cent clés protegent l'innocence,
Qu'on regarde un Sultan de quel air il s'avance ,
Il parcourt en deux pas son timide Serrail ,
Où regnent l'incarnat , l'yvoire & le corail ;
Et les yeux enflâmés comme un brillant Phosphore,
On voit le Maître du Bosphore
S'arrêter auffi- tôt & jetter le mouchoir ;
Nouveau commandement , nouvelle obéissance .
Tout y fléchit sous son pouvoir ,
3
Et de son aimable puissances
Chaque belle éprouvant le sort ,
Elle bénit avec transport
La salutaire prévoyance
Du grand Prophete Mahomet ,
-Qui par un si pieux Decret
Condamne & traite d'infidele ,
D'Apostat , de double assassin ,
Quiconque pervers & rebelle ,
Méchamment auroit bû du vin . "
Zafin franchissant la barriere
Qui me fermoit un champ si beau ,
Je suis au bout de ma carriere ,
8
J'ai i
OCTOBRE.
1740. 2137
J'ai chanté les vertus de l'eau ,
Et pour finir l'Apothéose
De cet admirable Elément ,
Je vous avertis , tendre Amant ,
Que Moineau ne boit autre chose.
SUITE du Mémoire historique fur une
Médaille d'Herodes Antipas , adreffée à
M. le Prefident Bouhier de l'Académie
Françoise , par M. D. L. R.
J
E commence , Monfieur , par remplir
mon engagement au fujet de la Lettre
de M. Begon , écrite à M. Malaval , qui
comme j'ai eu l'honneur de vous le dire
n'étoit pas entierement perfuadé de l'Antiquité
de la Médaille en queftion . Voici cette
Lettre très - exactement transcrite fur l'original
, qui m'eft venu avec quantité d'autres
Lettres aussi originales , écrites à M. Malaval
par les Sçavans de fon tems. Vous fçavez
, Monfieur , que je prépare une Edition
des Lettres de ce célébre Aveugle , fuivies
de celles des Gens de Lettres avec qui il
étoit en commerce.
1
Avj REPONSE
2138 MERCURE DE FRANCE
REPONSE de M. Begon , Intendant de
Juftice du Pays d'Aunis & de la Marine
à Rochefort , à M. Malaval , écrite de la
Rochelle le 15. Juillet 1691 .
J
,
' Ai reçû , Monfieur , la Lettre que vous
avez pris la peine de m'écrire , par laquelle
je vois que vous soupçonnez de fausseté
la Medaille sur laquelle M. Rigord a fait
sa Differtation ; fur quoi je dois vous dire
qu'il y a des régles certaines pour connoître
fi une Medaille eft Antique ou fabriquée de
nouveau ; les Maîtres de cet Art ne s'y trom--
pent jamais , & ne s'y peuvent tromper , distinguant
plus aisément une Medaille fauffe
d'une bonne , qu'un Lapidaire un Diamant
faux, d'un véritable , & un Orfévre une piece
fauffe, d'une autre qui eft de bon aloi.
Or , cette Medaille a été & eft encore in
manibus omnium. Il y a dix - huit mois que je
l'ai envoyée à M. Toinard , entre les mains.
duquel elle eft encore ; il l'a fait graver avec
un foin très- particulier. Il a fait là - deffus une
Differtation dans fon Traité de Familia Herodiadum
..
l'a fait voir à M. Morel , à M. Dron .
à M. l'Abbé Nicaise , à M. Vaillant , à M.-
l'Abbé Bizor , au P. Hardouin , &c . tous
Gens dont les noms font consacrés à l'imortalité
, qui l'ont unanimement jugće bonne
& indubitable.. Après
OCTOBRE 1740 2139
Après ces témoignages , il ne faut point
demander où M. Rigord l'a prise ; de quelque
Lieu qu'il l'ait tirée , elle eft jugée bonne
par les Maîtres de l'Art , leur Jugement
eft fouverain ; & le P. Noris , quoi qu'il ne
Faitpas vûë & qu'il n'en parle que fur ce qu'on
lui en a écrit , en parle comme d'une Piece
d'une rareté & d'une conséquence extraor
dinaire .
J'ai vû. M. par l'Extrait que le Journal des
Sçavans nous a donné du Livre de M. Ciampini
, que par opus musivum , il n'entend pas
un Ouvrage à la mosaïque de la maniere que
nous l'entendons ordinairement , & qu'il.
donne à cette expreffion une explication fi
étenduë , qu'il semble s'être proposé l'explication
de la plus grande partie des Monumens
antiques qui reftent en Italie , & vouloir
nous donner une idée de tous les Ordres
d'Architecture dont les Anciens fe font
fervis dans les fiécles differens , felon leur
fortune & le goût de leur tems .
Je ne fçais , M. fi j'oferois hazarder de dire
qu'opus musivum veut dire opus magnâ arte
elaboratum . Ma conjecture eft fondle fur un
vieux mot que j'ai encore trouvé en usage
dans quelques Provinces où j'ai paffé , danslefquelles
, pour dire qu'un homme a été
long- tems à travailler à quelque chose , ondit
, il a musé long- tems.
Je
2140 MERCURE DE FRANCE
Je ne crois point qu'il faille chercher d'autre
explication à l'Opus Plumarium de Moïſe ,
que celle qui eft naturelle ; c'étoit une tapifferie
faite avec des Plumes de toutes fortes
doifeaux. Lorfqu'on prit le Mexique & le
Perou , on trouva dans les Palais des Rois
& des Grands Seigneur de ces Pays , des Tapifferies
de Plumes , travaillées avec un art
merveilleux.
J'ai vu d'ailleurs des ouvrages faits avec
des queues de Paon ,, qui font d'une beauté
enchantée ; & il ne faut pas douter que le
Peuple de Dieu ne fe foit fervi des plumes
des oifeaux , que le Pays leur fourniffoit
abondamment , pour orner le Tabernacle
du Seigneur , qui leur fervoit de Temple .
Ma pensée ne détruit point celle des Hebreux
, qui apelloient ces Ouvrages Opus co
gitantis , & Opus Cherubin.
L'Opus Cogitantis , explique qu'il falloit
une très grande induftrie pour bien apliquer
& fe fervir à propos des differentes plumes
des oifeaux ; & comme les Cherubins étoient
fur l'Arche , & qu'ils la couvroient de leurs *
aîles , qui font des plumes , c'eft fort à propos
que les Hebreux leur consacroient des
ouvrages de Plumes.
On cherche , M. très -fouvent des myfteres
& des allégories où il n'y en a point ; je
me fais une régle d'expliquer toujours , autant
OCTOBRE. 1740. 2141
tant qu'il eft poffible , toutes choses dans »
leur fens le plus naturel & le moins forcé : je
ne crois pas qu'on en puiffe donner un plus
naturel à l'Opus Plumarium , que celui que
je lui donne.
Il n'a point paru jufqu'à préfent , de Medailles
du Meurtre des Innocens . Cette action
étoit trop horrible pour être consacrée
à l'immortalité fur le cuivre , par celui
qui *
l'avoit faite ; & il étoit trop rédouté
, pour
qu'un autre que lui eût osé entreprendre de
faire fraper des Medailles qui l'auroient rendu
odieux à tous les fiécles & à toutes les
Nations .
La feconde Edition du Dictionaire des
Arts de M. Felibien eſt achevée , mais il n'y
a rien ajoûté ; ce Livre étoit devenu rare &
très cher , & on le recherche de tant d'endroits
, qu'il a fallu , pour fatisfaire le Public
, le réimprimer promptement ; ainfi ce
qu'il doit dire de l'Imprimerie eft reſervé à
une troifiéme Edition , & fur ce Chapitre il
ne dira que ce qui regarde la Méchanique de
L'Imprimerie , qui eft la feule chose à laquel
le il veut & doit s'apliquer.
L'observation que vous faites , qu'il feroit
à defirer que les Imprimeurs qui font des
nouvelles Editions , marquaffent l'année des ·
premieres , ne regarde pas le deffein de M.-
Felibien d'ailleurs , en l'état où l'Imprimeric
2142 MERCURE DE FRANCE
rie eft à préfent , elle feroit fujette à une infinité
d'omiffions , y ayant tel Livre , qui ,
depuis l'invention de l'Imprimerie , a été imprimé
plus de trois mille fois & en une infinité
de Lieux differens , ce que , ni les Auteurs
, ni encore moins les Libraires , ne peuvent
démêler.
pas
Il n'y a que 22. ans que vous avez donné
la premiere Edition de votre Livre fur l'Oraifon
de quietude ; il en a tant été fait d'Editions
differentes & en tant de Lieux , que
vous n'oseriez hazarder de donner au Public
la lifte des Lieux & des années où elles ont
été faites. Il eft vrai que tous les Livres n'ont
le même fort , ni tous les Auteurs une
onction pareille à celle que Dieu a versée fur
votre Ouvrage ; mais , du grand au petit, on
peut juger par cet exemple que l'exécution
de votre projet feroit prefque impoffible
ou inutile impoffible , parce que fi l'Auteur
d'un Livre de 22. ans ne peut pas fçavoir luimême
combien de fois fon Livre aura été imprimé,
comment voulez - vous qu'un Homme
de ce fiécle puiffe démêler toutes les impreffions
qui ont été faites depuis 2 50.ans, des Auteurs
anciens dans toutes les parties du Monde
? inutile , parce que s'il n'eft pas poffible
de faire la chose exactement , il vaut mieux
ne la point faire & laiffer ce foin à ceux qui
ont besoin de fçavoir les Editions differen-
:
tes ,
OCTOBRE. 1740. 2143
tes , d'en faire la recherche. M. Baillet dans
fon Livre des Jugemens des Sçavans , a marqué
, autant qu'il a pû , les differentes Editions
des Auteurs dont il parle ; mais il l'a
fait fans affectation , & comme en paffant ,
ne voulant pas être garant qu'il n'ait été fait
d'autres Editions que celles qu'il marque .
La feconde obfervation que vous faites ne
regarde point auf le deffein de M. Felibien.
C'est un bon avis à donner aux Auteurs , de
marquer dans les impreffions qu'ils font faire
de leurs Livres , les Endroits notables par
des caracteres differens ; mais comme M.
Felibien ne s'attache qu'à la Méchanique
cela n'eft point de fon fait.
Votre troifiéme obfervation eft très- bonne,
très- ingénieufe & très- utile , & s'il eft poffible
de donner aux Livres une odeur agréable
qui les préferve des tignes , c'eft une invention
qui feule feroit honneur à M. Feli
bien , mais il faudroit fur cela entrer dans
un plus grand détail , & lui expliquer ce que
c'eft que ce parfum dont vous parlez , & le
moyen de s'en fervir.
L'art. 4. fur la Colle , qui préferve les couvertures
des Livres des vers , & fur l'encre
qui fait le même effet fur le papier , mérite
auffi une plus longue explication , n'y ayant
rien de plus utile & qui convienne mieux au
deffein de M. Felibien..
L'art
2144 MERCURE DE FRANCE
L'art. 5. n'eft pas auffi fuffisamment détaillé
, c'eft le plus important de tous , &
dont M. Felibien doit faire deux des plus curieux
articles de fon Livre , puiſqu'il s'agit
des caracteres & du papier , qui font les deux
choses les plus effentielles à l'impreffion.
Le 6. art. qui regarde les chiffres & les nombres
, n'eſt point de notre deffein , & je ne
vous en dis rien , ni du 7. qui regarde la police
des impreffions.
Mais ce que vous observez du prix excesfifdes
Livres , pourroit engager M. Felibien ,
fans s'écarter de fon deffein , de nous donner
le détail du prix de chaque chose qui entre
dans la compofition des Livres , & de
fuggerer des moyens & des inventions d'imprimer
auffi bien , & même mieux qu'on n'imprime
, à beaucoup meilleur marché.
Sur le 8. art. je vous dirai que les Moines
de ce fiécle ne reffemblent point aux Moines
anciens. Ils croiroient fe deshonorer s'ils
s'apliquoient à l'Imprimerie , & je ne fçais
s'il conviendroit au Public qu'ils priffent poffeffion
de cette fonction ; quoi qu'il en foit ,'
cette vûë particuliere que vous avez , n'eſt
pas du fujet que M. Felibien doit traiter , &&™
cauferoit la ruine de tous les Artifans qui
travaillent à l'Imprimerie , lefquels ne font
eja que trop miferables.
Le 9. & le 10. art . font auffi de police.
J'ai '
OCTOBR E. 1740. 2145
J'ai dans ma Biblioteque le Livre dont vous
me parlez , qui eft l'Hiftoire de la Librairie ,
mais ce Livre ne dit rien de ce qui doit être
traité par M. Felibien.
Je fuis , Monfieur , avec toute l'eftime qui
eft dûë à votre mérite , votre très- humble &
très- obéiffant ferviteur. Signé , BEGON.
Je n'ai rien voulu retrancher , Monfieur ;
à cette Lettre de M. Begon , dont le principal
objet eft notre Medaille d'Herodes, parce
que je la trouve d'ailleurs curieufe, & je fçais
qu'il n'y a aucun genre de Littérature qui ne
vous faffe plaifir & qui puiffe vous être étran
ger. Je reviens à l'hiftoire de cette Medaille.
J'étois encore aux Pyrenées avec M. Rigord
, lorfque nous y aprîmes la mort du
Marquis de Seignelay , nouvelle qui fut un
contre - tems fâcheux pour mon Ami , qui
efperoit , avec raifon , de s'avancer fous fon
Miniftere . J'en fentis le contre - coup , car
il m'avoit pris quelque dévotion d'entrer
auffi dans la Marine , protegé par M. Begon,
parent de ce Miniftre , qui favorisoit d'ail
leurs les Gens de Lettres & c .
M. de Seignelay fut remplacé par M. de
Pontchartrain , depuis Chancelier de France
; M. Rigord acheva honorablement fous
ce nouveau Miniſtre , la penible Miffion des
Pyrenées , après laquelle il fe mit dans la
Robe *
2146 MERCURE DE FRANCE
Robe , & acheta la Charge dans laquelle il
eft mort à Marseille dans un âge avancé
en 1727. avec la réputation d'un Sçavant du
premier ordre , & de la plus exacte probité.
Pour moi , Monsieur , ayant formé aufſitôt
le deffein de venir à Paris , je me rendis
d'abord à Toulouse , où je fis quelque séjour
, & où je laiffai , entre les mains d'un
Magiftrat diftingué du Parlement mon
Exemplaire de la Differtation imprimée de
M. Rigord far la Medaille d'Herodes , que
je ne pus jamais retirer , & qu'il ne m'a pas
été poffible de remplacer d'ailleurs.
De Toulouse , je descendis à Bourdeaux
par la Garonne , d'où je me rendis à Xaintes
, où se trouvoit alors M. Regon , que
j'étois bien aise de faluer & de remercier ;
j'en fus reçû le plus gracieusement du monde
, & je ne le quittai qu'à regret ; j'eus auffi
du regret de ne point voir la Medaille en
queftion , dont ce fçavant Homme faisoit
tant de cas , parce que fon Cabinet d'Antiques
étoit à Rochefort , où il faisoit fon
principal séjour.
Sa Bibliotheque y étoit auffi par la même
raison , fur quoi il me dit , fort obligeamment
, qu'il avoit gardé le même arrangement
que je lui avois donné à Marseille ,
forfque j'en fis le Catalogue , un' peu avant
mon voyage du Levant.
M.
OCTOBRE.
1749. 2147
M. Begon a vêcu depuis jusqu'au 14. Mars
1710. & mourut âgé de 72. ans , méritant ,
par fes grandes & rares qualités , pour le bien
public & pour l'honneur des Lettres , de paffer
les bornes ordinaires de la vie humaine.
A fa mort , notre rare Medaille changea encore
de maître , en fortant tout- à-fait de fa
famille , ainfi que j'aurai l'honneur de vous
le dire en fon lieu dans une autre Lettre qui
fera la clôture de çe Mémoire. Je fuis ,
Monsieur , & c.
A Paris le 26. Août 1740.
*
EPITRE
MAROTIQUE.
A M. le Comte d'A ** , Chevalier de **
Capitaine au Régiment d' * *.
O U l'on m'a dit flateuse menterie 9
Ou bien devez , dans la quinzaine au plus
Venir revoir A ** votre Patrie.
Ja n'eft besoing , que d'abondant vous prie
De ramener le moult joyeux Bacchus ,
Ris , Jeux , Plaisirs , doulx suivans de Venus ;
Trop mieux je sçais que cette aimable Troupe,
Și ne vouliez la raporter en croupe ,
Se
2148 MERCURE DE FRANCE
Se nicheroit plûtôt dans vos Bahus ,
Que de souffrir que partissiez sans elle ;
Si qu'avec vous , Seigneur , les attendons.
Sur aultre cas partant nous vous mandons
Ung mot d'avis , que vous donne mon zéle :
C'eft qu'au départ ne soyez paresseux ,
Ains le bâtiez d'un jour , voires de deux ,
Et qu'en chemin chevaulchiez en grand course,
N'étoit que fût trop lourde votre bourse ;
Brief, plût au Ciel que le prompt Pégazus
Ne fût à moi ! feriez bientôt dessus ;
Ou bien qu'Amour vous ajustât son aîle.!
Bien entendu qu'il vous la reprendroit ,
Sitôt qu'ici de retour vous verroit .
Or , direz-vous , qu'eft- ce qui me rapelle
En si grand hâte au paternel manoir
Quand vous viendrez , fi le pourrez sçavoir :
Ce temps pendant venez sur ma parole.
Pourtant de peur que
fussiez en
esmoy,
Ou que prinssiez
comme
sémonce
folle
Ce mien escript , je dirois bien pourquoi
Je vous requiers de venir en grand presse :
C'eſt que je crains , qu'en tardant ung petit ,
Plus ne puissiez voir à votre apetit
Jeune beaulté , Syréne
enchanteresse
,
Prête à partir loin des bords A
sins ....
Pour faire ailleurs cuëillette de raisins.
Or ;
OCTOBRE. 2149 1740,
Or , seurement auriez moult de griesse ,
D'être venu trop près de son départ ,
Le lendemain , ou seulement la veille ,
Et de n'avoir point ou peu son regard.
Car telle eft bien cette jeune merveille ,
Que Chevalier , pour peu qu'il fût galant ,
Pour elle voir troteroit à grand erre ,
Maulgré dangier , depuis lointaine terre ,
Et l'ayant vûë il ne seroit content ,
Qu'à tout jamais ne la pût voir d'autant .
Ainsi ferez , car elle en vaut la peine .
Et tout premier , vous sçavez de son sang
Le clair renom , la noblesse ancie nne ;
Mais qu'ai-je dit ? En vain femme defcend
De vieille roche , et si feroit la vaine ,
Dès qu'elle n'a que trente-deux quartiers
Pour tout mérite , a donc les Cavaliers
་་་
Son arbre peint & généalogique
.....
Respectent fort , puis d'elle font la nique.
Qu'ainsi ne soit de la jeune M .
Les sentimens , l'air , les façons , la grace ,
Tout ce qu'elle est , sent une noble race ;
C'est comme en vous , jugez si je dis vrai ,
Entr'autres points j'en note trois en elle ,
Qui vous feront goûter la Damoiselle ,
Ou je dirai , je ne m'y connois pas.
C'est voix charmante , esprit gai , doulx ápas.
Par
2150 MERCURE DE FRANCE
Par le menu veux - je vous les déduire ?
Si je suis long , car comment l'éviter ?
Pour m'accourcir pourrez cesser de lire.
Cà , par sa voix ja vay donc débuter.
Grand dommage est pour fa gloire & mon lucre ,
Que cabalique ou physique leçon
Ne m'ait apris à dépeindre le son ;
Je gagnerois plus que Marchands de fucre ,
En dépeignant de sa tant doulce voix
L'accent distinct , la force harmonieuse ,
L'expression touchante et gracieuse ,
>
Le tremblant douix , plus que cil du hautbois ,
Dont les accords la secondent par fois.
Ce n'est là tout ce qu'il faudroit pourtraire :
Noble attitude , airs de tête charmans ,
Dans la mesure aimables mouvemens ,
Regards parleurs , souris fins , sûrs de plaire ,
Bref , tout ce qu'ont les Graces de naïf,
De noble aussi , d'aisé , de doux , de vif,
Accompagnans sa voix mieulx que la Basse ,
Font pourles yeux un concert si touchant ,
Que si quelqu'un , sans la voir , oit son chant ,
De la moitié du plaisir il se passe .
L'ai-je pas dit qu'avec de tels pourtraits
Je sçaurois bien faire tôt ma fortune ?
Non moins encor grossirois ma pécune ,
Scachant de plus dépeindre les attraits ,
Dont
OCTOBRE . 1740 215
Dont en naissant hoult fut favorisée :
De son gent corps tant la taille est pincée ,
Que la ceinture à la mere d'Amour
En feroit bien deux ou trois fois le tour.
Quand elle marche , ainsi marchoit Cypris ,
Seure , en allant devers le beau Paris,
D'ôter la pomme à plus d'une rivale.
Puis son visage est un rond presqu'ovale.
Son front sans ride est un parfait voultis.
Ses blonds cheveux sont filets et chaînettes ;
Où Cupido tient les coeurs qu'elle a pris .
Deux arcs mignons sont bien ses deux sourcis
Et de ses yeux partent promptes sagettes ,
Dont il n'est mie aisé de s'engarder.
Voulez sçavoir qu'elle couleur y brille
Croyez-vous donc que j'ose y regarder a
Or comme esprit fin et vif y petille ,
Ils m'ont paru de tout loin être pers
Tels que sont ceux de Minerve la fine .
Aussi les coeurs pour elle sont ouverts ,
Sans que parliez elle y perce et devine ,
Et sans parler se fait entendre aussi .
Mais quand ses yeux en regard adouci
Daignent changer leur vivacité grande ,
Est-il un coeur , tant soit - il endurci ,
A leur doulceur qui d'abord ne se rende ;
S'elle vouloit en recevoir l'offrande ?
Mais
152 MERCURE DE FRANCE
Mais de cela c'est son moindre fouci :
Je parle , au moins , des coeurs qui sont ici ;
Vienne le vôtre , ainsi qu'on vous le mande
Elle en seroit possible plus friande .
Le seriez-vous , vous même d'un beau teint
Comme à plaisir coquette se le peint ?
LaM ....là , pourtant rien n'y dépense :
C'est naturelle & parfaite nuance
D'un blanc de lait mêlé du plus beau sang.
7
Roses & Lys qui ne feroient que naître ,
Près de ce teint frais , vif , éblouissant ,
Bientôt mourroient de honte de paroître .
Jamais Strasbourg n'en eut de plus unis .
Mais ne nierai , que verole enfantine
De quelques trous ne l'ait marqué jadis :
Les ai comptés , une fois que je vis
Son oeil ailleurs , ils sont bien cinq ou six.
Or , grand plaisir nous fit cette maline
Laissant ces trous : ce nous sont à toujours
De bons garans , que sa cruelle envie
A la M ..... tours ne joiera plus de
Ains nous lairra ses beaultés et sa vie.
Quant à son nés , il est tel comme on lit ,
Que le vouloient Parthes à leur Princesse ,
Tel que celui que Fontenelle a dit
Donner un air de Marquise et Comtesse ,
Tel que l'avez, je veux dire aquilin ,
Mais
OCTOBRE. 1745. 2153
Mais en petit , comme étant féminin.
Voici sa bouche ; elle est des plus petites.
Or , lui disoient ses Maîtres à chanter ,
Meselle , il faut s'ung peu violenter
D'ouvrir la bouche , à tant que leurs rédites
L'ont fait grandir , ains d'un point seulement
Puis elle a bien tant d'autres beaulx mérites
Que du premier on la quitte aisément ,
La trouverez vermeille , apétissante ,
Bien façonnée , & voulentiers riante ;
Et quand à rire elle s'épanouit ,
Autour se fait mainte & mainte fossette
D'où maint amour , mainte grace doulcette
Dessort le bec , comme oiseaux de leur nid ,
Rit avec elle , avec se réjoüit .
Oh ! le beau pair que sa bouche & la vôtre ;
En gais propos l'une étant près de l'autre !
Oh ! qu'y viendroient & de ris & de jeux
Pour se gaudir & s'agacer entr'eux !
Quand vous ririez , ne seroit endormie ,
Verriez en elle enjoûment vertueux ,
Egale humeur , des ennuis ennemie ,
Comme chés vous , ne les connoissant,mie
Gayeté modefte , air à tems serieux ,
Esprit orné de monde et de lecture ;
Ainsi payeroit sans doute avec usure
Votre parler doulx , galant et joyeux.
Bij Ric
154 MERCURE DE FRANCE
Rien que pour voir essayez l'aventure
:
Point n'y fauldrez après cette escripture ,
Ou si veniez à tromper mon espoir,
Je vous croirois mué du blanc au noir.
***
DISSERTATIONfur la Cérémonie de
la Communion du Prêtre faite avec la main
gauche an S. Sacrifice de la Meffe , felon
l'ancienne Liturgie de l'Eglife de Paris.
A commodité qu'on a dans cette Capi
pitale , d'entrer dans les principales Bibliotheques
, qui y font en grand nombre ,
également enrichies de tout ce que les Manuscrits
ont de plus ancien , & l'impreffion
de plus fçavant & de mieux composé ,
m'ayant procuré l'avantage de pénétrer jusqu'à
celle de Mrs du vénerable Chapitre de
l'Eglise Métropolitaine de Notre Dame , parmi
plusieurs Manuscrits curieux qu'on y voit,
un ancien Miffel de ce Diocèse , écrit fur du
vélin en caracteres gothiques , qui contient
dans fa Liturgie la Cérémonie de la Communion
du Prêtre avec la main gauche au
S. Sacrifice de la Meffe me parut d'autant
plus digne d'attention , que je trouvai cette
coûtume conforme à celle qui étoit pratiquée
,
par
OCTOBRE. 1740. 2159
par les Cardinaux Prélats dans le XIII
fiécle , par l'Eglise de Meaux , & qui l'a
toujours été par les Dominicains. Quatre
Extraits qui fuivent , munis des Seings &
des Sceaux requis pour les rendre autentiques
& dignes de foi , vont être les preuves
folides de ce que j'avancerai au fujet de la
conformité de cette cérémonie dans les qua
tre Liturgies de Paris , de Rome, dè Meaux,
& des Dominicains.
Premier Extrait. Il est tiré du feuillet CXLII.
du premier Miffel dont je viens de parler .
la date de l'année ne s'y trouve pas , défaut
ordinaire de ces fortes de Livres , mais les
caracteres & le Calendrier de celui - ci , bien
examinés , donnent lieu de juger qu'il eft dur
XIV. fiècle . La Rubrique de la Communion
du Prêtre avec la main gauche , y eft
prescrite de la maniere qui fuit.
Sacerdos accipiat Patenam intactà Hoftiâ ,
ponat ad os et ad oculos &fignet fe illâ dicens :
Da propitius pacem & c. & deposita Patenâ &
discooperto Calice , accipiat Hoftiam & frangat
eam in tres partes dicens : Per eundem Dominum
&c. duas partes tenea in manu finiftrå
&tertiam in dexterâ dicens : Per omnia facu
la &c.Pax Domini fit &c.Agnus Dei &c. his
ponat in Calicem illam partem Hoftie quam
tenet in dexterâ dicens : Hac Sacro - Sanita
commixtio &c. pofteà det pacem.Oratio ad Pa
Biij trem :
2156 MERCURE DE FRANCE
;
trem : Domine sancte Pater : Oratio S. Auguſtis
ni ad filium QUEM ANTE SE TENET SACERDOS
: Domine Jesu Chrifte &c . Amen . COMMU
NICET SE fumendo Corpus sub fpecie panis dicens
: Corpus Domini nostri Jesu Chrifti custodiat
me & perducat in vitam æternam & c .
In quorumfidem &c, Parisiis die 12. Juni
1730. Cl. Andry Secret . V. Capituli prædicti
B. M. Locus figilli † . Le Célébrant divisoit
l'Hoftie fur le Calice en trois parties ,
& en retenoit deux avec fa main gauche jusqu'à
la Communion , & l'Oraison de S. Au
guftin au Fils de Dieu , Quem ante se tene
Sacerdos recitée , Communicet se , le Prêtre fe
communioit ; aujourd'hui le Prêtre recite
cette Oraison de S. Auguftin ayant les mains
jointes , & alors il tenoit le Corps du Fils
de Dieu en la disant & en donnant le baiser
de Paix ; preuve certaine , que n'étant pas
prefcrit de le changer avant que de commu
il le tenoit toujours de la main gauche .
M ****, qui a eu beaucoup de part à l'Edition
du nouveau Bréviaire de Paris publié
en 1736. & qui , par conséquent , peut juger
fainement des anciens Rits de cette Eglife
, m'a fait la grace de me dire , en 1739. que
la Communion du Prêtre avec la main gauche
étoit positivement dans cette Liturgie.
Le R. P. le Brun de l'Oratoire , en étoit fi
persuadé , qu'il a écrit , ainsi que je le dirai
nier,
dans
OCTOBR E. 1740
2157
dans la fuite que le Miffel des Freres Prêcheurs
doit être regardé constamment comme
Pancien Missel de l'Eglise de Paris. Onfçait
que ces Peres communient avec la main
gauche en célébrant la Meffe.
La même Liturgie eft imprimée dans un
autre Miffel de cette Eglise de l'année MDV.
que j'ai en main.
.Second Extrait . J'ai fait celui -ci dans
la Bibliotheque du Roy , fur un Manusckic
du XIII. fiécle , marqué Num. 4130. qui a
pour titre : Ceremoniale Romanum multiplex ,
où font prescrites , au feüillet LXXV . les
Cérémonies qu'il falloit observer lorsqu'un
Cardinal Evêque , célébrant folemnellement
la Meffe , étoit venu à la Communion , durant
laquelle il devoit Suivre les Rubriques
prescrites dans le feuillet XCII .
Pontifex autem datâ pace Capellano , con
vertens fe ad altare , inclinet ante Hoftiam &
Calicem , junctis manibus dicat reverenter
illas orationes : Domine Jesu Chrifte &c. fubfequenter
accipiens CUM DIGITIS SINISTRA
MANûs alias duas partes quefunt fuper Patenam
, fumat easdem cum omni reverentiâ , &
dum habet in ore facrum Corpus Domini , teneat
manus ante pectus juntas &c.
In quorum fidem &c. Parisiis die 7. Junil
1730. De Targny , Custos Manuscriptorum
Bibliotheca Regia.
Biiij Le
158 MERCURE DE FRANCE
Le Cardinal Evêque célébrant , ayant don
né la Paix à fon Aumônier , fe tournera du
côté de l'Autel , y fera une inclination devant
la Ste Hoftie & le Calice , & joignant
les mains , recitera dévotement ces Oraifons :
Domine Jesu Chrifte & c . & les autres qui fe
disent avant la Communion , felon qu'elles
font disposées dans le Miffel , & d'abord
après fubsequenter, prenant, AVEC LES DOIGTS
DE LA MAIN GAUCHE , les deux parties de
l'Hoftie qui font reftées fur la Pätene , il fe
communiera dévotement , & tant que le
Corps de JESUS - CHRIST fera dans fa
bouche , il tiendra les mains jointes devant
fa poitrine.
Il y a dans ce même Manuscrit , page
CCI. après les Cérémonies , une rélation
de ce qui fe paffa au fecond Concile de
Lyon en 1274. fous Gregoire X. faite par
un Ecrivain , qui , felon le P. Echard , T. r.
P. 144. Scrip. Ord. Prad. y avoit été préfent,
In Nomine Domini amen &c. Anno ejuf
dem M. CC . LXXIV. die Luna , VII . Maii ,
Indictione III . Congregato generali Concilio
per SS. Patrem Gregorium X. in majori Ecclefiâ
S. Joannis Lugdunenfis & c. La date
de cette Rélation prouve que la Cérémonie
en queſtion , qui précede dans ce Manuscrit,
devoit être bien plus ancienne.
Troisiéme Extrait d'un Miffel que les R. P.
Minimes
OCTOB R E. 1740. 2159
Minimes de Paris m'ont fait voir , imprimé
par l'ordre de M. Louis de Brezei , Evêque
de Meaux , Meldensis , chés J. Bonhomme
à Paris MDLVI . Les Rubriques y font bien
au long ; la main gauche tient deux parties.
de l'Hoftie fur le Calice , depuis la fraction.
jusqu'à la Communion , fans le moindreveftige
de changement. Le Prêtre disoit confitemini
&c. baisoit l'Image du Canon , en
ouvrant le Miffel.. Kirie cunctipotens : Kirie
Virginitatis amator &c. touchoit trois fois le
Calice avec la Patene ; terŝo ore cùm albâ brachii
sinistři , la main droite passoit fur les levres
ce linge du bras gauche , osculetur Sacerdos
Hoftiam & continuò det osculum pacis ; dicat
Orationes ad Patrem & ad Filium , fumat
Corpus Chrifti. Adjutorium &c. il n'y a pas
Domine non fum dignus , non plus que dans
les trois autres originaux que je raporte.
Quatriéme Extrait. Il est tiré d'un Livre
composé de 5oo. feuillets , intitulé : Eccle
fiafticum Officium fecundùm Ordinem Pradi
catorum. Il est écrit fur du vélin , & contient
le Bréviaire , le Miffel le Chant & les
Rubriques à l'usage des F. F. Prêcheurs
gardé foigneufement dans la Bibliotheque
de Couvent des Dominicains de Paris de la
rue S. Jacques , fondé depuis 1217.
Le tems auquel ce Livre a été écrit , fe
trouve à la page xxx . à l'occafion de la re-
Bv cherche
2160 MERCURE DE FRANCE
> cherche du Cycle Lunaire ou Nombre
d'Or , on y lit : Si vous voulez fçavoir , en
quel jour que ce foit de l'année , l'âge de la
Lune qu'il faut annoncer , prenez garde au
nombre du Cycle Lunaire de cette annéelà
que vous cherchez , fi c'eſt le dernier ou
le premier , comme dans la préſente année
M. C C. LÍV. aut primus ut in anno præfenti‹
M°. CC . LIV°. alors , fi c'eft le premier ,,
vous annoncerez chaque jour cette même
année le nombre marqué fur le petit a.
En effet , felon la fuputation de M. Du
Cange dans fon Gloff. page 253. Edition de
1710. le nombre du Cycle Lunaire étoit le
premier en 1254. & la Lettre Dominicale
D. ce qui fit que le 14. de la Lune tom-
Bant le Dimanche 5. Avril , on remit la
Fête de Pâques au Dimanche fuivant 12. du
même mois. M. Baillet la met aussi le 12 .
de ce mois & le 21. de la Lune , felon
l'Ordonnance du I. Concile de Nicée ; ainfi
cette époque répondant à l'année 1254. il
n'y a aucun lieu de douter que ce ne foit au
jufte l'âge fixe de ce Manuscrit , l'Empire
d'Occident vacant depuis la mort de
Frederic II. en 1250. jusques en 1273. que
Rodolphe fut élû , lequel étant décedé en
1291. eut pour fucceffeurs Adolphe , Albert,
Henri VII. de Luxembourg.
Au feüillet CCCXCIII. de ce Livre manuscrit,
OCTOBRE. 1740. 2161
nuscrit , il y a un Chapitre intitulé : Des Cérémonies
qu'il faut obferver à l'Autel , &
de la manière de communier ; après que le
Prêtre aura dit : Omni perturbatione fecuri ,
il découvrira le Calice , & y élevant l'Hoſtie ,
il dira , Per eundem &c. & la divisant en trois
parties , en mettra une dans le Calice & retiendra
les deux autres de fa main gauche
jusqu'à la Communion , usque ad perceptionem.
Cùm autem Sacerdos dixerit : Omni pertur
batione fecuri , detegat Calicem , & accepta
Hoftia dicendo per eundem &c. dividat Hoftiam
primò in duas partes , deindè partem
quam tenet in dextera , fuperponat in transversum
parti reliqua in ſiniſtrâ , & dividat
cam & in finistra retinens duas partes
J
USQUE AD PERCEPTIONEM cùm tertia
quam tenebit in dexterâ. Ad Pax Domini faciat
unam crucem &c . Agnus Dei &c . bac
Sacro Sancta commixtio , posteà Calicem osculetur.
Sacerdos itaque datâ pace Diacono ,
dicat orationem : Domine Jesu Chrifte &c.
Corpus Sanguis Domini & c. deindè inclinato
capite fumat corpus , posteà fumat Sanguinem
nihil dicens.
In quorumfidem & c. Parisiis die r. Julii
1730. F. Lud. Franciscus Mareillier, Doctor
Parisiensis , Prior Conventus & Collegii S.
Jacobi Parisiensis Ord. FF . Prædicatorum ,
Bvj Trois
2162 MERCURE DE FRANCE
Trois Decrets de trois Chapitres Géné-
Taux des Dominicains , rendent encore la
date du Manuscrit de 1254. évidente . Il fut
ordonné à celui de Bologne en Italie , tenu
en 1244. que les Définiteurs du Chapitre
prochain aporteroient de leurs Provinces , les
differentes façons d'y reciter l'Office divin &
d'y célébrer la Meffe , afin de parvenir à une
uniformité , pro Officio concordando Deffinitores
portent Rubricas Breviarii & Miffalis.-
Au Chapitre de Cologne en 1245. on délibera
qu'on choisiroit quatre Religieux pour
y travailler. Le P. Humbert , Provincial de
France , en fut un , & proprement le feul
qui s'en acquitta . Dans celui de Bude , tenu
en 1254. auquel Humbert fut élû Géneral ,
fon Ouvrage fut aprouvé . Confirmamus totum-
Officium fecundùm ordinationem & exemplar
V. P. Humberti Magiftri Ordinis. Ce vénerable
Auteur l'ayant composé à Paris ,Lieu
de fa réfidence , il y laiffa naturellement l'Original
, daté de l'année 1254. dont il y a des
copies , dit le P. Echard , aussi anciennes ,
qui furent diftribuées aux plus célébres Convents
, à Toulouse , à Bologne , à Salaman--
que &c. Le zéle des Dominicains alla , làdeffus
, jusqu'à fuplier le Pape Clement IV.
de vouloir bien défendre de jamais rien retrancher
de cet Ouvrage fans la permiffion
S. Siege. Ce que le Pape fit par une Bulle
donnée
1
1
OCTOBRE. 1740. 2163
donnée à Viterbe , les Nones , c'est - à - dire le
7. de Juillet 1267. la 3. année de fon Pontificat.
Inhibentes ne aliquis contra ordinationis
pradicta Humberti tenorem aliquid immu--
tare prasumat.
>
Humbert , qui fe démit de fa Charge en
1263. & fut nommé dans la fuite Patriarche
de Jérusalem, Dignité qu'il refusa , étoit encore
Géneral en 1256. qu'il eut l'honneur,felon
le P. Anselme, qui cite dans fon Hiftoire Génealogique,
T. I. p . 296. la Chronique de s'
Etienne de Limoges, d'être choifi par S. Louis
pour Parain de fon VI . Fils le Prince Robert
de Clermont , Tige de la Royale Maison de
Bourbon , lequel fut baptisé par Philipe , Archevêque
de Bourges. Ce même Fait eft raporté
par plufieurs Auteurs.
Dom Martenne , Benedictin , a fait imprimer
dans le T. VI. p. 379. Veter. Script.
le Manuscrit ancien d'un Anonyme que le
fçavant D. Mabillon avoit copié à Rome
dans la Maison des Dominicains de Ste Sabine.
Cet Anonyme raporte les raisons que les
Peres de Susate en 1415. & de Utine en 1437.
tous deux du même Ordre de S. Dominique,
donnent de la Communion du Prêtre avec la
main gauche ; elles font toutes myſtiques ;
les voici en peu de mots .
La main gauche étant , felon S. Grégoire
Pape , la figure de la Vie mortelle de Jefus
Chrift
2164 MERCURE DE FRANCE.
Chrift , terminée par le Sacrifice douloureux
de la Croix en communiant de cette main,
le Prêtre foûtient , avec l'Epouse des Cantiques
, la tête de JESUS mourant , lava ejus
fub capite meo , & confomme d'un même
côté le Sacrifice de l'Autel , qui renouvelle
celui de la Croix . C'eft d'ailleurs du côté
du coeur qu'eft le fiége de l'amour , pour y
imprimer , comme un cachet , notre divin
Epoux , à l'exemple de la même Epouse.
Pone me ut signaculum fuper cor tuum. C'eſt
dans ce deffein que l'Eglise veut que le Prêtre
place du côté du coeur le Manipule , simbole
d'un lien d'un amour éternel , & que
P'Epoux met l'anneau au doigt qui eft du côté
du coeur de fon Epouse , comme un gage de
leur mutuelle & inviolable fidelité . C'eft enfin
du côté du coeur , afin d'apliquer le fouverain
reméde à la fource des maux ,
& d'y
diffiper l'aveuglement des paffions , par la
préfence de celui qui eft la vraie lumiere.
Erat lux vera.
Mais la raison naturelle eft fi évidente ,
par raport aux Dominicains , qu'elle fe préfente
d'abord à tout homme qui y réflechit .
Comme chaque Fondateur d'Ordre Religieux
, a adopté ou composé la Regle & les
Cérémonies qui lui ont paru convenables ,
chaque Ordre auffi communie en fa maniere .
Ily en a qui communient fur la Patene avec.
la
OCTOBRE . 1740. 21654
I.
là main droite ; les Chaitreux avec les deux
mains ; les Religieux de Cîteaux , avec lefquels
S. Dominique travailla fept ans à la
conversion des Albigeois , communioient
alors fur le Calice avec les deux mains , au
raport du P. Martenne , T. 1. p. 186. des
Rits , & de Martinez à Prado , Dominicain,
Tr. de Euchar. q. 83. d. 2. ainsi que les
Carmes le font encore aujourd'hui ; & l'Ordre
des Freres Prêcheurs ayant adopté , à fa
naiffance , le Bréviaire de l'Eglise de Paris :
nous fommes attachés , dit l'Auteur du T. 1 .
de Juillet de l'année Dominicaine ; p . 525.-
àce que nous avons trouvé dans l'ancienne forme
de l'Office de N. D. de Paris . Le même
Ordre en fuivit auffi la Liturgie , felon la
remarque du P. le Brun , T. IV p. 48. de
fon Traité des Liturgies , lequel , après avoir
dit , l'Abbaye de S. Victor de Paris prit le´
Miffel de cette Cathédrale , ajoûté : » L'uninformité
du chant des Freres Prêcheurs avec
» l'ancien chant de Paris , la préparation du
vin & de l'eau dans le Calice avant la
» Meffe , le Confitemini & quelques autres
» Particularités qu'on voit dans le Miffel de
» Paris juſqu'en 1615. & que ces Peres ont
" TOUJOURS Confervées , doivent conftamment
faire regarder leur Miffel comme l'ancien
Miffel de l'Eglife de Paris , qui de leur
premier Convent de cette Ville , fondé en
95
1217
2166 MERCURE DE FRANCE
1217. s'eft étendu dans tout l'Ordre de S.
» Dominique , & p. 54. il dit , le P. Hum-
» bert de Romans , l'insera , dans un très-
» grand Volume in-folio écrit en 1254. qui
» eft fans doute l'Exemplaire que les Peres
» de cette Maison m'ont communiqué , &
qui eft un tréfor fans prix , contenant tous
» les usages Ecclefiaftiques & Conventuels.
ל כ
Le P. Echard parle auffi de ce Livre , T. 1 .
P. 144. & en particulier il s'étend fur la Cérémonie
de la Communion avec la main gauche
, qui y eft marquée comme étant refpectable
par la pratique des Cardinaux Evêques,"
ajoûtons, & par celle des vénerables Chapitres
& Evêchés de Paris & de Meaux , &
la plus sûre pour éviter la multiplicité & la
perte des Particules de l'Hoftie après la fraction
, en la tenant fur le Calice avec la main
gauche , pendant que la droite foûtient le
Calice & refte libre , afin de pourvoir à tout
accident fâcheux qui pourroit furvenir , ut
dextera libera Calicem ac totum Sacrificium
protegat. Ainfi les Dominicains se communient
à la Meffe , de tout tems & en tout
lieu , des deux mains , en recevant la Sainte
Hoftie de la gauche , & prenant le Calice de
la droite.
L'ancienneté fi vénérable de cete Ste Liturgie
, adoptée par les Freres Prêcheurs
jointe aux grands fervices que cet Ordre a
rendus
OCTOBRE. 1740. 2167
rendus à l'Eglise , ne contribua pas peu à en
gager les Peres du Concile de Trente , auquel
affifta Barthelemi des Martyrs , avec un
grand nombre d'autres Prélats & Docteurs
Dominicains , à n'y point toucher dans la réforme
qu'ils déterminerent de faire de quantité
de Cérémonies Ecclefiaftiques.
Enfin , le S.Pape Pie V.un des LXI . Cardinaux
du même Ordre , dont quatre ont été
Souverains Pontifes, élevé fur la Chaire de S.
Pierre en 1566. laiffa fes Freres dans leur
ancienne poffeffion pour le Bréviaire & pour
fe Miffel , lorfqu'en execution des Décrets
de ce Concile , il en fit imprimer de nouveaux
en 1570. Si Paris feul m'a fourni les
quatre exemples que je raporte , combien
en a- t'il que j'ignore ?"
A Paris , ce 1. Mai 1740. F. T.
LE PROCUREUR ET LA VILLAGEOISE
CONTE.
C'Est par ton ordre , & c'est , mon cher L....
Pour ton plaisir que ce Conte est rimé.
Parfait Ami , s'il n'a rien qui te choque ,
S'il te paroît passablement limé ,
Spar bonheur à rire il te provoque ,
Bref, s'ilte plaît , en ce cas , je me mocque
De
2168 MERCURE DE FRANGE
De mon Censeur le plus envenime.
Ton cher défunt , Des - Roches * tant aimé ,
Dont l'amitié constamment réciproque ,
N'apú céder qu'à la fatale Loy
Qui rend égaux le Berger & le Roy ,'
Dans ses Papiers en a laissé le thême.
Je l'ai rimé ; mais quoi ! Des - Roches même
L'auroit pu seul rendre digne de toi .
Un jour Margot , chétive Paysanne ,
Le coeur outré , vint chés Maître Robert
En son Métier Procureur tant expert ,
Qu'il n'ignoroit aucun tour de chicanne
Riche au surplus , grace à l'entêtement
Qui ruina maint Plaideur bas- Normand.
La bonne femme , après un préambule
Moitié civil & moitié ridicule ,
Pria Robert , au nom de tous les Saints
Du Paradis ( tant elle étoit émuë )
De vouloir bien , secondant ses desseins ,
Fonder pour elle , & puis lui mit aux mains
Certain Exploit , sujet de sa venuë ,
Et digne fruit d'un courroux insensé ,
Trop ordinaire au beau Sexe offensé.
L'Exploit est lû ; tous les Clercs font silence."
L'humble Margot , chaque fois que son nom
* Mercures de Septembre 1736. & d'Avril 1737.
ast sujet de M. Des -Roches.
Eft
OCTOBRE . 1740 . 2169
Est proferé , lâche une réverence .
Or il s'agit d'une Assignation
Bien & dûment commise à son instance ,
Four obtenir la réparation
De son honneur attaqué par Claudine ,
Sa pétulente & cauftique voisines;-
Pourquoi Margot demande en même- tems
Force interêts , dommages & dépens.
→ Quement , Moussieu , disoit notre Plaideuse ,
Avoir le front de m'apeller Volleuse !
Oh ! vertuchoux , je la menerai loin !
as Justice est là . ! j'ai pû d'un bon témoin ;
» Et piés qu'enfin l'affaire est entreprise ;
DJ'y magerai , jarni , s'il est besoin ,
Jusqu'à ma cotte & jusqu'à ma quemise.
» J'en ai juré : no - z- en verra l'effet.
» Or écoutez , Moussieu , que je s dise',
» Sans
brin
mentir
, quement
tout
c'a s'est
fait.
Et là des us la pauvre Creature
De point en point conte son avanture ;
Dans son récit ennuyeux , importun ,
Mettant vingt mots où l'on n'en vouloit qu'un ,
Et caquetant sur le ton le plus aigre .
Comme la Poulle étoit un peu trop maigre
Four un Renard qui n'étoit pas à jeun ,
Maître Robert , en prenant la parole ,
Alors tâcha de renvoyer Margot
Par ce Sermon : Quoi ! plaider pour un mor,
» Ma
176 MERCURE DE FRANCE
» Må bonne femme ! Hélas ! êtes- vous folle ? `
Qui veut plaider dans le siécle présent ,"
• Réüssit mâl s'il n'a beaucoup d'argent .
En avez- vous ? Soit dit sans vous déplaire ,
Il me paroît que vous n'en avez guere ,
Et je vous plains ; car enfin sans cela ,
›› Vous aurez beau chanter , Justice`est là.
Ainsi , Margot , si vous voulez m'en croire ,
» Vous jetterez votre Exploit dans le feu ,
» Et sagement vous perdrez la mémoire
» D'un mot qui n'est , tout bien pesé , qu'un jeu .
» Comptez-vous donc que toujours on vous flate "
» Ne pouvez - vous souffrir un pareil mot ,
→ Sans que soudain votre vengeance éclate ?
›› On est bien fou , pour ne pas dire sot ,
D'avoir l'oreille à tel point délicate !/
Tenez , voyez nous autres Procureurs ;
Il sembleroit qu'on 'auroit pris à tâche
De nous traiter tous les jours de Voleurs
» Et cependant nul de nous ne s'en fâche.
» Imitez - nous , Margot , vous ferez bien.
Ce nom , d'ailleurs , nous nuit - il ? Moins que rien .
» Ah ! ah ! Moussieu ; c'a , dit la Campagnarde
" Est different , car c'est , prenez- y garde ' ,
» Votre métier , mais ce n'est pas le mien.
FRIGOT.
SUITE
OCTOBRE. 1740.
2171
Atttttttttttt
SUITE de l'Essai d'un Traité Historique
de la Croix de N. S. JESUS - CHRISI.
VII. PARTIE.
Dfur le S. Sépulchre du Sauveur , dont
que le Temple magnifique , élevé
on a vû ci - devant la Description , eut reçû
fa derniere perfection de la main des Architectes
& qu'il eut été orné, embelli , & enrichi
de la maniere que l'Empereur Conftantin
l'avoit ordonné , ce grand Prince voulut
que la Dédicace en fût faire avec une pompe
& avec un éclat extraordinaire. Il jetta les
yeux pour procéder à cette augufte Céremonie
, fur les Prélats affemblés en Concile
dans la Ville de Tyr , pour la grande & malheureuse
Affaire de S. Athanase , & il leur
manda de terminer inceffamment leurs Séances,
& de fe transporter à Jérusalem, pour y
consacrer les Eglises qu'il y avoit fait bâtir.
Ces ordres regardoient particulierement celle
dont il eft parlé ci deffus , laquelle
differens noms , comme nous l'avons observé
; mais que pour éviter la confufion nous
nommerons ici la grande Eglise du S. Sépulchre
& de la Résurrection .
En même tems l'Empereur donna fes or
dres
4172 MERCURE DE FRANCE
dres pour que les Evêques fe rendiffent de
Tyr à Jérusalem avec toute la décence &
toutes les commodités poffibles , à fes propres
dépens. Il ordonna auffi à plufieurs de
Les principaux Officiers de s'y trouver , chargés
de grandes fommes d'argent , pour les
besoins des Prélats, pour le foulagement des
Pauvres, & des plus précieux Ornemens pour
en enrichir le S. Sépulchre de J. C.
,
En vain me fuis - je mis en état de rendre
ici par moi-même un compte fidele de tout
ce qui fe paffa à cette grande Solemnité, par
une Narration digne du Sujet . J'ai lû avec
attention ce que les Hiftoriens en ont dit ,
principalement ce qu'en a écrit le fameux
Eusebe de Césarée , témoin oculaire des
principaux Faits , le Perc & le premier Ecrivain
de l'Hiftoire de l'Eglise , Hiftorien particulier
de la vie du Grand Conftantin ; mais
je me fuis trouvé , dans l'execution , trop
foible copie d'un fi grand Original. Dans ces
circonftances j'ai cherché parmi les Modernes
qui ont eû occafion de traiter cette même
Matiere , de quoi fupléer à ma foibleffe ,
& je crois l'avoir trouvé dans le II . Livre de
P'Hiftoire de l'Arianisme du P. Maimbourg.
Je ne ferai point de difficulté d'employer ici
ce Morceau de fon Hift . e , lequel en fait
un des plus riches ornemens , en rendant en
même- tems à cet Ecrivain une juftice que
quelOCTOBRE.
1740. 2173
quelques nouveaux Critiques lui ont refusée,
reconnoiffant que fa plume a traité heureusement
, dignement & fidelement les plus
grands Sujets. Voici comment il parle dans
celui- ci.
An. 335. Pendant que ces choses fe passoient
à Tyr , ( C'est - à - dire au Concile assem
blé dans cette Ville , ) les Evêques reçûrent
un nouvel ordre (a ) de fe transporter au plûtôt
à Jérusalem pour la Solemnité de la Dédicace
du Temple nouvellement bâti au
S. Sépulchre. L'Empereur avoit déja convoqué
les autres Evêques de toutes les Parties
de l'Orient ; deforte que , s'y rencontrant
avec ceux de Tyr , on y vit une des plus belles
& des plus grandes Affemblées qui fe fit
jamais , outre la multitude infinie de Personnes
de toutes fortes de conditions , qui y
étoient venues de toutes parts , pour affifter
à cette célebre Céremonie. Conſtantin , qui
dix ans auparavant avoit été fi magnifique
dans Nicée , fe voulut furpaffer lui -même
en cette occafion , où il fit éclater fa pieté ,
par les effets , ou plûtôt par les profufions
d'une magnificence auffi Chrétienne que
Royale , & qui ne pouvoit être d'un
Maître absolu de rout le Monde . Il y envoya
fes principau Officiers , & fur tout
que
(a) Eufeb. de Vit. Conft. C. 44. c. Socr. L. I,
Cap. 22. Theodor. L. I. C. 31. Sozom. L. 2. C. 25.
Marianus,
174 MERCURE DE FRANCE
Marianus, Sécretaire de fes Commandemens,
auquel il donna charge de prendre foin de
cette Fête , & que rien n'y fût épargné , parce
que , outre qu'il l'aimoit fort , & qu'il le
connoiffoit très - capable de s'aquitter de ce
devoir , c'étoit un homme très - illuftre entre
des Chrétiens , pour la parfaite intelligence
qu'il avoit de l'Ecriture , & pour avoir glorieusement
confeffé la Foy durant les persécutions.
Il y aporta des Trésors ineftimables
en toutes fortes de Vases d'or & d'argent, en
Pierreries , en Meubles , en Ornemens précieux
, & en autres Présens Sacrés , en fi
grand nombre , qu'il y en eut affés pour en
composer un beau Livre , qu'Eusebe de Césarée
offrit quelque tems après a Conſtantin.
De plus , il fit traiter chaque jour à la Roya-g
le, tous les Evêques & leur fuite ; & quoique
Fannée fût ftérile , & qu'il y eût à Jérusalem
& aux environs une infinité de peuple accouru
de toutes les Provinces , il y eut néanmoins
une abondance extraordinaire de toutes
fortes de vivres , qu'il fit diftribuer aux
dépens du Prince , libéralement à tout le monde.
Il donna même de l'argent & des habits
à tous les Pauvres , afin qu'il n'y eût rien qui
ne parût avec bienséance dans une Fête où
l'on vouloit qu'il n'y eût rien qui ne lui fît
honneur
Tous ces ordres étant executés , on fit la
Consć
OCTOBRE . 1740. 2175
Consécration , & du Temple & des Vases
qui devoient fervir aux Saints Myfteres; & on
la fit avec tout l'apareil imaginable . Toute
l'Eglise étoit tendue des plus riches Tapisseries
du Monde. Le faint Autel étoit tout
éclatant d'or & de Pierres précieuses. Le Sépulchre
de J. C. brilloit par la majeſté de
fes ornemens , comme le Monument de fa
victoire . Pendant tout le tems que l'on employa
à une fi belle Solemnité , il n'y eut
presque point d'heure qui ne fût deſtinée
par les Evêques à quelque célebre action.
Les uns prêchoient , les autres interprétoient
les Saintes Ecritures . Ceux- ci faisoient de
doctes Conférences fur les Points de la Religion
; ceux-là prononçoient des Panégyriques
fur la fainteté de cette Fête , & à la
Toüange de l'Empereur. Les autres, que Dieu
n'avoit pas gratifiés de ces talens , s'occupoient
à offrir des Sacrifices non fanglans , &
à faire des consécrations Myftiques pour le
bien de l'Eglise & pour la prosperité de
Conftantin & de fes Enfans les Césars , comme
nous l'assûre en ces propres termes ua
de ceux qui eut le plus de part à une fi grande
célebrité , à laquelle il contribua & de
fes Ecrits & de fes Harangues . Enfin on pourzoit
dire qu'il n'y eut jamais rien de plus glo-
Tieux à l'Eglise , &c.
L'Aureur rentre ensuite dans fon Hiftoire
C &
2176 MERCURE DE FRANCE
& fait voir comment d'abord après la Cére
monie de la Dédicace , les Evêques Orthodoxes
s'étant retirés dans leurs Diocèses
ceux qui venoient de condamner S. Athanase
dans le Conciliabule de Tyr , fe trouverent
en état d'en faire tenir un à Jérusalem
pour rétablir les Ariens , &c. ce qui eft étranà
notre fujet. ger
J'y rentre pour reconnoître qu'il n'eft pas
douteux que c'eft dans ce fameux Temple ,
consacré d'une maniere si solemnelle ,,que fut
déposée la Partie la plus confidérable de la
Croix du Sauveur , que l'Impératrice Hélene
confia à la pieté du S. Eveque Macaire
en attendant l'entiere conftruction du Sanc
tuaire , qui lui étoit deftiné , comme nous
l'avons vû dans la IV. Partie de cet Ouvrage.
La Croix , ainfi déposée dans un Lieu fi
respectable , attira bien- tôt la vénération de
l'Eglise Orientale, & ensuite le culte de tout
le Monde Chrétien ; le concours fut grand
à Jérusalem dans tous les tems , fur tout aux
Fêtes que ll''EEgglliissee ne tardà
d'inftituer en
l'honneur de la Croix.
pas
La plus célebre de ces Fêtes fut celle que
nous nommons l'EXALTATION , marquée
dans le Ménologe des Grecs & dans le Ca
lendrier des Syriens , au 14. de Septembre ,
folemnisée auffi le même jour dans toute
Eglise Latine. Les Chrétiens Orientaux qui
parlent
OCTOBRE. 1740 2177
parlent Arabe apellent cette Fête Aid Al
Salib , la Fête de la Croix dans un fens abfolu
, pour la diftinguer des autres moindres
Fêtes , &c .
,
On trouve dans le même Ménologe de
l'Eglise Grecque , une autre Fête de la
Sainte Croix marquée au premier jour
d'Août, & ainfi défignée dans la Traduction
Latine de Genebrard : Proceffio Veneranda &
vivifica Crucis l'une & l'autre avec Vigile
Profeftum.
י
Je ne parle pas d'une autre moindre Fête
marquée dans ce même Livre , au 7. de Mai,
en ces termes : Commemoratio Signi Crucis
quod in Colo apparuit Hierosolimis sub noctis
tertium , Imperatore Conftantino à Sancto
Calvaria Monte per ftellas usque ad Olivarum
Montem , parce que ce Fait & ces expreffions
me font quelque peine , & me femblent mériter
en tems & lieu quelque discuffion. Les
Syriens ont auffi la même Fête & dans le
même mois dans leur Calendrier .
L'Exaltation de la fainte Croix étoit, comme
on vient de le dire , la premiere & la
plus célebre de toutes ces Fêtes. Elle étoit
dans toute fa vigueur dans le V. fiécle ; ce
qui paroît principalement par l'Hiftoire mémorable
de Ste Marie d'Egypte , que Dieu
oucha d'une maniere fi admirable au milieu
fes plus grands désordres , dans l'Eglise
C ij
&
2178 MERCURE DE FRANCE
& dans le tems de la Solemnité dont nous
venons de parler. Personne dans le Monde
Chrétien , n'ignore cette Hiftoire , que nous
avons, élegamment écrite en François d'après
les Auteurs Originaux , dans le fecond des
deux volumes in- 12 . intitulés : LES VIES des
Saints Peres des Deserts , &c. de la compofition
de M. de Villefore , imprimés à Paris ,
chés Jean Mariette en 1706. avec des Figures
très - bien gravées.
Il eft à présumer que cette grande dévotion
à la Croix , & cet empreffement universel
de venir l'adorer dans le Temple qui lui
étoit particulierement consacré durerent
jusqu'au temps fatal à la Religion & à l'Empire
Romain, auquel la Ville de Jérusalem fut
entierement désolée , le Temple , dont nous
parlons , ruiné , & le Sacré Bois de la Croix
emporté en une espece de Captivité, comme
je vais le faire voir avec le plus d'exactitude
& de briéveté qu'il me fera poffible,
Au commencement du VII. fiécle de J. C.
dans le tems que les renes de l'Empire Romain
étoient tenues par le cruel Phocas , ennemi
de toute juftice , qui avoit détrôné &
fait mourir l'Empereur Maurice , fon Prédeceffeur
, regnoit en Perse l'un des plus Puissans
& des plus ambitieux Monarques de
l'Afie , auffi célebre par fes prospérités , que
par fes disgraces. Nos Ecrivains l'apellent
Cosrocs
OCTOBRE. 1740. 2179
Cosroes II. du nom , & paroiffent fouvent
mal inftruits fur fon fujet , quelques - uns même
le confondant avec fon Aycul. Selon les
Auteurs Orientaux , fon nom Persan eft
Khosrow Ben Hormon ; c'est le nom , dit
P'Auteur de la Bibliotheque Orientale , de
Kosroa Parviz XXIII. Roy de Perse , de la
Dynaftie des Saffanides ou des Krosroës, qui
eft la IV. des Rois de Perse , fils de Hormont
ou Hormisdas & petit -fils de Chos
roës Nouschirvan , Al Adel , ou le Juſte ,
fous le Regne duquel nâquit le faux Prophete
Mahomet.
Le Prince Persan dont il eft ici queftion,fut
très-malheureux au commencement de fon
Regne , par la continuation des factions qui
avoient ôté la Couronne & la vie à fon Pere,
& fut enfin contraint de prendre la fuite &
de fe retirer à la Cour de l'Empereur Maurice
, qui le reçut fort bien & lui donna enfuite
fa fille en mariage ; elle eft nommée par
quelques -uns Marie , & par d'autres Irene';
ce qui eft plus vrai -femblable , parce que les
Persans Papellent Schirin , en leur Langue ,
mot qui fignifie paisible, doux , & c. ainfi eftelle
apellée dans plufieurs Poëmes Turcs &
Persans , composés fur ce Mariage , intitulés
Khosron & Schirin.
Cosroës demeura près de deux ans à la
Cour de l'Empereur Grec , fon beau - Pere
C iij
›
qui
2180 MERCURE DE FRANCE
qui lui donna une puiflante Armée , fous la
conduite de fon propre fils , nommé Nathous
par les Ecrivains Persans , pour le rétablir.
Avec ces forces il entra dans la Médie , où
il trouva fes Ennemis , auffi à la tête d'une
forte Armée. La Bataille fe donna & les deux
jeunes Princes la gagnerent. Le Roy de Perse
entra ensuite triomphant dans la Ville de
Madain,Capitale de festEtats , où il reçût des
Ambaffades & des Présens de toutes parts.
Il combla d'honneur & de bienfaits les
Grecs qui l'avoient fi heureusement fervi , &
il les congedia , après avoir rendu à l'Empereur
Maurice plufieurs Villes , que fon Pere
& fon Aycul avoient prises fur l'Empire
Romain dans la Mésopotamie.
Mais 14. ou 15. ans après, les choses changerent
de face. L'Empereur Maurice , que
Cosroës regardoit comme fon Pere fut
cruellement mis à mort avec tous fes Enfans,
à la réserve d'un feul , qui s'étoit réfugié à fa
Cour. Cosroës fit aux Grecs une cruelle
guerre , & leur enleva en fort peu de temps ,
non -feulement ce qu'il leur avoit rendu ,mais.
encore plufieurs des plus confidérables Vil
les de la Syrie.
Cependant Cosroës ne put avec toutes
fes forces rétablir le fils de l'Empereur Maurice.
Phocas , l'affaffin de fon Pere , qui avoit
usurpé l'Empire , cut pour Succeffeur Heraclius
OCTOBRE. 1740. 2181
elius ou Hercules , & la guerre continua encore
long- temps entre les Grecs & les Perses
,guerre qui fut enfin très- funefte à Cosroës.
On a fuivi dans ce Narré l'Hiftorien
Persan Khondemir , qui a écrit un Abregé de
P'Hiftoire Universelle , eftimé chés les Orienfaux
, en omettant ici bien des choses curieufes
, qu'il dit du même Prince Persan , mais
qui m'écarteroient trop de mon objet principal.
Voyons dans un autre Ecrivain Oriental
ce qui concerne le même Prince par raport
à cet objet.
Said Ebn Batrik , ou Eutychius , Patriarche
Orthodoxe d'Alexandrie, qui a vécu dans
le IX. & dans le X. fiécle , & qui a écrit en
Arabe une Hiftoire Universelle traduite en
,
Latin par Pocok , Profeffeur des Langues
Orientales au College d'Oxford , dir que
Cosroës , après avoir été rétabli dans fes
Etats par l'Empereur Maurice , lui demanda
fa fille en mariage. Maurice lui fit réponse
qu'il ne pouvoit pas la lui accorder , s'il ne
fe faisoit Chrétien. Cosroës , qui aimoit
paffionément cette Princeffe , fit tout ce qu'il
fouhaitoit ; mais ce fut contre le fentiment
des Grands de fa Cour , qui lui avoient représenté
que les Chrétiens n'observoient pas
les Traités qu'ils faisoient , & qu'on ne pou
voit pas fe fier à leur parole .
Suivant le même Auteur , Cosroës décla
Ciiij LA
2182 MERCURE DE FRANCE
ra la guerre à Phocas , pour venger la mort
de Maurice , fon beau pere. La Ville de Damas
, puis celle de Jérusalem , furent prises
avec l'aide des Juifs , & dans cette derniere
Ville ils firent un terrible carnage , & désolerent
toutes choses. Il ajoûte que le Patriarche
Zacharie fut fait prisonnier, & que parmi les
plus riches depouilles , on emporta le Pal de
la Croix de J. C. que Marie, Reine de Perse;
femme de Cosroes , qui étoit Chrétienne ,
obtint de lui , avec la liberté du Patriarche ,
& qu'elle garda avec grand foin cette précieuse
Relique.
Un autre Hiſtorien , Aboulfarage , a écrit
d'autres particularités de la Vie & du Regne
de Cosroës. Ce Prince , dit- il , ayant été
obligé d'abandonner ſa Capitale & de pren¬
dre la fuite , arriva à la Ville de Menbage ,
travesti en gueux ; il écrivit de- là à l'Empereur
Maurice , pour lui demander fa protection
. Ce Prince lui fit une reponse favorable,
& l'affifta ensuite d'un fi puiffant ſecours
qu'il lui donna le moyen de vaincre l'Usurpateur
de fa Couronne , dans une Bataille
qui fe donna entre fes Villes de Madain &
de Vaffeth , & de remonter fur fon Trône.
En reconnoiffance Cosroës rendit aux
Grecs les Villes de Dara & de Miafarekin ;
& fit bâtir dans la derniere deux Eglises aux
Chrétiens , l'une en l'honneur de la Sainte
Vierge,
OCTOBRE. 1743. 2183
Vierge , & l'autre de S. Serge , Martyr ; mais
quand il eut apris que Maurice , qu'il apelloit
fon Pere, avoit été affaffiné , il fit la guerre
à Phocas , & reprit les Villes de Dara ,
d'Amid & d'Alep.
L'Empereur Heraclius , Succeffeur de
Phocas , lui envoya des Ambaffadeurs
, pour
demander la paix , mais il la refusa , & continuant
de lui faire la guerre , comme il
l'avoit faite à Phocas , il prit Antioche , Apamée,
Emefle & Césarée ; il affiégea ensuite &
prit Jérusalem, & trois ans après Alexandrie ,
& toute l'Egypte avec la Natolie . Il penetra
peu de tems après du côté de Conftantinople
par l'Afie Mineure , jusqu'à Calcédoine ,
qui fe rendit..
Il fit , fous le même Regne d'Heraclius, la
conquête de l'Isle de Rhodes , mais la même
année , qui étoit la XV. de ce Regne , la
fortune changea en faveur d'Heraclius , qui
défit Cosroës , & prit la Ville de Madain ,
Capitale de fes Etats , ainfi parle Aboulfarage
, & fon narré s'accorde avec celui de Kon--
demir & de Said Ebn Batrick, principalement
pour ce qui concerne la prise de Jérusalem..
L'année de cette prise varie cependant , mê
me chés les Orientaux .
Le P. Labbe , dans fon Abregé Chronolo
gique de l'Hiftoire Sacrée & Profane , II.
Partie , Edition de Paris , 1665. la place
CV fous
2184 MERCURE DE FRANCE
fous l'année 614. " Au mois de Juin , dit-il,
» Jérusalem fut prise par les Perses , les Temples
brûlés , le Bois de la Ste Croix enlevé
» avec le Patriarche Zacharie , &c.
"
Qu'il me foit permis de demander ici à
ceux qui veulent que la grande Eglise qu'on
voit aujourdh'ui à Jérufalem , & qui eft le
principal objet du Pelerinage de la Terre
Sainte , foit la même Eglise , ou partie de
celles qui furent bâties par les ordres du
Grand Conftantin , & qui comprenoient ,
comme fait celle d'aujourd'hui , les précieux
Monumens de la Mort , de la Sépulture &
de la Résurrection du Sauveur , qu'il me
foir , dis -je , permis de leur demander comment
cette creance peut jamais s'accorder
avec le témoignage unanime des Hiftoriens
, qui nous affûrent que tous ces Temples
furent entierement brûlés , ou désolés parÎ'Armée
de Costoës , qu'un esprit de vengeance
& de haine animoit, particulierement
contre les deux Empereurs Grecs , fuccesseurs
de Maurice ?
On peut donc dire avec une certitude morale
& hiftorique des mieux fondées, qu'il ne
refte plus aujourd'hui aucun veftige de tous.
ces Bâtimens primitifs , fi vaftes , fi magnifiques
, conftruits dans la Ville de Jérufalem
par les ordres de Conftantin , & que loin d'avoir
fubfifté jusqu'à notre tems, ils n'ont duré
qu'environ
OCTOBRE. 1740. 2185
qu'environ 293.ans; fçavoir, depuis la 27. année
du Regne de Conftantin, fon Fondateur,
jusqu'à la 26. de celui d'Heraclius , fous lequel
il furent détruits , comme je crois
Pavoir démontré.
J'ai déja dit ailleurs que l'erreur contraire
à cette vérité , doit particulierement fon origine
& fon progrès aux Relations imprimées
de quelques Voyageurs peu éclairés , qui ont
pris bonnement l'Eglise d'aujourd'hui, pour la
même, ou pour les mêmes Edifices que Constantin
& Ste Helene firent conftruire à Jérusalem,
après l'heureuse découverte de la Croix .
J'ai ajoûté l'exemple récent d'un Pelerin mo
derne de Jérusalem , Homme d'esprit & de
mérite,qui étoit fort préoccupé de cette fauffe
opinion, lequel pris pour arbitre d'une contestation
,formée ſur ce fujet , s'en expliqua en ma
présence fuivant fon préjugé , de la maniere
que je l'ai raporté , Partie VI. de ce Traité ,
dans le Mercure d'Octobre 1739. pag. 2355 .
J'ajoûterai ici que cet Homnie d'esprit &
de mérite étoit en même tems l'un de mes
meilleurs amis , qu'il s'étoit enfin rendu à la
vérité reconnue & qu'il étoit tout prêt de lui
rendre témoignage en toute occafion , lorsqu'il
eft mort ; il mourut le 21. Mai dernier ,
âgé de 82. ans , dans la Maison des RR . PP.
de la Doctrine Chrétienne , où il s'étoit retiré
depuis la mort du Cardinal de Noailles .
C vj
Plufieurs
2186 MERCURE DE FRANCE
Plufieurs Personnes reconnoîtront , fans
doute , que je veux parler ici de M. N. Maunier
, Chevalier de l'Ordre de N. D. du Mont
Carmel & de S. Lazare de Jérusalem , Chevalier
aussi du S. Sépulchre , lequel étoit né à
Alep en Syrie, quoique François d'origine,fon
Pere d'une bonne Famille de Marseille ,s'étant
établi à Alep pour le Commerce , après y avoir
épousé une fille d'une des meilleures Familles
Catholiques Syriennes de cette Ville .
J'aurai occafion de m'étendre ailleurs fur
la vertu de cet Ami, & fur fa capacité dans la
Litterature Orientale ; en attendant je dirai
ici deux mots d'une autre conteftation furvenuë
entre nous, par raport encore au fameux
Temple dont il eft ici queftion. Perfuadé
que cet Edifice a fouffert de grandes disgraces
en differens tems , qu'il a été rebâti plus
d'une fois ; & voulant lui prouver cette vérité
, je lui alleguai un jour ce que je venois
de lire dans la Bibliotheque Orientale , fçavoir
, qu'un des Califes , fucceffeur de celui
qui avoit fait la conquête de la Syrie , fit totalement
ruiner & détruire l'Eglise du S. Sépulchre
, telle qu'elle fe trouvoit après avoir
été rebâtię depuis la défolation de Kosroës, &
après que la Croix eut été raportée de Perse à
Conftantinople, & puis à Jérusalem, C'étoit,
disoit ce dévot Calife, pour empêcher la con
tinuation des Exercices fuperftitieux des
Chrétiens
OCTOBRE 1740 2187
Chrétiens dans ce Temple, dont la célebrité
attiroit d'ailleurs tant de monde de toutes les
Parties de l'Occident. *
sus ;
La chose fut executée , l'Eglise totalement
démolie , & la Ville de Jérusalem renduë
presque déserte par cette démolition. Là desle
Calife écouta de fages Remontrances
que lui fit fon Premier Miniftre , & fe laiffa
enfin fi bien persuader par les motifs de l'in
terêt plus forts en lui que ceux d'une Religion
mal entendue , que les Chrétiens eurent
en peu de tems la fatisfaction de voir élever
par fes ordres & à fes dépens , une nouvelle
Eglise de la même grandeur & de la même
beauté que la précedente, & toutes choses retablies
en leur premier état. Ce Prince , de fon
côté, vit bientôt augmenter fes revenus par le
grand concours des Pelerins , qui continuerent
de venir en foûle à Jérusalem, en payant,
comme auparavant , une taxe , qui , fans être
exceffive , ne laiffoit pas de produire des fommes
confidérables .
Ce Narré , dont je donnerai les preuves
en tems & lieu , fit quelque impreffion fur
l'esprit du Chevalier Maunier , mais il ne le
persuada pas ; nous devions dîner ensemble
quelques jours après à la Doctrine Chrétienne
, & discuter plus particulierement cette
matiere . C'étoit dans le tems des derniers
jours gras , circonftance qui rompit la partie .
&
2188 MERCURE DE FRANCE
& qui me procura : la Lettre que voici
" Je n'ai pas été , Monfieur , à S. Victor
» chés M. l'Abbé Gauderau , pour le
prier d'être de notre Conférence , parfouvenu
de vous » ce que je ne me fuis pas
» dire que Dimanche , Lundi & Mardi nous
» avons ici les Prieres des Quarante heu
res ; il ne feroit pas décent de manquer à
" l'Office & aux Sermons qui fe font dans .
»ces trois jours. Remettons donc , s'il vous
plaît , la partie après Pâques..
90'
Je vous envoye un Ouvrage du fameux
» M. du Guet , où vous trouverez peut - être
» ce que vous cherchez fur l'Eglise du Saint
Sépulchre de Jérusalem , &c.
"
" Je vous envoye en même -tems des Reliques
, pour ainfi- dire, de la même Eglise ..
Lorsque j'eus le bonheur de la voir , il y a
» bien des années , je ramaffai une poignée
»de petits fragmens de la Mosaïque , dont
"font incruftés quelques Endroits de cette
"
magnifique Eglise ; je vous en envoye
» trois ; il en tombe de tems en tems , qui
» laiffent imparfaites les Figures que compo ,
" soit cette Mosaïque
و د
Cela , au refte , m'empêche de croire que
» les Infideles ayent fait une fi prodigieuse
* Cet Abbé eft retiré à l'Abbaye de S. Victor depuis
fen retour de l'Orient , & après avoir ut : lement fervi
le Roy en des occafions importantes , ¿c.
dépense
OCTOBRE. 1740. 2189
dépense , que de rebâtir cette Eglise avec
» tant de magnificence ; je ne fçais même , M.
» fi quelque Prince Chrétien , après Conftan
» tin , auroit pû le faire. Vos Recherches &
» vos lumieres nous inftruiront là - deſſus..
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , les 3. Février 1739.
J'ai eû depuis tout le tems de m'entrete
nir là deffus avec ce vertueux Ami , de répondre
à fes doutes , & de le faire revenir
enfin de fes préjugés , comme je l'ai dit cidevant.
;
Mais il eft tems de finir cette Partie de
mon Traité. Je commencerai la VIII. par
l'heureuse Epoque du retour du Bois Sacré
je parlerai de fon transport dans la Ville
Sainte , & de fa réception dans le nouveau
Temple deftiné à la confervation..
*
****************** : *
LE
ROSSIGNOL ,
LA
FAUVETTE ET LE COUCOU,
Pour le
FABLE.
Our - les tendres accens d'un jeune Rossignol
Une Fauvette étoit indifferente .
Il prodiguoit fans cesse & bécare , & bémol ,
Et vouloit , mais en vain , engager l'inconstante.
Ello
2190 MERCURE DE FRANCE
Elle ignoroit le prix d'une sincere ardeur.
Amoureuse , fans être tendre ,
Elle ne donnoit point fon coeur ,
Que ce ne fût pour le reprendre.
Un Coucou cependant s'en croyoit possesseur
Et craignant le retour de ce même caprice
Dont il tenoit tout fon bonheur ,
Et pour tout dire enfin , que , lui rendant juftice
Sa volage Maîtresse éprise d'autres feux
Ne rebutât enfin fon hommage & les voeux
De la tenir dans une gêne auftere
Il faifoit fes foins les plus doux .
Le beau chemin pour plaire !
Mais l'Amour aisément abuse les Jaloux.
Le Rossignol qui guettoit le moment .
D'en pouvoir faire fa Conquête ,.
Pour y mieux réussir , choisit un jour de Fête
Dont ne pouvoit absolument ,
Se dispenser notre lugubre Amant ;
Il fe vit obligé de quitter fa Maîtresse.
A peine eft-il parti , que par les plus doux tons
L'amoureux Rossignol auprès d'elle s'empresse ,
Et parvient aisément par fes jolis frédons.
A la persuader de fa vive tendresse.
Au bruit des plus aimables chants
Elle écoûte , & répond à fon charmant ramage
Pour être heureux en faut- il davantage ?
Tous
OCTOBRE . 1740. 2191
Tous deux amoureux & contens
Passoient les plus heureux inftans
Dans le plus tendre badinage.
Ces Amans enchantés , & ravis de leur choix
S'aimant , se le disant fans cesse
S'abandonnant à leur tendresse
Ր
,
Aux dépens du Coucou , rirent plus d'une fois,
Esperez tout de la constance
D'un sincere amour ;
Amans , il vient un jour
Qu'elle a fa recompense.
Toul .: ?
1
QUESTION IMPORTANTE
jugée au Parlement de Paris.
S Cavoir si un Apoticaire peut être Légataire
universel de celui à qui il fournissoit
les médicamens , & fingulierement
pendant fa derniere maladie.
FAIT.
En 1716. Marie - Anne Monjot , déja avancée
en âge , épousa le Sr. de la Croix , Marchand
Tapissier à Paris ; quelque tems après
for mariage elle devint infirme.
Sont
1192 MERCURE DE FRANCE
Son mari lui procura la connoiffance du
fieur Piat , Marchand Apoticaire à Paris ,
feur proche voifin , & de plus fon Ami &
fon compatriote , qui leur fournit les diogues
dont ils eurent besoin , & notamment
à la Dame de la Croix pendant fa derniere
maladie , dont elle déceda en 1735 .
Le 4. Juin 1735. la Dame de la Croix
qui étoit alors âgée de 76. ans fit fon Testament
pardevant Notaires, par lequel elle institua
le fieur Piat, Apoticaire , fon Légataire
universel , & ne légua au fieur de Loncourt
fon neveu & fon Héritier présomptif, qu'une
fomme de soo. livres : elle figna ce Testament;
fix jours après, la Teftatrice mourut.
Le fieur Piat , ayant formé au Châtelet fa
demande en délivrance de Legs universel ,
te fieur de Loncourt , Héritier , lui oposa
qu'ayant été l'Apoticaive ,de la Testatrice
notamment dans fa derniere maladie , il étoit
incapable de Legs , & furtout d'un Legs universel
aussi considerable que celui dont il
étoit queftion , qui , fuivant l'Héritier , montoit
environ à 80090. livres.
Le fieur de Loncourt fit interroger le Sr
Piat fur faits & articles ; il fit faire une Enquête
pour prouver les faits par lui avancés ;
il insista aussi pour avoir , avant toutes choses
, communication des Regiftres du fieur
Piat.
Ea
OCTOBRE. 1740:
2195
En cet état , intervint Sentence qui fit délivrance
au fieur Piat du Legs universel. Le
fieur de Loncourt ayant interjetté apel de
cette Sentence , mourut quelque tems après.
Le fieur Piat fit élire un Curateur à la fucceffion
vacante du fieur de Loncourt , qui
déclara qu'il n'entendoit former fur l'apel aucune
contestation .
Le fieur Piat fit aussi affigner en reprise la
veuve du fieur de Loncourt ; il obtint contre
elle deux Arrêts par défaut , faute de défendre
, qui lui adjugerent fes conclufions :
mais comme cette Veuve etoit encore mineure
, la Dame le Brun , fa mere , lui fut
nommée pour Tutrice , & en cette qualité
elle reprit l'Instance , & fit voir que fa fille ,
comme Créanciere du feu fieur de Loncourt
fon mari , pour fes reprises & conventions
matrimoniales , avoit interêt d'empêcher l'ef
fet du Legs universel , & foûtint que ce Legs
étoit nul , étant fait à une perfonne incapable.
d'en profiter.
Cet apel porté en la Grand'- Chambre,y fut
apointé au Raport de M. de Benoise , Con
seiller.
De la part de la Dame le Brun , pour établir
l'incapacité du Légataire universel , on disoit
que la fuggestion n'employe pas toujours la
force & la contrainte ; que la fimple persuasion
continuellement employée lui fuffit ,
qu'elle
194 MERCURE DE FRANCE
qu'elle captive la volonté avec d'autant plus
de fuccès , qu'elle entraîne le consentement,
persuadere plus est , quàm cogi fibi parere.
Ainfi l'empire attaché à de certaines qualités
ou fonctions , rend volontaires des actions
, quoi que vivement fuggerées , rapuit
me volentem , fed fecit ut vellem.
Les Actes de derniere volonté font plus
fusceptibles que d'autres , d'impressions étrangeres.
Un Malade accablé , dans l'esperance
de prolonger fa vie , fe dépouille aisément
de fon bien au profit de ceux dont il attend
du fecours.
Mais ces fortes de dispositions font reprouvées
par l'Ordonnance de 1539. Art. 131 .
qui déclare nulles toutes dispositions entrevifs
ou testamentaires , faites au profit des
Tuteurs , Curateurs , Gardiens & autres Ad
miniftrateurs.
L'Ordonnance de 1549. contient une pareille
prohibition . L'Art . 276. de la Coûtume
de Paris rapelle cette disposition , & dé
fend à ceux qui font fous la puiffance des autres
, de leur donner directement ou indirectement
.
Sous le terme générique d'Administ₁ateurs
, on a compris les Précepteurs, Regens,
& Gouverneurs , les Communautés où le
Testateur est en pension , les Confesseurs
& Directeurs de conscience , les Monafteres
rélativement
OCTOBRE. 1740. 1195
rélativement à ceux qui y font profession ,
les Juges , les Avocats , Procureurs & Solliciteurs
pendant le cours du Procès , les
Médecins , Chirurgiens & Apoticaires.
Duplessis , Tronçon , Ausanet , le Maître
& Ricard , tiennent que les Apoticaires font
absolument incapables de recevoir aucun
Legs des Malades auxquels ils ont fourni des
semedes pendant la maladie dont ils font
décedés , & dans laquelle ils ont fait leur
Testament , imperatoribus una medicina im
perat.
La Loy Si Medicus 3. ff. de extraord. cognit.
prouve la nécessité qu'il y a d'ôter aux Malades
la faculté de faire aucuns Actes au profit
de leurs Médecins : cette Loy raporte
l'exemple d'un Médecin qui mit fon Malade
en danger de perdre la vie , par les remedes
qu'il lui donnoit à contre- tems , pour l'obliger
à lui laisser fon bien.
La Loy 9. Cod. de Professoribus & Medicis,
défend aux Médecins de traiter de leurs honoraires
avec leurs Malades , à moins que
ceux- ci ne foient absolument retablis. Quoique
ces Loix ne parlent que des Médecins ,
elles doivent être étendues aux Apoticaires,
y ayant parité de raison ; mêmes inconveniens
à craindre d'un côté , comme d'un autre
; mêmes abus à réprimer ; mêmes consé
quences a prévenir. L'Apoticaire a même fou
vent
2196 MERCURE DE FRANCE
vent plus d'empire sur l'esprit du Malade ;
c'eft lui qui compose les drogues & les remedes
; c'eft lui qui les aporte , il y a même
des Apoticaires qui , comme le fieur Piat
entreprennent fur les fonctions des Médecins
& Chirurgiens , qui ordonnent & qui
préparent les remedes ; alors ils ont un double
empire , & font par conséquent plus
dangereux .
Ricard cite un Arrêt du 22. Février 1617.
le Teftatcur
qui déclara nul -un Legs fait par
dans fa derniere maladie , au profit du fils
de fon Apoticaire , quoique ce ne fût qu'un
Legs particulier, & au fils de l'Apoticaire.Le
même Auteur cite un fecond Arrêt du premier
Mars 1646. qui déclara nul un Legs fait
par la Testatrice à fon Chirurgien. Et par
un autre Arrêt du 26. Avril 1695. raporté au
Journal des Audiences , on jugea qu'un Malade
ne pouvoit réfigner fon Benefice au fils
du Médecin qui le voyoit pendant fa maladie.
Cette Jurisprudence est fuivie dans tous
les Parlemens , fuivant les Arrêts raportés
par MM . Mainard , Douvot & d'Olive. Or ,
le fieur Piat étoit l'Apoticaire des Sieur &
Dame de la Croix , il déclare qu'il fçait que
la Testatrice avoit des Rhumatismes ; elle le
consultoit par conséquent fur fes maladies:
il convient d'avoir fourni plusieurs médecines
OCTOBR E. 1740 2197
pas renfermé
nes pour le fieur de la Croix fans ordonnance
de Médecin ; il ne s'eſt donc
dans les bornes de fon état : il convient d'avoir
fourni à la Teftatrice des drogues &
médicamens pendant fa derniere maladie.
Les Témoins de l'Apellante attestent ces
Faits ; entr'autres le Chirurgien de la Testatrice
, qui dit l'avoir faigné dans fa derniere
maladie , de l'ordre du fieur Piat ; &
de Médecin ordinaire dépose qu'il n'a point
été apellé lors de la derniere maladie.
Le fieur de la Croix , Beau frere de la défunte
, dit qu'on a jetté au feu les Mémoires
du fieur Piat , pour cacher fon incapacité.
C'est aussi par cette raison qu'il refuse de
communiquer fes Regiftres.
La maison de la Testatrice étoit interdite
à l'Héritier préfomptif & au Confeffeur ordinaire
; en forte que le fieur Piat s'étoit rendu
le maître , & que l'obsession & la fuggestion
font évidentes.
On disoit au contraire de la part du fieur
Piat , qu'il n'y avoit aucune preuve de la
prétendue obsession & fuggestion , & qu'il
falloit commencer par écarter tous les Faits
avancés à ce fujet.
Les Ordonnances & autres Loix citées par
PApellant , ne parlent point des Apoticai-
Tes ; & comme ce font des Loix de rigueur,
elles ne doivent pocint être étendues a d'autres
2198 MERCURE DE FRANCE
tres perfonnes qu'à celles qui y font compriſes.
Quand il y auroit parité de raison entre
l'Apoticaire & le Médecin , ou Chirurgien ,
il ne s'ensuivroit pas de là que les Apoticaires
fussent incapables indistinctement de
toute libéralité faite à leur profit.
Il ne suffit pas d'être Médecin , Chirurgien
, ou Apoticaire pour être déchû d'un
Legs ; ce feroit corrompre l'efprit de la Loy
que d'en tirer une pareille conséquence : l'in-
Capacité de ceux qui font nécessaires aux
Malades , n'eft relative qu'aux Malades qu'ils
gouvernent.
:
Le fieur Piat n'a point gouverné , ni même
visité la Testatrice pendant fa derniere
maladie les Témoins de fon Enquête déclarent
qu'ils ne l'ont jamais vû auprès de la
Malade. Il ne l'a point détournée d'apeller
fon Médecin : renfermé dans les bornes de
fon état , il n'a jamais ambitionné de s'ériger
en Oracle auprès des Malades.
De plus , on citoit de la part du fieur Piat
quatre differens Arrêts , par lesquels on avoit
confirmé de femblables Legs.
On observoit aussi que le fieur Piat étoit
le proche voisin & le meilleur ami des Sr &
Dame de la Croix que c'étoit le voisin &
l'ami qui avoit été gratifié , & non l'Apoticaire.
Le
OCTOBRE. 1740 2199
Le fieur Piat ajoûtoit qu'il a même deux
qualités differentes qu'il faut diftinguer ; fçavoir
, celle de Marchand , & celle d'Apoticaire
; comme Marchand , il ne fait autre
chose que vendre des Drogues dans fa boutique
, une telle fonction ne lui donne aucun
empire fur l'esprit des Malades : comme
Apoticaire , il est membre de la Faculté de
Médecine ; il ne pourroit abuser de cette
qualité , qu'autant qu'il fortiroit de chés lui
pour aller s'introduire auprès des Malades &
s'ériger en Médecin , ce qu'il n'a jamais fait
à l'égard de la Teftatrice , ni d'aucune autre
personne ; ainfi à l'égard de la Teftatrice , il
étoit moins Apoticaire que Marchand .
›
Sur ces moyens respectifs , il est intervenu
Arrêt le 27. Fevrier 1740. qui a confirmé
la Sentence du Châtelet , ce qui juge
que le Legs universel fait par la Testatrice à
fon Apoticaire eft valable , quoique fait pendant
la derniere maladie , où l'Apoticaire a
fourni les Drogues à la Teftatrice.
ANDRO ME DE,
Cantate à mettre en Chant.
SurUr un Rocher affreux des Vaisseaux redouté ,
Par de fréquens malheurs aux Matelots terrible ',
D ' Aur
2200 MERCURE DE FRANCE
Aux timides Mortels Endroit inaccessible,
Que frape le flot irrité ,
Par l'ordre du Destin Andromede enchaînée ,
( Victime du Monſtre odieux ,
Dent la rigueur empoisonnée
Sert du Maître des Flots le courroux furieux )
Attendant le moment d'en être devorée ,
De ces tristes regrets fait retentir ces Lieux .
Trompeurs & déplorables Charmes ,
Vous , dont les trop funestes armes
M'attiroient les voeux les plus doux ,
Dans de fi cruelles allarmes
Helas ! de quoi me fervez- vous ?
Dès que le sort m'a condamnée ,
De tous je fuis abandonnée ;
J'implorerois un vain secours ;
'Phinée , oui lui- même , Phinée
Néglige de sauver mes jours .
Trompeurs & déplorables Charmes ,
Vous , dont les trop
funestes armes
M'attiroient les /voeux les plus doux ,
Dans de fi cruelles allarmes
Helas ! de quoi me servez vous ?
Mais tandis qu'à son sort elle donne ces plaintes ,
CTOBRE. 1740. 2207
A ses yeux presque éteints le Monstre vient s'offrir :
Frapée à son aspect des plus vives atteintes ,
Elle meurt mile fois avant que de perir.
Calmez , belle Princesse , & dissipez vos craintes,
Un Héros , fils des Dieux, vient pour vous secourir,
Il attaque le Monstre , il brave ſa furie :
•
Le succès suit bientôt ce généreux dessein ;
L'Amour conduit lui- même & ses coups & sa main
Mortellement frapé , le Monstre perd la vie.
C'en eft fait ; Persée eft vainqueur ;
Pour lui,d'un pas timide il marche à la Princesse ;
Il n'ose , qu'en tremblant, lui découvrir son coeur
Tout parle en sa faveur , son respect , sa jeuneſſe,
Le service qu'il vient de lui rendre à ses yeux.
Il remporte bientôt une double victoire ,
Et les Peuples charmés de sa nouvelle gloire
Portent son nom jusques aux Cieux.
Amans , dont la vaine tendresse
Se borne aux plaintes , aux soupirs
Une telle délicatesse
Près d'une cruelle Maîtresse
N'avance guere vos desirs .
Retenez d'impuissantes larmes ,
Bravez la mort , exposez vous ,
Les fruits en seront bien plus , doux
L'Amour vous prêtera des armes >
>
Dij
2002 MERCURE DE FRANCE
Et vos traits porteront deux coups,
Amans , dont la vaine tendresse
Se borne aux plaintes , aux soupirs ,
Une telle délicatesse
Près d'une cruelle Maîtresse
N'avance guere vos desirs.
********
Bryonne , ce 17. Novembre 1740.
LETTRE écrite à M. D. L. R. an
fujet de celle qui est datée de Joigny le г.
Mars , touchant un Manuscrit de Poesies
pieuses , composées il y a environ cent cinquante
ans.
Oin de vous blâmer , Monfieur , des
petits retranchemens que vous m'avez
dit avoir faits à la Lettre qui vous eft venue
de Joigny , touchant un ancien Poëte de
cette Ville , & que vous avez renduë publique
dans le Mercure d'Août dernier , je
ne puis que vous aprouver très - fort ( depuis
que j'ai jetté la vûë fur le Manuscrit de ce
Poëte ) d'avoir usé , en cette occafion du
droit que doivent avoir tous les Journaliſtes
fur les Ouvrages qu'on fait paffer dans leurs
mains. Le Recueil Poëtique dont parle cette
Lettre
OCTOBRE. 1740 . 2203
t
Lettre , ne peut être d'un Auteur poſterieur
à l'an 1610. par des raisons que je vais vous
expliquer. J'ai fuivi les pages de ce Volume
d'un bout à l'autre , & j'y ai remarqué que
quelques marges font remplies de Faits qui
certainement n'ont pû être ajoûtés , que par
ceux à qui le Livre apartenoit , & qui fervent
à établir la vraie Epoque de cet Ouvrage.
L'écriture , qui est gothique dans tous
les endroits que l'Auteur regardoit comme
les plus dignes de l'attention du Lecteur ,
fait voir qu'il n'eft pas fi nouveau que M. le
Capitaine de Milice de Joigny l'avoit crû
& qu'il n'a pas été contemporain de ceux qui
vivoient encore il y a cinquante - cinq ans.
Je suis tombé , à l'ouverture du Livre , fur
la Traduction Poëtique qu'il fait du Salve
Regina , au quinzième jour d'Août.
و
J
Il intitule cet Ouvrage par ces trois mots :
Salve Regina misericordia , & non pas , Salve
Regina Mater misericordia : ce qui prouve
qu'il vivoit dans un tems où l'on n'avoit point
encore ajoûté à Sens le mot Mater , à cette
Antienne. Vous n'ignorez pas , M. que ni
les Chartreux , ni l'Eglise de Lyon ne l'ont
pas encore admis en cet endroit , quoique
parmi eux , comme ailleurs , on l'employe
en d'autres parties de chant : il n'eft pas même
dans le dernier Bréviaire de Lyon . Il a
été reçû à Sens il y a long- tems ; mais je crois
Diij qu'il
2204 MERCURE DE FRANCE
qu'il n'y fut admis que lorsqu'on y réforma
le Bréviaire , fur l'Edition de celui du S. Pape
Pie V. Ainfi , puisque le Poëte de Joigny
écrivoit dans le tems qu'on chantoit encore
Salve Regina misericordia , il faut qu'il
ait vêcu , ou fur la fin du Regre de Charles
IX. ou fous celui d'Henri III. Ce n'est point
par inadvertance que le mot Mater ne fe
trouve pas dans le titre de la Piéce : la Poëfie
de l'Auteur correspond à l'intitulé , & il ·
traduit ainfi :
Reine des Cieux & de Misericorde.
Voilà pour ce qui eft de l'Article qui s'eft
offert à moi à l'ouverture du Livre.
Une preuve que le caractere gothique qui
y domine dans les Endroits les plus notables
& dans les titres , mis en couleur rouge , eft
de la fin du XVI , fiécle , ou des premieres
années du XVII. eft que dès l'an 1608. ce
Manuscrit étoit déja répandu hors de Joigny.
L'Exemplaire fur lequel on en a envoyé une
notice à M. l'Archevêque de Sens , avoit dèslors
franchi les limites de ce Diocèse.L'Ouvrage
étoit déja connu à Seignelay , au Diocèse
d'Auxerre. Il y en avoit une copie ( & c'eft
celle dont il s'agit ici ) dans l'Eglise Paroiffiale
de ce Bourg , & les marges de cet Exemplaire
fervoient , foit au Curé , foit au Magister
, à marquer les Evenemens qu'ils ju
geoient àpropos. Celui - ci y marque en 1608 .
alr
OCTOBRE 1740 220g
sur feuillet 30. le grand hyver & la cherté qui
le fuivit , dont il venoit de s'apercevoir.
L'année du grand froid , dit- il , ce fut er
milfix cent & fept , que les vignes & arbres ,
les noyers , Les chateigniers , & généralement
tout arbrefruitiers furent tous gelés . En cette:
présente année aussi , fur les grandes neiges ,
qui durerent depuis Noël' jusqu'au jour de S.
Paul , & auffi ledit froid. En ladite année le
vin vallait fept & huit fouls la pinte , & le
muit de vin valloit traile & quatorze écus
Pannée mil fix cens & buit. 1608.
Quatre ans après il écrivit au feüillet 109 .
cette remarque : Le grand vent du jour S.
André en l'an mil fix cent douze. En
ladite année en fut fait un grand le jour S...
Hubent , lendemain des Trepassés.. 1612. Aш
feuillet 1. il marque le nom de celui qui
rendit: le Pain beni le dernier Dimanche.
d'Août mil fix cent & onze : Jour , dit- il.
de la Dédicace de S. Martial de Saillenay.
On écrivoit ainfi alors, & non pas Seignelay,
comme on fait aujourd'hui.
Le Curé , ou le Sonneur , profitant à fon
tour de la commodité de ce Livre , y écrivit
fur les marges quelque Actes Baptiftaires :
j'y ai aperçû au feüiller 59. un Acte , donu
voici le commencement : Le dix-huitisme
jour d'Avril mil fix cent & quatorze , fut né,
baptisé Claude , fils de Edme Laurent. Au
Diij feuillet
2206 MERCURE DE FRANCE
feüillet 60. Le feptième jour du mois de Fe
vrier mil fix cens faize , fut né & baptisé en.
Eglise de ce Lieu de Saillenay , Henri , fils
de Georges Françoix. Les Parins, Henri Pourfin
, Lieutenant audict Lien , & Claude Lanrent
, la Mareine &c. Il eft vifible à
tous ceux qui fe connoiffent en Ecritures
, que ces Addititons marginales font
d'un caractere bien pofterieur à celui du
Livre : c'cft de- là que je tire le raifonnement
qui fuit.
Ce Manuscrit étoit redigé certainement
avant les Additions qui y ont été faites . Or,
ces Additions font des années 1608. 1611 .
1612. 1616. donc le Manuscrit étoit redigé
au moins dès l'an 1607. Outre cela , ce Volune
peut n'être pas l'autographe ou original
de l'Auteur. Si donc ce n'en eft qu'une
copie , il a fallu du tems pour l'écrire : d'où
il s'enfuit encore que l'Ouvrage a dû voir le
jour au moins avant 1606.
Cette date posée , il est évident que l'Auteur
n'a pû être contemporain , comme on
Fa écrit de Joigny , d'un Chanoine d'Auxerre
, qui ne commença à fleurir que vers.
1640. ou 1650. & qui n'eft mort que vers
l'an 1690. D'où je conclus , que fi Ourry ,
Curé de S. Jean de Joigny , n'a fleuri que
dans le même tems que ce Chanoine , fes
Ouvrages n'ont pû être entre les mains
du
OCTOBRE. 1740 2207
au Public dès l'an 1606. & que par conséquent
les Poësies en question n'ont pû être
de lui.
Je mets les choses au plus bas , en consentant
que cette composition ne foit que de
ce tems-là : car je fuis persuadé par l'Ecriture
, que le Volume a été composé fous
Charles IX. ou fous Henri III. & qu'il avoit
déja passé en plusieurs mains avant que d'être
porté à Seignelay.
Comme ce nommé Ourry , dont vous
m'avez parlé en conséquence de la Lettre ,
eft absolument inconnu dans la Litterature
& fur le Parnaffe , je ne fçais où trouver en
quel tems précisément il a vêcu , ni ce qu'il
a été . Si c'étoit un Curé de S. Jean de Joigny
, qui eût composé le Volume de Poëfies
fur les Saints du Calendrier de Sens
comme M. L. B. l'a écrit , il n'eût pas oublié
fon Eglise mais par tout où il entre en
quelque détail , il ne fait mention de la
que
Paroisse de S. Thibaud. C'eft ce qui me porteroit
à croire qu'il en étoit habitant.
:
"
C'est donc avec raison que la Lettre , telle
que vous venez de la publier , a qualifié ce
Poëte Champenois . Si Ourry étoit de Joigny,
& qu'il ait véritablement été Poëte , ce fera
un Auteur de plus à compter pour cette Ville.
Ainfi M. L. B. loin de me vouloir du mal
d'avoir épluché le Manuscrit qu'il a indiqué
Dv a
2208 MERCURE DE FRANCE
à M. l'Archevêque de Sens , doit au con
traire m'en fçavoir gré , & me remercier.
Je fuis , &c.
Ce 15 Septembre 1740.
A Lei
EPITRE A M ... :
Lcipe , tu veux donc que mon foible pincea
D'un Prince vraiment Grand te trace le tableau :
Ne crois point que ce foit celui qui dans la guerr
Fait consister fa gloire à ravager la terre ,
Et qui fur l'Univers fignalant fa fureur
Honore fes forfaits du titre de valeur.
On ne peut arriver à la gloire fuprême
Sans fçavoir le grand art de fe vaincre foi - même.
Les Romains & les Grecs, ces fameux Conquerans,
Ces prétendus Héros ne font que des Tirans ,
Puisque dans leurs projets conduits par le caprice-
Ces Vainqueurs s'écartoient des loix de la juſtice.
Eft-il jufte en effet de courir l'Univers
Pour détrôner les Rois & les charger de fers ?
Quoi chercher dans le fang une affreuse victoire,
Eft-ce là s'acquerir une folide gloire ?
Et l'éclat enchanteur qui flate fes fouhaits ,
Peut-il diminuer l'horreur de ces forfaits ?
Alexandre , couvert d'un triple Diadéme ,
Maître
OCTOBRE. 1740% £209
Maître du Monde entier , esclave de lui-même ,
Plongé dans les plaiſirs , aveuglé par l'erreur ,
Eft-il plus eftimable en fa fauffe grandeur ,
Qu'un Prince bienfaifant , gérereux , équitable ,
Qui tend aux malheureux une main fecourable t
Ne préfere - t'on pas la vertu de Caton
Aux explaits éclatans du traître Stilicon
Ce rival de César qui fit trembler l'Euphrate ,
Dont le bras foudroyant terraffa Mithridate
Eft-il à comparer au célébre Titus
Dont l'Univers entier admire les vertus a
Qu'on ne vante donc plus cette ardeur meurtriere ›
Qui ſe repaît du fang répandu dans la guerre.
LOUIS, l'amour du Peuple & l'arbitre des Rois,
Dompte fes passions & s'impose des loix :
Mais un Tigre cruel , affamé de carnage ,
Ne fuit que les transports d'un farouche courage
Un Prince vraiment grand abhorre les forfaits ,
Et cherche à fe gagner le coeur de fes Sujets.
Les refpects & l'amour d'un Peuple, qui l'admire,
Sont les folides biens que fon grand coeur defire
Et fans porter l'effroi de climats en climats ,
Il jouit du bonheur qu'il n'y trouveroit pas.
Par M. de L **
D vj LETTRE
2210 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de Monfieur N. A. A. P. à
M.de M. fur le Parallele des Romains
des François , par raport au Gouver
nement.
V
1-
Ous ne vous plaindrez plus , Monfieur,
du ggoût frivole de notre fiécle , depuis
l'accueil favorable que tout le Public fait au
Parallele des Romains & des François , & je
ne doute point que cet Ouvrage , que je vous
envoye , ne vous dédommage de l'ennui que
vous ont donné nos Livres amusans. Vous..
vous tromperiez bien,fi vous alliez vous imaginer
que ce n'eft qu'un amas de Faits que
l'on compare enſemble ; mais il faut avoües
auffi que ce ne feroit pas tout- à- fait votre
faute. L'Auteur , que j'ai entendu nommer
M. l'Abbé de Mably , n'a pas eu le foin d'indiquer
dans fon titre , tout ce que renferme
fon Ouvrage. On s'attend bien à des réflexions
politiques , mais le Lecteur eft furpris
de trouver fous fes yeux un Traité entier fur
les matieres les plus intereffantes de la focieté.
L'Auteur paffe nos efpérances , & à propos
de deux Peuples qui fe font trouvés dans des
circonltances toutes differentes , il établit un
Sistême de politique , dont toutes les parties
font fi étroitement unies , qu'on peut dire
fans
OCTOBRE. 1748 211
fans flater M. l'Abbé de Mably , qu'il a pouffe
la démonſtration dans les chofes morales ,
jufqu'à une certitude physique .
Nous voilà débarassés de bien des préju
gés & de bien des difficultés , dit notre ami
M. de B ... ; jusqu'à présent la préference
des Gouvernemens avoit été un myftere pour
lui , mais il a trouvé dans le Parallele ce qu'il
cherchoit inutilement ailleurs , & il eſt bien
aise d'avoir enfin une opinion qui le fatisfaffe
. Je crois que vous ne ferez pas moins
fatisfait que lui de la diftinction que M. L. D.
M. fait de la bonté absolue & de la bonté
rélative des Gouvernemens ; c'eft - là comme
la base de tout fon édifice politique. Ce qu'il
dit enfuite fur la nature des différentes efpe
ces de Gouvernemens , apuye merveilleufement
fa pensée , dont la vérité fe dévelope
toujours avec une nouvelle force , à mesureque
l'on avance dans la lecture de l'Ouvrage..
;
Rien n'eft plus jufte que les réflexions de
l'Auteur fur les differens Gouvernemens
Démocratie , Ariftocratie , Gouvernement
des Fiefs , Gouvernement militaire , Gouver
nement mixte dans toutes fes formes differentes
, & Monarchie. Mais il s'arrête plus
particulierement fur ce dernier Gouvernement.
Nous voyons ce que les anciens en
ont pensé , & ce qui eft encore plus urile
ous voyons ce que nous en devons penfer
pous
>
2212 MERCURE DE FRANCE
Пous-mêmes. La Monarchie parfaite, eft celle
qui eft également éloignée du Despotisme &
de l'Anarchie, & pour parvenir à ce milieu falutaire
, il faut que le Prince foit tout- puiffant
, fans pouvoir cependant abuſer de fa,
toute- puiffance.
Voilà qui a bien l'air d'un Paradoxe , qu'un
Prince tout- puiffant qui ne peut pas abuser
de fa toute - puiflance ! Mais pour vous laiffer
votre plaifir tout entier , je ne veux pas même
vous indiquer les raifonnemens de M.
L. D. M. lorsqu'il fait voir que le Gouver
nement établi par Augufte , devoit dégéne
rer en Despotisme , & qu'au contraire il s'eft
formé un rempart contre ce défaut du Gou--
vernement Monarchique dans la Monarchic
Françoise. Je crois que vous ne ferez pas
moins content de l'endroit où l'Auteur fait
un Parallele de notre Age & de notre Gouvernement
présent , avec l'Age & le Gouvernement
des premiers Romains. On voit dans
ce morceau tout ce qui peut faire plaifir dans
un syftême , c'eſt - à -dire , un enchaînement
de principes & de conséquences qui fe donnent
mutuellement une force nouvelle ; tout
ce que l'Auteur dit ici , eft en même tems
une fuite néceffaire & une preuve évidente
de fes premiers principes.
pa
Quoique ces matieres perdent dans le
rallele tout ce qu'elles ont de fec & d'abs .
trait
OCTOBRE. 1740 2213
ce
que
que
l'Auteur
trait , j'ai vû quelques personnes , qui , fans
doute , ne fe font guere familiarisées avec la
Philosophie , fe plaindre de l'Auteur
exige trop d'attention de la part de fes Lecteurs,
pour le fuivre.L'efpece d'obscurité qu'on
reproche au premier Livre du Parallele , n'eft
pas dans les chofes , elle ne naît d'un déque
faut d'ordre , auquel il est très-aisé de remé
dier , en déplaçant de certains articles pour
les raprocher. Puisque je vous écris toutes
mes pensées avec liberté , je vais vous dire
ce que j'ai imaginé pour rendre la lecture du
Parallele aisée à tout le monde.
Premierement , je voudrois
joignît à l'Article 5. où il traite de la diffe → ·
rence des conjonctures dans lesquelles les
Romains & les François fe font trouvés , les
réflexions qu'il fait , Article 8. fur la bonté
absolue & fur la bonté rélative des Gouvernemens
. Le Lecteur , qui verroit plus clairement
où il va , feroit plus tranquille . Dans
Article 7. du même Livre , il eft parlé des
avantages que les Romains retirerent de leurs
diffentions domeftiques , & l'Auteur remar→
que bien judicieusement , que le principal
pour eux fut la forme mixte que prit leur
Gouvernement , qui raffembla par -là tous les
avantages
des trois autres Gouvernemens les
plus connus. Je voudrois qu'on lût tout de
fuite une partie des raifonnemens qui fe trouvend
2214 MERCURE DE FRANCE
"
´vent dans l'Article 12. où M. L. D. M. exa
mine la nature du Gouvernement mixte ;
le Lecteur en feroit plus à portée de juger de
la fituation des Romains , & fon efprit qui fe
repoferoit fur une vérité prouvée , fe jetteroit
fur d'autres objets avec plus de fatisfaction .
Ce qui me flate que je rencontre jufte dans
les changemens que je vous propose , c'eft
que M. de C... eft de mon fentiment , vous
me direz quel eft le vôtre:
Je ne vous parle point de la partie du Pa
rallele qui regarde les Romains , comme de
leurs diffentions , de la ruine de leur liberté,
& c . vous verrez feulement qu'après tout ce
qu'on a dit fur ce Peuple , il reftoit encore
à faire mille réflexions auffi ingénieufes que
profondes . L'Auteur fait connoître tous les
Peuples auxquels les Romains ont eu affaire .
Tout ce qui regarde les Carthaginois vous
fera plaifir, & je ne fçais fi Sparthe ou Athenes
ont eu quelque Citoyen plus éclairé que
M. L. D. M. fur leurs interêts .
Quelque fage que foit tout ce que l'Auteur
dit des Peuples anciens , je vous avoue que
je ne ferois point fâché qu'il les oubliât quel
quefois pour nous arrêter plus long- tems fur
les modernes , à qui nous prenons un bien
plus grand interêt. Ce que M. L. D. M. dit
des François depuis le Regne de Charlemagne
jusqu'à nos jours , eft extrêmement neuf,
&
OCTOBRE. 1740 2215-
& il y a d'autant plus à profiter , qu'il femble
que nos Hiftoriens n'ayentjamais pensé à faire
connoître notre Nation. Je fuis fâché qu'il
ait parlé trop brièvement de nos Rois de la
premiere Race ; avec autant d'érudition qu'il
en a , il pouvoit entrer dans quelques détails
qui nous auroient mieux fait connoître ces
tems obscurs.
Mais ce que je ferois prefque tenté de regarder
comme un défaut dans le Parallele ,
c'eft de ne pas arrêter affés long- tems le Lecteur
fur le Regne de Charlemagne. La politique
de ce Prince, il eft vrai , eft expliquée
avec beaucoup d'art ; on nous dévelope toutes
les raifons qu'il eut de partager la Souveraine
Puiffance avec fes Sujets ; ce Gouver
nement n'a pas un défaut qui ne nous foit
montré il eft parlé de tous les défordres
qu'il devoir produire , & il donne enfin naiffance
au Gouvernement des Fiefs . On ne peut
pas exiger plus de détail , mais le Regne de
Charlemagne a un autre face , & j'aurois été
ravi de le voir conquerant & maître de l'Eu-:
rope. M. L. D. M. dit , il eft vrai , que
fous la conduite de ce Prince , la Monarchie
Françoise jetta un éclat dont Rome eût été
jalouse dans fa plus grande profperité , mais
cela fuffit-il: le rétabliffement de l'Empire mé
itoit peut-être un article particulier.
L'Empire François , maître de l'Europe en
tiere ,
216 MERCURE DE FRANCE
tiere , eft un objet que l'Auteur ne nous
montre qu'en passant. Il passe rapidement
aux désordres , qui devoient fuivre les Loix
des Fiefs , & il ne considere plus la Monarchie
Françoise que dans les Successeurs de
Charles le Chauve. Pour moi j'aurois voulu,
M , qu'avant que de nous faire voir comment
la Monarchie Françoise s'eft démembrée
fous les derniers Rois de la feconde Race ,
M. L. D. M. nous montrât comment l'Empire
, qui apartenoit par droit de conquête à
notre Couronne „. a été perdu pour nous , en
passant aux Princes d'Allemagne. Nous n'avons
peut-être rien de plus obscur dans notre
Histoire. Nos Historiens modernes ont
négligé un morceau aussi interessant , & ce
n'eft pas chés les Ecrivains Allemands qu'il
faut s'attendre de découvrir la vérité. Nous
fommes en droit d'attendre de l'Auteur du
Parallele des éclairciffemens fur cette matiere
importante.
Voilà , Monsieur , à quoi se bornent touttes
mes Observations critiques. Au reſte , je
ne dois
pas oublier de vous parler des Anglois
& de la Maison d'Autriche. Cefont des
morceaux auxquels on ne peut rien: ajoûter.
La feconde partie du Parallele eft remplie de
préceptes & de réflexions bien folides , fur
la nécessité où eft un Peuple de fe rendre re
doutable au dehors, s'il veut être heureux au
dedans .
OCTOBRE. 1740. 221%
dedans , & des moyens par lesquels il y doit
parvenir. Je crois que vous ferez content du
style de l'Ouvrage; il eft convenable à la matiere
, noble , varié & éloigné de toute affectation
. Il feroit à fouhaiter qu'un Auteur qui
s'eft formé une idée vraie & relevée de l'Histoire
, confacrât fa plume à écrire les Annales
de notre Nation . Je vous envoye en même
tems l'Histoire de Philipe , par M. Olivier.
C'eft un Ouvrage plein d'érudition , &
qui nous fait connoître un des plus grands
Hommes de l'Antiquité . Je n'ai pas le tems
de vous en parler plus au long. Je fuis .
Monfieur , & c.
IMITATION
De quelques Vers de Juvenal .
N Il ergo optabunt homines ,fi consil um vir,
Permittes ipsis expendere numinibus , quid
Conveniat nobis , rebusque fit utile noftris.
Nam pro jucundis aptissima quaque dabunt Diš
Charior eft illis homo quamfibi , ¿c . Sat. 10. ad fin
Quel trait frapant pour nous , divine Providence
La beauté, les plaisirs , les honneurs , l'opulence ,
No
2218 MERCURE DE FRANCE
Ne font pas les vrais biens que nous devons chèr
$ cher ,
La volonté du Ciel nous doit feule attacher.
Ce n'est pas feulement ce qu'aprend l'Evangile ,
Un Payen a tracé cette morale utile.
Qui ne feroit touché de ces grands ſentimens ?
Préferons , nous dit- il , les plus cruels tourmens ,
A ces plaisirs honteux qu'inspire la mollesse ?
Fuyons les faux honneurs , recherchons la fageffe
Soyons doux , foyons bons , ne craignons point la
mort ,
Et remettons aux Dieux le foin d'un meilleur fort.
Mais , lâches , ces vertus nous femblent difficiles ,
Loin de rendre nos jours fortunés & tranquiles,
Asservis fous le joug de nos cupidités ‚ ·
De mille vains desirs nos coeurs font agités.
Nous fouhaitons des biens , ou quelqu'autre avan
tage ,
Sommes - nous assûrés d'en faire un bon usage ?
Nous cherchons une Epouse , & voulons des Enfans
Ils peuvent nous donner des chagrins très - cuisans.
On nous voit demander une belle famille ,
Et la beauté sur tout nous plaît dans une fille ;
Mais,fouvent , pour punir un voeu trop indiscret,
Le Ciel dans fa colere en accorde l'effet.
Si l'on vit autrefois Lucrece & Virginie
Trouver dans leur beauté la perte de leur vie ,
OCTOBRE. 1740. 2219
A combien , en tout tems , ayant gâté les moeurs,
N'a t'elle pas ' causé de plus cruels malheurs ?
O mortel insensé , reconnois ta misere ,
Dès que tu te conduis par ta propre lumiere
,
Ingorant ! tu ne sçais jamais ce qu'il te faut ,
Ce que tu crois vertu , n'eft au vrai qu'un défaut.
D'un bon Pere envers nous toujours tenant la place
En rejettant nos voeux, Dieu fouvent nous fait grace ,
Laiffons le donc agir , nos foins font fuperflus ,
Et fi nous nous aimons , il nous aime encor plus,
B. de M.
****************
TROISIEME LETTRE de M.
Nericault Destouches, à M. l'Abbé D …..
sur le Goût.
L
A Lettre dont vous venez de m'honorer
, M. me donne tout lieu de croire
que vous êtes content de mes Réflexions fur
le Goût , & fur la principale raison qui le fait
périr parmi nous ; la fureur d'avoir de l'esprit
eft une maladie non - feulement dangereuse
, mais une maladie qui fe communique
fi facilement , qu'en très peu de tems une infinité
de gens en font infectés, fur tout fi ceux
qui en font attaqués les premiers , ont affés
d'art
2220 MERCURE DE FRANCE
d'art & de talens pour empêcher qu'on ne la
craigne , & même pour faire fouhaiter de la
gagner. C'eft un évenement qu'on a vû de
nos jours. Deux ou trois de ces beaux efprits
malades ont pris un ton fi agréable & fi mélodieux
, qu'ils fe font faits un très- grand
nombre d'imitateurs , qui voulant non feulement
les atteindre , mais les furpaſſer , ſe
font rendus bien plus ridicules que leurs modéles.
Le mal a toûjours augmenté depuis
& me paroît prendre tous les jours de nouvelles
forces. Pour moi , j'ai fait les plus vigoureux
efforts pour m'en préserver , & j'ai
témoigné hautement mon admiration pour
cette célebre Compagnie qui avoit rectifié
le Goût des François , & qui l'ayant conduit
à fa perfection , a toujours fait fa principale
étude de l'y maintenir. Vous voyez bien
M. que je veux parler de l'Académie Françoise
, à qui j'adreffai l'Ode fuivante , bien
long- tems avant qu'elle m'eût fait l'honneur
de me recevoir , honneur dont je fais ma
principale gloire , & dont je tâcherai toujours
de lui prouver ma reconnoiffance , en
dépit de certains beaux Esprits disgraciés
qui pour fe venger de ce qu'elle n'a pas exaucé
leurs voeux, tâchent de l'en punir, en feignant
de la mépriser; femblables à ces Amans
dépités, qui pour fe consoler des rigueurs de
leurs Maitreffes, en disent autant de mal qu'ils
fentent
>
OCTOBRE. 1740. 1220
fentent de paffion pour elles. Voici l'Ode
dont il s'agit.
ODE
A Mrs de l'Académie Françoise,
Noble Essain des plus beaux´Esprits ,
Peres de la saine Eloquence ,
• Gloire du Pinde & de la France ,
Des neuf Soeurs dignes Favoris
*
Sçavans Maîtres du beau langage
Qui vous doit tant d'heureux effets ,
Modéles & sûrs & parfaits
Par qui rien n'est beau , s'il n'est sage
*
Fiers ennemis des faux brillans ,
Partisans du vraiment sublime ,
Vous , dont la docte voix anime
Ou fait éclore les talens ,
*
Talens que votre choix décore ,
S'ils sont dignes d'être exaltés ,
Et qui par vous sont rejettés ,
Si leur objet les deshonore ,
*
* Doucé
2222 MERCURE DE FRANCE
Douce , aimable Societé
D'hommes ornés , brillans , solides ,
Qui ne reconnoissez pour guides
Que l'honneur & la vérité.
Chers Amans de la belle gloire ,
Comblés de ces précieux dons ,
Et par elle sûrs que vos noms
Vivront au Temple de Mémoire ,
*
De l'Envie objets terrassans
Dont l'éclatant renom l'irrite ,
Délices du parfait mérite ,
Qui croit vous devoir son encens,
።
De l'ignorance qui vous fronde
Dédaignez toujours les complots ;
Fermes Rochers , brisez les flots
Du mauvais Goût qui nous inonde,
Aux noirsEsprits , aux Libertins
Refusez toujours vos suffrages ,
Vous glorifiant des outrages
<
Et des Pradons , & des Cotins.
1
Yous voyez par cette Ode , M. que ce
n'eft
OCTOBRE . 1740 2225
n'eſt pas d'aujourd'hui que je lutte contre le
mauvais Goût , & que j'anime les plus doctes
Médecins à mettre tout en oeuvre pour
guérir cette maladie épidémique ; car je
composai l'Ouvrage que vous venez de lire
quelques mois avant qu'on m'envoyât en
Angleterre, c'est - à-dire dans le mois de Juin
1717. & l'Académie ne me fit la grace de
me recevoir qu'à mon retour , vers la fin du
mois d'Août 1723. Circonftances que je
prends foin de vous faire remarquer , afin
que vous foyez pleinement convaincu , que
je ne prétens pas la moindre part aux juſtes
éloges que j'ai donnés à mes illuftres Confreres.
Voici l'occafion de répondre à une question
que je trouve dans votre Lettre. Vous
me demandez s'il eft vrai que je fois de Rennes
en Bretagne , & vous m'affûrez qu'on
me donne cette Patrie dans la Liſte des Académiciens
François , inserée dans le Dictionaire
de Moréri. Non , M. je ne fuis point
Breton , je fuis bon Tourangeau , & fi vous
en voulez une preuve authentique , lisez l'Ode
fuivante , que j'adreſſe à ma Patrie .
ODE à ma Patrie.
Fertile Jardin de la France ,
Pur & delicicux séjour ,
I
Toi
2224 MERCURE DE FRANCE
Toi , sur qui le Pere du jour
Répand sa plus douce influence ,
Toi , dont les heureux Habitans
A l'imagination vive
Joignent une gayeté naïve ,
Et la candeur des premiers tems ,
*
Toi , dont la gloire eft infinie ,
Pour avo'r porté dans ton sein
Ce Mortel qui parut divin
Par son vaste & profond génie ,
*
x
Génie admirable & nouveau ,
Dont le Systême certifie
Que par lui la Philosophie.
Sortit enfin de son berceau ,
*
Toi , d'avance fi glorieuse ,
Pour avoir vû naître à Chinon
Celui qui se fit. un renom
Par sa plume facétieuse
*
* Descartes , né à la Haye , en Touraine.
Rabelais.
Toi
OCTOBRE. 1740. 2225
Toi , célebre encore à jamais
Par un autre Enfant qui t'honore ;
Rapin vit sa premiere Aurore
Dans ton climât fi plein d'attraits.
*
Beau Climât , charmante Touraine {
Qui sous ton Ciel m'as élevé ;
Ton nom dans mon coeur est gravé ,
Et fait mon bonheur & ma peine.
*
Heureux de te devoir le jour ,
J'en fais mon plaisir & ma gloire ;
Et j'en consacre la mémoire
Par ce gage de mon amour.
*
Mais , ô mon aimable Patrie ,
Malgré mes voeux les plus ardens ,
Je me vis dès mes jeunes ans
Loin d'une Mere fi chérie.
*
Que mon sort m'a fait soupirer !
Pardonne un crime involontaire ;
Veüille un jour le sort moins contraire
Dans ton sein me faire expirer !
E ij Déja
2226 MERCURE DE FRAINCE
Déja presque l'onziéme Lustre
M'annonce la fatale Loi ;
Puisse mon nom vivre après moi ,
Pour te rendre encor plus illustre !
Je vous avouë , M. que je m'attendris en
relisant cette Ode , & c'eft une preuve trèsévidente
, qu'elle eft partie du fond de mon
coeur. Vous n'y trouverez point d'esprit ,
mais vous conviendrez que le fentiment y
domine , & c'eft le fentiment qui a toujours
été mon guide , & qui m'a tenu lieu de Gé--
nie dans tous les Ouvrages qui font fortis de
ma plume. Que voulez- vous ? Tout le mon
de ne peut pas avoir de l'efprit , & je trouve
qu'on eft encore fort heureux quand le fentiment
peut y fupléer. Il ne nous éleve pas
jusqu'aux nuës , mais il ne nous fait point
tomber dans le galimathias ni dans le faux
brillant , nous autres Partisans du vrai , qui
nous renfermons humblement dans les bornes
étroites de notre Sphere. Il eft vrai qu'on
ne nous admire pas , mais on ne dit ni bien,
ni mal de nous , & il y a même encore je
ne fçais combien de bonnes gens , qui comme
nous , fe laiffant entraîner par le fentiment
, nous font la grace de trouver dans
nos Ouvrages certains endroits qui les touchent
& les amusent. Ils disent que tout
bien confideré , il faut à peu près écrire comine
OCTOBRE. 1740 2227
me on parle ; que c'eft le vrai moyen de s'aprocher
de la Nature, & que ce qui en aproche
le plus , eft ce qui leur femble le plus
touchant ; qu'un Lecteur fent bien plus de
plaifir quand on frape fon coeur , que quand
on étonne fon esprit , & que c'eft par cet
aimable talent que les plus grands Hommes,
tant anciens que modernes , trouvent le fecret
de fe faire relire fi fouvent , au lieu que
ces beaux esprits , qui causent tant d'admiration
, & qui font presque étourdis des acclamations
qu'on leur prodigue , ne tienent
le haut du pavé que pendant que le Goût eft
malade , & qu'ils sont fujets à des révolutions
fi mortifiantes , qu'il vaut bien mieux
ne pas faire tant de fracas d'abord , & fe foutenir
un peu plus long- tems. C'est ainsi que
raisonnent quelques - uns de nos amis qui
n'ont que du bon fens , du Goût & du jugement
, mais vous jugez bien qu'aujourd'hui ,
M. ils ne brillent pas beaucoup plus que
nous , & qu'on les regarde comme de petits
esprits qui font compaffion , & qui ne méritent
pas de vivre dans un fiécle où l'on s'éleve
fi rapidement au deffus des Anciens les plus
révérés, & des Modernes les plus eftimables.
Que faire à cela ? Nous laifferons - nous entraîner
par le torrent ? Non , il vaut mieux
nous en éloigner. Entreprendrons - nous de
l'arrêter ? Il eft trop rapide , & nous fuccom-
E iij berions.
2228 MERCURE DE FRANCE
berions dans notre entreprise. Quel eft
donc le parti que nous prendrons ? Celui
de nous préserver du mauvais exemple ,
& de conserver le ton que nous avons
pris , en tâchant d'imiter les plus grands.
Maîtres , qui , comme nous , partisans du
vrai , fe fervoient de lui pour parler au
coeur , persuadés que quiconque fçait l'art
de le toucher , a tout l'esprit & toutes les lumieres
, dont tout homme raisonnable doit
fe piquer.
A propos d'esprit , vous me félicitez fur
les coups que j'ai lancés aux Esprits forts ,
dans mes deux Lettres à M.... que vous
avez lûës dans le Mercure , & vous me priez
de vous envoyer de nouveaux traits contre
eux , s'il m'en refte encore quelques- uns.Oh !
très- volontiers , c'eft ma matiere favorite, &
je vous avoue qu'il n'eft pas pour moi de plaifir
plus vif que celui d'attaquer une engeance
fi perverse & fi ridicule ; car je prétends
que tous ceux qui la composent , non- seulement
font très haïffables , mais encore plus
fous & plus méprisables . Lisez , lisez¸ &
vous verrez que je ne les ménage pas.
EPL
OCTOBRE. 1740. 2229
EPIGRAMMES ,
Contre les Incrédules. A Flotin .
I.
Ce matin tu disois : Bien fåt E
Celui qui croit à l'Evangile ;
Ce soir te voilà tout débile ,
Et tu prends le ton d'un Béat ;
Un Esprit fort est incrédule ,
Tant qu'il croit qu'il se porte bien.
Est- il malade ? Il est Chrétien ,
Mais un Chrétien très- ridicule .
II.
Les faux Braves.
Quand je vois un Esprit fort
Qui m'étale sa science ,
Je sonde sa conscience ,
Et j'y rencontre d'abord
La Débauche & l'Ignorance ,
Qui triomphent dans un Fort
Qu'aux aproches de la mort ,
Elles rendront sans défense.
III.
Sur un sot Impie.
Ce stupide Libertin ,
E iiij
Dong
2230 MERCURE DE FRANCE
Dont le babil vous étonne ,
Est un signe très - certain
Que la Matiere raisonne ;
Raisonne ? Ah ! je dis fort mal.
Il prouve que la Matiere
Sotte , brutale & grossiere
Raisonne comme un cheval.
I V.
La Science universelle.
Quoique la plus vaste Science
Soit une profonde ignorance ,
Je parviens à n'ignorer rien .
Et par quel Art Je suis Chrétien.
V.
A un Raisonneur impertinent.
Je ne crois que ce que jentends ,
Et rien de plus , nous dit Bilaine ,
Raisonnant à perte d'haleine ,
Et prenant des airs importans ;
La Raison seule en mai préside ;
Ma seule Raison est mon guide ;
Nous voyons clair en pleine nuit .
Moi je vous dis , ô docte Apôtre ,
Que votre Raison vous conduit
Comme un aveugle en mene un autre .
VI.
OCTOBRE , 1740. 2231
V I.
>
Parer une vaste ignorance
D'un stile vif , orné , charmant ;
D'un ton rempli de suffisance
Sur tout décider hardiment ;
Tantôt en Vers , tantôt en Prose
Combattre le Dogme Chrétien ;
Vouloir briller en toute chose ,
Et sçavoir tout , sans sçavoir rien ;
De ses Visions faire une Ode ,
Dont tout esprit faux est charmé
C'est le Portrait d'un fou pommé ,
Que les fous ont mis à la mode .
Je ne finirois point , M. fi je voulois insérer
ici toutes les Epigrammes que j'ai faites
contre les Esprits forts. Quand nous nous
reverrons , je pourrai vous lire celles qui restent
dans mon Recueil. Pour aujourd'hui
dispensez- moi d'aller plus loin , & contentez-
vous de ce que je viens de vous copier. Je
veux pourtant y ajoûter un Avis que je donne
à mes Lecteurs , en commençant le premier
Livre de mes Epigrammes.
AVIS AUX LECTEURS.
Or écoutez , Messieurs & Dames ;
Par la présente on vous fait assavoir ,
EY Que
2232 MERCURE
DE FRANCE
Que si quelqu'un lisant ces Epigrammes
S'y reconnoît comme dans un Miroir ,
Loin de détester la Satyre ,
Et de chercher à s'en venger ,
Il doit commencer par en rire ,
Et finir par se corriger .
Je fuis , Monfieur , au - deffus de toute
expreffion , & c.
>
Les mots de l'Enigme Logogryphe , &
des Logogrvphes du Mercure de Septembre
font le Laboureur , Tressaillement , & Dufresne.
On trouve dans le fecond Logogryphe
, Dur , Dun , Ré , Furnes , Urne , Nerfs,
Rene Fresne , Refus , Rude , Fesne , Nud ,
Ruë , & Nuë.
量
****************
ENIGM E.
Ous mon Casque pompeux il est moins de cer-
Souvelle,
Que dans le crâne étroit d'un frêle Moucheron ;
Cet Insecte s'enyvre , & gruge un Macaron ,
Tandis qu'à jeun mon corps cent fois se renouvelle .
Je puis des Confidens être crû le modele ,
Sans avoir plus d'esprit qu'un épais Potiron ;
Je
OCTOBRE.
2233 1740.
Je suis plus sûr en Mer que voile & qu'aviron ;
Sur la Terre il n'est point de Sujet plus fidele.
Inanimé , je suis l'ame des Porentats ,
Je les fais respecter & craindre en leurs Etats ;
Un même inftant me voit en divers Lieux paroître.
Quelquefois précieux , toujours rare & commun ,
Je fais peine & plaisir , bien ou mal à quelqu'un ,
Et ma face en portrait par tout me fait conoître.
************************
D
LOGOGRYPHE.
E neufLettres en tout mon corps est composé ,
Fais ma dissection d'un esprit reposé ;
1. 2. 3. 4. 5. te fournit le panache
Qu'au front de son Vulcain mainte Vénus attache.
1. 2. 3. de mes sons je remplis les Forêts ;
De Diane au combat les Favoris sont prêts.
7. 6. 1. 2. 3. 4. & 5. c'est une Bête
Qui d'une corne unique orne en naissant sa tête .
2. 5. 6. 7. je suis ce trésor précieux
Qui fait voir aux Mortels la lumiere des Cieux.
1. 2. 4. 6. 7. de la peur vrai symbole ;
· J'ai le pied si léger , qu'on diroit que je vole.
1. 5. 3. 4. 5. je suis cercle , & pir
moi
Un Négromancien aux Enfers fait la loi.
1. 5. 7. 8. & 9. Chambre antique d'Hermite;
E vj Je
2234 MERCURE DE FRANCE
Je suis plus pauvre encor que je ne suis petite ;
Je deviens quand on veut licol , toile , lien ;
Voilà, mon cher Lecteur, quel partage eſt le mien
AUTRE.
LE carnage est mon Element ,
L'horreur en tout lieu m'accompagne ,
On a pourtant pour moi certain attachement ,
Qui rend les hommes fous à courir la campagne.
Je
Si l'on m'aime on me craint . Funeste en mes effets,
cause souvent des regrets ;
J'arrête ou bien je sers les complots de l'Envie.
Fidele executeur des Arrêts du Destin ,
Je fais vivre & mourir , mais ô fort inhumain !
la mort que je donne la vie.
Si ce trait , Lecteur , t'a surpris ,
Ce n'est que par
Sous un voile plus clair je vais enfin paroîtres
Cinq membres composent mon Etre ;
1. 4. & 5. je dois ma naissance à Cloris ;
D'un Héros amoureux je la reçûs jadis
Et de plus par les mains d'une aimable Princeffe ,
Que guidoit en secret la plus vive tendresse .
D'un Prince infortuné je conservai les jours.
On péche en me quittant , lorsqu'on fait un Dis
cours.
A ce mot joignez 3. heureux quand ma jeuneffe
d'un tendre modéle imité la sagesse.
Da
OCTOBRE. 1740 2235
De ce dernier les 4. & 3. ôtez ,
Je marque le dégoût ; puis changeant les côtés ,
J'entends du dernier mot , je suis épais & sombre ,
Et malheur à celui qui repose à mon ombre
Remis en mon entier , prenez s . 4. & trois ,
Je brille sur le Trône à côté de nos Rois ;
.3 . 2. 4. 1. la flâme en mon sein allumée ,
Ne me laisse en mourant qu'une foible fumée
Otez 3. on me voit dans les beaux yeux d'Iris ,
De ses attraits charmans je releve le prix ,
Je fais briller son sublime génie ,
Et donne à tout son corps une grace infinie ;
2. 4. & 5. je suis un objet de mépris.
Révillon Desfontaines
;
Statut Statist st
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , & c.
Robservent à l'Exaltation du Pape , &
ECHERCHES fur les Cérémonies qui
fur l'origine des Cardinaux . Brochure in- 12 .
de 42. pages, chés la veuve Valleyre , ruë de
la Huchette , à la Ville de Riom , 1740.
Cet Ouvrage ne pouvoit paroître dans
une conjoncture plus favorable , & le Public
le recevra , fans doute , avec plaifir.
CANTIA
2236 MERCURE DE FRANCE
CANTIQUES SPIRITUELS fur les Sujets les
plus importans de la Religion , dédiés à la
Reine , avec les Airs notés à la fin . Brochure
in- 12. A Paris , chés Sébaſtien Jorry , Quai
des Auguſtins , aux Cigognes , 1740.
Ce Livre , de la compofition de M. Barle;
Prêtre , mérite , fans doute , la qualification
que le Censeur Royal a trouvé à propos
de
lui donner ; il ne contient en effet rien que
d'inftructif & d'édifiant , & il eft très - propre
à dédommager le Public de plufieurs lectures
frivoles qu'on lui présente tous les jours.
On pourra en juger , fur tout par le Cantique
XIII. dont le Sujet eft l'Importance du Salut,
lequel finit par cette Strophe.
Des biens présens ne soyons plus avides ,
Un jour la Mort doit nous les enlever ;
Portons nos voeux vers des biens plus solides ;
Au prix de tout pensons > à nous sauver.
Tous les Airs de ces Cantiques font gravés
à la fin du Livre.
NOUVEAU RECUEIL D'ENIGMES , dédié
à S. A. S. M. le Prince de Conty , nouvelle
Edition , corrigée & augmentée de 200 .
Enigmes. A Paris , chés Théodore le Gras,
Grand'Sale du Palais, à l'L couronnée , 1741 .
Vol . in - 12 . de 323. pages , avec l'Fxplication
des Enigmes .
HIS
OCTOBRE. 1740 . 2237
HISTOIRE ROMAINE DE TITE -LIVE ,
quatriéme Décade , traduite en François par
M. Guerin , ancien Profeffeur d'Eloquence
dans l'Univerfité de Paris. Trois Vol. in- 12.
le premier de 642. pages , le fecond de 729.
& le troifiéme de 627. A Paris , chés Louis
Dupuis, Libraire , ruë S. Jacques , près la ruë
S. Severin , à la Fontaine d'or , 1740.
LE JEU DE QUADRILLE , avec le Médiateur
& la Couleur favorite , nouvelle Edition
augmentée du Médiateur Solitaire à quatre
& à trois , & de plufieurs nouvelles Décifions.
A Paris , chés Théodore le Gras ,
Grand'Sale du Palais, à l'L couronnée, 1739.
Brochure de 86. pages.
LES REGLES DU JEU DE PIQUET avec
les Décifions des meilleurs Joueurs fur les
coups les plus difficiles , chés le même Li
braire.
LES REGLES DES JEUX HISTORIQUES , pour
aprendre l'Hiftoire de France , l'Hiftoire Romaine
, la Géographie, la Fable & le Blazon,
avec des Cartes gravées, pour joüer ces Jeux ,
chés le même Libraire , 1740. Brochure de
71. pages.
LA JALOUSIE IMPREVUE , Comédie en
un
238 MERCURE DE FRANCE
un Acte , en Prose , par M. Fagan , représentée
le 16. Juillet au Théatre Italien . A
Paris , chés Prault , le fils , Quai de Conty,
vis - à-vis la descente du Pont- Neuf , à la
Charité. Prix 24. fols.
Nous avons rendu compte de cette Piéce
par l'Extrait qu'on en a donné au mois
d'Août ; elle a été très- favorablement reçûë
du Public.
ORIGENIS Opera omnia Gracè & Latinè ex
variis Editionibus Codicibus manu exaratis
: operâ & ftudio Domini Caroli de la Ruë,
Presbyteri & Monachi Benedictini è Congregatione
S. Mauri , in-fol . Parisiis , apud Joannem
Debure 1740. 3. Volumes .
Il y avoit long- tems que l'on fouhaitoit
une Edition d'Origene plus exacte & plus
complette , que celles qui avoient paru jusqu'à
ces derniers tems. Celles de Merlin, d'Erasme
& de Genebrard ont eu leur mérite
mais la Critique s'est bien perfectionnée depuis
leur tems. Combien n'a - t'on pas trouvé
d'ailleurs dans le fond des Bibliotheques
des Manuscrits rares & précieux , qui fembloient
demander une nouvelle Edition des
Ouvrages de cet ancien Pere ?
Le Clergé de France y pensa dès l'an 1636.
lorsqu'il demanda une nouvelle Edition des
Quvres d'Origene ; comme on faisoit celles
da
OCTOBRE. 1740 : 2235
de beaucoup de Peres Grecs , les Sçavans ;
foit François , foit Etrangers s'y apliquerent ,
mais long-tems après. Les Anglois publicrent
en 1658. le célébre Traité contre Celse,
en Grec & en Latin , qui reparut une feconde
fois en 1677. & qui fut traduit en François
, & imprimé à Amfterdam en 1700. On
peut dire que c'eft le plus bel Ouvrage d'Origene
, & celui où il y a le plus à aprendre.
Mais l'Editeur Anglois y avoit fait une infinité
de fautes , que le célébre M. Capperonnier
, l'un de nos plus grands Litterateurs ,
fur tout dans la Langue Grecque , avoit corrigées
fur fon Exemplaire ; & par un véritable
zéle pour les Lettres , il a bien voulu
communiquer fes corrections au P. Dom
Charles de la Ruë.
M. Huet , qui depuis fut Sous- Précepteur
de M. le Dauphin & enfuite Evêque d'Avranches
, eut le bonheur de trouver dans fes
voyages , des Manuscrits Grecs d'Origene ,
fur le Nouveau Teftament : c'eſt ce qui l'engagea
à les publier en 1667. avec fa Verfion
Latine . Il accompagna le tout des observations
qu'il avoit faites fur cet Ecrivain , &
qu'il nomma Origeniana.
Le P. Dom Bernard de Montfaucon , dont
la Litterature eft diftinguée dans tous les
genres , & dont le nom eft en vénération
chez tous les Sçavans de l'Europe , donna en
1713-
2240 MERCURE DE FRANCE
1713. les Fragmens qu'il avoit pû recouvrer
des Exaples d'Origene , c'eft- à- dire , des Verfions
Grecques de la Bible, qu'Origene avoit
rangées fur fix colomnes.
Mais les vues du Clergé de France ne fe
trouvoient pas encore remplies ; on demandoit
toujours une Edition complette de ce
qui nous refte des OEuvres d'Origene. Le
P. Dom Charles de la Ruë , Bénédictin de la
Congrégation de S. Maur , s'en chargea , &
en publia les deux premiers Volumes en 1733 .
Le Pape Clement XII . voulut bien permettre
que l'Ouvrage lui fût dédié ; & S. S. reçût
cette dédicace, & comme Chef de l'Eglise &
comme Souverain , en comblant le fçavant
Editeur des bénédictions apoftoliques & en
lui envoyant une belle Médaille d'or , l'Ouvrage
a eu dans le Public tout le fuccès qu'on
en pouvoit esperer.
Le P. de la Ruë étoit au troisiéme Volume
, lorsque le travail fut interrompu par une
maladie de langueur ; l'Editeur eut quelque
lueur de fanté , & continua l'impreffion de
fon Ouvrage ; enfin , il mourut à Paris le 5.
Octobre 1739. âgé de 54. ans 7. mois. Il
étoit né à Corbie le 29. Juillet 1685 .
Heureusement le P. de la Rue a laiffé dans
le P. Dom Vincent de la Ruë de la même
Congrégation , un Neveu qui marche fur les
traces de fon Oncle , par lequel il a été formé
OCTOBRE. 1740 2241
mé dans les Sciences Ecclefiaftiques , & qui
a continué l'impreffion du 3 ° . Volume , qui
vient de paroître . Ainfi l'habileté & la fcrupuleuse
attention du nouvel Editeur , empêche
de dire que la fin de ce Volume eft un
Ouvrage pofthume. Tout l'Ouvrage étoit fini
& en état d'être publié .
Il en refte encore un quatrième , qui comprend
la fin des Commentaires d'Origene fur
Le Nouveau Teftament, avec les Traités qu'on
lui a fauffement attribués ; le tout fera terminé
par les célébres Origeniana de M. Huet , Ouvrage
fçavant & plein de cette belle Littera
ture , par laquelle ce grand Homme s'eft
toujours diftingué. C'eſt ce qui va s'exécuter
, pour fatisfaire pleinement les defirs de
ceux qui s'apliquent aux Sciences Ecclefiafti
ques.
La maniere dont cet Ouvrage est exécuté,
fait honneur à l'Editeur & au Libraire ; auffi
le Public en a paru très- content.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR ET
DE L'ESPRIT . Ce Tomefixième, in- 12.de vingtfeuilles
d'impreffion , eft en vente à Paris
chés la veuve PISSOT , Quai de Conti , &
chés BRIASSON , ruë S. Jacques , à la Science.
Le prix de ce nouveau Volume eft de
trois livres , fur le pied de trois fols la feüille.
Il faut que Bajazet Premier foit un fujet
1
bien
2241 MERCURE DE FRANCE
bien tragique , puisque outre la Piéce de ce
nom , qui a été joüée l'année derniere fur le
Théatre François , on connoît dans le Public
deux autres Piéces que la même cataſtrophé
a produites. Le Tome fixiéme des Amusemens
en offre une que l'Auteur de cet Ouvrage
Périodique dit être d'un homme diftingué
parfon mérite & par fa naiſſance , & qui travaille
plûtôt par amusement , que par occupation.
Il paroît de plus que cette Piéce a été
compofée il y a pluſieurs années , & qu'elle
n'eft point l'Ouvrage d'un jeune Seigneur
qui eft mort en 1737. Ceux qui ont été à
portée d'en faire la lecture , ne trouveront
entre celle- ci & celle - là , que la reffemblance
du fujet. Nous fommes exempts de faire
l'analyse du Bajazet moderne , parce que chacun
fçait les fituations que produit naturellement
ce fuje hiftorique & intereffant . Nous
renvoyons nos Lcteurs à l'Ouvrage même
qui eft inseré tout entier.
On trouve enfuite deux morceaux de Critique
, lefquels , s'ils ne font pas nouveaux >
ne font pas indignes d'être confervés dans
les Bibliotheques des gens de goût . Ils étoient
devenus presque introuvables , & la difficul
té de les acquerir doit attirer quelque loüange
à celui qui les a fait revivre : fon projet
eft de faire imprimer ainſi dans la fuite deș
Amusemens , les Critiques amufantes & folides
OCTOBRE. 1740 : 2245
des qui ont été compofées du vivant même
des Auteurs qu'elles ont pour objet. Il s'agit
donc ici d'une Lettre de Madame la Marquife
de L *** fur les Fables de M. de la Motte
qui parurent en 1719. & d'une Réponse fer
vant d'apologie à ces mêmes Fables.
On ne fera pas faché d'aprendre , d'après
notre Auteur , que ces deux morceaux font
du feu Pere Buffier , Jesuite ; & la lecture fera
convenir que fi les Auteurs de nos jours
étoient bien persuadés que le fiécle où nous
vivons eft très - éclairé , & qu'il eft des Gens
de Lettres en état de leur démontrer leurs
fautes , ils feroient plus retenus & châtieroient
avec plus de feverité leurs productions.
On a beau dire que les Critiques font à peine
écloses qu'elles disparoiffent , comme ces
Cometes fugitives , qui allarment pour un
tems le Peuple crédule. Nous n'entrerons
ici dans aucun détail : il faut lire ces deux
morceaux en entier. Nos bornes ne nous permettent
pas d'en user autrement. Nous en
userons de même à l'égard d'une Historiette
d'une cinquantaine de pages & qui eft une
Nouvelle Efpagnole. Nous trouvons fous
notre main deux Piéces de Poëfies qui pourront
faire juger du choix & du goût de l'Auteur.
L'ENFANT
2244 MERCURE DE FRANCE
L'ENFANT ET LE VER A SOYE.
FABLE.
Au College , fejour des chagrins & des pleurs ,
Un jeune Enfant comptoit les jours par fes douleurs:
Escorté des Pédans , Tirans de la Jeuneffe ,
Ennemis des plaisirs , vrais porteurs de trifteffe ,
De Livres dégoûtans un amas ennuyeux
Fatiguoit nuit & jour fon efprit & les yeux.
Il avoit donc pour toute joye ,
Un Ver à Soye ,
Unique divertiffement
Qu'il conservoit foigneusement ;
Le dérobant aux yeux de fon Maître ſevere
Qui fur le Ver & fur l'Enfant
Auroit fait éclater fon injufte colere.
L'Enfant , voyant le Ver qui filoit ſa priſon ,
Ami , lui disoit-il , t'on travail eft extrême :
Tu t'épuises, pourquoit pour t'enfermer toi - même.
Eh ! que ne deviens -tu tout d'un coup Papillon ?
Alors libre de l'esclavage ,
Un innocent libertinage
Te feroit , à loisir , voltiger dans nos champs ,
Pour careffer les fleurs que donne le Printems :
Et , fuivant ton humeur volage ,
Après avoir goûté le plaisir d'être Amant ,
Tu goûterois celui d'être inconstant.
Pour
OCTOBRE . 1740. 2245
Pour un malheureux Ver la nature barbare ,
Prodigue de travaux , de plaifirs eft avare :
Elle eft severe & cruelle pour toi
Comme mon Maître l'est
•
pour moi.
Le travail
eſt helas
! mon unique
partage
: Enfermé
comme
toi , dans ma triste prison
Je demande
la fin de mon dur esclavage
, Et ne puis , comme
toi , devenir
Papillon
! Le Ver lui répondit
: la Nature
eft bien ſage , Du travail
au plaifir
elle nous fait paffer : L'un doit nous occuper
, l'autre
nous délaffer
.
BOUQUET.
A Mlle de Marsan , par Madame Vatry:
JEunes Amours , pillez les richeffes de Flore ,
Venez les présenter à Lise en ce beau jour :
Ornez- en ses apas qui ne font que d'éclore ;
Par de tendres accords faites-lui votre cour :
Présentez mille coeurs dignes de cette Belle .
Lise , du fang des Dieux , en a les fentimens.
Amours , ne demandez , pour prix de votre zéle
Que de la voir quelques momens :
Partez .... mais vous battez d'une aîle
Lorsqu'il faut quitter tant d'apas.
Vous allez donc fuivre toujours fes pas ?
Vous lui donnez déja , pour plaire ,
Là
2246 MERCURE DE FRANCE
La ceinture de votre Mere.
Cachez vous bien , jeunes Amours,
Sous les traits du refpect fincere.
Sous votre nom vous allez lui déplaire :
Tout parle de vos mauvais tours ,
Et Lise vous craindra toujours.
EPITRE de M. de Voltaire à Meffieurs
le Comte , le Chevalier & l'Abbé de Sade ,
de la famille de la belle Laure.
TRio charmant que je remarque
Entre ceux qui font mon apui' ;
Trio , par qui Laure aujourd'hui
Revient de la fatale barque ,
Vous , qui pensez mieux que Petrarque ,
Et rimez auffi bien que ļui ,
Je ne puis quitter mon étui
Pour le fouper , où l'on m'embarque,
Car , la Cousine de la Parque ,
La Fiévre au minois catereux ,
A l'air hagard , au cerveau creux ,
A la marche vive , inégale ,
De mes jours compagne infernale ,
M'oblige , pauvre vaporeux ,
D'avaler les juleps affreux
Dont Monfieur Geoffroy me régale
que , d'un gosier heureux Tandis
OCTOBRE. 1740. 2247
Vous bûvez la liqueur vitale
D'un vin brillant & favoureux.
Nous aurons occasion de faire encore connoître
ce fixiéme Volume par quelques Piéces
assés courtes. Le Lecteur en trouvera
entr'autres
plufieurs capables de plaire
une Ode de M. de Bainville , intitulée , la
Chasse , & deux de M. Robbé de Beauveset :
l'une , la Newtonique , & l'autre fur la distinction
du Corps & de l'Ame. On avertit le
Public que le feptiéme Volume de ces Amusemens
fera en vente le premier Janvier
1741. Les Personnes qui ont quelques Lettres
à écrire à l'Auteur de cet Ouvrage Périodique
, pourront les adresser chés la veuve
PISSOT , ou chés BRIASSON , ruë S. Jacques
à la Science. De trois mois en trois mois on
aura un nouveau Volume , & l'Auteur assûre
qu'il n'y aura aucune interruption dorénavant.
CODEX veterum Canonum Ecclesia Hispania
ex genuinâ Conciliorum & Decretalium
Epistolarum S. Isidori Hispalensis : & de Antiquitate
Ecclesia Occidentalis Dissertationes.
A Cajetano Cennio . Tomus Primus 4°.
Roma , Typis Anton, de Rubeis. M. DCC.
XXXIX .
ESSAIS de Michel , Seigneur de Montagne,
F donnés
2248 MERCURE DE FRANCE
donnés fur les plus anciennes & les plus
correctes Editions , augmentés de pluſieurs
Lettres de l'Auteur , & où les passages Grecs,
Latins & Italiens , font traduits plus fidélement
& cités plus exactement que dans aucune
des précédentes , avec des Notes &
une Table générale des Matieres , plus utile
que celles qui avoient paru jusqu'ici , par
Pierre COSTE , IV. Edition , augmentée de
la Vie de Montagne & de nouvelles Notes ,
qui ne fe trouvent point dans les trois dernieres
Editions , publiées en 1724. 1725. &
1727. six Volumes in- 12 . A Londres , ches
Jean Nourse , M. DCC . XXXIX. & fe
trouvent à Paris chés la veuve Ganeau , ruë
S. Jacques , aux Armes de Dombes.
Les Essais de Montagne font un Ouvrage
auffi universellement connu , qu'eftimé ; ainfi
il feroit presque inutile d'entrer dans quelque
détail fur ce fujet. D'ailleurs deux
Préfaces qui font à la tête du 1. Tome , nous
paroiffent assés inftructives à certains égards.
La premiere eft la même qui accompagnoit
l'Edition de 1724. La feconde eſt toute
récente , & porte pour titre : Avis fur cette
nouvelle Edition . Elle eft datée de Paris le
19. Mai 1738.
Immédiateme nt après ces Préfaces on
a imprimé un Mémoire fur la Vie & les Óuvrages
de Michel de Montagne , Piéce qui
méritoit
OCTOBRE. 1740. · 2245
méritoit , fans doute , une autre place , du
moins un mot d'avis , pour avertir que l'Au-,
teur des Préfaces , où l'Editeur , n'a aucune
part à ce Mémoire. Il est vrai que les Lecteurs
intelligens pourront ne s'y pas méprendre
mais il étoit jufte de faire fçavoir au Public
que ce beau morceau d'Histoire Litteraire .
que la modeftie de l'Auteur a qualifié fimplement
de Mémoire , eft forti de la plume
d'un des plus illuftres membres de l'Académie
Françoise , que nous n'osons pas nommer,
de peur de lui déplaire. Il trouvera cependant
bon que pour tout extrait de cette
nouvelle Edition , nous ornions notre Jour
nal de fon Ouvrage fur Montagne.
MEMOIRE fur la Vie & les Ouvrages
de Michel de Montagne.
MICHEL DE MONTAGNE étoit fils de Pier.
re Eyquem, Ecuyer, Seigneur de Montagne.
Scaliger a prétendu que fon Pere étoit un
vendeur de Harancs ; mais c'est une médisance.
Car au Suplément de la Chronique
Bourdeloise par Jean Darnal , on voit que
Pierre Eyquem , Sicur de Montagne , qui en
un endroit y eft qualifié Ecuyer , fut fucceffivement
élû premier Jurat de la Ville de
Bourdeaux en 1530. Sous - Maire en 1536.
Jurat une feconde fois en 1540. Procureur
de la Ville en 1546. & enfin Maire depuis
Fij
1553.
250 MERCURE DE FRANCE
1553. jusqu'en 1556. Montagne fait mention
de cette Mairie de fon Pere , & en un
autre endroit , du furnom d'Eyquem , qu'il
dit être celui d'une Maison connue en Angleterre
; mais qu'il ne paroît pas avoir jamais
porté. Il nous aprend aussi
que fes
Armoiries étoient d'azur ,femé de trefles d'or,
à une patte de Lion de même , armée de gueutes,
mise en face.
Du refte , il fait fouvent l'éloge de fon
Pere , loüant sa probité , fon activité , &
l'agilité merveilleuse qu'il avoit conservée ,
même dans fa vieilleffe . Il dit auffi qu'il
avoit fervi , je ne fçais en quelle qualité
dans les Guerres d'Italie ; qu'à son retour il
fe maria en 1528. âgé de 33. ans , & qu'il
mourut de la pierre à 74. ans , c'est - à- dire ,
en 1569.
Pierre de Montagne avoit trois freres , l'un
Conseiller au Parlement de Bourdeaux , furnommé
le Sr de Buffagnet , un autre nommé
le Sr de S. Michel , & un troisiémie Ecclésiastique
, apellé le Sr de Gaviac. Ce qui
prouve de plus en plus la mauvaise foi de
Scaliger fur cette Famille .
Michel de Montagne nâquit le dernier
jour de Fevrier 1538. Il fut le troisiéme des
Enfans de fon Pere , lequel prit un foin tout
particulier de fon éducation . On en peut
voir dans fes Essais le détail , qu'il feroit trop
long
OCTOBRE. 1740 225
long de raportér ici . Il fuffit de dire qu'il
aprit le Latin en la maison paternelle par pu
re routine , comme on aprend le François ,
& qu'il le parloit aisément à l'âge de fix ans,
auquel il fut envoyé au College de Bourdeaux
, où il y avoit alors les meilleurs Régens
de France ; fçavoir , Nicolas Grouchy,
Guillaume Guerente , Georges Buchanan &
Marc-Antoine Muret. Il acheva fous eux fon
cours d'étude à l'âge de 13. ans , & aparemment
il fut envoyé peu après en quelque
Ecole de Droit , puisqu'il étoit deftiné à
Robe.
En effet , il fut pourvû d'une Charge de
Conseiller au Parlement de Bourdeaux , &
peut être de celle du Sr de Buffagnet , fon
Oncle , qui mourut jeune.
On a reproché à Montagne d'avoir affecté
de ne point parler de cette Charge dans fes
Ouvrages , comme s'il avoit voulu cacher à
la Pofterité qu'il eût été de Robe . Mais ce
reproche eft inal fondé ; car dans la rélation
qu'il fit à fon Pere , de la mort d'Etienne de
la Boëtie , & qu'il fit imprimer à la tête des
Opuscules de cet Ami , il lui dit qu'il aprit
la maladie de cet Ami le 9. Août 1563. en
revenant du Palais . Et en ses Essais , après
avoir dit que les occupations publiques ne
lui convenoient pas , il ajoûte : Enfant , on
my plongea jusqu'aux oreilles , il fuccedeit.
Fiij
Si
252 MERCURE DE FRANCE
Si m'en déprins je de bonne heure. C'est aussi
de cela dont il a voulu parler ailleurs , en disant
: De ce peu que je me fuis effayé en cette
vacation , je m'en fuis d'autant dégoûté. Comment
, en effet , auroit - il pû dissimuler une
chose aussi notoire , que le fait de cette
Charge ?
Il eft vrai qu'il paroît avoir eu peu de goût
pour ce métier , & qu'il va jusques à dire
quelque part , qu'il fçait feulement en gros ,
qu'il y a une Jurisprudence , mais qu'il n'a
jamais goûté des Sciences que la croute premiere
en fon enfance. Ce fut aparemment ce qui
lui fit prendre le parti de quitrer cet Emploi.
Mais je ne fçais , ni quand il s'en défit , ni
combien de tems il Pexerça. Pour en être
inftruit au jufte , il faudroit recourir aux Regiftres
du Parlement de Bourdeaux . La Croix
du Maine dit feulement , qu'après la mort
de son frere aîné , il réfigna fa Charge , &
prit le parti des Armes ; c'eft - à - dire , qu'il
quitta la Robe pour l'Epée. Car il ne paroît
pas avoir jamais eu d'Emploi militaire. Un
Auteur de Bourdeaux cite un Arrêt rendu le
15. Juin 1590. au raport de M. de Montagne
, Personnage , dit- il , de grand sçavoir.
Mais fi la date n'eft pas fauffe , il faut que
ce foit un autre Conseiller de même nom.
On voit par fon Epitaphe , qu'il avoit
épousé Françoise de la Challagne . Elle étoit
fille
OCTOBRE. 1740. 2253
fille de Joseph de la Chaffagne , l'un des
plus célébres Conseillers au Parlement de
Bourdeaux , & foeur de Geoffroi de la Chassagne
, Sieur de Pressac , connu par divers
Ouvrages . Mais je ne puis dire en quel
tems se fit ce Mariage ; ce que je sçais feule :
ment , c'eſt que par une Lette de Montagne
à fa Femme , du 10. Septembre 1570.
il paroît qu'il y avoit alors fix ans , au moins,
qu'ils étoient mariés.
Dès l'année 1563. il avoit perdu fon Ami
intime , le Sr de la Boëtie , Conseiller au même
Parlement , dont il a été parlé ci -deffus,
& dont il fait , en plufieurs endroits de ses
OEuvres , l'éloge le plus complet. Comme
ce sçavant Magistrat lui avoit légué par fon
Testament sa Bibliotheque & tous fes Manuscrits
, Montagne crût qu'il étoit de fon
devoir de faire le choix de quelques uns des
Ouvrages de fon Ami , & de les donner au
Public. Ainfi il fit imprimer à Paris en 1571.
chés Frederic Morel , la Traduction Françoise
que la Boëtie avoit faite des Opuscules
de Xenophon & de Plutarque , avec un
Recueil de Vers Latins de même. A l'égard
de ses Vers François , ils ne parurent que
l'année fuivante chés le même Imprimeur.
Montagne accompagna le tout de plusieurs
Epitres dédicatoires de fa façon , & d'une
Lettre à son Pere , contenant la rélation de
la mort de fon Ami.
Fiij Ce
2254 MERCURE DE FRANCE
*
Ce fut peu de tems après , que s'étant re
tiré en fon Château de Montagne , dont il
étoit devenu le proprietaire par la mort de
fon Pere , il commença la composition de
ses Essais . Comme , de son aveu , il n'aimoit
ni la Chasse , ni les Bâtimens , ni le
Jardinage , ni le ménage de la Campagne ,
& qu'il étoit uniquement occupé de la lecture
& de ses propres réflexions , il se livra
au plaisir de mettre par écrit fes pensées
fans ordre , & fuivant qu'elles fe préfentoient
à fon esprit. Il fait , quelque part , la defcription
de fon Château , qui devoit être
assés vafte , puisque la Cour y a logé . Mais
il se plaisoit fur tout dans la petite Bibliothéque
qu'il y avoit formée ; & c'eft de là que
font fortis les deux premiers Livres de fes
Essais , qui furent imprimés à Bourdeaux
en 1580.
Son goût pour l'Etude n'étoit pas fi grand
qu'il n'en eût encore beaucoup pour les voya-
Non- seulement il avoit parcouru la
ges.
France , mais il avoit voulu encore voir l'Allemagne
, & , foit pour fa fanté , foit par
curiosité , il avoit été aux Eaux de Bagnieres,
de Plombieres, en Lorraine, de Bade , en
Suiffe, & en celles de Luques & della Villa,
en Italic. Il alla enfin à Rome en 1581. &
ce fut pendant le sejour qu'il y fit , que fon
mérite lui fit donner des Lettres de Bourgeoisie
OCTOBRE. 1740 2255
geoisie Romaine , qui font raportées dans
fes Essais.
Il nous aprend aussi , qu'il n'étoit pas enen
nemi de l'agitation des Cours , & qu'il y avoit
paffe une partie de fa vie. En effet , il fe
trouva à Rouen, pendant que le Roy Charles
IX. y étoit. Ce fut aparemment au tems de
la Déclaration de Sa Majorité. Il alla à Soissons
conduire le Corps de M. de Grammont,'
qui avoit été tué au Siége de la Fere. En 1582.
il alla à la Cour de la part des Bourdelois ,
pour y négocier quelques affaires ; & on fçaic
que,s'étant trouvé aux derniers Etats de Blois
de l'année 1588. quoiqu'il n'y fût pas député
, il ne laissa pas de s'y mêler dans quelques
intrigues.
Ce fut , fans doute , pendant quelques-uns
de ces voyages à la Cour , que le Roy Charles
IX. l'honora du Collier de l'Ordre de
S. Michel. Il en parle comme d'une chose
qui lui fut offerte & qu'il n'avoit pas demandée,
& se plaint ailleurs de ce qu'on avoit depuis
avili cet honneur , en le communiquant
à trop de gens , qui n'en étoient pas dignes.
La Croix du Maine lui donne encore la qualité
de Gentilhomme Ordinaire de la Chambre
du Roy , laquelle lui eft pareillement
donnée , à la tête de fa Traduction de la
Théologie Naturelle de Raymond de Sebonde.
Fv Pen
2256 MERCURE DE FRANCE
Pendant qu'il étoit à Rome , les Bourdelois
firent une chose qui marque bien l'estime
qu'ils avoient pour sa personne ; car ,
tout absent qu'il étoit , ils l'élurent Maire de
leur Ville Place qui étoit alors fi honorable
, qu'il y fucceda au Maréchal de Biron ,
& qu'il y eut pour fucceffeur le Maréchal de
Matignon. Montagne voulut d'abord s'excuser
de prendre cet Emploi , mais ayant
reçu un commandement du Roy de l'accep
ter , il obéit , & après les deux ans de fon
exercice , il fut encore continué pour deux
autres , en l'année 1583 .
On a prétendu qu'il n'avoit pas trop
bien
réüffi dans fa Mairie de Bourdeaux , mais
fans en raporter aucunes circonstances . Ainfi
nous n'en pouvons juger que par ce qu'il
en dit lui-même , & qui fe réduit au reproche
qu'on lui faisoit , de s'y être porté en homme
qui s'émeuttrop lâchement , & d'une affection
languiffanie. Mais il s'en défend fort bien,
en faisant voir qu'il n'avoit pas rendu un fervice
médiocre à la Ville de Bourdeaux , en
la maintenant en paix dans un tems de troubles
, tel que celui où il l'avoit gouvernée.
Ainfice qu'on lui reprochoir , devoit au contraire
tournerà fa gloire ; & il faut bien qu'on
fit content de lui , puisqu'on le continua
dans fa Charge. Sur quoi , dit -il , le Peuple
fit bien plus pour moi , en me redonnant ma
Charge,
*
OCTOBRE. 2257 1740.
Charge , qu'en me la donnant premierement.
C'est ce même esprit de Paix , éloigné de
toute cabale & de toute animosité de parti
qui fut cause , que dans le feu des Guerres
Civiles , qui de fon tems désolerent la France
, il conserva presque toujours son Châ
teau de Montagne dans une heureuse tranquillité.
Quoiqu'il fe fût hautement déclaré
pour le Parti Catholique , il n'avoit pas laiffe
de donner dans fa Maison libre entrée à tout
le monde , fans vouloir en faire une Place de
Guerre. En quoi , dit il , j'estime un merveilleux
chef d'oeuvre , qu'elle foit encore vierge
de fang de fac, fous unfi long orage , &
parmi tant de changemens & agitations voi
fines.
>
Sur les fins feulement de fa vie , & au
commencement des funeftes divisions de la
Ligue , fi je ne me trompe , il eut aufli fa
part des maux de la Guerre. Sa Terre fut pillée
par les amis , comme par les ennemi . Je
fus , dit il , pélaudé à toutes mains . Au Gibelin
j'étois Guelphe , & au Guelphe , Gibelin.
Pour furcroît de malheur , la Peste infecta
fon Village , & pénetra dans fon Château .
Ce fut en 1586. fuivant la Chronique Bourdeloise
, que ce Fleau commença a faire du
ravage en Guyenne. Montagne fut obligé de
quitter la Maison & d'emmener ailleurs fa
Famille ; mais il ne dit pas où il trouva un
F vj azile.
2258 MERCURE DE FRANCE
azile . Il parle aussi de quelques dangers pref
fans , qu'il courut pendant ces guerres ; mais
fans donner à connoître le tems , ni les circonftances
de ces événemens.
Dès l'année 1580. comme je l'ai dit plus
haut , Montagne avoit publié à Bourdeaux
les deux premiers Livres de fes Essais . Les
ayant retouchés & considerablement augmentés
dans la fuite, & y ayant même ajoûté
un troisiéme Livre, il fe rendit à Paris pour les
faire imprimer tous ensemble. Ce fut pendant
un assés long fejour qu'il fit encore dans
cette grande Ville , que la Dlle de Gournay,
qui , quoique très - jeune , avoit déja l'efprit
fort orné , charmée des Ouvrages de Montagne,
alla exprès le chercher pour le voir &
le connoître. Il se forma dèslors entr'eux une
fi grande liaison , que cette Dlle & fa mere
voulurent l'emmener en leur Maison de
Gournay , où il séjourna trois mois en deux
ou trois voyages, La Demoiselle conçût pour
lui tant d'eftime , qu'elle voulut être apellée
fa fille d'alliance. Nom , dont elle fe trouva
fi honorée , qu'elle le conserva jusques à la
mort. Elle le prit même publiquement dans.
l'Edition des OEuvres de Montagne , qu'elle
donna en 1635. & qu'elle dédia au Cardinal
de Richelieu.
Montagne, en s'en retournant chés lui, voulut
voir les Etats qui se tenoient à Blois fur
la
OCTOBRE. 1740. 2259
la fin de la même année , comme il a été dic
ci- deffus , & n'y furvêcut pas bien longtems.
Dès l'âge de 47. ans , il avoit reffenti
des atteintes de colique néphrétique , & il
en fut fouvent depuis vivement tourmenté ;
ce ne fut pourtant pas de cette incommodité
qu'il mourut ; ce fut d'unc esquinancie , qui
lui causa une paralysie fur la langue ; en forte
qu'il demeura trois jours fans pouvoir parler.
Mais comme il avoit l'esprit fort fain , il fe
faisoit entendre par écrit , & pria de cette
façon fa femme , de faire venir quelques Gentilshommes
de fes voisins, pour prendre congé
d'eux. Quand ils furent arrivés , il fit dire
la Meffe dans fa Chambre , & à l'élevation
il se foûleva comme il put , fur
fon lit , les mains jointes , & expira dans
cette action de pieté , âgé d'un peu moins
de 60. ans . Ce fut le 15. Septembre 1592 .
fuivant fon Epitaphe , ou le 17. du même
mois , fuivant la Chronique Bourdeloise . Son
Corps fut transporté , quelques mois après
en l'Eglise des Feuillans de Bourdeaux , où
fa Femme lui fit dreffer l'Epitaphe dont je
viens de parler.
›
Il ne laiffa de fon mariage , qu'une fille ,
qui fur , dit- on , mariée en bon lieu . Mais on
ne nous a point apris le nom de fon Mari ,
ni fi elle a eû pofterité. On ajoûte feulement
que la Demoiselle de Gournay & fa Mere ,
touchées
2260 MERCURE DE FRANCE
touchées de cette perte , traverserent , à la
faveur des Paffeports , une partie de la France
, qui étoit alors toute en armes alpour
ler mêler leurs pleurs avec ceux de la Mere
& de la Fille. Exemple mémorable d'une
amitié également folide & désintereffée.
"
Je ne fçaurois dire non plus s'il reſte encore
quelqu'un de la Famille de cet Homme
Illuftre. Il parle bien d'un frere qu'il avoit
& qui étoit Seigneur d'Arsac , au Pays de
Médoc , d'un autre qu'il apelle le fieur de
Matecoulon ; d'un troifiéme , qui étoit de la
Religion Prétendue Réformée & qu'il
nomme de Beauregard , & encore d'un quatriéme
, nommé le Capitaine S. Martin , qui
fut tué d'un coup de balle de paulme , à l'âge
de 23. ans. Mais je ne fçais s'ils ont cû
des descendans.
,
Quoiqu'il en soit , le nom de Montagne
vivra toujours par les beaux Ecrits qu'il a
laiffés , Ecrits,dont le tems ni les changemens
de la Langue n'ont point diminué la réputation.
Il commença à fe faire connoître par la
Traduction , qu'il fit en notre Langue , de
la Théologie Naturelle de Raymond Sebon ,
ou plutôt de Sebonde , fçavant Espagnol.
Dans la Dédicace qu'il en fit à fon Pere le
18. Juin 1568. il dit qu'il avoit entrepris cet
Ouvrage par fon ordre dès l'année précédente
.
OCTOBRE. 1740. 2261
dente. Il fut imprimé pour la premiere fois
à Paris , chés Buon & Gourbin , en 1569 .
& pour la feconde , chés le même Gourbin
en 1581.
En 1571. & 1572. Montagne donna au
Public les Opuscules de fon ami Etienne de
Boëtie , ainfi que je l'ai déja observé .
Mais le principal de fes Ouvrages, ou pour
mieux dire , le feul qu'on lise aujourd'hui ,
ce font ses trois Livres d'ESSAIS , dont j'ai
marqué ci deffus les premieres Editions qui
parurent de fon vivant. Il s'en eft fait depuis
fa mort plufieurs autres , comme on peut le
voir dans la Préface de M. Coſte , à qui nous
fommes redevables des dernieres.
Cet habile Editeur a raſſemblé à la tête.de
eet Ouvrage les differens Jugemens qu'on a
faits de l'Auteur , & de fon Livre . Ils méritent
fort d'être lûs. A mon egard , s'il falloit
prendre parti entre ce qui a été dit pour &
contre , voici quelle feroit ma pensée .
On ne peut nier que Montagne ne montre
dans tous fes Ouvrages , non seulement
beaucoup d'esprit & d'agrément , mais encore
un beau naturel & un coeur excellent.
Il paroît avoir été bon Citoyen , bon fils ,
bon ami , bon voifin , bon mari , & un des
plus honnêtes hommes du monde . Ce n'en
eft pas une petite marque , que d'avoir pû se
vanter au milieu de la licence des Guerres
Civiles
22 MERCURE DE FRANCE
Civiles , de ne s'y être point mêlé , & de n'a
voir mis la main ni aux biens , ni à la bourse
de personne. Il affûre de plus , qu'il a fouvent
fouffert des injuftices évidentes , plutôt que
de fe résoudre à plaider , ensorte que fur fes
vieux jours il étoit encore , dit - il , vierge de
procès & de querelles.
Pour fa Morale , il faisoit profeffion de
fuivre celle des Stoïciens , qui étoit la plus
rigide de toutes celles du Paganisme. Tous
fes Livres font pleins des maximes de Seneque
, & des autres Philosophes les plus fages,
dont il avoit bien lû & médité les principes.
Il pouffoit même la probité jusques à foûtenir
, qu'un homme de bien doit tenir parole
, même à un voleur , à qui il a promis
de payer quelque fomme. En cela il alloit
plus loin que les Casuiftes les plus féveres.
Mais c'est toujours une preuve de fa droiture
, & s'il eft vrai , comme on l'a affuré , que
le Cardinal du Perron apelloit les Effais de
Montagne , le Breviaire des honnêtes gens
c'eft , fans doute , par raport à fes nobles
fentimens.
Mais il n'eft pas fi aisé de le juftifier fur le
fait de la Morale Chrétienne. Ce n'eft pas
que je vouluffe lui faire un grand crime d'avoir
aimé les femmes en fa jeuneffe , com.
me il le dit fouvent , & même avec des circonftances
qui ne lui font point honneur. Ce
fon
OCTOBRE. 1740 226§
font de ces foibleffes qu'on pardonne à l'âge
& au tempéramment. Mais Montagne n'eft
pas excusable, d'en avoir fait trophée jusque
dans fa vieilleffe , & encore moins d'avoir
dit qu'il ne pouvoit s'en repentir , & qu'il
alloit s'amusant en la recordation des jeuneſſes
passées. Que penser d'un vieillard , qui prétend
, qu'à un homme comme lui , les Mé
decins devroient ordonner l'amour , plûtôt
qu'aucune autre recette , pour l'éveiller & tem
nir en force bien avant dans les ans ?
Auffi fon Livre eft -il tout parsemé d'obscenités
, & même des plus groffieres. Il feroit
aisé d'en faire un long Catalogue. Mais
le feul Chapitre des Vers de Virgile , qu'il·
composa peu avant fa mort , en contient une
infinité , qui font rougir les perfonnes les
plus effrontées ; ensorte que je ne puis affés
m'étonner qu'une personne auffi vertueuse
la Demoiselle de Gournay, ait pû mettre
une Préface à cet Ouvrage , & qu'elle ait osé
avouer qu'elle en avoit revû les épreuves.
que >
On a reproché auffi à Montagne , avec assés
de fondement , un peu trop de vanité. Je
n'en raporterai pas les preuves ; fes Livres en
font pleins , puisqu'il n'y parle de rien tant
que de lui-même. Car quoiqu'il fafſe de
grands efforts pour fe juftifier , je doute que
les gens fensés reçoivent jamais fes excuses.
eft vrai qu'il y avoue quelquefois fes défauts
#264 MERCURE DE FRANCE
fauts . Mais , fi l'on y prend garde , ce ne
font que ceux dont fe parent les Philosophes,
ou les gens du bel air , ou des imperfections
qui roulent fur des choses indifferentes. C'eft
ainfi , par exemple , qu'il dit fouvent , qu'il
manque de mémoire ; qu'il n'a aucun fond
de fcience ; qu'il eft indolent & pareffeux ;
qu'il néglige le foin de fes affaires domeftiques
; qu'il ne veille point fur la fidélité de
fes valets ; qu'il n'eft pas propre à flater les
Grands ; & autres choses pareilles . Aveux ,
qui, fije ne me trompe , renferment, pour la
plûpart , une vanité cachée ; mais à laquelle
il ne feroit pas difficile de lever le masque ,
quand Montagne , dans un endroit de fes
Effais , ne fe découvriroit pas lui -même tel
qu'il étoit . C'est celui , où après avoir montré
que le Sage ne prend pas pour lui les
fauffes louanges qu'on lui donne , il ajoûte :
Pour moi , qui me loueroit d'être bon Pilote ,
d'être bien modefte , ou d'être bien chafte , je na
lui en devrois nul grand merci.
En géneral on peut dire de lui , que fi fa
Morale étoit Stoïcienne , fes moeurs étoient
tout- à- fait Epicuriennes. , C'est encore un
point fur lequel il dit , qu'il a le coeur affés
ouvert pour publier hardiment fa foibleffe.
Car il avoue au même endroit , qu'il reffembleroit
volontiers à un certain Remain dont
parle Ciceron , comme d'un galant homme
entend
OCTOBRE. 1740. 2265
entendu abondant en toutes fortes de commo
dirés de plaifirs ; conduisant une vie tranquille
& toutefienne ; l'ame bien préparée con
tre la mort , la superftition, &c. Voilà en effet
le vrai portrait de Montagne , & qui même
auroit été plus reffemblant , s'il avoit osé
traduire à la lettre celui qu'a fait Ciceron
de ce même Romain. Mais ce que Montagne
n'a pas jugé à propos de faire d'un feul
Coup
de pinceau , il feroit aisé de le retrouver
en détail , fi on prenoit la peine de raffembler
tous les traits , où il s'eft peint au naturel
en differens endroits de fes Eflais.
Cela fuposé , il ne faut pas être furpris des
jugemens oposés qu'on a faits de cet Ouvrage.
Les gens voluptueux , ou portés au Pyrrhonisme
, qui n'aiment qu'à fe divertir, qu'à
rire de tout , & à entendre parler librement
fur toutes fortes de matieres , aplaudiront
toujours à un Ecrit conforme à leur goût, &
affaisonné d'une franchise également fpirituel
le & philosophique. Au contraire , ceux qui
font pénetrés des vérites Evangéliques , ne
peuvent que condamner une infinité de propofitions
témeraires , & d'expreffions obsce
nes , qui font répandues dans ces Effais ;
comme étant de leur devoir de faire fentir le
danger où s'exposent les personnes qui fe
plaisent à cette lecture.
Ce n'eft pas que je croye que Montagne
ait
26 MERCURE DE FRANCE
ait pouffé le Pyrrhonisme jusques à l'Irréli a
gion, comme quelques gens l'ont avancé trop
légerement. Non - feulement il a toujours fait
profeffion de la Réligion Catholique ; mais
il y a été fortement attaché. Cela paroît, tant
par fa Traduction du Livre de Raymond de
Sebonde, que par l'Apologie qu'il en a insérée
dans fes Effais. On le voit encore par ce qu'il
dit en plufieurs Endroits contre les Novateurs
de fon tems , & fur tout par les témoi
gnages de pieté qu'il donna à la mort. Dans
le cours de sa vie même , dès quil fe fentoit
malade , il ne manquoit pas , à ce qu'il dit ,
de se réconcilier à Dieu par les derniers offices
des Chrétiens . Cette conduite n'eft pas équivoque.
Mais il faut pourtant convenir que
par fes façons de penser & de s'exprimer ,
très- oposées à l'esprit de l'Evangile , il a pû
être justement foupçonné de libertinage , &
qu'il eft difficile que, contre fon intention, il
n'en inspire les fentimens aux Esprits foibles
& qui ont de la dispofition à fe laiffer corrompre.
Il eft d'autant plus aisé d'en être séduit ;
que fon ftyle , tout Gascon & tout antique
qu'il eft, a une certaine énergie naturelle, qui
plaît infiniment. Il écrit d'ailleurs d'une maniere
, qu'il femble qu'il parle à tout le monde
, avec cette aimable liberté dont on s'enretient
avec fes amis. Ses écarts même , par
leu
1
OCTOBRE: 1746: 2267
leur reflemblance avec le désordre ordinaire
des conversations familieres & enjoüées, a je
ne fçais quel charme , dont on a peine à fe
défendre.
C'est dommage qu'il respecte affés peu fes
Lecteurs, pour entrer dans des détails pueriles
& frivoles de fes goûts , de fes actions &
de fes pensées même. Qu'a - t'on à faire , disoit
avec raison Scaliger , de sçavoir fi Mon
tagne aimoit mieux le vin blanc que le clairet ?
Mais on trouve dans fon Ouvrage des choses
bien plus choquantes encore ; comme quand
il nous parle du foin qu'il prenoit de fe tenir
le ventre libre , & d'avoir particuliere com
modité de lieu , & de fiège pour ce service ;
quand il nous aprend qu'il aimoit à fe gratter
les oreilles ; & quand il nous débite gravement
à la fin de fon Ouvrage cette belle
Sentence , qu'au plus élevé Trône du monde ,
fi ne sommes nous affis que sur notre cul. Je
pourrois en citer bien d'autres exemples.
Mais en voila affés pour juger du génie de
cet homme célebre , & du cas qu'on doit
faire de fes Ouvrages.
On nous fçaura , fans doute , bon gré d'avoir
inséré dans notre Journal une fi belle
Piéce , ce qui nous a donné en même- tems
occafion de corriger deux fautes d'impresfion
qui la défigurent dans cette nouvelle
Edition ; la premiere eft à la page. LII . où
après
2268 MERCURE DE FRANCE
après la quatriéme ligne , on a oublié ces
mots , qui font absolument néceflaires au
fens : Ce ne fut pourtant pas de cette incommodité
qu'il mourut, ce fut d'une Esquinancie ,
c. La feconde , à la pénultiéme ligne de
la page LV. on a mis Canonistes pour Casuiftes.
Pierre Goffe , Libraire à la Haye , prépare.
actuellement une autre Edition des Ellais de
Montagne, laquelle fera auffi de 6. vol . in- 12.
NOUVELLE THEORIE des Mouvemens de
la Terre & de la Lune , dans laquelle l'Auteur
établit , felon les Loix de la Méchanique
, un nouveau mouvement de la Terre
d'où il tire d'une maniere claire & démonstrative
, la cause Physique du Flux & Reflux
de la Mer ; Ouvrage aprouvé par plufieurs
Académiciens & célebres Profeffeurs de
Philosophie de l'Univerfité de Paris. Par M.
Grante d'Iverk. A Paris , chés P. N. Lottin
rue S. Jacques , à la Vérité, & J. H. Butard,
Libraire dans la même Maison , Brochure
in- 8°. 1740.
Le but de cet Ouvrage , dit l'Auteur , eft
de faire part au Public d'une nouvelle Hypothese
fur le Flux & Reflux de la Mer
Mais avant que de venir à l'explication de
ce Phénomene , il eſt des connoiflances avec
lesquelles il a un raport fi prochain , qu'il
paroît
OCTOBRE. 1740 : 2269
paroît néceflaire de les déveloper & de les
mettre dans tout leur jour. Le Flux & le Reflux
de la Mer & fes admirables variations
étant l'effet de la conftitution de cet Univers
& une Suite de la Nature & de la dispoſition
des Tourbillons ( que nous fuposons.
tels que les a fuposés M. Descartes , on ne
fçauroit douter que la connoiffance de la
Conftitution génerale de cet Univers &
raport que ces principales Parties ont entre
elles , ( fur tout celles qui contribuënt à produire
cet effet , comme le Soleil , la Lune ;
leurs Tourbillons , leurs Centres de gravité
&c. ) ne foit d'une néceffité indispensable à
ceux qui s'attachent à découvrir la véritable
cause de ce Phénomene.
du
Quoique M. Gallimard fe foit expliqué
affés clairement dans fes deux Tables d'Arithmétique
& d'Algebre , démontrées &
rendues fenfibles , que nous avons annon
cées dernierement , pour que ceux qui prendront
la peine de les lire avec quelque attention
, puiffent s'en donner une parfaite intelligence
, fans le fecours d'aucun Maître ; ſi
quelques- uns néanmoins fe trouvoient arrêtés
ou embarraffés par quelques difficultés , dévoué
à la fatisfaction du Public , il offre de
les leur expliquer gratuitement un jour mar
qué de chaque Semaine , qui fera le Vendre
di ,
270 MERCURE DE FRANCE
di , Fête ou non , toute l'après midi , en fa
demeure , vieille rue ruë du Temple , vis -à- vis
la rue des Rosiers.
CATALOGUE abregé des Ouvrages de
Mrs les Peintres , Sculpteurs & Graveurs
de l'Académie ( aujourd'hui vivans , ) exposés
au Salon du Louvre , à commencer le
22. Août 1740. jusques & compris le 15.
Septembre suivant , dont l'Exposition a été
annoncée dans le dernier Mercure, p. 2117.
Ans les Tableaux dont on va parler , on n'a
Darétendu,dans Farrangement des Articles ,
donner aucun rang ni préférence entre les Auteurs,
& comme il y a un petit Livre imprimé, contenant
la Deſcription & les dimenfions de chaque Tableau,
auquel on peut avoir recours , nous avons crû pouvoir
nous diſpenſer de les mettre tous , & de paffer
pardeffus quelques Articles , pour abreger.
DE MM. DE TROY , Ecuyer , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , Directeur de l'Académie de
France à Rome. 1. Un grand Tableau en largeur de
20. pieds ; fur 11. de haut , repréfentant le Triomphe
de Mardochée , grande & riche compofition ; on
aperçoit facilement le génie vaste & abondant de
l'Auteur. 2. Autre de même hauteur , fur 14. pieds
de large , représentant le Repas d'Efther.
GALOCHE, Profeffeur de l'Académie. Un Tableau
en largeur de 5. pieds , fur 4. de haut , repréſentant
Rebecca au Puits , dans le tems qu'Eliezer la
vient chercher , & lui aporte des préfens de la part
d'Abraham ; ce Tableau confirme la haute réputa
tion
OCTOBR E. 1740. 2278
ion que l'Auteur s'eft acquife par fes précedens
Ouvrages.
RESTOUT , Profeffeur . 1. Tableau en hauteur de
10. pieds , fur 5. de large , dont le Sujet eft la Préfentation
de la Vierge au Temple , destiné pour le
Séminaire de la Ville de Tulle . 2. La Nativité de
Notre Seigneur , deftiné pour les Dames de la ruë
S. Maur , près les Incurables . Le nom feul de cer
habile Artiſte fuffit pour en donner une haute idée.
CARLO VANLOO , Profeffeur. 1. Grand Tableau
de 13. pieds de large , fur 11. de haut , repréſentant
la Ville de Paris au sujet de la Paix , le Roy
affis fur fon Trône, revêtu de fes Ornemens Royaux;
Minerve , qui caractériſe la Sageffe , eft à fa droite ,
elle préfente au Roy un Rameau d'Olivier , qui défigne
la Paix . La Juſtice eft à côté de Minerve, elle
pefe dans fa balance les fentimens qui déterminent
le coeur du Roy pour les douceurs de la Paix , qui
feule faire le bonheur des Mortels. A la gaupeut
che du Trône , la Paix & l'abondance qui en procedent,
font caractérisées fous la même figure , la Paix
affife fur des Trophées d'Armes , regarde le Roy
avec tendreffe , elle tient d'une main une branche
d'Olivier , & de l'autre un Cordon qui fert de
leffe à un Lion couché à fes pieds , dans le fein duquel
repofe tranquillement un Agneau , image naturelle
de la fagefle & de l'humanité d'un grand
Prince qui veut réunir tous les hommes , & qui
prétend que l'innocence doit être en sûreté fous les
Loix , & repofer fans crainte dans le fein même de
fes plus grands ennemis . La Renommée fort du
haut du Trône , qui annonce à l'Univers les vertus
du Roy , & les biens qui en résultent pour toutes
les Nations. Le refte du Tableau eft occupé par la
repréfentation du Prévôt des Marchands & des .
Echevins de la Ville de Paris , qui viennent rendre
G
*
de
272 MERCURE DE FRANCE
de très- humbles graces au Roy , des biens que fa
bonté & fa fageffe procurent à fes Sujets , & que
fes vertus voudroient rendre univerfels . Une magnifique
Architecture , & la Ville de Paris en Perspective
, forment le fond du Tableau. 2. Le Por
trait de la Fille de M. Carlo Vanloo , âgée d'environ
3. ans. L'empreffement du Public pour les Ou
vrages de cet habile Peintre , font affés l'éloge de
fes talens , fans que nous y ajoûtions rien du nôtre.
BOUCHER , Profeffeur, . La Naiffance de Vénus,
qui paroît fortir du fein des Eaux , avec les Graces,
accompagnée des Tritons , des Nereides & des
Amours. 2. Tableau repréſentant une Forêt. 3. Un
Payfage , où l'on voit un Moulin . L'heureux Finecau
de cet Artifte & fon génie abondant & aisé ,
n'ont nullement befoin de nos éloges .
NATOIRE , Profeffeur. 1. Adam & Eve , après
leur péché . 2. Un Fleuve & une Fontaine . Ce Peintre
fe montre tous les jours plus digne des leçons
qu'il a reçues de fon illuftre Maître feu M.le Moine ,
Premier Peintre du Roy..
COLIN DE VERMONT , Profeffeur. 1. Un grand
Tableau en largeur , de 14. pieds , fur 11. de haut,
repréfentant l'arrivée de Roger, Prince Africain , dans
Pisle de l'Enchantereffe Alcine , qui defcend de fon
Palais pour venir au- devant de lui , accompagnée
de fes Femmes & de plufieurs Amours , dont les
uns s'emparent de fes Armes & les autres s'empres
sent à l'enchaîner avec des Guirlandes de fleurs.
Ce Tableau eft peint pour le Roy , & doit s'executer
en Tapiflerie aux Gobelins . 2. Autre en hauteur
de 10. pieds , fur s . de large , ceintré par le haut ,
qui repréfente une Defcente de Croix . 3. Un autre de
même grandeur , repréfentant une Annonciation .
!
OUDRY , Adjoint à Profeffeur. 1. Grand Tableau
repréfentant un Léopard , peint pour le Roy. 2. Un
Chien
- OCTOBRE. 1740. 2273
Chien baffet , au-deffus duquel il y a un Faiſan groupé
avec un Lapin , & à côté un Fufil. 3. Un Chien
en arrêt fur une Perdrix rouge. 4. Un Oiseau de
proye , qui fond fur les Canards. 5. Une Outarde &
une Pourpintade. 6. Un Chien Barbet , qui ſurprend
un Cignefur fes oeufs . 7. Des Vaches & des Moutons.
8. La Maifon d'un Jardinier . 9. Des Fruits & des
Légumes. 10. Petit Tableau repréſentant un Payfage.
Les grands talens de ce Peintre font fi connus
qu'il ne nous refte qu'à rendre témoignage de l'ac
cueil favorable & unanime que le Public fait à fes
Ouvrages.
DESPORTES , Confeiller: 1. Grand Tableau en
large de 14. pieds , fur 11. de haut , repréſentant un
Chaffeur Indien , tenant fon Arc , qui fe repofe apuyé
contre un Figuier d'Inde , dont le tronc, les branches
& les fruits font très- finguliers , plufieurs Oifeaux
des mêmes Climats perchés fur les branches ;
on y voit un grand Arbre portant des Limons, dont
les fleurs & les fruits forment un fond auffi ingénieux
que convenable au Figuier . Au côté gauche,
on voit un grand Arbre apellé Dragon , du tronc
duquel fort une liqueur rouge , qui s'épaiffit & devient
compacte . qu'on apelle Sang de Dragon ; le
pied eft environné de Plantes de Melon de Genes
& du Rofeau panaché ; il y a entre ces Arbres une
Demoiselle de Numidie , & un Cafuel , le plus grand
& le plus maffif des Oifeaux qu'on connoiffe après
l'Autruche ; on voit à l'autre côté du Tableau, dans
une Riviere qui paffe au bas , plufieurs Poiffons &
des Reptiles finguliers . 2. Un Paysage, orné de Figures
d'Animaux . 3. Deux Faifans morts , jettés contre
un tronc d'arbre , auprès d'une Plante de Pavot ,
avec des Perdrix rouges & grifes , & derriere un
Chien couchant, qui femble les garder. 4. Un Vieillard
dans une Grotte obscure , qui lit dans un Livre.
Gij S
2274 MERCURE DE FRANCE
5. Petit Tableau imitant un Bas - Relief de Marbre
blanc, falipar le tems, qui repréfente des Enfans jouant
enfemble. M. Defportes foûtient très - conftamment
la réputation qu'il s'eft acquiſe dans l'efprit du Public
& des meilleurs Connoiffeurs.
DE LYEN , Académicien . 1. Le Portrait jufqu'aux
genoux de M. Meliand , Confeiller d'honneur au
Parlement de Paris . 2. Petit Tableáu , repréfentant
la Lanterne Magique . 3. La Marmotte.
CHARDIN, Académicien . 1. Le Singe qui peint: 2.
Le Singe de la Philofophie . 3. La Mere Laborieuſe.
4. Le Benedicité. 5. La petite Maîtreffe d'Ecole. Les
Tableaux de ce Peintre font dans une réputation
conftante de plaire au Public & géneralement à tout
le monde , aux fçavans , aux ignorans , & aux gens
de tout âge & de tous Etats; en effet , dans les Ouvrages
de cet habile Artiſte , la Nature eft imitée
avec tant de jufteffe & de naïveté, que cela a fait dire
à quelques Connoiffeurs que le Peintre avoit
trouvé , par fon aplication , les moyens de prendre
la Nature fur le fait , & d'en enlever furtivement ce
qu'elle a de plus naïf & de plus piquant.
GREVENBROEK , Académicien. 1. Lafeconde Vûë
de Paris , prife du côté des Champs Elisées . 2. La
Vie du Château de Vaugien , qui paroît fur le devant
; un peu plus loin , le Village de S. Remy , la
Château de Goubertin , & dans le lointain , la Ville
de Chevreuse. 3. la Maifon d'Etiole de M. le Nor→
mand , où l'on voit Petitbourg , & les principales
Maiſons des Environs. 4. Autre Vûë , priſe du Château
de Petitbourg, où l'on découvre la même Maifon
du côté du Parterre , & la Ville de Melun dans
le lointain . s . Petit Tableau de fantaisie , repr . fentant
un Port de Mer. Tous ces Ouvrages , qui ont
piqué la curiofité des Parifiens & des Gens de la
Campagne , ont été reçûs de la part du Public auffi
favorable
OCTOBRE. 1740. 2275
favorablement que ceux que le même Peintre ex
pofa l'année derniere .
DELOBEL , Académicien , un Tableau peint pour
le Roy , de 17. pieds & demi de large , fur 11. de
haut , repréfentant l'Age d'or, dont voici à peu près
le Sujet. Dans cet heureux tems , les hommes ne
vivoient que de ce que la fimple Nature leur préfen .
toit ,l'innocence & la pudeur regnoient partout ; la
Déeffe Aftrée habitoit avec eux, elle leur aprenoit à
joindre le Miel à leurs alimens ; les Animaux les
plus féroces étoient au milieu d'eux , fans leur faire
aucun mal , & fe plaifoient à recevoir leur nourriture
des mains des hommes , l'innocent Agneau
étoit careffé par le Loup.
Ce Tableau avoit été ordonné à feu M. Trémoliere
, Peintre habile , dont chacun admire les Ouvrages
; la mort l'enleva dans le tems qu'il n'avoit
encore fait que les deux figures du Groupe du milieu.
Ce Tableau fut confié à M. Delobel pour le
finir , lequel a donné tous fes foins pour le rendre
dans le goût de fon illuftre Confrere , en y faifant
les augmentations convenables.
AVED , Académicien . 1. Le Portrait de M. du
Theil , Secrétaire de la Chambre & du Cabinet du
Roy , Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , ci-devant
Miniftre & Plénipotentiaire de S.M.auprès de l'Empereur
, au moment qu'il vient de figner un des
Actes du dernier Traité de Paix . 2. Le Portrait jusqu'aux
genoux du Comte de Teffin , dans fon Cabinet
, tenant une Eftampe d'après Jules Romain. 3 .
. Celui de M.Racine , de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres,en habit de velours noir , apuyé fur
un Bureau . 4. Le Portrait de Madame de Meinieres ,
tenant un petit Chien . 5. Celui de l'Abbé Caperonnier
, Profeffeur du College Royal pour la Langue
Grecque, apuyé fur un Volume des OEuvres de
G iij Quintin
2276 MERCURE DE FRANCE
Quintilien. 6. Le Portrait de Madame Aved. Nous
ne cefferons point de citer pour exemple M. Aved
à plufieurs de fes Confreres , dans les heureux progrès
qu'il a faits & en très- peu de tems dans la
Peinture.
NATTIER , un Tableau de quatre pieds en quarré
, repréſentant la Prudence.
DE LA TOUR . 1. 'Le Portrait en paſtel de M. de
Bachaumont. 2. Celui de Madame Duret , ovale. 3 .
Un Portrait jusqu'aux genoux de M. *** > prenant
du tabac dans fa Tabatiere . Nous n'entreprendrons
point de donner une idée de ces trois excellens
Portraits , les expreffions feroient trop difficiles à
trouver , nous rendrons feulement témoignage de
l'admiration génerale du Public & de fon étonnement.
LE CHEVALIER DORIGNY. 1. Tableau repréfentant
une Ste Famille . 2. Un S. François . Ces Ouvrages
font fort remarquables , en ce que M. Do
rigny déja dans un âge affés avancé , & très célebre
d'ailleurs par fon Deffein & par fon Burin , n'a
pas voulu finir fans ajouter de nouveaux Lauriers a
fes anciens triomphes dans la carriere laborieufe
de la Peinture comme la fait dans les Ouvra
ges que fon pinceau vient de produire , & que le
Public a honorés d'un accueil très - favorable .
LANCRET. Un Tableau repréſentant une Dank
Champêtre , dâns le goût des heureux talens de ce
Peintre ingénieux & galant, dont les Tableaux for
fi connus & fi recherchés .
ADAM , l'aîné ; Adjoint à Profeffeur. 1. Bufte d
Vieillard , mordu à la gorge par un Serpent , en ter
cuite . 2. Un Modele d'Enfant en plâtre , affis fur une
Coquille , pleurant d'avoir été pincé à la main par
une Ecrevifle ; on doit executer ce Morceau en
bonze pour une Fontaine , placée dans un Salon´,
&
OCTOBRE. 1740 2277
faire Pendant à la Figure d'une petite fille que
l'Auteur acheve , laquelle rira d'un Oifeau qu'elle
tiendra dans ſa main. 3. Une Efquiffe en terre cuite,
repréfentant le Maffacre des Innocens , où l'on voit
une Mere qui s'empreffe de retirer fon enfant foulé
aux pieds , & une autre qui s'efforce de défendre
celui qu'elle tient entre fes bras.
ADAM, le cadet . 1.Le Modele en plâtre d'un Fronton
, repréſentant S. Maur implorant le fecours du
Seigneur pour la guérifon d'un Enfant mis à fes
pieds par fa Mere affligée; ce Saint lui pofant fur la
tête l'Erole que S. Benoît lui avoit donnée quand il
reçût les Ordres. On execute actuellement cet Ouvrage
en grand au Bâtiment de l'Abbaye Royale de.
S. Denis . 2. Un Bas- Relief de terre cuite , qui re-.
préfente Iphigenie , dans le moment qu'elle va être
immolée ; Dane fatisfaite du væu , enleve cette
Princeffe , & promet au Roy Agamemnon , fon
Pere , une heureufe Navigation , & le Grand Prêtre
fubftitue une Biche à la place de la Victime.
Ces Ouvrages font de nouvelles preuves de l'habileté
de Mrs Adam , & confirment la grande réputation
dont ils jouiflent déja , en ce que l'art & la
Nature ont de plus recherché & de plus vrai.
BOUCHARDON. Trois Modeles en plâtre , qui fe-,
ront placés à la Fontaine que la Ville de Paris fair
conſtruire ruë de Grenelle , Fauxbourg S. Germain.
Le premier repréfente la Ville de Paris , fous
la figure d'une belle Femme , affile fur une Prouë
de Vaiffeau . Le fecond , repréfente une Nimphe
apuyée fur fon Urne , qui défigne la Riviere de
Maroe , & l'autre le Fleuve de la Seine . Le nom
Leul de ce Sculpteur fuffit pour fon Eloge.
LA DATTE. I. Modele en terre cuite des Armes,
du Roy , avec deux Anges pour faport . 2. Modele
en terre cuite , repréfentant S. Auguftin' , de 24.
Gij pouces
278 MERCURE DE FRANCE
pouces de proportion . 3.L'Enlevement de Proferpine
au moment que la Nimphe Cyane s'efforce d'arrêter
le Char de Pluton . Les Ouvrages de M. de la
Datte font toujours goûtés de plus en plus par les
Connoiffeurs.
FRANCIN , digne Eleve de l'illuftre M. Couftou ,
Directeur de l'Académie . 1.Deux Efquiffes d'Anges,
faits pour le Fronton du Portail de S.Roch . 2.Modele
en terre d'un Groupe de deux Peres de l'Eglife Latine
pour le même Portail , actuellement placé à gauche
; l'Auteur travaille au Pendant , auffi composé
de deux autres Peres de l'Eglife. 3. Deux Modeles
d'Anges , jouant des Inftrumens , placés dans le coin
de l'Arcade,qui foutient l'Orgue de la même Eglife.
LE'PICIE' , Sécretaire & Hiftoriographe de
l'Académie . Six Sujets en Gravûre . 1. La Gouver
nante , d'après M. Chardin. 2. La petite Maitreffe
d'Ecole , d'après le même. 3. Le Fluteur & l'Espagnolette
, d'après M. Grimoud. 4. Le Portrait de
Mlle de Seine , d'après M. Aved. 5. Celui de Mile
Defmarres. Les graces & les expreffions du Burin
de cet habile Graveur , lui font de sûrs garands des
aplaudiffemens du Public & des Connoiffeurs les.
plus délicats .
DU VIVIER , Académicien , Graveur des Coins &
Médailles du Roy. 1. Médaille de l'Hiftoire du Roy,
d'un côté le Bufte de S. M. de l'autre la République.
de Genêve , pacifiée par la médiation de S. M. avec
ces mots pour Légende , RESPUB . GENEVENSIS
PACATA , 1738. 2. ( JETTONS . ) Deffein pour les
Jettons de l'Affemblée du Clergé en 1740. qui repréfente
la Religion montrant un Arc- en- Ciel qui
fe réfoud en pluye fur un Champ femé de Lys ,
Légende, NUMQUAM FODERIS IMMEMOR . 3. Jetton
gravé fur ce Deffein , le Bufte du Roy en Mantcau
& Collier de l'Ordre du S. Esprit , nouvellemcat
бит OCTOBRE
.
1740.
2279
mentgravé pour les Etats de Bourgogne. 4. la Tête
de M. Chomel , Doyen de la Faculté de Médecine
de Paris. M. du Vivier foûtient toujours la jufte réputation
que fes talens lui ont acquise .
THOMASSIN , Académicien. Le Portrait en pied
de Monſeigneur
le Dauphin, gravé d'après M. Toc◄
qué. Cette Eftampe eft parfaitement
au gré des
meilleurs Connoiffeurs.
LE BAS. Huit Sujets pour la Traduction Angloiſe
de l'Hiftoire de M. Rollin. Le Rendez- vous de Chas
se , & le Chaffeur fortuné , d'après Vanfalens , &
P'Halte d'Officiers , d'après l'auvremens .
COCHIN , Académicien . L'Ecureufe, & le Garçon
Cabaretier , d'après M. Chardin . Il y avoit encore
d'autres Estampes heureufement gravées par Mrs
SURUGUE , LE BLANC , MOYREAU, AVELINE, &c.
ESTAMPES NOUVELLES.
On trouve chés le fieur Blanzy , ruë Ste Mar
guerite , Fauxbourg S. Germain , à l'Hôtel des Romains
, fçavoir , le Plan & Elevation du Portail
ceintré de l'Eglife des Capuçines de la Place de
Vendôme , élevé fur les Deffeins de M. Seloüefte ,
Architecte , fur un Perron de fept marches . Deux
Pilastres couplés de chaque côté foutiennent l'entablement
, chargés de figures & autres Ornemens
convenables , fimples & de bon goût.
Le Plan & Elevation du Portail du Monaftere des
RR. PP.de la Charité, rue des SS . Peres, Fauxbourg
S, Germain , conftruit fur les Deffeins de M. de
Cotte , Premier Architecte du Roy , en 1732.
L'Ordre Dorique & Ionique y font employés avec
beaucoup d'élegance & de nobleffe , fans Ornemens
fuperflus.
Le Plan & Elevation du Portail de l'Eglife Pa-
Gv rois2280
MERCURE DE FRANCE
roiffiale de S. Roch , ruë S. Honoré , conſtruit en
1738. fur les Deffeins de M. de Cotte , Premier
Architecte du Roy . L'Ordre Dorique eft furmonté
de l'Ordre Corinthien en Colomnes , d'une manie
re très - élegante.
Le Portail & Elevation de l'Eglife des PP. Mi
nimes de la Place Royale , fur les Deffeins de M.
Manfard , Architecte du Roy. Dans cette Fabrique ,
POrdre Ionique en Colomnes y eft auffi élevé fur
F'Ordre Dorique.
Plan & Elevation du Maître Autel de l'Eglife Paroiffiale
de S. Barthelemy , près le Palais , formé
par deux Colomnes , adoffées à deux Pilaftres
qui foutiennent un Entablement ceintré , dont le
milieu eft occupé par une Gloire d'Anges & de
Chérubins,fur les Deffeins de Mrs Slots , Architectes.
Plan & Elevation du Maître Autel de l'Eglife de
l'Abbaye Royale du Val - de - Grace , fur les Defleins
de M. Manfard , Architecte du Roy. Six Colomnes
torfes foûtiennent un riche Baldaquin , fervant
de couronnement à l'Autel des Figures de rondeboffe
font posées fur l'Entablement à l'aplomb des
Colomnes.
+
Plan & Elevation du Baldaquin du Maître Autel
de l'Abbaye Royale de S. Germain des Prés , fur
les Deffeins de M. Openor , Architecte , & executé
par M. Slots , Sculpteur , Les Confoles du Baldaquin
portent fur un Entablement foûtenu par des
Colomnes couplées d'Ordre Corinthien
Plan & Elevation du Maître Autel de l'Eglife de
S. Jean en Greve , dreffé ſur les Deffeins de M.Blondel
, Architecte. Quatre Colomnes Corithiennes
foûtiennent un Entablement de même Ordre , fur
lequel s'éleve un riche Baldaquin , dont le milieu
eft marqué par une efpece de Ciboire . On voit autour
des rayons de lumiere & des Groupes d'Ange
&
OCTOBRE. 1740. 2281
de Chérubins. Sur la Table de l'Autel , on voit
en ronde-boffe le Baptême de Notre Seigneur par
S. Jean. Le haut du Baldaquin eft terminé par une
Croix & des Anges autour.
Projet d'un Baldaquin proposé pour le Maître
Autel de l'Eglife Paroiffiale de S. Sulpice Il eft
extrêmement riche , & foûtenu par huit Colomnes
torfes , avec les ornemens convenables .
Elevation, du Maître Autel de l'Eglife Paroiffiale
de S. Sauveur faite fur les Deffeins de M. Blondel,
Architecte du Roy.
Elevation du Maître Autel de l'Eglife Métropolitaine
de Notre- Dame de Paris , faite fur les Desseins
de M. de Cotte , Premier Architecte du Roy,
en 1714. L'Autel eft placé fous l'Arcade du milieu,
au haut de laquelle on voit deux Anges en Marbre
de ronde-boffe , qui foutiennent une espece de Ciboire
& derriere , quantité de rayons de lumiere
& de Têtes de Chérubins . Au- deffous de cette Arcade
, s'éleve une Croix , au bas de laquelle la Sainte
Vierge eft affile & adoffée , ayant fur les genoux
le Corps de Notre Seigneur. Le tout en Marbre &
en ronde-boffe , de la main de l'illuftre M. Coustou
, l'aîné , Sculpteur du Roy.
PORTRAIT en pied de Louis Dauphin de France
, gravé par M. Thomaffin , d'après M. Tocqué.
Nous avons parlé de cette belle Eftampe avec les
juftes éloges qu'elle mérite , dans la Deſcription du
Salon où elle étoit exposée.
LE PORTRAIT en hauteur, du célebre Poëte , Jean-
Baptifte Rouffeau , né à Paris en 1670. gravé par
J.Daullé, d'après M. Aved. Cette Eftampe fe vend 6.
liv.chés ce Graveur, rue S.Jacques , à l'image S. François
; chés le Bas , rue de la Harpe ; chés la Veuve
G vj Cheron ,
2282 MERCURE DE FRANCE
Cheron , rue S. Jacques , & chés Surugue , ruë de
Noyers , proche S. Yves.
LES FESTES LUPERCALES , grande & belle Com◄
pofition en large , gravée à l'eau forte par C ....
& terminée au Burin , par Er. Feffard , d'après M.
BOUCHARDON . Elle fe vend à Paris , Cloître S. Germain
de l'Auxerrois , chés le Sr Feffard.
LA MAÎTRESSE D'ECOLE , petite Eftampe en
hauteur , très-bien gravée par M. Lépicié , d'après
M. Chardin. Elle fe vend chés Surugue , Graveur
du Roy , rue des Noyers , vis - à - vis . Yves.
ESTAMPE Allégorique , en large , gravée par M.
Laurent , d'après M de Bar Elle ſe vend chés M.
Blanzy, rue Ste Marguerite , Fauxbourg S.Germain,
à l'Hôtel des Romains . On lit ces Vers au bas.
LE VICE.
Venez , venez , Folle Jeunesse
Satisfaire tous vos désirs ;
C'est en ce lieu qu'on vend l'yvresse
Et de Vénus les doux plaisirs ,
Que suit de bien près la tristesse,
LA VERT U.
Avec raison je vous estime ,
Artisans & vous Laboureurs ,
Dont le gain n'est que légitime ,
Malgré votre rang peu sublime ,
L'Etat Acurit par vos Labeurs.
LA
OCTOBRE. 1740. 2285 :
LA RICHESSE.
Dans le Monde que d'artifice !
Sous le masque de la Justice
Celui-ci paroît en public ;
Mais en secret son avarice
Lui fait faire un lâche trafic .
La Suite des Portraits des Grands - Hommes &
des Personnes Illaitres dans les Arts & dans les
Sciences , continuë de paroître avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole ;
il vient de mettre en vente , toûjours de la même
grandeur , ceux de
•
PEPIN , DIT LE BREF , XXII . Roy de France ,
mort à S. Denis le 24. Septembre 768. après 16.
ans de Regne , deffiné Par A. Boizot , & gravé par
Aveline , fils .
ETIENNE PASQUIER , Avocat Géneral à la Chambre
des Comptes , né à Paris en 1528. mort le 31 .
Août 1615. peint par A. D. & gravé par L.
Gautier.
Le Cabinet d'Eftampes de feu M. Maigret de Feuquieres
, Receveur General des Finances d'Auvergne
, avoit aflés de réputation chés les Curieux en
ce genre, par le choix & la quantité des beaux Morceaux
qu'il renfermoit , pour que nous croyons
faire plaifir au Public en l'avertiffant que le
fieur de Mortain , Marchand fur le Pont Notre-
Dame , en a fait depuis peu l'acquifition , & qu'il
fe prépare à en faire une vente au plus offrant &
dernier enchériffeur , dans le mois de Novembre ;
il aura foin d'avertir les Curieux du jour & du Lieu
où cette vente fe fera . On n'entrera dans aucun dé .
tail
2484 MERCURE DE FRANCE
tail là-deffus ; il fuffit d'inftruire les Amateurs , que
ce Cabinet renferme plufieurs Cuvres des plus
grands Maîtres , comme celles de la Belle , le Clerc,
Callot , Smith , Rubens , Wandyck , Goudt , Vauvremens
, Wischer , Silveftre , & c. toutes les Galleries
de Rome , grande quantité de Portraits & des plus
rares , & generalement tous les plus beaux Morceaux
qui font gravés par les plus fameux Maîtres
des trois Ecoles, Italienne, Flamande & Françoiſe; le
tout d'une condition parfaite & d'une épreuve admirable.
Ceux qui ont connu M. Maigret de Feuquieres
, fçavent qu'il ne poffedoit rien en ce genre
qui ne fût parfait. On y trouvera un Cabinet du
Roy complet en Eftampes , & d'anciennes Epreuves
, tel qu'il fe trouve dans le Catalogue de la Bibliothéque
du Roy , beaucoup de Morceaux détachés
& Suites propres pour la Topographie; des Deffeins
de differens bons Maîtres , & entre autres celui de
la Tentation de S. Antoine, vrai Original de Callot,
& plufieurs de M. Boucher , Peintre du Roy ; beaucoup
d'Estampes, montées fous verre, propres à or
ner un Cabinet , & quantité d'autres. Morceaux
qu'il n'eft pas convenable de détailler ici.
Nous fommes priés d'avertir le Public qu'on a
heureuſement retrouvé deux grandes Planches d'Anatomie
, deffinées d'après Nature , avec un trèsgrand
foin , & gravées parfaitement par Chrifoftome
Martinez , Efpagnol . On vient , fur ces deux belles
Planches , de faire imprimer en Taille - douce deux
Eftampes fur la feuille entiere du grand Aigle fin.
Le Public verra qu'on n'a rien épargné pour rendre
cette Edition digne de l'attention des Gurieux .
Dans le Livre qu'on vient d'imprimer , le Lecteur
aprendra par quel accident ces précieufes Planches
ont été fi long- tems cachées & prefque incon
pues du Public . Ce
OCTOBRE. 1740 2285
Ce petit Livre in-12 . fera vendu avec les deux
Eftampes , chés la veuve d'Houry , ruë de la Harpe,
au S. Efprit,
Martinez vendoit un Louis d'or l'Eftampe de fa
premiere Planche , qu'il fit imprimer lui- même environ
l'an 1695. Il en débita fort peu , parce
que le prix, qui n'étoit pas trop fort , eu égard aux
peines incroyables qu'il s'étoit données pendant
plus de vingt ans , paroiffoit néanmoins exceffif
aux jeunes Eleves de Médecine , de Chirurgie ,
de Peinture & de Sculpture , qui , pour l'ordi
maire , ne font pas en état d'acheter & cher une feule
Eftampe. Ce Chef- d'oeuvre n'entra donc alors
que dans le Cabinet des Curieux aisés. Aujourd'hui
Les deux Eftampes de Martinez , avec le Livre qui
les explique , feront vendues enfemble un prix
très-modique , afin de faciliter à toutes fortes de
perfonnes l'achat de deux Morceaux fi néceffaires
pour l'inftruction de la Jeuneffe qui s'aplique à -la
Médecine , à la Chirurgie, à la Peinture , à la Sculp
rure , & à l'étude des Beaux- Arts . On fe flate auff
que ces deux Eftampes feront fort bien reçûës des
Sçavans. Les Médecins & les Chirurgiens les plus
habiles , par la feule infpection de ces rares Tableaux
fe rapelleront d'un coup d'oeil & d'une maniere
agréable les longues & profondes méditations
qu'ils ont faites dans leur Cabinet fur les plus laborieufes
études de l'Anatomie.
La premiere & la feconde Explication ont été revues
par M. Winslow ; & tout l'Ouvrage a été la
avec attention & aprouvé par M. Morand , de l'Académie
Royale des Sciences , & Cenfeur Royal.
On propofe la vente d'un Cabinet en deux Armoires
fort propres , contenant une Collection
d'Hiftoire Naturelle , renfermant environ mille &
tant
2286 MERCURE DE FRANCE
tant de Mineraux , Végetaux , Animaux , Parties
animales , Coquillages , Reptiles , &c . avec les numéros
des Tiroirs , Cases , & les noms de ces diférens
Mixtes. On pourra voir toutes ces Curioſités
chés le Sr Bourgouin , Maître Tailleur , ruë Dau
phine , Fauxbourg S. Germain , vis à-vis la ruë
Contrescarpe , chés un Mercier- Clinquaillier , au
troifiéme Apartement.
Le Sr Gerfaint , Marchant Bijoutier , fur le Pont
Notre- Dame , dont nous avons déja eû occafion de
parler plufieurs fois , toujours attentif à enrichir de
Morceaux précieux les Cabinets de Paris , eſt reve
nu depuis peu de Hollande , d'où il a raporté beaucoup
de Curiofités en tout genre , qui méritent l'attention
des vrais Curieux. Nous pouvons affûrer
qu'il donne une nouvelle preuve du difcernement
qu'il a acquis , par le choix qu'il a fait dans ce qu'il
ya de plus belles Productions de l'Art & de la Ñature
, et nous nous faifons un vrai plaifir de lui
rendre cette juftice. Les Curieux s'emprefferont ,
fans doute , à feconder fon zele & fon ardeur pour
les Morceaux rares & finguliers qu'il eft en état de
leur procurer . Tout ce qu'on pourroit ajoûter ici feroit
fort au- deffous de la fatisfaction qu'on doit avoir
par le coup d'oeil d'une fi abondante & fi variée
Collection ; Tableaux des meilleurs Maîtres Flamands
& Hollandois , d'un choix excellent ; Coquillages
exquis & confervés , Cristallifations &
Congellations particulieres ; petits Cabinets , Boëtes
& autres Ouvrages d'ancien Lac du Japon , d'une
perfection & d'une beauté fans égale ; on fçait
aujourd'hui la rareté de ces Morceaux précieux ,
quand ils font du premier beau ; Dendrides ou Agathes
arborifées , propres pour Bagues & autres Ouvrages
; Porcelaines fingulieres, Pagodes furprenantes
OCTOBRE: 1745. 2287
1
tes pour les caracteres finguliers & pour l'exacte
vérité; enfin quantité de Bagatelles amufantes & de
goût , qu'on ne peut détailler , & dont la vûë fait
grand plaifir. Le Sr Gerfaint s'attache fur tout à ramaffer
tout ce que peut fournir d'intereffant la Chine
& le Japon, auffi bien que tout ce que la Nature
& l'Art peuvent pro luire de plus agréable ; il eft
auffi fourni de plufieurs Marchandifes d'Ufage & de
Clinquaillerie du plus nouveau goût & des meilleures
Fabriques.
AVIS au sujet des Leçons gratuites de
Mathématiques & de Physique.
l'ou-
M. de Prémontval fait avertir le Public , que
verture de fes Conférences doit fe faire le Dimanche
23. du préfent mois d'Octobre à " trois heures
préciſes après midi .
Les avis qui furent diftribués à l'occafion du Cours
de Méchanique , fini au mois d'Août dernier , annonçoient
qu'on fe propofoit d'expliquer dans celui
qui fuivroit immédiatement les Vacances , la
théorie de l'Arithmétique & de l'Algebre , les Proportions
& l'Analyle . C'étoit de reprendre le Cours
de Mathémathiques génerales , par lequel ces Conférences
commencerent il y a trois ans ; mais celui
d'où nous fortons nous a conduits trop près de l'entrée
de la Phyſique , pour n'être pas tenté de pourfuivre.
Dans la vûë de faire fentir combien font étendus
les principes de la Méchanique , & comment ils
peuvent s'apliquer à toute autre chofe qu'à la
construction des Machines , ou plutôt comment
ils s'apliquent en effet au plus excellent des Méchanismes
, à celui de l'Univers , nous avions
pouffé les propriétés de l'Equilibre & du Choc jusqu'à
1
1288 MERCURE DE FRANCE.
qu'à celles du Mouvement circulaire , & jufqu'aux
loix du Tourbillon , felon l'ordre des propofitions
du premier Volume de M. de Molieres .
Čet enchaînement furprenant des principes les
plus fimples,avec les effets les plus compliqués de la
Nature , a piqué la curiofité, & fait naître le defir
d'entendre expliquer tout l'Ouvrage.
Ce nouveau Cours , dont la Phyfique de M. de
Molieres doit par conféquent être l'objet principal ,
aura deux Parties.
La premiere , qui fervira de préliminaire pour
l'autre , pourra durer jufque vers le commencement
de l'année prochaine . On y expliquera un
abregé fuffifant d'Arithmétique & d'Algebre , avec
un Traité complet de Géométrie Elémentaire . Pour
fe rendre plus géneralement utile , on ne veut fupofer
dans ceux qui feront à ces Conférences l'honneur
d'y aflifter , aucune des connoiffances qui peuvent
y être néceffaires.
L'ouverture de cette premiere Partie fe fera ,
comme à l'ordinaire, par un Difcours fur l'origine,
les progrès & l'utilité des Mathématiques ; & celle
de la feconde , dont on aura foin d'avertir le Public
par de nouveaux Avis, fe fera par un autre Discours
fur l'efprit de Syftême, tant en géneral que relativement
à la Phyfique ..
L'ordre & le détail qu'on a deflein de fuivre dans
cette feconde Partie , feront expliqués plus au long
dans le tems.
Afin que les jeunes Etudians en Philofophie ,
auxquels ces Conférences peuvent particulierement
être utiles , puiffent y affilter fans être détournés de
leurs exercices ordinaires , elles tiendront cette année
régulierement tous les Dimanches & Fêtes , matin
foir , en compenfation de ce qu'on perd du
eêté du petit nombre de jours , le matia depuis dix,
heures
THE
NEW
ATK
AND INDENSTUUNDAY
R
*
I
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
OCTOBRE. 1740 2289
heures jufqu'à onze heures & demie , & le foir ,
depuis trois heures jufqu'à cinq.
On ne demande abfolument d'autre reconnoissance
des, foins qu'on fe propofe de prendre , que
' attention & l'affiduité néceffaires pour en profiter.
L'expérience des années précedentes , fait efperer
qu'on ne fe fera pas inutilement Aaté de l'obtenir .
โด
L'Adreſſe eft ruë & Montagne Ste Geneviève ,
Porte Cochere vis - à- vis le College de la Marche , au
fecond Apartement , fur le derriere.
Papillon , Graveur en Bois , & de la Societé des
Arts , demeurant préfentement ruë de la Harpe ,
vis-à- vis la Croix de Fer , au Papillon , donne avis
que fon petit Almanach de Paris pour l'année 1741.
paroîtra inceffamment , augmenté de plufieurs cho-
Les curieufes .
Aatat:to
CHANSON.
L'Hyver des ans a blanchi mes cheveux ;
L'Amour me bannit de Cythere ,
J'aime encor , mais je ne puis plaire ,
Et Philis méprise mes voeux .
Pour me venger de cet outrage ,
A Bacchus aurai - je recours à
Quand on a va s'envoler les Amours ,
Boire , est un trop foible avantage.
L'Affichard.
BRUNETTE
$190 MERCURE DE FRANCE
BRUNETTE.
J
•
E n'ai plus le coeur de ma Belle
Qui rendoit mes transports si doux ;
Les Dieux , de mon bonheur jaloux ,
Ont voulu la rendre infidelle ;
J'ai perdu ce que j'aimois bien ,
Le plaisir ne m'est plus de rien .
Je l'aimois d'un amour sincere ,
Elle étoit sensible à mes feux ;
Hélas ! que je suis malheureux
De la voir devenir légere !
J'ai perdu , &c .
*
A mes yeux toujours je retrace
Ses beautés & ses agrémens ;
Je sens redoubler mes tourmens
Quand je me rapelle sa grace.
J'ai perdu , & c.
*
Vainement d'une autre Bergere
Je voudrois soûmettre le coeur ;
Jamais l'Amour d'un trait vainqueur
Ne me perçeroit pour lui plaire.
J'ai perdu , & c.
Belles
OCTOBRE 1745. 2291
Belles fleurs , ornement aimable ,
Qui paricz ma Belle autrefois ,
De vous je ne ferai plus choix
Pour me la rendre favorable.
J'ai perdu , &c.
*
Amoureux Oiseaux du Bocage ;
Célebrez en paix vos amours ,
Je vais voir s'écouler mes jours ,
Sans écouter votre ramage ;
J'ai perdu ce que j'aimois bien ,
Le plaisir ne m'est plus de rien .
Par le même:
SPECTACLES.
Es. Octobre , les Comédiens François
donnerent une Comédie nouvelle en
Vers & en un Acte , qui a pour titre ,l'A
mour Secret , de la compofition de M. Poisson
, l'aîné ; en voici un Extrait abregé pour
l'intelligence du Sujet.
+
ACTEURS.
Beronte ,oncle de Lucile,le Sr de la Thorilliere:
Lucile , niéce de Beronte , la Dlle Poisson;
Erafte
291 MERCURE DE FRANCE
Erafte
Clitandre
, Amis intimes
,
le Sr du Bois,
le Sr Dangeville.
Lisette,Suivante de Lucile,la Dile Dangeville.
L'Olive , Valet de Clitandre , le Sr Poisson
Frontin , Valet d'Erafte , le Sr Montmeny.
Erafte & Frontin , fon Valet , ouvrent la
Scene. Frontin demande à fon Maître à quoi
il va employer la journée , & lui fait une espece
de reproche de fon train de vie ordinaires
Erafte convient que Frontin a raiſon de
lui parler ainfi ; mais il a trop de répugnance
pour le mariage , auquel Frontin voudroit
le déterminer ; il aime mieux la vie de garçon.
Clitandre , fon meilleur Ami , arrive ;
ils fe demandent l'un à l'autre ce qu'ils feront
pour ne pas s'ennuyer ; ils conviennent
que la maniere dont ils ont vécu jufqu'à ce
jour , n'eſt pas exempte de blâme ; Frontin
les exhorte à choisir un état moins agité , tel
que celui du mariage ; ils aprouvent tous
deux le confeil d'un Valet fi raifonnable ; ils
lui ordonnent de les laiffer moralifer en liberté.
- Frontin s'étant retiré , Erafte & Clitandre
s'animent l'un l'autre à changer de vie ; ils ci
tent tous deux des exemples qui leur font
préferer le mariage au célibat. Clitandre dit
Erafte qu'il a vu une jeune fille , encore
dans fon enfance , niece de Beronte , & qu'il
croit
OCTOBRE. 1740. 2293
eroit qu'elle feroit propre à fixer le coeur
d'un Epoux ; Erafte lui confeille de la demander
en mariage ; Clitandre s'en excufe
fur fa timidité naturelle , & le prie de la de
mander pour lui ; Erafte y confent , à condition
qu'il lui rendra la pareille , & qu'il
fe chargera auffi du foin de le marier ; ils
conviennent tous deux d'agir l'un pour
L'autre ; ils aperçoivent Beronte , ils fe retirent
; Erafte fe réfout à aller lui demander
chés lui fon aimable niéce pour fon Ami .
Beronte charge Lisette, Suivante de Lucile
fa niéce , de veiller fur elle : il fait connoître
qu'elle ne fait que de fortir du Convent , &
qu'elle a besoin de guide dans fa premiere
entrée dans le monde..
Beronte étant rentré chés lui Frontin
lai ,
vient demander à Lisette fi ce n'eſt point là
la maison de Beronte , Lisette lui répond
qu'oui ; Frontin n'en demande pas davanta
ge & fe retire.
Jusqu'ici la Scene s'eft paffée vrai-femblablement
devant la maison de Beronte; ce qui
fuit doit fe paffer dans l'intérieur. Erafte vient
chés cet oncle de Lucile , & s'acquitte de la
commiffion dont Clitandre l'a charge . Beronte
, au feul nom de Clitandre , accorde
fon consentement à la demande qu'on lui fait.
Erafte s'étant fait connoître à lui pour fils
l'un de fes meilleurs amis , il lui dit galamment
2294 MERCURE DE FRANCE
:
ment qu'il voudroit avoir deux niéces à don
ner pour faire un double mariage ; il ordonne
qu'on faffe venir ſa niéce .
Lucile étant arrivée , Erafte fait connoître
par un à parte ce qui fe paffe dans fon coeur,
à l'aspect d'un objet fi charmant ; Lucile , de
son côté , ne voit pas Erafte fans émotion.
Beronte lui aprend qu'on la demande en mariage
; elle eft mortifiée d'aprendre que c'eſt
pour un autre que lui qu'on la demande.
Erafte fait connoître en fe retirant , le regret
qu'il a d'avoir obtenu pour Clitandre ce qui
auroit pû faire fon propre bonheur.
Lucile ouvre fon coeur à Lisette , & lui fait
connoître le penchant qu'elle a pour Erafte ,
& l'averfion qu'elle fent en fecret pour un
Epoux qu'on lui donne & qu'il lui faut accepter,
fans l'avoir vû. Lisette plaint ſa ſituation
, mais elle lui dit pourtant qu'il faut
obéir à fon oncle, elle ajoûte qu'il faut qu'elle
aille fe parer d'une maniere plus avantageuse
pour plaire à fon futur Epoux , qui ne
tardera pas de fe présenter à elle .
Après un court Monologue que fait Lisette
fur la trifte fituation de Lucile , elle aperçoit
l'Olive , Valet de Clitandre comme il y a
long-temps qu'elle ne l'a vû , elle lui demande
la raison de fon absence; l'Olive lui conte fes
avantures & fe fait enfin connoître à elle pour
Valet de Clitandre ; au nom de Clicandre
Lisette
OCTOBRE . 1740. 2295
Lisette ne doute point qu'il ne vienne de la
part de fon Maître, l'Olive lui dit qu'il cherche
Frontin à qui il veut parler de la part de Clitandrejaparamment
ce dernier l'a chargé d'une
Lettre pour prier Erafte, s'il en eft encore tems,
de ne point demander Lucile à Beronte , attendu
qu'il a changé de résolution . En effet
à peine l'Olive & Lisette fe font ils retirés ,
que Clitandre vient faire entendre par un
Monologue , qu'après une férieuse refléxion,
il s'eft repenti d'avoir fait demander Lucile
en mariage .
L'Olive vient lui confirmer fon malheur par
une Lettre que Frontin ou Erafte lui ont remise
; cette Lettre, dont il fait la lecture tout
haut & qui eft de la main de ſon ami Eraſte
lui aprend que Beronte l'accepte pour Epoux
de Lucile . Erafte le prie par la même Lettre
de ne point le marier à fon tour. Me voilà
donc marié pour mon malheur , dit Clitandre
à parte. L'Olive , à qui Lisette à apris tout
ce qui se paffe , jugeant qu'on trompe fon
Maître , croit qu'il eft d'un fidele Valet de
lui découvrir la trahifon d'Erafte ; il lui dit
ingénûment , que ce prétendu Ami n'eſt
qu'un Ami perfide qui le trahit , & qu'il eſt
aimé de Lucile. Clitandre ne peut s'empê
• cher de faire éclater fa joye , tant par raport
à fon Ami , qui a le bonheur d'être aimé .
que par raport à lui même qui , par là '
H
2296 MERCURE DE FRANCE
fe trouve dégagé d'un mariage qu'il regar
doit comme un malheur. L'Olive ne fçait à
quoi attribuer cette joye inattenduë de fon
Maître ; cela fait une fituation aflés comique .
Lucile vient parler à Clitandre , & le prie de
ne point preffer un mariage qui ne fçauroit le
rendre heureux , parce qu'il l'exposeroit au
malheur de n'être pas aimé , malgré tout fon
mérite ; Clitandre , qui a déja pris fa résolution
à l'égard d'Erafte, loin de paroître allarmé
d'un pareil aveu , en marque de la joye ;
il dit à Lucile , que plus elle a d'éloignement
pour lui , plus fon triomphe fera éclatant ;
qu'il prétend fe faire aimer d'elle , & qu'il
compte même fur fa reconnoiffance . Il la
quitte pour aller chés Beronte ; elle croit que
c'eft pour le remercier de l'honneur qu'il lui
fait de l'unir à fa famille mais il a un autre
objet , c'eft pour lui aprendre tout ce qui fe
paffe , & pour le disposer à rendre heureux
un Ami qu'il regarde comme un autre luimême.
Nous fuprimons ici tout ce qui prépare
le denoûment. Clitandre tient Erafte
dans l'incertitude , pour lui ménager le plaifir
de la furprise ; Beronte vient avec Lucile ;
Erafte veut fe retirer pour s'épargner la douleur
de voir donner tout ce qu'il aime à un
homme, qui tout fon Ami qu'il eft, ne laiſſe
d'être fon Rival. Beronte , inftruit de la
douce fupercherie que Clitandre fait à Eras-
Pas
te,
OCTOBRE . 1740. 2297
te , ne dément point fon caractere , en commandant
à Lucile de donner fa main à celui
qu'il lui donne pour fon Epoux ; Lucile
obéït en détournant la tête ; Clitandre s'avance
& joint la main qu'elle lui préfente à
celle d'Erafte ; Lisette , qui peut -être eft de
moitié de la tromperie , dit à fa Maîtreffe de
regarder au moins fon Epoux ; Lucile eft
agréablement furprise de voir que c'eft à ſon
cher Erafte que fon oncle la donne.
Voilà à peu près toute l'action Théatrale ;
voici ce que le Public en a pensé . On a trouve
la Piéce affés bien verfifiée ; on y auroit
fouhaité un autre titre , attendu que l'amour
n'eft un fecret que pour deux Personnages ,
fçavoir Erafte & Lucile . On ne l'a pas trouvée
affés intereffante , parce que dès que Clitandre
a témoigné du regret de fe voir marié
, il n'y a plus eû d'obſtable à surmonter
de la part d'Erafte , & on n'ignore pas que
c'eft l'obftacle qui produit l'interêt. On ajoûte
encore que les meilleurs Acteurs , tels
que les Srs Montmenil & Poiſſon , & la Dile
Dangeville , n'ont pas affés de jeu dans la
Piéce. Dès qu'elle fera imprimée, on en donnera
quelques fragmens , dont les Lecteurs
jugeront par eux -mêmes.
L'Académie Royale de Mufique , qui continue
toujours avec grand fuccès le Ballet des
H ij
Fêtes
2298 MERCURE DE FRANCE
Fêtes Vénitiennes , remit fur la fin du mois
dernier, une quatriéme Entrée du même Ballet
, intitulée l'Opera ; la Dlle le Maure & le
Sr Jeliot , joüent les deux principaux Rôles
de Flore & de Zephire , au gré des Spectateurs.
Le St Rinaldi Foffano & fon Epouse,
ont dansé une nouvelle Pantomime avec
aplaudiffement.
Le 28. Septembre les Comédiens François
remirent au Théatre la Comédie intitulée ,
Les Enfans de Paris , Piéce en Vers & en
cinq Actes , de feu M. Dancourt. Elle fut
donnée pour la premiere fois le 18. Déoembre
1699. fous le titre de la Famille à la made.
On fe récria fort contre un titre qui fupcsoit
que tous les caracteres odieux de cette
Piéce étoient à la mode , & on le changea
quatre jours après en celui de Finette
Rôle que jouoit parfaitement une des Dlles
Dancourt. On reprit enfin la même Comédie
au mois d'Octobre 1704. fous le nom
des Enfans de Paris ; il nous a parû que
cette Piéce n'a pas été goûtée du Public à la
reprise d'aujourd'hui.
,
Le 22. Octobre , les mêmes Comédiens
donnerent une Piece nouvelle en Vers & en
cinq Actes, qui a pour titre , l'Heureux Echange
, dont on parlera plus au long dans le
prochain Mercure.
La
OCTOBRE. 1740 2299
Le 29. Septembre , les Comédiens Italiens
firent la clôture de leur Théatre par la Comédie
des Fauffes Confidences , & par la
Silphide. La Dlle Roland & le Sr Poitiers
y ont dansé une nouvelle Pantomime , qui
a été géneralement aplaudie par de trèsnombreuses
Affemblées . Les mêmes Comédiens
partirent le lendemain pour Fontainebleau
.
Le 2. Octobre , jour de la clôture de la
Foire S. Laurent , l'Opera Comique représenta
fur fon Théatre la Comédie de la
Servante juftifice , précedée des Fêtes Villageoises
, & des Jardins d Hébé Piéces en
Vaudevilles , órnées de chants & de dan--
ses , lesquelles furent terminées par le Com
pliment en Vaudeville , que font ordinairement
les Acteurs
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
Na apris de Conftantinople , que le Comte
d'Uhlefeldt , Ambaffadeur Extraordinaire de
S. M. I. lequel y arriva le 8. Août dernier , fit
le 10. foa Entrée publique , & on obferva dans la
marche l'ordre fuivant.
Y
Hiij Une
1300 MERCURE DE FRANCE
Une Compagnie de Janiffaires & une de Spahis
quatre Fouriers de l'Ambaſſadeur , précedés de trois
Tambours & d'un Fitre ; 60. Soldats du détachement
que l'Empereur a donnés au Comte d'Uhle
feldt pour fa garde ; Mrs Ridenger & d'Omero ,
Couriers Impériaux pour l'Orient , en habits d'écarlatte
galonnés d'argent, avec leur chaînes & leurs
Médailles ; quatre Palfreniers de l'Ambaffadeur , à
cheval ; fon Ecuyer ; douze chevaux de felle , avec
des caparaçons de velours jaune , brodés d'argent
huit Trompettes & un Timbalier , vétus comme les
deux Couriers; le Maître d'Hôtel & 19. autres Domeftiques
de l'Ambaffadeur: fes quatre Aumôniers,
avec des habits de drap violet & des veftes de velours
de la même couleur , l'Evêque de Tribunetz ,
précedé de fes domestiques à pied ; le Comte François
-Antoine d'Uhlefeldt , Frere de l'Ambaffadeur.
& Maréchal de l'Ambaffade , devant lequel mar
choient fa Livrée & quatre Coureurs, dont les pour
points étoient de drap d'argent & le jupon de drap
d'or , galonné de point d'Efpagne d'argent ; neuf
Gentilshommes de l'Ambaffadeur, marchant trois à
trois & vétus d'habits magnifiques, M. de Gudenus,
portant un Etendart de damas jaune, brodé d'argent,
avec des franges d'argent, au milieu duquel étoient
d'un côté les Armes de l'Ambaſſadeur, & de l'autre un
nuage,fous lequel on voyoit paroître un Arc- en- Ciel;
huit autres Gentilshommes de la fuite du Comte
d'Uhlefeldt ; quatre Enfans de Langue ; M. Elie Linerky
, Interprete de l'Empereur pour les Langues
Orientales , Mrs Hinck & Mantelli , donnés pour
Sécretaires à l'Ambaffa deur par le Confeil de Guerre
de S. M. I ; M de Montmartz , premier Interprete
de l'Empereur , fuivi de fes domeftiques à pied
le Chevalier Henri de Bencklern , Secretaire de
l'Ambaffade ; 24. Chiaoux , & la plupart des Offi
ciers
OCTOBRE. 2301 1740.
eiers qui étoient allés prendre le Comte d'Uhlefeldt,
par ordre du Grand Seigneur , au Lieu d'où la marche
a commencé , 24. chevaux des Ecuries de Sa
Hautelle , conduits chacun par deux Palefreniers ;
12. Chatirs du Grand Seigneur ; le Kiaya du Grand
Vifir ; le premier Interprete de la Porte & le Maî
tre des Ceremonies ; deux Suiffes de l'Ambaffadeur ;
30 de fes Valets de pied en habits d'écarlatte , garnis
fur toutes les coutures d'un galon d'argent entre
deux galons de fa livrée , douze Heyduques qui
portoient chacun une Maffe d'argent , & qui avoier t
des pourpoints de fatin jaune , galonnés d'argent ,
avec des manteaux d'écarlatte ; deux Fouriers , pré➡.
cedés de deux Fifres , de fix Timbours , & d'un pareil
nombre de Hautbois , tous avec la livrée du
Comte d'Uhlefeldt ; douze Pages , dont les habits
étoient de velours ponceau , garnis de point d'Espagne
, & les veftes de tiffu d'or à fleurs d'argent; les
Comtes de S Julien , Korulinsky , de Brandeis ,
de Hamilton , de Hohenfeldt , de Berthold & de
Hardegg , qui accompagnent le Comte d'Uhlefeldt
dans fon Ambaffade ; le Comte de Goës, portant un
Etendart de drap d'argent avec des franges d'or,fur
lequel étoient d'un côté l'Aigle Impériale , & de l'au
tre un oeil avec ces mots ,Deo Duce. L'Ambaffadeur
venoit enfuite , & la marche étoit fermée par le
refte du détachement des Troupes Impériales , &
par une Compagnie de Janiffaires.
Les ordres que le Grand Vifir a donnés pour fai
te venir à Conftantinople des grains & des beftiaux,
y ont rétabli l'abondance , & l'on y jouit à préſent
d'une parfaite tranquillité .
Mi RUSSIE
5302 MERCURE DE FRANCE
RUSSIE.
Na apris de Petersbourg , que tous les pri
fonniers qui étoient détenus dans la Citadelle
pour l'affaire du Comte Wolinsky , avoient été jugés
; que plufieurs d'entre eux avoient eû la tête
tranchée , & que les autres , qui avoient été condamnés
à recevoir un certain nombre de coups de
Knout , devoient être conduits en Siberie .
Les derniers avis portent , que le Pacha d'Oczakow,
fait prifonnier par les Mofcovites dans la derniere
guerre , & qui montroit peu d'empreffement
à retourner à Conftantinople , s'eft déterminé à s'y
rendre , fur les affûrances qu'il a reçûës des dispofitions
du Grand Vifir à ſon égard .
ALLEMAGNE.
ON mande de Vienne Blu . 11. du moispaffé , que lorfque l'Ambaffadeur du Grand Seigneur
alla à l'audience de l'Empereur , la marche fe fit.
dans l'ordre fuivant. ནཱ །
Un détachement des Gardes du Corps de S. M.I.
le Kiaya de l'Ambaffadeur , à cheval , précedé de
fes domeftiques à pied ; les chameaux & les mulets.
chargés des préfens de Sa Hauteffe ; les chevaux de
main , que le Grand Seigneur a envoyés à l'Empe
reur , les Chatirs ou Valets de pied de l'Ambañadeur
, marchant deux à deux ; douze de fes Pages
à cheval ; fes Officiers , fes Ecuyers & fix Agas ;
douze chevaux de main , conduits chacun par un
Palfrenier ; les jeunes Turcs de diſtinction , qui ac,
compagnent Gianihi- Ali Pacha dans (on Ambaflade
; l'Interprete Impérial & celui de l'Ambaffadeur,
dans un caroffe des Ecuries de l'Empereur ; ' a livrée
du Comte de Wurmbrand ; le Sécretaire d'Ambasfade
OCTOBRE. 1740. 2303
fade , à cheval , le caroffe de S. M. I. dans lequel
l'Ambaffadeur étoit avec le Comte deWurmbrand &
M. de Mommarts , l'Ambaſſadeur étant feul dans
le fond , le Comte de Wurmbrand fur le devant &
M. de Mommaerts à la portiere . 24. Valets de pied
de l'Empereur marchoient autour du caroffe ,qui étoit
fuivi de plufieurs Pages de l'Ambaſſadeur , & des
Janiffaires que le Grand Seigneur lui a donnés pour
fa garde , & la marche étoit fermée par un déta- .
chement des Gardes du Corps de S. M. I.
L'Ambaſſadeur étant arrivé dans la Sale qui précede
celle d'audience , il s'y arrêta quelque tems
pour faire arranger les préfens de Sa Hauteffe , &
il fut introduit enfuite auprès de l'Empereur , à qui
il préfenta fes Lettres de créance , après avoir baisé
le bas du manteau de S. M. I. Ce Miniſtre en fortant
de l'audience , obferva , fuivant l'ufage , de ne
point tourner le dos à l'Empereur , & il fut reconduit
avec les céremonies accoûtumées ,
Le 10. il rendit fa premiere vifite au Comte de
Harrach , Préfident du Confeil de Guerre , lequel
P'avoit envoyé prendre dans un de fes caroffes par
l'Interprete impérial. Il fut complimenté , en descendant
de caroffe , par le Comte Henri de Daun ,
Premier Confeiller du Confeil Aulique de Guerre ,
& il fut conduit dans la Sale où le Comte de Harrach
l'attendoit . L'Ambaffadeur & le Comte de
Harrach se tinrent debout pendant les premiers
complimens , & s'étant affis enfuite , ils s'entretinrent
enfemble près d'une demie heure. On fervit à
l'Ambaffadeur & à fa fuite une grande quantité de
rafraîchiffemens , & l'Interprete Impérial le reconduifit
en fon Hôtel dans le caroffe du Comte de
Harrach.
part Gianihi-Ali-Pacha avoit été invité de la dè
l'Empereur , à voir un Opera qui fut repréfènté le
GY
4304 MERCURE DE FRANCE
4. du mois paffé fur le Théatre du Palais , mais il n'a
pas voulu y affifter , parce qu'on a refuſé dé lui accorder
le nombre de places qu'il demandoit.
Le 18. le Marquis de Mirepoix , Ambaffadeur du
Roy de France, eut fon audience de congé de S.M.I.
& enfuite de l'Impératrice , & il fut conduit à ces
audiences avec les céremonies accoûtumées. La
Marquife de Mirepoix, fon Epoufe, prit congé deux
jours après de Leurs Majeftés Impériales , & l'Impératrice
lui a fait préfent d'une fort belle aigrette
de pierreries. L'Empereur , felon l'ufage , a donné
au Marquis de Mirepoix fon Portrait enrichi de
diamans.
Plufieurs Turcs de la fuite de l'Ambaffadeur du
Grand Seigneur ayant commis des défordres dans
les Jardins de l'Hôtel d'Oettingen, cet Ambaſſadeur
les a chaffés de chés lui , & il a demandé une escorte
de Troupes Impériales , pour les faire condui
re à Belgrade . Quelques autres de fes domestiques,
qu'il a renvoyés auffi par mécontentement , fe font
portés à divers excès , & ils auroient pouflé plus
loin leur violence , fi on ne s'étoit affûré de leurs
perfonnes.
L'Empereur fe rendit le premier de ce mois à
l'Académie de Mofferen , dans le Jardin de laquelle
on avoit conftruit un Fort qui fut attaqué & défendu
par les Académiftes , & S. M. I. a été fi fatisfaite
de la maniere dont ſe ſont conduits le Commandant
du Fort & celui des Affiégeans , qu'Elle leur a
fait à chacun un préfent.
ITALIE.
N aprend de Rome ,que le 8. du mois dernier,
Fête de la Nativité de la Sainte Vierge , le Pape
tint Chapelle dans l'Eglife de la Madonne du Peuple,
o
2305.
OCTOBRE
. 1740.
ple , & que Sa Sainteté , après avoir entendu la
Meffe , célebrée par le Cardinal Borghese , reçût
Phommage de la Haquenée , que le Connétable
Colonne lui préfenta au nom du Roy des deux Siciles
, ce Seigneur s'étant rendu en Cavalcade du
Palais Farnefe en cette Eglise , précédé de tous les
Feudataires du Royaume de Naples , & fuivi de la
Chambre Secrette , ainfi que des Compagnies des
Chevau Legers & des Cuiraffiers.
L'après midi le Connétable Colonne alla avec tout
fon cortege , prendre le Cardinal Aquaviva au Pa-
Jais d'Efpagne , d'où ils fe rendirent au Cours , &
enfuite au Palais Farneſe , vis - à- vis lequel on tira lé
foir un Feu d'artifie.
Sa Sainteté a nommé le Pere Barberin , Prédicateur
Apoftolique , & ci devant Géneral des Capucins
, à l'Archevêché de Ferrare , & M. Compagnoni
, Auditeur du Feu Cardinal Barberin à l'Evêché
d'Ofimo , dont le Cardinal Lanfredini s'eſt
démis.
Le Pape a fuprimé toutes les penfions accordés.
par fon Prédecefleur fur la Daterie & fur les fonds
des Aumônes.
Le 11. du mois paffé , le Cardinal d'Auvergne
sacra dans l'Eglife du Noviciat des Jéfuites , l'Abbé
Belant, Vicaire Géneral de l'Archevêché de Vienne,
que Sa Sainteté a nommé Evêque de Micene in
Partibus.
Le 18. le Pape donna audience au Duc de S Aignan,
Ambaffadeur du Roy de France , qui le complimenta
de la part de S. M. T. C. fur fon Exaltation au Pontificat
. Il a pris congé du Pape dans cette audience,
& Sa Sainteté lui a envoyé les préfens accoûtumés,
qui confiftent en un Corps Saint , deux baffius d'Agnus
Dei & un Tableau de Tapiflerie de la Manufacture
de S. Michel.
G. vj ·
On
2306 MERCURE DE FRANCE
On a apris en
dernier lieu 2.que le 28
du mois paflé , le Pape fit dans fa Chapelle particuliere
, la Céremonie de benir la Rofe d'or que Sa
Sainteté deſtine à la Reine des deux Siciles , & qui
doit être portée à cette Princeffe par l'Abbé Aquaviva
, neveu du Cardinal de ce nom.
Sa Sainteté donna l'après midi , felon la courume
, la Benediction aux Soldats & aux Bombardiers
du Château S. Ange.
Le Pape ayant réfolu d'établir une Pragmatique
pour la réforme du luxe , Sa Sainteté a ordonné
aux Confervateurs du Peuple Romain , de tenir des
affemblées auxquelles une partie de la Nobleffe asfiftera
, & dans lesquelles on dreffera un Projet de
Réglement à ce fujet . Les Marquis Crefcenzi ,
Teodoli , Montorio , Patrizzi , & le Comte Petroni,
ont été nommés par le Pape pour lui faire raport
de ce qui aura été décidé dans ces affemblées .
Le 6. de ce mois , jour de la Fête de S. Bruno ,
Sa Sainteté célebra la Meffe dans l'Eglife des Chartreux.
On a publié , par ordre du Pape , un Decret qui
regarde l'obfervance du Culte Divin & le refpect
dû aux Eglifes, par lequel il eft ordonné à tous les Supérieurs
des Eglifes , d'y faire célebrer l'Office avec
la décence & la majefté convenables ; de fe conformer
en tout aux Canons des Conciles & aux Décretales
des Papes ; de faire enforte que les Meffes
foient finies le matin à midi , & l'Office du foir au
coucher du Soleil , de ne point permettre que des
femmes vétues immodeftement entrent dans les
Eglifes , & de commettre quelqu'un pour y faire
garder le filence . Le même Decret contient plufieurs
Reglemens concernant l'ufage de la Mufique
dans les Eglifes , & le Pape défend qu'il y en ait à
l'avenir dans les Monafteres aux Prifes d'habit qu
aux Profeffions. NAPLES
OCTOBRE. 1749. 2307
NAPLES.
Na apris par l'Equipage d'un Bâtiment arrivé
de Sicile , que quatre Galeres du Roy , qui
croifent dans les environs de cette Isle , avoient attaqué
trois Galiottes Algériennes , & qu'après un
combat de neuf heures elles en avoient pris une , &
avoient coulé les deux autres à fond.
Une Tartane de Sorento s'eft auffi emparée d'un
Pinque de la même Nation , fur lequel on a fait
trente trois Efclaves qui ont été conduits à Meffine .
La Princeffe dont la Reine eft accouchée le 6.
du mois paffé , a été baptiſée , & elle a été nommés
Marie, Elifabeth , Antoinette de Padowe, Françoife ,
Janvier , Françoife de Paule , Jean Nepomucene , Jofephine
, Onefifore.
Les derniers avis de Naples , portem que les
quatre Galiotes qui croifent fur les Côtes de ce
Royaume pour affûrer la tranquillité de la Navigation
, ont reçû ordre de rentrer dans le Port , ce qui
donne lieu de conjecturer que le Gouvernement eft
convenu d'une Treve avec les Régences d'Alger &
de Tunis.
MALTHE.
N aprend de Malthe que les Galeres de la
Religion, commandées par le Bailly de Tencin ,
qui en eft Géneral , ayant rencontré le 4. Août
dernier une Galiotte Corfaire de Tripoly , le Bailly
de Tencin la fit attaquer par la Galere la S. Nicolas.
Le Chevalier de Blacas d'Aups qui commande
cette Galere, aborda la Galiotte, & s'étant comporté
avec autant de prudence que de valeur , il
s'en rendit maître , après une vigoureufe réfistance
de la part des Ennemis . Il y avoit fur ce
Bâtiment Corfaire douze canons , quatre pierriers
&
t
2308 MERCURE DE FRANCE
& 40. hommes d'équipage , dont quatre ont été
tués & les autres faits Efclaves .
L
} ISLE DE CORSE.
Es derniers avis reçûs de l'Isle de Corſe , marquent
qu'on y faifoit les difpofitions néceffaires
pour refferrer le neveu du Baron de Neuhoff , qui
eft toujours dans les Montagnes , & qui erre decaverne
en caverne, ne vivant que par le fecours de
quelques Bergers des environs ."
Malgré les fréquens exemples de féverité dont
on ufe pour intimider les Bandits , ils n'en conti .
nuënt pas moins leurs brigandages . On conduifit
dernierement à la Baftie trois Rebelles qui étoient
dans les prifons d'Ajaccio , du nombre defquels
eft le neveu du Prévôt de Ziccaro.
Un Armateur Catalan s'eft emparé depuis peu
d'un Vaiffeau Anglois , de vingt piéces de canon ,.
chargé d'huile , de cire & de foye.
On a apris en dernier lieu de la Baftie , que la
plupart de ceux qui étoient reftés attachés au Baron
de Neuhoff dans l'Isle de Corfe, étant ennuyés
de la vie miférable qu'ils étaient obligés de mener,
avoient eû recours à la clémence du Roy de Frande
, & que le Marquis de Maillebois leur avoit accordé
leur pardon , à condition qu'ils fortiroient de
Pisle.
7 On prétend que M. de Larnage a donné au neveu
de ce Baron , & aux vagabonds de fa fuite, une
permiffion tacite de s'embarquer à quelque pointe
de l'Isle , pour aller où ils jugeroient à propos , &
qu'il a bien voulu les difpenfer de venir configner
leurs Armes.
On ne doute prefque plus que le neveu du Baron
de Neuhoff ne foit forti de l'Isle , & on a apris d'A~
jaccio ,
OCTOBRE. 1740 2309
jaccio , que quelques jours avant que la nouvelle
de fon départ fe fût répanduë , il s'étoit rendu pendant
la nuit, avec quelques gens de fa ſuite , à Sainte
Marie d'Ornano , pour y prier M. Luc Ornano ,
de tâcher de lui faire obtenir de M de Larnage
qui commande dans ce Canton , la permiffion de
s'embarquer.
On ne fait pas encore pofitivement fi M. de Larnage
lui a accordé cette permiffion , ou fi il a pris.
fon parti fans l'attendre .
ESPAGNE.
le
N mande de Madrid , que le feu prit le 18.
du mois paffé au Château de Saint Ildefonte ,
dans l'apartement du Majordôme Major de la Maifon
du Roy , avec tant de violence , qu'en 24. heu.
res tous les Bâtimens qui environnent la Cour des
Offices , furent entierement confumés , & que
refte du Château n'a été conſervé que par la précaution
qu'on a prife d'abattre le Pavillon dans lequel
l'Infant Don Philipe logeoir , & qui eft contigu
à cette Cour. Les Officiers qui étoient de gar
de chés le Roy , fe font diftingués par le courage
avec lequel ils fe font exposés dans les endroits les
plus dangereux .
La Galere la Notre- Dame du Mont Carmel , prit
le 23. Août dernier , à la vâë des Côtes d'Angleterre
, une Balandre Angloife de cent tonneaux , dont
la charge eft eftimée oroo. Piaftres , & un autre
Bâtiment de la même Nation , chargé de bois pour
la conftruction des Vaiffeaux.
Un Armateur a conduit à S. Sébastien le Vaiffeau
Anglois l'Esperance , qu'il a enlevé fur les Côtes de
PIsle de Jerfey dans le tems que le Capitaine & la
plus grande partie de l'équipage étoient à terre , &
fur
2310 MERCURE DE FRANCE
fur lequel on a trouvé des Marchandifes pour la va
leur de 8000. Piaſtres .
Don Antoine de la Farga , commandant la Frégate
la Biscayenne, s'eft emparé du Vaiſſeau le Davie,
qui raportoit de la Caroline 660. bariques de ris ,
chacune de s . à 6. quintaux ; 30. planches de bois .
de Cedre , & environ 400. livres de poil de Caftore
Les Lettres de la Havanne du 4. Août dernier ,
marquent que le 26. du mois de Juin Don Manuel
de Montiano, Gouverneur de S. Auguftin de la Flo
ride, ayant fait une fortie avec 170. hommes d'Infanterie
, 20. hommes de Cavalerie , & 80. Indiens,
pour attaquer le port de Mace , qui étoit occupé
par un détachement des Troupes du Géneral Oglethorpe
, il en avoit chaffé ce détachement , après
avoir tué aux ennemis 107. hommes , du nombre
desquels font le Colonel Palme , trois Capitaines &
trois Sous-Lieutenans.
. Les Espagnols ont fait prifonnniers en cette occa →
fion un Adjudant Major,un Capitaine & un Lieutenant
de Cavalerie , un Lieutenant d'Infanterie & 35.
Soldats Anglois, & ils ont enlevé 40. chevaux. Il n'y
a eû de leur côté que 20. hommes de bleffés & 10.
de tués, parmi lefquels eft Don Jofeph de Aguilera .
Les mêmes Lettres , portent qu'un Convoi
étoit entré dans la Place , & que le Général Oglethorpe
, désesperant de pouvoir s'en emparer
avoit levé le Siége .
La perte causée par le feu au Château de Saint
Ildefonse , monte à près de 800000. écus.
GRANDE -BRETAGNE.
Na apris par l'Equipage d'un Vaiffeau , arrivé
des Côtes de France , que l'Escadre qui
étoit à Breft , fous les Ordres du Marquis d'Antín ,
Vice
OCTOBRE. 1740 2318
Vice Amiral étoit partie de la Rade de Breſt le 2.
du mois paffé.
Le Vailleau de Guerre le Rye , a pris dans les environs
du Cap Lezard , & a conduit a Torbay
un Bâtiment étranger , qui a donné la chaffe au
Vaiffeau le Succès , & fur lequel on a trouvé un
grand nombre d'armes à feu .
Le Vaiffeau le Garlan s'eft emparé , dans la Mediteranée
, d'un Armateur Espagnol , qui avoit fait
quelques heures auparavant , une prise Angloise
ass s confiderable .
Un Armateur de la même Nation a conduit à
Cartagene le Vaiffeau le Jaco ' Augustinbourg.
Le Géneral Oglethorpe a dépêché à Londres une
Felouque , pour donnet avis aux Co.nmulaires de
PAmirauté qu'il avoit été obligé de lever le Siége
de S. Auguftin.
On a découvert dans le fond de la Mer près d'Edimbourg
, deux des plus gros Vaiffeaux de la fameuse
Flotte , nommée l'Invincible , qui ayant été…
équipée par le Roy d'Espagne Philipe II . fit naufrage
fur les Côtes du Royaume d'Ecoffe , & on a
tiré d'un de ces Bâtimens , un canon de bronze de
neuf pieds de long , fur la culaffe duquel eft gravée
une Rose entre une F. & une R.
Les dernieres Lettres portent que les Vaiffeaux
de Guerre le Newcastle & le Dauphin , ont conduit
à Plymouth un Armateur Espagnol de 10. canons
& de 40. hommes d'équipage , qu'ils ont pris à la
hauteur de S. Sebaftien , & que la Chaloupe le Page
s'eft emparée près de Douvres , d'une Barque
longue , armée en course par un habitant de la Ĉorogne.
Selon les derniers avis reçûs de la Caroline Mé
ridionale , le Capitaine Edouard Jones , comman
dant un Vaiffeau de 14. canons & de 150. hommes
d'équipage
2312 MERCURE DE FRANCE
d'équipage , s'étoit emparé d'un Bâtiment Espagnol,
mais il a été obligé de le couler à fond , ayant eu
la chaffe d'un Vaiffeau de Guerre de S. M. C. près '
de la Havane.
Dans le tems du départ du Vaiffeau par lequel
on a apris cette nouvelle , ce Capitaine étoit à la
poursuite d'un Armateur qui a fait plufieurs prises
fur les Côtes de la Caroline .
L'Equipage d'un Bâtiment arrivé depuis peu de
Lagos a raporté que le Capitaine Thomas Fucker,
commandant la Chaloupe la Bonite , avoit pris , le
14. du mois dernier , dans les environs de Vigo ,
un Armateur E pagnol qui avoit 8. canons , deux
pierriers & so hommes.
Les Lettres de la Jamaïque , marquent qu'un
Armateur Anglois avoit été pris à la hauteur de
Cartagene par deux Vaiffeaux Espagnols , mais
qu'un autre Armateur de fa Nation , lequel étoit
venu à fon fecours , l'avoit repris & s'étoit emparé
d'un des Bâtimens ennemis .
On aprend de Londres , que fur l'avis qu'on a
reçû que plufieurs Armateurs Espagnols troubloient
la Navigation dans les environs de Douvres , deux
Vaiffeaux de Guerre ont été détachés pour croiser
à la hauteur de ce Port.
Le Capitaine Waheman , Commandant de la
Fregate le Fly , a pris dans les environs de Yarmouth
un Armateur Espagnol , qui avoit 70. hommes
d'équipage .
On mande de Charles Town , que le 22. du
mois de Juillet dernier , il y avoit eu un combat
très-vif , entre un Armateur de la même Nation
& deux Armateurs Anglois , & que le premier
avoit perdu beaucoup de monde , mais que les Anglois
n'avoient pû s'en emparer .
Un Vaisseau de Guerre Anglois a pris un Pinque
Catalan ,
OCTOBRE. 1740
2313
Catalan , fur lequel étoient quelques Soldats de recrue
, deftinés pour P'Isle de Mayorque.
Le Vaiffeau le Charmant Sally , commandé par
le Capitaine Watson , & le Vaiffeau les Deux Freres
, commandé par le Capitaine Ray , font tom❤
bés entre les mains des Espagnols.
e
EPITRE
De l'Amour à la Raison.
Dis-moi , Tiran des crédules Mortels ,
Idole fier de quelques vains Autels ,
Reste fatal des trésors de Pandore , *
Charme inconnu , que la Folie adore ,
Phantôme orné du titre de RAISON ,
Mais dont j'espere abolif jusqu'au nom ,
Certain avis vient de troubler m'a joye.
Parle , répons. Que faut- il que j'en croye
Si le dessein ne tend qu'à me noircir ,
Ecoute bien ; car je veux m'éclaircir.
Un Méssager , député de Cythere ,
Vient de me rendre un billet de ma Mere
Où fon chagrin , mieux peint que fon amour ,
Dit par ces mots qu'il faut venger fa Cour ·
* L'Amour fupose qu'au fonds de la boëtte de Pandore
la Raison refta , fous le nom de l'Esperance..
» Aprene
1314 MERCURE DE FRANCE
Aprens , mon fils , feul apui de mon Trône ,
Que la Raison en veut à ma Couronne ,
» Et qu'entre ceux que j'avois enchantés
» Il eſt déja des ſujets révoltés.
" Chaque moment m'annonce une victoire .
» Prends ma défense , ou renonce à la gloire
Fais tes efforts ; & pour mieux triompher ,
Saisis le Monstre afin de l'étouffer ....
>
C'en eft assés pour armer ma vengeance.
Oiii , je fæurai mettre d'intelligence
Nos interêts , ma gloire & tes desirs :
Et de tes maux naîtront tous mes plaisirs,
Jusques ici rebelle à la nature ,
Tu fis entendre un insolent murmure
Qui hautement décriant mes exploits ,
M'attestoit trop le mépris de mes Loix.
Depuis long- tems tu machines ma perte ;
Mais n'attens rien , ta fraude eft découverte.
J'ai tout apris. J'en connois les refforts .
Gens odieux , prétendus Esprits forts ,
Comme en détours , fertiles en sistêmes ,
Mais plus adroits à fe tromper eux- mêmes
Leurés qu'ils font d'un chimerique espoir ,
S'offrent à toi , fouvent fans le vouloir.
Déja livrés le torrent les entraîne .
Avec plaisir chacun forge fa chaîne .
Et peu fenfible , en prenant le poison ,
OCTOBRE. 2319 1749
devient fou , par force & par raison .
Lors contre moi le ligue la cabale .
Mes coups manqués , la fierté me ravale,
» Je suis , dit- on , l'ennemi du repos :
» Suivi des ris , mais escorté des maux.
» Si j'ai blessé quelque aimable Jeunesse ,
» Son feu bientôt s'éteint dans la tristeſſe .
» Je fuis injuste , ambitieux vainqueur , 20
• Maître absolu , quand je fuis dans un coeur :
» Parjuce outré , fi c'eſt mon avantage ,
Et dans mes droits j'ai le crime en partage .
Ainfi l'on peint , fans qu'il y manque un trait ,
Sous un Amour , un Diable tout parfait.
Qu'importe au refte 1 ) eft encor des armes ,
Et les Beautés me prêteront leurs charmes .
Oui , je veirai , loin d'un honteux courroux ,
Baiser les mains d'où partiront mes coups .
J'aurai des voeux ; & vantant mon adresse ,
Plus d'un rocher sentira la tendreffe .
Par des douceurs je fçaurai me venger ,
Et m'aplaudir , pour te faire enrager .
Sur tout , crois- moi , redoute bien ces fêtes
Où mes plaifirs t'enlevent des conquêtes.
Tu fçais que là fe perdant ton crédit ,
De tes avis l'usage eft interdit.
Là , malgré toi , regne un excès de flâmes ,
Qui plaît aux corps , fans trop gêner les ames :
Et
1316 MERCURE DE FRANCE
Et , ce qui plus fait rechercher mes biens
La liberté s'y trouve en mes liens ...
Mais quoi ! ... J'entens ... Adieu . Combats mon
vice.
Prens pour foûtiens le Dépit , le Caprice.
Va t'oposer à des desirs naiffans >
Et t'affervir d'aveugles partisans .
Dans les douleurs de tes tristes victimes
Fais s'il le peur , expier tous mes crimes.
Je dis bien plus. Va tourmenter les Dieux.
Blânte leur fen , puisqu'il t'eft odieux ;
Ou, fi le vrai cede à l'erreur commune ,
Laiffe P'Amour jouir de fa fortune ,
Et comme auteur de mille biens divers
Laisse l'Amour gouverner l'Univers .
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &c.
que
E
IS. du
mois
paffé
, M.
de Lezze
Amballadeur
ordinaire
de
la Républide
Venise
, eut
une
Audience
de
S. A.
R.
Madame
la Ducheffe
d'Orleans
, & le 19 .
le Prince
de Lichtenstein
, Ambaſſadeur
de
l'Empereur
, eut
fon
Audience
de congé
de
cette
Princeffe
, Ces
deux
Ambaffadeurs
furent
OCTOBRE . 1740 2317
rent conduits à ces Audiences par le Chevalier
de Saintot , Introducteur des Ambassadeurs.
Le 2. de ce mois , le Roy figna le Contrat
de Mariage d'entre Louis - François
Comte de Maugiron , & Marie - Françoise
de Saffenage, Fille aînée du Marquis de Saffenage
, Lieutenant Géneral de la Province de
Dauphiné , Brigadier des Armées du Roy,
Le Roy arriva à Fontainebleau le 23. du
mois paffé , & la Reine s'y rendit le lendemain.
Monseigneur le Dauphin y étoit arrivé
le 20. & Mesdames de France , le 22 .
Le 4. de ce mois après midi , la Reine ,
accompagnée des Dames de fa Cour , fe rendit
à l'Hôpital de la Ste Famille , où on célébroit
la Fête de Saint François , & S. M.
y affifta au Salut.
Le même jour , l'Envoyé Extraordinaire
du Roy de Pruffe eut fa premiere Audience
de Mesdames de France , & il y fut conduit
par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 9. du même mois , l'Evêque de Comminges
fut facré dans la Chapelle du Séminaire
de S. Sulpice , par l'Archevêque de
Toulouse,
2318 MERCURE DE FRANCE
Toulouse , affifté des Evêques de Beauvais
& de Carcaflonne.
M. de Lamberval , Capitaine d'une des
Compagnies du Régiment des Gardes Françoises
, a été nommé Lieutenant de Roy &
Commandant de la Ville de Bayonne , à la
place de M. d'Adoncourt , mort depuis peu .
Le 13. pendant la Meſſe du Roy , l'Evêque
de Comminges prêta Serment de fidélité
entre les mains de S. M.
Le 15. la Reine , accompagnée des Dames
de fa Cour , fe rendit à l'Eglise des Carmes
des Baffes Loges , où on célébroit la Fête de
Ste Therese , & S. M. y affifta aux Vêpres
& à la Bénédiction du S. Sacrement.
Le 18. la Reine retourna à la même Eglise
entendre le Salut.
Le 4. Octobre , les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau la Tragédie
de Medée , & la petite Piéce du Rendezyous.
Le 6. l'Andrienne & la Pupile.
Le 11. Zulime & le Fat Puni.
Le 13. La Metromanie & la Serenade.
Le 18. la Tragédie d'Amasis , après laquelle
, le fieur Rinaldi Fossano & la Dlle
fon Epouse danserent une Pantomime guerriere
OCTOBRE. 1740 2319
riere ; on joüa ensuite le Mariage Forcé ,
après lequel les mêmes Danseurs exécuterent
la Pantomime de la Jardiniere.
Le 20 la Surprise de l'Amour , & la petite
Comédie de l'Oracle , les mêmes Danseurs
donnerent à la fin de ces deux Piéces
la Pantomime du Corsaire , & celle de l'Hydropique.
Le 25. le Cid , & les Précieuses Ridicules.
Le 27. le Préjugé à la Mode , & la petite
Comédie de la Magie de l'Amour,de M. Au
trean.
Le premier du même mois , les Comédiens
Italiens représenterent auffi à la Cour , la
Comédie des Amans Réunis , & celle de la
Jalousie Imprévue , lesquelles furent fuivies
du Ballet des Rendez vous Nocturnes.
Le 8. le Double Mariage d'Arlequin , excellente
Comédie Italienne , & l'Amant Au
teur & Valet ; la Dlle Roland & le fieur Potiers
exécuterent dans les Entre - actes de la
premiere Piéce , le Ballet des Paysans Anglois
, dans lequel le fils du fieur Potiers, âgé
de 6. ans , dansa differentes Entrées avec
beaucoup de grace . Les mêmes Danseurs
exécuterent à la fin de la petite Piéce , un
Ballet des plus gracieux ; ils l'avoient déja
dansé fur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne.
I L
2320 MERCURE DE FRANCE
C
Le rs . les Fausses Confidences , & le Je ne
fçais quoi. Le fieur Rechart de Bouillac , nouveau
Chanteur , joüa le Rôle du Musicien
dans la petite. Piéce. Les mêmes Danseurs
Pantomimes , exécuterent ensuite les mêmes
Entrées qu'ils avoient déja données .
Le 8. Monseigneur LE DAUPHIN & MESDAMES
, honorerent ce Spectacle de leur
présence
Le 22. le Superstitieux , après lequel on
dansa l'ingénieux Ballet des Filets de Vulcain.
Le nouveau Chanteur joüa le Rôle d'Amoureux
dans la premiere Piéce avec aplaudiffement.
Le 29. les Deux Anneaux Magiques , Comédie
Italienne , & l'Ecole des Meres.
Le 26. Septembre , la Cour étant à Fontainebleau
, il y eut Concert chés la Reine ,
Made Blamont , Sur- Intendant de la Musique
du Roy , fit chanter l'Opera d'Hesione
de M. Campra , qu'on continua le 28. Les
principaux Rôles furent très - bien remplis par
les Dlles Romainville & Huguenot , & par
les fieurs d'Angerville , Ducros , Godoneche
, le Begue & Poirier.
Le 3. Octobre on concerta devant la Reine
le Prologue & le premier Acte de l'Opera
d'Armide , lequel fut continué le s . & le 12,
Les Rôles furent chantés par les mêmes Sujets
OCTOBRE. 1740 2325
jets qu'on vient de nommer , & par les Dlles
Abec , d'Aigremont & Deschamps , & par
les fieurs Richer , Poirier , le Cler , d'Aigremont
& Jelyot ; ce dernier chanta , pour
terminer le Concert , une Cantatille de M.
Rameau , L'objet qui régné dans mon ame &c.
qui fit beaucoup de plaisir.
Le 17. la Reine fouhaita d'entendre le Prologue
& le premier Acte de l'Opera d'Atys
, qui fut continué le 24. & le 26. Les premiers
Rôles furent chantés par les mêmes
Sujets , par la Dlle Mathieu & par les fieurs
Dubourg & Tavernier. La Dlle Huguenot
chanta , à la fin du Concert , avec beau
coup de précifion , une Cantatille de M. de
Blamont, Des Lieux les plus charmans la triftelle
s'empare &c. dont S. M. parut trèsfatisfaite.
Dans le Mercure du mois de Decembre
1739. fecond Voluine . p. 3112. nous avons
parlé de la belle Eftampe , fous le titre de la
Gouvernante , parfaitement bien gravée , par
M. Lepicié , d'après un excellent Tableau
de M. Chardin. Nous avons ajoûté les Vers
de M. Lepicié mis au bas de la même Estampe.
Ces Vers furent , peu de tems après ,
traduits fort heureusement
en Vers Latins ,
par un Auteur Anonyme , & ils étoient desinés
à paroître dans le Mercure. Mais on ne
I ij fçait
2922 MERCURE DE FRANCE
fçait par quel accident ils fe trouvent éga
rés , en forte qu'il nous a été impoffible de
les retrouver : fur quoi l'Auteur eft prié
de vouloir nous les renvoyer pour remplir
leur deftination. Nous ajoûtons ici dans cer
esprit les Vers François , qui ont donné lieu
à la belle Composition Latine de cet Auteur.
Malgré le minois hypocrite ,
Et l'air foumis de cet Enfant
Je gagerois qu'il prémédite
De retourner à fon Volant.
LE CATALOGUE des Livres de feu M. Levèsque
de Gravelle , Doyen de la Chambre
des Comptes , paroît chés Martin Pere &
Fils , rue S. Jacques , à l'Etoile. Ce Livres
fe vendront à la S. Martin prochaine.
MORTS ງ
NAISSANCE
& Bateme.
Na omis d'inserer dans ce Journal , la mort
du Marquis de Montrevel , mort dans le mois
de Janvier de cette année , dans une de fes Terres
près de Mâcon , dans un âge assés peu avancé. Il
étoit Maréchal de Camp.
On a apris de Vienne qu'une femme y étoit
morte au commencement du mois passé , agée de
103. ans accomplis.
Jean
OCTOBRE. 1740. 2323
Jean-Joseph de Berthet , Marquis de Gorze ,
Seigneur du Cleron , de Mole , de Senecé & autres
Lieux , mourut , dans un âge avancé , le 17.
Juillet dernier , au Château de Gorze , laiffant deux
Garçons , dont l'aîné eft Capitaine de Cavalerie
& le Cadet Capitaine d'Infanterie ; & une Fille ,
veuve du Comte de Chavane , Capitaine au Regiment
de Poitou . Le Marquis de Gorze fut d'abord
Capitaine au Regiment de Piemont , ensuite Colonel
d'Infanterie. Il avoit été attaché au grand
Prince de Condé en qualité de Gentilhomme Honoraire
, comme il l'a été consécutivement aux
deux Ducs de Bourbon , fes fils & petit- fils . Il est
parlé de fon Pere , de lui & de fa Maison , dans les
Mercures de Janvier 1695. d'Avril , Mai , Juin &
Juillet 1709.
Le nommé Bernard Sarret , Marchand de Liqueurs
, mourut au Mont de Marsan , le 13. Août
dernier , âgé de 105. ans.
Le 28. D. Jeanne Picquet , veuve en fecondes
noces depuis 1724. de Charles de Lacoré, Seigneur
de S. Ouin , Auditeur ordinaire en la Chambre des
Comptes de Paris, mourut âgée de 81. ans , laiffant
de feu Antoine Bonneau , Sécretaire du Roy & de
fes Finances , & Payeur des Rentes de l'Hôtel de
Ville de Paris , fon premier mari , une fille mariée
avec Charles Etienne de Lacoré , Seigneur de S.
Ouin , fon beau fils , ancien Capitaine de Cavalerie
& Maréchal des Logis du Roy. La défunte étoit
fille de N. Picquet,vivant ancien Echevin, & Quartinier
de la Ville de Paris , & de Jeanne Hamelin .
Le 2. Septembre , Jean-Baptifte d'Arrot , Marquis
de la Poupeliniere , autrefois Officier dans le
Régiment du Roy , mourut dans fa Terre des Radrets
en Vendomois , âgé d'environ 56. ans . Il étoit
Els de Jacques- Claude d'Arrot , Marquis de la Pou-
Iiij peliniere
2324 MERCURE DE FRANCE
peliniere & d'Ervaux en Poitou , Seigneur des Radrets
, Chambes , la Rouffeliere &c. premier Cornette
de la Compagnie des Chevau - Legers de la
Garde du Roy , & de défunte Louise Françoise
Laugeois , qui avoit épousé en fecondes nôces Anne-
Hilarion de Coftentin , Comte de Tourville ,
Vice-Amiral & Maréchal de France , & il avoit été
marié le 22. Mai 1730. avec Marie- Anne - Laurence
Meffageot , fille de Lurent Meffageot , Conseiller
, Secretaire du Roy & de fes Finances , & de
Marie de Lory , fa feconde femme. Il n'en laiffe
point d'enfans. Il avoit eu pour four Marie- Louise
d'Arrot de la Poupeliniere , qui avoit été mariée
le 17. Juillet 1704. avec Augufte Pouffart du Vigean
, Marquis d'Anguitart & qui mourut le 12.
Juillet 1718 laiffant pofterité.
Le 7. Jean-Jacques le Vayer , Seigneur des Châtellenies
de S. Denis des Sables & de la Daviere en
Viffay , Jauzay , S. Cellerin , Rouperoux & c . Maître
des Requêtes honoraire de l'Hôtel du Roy , &
ci-devant Préfident du Grand Conseil , mourut à
Paris âgé de 62. ans , étant né le 12. Septembre
1678. Il avoit été d'abord reçû Conseiller au Par
lement de Paris , & Commiflaire aux Requêtes du
Palais le 10. Mai 1702. depuis il fut reçû Maître des
Requêtes le 15. Janvier 1708. & enfin Préfident du
-Grand Conseil le 23. Fevrier 1720 Il fe démit
alors de fa Charge de Maître des Requêtes. Il avoit
été marié le 20. Août 1708. avec Anne- Louise du
Pin , fille unique de feu François du Pin , Inten
dant des Maison , Finances & affaires de la Ducheffe
Douariere de Brunswich Hannover , & de Marie-
Catherine - Therese Moreau. Il en laiffe un fils
Maître des Requêtes depuis 1737. dont il a été
déja parlé dans le Mercure de Juillet 1738. en ra,
portant la mort de fon Ayeul , pere de celui qui
L vient
OCTOBRE. 1740: 2329
vient de mourir , p. 1658 On a auffi annoncé dans
le Mercure de Mars 1739. p. 614. la mort de la
fille aînée du Président le Vayer.
Le même jour , D. Magdeleine- Nicole Guymont,
fille d'Hervé Guymont , Ecuyer , Sieur de Cleaumont
, & de Magdeleine le Normant & veuve de
Barthelemy Thoynard . Seigneur d'Ambron , Trovigny
, Lieutenant Criminel au Bailliage & Siége
Présidial d'Orleans , dour elle fut la troifiéme femme
, & avec lequel elle avoit été mariée le 30. Octobre
1690. mourut à Orleans âgée d'environ 72 .
ans , ne laiffant que deux filles , qui font Marie-
Magdeleine Thoynard , non mariée , & Louise
Thoynard , mariée le 23. Fevrier 1724. avec Gilbert
Carpentier , Seigneur de Crecy, en Nivernois,
dont elle a des enfans.
Dame Marie - Magdeleine de Fortia , Epouse de
Meffire Claude de la Michodiere , Conseiller d'honneur
au Parlement , mourut le 27. Septembre ; elle
étoit fille de Joseph Charles de Fortia , Conseiller
d'Etat Ordinaire , & de D. Magdeleine
Thomas.
Le même jour, M. Charles du Plessis d'Argentré, da
Diocèse de Rennes , Evêque , Vicomte & Seigneur
de Tulles , Abbé Commandataire de l'Abbaye de
Ste Croix de Guemgamp , Ordre de S. Auguftin ,
Diocèse de Treguier , depuis le 24. Decembre 1699 .
& Docteur en Theologie de la Faculté de Padu
ris , de la Maison & Societé de Sorbonne ,
29. Mars 1700 mourut d'apoplexie en fon Diocèse
, âgé d'environ 68 ans . Il avoit été un des
Députés du fecond Ordre de la Province de Tours
à l'Affemblée Génerale du Clergé de France de
1705. Il obtint au mois de Mars 1709. une Charge
d'Aumônier du Roy , & il affifta en cette quaité
au Sacre du koy Régnant,le 25. Octobre 1722 .
I iiij II
326 MERCURE DE FRANCE
Il étoit alors le Doyen des Aumôniers du Roy ; ce
fut lui qui fut chargé de continuer la Neuvaine que
S. M. avoit commencée après fon Sacre , devant la
Chaffe de S. Marcoul dans l'Eglise de l'Abbaye de
S. Remi de Rheims . Il fut nommé le 19. Octobre
1723. à l'Evêché de Tulles , qui fut préconisé &
proposé pour lui à Rome les 27. Septembre 1724•
& 18. Avril 1725. Il fut ensuite facré le 10. Juin
dans la Chapelle du Séminaire de S. Sulpice à Paris,
par l'Archevêque de Toulouse , affifté des Evêques
de Vence & de Bazas , & le 17. du même mois , il
prêta ferment de fidélité entre les mains du Roy ,
dans la Chapelle du Château de Chantilly. Il affiffa
dans la même année y à l'Affemblée Génerale
du Clergé de France , étant un des Députés du premier
Ordre pour la Province de Bourges.
Le premier Octobre , Louis - Antoine d'Ifari de
Villefort de Montjeu , Prêtre du Diocèse de Cambray,
étant né à Valenciennes , Docteur en Théologie ,
Abbé Commandataire de l'Abbaye de Notre Dame
de Diloc , Ordre de Prem. Dioc. de Sens , depuis
le 24. Decembre 1710 Grand Doyen & Chanoine
de l'Eglise du Mans , & ci- devant fucceffivement
Archidiacre & Chanoine de l'Eglise de Viviers , &
Chanoine de l'Eglise & Grand Vicaire du Diocèse
de Rheims , mourut à Paris dans la 44. année de
fon âge. Il avoit pour freres & foeurs , actuellement
vivans ,
1. Etienne-Joseph d'Ifarn de Villefort de Montjeu
, Marquis d'Hauffy , Seigneur de Chauvigny
& de Bonrepos , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Brigadier des Armées du Roy , de la
promotion du 20. Février 1734. Gouverneur de
Guerande , & du Croific , ci- devant l'un des quatre
Gentilshommes de la Manche du Roy , & ancien
Colonel du Régiment d'Infanterie de Forêt
qui
9
OCTOBRE . 1740. 2327
qui eft marié avec Jeanne- Therese de Launoy de
Penkrec , d'une Noblesse de l'Evêché de Treguier,
de laquelle il n'a point d'enfans .
2. Louis - François d'Ifarn de Villefort de Montjeu
, Seigneur de Leftang , Chevalier des Ordres
Militaires de S. Louis , de Notre Dame du Mont-
Carmel , & de S. Lazare de Jérusalem , nouvellement
Gouverneur de la Citadelle de Valenciennes,
ci-devant Lieutenant des Grenadiers au Régiment
des Gardes Françoises , & qui fut bleffé dangereusement
au dernier Siége de Philisbourg , à l'attaque
de l'Ouvrage à Corne. Il a épousé Marguerite-
Louise Billouart de Kervazogan , de laquelle
il a des enfans.
3. Jean Jacques d'Ifarn de Villefort de Montjen ,
Prêtre , Chanoine Régulier de l'Abbaye Royale de
S. Victor de Paris , & Prieur de Montbeon , Diocèse
de Sens , depuis 1717.
4. Louis François d'Ifarn de Villefort de Montjeu
, Prêtre , Chanoine de l'Eglise du Mans , Prieur
de S. Marcel- lès - Argenton en bas Berri .
5. Philipe d'Ifarn de Villefort de Montjeu , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem , Mestre
de Camp Lieutenant du Régiment de Cavalerie de
Clermont Prince,depuis le 20. Octobre 1734. & cidevant
Enseigne au Régiment des Gardes Françoises.
6. Marie- Barbe de Villefort de Montjeu , veuve
depuis 1723. d'Abraham de la Fitte , Marquis de
Pellapore , Seigneur de Pagny & de Chevillon ,
Lieutenant Géneral des Armées du Roy , Gouverneur
des Ville & Citadelle de Mont- Louis & des
Plaines de Capsi & de Puicerda.
7. Marie- Barbe d'Ifarn de Villefort de Monjeu ,
fille.
8. Et Susanne- Edmonde d'Ifarn de Villefort de
Montjeu , Religieuse profeffe de l'Abbaye de Go-
I v mer2328
MERCURE DE FRANCE
merfontaine, Ordre de Cîteaux, Diocèse de Rouen,
& actuellement Abbeffe de celle d'Argensoles du
même Ordre , Diocèse de Soitfons , à laquelle elle
fut nommée au mois de Fevrier 1735.
Ils font tous enfans de feu Jacques - Joſeph d'Ifarn
de Villefort de Montjeu , Seigneur d'Hauffy , de
Ruenes & de Mortry,Confeigneur des Ville & Châ
teau de Villefort & des Vans en Languedoc , Che
valier de l'Ordre Militaire de S. Louis , ci-devant
Major des Villes de Valenciennes & de Mons , &
Capitaine d'une Compagnie de Dragons , mort le
24. Septembre 1708 & de Marie Susanne de Vali
court , à présent fa veuve , & Sous - Gouvernante
des Enfans de France . L'Abbé de Villefort qui vient
de mourir , & fes Freres & Soeurs , ont eu pour
Oncle Louis-François d'Ifarn de Villefort de Montjeu
, Seigneur de Couffac , apellé le Chevalier de
Villefort , Brigadier des Armées du Roy , & Com
mandant à Charleroi , mort en 1710. La Maison
d'Harn , qui eft d'une ancienne Nobleſſe originaire
de Rouergue , porte pour Armes , de gueules à un
Lion d'or.
12 .
Le 10. Dlle Marie- Jeanne- Felice- Rosalie Potier
de Gesures , Marquise de Blerancourt , Châtelaine
de Coucy , Baronne de Montjay , Dame de Bretigny
, de S. Leonard des Bois , &c. mourut à Paris
âgée de 83. ans & 2 1. jours , étant née le 20. Septembre
1657. Elle fut enterrée le dans l'Eglise
des Celeftins de Paris , dans la Chapelle de la Sepulture
de fa Maison . Elle étoit fille de Leon Potier
de Gesvres , Duc de Tresmes , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roy , Premier Gentilhomme
de fa Chambre & Gouverneur de Paris ,
le 9. Decembre 1704. à l'âge de 84. ans , & de
Marie- Françoise- Angelique du Val de Fontenay-
Mareuil, fa premiere femme , morte le 4. Octobre
mort
170 .
OCTOBRE 1749. 2329
1702. âgée de 70. ans La Généalogie de la Maison
de Potier eft raportée dans l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne. Tom. 4. p 7586
Le même jour , Antonin de Baudoüin dû Pas¸
Seigneur , en partie , de Brion , Lieutenant Colo
nel du Régiment de Conti , Cavalerie , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , mourut à
Paris âgé de 58. ans .
Le 3. Septembre les Cérémonies du Batême furent
fuplées dans l'Eglise de S. Euftache, à Adrienne-
Emilie-Felicité , née & ondoyée le 29. Août pré
cedent , Fille de Louis - César de la Baume le Blanc,
Duc de Vaujours - la- Valliere , Pair de France
Gouverneur & Grand Sénéchal de la Province de
Bourbonnois , Brigadier des Armées du Roy & Co.
lonel d'un Régiment d'Infanterie de fon nom , &
de D. Anne - Julie- Françoise de Cruffol d'Usez, fon
Epouse .
On a apris de Naples , que la Reine des deux Siciles
étoit accouchée d'une Princeffe , le 6. du mois
passé.
Le Roy a apris par un Courrier que le Marquis
de Mirepoix a dépêché de Vienne le 20. Octobre ,
& qui eft arrivé à Fontainebleau le 30. au matin ,
que l'Empereur, étoit mort la nuit du 19. au 20.
après une maladie de huit jours.
A
ARRESTS NOTABLES.
A
que les RREST du 29. Mars , qui ordonne
Vaffaux qui auront rendu leur foy et hommage
entre les mains de M. le Chancelier , ou aux Cham-
I vj
bres
2330 MERCURE DE FRANCE
bres des Comptes , seront tenus de se pourvoir par
Requête aux Bureaux des Finances , pour avoir
main levée des saifies féodales qui pourront avoir
été faites à la requête du Procureur du Roy auxdirs
Bureaux ; sans qu'il puiffe néanmoins être perçu
aucunes épices ni autres droits pour raison des jugemens
de reconnoiffance des Vassaux , main-levée
des saisies féodales , et liquidation de frais .
AUTRE du 10. Avril , dont la teneur fuit.
Sur ce qui a été repréſenté au Roy étant en fon
Confeil,par les Libraires de Paris, intéreffés au Pri i
lege accordé par S. M. pour l'impreflion du Dictio
naire Univerfel , connu fous le nom de Dictionaire
de Trevoux , & du Dictionaire Hiftorique de Morery
; qu'au mépris des Réglemens & Arrêts concernant
la Librairie & Imprimerie , & des Privileges.
accordés par S. M. différens Libraires du Royaume ,
même des Particuliers , débitent des Editions contrefaites
defdits Dictionnaires & autres Livres ; &
que notamment il a été débité des Soufcriptions
propofées par le nommé Antoine, Libraire à Nancy,
pour une nouvelle Edition du Dictionaire Univerfel
, connu fous le nom du Dictionaire de Trévoux;
ce qui eft un abus d'autant plus repréhenfible , que
le débit des Editions de ce Livre , autres que celles
faites en conféquence du Privilege de S. M. étant
abfolument défendu dans le Royaume , c'eft une in.
fidelité de recevoir l'argent d'une Soufcription qu'on
fçait ne devoir pas avoir fon effet ; puifque ceux qui
débitent lefdites Soufcriptions, n'ignorent pas que
nombre d'Exemplaires d'une précédente Edition
faite à Nancy par ledit Antoine , ont été confifqués
au profit des Libraires de Paris inréreffés au Privilege
dudit Livre , par Arrêt du Confeil d'Etat du ›
18. Mai 1736. lefdits Libraires intéreffés requeroient
qu'il
OCTOBRE . 1746. 233 %
qu'il plût à S. M. fur ce , leur pourvoir . Qui le
Rapport : Le Roy étant en fon Confeil , de l'avis de
M. le Chancelier , a ordonné & ordonne que les
Arrêts & Réglemens concernant la Librairie & Imprimerie
, feront exécutés felon leur forme & teneur
; en conféquence fait défenfes S. M. aux Libraires
Imprimeurs , & à toutes autres perfonnes
de quelque qualité & condition qu'elles foient , de
recevoir ni débiter aucunes Soufcriptions de Livres
contrefaits fur ceux pour lesquels il a été accordé
des Privileges : Ordonne S. M. que les Libraires &
autres perfonnes qui fe trouveront avoir délivré des
Soufcriptions pour le Dictionaire Universel qui
s'imprime chez Antoine , Libraire à Nancy, feront
tenus de retirer lefdites Souſcriptions , en rendant
aux porteurs la fomme qu'ils auront reçûë ; & en
confirmant en tant que de befoin feroit les Privileges
accordés aux Libraires pour le Dictionaire Univerfel
, connu fous le nom de Trévoux , & le Dictionaire
Hiftorique de Morery : Fait S. M. très- expreffes
inhibitons & défenfes d'en débiter dans le
Royaume d'Impreffion contrefaite , fous les peines
portées par lefdits Privileges. Enjoint S. M. aux
Sieurs Intendans , Commiffaires départis dans le
Royaume , de tenir la main à l'execution du prefent
Arrêt , &c.
AUTRE du 11. concernant l'entrée des Livrés
venant des Pays Etrangers, par lequel le Roy étant
en fon Confeil , de l'avis de M. le Chancelier , a
ordonné & ordonne que les articles LXXV. &
LXXVI. du titre XI . du reglement de la Librairie
& Imprimerie de Paris , feront executés : Fait S. M.
iteratives défenſes aux Libraires étrangers ou forains
, d'envoyer & de vendre leurs Livres en cette
Ville de Paris , à d'autres qu'aux Libraires ; d'y avoir
des
2332 MERCURE DE FRANCE
des Magafins ou entrepoſts pour les faire débiter pa
des commiffionnaires , & à tous Libraires , Imprimeurs
, Relieurs & autres , de leur prefter leur nom
à cet effet , ni de faire aucunes factures par raport
auxdits Livres, pour les envoyer à des Libraires de--
meurant dans les autres Villes du Royaume , ou
dans les Pays Etrangers ; à peine de confifcation
defdites marchandifes , & de soo livres d'amende
contre ceux qui fe feront chargés de les vendre .
Ordonne S. M. aux Syndic & Adjoints de la Librairie
de Paris , d'arrefter les exemplaires des Livres
imprimés dans les pays étrangers , & envoyés à
Paris pour le compte defdits Libraires étrangers ou
forains , au préjudice des marchés faits avec les Libraires
de Paris , & avant qu'on leur ait envoyé le
nombre d'exemplaires qui leur ont été vendus , efchangés
ou autrement promis ; en juſtifiant par leſdits
Libraires de Paris , des marchés ou conventions
qu'ils auront faits avec les Libraires étrangers ou
forains , & moyennant la déclaration qu'il n feront
fur le Regiftre de la Chambre Syndicale , lefquels
exemplaires apartenans aux Libraires forains
ou étrangers , ne feront vendus que lorsqu'ils auront
rempli les engagemens pris avec les Libraires
de Paris.
3T
DECLARATION DU ROY , du 19. Juin. Pour
la continuation du Droit annuel , accordée aux Officiers
de Judicature , Police & Finances , pendant
neuf années , qui commenceront le premier Janvier
1741. & finiront le dernier Decembre 1749 .
ARREST DE LA COUR DU PARLEMENT ;
du 9. Juillet. Concernant les Vagabonds & les Mandians
, dont voici la teneur.
Veu par la Cour la Requête à Elle prefentée par
Je
OCTOBRE. 2333 1740. 1740.
Je Procureur General du Roy, contenant que la fituation
où le font trouvées l'année dernière quelques
Provinces du Royaume dans lefquelles la Recolte
n'a pas été abondante, ayant fervi de prétexte
à plufieurs Vagabonds , quoiqu'en état de gagner
leur vie par leur travail , de s'adonner , font à la
fainéantife, foit à la mandicité , l'oifiveté & le libertinage
fe font tellement accrûs dans cette Ville , et
dans plufieurs autres Villes du Royaume , ainfi que
dans les Campagnes , qu'il feroit à craindre qu'un
exemple fi contagieux ne s'accrût encore , s'il n'y
étoit promptement pourvû ; que l'experience de
l'année derniere , où dans le tems de la recolte on
fe trouva dans une grande difette d'Ouvriers , pendant
que les Campagnes & les Villes étoient rem
plies de Mandians valides & de Vagabonds , eſt un
nouveau motif pour engager le Procureur General
du Roy à recourir à l'autorité de la Cour dans un
tems ou , étant à la veille de la Recolte , il fe trouverra
tainement aflés d'ouvrages pour occuper
ceux qui feront en état de travailler . A ces Caufes
requeroit le Procureur General du Roy, qu'il plût
à la Cour ordonner que les Ordonnances , Edits &
Declarations rendues à ce fujet , feroient executés
felon leur forme & teneur , &c. Oui le Raport de
Me. Pierre Langlois , Confeiller , tout confideré :
La Cour ordonne que les Ordonnances , Edits &
Déclarations des années 1350. 1536. 1547. 1639.
1661. 25. Juillet 1700. 18. Juillet 1724. & les Arrefts
de la Cour des 5. Fevrier 1535..27 . Novembre
1659. 8. Février 1663 , et autres concernant les
Mandians , et notamment les Mandians valides ,
enfemble les Ordonnances , Edits et Declarations
concernant les Vagabonds et Gens fans aveu , Bohemiens
et Bohemiennes , et notamment celles de
1560. Decembre 1660. Decembre 1666. et 27.
Λούτ
2332 MERCURE DE FRANCE
des Magafins ou entrepofts pour les faire débiter pa
des commiffionnaires , & à tous Libraires , Imprimeurs
, Relieurs & autres , de leur prefter leur nom
à cet effet , ni de faire aucunes factures par raport
auxdits Livres, pour les envoyer à des Libraires de--
meurant dans les autres Villes du Royaume , ou
dans les Pays Etrangers ; à peine de confifcation
defdites marchandifes , & de 5oo livres d'amende
contre ceux qui fe feront chargés de les vendre .
Ordonne S. M. aux Syndic & Adjoints de la Librai
rie de Paris , d'arrefter les exemplaires des Livres
imprimés dans les pays étrangers , & envoyés à
Paris pour le compte defdits Libraires étrangers ou
forains , au préjudice des marchés faits avec les Libraires
de Paris , & avant qu'on leur ait envoyé le
nombre d'exemplaires qui leur ont été vendus , efchangés
ou autrement promis ; en juftifiant par leſdits
Libraires de Paris , des marchés ou conventions
qu'ils auront faits avec les Libraires étrangers ou
forains , & moyennant la déclaration qu'il n feront
fur le Regiftre de la Chambre Syndicale , lefquels
exemplaires apartenans aux Libraires forains
ou étrangers , ne feront vendus que lorfqu'ils auront
rempli les engagemens pris avec les Libraires
de Paris.
37
DECLARATION DU ROY , du 19. Juin . Pour
la continuation du Droit annuel , accordée aux Officiers
de Judicature , Police & Finances , pendant
neuf années , qui commenceront le premier Janvier
1741. & finiront le dernier Decembre 1749.
ARREST DE LA COUR DU PARLEMENT ;
du 9. Juillet. Concernant les Vagabonds & les Mandians
, dont voici la teneur.
Veu par la Cour la Requête à Elle prefentée par
le
OCTOBRE. 1740. 2333
!
Je Procureur General du Roy, contenant que la fituation
où le font trouvées l'année dernière quelques
Provinces du Royaume dans lefquelles la Recolte
n'a pas été abondante, ayant fervi de prétexte
à plufieurs Vagabonds , quoiqu'en état de gagner
leur vie par leur travail , de s'adonner , fort à la
fainéantife, foit à la mandicité , l'oifiveté & le libertinage
le font tellement accrûs dans cette Ville , et
dans plufieurs autres Villes du Royaume , 'anfi que
dans les Campagnes , qu'il feroit à craindre qu'un
exemple fi contagieux ne s'accrût encore , s'il n'y
étoit promptement pourvû ; que l'experience de
l'année derniere , ou dans le tems de la recolte on
fe trouva dans une grande difette d'Ouvriers , pendant
que les Campagnes & les Villes étoient rem
plies de Mandians valides & de Vagabonds , eſt un
nouveau motif pour engager le Procureur General
du Roy à recourir à l'autorité de la Cour dans un
tems on , étant à la veille de la Recolte , il fe trouverra
tainement aflés d'ouvrages pour occuper
ceux qui feront en état de travailler. A ces Caufes
requeroit le Procureur General du Roy, qu'il plûr
à la Cour ordonner que les Ordonnances , Edits &
Declarations renduës à ce fujet , feroient executés
felon leur forme & teneur , & c. Qui le Raport de
Me. Pierre Langlois , Confeiller , tout confideré :
La Cour ordonne que les Ordonnances , Edits &
Déclarations des années 1350. 1536. 1547. 1639.
1661. 25. Juillet 1700. 18. Juillet 1724. & les Arrefts
de la Cour des 5. Fevrier 1535. 27. Novembre
1659. 8. Février 1663 , et autres concernant les
Mandians , et notamment les Mandians valides ,
enfemble les Ordonnances , Edits et Declarations
concernant les Vagabonds et Gens fans aveu , Bohemiens
et Bohemiennes , et notamment celles de
1560. Decembre 1660. Decembre 1666. et 27.
Août
338 MERCURE DE FRANCES
tes ni Ecrits autorisant le refus des Sacremens &
de la Sépulture Ecclefiaftique , fur le fondement de
Papel de la Conftitution Unigenitus : Sa Majefté auroit
confideré que , s'il eft du devoir des Magistrats
, d'arrêter le cours des Ecrits capables d'émouvoir
les Esprits , & de troubler la tranquillité
publique , il ne leur eft pas permis d'aller plus
loin , & d'exceder les bornes de leur pouvoir , en
voulant l'exercer fur des matieres purement fpirituelles,
telles que le font les Regles qui doivent être
observées dans l'adminiftration des Sacremens , &
dans le difcernement des dispositions néceffaires
pour les recevoir : Que c'eft cependant ce que Sa
Majefté a vû , avec peine , dans un Arrêt où l'on
juge manifeftement que le refus des Sacremens eft
injufte dans le cas qu'on y explique , puifqu'on y
défend expreffément de faire aucuns Ecrits , & même
aucuns Actes pour autoriser ce refus ; comme
fun Tribunal Séculier pouvoit imposer des Loix
aux Miniftres de l'Eglise , dans ce qui regarde la
dispensation des choses faintes , c'est - à- dire , dans
ce qui eft le plus effentiellement attaché au pou
voir qu'i's tiennent de Dieu même : Que d'ailleurs
les termes dont on s'eft fervi dans cet Arrêt , en
parlant de l'apel au futur Concile de la Conftitution
Unigenitus , paroiflent fuposer & faire même
assés entendre , qu'un apel que le Roy a déclaré
de aul effer pour le paffé , dès l'année 1720. &
qu'il a interdit absolument pour l'avenir, peut avoir
encore la force de mette en sûreté ceux qui , fur ce
fondement , perfifteroient dans leur révolte contre
une décifion acceptée folemnellement par les Evêques
de ce Royaume , reçûë dans toute l'Eglise ,
revêtue de Lettres Patentes enregistrées dans tous
les Parlemens , & affermie tant de fois par le.comcours
de l'autorité Royale : Qu'ainfi , & le fond de
la
CTOBRE. 1740. 2337
disposition , & la maniere de l'exprimer , ponant
exciter justement les plaintes des Dépositaies
de l'autorité fpirituelle , & donner lieu de reouveller
des disputes dangereuses , Sa Majefté ne
auroit fe dispenser de diftinguer ce qu'il y a d'irrégulier
& d'exceffif dans l'Arêt du Parlement , de
ce qui eft renfermé dans des bornes légitimes , &
de montrer en cette occafion , comme Elle l'a touyours
fait , qu'Elle fçait reprimer également de tous
ôtés ce qui pourroit alterer l'union du Sacerdoce
de l'Empire , ou retarder les effets de l'attention
qu'Elle donne continuellement à faire regner la
Religion & la Paix dans fes Etats ; à quoi voulant
pourvoir . Sa Majesté étant en fon Conseil , fans
avoir égard à l'Arrêt rendu au Parlement de Paris ,
Je premier du présent mois , en ce qui concerne
les défenses portées par ledit Arrêt, de faire aucuns
Actes ni Ecrits autorisant le refus des Sacremens
la Sépulture Ecclefiaftique , fur le fondement de
apel de la Conftitution Unigenitus , fous telles peises
qu'il apartiendra , a ordonné & ordonne que
dite disposition fera regardée comme nulle & non
avenue : Fait défenses de l'executer , & de rendre
sucuns jugemens en conséquence , à peine de
ullité.
ARREST de la Cour du Parlement , du 2.2 .
qui reduit à deux efpeces tout le Pain qui fe débite
ans les Marchés & dans les Boutiques des Boulangers.
Vû par la Chambre des Vacations , la Requête
préfentée par le Procureur Géneral du Roy , &c. la
Chambre ordonne qu'à commencer Samedi 24.
Septembre préfent mois au lieu des differentes fortes
de Pains qui ſe vendent ordinairement dans les
Marchés & Boutiques , & dont les principales font
is
2338 MERCURE DE FRANCE
le Pain mollet , le blanc , le bis -blanc & le bis , leg
Boulangers de cette Ville & Fauxbourgs , & des autres
Lieux du reffort de la Prévôté, Vicomté & Préfidial
du Châtelet de Paris , ne cuiront & n'expoferont
en vente dans leurs Boutiques on dans les Marchés
que de deux fortes de Pains , l'un bis - blanc &
l'autre bis , dont la premiere fera compofée de la
pure fleur de farine , de la moitié de la farine blanche
d'après la fleur , & de moitié de fins gruaux; &
que la feconde fera compofée de moitié de la farine
blanche d'aprés la fleur , de moitié des fins gruaux,
de tous les gruaux avec toutes les recoupettes ; &
en conféquence fait défenfes aux Boulangers de cuire
ni d'expofer en vente d'autres fortes de Pain , à
peine de confifcation , de mille livres d'amende
d'interdiction de la Maîtrife & de la Profeffion ,
même de plus grande peine s'il y échoit ; leur enjoint
fous les mêmes peines , d'expoſer en vente
tout le Pain bis , qu'ils auront cuit à proportion du
Pain bis- blanc qu'ils vendront, comme auffi fait défenfes
à toutes perfonnes , de quelque qualité &
condition qu'elles foient , d'acheter , faire cuire ou
façonner , loit dans leurs maiſons ou ailleurs , d'autres
Pains que de ceux des deux fortes ci - deffus
mentionnées, fous les mêmes peines de confifcation
& de mille livres d'amende , defquelles amendes le
tiers apartiendra au Roy, le tiers au Dénonciateur,
& l'autre tiers à l'Hôpital le plus prochain ; & à l'égard
de la confifcation , elle apartiendra moitié au
Dénonciateur & moitié audit Hôpital , fait en conféquence
inhibitions & défenſes à tous Meuniers
qui font en ufage de moudre pour la provifion de
Paris ou pour les Boulangers de la Ville & Fauxbourgs
& pour les autres Lieux du reffort de la Prévôté
, Vicomté, & du Préfidial du Châtelet de Paris,
de
OCTOBRE. 1740. 23392
moudre autrement qu'en farine bife , fous les
mes peines , &c .
AUTRE du même jour , qui fait défenſes de
riquer de la Biere pendant un an , & qui fair
reillement défenſes , tant aux Amidoniers qu'aux
inneurs , d'employer aucunes Orges ni autres
Hains , foit pour la fabrique d'Amidon , ou pour
préparation des Cuirs.
SENTENCE DE POLICE , du 4. Octobre , qui
nouvelle les défenfes aux Boulangers de vendre
Cur Pain , foit dans leurs Boutiques , à leurs Places,
is les Halles & Marchés & dans les Maiſons où
en font porter , au- deffus du prix commun du
Marché , & condamne plufieurs Boulangers en l'a- *
ade , pour y avoir contrevenu.
AUTRE du même jour , qui condamne le nomne
Paulmier , Maître Boulanger , en cinq cent li
es d'amende , & avoir fa Boutique murée pendant
nois, pour avoir exposé en vente des Pains d'un
Fads léger.
AUTRE du même jour , qui fait défenſes à
tos Boulangers de façonner & débiter d'autres esees
de Pains que celles prescrites par l'Arrêt du
Parlement du 22. Septembre dernier ; & condamne
Pamende plufieurs Boulangers pour y avoir con-
- venu .
AUTRE du 14. qui condamne le nommé
et , Maître Boulanger & Juré en charge de
Communauté , en 600. livres d'amende , pour
avoir
2340 MERCURE DE FRANCE
avoir contrevenu à l'Arrêt du Parlement du 22 )
Septembre dernier.
AUTRE du même jour , qui fait défenſes à
tous Boulangers de façonner & débiter d'autres especes
de Pains que celles prefcrites par l'Arrêt du
Parlement du 22. Septembre dernier ; & condamne
en l'amende plufieurs Boulangers , pour y avoir
contrevenu .
AUTRE du 21. qui condamne la nommée
Gouffé , Boulangere , en 600. livres d'amende ,
pour avoir exposé en vente à ſa Place du Cimetiere
S. Jean , du Pain extrêmement bis , très défectueux
& non conforme à l'Arrêt du Parlement du 11.
Septembre dernier.
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois d'O &obre , & j'ai
cru qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Paris , le premier Novembre 1740.
HARDION.
TABL E.
TECES FUGITIVES. Déclamation contre le
Vin , & c. 2129
uite du Mémoire fur une Médaille d'Hérodes ,
& c.
2137
Epitre Marotique , &c. 2147
Differtation fur la Cérémonie de la Communion
lu Prêtre avec la main gauche , & c.
2154
Le Procureur et la Villageoise , Conte , 2167
Suite du Traité fur la Croix de N. S. VI ; Partie
, 2171
Le Roffignol , la Fauvette et le Coucou , Fable ,
Queſtion importante , &c.
Andromede , Cantate ,
2189
2191
2199
Lettre fur un Manufcrit de Poëfies pieuſes , & c .
Epitre à M ....
2202
2208 Lettre fur le Parallele des Romains et des François
, & c.
Imitation de quelques Vers de Juvenal ,
2110
2217
Seconde Lettre de M. Destouches , fur le Goût
&c.
Enigme , Logogryphes , &c .
2219
2232
2235
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c.
Nouveaux Amusemens du Coeur et de l'Esprit, 2241
Effais de Michel Montagne ,
2247
Expofition des Tableaux , & c. au Louvre , 2270
Estampes nouvelles , 2279
Chanson notée , &c. 2289
Spectacles. L'Amour Secret , &c. 2291
Nouvelles Etrangeres , Turquie , 2299
Rule et Allemagne ;
230
Italie ,
2304
Naples et Malthe , 2307
Isle de Corse , 2308
Espagne ,
2309
Grande-Bretagne ,
2310
2313
France , Nouvelles de la Cour , de Paris ,
& c. 2316
2322
2329
Epitre de l'Amour à la Raison ,
Morts , Naiffance et Baptême ,
Arrêts Notables ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge2162. ligne derniere , S. Siége , lisez, du
P. 2202. 1.7. Novembre , 1. Septembre.
P. 2207. l. 19. écriit , l. écrit .
P. 2234. 1. derniere , d'un , l. A d'un.
Lette , I. Lettre.
P. 2253.
1.7.
P. 2261. 1. 6. Roëtie , l . la Boëtie.
P. 2280. 1. derniere , d'Ange , l. d'Anges.
P. 2284. ligue antépenultiéme , précieuses , 1. pré-
* cieuses
P. 2286.1 9, Marchant , I. Marchand.
Ibid. ligne derniere , fingulieres , l. fingulieres,
La Chanson notée doit regarder la page 2289
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
SEPTEMBRE . 1740 .
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
Tapillan
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XL.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
L
AVIS.
>
ADRESSE generale teftaà
Monfieur MOREAU Commis au
Mercure vis - à- vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets ca ™
chetés aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte ,
d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
mais
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'aurons
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX, SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DĚDIE AU
ROT.
SEPTEMBRE. 1740 .
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose .
IMITATION de la premiere Satyre du
I. Livre d'Horace : Quifit Mecanas , &c.
D
' Où vient qu'aucun Mortel , quelque
sort qu'il éprouve ,
N'eft content de l'état dans lequel il
fe trouve
Soit qu'il l'ait par raifon librement embrassé ,
Soit que par le hazard il s'y soit vû placé
Cher Mécene , d'où vient que chacun porte envie
A celui qu'il voit fuivre un autre plan de vie ?
A ij
Que
1
1914 MERCURE DE FRANCE
Que vos Deftins sont doux , ô fortunés Marchands
!
Dit le Soldat courbé sous le fardeau des ans.
Mais écoutez ceux - là , quand l'Autan les exerce ;
»La Guerre , difent - ils , vaut mieux que le Com-
» merce ;
» Car à la Guerre enfin de quoi s'agit- il tant ?
» De combattre ; Eh bien , soit . Il ne faut qu'un
» inftant
» Pour donner au Guerrier , qu'aiguillonne la
» gloire ,
Soit une prompte mort , soit une ample vic
>> toire .
Le fameux Avocat ne ceffe d'éxalter
Le sort des Laboureurs ; quand, pour le consulter,
Un Plaideur Campagnard qu'un soin cruel trans
porte ,
Au premier chant du Coq , vient fraper à sa porte,
Du Procès qu'on lui fait celui - ci confterné ,
Et malgré lui des Champs à la Ville entraîné ,
Soûtient à haute voix, que d'un bonheur tranquile
On ne sçauroit joiiir qu'en vivant dans la Ville.
L'énumeration des Exemples divers
Qu'en ce genre plaintif nous fournit l'Univers
Surpaffant à coup sûr la plus longue Harangue ,
Du Causeur Fabius pourroit laffer la langue .
Pour ne point trop long-tems en suspens vous
tenir ,
1
Ecoutez , cher Mécene , où je veux en venir,
$i.
SEPTEMBRE. 1740. 1915
Si , descendu des Cieux , Jupiter debonnaire
Disoit : » Cà , Mécontens , je vais vous fatisfaire,
» Toi , Söldat ennuïé de courir aux Combats ,
» Tu seras Trafiquant. Toi , Jurifte , fi las
» D'écouter les Plaideurs & de voir leur grimace ,
» Tu feras Campagnard. . . . Vîte , changez de
place ...
55
» Vous demeurez ! Sans doute. Ils ne bougeront
point.
Leur bonheur toutefois dépend d'eux en tout point.
Parlons de bonne foi . Ne seroit-il pas jufte
Qu'alors de l'Univers le Souverain augufte ,
Leur montrant un visage enflâmé de courroux ,
Et se blâmant tout haut d'avoir été trop doux ,
Leur dît qu'il n'auroit plus les oreilles fi prêtes
D'écouter desormais leurs frivoles Requêtes ?
Au refte , loin de moi le comique Projet
De traiter en ces Vers un fi grave Sujet ,
Comme fi je faisois quelque Conte pour rire ,
Quoique , lorsqu'il s'agit de parler ou d'écrire ,
Rien n'empêche , après tout , qu'avec utilité
On ne puiffe en riant dire la verité.
C'eft fouvent même ainfi qu'on peut la mettre en
vogue ,
A l'imitation d'un sage Pedagogue
Qui chargé d'enseigner les premiers Elémens ,
De Gâteaux & de noix fait largesse aux Enfans ,
Afia de leur donner le courage d'aprendre
1
A iij
Cc
1916 MERCURE DE FRANCE
Ce qu'on aime assés peu dans un âge fi tendre.
Abftenons-nous pourtant de rire,& pour le mieux,
Raisonnons aujourd'hui sur le ton sérieux.
Celui qui tente tout pour accroître sa Terre ;
Celui qui va braver les périls de la Guerre ;
L'Aubergifte fertile en mensonges pervers ;
L'audacieux Nocher qui traverse les Mers ;
Tous ces Mortels actifs font sonner , cher Mécene,
Qu'ils subissent ainſi le travail & la peine ,
Pour acquerir le droit & la facilité
De passer leurs vieux jours dans la tranquillité ,
Après qu'ils auront fait un amas assés ample.
La (4) Fourmi , disent- ils , nous offre un bel
exemple.
» Très- petite , il eft vrai ; capable néanmoins
Et des plus grands travaux & des plus graves soins ,
Sans relâche on la voit , tandis que l'Eté dure ,
»Groffir son magazin des grains qu'elle y voiture;
Et quand le sombre Hyver, attriftant nos Climats
Prodigue les glaçons , la neige , les frimats , 3
Alors , ne quittant plus son obscure retraite.
Elle jouit enfin , sans que rien l'inquiete ,
» Des vivres , dont, habile à prévoir l'avenir ,
(a ) Quiconque souhaite une plus heureuse Traduction
de cet endroit d'Horace , n'a qu'à lire les Satyres de
M. Despreaux. Cet avis aura lieu pour l'endroit qu'ora.
trouvera ci-après noté (b) .
Dand
SEPTEMBRE. 1740: 1917
ר ע
»Dans la belle Saison elle a sçû se munir.
C'eft bien dit. Mais quoi done ! insensés que vous
êtes ,
Vous que ni fer , ni feu , ni rochers, ni tempêtes3
Ni glaces , ni chaleurs ne sçauroient éloigner
Des Lieux où vous conduit le defir de gagner ;
Vous que rien ne rebute enfin , pourvû qu'un autre
N'ait pas son Coffre -fort mieux garni que le vôtre ;
Avares , quel plaifir trouvez - vous à cacher
Ce grand nombre d'Ecus où vous n'osez toucher ?
>> Y toucher ! Oh ! s'il faut admettre cette clause,
» Le tout se réduira bien tôt à peu de chose.
Si vous n'y touchez pas, eh ! qu'a donc de fi beau
De vos Ecus oisifs le ftérile monceau ? •
Aveugles , fiffiez- vous dans vos Granges superbes
Entasser tous les ans près de cent mille Gerbes ,
Vos ventres, après tout, quel qu'en soit le contien
Ne fçauroient contenir beaucoup plus que le mien
Tel parmi ses égaux , l'Esclave dont l'échine
Porte au loin le fardeau du pain qu'on leur deſtine}
Quand ce vient au moment du repas souhaité ,
Ne reçoit rien de plus que qui n'a rien porté.
Eh! qu'importe aux Mortels, de qui dans sa durée
Par des termes si courts la Vie eft mesurée ,
D'avoir à labourer mille Arpens ou bien cent ?
» Ah, Dieu ! fi vous sçaviez quel plaifir on reffent",
Lorsque d'un grand monceau l'on tire sa dépense
!..... A iiij Bon !
1918 MERCURE DE FRANCE
Bon! qu'ai je à faire, moi, d'un magasin immense,'
Si pour raflafier mon plus vif apetit ,
Je tire quand je veux ce qu'il faut d'un petit ?
Quoi ! fi n'ayant besoin que d'un peu d'eau pour
boire ,
Vous cedez au penchant dont vous vous faites gloire ,
Jusqu'au point d'aimer mieux puiser cette même
eau
Dans un Fleuve bruyant que dans un doux Ruisseau
,
Ne méritez- vous pas que les Ondes rapides ,
Pour châtier l'excès de vos defirs avides ,
Vous entraînent soudain , entraînant à la fois
De la Rive un morceau rompu sous votre poids ?
Or ceux que la Raison dans leurs souhaits dirige ,
Se contentant du peu que la Nature exige ,
Plus sages , plus heureux que vous ne les croyez ,
Ne puisent point d'eau trouble & ne sont point
noyez .
Mais la plupart du Monde , en s'abusant soi- même ;
Excuse par ces mots son avarice extrême :
» On ne peut trop avoir ; car, quoi ! vous le sçavez ;
» On ne fait cas de vous qu'autant que vous avez
Comment traiter un Fou qui parle de la sorte ?
Il faut l'abandonner au mal qui le transporte.
C'eft pour guérir son coeur prendre trop de souci .
Qu'il soit donc malheureux , puisqu'il le veut ains ;
Et qu'il dise , au mépris de nos Censures vaimes ,
SEPTEMBRE . 1740 1919
Ce que disoit souvent un Avare d'Athenes :
Tout le Peuple me siffle , & moi je m'aplaudis ,
Quand ; fouftrait à fes yeux & feul dans mo■
» taudis ,
» Je compte les Ecus que renferme mon Coffre ,
Etme pâme à l'afpect des doux charmes qu'i
m'offre. 20
Tantale ( 6) dans l'Enfer éprouvant les rigueurs
Qu'exercent contre lui les trois cruelles Soeurs ,
Près d'une Eau qu'il aborde & qui le fuit fans ceffe,
Ne fçauroit mettre fin à la foif qui le preffe.
Tu ris ? C'est toi pourtant , c'est toi , pauvre hé-
• bété ,
Que la Fable dépeint fous un nom emprunté.
Près des Sacs entaffes qu'implacable Eumenide
Te contraint d'épargner ta paffion fordide ,
Tu te laiffes mourir & de foif & de faim
Et regardes ton Or comme un objet divin ,
Que fans le mettre en oeuvre, on révere, on falue ,
Ou comme un Tableau , fait feulement pour la vûë.
Quoi ! Kiche mal nourri , nial couché, mal vétu ;
Poffeffeur indigent , quoi ! donc , ignores- tu
* Comment tu dois user de cet Or que tu gardes ?
Achetes- en du Pain , du Vin , un Lit, des Hardes.
Que dis- je ? Achetes- en ce dont en général
On ne peut fe paffer fans s'en trouver plus mal
(b) Voyez la Note (a).
Av Eft-ce
1920 MERCURE DE FRANCE
Est- ce donc, que fans ceffe être dans la contrainte,
Que sécher nuit & iour de frayeur & de crainte
Que redouter fans fin la fourde trahison
Des Voleurs , des Valets qui font dans ta maiſon ,
Qu'efluier , en un mot , d'éternelles allarmes ,
Sont des plaifirs pour toi fi doux , fi pleins de
charmes ?
Faffe le jufte Ciel qu'au gré de mes defirs
Je fois toujours privé de ſemblables plaiſirs !!
» Mais enfin , diras- tu , si quelque Pleurefie ,
» Ou quelque autre accident menaçant votre vie
» Vous met au Lit ; alors cet utile métal
» Vous fournit les moyens de réſiſter au mal
»Dont l'accès imprévû vous abbat , vous confterne
De trouver fur le champ quelqu'un qui vous gou
3
> verne ;
D'apeller au plûtôt un expert Médecin ,
» Qui de ce même mal vous procurant la fin ;
Conſole vos Parens , vos Enfans , votre Femme.
Les console ! Alte-là . Tu te trompes , infame ,
Si tu te crois aimé . Tes plus proches Parens ,
Tes Voifins , tes Valets , ta Femme , tes Enfans
T'abhorrent comme un Monftre , & ce n'eſt pare
sans caufe.
Comment t'aimeroient- ils , lorsqu'à toute autre
chofe
Tu préferes cet Or , qui feul te fait la loi ?
Eft-il donc étonnant que perfonne pour toi
N'ait
SEPTEMBRE. 1740. 1920
N'ait une affection dont ta manie infigne ,
Ettes bas fentimens te rendent trop indigne ?
Si tu prétends avoir , fans qu'il t'en coûte rien
Des Parens toujours prêts à te faire du bien-
Des Amis difposés à te rendre service ;
C'eft prétendre aux baudets enfeigner l'Exercice ;
Que fait en uniffant l'adreffe à la vigueur ,
Un docile Coursier dompté par le Piqueur.
Quoi ! seras-tu toujours dans ton erreur fi ferme
A ta recherche au moins daigne enfin mettre un
terme.
Ta fortune eft conduite au but tant ſouhaité.
Muni de plus d'argent , crains moins la pauvreté
Finis un dur travail , & deformais paifible ,
Garde-toi d'imiter , fi cela t'eft poffible
Certain Umidius , dont il eft à propos
Que je raporte ici l'avanture en deux mots.
Si riche, qu'il comptoit par boiffeaux fes Efpeces
Au refte , fi crasseux , malgré tant de richesses ,
Qu'il osoit tous les jours le montrer à peu près :
Auffi ma habillé que les derniers Valets ;
Ce Fou se refusant même le nécessaire
Sans cesse se plaignit du tems , de la mifere ,
Prôna son indigence , & jufqu'à fon déclin ,
Ne redouta rien tant que de manquer
de pain..
Mais certaine Affranchie , autrefois fon Efclave ,·
Des Femmes de son Siecle en effet la plus brave ,
A-vj
Lai
1922 MERCURE DE FRANCE
Lui donnant d'une hache au beau milieu du corps
L'envoya publier fes befoins chés les Morts .
» Quel eft donc votre avis ? Que faut-il que je faffe
» De Menius (c) enfin dois je ſuivre la trace
» Est- ce Nomentanus ( d) que je dois imiter ?
→ Par votre beau diſcours voulez-vous m'exciter
သ
» A diffiper comme eux mon bien dans la débauche?
Je t'entends . C'eft ainfi que tu prends tout à gauche.
Exceffif en tes moeurs , c'est ainsi qu'on te voit
Armer l'un contre l'autre & le chaud & le froid.
Mon avis n'eft rien moins qu'un avis fi bizare.
Non ; quand je te défends d'être un ladre,un avare;
Je ne t'ordonne point d'être un diffipateur.
Entre le franc brutal & le lâche flateur ,
Entre le fin Efcroc & l'Imprudent trop dupe ,
Il eft certain milieu que l'honnête Homme occupe;
Et qui veut marcher droit dans la route du bien
Ni deçà , ni delà , ne s'en écarte en rien .
> "
Quoi ! fans fin, ( j'en reviens à ma premiere Thêse ,)
L'Avare ſe plaindra d'être mal à fon aife !
Quoi ! malgré tant d'Ecus accumulés chés lui ,
Il est encor jaloux des facultés d'autrui !
Il ne fçauroit fonger , sans dépit & fans gêne ,
Que la Chévre d'autrui vaille mieux que la fienne !
Il peut , monté fi haut , ne fe comparer pas
A tant de gens placés dans un degré plus bas !
( cd ) Fameux débauchés.
Tant
SEPTEMBRE . 1740 1928
Tant courir
› en un mot , pour laiffer en arriere
Quiconque veut primer dans la même carriere !
Car quelque prompt qu'il foit à groffir fon trésor,
Malheureux ! il en voit de bien plus prompts encor.
Ainsi , quand plusieurs Chars , dans l'ardeur qui les
guide ,
Se disputent le prix d'une course rapide ,
L'impatient Cocher ne songeant qu'aux moyens
De passer les chevaux qui précedent les siens ,
Voit ses plus grands succès avec indifference ,
Tandis que par malheur quelque Char le devance.
De-là vient qu'il est rare au suprême degré
Qu'aucun homme ici bas vive heureux à son gré ;
Et quand son temps est fait , sorte de cette vie ,
Tel qu'un Convive aimable & plein de courtoisie ,
Qui , content de la chere , avec civilité ,
Remercie en partant l'Hôté qui l'a traité.
Mais sur ce sujet- là c'est assés de langage.
Je n'en sonnerai pas un seul mot davantage ,
De crainte que quelqu'un ne me soupçonne enfin
De piller les Recueils du chassieux ( a) Crispin.
-F. M. F.
(a ) Philosophe Stoicien & mauvais Poëte , qui avoit
beaucoup de Livres & peu de jugement. C'étoit le
Cotin d'Horace.
SE924
MERCURE DE FRANCE
丸
SECONDE LETTRE de M. Néricault
Destouches , à M. le C. de C
J'Aprends avec un extrême plaisir, so que ma Réponse vous a frapé, sans vous offenser.
Vous me priez de ne vous point épargner
les remedes qui vous sont encore nécessaires
, pour sortir de l'état malheureux
où vous êtes ; vous souhaitez passionnément
votre guérison ; mais elle est retardée par
mille incertitudes sur le parti que vous devez
embrasser ; vous croyez un Dieu , m'ajoûtez
-vous, & jusqu'à présent vous ne pouvez
aller plus loin. Cependant vous avoüez
qu'un homme raisonnable ne peut croire en
Dieu,sans être Chrétien, & que dé conséquen
ce en conséquence il faut en venir là. Ĉourage
, M..voilà un raisonnement bien sensé ,
& le plus difficile eft fait , puis qu'heureusement
vous êtes parvenu jusqu'à vous faire
cette demonftration.
En effet tout y conduit un homme qui raisonne
jufte. Néanmoins vous flottez encore
entre diverses opinions , ou qui séparent les
Chrétiens , ou qui les engagent dans de vives
disputes . Je vous plains , M. de tout
mon coeur , &prenez garde que vos incerti-
Judes ne vous soient funeftes. Faites de sérieuses
SEPTEMBRE. 1740. 1925
vieuses refléxions sur le portrait que je vais
vous tracer. C'eſt celui d'un de mes anciens
amis . qui étoit un de ces Chercheurs , dont
l'orgueil eft toujours puņi & dont la chute
doit nous faire.trembler. Voici l'Epigrammeque
je fis sur lui , & qui fut une espece de
prophetic , dont j'ai vû l'accomplissement.
J
EPIGRAMME.
E connois un certain Sophiste ,
Qui d'abord étoit Moliniste
Ensuite il se fit Janséniste ,
Bien-tôt il devint Calviniste ,.
Peu de temps après , Quietiſte ;
Maintenant il fait le Déiste ;
Le Diable le suit à la piste ;
Et si le bon Dieu ne l'assifte
Toland le mettra sur sa Liste.
g
Ce Toland étoit un célebre Athée Anglois;.
que je connus , & contre qui je disputai vivement,
lorsque j'étois à Londres . Cet impu
dent me fit voir une Lifte de tous ceux qu'il
croyoit de son opinion , ou qu'il se vantoit
d'avoir pervertis par ses Argumens , qui l'auroient
bien- tôt conduit à la Greve s'il les
eût débités à Paris avec autant d'insolence &
de sécurité qu'i les débitoit à Londres de
vive voix & dans ses Ouvrages pernicieux.
Prenez
1926 MERCURE DE FRANCE
Prenez donc votre parti , M. & croyez
moi , prenez le plus naturel , qui eft certainement
le plus sûr ; c'eft celui de vous lais
ser guider par l'Eglise ; par cette Eglise enseignante,
qui ne peut errer , ni par conséquent
vous induire en erreur , puisque l'infaillibilité
lui a été promise , & que les promeffes seroient
fauffes, si elle étoit sujette à se trom
per. Avec un pareil guide on ne risque rien ;
tous les doutes disparoiffent , toutes les disputes
sont finies, ou doivent l'être. Ce qu'on
lui opose n'eft qu'opiniâtreté , n'eft que sophisme.
Il faut ou renoncer à l'Eglise , ou se
soûmettre à ses décisions , point de milieu.
En vain veut- on équivoquer sur ce mot
Eglise. Celle à qui Dieu a remis le droit de
nous enseigner , eft celle-là même qui eft
en droit de captiver notre croyance , & demême
que les membres ne conduisent point
la tête, ce n'eft poit la multitude qui conduit
PEglise, c'eft l'Eglise qui conduit la multitude .
Eglise enseignante , Eglise écoutante. L'une
dirige, prononce & décide ; l'autre suit, écoute
& obéit. Tel eft l'ordre que Dieu a établi ,
& tel eft l'ordre que vous devez suivre , si
vous voulez sincerement être Enfant de l'Eglise.
Pardon , M. si j'entre dans ces détails , qui
ne sont nullement de ma compétence . La
suite du raisonnement m'y a jetté malgré
moi.
SEPTEMBRE. 1740 1927
moi. Je réprends votre Lettre pour y répon
dre article par article.
Dans l'incertitude où vous êtes , ditesvous
, sur le choix que vous ferez d'un Guide,
pour la pratique de la Religion Chrétienne
, vous en trouvez deux également célebres
par le grand nombre de leurs Sectateurs .
Enfin les noms fameux de Luther & de Calvin
vous imposent.
Se peut- il , M. que deux pareils hommes
vous paroissent dignes de votre attention ?
De quel droit se sont- ils révoltés contre l'Eglise
Par quel ordre ont- ils dogmatisé ?
D'où venoit leur Miffion ? Quels miracles ,
quels prodiges ont prouvé le plein pouvoir
qu'ils s'arrogeoient de réformer les abus qu'ils
prétendoient trouver dans l'Eglise ? Dans
cette Eglise à qui JESUS - CHRIST avoit promis
d'être avec elle jusqu'à la consommation des
siécles ?
C'est une queftion à laquelle ni ces deux
Héresiarques , ni leurs Sectateurs les plus
subtils n'ont jamais pû répondre qu'en balbutiant,
ou que par un torrent d'injures & de
calomnies. C'eſt un détroit dont ils ne peuvent
sortir , quelque sécurité & quelque arrogance
qu'ils affectent au milieu des écueils
qui les embaraffent.
Mais par quel charme , me direz - vous ,
ont- ils donc fait en si peu de tems , un si
grand
1928 MERCURE DE FRANCE
grand nombre de Prosélites ? Lisez les deux
Epitaphes suivantes , elles serviront de ré
-ponse à votre Queſtion .
EPITAPHE DE LUTHER
CYY
gît un Moine séducteur ,
Qui jetta le froc aux orties ,
Des Ames par lui perverties ,
Se disant le Réformateur.
La Convoitise & la Luxure ,
Devant lui sonnant le tocsin',
D'une Mere innocente & pure
L'in fame déchira le sein .
Sous ses Etendarts , mille Insectes
Contre elle oserent s'élever >
Tous s'unissant pour la braver ,
Quoique divisés en vingt Sectes
Par lui , pour glisser son venin ,
Toute licence étant permise ,
Pour épouser une Nonnain ,
Il fit divorce avec l'Eglise.
EPITAPHE DE CALVIN
CY git dans cette Eglise nuë
Le Chanoine roux de Noyon.
Le Diable , à triple carillon ,
Au Monde
annonça
la venue
SEPTEMBRE. 1740 1928
De ce témeraire brouillon.
Cet Apôtre sans Mission ,
Préchant un nouvel Evangile ,
Retranchant Carême & Vigile ,
Mit la Terre en combustion .
D'un Corps * de structure parfaite ,
Ce prétendu Réformateur
Fit un Corps , qui par sa maigreur
A la figure d'un Squelette .
Plus impétueux que le vent ,
Brûlant d'un desir de vengeance ,
Au comble il porta l'insolence
Et, tout au plus , demi sçavant ,
Sçut imposer à l'ignorance .
Tout Prêtre , tout Moine apostat p
Devint son Sectateur fidele ;
2
D'un Peuple enyvré d'un faux zele
Par la révolte & l'attentat
Il sçût faire un Peuple Soldat
Et l'Héresiarque rebelle ,
Fonda sa Doctrine nouvelic:
Sur les ruines de l'Etat.
Qu'en dites-vous , Monsieur ? Etes- vous
encore bien tenté de suivre les traces & les
Dogmes de ces deux célebres Apoftats , qui
d'ailleurs par leurs differens principes devin
* Corps de Doctrine,
Fent
1930 MERCURE DE FRANCE
rent ennemis irréconciliables ? Etes- vous en
core ébloui du grand nombre de Sectateurs
qu'ils fe font faits d'abord ? Plus vous lirez
l'Hiftoire , dont ces deux Epitaphes font un
Extrait fidele , plus vous aprofondirez toutes
les circonstances des triftes & fameuses révolutions
causées par ces esprits remuants &
furieux , plus leur Ecole vous paroîtra funeste
& pernicieuse , plus vous détefterez leur
mémoire , & plus enfin vous gémirez amerement
fur le malheur du fiècle qui les a
produits , pour causer la perte de tant d'ames
perverties , qui fuivirent alors une espece de
Mode , ou plutôt de fureur aveugle , à laquelle
une teinture nouvelle de fcience mal
digerée , donna lieu tout à coup.
Lu her & Calvin s'accordoient fur un
point , ils autorisoient également le libertinage
de l'esprit & du coeur. Vous étonnerez-
vous après cela qu'ils fe foient vûs fuivis
en peu de tems d'une foule de Disciples de
touc rang & de toute espece ?
Les plus qualifiés furent enflâmés par
leurs Maîtres du défir d'envahir les plus belles
poffeffions de l'Eglise , & fe virent autorisés
à cette usurpation.
Des Princes , des Seigneurs mécontens, fe
parant du zele fpécieux de la Réforme , faifirent
avidement cette occafion,pour le faire
un parti redoutable à la Cour,
Le
SEPTEMBRE . 1740 1931 .
Le Peuple enchanté d'une nouvelle Doctrine
, qui lui faisoit un mérite & même une
vertu de fe fouftraire à tout ce qui gênoit
l'esprit & mortifioit les fens , fe livra ftupidement
& fans examen , aux attraits d'une liberté
effrenée. Pour comble de malheur ,
rous ceux qui devoient annoncer la Loy, n'en
étoient pas toujours les mieux inftruits , & la
régularité de leurs moeurs ne répondant
point à la pureté de la morale qu'ils débitoient
, ils ne pouvoient manquer par là de
donner prise fur eux. Quel fiécle heureux
pour l'erreur & pour l'impudence !
Mais fuposons pour un moment , vous &
moi , que nos deux Hérefiarques fuflent nés
dans le fiécle où nous fommes , & qu'ils tentaffent
de nous faire illufion par les Argumens
les plus fpécieux , qui les ont fait triompher
de leur tems. Croyez - vous qu'il fiffent
bien des progrès ? Je vous garantis qu'ils
n'étrenneroient pas , ou que tout au plus ils
ne débiteroient leur marchandise qu'à des
Fanatiques & à des Vifionnaires , dont l'engeance
fubfifte dans les fiécles les plus éclairés
, témoin nos Figuriftes & nos Convulfionnaires
; mais entre les Personnes fensées ,
le moindre petit Licencié , mettroit au fac
nos deux Apoftats. Papiers fur table , il leur
feroiio/oir mille & mille contradictions dans
leurs raisonnemens , dans leurs Ecrits & dans
leurs
1932 MERCURE DE FRANCE
leurs Réformes. Il ne faudroit ni des Boffuets,
ni des Fénelons pour les confondre , & de fi
grands hommes croiroient fe proftituer , s'ils
entroient en lice contre de fi foibles Adver
saires.
Eh pourquoi donc , direz-vous , n'ont- ils
pas atterré les Succeffeurs de Calvin & de Luther
?
Une infinité d'obftacles fe font oposés à la
converfion de leurs Sectateurs. Le mal étoit
fait ; le venin avoit pénetré ; la plupart des
bleffûres étoient devenues incurables par les
préjugés de l'éducation , par la honte de s'avouer
vaincu , & de chanter la palinodie ;
par la vanité de paroître tenir ferme , & parer
les coups des plus célebres Antagoniſtes,
par une haine fuccée avec le lait , invéterée
mortelle contre l'Eglise vifible & contre
fon Chef. Que vous dirai -je enfin ? par une
répugnance devenue invincible , à foumettre
les fauffes lumieres d'une raison opiniâtre &
révoltée , à des Dogmes qui l'enchaînent &
qui la font céder au pouvoir fupérieur d'une
tradition conftante , à des Miniftres facrés
qui
en font les dépofitaires. Il faudroit fſe réduire
à croire ce qu'on ne peut comprendre;
il faudroit jeûner , mortifier fes fens , & pardeffus
tout cela fe jetter aux pieds d'un homme,
pour lui avoüer fincerement les fautes les
plus honteuses & les plus fecrettes . Humiliation
SEPTEMBRE. 1740. 1933
liation terrible & révoltante pour des esprits
rétifs & orgueilleux , accoûtumés à croire &
à prêcher , que retrancher tout ce qui gêne
& ce qui mortifie , c'eft réformer l'Eglise .
Tels font , M. je vous affûre , les motifs fecrets
qui ont retenu les Claudes , les Jurieux,
& tant d'autres fuports de l'Hérefie dans les
fers, où l'ennemi de Dieu les avoit enchaînés
dès l'inftant de leur naiffance .
Il eft vrai que je pourrois ici vous citer un
grand nombre de bons esprits , qui ont cû
la force de briser leurs chaînes , en cédant
docilement à la vérité qui les éclairoit , & à
la grace qui les avoit follicités ; mais par les
funeftes obftacles que je viens de vous déduire
, la multitude égarée a réſiſté , & puisque
jusqu'à présent elle ne s'eft pas renduë
aux argumens invincibles , par lesquels on
l'a tant defois convaincuë d'erreur, il ne nous
refte plus qu'à jetter un oeil de compaffion
fur elle , & qu'à demander au Ciel avec ferveur
, que le moment marqué par la Providence
pour rapeller au Bercail tant de Brebis
égarées , puiffe arriver bien-tôt. Que ne donnerois
- je point , que ne facrifierois -je point
pour être enfin l'heureux Spectateur d'une fi
fainte révolution ?
Laiffez donc -là Calvin & Luther , & concevez
pour eux tout le mépris qu'ils méritent
; mais n'allez pas vous jetter dans une
aurre
1934 MERCURE DE FRANCE
autre extrémité , en tâchant de vous déterminer
, comme vous vous le proposez , en relisant
affidûment toutes les OEuvres de Bayle.
Grand Dieu ! quel Maître allez - vous choisir ?
Il vous préservera d'être trompé, dites- vous ?
c'eft un Philosophe aimable, au deſſus de toutes
fortes de préjugés , & qui vous fauvera ,
continuez - vous, de tous ceux qui pourroient
vous fasciner.
Desabusez - vous , M. c'eft un fceptique
qui a toujours vogué entre tous les Partis , &
qui s'étant mis en tête de garder la neutralité,
n'a jamais pû fe déterminer pour aucun
d'eux. Il s'eft crû follement capable de trouver
la vérité , & de ne la devoir qu'à fes recherches
& à fes lumieres ; mais quiconque
examinera fes Ecrits avec autant de fang froid
qu'il en affectoit,fe convaincra, facilement que
plus il l'a cherchée , plus il s'en est écarté ,
fans pouvoir cependant fe dégager d'une
grande prédilection pour le Huguenotisme, &
qu'enfin desesperant de découvrir cette verité
qui ne se présente qu'aux humbles de coeur,
il n'a pû parvenir qu'à l'incertitude , & qu'au
doute universel. Quel dommage qu'un fi
bel esprit , non content de fe gâter & de s'être
égaré , ait mis en oeuvre tous les agrémens
& tous les rafinemens de l'Art le plus
féduisant , pour corrompre l'esprit de fes
Lecteurs ! en quoi ce dangereux Ecrivain n'a
que trop bien réüffi Pour
SEPTEMBRE . 1740. 1939
Pour vous mettre en garde contre lui , li
sez l'Epitaphe que je viens de lui dreffer.
EPITAPHE DE BAYLE
CxY gît un Philosophe habile ,
Qui parut nouveau par son style ,
Et qui le rendit si charmant ,
Sans se piquer d'être Puriste ,
Qu'au sujet même le plus triste
Il sçût donner de l'agrément ;
Mais couvrant avec artifice
Son poison vif& séducteur ,
II conduit l'innocent Lecteur
Jusques au bord du précipice ,
Sans faire effort pour l'en tirer ;
Aimable & pernicieux Guide ,
Dont la main flateuse & perfide
Le mene au loin pour l'égarer.
Voilà tout le profit que vous tirerez de ce
Philosophe moderne. Mettez tous fes Ecrits
à l'alambic , vous ne pourrez en extraire que
le Donte , ou plutôt que le Désespoir. Car
tout homme qui ne fe fert de fon esprit que
pour fe jetter dans les ténebres de l'incertitu
de fur les matieres & les principes de la Re
ligion , eft un homme qui veut desesperer
le fon falut, & qui conséquemment ne peut
être B
1
1936 MERCURE DE FRANCE
être que très-malheureux pendant fa vie , &
infiniment plus après la mort.
J'ai vû mourir un des plus zelés Sectateurs
de Bayle , entouré de cinq ou six prétendus
Esprits forts , que ce dangereux Philosophe
avoit gâtés auffi - bien que lui. Voici de quelle
maniere fe termina cette trifte Scene que
jai renduë tout naïvement dans les Vers
• uivans.
LE PHILOSOPHE MOURANT,
L'Intrépide Cleon , ce fameux incrédule ,
Sur le point de mourir , sembloit s'inquieter ;
Ses Disciples confus le trouvoient ridicule ,
Et lui disoient : Ami , pourquoi vous tourmenter
J'éprouve , répond-il , un suplice bien rude ;
Je croyois parvenir jusqu'à la certitude ,
Et je n'ai jamais pû parvenir qu'à douter ;
Je me résous enfin à la Palinodie ,
Et je vais aux Rieurs donner la Comédie.
Le parti le plus sûr est de mourir Chrétien ;
J'y puis gagner beaucoup , & je ne risque rien .
Vous voyez que cet homme fentit en
mourant toute fa force Philosophique s'évanoüir.
Malheureusement il de fentit bien tard,
& peut-être trop tard , quoique fon repentir
parût très-fincere , & qu'il n'oubliât rien
pour nous en convaincre. Peu de jours après
sa
SEPTEMBRE. 1740. 1937
La mort je fis l'Epigramme que vous allez lixe,
& qui n'eſt qu'une suite de la précedente.
D'où vient que ce fameux Impic
Dans son lit est si tourmenté ?
C'est que, malade , il se défie ,
De ce qu'il croyoit en santé.
Ce Dissertateur intrépide ,
Qui morguoit la Religion ,'
Maintenant incertain , timide ,
Meurt Chrétien par précaution.
Voulez- vous un exemple encore plus cé
Lebre ? lisez & profitez.
LE MAITRE D'ECONCERTE.
D Ans le plus violent transport ,
Des Barraux dit un jour , j'enrage ,
Mes Proselytes à la mort ,
Perdent la tête & le courage.'
Tous ces Fanfarons effrayés
Par des Sermoneurs pitoyables ,
Confessés & communiés ,
Meurent comme des miserables.
Mais à la fin ce maître fou •
Qui pleuroit sur ses Prosélites ,
Détestant ses erreurs maudites ,
Youlut mourir la corde au cou .
Bij
Que
1938 MERCURE DE FRANCE
Que ces exemples vous faffent trembler ,
& fi vous m'en croyez , Monsieur , n'atten
pas la mort vous éclaire. que
Je suis , &c.
dez
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Chartres
le 10. Juillet 1740 sur la Mort d'un
Illuftre de cette Ville.
N
Otre Ville , Monfieur , vient de perdre
par la mort de M. Jacques de Losme
de Monchesnay, un Citoyen plein d'honneur
& de Religion , & la République des
Lettres , un de ses Phénomenes , j'ose l'apeller
ainfi , car M. Baillet auroit pû le compter
parmi fes Enfans célebres. Il s'étoit en effet
diftingué fur le Parnaffe dès lâge de 15. ans ,
Bayle va vous le dire dans une Lettre qu'il
lui écrivit , vous y verrez auffi que M. de
Montchesnay pensoit bien différemment de
ce Sénateur de Venise ( André Naugerius )
qui facrifioit tous les ans aux Mânes de Catulle
un Exemplaire de Martial.
M. je vous rends mille & mille graces de
tous les éloges que vous m'avez prodigués , &
dontje suis tout-à -fait indigne , il seroit infini
ment glorieux de les mériter, venant d'une personne
qui a l'esprit aussi délicat que vous. J'ai
été
SEPTEMBRE. 1746. 1939
été charmé de vos Imitations de Martial , j'en
Avois vû quelqu'une dans le Mercure Galant
sans sçavoir le nom de l'Auteur , & dès- lors
j'avois trouvé que l'on rendoit les lieux les plus
malhonnêtes du Poëte Latin, d'une maniere qui
étoit tournée délicatement , & qui faisoit sentir
ce que c'est , sans choquer trop les oreilles chastes.
Je m'estimerai très- heureux , Monsieur
de contribuer de mes soins à faire voir le jour à
votre Martial , si vous voulez que pour
mettre en goût nos Libraires , je fasse imprimer
Parmi quelques Piéces curieuses que je sçais qui
s'impriment , l'Ecrit que vous m'avez envoyé ,
je le ferai de bon coeur. Je suis assûré Péque
chantillon qu'ils en verroient par ce moyen, les
exciteroit à mériter la préférence. Je suis éponvanté
, Monsieur , quand vous me dites que ce
sont des productions d'une Muse de 15. ans,
souffrez que je vous aplique ce mot de Claudien .
• Primordia tanta
Vix pauci meruere Senes.
Je suis avec beaucoup d'estime & de joge
d'avoir l'honneur de ne vous être pas indiffe
rent , Monsieur , &'c.
BAYLE.
ARoterdam le 31. d'Octobre 1686 .
La Princeffe de Conti , dont vous annonçâtes
la mort l'an paffé dans le Mercure , fut
attaquée de la petite vérole à Fontainebleau
Les derniers jours d'Octobre 1685. le Prince
B iij
fon
940 MERCURE DE FRANCE
fon Mari , s'enferma avec elle , il prit la ma
ladie , & il en mourut le 9 Novembre fuivant
, âgé feulement de 24. ans , 7. mois , 5
jours. M. de Monchesnay lui fit cette Epitaphe
, imitée de celle de * Scorpus , chés
Martial.
Mais
Par un trépas précipité
Ce Prince à la France est ôté ,
Tout le monde pleure sa perte ;
La Mort l'auroit saisi plus tard ,
voyant les Lauriers dont sa tête est couverte,
Elle l'a pris pour un Vieillard.
Mais ce qui établit au Parnaffe la réputation
de M. de M. fut la compofition de quatre
Piéces qu'il donna à l'ancien Théatre Italien ;
la Cause des Femmes , au mois de Décembre
1687. & la Critique de cette Piéce au mois
de Février fuivant ; MeZetin , Grand Sophi ;
en Juillet 1689.le Phénix ou la Femme fidelle,
en Octobre 1691. & enfin les Souhaits , en
Décembre 1693. chacune de ces Piéces fut
* Ce Scorpus s'étoit rendu fameux dans les Jeux du
Cirque , il y avoit remporté plufieurs Prix. Martial
l'a chanté plufieurs fois . Voici les deux derniers Vers
de l'Epitaphe , c'est ce que M. de M. a imité.
Invida quem Lachefis rapuit trieteride nonâ ,
Dum numerat palmas credidit effe Senem .
Mark. L. X. Ep. 53.
SEPTEMBRE . 1740. 1948
reçue avec de grands aplaudiffemens ; mais
le Phenix eut un fuccès extrêmement brillant.
En 1692. ou 1693. M. de M. fit imprimer
une Traduction du Plaidoyer de Ciceron
pour Milon ; il y mit fon nom & y pric
la qualité d'Avocat au Parlement. Enfin en
1702. il donna rrois Satyres qui furent extrêmément
goûtées , l'une eft une Imitation de
la feconde d'Horace , & commence par ces
mots.
Symphonistes Chanteurs , &c.
Ces trois Satyres ne font qu'un échantillon
d'un plus grand nombre , qu'on m'affûre être
de beaucoup fupérieures , & qu'on a trouvées
dans fes papiers ; il a auffi laiffé quelques
Epitres & plufieurs Imitations de Martial ,
c'eft- à - dire , toutes celles que fa confcience
tendre & délicate n'avoit pas livrées au feu
Elle lui avoit reproché il y a long - tems fes Pié
ces Dramatiques , quoiqu'elles ne fe fentissent
presque point de l'extrême licence dont
le Théatre Italien étoit alors infecté ; il les
apelloit ordinairement Delicta Juventutis.
Cela l'engagea à écrire contre la Comédie
une Lettre en forme de Differtation qu'il
adreffa au célebre Despreaux , fon ami. L'amitié
qui étoit entre eux , fait l'Eloge du
coeur & de l'esprit de M. de M. Ce fut M. de
M. Doctus componere amicos , qui le réconci-
B iiij lia
1
4942 MERCURE DE FRANCE
lia avec feu M. Regnard; le fceaude ce racom
modement fut l'Epitre Dédicatoire de la Comédie
des Menechmes.
Vous sçavez aparemment, Monfieur , que
dans ces derniers tems on s'eft adreffé à lui
pour avoir de nouveaux Eclairciffemens fur les
Euvres de Despreaux. Les matériaux confidérables
qu'il a envoyés , paroîtront à la suite
de la belle Edition que nous procurent les
foins de M. l'Abbé Souchay. M. de M. n'y
a rien oublié de ce qu'il fçavoit de fon illustre
Ami.
M. de M. étoit né à Paris le 4. Mars 1666.
& il y a environ 20. ans que forcé par des diminutions
confidérables que fa fortune avoit
fouffertes par le Syftême , & pour ne s'occuper
que de l'affaire importante du falut, il s'arracha
à la Capitale & à plufieurs Amis de confidération
par leur mérite & par leur rang. Il vint s'établir
dans notre Ville, Patrie de fon Epouse,
& celle des Nicoles , des Regniers , des Thiers,
&c. Il y mourut le 26. Juin dernier , avec
l'eftime & les regrets de tout ce qu'il y a de
vrais Connoiffeurs en mérite . C'eft un témoignage
que je dois à l'amitié dont il m'ho
noroit depuis plus de 15. ans.
J'ai l'honneur d'être , & c.
SONNET
SEPTEMBRE. 1740 1943
1740..
Sotato
SONNE T.
Envoyé à une très- aimable Personne , à qui la
Langue Italienne est fort familiere , le 4. de
ce mois ,jour de sa Fête , Ste Rosalie.
N Acque in orto d'amor vermiglia Rosa ,
Pomposa si ma fú priva di Spine ,
Naquero in an bel prato anco le Spine ,
Tutte vezzose , & fur prive di Rosa ;
Piangean le Spine ch' eran senza Rosa ,
Piangea la Rosa , ch' era senza Spine ,
Et dicean ogn' hor la Rosa & Spine ,
Orfane Spine ed ' abbandonata Rosa ;
Ma l'Empireo voler volle che Spine
Non Languissero più per bella Rosa ,
Le diè la Rosa , & confortò le Spine ;
Ed' avendo pietà ancor di Rosa ,
Che Languideta andava sonza Spine ,
Le diè le Spine , & consolò la Rosa,
I
BY DE
1944 MERCURE DE FRANCE
DE la vraie Epoque de la Naissance
de JESUS- CHRIST.
E Mercure de France du mois de No
Lovercure 1733.page nous an-
1739. page 2632. nous an¬
nonce l'impreffion d'un Livre interessant
qui eft l'HISTOIRE suivie des Voyages de
JESUS CHRIST , & on ajoûte ces paroles re
marquables. Al'égard de la Chronologie que
notre Auteur a suivie , il supose avec les plus
habiles dans cette science , que l'Ere vulgaire
qui a été suivie dans l'Eglise Latine depuis
Denis le Petit , c'est- à- dire depuis le VI. siècle,
eft de trois ans plus tard , que la vraie Epoque
de N. S. ensorte qu'au lien que nous comptons
aujourd'hui lan 1739. il faudroit compter
1742.
>
Je doute fort que dans cette Hiftoire , il
soit bien démontré que ce soit là le sentiment
des plus habiles Chronologiftes. Le
célebre Riccioli si connu des Sçavans ,
traite bien cette Queſtion au VIII. Livre
du premier Tome de sa Chronologie réformée,
qu'on trouve dans la plupart des Biblio
théques ; & on peut dire , que c'eft l'endroit
le plus curieux & le plus méthodiquement
traité de tout l'Ouvrage. Dans le premier
Chapitre, page 298. il fait voir que quelquesuns
SEPTEMBRE. 1740 . 1945
ans ont compté les années de l'Incarnation .
de J. C. du 25. Mars , jour de l'Annon
ciation ; quelques - autres du jour de l'Incarnation
complete , où le Meffie se fit voir
sous une forme humaine le 25. Decembre.
Mais que la plupart des Computiſtes
comptent les années de l'Incarnation , ou de
la Nativité de J. C. de la Circoncision du
Sauveur , premier de Janvier , où commencent
les années Romaines , & celles de la
Période Julienne. Et c'eft là qu'il nous aprend
que dans les Actes publics on commença
compter les années du tems de l'Incarnation
ou de la Nativité de J. C. en Italie , vers
l'an 590. dans les Pays-Bas , vers 620. en
France , vers 780. & en Espagne beaucoup
plus tard.
à
Dans le Chapitre II . page 300. il raporte le
sentiment de differens Auteurs sur le jour de
la Naiffance du Sauveur , & il déclare qu'il
le croit né l'an 45. de la Réformation Julienne
, fixant son Incarnation au 25. Mars ,
jour de Vendredi & sa Naiffance au premier
inſtant du 25. Decembre , jour de
Dimanche .
>
se trouvent
Dans le Chapitre III . il dit d'abord que les
opinions sur cette fameuse Epoque , qui ont
quelques dégrés de probabilité
renfermées entre la 40. & la 48 année de la
Réformation Julienne. Il con mence ce Cha
B vj pitre
1946 MERCURE DE FRANCE
pitre en nommant les Auteurs qui ont écrit
le plus sçavamment sur l'Epoque de la Naissance
de J. C. Et à la page 302. on voit une
Table bien circonftanciée de toutes les années
, dont l'opinion peut être probable , avec
les Confuls qui dans ces tems- là ont gouver
né la République Romaine .
On voit ensuite que la premiere opinion ,
qui foûtient que le Sauveur eft né l'an 40. de
la Réformation Julienne, cinq ans avant l'Ere
vulgaire, D. Lalius & C. Antiftius étant Confuls
, eft celle de Kepler , fameux Mathématicien
, & celle de M. Antonius Capellus.
La feconde opinion que nous donne la
Naissance du Sauveur l'an 41. de la Réformation
Julienne , quatre ans avant l'Ere vul
gaire , C. Cesar Octavien XII. & L. Cornelius
Sulla étant Confuls , eft celle de Laurent
Suslyga , Polonois , & le P. Petau , au XII.
Livre de la Doctrine des Tems , Chap. 7. paroît
lui être favorable .
La troisiéme opinion supose J. C. né l'an
42. de la Réformation Julienne , trois ans
avant l'Ere vulgaire , C. Calvisius Sabinus &
L. Paffinus étant Consuls ; & c'eſt celle de
Sulpicius Severe , & de Tirin.
La quatriéme opinion croit J. C. né l'an 437
de la Réformation Julienne , deux ans avant
l'Ere vulgaire , Cn. Cornelius Lentulus & M.
Valerius étant Consuls. Le premier Auteur
qui
SEPTEMBRE. 1746 1947
qui l'a soûtenue , eft Clement Alexandrin
Après lui , Caffiodore , S. Jerôme , Tertulien
, Baronius , Scaliger , Lanfberg ont été
de la même opinion.
La cinquième le met né l'an 44. de la Réformation
Julienne , un an avant l'Ere vulgaire,
C. Céfar Octavien XIII. & M. Plautius
Silvanus étant Confuls ; & c'eft celle d'Epiphane
, d'Eufebe , de Genebrard, d'Onuphre ,
de Panuvinus, de Pontacus , de Cuspinianus,
de Marianus, de Tycho & de plusieurs autres.
La sixiéme opinion nous donne la Naissance
du Sauveur le 25. de Decembre l'an
45. de la Réformation Julienne ; Cossus
Cornelius Lentulus , L. Calpurnius Pison'
étant Consuls , & c'eft celle de Denis le Petit
, appellée l'Ere vulgaire , ou commune ,
qui eft maintenant en usage pour le dénombrement
des années. Les Sectateurs les plus
célébres de cette opinion , sont le vénera
ble Rede , Jean Lucidus , Georges Syncellus,
Pierre Alliacensis , Pitatus , Stoflerinus , Cusanus
, Roger Baccon , Campanus , Clavius
, Salmeron , &c. Et Riccioli ajoûte que
ce n'est point- là l'opinion du vulgaire , mais
que c'est celle de l'Eglise Romaine , qui , à
la verité , n'étant pas établie par quelque Decret
folemnel, l'est par un usage constant de
plus de mille ans d'antiquité ; comme onle
peut voir dans le Martyrologe , dans tous les
Bréviaires
548 MERCURE DE FRANCE
Bréviaires & dans le Calendrier Romain.
La septiéme opinion met le Sauveur incarné
l'an 46 , de la Réformation Juliene ;
& c'eft celle de Jean Hervart dans sa nou
velle Chronologie.
Enfin , la huitiéme opinion soûtient que
J. C. est né deux ans entiers après l'Ere vulgaire
des Chrétiens ; & c'eft celle de Paul de
Middelbourg,Evêque de Possembrone, homme
très - sçavant. Et à la fin de ce Chapitre ,
Riccioli dit que ce n'est pas la peine de raporter
les autres opinions ,parce qu'elles sont toutes
insoûtenables, & la plûpart très- absurdes!
Ne m'étant pas permis de m'étendre ici
fort au long sur une question fi importante
& fi curieuse , je renvoye les Sçavans particulierement
au Chapitre 4. du Livre VIII . de
Riccioli , dont on peut tirer là - dessus les
plus grandes lumieres .
Il y dit d'abord , que Dieu ne nous
hyant point donné de revelation sur cette
Epoque , ni les Evangeliftes ne nous ayant
rien marqué de positif fur le tems précis de
la Nativité du Sauveur , il ne faut taxer d'aucune
erreur , ceux qui ne s'éloignent que de
peu d'années de la maniere ordinaire de
compter les tems , qui est en usage dans l'Église
Romaine. Il croit cependant que l'opinion
qui supose J. C. incarné & né la 45 .
année Julienne, au Confulat de C. Cornelius
Lentulus
SEPTEMBRE: 1740 1949
,
est la
Lentulus & de L. Calpurnius Pison
vraye & la probabilissime. Et bien loin qu'il
y ait aucune nécessité de s'écarter de l'année
de la Naissance de J. C. reçûë dans l'Eglise ,'
par raport à la théorie , ou à la pratique ; il
dit au contraire qu'il est expedient de n'y
zien changer.
Et pour prouver que cette opinion eft la
vraye & la probabilissime , il fait voir que
Denis le Petit , homme très sçavant , s'eft
apliqué avec la plus grande diligence à la
recherche de cette fameuse Epoque. Qu'étant
à Rome il avoit vû tout ce qu'il y avoit
de Monumens authentiques de la Religion
dans les Archives de l'Eglise Romaine ; &
qu'ayant proposé son opinion avec des preuves
bien circonstantiées , elle fut préférée à
celle de Cassiodore, qui croyoit le Sauveur né
sous le Consulat de Lentulus & de Messalinus;
& l'opinion de Denis le Petit , quoi qu'Etranger
, prévalut sur celle de ce Senateur
Romain , qui florissoit de son tems.
Dans le cinquiéme Chapitre , page 306 !
Riccioli détruit le fondement des autres opinions
, & fait voir qu'elles sont moins probables
que celle qui tient J. C. né l'an 45 .
de la Reformation Julienne , sous les Consuls
C. Cornelius , Lentulus & L. Calpurnius
Pison , qu'il reconnoît être la probabilissizne.
II
1950 MERCURE DE FRANCE
Il déclare premierement que la premiere
& la seconde opinion qui donnent la Naissance
du Sauveur l'an 40. ou 41. de la
Réformation Julienne , sont particulierement
fondées sur l'autorité de Josephe , qui
dans ses Antiquités Judaïques s'étant fort
étendu sur les actions mémorables de l'ancien
Herode , qui vivoit encore très- certainement
à la Nativité de J. C. nous le dit
mort l'année 41. ou 42. Julienne . Et c'est
ce qu'il confirme par une Eclipse de Lune
qui a précedé sa mort , que le P. Petau au L
Tome de la Doctrine des tems , Liv. VIII . pa
ge 820. dit être arrivée l'année 4710. de la
Période Julienne , & la 42. de la Réforma
tion de Jules César , la nuit du 12. au 13 .
Mars. Mais le P. Riccioli renvoye ici ses
Lecteurs au Liv. VI . Chap. 14. pag. 283. &
aux suivantes, où il traite fpecialement de la
mort d'Herode , & c'est- là qu'il fait voir
que Josephe se contredit lui-même . Et pour
ce qui regarde l'Eclipse de Lune , qui a précedé
la mort d'Herode , Riccioli grand Astronome
, la dit arrivée le 29. Decembre
de l'année 45. Julienne , 4. jours après la
Naissance de J. C. & à la fin de ce Chapitre,'
il le marque mort au mois d'Avril,la premiere
année de J. C.
Pour abreger,je renvoye les Sçavans sur tout
le reste , aux endroits de Riccioli que j'ai
cités
SEPTEMBRE . 1740 1951
cités. Et encore au troisiéme Tome de sa
Chronologie Réformée , pag. 45. où il nous
donne le Catalogue des Consuls Romains ;
& c'est là qu'à la troisiémé colomne de la
page 51. on voit la premiere année avant J.
C. marquée au Consulat de Cossus Cornelius
Lentulus, & de L. Calpurnius Pison : parce
qu'onze mois & 24. jours de Decembre
étant déja écoulés au moment de la Naissance
du Sauveur , elle doit être comptée pour
la premiere avant sa Nativité.
Mais ce qui mérite encore une attention
particuliere , c'est que le P. Perau , qui dans
son sçavant Ouvrage de la Doctrine des tems,
avoit paru incliner pour l'anticipation de
l'Epoque de J. C. cependant dans le treiziéme
Livre du fecond Tome, où il fait profession
de nous donner le véritable ordre des
tems depuis la création du Monde : étant
parvenu au Consulat de Cossus Cornelius
Lentulus & de L. Calpurnius Pison , p. 662.il
dit ces paroles mémorables. » On croit com-
» munément le Sauveur né sous ces Consuls.
S'il ne croit pas cette opinion la plus probable
, pourquoi l'a- t - il voulu suivre dans un
Livre où il fait profession de nous enseigner
la véritable Doctrine des tems ?
De plus , le P. Perau , dans la troisiéme
partie du Rationarium Temporum, imprimé à
Paris 1702. Liv. 1. Chap. 4. où il parle de
da
1952 MERCURE DE FRANCE
la Periode Julienne page 16. dit positive
ment que la premiere année de J. C. est
celle qui a pour Cycle Solaire 10. pour Cycle
Lunaire 2. pour Indiction 4. & il ajoûte
que cela ne peut convenir à aucune autre année
, qu'à la 4714. de la Periode Julienne ;
& il en donne la preuve démonstrative. On
voit encore au Chap . XV. du même Livre ,
où il donne les Epoques dont tous les Chronologistes
conviennent page 52. que l'Ere
Chrétienne a commencé aux Calendes de
Janvier de l'année 4714. de la Période Julienne
la 46. de l'ancienne Réformation , &
la quatrième de la 194. Olympiade. Et au
Livre treiziéme de la Doctrine des tems, page
662. cette premiere année de J. C. est
mise sous les Consuls C. Julius César &
L. Æmilius Paulus , qui est le Consulat qui
suit immédiatement celui de Cossus Cornelius
Lentulus , & de L. Calpurnius Pison. Selon
le sentiment du P. Petau , le Sauveur est
donc né l'année 4713. de la Période Julienne.
D'ailleurs tous les Chronologistes sçavent
que l'année 1739. est la 645 2. de la Période
Julienne ; parce que c'est celle qui a
pour Cycle Solaire 12. pour Cycle Lunaire
1. & pour Indiction 2. & c'est ce qui ne
peut convenir qu'à cette année de la Période
Julienne. Et ayant soustrait 4713. qui est
l'année de la Naissance de J. C. selon cetre
Période
SEPTEMBRE. 1740 1953
Période , de 645 2. il reste précisément 17391
Il n'y a donc aucune erreur dans le dénom
brement en usage dans l'Eglise Romaine .
Il me paroît cependant que je dois encore
dire ici , que dans la derniere Edition du
Rationarium Temporum du P. Petau , on trou
ve, à la troisiéme Partie Liv. IV. page 312 .
une Dissertation où l'on prétend démontrer
P'anticipation de l'Epoque de la Naissance de
J. C. sur celle qui est maintenant en usage :
mais son principal fondement est établi sur
l'autorité de Josephe , & sur l'Eclipse de
Lunc qui a précedé la mort d'Herode.
Nous avons déja dit que tout cela est sçavamment
détruit dans les endroits de Riccioli
que j'ai cités. Ceux qui ont lû attentivement
cette Edition nouvelle , sçavent bien
que cette Dissertation n'est point du P. Petau
, ni d'aucun de ses Confreres ; & il
est aisé de voir qu'elle n'a été mise au jour
que par des personnes qui ont prétendu autoriser
plusieurs points de leur Doctrine par
le nom célébre du P. Petau. Toutefois je
dois faire remarquer , que dans cette Edition
même , on y trouve la succession des Consuls
Romains à la seconde Partie , où la
Naissance de J. C. est marquée au Consulat
de Cossus Cornelius Lentulus,& de L. Calpur
nius Pison , qui est certainement la 4713. de
La Période Julienne , c'est- à - dire , celle qui
précede
1954 MERCURE DE FRANCE
précede immédiatement l'Ere Chrétienné
où le Sauveur est né le 25. Décembre . Il
faut encore faire attention que ceux qui ont
donné au Public cette Edition , n'ont pas
réfléchi que la Naissance de J. C. est un fait
momentané. Et ils y ont mis l'année des
Consuls César Aug. XIII. & M. Plautius
Silvanus pour la premiere avant J. C. qui
dans Petau & Riccioli est la seconde . Ainsi
cette succession des Consuls pour les années
avant J. C. a besoin de correction.
Secondément , il est certain que l'opinion
qui croit le Sauveur né l'année 4713. de la
Période Julienne , s'accorde parfaitement
avec ce que nous avons de plus clairement
marqué dans les Evangelistes touchant la vie
& la mort de JESUS - CHRIST.
Lé P. Perau dans le second Tome de la
Doctrine des Tems , Liv. XIII . page 664.
nous donne à Nole la mort d'Auguste l'année
4727. de la Période Julienne le 19.
Août ; on voit par la soustraction de 4713.
que c'étoit évidemment la 14. de JESUSCHRIST
. Et cette année est verifiée par
une Eclipse de Lune, qui étant arrivée le 27.
Septembre , apaisa la sédition des Légions
Romaines , qui ayant apris la mort de l'Empereur
, s'étoient révoltées en Pannonie. Et
c'est aussi ce que nous aprend avec les mêmes
circonstances le P. Riccioli , au second
Tome
SEPTEMBRE. 1740 1955
Tome de sa Chronologie Réformée page 32 .
& c'est à cette mort arrivée le 19. Août
que ces deux célébres Chronologistes nous
donnent le commencement du Regne de
Tibere.
>
Cela étant établi , nous lisons dans l'Evangile
de S. Luc, Chapitre III . que la quinziéme
année de l'Empire de Tibere César , Ponce Pi-
Late étant Gouverneur de la Judée , Herode
étant Tétrarque de la Galilée , Philipe son
frere l'étant de l'Iturée & du Pais des Trachonites
Lysanias de la Contrée d'Abila ;
sous le Pontificat d'Anne & de Caiphe , la parole
du Seigneur se fit entendre à Jean ,fils de
Zacharie , au Désert : & il alla dans tout le
Pais qui est le long du Jourdain , prêchant le
Baptême de Pénitence pour la remission des
pechés, Et l'Evangeliste dans le même Chapitre
au Verfet 23. dit qu'alors JESUS étoit
âgé d'environ trente ans. Ajoûtant donc à 14.
ans de l'Empire d'Auguste les 15. de celui
de Tibere , on a pour le tems que Jean prêcha
le Baptême de Penitence 29. ans des
deux Empires. Et J. C. n'ayant été baptisé
qu'après que Jean avoit parlé très - avantageusement
de lui dans le Désert , on voit
que tout cela s'accorde parfaitement à ce
dans que nous avons de l'âge de Jes y s се
Chapitre de S. Luc. Et c'est pour cela que
Riccioli à la trentiéme année de l'Ere Chré
tienne
957 MERCURE DE FRANCE
tienne page 33. dit positivement que le Sauveur
du Monde fut baptisé le 6. Janvier
un Vendredi , étant âgé de 29. ans & 13 .
jours .
Pour abreger le plus qu'il est possible , on
croit communément dans l'Eglise que le
Sauveur fut crucifié à l'âge de 33. ans . Or
la Chronologie nous aprend que la trentetroisiéme
année de l'Ere Chrétienne qui est
en usage , eut pour Lettre Dominicale D. &
pour Epacte 11. Et cette Epacte nous montre
le mois de Nisan du Calendrier Juif .
commençant cette année-là le 20. Mars :
comptant donc de -là jusqu'à 14. on tombe
fur le 2. Avril que la Lettre Dominicale
nous fait connoître avoir été un Jeudi , où
selon la Loi , on devoit ce jour - là manger
l'Agneau Pascal , & où le Sauveur inftitua le
S. Sacrement. Le lendemain , jour de Vendredi
, 3. Avril , il fut crucifié ; & le Dimanche
5. Avril , il resuscita. Et voilà encore
ce qui s'accorde avec ce que nous
avons de marqué dans les Evangelistes sur
les jours de l'Inftitution de l'Euchariftie , de
la Mort , & de la Resurrection de J. C.
Je dois cependant dire , qu'on a crû
assés communément dans l'Eglise le Sauveur
crucifié le 25. Mars. En effet , dans le Martyrologe
Romain , on trouve la commémogation
du bon Larron , qui est décédé le
même
SEPTEMBRE. 1745 1957
même jour que J. C. marquée au 25. de co
mois. Et il paroît que c'est l'opinion qu'a
suivi Cornelius à Lapide , sçavant Interpréte
de l'Ecriture . On voit dans l'ordre chronologique
qu'il nous donne de toute la vie du
Sauveur au commencement de son omnentaire
sur les quatre Evangiles, pag. 17. &
18. qu'il y met l'Institution de l'Eucharistie
un Jeudi le 24. Mars , la Mort de J. C. un
Vendredi le 25. & sa Resurrection le 27.
jour de Dimanche de l'année 34. de l'Ere
Chrétienne. Mais voyons maintenant comment
cela peut s'accorder , avec l'ordre chro
nologique de cette année , bien verifié.
La Chronologie par les Cycles Solaires &
Lunaires nous donne cette année -là pour
Lettre Dominicale C. & pour Epacte 22. Or
cette Epacte nous montre au mois de Mars
le premier de Nisan le & 9. de là
comptant
jusqu'à 14. on tombe sur le 22. du mois
jour où le Sauveur auroit dû , selon la Loi
manger l'Agneau Pascal , & faire la Cene
avec ses Disciples , & la Lettre Dominicale
C. nous fait connoître que c'étoit un Lundia
C'est donc là ce qui ne peut convenir aujour
marqué par les Evangelistes . On voit ici que
Cornelius à Lapide s'est trompé en nous don
nant cette année la Fête de Pâques , comme
cela est en usage parmi les Chrétiens, c'està-
dire,le Dimanche après le 14, de Nisan. En
effet,
1958 MERCURE DE FRANCE
,
effet, dans la Table Pascale réformée , l'Epacte
22. au premier rang de la Lettre C. montre
cette Solemnité le 28. Mars où l'on voit
encore que le même Auteur s'est trompé en
le disant le 27. Mars , & le Vendredi le
25. qui dans le vrai fut le 26. Les Chronologistes
qui ont examiné cette Epoque ,
sçavent qu'il n'est pas possible de trouver
jamais le Vendredi Saint le 25. Mars , au
tems des opinions probables sur la mort du
Messie .
Cependant le P. Petau,pour soûtenir que la
Mort de J. C. est arrivée au mois de Mars, l'amise
à l'an 31. de l'Ere Chrétienne.Cette année
eut pour Lettre Dominicale G. & pour
Epacte 19. qui nous montre dans le Calendrier
le premier de Nisan le 12. Mars.
Après avoir compté de- là jusqu'à 14. on a le
25. Mars où le Meffie , felon la Loi ,
auroit mangé la Pâque avec fes Apôtres. Et
la Letrre G. jointe au 25. Mars , nous fait
voir que ce jour-là fut un Dimanche. Et c'est
encore ce qui ne peut s'accorder au jour
dont les Evangelistes font mention. D'où l'on
doit conclure que l'année 33. qui s'y accor
de parfaitement dans toutes ses circonstances
, est la vraie & la probabilissime.
En troisiéme lieu , il est encore certain que
l'opinion qui nous donne l'Epoque de la Naissance
de J. C. l'année 4713. de la Période
Julienne
SEPTEMBRE . 1740. 1959
Julienne , sous les Consuls Cossus Cornelius
Lentulus , & L. Calpurnius Pison , est
celle qui s'accorde parfaitement au Calcul
Astronomique des Eclipses avant & après
J. C. Le P. E. Souciet , au premier Tome
des Observations Astronomiques faites à la
Chine page 18. fait mention d'une Eclipse de
Soleil arrivée à Pekin le 11. Octobre l'année
2155. avant J. C. Ayant donc soustrait
2155. de 4714. premiere année du Sauveur
selon la Periode Julienne , on a la 2559. de
cette même Periode qui concourt avec la
2155. avant J. C. Or , la Chronologic nous
donne pour cette année par les Cycles Solaires
& Lunaires la Lettre Dominicale A. &
l'Epacte 12. & effectivement au mois d'Oc- ,
tobre du Calendrier Romain , on voit à l'Epacte
12. une Nouvelle Lune bien marquée
au 11. du mois , comme il falloit
ce jour- là une Eclipse de Soleil..
pour avoir
Au huitiéme Livre de la Doctrine des Tems
du P. Petau , Tome premier page 803. on a
le Calcul d'une Eclipse de Lune arrivée la
nuit du 20. au 21. Septembre l'an 331 .
avant J. C. qui a précedé la Bataille d'Arbele
, & dont Plutarque fait mention dans la
vie d'Alexandre. Le P. E. Souciet dans les
Fastes du Monde page 27. dit que cette Bataille
se donna le 21. du mois de Septembre .
Ayant donc soustrait 331. de 4714, premiere
C année
1950 MERCURE DE FRANCE
année de J. C. selon la Periode Julienne ;
on a la 4383. de cette Periode qui fut en
concurrence avec celle d'avant J. C. au tems
de la Bataille d'Arbele. Or , la Chronologie
nous aprend que cette année eut pour Lettre
Dominicale C. & pour Epacte 18. Dans le
mois de Septembre du Calendrier Romain ,
l'Epacte 18. nous montre la Nouvelle Lune
le 6. du mois. Comptant donc de- là jusqu'à
15. on tombe sur le 20. Septembre pour
la Pleine Lune. D'où l'on voit que l'Eclipse
a dû arriver la nuit du zo . au 21 .
Voilà donc l'année 331. avant J. C. que
le P. Petau dit être la 4383. de la Periode
Julienne , bien démontrée par une Eclipse
de Lune,arrivée au mois de Septembre avant
la Bataille d'Arbele. L'année 1739. nous est
aussi bien démontrée être la 645 2. de la Periode
Julienne , par le Cycle Solaire 12. le
Nombre d'Or 11. & l'Indiction 2. de l'année
6452. de cette même Periode qui concourt
avec la 1739. de J. C. ayant soustrait
4382. année qui a immédiatement précedé
celle où s'est donnée la Bataille : reste 2070 .
ans depuis cette Bataillejusqu'à l'année 1739 .
& de 2070. ayant soustrait les 331. des an
nées données avant J. C. reste précisément
1739. sans qu'il soit besoin de faire aucune
addition , comme le prétend l'Auteur de
'Histoire suivie des Voyages de J. C.
Le
ཟླ
SEPTEMBRE. 1740. 1961
Le P. E. Souciet , au premier Tome des
Observations faites à la Chine,page 24. donne
le Calcul d'une Eclipse de Soleil arrivée
le 5. Fevrier l'an 2. avant J. C. Ayant
donc de 4714 soustrait 2. on a l'année 1712 .
de la Periode Julienne , qui eut pour Lettre
Dominicale C. & pour Epacte 24. Et dans
le mois de Fevrier du Calendrier Romain ,
l'Epacte 24. nous montre la Nouvelle Lune
le 5. de ce mois , comme il le falloit , pour
avoir une Eclipse de Soleil.
Au premier Tome de la Doctrine des
Tems du P. Petau , Livre VIII . page 822.
on a le Calcul d'une Eclipse totale de Lune ,
vûë en Pannonie la nuit du 27. au 28. Septembre
l'an 14. de l'Ere Chrétienne , qui
après la mort d'Auguste , arrivée le 19. Août,
fit cesser la rebellion des Legions Romaines
dont nous avons parlé. Ayant à 4713. année
de la Naissance de J. C. selon la Periode
Julienne , ajoûté 14. on a la 4727. de cette
Periode , qui concourt avec la 14. de l'Ere
Chrétienne , qui eut pour Lettre Dominicale
G. & pour Epacte 11. Et on voit au mois
de Septembre du Calendrier Romain que
l'Epacte 11.y donne la Nouvelle Lune le i 3 .
du mois , & , ayant compté de - là jusqu'à 15.
on a la Pleine Lune le 27. Septembre , &
la nuit suivante cette fameuse Eclipse.
Je dois dire en finissant , que je n'ai trou-
Cij vé
1962 MERCURE DE FRANCE
-
vé dans les bons Auteurs aucune Eclipse de
Soleil & de Lune avant ou après JESUS
CHRIST , qu'il ne m'ait été très - facile de
verifier , de la même maniere que j'ai fait
celles dont je viens de faire mention. Je
crois donc avoir démontré par le Calcul
Astronomique des Eclipses , que l'opinion
qui croit le Sauveur né à la fin de l'année
4713. de la Periode Julienne sous les Consuls
Cossus Cornelius Lentulus , & L. Calpurnius
Pison , est la vraye & la probabilissi
me. Ainsi mon opinion est , avec Riccioli &
les autres que j'ai cités , qu'il n'y a aucun
changement à faire à l'Ere Chrétienne qui
est en usage dans l'Eglise Romaine.
EP ITR E.
***
Au Révérend Pere d'Ailly , Recteur du Col
lege des Jésuites à Moulins , le 31. Juilles
1740. jour de la Fête de S. Ignace.
R Espectable d'Ailly , guide toujours fidéle
D'un Troupeau que le Ciel a commis à ton zéle
Pardonne si du Pinde encor je suis les Loix ;
Je veux versifier pour la derniere fois.
Non , que d'un Art si beau l'élégante imposture
Pour
SEPTEMBRE. 1740. 1963
Pour moi soit une erreur que la Raison abjure ;
Je rends plus de juftice à ce talent heureux ,
Qui nous prêtant des sons plus vifs & plus nombreux,
Sçait charmer à la fois les coeurs & les oreilles ;
On ne s'égare point sur les pas des Corneilles :
Mais un peu moins d'éclat , plus de réalité ,
Peut conduire un Mortel à l'Immortalité.
Je me fais , par devoir , une route nouvelle ,
Je quitte le Parnasse & le Barreau m'apelle .
Entre ces deux objets puis je me partager ?
La Veuve & l'Orphelin , qu'il me faut proteger ,
Demandent tous mes soins & toute mon étude ,
Et leur bonheur dépend de mon exactitude.
Ainsi , puisqu'il est tems de me sacrifier ,
Pour la derniere fois , je vais versifier ;
De vains amusemens me tiendroient lieu de crimes.
Mais quel sera l'objet de mes dernieres Rimes ?
Eh ! puis- je dans mon choix balancer un moment ?
Quel sujet ! pour pouvoir le remplir dignement ,
Je sçais , prêt à marcher , que j'ai besoin d'un guide;
Prête , éloquent Recteur , à ma Muse timide
Cette clarté , ce feu que depuis quelques jours
Mais yeux ont vû briller dans tes moindres discours ;
Je les implore au nom des Filles de Mémoire ;
De ta Societé je vais chanter la gloire ;
Quel secours fut jamais donné plus à propos ?
Comme les Champs de Mars , l'Eglise a ses Heros .
Ciij O
1964 MERCURE DE FRANCE
O , combien il en sort du sein du grand Ignace
Répandus sur la terre , ils en couvrent la face .
De combien de talens & de trésors divers
Cette source féconde enrichit l'Univers !
(1 ) De quel prix ne sont point ces brillantes Ecoles,
Où nos jeunes Seigneurs , comme des cires molles,
Façonnés par la main de l'éducation ,
Feront au doux repos succeder l'action ?
Quel fruit de vos leçons ! chacun d'eux par avance
Prend la robe virile , au sortir de l'enfance .
Quel Prodige inouil ce n'est point par degrés
Que croissent les talens , ils sont prématurés .
C'est peu que du Barreau , c'est peu que de la
Chaire ;
Tout refleurit par vous , jusqu'à l'Art Militaire :
Comme des Cicerons , vous faites des Césars.
(2) Vous montrez à défendre , à forcer des rempars.
Contre Mars en courroux il n'est point de retraites
On ne voit que Vaubans & que Poliorcettes ;
Mille Forts démolis n'en sont - ils pas témoins ?
Oui , ( 3 ) les Demetrius renaissent par vos soins.. :
Mais , c'est trop m'arrêter à la vertu guerriere
Dans une plus brillante & plus vaste carriere
( 1 ) Les Colleges.
( 2 ) Les Ecoles de Mathématique.
( 3 ) Démetrius furnommé Poliorcette , c'eſt - à- dire ,
Preneur de Villes.
Les
SEPTEMBRE. 1740 ; 1969
Les Fils de Loyola , par mille exploits fameux
Ne se sont-ils pas fait un nom plus digne d'eux
C'est en Heros Chrétiens qu'ils s'offrent à ma plume.
Une nouvelle ardeur dans mes veines s'allume.
Je les vois à l'envi s'arracher au repos ;
Qui peut les exciter à traverser les flots ?
Vont-ils , nouveaux Jasons , sur le sein de Nerée
Conquerir de Phrixus ( 4 ) la dépouille sacrée ?
Non , leur zéle plus pur vole après un trésor
Cent fois plus précieux , plus éclatant que l'or ;
Dans des Climats lointains ils vont chercher des ames
Que le peché condamne à d'éternelles flammes ;
D'un voyage si beau voilà l'unique but ;
Ils vont des Nations operer le Salut .
Du grand nom , qu'ils ont pris , ils soûtiennent la
gloire ;
Du Rédempteur du Monde achevant la victoire,
A ses faits triomphans ils sont associés .
Le Serpent infernal écrasé sous leurs pieds
Vomit les derniers traits de sa rage impuissante ;
သ Quoi , dit- il , de J в S U S posterité naissante ,
» De l'ouvrage fatal , dont il fut occupé ,
93 Quelque reste à son chefétoit-il échapé ? ..
Par des frémissemens l'Enfer en vain s'exhale ;
Des Apôtres nouveaux la présence fatale
Sur ces bords inconnus fait luire un jour nouveau,
4)La Toison d'Or .
C iiij
Leurs
1966 MERCURE DE FRANCE
Leurs mains, Peuples heureux, vous tirent du tombeau,
Et vous régénerant dans les Eaux du Baptême ,
Ils font pour vous sauver ce qu'eut fait JESUS même.
( 5 ) Ciel , quel spectacle affreux vient fraper mes
regards !
Le sang à gros ruisseaux coule de toutes parts.
Tout en est inondé , pour l'Enfer quelle joye !
Des suplices par tout l'apareil se déploye :
Mais en les tourmentant on comble leurs desirs ,
Et l'acier des Bourreaux ne fait que des Martyrs.
Quelle Palme à vos fronts tient lieu de Diadême,
Disciples fortunés d'un Maître qui vous aime ?
Qui , vainqueurs des Tyrans & même du trépas ,
S'il rentra dans sa gloire , il y conduit vos pas .
Vous triomphez ; Satan vous cede la victoire :
Mais sa noire fureur s'accroît par votre gloire ,
Et, malgré tout l'éclat de mille heureux progrès,
Il arme contre vous mille ennemis secrets ;
Il fait sous ses drapeaux marcher la calomnie ;
Chez elle , la vertu n'est jamais impunie ,
Elle vous assassine avec un fer sacré ,
Dans le fourneau brûlant tel l'or est épuré.
Mais à tout Novateur le Ciel livrant la guerre ,
Vangera ses Elus des complots de la terre ;
( s ) Le Martyre qu'ils fouffrent dans leurs Miffions
étrangeres.
I:
SEPTEMBR E. , 1740. 1967
Et de l'Erreur enfin perçant l'obscurité ,
Dans son plus haut éclat mettra la vérité .
Par J. D. D. H.
DISCOURS lû par M. de Ruolz , Préfident
de l'Académie des beaux Arts à
Lyon , dans l'Affemblée publique , tenuë le
4. Mai 1740. ( a )
MESSIEURS ,
L'objet des Académies dans les Affemblées
publiques , eft fans doute d'entretenir
dans les Efprits le Goût & l'Inclination pour
leurs Exercices , de confulter le Sentiment
du Public fur les differentes Productions
qu'elles dévoilent à fes yeux , & de trouver
dans cette démarche le fujet d'un Hommage
, fans lequel elles ne pourroient légitime-
(a) Dans le compte que nous avons rendu de l'Affemblee
publique de l'Académie de Lyon , au mois de
Juillet dernier , page 1553. nous avons imprimé
fur des Mémoires peu exacts , un Difcours fous le
nom de M. de Ruolz , que cet illuftre Académicien
defavoie , ainfi que celui qui eft imprimé dans les
Mémoires de Trevoux du mois de Juin dernier , Jeconde
Partie. Le voici tel qu'il a été fait ¿ lû à
l'Académie par M. de Ruolz.
Cv ment
1968 MERCURE DE FRANCE
ment participer à la gloire de former des
Corps dans la Societé .
,
C'eft pour répondre encore mieux à un
Engagement auffi intéreffant , à des Vûës
auffi naturelles , qu'à l'Ouverture de ces
Seances nous faifons part au Public de
tout ce qui s'eft paflé parmi nous , en lui of
frant le détail de nos Veilles , le Produit de
chaque jour académique ; en un mot , l'Hiftoire
de nos Occupations ; à quoi nous al-
Ions fatisfaire depuis le 2. Decembre 1739 .
jufqu'à préfent : dans ce Recit nous mériterions
peu le foupçon d'une vaine gloire , même
la plus légere ; un pareil mouvement eſt
bien étranger pour tous ceux qui , comme
nous , fans négliger l'Aprobation du Public,
ne cherchent qu'à s'en procurer les lumieres.
2. Réflexions (ur une Aurore Boreale , qui
a été aperçue dans le Virtemberg vers lafin de
cette derniere année. Ces Réflexions nous ont
été envoyées par M. Mocgling , Médécin à
Tubinge , & Académicien honoraire parmi
nous.
1. Mémoire fur la néceffité des Proportions
dans l'Architecture , accompagné des Deffeins
de differentes Eglifes de Rome , levés par l'Auteur
même , ( M. Souflole ) tels que S. André
de Laval , S. Ignace , S. Charles du
Cours. Ces Deffeins & la Diflertation tendent
à faire voir que les Proportions dans
l'Art
SEPTEMBRE. 1749. 1969
fArt de conftruire, ne font rien moins qu'ar
bitraires.
Une Vérité , atteftée d'ailleurs par le bon
Goût , n'eft cependant pas encore bien reconnue
, & il eft fâcheux , fans doute , que
des Monumens publics réparés depuis peu
de jours ( Piramide de la Place des Jacobins )
avec foin & magnificence , nous aprennent
que l'Ignorance ofe , de pair avec le Sçavoir,
donner le ton à l'Architecture , & bâtiſſant
au gré de fon Caprice , foule aux pieds , par
un renversement du bon fens , les Loix de
'Harmonie , & les Régles les plus certaines
dans les Proportions.
3. Nous avons déja parlé de la Vie du
Comte de Marfigly , écrite par Dom Hebert
de Quincy , de l'Académie de l'Inftitut à Boulogne
, & l'un de nos Académiciens honoraires
, qui nous l'a envoyée .
Cette Vie , Ouvrage encore Manufcrit ,
indépendamment des traits qui caractériſent
l'Homme de Condition , l'Homme Guerrier
, nous a fourni la Lecture de plufieurs
Morceaux qui font honneur à l'Homme
Académicien.
4. Obfervations exactement faites en differens
endroits de cette Ville , des variations furprenantes
du Barometre lors des grands vents
qui fe firent fentir dans le mois de Decembre
de l'année derniere. ( 5. Decembre 1739. )
C vj Si
1970 MERCURE DE FRANCE
5. Un Académicien a fait part à l'Acadé
mie d'une Lettre que lui a écrite un Médecin
étranger fur les Proprietés du fer , par ra◄
port à differentes Maladies .
6. Difcours fur le Tempéramment. Ce Dif
cours n'intereſſe en rien la Santé ; il s'agit du
Tempéramment dans l'accord des Inftrumens
de Mufique , fur la Théorie duquel
l'Académicien prétend que le Sieur Rameau
lui-même n'a rien déterminé.
Ce Mémoire eft accompagné d'un Inftrument
imaginé par l'Auteur , pour arriver à
une Pratique sûre dans l'Accord : il lui a
donné le nom de Phtongometre.
Quoi que ce mot exprime affés bien la
chofe , n'auroit-il point fallu , pour éviter
cet air de myftere dont on accufe avec tant
de grace les Sciences , que l'Académicien ,
en nous préfentant cet Inftrument , eût dit
qu'il s'apelloit la Meſure des Tons , & non
pas un Phtongometre ?
*
· 7. Mémoire fur la Serrurerie , avec une
Explication de toutes les parties qui en forment
le Méchanifme. Cet Ouvrage , qui fait partie
* M. de Mondorge , de l'Académie des Sciences de
cette Ville , avoit lû dans l'Aſſemblée publique la ſemaine
précedente , une Differtation qui tendoit à étales
Sciences doivent être mises à la portée de
l'Entendement , & qu'on en doit bannir tout ce qui
eft farouche.
blir
que
de
SEPTEMBRE. 1740 1977
de celui que nous avons entrepris , fur l'Hiftoire
des Arts , eft accompagné de plufieurs
Obfervations propres à rendre les Ouvrages
en Fer , & plus fimples & plus faciles dans
leurs exécutions ; c'eft en effet l'Objet & le
Plan de cette Entrepriſe particuliere.
نم
8. Obfervations Météorologiques faites à
Lyon pendant l'année 1739. & comparées à
celles qui ont étéfaites à Toulon pendant la même
année , par le Pere de Chatelard , l'un de nos
Correfpondans ou Académiciens honoraires.
9. Remarques fur les differentes conftructions
des Barometres.
10. Obfervations de l'Eclipfe de Lune , arǹ
rivée le 13. Janvier 1740.
Je m'arrête ici pour parler d'un des
beaux jours de cette Académie , lorſque M.
de Fleurieux eft venu y prendre une place
d'Académicien ordinaire , libre dans la Claffe
des Arts.
Ce jour heureux , qui a rendu complet le
nombre prefcrit par nos Réglemens , aprendra
à jamais que les Fonctions importantes
& prefque continuelles d'un Miniftere éclatant
( M. de Fleurieux eft Prévôt des Marchands
à Lyon ) ne font point incompatibles
avec le commerce des Sciences , lorfque
l'on s'en eft fait dans tous les tems une
douce habitude . Elles fervent alors à délaffer
l'Homme Public ; & parmi les differens
délaffemens
1972 MERCURE DE FRANCE
délaffemens attachés à la vie , qui ne fçait
que tous ceux que procurent les Belles Lettres
, les Sciences & les Arts , ont toujours
été du goût de Monfieur de Fleurieux ?
11. Mémoire écrit enforme de Lettre , fur
L'Origine la Formation des Couleurs,raportées
aux Fleurs & aux Papillons ,foûtenus d'une
Comparaifon de la Conduite de la Nature dans
la Végétation , avec les Opérations Chimiques.
Ce Difcours doit etre fuivi d'autres Recherches
dont la perfection des Teintures
fera l'objet.
12. Diverses Obfervations de la Déclinaifon
Inclinaifon de l'Aiguille aimantée , faites à
Toulon.
13. Obfervations d'une Aurore Boreale qui
aparu , l'Eclipfe de Lune du & de 13. Janvier
dernier , dont il a été déja parlé.
14. Le tout joint a une Deſcription de
l'Inftrument dont fe fert l'Académicien ( Hidographe
de Sa Majefté ) pour meſurer la
quantité d'eau qui tombe toutes les années.
15. Un Académicien de l'Académie Roya-.
le des Sciences , a
a fait part à l'Académie des
Lettres que lui a écrit M. du Hamel fur plufieurs
articles concernant les Matieres que
nous traitons dans nos Affemblées , indépendamment
des Sujets attachés à chaque Claffe
particuliere.
16. Le même Correfpondant à Toulon
nous
SEPTEMBRE. 1740 1973
nous a envoyé une Deſcription du Cabeſtan
dont on fe fert fur les Vaiffeaux , avec le détail
des Inconveniens auxquels affujettit fon
ufage , & les differens Projets qui ont été
tentés jufqu'à préfent pour les éviter : Objet
qu'a en vûë l'Académie Royale des Sciences
& pour lequel M. de Maurepas ( ce , Miniftre
fi confideré des Sçavans ) a fait retarder
le Prix attaché à la réüffice . Plufieurs
d'entre nous remplis du Sujet , travaillent ,'
chacun en particulier , & ont promis de ne
point fe communiquer leurs Ouvrages , qu'après
qu'ils les auroient envoyés à Paris avec
Jes précautions ordinaires .
Des Académiciens , qu'une conformité de
goût & d'inclination réunit tous les jours
avec joye , s'obfervent cependant dans leurs
Entretiens , & une referve auftére eft la mefure
du plaifir qu'ils y trouvent. Bien éloignés
de vouloir partager le fruit de leurs travaux ,
ils s'en derobent jufqu'à la connoiffance ; ils
agiffent comme de vrais ennemis , & cependant
ils s'aiment. ... Etrange contrarieté !
C'eſt à la Gloire , feule capable de produire
de tels Paradoxes , d'en déveloper la caufe
, puifque tout autre intérêt que le fien n'en
fauroit former de pareils. Difons le , ces
Sentimens dans eux font auffi honorables
que le Sujet qui les anime, eft digne de fuccès.
17. Difcours fur l'Art des Fondeurs , particulierement.
>
1974 MERCURE DE FRANCE
ticulierement par raport à la Fonte des Cloches.
avec des Calculs Géometriques des Proportions
néceffaires pour déterminer les differens fons.
L'Auteur fait voir quelle doit être la Pro-
'portion du Battan , ou Battail , en raiſon avec
une Cloche ; la differente configuration des
Cloches à la Françoife & à l'Italienne ; & il
nous a donné le modèle d'une Cloche à la
Françoife , fondue exprès , & qui fert d'épreuve
à fa Differtation.
18. Mémoire fur le Mouvement des Pla
nettes, avec l'Explication de leurs Eclipfes, fuivant
la Methode la plus fimple. Ce Mémoire
eft fait pour être à la fuite de celui qui eft
intitulé : Effais de Physique.
19. Recherches hiftoriques au sujet d'une
Source Vitriolique , cuivreufe , qui eft à quellienes
de cette Ville. ( à Cheffy , Village
du Lyonnois. )
ques
Ces Recherches feront bientôt Livies de
la Partie Phyfique qui découvrira l'Analyfe
& les Proprietés des Eaux de cette Source .
Des Dons de la Nature qui ont excité l'attention
& la curiofité des Sçavans éloignés ,
ne peuvent être placés fous nos yeux , que
pour mériter de notre part encore plus d'attention.
( M. Bolduc de l'Académie des
Sciences , Mémoires de l'Académie . &c . )
20. Mémoire accompagné du Modéle d'une
Machinepropre à piler & à tamifer les Drogues
SEPTEMBRE. 1740. 1971
gues, & pourfervir à cet ufage dans la Pharmas
cie de l'Hôtel-Dieu de cette Ville, avec les calculs
qui en prouvent les effets . ( M. Delorme. ) .
Le travail de plufieurs perfonnes à la fois
au lieu d'une feule qui pourra être employée
dans la Pharmacie , eft le Motif de cette Invention
, à laquelle l'Académicien a été animé
par celui de Mrs les Recteurs de cette
Maiſon , prépofé à cette partie , & qui
premier aa fenti les inconveniens d'un travail
ainfi multiplié, & fi néceffaire autre part ;
on ne peut que loüer fon zéle.
le
21. Mémoire & Explication d'une Machine
propre à faire & tailler fur le Tour toutes
fortes de Vis , quelle que foit la distance entre
leurs beliffes , à gauche comme à droite , fans le
fecours d'aucun mandrin .
L'Auteur de ce Mémoire , verfe dans l'Art
du Tour , dont il fçait fe faire dont il fçait fe faire un amuſement
aimable , n'a pas crû devoir produire un garant
plus infaillible de fon Idée , que l'exécution-
même ; quand les Mechaniques en
font arrivées là , elles font affûrées de leur
triomphe.
On ne croit pas que ce moyen de les perfectionner
dans un point qui leur eft aufli
effentiel , fe trouve ni dans l'Ouvrage du
Pere Plumier , ni aucune part dans les Mémoires
de l'Académie des Sciences.
22. Mémoire en forme de Lettre , contenang
#976 MERCURE DE FRANCE
nant la Defcription du Voyage de Naples en
partant de Rome. ( M. de la Mouce ) * Tout
ce qui peut intéreffer la Curiofité , foit fur
la Route , foit dans la Ville qui en eft le
terme , ſe trouve décrit & accompagné de
Remarques fur chaque objet particulier . Elles
font l'Ouvrage d'une connoiffance néceffaire
de l'Antiquité , d'une longue habitude
, du goût , du diſcernement & du vrai .
L'Académicien Voyageur , en écrivant ,
pour ainfi dire , d'après les Lieux , & les
objets même , n'a eu à emprunter des Rélations
les plus modernes , que l'occafion
de relever bien des fautes échapées ou au défaut
de lumieres , ou au manque de fidélité
dans les Faits .
23. Introduction à la Physique de Newton
, propre à bien faire connoître ce Philofophe
, & à mettre en état de juger qui font les
mieuxfondés ou de Newton dans fon Systême,
on de fes Adverfaires dans leurs objections.
Le Systême de l'Attraction qu'il faut fe donner
de garde de vouloir confiderer dans un
point Phyfique , eft , comme on fçait , le
premier fujet de méditation qui fe préfente
dans cette Phyfique , & par conféquent dans
fon Introduction. Nous renvoyons à la lecture
de cet Ouvrage , fans en dire rien de
plus ; il eft de tels fujets pour lefquels la fimple
esquifle ne peut rien . L'Ouvrage fera
continué
SEPTEMBRE. 1740. 1977
continué par l'Académicien dans le même
goût.
24. Mémoire fur la Théorie des Cadrans
Solaires , & la pratique d'un Inftrument inventé
par l'Académicien pour tracer toutes
fortes de Cadrans , & trouver les Hauteurs ;
avec une aplication des Régles de la Gnomonique
à l'apofition des differens points de
la Terre fur les Cartes Géographiques.
25. Recherches fur la caufe des Vents ;
leurs nombres , leurs avantages , les differens
Pays dans chacun defquels un Vent particulier
regne. Il faut convenir que dans une partie
de ce Mémoire , l'Obfervateur curieux
goûte plus de fatisfaction que le Philofophe .
Čes Recherches feront fuivies d'une Expli
cation enjoüée des autres Méteores. Nous
attendons auffi du même Académicien l'Hif
toire des Courans ; il ne fçauroit la refufer
à nos fouhaits.
26. Petit Entretien fur les trois fortes de
Baume du Perou , auquel eft joint un Deſſein
crayonné de l'Arbre qui le produit , que les
Indiens apellent le Zilo , ou Gomorra Zilo.
L'Académicien a mis fous nos yeux un Coco
plein de l'efpece de Baume qu'on apelle
Baume fec , & qui a diftilé de l'Arbre.
Après tout ce détail , fruit d'un intervalle
affés long , me permettrez-vous , Meffieurs ,
une feule Réflexion ? Convenons que les
Productions
1978 MERCURE DE FRANCE
Productions de l'Eſprit font bien differentes
de celles de la Nature ; il n'eft aucune faifon
qui arrête le cours ni les progrès des
Productions de l'Efprit , il peut être fécond
en tout tems , & ſa fécondité trouve toujours
une nouvelle fource en elle- même.
Tel a donc été pour nous . le Revenu de
cette derniere Saiſon , s'il m'eſt permis de
parler ainfi ; nous fommes charmés de le
partager avec le Public . de même que celui
des précédentes ; & c'eft cet empreffement
de notre part qui a fait le fujet d'un de nos
Réglemens , connus fans doute , par lequel
M. le Sécrétaire eft engagé de procurer la
lecture des Ouvrages de l'Académie à ceux
qui fouhaitent les voir.
Si ce foin eft un affujetiffement , fon zéle
pour tout ce qui eft Devoir Académique ,
ne lui permet pas de s'en apercevoir.
M. Albouy & M. l'Abbé de la Croix vont
remplir la Séance par les Difcours que nous
allons entendre.
Lû le 4. Mai 1740. dans l'Affemblée publique
, & remis à l'inftant à M. le Sécréfaire.
Signé , De Ruol
*
ODE
SEPTEMBRE. 1740. 1979
O DE
sur son Retour.
MAîtresse aimable & fidelle ,
Toi , que j'aimerai toujours ,
Entends ma voix qui t'apelle .
Muse , viens à mon secours ,
Fais éclore de ma Lyre
Ces chants que la joye inspire ,
A tous les sensibles coeurs ;
Plus que jamais je desire
D'avoir part à tes faveurs.
Ha
Cueille les fleurs immortelles
Qu'on voit sur le double Mont ;
Des plus vives , des plus belles ,
Je veux couronner mon front.
Doux charme de l'allegresse
Je cede à ta douce yvresse ;
Que ces momens sont heureux !
Non , non , jamais la tendresse
Ne m'inspira tant de feux.
*
Les Dieux , que pendant l'absence
Mes
1980 MERCURE DE FRANCE
Mes soupirs ont attendris ,
Vont me rendre la présence
D'un Frere que je chéris ;
Mais je le vois , je l'embrasse ;
Que mon coeur se satisfasse
Au gré du plus vif désir ;
Est-il un bien que n'efface
Un si sensible plaisir ?
Vous , Monstres que je déteste ,
Noirs soucis , cruels Vautours ,
Vous dont le poison funeste
Fannoit la fleur de mes jours ';
Fuyez , portez vos allarmes
Aux coeurs dévoués aux larmes ,
Tandis qu'un plus heureux sort
Me fera goûter les charmes ,
Qu'inspire un tendre transport.
*
Les peines les plus cruelles
Ne sçauroient durer toujours ;
Le plus doux plaisir , comme elles ,
Tôt ou tard finit son cours .
La Beauté des Champs expire
Sous le redoutable Empire
D'un hyver trop rigoureux
Mais
SEPTEMBRE. 1740 1988
Mais le Printems & Zéphire
Ramenent Flore & les Jeux.
*
Cher Frere , à qui la Nature
M'a si tendrement lié ,
O toi , dont le coeur m'assûre
Les trésors de l'amitié ,
Vainement ma Lyre tente
De peindre l'ame contente
Du bonheur qui la ravit ;
Ah ! quand le plaisir enchante ,
On sent bien mieux qu'on ne dit.
*
Le Dieu même du Parnasse
M'inspirât-t-il les accens ,
Qui de l'élegant Horace
Ont fait admirer les chants ,
De la douce frénesie ,
Dont j'ai mon ame saisie ,
Pour faire le vrai Tableau ,
La plus vive Poësie
N'auroit qu'un foible Pinceau.
7
Par M. B ** , d'Aix.
SE
1982 MERCURE DE FRANCE
****************
SECONDE REPONSE de M. le
Marquis de S. Aubin , à M l'Abbé des
Fontaines , & à l'Auteur Anonyme des
Refléxions , au sujet des Antiquités de la
Maison de France.
DepuismaRéponse à la M. l'Abbé des FontainesL. e)tdterseO2b9ſ4e.rv(aRtéiopnosnsfeurà
les Ecrits modernes , M. l'Abbé des Fontaines eſt
revenu à la charge deux fois de fuite , dans les Lettres
307 & 308 Il penfe qu'il a porté un coup
mortel à mon Systême fur les Antiquités de la Maifon
de France .
Il avoit prétendu tirer un grand avantage du filence
des Hiftoriens qui n'ont pas parlé de la retraite
de Childebrand, Roy de Lombardie , en Fran
ce. J'ai répondu que M. l'Abbé des Fontaines faifoit
trop d'honneur aux Hiftoriens des huit éme &
neuviéme fiécles ; que fi un Fait auffi célebre que la
retraite de Childebrand en France a été univerfellement
omis , un Fait encore plus célebre , le Regno
de Childebrand en Lombardie , n'a pas été moins
univerfellement omis ; qu'aucune parti ularité de
fon détrônement n'a été écrite ; qu'on ne doit pas
s'attendre à trouver les Faits qui font arrivés pendant
ce fiécle , décrits dans les Hiftoriens avec toutes
leurs circonftances.
Sur cela , M. L. D. F. fait remarquer l'Adreſſe
que j'ai employée ; ( Adreffe imputée . ) ce qu'il explique
en ces termes : M. D. S. A. regarde le détrônement
de Childebrand , comme le Fait principal L
fa retraite en France , comme une particularité ; do
ainfi il n'eft pas étonnant que les Hiftoricus de ce temsSETEMBRE.
1740. 1985
là-l'agent omife , puiſqu'ils n'ont décrit, aucune circonftance
de l'Evenement le plus important. C'eft lo
réſultat du raisonnement de ce Critique. Il me semble
cependant qu'on n'a jamais donné le nom de particu-
Larité ou de circonstance à un Fait qui eft indépendant
d'un autre. Car Childebrand , Roy de Lombardie , a
pû être détrôné , fans qu'on puiſſe en induire néceſſairement
qu'il a paffé en France , parce qu'on y trouve
dans le même tems un Prince de ce même nom.
Voilà ce qui s'apelle donner habilement le change
, & employer cette même adreffe que M. L.
D. F. m'impute. J'avoue qu'il feroit poffible que
Childebrand eût été détrôné , fans qu'il fe fût réfugié
en France ; mais eft- ce là de quoi il s'agit ? La
queftion eft de fçavoir. fi le - filence des Hiftoriens
affaiblit mes preuves fur l'identité de Childebrand ,
Roy de Lombardie , & de Childebrand , beau- frere
de Charles Martel. Je foutiens que cette objection
ne mérite aucun égard , parce que les Hiftoriens
n'ont pas même parlé de fon Regne . Or le détrônement
de Childebrand a été l'occaſion ou plûtôt
la caufe de fa retraite en France .
Il est donc certain que fi le premier Fait eft indépendant
du fecond , le fecond dépend néceſſairement
du premier. Ainfi , pour que les Hiftoriens
neus apriffent que Childebrand s'étoit réfugié en
France , il faudroit , à plus forte raifon , qu'ils eussent
écrit que Childebrand avoit regné en Lombardie.
C'est ce que M. L. D. F. a reconnu , par la mamiere
dont il a tourné fon objection , avant que de
prévoir la fubtilité qu'il a employée en dernier lieu.
Aucun , avoit- il dit , n'a écrit que Childebrand
après avoir été détrôné , fe foit réfugié en France. 11
a donc donné lui- même le Fait du détrônement ,
somme préalable & principal , & le Fait de la re-
D traite
1984 MERCURE DE FRANCE
traite en France , comme conféquent & acceffoire ;
& quand cela ne fuivroit pas de les paroles , la chofe
, en elle-même , n'eft elle pas évidente ?
">
93
Venons au coup mortel , qui n'empêche pourtant
pas le Syftême d'être encore en état de fe défendre.
M. L. D. F. cite ce Paffage de ma premiere
Réponse : » Et quels font les Hiftoriens dont le fi-
» lence fur la retraite de Childebrand en France
a pourroit rendre douteufe l'identité de Childebrand
beau-frere de Charles Martel ? ( Il y a dans ma
Réponse , de Childebrand , Roy de Lombardie
» & de Childebrand , beau -frere de Charles Martel. )
» L'Hiftoire de Paul Diacre , finit à la mort de
Luitprand ; fur quoi il me vient en pensée que
» Paul Diacre , qui a écrit fon Hiftoire du tems de
Charlemagne , & qui auroit pû la continuer juf-
» qu'à l'extinction du Royaume de Lombardie, n'a
pas voulu parler des Succeffeurs de Luitprand ,
pour faire entendre qu'il ne reconnoiffoit plus de
» Rois légitimes depuis Luitprand , & que c'étoient
des ufurpateurs qui avoient été les ennemis de
» Pepin & de Charlemagne . M. L. D. F. après cette
Citation , dit tout de fuite : Mais cette refléxion
ne porte-t'elle pas en même- tems un coup mortel au
Systême de M. de S. A ? Je veux que Paul Diacre
pas voulu parler de Rachis , d'Aftaulfe , ennemis
de nos Rois ; mais fi le Childebrand de France avoit
été le même que celui de Lombardie , cet Hiftorien auroit-
il oublié d'en parler ?
n'ait
Il eût été impoffible que Paul Diacre parlât du
Regne très- court de Childebrand , fans parler de
P'Ufurpateur Rachis. Cet Hiftorien a fait mention
de Childebrand , dans les tems dont il a écrit l'Histoire.
Nous y lifons que Childebrand fut défigné
Roy de Lombardie par Luitprand , fon oncle. Il n'a
pas jugé à propos de parler des Evenemens qui ont
fuivi
SEPTEMBRE . 1740 1985
fuivi le Regne de Luitprand , à la fin duquel il a
affecté de s'arrêter . Je n'aperçois pas , dans le prétendu
coup mortel du Systême , la moindre conjecture
qui le bleffe . Paul Diacre ceffe de faire men.
tion de Childebrand parce qu'il ne continuë pas
fon Hiftoire au delà de Luitprand. Il étoit libre à
Paul Diacre de garder le filence fur les tems les
plus récents ; combien d'Auteurs ont eû la même
circonspection ? Le coup eft paré.
Le Regne de Childebrand , continuë l'Obſervateur ,
eft attefté par un Diplôme reconnu pour authentique ;
des Hiftoriens me disent que les Lombards rejetterent
enfuite ce Roy légitime , & que Rachis fut fon fuccesseur.
Voilà la révolution confignée dans les Monu.
mens de l'Antiquité. Mais aucun Hiftorien , aucun
Diplôme ne m'aprend que ce même Childebrand fe foit
retiré en France. Le nom de Childebrand , qui défigne
clairement fa Patrie Lombarde , & les liaifons
étroites qui furent entre Pepin d'Héristel &
Charles Martel d'une part , & Luitprand & Chil
debrand de l'autre , feroient recevoir l'identité d'un
feul Childebrand, par les plus difficultueux Généalogiftes
; mais voilà de plus cette identité confignée
dans les Monumens de l'Antiquité , non par
un fimple témoignage d'Hiftorien ou par un Diplôme
, mais par une preuve très - fupérieure , par
le témoignage du Roy Robert II . témoignage dé
cifif , qui n'a rien d'équivoque , qui ne peut le raporter
à une Race féminine , puifque toutes les filiations
depuis Robert II . en remontant jufqu'à
Childebrand , font prouvées de mâle en mâle , &
déclare fa Maifon venoit d'Italie..
que ce Roy que
Je me fouviens d'avoir dit que je me ſervois de
la méthode des Géometres , en prenant pour principes
les Fairs que j'avois prouvés ; ce n'étoit pas
dire que mes inductions formaflent une démonftra-
Dij tion
1987 MERCURE DE FRANCE
tion prefque géométrique . Mais j'adopte volontiers
ce terme , pourvû que par-là on entende la certitude
& Pevidence hiftorique. Une fimple preuve
directe , le témoignage d'un Hiftorien de ces temsla
ne pourroit pas être rejetté , n'étant pas contredit.
Cependant combien trouve- t'on de mépriſes
groffieres dans ces Auteurs ? L'un a dit que Charles
le Simple étoit fils de Charles le Gras ; un autre
a avancé que l'Empereur Arnoul étoit fils d'un Ba
ron de France. Quelle difference du témoignage ,
fur lequel nous nous apuyons principalement , foir
par le caractere pieux du Roy Robert II. foit par la
nature du Fait dont il devoit être parfaitement instruit
, s'agiſſant de l'origine de fes propres Ancêtres
; foit par le concours de tous les autres raorts
hiftoriques ; foit parce qu'il ne refte plus de vraifemblance
à aucune autre opinion débitée fur les
Ancêtres de Robert le Fort !
Eft- ce ma faute , fi M. L. D. F. ne voit dans tour
cela qu'une combinaiſon de conséquences probables ?
Il ajoûte même auffi-tôt ce correctif, comme s'il
s'étoit trop avancé ; ( Chronologie . ) Mais ce quifajt
encore douter de l'identité dé Childebrand de France
de Childebrand de Lombardie , c'eft que dans la
guerre faite à Aftaulfe par Pepin , il n'est point parlé
de lui. Auroit-il manqué de faifir cette occafion de fe
venger de l'Ufurpateur , d'engager Pepin à le faire
remonter fur le Trône's
Voici , comme on voit , une objection ajoûtée à
celles que M. L. D. F. avoit faites en premier lieu.
Mais quelle objection ! La guerre de Pepin contre
Aftaulfe , fe raporte à l'onzième année après le détrônement
de Childebrand , & à la troifiéme année
après la mort, dont le tems nous eft indiqué par le
Continuateur de Frédegaire , qui dit en l'année 752.
Jufqu'ici cette Chronique a été écrite par les ordres
de
SEPTEMBRE 1746 1987
de Childebrand ; elle va dorénavant être fuivie fou
l'autorité du Comte Nébelon , fon fils.
M. L. D. F. pour foûtenir fa Chronologie , dira
peut- être, il n'eft pas impoffible que celui qui a fait
commencer une Chronique foit encore vivant, lors
qu'elle eft continuée par les ordres de fon fils. It
me faut le témoignage précis de l'Hiftoire . M. L. D. F.
dira ce qu'il jugera à propos ; & le Public auffi en
penfera ce qu'il jugera à propos de fon côté . En
fupofant même que Childebrand vivoit encore , la
prudence ne lui eût pas permis d'engager Pepin à le
faire remonter fur le Frône. Le nouveau Roy de
France , en portant la guerre au-delà des Alpes",
montroit affés un projet formé de joindre à fa Couronne
celle de Lombardie ; projet , qui moins de
vingt ans après fut executé par Charlemagne . Chi
debrand & fes defcendans ne devoient- ils pas craindre
de fe faire des ennemis de leurs Protecteurs ,
'ils montroient quelque prétention ou quelque vuë
fur le Royaume des Lombards ? Quels avertiffemens
ne recevoient - ils pas de tant d'exemples des
maux causés par la funefte foif de dominer ?
Il n'y a qu'à fe rapeller avec quelle cruauté les
Mérovingiens ont fait mourir leurs plus proches
parens , pour agrandir leurs Etats ; comment Charles
Martel & Pepin traiterent les reftes de la Famille
Mérovingienne ; combien ils persécuterent la
Maifon d'Aquitaine, qui étoit Mérovingienne auffi.
A nous renfermer dans les commencemens des Regnes
des Carliens , Pepin & Siagrius , fils de Carlomán
, & neveux de Pepin , Roy de France , furent
enfermés dans un Monaftere ; les deux fils d'un autre
Carloman , propre frere de Charlemagne , furent
conduits chés Thaffillon , Duc de Baviere , puis
chés Didier , Roy des Lombards , dès que leur Pere
Carloman fut mort , leur Mere ayant voulu les
D iij fouftraire
1988 MERCURE DE FRANCE
fouftraire à la jaloufie de leur oncle. Tant il étoit
dangereux alors d'avoir des prétentions qui ne fussent
pas foûtenuës par la force !
C'est ce qui m'a fait dire ( à la page 204. des
Antiq. de la Mais . de Fr. ) peut - être les defcendans
de Childebrand laifferent- ils tomber peu à peu dans
P'oubli kur origine de Lombardie , pour ne faire
paroître aucune prétention fur un Royaume
conquis par Charlemagne , & poffedé par fa Pofterité
. Mais Kobert II . étant affermi fur fon Trône
par les trois Regnes d'Eudes, de kobert I. & de Hugues
Capet , les raifons de politique difparoiffent, &
la vérité le montre par la preuve la plus certaine &
la plus autentique .
La même refléxion s'aplique à la continuation de
Frédegaire. Childebrand , réfugié auprès de Pepin,
qui n'avoit pas encore pris le titre de Roy , auroitil
eû l'imprudence , dans une Chronique écrite par
fon ordre , de fe décorer d'une naiffance , d'un
rang , & d'un titre fupérieurs à ceux de fon beaufrere
& de fon neveu , dont la protection lui fervoit
d'azyle ? Eût- il fait inſerer la Race & fon Regne
, dans une Hiftoire entierement étrangere à la
révolution qui lui avoit enlevé la Couronne de
Lombardie
Mais voici un trait de prudence bien plus marqué .
C'eft un fait très certain que Luitprand , Roy de
Lombardie vint en 739 avec toutes les forces au
fecours de Charles contre les Sarrafins. Comment
Childebrand & Nebelon ont-ils pû négliger d'aprendre
à la Pofterité l'obligation effentielle que Charles
, Pepin , & toute la France avoient à Luitprand ?
C'eſt par le même motif, qui fit fuprimer à Germanicus
fon nom dans l'Infcription qui contenoit fes
propres victoires. ( Tac. Annal . Lib . 2. )
L'omiflion du nom de Germanicus , dans ce Monument,
SEPTEMBRE. 1740 1989
nument, eft une preuve que l'Infcription fut ordonnée
par lui- même; car quel autre que lui eût pû l'y
omettre ? L'omiffion du fecours amené par Luitprand
eft une preuve que les guerres des Sarrafins
en France ont été écrites par les ordres de fes neveux.
L'identité de Childebrand Roy de Lombardie
, & beau- frere de Charles Martel , en eft encore
confirmée ; car fi le Continuateur de Frédegaire
n'eût pas écrit par les ordres de Childebrand Lombard
& de Nebelon , eût - il pû omettre un Fait aufi
important pour le Sujet qu'il traitoit , que le fecours
de toutes les forces de Lombardie amenées
en France par Luitprand lui- même ? L'omiffion du
titre de Roy fera- t'elle quelque impreffion , après
avoir ajoûté cette remarque aux précedentes ?
Il me refte à répondre à deux attaques , l'une de
Critique & l'autre de Dialectique , & enfin à la négligence
& à l'inexactitude qui me font imputées.
Je commence par le point de Critique . J'ai dit, dans
ma premiere Réponſe , que fi le Continuateur de
Frédegaire n'avoit pas marqué l'identité de Childebrand,
Roy de Lombardie , & de Childebrand , beaufrere
de Charles Martel , c'eft que ce Fait étoit
trop notoire alors , & qu'il n'avoit aucun raport aux
Evenemens dont Childebrand & Nébelon faifoient
écrire l'Hiftoire .
( Critique . ) M. L. D. F. releve cette Réponse
& il y voit des conséquences dangereufes. Selon
d'habiles Critiques , dit - il , lorfqu'il s'eft écoulé deux
fi'cles ou environ , fans trouver aucun vestige d'un
Fait illuftre , il doit paffer pour apocryphe. Je ne connois
aucun Critique qui ait avancé une regle fi préjudiciable
à l'Hiftoire .
Les véritables regles de la Critique en ce genre ,
font , d'examiner quel eft le premier Auteur qui a
avancé un Fait , fi l'Auteur eft grave , s'il eft ancien ,
Dij
s'il
990 MERCURE DE FRANCE
s'il peut avoir faivi des veftiges que le tems n'ait pas
faiflé parvenir jufqu'à nous , s'il eft contredit , file
Pait en lui - même eft vrai- femblable , dans quelles
fources il a pû être puisé , fi l'Auteur non contemporain
a eû quelque motif d'alterer la vérité , quel's
font les tems & les conjectures , où les Contemporains
manquent.
Il n'y a pas une feule de ces regles de Critique
qui n'affûre l'origine Royale de la Maifon de France.
L'Auteur , fur lequel je me fonde principalement
, a fept cent cinquante ans d'ancienneté. If
ne fait que répeter les paroles d'un Roy pieux &
fincere ; il a puisé le plus décifif des témoignages
dans la tradition même de la Famille dont il nous
aprend l'origine ; cette preuve eft encore fortifiée
par le concours des circonftances qui s'y raportent ;
les fiécles où nous faifons nos recherches , font
obfcurcis par les plus épaiffes ténebres ; enfin après
que toutes les autres opinion's fur les Antiquités de
la Maiſon de France ont été réfutées , le témoigna
gne d'Helgaud ne peut plus être valablement contredit.
Mais voici , fuivant M. L. D: F. le danger de ma
Réponse. En admettant la raison employée par M.
D. S. A. il n'y a point de Fable célebre qui ne doive
être admife il n'y aura qu'à dire qu'elle étoit trop nosoire
pour être écrite dans fes commencemens . Ai - je
fait entendre qu'on doive admettre les Faits qui ne
font pas autorisés du genre de preuves qui leur
convient ? Non , mes paroles fignifient qu'on ne
déplace pas ordinairement un Fait pour l'aprendre
au Public , lorsqu'il eft connu de tout le monde.
Quel danger y a-t'il que cette maxime introduife
des Fables ? M. L. D. F. a fi bien pris le féns de
Ares paroles , qu'il dit lui - même, que de pareils Faits
ont été confignés dans des Pieces où ils ne dévoient pas
naturelleSEPTEMBRE
174 1994
naturellement fe trouver. J'avoue qu'on trouve quelquefois
de pareils Faits confignés dans des Pieces of
ils ne devroient pas naturellement fe trouver , c'eſt- àdire
, des Faits auffi déplacés que l'eût été l'origine
Lombarde de Childebrand dans la guerre des Sarrafins
; mais a-t'on jamais affecté de répandre quelque
foupçon d'incertitude fur un Fait, parce qu'il no
fe trouve pas dans un endroit où il ne devoit pas
naturellement fe trouver ? Ce n'eft pas là le point de
Dialectique annoncé ; le voici.
Nous avons reconnu , dit M. L. D. F. 1° . que l'in
terpretation
donnée à ce témoignage par M. D. S. A.
paroiffoit mieux fondée que celle des autres Critiques.
2. Qu'elle n'étoit pas auffi certaine qu'il le penfe. Il
trouve en cela une espèce de contradiction
. Mais en
bonne Logique, une interprétation
peut être mieuxfondée
,fans qu'elle foit certaine ; l'esprit faifit aisémen
cette différence. Il n'eft pas douteux que l'efprit ne
faififfe aisément cette difference ; mais M. L. D. F.
nous donne encore le change ; il faut , s'il le veut
bien , rétablir la queftion dans fon état véritable.
( Dialectique. ). De quoi s'agit- il dans le Paffage
d'Helgaud ? De la Race mafculine ou d'une des
Races féminines de Robert II . En quoi mon interprétation
est- elle différente de celle des autres Cri
tiques ? En ce que j'ai prouvé que ce qu'ils entendoient
de la Race maternelle de Robert II . fe raportoit
invinciblement à fa Kace paternelle . C'eft
de là qu'il faut partir."
Rapellons maintenant les deux Jugemens de M,
L. D. F. Premier Jugement : M. D. S. A. réfute
fort bien les differentes interprétations qu'on a données
à ce Paffage. Celle qu'il donne , parait mieux fondée
Second Jugement qui fuit immédiatement : Šon inserprétation
n'eft pas auffi certaine qu'il le penfe ,
d'autant mieux qu'on ne peut pas dire que l'Hiftorien,
DV par
1992 MERCURE DE FRANCE
par ces termes , ejus inclyta progenies , indique la
Race mafculine de Robert II. Il paroît qu'on doit
plutôt l'entendre de la Raceféminine.
M. L. D. F. dit donc précisément , & au même
endroit , que le Paffage doit s'entendre de la Race
mafculine , & qu'il doit auffi s'entendre de la Race
féminine; & afin de balancer mieux les deux membres
de la contradiction , il exprime l'un & l'autre par
an il paroit. L'interprétation que M. D. S. A. donne
au Paffage d'Helgaud ( fçavoir l'interprétation de la
Race mafculine ) paroît mieux fondée . Il paroît qu'on
doit plutôt l'entendre ( le même Paffage ) de la Race
féminine. C'est - à - dire , il paroît que le Paffage fe
raporte à la Race maſculine , & il ne paroît pas que le
Paffage fe raporte à la Race mafculine . Voilà deux
propofitions dont les termes fe détruſent par
sertions oposées. Rien ne fut jamais plus contradictoire
; car de même que le vrai & le faux ,
Contradictoire n'eft pas fufceptible du plus ou du
moins.
des asle
M. L. D. F. a repeté deux fois qu'Helgauld employe
des expreffions qui indiquent plûtôt l'origine
féminine que la mafculine . Ĉe feroit faire tort à
fon érudition , que de le foupçonner de croire que
ces mots , ejus inclyta progenies , indiquent plutôt
une origine féminine qu'une origine maſculine ; il
eft donc invité par toute l'importance dont eft fon
fuffrage , de faire connoître quelles font ces expresfions
d'Helgaud , qui indiquent plutôt une Race
féminine.
M. L. D. F. avoüe fincerement fes mépriſes . Je
confirme avec plaifir le témoignage avantageux
qu'il fe rend à lui- même à cette occafion . Il reconnoît
qu'il a cú tort de dire que des Auteurs contemporains
euffent marqué l'origine Saxone de Robert
le Fort. ( Négligence & inexactitude. ) La fincerité
SEPTEMBRE. 1740. 1993
cerité & l'impartialité l'obligent enfuite d'aprendre
au Public que le hazard lui a fait connoître ma
négligence. Cet éclairciſſement donné , dit- il en parlant
de moi , par un Auteur qui ſe pique d'une fcrupuleuse
exactitude , ne me laiffa d'abord aucun doute .
Mais la Differtation de M. l'Abbé des Thuilleries
m'étant tombée par bazard entre les mains , j'ai eû
la curiofité de la relire ; & j'ai été furpris de voir que
M. D. S. A. ait exposé avec tant de négligence le fentiment
de l'Abbé des Thuilleries fur l'origine Saxone
de Robert le Fort . Loin de la rejetter , comme le dit le
moderne Généalogifte , il l'adopte formellement.
M. L. D. F. raporte tout de fuite un affés long
Paffage de l'Abbé des Thuilleries, qui fait connoître
tout le contraire ; car l'Abbé des Thuilleries y
transporte l'origine Saxone à une origine Bavaroife;
& il marque clairement que , fuivant fon opinion
>
l'Ayeule paternelle de Robert le Fort fut feule du
vrai Sang de Saxe.
M. L. D. F. avoit dit qu'il me voyoit avec peine
braver les témoignages de plufieurs Auteurs contemporains
, qui , en parlant de Robert le Fort , difent qu'il
étoit Saxonici generis . M. l'Abbé des Thuilleries ,
quifait venir Robert le Fort de Conrad , Comte d'Altorf,
a crú devoir interpreter ces Paffages , & non les
rejetter , comme fait M. de S. Aubin. L'Abbé des
Thuilleries n'a pas interpreté , & je n'ai pas rejetté
des Paffages , qui de l'aveu de M. L. D. F. mieux
informé , n'exifterent jamais .
Je n'ai pas nié que l'Abbé des Thuilleries
n'eût
expliqué Aimoin ; il ne s'en agiffoit pas de la part
de M. L. D. F. qui ne l'avoit feulement
pas nommé .
L'Abbé des Thuilleries
explique donc Aimoin ; il
tâche de l'attirer à fon fentiment ; mais il rejette
l'origine Saxone , fans aucune explication à ce fujer.
Expliquer Aimoin , c'eſt transferer fon témoignage
D vj
d'une
1994 MERCURE DE FRANCE
P'une origine Saxone à une origine Bavaroife ; &
c'eft ce que l'Abbé des Thuilleries a fait . Expliquer
P'origine prétendue Saxone de Robert le Fort, c'eft 1 .
faire connoître fur quels motifs l'opinion de cette
origine auroit pû être fondée . 2 °. C'eſt expoſer de
quelle tige Saxone en particulier les Auteurs avoient
fait defcendre Robert le Fort ; mais c'eft ce que
P'Abbé des Thuilleries n'a point fait , & ce que j'ai
effayé de faire avec le plus grand détail
Je n'ai omis ni ce que l'Abbé des Thuilleries a
remarqué , conformément aux autorités raportées
par Audigier , que toute l'Allemagne avoit été
quelquefois apellée Saxe , ni ce qu'il a dit après
Chiflet , que Robert le Fort , étant fils de Conrad
d'Altorf, avoit pour ayeule paternelle une Princeſſe
de la Maifon de Saxe . J'ai raporté l'un & l'autre ,
( Antiq. de la Maif. de Fr. p. 52. ) non en citant
P'Abbé des Thuilleries , mais Audigier & Chifflet ,
aimant mieux aller aux fources , dont je me fuis
toujours bien trouvé ; témoignage que je me rends
mon tour , pour tâcher de rétablir l'opinion de
mon exactitude ; le feul talent dont j'aye lieu , &
dont il me foit permis de me piquer , parce que le
devoir de tout Ecrivain l'exige .
Dans un fecond paffage cité , l'Abbé des Thuilleries
apelle le témoignage d'Aimoin invincible ; non
par raport à l'opinion d'une origine Saxone , qu'il
ne lui attribue feulement pas, puifqu'il explique fon
Paffage d'une origine Bavaroife , mais en ce qu'il
réfulte invinciblement des paroles de cet Auteur
qui a été contemporain de Huges Capet & qui écrivoit
fous Robert II. que la Race maſculine de ces
Princes étoit étrangere à la Maiſon Carlienne . Toute
l'ancienne Hiftoire , comme nous l'avons remarqué
, témoigne la diverfité de ces deux Races mafculines
, en même tems que le terme de Germanus ,
la :
SEPTEMBRE. 1740 1994
la proprieté du Comté de Madrie , tranfmife de Pepin
d'Hériftel aux defeendans de Childebrand , &
ce qui eft énoncé par les Auteurs contemporains
des Ancêtres de Robert le Fort , qu'ils étoient du
fang Carlien , ne permettent pas de douter que
Childebrand n'ait épousé la foeur de Charles Martel .
M. L. D. F. ne veut pas même que j'apelle la
Differtation de l'Abbé des Thuilleries très - courte.
Ille renferme , dit- il , tout ce qui peut solidement
apuyer fon opinion. Que falloit - il de plus ? N'eft-il
donc pas convenable d'apeller très - courte une Dissertation
qui ne peut feule & par elle- même , compofer
le plus petit volume in - douke ? Dire qu'une
Differtation eft très- courte , eft- ce juger qu'elle
manque de folidité ? Mais ce que je n'avois pas penfé
à inferer dans ma premiere Réponſe , je le déclare
volontiers ici . La Differtation de l'Abbé des Thuilleries
manque précisément de ce qui étoit le plus
néceffaire pour apuyer fon opinion . Illa fonde uniquement
fur ce qu'on doit lire fratris dans la Chronique
de S. Benigne ; mais il ne l'établit en aucune
maniere , au lieu que j'ai aporté plufieurs raifons décifives
qu'il faut y lire fratres ; au moyen de quoi
tout l'édifice d'une origine Bavaroife eft entierement
renversé.
Je puis bien en dire autant de tous les autres Sys.
têmes fur les Antiquités de la Maifon de France.
Or il n'apartient qu'à la vérité de diffiper par fa lumiere
toutes les erreurs.
( Enthousiasme. ) Il eft avantageux aux Lettres de
contefter les nouveautés qui fe préfentent. Mais
n'eft- ce pas franchir les bornes , que de voulo r juger
les motifs de la plus légitime défenſe ? Ne s'en
préfentoit-il pas d'autres plus naturellement , que
ceux de l'entoufiafme & de l'amour propre , qui me
font attribués par M. l'Abbé des Fontaines ? Je n'ai
pas
1996 MERCURE DE FRANCE
pas prétendu expofer au jour des probabilités ou
des inductions fimplement spécieufes fur les Antiquités
de la Maifon de France . Sans remonter au- delà
de Robert le Fort , elle eſt la plus ancienne des Maifons
Souveraines , comme elle eft incomparablement
la plus augufte ; mais c'eſt un furcroît important
de grandeurs , d'ajoûter au - delà de Robert le
Fort fix degrés juſqu'à Anſprand , & deux cent ans
d'ancienneté prouvés à la rigueur , avec évidence &
avec certitude ; & ce qui eft plus important que ces
fix degrés , c'eft la découverte d'une origine Royale
, & la jonction de la lignée de Robert le Fort &
de ce nombre immenfe de Héros & de Souverains
qui font iffus de lui , avec les puiffans Rois d'une
Nation Illuftre , tant en Allemagne qu'en Italie , &
qui a été la plus célebre de toutes par fes Loix.
Voila le vrai motif de mon zele . Le feul interêt de
la découverte d'un Fait hiftorique ne m'auroit pas
engagé à réfuter M. l'Abbé des Fontaines , ni à faire
la moindre attention à l'enthouſiaſme de fes jugemens.
33
( Réponse à l'Auteur anonyme des Reflex. ) L'Auteur
anonyme des Refléxions affaifonne fa Critique
d'une extrême politeffe ; & je prends volontiers cette
occafion de lui répondre fur le même ton. Il
commence par citer ce Paffage de mon Traité de
POpinion , Il faudroit , ce me femble , en bonne
» police Littéraire , qu'un Auteur critiqué par un
» Journaliſte , fût en droit de faire inférer la Ré-
» ponte dans un des Journaux fuivans ; car il n'y a
point de juftice d'attaquer un homme qui n'a au-
» cun moyen de fe défendre. Et pour éviter tout in-
» convénient, on pourroit prefcrire à la Réponſe les
» mêmes bornes ou la même étenduë qu'auroit euës
» la Critique. Cet Auteur , dit - il enfuite .... n'a
pas demandé aux Ecrivains périodiques , qui ont fait
diverfes
35
SEPTEMBRE. 174 . 1997
diverfes objections contre fon Système généalogique de
la Maison de France , l'execution de cette Police Litteraire
, & a prouvé contre lui - même , par la Réponſe
qu'il vient d'imprimer , qu'indépendamment de cette Po-
Tice , un Auteur a le moyen de fe défendre.
Juger le Ouvrages nouveaux en tout genre , les
aprécier , regler leurs deftinées , m'a toujours parû
une entrepriſe auffi difficile que délicate. Ces fortes
de décifions font fouvent dictées par les plus injuftes
partialités : & presque toutes émanent au moins de
certaines particularités imperceptibles , qui fuffisent
pour préfenter au Public un Ouvrage nouveau fous
la forme la plus défavorable . Mrs les Journaliſtes ,afin
de confondre les qualités de Nouvelliftes & de Juges
des Lettres , vantent la Critique . On ne peut
nier fa grande utilité ; mais les Livres qui fortent de
deffous la preffe , fi vous en exceptez quelques motifs
importaus , ne me paroiffent pas être le véritable
objet de la Critique . Il feroit bien plus avantageux
qu'elle s'attachât aux objets les plus intereffans des
Sciences , & à ces Ouvrages , dont les défauts peuvent
être d'autant plus contagieux, qu'ils font entre
les mains de tout le monde. De quel prix feroit un
excellent Auteur, accompagné d'une bonne Critique !
J'avoue que je me ferois fervi avec bien plus de
fatisfaction & moins d'embarras de la Police Litteraire
, dont il vient d'être parlé , fi je l'avois trouvée
établie car la reffource d'une Feuille que le
Public ne connoît pas ou qu'il méprife , peut - elle
être regardée comme un moïen de se défendre ? Elle
ne paffe point entre les mains des mêmes perſonnes
, qui ont lû l'Ouvrage Périodique . Celui qui
n'a que cette reffource , eft dans le cas d'un homme
qui ayant un procès , ne pourroit pas inftruire
fes Juges , & auroit feulement la liberté de conter
fon affaire à quelques Paffans,
L'Auteu
1998 MERCURE DE FRANCE
A
L'Auteur Anonyme des Réflexions reconnoît que
les conjectures les plus heureuses & les plus plausibles
Supléent au défaut des preuves directes que l'Hifloire
nefournit pas : & il donne une face nouvelle à des
objections fort bien tournées , pour me contefter
l'évidence . Il n'eft pas convaincu que la certitude
hiftorique fe rencontre dans la filiation de Robert
le Fort & dans l'identité de Childebrand. Mais
quand on confidere , dit-il , que le Comté de Madrie
la Terre de Saiffeaux ont pis , foit par le défaut
Héritiers,foit pour d'autres raifons inconnues , paf-
Jer aux Defcendans de Robert le Fort , que ce Prince
pu porter le nom de Robert & s'être engagé dans le
mêmeparti que Robert, mari d'Agane , fans être fon
fils ; que le témoignage de Robert II . eft trop vague ,
& qu'enfin aucun de ces Faits n'eft accompagné d'une
sirconftance évidemment décifive pour le Systême du
fçavant Ecrivain , il eft naturel de douter , ce n'eft
pas être Pyrrhonien que de regarder comme conjecturale
la filiation de Robert le - Fort.
L'ingénieux Journaliſte trouvera bon que je lui
repréfente que le mêlange des preuves avec les
conjectures , obfcurcit la lumiere qui en réſulte
roit , fi elles étoient expofées avec plus d'ordre. Le
nom de Robert , commun au pere & au fils , les
mêmes qualifications données par les Auteurs con
temporains à l'un & l'autre , leurs mêmes intérêts
dans les Guerres Civiles des François , & l'intervalle
précis d'une génération forment prefque ce
concours de circonftances qui , fuivant le judicieux
Critique , déterminent invinciblement l'esprit d'un
Côté plutôt que de l'autre.
Voilà jufqu'ici le degré de conviction qui réſulte
de l'affemblage des conjectures les plus plaufibles :
mais ce que nous y avons ajoûté , porte ce fait à
une évidence & à une certitude hiſtorique. La filiation
›
SEPTEMBRE : 1745% 1999
liation de Robert le Fort , outre laraport des quatre
conjectures précédentes , eft apuyée fur trois preu-,
ves , chacune en particulier , decifives ; du Comté
de Madrie , de la Terre de Saiffeaux , & du témoignage
de Robert II . trois preuves de la réunion
defquelles il réfulte une conviction bien plus forte
que d'une fimple preuve directe .
·
Comme ces trois preuves ont été fufifamment expliquées
, il ne me refte qu'à répondre aux réflexions
faites en dernier lieu . Elles fe réduisent à
deux. 1. Le Comté de Madrie & la Terre de Saiffeaux
ont pú , foit par le défaut d'héritiers , foit pour
d'autres cauſes inconnuës , paffer aux deſcendans de
Robert le Fort . Ces caufes me font tellement in
connues , que je n'ai pû en imaginer aucune , en
recherchant avec foin & effayant toutes les hypothéfes
poffibles. Le témoignage de Hugues le Grand
ne laiffe aucun lieu de douter qu'Agane de Berri
n'ait été une de fes Ayeules , puifqu'en donnant la
Terre de Saiffeaux à l'Abbaie de S. Martin , il déclare
qu'elle lui vient d'une de fes Ayeules.
Cette Terre n'avoit donc pas paffé à Hugues le
Grand , faute d'héritiers , ni par aucune autre rai
fon inconnue : & puifque Hugues le Grand étoit
petit-fils de Robert le Fort , il s'enfuit néceffairement
que Robert le Fort a été fils de Robert &
d'Agane. Nous fçavons d'ailleurs que Robert, mari
d'Agane, étoit fils de Théodebert Comte de Madries
ce qui démontre que, tant le Comté de Madrie que
la Terre de Saiffeaux ont paffé de filiations en filiations
& par des fucceffions directes dans la lignée
des Afcendans de Robert II . Ce Monarque acheve
la conviction réſultante évidemment de ces preuves
, par le témoignage que fa Maiſon eft originai
re d'Italie témoignage qui n'a plus rien de vague,
& qui ne peut s'apliquer à une Race féminine ; fa
Mere
2000 MERCURE DE FRANCE
fa
Mere ayant été Aquitaine , fon Aycule Saxe ,
Bifayeule Vermandois , fa Trifayeule Alface , fa
quatriéme Ayeule Berri . Il n'y a dans toute cette
Généalogie , aucune Race venuë d'Italie , que la
Race paternelle Car perfonne affurément ne prétendra,
parce que la naiflance des cinquième & fix éme
Ayeules du Roy Robert II . ou des femmes de
Théodebert & ae Nébelon eft inconnue , & en fupofant
même que ces Princeffes euffent été Italiennes
que Robert II . ait pû dire , à cauſe d'elles , que
fa Race étoit venuë d'Italie
Sur l'identité de Childebrand , Beau - frere de Charles
Martel , & de Childebrand , Roy de Lombardie,
l'Auteur des Réflexions propoſe encore ces difficultés.
Qu'on se repréſente que l'H ftoire garde un profondfilence
fur l'arrivée de Childebrand , Roy de Lom.
bardie en France , & que le Childebrand , qui s'y eft
rendu célébre par les exploits , n'est point décoré du
nom de Roy, & qu'aucun Auteur ancien ne l'a crú le
même que le Roy de Lombardie , je demande après cela
fi l'identité de Childebrand , Beau-frere de CharlesMartel
de Childebrand , neveu de Luitprand , peut être
évidemment démontrée ?
J'ai répondu fuffiſamment aux deux premieres
objections, qui confiftent en ce que l'Hiftoire garde
le filence fur l'arrivée de Childebrand en France &
fur ce qu'il n'y eft pas décoré du titre de Roy; quant
à la troifiéme , il fuffit d'obſerver ce qui n'eft ignoré
de perfonne , qu'on a fouvent découvert des faits
très- certains , qui n'avoient pas été remarqués , ni
énoncés par les anciens Hiftoriens , & que cette
objection ne fubfifte plus à la vvûuëe des preuves claires
& affûrées , que l'intérêt de la vérité que je défends
m'oblige de répeter ici ; fçavoir que Childebrand
qui a époufé la foeur de Charles Martel , qui
porte un nom Lombard , dont les Defcendans fe
difent
SEPTEMBRE. 1740. 2001
difent originaires d'Italie , ne peut avoir été que le
neveu de ce Luitprand Roy de Lombardie , qui
avoit des liaiſons fi intimes avec Pepin d'Hériftel
& avec Charles Martel .
Ainfi tous ces Faits enchaînés les uns aux autres,
fe trouvent confignés dans les Monumens de l'Hiftoire
, & ils y font doublement confignés par les
deux témoignages de Hugues le Grand & du Roy
Robert II auxquels des énonciations fimples d'Hiftoriens
fujets à fe tromper, ne feroient pas comparables
pour la certitude .
L'Auteur des Réflexions répete encore l'Eloge de
modeftie qu'il m'avoit déja donné . Je préfererois
à toutes les cécouvertes Litteraires un feul trait d'une
véritable modeftie : mais c'est ce montrer peu digne
de cet éloge que d'y paroître fi tenfible.
Depuis que ce te feconde Reponse a été imprimée ;
M. l'Abbé Granet a averti qu'il étoit feul Auteur
du Jugement porté fur les Antiquités de la Maifon de
France dans les Obfervations , qui font un Ouvrage
commun à MM, les Abbés des Fontaines & Granet >
& que M. l'Abbé des Fontaines n'avoit aucune part
à ce Jugement.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure d'Août par , Papier ,
Orfevre , & Bafile . On trouve dans le premier
Logogryphe , Fer , Feu , S. uf, Reve,
For , Eve , Féve , Ove , Verre , Ruë , Or ,
Roue , Four , Ver , Fou , Fur , Où , Re ,
Eure ; & dans le fecond on trouve , Asile ,
Bail , Bafe , Bile , Ail , Albi , Bal , Baſle ,
Blé , Afie , Bife , & Bias.
ENIGME
2002 MERCURE DE FRANCE
*******************
ENIGME LOGOGRYPHE.
PLus barbare que Lucifer ,
J'ai souvent , suivi de mon Pere ,
Enfoncé le Glaive & le Fer
*
Dans les entrailles de ma mere ,
Dans l'abominable dessein
De dévorer , de mettre en poudre ,
L'Enfant qu'elle porte en son sein.
Et puisque la celefte Foudre
N'a pas mis fin à tant de maux ,
Punis toi-même un si grand crime
Dechire mon corps en lambeaux
Et si tu crains que la Victime
Ne se révolte contre toi ,
Lecteur , tu trouveras chés moi ,
Pour consommer enfin un si grand Sacrifice ;
L'Exécuteur , le Lieu , l'Instrument du Suplice?
A Ronen , par M. *** de Fécamp.
J.E
LOGOGRYPHE.
E suis Térin , je suis Mâtin ;
Je suis Merle , je suis Merlesse ,
ཚJo
SEPTEMBRE. 1740 2003
Je suis Ane , je suis Anesse ,
Je suis très -Saint, je suis Malin ,
Je suis Maître , je suis Maîtresse ,
Je suis alerte , je suis lent,
Et mon nom eft T .....
A. R. D. R. P.
AUTRE.
E possede à la fois taille , gefte , noblesse ;
Des mouvemens du coeur je connois les ressorts;
Je peins la force , la foiblesse ,
La rage , le dépit , la crainte & les remords.
On m'estime à la Cour , on m'adore à la Ville.
Un petit Maître , un Glorieux ,
Un Heros , un Amant, par moi sont peints au mieux ,
Et la Nature en moi rend ce talent facile ,
Huit membres composent mon nom ,
Qui renferment tous huit ensemble
Ce qu'aux yeux ici je rassemble
Par l'Art de la Combinaison.
J'offre d'abord un mot qui n'est rien moins que remé
dre ,
Un Acteur du grand Opera
Qu'une Sillabe nommera
La notte d'après Ut , une Ville de Flandre ;
C&
2004 MERCURE DE FRANCE:
Ce qui servoit à conserver la cendre
Des Heros de l'Antiquité ,
Ce qui donne au Danseur l'aimable agilité ,
Et le jarret lui fait bien tendre ;
Des Pays froids un Animal ,
Qui va plus vite qu'un Cheval ,
Un grand Arbre qui rime à Chêne .
Le terme tout contraire à celui d'accorder ,
Le vice de l'Ame hautaine
D'un mortel rebutant , qu'on ne peut aborder ;
Uu autre Arbre portant un petit fruit utile ,
Dont dans plusieurs Pays on sçait tirer de l'huile ,
Ce qu'est l'Homme sans vêtemens ,
Ce qui , large & bien droit , embellit une Ville ;
L'amas qui du Soleil voile l'éclat charmant .
Voilà , Lecteur , tout ce que peut produire
Un nom très- fameux à Paris ,
Et celui qui le porte a sçû te faire rire ,
Et pleurer à differens prix.
L'Affichard.
NOU
SEPTEMBRE. 1740.
2005
įį į į į į į į į į į ! ! ! ! ! ! !
NOUVELLES
LITTERAIRES ,
E
DES BEAUX - ARTS , & c.
XAMEN du Livre intitulé : Réflexions
Politiques sur les Finances & le Commerce.
A la Haye , chés les Freres Vaillant
& Nicolas Prevêt , 2. Volumes in- 12.
On voit depuis peu dans le Public quelques
Exemplaires de cet Ouvrage , qui est
proprement la Réfutation de l'Apologie du
fameux Systême , & des Critiques inserées
dans les Réflexions Politiques contre la plûpart
des Opérations de Finance , faites depuis
1709. jusqu'en 1726. Les vûës du Mi- ¨
niftére pendant tout ce tems- là , sont dévelopées
, aprofondies & mises dans tout leur
jour , sans passion & sans préjugés , dans
l'Ouvrage que nous annonçons. Les Opérations
de M. Law y sont pareillement discu
tées & pesées au poids de la raison & de la
justice. Ce Livre jette une grande lumiere
sur l'Histoire de notre tems ; on y trouve
des choses neuves sur la Haute Finance ; il
intéresse le fond des Matieres , & par
par
la précision , la force & la netteté de l'examen
; & nous sommestrès-mortifiés de ne
pouvoir
2006 MERCURE DE FRANCE
ཟླ
pouvoir faire connoître plus particulierement
un Quvrage si digne de curiosité.
HISTOIRE DU GOUVERNEMENT DE VE
NISE , avec des Notes Historiques & Politiques
, par M. Amelot de la Houssaye , nou
velle Edition , revûë , corrigée & augmentée
, avec Figures , à Lyon , chés Jacques de
Certe rue Merciere , à la Trinité , 3. Volumes
in- 12. dont le dernier contient l'Hif
toire des Uscoques.
›
MEDITATION DES PRESTRES devant &
après la Ste Messe , pour se disposer à la célébrer
dignement & avec fruit , pour chaque
jour du mois & pour les principales
Fêtes de l'année , avec une Oblation de ce
divin Sacrifice en l'honneur de quelque circonstance
de la Passion de N. S. Nouvelle
Edition revûë , corrigée & augmentée trèsconfidérablement
, par le Pere Edme Cloyseault
, Prêtre de l'Oratoire , Supérieur du
Séminaire , & Grand Vicaire du Diocèse de
Châlons sur Saone , à Lyon , chés le même
Libraire.
MEDITATIONS D'UNE RETRAITE ECCLESIASTIQUE
de dix jours , pour se corriger de
ses défauts & changer de vie , avec un Examen
pour aider à faire une Confession génerale
;
SEPTEMBRE . 1740. 2007
nerale ; à l'usage des Curés & autres Eccles
siastiques qui font Rétraite dans un Séminaire
, à Lyon , par le même Auteur , &
chés le même Libraire.
TRAITE' DE LA MORT & de sa Prépa
ration , tiré des Livres Saints , dans lequel
on expose par les propres paroles de l'Ecriture
tout ce que le Chrétien doit faire pour
se ménager une fainte Mort. Ouvrage nécessaire
& utile à tous les Fidéles qui desirent
de bien mourir , & à tous ceux qui sont
chargés de les instruire , de les consoler &
de les assister à la Mort , par M. l'Abbé
le Pelletier Chanoine de la Metropole
de Rheims , à Paris , chés Huart , Imprimeur
de Monseigneur le Dauphin , & Ganeau
, ruë S. Jacques , 1740. Vol. in- 12 . de
344. pages sans l'Avertissement & la Table.
PROGRAME de l'Académie Royale des belles
Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux.
LA
' ACADEMIE propose à tous les Sçavans,
un Prix fondé à perpétuité par feu M.
le Duc de la Force . C'est une Médaille d'Or
de la valeur de trois cent livres .
Cette Compagnie a déja avèrtí que le fujet
du Prix de l'année suivante 1741. fera la
cause physique de la couleur des Negres , de
E -Laا ه
2008 MERCURE DE FRANCE
la qualité de leurs Cheveux , & de la dégéné
ration de l'un & de l'autre.
Elle annonce aujourd'hui , qu'elle destine
le Prix de l'année 1742. à celui qui donnera
L'explication la plus probable de la cause
des effets de l'Electricité des corps.
Les Dissertations sur la couleur des Negres,
ne seront reçues pour le concours que jusqu'au
premier du mois de Mai de l'année
1741. & les Dissertations sur l'Electricité, ne
feront reçues que jusqu'au premier Mai de
l'année 1742. Elles peuvent être en François
ou en Latin : on demande qu'elles foient
écrites en caractéres bien lisibles .
Au bas des Dissertations il y aura une Sentence
, & l'Auteur mettra dans un billet séparé
& cacheté , la même Sentence , avec
son nom , son adresse & ses qualités , d'une
façon qui ne puisse pas former d'équivoque .
Les Paquets seront affranchis de Port , &
adressés à M. le Président Barbot , Sécretaire
de l'Académie , sur les Fossés du Chapeau
Ronges on an Sr. Brun , Imprimeur , Aggregé
de l'Académie , rue S. James.
>
Les deux Prix de cette année , l'un sur
Porigine des Fontaines des Rivieres ; l'autre,
sur la cause de la fertilité des Terres , ont été
remportés : le premier , par M. Kuhn , Docteur
en Droit & Professeur de Mathematiques
à Dantzick ; le second , par M. Kulbel,
Medecin
SEPTEMBRE. 1740. 2009,
Medecin du Roy de Pologne , à la Forte
resse de Konigstein.
A Bordeaux , le 25. Août 17402
AVERTISSEMENT.
On trouvera chés le Sr. Brun , le Recueil
de toutes les Dissertations de ceux qui ont
remporté le Prix depuis l'établissement de
l'Académie , en six Volumes in- 12 . On les
vend toutes ensemble, ou séparément. Et pour
la commodité des Sçavans , on a inseré à la
fin de cette Dissertation , un Catalogue de
toutes celles qui ont mérité le Prix depuis
l'établissement de l'Académie.
ou His- BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE
toire Litteraire de l'Allemagne , de la Suisse
& des Pays du Nord. Année M. DC C
XXXIV . T. 29. 1. Vol in- 12. Amsterdam
chés Pierre Humbert 1734.
ARTICLE VIII . Cet Article contient l'Ex
trait du III. Tome de l'Histoire de la Philo
sophie , écrite en Allemand par M. Jacob
Brucker , Pasteur de l'Eglise & Recteur du
College de Kauffbeyern , Membre de la Societé
des Sciences de Berlin . A Vime , chés
Daniel Barthelemi. 1732. pages 1344. sans
la Préface & la Table.
L'Auteur s'étant proposé de donner au Public
une Histoire complette de la Philoso-
E ij phie
2010 MERCURE DE FRANCE
燙
phie , depuis son berceau jusqu'à notre tems,
il l'a déja poussée jusqu'au IX . Siécle , où la
Philosophie d'Aristote prit tellement le dessus
, qu'on n'en connut plus d'autre , au
moins en Europe.
6
Ce troisiéme Tome traite premierement
de l'état de la Philosophie parmi les Ro-
´mains , avant la Naissance de J. C. & ensuite
des Philosophes Payens qui ont fleur
pendant les neuf premiers Siécles du Christianisme
, ils sont divisés dans cet Ouvrage
en differentes Classes , suivant la Doctrine
de Pitagore , de Platon , d'Aristore , d'Epicure
& c. qu'ils ont suivie , ou qui ont forme
quelque nouvelle Secte.
Nous ne suivons pas le Journaliste dans
son Extrait ; il faudroit abreger un Abrege ,
ce qui nous meneroit encore assés loin. Il
a cependant des traits curieux dans l'Auteur
Original qui ne sont pas oubliés dans l'Extrait
, & qui méritent une attention particuliere
on en jugera par celui - ci.
:
La République d'Athenes ayant été condamnée
par le Senat Romain à une Amende
considerable , pour avoir ruiné la Ville d'Orope
, résolut d'envoyer une Ambassade à
Rome pour obtenir la décharge de cette
Amende. On choisit pour cela trois des plus
célébres Philosophes de la Grece ; sçavoir ,
Carnede , Critolaus & Diogene , qui sçûrent
profiter
SEPTEMBRE . 1740
2011
profiter en habiles Gens de l'occasion , pour
faire connoître à Rome les Sciences qu'ils
enseignoient dans leur Patrie . Mais sur les
représentations de Caton le Censeur , qui regardoit
la Philosophie comme une Science ,
qui n'étoit propre qu'à gâter l'esprit , & å
amollir le courage des jeunes Romains , le
Senat congédia promptement ces Philosophes.
Il est vrai cependant que pendant le
peu de féjour qu'ils avoient fait à Rome
la Jeunesse Romaine avoit déja pris tant de
goût pour l'étude de la Philosophie , qu'il
ne fut plus possible de l'en détourner , & c.
part à
. L'Article XII , est destiné aux Nouvelles
Litteraires , recueillies de diverses Contrées
d'Allemagne. Nous ferons seulement
nos Lecteurs d'une curieuse Nouveauté qui
regarde la Botanique , & qui se trouve à la
page 184. de ce Journal .
On écrit de Carlsruh , que M. Auguste
Guill . Sievert , Ingenieur & Inspecteur des
Jardins de S. A. S. M. le Margrave de
Bade-Dourlach , entreprend de publier um
Recueil gravé de toutes les Fleurs , de toutes
les Plantes , de tous les Arbres , & de
tous les Fruits étrangers . Tout cela sera représenté
dans sa * grandeur naturelle , & ac,
* Cela fignifie , sans doute , qu'on indiquera cette
grandeur, & qu'on observera dans la Gravûre toutés
les proportions .
E iij compagné
2012 MERCURE DE FRANCE
,
compagné d'une Description . L'Ouvrage
contiendra six Volumes in fol. chaque Volume
divisé en 4. Parties , lesquelles paroîtront
de trois en trois mois ; de sorte qu'on
publiera un Volume par an ; chaque Partie
contiendra 30. Planches & l'Impression
sera faite sur du papier Royal de Hollande du
plus fin. Ce Recueil s'imprimera par Souscription
, & les Souscripteurs seuls pourront
l'acquerir. Le Prix de la Souscription
est pour chaque Partie de cinq Florins d'Allemagne
, & de sept pour ceux qui voudront
les Figures enluminées.
Autre Nouveauté & Curiosité Litteraire .
De Leipzig. M. Gohsched , jusqu'ici Professeur
extraordinaire en Poëfie , est devenu
Professeur ordinaire de Logique & de Métaphysique.
Il a fait imprimer , il n'y a pas
fort long-tems , l'Iphigenie de Racine traduite
en Vers Allemands.
Le XIII . & dernier Article , est rempli
par une seconde Lettre de M. P. à M. de B.
sur les Celtes. Nous avons rendu compte de
la premiere dans le 1. Volume du Mercure
de Decembre 1739. page 1868. Celle - ci n'eſt
pas moins curieuse ; l'Auteur s'est engagé
d'y faire voir deux choses. La premiere , cft
qu'à plusieurs égards les Celtes n'étoient
rien moins que Barbares . La feconde , est
que ce qu'il y avoit de plus déraisonnable
&
SEPTEMBRE. 2013 1740 .
& de plus barbare dans leurs Coûtumes ;
est précisément ce que les François , les Allémands
, & les autres Peuples du Nord ,
ont jugé à propos de conserver. Tout cela
nous a paru bien traité , & l'engagement
heureusement
rempli.
GESTA ET VESTIGIA DANORUM extra Da
niam , pracipuè in Oriente , Italiâ , Hifpaniâ,
Gallia , Scotia , Hibernia , Belgiô , Germaniâ
, & Sclavoniâ , Lipsiæ , 174c . in - 8 ° .´.
L
TRAITE' DES MALADIES VENERIENNES
par M. Astruc , Medecin Consultant du Roy,'
à Paris , chés Guillaume Cavelier , ruë S.
Jacques , au Lys d'Or , 1740. Nouvelle Edi
tion , 2. Volumes in-4° .
LA METHODE des Fluxions & des Suites
infinies , par M. le Chevalier Newton, in- 4
'Paris , chés de Bure l'aîné , Libraire , Quai
des Augustins , à l'Image S. Paul , 1740.
Voici un excellent Ouvrage , que nous
devons à deux grands Maîtres ; fçavoir , au
Chevalier Newton , comme Auteur , & à
M. de Buffon , comme Traducteur. C'est
un des premiers Ouvrages de Newton , commencé
en 1664. fini en 1671. & qui cepen
dant n'a paru qu'en 1736. dix ans après la
mort de fon Auteur. Ainfi le précepte qu'Ho-
E iiij
race
or MERCURE DE FRANCE
race prescrit aux Ecrivains, nonumque prema
tur in annum , a été ici obfervé & bien audelà.
›
Comme la matiere du Calcul differentiel
& du Calcul intégral n'avoit pas encore été
maniée par les Géometres , M. de Leibnitz
si connu dans les differentes parties de la Litterature,
voulut se dire Inventeur des Régles
qu'il en a publiées en 1684. ce qui occafionna
un grand Procès entre ce sçavant & le célébre
Isaac Newton. Ce dernier reclama sa
découverte ; & enfin par les piéces du Procès,
qui ont été données sous le titre de Commercium
Epistolicum , il a été prouvé que
Newton étoit le premier Auteur des Régles
du Calcul differentiel & du Calcul intégral ;
& que Leibnitz n'étoit venu qu'en second
& après avoir eu communication de la découverte
de Newton . C'est ce que M. de
Buffon prouve avec beaucoup de sein &
d'exactitude dans les 24. premieres pages -de
son élegante & sçavante Préface .
Il s'est apliqué dans les six autres pages à
faire connoître la bizarrerie de l'Esprit humain
, en représentant un Anglois ennemi
de la Géométrie , Homme qui n'en étoit ernemi
, que parce qu'il n'y entendoit rien. Il
a soin même de réfuter en deux mots un des ."
ennemis particuliers de M. Newton ; & sur
L'idée qu'en donne M. de Buffon , on sent
bien
SEPTEMBRE . 1740 2011
bien que celui dont il parle , quoique Homme
obscur dans les Sciences, n'est ennemi de
Newton , que parce qu'il se croit un plus
grand Homme & un plus grand Géometre
que celui qu'il attaque , & qu'il croit ne
pouvoir usurper en Angleterre le Trône de
la Géometrie , que quand il en aura chassé
Newton. Mais la chose est encore à faire.
On ne sçauroit trop loüer M. de Buffon
d'avoir mis en notre langue un Ouvrage essentiel
en Géometrie , qui étoit à peine connu
en ce Royaume , ayant été publié en une
Langue qui n'estici étudiée que par un petit
nombre de Sçavans.
1
>
LA SCIENCE DES GEOMETRES , ou la Theo
rie & la Pratique des Géomètres , contenant
non-seulement ce qui est compris dans les Ele
mens d'Euclide , mais encore la Trigonometrie ,
la Longimetrie , l'Altimetrie , le Nivellement ,
la Planimetrie , la Géodesie , la Méthode des
Indivisibles , les Sections Coniques , la Stereo
metrie , le Jaugeage , la Mesure des Onglots,
des Corps annulaires , des Solides à Arêtes
courbes , concaves & convexes , des Voutes de
toute espece ; enfin tout ce qui peut concer
des Corps & de leur Surface ;
M. l'Abbé Deidier. A Paris, chés Charles-
Antoine Imbert, Libraire du Roy pour l'Artillerie
& le Génie , rue S. Jacques , à l'Imago
Notre-Dame , 1739
Ev LAZA
ner la mesure
par
016 MERCURE DE FRANCE
LA MESURE DES SURFACES ET DES SOLIDES
, par l'Arithmetique des Infinis & par
les Centres de Gravité , par M. l'Abbé Deidier
, à Paris , chés le même Libraire , 1740 .
Les deux Ouvrages que nous venons d'annoncer
, sont le second & le troisiéme Volume
du Nouveau Cours de Mathematiques
dont M. l'Abbé Deidier donna le projet au
commencement de l'année 1739. & dont le
premier Volume parut bien-tôt après sous le
titre d'Arithmétique des Géometres ; le second
se débite depuis quelques mois , & l'accueil.
favorable que le Public lui a fait , de même
qu'au premier , est un sûr garant du succèsdu
troisiéme . L'Auteur se propose dans celui-
ci , de faire passer les Commençans de
a simple Sinthese , à l'Analyse , en n'employant
que l'Algebre ordinaire qu'il apli--
que àà ccee que
la Géométrie a de plus rélevé.
Son but est de faciliter par - là l'étude des
nouveaux Calculs dont il fait actuellement
imprimer un Traité , qui paroîtra avant la fin
de l'année. L'Aprobation que l'Académie
Royale des Sciences a donnée à ce troisiéme
Volume , fait voir que M. l'Abbé Deidier ne
perd point de vue son dessein , & qu'il l'exécute
avec tout l'ordre & la clarté qu'on peur:
desirer.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR ET
DE
SEPTEMBRE. 1740. 2017
DE L'ESPRIT . Nombres 15. 16. 17. & 18. fin
du Tome cinquième , se vendent à Paris
chez la Veuve Pissot , Quai de Conti , à la
defcente du Pont Neuf.
Réflexions où l'on découvre la source du mal .
heur inséparable de la Profeffion de Poëte.
و د
ود
» C'est de tout tems ( dit l'Auteur p . 337. ),
» que l'on a vû les Poëtes se déchaîner con
" tre la Fortune. Nous avons l'obligation de
plusieurs Ouvrages achevés aux prétenduës
injustices qu'elle a faites à plusieurs d'entr'eux
. Parmi tous ceux qui ont déclamé
» contre elle , il ne s'en trouve pas un qui
» convienne avoir mérité ses rigueurs : ou ;
s'il en fait l'aveu , il ne manque pas de vou-
» loir persuader qu'il ne s'est attiré son indignation
, que par des raisons qui lui font
» honneur. Tout bien examiné , ils ne sont
» malheureux que par leur faute , our par cel-
" le des autres. Il y va plus souvent de la leur
que de celle des autres .....
»
و ر
و ر
ود
De toutes les démarches faites pour se
distinguer dans ce Mondé , je n'en trouve
point de si hardies, ni de si dangereuses que
le dessein de faire des Vers. Prétendre à
» obscurcir le commun des Hommes par
" son esprit , c'est un projet qui ne peut
» manquer de nous attirer , pour le moins
autant d'ennemis , que celui de les effacer
par une brillante fortune. Le devoir d'un
E vj
Poëte
2018 MERCURE DE FRANCE
➜
» Poëte est de sçavoir mieux penser , mieux
» parler & mieux écrire qu'un autre . On se
représente que celui qui excelle dans son
» Art a rempli cette obligation : on manque
rarement de le punir, par quelque endroit ,
» d'avoir humilié notre amour propre . . . .
» On a toujours décidé que l'Esprit est de
tous les avantages celui qui mérite le plus
» d'éblouir , de séduire & de plaire . Chacun
prétend ne devoir qu'à lui seul les sentimens
qu'il cherche à obtenir de la part
» dés hommes : il est naturel que celui qui
» est reconnu plus vif, plus éclairé & plus
» solide qu'un autre , fasse plus d'impressions
Aateuses que celui qui lui est inferieur. Il
ne peut manquer de se faire autant d'ennemis
de ceux de la derniere classe , qui
» ont les mêmes prétentions que lui sur l'a-
» mitié ou sur le coeur d'une même person-
» ne. Les Femmes sur tout , qui tous les
» Hommes sont curieux de plaire , se rcn-
» dent , pour la plûpart , à l'esprit & au sentiment.
Elles en suposent , avec raison ,.
beaucoup plus dans un Poëte que dans UIT
autre .... Je crois qu'il y auroit peu de
Poëtes malheureux , s'ils n'avoient besoin
» que des Femmes , pour voir leur situation
adoucie : mais elles ne sont , malheureu-
» sement pour eux , que les Juges du vrai
mérite , & n'ont que rarement le pouvoir
de
SEPTEMBRE. 1740. 2613
» de le récompenser autrement que par
» tendresse.
99
32.
leur
» On trouvera peut- être que je fais aux
» Poëtes plus d'honneur qu'ils n'en meritent,
» en les croyant si heureux en amour. Mais
» je ne crois pas qu'on me démente quand
»je dirai que , depuis Ovide qui eut les bon-
" nes graces d'une fille d'Empereur , plu-
" sieurs -Poëtes ont fait des impressions sur
» le coeur de plusieurs Belles , dont leur état
plus relevé sembloit devoir les garantir.
Que d'Ouvrages n'avons- nous pas où les
» noms de Corinne , de Lesbie d'Iris
» de Climene &c. sont mis à la place des
» Beautés que l'on croyoit faites pour ne ce-
» der qu'à la plus éclatante Noblesse ou à
l'opulence la plus florissante ! Si l'on con-
» noissoit les véritables personnes que les
>> Poëtes ont chanté jusqu'à présent sous des
» noms déguisés , que de preuves n'auroit-
» on pas des avantages que l'Esprit a sur
» toute autre qualité ?
وو
•
و
L'Auteur passe aux raisons que les Poëtes
peuvent avoir de se reprocher eux - mêmes.
leur malheur. Il finit par cette maxime très-
$age, Page 346. » Que les Poëtes de ce
» tems connoissent un peu mieux certains
" usages , certaines - bienséances , l'amitié
» ou d'autres qualités du coeur , je suis persuadé
qu'ils auront moins de sujets d'écla
» ter
2020 MERCURE DE FRANCE
» ter contre la Fortune . Je suis bien dispo
» sé à croire que ceux qui ont part à ses fa-
» veurs , ne les ont obtenues que parce qu'ils
» ont senti mieux que d'autres la nécessité
qu'il y a de se distinguer par un esprit sociable
, & par les qualités qui caracterisent
»l'honnête homme.
On trouve ensuite des Poësies non imprimées
de M. le Marquis de la Fare. Elles consistent
en six Odes que l'on assûre être bien de ce
Seigneur Ces Pieces perdroient trop à être
abregées. Voici trois autres petits morceaux
qui ne sont pas indifférens .
AM. TITON DU TILLET Auteur du Parnasse
François , en lui envoyant une Ecritoire
d'argent avec cette dévise : Peut - elle
être en meilleures mains ? Par Madame
VATRY.
A Pollon vous fait ce présent ,
Aimable Auteur de son Parnasse A
Vous y méritez une place ,
Place unique & sans concurrent.
Pour présenter ce don Apollon m'a choisie :
Ce choix me flate plus que dix coups d'Ambroisie.
Epitre de la même Dame.
Onc ne pourrai trop de graces te rendre ,
Très-génereux , très aimable Titon ,
Si
SEPTEMBRE . 1740. 2024
Si que tes dons le prennent sur un ton
Dont n'ose plus songer à me défendre.
Aprens au moins qu'il en coûte à mon coeur
Pour te ceder là- dessus la victoire :
Bien me flatois d'avoir toujours la gloire
De ne jamais connoître de vainqueur .
Aprens aussi combien je suis surprise
De voir autant de génerosité
Jointe aux vertus qui font une ame exquise,
Au vaste esprit , plein de solidité ,
Dont , en naissant , tous les Dieux t'ont doté
Ains de ces Dieux certaine historiette
Se dit tout bas dans le sacré Vallon :
On dit qu'épris d'une estime parfaite
On vit Minerve épouser Apollon ;
L'Himen leur tint l'affaire très - secrete ;
De cet Himen nâquit un fils , dit - on ,
Et chacun croit qu'il s'apelle Titon .
Réponse aux deux Pieces précédentes.
Dame qui m'avez fait présent
Du plus joli meuble d'argent ,
D'une précieuse Ecritoire ,
Q'acompagnoient des Vers exquis
Que n'ai-je le talent requis
Pour m'en servir à votre gloire ?
Mais il faut un esprit plus riche & plus profond
Pour célébrer tant de mérites :
Es
2022 MERCURE DE FRANCE
Et si j'étois , comme vous dites ,
Fils de Minerve & d'Apollon ,
Dessus le double Mont j'irois trouver mon Pere ,
J'engagerois aussi ma mere ,
De venir avec moi tendrement le prier
Qu'il voulût bien me confier
Sa plume sçavante & légere ,
Afin de vous remercier.
En voilà assés sur ce cinquiéme Tome
des Nouveaux Amusemens . Nous donnerons
dans les Mercures prochains des Extraits du
sixième Tomé de cet Ouvrage Périodique
qui est en vente depuis quelques jours dans
trois Boutiques differentes ; sçavoir , 1º. chés
la Veuve Pissot , Quai de Conti , où se trouvent
les Corps complets tous reliés . 2 ° . chés
Briasson , rue S. Jacques , à la Science . 3 ° .
chés Gabriel Merigot , près la ruë Gît- le-
Coeur , Quai des Augustins. L'Auteur des
Amusemens nous prie d'avertir que le septiéme
Tome sera en vente le premier Janvier
1741. le huitiéme le premier Avril suivant ;
& ainsi de suite régulierement tous les trois
mois , & sans aucune interruption .
Extrait
SEPTEMBRE. 1740. 2023
Extrait d'une Lettre de M. F. au fujet des
Nouvelles Litteraires imprimées à Caën
écrite du Cotentin le 14. Juillet 1740.
Pfion des Perfonnes qui vous avoient pro- -
Our fupléer en quelque forte à l'omifmis
un Mémoire au fujet de l'Ouvrage Périodique
qui s'imprime tous les 15.jours à Caën,
depuis le commencement de cette année ,
fous le Titre de Nouvelles Litteraires , je vais
avoir l'honneur de vous rendre un compte
abregé des quatre premieres feuilles de ce
même Ouvrage.
La premiere commence par un Discours
Préliminaire , qui m'a paru bien écrit. Il faudroit
le copier tout entier, pour vous mettre
en état d'en juger. Je me contenterai d'en
tranfcrire ici quelques traits .
" Les Sciences & les Arts , dit d'abord
»l'Auteur , ont leurs révolutions comme les
» Empires. Jamais ils n'aprochent plus de
» leur chûte , que lorfqu'ils femblent être
» dans leur plus haut période ; femblables à
» ces Aftres errans , qui , après avoir éclairé
» un Hemiſphere , vont briller fur un autre
" horifon. Le deftin des Lettres femble êtré
» attaché à la fortune des Empires ; les Etats
» les plus floriffans ont produit les talens fupérieurs
& les Génies du premier ordre.
" Les Mufes reflemblent à ces Courtifanes
33
volages
2024 MERCURE DE FRANCE
99
volages & mercenaires , qui ne prodiguent
» leurs careffes qu'à ceux qui font dans l'opulence
& la profperité.
"
>
Après ce Préambule , l'Auteur fait à peu
près fur le même ton l'Hiftoire de la
naiffance des Arts dans l'Egypte , de l'azile
qu'ils trouverent dans la Grece , & de l'efpece
de Victoire qu'ils remporterent fur les
Romains vainqueurs de l'Univers ; & enfin
de leur décadence fous les Empereurs &c.
» Lucain & Seneque , dit- il , dédaignant la
» route battuë , voulurent s'en frayer une
» nouvelle. Leur génie étoit trop grand pour
» ploïer fous un modele ; la Nature leur pa-
» rut trop nuë & trop fimple ; ils emprunte-
» rent le brillant de l'Art. Semblables à ces
Coquettes bruiantes , qui voulant animer
» leur beauté naturelle par l'éclat du fard ,
ufent leurs attraits , au lieu de leur prêter
» des graces nouvelles.
› » Les malheurs des autres , continue - t - il
» font des leçons dont nous devons profiter.
» Il ne faut démêler les caufes de fes révolu-
» tions , que pour les prévenir.
"
to
" LOUIS LE GRAND femble avoir fixé les
» Arts dans cet Empire , en répandant avec
profufion fes liberalités fur ceux qui les
cultivent , & en fondant les Académies
» d'où font fortis ces grands Hommes , qui
» ont immortalifé leur Nom , la Patrie & leur
»ร Fondateur.
» En
SEPTEMBRE. 1740. 2025"
» En vain quelques Efprits mélancoliques *
gémiffent fur la corruption du goût . No-
» tre fiécle a des Génies qui balancéront la
» gloire des Anciens . Les Mairans , les Mau-
» pertuis , les Fontenelles ont eu peu de rivaux
» dans les fiécles paffés . Voltaire nous con-
» fole des Corneilles & des Racines. Cochin
» dans le Barreau ne nous permet point de
» regreter Patru , ni le Maître. Il ne manque à
» ces grands Hommes qu'un tombeau , pour
" que l'envie fe change en culte & en admi-
1
» ration.
" Mais , il faut l'avouer , les Sciences femblent
s'être concentrées dans la Capitale . La
» fureur du jeu a été plus funeſte au progrès
» des Arts dans la Province , que le brigan
dage & l'inondation des Barbares ne le fu
rent à l'Italie.
» Autrefois nos Citoyens , femblables à
» ceux d'Athenes , fe diftinguoient des autres
hommes par un goût décidé pour les
» Lettres ; mais Caën eft moins recomman-
» dable aujourd'hui par ce qu'il eft , que par
» ce qu'il a été. C'eft une feconde Egypte
» que l'on ne vante plus que par fes Momies.
» Céfar verfa des larmes d'émulation en contemplant
la Statuë d'Alexandre . C'eft ainfi
qu'en contemplant la gloire de nos Ancê-
" tres , nous devrions être enflammés du defir
de les atteindre. Quelle filiation plus
flateufe
55
""
2026 MERCURE DE FRANCE
» Alateuſe pour nous , que de compter parmi
" nos Ayeux Litteraires les Malherbes , les
» Huets , les Bochards , les Varignons &c.
Mais aujourd'hui il y a un ridicule attaché
au titre d'Homme de Lettres, qu'il y a de
la témérité d'affronter & c.
cr
L'Auteur attribue le difcredit des Arts &
des Sciences dans la baffe Normandie , à la
perfecution de ces hommes nouveaux , qu'un
caprice de lafortune éleve , afin de faire mieux
fentir leur baffeffe & c . & encore davantage à
l'indifference que les Perfonnes de condition
ont ordinairement pour ces mêmes Arts &
Sciences. « Un Gentilhomme , dit - il , fe croit
» bien fondé à dédaigner un talent qu'un
» Plebéïen obfcur peut partager avec le plus
qualifié il ne veut point courir une carriere
dans laquelle il pourroit trouver , par-
» mi les conditions médiocres , des Rivaux
qui lui feroient fentir l'infériorité de fon
efprit & c. Tel eft , ajoûte - t il quelques lí
" gnes plus bas , tel est l'aviliffement où font
» tombés les Arts parmi nous , que celui qui
» rougiroit d'être Peintre , Poëte ou Ora-
» teur , n'a point honte de fon inutilité.
ور
;
Enfin , Monfieur , c'eft pour infpirer l'amour
des Lettres que nos Journalistes de
Caën ont entrepris de faire paroître ces feuilles
, en y expofant les Productions les plus
nouvelles , ou du moins les plus rares ; &
Voici
SEPTEMBRE. 1740 .
2027
voici une partie des Loix qu'ils fe font prefcrites
dans leur Societé Litteraire.
Nous nous prefcrivons de bannir
Loin de nous les Efprits cauftiques ,
Qui bleffent fans vouloir guérir ;
Cenfeurs bourrus , fâcheux Critiques ;
Vrais boute-feux des Républiques ,
Nous vous banniffons pour toujours ,
Votre demeure eft chés les Ours.
Et vous , Complaifans infipides
Qui ne louez qu'avec fadeur ,
Cherchez ailleurs des gens avides
D'un poiſon qui gâte le coeur &c .
au
Suivent quelques Strophes d'une Ode intitulée
l'Age d'Or , laquelle a remporté cette
année le Prix au Palinod de Caën , fans cependant
avoir pû obtenir les fuifrages de la
plupart des Juges & c. » C'eft , dit - on ,
» Public à décider fi le goût de ces Mrs.
» doit avoir autant de Partifans que leur pro-
» bité a de juftes Admirateurs. Le jeune
» Horace , après fon fratricide , fut condam-
» né par les Decemvirs , mais il fut abfous
» par le Peuple.
La feconde Feüille commence par une Lettre
écrite de Paris le 10. Janvier 1740. dans
laquelle on exhorte à continuer cet Ouvrage
Périodique malgré la cenfure &c. On annonce
2028 MERCURE DE FRANCE
nonce en même tems un petit Ouvrage inţitulé
le Temple du Bonheur ouvert an Public
pour ses Etrennes 1740. On trouve ensuite
plufieurs jolies Pieces de Vers tirées du même
Ouvrage, & quelques nouvelles du Théatre
François &c.
Page 32. on annonce le fecond Volume .
du Cours de Mathematiques de M. l'Abbé
Deidier & c. ainfi que quelques Fables nouvelles
de M. Richer, originaire de cette Province
, dont on a inferé ici le Solitaire &
Importun , Fable.
Page 33. On parle avec éloge de deux
Pieces Latines adreffées à S. E. M. le Cardinal
de Fleury par M. Gerard , Profeffeur de
Seconde au College du Bois , à Caën .
Page 34. Les deux Diamans , Fable , fans
nom d'Auteur. La voici en entier,
L'autre jour, chés un Lapidaire ,
Entre deux Diamans furvinrent grands débats :
Tous deux brilloient & fçavoient plaire ,
L'un pourtant étoit vrai , l'autre ne l'étoit pas ,
Même à juger par l'aparence ,
Auquel donner la préference ?
Elle étoit pour l'enfant de l'Art,
J'admire quelle eft ton audace ,
Difoit à fon voifin le Diamant bâtard ;
Eft -il Rubis que je n'efface ?
Cependant
SEPTEMBRE. 1740 2020
1 Cependant tu voudrois te comparer à moi
Reviens de ton erreur & fois moins témeraire.
Ami , répond fon Adverfaire ,
La vanité jamais ne reconnut de Loi ,
Le plus sûr avec elle eſt toujours de fe taire :
C'eſt aux vrais connoiffeurs à me venger de toi .
Un homme expert alors entre pour
faire
emplette
Nos Diamans font préfentés ;
Le faux a beau montrer mille & mille clartés ,
Il eft connu pour faux ; d'abord on le rejette.
Il voulut éclater , mais cachant fon dépit ,
Il aprit par cette avanture ,
Que le brillant , pour avoir du crédit ,
Doit être enfant de la Nature.
Page 35. Mort & Eloge du R. P. de la
Rue , Benedictin de la Congrégation de S.
Maur , connu par une magnifique Edition
d'Origene &c.
Page 36. Differtation fur les Jugemems du
Public touchant les Gens de Lettres , fans nom
d'Auteur. Il m'a femblé que le but de cette
'Piece eft de prouver » que les Ouvrages qui
» nous font reftés de l'Antiquité ne font trou-
»vés beaux que parce que les hommes ont
» contracté l'habitude de les trouver tels , &
que cette habitude devenue comme une
» feconde Nature , fe tranfmet des Peres aux
» Enfans &c. L'Auteur eft , dit-il , fort tenté
2 de
2030 MERCURE DE FRANCE
و د
de croire que les Homeres , les Horaces
» &c. ne font immortels que parce que leur
langue ett morte , & que fi elle eût été fu-
» jette aux variations , peut- être ne les connoîtrions
nous pas &c . Ronfard , que nous
mépriſons aujourd'hui , étoit - il un fot ?
» Avoit- il moins d'efprit qu'Horace ? A-t-il
» été mons admiré ? Non , fans doute. D'où
39
>>
vient donc la difference du fort de ces deux
» Poëtes ? De celle des deux langues . Ho-
» race , à certains égards , eft aujourd'hui ce
qu'il a été , parce que fa langue eft toujours
la même, & qu'il y a eu dans tous les fiécles
qui fe font écoulés depuis , des per-
» fonnes gagées pour en perpétuer l'intelli-
" gence &c. " Une partie de cette Differtation
eft répandue par morceaux dans differentes
Feuilles .
Feuille troifiéme , page 5o . Nouvelles Litteraires
de Paris , au fujet du Livre intitulé :
Caprices d'Imagination.
Page 51. On invite le Public à commu̟-
niquer quelques Anecdotes hiftoriques fur
tous ceux de la Ville de Caën qui ſe ſont diftingués
dans la République des Lettres.
Page 52. Le Moineau Orateur , Fable. Ce
Moineau prêchoit contre l'amour, lorsqu'une
Fauvette vint lui en donner jufqu'au point
de lui faire tourner la tête ; ce qui lui attira
la rifée de fon auditoire.
11
SEPTEMBRE: 1740 2031
:
Il reconnut alors que soi -même on s'expose ,
Lorsque l'on veut réformer une erreur
Qui prend sa source dans le coeur.
>
Page 53. & 54. Sonnet à la gloire de Caën
& de Mrs de Coigny & de Louvigny , par
feu M. Belin , Curé de Blainville , nommé
ici par erreur M. Hebert: » Les Journalistes.
admirent la pensée de ce Sonnet, sans pou-
» voir cependant s'empêcher de dire qu'il s
» roit à souhaiter que l'Auteur eût corrigé
quelques négligences , & c.
Feüille 4. pages 55. & suiv. Extrait de la
Vie de Moliere , par M. de Voltaire. Page
61. Nouvelles du Théatre François.
LETTRE aux Auteurs du Mercure
touchant un Secret pour avoir de la Mémoire
, & retenir tout ce qu'on entend & tout
ce qu'on lit.
V
Otre Journal , Messieurs , admettant
toutes fortes de Secrets, de Préservatifs,
Remedes, Découvertes,Curiofités,&c. j'ai crû
que vous ne refuseriez pas d'y donner place à
un merveilleux Secret, fur lequel je fuis tombé
en parcourant les anciens Manuscrits de l'Abbaye
de Ste Geneviève . Vous fçavez le cas
que l'on fait de la Mémoire. Ciceron raporte
dans fon fecond Livre de l'Orateur , ce que
Simonides imagina pour rendre la Mémoire
F locale
2032 MERCURE DE FRANCE
locale. On a auffi un petit Livre fur le même
fujet. Mais un fecret de donner de la Mémoire
à ceux qui en manquent, pourroit être
fort utile , furtout à ceux qui font obligés de
parler en public, à ceux qui lisent beaucoup,
aux Etudians mêmes. J'ai qualifié ci - deffus
ce Secret de merveilleux ; & s'il eft assûré
je ne le crois pas moins admirable en fon espece
, que les Sachets Anti- apoplectiques de
Mrs le Blanc & Arnoul, le font dans la leur.
(a) Ce Secret qui donne de la Mémoire eft
d'un nommé Jean de Tholet , Chanoine Régulier
, Docteur en Théologie & dans l'un
& l'autre Droit. Le Manuscrit , dont je le tire
eft cotté B. B. 1. & l'écriture m'a parû du
XV. fiècle . C'eft vers la fin du Volume
qu'on lit ce titre .
RECEPTA Magiftri Johannis de Tholeto
, in Sacra Pagina & in utroque Jure .
Doctoris , & Canonici Regularis , pro
memoria habenda.
PROCESSUS TALIS EST.
Post quam bene quieveris nocte precedente
diem дио volueris uti , in primo jejunio ftoma-
(a ) Je nomme ces deux M M.felon l'ordre chronologique
& naturel , parce que je fçais que le premier eft
Poncle , & que le fecond eft le neveu , je fais de plus
que les Sachets du premier ont été connus dans le
Royaume avant ceux du fecond.
abi
SEPTEMBRE. 1740 2033
ghi facies te ra li tempora ad modum cir…sli &.
superis ad modum Presbyteri . Quo facto vade
; ad ignem vel ad solenfi fit calidus , & bibas
unum cyphum bani vini & optimi in quofacies
ares ripas panic assati, quas præcisè comedes
nil aliud i que ad vesperam. Deinde lava caput
tuum de aqua artificiali compofita de ruta, bedera
terrestri, plantagine, aqua rosacea, aqua ardente
meliffe , betonica & scabiosa; & taliterfagies
quod vena capitis fint totaliter calida. Et
ftatim accipe unguentum quod erit fic factum.
F. De floribus miricorum grana, genefta, lilii,
eliffe , betonica , centaurea , de uno quoque
septem3 pone in oleo olivarum recenti in uno
vase vitreo & bene obftructo ; & pone adfolem
Per
desem dies ; & poft accipe totum infimul &
tere fortiter, nec ponas nifi medietatem olei.
Poftea fic discooperies illud. Primòpone decimam
partem butyrivaccini recentis, deinde tria coclearia
aqua vviittaa ffoorrttiioorriiss ,, & duo coclearia aqua.
ardentis, quatuor rosacea , duo fcabiosa, & duo
ruta & quatuor vini albi , & cola totum perftamineum
fac totum bullire ad ignem clarum :
poftea pone ad calorem solis usquequo perdiderit
calorem igneum , & tune pone eum in quodam
vase vitreo vel marmoreo , & durabit in
virtute sua per duos annos. Et præficis diebus
unges cacumen capitis tui & tempora , & cel-
Lam memoria , & foveam colli : & poftea pons
aimutiam de corio delicato & teneas te calide
Fij
2034 MERCURE DE FRANCE
ad hoc quod sudes , & cerebrum subtilisetur ab
horâ tertia usque ad vesperam. Poftea lava
caput tuum de vino albo præcisè fi habes , &
deinde comede & ftude fortiter , quoniam antequam
fit annus completus , quicquid aut leges
aut audies memoriter retinebis.
Il y a par forme
de préliminaire
avant
cette
Recepte
: Primò
notandum
eft quod homo debet
uti ifta Recepta
per spatium
duarum
lunationum
unius
anni , antequam
quis ad nutum
valeat
corde
tenus
retinere
omnia
quacumque
leget vel audiet
: & completo
anno , non faciet
nifi quater
in anno , scilicet
de tribus
menfibus
in tres menses
,& in cursu Lune, quando
eft dies
electionis
ad minutionem
sanguinis
.
Pour m'expliquer fur ce Secret d'une
maniere intelligible à tout le monde ; il
paroît que ceux qui voudront s'en fervir doivent
d'abord fe munir d'un onguent ou drogue
qui fera ainfi composée ;
On prendra des fleurs de bruyere ou tamaris
, de geneſt , de lys , de méliffe , de bétoine
, de céntaurée , fept grains de chacune,
& on mettra le tout dans une bouteille de
verre presque pleine d'huile d'olive nouvelle,
qu'on bouchera bien & qu'on exposera au
Soleil durant dix jours ; au bout desquels on
prendra le tout , avec la moitié de l'huile
feulement , & on broyera bien les fleurs ensemble.
Après cela on y mettra la dixième.
partie
SEPTEMBRE. 1740. 1740 2035
partie d'une livre de bon beure frais , trois
cuillerées de la plus forte eau de vie
deux cuillerées d'esprit de vin , quatre cuillerées
d'eau rose , deux cuillerées d'eau de
scabieuse , deux cuillerées d'eau de rhuë ,
quatre cuillerées de vin blanc ; & après avoir
paffé le tout par le tamis , on le fera bouillir
à un feu clair. L'ayant retiré du feu , on le
laiffera au Soleil jusqu'à ce qu'il ait perdu fa
chaleur , & alors on le renfermera dans un
vase de verre ou de marbre . Cet Onguent
conservera fa vertu pendant deux ans. Telle
eft la compofition de la Drogue dont on se
frottera la tête chaque jour pendant deux
mois.
Mais avant que d'en commencer l'usage , un
jour au matin , après avoir bien reposé , &
avant que de prendre aucune nourriture , il
faudra fe faire raser le tour de la tête & le
haut , ensorte qu'il ne refte qu'un léger tour
de cheveux . Etant ainsi rasé , on s'aprochera
du feu, ou bien l'on ira au Soleil, s'il eft ardent;
on prendra un verre de bon vin avec trois morceaux
de pain rôti , & rien autre chose jusqu'au
foir. Après ce leger repas, on fe lavera la tête
d'une eau préparée , dans laquelle il entrera
de l'eau de rhue , de lierre terrestre , de plantain
, de l'eau rose , de l'eau spiritueuse de
méliffe , de l'eau de bétoine & de l'eau de
fcabieuse de maniere que les veines de la
Fiij tête
2036 MERCURE DE FRANCE
tête foient entierement échauffées. La tête
étant aifi préparée , on se frottera le sommet,
les tempes , la cellule de la mémoire & la
nuque du col avec l'Onguent ci deffus décrit
; après quoi on fe la couvrira foigneusement
, & on fe tiendra affés chaudement
pour faire fuer & fubtiliser le cerveau , depuis
les neufheures du matin jusqu'au soir . Enfin
fur le foir on fe lavera la tête avec du vin
blanc , puis on mangera & on étudiera tang
qu'on voudra..
D'abord on fera ce même Remede chaque
jour pendant deux mois , & on sera sûr , die
P'Auteur , de retenir tout ce qu'on lira &
tour ce qu'on entendra. L'année d'après on
fe contentera de ne pratiquer cette Recepte
que quatre fois , c'eſt à dire de trois mois en
trois mois , un jour seulement , qui sera dans
le cours de la Lune & quand il fait bon
fe faire saigner.
Sans doute , M. qu'il y aura des personnes
qui ne feront pas grand cas de cette Recepte,
fur tout ne voyant point que l'Auteur
prenne la qualité de Docteur en Médecine ..
Mais le défaut de ce titre dans la personne
de Jean de Tholet, ne doit pas empêher qu'on
n'en effaye. Ce Secret eft d'autant plus rare
que l'on ne trouve aucune mention de ce
Jean de Tholet dans Martinus Lipenius , en.
› sa Bibliotheque de Médecine , à l'Article de
>
SEPTEMBRE. 1740 2037
fa Mémoire. Il y avoit autrefois parmi les
Chanoines Réguliers de France d'habiles
Médecins . La Maison de Ste Gereviéve do
Paris n'en manqua gueres au XIII. fiécle ;
l'Abbé qui siégea sur la fin du Regne de
S. Louis , faisoit profeffion expreffe de Médecine.
Je n'ose pas assûrer que ce Jean de
Tholet ait été de la même Maison , parce
que je n'en ai pas de preuve ; mais je suis
certain qu'il n'étoit pas de celle de S. Victor.
Tholet ou Tolet dont il étoit aparemment
natif, eſt un petit Bourg du Berry , dans l'Election
de Blanc , où l'on voit une Fontaine
d'Eau Minérale très - abondante, qui fut peutetre
l'occafion du penchant que Jean eus
pour la Médecine.
Au refte , dans la crainte de me tromper
pour le nom des Eaux & des Drogues cideffus
mentionnées , je me suis adressé à do
très -habiles gens qui m'ont aidé à rencontrer
jufte dans la Traduction ; & le Lecteur plus
connoisseur que moi , pourra juger fi ella
eft fidelle.
Fiiij LET
2038
MERCURE DE
FRANCE
LETTRE du Sieur
Fougeau de
Moralec ,
ancien
Commissaire
Ordinaire de
l'Artillerie
, à un de ses Amis ,
contenant la Description
d'une nouvelle
Machine fort simple,
laquelle marque
exactement toutes les differentes
mesures des Airs de
Musique.
V
Ous me fîtes
l'honneur ,
Monsieur ,
de me parler il y a quelque tems d'une
Machine fort jolie ,
inventée , par
occasion ,
par une
personne aussi curieuse que
spirituelle
, pour donner à des goutes deau
tombant
de quelle hauteur on voudra sur une surface
retentissante , plus ou moins de vitesse , fuivant
les
différentes
mesures des Airs de Musique
. Le
Mercure , où l'on voit une Description
fort détaillée de cette
Machine ;
m'est tombé
heureusement entre les mains, if
y a
quelques jours , je l'ai
examinée avec
plaisir ; mais , comme dit le Proverbe , Fa
cile est
inventis addere ; dans
l'examen que
j'ai fait de cette
Machine , j'en ai trouvé la
construction un peu
embarassante & capable
d'en
dégoûter avec le tems les
Amateurs les
plus
passionnés, de la Musique . Voici donc ,'
M. ce que j'ai imaginé pour en rendre l'usage
aussi
commode qu'il le peut être.
J'ai crû qu'a la place du second vase &
des deux ou trois
lizieres , dont
l'Auteur
parle , on pourroit
heureusement
substituer.
ne
SEPTEMBRE. 1740. 2039
une espece de Pompe , qui à chaque goute
que filtrera la liziere , posée dans le premier
vase, en laissera échaper une , qui tiendra l'eau
de ce vase toujours à la même hauteur. Suposez
, M. la vérité de cette petite découverte ,'
croyez- vous qu'on en puisse faire une plus
heureuse ? Or j'aurai l'honneur de vous dire
qu'elle réüffit actuellement chés nous trèsparfaitement.
Voici la figure & la description bien dé
taillée de cette Pompe. A. est une bouteille
ou caraffe de cristal , parce qu'on peut voir
avec quelque plaifir à travers cette matiere
transparente , monter les bulles d'air produis
tes par l'abaissement de l'eau du vase sous la
petite échancrure D. du Tube B. C. Cette
caraffe tient deux pintes ou environ , & son
col entre dans ce Tube , qui est de cuivre
ou de fer blanc , auquel il est exactement
cimenté , & descend jusqu'à la petite échancrure
D. qui ne doit avoir que quatre à
cinq lignes de largeur , & deux lignes ou environ
de hauteur. Ce Tube s'emboëte exactement
dans un autre E F. qui doit avoir un
trou G. plus ouvert d'une demie ligne que
celui du Tube B. C. & précisément à la hauteur
du diaphragme H.I. qui doit être exacte
ment foudé au milieu du Tube E. F. afin que
le Tube B. C. ne descende pas plus bas que
ce diaphragme, à la hauteur duquel doit être
F v soudée
8040 MERCURE DE FRANCE
$
R
B
N
H
SEPTEMBRE . 1740 2041
soudée une petite lame M. N. de la largeur
d'un demi pouce ou environ , faisant avec le
Tube B. C. un angle de 74. degrés ou environ
, & s'étendant de part & d'autre jusqu'à
la demi circonférence de ce Tube, ainsi qu'il
paroît par la figure , & cela pour rompre en
quelque sorte, la communication de l'eau du
vase avec celle de la Pompe,& empêcher par
que les bulles d'air n'y entrent avec beaucoup
de bruit. Les deux petites ouvertures
D. & G. doivent se trouver exactement l'une
devant l'autre, quand la Pompe joue . Ce Tube
E. F. peut demeurer ouvert , si l'on veut ,
par son extrémité F.
là
Pour faire un tout de cette petite Machine,
on place la Pompe au haut d'une espece de
boëte à Pendule de six à sept pieds de hauteur
, où on la fait entrer par
deux ouvertures
du diametre de son col , dans deux planches
posées pour cet effet au haut de cette
boëte , à quelques pouces l'une sur l'autre ,
& cela pour poser la Pompe à plomb du
premier coup. On la fait , dis- je , entrer dans
ces ouvertures presque jusqu'au fond de la :
boëte , afin qu'il refte dans le vase K. posé
sur une troisiéme planche , & dans lequel
doit plonger le col de la Porpe , assés d'espace
pour loger trois ou quatre lizieres de
drap , L. Z. postes les unes sur les autres ,
pour leux faire filtrer des grosses gouttes . Ce
F vj vase
2042 MERCURE DE FRANCE
vase a 9. pouces de longueur , sur 7. de lar .
geur , & deux de profondeur , & ses bords
sont inclinés en dedans de la largeur d'un demi
pouce , pour retenir l'eau & empêcher
qu'en remuant le vaisseau , elle ne s'extravase.
Ces lizieres , qui n'en font qu'une , pour
ainsi dire , doivent être soûtenues sur une
lame de cuivre L. d'une longueur proportionnée
, ayant ses bords relevés de 4. à 5.
lignes , & son extrémité inférieure V. terminée
en forme d'Entonnoir aplati , pour les
contenir toujours dans le même état, & l'endroit
O. de la lame , sur lequel apuyent les
dizieres , recourbé de la longueur d'un pouce
ou environ , avec les mêmes bords. De maniere
que l'extrémité Z. des lizieres qui doit
plonger , puisse surnager librement sur la
surface de l'eau du vase , & cela pour faciliter
le passage de l'eau par dessus la courbure
O. de la lame L. car il est certain que fi ces
lizieres , au lieu de surnager , plongcoient à
plomb dans ce vase , la filtration ne se feroit
qu'imparfaitement. Cette lame , vers le haut
de sa courbure X. doit avoir de part & d'au
tre , un fil de laiton Y.Y. qui la traverse à angles
droits , & sur les bords de laquelle il eft
soudé , de maniere que les lizieres puissent
passer librement par dessous . A ces fils
de laiton , au milieu desquels il doit y avoir
une petite boucle, sont attachées deux chainettes
SEPTEMBRE. 1740. 2043
nettes R. R. d'environ huit pouces de longueur
, lesquelles vont passer sur un petit
axe ou cylindre S. T. dont le bout S. doit
passer à travers la fermeture de la boëte , pour
y porter une aiguille , qui doit marquer exactement
toutes les differentes mesures des Airs
de Musique.
Quand on veut ouvrir cette boëte, on doit
avoir soin de tourner l'aiguille du Cadran ,
pour dégager la liziere du vase , où elle plonge
, & quand on veut la refermer , on détourne
cette même aiguille , pour faire replonger
la liziere , ce qui se fait sans aucun
dérangement.
Je ne vous dis point qu'il doit y avoir un
vase au bas de la boëte , pour recevoir les
goutes d'eau filtrées par les lizieres, & qu'audessus
de ce vase on doit mettre une espece
de vaisseau de fer blanc , ouvert par les deux
bouts , pour empêcher le rejaillissement de
l'eau sur les côtés de la boëte ; & qu'enfin
on ne voit absolument rien de toute cette
Machine que le Cadran qui est au haut de
cette boëtë.
Eh bien , M. que direz-vous de ce petit
Tout ? Me suis-je assés bien expliqué dans
la description que je vous en ai faite ? Je
souhaite y avoir aussi bien réüffi que je crois
l'avoir fait dans les Journaux de la République
des Lettres , Mai 1699. & Novembre
1699
2044 MERCURE DE FRANCE
1699. Juin 1710. Memoires de Trévoux
Mars 1710. & Janvier 1713. & dans les Mémoires
de l'Académie Royale des Sciences ,
an. 1722. Comme vous avez lû tous ces
Journaux , je ne vous dirai rien des matieres
qui m'y interessent ; je me contenterai de
yous féliciter sur l'inclination que vous avez
toujours euë pour les Sciences & les Beaux-
Arts , que vous cultivez avec tant de succès ;
je vous avoue qu'on y trouve une ſource inépuisable
de moyens d'éviter l'ennui . J'en
fais tous les jours d'heureuses Experiences ,.
qui me font bénir mille fois le soin qu'ont
cû nos Parens de travailler à notre éducation,
qui nous met heureusement en état d'éviter
le cruel chagrin de n'avoir rien à faire . Si je
trouve , M. quelque chose de nouveau, j'aurai
l'honneur de vous en faire part avec un
plaisir égal à celui que j'ai de vous témoigner
qu'on ne peut être avec plus d'amitié ,
d'estime & de consideration que j'ai l'honneur
de l'être , & c.
>
A Saumur ce premier Août 1739 .
On aprend de Berlin , que le Roy de Prus
se vient de révoquer la défense qui avoit été
faite sous le Regne précédent , de vendre
aucun des Ouvrages Philosophiques de M.
Wolff.
On
SEPTEMBRE . 1740. 2049
On écrit de Lisbonne , que le Docteur Jo-
'seph de Auren , vient de faire imprimer le second
Tome de son Hiftoire de là Médecine..
Il paroît un nouveau Poëme intitulé , O
Imineo dos Menezes & Castros , dont Felix
Joseph da Costa , eft Auteur , & dans lequel
on trouve beaucoup de fécondité d'ima
gination & une Versification très-élégante.
Jean - Baptiste Pasquali, Libraire de Venise,
vient d'imprimer le premier Volume du Recueil
, qu'il avoit annoncé , des divers Ouvrages
qui se trouvent épars dans le Journal.
de Leipsic , Acta Eruditorum , touchant les
Arts & les Sciences ; en voici le Titre . Opus-
CULA omnia Actis Eruditorum Lipsiensibus
, qua ad universam Mathesim , Physi
eam , Medicinam , &c. pertinent. T. I. ab anno
1682. ad annum 1687. in - 4° . 1740 .
inserta ,
LE PROCE's entre la Grande -Bretagne &
'Espagne, ou Recueil des Traités, Conventions,
Mémoires , & autres Piéces touchant les démê
lés entre ces deux Couronnes. Par M. Rousset
, de l'Académie des Sciences de Petersbourg
& de Berlin, A la Haye , chés P. Gosse ,
1740. in- 8 °.
,
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des In
sectes , par M de Reaumur , de l'Académie
Royale des Sciences , &c . T. V. Suite de l'Hisaoire
des Mouches à deux ailes , & His-
2
toire
046 MERCURE DE FRANCE
toire de plusieurs Mouches à quatre aîles , scar
voir , des Mouches à Scies , des Cigales & des
Abeilles. De l'Imprimerie Royale 1740. in-4
HISTOIRE de l'Académie Royale des Belles-
Lettres & des Inscriptions , depuis son Etablissements
avec les Eloges des Académiciens morts
depuis son Renouvellement , & le Catalogue
de leurs Ouvrages , &c. 3. vol. in- 12 , chés
Louis-Hypolite Guerin , 1740.
Le Lieutenant Géneral du Bailliage de
Boulogne , eut l'honneur ces jours passés de
présenter au Roy plusieurs Médailles antiques
, qui ont été trouvées en creusant le
nouveau Port de la même Ville , parmi lesquelles
il y en a trois d'or , dont l'une de
Galba , l'autre d'Antonin Pie , & la troisiéme
de Vitellius . S. M. l'a honoré de la belle
Médaille d'or qui a été frapée au sujet de
Pacquisition de la Loraine. D'un côté c'est le
Portrait du Roy en Bufte , avec l'Inscription
ordinaire. LUD. XV. REX CHRISTIANISS.
Et sur le Revers , on voit Minerve , qui , le
Caducée à la main , conduit au pied de son
Trône la Loraine, représentée sous le symbo
le d'une Femme couronnée de Tours , laquelle
présente au Roy l'Ecu des Armes de Loraine
& de Bar. Pour Légende MINERVA PACIFERA
, & dans l'Exergue , LOTARING. ET
BAR REGNO ADD. M. D. CC . XXXVIL
L'AproSEPTEMBRE
. 1740: 2047
7
L'Aprobation de l'Académie des Sciences en faveur
du Sr Maffoteau de S. Vincent , au fujet de les
Inventions d'Horlogerie , dont il a été fait mention
dans le Mercure du mois dernier , doit être limitée,
conformément au Certificat de l'Académie qui nous
a été communiqué par lui , & dont nous joignons
ici la Copie.
EXTRAIT de deux Raports de Mrs Dortous ,
de Mairan & Camus , nommés Commiffaires par
l'Académie Royale des Sciences , le 23. Décembre
1735. pour examiner un Mémoire intitulé : Des
cription de deux Montres à Répetition d'une nouvelle
conftruction , & la plus fimple qu'on puiſſe imaginer ,
les Piéces même de deux Modeles inventées & executées
fur les principes du Mémoire par Maffoteau de
S. Vincent , Chevalier , Ingénieur Horloger de
Roy , de l'Hôtel de la Monnoye à Paris , & Membre
de l'Académie des Curieux.
Nous avons examiné , par ordre de l'Acadé
mie , le Mémoire qui lui a été préfenté par M. Massoteau
de S. Vincent , au fujet des Montres fimples &
à Reperition . Pour les Montres fimples à Minutes,
M.Maffoteau propofe de fuprimer le Pignon ouRoue
de Chauffée , & la Roue de Renvoi où elle engraine
& de mettre un Pignon fur la grande Roue, laquelle
engraine dans la Roue de Cadran ; il est vrai que
Montre en devient plus fimple de deux Roues.
la
Pour les Montres à Repetition , M. Maffoteau
nous a préfenté deux Modeles , où il a fuprimé le
grand Reffort de la Repetition & toutes les Roues
& les Pignons qui en forment le Rouage.
Le grand Reffort fert à faire tourner le Rochet
des heures , qui engraine dans les levées des Marteaux
, le Rouage fert à moderer le mouvement du
Rochet , qui , fans le Rouage , tourneroit avec trop
de précipitation , enforte qu'on ne pourroit pas
diftin
048 MERCURE DE FRANCE
diftinguer & compter les coups de Marteaux.
Pour avoir des coups de Marteaux que l'on puiffe
compter,M. Maffoteau a inventé & executé deux Mo
deles. Dans le premier Modele , au lieu de Pouffoiz
ordinaire , il a mis une Vis fans fin , qui engraine
dans le Pignon qui eft fur le Rochet , & dans le
Rateau qui engraine en même tems dans les deux
piéces, qui fait l'office du grand Reffort & du Roüage
, ce qui nous paroît nouveau utile . Le Bouton
de la Montre eft attaché au carré de cette Vis fans
in , enforte qu'en tournant le Bouton d'un fens ,
jufqu'à ce que l'on trouve de la réſiſtance , ce qui
arrive quand le bout du Rateau repofe fur le Limagon
, on fait paffer autant de dents du Rochet qu'il
en faut pour faire fonner l'heure qui convient au
degré du Limaçon , fur lequel repole ce Rateau , &
en tournant le Bouton de l'autre fens , le Rochet
fait fonner autant de coups qu'on a fait paffer de
fes dents .
*
2º. Il a executé un Rateau garni de Chevilles
qui levent le Marteau , & cinq Deffens differens.
FAIT à Paris le 23. Février 1736. Signé , Dortous
de Mairan & Camus.
Nous avons reçû de Toulouse le Programme qui
uit.
L'Académie des Jeux Floraux diftribuëra le 3 .
Mai de l'année 1741. fes cinq Prix .
Le premier est une Amaranthe d'or de la valeur
de quatre cent livres , deſtiné à une Ode.
Le fecond est une Violette d'argent , de la valeur
de deux cent cinquante livres , deftiné à un Poëme
de foixante Vers au moins , & de cent Vers as
plus. Le Sujet de cette forte de Poëme doit être hé
roïque ou dans le genre noble , & les Vers en doivent
être Alexandrins.
Le troisiéme Prix eft une Eglantine d'argent , de
SEPTEMBRE. 1749. 2049
fe
0+
Dia
ne
le
UX
iaon
112S
het
3
S
la valeur de deux cent cinquante livres , qui eft des--
tinée à une Piéce de Prose d'un quart d'heure o
d'une petite demie heure de lecture , dont le Sujet
fera pour l'année 1741. L'UTILITE' DES BIENSEAN ,
CBS.
Le quatrième Prix eft un Souci d'argent , de la
waleur de deux cent livres . Il eft deftiné à une Elégie
, à une Idyle ou à une Eglogue . Ces trois gentes
d'Ouvrages concourent enfemble pour le même
Prix , & doivent être tous trois à Rimes plates &
Vers Alexandrins , fans mêlanges de Vers d'aube
mofure .
Le Sujet de tous ces genres d'Ouvrages de Poë
deft au choix des Auteurs.
Le cinquième Prix eft un Lys d'argent , de la va
leur de foixante livres , deftiné à un Sonnet à l'honneng
de la Vierge.
Les Auteurs font avertis de ne fe pas négliger
fur les Rimes.
Les Ouvrages qui ne font que des Imitations on
des Traductions , ceux qui ont parû dans le Public,
Ceux qui traitent des Sujets donnés par d'autres
Académies , les Ouvrages qui ont quelque chofe de
burlesque , de fatyrique , de contraire aux bonnes
mccurs , ceux dont les Auteurs fe font connoître
avant le Jugement , & pour lefquels ils follicitent.
ou font folliciter , font exclus des Prix .
Les Auteurs qui traitent des Matieres Théologi
ques doivent faire mettre au bas de leurs Ouvrages
l'Aprobation de deux Docteurs en Théologie , ce
qui fera même obfervé à l'égard du Sonnet à l'hon
15 neur de la Vierge ; fans quoi ces Ouvrages n'entreront
pas au Concours.
Les Auteurs feront remettre dans tout le mois de
Janvier de l'année 1741. par des Perfonnes domisiliées
à Toulofe, à M. le Chevalier d'Aliés , Sécretaire
2050 MERCURE DE FRANCE
taire Perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux ;
demeurant dans la rue des Couteliers , à Toulouſe
trois Copies bien 1 fibles de chaque Ouvrage , qui
fera défigné feulement par une Devile ou Sentence.
M. le Sécretaire écrira la réception des Ouvrages
dans fon Regiſtre , le nom , la qualité ou Profeffion
, & la demeure des Perfonnes qui les lui auront
remis , lefquels figneront fon Regiſtre , & il leur
expédiera le Récepiffé des Ouvrages .
Non - feulement M. le Sécretaire ne retirerà point
les Paquets qui lui feront adreffés par la Pofte en droi
ture , s'ils ne font affranchis ; mais quand même on
les affianchiroit , les Ouvrages qui lui parviendront
par cette voye ne feront pas mis au Concours , par
les raifons dont on a fouvent averti les Auteurs ,
moins que ces Paquets ne lui foient adreffés par des
Perlonnes de fa connoiffance , enforte qu'il puiffe
s'assurer que fes Récepiflés ne s'égarent point , &
quee les Auteurs font à l'abri de toute furpriſe pour
recevoir les Prix qu'ils auront remportés.
à
Ceux qui auront remporté des Prix feront obligés,
s'ils font à Toulouse , de venir les recevoir euxmêmes
, l'après midi du troifi me jour du mois de
Mai , à l'Affemblée publique de la Diftribution des
Prix , qui le fait dans le grand Confiſtoire de l'Hôtel
de Ville . S'ils font hors de portée de venir les
recevoir eux- mêmes , ils doivent envoyer une Pracuration
en bonne forme à une Perfonne domici
liée à Toulouse , pour les recevoir de M. le Sécretaire
, en lui remettant la Procuration des Auteurs
& les Récepiffés des Ouvrages.
On ne peut remporter que trois fois chacun des
Prix que l'Académie diftribuë. Les Auteurs qu'on
reconnoîtra en avoir obtenu un plus grand nombre,
en feront exclus , de même que ceux qu'on découvrira
en avoir remporté fous des noms fuposés.
Après
SEPTEMBRE . 1746. 2051
Après que les Auteurs fe feront fait connoître, on
leur donnera des Attestations , portant qu'un tel
une telle année , pour tel Ouvrage par lui composé
a remporté un tel Prix , & l'Ouvrage en Original
fera attaché à cette Atteftation , fous le contre- fcel
des Jeux.
>
Ceux qui auront remporté trois des quatre premiers
Prix , l'un defquels fera l'Amaranthe , qui eft
Le Prix deſtiné à l'Ode , pourront obtenir des Letres
de Maître des Jeux Floraux , & feront du Corps
des Jeux , avec droit d'affifter & d'opiner , comme
Juges , aux Affemblées particulieres & publiques
qui fe font pour le jugement des Ouvrages & pour
a Diftribution des Prix. '
L'Ode qui a pour titre , SUR LA MODERATION
DANS LES DESIRS , & pour Devise , Nil cupientium
nudus caftra fequor , Horat. a remporté le premier
Prix.
Le Discours qui a pour Sentence , Stultorum exaltatio
ignominia , Prov . 3. 35. a remporté le Prix de
fon genre
.
Le Lys d'argent a été adjugé au Sonnet qui a pour
Devile, Quibus te laudibus efferam nescio , &c . 1740 .
Les Prix du Poëme & de l'Eglogue ont été réfervés
.
On verra dans le Recueil de l'Académie les noms
des Auteurs qui ont remporté ces trois Prix .
L'Académie aura à diftribuer l'année prochaine
1741. outre les cinq Prix de l'année , deux Prix
d'Ode , trois Prix de Poëme , un Prix de Difcours ,
& un Prix d'Eglogue , réfervés , ce qui fera en tout
douze Prix .
C'eſt avec un extrême regret que l'Académie fe
Toit forcée à réſerver tant de Prix. Elle fouhaite
que l'abondante moiffon réveille l'émulation des
Auteurs.
LETTRE
2052 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. Noyel de Belleroche
Sécretaire perpetuel de l'Académie de Ville-
Franche en Beaujolois , contenant ce qui
s'est passé dans cette Académie le jour de
$. Louis dernier.
E vous envoye , Monfieur , en abregé ce qui
s'eft paffé dans la derniere Affemblée publique
de notre Académie , avec le Programme du Prix
qu'elle propofe que vous êtes prié de rendre
public. J'y joins auffi une copie de mon Discours
prononcé dans cette Aflemblée , dont vous ferez
P'ufage que vous trouverez à propos .
Le 25 Août , jour de S. Louis , l'Académie
Royale des Sciences & des Beaux- Arts , établie à
Ville Franche , en Beaujolois , fous la protection
de M. le Duc d'Orleans , en l'année 1679. confir.
mée par Lettres Patentes du mois de Décembre
1695. tint fon Affemblée publique dans la forme
de fes Reglemens , j'eus l'honneur d'y lire un Discours
fur ce qui peut contribuer à notre bonheur , &
les moyens de l'assurer .
M. Guchot , Docteur en Théologie , Chanoine
de l'Eglife Collegiale , fit enfuite lire un Discours
de fa compofition , fur l'avantage que la Nobleffe peut
trouver dans les Sciences .
M. Deffertine , Procureur du Roy au Bailliage }
répondit en qualité de Directeur , à l'un & à l'autre
de ces Difcours ,
Le Panégyrique de S. Louis avoit été prononcé
le matin au milieu de la Meffe folemnellement cé→
lebrée par M. Châtelain Deffertine , Curé , Sacristain
du Chapitre , & Pun des Académiciens .
M. Micolier , Avocat du Roy au même Bailliage,
fut nommé à la fin de la Séance à la Place vacante
pak
SEPTEMBRE. 1740, 2053
par le décès de M. l'Avocat, Doyen de la Chambre
des Comptes de Paris , & on diftribua le ProgamMO
fuivant.
L'Académie propoſe pour Prix une Médaille d'or
au Difcours François qui fera jugé l'avoir remporté
fur ces paroles des Proverbes , Chap I. Sapientio
foris pradicat , in plateis dat vocem fuam. Ce Prixfera
donné le 25. Août 1741. jour de S. Louis . Les
Difcours ne feront reçûs pour le Concours que jus«
qu'au 31. Mai prochain . On aura attention de mettre
au bas une Sentence , & l'Auteur écrira dans un
Billet féparé & cacheté la même Sentence avec fon
aom , fes qualités & fon adreffe. Les Paquets feront
affranchis de port & adreffés à M. Noyel de Bellerache
, Sécretaire perpetuel de l'Académie.
DISCOURS prononcé le 25. Août 1740 .
en l'Assemblée publique de l'Académie Roya
le des Sciences & des Beaux- Arts à Villefranche
, en Beaujolois , par M. Noyel de
Belleroche , Ecuyer , Seigneur de Bionnay
Sécretaire perpétuel de la même Académie.
R
Ien n'eft plus naturel que de chercher ce qui
peut contribuer à notre bonheur ; les refléxions
qui conduifent aux moyens de l'aflurer, ne peu
vent être que très - intereffantes, elles font le fujet que
l'on s'eft proposé dans ce Discours . L'objet de l'étude
de bien des Philofophes , a été de trouver en
quoi confiftoit la véritable félicité , mais les fauffes
opinions des Sectateurs de Zenon , & celles des
Epicuriens , ont entraîné dans des erreurs fouvene
combattues & toujours renouvellées ; les derniers
diftinguoient à peine les plaifirs qui conviennent à
Phomme d'avec ceux dont les plus vils animaux
font
1054 MERCURE DE FRANCE
font fufceptibles , ils accordoient tout aux fens. Les
Stoïciens, au contraire , voulant donner trop d'empire
à la raifon , exigeoient l'impoffible, & fur l'affurance
d'un maintien affecté , vouloient perfuader qu'ils ne
reffento: ent aucune douleur au milieu même des tourmens
, cherchant à convaincre ceux de leur Secte
des
par argumens captieux , & malgré leur propre
expérience, que les maux n'avoient rien de réel , &
que la raifon étoit un Bouclier à l'épreuve contre la
douleur la plus aiguë ; la fermeté d'efprit peut , il eft
vrai, ne point ajoûter à nos maux le defelpoir ou les
plaintes inutiles, & les adoucir en quelque façon par
la tranquillité avec laquelle elle les fait fuporter, mais
toute la conftance & tous les raifonnemens imaginables
, ne peuvent jamais empêcher que les maladies
& les bleffures ne foient un dérangement dans
les refforts qui compoſent la méchanique de notre
corps , & l'ame , pendant qu'elle s'y trouve unie par
les liens étroits , dont elle eft envelopée , ne peut
apercevoir ce défordre fans y être fenfible.
Il faut donc convenir que nous éprouvons des
maux réels , qu'il eft au-deflus de l'humanité de ne
pas reffentir ; mais puifque nous fommes fujets à
des douleurs inévitables , ne nous livrons pas à celles
que nous pouvons éviter ; s'il ne nous eft pas
permis d'efperer une entiere félicité , profitons du
moins de tout ce qui peut nous en aprocher , il n'eft
point d'autres maux réels que les douleurs corporelles
, tout ce qui n'attaque point le corps ne peut
plus bleffer que l'efprit, c'eft alors l'imagination qui
donne aux évenemens de la vie la qualification
d'heureux ou malheureux , par la maniere dont elle
nous les fait enviſager, la fortune ne nous fait, pour
ainfi dire , ni bien ni mal , elle nous préfente feulement
des objets que l'ame uniquement maîtreffe de
rendre fa condition trifte ou riante , enviſage comme
SEPTEMBRE.
1740. 2055
me il lui plaît Ne voyons- nous pas tous les jours
le même accident éprouvé par differentes perfonnes
dans les mêmes circonftances , faire fur leurs efprits
des effets totalement opoles , d'où la conféquence
eft évidente que l'on n'eft heureux ou malheureux
qu'autant que l'on croit l'être ? Je ne prétens pas
cependant que la nature & l'amitié , aux premiers
mouvemens , ne puffent nous faire verfer des larmes
très-légitimes fur la perte d'un proche ou d'un
ami , mais dans un accident fans reflource une ame
forte revient de fon battement , & fe tend à ellemême
, elle éloigne fes idées affl geantes & celles
qui peuvent être fuivies de quelque trifteffe , elle
choilit parmi les differentes façons de penfer , celles
qui peuvent épargner des inquiétudes , il n'eft pas
même befoin d'un difcernement bien fupérieur pour
nous aprendre à faire ce choix, il ne s'agit que de foumettre
fon efprit à la raifon , ceux qui la croient incompatible
avec le bonheur , ne la connoiffent
elle feule peut le procurer & le rendre durable . Si
nous la confultons , elle nous aprendra que pour
être heureux il ne faut jamais faire dépendre entierement
notre bonheur des objets qui nous font
étrangers & fur lefquels nous n'avons point de pouvoir
, leur privation ou la difficulte de les octenir ,
nous expofent à trop d'afflictions , nous devons au
contraire fonder principalement notre tranquillité
fur ce qui dépend de nous , & que nous pouvons
par conféquent nous procurer avec facilite , c'est- àdire
qu'il ne faut pas defirer ce qui n'est point en
notre difpofition , & que comme il n'eft rien dont
nous puiffions plus fouverainement difpofer que de
nos pensées & de notre volonté , nous devons y
chercher notre félicité , en un mot , pour être heureux
il faut déterminer fon efprit à n'avoir point de
paffion pour ce qui eft hors de lui , mais à trouver
fon vrai bonheur dans lui-même G La
pas,
2056 MERCURE DE FRANCE
La Morale ne peut rien entreprendre de plus utile ,
à la Societé , que de corriger les fauffes idées fur
lefquelles la plus grande partie de ceux dont elle
eft composée, dirigent leurs démarches , quoiqu'on
ne puiffe pas le flater de faire impreffion fur le plus
grand nombre , prefque invinciblement attaché à
fon erreur ; comme il eft cependant des efprits
moins féduits , fufceptibles des réflexions qui leur
paroiffent juftes , on ne doit pas craindre lorfqu'on
eft apuyé fur la vérité , d'attaquer l'opinion la plus
univerfellement reçûë , de condamner ce que les
hommes aprouvent en géneral , & de combattre
les erreurs qui leur font les plus cheres , en
s'élevant contre leurs defirs ; ils font l'unique fource
de nos inquiétudes ; plus ils font violens , moins
ils nous laiſſent tranquilles , l'agitation qu'ils donnent
à l'efprit , eft ce que l'on apelle paflion , elle
fe trouve plus ou moins forte proportionément à
la vivacité de ces defirs.
L'objet que l'on s'eft proposé dans ce Difcours ,
n'eft point d'attaquer les paffions paffageres , qui ne
peuvent durer que pendant les premieres années de
la vie , & dont on revient prefque malgré foi dans
un temps où le fang n'eft plus en cette fermentation
que lui caufe la jeuneffe , on ne veut pas non
plus s'attacher à condamner ces inclinations vicieufes
, qui portent avec elles leur condamnation par
le foin que l'on prend à les cacher , mais on fe contentera
de combattre ces affections vives auxquelles
fe livrent ordinairement ceux même qui croyent fe
conduire avec fageffe , & de faire voir qu'elles font
le principal obftacle à leur bonheur .
Comme il n'eft point d'hommes fans amour propre
, il en eft peu fans ambition , & qui ne foient
Aatés d'avoir quelque prérogative fur les autres d'acquerir
la faveur des Grands & les biens de la Fortune.
SEPTEMBRE . 1740. 2057
Tine .Les moins ambitieux ne font prefque point fans
avoir interieurement quelques- uns de ces objets dans
leurs démarches ils efluyent pour les obtenit des
peines réelles. Le fuccès en eft incertain , la réüsfite
n'aflûre pas même cette félicité que l'on cherche
, elle devient fouvent la fouice de nouvelles inquiétudes
; c'eſt ce qui doit détromper ſur l'idée
que l'on veut avoir des avantages que semble promettre
l'ambition ; quelle plus douce récompenfe
pourioit elle nous allûrer que la paix & la tranquil
lité , qui font cependant incompatibles avec elle
puifqu'on n'ignore pas que le chagrin de trouver
des concurrens , de céder à un Compétiteur plus
habile ou plus fortuné , fait naître des mouvemens
qui ne peuvent laiffer l'efprit dans une affiete pai-
Lible ?
On eft bien éloigné d'outrer la Morale jufques à
donner pour précepte qu'il ne faut rien entreprendre
de tout ce qui peut procurer l'autorité , les richeffes,
& le crédit . On fçait que le travail eſt l'exercice
naturel de la vertu & que tous ces biens peuvent
en être le prix , on ajoûtera même que pour
l'avantage de la focieté , il est néceffaire de conferver
une louable émulation , de fe rendre utile à fa
Patrie; mais il ne faut point regarder les récompenfes
de fes travaux comme affûrées fe promettre de
les obtenir , ni s'affliger de leur perte , on doit all
contraire par de folides refléxions , fe préparer à
toutes les révolutions , fe reflouvenir que l'on fera
toujours au - deffus des évenemens , lorfqu'on aura
un affés grand fond de raifon pour les vaincre &
s'accoûtumer à ne poit eftimer l'objet de ſes défirs
au-delà de fa vraye valeur.
On ne peut pas dire qu'un bien foit effentiellement
défirable , lorfque le mépris que l'on en fait
tient lui- même de la grandeur , & peut- on discon-
Gii venir
2058 MERCURE DE FRANCE
venir qu'il ne foit incomparablement plus grand de
renoncer aux dignités & aux honneurs en les mé→
ritant , que de les chercher pour fatisfaire fon ambition
?
Un efprit né avec une certaine élevation , eft
ordinairement flaté d'être utile , il fe trouve fenfible
au plaifir de faire connoître les ta ens , les
dignités femblent en préfenter les occafions ; cependant
elles peuvent être méprifées , non . feulement
par grandeur d'ame , mais encore on peut s'en
éloigner par amour propre , en réflechiflant ſur l'affujettiffement
, les périls , & les revers auxquels elles
expofent ; en effet peut- on ignorer de quel
détail fatiguant eft accompagné le rang fupérieur
que l'on veut conferver fur les autres hommes ?
lorfque l'on fe propofe de le remplir avec honneur,
on ne travaille que pour leur bien ; on abandonne
fon repos pour n'être occupé qu'à procurer celui
des autres, & malgré tous les foins , peut- on compter
fur la reconnoiffance de ceux pour qui l'on fe
donne tant de peine à l'experience n'aprend- elle pas
que le plus folide mérite n'eft point à l'abri des traits
empoifonnés de l'envie , des commentaires & des
vifions d'une oifiveté médiſaute , & que fouvent l'exactitude
à remplir nos devoirs , nous fait des ennemis
d'autant plus redoutables ,que le mérite même eft
l'objet de leur averfion ? l'orfqu'au contraire on ne
s'acquitera pas dignement de l'autorité qu'on exerce;
quels mépris ne s'attire- t'on point & quels reproches
n'a- t'on pas foi- même à fe faire c'eft par ces
confidérations que l'amour propre bien entendu
au lieu d'être flaté de remplir fes dignités , devroit
s'en éloigner , connoiffant les peines & les défagrémens
qu'elles peuvent lui procurer. Les moins importantes
adminiftrations n'en font pas exemptes .
Les haînes, les jaloufies , la critique, s'uniffent dans
les
SEPTEMBRE. 1740. 2059
Les plus petites Communautés , contre ceux qui les
dirigent , & lorfqu'on examine fans prévention certaines
délicateffes qui s'y conteftent fur l'autorité &
la préfféance , dont s'inquietent férieufement des
hommes qui fe croyent raifonnables , en voyant
prendre tant de foins pour des fujets auffi légers , peu
s'en faut qu'on ne fe perfuade voir ces jeunes gens
au- deffous même de l'adolefcence , qui fe font parmi
eux une affaire férieufe de réüffir & de l'empor
ter fur des objets qui paroîtront toujours indifferens
& quelquefois rifibles aux yeux de ceux dont la raifon
eft mieux formée ; comment peut -on concevoir
en effet , fi l'on n'en étoit convaincu par une expérience
funefte, que dans une Societé composée d'un
petit nombre d'honnêtes gens affemblés , où la Pro
vidence femble avoir ordonné l'égalité , & ne nous
avoir placé que pour joüir tranquillement des avantages
que fa bonté nous offre , que dans un féjour
qui devroit être fi tranquile , on fe faffe une étude
fatiguante d'obtenir une idée de fupériorité les uns
fur les autres , que l'on foit obftinément attentif à
faifir toutes les occafions d'empieter , pour ainfi difur
la liberté commune , & de fe rendre redoutable
, en fe donnant mille peines pour en procurer
à des Concitoyens dont on n'a même aucun fujet
de fe plaindre c'eft un égarement qui ne peut Le
comprendre , ajoûtons que pour conferver cette autorité
on eft obligé de la payer cherement par un
efclavage & des foumiffions gênantes auprès des Supérieurs
dont on veut ménager la protection.
Cette faveur des Grands eft encore un des objets
dont s'occupe l'ambition ; fi l'on renonçoit à contenir
les autres hommes dans la dépendance , on
n'auroit plus de motifs à fe gêner pour y vivre foimême
, on s'en éloigneroit d'autant plus volontiers
qu'il n'eft pas poffible d'obtenir la protection , fans
G iij s'apercevoir
2060 MERCURE DE FRANCE
}
s'apercevoir des peines qu'elle coûte , des foins asfidus
qu'il eft néceffaire d'employer pour la conferver
, combien peu il faut pour la perdre , &
qu'enfi elle n'a fouvent rien de réel que 1 efclavage
aquel elle nous enchaîne que par conféquent
elle n'eft ordinairement accompagne ni fuivie d'au
cunes de ces douceurs qui font le caractere de la
véritable félicité.
Refpectons dans les perfonnes en place , celles
qu'ils occupent , c'eft la reconnoiffance que nous
ne pouvons refufer aux foins qu'ils doivent prendre
pour faire obferver dans la focieté ce bon ordre
dont les avantages nous font deſtinés; rendons nous
dignes pour notre propre fatisfaction de mériter leur
eltime , mais n'ayons pas la préfomption de croire
qu'ils ne puiffent fe difpenfer de nous l'accorder
pourquoi nous affliger s'ils fe trompent dans le
choix de ceux qu'ils honorent de leur confiance? ce
feroit exiger que, parce qu'ils font grands , ils fuent
infaillibles , & quand même nous aurions is de
penfer qu'ils ne nous accordent pas la juftice qu'ils
nous doivent , rendons leur celle de convenir c
le
leur eft moins facile qu'à d'autres de pénetrer idea
ratere de ceux qui les aprochent , la flateris , Te
déguiſement les obfedent , pour un homme dont la
penetration fupérieure fçait diftinguer au premier
coup d'oeil les gens qu'il employe , qui peut au tra
vers de tous les nuages que répandent l'artifice ,
déguifement & l'envie , difcerner & proteger un
mérite paisible ? il en eft mille qui fe laiffent fédui
re par le menfonge & les difcours Alateurs , foavent
par la prévention & les aparences d'un exterieur
prévenant ; contentons - nous de plaindre ceux qui
le trompent dans leur choix , mais ne nous impo
fons point par une affliction déplacée , la peine de
leur erreur, il nous eft plus avantageux de mériter leur
confiance
SEPTEMBRE. 1740. 2061
>
Confiance que de l'obtenir , le premier eft une ſatisfaction
, toujours inféparable de la vertu ; l'autre
eft louvent un effet du hazard ; ce n'eft donc point
aux hommes vertueux à rechercher la protection
c'eft aux personnes en place de ne rien oublier pour
trouver le mérite , & de faire attention combien il
leur eft important d'avoir un difcernement aflés
jufte pour le connoître , lorſque l'on voit ces hommes
enftes d'une protection dont ils fe font affûrés
par des refforts inconnus , à la faveur de laquelle
ils fatisfont leur efprit de hauteur & d'interêt , chés
qui la crainte de perdre une confiance fi peu méritée
fait naître une haine marquée contre tous ceux
qu'ils foupçonnent en être plus dignes peut on
s'empêcher de condanner en fecret celui qui les
favorife ? qu'il eft malheureux pour un homme élevé
dans ces places refpectables , que l'on puiffe imputer
à fon mauvais choix les défordres & les injusrices
qui fe commettent fous fon nom & l'en rendre
, en quelque façon , refponfable ! mais au contraire
, quelle gloire & quelle fatisfaction d'avoir
cu un difcernement affés jufte pour confier fon autorité
à celui dont la fageffe & la penetration font
l'éloge du Protecteur ! c'eft par un tel fecours, mieux
que par la terreur de plufieurs Légions affemblées ,
qu'un Souverain peut devenir l'arbitre des Nations
voifines & le médiateur des differends qui s'élevent
entre les plus grands Empires , qu'il entretiendra la
tranquillité & l'abondance dans fon Etat & qu'il en
reculera les Frontieres ; quel bonheur pour les Peuples
de vivre fous un Regne où l'on voit la principale
adminiftration confiée à celui qu'ils choifiroient
eux-mêmes pour foulager le Souverain du poids trop
immenfe de fes occupations , dont les intentions
font droites, les vûës juftes , & dans lequel enfin ils
m'ont rien à foukaiter qu'une vie qui puiffe , après
Gi avoir
2062 MERCURE DE FRANCE
avoir paffé les bornes ordinaires , s'étendre encore
au delà des exemples que nous avons des plus
grands âges ! ce voeu unanime dans tous nos coeurs
ne peut laiffer en doute fur fon objet ; qui pourroit
à tous ces traits ne pas reconnoître la fageffe d'un
Roy , dont la penetration a fçû ſe choifir un Ministre
qui furpafle les d'Amboifes & les Richelieu , &
dont toutes les vertus font couronnées par un zele
ardent pour fon Souverain , & un parfait définte
reflem nt pour lui même ?
Cet efprit de detachement délivre de bien des
inquiétudes cependant l'objet de nos defirs , qui
paroît le p us géneral , eft pour les biens de la fortune
; s'il eft dfficile de s'en paffer totalement , il en
fut moins qu'on ne pense pour être heureux . On a
dit fouven: que le plus grand fond de richeſſes eft
celui d'un efprit affés moderé pour fçavoir le contenter
de peu ; l'abondance & la pauvreté font ,
proprement parler , les effets de notre opinion , &
les richeffes n'ont d'autre agrément que celui qui
leur eft donné par le Proprietaire qui les poffede.
Pendant que le Sage ne défire rien au - delà des biens
médiocres que la Providence a voulu lui diftribuer,
qu'il oeconome prudemment & dont il fçait faire
un bon ufage , qu'il refléchit fur le nombre infini
de miferables , qui , fans avoir moins mérité auprès
du Souverain difpenfateur de tous les biens , n'en
ont point été également favorifes. Des Riches infatiables
, trouvent le fecret de fe croire indigents
avec des poffeffions qui fatisferoient plufieurs familles
, ils ne font pas encore convenus de quel
nombre de Contrats , de quelle étenduë de terrain ,
de quelle portion de la furface de la Terre il falloit
jouir , pour fe trouver affés opulents , en jouiffant
du double , du triple , du centuple même de ce que
leurs Auteurs ont poffedé , ils forment des voeux
auf
SEPTEMBRE . 1743. 2063
Tuffi inquiets , fe refuſent autant d'agrémens & fe
donnent autant de peine pour augmenter leur fortune
, que s'ils étoient encore dans la fituation où
leurs parens les ont fait naître , telle eft la punition
de leur attachement , tandis que pour d'autres , par
une erreur contraire , le fuperflu le plus inutile devient
un néceſſaire indiſpenſable , tous enſemble ne
connoiffent point d'autre mérite que celui d'acquérir
, n'importe par quelle voye , ils fouffrent avec
peine que l'on n'accorde pas toujours à ces talens
les honneurs qui ne font dûs qu'à la vertu , & fe
trouvent à plaindre après avoir changé leur premiere
fituation , de ne pas pouvoir corriger leur naissance,
s'il étoit poffible de comparer les agitations,
les dégoûts auxquels font exposés ceux qu'une fortune
inopinée femble avoir comblé de fes faveurs ,
avec les fatigues de ces hommes robuftes, mais fans
bien , chargés de tous les travaux de l'Agriculture
ou des Arts les plus pénibles , on trouveroit à la fin
de leur vie une fupputation de mécontentemens à
peu près égale, en fupofant même qu'il ne fe rencontrât
pas que les premiers euffent paffé un plus grand
: nombre de momens dans l'agitation & dans les
peines de l'efprit.
=
Mais enfin en regardant , fi l'on veut , les honneurs
& les richeffes comme un bien , ne fçauroiton
jouir agréablement de la vie fans être en poffesfion
de toutes les differentes fortes de biens , qui ,
pouvant l'accompagner , ne lui font cependant
qu'accidentels ? pourquoi fe faire une néceffité af-
Aigeante d'un excedent dont on peut fe paffer , &
ne pas jouir d'une tranquillité que l'on fe procure
fûrement en obfervant de n'avoir rien à fe reprocher
dans fa conduite , & en s'occupant de la recherche
de la vérité ?
Ce n'est point affés pour être heureux de ne pas
GY attacher
2064 MERCURE DE FRANCE
attacher notre bonheur aux objets qui nous fontétrangers,
il faut enore fonder principalement notre
tranquillité fur ce qui dépend entierement de nous,
& dont nous pouvons fouverainement difpoler.
*
Si nous avons quelque voye qui puiffe nous con
duire au vrai bonheur , c'eft de faire le bien & d'aimer
la vérité ; tel étoit le premier principe que le
-Sage de Samos enfeignoit à fes Difciples , en les
affûrant qu'avec ces difpofitions on devènoit femblable
aux Dieux ; cette promeffe étoit exagerée , mais
elle exprime dignement la penfée de ce Philoſophe,
dont l'intention étoit de faire connoître le prix attaché
aux Sciences & à la vertu ; il ne pouvoit donner
une plus haute idée de la félicité que procurent le
fçavoir & la probité ; c'eft en poffedant l'un & l'autre
, que nous pouvons nous affûrer un bonheur pur
& fans revers , parce que l'honnête homme porte
partout avec lui la tranquillité que lui donne l'affûrance
qu'il n'a aucuns reproches à fe faire , & l'amateur
de la vérité trouve fans ceffe de nouveaux
fujets d'amuſemens par les nouvelles connoiffances.
qu'il peut acquérir tous les jours.
L'esprit ne peut être fans agir ; son action est la
pensée , aufi naturelle aux Etres intelligens , que la
gravité l'est à la matiere. L'objet le plus satisfaisant
de cette pensée , est l'éclairciffement de quelques
vérités ; elies font à l'esprit ce que la lumiere
est à nos yeux ; celui qui s'eft apliqué à quelque
connoiffance utile , peut rendre compte de la fatisfaction
qu'il a trouvée dans le progrès de ses découvertes
. La raison du contentement qu'on éprouve
est que l'esprit étant né pour se réunir à celui qui:
est la vérité même , s'aproche de l'objet auquel il
est destiné , en découvrant ce qui est vrai ;
* Pithagore.
alors il
devient
7 SEPTEMBRE. 17401 2055
devient plus pur, plus fort & plus étendu , à proportion
qu'il acquiert de nouvelles lumieres , & ne peut
fe refuser au plaisir de s'apercevoir qu'il tend à fa
perfection . Il n'eft personne qui ne conçoive que
Paplication eft préferable à l'indolence , comme la
vertu l'est au vice ; qu'il est plus avantageux de
s'instruire que de rester dans l'ignorance : mais
ceux qui ne veulent pas fe donner la peine de sçavoir
, interessent leur amour propre à fe prévenir
contre les Sciences ; ils profitent de l'avantage qu'ils
trouvent d'avoir un grand nombre de Partisans interessés
dans leurs causes ; ils se raffûrent par la
multitude de leurs semblables , & font entr'eux une
convention tacite , de fe borner au feul talent de
critiquer celui des autres , de trouver du ridicule
dans ce qu'ils n'entendent pas ; & femblables à ces
Hommes fans moeurs qui font gloire de leurs défauts
, ils ne rougiffent plus de l'aveu sincere , mais
honteux , de leur ignorance : cependant peut-on
exprimer le vuide & l'ennui auquel font en proye
dans le cours de leur vie , ceux qui la paflent fans
Occupation , malgré les vains amusemens auxquels
ils donnent inutilement le nom de plaisirs , puisquils
font fi fouvent accompagnés de dégoûts & de
repentirs? Les Sciences, au contraire,banniffent l'ennui
de la folitude même ; elles fervent de foûtien
& de consolation dans les changemens auxquels
nous fommes exposés , & donnent un éclat plus
Aateur à la prosperité ; en un mot , elles font un
plaisir de tous les tems & de tous les âges ; c'eft
pourquoi on ne fçauroit trop estimer les Affemblées
dans lesquelles on les cultive , puisque l'émulation
Y fait nécessairement naître le desir de s'inftruire .
La premiere idée de l'un eft embellie par les réflexions
d'un autre , qui font encore perfectionnées
par un troisiéme ; & c'eft ainfi que plufieurs lumie-
G vj
res
2066 MERCURE DE FRANCE
res raffemblées forment un vrai jour , comme l'an
nonce la Devise de cette Académie ; il n'est pas
jusques à l'amour propre , fi nuifible par tout ailleurs
, qui ne contribue à la perfection des Entretiens
Académiques ; l'émulation , le fentiment naturel
de soûtenir son opinion , anime au travail &
à la recherche des vraies raiſons pour l'établir ; enfin
, ce qui doit rendre la Science plus défirable
c'est que la véritable conduit à la vertu & à la probité
, qui donnent cette paix interieure , d'ou peut
naître le vrai bonheur.
>
Nous venons de voir que la paix ne sçauroit regner
dans un esprit agité par les paffions ; elle fe
trouve encore moins dans une ame qui ne peut fe
délivrer du reproche d'avoir agi contre les fentimens
de fes lumieres naturelles : c'eft donc l'interêt
de notre félicité qui nous engage à ne rien entreprendre
que nous puiffions un jour nous reprocher,
parce qu'un feul remords est capable de troubler
notre tranquillité au milieu même de tout le faste
d'une prosperité aparente ; ce qui démontre que
le véritable bonheur ne peut habiter qu'avec la probité
, qui consifte non feulement à éviter les actions
condamnables , mais encore à faire tout le
bien que l'on peut procurer . Si lorsqu'il s'agit de
lier quelque focieté , on examine le caractere de
ceux avec qui l'on veut s'affocier , fi pour vivre
avec agrément l'on souhaite de trouver des moeurs,
des fentimens & des dispositions bienfaiſantes dans
les perfonnes avec qui l'on est obligé d'avoir quelque
habitude , à combien plus forte raison , étant
inséparables de nous - mêmes , devons nous desirer
d'avoir ces bonnes qualités Quand la confidera-
* Une Rose de Diamans, & pour Légende : Mutue
clarescimus igne.
tion
SEPTEMBRE. 1740 2037
tion des autres ne s'y trouveroit avoir aucune part ,
P'expérience a dû nous confirmer le plaifir que procure
le fouvenir d'une bonne action . Autant le vice
eft fuivi d'inquiétudes & de chagrins , autant la
vertu fait goûter de douceurs. Tandis que l'envie
trouve l'art de nourrir les douleurs de ce qui devroit
faire le fujet d'une véritable joye , c'eft - à dire,
de l'avancement de fes Concitoyens & de fes proches
, l'inclination bienfaifante au contraire , tâche
de procurer ce même avancement dans lequel elle
rencontre un double plaifir ; celui de voir fon Pa
rent , fon Ami fatisfait , avec celui d'avoir contribué
à la satisfaction . Quelle douceur de pouvoir
fe féliciter d'avoir recouru le Miferable , protegé
l'Innocence & placé le Mérite ! l'éclat de la plus
brillante grandeur , les titres les plus pompeux
r'ont rien de fi flateur . Vous reconnoiffez , Messieurs
, à ces fentimens , ceux de l'augufte Protecteur
de cette Académie ; il préfere l'exercice des
mouvemens que font naître en lui sa pieté & la
bonté de fon coeur , au plaifir de jouir du rang de
Premier Prince du Sang ; fon élevation ne le flate
que par la liberté qu'elle lui donne de répandre plus
abondamment fes bienfaits ; après avoir examiné
avec foin dans les Confeils les moyens de procurer
le bien général de l'Etat , il ne néglige pas de defcendre
au détail des calamités des Provinces & des
familles même , pour les foulager dans leur infor
tune . Au milieu du tumulte qui ſemble entourer la
demeure des Grands , il a sçâ ſe faire une retraite
pieuse , qui n'eft acceffible qu'à la vertu & aux
fentimens qu'elle inspire . Son exemple nous aprend
que c'eft à la Religion de régler nos moeurs ; & je
ne puis mieux terminer ce Discours moral , qu'en
disant qu'elle doit fervir de guide à la raison humaine
, toujours trop foible pour fçavoir fe conduire
2068 MERCURE DE FRANCE
duire par elle-même. Les égaremens auxquels les
plus grands Hommes ont été fujets , en font une
preuve. En effet , fi chacun en particulier fe faifoit
l'arbitre , fe on ſon idée , de ce qui doit être
permis ou défendu , il s'enfuivroit un renversement
prefque univerfel on verroit fouvent l'injuſtice
autorisée , les trahifons justifiées & bien des crimes
honorés du nom de vertu , fi la Religion ne
donnoit pas les principes invariables fur lesquels
nous devons faire le bien , fuir le mal , & assûrer
enfin notre véritable félicité.
Le Samedi 13. Août , l'Académie Royale des
Sciences , élût le Comte de S. Florentin , Sécretaire
d'Etat , pour remplir la place d'Académicien
honoraire , vacante par la mort de M. le Peletier
Desforts. Le Samedi fuivant , le Comte de Maurepas
, Miniftre & Sécretaire d'Etat , écrivit à l'Académie
que le Roy avoit aprouvé cette Election ,
Le Samedi 3. Septembre , à 9. heures du matin
l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture ,
tint une Affemblée génerale & extraordinaire , où
M. Orry , Miniftre d'Etat , Contrôleur Géneral
des Finances , Vice- Protecteur , après avoir été
complimenté au nom de la Compagnie , par M.
Lépicié , Graveur du Roy , & Sécretaire de l'Académie
, fit la diftribution des grands Prix ; fçavoir ,
Le premier de Sculpture , au fieur Mignot.
Le fecond de Peinture , au fieur Challes , & le
fecond de Sculpture au fieur Gafpard Adam .
Enfuite ce Miniftre diftribua les petits Prix pour
le Deffein.
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît deux très - belles Eftampes en hauteur ,
de
t
SEPTEMBRE 1740 2069
de même grandeur , excellemment gravées par le
fieur le Bas , chés lequel elles fe trouvent , ruë de
la Harpe , vis -à- vis la rue Percée .
La premiere , d'après Ph . Wauvermans , fous le
titre de Halte d'Officiers , où l'on voit dans un beau
Paylage , quantité de Figures , de Chevaux &c . dédiée
à M. Jofeph - François Dufresne , Confeiller des
-Finances de S. A. S. & Elect . de Baviere .
La feconde , d'après C. Van-.-Falens , fous le titre
du Chaffeur fortuné , Payfage d'une heureufe
compofition , avec Figures , Chevaux , Chiens &:
Gibier , un Chaffeur affis auprès d'une aimable
Chaffereffe. Cette Eftampe eft dédiée au Comte
Egmont , Duc de Gueldre & de Julliers , Prince:
de Gavre & du S. Empire Romain , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe & de la premiere Création.
La Suite des Portraits des Grands-Hommes &
des Personnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continuë de paroître avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Eſtampes , Quai de l'Ecole ,
il vient de mettre en vente , toûjours de la même
grandeur :
CALLDERIC III. XXI . Roy de France , détrôné
en 751. après huit ans de Regne , mort à l'Abbaye
de S. Bertin en 754. deffiné par A. Boizot , &
vé par J. G. Will .
gra
LOUIS EMMANUEL DE VALOIS , COMTE D'ALETZ,
DUC D'ANGOULEME , Colonel de la . Cavalerie legere
, Gouverneur de Provence , né en 1996. most
en 1653. gravé par Mellan .
ETIENNE PASQUIER , Avocat Géneral à la Cham
bre des Comptes , né à Paris en 1528. mort le 31.
Août 1615. peint par A. D. & gravé par L. Gaultier .
M..
2070 MERCURE DE FRANCE
M. Marc- Antoine Eidous , ci- devant Ingénieur
des Camps & Armées du Roy d'Efpagne & de M.
le Prince de la Torrella , Ambaffadeur du Roy des
deux Siciles à la Cour de France , avertit les Perfonnes
qui fouhaiteront d'aprendre les Mathémati
ques , les Fortifications & le Lavis des Plans , qu'il
les montrera à celles qui voudront bien s'adreffer
à lui , & que fans les embarraffer dans des fubtilités
inutiles , il les mettra en fort peu de tems en
état d'agir par eux- mêmes & de fe paffer de Maîtres.
Sa demeure eft au Fanxbourg S. Germain , Cour
du Dragon Ste Marguerite , chés le fieur Chrétien,
Traiteur , à l'Hermitage.
M. Maflotteau de S. Vincent , donne avis qu'il a
chés lui , au College de Cambrai , au premier apar
tement , un Quart de Cercle qui porte plus de deux
pieds de Rayon , garni de fes Lunettes pour regarder
dans le Ciel , propre à un Aftronome ; lequel
eft à vendre à bonne compofition.
►
Le Sr Neilson , Chirurgien Ecoffois , reçû à S. Côme
, pour la guérifon des Hernies ou Defcentes
traite ces Maladies avec beaucoup de fuccès , par le
fecours des Bandages Elaftiques , qu'il a inventés
pour les Hommes , Femmes & Enfans. Ces Bandages
font fort aprouvés, non feulement parce qu'ils font
très-légers & commodes à porter, jour & nuit, mais
auffi parce qu'ils font très - utiles par raport à leurs
refforts , qui compriment la partie malade , ferment
exactement l'ouverture qui a permis la Defcente , &
réfiftent aux impulfions que font les parties intérieures
, foit à cheval ou à pied. En envoyant la meſure
prife fur l'Os pubis , & marquant le côté malade
, on eft aflûré de les avoir juftes .
Il donne fon Avis , & felon l'âge & le tempérament,
SEPTEMBRE. 1740 2571
ment , il prépare des Remedes q i lui font particu
liers , & convenables à ces Maladies . Il a auffi inventé
des Bandages Elaftiques très - légers , commodes
& néceffaires à porter pendant les exercices
violens , pour le garantir des maux , & prévenir les
incommodités qui arrivent tous les jours .
Sa demeure eft à Paris , ruë Dauphine , an Coq
d'or , au premier Apartement. Il ne reçoit point
de Lettres fans que le port en foit payć .
On nous affûre que M. Chycoineau , Premier Médecin
du Roy ayant vû la guériſon d'un grand
Prélat , qui avoit des Boutons Rougeurs & Dartres
au vifage depuis plus de huit ans , & ayant apris
d'ailleurs la guériſon de p ufieurs autres Perfonnes
confidérables , par les Remedes compofés & débités
par Mad. de Leftrade depuis plus de 40. ans , a
bien voulu , pour l'utilité & le foulagement du Public
, donner fon Aprobation pour les débiter .
Ces Remedes font une Eau pour la guérifon des
Dartres vives & farineufes , Boutons , Rougeurs
Taches de rouffeurs , & autres Maladies de la Peau.
Et un Baume blanc , en confiſtance de Pommade,
qui ôte les cavités & les rougeurs aprés la petite
vérole ; les taches jaunes & le hâle, unit & blanchit
le teint.
•
Ces Remedes fe gardent tant que l'on veut , &
peuvent fe tranfporter partout. Les Bouteilles de
cette Eau , font de 2. 3. 4. 6. livres & au- deffus
felon la grandeur. Les Pots de Baume blanc , font
de 3. livres 10. fols , & les demi Pots de une livre
cinq fols.
Mad de Leftrade , demeure à Paris , rue de la
Comédie Françoife , chés un Grainetier , au premier
Etage , il y a une Affiche au- deffus de la
porte.
Le Prélat dont on vient de parler , a gratifié la
D. de Leftrade d'une Penfion fa vie durant.
2072 MERCURE DE FRANCE.
MUSETTE.
D Ans le fond d'un Bocage
J'ai vu le tendre Amour ,
Qui tenoit ce langage
A Philis l'autre jour ;
Bergere ah ! quel dommage
Que vous ne sentiez pas
Ce que dans le Village
On sent pour vos apas .
*
L'esclavage m'allarme ,
Répond-elle à l'inftant ;
La liberté me charme ,
Et rien ne me plaît tant ;
Amour , ah ! quel dommage
Que mon fidele coeur
Devint l'heureux partage
De quelqu'Amant trompeur !
*
Que cette peur , Bergere ,
Ne vous allarme pas
Dans la tendre carriere
Je conduirai vos pass
L'Amant
YORK
CSLIC LIBRARY.
ACTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATION8.
W YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX
avo
TILDEN
FOUNDEN
DES
SEPTEMBRE. 1740. 2073
L'Amant le moins fidele ,
Pour vous sera constant
Si vous suivez , la Belle ,
Ce conseil important.
*
Voici ce que demande
L'Art de fixer un coeur ;
Que la douceur s'entende
Avec votre rigueur ;
Flatez sans satisfaire
Les désirs qu'il fait voir ,
Et faites qu'il espere ,
Sans remplir son espoir.
CHANSONETTE.
Venus sur la molle verdure
D'un jonc fraîchement amassé , i
Reposoit sous la voûte obscure
D'un Chevrefeuil entrelassé.
*
Le feuillage touffu d'un Hêtre
Couronnoit ce sombre Berceau ;
Au pied de ce Trône champêtre
Serpentoit un profond Ruisseau.
Vénus
2074 MERCURE DE FRANCE
Vénus dans son Cristal fidele
Plongeoit des regards satisfaits ;
Il présentoit à l'Immortelle
La vive Image de ses traits.
*
Des Poissons la Troupe timide
Respecte le divin Tableau ;
L'Habitant de la Rive humide
Se cache & n'ose troubler l'eau.
*
Le Tigre que la soif attire
Sur l'émail de ces bords fleuris ,
A pas suspendus se retire ,
De tant de merveilles surpris
Depuis le lever de l'Aurore ,
L'Amour rôdoit dans ces Cantons ,
Et n'avoit pû blesser encore
Que des Oiseaux & des Moutons.
*
Il démêle enfin la Déesse
Au travers du feüillage épais ;
Il prend son Arc , tire , & la blesse
Du plus meurtrier de ses Traits.
Perfide
SEPTEMBRE. 1740.
2075
Perfide Enfant , s'écria - t'elle ,
D'où vient contre moi ta fureur ?
Je vous prenois pour Isabelle ,
Dit l'Amour , pardonnez l'erreur .
.
Le Chevalier de S. Jorry,
**
SPECTACLES.
TRAGEDIE du College de LOUIS
LE GRAN D.
L
E 3. Août on représenta au College de
Louis le Grand , pour la diftribution des
Prix fondés par Sa Majefté , la Tragédie
d'Hermenigilde , par le P. Porée , de la Compagnie
de Jesus. Cette Piéce emporta les
Suffrages de tous les Connoiffeurs . L'invention
en parut neuve ; l'intrigue intereffante ;
la conduite réguliere ; les fituations touchantes
; les caractercs foûtenus ; les fentimens
exprimés avec cette force & cette délicateſſe
propres au célébre Auteur.
Nous nous bornerons à donner une idée
génerale du fujet de cette Tragédie . Hermenigilde,
fils de Leovigilde , Roy des Gots , essuya
une rude perfécution pour la Foy Catholique
de la part ddee ffoonn PPeerree qui étoit
Arien.
1076 MERCURE DE FRANCE
Arien. Son zéle peu éclairé lui fit prendre
les armes pour la défense de fa Réligion ; il
demanda même du fecours aux Grecs , dont
il fut trahi. Son Pere , devenu fon vainqueur,
lui proposa de recevoir l'Euchariftie de la
main d'un Evêque Arien ; ce qu'ayant refusé
, il reçût la Couronne du Martyre .
Le jeu des Acteurs fut excellent. M. Cayrel
joua , avec beaucoup de fentiment , le rôle
d'Hermenigilde ; on remarqua même qu'il
hazardoit un genre de déclamation peu ordinaire
à fon âge : il y réüffit autant qu'il pouvoit
l'esperer. M. de Coligny foûtint avec
force le Personnage de Leovigilde . M. du
Pleffix Pegaffe executa celui de Recarede ,
frere du Martyr , avec une aimable naïveté.
M. de Soleinne fe diftingua dans celui de
Valamir , ancien Gouverneur du jeune Prince.
Mrs de Rieux , Bourdon , de Vildé , de
Morinville , de Fins , & du Felix , partagerent
les aplaudiffemens du Public.
On donna pour Interméde le Monde Démasqué
, Ballet Moral , dont le deffein est de
montrer le Faux qui régne dans le Monde ,
& qui est le principe de presque tous les
Vices , afin de le détruire , en le faisant connoître.
Dans un champ fi vafte on choisit
1. Les faux Caracteres. 2 °. Les fauffes Vertus.
3 °. Les faux Talens. 4 ° . Les fauffes Aparences.
Entre les faux caracteres , on démasqua
SEPTEMBRE . 2077 1740.
qua la fausse Simplicité , la fausse Bravoure
, la fausse Douceur . Parmi les fauffes Vertus
, on découvrit la fauffe Pieté , la fauffe
Liberalité , la fauffe Amitié . Les faux Talens
présenterent la fauffe Politique , la fauffe Habileté
, la fauffe Politeffe . Enfin , la faulle
Opulence , la fauffe Indigence , la fauffe Douleur
ou le faux Deüil ,furent les fauffes Aparences
auxquelles on ſe borna .
Le Spectacle fut gracieux & instructif,
les Danses variées & toujours aplaudies . On
le Monde fe vit , pour la pre- peut dire que
miere fois , démasquer avec plaisir. L'entrée
de Momus , devenu Maître à danser , picqua
beaucoup par la vivacité & par la fingularité
du jeu . M. de Chabanon , éleve de Momus ,
& M. Destouches , éleve de Terpsicore , s'y
distinguerent. Mrs de Rohan & de Crussol
danserent avec la grace qui eft née avec eux.
Mrs de Saint Chartre , de Morinville , de
Chateldon , de la Garaye , Laujon , Veyrier
la Marteliere , de Fins , de Beaumont , de
Rochemore , de Casecastel , de.Colignon , de
Palis , Douet , du Mouchet , de Kerolain¸
de Tinteniac de Kennedy de Van asten.
mériterent les aplaudiffemens du Public.
L'Affemblée fut des plus brillantes & des
plus nombreuses ; S. A. S. M. le Comte de
la Ma che ; M. le Cardinal de Polignac ; M.
le Nonce ; plufieurs Princes , Prélats , & au
1
,
tres
2078 MERCURE DE FRANCE
tres personnes de la premiere diftinction honorerent
le Spectacle de leur préfence.
M. Malter l'aîné , Compositeur des Danses
, foutint parfaitement la grande réputation
qu'il s'eft juftement acquise de puis plufieurs
années par les Ballets qu'il a fait exécuter
, & qui l'ont fait regarder du Public
comme un homme dont le Talent eft unique.
Le Spectacle finit , fuivant la coûtume
par l'Eloge du Roy , prononcé par M. de
Rieux , avec beaucoup de dignité. Rien ne
fait plus d'honneur au College de LOUIS LE
GRAND que cet exercice qui a tous les ans un
nouvel éclat , & qui contribuë infiniment à
donner à la jeune Nobleffe ces manieres aifées
& naturelles , qui font une partie des
charmes de la focieté civile.
Le Jeudi 11. Août , les Ecoliers du College
Mazarin , représenterent fur leur Théatre
, à l'occafion de la diftribution des Prix ,
deux Comédies , dont l'une a pour titre les
trois Freres , & l'autre l'Ecole des Petits-Maîtres.
Le Cardinal de Polignac , & beaucoup
de Personnes distinguées par leur naiffance
& par leur érudition , y furent attirés par la
réüffite qu'avoient eu les Piéces des années
précedentes.
y
Ces deux dernieres furent précedées d'un
Prologue qui annonçoit la Piéce des Trois
Freres
SEPTEMBRE. 1740. 2079
2
Freres , & qui rendoit en même tems raifon
des motifs qu'on avoit eus pour ne donner
cette année que des Comédies. La Tragédie
, disoit un des Personnages du Prologue
est moins propre que la Comédie à former
le coeur dela jeunesse , & d'ailleurs elle
ne peut être auffi bien renduë par des Acteurs
qui sortent de l'enfance. Dans cet âge heureux
la nature nepeut qu'avec peine , fe parer des
faux brillans de l'Art. A l'égard de l'inftruction
, la bonne Comédie , dont l'objet eft de représenter
naïvement les actions des hommes ,
de faire la guerre aux vices , convient mieux
que la Tragédie à de jeunes gens qui vont entrer
dans le Monde . La Tragédie toujours dans
le merveilleux , paffe , avec raison , chés les
Ecoliers pour un effort de l'imagination , plutôt
que pour l'imitation du vrai . Enfin,le Tragique,
ui rarement daigne s'humaniser , ne peut an
us qu'étonner la Jeuneffe ; le Comique se prête
elle , & l'inftruit en la faisant rire.
LE PROLOGUET fut prononcé par
Mrs Charles- Marim du Frêtne.
Michel- Joseph Mouret,
Jean -Louis Mercier
Joseph- François de Klinglin.
Voiciale fujet de la Comédie des Trois
Freres .
, L'un de ces Freres eftún Avare l'autre
est un Prodigue , le dernier & le plus jeune
H eft
2030 MERCURE DE FRANCE
<
eft Généreux . Le but de cette Piéce eft de
prouver que la Générosité s'éloigne également
des deux excès contraires.
PERSONNAGES .
Argante , Avare , Frere
d'Arifte & de Lifidor.
Arifte , Prodigue , Frere
d'Argante & de Lift-"
dor.
MESSIEURS.
Jean- Paul Monnerau de
Muffoville..
Charles- Marin du Fref
ne.
Lifidor , Généreux , Fre- Vivant du Cros.
re d'Argante & d'Arifte.
Damis , Fils d'Argante.
Scapin, Valet d'Argante.
L'Epine , Valet d'Arifte.
Du Bois , Valet de Lifi
dor. mes
Ruftan , Marchand de
Chevaux .
་་
M. Doucet , Maître Sel-
C
Alexandre-Geoffroy-Fau..
connier de Saint Brif
Jon
Charles - François Paſſerat,
François Moreau .
Michel-Jefeph Mouret.
Louis - Joseph Flavign
Jean- Antoine le Bes
Juif , Ufuriers tradiziod Jean-Louis Mercien
Gette Piéce fut reçûë avec un aplaudiffement
géneral C'est une des dernieres qu'ait
composé l'Auteur. Quelque convaincu que
nous foyons de fa modeftie , nous ne pouvons
nous dispenser de dire en deux mots ,
pour lui rendre , auffi bien qu'à fon Ouvrage
, la juftice qui leur eft dûë , que l'exposi
tion des cette Comédie est très claire , la
conduite parfaitement soûtenuë , lá Morale
à
SEPTEMBRE. 1740. 2081
&
à l'abri de toute censure , & le Comique des
plus nobles & des plus piquants. L'Avare
& les autres Perfonnages de cette Piéce , font
caracterisés par des traits fi nouveaux , qu'ils
prouvent de reste qu'il s'en faut bien que les
Auteurs Comiques les ayent tous épuisés.
Les jeunes gens qui la représenterent s'en acquitterent
de façon à ne rien defirer de plus,
même dans des personnes plus avancées en
âge. Il faut cependant avouer que M. Monnereau
, qui joüoit le Rôle de l'Avare , fe
diſtingua par
deffus les autres.
Sujetde la Comédie de l'Ecole des Petits-Maîtres.
Damis , Petit- Maître , donne dans les folies
qui ne font que trop communes aux
rfonnes de fon âge. Le dénoûment de
re Piéce , prouve qu'on ne fe répent jas
d'avoir été fage .
Plius
.
Cersonnages de l'Ecole des Petits -Maîtres.
Arifte , Pere de Damis.
Damis ; Petit - Maître
Fils d'Arifte.
Oronte , Vieillard , ami
d'Arifte.
Leandre , Sécrétaire d'Arifte
.
gnac.
Le Marquis de Grafi-,
M. Charles - Marin du
Frefne.
Vivant du Cros.
Michel-Jofeph Mouret.
Alexandre- Geoffroi-Fauconnier
de S. Briffon.
Jean- Paul Monnereau de
Muffoville.
Hij Valet
2082 MERCURE DE FRANCE -
Valet d'Arifte.
Farnçois Moreau.
Scapin , Valet de Damis. Charies - François Paffe-
Un Payfan.
ral.
Louis-Jofeph Flavigny.
Cette Piéce eft un des premiers Ouvrages
de l'Auteur. C'est le même qui , les années
précédentes , donna fur le même Théatre
Sigifmond , Tragédie , les Captifs , Comédie¸
Alcefte , Tragédie , le Danger des Richeſſes
Comédie . Le Spectateur éclairé a retrouvé
avec plaifir dans les Comédies de cette année
, la pureté du style , & la fineſſe de composition
qu'il avoit tant admiré dans les précédentes.
La fatisfaction qu'il en a témoigné
par fes aplaudiffemens , prouve que les
Acteurs fe font acquittés de leur Rôle , de façon
à ne point faire de tort à l'Ouvrage,
Nous croirions en faire à M. du Cros, en paffant
fous filence , que dans un Rôle difficile
& long , il a été géneralement goûté ,
PERSIFLE'S , Tragédie de 60. Vers
en IV. Actes , par Personne. 1740 .
ACTEURS.
Persifiés.
Semiramis.
Pompée.
Helene
Zoroastre.
Oziris.
Sardanapale,
La Scene eft dans l'Univers ,
La
SEPTEMBRE. 1746 2083
Le Théatre représente un Clair de Lune,
ACTE I. Persiflés Semiramis , Pompée
, Sardanapale , Helene , Zoroastre ,
Oziris.
,
Persifiés.
Oui ,
Zoroaftre.
Non ,
Helene.
Quoi ?
Pompée.
Si ,
Semiramis.
Comment ?
Oziris.
Ah !
Sardanapale:
Mais ,
C
Pompée.
Car ;
Helene.
Pour
Persiflés.
Enfin,
Zoroastre.
Hiij Ache
2084 MERCURE DE FRANCE
Achevez d'éclaircir ,
Semiramis .
J'entends ,
Pompée.
>
Quel grand dessein !
>
ACTE II . Persiflés , Semiramis Zoroaftre
, Pompée.
Persiflés.
Eh bien , cette faveur , dont les graces sinistres
De cent glaçons vivans ont été les Ministres ,
Fatalement heureux , vaincus & couronnés ,
Grands , soumis , furieux , morts avant d'être nés ,
Ces Serpens élancés outrageant l'Atmosphére ,
Ont franchi des travers l'intrepide carriere .
Je vous l'avois promis , & l'Oracle interdit-
Justifie en un jour ce qu'il n'a point piédit.
Semiramis .
Il le faut avoüer ; par le Trône où j'aspire
Le songe de l'Egypte au Ciel le pouvoit lire ,
Zoroastre sçait trop ....
Zoroastre.
Instruit , mais aveuglé
Il a creusé , craint , crû , mais il n'a point tremblć.
Peut-être ....
Pompée.
Et de quel droit à
Persiflés.
SEPTERE. 1740. 2085
Persifiés.
L'Enfer , les Dieux , la Terre
Des ombres & du jour entretiennent la guerre.
Mon bras , & j'en attefte un Trône qui m'est dû ,
A versé plus de sang qu'il n'en fut répandu.
Zoroastre.
Eh bien ! allons au Temple ; une fi sainte chaîne
Versera dans nos coeurs ou l'amour ou la haine ;
Sardanapale entraîne Oziris avec nous.
Pompée ; ( après avoir réfléchi. )
Allons , ou n'allons
pas ;
Persiflés.
Nous y consentons tous.
ACTE . III.
Helene seule.
Catastrophe obligeante , entêtement docile !
Par quel art mon coeur balancé ,
Va -t'il d'un spectacle inutile
Flater un Trône renversé ?
Toujours & jamais à moi- même ,
De cette incartade suprême
Je me plais à nourrir le captieux détour.
Ah ! comment m'arracher à cet abîme extrême ?
Destin , vous vous taisez ! faites parler l'Amour .
Hiiij Que
2086 MERCURE DE FRANCE
Que me servira la contrainte
D'un miracle aussi naturel ?
Que peut l'esperance ou la crainte-
Que prévient un plaisir mortel ?
Heureuse ! & toutefois, c'eft un autre, ou moi même.
De cette incartade suprême
Je me plais à nourrir le captieux détour.
Ah ! comment m'arracher à cet abîme extrême ?
Destin , vous vous taisez ! faites parler l'Amour .
"
ACTE IV . Persiflés , Zoroastre , Semiramis
, Helene , Oziris , Sardanapale ,
Pompée.
Persifiés.
O fortune ! ô revers !
Zoroastre.
O nouvelle funefte
Persiflés.
Yous sçavez ... :
Zoroastre.
Non , Seigneur , & j'ignore le refte .
Persiflés.
Eh bien ! aprenez donc ...
Semiramis.
Je l'avois préssenti .
Lo
SEPTEMBRE. 1740.
2087
Le sort ne prescrit rien , le sort s'eft démenti .
Persiflés.
Mais enfin c'est un songe , & sa lumiere occulte ....
Helene.
A peine du sommeil le paisible tumulte
Confondoit l'Univers , qu'un Monftre inattendu
Découvre à mes regards un Phantôme étendu ;
Effrayans & flateurs ses desseins me préparent ,
De mon lit ébranlé les voutes se séparent ;
Agités de concert , leur art cimetrisé
En une vaste Mer l'ont métamorphosé.
Mon deftin s'éclaircit, Seigneur , je me condamne.
Persiflés.
Non , Madame , il est tems que ma vertu profane
D'un vol ingénieux vers l'immortalité
Perce des lieux errans l'auguste obscurité ;
Le Heros se découvre , & d'un coup magnanime
Il sefrape.]
J'épouse enfin la gloire , un Temple & votre eſtime .
Oziris.
O vertu !
Helene:
Quel revers !
Zoroastre.
Eût- on dû l'esperer !
Hv Sarda1088
MERCURE DE FRANCE
Car enfin ...
Sardanapale.
Pompée.
il est vrai.
Helene.
Peut-on trop l'admirer !
On emporte Persiflés.
Fin de la Tragédie.
L'Académie Royale de Musique , qui
continue toujours le Ballet des Fêtes Venitiennes
, donna le 18 , Septembre , unc nouvelle
Pantomime dansée par le fieur Rinaldi-
Fossano & la Dile son épouse , à laquelle se
joignirent les meilleurs Sujets de l'Académie,
pour remplir les differens caracteres qui
faisoient connoître le fujet de la Pantomime
, laquelle fut géneralement aplaudie .
Le 10. Septembre , les Comédiens François
remirent au Théatre le Préjugé à la Mo--
de , Comédie en Vers & en cinq Actes de
M. de la Chaussée , qu'on a revûe avec plai
sir. Cette Piéce avoit été donnée pour la
premiere fois en Fevrier 1735. on peut en
voir l'extrait dans le Mercure d'Avril de la
même année , page 768 .
Le 15. ils remirent aussi au Théatre la
Tragédie
SEPTEMBRE. 1740. 2089
Tragédie de Medée , de M. de Longepierre.
. Elle avoit été donnée dans fa nouveauté en
Fevrier 1694. & la Dlle Champmeslé y
joüoit le principal Rôle. Cette Pièce ne fut
réprise qu'au mois de Septembre 1728. & la
Dile Balicourt , retirée du Théatre depuis
quelques années , avoit rempli le même Rôle
de Mcdée avec beaucop de succès ; aujourd'hui
la Dlle Dumesnil remplace cette
derniere Actrice , & joue le même Rôle
avec beaucoup d'aplaudissement.
************
VERS à Mlle Gaussin , au sujet de la
Comédie du Fat Puni , où elle paroît fur
la fin , déguisée en homme.
L'Autre four admirant la fotise imbecille
De ce Marquis fourbe , évanté ,
Dont , fous le nom de Clerinville ,
Tu démafques fi bien la fotte vanité ,
Je difois tout bas en moi-même :
Ah ! fi par un bonheur extrême
Elle eût voulu me faire un tour auffi malin
A mon coeur tendre & plus fincere
Sous cette forme finguliere
L'Amour eût fait trouver la charmante Gauffin.
D. de L.
H vj
Le
1090 MERCURE DE FRANCE
Le premier Septembre , les Comédiens Ita
liens donnerent une Piéce nouvelle Italienne
en trois Actes , intitulée Arlequin Militaire .
Elle fut fuivie d'un Divertiffement , dans lequel
l'Arlequin Italien , à la tête d'une Compagnie
de Dragons , leur fait faire l'Exercice
d'une maniere très- comique ; chaque Dragon
, muni d'une bouteille de vin & d'une
taffe , obéit , avec ces armes , au commandement
du Capitaine.
Le 3. ils donnerent une petite Piéce nouvelle
en Profe & en un Acte , qui a pour
titre la Comédienne , laquelle n'ayant pas été
goûtée du Public , ' n'a eu qu'une repréfentation.
&
,
Le 12. les mêmes Comédiens donnerent
une Pantomime nouvelle , danfee la Dile
par
Roland- & par le fieur Poitiers , nouveau
Danfeur , tous deux arrivés depuis peu de
Londres. Cette Danfeuſe avoit déja paru fur
le même Théatre en 1732. avec aplaudiffement
, & ne fait pas moins de plaifir préfentement
, auffi bien que le nouveau Danfeur.
Ces deux nouveaux Sujets ont été fort
aplaudis par de nombreuſes Affemblées.
1.e 17. le fils de ce nouveau Danfeur , âgé
d'environ fept ans , danſa ſeul à la fin du premier
Acte de la Piéce , une Entrée en Arlequin
, fur un air de Chaconne , avec toute
la grace & la jufteffe imaginables & fort audeffus
SEPTEMBRE. 1740 2091
deffus de fon âge ; il caracterifa parfaitement
le perfonnage qu'il repréfentoit. Il danfa encore
une differente Entrée à la fin d'un autre
Acte & fous un different perfonnage avec les
mêmes aplaudiffemens .
Le 17. Septembre , l'Opera Comique donna
une petite Piéce nouvelle , d'un Acte ,
ornée de Chants & de Danfes , qui a pour
titre les Jardins d'Hebé. Cette Piéce fut précédée
des Fêtes Villageoifes , Ambigu comique
, avec des Intermédes dont on a déja
parlé , dans lefquels le fieur Catolini , nouvel
Arlequin , & la Dlle fon Epouſe , continuent
de jouer au gré du Public.
***
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.
O
Nmande de Petersbourg , qu'il y arrivoit
tous les jours un grand nombre de Seigneurs
de diverfes Provinces de Mofcovie , lefquels y font
attirés par le defir de voir les Fêtes que la Czarine
doit donner , à l'occafion de la Naiffance du Prince
ou de la Princeffe , dont accouchera la Princeffe
Anne de Meckelbourg , Epoute du Prince Antoine
Ulrich de Beveren.
On a apris qu'il étoit furvenu quelques difficultés
, par raport au Lieu où doit fe faire l'échange
de
1092 MERCURE DE FRANCE
de l'Ambaffadeur du grand Seigneur & de celui de .
la Czarine ; que l'Ambaffadeur Turc demandoit
que cet échange fe fît dans la Plaine voifine de
Bender , & que le Géneral Romanzoff exigeoit
qu'il ne fe fit que dans les environs de Kiow .
Les dernieres Lettres de Petersbourg , marquent
que la Princeffe Anne de Meckelbourg , Epouſe
du Prince Antoine Ulrich de Beveren , étoit accouchée
d'un Prince .
ALLEMAGNE,
N mande de Vienne , que dès que la fanté dé
PAmbaffadeur du Grand Seigneur a été parfaitement
rétablie , on a envoyé à Schwechadt M.
de Weber , Reférendaire du Confeil de Guerre ,
pour convenir avec ce Miniftre du jour auquel il
feroit fon Entrée publique à Vienne ; mais que l'Ambaffadeur
a fait naître de nouvelles difficultés au fujet
du cérémonial , & M. de Weber a été obligé
de revenir en cette Ville fans avoir rien réglé.
aux-
Le Marquis de Mirepoix , Ambaffadeur du Roy
T. C. voyant que les offices de conciliation ,
quels il fe porteroit pour lever ces difficultés , feroient
agréables à l'Empereur , y a employé fes
foins avec tant de fuccès , que l'Ambaffadeur de Sa
Hauteffe eft demeuré d'accord de faire le 23. du
mois dernier ion Entrée , & de fe conformer à ce
qui a été pratiqué par les autres Ambaſſadeurs du
Grand Seigneur.
On a apris depuis que cet Ambaffadeur fit le 23 .
du mois paffé fon Entrée publique à Vienne , comme
il en étoit convenu , & que l'on obferva l'ordre
fuivant dans la mar.he.
Un détache nent d'un Régiment de Huffards ;
feize Dragons du Régiment d'Althan ; ving Gre
nadiers
SEPTEMBRE. 1740. 2093
diers du Régiment des Gardes à pied ; plufieurs
Chevaux de main des principaux Officiers des Carabiniers
; les deux Compagnies des Carabiniers ,
ayant leurs Officiers à leur tête ; deux Timbaliers.
fix Trompetes & un pareil nombre de Hautbois ,
avec des habits de drap bleu galonnés d'argent ; les .
Bourguemeftres & les autres Magiftrats , précédés.
des Huffiers ; le Corps de Ville ; les Chevaux de
main du Prince d'Averfperg & du Comte de
Wurmbrand ; une troupe de Turcs ; les Chevaux
que le Grand Seigneur envoye en préfent à l'Empereur
, conduits chacun par deux Palefreniers
73. Officiers Allemands qui avoient été faits prifonniers
dans la derniere Guerre , & qui ont éte remis
en liberté à l'occafion de la Paix ; 48. Chatirs
ou Valets de Pied de l'Ambaffadeur ; douze
Chiaoux , fept Agås Turcs habillés d'une Etoffe de
foye verte à Fleurs d'Or , & tenant le Sabre à la
main ; deux autres Agas qui portoient des Queues
de Cheval ; l'Ecuyer & les Pages de l'Ambaſſadeur-;
15. jeunes Turcs de diftinction , vêtus magnifiquement
fur de très-beaux chevaux ; le Sécretaire
& le Chancelier de l'Ambaflade ; douze
Chevaux de main de l'Ambaffadeur ; fon Selictar
Aga , précédé de fix Pages & de deux Agas .
L'Ambaff deur étoit à cheval entre le Prince
d'Averfperg & le Comte de Wurmbrand , & il
étoit fuivi de 36. de fes Domestiques qui marchoient
deux à deux. La marche étoit fermée par
les Janiffaires & les Spahis que le Grand Seigneur
lui a donn s pour fa garde , & qui avoient à leur
tête plufieurs Inftrumens de Mufique guerriere.
Le Prince d'Averfperg & le Comte de Wurmbrand
conduifirent l'Ambaffadeur à l'Hôtel qui lui
avoit été préparé , & lorfqu'il y fut arrivé il y fut
complimenté de la part de leurs Majeftés Impériales
.
L'AM
2094 MERCURE DE FRANCE
L'Ambaffadeur du Grand Seigneur fe rendit le 4 .
de ce mois au Palais de la Favorite avec le même
cortege , dont il avoit été accompagné lorſqu'il £t
ſon Entrée à Vienne , & il eut fa premiere Audience
publique de l'Empereur.
Le 29. du mois dernier , le Prince Electoral de
Saxe prit congé de leurs Majeftés Imperiales , & il
reprit le 31. la route de Drefde , où il a dû arriver
5. de ce mois. le
L'Empereur lui a fait préfent d'un Diamant de
20000. florins ; l'Imperatrice lui a donné une Can- .
ne dont la pomme eft un Sphinx d'Or , qui porte
un Collier de fort beaux Brillans , & il a reçû de
P'Imperatrice Douairiere une Tabatiere dont le deffus
& la Cuvette font de deux Pierres précieuſes.
On a apris de Ratisbonne , du 27. du mois paffé
que le College des Princes de l'Empire a accordé
une voix de plus dans la Diette au Roy de Dannemarck
, comme Duc de Holſtein Gluckſtadt
& que cette affaire , qui a été agitée pendant près
d'un fiécle , a été terminée dans une Affemblée
que les Miniftres des Princes qui compofent ce
College , tinrent le 13. du même mois.
ITALIE.
l'au-
Na reçû avis de Rome que le 20. du mois paffé ,
jour fixé pour le Couronnement du Pape , on
diftribua dans les Cours du Palais du Vatican ,
mône ordinaire d'un Jule par tête à près de soooo .
perfonnes qui fe préfenterent pour la recevoir. On
publia l'après midi un Decret , par lequel Sa Saintete
accordoit une Indulgence Pleniere à tous ceux
qui s'étant confeffés & ayant communié , affifteroient
le lendemain à la Meffe qu'elle devoit célébrer
, ou qui recevroient ſa Bénédiction à la grande
Loge
SEPTEMBRE . 1740. 2095
រ
Loge du Portail de l'Eglife de Saint Pierre .
Le 21 les Cardinaux fe rendirent à la Sale des Paremens
, fuivant l'invitation du Premier Maître de
Cérémonies , & le Pape y étant arrivé avec un
nombreux cortege de Princes Romains , de Prélats ,
& de Nobleffe , Sa Sainteté fut revêtue de fes ornemens
Pontificaux par les deux plus anciens des
Cardinaux Diacres. Tout étant prêt pour la Cérémonie
de Couronnement , la Proceffion fe mit en
marche. Les Prélais en Rochets & en Chapes violettes
étoient à la tête ; ils étoient fuivis des Cardinaux
en Rochets & en Chapes rouges , & le Pape
étoit porté dans une chaife découverte . La Proceffon
, après être defcendue par le grand Efcalier de
Conftantin , fe rendit fous le Portail de l'Eglife de
S. Pierre qui étoit orné de tapifferies magnifiques :
le Pape s'y plaça fur un Trône à côté de la Porte
Sainte , & les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal Albani , Camerlingue
de la Sainte Eglife , fe tenant débout & découvert
à la gauche du Trône , complimenta le Pape fur
fon Election , enfuite s'étant mis à genoux , il baifa
les pieds & la main droite de Sa Sainteté , après
quoi il l'embraffa la priant de vouloir bien admettre
au baiſement des pieds les Chanoines & les Of
ficiers de l'Eglife de S. Pierre , Cérémonie qui fe
fit pendant que les Cardinaux & les Prélats entrerent
proceffionnellement dans l'Eglife . Le Pape fut
porté enfuite dans la Chapelle de la Sainte Trinité,
où ayant quitté fa Mitre , il fit fa priere devant le
S. Sacrement. Après fa priere , il alla à la Chapelle
Clementine , & les Cardinaux lui baiſerent la main ,
ainfi que les Patriarches , les Archevêques , les
Evêques , les Princes du Soglio , les Confervateurs
&le Prieur du Peuple Romain .
Cette Cérémonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape
2096 MERCURE DE FRANCE
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & entonris
l'Office de Tierce , qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de cet Office
Sa Sainteté prit fes Ornemens pour célébrer la Meſ.
fe, & pendant qu'Elle étoit en marche pour fe rendre
au Principal Autel , dit la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Cérémonies brûla des étoupes
par trois fois en chantant chaque fois , Pater Sancte ,
fic tranfit gloria mundi. Le Pape , après avoir die
l'Introite , monta fur fon Trône , & les Cardinaux
vinrent à l'obédience , & baiferent les pieds , les
genoux , la main & la joue de Sa Sainteté ; les
Archevêques & les Evêques lui baiferent les pieds
& les genoux , & les Pénitenciers les pieds fulement
. Enfuite le Pape entonna le Gloria in Excelfis
, après lequel il retourna à l'Autel pour achever,
la Meffe .
Lorfqu'elle fut finie , Sa Sainteté reçût du Chapitre
de l'Eglife de S. Pierre la retribution de 25.
Jules de Monnoye ancienne , & Elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où , pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne , Corona aurea fuper
caput eius , on ôta la Mitre de Sa Sainteté , & le
premier Cardinal Diacre lui mit la Thiare fur la
tête. Le Pape donna alors fa Bénédiction au Peuple
, au bruit d'une Salve génerale de l'Artillerie
du Château S. Ange , & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux plus anciens Cardinaux Diacres publie
rent une Indulgence Pleniere en forme de Jubilé ,
& Sa Sainteté donna deux autres fois au Peuple fa
Bénédiction. Elle retourna enfui e à la Sale des
Paremens , où elle fut complimentée fur fon Couronnement
par le Sacré College . Le ſoir , ainfi que
le lendemain , il y eut des illuminations & des feux
dans toute la Ville , & on tira la Girandole du´
Château S. Ange . Le
SEPTEMBRE. 1740. 2097
Le Pape partit le 21. après midi du Palais du Vatican
, pour le rendre à celui de Monte Cavallo ,
étant précédé de toute la Prélature & de la principale
Nobleffe , à cheval , & fuivi des deux Compagnies
des Chevau - Legers & de celles des Cuiraffiers
: Sa Sainteté avoit dans fon caroffe le Car
dinai Ruffo & le Cardinal Camerlingue.
On cépêcha le 20. des Couriers à toutes les
Cours , pour leur donner part de l'Election du
Pape.
Le 25.
5. Fête
de S. Louis
Roy
de France
, le Duc
de Saint
Aignan
, Ambaffadeur
de S. M. T. C. alla
en
grand
cortege
à l'Eglife
dédiée
à ce Saint
,
dans
laquelle
les Cardinaux
tinrent
Chapelle
tuivant
l'ufage
, & la Meffe
fut
célébrée
par
l'Evêque
de Malthe
.
Le Cardinal Alexandre Albani a obtenu la place
de Préfet de la Chapelle du Pape , & le Cardinal
Lanfredini a été fait Econome de la Banque & de
'Hôpital du S. Efprit. Sa Sainteté a difpofé de la
Charge de Ponent du Bon Gouvernement , en faveur
de M. Caftelli ; Elle a donné celles de Votant
& d'Ausiteur de la Signature à Mrs Arefe & Conti,
celle de Confulteur des Rites à M. Erba , & une
de Camerier Secret participant au Grand Prieur
Antinori . Le Marquis Ottieri , Premier Ecuyer du
Pape ayant demandé des Lettres de Veterance ,
le Marquis Patrizi Montorio lui fuccede dans cette
charge . M. Vinciguerra a été confirmé dans la
place de Chapelain Secret de Sa Sainteté , qui a
accordé à M. Clarelli le Canonicat de l'Eglife de
S. Pierre , vacant par la mort de M. Albini . Ce
fera le Prélat Merlini qui exercera par interim les
fonctions d'Auditeur du Pape , & le bruit court que
M. Giuftiniani fera Sous- Dataire à la Place de M.
Spannochi.
On
2098 MERCURE DE FRANCE
"On a apris en dernier lieu de Rome que le Pape ,
accompagné des Cardinaux de Rohan & de Colonitz
, fe rendit le 28. du mois paffé à l'Eglife des
Religieux Auguftins & que Sa Sainteté y celébra
la Meffe , après laquelle Elle admit le Général
de l'Ordre & les autres Religieux de la Maiſon ,
lui baifer les pieds .
Le lendemain , le Pape tint un Confiftoire , dans
lequel , après avoir remercié les Cardinaux de fon
Election , il déclara Doyen du Sacré College & Vice
Chancelier de la Ste Eglife le Cardinal Ruffo , qui
opta le titre d'Evêque d'Oftie & de Velletri .
Le Cardinal Annibal Albani , Camerlingue , qui
eft devenu Sous Doyen des Cardinaux , par la nomination
du Cardinal Ruffo au Decanat , n'ayant
point voulu accepter l'Evêché de Porto , Sa Sainteté
propofa cet Evêché pour le Cardinal Pic de la
Mirandole, & le titre de S. Laurent in Lucina pour
le Cardinal Alberoni , Premier Cardinal Prêtre .
Le Pape fit enfuite la cérémonie de donner le
Chapeau aux Cardinaux d'Auvergne , de Lamberg ,
Valenti Gonzaga , & Stampa , qui allerent l'aprés
midi , fuivant l'ufage , faire leurs prieres à la Bafilique
de S. Pierre , & rendre vifite au Cardinal
Doyen.
Le Cardinal Corfini a préfenté au Pape un Jefuite
Portugais , que le Roi de Portugal a chargé
de les affaires auprès du Saint Siége à la place du
Pere d'Evora , & cette commiffion donnée à ce
Cardinal par S. M. Port. fait conjecturer que le titre
de Protecteur des affaires Ecclefiaftiques du
Royaume de Portugal lui eſt deſtiné .
Sa Sainteté a établi deux Congrégations , l'une
compofée des Cardinaux Alberoni , Cibo & Aldovrandi
, pour réformer les abus qui fe font introduits
dans l'adminiſtration des revenus de la Chambre
SEPTEMBRE . 2099 1740
bre Apoftolique , l'autre , compofée des Cardinaux
Pic de la Mirandole , Belluga , & Lanfredini , laquelle
fera chargée de faire des perquifitions touchant
les moeurs des Sujets qui feront nommés aux
Evêchés.
La Légation de Bologne a été donnée au Cardinal
Alberoni , & il y a aparence que le Cardinal
Delci , qui a remis l'Archevêché de Ferrare , aura
celle de cette derniere Ville , où M. Berardi & l'Avocac
Boninį doivent fe rendre , le premier en qua
lité de Commiffaire de la Chambre Apoftolique
& e fecond en qualité de Vice Commiffaire.
2
Le 28. on inonda la Place Navone , & il y eut un
grand concours de Nobleffe dans les Palais qui environnent
cette Place , particulierement dans celui
du Cardinal de Kohan , où le Chevalier de S.
Georges fe trouva' , ainsi que l'Ambaffadeur de
S. M. T. C. dix- fept Cardinaux & up grand nombre
de Perfonnes de diftinction .
FLORENCE,
Na apris par l'Equipage d'un Vaiffeau qui
revient des Echelles du Levant , & qui eft entré
depuis peu dans le Port de Livourne , que le
changement de Grand Vifir n'avoit pu encore rétablir
la tranquillité à Conftantinople , & qu'on
croyoit que le Grand Seigneur feroit obligé de facrifier
le Chef des Eunuques au reffentiment du
Peuple , qui eft mécontent de l'ufage que ce Favori
fait de fon autorité.
23.
Selon les derniers avis reçûs de Florence , il y eut
le du mois dernier un violent Orage , pendant
lequel il tomba de la grêle d'une groffeur extraordinaire
.
VENISER
2100 MERCURE DE FRANCE
ON
VENIS E.
N aprend de Venife par l'Equipage d'un Va'sseau
arrivé depuis peu des Echelles du Levant,
qu'un Arinateur Catalan ayant attaqué dans les environs
de l'Isle de Malthe un Bâtiment Algerien
qu'il avoit pris pour Anglois , fon Vaiffeau "avolt
été fi endommagé par l'Artillerie du Corfaire , que
ne pouvant éviter de P rir , il avoit pris le parti
d'aller à l'abordage ; que le combat avoit été trèsvif
et très-long , & que les Espagnols s'étoient rendus
maîtres du Bâtiment ennemi , quoiqu'ils fuffènt
intérieurs de moitié en nombre à l'Equipage de ce
Vaiffeau , fur lequel il y avoit 400. hommes.
NAPLE S.
E Traité que le Chevalier Finochietti étoit
chargé de négocier avec la Régence de Tripoli
eft conclu , & il eft parti depuis peu un Officier ,
pour porter la ratification de ce Traité , figné par
le Roy.
Les difficultés qui retardent la conclufion de la
Paix entre S. M. & la Régence d'Alger , n'ont pû
encore être levées, & le Dey paroît perſiſter dans la
réfolution de ne point confentir à un accommodement
, à moins qu'on n'accorde aux Algériens des
conditions affés avantageufes pour les dédommager
de la perte qu'ils feront en n'attaquant plus les
Vaiffeaux Napolitains & Siciliens .
Le Grand Seigneur informé des difpofitions du
Dey & de la Régence d'Alger , leur a écrit deux
fois , pour les engager à fe relâcher de leurs prétentions.
L'Ambaffadeur de la Religion de Malthe a fait áu
.Miniftere de la part de fon Ordre , quelques représentations
SEPTEMBRE. 1740 2101
t
sentations au fujet de divers Articles du Traité que
le Roy a conclu avec le G. S.
Les du mois paffé , les Seigneurs & les Dames
de la Cour reçûrent un ordre de la Sécretairerie
d'Etat , par lequel il leur eft enjoint de ſe rendre en
habits de Céremonie au Palais , dès que la Reine
fentira les premieres douleurs de l'acouchement ,
& le Corps de Ville a reçû un pareil ordre .
> Le Nonce du Pape ' Ambaffadeur de France
P'Envoyé du Roy de Pologne , Electeur de Saxe ,
celui de la République de Hollande , & les autres
Miniftres Etrangers , ont été invités le même jour
à fe trouver aux couches de la Reine .
fera
Le nouveau Régiment que S. M Sic. a résolu de
lever , & qui portera le nom de Royal Corſe ,
composé de deux Bataillons.
La place de Bibliothequaire de S. M. a été accordée
, avec une Penfion de 1200. Ducats , à Don
Mattheo Egizzio , cy devant Sécretaire d'Ambassade
à la Cour de France .
Sur les repréſentations de M. d'Egmond de
yenbourg Envoyé Extraordinaire de la République
de Hollande , le Vaiffeau Hollandois la Galere
d'Amfterdam ; qu'un Armateur Efpagnol avoit conduit
à Meffine , a été relâché . >
La Reine fut faignée le 21. du mois paffé par
précaution pour fa groffeffe , & depuis qu'elle eft
dans fon neuviéme mois , lés Dames que leurs Emplois
attachent à fa Perfonne , couchent toutes les
nuits au Palais .
Le Roy de Pologne , Electeur de Saxe , lui a envoyé
de magnifiques préfens , & le Roy fe propoſe
de donner à cette Princeffe après fès couches une
Agrafe de Diamans d'un prix confiderable .
ISLE
2102 MERCURE DE FRANCE
ISLE DE CORSE.
N mande que le neveu du Baron de Neuhoff
Fut attaquéil y a quelque tems par un détachement
des Troupes Françoifes ; que l'on tua quel
ques- uns des Vagabonds de fa Suite , entre autres
un Chirurgien qui l'accompagnoit , & que l'on fit un
prifonnier , qui prend le titre de fon Ayde de Camp.
On a conduit à la Baftie plufieurs prifonniers de
Fiumorbo , parmi lefquels font deux femmes parentes
de quelques Bandits de l'Ifolacci , qui après
s'être foûmis fe font mis de nouveau à exercer leurs
brigandages.
Le Marquis de Villemur a fait mener à Calvi
Don Jofeph Renucci , qui a été arrêté pour avoir
enrôlé des Corfes.
On a apris depuis , que dans la rencontre qu'il y a
eû entre un détachement des Troupes Françoifes &
le neveu du Baron de Neuhoff , on a fait deux prifonniers
outre celui qui prend le titre d'Ayde de
Camp de cet Avanturier , & que plufieurs perfonnes
chés lefquelles on a trouvé des Armes à feu , &
qu'on accufe d'avoir confervé des intelligences avec
les Rebelles , ont été conduites à la Baftie , où l'on
fit pendre le 16. du mois paffé un jeune homme de
Lento , qui a été convaincu d'avoir cû part à plufieurs
des vols des Bandits de l'Iſolacci . Un nommé
Capinero , de Fiumorbo , qui après s'être foûmis, a
recommencé fes brigandages avec quelques- uns de
ces Bandits , & qui a commis plufieurs affaffinats , a
été condamné à être rompu vif , & il doit être executé
dans le Lieu de fa naiffance , pour intimider
Les Compatriotes.
Il est arrivé de Ziccaro à Ajaccio un détachement
des Troupes Françoifes avec cinq prifonniers , du
nombre defquels font deux Ecclefiaftiques qui ont
fourni
SEPTEMBRE . 1740. 2103
fourni des vivres au neveu du Baron de'Neuhoff. L'un
d'eux eft neveu du Prévôt de Ziccaro , & il avoit été
banni de l'Isle..
On a apris en dernier lieu que le 25. du mois
dernier , Fête de S. Louis , Roy de France, le Marquis
de Maillebois donna à la Baftie un magnifique
repas , auquel M. Dominique Mirie Spinola Commiflaire
de la République de Genes , fut invité , &
pendant lequel on fit plufieurs falves de l'Atillerie
de la Ville & des Châteaux , & que le Marquis de
Villemur , à l'occaſion de la meine Fête , donna un
Bal aux Dames de Calvi.
L
ESPAGNE.
Es Lettres de Madrid portent que toutes les
Troupes font en mouvement , & que l'on en
fait marcher la plus grande partie vers les Côtes du
Royaume d'Espagne , pour s'opofer aux defcentes
que les Anglois pourroient tenter.
Le bruit court qu'il y a 2200. hommes de Troupes
de débarquement für les Vaiffeaux de l'Efcadre ,
commandée par le Vice - Amiral Don Rodrigue de
Torres , & que cette Efcadre doit être jointe par
huit autres Vaiffeaux de Guerre , qui ont été équipés
à Cadix , à la Corogne & à Sant- Andero .
Les Armateurs Efpagnols continuënt de faire
fouvent des prifes fur les Anglois, & l'un d'eux a conduit
encore depuis peu à la Corogne un Bâtiment
de cette Nation , de 22. canons .
Le Vaiffeau la Notre- Dame du Pilier , commandé
pår le Capitaine Don Michel Manuel Santos entra
dans le Port de Marin , en Galice , avec une Priſe
Angloife qu'il a faite à la hauteur d'Oporto , qui
eft eftimé 40000.. écus ; & l'Armateur Blaife Valino
a conduit à la Corogne un autre Bâtiment
de la même Nation.
I GRANDE
2104 MERCURE DE FRANCE
GRANDE BRETAGNE.
Na apris de Londres , que le 25. du mois
paflé le Vaislean le Parnafle arriva de pos
mérique à l'embouchure de la Tamife , ayant à
bord les prifonniers qui ont été faits fur les Efpagnols
par les Armateurs de la Jamaïque ; que ces
prifonniers ont été conduits depuis à Londres , &
qu'ils ont été mis à la Tour avec les autres priſonniers
de leur Nation .
Un Convoi de Vaiffeaux Marchands eft revenu
d'Antigue , fous l'eſcorte du Vaiffeau de Guerre le
Rocbuck , qui a pris dans fa route une Barque Eſpa
gnole de 130. tonneaux.
Le Capitaine Wentworth avec une Chaloupe qui
n'étoit montée que de 17. hommes , s'eft emparé
d'un Vaiffeau Espagnol , à bord duquel il a trouvé
8000. Piéces de huit.
On a apris de Jerſey , qu'on y eft dans des allarmes
continuelles à caufe du grand nombre de
Barques Efpagnoles qui croiſent dans les environs
de cette Isle. Auffi- tôt qu'un Bâtiment Anglois paroît
, il eft chaffé par cinq ou fix de ces Barques, fur
chacune defquelles il n'y a pas plus de 40. hommes,
mais qui ayant 16. Rameurs de chaque côté , vont
fi vite , qu'elles ont abordé un Vaiffeau , avant que
J'Equipage ait pû fe préparer à fe défendre. Elles ont
enlevé depuis peu deux Vaiffeaux & deux Barques .
Le Vaiffeau le Bien Venu , qui alloit de Genes en
Irlande , & le Basbord , qui revenoit de la nouvelle
Angleterre , ont auffi été pris par les Eſpagnols .
On mande de la Caroline , qu'une partie de la
Garnison du Fort Saint Auguſtin , ayant fait une for, ?
tie , avoit attaqué un détachement des Troupes du
Géneral Oglethorpe , dont il y avoit eû 90. hommes
de tués,
SEPTEMBRE. 1740. 2105
On a apris depuis de Lon tres , qu'un Armateur
Espagnol s'eft emparé du Vaiffeau les Deux Soeurs ,
commandé par le Capitaine Burfell .
Selon les derniers avis reçus de la Caroline , le
Gouverneur du Fort S. Auguftin fit le 26. du mois
de Juin dernier une feconde fortie , dans laquelle
il tailla en piéces 130. hommes des Troupes du Gé .
neral Oglethorpe.
Les Commiffaires de l'Amirauté ayant prié la So
cieté Royale & le College des Médecins , d'examiner
fi l'on pouvoit efperer de préferver les Matelots
du fcorbut , en mettant du Vitriol dans l'eau qu'on
leur donne à boire & fi l'on n'avoit point à craindre
quelque inconvénient de cet ufage , la Societé
Royale & le College des Médecins ont décidé qu'il
ne pouvoit être que falutaire.
Trois Vaiffeaux ont été pris par un Armateur Es .
pagnol , qui n'eft forti de S. Sébastien qu'à la fin da
mois dernier.
On a reçû avis de la nouvelle Georgie , que le
Géneral Oglethorpe , malgré les avantages remportés
fur fes Troupes par la Garniſon de S. Auguſtin ,
continuoit d'affieger ce Fort, & qu'il esperoit de s'en
rendre maître:
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
'N' aprend de la Haye, que les Etats Generaux
ont renouvellé la défenfe de faire fortir des
bleds de ce l'ays , & qu'ils ont fait publier un Edit
pour empêcher de diftiller des Eaux de Vie de grains
pendant l'efpace de trois mois , dans le Pays d'audelà
de la Meufe.
On mande de Bruxelles , que M. Tempi , Archevêque
de Nicomédie , Nonce du Pape , fit placer le
10. de ce mois les Armes de Benoit XIV. fur la
I ij porte
2106 MERCURE DE FRANCE
porte de fon Hôtel ; que le foir , il fit tirer un Feut
d'artifice , & que fon Hôtel fut illuminé de Flambeaux
de cire blanche.
*********************
MORT DES PAYS ETRANGERS.
On Jofeph de Soufa de Caftellobranco , ancien
DEvêque de Funchal , mourut à Lisbonne le 29.
Juillet dernier , dans la 85. année de fon âge, II
étoit Chanoine de l'Eglife Cathédrale de Leiria , Député
du S. Office & Inquifiteur de Coïmbre & d'Évora
, lorfqu'il fut nommé en 1697. par le feu Koy
de Portugal à l'Evêché de Funchal , dont il s'eft démis
en 1721. C'étoit un Prélat recommandable par
fes vertus & par fa fcience , & il eft extrêmément
regretté des pauvres , auxquels il faisoit de grandes
charités.
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c .
E 28. Août , le Roy & Monfeigneur le Dau-
Lphin ,fignerent au Contrat de Mariage de M.
le Baftier , le fils , Concierge en furvivance du Châtéau
de la Meute , & Huiffier de la Chambre de
S. M. lequel époufa le 30. du même mois la Dile
Hollande , fille du Concierge du Château de Marly.
EPISEPTEMBRE.
1740. 2107
L'Hymen
EPITHALAM E.
Amour parlent à la Mariée.
Nous , Dieu de l'Hymenée , & Nous , Dieu de
Cythere ,
Dont l'accord pouvoit seul fléchir votre rigueur ,
Pour nous mieux attacher à votre Char vainqueur ,
De la Guerre entre nous , helas ! trop drdinaire ,
Promettons , jeune Eglé , d'éteindre la fureur.
De nos voeux en votre faveur ,
Prémices d'une Paix fincere ,
Agréez ce Tribut offert par la Candeur.
De votre heureux Epoux que la constante ardeur
Soit un nouveau garant de votre Don de plaire ,
Qu' u gré de votre esprit, comme de votre coeur
De fes soins empressés la grace & la douceur
Répondent aux attraits de votre caractéré !
3
Qu'il comble enfin votre bonheur ,
Que sans lui desormais nous ne pouvons plus faire !
Le 30. Août , le Roy arriva à cheval à Choisy
vers les fept heures du foir accompagné de plufieurs
Seigneurs , après avoir chaffé Paprès midi dans la
Plaine de Montrouge S M. alla voir , d'abord
après fon arrivée , les nouveaux apartemens qu'elle
a ordonné dans la Galerie du Chateau .
Le 31. le Roy alla , fur le midi . voir la grande
Fregate , dont la Ville lui a fait préfent , que l'on
I iij avoir
2108 MERCURE DE FRANCE
avoit parée de tous fes ornemens , & paffa enſuite
l'eau dans la petite Gondole bleue avec les Dames
& Seigneurs de fa Cour. S. M. fe rendit après en
caroflè , à a Forêt de Senar , où elle chaffa & prit
un Cerf avec les petits Chiens,& retourna à Choisy
vers les fept heures du foir.
Le premier Sprembre , le Roy alla à la même
Forêt
pour y chaffer avec fes grands Chiens , & prit
encore un Cerf,
Le 2. S. M. chaffa aux Perdreaux & aux Lievres
dans la Plaine de Creteil & y tua 114. pieces de
Gibier . Le Roy alla d'abord vers un Hameau apellé
Mesly pafla par Creteil pour aller à Maisons , d'où
S. M. retourna à Choisy fur le foir , une grande partie
des Seigneurs de fa fuite chafferent du côté de
Villeneuve S. Georges , au- deffous de Limay , Valenton
et Brevanes . Les Dames ne furent point de
cette chaffe .
Le 3 Septembre , le Roy fe rendit encore avec
les Dames et les mêmes Seigneurs , à la Forêt de
Senar où S. M prit deux Cerfs.
Le 4 S. M. ne fortit pas de Choisy ,› pour joüir
du plaifir de la promenade dans fon Parc , et alla
enfuite à pied , accompagné de plufieurs Seigneurs,
à Vêpres et au Salut à la Paroiffe de Choisy.
Le 5. le Roy partit à midy, après avoir paffé l'eau
avec les Dames et Seigneurs de fa fuite , pour aller
chasser dans la Forêt de Senar , où il prit un Cerf,
que S. M. courut pendant près de cinq heures et
qui lui donna beaucoup de plaifir . Une heure après
le départ du Roy , on fit remonter la grande Fregate
, dans laquelle on avoit dressé une table de
24. couverts , tandis que la Gondole bleuë , les
quatre autres Gondoles et quelques petits Bateaux
allerent attendre le Roy à Soisy fous Etioles , ou
après la chasse , le Roy arriva , et entra vers les
Lept
SEPTEMBRE. 1740. 2109
cre ,
fept heures dans la Fregate , fur laquelle on fervit
un magnifique repas ; on mit en même tems la
Fregate au fil de l'eau pour arriver à Châtillon , ou
l'on fervit au Roy le gibier qu'on y avoit fait préparer
; l'entremets ne fut fervi qu'à Villeneuve S.
Georges. On continua la route jufqu'à Choisy , où
S. M. arriva à onze heures , avant même que le
foupé fût fini. On mit auffi tôt la Fregate à l'and'où
le Roy ne fortit qu'une heure après . L'efcalier
où le Roy remonta dans fon Parc , toute
par
la Terrasse qui borde la Riviere et qui fait face au
Château , et celle qui est au--dessous des Apartemens
, étoient illuminés par un très - grand nombre
de Terrines : la Fregate & les autres Gondoles
étoient auffi extraordinairement éclairées , &
produifoient un bel effet. Les bords de la Riviere
près des Villages circonvoifins , qui étoient
fur la Route du Roy , étoient couverts d'un nombre
infini de Peuple , qui faifoit retentir l'air des
cris de VIVE LB Rox ; auxquels on répondoit également
de la Fregate où S. M. étoit , & des autres
Gondoles.
Au refte , ce repas fut fervi avec tout l'ordie &
la magnificence poffible , par les foins du Comte de
Coigny , Gouverneur du Château de Choisy lequel
n'a rien épargné , dans cette occafion , pour
procurer au Roy le plaifir d'une Fête brillante. M.
Gabriel , le fils , Architecte du Roy & Contrôleur
des Bâtimens & Jardins de Choisy , avoit été chargé
de l'arrangement de cette ingénieuse Fête , s'étant
donné tous les mouvemens néceffaires afin
que rien n'y manquât. S M. a eu la bonté de té ,
moigner qu'elle en étoit très-fatisfaite.
Le Roy ordoana , après être rentré dans le Parc
qu'on ne derangeât rien dans la Fregate pour avoi
encore le plaifir de voir l'illumination dont le
1 iiij coup
2110 MERCURE DE FRANCE
coup d'oeil étoit des plus agréables . Sa M. refta encore
une demi heure fur la Terraffe , & partit à
une heure après minuit pour le rendre à Verlailles
avec tous les Seigneurs & Dames qui l'avoient accompagné
.
Le 9. le Roy retourna à Choisy pour y paſſer encore
quelques jours , & prit le 1o . & le 12. le divertiffement
de la chaffe dans la Forêt de Senar.
Le 13 S. M. alla , l'après midi , chés le Maréchal
de Coigny , voir la belle Maiſon qu'il a achetée
depuis peu.
Le Roy alla chaffer dans la même Forêt le 14.
& revint de Soisy fous Etioles dans fa grande Fregate
avec les Princes , Princeffes , Seigneurs & Dames
de la Cour qui l'avoient accompagné , S. M. foupa
dans la Fregate , retourna enfuite à Choisy & partit
immédiatement après pour aller coucher à Verfailles
.
Le 18. le Roy en partit , prenant la route de Paris
. S. M. paffa par la rue de Vaugirard , où le Prevôt
des Marchands , les Echevins , le Corps de
Ville , le Colonel à la tête de fes Gardes , eurent
P'honneur de rendre leurs refpects au Roy qui
paffa enfuite par l'Efrapade , devant la Maifon de
la Doctrine Chrétienne , & defcendit vers la Riviere
, d'où S M. fe rendit à Ivry chés M. le Premier
, où elle foupa . & alla coucher à Choisy.
Le lendemain , le Roy chassa dans la Foret de
Senar & fe rendit enfuite à la Queue en Brie chés
le Prince de Dombes , où S. M. foupa , & retourna
coucher à Choisy. Il y avoit fur le chemin une
grande quantité de terrines pour éclairer là route
par où le Roy devoit paffer.
Le 20. Monfeigneur le Dauphin arriva à Choisy
pour faluer le Roy , qui monta , peu de tems après
avec ce Prince, dans fa Gondole bleuë pour traver
fes
SEPTEMBRE. 1740. 2111
fer la Riviere , & après le départ de S. M pour la
chaffe, Monfeigneur le Dauphin retourna à Choisy
où il fe promena long tems dans le Parc . Il vit
enfuite les nouveaux apartemens , & à l'iffuë du
diné , ce Prince partit pour fe rendre à Fontainebleau
.
Le 22. le Roy paffa encore la Riviere dans fa
Gondole à onze heures du matin pour aller chaffer
dans la Forêt de Senar , d'où S. M. alla fouper &
coucher chés le Duc de Villeroy , & le lendemain
à Fontainebleau
Le matin du 23. M. le Cardinal de Fleury , qui
avoit couché à Villejuif , arriva à Choisy fur les
neuf heures. Il y fut reçû par le Comte de Coigny
qui étoit accompagné de M. Gabriel , & fut conduit
dans les Apartemens , dans les nouveaux Bâtimens
, & enfuite dans le Parc . S. E. en parut extremément
fatisfaite , & partit fur les dix heures
pour le rendre à Athye chés la Maréchale de Villars
, où elle devoit dîner , fouper et coucher , &
partir le lendemain pour Fontaineb´eau .
Le 3 r. Août , la Reine arriva entre fix & fept
heures du foir à Bagnolet. Peu de tems après S.
M. alla fe promener en caleche , dans les Jardins ,
accompagnée feulement de S. A. R. Madame la
Ducheffe d'Orleans , fuivie dans d'autres caleches ,
des Dames de fa Cour Au retour de cette promenade
, & vers les huit heures , la Reine et S.
A R. refterent feules jufqu'à Pheure du foupé.
On fe mit à table vers les dix heures . La table
étoit de vingt couverts , & fut fervie avec toute la
délicateffe , la profufion & tout l'ordre poffible.
Mais rien ne pouvoit égar la beauté & la délicateffe
du fruit . Le milieu de la table repréſentoit.
un vrai & magnifique Parterre de toutes fortes de
fleurs , repréfentées en fucre , avec un artifice
I y mer2112
MERCURE DE FRANCE
merveilleux. La Reine , à l'iffue du fouper , s'a
musa à jouer , ce qui dura jusqu'à près de trois
heures du matin , qu'elle monta en caroffe pour
retourner à Verſailles , en marquant à S. A. R. de
la maniere la plus gracieuſe , une entiere & parfaite
fatisfaction .
Le premier de ce mois , on célébra avec les cérémonies
accoûtumées dans l'Eglise de l'Abbaye
Royale de S. Denis , le Service folemnel qui s'y
fait tous les ans pour le repos de l'ame du feu Roy
Louis XIV . & l'Evêque de Toulon y officia pontificalement
. Le Prince de Dombes , le Comte d'Eu,
le Duc de Penthievre & plufieurs Seigneurs de la
Cour , у affifterent.
Le 2. le Roy quitta le deüil que S. M. avoit pris
le 12. du mois dernier pour la mort de la Reine
premiere Douairiere d'Efpagne.
Le 8. Fête de la Nativité de la Ste Vierge , le
Roy & la Reine entendirent la Meffe dans la Chapelle
du Château de Verfailles , & l'après midi leurs
Majeftés affifterent aux Vêpres , qui furent chantées
par la Mufique.
Le même jour , la Reine communia par les
mains du Cardinal de Fleury , fon Grand Aumônier.
Le Roy a nommé Intendant du Dauphiné M.
Bertier de Sauvigny , Maître des Requêtes , lequel
eft remplacé dans l'Intendance de la Généralité de
Moulins , par M. de la Porte , Maître des Requêtes.
Le 3. Septembre , on célébra dans l'Eglife de
Notre Dame , un Service Solemnel pour le repos
de l'ame du Comte du Luc , Frere de l'Archevêque
de
SEPTEMBRE . 1740. 2113
de Paris. Toute l'Affemblée du Clergé , les Communautés
Séculieres & Régulieres , & plufieurs Seigneurs
& Dames y affifterent. Le Marquis du Luc
en fit les honneurs.
Le 4. de ce mois , M. de Lezze , Ambaffadeur
ordinaire de la République de Venise , fit fon Entrée
publique en cette Ville. Le Maréchal d'Asfeld
& le Chevalier de Saintot , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent le prendre dans les Caroffes
du Roy & de la Reine au Couvent de Picpus , d'où
la marche fe fit en cet ordre.
;
Le caroffe de l'Introducteur ; celui du Maréchal
d'Asfeld ; un Suiffe de l'Ambaffadeur , à cheval ;
fa livrée à pied ; huit de fes Officiers , à cheval
fix chevaux de main de l'Ambafladeur ; fon Ecuyer
& fix Pages , à cheval ; le caroffe du Roy , aux côtés
duquel marchoient la livrée du Maréchal d'Asfeld
& celle du Chevalier de Saintot ; le caroffe de
la Reine ; celui de Madame la Ducheffe d'Orleans ;
ceux du Duc d'Orleans , du Duc de Chartres , de
la Ducheffe de Bourbon , premiere Douairiere ,
de
la Ducheffe de Bourbon , feconde Douairiere , du
Comte de Clermont , de la Princeffe de Conty ,
du Prince de Conty , de la Ducheffe du Maine , du
Prince de Dombes , du Comte d'Eu , de la Comreffe
de Toulouſe , du Duc de Penthievre ; celui
de M. Amelot , Miniftre & Sécretaire d'Etat , ayant
le département des Affaires Etrangeres , & à une
diſtance de trente à quarante pas , les quatre caroffes
de l'Ambaffadeur , à la tête defquels étoit
un Suisse .
Après que l'Ambaffadeur fut arrivé à fon Hôtel,
il fut complimenté de la part du Roy , par le Duc
de la Tremoille Premier Gentilhomme de la
Chambre ; de la part de la Reine , par le Marquis
I vj
•
de
2114 MERCURE DE FRANCE
de Teffé , fon Premier Ecuyer , & de la part de
Madame la Ducheffe d'Orleans , par le Marquis de
Crevecoeur , Premier Ecuyer de Son Alteffe Royale .
Le 6.le Comte de Brionne & le Chevalier de Saintot
, Introducteur des Ambaffadeurs , allerent prendre
l'Ambaſſadeur en fon Hôtel dans les Caroffes
du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent à Vexfailles
, où il eut fa premiere Audience publique du
Roy. Il trouva à fon paffage dans l'avant cour du
Château , les Compagnies des Gardes Françoiſes &
Suiffes fous les armes , les Tambours apellant , dans
la cour , les Gardes de la Porte & ceux de la Prévôté
, à leurs poftes ord naires , & fur l'escalier les
Cent Suisses en habits de cérémonie , la hallebarde
à la main. Il fut reçû en dedans de la Sale des Gardes
par le Duc de Villeroy , Capitaine des Gardes
du Corps , qui étoient en haye & fous les armes.
Après l'Audience du Roy , l'Ambassadeur fut conduit
à celles de la Reine & de Monfeigneur le Dau
phin par le Comte de Brionne & par le Chevalier
de Saintot , & à celle de Mefdames de France par
le Chevalier de Saintot. Il alla en robe à ces Audiences
, fuivant l'ufage des Ambassadeurs de Venife
, & après avoir été traité par les Officiers du
Roy , il fut reconduit à Paris par le Chevalier de
Saintot , Introducteur des Ambassadeurs , dans les
Carosses de leurs Majeftés , avec les cérémonies
accoûtumées.
L
BENEFICES DONNE'S.
E Roy a nommé le Cardinal de Tencin à l'Archevé
hé de Lyon ; l'Abbé Fouquet , ancien
Agent éneral du Clergé , à l'Archevêché d'Embrun
, qu'avoit ce Cardinal ; l'Abbé d'Hugues , Vicaire
Géne.al de l'Archevêché d'Embrun , à l'Evêché
SEPTEMBRE. 1740. 2115
ché de Nevers , & l'Abbé de Beaupoil de S. Aulaire
, Vicaire General de l'Evêché de Perigueux , à
l'Evêché de Tarbes .
"
à
S. M. a accordé l'Abbaye de Bolbonne , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Mirepoix , à l'Evêque de
Montpellier ; celle du Relecq, même Ordre, D. de
S. Pol de Leon , à l'Abbé du Vivier de Lanſac , ancien
Agent Géneral du Clergé , celle de S. Sauveurle
Vicomte , O. de S. Benoit , D. de Coutances ,
l'Abbé de Leon , celle d'Effey , même Ordre , Diocèle
d'Agen, à l'Abbé d'Efpalunque , Vicaire Géneral
de l'Evêché de Lefcar ; celle de Hambies , même
Ordre , D. de Coutances , à l'Abbé de Pontac ,
Aumônier de la Reine ; celle de Chaage , Ordre de
S. Aug. D. & Ville de Meaux , à l'Abbé de Polastron
; celle de Treport , Ordre de S. Benoît, D. de
Rouen , à l'Abbé de S. Pierre , Archidiacre de Rouen;
celle des Efchalis , O. de C. D. de Sens , à l'Abbé
de Coriolis , celle de S. Martin des Airs , O. de S.
Aug. D. de Troyes , à l'Abbé de Macheco de Premeaux
; celle de S. Polycarpe, O. de S. Benoît, D. de
Narbonne , à l'Abbé du Prat , Vicaire Géneral de
l'Evêché de Montpellier ; celle de S. Hilaire de la
Celle, O. de S. Aug. D. de Poitiers , à l'Abbé d'Arimont
de Bonlieu ; celle d'Aubepierre , O. de C. D.
de Limoges , à l'Abbé de S. Sauveur , Vicaire Géneral
de l'Evêché de Mende ; celle de S. Genou de
l'Etrée , O. de S. Benoît , D. de Limoges , à l'Abbé
de Grosbois, Doyen de la Ste Chapelle de Dijon, &
Elû des Etats de Bourgogne ; celle de S. Thibery ,
O. de S. Benoit , D. d'Agde , à l'Abbé de Crillon ;
celle de Pontifroy , O. de C. D. & Ville de Metz ,
à l'Abbé de Gouyon de Launay- Commats ; l'Abbaye
Réguliere de l'Étoile , O. de C. D. de Poitiers , à
Dom de Tilly.
Le Prieuré de S. Etienne de Monnais , Ordre de
Grammont,
2116 MERCURE DE FRANCE
>
Grammont , D. d'Angers , à l'Abbé de Cherlté de la
Verderie, celui de S. Jean de Colle, O. S. Au. D. de
Perigueux , à l'Abbé de Laftours ; celui de la Bloutiere
, O. de S. Benoît , D. de Coutances , à l'Abbé̟
de Voifenon, Doyen du Chapitre de l'Eglife Cathédrale
de Boulogne ; celui de la Ste Trinité de Fou
geres , D. de Rennes , à l'Abbé d'Eſtrées ; celui de
Montjean , D. d'Angers , à l'Abbé le Rouge , Syndic
de la Faculté de Théologie & Chapelain de la
Reine ; celui de Notre- Dame de Treifevents , D. de
la Rochelle , à l'Abbé de Catron ; celui de S. Symphorien
de Martigny , D. de Rennes , à l'Abbé de
Borfat du Sellier , Chapelain de la Reine ; celui de
Notre- Dame de Cernay , D. de Poitiers , à l'Abbé
Doré, & celui de S. Denis de Pille, D. de Bordeaux,
à l'Abbé de Guyonnet de Montbalen.
Le 27. Août dernier , il y eut Concert chés la
Reine; M. de Blamont , Sur- Intendant de la Mufique
du Roy , fit chanter l'Opera d'Amadis de Gaule
qu'on continua le 29. & le 3. Septembre ; les Principaux
Perfonnages furent remplis par les Dlles Romainville,
Huguenot, Deschamps, Mathieu & Daigremont
, & par les Srs Dangerville , Godoneche ,
du Bourg & le Begue.
Le 5. on concerta l'Opera de Thetis & Pelée. Les
Rôles furent replis par les mêmes Sujets qu'on vient
de nommer , & par le Sr Poiriers ,tous de la Mufique
du Roy.
Le 14. & le 19. la Reine entendit l'Opera de Persée
, dont l'exécution fit beaucoup de plaifir à S. M.
Les premiers Rôles furent chantés par les mêmes.
Sujets , & par les Srs Richer & Jelyot.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité de la Vierge
, on chanta au Concert Spirituel du Château des
Tuilleries
3
}
SEPTEMBRE. 1740. 2117
•
Tuilleries le Motet Dominus regnavit, lequel avoit
été chanté ci - devant au Concert de la Reine ; il a
été mis en Mufique par M. de Villeneuve , ſur la
Verfion en Vers François de M. l'Abbé Pellegrin , ce
Motet fut fuivi d'un autre Jubilate , & c. de la compofition
de M. de Mondonville ; on exécuta enſuite
deux Concerto, joués fur la Flute & le Violon par
les. Srs Guignon & Blavet ; & on termina le Concert
le Te Deum de M. de la Lande . par
res
L'expofition des Tableaux , Sculptures , Gravú
Desseins & autres Ouvrages de l'Académie
Royale de Peinture et Sculpture , établie à Paris
fous la Protection du Roy , a commencé le 22+
Août dernier , et a duré jufques et compris le 15.
de ce mois , dans le grand Salon du Louvre.
Cette expofition avoit été ordonnée , felon
l'intention du Roy , par M. Orry , Miniftre d'Etat,
Contrôleur Géneral des Finances , Directeur Géneral
des Bâtimens , Jardins , Arts et Manufactu
res du Roy , et Vice- Protecteur de l'Académie.
On diftribua le même jour de l'expofition , un
petit Livre , contenant le Catalogue de tous les Ouvrages
de Mrs les Peintres , Sculpteurs et Graveurs
de l'Académie , aujourd'hui vivans ; nous nous
propofons d'en parler plus au long dans le premier
Journal , la matiere étant trop abondante pour
pouvoir entrer dans celui-ci , qui eft d'ailleurs assés
rempli.
ຈ
MORTS , BAPTEME & MARIAGES.
E 4. Juillet , Jean-Baptifte Chomel , né à Paris ,
Docteur Regent , & actuellement Doyen & ancien
Profeffeur de la Faculté de Médecine de Paris ,
Conseiller,
2118 MERCURE DE FRANCE
Conseiller , Medecin ordinaire du Roy , & Affocié
Véteran de l'Académie Royale des Sciences , mourut
à Paris âgé de 69. ans , laiffant un grand nom
bre d'enfans , entr'autres , un Fils Docteur Régent
de la même Faculté , qui lui fuccede en la qualité de
Medecin du Roy , dont il avoit la furvivance . Le
défunt eft Auteur d'un Abregé de l'Hiftoire des
Plantes usuelles , imprimé pour la quatrième fois
à Paris en 1730. en trois Volumes in- 12.
Le nommé Jean Bra at , Serrurier , mourut au
Mont de Marsen , en Gascogne , le 29 du mois
de Juillet dernier , âge de 1oc. ans accomplis .
Le ... Juillet , mourut à Paris Pierre - Simon
Roubault , Chirurgien Juré de faint Côme , & ancien
Prevôt , ci devant premier Chirurgien du Roy
de Sardaigne Victor Amédée , & en dernier lieu
Chirurgien de la Pitié . Il étoit Affocié Veteran de
l'Académie des Sciences & il a fait imprimer à
Turin plufieurs Ouvrages de Chirurgie & d'Anatomie,
fort eftimés .
D. Gabrielle Anne de Froullay - Teffé , fille de
Charles , Comte de Froullay , Grand Maréchal des
Logis de la Maison du Roy , Commandeur de fes
Ordres , & d'Angelique de Baudean de Parabere ,
& veuve depuis le 24. Mars 1728 de Louis- Nicolas
le Tonnellier Breteuil , Baron de Preuilly , premier
Baron de Touraine, Seigneur d'Azay- le -Feron ,
Fontbaudry & autres Lieux , Introducteur des Ambaffadeurs
& Princes Etrangers près Sa Majefté ,
mourut à Paris le 4 Août , âgée de 70. ans .
Elle a eu de fon Mariage cinq enfans ; fçavoir ,
René-Alexandre de Breteuil , Baron de Preuilly ,
mort en 1720. Enseigne de la Colonelie du Régiment
de Champagne , Charles- Augufte , Baron de
Preuilly , Capitaine de Cavalerie , mort en fon Châ
teau d'Azay - le-Feron en Touraine le 13. Juin 173 r.
laissant
SEPTEMBRE . 1740 2119
laiffant des enfans en bas âge , Gabrielle - Emilie de
Breteuil , mariée le 12. Juin 1725. à Florent Claude
, Marquis du Châtelet , Comte de l'Omont
Maréchal des Camps & Armées du Roy , Charles-
Augufte de Breteuil , Chevalier de Malthe , mort
en 1710. & Elizabeth - Théodose de Breteuil , Grand
Vicaire & Archidiacre de Sens .
Ils font Cousins germains de François- Victor le
Tonnellier- Breteuil , Marquis de Fontenay- Trésigny
, Sire de Villebert , Baron de Boitron & c.
Commandeur des Ordres du Roy , Chancelier de
la Reine , & Sécretaire d'Etat .
Le même jour , D. Marie - Catherine Guillois ,
épouse de Jean-Baptifte de Gaumont , Conseiller
d'Etat Ordinaire , Conseiller d'honneur au Parlement
de Paris , Maître des Requêtes honoraire de
l'Hôtel du Roi , ci devant Intendant des Finances ,
avec lequel elle avoit été mariée le 14 Septembre
1693. mourut à Paris âgée de 67. ans , & fans laiffer
d'enfans Son Héritière eft Généviéve- Michelle
Guillois , fa foeur cadette , veuve de Philipe l'Evêque
, Seigneur de Gravelle , mort Doyen des Maî
tres des Comptes de Paris , le 13. Mai dernier ',
comme on l'a marqué dans le Mercure du même
mois , p. 1041. où l'on trouve de qui ces deux Dames
sont filles.
Auguitin Nadal , mourut le 7. Août à Poitiers ,
Lieu de la naiffance âgé de 82 ans . Il étoit Abbé
de Doudeauville depuis 716. & Affocié Véteran
de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-
Lettres. 11 a été sécretaire de Mrs les deux der
niers Ducs d'Aumont , auffi bien des Troupes
que
Boulonnoifes & Province du Boulonnois. Il fut
nommé en 1712 par le feu Roy , Sécretaire de
l'Ambaffade Extraordinaire auprès de S. M. Britanmique
la Reine Anne , pour la Paix d'Utrecht . Il a
publié
2120 MERCURE DE FRANCE
publié plusieurs Tragédies de fa compofition dont
voici les titres Saül , Herodes , Antiochus , ou les
Machabées , Mariamne , & Ofarphis , ou Moyfe.
On a encore de lui l'Hiftoire des eftales , imprimée
en 1726. & autres Differtations Académiques &
Piéces fugitives en Vers.
Le même jour , Antoine - Charles Guiller , Confeiller
, Sécretaire du Roi , Maison , Couronne de
France & de fes Finances depuis 1731. ancien Juge-
Consul des Marchands de Paris , mourut , âgé de
68.ans. Antoine- Charles Guiller de Gerville , fon fils
aîné, a été reçû Maître Ordinaire en la Chambre des
Comptes de Paris le 13.Decembre 1732.& a épousé
la fille aînée de feu Philipe Brochant , Maître Ordinaire
en la même Chambre des Comptes , & deCatherine
Hazon fa veuve, à préfent femme depuis 1736.
du Vicomte d'Urtubie , Gentilhomme Biscayen.
Le 10 Antoine- Denis- Augufte de la Fare , Baron
de Tornac Baron des Etats de Languedoc ,
Maréchal des Camps & Armées du Roy , Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
Gouverneur de Villefranche , de Conflans en Roussillon
, & Lieutenant de Roy de la Ville d'Agde &
Fort de Brefcou , mourut à Liancourt , âgé de 75 .
ans ou environ . Il avoit d'abord entré Page du
Roy dans la grande Ecurie le 29. Septembre 1682 .
Il fut enfuite long- tems Capitaine de Dragons dans
le Régiment d'Eftrade , depuis Colonel du fecond
Régiment de Languedoc de Dragons à fe création
le 3 Janvier 1703 & fut fait Brigadier le 29. Mars
1710. & Maréchal de Camp à la Promotion du
premier Fevrier 1719. Le grand Cordon rouge lui
fut accordé le 22 Novembre de la même année
1719. & le Gouvernement de Villefranche au
mois d'Août 1723. Il étoit fils de Henri de la Fare
, Baron de Tornac & des Etats de Languedoc ,
Lieute
SEPTEMBRE. 1740 2121
Lieutenant de Roy des Fort de Brescou & Ville
d'Agde , mort le 17. Fevrier 1706. & d'Isabelle
Pelor , fille de Claude Pelot , Premier Préfident du
Parlement de Normandie , & il avoit été marié au
mois d'Avril 1704. avec Fleurie- Therese de Grimoard
de Beauvoir , fille de Louis- Pierre- Scipion
de Grimoard de Beauvoir , Comte du Roure , Lieutenant
Général au Gouvernement de Languedoc ,
& de Claude-Marie de Gast d'Artigny. Elle mourut
au mois de Janvier 1707. ne lui laiffant qu'une
fille qui tut mariée en 1720. avec Joseph de Beaumont
de Brison , Capitaine dans le Régiment du
Roy , Cavalerie . La Généalogie de la Maison de la
Fare eft raportée dans Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , Tom. 2. p . 134.
Le 13. D. Marie - Françoise Meliand , épouse
d'Urbain-Guillaume de la Moignon , Comte de
Launay- Courson , Marquis de la Mothe & c. Confeiller
d'Etat Ordinaire & au Conseil Royal des Finances
, avec lequel elle avoit été mariée au mois
d'Octobre 1695 , mourut à Paris , âgée de 63 ans
ayant en pour enfans Anne- Vioire de Lamoignon
de Courson , mariée le 7. Septembre 1712. avec
Charles - René de Maupeou , Seigneur , Vicomte de
Bruyeres , Préfident du Parlement de Paris ; Guillaume
de Lamoignon , Seigneur de Montrevaux ,
Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy , & auparavant
Conseiller & Commiffaire aux Requêtes du
Parlement de Paris , marié avec Marie- Renée de
Catinat , veuve de Jacques- Antoine de S. Simon ,
Marquis de Courtomer , Colonel du Regiment de
Soiffonnois ; Marie- Françoise de Lamoignon , Religieuse
aux Filles de Ste Marie du Fauxbourg S.
Jacques ; Chrétien-Nicolas de Lamoignon , Seigneur
du Bournau , Conseiller au Parlement de
Paris en 1721 , & enfuite Maître des Requêtes en
1728.
2122 MERCURE DE FRANCE
1728. mort le 25. Août 1733. à l'âge de 33 ans
fans avoir été marié , Marie- Charlotte & Elizabeth-
Henriette de Lamoignon , mortes en bas âge , Fe
lix - Urbain de Lamoignon de Courson . Chevalier
de Malthe mort jeune , Louise Claire de Lamoignon
de Courson , mariée à l'âge de 21. ans le 13 .
Juillet 1735. avec Armand- Pierre- Marc- Antoine
de Gourgues , Marquis d'Aulnay , de Vayret & de
Bouret , Confeiller & Commiffaire aux Requêtes
du Parlement de Paris , reçû le 2. Septembre 1735-
& .... .. de Lamoignon de Courson , mariée
au mois de Juin 177. avec Antoine- Jean Gagne
de Perigny , fils d'un Préfident du Parlement
-de Dijon , & reçû Conseiller au Parlement de Pa
ris le 17. Juin 1735. puis Maître des Requêtes de
P'Hôtel du Roy en 1738. La Dame de Courson
leur mere étoit fille de Claude Meliand , Seigneur
de Breviande , Maître des Requêtes Ordinaire
de l'Hôtel du Roi , ci- devant Intendant
fucceffivement à Alençon , Caen & Rouen , mort
le 8.Fevrier 1695 âgé de 61. ans & de Jeanne de
Gomont, morte le 19. Avril 1684 âgée de 32. ans.
Le 14. Jean Helffant , Conseiller du Roi en fes
Conseils , Maître ordina.re en fa Chambre des
Comptes de Paris , Charge en laquelle il avoit été
reçû au lieu & place de feu Jean- Baptifte Hel flant
fon cousin germain, le 22. Juin 1729 mourut âgé de
61.. ans, & fans avoir été marié Il avoit été en premier
lieu Gentilhomme ordi aire fervant du Roy.
Le 15. Mathieu Cooke , ou Kooke , Irlandois ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , de la Promotion
du 20. Fevrier 1734 & Chevalier de l'Ordre
Militaire de S Louis , mourut à Paris dans la
82 année de fon âge . Il avoit été autrefois Colonel
d'Infanterie de fa Nation , & il avoit été fait
Brigadier le 3. Mars 1708. & ensuite Maréchal de
Camp le 1. Fevrier 1719. La
SEPTEMBRE. 1740. 2123
Le 25. D. Marie - Adelaide Gramont , Dame du
Palais de la Reine , & veuve depuis le 28. Janvier
17,6. de François Armand de Gontaut , Duc de
Biron , Pair de France , Brigadier des Armées du
Roy , avec lequel elle avoit été mariée le 30. Decembre
1715 mourut à Paris âgée d'environ 40 .
ans. Elle étoit fille aînée d'Antoine , Duc de Gramont
, Pair & Maréchal de France , Gouverneur de
Navarre & de Bearn , Colonel du Régiment des
Gardes Françoises &c . mort le 16. Decembre 1725.
& de D. Marie Christine de Noailles fa veuve . Elle
avoit eu deux enfans , dont les morts font raportées
fçavoir , celle de la Marquise de Montmirel fa fille,
dans le Mercure de Juin 177. vol . 2. pag . 1419.
& celle du Duc de Lauzun fon fils , dans le Mer
cure de Juin 1739. vol . 1. p . 1446,
3
Le 11. Août 1740. a été bâtisée Marie - Barthelemi
, née le jour précédent , fille de Barthelemi-
François Thoynard de Joy , Maître des Requê
tes Ordinaire de l'Hôtel du Roy , & auparavant
Conseiller au Parlement de Paris , & Commiffaire
aux Requêtes du Palais , & de Anne- Marie
Jacqueline Lallemant de Levignen , mariés le 4..
Novembre 1739. Le Parain a été Barthelemi Thoynard
, Baron du Vouldy , Montsuzain , Voué , S.
Remi S. Martin , Seigneur de Montçay , Ligny ,
Jouy &c. Fermier General des Fermes du Roy
Aycul paternel de l'entant. La Maraine , D. Marie-
Jacqueline Boutin , épouse de Louis- François
Lallemant , Comte de Levignen , Seigneur de Betz,
Macqueline & Oimoy, Maître des Requêtes Ordinaire
de l'Hôtel du Roy , Intendant de Juſtice , Police
& Finances en la Géneralité d'Alençon , fon
Ayeule maternelle .
Le 18. Juillet , Gerard- François Michel de Monpesat,
>
2124 MERCURE DE FRANCE
pesat , Conseiller au Grand Conseil, et Grand Rapor~
teur en la Chancelerie de France ,fils de Charles- François
Michel , Conseiller Sécretaire du Roy , Maison
Couronne de France & de fes Finances Receveur
Géneral des Finances de la Géneralité de Montauban
, Seigneur de Montpesat en Rouergue , & de
feue Françoise- Claudine du Frefne , morte le 4.
Novembre 1736. épousa Dlle . Marie-Helene Cochin
fille de Henri Cochin , Conseiller - Séretaire
du Roy , Maison Couronne de France & de fes
Finances, Avocat au Parlement de Paris , & de feuë
Magdeleine Denis fa premiere femme , morte au
mois de Fevrier 1718 .
Le 22. Claude - René Cordier de Launay , Conseiller
au Parlement de Paris , à la premiere Cham .
bre des Enquêtes , où il a été reçû le 2. Septembre
1735. fils de Jacques- René Cordier , Ecuyer , Sieur
de Launay , Trésorier Géneral de l'Extraordinaire
des Guerres , & de D. Anne- Therese de Crocher,
fut marié à Paris avec Dlle Marie - Magdeleine
Maffon , fille aînée de Jean Maffon de Pliffey , Seigneur
de Dry & des Oliveteaux , Conseiller Sécretaire
du Roy , Maison , Couronne de France &
de fes Finances , Chevalier de l'Ordre de S. Michel
, & de D. Marie- Pelagie Partyet . Elle est niéce
d'Antoine-Lambert Maffon des Montées , Seigneur
du Comté de Meslay , au Pays Chartrain , Président
en la Chambre des Comptes de Paris qui a
épousé le 4. Fevrier dernier la fille unique de Jerôme
Morault , Procureur Géneral du Grand Conseil.
Le 31. Jean -François Joly de Fleury , Avocat
Géneral au Grand Conseil , reçû à cette Charge le
10. Juillet 1737. & auparavant Substitut du Procureur
Géneral au Parlement de Paris , fecond fils
de Guillaume- François Joly de Fleury , Seigneur de
Grigny
SEPTEMBRE. 1740 .
2125
Grigny & c. Procureur Géneral au Parlement , &
de D. Marie Françoise le Maistre , fut marié avec
Dlle....... Desvieux , derniere fille de feu Louis
Philipe Desvieux , Fermier Géneral des Fermes
Unies du Roy , mort le 13. Decembre 1735. & de
Magdeleine- Bonne le Couturier fa veuve .
TABL E.
PIECES FUGITIVES. Imitation de la premiere
Satyre du premier Livre d'Horace, 1913.
Seconde Lettre de M. Destouches , & c . 1924
Extrait de Lettre fur la Mort d'un Illuftre Chartrain
Sonnet Italien à une Dlle ,
1938
1943
De la vraie Epoque de la Naiffance de J. C. 1944
Epitre au P. d'Ailly , Jéfuite , 1962
Difcours de M. Ruolz , de l'Académie de Lyon, 1967.
Ode , & c .
II. Réponse de M. de S. Aubin ,
1979
1982
2002
2005
Enigme , Logogryphes , & c .
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c.
Programme de l'Académie de Bordeaux, & c. 2007
Bibliotheque Germanique , &c. 2009,
Nouveaux Amusemens du Coeur et de l'Esprit 2016
Extrait de Lettre fur des Nouvelles Litteraires, 2013
Lettre fur un Secret pour avoir de la Mémoire , 203L
Lettre fur une Machine qui marque les diférentes
mefures des Airs de Mufique 2038
Programme de l'Académie des Jeux Floraux, 2048
Lettre du Sécretaire perpétuel de l'Académie de
Villefranche , & c.
Discours prononcé dans cette Académie , 2053
Election de M. le Comte de S. Florentin , d'Académicien
2052
démicien Honoraire en l'Académie Royale es
Sciences ,
Prix de Peinture & de Sculpture ,
Eftampes nouvelles ,
2068
Ibid.
ibid.
2072 Chanson notée , & Chansonette ,
Spectacles. Hermenigilde , Tragédie des Jésuites 2075
Perfifiés , Trag die ,
Vers à Mlle Gauffin , & c .
Nouvelles Etrangeres , Ruffie ,
Allemagne ,
Italie ,
Florence. ,
Venise et Naples ,
Isle de Corse ,
Comédies repréfetées au College Mazarin , 2c78
2082
2089
2091
2092
2094
2099
2100
2102
Espagne & Grande - Bretagne ,
2103
Hollande et Pays - Bas ,
2105
Mort des Pays Etrangers ,
2106
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. ibid.
Epithalame , & c. 2107
Bénéfices donnés , & c. 2114
Morts , Baptême et Mariages , 2117
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1926. ligue 20. poit , lisek, point .
P. 1943. 1. 7. an ,
l. un.
P. 1946. 1. 14. que , l. qui . P. 1949. l . 17. circonftantiées
, l. circonftanciées
.
P. 1965. 1. 2. fait , l. faits.
P. 1981. 1. 13. m'inſpirât-t'il , l. m'inſpirât- il.
La Chanson notée doit regarder la page 2072
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
OCTOBRE . 1740 .
URICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty;
à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XL.
Avec Aprobation Privilege du Roy
A VIS .
L
›
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comédie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prietrès- inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroltre leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'aurònt
qu'à donner leurs adrefes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Mejageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
OCTOBRE. 1740.
**************************
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
DECLAMATION contre le Vin ,
l'Eloge de l'Eau commune . Par M. de la
Soriniere , en Anjou, à M. de l'Isle , Médecin
de la Faculté d'Angers.
D
Isciple d'Hippocrate , Emule de Chi
rac ,
Qui sauves les Mortels du redoutable
bac , *
Je t'adresse ces Vers que ma Muse en colere
* Cela s'entend des grandes Cures qu'a fait ce docte
A ij Raporta
2130 MERCURE DE FRANCE
Raporta du Mont Parnassin
Contre ce Jus traître , assassin ,
Qui jadis eut l'art de me plaire ,
Mais qui bientôt proscrit par l'usage de l'eau ,
Digne fruit de ton Ordonnance ,
Ne pût , malgré sa fougue & mon intempérance ,
Me précipiter au Tombeau.
>
Oui , mon sang apauvri , mon corps en décadence
Hélas ! peu s'en falut ; & si j'en échapai ,
Je t'en dois ma reconnoissance.
Enfin profitant du délai
Que la Parque eut la complaisance ,
En secondant tes soins , d'accorder à mes voeux
Je vis bientôt ces jours sombres & nébuleux ,
Destinés à couler au gré de Célimene ,
Reprendre leur serenité ,
Et mon estomac humecté
D'eau de Riviere & de Fontaine ,
Recouvrer enfin la santé.
Célimene , c'est ton ouvrage ;
Déja de langueur abatu ,
Je touchois au sombre Rivage ,
Lorsque soutenant mon courage
Et ma chancelante vertu ,
Alédecin dans le cours de la maladie Epidémique
qui a regné dans la Province d'Anjou , à la suite des
grands froids.
Au
OCTOBRE
2131 1740!
Au zelé Médecin décernant ton suffrage ,
Tous deux la Coupe en main & me prodiguant l'eau,
Tu me fis éprouver un Déluge nouveau .
Cessez Bûveurs , par vos cris insensés ,"
De célebrer un Dieu que les Sages abhorrent
Il n'est parmi ceux qui l'honorent ,
Que transports & fureurs & que
cerveaux blessés
Et le Jus qui fait vos délices ,
Produisant vos fougueux caprices }
Vous a cent fois deshonorés .
Jadis en sa folle manie ,
Une Mere (a) en céremonie ;
Pleine de transports abhorrés ,
Parcourant la Thrace en furie ,
Immola le Fils d'Echion
Aux Bachiques excès de sa dévotion ;
Et si l'on vouloit mettre en rimes
Tous les maux qu'a causés son Jus ,
Nous pourions apeller Bacchus
L'Auteur de prèsque tous les crimes
Et de presque tous les abus .
Mais frayons-nous , ma Muse , une route plus sûre,
Et passons du récit de ces pieux forfaits ,
A l'éloge enchanteur d'une Onde claire & pure ,
(a) Agavé , dans les Orgies devenuë furieuse , déchira
son fils Penthée , qui marquoit peu de dévotion
à cette Céremonie .
A iij Que
2132 MERCURE DE FRANCE
Que dans des Lieux sombres & frais
La Nature sans art nous fournit tout exprès
Pour le bien de la Créature ;
J
Démontrons , s'il se peut , aux Humains étonnés
Qu'il faut quitter le vin par des traits raisonnés ;
Viens , Thalés , (b) à mon aide , inspire -moi , Pindare
, ( c )
Nous avons à prouver un systême assés rare ; ·
Et plus d'un fin Côteau charmé de sa boisson ,
Honnira le Rimeur & fa froide leçon ;
Mais pour moi qui veux vivre & plaire à Célimene ,
Je le promis d'abord & le tiendrai sans peine ;
Je promis qu'à jamais , maître de ma raison ,
J'adorerois la Belle & fuirois ce poison ;
Que j'aurois en tout tems des choses à lui dire ,
Que le vin nous fait perdre & que l'eau nous ing
pire ;
Ett que toujours à moi , maître de mon secret ; -
On me verroit constant , amoureux & discret ,
Des Amans le parfait modele ,
Encherir sur la Tourterelle.
Loin d'ici ce Bûveur , ce petit Maître Amant ,
Qui du feu de vos yeux embrasé froidement ,
En voulant composer ses soupirs méthodiques ,
(b) Thales de Milet soûtenoit que l'eau étoit le prin
ipe de toutes choses .
(c) Pindare commence une de ses plus magnifiques
des par l'éloge de l'eau.
N'exhale
OCTOBRE 2133 1946)
N'exhale que son vin & ses clameurs Bacchiques ,
Il emprunte la voix des plus graves sermens ,
Et pour comble d'égaremens ,
Au moment qu'il vous jure une amour éternelle ,
Auprès d'un autre objet d'abord il se décele ;
Il vous dit qu'à jamais succombant sous vos coups
H
veut sacrifier Lettres & Billets doux ;
C'est pour vous qu'il est infidele
Au prix de vous, Iris n'est ni sage, ni belle
Portraits , sermens , tout est à vos genoux ;
Tous secrets révelés , indigne de sa chaîne a
If lui ravit tous ses transports ,
Et dûssiez- vous être inhumaine ,
Il plaindroit peu ses vains efforts
L'honneur de servir Célimene
Suffit à ses soins empressés
pour être heureux est - ce assés ? Mais
En vain prodigue-t'il ses bruyantes tendresses ,
L'Amour de ses douceurs lui fait peu de lar
gesses ,
Et mon petit Maître effaré ,
Dégradant l'homme & copiant la bête ,
Ne remporte de sa conquête
Et de son vin évaporé ,
Qu'un long sommeil & grand mal à la tête,
O toi ! le plus noble Element ,
Le principe de tous les Etres
A iiij Dont
134 MERCURE DE FRANCE
Dont fut tiré le (d) Firmament .
Et le premier de nos Ancêtres ;
Toi , dont la limpide clarté .
La magnifique transparence ,
Imitent du Cristal l'éclatante beauté,
Symbole de la tempérance
Et de la simple vérité ;
Toi , dont le spécifique (e) usage ,
Sans aucun Remede aprêté ,
Rend à nos sens la liberté ,
Et répare avec avantage
Ce que dans le printemps de l'âge
Nous avons trop peu ménagé ;
Jouffriras- tu toujours dans un humble silence
Que par un honteux préjugé ,
Par une injufte préférence ,
Ton culte soit si négligé ?
} Le vin qui te doit sa´naissance ,
Eut des Autels en maint Pays ;-
Poëtes , Orateurs ont vanté sa puissance ;
Mais je doute en effet si ce Nectar exquis
Que l'on fêtoit en Thrace avec tant de licence ,
Ce poison fi délicieux ,
Eût jamais été mis au nombre des grands Dieux
Si de la dévote Bacchante ,
(d) Selon Thalés Milesien .
(e) Les Eaux Minerales & les Bains .
Brouillany
OCTOBRE. 1746. 2139
Brouillant & cervelle & raison ,
Le Dieu noyé dans sa boisson
N'eût voilé les horreurs d'une Scéne infamante
Sous le nom de Religion .
Remontons aux temps d'Ilion ;
Le fils de Latone , au contraire ,
Pour échauffer le vieux Homere ;
Faisoit boire à son Nourrisson
Les doctes Eaux de Castalie ,
Et celles du Mont Hélicon ,
Aux Campagnes de Béotie ;
En cent Lieux Apollon eut un Prêtre inspiré
Tout retentit de ses Oracles ;
Et nous ne voyons pas un seul Antre sacré
Où Bacchus ait fait ses miracles .
Mais que vois- je ! ( f) un Docteur des Rives
d'Albion ,
Un Sage qui nous vient aprendre
Ce qu'à peine on pourroit comprendre
Dans sa docte Exposition ,
Si les faits & l'expérience ,
Concourant avec la science ,
Ne secondoient partout sa juste opinion ?
Mais passons des vertus dont son heureuse plume
Enrichit autrefois son sublime volume ,
(f) Le Sr Jean Hanckock , Ministre à Londres , A
composé un magnifique Traité des vertus de l'Eau
le Docteur Smick en a duſſi donné un. commune ;
A Y Aux
»
2136 MERCURE DE FRANCE
Aux bords du Tanaïs , du Nil ou du Jourdain ,
Nous verrons qu'en ces Lieux où l'on proscrit du vin
L'usage , ou la folle coûtume ,
Les hommes beaux , bien faits, hardis & vigoureux,”-
Sont guerriers par état , comme ils sont amoureux .
Dans ces Lieux où cent clés protegent l'innocence,
Qu'on regarde un Sultan de quel air il s'avance ,
Il parcourt en deux pas son timide Serrail ,
Où regnent l'incarnat , l'yvoire & le corail ;
Et les yeux enflâmés comme un brillant Phosphore,
On voit le Maître du Bosphore
S'arrêter auffi- tôt & jetter le mouchoir ;
Nouveau commandement , nouvelle obéissance .
Tout y fléchit sous son pouvoir ,
3
Et de son aimable puissances
Chaque belle éprouvant le sort ,
Elle bénit avec transport
La salutaire prévoyance
Du grand Prophete Mahomet ,
-Qui par un si pieux Decret
Condamne & traite d'infidele ,
D'Apostat , de double assassin ,
Quiconque pervers & rebelle ,
Méchamment auroit bû du vin . "
Zafin franchissant la barriere
Qui me fermoit un champ si beau ,
Je suis au bout de ma carriere ,
8
J'ai i
OCTOBRE.
1740. 2137
J'ai chanté les vertus de l'eau ,
Et pour finir l'Apothéose
De cet admirable Elément ,
Je vous avertis , tendre Amant ,
Que Moineau ne boit autre chose.
SUITE du Mémoire historique fur une
Médaille d'Herodes Antipas , adreffée à
M. le Prefident Bouhier de l'Académie
Françoise , par M. D. L. R.
J
E commence , Monfieur , par remplir
mon engagement au fujet de la Lettre
de M. Begon , écrite à M. Malaval , qui
comme j'ai eu l'honneur de vous le dire
n'étoit pas entierement perfuadé de l'Antiquité
de la Médaille en queftion . Voici cette
Lettre très - exactement transcrite fur l'original
, qui m'eft venu avec quantité d'autres
Lettres aussi originales , écrites à M. Malaval
par les Sçavans de fon tems. Vous fçavez
, Monfieur , que je prépare une Edition
des Lettres de ce célébre Aveugle , fuivies
de celles des Gens de Lettres avec qui il
étoit en commerce.
1
Avj REPONSE
2138 MERCURE DE FRANCE
REPONSE de M. Begon , Intendant de
Juftice du Pays d'Aunis & de la Marine
à Rochefort , à M. Malaval , écrite de la
Rochelle le 15. Juillet 1691 .
J
,
' Ai reçû , Monfieur , la Lettre que vous
avez pris la peine de m'écrire , par laquelle
je vois que vous soupçonnez de fausseté
la Medaille sur laquelle M. Rigord a fait
sa Differtation ; fur quoi je dois vous dire
qu'il y a des régles certaines pour connoître
fi une Medaille eft Antique ou fabriquée de
nouveau ; les Maîtres de cet Art ne s'y trom--
pent jamais , & ne s'y peuvent tromper , distinguant
plus aisément une Medaille fauffe
d'une bonne , qu'un Lapidaire un Diamant
faux, d'un véritable , & un Orfévre une piece
fauffe, d'une autre qui eft de bon aloi.
Or , cette Medaille a été & eft encore in
manibus omnium. Il y a dix - huit mois que je
l'ai envoyée à M. Toinard , entre les mains.
duquel elle eft encore ; il l'a fait graver avec
un foin très- particulier. Il a fait là - deffus une
Differtation dans fon Traité de Familia Herodiadum
..
l'a fait voir à M. Morel , à M. Dron .
à M. l'Abbé Nicaise , à M. Vaillant , à M.-
l'Abbé Bizor , au P. Hardouin , &c . tous
Gens dont les noms font consacrés à l'imortalité
, qui l'ont unanimement jugće bonne
& indubitable.. Après
OCTOBRE 1740 2139
Après ces témoignages , il ne faut point
demander où M. Rigord l'a prise ; de quelque
Lieu qu'il l'ait tirée , elle eft jugée bonne
par les Maîtres de l'Art , leur Jugement
eft fouverain ; & le P. Noris , quoi qu'il ne
Faitpas vûë & qu'il n'en parle que fur ce qu'on
lui en a écrit , en parle comme d'une Piece
d'une rareté & d'une conséquence extraor
dinaire .
J'ai vû. M. par l'Extrait que le Journal des
Sçavans nous a donné du Livre de M. Ciampini
, que par opus musivum , il n'entend pas
un Ouvrage à la mosaïque de la maniere que
nous l'entendons ordinairement , & qu'il.
donne à cette expreffion une explication fi
étenduë , qu'il semble s'être proposé l'explication
de la plus grande partie des Monumens
antiques qui reftent en Italie , & vouloir
nous donner une idée de tous les Ordres
d'Architecture dont les Anciens fe font
fervis dans les fiécles differens , felon leur
fortune & le goût de leur tems .
Je ne fçais , M. fi j'oferois hazarder de dire
qu'opus musivum veut dire opus magnâ arte
elaboratum . Ma conjecture eft fondle fur un
vieux mot que j'ai encore trouvé en usage
dans quelques Provinces où j'ai paffé , danslefquelles
, pour dire qu'un homme a été
long- tems à travailler à quelque chose , ondit
, il a musé long- tems.
Je
2140 MERCURE DE FRANCE
Je ne crois point qu'il faille chercher d'autre
explication à l'Opus Plumarium de Moïſe ,
que celle qui eft naturelle ; c'étoit une tapifferie
faite avec des Plumes de toutes fortes
doifeaux. Lorfqu'on prit le Mexique & le
Perou , on trouva dans les Palais des Rois
& des Grands Seigneur de ces Pays , des Tapifferies
de Plumes , travaillées avec un art
merveilleux.
J'ai vu d'ailleurs des ouvrages faits avec
des queues de Paon ,, qui font d'une beauté
enchantée ; & il ne faut pas douter que le
Peuple de Dieu ne fe foit fervi des plumes
des oifeaux , que le Pays leur fourniffoit
abondamment , pour orner le Tabernacle
du Seigneur , qui leur fervoit de Temple .
Ma pensée ne détruit point celle des Hebreux
, qui apelloient ces Ouvrages Opus co
gitantis , & Opus Cherubin.
L'Opus Cogitantis , explique qu'il falloit
une très grande induftrie pour bien apliquer
& fe fervir à propos des differentes plumes
des oifeaux ; & comme les Cherubins étoient
fur l'Arche , & qu'ils la couvroient de leurs *
aîles , qui font des plumes , c'eft fort à propos
que les Hebreux leur consacroient des
ouvrages de Plumes.
On cherche , M. très -fouvent des myfteres
& des allégories où il n'y en a point ; je
me fais une régle d'expliquer toujours , autant
OCTOBRE. 1740. 2141
tant qu'il eft poffible , toutes choses dans »
leur fens le plus naturel & le moins forcé : je
ne crois pas qu'on en puiffe donner un plus
naturel à l'Opus Plumarium , que celui que
je lui donne.
Il n'a point paru jufqu'à préfent , de Medailles
du Meurtre des Innocens . Cette action
étoit trop horrible pour être consacrée
à l'immortalité fur le cuivre , par celui
qui *
l'avoit faite ; & il étoit trop rédouté
, pour
qu'un autre que lui eût osé entreprendre de
faire fraper des Medailles qui l'auroient rendu
odieux à tous les fiécles & à toutes les
Nations .
La feconde Edition du Dictionaire des
Arts de M. Felibien eſt achevée , mais il n'y
a rien ajoûté ; ce Livre étoit devenu rare &
très cher , & on le recherche de tant d'endroits
, qu'il a fallu , pour fatisfaire le Public
, le réimprimer promptement ; ainfi ce
qu'il doit dire de l'Imprimerie eft reſervé à
une troifiéme Edition , & fur ce Chapitre il
ne dira que ce qui regarde la Méchanique de
L'Imprimerie , qui eft la feule chose à laquel
le il veut & doit s'apliquer.
L'observation que vous faites , qu'il feroit
à defirer que les Imprimeurs qui font des
nouvelles Editions , marquaffent l'année des ·
premieres , ne regarde pas le deffein de M.-
Felibien d'ailleurs , en l'état où l'Imprimeric
2142 MERCURE DE FRANCE
rie eft à préfent , elle feroit fujette à une infinité
d'omiffions , y ayant tel Livre , qui ,
depuis l'invention de l'Imprimerie , a été imprimé
plus de trois mille fois & en une infinité
de Lieux differens , ce que , ni les Auteurs
, ni encore moins les Libraires , ne peuvent
démêler.
pas
Il n'y a que 22. ans que vous avez donné
la premiere Edition de votre Livre fur l'Oraifon
de quietude ; il en a tant été fait d'Editions
differentes & en tant de Lieux , que
vous n'oseriez hazarder de donner au Public
la lifte des Lieux & des années où elles ont
été faites. Il eft vrai que tous les Livres n'ont
le même fort , ni tous les Auteurs une
onction pareille à celle que Dieu a versée fur
votre Ouvrage ; mais , du grand au petit, on
peut juger par cet exemple que l'exécution
de votre projet feroit prefque impoffible
ou inutile impoffible , parce que fi l'Auteur
d'un Livre de 22. ans ne peut pas fçavoir luimême
combien de fois fon Livre aura été imprimé,
comment voulez - vous qu'un Homme
de ce fiécle puiffe démêler toutes les impreffions
qui ont été faites depuis 2 50.ans, des Auteurs
anciens dans toutes les parties du Monde
? inutile , parce que s'il n'eft pas poffible
de faire la chose exactement , il vaut mieux
ne la point faire & laiffer ce foin à ceux qui
ont besoin de fçavoir les Editions differen-
:
tes ,
OCTOBRE. 1740. 2143
tes , d'en faire la recherche. M. Baillet dans
fon Livre des Jugemens des Sçavans , a marqué
, autant qu'il a pû , les differentes Editions
des Auteurs dont il parle ; mais il l'a
fait fans affectation , & comme en paffant ,
ne voulant pas être garant qu'il n'ait été fait
d'autres Editions que celles qu'il marque .
La feconde obfervation que vous faites ne
regarde point auf le deffein de M. Felibien.
C'est un bon avis à donner aux Auteurs , de
marquer dans les impreffions qu'ils font faire
de leurs Livres , les Endroits notables par
des caracteres differens ; mais comme M.
Felibien ne s'attache qu'à la Méchanique
cela n'eft point de fon fait.
Votre troifiéme obfervation eft très- bonne,
très- ingénieufe & très- utile , & s'il eft poffible
de donner aux Livres une odeur agréable
qui les préferve des tignes , c'eft une invention
qui feule feroit honneur à M. Feli
bien , mais il faudroit fur cela entrer dans
un plus grand détail , & lui expliquer ce que
c'eft que ce parfum dont vous parlez , & le
moyen de s'en fervir.
L'art. 4. fur la Colle , qui préferve les couvertures
des Livres des vers , & fur l'encre
qui fait le même effet fur le papier , mérite
auffi une plus longue explication , n'y ayant
rien de plus utile & qui convienne mieux au
deffein de M. Felibien..
L'art
2144 MERCURE DE FRANCE
L'art. 5. n'eft pas auffi fuffisamment détaillé
, c'eft le plus important de tous , &
dont M. Felibien doit faire deux des plus curieux
articles de fon Livre , puiſqu'il s'agit
des caracteres & du papier , qui font les deux
choses les plus effentielles à l'impreffion.
Le 6. art. qui regarde les chiffres & les nombres
, n'eſt point de notre deffein , & je ne
vous en dis rien , ni du 7. qui regarde la police
des impreffions.
Mais ce que vous observez du prix excesfifdes
Livres , pourroit engager M. Felibien ,
fans s'écarter de fon deffein , de nous donner
le détail du prix de chaque chose qui entre
dans la compofition des Livres , & de
fuggerer des moyens & des inventions d'imprimer
auffi bien , & même mieux qu'on n'imprime
, à beaucoup meilleur marché.
Sur le 8. art. je vous dirai que les Moines
de ce fiécle ne reffemblent point aux Moines
anciens. Ils croiroient fe deshonorer s'ils
s'apliquoient à l'Imprimerie , & je ne fçais
s'il conviendroit au Public qu'ils priffent poffeffion
de cette fonction ; quoi qu'il en foit ,'
cette vûë particuliere que vous avez , n'eſt
pas du fujet que M. Felibien doit traiter , &&™
cauferoit la ruine de tous les Artifans qui
travaillent à l'Imprimerie , lefquels ne font
eja que trop miferables.
Le 9. & le 10. art . font auffi de police.
J'ai '
OCTOBR E. 1740. 2145
J'ai dans ma Biblioteque le Livre dont vous
me parlez , qui eft l'Hiftoire de la Librairie ,
mais ce Livre ne dit rien de ce qui doit être
traité par M. Felibien.
Je fuis , Monfieur , avec toute l'eftime qui
eft dûë à votre mérite , votre très- humble &
très- obéiffant ferviteur. Signé , BEGON.
Je n'ai rien voulu retrancher , Monfieur ;
à cette Lettre de M. Begon , dont le principal
objet eft notre Medaille d'Herodes, parce
que je la trouve d'ailleurs curieufe, & je fçais
qu'il n'y a aucun genre de Littérature qui ne
vous faffe plaifir & qui puiffe vous être étran
ger. Je reviens à l'hiftoire de cette Medaille.
J'étois encore aux Pyrenées avec M. Rigord
, lorfque nous y aprîmes la mort du
Marquis de Seignelay , nouvelle qui fut un
contre - tems fâcheux pour mon Ami , qui
efperoit , avec raifon , de s'avancer fous fon
Miniftere . J'en fentis le contre - coup , car
il m'avoit pris quelque dévotion d'entrer
auffi dans la Marine , protegé par M. Begon,
parent de ce Miniftre , qui favorisoit d'ail
leurs les Gens de Lettres & c .
M. de Seignelay fut remplacé par M. de
Pontchartrain , depuis Chancelier de France
; M. Rigord acheva honorablement fous
ce nouveau Miniſtre , la penible Miffion des
Pyrenées , après laquelle il fe mit dans la
Robe *
2146 MERCURE DE FRANCE
Robe , & acheta la Charge dans laquelle il
eft mort à Marseille dans un âge avancé
en 1727. avec la réputation d'un Sçavant du
premier ordre , & de la plus exacte probité.
Pour moi , Monsieur , ayant formé aufſitôt
le deffein de venir à Paris , je me rendis
d'abord à Toulouse , où je fis quelque séjour
, & où je laiffai , entre les mains d'un
Magiftrat diftingué du Parlement mon
Exemplaire de la Differtation imprimée de
M. Rigord far la Medaille d'Herodes , que
je ne pus jamais retirer , & qu'il ne m'a pas
été poffible de remplacer d'ailleurs.
De Toulouse , je descendis à Bourdeaux
par la Garonne , d'où je me rendis à Xaintes
, où se trouvoit alors M. Regon , que
j'étois bien aise de faluer & de remercier ;
j'en fus reçû le plus gracieusement du monde
, & je ne le quittai qu'à regret ; j'eus auffi
du regret de ne point voir la Medaille en
queftion , dont ce fçavant Homme faisoit
tant de cas , parce que fon Cabinet d'Antiques
étoit à Rochefort , où il faisoit fon
principal séjour.
Sa Bibliotheque y étoit auffi par la même
raison , fur quoi il me dit , fort obligeamment
, qu'il avoit gardé le même arrangement
que je lui avois donné à Marseille ,
forfque j'en fis le Catalogue , un' peu avant
mon voyage du Levant.
M.
OCTOBRE.
1749. 2147
M. Begon a vêcu depuis jusqu'au 14. Mars
1710. & mourut âgé de 72. ans , méritant ,
par fes grandes & rares qualités , pour le bien
public & pour l'honneur des Lettres , de paffer
les bornes ordinaires de la vie humaine.
A fa mort , notre rare Medaille changea encore
de maître , en fortant tout- à-fait de fa
famille , ainfi que j'aurai l'honneur de vous
le dire en fon lieu dans une autre Lettre qui
fera la clôture de çe Mémoire. Je fuis ,
Monsieur , & c.
A Paris le 26. Août 1740.
*
EPITRE
MAROTIQUE.
A M. le Comte d'A ** , Chevalier de **
Capitaine au Régiment d' * *.
O U l'on m'a dit flateuse menterie 9
Ou bien devez , dans la quinzaine au plus
Venir revoir A ** votre Patrie.
Ja n'eft besoing , que d'abondant vous prie
De ramener le moult joyeux Bacchus ,
Ris , Jeux , Plaisirs , doulx suivans de Venus ;
Trop mieux je sçais que cette aimable Troupe,
Și ne vouliez la raporter en croupe ,
Se
2148 MERCURE DE FRANCE
Se nicheroit plûtôt dans vos Bahus ,
Que de souffrir que partissiez sans elle ;
Si qu'avec vous , Seigneur , les attendons.
Sur aultre cas partant nous vous mandons
Ung mot d'avis , que vous donne mon zéle :
C'eft qu'au départ ne soyez paresseux ,
Ains le bâtiez d'un jour , voires de deux ,
Et qu'en chemin chevaulchiez en grand course,
N'étoit que fût trop lourde votre bourse ;
Brief, plût au Ciel que le prompt Pégazus
Ne fût à moi ! feriez bientôt dessus ;
Ou bien qu'Amour vous ajustât son aîle.!
Bien entendu qu'il vous la reprendroit ,
Sitôt qu'ici de retour vous verroit .
Or , direz-vous , qu'eft- ce qui me rapelle
En si grand hâte au paternel manoir
Quand vous viendrez , fi le pourrez sçavoir :
Ce temps pendant venez sur ma parole.
Pourtant de peur que
fussiez en
esmoy,
Ou que prinssiez
comme
sémonce
folle
Ce mien escript , je dirois bien pourquoi
Je vous requiers de venir en grand presse :
C'eſt que je crains , qu'en tardant ung petit ,
Plus ne puissiez voir à votre apetit
Jeune beaulté , Syréne
enchanteresse
,
Prête à partir loin des bords A
sins ....
Pour faire ailleurs cuëillette de raisins.
Or ;
OCTOBRE. 2149 1740,
Or , seurement auriez moult de griesse ,
D'être venu trop près de son départ ,
Le lendemain , ou seulement la veille ,
Et de n'avoir point ou peu son regard.
Car telle eft bien cette jeune merveille ,
Que Chevalier , pour peu qu'il fût galant ,
Pour elle voir troteroit à grand erre ,
Maulgré dangier , depuis lointaine terre ,
Et l'ayant vûë il ne seroit content ,
Qu'à tout jamais ne la pût voir d'autant .
Ainsi ferez , car elle en vaut la peine .
Et tout premier , vous sçavez de son sang
Le clair renom , la noblesse ancie nne ;
Mais qu'ai-je dit ? En vain femme defcend
De vieille roche , et si feroit la vaine ,
Dès qu'elle n'a que trente-deux quartiers
Pour tout mérite , a donc les Cavaliers
་་་
Son arbre peint & généalogique
.....
Respectent fort , puis d'elle font la nique.
Qu'ainsi ne soit de la jeune M .
Les sentimens , l'air , les façons , la grace ,
Tout ce qu'elle est , sent une noble race ;
C'est comme en vous , jugez si je dis vrai ,
Entr'autres points j'en note trois en elle ,
Qui vous feront goûter la Damoiselle ,
Ou je dirai , je ne m'y connois pas.
C'est voix charmante , esprit gai , doulx ápas.
Par
2150 MERCURE DE FRANCE
Par le menu veux - je vous les déduire ?
Si je suis long , car comment l'éviter ?
Pour m'accourcir pourrez cesser de lire.
Cà , par sa voix ja vay donc débuter.
Grand dommage est pour fa gloire & mon lucre ,
Que cabalique ou physique leçon
Ne m'ait apris à dépeindre le son ;
Je gagnerois plus que Marchands de fucre ,
En dépeignant de sa tant doulce voix
L'accent distinct , la force harmonieuse ,
L'expression touchante et gracieuse ,
>
Le tremblant douix , plus que cil du hautbois ,
Dont les accords la secondent par fois.
Ce n'est là tout ce qu'il faudroit pourtraire :
Noble attitude , airs de tête charmans ,
Dans la mesure aimables mouvemens ,
Regards parleurs , souris fins , sûrs de plaire ,
Bref , tout ce qu'ont les Graces de naïf,
De noble aussi , d'aisé , de doux , de vif,
Accompagnans sa voix mieulx que la Basse ,
Font pourles yeux un concert si touchant ,
Que si quelqu'un , sans la voir , oit son chant ,
De la moitié du plaisir il se passe .
L'ai-je pas dit qu'avec de tels pourtraits
Je sçaurois bien faire tôt ma fortune ?
Non moins encor grossirois ma pécune ,
Scachant de plus dépeindre les attraits ,
Dont
OCTOBRE . 1740 215
Dont en naissant hoult fut favorisée :
De son gent corps tant la taille est pincée ,
Que la ceinture à la mere d'Amour
En feroit bien deux ou trois fois le tour.
Quand elle marche , ainsi marchoit Cypris ,
Seure , en allant devers le beau Paris,
D'ôter la pomme à plus d'une rivale.
Puis son visage est un rond presqu'ovale.
Son front sans ride est un parfait voultis.
Ses blonds cheveux sont filets et chaînettes ;
Où Cupido tient les coeurs qu'elle a pris .
Deux arcs mignons sont bien ses deux sourcis
Et de ses yeux partent promptes sagettes ,
Dont il n'est mie aisé de s'engarder.
Voulez sçavoir qu'elle couleur y brille
Croyez-vous donc que j'ose y regarder a
Or comme esprit fin et vif y petille ,
Ils m'ont paru de tout loin être pers
Tels que sont ceux de Minerve la fine .
Aussi les coeurs pour elle sont ouverts ,
Sans que parliez elle y perce et devine ,
Et sans parler se fait entendre aussi .
Mais quand ses yeux en regard adouci
Daignent changer leur vivacité grande ,
Est-il un coeur , tant soit - il endurci ,
A leur doulceur qui d'abord ne se rende ;
S'elle vouloit en recevoir l'offrande ?
Mais
152 MERCURE DE FRANCE
Mais de cela c'est son moindre fouci :
Je parle , au moins , des coeurs qui sont ici ;
Vienne le vôtre , ainsi qu'on vous le mande
Elle en seroit possible plus friande .
Le seriez-vous , vous même d'un beau teint
Comme à plaisir coquette se le peint ?
LaM ....là , pourtant rien n'y dépense :
C'est naturelle & parfaite nuance
D'un blanc de lait mêlé du plus beau sang.
7
Roses & Lys qui ne feroient que naître ,
Près de ce teint frais , vif , éblouissant ,
Bientôt mourroient de honte de paroître .
Jamais Strasbourg n'en eut de plus unis .
Mais ne nierai , que verole enfantine
De quelques trous ne l'ait marqué jadis :
Les ai comptés , une fois que je vis
Son oeil ailleurs , ils sont bien cinq ou six.
Or , grand plaisir nous fit cette maline
Laissant ces trous : ce nous sont à toujours
De bons garans , que sa cruelle envie
A la M ..... tours ne joiera plus de
Ains nous lairra ses beaultés et sa vie.
Quant à son nés , il est tel comme on lit ,
Que le vouloient Parthes à leur Princesse ,
Tel que celui que Fontenelle a dit
Donner un air de Marquise et Comtesse ,
Tel que l'avez, je veux dire aquilin ,
Mais
OCTOBRE. 1745. 2153
Mais en petit , comme étant féminin.
Voici sa bouche ; elle est des plus petites.
Or , lui disoient ses Maîtres à chanter ,
Meselle , il faut s'ung peu violenter
D'ouvrir la bouche , à tant que leurs rédites
L'ont fait grandir , ains d'un point seulement
Puis elle a bien tant d'autres beaulx mérites
Que du premier on la quitte aisément ,
La trouverez vermeille , apétissante ,
Bien façonnée , & voulentiers riante ;
Et quand à rire elle s'épanouit ,
Autour se fait mainte & mainte fossette
D'où maint amour , mainte grace doulcette
Dessort le bec , comme oiseaux de leur nid ,
Rit avec elle , avec se réjoüit .
Oh ! le beau pair que sa bouche & la vôtre ;
En gais propos l'une étant près de l'autre !
Oh ! qu'y viendroient & de ris & de jeux
Pour se gaudir & s'agacer entr'eux !
Quand vous ririez , ne seroit endormie ,
Verriez en elle enjoûment vertueux ,
Egale humeur , des ennuis ennemie ,
Comme chés vous , ne les connoissant,mie
Gayeté modefte , air à tems serieux ,
Esprit orné de monde et de lecture ;
Ainsi payeroit sans doute avec usure
Votre parler doulx , galant et joyeux.
Bij Ric
154 MERCURE DE FRANCE
Rien que pour voir essayez l'aventure
:
Point n'y fauldrez après cette escripture ,
Ou si veniez à tromper mon espoir,
Je vous croirois mué du blanc au noir.
***
DISSERTATIONfur la Cérémonie de
la Communion du Prêtre faite avec la main
gauche an S. Sacrifice de la Meffe , felon
l'ancienne Liturgie de l'Eglife de Paris.
A commodité qu'on a dans cette Capi
pitale , d'entrer dans les principales Bibliotheques
, qui y font en grand nombre ,
également enrichies de tout ce que les Manuscrits
ont de plus ancien , & l'impreffion
de plus fçavant & de mieux composé ,
m'ayant procuré l'avantage de pénétrer jusqu'à
celle de Mrs du vénerable Chapitre de
l'Eglise Métropolitaine de Notre Dame , parmi
plusieurs Manuscrits curieux qu'on y voit,
un ancien Miffel de ce Diocèse , écrit fur du
vélin en caracteres gothiques , qui contient
dans fa Liturgie la Cérémonie de la Communion
du Prêtre avec la main gauche au
S. Sacrifice de la Meffe me parut d'autant
plus digne d'attention , que je trouvai cette
coûtume conforme à celle qui étoit pratiquée
,
par
OCTOBRE. 1740. 2159
par les Cardinaux Prélats dans le XIII
fiécle , par l'Eglise de Meaux , & qui l'a
toujours été par les Dominicains. Quatre
Extraits qui fuivent , munis des Seings &
des Sceaux requis pour les rendre autentiques
& dignes de foi , vont être les preuves
folides de ce que j'avancerai au fujet de la
conformité de cette cérémonie dans les qua
tre Liturgies de Paris , de Rome, dè Meaux,
& des Dominicains.
Premier Extrait. Il est tiré du feuillet CXLII.
du premier Miffel dont je viens de parler .
la date de l'année ne s'y trouve pas , défaut
ordinaire de ces fortes de Livres , mais les
caracteres & le Calendrier de celui - ci , bien
examinés , donnent lieu de juger qu'il eft dur
XIV. fiècle . La Rubrique de la Communion
du Prêtre avec la main gauche , y eft
prescrite de la maniere qui fuit.
Sacerdos accipiat Patenam intactà Hoftiâ ,
ponat ad os et ad oculos &fignet fe illâ dicens :
Da propitius pacem & c. & deposita Patenâ &
discooperto Calice , accipiat Hoftiam & frangat
eam in tres partes dicens : Per eundem Dominum
&c. duas partes tenea in manu finiftrå
&tertiam in dexterâ dicens : Per omnia facu
la &c.Pax Domini fit &c.Agnus Dei &c. his
ponat in Calicem illam partem Hoftie quam
tenet in dexterâ dicens : Hac Sacro - Sanita
commixtio &c. pofteà det pacem.Oratio ad Pa
Biij trem :
2156 MERCURE DE FRANCE
;
trem : Domine sancte Pater : Oratio S. Auguſtis
ni ad filium QUEM ANTE SE TENET SACERDOS
: Domine Jesu Chrifte &c . Amen . COMMU
NICET SE fumendo Corpus sub fpecie panis dicens
: Corpus Domini nostri Jesu Chrifti custodiat
me & perducat in vitam æternam & c .
In quorumfidem &c, Parisiis die 12. Juni
1730. Cl. Andry Secret . V. Capituli prædicti
B. M. Locus figilli † . Le Célébrant divisoit
l'Hoftie fur le Calice en trois parties ,
& en retenoit deux avec fa main gauche jusqu'à
la Communion , & l'Oraison de S. Au
guftin au Fils de Dieu , Quem ante se tene
Sacerdos recitée , Communicet se , le Prêtre fe
communioit ; aujourd'hui le Prêtre recite
cette Oraison de S. Auguftin ayant les mains
jointes , & alors il tenoit le Corps du Fils
de Dieu en la disant & en donnant le baiser
de Paix ; preuve certaine , que n'étant pas
prefcrit de le changer avant que de commu
il le tenoit toujours de la main gauche .
M ****, qui a eu beaucoup de part à l'Edition
du nouveau Bréviaire de Paris publié
en 1736. & qui , par conséquent , peut juger
fainement des anciens Rits de cette Eglife
, m'a fait la grace de me dire , en 1739. que
la Communion du Prêtre avec la main gauche
étoit positivement dans cette Liturgie.
Le R. P. le Brun de l'Oratoire , en étoit fi
persuadé , qu'il a écrit , ainsi que je le dirai
nier,
dans
OCTOBR E. 1740
2157
dans la fuite que le Miffel des Freres Prêcheurs
doit être regardé constamment comme
Pancien Missel de l'Eglise de Paris. Onfçait
que ces Peres communient avec la main
gauche en célébrant la Meffe.
La même Liturgie eft imprimée dans un
autre Miffel de cette Eglise de l'année MDV.
que j'ai en main.
.Second Extrait . J'ai fait celui -ci dans
la Bibliotheque du Roy , fur un Manusckic
du XIII. fiécle , marqué Num. 4130. qui a
pour titre : Ceremoniale Romanum multiplex ,
où font prescrites , au feüillet LXXV . les
Cérémonies qu'il falloit observer lorsqu'un
Cardinal Evêque , célébrant folemnellement
la Meffe , étoit venu à la Communion , durant
laquelle il devoit Suivre les Rubriques
prescrites dans le feuillet XCII .
Pontifex autem datâ pace Capellano , con
vertens fe ad altare , inclinet ante Hoftiam &
Calicem , junctis manibus dicat reverenter
illas orationes : Domine Jesu Chrifte &c. fubfequenter
accipiens CUM DIGITIS SINISTRA
MANûs alias duas partes quefunt fuper Patenam
, fumat easdem cum omni reverentiâ , &
dum habet in ore facrum Corpus Domini , teneat
manus ante pectus juntas &c.
In quorum fidem &c. Parisiis die 7. Junil
1730. De Targny , Custos Manuscriptorum
Bibliotheca Regia.
Biiij Le
158 MERCURE DE FRANCE
Le Cardinal Evêque célébrant , ayant don
né la Paix à fon Aumônier , fe tournera du
côté de l'Autel , y fera une inclination devant
la Ste Hoftie & le Calice , & joignant
les mains , recitera dévotement ces Oraifons :
Domine Jesu Chrifte & c . & les autres qui fe
disent avant la Communion , felon qu'elles
font disposées dans le Miffel , & d'abord
après fubsequenter, prenant, AVEC LES DOIGTS
DE LA MAIN GAUCHE , les deux parties de
l'Hoftie qui font reftées fur la Pätene , il fe
communiera dévotement , & tant que le
Corps de JESUS - CHRIST fera dans fa
bouche , il tiendra les mains jointes devant
fa poitrine.
Il y a dans ce même Manuscrit , page
CCI. après les Cérémonies , une rélation
de ce qui fe paffa au fecond Concile de
Lyon en 1274. fous Gregoire X. faite par
un Ecrivain , qui , felon le P. Echard , T. r.
P. 144. Scrip. Ord. Prad. y avoit été préfent,
In Nomine Domini amen &c. Anno ejuf
dem M. CC . LXXIV. die Luna , VII . Maii ,
Indictione III . Congregato generali Concilio
per SS. Patrem Gregorium X. in majori Ecclefiâ
S. Joannis Lugdunenfis & c. La date
de cette Rélation prouve que la Cérémonie
en queſtion , qui précede dans ce Manuscrit,
devoit être bien plus ancienne.
Troisiéme Extrait d'un Miffel que les R. P.
Minimes
OCTOB R E. 1740. 2159
Minimes de Paris m'ont fait voir , imprimé
par l'ordre de M. Louis de Brezei , Evêque
de Meaux , Meldensis , chés J. Bonhomme
à Paris MDLVI . Les Rubriques y font bien
au long ; la main gauche tient deux parties.
de l'Hoftie fur le Calice , depuis la fraction.
jusqu'à la Communion , fans le moindreveftige
de changement. Le Prêtre disoit confitemini
&c. baisoit l'Image du Canon , en
ouvrant le Miffel.. Kirie cunctipotens : Kirie
Virginitatis amator &c. touchoit trois fois le
Calice avec la Patene ; terŝo ore cùm albâ brachii
sinistři , la main droite passoit fur les levres
ce linge du bras gauche , osculetur Sacerdos
Hoftiam & continuò det osculum pacis ; dicat
Orationes ad Patrem & ad Filium , fumat
Corpus Chrifti. Adjutorium &c. il n'y a pas
Domine non fum dignus , non plus que dans
les trois autres originaux que je raporte.
Quatriéme Extrait. Il est tiré d'un Livre
composé de 5oo. feuillets , intitulé : Eccle
fiafticum Officium fecundùm Ordinem Pradi
catorum. Il est écrit fur du vélin , & contient
le Bréviaire , le Miffel le Chant & les
Rubriques à l'usage des F. F. Prêcheurs
gardé foigneufement dans la Bibliotheque
de Couvent des Dominicains de Paris de la
rue S. Jacques , fondé depuis 1217.
Le tems auquel ce Livre a été écrit , fe
trouve à la page xxx . à l'occafion de la re-
Bv cherche
2160 MERCURE DE FRANCE
> cherche du Cycle Lunaire ou Nombre
d'Or , on y lit : Si vous voulez fçavoir , en
quel jour que ce foit de l'année , l'âge de la
Lune qu'il faut annoncer , prenez garde au
nombre du Cycle Lunaire de cette annéelà
que vous cherchez , fi c'eſt le dernier ou
le premier , comme dans la préſente année
M. C C. LÍV. aut primus ut in anno præfenti‹
M°. CC . LIV°. alors , fi c'eft le premier ,,
vous annoncerez chaque jour cette même
année le nombre marqué fur le petit a.
En effet , felon la fuputation de M. Du
Cange dans fon Gloff. page 253. Edition de
1710. le nombre du Cycle Lunaire étoit le
premier en 1254. & la Lettre Dominicale
D. ce qui fit que le 14. de la Lune tom-
Bant le Dimanche 5. Avril , on remit la
Fête de Pâques au Dimanche fuivant 12. du
même mois. M. Baillet la met aussi le 12 .
de ce mois & le 21. de la Lune , felon
l'Ordonnance du I. Concile de Nicée ; ainfi
cette époque répondant à l'année 1254. il
n'y a aucun lieu de douter que ce ne foit au
jufte l'âge fixe de ce Manuscrit , l'Empire
d'Occident vacant depuis la mort de
Frederic II. en 1250. jusques en 1273. que
Rodolphe fut élû , lequel étant décedé en
1291. eut pour fucceffeurs Adolphe , Albert,
Henri VII. de Luxembourg.
Au feüillet CCCXCIII. de ce Livre manuscrit,
OCTOBRE. 1740. 2161
nuscrit , il y a un Chapitre intitulé : Des Cérémonies
qu'il faut obferver à l'Autel , &
de la manière de communier ; après que le
Prêtre aura dit : Omni perturbatione fecuri ,
il découvrira le Calice , & y élevant l'Hoſtie ,
il dira , Per eundem &c. & la divisant en trois
parties , en mettra une dans le Calice & retiendra
les deux autres de fa main gauche
jusqu'à la Communion , usque ad perceptionem.
Cùm autem Sacerdos dixerit : Omni pertur
batione fecuri , detegat Calicem , & accepta
Hoftia dicendo per eundem &c. dividat Hoftiam
primò in duas partes , deindè partem
quam tenet in dextera , fuperponat in transversum
parti reliqua in ſiniſtrâ , & dividat
cam & in finistra retinens duas partes
J
USQUE AD PERCEPTIONEM cùm tertia
quam tenebit in dexterâ. Ad Pax Domini faciat
unam crucem &c . Agnus Dei &c . bac
Sacro Sancta commixtio , posteà Calicem osculetur.
Sacerdos itaque datâ pace Diacono ,
dicat orationem : Domine Jesu Chrifte &c.
Corpus Sanguis Domini & c. deindè inclinato
capite fumat corpus , posteà fumat Sanguinem
nihil dicens.
In quorumfidem & c. Parisiis die r. Julii
1730. F. Lud. Franciscus Mareillier, Doctor
Parisiensis , Prior Conventus & Collegii S.
Jacobi Parisiensis Ord. FF . Prædicatorum ,
Bvj Trois
2162 MERCURE DE FRANCE
Trois Decrets de trois Chapitres Géné-
Taux des Dominicains , rendent encore la
date du Manuscrit de 1254. évidente . Il fut
ordonné à celui de Bologne en Italie , tenu
en 1244. que les Définiteurs du Chapitre
prochain aporteroient de leurs Provinces , les
differentes façons d'y reciter l'Office divin &
d'y célébrer la Meffe , afin de parvenir à une
uniformité , pro Officio concordando Deffinitores
portent Rubricas Breviarii & Miffalis.-
Au Chapitre de Cologne en 1245. on délibera
qu'on choisiroit quatre Religieux pour
y travailler. Le P. Humbert , Provincial de
France , en fut un , & proprement le feul
qui s'en acquitta . Dans celui de Bude , tenu
en 1254. auquel Humbert fut élû Géneral ,
fon Ouvrage fut aprouvé . Confirmamus totum-
Officium fecundùm ordinationem & exemplar
V. P. Humberti Magiftri Ordinis. Ce vénerable
Auteur l'ayant composé à Paris ,Lieu
de fa réfidence , il y laiffa naturellement l'Original
, daté de l'année 1254. dont il y a des
copies , dit le P. Echard , aussi anciennes ,
qui furent diftribuées aux plus célébres Convents
, à Toulouse , à Bologne , à Salaman--
que &c. Le zéle des Dominicains alla , làdeffus
, jusqu'à fuplier le Pape Clement IV.
de vouloir bien défendre de jamais rien retrancher
de cet Ouvrage fans la permiffion
S. Siege. Ce que le Pape fit par une Bulle
donnée
1
1
OCTOBRE. 1740. 2163
donnée à Viterbe , les Nones , c'est - à - dire le
7. de Juillet 1267. la 3. année de fon Pontificat.
Inhibentes ne aliquis contra ordinationis
pradicta Humberti tenorem aliquid immu--
tare prasumat.
>
Humbert , qui fe démit de fa Charge en
1263. & fut nommé dans la fuite Patriarche
de Jérusalem, Dignité qu'il refusa , étoit encore
Géneral en 1256. qu'il eut l'honneur,felon
le P. Anselme, qui cite dans fon Hiftoire Génealogique,
T. I. p . 296. la Chronique de s'
Etienne de Limoges, d'être choifi par S. Louis
pour Parain de fon VI . Fils le Prince Robert
de Clermont , Tige de la Royale Maison de
Bourbon , lequel fut baptisé par Philipe , Archevêque
de Bourges. Ce même Fait eft raporté
par plufieurs Auteurs.
Dom Martenne , Benedictin , a fait imprimer
dans le T. VI. p. 379. Veter. Script.
le Manuscrit ancien d'un Anonyme que le
fçavant D. Mabillon avoit copié à Rome
dans la Maison des Dominicains de Ste Sabine.
Cet Anonyme raporte les raisons que les
Peres de Susate en 1415. & de Utine en 1437.
tous deux du même Ordre de S. Dominique,
donnent de la Communion du Prêtre avec la
main gauche ; elles font toutes myſtiques ;
les voici en peu de mots .
La main gauche étant , felon S. Grégoire
Pape , la figure de la Vie mortelle de Jefus
Chrift
2164 MERCURE DE FRANCE.
Chrift , terminée par le Sacrifice douloureux
de la Croix en communiant de cette main,
le Prêtre foûtient , avec l'Epouse des Cantiques
, la tête de JESUS mourant , lava ejus
fub capite meo , & confomme d'un même
côté le Sacrifice de l'Autel , qui renouvelle
celui de la Croix . C'eft d'ailleurs du côté
du coeur qu'eft le fiége de l'amour , pour y
imprimer , comme un cachet , notre divin
Epoux , à l'exemple de la même Epouse.
Pone me ut signaculum fuper cor tuum. C'eſt
dans ce deffein que l'Eglise veut que le Prêtre
place du côté du coeur le Manipule , simbole
d'un lien d'un amour éternel , & que
P'Epoux met l'anneau au doigt qui eft du côté
du coeur de fon Epouse , comme un gage de
leur mutuelle & inviolable fidelité . C'eft enfin
du côté du coeur , afin d'apliquer le fouverain
reméde à la fource des maux ,
& d'y
diffiper l'aveuglement des paffions , par la
préfence de celui qui eft la vraie lumiere.
Erat lux vera.
Mais la raison naturelle eft fi évidente ,
par raport aux Dominicains , qu'elle fe préfente
d'abord à tout homme qui y réflechit .
Comme chaque Fondateur d'Ordre Religieux
, a adopté ou composé la Regle & les
Cérémonies qui lui ont paru convenables ,
chaque Ordre auffi communie en fa maniere .
Ily en a qui communient fur la Patene avec.
la
OCTOBRE . 1740. 21654
I.
là main droite ; les Chaitreux avec les deux
mains ; les Religieux de Cîteaux , avec lefquels
S. Dominique travailla fept ans à la
conversion des Albigeois , communioient
alors fur le Calice avec les deux mains , au
raport du P. Martenne , T. 1. p. 186. des
Rits , & de Martinez à Prado , Dominicain,
Tr. de Euchar. q. 83. d. 2. ainsi que les
Carmes le font encore aujourd'hui ; & l'Ordre
des Freres Prêcheurs ayant adopté , à fa
naiffance , le Bréviaire de l'Eglise de Paris :
nous fommes attachés , dit l'Auteur du T. 1 .
de Juillet de l'année Dominicaine ; p . 525.-
àce que nous avons trouvé dans l'ancienne forme
de l'Office de N. D. de Paris . Le même
Ordre en fuivit auffi la Liturgie , felon la
remarque du P. le Brun , T. IV p. 48. de
fon Traité des Liturgies , lequel , après avoir
dit , l'Abbaye de S. Victor de Paris prit le´
Miffel de cette Cathédrale , ajoûté : » L'uninformité
du chant des Freres Prêcheurs avec
» l'ancien chant de Paris , la préparation du
vin & de l'eau dans le Calice avant la
» Meffe , le Confitemini & quelques autres
» Particularités qu'on voit dans le Miffel de
» Paris juſqu'en 1615. & que ces Peres ont
" TOUJOURS Confervées , doivent conftamment
faire regarder leur Miffel comme l'ancien
Miffel de l'Eglife de Paris , qui de leur
premier Convent de cette Ville , fondé en
95
1217
2166 MERCURE DE FRANCE
1217. s'eft étendu dans tout l'Ordre de S.
» Dominique , & p. 54. il dit , le P. Hum-
» bert de Romans , l'insera , dans un très-
» grand Volume in-folio écrit en 1254. qui
» eft fans doute l'Exemplaire que les Peres
» de cette Maison m'ont communiqué , &
qui eft un tréfor fans prix , contenant tous
» les usages Ecclefiaftiques & Conventuels.
ל כ
Le P. Echard parle auffi de ce Livre , T. 1 .
P. 144. & en particulier il s'étend fur la Cérémonie
de la Communion avec la main gauche
, qui y eft marquée comme étant refpectable
par la pratique des Cardinaux Evêques,"
ajoûtons, & par celle des vénerables Chapitres
& Evêchés de Paris & de Meaux , &
la plus sûre pour éviter la multiplicité & la
perte des Particules de l'Hoftie après la fraction
, en la tenant fur le Calice avec la main
gauche , pendant que la droite foûtient le
Calice & refte libre , afin de pourvoir à tout
accident fâcheux qui pourroit furvenir , ut
dextera libera Calicem ac totum Sacrificium
protegat. Ainfi les Dominicains se communient
à la Meffe , de tout tems & en tout
lieu , des deux mains , en recevant la Sainte
Hoftie de la gauche , & prenant le Calice de
la droite.
L'ancienneté fi vénérable de cete Ste Liturgie
, adoptée par les Freres Prêcheurs
jointe aux grands fervices que cet Ordre a
rendus
OCTOBRE. 1740. 2167
rendus à l'Eglise , ne contribua pas peu à en
gager les Peres du Concile de Trente , auquel
affifta Barthelemi des Martyrs , avec un
grand nombre d'autres Prélats & Docteurs
Dominicains , à n'y point toucher dans la réforme
qu'ils déterminerent de faire de quantité
de Cérémonies Ecclefiaftiques.
Enfin , le S.Pape Pie V.un des LXI . Cardinaux
du même Ordre , dont quatre ont été
Souverains Pontifes, élevé fur la Chaire de S.
Pierre en 1566. laiffa fes Freres dans leur
ancienne poffeffion pour le Bréviaire & pour
fe Miffel , lorfqu'en execution des Décrets
de ce Concile , il en fit imprimer de nouveaux
en 1570. Si Paris feul m'a fourni les
quatre exemples que je raporte , combien
en a- t'il que j'ignore ?"
A Paris , ce 1. Mai 1740. F. T.
LE PROCUREUR ET LA VILLAGEOISE
CONTE.
C'Est par ton ordre , & c'est , mon cher L....
Pour ton plaisir que ce Conte est rimé.
Parfait Ami , s'il n'a rien qui te choque ,
S'il te paroît passablement limé ,
Spar bonheur à rire il te provoque ,
Bref, s'ilte plaît , en ce cas , je me mocque
De
2168 MERCURE DE FRANGE
De mon Censeur le plus envenime.
Ton cher défunt , Des - Roches * tant aimé ,
Dont l'amitié constamment réciproque ,
N'apú céder qu'à la fatale Loy
Qui rend égaux le Berger & le Roy ,'
Dans ses Papiers en a laissé le thême.
Je l'ai rimé ; mais quoi ! Des - Roches même
L'auroit pu seul rendre digne de toi .
Un jour Margot , chétive Paysanne ,
Le coeur outré , vint chés Maître Robert
En son Métier Procureur tant expert ,
Qu'il n'ignoroit aucun tour de chicanne
Riche au surplus , grace à l'entêtement
Qui ruina maint Plaideur bas- Normand.
La bonne femme , après un préambule
Moitié civil & moitié ridicule ,
Pria Robert , au nom de tous les Saints
Du Paradis ( tant elle étoit émuë )
De vouloir bien , secondant ses desseins ,
Fonder pour elle , & puis lui mit aux mains
Certain Exploit , sujet de sa venuë ,
Et digne fruit d'un courroux insensé ,
Trop ordinaire au beau Sexe offensé.
L'Exploit est lû ; tous les Clercs font silence."
L'humble Margot , chaque fois que son nom
* Mercures de Septembre 1736. & d'Avril 1737.
ast sujet de M. Des -Roches.
Eft
OCTOBRE . 1740 . 2169
Est proferé , lâche une réverence .
Or il s'agit d'une Assignation
Bien & dûment commise à son instance ,
Four obtenir la réparation
De son honneur attaqué par Claudine ,
Sa pétulente & cauftique voisines;-
Pourquoi Margot demande en même- tems
Force interêts , dommages & dépens.
→ Quement , Moussieu , disoit notre Plaideuse ,
Avoir le front de m'apeller Volleuse !
Oh ! vertuchoux , je la menerai loin !
as Justice est là . ! j'ai pû d'un bon témoin ;
» Et piés qu'enfin l'affaire est entreprise ;
DJ'y magerai , jarni , s'il est besoin ,
Jusqu'à ma cotte & jusqu'à ma quemise.
» J'en ai juré : no - z- en verra l'effet.
» Or écoutez , Moussieu , que je s dise',
» Sans
brin
mentir
, quement
tout
c'a s'est
fait.
Et là des us la pauvre Creature
De point en point conte son avanture ;
Dans son récit ennuyeux , importun ,
Mettant vingt mots où l'on n'en vouloit qu'un ,
Et caquetant sur le ton le plus aigre .
Comme la Poulle étoit un peu trop maigre
Four un Renard qui n'étoit pas à jeun ,
Maître Robert , en prenant la parole ,
Alors tâcha de renvoyer Margot
Par ce Sermon : Quoi ! plaider pour un mor,
» Ma
176 MERCURE DE FRANCE
» Må bonne femme ! Hélas ! êtes- vous folle ? `
Qui veut plaider dans le siécle présent ,"
• Réüssit mâl s'il n'a beaucoup d'argent .
En avez- vous ? Soit dit sans vous déplaire ,
Il me paroît que vous n'en avez guere ,
Et je vous plains ; car enfin sans cela ,
›› Vous aurez beau chanter , Justice`est là.
Ainsi , Margot , si vous voulez m'en croire ,
» Vous jetterez votre Exploit dans le feu ,
» Et sagement vous perdrez la mémoire
» D'un mot qui n'est , tout bien pesé , qu'un jeu .
» Comptez-vous donc que toujours on vous flate "
» Ne pouvez - vous souffrir un pareil mot ,
→ Sans que soudain votre vengeance éclate ?
›› On est bien fou , pour ne pas dire sot ,
D'avoir l'oreille à tel point délicate !/
Tenez , voyez nous autres Procureurs ;
Il sembleroit qu'on 'auroit pris à tâche
De nous traiter tous les jours de Voleurs
» Et cependant nul de nous ne s'en fâche.
» Imitez - nous , Margot , vous ferez bien.
Ce nom , d'ailleurs , nous nuit - il ? Moins que rien .
» Ah ! ah ! Moussieu ; c'a , dit la Campagnarde
" Est different , car c'est , prenez- y garde ' ,
» Votre métier , mais ce n'est pas le mien.
FRIGOT.
SUITE
OCTOBRE. 1740.
2171
Atttttttttttt
SUITE de l'Essai d'un Traité Historique
de la Croix de N. S. JESUS - CHRISI.
VII. PARTIE.
Dfur le S. Sépulchre du Sauveur , dont
que le Temple magnifique , élevé
on a vû ci - devant la Description , eut reçû
fa derniere perfection de la main des Architectes
& qu'il eut été orné, embelli , & enrichi
de la maniere que l'Empereur Conftantin
l'avoit ordonné , ce grand Prince voulut
que la Dédicace en fût faire avec une pompe
& avec un éclat extraordinaire. Il jetta les
yeux pour procéder à cette augufte Céremonie
, fur les Prélats affemblés en Concile
dans la Ville de Tyr , pour la grande & malheureuse
Affaire de S. Athanase , & il leur
manda de terminer inceffamment leurs Séances,
& de fe transporter à Jérusalem, pour y
consacrer les Eglises qu'il y avoit fait bâtir.
Ces ordres regardoient particulierement celle
dont il eft parlé ci deffus , laquelle
differens noms , comme nous l'avons observé
; mais que pour éviter la confufion nous
nommerons ici la grande Eglise du S. Sépulchre
& de la Résurrection .
En même tems l'Empereur donna fes or
dres
4172 MERCURE DE FRANCE
dres pour que les Evêques fe rendiffent de
Tyr à Jérusalem avec toute la décence &
toutes les commodités poffibles , à fes propres
dépens. Il ordonna auffi à plufieurs de
Les principaux Officiers de s'y trouver , chargés
de grandes fommes d'argent , pour les
besoins des Prélats, pour le foulagement des
Pauvres, & des plus précieux Ornemens pour
en enrichir le S. Sépulchre de J. C.
,
En vain me fuis - je mis en état de rendre
ici par moi-même un compte fidele de tout
ce qui fe paffa à cette grande Solemnité, par
une Narration digne du Sujet . J'ai lû avec
attention ce que les Hiftoriens en ont dit ,
principalement ce qu'en a écrit le fameux
Eusebe de Césarée , témoin oculaire des
principaux Faits , le Perc & le premier Ecrivain
de l'Hiftoire de l'Eglise , Hiftorien particulier
de la vie du Grand Conftantin ; mais
je me fuis trouvé , dans l'execution , trop
foible copie d'un fi grand Original. Dans ces
circonftances j'ai cherché parmi les Modernes
qui ont eû occafion de traiter cette même
Matiere , de quoi fupléer à ma foibleffe ,
& je crois l'avoir trouvé dans le II . Livre de
P'Hiftoire de l'Arianisme du P. Maimbourg.
Je ne ferai point de difficulté d'employer ici
ce Morceau de fon Hift . e , lequel en fait
un des plus riches ornemens , en rendant en
même- tems à cet Ecrivain une juftice que
quelOCTOBRE.
1740. 2173
quelques nouveaux Critiques lui ont refusée,
reconnoiffant que fa plume a traité heureusement
, dignement & fidelement les plus
grands Sujets. Voici comment il parle dans
celui- ci.
An. 335. Pendant que ces choses fe passoient
à Tyr , ( C'est - à - dire au Concile assem
blé dans cette Ville , ) les Evêques reçûrent
un nouvel ordre (a ) de fe transporter au plûtôt
à Jérusalem pour la Solemnité de la Dédicace
du Temple nouvellement bâti au
S. Sépulchre. L'Empereur avoit déja convoqué
les autres Evêques de toutes les Parties
de l'Orient ; deforte que , s'y rencontrant
avec ceux de Tyr , on y vit une des plus belles
& des plus grandes Affemblées qui fe fit
jamais , outre la multitude infinie de Personnes
de toutes fortes de conditions , qui y
étoient venues de toutes parts , pour affifter
à cette célebre Céremonie. Conſtantin , qui
dix ans auparavant avoit été fi magnifique
dans Nicée , fe voulut furpaffer lui -même
en cette occafion , où il fit éclater fa pieté ,
par les effets , ou plûtôt par les profufions
d'une magnificence auffi Chrétienne que
Royale , & qui ne pouvoit être d'un
Maître absolu de rout le Monde . Il y envoya
fes principau Officiers , & fur tout
que
(a) Eufeb. de Vit. Conft. C. 44. c. Socr. L. I,
Cap. 22. Theodor. L. I. C. 31. Sozom. L. 2. C. 25.
Marianus,
174 MERCURE DE FRANCE
Marianus, Sécretaire de fes Commandemens,
auquel il donna charge de prendre foin de
cette Fête , & que rien n'y fût épargné , parce
que , outre qu'il l'aimoit fort , & qu'il le
connoiffoit très - capable de s'aquitter de ce
devoir , c'étoit un homme très - illuftre entre
des Chrétiens , pour la parfaite intelligence
qu'il avoit de l'Ecriture , & pour avoir glorieusement
confeffé la Foy durant les persécutions.
Il y aporta des Trésors ineftimables
en toutes fortes de Vases d'or & d'argent, en
Pierreries , en Meubles , en Ornemens précieux
, & en autres Présens Sacrés , en fi
grand nombre , qu'il y en eut affés pour en
composer un beau Livre , qu'Eusebe de Césarée
offrit quelque tems après a Conſtantin.
De plus , il fit traiter chaque jour à la Roya-g
le, tous les Evêques & leur fuite ; & quoique
Fannée fût ftérile , & qu'il y eût à Jérusalem
& aux environs une infinité de peuple accouru
de toutes les Provinces , il y eut néanmoins
une abondance extraordinaire de toutes
fortes de vivres , qu'il fit diftribuer aux
dépens du Prince , libéralement à tout le monde.
Il donna même de l'argent & des habits
à tous les Pauvres , afin qu'il n'y eût rien qui
ne parût avec bienséance dans une Fête où
l'on vouloit qu'il n'y eût rien qui ne lui fît
honneur
Tous ces ordres étant executés , on fit la
Consć
OCTOBRE . 1740. 2175
Consécration , & du Temple & des Vases
qui devoient fervir aux Saints Myfteres; & on
la fit avec tout l'apareil imaginable . Toute
l'Eglise étoit tendue des plus riches Tapisseries
du Monde. Le faint Autel étoit tout
éclatant d'or & de Pierres précieuses. Le Sépulchre
de J. C. brilloit par la majeſté de
fes ornemens , comme le Monument de fa
victoire . Pendant tout le tems que l'on employa
à une fi belle Solemnité , il n'y eut
presque point d'heure qui ne fût deſtinée
par les Evêques à quelque célebre action.
Les uns prêchoient , les autres interprétoient
les Saintes Ecritures . Ceux- ci faisoient de
doctes Conférences fur les Points de la Religion
; ceux-là prononçoient des Panégyriques
fur la fainteté de cette Fête , & à la
Toüange de l'Empereur. Les autres, que Dieu
n'avoit pas gratifiés de ces talens , s'occupoient
à offrir des Sacrifices non fanglans , &
à faire des consécrations Myftiques pour le
bien de l'Eglise & pour la prosperité de
Conftantin & de fes Enfans les Césars , comme
nous l'assûre en ces propres termes ua
de ceux qui eut le plus de part à une fi grande
célebrité , à laquelle il contribua & de
fes Ecrits & de fes Harangues . Enfin on pourzoit
dire qu'il n'y eut jamais rien de plus glo-
Tieux à l'Eglise , &c.
L'Aureur rentre ensuite dans fon Hiftoire
C &
2176 MERCURE DE FRANCE
& fait voir comment d'abord après la Cére
monie de la Dédicace , les Evêques Orthodoxes
s'étant retirés dans leurs Diocèses
ceux qui venoient de condamner S. Athanase
dans le Conciliabule de Tyr , fe trouverent
en état d'en faire tenir un à Jérusalem
pour rétablir les Ariens , &c. ce qui eft étranà
notre fujet. ger
J'y rentre pour reconnoître qu'il n'eft pas
douteux que c'eft dans ce fameux Temple ,
consacré d'une maniere si solemnelle ,,que fut
déposée la Partie la plus confidérable de la
Croix du Sauveur , que l'Impératrice Hélene
confia à la pieté du S. Eveque Macaire
en attendant l'entiere conftruction du Sanc
tuaire , qui lui étoit deftiné , comme nous
l'avons vû dans la IV. Partie de cet Ouvrage.
La Croix , ainfi déposée dans un Lieu fi
respectable , attira bien- tôt la vénération de
l'Eglise Orientale, & ensuite le culte de tout
le Monde Chrétien ; le concours fut grand
à Jérusalem dans tous les tems , fur tout aux
Fêtes que ll''EEgglliissee ne tardà
d'inftituer en
l'honneur de la Croix.
pas
La plus célebre de ces Fêtes fut celle que
nous nommons l'EXALTATION , marquée
dans le Ménologe des Grecs & dans le Ca
lendrier des Syriens , au 14. de Septembre ,
folemnisée auffi le même jour dans toute
Eglise Latine. Les Chrétiens Orientaux qui
parlent
OCTOBRE. 1740 2177
parlent Arabe apellent cette Fête Aid Al
Salib , la Fête de la Croix dans un fens abfolu
, pour la diftinguer des autres moindres
Fêtes , &c .
,
On trouve dans le même Ménologe de
l'Eglise Grecque , une autre Fête de la
Sainte Croix marquée au premier jour
d'Août, & ainfi défignée dans la Traduction
Latine de Genebrard : Proceffio Veneranda &
vivifica Crucis l'une & l'autre avec Vigile
Profeftum.
י
Je ne parle pas d'une autre moindre Fête
marquée dans ce même Livre , au 7. de Mai,
en ces termes : Commemoratio Signi Crucis
quod in Colo apparuit Hierosolimis sub noctis
tertium , Imperatore Conftantino à Sancto
Calvaria Monte per ftellas usque ad Olivarum
Montem , parce que ce Fait & ces expreffions
me font quelque peine , & me femblent mériter
en tems & lieu quelque discuffion. Les
Syriens ont auffi la même Fête & dans le
même mois dans leur Calendrier .
L'Exaltation de la fainte Croix étoit, comme
on vient de le dire , la premiere & la
plus célebre de toutes ces Fêtes. Elle étoit
dans toute fa vigueur dans le V. fiécle ; ce
qui paroît principalement par l'Hiftoire mémorable
de Ste Marie d'Egypte , que Dieu
oucha d'une maniere fi admirable au milieu
fes plus grands désordres , dans l'Eglise
C ij
&
2178 MERCURE DE FRANCE
& dans le tems de la Solemnité dont nous
venons de parler. Personne dans le Monde
Chrétien , n'ignore cette Hiftoire , que nous
avons, élegamment écrite en François d'après
les Auteurs Originaux , dans le fecond des
deux volumes in- 12 . intitulés : LES VIES des
Saints Peres des Deserts , &c. de la compofition
de M. de Villefore , imprimés à Paris ,
chés Jean Mariette en 1706. avec des Figures
très - bien gravées.
Il eft à présumer que cette grande dévotion
à la Croix , & cet empreffement universel
de venir l'adorer dans le Temple qui lui
étoit particulierement consacré durerent
jusqu'au temps fatal à la Religion & à l'Empire
Romain, auquel la Ville de Jérusalem fut
entierement désolée , le Temple , dont nous
parlons , ruiné , & le Sacré Bois de la Croix
emporté en une espece de Captivité, comme
je vais le faire voir avec le plus d'exactitude
& de briéveté qu'il me fera poffible,
Au commencement du VII. fiécle de J. C.
dans le tems que les renes de l'Empire Romain
étoient tenues par le cruel Phocas , ennemi
de toute juftice , qui avoit détrôné &
fait mourir l'Empereur Maurice , fon Prédeceffeur
, regnoit en Perse l'un des plus Puissans
& des plus ambitieux Monarques de
l'Afie , auffi célebre par fes prospérités , que
par fes disgraces. Nos Ecrivains l'apellent
Cosrocs
OCTOBRE. 1740. 2179
Cosroes II. du nom , & paroiffent fouvent
mal inftruits fur fon fujet , quelques - uns même
le confondant avec fon Aycul. Selon les
Auteurs Orientaux , fon nom Persan eft
Khosrow Ben Hormon ; c'est le nom , dit
P'Auteur de la Bibliotheque Orientale , de
Kosroa Parviz XXIII. Roy de Perse , de la
Dynaftie des Saffanides ou des Krosroës, qui
eft la IV. des Rois de Perse , fils de Hormont
ou Hormisdas & petit -fils de Chos
roës Nouschirvan , Al Adel , ou le Juſte ,
fous le Regne duquel nâquit le faux Prophete
Mahomet.
Le Prince Persan dont il eft ici queftion,fut
très-malheureux au commencement de fon
Regne , par la continuation des factions qui
avoient ôté la Couronne & la vie à fon Pere,
& fut enfin contraint de prendre la fuite &
de fe retirer à la Cour de l'Empereur Maurice
, qui le reçut fort bien & lui donna enfuite
fa fille en mariage ; elle eft nommée par
quelques -uns Marie , & par d'autres Irene';
ce qui eft plus vrai -femblable , parce que les
Persans Papellent Schirin , en leur Langue ,
mot qui fignifie paisible, doux , & c. ainfi eftelle
apellée dans plufieurs Poëmes Turcs &
Persans , composés fur ce Mariage , intitulés
Khosron & Schirin.
Cosroës demeura près de deux ans à la
Cour de l'Empereur Grec , fon beau - Pere
C iij
›
qui
2180 MERCURE DE FRANCE
qui lui donna une puiflante Armée , fous la
conduite de fon propre fils , nommé Nathous
par les Ecrivains Persans , pour le rétablir.
Avec ces forces il entra dans la Médie , où
il trouva fes Ennemis , auffi à la tête d'une
forte Armée. La Bataille fe donna & les deux
jeunes Princes la gagnerent. Le Roy de Perse
entra ensuite triomphant dans la Ville de
Madain,Capitale de festEtats , où il reçût des
Ambaffades & des Présens de toutes parts.
Il combla d'honneur & de bienfaits les
Grecs qui l'avoient fi heureusement fervi , &
il les congedia , après avoir rendu à l'Empereur
Maurice plufieurs Villes , que fon Pere
& fon Aycul avoient prises fur l'Empire
Romain dans la Mésopotamie.
Mais 14. ou 15. ans après, les choses changerent
de face. L'Empereur Maurice , que
Cosroës regardoit comme fon Pere fut
cruellement mis à mort avec tous fes Enfans,
à la réserve d'un feul , qui s'étoit réfugié à fa
Cour. Cosroës fit aux Grecs une cruelle
guerre , & leur enleva en fort peu de temps ,
non -feulement ce qu'il leur avoit rendu ,mais.
encore plufieurs des plus confidérables Vil
les de la Syrie.
Cependant Cosroës ne put avec toutes
fes forces rétablir le fils de l'Empereur Maurice.
Phocas , l'affaffin de fon Pere , qui avoit
usurpé l'Empire , cut pour Succeffeur Heraclius
OCTOBRE. 1740. 2181
elius ou Hercules , & la guerre continua encore
long- temps entre les Grecs & les Perses
,guerre qui fut enfin très- funefte à Cosroës.
On a fuivi dans ce Narré l'Hiftorien
Persan Khondemir , qui a écrit un Abregé de
P'Hiftoire Universelle , eftimé chés les Orienfaux
, en omettant ici bien des choses curieufes
, qu'il dit du même Prince Persan , mais
qui m'écarteroient trop de mon objet principal.
Voyons dans un autre Ecrivain Oriental
ce qui concerne le même Prince par raport
à cet objet.
Said Ebn Batrik , ou Eutychius , Patriarche
Orthodoxe d'Alexandrie, qui a vécu dans
le IX. & dans le X. fiécle , & qui a écrit en
Arabe une Hiftoire Universelle traduite en
,
Latin par Pocok , Profeffeur des Langues
Orientales au College d'Oxford , dir que
Cosroës , après avoir été rétabli dans fes
Etats par l'Empereur Maurice , lui demanda
fa fille en mariage. Maurice lui fit réponse
qu'il ne pouvoit pas la lui accorder , s'il ne
fe faisoit Chrétien. Cosroës , qui aimoit
paffionément cette Princeffe , fit tout ce qu'il
fouhaitoit ; mais ce fut contre le fentiment
des Grands de fa Cour , qui lui avoient représenté
que les Chrétiens n'observoient pas
les Traités qu'ils faisoient , & qu'on ne pou
voit pas fe fier à leur parole .
Suivant le même Auteur , Cosroës décla
Ciiij LA
2182 MERCURE DE FRANCE
ra la guerre à Phocas , pour venger la mort
de Maurice , fon beau pere. La Ville de Damas
, puis celle de Jérusalem , furent prises
avec l'aide des Juifs , & dans cette derniere
Ville ils firent un terrible carnage , & désolerent
toutes choses. Il ajoûte que le Patriarche
Zacharie fut fait prisonnier, & que parmi les
plus riches depouilles , on emporta le Pal de
la Croix de J. C. que Marie, Reine de Perse;
femme de Cosroes , qui étoit Chrétienne ,
obtint de lui , avec la liberté du Patriarche ,
& qu'elle garda avec grand foin cette précieuse
Relique.
Un autre Hiſtorien , Aboulfarage , a écrit
d'autres particularités de la Vie & du Regne
de Cosroës. Ce Prince , dit- il , ayant été
obligé d'abandonner ſa Capitale & de pren¬
dre la fuite , arriva à la Ville de Menbage ,
travesti en gueux ; il écrivit de- là à l'Empereur
Maurice , pour lui demander fa protection
. Ce Prince lui fit une reponse favorable,
& l'affifta ensuite d'un fi puiffant ſecours
qu'il lui donna le moyen de vaincre l'Usurpateur
de fa Couronne , dans une Bataille
qui fe donna entre fes Villes de Madain &
de Vaffeth , & de remonter fur fon Trône.
En reconnoiffance Cosroës rendit aux
Grecs les Villes de Dara & de Miafarekin ;
& fit bâtir dans la derniere deux Eglises aux
Chrétiens , l'une en l'honneur de la Sainte
Vierge,
OCTOBRE. 1743. 2183
Vierge , & l'autre de S. Serge , Martyr ; mais
quand il eut apris que Maurice , qu'il apelloit
fon Pere, avoit été affaffiné , il fit la guerre
à Phocas , & reprit les Villes de Dara ,
d'Amid & d'Alep.
L'Empereur Heraclius , Succeffeur de
Phocas , lui envoya des Ambaffadeurs
, pour
demander la paix , mais il la refusa , & continuant
de lui faire la guerre , comme il
l'avoit faite à Phocas , il prit Antioche , Apamée,
Emefle & Césarée ; il affiégea ensuite &
prit Jérusalem, & trois ans après Alexandrie ,
& toute l'Egypte avec la Natolie . Il penetra
peu de tems après du côté de Conftantinople
par l'Afie Mineure , jusqu'à Calcédoine ,
qui fe rendit..
Il fit , fous le même Regne d'Heraclius, la
conquête de l'Isle de Rhodes , mais la même
année , qui étoit la XV. de ce Regne , la
fortune changea en faveur d'Heraclius , qui
défit Cosroës , & prit la Ville de Madain ,
Capitale de fes Etats , ainfi parle Aboulfarage
, & fon narré s'accorde avec celui de Kon--
demir & de Said Ebn Batrick, principalement
pour ce qui concerne la prise de Jérusalem..
L'année de cette prise varie cependant , mê
me chés les Orientaux .
Le P. Labbe , dans fon Abregé Chronolo
gique de l'Hiftoire Sacrée & Profane , II.
Partie , Edition de Paris , 1665. la place
CV fous
2184 MERCURE DE FRANCE
fous l'année 614. " Au mois de Juin , dit-il,
» Jérusalem fut prise par les Perses , les Temples
brûlés , le Bois de la Ste Croix enlevé
» avec le Patriarche Zacharie , &c.
"
Qu'il me foit permis de demander ici à
ceux qui veulent que la grande Eglise qu'on
voit aujourdh'ui à Jérufalem , & qui eft le
principal objet du Pelerinage de la Terre
Sainte , foit la même Eglise , ou partie de
celles qui furent bâties par les ordres du
Grand Conftantin , & qui comprenoient ,
comme fait celle d'aujourd'hui , les précieux
Monumens de la Mort , de la Sépulture &
de la Résurrection du Sauveur , qu'il me
foir , dis -je , permis de leur demander comment
cette creance peut jamais s'accorder
avec le témoignage unanime des Hiftoriens
, qui nous affûrent que tous ces Temples
furent entierement brûlés , ou désolés parÎ'Armée
de Costoës , qu'un esprit de vengeance
& de haine animoit, particulierement
contre les deux Empereurs Grecs , fuccesseurs
de Maurice ?
On peut donc dire avec une certitude morale
& hiftorique des mieux fondées, qu'il ne
refte plus aujourd'hui aucun veftige de tous.
ces Bâtimens primitifs , fi vaftes , fi magnifiques
, conftruits dans la Ville de Jérufalem
par les ordres de Conftantin , & que loin d'avoir
fubfifté jusqu'à notre tems, ils n'ont duré
qu'environ
OCTOBRE. 1740. 2185
qu'environ 293.ans; fçavoir, depuis la 27. année
du Regne de Conftantin, fon Fondateur,
jusqu'à la 26. de celui d'Heraclius , fous lequel
il furent détruits , comme je crois
Pavoir démontré.
J'ai déja dit ailleurs que l'erreur contraire
à cette vérité , doit particulierement fon origine
& fon progrès aux Relations imprimées
de quelques Voyageurs peu éclairés , qui ont
pris bonnement l'Eglise d'aujourd'hui, pour la
même, ou pour les mêmes Edifices que Constantin
& Ste Helene firent conftruire à Jérusalem,
après l'heureuse découverte de la Croix .
J'ai ajoûté l'exemple récent d'un Pelerin mo
derne de Jérusalem , Homme d'esprit & de
mérite,qui étoit fort préoccupé de cette fauffe
opinion, lequel pris pour arbitre d'une contestation
,formée ſur ce fujet , s'en expliqua en ma
présence fuivant fon préjugé , de la maniere
que je l'ai raporté , Partie VI. de ce Traité ,
dans le Mercure d'Octobre 1739. pag. 2355 .
J'ajoûterai ici que cet Homnie d'esprit &
de mérite étoit en même tems l'un de mes
meilleurs amis , qu'il s'étoit enfin rendu à la
vérité reconnue & qu'il étoit tout prêt de lui
rendre témoignage en toute occafion , lorsqu'il
eft mort ; il mourut le 21. Mai dernier ,
âgé de 82. ans , dans la Maison des RR . PP.
de la Doctrine Chrétienne , où il s'étoit retiré
depuis la mort du Cardinal de Noailles .
C vj
Plufieurs
2186 MERCURE DE FRANCE
Plufieurs Personnes reconnoîtront , fans
doute , que je veux parler ici de M. N. Maunier
, Chevalier de l'Ordre de N. D. du Mont
Carmel & de S. Lazare de Jérusalem , Chevalier
aussi du S. Sépulchre , lequel étoit né à
Alep en Syrie, quoique François d'origine,fon
Pere d'une bonne Famille de Marseille ,s'étant
établi à Alep pour le Commerce , après y avoir
épousé une fille d'une des meilleures Familles
Catholiques Syriennes de cette Ville .
J'aurai occafion de m'étendre ailleurs fur
la vertu de cet Ami, & fur fa capacité dans la
Litterature Orientale ; en attendant je dirai
ici deux mots d'une autre conteftation furvenuë
entre nous, par raport encore au fameux
Temple dont il eft ici queftion. Perfuadé
que cet Edifice a fouffert de grandes disgraces
en differens tems , qu'il a été rebâti plus
d'une fois ; & voulant lui prouver cette vérité
, je lui alleguai un jour ce que je venois
de lire dans la Bibliotheque Orientale , fçavoir
, qu'un des Califes , fucceffeur de celui
qui avoit fait la conquête de la Syrie , fit totalement
ruiner & détruire l'Eglise du S. Sépulchre
, telle qu'elle fe trouvoit après avoir
été rebâtię depuis la défolation de Kosroës, &
après que la Croix eut été raportée de Perse à
Conftantinople, & puis à Jérusalem, C'étoit,
disoit ce dévot Calife, pour empêcher la con
tinuation des Exercices fuperftitieux des
Chrétiens
OCTOBRE 1740 2187
Chrétiens dans ce Temple, dont la célebrité
attiroit d'ailleurs tant de monde de toutes les
Parties de l'Occident. *
sus ;
La chose fut executée , l'Eglise totalement
démolie , & la Ville de Jérusalem renduë
presque déserte par cette démolition. Là desle
Calife écouta de fages Remontrances
que lui fit fon Premier Miniftre , & fe laiffa
enfin fi bien persuader par les motifs de l'in
terêt plus forts en lui que ceux d'une Religion
mal entendue , que les Chrétiens eurent
en peu de tems la fatisfaction de voir élever
par fes ordres & à fes dépens , une nouvelle
Eglise de la même grandeur & de la même
beauté que la précedente, & toutes choses retablies
en leur premier état. Ce Prince , de fon
côté, vit bientôt augmenter fes revenus par le
grand concours des Pelerins , qui continuerent
de venir en foûle à Jérusalem, en payant,
comme auparavant , une taxe , qui , fans être
exceffive , ne laiffoit pas de produire des fommes
confidérables .
Ce Narré , dont je donnerai les preuves
en tems & lieu , fit quelque impreffion fur
l'esprit du Chevalier Maunier , mais il ne le
persuada pas ; nous devions dîner ensemble
quelques jours après à la Doctrine Chrétienne
, & discuter plus particulierement cette
matiere . C'étoit dans le tems des derniers
jours gras , circonftance qui rompit la partie .
&
2188 MERCURE DE FRANCE
& qui me procura : la Lettre que voici
" Je n'ai pas été , Monfieur , à S. Victor
» chés M. l'Abbé Gauderau , pour le
prier d'être de notre Conférence , parfouvenu
de vous » ce que je ne me fuis pas
» dire que Dimanche , Lundi & Mardi nous
» avons ici les Prieres des Quarante heu
res ; il ne feroit pas décent de manquer à
" l'Office & aux Sermons qui fe font dans .
»ces trois jours. Remettons donc , s'il vous
plaît , la partie après Pâques..
90'
Je vous envoye un Ouvrage du fameux
» M. du Guet , où vous trouverez peut - être
» ce que vous cherchez fur l'Eglise du Saint
Sépulchre de Jérusalem , &c.
"
" Je vous envoye en même -tems des Reliques
, pour ainfi- dire, de la même Eglise ..
Lorsque j'eus le bonheur de la voir , il y a
» bien des années , je ramaffai une poignée
»de petits fragmens de la Mosaïque , dont
"font incruftés quelques Endroits de cette
"
magnifique Eglise ; je vous en envoye
» trois ; il en tombe de tems en tems , qui
» laiffent imparfaites les Figures que compo ,
" soit cette Mosaïque
و د
Cela , au refte , m'empêche de croire que
» les Infideles ayent fait une fi prodigieuse
* Cet Abbé eft retiré à l'Abbaye de S. Victor depuis
fen retour de l'Orient , & après avoir ut : lement fervi
le Roy en des occafions importantes , ¿c.
dépense
OCTOBRE. 1740. 2189
dépense , que de rebâtir cette Eglise avec
» tant de magnificence ; je ne fçais même , M.
» fi quelque Prince Chrétien , après Conftan
» tin , auroit pû le faire. Vos Recherches &
» vos lumieres nous inftruiront là - deſſus..
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , les 3. Février 1739.
J'ai eû depuis tout le tems de m'entrete
nir là deffus avec ce vertueux Ami , de répondre
à fes doutes , & de le faire revenir
enfin de fes préjugés , comme je l'ai dit cidevant.
;
Mais il eft tems de finir cette Partie de
mon Traité. Je commencerai la VIII. par
l'heureuse Epoque du retour du Bois Sacré
je parlerai de fon transport dans la Ville
Sainte , & de fa réception dans le nouveau
Temple deftiné à la confervation..
*
****************** : *
LE
ROSSIGNOL ,
LA
FAUVETTE ET LE COUCOU,
Pour le
FABLE.
Our - les tendres accens d'un jeune Rossignol
Une Fauvette étoit indifferente .
Il prodiguoit fans cesse & bécare , & bémol ,
Et vouloit , mais en vain , engager l'inconstante.
Ello
2190 MERCURE DE FRANCE
Elle ignoroit le prix d'une sincere ardeur.
Amoureuse , fans être tendre ,
Elle ne donnoit point fon coeur ,
Que ce ne fût pour le reprendre.
Un Coucou cependant s'en croyoit possesseur
Et craignant le retour de ce même caprice
Dont il tenoit tout fon bonheur ,
Et pour tout dire enfin , que , lui rendant juftice
Sa volage Maîtresse éprise d'autres feux
Ne rebutât enfin fon hommage & les voeux
De la tenir dans une gêne auftere
Il faifoit fes foins les plus doux .
Le beau chemin pour plaire !
Mais l'Amour aisément abuse les Jaloux.
Le Rossignol qui guettoit le moment .
D'en pouvoir faire fa Conquête ,.
Pour y mieux réussir , choisit un jour de Fête
Dont ne pouvoit absolument ,
Se dispenser notre lugubre Amant ;
Il fe vit obligé de quitter fa Maîtresse.
A peine eft-il parti , que par les plus doux tons
L'amoureux Rossignol auprès d'elle s'empresse ,
Et parvient aisément par fes jolis frédons.
A la persuader de fa vive tendresse.
Au bruit des plus aimables chants
Elle écoûte , & répond à fon charmant ramage
Pour être heureux en faut- il davantage ?
Tous
OCTOBRE . 1740. 2191
Tous deux amoureux & contens
Passoient les plus heureux inftans
Dans le plus tendre badinage.
Ces Amans enchantés , & ravis de leur choix
S'aimant , se le disant fans cesse
S'abandonnant à leur tendresse
Ր
,
Aux dépens du Coucou , rirent plus d'une fois,
Esperez tout de la constance
D'un sincere amour ;
Amans , il vient un jour
Qu'elle a fa recompense.
Toul .: ?
1
QUESTION IMPORTANTE
jugée au Parlement de Paris.
S Cavoir si un Apoticaire peut être Légataire
universel de celui à qui il fournissoit
les médicamens , & fingulierement
pendant fa derniere maladie.
FAIT.
En 1716. Marie - Anne Monjot , déja avancée
en âge , épousa le Sr. de la Croix , Marchand
Tapissier à Paris ; quelque tems après
for mariage elle devint infirme.
Sont
1192 MERCURE DE FRANCE
Son mari lui procura la connoiffance du
fieur Piat , Marchand Apoticaire à Paris ,
feur proche voifin , & de plus fon Ami &
fon compatriote , qui leur fournit les diogues
dont ils eurent besoin , & notamment
à la Dame de la Croix pendant fa derniere
maladie , dont elle déceda en 1735 .
Le 4. Juin 1735. la Dame de la Croix
qui étoit alors âgée de 76. ans fit fon Testament
pardevant Notaires, par lequel elle institua
le fieur Piat, Apoticaire , fon Légataire
universel , & ne légua au fieur de Loncourt
fon neveu & fon Héritier présomptif, qu'une
fomme de soo. livres : elle figna ce Testament;
fix jours après, la Teftatrice mourut.
Le fieur Piat , ayant formé au Châtelet fa
demande en délivrance de Legs universel ,
te fieur de Loncourt , Héritier , lui oposa
qu'ayant été l'Apoticaive ,de la Testatrice
notamment dans fa derniere maladie , il étoit
incapable de Legs , & furtout d'un Legs universel
aussi considerable que celui dont il
étoit queftion , qui , fuivant l'Héritier , montoit
environ à 80090. livres.
Le fieur de Loncourt fit interroger le Sr
Piat fur faits & articles ; il fit faire une Enquête
pour prouver les faits par lui avancés ;
il insista aussi pour avoir , avant toutes choses
, communication des Regiftres du fieur
Piat.
Ea
OCTOBRE. 1740:
2195
En cet état , intervint Sentence qui fit délivrance
au fieur Piat du Legs universel. Le
fieur de Loncourt ayant interjetté apel de
cette Sentence , mourut quelque tems après.
Le fieur Piat fit élire un Curateur à la fucceffion
vacante du fieur de Loncourt , qui
déclara qu'il n'entendoit former fur l'apel aucune
contestation .
Le fieur Piat fit aussi affigner en reprise la
veuve du fieur de Loncourt ; il obtint contre
elle deux Arrêts par défaut , faute de défendre
, qui lui adjugerent fes conclufions :
mais comme cette Veuve etoit encore mineure
, la Dame le Brun , fa mere , lui fut
nommée pour Tutrice , & en cette qualité
elle reprit l'Instance , & fit voir que fa fille ,
comme Créanciere du feu fieur de Loncourt
fon mari , pour fes reprises & conventions
matrimoniales , avoit interêt d'empêcher l'ef
fet du Legs universel , & foûtint que ce Legs
étoit nul , étant fait à une perfonne incapable.
d'en profiter.
Cet apel porté en la Grand'- Chambre,y fut
apointé au Raport de M. de Benoise , Con
seiller.
De la part de la Dame le Brun , pour établir
l'incapacité du Légataire universel , on disoit
que la fuggestion n'employe pas toujours la
force & la contrainte ; que la fimple persuasion
continuellement employée lui fuffit ,
qu'elle
194 MERCURE DE FRANCE
qu'elle captive la volonté avec d'autant plus
de fuccès , qu'elle entraîne le consentement,
persuadere plus est , quàm cogi fibi parere.
Ainfi l'empire attaché à de certaines qualités
ou fonctions , rend volontaires des actions
, quoi que vivement fuggerées , rapuit
me volentem , fed fecit ut vellem.
Les Actes de derniere volonté font plus
fusceptibles que d'autres , d'impressions étrangeres.
Un Malade accablé , dans l'esperance
de prolonger fa vie , fe dépouille aisément
de fon bien au profit de ceux dont il attend
du fecours.
Mais ces fortes de dispositions font reprouvées
par l'Ordonnance de 1539. Art. 131 .
qui déclare nulles toutes dispositions entrevifs
ou testamentaires , faites au profit des
Tuteurs , Curateurs , Gardiens & autres Ad
miniftrateurs.
L'Ordonnance de 1549. contient une pareille
prohibition . L'Art . 276. de la Coûtume
de Paris rapelle cette disposition , & dé
fend à ceux qui font fous la puiffance des autres
, de leur donner directement ou indirectement
.
Sous le terme générique d'Administ₁ateurs
, on a compris les Précepteurs, Regens,
& Gouverneurs , les Communautés où le
Testateur est en pension , les Confesseurs
& Directeurs de conscience , les Monafteres
rélativement
OCTOBRE. 1740. 1195
rélativement à ceux qui y font profession ,
les Juges , les Avocats , Procureurs & Solliciteurs
pendant le cours du Procès , les
Médecins , Chirurgiens & Apoticaires.
Duplessis , Tronçon , Ausanet , le Maître
& Ricard , tiennent que les Apoticaires font
absolument incapables de recevoir aucun
Legs des Malades auxquels ils ont fourni des
semedes pendant la maladie dont ils font
décedés , & dans laquelle ils ont fait leur
Testament , imperatoribus una medicina im
perat.
La Loy Si Medicus 3. ff. de extraord. cognit.
prouve la nécessité qu'il y a d'ôter aux Malades
la faculté de faire aucuns Actes au profit
de leurs Médecins : cette Loy raporte
l'exemple d'un Médecin qui mit fon Malade
en danger de perdre la vie , par les remedes
qu'il lui donnoit à contre- tems , pour l'obliger
à lui laisser fon bien.
La Loy 9. Cod. de Professoribus & Medicis,
défend aux Médecins de traiter de leurs honoraires
avec leurs Malades , à moins que
ceux- ci ne foient absolument retablis. Quoique
ces Loix ne parlent que des Médecins ,
elles doivent être étendues aux Apoticaires,
y ayant parité de raison ; mêmes inconveniens
à craindre d'un côté , comme d'un autre
; mêmes abus à réprimer ; mêmes consé
quences a prévenir. L'Apoticaire a même fou
vent
2196 MERCURE DE FRANCE
vent plus d'empire sur l'esprit du Malade ;
c'eft lui qui compose les drogues & les remedes
; c'eft lui qui les aporte , il y a même
des Apoticaires qui , comme le fieur Piat
entreprennent fur les fonctions des Médecins
& Chirurgiens , qui ordonnent & qui
préparent les remedes ; alors ils ont un double
empire , & font par conséquent plus
dangereux .
Ricard cite un Arrêt du 22. Février 1617.
le Teftatcur
qui déclara nul -un Legs fait par
dans fa derniere maladie , au profit du fils
de fon Apoticaire , quoique ce ne fût qu'un
Legs particulier, & au fils de l'Apoticaire.Le
même Auteur cite un fecond Arrêt du premier
Mars 1646. qui déclara nul un Legs fait
par la Testatrice à fon Chirurgien. Et par
un autre Arrêt du 26. Avril 1695. raporté au
Journal des Audiences , on jugea qu'un Malade
ne pouvoit réfigner fon Benefice au fils
du Médecin qui le voyoit pendant fa maladie.
Cette Jurisprudence est fuivie dans tous
les Parlemens , fuivant les Arrêts raportés
par MM . Mainard , Douvot & d'Olive. Or ,
le fieur Piat étoit l'Apoticaire des Sieur &
Dame de la Croix , il déclare qu'il fçait que
la Testatrice avoit des Rhumatismes ; elle le
consultoit par conséquent fur fes maladies:
il convient d'avoir fourni plusieurs médecines
OCTOBR E. 1740 2197
pas renfermé
nes pour le fieur de la Croix fans ordonnance
de Médecin ; il ne s'eſt donc
dans les bornes de fon état : il convient d'avoir
fourni à la Teftatrice des drogues &
médicamens pendant fa derniere maladie.
Les Témoins de l'Apellante attestent ces
Faits ; entr'autres le Chirurgien de la Testatrice
, qui dit l'avoir faigné dans fa derniere
maladie , de l'ordre du fieur Piat ; &
de Médecin ordinaire dépose qu'il n'a point
été apellé lors de la derniere maladie.
Le fieur de la Croix , Beau frere de la défunte
, dit qu'on a jetté au feu les Mémoires
du fieur Piat , pour cacher fon incapacité.
C'est aussi par cette raison qu'il refuse de
communiquer fes Regiftres.
La maison de la Testatrice étoit interdite
à l'Héritier préfomptif & au Confeffeur ordinaire
; en forte que le fieur Piat s'étoit rendu
le maître , & que l'obsession & la fuggestion
font évidentes.
On disoit au contraire de la part du fieur
Piat , qu'il n'y avoit aucune preuve de la
prétendue obsession & fuggestion , & qu'il
falloit commencer par écarter tous les Faits
avancés à ce fujet.
Les Ordonnances & autres Loix citées par
PApellant , ne parlent point des Apoticai-
Tes ; & comme ce font des Loix de rigueur,
elles ne doivent pocint être étendues a d'autres
2198 MERCURE DE FRANCE
tres perfonnes qu'à celles qui y font compriſes.
Quand il y auroit parité de raison entre
l'Apoticaire & le Médecin , ou Chirurgien ,
il ne s'ensuivroit pas de là que les Apoticaires
fussent incapables indistinctement de
toute libéralité faite à leur profit.
Il ne suffit pas d'être Médecin , Chirurgien
, ou Apoticaire pour être déchû d'un
Legs ; ce feroit corrompre l'efprit de la Loy
que d'en tirer une pareille conséquence : l'in-
Capacité de ceux qui font nécessaires aux
Malades , n'eft relative qu'aux Malades qu'ils
gouvernent.
:
Le fieur Piat n'a point gouverné , ni même
visité la Testatrice pendant fa derniere
maladie les Témoins de fon Enquête déclarent
qu'ils ne l'ont jamais vû auprès de la
Malade. Il ne l'a point détournée d'apeller
fon Médecin : renfermé dans les bornes de
fon état , il n'a jamais ambitionné de s'ériger
en Oracle auprès des Malades.
De plus , on citoit de la part du fieur Piat
quatre differens Arrêts , par lesquels on avoit
confirmé de femblables Legs.
On observoit aussi que le fieur Piat étoit
le proche voisin & le meilleur ami des Sr &
Dame de la Croix que c'étoit le voisin &
l'ami qui avoit été gratifié , & non l'Apoticaire.
Le
OCTOBRE. 1740 2199
Le fieur Piat ajoûtoit qu'il a même deux
qualités differentes qu'il faut diftinguer ; fçavoir
, celle de Marchand , & celle d'Apoticaire
; comme Marchand , il ne fait autre
chose que vendre des Drogues dans fa boutique
, une telle fonction ne lui donne aucun
empire fur l'esprit des Malades : comme
Apoticaire , il est membre de la Faculté de
Médecine ; il ne pourroit abuser de cette
qualité , qu'autant qu'il fortiroit de chés lui
pour aller s'introduire auprès des Malades &
s'ériger en Médecin , ce qu'il n'a jamais fait
à l'égard de la Teftatrice , ni d'aucune autre
personne ; ainfi à l'égard de la Teftatrice , il
étoit moins Apoticaire que Marchand .
›
Sur ces moyens respectifs , il est intervenu
Arrêt le 27. Fevrier 1740. qui a confirmé
la Sentence du Châtelet , ce qui juge
que le Legs universel fait par la Testatrice à
fon Apoticaire eft valable , quoique fait pendant
la derniere maladie , où l'Apoticaire a
fourni les Drogues à la Teftatrice.
ANDRO ME DE,
Cantate à mettre en Chant.
SurUr un Rocher affreux des Vaisseaux redouté ,
Par de fréquens malheurs aux Matelots terrible ',
D ' Aur
2200 MERCURE DE FRANCE
Aux timides Mortels Endroit inaccessible,
Que frape le flot irrité ,
Par l'ordre du Destin Andromede enchaînée ,
( Victime du Monſtre odieux ,
Dent la rigueur empoisonnée
Sert du Maître des Flots le courroux furieux )
Attendant le moment d'en être devorée ,
De ces tristes regrets fait retentir ces Lieux .
Trompeurs & déplorables Charmes ,
Vous , dont les trop funestes armes
M'attiroient les voeux les plus doux ,
Dans de fi cruelles allarmes
Helas ! de quoi me fervez- vous ?
Dès que le sort m'a condamnée ,
De tous je fuis abandonnée ;
J'implorerois un vain secours ;
'Phinée , oui lui- même , Phinée
Néglige de sauver mes jours .
Trompeurs & déplorables Charmes ,
Vous , dont les trop
funestes armes
M'attiroient les /voeux les plus doux ,
Dans de fi cruelles allarmes
Helas ! de quoi me servez vous ?
Mais tandis qu'à son sort elle donne ces plaintes ,
CTOBRE. 1740. 2207
A ses yeux presque éteints le Monstre vient s'offrir :
Frapée à son aspect des plus vives atteintes ,
Elle meurt mile fois avant que de perir.
Calmez , belle Princesse , & dissipez vos craintes,
Un Héros , fils des Dieux, vient pour vous secourir,
Il attaque le Monstre , il brave ſa furie :
•
Le succès suit bientôt ce généreux dessein ;
L'Amour conduit lui- même & ses coups & sa main
Mortellement frapé , le Monstre perd la vie.
C'en eft fait ; Persée eft vainqueur ;
Pour lui,d'un pas timide il marche à la Princesse ;
Il n'ose , qu'en tremblant, lui découvrir son coeur
Tout parle en sa faveur , son respect , sa jeuneſſe,
Le service qu'il vient de lui rendre à ses yeux.
Il remporte bientôt une double victoire ,
Et les Peuples charmés de sa nouvelle gloire
Portent son nom jusques aux Cieux.
Amans , dont la vaine tendresse
Se borne aux plaintes , aux soupirs
Une telle délicatesse
Près d'une cruelle Maîtresse
N'avance guere vos desirs .
Retenez d'impuissantes larmes ,
Bravez la mort , exposez vous ,
Les fruits en seront bien plus , doux
L'Amour vous prêtera des armes >
>
Dij
2002 MERCURE DE FRANCE
Et vos traits porteront deux coups,
Amans , dont la vaine tendresse
Se borne aux plaintes , aux soupirs ,
Une telle délicatesse
Près d'une cruelle Maîtresse
N'avance guere vos desirs.
********
Bryonne , ce 17. Novembre 1740.
LETTRE écrite à M. D. L. R. an
fujet de celle qui est datée de Joigny le г.
Mars , touchant un Manuscrit de Poesies
pieuses , composées il y a environ cent cinquante
ans.
Oin de vous blâmer , Monfieur , des
petits retranchemens que vous m'avez
dit avoir faits à la Lettre qui vous eft venue
de Joigny , touchant un ancien Poëte de
cette Ville , & que vous avez renduë publique
dans le Mercure d'Août dernier , je
ne puis que vous aprouver très - fort ( depuis
que j'ai jetté la vûë fur le Manuscrit de ce
Poëte ) d'avoir usé , en cette occafion du
droit que doivent avoir tous les Journaliſtes
fur les Ouvrages qu'on fait paffer dans leurs
mains. Le Recueil Poëtique dont parle cette
Lettre
OCTOBRE. 1740 . 2203
t
Lettre , ne peut être d'un Auteur poſterieur
à l'an 1610. par des raisons que je vais vous
expliquer. J'ai fuivi les pages de ce Volume
d'un bout à l'autre , & j'y ai remarqué que
quelques marges font remplies de Faits qui
certainement n'ont pû être ajoûtés , que par
ceux à qui le Livre apartenoit , & qui fervent
à établir la vraie Epoque de cet Ouvrage.
L'écriture , qui est gothique dans tous
les endroits que l'Auteur regardoit comme
les plus dignes de l'attention du Lecteur ,
fait voir qu'il n'eft pas fi nouveau que M. le
Capitaine de Milice de Joigny l'avoit crû
& qu'il n'a pas été contemporain de ceux qui
vivoient encore il y a cinquante - cinq ans.
Je suis tombé , à l'ouverture du Livre , fur
la Traduction Poëtique qu'il fait du Salve
Regina , au quinzième jour d'Août.
و
J
Il intitule cet Ouvrage par ces trois mots :
Salve Regina misericordia , & non pas , Salve
Regina Mater misericordia : ce qui prouve
qu'il vivoit dans un tems où l'on n'avoit point
encore ajoûté à Sens le mot Mater , à cette
Antienne. Vous n'ignorez pas , M. que ni
les Chartreux , ni l'Eglise de Lyon ne l'ont
pas encore admis en cet endroit , quoique
parmi eux , comme ailleurs , on l'employe
en d'autres parties de chant : il n'eft pas même
dans le dernier Bréviaire de Lyon . Il a
été reçû à Sens il y a long- tems ; mais je crois
Diij qu'il
2204 MERCURE DE FRANCE
qu'il n'y fut admis que lorsqu'on y réforma
le Bréviaire , fur l'Edition de celui du S. Pape
Pie V. Ainfi , puisque le Poëte de Joigny
écrivoit dans le tems qu'on chantoit encore
Salve Regina misericordia , il faut qu'il
ait vêcu , ou fur la fin du Regre de Charles
IX. ou fous celui d'Henri III. Ce n'est point
par inadvertance que le mot Mater ne fe
trouve pas dans le titre de la Piéce : la Poëfie
de l'Auteur correspond à l'intitulé , & il ·
traduit ainfi :
Reine des Cieux & de Misericorde.
Voilà pour ce qui eft de l'Article qui s'eft
offert à moi à l'ouverture du Livre.
Une preuve que le caractere gothique qui
y domine dans les Endroits les plus notables
& dans les titres , mis en couleur rouge , eft
de la fin du XVI , fiécle , ou des premieres
années du XVII. eft que dès l'an 1608. ce
Manuscrit étoit déja répandu hors de Joigny.
L'Exemplaire fur lequel on en a envoyé une
notice à M. l'Archevêque de Sens , avoit dèslors
franchi les limites de ce Diocèse.L'Ouvrage
étoit déja connu à Seignelay , au Diocèse
d'Auxerre. Il y en avoit une copie ( & c'eft
celle dont il s'agit ici ) dans l'Eglise Paroiffiale
de ce Bourg , & les marges de cet Exemplaire
fervoient , foit au Curé , foit au Magister
, à marquer les Evenemens qu'ils ju
geoient àpropos. Celui - ci y marque en 1608 .
alr
OCTOBRE 1740 220g
sur feuillet 30. le grand hyver & la cherté qui
le fuivit , dont il venoit de s'apercevoir.
L'année du grand froid , dit- il , ce fut er
milfix cent & fept , que les vignes & arbres ,
les noyers , Les chateigniers , & généralement
tout arbrefruitiers furent tous gelés . En cette:
présente année aussi , fur les grandes neiges ,
qui durerent depuis Noël' jusqu'au jour de S.
Paul , & auffi ledit froid. En ladite année le
vin vallait fept & huit fouls la pinte , & le
muit de vin valloit traile & quatorze écus
Pannée mil fix cens & buit. 1608.
Quatre ans après il écrivit au feüillet 109 .
cette remarque : Le grand vent du jour S.
André en l'an mil fix cent douze. En
ladite année en fut fait un grand le jour S...
Hubent , lendemain des Trepassés.. 1612. Aш
feuillet 1. il marque le nom de celui qui
rendit: le Pain beni le dernier Dimanche.
d'Août mil fix cent & onze : Jour , dit- il.
de la Dédicace de S. Martial de Saillenay.
On écrivoit ainfi alors, & non pas Seignelay,
comme on fait aujourd'hui.
Le Curé , ou le Sonneur , profitant à fon
tour de la commodité de ce Livre , y écrivit
fur les marges quelque Actes Baptiftaires :
j'y ai aperçû au feüiller 59. un Acte , donu
voici le commencement : Le dix-huitisme
jour d'Avril mil fix cent & quatorze , fut né,
baptisé Claude , fils de Edme Laurent. Au
Diij feuillet
2206 MERCURE DE FRANCE
feüillet 60. Le feptième jour du mois de Fe
vrier mil fix cens faize , fut né & baptisé en.
Eglise de ce Lieu de Saillenay , Henri , fils
de Georges Françoix. Les Parins, Henri Pourfin
, Lieutenant audict Lien , & Claude Lanrent
, la Mareine &c. Il eft vifible à
tous ceux qui fe connoiffent en Ecritures
, que ces Addititons marginales font
d'un caractere bien pofterieur à celui du
Livre : c'cft de- là que je tire le raifonnement
qui fuit.
Ce Manuscrit étoit redigé certainement
avant les Additions qui y ont été faites . Or,
ces Additions font des années 1608. 1611 .
1612. 1616. donc le Manuscrit étoit redigé
au moins dès l'an 1607. Outre cela , ce Volune
peut n'être pas l'autographe ou original
de l'Auteur. Si donc ce n'en eft qu'une
copie , il a fallu du tems pour l'écrire : d'où
il s'enfuit encore que l'Ouvrage a dû voir le
jour au moins avant 1606.
Cette date posée , il est évident que l'Auteur
n'a pû être contemporain , comme on
Fa écrit de Joigny , d'un Chanoine d'Auxerre
, qui ne commença à fleurir que vers.
1640. ou 1650. & qui n'eft mort que vers
l'an 1690. D'où je conclus , que fi Ourry ,
Curé de S. Jean de Joigny , n'a fleuri que
dans le même tems que ce Chanoine , fes
Ouvrages n'ont pû être entre les mains
du
OCTOBRE. 1740 2207
au Public dès l'an 1606. & que par conséquent
les Poësies en question n'ont pû être
de lui.
Je mets les choses au plus bas , en consentant
que cette composition ne foit que de
ce tems-là : car je fuis persuadé par l'Ecriture
, que le Volume a été composé fous
Charles IX. ou fous Henri III. & qu'il avoit
déja passé en plusieurs mains avant que d'être
porté à Seignelay.
Comme ce nommé Ourry , dont vous
m'avez parlé en conséquence de la Lettre ,
eft absolument inconnu dans la Litterature
& fur le Parnaffe , je ne fçais où trouver en
quel tems précisément il a vêcu , ni ce qu'il
a été . Si c'étoit un Curé de S. Jean de Joigny
, qui eût composé le Volume de Poëfies
fur les Saints du Calendrier de Sens
comme M. L. B. l'a écrit , il n'eût pas oublié
fon Eglise mais par tout où il entre en
quelque détail , il ne fait mention de la
que
Paroisse de S. Thibaud. C'eft ce qui me porteroit
à croire qu'il en étoit habitant.
:
"
C'est donc avec raison que la Lettre , telle
que vous venez de la publier , a qualifié ce
Poëte Champenois . Si Ourry étoit de Joigny,
& qu'il ait véritablement été Poëte , ce fera
un Auteur de plus à compter pour cette Ville.
Ainfi M. L. B. loin de me vouloir du mal
d'avoir épluché le Manuscrit qu'il a indiqué
Dv a
2208 MERCURE DE FRANCE
à M. l'Archevêque de Sens , doit au con
traire m'en fçavoir gré , & me remercier.
Je fuis , &c.
Ce 15 Septembre 1740.
A Lei
EPITRE A M ... :
Lcipe , tu veux donc que mon foible pincea
D'un Prince vraiment Grand te trace le tableau :
Ne crois point que ce foit celui qui dans la guerr
Fait consister fa gloire à ravager la terre ,
Et qui fur l'Univers fignalant fa fureur
Honore fes forfaits du titre de valeur.
On ne peut arriver à la gloire fuprême
Sans fçavoir le grand art de fe vaincre foi - même.
Les Romains & les Grecs, ces fameux Conquerans,
Ces prétendus Héros ne font que des Tirans ,
Puisque dans leurs projets conduits par le caprice-
Ces Vainqueurs s'écartoient des loix de la juſtice.
Eft-il jufte en effet de courir l'Univers
Pour détrôner les Rois & les charger de fers ?
Quoi chercher dans le fang une affreuse victoire,
Eft-ce là s'acquerir une folide gloire ?
Et l'éclat enchanteur qui flate fes fouhaits ,
Peut-il diminuer l'horreur de ces forfaits ?
Alexandre , couvert d'un triple Diadéme ,
Maître
OCTOBRE. 1740% £209
Maître du Monde entier , esclave de lui-même ,
Plongé dans les plaiſirs , aveuglé par l'erreur ,
Eft-il plus eftimable en fa fauffe grandeur ,
Qu'un Prince bienfaifant , gérereux , équitable ,
Qui tend aux malheureux une main fecourable t
Ne préfere - t'on pas la vertu de Caton
Aux explaits éclatans du traître Stilicon
Ce rival de César qui fit trembler l'Euphrate ,
Dont le bras foudroyant terraffa Mithridate
Eft-il à comparer au célébre Titus
Dont l'Univers entier admire les vertus a
Qu'on ne vante donc plus cette ardeur meurtriere ›
Qui ſe repaît du fang répandu dans la guerre.
LOUIS, l'amour du Peuple & l'arbitre des Rois,
Dompte fes passions & s'impose des loix :
Mais un Tigre cruel , affamé de carnage ,
Ne fuit que les transports d'un farouche courage
Un Prince vraiment grand abhorre les forfaits ,
Et cherche à fe gagner le coeur de fes Sujets.
Les refpects & l'amour d'un Peuple, qui l'admire,
Sont les folides biens que fon grand coeur defire
Et fans porter l'effroi de climats en climats ,
Il jouit du bonheur qu'il n'y trouveroit pas.
Par M. de L **
D vj LETTRE
2210 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de Monfieur N. A. A. P. à
M.de M. fur le Parallele des Romains
des François , par raport au Gouver
nement.
V
1-
Ous ne vous plaindrez plus , Monfieur,
du ggoût frivole de notre fiécle , depuis
l'accueil favorable que tout le Public fait au
Parallele des Romains & des François , & je
ne doute point que cet Ouvrage , que je vous
envoye , ne vous dédommage de l'ennui que
vous ont donné nos Livres amusans. Vous..
vous tromperiez bien,fi vous alliez vous imaginer
que ce n'eft qu'un amas de Faits que
l'on compare enſemble ; mais il faut avoües
auffi que ce ne feroit pas tout- à- fait votre
faute. L'Auteur , que j'ai entendu nommer
M. l'Abbé de Mably , n'a pas eu le foin d'indiquer
dans fon titre , tout ce que renferme
fon Ouvrage. On s'attend bien à des réflexions
politiques , mais le Lecteur eft furpris
de trouver fous fes yeux un Traité entier fur
les matieres les plus intereffantes de la focieté.
L'Auteur paffe nos efpérances , & à propos
de deux Peuples qui fe font trouvés dans des
circonltances toutes differentes , il établit un
Sistême de politique , dont toutes les parties
font fi étroitement unies , qu'on peut dire
fans
OCTOBRE. 1748 211
fans flater M. l'Abbé de Mably , qu'il a pouffe
la démonſtration dans les chofes morales ,
jufqu'à une certitude physique .
Nous voilà débarassés de bien des préju
gés & de bien des difficultés , dit notre ami
M. de B ... ; jusqu'à présent la préference
des Gouvernemens avoit été un myftere pour
lui , mais il a trouvé dans le Parallele ce qu'il
cherchoit inutilement ailleurs , & il eſt bien
aise d'avoir enfin une opinion qui le fatisfaffe
. Je crois que vous ne ferez pas moins
fatisfait que lui de la diftinction que M. L. D.
M. fait de la bonté absolue & de la bonté
rélative des Gouvernemens ; c'eft - là comme
la base de tout fon édifice politique. Ce qu'il
dit enfuite fur la nature des différentes efpe
ces de Gouvernemens , apuye merveilleufement
fa pensée , dont la vérité fe dévelope
toujours avec une nouvelle force , à mesureque
l'on avance dans la lecture de l'Ouvrage..
;
Rien n'eft plus jufte que les réflexions de
l'Auteur fur les differens Gouvernemens
Démocratie , Ariftocratie , Gouvernement
des Fiefs , Gouvernement militaire , Gouver
nement mixte dans toutes fes formes differentes
, & Monarchie. Mais il s'arrête plus
particulierement fur ce dernier Gouvernement.
Nous voyons ce que les anciens en
ont pensé , & ce qui eft encore plus urile
ous voyons ce que nous en devons penfer
pous
>
2212 MERCURE DE FRANCE
Пous-mêmes. La Monarchie parfaite, eft celle
qui eft également éloignée du Despotisme &
de l'Anarchie, & pour parvenir à ce milieu falutaire
, il faut que le Prince foit tout- puiffant
, fans pouvoir cependant abuſer de fa,
toute- puiffance.
Voilà qui a bien l'air d'un Paradoxe , qu'un
Prince tout- puiffant qui ne peut pas abuser
de fa toute - puiflance ! Mais pour vous laiffer
votre plaifir tout entier , je ne veux pas même
vous indiquer les raifonnemens de M.
L. D. M. lorsqu'il fait voir que le Gouver
nement établi par Augufte , devoit dégéne
rer en Despotisme , & qu'au contraire il s'eft
formé un rempart contre ce défaut du Gou--
vernement Monarchique dans la Monarchic
Françoise. Je crois que vous ne ferez pas
moins content de l'endroit où l'Auteur fait
un Parallele de notre Age & de notre Gouvernement
présent , avec l'Age & le Gouvernement
des premiers Romains. On voit dans
ce morceau tout ce qui peut faire plaifir dans
un syftême , c'eſt - à -dire , un enchaînement
de principes & de conséquences qui fe donnent
mutuellement une force nouvelle ; tout
ce que l'Auteur dit ici , eft en même tems
une fuite néceffaire & une preuve évidente
de fes premiers principes.
pa
Quoique ces matieres perdent dans le
rallele tout ce qu'elles ont de fec & d'abs .
trait
OCTOBRE. 1740 2213
ce
que
que
l'Auteur
trait , j'ai vû quelques personnes , qui , fans
doute , ne fe font guere familiarisées avec la
Philosophie , fe plaindre de l'Auteur
exige trop d'attention de la part de fes Lecteurs,
pour le fuivre.L'efpece d'obscurité qu'on
reproche au premier Livre du Parallele , n'eft
pas dans les chofes , elle ne naît d'un déque
faut d'ordre , auquel il est très-aisé de remé
dier , en déplaçant de certains articles pour
les raprocher. Puisque je vous écris toutes
mes pensées avec liberté , je vais vous dire
ce que j'ai imaginé pour rendre la lecture du
Parallele aisée à tout le monde.
Premierement , je voudrois
joignît à l'Article 5. où il traite de la diffe → ·
rence des conjonctures dans lesquelles les
Romains & les François fe font trouvés , les
réflexions qu'il fait , Article 8. fur la bonté
absolue & fur la bonté rélative des Gouvernemens
. Le Lecteur , qui verroit plus clairement
où il va , feroit plus tranquille . Dans
Article 7. du même Livre , il eft parlé des
avantages que les Romains retirerent de leurs
diffentions domeftiques , & l'Auteur remar→
que bien judicieusement , que le principal
pour eux fut la forme mixte que prit leur
Gouvernement , qui raffembla par -là tous les
avantages
des trois autres Gouvernemens les
plus connus. Je voudrois qu'on lût tout de
fuite une partie des raifonnemens qui fe trouvend
2214 MERCURE DE FRANCE
"
´vent dans l'Article 12. où M. L. D. M. exa
mine la nature du Gouvernement mixte ;
le Lecteur en feroit plus à portée de juger de
la fituation des Romains , & fon efprit qui fe
repoferoit fur une vérité prouvée , fe jetteroit
fur d'autres objets avec plus de fatisfaction .
Ce qui me flate que je rencontre jufte dans
les changemens que je vous propose , c'eft
que M. de C... eft de mon fentiment , vous
me direz quel eft le vôtre:
Je ne vous parle point de la partie du Pa
rallele qui regarde les Romains , comme de
leurs diffentions , de la ruine de leur liberté,
& c . vous verrez feulement qu'après tout ce
qu'on a dit fur ce Peuple , il reftoit encore
à faire mille réflexions auffi ingénieufes que
profondes . L'Auteur fait connoître tous les
Peuples auxquels les Romains ont eu affaire .
Tout ce qui regarde les Carthaginois vous
fera plaifir, & je ne fçais fi Sparthe ou Athenes
ont eu quelque Citoyen plus éclairé que
M. L. D. M. fur leurs interêts .
Quelque fage que foit tout ce que l'Auteur
dit des Peuples anciens , je vous avoue que
je ne ferois point fâché qu'il les oubliât quel
quefois pour nous arrêter plus long- tems fur
les modernes , à qui nous prenons un bien
plus grand interêt. Ce que M. L. D. M. dit
des François depuis le Regne de Charlemagne
jusqu'à nos jours , eft extrêmement neuf,
&
OCTOBRE. 1740 2215-
& il y a d'autant plus à profiter , qu'il femble
que nos Hiftoriens n'ayentjamais pensé à faire
connoître notre Nation. Je fuis fâché qu'il
ait parlé trop brièvement de nos Rois de la
premiere Race ; avec autant d'érudition qu'il
en a , il pouvoit entrer dans quelques détails
qui nous auroient mieux fait connoître ces
tems obscurs.
Mais ce que je ferois prefque tenté de regarder
comme un défaut dans le Parallele ,
c'eft de ne pas arrêter affés long- tems le Lecteur
fur le Regne de Charlemagne. La politique
de ce Prince, il eft vrai , eft expliquée
avec beaucoup d'art ; on nous dévelope toutes
les raifons qu'il eut de partager la Souveraine
Puiffance avec fes Sujets ; ce Gouver
nement n'a pas un défaut qui ne nous foit
montré il eft parlé de tous les défordres
qu'il devoir produire , & il donne enfin naiffance
au Gouvernement des Fiefs . On ne peut
pas exiger plus de détail , mais le Regne de
Charlemagne a un autre face , & j'aurois été
ravi de le voir conquerant & maître de l'Eu-:
rope. M. L. D. M. dit , il eft vrai , que
fous la conduite de ce Prince , la Monarchie
Françoise jetta un éclat dont Rome eût été
jalouse dans fa plus grande profperité , mais
cela fuffit-il: le rétabliffement de l'Empire mé
itoit peut-être un article particulier.
L'Empire François , maître de l'Europe en
tiere ,
216 MERCURE DE FRANCE
tiere , eft un objet que l'Auteur ne nous
montre qu'en passant. Il passe rapidement
aux désordres , qui devoient fuivre les Loix
des Fiefs , & il ne considere plus la Monarchie
Françoise que dans les Successeurs de
Charles le Chauve. Pour moi j'aurois voulu,
M , qu'avant que de nous faire voir comment
la Monarchie Françoise s'eft démembrée
fous les derniers Rois de la feconde Race ,
M. L. D. M. nous montrât comment l'Empire
, qui apartenoit par droit de conquête à
notre Couronne „. a été perdu pour nous , en
passant aux Princes d'Allemagne. Nous n'avons
peut-être rien de plus obscur dans notre
Histoire. Nos Historiens modernes ont
négligé un morceau aussi interessant , & ce
n'eft pas chés les Ecrivains Allemands qu'il
faut s'attendre de découvrir la vérité. Nous
fommes en droit d'attendre de l'Auteur du
Parallele des éclairciffemens fur cette matiere
importante.
Voilà , Monsieur , à quoi se bornent touttes
mes Observations critiques. Au reſte , je
ne dois
pas oublier de vous parler des Anglois
& de la Maison d'Autriche. Cefont des
morceaux auxquels on ne peut rien: ajoûter.
La feconde partie du Parallele eft remplie de
préceptes & de réflexions bien folides , fur
la nécessité où eft un Peuple de fe rendre re
doutable au dehors, s'il veut être heureux au
dedans .
OCTOBRE. 1740. 221%
dedans , & des moyens par lesquels il y doit
parvenir. Je crois que vous ferez content du
style de l'Ouvrage; il eft convenable à la matiere
, noble , varié & éloigné de toute affectation
. Il feroit à fouhaiter qu'un Auteur qui
s'eft formé une idée vraie & relevée de l'Histoire
, confacrât fa plume à écrire les Annales
de notre Nation . Je vous envoye en même
tems l'Histoire de Philipe , par M. Olivier.
C'eft un Ouvrage plein d'érudition , &
qui nous fait connoître un des plus grands
Hommes de l'Antiquité . Je n'ai pas le tems
de vous en parler plus au long. Je fuis .
Monfieur , & c.
IMITATION
De quelques Vers de Juvenal .
N Il ergo optabunt homines ,fi consil um vir,
Permittes ipsis expendere numinibus , quid
Conveniat nobis , rebusque fit utile noftris.
Nam pro jucundis aptissima quaque dabunt Diš
Charior eft illis homo quamfibi , ¿c . Sat. 10. ad fin
Quel trait frapant pour nous , divine Providence
La beauté, les plaisirs , les honneurs , l'opulence ,
No
2218 MERCURE DE FRANCE
Ne font pas les vrais biens que nous devons chèr
$ cher ,
La volonté du Ciel nous doit feule attacher.
Ce n'est pas feulement ce qu'aprend l'Evangile ,
Un Payen a tracé cette morale utile.
Qui ne feroit touché de ces grands ſentimens ?
Préferons , nous dit- il , les plus cruels tourmens ,
A ces plaisirs honteux qu'inspire la mollesse ?
Fuyons les faux honneurs , recherchons la fageffe
Soyons doux , foyons bons , ne craignons point la
mort ,
Et remettons aux Dieux le foin d'un meilleur fort.
Mais , lâches , ces vertus nous femblent difficiles ,
Loin de rendre nos jours fortunés & tranquiles,
Asservis fous le joug de nos cupidités ‚ ·
De mille vains desirs nos coeurs font agités.
Nous fouhaitons des biens , ou quelqu'autre avan
tage ,
Sommes - nous assûrés d'en faire un bon usage ?
Nous cherchons une Epouse , & voulons des Enfans
Ils peuvent nous donner des chagrins très - cuisans.
On nous voit demander une belle famille ,
Et la beauté sur tout nous plaît dans une fille ;
Mais,fouvent , pour punir un voeu trop indiscret,
Le Ciel dans fa colere en accorde l'effet.
Si l'on vit autrefois Lucrece & Virginie
Trouver dans leur beauté la perte de leur vie ,
OCTOBRE. 1740. 2219
A combien , en tout tems , ayant gâté les moeurs,
N'a t'elle pas ' causé de plus cruels malheurs ?
O mortel insensé , reconnois ta misere ,
Dès que tu te conduis par ta propre lumiere
,
Ingorant ! tu ne sçais jamais ce qu'il te faut ,
Ce que tu crois vertu , n'eft au vrai qu'un défaut.
D'un bon Pere envers nous toujours tenant la place
En rejettant nos voeux, Dieu fouvent nous fait grace ,
Laiffons le donc agir , nos foins font fuperflus ,
Et fi nous nous aimons , il nous aime encor plus,
B. de M.
****************
TROISIEME LETTRE de M.
Nericault Destouches, à M. l'Abbé D …..
sur le Goût.
L
A Lettre dont vous venez de m'honorer
, M. me donne tout lieu de croire
que vous êtes content de mes Réflexions fur
le Goût , & fur la principale raison qui le fait
périr parmi nous ; la fureur d'avoir de l'esprit
eft une maladie non - feulement dangereuse
, mais une maladie qui fe communique
fi facilement , qu'en très peu de tems une infinité
de gens en font infectés, fur tout fi ceux
qui en font attaqués les premiers , ont affés
d'art
2220 MERCURE DE FRANCE
d'art & de talens pour empêcher qu'on ne la
craigne , & même pour faire fouhaiter de la
gagner. C'eft un évenement qu'on a vû de
nos jours. Deux ou trois de ces beaux efprits
malades ont pris un ton fi agréable & fi mélodieux
, qu'ils fe font faits un très- grand
nombre d'imitateurs , qui voulant non feulement
les atteindre , mais les furpaſſer , ſe
font rendus bien plus ridicules que leurs modéles.
Le mal a toûjours augmenté depuis
& me paroît prendre tous les jours de nouvelles
forces. Pour moi , j'ai fait les plus vigoureux
efforts pour m'en préserver , & j'ai
témoigné hautement mon admiration pour
cette célebre Compagnie qui avoit rectifié
le Goût des François , & qui l'ayant conduit
à fa perfection , a toujours fait fa principale
étude de l'y maintenir. Vous voyez bien
M. que je veux parler de l'Académie Françoise
, à qui j'adreffai l'Ode fuivante , bien
long- tems avant qu'elle m'eût fait l'honneur
de me recevoir , honneur dont je fais ma
principale gloire , & dont je tâcherai toujours
de lui prouver ma reconnoiffance , en
dépit de certains beaux Esprits disgraciés
qui pour fe venger de ce qu'elle n'a pas exaucé
leurs voeux, tâchent de l'en punir, en feignant
de la mépriser; femblables à ces Amans
dépités, qui pour fe consoler des rigueurs de
leurs Maitreffes, en disent autant de mal qu'ils
fentent
>
OCTOBRE. 1740. 1220
fentent de paffion pour elles. Voici l'Ode
dont il s'agit.
ODE
A Mrs de l'Académie Françoise,
Noble Essain des plus beaux´Esprits ,
Peres de la saine Eloquence ,
• Gloire du Pinde & de la France ,
Des neuf Soeurs dignes Favoris
*
Sçavans Maîtres du beau langage
Qui vous doit tant d'heureux effets ,
Modéles & sûrs & parfaits
Par qui rien n'est beau , s'il n'est sage
*
Fiers ennemis des faux brillans ,
Partisans du vraiment sublime ,
Vous , dont la docte voix anime
Ou fait éclore les talens ,
*
Talens que votre choix décore ,
S'ils sont dignes d'être exaltés ,
Et qui par vous sont rejettés ,
Si leur objet les deshonore ,
*
* Doucé
2222 MERCURE DE FRANCE
Douce , aimable Societé
D'hommes ornés , brillans , solides ,
Qui ne reconnoissez pour guides
Que l'honneur & la vérité.
Chers Amans de la belle gloire ,
Comblés de ces précieux dons ,
Et par elle sûrs que vos noms
Vivront au Temple de Mémoire ,
*
De l'Envie objets terrassans
Dont l'éclatant renom l'irrite ,
Délices du parfait mérite ,
Qui croit vous devoir son encens,
።
De l'ignorance qui vous fronde
Dédaignez toujours les complots ;
Fermes Rochers , brisez les flots
Du mauvais Goût qui nous inonde,
Aux noirsEsprits , aux Libertins
Refusez toujours vos suffrages ,
Vous glorifiant des outrages
<
Et des Pradons , & des Cotins.
1
Yous voyez par cette Ode , M. que ce
n'eft
OCTOBRE . 1740 2225
n'eſt pas d'aujourd'hui que je lutte contre le
mauvais Goût , & que j'anime les plus doctes
Médecins à mettre tout en oeuvre pour
guérir cette maladie épidémique ; car je
composai l'Ouvrage que vous venez de lire
quelques mois avant qu'on m'envoyât en
Angleterre, c'est - à-dire dans le mois de Juin
1717. & l'Académie ne me fit la grace de
me recevoir qu'à mon retour , vers la fin du
mois d'Août 1723. Circonftances que je
prends foin de vous faire remarquer , afin
que vous foyez pleinement convaincu , que
je ne prétens pas la moindre part aux juſtes
éloges que j'ai donnés à mes illuftres Confreres.
Voici l'occafion de répondre à une question
que je trouve dans votre Lettre. Vous
me demandez s'il eft vrai que je fois de Rennes
en Bretagne , & vous m'affûrez qu'on
me donne cette Patrie dans la Liſte des Académiciens
François , inserée dans le Dictionaire
de Moréri. Non , M. je ne fuis point
Breton , je fuis bon Tourangeau , & fi vous
en voulez une preuve authentique , lisez l'Ode
fuivante , que j'adreſſe à ma Patrie .
ODE à ma Patrie.
Fertile Jardin de la France ,
Pur & delicicux séjour ,
I
Toi
2224 MERCURE DE FRANCE
Toi , sur qui le Pere du jour
Répand sa plus douce influence ,
Toi , dont les heureux Habitans
A l'imagination vive
Joignent une gayeté naïve ,
Et la candeur des premiers tems ,
*
Toi , dont la gloire eft infinie ,
Pour avo'r porté dans ton sein
Ce Mortel qui parut divin
Par son vaste & profond génie ,
*
x
Génie admirable & nouveau ,
Dont le Systême certifie
Que par lui la Philosophie.
Sortit enfin de son berceau ,
*
Toi , d'avance fi glorieuse ,
Pour avoir vû naître à Chinon
Celui qui se fit. un renom
Par sa plume facétieuse
*
* Descartes , né à la Haye , en Touraine.
Rabelais.
Toi
OCTOBRE. 1740. 2225
Toi , célebre encore à jamais
Par un autre Enfant qui t'honore ;
Rapin vit sa premiere Aurore
Dans ton climât fi plein d'attraits.
*
Beau Climât , charmante Touraine {
Qui sous ton Ciel m'as élevé ;
Ton nom dans mon coeur est gravé ,
Et fait mon bonheur & ma peine.
*
Heureux de te devoir le jour ,
J'en fais mon plaisir & ma gloire ;
Et j'en consacre la mémoire
Par ce gage de mon amour.
*
Mais , ô mon aimable Patrie ,
Malgré mes voeux les plus ardens ,
Je me vis dès mes jeunes ans
Loin d'une Mere fi chérie.
*
Que mon sort m'a fait soupirer !
Pardonne un crime involontaire ;
Veüille un jour le sort moins contraire
Dans ton sein me faire expirer !
E ij Déja
2226 MERCURE DE FRAINCE
Déja presque l'onziéme Lustre
M'annonce la fatale Loi ;
Puisse mon nom vivre après moi ,
Pour te rendre encor plus illustre !
Je vous avouë , M. que je m'attendris en
relisant cette Ode , & c'eft une preuve trèsévidente
, qu'elle eft partie du fond de mon
coeur. Vous n'y trouverez point d'esprit ,
mais vous conviendrez que le fentiment y
domine , & c'eft le fentiment qui a toujours
été mon guide , & qui m'a tenu lieu de Gé--
nie dans tous les Ouvrages qui font fortis de
ma plume. Que voulez- vous ? Tout le mon
de ne peut pas avoir de l'efprit , & je trouve
qu'on eft encore fort heureux quand le fentiment
peut y fupléer. Il ne nous éleve pas
jusqu'aux nuës , mais il ne nous fait point
tomber dans le galimathias ni dans le faux
brillant , nous autres Partisans du vrai , qui
nous renfermons humblement dans les bornes
étroites de notre Sphere. Il eft vrai qu'on
ne nous admire pas , mais on ne dit ni bien,
ni mal de nous , & il y a même encore je
ne fçais combien de bonnes gens , qui comme
nous , fe laiffant entraîner par le fentiment
, nous font la grace de trouver dans
nos Ouvrages certains endroits qui les touchent
& les amusent. Ils disent que tout
bien confideré , il faut à peu près écrire comine
OCTOBRE. 1740 2227
me on parle ; que c'eft le vrai moyen de s'aprocher
de la Nature, & que ce qui en aproche
le plus , eft ce qui leur femble le plus
touchant ; qu'un Lecteur fent bien plus de
plaifir quand on frape fon coeur , que quand
on étonne fon esprit , & que c'eft par cet
aimable talent que les plus grands Hommes,
tant anciens que modernes , trouvent le fecret
de fe faire relire fi fouvent , au lieu que
ces beaux esprits , qui causent tant d'admiration
, & qui font presque étourdis des acclamations
qu'on leur prodigue , ne tienent
le haut du pavé que pendant que le Goût eft
malade , & qu'ils sont fujets à des révolutions
fi mortifiantes , qu'il vaut bien mieux
ne pas faire tant de fracas d'abord , & fe foutenir
un peu plus long- tems. C'est ainsi que
raisonnent quelques - uns de nos amis qui
n'ont que du bon fens , du Goût & du jugement
, mais vous jugez bien qu'aujourd'hui ,
M. ils ne brillent pas beaucoup plus que
nous , & qu'on les regarde comme de petits
esprits qui font compaffion , & qui ne méritent
pas de vivre dans un fiécle où l'on s'éleve
fi rapidement au deffus des Anciens les plus
révérés, & des Modernes les plus eftimables.
Que faire à cela ? Nous laifferons - nous entraîner
par le torrent ? Non , il vaut mieux
nous en éloigner. Entreprendrons - nous de
l'arrêter ? Il eft trop rapide , & nous fuccom-
E iij berions.
2228 MERCURE DE FRANCE
berions dans notre entreprise. Quel eft
donc le parti que nous prendrons ? Celui
de nous préserver du mauvais exemple ,
& de conserver le ton que nous avons
pris , en tâchant d'imiter les plus grands.
Maîtres , qui , comme nous , partisans du
vrai , fe fervoient de lui pour parler au
coeur , persuadés que quiconque fçait l'art
de le toucher , a tout l'esprit & toutes les lumieres
, dont tout homme raisonnable doit
fe piquer.
A propos d'esprit , vous me félicitez fur
les coups que j'ai lancés aux Esprits forts ,
dans mes deux Lettres à M.... que vous
avez lûës dans le Mercure , & vous me priez
de vous envoyer de nouveaux traits contre
eux , s'il m'en refte encore quelques- uns.Oh !
très- volontiers , c'eft ma matiere favorite, &
je vous avoue qu'il n'eft pas pour moi de plaifir
plus vif que celui d'attaquer une engeance
fi perverse & fi ridicule ; car je prétends
que tous ceux qui la composent , non- seulement
font très haïffables , mais encore plus
fous & plus méprisables . Lisez , lisez¸ &
vous verrez que je ne les ménage pas.
EPL
OCTOBRE. 1740. 2229
EPIGRAMMES ,
Contre les Incrédules. A Flotin .
I.
Ce matin tu disois : Bien fåt E
Celui qui croit à l'Evangile ;
Ce soir te voilà tout débile ,
Et tu prends le ton d'un Béat ;
Un Esprit fort est incrédule ,
Tant qu'il croit qu'il se porte bien.
Est- il malade ? Il est Chrétien ,
Mais un Chrétien très- ridicule .
II.
Les faux Braves.
Quand je vois un Esprit fort
Qui m'étale sa science ,
Je sonde sa conscience ,
Et j'y rencontre d'abord
La Débauche & l'Ignorance ,
Qui triomphent dans un Fort
Qu'aux aproches de la mort ,
Elles rendront sans défense.
III.
Sur un sot Impie.
Ce stupide Libertin ,
E iiij
Dong
2230 MERCURE DE FRANCE
Dont le babil vous étonne ,
Est un signe très - certain
Que la Matiere raisonne ;
Raisonne ? Ah ! je dis fort mal.
Il prouve que la Matiere
Sotte , brutale & grossiere
Raisonne comme un cheval.
I V.
La Science universelle.
Quoique la plus vaste Science
Soit une profonde ignorance ,
Je parviens à n'ignorer rien .
Et par quel Art Je suis Chrétien.
V.
A un Raisonneur impertinent.
Je ne crois que ce que jentends ,
Et rien de plus , nous dit Bilaine ,
Raisonnant à perte d'haleine ,
Et prenant des airs importans ;
La Raison seule en mai préside ;
Ma seule Raison est mon guide ;
Nous voyons clair en pleine nuit .
Moi je vous dis , ô docte Apôtre ,
Que votre Raison vous conduit
Comme un aveugle en mene un autre .
VI.
OCTOBRE , 1740. 2231
V I.
>
Parer une vaste ignorance
D'un stile vif , orné , charmant ;
D'un ton rempli de suffisance
Sur tout décider hardiment ;
Tantôt en Vers , tantôt en Prose
Combattre le Dogme Chrétien ;
Vouloir briller en toute chose ,
Et sçavoir tout , sans sçavoir rien ;
De ses Visions faire une Ode ,
Dont tout esprit faux est charmé
C'est le Portrait d'un fou pommé ,
Que les fous ont mis à la mode .
Je ne finirois point , M. fi je voulois insérer
ici toutes les Epigrammes que j'ai faites
contre les Esprits forts. Quand nous nous
reverrons , je pourrai vous lire celles qui restent
dans mon Recueil. Pour aujourd'hui
dispensez- moi d'aller plus loin , & contentez-
vous de ce que je viens de vous copier. Je
veux pourtant y ajoûter un Avis que je donne
à mes Lecteurs , en commençant le premier
Livre de mes Epigrammes.
AVIS AUX LECTEURS.
Or écoutez , Messieurs & Dames ;
Par la présente on vous fait assavoir ,
EY Que
2232 MERCURE
DE FRANCE
Que si quelqu'un lisant ces Epigrammes
S'y reconnoît comme dans un Miroir ,
Loin de détester la Satyre ,
Et de chercher à s'en venger ,
Il doit commencer par en rire ,
Et finir par se corriger .
Je fuis , Monfieur , au - deffus de toute
expreffion , & c.
>
Les mots de l'Enigme Logogryphe , &
des Logogrvphes du Mercure de Septembre
font le Laboureur , Tressaillement , & Dufresne.
On trouve dans le fecond Logogryphe
, Dur , Dun , Ré , Furnes , Urne , Nerfs,
Rene Fresne , Refus , Rude , Fesne , Nud ,
Ruë , & Nuë.
量
****************
ENIGM E.
Ous mon Casque pompeux il est moins de cer-
Souvelle,
Que dans le crâne étroit d'un frêle Moucheron ;
Cet Insecte s'enyvre , & gruge un Macaron ,
Tandis qu'à jeun mon corps cent fois se renouvelle .
Je puis des Confidens être crû le modele ,
Sans avoir plus d'esprit qu'un épais Potiron ;
Je
OCTOBRE.
2233 1740.
Je suis plus sûr en Mer que voile & qu'aviron ;
Sur la Terre il n'est point de Sujet plus fidele.
Inanimé , je suis l'ame des Porentats ,
Je les fais respecter & craindre en leurs Etats ;
Un même inftant me voit en divers Lieux paroître.
Quelquefois précieux , toujours rare & commun ,
Je fais peine & plaisir , bien ou mal à quelqu'un ,
Et ma face en portrait par tout me fait conoître.
************************
D
LOGOGRYPHE.
E neufLettres en tout mon corps est composé ,
Fais ma dissection d'un esprit reposé ;
1. 2. 3. 4. 5. te fournit le panache
Qu'au front de son Vulcain mainte Vénus attache.
1. 2. 3. de mes sons je remplis les Forêts ;
De Diane au combat les Favoris sont prêts.
7. 6. 1. 2. 3. 4. & 5. c'est une Bête
Qui d'une corne unique orne en naissant sa tête .
2. 5. 6. 7. je suis ce trésor précieux
Qui fait voir aux Mortels la lumiere des Cieux.
1. 2. 4. 6. 7. de la peur vrai symbole ;
· J'ai le pied si léger , qu'on diroit que je vole.
1. 5. 3. 4. 5. je suis cercle , & pir
moi
Un Négromancien aux Enfers fait la loi.
1. 5. 7. 8. & 9. Chambre antique d'Hermite;
E vj Je
2234 MERCURE DE FRANCE
Je suis plus pauvre encor que je ne suis petite ;
Je deviens quand on veut licol , toile , lien ;
Voilà, mon cher Lecteur, quel partage eſt le mien
AUTRE.
LE carnage est mon Element ,
L'horreur en tout lieu m'accompagne ,
On a pourtant pour moi certain attachement ,
Qui rend les hommes fous à courir la campagne.
Je
Si l'on m'aime on me craint . Funeste en mes effets,
cause souvent des regrets ;
J'arrête ou bien je sers les complots de l'Envie.
Fidele executeur des Arrêts du Destin ,
Je fais vivre & mourir , mais ô fort inhumain !
la mort que je donne la vie.
Si ce trait , Lecteur , t'a surpris ,
Ce n'est que par
Sous un voile plus clair je vais enfin paroîtres
Cinq membres composent mon Etre ;
1. 4. & 5. je dois ma naissance à Cloris ;
D'un Héros amoureux je la reçûs jadis
Et de plus par les mains d'une aimable Princeffe ,
Que guidoit en secret la plus vive tendresse .
D'un Prince infortuné je conservai les jours.
On péche en me quittant , lorsqu'on fait un Dis
cours.
A ce mot joignez 3. heureux quand ma jeuneffe
d'un tendre modéle imité la sagesse.
Da
OCTOBRE. 1740 2235
De ce dernier les 4. & 3. ôtez ,
Je marque le dégoût ; puis changeant les côtés ,
J'entends du dernier mot , je suis épais & sombre ,
Et malheur à celui qui repose à mon ombre
Remis en mon entier , prenez s . 4. & trois ,
Je brille sur le Trône à côté de nos Rois ;
.3 . 2. 4. 1. la flâme en mon sein allumée ,
Ne me laisse en mourant qu'une foible fumée
Otez 3. on me voit dans les beaux yeux d'Iris ,
De ses attraits charmans je releve le prix ,
Je fais briller son sublime génie ,
Et donne à tout son corps une grace infinie ;
2. 4. & 5. je suis un objet de mépris.
Révillon Desfontaines
;
Statut Statist st
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , & c.
Robservent à l'Exaltation du Pape , &
ECHERCHES fur les Cérémonies qui
fur l'origine des Cardinaux . Brochure in- 12 .
de 42. pages, chés la veuve Valleyre , ruë de
la Huchette , à la Ville de Riom , 1740.
Cet Ouvrage ne pouvoit paroître dans
une conjoncture plus favorable , & le Public
le recevra , fans doute , avec plaifir.
CANTIA
2236 MERCURE DE FRANCE
CANTIQUES SPIRITUELS fur les Sujets les
plus importans de la Religion , dédiés à la
Reine , avec les Airs notés à la fin . Brochure
in- 12. A Paris , chés Sébaſtien Jorry , Quai
des Auguſtins , aux Cigognes , 1740.
Ce Livre , de la compofition de M. Barle;
Prêtre , mérite , fans doute , la qualification
que le Censeur Royal a trouvé à propos
de
lui donner ; il ne contient en effet rien que
d'inftructif & d'édifiant , & il eft très - propre
à dédommager le Public de plufieurs lectures
frivoles qu'on lui présente tous les jours.
On pourra en juger , fur tout par le Cantique
XIII. dont le Sujet eft l'Importance du Salut,
lequel finit par cette Strophe.
Des biens présens ne soyons plus avides ,
Un jour la Mort doit nous les enlever ;
Portons nos voeux vers des biens plus solides ;
Au prix de tout pensons > à nous sauver.
Tous les Airs de ces Cantiques font gravés
à la fin du Livre.
NOUVEAU RECUEIL D'ENIGMES , dédié
à S. A. S. M. le Prince de Conty , nouvelle
Edition , corrigée & augmentée de 200 .
Enigmes. A Paris , chés Théodore le Gras,
Grand'Sale du Palais, à l'L couronnée , 1741 .
Vol . in - 12 . de 323. pages , avec l'Fxplication
des Enigmes .
HIS
OCTOBRE. 1740 . 2237
HISTOIRE ROMAINE DE TITE -LIVE ,
quatriéme Décade , traduite en François par
M. Guerin , ancien Profeffeur d'Eloquence
dans l'Univerfité de Paris. Trois Vol. in- 12.
le premier de 642. pages , le fecond de 729.
& le troifiéme de 627. A Paris , chés Louis
Dupuis, Libraire , ruë S. Jacques , près la ruë
S. Severin , à la Fontaine d'or , 1740.
LE JEU DE QUADRILLE , avec le Médiateur
& la Couleur favorite , nouvelle Edition
augmentée du Médiateur Solitaire à quatre
& à trois , & de plufieurs nouvelles Décifions.
A Paris , chés Théodore le Gras ,
Grand'Sale du Palais, à l'L couronnée, 1739.
Brochure de 86. pages.
LES REGLES DU JEU DE PIQUET avec
les Décifions des meilleurs Joueurs fur les
coups les plus difficiles , chés le même Li
braire.
LES REGLES DES JEUX HISTORIQUES , pour
aprendre l'Hiftoire de France , l'Hiftoire Romaine
, la Géographie, la Fable & le Blazon,
avec des Cartes gravées, pour joüer ces Jeux ,
chés le même Libraire , 1740. Brochure de
71. pages.
LA JALOUSIE IMPREVUE , Comédie en
un
238 MERCURE DE FRANCE
un Acte , en Prose , par M. Fagan , représentée
le 16. Juillet au Théatre Italien . A
Paris , chés Prault , le fils , Quai de Conty,
vis - à-vis la descente du Pont- Neuf , à la
Charité. Prix 24. fols.
Nous avons rendu compte de cette Piéce
par l'Extrait qu'on en a donné au mois
d'Août ; elle a été très- favorablement reçûë
du Public.
ORIGENIS Opera omnia Gracè & Latinè ex
variis Editionibus Codicibus manu exaratis
: operâ & ftudio Domini Caroli de la Ruë,
Presbyteri & Monachi Benedictini è Congregatione
S. Mauri , in-fol . Parisiis , apud Joannem
Debure 1740. 3. Volumes .
Il y avoit long- tems que l'on fouhaitoit
une Edition d'Origene plus exacte & plus
complette , que celles qui avoient paru jusqu'à
ces derniers tems. Celles de Merlin, d'Erasme
& de Genebrard ont eu leur mérite
mais la Critique s'est bien perfectionnée depuis
leur tems. Combien n'a - t'on pas trouvé
d'ailleurs dans le fond des Bibliotheques
des Manuscrits rares & précieux , qui fembloient
demander une nouvelle Edition des
Ouvrages de cet ancien Pere ?
Le Clergé de France y pensa dès l'an 1636.
lorsqu'il demanda une nouvelle Edition des
Quvres d'Origene ; comme on faisoit celles
da
OCTOBRE. 1740 : 2235
de beaucoup de Peres Grecs , les Sçavans ;
foit François , foit Etrangers s'y apliquerent ,
mais long-tems après. Les Anglois publicrent
en 1658. le célébre Traité contre Celse,
en Grec & en Latin , qui reparut une feconde
fois en 1677. & qui fut traduit en François
, & imprimé à Amfterdam en 1700. On
peut dire que c'eft le plus bel Ouvrage d'Origene
, & celui où il y a le plus à aprendre.
Mais l'Editeur Anglois y avoit fait une infinité
de fautes , que le célébre M. Capperonnier
, l'un de nos plus grands Litterateurs ,
fur tout dans la Langue Grecque , avoit corrigées
fur fon Exemplaire ; & par un véritable
zéle pour les Lettres , il a bien voulu
communiquer fes corrections au P. Dom
Charles de la Ruë.
M. Huet , qui depuis fut Sous- Précepteur
de M. le Dauphin & enfuite Evêque d'Avranches
, eut le bonheur de trouver dans fes
voyages , des Manuscrits Grecs d'Origene ,
fur le Nouveau Teftament : c'eſt ce qui l'engagea
à les publier en 1667. avec fa Verfion
Latine . Il accompagna le tout des observations
qu'il avoit faites fur cet Ecrivain , &
qu'il nomma Origeniana.
Le P. Dom Bernard de Montfaucon , dont
la Litterature eft diftinguée dans tous les
genres , & dont le nom eft en vénération
chez tous les Sçavans de l'Europe , donna en
1713-
2240 MERCURE DE FRANCE
1713. les Fragmens qu'il avoit pû recouvrer
des Exaples d'Origene , c'eft- à- dire , des Verfions
Grecques de la Bible, qu'Origene avoit
rangées fur fix colomnes.
Mais les vues du Clergé de France ne fe
trouvoient pas encore remplies ; on demandoit
toujours une Edition complette de ce
qui nous refte des OEuvres d'Origene. Le
P. Dom Charles de la Ruë , Bénédictin de la
Congrégation de S. Maur , s'en chargea , &
en publia les deux premiers Volumes en 1733 .
Le Pape Clement XII . voulut bien permettre
que l'Ouvrage lui fût dédié ; & S. S. reçût
cette dédicace, & comme Chef de l'Eglise &
comme Souverain , en comblant le fçavant
Editeur des bénédictions apoftoliques & en
lui envoyant une belle Médaille d'or , l'Ouvrage
a eu dans le Public tout le fuccès qu'on
en pouvoit esperer.
Le P. de la Ruë étoit au troisiéme Volume
, lorsque le travail fut interrompu par une
maladie de langueur ; l'Editeur eut quelque
lueur de fanté , & continua l'impreffion de
fon Ouvrage ; enfin , il mourut à Paris le 5.
Octobre 1739. âgé de 54. ans 7. mois. Il
étoit né à Corbie le 29. Juillet 1685 .
Heureusement le P. de la Rue a laiffé dans
le P. Dom Vincent de la Ruë de la même
Congrégation , un Neveu qui marche fur les
traces de fon Oncle , par lequel il a été formé
OCTOBRE. 1740 2241
mé dans les Sciences Ecclefiaftiques , & qui
a continué l'impreffion du 3 ° . Volume , qui
vient de paroître . Ainfi l'habileté & la fcrupuleuse
attention du nouvel Editeur , empêche
de dire que la fin de ce Volume eft un
Ouvrage pofthume. Tout l'Ouvrage étoit fini
& en état d'être publié .
Il en refte encore un quatrième , qui comprend
la fin des Commentaires d'Origene fur
Le Nouveau Teftament, avec les Traités qu'on
lui a fauffement attribués ; le tout fera terminé
par les célébres Origeniana de M. Huet , Ouvrage
fçavant & plein de cette belle Littera
ture , par laquelle ce grand Homme s'eft
toujours diftingué. C'eſt ce qui va s'exécuter
, pour fatisfaire pleinement les defirs de
ceux qui s'apliquent aux Sciences Ecclefiafti
ques.
La maniere dont cet Ouvrage est exécuté,
fait honneur à l'Editeur & au Libraire ; auffi
le Public en a paru très- content.
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR ET
DE L'ESPRIT . Ce Tomefixième, in- 12.de vingtfeuilles
d'impreffion , eft en vente à Paris
chés la veuve PISSOT , Quai de Conti , &
chés BRIASSON , ruë S. Jacques , à la Science.
Le prix de ce nouveau Volume eft de
trois livres , fur le pied de trois fols la feüille.
Il faut que Bajazet Premier foit un fujet
1
bien
2241 MERCURE DE FRANCE
bien tragique , puisque outre la Piéce de ce
nom , qui a été joüée l'année derniere fur le
Théatre François , on connoît dans le Public
deux autres Piéces que la même cataſtrophé
a produites. Le Tome fixiéme des Amusemens
en offre une que l'Auteur de cet Ouvrage
Périodique dit être d'un homme diftingué
parfon mérite & par fa naiſſance , & qui travaille
plûtôt par amusement , que par occupation.
Il paroît de plus que cette Piéce a été
compofée il y a pluſieurs années , & qu'elle
n'eft point l'Ouvrage d'un jeune Seigneur
qui eft mort en 1737. Ceux qui ont été à
portée d'en faire la lecture , ne trouveront
entre celle- ci & celle - là , que la reffemblance
du fujet. Nous fommes exempts de faire
l'analyse du Bajazet moderne , parce que chacun
fçait les fituations que produit naturellement
ce fuje hiftorique & intereffant . Nous
renvoyons nos Lcteurs à l'Ouvrage même
qui eft inseré tout entier.
On trouve enfuite deux morceaux de Critique
, lefquels , s'ils ne font pas nouveaux >
ne font pas indignes d'être confervés dans
les Bibliotheques des gens de goût . Ils étoient
devenus presque introuvables , & la difficul
té de les acquerir doit attirer quelque loüange
à celui qui les a fait revivre : fon projet
eft de faire imprimer ainſi dans la fuite deș
Amusemens , les Critiques amufantes & folides
OCTOBRE. 1740 : 2245
des qui ont été compofées du vivant même
des Auteurs qu'elles ont pour objet. Il s'agit
donc ici d'une Lettre de Madame la Marquife
de L *** fur les Fables de M. de la Motte
qui parurent en 1719. & d'une Réponse fer
vant d'apologie à ces mêmes Fables.
On ne fera pas faché d'aprendre , d'après
notre Auteur , que ces deux morceaux font
du feu Pere Buffier , Jesuite ; & la lecture fera
convenir que fi les Auteurs de nos jours
étoient bien persuadés que le fiécle où nous
vivons eft très - éclairé , & qu'il eft des Gens
de Lettres en état de leur démontrer leurs
fautes , ils feroient plus retenus & châtieroient
avec plus de feverité leurs productions.
On a beau dire que les Critiques font à peine
écloses qu'elles disparoiffent , comme ces
Cometes fugitives , qui allarment pour un
tems le Peuple crédule. Nous n'entrerons
ici dans aucun détail : il faut lire ces deux
morceaux en entier. Nos bornes ne nous permettent
pas d'en user autrement. Nous en
userons de même à l'égard d'une Historiette
d'une cinquantaine de pages & qui eft une
Nouvelle Efpagnole. Nous trouvons fous
notre main deux Piéces de Poëfies qui pourront
faire juger du choix & du goût de l'Auteur.
L'ENFANT
2244 MERCURE DE FRANCE
L'ENFANT ET LE VER A SOYE.
FABLE.
Au College , fejour des chagrins & des pleurs ,
Un jeune Enfant comptoit les jours par fes douleurs:
Escorté des Pédans , Tirans de la Jeuneffe ,
Ennemis des plaisirs , vrais porteurs de trifteffe ,
De Livres dégoûtans un amas ennuyeux
Fatiguoit nuit & jour fon efprit & les yeux.
Il avoit donc pour toute joye ,
Un Ver à Soye ,
Unique divertiffement
Qu'il conservoit foigneusement ;
Le dérobant aux yeux de fon Maître ſevere
Qui fur le Ver & fur l'Enfant
Auroit fait éclater fon injufte colere.
L'Enfant , voyant le Ver qui filoit ſa priſon ,
Ami , lui disoit-il , t'on travail eft extrême :
Tu t'épuises, pourquoit pour t'enfermer toi - même.
Eh ! que ne deviens -tu tout d'un coup Papillon ?
Alors libre de l'esclavage ,
Un innocent libertinage
Te feroit , à loisir , voltiger dans nos champs ,
Pour careffer les fleurs que donne le Printems :
Et , fuivant ton humeur volage ,
Après avoir goûté le plaisir d'être Amant ,
Tu goûterois celui d'être inconstant.
Pour
OCTOBRE . 1740. 2245
Pour un malheureux Ver la nature barbare ,
Prodigue de travaux , de plaifirs eft avare :
Elle eft severe & cruelle pour toi
Comme mon Maître l'est
•
pour moi.
Le travail
eſt helas
! mon unique
partage
: Enfermé
comme
toi , dans ma triste prison
Je demande
la fin de mon dur esclavage
, Et ne puis , comme
toi , devenir
Papillon
! Le Ver lui répondit
: la Nature
eft bien ſage , Du travail
au plaifir
elle nous fait paffer : L'un doit nous occuper
, l'autre
nous délaffer
.
BOUQUET.
A Mlle de Marsan , par Madame Vatry:
JEunes Amours , pillez les richeffes de Flore ,
Venez les présenter à Lise en ce beau jour :
Ornez- en ses apas qui ne font que d'éclore ;
Par de tendres accords faites-lui votre cour :
Présentez mille coeurs dignes de cette Belle .
Lise , du fang des Dieux , en a les fentimens.
Amours , ne demandez , pour prix de votre zéle
Que de la voir quelques momens :
Partez .... mais vous battez d'une aîle
Lorsqu'il faut quitter tant d'apas.
Vous allez donc fuivre toujours fes pas ?
Vous lui donnez déja , pour plaire ,
Là
2246 MERCURE DE FRANCE
La ceinture de votre Mere.
Cachez vous bien , jeunes Amours,
Sous les traits du refpect fincere.
Sous votre nom vous allez lui déplaire :
Tout parle de vos mauvais tours ,
Et Lise vous craindra toujours.
EPITRE de M. de Voltaire à Meffieurs
le Comte , le Chevalier & l'Abbé de Sade ,
de la famille de la belle Laure.
TRio charmant que je remarque
Entre ceux qui font mon apui' ;
Trio , par qui Laure aujourd'hui
Revient de la fatale barque ,
Vous , qui pensez mieux que Petrarque ,
Et rimez auffi bien que ļui ,
Je ne puis quitter mon étui
Pour le fouper , où l'on m'embarque,
Car , la Cousine de la Parque ,
La Fiévre au minois catereux ,
A l'air hagard , au cerveau creux ,
A la marche vive , inégale ,
De mes jours compagne infernale ,
M'oblige , pauvre vaporeux ,
D'avaler les juleps affreux
Dont Monfieur Geoffroy me régale
que , d'un gosier heureux Tandis
OCTOBRE. 1740. 2247
Vous bûvez la liqueur vitale
D'un vin brillant & favoureux.
Nous aurons occasion de faire encore connoître
ce fixiéme Volume par quelques Piéces
assés courtes. Le Lecteur en trouvera
entr'autres
plufieurs capables de plaire
une Ode de M. de Bainville , intitulée , la
Chasse , & deux de M. Robbé de Beauveset :
l'une , la Newtonique , & l'autre fur la distinction
du Corps & de l'Ame. On avertit le
Public que le feptiéme Volume de ces Amusemens
fera en vente le premier Janvier
1741. Les Personnes qui ont quelques Lettres
à écrire à l'Auteur de cet Ouvrage Périodique
, pourront les adresser chés la veuve
PISSOT , ou chés BRIASSON , ruë S. Jacques
à la Science. De trois mois en trois mois on
aura un nouveau Volume , & l'Auteur assûre
qu'il n'y aura aucune interruption dorénavant.
CODEX veterum Canonum Ecclesia Hispania
ex genuinâ Conciliorum & Decretalium
Epistolarum S. Isidori Hispalensis : & de Antiquitate
Ecclesia Occidentalis Dissertationes.
A Cajetano Cennio . Tomus Primus 4°.
Roma , Typis Anton, de Rubeis. M. DCC.
XXXIX .
ESSAIS de Michel , Seigneur de Montagne,
F donnés
2248 MERCURE DE FRANCE
donnés fur les plus anciennes & les plus
correctes Editions , augmentés de pluſieurs
Lettres de l'Auteur , & où les passages Grecs,
Latins & Italiens , font traduits plus fidélement
& cités plus exactement que dans aucune
des précédentes , avec des Notes &
une Table générale des Matieres , plus utile
que celles qui avoient paru jusqu'ici , par
Pierre COSTE , IV. Edition , augmentée de
la Vie de Montagne & de nouvelles Notes ,
qui ne fe trouvent point dans les trois dernieres
Editions , publiées en 1724. 1725. &
1727. six Volumes in- 12 . A Londres , ches
Jean Nourse , M. DCC . XXXIX. & fe
trouvent à Paris chés la veuve Ganeau , ruë
S. Jacques , aux Armes de Dombes.
Les Essais de Montagne font un Ouvrage
auffi universellement connu , qu'eftimé ; ainfi
il feroit presque inutile d'entrer dans quelque
détail fur ce fujet. D'ailleurs deux
Préfaces qui font à la tête du 1. Tome , nous
paroiffent assés inftructives à certains égards.
La premiere eft la même qui accompagnoit
l'Edition de 1724. La feconde eſt toute
récente , & porte pour titre : Avis fur cette
nouvelle Edition . Elle eft datée de Paris le
19. Mai 1738.
Immédiateme nt après ces Préfaces on
a imprimé un Mémoire fur la Vie & les Óuvrages
de Michel de Montagne , Piéce qui
méritoit
OCTOBRE. 1740. · 2245
méritoit , fans doute , une autre place , du
moins un mot d'avis , pour avertir que l'Au-,
teur des Préfaces , où l'Editeur , n'a aucune
part à ce Mémoire. Il est vrai que les Lecteurs
intelligens pourront ne s'y pas méprendre
mais il étoit jufte de faire fçavoir au Public
que ce beau morceau d'Histoire Litteraire .
que la modeftie de l'Auteur a qualifié fimplement
de Mémoire , eft forti de la plume
d'un des plus illuftres membres de l'Académie
Françoise , que nous n'osons pas nommer,
de peur de lui déplaire. Il trouvera cependant
bon que pour tout extrait de cette
nouvelle Edition , nous ornions notre Jour
nal de fon Ouvrage fur Montagne.
MEMOIRE fur la Vie & les Ouvrages
de Michel de Montagne.
MICHEL DE MONTAGNE étoit fils de Pier.
re Eyquem, Ecuyer, Seigneur de Montagne.
Scaliger a prétendu que fon Pere étoit un
vendeur de Harancs ; mais c'est une médisance.
Car au Suplément de la Chronique
Bourdeloise par Jean Darnal , on voit que
Pierre Eyquem , Sicur de Montagne , qui en
un endroit y eft qualifié Ecuyer , fut fucceffivement
élû premier Jurat de la Ville de
Bourdeaux en 1530. Sous - Maire en 1536.
Jurat une feconde fois en 1540. Procureur
de la Ville en 1546. & enfin Maire depuis
Fij
1553.
250 MERCURE DE FRANCE
1553. jusqu'en 1556. Montagne fait mention
de cette Mairie de fon Pere , & en un
autre endroit , du furnom d'Eyquem , qu'il
dit être celui d'une Maison connue en Angleterre
; mais qu'il ne paroît pas avoir jamais
porté. Il nous aprend aussi
que fes
Armoiries étoient d'azur ,femé de trefles d'or,
à une patte de Lion de même , armée de gueutes,
mise en face.
Du refte , il fait fouvent l'éloge de fon
Pere , loüant sa probité , fon activité , &
l'agilité merveilleuse qu'il avoit conservée ,
même dans fa vieilleffe . Il dit auffi qu'il
avoit fervi , je ne fçais en quelle qualité
dans les Guerres d'Italie ; qu'à son retour il
fe maria en 1528. âgé de 33. ans , & qu'il
mourut de la pierre à 74. ans , c'est - à- dire ,
en 1569.
Pierre de Montagne avoit trois freres , l'un
Conseiller au Parlement de Bourdeaux , furnommé
le Sr de Buffagnet , un autre nommé
le Sr de S. Michel , & un troisiémie Ecclésiastique
, apellé le Sr de Gaviac. Ce qui
prouve de plus en plus la mauvaise foi de
Scaliger fur cette Famille .
Michel de Montagne nâquit le dernier
jour de Fevrier 1538. Il fut le troisiéme des
Enfans de fon Pere , lequel prit un foin tout
particulier de fon éducation . On en peut
voir dans fes Essais le détail , qu'il feroit trop
long
OCTOBRE. 1740 225
long de raportér ici . Il fuffit de dire qu'il
aprit le Latin en la maison paternelle par pu
re routine , comme on aprend le François ,
& qu'il le parloit aisément à l'âge de fix ans,
auquel il fut envoyé au College de Bourdeaux
, où il y avoit alors les meilleurs Régens
de France ; fçavoir , Nicolas Grouchy,
Guillaume Guerente , Georges Buchanan &
Marc-Antoine Muret. Il acheva fous eux fon
cours d'étude à l'âge de 13. ans , & aparemment
il fut envoyé peu après en quelque
Ecole de Droit , puisqu'il étoit deftiné à
Robe.
En effet , il fut pourvû d'une Charge de
Conseiller au Parlement de Bourdeaux , &
peut être de celle du Sr de Buffagnet , fon
Oncle , qui mourut jeune.
On a reproché à Montagne d'avoir affecté
de ne point parler de cette Charge dans fes
Ouvrages , comme s'il avoit voulu cacher à
la Pofterité qu'il eût été de Robe . Mais ce
reproche eft inal fondé ; car dans la rélation
qu'il fit à fon Pere , de la mort d'Etienne de
la Boëtie , & qu'il fit imprimer à la tête des
Opuscules de cet Ami , il lui dit qu'il aprit
la maladie de cet Ami le 9. Août 1563. en
revenant du Palais . Et en ses Essais , après
avoir dit que les occupations publiques ne
lui convenoient pas , il ajoûte : Enfant , on
my plongea jusqu'aux oreilles , il fuccedeit.
Fiij
Si
252 MERCURE DE FRANCE
Si m'en déprins je de bonne heure. C'est aussi
de cela dont il a voulu parler ailleurs , en disant
: De ce peu que je me fuis effayé en cette
vacation , je m'en fuis d'autant dégoûté. Comment
, en effet , auroit - il pû dissimuler une
chose aussi notoire , que le fait de cette
Charge ?
Il eft vrai qu'il paroît avoir eu peu de goût
pour ce métier , & qu'il va jusques à dire
quelque part , qu'il fçait feulement en gros ,
qu'il y a une Jurisprudence , mais qu'il n'a
jamais goûté des Sciences que la croute premiere
en fon enfance. Ce fut aparemment ce qui
lui fit prendre le parti de quitrer cet Emploi.
Mais je ne fçais , ni quand il s'en défit , ni
combien de tems il Pexerça. Pour en être
inftruit au jufte , il faudroit recourir aux Regiftres
du Parlement de Bourdeaux . La Croix
du Maine dit feulement , qu'après la mort
de son frere aîné , il réfigna fa Charge , &
prit le parti des Armes ; c'eft - à - dire , qu'il
quitta la Robe pour l'Epée. Car il ne paroît
pas avoir jamais eu d'Emploi militaire. Un
Auteur de Bourdeaux cite un Arrêt rendu le
15. Juin 1590. au raport de M. de Montagne
, Personnage , dit- il , de grand sçavoir.
Mais fi la date n'eft pas fauffe , il faut que
ce foit un autre Conseiller de même nom.
On voit par fon Epitaphe , qu'il avoit
épousé Françoise de la Challagne . Elle étoit
fille
OCTOBRE. 1740. 2253
fille de Joseph de la Chaffagne , l'un des
plus célébres Conseillers au Parlement de
Bourdeaux , & foeur de Geoffroi de la Chassagne
, Sieur de Pressac , connu par divers
Ouvrages . Mais je ne puis dire en quel
tems se fit ce Mariage ; ce que je sçais feule :
ment , c'eſt que par une Lette de Montagne
à fa Femme , du 10. Septembre 1570.
il paroît qu'il y avoit alors fix ans , au moins,
qu'ils étoient mariés.
Dès l'année 1563. il avoit perdu fon Ami
intime , le Sr de la Boëtie , Conseiller au même
Parlement , dont il a été parlé ci -deffus,
& dont il fait , en plufieurs endroits de ses
OEuvres , l'éloge le plus complet. Comme
ce sçavant Magistrat lui avoit légué par fon
Testament sa Bibliotheque & tous fes Manuscrits
, Montagne crût qu'il étoit de fon
devoir de faire le choix de quelques uns des
Ouvrages de fon Ami , & de les donner au
Public. Ainfi il fit imprimer à Paris en 1571.
chés Frederic Morel , la Traduction Françoise
que la Boëtie avoit faite des Opuscules
de Xenophon & de Plutarque , avec un
Recueil de Vers Latins de même. A l'égard
de ses Vers François , ils ne parurent que
l'année fuivante chés le même Imprimeur.
Montagne accompagna le tout de plusieurs
Epitres dédicatoires de fa façon , & d'une
Lettre à son Pere , contenant la rélation de
la mort de fon Ami.
Fiij Ce
2254 MERCURE DE FRANCE
*
Ce fut peu de tems après , que s'étant re
tiré en fon Château de Montagne , dont il
étoit devenu le proprietaire par la mort de
fon Pere , il commença la composition de
ses Essais . Comme , de son aveu , il n'aimoit
ni la Chasse , ni les Bâtimens , ni le
Jardinage , ni le ménage de la Campagne ,
& qu'il étoit uniquement occupé de la lecture
& de ses propres réflexions , il se livra
au plaisir de mettre par écrit fes pensées
fans ordre , & fuivant qu'elles fe préfentoient
à fon esprit. Il fait , quelque part , la defcription
de fon Château , qui devoit être
assés vafte , puisque la Cour y a logé . Mais
il se plaisoit fur tout dans la petite Bibliothéque
qu'il y avoit formée ; & c'eft de là que
font fortis les deux premiers Livres de fes
Essais , qui furent imprimés à Bourdeaux
en 1580.
Son goût pour l'Etude n'étoit pas fi grand
qu'il n'en eût encore beaucoup pour les voya-
Non- seulement il avoit parcouru la
ges.
France , mais il avoit voulu encore voir l'Allemagne
, & , foit pour fa fanté , foit par
curiosité , il avoit été aux Eaux de Bagnieres,
de Plombieres, en Lorraine, de Bade , en
Suiffe, & en celles de Luques & della Villa,
en Italic. Il alla enfin à Rome en 1581. &
ce fut pendant le sejour qu'il y fit , que fon
mérite lui fit donner des Lettres de Bourgeoisie
OCTOBRE. 1740 2255
geoisie Romaine , qui font raportées dans
fes Essais.
Il nous aprend aussi , qu'il n'étoit pas enen
nemi de l'agitation des Cours , & qu'il y avoit
paffe une partie de fa vie. En effet , il fe
trouva à Rouen, pendant que le Roy Charles
IX. y étoit. Ce fut aparemment au tems de
la Déclaration de Sa Majorité. Il alla à Soissons
conduire le Corps de M. de Grammont,'
qui avoit été tué au Siége de la Fere. En 1582.
il alla à la Cour de la part des Bourdelois ,
pour y négocier quelques affaires ; & on fçaic
que,s'étant trouvé aux derniers Etats de Blois
de l'année 1588. quoiqu'il n'y fût pas député
, il ne laissa pas de s'y mêler dans quelques
intrigues.
Ce fut , fans doute , pendant quelques-uns
de ces voyages à la Cour , que le Roy Charles
IX. l'honora du Collier de l'Ordre de
S. Michel. Il en parle comme d'une chose
qui lui fut offerte & qu'il n'avoit pas demandée,
& se plaint ailleurs de ce qu'on avoit depuis
avili cet honneur , en le communiquant
à trop de gens , qui n'en étoient pas dignes.
La Croix du Maine lui donne encore la qualité
de Gentilhomme Ordinaire de la Chambre
du Roy , laquelle lui eft pareillement
donnée , à la tête de fa Traduction de la
Théologie Naturelle de Raymond de Sebonde.
Fv Pen
2256 MERCURE DE FRANCE
Pendant qu'il étoit à Rome , les Bourdelois
firent une chose qui marque bien l'estime
qu'ils avoient pour sa personne ; car ,
tout absent qu'il étoit , ils l'élurent Maire de
leur Ville Place qui étoit alors fi honorable
, qu'il y fucceda au Maréchal de Biron ,
& qu'il y eut pour fucceffeur le Maréchal de
Matignon. Montagne voulut d'abord s'excuser
de prendre cet Emploi , mais ayant
reçu un commandement du Roy de l'accep
ter , il obéit , & après les deux ans de fon
exercice , il fut encore continué pour deux
autres , en l'année 1583 .
On a prétendu qu'il n'avoit pas trop
bien
réüffi dans fa Mairie de Bourdeaux , mais
fans en raporter aucunes circonstances . Ainfi
nous n'en pouvons juger que par ce qu'il
en dit lui-même , & qui fe réduit au reproche
qu'on lui faisoit , de s'y être porté en homme
qui s'émeuttrop lâchement , & d'une affection
languiffanie. Mais il s'en défend fort bien,
en faisant voir qu'il n'avoit pas rendu un fervice
médiocre à la Ville de Bourdeaux , en
la maintenant en paix dans un tems de troubles
, tel que celui où il l'avoit gouvernée.
Ainfice qu'on lui reprochoir , devoit au contraire
tournerà fa gloire ; & il faut bien qu'on
fit content de lui , puisqu'on le continua
dans fa Charge. Sur quoi , dit -il , le Peuple
fit bien plus pour moi , en me redonnant ma
Charge,
*
OCTOBRE. 2257 1740.
Charge , qu'en me la donnant premierement.
C'est ce même esprit de Paix , éloigné de
toute cabale & de toute animosité de parti
qui fut cause , que dans le feu des Guerres
Civiles , qui de fon tems désolerent la France
, il conserva presque toujours son Châ
teau de Montagne dans une heureuse tranquillité.
Quoiqu'il fe fût hautement déclaré
pour le Parti Catholique , il n'avoit pas laiffe
de donner dans fa Maison libre entrée à tout
le monde , fans vouloir en faire une Place de
Guerre. En quoi , dit il , j'estime un merveilleux
chef d'oeuvre , qu'elle foit encore vierge
de fang de fac, fous unfi long orage , &
parmi tant de changemens & agitations voi
fines.
>
Sur les fins feulement de fa vie , & au
commencement des funeftes divisions de la
Ligue , fi je ne me trompe , il eut aufli fa
part des maux de la Guerre. Sa Terre fut pillée
par les amis , comme par les ennemi . Je
fus , dit il , pélaudé à toutes mains . Au Gibelin
j'étois Guelphe , & au Guelphe , Gibelin.
Pour furcroît de malheur , la Peste infecta
fon Village , & pénetra dans fon Château .
Ce fut en 1586. fuivant la Chronique Bourdeloise
, que ce Fleau commença a faire du
ravage en Guyenne. Montagne fut obligé de
quitter la Maison & d'emmener ailleurs fa
Famille ; mais il ne dit pas où il trouva un
F vj azile.
2258 MERCURE DE FRANCE
azile . Il parle aussi de quelques dangers pref
fans , qu'il courut pendant ces guerres ; mais
fans donner à connoître le tems , ni les circonftances
de ces événemens.
Dès l'année 1580. comme je l'ai dit plus
haut , Montagne avoit publié à Bourdeaux
les deux premiers Livres de fes Essais . Les
ayant retouchés & considerablement augmentés
dans la fuite, & y ayant même ajoûté
un troisiéme Livre, il fe rendit à Paris pour les
faire imprimer tous ensemble. Ce fut pendant
un assés long fejour qu'il fit encore dans
cette grande Ville , que la Dlle de Gournay,
qui , quoique très - jeune , avoit déja l'efprit
fort orné , charmée des Ouvrages de Montagne,
alla exprès le chercher pour le voir &
le connoître. Il se forma dèslors entr'eux une
fi grande liaison , que cette Dlle & fa mere
voulurent l'emmener en leur Maison de
Gournay , où il séjourna trois mois en deux
ou trois voyages, La Demoiselle conçût pour
lui tant d'eftime , qu'elle voulut être apellée
fa fille d'alliance. Nom , dont elle fe trouva
fi honorée , qu'elle le conserva jusques à la
mort. Elle le prit même publiquement dans.
l'Edition des OEuvres de Montagne , qu'elle
donna en 1635. & qu'elle dédia au Cardinal
de Richelieu.
Montagne, en s'en retournant chés lui, voulut
voir les Etats qui se tenoient à Blois fur
la
OCTOBRE. 1740. 2259
la fin de la même année , comme il a été dic
ci- deffus , & n'y furvêcut pas bien longtems.
Dès l'âge de 47. ans , il avoit reffenti
des atteintes de colique néphrétique , & il
en fut fouvent depuis vivement tourmenté ;
ce ne fut pourtant pas de cette incommodité
qu'il mourut ; ce fut d'unc esquinancie , qui
lui causa une paralysie fur la langue ; en forte
qu'il demeura trois jours fans pouvoir parler.
Mais comme il avoit l'esprit fort fain , il fe
faisoit entendre par écrit , & pria de cette
façon fa femme , de faire venir quelques Gentilshommes
de fes voisins, pour prendre congé
d'eux. Quand ils furent arrivés , il fit dire
la Meffe dans fa Chambre , & à l'élevation
il se foûleva comme il put , fur
fon lit , les mains jointes , & expira dans
cette action de pieté , âgé d'un peu moins
de 60. ans . Ce fut le 15. Septembre 1592 .
fuivant fon Epitaphe , ou le 17. du même
mois , fuivant la Chronique Bourdeloise . Son
Corps fut transporté , quelques mois après
en l'Eglise des Feuillans de Bourdeaux , où
fa Femme lui fit dreffer l'Epitaphe dont je
viens de parler.
›
Il ne laiffa de fon mariage , qu'une fille ,
qui fur , dit- on , mariée en bon lieu . Mais on
ne nous a point apris le nom de fon Mari ,
ni fi elle a eû pofterité. On ajoûte feulement
que la Demoiselle de Gournay & fa Mere ,
touchées
2260 MERCURE DE FRANCE
touchées de cette perte , traverserent , à la
faveur des Paffeports , une partie de la France
, qui étoit alors toute en armes alpour
ler mêler leurs pleurs avec ceux de la Mere
& de la Fille. Exemple mémorable d'une
amitié également folide & désintereffée.
"
Je ne fçaurois dire non plus s'il reſte encore
quelqu'un de la Famille de cet Homme
Illuftre. Il parle bien d'un frere qu'il avoit
& qui étoit Seigneur d'Arsac , au Pays de
Médoc , d'un autre qu'il apelle le fieur de
Matecoulon ; d'un troifiéme , qui étoit de la
Religion Prétendue Réformée & qu'il
nomme de Beauregard , & encore d'un quatriéme
, nommé le Capitaine S. Martin , qui
fut tué d'un coup de balle de paulme , à l'âge
de 23. ans. Mais je ne fçais s'ils ont cû
des descendans.
,
Quoiqu'il en soit , le nom de Montagne
vivra toujours par les beaux Ecrits qu'il a
laiffés , Ecrits,dont le tems ni les changemens
de la Langue n'ont point diminué la réputation.
Il commença à fe faire connoître par la
Traduction , qu'il fit en notre Langue , de
la Théologie Naturelle de Raymond Sebon ,
ou plutôt de Sebonde , fçavant Espagnol.
Dans la Dédicace qu'il en fit à fon Pere le
18. Juin 1568. il dit qu'il avoit entrepris cet
Ouvrage par fon ordre dès l'année précédente
.
OCTOBRE. 1740. 2261
dente. Il fut imprimé pour la premiere fois
à Paris , chés Buon & Gourbin , en 1569 .
& pour la feconde , chés le même Gourbin
en 1581.
En 1571. & 1572. Montagne donna au
Public les Opuscules de fon ami Etienne de
Boëtie , ainfi que je l'ai déja observé .
Mais le principal de fes Ouvrages, ou pour
mieux dire , le feul qu'on lise aujourd'hui ,
ce font ses trois Livres d'ESSAIS , dont j'ai
marqué ci deffus les premieres Editions qui
parurent de fon vivant. Il s'en eft fait depuis
fa mort plufieurs autres , comme on peut le
voir dans la Préface de M. Coſte , à qui nous
fommes redevables des dernieres.
Cet habile Editeur a raſſemblé à la tête.de
eet Ouvrage les differens Jugemens qu'on a
faits de l'Auteur , & de fon Livre . Ils méritent
fort d'être lûs. A mon egard , s'il falloit
prendre parti entre ce qui a été dit pour &
contre , voici quelle feroit ma pensée .
On ne peut nier que Montagne ne montre
dans tous fes Ouvrages , non seulement
beaucoup d'esprit & d'agrément , mais encore
un beau naturel & un coeur excellent.
Il paroît avoir été bon Citoyen , bon fils ,
bon ami , bon voifin , bon mari , & un des
plus honnêtes hommes du monde . Ce n'en
eft pas une petite marque , que d'avoir pû se
vanter au milieu de la licence des Guerres
Civiles
22 MERCURE DE FRANCE
Civiles , de ne s'y être point mêlé , & de n'a
voir mis la main ni aux biens , ni à la bourse
de personne. Il affûre de plus , qu'il a fouvent
fouffert des injuftices évidentes , plutôt que
de fe résoudre à plaider , ensorte que fur fes
vieux jours il étoit encore , dit - il , vierge de
procès & de querelles.
Pour fa Morale , il faisoit profeffion de
fuivre celle des Stoïciens , qui étoit la plus
rigide de toutes celles du Paganisme. Tous
fes Livres font pleins des maximes de Seneque
, & des autres Philosophes les plus fages,
dont il avoit bien lû & médité les principes.
Il pouffoit même la probité jusques à foûtenir
, qu'un homme de bien doit tenir parole
, même à un voleur , à qui il a promis
de payer quelque fomme. En cela il alloit
plus loin que les Casuiftes les plus féveres.
Mais c'est toujours une preuve de fa droiture
, & s'il eft vrai , comme on l'a affuré , que
le Cardinal du Perron apelloit les Effais de
Montagne , le Breviaire des honnêtes gens
c'eft , fans doute , par raport à fes nobles
fentimens.
Mais il n'eft pas fi aisé de le juftifier fur le
fait de la Morale Chrétienne. Ce n'eft pas
que je vouluffe lui faire un grand crime d'avoir
aimé les femmes en fa jeuneffe , com.
me il le dit fouvent , & même avec des circonftances
qui ne lui font point honneur. Ce
fon
OCTOBRE. 1740 226§
font de ces foibleffes qu'on pardonne à l'âge
& au tempéramment. Mais Montagne n'eft
pas excusable, d'en avoir fait trophée jusque
dans fa vieilleffe , & encore moins d'avoir
dit qu'il ne pouvoit s'en repentir , & qu'il
alloit s'amusant en la recordation des jeuneſſes
passées. Que penser d'un vieillard , qui prétend
, qu'à un homme comme lui , les Mé
decins devroient ordonner l'amour , plûtôt
qu'aucune autre recette , pour l'éveiller & tem
nir en force bien avant dans les ans ?
Auffi fon Livre eft -il tout parsemé d'obscenités
, & même des plus groffieres. Il feroit
aisé d'en faire un long Catalogue. Mais
le feul Chapitre des Vers de Virgile , qu'il·
composa peu avant fa mort , en contient une
infinité , qui font rougir les perfonnes les
plus effrontées ; ensorte que je ne puis affés
m'étonner qu'une personne auffi vertueuse
la Demoiselle de Gournay, ait pû mettre
une Préface à cet Ouvrage , & qu'elle ait osé
avouer qu'elle en avoit revû les épreuves.
que >
On a reproché auffi à Montagne , avec assés
de fondement , un peu trop de vanité. Je
n'en raporterai pas les preuves ; fes Livres en
font pleins , puisqu'il n'y parle de rien tant
que de lui-même. Car quoiqu'il fafſe de
grands efforts pour fe juftifier , je doute que
les gens fensés reçoivent jamais fes excuses.
eft vrai qu'il y avoue quelquefois fes défauts
#264 MERCURE DE FRANCE
fauts . Mais , fi l'on y prend garde , ce ne
font que ceux dont fe parent les Philosophes,
ou les gens du bel air , ou des imperfections
qui roulent fur des choses indifferentes. C'eft
ainfi , par exemple , qu'il dit fouvent , qu'il
manque de mémoire ; qu'il n'a aucun fond
de fcience ; qu'il eft indolent & pareffeux ;
qu'il néglige le foin de fes affaires domeftiques
; qu'il ne veille point fur la fidélité de
fes valets ; qu'il n'eft pas propre à flater les
Grands ; & autres choses pareilles . Aveux ,
qui, fije ne me trompe , renferment, pour la
plûpart , une vanité cachée ; mais à laquelle
il ne feroit pas difficile de lever le masque ,
quand Montagne , dans un endroit de fes
Effais , ne fe découvriroit pas lui -même tel
qu'il étoit . C'est celui , où après avoir montré
que le Sage ne prend pas pour lui les
fauffes louanges qu'on lui donne , il ajoûte :
Pour moi , qui me loueroit d'être bon Pilote ,
d'être bien modefte , ou d'être bien chafte , je na
lui en devrois nul grand merci.
En géneral on peut dire de lui , que fi fa
Morale étoit Stoïcienne , fes moeurs étoient
tout- à- fait Epicuriennes. , C'est encore un
point fur lequel il dit , qu'il a le coeur affés
ouvert pour publier hardiment fa foibleffe.
Car il avoue au même endroit , qu'il reffembleroit
volontiers à un certain Remain dont
parle Ciceron , comme d'un galant homme
entend
OCTOBRE. 1740. 2265
entendu abondant en toutes fortes de commo
dirés de plaifirs ; conduisant une vie tranquille
& toutefienne ; l'ame bien préparée con
tre la mort , la superftition, &c. Voilà en effet
le vrai portrait de Montagne , & qui même
auroit été plus reffemblant , s'il avoit osé
traduire à la lettre celui qu'a fait Ciceron
de ce même Romain. Mais ce que Montagne
n'a pas jugé à propos de faire d'un feul
Coup
de pinceau , il feroit aisé de le retrouver
en détail , fi on prenoit la peine de raffembler
tous les traits , où il s'eft peint au naturel
en differens endroits de fes Eflais.
Cela fuposé , il ne faut pas être furpris des
jugemens oposés qu'on a faits de cet Ouvrage.
Les gens voluptueux , ou portés au Pyrrhonisme
, qui n'aiment qu'à fe divertir, qu'à
rire de tout , & à entendre parler librement
fur toutes fortes de matieres , aplaudiront
toujours à un Ecrit conforme à leur goût, &
affaisonné d'une franchise également fpirituel
le & philosophique. Au contraire , ceux qui
font pénetrés des vérites Evangéliques , ne
peuvent que condamner une infinité de propofitions
témeraires , & d'expreffions obsce
nes , qui font répandues dans ces Effais ;
comme étant de leur devoir de faire fentir le
danger où s'exposent les personnes qui fe
plaisent à cette lecture.
Ce n'eft pas que je croye que Montagne
ait
26 MERCURE DE FRANCE
ait pouffé le Pyrrhonisme jusques à l'Irréli a
gion, comme quelques gens l'ont avancé trop
légerement. Non - feulement il a toujours fait
profeffion de la Réligion Catholique ; mais
il y a été fortement attaché. Cela paroît, tant
par fa Traduction du Livre de Raymond de
Sebonde, que par l'Apologie qu'il en a insérée
dans fes Effais. On le voit encore par ce qu'il
dit en plufieurs Endroits contre les Novateurs
de fon tems , & fur tout par les témoi
gnages de pieté qu'il donna à la mort. Dans
le cours de sa vie même , dès quil fe fentoit
malade , il ne manquoit pas , à ce qu'il dit ,
de se réconcilier à Dieu par les derniers offices
des Chrétiens . Cette conduite n'eft pas équivoque.
Mais il faut pourtant convenir que
par fes façons de penser & de s'exprimer ,
très- oposées à l'esprit de l'Evangile , il a pû
être justement foupçonné de libertinage , &
qu'il eft difficile que, contre fon intention, il
n'en inspire les fentimens aux Esprits foibles
& qui ont de la dispofition à fe laiffer corrompre.
Il eft d'autant plus aisé d'en être séduit ;
que fon ftyle , tout Gascon & tout antique
qu'il eft, a une certaine énergie naturelle, qui
plaît infiniment. Il écrit d'ailleurs d'une maniere
, qu'il femble qu'il parle à tout le monde
, avec cette aimable liberté dont on s'enretient
avec fes amis. Ses écarts même , par
leu
1
OCTOBRE: 1746: 2267
leur reflemblance avec le désordre ordinaire
des conversations familieres & enjoüées, a je
ne fçais quel charme , dont on a peine à fe
défendre.
C'est dommage qu'il respecte affés peu fes
Lecteurs, pour entrer dans des détails pueriles
& frivoles de fes goûts , de fes actions &
de fes pensées même. Qu'a - t'on à faire , disoit
avec raison Scaliger , de sçavoir fi Mon
tagne aimoit mieux le vin blanc que le clairet ?
Mais on trouve dans fon Ouvrage des choses
bien plus choquantes encore ; comme quand
il nous parle du foin qu'il prenoit de fe tenir
le ventre libre , & d'avoir particuliere com
modité de lieu , & de fiège pour ce service ;
quand il nous aprend qu'il aimoit à fe gratter
les oreilles ; & quand il nous débite gravement
à la fin de fon Ouvrage cette belle
Sentence , qu'au plus élevé Trône du monde ,
fi ne sommes nous affis que sur notre cul. Je
pourrois en citer bien d'autres exemples.
Mais en voila affés pour juger du génie de
cet homme célebre , & du cas qu'on doit
faire de fes Ouvrages.
On nous fçaura , fans doute , bon gré d'avoir
inséré dans notre Journal une fi belle
Piéce , ce qui nous a donné en même- tems
occafion de corriger deux fautes d'impresfion
qui la défigurent dans cette nouvelle
Edition ; la premiere eft à la page. LII . où
après
2268 MERCURE DE FRANCE
après la quatriéme ligne , on a oublié ces
mots , qui font absolument néceflaires au
fens : Ce ne fut pourtant pas de cette incommodité
qu'il mourut, ce fut d'une Esquinancie ,
c. La feconde , à la pénultiéme ligne de
la page LV. on a mis Canonistes pour Casuiftes.
Pierre Goffe , Libraire à la Haye , prépare.
actuellement une autre Edition des Ellais de
Montagne, laquelle fera auffi de 6. vol . in- 12.
NOUVELLE THEORIE des Mouvemens de
la Terre & de la Lune , dans laquelle l'Auteur
établit , felon les Loix de la Méchanique
, un nouveau mouvement de la Terre
d'où il tire d'une maniere claire & démonstrative
, la cause Physique du Flux & Reflux
de la Mer ; Ouvrage aprouvé par plufieurs
Académiciens & célebres Profeffeurs de
Philosophie de l'Univerfité de Paris. Par M.
Grante d'Iverk. A Paris , chés P. N. Lottin
rue S. Jacques , à la Vérité, & J. H. Butard,
Libraire dans la même Maison , Brochure
in- 8°. 1740.
Le but de cet Ouvrage , dit l'Auteur , eft
de faire part au Public d'une nouvelle Hypothese
fur le Flux & Reflux de la Mer
Mais avant que de venir à l'explication de
ce Phénomene , il eſt des connoiflances avec
lesquelles il a un raport fi prochain , qu'il
paroît
OCTOBRE. 1740 : 2269
paroît néceflaire de les déveloper & de les
mettre dans tout leur jour. Le Flux & le Reflux
de la Mer & fes admirables variations
étant l'effet de la conftitution de cet Univers
& une Suite de la Nature & de la dispoſition
des Tourbillons ( que nous fuposons.
tels que les a fuposés M. Descartes , on ne
fçauroit douter que la connoiffance de la
Conftitution génerale de cet Univers &
raport que ces principales Parties ont entre
elles , ( fur tout celles qui contribuënt à produire
cet effet , comme le Soleil , la Lune ;
leurs Tourbillons , leurs Centres de gravité
&c. ) ne foit d'une néceffité indispensable à
ceux qui s'attachent à découvrir la véritable
cause de ce Phénomene.
du
Quoique M. Gallimard fe foit expliqué
affés clairement dans fes deux Tables d'Arithmétique
& d'Algebre , démontrées &
rendues fenfibles , que nous avons annon
cées dernierement , pour que ceux qui prendront
la peine de les lire avec quelque attention
, puiffent s'en donner une parfaite intelligence
, fans le fecours d'aucun Maître ; ſi
quelques- uns néanmoins fe trouvoient arrêtés
ou embarraffés par quelques difficultés , dévoué
à la fatisfaction du Public , il offre de
les leur expliquer gratuitement un jour mar
qué de chaque Semaine , qui fera le Vendre
di ,
270 MERCURE DE FRANCE
di , Fête ou non , toute l'après midi , en fa
demeure , vieille rue ruë du Temple , vis -à- vis
la rue des Rosiers.
CATALOGUE abregé des Ouvrages de
Mrs les Peintres , Sculpteurs & Graveurs
de l'Académie ( aujourd'hui vivans , ) exposés
au Salon du Louvre , à commencer le
22. Août 1740. jusques & compris le 15.
Septembre suivant , dont l'Exposition a été
annoncée dans le dernier Mercure, p. 2117.
Ans les Tableaux dont on va parler , on n'a
Darétendu,dans Farrangement des Articles ,
donner aucun rang ni préférence entre les Auteurs,
& comme il y a un petit Livre imprimé, contenant
la Deſcription & les dimenfions de chaque Tableau,
auquel on peut avoir recours , nous avons crû pouvoir
nous diſpenſer de les mettre tous , & de paffer
pardeffus quelques Articles , pour abreger.
DE MM. DE TROY , Ecuyer , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , Directeur de l'Académie de
France à Rome. 1. Un grand Tableau en largeur de
20. pieds ; fur 11. de haut , repréfentant le Triomphe
de Mardochée , grande & riche compofition ; on
aperçoit facilement le génie vaste & abondant de
l'Auteur. 2. Autre de même hauteur , fur 14. pieds
de large , représentant le Repas d'Efther.
GALOCHE, Profeffeur de l'Académie. Un Tableau
en largeur de 5. pieds , fur 4. de haut , repréſentant
Rebecca au Puits , dans le tems qu'Eliezer la
vient chercher , & lui aporte des préfens de la part
d'Abraham ; ce Tableau confirme la haute réputa
tion
OCTOBR E. 1740. 2278
ion que l'Auteur s'eft acquife par fes précedens
Ouvrages.
RESTOUT , Profeffeur . 1. Tableau en hauteur de
10. pieds , fur 5. de large , dont le Sujet eft la Préfentation
de la Vierge au Temple , destiné pour le
Séminaire de la Ville de Tulle . 2. La Nativité de
Notre Seigneur , deftiné pour les Dames de la ruë
S. Maur , près les Incurables . Le nom feul de cer
habile Artiſte fuffit pour en donner une haute idée.
CARLO VANLOO , Profeffeur. 1. Grand Tableau
de 13. pieds de large , fur 11. de haut , repréſentant
la Ville de Paris au sujet de la Paix , le Roy
affis fur fon Trône, revêtu de fes Ornemens Royaux;
Minerve , qui caractériſe la Sageffe , eft à fa droite ,
elle préfente au Roy un Rameau d'Olivier , qui défigne
la Paix . La Juſtice eft à côté de Minerve, elle
pefe dans fa balance les fentimens qui déterminent
le coeur du Roy pour les douceurs de la Paix , qui
feule faire le bonheur des Mortels. A la gaupeut
che du Trône , la Paix & l'abondance qui en procedent,
font caractérisées fous la même figure , la Paix
affife fur des Trophées d'Armes , regarde le Roy
avec tendreffe , elle tient d'une main une branche
d'Olivier , & de l'autre un Cordon qui fert de
leffe à un Lion couché à fes pieds , dans le fein duquel
repofe tranquillement un Agneau , image naturelle
de la fagefle & de l'humanité d'un grand
Prince qui veut réunir tous les hommes , & qui
prétend que l'innocence doit être en sûreté fous les
Loix , & repofer fans crainte dans le fein même de
fes plus grands ennemis . La Renommée fort du
haut du Trône , qui annonce à l'Univers les vertus
du Roy , & les biens qui en résultent pour toutes
les Nations. Le refte du Tableau eft occupé par la
repréfentation du Prévôt des Marchands & des .
Echevins de la Ville de Paris , qui viennent rendre
G
*
de
272 MERCURE DE FRANCE
de très- humbles graces au Roy , des biens que fa
bonté & fa fageffe procurent à fes Sujets , & que
fes vertus voudroient rendre univerfels . Une magnifique
Architecture , & la Ville de Paris en Perspective
, forment le fond du Tableau. 2. Le Por
trait de la Fille de M. Carlo Vanloo , âgée d'environ
3. ans. L'empreffement du Public pour les Ou
vrages de cet habile Peintre , font affés l'éloge de
fes talens , fans que nous y ajoûtions rien du nôtre.
BOUCHER , Profeffeur, . La Naiffance de Vénus,
qui paroît fortir du fein des Eaux , avec les Graces,
accompagnée des Tritons , des Nereides & des
Amours. 2. Tableau repréſentant une Forêt. 3. Un
Payfage , où l'on voit un Moulin . L'heureux Finecau
de cet Artifte & fon génie abondant & aisé ,
n'ont nullement befoin de nos éloges .
NATOIRE , Profeffeur. 1. Adam & Eve , après
leur péché . 2. Un Fleuve & une Fontaine . Ce Peintre
fe montre tous les jours plus digne des leçons
qu'il a reçues de fon illuftre Maître feu M.le Moine ,
Premier Peintre du Roy..
COLIN DE VERMONT , Profeffeur. 1. Un grand
Tableau en largeur , de 14. pieds , fur 11. de haut,
repréfentant l'arrivée de Roger, Prince Africain , dans
Pisle de l'Enchantereffe Alcine , qui defcend de fon
Palais pour venir au- devant de lui , accompagnée
de fes Femmes & de plufieurs Amours , dont les
uns s'emparent de fes Armes & les autres s'empres
sent à l'enchaîner avec des Guirlandes de fleurs.
Ce Tableau eft peint pour le Roy , & doit s'executer
en Tapiflerie aux Gobelins . 2. Autre en hauteur
de 10. pieds , fur s . de large , ceintré par le haut ,
qui repréfente une Defcente de Croix . 3. Un autre de
même grandeur , repréfentant une Annonciation .
!
OUDRY , Adjoint à Profeffeur. 1. Grand Tableau
repréfentant un Léopard , peint pour le Roy. 2. Un
Chien
- OCTOBRE. 1740. 2273
Chien baffet , au-deffus duquel il y a un Faiſan groupé
avec un Lapin , & à côté un Fufil. 3. Un Chien
en arrêt fur une Perdrix rouge. 4. Un Oiseau de
proye , qui fond fur les Canards. 5. Une Outarde &
une Pourpintade. 6. Un Chien Barbet , qui ſurprend
un Cignefur fes oeufs . 7. Des Vaches & des Moutons.
8. La Maifon d'un Jardinier . 9. Des Fruits & des
Légumes. 10. Petit Tableau repréſentant un Payfage.
Les grands talens de ce Peintre font fi connus
qu'il ne nous refte qu'à rendre témoignage de l'ac
cueil favorable & unanime que le Public fait à fes
Ouvrages.
DESPORTES , Confeiller: 1. Grand Tableau en
large de 14. pieds , fur 11. de haut , repréſentant un
Chaffeur Indien , tenant fon Arc , qui fe repofe apuyé
contre un Figuier d'Inde , dont le tronc, les branches
& les fruits font très- finguliers , plufieurs Oifeaux
des mêmes Climats perchés fur les branches ;
on y voit un grand Arbre portant des Limons, dont
les fleurs & les fruits forment un fond auffi ingénieux
que convenable au Figuier . Au côté gauche,
on voit un grand Arbre apellé Dragon , du tronc
duquel fort une liqueur rouge , qui s'épaiffit & devient
compacte . qu'on apelle Sang de Dragon ; le
pied eft environné de Plantes de Melon de Genes
& du Rofeau panaché ; il y a entre ces Arbres une
Demoiselle de Numidie , & un Cafuel , le plus grand
& le plus maffif des Oifeaux qu'on connoiffe après
l'Autruche ; on voit à l'autre côté du Tableau, dans
une Riviere qui paffe au bas , plufieurs Poiffons &
des Reptiles finguliers . 2. Un Paysage, orné de Figures
d'Animaux . 3. Deux Faifans morts , jettés contre
un tronc d'arbre , auprès d'une Plante de Pavot ,
avec des Perdrix rouges & grifes , & derriere un
Chien couchant, qui femble les garder. 4. Un Vieillard
dans une Grotte obscure , qui lit dans un Livre.
Gij S
2274 MERCURE DE FRANCE
5. Petit Tableau imitant un Bas - Relief de Marbre
blanc, falipar le tems, qui repréfente des Enfans jouant
enfemble. M. Defportes foûtient très - conftamment
la réputation qu'il s'eft acquiſe dans l'efprit du Public
& des meilleurs Connoiffeurs.
DE LYEN , Académicien . 1. Le Portrait jufqu'aux
genoux de M. Meliand , Confeiller d'honneur au
Parlement de Paris . 2. Petit Tableáu , repréfentant
la Lanterne Magique . 3. La Marmotte.
CHARDIN, Académicien . 1. Le Singe qui peint: 2.
Le Singe de la Philofophie . 3. La Mere Laborieuſe.
4. Le Benedicité. 5. La petite Maîtreffe d'Ecole. Les
Tableaux de ce Peintre font dans une réputation
conftante de plaire au Public & géneralement à tout
le monde , aux fçavans , aux ignorans , & aux gens
de tout âge & de tous Etats; en effet , dans les Ouvrages
de cet habile Artiſte , la Nature eft imitée
avec tant de jufteffe & de naïveté, que cela a fait dire
à quelques Connoiffeurs que le Peintre avoit
trouvé , par fon aplication , les moyens de prendre
la Nature fur le fait , & d'en enlever furtivement ce
qu'elle a de plus naïf & de plus piquant.
GREVENBROEK , Académicien. 1. Lafeconde Vûë
de Paris , prife du côté des Champs Elisées . 2. La
Vie du Château de Vaugien , qui paroît fur le devant
; un peu plus loin , le Village de S. Remy , la
Château de Goubertin , & dans le lointain , la Ville
de Chevreuse. 3. la Maifon d'Etiole de M. le Nor→
mand , où l'on voit Petitbourg , & les principales
Maiſons des Environs. 4. Autre Vûë , priſe du Château
de Petitbourg, où l'on découvre la même Maifon
du côté du Parterre , & la Ville de Melun dans
le lointain . s . Petit Tableau de fantaisie , repr . fentant
un Port de Mer. Tous ces Ouvrages , qui ont
piqué la curiofité des Parifiens & des Gens de la
Campagne , ont été reçûs de la part du Public auffi
favorable
OCTOBRE. 1740. 2275
favorablement que ceux que le même Peintre ex
pofa l'année derniere .
DELOBEL , Académicien , un Tableau peint pour
le Roy , de 17. pieds & demi de large , fur 11. de
haut , repréfentant l'Age d'or, dont voici à peu près
le Sujet. Dans cet heureux tems , les hommes ne
vivoient que de ce que la fimple Nature leur préfen .
toit ,l'innocence & la pudeur regnoient partout ; la
Déeffe Aftrée habitoit avec eux, elle leur aprenoit à
joindre le Miel à leurs alimens ; les Animaux les
plus féroces étoient au milieu d'eux , fans leur faire
aucun mal , & fe plaifoient à recevoir leur nourriture
des mains des hommes , l'innocent Agneau
étoit careffé par le Loup.
Ce Tableau avoit été ordonné à feu M. Trémoliere
, Peintre habile , dont chacun admire les Ouvrages
; la mort l'enleva dans le tems qu'il n'avoit
encore fait que les deux figures du Groupe du milieu.
Ce Tableau fut confié à M. Delobel pour le
finir , lequel a donné tous fes foins pour le rendre
dans le goût de fon illuftre Confrere , en y faifant
les augmentations convenables.
AVED , Académicien . 1. Le Portrait de M. du
Theil , Secrétaire de la Chambre & du Cabinet du
Roy , Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , ci-devant
Miniftre & Plénipotentiaire de S.M.auprès de l'Empereur
, au moment qu'il vient de figner un des
Actes du dernier Traité de Paix . 2. Le Portrait jusqu'aux
genoux du Comte de Teffin , dans fon Cabinet
, tenant une Eftampe d'après Jules Romain. 3 .
. Celui de M.Racine , de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres,en habit de velours noir , apuyé fur
un Bureau . 4. Le Portrait de Madame de Meinieres ,
tenant un petit Chien . 5. Celui de l'Abbé Caperonnier
, Profeffeur du College Royal pour la Langue
Grecque, apuyé fur un Volume des OEuvres de
G iij Quintin
2276 MERCURE DE FRANCE
Quintilien. 6. Le Portrait de Madame Aved. Nous
ne cefferons point de citer pour exemple M. Aved
à plufieurs de fes Confreres , dans les heureux progrès
qu'il a faits & en très- peu de tems dans la
Peinture.
NATTIER , un Tableau de quatre pieds en quarré
, repréſentant la Prudence.
DE LA TOUR . 1. 'Le Portrait en paſtel de M. de
Bachaumont. 2. Celui de Madame Duret , ovale. 3 .
Un Portrait jusqu'aux genoux de M. *** > prenant
du tabac dans fa Tabatiere . Nous n'entreprendrons
point de donner une idée de ces trois excellens
Portraits , les expreffions feroient trop difficiles à
trouver , nous rendrons feulement témoignage de
l'admiration génerale du Public & de fon étonnement.
LE CHEVALIER DORIGNY. 1. Tableau repréfentant
une Ste Famille . 2. Un S. François . Ces Ouvrages
font fort remarquables , en ce que M. Do
rigny déja dans un âge affés avancé , & très célebre
d'ailleurs par fon Deffein & par fon Burin , n'a
pas voulu finir fans ajouter de nouveaux Lauriers a
fes anciens triomphes dans la carriere laborieufe
de la Peinture comme la fait dans les Ouvra
ges que fon pinceau vient de produire , & que le
Public a honorés d'un accueil très - favorable .
LANCRET. Un Tableau repréſentant une Dank
Champêtre , dâns le goût des heureux talens de ce
Peintre ingénieux & galant, dont les Tableaux for
fi connus & fi recherchés .
ADAM , l'aîné ; Adjoint à Profeffeur. 1. Bufte d
Vieillard , mordu à la gorge par un Serpent , en ter
cuite . 2. Un Modele d'Enfant en plâtre , affis fur une
Coquille , pleurant d'avoir été pincé à la main par
une Ecrevifle ; on doit executer ce Morceau en
bonze pour une Fontaine , placée dans un Salon´,
&
OCTOBRE. 1740 2277
faire Pendant à la Figure d'une petite fille que
l'Auteur acheve , laquelle rira d'un Oifeau qu'elle
tiendra dans ſa main. 3. Une Efquiffe en terre cuite,
repréfentant le Maffacre des Innocens , où l'on voit
une Mere qui s'empreffe de retirer fon enfant foulé
aux pieds , & une autre qui s'efforce de défendre
celui qu'elle tient entre fes bras.
ADAM, le cadet . 1.Le Modele en plâtre d'un Fronton
, repréſentant S. Maur implorant le fecours du
Seigneur pour la guérifon d'un Enfant mis à fes
pieds par fa Mere affligée; ce Saint lui pofant fur la
tête l'Erole que S. Benoît lui avoit donnée quand il
reçût les Ordres. On execute actuellement cet Ouvrage
en grand au Bâtiment de l'Abbaye Royale de.
S. Denis . 2. Un Bas- Relief de terre cuite , qui re-.
préfente Iphigenie , dans le moment qu'elle va être
immolée ; Dane fatisfaite du væu , enleve cette
Princeffe , & promet au Roy Agamemnon , fon
Pere , une heureufe Navigation , & le Grand Prêtre
fubftitue une Biche à la place de la Victime.
Ces Ouvrages font de nouvelles preuves de l'habileté
de Mrs Adam , & confirment la grande réputation
dont ils jouiflent déja , en ce que l'art & la
Nature ont de plus recherché & de plus vrai.
BOUCHARDON. Trois Modeles en plâtre , qui fe-,
ront placés à la Fontaine que la Ville de Paris fair
conſtruire ruë de Grenelle , Fauxbourg S. Germain.
Le premier repréfente la Ville de Paris , fous
la figure d'une belle Femme , affile fur une Prouë
de Vaiffeau . Le fecond , repréfente une Nimphe
apuyée fur fon Urne , qui défigne la Riviere de
Maroe , & l'autre le Fleuve de la Seine . Le nom
Leul de ce Sculpteur fuffit pour fon Eloge.
LA DATTE. I. Modele en terre cuite des Armes,
du Roy , avec deux Anges pour faport . 2. Modele
en terre cuite , repréfentant S. Auguftin' , de 24.
Gij pouces
278 MERCURE DE FRANCE
pouces de proportion . 3.L'Enlevement de Proferpine
au moment que la Nimphe Cyane s'efforce d'arrêter
le Char de Pluton . Les Ouvrages de M. de la
Datte font toujours goûtés de plus en plus par les
Connoiffeurs.
FRANCIN , digne Eleve de l'illuftre M. Couftou ,
Directeur de l'Académie . 1.Deux Efquiffes d'Anges,
faits pour le Fronton du Portail de S.Roch . 2.Modele
en terre d'un Groupe de deux Peres de l'Eglife Latine
pour le même Portail , actuellement placé à gauche
; l'Auteur travaille au Pendant , auffi composé
de deux autres Peres de l'Eglife. 3. Deux Modeles
d'Anges , jouant des Inftrumens , placés dans le coin
de l'Arcade,qui foutient l'Orgue de la même Eglife.
LE'PICIE' , Sécretaire & Hiftoriographe de
l'Académie . Six Sujets en Gravûre . 1. La Gouver
nante , d'après M. Chardin. 2. La petite Maitreffe
d'Ecole , d'après le même. 3. Le Fluteur & l'Espagnolette
, d'après M. Grimoud. 4. Le Portrait de
Mlle de Seine , d'après M. Aved. 5. Celui de Mile
Defmarres. Les graces & les expreffions du Burin
de cet habile Graveur , lui font de sûrs garands des
aplaudiffemens du Public & des Connoiffeurs les.
plus délicats .
DU VIVIER , Académicien , Graveur des Coins &
Médailles du Roy. 1. Médaille de l'Hiftoire du Roy,
d'un côté le Bufte de S. M. de l'autre la République.
de Genêve , pacifiée par la médiation de S. M. avec
ces mots pour Légende , RESPUB . GENEVENSIS
PACATA , 1738. 2. ( JETTONS . ) Deffein pour les
Jettons de l'Affemblée du Clergé en 1740. qui repréfente
la Religion montrant un Arc- en- Ciel qui
fe réfoud en pluye fur un Champ femé de Lys ,
Légende, NUMQUAM FODERIS IMMEMOR . 3. Jetton
gravé fur ce Deffein , le Bufte du Roy en Mantcau
& Collier de l'Ordre du S. Esprit , nouvellemcat
бит OCTOBRE
.
1740.
2279
mentgravé pour les Etats de Bourgogne. 4. la Tête
de M. Chomel , Doyen de la Faculté de Médecine
de Paris. M. du Vivier foûtient toujours la jufte réputation
que fes talens lui ont acquise .
THOMASSIN , Académicien. Le Portrait en pied
de Monſeigneur
le Dauphin, gravé d'après M. Toc◄
qué. Cette Eftampe eft parfaitement
au gré des
meilleurs Connoiffeurs.
LE BAS. Huit Sujets pour la Traduction Angloiſe
de l'Hiftoire de M. Rollin. Le Rendez- vous de Chas
se , & le Chaffeur fortuné , d'après Vanfalens , &
P'Halte d'Officiers , d'après l'auvremens .
COCHIN , Académicien . L'Ecureufe, & le Garçon
Cabaretier , d'après M. Chardin . Il y avoit encore
d'autres Estampes heureufement gravées par Mrs
SURUGUE , LE BLANC , MOYREAU, AVELINE, &c.
ESTAMPES NOUVELLES.
On trouve chés le fieur Blanzy , ruë Ste Mar
guerite , Fauxbourg S. Germain , à l'Hôtel des Romains
, fçavoir , le Plan & Elevation du Portail
ceintré de l'Eglife des Capuçines de la Place de
Vendôme , élevé fur les Deffeins de M. Seloüefte ,
Architecte , fur un Perron de fept marches . Deux
Pilastres couplés de chaque côté foutiennent l'entablement
, chargés de figures & autres Ornemens
convenables , fimples & de bon goût.
Le Plan & Elevation du Portail du Monaftere des
RR. PP.de la Charité, rue des SS . Peres, Fauxbourg
S, Germain , conftruit fur les Deffeins de M. de
Cotte , Premier Architecte du Roy , en 1732.
L'Ordre Dorique & Ionique y font employés avec
beaucoup d'élegance & de nobleffe , fans Ornemens
fuperflus.
Le Plan & Elevation du Portail de l'Eglife Pa-
Gv rois2280
MERCURE DE FRANCE
roiffiale de S. Roch , ruë S. Honoré , conſtruit en
1738. fur les Deffeins de M. de Cotte , Premier
Architecte du Roy . L'Ordre Dorique eft furmonté
de l'Ordre Corinthien en Colomnes , d'une manie
re très - élegante.
Le Portail & Elevation de l'Eglife des PP. Mi
nimes de la Place Royale , fur les Deffeins de M.
Manfard , Architecte du Roy. Dans cette Fabrique ,
POrdre Ionique en Colomnes y eft auffi élevé fur
F'Ordre Dorique.
Plan & Elevation du Maître Autel de l'Eglife Paroiffiale
de S. Barthelemy , près le Palais , formé
par deux Colomnes , adoffées à deux Pilaftres
qui foutiennent un Entablement ceintré , dont le
milieu eft occupé par une Gloire d'Anges & de
Chérubins,fur les Deffeins de Mrs Slots , Architectes.
Plan & Elevation du Maître Autel de l'Eglife de
l'Abbaye Royale du Val - de - Grace , fur les Defleins
de M. Manfard , Architecte du Roy. Six Colomnes
torfes foûtiennent un riche Baldaquin , fervant
de couronnement à l'Autel des Figures de rondeboffe
font posées fur l'Entablement à l'aplomb des
Colomnes.
+
Plan & Elevation du Baldaquin du Maître Autel
de l'Abbaye Royale de S. Germain des Prés , fur
les Deffeins de M. Openor , Architecte , & executé
par M. Slots , Sculpteur , Les Confoles du Baldaquin
portent fur un Entablement foûtenu par des
Colomnes couplées d'Ordre Corinthien
Plan & Elevation du Maître Autel de l'Eglife de
S. Jean en Greve , dreffé ſur les Deffeins de M.Blondel
, Architecte. Quatre Colomnes Corithiennes
foûtiennent un Entablement de même Ordre , fur
lequel s'éleve un riche Baldaquin , dont le milieu
eft marqué par une efpece de Ciboire . On voit autour
des rayons de lumiere & des Groupes d'Ange
&
OCTOBRE. 1740. 2281
de Chérubins. Sur la Table de l'Autel , on voit
en ronde-boffe le Baptême de Notre Seigneur par
S. Jean. Le haut du Baldaquin eft terminé par une
Croix & des Anges autour.
Projet d'un Baldaquin proposé pour le Maître
Autel de l'Eglife Paroiffiale de S. Sulpice Il eft
extrêmement riche , & foûtenu par huit Colomnes
torfes , avec les ornemens convenables .
Elevation, du Maître Autel de l'Eglife Paroiffiale
de S. Sauveur faite fur les Deffeins de M. Blondel,
Architecte du Roy.
Elevation du Maître Autel de l'Eglife Métropolitaine
de Notre- Dame de Paris , faite fur les Desseins
de M. de Cotte , Premier Architecte du Roy,
en 1714. L'Autel eft placé fous l'Arcade du milieu,
au haut de laquelle on voit deux Anges en Marbre
de ronde-boffe , qui foutiennent une espece de Ciboire
& derriere , quantité de rayons de lumiere
& de Têtes de Chérubins . Au- deffous de cette Arcade
, s'éleve une Croix , au bas de laquelle la Sainte
Vierge eft affile & adoffée , ayant fur les genoux
le Corps de Notre Seigneur. Le tout en Marbre &
en ronde-boffe , de la main de l'illuftre M. Coustou
, l'aîné , Sculpteur du Roy.
PORTRAIT en pied de Louis Dauphin de France
, gravé par M. Thomaffin , d'après M. Tocqué.
Nous avons parlé de cette belle Eftampe avec les
juftes éloges qu'elle mérite , dans la Deſcription du
Salon où elle étoit exposée.
LE PORTRAIT en hauteur, du célebre Poëte , Jean-
Baptifte Rouffeau , né à Paris en 1670. gravé par
J.Daullé, d'après M. Aved. Cette Eftampe fe vend 6.
liv.chés ce Graveur, rue S.Jacques , à l'image S. François
; chés le Bas , rue de la Harpe ; chés la Veuve
G vj Cheron ,
2282 MERCURE DE FRANCE
Cheron , rue S. Jacques , & chés Surugue , ruë de
Noyers , proche S. Yves.
LES FESTES LUPERCALES , grande & belle Com◄
pofition en large , gravée à l'eau forte par C ....
& terminée au Burin , par Er. Feffard , d'après M.
BOUCHARDON . Elle fe vend à Paris , Cloître S. Germain
de l'Auxerrois , chés le Sr Feffard.
LA MAÎTRESSE D'ECOLE , petite Eftampe en
hauteur , très-bien gravée par M. Lépicié , d'après
M. Chardin. Elle fe vend chés Surugue , Graveur
du Roy , rue des Noyers , vis - à - vis . Yves.
ESTAMPE Allégorique , en large , gravée par M.
Laurent , d'après M de Bar Elle ſe vend chés M.
Blanzy, rue Ste Marguerite , Fauxbourg S.Germain,
à l'Hôtel des Romains . On lit ces Vers au bas.
LE VICE.
Venez , venez , Folle Jeunesse
Satisfaire tous vos désirs ;
C'est en ce lieu qu'on vend l'yvresse
Et de Vénus les doux plaisirs ,
Que suit de bien près la tristesse,
LA VERT U.
Avec raison je vous estime ,
Artisans & vous Laboureurs ,
Dont le gain n'est que légitime ,
Malgré votre rang peu sublime ,
L'Etat Acurit par vos Labeurs.
LA
OCTOBRE. 1740. 2285 :
LA RICHESSE.
Dans le Monde que d'artifice !
Sous le masque de la Justice
Celui-ci paroît en public ;
Mais en secret son avarice
Lui fait faire un lâche trafic .
La Suite des Portraits des Grands - Hommes &
des Personnes Illaitres dans les Arts & dans les
Sciences , continuë de paroître avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole ;
il vient de mettre en vente , toûjours de la même
grandeur , ceux de
•
PEPIN , DIT LE BREF , XXII . Roy de France ,
mort à S. Denis le 24. Septembre 768. après 16.
ans de Regne , deffiné Par A. Boizot , & gravé par
Aveline , fils .
ETIENNE PASQUIER , Avocat Géneral à la Chambre
des Comptes , né à Paris en 1528. mort le 31 .
Août 1615. peint par A. D. & gravé par L.
Gautier.
Le Cabinet d'Eftampes de feu M. Maigret de Feuquieres
, Receveur General des Finances d'Auvergne
, avoit aflés de réputation chés les Curieux en
ce genre, par le choix & la quantité des beaux Morceaux
qu'il renfermoit , pour que nous croyons
faire plaifir au Public en l'avertiffant que le
fieur de Mortain , Marchand fur le Pont Notre-
Dame , en a fait depuis peu l'acquifition , & qu'il
fe prépare à en faire une vente au plus offrant &
dernier enchériffeur , dans le mois de Novembre ;
il aura foin d'avertir les Curieux du jour & du Lieu
où cette vente fe fera . On n'entrera dans aucun dé .
tail
2484 MERCURE DE FRANCE
tail là-deffus ; il fuffit d'inftruire les Amateurs , que
ce Cabinet renferme plufieurs Cuvres des plus
grands Maîtres , comme celles de la Belle , le Clerc,
Callot , Smith , Rubens , Wandyck , Goudt , Vauvremens
, Wischer , Silveftre , & c. toutes les Galleries
de Rome , grande quantité de Portraits & des plus
rares , & generalement tous les plus beaux Morceaux
qui font gravés par les plus fameux Maîtres
des trois Ecoles, Italienne, Flamande & Françoiſe; le
tout d'une condition parfaite & d'une épreuve admirable.
Ceux qui ont connu M. Maigret de Feuquieres
, fçavent qu'il ne poffedoit rien en ce genre
qui ne fût parfait. On y trouvera un Cabinet du
Roy complet en Eftampes , & d'anciennes Epreuves
, tel qu'il fe trouve dans le Catalogue de la Bibliothéque
du Roy , beaucoup de Morceaux détachés
& Suites propres pour la Topographie; des Deffeins
de differens bons Maîtres , & entre autres celui de
la Tentation de S. Antoine, vrai Original de Callot,
& plufieurs de M. Boucher , Peintre du Roy ; beaucoup
d'Estampes, montées fous verre, propres à or
ner un Cabinet , & quantité d'autres. Morceaux
qu'il n'eft pas convenable de détailler ici.
Nous fommes priés d'avertir le Public qu'on a
heureuſement retrouvé deux grandes Planches d'Anatomie
, deffinées d'après Nature , avec un trèsgrand
foin , & gravées parfaitement par Chrifoftome
Martinez , Efpagnol . On vient , fur ces deux belles
Planches , de faire imprimer en Taille - douce deux
Eftampes fur la feuille entiere du grand Aigle fin.
Le Public verra qu'on n'a rien épargné pour rendre
cette Edition digne de l'attention des Gurieux .
Dans le Livre qu'on vient d'imprimer , le Lecteur
aprendra par quel accident ces précieufes Planches
ont été fi long- tems cachées & prefque incon
pues du Public . Ce
OCTOBRE. 1740 2285
Ce petit Livre in-12 . fera vendu avec les deux
Eftampes , chés la veuve d'Houry , ruë de la Harpe,
au S. Efprit,
Martinez vendoit un Louis d'or l'Eftampe de fa
premiere Planche , qu'il fit imprimer lui- même environ
l'an 1695. Il en débita fort peu , parce
que le prix, qui n'étoit pas trop fort , eu égard aux
peines incroyables qu'il s'étoit données pendant
plus de vingt ans , paroiffoit néanmoins exceffif
aux jeunes Eleves de Médecine , de Chirurgie ,
de Peinture & de Sculpture , qui , pour l'ordi
maire , ne font pas en état d'acheter & cher une feule
Eftampe. Ce Chef- d'oeuvre n'entra donc alors
que dans le Cabinet des Curieux aisés. Aujourd'hui
Les deux Eftampes de Martinez , avec le Livre qui
les explique , feront vendues enfemble un prix
très-modique , afin de faciliter à toutes fortes de
perfonnes l'achat de deux Morceaux fi néceffaires
pour l'inftruction de la Jeuneffe qui s'aplique à -la
Médecine , à la Chirurgie, à la Peinture , à la Sculp
rure , & à l'étude des Beaux- Arts . On fe flate auff
que ces deux Eftampes feront fort bien reçûës des
Sçavans. Les Médecins & les Chirurgiens les plus
habiles , par la feule infpection de ces rares Tableaux
fe rapelleront d'un coup d'oeil & d'une maniere
agréable les longues & profondes méditations
qu'ils ont faites dans leur Cabinet fur les plus laborieufes
études de l'Anatomie.
La premiere & la feconde Explication ont été revues
par M. Winslow ; & tout l'Ouvrage a été la
avec attention & aprouvé par M. Morand , de l'Académie
Royale des Sciences , & Cenfeur Royal.
On propofe la vente d'un Cabinet en deux Armoires
fort propres , contenant une Collection
d'Hiftoire Naturelle , renfermant environ mille &
tant
2286 MERCURE DE FRANCE
tant de Mineraux , Végetaux , Animaux , Parties
animales , Coquillages , Reptiles , &c . avec les numéros
des Tiroirs , Cases , & les noms de ces diférens
Mixtes. On pourra voir toutes ces Curioſités
chés le Sr Bourgouin , Maître Tailleur , ruë Dau
phine , Fauxbourg S. Germain , vis à-vis la ruë
Contrescarpe , chés un Mercier- Clinquaillier , au
troifiéme Apartement.
Le Sr Gerfaint , Marchant Bijoutier , fur le Pont
Notre- Dame , dont nous avons déja eû occafion de
parler plufieurs fois , toujours attentif à enrichir de
Morceaux précieux les Cabinets de Paris , eſt reve
nu depuis peu de Hollande , d'où il a raporté beaucoup
de Curiofités en tout genre , qui méritent l'attention
des vrais Curieux. Nous pouvons affûrer
qu'il donne une nouvelle preuve du difcernement
qu'il a acquis , par le choix qu'il a fait dans ce qu'il
ya de plus belles Productions de l'Art & de la Ñature
, et nous nous faifons un vrai plaifir de lui
rendre cette juftice. Les Curieux s'emprefferont ,
fans doute , à feconder fon zele & fon ardeur pour
les Morceaux rares & finguliers qu'il eft en état de
leur procurer . Tout ce qu'on pourroit ajoûter ici feroit
fort au- deffous de la fatisfaction qu'on doit avoir
par le coup d'oeil d'une fi abondante & fi variée
Collection ; Tableaux des meilleurs Maîtres Flamands
& Hollandois , d'un choix excellent ; Coquillages
exquis & confervés , Cristallifations &
Congellations particulieres ; petits Cabinets , Boëtes
& autres Ouvrages d'ancien Lac du Japon , d'une
perfection & d'une beauté fans égale ; on fçait
aujourd'hui la rareté de ces Morceaux précieux ,
quand ils font du premier beau ; Dendrides ou Agathes
arborifées , propres pour Bagues & autres Ouvrages
; Porcelaines fingulieres, Pagodes furprenantes
OCTOBRE: 1745. 2287
1
tes pour les caracteres finguliers & pour l'exacte
vérité; enfin quantité de Bagatelles amufantes & de
goût , qu'on ne peut détailler , & dont la vûë fait
grand plaifir. Le Sr Gerfaint s'attache fur tout à ramaffer
tout ce que peut fournir d'intereffant la Chine
& le Japon, auffi bien que tout ce que la Nature
& l'Art peuvent pro luire de plus agréable ; il eft
auffi fourni de plufieurs Marchandifes d'Ufage & de
Clinquaillerie du plus nouveau goût & des meilleures
Fabriques.
AVIS au sujet des Leçons gratuites de
Mathématiques & de Physique.
l'ou-
M. de Prémontval fait avertir le Public , que
verture de fes Conférences doit fe faire le Dimanche
23. du préfent mois d'Octobre à " trois heures
préciſes après midi .
Les avis qui furent diftribués à l'occafion du Cours
de Méchanique , fini au mois d'Août dernier , annonçoient
qu'on fe propofoit d'expliquer dans celui
qui fuivroit immédiatement les Vacances , la
théorie de l'Arithmétique & de l'Algebre , les Proportions
& l'Analyle . C'étoit de reprendre le Cours
de Mathémathiques génerales , par lequel ces Conférences
commencerent il y a trois ans ; mais celui
d'où nous fortons nous a conduits trop près de l'entrée
de la Phyſique , pour n'être pas tenté de pourfuivre.
Dans la vûë de faire fentir combien font étendus
les principes de la Méchanique , & comment ils
peuvent s'apliquer à toute autre chofe qu'à la
construction des Machines , ou plutôt comment
ils s'apliquent en effet au plus excellent des Méchanismes
, à celui de l'Univers , nous avions
pouffé les propriétés de l'Equilibre & du Choc jusqu'à
1
1288 MERCURE DE FRANCE.
qu'à celles du Mouvement circulaire , & jufqu'aux
loix du Tourbillon , felon l'ordre des propofitions
du premier Volume de M. de Molieres .
Čet enchaînement furprenant des principes les
plus fimples,avec les effets les plus compliqués de la
Nature , a piqué la curiofité, & fait naître le defir
d'entendre expliquer tout l'Ouvrage.
Ce nouveau Cours , dont la Phyfique de M. de
Molieres doit par conféquent être l'objet principal ,
aura deux Parties.
La premiere , qui fervira de préliminaire pour
l'autre , pourra durer jufque vers le commencement
de l'année prochaine . On y expliquera un
abregé fuffifant d'Arithmétique & d'Algebre , avec
un Traité complet de Géométrie Elémentaire . Pour
fe rendre plus géneralement utile , on ne veut fupofer
dans ceux qui feront à ces Conférences l'honneur
d'y aflifter , aucune des connoiffances qui peuvent
y être néceffaires.
L'ouverture de cette premiere Partie fe fera ,
comme à l'ordinaire, par un Difcours fur l'origine,
les progrès & l'utilité des Mathématiques ; & celle
de la feconde , dont on aura foin d'avertir le Public
par de nouveaux Avis, fe fera par un autre Discours
fur l'efprit de Syftême, tant en géneral que relativement
à la Phyfique ..
L'ordre & le détail qu'on a deflein de fuivre dans
cette feconde Partie , feront expliqués plus au long
dans le tems.
Afin que les jeunes Etudians en Philofophie ,
auxquels ces Conférences peuvent particulierement
être utiles , puiffent y affilter fans être détournés de
leurs exercices ordinaires , elles tiendront cette année
régulierement tous les Dimanches & Fêtes , matin
foir , en compenfation de ce qu'on perd du
eêté du petit nombre de jours , le matia depuis dix,
heures
THE
NEW
ATK
AND INDENSTUUNDAY
R
*
I
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
OCTOBRE. 1740 2289
heures jufqu'à onze heures & demie , & le foir ,
depuis trois heures jufqu'à cinq.
On ne demande abfolument d'autre reconnoissance
des, foins qu'on fe propofe de prendre , que
' attention & l'affiduité néceffaires pour en profiter.
L'expérience des années précedentes , fait efperer
qu'on ne fe fera pas inutilement Aaté de l'obtenir .
โด
L'Adreſſe eft ruë & Montagne Ste Geneviève ,
Porte Cochere vis - à- vis le College de la Marche , au
fecond Apartement , fur le derriere.
Papillon , Graveur en Bois , & de la Societé des
Arts , demeurant préfentement ruë de la Harpe ,
vis-à- vis la Croix de Fer , au Papillon , donne avis
que fon petit Almanach de Paris pour l'année 1741.
paroîtra inceffamment , augmenté de plufieurs cho-
Les curieufes .
Aatat:to
CHANSON.
L'Hyver des ans a blanchi mes cheveux ;
L'Amour me bannit de Cythere ,
J'aime encor , mais je ne puis plaire ,
Et Philis méprise mes voeux .
Pour me venger de cet outrage ,
A Bacchus aurai - je recours à
Quand on a va s'envoler les Amours ,
Boire , est un trop foible avantage.
L'Affichard.
BRUNETTE
$190 MERCURE DE FRANCE
BRUNETTE.
J
•
E n'ai plus le coeur de ma Belle
Qui rendoit mes transports si doux ;
Les Dieux , de mon bonheur jaloux ,
Ont voulu la rendre infidelle ;
J'ai perdu ce que j'aimois bien ,
Le plaisir ne m'est plus de rien .
Je l'aimois d'un amour sincere ,
Elle étoit sensible à mes feux ;
Hélas ! que je suis malheureux
De la voir devenir légere !
J'ai perdu , &c .
*
A mes yeux toujours je retrace
Ses beautés & ses agrémens ;
Je sens redoubler mes tourmens
Quand je me rapelle sa grace.
J'ai perdu , & c.
*
Vainement d'une autre Bergere
Je voudrois soûmettre le coeur ;
Jamais l'Amour d'un trait vainqueur
Ne me perçeroit pour lui plaire.
J'ai perdu , & c.
Belles
OCTOBRE 1745. 2291
Belles fleurs , ornement aimable ,
Qui paricz ma Belle autrefois ,
De vous je ne ferai plus choix
Pour me la rendre favorable.
J'ai perdu , &c.
*
Amoureux Oiseaux du Bocage ;
Célebrez en paix vos amours ,
Je vais voir s'écouler mes jours ,
Sans écouter votre ramage ;
J'ai perdu ce que j'aimois bien ,
Le plaisir ne m'est plus de rien .
Par le même:
SPECTACLES.
Es. Octobre , les Comédiens François
donnerent une Comédie nouvelle en
Vers & en un Acte , qui a pour titre ,l'A
mour Secret , de la compofition de M. Poisson
, l'aîné ; en voici un Extrait abregé pour
l'intelligence du Sujet.
+
ACTEURS.
Beronte ,oncle de Lucile,le Sr de la Thorilliere:
Lucile , niéce de Beronte , la Dlle Poisson;
Erafte
291 MERCURE DE FRANCE
Erafte
Clitandre
, Amis intimes
,
le Sr du Bois,
le Sr Dangeville.
Lisette,Suivante de Lucile,la Dile Dangeville.
L'Olive , Valet de Clitandre , le Sr Poisson
Frontin , Valet d'Erafte , le Sr Montmeny.
Erafte & Frontin , fon Valet , ouvrent la
Scene. Frontin demande à fon Maître à quoi
il va employer la journée , & lui fait une espece
de reproche de fon train de vie ordinaires
Erafte convient que Frontin a raiſon de
lui parler ainfi ; mais il a trop de répugnance
pour le mariage , auquel Frontin voudroit
le déterminer ; il aime mieux la vie de garçon.
Clitandre , fon meilleur Ami , arrive ;
ils fe demandent l'un à l'autre ce qu'ils feront
pour ne pas s'ennuyer ; ils conviennent
que la maniere dont ils ont vécu jufqu'à ce
jour , n'eſt pas exempte de blâme ; Frontin
les exhorte à choisir un état moins agité , tel
que celui du mariage ; ils aprouvent tous
deux le confeil d'un Valet fi raifonnable ; ils
lui ordonnent de les laiffer moralifer en liberté.
- Frontin s'étant retiré , Erafte & Clitandre
s'animent l'un l'autre à changer de vie ; ils ci
tent tous deux des exemples qui leur font
préferer le mariage au célibat. Clitandre dit
Erafte qu'il a vu une jeune fille , encore
dans fon enfance , niece de Beronte , & qu'il
croit
OCTOBRE. 1740. 2293
eroit qu'elle feroit propre à fixer le coeur
d'un Epoux ; Erafte lui confeille de la demander
en mariage ; Clitandre s'en excufe
fur fa timidité naturelle , & le prie de la de
mander pour lui ; Erafte y confent , à condition
qu'il lui rendra la pareille , & qu'il
fe chargera auffi du foin de le marier ; ils
conviennent tous deux d'agir l'un pour
L'autre ; ils aperçoivent Beronte , ils fe retirent
; Erafte fe réfout à aller lui demander
chés lui fon aimable niéce pour fon Ami .
Beronte charge Lisette, Suivante de Lucile
fa niéce , de veiller fur elle : il fait connoître
qu'elle ne fait que de fortir du Convent , &
qu'elle a besoin de guide dans fa premiere
entrée dans le monde..
Beronte étant rentré chés lui Frontin
lai ,
vient demander à Lisette fi ce n'eſt point là
la maison de Beronte , Lisette lui répond
qu'oui ; Frontin n'en demande pas davanta
ge & fe retire.
Jusqu'ici la Scene s'eft paffée vrai-femblablement
devant la maison de Beronte; ce qui
fuit doit fe paffer dans l'intérieur. Erafte vient
chés cet oncle de Lucile , & s'acquitte de la
commiffion dont Clitandre l'a charge . Beronte
, au feul nom de Clitandre , accorde
fon consentement à la demande qu'on lui fait.
Erafte s'étant fait connoître à lui pour fils
l'un de fes meilleurs amis , il lui dit galamment
2294 MERCURE DE FRANCE
:
ment qu'il voudroit avoir deux niéces à don
ner pour faire un double mariage ; il ordonne
qu'on faffe venir ſa niéce .
Lucile étant arrivée , Erafte fait connoître
par un à parte ce qui fe paffe dans fon coeur,
à l'aspect d'un objet fi charmant ; Lucile , de
son côté , ne voit pas Erafte fans émotion.
Beronte lui aprend qu'on la demande en mariage
; elle eft mortifiée d'aprendre que c'eſt
pour un autre que lui qu'on la demande.
Erafte fait connoître en fe retirant , le regret
qu'il a d'avoir obtenu pour Clitandre ce qui
auroit pû faire fon propre bonheur.
Lucile ouvre fon coeur à Lisette , & lui fait
connoître le penchant qu'elle a pour Erafte ,
& l'averfion qu'elle fent en fecret pour un
Epoux qu'on lui donne & qu'il lui faut accepter,
fans l'avoir vû. Lisette plaint ſa ſituation
, mais elle lui dit pourtant qu'il faut
obéir à fon oncle, elle ajoûte qu'il faut qu'elle
aille fe parer d'une maniere plus avantageuse
pour plaire à fon futur Epoux , qui ne
tardera pas de fe présenter à elle .
Après un court Monologue que fait Lisette
fur la trifte fituation de Lucile , elle aperçoit
l'Olive , Valet de Clitandre comme il y a
long-temps qu'elle ne l'a vû , elle lui demande
la raison de fon absence; l'Olive lui conte fes
avantures & fe fait enfin connoître à elle pour
Valet de Clitandre ; au nom de Clicandre
Lisette
OCTOBRE . 1740. 2295
Lisette ne doute point qu'il ne vienne de la
part de fon Maître, l'Olive lui dit qu'il cherche
Frontin à qui il veut parler de la part de Clitandrejaparamment
ce dernier l'a chargé d'une
Lettre pour prier Erafte, s'il en eft encore tems,
de ne point demander Lucile à Beronte , attendu
qu'il a changé de résolution . En effet
à peine l'Olive & Lisette fe font ils retirés ,
que Clitandre vient faire entendre par un
Monologue , qu'après une férieuse refléxion,
il s'eft repenti d'avoir fait demander Lucile
en mariage .
L'Olive vient lui confirmer fon malheur par
une Lettre que Frontin ou Erafte lui ont remise
; cette Lettre, dont il fait la lecture tout
haut & qui eft de la main de ſon ami Eraſte
lui aprend que Beronte l'accepte pour Epoux
de Lucile . Erafte le prie par la même Lettre
de ne point le marier à fon tour. Me voilà
donc marié pour mon malheur , dit Clitandre
à parte. L'Olive , à qui Lisette à apris tout
ce qui se paffe , jugeant qu'on trompe fon
Maître , croit qu'il eft d'un fidele Valet de
lui découvrir la trahifon d'Erafte ; il lui dit
ingénûment , que ce prétendu Ami n'eſt
qu'un Ami perfide qui le trahit , & qu'il eſt
aimé de Lucile. Clitandre ne peut s'empê
• cher de faire éclater fa joye , tant par raport
à fon Ami , qui a le bonheur d'être aimé .
que par raport à lui même qui , par là '
H
2296 MERCURE DE FRANCE
fe trouve dégagé d'un mariage qu'il regar
doit comme un malheur. L'Olive ne fçait à
quoi attribuer cette joye inattenduë de fon
Maître ; cela fait une fituation aflés comique .
Lucile vient parler à Clitandre , & le prie de
ne point preffer un mariage qui ne fçauroit le
rendre heureux , parce qu'il l'exposeroit au
malheur de n'être pas aimé , malgré tout fon
mérite ; Clitandre , qui a déja pris fa résolution
à l'égard d'Erafte, loin de paroître allarmé
d'un pareil aveu , en marque de la joye ;
il dit à Lucile , que plus elle a d'éloignement
pour lui , plus fon triomphe fera éclatant ;
qu'il prétend fe faire aimer d'elle , & qu'il
compte même fur fa reconnoiffance . Il la
quitte pour aller chés Beronte ; elle croit que
c'eft pour le remercier de l'honneur qu'il lui
fait de l'unir à fa famille mais il a un autre
objet , c'eft pour lui aprendre tout ce qui fe
paffe , & pour le disposer à rendre heureux
un Ami qu'il regarde comme un autre luimême.
Nous fuprimons ici tout ce qui prépare
le denoûment. Clitandre tient Erafte
dans l'incertitude , pour lui ménager le plaifir
de la furprise ; Beronte vient avec Lucile ;
Erafte veut fe retirer pour s'épargner la douleur
de voir donner tout ce qu'il aime à un
homme, qui tout fon Ami qu'il eft, ne laiſſe
d'être fon Rival. Beronte , inftruit de la
douce fupercherie que Clitandre fait à Eras-
Pas
te,
OCTOBRE . 1740. 2297
te , ne dément point fon caractere , en commandant
à Lucile de donner fa main à celui
qu'il lui donne pour fon Epoux ; Lucile
obéït en détournant la tête ; Clitandre s'avance
& joint la main qu'elle lui préfente à
celle d'Erafte ; Lisette , qui peut -être eft de
moitié de la tromperie , dit à fa Maîtreffe de
regarder au moins fon Epoux ; Lucile eft
agréablement furprise de voir que c'eft à ſon
cher Erafte que fon oncle la donne.
Voilà à peu près toute l'action Théatrale ;
voici ce que le Public en a pensé . On a trouve
la Piéce affés bien verfifiée ; on y auroit
fouhaité un autre titre , attendu que l'amour
n'eft un fecret que pour deux Personnages ,
fçavoir Erafte & Lucile . On ne l'a pas trouvée
affés intereffante , parce que dès que Clitandre
a témoigné du regret de fe voir marié
, il n'y a plus eû d'obſtable à surmonter
de la part d'Erafte , & on n'ignore pas que
c'eft l'obftacle qui produit l'interêt. On ajoûte
encore que les meilleurs Acteurs , tels
que les Srs Montmenil & Poiſſon , & la Dile
Dangeville , n'ont pas affés de jeu dans la
Piéce. Dès qu'elle fera imprimée, on en donnera
quelques fragmens , dont les Lecteurs
jugeront par eux -mêmes.
L'Académie Royale de Mufique , qui continue
toujours avec grand fuccès le Ballet des
H ij
Fêtes
2298 MERCURE DE FRANCE
Fêtes Vénitiennes , remit fur la fin du mois
dernier, une quatriéme Entrée du même Ballet
, intitulée l'Opera ; la Dlle le Maure & le
Sr Jeliot , joüent les deux principaux Rôles
de Flore & de Zephire , au gré des Spectateurs.
Le St Rinaldi Foffano & fon Epouse,
ont dansé une nouvelle Pantomime avec
aplaudiffement.
Le 28. Septembre les Comédiens François
remirent au Théatre la Comédie intitulée ,
Les Enfans de Paris , Piéce en Vers & en
cinq Actes , de feu M. Dancourt. Elle fut
donnée pour la premiere fois le 18. Déoembre
1699. fous le titre de la Famille à la made.
On fe récria fort contre un titre qui fupcsoit
que tous les caracteres odieux de cette
Piéce étoient à la mode , & on le changea
quatre jours après en celui de Finette
Rôle que jouoit parfaitement une des Dlles
Dancourt. On reprit enfin la même Comédie
au mois d'Octobre 1704. fous le nom
des Enfans de Paris ; il nous a parû que
cette Piéce n'a pas été goûtée du Public à la
reprise d'aujourd'hui.
,
Le 22. Octobre , les mêmes Comédiens
donnerent une Piece nouvelle en Vers & en
cinq Actes, qui a pour titre , l'Heureux Echange
, dont on parlera plus au long dans le
prochain Mercure.
La
OCTOBRE. 1740 2299
Le 29. Septembre , les Comédiens Italiens
firent la clôture de leur Théatre par la Comédie
des Fauffes Confidences , & par la
Silphide. La Dlle Roland & le Sr Poitiers
y ont dansé une nouvelle Pantomime , qui
a été géneralement aplaudie par de trèsnombreuses
Affemblées . Les mêmes Comédiens
partirent le lendemain pour Fontainebleau
.
Le 2. Octobre , jour de la clôture de la
Foire S. Laurent , l'Opera Comique représenta
fur fon Théatre la Comédie de la
Servante juftifice , précedée des Fêtes Villageoises
, & des Jardins d Hébé Piéces en
Vaudevilles , órnées de chants & de dan--
ses , lesquelles furent terminées par le Com
pliment en Vaudeville , que font ordinairement
les Acteurs
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
Na apris de Conftantinople , que le Comte
d'Uhlefeldt , Ambaffadeur Extraordinaire de
S. M. I. lequel y arriva le 8. Août dernier , fit
le 10. foa Entrée publique , & on obferva dans la
marche l'ordre fuivant.
Y
Hiij Une
1300 MERCURE DE FRANCE
Une Compagnie de Janiffaires & une de Spahis
quatre Fouriers de l'Ambaſſadeur , précedés de trois
Tambours & d'un Fitre ; 60. Soldats du détachement
que l'Empereur a donnés au Comte d'Uhle
feldt pour fa garde ; Mrs Ridenger & d'Omero ,
Couriers Impériaux pour l'Orient , en habits d'écarlatte
galonnés d'argent, avec leur chaînes & leurs
Médailles ; quatre Palfreniers de l'Ambaffadeur , à
cheval ; fon Ecuyer ; douze chevaux de felle , avec
des caparaçons de velours jaune , brodés d'argent
huit Trompettes & un Timbalier , vétus comme les
deux Couriers; le Maître d'Hôtel & 19. autres Domeftiques
de l'Ambaffadeur: fes quatre Aumôniers,
avec des habits de drap violet & des veftes de velours
de la même couleur , l'Evêque de Tribunetz ,
précedé de fes domestiques à pied ; le Comte François
-Antoine d'Uhlefeldt , Frere de l'Ambaffadeur.
& Maréchal de l'Ambaffade , devant lequel mar
choient fa Livrée & quatre Coureurs, dont les pour
points étoient de drap d'argent & le jupon de drap
d'or , galonné de point d'Efpagne d'argent ; neuf
Gentilshommes de l'Ambaffadeur, marchant trois à
trois & vétus d'habits magnifiques, M. de Gudenus,
portant un Etendart de damas jaune, brodé d'argent,
avec des franges d'argent, au milieu duquel étoient
d'un côté les Armes de l'Ambaſſadeur, & de l'autre un
nuage,fous lequel on voyoit paroître un Arc- en- Ciel;
huit autres Gentilshommes de la fuite du Comte
d'Uhlefeldt ; quatre Enfans de Langue ; M. Elie Linerky
, Interprete de l'Empereur pour les Langues
Orientales , Mrs Hinck & Mantelli , donnés pour
Sécretaires à l'Ambaffa deur par le Confeil de Guerre
de S. M. I ; M de Montmartz , premier Interprete
de l'Empereur , fuivi de fes domeftiques à pied
le Chevalier Henri de Bencklern , Secretaire de
l'Ambaffade ; 24. Chiaoux , & la plupart des Offi
ciers
OCTOBRE. 2301 1740.
eiers qui étoient allés prendre le Comte d'Uhlefeldt,
par ordre du Grand Seigneur , au Lieu d'où la marche
a commencé , 24. chevaux des Ecuries de Sa
Hautelle , conduits chacun par deux Palefreniers ;
12. Chatirs du Grand Seigneur ; le Kiaya du Grand
Vifir ; le premier Interprete de la Porte & le Maî
tre des Ceremonies ; deux Suiffes de l'Ambaffadeur ;
30 de fes Valets de pied en habits d'écarlatte , garnis
fur toutes les coutures d'un galon d'argent entre
deux galons de fa livrée , douze Heyduques qui
portoient chacun une Maffe d'argent , & qui avoier t
des pourpoints de fatin jaune , galonnés d'argent ,
avec des manteaux d'écarlatte ; deux Fouriers , pré➡.
cedés de deux Fifres , de fix Timbours , & d'un pareil
nombre de Hautbois , tous avec la livrée du
Comte d'Uhlefeldt ; douze Pages , dont les habits
étoient de velours ponceau , garnis de point d'Espagne
, & les veftes de tiffu d'or à fleurs d'argent; les
Comtes de S Julien , Korulinsky , de Brandeis ,
de Hamilton , de Hohenfeldt , de Berthold & de
Hardegg , qui accompagnent le Comte d'Uhlefeldt
dans fon Ambaffade ; le Comte de Goës, portant un
Etendart de drap d'argent avec des franges d'or,fur
lequel étoient d'un côté l'Aigle Impériale , & de l'au
tre un oeil avec ces mots ,Deo Duce. L'Ambaffadeur
venoit enfuite , & la marche étoit fermée par le
refte du détachement des Troupes Impériales , &
par une Compagnie de Janiffaires.
Les ordres que le Grand Vifir a donnés pour fai
te venir à Conftantinople des grains & des beftiaux,
y ont rétabli l'abondance , & l'on y jouit à préſent
d'une parfaite tranquillité .
Mi RUSSIE
5302 MERCURE DE FRANCE
RUSSIE.
Na apris de Petersbourg , que tous les pri
fonniers qui étoient détenus dans la Citadelle
pour l'affaire du Comte Wolinsky , avoient été jugés
; que plufieurs d'entre eux avoient eû la tête
tranchée , & que les autres , qui avoient été condamnés
à recevoir un certain nombre de coups de
Knout , devoient être conduits en Siberie .
Les derniers avis portent , que le Pacha d'Oczakow,
fait prifonnier par les Mofcovites dans la derniere
guerre , & qui montroit peu d'empreffement
à retourner à Conftantinople , s'eft déterminé à s'y
rendre , fur les affûrances qu'il a reçûës des dispofitions
du Grand Vifir à ſon égard .
ALLEMAGNE.
ON mande de Vienne Blu . 11. du moispaffé , que lorfque l'Ambaffadeur du Grand Seigneur
alla à l'audience de l'Empereur , la marche fe fit.
dans l'ordre fuivant. ནཱ །
Un détachement des Gardes du Corps de S. M.I.
le Kiaya de l'Ambaffadeur , à cheval , précedé de
fes domeftiques à pied ; les chameaux & les mulets.
chargés des préfens de Sa Hauteffe ; les chevaux de
main , que le Grand Seigneur a envoyés à l'Empe
reur , les Chatirs ou Valets de pied de l'Ambañadeur
, marchant deux à deux ; douze de fes Pages
à cheval ; fes Officiers , fes Ecuyers & fix Agas ;
douze chevaux de main , conduits chacun par un
Palfrenier ; les jeunes Turcs de diſtinction , qui ac,
compagnent Gianihi- Ali Pacha dans (on Ambaflade
; l'Interprete Impérial & celui de l'Ambaffadeur,
dans un caroffe des Ecuries de l'Empereur ; ' a livrée
du Comte de Wurmbrand ; le Sécretaire d'Ambasfade
OCTOBRE. 1740. 2303
fade , à cheval , le caroffe de S. M. I. dans lequel
l'Ambaffadeur étoit avec le Comte deWurmbrand &
M. de Mommarts , l'Ambaſſadeur étant feul dans
le fond , le Comte de Wurmbrand fur le devant &
M. de Mommaerts à la portiere . 24. Valets de pied
de l'Empereur marchoient autour du caroffe ,qui étoit
fuivi de plufieurs Pages de l'Ambaſſadeur , & des
Janiffaires que le Grand Seigneur lui a donnés pour
fa garde , & la marche étoit fermée par un déta- .
chement des Gardes du Corps de S. M. I.
L'Ambaſſadeur étant arrivé dans la Sale qui précede
celle d'audience , il s'y arrêta quelque tems
pour faire arranger les préfens de Sa Hauteffe , &
il fut introduit enfuite auprès de l'Empereur , à qui
il préfenta fes Lettres de créance , après avoir baisé
le bas du manteau de S. M. I. Ce Miniſtre en fortant
de l'audience , obferva , fuivant l'ufage , de ne
point tourner le dos à l'Empereur , & il fut reconduit
avec les céremonies accoûtumées ,
Le 10. il rendit fa premiere vifite au Comte de
Harrach , Préfident du Confeil de Guerre , lequel
P'avoit envoyé prendre dans un de fes caroffes par
l'Interprete impérial. Il fut complimenté , en descendant
de caroffe , par le Comte Henri de Daun ,
Premier Confeiller du Confeil Aulique de Guerre ,
& il fut conduit dans la Sale où le Comte de Harrach
l'attendoit . L'Ambaffadeur & le Comte de
Harrach se tinrent debout pendant les premiers
complimens , & s'étant affis enfuite , ils s'entretinrent
enfemble près d'une demie heure. On fervit à
l'Ambaffadeur & à fa fuite une grande quantité de
rafraîchiffemens , & l'Interprete Impérial le reconduifit
en fon Hôtel dans le caroffe du Comte de
Harrach.
part Gianihi-Ali-Pacha avoit été invité de la dè
l'Empereur , à voir un Opera qui fut repréfènté le
GY
4304 MERCURE DE FRANCE
4. du mois paffé fur le Théatre du Palais , mais il n'a
pas voulu y affifter , parce qu'on a refuſé dé lui accorder
le nombre de places qu'il demandoit.
Le 18. le Marquis de Mirepoix , Ambaffadeur du
Roy de France, eut fon audience de congé de S.M.I.
& enfuite de l'Impératrice , & il fut conduit à ces
audiences avec les céremonies accoûtumées. La
Marquife de Mirepoix, fon Epoufe, prit congé deux
jours après de Leurs Majeftés Impériales , & l'Impératrice
lui a fait préfent d'une fort belle aigrette
de pierreries. L'Empereur , felon l'ufage , a donné
au Marquis de Mirepoix fon Portrait enrichi de
diamans.
Plufieurs Turcs de la fuite de l'Ambaffadeur du
Grand Seigneur ayant commis des défordres dans
les Jardins de l'Hôtel d'Oettingen, cet Ambaſſadeur
les a chaffés de chés lui , & il a demandé une escorte
de Troupes Impériales , pour les faire condui
re à Belgrade . Quelques autres de fes domestiques,
qu'il a renvoyés auffi par mécontentement , fe font
portés à divers excès , & ils auroient pouflé plus
loin leur violence , fi on ne s'étoit affûré de leurs
perfonnes.
L'Empereur fe rendit le premier de ce mois à
l'Académie de Mofferen , dans le Jardin de laquelle
on avoit conftruit un Fort qui fut attaqué & défendu
par les Académiftes , & S. M. I. a été fi fatisfaite
de la maniere dont ſe ſont conduits le Commandant
du Fort & celui des Affiégeans , qu'Elle leur a
fait à chacun un préfent.
ITALIE.
N aprend de Rome ,que le 8. du mois dernier,
Fête de la Nativité de la Sainte Vierge , le Pape
tint Chapelle dans l'Eglife de la Madonne du Peuple,
o
2305.
OCTOBRE
. 1740.
ple , & que Sa Sainteté , après avoir entendu la
Meffe , célebrée par le Cardinal Borghese , reçût
Phommage de la Haquenée , que le Connétable
Colonne lui préfenta au nom du Roy des deux Siciles
, ce Seigneur s'étant rendu en Cavalcade du
Palais Farnefe en cette Eglise , précédé de tous les
Feudataires du Royaume de Naples , & fuivi de la
Chambre Secrette , ainfi que des Compagnies des
Chevau Legers & des Cuiraffiers.
L'après midi le Connétable Colonne alla avec tout
fon cortege , prendre le Cardinal Aquaviva au Pa-
Jais d'Efpagne , d'où ils fe rendirent au Cours , &
enfuite au Palais Farneſe , vis - à- vis lequel on tira lé
foir un Feu d'artifie.
Sa Sainteté a nommé le Pere Barberin , Prédicateur
Apoftolique , & ci devant Géneral des Capucins
, à l'Archevêché de Ferrare , & M. Compagnoni
, Auditeur du Feu Cardinal Barberin à l'Evêché
d'Ofimo , dont le Cardinal Lanfredini s'eſt
démis.
Le Pape a fuprimé toutes les penfions accordés.
par fon Prédecefleur fur la Daterie & fur les fonds
des Aumônes.
Le 11. du mois paffé , le Cardinal d'Auvergne
sacra dans l'Eglife du Noviciat des Jéfuites , l'Abbé
Belant, Vicaire Géneral de l'Archevêché de Vienne,
que Sa Sainteté a nommé Evêque de Micene in
Partibus.
Le 18. le Pape donna audience au Duc de S Aignan,
Ambaffadeur du Roy de France , qui le complimenta
de la part de S. M. T. C. fur fon Exaltation au Pontificat
. Il a pris congé du Pape dans cette audience,
& Sa Sainteté lui a envoyé les préfens accoûtumés,
qui confiftent en un Corps Saint , deux baffius d'Agnus
Dei & un Tableau de Tapiflerie de la Manufacture
de S. Michel.
G. vj ·
On
2306 MERCURE DE FRANCE
On a apris en
dernier lieu 2.que le 28
du mois paflé , le Pape fit dans fa Chapelle particuliere
, la Céremonie de benir la Rofe d'or que Sa
Sainteté deſtine à la Reine des deux Siciles , & qui
doit être portée à cette Princeffe par l'Abbé Aquaviva
, neveu du Cardinal de ce nom.
Sa Sainteté donna l'après midi , felon la courume
, la Benediction aux Soldats & aux Bombardiers
du Château S. Ange.
Le Pape ayant réfolu d'établir une Pragmatique
pour la réforme du luxe , Sa Sainteté a ordonné
aux Confervateurs du Peuple Romain , de tenir des
affemblées auxquelles une partie de la Nobleffe asfiftera
, & dans lesquelles on dreffera un Projet de
Réglement à ce fujet . Les Marquis Crefcenzi ,
Teodoli , Montorio , Patrizzi , & le Comte Petroni,
ont été nommés par le Pape pour lui faire raport
de ce qui aura été décidé dans ces affemblées .
Le 6. de ce mois , jour de la Fête de S. Bruno ,
Sa Sainteté célebra la Meffe dans l'Eglife des Chartreux.
On a publié , par ordre du Pape , un Decret qui
regarde l'obfervance du Culte Divin & le refpect
dû aux Eglifes, par lequel il eft ordonné à tous les Supérieurs
des Eglifes , d'y faire célebrer l'Office avec
la décence & la majefté convenables ; de fe conformer
en tout aux Canons des Conciles & aux Décretales
des Papes ; de faire enforte que les Meffes
foient finies le matin à midi , & l'Office du foir au
coucher du Soleil , de ne point permettre que des
femmes vétues immodeftement entrent dans les
Eglifes , & de commettre quelqu'un pour y faire
garder le filence . Le même Decret contient plufieurs
Reglemens concernant l'ufage de la Mufique
dans les Eglifes , & le Pape défend qu'il y en ait à
l'avenir dans les Monafteres aux Prifes d'habit qu
aux Profeffions. NAPLES
OCTOBRE. 1749. 2307
NAPLES.
Na apris par l'Equipage d'un Bâtiment arrivé
de Sicile , que quatre Galeres du Roy , qui
croifent dans les environs de cette Isle , avoient attaqué
trois Galiottes Algériennes , & qu'après un
combat de neuf heures elles en avoient pris une , &
avoient coulé les deux autres à fond.
Une Tartane de Sorento s'eft auffi emparée d'un
Pinque de la même Nation , fur lequel on a fait
trente trois Efclaves qui ont été conduits à Meffine .
La Princeffe dont la Reine eft accouchée le 6.
du mois paffé , a été baptiſée , & elle a été nommés
Marie, Elifabeth , Antoinette de Padowe, Françoife ,
Janvier , Françoife de Paule , Jean Nepomucene , Jofephine
, Onefifore.
Les derniers avis de Naples , portem que les
quatre Galiotes qui croifent fur les Côtes de ce
Royaume pour affûrer la tranquillité de la Navigation
, ont reçû ordre de rentrer dans le Port , ce qui
donne lieu de conjecturer que le Gouvernement eft
convenu d'une Treve avec les Régences d'Alger &
de Tunis.
MALTHE.
N aprend de Malthe que les Galeres de la
Religion, commandées par le Bailly de Tencin ,
qui en eft Géneral , ayant rencontré le 4. Août
dernier une Galiotte Corfaire de Tripoly , le Bailly
de Tencin la fit attaquer par la Galere la S. Nicolas.
Le Chevalier de Blacas d'Aups qui commande
cette Galere, aborda la Galiotte, & s'étant comporté
avec autant de prudence que de valeur , il
s'en rendit maître , après une vigoureufe réfistance
de la part des Ennemis . Il y avoit fur ce
Bâtiment Corfaire douze canons , quatre pierriers
&
t
2308 MERCURE DE FRANCE
& 40. hommes d'équipage , dont quatre ont été
tués & les autres faits Efclaves .
L
} ISLE DE CORSE.
Es derniers avis reçûs de l'Isle de Corſe , marquent
qu'on y faifoit les difpofitions néceffaires
pour refferrer le neveu du Baron de Neuhoff , qui
eft toujours dans les Montagnes , & qui erre decaverne
en caverne, ne vivant que par le fecours de
quelques Bergers des environs ."
Malgré les fréquens exemples de féverité dont
on ufe pour intimider les Bandits , ils n'en conti .
nuënt pas moins leurs brigandages . On conduifit
dernierement à la Baftie trois Rebelles qui étoient
dans les prifons d'Ajaccio , du nombre defquels
eft le neveu du Prévôt de Ziccaro.
Un Armateur Catalan s'eft emparé depuis peu
d'un Vaiffeau Anglois , de vingt piéces de canon ,.
chargé d'huile , de cire & de foye.
On a apris en dernier lieu de la Baftie , que la
plupart de ceux qui étoient reftés attachés au Baron
de Neuhoff dans l'Isle de Corfe, étant ennuyés
de la vie miférable qu'ils étaient obligés de mener,
avoient eû recours à la clémence du Roy de Frande
, & que le Marquis de Maillebois leur avoit accordé
leur pardon , à condition qu'ils fortiroient de
Pisle.
7 On prétend que M. de Larnage a donné au neveu
de ce Baron , & aux vagabonds de fa fuite, une
permiffion tacite de s'embarquer à quelque pointe
de l'Isle , pour aller où ils jugeroient à propos , &
qu'il a bien voulu les difpenfer de venir configner
leurs Armes.
On ne doute prefque plus que le neveu du Baron
de Neuhoff ne foit forti de l'Isle , & on a apris d'A~
jaccio ,
OCTOBRE. 1740 2309
jaccio , que quelques jours avant que la nouvelle
de fon départ fe fût répanduë , il s'étoit rendu pendant
la nuit, avec quelques gens de fa ſuite , à Sainte
Marie d'Ornano , pour y prier M. Luc Ornano ,
de tâcher de lui faire obtenir de M de Larnage
qui commande dans ce Canton , la permiffion de
s'embarquer.
On ne fait pas encore pofitivement fi M. de Larnage
lui a accordé cette permiffion , ou fi il a pris.
fon parti fans l'attendre .
ESPAGNE.
le
N mande de Madrid , que le feu prit le 18.
du mois paffé au Château de Saint Ildefonte ,
dans l'apartement du Majordôme Major de la Maifon
du Roy , avec tant de violence , qu'en 24. heu.
res tous les Bâtimens qui environnent la Cour des
Offices , furent entierement confumés , & que
refte du Château n'a été conſervé que par la précaution
qu'on a prife d'abattre le Pavillon dans lequel
l'Infant Don Philipe logeoir , & qui eft contigu
à cette Cour. Les Officiers qui étoient de gar
de chés le Roy , fe font diftingués par le courage
avec lequel ils fe font exposés dans les endroits les
plus dangereux .
La Galere la Notre- Dame du Mont Carmel , prit
le 23. Août dernier , à la vâë des Côtes d'Angleterre
, une Balandre Angloife de cent tonneaux , dont
la charge eft eftimée oroo. Piaftres , & un autre
Bâtiment de la même Nation , chargé de bois pour
la conftruction des Vaiffeaux.
Un Armateur a conduit à S. Sébastien le Vaiffeau
Anglois l'Esperance , qu'il a enlevé fur les Côtes de
PIsle de Jerfey dans le tems que le Capitaine & la
plus grande partie de l'équipage étoient à terre , &
fur
2310 MERCURE DE FRANCE
fur lequel on a trouvé des Marchandifes pour la va
leur de 8000. Piaſtres .
Don Antoine de la Farga , commandant la Frégate
la Biscayenne, s'eft emparé du Vaiſſeau le Davie,
qui raportoit de la Caroline 660. bariques de ris ,
chacune de s . à 6. quintaux ; 30. planches de bois .
de Cedre , & environ 400. livres de poil de Caftore
Les Lettres de la Havanne du 4. Août dernier ,
marquent que le 26. du mois de Juin Don Manuel
de Montiano, Gouverneur de S. Auguftin de la Flo
ride, ayant fait une fortie avec 170. hommes d'Infanterie
, 20. hommes de Cavalerie , & 80. Indiens,
pour attaquer le port de Mace , qui étoit occupé
par un détachement des Troupes du Géneral Oglethorpe
, il en avoit chaffé ce détachement , après
avoir tué aux ennemis 107. hommes , du nombre
desquels font le Colonel Palme , trois Capitaines &
trois Sous-Lieutenans.
. Les Espagnols ont fait prifonnniers en cette occa →
fion un Adjudant Major,un Capitaine & un Lieutenant
de Cavalerie , un Lieutenant d'Infanterie & 35.
Soldats Anglois, & ils ont enlevé 40. chevaux. Il n'y
a eû de leur côté que 20. hommes de bleffés & 10.
de tués, parmi lefquels eft Don Jofeph de Aguilera .
Les mêmes Lettres , portent qu'un Convoi
étoit entré dans la Place , & que le Général Oglethorpe
, désesperant de pouvoir s'en emparer
avoit levé le Siége .
La perte causée par le feu au Château de Saint
Ildefonse , monte à près de 800000. écus.
GRANDE -BRETAGNE.
Na apris par l'Equipage d'un Vaiffeau , arrivé
des Côtes de France , que l'Escadre qui
étoit à Breft , fous les Ordres du Marquis d'Antín ,
Vice
OCTOBRE. 1740 2318
Vice Amiral étoit partie de la Rade de Breſt le 2.
du mois paffé.
Le Vailleau de Guerre le Rye , a pris dans les environs
du Cap Lezard , & a conduit a Torbay
un Bâtiment étranger , qui a donné la chaffe au
Vaiffeau le Succès , & fur lequel on a trouvé un
grand nombre d'armes à feu .
Le Vaiffeau le Garlan s'eft emparé , dans la Mediteranée
, d'un Armateur Espagnol , qui avoit fait
quelques heures auparavant , une prise Angloise
ass s confiderable .
Un Armateur de la même Nation a conduit à
Cartagene le Vaiffeau le Jaco ' Augustinbourg.
Le Géneral Oglethorpe a dépêché à Londres une
Felouque , pour donnet avis aux Co.nmulaires de
PAmirauté qu'il avoit été obligé de lever le Siége
de S. Auguftin.
On a découvert dans le fond de la Mer près d'Edimbourg
, deux des plus gros Vaiffeaux de la fameuse
Flotte , nommée l'Invincible , qui ayant été…
équipée par le Roy d'Espagne Philipe II . fit naufrage
fur les Côtes du Royaume d'Ecoffe , & on a
tiré d'un de ces Bâtimens , un canon de bronze de
neuf pieds de long , fur la culaffe duquel eft gravée
une Rose entre une F. & une R.
Les dernieres Lettres portent que les Vaiffeaux
de Guerre le Newcastle & le Dauphin , ont conduit
à Plymouth un Armateur Espagnol de 10. canons
& de 40. hommes d'équipage , qu'ils ont pris à la
hauteur de S. Sebaftien , & que la Chaloupe le Page
s'eft emparée près de Douvres , d'une Barque
longue , armée en course par un habitant de la Ĉorogne.
Selon les derniers avis reçûs de la Caroline Mé
ridionale , le Capitaine Edouard Jones , comman
dant un Vaiffeau de 14. canons & de 150. hommes
d'équipage
2312 MERCURE DE FRANCE
d'équipage , s'étoit emparé d'un Bâtiment Espagnol,
mais il a été obligé de le couler à fond , ayant eu
la chaffe d'un Vaiffeau de Guerre de S. M. C. près '
de la Havane.
Dans le tems du départ du Vaiffeau par lequel
on a apris cette nouvelle , ce Capitaine étoit à la
poursuite d'un Armateur qui a fait plufieurs prises
fur les Côtes de la Caroline .
L'Equipage d'un Bâtiment arrivé depuis peu de
Lagos a raporté que le Capitaine Thomas Fucker,
commandant la Chaloupe la Bonite , avoit pris , le
14. du mois dernier , dans les environs de Vigo ,
un Armateur E pagnol qui avoit 8. canons , deux
pierriers & so hommes.
Les Lettres de la Jamaïque , marquent qu'un
Armateur Anglois avoit été pris à la hauteur de
Cartagene par deux Vaiffeaux Espagnols , mais
qu'un autre Armateur de fa Nation , lequel étoit
venu à fon fecours , l'avoit repris & s'étoit emparé
d'un des Bâtimens ennemis .
On aprend de Londres , que fur l'avis qu'on a
reçû que plufieurs Armateurs Espagnols troubloient
la Navigation dans les environs de Douvres , deux
Vaiffeaux de Guerre ont été détachés pour croiser
à la hauteur de ce Port.
Le Capitaine Waheman , Commandant de la
Fregate le Fly , a pris dans les environs de Yarmouth
un Armateur Espagnol , qui avoit 70. hommes
d'équipage .
On mande de Charles Town , que le 22. du
mois de Juillet dernier , il y avoit eu un combat
très-vif , entre un Armateur de la même Nation
& deux Armateurs Anglois , & que le premier
avoit perdu beaucoup de monde , mais que les Anglois
n'avoient pû s'en emparer .
Un Vaisseau de Guerre Anglois a pris un Pinque
Catalan ,
OCTOBRE. 1740
2313
Catalan , fur lequel étoient quelques Soldats de recrue
, deftinés pour P'Isle de Mayorque.
Le Vaiffeau le Charmant Sally , commandé par
le Capitaine Watson , & le Vaiffeau les Deux Freres
, commandé par le Capitaine Ray , font tom❤
bés entre les mains des Espagnols.
e
EPITRE
De l'Amour à la Raison.
Dis-moi , Tiran des crédules Mortels ,
Idole fier de quelques vains Autels ,
Reste fatal des trésors de Pandore , *
Charme inconnu , que la Folie adore ,
Phantôme orné du titre de RAISON ,
Mais dont j'espere abolif jusqu'au nom ,
Certain avis vient de troubler m'a joye.
Parle , répons. Que faut- il que j'en croye
Si le dessein ne tend qu'à me noircir ,
Ecoute bien ; car je veux m'éclaircir.
Un Méssager , député de Cythere ,
Vient de me rendre un billet de ma Mere
Où fon chagrin , mieux peint que fon amour ,
Dit par ces mots qu'il faut venger fa Cour ·
* L'Amour fupose qu'au fonds de la boëtte de Pandore
la Raison refta , fous le nom de l'Esperance..
» Aprene
1314 MERCURE DE FRANCE
Aprens , mon fils , feul apui de mon Trône ,
Que la Raison en veut à ma Couronne ,
» Et qu'entre ceux que j'avois enchantés
» Il eſt déja des ſujets révoltés.
" Chaque moment m'annonce une victoire .
» Prends ma défense , ou renonce à la gloire
Fais tes efforts ; & pour mieux triompher ,
Saisis le Monstre afin de l'étouffer ....
>
C'en eft assés pour armer ma vengeance.
Oiii , je fæurai mettre d'intelligence
Nos interêts , ma gloire & tes desirs :
Et de tes maux naîtront tous mes plaisirs,
Jusques ici rebelle à la nature ,
Tu fis entendre un insolent murmure
Qui hautement décriant mes exploits ,
M'attestoit trop le mépris de mes Loix.
Depuis long- tems tu machines ma perte ;
Mais n'attens rien , ta fraude eft découverte.
J'ai tout apris. J'en connois les refforts .
Gens odieux , prétendus Esprits forts ,
Comme en détours , fertiles en sistêmes ,
Mais plus adroits à fe tromper eux- mêmes
Leurés qu'ils font d'un chimerique espoir ,
S'offrent à toi , fouvent fans le vouloir.
Déja livrés le torrent les entraîne .
Avec plaisir chacun forge fa chaîne .
Et peu fenfible , en prenant le poison ,
OCTOBRE. 2319 1749
devient fou , par force & par raison .
Lors contre moi le ligue la cabale .
Mes coups manqués , la fierté me ravale,
» Je suis , dit- on , l'ennemi du repos :
» Suivi des ris , mais escorté des maux.
» Si j'ai blessé quelque aimable Jeunesse ,
» Son feu bientôt s'éteint dans la tristeſſe .
» Je fuis injuste , ambitieux vainqueur , 20
• Maître absolu , quand je fuis dans un coeur :
» Parjuce outré , fi c'eſt mon avantage ,
Et dans mes droits j'ai le crime en partage .
Ainfi l'on peint , fans qu'il y manque un trait ,
Sous un Amour , un Diable tout parfait.
Qu'importe au refte 1 ) eft encor des armes ,
Et les Beautés me prêteront leurs charmes .
Oui , je veirai , loin d'un honteux courroux ,
Baiser les mains d'où partiront mes coups .
J'aurai des voeux ; & vantant mon adresse ,
Plus d'un rocher sentira la tendreffe .
Par des douceurs je fçaurai me venger ,
Et m'aplaudir , pour te faire enrager .
Sur tout , crois- moi , redoute bien ces fêtes
Où mes plaifirs t'enlevent des conquêtes.
Tu fçais que là fe perdant ton crédit ,
De tes avis l'usage eft interdit.
Là , malgré toi , regne un excès de flâmes ,
Qui plaît aux corps , fans trop gêner les ames :
Et
1316 MERCURE DE FRANCE
Et , ce qui plus fait rechercher mes biens
La liberté s'y trouve en mes liens ...
Mais quoi ! ... J'entens ... Adieu . Combats mon
vice.
Prens pour foûtiens le Dépit , le Caprice.
Va t'oposer à des desirs naiffans >
Et t'affervir d'aveugles partisans .
Dans les douleurs de tes tristes victimes
Fais s'il le peur , expier tous mes crimes.
Je dis bien plus. Va tourmenter les Dieux.
Blânte leur fen , puisqu'il t'eft odieux ;
Ou, fi le vrai cede à l'erreur commune ,
Laiffe P'Amour jouir de fa fortune ,
Et comme auteur de mille biens divers
Laisse l'Amour gouverner l'Univers .
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &c.
que
E
IS. du
mois
paffé
, M.
de Lezze
Amballadeur
ordinaire
de
la Républide
Venise
, eut
une
Audience
de
S. A.
R.
Madame
la Ducheffe
d'Orleans
, & le 19 .
le Prince
de Lichtenstein
, Ambaſſadeur
de
l'Empereur
, eut
fon
Audience
de congé
de
cette
Princeffe
, Ces
deux
Ambaffadeurs
furent
OCTOBRE . 1740 2317
rent conduits à ces Audiences par le Chevalier
de Saintot , Introducteur des Ambassadeurs.
Le 2. de ce mois , le Roy figna le Contrat
de Mariage d'entre Louis - François
Comte de Maugiron , & Marie - Françoise
de Saffenage, Fille aînée du Marquis de Saffenage
, Lieutenant Géneral de la Province de
Dauphiné , Brigadier des Armées du Roy,
Le Roy arriva à Fontainebleau le 23. du
mois paffé , & la Reine s'y rendit le lendemain.
Monseigneur le Dauphin y étoit arrivé
le 20. & Mesdames de France , le 22 .
Le 4. de ce mois après midi , la Reine ,
accompagnée des Dames de fa Cour , fe rendit
à l'Hôpital de la Ste Famille , où on célébroit
la Fête de Saint François , & S. M.
y affifta au Salut.
Le même jour , l'Envoyé Extraordinaire
du Roy de Pruffe eut fa premiere Audience
de Mesdames de France , & il y fut conduit
par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 9. du même mois , l'Evêque de Comminges
fut facré dans la Chapelle du Séminaire
de S. Sulpice , par l'Archevêque de
Toulouse,
2318 MERCURE DE FRANCE
Toulouse , affifté des Evêques de Beauvais
& de Carcaflonne.
M. de Lamberval , Capitaine d'une des
Compagnies du Régiment des Gardes Françoises
, a été nommé Lieutenant de Roy &
Commandant de la Ville de Bayonne , à la
place de M. d'Adoncourt , mort depuis peu .
Le 13. pendant la Meſſe du Roy , l'Evêque
de Comminges prêta Serment de fidélité
entre les mains de S. M.
Le 15. la Reine , accompagnée des Dames
de fa Cour , fe rendit à l'Eglise des Carmes
des Baffes Loges , où on célébroit la Fête de
Ste Therese , & S. M. y affifta aux Vêpres
& à la Bénédiction du S. Sacrement.
Le 18. la Reine retourna à la même Eglise
entendre le Salut.
Le 4. Octobre , les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau la Tragédie
de Medée , & la petite Piéce du Rendezyous.
Le 6. l'Andrienne & la Pupile.
Le 11. Zulime & le Fat Puni.
Le 13. La Metromanie & la Serenade.
Le 18. la Tragédie d'Amasis , après laquelle
, le fieur Rinaldi Fossano & la Dlle
fon Epouse danserent une Pantomime guerriere
OCTOBRE. 1740 2319
riere ; on joüa ensuite le Mariage Forcé ,
après lequel les mêmes Danseurs exécuterent
la Pantomime de la Jardiniere.
Le 20 la Surprise de l'Amour , & la petite
Comédie de l'Oracle , les mêmes Danseurs
donnerent à la fin de ces deux Piéces
la Pantomime du Corsaire , & celle de l'Hydropique.
Le 25. le Cid , & les Précieuses Ridicules.
Le 27. le Préjugé à la Mode , & la petite
Comédie de la Magie de l'Amour,de M. Au
trean.
Le premier du même mois , les Comédiens
Italiens représenterent auffi à la Cour , la
Comédie des Amans Réunis , & celle de la
Jalousie Imprévue , lesquelles furent fuivies
du Ballet des Rendez vous Nocturnes.
Le 8. le Double Mariage d'Arlequin , excellente
Comédie Italienne , & l'Amant Au
teur & Valet ; la Dlle Roland & le fieur Potiers
exécuterent dans les Entre - actes de la
premiere Piéce , le Ballet des Paysans Anglois
, dans lequel le fils du fieur Potiers, âgé
de 6. ans , dansa differentes Entrées avec
beaucoup de grace . Les mêmes Danseurs
exécuterent à la fin de la petite Piéce , un
Ballet des plus gracieux ; ils l'avoient déja
dansé fur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne.
I L
2320 MERCURE DE FRANCE
C
Le rs . les Fausses Confidences , & le Je ne
fçais quoi. Le fieur Rechart de Bouillac , nouveau
Chanteur , joüa le Rôle du Musicien
dans la petite. Piéce. Les mêmes Danseurs
Pantomimes , exécuterent ensuite les mêmes
Entrées qu'ils avoient déja données .
Le 8. Monseigneur LE DAUPHIN & MESDAMES
, honorerent ce Spectacle de leur
présence
Le 22. le Superstitieux , après lequel on
dansa l'ingénieux Ballet des Filets de Vulcain.
Le nouveau Chanteur joüa le Rôle d'Amoureux
dans la premiere Piéce avec aplaudiffement.
Le 29. les Deux Anneaux Magiques , Comédie
Italienne , & l'Ecole des Meres.
Le 26. Septembre , la Cour étant à Fontainebleau
, il y eut Concert chés la Reine ,
Made Blamont , Sur- Intendant de la Musique
du Roy , fit chanter l'Opera d'Hesione
de M. Campra , qu'on continua le 28. Les
principaux Rôles furent très - bien remplis par
les Dlles Romainville & Huguenot , & par
les fieurs d'Angerville , Ducros , Godoneche
, le Begue & Poirier.
Le 3. Octobre on concerta devant la Reine
le Prologue & le premier Acte de l'Opera
d'Armide , lequel fut continué le s . & le 12,
Les Rôles furent chantés par les mêmes Sujets
OCTOBRE. 1740 2325
jets qu'on vient de nommer , & par les Dlles
Abec , d'Aigremont & Deschamps , & par
les fieurs Richer , Poirier , le Cler , d'Aigremont
& Jelyot ; ce dernier chanta , pour
terminer le Concert , une Cantatille de M.
Rameau , L'objet qui régné dans mon ame &c.
qui fit beaucoup de plaisir.
Le 17. la Reine fouhaita d'entendre le Prologue
& le premier Acte de l'Opera d'Atys
, qui fut continué le 24. & le 26. Les premiers
Rôles furent chantés par les mêmes
Sujets , par la Dlle Mathieu & par les fieurs
Dubourg & Tavernier. La Dlle Huguenot
chanta , à la fin du Concert , avec beau
coup de précifion , une Cantatille de M. de
Blamont, Des Lieux les plus charmans la triftelle
s'empare &c. dont S. M. parut trèsfatisfaite.
Dans le Mercure du mois de Decembre
1739. fecond Voluine . p. 3112. nous avons
parlé de la belle Eftampe , fous le titre de la
Gouvernante , parfaitement bien gravée , par
M. Lepicié , d'après un excellent Tableau
de M. Chardin. Nous avons ajoûté les Vers
de M. Lepicié mis au bas de la même Estampe.
Ces Vers furent , peu de tems après ,
traduits fort heureusement
en Vers Latins ,
par un Auteur Anonyme , & ils étoient desinés
à paroître dans le Mercure. Mais on ne
I ij fçait
2922 MERCURE DE FRANCE
fçait par quel accident ils fe trouvent éga
rés , en forte qu'il nous a été impoffible de
les retrouver : fur quoi l'Auteur eft prié
de vouloir nous les renvoyer pour remplir
leur deftination. Nous ajoûtons ici dans cer
esprit les Vers François , qui ont donné lieu
à la belle Composition Latine de cet Auteur.
Malgré le minois hypocrite ,
Et l'air foumis de cet Enfant
Je gagerois qu'il prémédite
De retourner à fon Volant.
LE CATALOGUE des Livres de feu M. Levèsque
de Gravelle , Doyen de la Chambre
des Comptes , paroît chés Martin Pere &
Fils , rue S. Jacques , à l'Etoile. Ce Livres
fe vendront à la S. Martin prochaine.
MORTS ງ
NAISSANCE
& Bateme.
Na omis d'inserer dans ce Journal , la mort
du Marquis de Montrevel , mort dans le mois
de Janvier de cette année , dans une de fes Terres
près de Mâcon , dans un âge assés peu avancé. Il
étoit Maréchal de Camp.
On a apris de Vienne qu'une femme y étoit
morte au commencement du mois passé , agée de
103. ans accomplis.
Jean
OCTOBRE. 1740. 2323
Jean-Joseph de Berthet , Marquis de Gorze ,
Seigneur du Cleron , de Mole , de Senecé & autres
Lieux , mourut , dans un âge avancé , le 17.
Juillet dernier , au Château de Gorze , laiffant deux
Garçons , dont l'aîné eft Capitaine de Cavalerie
& le Cadet Capitaine d'Infanterie ; & une Fille ,
veuve du Comte de Chavane , Capitaine au Regiment
de Poitou . Le Marquis de Gorze fut d'abord
Capitaine au Regiment de Piemont , ensuite Colonel
d'Infanterie. Il avoit été attaché au grand
Prince de Condé en qualité de Gentilhomme Honoraire
, comme il l'a été consécutivement aux
deux Ducs de Bourbon , fes fils & petit- fils . Il est
parlé de fon Pere , de lui & de fa Maison , dans les
Mercures de Janvier 1695. d'Avril , Mai , Juin &
Juillet 1709.
Le nommé Bernard Sarret , Marchand de Liqueurs
, mourut au Mont de Marsan , le 13. Août
dernier , âgé de 105. ans.
Le 28. D. Jeanne Picquet , veuve en fecondes
noces depuis 1724. de Charles de Lacoré, Seigneur
de S. Ouin , Auditeur ordinaire en la Chambre des
Comptes de Paris, mourut âgée de 81. ans , laiffant
de feu Antoine Bonneau , Sécretaire du Roy & de
fes Finances , & Payeur des Rentes de l'Hôtel de
Ville de Paris , fon premier mari , une fille mariée
avec Charles Etienne de Lacoré , Seigneur de S.
Ouin , fon beau fils , ancien Capitaine de Cavalerie
& Maréchal des Logis du Roy. La défunte étoit
fille de N. Picquet,vivant ancien Echevin, & Quartinier
de la Ville de Paris , & de Jeanne Hamelin .
Le 2. Septembre , Jean-Baptifte d'Arrot , Marquis
de la Poupeliniere , autrefois Officier dans le
Régiment du Roy , mourut dans fa Terre des Radrets
en Vendomois , âgé d'environ 56. ans . Il étoit
Els de Jacques- Claude d'Arrot , Marquis de la Pou-
Iiij peliniere
2324 MERCURE DE FRANCE
peliniere & d'Ervaux en Poitou , Seigneur des Radrets
, Chambes , la Rouffeliere &c. premier Cornette
de la Compagnie des Chevau - Legers de la
Garde du Roy , & de défunte Louise Françoise
Laugeois , qui avoit épousé en fecondes nôces Anne-
Hilarion de Coftentin , Comte de Tourville ,
Vice-Amiral & Maréchal de France , & il avoit été
marié le 22. Mai 1730. avec Marie- Anne - Laurence
Meffageot , fille de Lurent Meffageot , Conseiller
, Secretaire du Roy & de fes Finances , & de
Marie de Lory , fa feconde femme. Il n'en laiffe
point d'enfans. Il avoit eu pour four Marie- Louise
d'Arrot de la Poupeliniere , qui avoit été mariée
le 17. Juillet 1704. avec Augufte Pouffart du Vigean
, Marquis d'Anguitart & qui mourut le 12.
Juillet 1718 laiffant pofterité.
Le 7. Jean-Jacques le Vayer , Seigneur des Châtellenies
de S. Denis des Sables & de la Daviere en
Viffay , Jauzay , S. Cellerin , Rouperoux & c . Maître
des Requêtes honoraire de l'Hôtel du Roy , &
ci-devant Préfident du Grand Conseil , mourut à
Paris âgé de 62. ans , étant né le 12. Septembre
1678. Il avoit été d'abord reçû Conseiller au Par
lement de Paris , & Commiflaire aux Requêtes du
Palais le 10. Mai 1702. depuis il fut reçû Maître des
Requêtes le 15. Janvier 1708. & enfin Préfident du
-Grand Conseil le 23. Fevrier 1720 Il fe démit
alors de fa Charge de Maître des Requêtes. Il avoit
été marié le 20. Août 1708. avec Anne- Louise du
Pin , fille unique de feu François du Pin , Inten
dant des Maison , Finances & affaires de la Ducheffe
Douariere de Brunswich Hannover , & de Marie-
Catherine - Therese Moreau. Il en laiffe un fils
Maître des Requêtes depuis 1737. dont il a été
déja parlé dans le Mercure de Juillet 1738. en ra,
portant la mort de fon Ayeul , pere de celui qui
L vient
OCTOBRE. 1740: 2329
vient de mourir , p. 1658 On a auffi annoncé dans
le Mercure de Mars 1739. p. 614. la mort de la
fille aînée du Président le Vayer.
Le même jour , D. Magdeleine- Nicole Guymont,
fille d'Hervé Guymont , Ecuyer , Sieur de Cleaumont
, & de Magdeleine le Normant & veuve de
Barthelemy Thoynard . Seigneur d'Ambron , Trovigny
, Lieutenant Criminel au Bailliage & Siége
Présidial d'Orleans , dour elle fut la troifiéme femme
, & avec lequel elle avoit été mariée le 30. Octobre
1690. mourut à Orleans âgée d'environ 72 .
ans , ne laiffant que deux filles , qui font Marie-
Magdeleine Thoynard , non mariée , & Louise
Thoynard , mariée le 23. Fevrier 1724. avec Gilbert
Carpentier , Seigneur de Crecy, en Nivernois,
dont elle a des enfans.
Dame Marie - Magdeleine de Fortia , Epouse de
Meffire Claude de la Michodiere , Conseiller d'honneur
au Parlement , mourut le 27. Septembre ; elle
étoit fille de Joseph Charles de Fortia , Conseiller
d'Etat Ordinaire , & de D. Magdeleine
Thomas.
Le même jour, M. Charles du Plessis d'Argentré, da
Diocèse de Rennes , Evêque , Vicomte & Seigneur
de Tulles , Abbé Commandataire de l'Abbaye de
Ste Croix de Guemgamp , Ordre de S. Auguftin ,
Diocèse de Treguier , depuis le 24. Decembre 1699 .
& Docteur en Theologie de la Faculté de Padu
ris , de la Maison & Societé de Sorbonne ,
29. Mars 1700 mourut d'apoplexie en fon Diocèse
, âgé d'environ 68 ans . Il avoit été un des
Députés du fecond Ordre de la Province de Tours
à l'Affemblée Génerale du Clergé de France de
1705. Il obtint au mois de Mars 1709. une Charge
d'Aumônier du Roy , & il affifta en cette quaité
au Sacre du koy Régnant,le 25. Octobre 1722 .
I iiij II
326 MERCURE DE FRANCE
Il étoit alors le Doyen des Aumôniers du Roy ; ce
fut lui qui fut chargé de continuer la Neuvaine que
S. M. avoit commencée après fon Sacre , devant la
Chaffe de S. Marcoul dans l'Eglise de l'Abbaye de
S. Remi de Rheims . Il fut nommé le 19. Octobre
1723. à l'Evêché de Tulles , qui fut préconisé &
proposé pour lui à Rome les 27. Septembre 1724•
& 18. Avril 1725. Il fut ensuite facré le 10. Juin
dans la Chapelle du Séminaire de S. Sulpice à Paris,
par l'Archevêque de Toulouse , affifté des Evêques
de Vence & de Bazas , & le 17. du même mois , il
prêta ferment de fidélité entre les mains du Roy ,
dans la Chapelle du Château de Chantilly. Il affiffa
dans la même année y à l'Affemblée Génerale
du Clergé de France , étant un des Députés du premier
Ordre pour la Province de Bourges.
Le premier Octobre , Louis - Antoine d'Ifari de
Villefort de Montjeu , Prêtre du Diocèse de Cambray,
étant né à Valenciennes , Docteur en Théologie ,
Abbé Commandataire de l'Abbaye de Notre Dame
de Diloc , Ordre de Prem. Dioc. de Sens , depuis
le 24. Decembre 1710 Grand Doyen & Chanoine
de l'Eglise du Mans , & ci- devant fucceffivement
Archidiacre & Chanoine de l'Eglise de Viviers , &
Chanoine de l'Eglise & Grand Vicaire du Diocèse
de Rheims , mourut à Paris dans la 44. année de
fon âge. Il avoit pour freres & foeurs , actuellement
vivans ,
1. Etienne-Joseph d'Ifarn de Villefort de Montjeu
, Marquis d'Hauffy , Seigneur de Chauvigny
& de Bonrepos , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Brigadier des Armées du Roy , de la
promotion du 20. Février 1734. Gouverneur de
Guerande , & du Croific , ci- devant l'un des quatre
Gentilshommes de la Manche du Roy , & ancien
Colonel du Régiment d'Infanterie de Forêt
qui
9
OCTOBRE . 1740. 2327
qui eft marié avec Jeanne- Therese de Launoy de
Penkrec , d'une Noblesse de l'Evêché de Treguier,
de laquelle il n'a point d'enfans .
2. Louis - François d'Ifarn de Villefort de Montjeu
, Seigneur de Leftang , Chevalier des Ordres
Militaires de S. Louis , de Notre Dame du Mont-
Carmel , & de S. Lazare de Jérusalem , nouvellement
Gouverneur de la Citadelle de Valenciennes,
ci-devant Lieutenant des Grenadiers au Régiment
des Gardes Françoises , & qui fut bleffé dangereusement
au dernier Siége de Philisbourg , à l'attaque
de l'Ouvrage à Corne. Il a épousé Marguerite-
Louise Billouart de Kervazogan , de laquelle
il a des enfans.
3. Jean Jacques d'Ifarn de Villefort de Montjen ,
Prêtre , Chanoine Régulier de l'Abbaye Royale de
S. Victor de Paris , & Prieur de Montbeon , Diocèse
de Sens , depuis 1717.
4. Louis François d'Ifarn de Villefort de Montjeu
, Prêtre , Chanoine de l'Eglise du Mans , Prieur
de S. Marcel- lès - Argenton en bas Berri .
5. Philipe d'Ifarn de Villefort de Montjeu , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem , Mestre
de Camp Lieutenant du Régiment de Cavalerie de
Clermont Prince,depuis le 20. Octobre 1734. & cidevant
Enseigne au Régiment des Gardes Françoises.
6. Marie- Barbe de Villefort de Montjeu , veuve
depuis 1723. d'Abraham de la Fitte , Marquis de
Pellapore , Seigneur de Pagny & de Chevillon ,
Lieutenant Géneral des Armées du Roy , Gouverneur
des Ville & Citadelle de Mont- Louis & des
Plaines de Capsi & de Puicerda.
7. Marie- Barbe d'Ifarn de Villefort de Monjeu ,
fille.
8. Et Susanne- Edmonde d'Ifarn de Villefort de
Montjeu , Religieuse profeffe de l'Abbaye de Go-
I v mer2328
MERCURE DE FRANCE
merfontaine, Ordre de Cîteaux, Diocèse de Rouen,
& actuellement Abbeffe de celle d'Argensoles du
même Ordre , Diocèse de Soitfons , à laquelle elle
fut nommée au mois de Fevrier 1735.
Ils font tous enfans de feu Jacques - Joſeph d'Ifarn
de Villefort de Montjeu , Seigneur d'Hauffy , de
Ruenes & de Mortry,Confeigneur des Ville & Châ
teau de Villefort & des Vans en Languedoc , Che
valier de l'Ordre Militaire de S. Louis , ci-devant
Major des Villes de Valenciennes & de Mons , &
Capitaine d'une Compagnie de Dragons , mort le
24. Septembre 1708 & de Marie Susanne de Vali
court , à présent fa veuve , & Sous - Gouvernante
des Enfans de France . L'Abbé de Villefort qui vient
de mourir , & fes Freres & Soeurs , ont eu pour
Oncle Louis-François d'Ifarn de Villefort de Montjeu
, Seigneur de Couffac , apellé le Chevalier de
Villefort , Brigadier des Armées du Roy , & Com
mandant à Charleroi , mort en 1710. La Maison
d'Harn , qui eft d'une ancienne Nobleſſe originaire
de Rouergue , porte pour Armes , de gueules à un
Lion d'or.
12 .
Le 10. Dlle Marie- Jeanne- Felice- Rosalie Potier
de Gesures , Marquise de Blerancourt , Châtelaine
de Coucy , Baronne de Montjay , Dame de Bretigny
, de S. Leonard des Bois , &c. mourut à Paris
âgée de 83. ans & 2 1. jours , étant née le 20. Septembre
1657. Elle fut enterrée le dans l'Eglise
des Celeftins de Paris , dans la Chapelle de la Sepulture
de fa Maison . Elle étoit fille de Leon Potier
de Gesvres , Duc de Tresmes , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roy , Premier Gentilhomme
de fa Chambre & Gouverneur de Paris ,
le 9. Decembre 1704. à l'âge de 84. ans , & de
Marie- Françoise- Angelique du Val de Fontenay-
Mareuil, fa premiere femme , morte le 4. Octobre
mort
170 .
OCTOBRE 1749. 2329
1702. âgée de 70. ans La Généalogie de la Maison
de Potier eft raportée dans l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne. Tom. 4. p 7586
Le même jour , Antonin de Baudoüin dû Pas¸
Seigneur , en partie , de Brion , Lieutenant Colo
nel du Régiment de Conti , Cavalerie , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , mourut à
Paris âgé de 58. ans .
Le 3. Septembre les Cérémonies du Batême furent
fuplées dans l'Eglise de S. Euftache, à Adrienne-
Emilie-Felicité , née & ondoyée le 29. Août pré
cedent , Fille de Louis - César de la Baume le Blanc,
Duc de Vaujours - la- Valliere , Pair de France
Gouverneur & Grand Sénéchal de la Province de
Bourbonnois , Brigadier des Armées du Roy & Co.
lonel d'un Régiment d'Infanterie de fon nom , &
de D. Anne - Julie- Françoise de Cruffol d'Usez, fon
Epouse .
On a apris de Naples , que la Reine des deux Siciles
étoit accouchée d'une Princeffe , le 6. du mois
passé.
Le Roy a apris par un Courrier que le Marquis
de Mirepoix a dépêché de Vienne le 20. Octobre ,
& qui eft arrivé à Fontainebleau le 30. au matin ,
que l'Empereur, étoit mort la nuit du 19. au 20.
après une maladie de huit jours.
A
ARRESTS NOTABLES.
A
que les RREST du 29. Mars , qui ordonne
Vaffaux qui auront rendu leur foy et hommage
entre les mains de M. le Chancelier , ou aux Cham-
I vj
bres
2330 MERCURE DE FRANCE
bres des Comptes , seront tenus de se pourvoir par
Requête aux Bureaux des Finances , pour avoir
main levée des saifies féodales qui pourront avoir
été faites à la requête du Procureur du Roy auxdirs
Bureaux ; sans qu'il puiffe néanmoins être perçu
aucunes épices ni autres droits pour raison des jugemens
de reconnoiffance des Vassaux , main-levée
des saisies féodales , et liquidation de frais .
AUTRE du 10. Avril , dont la teneur fuit.
Sur ce qui a été repréſenté au Roy étant en fon
Confeil,par les Libraires de Paris, intéreffés au Pri i
lege accordé par S. M. pour l'impreflion du Dictio
naire Univerfel , connu fous le nom de Dictionaire
de Trevoux , & du Dictionaire Hiftorique de Morery
; qu'au mépris des Réglemens & Arrêts concernant
la Librairie & Imprimerie , & des Privileges.
accordés par S. M. différens Libraires du Royaume ,
même des Particuliers , débitent des Editions contrefaites
defdits Dictionnaires & autres Livres ; &
que notamment il a été débité des Soufcriptions
propofées par le nommé Antoine, Libraire à Nancy,
pour une nouvelle Edition du Dictionaire Univerfel
, connu fous le nom du Dictionaire de Trévoux;
ce qui eft un abus d'autant plus repréhenfible , que
le débit des Editions de ce Livre , autres que celles
faites en conféquence du Privilege de S. M. étant
abfolument défendu dans le Royaume , c'eft une in.
fidelité de recevoir l'argent d'une Soufcription qu'on
fçait ne devoir pas avoir fon effet ; puifque ceux qui
débitent lefdites Soufcriptions, n'ignorent pas que
nombre d'Exemplaires d'une précédente Edition
faite à Nancy par ledit Antoine , ont été confifqués
au profit des Libraires de Paris inréreffés au Privilege
dudit Livre , par Arrêt du Confeil d'Etat du ›
18. Mai 1736. lefdits Libraires intéreffés requeroient
qu'il
OCTOBRE . 1746. 233 %
qu'il plût à S. M. fur ce , leur pourvoir . Qui le
Rapport : Le Roy étant en fon Confeil , de l'avis de
M. le Chancelier , a ordonné & ordonne que les
Arrêts & Réglemens concernant la Librairie & Imprimerie
, feront exécutés felon leur forme & teneur
; en conféquence fait défenfes S. M. aux Libraires
Imprimeurs , & à toutes autres perfonnes
de quelque qualité & condition qu'elles foient , de
recevoir ni débiter aucunes Soufcriptions de Livres
contrefaits fur ceux pour lesquels il a été accordé
des Privileges : Ordonne S. M. que les Libraires &
autres perfonnes qui fe trouveront avoir délivré des
Soufcriptions pour le Dictionaire Universel qui
s'imprime chez Antoine , Libraire à Nancy, feront
tenus de retirer lefdites Souſcriptions , en rendant
aux porteurs la fomme qu'ils auront reçûë ; & en
confirmant en tant que de befoin feroit les Privileges
accordés aux Libraires pour le Dictionaire Univerfel
, connu fous le nom de Trévoux , & le Dictionaire
Hiftorique de Morery : Fait S. M. très- expreffes
inhibitons & défenfes d'en débiter dans le
Royaume d'Impreffion contrefaite , fous les peines
portées par lefdits Privileges. Enjoint S. M. aux
Sieurs Intendans , Commiffaires départis dans le
Royaume , de tenir la main à l'execution du prefent
Arrêt , &c.
AUTRE du 11. concernant l'entrée des Livrés
venant des Pays Etrangers, par lequel le Roy étant
en fon Confeil , de l'avis de M. le Chancelier , a
ordonné & ordonne que les articles LXXV. &
LXXVI. du titre XI . du reglement de la Librairie
& Imprimerie de Paris , feront executés : Fait S. M.
iteratives défenſes aux Libraires étrangers ou forains
, d'envoyer & de vendre leurs Livres en cette
Ville de Paris , à d'autres qu'aux Libraires ; d'y avoir
des
2332 MERCURE DE FRANCE
des Magafins ou entrepoſts pour les faire débiter pa
des commiffionnaires , & à tous Libraires , Imprimeurs
, Relieurs & autres , de leur prefter leur nom
à cet effet , ni de faire aucunes factures par raport
auxdits Livres, pour les envoyer à des Libraires de--
meurant dans les autres Villes du Royaume , ou
dans les Pays Etrangers ; à peine de confifcation
defdites marchandifes , & de soo livres d'amende
contre ceux qui fe feront chargés de les vendre .
Ordonne S. M. aux Syndic & Adjoints de la Librairie
de Paris , d'arrefter les exemplaires des Livres
imprimés dans les pays étrangers , & envoyés à
Paris pour le compte defdits Libraires étrangers ou
forains , au préjudice des marchés faits avec les Libraires
de Paris , & avant qu'on leur ait envoyé le
nombre d'exemplaires qui leur ont été vendus , efchangés
ou autrement promis ; en juſtifiant par leſdits
Libraires de Paris , des marchés ou conventions
qu'ils auront faits avec les Libraires étrangers ou
forains , & moyennant la déclaration qu'il n feront
fur le Regiftre de la Chambre Syndicale , lefquels
exemplaires apartenans aux Libraires forains
ou étrangers , ne feront vendus que lorsqu'ils auront
rempli les engagemens pris avec les Libraires
de Paris.
3T
DECLARATION DU ROY , du 19. Juin. Pour
la continuation du Droit annuel , accordée aux Officiers
de Judicature , Police & Finances , pendant
neuf années , qui commenceront le premier Janvier
1741. & finiront le dernier Decembre 1749 .
ARREST DE LA COUR DU PARLEMENT ;
du 9. Juillet. Concernant les Vagabonds & les Mandians
, dont voici la teneur.
Veu par la Cour la Requête à Elle prefentée par
Je
OCTOBRE. 2333 1740. 1740.
Je Procureur General du Roy, contenant que la fituation
où le font trouvées l'année dernière quelques
Provinces du Royaume dans lefquelles la Recolte
n'a pas été abondante, ayant fervi de prétexte
à plufieurs Vagabonds , quoiqu'en état de gagner
leur vie par leur travail , de s'adonner , font à la
fainéantife, foit à la mandicité , l'oifiveté & le libertinage
fe font tellement accrûs dans cette Ville , et
dans plufieurs autres Villes du Royaume , ainfi que
dans les Campagnes , qu'il feroit à craindre qu'un
exemple fi contagieux ne s'accrût encore , s'il n'y
étoit promptement pourvû ; que l'experience de
l'année derniere , où dans le tems de la recolte on
fe trouva dans une grande difette d'Ouvriers , pendant
que les Campagnes & les Villes étoient rem
plies de Mandians valides & de Vagabonds , eſt un
nouveau motif pour engager le Procureur General
du Roy à recourir à l'autorité de la Cour dans un
tems ou , étant à la veille de la Recolte , il fe trouverra
tainement aflés d'ouvrages pour occuper
ceux qui feront en état de travailler . A ces Caufes
requeroit le Procureur General du Roy, qu'il plût
à la Cour ordonner que les Ordonnances , Edits &
Declarations rendues à ce fujet , feroient executés
felon leur forme & teneur , &c. Oui le Raport de
Me. Pierre Langlois , Confeiller , tout confideré :
La Cour ordonne que les Ordonnances , Edits &
Déclarations des années 1350. 1536. 1547. 1639.
1661. 25. Juillet 1700. 18. Juillet 1724. & les Arrefts
de la Cour des 5. Fevrier 1535..27 . Novembre
1659. 8. Février 1663 , et autres concernant les
Mandians , et notamment les Mandians valides ,
enfemble les Ordonnances , Edits et Declarations
concernant les Vagabonds et Gens fans aveu , Bohemiens
et Bohemiennes , et notamment celles de
1560. Decembre 1660. Decembre 1666. et 27.
Λούτ
2332 MERCURE DE FRANCE
des Magafins ou entrepofts pour les faire débiter pa
des commiffionnaires , & à tous Libraires , Imprimeurs
, Relieurs & autres , de leur prefter leur nom
à cet effet , ni de faire aucunes factures par raport
auxdits Livres, pour les envoyer à des Libraires de--
meurant dans les autres Villes du Royaume , ou
dans les Pays Etrangers ; à peine de confifcation
defdites marchandifes , & de 5oo livres d'amende
contre ceux qui fe feront chargés de les vendre .
Ordonne S. M. aux Syndic & Adjoints de la Librai
rie de Paris , d'arrefter les exemplaires des Livres
imprimés dans les pays étrangers , & envoyés à
Paris pour le compte defdits Libraires étrangers ou
forains , au préjudice des marchés faits avec les Libraires
de Paris , & avant qu'on leur ait envoyé le
nombre d'exemplaires qui leur ont été vendus , efchangés
ou autrement promis ; en juftifiant par leſdits
Libraires de Paris , des marchés ou conventions
qu'ils auront faits avec les Libraires étrangers ou
forains , & moyennant la déclaration qu'il n feront
fur le Regiftre de la Chambre Syndicale , lefquels
exemplaires apartenans aux Libraires forains
ou étrangers , ne feront vendus que lorfqu'ils auront
rempli les engagemens pris avec les Libraires
de Paris.
37
DECLARATION DU ROY , du 19. Juin . Pour
la continuation du Droit annuel , accordée aux Officiers
de Judicature , Police & Finances , pendant
neuf années , qui commenceront le premier Janvier
1741. & finiront le dernier Decembre 1749.
ARREST DE LA COUR DU PARLEMENT ;
du 9. Juillet. Concernant les Vagabonds & les Mandians
, dont voici la teneur.
Veu par la Cour la Requête à Elle prefentée par
le
OCTOBRE. 1740. 2333
!
Je Procureur General du Roy, contenant que la fituation
où le font trouvées l'année dernière quelques
Provinces du Royaume dans lefquelles la Recolte
n'a pas été abondante, ayant fervi de prétexte
à plufieurs Vagabonds , quoiqu'en état de gagner
leur vie par leur travail , de s'adonner , fort à la
fainéantife, foit à la mandicité , l'oifiveté & le libertinage
le font tellement accrûs dans cette Ville , et
dans plufieurs autres Villes du Royaume , 'anfi que
dans les Campagnes , qu'il feroit à craindre qu'un
exemple fi contagieux ne s'accrût encore , s'il n'y
étoit promptement pourvû ; que l'experience de
l'année derniere , ou dans le tems de la recolte on
fe trouva dans une grande difette d'Ouvriers , pendant
que les Campagnes & les Villes étoient rem
plies de Mandians valides & de Vagabonds , eſt un
nouveau motif pour engager le Procureur General
du Roy à recourir à l'autorité de la Cour dans un
tems on , étant à la veille de la Recolte , il fe trouverra
tainement aflés d'ouvrages pour occuper
ceux qui feront en état de travailler. A ces Caufes
requeroit le Procureur General du Roy, qu'il plûr
à la Cour ordonner que les Ordonnances , Edits &
Declarations renduës à ce fujet , feroient executés
felon leur forme & teneur , & c. Qui le Raport de
Me. Pierre Langlois , Confeiller , tout confideré :
La Cour ordonne que les Ordonnances , Edits &
Déclarations des années 1350. 1536. 1547. 1639.
1661. 25. Juillet 1700. 18. Juillet 1724. & les Arrefts
de la Cour des 5. Fevrier 1535. 27. Novembre
1659. 8. Février 1663 , et autres concernant les
Mandians , et notamment les Mandians valides ,
enfemble les Ordonnances , Edits et Declarations
concernant les Vagabonds et Gens fans aveu , Bohemiens
et Bohemiennes , et notamment celles de
1560. Decembre 1660. Decembre 1666. et 27.
Août
338 MERCURE DE FRANCES
tes ni Ecrits autorisant le refus des Sacremens &
de la Sépulture Ecclefiaftique , fur le fondement de
Papel de la Conftitution Unigenitus : Sa Majefté auroit
confideré que , s'il eft du devoir des Magistrats
, d'arrêter le cours des Ecrits capables d'émouvoir
les Esprits , & de troubler la tranquillité
publique , il ne leur eft pas permis d'aller plus
loin , & d'exceder les bornes de leur pouvoir , en
voulant l'exercer fur des matieres purement fpirituelles,
telles que le font les Regles qui doivent être
observées dans l'adminiftration des Sacremens , &
dans le difcernement des dispositions néceffaires
pour les recevoir : Que c'eft cependant ce que Sa
Majefté a vû , avec peine , dans un Arrêt où l'on
juge manifeftement que le refus des Sacremens eft
injufte dans le cas qu'on y explique , puifqu'on y
défend expreffément de faire aucuns Ecrits , & même
aucuns Actes pour autoriser ce refus ; comme
fun Tribunal Séculier pouvoit imposer des Loix
aux Miniftres de l'Eglise , dans ce qui regarde la
dispensation des choses faintes , c'est - à- dire , dans
ce qui eft le plus effentiellement attaché au pou
voir qu'i's tiennent de Dieu même : Que d'ailleurs
les termes dont on s'eft fervi dans cet Arrêt , en
parlant de l'apel au futur Concile de la Conftitution
Unigenitus , paroiflent fuposer & faire même
assés entendre , qu'un apel que le Roy a déclaré
de aul effer pour le paffé , dès l'année 1720. &
qu'il a interdit absolument pour l'avenir, peut avoir
encore la force de mette en sûreté ceux qui , fur ce
fondement , perfifteroient dans leur révolte contre
une décifion acceptée folemnellement par les Evêques
de ce Royaume , reçûë dans toute l'Eglise ,
revêtue de Lettres Patentes enregistrées dans tous
les Parlemens , & affermie tant de fois par le.comcours
de l'autorité Royale : Qu'ainfi , & le fond de
la
CTOBRE. 1740. 2337
disposition , & la maniere de l'exprimer , ponant
exciter justement les plaintes des Dépositaies
de l'autorité fpirituelle , & donner lieu de reouveller
des disputes dangereuses , Sa Majefté ne
auroit fe dispenser de diftinguer ce qu'il y a d'irrégulier
& d'exceffif dans l'Arêt du Parlement , de
ce qui eft renfermé dans des bornes légitimes , &
de montrer en cette occafion , comme Elle l'a touyours
fait , qu'Elle fçait reprimer également de tous
ôtés ce qui pourroit alterer l'union du Sacerdoce
de l'Empire , ou retarder les effets de l'attention
qu'Elle donne continuellement à faire regner la
Religion & la Paix dans fes Etats ; à quoi voulant
pourvoir . Sa Majesté étant en fon Conseil , fans
avoir égard à l'Arrêt rendu au Parlement de Paris ,
Je premier du présent mois , en ce qui concerne
les défenses portées par ledit Arrêt, de faire aucuns
Actes ni Ecrits autorisant le refus des Sacremens
la Sépulture Ecclefiaftique , fur le fondement de
apel de la Conftitution Unigenitus , fous telles peises
qu'il apartiendra , a ordonné & ordonne que
dite disposition fera regardée comme nulle & non
avenue : Fait défenses de l'executer , & de rendre
sucuns jugemens en conséquence , à peine de
ullité.
ARREST de la Cour du Parlement , du 2.2 .
qui reduit à deux efpeces tout le Pain qui fe débite
ans les Marchés & dans les Boutiques des Boulangers.
Vû par la Chambre des Vacations , la Requête
préfentée par le Procureur Géneral du Roy , &c. la
Chambre ordonne qu'à commencer Samedi 24.
Septembre préfent mois au lieu des differentes fortes
de Pains qui ſe vendent ordinairement dans les
Marchés & Boutiques , & dont les principales font
is
2338 MERCURE DE FRANCE
le Pain mollet , le blanc , le bis -blanc & le bis , leg
Boulangers de cette Ville & Fauxbourgs , & des autres
Lieux du reffort de la Prévôté, Vicomté & Préfidial
du Châtelet de Paris , ne cuiront & n'expoferont
en vente dans leurs Boutiques on dans les Marchés
que de deux fortes de Pains , l'un bis - blanc &
l'autre bis , dont la premiere fera compofée de la
pure fleur de farine , de la moitié de la farine blanche
d'après la fleur , & de moitié de fins gruaux; &
que la feconde fera compofée de moitié de la farine
blanche d'aprés la fleur , de moitié des fins gruaux,
de tous les gruaux avec toutes les recoupettes ; &
en conféquence fait défenfes aux Boulangers de cuire
ni d'expofer en vente d'autres fortes de Pain , à
peine de confifcation , de mille livres d'amende
d'interdiction de la Maîtrife & de la Profeffion ,
même de plus grande peine s'il y échoit ; leur enjoint
fous les mêmes peines , d'expoſer en vente
tout le Pain bis , qu'ils auront cuit à proportion du
Pain bis- blanc qu'ils vendront, comme auffi fait défenfes
à toutes perfonnes , de quelque qualité &
condition qu'elles foient , d'acheter , faire cuire ou
façonner , loit dans leurs maiſons ou ailleurs , d'autres
Pains que de ceux des deux fortes ci - deffus
mentionnées, fous les mêmes peines de confifcation
& de mille livres d'amende , defquelles amendes le
tiers apartiendra au Roy, le tiers au Dénonciateur,
& l'autre tiers à l'Hôpital le plus prochain ; & à l'égard
de la confifcation , elle apartiendra moitié au
Dénonciateur & moitié audit Hôpital , fait en conféquence
inhibitions & défenſes à tous Meuniers
qui font en ufage de moudre pour la provifion de
Paris ou pour les Boulangers de la Ville & Fauxbourgs
& pour les autres Lieux du reffort de la Prévôté
, Vicomté, & du Préfidial du Châtelet de Paris,
de
OCTOBRE. 1740. 23392
moudre autrement qu'en farine bife , fous les
mes peines , &c .
AUTRE du même jour , qui fait défenſes de
riquer de la Biere pendant un an , & qui fair
reillement défenſes , tant aux Amidoniers qu'aux
inneurs , d'employer aucunes Orges ni autres
Hains , foit pour la fabrique d'Amidon , ou pour
préparation des Cuirs.
SENTENCE DE POLICE , du 4. Octobre , qui
nouvelle les défenfes aux Boulangers de vendre
Cur Pain , foit dans leurs Boutiques , à leurs Places,
is les Halles & Marchés & dans les Maiſons où
en font porter , au- deffus du prix commun du
Marché , & condamne plufieurs Boulangers en l'a- *
ade , pour y avoir contrevenu.
AUTRE du même jour , qui condamne le nomne
Paulmier , Maître Boulanger , en cinq cent li
es d'amende , & avoir fa Boutique murée pendant
nois, pour avoir exposé en vente des Pains d'un
Fads léger.
AUTRE du même jour , qui fait défenſes à
tos Boulangers de façonner & débiter d'autres esees
de Pains que celles prescrites par l'Arrêt du
Parlement du 22. Septembre dernier ; & condamne
Pamende plufieurs Boulangers pour y avoir con-
- venu .
AUTRE du 14. qui condamne le nommé
et , Maître Boulanger & Juré en charge de
Communauté , en 600. livres d'amende , pour
avoir
2340 MERCURE DE FRANCE
avoir contrevenu à l'Arrêt du Parlement du 22 )
Septembre dernier.
AUTRE du même jour , qui fait défenſes à
tous Boulangers de façonner & débiter d'autres especes
de Pains que celles prefcrites par l'Arrêt du
Parlement du 22. Septembre dernier ; & condamne
en l'amende plufieurs Boulangers , pour y avoir
contrevenu .
AUTRE du 21. qui condamne la nommée
Gouffé , Boulangere , en 600. livres d'amende ,
pour avoir exposé en vente à ſa Place du Cimetiere
S. Jean , du Pain extrêmement bis , très défectueux
& non conforme à l'Arrêt du Parlement du 11.
Septembre dernier.
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois d'O &obre , & j'ai
cru qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Paris , le premier Novembre 1740.
HARDION.
TABL E.
TECES FUGITIVES. Déclamation contre le
Vin , & c. 2129
uite du Mémoire fur une Médaille d'Hérodes ,
& c.
2137
Epitre Marotique , &c. 2147
Differtation fur la Cérémonie de la Communion
lu Prêtre avec la main gauche , & c.
2154
Le Procureur et la Villageoise , Conte , 2167
Suite du Traité fur la Croix de N. S. VI ; Partie
, 2171
Le Roffignol , la Fauvette et le Coucou , Fable ,
Queſtion importante , &c.
Andromede , Cantate ,
2189
2191
2199
Lettre fur un Manufcrit de Poëfies pieuſes , & c .
Epitre à M ....
2202
2208 Lettre fur le Parallele des Romains et des François
, & c.
Imitation de quelques Vers de Juvenal ,
2110
2217
Seconde Lettre de M. Destouches , fur le Goût
&c.
Enigme , Logogryphes , &c .
2219
2232
2235
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
& c.
Nouveaux Amusemens du Coeur et de l'Esprit, 2241
Effais de Michel Montagne ,
2247
Expofition des Tableaux , & c. au Louvre , 2270
Estampes nouvelles , 2279
Chanson notée , &c. 2289
Spectacles. L'Amour Secret , &c. 2291
Nouvelles Etrangeres , Turquie , 2299
Rule et Allemagne ;
230
Italie ,
2304
Naples et Malthe , 2307
Isle de Corse , 2308
Espagne ,
2309
Grande-Bretagne ,
2310
2313
France , Nouvelles de la Cour , de Paris ,
& c. 2316
2322
2329
Epitre de l'Amour à la Raison ,
Morts , Naiffance et Baptême ,
Arrêts Notables ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge2162. ligne derniere , S. Siége , lisez, du
P. 2202. 1.7. Novembre , 1. Septembre.
P. 2207. l. 19. écriit , l. écrit .
P. 2234. 1. derniere , d'un , l. A d'un.
Lette , I. Lettre.
P. 2253.
1.7.
P. 2261. 1. 6. Roëtie , l . la Boëtie.
P. 2280. 1. derniere , d'Ange , l. d'Anges.
P. 2284. ligue antépenultiéme , précieuses , 1. pré-
* cieuses
P. 2286.1 9, Marchant , I. Marchand.
Ibid. ligne derniere , fingulieres , l. fingulieres,
La Chanson notée doit regarder la page 2289
Qualité de la reconnaissance optique de caractères