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MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUILLET. 1740.
QURI
COLLIGIT
SPARGITE
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XL.
Apec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
JOOGA
335222
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
VIS.
LA
ADRESSE generale eft à
Monfieur
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
perte
de temps ,
PRIX XXX. SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT.
JUILLET. 1740 .
**************************
PIECES
L
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE JOUR ,
CANTATE.
Es Mortels endormis dans une paix
profonde ,
Goûtent d'un plein repos les charmes
innocens :
2 Le fiience & la nuit regnent par tout le monde
Un sommeil gracieux assoupit tous les sens.
Tout cede en la Nature à ses efforts puissans >
Les Animaux sur terre & les Poissons dans l'onde ,
A ij
Tout
19
1474 MERCURE DE FRANCE
SH.P
Tout dort . On n'entend plus les regrets languiffans
D'un Amant outragé dans son ardeur fidelle ;
Et la plaintive Philomele
· Suspend dans les Forêts ses douloureux accens,
Dormez , Mortels infortunés ,
Le seul repos peut adoucir vos peines.
Charmez vos déplaifirs par les images vaines
Du bonheur où vos sens se sont abandonnés.
Dormez , Mortels infortunés ,
Le seul repos peut adoucir vos peines.
Toujours un réveil rigoureux
Détruit en un instant la plus douce chimere .
Gémissez , Mortels malheureux ,
Gémissez de votre misere ;
Un songe est le seul bien qui peut remplir vos voeur.
Dormez , Mortels infortunés ,
Le seul repos peut adoucir vos peines .
Mais l'aurore paroît et vient dorer les Cieux
• Elle répand dans nos Prairies
Ces sources tendres et chéries
•
Qui coulent chaque jour de ses fertiles yeux,
Elle donne à nos fleurs leur émail précieux
Et rend les herbes plus nourries.
L'ombre fuit à l'afpect du jour qui l'ébloüit.
Et le sommeil s'évanoÿit,
JUILLET. 1740. 1475
Bergers , reprenez vos Houlettes ,
Jusqu'aux plus obfcures retraites
Annoncez le retour du Jour.
Accordez vos douces Musettes
Aux chants des Oiseaux d'alentour.
Au bruit de leur tendre ramage ,
On voit sous le riant feüillage
Bondir le paisible Mouton ;
Et la Rose reçoit l'hommage
De l'Abeille & du Papillon.
Déja le blond Phoebus fait briller fa clarté ;
Il monte d'un pas indompté
Jusqu'au plus haut point de sa course .
Il en descend enfin avec rapidité ,
Tel qu'un Fleuve précipité ,
Qui depuis le haut de sa source ,
Entraîne de ses flots le courant agité .
Les humains accablés de son ardeur brûlante ,
Et les Amans qu'un double feu tourmente ,
Dans les Antres voifins vont chercher du secours,
Azile dangereux pour qui craint les Amours.
Timide Bergere
Qui fuyez Cythere ,
Evitez le frais.
L'Amour & sa Mere ,
Pour le doux mystere
A iij
Le
4476 MERCURE DE FRANCE
Le firent exprès .
Si Daphné moins sage
Eût fui sous l'ombrage ,
Au lieu du Laurier ,
Une autre Couronne
Aux Champs de Bellone.
Eût ceint le Guerrier.
Quels Zéphirs amoureux viennent flater nos plaines
?
Sur ces Côteaux charmans ils regnent à leur tour.
L'OEillet doit son odeur à leurs douces haleines ;
Flore pour son Amant sent un plus vif retour .
Revenez ,Troupe aimable , accourez sur nos rives ,
Phoebus de ses rayons n'échauffe plus le jour.
Sortez des antres frais , Bergeres fugitives ,
Venez , vous n'avez plus à craindre que l'Amour.
L'Oiseau voltige
Après l'Oiseau ,
De tige en tige ,
D'herbe en rofeau.
Et l'Arbriffeau ,
Tendre prodige !
Careffe l'Eau .
L'Echo raisonne
Avec l'Amant ;
"
Cupi
JUILLET. 1740 $477
Cupidon sonne
L'heureux moment ;
Et le pipeau
Partout fredonne
Un chant nouveau.
M. Bouvard donnera inceffamment la Mufique
de cette Cantate
ment de Flûte & de Violon.
avec accompagne-
***
V
LETTRE de M. N. D.
à M. l'Abbé D.
Ous voulez donc sçavoir , Monfieur ,
s'il eft vrai qu'on fait une seconde Edition
de mon Théatre , & que j'y ajoûte trois
Comédies nouvelles , & un Volume d'Epigrammes
& d'Oeuvres diverſes . Il eſt vrai
que cette feconde Edition qui devoit être
en quatre Volumes in 12. est commencée
depuis plus de trois ans. J'en corrigeois moimême
les épreuves ; je profitois de cette occafion
pour corriger mes fautes , auffi bien
que celles de l'Imprimeur , & nous étions
parvenus à la fin du premier Volume , avec
une diligence qui me faisoit croire que les
trois autres feroient bien- tôt achevés ; point
du tout. Mon Imprimeur s'eft jetté dans
A iiij
d'au
1478 MERCURE DE FRANCE
d'autres Entrepriſes , & comptant aparama
ment fur ma patience , ou fur la jufte indif
ference que j'ai pour mes productions , il a
mis au jour je ne fçais combien d'Ouvra
ges nouveaux , & a laiffé les miens à l'écart.
Ni mes plaintes ni mes reproches n'ont
pû l'émouvoir ; & enfin comme j'ai vû qu'il
s'opiniâtroit à me négliger , j'ai pris le parti
de ne m'en point soucier. Tous mes Amis
me font la guerre sur mon indolence ; je les
renvoye à Prault le pere ; ils y vont. Il leur
protefte qu'il va se remettre inceffamment à
mon Edition , & il n'en fait rien ; voilà toute
l'hiftoire.
>
Je viens maintenant à votre seconde question.
Vous me demandez , M. pourquoi je
veux faire imprimer trois Piéces nouvelles
avant que de les faire paffer à l'épreuve du
Théatre ? Ma réponſe fera bien fimple &
bien naïve ; c'eft que je crains cette épreuve ,
& que je ne veux plus m'y exposer. Et depuis
quand donc cette timidité , me repliquerez
-vous ? Depuis que la Scene eft inondée
d'Efprit. Plus de naïveté , de fimplicité,
de naturel ; plus d'intrigue , de conduite , &
d'action ; plus de fentimens , de moeurs , &
de caracteres ; du moins de caracteres vrais
& reffemblans. Piéces Tragiques , Piéces
Comiques , tout roule fur l'Efprit. Rois ,
Héros , Maîtres & Valets , ne parlent plus
qu'en
JUILLET. 1740 : 1479
qu'en Epigrammes. C'eſt à qui en lancera
de plus vives & de plus piquantes . Les Acteurs
& les Auteurs fe font gâtés réciproquement
, & les Spectateurs , oferai - je le dire ,
qui fe font révoltés longtemps contre cet
abus , s'y font accoûtumés infenfiblement ;
desorte que le goût eft absolument changé.
La fimple Nature est bannie de la Scene ; on
n'y veut plus que de l'Esprit ; de l'Esprit partout
; de l'Esprit à quelque prix que ce soit.
Offrez aux Acteurs une Piéce où l'on ne
court point après l'Esprit , & où l'on ne veut
en avoir , qu'autant que le sujet & l'occaſion
l'exigent , l'Ouvrage leur paroît gothique .
Ce n'est plus sur ce ton là qu'on écrit. Ce n'est
pas là le goût d'aujourd'hui . Cela ne reuſſira
pas. Voilà comme on reçoit l'Ouvrage d'un
Auteur qui ne connoiffant point d'autre guide
que la Nature , s'obstine à marcher toujours
fur fes traces , & qui craint de la facrifier
au defir de plaire à des gens qui ne la
connoiffent plus ; & voilà , M. ce qui me
détermine à ne faire plus paroître mes Comédies
que par la voye de l'Impreffion.
Vous aurez beau me dire qu'elle ne procure
point d'auffi brillans fuccès que le Théatre ;
l'ambition d'y être aplaudi ne m'agite plus.
Je me borne au defir de plaire à des Lecteurs
tranquiles & judicieux , qui me feront
l'honneur de s'occuper de moi dans leur
A v Ca1480
MERCURE DE FRANCE
Cabinet , & qui n'étant prévenus ni par l'éclat
des acclamations , ni par le fracas tumultueux
d'un Parterre révolté , feront en
état de me juger de fang froid , & de fentir
par eux mêmes fi mes Piéces font bonnes ou
mauvaiſes. Je ne veux plus reffortir qu'à ce
Tribunal , & c'eſt une réſolution ſi bien prife
, qu rien n'eft capable de m'en détourner.
A l'égard de mes Epigrammes , voici cel
qui les a fait naît e . Vous fçavez , M. que je
vis dans une folitude agréable , où dégagé de
toute ambition je tâche de me fuffire à moimême.
Mon Jardin , mon Parc & mon Cabinet
partagent mon loifir. Je cultive des
fleurs , je perce des allées , je lis & j'écris. Je
me fuis fait des promenades : charmantes
dont je fais ufage le plus fouvent & le plus
long temps qu'il m'eft poffible. Vous jugez
bien que je ne puis faire tant de chemin fans
rêver. Il me vient mille pensées differentes
sérieuses , plaifantes , morales , cauftiques
tout m'amufe , tout m'occupe ; & quand
quelqu'une de ces idées me rit & me
paroît mériter de n'être pas oubliée , je la
mets auffi-tôt en Vers , & je la confie au papier
, des que je rentre dans mon Cabinet.
C'eft ce qui m'a produit plus de mille Epigrammes
, parmi lesquelles j'en ai choifi près
de huit cent , que je divife en fept Livres y
&
JUILLET. 1740. 1481
& que j'ai réfolu de donner au Public , à la
fuite de mes Piéces Dramatiques , où il n'au-,
roit tenu qu'à moi de les faire entrer , ſi la
fureur d'avoir de l'Efprit m'avoit poffedé ;
heureux d'y avoir réfifté autant que le bon
fens & la raifon l'exigeoient !
Comme vous êtes mon intime Ami , &
que vous avez le goût auffi sûr que délicat ,
je vous envoye la Préface de ces Epigrammes;
lifez là , je vous prie , avec attention , &
faites- moi l'amitié de m'en dire votre fentiment.
Par cet échantillon vous pourrez juger
de la Piéce.
PREFACE.
·I.
J'ai lû cent fois Catulle & Martial ,
Et fans mentir je les aime à la rage.
Pour le premier je fuis très-partial ,
Mais le fecond dérobe mon fuffrage .
Ah que d'efprit et de varieté !
L'un est plus fort , plus amer , plus cauftique ,
Et fi pourtant il a le fel attique :
Son fucceffeur a bien plus de gayté ;
Plein d'élégance il amufe , il fait rire ,
C'eft un Protée . Il eft grave , moral
Puis tout à coup , licencieux Satyre ;
Pour lui tout eft un ſujet géneral ,
.
A vi Tan1482
MERCURE DE FRANCE
1
Tantôt on l'aime , & tantôt on l'admire.
Or ces Auteurs que je viens de décrire ,
M'ont inspiré le ſtyle que je prends
En imitant leurs ftyles differens
Et je fens bien qu'à force de les lire ;
Je fuis déja versé dans la Satyre.
Mais de fçavoir fi j'aurai leur fuccès ,
C'eft , par ma foi ,ce que je ne puis dire ,
Et mes Lecteurs jugeront le Procès.
II.
Plaute et Terence , et Moliere , dit-on ,
Sur mon fujet ont fait bruit au Parnaffe ,
Et m'ont traité d'une étrange façon ,
Difant tout haut qu'ils m'avoient fait la grace
De m'enſeigner à marcher fur leur trace ,
Et qu'ils croyoient que mon unique foin
Seroit toujours de les fuivre de loin ;
Mais cet ingrat maintenant idolâtre
» De fon Catulle et de fon Martial ,
Ajoûtoient- ils , néglige le Théatre
Pour imiter leur ftyle déloyal ;
و د
Et fur leur ton nous prépare un Volume
» Affaifonné d'aigreur et d'amertume.
Ne fouffrez plus , ô divin Apollon ,
» Ce deferteur , dans le sacré Vallon .
A ce difcours , nos deux Auteurs cauftiques
Pour repliquer aux trois Poëtes Comiques ,
Sur
JUILLET : 1740. 7483
Sur chacun d'eux ont lancé divers traits
Des plus piquans. Le Dieu s'eft mis à rire ,
Et puis a dit : Il eft permis d'écrire
Comme l'on veut. Je n'exigeai jamais
Qu'un feul objet exerçât un Génie ;
Et l'on acquiert une gloire infinie
Lorsqu'en tout genre on fefait un renom.
Si Néricault peut imiter Catulle
Et Martial, eft-il donc ridicule
De le tenter ? Peut -être quefon nom
Brillera plus en fuivant leur exemple ,
Qu'en vous fuivant. La Gloire dans ſon Temple
Donne une place à tous mes Favoris ;
Mais diftinguant leurs differens Eſprits ,
Si quelqu'un d'eux , hardi dans la carriere
Sçait y briller en plus d'une maniere ,
Afon courage elle donne leprix.
III.
Ce petit Recueil d'Epigrammes ,
Où tant d'hommes et tant de femmes
Refléchiffant fur certains traits ,
Pourront rencontrer leurs portraits ,
N'est point un Recueil de ſcandale
Qui parte aujourd'hui de mes mains §
Ce n'est qu'un Traité de Morale
Aux dépens de tous les Humains.
IV.
1484 MERCURE DE FRANCE
IV.
Me bornant à l'effor d'un' innocent Comique ,
J'ai réfifté fans peine à l'odieux penchant
De répandre fur tout une bile Cynique ;
Et je fens en faifant ce Livre fatyrique ,
Qu'ilfaut bien peu d'efprit pour être bien méchant.
V.
Du Genre humain fage ennemi ,
Contre lui quand je m'abandonne ,
C'est toujours fans nommer perfonne
Et c'eft ne hair qu'à demi.
Je crois même que mes malices ,
Pour lui font un don précieux ;
Car j'en veux feulement aux vices ,
Et n'en veux point aux Vicieux.
V I.
Si quelquefois ma Mufe eft des plus foles ,
Ne jugez pas fur cela de mes moeurs ;
Un Caton peut être libre en paroles ;
Tels font fouvent les plus graves Auteurs
L'Auteur qui rit fait rire fes Lecteurs
Sans les corrompre : Une honnête licence
Fait moins de mal qu'un Roman langoureux ,
Où l'on contracte une tendre démence .
Les traits gaillards n'ont rien de dangereux ,
Et la gaîté fuit toujours l'innocence.
VII.
JUILLET. 1740 1485
VII.
Le Jugement , le Goût , l'Esprit ,
Trois dons requis pour bien écrire ;
L'Efprit feul , n'eft qu'un vrai délire ,
Le Jugement feul , s'affoupit ;
Il faut que l'Efprit le réveille :
Tous deux enſemble font merveille ,
Lorfque le Goût les affortit .
Car , pour ufer de métaphore ,
Des deux premiers bien réunis ,
Rien de parfait ne peut éclore
Si le Goût n'y met fon vernis .
Beau vernis , que je te regrette !
Il s'eft échapé de nos mains ;
Mais chés les Grecs & les Romains
On en retrouve la Recette .
Fin de la Préface.
VI. LETTRE contenant la suite des abus .
des avis , & des pensées diverfes fur la
Méthode du Bureau Typographique.
€89.
Ly a des Parens et des Domestiques ,
Monfieur qui n'ayant pas la patience de
Monfieur , m'ayant pas
voir travailler lentement un Enfant au Bureau
Typographique , lui demandent un mot pour l'amuser
1486 MERCURE DE FRANCE
> muser l'Enfant porte quelques Cartes dans sa
main , bien ou mal rangées ; on le caresse on le
gronde , on le corrige , l'Enfant prend ensuite l'habitude
de vouloir aller montrer ce qu'il a fait , au
lieu de travailler sur la Table du Bureau , il y en a
qui ne mettroient pas une Carte sur la Table du
Bureau , qu'ils ne l'eussent montrée auparavant ,
pour sçavoir si elle est bonne ; cette exhibition
continuelle devient un jeu peu instructif , c'est aux
bons Maîtres à y prendre garde.
69°. Quand l'Enfant a travaillé quelque temps
à la compofition des syllabes et des mots posés lettre
à lettre , & son à son sur la Table , il faut lui
aprendre à composer dans sa main les mots et les
phrases , pour les aller ensuite étendre et ranger en
lignes , l'une sous l'autre, avec le plus d'ordre et de
dexterité qu'il sera possible , et ne pas imiter l'abus
de ceux qui rangent si mal leur Thême , qu'il n'est
pas possible de le lire ni de le corriger. On trouve
des Enfans charmans , qui ont un goût particulier
pour l'ordre de toutes les logettes , des mots , des
lignes , &c. et on en trouve d'autres au contraire ,
peu sensibles à cet ordre . Le Bureau sert à connoître
ce goût-là , soit dans les Maîtres , soit dans les
Enfans. Et si les Parens connoissoient le prix et le
mérite du goût , ils ne balanceroient pas entre la
Méthode vulgaire et celle du Bureau Typographique.
70°. L'Homme est animal d'habitude , et si l'on
étoit curieux d'aprofondir pourquoi depuis le Sceptre
jusqu'à la Houlette , les Hommes se conduisent
comme ils font , on trouveroit que c'est l'habitude
qui les organise , et les monte , pour ainsi dire , à
cela . Il est donc de la derniere importance de bien
examiner la nature des premiers actes , qui font la
base de l'habitude , surtout dans les Enfans ; j'en
2
Tois
JUILLET. 1740 1487
•
les
vois peu auxquels on ne laisse prendre que de bonnes
habitudes. On supose mal à propos , qu'il sera
aisé de rectifier ensuite quantité de petites habitudes
contraires à la bonne Méthode du Bureau Typographique
, soit en leur montrant les lettres ,
sons , les exercices du Carton élementaire , soit en
leur montrant les diverses classes de Typographie
ainsi qu'on l'a déja dit dans la Bibliotheque des Enfans
in-4°.
pû
>
71 ° . La manie des Hommes en général , sous
prétexte de perfection , est de vouloir toujours réformer
les Ouvrages des autres ; les uns par vanité ,
les autres par interêt , veulent faire voir qu'ils ont
pensé à tout , qu'ils sont les inventeurs de tout.
On a fait faire des Bureaux si petits , que l'Enfant
s'en est d'abord dégoûté , il aimé le mouvement et
l'action ; il faut donc un Bureau qui le fasse agir
pour la santé du corps , et pour la culture de l'esprit.
D'autres en ont fait faire de trop hauts , l'Enfant
n'a pu s'imaginer qu'ils fussent pour lui , voyant
qu'il ne pouvoit s'en servir lui seul ; et il a eu moins
de goût pour ces machines extraordinaires , que
pour les Bureaux proportionnés à la taille des Enfans.
Si un Bureau ne suffit pas , on en fait faire
d'autres ; ce n'est pas le nombre qui épouvante
l'Enfant , on peut lui en donner tout le long d'une
galerie , il s'en amusera avec plaisir , s'il peut y
atteindre , et si l'esprit systematique est de la partie
, car il est dans les Enfans , quoiqu'il manque,
dans la plupart des Maîtres de la Méthode vulgaire.
72°. Un Maître attentif à tout l'utile et à l'agreable
, donnera sur des Cartes de petites Epitres
de la part du Pere , de la Mere , des Parens , des
Amis , des Voisins et des Etrangers, pour varier les
Thêmes , que l'Enfant doit copier sur la Table de
Son
1488 MERCURE DE FRANCE
son Bureau. Il seroit mieux que chaque Epitre fu
écrite & signée par ces mêmes personnes. Mais peu
dee ggens veulent se prêter et concourir au bien de l'Enfant;
d'ailleurs peu sçavent l'ortographe . Cependant
il sera bon d'avoir un Livre en blanc,dans lequel on
fera écrire quelques lignes à tous ceux qui se présenteront
, afin que l'Enfant lise toas les caracteres.
73 °. Quand un Enfant avec le Bureau de six
rangs a apris à lire les deux Langues , qu'il a les
premiers Elémens de la Langue Latine , un Précepteur
ordinaire s'imagine qu'il faut rentrer dans
l'ancienne Méthode , et que les Bureaux ne vont
pas plus loin ; cependant il est certain que l'Enfant
peut travailler en Grec , comme il a fait en Latin
et les progrès en seroient plus grands , surtout si
l'Enfant ne doit être mis au College que pour aller
en quatrieme ou en troisiéme . J'en dis autant de
l'Arabe , et des Langues Orientales qu'on voudroi
faire aprendre de bonne heure , comme aux Enfans
de Langues , ou autres , destinés à l'Eglise.
74° Les Partisans de l'Antiquité s'imaginent que
saus l'étude du Latin et du Grec, il n'est pas possible
de devenir habile dans les Arts et dans les Sciences ;
cependant à juger des choses sans prévention , il
est certain qu'avec l'étude des seuls Livres François
on peut aspirer à la perfection des Sciences .
Peut-être même que l'étude des Langues est un
obstacle à ce te perfection. Les fameux Linguistes
sont ils les plus Sçavans ? Si le Théologien peut se
passer du Grec et de l'Hebreu , un Militaire ne
peut-il pas se passer du Latin ? Pourquoi les Grecs ,
avec leur seule Langue , auroient - ils pû arriver au
point de Science inaccessible aux autres Nations ,
et aux Habitans de cette même Grece ? Ce n'est ni
dans la Langue,ni dans le Local qu'il faut chercher
la
JUILLET. 1746. 1489
la solution du problême ; c'est plûtôt dans les circonstances
favorables de certains Gouvernemens
de certains usages , de certaines opinions, de certain
point d'honneur , de certain goût protegé , récom .
pensé , de certains Hommes extraordinaires venus
à propos pour concourir à tout le reste .
75° . En donnant les abus et les avis sur la Typographie
, on peut aussi ajoûter les pensées diverses
sur cette maniere d'instruire les Eufans ; matiere
si peu interessante dans ce siècle , que les Hommes
en géneral , parlent plus volontiers de leur
écurie , de leur table , et de leur garde- robe , que
de l'éducation de leurs Enfans , ils passent dans les
Mercures l'Article de la Typographie : Mercures
qui dans mille ans seront les plus recherchés ; il y'
aura pour lors le mérite de l'antiquité et de la recherche.
76°. Si en fouillant dans la Terre , on trouvoit
un fragment du Bureau Typographique , avec des
Etiquettes Grecques , Hébraïques , & c. bien des
Curieux y courroient , qui ne daignent pas aller
voir un Bureau Typographique moderne ; le goût
de l'Antiquité est la regle de leur assaisonement,
tout le reste est insipide . On rougira pour nous
dans mille ans , en lisant le Procès des Anciens et
des Modernes de notre siécle . Si les fruits de la
Terre dégenerent de plus en plus , ils ne pourront
pas servir d'alimens , ce sera donc pour lors la fin
du monde ; la mortalité des Hommes sera infaillible
, après avoir passé par l'état d'imbecilité ;
vonà des suites de l'hypothèse des Anciens : mais
les Modernes , en rafinant , perfectionnent les
fruits , en doivent- ils être crûs plus bêtes ? Pourquoi
avec plus de moyens que les Anciens , les Modernes
seroient-ils incapables de les atteindre ,
de les surpasser ? La Boussole seule vaut peut-être
ou
plus,
1490 MERCURE DE FRANCE
plus , que cent Poëmes comme celui d'Homere &
de Virgile . Platon , le divin Platon , l'ennemi des
Poëtes , auroit permis dans sa République l'usage
de la Boussole .
77°. La superiorité des Anciens consistoit en
Fables , en inutilités , et non en réalités. Devonsnous
dire , que le Peuple Hebreu , le Peuple de
Dieu , étoit très-ignorant , très- grossier , & c. et que
le Peuple du Démon étoit sçavant , poli , &c. ? Et
nous Modernes , devons- nous prendre pour modele
le Peuple du Diable ? S'il est permis de le dire ,
n'est-ce pas là un piége de Satan , pour nous bercer
et nous endormir dans la Fable ou dans la Théologie
Payenne , et nous donner du dégoût pour la
Bible et pour la Religion ? J'en apelle à nos meilleurs
Poëtes , et aux Erudits de bonne foi , qui
passent la vie à étudier les Auteurs Payens et fabuleux
. Changeons de matiere .
78°. Chacun sçait que par la Méthode vulgaire ,
les Filles , les Femmes et les trois quarts des Hommes
, n'aprennent jamais ni l'ortographe de l'oreille
, ni l'ortographe des yeux. Or les Enfans du
Bureau , de l'un et de l'autre sexe , aprennent bien
l'une et l'autre ortographe : donc la Méthode du
Bureau est préferable à la Méthode vulgaire . La
premiere et la seconde propofition se prouvent sur
le champ pat l'experience , et à la honte des Personnes
qui en voudroient douter.
79°. On ne sçauroit trop se plaindre des Maîtres
Latinistes , qui n'instruisent leurs Enfans , que par
des termes des terminaisons , et qui ne songent
pas plûtôt à leur donner les idées et les sentimens
des choses dont i's leur parlent , et sur lesquelles
ils veulent les endoctriner , et leur donner des
Thêmes à faire. Par exemple , j'ai vû des Enfans
qui croyoient que le met grand étoit substantif
dans
JUILLET 1740. 149
dans le grand homme , parce qu'il étoit précédé de
l'article le ; d'autres qui répondoient sur le que après
timeo , mais non sur le que après le verbe craindre ;
preuve de la méchanique sans l'idée des choses.
80°. Beaucoup de Parens,persuadés de la superio
rité de la Méthode Typographique sur la Méthode
vulgaire , ont pris des Précepteurs , ou des Gouverneurs
, qui ont promis de suivre la nouvelle Méthode
, et ensuite ils ne l'ont pas fait ; où bien ils
ont été renvoyés ; on n'a pas pû trouyer , dit-on ,
des Maîtres Typographiques ; on a été obligé de
suivre la Méthode vulgaire , après avoir fait la dépense
d'un Bureau. Donc , concluë t'on , le plus
court est de s'en tenir à la Méthode vulgaire. J'en
conviens , mais ce n'est pas le plus sûr , on trouvera
des Maîtres Typographiques quand on voudra les
payer.
81. La Méthode vulgaire donne pour pensum ,
ou punition , de faire deux ou trois fois , ou de doubler
et de tripler le devoir classique , qui rebute ,
qui dégoûte l'Enfant , en un mot , l'ouvrage qu'il
n'aime pas , et qu'il dit ne pouvoir pas faire . N'estce
pas là le moyen de doubler et de tripler l'aversion
de cet Enfant ? Est-ce ici le travail des Forçats
Hébreux sous Pharaon ? La Méthode du Bureau ,
bien loin de doubler le travail de l'Enfant qui mérite
punition , le prive de son devoir , l'en dispense , et
cette peine corrige l'Enfant. Il est aisé de conclure
laquelle des deux Méthodes est la plus judicieuse, la
plus utile , et la plus proportionnée à l'enfance. Je
suis &c,
IMI
1494 MERCURE DE FRANCE
D'acquerir le Tréſor qu'il eftime le plus :
Tréfor , dont l'honorable & fructueux uſage
Au Pauvre comme au Riche offre un grand avan
tage ,
Et que , fans encourir le plus fatal danger
Le Jeune ni le Vieux ne fçauroient négliger.
Ainfi donc , confacrant le refte de ma vie
Aux fages Elemens de la Philofophie ,
Par leur moyen je tâche , autant que je le puis ,
De diriger mes Moeurs , d'adoucir mes Ennuis.
Quoiqu'on eûit tort d'avoir l'efperance infenfée
De devenir égal au clair- voyant (4) Lincée ,
On ne doit pourtant pas, quand on eft chaffieux ;
Méprifer ce qui peut calmer le mal des yeux :
Et quoiqu'on fente bien qu'il n'eft jamais poſſible
D'acquerir de Glycon (6) la vigueur invincible ,
On ne doit pas laiffer de faire fes efforts
Pour tâcher de bannir la Goutte de fon corps.
Jufqu'à quelque degré tout au moins l'on s'avance,
Si d'aller au- delà l'on n'a pas la puiffance.
D'un avare defir votre coeur brûle- t'il ?
Il eft de certains (c) Mots, dont le charme fubtil
(a) Argonaute , dont les yeux étoient fi perçans , dit
la Fable , qu'il voyoit même ce qui se paffoit dans les
Enfers,
(b) Gladiateur , qui avoit une force furprenante.
(cd) Allufion aux Pratiques fuperftitieufes de la
Magic,
Peut
JUILLET.
149 1740 .
E
1
"}
Peut adoucir l'accès de votre maladie ,
Et peut -être en chaffer une grande partie.
L'Orgueil dans votre Eſprit verſe- t'il ſon poiſon a
Vous pourrez de ce Mal trouver la guériſon ,
En faisant par trois fois ( d) une bonne lecture ,
Où vous aporterez une intention pure.
Le Lâche , le Gourmand , l'Envieux , l'Emporté ,
L'Efclave de l'Amour & de la Volupté ;
Aucun n'eft tellement à la Brute femblable ,
Qu'il ne puiffe après tout devenir raiſonnable ;
Pourvû qu'il daigne enfin prêter de tems en tems
Une oreille docile aux bons Enfeignemens.
Fuir le Mal , c'eſt du Bien faire l'aprentiffage ,
Qui ceffe d'être fou commence d'être fage .
Quoi ! tu vois quelle gêne & de corps & d'efprit ,
Quoi ! tu vois , infensé , quels travaux te prefcrit
Le defir d'éviter la honte chimérique
D'effuyer un refus , d'avoir un Fonds modique ;
En quoi ta folle erreur te fait enviſager
Les malheurs les plus grands qui puiffent t'affliger,
Et tu peux perfifter dans cette erreur étrange ?
Quoi ! donc, tu vas courir jufqu'au delà du Gange ,
Fuyant affidûment ces prétendus malheurs ,
Au travers des Rochers , au travers des chaleurs ,
Tandis qu'aux bons confeils inhabile à te rendre ,
De plus fages que toi tu ne veux pas aprendre
Le précieux fecret de vivre en liberté
B D'affû1496
MERCURE
DE FRANCE
D'assûrer
ton repos & ta félicité ,
En méprisant ces Biens , que ton ame inquiete
Et follement admire , & follement souhaite ?
Quel homme , ayant gagné quelques chetifs présens
,
Aforce de combattre aux yeux des Paysans ,
Dédaigneroit les Prix glorieux , magnifiques ,
Qu'on deſtine aux Vainqueurs dans les Jeux Olympiques
,
Si ces Prix adjugés par tous les Grecs en corps ,
Ne devoient lui coûter que de foibles efforts ?
Comme sur les Métaux l'Or tient un rang suprême ,
Ainfi la Vertu brille au- deffus de l'Or même.
Il n'eft , chers Citoyens , rien tel que d'amaffer ,
Et c'est par s'enrichir que l'on doit commencer .
Ne cherchons la Vertu qu'après que notre adreſſe
Sera venue à bout de trouver la Richeffe.
Ce font-là , ce sont-là les Préceptes connus
Dans tous les environs (e ) du Tempie de Janus.
C'est là précisément
l'inftructive
Morale
Qu'à son fils chaque jour un Pere avare étale.
Ce sont les Mots dorés , les Mots sentencieux
Que répetent sans fin les Jeunes & les Vieux ,
Portant sous le bras gauche , Usuriers sans mesure,
La Tablette & la Bourse , attirail de l'Usure .
(e) Qù demeuroient force Marchands ,
Banquiers , &c.
Usuriers ,
S'il {
JUILLET. 1497 1740:
S'il s'en faut un Trentiéme environ que vos Biens
Ne se montent au point qui met les Citoyens
En état d'aspirer aux Titres respectables ;
Euffiez -vous les talens les plus inimitables ,
Fûffiez-vous tout paitri d'honneur , de probité ,
De Bon Goût , d'Eloquence & de Fidelité ;
Euffiez - vous par vos Faits illuftré votre vie ,
Vous serez Plebeïen , je vous le certifie.
Mais quoi voit- on ici quelque ombre du bon sens
Qu'on remarque en ces Jeux où les petits Enfans
S'entre -disent , suivant leur formule ordinaire :
Vous allez être Roy , fi vous fçavez bien faire ?
Eh ! quoi donc , faire bien , s'abftenir de pécher ,
Et n'avoir dans ses moeurs rien à se reprocher ,
Ne doit-ce pas , malgré le Sort & ses caprices ,
Etre un vrai Mur d'airain contre ses injuſtices ?
Tous préjugés à part ; dites , de bonne foi ,
Qui des deux vaut le mieux de la fameuse (f) Loi,
Qui permet d'aggreger aux Chevaliers un Homme;
Dont le Revenu va jusqu'à certaine Somme ,
Ou du Mot des Enfans , qui , rempli d'équité ,
( f) La Loi Rofcia , publiée par Othon Rofcius ,
Tribun du Peuple , par laquelle il étoit ordonné , que
pour pouvoir être admis au rang des Chevaliers Romains
, un Citoyen devoit poffeder au moins 400000.
Sefterces de Revenu annuel ; ce qui revient , dit le
P. Jouvency , à 40000. Livres de France , & à 10000.
Ecus Romains.
Bij A
1498 MERCURE DE FRANCE
A celui qui fait bien offre la Royauté ,
Et dont l'usage fut auffi noble qu'utile ,
Dans les temps où vivoient Curius & Camille ?
Quoi ! le donneur d'avis , qui prétend & qui veut
Que j'accroiffe mon bien , Juftement , s'il se peut
Sinon , qu'à quelque prix enfin que ce puiffe être
Je trouve néanmoins le secret de l'accroître ;
Pour acquerir le droit dont joüiffent les Grands ,
D'être dans un Spectacle affis aux premiers rangs
Me conseille-t'il mieux que celui qui m'exhorte
D'oposer un coeur libre , une ame toujours forte
Beaucoup de patience & d'intrépidité
Aux affauts de l'Envie & de l'Adverfité
*
Si le Peuple Romain , par hazard , me demande
Pourquoi la difference entre nous eft fi grande ;
Pourquoi ce qui lui plaît me cause tant d'ennui ;
Et pourquoi, fréquentant les mêmes Lieux que lui,
Je ne me porte pas à raisonner de même ,
A fuir tout ce qu'il hait , à chercher ce qu'il aime
Je réponds ce qu'un jour , comme Esope l'a dit ,
Au Lion allité le Renard répondit :
C'est queje vois aux pas tracés devant ta Porte ,
Qu'on entre bien chés toi , mais non point qu'on
sorte.
Peuple , à fuivre ta mode une fois consentir ,
C'eft l'Antre du Lion , d'où l'on ne peut sortir.
N'espere pas me mettre au rang de ces Conquêtes.
}
1
JUILLET. 1740 . £ 499
En t'évitant j'évite un Monftre à plusieurs têtes ;
Un Monftre qu'on ne peut tout entier contenter ;
Car quel parti prendrai -je , & qui dois -je imiter
L'un cherche à s'enrichir dans les Fermes publiques;
L'autre ,
, par ses Présens , par ses basses Pratiques ,
Fait la chasse à la Veuve , ou tend un hameçon
A la fimplicité de quelque vieux Garçon ,
Dans l'espoir d'escroquer un gros Legs qu'il sou
haite.
Plufieurs , par le moyen d'une Usure secrete ,
Augmentent leurs Trésors au mépris de la Loi ,
Qui devient le jouet de leur mauvaise foi.
Mais je veux qu'en un Peuple auffi grand que le
nôtre ,
Les Caracteres foient differens l'un de Pautre ;
Le même Homme , celui qu'on croit le plus cons- ,
tant ,
Avec foi pourra-t'il s'accorder un inftant ?
Baies (g) eft pour bâtir , le plus beau Lieu du
Monde ,
Dit un Riche : & déja le Lac , la Ville , P'Onde ,
S'aplaudiffent d'avoir un Habitant pareil :
Mais fi de son caprice il va prendre conseil ,
Demain , Maçons , demain , pour des raisons nou
velles ,
Vous porterez ailleurs vos Marteaux , vos Truelles .
(g) Ville de Campanie , fituée au Golphe de Pouzzole
, près du LacLucrin , &c.
Biij Ce
1500 MERCURE
DE FRANCE
Ce Riche de l'Hymen a-t'il choifi l'état
» Il vaudroit mieux , dit - il , garder le Célibat .
N'eft-il point marié ? ses discours font connoître
Qu'il n'imagine rien de meilleur que de l'être .
Eh: dans quels liens donc , par quels noeuds affés
forts ,
Pourrois-je , en employant tous mes plus grands
efforts
Arrêter ce Protée inégal & volage ,
Qui cent fois en un jour sçait changer de visage ?
Mais quoi ! le Pauvre a-t'il moins d'inégalité ,
Plus de perséverance & de ſtabilité ?
Mécéne , ricz- en. Le Pauvre d'heure en heure
Change de Bain , de Lit , de Barbier , de Demeure.'
Le Pauvre se dégoûte auffi-tôt d'un Bateau ,
Qu'il a loüé d'autrui pour s'égayer fur l'Eau ,
Que le Riche écoutant la quinte qui l'inspire ,
Se montre dégoûté de fon propre Navire.
Si lorfque mon Barbier , par un coup indécent ,
A gâté mes cheveux en les accourciffant ,
Soudain en cet état je m'offre à votre vûë ,
Vous en riez ... Ma Robe eft - elle décousûë ?
Quelqu'un de mes habits prend- il un mauvais pli
Eft il mis de travers ? Vous en riez auffi.
Quoi ! quand vous me voyez en guerre avec moimême
,
Courir à tout moment de Syftême en Systême ,
Mépriser un objet que j'avois encensé ,
ReJUILLET.
1501 1740
Reprendre avec ardeur ce que j'avois laiffé ;
Incertain du Parti qu'ici bas je dois suivre ,
Ne garder aucun ordre en ma façon de vivre ;
Abattre , rebâtir ; tantôt lent , tantôt prompt ;
D'un Rond faire un Quarré , d'un Quarré faire un
Rond ;
Selon vous , ma folie en tant d'excès féconde ,
N'eft , après tout , qu'un mal commun à tout le
Monde !
Vous la voyez sans rire ! Et vous ne pensez pas
Qu'il faille recourir , dans un ſemblable cas ,
A l'Art des Médecins pour purger ma cervelle ,
Ni que le Juge enfin me mette en curatelle ,
Parce que vous daignez être mon Protecteur ,
Et que de plus ( rigide & zelé Correcteur
D'un Ami dépendant qui n'ose vous déplaire )
Sur mes moindres défauts vous entrez en colere
Et pouffez , en un mot , votre zele affidu
Jusqu'à me reprocher un ongle mal tondu !
Au refte , je dirai , pour finir cette Epitre ,
Que l'Homme sage ( h) peut se vanter à bon titre
De n'être inferieur qu'au seul Maître des Dieux
Qu'il eft comblé d'honneurs & purs & radieux ;
Qu'il eft riche , et peut seul à lui-même suffire ;
Qu'il eft pleinement libre ; & qu'il eft, pour tout dire,
(h) Suivant la Doctrine des Stoïciens , qu'Horace
semble embraffer ici.
Bill
Roy
502 MERCURE DE FRANCE
Roy des Rois, beau, bien fait, sain sur tout ; excepte
Lorsque par la Pituite il se sent molefté .
F. M. F.
****************
LETTRE de M. L. L. à M. D. L. R.
en lui envoyant d'anciens Vers qui contiennent
la Fondation de l'Abbaye de Chaalis an
Diocèse de Senlis .
N commence , Monfieur , dans notre
siécle à se mettre dans le goût de la
connoiffance des Lieux. Voilà pluſieurs Dictionaires
Géographiques qui s'impriment , &
qui tous tendent à réunir dans un seul Ouvrage
la Notice des Pays que nous habitons :
mais on s'aperçoit qu'en les composant , les
'Auteurs n'ont pû tout dire. Pouvons nous , par
exemple, esperer que les Editeurs du Dictio
naire de M. de la Martiniere , qui se réimprime
actuellement , soient descendus , en
parlant de certaines Villes , certaines Abbayes
, certains Bourgs , dans le détail que
demande un Ouvrage où l'on voudroit qu'il
fi
Y ait autant à profiter en lisant , qu'il y en
auroit en voyageant ? Non certes . Il faut
compter que cela n'arrivera pas & que
' on avoit pris ce plan , au lieu de cinq ou
fix Tomes , il en faudroit cinquante. `Un
و
DicJUILLET.
1740 1503
Dictionaire Géographique ne peut pas raporter
tout ce qu'il y a d'Hiftorique. Il faut
qu'il laiffe quelque chose à supléer par les
Critiques & les Differtateurs .
Comme la Poëfie eft ce qui vieillit le
moins dans notre Langue , exhortez , s'il´
vous plaît , quelque Scrutateur des anciens
Manuscrits , à nous donner un Extrait
des plus curieux endroits de Guillaume
de Guilleville , Religieux de Chaalis , au
Diocèse de Senlis . Il ne peut pas se faire que
dans l'immense Volume de ses Poëfies , que
j'ai vû à Ste Geneviève de Paris & ailleurs ,
il n'y ait quelque chose digne de remarque.
Un Poëte du temps de Philipe le Bel peut
être de quelque utilité , quand ce ne seroit
que pour éclaircir certaines expreffions de
notre Langue . Ce qui me fait davantage
defirer cet Extrait , c'eft la confrontation
que je voudrois faire de son ftyle avec celui
d'un ancien Tableau conservé dans la même
Abbaye , mais qui n'eft cependant pas fi
ancien que l'ont crû quelques Religieux de
la Maison. Il est dans la Croisée de l'Eglise
du côté du Midi. Le voici , tel qu'on l'envoya
en 1709. à M. de Gagnieres , le plus
curieux d'entre les François de tous les anciens
Monumens,
B v Fon1504
MERCURE DE FRANCE
*
Fondation de l Abbaye de Chaalis. (a)
En ce Tableau fait par Vers & dicté
Peut- on sçavoir la seure verité ,
•
De qui , par qui , fut fondé ce Couvent ,
Ung Roy François esmeu par équité
A ce que fust un fien frere aquitté
De ses pechiez , le fist en son vivant ,
Et qui lira tout l'Eſcrit enſuivant
Pourra trouver comment il fut fondé ,
Et que Loys Debonnaire (6) regnant
De tout son cuer l'euft pour recommandé .
On voit ici une Vierge tenant l'EnfantJESUS , et
an- deffous le Roy àgenoux,avec cette Inscription.
LE ROY LOYS LE GROS.
Vierge excellente , Royne suppellative
D'umain Salut Vierge Procurative
En qui Dieu fift son doux Enfant descendre ,
Dame qui as sur tous Prerogative
Des cueurs dolans Mere Consolative ,
Te plaise en gré mon oblation prendre
Pour nuit & jour à toi servir entendre
Veul cy fonder humbles Religieux ,
(a) On travaille actuellement à la rebâtir entierement
, excepté l'Eglise , que l'on conserve & que l'on
embellit tous les jours .
(b) Le Poëte feroit ici un terrible anachronisme, s'il
entendoit parler du Fils de Charlemagne. Ilfaut crośre
cependant qu'il a en vûë Loüis le Ģros.
JUILLET. 1740: 1505
Priant celui qui voult en Croix eftandre
Que de Charles mon frere doulx & tendre
Recoive l'ame ou Saint Throsne des Chieux.
Une Vierge tenant l'Enfant Jesus , & le
Roy à genoux au-deffous.
Loys , Loys , mon Serviteur leal ,
Ton bon vouloir eft à mon Fils feal
>
Et eft à moy chose moult agreable ;
L'ame ton frere au haut Throsne Royal
Lequel onques ne me fut desleal
Sera logée en joye perdurable ,
Des infernaux & dampnables Palus
Preservera cette Abbaye notable
Toy & les tiens par Oraisons loables';
Enfin mettra ou nombre des Eslus.
Le Roy & trois Officiers , avec cette Inscrip
tion.
Ici parle le Roy Loys le Gros à ses Chevaliers
& Meffagiers pour envoyer à Ponti
gny l'Abbaye.
Mes Barons & mes Chevaliers ,
A vous mes secrets je desqueuvres ,
Soyez moy leaulx conseillers
Personne verité ne ceuvre ,
J'ai entrepris de faire ung euvre ,
Et fonder un devot Convent ,
B vj Afia
506 MERCURE DE FRANCE
Afin que Dieu Paradis euvre
A Charles que je plains souvent.
Vous sçavez que par ci-devant
J'ai fait édifier Eglise ,
Sy faut envoyer pourficuvant
A Pontigny par bonne guise ,
Querir Societé requise
Et Religieux bien devous ,
Pour servir à Dieu sans feintise
Allez y à y à coup l'ung de vous.
Un Abbé tenant la Croffe de la main droi-
Le : deux Officiers à pied l'aprochent en le
saluant ayant des eperons dorés aux pieds ,
& des hommes à cheval derriere , avec cette
Inscription :
Icy sont les Meffagiers du Roy qui parlent à
l'Abbé de Pontigny.
Reverend Abbé Dieu vous gard
Et votre Convent & vos Freres
Le Roy nous transmet cette part ,
Soy commandant à vos Prieres
Verité eft que puis n'agaires
11 fait fonder un Monaftere ,
Ne refte plus que des Confreres ;
Pour faire le divin Myftere :
Charles un fien très amé Frere .
Et puis peu de temps trespaffé ,
Puor
JUILLET .
1507 1740 .
Pour fon ame ôter de misere
A ce dit. Monftier compaffé ,
Et afin qu'il soit effacé
Du Piteulx Livre des Dampnés
Et ut requiescat in pace ,
Des Moynes il faut que lui donniez.
Autre Inscription avec les Vers fuivans ;
pour les mêmes Figures ci - deſſus :
Icy dernier respond l'Abbé de Pontigny aux
Meffagiers du Roy.
Dieu le Roy en fes Cieux couronne
Et fon frere femblablement
C'est bien raison que je lui donne
Ce qu'il veut agreablement ,
Croyez que veritablement
Aura devote Compagnie
Pour prier Dieu devotement
En la digne nouvelle Abaïe.
Un Abbé tenant fa Croffe de la main
che , avec cette Infcription :
gau
Icy seront André ( a) & Chreftien devant leur
Abbé.
André , c'eft droit qu'on obeye
Au Roy & qu'on luy porte honneur
(a) Il se nommoit André de Baudement , Famille
de la Champagne , alors très -diftinguée , dont
parlent plufieurs anciens Hiftoriens .
1508 MERCURE DE FRANCE
Nayez ja pensée ebahie
Abé ferez & le Recteur ,
Dam Chreftien fera Prieur ,
Onze de vos Freres aerés ,
Priez pour Charles de bon cueur
Toujour le mieux que vous fçaurés .
Un Abbé tenant la Croffe de la main droite ,'
& deux Religieux devant lui , avec cette
Inscription :
Ici parle André à son Abbé.
Mon Pere Abbé je vous mercy ,
Digne ne fuis pas de telle Charge :
Mais puifque l'ordonnez ainfi ,
Il eſt raison que je m'en charge
Sous obedience & sous verge :
Je vous soubmets moi & les miens.
Le Roy revêtu de fon Manteau Royal ,
mettant la Couronne fur la tête de fon Fils
qui eft à genoux , avec cette Inscription :
Le Roy Loys le Gros couronne son Fils Loys
le Debonnaire , & lui dit :
Mon Fils Loys , je vous couronne ,
Et du Royaulme vous faifis ,
En vous mettant cette Couronne
De laquelle me defaifis :
Mon aimé Fils je vous choisis
Yous
JUILLET. 1740
1509
Vous veuil Roy en ma vie,
Sur tous plaifirs & courtoifies
Vous recommans mon Abbeye:
Mon tres chier & honoré Pere ,
Affez l'ai pour recommendée
Tant que mon Royaulme profpere
Sera d'oppreffion gardée
Pour mieulx être contregardée
Amortis tous leur revenus
Dequoy elle a efté fondée
Et ceulx qui depuis font venus.
Le Roy parlant à un Officier , tous deu
debout , avec cette Inscription :
Icy Loys le Gros se recommande
au Boutillier. (a)
Boutillier vous sçavez affés
Que pour les louanges de celle
Par qui nos maulx font effacés
J'ay fait cette Abbaye nouvelle :
Entre vos Domaines eſt elle ,
Dont devez eftre bien joyeux ,
Ou nom de la haute Pucelle
Soutenez la de bièn en mieux.
(a ) Les Boutilliers de Senlis,fort connus dans l'Hise
toire Génealogique des Grands Officiers , ont fait
beaucoup de bien à cette Abbaye,
Le
1510 MERCURE DE FRANCE
Le Roy & le Boutillier , tous deux debout;
vec cette Inscription :
Le Boutillier respond .
Cires, croyez certainement
Par moi sera entretenuë ;
Et tant que j'aurai sentiment ;
Bien doit- elle être foustenuë ;
Quand c'eft
pour entretenir fi grand Dame ;
De qui joye nous eſt venuë ,
Et pour fauver de Charles l'ame .
Le Roy & la Royne , avec cette Infcription ;
Le Roy parle à la Royne.
Ma chere amie espouse Alis
J'ai fait un devot Monaftere :
Si vueil , qu'il foit nommé Chalis ,
Pour l'honneur de Charles mon Frere ( a)
Le requeront d'umble prieres
Les Moynes la Vierge Marie
A ce que Dieu fon Fils requiere
Que fon ame ne foit perie.
Mon Espoulx & leal Seigneur
Le Monſtier m'eft tres agreable
(a) On ne sçait quel eft ce Frere . Louis le Gros
n'eutpointde Parent de ce nom , fi ce n'est Charles le
Bon , fon coufin germain , qui paffa pour Martyr dès
le temps defa mort , arrivée en 1127. Voyez mon Ro
cueil de divers Ecrits de l'an 1738. Tom. 1. p . 117 .
JUILLET. 1740 : 1511
Service ne pouvez grigneur
Faire à Dieu , ne plus acceptable ,
Pour ôter du pouvoir du Diable
Charles voftre Frere germain
Sera l'Eglise profitable
Plus que tout aultre fait humain.
Une Vierge élevée , tenant l'Enfant Jesus ;
un Abbé à genoux , tenant sa Croffe des
deux mains , fa Mitre en bas devant lui , &
des Religieux derriere.
Dame qui êtes comparée
Par bon droit à la fleur de lis
Nous vous prions Vierge honorée
Gardez voftre lieu de Chaalis.
Voilà , M. une Hiftoire qui ne convien
droit ni par sa longueur ni par son ftyle dans
un Dictionaire Géographique ; cependant il
étoit bon qu'elle fût imprimée quelque part.
Les Armoiries de France qui font au deffus
du Tableau sur le mur, n'ont que trois fcurs
de Lis , & il y eft fait mention de Charles V.
comme de l'un des Bienfaicteurs de la Maison.
Décidez en conséquence de l'antiquité
de ce Tableau , qui eft d'une écriture gothique
, très-serrée. Dom Robinet , qui eft actuellement
occupé à ranger le Chartrier de
cette Maison , m'en avoit vanté l'autenticité.
Ję
1512 MERCURE DE FRANCE
Je n'ai pas eû de peine à lui persuader qu'il
étoit plus convenable d'examiner les Faits
avancés par ce Poëte , avant que de les croire
véritables. Les petites Notes que j'ai mis
au bas des pages , marquent que je n'ai pas
eû tout-à-fait tort , & que les Poëtes font
toujours Poëtes , c'eſt- à - dire qu'ils s'embarraffent
peu de la Critique , pourvû que leurs
Vers aillent le train ordinaire .
Je ne ferai ici aucune réflexion sur tous ces
Vers : je me contenterai seulement de vous
marquer,que la Priere renfermée dans le dernier
de tous , me paroît avoir été exaucée autant
quej'en puis juger . On a déja fait observer
ailleurs , que les Religieux vivent longtemps
à Chaalis , & par conséquent , ce Lieu eft
très bien gardé contre les influences du mauvais
air: ceux qui s'y privent de vin ne s'y
portent pas moins bien que ceux qui en
usent. L'air y eft pur , l'air y eft sain ; quiconque
d'entre les Religieux des Maisons de
la filiation de Pontigny , veut avoir une certitude
morale d'aller jufqu'au terme qui fait
renouveller les Voeux au bout de cinquante
ans de Profeffion , aspire à demeurer en
l'Abbaye de Chaalis. (a) Je ne puis vous en
dire d'avantage , de crainte de paſſer les bornes
d'une Lettre . Dieu veüille que les nouveaux
Edifices qu'on y conftruit actuellement
, soient auili sains que les anciens ,
&
JUILLET. 1740 1513
& qu'on n'y éprouve pas ce qu'on a quelquefois
reffenti ailleurs . En tout cas le mal
ne feroit que paffager , & je ne doute pas
qu'on ne continue d'y voir par une longue
experience ,
Que celle qui eft comparée
Par bon droit à la fleur de lis ,
Y étant toujours honorée ,
Gardera son Lieu de Châlis.
(a) Dom Edme Robinet , dont j'ai parlé ci- deſſus,
eft dans ce cas , il y afait la renovation de fes Voeux
le 4. Novembre dernier , & s'y porte à merveille au
milieu des travaux du Chartrier , quoique ne bûvant
que de l'eau.
SONNETS BOUTS-RIME'S.
PLus triste qu'an Essein qu'on bannit de sa Ruche,
A toute heure, en tous lieux , je porte un air Sournois;
Moi , dont les Ris jadis égayoient le Minois
Je suis rêveur, distrait & froid comme une Buche.
Un fripon , qui sembloit plus bête qu'une Cruche ,
Me gagna l'autre jour mille livres . Tournois ,
Ma maison, mon habit , mon cheval , son Harnois ,
Enfin jusques au pain que j'avois dans ma
Huche.
Le
1514 MERCURE DE FRANCE
Chien ,
Le sort perfide hélas ! m'a fait un tour de
D'abord pour être heureux,il ne me manquoit Rien;
Et mon Rival couroit à l'Hôpital en Pofte.
Mais bien-tôt ( ah ! comment n'en suis-je pas Crevé? )
D'un bonheur sans égal ce coquin me Riposte ;
Et je perds tout mon bien en moins de deux Avé.
Après avoir fini ce Sonnet , f'Auteur envoya
prier un de ses amis de lui prêter une
Perruque quarrée, dont il avoit besoin, pour
une Cérémonie ; & comme il s'eft fait une
loi de communiquer à cet Ami jusqu'aux
moindres de ses Productions , il lui fit tenir
en même-temps ce petit Ouvrage. Une demie
heure après on lui aporta la Perruque
avec le Sonnet suivant .
C Her &féal ami , je t'adresse une
Sous laquelle tout autre auroit un air
Ruche ;
Sournois ;
Minois ,
Mais le Ciel t'a doüé d'un si gentil
Q'envain, pour t'enlaidir , on tendroit mainte em-
Buche.
Oui , pour te ressembler , je donnerois ma Cruche,
Ma tasse , qui coûta cinquante sols
Tournois ,
Mon Char,mon Perroquet ,mon Baudet, son Harnois,
Enfin jusques au pain qui reste dans ma
Huche,
Dût ensuite le sort me traiter comme un Chien •
Pour
JUILLET. 1740. 1519
1
Rien ; Pour lors à mon bonheur il ne manqueroit
Mais ton Courier me presse , & veut aller en Pofte,
T'annoncer que la nuit je ne suis pas
A ton joli Sonnet pauvrement je
Mais tu vois dans ces Vers l'ouvrage d'un
Crevé.
Ripolle ;
Avé.
'Auffi-tôt l'Auteur du premier Sonnet remit
la plume à la main , pour en composer
un troisième , qu'il fit porter sur le champ à
Auteur du second.
J
Ruche ;
E viens de recevoir le Billet & la
Mais , Ami , je n'ai pû , sans prendre un air Sournois
Lire tes complimens touchant mon plat Minois.
D'où vient qu'à ma pudeur tu dresses cette em - buche
Pour remplir mon Sonnet, il faut , tant je suis Cruche,
Que ma plume ait recours au malheureux Tournois ,
Où Henri fut blessé , malgré son dur Harnois,
D'un coup qui l'envoya dans la fatale Huche.
Continuons, ma Muse... ah ! je suis un grand Chien,
J'ai beau frotter mon front, je ne trouve plus Rien ;
Quoiqu'il en soit pourtant , je veux finir en Pofte.
Eh bien... je t'aprends donc que mon Chat est Crevé;
Ce trait interessant termine ma
Adieu , demain matin j'irai te dire
Ripofte
Avé.
RE516
MERCURE DE FRANCE
REMARQUES de M. l'Abbé Lebeuf,
sur une Inscription nouvellement découverte
à Lyon..
UN
N de mes amis m'a communiqué une
Epitaphe trouvée depuis peu à Lyon
fous les ruines de l'ancienne Eglise des Machabées
; elle eft conçûë en ces termes .
FLAVIVS FLORI ...
EX TRIBVNIS QVI VIXIT
ANNOS OCTOCINTA ET
SEPTIM MILITAVI ANN
TRICINTA ET NOVEM POSITV
EST AD SANCTOS ET PRO
BATVS ANNORVM DECIM
ET OCTO. HIC COMMEMO
RA ... SANTA
L VCD V NENS I.
NE CLESIA
La Personne qui a envoyé le Mémoire de
Lyon , croit que cette Inscription eft du V.
fiécle , & elle en juge ainfi par les Caracteres.
Le titre de Tribunus lui paroît anterieur
au temps de Bourguignons , pou raison dequoi
elle seroit du commencement du même
fiécle. La figure de la Lettre O , la Lettre
I.
JUILLET. 1740. 1517
V.
1. employée pour l'E , marquent auſſi que
cette Inscription ne peut être des beaux fiécles.
Elle ajoûte que c'est l'Epitaphe d'un Guerrier
, qui avoit embraſſé le Chriſtianisme , &
qui étoit honoré comme Saint.
Pour moi je pense qu'il s'agit de deux Personnes
dans cette Epitaphe ; fçavoir de Flavien
& de Probat , tous les deux Chrétiens..
Le Titre de fainteté , s'il reftoit à conclure
de ces mots , Hic commemoratur Sancta in
Ecclesia Lugdunensi, ne pourroit tomber que
fur ce dernier , mais on ne doit point conclure
de ces mots qu'il ait été canonisé, parce
que cela fignifie seulement que fon nom
étoit inscrit dans le Catalogue des Morts dont
on fe fouvenoit au S. Sacrifice , felon l'usage
de l'Eglise Gallicane. Auffi ce nom de Probatus
n'eft-il en aucun Calendrier ni Marty.
rologe , connu de l'Eglise de Lyon , & pas
même dans l'Indiculus SS. Lugdunensium
du Pere Théophile Raynaud . L'exemple de
l'Evêque Priscus de Lyon doit rendre prudent
& circonspect en fait de Canonisation ,'
& à ne la pas croire faite sur la foi des termes
d'une Epitaphe. Au refte je suis d'avis ,
comme on l'a marqué que l'Epitaphe des
deux Lyonnois ci - deffus raportée , eft du
cinquéme fiécle ; les deux premieres Lettres
du nom Flavius font de ces Caracteres Gaulois
,'
1518 MERCURE DE FRANCE.
1
lois, remarqués par Dom Mabillon en fa Di
plomatique, pag. 347. * Et s'il y a encore des
Personnes qui doutent , comme du temps
que le P. de S. Aubin , Jésuite , écrivoit fon
Hyſtoire de Lyon , pag . 339. fi l'Eglise de
S. Juft eft vraiment celle des Machabées
mentionnée dans Sidoine Apollinaire , L. V.
Ep. 17. & qui regardent plutôt comme telle
celle de S. Irenée ; ces Personnes , dis - je ,
doivent fe rendre pour celle de S. Juft , à la
vûë de cette expreflion : Positus eft ad Sanctos.
Je ne vois pas qu'on puiffe tirer de cette
Epitaphe , d'autre utilité que celle - là ; elle
fert encore à prouver que quelquefois on faisoit
mention fur le Tombeau des Défunts
de leur admiffion dans les Diptyques de l'Eglise
principale. Je ne fçai pas même fi dans
La Liturgie Gallicane la nomination ne se faisoit
pas à haute voix. On nomme encore au
Prône avant le Canon en plufieurs- endroits
de Bourgogne les principaux Bienfaiteurs
morts ; ce qui eft un refte de cet ancien uſage.
Outre l'emploi de la Lettre I. pour la Lettre
E , on peut encore regarder comme une
marque des bas fiécles la maniere abregée ,
dont la prépofition IN eft écrite dans cette
Epitaphe.
On n'a pu les figurer ci - deſſus , à cause de leur
finglarité.
>
A
1
JUILLET. 1740.
1519
#
A M. de B. sur le rétablissement de sa santé.
D Ussiez vous avoir la colique ,
T1 faut cher de B .... pour la derniere fois ,
Que mon Apollon frenetique ,
Emprisonné depuis trois mois
Dans un Tombeau philosophique
Ranime sa mourante voix ,
>
Et que , pour griffonner ces Vers moitié gothiques ;
Ce pauvre Dieu , quittant les Loix & les Rubriques,
Se dégourdisse enfin les doigts .
Assés & trop long-tems la Parque meurtriere
Ne filoit plus pour vous que des jours douloureux }
Un Dieu vous rend enfin votre vigueur premiere ,
Et fait luire pour vous des jours moins tenebreux
J'ai vu dans ces temps de tristesse ,
Lorsque , comme un Lion , le mal brisoit vos os ,
J'ai vû de vos amis la plaintive tendresse
Partager en secret vos douleurs & vos maux.
Maintenant , qu'une main propice
Replonge dans l'Enfer ces funestes vapeurs ,
Qui vomissant sur vous leurs affreuses noirceurs ,
Déchiroient votre coeur par un cruel suplice ,
Vos amis consolés ne versent plus de pleurs.
C , ... dont le génie aimable ,
C E:
520 MERCURE DE FRANCE
Et pour tous ses amis la source des plaisirs ;
C ce bon .. ami , cet ami véritable ,
Voit par votre santé combler tous ses desirs.
Son amitié fidelle est pleine d'allegreffe ,
Depuis que vous goûtez un sort un peu plus doux ;
Et le mal même , qui le presse , *
S'évanouit soudain , dès qu'il est avec vous.
Telle eft de l'amitié la maxime suprême ,
Elle porte en son sein les chers objets qu'elle aime ,
Elle souffre avec eux , elle sent leurs douleurs ,
Et souvent on la voit s'oublier elle - même ,
Pour ne penser qu'à leurs malheurs .
Vous , qui d'une amitié durable
Eprouvez chaque jour les nouvelles douceurs ,
Heureux amis , dont les deux coeurs
Ne sont plus maintenant qu'un seul objet aimable
Votre amitié constante , ainsi que vos vertus ,
Nous rendent aujourd'hui croyable
Tout ce que débite la Fable
Du siecle de Thesée & de Pirithous,
Par M. Picquet.
* M. C .. Curé de S. J. du H. P. étoit alors fore
incammodé.
DO
JUILLET. 1740. 1527
DU CONNETABLE Anne de
Montmorency,& Description de son Man
solée : Suite & derniere Partie du Mémoire
inseré dans le Mercure d'Avril dernier.
E fuperpe Mausolée d'Anne de Mont-
LE
P'Eglise dont nous avons déja parlé , & qui
fera décrit à la fin de ce Mémoire , nous engage
à donner ici quelque chose de ce grand
Homme , fi célebre dans notre Hiftoire ,
dont la vie toute héroïque pourroit feule occuper
la plume d'un habile & laborieux Ecrivain.
Mais nous ne pouvons guere qu'en effleurer
les principaux traits , en raportant cependant
certains Faits qui tendent à sa gloirc
, & qui n'ont pas été connus de nos Historiens
les plus exacts.
Dès l'âge de douze ans , Anne de Montmorency,
second fils de Guillaume, & d'Anne
Pot , fortit de la Maison Paternelle pour
entrer dans celle de François , Comte d'Angoulême
, Duc de Valois, premier Prince du
Sang , & Héritier Présomptif de la Couronne
, à qui le Roy Louis XII . le donna pour
être élevé & nourri près de sa Personne en
qualité d'Enfant d'honneur. Le Comte d'Angoulême,
devenu Roy de France, le pourvût
d'abord
C ij
22 MERCURE DE FRANCE
d'abord de la Charge de Gentilhomme de fa
Chambre , & peu de temps après le fit Lieutenant
de la Compagnie de cent Hommes
d'Armes , fous Artus Gouffier , Seigneur de
Bonnivet , Grand- Maître de France , fon
Coufin Germain.
C'eft en cette qualité,& n'ayant qu'environ
20. ans , qu'il fignala les prémices de fa valeur
, comme parle un célebre Hiftorien ,
dans les Guerres d'Italie , fur tout à la mémorable
journée de Marignan en 1515.
étant aux côtés du Roy. Ce grand Prince
après quelques autres grades Militaires , lui
donna le Gouvernement de la Baftille .
Il fe trouva en 1519. à l'Entrevûë des Rois
de France & d'Angleterre , entre Ardres &
Guines , & tint les premiers rangs aux Joûtes
& Tournois qui se firent à cette occafion.
Le Roy l'envoya ensuite en Angleterre ,
où devenu Miniftre & Négociateur , il rompit
toutes les mesures que l'Empereur , qui
étoit allé en personne dans ce Royaume ,
avoit prises pour broüiller les affaires au préjudice
de la France ,
En l'année 1521. le Comte de Naffau ;
commandant l'Armée Imperiale , ayant mis
le Siége devant Mezieres , le Seigneur de
Montmorency se jetta dans la Place avec le
Chevalier Bayard , & la défendit fi bien , que
le Siege fut enfin levé, après qu'il fe fut acquis
une
JUILLET. 1740. 8523
une grande gloire par plufieurs Actions héroïques.
La Révolte du Milanez lui prépara de nouveaux
Lauriers & de plus grandes récompen
ses ; à son retour d'Italie , le Roy lui donna
le Collier de fon Ordre , & peu de temps
après le fit Maréchal de France , n'ayant
pas encore atteint l'âge de 25. ans .
*
On peut voir dans l'Hiftoire , les grands &
importans fervices qu'il rendit en cette qualité
. L'un des plus fignalés eft , fans doute ,
tout ce que fit ce Seigneur lorsque le Connétable
Charles de Bourbon , au nom de
Empereur Charles - Quint, alla avec une puissante
Armée mettre le Siege devant Marseille
; Siége que ce Prince fut obligé de lever
après une longue & forte réfiftance de la
part des Marseillois , aux aproches de l'Armée
du Roy, qui la commandoit en Personne
, ayant fous lui le Maréchal de Montmorency
, lequel poursuivit les Ennemis jusqu'au
delà de Toulon , dont ils s'étoient
emparés , ainfi que de la Ville d'Aix , & cm
défit un grand nombre , &c.
Le Roy lai donna tout de fuite pour récompense
en l'année 15 24. la Charge de fon
* En ce temps la le nombre des Maréchaux de Fran
ce étoit fixé ; Anne de Montmorency fucceda au Maréchal
de Coligny , fon Beau -frere , par Lettres Patentes
du 6. Août 1522 .
c iij
Lieute
1524 MERCURE DE FRANCE.
Lieutenant Géneral , & de Gouverneur de
la Province de Languedoc , fous l'autorité
du Dauphin , son Fils , jusqu'à ce que ce
Prince fût en âge de l'exercer lui -même .
Cette Charge avoit vaqué par la défection
'du Connétable de Bourbon , qui en étoit
pourvû.
Peu de temps après , il accompagna le Roy
en Italie , avec Henri d'Albret , Roy de Navarre
, l'élite des principaux Officiers de la
Cour & de la plus haute Nobleffe du
Royaume ; il s'acquit un très -grand honneur
au Siege & à la fatale Journée de Pavie, où il
eut le même fort que le Roy fon Maître, &
plufieurs Princes & Seigneurs de marque qui
furent faits Prisonniers .
y
Il fut ensuite envoyé par le Roy , du consentement
de l'Empereur , vers Louise de
Savoye , fa Mere , Régente du Royaume
pour lui communiquer les Articles de Paix
proposés par Charles V. & en conséquence le
Maréchal de M. fit tant de voyages en Espa
gne & en France, pour avancer la délivrance
du Roy , qu'à la fin cette grande Négocia
tion eut un heureux fuccès par fa prudente
conduite.
. Le Roy ne fut pas plutôt de retour dans
fon Royaume , qu'en reconnoiffance de fes
importans fervices , il l'inftitua Gouverneur
en Chef de la Province de Languedoc , lui
donna
JUILLET. 1740. 2525
donna la Charge de Grand- Maître de France
, vacante par la mort de René de Savoye,
Comte de Villars , &c. & le fit Capitaine du
Château de Nantes. Tout cela fe paffa vers
la fin de l'année 1525.
Enfin le Roy voulut le marier & lui fit
épouser Magdeleine de Savoye , niece de
Louise de Savoye , fa Mere . Elle étoit fille de
feu René , Légitimé de Savoye , furnommé
le Grand , Comte de Villars , Chevalier de
l'Ordre du Roy , Gouverneur de Provence ,
& Grand-Maître de France , & d'Anne
Comteffe de Tende , de l'ancienne & illustre
Maison de Lascaris , qui a tenu longtemps
l'Empire de Constantinople , &c . Le
Roy , en faveur de ce Mariage , leur donna
des Terres confidérables , & une groſſe ſomme
d'argent comptant.
Après la célebration , ce grand Prince l'envoya
en Angleterre , porter l'Ordre de S. Michel
au Roy Henri VIII . & négocier la confirmation
des Traités d'Alliance entre les
deux Couronnes. Jamais Ambaſſade ne fut
plus célebre. Le Grand- Maître de Montmorency
partit de la Cour, accompagné de Jean
du Bellay , Evêque de Bayonne , depuis Cardinal
; du Seigneur d'Humieres , Chevalier
de l'Ordre ; de Jean Brinon , Premier Préfident
de Rouen , & Chancelier d'Alençon ;
des Seigneurs de Rochebaron , de Boutieres,
Cij
de
1526 MERCURE DE FRANCE .
de la Roche du Maine , & de la Guiche , de
Joachim de la Châtre , Capitaine des Gardes
du Roy, & de plusieurs autres , ce qui faisoit
en tout une suite de 5. ou fix cent chevaux .
On peut voir dans l'Hiftoire le détail de fa réception
à Douvres, à Londres, &c. On jugera
de la magnificence de la Cour d'Angleterre
fur ce fujet par cette circonftance , raportée
par A. Duchesne , Hist. de la Maison de M.
L.V. Ch. 3. pag. 385. » Le Roy lui fift auffi
» un feftin fi magnifique en fervices de tables ,
» mommeries , masques , & autres paffe-
» temps , que nul de la Compagnie n'en avoit
» vû de femblable. Et aux Comédies qui s'y
représenterent , il permift mesmes pour le
» favoriser , que Madame Marie d'Angleter
» re ,fa fille , joüaft un des Personnages.
»
"
En l'Année 1529. il fut encore nommé
Ambafladeur & principal Miniftre pour l'entiere
execution du fameux Traité de Cambray
, fuivant lequel le Roy devoit épouser
Léonor d'Autriche , Soeur de l'Empereur ,
envoyer fur la Frontiere la fomme ftipulée
pour fa Rançon , & ramener les Enfans de
France , qui étoient reftés en ôtages à Madrid
: toutes choses qui furent executées par
notre Grand Maître , avec toute la dignité
& tout le bonheur poffible. Il étoit accompagné
dans cette importante Commiffion , de
F. de Tournon , Archevêque de Bourges ,
ChanceJUILLET.
1740. 1527
Chancelier de France , & de plufieurs Seigneurs
& Chevaliers de l'Ordre , & c .
En 1531. le Roy lui donna le Gouvernement
du Château de Vincennes , vacant par
la mort du Vicomte de Turenne, & quelque
tems après , dans l'Entrevûë des deux Rois
de France & d'Angleterre , qui se fit à Boulogne
, le Roy fon Maître permit qu'il acceptât
l'Ordre de S. Georges , ou de la Jarretiere
, que le Roy de la Grand-Bretagne
voulut lui donner , ainfi qu'à Philipe Chabot
, Amiral de France .
Deux ans après le Roy l'envoya à Marseille,
pour y recevoir en fon nom le Pape Clement
VII. ce qu'il fit avec beaucoup de dignité,
en commençant par lui présenter à fon
Entrée les Clefs d'or de la Ville. Et quand
le Roy & la Reine , qui devoient conferer
avec le Pape , y furent arrivés , le Grand-
Maître de M. tint rang , dit un Hiſtorien
avec les Princes & autres plus grands Seigneur
de leur Suite.
>
L'Empereur forma peu de temps après de
nouveaux projets contre la France , qu'il fit
attaquer de tous côtés par des Forces formidables
: mais le Roy ayant mis fur pied une
puissante Armée fous les ordres abfolus de
* La Ville de Marseille feule, eft en poffeffion de présenter
des Clefs d'or à fon Souverain , l'or étant le
Symbole de la fidelité , &c.
C v notre
1528 MERCURE DE FRANCE
notre Grand- Maître , eut bien - tôt la fatisfaction
de voir toutes ces forces ruinées
dissipées , & enfin les ennemis chaffés honteusement
du Royaume , après avoir perdu
par le fer plus de 25000. hommes de leurs
meilleures Troupes , fuccès attribués par
tous les Historiens à la valeur , à la fage
conduite , aux ruses & ftratagêmes de guerre
du Géneral François , comparés par un
Auteur eſtimé , à tous ceux des plus renommés
Capitaines de l'Antiquité . Mémoires de
Du Bellay Liv . vij.
Nous passons fur d'autres Services importans
fuccessivement rendus depuis , tantôt
en qualité de Géneral d'Armée , & agissant
offensivement fur les Terres de Charles V.
tantôt comme Négociateur , prorogeant les
Tréves , afin de parvenir à une folide Paix ,
pour arriver plutôt au tems deftiné à la
plus haute récompense dûë à un fi rare mérite.
La Dignité de Connétable de France
vaquoit depuis la retraite de Charles de
Bourbon , le Roy la donna à Anne de M.
au commencement de l'Année 1537. Ecouton
ce que dit là- dessus André Duchefne ;
Liv . v. p. 389. L'endroit mérite d'être rapporté
dans fon entier :
" Par quoi étant au Château de Moulins ,
» le Dimanche x. jour de Février 15 37. Il
» ( le Roy ) lui mit en la main l'Epée de la
» Majefté
JUILLET. 1740: 1529
33
ود
,
-
» Majesté Royale , comble de gloire que
» peut eſpérer un fujet ; ce qu'il fit du
» confentement de tous les Princes &
» Grands du Royaume , & avec des paroles
qui furpassoient encore la fplendeur de
» cette Dignité. Les Cérémonies qui s'y
garderent furent très folemnelles ; car
après que l'Ecuyer Pommereul , au lieu
» du Grand Ecuyer eût aporté en la
» Chambre du Roy l'Epée Royale , qui
» étoit une Epée d'Armes , ayant le man-
» che d'or émaillé de Fleurs-de - lys , le
Roy en préſence de Messeigneurs le Dauphin
, le Duc d'Orleans , & autres Prin-
» ces du Sang , & de plufieurs Gentilshom-
" mes & Chevaliers de l'Ordre , déclara
» au Seigneur de Montmorency , Grand-
» Maître de France , qu'il vouloit lui don-
» ner P'Etat de Connétable. Dequoy le
» Grand- Maître s'excufa , disant n'être di-
» gne d'un tel honneur , ni ne l'avoir mé-
» rité mais puisque S. M. le vouloit ,
» l'en remercioit humblement. Lors le Roy
» fortit de sa Chambre , pour aller dedans
la grande Sale en cet ordre :
و د
ود
›
›
il
» Au-devant marcherent tous les Suisses,
» & Archers de fa Garde , avec les Tam-
" bours & Fifres fonnant. Après passerent
» les Chevaliers de l'Ordre , tous riche-
» ment parés avec le grand Ordre au col ;
C vj » &
1530 MERCURE DE FRANCE
» & à l'entour d'eux les 200. Gentilshom-
» mes de la Maison du Roy , portant . leurs
haches. Ceux- ci furent fuivis de fix Hé-
´ » rauts revêtus de leurs Cottes d'armes , la
» Tête nuë. Après lesquels marcha l'Ecuyer
» Pommereul , ayant fur fon bras l'Epée
ور
Royale dedans le fourreau , & nuë Tête .
» Puis fortit M. le Chancelier & le Roy ;
après lui , accompagné des Cardinaux de
» Lorraine & de Carpy , Légat en France .
» A la fuite du Roy allerent Meffeigneurs
» le Dauphin & le Duc d'Orleans , puis les
» Cardinaux le Veneur , de Givry , du
Bellay , & de Chaſtillon , lesquels furent
» fuivis de M.le Grand Maître , qui mena
» la Royne de Navarre , accompagnée de
" Mefdames les Duchesses de Vendôme &
رو
و د
d'Estampes , & étoit vêtu d'une robe de
>> velours cramoisy , bordée d'un bord de
porphileure d'or & d'argent. Ainfi le Roy
» arrivé dedans la grande Sale , s'asseit de-
» dans un fiége , où étoit un petit banc
» orné d'un Tapis de drap d'or , & fur ice-
» lui la vraie Croix , fur laquelle M. le
Chancelier commanda au Grand - Maître
» de Montmorency de mettre la main ,'
» pour prêter le Serment au Roy , comme
» il fift . Puis le Roy s'étant levé de fon
Siége , l'Ecuyer Pommereul haussa l'Epée
» avec le fourreau & la ceinture , & la bailla
à
JUILLET. 1740. 1531
» à Monfeigneur le Dauphin , des mains du-
» quel le Roy la print pour la mettre au
» côté de Monsieur le Grand - Maître. Quoi
» fait , les Princes qui étoient proche de lui ,
" aiderent à passer la ceinture , & le Roy
» même la lui bailla. Puis ayant tiré l'Epée
» du fourreau , il la bailla en la main du
» Grand- Maître , qui fift une grande réve-
» rence à Sa Majefté.Et incontinent les Trom-
"
pettes fonnerent , & les Hérauts d'Ar-
» mes commencerent à crier : VIVE DE
» MONTMORENCY , CON NESTABLE
» DE FRANCE.
>> Lors tous fortirent de la Sale au même
>> ordre qu'ils y étoient venus , excepté que
» le nouveau Connestable fe mift devant
» le Roy , portant l'Epée jusques dedans la
Chapelle , où fut célébrée la Meffe , & la
» tint en fa main tant qu'elle dura . Puis le
» Service étant fini , il fe remit devant le
و د
Roy , nuë tête , l'Epée en la main , & re-
» conduifit Sa Majefté dedans la Sale , par-
» mi les acclamations des Hérauts . qui
» criérent derechef à haute voix : VIVE DE
» MONTMORENCY, CONNES TABLE
» DE FRANCE. Après quoy il fe retira
» avec Messeigneurs le Dauphin , & le Duc
» d'Orleans , & les Chevaliers de l'Ordre ,
qui l'accompagnerent en fon Logis , &
» fut l'Epée Royale portée devant lui par
و د
» l'Ecuyer
1532 MERCURE DE FRANCE
» l'Ecuyer Pommereul , qui avoit la Cein-
» ture & le Fourreau d'icelle en écharpe.
» Voilà comment AN NE DE MONT-
>
» MORENCY print possession de cette
» premiere Dignité du Royaume , tenue
» déja par plusieurs de fes Prédecesseurs
» & qu'il exerça depuis longuement avec
» une insigne gloire & réputation. Les Let-
» tres de sa Provision furent expédiées le
même jour & c.
Il ne manquoit plus à Anne de M. pour
faire briller fa vertu autant que fa fortune
& pour exercer la force de fon efprit , qu'u
ne disgrace marquée. Elle lui arriva au milieu
de fa faveur & de fes triomphes , dont
le plus diftingué eft la gloire qu'il acquit à
l'occafion de l'arrivée de l'Empereur à Paris ,
le Connétable ayant fait , après le Roy , les
principaux honneurs de fa réception &c.
Ce fût justement cette occafion , qui aug .
menta l'envie & la jaloufie de certains
Courtifans , fes ennemis fecrets , qui cherchôient
à le détruire dans l'esprit du Roy ;
ils en profiterent efficacement , lorsque
l'Empereur retourné dans fes Etats , ne
voulut pas tenir fa parole au fujet de la reſti ÷
tution du Duché de Milan , qu'il avoit pro
mise au Roy , lors de son libre passage par
la France , qui lui avoit été fi généreusement
accordé par le conseil du Connétable.
Ce
JUILLET. 1740 .
1533
Ce Seigneur fut obligé de fe retirer de la
Cour; ce qu'il fit , dit l'Historien de sa
» Maiſon, en l'année 1542. avec une résolu-
» tion fi ferme & conftante , que la géné-
>> reuse vertu de son coeur ne s'en abaissa
» jamais... ...Il demeura deftitué de son
premier crédit & autorité jufques à la fin
» de l'an 1546, que le Roy mourût.
>>
Henry II . son Successeur le rappella aussitôt
, lui confirma toutes ses Charges &
Dignités , & de plus il érigea en fa perfonne
la Baronie de Montmorency , la premiere
& la plus ancienne du Royaume , comme
parlent les Ecrivains du tems en Titre de
Duché & Pairie de France , par Lettres du
mois de Juillet 1551. Dès ce tems-là , le
Connétable M. eût le maniment de toutes
les Affaires , tant de la Guerre. que de tout
ce qui concerne le Gouvernement du Royaume
, dont il fut le premier Miniftre , comme
il paroît , furtout , par le long Discours
qu'il fit au Parlement , dans le Lit de Juftice
que le Roy y tint le 12. Février 1551. Ce
Discours eft des plus fensés & des plus pathétiques
: il occupe cinq grandes pages entiéres
dans l'Edition de Duchefne 1633
Hift . de la Maison de M.
Nous passons tous les Exploits guerriers,
presque toujours heureux , du Connétable
dans la continuation de la Guerre contre
Charles
و
1534
MERCURE DE FRANCE
Charles V. Prince qui fembloit ne faire des
Traités que pour les rompre à fa volonté.
Cependant la faveur du Premier Miniſtre
augmentoit toujours ; la Reine étant accouchée
au mois de Mars 1553. de fon dernier
Fils (c) , le Roy fit l'honneur au Connétable
de le choifir pour en être le Parrain
avec le Cardinal de Lorraine : D'où vint
dit Duchefne , page 403 , que depuis elle
le qualifia toujours du Titre familier de
COMPERE .
›
›
Si ce Fait pouvoit avoir befoin de preuves
nousnous faisons un plaisir d'en produire
ici une bien authentique , dont nous avons
l'Original entre les mains. C'eft une Lettre
écrite par la même Reine au Connétable de
Montmorency , laquelle s'exprime ainſi :
MON COMPERE , J'ai été bien aise de
fçavoir de vos nouvelles par le fieur Doyfel
fuivant lesquelles je m'attends de vous avoir
ici demain de bon matin ; cependant j'ai pensé
vous envoyer les noms de ceulx que j'ai choifis
pour m'accompagner en mon voyiage , en vous
priant que vous le faffiez favoir à ceulx d'entre
eulx quifont là , principalement à mon Confin
le Maréchal de Montmorency , afin qu'ils ne
faillent à se trouver içi de bonne heure . Priant
Dieu , mon Coufin, vous donner ce que defire ,
Du Bois de Vincennes le xxv, de Nov. 1562.
(c) Ce Prince fut le Duc d'Alençon , &c.
Cela
JUILLET . 1748. 1535°
Cela eft écrit par un Sécretaire , & tout
de suite de la main de la Reine , on lit :
MON COMPERE , Je suis bien marrie de votre
mal¸mais je m'assure que Dieu vous donnera
auffibonne santé que je la vous defire , puifque
set pour un fi bon oeuvre qui ne vous fera
point de mal & set qui fault demain que me
venies trouver set que je vous mande pour mener
votrefils set si vous ne le menes du nombre
de seux qui seront aveque vous quant . . . . . à
vôtre arrivée. Signé VOTRE BONNE Comme-
RE , ET AMIE CATERINE.
Et à la marge de cette Ecriture de la Reine
, sont écrits les noms suivans , de la main
du même Sécretaire . M. de Nevers. Le Sr
Ludovic. M. d'Estampes. M. de Gonor . M. de
Vieille Ville. M. D'Oysel. Le Baron de la
Garde . M. do. Le Senechal d'Agenez. M, de
Laubespine.
Au dos eft cette Subscription par le Sécretaire
: A MON COMPERE MONSIEUR LE CONNESTABLE.
On a fuivi exactement l'écriture & l'ortographe
de l'Original , affés difficile à lire ;
la Princeffe ne s'exprimoit pas aisément en
François . Un seul mot n'a pû être déchifré .
Nous laiffons aux Curieux , & surtout aux
Perfonnes versées dans l'Hiftoire de ce tems
là , les reflexions qu'on peut faire sur ce
Voyage de la Reine , occafionné , peut-être,
5.
par
1536 MERCURE DE FRANCE
'par
la circonftance du jour de sa Fête , indiquée
par la date de la Lettre , sur la qualité ,
& la fituation des Personnes par elle nommées
pour l'accompagner , sur son attention
enfin à tout ce qui pouvoit faire plaifir &
honneur au Connêtable de Montmorency ,
& c.
Nous avons dit ci- deffus que les Exploits
guerriers de ce grand Général avoient presque
toujours été heureux. Dans la suite il ne
se montra pas moins grand dans les revers
de la Fortune & dans l'adverfité . Ce qui parût
principalement à la mémorable Journée
de S. Quentin , 10. Août 1557. où après
avoir fait des prodiges de valeur , le Connétable
fut bleffé , envelopé & pris prisonnier
avec Louis de Bourbon , Duc de Montpenfier.
Cependant de cette même prison , il sçut
fi bien servir son Maître par de prudentes
Négociations , qu'il en résulta une heureuse
Paix, conclue au mois d'Avril 1559. laquelle
fut suivie du Mariage de Philipe II . Roy
d'Espagne , avec Madame Elisabeth de France
, Fille Aînée du Roy , & du Duc de
Savoye avec Madame Marguerite sa Soeur ;
le tout , dit un Hiftorien , par le conseil &
avis du Connétable Anne de Montmorency.
Cet Hiftorien , qui n'oublie ordinairement
aucune circonftance , aprend qu'au commenceJUILLET.
1740: 1537
mencement de la Négociation , cet illuftre
prisonnier étant venu sur sa parole , trouver
le Roy à Amiens , ce Grand Prince le reçût
avec tant de joye & d'affabilité , que ne
pouvant se laffer de le voir & de l'entendre
il le fit coucher la nuit dans son lit , & dès
le lendemain il l'envoya à l'Abbaye de Cercamp
, accompagné du Cardinal de Loraine
&c. pour y rédiger le Traité avec les Miniftres
Espagnols.
Cette grande prosperité , au refte, ne dura
guere. Tout le monde sçait que le fameux
Tournois qui se fit à l'occafion de ces mariages
, coûta la vie au Roy , qui mourut de
sa blessure le 10. Juillet 1559. Un Journal
de ce temps -là , marque que le Connétable
en fut fi touché , que jamais mort , ni
vif, n'abandonna le Corps , depuis qu'il fut
blessé.
39
» Il eut l'honneur , dit le même Ecrivain ,
après les Obseques du Roy , dont il prit
» le principal soin , de proferer les premieres
» acclamations de longue & heureuse vie à
" FRANÇOIS II. du nom , Fils Aîné du Dé-
→ funt Roy , auquel son Pere l'avoit étroite
» ment recommandé durant fa maladie , &
» se trouva à son Sacre & Couronnement le
21. Septembre 1559.
Quelque temps après , une nouvelle disgrace
,
fufcitée par le Démon de l'Envie &
de
Ty38 MERCURE DE FRANCE
de la Jaloufie , vint exercer fa vertu. Le Roy
lui ôta la Charge de Grand Maître de sa
Maison , dont le Roy Henri lui avoit accor
dé la Survivance pour François de Me son
fils aîné , lequel fut fait Maréchal de France,
ce qui l'obligea de se retirer pour la seconde
fois de la Cour. Mais on fut bientôt obligé
de le rapeller , à l'occafion du Tumulte
d'Amboise , & des Troubles causés par les
Religionaires , pendant lefquels il rendit
d'importans services.
>
Rétabli dans sa premiere autorité & dans
tout son crédit sous le nouveau Roy Charles
IX. il se sépara de Louis de Bourbon
Prince de Condé , Epoux de Leonor de
Roye , fille de Magdeleine de Mailly , sa
Niece , de ses Neveux de Châtillon , & de
quelques autres proches Parens , pour se
joindre avec Antoine de Bourbon , Roy de
Navarre , Lieutenant Géneral du Royaume,
François de Loraine , Duc de Guise , & le
Maréchal de S. André, contre ceux, qui sous
le nom de Réformés , vouloient introduire du
changement dans la Religion ; » ne voulant
» comme Premier Officier de la Couronne
» & iffu non feulement du Premier Baron
mais auffi du Premier Chrétien de France ,
» & qui pour ancienne Devise de sa Mai-
" son, avoit, DIEU AIDE AU PREMIER CHRE-
» TIEN , endurer la diminution de l'Eglise
Catholique & Romainc .
›
>
Ici
JUILLET . 1740: 1539
Ici se présentent de grands Evenemens
où le Connétable fignala son zéle pour la
Religion , fon amour pour le Roy & la Patrie
, & surtout sa valeur : ce qui parut particulierement
à la Bataille de Dreux , en
1562 , où il prépara au Roy l'honneur de la
Victoire par le prix de son sang & de sa liberté
, le Prince de Condé y perdit auffi lă
Genne , ayant été pris par le jeune Montmorency-
Damville, second fils du Connétable,
lequel fut depuis auffi Connétable de France.
Après leur délivrance réciproque , & une
Paix de peu de durée , faite en 1563 , les
Troubles s'étant augmentés , il fallut encore
courir aux Armes. Anne de M. toujours
prêt à bien faire pour les interêts de la Religion
& de l'Etat , conduifit enfin l'Armée
Royale dans la Plaine de S. Denis , & là , le
10. Novembre 1567 , se donna la fameuse
Bataille , où ce Grand Homme trouva le
dernier de ses triomphes , & la fin de sa vie.
Percé de plufieurs coups mortels , il vécut
encore deux jours,qu'il employa en vrai Heros
Chrétien , ou comme s'exprime un Ecrivain
eſtimé , Enfin le Connétable ayant don
cement goûté la mort l'espace de deux jours
expira dans son Hôtel de Montmorency le 12.
Nov. 1567. âgé d'environ quatre-vingt ans.
*
On feroit un Volume entier au sujet de ses
Obseques , & de tout ce qui se paffa à ses
Fu1540
MERCURE DE FRANCE
Funerailles , où il y eut affurément des choses
fingulieres. La Pompe funebre commença
par le Service solemnel qui fut fait pour
lui le 23. Novembre en l'Eglise de Notre-
Dame de Paris , auquel le Parlement afſiſta
en cérémonie , après y avoir été invité de la
part du Roy par un Gentilhomme diftingué,
accompagné de plufieurs autres , lequel fit
sur ce sujet , un Discours pathétique , & remarquable
, lequel eft écrit dans les Regiſtres
du Parlement & dans fon Hiftoire.
» Il auroit reçû les honneurs de la sépul-
» ture , dit le Laboureur dans ses Additions
aux Mémoires de Caftelnau , Tom.II. p.544.
» aux pieds du Roy Henry II. son bon Maî-
» tre, dans l'Eglise Royale de S. Denis, s'il ne
» l'eût deſtinée dans la belle Eglise de Mont-
» morency, que Guillaume de M. son Pere .
» Mari d'Anne Pot , avoit commencée à ré-
» édifier , & qu'il acheva de rendre parfaite,
» se contentant de l'honneur que ce Prince
» lui avoit fait en fon vivant , de defirer que
leurs coeurs reposassent sous un même
» Tombeau dans la Chapelle d'Orleans , en
l'Eglise des Céleftins de Paris . Il y fut
porté sans cérémonie le 17. du même
» mois de Novembre .
03
و د
Le lendemain du Service fait à Notre-
Dame , on porta son Corps à l'Eglise de
S. Martin de Montmorency , où il ne fut inhumé
1
1541
JUILLET. 1740.
و د
ود
و ر
humé que le 16. Fevrier 1568. » Sous un magnifique
Tombeau de Marbre noir , que
» lui fit conftruire Magdeleine de Savoye , sa
» Veuve , le décorant à l'entour de diverses
» colomnes de Marbre noir & de Jaspe , &
» pardeffus de deux Statues d'Albâtre , les
plus belles & les plus riches que l'on puiffe
» voir en France , selon qu'elles sont ici figurées.
C'eft ainfi que s'exprime A. Du
Chesne , en parlant de ce Tombeau , dont
il n'a fait graver que les deux Figures en
queftion , qu'il apelle Statues. Il y a tout
lieu de conjecturer que cet Hiftorien n'en
avoit pas vû d'avantage , lorfqu'il a écrit ce
qu'on vient de lire. On a été en effet un
tems confiderable à conſtruire ce Mausolée
tel qu'on le voit aujourd'hui , encore n'eſtpas
entierement fini , comme nous allons il
le voir.
Le Laboureur , qui a écrit pofterieurement,
s'eft un peu plus étendu , p. 548. du Livre
que nous avons déja cité. » Ce fut , dit-il ,
» par les foins & aux dépens de cette géné-
» reuse Dame ( Magdeleine de Savoye , sa
» veuve ) qu'on érigea à la Mémoire du Conétable
, ce superbe & magnifique Mau-
» solée de l'Eglise de Montmorency , qui le
dispute pour l'art & la majefté aux plus
» beaux de S. Denis , & qui les furpaffe tous
» en étoffe & en matiere , où l'on voit leurs
" Effi542
MERCURE DE FRANCE
,
Effigies en Marbre blanc fur un Tomb a
de Porphyre , accompagné d'un Chapi-
» teau en demi- Dome de Stuc , soûtenu de
» dix puiffantes Colomnes de Marbre , avec
les Corniches artiftement taillées , fur le-
» quel ils sont tous deux représentés priant,
» en bronze , la Couronne Ducale en tête
» avec les autres marques de leurs Dignités.
» Il eft demeuré imparfait , par la mort du
» célebre Jean Bullant , qui l'avoit entrepris,
» arrivée le 1o. d'Octobre 1578.
›
L'importance du Sujet , autant qu'un Esprit
de curiofité & d'exactitude , le defir
furtout de contenter nos Lecteurs nous
ont engagé d'aller voir nous-mêmes un Monument
fi vanté , & nous croyons nous
être mis par là en état de supléer à l'obſcure
brieveté de ces deux Auteurs , perfonne ne
l'ayant encore fait. Le Public éclairé jugera
du mérite de ce que nous allons lui préfenter.
MAUSOLE'E du Connétable Anne de
Montmorency.
Ce Mausolée eft élevé dans la Nef de l'Eglise
de S. Martin de Montmorency , vis - àvis
de la Porte du Choeur , & à 19. pieds de
diſtance de cette Porte , occupant un grand
efpace dans la largeur de la Nef. C'eſt un
Corps d'Architecture isolé , parfaitement
bien
JUILLET . 1740
1543
bien imaginé , & très- bien executé. Arrêtons
nous d'abord au Tombeau , élevé d'environ
cinq pieds fur une efpece de Baze. Il
eft de figure circulaire presque dans les trois
de ses dimenfions , ayant 37. pieds de quarts
& faifant comme l'arriere-Corps pourtour ,
de tout l'Ouvrage . Il eft incrufté tout à l'entour
de Marbres de differentes couleurs. Un
Avant - Corps, quarré, long, contigu , au même
niveau , & avec les mêmes ornemens ,'
continue le Tombeau , dont la longueur totale
eft d'environ dix pieds.
Il est couvert d'une grande Table de Porphyre
, sur laquelle sont couchées deux Figures
de grandeur naturelle , représentant le
Connétable & fon Epouse ; l'un , armé de
toutes pièces , avec ses Ordres de Chevalerie
de France & d'Angleterre , ayant 5. pieds
deux pouces de longueur ; l'autre , vêtue à
la maniere de son temps , de 4. pieds 5. pouces
de longueur. Elles sont du plus beau
Marbre blanc , & d'un excellent travail.
Dix Colomnes de Marbre d'ordre Corinthien
, posées sur de fimples Bases , couplées
& efpacées felon les regles , soûtiennent une
demi Coupe , qui fait le Couronnement du
Mausolée . Six de ces Colomnes sont de
Marbre noir , & quatre de Marbre verd ancien.
Ces dernieres font d'une grande beauté
& très fingulieres. On ne se souvient pas
D d'en
1544 MERCURE DE FRANCE
d'en avoir vû de pareilles en France. Elles
sont placées du côté le plus proche du
Choeur.
Toutes ces Colomnes , dont la hauteur eft
d'onze pieds deux pouces trois lignes , &
le diamettre de vingt pouces quatre lignes ,
sont ornées de Chapiteaux de Marbre blanc
& portent un Entablement convenable , sur
lequel s'éleve la Coupe , laquelle eft de Stuc
& enrichie de plufieurs ornemens de Sculpture.
Des quatre Colomnes de Marbre verd ,
deux sont couplées avec deux des fix Colomnes
de Marbre noir , les deux autres sont
isolées & s'avancent un peu au delà de l'avant-
Corps du Tombeau , à 17. pieds de distance
l'une de l'autre ; elles soutiennent de
chaque côté cette partie de l'Entablement
qui eft en saillie & qui le termine , sur laquelle
on voit deux autres Figures du Connétable
& de sa Fémme . Elles sont de bronà
genoux , & apuyées chacune sur un
Prie-Dieu , le visage tourné du côté du
Choeur.
ze ,
La hauteur entiere du Mausolée eft d'environ
vingt pieds. Il faut avouer que c'eſt un
bel Ouvrage , qui a quelque chose de grand
& qui frape ; c'est dommage qu'il n'ait pas
reçu la derniere main du Sculpteur. Il eft
aisé de le reconnoître , principalement par
l'inteJUILLET.
1740. 1545
Finterieur de la Coupe , dont la Sculpture eft
reftée imparfaite , par quelques morceaux de
13 Corniche Corinthienne de Stuc , qui né
sont pas finis , enfin par les Chapiteaux de
deux ou trois Colomnes , où l'on a tâche
d'imiter le Marbre blanc des autres par une
matiere de même couleur , qui décele l'artifice
; mais c'eft le sort des plus belles choses,
d'atteindre rarement à leur derniere perfec
tion . On nous a affûré que dans le Projet,on
devoit poser sur le milieu de la demi - Coupe
une Resurrection du Sauveur , executée en
Bronzé, qui eût terminé tout l'Ouvrage.
C'étoit dans l'esprit de Religion de la Pieuse
Dame , qui sçavoit qu'en mourant avec J. C
comme avoit fait son vertueux Epoux , on
reffuscitoit avec lui , pour ne plus mourir.
On voit en effet au- deffus de la demi Cou
pe le Piedeſtal fur lequel devoit être posée
la Figure du Sauveur.
Ce Monument , au refte , n'eft chargé ni
d'Epitaphes , ni d'Inscriptions : le Grand
Homme pour lequel il a été érigé n'en avoit
pas besoin ; il étoit au-deffus de tous les
Titres. Cependant on voit sur un Mur de la
Sacriftie son Epitaphe , gravée sur une gran
de Lame de Cuivre , laquelle commence par
ces mots D. O. M. POSTERITATI Anne
Montmorancio, &c. On lit sur la fin : Alacri
Animo mortem oppetiit ætatis suæ Anno LXXIV .
Dij Cette
1546 MERCURE DE FRANCE
ور
Cette date ne s'accorde pas avec celle de
Du Chesne & de le Laboureur , qui lui donnent
environ 8o . ans de vie. Elle s'accorde
encore moins avec l'exactitude de Mezerai
qui dit ces paroles remarquables : » Le Con-
» nétable mourut le lendemain de ses bles-
» sures avec un courage véritablement héroïque
, & une force virile , dans une vieil
Leffe prefque decrepite. Puis il fait dire au
Connétable même , répondant à un Cordc-.
lier qui l'importunoit par d'ennuyeuses exhortations
, qu'il n'avoit pas vécu Quatrevingt
ans , fans avoir apris à mourir un quart
d'heure. L'Epitaphe finit par ce mot , écrit
en gros caracteres Romains , APLANOS , sur
lequel nous aurons quelque chose à dire en
temps & lieu.
Dans la même Sacriftie & sur un Tableau
qu'on y voit , eft une autre Epitaphe du même
Seigneur , de la façon du célebre Ronsard.
Nous n'en raporterons que la premiere
Strophe. Du Chesne l'a imprimée tout
du long dans son Hiftoire , avec les trois ou
quatre autres qui se voyent dans l'Eglise des
Célestins de Paris , à l'occaſion du Coeur du
Conétable qui y repose.
Si d'un Seigneur la vertu mémorable
Maugré la mort doit être perdurable ,
Si un grand Duc a jamais mérité
D'eftre
JUILLET. 1740. 1547
D'eftre immortel à la Pofterité ,
`Etfijamais une fameuse Hiftoire
•
Se doib graver au Temple de Mémoire :
C'eft de celui lequel repose ici ,
Grand Connestable ANNE MONTMORENCY ,
Grand Duc & Pair , grand en tout , dont la vie
Afurmonté soy - mesmes & l'Envie ,
En confacrant comme non abbatu
D'aucun Malheur , ses Faits à fa Vertu.
Mais ce que nous ne sçaurions omettre en
finillant , & que nous emprunterons du même
Hiftorien , c'est son amour pour les Lettres
, comme une suite de celui qu'il avoit
pour la Vertu , & c..
و د
»
"
Auffi , dit cet Hiftorien , L. P. Ch. 3 .
"P. 415. aima t'il fingulierement les Lettres
» & les Sçavans Hommes, ainfi que témoignent
quantité de Livres Manuscrits qu'il
» eût foin d'aflembler en la Bibliothèque de
» son Château de Chantilly , à l'exemple du
Roy François I. fon Maître , & le grand
nombre d'Ecrits que plufieurs célebres &
fignalés Perfonnages lur dédierent. Entre
lefquels Jean de Luxembourg , Evêque de
Pamiers , Abbé d'Ivri &c. un des plus
Eloquents Seigneur de son Siécle , print
» la peine de composer sa Vie en Vers Fran-
ȍois. Jean de Maynier , Baron d'Opede ,
"Confeiller du Roy au Parlement de Proven-
D iij
و د
"
"
ce
1548 MERCURE DE FRANCE
"
30
» ce , lui dédia fa Traduction Françoise des
Triomphes de Petrarque . René Macé de
» Vendosme , fucceffeur de Guillaume Cretin ,
» Chanoine & Chantre de la Sainte Chapelle
, en la Charge d'Hiftoriographe du
» Roy François I. fift en son honneur la
» Connestablerie de Piémont , Provence , &
Picardie, le jour qu'il fut créé Connestable ,
» ainfi d'une infinité d'autres , dont les Oeu-
» vres fe voyent encore en la même Bibliothéque
, & au Cabinet des Livres de
Chantilly.
>>
">
ود
LE BERGER INFORTUNE',
OU L'AMANT AU DESESPOIR.
ELEGIE .
Envoyée à l'Académie de Toulouse au mois
de Janvier 1740.
Vo
Ous , pour qui j'ai brûlé de la plus vive flâme ,
Seul objet de mon coeur , Idole de mon ame ;
Vous qui fû es toujours & mes Rois & mes Dieux ,
Recevez & mon coeur & mes derniers adieux.
Quoique je vous éprouve inconftante & légere ,
Je ne puis arracher le trait qui m'a fçû plaire :
Vous déchirez mon ame en enflâmant mon coeur ;
Pour
JUILLET . 1740. 1549
Pour lui fans vous , Aminte , il n'eft point de bonheur.
D'un plaifir séducteur , ô trop fateuse idée !
Helas ! dans les ardeurs de mon ame obsedée ,
Pourquoi m'abusois - tu par ton charme trompeur ,
Pour me faire mourir d'amour & de langueur ?
L'aurois-je pâ penfer , qu'en une ardeur fi pure ,
Du mépris outrageant je fentirois l'injure ,
Et qu'oubliant fi-tôt la foi de vos fermens ,
Vous rompriez des nous doux & fi chamans ?
C'en eſt donc fait, cruelle, & je n'ai plus d'Amante.
Envain dans les ardeurs du feu qui me tourmente,
Je rapelle en mon coeur ces momens précieux ,
Momens trop tôt paffés , momens délicieux ,
Où cedant aux douceurs de notre ardeur extrême ,
Nous goûtions des plaifirs ignorés des Dieux même.
•
Souvenir trop charmant , aliment de mon coeur
Ne me laifferois-tu qu'amertume & fureur 2
Je ne reverrai plus ces charmantes soirées ,
Du feu de notre amour feulement éclairées ,
Qui dans un sombre voile irritant nos defirs ,
Nous conduisoient enfemble au comble des plaifirs
:
A ces émotions , à ces douces careffes ,
Qu'un vifamour infpire en ces tendres yvreffes ,
Où notre coeur en proye aux transports les plus
doux ,
D iiij Peut
1550 MERCURE DE FRANCE
Peut douter fi les Dieux font plus heureux que
nous ;
Aneantiffemens d'une ame extafiée ,
D'un torrent de plaifirs , éperdue , embrasée ....
Ah! douceur ineffable , adorable tourment !
Puis- je me séparer d'un coeur que j'aimai tant ?
Il le faut bien , hélas ! une ingrate que j'aime
Se rit de mes tourmens , de ma douleur extrême
Un plus heureux Berger eft l'objet de ses voeux ;
Si je puis l'oublier , c'eft tout ce que je veux.
Affés & trop longtemps ma flâme inéprisée
Doit craindre du Public le blâme & la risée ;
On peut fans s'avilir fe foûmettre à l'Amour ,
Quand nos feux font payés d'un fincere retour ;
Mais languir triftement aux pieds d'une Maîtreffe,
Qui n'a pour vos ardeurs que mépris & rudeffe ,
Qui non contente encor de vous voir malheureux ,
Accepte d'un Rival & la main & les feux .. ...
O comble de douleur ! ô fource de ma plainte !
Dur & cruel tyran , mais adorable Aminte ,
Si vous fentiez les maux qui déchirent mon coeur,
Ah ! loin de differer à faire mon bonheur ,
Vous-même prenant foin de mes tendres allarmes,
Des feux de votre amour je fentirois les charmes ?
Tu t'abuses , mon coeur ; cette fidelité
Que tu gardas toujours avec fincerité ,
Helas n'eft d'aucun prix auprès de la cruelle .
Tu
JUILLET. 1551 1740 .
Tu brûles vainement d'une flâme ſi belle ;
Envain pour l'attendrir fur fon manque de foi ,
Tu rapelles ce coeur qui s'éloigne de toi ;
En vain dans les tranfports , dont ton ame eft guidée
,
Tu gardes de l'Ingrate une adorable idée :
Tout doit t'encourager dans ton jufte dépit ,
A fuivre dans ta rage un changement fubit ;
A faire fucceder , pour comble de vengeance ,
Plus de haine à l'Amour qu'il n'eût de violence .
Dans ces triftes accès, quittons , quittons des Lieux
Qui pourroient m'inspirer des transports furieux ,
Et que fçais-je ? peur être en mon âpre colere ,
Infulter à la fin l'objet qui m'a fçû plaire.
1.
Il vaut mieux fur mes fens prendre quelque pouvoir
,
Et contraindre en mon coeur mon jufte defeſpoir.
Fatale paffion , doux charme de ma vie ,
Il ne me reste plus que rage & jaloufie.
Ah ! plûtôt pour punir la cruelle à fon tour ,
Prenons pour quelqu'objet tous les feux de l'A
mour
Et brûlant pour lui feul d'une conftante fâme ,
Livrons-lui fans réſerve & mon coeur & mon ame.
Oui , j'y fuis réfolu , pour pouvoir m'engager ,
Je veux une beauté , non facile à changer ,
Mais qui dans les liens & conftante & fidelle ,
D v Brûle
1552 MERCURE DE FRANCE
Brûle toujours pour moi d'une flâme nouvelle
Qui me faifant aller de plaifirs en plaifirs ,
Sçache par fa douceur prévenir mes defirs ;
Et dont le coeur fans fard , incapable de feindre ,
M'aime d'un pur amour , fans jamais se contrain
dre.
Eh ! la peut-on goûter cette felicité ,
Qu'une Femme adorable en fa fidelité ,
Répand fur toute l'ame , enyvrée , éperduë
D'un plaifir enchanteur que l'on fent à fa vûë ?
Non, rien ne fut jamais plus faux & plus trompeur,
Que ce charme des yeux , & ce poiſon du coeur ;
Caprice , fauffeté , trahison , inconftance ,
C'eſt de la Femme enfin toute la quinteffence ,
Et malheur à celui qui tombant dans leurs fers ,
Sert par un dur deftin d'exemple à l'Univers !
Va ; fui donc loin de moi , fatale frencfie ?
Et de ton noir poifon n'infecte plus ma vie ;
Je vais chercher la paix en quelqu'Antre exilé,
Ou de Femmes jamais il ne me foit parlé.
•
ASSEMJUILLET.
1740. 1553
Ahhhhhhhhhhhh
ASSEMBLEE PUBLIQUE
de l'Académie des beaux Arts , à Lyon ,
tenne le 4. May 1740. M. de Ruols
Préfident , ouvrit la Séance par le Discours
Suivant.
MESSIEURS ,
>
Ce n'est pas précisément pour répandre
le goût & l'amour des Sciences qu'on a
établi dans les Académies l'usage des Affemblées
publiques. Un avantage , plus folide
encore , fait ouvrir au Public les portes de
ces aziles des Beaux Arts. Il y est admis
pour décider de nos Recherches › pour
aplaudir à nos fuccès , pour juger fi nous
fommes des Citoyens inutiles , & fi nous
formons un Corps précieux à la Société .
Vous le fçavez , Mrs , nous ne cherchons
dans nos Travaux que les plus folides ayantages
, par la perfection des Arts. Je ne
craindrai pas , autorisé par l'usage , d'en
conv incre le Public en raportat le détail
des fruits de nos villes , le produit de chaque
jour Acad mique , l'Hiftoire de nos
Occupations depuis le 12. Décembre 1739 ,
jour de notre dein ére Affemblée publique.
Reflexions fur une Aurore Boréale , qui a
D vj été
554 MERCURE DE FRANCE
été aperçue dans le Wirtemberg , vers la fin de
cette derniere année . Ces Réfléxions nous ont été
envoyées par M.Moeglin , Médecin à Tubinge,
Académicien Honoraire parmi nous.
Mémoire fur la néceffité des Froportions
dans l'Architecture , accompagné des Deffeins
de diferentes Eglises de Rome , levés par
l'Auteur même , tels que S. André de Laval ,
S. Ignace , S. Charles du Cours..
Ces Deffeins , & la Differtation tendent à
faire voir que les Proportions dans l'Art de
conftruire , ne font rien moins qu'arbitraires.
Cette vérité ne l'eft pourtant pas univerfellement
dans la Pratique ; on voit des
Monumens publics réparés depuis peu de
jours , qui , malgré leur magnificence , nous
aprennent que l'ignorance donne au hazard
des Leçons d'Architecture , & qu'on les
fuit en aveugle , au mépris des Regles les
plus certaines.
Nous avons déja fait part de la Vie du
Comte de Marfigly , écrite par Dom Hebert
Quincy , de l'Académie de l'Inftitut à Bor
logne , & l'un de nos Académiciens Honoraires
, qui nous l'a envoyée.
Cette Vie , Ouvrage encore Manuscrit ,
indépendamment des traits qui caractérisent
l'homme de Condition , l'homme Guerrier,
nous a fourni la lecture de plufieurs Morceaux
qui font honneur à l'Académicien .
ObserJUILLET.
1740 1555
Observations exactement faites en diférens
endroits de cette Ville , des variations furprenantes
du Barometre , lors des grands vents
qui fe firentfentir dans le mois de Decembre
de l'année derniere .
Un Académicien a fait part à l'Académie
d'unc Lettre , que lui a écrite un Médecin
Etranger fur les Propriétés du Fer , par raport
à diférentes Maladies .
Discours fur le tempéramment dans l'accord
des Inftrumens de Mufique fur la
Théorie duquel l'Académicien prétend que
M.Rameau , lui - même , n'a rien déterminé.
Ce Mémoire eft accompagné d'un Inftrument
imaginé par l'Auteur , pour arriver à
une Pratique sûre dans l'accord; il lui a donné
le nom de Phongometre ou Mesuredu Son.
Mémoire fur la Serrurerie , avec une Explication
de toutes les Parties qui en forment
le Méchanisme.
Cet Ouvrage , qui fait partie de celui que
nous avons entrepris fur l'Hiftoire des Arts ,
eft accompagné de plufieurs Obfervations ,
propres à rendre les Ouvrages en Fer plus
fimples & plus faciles à travailler : c'eſt en
effet l'objet & le plan de cette entreprise
particuliere.
Obfervations Météréologiques , faites à Lyon
pendant l'année 1739 , & comparées à celles
faites à Toulon pendant la même année.
Re
1556 MERCURE DE FRANCE
Remarques fur les diferentes conftructions des
Barometres , &fur leurs diferentes inégalités.
Observation de l'Eclipse de Lune arrivée
le 13. Janvier 1740 .
2
›
Nous en étions là dans nos Travaux
Académiques , lorfque M. de Fleurieu ,
Prevôt des Marchands , & Commandant
de la Ville , en l'abfence du Gouverneur ,
voulut bien les partager avec nous . Ce jour
heureux ne nous laissa rien à défirer pour
le luftre de cette Académie. Elle s'aplaudit
de voir compléter le nombre de fes Membres
par un Magiftrat , qui fait le bonheur
de la Ville , par fon intégrité , par la vigilance
, & par l'heureux don de gagner tous
ceux qui l'aprochent . Cet illuftre Académicien
a fçû de tout tems allier des fonctions
importantes & continuelles avec l'étude
des Sciences ; elles ont toujours fait
fes délices ; il en eft à préfent l'ornement :
s'il a obligation aux Lettres de cette politesse
d'efprit , de ce goût sûr & éclairé , qui
s'allient ad nirablement dans lu avec
lumieres les plus étendues , avec le difcernement
le plus fin , les Lettres lui ont obli .
gation à leur tour de l'emulation qu'il inspire
aux Sçavans par fon exemple , & par
l'aprobation qu'il donne à leurs fuccès . Celle
qu'il a donnée aux Ouvrages fuivans , nous
répond des fuffrages du Public.
Me#
JUILLET. 1740. 5557
gine
Mémoire écrit enforme de Lettres fur l'ori
la formation des Couleurs , raportées
aux Fleurs & aux Papillons , foûtenu d'une
comparaison de la conduite de la Nature dans
la végétation , avec les Operations Chymiques.
Ce Discours doit être fuivi d'autres Re.
cherches , dont la perfection des Teintures
fera l'objet.
Diverses Observations de la Déclinaison &
Inclinaison de l'Aiguille aimantée , faites à
Toulon.
Observations d'une Aurore Boréale qui y
a paru , & de l'Eclipse de l'une du 13.Janvier
dernier , dont il a déja été parlé.
Le tout joint a une Description de l'Instrument
dont fe fert l'Académicien ( Hydrographe
de S. M. ) pour mésurer la quantité
d'Eau qui tombe toutes les années.
fur
Un Académicien a fait part à l'Académie ,
des Lettres que lui a écrit M. Duhamel ,
de l'Académie Royale des Sciences
plusieurs articles concernant les Matiéres
que nous traitons dans nos Assemblées , indépendamment
des Sujets attachés à chaque
Classe particuliére.
Le même Correspondant à Toulon nous a
envoyé une Description du Cabestan dont on
fe fert fur les Vaiffeaux , avec le détail des inconvéniens
auxquels fon usage assujettit , &
ies diférens Projets qui ont été tentés jusqu'à
present pour les éviter. Plu
1558 MERCURE DE FRANCE
Plusieurs d'entre nous remplis du Sujet ,
travaillent , chacun en particulier , & ont
promis de ne point fe communiquer leurs
Ouvrages , qu'après qu'ils les auroient envoyés
à Paris , avec les précautions ordinaires.
Discours fur l'Art des Fondeurs , particu-
Liérement par raport à la Fonte des Cloches ,
avec des Calculs Géométriques des proportions
nécessaires pour déterminer les diferens
Sons. L'Auteur fait voir quelle doit être la
proportion du Battan , en raison avec une
Cloche , la diférente Configuration des Cloches
à la Françoise & à l'Italienne ; & il
nous a donné le Modéle d'une Cloche à la
Françoise , fondue exprès , & qui fert de
preuve à fa Dissertation.
>
Mémoire fur le Mouvement des Planetes ;
dans lequel on fait voir l'accord des Vérités
Aftronomiques , qui ne font point contestées
avec les propriétés des Orbirtres Elliptiques.
Ce Mémoire fert d'explication à un des
principaux articles de l'idée générale de
Physique , qu'a donnée ce même Académicien
.
Recherches Historiques au sujet d'une Source
Vitriolique , curieuse , qui eft à quelques lienës
de Lyon. Ces Recherches feront bien - tôt
fuivies de la Partie Phyfique , qui découvrira
l'Analyſe & les propriétés des Eaux de
cette Source.
Des
JUILLET . 1740 . 1559
6
Des dons de la Nature , qui ont excité
l'attention & la curiofité des Sçavans éloi-.
gnés , ne peuvent être placés fous nos yeux ,
fans mériter de notre part encore plus d'attention.
>
Mémoire accompagné du Modéle d'une Machine
propre à piler les Drogues , & pour fervir
à cet usage dans la Pharmacie de l'Hôtel-
Dieu de cette Ville avec les Calculs qui en
prouvent les effets . Grace à l'Auteur de cette
Invention , une personne pourra fuffire déformais
à un travail qui en occupoit un
grand nombre autrefois , dans une Maifon
où il ne fçauroit y avoir trop d'ouvriers.
L'Auteur a été animé à cet Ouvrage par
celui de Mrs les Recteurs de cette Maison ,
préposés à cette Partie , & il a le premier
fenti les inconvéniens d'un travail multiplié.
On ne peut que louer le zéle de l'un
& de l'autre .
Mémoire & Explication d'une Machine
propre à faire tailler fur le Tour toutesfortes
de Vis , quelle que foit la distance entre leurs
helices , à gauche comme à droite , fans le
fecours d'aucun Mandrin . L'Auteur de ce
Mémoire , versé dans l'Art du Tour , don't
il fçait fe faire un amusement aimable , n'a
pas crû devoir produire un garant plus infaillible
de fon idée , que l'exécution même.
On ne croit pas que ce moyen de les
perfec1560
MERCURE DE FRANCE
perfectionner dans un point qui leur est
auffi essentiel , fe trouve , ni dans l'Ouvrage
du P. Plumier , ni dans aucun autre fur ce
Sujet.
›
Mémoire en forme de Lettres , contenant la
Description du Voyage de Naples , en partant
de Rome. Tout ce qui peut intéresserla curiosité
, soit sur la Route sot dan: la Ville , qui
en est le terme , se trouve décrit & accompagné
de Remarques fur chaque bjet particu
tier. Elles font l'Ouvrage d'une profonde
connoissance de l'Antiquité , d'un goût perfectionné
, d'un discernement éclairé , d'un
esprit vrai.
L'Académicien Voyageur , ( M. de la Monce
, ) en écrivant , pour ainfi- dire , d'après
les Lieux & les Objets même , n'a eû à emprunter
des Relations les plus modernes, que
l'occasion de relever bien des fautes échapées
ou au défaut de lumieres , ou au manque de
fidelité dans les Faits .
Introduction à la Physique de Newton ,
propre à bien faire connoître ce Philosophe , &
à mettre en état de juger qui sont les mieux
fondés , ou Newton dans son Syftême , ou ses
adversaires dans leurs Objections.
Le Systême de l'Attraction , qu'il faut fe
donner de garde de vouloir confiderer dans
un point Phyfique , eft , comme l'on sçait ,
le premier fujet de méditation qui fe présente
JUILLET. 1740. 1561
L
te dans cette Phyfique , par conséquent dans
fon Introduction. On renvoye à la lecture
de cet Ouvrage , fans en rien dire de plus ;
il eft des Sujets dont la fimple esquiffe ne
peut donner aucune idée. L'Ouvrage fera
continué par l'Académicien dans le même
goût.
Mémoire sur la Théorie des Cadrans Solaires
, & la pratique d'un Instrument inventé
par l'Académicien , pour tracer toutes sortes de
Cadrans , & trouver les hauteurs , avec une
aplication des Regles de la Gnomonique à la
position des diférens points de la Terre sur les
Cartes Géographiques.
Recherches sur la cause des Vents , leur nombre
, leurs avantages , les diférens Pays dans
chacun desquels un Vent particulier regne.
Il faut convenir que dans une partie de ce
Mémoire l'Observateur curieux goûte plus
de fatisfaction que le Philosophe . Ces Recherches
feront fuivies d'une Explication cu
rieuse des autres Météores ; nous attendons
auffi du même Académicien l'Hift, des Courans
, il ne sçauroit la refuser à nos fouhaits.
Petit Entretien sur les trois sortes de Beaume
'du Pérou , auquel est joint un Dessein crayonné
de l'Arbre qui le produit , &que les Indiens apel-
Lent Zilo , ou Gomorra Zilo. L'Académicien
a mis fous nos yeux un Coco plein de l'espece
de Beaume qu'on apelle Beaume Sec ,
& qui a diſtilé de l'Arbre.
1562 MERCURE DE FRANCE
Voila , Mfs , le détail des Ouvrages qui
nous ont occupés depuis cinq mois ; le fond
fur lequel nous travaillons eft inépuisable ,
& toujours également fecond ; aufi les fruits
qu'on en recucille bien differens des productions
de la Nature , dépendante de la vicissitude
des Saisons, s'offrent toujours avec une
égale abondance aux yeux d'un Sçavant . &
l'invitent à des Recherches plus profondes.
Cet attrait n'eft pas le feul qui nous guide
dans nos Etudes , nous les dirigeons vers un
objet plus réel & plus effectif , je veux dire
la perfection des Arts , pour la commodité
& l'avantage de la Societé ; c'eft pour cela
que , fuivant un Reglement établi parmi
nous , M. le Sécretaire eft engagé de procurer
la lecture des Ouvrages de l'Académie à
ceux qui fouhaitent de les voir ; fi ce foin eft
un affujettiffement, fon zéle pour tout ce qui
eft devoir Académique, ne lui permet pas de
s'en apercevoir.
Ensuite M. Albouy, fils , lûr une Differtation
, dans laquelle il a tâché d'établir , que
le Nitre qu'on apelle Aërien , étoit purement
imaginaire. Après une courte explication de
l'Analyse du Nitre , une connoiffance des
Lieux d'où on le tire , & de fes prétendus
effets , l'Académicien réunit toutes les preuves
, qui paroiffent concourir dans ce Syſtêdétruire
l'exiſtance d'un Nitre Aëme
, pour
rien;
JUILLET.
1740.
1563
rien ;il
employa à ce fujet pour
preuve la
diftillation de
l'esprit acide , &
foûtint dans
fon
Discours , que l'Air ni la Terre ne fe régéneroient
point en
nouveau
Nitre , & que
La
chaleur du feu
n'éxaltoit point les Sels .
M.
l'Abbé de la Croix lût auffi un Discours
fur les
Volcans. Il
s'attacha à discuter
les objets qui fuivent.
Quand eft- ce que le Mont
Vésuve a commencé
de
s'enflammer ?
Y a- t'il eû des
interruptions ? Et
pendant
les
interruptions le feu s'eft- il éteint ?
Le Mont
Vésuve n'a t'il
jamais
changé de
forme ?
De quelle nature eft la
matiere qu'il jette ?
Comment peut-elle
s'enflammer ? Comment
eft- elle lancée au- dehors ? Se
repoduitelle
?
Y a-t'il une
communication entre les Volcans
?
Le Feu central eft- il
néceffaire pour les
produire ?
Ces
diférentes
Recherches que la vûë des
Lieux
même a
inspirées à
l'Académicien, ont
donné lieu à un
Systême qu'il a
présenté ſur
les
Volcans, & qui paroît oposé à tous ceux
que les
Phyficiens ont
imaginés
jusqu'ici .
EPITRE
1564 MERCURE DE FRANCE
Précieux
EP ITR E.
A Mad. Riccoboni.
Récieux ornement des trésors d'Italie ,
Qu'admire incessament le François Spectateur ;
Eleve d'Erato , ( 1 ) Terpsicore , ( 1 ) & Thalie ; (3 )
Belle Riccoboni , dont le Jeu séducteur
A tous tes mouvemens tient mon ame asservic
Daigne lire les Vers d'un tendre Admirateur ,
Des merveilleux talens dont t'orna la Nature.
Tu n'y verras rien moins qu'un éloge flateur ,
Que l'aplication ternisse & défigure ;
C'est la voix du bon sens , c'est la vérité pure ;
Si je te loüe enfin , c'est du moins sans fadeur .
La louange n'est plus qu'un tribut légitime ,
Lorsqu'aux gens à talens elle peut se donner ;
Et la leur refuser , c'est se charger d'un crime
Que jamais le Public ne pourra pardonner,
Un Eloge fondé sur la base assurée
Des succès éclatans d'un excellent Acteur :
1
( 1) Erato.
(2 ) Terpsicore ,
(3 ) Thalie ,
doit se prendre ici
pour la Déesse
qui préside.
S
aux Roles
d'Amantes
.
à la Danse:
aux Rôles de
Suivantes.
De
JUILLET. 1565 1740.
De ces mêmes succès prolonge la durée ,
Est goûté du Public , honore son Auteur ,
Et flatant son Héros du plaisir enchanteur
De voir graver son nom au Temple de mémoire ,
Augmente ses efforts , ses talens & sa gloire.
Que dis-je , d'augmenter ta gloire & tes talens ?
Je n'ai pas ce dessein qui choque le bon sens.
Lelio , ce nom seul consacré dans l'Histoire ,
Qui des fameux Acteurs célebre la mémoire ,
Aprendra quelque jour à nos neveux surpris ,
Que les vrais Partisans du plus parfait Comique ,
Nouveaux Italiens au milieu de Paris ,
Admiroient un Héros du travail Dramatique , ( 1 )
Dont les yeux exerçant un pouvoir tyrannique ,
Sur l'esprit suspendu de tous ses Spectateurs ,
Les faisoient , à son gré , rire ou verser des pleurs .
Qu'enfin tranquille au Port , à l'abri des orages
D'une Mer pour lui seul exempte de naufrages ,
Il savoure à longs traits les douceurs du repos ,
A l'ombre des Lauriers acquis par ses travaux .
On dira de son fils célebrant la mémoire ,
Qu'il soûtint de son nom le mérite & la gloire.
Ce seul mot à jamais dans la suite des tems ,
Doit immortaliser sa gloire & ses talens .
( 1 ) M. Lelio , Pere , qui n'est pas moins connu par
ses Ouvrages que par les aplaudissemens qu'il a mérités
pendant un si long-tems sur le Théatre Italien.
ม
1566 MERCURE DE FRANCE
il nous fait admirer tout ce qu'il veut paroître ,
Et ses succès constans le font seuls reconnoître.
Unie à ce Héros par le plus doux lien ,
Quelque aplaudissement que son mérite obtienne ,
Vous vous suivez par tout, là ta gloire est la sienne,
Comme un instant après son triomphe est le tien.
Ainsi parmi des fleurs nouvellement écloses ,
On voit à chaque pas & les Lys & les Roses ,
L'un de l'autre , à l'envi , relever les couleurs.
Pour moi je suis Sterlin , tant que Sterlin t'adore ,
Mais le même devient un Monstre que j'abhorre
Aussi- tôt qu'il ressent une infidelle ardeur ,
Et soûtient sans changer tes soupirs & tes larmes .
Ah ! faut-il qu'un Amant qui causa tes allarmes ,
Ne doive qu'aux remords & ta main & ton coeur !
Et tantôt me livrant à l'amour qui me guide ,
Je suis ce tendre Amant dont le respect timide
A besoin d'un détour pour déclarer ses feux ;
Je jouis des douceurs de son destin propice ;
Ah ! se peut-il qu'un sort aussi rare qu'heureux
Naissant sur le Théatre , expire à la Coulisse ?
Mais juge du pouvoir que donne la justice
Au charme que ton Art répand dans tousles coeurs ;
Le Public adoptant un caprice coupable , ( 1 )
(1)
la Fille Arbitre Mad. Var-
Mad . Riccoles
Billets doux,
meton.
Dans
la Surprise de
boni joue le Clarice.
Rôle de
la haine,
Lucile.
De
JUILLET.
1740% 1567
De la haîne avec toi savoure les douceurs.
· Et pour lui , Lisidor est un Monstre effroyable ,
Dont il aime à causer l'amour & les malheurs ;
Mais ce qui va paroître encor plús incroyable ,.
J'ai desiré .... quels voeux hélas ! pour un Amant !
J'ai souhaité ta haîne en ce cruel moment ,
Pour repaître mon coeur de la charmante idée
D'avoir quelques instans regué dans ta pensée.
Si ton Art peut séduire un coeur vraiment épris ,
Jusqu'à lui faire aimer de mortelles alarmes ,
Quel effet doit- il faire aux yeux de tout Paris ?
Mais c'est trop peu pour toi du mérite & des charmes ,
Et ce sont , à ton gré , des apas peu Aateurs :
Tu veux devoir encor à de plus fortes armes
L'Empire'souverain des esprits & des coeurs ,
Et joindre à tant d'attraits des graces infinies ,
Un esprit dont ton Sexe est rarement orné”,
D'où les obscurités sont pour toujours bannies ,
Et d'autant plus charmant qu'il n'est jamais borné
Par l'obstacle honteux d'une triste ignorance ,
Que décore souvent une vaine assurance ,
Qui passe à la faveur des frivoles honneurs ,
Que l'homme croit devoir aux attraits séducteurs
De ces vaines Beautés qu'un Printemps a vû naître,
Qu'un Eté fait fleurir , qu'une Automne mûrit ,
Et dont après l'Hyver , qui les fait disparoître ,
Au retour du Printemps le nom même est détruit.
E Tel
1568 MERCURE DE FRANCE
Tel est le sort cruel que l'avenir prépare
A ces Divinités qu'on adore à Paris.
De vices , de vertus , assemblage bizarre ,
Leur conduite fait voir à leurs A mans surpris ,
Que ces apas sont vains , que leur esprit s'égare ;
S'ils leur offrent des coeurs sincerement épris ,
Qui des charmes réels devroient être le prix .
Une Beauté solide & toujours estimable ,
Ne connoît ces abus que pour les éviter ;
Elle charme toujours , sans vouloir être aimable ,
Et méprise des voeux qu'elle peut mériter.
C'est à tant de vertus que mon coeur rend les armes;
Et des titres si doux me semblent les seuls charmes,
Dignes de captiver un coeur dont le bon sens
Le goût , la probité , regle les mouvemens.
Je regardois les traits d'un mérite si rare ,
Comme le pur effet d'un caprice bizare.
J'esperois , en un mot , conserver ma froideur ,
A l'impossible même attachant mon bonheur.
Par mes seuls sentimens mon ame étoit guidée ;
Enyvré du plaisir de former mon vainqueur ,
Je crûs que cet objet de ma sincere ardeur
N'existeroit jamais que dans ma seule idée.
Mes yeux en te voyant d'accord avec mon coeur ,
M'ôtent jusqu'au plaisir d'une si douce erreur .
Je puis donc , sans éteindre un amour qui t'irrite ,
Je pais brûler pour toi d'un feu toujours nouveau ,
>
Et
JUILLET.
1569 1740.
Et n'adorer en toi que ce rare mérite ,
Dont j'avois , sans te voir , ébauché le Tableau .
Belle Riccoboni , permets que je te voye ,
C'est le sort du Public ; hélas ! pour un Amant ,
Quel état que celui d'un Monde indifferent ,
Qui vers toi n'est jamais conduit que par la joye ,
Et dont l'unique but est son amusement !
Mais si-tôt que je vois à la fin d'une Piéce ,
Que ta main est le prix d'une feinte tendresse ;
Le séduisant espoir dont tu viens m'enflâmer ,
Me fait sentir alors que sans cesser d'aimer ,
Le plus fidele Amant n'est pas toujours le même ,
Et sans changer d'objet , peut changer de systême.
Je ne suis plus enfin cet Amant malheureux ,
Qui craint qu'un seul regard ne trahisse sa flâme.
La douce illusion dont tu remplis mon ame ,
Veut que je sois plus tendre & moins respectueux.
C'en est fait & je vais te déclarer mes feux ....
Mais l'Amour arrêtant ce transport trop rapide ,
Vient m'accabler du poids d'un rigoureux devoir ,
Qui m'inspire une ardeur plus vive & plus timide ,
Et borne mes plaisirs à t'entendre & te voir.
R
MADRIGAL à la même.
Conseil.
Ecevez un avis & juste & salutaire
De la part d'un Amant , dont le sort seroit doux ,
Bij
1570 MERCURE DE FRANCE
Si, puisque votre Epoux a seul droit de vous plaire,
Vous ne plaisiez qu'à votre Epoux.
LETTRE de M. de Juvenel , à M. de
V*** .sur l'Essai d'Histoire des Sciences,
des Belles -Lettres & des Arts.
V
>
Ous desirez,Monsieur, que je vous trace
le Plan racourci de mon Effai d'Histoire
des Sciences , des Belles - Lettres & des
Arts , & que je vous expose la Méthode que
j'ai suivic dans la compofition de cet Ouvrage
. Je ne puis m'empêcher de faire ce
que vous fouhaitez ; mais il eſt à propos
avant que d'entamer l'analyse de cet Abregé,
de vous dire quel a été le but que je me fuis
proposé. Quoique les bornes étroites de
l'esprit humain ne permettent pas de s'apliquer
géneralement à toutes les Sciences , il
elt néanmoins très - utile d'en connoître l'Histoire
, qui consifte dans la recherche de leur
origine , de leur progrès & des Grands Hommes
qui ont parû. Cette Hiftoire eft d'une
étendue immense ; elle embraffe tous les fiécles
; elle s'étend fur tous les Peuples qui ont
sçû faire usage de leur raison. Et comme
tous les tems & toutes les Nations ont un
caractere qui leur eft propre , & qu'il fe ren-
>
contre
JUILLET. 17407 1577
contre dans les esprits une difference presque
infinie , cette varieté offre un Spectacle qui
plaît , qui intereffe , & qui donne même
des inftructions admirables à qui fçait en
profiter.
Mais l'Hiftoire Litteraire , riche en Mé
moires particuliers , n'a pas de Corps complet
des parties qui la compofent ; & c'eft
probablement à l'abondance des matieres
qu'elle renferme , qu'on doit attribuer son
extrême pauvreté. Il feroit à fouhaiter que
quelque Sçavant voulût bien remplir ce
vuide. Pour moi qui fens la néceffité de proportionner
mon travail à mes forces , je
me contente de donner au Public l'efquiffe
d'un Tableau , dont je laiffe l'execution à
une main plus habile ; trop heureux fi les
contours de cette ébauche font bien pronon
cés , toutes les parties bien deffinées , & qu'il
n'y manque que l'éclat des couleurs.
En effet un Abregé exact , fans être ennuyeux
, & concis fans être fuperficiel , a
fon agrément & fon utilité. Les jeunes Gens
qui ont reçû une bonne éducation s'y reconnoiffent
par tout. Ils retrouvent des
sciences & des fçavans dont les noms leur
font familiers, & ils aprennent à mettre toutes
ces chofes dans une fituation naturelle.
Ils voyent avec plaifir les differens caracteres
des Hommes illuftres , & dans le cours de
E iij leur
1572 MERCURE DE FRANCE
leur vie ils fçavent où raporter tout ce qu'ils
lifent , tout ce qu'ils entendent fur les Sciences
& fur les Arts. La peine eft plus grande
pour ceux qui n'ont point de Lettres
& qui n'ont pas fait les études ordinaires.
La plûpart fe plaignent de leur mémoire
; qu'il me foit permis de le dire , ils
devroient plûtôt fe plaindre de leur mauvaise
éducation.
D'ailleurs , quelque grande que puiffe être
l'utilité des Cartes particulieres , qui mettent
fous nos yeux tout le détail d'un Royaume
, ou d'une Province , on ne fçauroit nier
qu'une Carte univerfelle ne foit d'un grand
fecours pour aprendre à fituer dans leur tout
ces differentes parties de la Terre. Ainfi ceux
qui liront cet Abregé d'Hiftoire Litteraire,
verront avec quelque plaifir tous les siècles
précédens fe déveloper , & toutes les Nations
polies paffer , pour ainfi dire , en peu
d'heures devant eux . Mais , ce qui eft plus
important , & qui aide infiniment la mémoi
re , ils trouveront certains tems marqués par
quelque Evenement , auxquels ils pourront
ajufter tout le refte . C'est ce qui s'apelle
Epoque , & qui , dans l'Hiftoire des Sciences
, roule fur leur origine , leur progrès ,
leur perfection , leur décadence , & leur rétabliffement.
Tel eft le but que je me fuis proposé . Si
je
JUILLET. 1740. 1573
T'ai atteint , c'eſt au Public à en juger. Mais
pour vous mettre au fait de la méthode que
j'ai fuivie , & de la forme que j'ai donnée à
cet Effai , defcendons dans le détail .
J'ai crû que je devois me conformer au
cours d'Etudes qui se trouve établi dans les
Ecoles publiques. On y enfeigne premierement
la Grammaire , & tout de fuite la Poëtique
, la Rhétorique , la Philosophie & les
Mathématiques. A ces Etudes qui font com
munes à tous les jeunes Gens , fuccedent cçlles
qui font propres à chaque profeffion : la
Théologie , la Jurifprudence , la Médecine
la Peinture , la Sculpture , la Gravûre . Tel
eft à peu près l'ordre dans lequel j'ai mis les
Sciences , les Belles-Lettres & les Arts.
La connoiffance des Langues eft comme
l'inftrument de toutes les Sciences , & la
Grammaire facilite cette connoiffance. La
Langue Hébraïque eft conftamment la plus
ancienne. Je tâche d'en donner le Caractere .
Je diftingue les tems où elle a été la Langue
commune des Juifs , & ceux où elle n'a été
connue que des Sçavans : Je marqué les cau
fes du peu de progrès que cette Langue a
fait en Occident pendant une longue fuite
de siécles ; & je fixe l'Epoque du renouvellement
de cette Etude, ce qui me donne lieu
de parler des plus célebres Hébraïfans Allemands
& François , & des differentes Grammaires
Hébraïques.. E.iiij.
La
1574 MERCURE DE FRANCE
La Langue Grecque vient ensuite. On
voit ici son origine , ses Dialectes ; en quet
tems elle pénétra dans l'Italie ; par quels
degrés elle vint à dégénerer & à fe corrompre
; quelle fut la cause de son rétabiflement
dans les Païs Occidentaux où elle
avoit été fi long- tems ignorée ; enfin , la bizarrerie
de sa deftinée , qui la fit d'abord
respecter en France , & tomber ensuite dans
le mépris , felon qu'elle fut maniée , ou par
de beaux esprits , ou par des pedans.
"
La Langue Latine , groffiére dans fes commencemens
, s'enrichit des dépouilles de la
Langue Grecque , & arriva à sa perfection
du tems de Ciceron . On donne ici une notion
de ce qu'on apelle Urbanité Romaine ,
& l'on remarque les changemens que cette
Langue eut à effuïer après l'empire d'Augufte
. Ceux dont le goût n'étoit pas gâté ,
eftimoient le langage des Anciens ; & des
Savans s'attachoient à l'expliquer. C'eſt à
cette occafion que je passe en revûë les plus
fameux de ces Grammairiens. Cependant le
mal alla en empirant , & le Latin ceffa d'être
une Langue vulgaire. Alors on fe mit à
chercher divers moyens de l'enfeigner , &
d'éclaircir les Auteurs qui avoient écrit dans
des tems plus heureux. Vous fentez bien ,
M. que le Lecteur doit s'attendre à trouver
en cet endroit une Hiftoire abregée des
Méthodes
"
JUILLET. 1740 . 1575
Méthodes Latines , & des Commentaires .
Les Langues vivantes viennent à la fuite:
des Langues mortes , & la Langue Françoise
paroît la premiere. On la prend au
berceau. On la fuit dans fes differens âges ,
& on la conduit à sa perfection. C'eft à cette
époque que je mets l'établiſſement de l'Académie
Françoise . Je fais ensuite le parallele
de la Langue Italienne & de l'Eſpagnole, & je.
nomme les Auteurs chés lefquels il faut chercher
la premiere pureté de ces Langues. Enfin,,
après avoir obfervé que les Gens de qualité.
apprennent l'Allemand pour la commodité.
des voïages , & que les Sçavans s'apliquent à
Anglois, attirés par les excellens Livres qui
paroiffent en cette Langue , je paffe à celles:
des Turcs & des Chinois , que l'on étudie
depuis plus d'un fiécle, & qui font fort intéreffantes
parjraport à la propagation du Chri
ftianifme.
Voilà les matieres contenues dans le premier
Chapitre. Le fecond a pour objet la
Poëfie , Discours figuré & harmonieux , afe
fujetti ou aux regles du mêtre , ou à la con
trainte de la rime. La nature de la . Poëfie
fon origine , fa veritable deftination , & l'abus
qu'on en a fait , fourniffent des réfléxions
qui plairont peut - être aux. Lecteurs
judicieux. Il y a plufieurs fortes de Poëfies..
Je les parcours toutes en des Articles sépa
E V
rés
1
1576 MERCURE DE FRANCE
rés , & fais marcher à leur tête le Poëme
Lyrique. On doit , à mon avis , prendre l'idée
de fon antiquité & de fon excellence
dans les Oracles de Jacob , & dans les deux
Cantiques de Moïse . Cette Poëfie deſtinée à
loüer la Divinité , fut la feule qui fut à l'ufage
des anciens Grecs. Je paffe fous filence
Linus , Amphion & Orphée , dont les Hymnes
ont péri par l'injure des tems , & je
m'arrête à la Pleiade Grecque , fans negliger
quelques autres Lyriques. Les Romains
ne donnent qu'Horace ; & après la renaiffan--
ce des Arts , on ne voit exceller en ce genre-
là que Bucanan & Santeuil. Vida , Fabrice
& Torrentin firent de vains efforts
pour atteindre à la fublimité du Lyrique .
Tous ces Poëtes ont écrit en Latin : mais la
France a eu fa Pleiade , qui a été bien - tôt
éfacée par le grand éclat des Poëfies de Malherbe
& de Racan.
Le Poëme Epique qui fuivit le Lyrique
d'affés près , eut Homere pour pere , & fut
parfait dans fa naiffance . Virgile ne fe rendit
célébre qu'en imitant ce grand modele :
mais ceux qui fe font écartés de cet excellent
Original , comme Ovide , Lucain , l'Ariofte
, le Taffe , Lope de Vega , le Camoëns
, Chapelain , Desmarets & plufieurs
autres , anciens & modernes , dont on voit
ici les differens caracteres , font tombés ou
dans
JUILLET. 1740.
1577
dans l'enflure , ou dans le ftile froid & puéril.
L'Epopée inftruit par la narration , & le
Drame par l'action. L'action eft illuftre , ou
commune ; ce qui fait les deux genres du
Poëme Dramatique , la Tragédie & la Comédie
. Ces deux Poëmes nés dans la Grece
eurent la même époque pour le plus haut
point de leur perfection . D'un côté , Efchyle
, Euripide & Sophocle , & de l'autre
Eupolis , Cratinus & Ariftophane , fe firent
admirer par des qualités differentes , quelquefois
opofées , mais qui tendoient au but
qu'ils s'étoient propofé. Rome fut en ce
point moins heureufe qu'Athénes. Plaute &
Térence furent , à la vérité , de fort bons
Coniiques ; mais où trouvera - t'on un feul
Auteur que la Tragédie ait illuftré ? Les Italiens
& les Espagnols ont cultivé ces deux
genres de Poëfie , on verra avec quel fuccès.
Nous avons été en cela plus favori fés
que nos voifins, & même que les Romains ;
puifque le même fiécle a vû naître Corneille ,.
Moliére & Racine. L'Opera fait la conclufion
de cet Article . On y examine fa natu
re , fon origine & fes progrès.
L'Article fuivant contient le Poëme Bucolique
. Chés les Grecs , Théocrite , Bioni
& Mofchus ; chés les Romains , Virgile ,
Calphurnius & Nemefianus viennent fur les
E vi rangs
1
1578 MERCURE DE FRANCE
rangs . Quant aux Modernes , on voit en Ita
lie Petrarque , le Mantoüan , Bonarelli &
quelques autres ; en Efpagne , Gongora &
le Camoëns en France , Ronfard , Belleau ,
& dans le dernier fiécle M M. de Racan &
de Fontenelle .
.
&
A l'Eglogue fuccede la Satyre , Poëme ingénieux
que les Grecs n'ont jamais tenté ;
dont l'invention est dûe aux Romains
que les François , feuls entre les modernes
ont porté à une grande perfection . On
trouve ici , felon l'ordre des temps , les diférens
caracteres de Lucilius , d'Horace , de
Perfe , de Juvenal , de Reignier , & de M.
Defpréaux. On voit ensuite l'Apologue en
usage chés les Hébreux , les Egyptiens , les .
Grecs , les Romains & les François . Les
grands Poëmes finissent par l'Elegie , & les
petits ont à leur tête l'Epigramme & le
Madrigal , qui font fuivis du Sonnet & du
Rondeau. L'Art Poëtique termine ce Chapitre.
f
Je passerois les bornes d'une Lettre ,
j'entrois dans un pareil détail , en parcourant
les autres Chapitres. Il faut donc fe
refferrer. Après une idée générale de l'Eloquence
, j'observe qu'elle n'a regné que
chés les Peuples libres. Ainfi je cherche la
véritable Eloquence dans la Grece , avant
qu'elle fubît le joug des Descendans d'Alexandre
,
JUILLET.
1573 1740.
xandre , & dans la République Romaine ,
avant qu'elle fut foumise à la domination
des Céfars. Mais , quoique nous n'aïons pas
les occafions de parler qu'ont eû les Grecs
& les Romains , je remarque que notre
Barreau a une Eloquence qui lui est propre,
& des Avocats qui aprochent fort des Cicérons
& des Démofthenes. J'observe ensuite
que l'Eloquence fe dédommage fur la Chaire
des pertes qu'elle femble faire dans le
Barreau. En effet , les vérités qu'enfeignent
les Orateurs Chrétiens font fi fublimes , les
Myfteres qu'ils annoncent font fi auguftes ,
qu'on les reconnoit aisément pour les feuls
Dépofitaires de cette Eloquence maîtresse
des coeurs , & qui emploïe pour les toucher
les ressorts les plus puiffants , & les
figures les plus fortes . Je propose quelques
exemples de ces Orateurs ; & comme l'Art
Poëtique a dû être inséré après les diférenst
Poëmes , l'Art Oratoire , ou la Khétorique
trouve sa place après les divers genres d'Eloquence.
Avant que de quitter les Belles-
Lettres , pour venir aux Sciences , je parle
de l'Histoire ; & dans la vûe de faire connoître
fon origine , j'entre dans le détail des
Monumens Historiques , mais je passe rapidement
fur la fuire des Historiens , & je
renvoye mes Lecteurs à la troisiéme Partie
de mes Principes de l'Histoire: ( imprimés à
Paris
1580 MERCURE DE FRANCE
1
Paris en 1733. chés Alix , rua S. Jacques.)
>
Je mets la Philosophie à la tête des
Sciences. Elle en est le fondement le plus
folide : car la Logique conduit la raison , la
Métaphysique l'éleve aux premiers principes
, que la Morale aplique ensuite aux
devoirs de l'homme . De-là il est clair que
la vraie Philosophie est inséparable de la
vraie Religion , & qu'on doit chercher fon
origine dans la pofterité de Seth , & dans
celle d'Abraham . La Philosophie des Egyptiens
, bien inférieure à celle des Israëlites ,
fut néanmoins beaucoup plus pure que la
Philosophie des Grecs , laquelle fe partageant
en plusieurs Sectes , s'évapora , pour
ainfi dire , en une infinité d'opinions souvent
oposées. Je donne une idée Historique
de ces Sectes , qui dans des tems postérieurs
se répandirent dans l'Empire Romain
; & revenant fur mes pas , je parcours
en Historien les quatre Parties de la Philosophie.
J'entre dans un plus grand détail
par raport à la Physique , qui nous enseigne
les causes de tous les effets de la Nature.
Mais comme la connoissance des causes.
fuppose celle des effets qu'elles produisent ,
je dis un motde l'Histoire Naturelle , & je
passe, ensuite à l'Histoire de la Médecine ,
& des Sciences qui lui font fubordonnées ,
comme l'Anatomie , la Botanique , & la
Chymic. Les
2-
JUILLET. 1740. 1581
‹ و
la
Les Mathématiques viennent ensuite ; &
l'on voit fuccessivement l'Arithmétique , l'Algebre
, la Géométrie l'Astronomie
Géographie , la Navigation , l'Optique , les
Méchaniqnes , l'Hydroftatique , l'Architecture
Civile & Militaire , & la Musique .
Après l'Histoire des Mathématiques, on trouve
l'Histoire de la Jurisprudence & de la
Théologie .
"
,
La derniere Classe est celle des Arts , tels
que la Sculpture la Peinture , la Gravûre
, l'Imprimerie , l'Agriculture , le Jardinage
, la Chasse , la Pesche , l'Equitation,
ou l'art de monter à cheval , & la Gymnaftique
des Anciens ; enfin une courte notice.
de quelques Bibliographes , & des Auteurs
de l'Hiftoire Litteraire termine cet Ouvrage ..
Toutes ces matiéres font renfermées dans
un feul Livre in- 12 ainsi il ne faut pas
tendre à les voir traitées dans une grande
étendue. Il est fouvent plus difficile de fe
refferrer que de fe mettre au large . D'ail
leurs la brièveté ne fit jamais tort aux Livres.
s'at-
On croit quelquefois remédier à l'ennui
que cette brièveté peut causer , par un ſtyle
pompeux , ou fort orné : mais les gens fensés
ne fe païent ni de grandes phrafes , ni
de jeux d'esprit. Comme ce n'est qu'aux
personnes de ce caractere que je défire de
plaire ,
1582 MERCURE DE FRANCE
plaire , je me fuis attaché à la fimplicité & à
la pureté du ftile , perfuadé que pour fe.
faire entendre il faut être clair , & que la
clarté ne peut fe trouver que dans un ftile
fort fimple & fort pur. Tout Hiftorien doit.
être fidele & fincere : les citations que j'ai
miſes à la marge feront les garants de mon.
éxactitude à fuivre cette régle..
On me reprochera peut- être le filence.
que je garde fur l'état préfent de la Litterature
Françoife. Voici les raifons qui m'ont
déterminé à en ufer de la forte. Il eſt dangereux
de parler en bien ou en mal des Auteurs
vivans , ou de ceux dont la mémoire.
eft trop récente. La louange la mieux méritée
passe pour une pure flaterie ; la critique
la plus modefte eft fouvent regardée comme
une basse malignité ; & déflors vous
prenez parti , & vous vous rendez fuspect.
Si vous voulez éloigner de vous tout foupçon
d'amour & de haine , & paroître impartial
, attendez que les paffions foient éteintes
, & les préventions évanouies. Un bon.
Auteur croît de réputation à mesure qu'il
s'éloigne de fon fiècle. C'eft à la Poftérité
à donner un jugement décifif. Le Public
ce Juge fi infaillible , & fi ferme dans fes
décifions ; le Public , dis -je , a fouvent varié
fur les Auteurs vivans. Quinault l'a éprouvé
; mauvais Poëte pendant fa vie pour le
Lyrique
JUILLET. 1740. 1583
Lyrique du Théatre , excellent Poëte en ce
genre après fa mort. L'illuftre Racine l'a
éprouvé. Son Alexandre cut fes Cenfeurs ;
fon Andromaque eut fes Critiques . L'admirable
fimplicité de Berenice fut une affreufe
fterilité , & la beauté des caracteres de Bri
tannicus n'exempta pas cette Piece des traits
mordans de la Satyre. Je le dis hardiment ;
& je ne crains pas d'être défavoüé. Le Public
eft aujourd'hui décidé fur le mérité de
ce grand homme. Ses Tragédies font dans
les mains de tout le monde ; on les fçait de
mémoire. Nous pouvons efperer que quelques
Ouvrages de nos contemporains auront
une pareille deſtinée. Mais que tel Ouvrage
paffera à la pofterité , il y auroit , ce me
femble , un peu de vanité à tâcher de le
deviner , & beaucoup de temerité à le pro
noncer.
Les Differtations fur les Manufactures
& fur l'origine des Académies & de quelques
Arts méchaniques , ont déja été imprimées.
Elles parurent en 1738. dans le Mercure
de France. Plufieurs perfonnes aïant défiré
d'avoir enfemble ces trois Difcours
j'ai jugé à propos de les joindre à ces Effais
d'Hiftoire Litteraire avec l'agrément de
>
1
l'Auteur du Mercure. Peut- être trouvera - t'on
que les matieres de ce Suplément ne sont
pas tout- à- fait étrangeres à celles de mon
Ouvrage
1584 MERCURE DE FRANCE
Ouvrage , & qu'elles fervent quelquefois à
l'éclairer et à lui donner plus d'étenduë.
Les Tables des Titres & celles des Matiéres
font, d'un grand fecours aux Lecteurs ,
quand elles font exactes . Je n'ai pas négligé
de leur procurer ce double avantage.
Au refte , le Livre dont vous venez de lire
L'Extrait , & qui eft décoré de l'Aprobation
de M. de Fontenelle , fe trouve à Lyon chés
les Srs Duplain , pere & fils , rue Merciere
qui vont le mettre en vente , & qui ont
eû toute l'attention poffible pour qu'il fût
imprimé fur de bon papier , en beaux caracteres
.
>
Vous trouverez , fans doute , ma Lettre
trop longue. Ce qui me rassûre , c'est qu'on
ne court jamais rifque de vous ennuyer , lors
qu'on parle des Sciences & des Beaux Arts.
D'ailleurs il étoit difficile d'être plus laconique
& de vous mettre bien au fait , & en
peu de mots , de tout ce que vous fouhaitiez
de fçavoir. Je fuis &c.
,
A Pezenas , ce . 20. Avril 1740 .
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Juin , I.Vol. font la Cire d'Es
pagne, Gaultier & Tempeftas. On trouve dans le
premier Logogryphe , Tigre , Grive , Rit , Ri,
Valet , Ean , Ail , Val , Glu ; & dans le second
JUILLE T. 1740 . 1585
cond Tempe , Tapete , Tefta , Seta , Sepes, Pes;
&
Apes. C
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du second Volume par , Cloche ,
Chapeau , & Rameau . On trouve dans
le premier Logogryphe , Peau , Chape ,
Eau ; & dans le second , Mer , Ame , Eau,
Mare , Rame , & Arme."
its its
Comme
ENIGM E.
Omme un Trompeur doit être adroit ,
Plus je fuis beau , moins l'on me voit .
Les hommes m'ont formé de la même maniere
Dont Dieu du premier homme anima la matiere.
Je fuis incorruptible & puis durer mil áns.
Ce n'eft pas tout , Lecteur , j'ai bien d'autres talens
Je préfide aux effets magiques ,
Dont l'Art fçait faſciner tes yeux :
J'emprunte du flambeau des Cieux
Un feu dont je pourrois brûler des Républiques:
Je fuis pourtant chés toi d'ufage familier :
On me voit fur ton eſcalier ,
Dans ton apartement , à ta cave , à ta table s
Par tout je te fuis agreable ,
Pourvû que j'y fois tout entier.
Mais c'est en vain que je me vante ,
Er
1586 MERCURE DE FRANCE
Et mon deftin jamais ne peut être complet ,
Tant que tu garderas ton étourdi Valet >
Et ta maladroite Servante .
Flocard à Paris .
*************************
LOGOGRYPHE.
L Ecteur , je fuis tout à la fois
Un mot Latin , un mot François.
Un, deux ,trois , en Latin mon nom eft redoutable,
Un, deux, trois , en François mon fon eft agréable ;
Puis dans un autre fens je cauſe la douleur ;
Trois ; deux , & un , je fuis une maffe immuable ,
Deux , & trois ; je produis la peine & le bonheur
LOGOGRYPHUS.
Orporis humani pars fum notiffima , Lector
A me procedunt orbis miracula feptem.
Jupiter iratus per me fua fulmina vibrat.
Per me Rex hoftes fuperat ; difcordia ceffat.
Quinque pedes babeo, quos fi diviseris aptè ,.
Me cernes fubito in varias tranfire figuras ;
Namque caput tollas , fiet deformis image ;
Eripias ventrem , furget facri incola montis ;
Membra duo refeces , felis. tunc prada ſubibit.
A Joigny. J. B. Men .... :
NOW!
JUILLET. 1740. 1587
完完沫:
NOUVELLES LITTERAIRES
L
DES BEAUX ARTS , &c.
ARELIGION PROUVE'E PAR LES FAITS,
par M. l'Abbé d'Houteville, de l'Académie
Françoise . Ouvrage dédié au Duc d'Ocleans,
Nouvelle Edition, 1740. A Paris, chés
Gregoire du Puis , à la Couronne d'Or , près
la Fontaine S. Severin , in-4° . 3. Volumes ;
le prix en blanc eft de 24. liv.
CHRONOLOGIE DE L'HISTOIRE SAINTB
& des Hiftoires étrangeres qui la concernent,
depuis la Sortie d'Egypte jufqu'à la Captivité
de Babylone , par Alphonse Des Vignoles , à
Berlin , chés Ambroise Haude , 1738. 2. volumes
in-4°,
L'ABBE'REGULIER sacré Evêque in Par
tibus Infidelium , ou Traité dans lequel on
examine l'état d'un Abbé Régulier après sa
Consecration Episcopale , à Luxembourg ,
par le R. P. Albert Marion , Chanoine Regulier
de l'Ordre de Prémontré , Prieur de
Senzey, au Diocèse de Toulouse , in-4º.
PLAN DU SYSTEME SOLAIRE , avec des
Orbites des Planettes & des Cométes connues
1588 MERCURE DE FRANCE .
nuës , dreffé sur la Carte Angloise de M.
Wifton , et sur les Tables des Cométes de M.
Halley , suivant les Principes de M. Newton,
se trouve à Paris , chés Montalant, Libraire,
Quai des Auguftins,à la Ville de Montpellier.
LETTRES sur la maniere de Gouverner les
Maisons Religieuses , à Paris , chés Hyppo
lite-Louis Guerin , Libraire , rue Saint Jacques,
à S.Thomas d'Aquin , vol. in - 12 . 1740.
TRAITE' DES FINANCES & de la fauffe
Monnoye des Romains , auquel on a joint
une Differtation sur la maniere de discerner
les Médailles antiques d'avec les contrefaites
, à Paris , chés Briaffon , rue S. Jacques ,
મે
à la Science , in- 12 . de 345. pages , fans une
Préface Hiftorique , 1740 .
CAUSES CELEBRES & Intereffantes , avec
les Jugemens qui les ont décidées , recueillies
par M***. Avocat au Parlement , Tomes
XV. & XVI . Le premier de 607. pages,
fans l'Avertiffement , & le second de 549.1
in-12. 1740. A Paris , chés la Veuve De-
Laulne , rue S. Jacques , à l'Empereur ; Cavelier
, au Lys d'Or , même ruë ; Le Gras , à
I'L couronnée , & Nully , à l'Ecu de France,
au Palais.
ESSAI sur la Vente des Immeubles & des
OffiJUILLET
1740 1589
Offices par Decret , principalement ſuivant
l'usage du Duché de Bourgogne. Avec des
Observations sur les Ventes Judicielles , sur
les Decrets Volontaires & fur les Directions :
Et un Recueil d'Edits , Déclarations , Arrêts
de Reglement , Certificats d'usage & Formules
sur cette Matiere. Par M. Thibault ,
Procureur au Parlement. A Dijon , chés
Arnauld - Jean- Baptifte Augé , Imprimeur du
Roy & du Parlement , in-8 °. 1737. L'Ou-'
vrage eft dédié à M. de Barbisey , Premier
Préfident du Parlement de Bourgogne.
LES OEUVRES SPIRITUELLES du Pere
François Arias , de la Compagnie de Jesus,
traduites de l'Espagnol , à Lyon , chés la
Veuve de la Roche , &fils , ruë Merciere , à
POccafion , 2. Volumes in . 12. Le premier
de 362. pages , le second de 368. fans la
Preface.
TRAITE' de quelques Maladies de la Poitrine
, avec leur Diagnoftic , Pronoftic , &
Pansement , fondés fur les Observations &
les Préceptes des plus habiles Médecins ,
dont on raporte les Aphorifmes , par G. F.
Crendal , Médecin de l'Hôpital Royal de
Valenciennes. A Paris , chés Jacques Clou
fier , rue S. Jacques , aux Armes de France ,
1739. Volume in- 12 .
DIS1590
MERCURE DE FRANCE
DISSERTATIONS sur l'Hiftoire Eccléfiaftique
& Civile de Paris , suivies de plufieurs
éclairciffemens de l'Hiftoire de France. Ouvrage
enrichi de Figures en Taille douce.
Par M. l'Abbé Lebeuf, Chanoine & Sous-
Chantre de l'Eglise d'Auxerre . A Paris ,
chés Lambert & Durand , Libraires , ruë
S. Jacques. Volume in - 12 , de 512. pages ,
1739.
J
GRAMMAIRE ESPAGNOLE
ET FRANÇOISE
.
Par le Sr François Sobrino , corrigée & augmentée
confiderablement
, Cinquiéme
Edition
, à Paris , chés Pierre Witte , Libraire
rue S. Jacques , in- 12. 1740,
ruë
CARACTERES DE L'AMOUR ET DE L'AMITIE'
entre deux Personnes de different Sexe,
par M. M. ***. A Paris , chés Quillan , ruë
Galande , à l'Annonciation , 1740. Brochu
re in- 12 . de 48. pages.
FORTIFICATION NOUVELLE , ou Recueil
'de differentes manieres de fortifier en Europe
, par M. Peffinger , in- 8 ° . avec figures ,
1740. à la Haye.
OEUVRES DE MATHEMATIQUES , où l'on
trouvera les premiers Principes du Calcul
numérique & algébrique , la Géométrie ElémenJUILLET.
1740: 1591
mentaire des Anciens & des Modernes , par
M. Blaise. 1740. Vol. in - 12. avec 15. Planches
gravées. A Paris , chés Quillau , ruë
Galande , à l'Annonciation. Prix 4. liv.
NOUVELLE BIBLIOTHEQUE , Ou Hiſtoire
Litteraire des principaux Ecrits qui se publient.
Octobre, 1738. Tome premier , à la
Haye , chés Pierre Paupie. Petit in - 12 . de
I 20. pages.
. Cet Ouvrage nous paroît venir de trèsbonne
main , & écrit d'un style vif , pur &
agréable pour en donner une jufte idée
transcrivons ici le commencement de la Préface
: S'il eft un Emploi difficile à remplir dans
La République des Lettres , c'eft celui de Journaliste.
Un Hiftorien ne parle ordinairement
que des Perfonnes qui sont mortes. Rarement
écrit-on la vie d'un Prince pendant sa vie , on,
fi cela arrive , celui qui la compose , n'oublie
pas de donner à fon Heros les louanges les plus
séduisantes. Il espere que la récompense qu'il
en recevra , seraproportionnée à la grandeur
de ses Eloges. Les autres Ecrivains ont rarement
l'occafion de s'attirer des ennemis. Un
Poëte peutfaire d'excellens Vers sans médire.
Un Philosophe eft le maître de soûtenir son
Systême sans émouvoir la bile des autres.
Mais , unJournaliste , obligé de montrer également
les beautés & les défauts des Ouvrages
F court
>
1592 MERCURE DE FRANCE
court risque de se faire tous les jours de nonveaux
ennemis.
En louant également les bons & les mauvais
Livres , ce qui n'arrive que trop souvent , on
peut prévenir le mécontentement des plus mauvais
Auteurs. On tombe alors dans un inconvénient
plus facheux que le premier. On trompe
le Public ; on devient le fauteur de l'avidite
de certains Libraires , & le complice de tous
ceux qui préparent à leurs Lecteurs un mortel
ennui , augmenté ordinairement par le repentir.
d'avoir employé mal à propos de l'argent à la=
chat d'un Livre pitoyable.
On promet dans cette Préface beaucoup
d'égards pour les Auteurs des Ouvrages dont
on rendra compte , & une grande impartia
lité. Il cft affreux , ajoute-t'on , que l'on
» proftitue le plus bel apanage que le Ciel
» nous ait donné , & qu'on faffe fervir l'Esprit
à percer la Vertu des traits les plus em .
» poisonnés. Nous séparerons toujours les
» Auteurs de leurs Ouvrages , & nous dé-
» clarons ici , qu'en critiquant les fautes
» que nous croirons apercevoir dans leurs
» Ecrits , nous ne prétendons diminuer en
» rien leur mérite personnel , &c.
» En relevant les défauts , nous n'oublie
» rons pas les beautés que nous aperce
" vrons , &c.
» Quant aux bons Ouvrages , dont nous
par
JUILLET. 1740. 1593
parlerons , nous prions les Lecteurs de
" nous pardonner , s'il nous échape quelque
louange un peu trop forte. L'admiration
que causent les Ouvrages des Grands Hom-
» mes , fait naître une espece d'Entouſiaſme,
» contre lequel il eft bien difficile d'être tou
jours en garde. On peut blâmer avec beaucoup
de fang froid un mauvais Auteur,
" parce que l'ennui qu'il cause , affoupit les
fens , & rend plus flegmatique. Il eſt aisé
» alors de mesurer fes termes. Mais quand
» on lit les Ouvrages d'un Homme , tel que
» Locke , on eft saifi tout à la fois de respect
& d'admiration. On bénit le fiécle
qui a produit un Génie auffi profond, & c.
Voici quelques Articles des Livres , dont les
Extraits nous ont parû bien faits,
CONTINUATION DE L'HISTOIRE UNIVER
SELLE de Meffire Jean - Baptifte Boffuet ,
Evêque de Meaux , contenant ce qui s'eft
paffé de plus remarquable , depuis l'an 800 .
de N. S. jufqu'à l'an 1737. Tomes II . III. &
IV. A Amfterdam , chés François l'Honoré ,
& Fils , 1738.
COMMENTAIRE fur la Traduction en Vers
de M. l'Abbédu Resnel,de l'Effai de M. Pope
fur l'Homme, par M. de Crousa , Conseiller
des Ambaffades de S. M. le Roy de Suede ,
& Landgrave de Heffe - Caffel , ci - devant
Gouverneur de S. A. S. le Prince Frederic
Fij
de
3594 MERCURE DE FRANCE
de Heffe , & Membre des Académies Roya
les des Sciences de Paris & de Bourdeaux ,
A Geneve, chés Peliffary & Compagnie, 1738, 1
8. pag. 375.
DE'FENSE de la Religion , tant naturelle
que révélée contre les Infideles & les Incrédules
, extraite des Ecrits publiés pour la
Fondation de M. Boyle , par les plus habiles
Gens d'Angleterre , & traduite de l'Anglois
de M. Gilbert Burnet , Tome I. in- 8°. de
508. pages , à la Haye , chés Pierre Paupie.
DISSERTATION fur l'incertitude des cinq
premiers Siecles de l'Hiftoire Romaine , par
M. L. D. B. à Utrecht , chés Etienne Neaulme.,
1738. in- 8 ° . de 348. pages , fans la Préface
qui en a 12.
HISTOIRE DES RATS , pour fervir à l'His
toire Universelle. A Ratopolis. 1738. in- 8 ° .
de 140. pages. Quoique ce Livre ne soit
qu'un fimple Amusement , & donné pour
rel par fon Auteur , notre Journaliſte employe
dix pages entieres à le cenfurer sérieu
sement à quelques ironies un peu mordantes
près.
->
L'ARISTIPE MODERNE , ou Reflexions
fur les Moeurs du Siécle , à Amfterdam , chés
François l'Honoré , & Fils ; 1738. in- 12 . de
298. pages. Ce petit Volume eft terminé
par des Nouvelles Litteraires. Le fecond
Tome de cette Nouvelle Bibliothéqu:, qui
eft
JUILLET. 1740. 1595
eft le mois de Novembre , commence par
cet Article.
LETTRES fur la Religion Effentielle à
l'Homme , diftinguée de ce qui n'en eft que
l'Acceffoire. A Londres , chés Jean Nourse,
1738. in- 8 °. de 389. pages , fans l'Epitre Dédicatoire
, & quelques autres Piéces prélimi
naires , qui font 60. pages.
HISTOIRE DES REVOLUTIONS De France ,
où l'on voit comment cette Monarchie s'eft
formée , & les divers changemens qui y
font arrivés par raport à son Etendue & son
Gouvernement. On y a joint des Remarques,
& les Faftes des Rois de France , depuis
Clovis , jufqu'à la mort de Louis XIV. par
M. de la Hode , 4. Vol. in- 12. 1738. chés
Goffe & Moetjens. Le premier Tome de 383 .
pages , le fecond de 576. le troifiéme de 370.
& le quatrième de 5 20.
>
Dans les Nouvelles Litteraires , on aprend
* à l'Article de Marfeille , que M. de Boyer
d'Argens , Chevalier de Malthe , Lieutenant
de Galere , a été choifi par l'Académie de
cette Ville , pour composer le Tribut qu'elle
doit annuellement à l'Académie Françoise.
Le sujet de fon Difcours , eft , qu'on juge
mieux des Ouvrages de Poëfie & d'Eloquence
parfentiment , que par Discuffion. Cet Ouvrage
eft d'une demie- heure de lecture. Ify
a aparence qu'il fera reçû du Public avec
F iij aplau#
596 MERCURE DE FRANCE
aplaudiffement , puiſqu'il a mérité l'apròba
tion d'un des plus fçavans Hommes de l'Eu
rope. Voici la Lettre que M. l'Abbé du Bos ;
Sécretaire de l'Académie Françoiſe , a écrite
à M.de la Vifclede , qui remplit la même
Charge dans celle de Marfeille.
t
و ر
"
و د
.
PP
>
» Hier , Monfieur , je préfentai à l'Acadé-
» mie le Tribut que lui envoyoit fa Fille de
» Marfeille , & que vous m'avez fait l'hon-
" neur de m'adreſſer il fut lû fur le
champ , & je puis vous dire , fans alterer
» en rien la verité › que je n'ai vû , de-
» puis que je fuis dans la Compagnie , aucun
Ouvrage plaire davantage , ni mériter plus
» d'aplaudillemens. Enfin il réüffit fi bien ,
» qu'il me fut impoffible de cacher ce que je
fçavois de l'Auteur. L'Académie me char-
» ge de l'exhorter à continuer de travailler.
» Je dis à continuer. On n'eft pas auffi avan-
!» cé qu'il l'eft à fon âge , lorfqu'on n'a pas
» bien employé tout fon tems. Vous jugez
bien que nous nous emprefferons de lire
l'Ouvrage dont il s'agit , a notre premiere
» Affemblée publique. Il fera enfuite impri-
» é dans notre Recueil , tel qu'il eft , fans
» y changer un feul mot. L'Académie m'or-
» donne d'assûrer la vôtre des fentimens de
» l'Amitié la plus tendre ; en mon particu
»lier , foyez bien perfuadé de l'eftime & de
» la refpectueufe confideration &c. à Paris ce
"
» 16.
JUILLET. 1740. 1597
16. Août 1738. Signé , l'Abbé du Bos ,
Sécretaire perpetuel,
! "
M. le Chevalier d'Argens travaille aujourd'hui
, à ce qu'on dit , à perfectionner un
Ouvrage qu'il a écrit fur les Moyens d'exciter
La Terreur & la Pité dans la Tragédie . Ce
jeune Officier , qui donne à tous fes Camarades
un exemple fi loüable , & qui fe garde
bien de croire que l'amour des Sciences ne
peut s'accorder avec celui du Service , eit le
même Chevalier , à qui fon frere le Marquis
d'Argens a dédié la Philosophie du Ben Sens.
LES VIES des Hommes Illuftres de la France
6. Tome III. &c..
con- Ce Volume , de plus de soo. pages ,
tient dabord la Vie, on plûtôt l'Hiftoire fuivie
du Miniftere de MAXIMILIEN DE BETHU
NE
Baron de Rosni , Duc de Sulli , Maréehal
de France , Premier Miniftre fous Henri
IV. C'est peut - être l'Ouvrage le plus travaillé
, le mieux écrit , le plus inftructif & le
- plus digne d'être lû , de tous ceux qui compofent
le grand Recueil , dont nous continuons
de rendre compte. Nous avions d'abord
projetté de le placer en entier dans çe
Journal ; fa feule longueur , car il contient
lui feul les trois quarts de ce III. Tome, nous
en a empêchés ; mais le Public n'y perdra
rien , tout le monde étant à portée d'en faire
E iiij la
1598 MERCURE DE FRANCE
la lecture dans le Livre même , que le St
Le Gras , Libraire au Palais , continue de
vendre avec fuccès . Pour ne point exceder
nos bornes , & pour fuivre le Plan que nous
nous fommes faits , nous préfenterons à nos
Lecteurs la Vie illuftre de CHARLES D'ALBERT
Duc de Luynes , Pair, Connétable , &
Premier Miniftre fous Louis XIII. qu'on trouve
à la fin du même Tome.
Il naquit en 1578. d'Honoré d'Albert , Scigneur
de Luynes , de Brantes & de Cadenet
, & d'Anne Rodulf , alliée aux Maiſons
de Foix , de Parthenay , de Saluces , d'Oráifon
, d'Angennes , de Montmorency , & c.
Honoré d'Albert , Chevalier de l'Ordre du
Roy , defcendoit de Thomas Alberti , qui ,
lors de l'exil des Alberti de Florence , vint
s'établir au Pont- Saint- Efprit. Celui - ci füt
Pannetier du Roy, Bailli d'Epée de Vivarez ,
& de Valentinois , Viguier Royal du Pont-
Saint- Efprit , &c.
Honoré fut envelopé dans la Conjuration
formée par Coconas , & de la Molle , Officiers
du Duc d'Alençon , dont Honoré d'Albert
étoit Chambellan. I fe juftifia par un
combat en champ clos , en présence & par
la permiflion du Roy , contre le Capitaine
Panier , qu'il tua. Ce combat fut le dernier
que nos Rois ayent autorisé.
Honoré poffeda plufieurs Emplois à la
Cour ;
JUILLET. 1740 ... 1599
Cour ; il fut , comme on l'a vu plus haut
Chambellan du Duc d'Alençon , & Colonel
des Bandes Françoifes. Après la mort de ce
Prince , il fe retira pour quelque tems , & ne
revint à la Cour , que pour préfenter Charles
de Luynes , dont il s'agit dans cette Hiftoire
, à Henry IV, qui lui avoit fait l'honneur
d'en être le Parain , & que ce Prince retint
pour Page de fa Chambre. Dès-lors Luynés
eut le bonheur de plaire au Dauphin , & lui
fut toujours particulierement attaché. C'étoit
à lui que ce jeune Prince , devenu Roy , fe
confioit des chagrins que lui donnoit l'autorité
fans bornes du Maréchal d'Ancre , que
la prifon du Prince de Condé avoit achevé
de rendre odieux à toute la Nation. Tous
les Seigneurs mécontens du Gouvernement
de la Regence , fe joignirent au Favori du
Roy , & on fait quel en fur l'Evenement.
Luynes , que fon efprit & fon adreffe à tous
les Exercices , avoient rendu jufque- là néceffaire
au Roy , pour fes amufemens , lui
devint enfuite néceffaire pour fes affaires , par
la capacité qu'il y fit voir , & fut chargé de
l'adminiftration génerale de l'Etat.
Son premier foin fut de faire la paix avec
les Princes , & de rendre le repos au Royaume.
Le Duc de Mayenne par fon confeil ,
ayant envoyé au Roy les Clefs de la Ville de
Soiffons Sa Majefté reçût avec tant de
Fy bonté
"
1600 MERCURE DE FRANCE
bonté le Gentilhomme chargé de les lui
aporter , que le Duc de Nevers , celui de
tous,dont le Roy avoit le plus de sujet d'être
mécontent , inftruit de cet accueil , revint à
la Cour comme les autres , & y reçût les mêmes
honneurs qu'auparavant.
La Reine étoit alors éloignée de fon fils ;
Luynes étoit inftruit de fes plus secrets fentimens
, par le commerce de Lettres que cette
Princelle avoit avec Barbin. Cet homme,
qui de Procureur du Roy à Melun , étoit
parvenu à la place de Controlleur Général
des Finances , fut arrêté à la mort du Maréchal
d'Ancre , & conduit à la Baftille . On
lui parla d'abord de ce qu'il avoit à craindre
des recherches fouvent fondées & toujours
dangereufes pour ceux qui ont occupé de
pareilles places ; & on lui fit esperer en mê
me tems de l'en garentir , s'il travailloit à
calmer le reffentiment de la Reine. Pour y
parvenir , on lui permit d'écrire à cette Princeffe
, & d'en recevoir des réponfes , que
Pon ouvroit fans qu'il le fçût. Barbin moins
fidele à Luynes qu'à Marie de Medicis , ne
fe fervit de cette liberté que pour l'irriter da
vantage . Luynes alors crût qu'il étoit inutile
de fufpendre plus long tems le cours de la
Juftice , & il abandonna Barbin à toute la
rigueur des Loix. On fçait l'Evenement fingulier
qui arriva , lorfque les Juges alloient
aux
JUILLET. 1740. 1601
aux opinions. Un d'entre eux parût perdre
tout à coup les fens & la voix , & revenu de
*fon évanouiffemet , harangua fes Confreres ,
prêts alors , difoit- on , à condamner Barbin
à la mort , il leur dit qu'ils priffent garde de
condamner un innocent , & par des difcours
pathétiques , joints à la fingularité de cette
avanture , il les ramena à ne condamner
Barbin qu'au banniffement.
Luynes agiffoit cependant auprès de toutes
les perfonnes qui environnoient la Rẹine
; mais fon objet principal étoit de gagner
l'Evêque de Luçon , qui avoit le plus de crédit
fur fon efprit.
Richelieu n'ayant point répondu aux avances
de de Luynes , devint fufpect , & reçût
ordre de s'éloigner de la Reine. Cette Princeffe
fut extrémement fenfible à l'exil de
l'Evêque de Luçon ; elle tenta toutes fortes
de moyens pour le faire revenir ; mais Luynes
fur toujours inflexible , & ne lui accorda
enfin le retour de ce Prélat , que quand il
pût croire que le tems & les confeils des
perfonnes sages , qu'il avoit fçu gagner ,
avoient effacé du coeur de cette Princeffe
tout' defir de
gouverner.
Cependant M. le Prince reftoit toujours
enfermé dans la Baftille ; il y avoit alors une
trop grande fermentation dans les fprits ,
pour ne pas craindre les premiers reffentimens
Fyj
de vj }
18a2 MERCURE DE FRANCE
:
de ce Prince , quand il auroit recouvré fa
liber
& peut- être auffi que Luynes vouloit
fe donner le tems d'établir fon autorité ,
trop foible encore pour l'effayer contre le
premier Prince du Sang.
Il eſt vrai que , comme fa prifon avoit été
Pouvrage de la Régente , toute la haine en
devoit tomber fur elle , & que M. le Prince
délivré par les foins de de Luynes , devenoit
un nouvel apui à la Cour pour ce Favori . Les
Partifans de Marie de Medicis fentirent tout
Pavantage que Luynes en pouvoit tirer , &
infpirerent à la Reine , lors de l'accommodement
, qui commençoit à fe traiter entre le
Roy & Elle , de demander pour une des
conditions principales , la délivrance du
Prince de Condé. Par là , elle comptoit regagner
un fi puiffant ennemi , & fe faire
honneur de fa liberté , dans l'efprit des Peu--
ples , en même tems qu'elle en ôteroit tout
le mérite au premier Miniftre.
Tant d'interêts oposés , procurerent la liberté
au Prince & à la Princeffe de Condé ,
qui avoit fuivi fon mari dans fa prifon ."
Luynes alla à Vincennes , où ils avoient été
transferés , & d'où il les ramena à Chantilli
pour faluer le Roy. On rendit une Déclaration
, par laquelle la Reine étoit chargée
du reproche de tout ce que ce Prince avoit
fouffert ; & fur les plaintes qu'elle en fit , on
en
JUILLET. 1740. 1653
en rejetta la faute fur le Garde des Sceaux
du Vair , lequel avoit dreffé la Déclaration.
2-
Le Prince de Condé , rentré une fois dans
les bonnes graces du Roy , ne fe mit plus
au hasard de les perdre . La Cour ne vit ja
mais depuis un Courtifan plus dévoué ; & il
affecta un grand empreffement à accompagner
de Luynes au Parlement quand il y fut
reçû Duc & Pair , par l'Erection de la Terre
de Maillé en Duché.
་ ་
L'exil de la Reine duroit toujours , & l'envie
qu'exci oit la faveur de de Luynes , lui fit
craindre qu'on ne cherchât à reconcilier la
Reine avec fon Fils , aux dépens de fon autorité.
La Cour fembloit partagée entre Marie
de Medicis & le Duc de Luynes ; il falloit
voir , difoit le Maréchal de Bouillon
lequel , fans fe commettre , attendoit alors
à Sedan la fin de cette avanture , qui gouverneroit
fous le nom d'un Roy foible , ou
de la Mere , ou du Favori. Tant que la Reine
étoit éloignée , on étoit dans l'incertitude
de fçavoir fi , en revenant à la Cour , elle ne
reprendroit pas toute fon autorité. Et il n'y
avoit que fon retour fans crédit qui pût rendre
la fortune de de Luynes invariable . D'ail
leurs le Parti quel qu'il fût , auquel on
vouloit fe déterminer , ne fouffroit plus de
remife ; on fçait tout ce que le Duc d'Epernon
1604 MERCURE DE FRANCE.
non entreprit pour mettre la Reine en liberté
;
시
cette Princeffe , follicitée d'un autre côte
par
le Duc
de
Kohan
, Chef
du
Parti
Huguenot
, étoit
tentée
de s'y livrer
.
›
Le Duc de Mayenne , Maître de la Guyenne
, qui ne cherchoit qu'un nom & qu'un
prétexte pour remuer , rendoit ce Parti redoutable
, sans en être. Tout cela donnoit
de juftes allarmes au Roy , ou plûtôt à ſon
Miniftre. M. de Luynes crût dans ces circonftances
qu'il pouvoit se fier à l'Evêque
de Luçon ; il étoit de l'interêt de ce Prélat ,
qui vouloit gouverner Marie de Medicis ,
d'empêcher qu'elle ne fe mît dans la dépendance
de tant de Grands Seigneurs , & que
par là elle ne lui échapât. Son crédit für
cette Princeffe ne pouvoit jamais lui être
plus utile , qu'en se rendant néceffaire à la
Cour , & en mettant à prix la reconciliation
de la Reine avec fon Fils. Cetre conformité
d'interêts rendit la négociation facile entre de
Luynes & Richelieu ; la Reine revint enfin
à la Cour. On permit à l'Evêque de Luçon
de folliciter pour lui un Chapeau à Rome
& Mlle de
Niéce , époufa M. de Pont- Couslay fa
Combalet , Neveu de
M.de Luynes : c'eft elle qui fe nomma depuis
Madame d'Aiguillon. Ce Chapeau ne vint
pas fi - tôt de Luynes craignoit trop l'Evêque
de Luçon pour ajoûter cette grande Dignite
:
à
JUILLET. 1740. 1605
à des talens qui l'aprochoient déja de trop
près de la premiere Place . Il fit entendre au
Roy qu'il falloit que M. de la Valette , Archevêque
de Toulouze & fils de M. d'Eper
non , paffât le premier , & ce ne fut qu'après
la mort de Luynes que la promeffe du
Roy fut accomplie .
;
Jusque- là , les négociations avoient été le
principal objet du Miniftere de de Luynes.
Il étoit tems qu'il cherchât à en relever l'éclat
par quelque entreprise qui fût en même
tems utile à sa gloire & à la grandeur de son
Maître la Religion lui en fournit les
moyens. Le parti Proteftant étoit trop puissant
en France , pour qu'il ne fût pas de la
gloire & de la sûreté du Miniftre de chercher
à l'abattre ; les circonftances étoient
favorables ; les Calviniftes avoient bien perdu
de leurs avantages , non qu'ils euffent
encore pour Chefs des Hommes d'une haute
naiffance , & d'un grand courage , mais
ce n'étoient plus que des Particuliers ; le
Roy de Navarre les avoit soûtenus pendant
un tems ; les Princes de la Maison de
Condé avoient été leurs plus zelés défen
seurs mais tous ces interêts avoient changé
; l'avenement de Henri IV. à la Cou
ronne leur avoit fait perdre un fi puiffant
apui , & Henri II . Prince de Condé , étoit
forti Royalifte de fa prison. Luynes profita en
僮
homme
1606 MERCURE DE FRANCE
> homme habile de ces circonftances , &
commença ce grand ouvrage , que la mort
seule interrompit , & dont la consommation
étoit réfervée au Cardinal de Richelieu.
B
4
"
Avant que d'entreprendre cette guerre , de
Luynes avoit obtenu l'Epée de Connétable ;
cette affaire s'étoit conduite avec beaucoup
d'habileté. Le Maréchal de Lesdiguieres
étoit sans contredit , l'Homme du Royaume
le plus digne de cette haute Dignité ; c'étoit
d'ailleurs un Chef puiffant à enlever aux
Proteftans , & fon abjuration en devoit être
le prix. On détermina le Roy à faire revivre
en sa faveur la Charge de Connétable ,
vacante depuis la mort de Henri de Montmorency
, décedé en 1614. mais bien - tôt
après on se servit de la réputation même de
ce grand Capitaine , pour le rendre suspect.
La Charge une fois créée , il devenoit plus
facile à de Luynes de fe la faire donner. Et on
agit fi habilement auprès de Lesdiguieres ,
qu'il consentit à la voir conferer au Favori ;
se contenta de la Dignité de Maréchal
Géneral des Camps & Armées du Roy.
Cette Dignité de Maréchal Géneral avoit été
créée pour le Maréchal de Biron & avoit
ceffé avec lui.
i
Le Connétable ne fongea plus qu'à commencer
la guerre contre les Proteftans ; le
debut
JUILLET. 1740 , 1607
debut en fut brillant ; on s'empara de Saumur
par adreffe ; toutes les Villes des Réfor
més en Poitou , en Saintonge , en Angou
mois , en Normandie , en Bretagne , furent
soûmises , & on résolut enfin le Siége de
Montauban,
Ce Siége entrepris sans trop de précautions
, mal conduit par la jaloufie des Capitaines
, envieux de la Grandeur de Luynes
levé enfin au bout de trois mois de travaux
inutiles , auroit peut- être été le terme fatal
de la faveur du Connétable , fi bien- tôt
après il ne l'avoit pas été de sa vie.
Louis XIII. toujours jaloux de fon propre
ouvrage , dès qu'il croyoit l'avoir élevé trop
haut , regardoit déja le crédit de M. de
Luynes , & la foule des créatures qu'il s'étoit
faites comme une diminution de fon
autorité : il s'en ouvrit à M. de Puifieux , au
Pere Arnoux , son Confeffeur , & à Baffompierre
; & sans doute il étoit à craindre que
les Brigues ne prévalussent , & que le Connétable
n'eût survécû à sa fortune , fi une
mort prématurée ne l'avoit pas enlévé au
milieu de toutes fes Grandeurs.
>
Y
Le Siége de Montauban fut levé , comme
nous l'avons dit , dans le mois de Novembre
1621. De Luynes, mortifié de ce mauvais
succès , en rejetta la faute sur ceux qui y
avoient fervi, L'imprudente bravoure du Duc
de
1608 MERCURE DE FRANCE
de Mayenne , qui fit perdre beaucoup de
monde , la négligence du Duc d'Angoulême
, qui laiffa entrer dans la Ville le fecours
que le Duc de Rohan y envoya , la maladie
du Duc de Montmorency , qui caufa la défection
de 3000. hommes ; tout cela pouvoit
être une excufe pour de Luynes, dans le
tems de fa grande faveur ; mais il s'apperçut
bien-tôt que le Roy s'étoit laiffé prévenir ,
& pour pouvoir prendre fa revanche de l'échec
de Montauban , il crut devoir amèner
le Roy devant Monheur , petite Ville de la
baffe Guyenne , dont il l'engagea à faire le
fiége. Cette Ville réfifta près de trois ſemai-
& fut enfin faccagée par l'armée du
nes ,
Roy.
Ce fut à ce Siége que le Connetabic
de Luynes fut attaqué d'une fiévre qu'on
nomma fiévre pourprée ; il fut tranfporté à
Longueville , où il mourut en 1621 , non
fans foupçon de poiſon.
Le Connétable , après fa mort , éprouva
le fort de tous les Favoris , dont la mémoire
eft foûmife aux jugemens dictés par les différens
intérêts : il avoit trop haï les Protef
tans , pour que le Duc de Rohan ne fut pas
fufpect , en l'accufant de violence . Les Partifans
de Marie de Médicis ne devoient pas
lui pardonner d'avoir enlevé l'autorité à cette
Princeffe , quelque mauvais uſage qu'elle
on
JUILLET. - 1740 ; 1609
,
en eût fait. Ce que l'on peut recueillir de
tout ce qui nous refte de ce tems- là , c'eſt
que le Connétable devoit être né avec de
grands talens , pour s'être démêlé , comme
il fit , des intrigues d'une Cour , où tous les
Grands vouloient prendre part au Gouver
nement , & où l'agitation des guerres civiles
& des guerres de Religion , avoit laiffé
dans les efprits cette impreffion d'indépendance
, fi fatale au repos des peuples ; c'eſt
que l'on ne peut faire honneur au Cardinal
de Richelieu d'avoir rétabli l'Autorité
Royale , fans fe fouvenir que le Connétable
ofa le premier la reprendre des mains de
tous les Seigneurs qui l'avoient ufurpées
c'eft enfin qu'une entrepriſe fi difficile
qui devoit décourager l'efprit le plus hardi
fur exécutée par un efprit doux , fin , & délié
, qui n'employa que les négociations , les
entremifes , les promeffes , & jamais la force,
les ménaces , ni les violences , que lorsqu'il
n'auroit pu s'en difpenfer , fans manquer
effentiellement aux intérêts de l'Etat & de
la Religion.
&
Le Connétable de Luynes avoit épousé en
1617. Mademoiſelle de Montbazon , qui
devint fi célébre dans la fuite , fous le nom
de Madame de Chévreufe , après qu'elle eur
époufé en fecondes nôces le Duc de Chevreufe
, de la Maifon de Loraine. Il avoit
été
1610 MERCURE DE FRANCE
été queftion pour le Connétable du Mariage
de Mademoiſelle de Vendôme , Fille
de Henry IV. & de Gabrielle d'Etrée ; mais
dans la crainte qu'une fi grande alliance
ne l'exposât à l'envie , il la laiffa épouſer au
Duc d'Elbeuf.
,
--
Le Roy lui accorda, en faveur de fon Mariage
, la Lieutenance générale de Normandiequ'avoir
poff dé le Maréchal d'Ancre, avec la
confifcation de tous fes biens,& lui donna le
3.Août 1621. la Charge de Garde des Sceaux
de France , qu'il exerça jufqu'à fa mort. Il
avoit été fait Duc & Pair en 1619. & Chevalier
des Ordres du Roy la même année.
ainfi que fes deux Freres , Cadenet , dit le
Maréchal de Chaulnes , & Brantes , Duc de
Luxembourg, Le premier avoit épousé Claire-
Charlotte d'Ailly , Dame de Picquigny
& Comteffe de Chaulnes , qui avoit été élevée
à Bruxelles auprès d'Albert & d'Ifabelle
Archiducs des Pais - Bas, qui fe flaterent d'engager
de Luynes par ce mariage à proteger
I'Electeur Palatin dans la guerre de Bohême ;
mais l'amour de la Religion l'emporta dans
le coeur de de Luynes , fur la reconnoiffance.
La pofterité du Duc de Chaulnes a fini à
Charles Duc de Chaulnes , mort à Paris en
1698. M. de Chaulnes d'aujourd'hui ( 1739 )
defcend du Connétable , & il porte le nom
de Duc de Chaulnes , parce que fon pere le
Duc
JUILLET. 1745. 1611
Duc de Chevreufe , Petit- Fils du Connéta
table , avoit herité de Charles Duc de
Chaulnes .
Brantes avoit époufe Marguerite- Charlotte
Ducheffe de Luxembourg , qui le fit Duc de
Luxembourg. Il en eut un Fils & une Fille ;
fon Fils fut Duc de Luxembourg après lui ;
mais il fe fit Prêtre ; & fa Soeur s'étant faite
Religieufe , ( C'eft elle que l'on a connue à
la Cour fous le nom de la Princeffe de Tingry
, )il laiffa fon Duché à fa Mere , laquelle
époufa en fecondes nôces M. de Clermont-
Tonnerre , & en eut une Fille , qui reporta
le Duché de Luxembourg dans la Maiſon
de Montmorency, d'où defcendent les Ducs
de Montmorency d'aujourd'huy.
Le Connétable de Luynes laiffa un Fils &
une Fille , morte fans pofterité ; le Fils fut
Duc de Luynes , & marié trois fois ; fon Fils
du premier lit fut Duc de Chevreufe ; il eut
du fecond lit avec Anne de Rohan deux Fils,
Louis - Jofeph d'Albert , Prince de Grimberghen
, & Charles Hercules Chevalier de
Luynes , & cinq Filles , & du troifiéme lit il
n'eut point de pofterité. Le Duc de Chevreufe
eut deux Fils , le Duc de Montfort
& le Duc de Chaulnes ; le Duc de Montfor
, Pere du Duc de Luynes d'aujourd'huy.
( 1739.)
,
Les bonnes moeurs ainfi que la Religion,
n'eurent
4612 MERCURE DE FRANCE
n'eurent pas un Protecteur plus zelé que le
Connétable : ce fut par fes foins que les Jefuites
obtinrent la permiffion d'ouvrir leur Col
lege à Paris , & d'y profeffer publiquement ;
ennemi déclaré de la médifance & de la calomnic,
il tenta d'arrêter par la crainte des fu
plices, & par l'exemple des châtimens , la licen
ce de quelques Ecrivains infolens qui inondoient
chaque jour le Public de nouveaux
libelles ; les perfonnes les plus refpectables ,
le Miniftere , le Roy lui - même s'y trouvoient
fouvent attaqués ; de Luynes réfolut
d'en faire juſtice, Durand & Sily, réputés Au❤
teurs d'un de ces libelles , furent l'un & l'au
tre condamnés à être roüés & brûlés avec
leurs Ecrits en Place de Grève le Copifte'
du Manufcrit , frere d'un des Auteurs , fut
pendu ; toutes les perfonnes qui y avoient
eu part , fe virent enfermés , les uns à la
Baftille , les autres au Fort - l'Évêque ; ni la
qualité ni le fexe ne furent capables de garantir
aucun d'eux de ce malheur commun ;
fi une pareille licence ne fut
pas tout-à-fait
éteinte , au moins fut- elle fuspendue . Puiffe
une févérité fi utile , effrayer encore aujour
d'hui des Ecrivains fi pernicieux.
;
Il ne s'offrira peut - être jamais d'occafion
plus naturelle & plus favorable de placer ici
une Lettre originale , & toute ecrite de la
main de la Reine Marie de Medicis , au Duc
de Luynes ,
JUILLET. 1740 1613
Luynes , avant qu'il fût Connétable , laquelle
fe trouve dans nos Portefeuilles , concernant
l'Hiftoire & c. Tout le monde fçalt
combien ces fortes de Piéces fugitives font
précieufes , & qu'on ne fçauroit trop tôt les
tirer de l'obfcurité , où la viciffitude des
chofes humaines les réduit quelquefois. Voici
avec la derniere exactitude le contenu de
cette Lettre :
و ر
رو
Mon Coufin , j'ai vû les noms de ceux
» que vous me mandez avoir été retenus
" par le Roy Monfieur mon Fils , pour les
" faire Chevaliers de fon Ordre à ce premier
jour de l'an prochain. Attendant que je
» renvoye le Sr de Laró , qui m'en a apporté
la nouvelle , je vous fais ces lignes,
" pour vous dire que j'euffe été très - aife d'y
» voir deux Perfonnes de plus feulement ,
i le Comte de Montfereau , qui y eft nommé
il y a fort long- tems , & le Sr de Ma
» rillac pour qui je vous ai écrit depuis
» deux ou trois jours ; je ne vous prie que
» pour ces deux - là ; vous pouvez l'obtenir
» du Roy , fi vous voulez , & ne pouvez
» faire chofe qui m'oblige davantage à demeurer
toute ma vie , Mon Coufin , Vo
" tre bien bonne Coufine MARIE,
Angers , ce xj. Decembre 1619. :
au deffus eft écrit par un Secretaire
ainfi que la date , A mon Coufin le Duc de
Laynes , Pair de France. Nous
1614 MERCURE
DE FRANCE
- Nous pourrons
dans d'autres
occafions
donner une autre Lettre de la même Princeffe
, une du Pere Arnoux
, Jefuite , Confeffeur
du Roy , écrite au même M. de Luynes
une Lettre de ce Seigneur
à MM. les Ducs de Bellegarde
, Archevêque
de Sens , & Préfident
Jeannin , envoyés
par
le Roy auprès de la Reine fa Mere , pour un Sujet important
, & bien marqué
dans notre Hiftoire
; un Mémoire
enfin concernant
la faveur & le Miniftere
du Connétable
de
de Luynes &c. Toutes Pieces originales
qui font dans les mêmes Portefeuilles
, & trèspropres
à éclaircir
ou à rectifier
ce qui a été écrit & donné au Public fur ces matieres
.
On vient d'imprimer
un Livre qui a pour titre le Gouvernement
admirable , ou la République des Abeil- les , avec les moyens d'en tirer une grande utilité. Il
fe vend à Paris , ruë S. Jacques , chés Lambert &
Durand. L'Auteur
a fuivi exactement
le Plan qu'il s'eft proposé dans la Préface par une Méthode réguliere qu'il a observée dans le cours de cet Ouvrage , ou les Curieux trouveront
l'utile & l'agréable.
La façon de gouverner
& de foigner les Abeilles
,
que ce Livre renferme
,mérite la confiance
du Public,
qui n'en étoit point inftruit
fuffisamment
jusqu'à présent , puisqu'au
lieu de faire multiplier
les Abeilles
, on en détruit l'espece.
Les moyens
proposés
pour leur conserv
. ion
& pour leur multiplication
, au lieu de les étouf- fer avec le fouffre pour en tirer le miel & la cire ,
comme
JUILLET. 1740 161
*
comme cela fe pratique en plufieurs endroits ,
Bous paroiffent fi intereffans & fi faciles à pratiquer
, que nous avons crû devoir annoncer cet
Ouvrage fans perte de tems . Le Public doit fçavoir
bon gré a l'Auteur de lui avoir fait part de fes
Reflexions judicieuses dont l'expérien e l'a rendu .
capable & qui font à la portée de tout le monde.
qui eft en état de juger comme nous de leur bonté
& utilité , tant par la lecture de ce Livre , que par
l'usage qu'il en peut faire.
Les mêmes Libraires viennent de mettre en vénte
: Du Salut, fa néceffité , fes obftacles , fes moyens,
in- 12. par le Pere Pallu , de la Compagnie de Jesus .
Les Elemens Aftronomiques, & les Tables, in - 4°
2. vol. par M. Caffini..
IN ADVENTU Francisci III. Lotharingiæ ,
Barri , & Magni Etruriæ Ducis ad Florentinos Oratio
coram Zenobio de kicci Ordinis Hierosolymarii ·
Equite Commenatario , & ejus em Magni Ducis
à Cubiculo Principis mandato ac nomine Præfidente
habita . In Ede S. Joannis Evangeliſtæ VII . Kal.
Marias. Ab Hyeronymo Lagomarfino , è Soc. JESU
n-4° . Florentia , M. DCC . XXX x . Ex Typographia.
An onii Albizzinii . Prafidum permiju...
L'Avenement du Duc de. Loraine à la Souverai❤
neté du Grand- Duché de Toscane eft un de ces
Evenemens rares , qu'une Révolution de pufieurs
Siécles peut à peine fournir, ou pour mieux dire, que
la Providence Divine permet peu fouvent , & qu'el
de tire des trésors de fa Sageffe pour le plus grand
hien de quelque partie du Genre Humain.
En attendant que l'Hiftoire transmette à la Posité
les causes , la preparation & la consommation
un Fait fi mémorable , par une Narration digne
Ju Sujet , les Orateurs n'ont pas manqué de fa fir
celui1616
MERCURE DE FRANCE
celui - ci , comme parfaitement propre à mettre en
oeuvre les Traits brillans de l'Eloquence la plus fublime.
Entre tous ceux qui ont déja couru cette carriere,
on diſtingue , avec raison , le R. P. Lagomarfin , de
Ja Compagnie de Jesus , Auteur du Discours imprimé
, dont on vient de lire le Titre . Il a été prononcé
à Florence fur la fin du mois de Fevrier der
nier , devant une Affemblée des plus illuftres , en
présence du Commandeur de Ricci , de l'Ordre de
S. Jean de Jérusalem , Premier Gentilhomme de la
Chambre du nouveau Grand -Duc , qu'il avoit l'honneur
de représenter dans cette augufte Cérémonie.
Ce Discours adreffé à tous les bons & fideles
Sujets de l'Etat de Florence , An FLORENTINOS , a
de grandes beautés , & brille d'une éloquence peu
commume. L'Orateur infifte particulierement fur
Pheureuse fingularité de cet Evenement , qui s'eft
paffé non -feulement fans trouble & fans confufion ,
mais avec une fi profonde & fi parfaite tranquillité,
qu'elle n'auroit pas éte plus grande , fi le G. Duc
n'étoit pas mort fans laiffer de Pofterité. Certe ,
dit- il , fi non JoANNES GASTO fine liberis dececisset
, fi moriens , id quod tunc optabatis , filio alicui
Imperium arque opes fuas tradidiffet , non video qui
tranquillius id ac minore cum rerum veftrarum motu
tranfigi qui melius tum vobis, Florentini , Confuli
poffet.
Il peint encore avec de vives couleurs le mérite
de l'aimable Prince , déja tout formé , inftrui Vien
intentionné , que la Providence a ieur donné pou
Souverain. Talem repente Principem habuiftis , qualens
neque femper , é' non nifi fero, habere reliqua a
nes folent. Non qualis evasurus effet , umquam duo
tatis . Evaserat jam fummus , quum primum vobis et
datus.
JUILLET.
1740. 1617
Ce qu'il dit de l'amour du Prince pour les noueaux
Sujets & pour tout le Pays qui vient de lui
être foumis, eft encore bien pathétique.Voici les ter-
-mes. Omnes omnium charitates Patria charitas vincit.
-Sed hanc psam tamen rerum omnium charitatem
FRANCISCI TERTII inaudita erga vos atque incredibilis
charitas vincit . Statuit , hanc , que veftra Patria
eft , fibi non effe alienam , illam qua vestra non
effet , non duxit fuam : ac tamquam inter vos vobis
que unicè natus effet , vobis , inter vos , ac vobiscum
vivere , animum veftri amantiffimus Princeps induxit.
Nous fommes fâchés de ne pouvoir pas fuivre
POrateur dans tout ce qu'il dit de grand , de
souchant dans ce Discours , qu'il faudroit presque
copier , pour ne rien omettre de ce genre , ce
que nos bornes , trop étroites , ne sçauroient nous
permettre.
PROJET d'une Edition complette des PHILOSO
PHIQUES de Ciceron , par M. Durand.
C'eft le titre d'un Prospectus envoyé d'Angleterre ,
par lequel on donne d'abord avis au Public que les
Académiques de Ciceron qui n'avoient point encore
parû , que l'on fçache , ni en François ni en Anglcis,
font achevées d'imprimer & fur le point d'êe
publiées fous ce Titre .
ACADEMIQUES de Ciceron , avec le Texte Latin
de Edition de Cambridge , des Remarques non-
• velles , outre les Conjectures de Davifius de M.
Deley , & le Commentaire Philosophique de Pierre
es Valentia , Jurisconsulte Espagnol . Dédiées à la S.
Rebar M. DURAND , de la même Societé , en 2. vol.
- l'un pour le François & l'autre pour le Latin ,
chés Paul Vaillant , Libraire dans le Strand .
On avertit en même tems qu'on a auffi achevé
de traduire le refte des Ouvrages Philosophiques
Gij de
1618 MERCURE DE FRANCE
1
Ciceron , qui ne l'avoient pas encore été , entre
autres celui du Deftin , de Faro , qui n'eft qu'une
fuite de la Divination & de la Nature des Dieux
c. Comme la Traduction de toutes ces Piéces eft
finie , rien ne sçauroit retarder une Edition compleste
de ces Philosophiques en notre Langue , fur
tout en faveur de ceux qui n'entendent pas le Latin ,
& qui font pourtant bien aises desjuger par euxmêmes
des Raisonnemens de cet illuftre Auteur.
Enfin cette Edition fera complette & procurera
à peu de frais tout ce qui nous refte de ce grand
Homme en fait de Philosophie & de Morale.
Les Traductions font , pour la plupart , de main
de Maîtres , fçavoir , l'Abbé Regnier , Mrs Bouhier
d'Oliver , & M. Dubois , tous quatre de l'Académie
Françoise , & c .
Le tout fera précedé de la Vie de Ciceron par
Plutarque , de la Traduction de Mad. Dacier,
On a inseré dans le même Prospectus , la Préface
entiere , qui eft à la tête des Académiques,
CONDITIONS. +
L'Edition fera in - 4° . belle & exacte , beaux Caracteres
& bon papier. Au Frontispice fera la Tête
de CICERON, d'après Canini. Elle pourra contenir
120. feuilles. Le prix eft de 25. Shelings , dont on
payera une Guinée d'avance , & en fouscrivant on
recevra un Exemplaire cousu des Académiques
avec le Latin & le Commentaire de Valena
reconnoiffance de la Souscription.
2
3
сп
Ceux qui fouscriront pour fix Exemplaires , en
auront un feptiéme gratis , y compris les Académ
ques .
On tirera pour les Curieux so Exemplaires en gra
papier , dont le prix fera de deux Guinées , auque,
cas on payera une Guinée & demi d'avanec, y com-
. ا ل
pris
JUILLET. 1740 1619
pris les Académiques , qui ferviront de Reçû Les
Souscriptions feront réçues chés M. Vaillant , Li
braire dans le Strand & chés l'Editeur , en Threadneedle
Streed Hatton Court.
Quelques Libraires de Venise fe font affociés
pour exécuter un Projet bien loüable , & fur lequel
ils s'expliquent dans une Feuille volante qui nous
a été envoyée , & qui porte pour Titre BONARUM
LITTERARUM STUDIOSIS .. Ce Projet confifte à tirer
du Journal Latin de Leipfic , ACTA ERUDITORUM
dont tour le Monde fçavant connoît le mérite,
& d'imprimer dans un Corps d'Ouvrage , tout ce
que ce Journal , qui contient déja 70. Volumes
in-4. renferme de meilleur en Differtations particulieres
, en forme de Lettres ou autrement , fur
les Sujets les plus intereffans & les plus utiles . Ces
Differtations , disent les Libraires affociés , ne fe
trouvent plus , pour la plûpart , que dans le Journal
de Leipfic , où elles font imprimées en entier ,
tous les Gens de Lettres ne font pas à portée de
voir , encore moins d'acquerir ce Journal , fingulierement
en Italie. Ils esperent pouvoir donner
inceffamment au Public , au moins fix Volumes du
Recueil projetté. Ces Editeurs , au refte , ne demandent
point d'argent d'avance ceux qui voudront
les acquerir ils propofent une Souscription
toute nouvelle & fort commode , c'eft d'envoyer
d'abord leurs noms & leurs Soumiffions aux Editeurs
affociés , lesquels les enregiftreront & en fe
ront imprimer la Lifte ; & les Acquereurs ne payeront
aucun argent qu'en recevant les Livres. Alors
ceux de qui on fera affûré qu'ils prendront le Recueil
entier , payeront feulement vingt livres de
Venise de chaque Volume,
Gi
a620 MERCURE DE FRANCE
Il paroît depuis peu deux nouveaux Volumes' de..
la Suite de l'Hiftoire des Empires des Républiques
depuis le Déluge jusqu'à J. C. Par M. l'Abbé Guyon ;!
fçavoir , les Macédoniens , feconde Partie , Tome V.
qui comprend l'Hiftoire des Succeffeurs d'Alexandre
le Grand , volume in - 12 . de 662. pages ; & les
Ptolemées , Rois d'Egypte , Tome VI . vol . in - 12 . de .
488. pages , fans les Sommaires & les Tables des
Matiéres . Tous les Volumes de l'Hiftoire des Empires
au nombre du huit jusqu'à présent ; fçavoir,
les Egyptiens , Tome 1. les Affyriens & les Babylo
niens , Tome II. Les Perses , Tome III . Les Macé
doniens , premiere Partie , Tome IV. Les Macédoniens
, feconde Partie , Tome V. ou les Succeffeurs
d'Alexandre. Les Ptolemées, Rois d'Egypte, Tome VL,
Lacédémone , premiere Partie ; & Thebes & Athenes
, premiere Partie . Se vendent cinquante fols le
Volume relié ; il y en aura douze . L'Auteur les a
tous finis , & les Libraires ont actuellement fous
preffe les Sélentides , Rois de Syrie Tome VII Les
Parthes les Thraces , Tome VIII . après lesquels
ils donneront au Public les fecondes Parties de Lacedémone
, de Thebes d'Athenes. Cet Ouvrage .
s'imprime & fe vend à Paris , ruë S. Jacques , chés
Hipolyte-Louis Guerin , à S. Thomas d'Aquin ;
Jean Villette , vis- à-vis les Mathurins , & J B. Delespine
, Imprimeur-Libraire ordinaire du Roy.
Le Public eft averti que le Catalogue des Livres
de feu M. Bellanger , Trésorier Général du Sceau ,
eft imprimé. C'eft un volume in 8. qui fe vend
chés Gabriel & Claude Martin , Libraires , ruë
S. Jacques. On indiquera par des Affiches , le jour
que l'on commencera la Vente de cette Biblotheque
, & on diftribuera toutes les Semaines la Lifte
de ce que l'on vendra chaque jour.
OSSER
JUILLET. 1621
1740.
OSSERVATIONI di Ottavio Bocchi fopra un Anfico
Theatro coperto in Adria . Brochure in-4 . de
12 , pages , avec autant de Figures , imprimée à
Venise , 1739.
On a auffi découvert aux Environs de Rome
P'Inscription fuivante."
INVIDA SORS FATI RAPUISTI UTILEM
SANCTAM . PUELLAM . BIS QUINOS ANNOS
HPC . PATRIS . AC MATRIS . ES . MISERATA. PRECES
ACCEPTŤA . ET CARA . SUEIS . MORTUA . HIC SUA.SUM .
CUVIS SUM. CIVIS . TERRA . EST . TERRA DEA EST .
ERGO . EGO. MORTUA . NON SUM.
Nous avons annoncé dans le Mercure du mois
de Mai de cette année , une Carte qu'on devoir
mettre en vente dans le mois de Juin fuivant , dont
voci le Titre Plan du Systême Solaire , avec les Orbites
des Planettes des Cometes connues , dreffé fur
la Carte Angloise de M. Winter
des Cometes de M. Halley , fur les Principes de M.
Newton.
Wu ,
er for les Tables
714
Cette Carte, qu'on vend actuellement chés Montalan
, Libraire fur le Quai des Auguftins , eft traduite
, pour la plus grande partie , fur celle qui a
été imprimée en Anglois par M. Wiſton , mais on
a jugé à propos d'y faire plufieurs changemens &
additions confidérables. Le Cercle exterieur a 22 .
pouces de diametre , & les quatre angles qu'il laiffe
au papier, font remplis d'ornemens qui ont raport
au Sujet ; le tout fur une feuille du plus grand pa-
Pier Impérial ou grand Aigle ; on a collé à chaque
côté de la Carte , une bande de papier de la largeur
d'un in folio , où l'on trouve l'explication de
Ce qui eft représenté.
Giiij
ESTAM1622
MERCURE DE FRANCE
ESTAMPES
}
NOUVELLES.
Il paroît deux petits Morceaux en hauteur , qui
font autant d'honneur au fuave & gracieux Pinceau
du Peintre , qu'au tendre & intelligent Burin du
Graveur. Le premier représente une jeune Personne
des plus aimables , tenant un Perroquet fur fon
doigt , galamment habillée & coëffée en Espagnolette
, à la maniere de Rimbrant. Le fecond eft un
jeune Garçon en cheveux naiffans , qui joue de la
Flute ; il paroît debout , demi corps , comme le
premier , en camisole fans manche , la tête nuë ,
tout à - fait dans le goût du Fetti . Ces deux Eftampes
paroiffent fous le titre du Fluteur & de l'Espa
gnolette , d'après les Tableaux Originaux de Gri
moud , du Cabinet de M. Froment , gravées par M.
Lépicié, de l'Académie Royale de Peinture & Sculpture
. On les trouve , rue des Noyers , chés L. Surugue
, Graveur du Roy , 1740 .
Ti paroît aufli une Eftampe en large , fous le titre
de l'Arc en Ciel, ou feconde Vûë de Flandres , gravée
par M. le Bas , dont les talens font affés connus ,
d'après un Paysage de D. Teniers , du Cabinet du
Chevalier de la Roque ; il fait pendant à la premiere
Vûë de Flandres , annoncée dans le Mercure
d'Avril. Elles fe vendent rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , chés l'Auteur , Graveur du Roy .
Il vient de mettre en vente , LE CHATEAU DE
TENIERS , petit Paysage en large , très- bien gravé
d'après David Teniers , par le même le . Bas , & d'après
un Tableau du même Cabinet . C'eſt la vingtdeuxième
qu'il grave d'après cet illuftre Maître.
On lit ces Vers au bas.
Je chéris ce séjour de gothique structure ;
J'aime
JUILLET.
1740 1623
J'aime les bonnes gens leur rusticité
J'y trouve ce qui fait le prix de ma Peinture ;
Le vrai , le naturel , dans la simplicité.
La Suite des Portraits des Grands - Hommes &
des Personnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continue de paroître avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole:;
il vient de mettre en vente , toûjours de la même
grandeur celles de:
CHILPERIC IT. XIX. Roy de France , mort à
Noyon en 721. après 5. ans & demi de Regne ,
deffiné par A. Boizot , & gravé par J. G. Will.
CHARLES DUC DE BOURBON , Connétable de
France , né le 28. Fevrier 1489. tué au Siége de
Rome le 6. Mai 1527,
JACQUES AMYOT , Evêque d'Auxerre , Grand
Aumônier de France , né à Melun le 30. Octobre
2514. mort à Auxerre le 6. Fevrier 1493 .
Le Sr Huquier , Graveur & Marchand d'Eftampes,
rue S. Jacques , au coin de la rue des Mathurins
connú par la nombreuse Collection qu'il a fait de
Deffeins des plus excellens Maîtres , vient de donner
au Public un Livre de Principes pour Péducation
des jeunes gens qu'on voudra élever dans le
Deffein , il les a fait graver d'après les meilleurs
Maîtres de l'Académie Royale ; il n'a pû les refuser
aux preffantes follicitations de fes Amis , qui l'y
ont engagé Il paroît que le Public y donne fon
Aprobation par le débit continuel qu'il en fait..
Il a auffi donné plufieurs Livres de Figures d'Aca
démies de differentes grandeurs , gravés en partie
de la main des Profeffeurs de PAcadémie Royale.
On trouve auffi chés lui plufieurs autres Livres
de très-belles Têtes, & Figures entieres de differens .
GX Carac
4624 MERCURE DE FRANCE
Caracteres , Animaux , Paysages , Architecture , &
un nombre confidérable d'Ornemens d'un goût trèsnouveau
; le tout à l'usage des Artiftes & de ceux
qui aiment les Beaux - Arts .
Il vient auffi de mettre au jour un Livre de douze
feuilles de Paysages & Perspectives , qu'il a gravées
d'après J. de la Joue , Peintre du Roy , dont la ré
putation eft connuë.
Il fait imprimer actuellement quatre beaux
Morceaux d'Hiftoire , représentant les quatre Elemens,
qu'il a fait graver d'après les Defleins de
Ch. Natoire , Peintre du Roy.
Un Livre de fix feuilles , représentant les Cinq
Sens , par differens Amusemens Chinois , fur les
Deffeins de F. Boucher , Peintre du Roy ; d'après
qui il en a fait graver plufieurs Livres , qui ont été
reçûs du Public favorablement.
On trouve auffi chés le même , toute la belle
Collection Originale ,composant 30, Planches des
Etudes , qui ont été gravées d'après les Defleins du
célebre Antoine Watteau , Peintre du Roy.
Un Livre représentant les neuf Muses , par Edme
Bouchardon , Sculpteur du Roy.
Le Portrait de C Gillot , Peintre du Roy .
Le Portrait de C. Vischer, excellent Graveur.
Le Samedi 9. Juillet , M Bernard de Rieux , fils
de M. Bernard de Rieux , Premier Préfident de la
feconde Chambre des Enquêtes du Parlement de
Paris , fit au College de Louis le Grand un Exercice
de Belles Lettres , fur les Poëtes François &
Latins , devant une nombreuse Affemblée. Les
Caracteres des anciens Poëtes Latins ont été faits
par e Pere Rigord , dont on a fait autrefois l'Eloge
à ce fujet . Les Caracteres des Poëtes François ont
été composés par le Pere Lucas , qui a fait voir par
cet
JUILLET. 1625
1749.
1
cet ingénieux & intereffant Exercice , fon esprit &
fon goût pour les Belles - Lettres .
Le Pere Etienne Souciet , fi connu dans le Monde
Sçavant, ouvrit cet Exercice par un Compliment
également vrai & flateur. M. Titon du Tillet, Auteur
du Parnaffe François , le finit par un petit Discours
, où il donna de nouvelles preuves de fon
goût pour la Poëfie Latine & Françoise , & de fon zele
pour la gloire des Poëtes , nés dans le sein de la
France.
M. de Rieux exposa tout ce qui regarde la Vie ,
Jes Ouvrages , le tour d'esprit & le caractere de 86.
Poëtes François ; montra la difference de leurs génies,
par raport à la Poëfie , fit la Critique de toutes
leurs Piéces , en marqua les défauts & les beautés ,
& cita les plus beaux Endroits de leurs Poefjes ; il
parla pendant plufieurs heures avec autant d'intelligence
que de grace ; l'attention avec laquelle il fut
écouté , & les aplaudiffemens qu'on lui donna, font
l'éloge de fa maniere de dire , & des choses qu'il disoit
. L'esprit ornoit partout la vérité , & la vérité
foûtenoit toujours l'esprit . La varieté y étoit ménagée
avec goût , & plaisoit à l'esprit par des reflé
xions fpirituelles & vrayes , fans révolter le jugement
par des décifions fauffes , ou trop hardies ; les
brillantes couleurs qui étoient employées avec art
dans les Portraits , ne cachoient jamais le fond des
Caracteres qu'on traçoit . M. de Rieux relevoit tout
cela par une diction naturelle & apliquante , & on
peut dire qu'il s'eft fait autant d'honneur en débitant
un Exercice fi vafte , fi utile & fi nouveau , que
l'Auteur en le composant.
M. la Sale , Maître Chirurgien à la Rochelle
, donne avis au Public , qu'il guérit radicale.
mment toutes fortes de Loupes, fans fe fervir d'aucun
GvjIns
626 MERCURE DE FRANCE
Inftrument de Chirurgie, mais feulement par l'aplica
tion de quelques Topiques , ou Remedes exterieurs ,
qui n'empêchent pas de vaquer à fes affaires , ce
qu'il juftifie par plufieurs Certificats originaux & en
bonne forme , entre autres par ceux de M. l'Abbé
Bourot , Canoine de la Cathédrale & Adminiftrateur
de l'Hôpital Géneral de la même Ville , & de
M. Hulin , Commandant les Milices Bourgeoises
de Loix , en l'Isle de Rhé, &c.
CHANSON A BOIRE.
Q
Uoi ! toujours des Chansons !
Sans chanter ne peut - on boire ?
A rassembler des tons
Je ne mets point ma gloire
Vous me priez en vain ,
Jamais je ne fredonne
Quand il s'agit de vin ,
Avec plaisir j'entonne.
CHANSONETTE
Sortez Ortez de l'Isle de Cythere ,
Vénus est en courroux ,
L'Amour n'a des yeux que pour vous ,
11 ne reconnoît plus ni Psiché , ni sa Mere.
%3
Eloignez事
*
1
品
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN ROUNDATIONS.
JUILLET. 17468 1627
Eloignez - vous , charmante Flore ,
Climene est dans ces Lieux ;
L'éclat du plus brillant des Dieux
Disparoît à l'aspect de l'objet que j'adore.
*
Quel coeur peut résister aux flâmes
Qu'excitent vos attails ?
C'est de vous qu'emprunte ses Traits
Le dangereux Amour , quand il blesse nos ames,
*
Si ce Dieu se fait une gloire
De vaincre les Mortels ,
C'est à vous qu'il doit ses Autels ,
Puisque sans vos apas il perdroit la victoire..
*
Venez , Bergers de ce Village ;
Réunissons nos voix ;
Que la Musette & le Hautbois
Celebrent tour- à- tour la Beauté qui m'engage.
SPEC
1828 MERCURE DE FRANCE
*********************
SPECTACLES.
E 22. Juin , les Comédiens François
du Magnifique & de l'Oracle , chacune en
un Acte , après lesquelles les Acteurs de
l'Académie Royale de Mufique exécuterent
l'Acte de la Vie du Ballet des Sens.
Les Rolles de la premiere Piéce furent
joués par les Srs Dufresne , Duchemin , du
Breuil , la Thorilliere , & par les Dlles Quinault
& Gauffin , & les Intermedes composés
de differentes Nations , Ameriquains ,
Maures, Egyptiens & Grecs , furent executés
par les Danseurs de l'Académie Royale
de Mufique ; les Airs à chanter par la Dlle
Antier , en Maureffe , & par le Sr Jeliot , en
Indien. Les Perfonages Ameriquains dansant
, furent executés par les Srs Matignon ,
Dumay , & par les Diles S. Germain & le
Duc ; les Perfonages Maures , par les Srs
Malter , P. Hamoche , & par les Dlles le
Breton & Fremicourt ; les Perfonages Egyptiens
,, par la Dlle Barbarina seule , & par les
Srs D. Dumoulin, Malter 3. & par les Dlles
Mariette & Mimy ; les Perfonages Grecs, par
le Sr Dupré seul les Srs Javilliers l'aîné & 3 .
L'Orcheſtre joüa ensuite pour la Marche
des Indiens & des Maures , le premier Air
du
+
JUILLET 1740. 1629
du Morceau des Elemens , Symphonie de M.
Rebel , le pere , Le Ciel dans ces climats a
versé ses largeffes , &c. L'Air dont les paroles
sont de la Comédie du Magnifique , &
la Mufique de M. de Blamont , Sur- Inten
dant de la Mufique du Roy , fut chanté par
le Sr Jeliot. Deux Airs pour les Egyptiens ,
du second Acte de l'Opera de Tarfis
>
Zelie , Venez plaifirs , venez dans ces Retraites
&c. Cantatille du Prologue du
même Opera , chantée par le même. La Loure
, le Tambourin du Pas de trois , avec le
Menuet des Caracteres de la Danse , de M.
Rebel , le pere. L'Air pour les Grecs de la
Comédie du Magnifique , dont la Mufique
eft du Sr Quinault , de même que ces deux
Airs , Qu'un Empire a d'autorité , &c &
Beaux yeux dès que vous ordonnez , &c. fut
chanté par la Dlle Antier & le Sr Jelyot . Le
Vaudeville fut dansé ensuite & chanté par
les mêmes. Un Air du quatrième Acte de
l'Opera de Médée & Jason , fut joué pour
deux Grecs dansant , & la Cantatille du premier
Acte de l'Opera d'Ajax , fut chantée
par la Dlle Anticr. Pour raffembler ces differentes
Nations sur une seule Symphonie ,
on termina l'Intermede par la Chacone du
second Acte du Ballet de la Paix.
On représenta ensuite la Comédie de l'Oragle
, dont les Rolles furent joués par la
Dulc
1630 MERCURE DE FRANCE
Dile Quinault , qui représente la Fée , par le
Sr Grandval , qui joue le Rolle du fils de la
Fée , & par la Dlle Gauffin , qui rend avec une
grace infinie celui de Lucinde , dont le caractere
fimple & naïf, a été auffi aplaudi à la
Cour qu'à la Ville .
On avoit placé au fonds du Théatre sur
des Piédeftaux deux Statues , qui sont animées
par la Fée à la seconde Scéne de la
Piéce ; ces Figures étoient représentées dans
des attitudes convenables , par le Sr D. Dumoulin
& par la Dlle Sallé. Pour l'Entrée
qu'ils danserent , on avoit subftitué à la place
des Airs de Symphonie dansés à la Comédie
Françoise , deux Musettes de la Terpficore de
M. Rebel , le pere , & deux Tambourins du
Morceau des Elemens du même Auteur. La
Piéce fut terminée par un Divertiffement de
Jardiniers & de Jardinieres , dont voici la
dispofition .
Les Personages chantants étoient les Dlles
Romainville & Deschamps , de la Mufique
du Roy , en Jardinieres , & le Sr Jelyot , représentant
un Suivant de la Fée . Les Danses.
ont été exécutées par la Dile Mariette seule
& par les Diles Mimy , Fremicourt , S. Germain
, Courcelle , le Duc , le Breton , & par
les Srs Malter , l'Anglois , F. Dumoulin , P.
Dumoulin , Dangeville , Malter C, Malter L.
& Hamoche,
On
JUILLET. 1740. 1631
On joüa d'abord deux Rigaudons du pre
mier Acte des Indes Galantes , un Air du
troifiéme Acte des Amours de Prothée , un
morceau du premier Acte du Ballet des
Graces , chanté par le Sr Jelyot , & parodié
pour le rendre analogue à la Piece ; en voici
les paroles.
Jeune Beauté , regnez sur le plus insensible ,
De l'Amour dans vos yeux un sourd entend les loix;
Après un filence pénible ,
Charmant, pour vous répondre , a retrouvé la voix.
Content de votre victoire ,
Il vole fur vos pas ,
Que ne vous doit-il pas ?
Vous triomphez , il cede à vos apas ,
Tout aplaudit à votre gloire.
On joua après une Gavotte gracieuse du pre
mier Acte des Talens Lyriques , avec la parodie
, Un jour paffé dans les tourmens , &' c.
chantée par la Dlle Romainville. Deux Menuets
du second Acte du Ballet des Graces ;
& la parodie , Jeunes Beautés , quelle eft la
gloire, &c. fut chantée par la Dile Deschamps .
On exécuta ensuite deux Gavottes très vives
du même Opera , & la parodie de la premie
re Gavoite , L'Amour pour nous se déclare
c. fut chanté par la Dlle Romainville. Le
deuxième is ondeau & le Paffepied des Flûtes
de l'Acte de l'Ožie du Ballet des Sens ;
avec
162 MERCURE DE FRANCE
avec la parodie du Rondeau , De l'Amour
tout subit les loix, &c fut chanté par le Sr Je-
Lyot . Une Bourée du Prologue des Amours
de Venus , avec trois Couplets du Vaudeville
de l'Oracle , furent chantés par les Dlles Romainville
& Deschamps , & par le Sr Jelyot.
On executa pour finir,la Contre -Danse
du troifiéme Acté du Ballet de la Paix.
le
L'Acte de la Vie du Ballet des Sens , fur
représenté après ces deux Comédies ; les Personages
, qui sont l'Amour , Zéphire , Iris
& Aquilon , furent joués par les Dlles Lemaure
, Fel , Eremens , & par le Sr Chaffé ;
le premier Divertiffement fut dansé par
Sr Dumoulin , & par les Diles Sallé , Mariette
, Mimy & le Duc , & celui des Bergers
& des Bergeres , par les Srs I helfer ,
Hamoche , Malter L. , F. Dumoulin , & par
les Dlles Courcelle , Erny , Thiery & Fremicourt
. Tous ces differens Divertiffemens
furent terminés par une Danse Pantomime,
dansée par le Sr Riccoboni & par la Dlle
Barbarina.
:
Au reste ces trois differens Spectacles d'un
caractere ingenieux , furent exécutés d'une
maniere auffi précise que brillante , tant pour
le Chant que pour la Danse , & au gré de
toute la Cour. L'arrangement de tous les
Intermedes a été fait par M. Rebel , Sur-
Intendant de la Mufique du Roy , en sur-
Vivance
JUILLET. 17497 1639
vivance de M. Destouches , & il y a parfaitement
réuffi par le choix de differens Airs
qu'il a jugés les plus convenables pour entrer
dans ces Intermedes.
Les Danses ont été auffi géneralement
aplaudies par le different choix des caracte-.
res convenables ; les Pas sont de la compofition
de M. de Laval , Compofiteur des Bal
lets du Roy , & Maître à danser des Enfans
de France. Les Pas des Ballets qui avoient
servi aux Intermedes des Comédies de Ba
zile & Quitterie & du Roy de Cocagne , représentés
à la Cour au mois de Mars der
nier , étoient auffi de sa compofition.
Les Habits des Acteurs & des Danseurs
ont été trouvés d'un grand goût , & caracte
risés au mieux , pour les differentes Nations
qu'ils devoient représenter ; ces Habits ont
été travaillés sur les Deffeins de M. Perronet,
de l'Académie Royale de Mufique dont on
connoît le génie & l'intelligence pour ces
sortes d'ouvrages .
Le 12. le 15. & le 17. Juillet , l'Académic
Royale de Mufique donna les trois dernieres,
représentations du Ballet des Sens , dans le
quel trois nouvelles Actrices parûrent pour
$ la premiere fois ; la Dlle Bodot représenta le
Rôle de Venus dans le Prologue , la Dile
Larcher , qui a la voix très- belle , joia ce
S
Lui
1834 MERCURE DE FRANCE
>
་ ་
J
Tui de Clytie dans la premiere
Entrée de
l'Odorat , & la Dlle Dallemand
, la plus jeune
, qui a beaucoup
de talens pour le chant
& pour la déclamation
, représenta
avec
de grands aplaudiffemens
, le Rolle de la
Reine des Sirennes
, dans l'Acte de l'Onie
qu'elle chanta avec toute l'intelligence
& le
goût d'une Actrice 'consommée
: c'eft une
voix naturelle
& des sons filés , qui font un
extrême
plaifir ; & pour l'action & les graces
, les plus fins Connoisseurs
n'y trouvent
rien à defirer.
Le 19. on remit au Théatre le Ballet des
Fêtes Venitiennes , dont les paroles sont de
M. Danchet , de l'Académie Françoise , & la
Mufique de M. Campra , Maître de Mufique
de la Chapelle du Roy , dont les
Ouvrages , en tout genre , sont connus.
Çet ingenieux Ballet , composé de plufieurs
Entrées , n'avoit pas été repris depuis le 14.
Juin 1731. On joue aujourd'hui le Prologue
& trois Entrées, sçavoir ,les Devins de la Place
S. Marc, Amour Saltinbanque & le Bal. Les
deux principaux Rolles du Prologue , qui
sont le Carnaval & la Folie , qui avoient été
joués en 1731 par le Sr Dun & par la Dlle
Erremens , sont remplis par les mêmes Acteurs.
Les trois Rolles de la premiere Entrée
de Leandre , Cavalier François , de Zelie ,
jeune
JUILLET. 1740 1635
jeune Venitienne , & d'une Bohemienne ,
qui avoient été chantés par le Sr Chaffé , par
la Dlle Peliffier , & la Dlle Julie , sont remplacés
par le Sr le Page et par la Dlle Fel , la
Dlle Peliffier , ayant encore joüé son même
Rolle de Zelie .
Dans la deuxième Entrée , le Sr Dun chanta
le Rolle de Chefdes Saltinbanques à la
place du Sr Dubourg , celui d'Erafte , jeune
François , Amant de Leonore , fut chanté
par le Sr Jelyot , à la place du Sr Tribou , celui
de Leonore , par la Dlle Julie , que chantoit
la Dlle Lemaure , celui de la Surveillante
de Leonore , par le Sr Cuvillier , qui rempliffoit
le même Rolle en 1731. Celui de
Amour Saltinbanque , qu'avoit chanté la
Dile Petitpas , eft joué par la Dlle Lemaure ,
dont la grande voix se fait toujours admirer.
Le Rolle d'Alamir , Prince Polonois , de
la troifiéme Entrée , eft rempli par le Sr
Albert , à la place du St Chaffe . Le Sr Berard
joue celui du Gentilhomme du Prince , à la
place du Sr Dumas. Le Rolle d'Ipbise eft
rempli par la Dlle Erremens , à la place de la
Dlle Peliffier , et les deux Rolles singuliers
du Maître de Mufique et du Maître de Danse
, sont très bien remplis par le Sr Tribou
qui l'avoit déja joué, et par le Sr Javilliers Paî- ~
né , qui a remplacé le St Dupré dans ce rôle.
Од
1736 MERCURE DE FRANCE
On peut voir l'Extrait qu'on a donné de ce
Ballet dans le second Volume de Juin 1731,
page 1568.
Le 31. la même Académie , qui continue
toujours les représentations des Fêtes Venitiennes
, donna deux nouvelles Pantomimes,
dansées dans le Prologue , et à la fin de la
troifiéme Entrée du même Ballet ; elles sont
exécutées par le Sr Raynaldi- Fausan , qui
avoit parû fur le même Théatre au mois de
Septembre dernier , et par la Dlle son Epou
se , fille du Sr Conftantini, Arlequin Italien;
de l'Hôtel de Bourgogne. Ces deux nouveaux
Sujets sont fort aplaudis.
Le 2. Juillet , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragédie de Mithri
date , dans laquelle le Sr Rouffelet , nouvel
Acteur , joüa le premier Rolle avec aplaudisment.
Il a joué ensuite sur le même Théatre
, Burrhus , dans Britannicus ; Auguſte ,
dans Cinna , et Agamemnon, dans Iphigenie,
avec succès. C'eft un homme d'environ 33 ,
ans , d'une grande et belle représentation , à
qui l'on trouve de la voix , de la prononciation
, et beaucoup d'intelligence et de mémoire.
Il eft fort connu à Paris , où il a fair
ses Etudes au College de Louis le Grand .
Les mêmes Comédiens ont repris les représentations
de la petite Comédie de Pracle
,
JUILLET 1740. 17 .
de
racle , dans laquelle , au lieu d'une seule
Statue , on voit sur un Piédeſtal deux Figures
groupées , qui font un grand effet , et par
leur pofition élegante , et par leur dévelope .
ment , quand la Fée les anime d'un coup
sa Baguette ; elles s'avancent sur le Théatre
dont le Piédeftal vient chercher le niveau &
à pas mesurés , avec de grands mouvemens ,
de surprise et d'étonnement , elles s'animent
insenfiblement , et le Pas de Deux finit d'une
maniere très- vive , ce qui attire des aplau
dissemens bien mérités par les deux Danseurs
, qui sont la Dlle Dangeville , et le St
N. Dangeville , son frere.
Le 31. les mêmes Comédiens remirent au
Théatre la Comédie du Mariage fait
rompu , en Vers et en trois Actes , de feu
M. Du Freny. Cette Piéce fait toujours
beaucoup de plaifir par les caracteres neufs
et singuliers que l'Auteur a mis sur la Scéne,
Elle fut donnée dans sa nouveauté le 12.
Fevrier 1721. On en peut voir l'Extrait dans
le Mercure du même mois 1721. page 102..
Sur la fin de ce mois , les mêmes Comédiens
ont remis au Théatre la Comédie de
• Homme à bonnesfortunes , dont on assûre
que le veritable Auteur eft feu M. d'Alegre.
La Piéce eft très -bien representée . Le Sr
Grandval y joue le principal Rolle , parfaitement
au gré du Public,
LA
1638 MERCURE DE FRANCE
Le 3. les Comédiens Italiens remirent
au Théatre la Comédie de l'Embarras des
Richeffes , et celle des billets Doux , dans laquelle
le Sr Terodak , nouvel Acteur , qui
avoit déja debuté sur le même Théatre , au
mois de Septembre 1737. dans le Rolle
d'Arlequin , joua encore le même Rolle dans
ces deux Piéces , et dans d'autres qu'il a joués
depuis au gré du Public.
Le 16. on donna une Comédie nouvelle en
Prose, en un Acte, intitulée la Jalufie imprévûë
, de la compofition de M. Fagan. Cette
Piéce , qui a été reçûe favorablement, et dont
on parlera plus au long , fur précédée des
Amusemens à la Mode , Comédie remise au
Théatre , dont l'Extrait eft dans le Mercure
de Mai 1732. pag. 982 .; elle fut fuivie de
l'ingenieux Ballet Pantomime des Filets de
Vulcain , qui fit tant de plaifir au mois de
Mai 1738. dans sa nouveauté , et dont on
peut voir le sujet dans le Mercure du même
mois , pag. 989.
Le premier Juillet , le Lieutenant Géneral de
Police fit l'ouverture de la Foire S. Laurent avec
les ceremonies accoûtumées ; ce Magiftrat avoit
déja rendu fon Ordonnance concernant ce qui doit
être observé par les Marchands qui y sont établis , et
qui renouvelle la défense des Jeux de hazard &c.
Le même jour , l'Opera Comique fit aussi l'ouverture
de son Théatre par trois Piéces nouvelles
d'un
JUILLET. 1740. 1639
'd'un Acte chacune , intitulées Les Recrues de l'Opera
Comique , les Epoux , & les Jeunes Mariés.
Ces Piéces font ornées de trois Divertiffemens de
Chants & de Danses,fort variés & très - bien executés.
Le Sr Nivelon , nouveau Danseur , y danfe
deux Entrées en Payfan & en Pierrot avec aplau
diffement.
Le 30. on donna une Piéce nouvelle en trois
Actes en Vaudevilles , intitulée Le Comte de Belflor
, ornée de trois Divertiffemens de Chants & de
Danfes , & d'un Vaudeville qui terimine chacun
des trois differens Divertiffemens.
La Troupe des Comédiens du Roy qui étoient à
Compiegne l'année paffée , s'y rendirent au commencement
de ce mois , & firent l'ouverture de
leur Théatre le Dimanche 17. Juillet par les Comédies
des Comédiens Efclaves , d'Arcagambis , de
l'Occafion , & d'Arlequin toujours Arlequin , d'un
Acte chacune , avec des agrémens de Chants & de
Danfes. Ils ont continué tous les jours leurs Représentations
jufques & compris le 31. Juillet ,
par differentes Comédies du Théatre François , de
l'ancien & du nouveau Théatre Italien , & de celui
de l'Opera Comique , qu'ils ont représentées au
gré des Spectateurs. C'eft toujours les Srs Moulin
& Le Sage, qui font les Entrepreneurs de ce
Théatre,
H NOU
1640 MERCURE DE FRANCE
1
NOUVELLES ETRANGERES.
›
TURQUIE.
Ali Pacha , nommé Ambaffadeur Ex-
Gtraordinaire auprès de l'Empereur par le G. ,
Seigneur , en partant de Conftantinople pour se
rendre à la Cour Imperiale , étoit accompagné du
même Cortege avec lequel il doit faire fon Entrée
Publique à Vienne , et la marche s'est faite dans
l'ordre fuivant .
90. Guides , à cheval ; deux Dervis ; 40. Spahis ;
So. Chatirs ou Valets de pied , ayant à leur tête un
Ecuyer , deux Agas , portant chacun un Enſeigne
douze Pages de l'Ambafladeur ; fix Maréchaux des
Logis ; le Maître d'Hôtel et les Domestiques de la
Chambre de l'Ambaffadeur ; plufieurs Inftrumens
de Mufique guerriere , 24. Spahis ; 40. Chohodars,
efpece de Heyduques , avec de longs Sabres ; 40 .
Ichoglans ; le Hatznadar , ou Tréforier de l'Ambaffadeur
; fix de fes Agas ; fon Capigilar Agafi ou
Maître de Chambre ; fon Sarvatz Bachi ou Premier
Ecuyer ; 12. Chevaux de selle , conduits chacun par
un Palefrenier , deux Ecuyers ; le Kiaya on Intendant
de l'Ambaffadeur , precedé d'un grand nombre
de domeftiques à pied , douze Chiaoux du G.
Seigneur ; un Iman ou Aumônier ; deux Toufens
tchis Bachis ou Capitaines de Milice Turque ; le
Chancelier de l'Ambaffade entre le Secretaire
d'Ambaffade et le Mouchnidar ou Garde du Sceau ;
12. Spahis ; l'Officier qui commande le détachement
de Spahis , donnés à l'Ambaffadeur pour fa
garde ; fix Agas ; le Saam Agafi ou Maître des Cé-
Jémonies ; ua Capigi Bachi de Sa Hautefle , ayant
?
a fa
JUILLET. 1740 1641
afa droite et à fa gauche plufieurs Chiaoux ; trois
Agas portoient des Queues de cheval devant l'Am
baffadeur , qui étoit fur un très-beau cheval , dont
le Grand Seigneur lui a fait préfent . L'Ambaffadeur
étoit fuivi de fon Selictar Aga ou Porte Epée , et de
plufieurs Turcs de diftinction . La Musique de ce
Miniftre , composée de près de 40. perfonnes , venoit
enfuite , et la marche étoit fermée par 160
Janiffaires.
RUSSIE.
V
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Peters
bourg , par un Officier de la Czarine , sur
les Fêtes données à l'occafion du Mariage de
la Princeffe de Mekelbourg , & de la Publi
cation de la Paix avec la Porte.
T
Outes ces Fêtes ont été longues & brillantes
& ily en a eû de très- fingulieres . Telle fut
celle du Mariage d'un Fou , ou Plaiſant de la Cour,
avec une Femme de même caractere , célebrée fur
la fin du Carnaval dernier . On avoit conftruit fur
la Place Imperiale pour la cérémonie des Nôces
un Palais tout de glace ; les apartemens bien distribués
, étoient meublés de la même matiere , jusqu'au
lit & équipages de nuit des nouveaux mariés.
L'exterieur de ce Palais étoit orné de plufieurs
Statues & Figures symboliques , convenables au
sujer , & failant en particulier allufion au Festin de
la Nôce.
Outre les ornemens exterieurs de ce Palais glacé,
on admiroit encore avec autant d'étonnement qua
de surprise , les meubles & autres choses fingulieres
de la même matiere , qu'on voyoit dans l'interieur
du Palais , dont voici le détail.
Hij Us
1642 MERCURE DE FRANCE
Un bois de lit avec fa garniture complette , com
me couvertures , oreillers , mules pour homme &
pour femme , bonnets , garnitures , & c , enfin tout
tout ce dont on peut avoir besoin. Les nouveaux
Epoux glacés , coucherent la premiere nuit dans
leur lit de glace.
Une cheminée ornée de bas- reliefs , représentant.
toutes fortes d'animaux ,dans laquelle on brûloit , ay
lieu de bois , de la glace préparée avec de la Naphte ,
efpece de Bitume liquide ; on voyoit sur l'apui de
la cheminée une grande Thétiere , avec une quantité
convenable de Taffes & c.
Un Armoire ornée de sculpture , qui renfermoit
plufieurs petites figures , reprefentant differens animaux
singuliers et rares. Trois canapés ornés de
figures ; un grand Miroir de glace , à côté duquel
on voyoit une Toilette garnie de tout ce qui peut
convenir à une femme , avec fix flambeaux garnis
de bougies de glace , qui éclairoient , ayant été
préparées , comme on vient de le dire , avec de la
Naphte.
Il y avoit fur une table du même apartement ,
une Pendule figurée en glace , le cadran , les aiguilles
, les roues , & c. et à côté , une autre table
jouer , avec des cartes , fiches , jettous , & c .
On avoit placé auprès du Palais de glace , fix piéces
de groffe artillerie auffi de glace , montées sur
leurs affuts et roues , qui tirerent plufieurs fois
avec une charge de 4. onces de poudre , bourrée
dans un tuyau de fer blanc , qui occupoit le milieu
du canon.
1
On avoit conftruit auffi en glace trois gros Mortiers
à bombes ; on en tira plufieurs en prefence de
la Czarine . Pour la sûreté de l'artillerie , et crainte
de furprife, des fentinelles de même matiere , étoient
diftribués aux Poftes les plus importans .
On
JUILLET.
1643
1740
On avoit élevé aux deux côtés de ce Palais , deux
grandes Piramides creuses , et l'on voyoit entre les
croisées , des Horloges , fur le cadran defquels on
apercevait huit differentes figures qui tournoient
par le mouvement d'une perfonne cachée dans
les Piramides , qui étoient illuminées , ainfi que le
Palais...
Les Corniches et les Pilaftres du Palais , paroiffoient
être de marbre vert ; on avoit pratiqué une balustrade
qui regnoit dans tout le pourtour ; elle étoit
faite de baluftres de glace avec l'apui de même , et
foûtenuë par de gros piliers quarrés de diftance en
diftance ; à l'aplomb il y avoit des Colomnes de
glace , qui foûtenoient une Galerie , dont le frontifpice
et le pourtour des combles étoient terminés
dans les regles les plus précises de l'art , et qui produifoient
un très - grand effet.
On avoit pratiqué deux grandes Portes , fous le
ceintre defquelles on avoit placé de grands Pots de
fleurs et d'Orangers de glace , et fur les branches ,
des Oifeaux de glace de toute efpece . On avoit
conftruit des Bains à gauche de ce Palais , dans un
apartement où l'on trouvoit géneralement tout ce
qui étoit néceffaire pour se baigner. On voyoit au
-côté oposé un Eléphant de glace , creux en dedans ,
sur lequel étoit un fier Persan , armé d'une maffue ;
l'Eléphant , de grandeur naturelle , paroiffoit animé
, et jettoit par fa Trompe un volume confiderable
d'Eau à la hauteur de 24. pieds et en differentes
figures pendant le jour. L'Eau y avoit été conduite
des foffés de l'Amirauté par des tuyaux cachés ; et
à differentes reprifes pendant la nuit , on voyoit
fortir de la même Trompe , et avec la même vivacité
, un pareil volume de feu , composé de diverfes
matieres , préparées avec la Naphte , et par des
hommes cachés dans le corps de l'animal avec
Hiij
"
certains
1644 MERCURE DE FRANCE
*
ertains tuyaux et porte- voix , on imitoit fort bien
le cri naturel et effrayant d'un Elephant qui barrit .
Ce Palais de glace avoit 35. braffes de circonference
, compris la Cour et l'apartement des Bains ;
il étoit composé de deux chambres et d'une antichambre,
chaque chambre avoit quatre croisées , dont
les volets et les vitres étoient en glace. Il étoit illuminé
pendant la nuit par un nombre confiderable
de bougies , et furtout la nuit de la Nôce, dont on a
parlé. Le vif éclat des lumieres et des glaces , répandu
dans tout ce Palais , étoit fi étonnant et fi
admirable , qu'on avoit de la peine à en fuporter
la vûë.
Vers la fin du mois de Mars , le froid n'étant
plus fi exceffif, il y eut quelques Figures , Mortiers,
Canons , &c. qui commencerent à fondre et à tomber
en piéces ; le Palais même commença à menamacer
ruine , et à tomber tout-à-fait quelques jours
après. On en fit tranſporter les plus grolles piéces
aux Glacieres de la Czarine.
Le lendemain de la Nôce , il y eut une Maſca .
rade de foo. Perfonnes , qui marcherent par la
Ville , en un fort bel ordre. L'Epour repréſentoit
le Roy des Samoydes , porté avec la Reine , fa
Compagne fur le dos de l'Eléphant , dans une efpece
de Galerie , entourés de plufieurs Singes travestis
en Pages.
La Marche étoit précedée par un grand nombre
de Chars fort élevés , et tirés par des Chameaux ,
par des Dromadaires , et par des Ours . Les Chars
étoient remplis de Perfonnages repréſentant les
principales Divinités de la Fable. Les Nimphes marchoient
à l'entour des Chars , chantant , danſant
-et joliant de divers Inftrumens . Elles étoient fuivies
par les Prêtres et Prêtreffes de ces Divinités ,
en habits de leur caractere. Enfin les Peuples Samoydes
JUILLET. 1740. 1643
3
moydes terminoient cette première Marche . Its
étoient dans des Traîneaux , et dans d'autres Ma
chines à leur usage , traînés par des Renes , efpece
de Cerfs de leur Pays:
Les autres Nations de cet Empire , Tartares ,
Lapons &c , parurent enfuite à peu près dans le
même ordre et fur le même Modele , mais avec
une grande varieté pour les Habits , les Inftrumens
de Danse et de Mufique , les Attelages , &c . car on
avoit fait venir exprès des Gens et des Animaux de
tous ces differens Pays ; ainfi outre les Chars tirés
par des Chameaux et des Ours , qu'on a vûs tirés
par des Autruches , des Chiens , des Cochons , des
Chevres , &c. La marche de chaque Corps de Nation
étoit terminée par les domestiques du Prince
ou Chef de la Nation , portant chacun les Inftrumens
ou Symboles de fa fonction .
La derniere femaine du Carnaval fut encore plus
marquée par les Réjoüiffances , et par tout ce qui
s'eft paffé au fujet de la Paix conclué avec la Porte.
L'Imperatrice en avoit fait la Déclaration publique
dès le matin du Jeudi Gras . Elle alla à la Chapelle
pour en rendre de folemnelles Actions de graces.
Au retour , Elle diftribua aux Géneraux et aux
Miniftres qui ont été employés dans la derniére
Guerre , des Récompenfes dignes de fa grande génerofité
. Plufieurs ont été honorés de l'Ordre de
S. André , le premier de Ruffie ; d'autres , du Cordon
Rouge , Ordre de S. Alexandre , avec des gratifications
de plufieurs mille Roubles. ( Le Rouble
vaut cent fols , Monnoye de France . ) Le Feldt
Maréchal Comte de Munich en a eu une de quatrevingt
mille Roubles , & de plus il a été regalé d'une
riche Epée , et d'une Etoile de l'Ordre de Saint
André , garnie de Diamans d'un très grand prix .
On fit enfuite la lecture de la nouvelle Promotion
Hüiij des
1646 MERCURE DE FRANCE
des Officiers Géneraux , qui eft fort nombreuse ,
après laquelle tous ceux qui fe trouverent présens,
furent admis à baiser la main de S. M. I. On fait
monter toutes ces largeffes à plus de cinq millions
de livres de France, ce qui paroît furprenant, après
une guerre fi ruineuse , sans que d'ailleurs l'Etat ait
contracté aucune dette...
Le Dimanche fuivant , S. M. parut après fon dîné
à l'un des Balcons du Palais , et commença à
jetter , puis à faire jetter au Peuple par les Heraults
d'Armes , des Médailles d'or et d'argent , pour la
valeur de trente mille Roubles. Enfuite parût fur
un grand Théatre élevé au milieu de la Place
tout l'apareil d'un grand Feftin pour le Peuple . Les
viandes étoient entaffées en piramide , et le vin ne
ceffoit de couler de plufieurs Fontaines.
Le foir on fit jouer plufieurs Feux d'Artifice ; ( on
excelle ici fur cette matiere. ) Le principal de ces
Spectacles repréfentoit un grand Théatre , fur lequel
on voyoit plufieurs Figures tranſparentes , qui
étoient autant de Symboles de la Victoire , de la
Paix , &c. entourées de Fontaines de feu , dont les
Jets s'élevoient par deffus le Palais . Au bas du
Théatre , on voyoit des Allées de Palmiers & d'Oliviers
de la même compofition , avec une enceinte
de moindres Arbres en Eſpaliers , qui enfermoit le
tour. L'execution de tous ces Artifices fut admirable
et des plus heureuſes .
Les principales Perfonnes de la Cour fe font fort
diftinguées dans ces Réjouiffances , particulierement
par des Décorations fuperbes d'Architecture
au-devant de leurs Hôtels. Il y a eû à la Cour Bal
pendant deux jours et des Mafcarades fingulieres ,
fans parler des Feftins , & c.
ALLA
JUILLET. 1740. 1647
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne , que le repas que le
Primandede unes q donna paso, ce
mois , a été des plus magnifiques , & qu'outre la
principale Table qui étoit de 70. couverts , il y en
eut plufieurs autres qui furent fervies avec autant
de profufion que de délicateffe.
Ce Prince à fait prefent à l'Imperatrice Douairiere
de douze Statues d'Apôtres , chacune de trois
pieds de haut , et d'un pareil nombre de Chandeliers
, de Porcelaine de Saxe.
On a publié à Vienne une Relation des Céremo
nies obfervées à l'échange du Comte d'Uhlefeldt ,
Ambaffadeur de l'Empereur , et de Gianihi Ali Pacha
, Ambaffadeur de Sa Hauteffe ; cette Relation
contient le détail fuivant.
Le 10. de ce mois , jour fixé pour l'échange , le
Comte d'Uhlefeldt et Gianihi Ali Pacha étant partis
, l'un de Semlin et l'autre de Belgrade , et ces
deux Ambaffadeurs étant arrivés à quelque diftance
du Lieu où ils devoient être échangés , ils fe firent
complimenter réciproquement. Peu de tems après
le Géneral Schmettau et Ali Pacha , Seraskier de
Belgrade , lefquels avoient été nommés Commissaires
, le premier par l'Empereur et le second par ,
le G. Seigneur , pour faire l'échange des Ambaffadeurs
, fe rendirent chacun de leur côté fur un
Pont qui avoit été conftruit au milieu de la Save ,
et s'étant complimentés , ils envoyerent avertir les
Ambaffadeurs qu'on les attendoit. Ces Miniftres
s'embarquerent auffi - tôt , celui de l'Empereur fur
une Chaloupe et celui du Grand Seigneur for une
Saïque , et ils arriverent en même tems au Pont
étant précedés chacun de vingt Valets de pied et
fuivis de douze Cavaliers . Chacun des deux Com-
Hv mis1648
MERCURE DE FRANCE
miffaires alla prendre l'Ambaffadeur de fa Nation à
l'extrémité du Pont , et il le conduifit au milieu ,
où l'on avoit placé deux Fauteuils du côté des Imperiaux
, et un Sopha avec deux Couffins du côté
des Turcs. Les Ambaffadeurs et les Commiffaires
s'étant affis , on fervit des rafraichiffemens . Le
Comte d'Uhlefeldt fit enfuite au fujet de la Paix et
de la Commiffion dont il étoit chargé par l'Empereur,
un Difcours Latin , auquel Gianihi Ali Pacha
répondit en fa Langue . Lorfque ce dernier eut ceflé
de parler , les perfonnes de la Suite des deux Ambaffadeurs
commencerent à se rembarquer. Ces
Miniftres s'entretinrent encore pendant quelque
tems , et s'étant levés , ils embrafferent , l'un le
Géneral Schmettau et l'autre Ali Pacha , après
quoi le fit l'échange , le Commiffaire Turc donnant
la main droite au Comte d'Uhlefeldt , & le
Commiffaire de l'Empereur en ufant de même à
l'égard de Gianihi Ali Pacha. Les Ambaffadeurs
qui avoient été falués à leur arrivée ſur le Pont par
plufieurs décharges de douze canons , placés fur le
rivage , le furent en fe rembarquant , par une décharge
génerale de l'Artillerie des Bâtimens Imperiaux
et Turcs , et de la moufqueterie de 1500.
hommes des Troupes de l'Empereur , lefquels
étoient fur les Vaiffeaux de S. M. I. et de 1500.
hommes de la Garnifon de Belgrade , qui étoient
en Bataille fur le bord de la Save.
ITALI E.
Naprend de Rome que le Sacré College a
ordonné des Prieres publiques , pour obtenir
que les efprits fe réuniffent dans le Conclave , et
que l'Eglife ait bien-tôt un Chef digne de la gouverner.
Par
JUILLET. 1740. 1649
A
Par un Courrier arrivé de Madrid , on a apris que
le Cardinal Aquaviva et la Ducheffe de Colubrano
ont été nommés par L. M. C. pour tenir en leur
nom fur les Fonts de Baptême le Prince ou la Princeffe
dont accouchera la Reine des deux Siciles."
L
NAPLES.
E Traité de Commerce et de Navigation conclu
avec la Porte a été rendu Public , & entreautres
articles , les deux Puiffances font convenues
par ce Traité , que les Pilotes et autres perfonnes
experimentées dans l'Art de la Navigation , qui fe
trouveront dans les Ports refpectifs de l'une ou de
l'autre Puiffance fourniront tous les fecours necessaires
aux Bâtimens qui auront fouffert par la Tempête
, & que les effets qui feront naufrage , feront
remis aux Confuls des Villes les plus voifines , pour
être rendus aux Proprietaires ; que les Bâtimens
des Sujets d'une Puiffance ne pourront en aucun cas
être contraints par l'autre à tranfporter des troupes
ou de l'artillerie ; que lorfque les Vaiffeaux de
Guerre du Roy rencontreront ceux du Grand Seigneur
, ils deployeront leurs Pavillons & donneront
le Salut , qui leur fera rendu coup pour coup
par ceux de Sa Hauteffe ; que le Roy ne permettra
point que la navigatiou des Bâtimens Turcs foit
troublée par ceux des autres Nations à la vue des
Côtes du Royaume de Naples , et que les Bâtimens
Turcs ne pourront non plus à la vûë des mêmes
Côtes inquieter en aucune maniere ceux des Nations
alliées de S. M.; que les Esclaves , qui fe
trouveront de part & d'autre dans les Etats refpec
pectifs , feront échangés ou rachetés pour une fomme
modique , & qu'en attendant leur échange ou
leur rachat , on aura foin de les faire traiter avec
humanité par leurs Patrons. II
4
so MERCURE DE FRANCE
Il a été ftipulé par le même Traité , que s'il furvient
quelque conteftation entre les Confuls du
Roy & les Sujets du Grand Seigneur pour une
fomme qui aille juſqu'à 4000. aspres ou 200 liv.
l'affaire ne pourra être décidée que par le Divan ;
que les Sujets de S. M. feront traités par raport à
l'exercice de la Religion & aux Pelerinages dans les
Lieux Saints , de la même maniere que le font ceux
des autres Puiffaces amies de Sa Hauteffe ; que les
Officiers du Grand Seigneur ne pourront faire mettre
en prifon aucun des Sujets du Roy , & qu'ils
feront obligés de les remettre aux Confuls de la
Nation , pour que ceux-ci les faffent punir , s'ils
font reconnus coupables.
On affûre que le Roy eft dans le deffein d'établir
à Naples une Compagnie de Commerce fur let
modéle de celles qui font établies dans plufieurs
autres Etats de l'Europe , & qu'on a présenté à
S. M. Sic. un Projet , pour creufer depuis Gaëtte
jufqu'à Pefcara un Canal , par le moyen duquel on
puiffe paffer de la Mer de Tofcane à la Mer Adriatique
, fans être obligé de faire le tour des Royaumes
de Naples & de Siciles.
ISLE DE CORSE.
Es Bandits d'Ifolacci ont enfin demandé leur
LBs ont que le Marquis de
Maillebois leur avoit offertes , & ils ont prié feulement
qu'on leur donnât quelque tems pour pouvoir
mettre ordre à leurs affaires , avant que d'abandonner
la Corfe , ce qui leur a été accordé ,
avec la liberté de fe re retirer à Livourne ou en tel
autre endroit qu'ils jugeront à propos. Comme ils .
ont déja remis leurs armes , on compte qu'ils ne
carderont pas à fe rendre à la Baſtie.
En
JUILLET.
1651, "
1740.
En confideration de leur foumiffion , on a fait
grace au jeune homme de l'Ifolacci , qui avoit été
pris avec des armes à feu , & au nommé Angelo
Brando , qu'on avoit arrêté , parce qu'il leur avoit
fourni des vivres.
Le parti qu'ils ont pris doit beaucoup embaraffer
lé neveu de Théodore , & on a lieu de croire que ,'
s'il ne trouve pas le moyen de s'embarquer , il fera
contraint de fuivre leur exemple , n'y ayant nulle
aparence qu'il puiffe fe foûtenir davantage , à préfent
qu'on peut aller le chercher dans tous les
Lieux où il pouvoit fe retirer impunément, pendant
que les chemins n'étoient pas pratiquables .
Par les derniers avis reçûs , on eft informé qu'on
ne parle plus du' neveu du Baron de Neuhoff , &
l'on fupose qu'il eft forti de l'Ifle , ou qu'il fe tient
caché dans les Montagnes les plus éloignées.
Comme tour eft actuellement tranquille dans la
Corfe , il eft à préfumer que s'il y eft encore , il ne
tardera pas à tomber entre les mains des perfonnes
qui ont ordre de le chercher.
}
ESPAGNE.
Na reçu avisdes Indes Occidentalesdu commencement
du mois de Novembre dernier ,
qu'on avoit fait à Carthagene toutes les difpofitions
neceffaires pour mettre la Ville & les Forts
en état de défenfe , & pour fermer l'entrée du
Port ; & qu'on avoit apris qu'une Efcadre Angloise
s'étant présentée fur les Côtes de l'Ifle de Cuba ,
avoit tenté d'y faire une defcente , mais que la garnifon
du Fort de Coginar avoit fait un feu fi vif
fur les ennemis , qu'ils avoient été obligés de se retirer
, & d'abandonner 200. hommes qui étoient
déja debarqués , & qui furent faits prifonniers de
Guerre. Le
3
1652 MERCURE DE FRANCE
Le 3. de ce mois , le Vaiffeau le Biscayen , commandé
par le Capitaine Don Antoine la Farga , conduifit
à S. Sebaftien un Vaiffeau Anglois de 300, tonneaux,
qui retournoit de la Caroline en Angleterre &
qu'il a pris le 26.du mois dernier entre le 49. & le so.
degré de Latitude Septentrionale , après un combat
qui a duré quatre heures , & dans lequel les Efpagnols
n'ont eu que quatre Soldats de bleffes . Les
Anglois y ont perdu fix hommes , du nombre defquels
eft le Chevalier Braythwart , Commandant
d'un Fort de la Caroline , lequel paffoit en Angleterre
avec la femme & fes enfans. La charge du
Bâtiment ennemi confiftoit en Ris , en Eau de Vie,'
en Bois du Brefil & de Campêche , & en Bois de la
Jamaïque , propre à faire des meubles , & elle est
eftimée 40000. Piaftres.
Don Pedro Ignace de Goycochea , Commandant'
la Fregate la Notre- Dame du Mont Carmel , prit le
6. de ce mois vers le 49e . degré de Latitude Septentrionale
le Pacquetbot Anglois le Townshend, qui
portoit des Lettres de Lisbonne à Plymouth , "&"
fur lequel on a trouvé la valeur de 90000. Piaftres
en or.
Lorsque cette Fregate commença à donner la
chasse à ce Pacquetbot , les Anglois qui le mon
toient , déployerent leur Gaillardet , & tirerent
plufieurs coups de canon fans boulet , pour braver
les Efpagnols , qui s'en étant aprochés à la portée
du canon , firent un fi grand feu de leur Artillerie
que le Pacquetbot fut endommagé confiderablement
, furtout du côté de la Poupe. Les ennemis
continuant de fe défendre malgré le mauvais état
dans lequel étoit leur Bâtiment, & le Commandant
Espagnol craignant qu'ils ne s'échapassent à la faveur
de la nuit , se détermina à aller à l'abordage ,
& bientôt il se rendit maître du Vaisseau. Le Lieutenant
JUILLET. 1740. 1653
17401653
tenant du Pacquetbot & quatre Soldats Anglois
ont été tués dans le Combat , & il y en a eû cinq
autres de bleffés dangereusement.
On n'a pû recouvrer aucune des Lettres qui
étoient fur ce Bâtiment , parceque le Capitaine ,
dès qu'il s'eft vû dans la néceffité de se rendre
ordonné qu'on les jettât dans la Mer.
Cette même Fregate s'eft auffi emparé du Vaisseau
Anglois la Dorothée , qui revenoit , de l'Isle
d'Antigue , & dont la charge confiftant en 160.
Barriques de sucre , chacune de 15. 16. Quintaux;
en 19. Barriques d'Eau de Vie , & en bålles de Coton
eſt eſtimée 20000. Piaſtres .
à
L'Armateur Don Jean - Baptifte Solie a conduit à
Saint Sebaſtien deux autres Bâtimens Anglois , dont
P'un chargé de Thé alloit de Dunquerque à Lisbonne
, & l'autre portoit du charbon de terre de
Milfrond à Chefter.
Le Vaisseau la Marie , chargé d'Eau de Vie , a
été pris par un Brigantin Eſpagnol vers les 47e .
degré de Latitude Septentrionale Ces trois dernieres
prifes font peu confiderables , & leur valeur
ne monte qu'à 3000. Piaftres.
PORTUGAL.
E 26. du mois dernier , jour de l'Octave de la
LFête du 9. Sacrement , las Religieus du Tiers
Ordre de Notre-Dame de Jesus , firent à Lisbonne
avec beaucoup de folemnité leur Proceffion , à la
tête de laquelle étoient deux magnifiques Chars de
Triomphe , précedés d'une partie de la Bourgeoifie
à cheval .
HOL
1654 MERCURE DE FRANCE
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
Na apris de Caffel , que la premiere entrevûë
de la Princeffe Marie d'Angleterre & du Prince
Frederic de Heffe , s'étant faite le 26. de ce
mois à Amelienthal , cette Princeffe avoit fait le 27 .
fon Entrée publique à Caffel ; qu'à fon arrivée au
Château , elle avoit été conduite à la Chapelle , ou
fon Mariage avoit été célebré ; qu'après la Céremonie
, qui fut faite par un Miniftre de la Religion
Réformée , & pendant laquelle la Princeffe eut fur la
tête une Couronne , elle avoit foupé avec les Princes
& les Princeffes , que le Repas avoit été fuivi
´d'un Bal , dont la magnificence avoit répondu à l'éclat
de la Fête , & que le lendemain , les Seigneurs
& les Dames de la Cour avoient été admis à baiser
la main de la Princeffe .
GRANDE-BRETAGNE.
Es Lettres de l'Amiral Vernon , arrivées à Lon-
Ldres fe ,, de ce mois , portent que le 14. du
mois de Mars dernier , il avoit mouillé avec fon
Escadre devant Carthagene dans la Baye de Playa
Granda , & que le 16. ayant fait avancer fes Galiotes
à Bombes & ſes Brulots , il avoit bombardé cette
Place pendant quelques heures avec affés de fuccès ,
plufieurs Bombes étant tombées fur la principale
Eglise de la Ville , fur le College des Jésuites, & fur
le Bureau de la Doüanne ; d'autres ayani abatru
plufieurs Maifons , & une ayant fait ceffer le feu
d'une Batterie , placée ſur un Baſtion , ¡
Cet Amiral marque dans les mêmes Lettres , que
le 17. au matin , après avoir levé l'ancre , il avoit
rangé fes Vaiffeaux en ordre de Bataille , & qu'il
avoit cottoyé la Terre jusqu'à Bocachica , d'où on
lui
JUILLET. 1740 1655
lui avoit tiré plufieurs coups de canon , qui ne l'avoient
point atteint , qu'ensuite il avoit laiffé les
Vaiffeaux de Guerre , le Windzor & le Greenwich
pour croiser à la vûë du Port de Carthagene , & qu'il
avoit fait voile pour Porto - Bello , où il étoit arrivé
le 21. qué pendant qu'il y a fait réparer les dommages
que fes Galiotes à Bombes , fes Brulots &
quelques autres de fes petits Bâtimens avoient reçûs
dans le Bombardement , il avoit détaché de tems
en tems plufieurs Vaiffeaux pour croiser devant le
Fort de Chagre , & qu'ayant pris de l'eau fur fes
Vaiffeaux , il avoit remis à la voile le 29. & étoit
arrivé le même jour à la vue de ce Fort , qu'il a
bombardé fans interruption depuis le jour de fon
arrivée jusqu'à onze heures du matin du 31. que
les Espagnols arborerent le Drapeau blanc , pour
demander à capituler ; que le Capitaine Knowlles ,
que l'Amiral Vernon envoya fur le champ à terre
étoit revenu peu de tems après avec le Gouverneur
du Fort ; & qu'on avoit figné la Capitulation , par
laquelle on eft convenu que le Gouverneur , auffitôt
après la fignature , remettroit le Fort aux Troupes
du Roy , & qu'il fe retireroit avec fa Garnison
dans le Lieu qu'il lui plairoit de choisir , que les
Habitans du Village de Chagre y demeureroient s'ils
le jugeoient à propos , & que l'Amiral Vernon empêcheroit
qu'il ne leur fût causé aucun dommage ;
qu'on remettroit à cet Amiral les deux Vaiffeaux
Gardes Côtes qui étoient dans la Riviere , dans l'é
tat où ils fe trouveroient ; que le Clergé & les Egli
ses du Lieu feroient protegés , & qu'on leur conferveroit
leurs libertés & leurs privileges .
Les mêmes Lettres ajoûtent qu'il avoit nommé
pour Gouverneur du Fort le Capitaine Knowlles ,
qui y étoit entré le 31. à trois heures après midi .
avec cinq Officiers & 120. hommes ; que l'Amiral
s'y
1656 MERCURE DE FRANCE
s'y étoit rendu le premier du mois d'Avril , pour
donner les ordres néceffaires , & qu'ayant trouvé
dans le Bureau de la Douanne plufieurs Marchandi
ses deftinées pour les Galions , il es avoit fait
enlever ; que les deux Gardes Côtes , les feuls
Vaiffeaux qui fuffent alors dans la Riviere , avoient
été coulés à fond ; que le 4. on avoit mis le feu au
Bureau de la Douanne , qu'on avoit embarqué le s .
onze Canons de Bronze & onze Pierriers , qui
avoient été trouvés dans le Fort , que le même jour
on avoit fait fauter toutes les Fortifications , & que
l'Amiral Vernon avoit remis le lendemain à la voile
pour Porto Bello , d'où ii eft retourné à la Jamaïque ,
après avoir été rejoint par les Vaiffeaux le Windsor,
le Greenwich & le Burford.
Le Duc de Cumberland ayant obtenu du Roy la
permiffion de fervir en qualité de Volontaire dans
l'Expedition pour laquelle la Flotte de l'Amiral Norris
eft deftinée , ce Prince fe rendit du Camp de
Hownslow à Portsmouth le 16. de ce mois , & il
paffa fur une Chaloupe dans l'Isle de Wight, d'où il
alla joindre à Spihead le Vaiffeau la Victoire , fur
lequel il s'embarqua au bruit d'une falve generale
de l'Artillerie de ce Vaiffeau & de tous ceux qui
étoient dans le Port.
Le Vaiffeau la Victoire , fuivant une Description
qu'on en a publiée à l'occafion de l'embarquement
du Duc de Cumberland , eft plus grand de 200 .
tonneaux qu'aucun autre Vaiffeau du Roy , ayant
221. pieds , dix pouces de long , & pouvant contenir
1200. hommes , avec les provifions néceffaires
pour leur fufiftance.
Le 20. vers les deux heures après midi , l'Amiral
Norris fit voile de Spithead , avec la Flotte dont le
Roy lui a donné le Commandement , & le Chevalier
Chaloner Ogle , qui s'eft rendu dans le même
Port
JUILLET. 1740 1657
1
Port avec fon Escadre, composée de neuf Vaiffeaux
de Guerre , fe dispose à fuivre inceffamment cette
Flotte , fur laquelle on a fait embarquer le Régiment
du Brigadier Géneral Harrison & quelques
autres Troupes.
Le Lord Catheart, qui doit commander le Corps
de Troupes qu'on fe propose d'envoyer en Amerique
, aura fous les ordres M. Alexandre Spotswood ,
Major General ; Mrs Thomas Wentwort , Jean
Guise , & Guillaume Rusane , Majors de Brigade ;
M. François Spotswood , Quartier Maître Géneral ;
M. Edowouard Woolf , Adjudant Géneral ; un
Commiffaire des Guerres & un Commiffaire des
Vivres, Tous les Officiers des Régimens nommés
pour fervir fous ce Géneral , ont reçû ordre d'aller
joindre leurs Corps dans l'Isle de Wight avant le
22. de ce mois , fous peine d'être privés de leurs
Commiffions. On assûre que le Gouvernement fera
embarquer avec les autres Troupes qu'il donne au
Lord Catheart , un détachement des Gardes du
Corps & dix- huit hommes de chaque Compagnie
des trois Régimens des Gardes à pied ; que ces Troupes
à leur arrivée dans l'Amérique , feront jointes
par d'autres qu'on a levées dans diverses Colonies ,
& que les Vaiffeaux de Guerre , qui les escorteront
dans le paffage , font deftinés à renforcer l'Escadre
de l'Amiral Vernon. Le Lord Catheart a choifi Mrs
Charles Whiteford & Jean Stuart , pour Aides de
Camp. Le Colonel Spetwid aura le commandement
des Troupes qu'on a levées dans la Caroline
Septentrionale , & qui doivent être employées à
ane Expédition contre la Colonie que les Espagnols
ont dans le voifinage. Une Escadre de huit Vais
seaux , dont deux font de so . canons , deux de 40 .
& quatre de 20. fera voile inceffamment vers le Sud
Qüeft de l'Irlande , pour y croiser à la vue de diffe-
KA
reas
1858 MERCURE DE FRANCE
rens Ports , & on y envoyera toutes les fix femaines
une nouvelle Escadre d'un pareil nombre de Vaisseaux.
L'Amiral Cavendish doit commander une Escacadre
d'observation dans la Manche. Les Vaiſſeaux
le Šaint Albans , de 60. canons , & l'Alloüette, de
50. ferviront de Convoy aux Vaiffeaux Marchands
qui doivent mettre à la voile pour Conftantinople
pour Smirne , pour Alexandie , & pour les autres
Echelles du Levant.
Deux Armateurs Anglois fe font emparés de deux
Bâtimens Espagnols , dont l'un avoit à bord so.
Tonneaux de Poudre pour Carthagene.
Un Vaiffeau de 200. Tonneaux , qui revenoit de
la Virginie & qui alloit à Liverpool , a été pris par
les Espagnols à la hauteur de Saint Clair.
Le Vaiffeau le Snow Reggi , en allant de Philadelphie
à Lisbonne , eft tombé auffi entre les mains
des Espagnols.
La Flotte avec laquelle l'Amiral Norris fit voile de
Spithead le 26 de ce mois , eft composée des Vaisseaux
la Victoire , de 112. canons ; la Princeffe Caroline
, le Chichester , le Cambridge , le Schrewsbury ,
le Boyne, chacun de 80. l'Oxfard, le Lenox, le Kent,
& le Suffolk, de 70. & de plufieurs Frégates ,
Galiotes à Bombes & Brulots. Le Chevalier Chaloner
Ogle eft allé joindre cette Flotte avec les
Vaiffeaux l'Elizabeth , de 70. canons ; l'Augufte ,
le Superbe , le Pembrock , le Lyon , le Jersey de 60.
Le Litchfield & l'Affiftance , de so . & l'Amiral
Norris devoit prendre , en paffant à Plymouth ,
l'Escadre commandée par l'Amiral Belchen .
On a reçû avis de Charles Town , que le Vaiffeau
de Guerre l'Ecureuil , commandé par le Capitaine
Waren , y avoit conduit un Armateur Espagnol .
Cet Armateur & un autre de la même Nation ,
avoient attaqué ce Vaiffeau, & le Capitaine Waron,
après en avoir coulé un à fond; s'empara de l'autre.
1
JUILLET. 51740 . 1659
MORTS DES PAYS ETRANGERS,
E quatorziéme Mai Emmanuel Comte de
Charny Grand d'Espagne de la premiere
Claffe , Chevalier de l'Ordre de S. Janvier , Capitaine
General des Armes du Royaume de Naples
&c. mourut à Naples , âgé d'environ 60. ans. Ce
Seigneur étant encore fort jeune , fit fes premieres
Campagnes en Catalogne avant la Paix de Riswick .
Le Roy d'Espagne , qu'il a toujours fervi avec fuc-,
cès , le fit au mois de Mars 1703. Colonel du Régiment
d'Infanterie d'Eftramadure , & lui donna la
Clef de Gentilhomme de fa Chambre , au mois
d'Août 1707. Il s'étoit extrêmement diftingué le
25. Avril précedent à la Bataille d'Almanza dans le
Royaume de Valence. Il fut fair Maréchal de Camp
au mois de Décembre 1710. & il fervit en cette
qualité au Siége de Barcelone en 1714. Le Gouver
nement de Jaca , dans le Royaume d'Aragon , lui
fut donné au mois de Février 1719. & il fut fait
ensuite Lieutenant Géneral des Armées de S.M.Cath .
Il eut au mois de Juillet 1725. le Gouvernement
de la Fortereffe de Ceuta en Afrique , où s'étant
rendu ; il fit faire le 7. Avril 1726 une vigoureufe
fortie fur les Maures , qui affiégeoient cette Place,
& après avoir ruiné un de leurs Ouvrages , il fit
jouer une Mine, qui eut un tel fuccès qu'elle fit fau
ter en l'air un nombre confidérable de ces Barbares .
il continua à les fatiguer fi fort qu'ils prirent le par
ti de fe retirer à l'improvifte le 17. Mars 1727. de
devant cette Place , après un Siége de 34. ans. Le
Comte de Charny , fit ensuite ruiner entierement
leur Camp. Le Roy d'Espagne lui donna au mois
d'Août
1660 MERCURE DE FRANCE
d'Août 1728. la Commanderie d'Almorandiel, dans
l'Ordre de Calatravè , & le choifit au mois de Juil-I
let 1731. pour commander en chef les 6000. hommes
de Troupes Espagnoles deftinées à paſſer en
Italie avec D. Charles , Infant d'Eſpagne , aujour
d'hui Roy de Naples. Il a continué toujours depuis
àfervir ce Prince , qui le déclara Capitaine Géne
ral des Armes du Royaume de Naples le zo. Jan
vier 1736. & fon Conseiller d'Etat au mois de Fé
vrier. Il obtint au mois de Mai de la même année
une penfion de 3000. Ducats , avec le titre de Duc
de Caftelamare. Il étoit fils du Comte de Charny ,
Capitaine Géneral des Armes de la Côte de Grena
de , & Gouverneur de la Fortereffe de Ceuta en
Afrique , mort en 1692. Le Comte de Charny qui
vient de mourir , avoit été marié deux fois , fa premiere
femme , qui l'avoit fuivi en Italie , mourut à
Livourne en Toscane le 28. Août 1734. Il s'étoit
remarié le z. Février 1739. avec une fille du Prince
Della Scala , de la Maison Spinelli , du Royau
me de Naples.
Le 7. Juin, la Princeffe Marie- Elizabeth- Amelie-
Antoinette - Josephine - Gabrielle- Jeanne- Agathe ,
fille aînée du Grand Duc de Toscane , & de l'Ar-'
chiducheffe Marie- Therese , fon Epouse , mourut
au Château de Laxembourg , âgée de 3. ans , 4.
mois & 2. jours , étant née à Vienne le 3. Février
1737.
Le 9. Leandre Porzia , Cardinal , Prêtre , du Titre
de S. Calixte , Membre des Congrégations des
Evêques & Reguliers , de l'Examen des Evêques, de
la Vifite Apoftolique , de l'Index , des Rites , du
S Office , des Indulgences, & Reliques, de la Discipline
Réguliere , &c. Protecteur de la Congrégation
des Moines Guillelmites , de l'Ordre de S. Benoît
, & de l'Académie des Ecclefiaftiques Nobles
à
JUILLET . 1740; 1661
à Rome , mourut dans le Conclave , âgé de 67 .
ans , 5 , mois & ~ 8 . jours , étant né le 22. Décem→
bre 1673. au Lieu de Porzia , Fief de fa Famille ,
dans le Frioul . Il étoit Religieux de l'Ordre de S.
Benoît , de la Congrégation du Montcaffin , ayant
été élu en 1725. Abbe de l'Abbaye Réguliere de
S. Paul , hors les Murs à Rome. Il aſſiſta en cette
qualité au Concile Romain , qui fut tenu à S. Jean
de Latran , & il fut beni le 9. Juin de la même an
née 1725. dans fon Eglife Abbatiale par le Pape ,
affifté des Abbés du Mont Caffin , & de Cafamare.
Il fut nommé au mois de Janvier 1728. à l'Evêché
de Bergame , dans l'Etat de Venise, qui fut proposé
pour lui en Confiftoire , le 12. Avril ſuivant , après
avoir été dispensé de l'examen , pour avoir continuellement
donné des marques de fa profonde
doctrine , dans les differens Emplois qu'il avoit
exercés depuis 10. années qu'il réfidoit à Rome. Il
fut créé Cardinal le 30. du même mois d'Avril
1728. & reçut le même jour la Barette des mains
du Pape , qui fit la fonction de ie facrer le 2. Mai
dans l'Eglise des Religieuses de S. Ambroise , ayant
pour Affiftans l'Archevêque de Trajanople , & l'Evêque
de Cirene. Le 4. S. S. fit la Ceremonie de
lui donner le Chapeau , & le 10 celle de lui fermer
& ouvrir la bouche , ensuite de quoi elle lui affigna
le Titre Prespiteral de S. Jérôme des Esciavons ,
qu'il quitta peu de temps après , en optant le 20%
Septembre de la même année 1728. celui de S. Ca
Lixte. Il fut déclaré par le Pape Clement XII . au
mois d'avril 1731. Député de la Congrégation de
Propaganda fide. Il s'étoit démis dès le mois de Noyembre
1730. de l'Evêché de Bergame , en ſe réfervant
deflus une penfion de 2000 écus Romains.
Le 22. le nommé J rôme- Thomas de Casanova,
natif d'Orihuela , mourut à Grenade , âgé de 113.
ans
1662 MERCURE DE FRANCE
ans. Il n'en paroiffoit pas plus de 60. & il avoit
conservé dans les dernieres années de fa vie , nonfeulement
tout fon jugement , mais encore affés de
force , pour marcher fans baton .
Le 16. Juillet , la Reine Premiere Douairiere
d'Espagne, mourut à Guadalaxara , âgée de 72. ans,
8. mois & 18. jours, étant née le 8. Octobre 1667 .
Cette Princeffe , qui fe nommoit Marie -Anne de
Neubourg , étoit fille de Philipe- Guillaume , né le
5. Novembre 1615. Duc de Neubourg en 1653 .
lequel devint Electeur Palatin , au défaut de la Branche
Electorale de Simmern le 26. Mai 1685. & qui
mourut à Vienne le le 2. Septembre 1690 & d'Elizabeth-
Amélie de Heffe Darmstadt , née le 19 .
Mars 1635. morte le 4. Août 1709. Marie- Louise
d'Orleans , premiere femme du feu Roy Charles II.
étant morte le 12. Fevrier 1689. Charles II . fit demander
en mariage , la Princeffe Marie-Anne de
Neubourg , qui fut épousée à Neubourg , au nom
de ce Roy, le 28. Août de la même année, par Henri-
François, Comte de Mansfeld, Ambafladeur d'Espagne
, & dont les Nôces furent célebrées à Valladolid
le 4. Mai de l'année fuivante . Après la mort
du feu Roy , la Reine Premiere Douairiere , fe retira
à Rome , & ensuite à Bayonne , où elle a demeuré
jusqu'en 1738. que le Roy l'a engagée à retourner
dans le Royaume d'Espagne , & à établir
fa réfidence à Guadalaxara.
La Cour a pris le 20. le deüil pour la mort de
cette Princeffe , dont le Corps doit être porté au
Convent de Saint Laurent de l'Escurial , pour y être
inhumé dans le Tombeau des Princes & Princeffes
de la Maison Royale .
FRANCE
JUILLET. 1740 1663
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 7. de ce mois , le Prince de Campo
Florido , Ambaffadeur du Roy d'Espagne
, eut fa premiere audience particuliere
du Roy , à laquelle il fut conduit par le
Chevalier de Saintot , Introducteur des Ambassadeurs
, qui le conduifit ensuite à l'audience
de la Reine & à celles de Monseigneur
le Dauphin & de Mefdames.
Le Roy partit de Choify le 12. de ce mois,'
pour se rendre à Compiegne , où S. M. arriva
le même jour. Le Roy passa vers les quatre
heures après midi sur les remparts de
Paris , & S. M. s'y arrêta , pour voir les Ouvrages
que le Corps de Ville a fait faire , &
dont l'objet eft de rendre l'air plus sain dans
les Quartiers que le grand Egoût traverse ,'
faisant couler une assés grande quantité
d'Eau pour nettoyer cet Egoût , lequel
dans une longueur de 3600. toises est pavé
de dalies de pierre & revêtu de murs.
Le Roy ayant été reçû à la descente de son
carosse par les Prévôt des Marchands &
Echevins , vit le Reservoir & les differentes
I parties
1664 MERCURE DE FRANCE
parties de cet Ouvrage. S. M. alla ensuite
voir l'Eau du Reservoir entrer dans l'Egoût
& y couler avec une grande rapidité . S. M.
s'arrêta auffi à la Grille du Fauxbourg Saint
Martin , où Elle vit l'effet d'une des quatorze
Vannes , placées de distance en distance dans
Egoût , pour retenir l'Eau , & lui donner
une force capable d'assûrer le succès de cet
Ouvrage , commencé en 1737. & qui est entierement
fini . Le Roy en a parû très- content
, & S. M. a eû la bonté de le marquer
au Corps de Ville.
La Reine passa sur les mêmes remparts le
14. pour aller à Compiegne , & S. M. s'y arrêta
, pour voir ces mêmes Ouvrages.
Monſeigneur le Dauphin se rendit à Compiegne
le 16. de ce mois , & en passant sur
le rempart dont on vient de parler , ce Prince
vit les Ouvrages que le Corps de Ville a
fait faire pour le nettoyement du grand
Egoût.
>
Le 19. de ce mois , le Marquis de Camas,
Envoyé Extraordinaire du Roy de Prufſe
eut à Compiegne sa premiere audience publique
, & il y fut conduit par le Chevalier
de Saintot , Introducteur des Ambassadeurs,
qui étoit allé le prendre dans les carosses du
Roy & de la Reine. Il fut ensuite conduit
le même Introducteur à l'audience pu- par
>
blique
AJUILLET. 1740. 1665
blique de la Reine & à celle de Monseigneur
le Dauphin , & il fut reconduit chés lui dans
les carosses de L. M. avec les cérémonies accoûtumées.
Le 22. le Roy prit le deuil en Violet pour
la mort du Roy de Prusse , dont le Marquis
de Camas donna part au Roy dans l'audience
publique qu'il eût de S. M. le 19 .
S. M. a donné la Place de Conseiller d'Etat
d'Epée , vacante par la mort du Comte
du Luc , au Comte du Muy , l'un des deux
Sous-Gouverneurs de Monseigneur le Dau
phin .
Le Roy a nommé Intendant de la Géneralité
de Paris M. d'Argenson , Conseiller
d'Etat Ordinaire Chancelier de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , & Chancelier
du Duc d'Orleans.
,
Le 4. Juillet il y eut Concert chés la
-Reine ; M. de Blamont , Sur- Intendant de
la Mufique du Roy , fit chanter le Prologue
& le premier Acte de l'Opera de Thesée ;
qu'on continua le 6. & le 9. par les Actes
fuivans , dont les principaux rolles furent
remplis par les Dlles d'Aigremont , Romainville
, Antier , Abec , Godeneche , & Def-
Lij champs
1666 MERCURE DE FRANCE
champs, & par les Srs Godoneche ,du Bourg,
d'Aigremont , d'Angerville & Tribou .
Le 16. & le 18. la Cour étant à Compiegne
, la Reine entendit le Ballet des Fêtes
Venitiennes , dont les rolles furent chantés
par les mêmes Acteurs qu'on vient de nom
mer , par la Dlle Huguenot , & par le Srs
Benoît , Poirier & le Begue.
Le 20. & le 23. on exécuta les quatre Entrées
de l'Europe Galante ; les principaux
rolles furent joués par les mêmes Sujets ,
par la Dlle Mathieu.
+
&
Le 27. S. M, fouhaita d'entendre la secon
'de & la troifiéme Entrée du Ballet des Sens
dont l'exécution fit beaucoup de plaifir à
toute la Cour,
M. de Vendeuil , Ecuyer du Roy , tenant
une des Académies Royales , très - connûpar
les excellens hommes de cheval qu'il a
formés , a pour Patronne Sainte Anne , elle
fut célébrée le 27. de ce mois .
Le jour choifi , les Seigneurs & Dames qui
avoient été invités à la Fête fe rendirent à
l'Académie fur les dix heures du soir , on y
exécuta un Feu d'Artifice ; ce Feu fatisfit d'autant
plus , qu'il parút d'un goût nouveau, &
qu'il fut exécuté avec beaucoup d'expression,
par le Sr Lemarié , Artificier du Roy , & fur
aplaudi de toute la nombreuse Compagnie.
Après
JUILLET. 1740. 1667
Après le Feu , Mrs les Académistes donnerent
une Simphonie , qui fut exécutée par
les Muficiens du Prince de Carignan , qui fit
grand plaifir ; la Fête finit par un Bal , qui
dura jufqu'au lendemain , il fut distribué pendant
ce Bal beaucoup de rafraichissemens ;
tout parût digne de la jeune Noblesse qui
donnoit cette brillante Fête. Ce que l'on
admira le plus , fut la décence , la politesse ,
l'attention & la profufion , qui se soûtinrent´
également juſqu'à la fin .
*******************
L
MORTS & MARIAGES.
E 2. Juillet , Louis -François le Poupet , Ecuyer,
ancien Avocat au Parlement de Paris , immatriculé
le 27. Janvier 1689. & ancien Bâtonnier ,
qui avoit plaidé autrefois avec reputation au Châtelet
, où il s'étoit attaché , mourut à fa Maiſon de
campagne à Montihery , âgé d'environ 70. ans , ne
laissant qu'une fille , fa feule heritiere , qui fut
mariée au mois de Janvier 172 5. avec Etienne - Gafpard
Moreau de Breville , Auditeur en la Chambre
des Comptes de Paris. Le défunt étoit fils de feu
Antoine le Poupet , Sr de S. Aubin , Confeiller-
Secretaire du Roy , Avocat ès Confeils de S. M. &
de feue Jacqueline Arnoullet , morte le 9. Octobre
1722.
Le4. Jean-Baptifte de Bellon de Thurin , Marquis
du Bourg- S. Sepulchre , Comte Palatin du S. Empire
, apellé le Comte de Thurin , Gouverneur des
Ville & Château de Monluel , en Bresse , depuis le
I iij mois
668 MERCURE DE FRANCE
mois de Mars 1718. & Gouverneur & Grand Bailli
de Clermont , en Beauvoifis , depuis le mois de Fevrier
1720. & ci- devant fucceffivement Lieutenant
des Gardes , & Ecuyer de feu Louis-Henri Duc de
Bourbon , mourut à fon Château de Remi , près de
Compiegne , dans la 75. année de fon âge , étant
né le 24. Octobre 1665. Il étoit veufde Marie- Marguerite
des Essars , feconde fille de Charles des
Essars , Marquis de Meigneux , Comte de Berques,
Seigneur de Quimquempoix , de Brequefan , & c.
Gouverneur de Montreuil , mort le 4. Septembre
1691. & de D. Françoile - Geneviève Regnault , morte
le 22. Il laisse d'elle Jean Claude de Bellon de
Thurin , Comte Palatin du S. Empire , Chevalier de
l'Ordre de N. D du Montcarmel , & de S. Lazare
de Jerufalem , ci - devant Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment de Bourbon. Il y a un article
touchant cette Famille et fon origine , dans le Mercure
du mois de Fevrier 1720 p . 168.
Les. François Ollivier , Seigneur du Comté de
Senozan , & du Marquisat de Rosny , Baron de
' Honneur du Homet de la Riviere , Doyen de
l'Ordre de S. Michel , reçû en 170. Intendant Géneral
des Affaires temporelles du Clergé de France,
mourut à Paris dans la 63. année de fon âge , étant
né à Lyon le 6. Fevrier 1678. Il s'étoit démis quelques
jours auparavant , de la Commiffion d'Intendant
General du Clergé , qui a été donnée à François
David Bollioud de S. Julien , fon neveu ,
quel y a été reçû en qualité de Receveur General
du Clergé , le 30. Juin. Le défunt étoit fils de David
Ollivier , Seigneur du Comté de Senozan , &
Baron de la Salle & c & de Françoise Aufon , fon
époufe. Il avoit épousé le 29. Juin 1711. Dlle
Jeanne- Magdeleine de Grolée , fille de François-
Jofeph de Grolée , Comte de Viriville , Premier
le-
Baron
JUILLET. 1740 1669
Baron du Lyonnois , Seigneur de Taulignan , Gouverneur
de la Ville & Citadelle de Montelimart ,
ci- devant Capitaine Lieutenant des Gendarmes de
Berry, mort le 26. Septembre 1705. & de D. Magdeleine
Sabine de la Tour de Gouvernet , fa veuve .
>
M. de Senozan laisse trois enfans , fçavoir Jean-
Antoine Ollivier , Seigneur de Rosny & Magny,
&c. Préfident en la quatriéme Chambre des Enquêtes
du Parlement de Paris reçû à cette
Charge le 6 Avril 1737. & auparavant Confeiller
& Commissaire aux Requêtes du Palais , le
10. Juillet 1733. & marié au mois de Fevrier 1735 .
avec Marie-Louise de Lamoignon , née le 16. Juillet
1719. fille de Guillaume de Lamoignon de Blancmesnil
, Seigneur de Malesherbes , Preſident à Mortier
au Parlement de Paris , & de feue D. Anne-
Elizabeth Roujault fa feconde femme. Il a pour
fils unique Antoine- François Ollivier de Senozan ,
âgé de 3. ans.
>
M. de Senozan qui vient de mourir , laisse pour
fon fecond fils , Jean François - Ferdinand Ollivier de
Senozan de Tauiignan , âgé de huit ans , & pour
fille Anne- Sabine Ollivier de Senozan , mariée le 4 .
Octobre 1730. avec Charles-François - Chriftian de
Montmorency-Luxembourg , Prince de Tingry ,
Comte de Luxe , Colonel du Regiment de Touraine
, Brigadier des Armées du Roy , de la Promotion
du 15. Mars dernier ; il a pour fille Pauline - Anne
de Montmorency de Tingry , âgée de fix ans.
Le 6. D. Marie- Charlotte-Antoine de Gontaut de
Biron , épouse de Louis de Boufchet , Marquis de
Sourches & du Bellay ; Comte de Montsoreau , Seigneur
du Quefnel , Obry , &c. Prévôt de l'Hôtel
du Roy , & Grand Prévôt de France , Cornette de
la Compagnie des Chevau-Legers de la Garde ornaire
de S. M. & Brigadier de fes Armées , avec
I iiij lequel
1670 MERCURE DE FRANCE
·lequel elle avoit été mariée le 8 Fevrier 1730.
mourut au Château de Rambouillet , après être
accouchée le 26. Juin précedent avant terme , d'un
fils , qui mourut auffi - tôt après avoir été ondoyé.
Elle étoit âgée d'environ 28. ans , & la 6 fille maariée
de Charles - Armand de Gontaut, Duc de Biron ,
< Pair & Maréchal de France , Chevalier des Ordres du
Roy , Gouverneur de Landau , & de Marie - Antonine
Bautru de Nogent ; elle ne laiffe que cinq filles.
Le 9. fut inhumée à S. Euſtache la nommée Maric
le Tellier , veuve de Jean Combert , Porteur de
Grains , laquelle avoit 99. ans accomplis .
Le 11. Michel- Robert le Peletier des Forts , Comte
de S. Fargeau , Seigneur du Menil Montant , Gouverneur
de la Ville & Château , & Grand Bailli de
Gien , Miniftre d'Etat , mourut à Paris , dans la 66.
année de fon âge , étant né le 24. Avril 1675. Il
· avoit été reçû d'abord Conseiller au Parlement de
-Metz le 29. Avril 1695. puis en celui de Paris le 3 .
Fevrier 1696. & enfuite Maître des Requêtes de
P'Hôtel du Roy le 27. Fevrier 1698. Il fut fait Intendant
des Finances en futvivance de fon pere le
20. Decembre 1700. Il entra en exercice de cette
Charge par la démiſſion au mois de Juin 1701. &
réfigna sa Charge de Maître des Requêtes en 1702 .
Il fut fait Conseiller d'Etat au mois de Juin 1714. &
après la mort du Roy Louis XIV . les Charges d'Intendans
des Finances ayant été fuprimées , il fut retenu
Confeiller du Confeil des Finances , qui fut
établi au mois de Septembre 1715. Il fut fait en
1719. Confeiller au Confeil de Régence pour les
Finances , & le 7. Juin 1720. premier Commissaire
des Finances , pour faire la Charge de Controlleur
Géneral. Il fut déclaré Controlleur Géneral des
Finances le 14. Juin 1726. & prêta serment de fidelité
entre les mains du Roy pour cette Charge le
IS4
JUILLET.^ 1740. 1671
15. & à la Chambre des Comptes le 18. du même
mois. Il ne l'exerça que jufqu'au 19. Mirs 1730.
Il avoit été déclaré Miniftre d'Etat le 30. Decem
bre 1729.. & avoit obtenu au mois de Fevrier précedent
la Charge de Grand Bailli & le Gouvernement
de Gien . Il étoit fils de feu Michel le Peletier
, Seigneur de Sousy , & des Forts , Confeiller
d'Etat ordinaire , & au Conseil Royal , & Doyen
du Conseil , mort le 10. Decembre 1725. à l'âge
de 85. ans , & de Marie-Magdeleine Guerin , morte
le 20. Septembre 1691. & il avoit été marié le
12. Septembre 1706. avec Marie-Louise de Lamoignon
, fille de feu Nicolas de Lamoignon de Basville
, Comte de Launay-Courson , Conseiller d'Etat
ordinaire , & Intendant de la Province de Languedoc
, & d'Anne - Louiſe Bonnin de Chalucet . Il
en avoit eu un fils unique, dont on a raporté la mort
dans le Mercure du mois de Juillet 1739. p. 1672.
Le même jour Alexandre Chevard , Ecuyer , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , & Huiffier
des Ordres du S. Efprit & de S. Mishel , mourut à
Paris , âgé de 53. ans , 4 mois & 3. jours , étant né
le 8. Mars 1687. Il étoit fils de Germain Chevard ,
Trésorier Géneral des Fortifications de France , &
de Louise Thevenet , & n'avoit point été marié.
?
Le 13. François Magueux , ancien Avocat au Paglement
de Paris , immatriculé le 10. Juillet 1690.
Maître Particulier des Eaux & Forêts de S. Germain
en Laye , Inspecteur du Domaine du Roy , Conseiller
du Conseil de S. A. R. la Duchesse d'Orleans
, du Conseil Souverain de Dombes , &c. mourut
à Paris âgé d'environ 70 ans . Il étoit fils de feu
Etienne Magueux , Avocat en Parlement , ancien
Echevin de la Ville de Paris , & Intendant de la
Maifon de la Tiemoille, & de Sanguinieres,
& il avoit éte marié le 2. Août 1707. avec Məṛ-
Iv guerite
1672 MERCURE DE FRANCE
guerite Arrault, morte le 27. Janvier 1737. laquelle
étoit fille de feu Charles Arrault , ancien Avocat au
Parlement , Chef du Conseil du feu Comte de Toulouse
, & de Charlotte Marie de Vauconsaint. Il
laisse d'elle une fille unique qui a été mariée le 29 .
Avril 1739. avec Anne- Jean- Baptifte Goislard ,
Seigneur de Baillé , Conseiller au Parlement de Pa
ris à la quatriéme Chambre des Enquêtes.
Le même jour Louis Courcier , natif de Troyes,
Prêtre , Docteur en Théologie de la Faculté de Paris
, du 30. Octobre 1686. Senieur de la Maison &
Societé de Sorbonne , Chanoine honoraire , & ancien
Théologal de l'Eglise Métropolitaine de Paris,
mourut dans sa Maison Claustrale , âgé d'environ
82. ans. Il avoit été reçû Chanoine de l'Eglise de
Paris le 6. Août 1697. & ayant refigné fon Cano.
nicat , il fut reçû pour la seconde fois Chanoine-
Théologal par la refignation de Louis Courcier ,
son oncle, le 4. Août 1713. Il s'étoit démis dans sa
derniere maladie de son Canonicat entre les mains
de l'Archevêque de Paris , qui le confera sur le
champ à .... de Janson , neveu du défunt.
Le 15. D. Yvonne Silvie du Breil de Rais , riche
heritiere en Bretagne , & Epouse de Gui Augufte
de Rohan- Chabot , apellé le Comte de Chabot ,
Lieutenant Général des Armées du Roy , avec le
quel elle avoit été mariée le 8. Fevrier 1729. mou
rut à Paris , âgée de 28 ans , après être accouchée
le 9. précedente Charles Rosalie de Rohan- Chabot
, qui fut baptisé le même jour de sa naissance
& qui eut pour Parain & Maraine Charles- Auguſte
de Rochechouart , Dc de Mortemart , Pair de
France , Grand d'Espagne , Prince de Tonnay Charente
, Comte de Buzançois , Marquis de Berquen ,
Premier Gentilhomme de la hambre du Roy , Colonel
du Régiment de Mortemart , Infanterie , &
BrigaJUILLET.
1740.
1673
Brigadier des Armées de S. M. & D. Charlotte-
Rosalie de Chastillon , Epouse de Louis - Marie- Bretagne
Dominique de Rohan- Chabot , Duc de Rohan
, Pair de France , Prince de Leon , Comte de
Porrohet, Marquis de Blain , Vicomte de Faoucq.
1
Le 19. Charles- François de Vintimille, des Comtes
de Marseille , de Vins , d'Agoult , Marquis du Luc ,
de la Marthe , & de Vins , en Provence , & de Savigny-
sur- Orge , à quatre lieues de Paris , &c . Chevalier-
Commandeur des trois Ordres du Roy , Conseiller
d'Etat Ordinaire d'Epée, Lieutenant de Roy
au Gouvernement de Provence , Gouverneur des
Ifles de Porquerolles & de Lingouftier , mourut en
son Château de Savigny , dans la 87 année de son
âge , ayant été baptisé au Luc , Diocèse de Frejus ,
le 26. Octobre 1653. Il avoit été élevé Page du Roy
en fa grande Ecurie . Il alla ensuite servir en Sicile
en 1674. & 1675. & étant repaffé en France en
1676. il alla servir en Flandres dans la premiere
Compagnie des Mousquetaires du Roy , commandée
par le Bailli de Forbin son oncle. Il se trouva
aux Sieges de Condé , de Bouchain & d'Aire , & cu
1677. aux Sieges de Valenciennes & de Cambray
& le 11, Avril de la même année à la Bataille de
Cassel , où il reçut un coup de Mousquet au bras
droit , qu'il fallut lui couper. Cet accident lui fit
quitter le Service de terre , & étant entré dans la
Marine , il fut fait Capitaine de Galeres. 11 servit
depuis aux Bombardemens d'Alger & de Genes. Il
commanda à ce dernier les Troupes de débarquement
, de même qu'à Oneille , en Piémont , & à
Tingmouth , en Angleterre. Il fut encore employé
aux Sieges de Nice , de Roses , de Palamos , & de
Barcelonne , ayant à ce dernier sous ses ordres cinq
Bataillons des Galeres . Le Roy lui donna une Commanderie
dans l'Ordre de S. Lazare le 31. Decem-
I vj
bie
1674 MERCURE DE FRANCE
bre 1680. & une autre le 20. Decembre 1685. lui
ayant accordé une Penfion de 3000. liv. le 20. Fevrier
précedent ; il obtint l'Erection de sa Terre du
Luc en Titre de Marquisat , par Lettres du mois de
Decembre 1688. regiftrées le 20. Juin 1689. Ilfut
fait Commandeur du nouvel Ordre de S - Louis le 8.
Mai 1693. Il cut en 1701. le Commandement d'une
Escadre de Galeres pour la conduite de la Princesse
de Savoye , Reine d'Espagne . Il fut nommé
au mois d'Octobre 1708. Ambassadeur ordinaire
auprès des Cantons Suisses & Grisons , & de la République
de Valais. Pendant le cours de cette Ambassade
, il affifta au Congrès de Bade pour la Paix
entre la France & l'Empire , avec le caractere de
premier Ambassadeur & Plenipotentiaire pour le
Roy , & il en signa le Traité le 7. Septembre 1714%
Il fut déclaré Conseiller d'Etat ordinaire d'Epée au
mois de Decembre suivant ; & ayant été nommé
Ambassadeur Extraordinaire auprès de l'Empereur,
il se rendit à Vienne où il arriva le 4. Juillet 1715.
Il y fit son Entrée publique le 19. Avril 1716. & it
en partit le 15. Mars 1717. pour retourner en France
, après avoir eu son Audience de Congé le 12 .
Fevrier préce ent . Il fut proposé le 2. Fevrier 1724
pour être Chevalier de l'Ordre du S. Esprit , dont il
reçût la Croix & le Collier le 3. Juin suivant . It
étcit fils de feu François de Vintimille , des Comtes de
Marseille , Seigneur du Luc. Maréchal de Camp des
Armées du Roy , Frocureur joint à la Noblesse de
Provence , mort le z . Fevrier 1667. & d'Anne de
Forbin de la Marthe . sa seconde femme , & il avoit
été marié au mois de Juin 1674 avec Marie- Louise
Chalotte de Forbin , sa cousine germaine , morte
en 1700. fille de François de Forbin , Marquis de
la Maithe , & de Marguerite de Simiane de Gordes .
Il laisse d'elle Gaspard-Madelon Hubert de Vintr
mill
JUILLET. 1740:
7675
•
mille des Comtes de Marseille , Marquis du Luc
Lieutenant Géneral des Armées du Roy , du 24.
'Fevrier 1738. marié & ayant des enfans ; & Renée-
Charlotte - Felicité de Vintimille du Luc , mariée
avec Pierre de Coriolis , Marquis d'Espinouse , Préfident
du Parlement d'Aix , & ayant auffi des enfans.
Le 22. D. Françoise - Christine Nicolaï , épousé
de Michel de Forbin , Marquis de Janson , Baron
de Villelaure Seigneur de Manez , Gouverneur des
Iffe , Citadelle , Château & Forts d'Antibes, Grasse,
& leurs dépendances , Maréchal des Camps & Ar
mées du Roy , avec lequel elle avoit été mariée le
9 Juillet 1725. mourut à Paris , dans la 33. année
de son âge , étant née le 15. Fevrier 1708. elle ne
laisse qu'un fils . Cette Dame étoit seconde fille de
Jean Aimard Nicolai , Marquis de Goussainville ,
Premier Président de la Chambre des Comptes de
Paris , mort le 6. Octobre 1737. & de D. Françoise-
Elizabeth de Lamoignon , sa seconde femme , morte
le 27. Avril 1733 .
Le même jour , Louis - Gabriel Bazin , Marquis
de Besons , Gouverneur de la Ville & Citadelle de
Cambrai , et Pays Cambrefis , Maréchal des Camps
et Armées du Roy , mourut à Paris , dans la 41 .
année de son âge , étant né le premier Janvier
170c . Il a survécu de peu la Dame son épose, dont
on a raporté la mort dans le Mercure du mois de
Mai dernier , page 1040. il en laisse cinq enfans . Il
avoit été fait Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie , ci- cevant Livri , par Commiffion du 15.
Mais 1718. Depuis il eut le Reg ment Dauphin
Etranger , auffi de Cavalerie , le 29. Mai 1719. Il
succeda au feu Maréchal de Besons , son pere, mort
le 22. Mai 1733 dans le Gouvernement de Cambrai
, dont la survivance lui avoit été accordée dès
le
17867766 MERCURE DE FRANCE
le mois de Janvier 1721. Il fut fait Brigadier le 20,
Fevrier 1734. & enfin Maréchal de Camp le 24 .
Fevrier 1738.
> Charles- Michel- Anne d'Arcuffia , Chevalier .
Baron de Fos , &c. fils de Charles - Michel d'Arcussia
, Chevalier , Seigneur de Boisvert , &c. & de
Magdeleine de l'Isle , lequel en premieres Noces
avoit épousé D. Louise de Sabran , fille d'Honoré
de Sabran , Chambellan du feu Duc d'Or
leans , Régent , & de Louise Charlotte de Foix ,
épousa le 26. Mai dernier au Château de Villequoi ,
Terre de M. de Fontanieu , Intendant des Meubles
de la Couronne , & de la Province du Dauphiné ,
frere de la Marquise de Caftelmoron , D. Gabrielle
de Belsunce de Caſtelmoron , fille de feu Charles
Gabriel de Belsunce , Marquis de Caftelmoron , &
de Born , Baron de Gavaudun , Seigneur de Monpaon
, de Verteüil , de Scandi lac & de Vielleville ,
Lieutenant Géneral des Armées du Roy, Grand- Sénéchal
& Gouverneur des Pays d'Agenois & Con
domois ; et de Gecile-Geneviève de Fontanieu.
La nouvelle Mariée eft niece de M. l'Evêque de
Marseille , et de Mad . l'Abbeffe du Ronceray d'Angers
, et foeur du Comte de Belsunce , Grand - Louvetier
de France , Capitaine des Gendarmes Bourguignons
, Grand Sénéchal et Gouverneur des Pays
d'Agenos & Condomois , & c .
On n'entrera point dans le détail de ce qui regarde
la Maison de Belsunce , dont il a été fouvent
parlé dans ce Journal . On peut en voir la Généalogie
dans le Diarionaire Hiftorique. On dira feulement
ici qu'elle eft alliée aux Maisons de Foix ,
d'Albret , de Gummont , de Montmorency- Luxembourg
, de Gontaut- Biron , de la Force & de Lauzun.
La Marquise de Belsunce , Mere de l'Evêque
de
JUILLET. 1740. 1677
de Marseille , de l'Abbeffe du Ronceray et du Mar
quis de Caftelmoron , Peré de la nouvelle Comteffe
d'Arcuffia , étoit foeur du Duc de Latizun .
La Maison d'Arcuffia eft une des plus anciennes
de Provence , c'eft une des vingt-huit que le Roy
René d'Anjou , Comte de Provence ; défigna er
diftingua par des Sobriquets ; on disoit de celle- ci
"Gravité de Arcuffia . Au fentiment de Jules Cesar
Capacius . qui a écrit l'Hiftoire de Naples , elle descend
des Ducs d'Amalfis , et elle a poffedé ce Duché
en Souveraineté depuis l'an 8 30 jusqu'en 1086.
Cette Maison fubit le trifte fort de tant d'autres ,
lorsque Robert, fils de Tancrede le Normand , en
vahit la Pouille et la Calabre , et fon fils Roger le
Royaume de Naples .
>
Depuis cette révolution , on n'a plus d'autre connoiffance
de cette Maison que fous le Regne de
T'Empereur Frederic Barberouffe , qui fit Géneral
de fes Galeres Elisée d'Arcuffia , Seigneur de l'Isle
de Capro , &c. lequel en 191. maria fa fille Magdeleine
, à Chriftophe Conftantin , d'une des plus
nobles Familles d'Allemagne , et laiffa fon fils Panzelle
d'Arcuffia , héritier de fon Isle et de fes autres
Terres.
Panzelle eut un fils, nommé François , Sécretaire
d'Etat et Trésorier Géneral du Royaume de Naples,
lequel épousa Philipe Roffa, dont elle eut deux fils,
Jacques et Auguftin , et une fille , apellée Isabelle .
Isabelle fut mariée à Marin Squal eto , Gentilhomme
Néapolitain; uguftin ne laiffa point de pofterité.
Jacques d'Arcuffia , Comte de Minorbin , Seigneur
de Haute- Mure , de l'Isle de Capro , & c . Sécretaire
et Trésorier Géneral de la Reine Jeanne ,
fut très- confideré de cette Princeffe , elle le fit fon
Grand-Chambellan en 1375. et lui accorda le privilege
de faire battre Monnoye , où d'un côté
étoient
1678 MERCURE DE FRANCE
étoient les Armes de cette Princesse , et de l'autre
celles d'Arcuffia ; Elle lui donna cinquante Terres ,
Comtés , Baronnies et Fiefs dans le Royaume de
Naples , & plufieurs autres dans fa Comié de Provence
, fçavoir , la Vicomté du Martigues , ou l'Isle
de Saint Geniez , les Châteaux de Tourvés , de
Gueylet , de Seiffons , de Senas , &c . desquels il
rendit foi & hommage en 1385. It mourut dans
fon Isle de Capro le 23. Novembre 1386 , & fut
inhumé dans la Chartreuse , dont il étoit Fondateur,
comme on l'aprend de fon Epitaphe.
Clauditur hoc tumulo Magnificus Dominus Jacobus
Arcuffius de Capro, Regni Sicilia Magnus Camerarius;
Comesque Minorbini & Alta- Mune Dominus ,facri
bujus
Monafterii Fondator , Defunctus anno M. CCCLXXXVI.
Die xx111. Novembris , foeliciter . Amen.
L'Epouse de Jacques d'Arcuffia s'apelloit Morette
de Valva , Château dans la Province del Principatu,
elle étoit de l'illuftre Maison de Maramalde ; il en
eut deux fils , Jeannuccio ou Jean , & Francisquello
ou François , & une fille , nommée Catherine . Jean
fut marié par fon Pere le 15. Mai de l'an 1377 •
avec Laudune de Sabran , Comteffe d'Anglon , fille
& héritiere de Guillaume de Sabran ; & Catherine
épousa en 180. Elfias de Sabran , Comte d'Arian
& d'Apici , Grand - Sénéchal de Sicile.
Francisquello ou François, puîné de Jacques, s'établit
en Provence du vivant de fon Pere en 1370.
lequel prévoyant la révolution qui arriva dans le
Royaume de Naples , par le Schisme d'Urbain VI.
& de Clement VII. & par conféquent fa disgrace fusure
, parce qu'il avoit conseillé la Reine Janne de
favoriser
JUILLET . 1679
1740. 3
favoriser Clement VII . il la pria de confimer la donation
de fes biens de Provence à François , fon
fecond fils ; ce qu'elle fit , à condition que le fils
aîné de François s'apelleroit Louis . Les Lettres données
à ce sujet , furent enregistrées à Aix le 12. Octobre
1399. François s'attacha au ſervice de Charles
d'Anjou , qui ayant déclaré la guerre à Ladislas
de Duras , pour le recouvrement du Royaume de
Naples , donna le commandement de fon Armée
Navale à François . Il fit naufrage dans les Mers de
Naples en 1411. Il avoit épousé Cizula Artus , des
Comtes de Ste Agathe , de laquelle il eut Louis &
Jacques d'Arcuffia. Jacques fut élevé par Isabelle
d'Arcuffia , fa grande-Tante , de laquelle il hérita ,
& continua la pofterité des d'Arcuffia a Naples , ou
elle fubfiftoit encore au Siécle paffé .
"
Louis d'Arcuffia, Vicomte du Martigues , Seigneur
de Tourvés , & c. épousa Catherine de Caftelane . Il
mourut à Tourvés en 1463. il fubftitua les bieus
aux mâles par fon Teftament du 4. Novembre 1462.
reçu par Bertrand Arpille Notaire Royal de Sifteron.
Il laiffa trois fils , Honoré , François & Jacques.
Honoré , Chef de la Branche de Tourvés , épousa
l'an 1463. Françoise de Rodulphe , de la Maison des
Seigneurs de Limans , dont il eut deux fils , Isnard
& Michel. Isnard n'eut qu'une fille , mariée à Gaspard
de Vintimille , qui hérita des biens de cette
Branche . Michel & Jacques , entrerent dans l'Ordre
de S. Jean de Jérusalem ou de Malthe ; Michel
mourut Commandeur de Pimoiffon ; Louis fit l'échange
de Levi , Comté du Martigues , pour plu
fieurs Terres , avec la Maison de Luxembourg.
François d'Arcuffia , puîné de Louis , a commencé
la Branche d'Arcuffia d'Esparron , par le Mariage
qu'il fit avec Magdeleine d'Esclapon , Vicomteffe
d'Esparron en 1480. dont il eut un fils , apellé Jean,
&
4680 MERCURE DE FRANCE
& trois filles , Doulce , Louise & Margueritte.
mourut en isos . Louise fut mariée à Pierre de Fabre
,Seigneur de Fabregues , en 1502. Doulce , à
Jean de Vintimille , Seigneur de S. Laurens , en
1503. & Margueritte à Paschal de Vacheres , en
15.05.
Jean d'Arcuffia , Vicomte d'Esparron , & c. mort
en 1546. laiffe de Honorade de Seguiran , fon Epouse
, trois fils , Gaspard , Jean et Pierre , et deux filles
, Louise et Catherine. Jean fut Seigneur de Gardanne
, Pierre , Chevalier de Malthe ; Catherine
épousa en 129. Antoine de Caftelane , Seigneur de
Châteauvieu , et Louise , Pierre de Caftelane , en
1551.
Gaspard d'Arcuffia , Vicomte d'Esparron , &c .
épousa en 1546. Margueritte de Glandevés , dont
il eut un fils , nommé Charles , et deux filles , Margueritte
et Anne. Margueritte fut mariée en 1573,
à Jean de Raphaëlis , Seigneur de S. Martin , et Anne
à Philipe de Gerente de Marseille en 1978 .
Charles , en 1972. fut marié à Marguerite de
Fourbin, dont il eut François , Jean - Baptifte , Pierre,
Char es , Henri , et Marguerite et Diane . Pierre
Charles et Henri ont ét Chevaliers de Malthe ;
Marguerite épousa en 1596. Antoine de Caftelane ,
Seigneur de Jouques . François a continué la Branche
des Vicomtes d'Esparron , qui fubfifte encore
aujourd'hui.
"
Jean-Baptifte , d'abord Chevalier de Malthe, quitta
la Croix , et épousa Marie de Puget , de l'ancienne
Maison du Vice- Sénéchal de ce nom , connue
maintenant fous le nom de Barbentane , et commença
en 1623. la Branche de du Reveſt , d'où descend
en ligne directe Charles- Michel-Anne , qui
vient d'épouser Mlle de Caftelmoron . Il eut trois
fils , Charles , Melchior et Sextius , les deux preniers
JUILLET. 1681 1746
miers entrerent dans l'Ordre de S. Jean de Jérusa
lem , Sextius mourut Commandeur.
Charles II épousa Marthe d'Antoine de Mar
seille , en 1648. dont il eut quatre fils , Joseph ,
Charles, Jean Baptifte et Louis , et trois filles, Therese
, Anne et Gabrielle . Charles eft ancien Capitaine
des Galeres du Roy et Chevalier de S. Louis ,
Jean Baptifte et Louis font morts fans pofterité
Therese fut Abbeffe de Sion , Ordre de S. Bernard
à Marseille , Anne et Gabrielle font mortes Reli
gieuses de la Présentation .
Joseph fut marié en 1686. à Magdeleine Begon ,
fille de Michel Begon , Intendant des Galeres, Conseiller
d'Honneur au Parlement de Provence, puis Intendant
de Juſtice , Police et Finances du Pays d'Au.
nis et de la Marine à Rochefort. Joseph mourut jeune,
Officier des Galeres du Roy , lors du bombardement
d'Alicante , et laiffa deux enfans , Charles- Michel
et Joseph
Charles -Michel, Seigneur de Boisvert , &c . épousa
en 1709. Magdeleine de l'Isle , dont il y a actuel,
lement deux fils , Charles - Michel- Anne et Carles-
Jacques , et deux filles , Therese et Pauline. Charles
-Jacques eft Garde de l'Etendart ; Therese , Re
ligieuse de la Vifitation : Pauline n'eft pas encore
établie . Charles - Michel-Anne eft celui dont il eft
parlé au commencement de ce Memoire.
Arcuffia porte d'Or à la face dAzur , accompagnée
de trois Arcs de gueules , cordés de même & posés en
pal , deux é un ; pour fuporos deux Aigles.
Le s . Juillet , Ferdinand Spinola fils de Gherardi
Spinola, Marquis d'Arquata, et de D. Marie- Placide
Negrone , épousa au Château de Cazoulz , Diocèse
de Beziers , dans le bas Languedoc , D. Marie - Mar
guerite-Françoise de Carrion , veuve de Louis -Joseph
de Boyer , Marquis de Sorgues , Baron des
Etats
1682 MERCURE DE FRANCE
Etats Géneraux de la Province de Languedoc , et
fille de Henri de Carrion , Marquis de Nizas , et de
Marviel , Vicomte de Paulin , et de Cauffignogés
Seigneur de Cazoulz , d'Aumes , Sonmarte , Roquesels
, & c. et Lieutenant Géneral des Armées du
Roy , Lieutenant pour S. M. en la Province de
Languedoc , Baron des Etats Géneraux de cette
Province, Chevalier de l'Ordre Militaire de S.Louis,
et de D. Gabrielle de Murviel . Le Mémoire que
l'on a reçu à l'occafion de ce Mariage , porte que la
Maison de Spinola eft une des plus anciennes et des
plus illuftres Maisons d'Italie , qu'elle a donné à l'Eglise
des Evêques recommandables par leur Sciences
et par leur pieté , des Cardinaux au Sacré Colge
, et à differens Etats , des Géneraux célebres par
leur valeur , et des Sénateurs d'une prudence consommée
. C'eft ce que personne n'ignore , mais ce
qu'on avance touchant la Maison de Carrion n'eft
pas fi notoire. On la dit originaire d'Espagne , et
descendue des anciens Comtes de Carrion , qui
étoient iffus de Pélage , Petit-fils du Roy Froila ,
fecond du nom , et d'Alfonsa , Petite - fille du Roy
Veramond. Le Mémoire ajoûte que les Comtes de
Carrion , felon Mariana et les autres Hiftoriens
Espagnols , furent de fameux Géneraux d'Armée ,
qui acquirent beaucoup de gloire par leurs belles
Actions dans la guerre , et par leur fage conduite
dans la Paix .
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans
Trouvés, & Morts de la Ville & Faubourgs
de Paris pendant l'année 1739. sçavoir :
Baptêmes ,
Mariages ,
Enfans Trouvés ,
19781
4108
3289
Morts
JUILLET.
1740. 1881
Morts , 216407
21986
20
Maisons Religieuses , Hom, et Filles, 226
Au Cimetiere des Etrangers ,
Partant le nombre des Morts de l'année
1739 excede celui des Baptêmes de
Le nombre des Baptêmes de l'année 1739.
eft augmenté de celui de 1738 de
Celui des Mariages eft diminué de
Celui des Morts eft augmenté de
Selui des Enfans Trouvés eft augmenté de
POESIES DU TEM S
A Mad. de Ponil .. :
MADRIGAL . ,
L´Assésde se faire la guerre ,
L'Amour & la Vertu résolurent un jour
L'un de se fixer à Cythere ,
Et l'autre au céleſte Séjour ;
Mais leur projet fut inutile ,
Votre coeur & vos yeux leur servirent d'azile,
Big... deR...
AUTRE.
FIxer les yeux de celle qu'on adore ;
Les voir briller du feu qui la devore ,
Serrer sa main , tomber à ses genoux ;
Enyvrés d'un plaifir fi doux ,
2205
1164
139
2045
503
Se
1684 MERCURE DE FRANCE
Se troubler , soûpirer , ah ! tendre Eleonore ,
Quelscharmes ! que l'on perd,fi l'on devient Epourt
Par B.
IMPROMPTU LYRIQUE , adreſſé à une
Dlle qui faisoit chanter l'Auteur.
AMour , Mour , inspire-moi les sons les plus touchans
J'imite dans mes feux les plus tendres Amans ;
Un coeur qui vit sous ton Empire ,
S'eftime heureux quand il soûpire.
De mon ame allarmée
Exprime par ma voix les mouvemens divers ;
Que la Belle qui m'a charmée ,
Aprenne sans courroux que je fuis dans ses fers:
Dans l'ombre du secret d'un amoureux martyre ;
Je me sens consumer sans oser le lui dire ;
De ma flamme un soûpir eſt le seul confident ;
Fais qu'il paroisse , Amour , un soupir éloquent.
p ***
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Juillet , & j'ai
crû qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Paris , le premier Août 1740 .
HARDION.
TABL E.
IECES FUGITIVES . Le Jour , Gantate, 1473
I 477
VI. Lettre fur les abus fur le Bureau Typogr . 1485
Epitre d'Horace , Imitation , 1492
Lettre , avec d'anciens Vers , qui contiennent la
Fondation de l'Abbaye de Chaalis , 1502
1513
Remarques fur une Inscription découverte à Lion
1516
1519
Description du Mausolée du Connétable Anne de
Sonnets en Bouts - Rimés ,
Vers à M. B. fur ſa ſanté ,
Montmorency , & c.
Le Berger Infortuné , &c. Elegie ,
établie à Lyon, & c.
A Mad. Riccoboni , Epitre ,
Affemblée publique de l'Académie des Beaux- Arts ,
Madrigal ,
1521
1548
1553
1564
1569
Lettre fur l'Effai d'Hiftoire des Scienccs , des Belles
-Lettres & des Arts ,
Enigme , Logogryphes , &c .
1570
1585
1587
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c.
Nouvelle Bibliotheque, ou Hiftoire Litteraire, 1591
Académie de Marseille , & c. 1595
1614
Les Vies des Hommes Illuftres de la France , 1597
Le Gouvernement admirable de la République des
Abeilles , &c.
L'Avenement du Duc de Loraine au Grand- Duché
de Toscane
Projet d'une Edition complette des Philosophiques
1615
de Ciceron , & des Académiques , & c. 1617
Autre Projet à Venise,fur le Journal de Leipfic, 1619
Hiftoire des Empires & des Républiques depuis le
Déluge , &c.
1620
Obser
Observations fur un Théatre antique , découvert
depuis peu ,
Carte ou Plan du Syftême Solaire , &c .
Eftampes nouvelles , & c.
Chanson notée ,
1621
ibid.
1622
1626
Spectacles. Comédies & Intermedes donnés à la
Cour ,
Les Fêtes Vénitiennes , Ballet ,
Théatre François & Italien ,
1628 .
1634
1635
1638
1640
L'Opera Comique , &c.
Nouvelles Etrangeres , Turquie ,
Ruffie , Fêtes données , Palais de Glace , &c. 1641
Allemagne , Italie , Naples & Isle de Corse , 1647
Espagne & Portugal ,
Hollande & Grande- Bretagne ,
Morts des Pays Etrangers ,
1651
1654
1659
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 1663
Morts & Mariages ,
Impromptu Lirique , & Madrigaux ,
Errata du second volume de Juin.
Page 1425. ligne derniere , eft , lisez , étoit,
P. 1433. 1. 7. Kzer , lisez , Kzerkaski.
P
Fantes à corriger dans ce Livre.
1667
1683
Age 1543. ligne 9. quarré long , lisez , quarré
long , contigu au.
P. 1595. 1. 12. & ſon , lisez , & à fon.
La Chanson notée doit regarder la paze
1624
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROr.
311 2347
e
AOUST .
1740 .
toM sta
ZAPOTS SA
URI
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
ha
Papillon
A
PARIS ,
GUILLAUME
CAVELIER ;
rue S.
Jacques.
La
Veuve
PISSOT, Quai de
Conty ,
à la
descente du Pont- Neuf.
JEAN DE
NULLY , au Palais.
M.
DCC.
XL.
Avec
Aprobation &
Privilege du Roy.
L
AVIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Gommis on
Mercure vis - à - vis la Comédie Fran
goife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
Vondront remettre leurs Paghins cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prié très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres on Pagnets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , où les Particuliers qui souhaite
rant avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , oe'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau »
qui aura foin de faire kurs Paqueis fans
peric de temps , & de los faits porter sur
l'heure à ta Pofte, on aux Meffugeries qu'on
lui indiqueră.
PRIX XXX. 56LS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
AOUST. 1740.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE TABA C ,
O D.E.
PAR M. DES FORGES - MAILLARD
DEEs ennuis accablans , de la morne tristesse ,
O Tabac , l'unique enchanteur !
Des plaisirs ingénus , de l'aimable allegresse ,
O Tabac la source & l'Auteur !
&
Sans toi , Tabạc chéri , mon esprit est sans joye ;
A ij
Dans
1688 MERCURE DE FRANCE
Dans les chagrins il est plongé ;
De leurs efforts fréquens il deviendroit la proye
S'il n'étoit par toi soulagé .
*
L'esprit , quand au travail sa force est languissante)
Par ta Poudre est ressuscité ;
Ton odeur évertue une ame croupissante
Dans une molle oisivete.
*
En diverses leçons on connoît ton mérite ;
Il est d'un prix toujours nouveau
Tu fais à flots aisés s'écouler la pituite ,
Et tu soulages le cerveau .
Le sang est étanché , la blessure est guérie ;
Quand on t'aplique sur le mal..
Dans leurs féconds climats le Pérou , l'Assiric
C
N'ont point au tien de Baume égal.
*
On voit presque toujours l'agréable à l'utile
S'unir dans les biens que tu fais ;
Mais tout cede au plaisir de dissiper sa bile
En fumant sur tour à longs traits.
Par toi seul dans un coeur la tempête est calmée ;
Une ame , avec ravissement
1
S'occupe
AOUST. 1745: 1689
S'occupe à voir sortir de la Pipe allumée
Un petit nuage fumant.
Dans la Thrace autrefois les chants du tendre Ofa
phée
N'ont jamas tant pû sur les sens ;
Pour endormir les maux , les pavots de Morphée
Ne furent jamais si puissans.
*
Cupidon , d'un Fumeur à ses chaînes honteuses!
N'attache guere le destin ;
Tu n'as , divin Tabac , dans tes Fêtes joyeuses
D'autre compagnon que le vin.
La mourante vieillesse est par toi rajeunie ,
Mieux que par les Médicamens ;
Ta vertu merveilleuse , en prolongeant la vie ,
Répare les tempéramens.
*
A ton propice aspect les vapeurs de la peste
Cessent d'infecter nos maison's ;
Ton odeur salutaire est une odeur funeste
A ses tristes exhalaisons.
*
Celui qui nous aprit le premier ton usage
t A j
Est
1690 MERCURE DE FRANCE
Est digne ou Nectar des Dieux ;
Transmis à nos Neveux , son bienfait d'âge en âge
Doit rendre son nom précieux.
SECONDE LETTRE de M. Nericault
Destouches , à M. Abbé D.
E fuis ravi , Monsieur , que vous penfiez
comme je pense , sur le mauvais usage
qu'on fait aujourd'hui de l'esprit. C'eſt un
abus qui produira de plus mauvaises fuites
qu'on ne fe l'imagine , & je ne vois point de
présage plus certain de la décadence du
bon goût.
Qu'est- ce que le bon goût , me demandera-
t'ona C'est l'amour du vrai , exprimé.noblement
ou naïvement , felon que le fujer
l'exige, C'est l'usage qu'on en fait dans la
Poëfie , dans l'Eloquence
, dans tous les Ouvrages
d'esprit. En quoi confifte le vrai ? Le
vrai eft une imitation fidelle de la Nature.
Tout ce qui eft vrai & naturel , eft beau &
touchant ; voilà le bon goût. Ce qui n'eſt ni
naturel ni vrai , n'a qu'un faux éclat , & ne
va point au coeur. C'eft de l'or faux , c'eſt
du clinquant ; voilà le mauvais goût.
Les pensées brillantes , mais déplacées ou
accumulées ; les faillies , les pointes , les jeux
de
AOUST 17407 1692
de mots , l'ambition continuelle de plaire
d'étonner , de se faire admirer à quelque
prix que ce foir , ce font là les effets de ce
mauvais goûr , qui fucceda fi rapidement au
goût du Siecle d'Augufte , & qui fir eclipser
Les Térences , les Catulles , les Virgiles , les
Horaces, & tant d'autres Génies, Partisans de
la Nature , pour enfanter les Seneques , les
Plines , les Lucains , les Staces , &c, grands
Hommes , à la vérité , mais qui voulant furpaffer
leurs Prédeceffeurs, abandonnerent ces
Modeles & ces Guides judicieux, pour fe livrer
fans réserve à leurs brillantes imaginations.
Et comme il eft bien plus facile de
franchir les bornes étroites du vrai que de
s'y renfermer exactement, ils produificent un
nombre infini d'imitateurs , qui ne les admirerent
& ne les fuivirent que dans leurs défauts
, & qui s'éloignant de plus en plus de
la fimple Nature , firent périr le bon goût ,
qu'elle avoit fait naître..
Il ne faut pas remonter bien haut pour remonter
jusqu'au Siecle de Louis XIV. Et
cependant , Monfieur , que font devenus les
Corneilles , les Racines , les Molieres , les
Despreaux , les la Fontaines ? J'avoue que
nous pouvons encore citer quelques- uns de
leurs fideles Disciples , qui , comme eux ,
constans Imitateurs des meilleurs Modeles, ne
veulent point s'écarter du vrai , pour ſe livrer
A iiij au
1692 MERCURE DE FRANCE
au goût dominant. Mais c'eft en vain qu'ils
s'oposent à ce torrent fougueux , qui bientôt
entraînera tout on les regarde comme des
gens de mauvaise humeur , comme des envieux
de la gloire de nos Coryphées , comme
des Vieillards ridicules qui pour décrier
le tems présent , fe font un point d'honneur
de louer le tems paffé . L'illufion gagne &
devient presque génerale.
"
Il faut convenir cependant , que ce n'eft
pas d'aujourd'hui qu elle a commencé. Croi
riez vous qu'il y a plus de trente cinq ans
que deux hommes , qui certainement n'étoient
pas des idiots oserent me foûtenir
que Moliere n'avoit point d'esprit ? C'étoient
donc des Iroquois qui foûtenoient cela , me
direz -vous ? Non , c'étoient deux Auteurs
Comiques, grands Partisans de l'esprit, dont
ils faisoient une ample profusion dans leurs
Ouvrages irréguliers .
Je vous laiffe à penser , Monfieur , fi je fus
indigné de leur insolence ; car quel autre
nom pourrois- je donner à un discouts fi dé
pourvû de raison ? Auffi la raison n'influoitelle
pas infiniment ni fur leurs Ouvrages , ni
fur leur conduite.
Je me fuis rapellé cent fois avec la même
indignation , le discours peu fensé qu'ils m'avoient
tenu sur le grand Homme , qu'ils ne
feignoient de mépriser , que parce qu'ils désesperoient
A O UST. 1740. 1693
sesperoient de pouvoir l'égaler , & cette indignation
, qui vous faifira , fans doute , fit
naître il y a quelque tems l'Epigramme que
vous allez lire.
EPIGRAMME.
FEu Dufresny disoit avec audace
Que Pocquelin avoit fort peu d'esprit ;
Et puis Dancourt , ce Fripier du Parnasse
A ce blaspheme a hautement souscrit.
Couple insensé ! qui jamais ne comprit ,
Que pour produire un excellent Ouvrage ;
Il ne faut point travailler au hazard ;
Que le bon goût est tout simple & sans fard ;
Qu'on n'a d'esprit qu'autant qu'on le ménage ,
Et que l'esprit doit se soumettre à l'Art . ·
Pour faire rougir , s'il m'eût été poffible
les deux Auteurs que je viens de vous nommer
, & pour les convaincre une bonne fois
que j'étois infiniment éloigné du jugement
qu'ils portoient de l'incomparable Moliere
voici l'Epigramme que je leur envoyai quelques
jours après notre dispute sur ce grand
Homme , pour qui mon admiration augmente
tous les jours.
EPIGRAMME.
Laute , vif & brillant , a la force Comique ;
Abondant , varié , mais souvent bas & plat ;
A Y Térance
1594 MERCURE DE FRANCE,
Térence , plein de graces a l'élegance attique ,
Toujours vrai , toujouts noble & toujours délicat ;
Mais sans nerf & sans force , il fournit sa carriere,
Nature qui laissa l'un & l'autre imparfait ,
Voulant les réunir dans un même sujet ,
Les refondit tous deux pour en faire un Moliere.
>
Si la maladie de l'esprit , ( j'apelle ainfi la
fureur d'en avoir mal-à -propos , ) n'eft pas
née depuis peu , vous voyez qu'elle fait tous
les jours de grands progrès. On peut l'apeller
hardiment une maladie épidémique. Car non
seulement la plupart de nos Auteurs en font
attaqués , mais elle paroît avoir gagné toute
la France , où tout le monde veut avoir de
l'esprit.
EPIGRAMME.
L'Esprit en France est une Marchandise
A grand marché. Pour s'en faire donner
Chacun en donne , & pour peu qu'on médise ,
Que sans raison l'on puisse raisonner ;
Que d'un air fat on sçache assaisonner
Cent jolis Riens qui charment le beau Monde ,
Tout aussi tôt l'esprit est votre Lot ;
Mais par l'abus que l'on fait de ce mot
J'ai découvert , moi qui creuse & qui sonde ,
Qu'Hamme d'esprit , veut presque dire un Sot.
En
AOUST. 1740. 1695
En effet , en quelque lieu que vous alliez
à présent , vous trouvez de l'esprit à chaque
pas . Qui eft cet homme- là , demandez - vous ?
Tout auffi -tôt on vous répond , c'est un homme
d'esprit ; & vous ferez bien heureux fi on
ne vous dit pas , c'eft un bel esprit . Car les
beaux esprits ont extrémement pullulé . Sçavez-
vous ce que c'eft que ces beaux esprits ?
Lisez.
•
EPIGRAMME.
L'A'uAuttrre jour d'Orivaux m'aprit
Ce que veut dire Bel Esprit ;
Car j'étois encore en balance
Sur le sens propre de ce mot
Signifiant par fois un sot ,
>
Qui dit des Riens avec aisance ;
Etre Bel esprit, proprement,
C'est avec beaucoup d'ignorance
Ecrire & parler joliment.
Etonnez- vous présentement fi le nombre
des Auteurs eft fi prodigieux , & fur tout des
Auteurs Dramatiques . Entre ces derniers ,
ceux qui foisonnent le plus , ce sont les Faiseurs
de Tragédies. Six Troupes de Comédiens
à Paris , suffiroient à peine, pour représenter
toutes. celles l'on voit éclore au- que
jourd'hui . Mais quels Ouvrages i D
A vj
La
1696 MERCURE DE FRANCE
La plupart de ces Tragédies,
Qu'on nous donne pour du nouveau
Ne sont que fades rapsodies ,
Ou des Héros sur un tréteau
Etalent leur folle figure ›
Sans être jamais au niveau
De la vraye & simple Nature
Enfans d'un bizarre cerveau
Qui la fuit , ou la défigure.
li
On ne peut pas dire que l'esprit y manque,
car jamais on en eût tant qu'aujourd'hui
, &
cependant
jamais on ne vit paroître fi peu
de bons Ouvrages
. Moron , eft celui de nos
Auteurs
vivans , qui a le plus contribué
à
corrompre
le goût . Je vais finir cette Lettre
par une Epigramme
que j'ai faite fur lui.
EPIGRAM ME.
M Oron , si fécond en Ouvrages ,
Y met de l'esprit tant & tant ,
Qu'il en fourre plus en six pages ,
Qu'un autre n'en mettroit en cent
En un mot , il en fait litiere ,
Et n'en trouve jamais le bout ;
Mais mettré tant d'esprit par tout,
Par ma foi , c'est n'en avoir guere.
Je suis, &c.
VIL
AOUST. 1740 1690
VII. LETTRE contenant la suite des abus;
des avis , & de differentes pensées fur la
Typographie & la Pédagogie.
82°.
U
N Enfant Typographe , Monsieur , est
mort pendant les années de Typographie.
Donc , dit- on , le Bureau tue les Enfans . Feu M.
G. n'étoit pas le seul qui raisonnoit ainsi ; il y a cu
un D. qui , dans sa Province , a fait le même raisonnement.
Que répondre aux Partisans du premier
Critique ? Que ce Critique est mort à Ch.
Que répondre aux Partisans du D. s'il en a ? Que
les Enfans d'un D. ayant passé du Bureau au College
, y sont morts , que l'on meurt par tout , &
que le chagrin & le dégoût de la Méthode vulgaire
est plus contraire à la santé des Enfans , que la joye
& les délices du Bureau Typographique.
83°. Des personnes fort riches , mais plus attachées
à l'argent, qu'à l'éducation de leurs Enfans , m'ont demandé
à quo pouvoit servir tout l'attirail typogra
phique, si l'Enfant ensuite ne vouloit pas suivre cette
Methode ou qu'il n'en eût plus besoin . Il faudroit
donc commencer par donner leçon aux Parens . A
quoi sert un étui de Mathématiques , si 'Enfant ne
veut plus s'en servir ? A quoi sert la Médecine ordonnée
, si l'Enfant ne veut plus la prendre ? A quo
sert la vieille robbe d'un Enfant , & même la neuve
, si un deuil ne permet pas de s'en servir ? On
est plus hardi dans l'emplette de cent inutilités .
84 Vous demandez à quoi sert l'attirail Typographique
, je réponds qu'il sert à insruire les
Entans les Maîtres et les Parens . même les Domestiques,
qu'il leur donne à tous une dose de rai
sonnement ,2
1698 MERCURE DE FRANCE
sonnement , qu'il sert à gagner les Enfans , à leur
donner du goût pour la Litterature , et à entretenir
la santé du corps , en cultivant l'esprit . Et à quoi
servent les Bibliotheques des hommes ? Pourquoi
l'Enfant ne pourra-t'il pas avoir la sienne en petit Car
une toise est peu pour la longueur d'une Bibliotheque.
N'est - ce pas un bonheur pour les Enfans ,
de les familiariser avec les Bibliotheques , quelques
petites qu'elles soient ?
3
que
85°. Les Voleurs de grands chemins sont coupa
pables des crimes qui les font condamner à niort ,
ils en conviennent et s'en repentent à la fin. Mais
les Zelateurs et les Fanatiques dans l'ignorance et
la prévention sont plus dangereux que les Cara
touchiens. Quel plaisir trouve- t'on donc à voir le
Peuple dans l'ignorance fanatique et capable de
dangereuse conduite ? M. le P.P. et M. le P. General
ayant ordonné l'essai et ensuite la pratique de la
nouvelle Méthode dans la Maison de la Pitié , M.
le Leu , un des Administrateurs , et Commissaire
des Ecoles , trouva un Maître revêche , qui
après cent mauvaises raisons pour ne pas suivre la
Méthode du Bureau, allegua celle de sa conscience,
qui ne lui permettoit pas d'instruire les Enfans par
la nouvelle et mauvaise Méthode. M. le Leu , sans
y être obligé , lui représenta avec douceur , que si
cette Méthode tendoit à faire des Juifs et des Mahométans
, il pourroit alleguer la conscience , mais
que les ordres supérieurs suffisoient pour l'obliger
en conscience à suivre la nouvelle Méthode, aprouvée
par M. le Grand- Chantre , et par le Public. Le
Maître mourut peu après , se repentant d'avoir eû
Ja lâcheté d'obéir et de simuler , il en a demandé
dit-on , pardon à Dieu et à quelques Confreres.
L'évenement a fait voir que les ordres de M. le
P. P. et de M. le P. Géneral , ont eu tout le succès
qu'on
A O UST. 1740. 1699
qu'on en pouvoit esperer , puisque l'Ecole de l'Enfant
Jesus fait à présent l'admiration du Public.
86. Grandeur est an Theme relatif. On apelle
grand , l'homme que la fortune a mis au- dessus
des autres dans les Places , dans les Charges , dans
Jes Dignités , l'homme , qui gouverne des Provinces
, qui négocie entre les Princes , qui est l'Arbitre
, le Juge des autres hommes , de leurs biens, de
leur honneur et de leur vie . Ne devroit - on pas
apeller Petit ce même homme s'il étoit incapable
de gouverner sa maison , sa femme et ses enfans 2
Incapable d'élever et de faire élever sa Famille ? Indifferent
sur la bonne ou sur la meilleure maniere
d'inftruire et d'élever ses Enfans ? & c. La Typographie
est quelquefois obligée de moraliser .
87°. Que doit -on penser d'un homme qui donne
tout son tems au Public, et qui ne trouve pas un moment
pour mettre la paix dans sa maison , pour y
établir et maintenir l'ordre d'un homme crû capapable
de tout , excepté de choisir et de donner un
bon Précepteur à ses Enfans ; qui sur l'article de
l'éducation , ne voit au hazard que par les yeux
d'autrui ? doit- on d'ailleurs prodiguer le nom de
Grand à certains hommes bornés , qui ne font presque
rien par eux mêmes , et qui , la plupart du
temps . n'ont besoin que de sçavoir signer ?
88. Chacun sçachant la Méthode vulgaire peut
faire travailler l'Enfant , au lieu que l'Enfant Typographe,
bien loin d'être aidé , est embrouillé par
SIS Parens , qui ne sçavent pas la nouvelle Méthode
. Il vaut donc mieux s'en tenir a l'ancienne Méthode?
Je réponds que l'Enfant Typographe n'a pas
besoin du secours des Parens , au contraire , il lui
est avantageux de n'avoir aucun mauvais Repétiteur.
Les Parens sont dispensés de ce soin , à moins
qu'ils n'ayent la patience d'aprendre la Méthode de
P'Enfant ,
T700 MERCURE DE FRANCE
l'Enfant , d'aprecier , de calculer , de comparer
tout pour le bien de l'éducation .
89. Un petit Enfant de 4. à s . ans n'est pas en
état de se servir des Dictionaires de la Méthode
vulgaire, au lieu qu'il peut très facilement faire usage
du Dictionaire en logettes . Dans l'un, il faut sçavoir
lire dans les Livres , et avoir la patience de chercher
un mot entre des milliers inconnus , pendant
que dans l'autre , sans sçavoir lire , que fort peu ,
l'Enfant trouve le mot cherché entre peu
de mots
"qu'il a déja vûs , et sur lesquels il a déja travaillé.
Le Dictionaire Typographique est divisé en cinq
rangs , ou en cinq Dictionaires sçavoir , un pour
les Verbes , un pour les Adjectifs , un pour les Substantifs
, un pour les quatre especes d'indéclinables ,
et un pour les noms propres . On y ajoûte ordinairement
un sixième rang pour le Dictionaire Universel,
ou le Magazin et le Suplément alphabetique.
90°. Pour avancer l'Enfant du Bureau dans la pratique
des Thêmes, on peut au commencement met
tre sur chaque mot les étiquettes qui indiquent
les logettes , où l'on trouvera ces mêmes mots
et leurs terminaisons , par exemple , dans la phrase
V. act . ind. pre . n. sub. usi . conj . p . il v . sub . n . adj.
Deum quia ille est bonus ,
&c. On peut faire la même chose pour le François à
Pégard des petites Dlles qui n'étudient pas le Latin.
amamus
91 °. Je crois qu'il seroit bon d'avoir copié ou fait
copier le Vocabulaire des mots qui se rencontrent
dans le Texte Elémentaire que l'on veut faire voir
à l'Enfant. Suposons que le Maître prenne les Fables
de Phédre , il faudroit avoir le Vocabulaire
complet de tous les mots qui sont dans le Phédre ,
& ce Vocabulaire peut être fait ou par ordre alphabetique,
ou dans l'ordre que les mots se présentent,
en llant de suite. Le double Vocabulaire n'en se
A O UST . 1740 1701
ト
Foit que mieux ; le seul Latin sans François exerceroit
aavec plus de profit la mémoire de l'Enfant.
92 °. Le Précepteur , après avoir donné un Thê
me sur une Carte , le fait lire à l'Enfant , et lui demande
quelquefois dans quelles Logettes il prendra
les mots , à quelles Logettes se raportent les
sujets , la matiere sur quoi roulent les Thêmes . Par
exemple , le mot Danse , peut se raporter à la Lo
gette des Arts , ou à celle de Poësie , Musique , &c.
Le mot Sabre, à la Logette Guerre, Militaire, Aca
démie , e. Le mot Poisson , à la Logette Hist. N.
Le mot Abadir , à la Logette Fable. Le mot Lac , à
la Logette Geograph , et ainsi de tous les mots du
Thême , que l'on donnera peu peu pour garnir
le Dicrionaire , & donner en même temps à l'Ecolier
des idées élementaires de tout ...
93. La honte de certains Maîtres , qui n'ont pa
saisir l'esprit systématique du Bureau , leur à fait
dire , que l'ouvrage étoit trop abstrait , écrit d'u
ne miniere trop seche , qu'il y avoit une tristesse
répandue dans tout le Livre , que cela seul étoit capable
de rebuter les Lecteurs les plus patiens. On
a répondu bien des fo's à cette objection , en disant
que l'Auteur étoit incapable de mieux faire , qu'il a
écrit en Artisan plein de sa matiere , et comptant
sur l'esprit , sur la sagacité des Lecteurs , mais principalement
sur le coeur des Parens dociles , non
prévenus & bien intentionnés pour leurs Enfans.
Dans la suite , que les hommes seront plus familiers
avec les idées Typographiques , il sera aisé de
réduire le Systême en peu de feuilles et de le mettre
à la portée de tout le monde. Quelque tristesse
que l'on trouve dans le Livre , les Enfans trouvent
a s'y réjouir , quand ils sont bien enseignés . Et il
est aussi difficile à dire pourquoi les Enfans , en- \
nemis de la tristesse , préferent la Méthode du Burean
1701 MERCURE DE FRANCE
seau à la Méthode vulgaire , qui est , pour aing
dire la tristesse même , & le vrai dégoût. La Bis
bliotheque des Enfans n'a jamais eû en vûë de simples
lectures d'Historiettes , de kománs et de Co.
médies , ce Livre n'est fait que pour instruire et
non pour amuser
94 Quantité de personnes , sans lire les Livres
de Typographie , sans aller voir aucun Bureau dans
une Ecole , ni dans une maison particuliere , ont été
chés l'Auteur pour être mis au fait de la Typogra
phie. C'est un Allemand , qui sans Livre et sane
Maître , veut qu'on lui aprenne les Mathématiques
, qu'on lui explique tous les Instrumens d'un
Etui , qu'on lui en fasse voir l'utilité & la nécessité.
Le plus court , souvent , c'est de dire au
François , vous n'êtes pas apellé à la Typographie,
et à l'Allemand vous n'êtes pas apellé à l'étude
des Mathématiques . La curiosité est loitable quand
elle est sincere , et qu'on ne va pas pout ne faire
que les difficultés du préjugé , et pour entreprendre
de justifier en tout la Méthode vulgaire.
959. Un Enfant qui possede bien son Bureau de
six rangs , n'est plus asservi à l'ordre des Logettes
et des Etiquettes , pourvû qu'il soit au dessus de cet
ordre , et qu'il n'en réponde pas moins bien ; l'Etiquette
est d'abord instructive , & l'Enfant ne fait
que lite cette Etiquette pour répondre à ce qu'on
lui demande ; par exemple , l'Enfant , qui dans le
mot Amavisti , voir deux Etiquettes, sçavoir , celle
de v. act. et p. parf. les répere sans les comprendre
, au lieu que plus avancé , il les sent ,
les comprend
et répond sans faire attention aux Etiquettes
qui sont au bs des Cartes. On voit par- là que
Enfant est plus fort , c'est pourquoi il n'est pas
juste de l'asservir à des notes dont il peut se passer
dans la composition de son Thême , en employant
in
dus T.
1749. I 1703
indifferemment par tout les terminaisons de Nom
ou de Verbe , & c.
96°. Quoique les Enfans du Bureau Typogra→
phique, aprennent à lire sans épeler, on est obligé de
leur faire nommer les Lettres et les sons de la Langue,
avant que de lire. Par exemple ils diront,ch am,
pe, i, gne , on , avant que de dire vite le mot Cham
pignon , et l'on a trouvé des gens qui craignoient
que les Enfans ne prissent la mauvaise habitude d'articuler
les sons séparément avant que de lire. Ces
personnes sont- elles plus rassurées , quand l'Enfant
dira , ce , ache ,, emme , pe , i , ge, enne , o , enne ,
champignon ? Les Enfans de la Méthode vulgaire
chantent et annoncent leurs syllabes , ils y ajoûtent
dés ain ain , pour remplir les intervalles de leur
ignorance. Dans la Musiqce on fait solfier avant
que de faire chanter les paroles , mais on exige de
solfier juste les intervalles. De même la nouvelle
Méthode exige qu'on donne une dénomination
vraye et la plus aprochante du son , que chaque
caractere simple ou composé doit produire dans la
véritable lecture . De plus on ne doit pas craindre
qu'un Enfant ignore la dénomination vulgaire et
d'usage , il ne l'aprend que trop vite. On ne sçauroit
trop reperer ces sortes d'avis .
J'ai l'honneur d'être , &c .
A
704 MERCURE DE FRANCE
出
A L'ORGUE I L.
OD E.
Monftre d'iniquité , Tiran inſatiable";
Orgueil Auteur fatal du crime des Mortels ,
Dans nos coeurs corrompus ton culte détestable
Aura t'il toujours des Autels ?
Enyvré du poison qu'enfante ton caprice ,
L'Homme oubliant son Etre , osera- t'il du Vice
Suivre le Torrent impofteur ?
De tes injuftes Loix volontaires Esclaves ,
Ne pourrons-nous briser les funeftes entraves
De ton Empire séducteur p
Elevé par son Dieu sur un Trône de Gloire
L'Ange que tu séduis ose se rébeller ;
Et son ambition , qui l'eût jamais pû croire
Au Très-Haut prétend l'égaler.
Il écoute ta voix tu lui dictes le crime ;
La foudre
›
vengeresse ouvre l'affreux abîme
Qui dans ses flancs va l'engloutir :
Et ce pervers , par toi conduit au précipice ,
Y subit à jamais l'équitable Juftice
D'un Dieu qu'il force à le punir.
Pa
AOUST. 1740. 1701
Par l'apas impofteur de tes folles chimeres
De deux coeurs fortunés tu troublas le repos ;
Ton souffle du devoir brisa les loix severes
Tu fus l'artisan de nos maux.
Fideles à leur Dieu , foûmis à fa défenſe ,
Les Habitans d'Eden , ( a ) d'une ſainte innocence
Goûtoient le calme & l'heureux fort .
Ils fuccombent : hélas ! leur pureté s'efface ,
Et leur chûte bien- tôt fur eux & fur leur Race
Attire le crime & la mort.
*
Une superbe Tour (6) affronte le Tonnerre ;
Qui peut donc élever ces murs audacieux ?
Préfomptueux Mortels , déclarez-vous la guerre
Au fouverain Maître des Cieux ?.
f
Insensés ! qu'ébloüiit une ardeur mensongere ,
Dieu vous voit ; il descend , & sa jufte colere
Bien-tôt va punir vos forfaits.
Un mêlange inconnu confond votre langage ;
La Discorde s'allume , & fait de votre ouvrage
Evanouir tous les projets
*
Roy d'Egypte , (c ) où cours-tu ? quelle rage homi
cide
(a) Adam & Eve. (b) La Tour de Babel.
Pharaon.
1706 MERCURE DE FRANCE
Arme contre Israël ton Peuple , tes Soldats ¿
Le Seigneur vainement a- t'il sur toi , perfide ,
Dix fois apefanti fon Bras ?
Il anéantira la force où tu te fondes ;
Il commande , à fa voix la Mer ſufpend ses ondosy -
Quel eft ce prodige nouveau ?
Dans fon lit deffeche l'Hébreu trouve un paffage ,
Ton orgueil endurci l'y poursuit avec rage ,
Et t'ouvre un´funefte tombeau.
*
Dans fes defirs toujours impie & témeraire ,
L'Orgueil ose braver le celefte pouvoir ;
Er d'un Dieu tout- puiffant mépriſant la colere,
En lui- même il met fon eſpoir.
Qu'il tremble , fon audace aprête sa ruine.
Je vois fondre far lui la vengeance divine ;
Le Crime cede à la Vertur.
Il aura le deſtin de ce Geant (d) ſuperbe ,
Qu'un Berger (e) fit tomber comme un Chêne ste
Pherbe
Par un coup de vent abbatu,
*
Conquerans affamés d'une gloire coupable ,
Vous , que le Monde entier ne fçauroit contenir ¿
D'une fauffe Grandeur , d'un Pouvoir formidable,
(d) Goliaths (e) David
Pourquoi
AOUST. 1745. 1707
Pourquoi tant vous enorgueillir
Fleaux de l'Univers , dans le fang , le carnage ,
Votre orgueil déguisé fous le nom de courage ,
Veut immortaliser vos jours :
Tandis qu'un seul moment éclipse & peut détruire
Ces frivoles honneurs qu'enfante un vain délire ,
Le seul objet de vos amours,
*
A travers les périls , dans le fein de la guerre ,
Vous acquerez des noms que l'on croit glorieux.
Vos succès devant vous font ils fléchir la Terres
On vous éleve au rang des Dieux,
Ces Titres si pompeux , cette fiere puissance ,
Dites-moi , que font- ils au poids de la Balante
Du Juge équitable & vengeur ?
Et ne craiguez-vous point le châtiment rapide
Qui fit périr jadis l'Aflyrien perfide (ƒ)
Sous le glaive extefminateur ?
*
Au milieu de f'éclat d'une Cour faftueule
UnMonarque superbe (g) éleve ainfi la voix .
Je fuis célus , dit il , dont l'Hiftoire fameuse
A retenti par mille Exploits .
» Sur món front redouté brille le Diademe ;
Tout cede à la fplendeur de mon pouvoir fuprême,
(F) Sennacherib. (g) Nabucodonosor, Roy de Babilone,
J'ai
1708 MERCURE DE FRANCE
» J'ai bâti ces murs , ces Palais.
Infecte , dont l'orgueil précipite la chûte
Va, cours au fond des Bois , rampant avec le
brute ,
Expier tes lâches forfaits.
*
Au faîte des Grandeurs élevé par le crime
Hérode fe compare à la Divinité.
Les Autels que lui dreffe un Peuple qu'il oprime ,
Contentent feuls fa vanité .
Qu'attens-tu ? jufte Ciel ! renverse fa Couronne ;
Arme-toi, prends la foudre, éclate, frape, tonne ,
Venge les droits de l'Immortel. t
Si ta Bonté longtems defarma ta Juſtice ,
C'en eft fait ; de ce Roy par un nouveau fuplice
Tu punis l'orgueil criminel,
*
Funefte Paffion , à tes loix,affervie
Notre ame s'abandonne à la haine , au mépris
Tu troubles , tu noircis le tiffu de la vie,
De ton poison l'Homme eft
épris.AG
A peine eft- il forti du fein de la pouffiere ,
Que guidé par l'éclat de ta fauffe lumiere,
Ilfuit tes détours empeftés.
son coeur que séduit l'eſperance flateuſe ,
ia'l
Tomber
AOUST.
1740 1709
Tombe , nage ; & fe perd dans la mer orageufe
De toutes les iniquités.
Par M. B **. d'Aix.
****************
QUESTIONS IMPORTANTES
1'.
Jugées au Parlement de Paris.
ST
I le Réfignataire qui a consenti la
réserve d'une Penfion sur le Bénéfice
qui lui a été réſigné, eft recevable a attaquer
ette réserve ?
2º. Si une Penſion sur un Bénéfice sujet à
fidence , eft incompatible avec un Bénéfice
ffi sujet à réfidence ?
FAIT.
Le Doyenné de S. Emilion , Diocèse de
Bordeaux , ayant vaqué en 17 28. le Chapitre
'affembla , & usant de son droit d'élection,
y nomma M. l'Abbé Boucher , Conseiller
en la Grand'- Chambre du Parlement de
Paris.
M. Caftaing se fit pourvoir en Cour de
Rome du même Bénéfice , sur le fondement
dne prétendue Réfignation du dernier Titulire
; cela donna lieu à une Demande en
Complainte , qui fut dabord portée devant
B lc
1710 MERCURE DE FRANCE
le Sénéchal de Libourne , & ensuite aux
Requêtes du Palais.
M. Caftaing ayant proposé un Accommodement
, & M. l'Abbé Boucher y ayant
consenti , le Procès fut terminé par un Concordat
du 27. Janyier 1730. par lequel M.
l'Abbé Boucher réfigna tous les droits qu'il
avoit sur le Doyenné de S. Emilion en faveur
de M. Caſtaing, à la charge d'une Penfion
annuelle de 2000. liv. qui étoit au dessous
du tiers du revenu , le Bénéfice raportant
près de 7000. liv, par an.
La Penfion fut homologuée en Cour de
Rome , & le Roy accorda à M. l'Abbé Boucher
des Lettres de dispense des 15. années
de service , que l'Edit de 1671. exige, pour
pouvoir poffeder une Penfion sur un Bénéfice
obligeant à réfidence. Le tout fut enregiftré
au Parlement de Bordeaux , dans le
reffort duquel le Doyenné de S. Emilion eft
fitué.
Il intervint auffi en 1733. une Sentence
qui ordonna l'execution du Concordat du
27. Janvier 1730. & dont il n'y eut point
d'apel.
Pendant plufieurs années M. Castaing
paya la Penfion ; mais M. l'Abbé Boucher
ayant été pourvû en 1737. de la Chants te
de S. Honoré de Paris , M. Caftaing crût
que c'étoit une occafion pour se liberer de
la
"A O UST. 1740. 1711
la Penfion. En effet après avoir laiffé écou
ler une année de paifible joüiffance , il fit
affigner M. l'Abbé Boucher , pour voir dire
que l'année qu'il avoit pour opter entre la
Dignité de Chantre de l'Eglise de S.Honoré,
& la Pension de 2000. liv . étant révoluë , il
seroit ordonné que cette Pension demeureroit
éteinte , & que M. l'Abbé Boucher seroit
condamné à restituer les arrerages par
lui reçûs depuis l'option qu'il auroit dû
faire.
La Cause ayant été plaidée pendant plusieurs
Audiences en la premiere Chambre
des Requêtes du Palais , Sentence y inter-
'vint sur Déliberé le 5. Septembre 1738,
qui débouta M. Castaing de sa demande
& le condamna aux dépens.
,
>
M. Castaing ayant interjetté apel de cette
Sentence , la Cause fut plaidée en la Grand'-
Chambre.
- On disoit de la part de M. Castaing , qu'il
n'est pas permis de cumuler les fruits de deux
Bénéfices ; que lorsqu'un Curé , un Chanoine
, où le Pourvû de quelque autre Bénéfice
sujet à résidence abandonne son Bénéfice ,
il ne lui est pas permis de conserver une partie
des revenus , & d'obtenir dans la suite
un énéfice incompatible ; outre que cette
section est contraire , disoit-on , à l'esprit
des Canons , elle se trouve prescrite par les
Reglemens.
Bij Par
1712 MERCURE DE FRANCE
Par un Arrêt du 14. Janvier 1661. qui est
raporté au second Tome du Journal des
Audiences , on jugea , disoit M. Castaing ,
contre M. Tubeuf, que la réserve qu'il avoit
faite d'une Penfion sur un Bénéfice à résidence
, avoit fait vaquer tous les autres Bénéfices
incompatibles qu'il avoit.
Par l'Arrêt de Reglement du 16. Juin
1664. la Cour fit défenses à tous Chanoines
& autres ayant Bénéfices incompatibles , de
retenir des Pensions.
La Déclaration du 7. Janvier 1681. porte
que lorsqu'une même personne sera pourvûë
de deux Cures , ou d'un Canonicat ou Dignité
, & d'une Cure , ou de deux autres
Bénéfices incompatibles , soit qu'il y ait Procès
ou qu'il les possede paisiblement , le
Pourvû ne jouira que des fruits du Bénéfice
auquel il réfidera actuellement & fera le Service
en personne , & les fruits de l'autre Bénéfice
, ou des deux , s'il n'a réfidé & fait le
Service en personne en aucun , seront employés
au payement du Vicaire , ou des Vicaires
qui auront fait le Service , aux réparations
, ornemens & profit de l'Eglise dudit
Bénéfice , par Ordonnance de l'Evêque Diocesain.
Cette Déclaration porte expressément que
deux Bénéfices obligeant à résidence ne seront
plus possedés par une même personne ,
d'où
A O UST. 1740.. . 1713
d'où il résulte nécessairement qu'on ne peut
posseder un Bénéfice de cette nature , aved
une Penfion sur un semblable Bénéfice , attendu
que c'est la même chose de posseder
un Bénéfice , ou de posseder une Pension ,
qui représente ce Bénéfice .
En effet , disoit M. Castaing , les Pensions
sont regardées du même ceil que les
Bénéfices ; elles tiennent lieu aux Gradués de
repletion : un Religieux à qui il est défendu
de posseder plusieurs Bénéfices , ne peut
conserver sans dispense un Bénéfice tel qu'il
soit , & une Penfion sur un autre Béné
fice.
Les Bénéfices , ajoûtoit M. Castaing ,
doivent être conferés sans aucun retranchement
des fruits , & si l'Edit de 1671. tolere
les Penſions , ce n'est que pour aider aux be
soins d'un ancien Titulaire , lequel étant
pourvû d'un autre Bénéfice , la premiere
Eglise demeure affranchie ; autrement un
jeune Eccléfiastique pourroit se ménager plufieurs
Penfions sur les Prébendes d'un même
Chapitre , en résignant successivement les
Bénéfices qu'il auroit eu le crédit d'obtenir .
En un mot le produit du Bénéfice apartient
en entier au Desservant , suivant cet axiome
, Beneficium propter officium d'où l'on
Concluoit qu'il étoit de l'interêt de l'Eglise
de suprimer les Pensions semblables à celles
de M. l'Abbé Boucher.
;
Bîij
Le
1714 MERCURE DE FRANCE
1
Le Défenseur, de M. l'Abbé Boucher di
visa sa défense en deux parties , les fins de
non recevoir , & les moyens du fond .
Il tira la premiere fin de non recevoir de
la qualité de M. Castaing , qui étoit Résignataire
de M. l'Abbé Boucher , & n'avoit
obtenu la pleine maintenue du Doyenné de
S. Emilion , qu'à la charge de cette résignation
faite sous la réserve de 2000. liv . de
Pension : il fit voir que cette réserve avoit
été une des clauses essentielles du Concordat
, sans laquelle M. l'Abbé Boucher n'auroit
point transmis son droit : qu'ainsi contester
la Pension , c'étoit attaquer la rési
gnation même , & qu'il n'y a pas de milieu ,
pour le Résignataire , qu'il faut qu'il acquitte
la Pension, ou qu'il renonce au Bénéfice, aus
cede aut solve.
Cette maxime n'a cessé d'avoir lieu , que
quand les Bénéficiers se sont plaints que les
Pensions qu'ils payoient étoient excessives.
Alors on a réduit ces Pensions au tiers du
revenu ; si quelquefois on les a retranchées
totalement , ce n'a été que quand le produit
des Bénéfices suffisoit à peine pour la subsistance
des Desservants . Ainsi la Pension de
M. l'Abbé Boucher n'excedant point les termes
de l'Edit de 1671. il n'y avoit aucune
raison pour ne pas l'acquitter.
La seconde fin de non recevoir fut tirée
du
AQUST. 1740. 1715
du Concordat de 1736. lequel n'étoit point
attaqué , & ne pouvoit l'être , l'Ordonnance
de 1560. ayant défendu de se pourvoir contre
une Transaction sur Procès .
Au fond , M. l'Abbé Boucher fit voir qu'un
Bénéfice & une Pension sont deux choses
absolument differentes , soit dans leurs principes
, soit dans leurs effets.
Les Pensions sur Bénéfices ont toujours
été regardées comme un usufruit profane ,
comme un droit purement temporel .
Suivant l'Article 50. de nos Libertés , les
Pensions peuvent être créées en plusieurs
cas , notamment pour pacifier des Bénéfices
litigieux.
Pour être pourvû d'un Bénéfice , il faut
être engagé dans l'Etat Ecclésiastique , on
ne peut en posseder aucun lorfque l'on est
marié ; les Bénéficiers sont tenus de réfider ,
de dire l'Office , ddee porter l'Habit Ecclé
siastique , ils sont chargés de réparer les
Bâtimens , ils peuvent réfigner ou permuter
& c.
›
Au contraire , on voit tous les jours des
Laïcs , tels que les Chevaliers de S. Lazare ,'
& même des personnes mariées avoir des
Pensions sur des Bénéfices ; ceux qui ont
ces Pensions ne sont astreints à aucune des
charges dont les Bénéficiers sont tenus ; ils
ne peuvent aussi ni résigner , ni permuter.
Bij Or
1716 MERCURE DE FRANCE
Or, si la Pension ne sçauroit être regardée
comme un Bénéfice , quel inconvenient y at'il
que celui qui est pourvû d'une Dignité
dans une Eglise Collegiale , possede une Pension
sur un Bénéfice qu'il a résigné ?
Ces principes nous sont attestés par les
plus sçavans Canonistes , Flaminius Parisio
Gomez , Gonzallez.
>
La Cour a confirmé de semblables Pensions
par differens Arrêts de 1659. du mois
de Juin 1682. & du 11. Mars 1733.
L'Arrêt du 14. Janvier 1661. ne déclara
vacans les Bénéfices de M. Tubeuf , qu'à
cause qu'il étoit nommé Evêque de S. Pons ,
& non à cause de la Pension qu'il avoit réservée.
Le Reglement du 16. Juin 1664. a eu pour
objet d'empêcher que l'on ne retint des Pensions
sur des Cures , à moins qu'on ne les
eût desservies pendant 10. ans, ce que l'Edit
de 1671. a ensuite fixé à 15. ans . Mais ces
Reglemens ne parlent que des Cures , & non
des autres Bénéfices , & il n'en résulte point
la Pension sur un Bénéfice puisse jamais
être comparée au Bénéfice même .
que
Suivant la Déclaration de 1681. pour être
dans le cas de l'incompatibilité , il faut que
Pon possede en même tems deux Béné
fices obligeant à résidence ; il n'y est point
parlé de l'Ecclésiastique , qui ayant résigné
un
A OUST. 1740; 1717
un Bénéfice sujet à résidence , acquiert, plusieurs
années après,un autre Bénéfice de cette
qualité. M. l'Abbé Boucher avoit renoncé au
Doyenné de S. Emilion , sept ans avant qu'il
fût pourvû de la Chantrerie de S. Honoré
ainsi la Déclaration de 1681. ne le concerne
point.
per
Une des causes de l'incompatibilité , est
aussi que le Pourvû de deux Bénéfices
çoit les fruits de l'un & de l'autre ; mais M.
I'Abbé Boucher n'a jamais touché que sa
Pension , & non les revenus du Doyenné de
S. Emilion.
D'ailleurs ce sont les Titres des deux Bénéfices
réunis dans la même personne , qui
obligent à faire l'option ; les revenus ne sont
à cet égard d'aucune considération : cela est
si vrai , qu'on peut posseder plusieurs Bénénéfices
simples , parce que les Titres n'en
sont point incompatibles. Or M. l'Abbé
Boucher n'a pas cumulé deux Titres , puisque
celui de S. Emilion ne lui apartient
point , & qu'une Pension n'est point un Titre
; par consequent il n'a pas été dans la
necessité d'opter.
La Déclaration de 1681. ne parle point
des Pensions & ne dit pas que celui qui a
résigné un Bénéfice, à charge d'une Pension
ne pourra dans la suite posseder cette Pension
avec un Bénéfice sujet à résidence . Em
By ma
1718 MERCURE DE FRANCE
•
matiere de Loix pénales , on n'argumente
jamais à simili , il ne faut donc. étendre
aux Pensions ce qui n'est dit que pour les
Bénéfices.
pas
S'il n'y avoit point de difference entre la
Pension & le Bénéfice , il s'ensuivroit que,
faute par M. l'Abbé Boucher d'avoir opté ,
on auroit pû jetter un dévolut sur sa Pension
pour cause d'incompatibilité , ce qui ne
seroit pas écouté.
La même Question s'étant présentée dans
les mêmes circonstances en la seconde Chambre
des Requêtes du Palais , entre M. Lorey
, Bénéficier de S. Jacques l'Hôpital , &
M. Rihoney Desnoyers , Curé de Crespieres
, Diocèse de Chartres , on soûtint que
les Pensions semblables à celle dont il s'agit,
devoient cesser d'avoir lieu , si -tôt que le
Pensionaire obtenoit un Bénéfice sujet à résidence
; mais la Sentence condamna le Résignataire
à payer les arrerages de la Pension ,
& à la continuer à l'avenir.
Par Arrêt du 20. Août 1739. rendu conformément
aux Conclusions de M. Gilbert
de Voifins , Avocat Géneral , la Sentence
rendue aux Requêtes du Palais , en faveur
de M. l'Abbé Boucher , fut confirmée , &
PApellant condamné en l'amende & aux
dépens .
LET:
AOUS T. 1740. 1719
LETTRE en Vers & en Prose , de M.....
écrite à un de ses Amis à la Campagne.
pour
les Amans l'abſence eft un tourment terrible
;
C'eft ce que tous les jours on lit dans les Romans ;
Je croyois de ce mal l'Amant feul fufceptible ;
Mais j'aprends aujourd'hui de mon coeur trop fenfible
,
Qu'il bleffe les Amis ainfi que les Amans.
Quel ennui , quel suplice extrême
D'être éloigné de ce qu'on aime
L'efpace d'un jour feulement !
Qui l'eût dit qu'à mon coeur trop tendre
Ton départ dût causer un fi cruel tourment à
Quand j'avois le plaifir de te voir , de t'entendre ,
Il eft vrai , mon bonheur étoit doux & charmant
Mais je n'euffe pas crû qu'à ce contentement
Nul autre ne fût comparable ;
Rien toutefois , hélas ! n'étoit plus véritable .
D'un bien que l'on poffede on ignore le prix ;
A force d'en jouir il devient moins aimable ;
Mais l'abſence foudain réveillant nos eſprits ,
Sçait bientôt nous punir de ce dégoût coupable.
Oui , Monsieur , il est vrai , en Prose com
me en Vers , que l'abfence d'un Ami tel que
B vj
Yous
1720 MERCURE DE FRANCE
vous , m'afflige extrêmement. Encore si
c'étoit là tout mon chagrin , l'esperance que
vous me donnez d'un prompt retour , pourroit
me consoler. Mais le Diable qui ne veut
pas que je sois malheureux à demi , vient
de me susciter un Procès dans lequel je pense
qu'il ne voit goute lui -même. Vous fçavez
quel Monftre c'cft qu'un Procès , & s'il
en faut deux pour faire perdre la tête à un
homme comme moi , qui ignore si Cujas eft
Allemand ou François.
Voir un avide Procureur
Solliciter vingt fois un Raporteur ,
Elever jufqu'au Ciel fon efprit , fes lumieres ,
Defcendre aux plus viles prieres ,
Pour faire mettre au néant un Apel ;
Oujir toujours citer le Code & le Digefte ,
Ç'eft , à mon fens , le fort le plus funefte
Que puiffe fur la Terre effuyer un Mortel,
Ajoûtez à mon malheur la bizarrerie de
ma Climene , qui souvent m'aime le matin ,
& me hait le soir , au point de ne pouvoir
souffrir ma présence.
Je croyois mettre la plume à la main
pour
ne m'occuper que de vous ; mai je n'ai pû
passer outre , sans me décharger de mon
chagrin , en vous l'aprenant. A présent que
que je pense avoir dit tout ce qui me concer
ne
A O UST. 1740 1721
,
ne , je vais tout de bon vous entretenir de ce
qui vous interesse . Je dis donc que la fucceffion
qui vous eft échûë..... Mais me voilà
déja arrêté au premier pas . Dois -je vous consoler
de la perte que vous venez de faire de
Monsieur ?... Dois- je me réjouir avec vous du
bien qu'il vous laisse par sa mort ? Je crois
en attendant votre décision , que les écus &
les belles Terres que vous laisse après 70. an
nées de jouissance , un parent que vous n'avez
jamais vû , auront plus de force dispour
siper votre inquietude , que toutes les belles
Sentences Grecques & Latines que je pourrois
vous citer fur la néceffité de la mort. Au
refte en fidele & veritable Ami , je veux
être de moitié avec vous ; & comme je partagerai
votre douleur au moindre figne que
vous me donnerez qu'il faudra pleurer ,
de même je prétens partager le trésor du
bon- homme , auffi- bien la bonne fortune
eft elle plus difficile à foûtenir que la mau
vaife . De plus , puifque tout doit être commun
entre nous , & que je m'offre fi génereusement
à vous décharger d'une partie de
vos biens , il eft jufte que vous preniez fur
votre compte une partie de mes maux. Vous
ne fçauriez refufer d'y confentir : c'est unc
Loi reçûë dans le Pays de l'amitié , Pays que
vous parcourez infatigablement , & où vous
avez planté des colomnes plus durables , que
celle
$
1722 MERCURE DE FRANCE
celles d'Hercules , je parle de votre attachement
pour vos Amis. Pays qui eft d'une trèspetite
étendue , & fort peu connu dans le
fiécle où nous fommes , quoique plufieurs
perfonnes prennent pour lui tout ce qui en
a l'aparence. Pays que le monde credule , qui
penfe y avoir fait de grandes découvertes
quoiqu'il n'y ait jamais abordé ,
Par une illusion fatale
Met sous la Zone glaciale .
Pays qui de l'Hiver ne connoît pas les Loix.
Pays dont le froid & la nége
Sort exilés dans tous les mois ,
L'Antipode de la Norvege .
Pays isolé , Pays chaud ,
Pays desert , Pays que brûle
Toujours l'ardente Canicule ;
Pays , pour finir en un mot ,
Que dans notre course rapide ;
Nous plaçons , vous & moi fous la Zone torride .
2
45
C'eft-à - dire , pour parler plus clairement ,
que les véritables Amis s'aiment d'un amour
mutuel , qu'ils embraffent avec chaleur les
interêts de leurs Amis. Mais je ne m'aperçois
pas , que quelque peu d'efpace qu'ait ce
Pays , je ne laiffe pas de m'y égarer . Je reviens
donc à cette Loi fondamentale qui y
eft
AOUST.
1740. 1723
le
,
eft en vigueur , de poffeder tout en commun;
& pour la mettre en pratique , je vais faire
partage de mes maux. Je vous cede pour
votre lot , les foins & les embarras de mon
Procès. Auffi - bien , grace au terroir Normand
, où vous avez fuçé la plus fine fleur
de la Chicane , vous êtes plus au fait de la
Procedure que moi , qui pariai l'autre jour
bonnement , qu'Ulpien avoit aidé Juftinien
dans fes Inftitutes . Pour moi , qui ai plus
de courage & de fermeté que vous , je continuerai
à me charger des rigueurs de la capricieuse
Climene .
Je fuis , &c.
**
IMITATION de la VII . Satyre du II ,
Livre d'Horace : Jamdudum aufculto &c.
* Cette Satyre eft un Dialogue entre Horace &
Davus , fon Efclave , qui lui reproche fes Vices , en
ufant du Privilege des Saturnales .
Davns.
Depuis longtems j'écoute ; & brûlant du defir
De vous dire deux mots , sous votre bon plaifir ,
J'ai peur .....
Horace.
Eft- ce Dayus
Davas
1724 MERCURE DE FRANCE
Davus.
Oui. C'eft Davus , lui- même ,
Votre Esclave fidele , Efclave qui vous aime ;
Honnête Homme de refte , & par vous réputé
Digne de vivre.
Horace.
Oh ! bien , prends donc la liberté
Que le mois de (4) Decembre offre à tous tes fem
b'ables ;
Puifqu'enfin , par des Loix qui font inviolables ,
Ainfi Pont établi nos anciens Romains.
Tu peux parler.
Davus.
Mon Maître , une part des Humains ,
Dans les Vices honteux qui fçavent trop lui plaire,
Jusqu'au dernier soupir conftamment perſevere.
Une autre ( & fon inftinct eft le pius géneral )
Tantôt fe porte au bien , tantôt ſe porte au mal.
Priscus , dont l'inconftance étoit démesurée
Souvent de trois Anneaux avoit la main parée
Et l'avoit quelquefois fans aucun ornement.
On le voyoit changer d'habits à tout moment ;
*
>
(a) C'étoit en ce Mois qu'on célebroit les Saturnales.
Les Efclaves joüifoient alors du Privilege de
parler librement à leurs Maitres , en mémoire de l'heureuse
égalité qui regnoit entre les Hommes pendant le
Siecle d'Or.
Se
A O UST. 8729 1740.
Se dérober ſoudain d'un Logis honorable ,
Pour aller fe cacher dans un Lieu miserable ;
D'où quelque Affranchi, même un peu civilisé,
Eût eû peine à sortir sans qu'on en eût causé.
Dans Athenes Sçavant , Adultere dans Rome ;
Ici , franc débauché ; là , prudent , honnête homme
De Vertumne il prenoit tous les differens traits .
Le Joueur Volanere , auffi fou que jamais ,
Quand la Goutte en ses mains , qu'elle avoit affai
lies ,
Eût juftement puni ses premieres folies •
Prit , à tant par journée, un Commis, à l'effet
De remettre pour lui les Dez dans le Cornet ;
D'autant moins malheureux , qu'ayant moins de
caprices ,
Il étoit plus conftant & plus ferme en fes Vices
Que Prifcus , qu'on a vû des deux côtés pancher ,
Tantôt ferrer la bride , & tantôt la lâcher.
Horace.
Ne parviendras-tu point au terme de me dire ,
Maraut , quel eft l'objet de ta fade Satyre?
Davus.
Vous , mon Maître .
Horace.
Moi ?
Davns.
Yous.
Horace
1726 MERCURE DE FRANCE
Horace.
Comment , double fripon ,
Que fais-je , qui t'oblige à parler fur ce ton ?
Davus.
Des anciens Romains, de leurs moeurs heroïques ,
Vous dites tous les jours des chofes magnifiques ;
Et puis, si quelque Dieu vous invitoit foudain
A prendre leur coûtume , il parleroit en vain.
Soit qu'au fond ce que dit votre bouche severe ,
Ne vous paroisse pas le mieux qu'on puisse faire ;
Soit qu'enfin vous manquiez de résolution ,
Pour ajoûter l'exemple à l'exhortation ,
Et que vous n'ayez point , jouet d'un charme
étrange ,
La force d'arracher votre pied de la fange.
A Rome , la Campagne eft l'objet de vos voeux.
Aux Champs , vous élevez la Ville juſqu'aux Cieux,
Vous louez , dans le tems qu'aucun ne vous régale,
Les tranquilles douceurs d'une Table frugale ;
Et comme si jamais, vrai Captif, enchaîné ;
Malgré vous aux feftins vous étiez entraîné ,
Vous vous tenez heureux plus qu'on ne fçauroit
croire ,
De ne point essuier la contrainte de boire.
Mais enfin , que , pressé du defir de vous voir ;
Mécene vous invite à fouper quelque foir ;
Yous voilà prêt d'aller ,fans que rien vous arrête ;
Et
1
A O UST. 1740. 1727
Et nous vous entendons crier à pleine tête :
Eh , de l'Huile. Un Flambeau. Vite... Eft-onfourd
ici ?
› Milvius ( b ) s'en retourne , & les Bouffons auffi ,
Confternés d'un départ , qui fouvent vous attire
Des imprécations que je ne veux pas dire.
On peut me reprocher quantité de défauts ;
Je l'avoue, Il eft vrai ; j'aime les bons morceaux
A l'odeur d'un ragoût j'ai le nez fort ſenſible.
Ennemi du Travail à ma fanté nuifible ;
Je suis un Paresseux , & des plus averés ;
Un yvrogne , un gourmand ; tout ce que vous vou
drez.
Et vous,qui tous les jours, avec vos airs de Maître,
Faites la même chose , & pis encor peut - être ,
Vous me donnez , à moi , mille noms odieux ,
Commesi dans le fond vous valiez beaucoup mieux,
Parce que vous fçavez fous de belles paroles
Cacher tous les excès de vos paffions folles !
Parce que vous fçavez vous déguiser ! .. Mais quoi !
Si je vous convainquois d'être plus fou que moi ,
Qui ne vous ai coûté qu'une ſomme affés vile …..?
Eh ! moderez un peu l'ardeur de votre bile .
Par un air menaçant ne m'épouvantez pas :
Calmez votre courroux : Retenez votre bras ,
Tandis qu'ingénûment vous ouvrant ma pensée
(b) Parafite.
Je
1728 MERCURE DE FRANCE
Je vais vous debiter la Morale sensée ,
Et les forts Argumens dont j'ai l'efprit tout plein ;
Grace aux doctes leçons du Portier de Crispin. (c)
(d) Oh ! moi , je ne fuis point , dite -vous, Adultere!... "
Ni moi Larron , non plus ; quand la peur falutaire
De fubir tôt ou tard un Deftin affligeant ,
M'empêche de voler quelque Vase d'argent.
Qu'on ôte le péril : la Nature fans bride ,
Ne gardera plus d'ordre en sa course rapide.
Qui ? vous mon Maître ? Vous ?... Osez-vous usurper
Ce titre spécieux , vous que l'on voit
ramper
Sous l'empire gênant de cent sortes d'affaires ,
Que votre ambition seule rend nécessaires ?
Vous , que tant de Mortels captivent fous leurs
loix ?
Vous, qui , quoique puni par trois ou quatre fois
Etes toujours en butte aux dangers, aux allarmes ,
Où de la Volupté vous jettent les faux charmes ?
Vous, qu'aveugle sans cesse un eſpoir décevant ? ...
Ajoûtez aux raisons déduites ci - devant ,
Une autre que je crois pour le moins auffi grave.
Car,foit qu'à ceux qu'on fait servir sous un Esclave,
(c) Stoïcien , qu'Horace tourne en ridicule dans
plus d'un endroit de fes Satyres.
(d) J'ai crû devoir fuivre ici le P. Jouvency , qui a
retranché 26. Vers du texte Latin , lefquels contien
ment une Defcription un peu trop Cinique des débanbes
d'Horace & de celles de fon Valet,
Yous
A O UST. 1729 1740
Vous donniez certain Nom , ( e) qui , par un franc
abus ,
De dépendance en eux marque un dégré de plus ;
Soit qu'en nous abftenant de farder le langage ,
Nous devions les nommer Compagnons d'esclavage,
Que suis-je à votre égard , & qu'êtes- vous au mien?
Vous me commandez : oui ; je l'éprouve trop bien;
Mais vous êtes forcé d'obéir à cent autres.
J'ai mon Maître , il e vrai , mais vous avez les
vôtres ;
Et , tel qu'une Machine , on vous voit aujourd'hui
Dans tous vos mouvemens agir au gré d'autrui .
Quel Homme eft libre donc ? C'eft , s'il faut vons
le dire ,
Le Sage , qui fur soi prend un fuprême empire ;
Qui ne craint point les Fers , la Mort, la Pauvreté ,
Qui vainc de ses defirs l'impetuosité ;
Qui pour les faux honneurs montre un mépris extrême
;
Qui, rond & ramassé tout entier en lui- même
Ne donne aucune prise au plus subtile effort
Que fait , pour l'arrêter , la malice du Sort.
Voilà ce qu'en effet l'Homme libre doit être,
Horace à ces traits là peut-il se reconnoître ?
Parlez de bonne foi ; vous ne le pouvez pas,
(e) Ce Nom étoit Vicarius , d'où vient le mot François
Vicaire , tropSacré pour pouvoir être employé dans
cette Traduction,
Unc
1730 MERCURE DE FRANCE
Une Femme vous met à haut prix ses apas ;
Exige cinq Talens ; vous querelle , vous gronde ,
Vous chasse , vous bannit , d'un sceau d'eau vous
inonde ,
Après qu'elle vous a fermé la porte au nez ;
Puis elle vous rapelle.... & puis vous retournez !
Quoi ! lâche , c'est ainsi que l'Amour vous fur
monte !
Eh ! fecoüez un joug qui vous couvre de honte !
Que ne répondez -vous d'un ton fier & hautain ;
C'en eft fait. Je fuis libre , on me rapelle en vain ?
Vous ne fçauriez . Un Maître ( ƒ) impérieux & rude
Vous aiguillonne au fort de votre lassitude ,
Vous presse de marcher, & malgré vos refus ,
Vous reconduit au Lieu d'où vous étiez exclus .
Que dis-je ? Il renforcit la chaîne qui vous lie.
Passons. Lorfqu'aveuglé par une autre folie ,
Vous vous extasiez à l'aspect d'un Tableau
Où jadis Pausias (g) exerça son pinceau ,
Péchez-vous moins que moi , vous , dont je fuis
l'exemple ,
Quand , le jarret tendu , j'admire , je contemple
Les Combats de Rutube ( k ) & de Placidejan , (a)
Qu'avec tant de bon goût , selon moi , l'Artisan
Moyennant le charbon ou l'ocre a fçû dépeindre ,
(f) L'Amour. (g) Peintre fameux. ( h i ) Gladia→
teurs.
Qu'il
A O UST. 1740.
1737
Qu'ils semblent en effet chercher à s'entre- attein
dre ,
L'un à l'autre porter plus d'un coup dangereux ,
Et du
coup ennemi se garder tous les deux ?
J'entends dire : Davus au moindre objet s'arrête.
Le Coquin a toujours la bagatelle en tête.
C'est un vrai Faineant . Mais vous , à ce qu'on dit,
Vous êtes un sublime & merveilleux Efprit ,
Dont les décisions sont toutes sans replique ,
Quand vous avez jugé de quelque Quvrage antique.
Moi jefuis un Vaulien , lorfque sans résister ,
Par un Gâteau fumant je me laisse tenter ;
Et vous quand yous feignez la moindre répugnance
D'aller à ces Repas où regne l'abondance ,
En Mérite , en Vertu vous n'avez point d'égal ,
Mon amour pour mon ventre , il eft vrai , m'eſt fatal .
Pourquoi ? Mon dos en souffre une trifte avanie.
Mais votre avidité réfte - t'elle impunie ,
Quand vous vous surchargez de Mers & de Ragou ,
Trop amples pour un Homme auffi petits que vous
; car tout cet amas de Viandes differentes
Non ;
S'aigrit
& forme en vous des humeurs mal-faisantes
;
Et vos pieds chancelant refusent desormais
De porter votre Corps usé par tant d'excès .
Eh ! de la couleur la plus noire on habille
L'action d'un Valet qui dérobe une Etrille ,
Qu'iltroque nuitamment contre un peu
ܕ
quol
de raisin ;
Et
732 MERCURE DE FRANCE
Et celui qui va vendre un Champ à son voisin ,
Pour subvenir aux frais d'un Feftin inutile ,
Ne fait rien cependant de bas , ni de servile ?
Ma foi , c'est se mocquer que de parler ainsi.
A vos défauts susdits j'ajoûterai ceux -ci.
Pour vous la Solitude est un suplice extrême ;
Et vous ne sçauriez être une heure avec vous -même.
Dès que vous êtes seul , l'ennui vient vous faifir.
Vous n'usez jamais bien des momens de loifir ,
Dont la bonté du Ciel vous fait fouvent largesse.
Errant & vagabond , vous vous fuyez fans ceffe.
Tantôt par le fommeil , & tantôt par le vin ,
Vous tâchez d'éluder le souci , mais en vain :
C'est un noir Compagnon , qui , malgré votre fuite,
Toujours pour vous gêner, se trouve à votre suite.
Horace.
Où prendrai-je nne Pierre ?...
Davus.
Oh ! oh ! qu'en ferez-vous ?
Horace.
Des Fleches , insolent ,
Davus.
Patience . Tout doux .
Ne vous échauffez point,mon Maître ; je vous prie ....
Cet Homme eft fou,fans doute,ou bien il verfifie.
Horace.
A O UST. 1740. 1733
Horace.
Ote -toi de mes yeux ,ou fais compte qu'aux Champs,
Fripon , je t'enverra : passer fort mal ton temps.
Là , du plus vil Emploi les fatigues immenses
Scauront bien me venger de tes impertinences .
F. M. F.
LETTRE écrite à M. le Chevalier de
p ******** , Capitaine de Vaisseaux
en datte du 22. Juin 1740. sur la décadance
qui arrive dans les Arts & dans les
Sciences.
Omme il eft effentiel , Monfieur , de
Cfeformer une jufte idée, des matieres
qu'on veut aprofondir, trouvez bon , je vous
prie, que je détermine le fens de la queſtion
que vous avez bien voulu porter à mon Tribunal
; or j'entens par ce mot ( Décadance )
certaine révolution qui arrive dans les Sciences
& qui fait qu'elles perdent peu à peu leur
ancienne fplendeur , au moment même de
leur plus haute perfection . Cela fuposé , je
remonte à l'origine des choses , & je prétens
que fi le peché du premier homme fut la
cause de nos tenebres & de notre ignorance ,
c'est encore aujourd'hui la corruption des
C moeurs,
1734 MERCURE DE FRANCE
moeurs , qui fait que les Sciences dégénerent
& s'anéantiffent
. En effet nous en trouvons
une preuve affés fenfible dans la deftruction
des Royaumes
& des Empires , qui dans tous les tems ont été plutôt fubjugués
par la
tyrannie des paffions , que par la force de
leurs ennemis. Il en eft de-inême à l'égard
des Sciences. Le vice eft un poison fubtil
qui infecte également
les coeurs & les esprits
; ainfi le luxe s'eft gliffé dans Rome &
dans Athenes. On n'y trouve plus ces hommes
fçavans & belliqueux
; au contraire , unique .
ment occupés d'eux -mêmes & de leurs plaifirs,
ils ont le travail en horreur , fe plongent
dans une molle indolence , & abandonnent
enfin la recherche
de la vérité.
Oserai-je esperer , Monfieur , que vous
aprouverez mes Refléxions ? Je ferois toutefois
bien flaté, fi je pouvois du moins vous
convaincre du fincere attachement avec lequel
j'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c.
L'Abbé de M******
LA
A O UST. 1740. 1739
LA LIBERTE'.
CANTATE à mettre en Musique.
R Evenez dans mon coeur , Evenez dans mon coeur , charmante Liberté ,
Reprenez sur mes sens votre premier empire ;
Dans quel aveuglement , dans quel affreux délire
L'Amour m'avoit précipité !
Je vous retrouve enfin , Dieux ! pourrai - je suffire
Aux aimables transports dont je suis agité ,
Vous qui m'avez causé le plus cruel martyre ,
Que je vais vous benir, douce infidelité !
Je brulois pour Philis de l'ardeur la plus belle
Mes feux étoient payés du plus tendre retour ,
Nous nous jurions sans cesse une amour mutuelle ,
Nos jours devoient finir plutôt que cette amour ;
Mais malgré ces sermens d'une flâme éternelle ,
A peine le Soleil eut vingt fois fait son tour ,
Philis cessa d'être fidelle ,
Que j'en souffris pour lors ! quel plaisir dans ce jour
Plus l'amour me causa d'allarmes ,
De soucis , de trouble & d'ennui ,
Plus mon état m'offre de charmes ,
Plus je le chéris aujourd'hui.
Cij Fuyor
#736 MERCURE DE FRANCE
F
Fuyez chagrin , inquiétude ,
Fuyez , enfant trop dangereux
Heureuse , aimable étude ,
Venez seule combler mes voeux .
Plus l'Amour me causa d'allarmes ,
De soucis , de trouble & d'ennui ,
Plus mon état m'offre de charmes ,
Plus je le chéris aujourd'hui .
D'ane tranquille indifference
Vous qui connoissez les douceurs ,
Vous qui méprisez la puissance
'Qu'Amour exerce sur les coeurs
Chantez , celebrez ma victoire ,
Instruisez en tout l'Univers .
?
De mon triomphe & de ma gloire
Faites retentir vos Concerts ;
Chantez , celebrez ma victoire
Instruisez-en tout l'Univers .
** de Bayonne le 17. Mai 17407
XE=
AOUST. 1740. 173
****************
REPLIQUE à la Réponse au Dialogue
inséré dans le Mercure de Décembre 1739.
1, Volume , sur la Question si les anciens
Gaulois parloient Grec.
E but de la Critique étant de découvrir
la vérité , je crois qu'on doit y proceder
fimplement & par de bonnes raisons ,
car de repeter dix fois qu'un Auteur prend le
change , & qu'il donne dans le travers , c'eft
y donner foi- même.
L'Ecrivain qui m'engage à cette Réplique
a prétendu , & qui pis eft , prétend encore
que la Langue Celtique , cette Langue ma
ternelle des Gaulois , n'étoit autre que le
Grecque. Il donne pour garants de ce Paradoxe
S. Jérôme , Strabon & Lucien. Voyons
ce qu'il leur fait dire dans fa Réponse insé
rée au Mercure d'Avril 1740 .
23
» Je foûtiens , dit- il, dans ma Lettre à l'Au-
» teur des Observations , que le Grec a été
Langue vulgaire à Tréves , car , ajoûte
» t'il , S. Jérôme dit qu'à Tréves on parloit
» la même Langue que dans la Galatie, l'Hel
»lespont , l'Oeolie & l'Ionic. Reste à sçavoir
qu'elle Langue on parloit dans ces
Contrées de l'Afie , fi c'étoit le Grec ;
Cij
queftion
738 MERCURE DE FRANCE:
queftion que je laiſſe à décider à notre Dia
»logifte.
"
Très- volontiers , prenons S. Jérôme pour
garant , mais je ne veux pas décider , ce fera
le Public. Heureusement nous ne vivons pas
parmi les Hurons ou les Iroquois , nous connoiffons
les Ouvrages de S. Jérôme , & nous
pouvons vérifier la Citation. L'Auteur du
Paradoxe cite d'un maniere vague, Hieronim.
in Epift. D. Pauli ad Galatas. Il entend parler
, sans doute , du Prologue de ce S. Docteur
, du fecond Livre de fon Commentaire
fur l'Epitre de S. Paul aux Galates. Voici
fes termes.
"
"
» Nous avons une chose à ajoûter , pour
remplir la promeffe que nous avons faite
» au commencement , que les Galates , ou-
» tre la Langue Grecque , dont fe fert tout
» l'Orient , ont un langage propre , presque
» femblable à celui des Trévirois , & que ce
qui peut s'en être alteré n'eſt pas confidé
» rable. Unum eft quod inferimus , & promis
sum in exordio reddimus , Galatas excepto sermone
Graco , quo omnis Oriens loquitur , propriam
Linguam eamdem penè habere quam
Treviros , nec referre si aliqua exinde corruperint.
Voilà le Paffage vis - à -vis de la Citation.
Je ne sçais trop comment l'Auteur du
Paradoxe foûtiendra ce parallele. Les Gaulois
d'Afie parloient Grec , parce que cette
Langue
A O UST. 1739 1740 .
Langue étoit ufitée dans tout l'Orient ;
mais ils avoient outre cela un langage propre,
propriam Linguam , & ce langage étoit le
même que celui des Trévirois , je laiffe la
conclufion au Lecteur.
Avant que de quitter S. Jérôme , raportons
encore ce qu'il dit touchant les Marseil-
» lois. Les Phocéens ont bâti Marseille , dont
» les Habitans font nommés Trilingues , par
» Varon , parce qu'ils parlent Grec , Latin &
» Gaulois. Massiliam Phocai condiderunt ;
quos ait Varo trilingues esse , quòd & Gracè
loquantur & Latinè & Gallicè. Etoit- ce donc
la même chose de parler Grec & Gaulois ?
Venons à Strabon. Cet Auteur en parlant
de la Gaule Narbonoise & de la Républi
que de Marseille , dit que les Marseillois ont
tellement inspiré le goût du Grec aux Gaulois,
qu'ils ont apris à dreffer des formules d'Actes
en Grec. Tantum Gracarum Litterarum
studium apud Gallos excitavit , ut contractuum
quoque formulas Græcè conscriberent . Strab .
Lib. 4.
Si les Marseillois avoient inspiré le goût
du Grec aux Gaulois , dont parle Strabon ,
c'eft-à-dire à ceux de la Gaule Narbonoise ,
la Langue naturelle de ces Peuples n'étoit
donc pas la Grecque ?
Après ces Citations , croira -t'on que Lucien
dans fon Hercules Gaulois ,ait affûré
C iiij
que
la
1740 MERCURE DE FRANCE
la Langue Grecque étoit naturelle auxGaulo
On va voir que ce n'ef que l'Auteur du Paradoxe
qui l'affûre. Voici les premiers mots de
Lucien. Herculem Galli Lingua gentis ver
nacula Ogmium vocant . Donc les Gaulois
avoient un langage propre , bien different du
Grec , dans lequel ce Dieu que les Gaulois
nomoient Ogmium , s'apelloit τiν Ηρακλέα ,
Je pourrois ajoûter ici & prouver que les
Gaulois nommoient Mercure Teutates , &
Mars Hesus.
>>
Enfin l'Auteur du Paradoxe voudroit tirer
parti du témoignage de Scipion Dupleix , &
par malheur cet Auteur va fe trouver encore
contre lui . Qu'on ouvre fes Mémoires de la
Guerre des Gaules, Livre premier , Chap. 19 .
on y verra fur l'opinion renouvellée par l'Auteur
que je combats , " que cette opinion e
» fort absurde , & n'eft fondée que fur deux
Paffages de César, mal entendus ..... Je
» veux raporter un autre paffage de César, qui
»fert grandement à ce propos , lorsqu'il ré-
" cite que Q. Ciceron , un de fes Lieutenans,'
» étant affiegé par les Gaulois , il lui écrivit
» une Lettre en Grec , afin ,
dit- il , G
» d'avanture elle étoit furprise par les Ennemis
, ils n'euffent pas moyen de découvrir
» fon avis. Que fi la Langue Grecque eût
» été tant foit peu familiere aux Gaulois , ce
» n'étoit pas -là un moyen affûré pour n'être
"pas découvert.
Voilà
que
A O UST. 1740. 1741
Voilà ce que j'ai à repliquer à l'Auteur du
Paradoxe , j'ai tâché de le fervir fuivant fon
goût , il a demandé qu'on l'attaquât de bonne
grace , qu'on en vint aux mains avec lui
qu'on le forçât dans fes retranchemens . Il
me femble que j'ai fait tout cela en peu de
mots. Il n'en feroit peut- être pas quitte à fi
bon marché avec fon autre Agreffeur , s'il
vouloit s'en donner la peine. Mais à propos
du mot d'Agreffeur , il eft ici très - déplacé ,
car tout Auteur qui veut dans un Ouvrage
changer , renverser les notions ordinaires .
& y fubftituer des préjugés qu'il veut qu'on
révere , eft proprement l'Agreffeur.
Depuis que je me fuis engagé dans cette
espece de combat Litteraire , j'ai reçû le premier
Tome de la Collection des Hiſtoriens
des Gaules & de la France ; il feroit à fouhaiter
que tous les Critiques imitaffent la fage
modération du fçavant Auteur de la Préface
de ce Recueil , D. Martin Bouquet. Il étois
de fon Sujet de traiter la même queſtion . J'avoie
que j'ai été flaté de le trouver de mon
fentiment , & je fuis de plus, persuadé comme
lui, que s'il refte quelques veftiges de la
Langue naturelle des Gaulois ou Celtes , c'eft
dans le Pays de Galles & chés nos Bas - Bretons
R D. R.
CX
A LA
.
"
1742 MERCURE DE FRANCE
AssetAst
A LA GLOIRE ,
ODE.
REine des Ames
magnanimes ,
Mere de l'Immortalité ,
Toi , qui de tes rayons sublimes
Couronnes sa Divinité ;
Gloire , du sort fatal d'Icare
Sauve un Emule de Pindare ;
Qui veut célebrer ta grandeur ;
Echauffe , remplis mon génie ,
Sois l'ame de mon harmonie ,
Et tout le prix de sa douceur.
*
De l'orgueuil , Fille ambitieuse ;
Vaine gloire fui loin de moi ,
Tu n'as qu'une beauté trompeuse ,
Mon encens n'est pas fait pour toi.
A toi seule , Gloire féconde ,
Invisible Soleil du Monde ,
Ma voix consacre ses accords ;
A toi , qui sçais de la Nature
1
Par ton ardeur & vive & pure
Faire éclore en nous les trésors .
Sut
AOUST. 1740. 1743
Sur tes pas , divine Athalante ,
Dont l'or ne triompha jamais ,
D'Amans une troupe brillante
Vole , éprise de tes attraits¡ ´
Leur Elite dans ta carriere
Joint déja ton Char de lumiere
Que son triomphe est précieux !
Elle fait l'éclat de la Terre ,
Comme le séjour du Tonnerre
Brille de la splendeur des Dieux.
*
Mais que de routes differentes
Sont ouvertes à leurs efforts !
Bellonne aux Enseignes sanglantes
Ici , fignalé ses transports ;
•
Je vois Fabius à sa suite ,
Vainqueur par sa sage conduite ,
Sauver & Rome & ses Guerriers ,
Et le Destructeur de Numance
De la vertu , de la vaillance ,
Cueillir les immortels Lauriers.
*
Là , l'illustre Codrus s'immole ,
Pour sa Patrie & ses Sujets.
Là , Titus monte au Capitole
Pour y répandre ses bienfaits ,
C vj Tel
1744 MERCURE DE FRANCE
Tel le Monarque de la France
A toute l'Europe dispense
L'Olive & la prospérité.
Rois , que ces augustes Modelea
Fassent de vos Peuples fideles
A jamais la félicité !
*
Un nouveau Spectacle m'attire.
Au sein de la Paix , des Vainqueurs
Dont les triomphes sont l'Empire
Qu'ils ont obtenu sur leurs coeurs .
Pour ennemis ils ont les vices ,
Les passions & les délices ,
Hidres qu'ils ne dompteroient pas ,
S'ils n'avoient auprès d'eux Minerve ,
Qui dans le combat les observe ,.
Et fait ce que fit Lolas.
*
Quels sont ces Bâtimens énormes
Qui s'élevent de toutes parts ?
Je tremble à l'aspect de leurs formes
Vauban dirige leurs ramparts :
En vain l'implacable Bellonne
Contre lui gronde , éclatte , tonne ,
Son Compas brave sa fureur ,
Là , n'ont plus le même avantage ,
AOUST.
1745 1740.
Ni la force , ni le courage
De l'Art l'Art seul est le vainqueur.
*
Neptune surpris sur ses Ondes
Voit floter des Châteaux aîlés ;
Il a séparé les deux Mondes ,.
Mais l'homme les a rassemblés ..
Tout ce qu'en un climat bizare
Refusoit la Nature avare
A ses Habitans malheureux,
Grace à l'intrepide Pilote ,
Arrive , paroît sur leur Côte ;
Tous les biens sont communs pour eux»,
*
Tout , jusqu'à la Voute étoilée ,:
Cede aux Mortels audacieux.
Le Telescope à Galilée
Vient de montrer de nouveaux Cieux.
Les plus beaux secrets se découvrent
De l'Univers les ressorts s'ouvrent.
Pour Descartes & pour Newton ;
Mais leur raport presque contraire
Laisse encor bien des pas à faire ,
Dans leur carriere , à la raison.
B
2
Démos
1
"
1746 MERCURE DE FRANCE
Démosthènes se fait entendre ,
Et les Grecs s'arment pour leurs Loix ¿
Il fait quitter , il fait reprendre
Les Armes , au gré de sa voix.
De Rome l'Orateur s'avance ,
Antoine tremble en sa présence ;
; Il parle , & César est vaincu
L'un , à Thémis sert de Tonnerre
L'autre , lui sert de Cimeterrè
Tous deux d'Egide à la Vertu.
*
•
Je vois le Temple de Mémoffe ;
Les Enfans du Dieu de Délos
L'ouvrent , & soudain la Victoire
Entre à la tête des Héros ;
De leurs vertus , de leur courage
Chacun leur présente une image ;
Quels traits ! Dieux ! quel charme inoiti !
Mais de leur peinture parlante
Rien ne me plaît , rien ne m'enchante ,
Comme Achille , Enée & Henri .
*
Muse , où suis-je ? quelle harmonie !
Quels tons ! quels accords ravissans !
Quel Dieu ? quel aimable génie
M'inspire tout ce que je sens ?
Ah
AOUST. 1740. 1747
Ah ! c'est vous Amphions , Orphées ,
Que de Trônes ! que de Trophées !
Vous vous élevez dans les coeurs ;
Votre Art enchanteur & sublime
Sans le secours des mots s'exprime ,
Et peint sans celui de couleurs,
*
Tous les Etres se multiplient ;
Quel est ce prodige nouveau ?
Les bruns avec les clairs s'allient ;
C'est un Portrait , c'est un Tableau .
Célebres Apelles , la Gloire
Par vous donne un corps à l'Histoire ;
Je vois Caton , Trajan , Burrhus ;
Et par cette aimable imposture ,
Elle console la Nature
Des grands Hommes qu'elle a perdus.
*
Ciseau , rival de Prométhée ,
Tu n'es conduit que par sa main
Ton adresse n'est point tentée
D'un vil & méprisable gain ;
Si de la Cour de l'Empirée
Par ton Art la Terre est parée ,
Si tu rends la vie aux Héros ,
Si le Marbre en cent lieux respire ,
C'est
748 MERCURE DE FRANCE
C'est
que tu veux que l'on t'admire ;
Voilà le but de tes travaux.
*
24
Mortels plongés dans la molesse
Vous , qui méprisez , son éclat ,
Aprenez qu'il fait la richesse
L'honneur , la force d'un Etat ,
Votre bonheur est faux , frivole ,
Cessez d'en faire votre Idole ,
La brute en jouit comme vous ;
Mais ce bien préférable au Trône;
Et que la vertu seule donne ,
Ne fut jamais fait que pour nous
።
Telle , qu'un habile Pilote ,
Qui jusqu'au bout de l'Univers
Conduit sans naufrage une Flote
A travers les périls des Mers ;
Telle , que l'Astre salutaire ,
Du Phénix aliment & pere:,
Par qui s'éternise son sort ;
La Gloire en miracles féconde ,
Nous sauve des écueils du Monde ,
Et nous fait vivre après la mort.
Bar M. de S. R. de Montpellier:
LA
A O UST. 1745. $749
LA FABLE DU COUCOU ;
tirée d'un très-ancien Livre , qu'on ne
croit pas avoir jamais été imprimé. Extrais
de Lettre.
L y a ,
I croit n'avoir été fabriqués , pour ainfi-
Monfieur , des Contes que l'on
dire , que de nos jours , lesquels font cepen
dant très anciens. De tout tems , on s'eft plû
à fe réjouir dans les Compagnies par le récit
de quelques Evenemens vrais où faux. De
tout tems auffi , on a vû des gens atentifs à
transmettre à la Pofterité tout ce qui a l'aparence
de bons mots. Je ne parle point des
Contes de Bebelises , qui sont peut - etre les
plus anciens depuis l'origine de l'Imprimeries
mais de tous ces Ana qui sont venus depuis
cent cinquante ans , si on examinoit de bien
près certaines de ces Collections , on verroie
quelquefois que les Auteurs n'ont fait que
tourner en style de Prose , ce qui étoit originairement
en Vers , & vicè Versâ , & que
ce sont les lectures de quelques vieux Bouquins
qui leur ont fourni certaines Hiſtoriet
tes , qu'on avoit crû être de leur invention.
Chacun a les oreilles rompues du Conte
que l'on fait de ces deux Voyageurs qui se
reposerent fous un Arbre , & qui entendant
1750 MERCURE DE FRANCE
le Coucou , dirent l'un à l'autre que c'étoit
pour lui que cet Oiseau avoit chanté. On en
tire même une excellente Morale contre les
biens en Litige , & on fait voir au doigt &
à l'oeil qu'il n'y a que les Gens de Juſtice
qui sçavent profiter des Procès que les Particuliers
intentent les uns contre les autres .
Or, ce Conte a été fait bien avant le tems de
nos Ayeuls , puisqu'on le trouve dans des
Livres du tems de Charles VI. Le voici tel
que je l'en ai extrait. Il y eft en Vers Latins,
qu'on apelloit Leonins , à cause de la Rime
qui eft à l'hémiftiche , & à la fin de chaque
Vers. La Latinité n'en eft pas fort élégante ,
ni la Poëfie fans faute de quantité ; mais les
pensées y font exprimées fort naturellement.
La Rime , à laquelle visoient les Poëtes des
bas siécles , les faisoit quelquefois tomber
dans des naïvetés réjoüiffantes . Vous fçavez
combien cela étoit commun il y a quatre ou
cinq cent ans dans les Epitaphes. Mettez la
Fable fuivante dans le rang de ces fortes de
Poësies,
Arripuere viam socii pariter duo quidam :
Tam processerunt , quòd pro requie jacuerunt
Arbore fub quadam , Cuculus veniendo super quam
Coucou cantavit , & eos fimul evigilavit.
Unus ait reliquo : Pro te cantum fore credo
Quem Cuculus cecinit ; negat alter , & retrovertit :
Ime
AOUST:
1757 1740:
Imo magis pro te credo Cuculum ceciniſſe.
Sic altercantes fuerunt fibi convitiantes ,
Quilibet uxorem vocat álterius meretricem ,
Affignans caufas plures modò non recitandas.
Talibus ex verbis lis maxima crefcit acerbis ,
Verùm per litem quærunt sub Judice finem :
Petunt judicium , producit quifque libellum
Et sumptus plures faciunt magnos & inanes ,
Inter eos nam lis duravit pluribus annis .
Quidam discretus & eorum fidus amicus
Litem perpendit , & eos multum reprehendit
Quod Populi risum paterentur & undique damnum,
Et quafi pro nihilo dicens : Ego confilium do
De quarendo virum juftum , de Jure peritumi ,
Qui fine lite brevem vobis poffit dare finem.
Ergo virum quærunt , & processus sibi tradunt
De quovis quinque florenos vult vir habere ,
Promittens manè jus ipfis reddere planè.
Proni folverunt , dictâque die redierunt :
Arbiter in medio sedit pro jure ferendo ,
Atque Crucis signum faciens sic dicit ad unum
Judico non pro te quondam Cuculum ceciniffe.
Dixit ad reliquum : Nec pro te judico cantum ;
Sed pro me cecinit cui lucrum tale paravit.
Cantavit Cuculus nec in unius vel alius
Ut puto defpectum fed ut afferret mihi lucrum :
Ambos absolvo ; mihi lucrum namque reservo ;
E
ˋˋ
$752 MERCURE DE FRANCE
1
Et sumptus litis compensando's fore fcitis.
Ambo fatis referunt grates , pariterque recedunt ;
Credit quisque bonum de lite referre triumphums
Sic sunt quamplures per lites se cruciantes.
Iftis consimiles modicum de fine ferentes :
Lites ergo cave , fuerit nisi quando necesse .
。
PROJET & Article pour le Dictionaire Historique
, que l'Auteur du Mercure eft prié
de proposer aux Sçavans.
ANECHE - MEND - KAN ,
Philosophe
DMogol , mérite que son nom soit
transmis à la Pofterité , & consacré dans les
Monumens les plus durables , par raport રે
l'opinion qu'il avoit sur l'existence des choses
; car on va voir qu'elle marque une vi
gueur de génie & de pénetration tout - à - fait
rare , & tout- à - fait dans le goût du caractere
d'Efprit des Orientaux . Le plus court eft de
copier ici mot à mot le Passage de M. Bernier
, qui nous a conservé la pensée de
Daneche- mend Kan , puisqu'il l'a exprimée
avec toute la netteté requise, & que son récit
contient les qualités de cet Homme rare , & je
crois , tout ce qu'on sçait de lui . » N'ajoûte-
»rons nous point à tout ceci, dit M. Bernier
Extrait de l'Abregé de ba Philosophie de
Gassendi
A O UST. 1740. 1755
Gassendi , Edit. de Paris , 1674. page 188. )
❤le raisonnement de D.. M.. K.. , un des plus
» sçavans Hommes de l'Asie , & des plus
grands Omrahs de la Cour du Grand Mogol
? S'il y a quelque chose qui doive faire
• l'étonnement d'un Philosophe , ce n'eſt
point tant de ce qu'il y a un Dieu
99
85
•
un
Etre Eternel , nécessaire & intelligent ,
que de ce qu'il y a quelque chose , ou quelque
Etre en nature ; car il semble , mê disoit
ce grand Homme , qu'il ne devroit
absolument rien y avoir hors du Néant
» ni Dieu , ni Atomes , ni Monde. Or puis
qu'il faut cependant de nécessité avoüer
"
و
» non seulement qu'il y a effectivement quelque
chose , mais encore qu'il y a quelque
cho e d'Eternel, d'incréé, de nécessaire, &
» d'indépendant , Dieu , ou les Atomes ; il
» semble qu'étant d'ailleurs inconcevable que
» l'ordre & la disposition génerale du Mon-
» de , la disposition particuliere des parties
» du corps des Animaux parfaits , & cette
» force de l'entendement humain , puissent
» être l'effet d'un concours fatal & aveugle
» des Atômes , qui ne sont que de petites
» substances très - imparfaites , solides , dures,
»-impénétrables , insensibles , errantes , si
vous voulez , çà & là à l'aventure , & indifferentes
de soi au mouvement & au re-
"pos , & à une telle ou à une telle figure,
"
و د ز ا
1754 MERCURE DE FRANCE
» il semble , dis- je , ajoûtoit -t'il , qu'il eft
» bien plus raisonnable d'admettre cet Etre
» Souverain qui soit le premier moteur des
"Atomes , le Formateur ou Déterminateur
de leurs innombrables figures differentes, la
»cause dispositrice des parties du Monde ,
de celles du corps des Animaux , & la
» source primitive de tout sens & intelli-
» gence , que d'attribuer tout cela au seul
mouvement , figure , concours & disposi-
» tion naturelle & particuliere des Atomes.
» Cela même , disoit- il encore , nous met
» en repos du côté de cet ordre admirable
des parties , tant du Monde que du corps
» des Animaux , qu'on ne sçauroit consideêtre
comme forcés en même tems
» de reconnoître quelque Ordonnateur très-
» sage, très- prudent ; & nous délivrer de ce
remords importun qui doit travailler sans
» cesse l'esprit d'un Athée , pour peu qu'il
» soit capable de réflexion .
و د
rer,sans
J'observe là- dessus trois choses. 1°. Que
j'ai oui-dire que M. Bernier ne fait mention
de ce trait-là , que dans le Volume cité cidessus
, & qu'il n'en parle point dans son
Livre du même Abregé en 7. Volumes in
12. que je n'ai point vûs . 2° . Qu'il eſt éton◄
nant que les Editeurs du Morery n'ayent
point formé un Article pour ce Personage ,
vû que depuis 1674. que l'Abregé de M.
Bernier
A O UST. 1740:- 1755
Bernier eft imprimé , ils ont fait paroître
tant d'Editions & de Suplémens de ce Dictionaire
Hiſtorique . Eft- ce manque de goût ?
Eft- ce manque d'attention ? Ce n'eft peutêtre
ni l'un ni l'autre ; c'eft plûtôt que pour
la composition , & pour l'exécution d'un
Ouvrage aussi immense il faudroit , je
crois , non un Particulier , mais une Compagnie
de Gens , qui , avec de la Science,
euffent un bon esprit , du goût , du discernement
, & une saine critique . 3 ° . Qu'il n'eft
peut-être pas moins fingulier que Bayle ,
n'ait , que je scache , raporté nulle
part , ni
fait aucun usage d'une pensée auffi extraordinaire
, & qui par- là étoit si fort de son
ressort. Jajoûte une quatrième Observation
, c'eft qu'on m'assûre que M. le Gendre
de S. Aubin ne raporte point cette idée de
notre Daneche-mend- Kan , dans son Traité
de l'Opinion.
EP ITR E.
A l'Ombre de Despreaux.
S Age Rival de Lucile & d'Horace ,
Toi , qui près d'eux affis sur le Parnasse ,
Sçavois peser dès ta jeune saison
Les
1756 MERCURE DE FRANCE
Les droits du Style & ceux de la Raison ;
Quand sous les loix d'une juste Harmonie
Asservissant ton austere génie ,
divers
Tu nous traçois dans tes propos
L'Art d'allier le Sens avec les Vers.
Chantre fameux ! digne des Tems antiques !
Né pour bannir des Côteaux Poëtiques
Tous Gens intrus , tous maigres Nourrissons !
Viens , Despreaux , par d'utiles Leçons
Venger encor la Raison offensée
Des attentats de la Mode insensée ;
Viens avilir ces Ecrits empoulés ,
Dont les Auteurs sur Chapelain moulés ,
Pleins du Démon qui dicta la Pucelle
Prennent pour guide une morne éteincelle ,
Un feu folet , le charme du Badaut ,
Et qui pourtant , d'un air sûr , d'un ton haut ,
A chaque Auteur assignant son partage ,
Osent s'asseoir au plus brillant étage.
O quel honneur ! si d'un Poste usurpé
Jamais Comptable au Public détrompé ,
Tout Charlatan , tout vendeur de fumée ,
Pouvoit mourir avant sa Renommée ;
Et , prévenant un burlesque destin ,
Se dérober aux malheurs de Cotin !
Mais qui diroit ce que depuis vingt Luftros ,
Sont devenus tant d'Avortons illuftres ›
Tant
A OUST .
1757 1740.
Tant de Rimeurs sur échasses montés ,
Tant d'Orateurs par l'exemple gâtés ;
Car il en eft , des Avortons en Prose
Ainfi qu'en Vers , Gens qui laissant la chose ,
Courent aux mots , insipides Khéteurs ,
Et de clinquant chétifs diſpenſateurs ?
Que plût aux Dieux Protecteurs de la France
Anéantir lafatale existence
Des Concetti , des traits sophistiqués ;
Des Riens pompeux ; des Drames efflanqués ;
Et dans ces Lieux que le charme fascine ,
Les immolant aux Mânes de Racine ,
De l'Art groffier qui plâtre tant d'Ecrits ,
Defabuser la Province & Paris !
Nous , cependant , sur les bords de Lainville
Du bon vieux tems suivons encor le Stile ,;
Et proscrivant le jargon précieux ,
Parlons , ainfi que parloient nos Ayeux.
A. A. D. S
ARS. ce 15. Juin 1740 .
D SE
1758 MERCURE DE FRANCE
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
Royale de Chirurgie , établie sous la Protection
du Roy , à laquelle présida M. de la
Peyronie , premier Chirurgien de S. M. le
14. Juin 1740.
Petit , Secretaire , déclara que l'Académie
Mn'avoit pas accordé le Prix proposé pour l'année
1740. dont le Sujet confifte , à déterminer les:
differentes efpeces de Répercuffifs , leurs manieres d'agir,
& l'usage qu'on en doit faire dans les Maladies
Chirurgicales. Ce n'eft pas que les Mémoires qui
ont concouru ne contiennent d'excellentes choses ;
mais l'Académie qui connoît combien il feroit utile
au Public que la matiere des Répercuffifs fût traitée
folidement , & que l'on fit fur ces Remedes tant
fimples que composés, toutes les recherches necessaires
, pour fatisfaire au Conditions portées par
Programme , a crû ne pouvoir fe difpenfer de propofer
ce même Sujet pour le Prix de l'année 1742.
ne doutant point que ceux qui ont déja travaillé
avec quelque fuccès, ne faffent de nouveaux efforts
pour répondre à fes vûës.
le
Celui qui , au jugement de l'Académie , aura le
mieux réuffi , remportera pour le Prix deux Médail
les au lieu d'une.
Depuis la derniere Affemblée publique , l'Aca
démie a choifi pour Affociés Correspondans Regnssoles
M. LE CAT , Chirurgien de Rouen , Membre de
la Societé Royale de Londres , & Correſpondant de
l'Académie Royale des Sciences de Paris.
M. MANNE , Chirurgien à Avignon.
AOUST :
1759 1740.
M. SOULIER , Chirurgien , & Démonftrateur
Royal à Montpellier.
M. DAVIEL ,Chirurgien , & Démonftrateur Royal
à Marſeille , Membre de l'Académie des Sciences
de Toulouse .
M. VOLPILIERE , Licencié en Médecine ,
rurgien à Beaucaire .
Chi
Elle s'eft aggregé pour Affociés Etrangers
M. AMYAND , Chirurgien du Roy d'Angleterre
& Membre de la Societé Royale de Londres.
M. VERMALE , premier Chirurgien de l'Electeur
Palatin .
L'Académie en nommant ces Illuftres Profeffeurs,
fait connoître en même tems le defir & l'efperance
qu'elle a de perfectionner de plus en plus par le
concours des lumieres , la pratique de l'Art dont
elle fait fon objet.
M. Morand , lut pour M. ** , une partie de la
Suite des Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des
Chirurgiens du XV. Siécle & du commencement
du XVI.
II y a des tems où la Nature femble faire des
efforts pour former de grands Hommes ou , pour
mieux dire , il y a des tems où les récompenses &
des Efprits finguliers , répandent par tout l'émulation
& les femences des Sciences ; alors des, Génies
qui auroient été étouffés , fortent de l'obscurité , &
prennent l'effor ; c'eſt ce que nous voyons dans ce
Période de la Chirurgie. La Protection accordée par
nos Rois au College de Saint Louis , attiroit de
toutes parts des Efprits curieux; ils fe raffembloient
dans nos Ecoles pour éclairer notre Art ; Ambroise
Paré & Pigray , trouverent bientôt des Emules
leur réputation & leurs Ecrits ne puient effacer
Jacques de Marque ; ces grands Hommes avoient ,
Pour ainsi dire , affervi le Public par leur habileté.
Dij Celui
1760 MERCURE DE FRANCE
Celui ci mérita comme eux l'eftime des Sçavans ;
c'étoit un Eſprit exact qui faififfoit les raports des
objets les plus composés , qui fçavoit leur marquer
leur place , les lier par leur effemblance , les exposer
au jour par leurs côtés les plus frapans , les
pénetrer pour y chercher leurs parties & leurs proprietés
cet Elprit fijufte étoit nourri de l'étude
des Anciens , & leurs idées lui étoient fi familieres,
qu'elles fe préfentoient à lui fur toutes fortes de
fujets ; par l'ordre qu'elles prenoient dans fon Efprit
, il fembloit qu'elles y étoient nées . Plufieurs
Articles de fes Ouvrages ne font qu'un tiflu de paroles
tirées de Platon , de Diogene Laërce , de Plutarque
, d'Ifocrate , de Salufte , & de Ciceron . Les
anciens Médecins & les anciens Chirurgiens parloient
par fa bouche ; leurs expreffions le préfentoient
à fa mémoire , quelque fujet qu'elle lui rapellât
; mais ces Auteurs ne trouvoient pas dans fon
Efprit , une admiration de préjugé ; ils y trouvoient
des corrections , des additions , des idées même
contraires à leurs préceptes . Ce profond fçavoir &
cette droiture d'efprit donnerent à de Marque des
idées exactes de fon Art ; il les foûmit d'abord à
l'épreuve de l'expérience , & il les donna enfuite au
Public ; dans ces Ouvrages , où il les dévelope , la
Chirurgie prit une nouvelle forme ; elle n'étoit
qu'un Art vague dans les Ouvrages des Anciens ;
les plus éclairés n'en avoient fuivi que les branches,
c'eft- à dire les parties séparées les unes des autres ;
ces parties n'étoient , pour ainfi dire , que des
membres épars ou raffemblés fans liaiſon , fans fuite
& fans choix ; ce fut dans cet amas confus de
travaux , que de Marque porta l'ordre & l'unité
en marchant fur les traces de Paré & de Pigray ; il
fuivit le fil des maladies , il les ramena toutes à
leur origine , il en chercha les liens dans leurs
ports
A O UST. 1761 1749.
ports , il en fit un affemblage tout géométrique.
Car, fur certaines verités , il jetta les fondemens de
fon Art , il en éleva toutes les parties & les apuya
fur ce fondement ; il les plaça dans un ordre qui
faifit l'imagination . Cet Ouvrage , où brillent
également l'induftrie & l'efprit , renferme deux
parties ; l'une eft une introduction à toutes les parties
de l'Art , c'eſt un effort de Logique, digne des
plus grands Dialecticiens ; des Tables railonnées y
précedent tous les Articles , elles précedent en abre- ..
gé l'étendue de chaque Maladie Chirurgique , elles
marquent leur place à tous les accidens ; enfin cette
Introduction eft pour la Chirurgie , ce que la
Logique eft pour les Sciences. Ceux qui voudront
s'inftruire , y trouveront deux avantages ; fçavoir ,
l'Exercice de l'Efprit , & les Principes de l'Art.
Ce premier Effai conduit à un Traité fur les
Bandages , c'eft , pour ainfi dire , l'aplication &
P'ulage de la Théorie ; un tel Ouvrage ne trouve
point de Modele parmi les Anciens ; c'étoit pourtant
le premier que la neceflité devoit produire .
Cette partie de l'Art n'eft pas la plus aisée , ni la
plus indifferente ; elle eft infiniment variée , elle
depend de la diverfité des Playes , des differentes
parties du Corps , d'une infinité de circonftances ;
elle eft la base des Operations , elle en prépare &
en affûre le fuccès , elle demande les teffources du
génie & de la main , l'efprit doit être guidé par
une Méchanique induſtrieuse ; fans elle il n'atteindra
jamais à l'Art des Bandages .. C'est cette Méchanique
qui eft dévelopée dans l'Ouvrage de de Mar
que , on ne fçauroit imaginer un Cas que P'Auteur
n'ait prévu , ou qui ne foit renfermé dans ceux
qu'il a examinés ; tous les inconveniens de certains
Bandages , font exposés dans ce Traité ; notre Auteur
ne refpecte ni les préjugés , ni l'usage qui les
D iij aR1762
MERCURE DE FRANCE
•
autorise : les noms des plus grands Maîtrès ne
fçauroient lui déguifer leurs fautes ; mais quand il
fuit quelques Guides , il encherit toujours fur eux ;
raportent - t'ils des Cas finguliers ? il y en joint qu
ne font pas moins extraordinaires ; mais ces Cat
font toujours hors des regles , c'eft pour cela qu'ils
ne l'occupent pas beaucoup ; il veut feulement nous
montrer l'étendue de fes préceptes , ils font comme
une fource féconde de lumieres qui se répand
sur toutes les parties de l'Art : enfin , fes Leçons
reffemblent aux Defcriptions les plus exactes des
Operations Chimiques ; les préparations , les fuites,
les circonftances des Pansemens font fcrupuleusement
détaillées dans fes Leçons , on n'a befoin ,
pour ainsi dire , que des yeux pour les lire & des
mains pour les exécuter , elles ne laiffent jamais
P'Efprit dans l'incertitude .
Guillemeau ne fut pas moins fameux que les
Chirurgiens dont on vient de parler ; il porta dans
l'étude de la Chirurgie un efprit cultivé par les
Belles Lettres ; les Langues fçavantes lui étoient
familieres , elles lui ouvrirent les Ouvrages fameux
de l'Antiquité ; & pour mieux les entendre , il prit
un Interprete , fans lequel toutes nos Etudes deviennent
inutiles je veux dire , qu'il s'attacha à
l'experience , qu'il y chercha les fondemens de
fon Art , & les éclairciffemens de fes préceptes ;
mais ce Maître fi vanté , a fes défauts ; ce n'eft qu'un
guide aveugle quand il eft feul , il ne décide rien
lui-même , il fe contente d'exposer le pour & le
contre dans les objets les plus fenfibles.
par
Si Guillemeau ne s'étoit livré qu'à ce Guide, quels
auroient été fes progrès ? its euffent pû fatisfaire
un Efprit vulgaire , peut être eût- il occupé de grand
des Places ; peut être lui auroit- on prodigué les
Titres de célebre , d'illuftre , mais l'aveuglement
ON
A O UST. 1740.
1763
3
›
ou le préjugé public auroit fait fa grandeur ; Guillemeau
fçût fe frayer un chemin à une gloire plus
folide. Il entra dans l'experience, avec les lumieres
de l'Anatomie & de la Théorie ; ſes premiers Effais
furent des témoignages de fa reconnoiffance . Il
traduifit en Latin les Ouvrages d'Ambroise Paré
fon Maître ; ce Grand Chirurgien fut charmé des
talens de fon Eleve , il condu fit ce Difciple dans
les routes les plus épineufes de la Chirurgie ; en le
voyant fur les traces , cet ancien Reftaurateur de
la Chirurgie , crût rajeunir . Il eut du moins le plaifir
de voir un autre lui même , heritier de fes connoiffances
, mais Guillemeau eût été indigne de ce
dépôt , s'il n'eût été que le fimple Echo de fon
Maître . Telles font les lumieres dans les efprits
élevés ; ou elles font imparfaites , ou elles fe multiplient
dans cette idée , Guillemeau apliqua fes
recherches aux Maladies les moins connues . L'Art
des Accouchemens offroit alors des difficultés ef
frayantes ; conduit par la ftructure des parties , notre
Auteur débrouilla cet Art informe , il chercha
avec fuccès la fource des accidens & leurs remedes ;
il réduifit à des principes la manoeuvre qui amene
des fituations favorables , qui corrige celles qui
s'opofent à la fortie de l'Enfant ; dans des Cas fingukers
, il s'éleve toujours au-deffus du travail des
mains les inteftins & la veffe n'étoient pas aux
yeux des autres une fource de difficultés , mais fa
fagacité lui fit découvrir dans ces parties de nouveaux
obſtacles , & il nous aprit à les diffiper par la
Sonde & par les Purgatifs , il fauva par ces fecours
des Femmes & des Efans dont la perte paroiffoit
inévitable avec le même fuccès & avec les mêmes
lumieres il combattit d'autres accidens , comme des
Convulfions & des Pertes , qui précedent quelquefois
les Accouchemens ; les réflexions de Guillemeau sur
D iiij ces
764 MERCURE DE FRANCE
ces préludes effrayans , font dignes de la Médecine
la plus éclairée ; dans de tels cas on prodigue les
Saignées ; mais on n'en peut attendre que peu
de fruit , c'est l'accouchement , felon ce Grand
Chirurgien , qui eft le remede le plus efficace .
L'Arrierefaix ne lui fournit pas des réflexions moins
utiles , moins neuves. Il fe détache quelquefois
tout entier avant l'accouchement ; il entraîne une
hémoragie , il fe préfente le premier , il fuffoque
l'Enfant ; le Chorion fort de même quelquefois ,
avant tout ce qui l'accompagne , il fe montre comme
une longue bourfe. Or tous ces accidens étoient
peu connus , leurs remedes étoient encore plus
ignorés . Guillemeau chercha des reffources nouvelles
dans la ſtructure des parties & dans l'obſervation
; ce font ces reflources qui ont fait avouer
aux Etrangers dans leurs Ecrits , que nos Chirurgiens
avoient porté au plus haut degré l'Art des
Accouchemens .
L'Ouvrage de notre Auteur eft donc bien different
de certains Livres fpeculatifs qui font toute la
réputation de quelques Auteurs , il n'eft pas produit
par le feu de l'imagination , au contraire il est né
dans la Pratique la plus féconde & la plus variée ;
mais ce Grand Homme n'étoit pas borné à une
feule partie de la Chirurgie , toutes lui étoient
également foumifes. Il avoit fuivi ſon Maître Am- .
broile Paré en diverses Guerres ; le Public donnoit
à Guillemeau, comme à ce Grand Maître , une
confiance fars bornes. Cette vafte experience lui
ouvrit toutes les richeffes de l'Art ; elles font répanduës
furtout dans le Traité des Opérations , lequel
eft écrit avec préciſion , & qu'on peut regar
un Suplément & une Correction des
Livres de Paré , ce qui eft échapé à ce Pere de la
Chirurgie , eft éclairci dans cet Ouvrage . Par exemder
comme
plea
A O UST. 1740. 1765
ple , Guillemeau détaille exactement des Opérations
enfevelies dans l'oubli , décrites groffierement
, entrepriſes rarement , tentées par des mains
timides , il autorise par fon expérience les Trépans
sur les Sutures & sur les Tempes : enfin , ce Grand
Chirurgien facilite l'Extraction des bales , soit qu'-
elles fuffent cachées dans les chairs , soit qu'elles
euffent pénétré dans la subftance des Os , ou qu'elles
fuffent dans l'interftice des jointures ; ses préceptes
fur tous ces cas , sont le fruit d'un nombre
prodigieux d'expériences, qui n'étoient connues que
de lui.
,
nous ;
Ces Ecrivains ne font pas les feuls qui ayent
éclairé notre Art , ils ont eu des Rivaux , qui ont
mérité des Eloges comme eux , mais une Hiftoire
exacte de tous nos Ecrivains n'eft pas l'objet de ces
Mémoires , & nous ne rendrons pas nommément à
plufieurs le tribut que nous leur devons , leurs Ouvrages
parlent affés
les recommanpour
eux
dons comme des fources de l'Art ; on y trouvera des
connoiffances échapées aux autres , ils font du
moins des Guides qui nous affermiffent dans les
anciennes routes & qui nous les aplaniffent . Parmi
ces Guides , nous pourrions placer Thevenin
fa précifion & fa netteté portent la lumiere pardans
toutes les parties de la Chirurgie , il a
laiffé des traces qu'on doit suivre : il a rendu plus
sûrs & plus familiers les Remedes des Yeux , il a
dévelopé la nature des Tumeurs les plus bizares , il
a décrit les Opérations , en homme capable de les
perfectionner . Enfin l'Opération de la Taille , lui
doit en partie ses progrès , elle a perdu entre fes
mains les horreurs de l'Apareil & le myftere qui la
voiloit. Parmi ces Lettres travaux , les Belles
ont occupé utilement Thevenin . En nous maniftant
les Ouvrages de la Nature , il nous a fait
tout ;
Dv
-
con766
MERCURE DE FRANCE
noître les Ouvrages des Anciens , il a eu affés de
patience & de zéle pour nous donner un Dictionaire
Grec ; & par ce travail , il a fixé la ſignification
des anciens termes de l'Art .
Bonnart , Habicot , & d'autres Ecrivains , ont eu
particulierement en vûë l'inftruction des Eleves.
Le premier a composé pour leur uſage un Traité
fur l'Oftéologie , un autre fur la Saignée & fur les
Médicamens tant fimples que composés. Les Travaux
du fecond fe font auffi étendus fur differens
Sujets. Un sçavant Chirurgien doit donner fur cet
Auteur & fur les Ouvrages des Remarques interessantes
. Habicot étoit très- versé dans l'Anatomie-
Pratique ; il a prévenu les Recherches d'un Anatomifte
Moderne fur des Muſcles . qui avoient écha
pé aux Recherches mêmes du Grand Vefale. Cette
découverte a mérité une place dans les Mémoires
de l'Académie Royale des Sciences. Enfin les Chirurgiens
ont étendu leurs Recherches fur la Médecine
; Le Breton a écrit de sçavantes Scholies fur
les Aphorifmes d'Hipocrate ; fon Manuſcrit a été
une fource d'Inftructions pour plufieurs Médecins :
il étoit dans la Bibliothèque de M. Chomel , qui
vient de mourir.
Tels ont été les Grands Chirurgiens du XV. Siécle
& du commencement du XVI . ; leurs Ouvrages
ont fixé leur réputation. Ces Ecrivains ont donc
également travaillé pour eux & pour nous ; mais
ils n'étoient pas les feuls Chirurgiens diftingués ,
beaucoup d'autres , qui n'ont pas écrit , partageoient
avec eux l'eftime du Public , en reconnoiffant qu'ils
avoient étendu notre Art par leurs Recherches :
mais parce qu'ils n'ont pas été les Hiftoriens de
leurs Découvertes , leurs Travaux & leurs Noms
ne font venus juſqu'à nous que par les Ouvrages
des Etrangers ; peut - être n'a-t'il manqué à leur
réputation
A O UST. 1743. 1767
réputation que du loifir pour écrire ; peut- être que
la modeftie ne leur a pas permis de s'ériger en
Maîtres , peut- être encore que le fort de quelques
Ecrivains les a effrayés ; il y a eu toujours des Hommes
extraordinairement hardis , qui fe font élevés
en féduifant le Public ; mais par leurs Ouvrages , le
Public équitable & éclairé les a placés au rang
qu'ils méritoient . Ces raifons , dont beaucoup d'Ecrivains
, trop empreffés de nous inftruire , n'ont
peut- être pas fenti la force , ont pû donner à de
Grands Maîtres , une défiance injufte d'eux- mêmes;
mais des raifons plus fecrettes en ont empêché plufeurs
de répandre leurs connoiffances . La Chirurgie
étoit en proye aux Barbiers , tous fe la partageojent
furtivement ; ils auroient fait des progrès
bien plus pernicieux , s'ils euffent pû colorer leur
hardieffe de quelque teinture de Science. Des Instructions
n'auroient produit en eux qu'un furcroît
`de témerité. Pour prévenir ce defordre , plufieurs
Chirurgiens voulurent que notre Art fût un Art fecret
; que les connoiffances fuffent réservées à ceux
qui les méritoient par leurs travaux ; en admirant
les Ouvrages de Paré & de Pigray , quelques uns
ont blâmé ces Grands Hommes d'avoir dévoilé les
myfteres de la Chirurgie ; mais les Chirurgiens qui
n'ont laiffé que leurs noms , n'ont pas été les moins
utiles à leurs Succeffeurs ; dans leur carriere , ils
ont ramaſſé les Secrets de notre Art , ils en ont
formé les Préceptes, qu'ils ont répandus parmi leurs
Contemporains ; leurs Exemples & leurs Recherches
, ont fervi de guide & d'apui à nos Ecrivains.
Ceux- ci nous ont quelquefois étalé dans leurs Ouvrages
des richeffes étrangeres , c'est- à - dire , qu'ils
n'ont pas tiré de leur propre fonds tout ce qu'ils
nous ont apris , & les Chirurgiens qui n'ont pas
écrit , font nos Maîtres , de même que ceux qui
nous inftruifent dans leurs Livres. M.
1768 MERCURE DE FRANCE
M. Hevin lut enfuite pour M. Petit un Mémoire
fur differens vices de conformation de l'Anus que
les Enfans aportent en naiffant . Il y a des Entans
qui viennent au monde fans ouverture à l'Anus , &
fans aucun veftige de cette ouverture . Il y en a auxquels
l'endroit de l'Anus eft marqué affés diftinctement
, quoiqu'il n'y ait . point d'ouverture ; dans
d'autres on trouve une ouverture , où l'on peut introduire
un Stilet jufqu'à la profondeur de trois ou
quatre lignes , & quelquefois beaucoup plus avant ;
à ceux-là l'Anus paroît très -bien formé , le vice de
conformation ſe trouve entierement caché dans
l'interieur. On en voit, où à l'endroit de l'Anus , il
fe préfente une Tumeur en forme de Hernie . M.
Pe it dit même qu'il a vû des Enfans , dont l'Anus
s'ouvroit aux uns dans la Veffie , & aux autres dans
la Vulve .
Ce Chirurgien raporte d'abord l'Hiftoire de deux
Enfans , dont l'Anus n'étoit ni ouvert , ni aparent
par aucune marque exterieure . Un de ces Enfans
fut aporté chés lui trois jours après fa naiffance , fon
yentre étoit dur & tendu , les efforts qu'il faifoit
inutilement pour évacuer fes excremens , étoient
accompagnés & fuivis de convulfions . M. Petit
entreprit de foulager par une Opération cet Enfant,
qui étoit prêt à mourir ; il fit une ouverture avec
ane Lancette,à peu près dans l'endroit où l'Anus devoit
être placé. Les tranchans de l'Inftrument étoient
tournés , l'un du côté du Coccyx, & l'autre du côté
du Raphé. M. Petit fentit en pouffant la Lancette
dans les chairs , une réfiftance qui lui faifoit connoître
qu'il n'avoit pas encore pénetré dans l'Inteftin
, il inclina d'avantage la pointe de la Larcente
vers le Coccyx , pour s'aprocher du Rectum
enfin il fentit moins de réfiftance , parce qu'il étoit
entré dans le Lieu où étoit la matiere fécale. Elle
;
fortit
AOUST. 1740. 1769
fortit en abondance , avec beaucoup de vents qui
s'échaperent d'abord . L'Enfant fut foulagé ; cependant
les Convulfions le reprirent & le firent périr ;
le lendemain , M. Petit découvrit par l'ouverture
du corps , la cause de la réfiftance qu'il avoit fentie
en faifant fon Opération : il remarqua que la
partie de l'Inteftin enfermée dans le Sphincter , ne
formoit avec ce Muſcle qu'un corps cilindrique ,
folide , long de 7. ou 8. lignes , où l'on n'apercevoit
aucun conduit : ce corps avoit été coupé irrégulierement
par la Lancette ; il y a aparence , comme
le remarque M. Petit , qu'avant l'évacuation
des matieres fécales , fa direction avoit été changée
par l'effort & le poids de ces matieres qui s'étoient
ramaffées au- deffus.
Un Chirurgien fut apellé pour foulager un autre
Enfant qui étoit dans le même cas que celui dont
on vient de parler . Ce Chirurgien fit entre le Coccyx
& le Raphé , une incifion cruciale à la peau , &
chercha inutilement avec fon doigt à travers les
graiffes le paffage naturel . Un autre , Chirurgien
qui vit cet Enfant trois heures après , trouva à l'endroit
de cette Opération , une Tumeur noire &
molle , de la groffeur d'une Prune de Damas ; elle
étoit formée dans une portion du Rectum , qui étoit
remplie de Meconium , & que les efforts de l'Enfant
avoient pouffé dehors . A la faveur de la Playe , ce
fecond Chirurgien ouvrit cette Tumeur , & donna
iffue aux matieres , l'Enfant fut foulagé , mais il
mourut fept jours après .
M. Petit , qui fit l'ouverture du Cadavre , remarqua
, 1 que la premiere ouverture avoit été faite
entre le Coccyx & l'endroit où auroit dû être l'Anus.
2 °. Que l'Inteftin avoit été entieremene détaché
de l'Os Sacrum . 3 ° . Que la Tumeur étoit une espece
de Hernie , faite par la partie pofterieure du
Rectum .
1770 MERCURE DE FRANCE
Rectum . 4° . Que la partie du Boyau ' , couverte du
Sphincter , ne faifoit avec ce Muscle , comme dans
le cas précedent , qu'un corps cilindrique , où il
n'y avoit aucune aparence de conduit .
De ces Faits M. Petit infere , 1 ° . que fi on juge
de la fituation de l'Anus par raport au Coccyx
dans les Enfans comme dans les Adultes , on peut
facilement fe tromper dans les Opérations dont il
s'agit,, parce que dans les Enfans une grande partie
du Coccyx n'eft pas encore offifiée ; ainfi dans
les Enfans l'Anus paroît plus éloigné de cet Os
que dans les Adultes. 2 °. Que l'Inteftin avoit été
détaché de l'Os Sacrum , par les tentatives que le
premier Chirurgien avoit faites avec fon doigt pour
trouver l'ouverture du Rectum. 3 ° . Qu'au lieu
d'ouvrir la portion de l'Inteftin qui formoit la Hernie
, on devoit la réduire , pour ouvrir enfuite le
Rectum , le plus près qu'il auroit été poffible de
l'extremité qui devoit former l'Anus . 4 ° . Il conclut
que dans les Enfans où il n'y a exterieurement aucune
marque de l'Anus , ce défaut eft irréparable ,
parce qu'il eft impoffible de former un conduit organique
dans cette partie du Rec'um , qui ne
fait
avec le Sphincter , qu'un corps long & compact ,
comme une corde . A la vérité l'Opération peut
fervir du moins à donner iffue aux matieres , & à
procurer un conduit fiftuleux , par lequel l'évacuation
peut continuer à fe faire , mais involontairement
, parce que dans les diffections que M. Petit
a faites de cette partie , il n'y a trouvé aucune aparence
de Sphincter.
O aporta à M. Petit il y a peu de tems , un Enfant,
qui comme les deux , dont on vient de parler,
n'avoient exterieurement aucune aparence d'Anus ;
un Chirurgien avoit fait une incifion qui n'intereffoit
que la peau & la graiffe ; ce Chirurgien avoit fait
elperer
A O UST. 1740: 1771
efperer aux Parens , qu'au moyen de cette Opération
, les matieres fe formeroient facilement une
iffuë ; mais les convulfions & les autres accidens qui
devinrent extrêmes , leur firent connoître l'inutilité
de cette incifion & les obligerent de recourir à M.
Petit , qui fit fon Opération felon les vûës que les
cas précedens lui avoient fuggerés . Il fe fervit d'un
Inftrument qui lui eft particulier , c'eft une espece
de Trocart plus court & beaucoup plus gros que
les Trocarts ordinaires ; la canule n'a que 12. ou
15. lignes de longueur , le pavillon a environ un
pouce de diametre , il a une fente qui s'étend diametralement
jusqu'à une ligne & demi près de la
circonférence , les côtés de la canule font pareillément
fendus jusqu'à deux lignes près de fon extremité.
Par le moyen de ces fentes , on peut introduire
une Lancette à abfcès dans la canule pour
agrandir l'ouverture qu'on fait avec ce Trocart, La
pointe de cet Inftrument eft plus longue , & par
conféquent plus aiguë & plus perçante que celle
du Trocart ordinaire .
M. Petit chercha , à la faveur de l'incifion que
l'on avoit faite , la corde que formoit l'extremité du
Rectum qu'il falloit percer , il l'affujettit avec
le doigt ; il plongea dans le centre de cette corde
le Trocart , en le dirigeant fuivant la pofition naturelle
de l'Inteftin . Lorfqu'il fut entré dans la cavité
de cette partie , il retira le poinçon de ce Troeart
& laiffa la canule , par laquelle s'échaperent
beaucoup de vents & de matieres fécales ; il agrandit
enfuite , avec une Lancette introduite dans cette
canule , l'ouverture , pour faire un paffage fuffifant
aux matieres féçales les plus épaiffes . Cette Opération
procura parfaitement l'évacuation pour laquelle
on l'avoit entrepriſe ; mais la mort de l'Enfant
, qui arriva le lendemain , ne nous a pas per
mis
1772 MERCURE DE FRANCE
mis d'en fçavoir davantage fur l'ufage & fur l'ac
tion qu'auroit pu avoir dans la fuite cet Anus factice .
Du refte M. Petit remarque que ce vice de conformation
eft celui auquel le Chirurgien remedie le
plus difficilement .
Il n'en est pas de même lorſqu'il y a quelque aparence
ou quelque forme exterieure d'Anus , car
quelque légere qu'elle foit , elle défigne du moins
l'endroit où l'on doit tenter la découverte de l'Instinct.
Il y a même des cas où l'Anus eft fi bien formé
exterieurement , que non - feulement le lieu de
l'Opération eft exactement déterminé , mais que
de plus on eft prefque affûré qu'il y a peu de chemin
à faire pour entrer dans l'Inteftin , & qu'on
peut remedier entierement au vice de conformation
. Mais fouvent ce vice ne paroît pas au - dehors,
& demande par conféquent plus d'attention pour
ne pas laiffer monrir les Enfans faute de l'apercevoir.
M. Petit fut apellé pour voir un Enfant né
depuis deux jours , qui avoit le ventre fort tendu &
fort douloureux , & qui paroiffoit fouffrir de violentes
tranchées. On avoit effayé de lui donner des
lavemens , mais la liqueur ne put entrer , cependant
on n'avoit point faifi la cauſe du mal . M. Petit
, inftruit de toutes ces circonftances , introduifit
une Sonde dans l'Anus de l'Enfant , elle entra facilement
jufqu'à la profondeur d'un pouce , mais il
ne put la pouffer plus avant, il gliffa fon petit doigt
à la faveur de cette Sonde , jufqu'à l'obſtacle , &
fentit une membrane affés mince , qui fermoir
entierement l'Inteftin . La profondeur du lieu
& la voye trop étroite , ne lui permirent pas de
conduire fur fon doigt un Biftouri , pour couper cette
membrane ; il penfa que le Pharingotome étoir
l'Inftrument qui pouvoit convenir le mieux pour cette
Opération ; il lui fervit du moins à couper la
mem
A O UST. 1773 1740:
*
membrane , affés pour y paffer fon doigt , avec lequel
il acheva l'Opération . L'Enfant perit au bout
de deux mois par une autre cauſe , mais M. Petit
ne fut point averti de fa mort , il auroit pû par la
diffection , s'inftruire plus exactement fur l'état de
la partie ou étoit le vice de conformation ; il a feulement
remarqué en mettant fon doigt dans l'Anus
en differens tems après l'Opération , que cette partie
paroiffoit jouir affés de fon mouvement organique
pour pouvoir tegler l'évacuation ,felon le befoin
& la volonte de l'Enfant , s'il avoit vécu .
M. Petit a fur ce vice de conformation beaucoup
d'Obfervations done il doit enrichir fon Art ; elles
feront extrêmement utiles , parce que les Praticiens
n'ont point encore entré dans le détail de tous ces ,
differens cas , ni cherché par conséquent les moyens
qu'on peut employer pour y remedier.
Après cette lecture , M. de Garengeot donna le
détail d'une Hernie de l'eftomach , accompagnée
d'accidens très-fâcheux. Le Malade , qui étoit un
Etudiant en Chirurgie , ne connoifloit pas fa maladie
, & tous ceux qu'il confulta ne la connurent pas
non plus . On lui prefcrivit pendant trois ans beaucoup
de Remedes differens , qui ne lui procurerent
aucun foulagement . Ce jeune Chirurgien , quoique
fort incommodé , fuivit exactement le cours d'Opérations
que M. de Garengeot fit l'hyver dernier
à S. Côme. Il fut affés heureux , dans une Leçon
que ce Démonftrateur fit fur les Hernies de l'eftomach
, d'y reconnoître fa maladie , & d'en trouver
le Remede. Il eut incontinent recours au Bandage
que M. de Garengeot avoit décrit , la Hernie a entierement
disparû & tous les accidens ont ceffé .
Le troifiéme Mémoire qui fut lû dans cette Assemblée
, fut de M Simon. Ce Chirurgien s'attache
prouver par des Obfervations bien atteftées &
par
1774 MERCURE DE FRANCE
par des raifons bien folites , que dans le cas de né
ceffité l'Opération Céfarienne peut être pratiquée
fur la femme.
que cette
Ce Mémoire eft divisé en deux Parties . Dans la
premiere , M. Simon raporte les fuccès
Opération a eû en differentes occafions, depuis Rousset
jufqu'à ce fiécle , & les conteftations que Rousset
a eû avec Ambroife Paré , Guillemeau & Marchand
, Chirurgiens Jurés de Paris .
Dans la feconde Partie , M. Simon réfute le ſentiment
de ceux qui ont condamné cette Opération,
& fait voir , par une Démonftration Anatomique ,
qu'elle eft pratiquable fans craindre pour la vie de la
Mere & de l'Enfant , avec cette diftinction , qu'on
ne doit la mettre en ufage que dans les cas, où il y a
impoffibilité abfolue d'accoucher la femme par les
voyes ordinaires.
Trois ou quatre jours avant la lecture de ce Mémoire
, M. Soumain fut apellé pour accoucher une
femme dans la ruë Guenegaud. Un vice de conformation
rendoit l'accouchement impoffible par les
voyes naturelles . M. Soumain affembla plufieurs de
fes Confreres pour déliberer fur l'Opération Céfarienne
, qui étoit le feul parti qu'on pouvoit prendre
pour fauver cette femme ; on s'y détermina .
M. Soumain fit auffi-tôt l'Opération , & tira l'enfant
vivant ; il n'eft furvenu aucun accident à la Mere ;
elle eft entierement guérie de la playe de cette
Opération , & joüit d'une parfaite fanté ; cet évenement
étoit trop favorable au fentiment de M. Simon
, pour qu'il n'en fit pas ufage. Un Fait & décifif,
& préfent aux yeux du tous les Chirurgiens
& de tous ceux qui fouhaitoient s'en convaincre
par eux- mêmes , confirma les Obfervations que
M. Simon avoit raportées , & ne permit pas de douter
de la poffibilité du fuccès de l'Opération Céfa-
Eienne . M
AOUST. 1740 3778
M. de la Faye, lût enfuite une Differtation fur
PAmputation à Lambeau . On pratique cette Opération
dans la continuité des os , & à l'articulation
du bras avec l'omoplatte . On l'apelle Amputation
Lambeau , parce que l'on conferve à un des côtés
de la partie une portion de chair & de peau pour en
recouvir le moignon. M. Delafaye , après avoir
raffemblé dans un feul point de vûë les differentes
idées de ceux qui ont inventé ou pratiqué cette Mé
thode , propofe quelques changemens dans la maniere
de la faire à l'articulation du bras , & fait la
defcription d'une Machine qu'il a inventée pour
maintenir le lambeau apliqué fur le moignon , &
qu'il croit plus utile que les moyens dont on s'eft
fervi jusqu'à préfent pour cet ufage . Quand on fait
Pamputation dans l'article , on lie les vaiffeaux avant
que de féparer le bras , & on forme deux lambeaux
de chair qu'on aplique fur la cavité , après avoir
séparé le bras & fait aux vaiffeaux une feconde ligature
, qui rend la premiere inutile . M. Delafaye
croit qu'on peut fe paffer de faire la premiere ligature,
qu'il fuffiroit de porter le Biftouri le plus près
de l'os qu'il eft poffible , pour dégager l'os d'avec
les chairs , & de faire enfuite une feule ligature
près de l'affelle avant que de féparer entierement
le bras. Il penfe auffi qu'un feul lambeau formé à
la partie fupérieure , rempliroit fuffifamment la cavité
de l'articulation , & que s'il n'y avoit point de
lambeau inférieur , la fupuration auroit une iffuë
plus libre .
Après avoir emporté la partie & apliqué le lambeau
fur le moignon , l'afage eft de garnir la playe
de veffe de loup & de charpie , d'enveloper tout le
moignon avec une veffie , fur laquelle on met une
compreffe & une plaque concave , & de foûtenir
Le tout par le moyen de deux courroyes , paffées
1776 MERCURE DE FRANCE
en fautoir fur le moignon & attachées à une large
bande de cuir , dont on a envelopé la partie avant
P'Opération . M. Delafaye dit que cet apareil eft
embaraffant , qu'on ne peut par fon moyen parvenir
au degré néceffaire de compreffion , & que d'ailleurs
il faut le lever à chaque panfement. Pour remédier
à ces inconvéniens , il a imaginé une Machine
, dont voici la defcription . Elle a trois Parties
. La premiere eft une Goutiere , garnie d'un
couffin & attachée par le moyen de trois bandes à
une ceinture de buffle qui entoure le corps ; fon ufage
eft de foûtenir la partie . La feconde eft compofée
d'une Plaque ronde & un peu concave , qui doit
s'apliquer fur la furface du moignon , & d'une autre
Plaque longue & platte , fur laquelle la partie posterieure
du moignon doit être apliquée ; ces deux
Plaques font auffi garnies de couffins . La troisiéme
eft une Vis , pofée dans un petit chaffis de cuivre ,
apliquée derriere la Plaque longue, & attachée à la
Plaque concave par une avance ou languette.Le chassis
eft de composé seux pièces , l'une fixe & l'autre
mobile. La piéce fixe eft jointe à la goutiere , par le
moyen d'une charniere , & la piéce mobile fuit le
mouvement de la vis , que l'on avance & que l'on
recule , à volonté , par le moyen d'une clef , dans
laquelle on fait entrer l'extrémité quarrée de la Vis .
La Machine s'aplique immédiatement après l'Opération
, & demande que l'on fe ferve du Tourniquet
de M. Petit & qu'on le laiffe fur la partie pendant
la Cure. On foûtient le lambeau apliqué fur le
moignon par deux bandes larges de deux travers de
doigt , & couvertes à leurs extrémités d'Emplâtres
aglatinatifs . Ces bandes fe croifent fur la furface du
moignon & leurs extrémités s'apliquent fur ses côtés.
Le principal avantage de cette Machine con-
Lifte dans la vis , par le moyen de laquelle on aplique
A O UST. 1740 .
AOUS
1779
que plus ou moins fortement fur le lambeau la Plaque
concave , & l'on fait par conféquent le degré
de compreffion que l'on juge néceffaire ; ce qui eft
d'une extrême importance. Car fi la compreffion
eft trop forte , elle peut occafionner la mortification
du lambeau ; fi elle eft trop foible , elle eft inutile .
Un autre avantage qui n'eft guére moins confidérable
, c'eft la facilité que l'on a de panſer la playe
fans lever l'apareil .
M. Puzos termina la Séance par un Mémoire fur
les convulfions qui furviennent aux femmes enceintes.
Ces convulfions , felon lui , ont une cauſe bien
differente de celles qui attaquent beaucoup de malades
ou de bleffés , & exigent par conféquent
un traitement fort different de celui qu'on pratique
dans ces derniers cas . M. Puzos donne enfuite les
raifons pour lefquelles les convulfions n'arrivent
point aux femmes dans le commencement de leur
groffeffe , mais depuis le fixiéme mois ou environ
jusqu'à la fin du terme . Il en trouve la cauſe
dans l'extenfion de la matrice , qui alors preffe les
troncs des vaiffeaux qui portent le fang aux parties
inférieures . Le fang fe porte néceffairement en plus
grande quantité fur les parties fupérieures ; ce
furcroît de liquide aporte dans le cerveau un dérangement
confidérable à la diſtribution des efprits
& occafionne par là des mouvemens irréguliers
ou convulfifs . Ce raifonnement eft prouvé
par le fuccès des faignées du bras & de la gorge
dans cette maladie. Ces faignées font beaucoup
plus efficaces , felon l'Auteur , que celles du pied
pour débaraffer la tête. Il explique pourquoi les
femmes vigoureuſes & fortes , qui font dans la
meilleure fanté , y font plus fujettes que les femmes
délicates , foibles ou malades . Il expofe les fignes
qui peuvent annoncer cette fâcheufe maladie
animaux ,
1
778 MERCURE DE FRANCE
& donner au Chirurgien le temps de la prévenir ,
avant qu'elle fe déclare. M. Puzos fait voir l'inuti
lité des vomitifs , des purgatifs , le danger des cordiaux
, quand les convulfions font déclarées ; il
préfere à tous ces Remedes une ample boiffon
d'eau chaude , & fe fonde pour cette pratique fur
des raisons décifives , foûtenuës par l'expérience .
EP ITR E.
A Mile Julie.
Dans l'ombre d'une vie obscure
Que vous cachez d'heureux talens !
Est-il une vertu plus pure ,
De plus génereux sentimens ?
Digne d'un sort plus favorable ,
L'infortune qui vous accable
Ne vous cause point mes mépris ;
Non , ne le craignez point , Julie ,
Mon ame en est plus attendrie ,
Et connoît toujours votre prix ;
Je vous trouverois moins aimable
Au sein de la prospérité ;
Peut- être qu'à cet air affable ¦¦
Se joindroit un peu de fierté ;
Ce coeur bon , cette ame accomplic ,
Ce caractere , ce génie
Que je trouve en vous si charmant ,'
Y
AOUST. 1740
1779
Y perdroient de leur agrément.
Ma Muse , de vous si connuë ,
Pourroit bien vous perdre de vûë ;
Occupée à des soins divers ,
Vous ne chanteriez plus mes Vers ;
Vous à qui je les vois aprendre ,
Voudriez-vous bien les entendre ?
Oui , sans doute , il est de grand air
Ou de trouver partout à reprendre ,
Ou dire , cela n'est pas clair.
Je vous serois peu nécessaire
Vous négligeriez de me plaire ;
Au lieu de vous parler d'amour ,
Triste & rêveur à votre porte ,
Au milieu des gens de ma sorte,
Je vous irois faire ma cour.
Restons tous deux comme nous sommes
Je suis le plus heureux des hommes.
Contente de les mériter ,
Laissez les biens à la Fortune ,
Et que sa grandeur importune
Ne puisse jamais vous flater.
Vos richesses sont en vous même ,
Votre coeur vaut le plus grand bien ,
Et le tendre Amant qui vous aime
Vous fait encor présent du sien.
Votre état n'est point un obstacle
A son amour le plus constant ,
·
Dis
780 MERCURE DE FRANCE
Dût-il
pour vous faire un miracle ,
Il sera plus que votre Amant.
Le tems peut changer toute chose
Sur l'épine il produit la rose ;
Zéphir remplace l'Aquilon ;
Le Printems la froide saison ;
Les bois reprennent leur verdure ,
Tout change ainsi dans la Nature ;
Il ne faut qu'un moment heureux
Pour couronner nos tendres feux.
A
P. M. L. G. D. L.
BILLET en Réponse.
S Eule Eule en ces aimables retraites ,
Je ne connois de Vers que ceux que vous me faites ¿
Je ne les aprends qu'à nos Bois ;
Et si je suis une indiscrete ,
Ne vous en prenez qu'à ma voix ,
Qui chaque jour sans cesse les répete.
Quelque fois redites les miennes ,
Puissent-ils supléer à nos doux entretiens ;
Je n'écris que pour vous , l'Amour seul est mex
Maître ,
Pardonnez -moi si je sçais peu rimer ,
Tout mon esprit s'occupe à vous connoître
Et tout mon coeur à yous aimer.
Julie.
LETA
OUST. 1740. 1781
>
LETTRE de M. Lebeuf, Capitaine de la
Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny
adressée à M. l'Archevêque de Sens , an
sujet d'un Manuscrit de Poësies sur les Archevêques
de cette Ville.
MONSEIGNEUR ,
Quand vous seriez moins curieux de l'Hist
toire Litteraire de votre Diocèse , je suis per
suadé que les Sujets qu'a traités au feizième
fiécle un Poëte de la Ville d'où j'ai l'honneur
de vous écrire , ne peuvent pas vous déplaire.
Comme les Amateurs de notre Langue
ne font pas moins attentifs à conserver dans
leurs Cabinets les anciennes Poëfies Françoises
, que les Romains l'étoient à conserver
ce qui avoit été écrit dans la leur , j'ai crû
M. que je pouvois prendre la liberté de vous
donner avis qu'il m'a paffé par les mains un
Recueil de Poëfies Françoises fur tous les
Saints principaux de l'ancien Calendrier Sénonois,
tel qu'il étoit fous M. le Cardinal du
Perron , lequel par conséquent intereffe l'Eglise
de Sens & fon Hiſtoire.
Je n'ai pas vû le Pantheon de Jean Bacho *,
Curé de Normant, dans votre Diocèse , qu'on
affûre être une Collection Latine in- 8°. de
E Poëfies,
1782 MERCURE DE FRANCE
Poëfies , composées en l'honneur de tous les
Saints de l'année , avec une Explication de
ces Poëfies. L'Ouvrage que j'ai l'honneur de
vous indiquer n'eft point imprimé comme
celui de Bachot , il n'eft que manuscrit , en
partie en caracteres gothiques , & il formé
un in-4°. affés conſidérable. Quand vous ne
vous interefferiez point , M. pour le culte de
quantité de Saints , dont la Vie y eft mise en
rimes , parce qu'ils ne font pas de votre Diocèse
, vous ne fçauriez être indifferent à l'égard
de plufieurs de vos faints Prédéceffeurs,
dont les éloges composent une bonne partie
de ce Volume.
>
Je ne vous tairai point, M. que ces Vers, où
plutôt ces pensées rimées , fe fentent du tems
auquel elles ont été écrites , & que la critique
n'en eft pas plus févere fur plufieurs points
qui concernent l'Hiftoire. Le Poëte, qui paroît
avoir écrit à Joigny fur le Territoire de
la Paroiffe de S. Thibaud , fe conformoit ,
quant aux faits, à ce qui fe lisoit alors dans le
Breviaire de Sens ; mais il a eû foin de ne s'en
pas tenir là , il a ajoûté les folemnités locales
d'autour de Joigny , telles que celles de S.
Sidroine , martyrisé à une lieuë d'ici , & qui'
ne paroît plus dans les Breviaires de Sens
quoique le titre de fon nom foit un des plus
anciens de tout votre Diocèse . Il a auifi orné
la Légende de plufieurs Saints Archevêques
de
A O UST. 1740. 1783
He Sens , de quelques circonstances qui regardent
l'Episcopat de leurs Succeffeurs .
A l'article de S. Wulfran , qu'il place au
20. Mars , il s'étend plus fur ce qu'il apelle
le Pardon de Sens , que fur ce Saint. Ses
rimes nous aprennent qu'en l'an 1292. fous
le Pontificat d'Etienne Bequart , le Pape Nicolas
III . accorda des Indulgences à ceux
qui vifiteroient le Monaftere de S. Pierre le
Vif. Il marque que dans les commencemens
la ferveur de la dévotion étoit très - grande ;
mais il ajoute que l'interêt s'étant mêlé dans
ce concours populaire , ce ne fut plus qu'une
espece de marche , où fe gliffa auffi le libertinage.
Je compte , M. que ce Poëte eft par
raport à Sens , ce que Vandelbert eft par raport
à l'Eglise entiere. Il commence souvent
par un diſtique Latin , à l'exemple de ce Poëte
du moyen âge , ce qu'il a à dire fur une Fê.
te , ensuite il s'étend en Poëfie Françoise pour
déveloper,fon Sujet. Si l'Abregé fur la Vie
des Archevêques de Sens , écrit par Jacques
Taveau , eft capable de fatisfaire ceux qui
contentent du langage Prosaïque , le même
Abregé mis en Vers & affaisonné de quelques
faillies affés naturelles , pourroit plaire aux
Amateurs de l'ancienne naïveté. Je foupçonne
, M. que Taveau , Avocat à Sens , a inspiré
le deffein de verfifier fur vos Prédecesseurs
à ce Poëte de Joigny , parce que j'ai
E ij des
$784 MERCURE DE FRANCE
des preuves qu'il y venoit quelquefois & qu'il
étoit Parent ou Allié à quelques Familles de
cette Ville .
Quant au rang qu'il conviendra de lui
donner parmi les Ecrivains Senonois ou
Champenois , on peut , ce femble , s'en raporter
à ceux qui donneront une feconde
Edition de la Bibliothéque Hiftorique de
France du Pere le Long.
J'ai l'honneur d'être avec un profond res
pect , M. & c.
A Joigny , le premier Mars 1740 .
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Juillet par , le Verre,
en géneral , Cor & Manus. On trouve dans
le premier Logogryphe Roc , Or ; & dans le
fecond , en ôtant l'M , on trouve Anus , en
ôtant l'N , Musa , & enfin en ôtant l'A &
I'N , on trouve Mus.
ENIGME.
VII rebut, vieux chiffon, rejetté dans un coin ,
Digne objet de mépris , on me fuit du plus loin ;
Mais changeant tout à coup de nom & de figure ,
Non sans avoir souffert mainte & mainte torture
je
XO UST. 1740. 1789
Je ne suis plus alors un objet de mépris ,
De mon utilité , Lecteur , connois le prix.
Je fais parler les morts , par ma sage industrie ;
Sans ame & sans esprit je leur donne la vie .
Je me tais , c'est assés , il faut être discret ,
Et peut-être déja tu connois mon secret .
L'Abbé de M. ******
*********************
LOGOGRYPHE ENIGMATIQUE.
J
E me chauffe de près dans toutes les saisons ;
Je construis avec art differentes maisons ,
Ou loge avec plaisir le plus grand Rey du Monde
J'en fais pour ses amis ; une ame vagabonde
Cherchant à transformer le fruit de son larcin ,
De son cours odieux trouve chés moi la fin.
Composé de sept caracteres ,
Mon nom lû & relû en diverses inanieres ,
Vous donne un vil métal , avec un Element ;
Un Saint , du Dauphiné , ancien ornement ;
Un Ouvrage d'esprit , sans suite & sans sciencea
Un Tribunal de conscience ,
Ou , si vous voulez , du Barreau
bien nouveau.
Un nom qui n'est pas
Une femme trop indiscrete ,
Aqui le Diable tête à tête ,
Zi ΕΓ
9786 MERCURE DE FRANCE
En revendit un jour pour notre grand malheur.
Un légume empâté , qui met de belle humeur ,
Et fait crier bien fort toute la Compagnie ,
En un jour dont le nom , qui se termine en nie
Est moins François que Grec .
Un petit ornement
Usité dans l'Architecture ,
Taillé d'une seule moulure ,
Et qui ressemble fort à certain aliment 、
Que l'Eglise permet ou défend en Carême.
Certain Etre brillant , & d'un poli extrême ;
Qui nous défend de l'air 'sans nous ôter le jour
Porte le feu sacré , sert Bacchus & l'Amour.
Un passage public , autrement une Plante ;
Chose qui vient de loin , & que la terre enfante
Qui peut se fondre & se filer ,
Se mettre en feuille , se coller ,
Et dont un Peuple entier ( vous l'allez bien cong
noître )
Dit un jour en dansant : voilà vraiment mon Maîtrel
Chose qui sert aux uns pour lever un fardeau ,
Aux autres quand ils ont de l'eau ,
Aux grands Seigneurs pour leur voiture !
Aux Criminels pour leur torture ,
Fixe ici , là mobile . Un réduit , où souvent
On fait plus que secher farine de froment,
Un Insecte , à qui Job , cette ame patiente,
Dise
AOUST. 1740: 1787
soit bien humblement : vous êtes ma parente...
Deux mots , dont l'un exprime un homme san
raison ,
L'autre signifioit jadis Proportion.
Un mot commun dans le langage ,
Quand on veut demander à quelque Voyageur
Le Lieu de son départ , celui de son passage ,
L'objet où le conduit son coeur .
Une des sept Notes du Chant .
Une Riviere enfin . Vous n'êtes pas content a
A qui sçait la Langue Latine ,
Et qui bien mes lettres combine ,
Quarante mots encor je fournis aisément,
C'en est, je pense, assés, Lecteur,pour votre argent
Par un Ch.
AUTRE.
LEcteur , six membres font mon tout
Mais pour le deviner poursuis jusques au bout
De te le désigner il n'est pas nécessaire ;
D'abord ma tête à bas , je suis l'objet des voeux
Du coupable & du malheureux ;
Transpose- moi ; Contrat passé devant Notaire
Retourne si tu veux en mille autres façons ,
J'offre à tes yeux maintes combinaisons .
Un terme de Mathématique ;
Ce qu'engendre un mélancolique ;
E US
1788 MERCURE DE FRANCE
Un légume , un Archevêché ,
Un beau Spectacle , une Cité ;
Chose nécessaire à la vie ,
Du Monde entier une partie ,
Vent nuisible aux gens délicats ,
Qui souffle en la saison des glaces , des frimats
Enfin un de ces sept Personnages de Grece ,
Si renommés pour leur haute sagesse.
งา
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
A
ou STRONOMIE PHYSIQUE , OU
Principes géneraux de la Nature, apliqués
au Méchanisme Aftronomique , &
comparés aux Principes de la Philosophie de
M. Newton, par M. de Gamaches, Chanoine
Régulier de Sainte Croix de la Bretonnerie ,
de l'Académie Royale des Sciences. A Paris,
chés C. A. Jombert , Libraire du Roy pour
l'Artillerie & pour le Génie , ruë faint Jacques
, 1740. in-4°. de 358. pages , avec pluj
fieurs Figures.
ACADEMIQUES DE CICERON, avec le Texte
Latin de l'Edition de Cambridge , & des
Remarques nouvelles, outre les Conjectures
do
A O UST. 1789
1740.
de Davies & de Bentley , & le Commentaire
Philosophique de Pierre Valentia , Jurisconsulte
Espagnol , par un des Membres de la
S. R. A Londres , chés Paul Vaillant , dans
le Strand , Vol. in- 12. de 475. pages , sans
une Préface , 1740.
OBSERVATIONS sur l'Art de faire la Guer
re , fuivant les Maximes des plus grands Géneraux
, en trois Parties , par M. Vautier ,
Lieutenant d'Artillerie. A Paris , chés la veuve
Delaulne , rue S. Jacques , 1740. in - 12 ,
326. pages , sans la Préface & la Table.
de
ABREGE' des Elémens de Mathématique .
Par M. Rivard , Profeffeur de Philosophic
en l'Univerfité . Cet Abregé eft composé sur
la derniere Edition de fon Ouvrage . Il fe
vend à Paris , chés Dessaint & Saillant , Libraires
, rue S. Jean de Beauvais .
HISTOIRE DE L'EGLISE GALLICANE , dédiée
à Noffeigneurs du Clergé, continuće par
le P. Pierre - Claude Fontenay, de laCompagnie
de Jesus. Tome X. depuis l'an 1176. jusqu'en
1226. A Paris ; chés François Montalant
, Quai des Auguftins , J. B. Coignard ;
H. L. Guerin , rue S. Jacques , & Jacques
Rollin, fils , Quai des Auguftins, 1739. in-4°.
COMMENTAIRE LITTERAL fur la fainte
E v Bible!
1790 MERCURE DE FRANCE
Bible , contenant l'Ancien & le Nouveat
Teftament , inseré dans la Traduction Françoise.
Par le R.P. de Carrieres, Prêtre de l'O
ratoire de Jesus . A Paris, chés Jean François
Moreau, rue Galande, à la Toison d'or, 1740
5. Volumes in-8 °.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC "
avec des Notes & des Piéces Juftificatives
composée sur les Auteurs & les Titres Originaux
, & enrichie de divers Monumens
par un Religieux Benedictin , de la Congré
gation de S. Maur. Tome III . A Paris ;
chés Jacques Vincent , ruë & vis- à- vis l'Egli,
se S. Severin , à l'Ange. in-folie. 1739 .
BIBLIOTHEQUE GENERALE des Auteurs
Sacrés & Ecclésiastiques , qui contient leur
Vie, le Catalogue, la Critique, le Jugement,
l'Analyse & le dénombrement des diférentes
Editions de leurs Ouvrages , ce qu'ils renferment
de plus intereffant fur le Dogme, fur la
Morale & fur laDiscipline de l'Eglise, l'Hiftoire
des Conciles , tant Géneraux que Particuliers,
& les Actes choiſis des Martyrs. Par le
R. P. Dom Remy Ceillier , Benedictin de la
Congrégation de S.Vanne & de S.Hydulphe,
Prieur Titulaire de Flavigny. Tome VIII.
in- 4°. de 764. pages. A Paris , chés Plus
Dumesnil, P. N. Lottin & D.A. Pierres, 1740,
HISAOUST.
1740. 1791-
HISTOIRE DES EMPIRES & des Républiques
depuis le déluge jusqu'à Jesus - Chrift
où l'on voit dans celle d'Egypte & d'Afie la
liaison de l'Hiftoire Sainte avec la Profane ;
& dans celle de la Grece , le raport de la Fable
avec l'Hiftoire . Par M. l'Abbé Guyon.
Tome V. & VI . Le cinquième pour l'His
toire des Macédoniens , & le fixième pour
les Ptolemées , in- 12 . 1740. A Paris , chés
H. L. Guerin, Jean Villette, & J. B. Delespise,
ruë S. Jacques.
y
JOURNAL DES AUDIENCES , & Arrêts du
Parlement de Bretagne, rendus fur les Questions
les plus importantes de Droit Civil , de
Coûtume , de Matieres Criminelles , Beneficiales
& de Droit Public. Tome II. contenant
les Arrêts rendus depuis la S. Martin
1735. jusqu'à Pâques 1738. & plufieurs Actes
de Notorieté , avec une Table des Matieres.
A Rennes chés Guillaume Vatar ;
Imprimeur ordinaire du Roy , du Parlement
& du Droit , au coin du Palais , à la Palme
d'or , in-4. 1740.
"
CHOIX DE POESIES Morales & Chrétien
nes des Poëtes de nos jours , dédié au Duc
d'Orleans , Premier Prince du Sang. Tome
III. A Paris , chés Briasson , rue S. Jacques ,
à la Science, 1740. in - 12 . de 329. pages, sans
en Avertiſſement & la Table.
E vj
USAGE
1792 MERCURE DE FRANCE
USAGE DE L'ANALYSE DE DEscartes
pour découvrir fans le fecours du Calcul dif
ferentiel , les proprietés ou affections princi
pales des Lignes Géométriques de tous les
Ordres , par M. l'Abbé de Gua de Malves ;
Trésorier du Chapitre de Menigoute , Académicien
de l'Académie Royale de Bor
deaux. A Paris , chés Debure , l'aîne , &
Piget , Quai des Auguftins , volume in-124
de 427. pages.
OEUVRES SPIRITUELLES de feu M.François
de Salignac de la Mothe Fenelon , Précepteur
de Messeigneurs les Enfans de France
& depuis Archevêque & Duc de Cambray
Prince du S. Empire , & c. Nouvelle Edition ,
revûë & confidérablement enrichie . A Paris,
chés Jean-Baptifte Coignard , rue S. Jacques,
4. volumes in - 12. 1740.
> JOURNAL DES MARCHES , Cam
pemens , Batailles , Siéges , &c. des Armées
du Roy , & de celles des Alliés , en
Flandres , depuis 1690. jusqu'en 1694. inclufivement
, par M. Vautier , Commiffaire
d'Artillerie troifiéme Edition. A Paris ;
chés la veuve Delaulne, rue Jacques, à l'Empereur
, 1740. volume de 376. pages, fans
compter la Préface & l'Epitre Dédi catoire.
و
TRAITE DES NOMS DIVINS, ou des Per •
fections
A UUS T. 1740. 1793
fections Divines , Ouvrage de S. Denis l'Aréopagite
, propre à donner des idées sublimes
de Dieu , & à faire naître de grands fentimens
de la Religion , traduit du Grec en
François , avec des Notes Critiques , Théologiques
& Dogmatiques , par le P. Pierre-
Joseph Cortasse , de la Compagnie de Jesus.
A Lyon , chés Deville , freres , 1739. in-4°.
de 315. pages , & de 44. pour la Préface , le
Plan de l'Ouvrage & les Sommaires.
INSTRUCTION d'un Pere à fon fils Aîné qui
prend le parti de la Guerre.Brochure in fol. də
8. pages,
où l'on trouve une très-bonne Morale
& quantité de folides Avis. A Nancy ,
de l'Imprimerie
de N. Charlot , proche la
Place.
METHODE pour aprendre la Langue &
POrtographe Françoise , à la portée de toutes
fortes de perfonnes de l'un & de l'autre Sexe.
Quatrième Edition , la mieux arrangée & la
plus correcte. Par M. Jacquier. Vol . in - 8 ° .
dont le prix eft de trois livres, reliée : à Paris,
chés le Clerc , rue de la vieille Bouclerie ruë
près le Pont S. Michel ; le Gras , Grand-
Salle du Palais à l'L couronnée ; la Veuve
Piffot , Quai de Conty , à la deſcente du
Pont Neuf , & Briaffon , rue S. Jacques , à
la Science .
•
>
2
Nous
1794 MERCURE DE FRANCE
Nous ne repeterons rien ici de ce que
nous avons dit ailleurs du mérite de cet Ou
vrage , dont on reconnoît tous les jours l'u
tilité . On fçait qu'il a eû dès le commencement
des Aprobateurs diftingués , tels que
le R. P. Tournemine , M. de Fontenelle ;
&c. Il y a tout lieu de croire que cette Edi
tion ne fera pas la derniere.
LA MEDECINE , la Chirurgie & la Pharmacie
des Pauvres , paroît en 3. Vol. in- 12.
chés la Veuve Alix , ruë S. Jacques , au
Griffon. 1740. C'eſt un Ouvrage Poſthume
de M. Hecquet.
HISTOIRE DE MARGUERITTE D'ANJOU
Reine d'Angleterre , par M. l'Abbé Prevost,
Aumônier du Prince de Conty. A Amſter4
dam , 1740. 2. Vol. in- 12 . partagés en qua
tre parties , & à Paris , chés Didot , Qua
des Auguftins.
LES MARBRES DE PESARO,avec des Eclair
eiffemens & des Explications. A Pesaro ,
1738. de l'Imprimerie de Nicolas Gavelli ,
Vol. in -fol. pag. 206. Cet Ouvrage eft en
Latin,
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR ET WE
2'ESPRIT , Nombres 9. 10. LI . 12. 13. &
14
AOUS T 3740% 1793
4. du Tome cinquième , fe vendent à Paris,
chés François MERIGOT , Quai des Augustins
, à la defcente du Pont Saint Michel ,
près la rue Gît- le- Coeur , à Saint Louis. Le
prix de chaque feüille eft de Quatre Sols.
Mad. L'E *** . attaquée dans une petite
Brochure intitulée L'Aftrologue dans le Puits,
écrit à M. P ***, & répond à trois ou quatre
Articles qui la concernent.Elle finit, en difant
parlant de fon courage, qu'il eft tel que fi toutes
Les femmes penfoient comme elle , le tems des
Amazones pourroit bien revenir , avec cette
difference que le Monde finiroit.
Elle ajoûte : Il me reste à protefter que je
» n'ai point aidé à compofer l'Apothéofe des
» Auteurs. Que m'importe qu'on les place
» parmi les Aftres , les Animaux , ou les
Plantes ? je ne fuis point Maîtreffe des céré-
» monies du Parnaffe , &c .
Les Playdoyers fur les differentes Educa
tions , confiftant en un Difcours du Juge
avant les Plaidoyers , quatre Difcours de
quatre Contendans qui plaident eux -mêmes ,
ou qui employent le miniftere d'un Avocat;
puis l'Arrêt du Juge après la Cause plaidée ,
mériteroient bien de notre part un long Extrait.
Les bornes que nous nous preſcrivons
séverement , nous ferviront d'excufe auprès
des Lecteurs , à qui il eft aisé d'acheter ces
Piéces séparées , & qui font bien dignes de
l'acq
796 MERCURE DE FRANCE
l'accueil honorable que le Public leur a
fait. Voici en abregé le plan de ces Plai
doyers.
30
De tous les biens que nous recevons de
» nos Peres , dit le Juge en commençant , il
» n'en eft point de plus précieux , après la
» vie , qu'une bonne éducation . Bienfait qui
égale en quelque forte le premier ; qui du
» moins le perfectionne , & qu'on peut regarder
comme une feconde vie. En vain
» la Nature vous aura - t'elle comblé de fes
» faveurs , fi l'éducation ne vous donne fes
» foins , & fi la liberalité de l'une n'eft secondée
par la fageffe de l'autre. Vous aurez
l'efprit naturellement folide ; mais s'il n'eſt
» cultivé , il fera comme un diamant brute
"
95
>>
qui n'a point d'éclat , & qu'on diftingue à
» peine d'une pierre commune. Vous aurez
» le coeur fenfible & généreux ; mais s'il
» n'eft fortifié par de bons principes , il fera ,
» pour ainfi dire , comme l'Aimant qui
» n'étant point armé , perd fa force , & fe
» trouve confondu avec la matiere la plus
» e rreftre .
›
» Un Pere feroit donc bien coupable , sisi ,
» d'ailleurs idolâtre de fes Enfans , & fe prê-
» tant avec joye à tous leurs autres befoins
» il négligeoit leur éducation , & laiffoit à
» la Nature le foin de les rendre vertue .
Pere aveugle , pourroit- on lui dire , avec »
» toute
AOUST. 1745. 1797
»
toute votre tendreffe , vous ne fçavez pas
aimer.
ود
Ctésiphon tomba dans cette erreur. La
Nature lui ayant donné quatre Enfans,deux
» garçons & deux filles, il crut faire affés pour
» les uns & pourles autres , fi par fon induſtrie
» & parfon épargne il leur amaffoit de grandes
» richeſſes . Il réuffit dans fon projet au - delà
» même de ſes eſperances. Après avoir enri-
» chi fes Infans , il fongea à les établir ; &
» comme l'argent a toujours été un fuplé
» ment au mérite , il trouva moyen de les
placer , & de les mettre dans une fituation
avantageufe. Il s'aperçut bientôt qu'en leur
» achetant des Charges , il ne leur avoit pas
» acheté des talens , & qu'en leur procurant
» des honneurs , il avoit illuftré des vices
» que le défaut de culture avoit produit , ou
و ر
qu'une heureufe éducation auroit pû dé-
" truire. Il auroit bien voulu remédier à des
» maux dont il s'imputoit la caufe , & dont
» il enviſageoit les conséquences . Mais com
» ment redreffer des arbres qui avoient déja
» jetté de profondes racines , & qui , malgré
» leur courbure , portoient la tête bien
haut ? Comment faire des remontrances à
» des perfonnes que leur élévation , encor
plus que âge , leur âge , fembloit mettre au
defus des avis ? Ctésiphon fe contenta de
voir, de gémir & de fouffrir. Pour répan
49
1798 MERCURE DE FRANCE
rer en quelque maniere fa négligence , dans
» la perfonne de fes petits - fils , qui au mo-
⚫ment de fa mort, fe trouvoient au nombre
de quatre , iffus de fes quatre Enfans , il
» voulut pourvoir à leur éducation. Dans cet
" te vûë , après avoir affigné la légitime à fes
" deux fils & à fes deux filles , il déclara
par
»fon teftament , qu'il laiffoit entre les mains
» de Dorophilax , homme de probité , la
somme de cent mille écus , pour être unjour
partagée à fes quatre petits fils , à raison de
l'éducation
plus ou moins avantageuse
qu'ils auroient
reçûs de leurs peres & de leurs meres.
" Par cette claufe, il témoignoit affés combien
il avoit à coeur leur inftruction , mais
» il ne la regloit pas. Auffi tous les quatre
furent-ils élevés d'une maniere dif
>> ferente. Ceux dont ils dépendoient , con-
» fulterent leur propre goût autant que les
» lumieres de la raifon , fans perdre néan-
» moins de vûë la récompenfe qui étoit pro
posée.
Meliffe , femme affés modefte dans la
» bonne fortune , & qui avoit toute la ten-
» dreffe , pour
pour ne pas dire toute la foibleffe
» d'une mere , voulut que fon fils Epheſtion
» fût inftruit dans fa maiſon & fous fes
"
yeux.
» Démocrates
, homme laborieux & vigilant
, mais qui fe voyoit partagé chre
les feins domeftiques & les affaires publi-
» ques
AOUST. 1740. 1799
1
ques , ne crût pas devoir fe furcharger par
>> l'inftruction de Taxile , fon fils , & il le mit
dans des Ecoles publiques.
وو
Eglé , mere un peu ambitieufe , qui ai-
» moit l'éclat & la grandeur , confia fon fils
» Bafilide à une amie qui vivoit à la Cour ,
afin qu'il devint Courtifan par étude, avant
» qu'il le fût par profeffion .
Néophile , grand Nouvellifte , qui s'oc
cupoit moins de fes propres interêts , fit
» voyager fon fils Odophile dans les Pays
étrangers , fous la conduite d'un Gouver 39
» neur.
ود
>
» Le tems de l'éducation étant fini , les
» quatre jeunes Eleves fe préfentent à notre
Tribunal , & viennent ſe diſputer la meil-
» leure portion de la fomme mife en dépôt
" par Сtéfiphon , leur grand- Pere. Nous
» croyons devoir leur permettre d'employer
» dans cette Cause le miniftere des Avocats,
» ou de parler pour eux-mêmes. C'est ce que
» nous laissons à leur choix . Commencez .
On trouve donc ici les quatre Difcours des
quatre Rivaux. Comme le Juge après la
Plaidoirie fait la fonction d'Avocat Géneral
& qu'il réfume les preuves plus ou moins fo
lides des Parties , avant que de donner fes cone
clufions & de juger définitivement , nous ne
pouvons mieux faire que d'expofer les mo
ifs de fon Arrêt.“
Page
oo MERCURE DE FRANCE
Page 308. » L'Homme peut s'inftruire par
tout , quand il a l'efprit attentif & le coeur
docile. C'eft ce qui réfulte des Difcours
» que nous venons d'entendre.
"L'Avocat d'Epheftion nous a exposé les
grands avantages d'une éducation particu
liere , les foins affidus d'un Maître , qui
» n'ayant qu'un Eleve , a fans ceffe les yeux
» ouverts fur fon avancement , proportionne
fes leçons à fa capacité, le cultive avec une
affection finguliere , écarte tout ce qui
pourroit altérer la fimplicité , la candeur &
» l'innocence de fes moeurs.
>>
و ر
"
» Taxile , en parlant pour lui- même , a fait
valoir l'éducation publique , par la régula-
» rité & l'émulation qui en font le caracte
re. Il a montré que la méthode , ou la
maniere d'enfeigner , n'étant point arbi-
» traire dans un College , comme dans les
» maiſons particulieres , elle doit être plus
fage & plus sûre : que n'étant point amol-
» lie par la tendreffe des parens , elle dois
» être plus sévere : que n'étant point décon-
» certée par les differens obftacles qui fe
"
rencontrent dans l'intérieur d'une famille
» elle doit être plus égale & plus foûtenuë :
» enfin , que le nombre des Difciples qui de-
» viennent Rivaux , que la nature des difpu
tes qui fe changent en combats , que la
multitude des récompenfes qui fuivent la
» Vic
A O UST. 1740. 1801
victoire , rendent l'inftruction plus vive &
>> plus animée.
•
pas
» Le défenfeur de Bafilide a découvért
» dans l'éducation de la Cour un fonds.
d'instructions que l'on n'y apercevoit
d'abord. Il à parcouru la plus gran
de partie des Sciences que l'on enfei
gne dans les Ecoles publiques ou particulieres
, & il a prétendu qu'elles s'apre-
❤ noient éminemment par la fréquentation
des Courtiſans, Ni les myfteres de la Phyfique
, ni les maximes de la Morale , ni les
» fubtilités de la Logique , ni les tours de la
Réthorique , n'ont rien , felon lui , qui furpaffe
ou même qui égale les connoiffances
» que l'on acquiert à la Cour ; & cela , fans
» Maîtres , fans Livre , & prefque fans étude.
Odophile s'eft attaché à nous prouver
qu'un Voyageur en parcourant divers
Pays, trouve une instruction plus variée &
plus pratiquée , plus agréable & plus utile :
» que les Villes , les Campagnes , les Mers,
" tous les Lieux par où il paffe , fe changent
» en autant d'Ecoles : que tous les Etran-
» gers , de quelque rang qu'ils soient , lui
» servent de Maîtres ; que les differens Climats
& les divers caracteres des Nations
qu'il trouve sur fa route , font autant de
»Livres qui fourniffent une ample matiere à
» ses réflexions que sans donner son tems
»
93
وو
"3
و د
» &
802 MERCURE DE FRANCE
» & son aplication à certaines Langues mor
» tes , qui ne sont d'usage que dans les Col-
» leges , & dont l'usage diminue tous les
» jours , il aprend les Langues vivantes ,
>
it
les parle avec les Etrangers , & par là de-
» vient le Concitoyen de tous les Peuples :
» qu'il remarque , en chemin faisant , certai-
» nes vertus propres de certaines Nations ;
» qu'il en raporte dans sa Patrie l'idée , le
» goût & le defir de les mettre en pratique.
» Suivant ces Exposés , nous ne pouvons
» douter qu'il n'y ait divers avantages dans
» les quatre diverses Educations , dont on
» vient de nous faire l'éloge. Mais ces avantages
font- ils purs & sans mélange ? Ne
» sont ils point alterés par des inconveniens ?
C'est ce que le Juge examine avec discernement
, en pesant les raisons de part &
d'autre. Il poursuit en ces termes .
>
»
"
Page 316. Il y a donc des inconveniens
ainsi que des avantages dans chaque édu-
» cation : mais fe trouvent- ils dans un égal
» nombre , ou dans un égal dégré ? Non ,
» Meffieurs ; & c'eft sur cette inégalité que
>> nous devons fonder l'inégalité des partages
» que nous allons affigner à chacun des
quatre Rivaux qui attendent notre déci
"
» sion.
» Toutes choses examinées avec soin &
» mûrement pesées , nous adjugeons la premiere
AOUST. 1740. 1805
»
miere portion du Legs de Ctésiphon à Ta-
» xile élevé dans les Ecoles publiques, C'eft
» dans ces Ecoles que se trouve le plus puis-
» sant moyen d'exciter la Jeuneffe à l'étude
>> des Sciences , je veux dire , l'émulation ;
» & il ne se trouve que dans ces sortes
» d'Ecoles . Il peut y avoir du péril pour
» les moeurs ; mais quelle Ecole , quelle
» Maison en eft exemte ? S'il y a plus de
» dangers dans les Ecoles publiques , disons-
» le hardiment , il y a auffi plus de Leçons
» de Vertu , plus d'exercices de pieté , plus
» d'avis , plus de conseils , plus de précau-
» tions , plus de réprimandes ; & , pour tout
>> dire en deux mots , plus de préservatifs &
» plus de remedes.....
L'éducation particuliere , quoique oposée
en aparence à l'éducation publique , a trop
» d'affinité avec elle pour que nous les sépa-
» rions. Elle a formé & peut former encore
» de Grands Hommes , en qui l'instinct pour
>> les Sciences tient lieu d'émulation. Mais
» ces exemples , qui sont au - dessus de la
» la regle , ne font pas une regle , & ne con-
» cluent pas en faveur de l'instruction do-
» mestique. Ils nous déterminent à lui don
» ner la seconde place , & nous la lui décer
» ns . .....
Page 320. A qui adjugerons- nous la troifiéme
part dans le Legs deCtésiphon ? Sera- ce
au
1804 MERCURE DE FRANCE
» au Courtisan ? Sera- ce au Voyageur ? L'A
>> vocat du Courtisan a fait paroître beau-
» coup de mépris pour des Sciences qu'il
» eftime d'ailleurs ....... Bafilide ne pouvoit
choifir un Avocat d'un esprit plus fin &
រា
plus délié ; mais il pouvoit recevoir une
» éducation beaucoup plus fructueuse. Ainfi
nous lui préférons l'éducation par voya-
» ges. Celle - ci paroît avoir acquis du crédie
» par le Livre fameux que les Muses & les
Graces ont dicté à un sçavant & ingénieux
» Prélat , qu'on peut apeller l'Homere de la
» France. Mais pour retirer du fruit des
» voyages , il faut avoir paffé par une éducation
litteraire . L'une ne doit être que la
» suite de l'autre .
>> Qu'Odophile ne songe plus aux Pays
étrangers. Qu'il travaille à se rendre utile
» à sa Patrie ....... Qu'il mette en usage le
» talent de la parole qu'il a reçû de la Nature;
» en un mot , qu'il se rende digne de ceux
qui lui ont donné le jour , &c .
"
Nous avons été très -contens des diverses
Poësies qui entrent dans ces Feuilles . Le
choix en eft bon . L'Epithalame suivante eft
d'une Dame eſtimable par la délicateffe de
son génie.
A
AOUS T. 1740. 1805
A Mlle d'Aligny , sur son Mariage avec M.
de Verton. Par Mad. Vatry.
C'eft au Temple du Goût qu'on célebre la Fête
Qi d'un couple parfait doit unir les deux coeurs :
L'Hymen , d'un air content , pour ce beau jous
s'aprête.
Les Graces , les Vertus en feront les honneurs ;
L'Amour, ce fils du Ciel , fans bandeau , fans allara
mes ,
De l'aimable Verton guide aujourd'hui l'ardeur :
La Vertu , dont le front inſpire la douceur ,
Préfente d'Aligny , belle & pleine de charmes,
Avec un tel cortége , allez , heureux Epoux ,
Allez unir des jours filés d'or & de foye.
La Raifon , le bon Goût , la veritable joye ,
Ne peuvent vous former que le fort le plys doux .
Voici un Madrigal modefte , d'un Auteur
chéri du Public , à Mlle Gauffin. Il eſt de
M. Fagan.
Ecartepour un tems la foule des Amours
Dont partout ta trace eft suivie :
Aime-moi seul pendant deuxjours ,
Je t'aimerai toute ma vie.
Le mois prochain on donnera l'Extrait
'des Feuilles qui achevent le cinquième Tome
de ces Amusemens. L'Auteur nous prie d'a-
E vertic
4806 MERCURE DE FRANCE
vertir ici que le sixième Tome est sous la
Presse , & qu'il sera en vente tout au plus
tard le premier Octobre prochain.
Comme cet Ouvrage périodique ne souffrira
aucune interruption , on aura tous les
trois mois , à ce qu'il nous assûre , un nouveau
Tome. Ainsi le premier Janvier 1741 .
le septième Tome sera en vente , & ainfi de
suite de trois mois en trois mois. Nous portons
ici la parole pour l'Auteur de ce Recueil,
qui nous la donne lui - même.
>
Pour avoir des Corps complets de cet Ouvrage
, il faut s'adresser directement aux
trois Libraires suivans. A la Veuve Pissot .
Quai de Conty , à la descente du Pont neuf;
au Sr Briasson , ruë S. Jacques , à la Science,
& au Sr Mérigot , Quai des Augustins, Le
prix des cinq volumes des Amusemens , reliés
très-proprement en veau fauve , ou autrement
, à la Grecque , &c. eft de seize livres
dix sols.
NOUVELLE BIBLIOTHEQUE , ou Hiſtoire
Litteraire des principaux Ecrits qui se publient.
Decembre 1738. A la Haye , chés
Pierre Paupie , 17.38 . in- 12 .
Nous allons prendre de cette Compilation
ce qui paroîtra propre à enrichir nos
Nouvelles Litteraires.
ANTIQUITE'S DE LA VILLE DE LYON , Ou
ExA
O UST. 1740: 1807
Explication de ses plus anciens Monumens ,
avec des Recherches sur les autres choses
remarquables , qui peuvent attirer l'attention
des Etrangers , in- 12 . 2. Vol. avec Figures ,
à Lyon , 1738.
RECHERCHES Sur ce qu'il faut entendre
par les Démoniaques , dont il eft parlé dans
Ie Nouveau Teftament , avec la Réponse de
M. Twels à ces Recherches , in - 8 ° . 1738. à
Leyde.
ÉLEMEMS DES MATHEMATIQUES , Contenant
les Elémens de Géometrie , d'Arithmetique
, d'Algebre & d'Analyse , par le P.
Duclos , in-8°. avec Figures , à Lyon , 1737.
TRAITE' de la Communication des Maladies
& des Paffions , avec un Essai pour servir
à l'Hiftoire Naturelle de l'Homme , par
M. ***. à la Haye , chés Jean Van Duren ,
1738. in- 12 . de 224. pages.
LE SENS LITTERAL DE L'ÉCRITURE STE
défendu contre les principales Objections des
Anti- Scripturaires & des Incredules modernes.
Traduit de l'Anglois de M. Stackhouse
avec une Differtation du Traducteur sur les
Démoniaques , dont il eft fait mention dans
l'Evangile , à la Haye , chés Henri Scheur-
Leer , 1738 , in- 8 ° . Trois Tomes , le premier,
de 403. pages ,
fans la Préface & un Avertissement
de 34. pages , le fecond de 488. &
le troifiéme de 176. à la suite duquel on
Fij trouve
1808 MER CURE DE FRANCE
trouve une Table Méthodique des Matieres,
fort ample & fort commode , & un Indice
exact des Auteurs,, dont on s'eft ſervi , de
même que de l'Edition qu'on a eûe en main,
Comme les Ouvrages , qui ont été composés
dans ces derniers tems en Angleterre
pour la défenfe du Chriftianifme , font en fi
grand nombre , qu'ils fuffiroient pour former
une Bibliotheque raifonnable , M. Stackhouse
a crû rendre fervice au Public de ra
maffer dans un seul Corps l'effentiel de ce
qu'on avoit dit fur la Matiere. Il propose
d'abord les Objections des Déistes , avec toute
la bonne foi poffible , & , autant qu'il
peut , dans les termes mêmes dont fes Adverfaires
fe font fervis . Il y répond enfuite
avec autant de folidité & d'ordre qu'on en
peut exiger. Il y regne de plus une politeffe
qu'on trouve rarement parmi les Controverfiftes
, & dont nous ne fçaurions affés recom-
'mander l'exemple à quiconque fe mêle de
controverfe.
NOUVELLE BIBLIOTHEQUE , &C. Suplément
aux mois d'Octobre , Novembre & Decembre
1738.
ENTRETIEN POLITIQUE entre quelques
Suiffes des Treize Cantons & des Pays Alliés,
fur l'Etat présent où fe trouve le Corps Helvetique
, avec une Carte curieufe & exacte
de toute la Suiffe , à Londres , chés Samuel
Harding ,
A O UST. 1740; 1809
Harding , 1738. de 464. pages , fans l'Aver
tiffement qui en a 4. & la Carte.
ME'DAILLES DES ROIS DE MACEDOINE
tant celles qui ont été publiées par les foins
des Sçavans Antiquaires Crophius , Lazius
Goltz , Patin , Spanheim , Hardouin , Beger
& c que celles qui jufqu'ici n'ont pas encore
été données au Public , ramaffées & mifes
dans leur ordre naturel par Jean - Jacques
Gessner , de Zurich , avec les Figures , l'Explication
& les Commentaires des Sçavans.
A Zurich , de l'Imprimerie d'Heidegger ,
1738. in fol. de 36. pages , fans les Planches ,
où font gravées les Médailles qui en font
VII.
REFLEXIONS HISTORIQUES ET POLITI
QUES , fur les Moyens dont les plus grands
Princes & habiles Miniftres fe font fervis pour
gouverner & augmenter leurs Etats ; avec les
qualités qu'un Miniftre doit avoir de quelque
Condition qu'il foit , & ce qu'un Prince
cft obligé d'obſerver envers lui , in - 8 °. chés
J. & H. Verbeer , Libraires à Leyde.
>
DE MORBIS VENEREIS , Libri novem in
quibus differitur tum de Origine , Propagatione
Contagione horumce affectuum in genere
tum de fingulorum Naturâ , Etiologia &
Therapeia , cum brevi Analyfi & Epicrifi
Operum plerorumque , que de eodem argu
Fiij mento
7810 MERCURE DE FRANCE
mento fcripta funt , Auctore Joanne Aftrue
Regi à Confiliis Medicis , &c. Editio Altera ,
auctior & emendatior , in quâ additæfunt duæ
Differtationes nova , in- 4° . Deux Volumes
18. livres. Lutetia Parifiorum , apud Guillelmum
Cavelier , viaJacobea , fub Signô Lilit
Aurei , 1740.
LETTRES PHILOSOPHIQUES fur la formation
des Sels & des Criftaux , & fur la génération
& le Méchanifme Organique des Plantes
& des Animaux , à l'occafion de la Pierre
Belemnite & de la Pierre Lenticulaire , avec
un Mémoire fur la Théorie de la Terre , par
M. Bourguet , 1739. in - 12. de 220. pages ,
fans la Préface . A Amfterdam , chés François
Honoré
MEMOIRE Concernant plufieurs nouvelles Décou
vertes fur la fcience des Forces mouvantes , en ce
qui regarde la perfection de l'Horlogerie , aprouvées
par Mrs de l'Académie Royale des Sciences
inventées & exécutées par le Sr Maffoteau de Saint-
Vincent , Ingénieur & Horloger du Roy. A Paris
rue S. Jacques , au College & Place de Cambray.
;
2
Le Sr de S. Vincent (a ) fait & vend , avec billet
de garantie : 1. Toutes fortes de Montres d'or ou
d'argent , foit à la Françoife , foit à l'Angloife , ou
à la Cavaliere , tant fimples qu'à Minutes , comme
auffi à Minutes & fecondes ; d'autres à Répétition,
(a) Voyez les Mémoires pour l'Hiftoire des Sciences
des Beaux Arts , mois de Mai 1737 · P• 943 •
d'aus
A UUS T. 17407
Pautres à Réveil , & d'autres qui vont huit jours ,
toutes lefquelles fuivent continuellement le Mouvement
vrai du Soleil ; enforte qu'on n'eft jimais
obligé de toucher aux aiguilles pour les remettre à
l'heure.
2º. Des Montres que l'on monte également ,
foit qu'on tourne la Clef à droite , foit qu'on la
tourne à gauche .
3º. Une Montre de nouvelle invention ( a ) qui'
va huit jours , & dans laquelle une feule & même
aiguille indique l'Heure , le quart , la demie , les .
trois quarts & en même tems la Minute , tandis
qu'une deuxième aiguille qui part du même Centre
que la précédente , indique les fecondes .
4. Toutes fortes de Pendules de formes agréa◄
bles , & riches par les ornemens , qui ont eu l'aprobation
des Gens de goût , & ont d'autant plus
fait de plaifir, qu'elles fuivent avec une extrême régularité
le Mouvement vrai du Soleil : perfection
dans l'Horlogerie que l'Art n'avoit point encore
atteinte , & que jufqu'à préfent l'on avoit crû impoffible.
5. Le même Sr de S. Vincent a trouvé le moyen
d'ajoûter aux Cadrans des Montres ordinaires à
Minutes , une aiguille ( 6 ) qui marque éxactement
les fecondes , fans augmenter le nombre des roues ,
puifqu'au contraire il peut en ôter deux qui font
fuperfues . Cette aiguille , qui eft placée au Centre
du Gadran , paffe entre l'aiguille des Heures &
celle des Minutes ; & faifant fa révolutión dans
(a) Voyez le Mercure de France , mois de Decembra
1733.p. 2881.
(b) Voyez les Mémoires pour l'Hiftoire des Sciences
& des Beaux Arts , & le Mercure de France , mois
d'Avril 1734. P. 754.
Fiiij l'espace
812 MERCURE DE FRANCE
l'efpace d'une Minute , contribue confidérablement
à la jufteffe des Montres.
6°. Quant aux Montres qui font usées , gâtées
ou abandonnées , quelques mauvaises , & de telle
nature qu'elles puiffent être , il fçait les racommoder
, & les garantit enfuite comme neuves , fans
même ajoûter aucune aiguille , fi on ne le ſouhaite.
Il ne doute pas que bien des gens ne foient
fort furpris de ce qu'il avance ici ; mais l'expérience
en a déja convaincu tous ceux qui ont eu recours à
lui.
7°. Il a encore porté bien plus loin la perfection
de fon Art , vu qu'il a trouvé un moyen sûr pour
remédier à l'irrégularité des Mouvemens qui provient
des differentes altérations de l'Air,dans lequel
les vibrations fe fort , & qui , de l'Aveu de tous les
Sçavans , eft un des plus grands obſtacles à la juſteffe
des Pendules ; comme auffi pour corriger l'inégalité
de ces mêmes vibrations , de quelque caufe
qu'elles proviennent , foit de ce qu'elles font plus
ou moins courtes , foit de ce que l'impulfion eft
plus ou moins forte , comme il arrive fouvent par
P'inégalité de force dans les Refforts , qui ne fçauroit
manquer de caufer la difference de leur élafticité
; à quoi il faut ajoûter qu'il a pareillement
trouvé le moyen de diminuer , & de rendre égaux
tous les frotemens des pivots tant il est vrai que
dans les Arts il y a divers degrés d'intelligence ,
enforte que l'on diftingue aisément un Ouvries
qui opere par pure routine , d'avec l'Artiſte qui pos
sede les principes de la Théorie , & dont la main
eft guidée par le génie.
8. Il a auffi inventé une Montre à Répétition
d'une nouvelle conftruction la plus fimple qu'on
puiffe imaginer , nullement fujette à fe détraquer ,
dans laquelle il fuprime le grand Reffort , & tout
AOUST. 1740. 1813
le Rouage ( a ) qu'on a coûtume d'y mettre , &
qui répete l'heure courante , & les quarts , autant
de fois qu'on le fouhaite , par le moyen d'un fimple
Marteau. Cette ingénieufe invention épargne
de la dépenfe , & a'd'autant plus d'utilité , qu'il
peut par fon moyen , mettre toutes les Montres
imples à Répétition , fans toucher aux roues , &
fans en ajoûter d'autres.
Ce qu'il y a même de plus admirable dans fon
travail , eft que dans les Montres où il fuprime
quatre pieces, fçavoir, deux roiies & deux pignons,
bien loin d'augmenter le nombre des dents de celles
qui restent , il en retranche au contraire la moitié
, & que néanmoins ces Montres vont auſſi long
tems qu'auparavant.
De plus , il a inventé une Pen lule Aftronomique
d'une conftruction finguliere , qui va d'ellemême
l'efpace d'un An par le feul enchaînement de
fes Roues , fait vibrer le Pendule fans le fecours
d'aucun Reffort , Poids , Contrepoids , ou aucun
autre Corps étranger , & dont le Mouvement ne
dépend en nulle maniere de l'action de l'air.
ioº. Enfin il a composé fur le Syftême de Copernic
une Sphere mouvante qui , par la revolution
de fes cercles , imite fenfiblement celle au Ciel ,
outre qu'il a fçû , par fa Méthode , donner aux
Roues le nombre de Dents qui leur font faire des
révolutions plus parfaites que toutes celles qu'on a
encore vûës ; la plupart formant une erreur qui
(a) Voyez le Mercure de France , mois de Decem
bre 1735. P. 2690. Les modeles , deffens & defcriptions
des Montres de cette invention , fo.it reftés entre
les mains du Tréforier perpetuel de l'Académie qui
en a donné fon Certificat à l'auteur du 25. Avril
2736.
pro
814 MERCURE DE FRANCE
procede de ce que le Mouvement du Soleil n'y eft
que de 365. jours , & qu'ainfi il manque près de
fix heures par An , ce qui fait une difference de fept
jours en trente Ans . Pareillement le mouvement
de la Lune n'y eft que de vingt - neuf jours & demi ,
ainfi il manque quarante quatre minutes par Lu
naifon , & en moins de trois Ans , ce mouvement
avance de plus d'un jour. On remarquera auffi que
dans cette excellente Piéce il a également perfectionné
les mouvemens des autres Planettes , en fe
conformant aux obſervations des plus habiles Aftronomes
de l'Europe.
Et comme il eft certain que la perfection des
Pendules & des Montres ne laifferoit pas de deve--
nir inutile à ceux qui n'en fçauroient pas
faire usage
, c'eft pour cela qu'il a fait imprimer une Instruction
néceffaire qu'il diftribue chés lui , contenant
la maniere de les bien regler , de telle nature
qu'elles foient , & la Méthode de tracer facilement
fur une fenêtre un bon Méridien , avec aprobation
de l'Académie des Sciences .
Au refte , il ofe affûrer que tout ce qu'il avance
dans ce Mémoire , eft le fruit d'une étude affiduë ,
dans laquelle il n'a épargné ni les foins qu'il étoit
néceffaire de fe donner , ni les recherches qu'il convenoit
de faire pour aprofondir cette matiere.
M. le Baron de Craffier , vient de faire imprimer
à Liege chés Heverard Kints , un Catalogue de toutes
les Pierres gravées qu'il a dans fon Cabinet ; on
a pen vû jufqu'ici d'Antiquaire qui eût en propre
une fi riche Collection . Ces Piéces font parmi des
Médailles , ce que font dans une Bibliothèques les
Manuscrits ; mais leur rareté , leur prix , fouvent
exceffif , l'adreffe de bien des gens pour les contrefaire
, & la charlatannerie de ceux qui en font
com
AOUST. 1740. 1815
Commerce , dégoûtent bien vite ceux qui entreprennent
d'en enrichir leurs Cabinets.
M. de Craffier a furmonté toutes ces difficultés.
Il a amaffé environ 270. Agates , Onix , Lapis ,
Saphirs , Amétiftes , Cornalines &c. de differentes
grandeurs , tant fculptées en plein , que gravées en
relief & en creux ; il y en a quelques Modernes
qui ne cedent aux Antiques ni pour la rareté , ni
pour la délicateffe du travail,
La plupart des Antiquaires regardent un Médailler
qu'ils ont formé , avec une complaiſance d'Ouvrier
pour fon propre ouvrage ; ils fe ctoyent mê .
me en droit d'exiger des Eloges : Quafi filentium
damnum pulchritudinis effet ; mais M. de Craffier eft
un Sçavant modefte , il parle de ce qu'il poffede
avec autant de defintereffement que s'il ne l'avoit
vû qu'en paſſant dans le Cabinet de quelque Etran.
ger;, dit - il dans fa Préface , In Gemmarum Defcriptione
aliquis forfan error irrepferit eum .. Genii
noftri capacitatis tenuitati tribuendum rogamus.
Tout l'Eloge qu'il fait des Pierres les plus précieufes
& les mieux travaillées , fe renferme dans les
mots , Gemma fplendida , Gemma elegans , c .
Il a envoyé fon Catalogue aux plus habiles Antiquaires
de Paris avec lefquels il eft en relation , &
l'Académie des Belles- Lettres a reçû avec plaifir
celui que le Pere de Montfaucon lui a présenté de la
part de l'AUTEUR .
On a apris de Lisbonne , que la Place de Garde
des Archives de la Couronne , vacante par la mort
du Pere Manuel dos Santos , a été donnée par le
Roy au Pere Manuel da Rocha , Profeffeur en Théologie
à Coimbre, Académicien de l'Académie Royale
de l'Hiftoire ci-devant Géneral de l'Ordre de
Saint Bernard dans le Royaume de Portugal , &
F vi conna
1816 MERCURE DE FRANCE
connu par plufieurs Ouvrages de Litterature , entre:
autres par le Li - resntitulé le Portugal renaiffant.
Ces Lettres ajoûtet , que les Ecoliers de Réthorique
du Colicge des lefuites à Evora , y out fait
pendant fept jours consécutifs des Exercices publics
, auxquels a préfidé le Pere Manuel de Azevedo
, un de leurs rotefleurs , & dans lesquels ils
ont examiné les beautés & les défauts des deux
Poëmes Epiques de Virgile & du Camoëns.
·
On écrit de Madrid , que le 11. de ce mois , les
Académiciers de l'Académie Royale Efpagnole
ayant à leur tête le Marquis de Villena , Directeur
de l'Académie , prefenterent au Roy le fixiéme &
dernier Tome de leur Dictionaire de la Langue
Caftillane , & qu'ils furent tous admis à baiſer la
main de S. M.
On aprend de Londres , qu'on a fait pour l'usage
des Troupes qui font campées, des Fours portatifs,
de cuivre d'une nouvelle invention , dont chacun
peut cuire tous les jours autant de pain qu'il en
faut pour la nourriture de cent hommes.
On mande de Berlin & l'on affûçe , que le Roy
de Pruffe a réfolu d'établir un Ordre de Chevalerie
pour les Sçavans & pour les Gens de Lettres.
ESTAMPES NOUVELLES.
La Defcente d'Enée aux Enfers ; grande , admi
rable & très- Poë ique Compofition , d'Antoine
Coypel , Premier Peintre du Roy C'eft un des principaux
Tableaux de la Galerie du Palais Royal ,
peinte par cet habile Maître & la quinziéme &
derniere Eftampe qui restoit à graver . On y voit
Ené
AOUST. 1748. 1817
Thée conduit dans les Champs Elisées par Deiphobe
, Sibille de Cumes ; il y trouve Anchife , fon
pere , qui l'ayant mené fur les bords du Lethé ,
lui fait voir les Princes qui doivent defcendre de
lui & regner en Italie. Eneide L VI . Le Sr L. Surugue
, qui a gravé cette Eftampe , Ya
a fort bien
réuffi . Elle fe vend chés lui , rue des Noyers , vis-àvis
S. Yves.
On trouve à la même adreſſe une autre Eftampe
nouvelle en large , très - bien gravée , & qui fait
un effet fort agreable , Sujet tiré du Roman Comique.
C'est le Deftin qui retire Ragotin du Rosier
où il s'était jetté en fuyant la Rancune qu'il croyoit
mort. La Compofition ' eft de J. B. Pater & le 16.
morceau , terminé au Burin par P. Surugue , fils.
ELEVATION DE LA DECORATION du Théatre
pour les Tragédies du College de Rennes , dédié
par les Peres Jefuites à MM . du Corps de Ville , Fondateurs
de ce College & des Prix de la Tragédie ;
Eftampe en large d'une riche , noble & ingénieufe
Compofition , gravée par le Sr Moreau d'après le
Tableau du Sr L'Hermitais . Elle fe vend à Paris ,
chés Blangy , rue Ste Marguerite , à l'Hôtel des Remains
, Fauxbourg S. Germain.
JESUS CHRIST élevé en Croix , belle Ordonnan
ee de Figures à pied & à cheval au bas , les Maries ,
S. Jean &c. et belles expreffions. Nouvelle Eftampe
en hauteur , d'après le Tableau original de Jacques
Parocel , dont la réputation eft affés connue , gravée
par Nicolas Tardieu Graveur du Roy , chés
lequel elle fe vend , rue S. Jacques , près la rue des
Noyers. On lit au bas ces Paroles .
>
J. C. aporté nos pechés en fon Corps fur la Croix ,
afin qu'étant morts auxpechés nous vivions à lajuſti-
CA
1818 MERCURE DE FRANCE
ce : c'est par les meurtriffures & par fes playes que
nous avons étéguéris. 1. Pierre 2. v . 24.
On trouve dans la même Boutique une fort belle
Eftampe en large d'une très - belle Compofition ,
fort heureufement gravée par J. Tardieu , le fils ,
d'après le grand Tableau qu'on voit dans le Choeur
de l'Eglife de S. Martin des Champs , peint par
M. J. Reftout. Il repréfente J. C. qui guérit près de
la Piſcine un Homme Paralitique qui y étoit ma
lade depuis 38. ans.
LA JEUNESSE , Eftampe en large , gravée par J.
Moyreau , chés lequel ellé fe vend , rue Galande ,
vis - à- vis S. Blaife . C'eſt la deuxième qu'il grave ,
& qui fait Pendant à l'ENFANCE , d'après les Tableaux
Originaux de J. Raoux , Peintre du Roy ,
qui font dans le Cabinet du Chevalier d'Orleans ,
Grand Prieur de France, & qui ont 4. pieds de large
fur 32. pouces de haut , & dont la Compofition eft
admirable . Elle eft heureufement exprimée par ces
Vers qu'on lit au bas de l'Eſtampe :
Le Printemps de nos jours , où l'ardente Jeuneſſe ,
Se laiffant emporter par une douce yvreffe
Nefuit que les Amours , les Plaisirs & les Jeux &
Seroit pour elle un âge utile & précieux ,
Si les defirs étoient reglés par la Sageffe.
On s'y prépareroit des fruits pour l'avenir ,
Que l'on retrouveroit aux jours où la Vielleffe
Ne laiffe des Plaisirs qu'un trifte ſouvenir.
LES FESTES DE PALE's , très - belle Eftampe en
large , gravée à l'Eau forte par C..... de la même
grandeur , du Deffein de M. Bouchardon , & termi→
née
AO UST. 1740 1817:
ée au Burin par M. Feffard , chés lequel on la
trouve , dans le Cloître S Germain l'Auxerrois.
La Suite des Portraits des Grands -Hommes &
des Personnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continuë de paroftre avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Estampes , Quai de l'Ecole ,
il vient de mettre en vente , toûjours de la même
grandeur :
CHILDEBERT II . XVII . Roy de France , mort en
711. après 17. ans de Regne , deffiné par A. Boizot,
& gravé par Aveline , le jeune.
THIERRY II . XX . Roy de France , mort en 738 .
après 17. ans de Regne , deffiné par A. Beizot , &
gravé par J. G. Will.
CHARLES DE GUNTAUT , DUC DE BIRON ,
Maréchal de France , décapité à Paris le 31. Juillet
1602. âgé de
40. ans , fait Par Th. de Leu.
PIERRE DU TERRAIL , CHEVALIER BAYARD
mort dans le Milanez en Avril 1524. âgé de 48.
ans , peint par N. D. gravé par J. F.
CLOVIS II. XII . Roy de France , mort en 655%
après 17. ans de Regne , deffiné par A. Boizot , &
gravé par G. Duchange.
M. Campra , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roy , dont les grands talens font connus de tout
le monde , a fait graver fon dernier Ouvrage François
, intitulé , les Noces de Vénus , en trois Actes &
un Prologue ; qui fe vend à Paris , chés Mad. la
veuve Boivin , ruë S. Honoré , à la Regle d'or ,
le Sr le Clerc , rue du Roule à la Croix d'or.
&
Le Sr Durand Expert pour les Dents , donne
ici , à la follicitation de diverses Feisonnes de
Paris & de Province , le nombre & la vertu
de
2810 MERCURE DE FRANCE
de chacun de fes Remedes , foit pour en faire unG
jufte aplication , foit pour les diftinguer de ceux
qu'on foupçonne être contrefaits.
Son Opiate , dite des Sultanes , affermit les Dents
branlantes , anime & fait croître les Gencives rongées
, empêche qu'elles ne tombent en bourlet ,
blanchit parfaitement les Dents fans offenfer le lustre
de l'émail , les rend douces , diffout & liquifie le
fang groffier qui s'y accumule , calme les douleurs,
& empêhe qu'on ne fente de la bouche : c'eſt toujours
le Sr Durand qui parle .
L'Elixir , par la vertu , détruit toutes les corrup
tions qui minent les Dents , réfout les Tumeurs
quelles qu'elles foient ; mûrit les abfcès , guérit les
chancres qui viennent au Palais , à la langue , & aux
gencives,corrige les humeurs âcres qui tiennent de la
nature du fcorbut , arrête même le cours de la gan.
grenne , & c. & empêche les mauvaises impreffions de
l'air dans les Lieux mal fains & même où regne une
maladie contagieufe.
L'Eau d'Or de Grenade , diffipe ou diminuë en
peu de tems les fluxions les plus confidérables , en
exprimant les acrimonies tartareufes & glaireuſes ,
qui les produifent & les entretiennent ; détache les
limons , qui font les fuites des mauvaises digeſtions,
apaife les douleurs & procure à toutes les parties de
fa bouche , des avantages prompts , réels & permanents.
Le Sr Durand envoye lui - même ces Remedes
dans les Pays les plus éloignés , avec des Mémoires
inftructifs pour les employer
à propos Il avertit
qu'il n'a ni Correfpondant , ni Colporteur qui débi
tent fes Remedes pour lui ; ainfi fi on en vendoit ailleurs
qu'à la démeure , il les défavouë comme faux
& contrefaits. Pour en avoir de vrais , avec des
Inftructions pour s'en fervir , il faut lui écrire à Paris
1
AOUST. 1740. 1821
is , en afranchiffant les Lettres , il prendra alors
toutes les meſures les plus sûres pour les faire tenir
, par les voitures du Lieu , ou d'autres commodités
qu'on lui indiquera. I a foin de cacheter fes
Remedes avec la même Empreinte qui eft au deffus
des Imprimés qu'il donne en même - tems. Les Pots
d'Opiate font de de 2. 3. de 4. & de 6. livres. Les
Bouteilles d'Elixir font de 2. livres 10. fols , de 3. &
de 6. livres . Celles d'Eau d'Or , font de 3. & de s.
livres . Il va le matin où on le demande , & l'après
midi on le trouve chés lui. Sa demeure eft , avec
Tableau , rue S. Honoré , vis -à - vis la Fontaine de la
Croix du Trabair , entre la Coupe d'or & le Bas de
Chamois , au premier Apartement fur le devant.
Le Public eft averti que la Dile Guy , qui a le vé
ritable Secret du Suc de Regliffe & de Guimauve fans
fucre, continue à le faire & diftribuer feule en France
, pour toutes les Fluxions de poitrine , Chaleurs
de gorge , Rhumes , Afthmes & les Crachements de
fang , détache les flegmes de la poitrine , fait cra
cher & adoucit la pituite ; elle en fait un particulier
pour le Poulmon & les Aigreurs . Ces Remedes, après
avoir été aprouvés par la Faculté,& par le Premier
Médecin du Roy,Sa Majefté a accordé à la Dlle Guy
des Lettres Patentes pour faire & débiter fon Remede
exclufivement , & l'Arrêt du Parlement du
21. Mai 1740. qui entherine les Lettres Patentes
ordonne qu'il fera lû , publié & affiché .
Afin que le Public ne foit pas trompé par les Con
trefaifeurs , outre le Tableau d'enfeigne , qui eft
entre les deux croifées aux deuxième étage de la
Maiſon où demeure la Dlle Guy , ruë S. Honoré ,
vis- à - vis la ruë de l'Arbre Secq , chés un Limonadier
, elle a fait mettre une autre Enfeigne à la por
to de la Maiſon, де
CHANSON
1822 MER CURE DE FRANCE
CHANSON.
AVant que je fusse amoureux
Je ne connoissois point de plus brillante gloire
Que celle que Bacchus présentoit à mes voeux ;
Sans que l'Amour remporte la victoire ,
Maintenant jeles sers tous deux ,
Et l'on me voit aimer & boire.
L'Affichard.
CHANSONETTE.
QUe l'Amour présente de charmes
Aux Amans tendrement épris !
Il sçait récompenser les larines ,
Et le plaisir en est le prix.
*
Ne pleurons plus , aimable Ismene ;
Profitons de notre bonheur ;
Faisons succeder à la peine
Ce que la vie a de flateur .
*
Le plus charmant plaisir du monde
Est d'aimer qui nous aime bien ;
ard. Aoust1740.
THE NEW YOR
PUBLIC LIBRARY
AETOR . 1
AOUST. 1740. 1820
En vous tout mon espoir se fonde ,
Et votre amour fait tout mon bien .
*
Je ne crains que votre inconstance ,
Mais j'ai grand tort de m'allarmer ;
Pour que l'on eût la préference ,
Il faudroit sçavoir mieux aimer.
Epris d'une vive tendresse ,
Je ne soupire que pour vous ;
Si ma flâme est une foiblesse ,
Mon plaisir n'en est pas moins doux.
*
'Aimons-nous bien , belle Bergere ,
nous seuls ayons des yeux ;
Et pour
Le bonheur de sçavoir vous plaire
Me rend égal aux plus grands Dieux..
Par le même.
SPEC
424 MERCURE DE FRANCE!
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie nouvelle en Prose
& en un Acte , intitulée la Jalousie impré◄
vûë , représentée le 16. Juillet au Théatre
Italien.
ACTEURS.
M. Lisimon, bon Bourgeois , le Sr Romagnesi.
Mad. Lisimon , son Epouse , la Dlle Silvia.
Julie , fille de M. & de Mad . Lisimon ,
Lelio , Amant de Julie ,
Rosette , Suivante de Mad .
La Fleur , Valet de Lelio ,
C
la
. Dlle Biancollelli.
le Sr Riccoboni.
Lisimon, la Dlle
Riccoboni.
le Sr Deshayesa
Ette Piéce , dont M. Fagan eft l'Auteur
, n'a pas trompé l'attente du Pu
blic. Elle a été aplaudie des Connoiffeurs
dans les nombreuses Représentations qu'on
en a données ; en voici un Argument , qui
fuffira
pour mettre nos Lecteurs au fait.
M. & Mad . Lisimon , fuivis de Rosette , ou?
vrent la Scene; ils ne veulent plus que Lelio
à qui ils deftinoient Julie , leur fille , vienne
chés eux , fondés fur des raports désavanta
geux qu'on leur a faits de ce jeune Amant.
Rosette
AOUST. 1740 182
Rosette prend la défense & leur dit : Par ma
foi , voilà d'étranges choses . Quels sont donc ces
beaux raports que l'on vous a faits ? Lelio meme
une vie libre & agréable ; faut- il donc qu'à
son âge il se conduise comme un Caton ? il cours
après quatre ou cinqfemmes à la fois : eh bien !
il ne les atrape pas toutes aparemment, M. Lisimon
la traite d'impertinente & ne démord
point de ce qu'il a resolu ; Mad. Lifimon lui
impose filence , & dit à son Mari : Allez ,
Monsieur , je prendrai de si bonnes mesures ,
qu'il ne sera plus question ici de Lelio ; je ne
veux pas même que de sa part on reçoive le
moindre message ;& ssii jj''aapprreennddss .... c'est à
vous , plus qu'à personne , à qui je veux parler,
Mlle Rosette. M. & Mad. Lifimon s'étant retirés,
Rosette dit dans un court Monologue :
Je vous entends ; mais je ne vous promets pas de
vous obéir. N'est- ce pas une chose honteuse que
"sur des raports en l'air, on donne ainsi le congé
à l'Amant le plus tendre ? Il faut que Lelio air
quelques ennemis secrets ; il ne paroît pourtant
pas en mériter ; &je veux ...
Julie , qui arrive , l'empêche d'achever.
Elle aprend avec douleur , que son Mariage
avec son cher Lelio eft rompu ; & qu'on ne
veut plus qu'il la voye , ni même qu'il lui
écrive. Rosette , touchée de ses pleurs , lui
promet tous les fecours qui dépendront
d'elle .
Julie
826 MERCURE
DE FRANCE
Julie étant fortie , la Fleur , Valet de Lelio
arrive , fortant d'un cabaret , où il a mis fon
peu de raison en déroute. Il cherche longtems
dans fes poches une Lettre de fon Maître
à Julie. Il croit l'avoir oubliée ; Rosette
à beau le preffer de fortir de peur qu'ɔn ne le voye ; il s'obſtine à chercher fa Lettre ; il
la trouve enfin , mais par malheur Mad . Lifimon
eft présente quand il la donne à Rosette
; Mad . Lifimon , voyant que Rosette lui
obeït fi mal , lui demande ce que c'eſt que
cette Lettre ; Rosette ne fçachant comment
se tirer d'affaire , lui répond au hazard
que c'eft à elle-même que la Fleur lui a dit
de la remettre. M. Lifimon arrive inopinément
, en disant que les raports qu'on lui a
faits du dérangement
de fon prétendu Gendre
, viennent de lui être confirmez ; Mad ,
Lifimon lui dit : Si vous voulez mettre quel
que nouvel ordre dans votre Domestique , cɔm•
mencez , M. par renvoyer une coquine de Servante
, qui reçoit un Billet de Lelio pour ma
fille , & qui croit en être quitte en me disant
grossierement
qu'on le lui a donné pour moi. M.
Lifimon , étonné de l'effronterie
de Rosette,
dit en prenant la Lettre des mains de fa femme:
Voyons , voyons un peu le style de ce M.
Il lit tout haut la Lettre , qui eft conçûë en
CCs termes :
Seriez-vous complice du coup mortel que l'on
me
AOUST. 1740: 1827
ne porte aujourd'hui ? Et croiriez- vous ce que
l'on débite sur mon compte ? Non ; à votre âge
& de l'heureux naturel dont vous êtes , on a un
sentiment pur , qui ne sçait point juger faussement.
Songez qu'elle doit être ma douleur. Quel
moyen employerai-je à présent pour vous voir ?
Celui de qui vous dépendez a eû long- tems de
moi une opinion qui m'étoit bien favorable.
Faut-il que de malheureux discours m'ayent.
noirci ? Moi, aimer toutes les femmes ! toutes
me sont indifferentes , une seule m'est chere ;
mais si chere, que je mourrai plutôt que de l'oublier
; que je mériterai sa tendresse en dépis
des jaloux.
que • ...
Cette Lette , qui fait le noeud de la Piéce ,
produit un effet que Mad. Lifimon n'a cũ
garde de prévoir ; & c'eft aparamment ce
qui a autorisé l'Auteur à intituler fa Piéce ,
la Jalousie imprévûë. M. Liſimon fent à chaque
mot ce qu'il n'a jamais fenti : Mais, ditil
à Mad. Lifimon: Rosette vous a dit que c'est
à vous cette Lettre s'adresse De quel
coup suis-je frapé ? ... Plus je relis .... comment
diable ! .... il faut s'attendre à tout de
la part d'un libertin. Il repete tous les mots
équivoques de cette Lettre. Jaloux. Une seu-
Le m'est chere. Une femme. Une seule femme.
Jaloux. En dépit des jaloux. Je n'y vois plus de
doute; le sens est clair par tout , c'est à vous,
Madame.... Mad. Lifimon a beau lui dire
qu'il
828 MERCURE DE FRANCE
qu'il extravague ; fa jaloufie va toujours for
train ; il croit toujours voir de nouvelles
clartés dans les termes les moins fusceptibles
des aplications qu'il imagine . Il fe retire jaloux
à la rage. A peine eft- il forti , que Le
lio entre pour fe juftifier auprès de Mad. Lifimon.
Elle tremble que fon Mari ne prenne
de nouveaux foupçons , en la voyant auprès
de lui ; elle le conjure de fe retirer; il fe jette
afes pieds pour la prier de l'entendre , elle
s'enfuit en s'écriant : à mes genoux ! miseri-
Borde ! ~
Lelio, étrangement furpris de ce qu'il vient
de voir , fait connoître pourquoi il eft venu,
par ce Monologue :
Quelle est cette réception ? J'avois pris la résolution
de venir mejustifier; j'esperois que cette
femme , en quij'ai toujours connû de la raison ,
pourroit revenir des préjugés desavantageux
qu'on lui a inspirés contre mois elle fuit ; elle
craint de m'envisager ; elle me reçoit avec un
trouble dont il ne m'est pas possible de démêler
la cause.
Rosette vient , elle demande à Lelio d'où
peuvent venir ces beaux bruits qu'on répand
fur fon compte. Lelio lui aprend que c'eft
une de ses anciennes Maîtreffes , qui picquée
de fe voir préferer une Rivale , ne ceffe de le
noircir pour le faire congédier de tous les
endroits, où il pourroit porter fes voeux . Rosette
A OUS T. 1740. 1829
....
Fette lui aprend l'effet que fa Lettre a produit
, & la jaloufie imprévuë de M. Liſimon.
Rosette lui dit qu'elle vient d'être congediée
par Mad. Lifimon , mais qu'elle ne désespere
pas de fe faire rapeller par M. Lifimon ; elle
lui promet de le fervir ; & lui dit après avoir
un peu rêvé : Réduit comme vous l'êtes , à ne
plus voir Julie , ce que j'imagine pourroit ....
que sçait-on ? vous pourrie embarasser
ceux qui vousfont injustice d'unefaçon qui vous
seroit utile. Il faut chercher à les intimider ;
quand ce seroit même par des raisons plus spécieuses
que solides. M. Lifimon qui arrive bercé
de fon démon de jaloufie , empêche Rosette
d'achever de s'expliquer avec Lélio ;
elle le fait cacher , pour entendre ce qu'elle
va dire à fon jaloux. M. Lifimon interroge
Rosette fur le Billet qui a troublé ſa raison ;
il lui demande s'il est vrai qu'il s'adreſſoir à
fa femme ; Rosette lui répond : Je n'ai rien à
dire, dès que l'on me renvoye ; ce n'est plus mon
plaisir de rendre aucun compte. Après quoi
elle fe retire. Cette réponse équivoque de
Rosette, ne l'eft point du tout pour M. Lifimon;
il la prend pour un aveu très-concluant .
Mad. Lifimon vient , fon Mari lui fait fubir
un interrogatoire des plus comiques . Plus fa
femme fe juftifie & plus il la croit coupable.
Voyons , dit-il , tâchons de l'aider à m'éelaircir
la choses oh ! ça , ma femme , quand
G it
1830 MERCURE DE FRANCE
il venoit , par exemple , il vous faisoit des po
Litesses , & vous les receviez. Mad. Lifimon
lui répond de la meilleure foi du monde :
Je les recevois , parce que je n'imaginois pas
que je dusse faire autrement avec un homme
destiné à ma fille. Depuis votre soupçon j'en ai
agi differemment. Elle lui avoue qu'il eft revenu
& qu'elle lui a parlé ; cet aveu fincere
acheve de le confirmer dans fes foupçons
jaloux. Mais , dit- il , il faut que cet homme
la foit bien enragé , bien endiablé contre moi.
;
Toute réflexion faite , il croit qu'il y a des
mefures à prendre pour ne pas ébruiter une
rupture qui mettroit fon deshonneur en
évidence il ordonne à fa femme de revoir
Lelio , mais pour l'accabler de mé .
pris. La jaloufie du Pere paffe jufqu'au coeur
de la fille ; Julie vient demander à fa Mere
s'il eft vrai que Lelio foit aflés perfide pour
oser aimer fa Mere après lui avoir juré une
fidélité éternelle. Mad. Lisimon lui répond
avec beaucoup de modération : Mafille ,
quand on a eu le malheur d'écouter des imper.
tinences , il ne faut pas du moins être affes fotte
pour venir les raporter.
Nos Lecteurs voudront bien nous difpenfer
de mettre dans cet Extrait tous les jolis
détails dont cette ingénieuse Piéce eft ornée ,
L'Imbroglio eft pouffé fi loin , que Lelio , par
les confeils de Rosette , vient faire une efpece
de
i
A O UST. 1740.
1537
de déclaration d'amour à la Mere en présence
de la fille . On va voir quel a été le deffein
de Rosette quand elle a donné ce confeil à
Lelio. Rosette aprenant de M. Lisimon qu'il
a porté la chofe jufqu'à faire apeller fon
Rival en duel , après avoir ri d'un deffi ,
dont il commence à se repentir. Elle lui parle
ainfi : Je pense à une chose bienfimple , qui
d'abord nese présentoit pas à mon esprit . En
verité la tête tourne dans de pareilles occafions,
& à peine avons-nous eu le tems de nous reconnoître
, fi quelqu'un qui vous inquieteroit
devenoit votre gendre, aparemment vous cefferiez
d'en être jaloux ; Lelio ayant paru rendre
des devoirs à votre fille , malgré quelques soupçons
que vous avez fur fa conduite , que ne le
forcez vous de l'épouser ? M. Lifimon eft d'abord
bien éloigné de fuivre le confeil de
Rosette , ne fût- ce que par raport à sa fille
qui auroit beaucoup à fouffrir d'un mari , á
qui on la donneroit malgré l'amour qu'il
auroit pour une autre . Mais , poursuit - il ,
quand je voudrois l'y forcer , l'accepteroit- il ?
Vraiment tu ne sçais pas comme pense cette
espece de gens- là ; ils ne veulent rien d'honnête
ni de légitime.
Ce conseil de Lisette , quoique d'abord il
ait été mal reçu , ne laisse pas de faire le dénouement
de cette petite Comédie . M. Lifimon
aime mieux prendre ce parti- là , que
Gij
de
832 MERCURE DE FRANCE
de se faire tuer par un Rival plus vigoureux
que lui. Lelio inftruit Mad. Lifimon du deffi
que son mari lui a fait faire de fa part , &
par là il se reconcilie avec elle ; M. Lifimon
propose le mariage conseillé par Rosette :
après quelques feintes démonftrations de ne
vouloir point s'engager dans les noeuds du
mariage , Lelio veut bien y consentir pour le
bien de la paix , & la tendre Julie lit dans
ses yeux qu'il en fait fon plus grand bonheur
dans le fond de l'ame.
Au refte , cette Comédie eft très-bien représentée
; la Dlle Silvia & les Srs Romagnefi
& Riccoboni jouent les principaux
Rolles avec toute l'intelligence & la vivacité
convenables au sujet .
Le 4. Août , les mêmes Comédiens donnerent
une Piéce nouvelle Italienne en trois Actes , intitulée
les Mariages mal affortis , dans laquelle le
nouvel Arlequin , Pantalon , & Scapin ont tout le
jeu de la Piéce , qui eft dans le vrai goût Italien.
Le 14. ils remirent au Théatre la Parodie de
Zaïre , intitulée les Enfans Trouvés , ou le Sultan
poli par l'Amour , de la Compofition des Srs Dominique
, Romagnesi & Riccoboni , qu'on a revûë
avec plaifir ; on en peut voir le Sujet dans l'Extrait
qu'on en a donné dans le fecond Volume du Mer
Cure de Decembre 1732. page 2868 .
Le Sr Alexandre Ciavarelli , natif de Naples , âgé
de 33. ans , nouvel Acteur , qui avoit débuté avec
aplaudiffement au Théatre Italien au mois d'Août
1732
AOUST. 1746. 1833
1739. pour les Rolles de Scapin , ou Fourbe intri
guant , a été reçû dans la Troupe du Roy
Le 4. Août , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragédie de Zaïre , de M. de Voltaire.
Elle avoit été donnée pour la premiere fois
au mois d'Août 1732. avec un très -grand fuccès.
On peut voir l'Extrait qu'on en a donné dans le
Mercure de Janvier 1733. P. 133 .
Le 13. on représenta la même Piéce , dans la
quelle le nouvel Acteur joüa le rolle de Lufignan
avec aplaudiffement. Le Sr Rouffelet a auffi joué
avec fuccès trois rolles de Paysan , fçavoir , celui
de Talere dans la Comédie de Démocrite amoureux ;
dans la petite Comédie des Vendanges de Suresne
celui de Thibaut , & celui de Colas dans l'Usurier
Gentilhomme.
L'Académie Royale de Mufique continuë les repréſentations
du Ballet des Fêtes Venitiennes , qu'on
voit toujours avec le même plaifir . Le Sr Raynaldi-
Fauffani & la Dlle fon Epouse , dont on a déja parlé ,
continuent d'y danſer deux Entrées Pantomimes
avec un concours prodigieux , & le Public témoigne
tous les jours qu'on n'a peut- être encore rien vû ,
dans ce genre burlefque & pantomime , de fi fingulier.
Le 30. Août , l'Opera Comique donna deux
Piéces d'un Acte chacune , précédées d'un Prologue
, avec des Divertissemens ; la premiere a pour
titre la Comédie fans Hommes , laquelle avoit été
donnée dans fa nouveauté à la Foire S. Germain de
l'année 1735. fur le Théatre de l'Opera Comique ;
& la feconde eft intitulée les Fêtes Villageoises , Ambigu
Comique , avec des Intermedes , dans lesquels
Giij 電訊
1834
MERCURE DE FRANCE
en parodie les principales Scenes des trois Entrées
des Fêtes Fenitiennes . Le Sr Antonio Catolini , qui
avoit reparu fur le Théatre Italien au mois d'Octobre
dernier dans le rolle d'Arlequin , a débuté fur
celui de l'Opera Comique , dans la derniere Piéce
& a rempli les principaux rolles de la Parodie au gré
du Public.
La Troupe des Comédiens du Roy à Compiegne,
dont on parlé le mois dernier , y a continué fes
repréſentations depuis le premier Août , jufques &
compris le 21. jour de la Clôture du Théatre. Ils
ont donné tous les jours differentes Comédies des
Théatres François & Italiens , avec des Intermedes
convenables.
Le 12. le Roy honora cette Troupe de fa préfence
, à la
repréſentation des Comédies d'Arlequin
Valet Etourdi , & du Miroir fans fard , qui furent
fuivies d'une Pantomime Angloife très - bien exécu
tée & aplaudie .
L'AMOUR DESARM E ,
A Mlle B... qui a des Talens décidés
pour la
Déclamation & pour le Chant.
JA
' Ai vû l'Àmour s'envoler dans les airs
La larme à l'oeil il quittoit ce rivage .
Où courez- vous , Vainqueur de l'Univers ?
Ne fuïez pas nos plus tendres hommages.
Ah ! dit ce Dieu , j'ai perdu tous mes droits :
Pour les r'avoir ma plainte eft impuiſſante ;
Je
A O UST. 1740. 1835
Je badinois aux genoux de Canante ,
Elle m'a pris mon Arc & mon Carquois.
Que faire ici defarmé ? je m'envôle ;
Mieux que moi- même elle jouera mon rolle ;
Elle a mes traits , & je n'ai pas fa voix.
Par M. Le Franc .
VERS ,fervant de Prologue à la représentation
d'une Comédie , jouée en Societé d'Amis
à Lille , en Flandres , au mois de Juin
1740 .
L'Amour dans fes defirs
Ne trouve point de réſiſtance ;
Du fier Achille il endort la vaillance
Il fçait d'Alcide arracher des foûpirs ;
D'un Forgeron il fait un Peintre habile ;
En tout genre , il n'eft rien qui lui foit difficile,
II fit fouvent aux autres Dieux
Quitter les Cieux pour defcendre fur Terre ;
C'est par lui qu'Ixion meurt frapé du Tonnerre ;
Et c'est lui qui nous fait être Acteurs en ces Lieux
Gardez - vous d'en porter jugement téméraire ;
Ah ! je vous vois déja promener votre esprit
Sur les Compagnes de Thalie ,
Er vouloir démêler celle qui nous conduit
Pour vous donner la Comédie .
G iiij
Plus
83% MERCURE DE FRANCE
Plus d'une ici , fans doute , eût pu faire un Acteur,
Et celle qui d'Ariſte a fçû toucher le coeur
Mélitte , qui , de la Philoſophie
A fapé jufqu'aux fondemens ,
>
Peut bien plus aisément des Sages de ce tems
Changer la raifon en folie ,
Si c'en eft une , Amour , de chérir tes préfens.
" Ainfi que la GAUSSIN Mélitte a nos fuffrages ;
'Auffi tendre , auffi vive , elle joue auſſi bien
A tes plus tendres badinages
Pourquoi ne pas l'inftruire, Amour, à la ** ?
La Sageffe a voulu t'ôter les avantages
Que ton Empire eût pû tirer d'un tel foûtien.
Telle qu'on la dépeint , quatre fois la femaine
Nous pouvons & la voir, l'entendre & l'admirer ;
Mais il ne nous eft pas permis de pénetrer
Dans des Lieux où l'Amour forge plus d'une chaîne ,
Dont nous ferions honneur de nous parer .
Lille... je le vois bien, * contient plus d'une Belle,
Que nous ferions charmés d'admirer chaque jour,
Nous irions leur montrer nos refpects , notre zele,
S'il nous étoit permis d'y faire notre cour :
Mais , foit que le Pays preſcrive un autre uſage ,
Soit que le Militaire excite la fraïeur ,
Bien peu reçoivent notre hommage.
Que j'en vois ! .... oui j'en vois .... dont un regard
flateur
En regardant les Loges. Chan
AOUST. 1740
1837
Changeroit en defirs Bellonne & la terreur ,
Et conduiroit l'Amour au milieu du carnage.
D'un Militaire on vous fit un tableau
Qui n'y reffemble guere ,
Mais l'Amour va vous peindre un Mars près de fa
Mere.
Il fçait tout oublier dans un jour auſſi beau ;
Travaux , Lauriers , périls , victoire ;
Il ne parle que de la gloire
Qu'il trouve à lui jurer toujours un feu nouveau
Le Militaire enfin , j'entens tels que nous fommes ,
Et qu'il faut diftinguer de ces farouches hommes
Qui prétendent à des faveurs ,
Comme fur un pillage attendu des Vainqueurs
Qui , fans égard , fans politeffe ,
S'ils affiégent une maiſon ,
N'en laiffent point diftinguer la maîtreffe ,
Et le premier venu s'en croit être Patron .
Le Militaire donc , que je vous recommande
Partiſan des plaifirs , aime à les varier :
Il change en Mirthe un importun Laurier
Qu'il recueille à l'inftant que l'honneur lui com
mande
Et fa Maitrefle alors ne l'en aime que mieux .
*
Une Belle fait gloire
De triompher d'un Amant glorieux ;
L'Amour brille de nouveaux feux ,
GY Quand
1838 MERCURE DE FRANCE
Quand il enchaîne la Victoire.
Bacchus fçait quelquefois auffi le réveiller ;
Il ne fe livre au Jus que ce Dieu lui préſente ,
Qu'autant qu'il faut pour égayer l'efprit ;
It refpecte le Sexe , il l'aime , & ne lui dit
Jamais rien dont Pudeur puiffe prendre épouvante.
Convive gai , mais jamais indifcret ,
Prenant le tems comme le Ciel l'envoye ,
Jamais pour le paffé ne forme de regret ,
Dans le présent trouve toute la joye ,
Pour l'avenir ne fait point de projet.
L'Honneur eft le Dieu qu'il encenfe
Il eft fuivi par les Plaifirs ,
Et du premier , où tendent fes defirs ,
Les autres font la récompenſe.
A recevoir tels gens craint- on des repentirs
Dédaignez - vous une telle peinture ?
Ils parlent tous par ma bouche , je jure :
C'eft le defir de vous le confirmer
Qui nous a fait ici nous transformer
En Acteurs , qui peut être ont abusé , Mesdames ,
D'un tems mieux employé qu'à nous venir fiffler.
Si nous vous déplaiſons plus que par tous les bl
Le
mes ,
regret de ne plus ici vous rapeller
Nous punit , fans pourtant nous en voir accabler ,
Car vous voir eft un avantage,
Que
AOUST. 1839
1740.
Qu'il faut payer par des foûpirs ;
N'importe, c'est vous voir, & fouvent le plus fage,
Sans trop prévoir les repentirs ,
Ne pense qu'au bonheur d'en pouvoir faire ufage
C'eft en dépit de l'une des neuf Soeurs
Que pour vous voir l'Amour nous fit Acteurs ;
La curiofité , qu'on affûre femelle ,
Servira , dîmes-nous , à bien remplir nos Jeux ;
Et nous avons ce qui nous tenoit en cervelle.
Oui , Mesdames , c'étoit un regard de vos yeux
Polimnie (a) en ce jour partage notre zele ,
Elle veut employer fon art à vos plaifirs ,
Et par des fons , qu'envîroit Philomele ,
Une Syrene (6) ici va combler nos defirs .
Terpficore , à ſon tour , dans fa danse légere
Vous offrira nouvel amuſement :
Ses pas feront un nouveau fentiment ,
Nouveau defir encore de vous plaire.
Sexe charmant , nos coeurs vous font foûmis :
maître
Qui ne fe fait honneur de vous avoir pour
Soyez content , faites - nous le connoître ,
Et notre zele emporte tout fon prix.
(a) La Muse de la Mufique.
(b) Mlle Gautier .
Gvj
ADRESSE
1840 MERCURE DE FRANCE
ADRESSE A. M.L. P.D. M.
ALexandre nouveau , fubjuguez l'Univers ;
Il en dût la Conquête au feul bruit de ſes armes ;
Les Peuples effraïés lui demandoient des fers ,
Et tous les coeurs foûmis fe rendront à vos charmes
Ne faites que paroître , & sûre du fuccès ,
Ne craignez point de vous mettre en voyage ;
Vos yeux , du Dieu d'Amour affûrent les projets
La ſageſſe ſçaura vous fauver du naufrage ,
Vous avez fçû les réunir tous deux.
Vous nous forcez à rendre un double hommage
Au Dieu d'Amour , en regardant vos yeux
A la Sageffe , en vous voyant fi fage.
NOUVELLES ETRANGERES.
MEMOIRES sur les Révolutions de Perse
& du Mogol , tirés de diverses Relations &
Lettres écrites de Bengale , &c.
'Hiftoire ne préfente point d'exemple d'une Ré
Lvolution auffi étonnante &auffi fubite que celle
de la conquête de l'Indoftan par Schah Nadir
Roy de Ferfe , connu auparavant fous le nom de
Thamas Kouli- Kan.
Le mauvais Gouvernement de cet Empire fem-.
1
bloir
AOUST. 1749 . 1847
bloit préparer à ce grand Evenement . Les Peuples
-étoient écrasés par les véxations des Grands . Mametshah
, Empereur des Mogols , Prince d'un esprit
foible , jusqu'à l'imbecilité , uniquement occu
pé de fes plaifirs , laiffoit le foin de fon Royaume à
Candoram & à Camordikam , fes deux principaux
Miniftres ; ces deux Miniftres , que l'ambition &
l'interêt divifoient , ne fongeoient qu'à accumuler
des richeffes ; l'Etat étoit fans Troupes les Omrats,
( Géneraux d'Armées , Gouverneurs des Provinces
premier Titre dans cet Empire) & les Mausebdeces )
( Titre qu'on donne à ceux qui commandent depuis
soo. chevaux jufqu'à 10000. ) chargés d'en entretenir
un certain nombre , en recevoient la paye, fans
en avoir d'effectifs fur pied .
*
Ce Grand Empire étoit agité depuis long- tems
par diverses Rébellions. Les Marettes , Peuples du
Decan, qui n'eft pas une feule Province , ni un feul
Canton , mais qui comprend tout ce qui eft fitué
entre les deux Côtes Malabares & de Coromandel ;
il eft apellé Décan par les Arabes , autrefois Tributaires
du Mogol , dont ils avoient fecoué le joug;
avoient méme eû la hardieffe de pénetrer en
Corps d'Armée d'un bout à l'autre de l'Indoftan &
d'y faire de grands ravages ; le peu de réſiſtance
qu'ils avoient trouvé , annonçoit la facilité qu'il y
auroit à envahir cet Empire.
-Schah Nadır , né Guerrier & ambitieux , inftruit
de toutes ces choses , engagé peut- être par quelques
Grands de l'Empire , conçût le deffein d'en faire la
conquête. Sa grande autorité reconnue dans toute
la Perse, dont il avoit usurpé la Couronne fur Schah
Thamas , & la Paix qu'il avoit faite avec les Turcs
& les Moscovites le laiffoit le maître de disposer de
toutes les forces ; il s'avança d'abord du côté de la
Fortereffe de Candahar , Frontiere des deux Empires
1842 MERCURE DE FRANCE
res , tantôt poffedée par les Persans & tantôt par
les Mogols . Il s'en empara après un Siége affés
long on croit même qu'il ne le pouffa point avec
toute la vigueur qu'il auroit pû , par de certaines
vûës particulieres pour le donner le tems de fe
mettre en état d'entrer dans les Indes .
1
Après la prise de Candahar, & pour ne point laisser
d'ennemis derriere lui , qui puffent lui fermer
les chemins à fon retour des Indes , il fit un Traité
avec la plus grande partie des Patannes ouAghouans,
qui habitent les Terres de Caboul & de Genelabat,
Province dépendante des Mogols , à l'Oüeft de
Indus.
Il s'avança ensuite avec fou Armée du côte de
Caboul ; M. Voulton , François , attaché à l'Empereur
Mogol , en qualité de Chirurgien , marque
dans fa Lettre du 24.Septembre 1738. que le refte
des Patannes que le Prince Persan avoit négligé
de s'attacher à lui , avoient voulu s'oposer à la
marche , qu'il s'étoit donné plufieurs combats, que
dans les deux premiers Schah Nadir avoit été repouffé
, mais que dans le troifiéme il avoit rempor
té une victoire complette ; la même Lettre ajoûte
que Nazer Kam , Gouverneur de Caboul & de fes
dépendances , avoit trahi fon Maître , qu'il avoit li
vré la Ville à Schah Nadir , & s'étoit joint à lui
avec cent mille Cavaliers.
Les Nouvelles écrites en Persan du 13. Janvier
1739 traitent cette affaire d'une façon un peu diférente.
Elles portent que Nizer Kam , en conséquence
des ordres du Mogol , avoit affemblé une
Armée de Patannes , avec laquelle , quoiqu'il n'eût
point reçû les fecours qu'il avoit demandés, & qu'il
atendoit de Dely , il n'avoit pas laiffé de fe préfenter
devant Schah Nadir , qu'il s'étoit donné un
Combat entre les deux Armées , dont l'avantage
avoit
A O UST. 1843 1740
avoit été indécis , qu'en uite le Gemidar de Caboul
( qualité que les Maures don est aux Rajats , Tributaires
dont le Diftrict n'eft point etendu , ) & les
Patannes attachés à chah Nadir avoient conduit ce
Prince par u autre chemin à Pechoart , Fortereffe
fituée à l'Oueft de l'Indus , à une diftance de 18. à
20. lieuës , do t il s'étoit empa é ; que Nazer Kim
en ayant été informé , avoit pris la fuite , mais qu'il
avoit eté poursuivi & arrêté , & que , pour prix de
fa rançon , il avoit livré Caboul .
Pechoart & Caboul foûmis au pouvoir du Conquérant
, il paffa la Riviere d'Atak ou l'Indus , &
s'avança vers Lahors , Ville Capitale de la Province
01 Royaume de Pingal.
Zigria Kam , beau frere de Camordi Kam Grand
Vizir pourvû de ce Gouvernement , fortit de la
Ville avec 70000. hommes , pour aller au -devant
de l'Ennemi , mais étant informé de la prise d'un
Endroit fort & confilérable , nommé Emmenabat ,
à s . à 6. lieues au Nord de Lahors , après un Combat
affés opiniatié, dans lequel Calamder Kam , qui
en étoit Foffedar Titre qui défigne un Gouverneur
d'une Ville ou d'un District dépendant d'un Gouverneur
Géneral ) avoit été tué , il rentra dans la
Ville qui ne réfifta pas long - tems à Schah Nadir ,
lequel y trouva beaucoup de munitions de guerre ,
dont il s'empara , & qui lui furent d'un grand fecours
pour le refte de fes Conquêtes.
Schah Nadir traitoit avec beaucoup de douceur
ceux qui fe foûmettoient à lui , mais il étoit d'une
févérité extrême pour ceux qui lui réfiftoient. Cette
Politique , jointe au découragement & au mécontentement
des Peuples , groffiffoit tous les jours
fon Armée , & lui levoit bien des obſtacles qui l'auroient
empêché de s'avancer du côté de Dely avec
autant de rapidité qu'il a fait, Dely ou Gehenabar
eft
1844 MERCURE DE FRANCE
eft une Ville fituée fur le Gencena , Riviere qui fe
décharge dans le Gange à Wabes , Capitale de tout
l'Empire Mogol , fondée par Schah Gean , Pere
d'Aurengzeb , Empereur .
Pendant que Schah Nadir étendoit fes Conquêtes
dans les Indes , Mametcha paroiffoit être à Dely
dans une pleine ſecurité , foit par le peu de connoissance
qu'on lui donnoit des affaires , foit que la fauffe
idée de fa puiffance lui fit regarder le Roy de Perse
comme un ennemi peu à craindre. La nouvelle de
la prise de Lahors le réveilla de fa létargie , & jetta
la Cour & le Peuple de Dely dans le dernier abattement.
On fe disposa cependant à oposer à Schal
Nadir , qui s'avançoit à grands pas vers cette Ville,
une des plus puiffantes Armées , dont on ait jamais
oui parler dans le Mogol .
Le 13. Décembre 1738. fuivant la Lettre de Ma
Voulton du 27. du même mois , Nazelnelmoulouk , -
Gouverneur du Decan & General de Mametchah,
fortit de Dely avec Camordi Kam & Caudoram
pour fe mettre à la tête des Troupes ; Mametchab
auroit bien voulu garder auprès de lui Candoram ,
mais les deux premiers refuserent de partir fans lui
Ils camperent à fix lieues de Dely , pour attendre
le refte des Troupes qui venoient à grands pas de
toutes parts .
Le 26. Decembre , Mametchah envoya ordre à
Nazelnelmoulouk de décamper , mais cet Officier
lui fit réponse qu'il étoit à propos que S. M. fortît
de Dely , pour encourager fes Troupes ; que celles
qu'on attendoit auroient plus d'empreffement à
joindre le refte de l'Armée , quand elles fçauroient
leur Souverain dans le Camp ; ce Prince n'ayant
point goûté cette propofition , l'Amée continua fa
marche , pour aller au- devant de Schah Nadir ; les
Troupes de Sadatkam , Gouverneur de Bennaress ,
apellé
A O UST. 1745 1849
apellée par les Gentils , Caify , Ville fameuse par
fen ancienne & célebre Académie , fituée fur le Gange,
celles de la Cletroff & celles des Rajats , Prin
ces Gentils , que l'on attendoit , fe joignirent en
chemin.
Mametchab fe détermina cependant à quitter
Dely ; il en fortit le 11. Janvier 1739. & alla cam
per à un Jardin , qui en eft éloigné de fept lieuës ,
nommé Sehelamar , où il avoit envoyé fon fils devant
; ils en partirent enfuite pour joindre l'Armée .
à
Schah Nadir avançant du côté de Dely , & Mametchah
allant au -devant de lui , les deux Armées
ſe rencontrerent enfin fur le chemin de Lahors ,
un Lieu nommé Carval , diſtant de Dely d'environ
60. lieuës.
elle
Celle de Mametchah , fuivant les premieres Lettres
de M.Voulton , & felon les Nouvelles Perfiennes,
qui font presque conformes , étoit de deux cent mille
Cavaliers , & de cinq cent mille Pions ou Fantassins,
outre sooo . Elephans armés en guerre; l'Artil
lerie répondoit à la grandeur de cette Armée ;
étoit de 7000. piéces de canon ou fauconneaux; mais
fi on s'en raporte à la derniere Lettre de M. Voulton ,
cette Armée étoit encore bien plus forte , il la fait
monter à quatre cent mille chevaux , à huit cent
mille Pions , 10000.piéces de canon, 2000. Elephans
armés en guerre , & 30000. Chameaux, fur les bats
desquels on place une espece de fauconneau .
L'Armée de Schah Nadir n'étoit que de 80000
Cavaliers , partie Caselbatches & Géorgiens , noms
que l'on donne aux Cavaliers Persans , comme celui
de Spahis aux Cavaliers Turcs ; de 20000. hom
mes d'Infanterie , 250. pieces de canons de Campagne
, & 12. piéces de groffe Artillerie , mais ces
Troupes étoient disciplinées , aguerries & conduites
par un Chef qui fçavoit leur donner les mouvemens
convenables . Celle
1846 MERCURE DE FRANCE
Celle de Mametchah , au contraire , n'avoit point
de Chef , les Géneraux étoient divisés entre eux
les Soldats ramaffés à la hâte , fans discipline , &
découragés à un point , qu'un feul Lourchis ou Cavalier
de l'Armée de Schah Nadir , faisoit trembler
1000. Cavaliers de Mametchah , qui d'ailleurs ne
pouvoient s'accoûtumer à l'habillement bizarre de
ces Loutchis. Ils ont une espece de Bonnet quarré
d'un pied & demi de hauteur , Couvert d'une peau
de Mouton , ils ont un habit de Drap à la Heyduque
, une Culotte courte , des Bottines de cuir , &
ils font armés d'un Sabre , d'un Fufil à meche &
d'une Hache.
L'Armée de Schah Nadir avoit en abondance des
vivres & des munitions de guerre ; celle de Mametchah
manquoit au contraire de tout ; on
ne connoît point dans les indes les précautions
qu'on prend en Europe , d'avoir des Magafins établis
& des Munitionaires; le Cavalier, comme le Fantaffin
, eft obligé fur fa paye de fe fournir de vivres,
de poudre & de plomb ; ils fe chargent le moins
qu'ils peuvent de balles ; un Fantaffin paffe pour
être bien armé lorsqu'il a trois coups à tirer , d'où
il arrive que fouvent après la premiere décharge il
n'eft plus en état de combattre ; il eft vrai que presque
la feule Cavalerie combat dans ces Pays , &
que l'Infanterie ne fert pas beaucoup . Ces chofes
bien connuës , rendent plus croyable la rapidité
des Conquêtes de Schah Nadir.
Les deux Armées furent quelques jours en préfence
, pendant lesquels il n'y eut que des escarmouches
, mais le 21. ou le 22. Fevrier 1739. ( car
la date n'eft pas bien conftatée ) il fe donna une Ba .
taille qui coûta la vie à 10000. hommes des Troupes
de Mametchah , & dans laquelle périrent un
grand nombre d'Omrats , & Candoram avec toute
la
AOUST. 1740. * 1847
Famille de Mametchah , à l'exception d'un de
s fils . Salalkam mourut huit jours après des bles
es qu'il y avoit reçûës .
La perte de cette Bataille jetta le reste de l'Armée
ans le dernier découragement , décida du fort de
Mamerchah , & affûra l'Empire du Mogol à
Schah Nadir.
Le 16. de la Lane de Fevrier , les Troupes du
Vainqueur ferrerent de fi près le Camp des Enneis
, que les fourages n'y pouvoient plus arriver ,
que la disette y fut excellive.
Le 18. Schah Nadir envoya apeller Nazelnelmou
' ouk , un des Géneraux de Mametchah , pour lui
faire part de fes prétentions , mais ce Géneral Mogol
, apréhendant , comme le bruit en couroit , que
'Armée ne fe débandât s'il s'absentoit , fit affembler
Camordikam & plufieurs autres Viſirs , & leur
proposa de fortir le lendemain des retranchemens
& de tomber avec toute l'Armée ſur Schah Nadir ,
& leur dit qu'il fe mettroit à la tête. L'Empereur
Mogol y donna les mains , mais il changea d'avis
pendant la nuit , le lendemain personne ne fut du
fentiment de Nazelnelmoulouk , & Mametchah &
fes Conseillers , auffi peu guerriers que lui , opine
rent de décamper.
Nazelnelmoulouk voyant la famine augmenter
dans le Camp , prit le parti , pour fauver un nombre
infini de monde qu'il apréhendoit que Schak
Nadir ne fit tailler en piéces , d'aller le trouver
avec 10. perfonnes , dont M. Voulton marque
avoir été du nombre.
On eft obligé de s'en raporter pour cette Conférence
& pour les autres détails , à la Relation de
M. Voulton , quelque informe & exagerée qu'elle
paroiffe , parce que les Nouvelles écrites en Persan
n'en parlent point.
Nazel1848
MERCURE DE FRANCE
Nazelnelmoulouk ft fort bien reçû de Schal
Nadir , & ce Prince , après l'avoir fait affeoir , eus
avec lui l'entretien qui fuit , felon les mêmes Let◄
tres de M. Voulton.
Depuis quatre ans j'ai envoyé mes Ambaffa
deurs à votre Empereur , pour lui demander le
payement de ce qu'il doit à la Couronne de Perse
, pourquoi retient- il mes gens ? pourquoi ne
répond-il pas à mes Lettres & enfin pourquoi
» m'a- t'il donné la peine de venir de fi loin ?
Ce Géneral lui répondit : » J'ai toujours été dans le
» Decan; j'étois venu l'année derniere à Dely, dans
le deffein de terminer cette affaire , mais l'Em-
» pire n'étoit point en état de faire ce que vous demandiez
; il ajoûta , l'empreffement que nous
» avions de vous voir nous a tout fait négliger
pour avoir , à quelque prix que ce fût, l'honneur
de vous baiser les pieds.
>
Schah Nadit fourit à cette expreffion , & lui fir
voir ensuite les Memoires contenant fes prétentions .
D'abord pour le prix d'un Trône Royal , qui coûtoit
neuf Courons de Roupies , ( le Couron vaut dix
millions , ) ainfi ce Trône valoit quatre-ving dix
millions de Roupies , ( la Roupie évaluée 40. fols, )
Ou 225. millions de livres de France , fomme immenfe
, mais fur quoi on ne peut affeoir aucun jugement
, ne fçachant point de quelle matiere étoit
ce Trône (a) ni les richeffes qui y étoient em
(a) Les choses les plus magnifiques & les plus fuperbes
, n'ont eû que de foibles commencemens. Parmi
les Puiffances de l'Orient , les Rois n'ont pas tou
jours eu des Trônes ; les Hiftoriens Persans ( Bibliotheque
Orientale , page 847. ) écrivent que Caïoumarrat
, Premier Roy de Perse , eft le premier qui
fe foit fervi d'un Trône , encore de Siége Royal , dont
ployées,
AOUST. 17407 1847
50
ployées. Il lui dit ensuite : Eft- il naturel que
Thamour , Roy de Perfe , l'ait fait transporter à
Dely? Et eft il jufte que votre Empereur fe l'aproprie?
Nazelnelmoulouk convint là - deffus de la
juftice des prétentions de Schah Nadir.
Le Grand- Pere de Mametchah , oncle de Gean
» ghir , continua Schah Nadir , avoit prié la Perse
de le fecourir de 10000. hommes, pour l'aider à
monter fur le Trône , la Perse les lui envoya , &
as fit toutes les dépenses néceffaires , à condition
» qu'il les rembourseroit ; cela n'a point encor été
fait , ce Remboursement eft- il juſte ? Qüi ,
ré-
» pondit Nazelnelmoulouk .
Par l'Alliance contractée entre les deux Empi-
» res , ajoûta Schah Nadir , on devoit fe fecourir
so réciproquement ; la Perse a effuyé une guerre
cruelle qui l'a ruinée , on vous a demandé les mêmes
fecours que l'on vous avoit ci - devant don
nés , vous ne nous avez fait aucune réponse ; j'ai
emprunté des fommes confiderables, dont je paye
les interêts , pour me mettre en état de reprendre
fur les Turcs les Provinces de Perse, dont ils
20
on ne dit pas la matiere , n'étoit- il que doré. Dans la
fuite plufieurs Princes en firent faire d'or massif. Mais
rien n'egala peut - être jamais la richesse de celui dont
il eft ici queftion , la description exacte& détaillée de
toute fa compofition feroit curieuse.
Serir Aldheheb , ou le Trône d'or , eſt le nom d'u
ne grande Province , qui s'étend entre le Pont Euxin
La Mer Caspienne , Nouschirvan Kisra , Roy de
Perse , en donna le Gouvernement à un Seigneur de
grande confiance , auquel il accorda le Privilege de
saffeoirfur un Trône d'or , en confidération de l'im
portance du Pays qu'il gardoit , lequel en a retenu le
nom qu'on vient de dire. ( Bibl. Qrient. p . 807. )
P s'étoient
1850 MERCURE DE FRANCE
s'étoient emparés ; l'Empire de Perse eft ruiné
par votre faute , & par le peu d'affiftance que
» vous lui avez donné, qui me remboursera de toutes
ces dépenses ?
» Permettez-moi , répliqua Nezelnelmoulouk ,
d'en écrire à mon Maître , & pardonnez ce qui
» eft paffé , je laiffe ma tête entre vos mains , faites
de moi ce qu'il vous plaira , je me foûmets
» à vos ordres.
Schah Nadir lui dit ensuite : » je fuis touché de
ce que vous me dites ; je fais grace à votre Empereur
& à fes Troupes , que j'avois deffein de
faire paffer au fil de l'Epée ; je vous ordonne de
» lui aller dire de ma part qu'il vienne me joindre
» entre les deux Armées , & nous ferons la Paix ,
» comme je le jugerai à propos.
Nazelnelmoulouk de retour dans le Camp , rendit
compte à Mametchah de cette Conference.
Le lendemain Schah Nadir & Mametchah fe trouverent
au rendez - vous donné , comme on en étoit
convenu , & ils s'embrafferent. Ce dernier offrit fon
Empire à Schah Nadir , qui lui répondit , » je ſa-
» lue votre Tack , c'eſt - à- dire votre Trône & votre
Empire , il eft à moi , mais je vous le rends ; faites
juftice à la Perse fur fes prétentions légitimes .
Il fut arrêté que Nazelnelmoulouk regleroit tout;
les deux Monarques demeurerent ensemble pendant
fix heures , & convinrent que
Mametchah reviendroit
le furlendemain , pour être régalé par
Schah Nadir , & que le jour fuivant Schah Nadir
viendroit chés Mametchah .
Ce Prince fe rendit au jour affigné au Camp de
Schah Nadir , la Fête qu'on lui donna , coûta trois
Sacs de Roupies , c'eft - à - dire, 300000. Roupies , &
ils ne fe quitterent que fur les huit heures du foir.
Mametchah , en fe retirant, fit préfent à Schah Nadir
AOUST . 1740. 1851
dir de fix chevaux , d'un Elephant chargé de Joyaux,
& d'un autre Elephant , chargé de trois Sacs de
Roupies.
Le lendemain Nazelnelmoulouk retourna chés
Schah Nadir , pour terminer toutes choses à l'amia-
-ble , il avoit fait mener avec lui 20. Chariots , chargés
de trois Courons de Roupies , qui font trente
millions , pour les donner à compte ; Schah Nadir
faisoit monter fes prétentions à 40. Courons , c'eſtà-
dire à quatre cent milions de Roupies, tant pour
les frais de la guerre contre les Turcs , que pour
les dépenses qu'il avoit faites depuis qu'il étoit ſorti
d'Ispaham pour fe rendre dans les Indes , & pour
celles qu'il feroit obligé de faire pour fon retour.
Nazelnelmoulouk , après bien des représentations
, le fit consentir à fe contenter de i2. Courons
de Roupies , qui font cent-vingt millions , qui
devoient être payés en quatre ans ; de cinq Courons
de Joyaux , & du Tack ou Trône de Thamour,
dont on a parlé ci - devant , de neuf Courons.
Il fut convenu ensuite que deux jours après la
Ratification du Traité par Mametchah , les deux
Armées le fépareroient , & que Schah Nadir laifferoit
librement paffer les fourages & les vivres dans
le Camp , où la famine étoit fi grande , que plus de
50000. hommes y étoient morts de faim ; 300000
qui s'en étoient fauvés , pour éviter un pareil fort,
avoient été maffacrés par les Payfans qu'on apelle
Zates & Bertouches.
Lorsque Nazelnelmoulouk présenta à Mametchah
l'accord qu'il avoit fait , ce Prince lui répondit qu'il
n'avoit point affés d'argent pour payer actuellement
une telle fomme , qu'il aimoit mieux tout abandonner
, & paffer dans le Bengale , que de fouscri
re à de pareilles conditions.
Nazcinelmoulouk lui représenta que l'impofition
852 MERCURE DE FRANCE
tion de l'ancien Tribut fur les Gentils, ou Idolatres,
qui étoit de fept Roupies par tête d'hommes mariés
, lui procureroit le double de ce qu'il avoit
consenti de payer à Schah Nadir , & qu'il devoit
rendre graces au Ciel d'un Traité qui lui affûroit
l'Empire & la vie .
Ce Prince remit l'affaire au lendemain , mais ses
infideles ou peu éclairés Conseillers , dont il avoit
toujours écouté les avis , le détournerent de figner
ce Traité.
Nazelnelmoulouk s'étant rendu le lendemain au
près de Mametchah , ce Prince lui répeta qu'il ne
vouloit point du tout confentir àl'accord qu'il avoit
fait. Ce Géneral lui répondit : » vous avez donné
votre parole à Schah Nadir , c'eſt en conséquence
de vos ordres que j'ai fait ce Traité , fi vous
ne voulez point le ratifier , déclarez lui donc de
nouveau la guerre .
Son Maître ne lui fit aucune réponse , & fit apeller
Camordikam & les autres Omrats , pour les
confulter ; les avis tumultueux & differens de ce
Confeil ne permirent pas de rien décider.
Nazelnelmoulouk , dans la derniere confterna→
tion de l'indécifion de fon Maître , prit le parti de
retourner feul vers Schah Nadir , pour remplir la
parole qu'il lui avoit donnée. Il lui dit , en l'abordant
, je vous avois engagé ma parole , mais mon
» Empereur ne veut point executer le Traité , voilà
» ma tête , faites de moi ce que vous jugerez à
» propos.
39
Schah Nadir lui répondit , » j'ai tenu ma parole ;
>> vous autres Mogols vous n'en avez point , je vous
» ferai tous mourir de faim , &je ferai couper la
a tête à votre Empereur & à fes Géneraux ; il le fit
enfuite arrêter , & envoya dire à Mametchah
» qu'il le feroit mourir avec toute la Géneration .
แ
AOUST. 1740 *
1853
Il ordonna enfuite qu'on refferrât de plus près le
Camp du Mogol . & que fon Armée fe tint prête le
lendemain , pour tomber fur celle de Mametchah ,
& de n'épargner ni l'Empereur ni l'Impératrice, &c. .
Sur le minuit, Mametchah fe repentit de n'avoir
pas fuivi les confeils de Nazelnelmoulouk , mais il
n'étoit plus tems , & ce Prince qui n'avoit eû ni assés
de coeur pour combattre , ni affés de jugement
pour accepter un Traité qui lui confervoit l'Empire,
prit la réfolution de s'empoisonner avec toute fa
famille.
Les chofes étant prêtes pour executer les ordres
de Schah Nadir , Nazelnelmoulouk , toujours prifonnier
auprès de lui , le pria fi inſtamment d'accorder
un delai , qn'il y confentit , mais à condition
que Mamerchah viendroit fe rendre fon prifonnier
le même jour , & qu'il le mettroit à fa discrétion .
Ce Géneral fit fçavoir cette condition à Mametchah
, qui fut obligé d'y fouscrite ; ce malheureux
Prince vint fe mettre à la discrétion de fon vainqueur
, qui le fi: fon prifonnier , & envoya fur le
champ 10000. hommes de fes Troupes , pour s'emparer
de toute l'Artillerie , & faire tous les Omrats
prifonniers à plufieurs defquels il fit couper la têtes
il ordonna ensuite aux deux Arméés de fe joindre ,
& de continuer leur marche vers Dely.
Il fit fon Entrée dans cette Ville le 7. de la
Lune de Mars , avec autant de tranquillité , que
S'il en avoit été le légitime Souverain . Toutes
les Publications fe firent dans la Ville en fon nom
comme Roy des Indes ; il fit fraper les Roupies à
fon Coin ; les Nouvelles Perfiennes portent , que
ces Roupies étoient du poids de douze Maffes , ou
de vingt grains plus pesantes que celles du Mametchah.
C'eft de ces nouvelles Roupies qu'il a payé
fon Armée , la Légende étoit en ces termes. Il eft
H né
1854 MERCURE DE FRANCE
népour être le Roy du Monde, Qui eft le Roy des Rois?
SCHAM NADIR.
Ce Prince prit fon logement dans la Fortereffe ;
qui eft la demeure ordinaire des Empereurs , & il y
denna un apartement à Mametchah , mais toujours
avec une garde.
L'incertitude où l'on étoit dans le Pays de Bengale
sur ce qui fe paffoit à Dely , donna lieu aux
Nouvelles les plus extravagantes, foit fur le compte
de Mametchah , foit fur celui de Schah Nadir ; on
prétendoit que ce dernier Prince avoit fait présenter
au premier un Plat d'or , rempli de Perles & de
Pierreries , fans lui faire donner autre chofe à manger
, & fur ce que ce Prince s'étoit plaint qu'il n'é-
Loit pas poffible de manger de pareilles choses , il
lui avoit été répondu , que ces mets étoient cause
de.fa misere , que s'il eût employé l'argent qu'il
avoit dépensé à les acquerir , à bien faire fortifier
fes Places , il feroit encore le maître de manger
fon aise tout ce qu'il voudroit ; on ajoûtoit que lors
que ce malheureux Prince vint le rendre à la discrétion
de Schah Nadir , il avoit été mis dans une
Cage de fer fur un Elephant , les mains liées avec
une chaîne d'or , & que dans cet état humiliant il
avoit accompagné le Conquerant dans fon Entrée
à Dely ; mais toutes ces Nouvelles fe font trouvées
fauffes , M. Voulton , ni les Nouvelles en Persan
n'en disent rien , elles font , au contraire , preffentir
qu'à la garde près , Mamerchah avoit été traité
en Roy.
Le 28. Mars 1739. Sayer Nyatzkam , parent de
Camordikam , Sayer Navaskam & Rayeman , Capitaines
des Choupdars de Mametchah , qui font des
Officiers ayant un Bâton d'argent ou d'or, Porteurs
des ordres de leurs Maîtres & l'accompagnant partout
, ces Capitaines , dis -je , ayant fait la débauche
AOUST. 1749: 7855
pes
hommes .
s.
the,firent courir le bruit que Schah Nadir avoie
été tué par Mametchah dans l'interieur de la Fortetereffe
, ce bruit s'étant répandu dans la Ville de
Dely, la Populace fe fouleva & tomba fur les Tronde
Schah Nadir , dont il fut tué à 60001
Schah Nadir en ayant étéinformé , entra en fureur
, fit fermer la Fortereffe , & en fit tirer le cànon
fur la Ville jusqu'à minuit. Le lendemain , il
ordonna à fes Troupes de mettre la Ville à feu & à
fang ; il fortit même de la Fortereffe , & alla s'asscoir
dans la Mosquée de Rocheudoula , au Champ
de Nichoque , où étoient les Boutiques des Mar
chands & Banquiers de Dely. Ses ordres furent
executés avec ponctualité , le feu fut mis aux qua
tre coins de la Ville , le viol , le pillage & le carna
ge durerent jusqu'à midi , plus de 100000. person
nes , y compris les femmes & les enfans , furent
maffacrés , & les trois quarts de Dely furent brulés.
Nazelnelmoulouk , pénetré de l'état affreux où
fe trouvoit cette Capitale , le fauva de fa maison &
fe rendit auprés de Schah Nadir , qu'il trouva mangeant
des Confitures , ce Prince lui en présenta fur
une affiette , il les refusa & lui dit : Seigneur ,,
je ne fuis pas venu pour manger , mais pour
» mourir de votre propre main , puisque vous faites
ôter la vie à tant de personnes , fans vous
informer de la cause du désordre , ne craignez-
» vous point que Dieu ne faffe tomber cette Mosquée
fur votre tête , pour vous punir du maffa
» cre que vous faites faire pour une faute que qua
tre Particuliers ont feuls commise ? .
Schah Nadir , touché de fes représentations , envoya
ordre fur le midi , de faire ceffer le pillage &
le carnage , mais il ne ceffa que fur les neuf heures
du foir. Dely fuma pendant plus de huit jours de
cer Incendie. Hij Le
856 MERCURE DE FRANCE
1
Le Prince victorieux ayant fait chercher les trois
Omrats , auteurs de l'Emeute , il leur fit couper la
tête.
Les Nouvelles en Persan portent , que Camordi
kam accompagnoit Nazelnelmolouk , & qu'ils fe
présenterent devant Schah Nadir la tête nue & les
mains liées , c'eft la maniere la plus humiliante &
la plus touchante de demander grace en ce Pays.
La Ville de Dely étant devenue tranquille , ce
Prince continua à en faire ramafler toutes les richeffes
; il fit mettre une contribution fur chaque
Maison , & taxa tous les Omrats , ies Sécretaires &
autres Officiers de Mametchah à des fommes conidérables
, plufieurs d'entre eux, hors d'état de payer
leur Taxe, ayant été dépouillés de tous leurs biens ,
s'empoisonnerent ou s'ouvrirent le ven.re , pour ne
point furvivre à leur misere ; il s'empara auffi de
toutes les richeffes de Mamerchah , & fit enlever
jusques aux Plaques d'argent , dont la Sale Royale,
ainfi que les Lits & les gros Meubles , étoient
revétus : il fit encore publier une défense à tout
Cavalier & Fantaſfin de fon Armée , de garder plus
de cent Roupies , fous peine contre les contrevemans
, d'avoir le ventre ouvert.arki
ger
On creusa la terre dans les Marsons , pour voir
s'il n'y avoit point d'argent caché , & pour obliles
Habitans à découvrir leurs richeffes , on les
attachoit , & deux Cavaliers avec une Hache à la
Heyduque , leur en donnoient tant de coups fur les
mains & fur le dos , qu'ils étoient obligés de tout
déclarer. P
L'Armée de Schah Nadir environnoit Dely , & il
n'étoit permis à personne de fortir de la Ville ,
mais comme on n'y aportoit point de vivres , la disette
y fut exceffive , le Ris fin y a valu une Roupie,
& le reste à proportion
À O UST. 1748. 1857
La rapidité des Conquêtes de Schah Nadit avoit
répandu une fi grande terreur dans le reste de l'Empire,
qu'il fe feroit entierement foûmis feroit de fimples
ordres. Cette terreur paſſa jusqu'à Moxondabat,
féjour du Nabal , ou Gouverneur Géneral dua
Royaume de Bengale , éloigné de Dely de plus de
300, lieuës , & quoique le Vainqueur n'eût envoyé
aucunes Troupes dans ce Royaume , que les ordres
n'y euffent pas même péneité , fon autorité y fut
reconnue , auffi - tôt que l'on y fut informé qu'il
étoit maître de Dely , Safraskam , Nabal ou Viceroy
, le fit proclamer Roy des Indes à Moxondabat.
Le 4. Avril , les Prieres furent faites en fon nom
dans les Mosquées , & les Roupies furent frapées à
fon Coin ; les Hollandois en reçûrent même à la
Monnoye toocoo frapées à ce même Coin
Il est vrai qu'on le repentit bien tôt à Moxondabat
d'avoir pris ce parti ; on parla même pendant
quelque tems de tirer de la Fortereffe , pour le mettre
fur le Troue , un Prince du Sang Royal , nommé
Carimchal , qui y étoit prisonnier & qui avoit toujours
paffé pour être aveugle pendant le Regne de
Mametchal. Losqu'un Prince du Sang Royal fait
ombrage au Mogol Regnant , l'usage eft de lui
paffer devant les yeux un fer chaud , pour Faveugler
, & le mettre hors d'état de pouvoir jamais
être à la tête d'aucun parti . On disoit alors que
Carimchah voyoit très- clair , mais ce Prince refu
sa , dit-on , la propofition qu'on lui fit , ce qu'il y
a de sûr , c'eft que cette levée de Bouclier n'a eu
aucune fuite.
Le s . ou le 6. d'Avril , Schǝh Nadir maria un de
fes fils avec la petite -fille de Cambarch , niece de
Mametchan , à laquelle il donna 40. Sacs de Rou
pies en Dot , qui font quatre millions.
Ce Prince , maître de Dely , & à qui il n'auroit
Hii
failu
1858 MERCURE DE FRANCE
fallu que fes fimples ordres pour faire reconnoître
fon autorité dans le refte de l'Empire , prit , lors
qu'on s'y attendoit le moins , le parti de rétablis
Mametchah & de retourner en Perse .
Plus de 1000. Charpentiers , felon M. Voulton ,
travailloient nuit & jour à conftruire & à préparer
tout ce qui étoit néceffaire pour mettre en fûreté
toutes les richeffes que Schah Nadir devoit emporter
des Indes ; la Monnoye de Dely fut occupée
nuit & jour pendant un mois à fondre en Lingots
toute l'argenterie & ies Roupies; on faisoit un trou
à ces Lingots , pour y paffer une corde , afin d'en
charger un de chaque côté fur les Chameaux & fur
les Mulets.
M. Voulton ne parle que de Montagnes d'or &
d'argent en Lingots entaffés, ainfi que des Roupies,
& d'une Montagne de Joyaux. Il fait monter toutes
ces richeffes à 300. Courons , qui font trois
millions de Roupies , ou fept Milliars cinq cent
millions de livres , les Relations les plus modeftes
& qui font les plus uniformes , ne les font monter
qu'à trois Courons , qui font un milliar cent dix
millions de Roupies , ou deux milliars fept cent
foixante quinze millions de livres , felon le Mé
moire qui fuit.
>
Etat des Richesses que Schab Nadir a enlevées
de l'Inde..
Pour les Elephans , Chameaux , Artillerie , Tentes
& autres Munitions de Guerre , que Schah Nadir
a pris à Mamerchah & à fes Omrats ,après la perte
de la Bataille 5. Courons.
En Roupies d'or & d'argent forties du
Trésor Royal ,
En Joyaux ,
En un Lit fuperbement enrichi ,
15.
8.
7.
Pour
A O UST. 7899 1740.
Pour le Tack ou le Trône en queftion , 9. Courons
En Baffins , Cataris , Caujars & autres
Effets garnis de Pierreries
En argent comptant & Joyaux apartenans
aux femmes & aux Enfans de
Mametchah
Pour le produit du pillage de la Ville
de Dely ,
11 .
37
10.
Pour celui de la Taxe fur les Habitans , Io.
Pour ce qu'il a exigé des Onquils , &
Serviteurs des Rajats , Nabals &
Omrats ,
Pour ce qu'il a retiré de Camerdikam
,
Idem
, de Caudoram
, Mouzafarcam
,
Alyamedkam
& Sadaskam
, après
leur
mort Y
Total
10
16.
III. Courons.
Cette fomme, toute modérée qu'elle eft , par raport
au Calcul de M. Voulton , revient cependant
en Monnoye de France à deux milliars fept cent foixante- quinze millions de livres , richeffes d'autant
plus immenses , qu'elles paroiffent n'avoir été tirées que de la feule Ville de Dely, & que l'on au➡
roit de la peine à le croire , fi celles de l'Indoftan n'étoient pas connûës , & qu'on ne fût point que
fes Manufactures
& fes Denrées lui attirent chaque
année une grande partie de l'argent de l'Afie & de
l'Europe , où il ne retourne plus , lorsqu'il y eft une fois entré .
Le 9. ou le ro. Mai , après une Conférence particuliere
que Schah Nadir eut avec Mametchah , il
lui remit la Couronne fur la tête , & lui dit : » Si on
manque à l'obéiffance qu'on vous doir, avertiffezmoi
, je viendrai fur le champ châtier ceux qui
Hiiij » auront
#860 MERCURE DE FRANCE
» auront osé vous désobéir ; de votre côté , Prince,
gouvernez votre Royaume , comme un Roy doit
» le faire ; il fit ensuite apeller Nazenelmoulouk
Camordikam & les autres Omrats , & leur dir :
Voilà votre Roy , ne vous écartez point de l'o
» beiflance que vous lui devez , & foyez d'une
union parfaite pour l'exécution de fes ordres.
Cette Cérémonie finit par plufieurs Serpos , qu'il fit
diftribuer , mais dont il n'y avoit que trois de riches.
Ce Serpo étoit composé d'un Courti ou Veste
à la Perfienne , d'un Sabre & d'un poignard.
C'eft ce que les Turcs apellent Calaat , & qui coutient
ordinairement de quoi le faire un habillement
entier à l'Arabesque.
On dit que Mamerchaħ avoit précedemment fait
un Traité avec Schah Nadir , par lequel il lui cédoit
tout le Pays qui eft depuis Candahar jusqu'à
PIndus , le voici tel qu'il a été répandu dans le
Public.
Mametchah traite d'abord Schah Nadir de Roy
des Rois , de Roy du Tems , de Refuge des Mahometans
, d'un fecond Alexandre, &c . et dit ensuite :
» Vous m'aviez envoyé un Ambaſſadeur pour trai
ter de quelques affaires , j'ai fait tout ce que j'ai
"pû pour l'expédier au plutôt , & vous n'auriez pas
» été obligé de me renvoyer Mahametkamtourkam,
fans la négligence de mes Miniftres , qui ont
» toujours differé de faire réponse , & ont fait tar
» der l'Ambaſſadeur , aimant mieux nous broüiller
" et jetter de la discorde entre nos deux Etats , que de
"faire ce que je leur ordonnois , c'est ce qui a été
" la cause , que las de ne point voir de retour vos
» Ambaffadeurs, vous avez pris le parti de venir dans
" mes Etats ; nous nous fommes battus , la victoire
" a panché de votre côté , et la fortune vous a fa-
» vorisé jusqu'au point de vous tendre maître de
» mon
;
A O UST. 1740 1861
mon Empire ; vous êtes entré dans Dely , vous
vous en êtes rendu maître , vous vous êtes affûré
de ma Personne ; vous avez pris tous mes Joyaux
et mes Pierreries , et encore vous avez exigé de
➜ moi de vous remettre l'état de tous mes Revenus,
mais puisque vous me promettez de me remettre
fur le Trône, je vous fais et déclare légitime
et fouverain maî re des Terres fiuées du côté
" d'Oüeft ou Pays Nonahbek , de la Mer de Snide,
" de la Riviere de Sangara , de Chanar , du côté de
" Cabou!, des Montagnes de Pattan et de jat , de
la Fortereffe de Yexel , de Condabat , et de
tout ce qui dépend de Patta et de Tatta , me ré--
» fervant pour moi tout l'indouſtan.
Suivant M. Vouiton . Schah Nadir , outre cette
Ceffion de l'ays , a encore imposé fur ce Royaume
un Tribut annuel de trois Courons , faisant 750.
millions , Monnoye de France.
Le lendemain du jour que Schah Nadir eut réta
bli Mametchah , ce premier Prince , auffi tranquille
que s'il eût été à Ispaham , fit une partie de Chaffe
de l'autre côté de la Riviere de Sanna , qui coule
auprès de la Ville de Dely.
Le 13. Mai , il fortit de Dely au bruit de tout
le canon & de la Mousqueterie de la Ville , & alla
camper à Chesamar , Mamerchah & Nazeinelmou--
louk , l'accompagnerent jusque - là.
Il fit êfendre , avant que de quitter Dely , aux
Habitans de receler aucuns Soldats de ses Troupes,
Tous peine d'avoir le ventre ouvert.
Ce Prince partit le 5. de Chesamar , pour retourner
en Perse , où l'on presume qu'il doit être
à présent arrivé, il avoit fait partir auparavant 2000
Chameaux chargés des richeffes qu'il a en evées ,
fous l'escorte de 100co. Caselba ches ..
M. de Beaumont , chargé des affaires de la Coma-
Hv pagnie
1862 MERCURE DE FRANCE
pagnie Françoise des Indes à Benderabaffy , dans fa
Lettre du mois de Juillet 1739. marque qu'il a envoyé
en Perse une Exemption pour
trois ans de toute
Taxe extraordinaire .
*´Son départ a causé une joye infinie , il avoit couru
divers bruits que les Rajats vouloient s'oposer à
fon retour , qu'il avoit été arrêté au paffage d'une
Riviere par les Patannes , avec lesquels il s'étoit
vû forcé d'entrer en compofition , & qu'il leur avoit
donné la moitié de fes richeffes pour qu'ils lui
laiffaffent le paffage libre , mais tous ces bruits ont
éré vérifiés faux.
On penfe que ce Conquerant a d'autant moins
craint de s'éloigner des Terres du Mogol , qu'il a
rendu Tributaire , qu'il compte d'y rentrer avec la
même facilité qu'il a eû à le conquérir , s'il prenoit
envie aux Mogols de fecouer le joug qu'il leur a
imposé.
On peut cependant lui apliquer plus véritableiment
qu'à Alexandre . ce fameux mot , qu'il étoit
venu plutôt voyager dans les Indes , que les conquerir."
En rétabliffant Mametchah fur le Trône , on
peut dire qu'il a éû pitié de ſa Perfonne & de la
foibleffe de fon esprit ; il a chargé Nazelnelmoulouk
du foin de l'Empire , & a fixé à cinq Courons
de Roupies l'entretien de la Cour de Mametchah ;
ce Prince ne vouloit point reprendre la Couronne
à de pareilles conditions , mais il y a été forcé.
•
Les Roupies au Coin de Schah Nadir n'ont plus .
de cours dans le Commerce , & ont été refondues
, pour la plupart . L'Inde auroit beſoin d'un
long Gouvernement doux & moderé , pour fe remettre
d'une auffi violente fecouffe , mais l'avidité
des Grands ne leur permet point de rien diminuer
de leurs anciennes vexations.
On dit que Schah Nadir eft d'une haute ftature ,
&
AOUST. 1740. 1863
d'une mémoire prodigieuse , il ne fçait ni lire
ni écrire ; il vit durement , & n'eſt pas beaucoup
diftingué de fes Soldats par fes habits. Il eft d'une
justice exacte & très-févere , il eft enfin craint &
respecté de fon Armée , qu'il récompense & punit
à propos.
Bien des gens ont crû que c'eft Nazelnelmoulouk,
qui animé contre Candoram , a engagé ce Prince
à venir dans les Indes .
TURQUIE.
Na reçû avis de Conftantinople , que le
GrandSeigneur avoit accordé des avantages
confiderables aux François qui commercent dans
fes Etats.
: Les Lettres reçûes depuis de la même Ville ,
confirment que le Peuple s'y étant affemblé tumul
tueusement le 23. du mois de Juin dernier , pour
demander la dépofition du Grand Vifir Hadgy
Mehemet , le Grand Seigneur , pour prévenir les
fuites de la sédition ,avoit été obligé d'ôter les Sceaux
de l'Empire à ce Miniftre .
On prétend que ce n'eft point la conclufion du
Traité de Paix entre le Grand Seigneur & l'Empe→
reur , qui a causé la difgrace d'Hadgy Mehemet
& que c'est la derniere disette qu'on a foufferte à
Conftantinople , qui a irrité le Peuple contre lui. H
a été fait Pacha de Gedda , fur la Côte de la Mer
Rouge , & Achmet Pacha , Kaimakan de Conftan◄
tinople , lui fuccede dans la Dignité de Grand Vilize
Hvi EX
1864 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Conftamiz
nople le 5. Juillet 1740. au sujet des derniers ·
Troubles de cette Ville , fuivis de la déposi◄
tion du Grand Fifir.
L
A Crimée & les Provinces voifines de Conftantinople
, fe trouvant dépourvues de grains ; de
denrées & de troupeaux , par le séjour des Armées
Ortomanes , & de celles des Puiffances alliées , &
par le dégât qu'elles y ont fait , les Miniftres de la
Porte , malgré toute leur attention à tâcher de
procurer l'abondance dans cette Capitale , n'ont pu
empêcher que la plupart des denrées n'y foient
montées à des prix exceffifs , & cette cherté de
denrées , dont la Populace murmuroit , faifoit depuis
quelque tems aprehender une rebellion . L'ancien
Muphti Dumazadé , qui depuis la dépofition
étoit retiré dans une Maifon de Campagne fur le
Canal de la Mer noire, y fut attaqué dans la nuit ik
y a près d'un mois , par une trentaine de perfonnes.
qui y mirent le feu. On assûre aujourd'hui que ces
Incendiaires étoient des éditieux , qui tramant une
rébellion , vouloient y être autorisés par un Fetfa
ou Décifion du Muphti , & que c'eft fur le refus
qu'il fit de leur donner ce Fetfa , qu'ils mirent le
feu à fa maifon.
Le 13. Juin , une douzaine de perſonnes qui entroient
dans le Projet , & qui s'étoient chargés d'en .
être les premiers Acteurs , vinrent dans le Bezestin
de la Friperie , ayant un ( a) Emir , ou Defcendant-
(a) de Mahomet à leur tête ; & fur le prétexte d'ad
(a ) Ces Emirs , qu'on nomme ailleurs Cherifs , ou:
Nobles par excellence , font censés être de la Race de
Mahomet, par fa fille Fatime , Epouse d'Ali , &c. Ils
portentfeuls le Turban vert , c.
chetez
A OU ST. 1740. 18654
cheter des Sabres , ils fe les diftribuerent , fans en
payer le prix , & l'Emir ayant tiré de fon féin un
Etandart vect , il le mit au bout d'une baguette ,
criant que tout Mutulman fe rangeât fous cet Eten.
dart & eût à le fuivre , la confternation fe répan
dit fur le champ dans tous les Quartiers de Constantinople
, par l'empreflèment des Marchands du
Bezestin (a ) à fermer leurs boutiques. Les Rebelles.
s'étant avancés, dans l'efperance que leur Troupe .
groffiroit en chemin is renverferent la premiere-
Garde qui s'oposa à leur paffage , mais le Tchorbadge
ou le Chef d'une feconde Garde , les aries
ta , en affomant leur Chef avec fon Topcuz ou Mas❤
se d'armes , tous les autres furent envelopes &
· arrêtés ,
Les Miniftres de la Porte étoient la plupart dans
leurs Maitons de campagne , parce c'étoit une efpece
de jo ur de congé pour eux , mais le Nichangi
Pa ha , ci- devant Kaimakan , en retournant à Constantinople,
ayant trouvé quelques perfonnes attroupées
, hit main-b ffe fur cette canaille , & en tua
quelques uns de la propre main ; le G. Vifir , revenant
auffi de la campagne , & de concert avec l'Aga
des Janiflaires , le donna de grands mouvemens
pour rechercher ceux qui pouvoient avoir eû
cett Sédition ; il en fit , dit-on , arrêter un grand
nombre , qui étoient affèmblés dans des Bains.
part
La Sédition ayant été étouffée dans fon principe,
le G Seigneur retourna ce jour- là même du Serrail
de Scutary à celui de Conftantinople ; il a affecté
depuis de fe montrer en public plus qu'à l'ordinaire ,
& ayant reçû le 15. la nouvelle de l'évacuation de
lgrade, il fit tirer à cette occafipa le canon du Ser
(a ) Espece d'Enclos où font les Boutiques de tout ce
qu'on vend de plus précieux à Conftantinople.
sail
J
1866 MERCURE DE FRANCE
nail , pour présenter au Peuple un sujet agreable , &
capable de diminuer fon mécontentement.
*
Les jours fuivans furent employés à prendre des
mefures pour prévenir les fuites de ce commencement
de rébellion ; on exigea un nouveau Serment
de fidelité des Janiflaires , à qui on ordonna de fe
rendre chacun à fon pofte , fous les yeux de leurs
Officiers , on obligeà tous ceux qui depuis quatre
ans étoient venus à Conftantinople , fans y être
mariés , d'en fortir pour retourner dans leur Pays ,
ce qui fut fi rigoureufement executé , que plufieurs
milliers de gens inutiles & fans aveu , furent tranfportés
en Afie , avec défenſe , fous peine de mort
de retourner dans la Ville ; enfin , on défendit aux
Marchands de fermer leurs Boutiques au cas qu'il
furvint quelque nouvelle émeute , & on leur permit
& ordonna même de courir fur les Rebelles, & de les
affommer , fans aucune diſtinction de Nation ni de
Religion , avec promeffe autentique de n'être point
recherchés. Pour ce qui eft de la perquifition fecrette
des complices de la rébellion ,on dit que dans la crain
te que les Inftigateurs , fur l'indication defquels on
faifoit la recherche , n'en impofaffent à la Porte , le
Janifaire Aga envoya quelques- uns de fes domeſtiques
déguisés , liés & garotés , comme des Rebelles
qu'on auroit pris pour les confronter à ces Dénonciateurs
, dont la calomnie fut découverte par les
Contradictions & les abfurdités manifeftes où ils
tomberent , en voulant foûtenir que les domeftiques
du Janiffaire- Aga étoient du nombre des Rebelles
;
& depuis ce tems- là on prit le parti de mettre
les perfonnes fufpectes entre les mains de leurs
Officiers , qui en examinerent mûrement la conduite.
Le 24. le Stambol- Effendi , dont la Charge ré
pond à celle de Lieutenant Géneral de Police , fur
dé
AOUST. 1740 1867
·
déposé , non qu'on le crût complice de la rébellion
, mais parce qu'il pouvoit y avoir de fa faute
dans la cherté des vivres , qui faifoit murmurer le
Peuple.
Le 22 il y eut une feconde Emeure aux Bézestins,
excitée , fuivant quelques - uns , par des Janiffaires ,
qui fe plaignoient, parce qu'on avoit arrêté de leurs
camarades , & , felon d'autres des › par Gens fans
aveu , qui vinrent une feconde fois s'armer aux Bézestins
; ce mouvement fut d'abord apaisé , parce que·
les Marchands en conformité de l'ordre du G. Seigneur
, au lieu de fermer leurs boutiques , tomberent
fur les Rebelles , & en affommerent deux à
coups de barres , les autres furent arrêtés .
Le G. Vifir qui tenoit alors le Divan , averti de
ce defordre , crut devoir le méprifer pour ne pas
l'augmenter , & affecta de rendre la Justice plus
longtems qu'à l'ordinaire ; on dit qu'on lui a fait
un crime de cette inaction ; il arriva d'ailleurs
le même jour des Députés de la Ville de Nicomédie
, qui vinrent fe plaindre des defordres que:
les Gens fans aveu , exilés dans leur Territoire
commençoient d'y commettre , & qu'ils continue
roient infailliblement , n'ayant aucune reffource
pour vivre.
la
Toutes ces circonftances ont engagé leŝ Ulamas
où Gens de Loi , de s'adreffer directement au G.
Seigneur , avec lequel ils eurent le 23. Juin une
Conference dans un Kiosk , ou Pavillon , qui eft à la
pointe du Serrail ; & ils lui firent connoître que
dépofition du G. V. étoit une démarche néceffaire:
pour le rétablissement de la tranquillité publique.
Le G. V. fut arrêté en consequence entre les deux
Portes du Serrail le même jour à deux heures après
midi ; il a été enfuite embarqué fur une Galere qui
doit le conduire à. Smirne , d'où il fe rendra à.
Geddar
2868 MERCURE DE FRANCE
Gedda dont on prétend qu'on lui a donné la
Gouvernement.
Le Nichangi-Pacha fut d'abord nommé (a) Kaïmakan
, & le lendemain 24. il a été déclaré Grand
Viur , & a reçû la Pelisse ou Vefte d'honneur du-
Grand Seigneur , en cette qualité , & a fait diftribuer
, fuivant Pufage , des Caftans , ou Surtouts de
Cérémonie à fes Officiers . Le Chaoux-Bachi , & lé
Mubur-Aga ont été déposés.
Le nouveau G. Vifir s'apelle Achmet ; c'eſt le même
qui a diffipé dans l'Afie , la faction du Rebelle
Sary Beigh- Oghlon , & qui a exercé dèux fois la
Charge de Kaimakan.
Le G. Vifir déposé , nommé Pacha de Gedda, doir
partir fur un Vaisseau Alexandrin pour ſe rendre en
Egipte ; il a eu la liberté d'y faire embarquer les
Domeftiques & fes Effets qu'on lui a laissés en entier
, le Tefterdard on Grand Treforier ayant eu
ordre de lever le Scelle qu'il avoit commencé de
mettre fur ces Effets. Bekir Pacha , Gouverneur de
Gedda , (b) aura le Pachalik ou Gouvernement
d'Aydim. Le nouveau G. V. eft fils de la Soeur de
ce dernier , & a été fon Kiaïa ou Lieutenant , tang
à Gedda , qu'au Caire , avant que d'avoir été fait
Chaoux - Bachi , & enfuite Kaimakan.
Le Kiaja , du G. V. déposé a été confirmé par le
G. Seigneur , qui lui a envoyé une Pelisse , en le
déclarant Kiaïa de l'Empire.
Le Chaoux - Bachi qui a été déposé , doit aller à
Bagdad au devant de l'Ambassadeur de Thamas-
(a) Gouverneur de Conftantinople & Lieutenant
#G . V.
db) Villefur la Côte de la Mer Rouge ; le Port de
Mecque , qui n'eft environ qu'à 15 , on 20. lienës ,
de difiance.
Koali
AOUST. 1740. 1889
Kouli-Kan. Le Jafidgi- Effendi , ou Sécretaire du
Kislar- Agha , ou Chef des Eunuques Noirs , a été
remercié.
Le 27. Juin , l'Ambassadeur de France a renda
vifite au G. V. pour le féliciter for fa nouvelle Dignité
; les autres Miniftres Etrangers vont fucceffivement
le vifiter.
Tout paroît tranquille aujourd'hui à Conftanti
nople ; on tâche de prendre des mesures pour diminuer
le prix des denrées , & on continuë de faire
passer en Afie les perfonnes inutiles , qui depuis
quelque tems étoient venus s'établir dans cette Capitale.
O
RUSSIE.
Na apris de Petersbourg , que le Jugement
par lequel le Comte Wolinsky a été condamné
à avoir la langue arrachée & la main coupée ,
& à être rompu vif , tui fut prononcée le 8. du
mois paffé , & qu'on lui fit fçavoir après la lecture
de ce Jugement , que la Czarine avoit adouci fon
genre de mort , en ordonnant qu'il auroit la tête
tranchée. L'exécution fe fit le même jour à fept
heures du matin fur le bord de la Néva derriere la
Citadelle , un Bataillon du Régiment des Gardes
Preobrazinsky étant fous les armes autour de l'échaffaut
, & plufieurs détachemens tant d'Infan
terie que de Cavalerie ayant été poftés dans les
environs.
3
Le Comte Wolinsky s'étoit proposé de faire un
Discours au Peuple , mais on a jugé à propos de
l'en empêcher Ce Miniftre , en allant à l'échaffaut,
falua toutes les perfonnes de connoiffance qu'il
trouva fur fon chemin , & ayant aperçû le Général
Ufchakoff , il lui recommanda fa Famil e.
M. Jerepkin , Directeur Général des Bâtimens ,
1876 MERCURE DE FRANCE
& M. Cruskoff , Confeiller de l'Amirauté , ont
auffi eû la tête tranchée . La Czarine a fait grace
de la vie à M. Simonoff , Vice- Préfident du College
de l'Amirauté , & à M. Eichler , Sécretaire du Cabinet
, qui avoient été condamnés à mort , & ils
ont reçû , le premier 27. coups de Knour , & le
fecond 17. M. de la Soud , Sécretaire du Sénat , a
été fuftigé , & il eft relegué pour le refte de fes
jours en Siberie , ainfi que Mrs Simonoff &
Eichler.
Après l'exécution , les corps de ceux qui ont été
décapités , furent mis fur un Chariot couvert d'une
Natte , & on les conduifit hors de la Ville dans un
Champ , où ils ont été enterrés.
Le jugement du Comte Wolinsky porte qu'il
s'eft rendu coupable de mort , pour avoir manqué
de fidelité à la Czarine ; pour avoir trahi les interêts
de l'Etat , pour avoir voulu exciter une révolte
, & pour avoir détourné à fon profit des fommes
très-confiderables, entre- autres 700000. Rou
bles , qui étoient deſtinés à l'entretien des Haras.
Il eft marqué au bas de ce Jugement , que les crimes
des coupables feront rendus publics , après
que le Comte Platon Jean Mufin Puskin , Sénateur
& Préfident du Confeil de Comnierce , aura été
jugé avec les autres complices . Ce Sénateur a dứ
Pêtre fur la fin du mois dernier , & l'on croyoit
que la Czarine lui accorderoit fa grace , mais que
les richeffes immenfes qu'il a acquifes , feroient
confifquées.
Quoique tous les biens de ceux qui font punis de
mort pour des crimes capitaux , apartiennent de
droit au Fisc , S. M. Cz. a laiffé aux heritiers du
Comte Wolinsky les Terres & les autres Effets qui
compofoient le Patrimoine de ce Miniftre , & Elle
a donné ordre de pourvoir convenablement à l'entretien
AÓ US T. 1740; 1875
retien des enfans de Mrs Jerepkin & Cruskoff.
On affûre que la Czarine s'eft déterminée avec
beaucoup de peine à figner la condamnation de ces
Brois prifonniers , & qu'elle étoit difposée à user de
clemence à leur égard , mais que les Juges lui ont
représenté que l'interêt de l'Etat demandoit la mort
des coupables.
Le Comte Platon Jean Mufin Puskin , Préfident
du Confeil de Commerce , a été condamné à un
banniffement perpetuel par les mêmes Commiffaires
qui ont jugé le Comte Wolinsky , & fes biens
ont été confifqués.
On a fait partir pour la Siberie ' Mrs Simonoff ,
Eichler & de la Soud , à chacun defquels la Czarine
n'a affigné que trois fois par jour pour leur fubfiftance.
Les Chefs d'accusation , fur lesquels le Comte
Wolinsky a été condamné à mort , font contenus
dans une Déclaration que la Czarine a fait publier
au fujet du Jugement prononcé contre ce Miniftre
.
Cette Déclaration porte,que le Comte Wolinsky
a imposé , de fon propre mouvement & fans la
connoiffance de la Czarine , plufieurs Taxes dans
differentes Provinces ; qu'il a caché plufieurs dénonciations
importantes , dont quelques - unes ont
été retrouvées parmi fes papiers ; qu'il a excité malignement
des gens du commun , à accuser plu-
Leurs des fideles Sujets de S. M. Cz . lefquels ont
été exposés par-là à des préjudices confiderables
que fans autre motif que fa propre animofité , il a
fait punir avec autant de rigueur que d'injuſtice un
grand nombre de perfonnes ; qu'oubliant le refpect
qu'il devoit au Palais de la Souveraine , il a maltraité
de coups un de fes Sécretaires jufque
dans l'apartement de S. M. Cz. qu'il a trouvé fous
differens
;
872 MERCURE DE FRANCE
differens prétextes le moyen de s'aproprier des
fommes confiderables des revenus de l'Etat ; que le
defir d'acquerir des richeffes l'a porté plufieurs fois
à vendre des Emplois , qui n'étoient dûs qu'au mérite
; que pour fatisfaire fon avarice , il a donné
part dans l'adminiftration des affaires publiques à
des perfonnes qui en étoient tout- à - fait indignes
que, foit en faifant efperer fa protection à ceux qui
s'adreffoient à lui , foit en les menaçant de fon ref
fentiment , il a tiré de l'argent des perfonnes meme
qui ne recevoient de lui aucune grace ; qu'il a
diffipé une partie du Tréfor en des dé enfes inutiles
, pour lesquelles il n'avoit reçû aucun ordre
que quoiqu'il fût d'une naiffance peu illuftre , il a
porté la vanité jusqu'au point de prendre les Armes
de la Maifon de la Czarine , & de vouloir fe faire
paffer pour allié de cette Princeffe ; que non feulement
il s'eft vanté de cette alliance en plufieurs
occafions , mais encore qu'il avoit deffein de faire
publier dans les Pays Etrangers une Généalogie
dans laquelle les armes de les ancêtres auroient été
jointes à celles de la Maiſon regnante ; qu'il a engagé
à fon fervice des Soldats qui n'étoient deſtinés
que pour celui de S. M. Cz. & qu'il les a payés de
Fargent du Tréfor ; que loin d'aporter l'attention
convenable aux affaires dont le foin lui étoit confié,
Ha causé à l'Etat des préjudices très grands par
fon extrême negligence qu'il a hafardé des juge
mens indécens , & tenu des difcours injurieux au
fujet des deux premiers articles de l'Ordonnance ,
donnce en 1730 ; qu'il a cherché par des infinua
tions artificieufes , & en femant de faux bruits
aliener de S. M. Cz . les coeurs de fes Sujets ; qu'il
avoit formé avec fes complices un projet , qui rendoit
à renverfer les Loix & les Conftitutions de l'Esat
, & qui n'étoit pas moins contraire au Bien Pu
blic
AOUST. 1749. 1873
blic , qu'à l'Autorité Souveraine. La Déclaration
n'explique point quel étoit ce projet , mais on ſoupçonne
qu'il regardoit la Succeffion au Trône.
Les biens que la premiere femme du Comte Pla
ton Jean Mufin Puskin lui a aportés en mariage
demeurent aux enfans qu'il en a eus , & la Czarine
n'a confifqué que les biens qu'il a acquis dans l'exercice
de fes Emplois.
Le fils du Comte Wolinsky a été envoyé en exil,
POLOGNE.
Na reçu avis de Kaminieck , que le nouvel
Hofpodar de Valachie & de Moldavie ayant
obtenu que le Grand Seigneur lui cédât Choczin &
le Territoire qui en dépend , moyennant une redevance
qu'il s'eft engagé de payer à Sa Hautefle , il
avoit pris poffeffion non feulement de cette Place
, mais encore de près de 140. Villages voisins.
Le Grand Seigneur continuera de tenir une Garnifon
dans la Citadelle de Choczin , mais cette Gar❤
nifon fera payée par le Hofpodar .
>
Au commencement de ce mois , les Commissai
res nommés par le Roy , pour faire obſerver une
Police plus exacte à Warfovie , & pour y entretenir
Pabondance , s'assemblerent chés le Vice- Chancelier
, & ils manderent les Magiftrats , auxquels ils
donnerent divers ordres, tant pour faire nettoyer les
rues & pour les faire éclairer pendant la nuit , que
pour obliger les habitans riches d'avoir toujours
chés eux une certaine quantité de grains.
ALLEMAGNE,
Es Lettres de Vienne marquent , qu'outre les
Préfens dont le Comte d'Uhlefeldt eft chargé
Pour
874 MERCURE DE FRANCE
pour le G. Seigneur & pour les principaux Ministres
de Sa Hauteffe , l'Empereur a fait remettre à
cet Ambaffadeur plufieurs Bijoux , pour les diftribuer
aux Pachas des principales Villes où il pas
sera.
Le Comte d'Uhlefeldt , après fon échange aves
Gianihi Ali Pacha , Ambaffadeur du G. Seigneur ,
a été conduit à Belgrade par Ali Pacha , Seraskier
de la Ville , auquel il rendit vifite le 13. du mois
paffé , l'ordre fuivant ayant été obfervé dans la
marche.
1
Un Interprete ; huit Trompettes & un Timba
lier ; un Ecuyer ; huit chevaux de felle , avec des
caparaçons de velours jaune , brodés d'argent , la
livrée de l'Ambaffadeur ; plufieurs de fes Gentilshommes
, les Enfans de Langue ; fix Gentilshom-'
mes de l'Ambaffadeur ; les Heyduques ; le Maréchal
de l'Ambaffade , fuivi d'un grand nombre de
domeftiques ; les Pages de l'Ambaffadeur ; deux
Ecuyers ; le Capigi Bachi , qui eft chargé de conduire
l'Ambaffadeur à Conftantinople ; le Comte
d'Uhlefeldt , fuivi des Seigneurs Allemands qui
l'accompagnent dans.fon Ambaffade , & du détachement
de Grenadiers que l'Empereur lui a dou❤
nés pour fa garde.
Lorfque l'Ambaffadeur arriva aux Casernes Alexandrines
ou Ali Pacha demeure , il fut reçû au bas,
de l'Escalier par le Kiaïa du Seraskier , & à la porte
de la Salle d'audience par le Seraskier , qui lui
donnant la droite le conduifit à un Sopha fur lequel
ils fe placerent l'un & l'autre. On fervit des rafrai
chiffemens au Comte d'Uhlefeldt & aux perfonnes
de fa fui e , & on leur diftribua des Caftans , après
quoi l'Ambaſſadeur retourna chés lui avec le même
Correge.
Le 14. M. de Montmartz , Premier Interprete
de
AOUST. 1740 1875
de l'Empereur pour les Langues Orientales , porta
Ali Pacha les Préfens de l'Ambafladeur , lefquels
confiftoient en trois Pendules ; un grand Baffin &
une Eguerre de vermeil ; une Corbeille d'argent ;
deux Pots avec leurs couvercles & deux Cafétieres,
de même Métal ; deux Vafes de Porcelaine de Saxe
, montés en or , & fix Gobelets d'argent , dorés
en dedans. Ces Préfens étoient efcortés par douze
Grenadiers de la Garde du Comte d'Uhlefeldt.
Ali Pacha alla le même jour chés l'Ambaffadeur,
qui lui rendit les mêmes honneurs qu'il avoit reçûs
chés le Seraskier.
Le même Ali Pacha arriva le 25. Juillet à Schoe
chat , Bourg à deux lieues de Vicone . Sa Suite eft
composée de 900. perfonnes , & il a amené avec
lui 893. Chevaux , 130. Chameaux , & plus de
160. autres Bêtes de charge. M. de Vebern , Confeiller
Aulique & Référendaire , ſe tendit le 29. à
Schwechat avec un Sécretaire du Confeil de Guerre
, pour complimenter l'Ambaffadeur de la part de
ce Confeil , & pour regler le Cérémonial qui s'ob➡
fervera à la reception de ce Miniftre.
Dans les Conférences qu'on a eû avec lui , il a
prétendu que le Prince d'Aversperg & le Comte de
Wurmbrand , nommés par l'Empereur pour l'accompagner
à fon Entrée , ne devoient point - marcher
en cette occafion fur la même ligne que
lui
& qu'il n'étoit point obligé de les reconduire hors
de la chambre , lorfqu'il feroit arrivé dans l'Hôtel
qui lui avoit été préparé . Il vouloit auffi exiger que
les principales perfonnes de fa Suite marchaffent
entremêlées avec les Officiers de la Maifon de
Empereur , qui iroient le prendre par ordre de
S. M. I. & que les Spahis & les Janiffaires , qui
compofent la garde , portaffent les armes hautes,
lorfqu'il pafferoit devant le Palais de la Favorite.
Aucune
876 MERCURE DE FRANCE
Aucune de ces demandes ne lui a été accordée , &
Le Confeil Aulique de Guerre lui a fait déclarer
qu'on ne changeroit rien au Cérémonial qui
avoit été obferve dans les Entrées & les Audiences
des autres Ambaffadeurs que Sa Hauteffe avoit envoyés
à la Cour de Vienne .
La réponſe de cet Ambaffadeur avoit fait croire
qu'il confentoit à fe conformer aux propofitions qui
lui avoient été faites , & fon Entrée ayant été fixce
an 4. de ce mois , le Prince d'Aversperg & le Comte
de Wurmbrand fe rendirent ce jour-là , vers les
dix heures du matin à Simmeringen avec les Offi
ciers de la Maifon de l'Empereur & les autres perfonnes
qui avoient reçû ordre d'aller au- devant de
PAmbafladeur. Auffi - tôt après qu'ils y furent arrivés
, ils envoyerent complimenter l'Ambaffadeur
qui fe mit en marche pour aller les joindre , mais à
une lieue en- deçà de Schwechat , il fe plaignit qu'il
reffentoit des douleurs fi violentes , qu'il ne pouvoit
aller plus avant , & il manda au Prince d'Aversperg
& au Comte de Wurmbrand , qu'il étoit
obligé de remettre à un autre jour fon Entrée.
O
PRUSSE.
N écrit de Berlin , que les vivres étant encore .
fort chers dans cet Etat , le Roy a fait diſtri
buer une fomme confiderable aux Pauvres , & que
S. M. a ordonné qu'on employât à leur foulagement
les revenus deſtinés à l'entretien de la Ménagerie
de Konigsberg.
On aprend par les Lettres de Konigsberg . que
le Roy y étant arrivé le 16. Juillet à fept heures du
foir , S. M. reçût le même jour les complimens des
Miniftres & des Géneraux , & qu'elle foupa enfuite
à une Table de 28, couverts,
LI
AOUST. 1740% 1877
Le 17. le Roy , après avoir entendu dans la Chapelle
du Château le Sermon du Docteur Quand ,
fit la revue du Régiment de Flantz. S. M. alla l'après
midi à la Fortereffe , & elle fit remettre en
Liberté tous les prifonniers qui y étoient détenus , à
l'exception de trois , auxquels Elle ne jugea pas à
propos d'accorder cette grace. Elle fit le 18. la revûë
du Régiment de Holſtein , & Elle dîna chés le
Duc de ce nom.
Le foir , les Etudians de l'Univerfité de Konigs
berg, au nombre de 800. divisés en cinq Quadrilles
,fe rendirent au Palais de ce Prince. L'Uniforme
de chaque Quadrille étoit different , & quatre d'entre
elles avoient à leur tête des Timbales , des
Trompettes & des Hautbois. Celle du milieu étoit
précédée de Violons , de Violoncelles , de Baffes de
Viole , de Flutes traverfieres & de Baffons. La
marche étoit éclairée par 1300. Flambeaux de
Cire blanche , portés par des Artiſans & des Domeftiques
, qui formoient des deux côtés une double
haye. Après que les Etudians eurent fait exécu
ter plufieurs Suites de Symphonie devant les Fenêtres
de la Sale où le Roy étoit , ils préſenterent à
S. M. une Ode à fa loüange.
Le 20 , jour que le Roy avoit fixé pour recevoir
Phommage des Etats du Royaume de Pruffe , cette
Cérémonie fe fit dans la grande Place qui eft visà-
vis le Château . Le Roy étoit debout fur fon
Trône , ayant derriere lui un Fauteuil & à fes côtés
les Miniftres & les Géneraux. Avant que les Députés
des Etats prêtaffent le Serment de fidelité , le
Comte de Schlieben , Grand Chancelier du Royaume
,fit un Difcours dans lequel il les affûra de la
bienveillance & de la protection de S. M. M. de
Groben , Premier Député des Etats , répondit en
leur nom, & il remercia le Roy de toutes les graces
que
1878 •
MERCURE DE FRANCE
que S. M. leur avoit accordées , en particulier de la
bonté qu'Elle avoit eû d'établir un Confeil , pour
remédier aux abus qui fe font introduits dans la
perception des Droits. Il ajoûta que par la ceffation
de ces abus les fideles Sujets du Roy feroient
plus en état de prouver leur zele à S. M.
Lorſque la Cérémonie fut finie , le Roy fit jetter
an Peuple une grande quantité de Médailles d'or &
d'argent . Le repas qui fuivit fut des plus magnifiques.
Le Roy dîna dans une Sale voifine de celle
où mangeoient les Députés , & S. M. leur envoya
dire par un Page , qu'Elle bûvoit à leur fanté.
Le 2. de ce mois , le Roy reçût à Berlin , l'Hommage
& le Serment de fidelité des Etats de la Marche
de Brandebourg , & S. M. fit diftribuer à l'occafion
de cette Cérémonie qui s'eſt faite au Palais,
une grande quantité de Médailles d'or & d'argent
fur le revers defquelles : font repréſentées la Verité
& la Juftice. Les Députés des Etats furent traités
enfuite à dîner par les Officiers du Roy. On a publié
à Berlin une Relation des Cérémonies obfervées
dans cette occaſion .
t
Les Deputés de la Nobleffe ont prêté le leur dans
une Sale du Château , laquelle avoit été préparée
pour cet effet , & au fond de laquelle on avoit placé
un Trône. S. M. qui étoit debout , avoit à fes
côtés les Princes fes freres & les autres Princes du
Sang. Les Grands Officiers de la Couronne & les
Géneraux étoient derriere les Princes. M. de Gorne
, Préfident de la Chambre de Juftice du Brandebourg
, harangua le Roy au nom de la Nobleffe ,
& M. d'Arnheim , Miniftre d'Etat , répondit à cette
Harangue au nom de S. M. Après que le Roy eut
reçû l'Hommage de la Nobleffe , S. M. fe rendit
au Balcon qui donne fur la grande Place où les
Députés des Villes , lefquels y étoient aflemblés ,
lui prêteren: Serment de fidelité.
H
AOUST . 1740 1879
Il s'eft trouvé 100. perfonnes au repas que le
Roy a donné aux Deputés des Etats , & la magnificence
avec laquelle toutes les tables ont été fervies
, a répondu dignement à la grandeur de la
Cérémonie.
Le même jour que les Deputés es Etats de la
Marche de Brandebourg rendirent houimage au
Roy les Deputés des Etats de la Pincipauté de
Magdebourg prêterent Sermont d fideite à S M.
entre les mains du Baron de bolenthal Confeiller
Privé & de M de Dach.rode , Péfiaent du Confeil
de R gence de la Principauté , lesques avoient
été nommés Commiffaires par le Roy , pour recevoir
l'homage des Etats du Pays.
a eu à
L'Abbé Langlois , que le Roy de Pologne , Duc de
Loraine & de Bar , a envoyé pour complimenter le
Roy fur fon avenement à la Couronne
Rheinfberg une audience de S. Mi aquelle y a
auffi donné audience au Baron de Zulich & au
Baron d'Adelips , qui font venus la complimenter
de la part du Roy de Suede & de l'Electeur de Baviere.
S M. a donné à la Reine le Château de Schonnausen
, pour lui fervir de Maifon de Plaifance..
On a apris en même tems qu'il n'y a que 480.
grands Grenadiers qui n'ayent pas demandé leur
Congé.
ITALI E.
Es Nouvelles de Rome de la fin du mois der-
Lnier , marquent qu'il y a dans le Conclave un
parti confiderable pour le Cardinal Aldovrandi , &
que toutes les Puiffances concourent à l'Election
de ce Cardinal , qui a eu conftamment depuis quelque
tems trente & trente- un Suffrages dans tous
les Scrutins du matin & de l'après midi.
I ij
Les
1380 MERCURE DE FRANCE,
I
Les Cardinaux Chefs d'Ordre ayant apris que }
malgré les défenfes , plufieurs perlonnes faifoient
des amas de grains , & empêchoient par-là que
Fabondance ne regnât comme à l'ordinaire dans
Rome , ils ont fait publier un Decret , par lequel
ils ordonnent à tous les habitans de la Campagne
de cette Ville , de quelque Etat & Condition qu'ils
foient , de faire porter dans les Marchés de Rome
les grains qui font chés eux . Le même Decret porte
qu'aucun particulier n'en pourra garder chés lui
que la quantité qui lui fera accordée par les Magistrats
pour l'enfemencement de fes terres ; que ceux
qui contreviendront à ce Reglement , feront condamnés
à une amende de 200. Ecus Romains , &
leurs grains feront confifqués .
que
Lvoix
ELECTION DU PAPI.
E Cardinal Aldrovandi avoit eu juſqu'à 33 .
voix dans plusieurs Scrutins consécutifs , & il
ne lui en manquoit qu'une pour être élû Pape , mais
plufieurs Cardinaux continuant de s'oposer à fon
élection , ce Cardinal a prié lui -même ceux qui lui
avoient donné leurs fuffrages , de proposer un autre
Sujet , & les Cardinaux ont élû le 17. Aoust au
matin le Cardinal Profper Lambertini , Cardinal
Prêtre , du Titre de Sainte Croix de Jerufalem , Archevêque
de Bologne , Promoteur de la Foi & Député
de la Congrégation du S. Qffice , né à Bologne
le 31. Mars 1675. Son Election a été d'autant
plus géneralement aprouvée , qu'il étoit depuis
longtems auffi eftimé pour fes grandes qualités
que recommandable par fa profonde érudition . Il
eft neveu du feu Cardinal Jean -Antoine Davia , &
fa Famille eft une des plus confiderables du Bolopois.
C'est le cinquiéme Pape que cette Province
air
A O UST. 1740. 1880
ait donné à l'Eglise. Benoît XIII. l'avoit nommé
Cardinal dès le 9. du mois de Decembre
1726. mais il l'avoit réservé in petto , & il ne le
déclara que le 30. Avril 1728. Ce Pape lui donna
le même jour la Barette , & le 4. du mois fuivant
le Chapeau. L'Archevêché de Bologne étant devenu
vacant par la mort du Cardinal Buoncompa
gno , Clement XII . proposa cet Archevêché pour
le Cardinal Lambertini dans le Confiftoire du 30.
Avril 1731. & quelque tems après il lui accorda
une Place dans la Congrégation du S. Office. Lors
que le Cardinal Lambertini obrint l'Archevêché
de Bologne , il étoit Evêque d'Ancone , ayant été
nommé à cet Évêché le 20. Janvier 1726. après la
mort du Cardinal Buffi . Benoît XIII . lui avoit accordé
trois ans auparavant le Titre d'Archevêque
de Theodosie , il l'avoit sacré le 16. Juillet 1724.
& le is . du mois d'Aouft fuivant, il l'avoit déclaré
Evêque Affiftant du Trône. Sous les deux Pontificats
précedens , le Cardinal Lambertini avoit obte
nu fucceffivement un Canonicat de la Bafilique de
S. Pierre , une Place de Confulteur du S. Office , la
Charge de Votant de la Signature de Grace & celle
d'Avocat Confiftorial , & il a conservé son Canonicat
& les deux premiers de ces emplois , juſqu'à
la nomination au Cardinalat.
९ Il a composé plufieurs Ouvrages , dont la plûpare
ont été recueillis dans deux Volumes in-folio , &
P'on imprime actuellement ceux qui n'ont pas encore
parû.
Auflitot après que tous les Suffrages le furent
réunis en faveur du nouveau Pape , qui a pris le
nom de Benoît XIV. le Cardinal Marini , Chef de
Ordre des Cardinaux Diacres , se rendit à la Loge
de la Bénédiction , & au bruit de l'Artillerie du
Château S. Ange & des Cloches de toutes les Egli
£ iij ... sex
1882 MERCURE DE FRANCE
ses de la Ville il annonça la nouvelle de l'Election
au Peuple , qui témoigna fa joye par des acclamations
réitérées. Les Cardinaux accompagnerent
enfuite le Pape à la Cellule du Cardinal Corfini
chés lequel il dîna . '
L'après midi , Sa Sainteté revêtue de fes habits
Pontificaux fut portée fur l'Autel de la Chapelle de
Sixte , où se fit , selon la coûtume , la Cérémonie
de l'Adoration . La même Cérémonie se fit dans la
Bafilique de S. Pierre , ' où le Pape fut placé fur le
principal Autel , & Sa Sainteté après avoir donné
la Bénédiction au Peuple , fut reconduite à son
apartement ayant reçû à son paffage dans la Sale
d'audience les complimens de félicitation de l'Am -`
bassadeur du Roy de France , de celui de la République
de Venife , & de celui de la Religion de
Malthe. L'Ambaffadeur de l'Empereur n'arriva pas
affes tôt , pour complimenter le Pape. Le foir il
y eut des illuminations & des feux dans toute la
Ville & les réiniiffances oubliver one duré mois-
7
པ༡ པས་ བསས་ བ ལས viནུས་ ༠' པས ༔ སམཅ i ཨ
jours consécutifs.
Le bruit court que Sa Sainteté , à l'exemple du
Pape Benoît XIII qui a gardé l'Archevêché de
Benevent après fon Exaltation au Pontificat , ne fe
démettra point de l'Archevêché de Bologne .
;
...Le Pape a déclaré le Cardinal Corfini , Archiprê
tre de S. Jean de Latran ; le Cardinal Aldóvrandi
Dataire , le Cardinal Valenti Gonzaga , Sécretaire
d'Etat , le Cardinal Ruffo . Chancelier de la
Sainte Egli e le Cardinal Querini , Préfet de la
Congrégation de l'Index : M. Levizani , Sécretaire
des Mémoriaux , l'Abbé Rota , Sécretaire dés Chif
fres ; M de Santo Buono , Président de la Chambre
Apoftolique ; M. Spanocchi , Sous Dataire par
interim , & M. Biancini , Coadjuteur per obitum . Sa
Sainteté a difposé de la Charge de Camerier d'hon<
·neur
AO US T. 1745: 1883
neu en faveur de M. Picolomini , & de celles de
Maître de sa Chambre & de Maître de sa Garderobe
en faveur de Mrs Colonne Carbognano &
Coftanzi. La Place d'Aumônier de la Chapelle
particuliere du Pape , a été donnée à M. Boccapaduli
, & Mrs Bollari , Giacomelli & Bouget , ont
obtenu celles de Chapelains fecrets . Le Pape a accordé
celle de Clerc de la Chambre à M. Chigi.
M. Limi doit exercer les fonctions de la Charge
d'Auditeur de Sa Sainteté jufqu'à l'arrivée du Vicaire
Géneral de l'Archevêché de Bologne , qui en
a été pourvû. Les Ducs Corfini & Strozzi , Capitaines
des deux Compagnies de Chevau Legers de
la Garde du Pape , ont été conservés dans leurs
emplois , ainfi que le Marquis Astalli , & M. Virgitio
Cenci , Camériers secrets participans ; le Pape
en a nommé un troifiéme , qui eft l'Abbé de Belmonte.
Sa Sainteté a laiffé à M. Leprofti la Plaçe
de Premier Médecin , & à M. Grillo celle de Médecin
de sa Maison .
Le Cardinal Colcia vient d'être rétabli dans tous
fes honneurs , & le Pape a renvoyé à une Congré
gation qui doit le tenir en la préfence , la révilion
de l'affaire de ce Cardinal , qui n'eft forti du Conclave
que le 18. au matin , & qui eft allé loger au
petit Palais Farnese à la Longara. On ne doute
prefque point que Sa Sainteté ne lui rende l'Archerêché
de Benevent.
VENISE..
Ette République , defirant de conclure la Paix
Cavec les Régences de Túnis , d'Alger & de
Tripoly , a engagé le G. Seigneur d'employer fes
bons offices pour cet effet auprés de ces Régences.
I iiij
Ол
1884 MERCURE DE FRANCE
On a apris d'Afrique , que le Dey d'Alger , ayant
convoqué le Divan pour déliberer fur les Lettres
par lefquelles le G. Seigneur l'a invité d'acceder
au Traité conclu entre le Roy des Deux Siciles &
Sa Hauteffe , plufieurs Confeillers avoient repréfenté
que fi la Régence s'accommodoit avec S. M.
Sic. , les autres Paiffances d'Italie voudroient peutêtre
auffi entrer en Négociation , & que la Régence
étant en paix avec la plupart des Souverains de
P'Europe , les Corfaires n'auroient plus d'occafion
de faire des prifes ; qu'ainfi ils croyoient qu'on n'e
devoit point faire de paix avec le Roy des Deux
Siciles , qu'à des conditions qui dédommageaffent
la Régence de ce qu'elle perdroit en empêchant fes
Vaiffeaux de commettre des actes d'hoftilité contre
Jes Napolitains & les Siciliens.
Les mêmes avis portent que d'autres Confeillers
du Divan avoient infifté , non feulement pour
qu'on ne conclût aucun nouveau Traité avec les
Puiffances Chrétiennes , mais même pour qu'on
tompît ceux qui fubfiftoient . On affûre que , malgré
l'opofition de ces Confeillers , le Dey & la
Régence ont réfolu d'entrer en Négociation avec
S. M. Sic.
NAPLES.
Projeuponatparlequel on puiffe paffer de
E projet pour creufer depuis Gaëtte jufqu'
la Mer de Tofcane à la Mer Adriatique , a été
aprouvé par le Confeil de Commerce , qui a chargé
un Ingénieur de vérifier les nivellements pris par
'Auteur du Projet.
La Compagnie de Commerce que le Roy a ré
folu d'établir fur le modéle de celles qui font établies
dans d'autres Etats de l'Europe , doit jouir de
plufieurs Privileges confiderables , & elle fera exclu
A O UST. 1749 1885
efufivement le Commerce de certaines Marchandifes.
Cette Compagnie fera régie par douze Directeurs
, qui ne rendront compte de leur adminiftration
qu'à des Commiffaires nommés par le Confeil
de Commerce.
Le Roy a auffi réfolu de lever un nouveau Régiment,
qui portera le nom de Royal- Corfe, & S. M. en
a déja nommé les Officiers, lefquels ont été tous choi
fis , parmi les principaux Corfes qui fe font retirés à
Naples,depuis la pacification des troubles de leur Isle
Le Marquis de Montalegre , Secretaire d'Etat ,
a envoyé ordre au Corps de Ville de préparer les
Langes pour le Prince où la Princeffe dont la Reine
doit accoucher.
Le Marquis de l'Hofpital , Ambaffadeur Extraor
dinaire du Roy de France auprès de S. M. arriva à
Naples le 7. du mois paffé.
La ratification du nouveau Traité entre le Roy
& le Grand Seigneur , fignée par Sa Hauteffe , a
été aportée à Naples par un Capigi Bachi , qui a
remis au Marquis de Salas une Lettre du Grand
Vifit. Ce Capigi Bachi fera défrayé aux dépens de
S. M. pendant tout le tems qu'il demeurera en cette
Ville, & le Grand Ecuyer a reçû ordre de lui fournir
des équipages & des chevaux des Ecuries Royalės.
On a publié un Reglement par lequel le Roy
preferit aux Négocians du Royaume de Naples &
de celui de Sicile la conduite qu'ils doivent tenir
dans leur commerce avec les Sujets du G. Seigeur.
Le 18. Juillet , le Marquis de l'Hofpital , Ambassadeur
du Roy de France , alla voir le Vaiffeau de
Guerre qui doit transporter à Conftantinople le
Prince de Francavilla Imperiali , Ambaffadeur de
S. M. Sic . à la Porte.
Un Armateur Catalan a pris depuis peu dans les
Mers du Royaume de Naples un Bâtiment Anglois
1886 MERCURE DE FRANCE
A
de 22 canons , dont la charge eft eftimée 30000.
Ducats.
15
GENES ET ISLE DE CORSE.
E bruit qui s'étoit répandu que l'Empereur devoit
envoyer des Troupes dans l'Isie de Corse ,
s'eft renouvellé depuis l'arrivée d'un Courier qui
eft arivé de Vienne , & dont les dépêches ont don
né lieu à plufieurs Conseils ."
* On a apris que 17. ou 18. des Rebelles qui ont été
bannis , & dont la plupart s'etoient retirés à Livourne
, étoient retournés fecretement en Corse.
Il est à présent certain que le Neveu du Baron
de Neuhoff , don on n'avoit point de nouvelles depuis
long tems , n'eft point forti de l'Isle , & qu'il
s'eft retiré avec quelques Vagabonds dans les Montagnes,
les plus inacceffibles.
Selon les avis reçûs du Milanez au commencement
de ce mois , quelques Troupes Impériales s'y
font rendues de la Carniole & de la Stirie , & l'ón
prétend qu'elles font deftinées à paffer dans l'Isle
de Corse , quoique jusqu'à présent ce bruit parois
se n'avoir aucun fondement.
ESPAGNE.
Es Religieux de S François ont tenu leur Cha
pitre Général à Valladolid , le 4 Juin dernier ,
& ils ont élû pour leur Géneral le Pere Gaëtan a
Lorino , Napolitain , lequel s'étant rendu à la Cour
de Madrid le 7. Juillet fuivant , eut l'honneur de
fe couvrir devant Sa Majefté Catholique en qualité.
de Grand d'Espagne de la premiere Claffe , ayant
eu pour Paran dans cette Céremonie le Marquis
de Villa- Franca . Le Pere Zacharie Gilbert de Pontchateau
, qui avoit été élû Procureur General du
même
A O UST. 1740. 1857
même Ordre au Chapitre de Milan , en 1729. & le
P. Louis Roger , ci - devant Sécretaire Géneral , one
auffi été élus Definiteurs Géneraux pour le Droit
des Cordeliers de France .
S. M. C. a apris par des Lettres du Préſident de
PAudience de Saint Dominique , datées du 2. du
mois de Mai dernier , que l'Amiral Vernon s'étant
présenté devant Carthagene avec fept Vaiffeaux de
Guerre , deux Galiottes à bombes & deux Brulots ,
il avoit bombardé pendant quelque tems la Vile ,
& qu'après y avoir jetté environ 300 bombes , qui
n'y avoient causé aucun dommage confidérable , il
avoit remis à la voile pour les Isles S. Bernard , afin
d'y faire radouber fes Vaiffeaux , dont quelques - uns
ont été fort maltraités par l'Artillerie de la Place.
Le Gouvernement ayant découvert qu'un Médecin
de la Ville du Ferol entretenoit des intelligences
criminelles avec les ennemis , on a fait le procès
à ce traître , qui a été condamné , ainfi que les
complices , à être pendu .
Le 14 de ce mois , jour de l'Anniversaire de la
Naiffance de Madame Louise - Elizabeth de France,
Epouse de l'Infant Don Philipe laquelle eft entrée
dans la quatorziéme année de fon âge , Leurs Ma
jeftés reçurent , ainfi que cette Princeffe , les complimens
des Min ftres & des Grands.
On a apris par des Let res de Sardaigne du rz.
du mois dernier , que le Pinque la Notre-Dame
des Anges , commandé par le Capitaine Jean Cas
tells , Catalan , étant forti du Port de Cagliari le
22. du mois précedent , pour aller croiser fur la
Côte d'Afrique , il avoit rencontré à ving milles du
Cap de Paffaro la Frégate Angloise la Sara , de zz.
canons , qui retournoit de Gallipoli à Londres , &
que l'ayant attaqué , il s'en étoit emparé après an
combat qui avoit duré plufieurs heures , & dans le→
I vi qual
1888 MERCURE DE FRANCE
quel les Anglois avoient eu neuf hommes de tués
& huit de bleffés .
Les dernieres nouvelles de Saint Sébaſtien por◄
tent le
que du mois paffé , l'Armateur Don Sé→
baftien Ramela avoit pris à trois lieues de Ply
mouth un Vaiffeau Anglois , nommé le Lavely Tudith
, du port de 110. tonneaux , lequel étoit chargé
de vin de Madere , de Thé & de Poudre à ca◄
non, & qu'il avoit conduit à S. Sébaſtien cette prise
avec une autre moins confidérable , qu'il avoit
faite en fortant de la Manche.
L
GRANDE BRETAGNE
Es derniers avis reçûs de Boſton , dans la Nou
velle Angleterre , portent qu'on avoit pris tou
tes les précautions néceffaires pour mettre l'Isle de
Rhode Island à l'abri des entreprises des Espagnols
que le Fort S. Georges étoit entierement réparé
& abondamment pourvû de Munitions , & que le
Colonel Cramton , qui y commande , avoit fait
équiper un Bâtiment de 24. canons , pour croiser
dans les environs de l'Isle .
La Frégate la Bonite , commandée par le Capitai
ne Young , ayant rencontré l'Armateur Espagnol
Don Pedre Ignace Goycoechea , qui prit il y a quel
que tems le Paquetbot le Townshend , & le Vaiffeau
la Dorothée , elle l'a attaqué , & le Bâtiment de cet
Armateur a été fi endommagé par le grand feu
'Artillerie des Anglois qu'on doute qu'il ait pu re
gagner la terre.
Le tillac du Vaiffeau le Sarah , qui revenoit de
Gallipoli , ayant ſauté , & ce Bâtiment ayant rencontré
dans cette circonftance un Armateur Espagnol
, il a été obligé de fe rendre.
On a apris depuis de la Nouvelle Angleterre, que
AOUST. 1740 1889
Le Chef d'Escadre Browon avec quatre Vaiffeaux de
Guerre a pris & détruit la petite Ville de Leguira
, fur la Côte des Caraques.
Les Lettres de la Caroline Méridionale , marquent
que le Géneral Oglethorpe depuis la prise du
Fort S. Diegue s'étoit encore emparé de deux autres
Forts dans les environs de la Ville de S. Auguftin,
qu'il avoit fait 80. prisonniers , & qu'il avoit
enlevé aux Espagnols un grand nombre de Beftiaux.
1 Un Armateur Espagnol s'étoit emparé du Vais
seau le Winter Galley , mais il n'a pu conserver
cette prise , ayant été obligé le lendemain de fe
xendre lui-même à un Vaiffeau du Roy.
Le Vaiffeau du Capitaine Perencher a été pris à
La hauteur de l'isle d'Alh par an Armateur de la
même Nation , qui l'a conduit à S. Domingue,
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &C
L
E Koy a accordé la Place de Conseiller d'Etat,
vacante par la mort de M. Herault , à M. de
Fontan:eu , Maître des Requêtes , Intendant du
Dauphiné.
Le 16. Juillet , le Roy alla à la Chaffe du Cerf,
qui fut remarquable par un évenement fingulier.
Le Cerf s'étant trouvé preffé , fauta fur le toît d'u
ne Chaumiere ou Ferme , fituée au pied d'une Montagne
, & affés baffe de ce côté- là , mais beaucoup
plus haute du côté oposé ; ensorte que le Cerf pour-
Luix
1890 MERCURE DE FRANCE
fuivi par la Chaffe , n'osa pas fauter de fi haut . Uš
Piqueur , qui étoit grimpé fur le toît , lui coupa le
jaret d'un coup de fon couteau de Chaffe , & ils
roulerent ensemble , le Cerf tomba à terre , & le
Piqueur fe retint fur le bord du toît , en offrant un
Tableau fort fingulier aux Spectateurs . Cet évene⇒
ment divertit beaucoup toute ia Chaffe.
Le s . Juillet , Monseigneur le Dauphin jota à la
Paulme , & après fa partie , ce Prince en vit jouer
une autre , où la fille du fieur Goffeaume , Maître
Paulmier , & le fieur de la Taille , Maître Paulmier
du Roy , jouerent contre le fils de la Taille & un
autre Joueur , ce qui divertit beaucoup ce Prince ,
qui paroît goûter cet exercice ; on voit très -fouvent
de femblables parties entre les Seigneurs de la Cour,
& il y a toute aparence que ce beau jeu reviendra
dans peu auffi à la mode qu'il l'étoit du tems du feu
Roy.Pour la Dile Goffeaume, qui n'eft âgée que d'environ
20.ans, elle joue avec une Raquette ordinaire &
avec toute la grace , la décence & la dexterité imaginable
; fur tout elle juge la balle avec tant de justesse
& de précifion , qu'elle ne s'agite & ne fe fatigue
guéres ; il semble que la balle vient toujours la
chercher. Quantité de Dames & de Seigneurs fe
font un plaifir de l'aller voir jouer à Paris , au Jen
de Paulme de la rue Mazarine.
Le Roy a donné au Comte de la Mark , fon Ambassadeur
Extraordinaire auprès du Roy d'Espagne,
le Gouvernement de la Ville de Cambray & du
Cambrefis. Celui de Landrecy , qu'avoit le Comte
de la Mark , a été accordé par S. M. au Duc de
Biron , Maréchal de Camp , & Colonel-Lieutenant
du Régiment du Roi , Infanterie.
.....
Le
AOUST. 1746: 1891
Le 2. Aoûr, le Roy fit à Compiegne une fort belle
Chasse avec les petits Chiens , au Pont la Reine ,
S. M. força un Cerf, qui alla tomber devant la Calêche
de la Reine , S. M. s'étant trouvée à , cette
Chasse, accompagnée de plufieurs Seigneurs & Dames
de la Cour.
Le 6. Août , il fit ici un Orage fi violent , que
plufieurs gros Arbres furent renversés par le vent
dans le Jardin de l'Abbaye de Ste Genevieve , &
dans celui des Petites Maisons. Un grand Orme qui
étoit dans une des Cours de l'Arcenal , fut abatu
de même par le vent , une partie tomba fur l'Impériale
d'un Crosse , qu'il écrasa ; il tomba pendant
cet Orage une pluye fi abondante , que plufieurs
caves en furent inondées ; un Savetier de la ruë du
Four , qui étoit descendu dans la fienne pour en
-boucher le foupirail & pour retirer les Cuirs , y fu
trouvé noyé .
Le Deuil que le Roy avoit pris le 22. du mois
dernier , pour la mort du Roy de Prusse , ayant fini
le onze de ce mois , S. M. le reprit le lendemain
pour la mort de la Reine Premiere Douairiere d'Espagne.
La Reine partit de Compiegne le 22. & S. M. arriva
le même jour à Versailles , où Monseigneur le
Dauphin étoit revenu le zo .
Le Roy , qui étoit parti de Compiegne le 23. arriva
à Versailles le 27. au foir.
Le 11. de ce mois , les Députés des Etats de la
Province de Languedoc , eurent audience du Roy ,
étant présentés à S. M. par le Prince de Dombes
Gouverneur de la Province , & par le Comte de
Saint Florentin , Sécretaire d'Etat , & conduits en la
maniere
1892 MERCURE DE FRANCE
maniere accoûtumée , par le Marquis de Brezé
Grand Maître des Céremonies. La Députation éton
composée pour le Clergé, de l'Archevêque de Nar
bonne, qui porta la parole , et qui parla avec autant
de dignité que d'éloquence ; du Comte de Lordat ,
pour la Noblesse ; de Mrs Chrétien et de Roque
brune, Députés du Tiers Etat, de M. Joubert , Syn
dic Géneneral de la Province, & de M.de Mariotte,
Greffier.
Le Marquis de Bauveau , Inspecteur de Cavalerie
, et Meftre de Camp Lieutenant du Régiment de
Ja Reine , a été nommé par le Roy , pour aller au
nom de S. M. faire un compliment au Roi de Pruffe
fur la mort dú Roy , fon Pere.
Le 15. Août, Fête de l'Assomption de la Vierge,
on chanta un Motet à grand Choeur , de la compofition
de M. de Villeneuve , lequel fur fuivi de differens
Concerto exécutés par les ficurs Guignon &
Blavet , & d'un petit Moter à voix feule du feur
Cirdeler. Ce Concert fut terminé par le Te Deum
de M. de la Lande , dont l'exécution fit beaucoup
de plaifir
Le même jour , la Proceffion folemnelle qui fe fait
tous les ans à pareil jour en exécution du Vou de
Louis XIII. fe fit avec les Cérémonies ordinaires .
L'Abbé d'Harcourt , Doyen de l'Eglife Métropoli.
taine , y officia . Le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes , & le Corps de Ville
y affifterent .
Le 16.dans l'Assemblée générale du Corps de V
le , M. de Vatan fut élû Prévôt des Marchands , &
Mrs. Lagneau & Daflu furent élûs Echevins.
AOUST. 1740 1893
Le même jour , le Prince de Lichtenftein , Ambassadeur
de l'Empereur , eut une Audience particuliere
du Roi , dans laquelle il prit congé de S. M.
Il eut enfuite Audience de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin, & il fut conduit à ces Audiences
par le Chevalier de Saintot , Introducteur des Ambas
sadeurs. Le même Ambassadeur cut fon Audience
de congé de Mesdames de France le 30, étant cons
duit par le même Introducteur.
L'Affemblée Générale du Clergé ayant fini fes
Séances , les Prélats & autres Députés qui la compofent,
fe rendirent à Compiegne le 18. de ce mois,
& its curent Audience du Roi , avec les honneurs
qu'on rend au Clergé , quand il eſt en Corps , &
avec les Cérémonies obfervées , lorfque les mêmes
Députés rendirent leurs refpects au Roi le 7. du
mois de Juin dernier. L'Archevêque de Paris , Préfi
dent de l'Affemblée , étoit à la tête des Députés
l'Evêque de Lefcar porta la parole.
Le 19, le Corps de Ville fe rendit à Compiegne ,
& le Duc de Gêvres Gouverneur de Paris étant à la
tête , il eut Audience du Roi , avec les Cérémonies
accoûtumées . Il fut présenté à S. M. par le Comte
de Maurepas, Miniftre & Sécrétaire d'Etat, & conduit
par le Marquis de Brezé , Grand Maître des
Cérémonies . M. de Vatan , nouveau Prévôt des
Marchands , & les deux nouveaux Echevins , prêterent
entre les mains du Roi le Serment de fidelité ,
dont le Comte de Maurepas fit la lecture , ainfi que
du Scrutin , qui avoit été préfenté par M. d'Aligre
de Boiflandry , Confeiller au Parlement , lequel fit
un difcours très- éloquent.
Le même jour le Corps de Ville eut l'honneur de
rendre fes refpects à la Reine & à Monſeigneur le
Dauphin.
1894 MERCURE DE FRANCE
Le
25. Fête
de
S
Louis
, la
Proceffion
des
Carmes
du
grand
Convent
à laquelle
le
Corps
de
Ville
affifta
alla
, fuivant
la
coûtume
, à la
Chapelle
du
Palais
des
Tuilleries
, où
les
Réligieux
célebrerent
la
Messe
.
* L'Académie Françoife célebra le même jour cette
Fête dans la Chapel e du Louvre. Pendant la Messe
qui fut célebrée par 1 Archevêque de Sens , l'un des
quarante de cette Académie , on chanta un Pfeaume
en mufique , & l'Abbé Leonard prononça le Pane
gyrique du Saint.
L'Académie Royale des Infcriptions & belles Let
tres , & celle des Sciences , célebrerent cette Fête le
même jour , dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire ,
où le Panegyrique du Saint fut prononcé par l'Ab
bé le Couturier,
Le 30 , M. Crefcenzi , Archevêque de Naziance,
& Nonce Ordinaire du Pape eut une Audience particuliere
du Roi , dans laquelle , après avoir donné
part à S. M. de l'Exaltation au Pontificat du Cardinal
Profper Lambertini , qui a pris le nom de
Benoit XIV, il lui préfenta une Lettre de la main
du Pape. Il fut conduit à cette Audience par le Chevalier
de Saintot , Introducteur des Ambassadeurs.
}
La place de Dame du Palais de la Reine , vacante
par la mort de la Duchesse de Gontaut , a été
donnée par le Roy à la Duchesse de Fleury, qui en
faifoit les fonctions depuis le mois de Septembre
dernier , en vertu d'un Brevet particulier de S. M.
Le Roi a donné le Gouvernement de Villefranche,
en Rouffillon au Marquis de Montal , Lieutenant
Général des Armées de S. M.
RE
AOUST. 1895
1740%
RECEPTION de M. l'Intendant de
Limoges . Extrait d'une Lettre écrite de
cette Ville le 12. Août 1740.
MR.
R de Tourny , notre Intendant, arriva ici hier
au foir . Il y étoit attendu avec d'autant plusd'impatience
, que la crainte qu'on a eu de le perdre
a jetté une confternation générale dans le Limofin
, toutes les fois qu'il y a eu du mouvement dans
les Intendances. Ce digne Magiftrat a pourvû fi
efficacement , l'année derniere , aux befoins de cette
Province , qui étoit dénuée de toutes espéces de
grains, en en faifant venir deBretagne, qu'elle doit
à fes foins vigilans la confervation de la plupart de
fes Habitans . Non content d'aflûrer , dans ce tems
de difette , la fubſiſtance aux pauvres de la Ville &
de la Campagne , par une fage oeconomie , il a
fait des dépenfes confidérables de fon chef, foit en
-uhlimas or particulieres Coir en travaux,
aumoney pau - qICo པ་ Pབབ་སསབ་པ དུ ་ ཁས་ ཅམ པས་ ས “ མ
qui fervent à l'embelliſſement de notre Ville, & l'y
rendront à jamais recommandable. Nos Citoyens.
pénétrés , comme ils le doivent , de la plus vive
reconnoiffance , fe font empreffés à l'envi de lui témoigner
leur joye de fon retour inefperé.
Près de 200. jeunes gens bien montés & fort proprement
habillés , font allés audevant de lui à deux
lieuës de laVille , & l'ont conduit comme en triomphe
jufqu'à fon Hôtel . Les Confuls & tout le Corps
de Ville étoient à la tête de cette Jeuneſſe , ainfi
que
le Lieutenant de la Maréchauffée avec faTroupe.Les
Tambours, les Hautbois & Violons de la Ville pré
cédoient la marche . Toutes les maifons étoient illuminées
. Plus de 6000. perfonnes de tout fexe , de
tout âge & de toute condition , qui étoient forties
de la Ville , ont groffi le Cortége. M. l'Intendant
897 MERCURE DE FRANCE
a fait fon Entrée au bruit du canon & aux acclama
tions les plus flateufes & les plus méritées. Il a
reçû aujourd'hui les complimens de tous les Corps
& Communautés ; & la façon gratieu fe dont il a repondu
, a redoublé le refpect & l'attachement que
nous avons tous pour lui.
>
Le 22. Août , le Prévôt des Marchans , accom
pagné des Echevins & du Corps de Ville , s'étant
rendu à la Grand Chambre du Parlement repréfenta
à la Cour , les Gens du Roi préfens , qu'i
étoit à propos de donner un Arrêt pour la Découverte
de la Chaffe de Sainte Géneviève , par raport
aux biens de la Terre.
Le même jour l'Archevêque de Paris fit publier
un Mandement , dont voici la téneur.
Charles Gafpard - Guillaume de Vintimille des
Comtes de Marſeille dur Luc r par la Miféricorde
Divine , & par la grace du Saint Siége Apoſtolique ;
Archevêque de Paris , & c .
La part que la charité doit nous faire prendre à
Fintérêt des Pauvres , nous porta , il y a quelques
mois , à ordonner des Prieres publiques pour la
confervation des fruits de la Terre , qu'un tems fâcheux
, fuite d'un hiver long & rigoureux , mettoit
en quelque péril ; & nous éprouvâmes avec confo
lation , que , comme l'affure le Prophête , le Setgneur
est toujours près de ceux qui l'invoquent dans la
fincérité de leur coeur . Pl. 144. V. 18.
Aujourd'hui, des pluyes trop fréquentes , qui re
tardent , & peuvent endommager la récolte , que
les peuples attendent avec empreffement , renouvellent
nos allarmes , & nous engagent à recourir
aux mêmes moyens que nous avons déja employés
avec fuccès , pour détourner les fléaux qui nous ménaçoient
, & pour attirer fur nos Campagnes les
bénédictions du Ciel.
Prion
AOUST. 1897 1740.
Prions donc celui , qui , felon l'expreffion du Lire
de Job , ch. 28. v . 8. lie les eaux dans les nuées,
afin qu'elles nefondent pas tout à coupsur la terre , de
faire fuccéder aux pluyes & aux orages ,
dont nous
redoutons les effets, un tems ferein , propre à meu
rir les grains qui font encore fur la terre , & de nous
rendre la joye & la fécurité que les preuves trop
fenfibles de fa jufte indignation nous ont fait perdre.
Les ménaces qu'il femble nous faire , en nous :
montrant les châtimens que fa juftice nous prépare,.
loin de nous décourager , doivent exciter notre con
fiance : il veut , par cette conduite , nous obliger
à prendre de juftes mefures , pour obtenir de la miféricorde
le pardon de nos crimes : c'eſt un ſignal,
par lequel il avertit ceux qui le craignent , de fe
mettre à l'abri des traits vengeurs , qu'il eft fur le
point de lancer contre- eux .
Mais , inftruits comme nous le fommes ,, que le
plus für , & même l'unique moyen d'apaifer la colére
, c'eft de recourir à la pénitence , non-feu
lement ceffons de l'offenſer , tâchons encore d'expier
nos fautes paffées par nos larmes , nos gémiffemens
& nos regrets : joignons aux fentimens d'un
coeur contrit & humilié , les oeuvres extérieures de
la mortification chrétienne , mettons fur tout en
pratique ce que l'Apôtre nous recommande par ces
paroles Souvenez- vous d'exercer la charité , & de
faire part aux autres des biens dont vous joüiffez ; car,
c'eft par defemblables Hofties qu'on fe rend Dieu fa
vorable. Ep. aux Hebr. ch. 13. v. 16.
A ces caules , ayant égard aux repréſentations des
Magiftrats , après en avoir conféré avec nos véné,
rables Freres les Doyen , Chanoines & Chapitre de
notre Eglife Métropolitaine , Nous ordonnons
qu'on continuera de réciter à la Meffe la Collecte
intitulée
1898 MERCURE DE FRANCE
intitulée , ad poftulandam aëris ferenitatem , juſqu'au
quinze du mois prochain inclufivement ; & que ,
pendant neufjours , à compter , pour la Ville de
Paris , du jour de Mercredi prochain , vingt- quatie
du préfent mois , & pour le efte du Diocéfe , du
jour qui fuivra immédiatement la réception de notre
préfentMandem.ent, on récitera dans toutes lesEgli-
Tes, après la principale Meffe , le Pfeaume Miferere,
avec l'Oraife , pro fructibus terra , & qu'à l'iffuë des
Vêpres , on fera la Proceffion au- dedans , ou au
tour defdites Eglifes , en chantant les Litanies des
Saints , & on dira au retour le Trait , Domine , non
fecundùm peccata noftra , avec le Verfer Oftende nobis
, &c. & l'Oraifon ci- deffus prefcrite pour la
Meffe , & enfuite l'Antienne de la Sainte Vierge,
Sub tuum prafidium , fuivie du Verfet , Ora pro nobis
, & de l'Oraifon , Omnipotens , & c. Nous exhortons
les Clergé des Eglifes Séculieres & Régulieres
de cette Ville , de vifiter proceffionnellement
pendant ledit tems, l'Eglife de Notre- Dame , oùla
Chaffe de S. Marcel fera découverte , & le Chefde
S. Denis expofé ; de vifiter pareillement l'Eglife de
Ste Genevieve, où la Chaffe de cette Sainte fera auſſi
découverte . Nous exhortons en même tems les Fideles
de fe joindre au Clergé , ou de vifiter en particulier
lefdites Eglifes , pour demander à Dieu par
P'interceffion des faints Patrons & Protecteurs de
cette Capitale , un tems favorable à la Moiffon. Et,
quant aux Paroiffes de la Campagne , les Curés au
ront foin d'y faire les Prieres ordonnées ci - deſſus ,
de la maniere la plus convenable aux circonftances
de la Saifon , & aux occupations préſentes de leurs
Paroiffiens.
Il y eut auffi un Mandement ce même jour , publié
par le Révérendiffime Pere , Abbé de l'Abbaye
Royale de Sainte Genevieve , qui s'exprimoit en
ces termes.
A O UST. 1740 1899
François Patot , Abbé de l'Abbaye Royale de
Sainte Genevieve au Mont de Paris , dépendante
immédiatement du Saint Siége , & Supérieur Gé
néral des Chanoines Réguliers de la Congrégation
de France , aux Chanoines Réguliers de notredite
Abbaye , & à toutes autres p ríonues dépendantes
de notre Jurifdiction Abbatiale , salut.
Le Ciel fenfible à nos voeux , nous avoit fait
concevoir , malgré la rigueur d'un long Hiver ,
la douce efpérance d'une abondante reco te ; déja
on fe préparoit à receuillir les Fruits qu'une Providence
attentive à nos befoins , avoit conduits
jufqu'à leur maturité , lorsque les Créatures armées
contre nous , femblent demander vengeance
à l'Auteur de tout bien , du mauvais ufage que
l'Homme fait des faveurs qu'il lui accorde . Les
Campagnes inondées n'offrent de toutes parts
qu'un trifte & affreux fpectacle, & nous annoncent
des malheurs plus grands encore que ceux que
nous avions apréhendés. Tous les efforts humains
feront incapables de nous en mettre à couvert
, fi une main miféricordieufe ne les détourne
de deffus nos têtes : Nous ne méritons point'
qu'elle nous protége ; mais quelque irrité que foit
le Seigneur , ne donnons point de bornes à ses
bontés ; recourons à lui , pleurons , gémiffons fur
nos péchés , qui font la caufe de tous nos maux ; il
ne nous rejettera point ; il nous écouterà dans les
jours de notre affliction , il fe laiffera fléchir Notre
Sainte Patrone , cette nouvelle Efther , zélée pour
fon Peuple , trouvera grace auprès de Dieu , contre
lequel nous nous fommes élevés , & nous
affranchira de tous les malheurs dont nous fommes
menacés. Adreffons-nous à elle avec une fainte
confiance , & efpérons tout de fa puiffante protection
auprès de celui dont nous réclamons les miféricordes.
900 MERCURE DE FRANCE
À ce cauſes , Nous ordonnons , conformément
à l'Arrêt du Parlement de ce jour , rendu à la Réquifition
de Meffieurs les Prévôt des Marchands &
Echevins de cette Ville , que la Chaffe de Sainte
Geneviève , Patrone de Paris & du Royaume , fera
entiérement découverte cejourd'hui , dont la Ville
fera avertie par le fon de toutes les Cloches de
notre Abbaye ; Que le même jour on commencera
les Prieres publiques par un Salut qui fe fera après
Complies , & demain Mardi par une Meffe Solemnelle
que Nous célébrerons pontificalement à neuf
heures du matin ; Que pendant le tems que la
Chaffe demeurera découverte , on dira au Grand
Autel des Meffes , depuis cinq heures du matin juſqu'à
midi ; & que tous les foirs après Complies
fera fait un Salut qui commencera par une Procef
fon dans l'Eglife , à laquelle on chantera , 19. Les
Litanies , Aufer à nobis , ¿c. 2°. L'Antienne de
Sainte Généviéve , O Felix Ancilla , &c. Le Trait,
Domine , non fecundùm . L'Antienne de la Vierge ,
Sub tuum prafidium , & Domine , falvum fac Regem
, &l'Antienne Da pacem ; le y. Liga aquas in
nubibus tuis . Et terminum circumda eis , Les
Oraifons , la premiere Ad obtinendam nimia pluvių
remiffionem. Deus qui recordatus Noë , & cunctorum
qui cum eo erant in Arca , prohibuifti pluvian
de Coelo , reddidifti Terra foecunditatem , coerc
noxiam frugibus noftris aquarum pluviam , &lar
gum in nos Benedictionum tuarum imbrem placatu
infunde ; Per Dominum noftrum . La feconde , de l
Vierge , Concede nos , &c. La troifiéme , de Sainte
Généviéve , Prafta , quafumus . La quatrième , pou
le Roi , Quafumus , omnipotens Deus . La cinquième
pour la Paix , Deus , à quo fanita defideria.
Nous ordonnons de plus , que pendant que la
Chaffe demeurera expofée à la Dévotion des Fide
1 AOUST
. 1740. 1901
mees , tous les Prêtres qui célébreront la Meffe dans
Re notre Eglife , continueront de dire la Collecte intitulée
dans le Miffel , Ad poftulandam aëris fereniint
tatem , avec la Secrette & Poftcommunion propre :
fer Et enjoignons à tous les Chanoines Réguliers de
lecette Abbaye , de faire en leur particulier des Priederes
pour obtenir de Dieu qu'il exauce ſon Peuple ,
er & accorde un tems favorable .
res Donné à Paris en notre Abbaye Royale de Sainte
Généviéve , le vingt- deuxième d'Août mil fept
eaf cent quarante . Signe , Fr. Franços Patot , Abbé
la de Sainte Généviéve : Et plus bas . Par mon Révéand
rendiffime Abbé , Fr. Regnier , Sécrétaire .
of-
Ties
Le 24. le Grand Prieur de l'Abbaye Royale de
Saint Germain des Prez , denna auffi fon Mande-
Les ment fur le même fujet : en voici les termes toudchaus
& p thétiques.
ai
Jean Baptifte Floyrac , Grand Prieur de l'Abbaye
ge Royale de S. Germain des Prez , immédiate au Saint
R Siege , & Grand -Vicaire de S. A S. Monfeigneur
le Comte de Clermont , Prince du Sang , Abbé
Le Commandataire de ladite Abbaye : A tous les Fidéles
de notre Jurifdiction , Salut , en notre Seigneur.
e .
de
1 .
Les Aleaux qui fe fuccedent les uns aux autres, ſont
des préludes de la vengeance dont Dieu nous menace
depuis long tems. Le Fils de l'omme doit
venir un jour fur les nuées pour écraser les pécheurs.
N'eft ce pas lui , qui déja aflis fur la nuë
qui nous menace , défole nos Campagnes & qui
la fiulx tranchante à la main, moiffonne les Grains
que nous étions prêts de ferrer ? Apoc. c . 14. v. 14.
Mais non , inftruits par notre propre experience
que Dieu le laiffe fléchir par les Prieres que nous
lui adreffons avec confiance , plus nos beſoins aug-
K mentent
1902 MERCURE DE FRANCE
mentent , plus nous devons redoubler nos voeur
pour obtenir de fa bonté qu'il conferve & conduife
à maturité les Fruits de la terre , qui déja fort endommagés
par un hyver très- rigoureux , font à la
veille d'être ſubmergés par les pluyes continuelles .
Puiffions-nous par nos gémissemens arrêter la
faulx que l'Ange du Seigneur tient fufpendue pour
perdre la moisson , vendanger nos Vignes , & jet.
ter les raifins dans la grande Cuve de la colere de-
Dieu ? Apoc. 8. 14. v . 19. Profternés aux pieds de nos
Autels , offrons à Dieu le facrifice d'un coeur contrit
& humilié ; il n'en a jamais méprifé de femblables.
Unis par l'efprit de la charité , faiſons une
fainte violence à fa bonté ; il ſe laiffe toujours fléchir
par ces fortes de Prieres; fecourons les Pauvres
par des aumônes à préſent fi néceffaires . Il nous
tiendra fa parole : Donnez , & il vous fera donné ,
date & dabitur vobis.
+ A ces caufes , Nous ordonnons qu'outre la Collecte
ad poftulandam aëris ferenitatem , que nous
avons déja prefcrite à tous les Prêtres qui célebreront
la Meffe dans notre Eglife , on chantera à genoux
pendant neuf jours après la grande Mcffe le
Trait Domine , non fecundum peccata noftra , ¿c.
Après Complies , on fera la Proceffion autour de
PEglife , en chantant les Litanies des Saints ; &
pour rendre nos Prieres plus efficaces , on découvrira
la Chaffe de notre glorieux Patron Saint Germain
, dont on a fi fouvent éprouvé la puiffante
protection auprès de Dieu , & on chantera à fon
honneur un Répons qu'on joindra à l'Antienne Sub
tuum prafidium , après quoi l'on dira les Oraiſons
de la Sainte Vierge , de Saint Germain , celle qui
eft marquée ad poftulandam aëris ferenitatem, & celle
du Roi. Nous exhortons de plus les Fideles de
joindre leurs ferventes Prieres à celles que l'Eglife
fait pour leurs preffans beſoins,
A O UST. 1740. 1903
Donné en l'Abbaye Royale de Saint Germain des
Prez , le 24. Août 1740. Signé Fr. Jean- Baptiste
Floyrac , Grand Prieur , & Vicaire Général de S.
A. S. Par Commandement du R. P. Grand Prieur ¿s
Vicaire Général de S. A. S. Fr. Jean- François de
Brefillac.
Le 30. Juillet , il y eut Concert chés la Reine ;
la Cour étant à Compiegne , M. de Blamont , Sur-
Intendant de la Mufique du Roy , fit chanter le
Prologue & la premiere Entrée du Ballet des Sens .
Le 3. Aouft , on concerta la quatrième Entrée
du même Ballet , qui fut fuivie du Prologue des
Amours des Dieux.
Le 6. & le ic. on exécuta les quatre Entrées de
ce dernier Ballet .
Le 17. & le 20. la Reine entendit le Prologue &
les trois Entrées du Ballet des Amours de Prothée ;
les principaux rolles de ces trois differens Bailets
furent chantés par les Diles Mathieu , Huguenot ,
Romainville , Defchamps , Abec , d'Egremont , &
Godeneche , de la Mufique du Roy , & par les Srs
Du Bourg , Benoît , Godeneche , Poirier , Filleul &
Jelyot.
********************
A LA REINE.
BOUQUET pour l'Assomption de la Vierge,
jour de sa Fête.
UN LIS.
REine,dans ce Bouquet vous verriez plus de Aeurs ,
Que les pleurs féconds de l'Aurore
Kij Dans
1904 MERCURE DE FRANCE
Dans un beau jour n'en font éclore ,
Si chacune , à l'envi , me vantant fes couleurs ,
Et voulant près de vous avoir tous les honneurs ,
Pour les faire paffer entre vos mains royales ,
J'avois pû réünir mois ſeul tant de rivales .
Jufqu'au frêle Muguet , à la gloire du choix
Il n'en eft point qui ne veuille prétendre ;.
Dans ce concours , ne fçachant quelles prendre ,
Ni faire un feul Bouquet de toutes à la fois ,
Je les fomme tout haut de m'exposer leurs droits
Rofe , Jaſmin , Eillet , chacune affûre
Qu'elle a du fien contribué le plus ,
Pour peindre en vous ces charmes ingénus ,
Dont la vertu formeroit fa parure ,
Si des Humains elle avoit la figure .
Je répandis fur fon front la pudeur ,
Soûtient l'OEillet ; elle eut pårt , dit la Rose ,
A ma douceur ; mais c'eſt bien autre chose ,
Dit le Jafmin que d'avoir ma candeur .
Ainfi chacune alloit plaider fa cause ,
Lorfque cédant à fon tranfport jaloux ,
Tout beau , mes Soeurs ! replique l'Immortelle
Amarillis * il eſt vrai , tient de vous
Tous ces préfens ; mais ce n'eft que de nous
Qu'elle a reçû l'Art qui les renouvelle ,
L'Art qui mettant tous ces dons à l'abri
* Marie. Des
A O UST. 1905 1740 .
Des coups du tems , par qui tout eft flétri ,
Fera briller leur éclat après elle ,
Et la rendra , comme nous, immortelle.
Quoi qu'après tout l'Immortelle eût raiſon ;
Je ne me fuis déclaré pour aucune .
Je veux pourtant vous en présenter une ,
Qui fut toujours chere au Sang de Bourbon ,
Et de nos Aeurs la fleur la moins commune.
La voilà ; c'eſt un Lys : le Lys croît ſous vos toîts.
Né pour la Royauté , fon Parterre eft le Trône ;
Déja de trois Etats ** il orne la Couronne ;
Et pour juftifier en peu de mots mon choix ,
Comme le Roy des Fleurs, il eft la Fleur des Rois.
Papillon volage ,
Symbole des Ris ,
Tu viens au paffage
Careffer mon Lys.
L'Abeille plus fage
En fille du Ciel ,
Aura l'avantage
D'y puiser son miel.
Par l'Abbé Du Verdier.
** Les Fleurs de Lys en France , en Espagne , dani
deux Siciles.
K iij MORTS
1906 MERCURE DE FRANCE
MORTS & MARIAGE.
LE24 .
E 24. Juillet Damoiselle Michelle Soullet , fille
mourut à Paris , âgée de 93. ans ; elle étoit coufine
germaine de feu Nicolas Soullet , Confeiller
Secretaire du Roi , mort âgé de 80 ans , les Fevrier
1720. lequel étoit pere de Nicolas Soullet ,
mort Confeiller en la Grand'Chambre duParlement
de Paris , le 2. Novembre 1736.
Le 31. Nicolas Blancbard , Prêtre , Docteur du
5. Juin 1685. & fous Doien de la Faculté de Théologie
de Paris , Archidiacre de Langres , mourut à
Paris, dans un age fort avancé.
Le même jour mourut à Paris Jean- Claude Profper
Héron de Villefoffe , Receveur général des Finances
de Champagne , & Secretaire des Commandemens
de S. A. S. Mademoiſelle de Clermont
Places dans lesquelles il avoit fuccedé à Jean -Louis
Héron fon frere , mort le 16. Octobre 1733. Celui
qui vient de mourir, étoit veufde Marie Charlotte
le Texier, morte âgée de 27. ans & demi , le 8. Fevrier
1737.
Le premier Août , Joſeph du Bois , Secretaire dela
Chambre & du Cabinet du Roy , & ci- devant Directeur
général des Ponts & Chauffées de France ,
mourut à Paris dans la 90. année de fon âge . IE
étoit frere aîné de feu Guillaume du Bois , Cardinal
, Archevêque de Cambray , Principal & Premier
Il a été Miniftre du Roy , mort le 10. Août 1723 .
inhumé auprès de lui dans une Chapelle de l'Eglife
Collégiale de S. Honoré.
Le 2. Dame Marie - Elizabeth - Sophie de Loraine
, Epouſe de Louis - François Armand de Vignerot
du Plefis , Duc de Richelieu & de Fronfac,
Pair
AOUST. 1740 1907
Pair de France , Marquis du Pont - Courlay , Comte
de Cofnac , Prince de Mortagne , & c . Chevalier des
Ordres du Roy , Maréchal de fes Camps & Armées,
Gouverneur de Coignac , Lieutenant Général , &
Commandant en chef dans la Province de Languedoc
, &c. avec lequel elle avoit été mariée le 7 .
Avril 1734. mourut à Paris , après une longue maladie
, dans la 30. année de fon âge , laiſſant us
fils apellé le Duc de Fronfac , té le 5. Août 1736 .
& une fille née en Languedoc . La Ducheffe de Richelieu
, étoit feconde fille d'Anne - Marie- Jofephde
Loraine, Prince & Comte de Guife ,fur Mozelle,
Comte d'Harcourt , de Montlaur , & de S. Romaife
, Marquis de Maubec , &c . mort le 29. Avril
1739. & de Marie- Loüife- Chriftine Jeannin de
Caftille . Marquife de Montjeu , morte le 11. Janvier
1736.
Le même jour , René Hérault , Seigneur de Fon--
taine-l'Abbé , Diocèfe d'Evreux, & de Vaucreffon ,
près de Versailles , Confeiller d'Etat , & Intendant
de la Généralité de Paris , mourut à Paris après une
longue maladie de langueur , dans la 50 année de
fon âge , étant né au mois d'Avril 1691. Il avoit
été d'abord Avocat du Roy au Châtelet en 1712 ,
& après avoir exercé cette Charge pendant fix ans
avec fuccès , il obtint l'agrément de la Charge de
Procureur Général au Grand Confeil , en laquelle
il fut reçû le 16. Fevrier 1718. Il eut auffi des Lettres
de compatibilité pour être en même tems Maître
des Requêtes Ordinaire de l'Hôtel du Roy , et
il prit Séance au Confeil en cette qualité le 14.
Novembre 1719. Il fut nommé au mois de Mars
1722. Iatendant de la Généralité de Tours , et s'étant
alors démis de la Charge de Procureur Général
du Grand Confeil , le Roy lui accorda des Lettres
de Confeiller d'Honneur dans ce Tribunal. Il fut
choif
1908
MERCURE DE FRANCE
choifi le 24. Août 1725. pour remplir la Charge de
Lieutenant Général de Police de la Ville et Prévôté
de Paris, dans laquelle il fut inftalé le premier
Septembre fuivant . Il fut fait Confeiller d'Etat le
24. Juin 1730. et enfin . Intendant de la Généralité
de Paris, le 27: Décembre de l'année derniere
1739. Il étoit fils aîné de feu Louis Hérault , Seigneur
d'Epone et Mazieres , Receveur Général des
Domaines et Bois de la Généralité de Rouen ,
fut maintenu dans fa Nobleffe par Jugement des
qui
Commiffaires Généraux du Confeil , du 24. Juillet
1704. & de Dame Jeanne- Charlotte Guillard de la
Vacherie , fa feconde femme actuellement vivante ;
& il avoit été marié, 1 ° . le 9. Août 1720. avec Marie
Marguerite Durey , morte à l'âge de 25. ans , le
premier Mars 1729. laquelle étoit fille de Jean - Baptifte
Durey de Vieuxcourt, Préfident Honoraire du
Grand Confeil , & de Loüife le Gendre ; & 2 ° . le
30. Décembre 1732. avec Marie - Hélene Moreau ,
fille aînée de Jean Moreau , Seigneur de Séchelles ,
Maître des Requêtes , Intendant du Haynault, & de
Marie- Anne - Catherine Damorefan de Précigny. Il
laiffe de cette derviere trois garçons , & de la premiere
deux filles , dont l'aînée a été mariée le 23.
Juillet 1738. avec Claude- Henri Feydeau , Seigneur
de Marville , Maître des Requêtes Ordinaire ,
de l'Hôtel du Roy , & Préfident au Grand Confeil,
& aujourd'hui Lieutenant Général de Police de la
Ville & Prévôté de Paris.
Le 16. Août , Joseph Bonnier , Baron de la Mosson
, Conseiller- Secretaire du Roy , Maison , Couronne
de France et de fes Finances , Trésorier Géneral
des Etats de la Province de Languedoc , Bailly
et Capitaine des Chaffes de la Varenne des Tuilleries
, cy devan : Maréchal Géneral des Logis des
Camps et Armées du Roy , et Meftie de Camp da
RégiA
O UST. 1740: 1909
,
Régiment Dauphin de Dragons, fils de Joseph Bonnier
, auffi Baron de la Moflon , Conseiller - Sécretaire
du Roy , Maison , Couronne de France et de
fes Finances , et Tréforier Géneral des Etats de
Languedoc , mort le 15. Novembre 1726. à l'âge
de 1. ans , 6. mois , et Dlle Anne Melon ,
morte le 1. Août 1727. âgée de 42. ans , épousa
au Château de Vaudreuil, en Normandie , chés le
Préfident Portail , Dile Gabrielle- Magdeleine- Constance
du Moucel de Louraille , feconde fille de Jacques-
Alexandre- Henri du Moucel , Seigneur de
Louraille , Seigneur , Patron & Haut Jufticier de
Breteville , Quilly, Saint aux Conicourt , Seigneur
& Patron de Tonneville , Antigny , &c . Préfident
au Mortier du Parlement de Normandie, et de D.
Marie- Françoise Maignart de Bernieres. Le Marié eft.
frere de la Ducheffe de Picquigny , dont on a annoncé
le Mariage dens le Mercure de Mars 1734.
page 619. La Mariée a une foeur aînée restée veuve
en 1728. à l'âge de 13. ans , de Claude de Becdelievre
, Marquis de Quevilly , Préfident au Mortier
du Parlement de Normandie.
9
Il s'eft gliffé une erreur dans le Mercure du mois
de Septembre 1739. page 2090. en raportant la
mort de François de Landes , Seigneur d'Houville.
On a avancé qu'il étoit le dernier mâle de fa Famille
, établie à Paris fous le Regne du Roy Jean
dans le 14. Siécle . On a été informé du contraire
par une Lettre datée d'Epernay la premier Juillet *
1740. et fignée le Préfident Bertin du Rocheret ,
par laquelle on marque que Jean de Landes , Seigneur
de Boutancourt , Primas , Guainville , Grenelles,
et de la Chauffée d'Ivry , dans le Pays Chartrain
, Lieutenant de Roy de Charleville , puis d'Ayesnes,
jen Flandres , oncle de M. d'Houville , dont
1910 MERCURE DE FRANCE
on a annoncé la mort , a laiffé .... de Landes de
Boutancourt , Sr de Primas , à présent âgé de 45
ans, qui a deux fils et une fille de fa feconde femme.
ARRESTS , &c.
ENTENCE DE POLICE du 22. Juillet ,
Squi condamne le nommé Fiffe , Laboureur , en
deux mille livres d'amende , pour avoir tenu dans
le Marché de Gonneffe des discours tendans à allarmer
le Public , et à faire augmenter le prix des
Grains , &c.
AUTRE du 16. Août , qui renouvelle les défenses
aux Boulangers de vendre leur pain ,™
dans leurs Boutiques , à leurs Places dans les Halles
et Marches , et dans les Maisons où ils font porter,
au - deffus du prix commun du Marché, et condamne
plufieurs Boulangers en l'amende , pour y avoir
contrevenu; fçavoir , les nommés Coufin et la fem
me , en 400 livres d'amende envers le Roy ; et les
Femmes Gu-chou , Chevreau et Ferret , et leurs Ma-'
ris , chacun en 200. livres auffi d'amende , &c .
TABL E.
PIECES FUGITIM. Destouches à M. l'Abbé
IECES FUGITIVES. Le Tabac , Ode . 1687
D.
Epigrammes , & c.
1690
1693
VI . Lettre fur les abus fur le Bureau Typogr. 1697
L'Orgueil , Ode ,
1704
Questions importantes , jugées au Parlement , 1705
Lettre en Vers et en Prose , &c.
Imitation de la VII. Satyre d'Horace , &c.
1719 .
1723
Lettre
1
1735
Lettre fur la décadence des Atts & des Sciences, 1733
La Liberté , Cantate , &c.
Réplique fur la Queſtion , fi les anciens Gaulois
parloient Grec ,
Ode à la Gloire ,
1737
1742
La Fable du Coucou , tirée d'un ancien Livre, 1749
Projet d'Article pour le Diction. Hiftorique , 1752
Epitre à l'Ombre de Despreaux , 1755
Séance publique de l'Acad . Royale deChirurgie , 1758
Epitre à Julie , et Réponse , 1778
Lettre au fujet d'un Manuscrit de Poëfie fur les Ar
chevêques de Sens ,
Enigme , Logogryphes , &c .
1781
1784
1788
NOUVELLES LITTERAIRES DIS BEAUX - ARTS ,
&c.
1793
1806
Méthode pour aprendre la Langue et l'Orthographe
Françoise , & c.
Nouveaux Amusemens du Coeur et de l'Esprit, 1794
Plaidoyers fur les differentes Educations , 1795
Nouvelle Bibliotheque Hiftorique , & c.
Sens litteral de l'Ecriture Sainte défendu, &c. 1807
Nouvelles Découvertes fur l'Horlogerie , & c. 1810
Catalogue des Pierres gravées du Cabinet du Baron
de Craffier , &c 1814
Eftampes nouv. Descente d'Enée aux Enfers , 1816
Suite des Portraits des Grands Hommes , 1819
Chanson notée , & Chansonette , 1822
Spectacles. La Jalousie imprevûë , Extrait •
1824
L'Amour désarmé à Mlle Bourbonnois , 1834
Vers qui ont fervi de Prologue , &c.
1835
Nouvelles Etrangeres , Memoires sur les Révolu
tions de Perse et du Mogol , & c. 1840
Etat des Richeffes de Schah Nadir , 1858
Turquie , Extrait d'une Lettre du Juillet , 1863
Ruffie , Pologne et Allemagne ,
1869
Prufle et Italie ,
1876
Election du Pape , & c .
1880
Yenise
Venise , Naples , Genes , et Isle de Corse ; 1883
Espagne & Grande - Bretagne ,
1886
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 1889
Réception de M. l'Intendant de Limoges , 1895
La Chaffe de Ste Geneviève découverte et Mandemens
, & c.
Bouquet à la Reine ,
Morts , Mariage ,
Arrêts ,
P
Errata du second volume de Juin.
1.896
1905
1906
1910
Age 1349. ligne 14. que nous fait tout , lisez
que tout nous fait . P. 1404. 1. 12. Bauveau, li
sez partout Beauvau.
PA
Errata de Juillet.
Age 1616. ligne 31. , à leur , lise , leur a P
1676. 1. 3. du bas , Gammont , 1. Grammont.
Fautes à corriger dans ce Livre.
,
Page 1758. ligne 17. au, lisez aux. P. 177.6 . 1. 21. de composé , l. composé de . P. 1779.
1. 9..ou , ôtez ce mot. P. 1780. l. 19. miennes , l
miens. 1781. 1. pénultieme , Normant 1. Mormant.
P. 1809. l. 6. Goltz , I. Goltzius . P. 1811. 1. 21.
atteinte , l. atteint . P. 1829. l . 12. ce seroit même,
4. ce ne feroit même que. P. 1834. 1. 9. parlé ,
Z parla. P. 1842.1. 5. fe donner , L. avoir. P. 1857,
1.3 . feroit , l. fur . P. 1892. l. 13. un, ôtez ce mot.
La Chanson notée doit regarder la page
1822
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUILLET. 1740.
QURI
COLLIGIT
SPARGITE
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XL.
Apec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
JOOGA
335222
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
VIS.
LA
ADRESSE generale eft à
Monfieur
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
perte
de temps ,
PRIX XXX. SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT.
JUILLET. 1740 .
**************************
PIECES
L
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE JOUR ,
CANTATE.
Es Mortels endormis dans une paix
profonde ,
Goûtent d'un plein repos les charmes
innocens :
2 Le fiience & la nuit regnent par tout le monde
Un sommeil gracieux assoupit tous les sens.
Tout cede en la Nature à ses efforts puissans >
Les Animaux sur terre & les Poissons dans l'onde ,
A ij
Tout
19
1474 MERCURE DE FRANCE
SH.P
Tout dort . On n'entend plus les regrets languiffans
D'un Amant outragé dans son ardeur fidelle ;
Et la plaintive Philomele
· Suspend dans les Forêts ses douloureux accens,
Dormez , Mortels infortunés ,
Le seul repos peut adoucir vos peines.
Charmez vos déplaifirs par les images vaines
Du bonheur où vos sens se sont abandonnés.
Dormez , Mortels infortunés ,
Le seul repos peut adoucir vos peines.
Toujours un réveil rigoureux
Détruit en un instant la plus douce chimere .
Gémissez , Mortels malheureux ,
Gémissez de votre misere ;
Un songe est le seul bien qui peut remplir vos voeur.
Dormez , Mortels infortunés ,
Le seul repos peut adoucir vos peines .
Mais l'aurore paroît et vient dorer les Cieux
• Elle répand dans nos Prairies
Ces sources tendres et chéries
•
Qui coulent chaque jour de ses fertiles yeux,
Elle donne à nos fleurs leur émail précieux
Et rend les herbes plus nourries.
L'ombre fuit à l'afpect du jour qui l'ébloüit.
Et le sommeil s'évanoÿit,
JUILLET. 1740. 1475
Bergers , reprenez vos Houlettes ,
Jusqu'aux plus obfcures retraites
Annoncez le retour du Jour.
Accordez vos douces Musettes
Aux chants des Oiseaux d'alentour.
Au bruit de leur tendre ramage ,
On voit sous le riant feüillage
Bondir le paisible Mouton ;
Et la Rose reçoit l'hommage
De l'Abeille & du Papillon.
Déja le blond Phoebus fait briller fa clarté ;
Il monte d'un pas indompté
Jusqu'au plus haut point de sa course .
Il en descend enfin avec rapidité ,
Tel qu'un Fleuve précipité ,
Qui depuis le haut de sa source ,
Entraîne de ses flots le courant agité .
Les humains accablés de son ardeur brûlante ,
Et les Amans qu'un double feu tourmente ,
Dans les Antres voifins vont chercher du secours,
Azile dangereux pour qui craint les Amours.
Timide Bergere
Qui fuyez Cythere ,
Evitez le frais.
L'Amour & sa Mere ,
Pour le doux mystere
A iij
Le
4476 MERCURE DE FRANCE
Le firent exprès .
Si Daphné moins sage
Eût fui sous l'ombrage ,
Au lieu du Laurier ,
Une autre Couronne
Aux Champs de Bellone.
Eût ceint le Guerrier.
Quels Zéphirs amoureux viennent flater nos plaines
?
Sur ces Côteaux charmans ils regnent à leur tour.
L'OEillet doit son odeur à leurs douces haleines ;
Flore pour son Amant sent un plus vif retour .
Revenez ,Troupe aimable , accourez sur nos rives ,
Phoebus de ses rayons n'échauffe plus le jour.
Sortez des antres frais , Bergeres fugitives ,
Venez , vous n'avez plus à craindre que l'Amour.
L'Oiseau voltige
Après l'Oiseau ,
De tige en tige ,
D'herbe en rofeau.
Et l'Arbriffeau ,
Tendre prodige !
Careffe l'Eau .
L'Echo raisonne
Avec l'Amant ;
"
Cupi
JUILLET. 1740 $477
Cupidon sonne
L'heureux moment ;
Et le pipeau
Partout fredonne
Un chant nouveau.
M. Bouvard donnera inceffamment la Mufique
de cette Cantate
ment de Flûte & de Violon.
avec accompagne-
***
V
LETTRE de M. N. D.
à M. l'Abbé D.
Ous voulez donc sçavoir , Monfieur ,
s'il eft vrai qu'on fait une seconde Edition
de mon Théatre , & que j'y ajoûte trois
Comédies nouvelles , & un Volume d'Epigrammes
& d'Oeuvres diverſes . Il eſt vrai
que cette feconde Edition qui devoit être
en quatre Volumes in 12. est commencée
depuis plus de trois ans. J'en corrigeois moimême
les épreuves ; je profitois de cette occafion
pour corriger mes fautes , auffi bien
que celles de l'Imprimeur , & nous étions
parvenus à la fin du premier Volume , avec
une diligence qui me faisoit croire que les
trois autres feroient bien- tôt achevés ; point
du tout. Mon Imprimeur s'eft jetté dans
A iiij
d'au
1478 MERCURE DE FRANCE
d'autres Entrepriſes , & comptant aparama
ment fur ma patience , ou fur la jufte indif
ference que j'ai pour mes productions , il a
mis au jour je ne fçais combien d'Ouvra
ges nouveaux , & a laiffé les miens à l'écart.
Ni mes plaintes ni mes reproches n'ont
pû l'émouvoir ; & enfin comme j'ai vû qu'il
s'opiniâtroit à me négliger , j'ai pris le parti
de ne m'en point soucier. Tous mes Amis
me font la guerre sur mon indolence ; je les
renvoye à Prault le pere ; ils y vont. Il leur
protefte qu'il va se remettre inceffamment à
mon Edition , & il n'en fait rien ; voilà toute
l'hiftoire.
>
Je viens maintenant à votre seconde question.
Vous me demandez , M. pourquoi je
veux faire imprimer trois Piéces nouvelles
avant que de les faire paffer à l'épreuve du
Théatre ? Ma réponſe fera bien fimple &
bien naïve ; c'eft que je crains cette épreuve ,
& que je ne veux plus m'y exposer. Et depuis
quand donc cette timidité , me repliquerez
-vous ? Depuis que la Scene eft inondée
d'Efprit. Plus de naïveté , de fimplicité,
de naturel ; plus d'intrigue , de conduite , &
d'action ; plus de fentimens , de moeurs , &
de caracteres ; du moins de caracteres vrais
& reffemblans. Piéces Tragiques , Piéces
Comiques , tout roule fur l'Efprit. Rois ,
Héros , Maîtres & Valets , ne parlent plus
qu'en
JUILLET. 1740 : 1479
qu'en Epigrammes. C'eſt à qui en lancera
de plus vives & de plus piquantes . Les Acteurs
& les Auteurs fe font gâtés réciproquement
, & les Spectateurs , oferai - je le dire ,
qui fe font révoltés longtemps contre cet
abus , s'y font accoûtumés infenfiblement ;
desorte que le goût eft absolument changé.
La fimple Nature est bannie de la Scene ; on
n'y veut plus que de l'Esprit ; de l'Esprit partout
; de l'Esprit à quelque prix que ce soit.
Offrez aux Acteurs une Piéce où l'on ne
court point après l'Esprit , & où l'on ne veut
en avoir , qu'autant que le sujet & l'occaſion
l'exigent , l'Ouvrage leur paroît gothique .
Ce n'est plus sur ce ton là qu'on écrit. Ce n'est
pas là le goût d'aujourd'hui . Cela ne reuſſira
pas. Voilà comme on reçoit l'Ouvrage d'un
Auteur qui ne connoiffant point d'autre guide
que la Nature , s'obstine à marcher toujours
fur fes traces , & qui craint de la facrifier
au defir de plaire à des gens qui ne la
connoiffent plus ; & voilà , M. ce qui me
détermine à ne faire plus paroître mes Comédies
que par la voye de l'Impreffion.
Vous aurez beau me dire qu'elle ne procure
point d'auffi brillans fuccès que le Théatre ;
l'ambition d'y être aplaudi ne m'agite plus.
Je me borne au defir de plaire à des Lecteurs
tranquiles & judicieux , qui me feront
l'honneur de s'occuper de moi dans leur
A v Ca1480
MERCURE DE FRANCE
Cabinet , & qui n'étant prévenus ni par l'éclat
des acclamations , ni par le fracas tumultueux
d'un Parterre révolté , feront en
état de me juger de fang froid , & de fentir
par eux mêmes fi mes Piéces font bonnes ou
mauvaiſes. Je ne veux plus reffortir qu'à ce
Tribunal , & c'eſt une réſolution ſi bien prife
, qu rien n'eft capable de m'en détourner.
A l'égard de mes Epigrammes , voici cel
qui les a fait naît e . Vous fçavez , M. que je
vis dans une folitude agréable , où dégagé de
toute ambition je tâche de me fuffire à moimême.
Mon Jardin , mon Parc & mon Cabinet
partagent mon loifir. Je cultive des
fleurs , je perce des allées , je lis & j'écris. Je
me fuis fait des promenades : charmantes
dont je fais ufage le plus fouvent & le plus
long temps qu'il m'eft poffible. Vous jugez
bien que je ne puis faire tant de chemin fans
rêver. Il me vient mille pensées differentes
sérieuses , plaifantes , morales , cauftiques
tout m'amufe , tout m'occupe ; & quand
quelqu'une de ces idées me rit & me
paroît mériter de n'être pas oubliée , je la
mets auffi-tôt en Vers , & je la confie au papier
, des que je rentre dans mon Cabinet.
C'eft ce qui m'a produit plus de mille Epigrammes
, parmi lesquelles j'en ai choifi près
de huit cent , que je divife en fept Livres y
&
JUILLET. 1740. 1481
& que j'ai réfolu de donner au Public , à la
fuite de mes Piéces Dramatiques , où il n'au-,
roit tenu qu'à moi de les faire entrer , ſi la
fureur d'avoir de l'Efprit m'avoit poffedé ;
heureux d'y avoir réfifté autant que le bon
fens & la raifon l'exigeoient !
Comme vous êtes mon intime Ami , &
que vous avez le goût auffi sûr que délicat ,
je vous envoye la Préface de ces Epigrammes;
lifez là , je vous prie , avec attention , &
faites- moi l'amitié de m'en dire votre fentiment.
Par cet échantillon vous pourrez juger
de la Piéce.
PREFACE.
·I.
J'ai lû cent fois Catulle & Martial ,
Et fans mentir je les aime à la rage.
Pour le premier je fuis très-partial ,
Mais le fecond dérobe mon fuffrage .
Ah que d'efprit et de varieté !
L'un est plus fort , plus amer , plus cauftique ,
Et fi pourtant il a le fel attique :
Son fucceffeur a bien plus de gayté ;
Plein d'élégance il amufe , il fait rire ,
C'eft un Protée . Il eft grave , moral
Puis tout à coup , licencieux Satyre ;
Pour lui tout eft un ſujet géneral ,
.
A vi Tan1482
MERCURE DE FRANCE
1
Tantôt on l'aime , & tantôt on l'admire.
Or ces Auteurs que je viens de décrire ,
M'ont inspiré le ſtyle que je prends
En imitant leurs ftyles differens
Et je fens bien qu'à force de les lire ;
Je fuis déja versé dans la Satyre.
Mais de fçavoir fi j'aurai leur fuccès ,
C'eft , par ma foi ,ce que je ne puis dire ,
Et mes Lecteurs jugeront le Procès.
II.
Plaute et Terence , et Moliere , dit-on ,
Sur mon fujet ont fait bruit au Parnaffe ,
Et m'ont traité d'une étrange façon ,
Difant tout haut qu'ils m'avoient fait la grace
De m'enſeigner à marcher fur leur trace ,
Et qu'ils croyoient que mon unique foin
Seroit toujours de les fuivre de loin ;
Mais cet ingrat maintenant idolâtre
» De fon Catulle et de fon Martial ,
Ajoûtoient- ils , néglige le Théatre
Pour imiter leur ftyle déloyal ;
و د
Et fur leur ton nous prépare un Volume
» Affaifonné d'aigreur et d'amertume.
Ne fouffrez plus , ô divin Apollon ,
» Ce deferteur , dans le sacré Vallon .
A ce difcours , nos deux Auteurs cauftiques
Pour repliquer aux trois Poëtes Comiques ,
Sur
JUILLET : 1740. 7483
Sur chacun d'eux ont lancé divers traits
Des plus piquans. Le Dieu s'eft mis à rire ,
Et puis a dit : Il eft permis d'écrire
Comme l'on veut. Je n'exigeai jamais
Qu'un feul objet exerçât un Génie ;
Et l'on acquiert une gloire infinie
Lorsqu'en tout genre on fefait un renom.
Si Néricault peut imiter Catulle
Et Martial, eft-il donc ridicule
De le tenter ? Peut -être quefon nom
Brillera plus en fuivant leur exemple ,
Qu'en vous fuivant. La Gloire dans ſon Temple
Donne une place à tous mes Favoris ;
Mais diftinguant leurs differens Eſprits ,
Si quelqu'un d'eux , hardi dans la carriere
Sçait y briller en plus d'une maniere ,
Afon courage elle donne leprix.
III.
Ce petit Recueil d'Epigrammes ,
Où tant d'hommes et tant de femmes
Refléchiffant fur certains traits ,
Pourront rencontrer leurs portraits ,
N'est point un Recueil de ſcandale
Qui parte aujourd'hui de mes mains §
Ce n'est qu'un Traité de Morale
Aux dépens de tous les Humains.
IV.
1484 MERCURE DE FRANCE
IV.
Me bornant à l'effor d'un' innocent Comique ,
J'ai réfifté fans peine à l'odieux penchant
De répandre fur tout une bile Cynique ;
Et je fens en faifant ce Livre fatyrique ,
Qu'ilfaut bien peu d'efprit pour être bien méchant.
V.
Du Genre humain fage ennemi ,
Contre lui quand je m'abandonne ,
C'est toujours fans nommer perfonne
Et c'eft ne hair qu'à demi.
Je crois même que mes malices ,
Pour lui font un don précieux ;
Car j'en veux feulement aux vices ,
Et n'en veux point aux Vicieux.
V I.
Si quelquefois ma Mufe eft des plus foles ,
Ne jugez pas fur cela de mes moeurs ;
Un Caton peut être libre en paroles ;
Tels font fouvent les plus graves Auteurs
L'Auteur qui rit fait rire fes Lecteurs
Sans les corrompre : Une honnête licence
Fait moins de mal qu'un Roman langoureux ,
Où l'on contracte une tendre démence .
Les traits gaillards n'ont rien de dangereux ,
Et la gaîté fuit toujours l'innocence.
VII.
JUILLET. 1740 1485
VII.
Le Jugement , le Goût , l'Esprit ,
Trois dons requis pour bien écrire ;
L'Efprit feul , n'eft qu'un vrai délire ,
Le Jugement feul , s'affoupit ;
Il faut que l'Efprit le réveille :
Tous deux enſemble font merveille ,
Lorfque le Goût les affortit .
Car , pour ufer de métaphore ,
Des deux premiers bien réunis ,
Rien de parfait ne peut éclore
Si le Goût n'y met fon vernis .
Beau vernis , que je te regrette !
Il s'eft échapé de nos mains ;
Mais chés les Grecs & les Romains
On en retrouve la Recette .
Fin de la Préface.
VI. LETTRE contenant la suite des abus .
des avis , & des pensées diverfes fur la
Méthode du Bureau Typographique.
€89.
Ly a des Parens et des Domestiques ,
Monfieur qui n'ayant pas la patience de
Monfieur , m'ayant pas
voir travailler lentement un Enfant au Bureau
Typographique , lui demandent un mot pour l'amuser
1486 MERCURE DE FRANCE
> muser l'Enfant porte quelques Cartes dans sa
main , bien ou mal rangées ; on le caresse on le
gronde , on le corrige , l'Enfant prend ensuite l'habitude
de vouloir aller montrer ce qu'il a fait , au
lieu de travailler sur la Table du Bureau , il y en a
qui ne mettroient pas une Carte sur la Table du
Bureau , qu'ils ne l'eussent montrée auparavant ,
pour sçavoir si elle est bonne ; cette exhibition
continuelle devient un jeu peu instructif , c'est aux
bons Maîtres à y prendre garde.
69°. Quand l'Enfant a travaillé quelque temps
à la compofition des syllabes et des mots posés lettre
à lettre , & son à son sur la Table , il faut lui
aprendre à composer dans sa main les mots et les
phrases , pour les aller ensuite étendre et ranger en
lignes , l'une sous l'autre, avec le plus d'ordre et de
dexterité qu'il sera possible , et ne pas imiter l'abus
de ceux qui rangent si mal leur Thême , qu'il n'est
pas possible de le lire ni de le corriger. On trouve
des Enfans charmans , qui ont un goût particulier
pour l'ordre de toutes les logettes , des mots , des
lignes , &c. et on en trouve d'autres au contraire ,
peu sensibles à cet ordre . Le Bureau sert à connoître
ce goût-là , soit dans les Maîtres , soit dans les
Enfans. Et si les Parens connoissoient le prix et le
mérite du goût , ils ne balanceroient pas entre la
Méthode vulgaire et celle du Bureau Typographique.
70°. L'Homme est animal d'habitude , et si l'on
étoit curieux d'aprofondir pourquoi depuis le Sceptre
jusqu'à la Houlette , les Hommes se conduisent
comme ils font , on trouveroit que c'est l'habitude
qui les organise , et les monte , pour ainsi dire , à
cela . Il est donc de la derniere importance de bien
examiner la nature des premiers actes , qui font la
base de l'habitude , surtout dans les Enfans ; j'en
2
Tois
JUILLET. 1740 1487
•
les
vois peu auxquels on ne laisse prendre que de bonnes
habitudes. On supose mal à propos , qu'il sera
aisé de rectifier ensuite quantité de petites habitudes
contraires à la bonne Méthode du Bureau Typographique
, soit en leur montrant les lettres ,
sons , les exercices du Carton élementaire , soit en
leur montrant les diverses classes de Typographie
ainsi qu'on l'a déja dit dans la Bibliotheque des Enfans
in-4°.
pû
>
71 ° . La manie des Hommes en général , sous
prétexte de perfection , est de vouloir toujours réformer
les Ouvrages des autres ; les uns par vanité ,
les autres par interêt , veulent faire voir qu'ils ont
pensé à tout , qu'ils sont les inventeurs de tout.
On a fait faire des Bureaux si petits , que l'Enfant
s'en est d'abord dégoûté , il aimé le mouvement et
l'action ; il faut donc un Bureau qui le fasse agir
pour la santé du corps , et pour la culture de l'esprit.
D'autres en ont fait faire de trop hauts , l'Enfant
n'a pu s'imaginer qu'ils fussent pour lui , voyant
qu'il ne pouvoit s'en servir lui seul ; et il a eu moins
de goût pour ces machines extraordinaires , que
pour les Bureaux proportionnés à la taille des Enfans.
Si un Bureau ne suffit pas , on en fait faire
d'autres ; ce n'est pas le nombre qui épouvante
l'Enfant , on peut lui en donner tout le long d'une
galerie , il s'en amusera avec plaisir , s'il peut y
atteindre , et si l'esprit systematique est de la partie
, car il est dans les Enfans , quoiqu'il manque,
dans la plupart des Maîtres de la Méthode vulgaire.
72°. Un Maître attentif à tout l'utile et à l'agreable
, donnera sur des Cartes de petites Epitres
de la part du Pere , de la Mere , des Parens , des
Amis , des Voisins et des Etrangers, pour varier les
Thêmes , que l'Enfant doit copier sur la Table de
Son
1488 MERCURE DE FRANCE
son Bureau. Il seroit mieux que chaque Epitre fu
écrite & signée par ces mêmes personnes. Mais peu
dee ggens veulent se prêter et concourir au bien de l'Enfant;
d'ailleurs peu sçavent l'ortographe . Cependant
il sera bon d'avoir un Livre en blanc,dans lequel on
fera écrire quelques lignes à tous ceux qui se présenteront
, afin que l'Enfant lise toas les caracteres.
73 °. Quand un Enfant avec le Bureau de six
rangs a apris à lire les deux Langues , qu'il a les
premiers Elémens de la Langue Latine , un Précepteur
ordinaire s'imagine qu'il faut rentrer dans
l'ancienne Méthode , et que les Bureaux ne vont
pas plus loin ; cependant il est certain que l'Enfant
peut travailler en Grec , comme il a fait en Latin
et les progrès en seroient plus grands , surtout si
l'Enfant ne doit être mis au College que pour aller
en quatrieme ou en troisiéme . J'en dis autant de
l'Arabe , et des Langues Orientales qu'on voudroi
faire aprendre de bonne heure , comme aux Enfans
de Langues , ou autres , destinés à l'Eglise.
74° Les Partisans de l'Antiquité s'imaginent que
saus l'étude du Latin et du Grec, il n'est pas possible
de devenir habile dans les Arts et dans les Sciences ;
cependant à juger des choses sans prévention , il
est certain qu'avec l'étude des seuls Livres François
on peut aspirer à la perfection des Sciences .
Peut-être même que l'étude des Langues est un
obstacle à ce te perfection. Les fameux Linguistes
sont ils les plus Sçavans ? Si le Théologien peut se
passer du Grec et de l'Hebreu , un Militaire ne
peut-il pas se passer du Latin ? Pourquoi les Grecs ,
avec leur seule Langue , auroient - ils pû arriver au
point de Science inaccessible aux autres Nations ,
et aux Habitans de cette même Grece ? Ce n'est ni
dans la Langue,ni dans le Local qu'il faut chercher
la
JUILLET. 1746. 1489
la solution du problême ; c'est plûtôt dans les circonstances
favorables de certains Gouvernemens
de certains usages , de certaines opinions, de certain
point d'honneur , de certain goût protegé , récom .
pensé , de certains Hommes extraordinaires venus
à propos pour concourir à tout le reste .
75° . En donnant les abus et les avis sur la Typographie
, on peut aussi ajoûter les pensées diverses
sur cette maniere d'instruire les Eufans ; matiere
si peu interessante dans ce siècle , que les Hommes
en géneral , parlent plus volontiers de leur
écurie , de leur table , et de leur garde- robe , que
de l'éducation de leurs Enfans , ils passent dans les
Mercures l'Article de la Typographie : Mercures
qui dans mille ans seront les plus recherchés ; il y'
aura pour lors le mérite de l'antiquité et de la recherche.
76°. Si en fouillant dans la Terre , on trouvoit
un fragment du Bureau Typographique , avec des
Etiquettes Grecques , Hébraïques , & c. bien des
Curieux y courroient , qui ne daignent pas aller
voir un Bureau Typographique moderne ; le goût
de l'Antiquité est la regle de leur assaisonement,
tout le reste est insipide . On rougira pour nous
dans mille ans , en lisant le Procès des Anciens et
des Modernes de notre siécle . Si les fruits de la
Terre dégenerent de plus en plus , ils ne pourront
pas servir d'alimens , ce sera donc pour lors la fin
du monde ; la mortalité des Hommes sera infaillible
, après avoir passé par l'état d'imbecilité ;
vonà des suites de l'hypothèse des Anciens : mais
les Modernes , en rafinant , perfectionnent les
fruits , en doivent- ils être crûs plus bêtes ? Pourquoi
avec plus de moyens que les Anciens , les Modernes
seroient-ils incapables de les atteindre ,
de les surpasser ? La Boussole seule vaut peut-être
ou
plus,
1490 MERCURE DE FRANCE
plus , que cent Poëmes comme celui d'Homere &
de Virgile . Platon , le divin Platon , l'ennemi des
Poëtes , auroit permis dans sa République l'usage
de la Boussole .
77°. La superiorité des Anciens consistoit en
Fables , en inutilités , et non en réalités. Devonsnous
dire , que le Peuple Hebreu , le Peuple de
Dieu , étoit très-ignorant , très- grossier , & c. et que
le Peuple du Démon étoit sçavant , poli , &c. ? Et
nous Modernes , devons- nous prendre pour modele
le Peuple du Diable ? S'il est permis de le dire ,
n'est-ce pas là un piége de Satan , pour nous bercer
et nous endormir dans la Fable ou dans la Théologie
Payenne , et nous donner du dégoût pour la
Bible et pour la Religion ? J'en apelle à nos meilleurs
Poëtes , et aux Erudits de bonne foi , qui
passent la vie à étudier les Auteurs Payens et fabuleux
. Changeons de matiere .
78°. Chacun sçait que par la Méthode vulgaire ,
les Filles , les Femmes et les trois quarts des Hommes
, n'aprennent jamais ni l'ortographe de l'oreille
, ni l'ortographe des yeux. Or les Enfans du
Bureau , de l'un et de l'autre sexe , aprennent bien
l'une et l'autre ortographe : donc la Méthode du
Bureau est préferable à la Méthode vulgaire . La
premiere et la seconde propofition se prouvent sur
le champ pat l'experience , et à la honte des Personnes
qui en voudroient douter.
79°. On ne sçauroit trop se plaindre des Maîtres
Latinistes , qui n'instruisent leurs Enfans , que par
des termes des terminaisons , et qui ne songent
pas plûtôt à leur donner les idées et les sentimens
des choses dont i's leur parlent , et sur lesquelles
ils veulent les endoctriner , et leur donner des
Thêmes à faire. Par exemple , j'ai vû des Enfans
qui croyoient que le met grand étoit substantif
dans
JUILLET 1740. 149
dans le grand homme , parce qu'il étoit précédé de
l'article le ; d'autres qui répondoient sur le que après
timeo , mais non sur le que après le verbe craindre ;
preuve de la méchanique sans l'idée des choses.
80°. Beaucoup de Parens,persuadés de la superio
rité de la Méthode Typographique sur la Méthode
vulgaire , ont pris des Précepteurs , ou des Gouverneurs
, qui ont promis de suivre la nouvelle Méthode
, et ensuite ils ne l'ont pas fait ; où bien ils
ont été renvoyés ; on n'a pas pû trouyer , dit-on ,
des Maîtres Typographiques ; on a été obligé de
suivre la Méthode vulgaire , après avoir fait la dépense
d'un Bureau. Donc , concluë t'on , le plus
court est de s'en tenir à la Méthode vulgaire. J'en
conviens , mais ce n'est pas le plus sûr , on trouvera
des Maîtres Typographiques quand on voudra les
payer.
81. La Méthode vulgaire donne pour pensum ,
ou punition , de faire deux ou trois fois , ou de doubler
et de tripler le devoir classique , qui rebute ,
qui dégoûte l'Enfant , en un mot , l'ouvrage qu'il
n'aime pas , et qu'il dit ne pouvoir pas faire . N'estce
pas là le moyen de doubler et de tripler l'aversion
de cet Enfant ? Est-ce ici le travail des Forçats
Hébreux sous Pharaon ? La Méthode du Bureau ,
bien loin de doubler le travail de l'Enfant qui mérite
punition , le prive de son devoir , l'en dispense , et
cette peine corrige l'Enfant. Il est aisé de conclure
laquelle des deux Méthodes est la plus judicieuse, la
plus utile , et la plus proportionnée à l'enfance. Je
suis &c,
IMI
1494 MERCURE DE FRANCE
D'acquerir le Tréſor qu'il eftime le plus :
Tréfor , dont l'honorable & fructueux uſage
Au Pauvre comme au Riche offre un grand avan
tage ,
Et que , fans encourir le plus fatal danger
Le Jeune ni le Vieux ne fçauroient négliger.
Ainfi donc , confacrant le refte de ma vie
Aux fages Elemens de la Philofophie ,
Par leur moyen je tâche , autant que je le puis ,
De diriger mes Moeurs , d'adoucir mes Ennuis.
Quoiqu'on eûit tort d'avoir l'efperance infenfée
De devenir égal au clair- voyant (4) Lincée ,
On ne doit pourtant pas, quand on eft chaffieux ;
Méprifer ce qui peut calmer le mal des yeux :
Et quoiqu'on fente bien qu'il n'eft jamais poſſible
D'acquerir de Glycon (6) la vigueur invincible ,
On ne doit pas laiffer de faire fes efforts
Pour tâcher de bannir la Goutte de fon corps.
Jufqu'à quelque degré tout au moins l'on s'avance,
Si d'aller au- delà l'on n'a pas la puiffance.
D'un avare defir votre coeur brûle- t'il ?
Il eft de certains (c) Mots, dont le charme fubtil
(a) Argonaute , dont les yeux étoient fi perçans , dit
la Fable , qu'il voyoit même ce qui se paffoit dans les
Enfers,
(b) Gladiateur , qui avoit une force furprenante.
(cd) Allufion aux Pratiques fuperftitieufes de la
Magic,
Peut
JUILLET.
149 1740 .
E
1
"}
Peut adoucir l'accès de votre maladie ,
Et peut -être en chaffer une grande partie.
L'Orgueil dans votre Eſprit verſe- t'il ſon poiſon a
Vous pourrez de ce Mal trouver la guériſon ,
En faisant par trois fois ( d) une bonne lecture ,
Où vous aporterez une intention pure.
Le Lâche , le Gourmand , l'Envieux , l'Emporté ,
L'Efclave de l'Amour & de la Volupté ;
Aucun n'eft tellement à la Brute femblable ,
Qu'il ne puiffe après tout devenir raiſonnable ;
Pourvû qu'il daigne enfin prêter de tems en tems
Une oreille docile aux bons Enfeignemens.
Fuir le Mal , c'eſt du Bien faire l'aprentiffage ,
Qui ceffe d'être fou commence d'être fage .
Quoi ! tu vois quelle gêne & de corps & d'efprit ,
Quoi ! tu vois , infensé , quels travaux te prefcrit
Le defir d'éviter la honte chimérique
D'effuyer un refus , d'avoir un Fonds modique ;
En quoi ta folle erreur te fait enviſager
Les malheurs les plus grands qui puiffent t'affliger,
Et tu peux perfifter dans cette erreur étrange ?
Quoi ! donc, tu vas courir jufqu'au delà du Gange ,
Fuyant affidûment ces prétendus malheurs ,
Au travers des Rochers , au travers des chaleurs ,
Tandis qu'aux bons confeils inhabile à te rendre ,
De plus fages que toi tu ne veux pas aprendre
Le précieux fecret de vivre en liberté
B D'affû1496
MERCURE
DE FRANCE
D'assûrer
ton repos & ta félicité ,
En méprisant ces Biens , que ton ame inquiete
Et follement admire , & follement souhaite ?
Quel homme , ayant gagné quelques chetifs présens
,
Aforce de combattre aux yeux des Paysans ,
Dédaigneroit les Prix glorieux , magnifiques ,
Qu'on deſtine aux Vainqueurs dans les Jeux Olympiques
,
Si ces Prix adjugés par tous les Grecs en corps ,
Ne devoient lui coûter que de foibles efforts ?
Comme sur les Métaux l'Or tient un rang suprême ,
Ainfi la Vertu brille au- deffus de l'Or même.
Il n'eft , chers Citoyens , rien tel que d'amaffer ,
Et c'est par s'enrichir que l'on doit commencer .
Ne cherchons la Vertu qu'après que notre adreſſe
Sera venue à bout de trouver la Richeffe.
Ce font-là , ce sont-là les Préceptes connus
Dans tous les environs (e ) du Tempie de Janus.
C'est là précisément
l'inftructive
Morale
Qu'à son fils chaque jour un Pere avare étale.
Ce sont les Mots dorés , les Mots sentencieux
Que répetent sans fin les Jeunes & les Vieux ,
Portant sous le bras gauche , Usuriers sans mesure,
La Tablette & la Bourse , attirail de l'Usure .
(e) Qù demeuroient force Marchands ,
Banquiers , &c.
Usuriers ,
S'il {
JUILLET. 1497 1740:
S'il s'en faut un Trentiéme environ que vos Biens
Ne se montent au point qui met les Citoyens
En état d'aspirer aux Titres respectables ;
Euffiez -vous les talens les plus inimitables ,
Fûffiez-vous tout paitri d'honneur , de probité ,
De Bon Goût , d'Eloquence & de Fidelité ;
Euffiez - vous par vos Faits illuftré votre vie ,
Vous serez Plebeïen , je vous le certifie.
Mais quoi voit- on ici quelque ombre du bon sens
Qu'on remarque en ces Jeux où les petits Enfans
S'entre -disent , suivant leur formule ordinaire :
Vous allez être Roy , fi vous fçavez bien faire ?
Eh ! quoi donc , faire bien , s'abftenir de pécher ,
Et n'avoir dans ses moeurs rien à se reprocher ,
Ne doit-ce pas , malgré le Sort & ses caprices ,
Etre un vrai Mur d'airain contre ses injuſtices ?
Tous préjugés à part ; dites , de bonne foi ,
Qui des deux vaut le mieux de la fameuse (f) Loi,
Qui permet d'aggreger aux Chevaliers un Homme;
Dont le Revenu va jusqu'à certaine Somme ,
Ou du Mot des Enfans , qui , rempli d'équité ,
( f) La Loi Rofcia , publiée par Othon Rofcius ,
Tribun du Peuple , par laquelle il étoit ordonné , que
pour pouvoir être admis au rang des Chevaliers Romains
, un Citoyen devoit poffeder au moins 400000.
Sefterces de Revenu annuel ; ce qui revient , dit le
P. Jouvency , à 40000. Livres de France , & à 10000.
Ecus Romains.
Bij A
1498 MERCURE DE FRANCE
A celui qui fait bien offre la Royauté ,
Et dont l'usage fut auffi noble qu'utile ,
Dans les temps où vivoient Curius & Camille ?
Quoi ! le donneur d'avis , qui prétend & qui veut
Que j'accroiffe mon bien , Juftement , s'il se peut
Sinon , qu'à quelque prix enfin que ce puiffe être
Je trouve néanmoins le secret de l'accroître ;
Pour acquerir le droit dont joüiffent les Grands ,
D'être dans un Spectacle affis aux premiers rangs
Me conseille-t'il mieux que celui qui m'exhorte
D'oposer un coeur libre , une ame toujours forte
Beaucoup de patience & d'intrépidité
Aux affauts de l'Envie & de l'Adverfité
*
Si le Peuple Romain , par hazard , me demande
Pourquoi la difference entre nous eft fi grande ;
Pourquoi ce qui lui plaît me cause tant d'ennui ;
Et pourquoi, fréquentant les mêmes Lieux que lui,
Je ne me porte pas à raisonner de même ,
A fuir tout ce qu'il hait , à chercher ce qu'il aime
Je réponds ce qu'un jour , comme Esope l'a dit ,
Au Lion allité le Renard répondit :
C'est queje vois aux pas tracés devant ta Porte ,
Qu'on entre bien chés toi , mais non point qu'on
sorte.
Peuple , à fuivre ta mode une fois consentir ,
C'eft l'Antre du Lion , d'où l'on ne peut sortir.
N'espere pas me mettre au rang de ces Conquêtes.
}
1
JUILLET. 1740 . £ 499
En t'évitant j'évite un Monftre à plusieurs têtes ;
Un Monftre qu'on ne peut tout entier contenter ;
Car quel parti prendrai -je , & qui dois -je imiter
L'un cherche à s'enrichir dans les Fermes publiques;
L'autre ,
, par ses Présens , par ses basses Pratiques ,
Fait la chasse à la Veuve , ou tend un hameçon
A la fimplicité de quelque vieux Garçon ,
Dans l'espoir d'escroquer un gros Legs qu'il sou
haite.
Plufieurs , par le moyen d'une Usure secrete ,
Augmentent leurs Trésors au mépris de la Loi ,
Qui devient le jouet de leur mauvaise foi.
Mais je veux qu'en un Peuple auffi grand que le
nôtre ,
Les Caracteres foient differens l'un de Pautre ;
Le même Homme , celui qu'on croit le plus cons- ,
tant ,
Avec foi pourra-t'il s'accorder un inftant ?
Baies (g) eft pour bâtir , le plus beau Lieu du
Monde ,
Dit un Riche : & déja le Lac , la Ville , P'Onde ,
S'aplaudiffent d'avoir un Habitant pareil :
Mais fi de son caprice il va prendre conseil ,
Demain , Maçons , demain , pour des raisons nou
velles ,
Vous porterez ailleurs vos Marteaux , vos Truelles .
(g) Ville de Campanie , fituée au Golphe de Pouzzole
, près du LacLucrin , &c.
Biij Ce
1500 MERCURE
DE FRANCE
Ce Riche de l'Hymen a-t'il choifi l'état
» Il vaudroit mieux , dit - il , garder le Célibat .
N'eft-il point marié ? ses discours font connoître
Qu'il n'imagine rien de meilleur que de l'être .
Eh: dans quels liens donc , par quels noeuds affés
forts ,
Pourrois-je , en employant tous mes plus grands
efforts
Arrêter ce Protée inégal & volage ,
Qui cent fois en un jour sçait changer de visage ?
Mais quoi ! le Pauvre a-t'il moins d'inégalité ,
Plus de perséverance & de ſtabilité ?
Mécéne , ricz- en. Le Pauvre d'heure en heure
Change de Bain , de Lit , de Barbier , de Demeure.'
Le Pauvre se dégoûte auffi-tôt d'un Bateau ,
Qu'il a loüé d'autrui pour s'égayer fur l'Eau ,
Que le Riche écoutant la quinte qui l'inspire ,
Se montre dégoûté de fon propre Navire.
Si lorfque mon Barbier , par un coup indécent ,
A gâté mes cheveux en les accourciffant ,
Soudain en cet état je m'offre à votre vûë ,
Vous en riez ... Ma Robe eft - elle décousûë ?
Quelqu'un de mes habits prend- il un mauvais pli
Eft il mis de travers ? Vous en riez auffi.
Quoi ! quand vous me voyez en guerre avec moimême
,
Courir à tout moment de Syftême en Systême ,
Mépriser un objet que j'avois encensé ,
ReJUILLET.
1501 1740
Reprendre avec ardeur ce que j'avois laiffé ;
Incertain du Parti qu'ici bas je dois suivre ,
Ne garder aucun ordre en ma façon de vivre ;
Abattre , rebâtir ; tantôt lent , tantôt prompt ;
D'un Rond faire un Quarré , d'un Quarré faire un
Rond ;
Selon vous , ma folie en tant d'excès féconde ,
N'eft , après tout , qu'un mal commun à tout le
Monde !
Vous la voyez sans rire ! Et vous ne pensez pas
Qu'il faille recourir , dans un ſemblable cas ,
A l'Art des Médecins pour purger ma cervelle ,
Ni que le Juge enfin me mette en curatelle ,
Parce que vous daignez être mon Protecteur ,
Et que de plus ( rigide & zelé Correcteur
D'un Ami dépendant qui n'ose vous déplaire )
Sur mes moindres défauts vous entrez en colere
Et pouffez , en un mot , votre zele affidu
Jusqu'à me reprocher un ongle mal tondu !
Au refte , je dirai , pour finir cette Epitre ,
Que l'Homme sage ( h) peut se vanter à bon titre
De n'être inferieur qu'au seul Maître des Dieux
Qu'il eft comblé d'honneurs & purs & radieux ;
Qu'il eft riche , et peut seul à lui-même suffire ;
Qu'il eft pleinement libre ; & qu'il eft, pour tout dire,
(h) Suivant la Doctrine des Stoïciens , qu'Horace
semble embraffer ici.
Bill
Roy
502 MERCURE DE FRANCE
Roy des Rois, beau, bien fait, sain sur tout ; excepte
Lorsque par la Pituite il se sent molefté .
F. M. F.
****************
LETTRE de M. L. L. à M. D. L. R.
en lui envoyant d'anciens Vers qui contiennent
la Fondation de l'Abbaye de Chaalis an
Diocèse de Senlis .
N commence , Monfieur , dans notre
siécle à se mettre dans le goût de la
connoiffance des Lieux. Voilà pluſieurs Dictionaires
Géographiques qui s'impriment , &
qui tous tendent à réunir dans un seul Ouvrage
la Notice des Pays que nous habitons :
mais on s'aperçoit qu'en les composant , les
'Auteurs n'ont pû tout dire. Pouvons nous , par
exemple, esperer que les Editeurs du Dictio
naire de M. de la Martiniere , qui se réimprime
actuellement , soient descendus , en
parlant de certaines Villes , certaines Abbayes
, certains Bourgs , dans le détail que
demande un Ouvrage où l'on voudroit qu'il
fi
Y ait autant à profiter en lisant , qu'il y en
auroit en voyageant ? Non certes . Il faut
compter que cela n'arrivera pas & que
' on avoit pris ce plan , au lieu de cinq ou
fix Tomes , il en faudroit cinquante. `Un
و
DicJUILLET.
1740 1503
Dictionaire Géographique ne peut pas raporter
tout ce qu'il y a d'Hiftorique. Il faut
qu'il laiffe quelque chose à supléer par les
Critiques & les Differtateurs .
Comme la Poëfie eft ce qui vieillit le
moins dans notre Langue , exhortez , s'il´
vous plaît , quelque Scrutateur des anciens
Manuscrits , à nous donner un Extrait
des plus curieux endroits de Guillaume
de Guilleville , Religieux de Chaalis , au
Diocèse de Senlis . Il ne peut pas se faire que
dans l'immense Volume de ses Poëfies , que
j'ai vû à Ste Geneviève de Paris & ailleurs ,
il n'y ait quelque chose digne de remarque.
Un Poëte du temps de Philipe le Bel peut
être de quelque utilité , quand ce ne seroit
que pour éclaircir certaines expreffions de
notre Langue . Ce qui me fait davantage
defirer cet Extrait , c'eft la confrontation
que je voudrois faire de son ftyle avec celui
d'un ancien Tableau conservé dans la même
Abbaye , mais qui n'eft cependant pas fi
ancien que l'ont crû quelques Religieux de
la Maison. Il est dans la Croisée de l'Eglise
du côté du Midi. Le voici , tel qu'on l'envoya
en 1709. à M. de Gagnieres , le plus
curieux d'entre les François de tous les anciens
Monumens,
B v Fon1504
MERCURE DE FRANCE
*
Fondation de l Abbaye de Chaalis. (a)
En ce Tableau fait par Vers & dicté
Peut- on sçavoir la seure verité ,
•
De qui , par qui , fut fondé ce Couvent ,
Ung Roy François esmeu par équité
A ce que fust un fien frere aquitté
De ses pechiez , le fist en son vivant ,
Et qui lira tout l'Eſcrit enſuivant
Pourra trouver comment il fut fondé ,
Et que Loys Debonnaire (6) regnant
De tout son cuer l'euft pour recommandé .
On voit ici une Vierge tenant l'EnfantJESUS , et
an- deffous le Roy àgenoux,avec cette Inscription.
LE ROY LOYS LE GROS.
Vierge excellente , Royne suppellative
D'umain Salut Vierge Procurative
En qui Dieu fift son doux Enfant descendre ,
Dame qui as sur tous Prerogative
Des cueurs dolans Mere Consolative ,
Te plaise en gré mon oblation prendre
Pour nuit & jour à toi servir entendre
Veul cy fonder humbles Religieux ,
(a) On travaille actuellement à la rebâtir entierement
, excepté l'Eglise , que l'on conserve & que l'on
embellit tous les jours .
(b) Le Poëte feroit ici un terrible anachronisme, s'il
entendoit parler du Fils de Charlemagne. Ilfaut crośre
cependant qu'il a en vûë Loüis le Ģros.
JUILLET. 1740: 1505
Priant celui qui voult en Croix eftandre
Que de Charles mon frere doulx & tendre
Recoive l'ame ou Saint Throsne des Chieux.
Une Vierge tenant l'Enfant Jesus , & le
Roy à genoux au-deffous.
Loys , Loys , mon Serviteur leal ,
Ton bon vouloir eft à mon Fils feal
>
Et eft à moy chose moult agreable ;
L'ame ton frere au haut Throsne Royal
Lequel onques ne me fut desleal
Sera logée en joye perdurable ,
Des infernaux & dampnables Palus
Preservera cette Abbaye notable
Toy & les tiens par Oraisons loables';
Enfin mettra ou nombre des Eslus.
Le Roy & trois Officiers , avec cette Inscrip
tion.
Ici parle le Roy Loys le Gros à ses Chevaliers
& Meffagiers pour envoyer à Ponti
gny l'Abbaye.
Mes Barons & mes Chevaliers ,
A vous mes secrets je desqueuvres ,
Soyez moy leaulx conseillers
Personne verité ne ceuvre ,
J'ai entrepris de faire ung euvre ,
Et fonder un devot Convent ,
B vj Afia
506 MERCURE DE FRANCE
Afin que Dieu Paradis euvre
A Charles que je plains souvent.
Vous sçavez que par ci-devant
J'ai fait édifier Eglise ,
Sy faut envoyer pourficuvant
A Pontigny par bonne guise ,
Querir Societé requise
Et Religieux bien devous ,
Pour servir à Dieu sans feintise
Allez y à y à coup l'ung de vous.
Un Abbé tenant la Croffe de la main droi-
Le : deux Officiers à pied l'aprochent en le
saluant ayant des eperons dorés aux pieds ,
& des hommes à cheval derriere , avec cette
Inscription :
Icy sont les Meffagiers du Roy qui parlent à
l'Abbé de Pontigny.
Reverend Abbé Dieu vous gard
Et votre Convent & vos Freres
Le Roy nous transmet cette part ,
Soy commandant à vos Prieres
Verité eft que puis n'agaires
11 fait fonder un Monaftere ,
Ne refte plus que des Confreres ;
Pour faire le divin Myftere :
Charles un fien très amé Frere .
Et puis peu de temps trespaffé ,
Puor
JUILLET .
1507 1740 .
Pour fon ame ôter de misere
A ce dit. Monftier compaffé ,
Et afin qu'il soit effacé
Du Piteulx Livre des Dampnés
Et ut requiescat in pace ,
Des Moynes il faut que lui donniez.
Autre Inscription avec les Vers fuivans ;
pour les mêmes Figures ci - deſſus :
Icy dernier respond l'Abbé de Pontigny aux
Meffagiers du Roy.
Dieu le Roy en fes Cieux couronne
Et fon frere femblablement
C'est bien raison que je lui donne
Ce qu'il veut agreablement ,
Croyez que veritablement
Aura devote Compagnie
Pour prier Dieu devotement
En la digne nouvelle Abaïe.
Un Abbé tenant fa Croffe de la main
che , avec cette Infcription :
gau
Icy seront André ( a) & Chreftien devant leur
Abbé.
André , c'eft droit qu'on obeye
Au Roy & qu'on luy porte honneur
(a) Il se nommoit André de Baudement , Famille
de la Champagne , alors très -diftinguée , dont
parlent plufieurs anciens Hiftoriens .
1508 MERCURE DE FRANCE
Nayez ja pensée ebahie
Abé ferez & le Recteur ,
Dam Chreftien fera Prieur ,
Onze de vos Freres aerés ,
Priez pour Charles de bon cueur
Toujour le mieux que vous fçaurés .
Un Abbé tenant la Croffe de la main droite ,'
& deux Religieux devant lui , avec cette
Inscription :
Ici parle André à son Abbé.
Mon Pere Abbé je vous mercy ,
Digne ne fuis pas de telle Charge :
Mais puifque l'ordonnez ainfi ,
Il eſt raison que je m'en charge
Sous obedience & sous verge :
Je vous soubmets moi & les miens.
Le Roy revêtu de fon Manteau Royal ,
mettant la Couronne fur la tête de fon Fils
qui eft à genoux , avec cette Inscription :
Le Roy Loys le Gros couronne son Fils Loys
le Debonnaire , & lui dit :
Mon Fils Loys , je vous couronne ,
Et du Royaulme vous faifis ,
En vous mettant cette Couronne
De laquelle me defaifis :
Mon aimé Fils je vous choisis
Yous
JUILLET. 1740
1509
Vous veuil Roy en ma vie,
Sur tous plaifirs & courtoifies
Vous recommans mon Abbeye:
Mon tres chier & honoré Pere ,
Affez l'ai pour recommendée
Tant que mon Royaulme profpere
Sera d'oppreffion gardée
Pour mieulx être contregardée
Amortis tous leur revenus
Dequoy elle a efté fondée
Et ceulx qui depuis font venus.
Le Roy parlant à un Officier , tous deu
debout , avec cette Inscription :
Icy Loys le Gros se recommande
au Boutillier. (a)
Boutillier vous sçavez affés
Que pour les louanges de celle
Par qui nos maulx font effacés
J'ay fait cette Abbaye nouvelle :
Entre vos Domaines eſt elle ,
Dont devez eftre bien joyeux ,
Ou nom de la haute Pucelle
Soutenez la de bièn en mieux.
(a ) Les Boutilliers de Senlis,fort connus dans l'Hise
toire Génealogique des Grands Officiers , ont fait
beaucoup de bien à cette Abbaye,
Le
1510 MERCURE DE FRANCE
Le Roy & le Boutillier , tous deux debout;
vec cette Inscription :
Le Boutillier respond .
Cires, croyez certainement
Par moi sera entretenuë ;
Et tant que j'aurai sentiment ;
Bien doit- elle être foustenuë ;
Quand c'eft
pour entretenir fi grand Dame ;
De qui joye nous eſt venuë ,
Et pour fauver de Charles l'ame .
Le Roy & la Royne , avec cette Infcription ;
Le Roy parle à la Royne.
Ma chere amie espouse Alis
J'ai fait un devot Monaftere :
Si vueil , qu'il foit nommé Chalis ,
Pour l'honneur de Charles mon Frere ( a)
Le requeront d'umble prieres
Les Moynes la Vierge Marie
A ce que Dieu fon Fils requiere
Que fon ame ne foit perie.
Mon Espoulx & leal Seigneur
Le Monſtier m'eft tres agreable
(a) On ne sçait quel eft ce Frere . Louis le Gros
n'eutpointde Parent de ce nom , fi ce n'est Charles le
Bon , fon coufin germain , qui paffa pour Martyr dès
le temps defa mort , arrivée en 1127. Voyez mon Ro
cueil de divers Ecrits de l'an 1738. Tom. 1. p . 117 .
JUILLET. 1740 : 1511
Service ne pouvez grigneur
Faire à Dieu , ne plus acceptable ,
Pour ôter du pouvoir du Diable
Charles voftre Frere germain
Sera l'Eglise profitable
Plus que tout aultre fait humain.
Une Vierge élevée , tenant l'Enfant Jesus ;
un Abbé à genoux , tenant sa Croffe des
deux mains , fa Mitre en bas devant lui , &
des Religieux derriere.
Dame qui êtes comparée
Par bon droit à la fleur de lis
Nous vous prions Vierge honorée
Gardez voftre lieu de Chaalis.
Voilà , M. une Hiftoire qui ne convien
droit ni par sa longueur ni par son ftyle dans
un Dictionaire Géographique ; cependant il
étoit bon qu'elle fût imprimée quelque part.
Les Armoiries de France qui font au deffus
du Tableau sur le mur, n'ont que trois fcurs
de Lis , & il y eft fait mention de Charles V.
comme de l'un des Bienfaicteurs de la Maison.
Décidez en conséquence de l'antiquité
de ce Tableau , qui eft d'une écriture gothique
, très-serrée. Dom Robinet , qui eft actuellement
occupé à ranger le Chartrier de
cette Maison , m'en avoit vanté l'autenticité.
Ję
1512 MERCURE DE FRANCE
Je n'ai pas eû de peine à lui persuader qu'il
étoit plus convenable d'examiner les Faits
avancés par ce Poëte , avant que de les croire
véritables. Les petites Notes que j'ai mis
au bas des pages , marquent que je n'ai pas
eû tout-à-fait tort , & que les Poëtes font
toujours Poëtes , c'eſt- à - dire qu'ils s'embarraffent
peu de la Critique , pourvû que leurs
Vers aillent le train ordinaire .
Je ne ferai ici aucune réflexion sur tous ces
Vers : je me contenterai seulement de vous
marquer,que la Priere renfermée dans le dernier
de tous , me paroît avoir été exaucée autant
quej'en puis juger . On a déja fait observer
ailleurs , que les Religieux vivent longtemps
à Chaalis , & par conséquent , ce Lieu eft
très bien gardé contre les influences du mauvais
air: ceux qui s'y privent de vin ne s'y
portent pas moins bien que ceux qui en
usent. L'air y eft pur , l'air y eft sain ; quiconque
d'entre les Religieux des Maisons de
la filiation de Pontigny , veut avoir une certitude
morale d'aller jufqu'au terme qui fait
renouveller les Voeux au bout de cinquante
ans de Profeffion , aspire à demeurer en
l'Abbaye de Chaalis. (a) Je ne puis vous en
dire d'avantage , de crainte de paſſer les bornes
d'une Lettre . Dieu veüille que les nouveaux
Edifices qu'on y conftruit actuellement
, soient auili sains que les anciens ,
&
JUILLET. 1740 1513
& qu'on n'y éprouve pas ce qu'on a quelquefois
reffenti ailleurs . En tout cas le mal
ne feroit que paffager , & je ne doute pas
qu'on ne continue d'y voir par une longue
experience ,
Que celle qui eft comparée
Par bon droit à la fleur de lis ,
Y étant toujours honorée ,
Gardera son Lieu de Châlis.
(a) Dom Edme Robinet , dont j'ai parlé ci- deſſus,
eft dans ce cas , il y afait la renovation de fes Voeux
le 4. Novembre dernier , & s'y porte à merveille au
milieu des travaux du Chartrier , quoique ne bûvant
que de l'eau.
SONNETS BOUTS-RIME'S.
PLus triste qu'an Essein qu'on bannit de sa Ruche,
A toute heure, en tous lieux , je porte un air Sournois;
Moi , dont les Ris jadis égayoient le Minois
Je suis rêveur, distrait & froid comme une Buche.
Un fripon , qui sembloit plus bête qu'une Cruche ,
Me gagna l'autre jour mille livres . Tournois ,
Ma maison, mon habit , mon cheval , son Harnois ,
Enfin jusques au pain que j'avois dans ma
Huche.
Le
1514 MERCURE DE FRANCE
Chien ,
Le sort perfide hélas ! m'a fait un tour de
D'abord pour être heureux,il ne me manquoit Rien;
Et mon Rival couroit à l'Hôpital en Pofte.
Mais bien-tôt ( ah ! comment n'en suis-je pas Crevé? )
D'un bonheur sans égal ce coquin me Riposte ;
Et je perds tout mon bien en moins de deux Avé.
Après avoir fini ce Sonnet , f'Auteur envoya
prier un de ses amis de lui prêter une
Perruque quarrée, dont il avoit besoin, pour
une Cérémonie ; & comme il s'eft fait une
loi de communiquer à cet Ami jusqu'aux
moindres de ses Productions , il lui fit tenir
en même-temps ce petit Ouvrage. Une demie
heure après on lui aporta la Perruque
avec le Sonnet suivant .
C Her &féal ami , je t'adresse une
Sous laquelle tout autre auroit un air
Ruche ;
Sournois ;
Minois ,
Mais le Ciel t'a doüé d'un si gentil
Q'envain, pour t'enlaidir , on tendroit mainte em-
Buche.
Oui , pour te ressembler , je donnerois ma Cruche,
Ma tasse , qui coûta cinquante sols
Tournois ,
Mon Char,mon Perroquet ,mon Baudet, son Harnois,
Enfin jusques au pain qui reste dans ma
Huche,
Dût ensuite le sort me traiter comme un Chien •
Pour
JUILLET. 1740. 1519
1
Rien ; Pour lors à mon bonheur il ne manqueroit
Mais ton Courier me presse , & veut aller en Pofte,
T'annoncer que la nuit je ne suis pas
A ton joli Sonnet pauvrement je
Mais tu vois dans ces Vers l'ouvrage d'un
Crevé.
Ripolle ;
Avé.
'Auffi-tôt l'Auteur du premier Sonnet remit
la plume à la main , pour en composer
un troisième , qu'il fit porter sur le champ à
Auteur du second.
J
Ruche ;
E viens de recevoir le Billet & la
Mais , Ami , je n'ai pû , sans prendre un air Sournois
Lire tes complimens touchant mon plat Minois.
D'où vient qu'à ma pudeur tu dresses cette em - buche
Pour remplir mon Sonnet, il faut , tant je suis Cruche,
Que ma plume ait recours au malheureux Tournois ,
Où Henri fut blessé , malgré son dur Harnois,
D'un coup qui l'envoya dans la fatale Huche.
Continuons, ma Muse... ah ! je suis un grand Chien,
J'ai beau frotter mon front, je ne trouve plus Rien ;
Quoiqu'il en soit pourtant , je veux finir en Pofte.
Eh bien... je t'aprends donc que mon Chat est Crevé;
Ce trait interessant termine ma
Adieu , demain matin j'irai te dire
Ripofte
Avé.
RE516
MERCURE DE FRANCE
REMARQUES de M. l'Abbé Lebeuf,
sur une Inscription nouvellement découverte
à Lyon..
UN
N de mes amis m'a communiqué une
Epitaphe trouvée depuis peu à Lyon
fous les ruines de l'ancienne Eglise des Machabées
; elle eft conçûë en ces termes .
FLAVIVS FLORI ...
EX TRIBVNIS QVI VIXIT
ANNOS OCTOCINTA ET
SEPTIM MILITAVI ANN
TRICINTA ET NOVEM POSITV
EST AD SANCTOS ET PRO
BATVS ANNORVM DECIM
ET OCTO. HIC COMMEMO
RA ... SANTA
L VCD V NENS I.
NE CLESIA
La Personne qui a envoyé le Mémoire de
Lyon , croit que cette Inscription eft du V.
fiécle , & elle en juge ainfi par les Caracteres.
Le titre de Tribunus lui paroît anterieur
au temps de Bourguignons , pou raison dequoi
elle seroit du commencement du même
fiécle. La figure de la Lettre O , la Lettre
I.
JUILLET. 1740. 1517
V.
1. employée pour l'E , marquent auſſi que
cette Inscription ne peut être des beaux fiécles.
Elle ajoûte que c'est l'Epitaphe d'un Guerrier
, qui avoit embraſſé le Chriſtianisme , &
qui étoit honoré comme Saint.
Pour moi je pense qu'il s'agit de deux Personnes
dans cette Epitaphe ; fçavoir de Flavien
& de Probat , tous les deux Chrétiens..
Le Titre de fainteté , s'il reftoit à conclure
de ces mots , Hic commemoratur Sancta in
Ecclesia Lugdunensi, ne pourroit tomber que
fur ce dernier , mais on ne doit point conclure
de ces mots qu'il ait été canonisé, parce
que cela fignifie seulement que fon nom
étoit inscrit dans le Catalogue des Morts dont
on fe fouvenoit au S. Sacrifice , felon l'usage
de l'Eglise Gallicane. Auffi ce nom de Probatus
n'eft-il en aucun Calendrier ni Marty.
rologe , connu de l'Eglise de Lyon , & pas
même dans l'Indiculus SS. Lugdunensium
du Pere Théophile Raynaud . L'exemple de
l'Evêque Priscus de Lyon doit rendre prudent
& circonspect en fait de Canonisation ,'
& à ne la pas croire faite sur la foi des termes
d'une Epitaphe. Au refte je suis d'avis ,
comme on l'a marqué que l'Epitaphe des
deux Lyonnois ci - deffus raportée , eft du
cinquéme fiécle ; les deux premieres Lettres
du nom Flavius font de ces Caracteres Gaulois
,'
1518 MERCURE DE FRANCE.
1
lois, remarqués par Dom Mabillon en fa Di
plomatique, pag. 347. * Et s'il y a encore des
Personnes qui doutent , comme du temps
que le P. de S. Aubin , Jésuite , écrivoit fon
Hyſtoire de Lyon , pag . 339. fi l'Eglise de
S. Juft eft vraiment celle des Machabées
mentionnée dans Sidoine Apollinaire , L. V.
Ep. 17. & qui regardent plutôt comme telle
celle de S. Irenée ; ces Personnes , dis - je ,
doivent fe rendre pour celle de S. Juft , à la
vûë de cette expreflion : Positus eft ad Sanctos.
Je ne vois pas qu'on puiffe tirer de cette
Epitaphe , d'autre utilité que celle - là ; elle
fert encore à prouver que quelquefois on faisoit
mention fur le Tombeau des Défunts
de leur admiffion dans les Diptyques de l'Eglise
principale. Je ne fçai pas même fi dans
La Liturgie Gallicane la nomination ne se faisoit
pas à haute voix. On nomme encore au
Prône avant le Canon en plufieurs- endroits
de Bourgogne les principaux Bienfaiteurs
morts ; ce qui eft un refte de cet ancien uſage.
Outre l'emploi de la Lettre I. pour la Lettre
E , on peut encore regarder comme une
marque des bas fiécles la maniere abregée ,
dont la prépofition IN eft écrite dans cette
Epitaphe.
On n'a pu les figurer ci - deſſus , à cause de leur
finglarité.
>
A
1
JUILLET. 1740.
1519
#
A M. de B. sur le rétablissement de sa santé.
D Ussiez vous avoir la colique ,
T1 faut cher de B .... pour la derniere fois ,
Que mon Apollon frenetique ,
Emprisonné depuis trois mois
Dans un Tombeau philosophique
Ranime sa mourante voix ,
>
Et que , pour griffonner ces Vers moitié gothiques ;
Ce pauvre Dieu , quittant les Loix & les Rubriques,
Se dégourdisse enfin les doigts .
Assés & trop long-tems la Parque meurtriere
Ne filoit plus pour vous que des jours douloureux }
Un Dieu vous rend enfin votre vigueur premiere ,
Et fait luire pour vous des jours moins tenebreux
J'ai vu dans ces temps de tristesse ,
Lorsque , comme un Lion , le mal brisoit vos os ,
J'ai vû de vos amis la plaintive tendresse
Partager en secret vos douleurs & vos maux.
Maintenant , qu'une main propice
Replonge dans l'Enfer ces funestes vapeurs ,
Qui vomissant sur vous leurs affreuses noirceurs ,
Déchiroient votre coeur par un cruel suplice ,
Vos amis consolés ne versent plus de pleurs.
C , ... dont le génie aimable ,
C E:
520 MERCURE DE FRANCE
Et pour tous ses amis la source des plaisirs ;
C ce bon .. ami , cet ami véritable ,
Voit par votre santé combler tous ses desirs.
Son amitié fidelle est pleine d'allegreffe ,
Depuis que vous goûtez un sort un peu plus doux ;
Et le mal même , qui le presse , *
S'évanouit soudain , dès qu'il est avec vous.
Telle eft de l'amitié la maxime suprême ,
Elle porte en son sein les chers objets qu'elle aime ,
Elle souffre avec eux , elle sent leurs douleurs ,
Et souvent on la voit s'oublier elle - même ,
Pour ne penser qu'à leurs malheurs .
Vous , qui d'une amitié durable
Eprouvez chaque jour les nouvelles douceurs ,
Heureux amis , dont les deux coeurs
Ne sont plus maintenant qu'un seul objet aimable
Votre amitié constante , ainsi que vos vertus ,
Nous rendent aujourd'hui croyable
Tout ce que débite la Fable
Du siecle de Thesée & de Pirithous,
Par M. Picquet.
* M. C .. Curé de S. J. du H. P. étoit alors fore
incammodé.
DO
JUILLET. 1740. 1527
DU CONNETABLE Anne de
Montmorency,& Description de son Man
solée : Suite & derniere Partie du Mémoire
inseré dans le Mercure d'Avril dernier.
E fuperpe Mausolée d'Anne de Mont-
LE
P'Eglise dont nous avons déja parlé , & qui
fera décrit à la fin de ce Mémoire , nous engage
à donner ici quelque chose de ce grand
Homme , fi célebre dans notre Hiftoire ,
dont la vie toute héroïque pourroit feule occuper
la plume d'un habile & laborieux Ecrivain.
Mais nous ne pouvons guere qu'en effleurer
les principaux traits , en raportant cependant
certains Faits qui tendent à sa gloirc
, & qui n'ont pas été connus de nos Historiens
les plus exacts.
Dès l'âge de douze ans , Anne de Montmorency,
second fils de Guillaume, & d'Anne
Pot , fortit de la Maison Paternelle pour
entrer dans celle de François , Comte d'Angoulême
, Duc de Valois, premier Prince du
Sang , & Héritier Présomptif de la Couronne
, à qui le Roy Louis XII . le donna pour
être élevé & nourri près de sa Personne en
qualité d'Enfant d'honneur. Le Comte d'Angoulême,
devenu Roy de France, le pourvût
d'abord
C ij
22 MERCURE DE FRANCE
d'abord de la Charge de Gentilhomme de fa
Chambre , & peu de temps après le fit Lieutenant
de la Compagnie de cent Hommes
d'Armes , fous Artus Gouffier , Seigneur de
Bonnivet , Grand- Maître de France , fon
Coufin Germain.
C'eft en cette qualité,& n'ayant qu'environ
20. ans , qu'il fignala les prémices de fa valeur
, comme parle un célebre Hiftorien ,
dans les Guerres d'Italie , fur tout à la mémorable
journée de Marignan en 1515.
étant aux côtés du Roy. Ce grand Prince
après quelques autres grades Militaires , lui
donna le Gouvernement de la Baftille .
Il fe trouva en 1519. à l'Entrevûë des Rois
de France & d'Angleterre , entre Ardres &
Guines , & tint les premiers rangs aux Joûtes
& Tournois qui se firent à cette occafion.
Le Roy l'envoya ensuite en Angleterre ,
où devenu Miniftre & Négociateur , il rompit
toutes les mesures que l'Empereur , qui
étoit allé en personne dans ce Royaume ,
avoit prises pour broüiller les affaires au préjudice
de la France ,
En l'année 1521. le Comte de Naffau ;
commandant l'Armée Imperiale , ayant mis
le Siége devant Mezieres , le Seigneur de
Montmorency se jetta dans la Place avec le
Chevalier Bayard , & la défendit fi bien , que
le Siege fut enfin levé, après qu'il fe fut acquis
une
JUILLET. 1740. 8523
une grande gloire par plufieurs Actions héroïques.
La Révolte du Milanez lui prépara de nouveaux
Lauriers & de plus grandes récompen
ses ; à son retour d'Italie , le Roy lui donna
le Collier de fon Ordre , & peu de temps
après le fit Maréchal de France , n'ayant
pas encore atteint l'âge de 25. ans .
*
On peut voir dans l'Hiftoire , les grands &
importans fervices qu'il rendit en cette qualité
. L'un des plus fignalés eft , fans doute ,
tout ce que fit ce Seigneur lorsque le Connétable
Charles de Bourbon , au nom de
Empereur Charles - Quint, alla avec une puissante
Armée mettre le Siege devant Marseille
; Siége que ce Prince fut obligé de lever
après une longue & forte réfiftance de la
part des Marseillois , aux aproches de l'Armée
du Roy, qui la commandoit en Personne
, ayant fous lui le Maréchal de Montmorency
, lequel poursuivit les Ennemis jusqu'au
delà de Toulon , dont ils s'étoient
emparés , ainfi que de la Ville d'Aix , & cm
défit un grand nombre , &c.
Le Roy lai donna tout de fuite pour récompense
en l'année 15 24. la Charge de fon
* En ce temps la le nombre des Maréchaux de Fran
ce étoit fixé ; Anne de Montmorency fucceda au Maréchal
de Coligny , fon Beau -frere , par Lettres Patentes
du 6. Août 1522 .
c iij
Lieute
1524 MERCURE DE FRANCE.
Lieutenant Géneral , & de Gouverneur de
la Province de Languedoc , fous l'autorité
du Dauphin , son Fils , jusqu'à ce que ce
Prince fût en âge de l'exercer lui -même .
Cette Charge avoit vaqué par la défection
'du Connétable de Bourbon , qui en étoit
pourvû.
Peu de temps après , il accompagna le Roy
en Italie , avec Henri d'Albret , Roy de Navarre
, l'élite des principaux Officiers de la
Cour & de la plus haute Nobleffe du
Royaume ; il s'acquit un très -grand honneur
au Siege & à la fatale Journée de Pavie, où il
eut le même fort que le Roy fon Maître, &
plufieurs Princes & Seigneurs de marque qui
furent faits Prisonniers .
y
Il fut ensuite envoyé par le Roy , du consentement
de l'Empereur , vers Louise de
Savoye , fa Mere , Régente du Royaume
pour lui communiquer les Articles de Paix
proposés par Charles V. & en conséquence le
Maréchal de M. fit tant de voyages en Espa
gne & en France, pour avancer la délivrance
du Roy , qu'à la fin cette grande Négocia
tion eut un heureux fuccès par fa prudente
conduite.
. Le Roy ne fut pas plutôt de retour dans
fon Royaume , qu'en reconnoiffance de fes
importans fervices , il l'inftitua Gouverneur
en Chef de la Province de Languedoc , lui
donna
JUILLET. 1740. 2525
donna la Charge de Grand- Maître de France
, vacante par la mort de René de Savoye,
Comte de Villars , &c. & le fit Capitaine du
Château de Nantes. Tout cela fe paffa vers
la fin de l'année 1525.
Enfin le Roy voulut le marier & lui fit
épouser Magdeleine de Savoye , niece de
Louise de Savoye , fa Mere . Elle étoit fille de
feu René , Légitimé de Savoye , furnommé
le Grand , Comte de Villars , Chevalier de
l'Ordre du Roy , Gouverneur de Provence ,
& Grand-Maître de France , & d'Anne
Comteffe de Tende , de l'ancienne & illustre
Maison de Lascaris , qui a tenu longtemps
l'Empire de Constantinople , &c . Le
Roy , en faveur de ce Mariage , leur donna
des Terres confidérables , & une groſſe ſomme
d'argent comptant.
Après la célebration , ce grand Prince l'envoya
en Angleterre , porter l'Ordre de S. Michel
au Roy Henri VIII . & négocier la confirmation
des Traités d'Alliance entre les
deux Couronnes. Jamais Ambaſſade ne fut
plus célebre. Le Grand- Maître de Montmorency
partit de la Cour, accompagné de Jean
du Bellay , Evêque de Bayonne , depuis Cardinal
; du Seigneur d'Humieres , Chevalier
de l'Ordre ; de Jean Brinon , Premier Préfident
de Rouen , & Chancelier d'Alençon ;
des Seigneurs de Rochebaron , de Boutieres,
Cij
de
1526 MERCURE DE FRANCE .
de la Roche du Maine , & de la Guiche , de
Joachim de la Châtre , Capitaine des Gardes
du Roy, & de plusieurs autres , ce qui faisoit
en tout une suite de 5. ou fix cent chevaux .
On peut voir dans l'Hiftoire le détail de fa réception
à Douvres, à Londres, &c. On jugera
de la magnificence de la Cour d'Angleterre
fur ce fujet par cette circonftance , raportée
par A. Duchesne , Hist. de la Maison de M.
L.V. Ch. 3. pag. 385. » Le Roy lui fift auffi
» un feftin fi magnifique en fervices de tables ,
» mommeries , masques , & autres paffe-
» temps , que nul de la Compagnie n'en avoit
» vû de femblable. Et aux Comédies qui s'y
représenterent , il permift mesmes pour le
» favoriser , que Madame Marie d'Angleter
» re ,fa fille , joüaft un des Personnages.
»
"
En l'Année 1529. il fut encore nommé
Ambafladeur & principal Miniftre pour l'entiere
execution du fameux Traité de Cambray
, fuivant lequel le Roy devoit épouser
Léonor d'Autriche , Soeur de l'Empereur ,
envoyer fur la Frontiere la fomme ftipulée
pour fa Rançon , & ramener les Enfans de
France , qui étoient reftés en ôtages à Madrid
: toutes choses qui furent executées par
notre Grand Maître , avec toute la dignité
& tout le bonheur poffible. Il étoit accompagné
dans cette importante Commiffion , de
F. de Tournon , Archevêque de Bourges ,
ChanceJUILLET.
1740. 1527
Chancelier de France , & de plufieurs Seigneurs
& Chevaliers de l'Ordre , & c .
En 1531. le Roy lui donna le Gouvernement
du Château de Vincennes , vacant par
la mort du Vicomte de Turenne, & quelque
tems après , dans l'Entrevûë des deux Rois
de France & d'Angleterre , qui se fit à Boulogne
, le Roy fon Maître permit qu'il acceptât
l'Ordre de S. Georges , ou de la Jarretiere
, que le Roy de la Grand-Bretagne
voulut lui donner , ainfi qu'à Philipe Chabot
, Amiral de France .
Deux ans après le Roy l'envoya à Marseille,
pour y recevoir en fon nom le Pape Clement
VII. ce qu'il fit avec beaucoup de dignité,
en commençant par lui présenter à fon
Entrée les Clefs d'or de la Ville. Et quand
le Roy & la Reine , qui devoient conferer
avec le Pape , y furent arrivés , le Grand-
Maître de M. tint rang , dit un Hiſtorien
avec les Princes & autres plus grands Seigneur
de leur Suite.
>
L'Empereur forma peu de temps après de
nouveaux projets contre la France , qu'il fit
attaquer de tous côtés par des Forces formidables
: mais le Roy ayant mis fur pied une
puissante Armée fous les ordres abfolus de
* La Ville de Marseille feule, eft en poffeffion de présenter
des Clefs d'or à fon Souverain , l'or étant le
Symbole de la fidelité , &c.
C v notre
1528 MERCURE DE FRANCE
notre Grand- Maître , eut bien - tôt la fatisfaction
de voir toutes ces forces ruinées
dissipées , & enfin les ennemis chaffés honteusement
du Royaume , après avoir perdu
par le fer plus de 25000. hommes de leurs
meilleures Troupes , fuccès attribués par
tous les Historiens à la valeur , à la fage
conduite , aux ruses & ftratagêmes de guerre
du Géneral François , comparés par un
Auteur eſtimé , à tous ceux des plus renommés
Capitaines de l'Antiquité . Mémoires de
Du Bellay Liv . vij.
Nous passons fur d'autres Services importans
fuccessivement rendus depuis , tantôt
en qualité de Géneral d'Armée , & agissant
offensivement fur les Terres de Charles V.
tantôt comme Négociateur , prorogeant les
Tréves , afin de parvenir à une folide Paix ,
pour arriver plutôt au tems deftiné à la
plus haute récompense dûë à un fi rare mérite.
La Dignité de Connétable de France
vaquoit depuis la retraite de Charles de
Bourbon , le Roy la donna à Anne de M.
au commencement de l'Année 1537. Ecouton
ce que dit là- dessus André Duchefne ;
Liv . v. p. 389. L'endroit mérite d'être rapporté
dans fon entier :
" Par quoi étant au Château de Moulins ,
» le Dimanche x. jour de Février 15 37. Il
» ( le Roy ) lui mit en la main l'Epée de la
» Majefté
JUILLET. 1740: 1529
33
ود
,
-
» Majesté Royale , comble de gloire que
» peut eſpérer un fujet ; ce qu'il fit du
» confentement de tous les Princes &
» Grands du Royaume , & avec des paroles
qui furpassoient encore la fplendeur de
» cette Dignité. Les Cérémonies qui s'y
garderent furent très folemnelles ; car
après que l'Ecuyer Pommereul , au lieu
» du Grand Ecuyer eût aporté en la
» Chambre du Roy l'Epée Royale , qui
» étoit une Epée d'Armes , ayant le man-
» che d'or émaillé de Fleurs-de - lys , le
Roy en préſence de Messeigneurs le Dauphin
, le Duc d'Orleans , & autres Prin-
» ces du Sang , & de plufieurs Gentilshom-
" mes & Chevaliers de l'Ordre , déclara
» au Seigneur de Montmorency , Grand-
» Maître de France , qu'il vouloit lui don-
» ner P'Etat de Connétable. Dequoy le
» Grand- Maître s'excufa , disant n'être di-
» gne d'un tel honneur , ni ne l'avoir mé-
» rité mais puisque S. M. le vouloit ,
» l'en remercioit humblement. Lors le Roy
» fortit de sa Chambre , pour aller dedans
la grande Sale en cet ordre :
و د
ود
›
›
il
» Au-devant marcherent tous les Suisses,
» & Archers de fa Garde , avec les Tam-
" bours & Fifres fonnant. Après passerent
» les Chevaliers de l'Ordre , tous riche-
» ment parés avec le grand Ordre au col ;
C vj » &
1530 MERCURE DE FRANCE
» & à l'entour d'eux les 200. Gentilshom-
» mes de la Maison du Roy , portant . leurs
haches. Ceux- ci furent fuivis de fix Hé-
´ » rauts revêtus de leurs Cottes d'armes , la
» Tête nuë. Après lesquels marcha l'Ecuyer
» Pommereul , ayant fur fon bras l'Epée
ور
Royale dedans le fourreau , & nuë Tête .
» Puis fortit M. le Chancelier & le Roy ;
après lui , accompagné des Cardinaux de
» Lorraine & de Carpy , Légat en France .
» A la fuite du Roy allerent Meffeigneurs
» le Dauphin & le Duc d'Orleans , puis les
» Cardinaux le Veneur , de Givry , du
Bellay , & de Chaſtillon , lesquels furent
» fuivis de M.le Grand Maître , qui mena
» la Royne de Navarre , accompagnée de
" Mefdames les Duchesses de Vendôme &
رو
و د
d'Estampes , & étoit vêtu d'une robe de
>> velours cramoisy , bordée d'un bord de
porphileure d'or & d'argent. Ainfi le Roy
» arrivé dedans la grande Sale , s'asseit de-
» dans un fiége , où étoit un petit banc
» orné d'un Tapis de drap d'or , & fur ice-
» lui la vraie Croix , fur laquelle M. le
Chancelier commanda au Grand - Maître
» de Montmorency de mettre la main ,'
» pour prêter le Serment au Roy , comme
» il fift . Puis le Roy s'étant levé de fon
Siége , l'Ecuyer Pommereul haussa l'Epée
» avec le fourreau & la ceinture , & la bailla
à
JUILLET. 1740. 1531
» à Monfeigneur le Dauphin , des mains du-
» quel le Roy la print pour la mettre au
» côté de Monsieur le Grand - Maître. Quoi
» fait , les Princes qui étoient proche de lui ,
" aiderent à passer la ceinture , & le Roy
» même la lui bailla. Puis ayant tiré l'Epée
» du fourreau , il la bailla en la main du
» Grand- Maître , qui fift une grande réve-
» rence à Sa Majefté.Et incontinent les Trom-
"
pettes fonnerent , & les Hérauts d'Ar-
» mes commencerent à crier : VIVE DE
» MONTMORENCY , CON NESTABLE
» DE FRANCE.
>> Lors tous fortirent de la Sale au même
>> ordre qu'ils y étoient venus , excepté que
» le nouveau Connestable fe mift devant
» le Roy , portant l'Epée jusques dedans la
Chapelle , où fut célébrée la Meffe , & la
» tint en fa main tant qu'elle dura . Puis le
» Service étant fini , il fe remit devant le
و د
Roy , nuë tête , l'Epée en la main , & re-
» conduifit Sa Majefté dedans la Sale , par-
» mi les acclamations des Hérauts . qui
» criérent derechef à haute voix : VIVE DE
» MONTMORENCY, CONNES TABLE
» DE FRANCE. Après quoy il fe retira
» avec Messeigneurs le Dauphin , & le Duc
» d'Orleans , & les Chevaliers de l'Ordre ,
qui l'accompagnerent en fon Logis , &
» fut l'Epée Royale portée devant lui par
و د
» l'Ecuyer
1532 MERCURE DE FRANCE
» l'Ecuyer Pommereul , qui avoit la Cein-
» ture & le Fourreau d'icelle en écharpe.
» Voilà comment AN NE DE MONT-
>
» MORENCY print possession de cette
» premiere Dignité du Royaume , tenue
» déja par plusieurs de fes Prédecesseurs
» & qu'il exerça depuis longuement avec
» une insigne gloire & réputation. Les Let-
» tres de sa Provision furent expédiées le
même jour & c.
Il ne manquoit plus à Anne de M. pour
faire briller fa vertu autant que fa fortune
& pour exercer la force de fon efprit , qu'u
ne disgrace marquée. Elle lui arriva au milieu
de fa faveur & de fes triomphes , dont
le plus diftingué eft la gloire qu'il acquit à
l'occafion de l'arrivée de l'Empereur à Paris ,
le Connétable ayant fait , après le Roy , les
principaux honneurs de fa réception &c.
Ce fût justement cette occafion , qui aug .
menta l'envie & la jaloufie de certains
Courtifans , fes ennemis fecrets , qui cherchôient
à le détruire dans l'esprit du Roy ;
ils en profiterent efficacement , lorsque
l'Empereur retourné dans fes Etats , ne
voulut pas tenir fa parole au fujet de la reſti ÷
tution du Duché de Milan , qu'il avoit pro
mise au Roy , lors de son libre passage par
la France , qui lui avoit été fi généreusement
accordé par le conseil du Connétable.
Ce
JUILLET. 1740 .
1533
Ce Seigneur fut obligé de fe retirer de la
Cour; ce qu'il fit , dit l'Historien de sa
» Maiſon, en l'année 1542. avec une résolu-
» tion fi ferme & conftante , que la géné-
>> reuse vertu de son coeur ne s'en abaissa
» jamais... ...Il demeura deftitué de son
premier crédit & autorité jufques à la fin
» de l'an 1546, que le Roy mourût.
>>
Henry II . son Successeur le rappella aussitôt
, lui confirma toutes ses Charges &
Dignités , & de plus il érigea en fa perfonne
la Baronie de Montmorency , la premiere
& la plus ancienne du Royaume , comme
parlent les Ecrivains du tems en Titre de
Duché & Pairie de France , par Lettres du
mois de Juillet 1551. Dès ce tems-là , le
Connétable M. eût le maniment de toutes
les Affaires , tant de la Guerre. que de tout
ce qui concerne le Gouvernement du Royaume
, dont il fut le premier Miniftre , comme
il paroît , furtout , par le long Discours
qu'il fit au Parlement , dans le Lit de Juftice
que le Roy y tint le 12. Février 1551. Ce
Discours eft des plus fensés & des plus pathétiques
: il occupe cinq grandes pages entiéres
dans l'Edition de Duchefne 1633
Hift . de la Maison de M.
Nous passons tous les Exploits guerriers,
presque toujours heureux , du Connétable
dans la continuation de la Guerre contre
Charles
و
1534
MERCURE DE FRANCE
Charles V. Prince qui fembloit ne faire des
Traités que pour les rompre à fa volonté.
Cependant la faveur du Premier Miniſtre
augmentoit toujours ; la Reine étant accouchée
au mois de Mars 1553. de fon dernier
Fils (c) , le Roy fit l'honneur au Connétable
de le choifir pour en être le Parrain
avec le Cardinal de Lorraine : D'où vint
dit Duchefne , page 403 , que depuis elle
le qualifia toujours du Titre familier de
COMPERE .
›
›
Si ce Fait pouvoit avoir befoin de preuves
nousnous faisons un plaisir d'en produire
ici une bien authentique , dont nous avons
l'Original entre les mains. C'eft une Lettre
écrite par la même Reine au Connétable de
Montmorency , laquelle s'exprime ainſi :
MON COMPERE , J'ai été bien aise de
fçavoir de vos nouvelles par le fieur Doyfel
fuivant lesquelles je m'attends de vous avoir
ici demain de bon matin ; cependant j'ai pensé
vous envoyer les noms de ceulx que j'ai choifis
pour m'accompagner en mon voyiage , en vous
priant que vous le faffiez favoir à ceulx d'entre
eulx quifont là , principalement à mon Confin
le Maréchal de Montmorency , afin qu'ils ne
faillent à se trouver içi de bonne heure . Priant
Dieu , mon Coufin, vous donner ce que defire ,
Du Bois de Vincennes le xxv, de Nov. 1562.
(c) Ce Prince fut le Duc d'Alençon , &c.
Cela
JUILLET . 1748. 1535°
Cela eft écrit par un Sécretaire , & tout
de suite de la main de la Reine , on lit :
MON COMPERE , Je suis bien marrie de votre
mal¸mais je m'assure que Dieu vous donnera
auffibonne santé que je la vous defire , puifque
set pour un fi bon oeuvre qui ne vous fera
point de mal & set qui fault demain que me
venies trouver set que je vous mande pour mener
votrefils set si vous ne le menes du nombre
de seux qui seront aveque vous quant . . . . . à
vôtre arrivée. Signé VOTRE BONNE Comme-
RE , ET AMIE CATERINE.
Et à la marge de cette Ecriture de la Reine
, sont écrits les noms suivans , de la main
du même Sécretaire . M. de Nevers. Le Sr
Ludovic. M. d'Estampes. M. de Gonor . M. de
Vieille Ville. M. D'Oysel. Le Baron de la
Garde . M. do. Le Senechal d'Agenez. M, de
Laubespine.
Au dos eft cette Subscription par le Sécretaire
: A MON COMPERE MONSIEUR LE CONNESTABLE.
On a fuivi exactement l'écriture & l'ortographe
de l'Original , affés difficile à lire ;
la Princeffe ne s'exprimoit pas aisément en
François . Un seul mot n'a pû être déchifré .
Nous laiffons aux Curieux , & surtout aux
Perfonnes versées dans l'Hiftoire de ce tems
là , les reflexions qu'on peut faire sur ce
Voyage de la Reine , occafionné , peut-être,
5.
par
1536 MERCURE DE FRANCE
'par
la circonftance du jour de sa Fête , indiquée
par la date de la Lettre , sur la qualité ,
& la fituation des Personnes par elle nommées
pour l'accompagner , sur son attention
enfin à tout ce qui pouvoit faire plaifir &
honneur au Connêtable de Montmorency ,
& c.
Nous avons dit ci- deffus que les Exploits
guerriers de ce grand Général avoient presque
toujours été heureux. Dans la suite il ne
se montra pas moins grand dans les revers
de la Fortune & dans l'adverfité . Ce qui parût
principalement à la mémorable Journée
de S. Quentin , 10. Août 1557. où après
avoir fait des prodiges de valeur , le Connétable
fut bleffé , envelopé & pris prisonnier
avec Louis de Bourbon , Duc de Montpenfier.
Cependant de cette même prison , il sçut
fi bien servir son Maître par de prudentes
Négociations , qu'il en résulta une heureuse
Paix, conclue au mois d'Avril 1559. laquelle
fut suivie du Mariage de Philipe II . Roy
d'Espagne , avec Madame Elisabeth de France
, Fille Aînée du Roy , & du Duc de
Savoye avec Madame Marguerite sa Soeur ;
le tout , dit un Hiftorien , par le conseil &
avis du Connétable Anne de Montmorency.
Cet Hiftorien , qui n'oublie ordinairement
aucune circonftance , aprend qu'au commenceJUILLET.
1740: 1537
mencement de la Négociation , cet illuftre
prisonnier étant venu sur sa parole , trouver
le Roy à Amiens , ce Grand Prince le reçût
avec tant de joye & d'affabilité , que ne
pouvant se laffer de le voir & de l'entendre
il le fit coucher la nuit dans son lit , & dès
le lendemain il l'envoya à l'Abbaye de Cercamp
, accompagné du Cardinal de Loraine
&c. pour y rédiger le Traité avec les Miniftres
Espagnols.
Cette grande prosperité , au refte, ne dura
guere. Tout le monde sçait que le fameux
Tournois qui se fit à l'occafion de ces mariages
, coûta la vie au Roy , qui mourut de
sa blessure le 10. Juillet 1559. Un Journal
de ce temps -là , marque que le Connétable
en fut fi touché , que jamais mort , ni
vif, n'abandonna le Corps , depuis qu'il fut
blessé.
39
» Il eut l'honneur , dit le même Ecrivain ,
après les Obseques du Roy , dont il prit
» le principal soin , de proferer les premieres
» acclamations de longue & heureuse vie à
" FRANÇOIS II. du nom , Fils Aîné du Dé-
→ funt Roy , auquel son Pere l'avoit étroite
» ment recommandé durant fa maladie , &
» se trouva à son Sacre & Couronnement le
21. Septembre 1559.
Quelque temps après , une nouvelle disgrace
,
fufcitée par le Démon de l'Envie &
de
Ty38 MERCURE DE FRANCE
de la Jaloufie , vint exercer fa vertu. Le Roy
lui ôta la Charge de Grand Maître de sa
Maison , dont le Roy Henri lui avoit accor
dé la Survivance pour François de Me son
fils aîné , lequel fut fait Maréchal de France,
ce qui l'obligea de se retirer pour la seconde
fois de la Cour. Mais on fut bientôt obligé
de le rapeller , à l'occafion du Tumulte
d'Amboise , & des Troubles causés par les
Religionaires , pendant lefquels il rendit
d'importans services.
>
Rétabli dans sa premiere autorité & dans
tout son crédit sous le nouveau Roy Charles
IX. il se sépara de Louis de Bourbon
Prince de Condé , Epoux de Leonor de
Roye , fille de Magdeleine de Mailly , sa
Niece , de ses Neveux de Châtillon , & de
quelques autres proches Parens , pour se
joindre avec Antoine de Bourbon , Roy de
Navarre , Lieutenant Géneral du Royaume,
François de Loraine , Duc de Guise , & le
Maréchal de S. André, contre ceux, qui sous
le nom de Réformés , vouloient introduire du
changement dans la Religion ; » ne voulant
» comme Premier Officier de la Couronne
» & iffu non feulement du Premier Baron
mais auffi du Premier Chrétien de France ,
» & qui pour ancienne Devise de sa Mai-
" son, avoit, DIEU AIDE AU PREMIER CHRE-
» TIEN , endurer la diminution de l'Eglise
Catholique & Romainc .
›
>
Ici
JUILLET . 1740: 1539
Ici se présentent de grands Evenemens
où le Connétable fignala son zéle pour la
Religion , fon amour pour le Roy & la Patrie
, & surtout sa valeur : ce qui parut particulierement
à la Bataille de Dreux , en
1562 , où il prépara au Roy l'honneur de la
Victoire par le prix de son sang & de sa liberté
, le Prince de Condé y perdit auffi lă
Genne , ayant été pris par le jeune Montmorency-
Damville, second fils du Connétable,
lequel fut depuis auffi Connétable de France.
Après leur délivrance réciproque , & une
Paix de peu de durée , faite en 1563 , les
Troubles s'étant augmentés , il fallut encore
courir aux Armes. Anne de M. toujours
prêt à bien faire pour les interêts de la Religion
& de l'Etat , conduifit enfin l'Armée
Royale dans la Plaine de S. Denis , & là , le
10. Novembre 1567 , se donna la fameuse
Bataille , où ce Grand Homme trouva le
dernier de ses triomphes , & la fin de sa vie.
Percé de plufieurs coups mortels , il vécut
encore deux jours,qu'il employa en vrai Heros
Chrétien , ou comme s'exprime un Ecrivain
eſtimé , Enfin le Connétable ayant don
cement goûté la mort l'espace de deux jours
expira dans son Hôtel de Montmorency le 12.
Nov. 1567. âgé d'environ quatre-vingt ans.
*
On feroit un Volume entier au sujet de ses
Obseques , & de tout ce qui se paffa à ses
Fu1540
MERCURE DE FRANCE
Funerailles , où il y eut affurément des choses
fingulieres. La Pompe funebre commença
par le Service solemnel qui fut fait pour
lui le 23. Novembre en l'Eglise de Notre-
Dame de Paris , auquel le Parlement afſiſta
en cérémonie , après y avoir été invité de la
part du Roy par un Gentilhomme diftingué,
accompagné de plufieurs autres , lequel fit
sur ce sujet , un Discours pathétique , & remarquable
, lequel eft écrit dans les Regiſtres
du Parlement & dans fon Hiftoire.
» Il auroit reçû les honneurs de la sépul-
» ture , dit le Laboureur dans ses Additions
aux Mémoires de Caftelnau , Tom.II. p.544.
» aux pieds du Roy Henry II. son bon Maî-
» tre, dans l'Eglise Royale de S. Denis, s'il ne
» l'eût deſtinée dans la belle Eglise de Mont-
» morency, que Guillaume de M. son Pere .
» Mari d'Anne Pot , avoit commencée à ré-
» édifier , & qu'il acheva de rendre parfaite,
» se contentant de l'honneur que ce Prince
» lui avoit fait en fon vivant , de defirer que
leurs coeurs reposassent sous un même
» Tombeau dans la Chapelle d'Orleans , en
l'Eglise des Céleftins de Paris . Il y fut
porté sans cérémonie le 17. du même
» mois de Novembre .
03
و د
Le lendemain du Service fait à Notre-
Dame , on porta son Corps à l'Eglise de
S. Martin de Montmorency , où il ne fut inhumé
1
1541
JUILLET. 1740.
و د
ود
و ر
humé que le 16. Fevrier 1568. » Sous un magnifique
Tombeau de Marbre noir , que
» lui fit conftruire Magdeleine de Savoye , sa
» Veuve , le décorant à l'entour de diverses
» colomnes de Marbre noir & de Jaspe , &
» pardeffus de deux Statues d'Albâtre , les
plus belles & les plus riches que l'on puiffe
» voir en France , selon qu'elles sont ici figurées.
C'eft ainfi que s'exprime A. Du
Chesne , en parlant de ce Tombeau , dont
il n'a fait graver que les deux Figures en
queftion , qu'il apelle Statues. Il y a tout
lieu de conjecturer que cet Hiftorien n'en
avoit pas vû d'avantage , lorfqu'il a écrit ce
qu'on vient de lire. On a été en effet un
tems confiderable à conſtruire ce Mausolée
tel qu'on le voit aujourd'hui , encore n'eſtpas
entierement fini , comme nous allons il
le voir.
Le Laboureur , qui a écrit pofterieurement,
s'eft un peu plus étendu , p. 548. du Livre
que nous avons déja cité. » Ce fut , dit-il ,
» par les foins & aux dépens de cette géné-
» reuse Dame ( Magdeleine de Savoye , sa
» veuve ) qu'on érigea à la Mémoire du Conétable
, ce superbe & magnifique Mau-
» solée de l'Eglise de Montmorency , qui le
dispute pour l'art & la majefté aux plus
» beaux de S. Denis , & qui les furpaffe tous
» en étoffe & en matiere , où l'on voit leurs
" Effi542
MERCURE DE FRANCE
,
Effigies en Marbre blanc fur un Tomb a
de Porphyre , accompagné d'un Chapi-
» teau en demi- Dome de Stuc , soûtenu de
» dix puiffantes Colomnes de Marbre , avec
les Corniches artiftement taillées , fur le-
» quel ils sont tous deux représentés priant,
» en bronze , la Couronne Ducale en tête
» avec les autres marques de leurs Dignités.
» Il eft demeuré imparfait , par la mort du
» célebre Jean Bullant , qui l'avoit entrepris,
» arrivée le 1o. d'Octobre 1578.
›
L'importance du Sujet , autant qu'un Esprit
de curiofité & d'exactitude , le defir
furtout de contenter nos Lecteurs nous
ont engagé d'aller voir nous-mêmes un Monument
fi vanté , & nous croyons nous
être mis par là en état de supléer à l'obſcure
brieveté de ces deux Auteurs , perfonne ne
l'ayant encore fait. Le Public éclairé jugera
du mérite de ce que nous allons lui préfenter.
MAUSOLE'E du Connétable Anne de
Montmorency.
Ce Mausolée eft élevé dans la Nef de l'Eglise
de S. Martin de Montmorency , vis - àvis
de la Porte du Choeur , & à 19. pieds de
diſtance de cette Porte , occupant un grand
efpace dans la largeur de la Nef. C'eſt un
Corps d'Architecture isolé , parfaitement
bien
JUILLET . 1740
1543
bien imaginé , & très- bien executé. Arrêtons
nous d'abord au Tombeau , élevé d'environ
cinq pieds fur une efpece de Baze. Il
eft de figure circulaire presque dans les trois
de ses dimenfions , ayant 37. pieds de quarts
& faifant comme l'arriere-Corps pourtour ,
de tout l'Ouvrage . Il eft incrufté tout à l'entour
de Marbres de differentes couleurs. Un
Avant - Corps, quarré, long, contigu , au même
niveau , & avec les mêmes ornemens ,'
continue le Tombeau , dont la longueur totale
eft d'environ dix pieds.
Il est couvert d'une grande Table de Porphyre
, sur laquelle sont couchées deux Figures
de grandeur naturelle , représentant le
Connétable & fon Epouse ; l'un , armé de
toutes pièces , avec ses Ordres de Chevalerie
de France & d'Angleterre , ayant 5. pieds
deux pouces de longueur ; l'autre , vêtue à
la maniere de son temps , de 4. pieds 5. pouces
de longueur. Elles sont du plus beau
Marbre blanc , & d'un excellent travail.
Dix Colomnes de Marbre d'ordre Corinthien
, posées sur de fimples Bases , couplées
& efpacées felon les regles , soûtiennent une
demi Coupe , qui fait le Couronnement du
Mausolée . Six de ces Colomnes sont de
Marbre noir , & quatre de Marbre verd ancien.
Ces dernieres font d'une grande beauté
& très fingulieres. On ne se souvient pas
D d'en
1544 MERCURE DE FRANCE
d'en avoir vû de pareilles en France. Elles
sont placées du côté le plus proche du
Choeur.
Toutes ces Colomnes , dont la hauteur eft
d'onze pieds deux pouces trois lignes , &
le diamettre de vingt pouces quatre lignes ,
sont ornées de Chapiteaux de Marbre blanc
& portent un Entablement convenable , sur
lequel s'éleve la Coupe , laquelle eft de Stuc
& enrichie de plufieurs ornemens de Sculpture.
Des quatre Colomnes de Marbre verd ,
deux sont couplées avec deux des fix Colomnes
de Marbre noir , les deux autres sont
isolées & s'avancent un peu au delà de l'avant-
Corps du Tombeau , à 17. pieds de distance
l'une de l'autre ; elles soutiennent de
chaque côté cette partie de l'Entablement
qui eft en saillie & qui le termine , sur laquelle
on voit deux autres Figures du Connétable
& de sa Fémme . Elles sont de bronà
genoux , & apuyées chacune sur un
Prie-Dieu , le visage tourné du côté du
Choeur.
ze ,
La hauteur entiere du Mausolée eft d'environ
vingt pieds. Il faut avouer que c'eſt un
bel Ouvrage , qui a quelque chose de grand
& qui frape ; c'est dommage qu'il n'ait pas
reçu la derniere main du Sculpteur. Il eft
aisé de le reconnoître , principalement par
l'inteJUILLET.
1740. 1545
Finterieur de la Coupe , dont la Sculpture eft
reftée imparfaite , par quelques morceaux de
13 Corniche Corinthienne de Stuc , qui né
sont pas finis , enfin par les Chapiteaux de
deux ou trois Colomnes , où l'on a tâche
d'imiter le Marbre blanc des autres par une
matiere de même couleur , qui décele l'artifice
; mais c'eft le sort des plus belles choses,
d'atteindre rarement à leur derniere perfec
tion . On nous a affûré que dans le Projet,on
devoit poser sur le milieu de la demi - Coupe
une Resurrection du Sauveur , executée en
Bronzé, qui eût terminé tout l'Ouvrage.
C'étoit dans l'esprit de Religion de la Pieuse
Dame , qui sçavoit qu'en mourant avec J. C
comme avoit fait son vertueux Epoux , on
reffuscitoit avec lui , pour ne plus mourir.
On voit en effet au- deffus de la demi Cou
pe le Piedeſtal fur lequel devoit être posée
la Figure du Sauveur.
Ce Monument , au refte , n'eft chargé ni
d'Epitaphes , ni d'Inscriptions : le Grand
Homme pour lequel il a été érigé n'en avoit
pas besoin ; il étoit au-deffus de tous les
Titres. Cependant on voit sur un Mur de la
Sacriftie son Epitaphe , gravée sur une gran
de Lame de Cuivre , laquelle commence par
ces mots D. O. M. POSTERITATI Anne
Montmorancio, &c. On lit sur la fin : Alacri
Animo mortem oppetiit ætatis suæ Anno LXXIV .
Dij Cette
1546 MERCURE DE FRANCE
ور
Cette date ne s'accorde pas avec celle de
Du Chesne & de le Laboureur , qui lui donnent
environ 8o . ans de vie. Elle s'accorde
encore moins avec l'exactitude de Mezerai
qui dit ces paroles remarquables : » Le Con-
» nétable mourut le lendemain de ses bles-
» sures avec un courage véritablement héroïque
, & une force virile , dans une vieil
Leffe prefque decrepite. Puis il fait dire au
Connétable même , répondant à un Cordc-.
lier qui l'importunoit par d'ennuyeuses exhortations
, qu'il n'avoit pas vécu Quatrevingt
ans , fans avoir apris à mourir un quart
d'heure. L'Epitaphe finit par ce mot , écrit
en gros caracteres Romains , APLANOS , sur
lequel nous aurons quelque chose à dire en
temps & lieu.
Dans la même Sacriftie & sur un Tableau
qu'on y voit , eft une autre Epitaphe du même
Seigneur , de la façon du célebre Ronsard.
Nous n'en raporterons que la premiere
Strophe. Du Chesne l'a imprimée tout
du long dans son Hiftoire , avec les trois ou
quatre autres qui se voyent dans l'Eglise des
Célestins de Paris , à l'occaſion du Coeur du
Conétable qui y repose.
Si d'un Seigneur la vertu mémorable
Maugré la mort doit être perdurable ,
Si un grand Duc a jamais mérité
D'eftre
JUILLET. 1740. 1547
D'eftre immortel à la Pofterité ,
`Etfijamais une fameuse Hiftoire
•
Se doib graver au Temple de Mémoire :
C'eft de celui lequel repose ici ,
Grand Connestable ANNE MONTMORENCY ,
Grand Duc & Pair , grand en tout , dont la vie
Afurmonté soy - mesmes & l'Envie ,
En confacrant comme non abbatu
D'aucun Malheur , ses Faits à fa Vertu.
Mais ce que nous ne sçaurions omettre en
finillant , & que nous emprunterons du même
Hiftorien , c'est son amour pour les Lettres
, comme une suite de celui qu'il avoit
pour la Vertu , & c..
و د
»
"
Auffi , dit cet Hiftorien , L. P. Ch. 3 .
"P. 415. aima t'il fingulierement les Lettres
» & les Sçavans Hommes, ainfi que témoignent
quantité de Livres Manuscrits qu'il
» eût foin d'aflembler en la Bibliothèque de
» son Château de Chantilly , à l'exemple du
Roy François I. fon Maître , & le grand
nombre d'Ecrits que plufieurs célebres &
fignalés Perfonnages lur dédierent. Entre
lefquels Jean de Luxembourg , Evêque de
Pamiers , Abbé d'Ivri &c. un des plus
Eloquents Seigneur de son Siécle , print
» la peine de composer sa Vie en Vers Fran-
ȍois. Jean de Maynier , Baron d'Opede ,
"Confeiller du Roy au Parlement de Proven-
D iij
و د
"
"
ce
1548 MERCURE DE FRANCE
"
30
» ce , lui dédia fa Traduction Françoise des
Triomphes de Petrarque . René Macé de
» Vendosme , fucceffeur de Guillaume Cretin ,
» Chanoine & Chantre de la Sainte Chapelle
, en la Charge d'Hiftoriographe du
» Roy François I. fift en son honneur la
» Connestablerie de Piémont , Provence , &
Picardie, le jour qu'il fut créé Connestable ,
» ainfi d'une infinité d'autres , dont les Oeu-
» vres fe voyent encore en la même Bibliothéque
, & au Cabinet des Livres de
Chantilly.
>>
">
ود
LE BERGER INFORTUNE',
OU L'AMANT AU DESESPOIR.
ELEGIE .
Envoyée à l'Académie de Toulouse au mois
de Janvier 1740.
Vo
Ous , pour qui j'ai brûlé de la plus vive flâme ,
Seul objet de mon coeur , Idole de mon ame ;
Vous qui fû es toujours & mes Rois & mes Dieux ,
Recevez & mon coeur & mes derniers adieux.
Quoique je vous éprouve inconftante & légere ,
Je ne puis arracher le trait qui m'a fçû plaire :
Vous déchirez mon ame en enflâmant mon coeur ;
Pour
JUILLET . 1740. 1549
Pour lui fans vous , Aminte , il n'eft point de bonheur.
D'un plaifir séducteur , ô trop fateuse idée !
Helas ! dans les ardeurs de mon ame obsedée ,
Pourquoi m'abusois - tu par ton charme trompeur ,
Pour me faire mourir d'amour & de langueur ?
L'aurois-je pâ penfer , qu'en une ardeur fi pure ,
Du mépris outrageant je fentirois l'injure ,
Et qu'oubliant fi-tôt la foi de vos fermens ,
Vous rompriez des nous doux & fi chamans ?
C'en eſt donc fait, cruelle, & je n'ai plus d'Amante.
Envain dans les ardeurs du feu qui me tourmente,
Je rapelle en mon coeur ces momens précieux ,
Momens trop tôt paffés , momens délicieux ,
Où cedant aux douceurs de notre ardeur extrême ,
Nous goûtions des plaifirs ignorés des Dieux même.
•
Souvenir trop charmant , aliment de mon coeur
Ne me laifferois-tu qu'amertume & fureur 2
Je ne reverrai plus ces charmantes soirées ,
Du feu de notre amour feulement éclairées ,
Qui dans un sombre voile irritant nos defirs ,
Nous conduisoient enfemble au comble des plaifirs
:
A ces émotions , à ces douces careffes ,
Qu'un vifamour infpire en ces tendres yvreffes ,
Où notre coeur en proye aux transports les plus
doux ,
D iiij Peut
1550 MERCURE DE FRANCE
Peut douter fi les Dieux font plus heureux que
nous ;
Aneantiffemens d'une ame extafiée ,
D'un torrent de plaifirs , éperdue , embrasée ....
Ah! douceur ineffable , adorable tourment !
Puis- je me séparer d'un coeur que j'aimai tant ?
Il le faut bien , hélas ! une ingrate que j'aime
Se rit de mes tourmens , de ma douleur extrême
Un plus heureux Berger eft l'objet de ses voeux ;
Si je puis l'oublier , c'eft tout ce que je veux.
Affés & trop longtemps ma flâme inéprisée
Doit craindre du Public le blâme & la risée ;
On peut fans s'avilir fe foûmettre à l'Amour ,
Quand nos feux font payés d'un fincere retour ;
Mais languir triftement aux pieds d'une Maîtreffe,
Qui n'a pour vos ardeurs que mépris & rudeffe ,
Qui non contente encor de vous voir malheureux ,
Accepte d'un Rival & la main & les feux .. ...
O comble de douleur ! ô fource de ma plainte !
Dur & cruel tyran , mais adorable Aminte ,
Si vous fentiez les maux qui déchirent mon coeur,
Ah ! loin de differer à faire mon bonheur ,
Vous-même prenant foin de mes tendres allarmes,
Des feux de votre amour je fentirois les charmes ?
Tu t'abuses , mon coeur ; cette fidelité
Que tu gardas toujours avec fincerité ,
Helas n'eft d'aucun prix auprès de la cruelle .
Tu
JUILLET. 1551 1740 .
Tu brûles vainement d'une flâme ſi belle ;
Envain pour l'attendrir fur fon manque de foi ,
Tu rapelles ce coeur qui s'éloigne de toi ;
En vain dans les tranfports , dont ton ame eft guidée
,
Tu gardes de l'Ingrate une adorable idée :
Tout doit t'encourager dans ton jufte dépit ,
A fuivre dans ta rage un changement fubit ;
A faire fucceder , pour comble de vengeance ,
Plus de haine à l'Amour qu'il n'eût de violence .
Dans ces triftes accès, quittons , quittons des Lieux
Qui pourroient m'inspirer des transports furieux ,
Et que fçais-je ? peur être en mon âpre colere ,
Infulter à la fin l'objet qui m'a fçû plaire.
1.
Il vaut mieux fur mes fens prendre quelque pouvoir
,
Et contraindre en mon coeur mon jufte defeſpoir.
Fatale paffion , doux charme de ma vie ,
Il ne me reste plus que rage & jaloufie.
Ah ! plûtôt pour punir la cruelle à fon tour ,
Prenons pour quelqu'objet tous les feux de l'A
mour
Et brûlant pour lui feul d'une conftante fâme ,
Livrons-lui fans réſerve & mon coeur & mon ame.
Oui , j'y fuis réfolu , pour pouvoir m'engager ,
Je veux une beauté , non facile à changer ,
Mais qui dans les liens & conftante & fidelle ,
D v Brûle
1552 MERCURE DE FRANCE
Brûle toujours pour moi d'une flâme nouvelle
Qui me faifant aller de plaifirs en plaifirs ,
Sçache par fa douceur prévenir mes defirs ;
Et dont le coeur fans fard , incapable de feindre ,
M'aime d'un pur amour , fans jamais se contrain
dre.
Eh ! la peut-on goûter cette felicité ,
Qu'une Femme adorable en fa fidelité ,
Répand fur toute l'ame , enyvrée , éperduë
D'un plaifir enchanteur que l'on fent à fa vûë ?
Non, rien ne fut jamais plus faux & plus trompeur,
Que ce charme des yeux , & ce poiſon du coeur ;
Caprice , fauffeté , trahison , inconftance ,
C'eſt de la Femme enfin toute la quinteffence ,
Et malheur à celui qui tombant dans leurs fers ,
Sert par un dur deftin d'exemple à l'Univers !
Va ; fui donc loin de moi , fatale frencfie ?
Et de ton noir poifon n'infecte plus ma vie ;
Je vais chercher la paix en quelqu'Antre exilé,
Ou de Femmes jamais il ne me foit parlé.
•
ASSEMJUILLET.
1740. 1553
Ahhhhhhhhhhhh
ASSEMBLEE PUBLIQUE
de l'Académie des beaux Arts , à Lyon ,
tenne le 4. May 1740. M. de Ruols
Préfident , ouvrit la Séance par le Discours
Suivant.
MESSIEURS ,
>
Ce n'est pas précisément pour répandre
le goût & l'amour des Sciences qu'on a
établi dans les Académies l'usage des Affemblées
publiques. Un avantage , plus folide
encore , fait ouvrir au Public les portes de
ces aziles des Beaux Arts. Il y est admis
pour décider de nos Recherches › pour
aplaudir à nos fuccès , pour juger fi nous
fommes des Citoyens inutiles , & fi nous
formons un Corps précieux à la Société .
Vous le fçavez , Mrs , nous ne cherchons
dans nos Travaux que les plus folides ayantages
, par la perfection des Arts. Je ne
craindrai pas , autorisé par l'usage , d'en
conv incre le Public en raportat le détail
des fruits de nos villes , le produit de chaque
jour Acad mique , l'Hiftoire de nos
Occupations depuis le 12. Décembre 1739 ,
jour de notre dein ére Affemblée publique.
Reflexions fur une Aurore Boréale , qui a
D vj été
554 MERCURE DE FRANCE
été aperçue dans le Wirtemberg , vers la fin de
cette derniere année . Ces Réfléxions nous ont été
envoyées par M.Moeglin , Médecin à Tubinge,
Académicien Honoraire parmi nous.
Mémoire fur la néceffité des Froportions
dans l'Architecture , accompagné des Deffeins
de diferentes Eglises de Rome , levés par
l'Auteur même , tels que S. André de Laval ,
S. Ignace , S. Charles du Cours..
Ces Deffeins , & la Differtation tendent à
faire voir que les Proportions dans l'Art de
conftruire , ne font rien moins qu'arbitraires.
Cette vérité ne l'eft pourtant pas univerfellement
dans la Pratique ; on voit des
Monumens publics réparés depuis peu de
jours , qui , malgré leur magnificence , nous
aprennent que l'ignorance donne au hazard
des Leçons d'Architecture , & qu'on les
fuit en aveugle , au mépris des Regles les
plus certaines.
Nous avons déja fait part de la Vie du
Comte de Marfigly , écrite par Dom Hebert
Quincy , de l'Académie de l'Inftitut à Bor
logne , & l'un de nos Académiciens Honoraires
, qui nous l'a envoyée.
Cette Vie , Ouvrage encore Manuscrit ,
indépendamment des traits qui caractérisent
l'homme de Condition , l'homme Guerrier,
nous a fourni la lecture de plufieurs Morceaux
qui font honneur à l'Académicien .
ObserJUILLET.
1740 1555
Observations exactement faites en diférens
endroits de cette Ville , des variations furprenantes
du Barometre , lors des grands vents
qui fe firentfentir dans le mois de Decembre
de l'année derniere .
Un Académicien a fait part à l'Académie
d'unc Lettre , que lui a écrite un Médecin
Etranger fur les Propriétés du Fer , par raport
à diférentes Maladies .
Discours fur le tempéramment dans l'accord
des Inftrumens de Mufique fur la
Théorie duquel l'Académicien prétend que
M.Rameau , lui - même , n'a rien déterminé.
Ce Mémoire eft accompagné d'un Inftrument
imaginé par l'Auteur , pour arriver à
une Pratique sûre dans l'accord; il lui a donné
le nom de Phongometre ou Mesuredu Son.
Mémoire fur la Serrurerie , avec une Explication
de toutes les Parties qui en forment
le Méchanisme.
Cet Ouvrage , qui fait partie de celui que
nous avons entrepris fur l'Hiftoire des Arts ,
eft accompagné de plufieurs Obfervations ,
propres à rendre les Ouvrages en Fer plus
fimples & plus faciles à travailler : c'eſt en
effet l'objet & le plan de cette entreprise
particuliere.
Obfervations Météréologiques , faites à Lyon
pendant l'année 1739 , & comparées à celles
faites à Toulon pendant la même année.
Re
1556 MERCURE DE FRANCE
Remarques fur les diferentes conftructions des
Barometres , &fur leurs diferentes inégalités.
Observation de l'Eclipse de Lune arrivée
le 13. Janvier 1740 .
2
›
Nous en étions là dans nos Travaux
Académiques , lorfque M. de Fleurieu ,
Prevôt des Marchands , & Commandant
de la Ville , en l'abfence du Gouverneur ,
voulut bien les partager avec nous . Ce jour
heureux ne nous laissa rien à défirer pour
le luftre de cette Académie. Elle s'aplaudit
de voir compléter le nombre de fes Membres
par un Magiftrat , qui fait le bonheur
de la Ville , par fon intégrité , par la vigilance
, & par l'heureux don de gagner tous
ceux qui l'aprochent . Cet illuftre Académicien
a fçû de tout tems allier des fonctions
importantes & continuelles avec l'étude
des Sciences ; elles ont toujours fait
fes délices ; il en eft à préfent l'ornement :
s'il a obligation aux Lettres de cette politesse
d'efprit , de ce goût sûr & éclairé , qui
s'allient ad nirablement dans lu avec
lumieres les plus étendues , avec le difcernement
le plus fin , les Lettres lui ont obli .
gation à leur tour de l'emulation qu'il inspire
aux Sçavans par fon exemple , & par
l'aprobation qu'il donne à leurs fuccès . Celle
qu'il a donnée aux Ouvrages fuivans , nous
répond des fuffrages du Public.
Me#
JUILLET. 1740. 5557
gine
Mémoire écrit enforme de Lettres fur l'ori
la formation des Couleurs , raportées
aux Fleurs & aux Papillons , foûtenu d'une
comparaison de la conduite de la Nature dans
la végétation , avec les Operations Chymiques.
Ce Discours doit être fuivi d'autres Re.
cherches , dont la perfection des Teintures
fera l'objet.
Diverses Observations de la Déclinaison &
Inclinaison de l'Aiguille aimantée , faites à
Toulon.
Observations d'une Aurore Boréale qui y
a paru , & de l'Eclipse de l'une du 13.Janvier
dernier , dont il a déja été parlé.
Le tout joint a une Description de l'Instrument
dont fe fert l'Académicien ( Hydrographe
de S. M. ) pour mésurer la quantité
d'Eau qui tombe toutes les années.
fur
Un Académicien a fait part à l'Académie ,
des Lettres que lui a écrit M. Duhamel ,
de l'Académie Royale des Sciences
plusieurs articles concernant les Matiéres
que nous traitons dans nos Assemblées , indépendamment
des Sujets attachés à chaque
Classe particuliére.
Le même Correspondant à Toulon nous a
envoyé une Description du Cabestan dont on
fe fert fur les Vaiffeaux , avec le détail des inconvéniens
auxquels fon usage assujettit , &
ies diférens Projets qui ont été tentés jusqu'à
present pour les éviter. Plu
1558 MERCURE DE FRANCE
Plusieurs d'entre nous remplis du Sujet ,
travaillent , chacun en particulier , & ont
promis de ne point fe communiquer leurs
Ouvrages , qu'après qu'ils les auroient envoyés
à Paris , avec les précautions ordinaires.
Discours fur l'Art des Fondeurs , particu-
Liérement par raport à la Fonte des Cloches ,
avec des Calculs Géométriques des proportions
nécessaires pour déterminer les diferens
Sons. L'Auteur fait voir quelle doit être la
proportion du Battan , en raison avec une
Cloche , la diférente Configuration des Cloches
à la Françoise & à l'Italienne ; & il
nous a donné le Modéle d'une Cloche à la
Françoise , fondue exprès , & qui fert de
preuve à fa Dissertation.
>
Mémoire fur le Mouvement des Planetes ;
dans lequel on fait voir l'accord des Vérités
Aftronomiques , qui ne font point contestées
avec les propriétés des Orbirtres Elliptiques.
Ce Mémoire fert d'explication à un des
principaux articles de l'idée générale de
Physique , qu'a donnée ce même Académicien
.
Recherches Historiques au sujet d'une Source
Vitriolique , curieuse , qui eft à quelques lienës
de Lyon. Ces Recherches feront bien - tôt
fuivies de la Partie Phyfique , qui découvrira
l'Analyſe & les propriétés des Eaux de
cette Source.
Des
JUILLET . 1740 . 1559
6
Des dons de la Nature , qui ont excité
l'attention & la curiofité des Sçavans éloi-.
gnés , ne peuvent être placés fous nos yeux ,
fans mériter de notre part encore plus d'attention.
>
Mémoire accompagné du Modéle d'une Machine
propre à piler les Drogues , & pour fervir
à cet usage dans la Pharmacie de l'Hôtel-
Dieu de cette Ville avec les Calculs qui en
prouvent les effets . Grace à l'Auteur de cette
Invention , une personne pourra fuffire déformais
à un travail qui en occupoit un
grand nombre autrefois , dans une Maifon
où il ne fçauroit y avoir trop d'ouvriers.
L'Auteur a été animé à cet Ouvrage par
celui de Mrs les Recteurs de cette Maison ,
préposés à cette Partie , & il a le premier
fenti les inconvéniens d'un travail multiplié.
On ne peut que louer le zéle de l'un
& de l'autre .
Mémoire & Explication d'une Machine
propre à faire tailler fur le Tour toutesfortes
de Vis , quelle que foit la distance entre leurs
helices , à gauche comme à droite , fans le
fecours d'aucun Mandrin . L'Auteur de ce
Mémoire , versé dans l'Art du Tour , don't
il fçait fe faire un amusement aimable , n'a
pas crû devoir produire un garant plus infaillible
de fon idée , que l'exécution même.
On ne croit pas que ce moyen de les
perfec1560
MERCURE DE FRANCE
perfectionner dans un point qui leur est
auffi essentiel , fe trouve , ni dans l'Ouvrage
du P. Plumier , ni dans aucun autre fur ce
Sujet.
›
Mémoire en forme de Lettres , contenant la
Description du Voyage de Naples , en partant
de Rome. Tout ce qui peut intéresserla curiosité
, soit sur la Route sot dan: la Ville , qui
en est le terme , se trouve décrit & accompagné
de Remarques fur chaque bjet particu
tier. Elles font l'Ouvrage d'une profonde
connoissance de l'Antiquité , d'un goût perfectionné
, d'un discernement éclairé , d'un
esprit vrai.
L'Académicien Voyageur , ( M. de la Monce
, ) en écrivant , pour ainfi- dire , d'après
les Lieux & les Objets même , n'a eû à emprunter
des Relations les plus modernes, que
l'occasion de relever bien des fautes échapées
ou au défaut de lumieres , ou au manque de
fidelité dans les Faits .
Introduction à la Physique de Newton ,
propre à bien faire connoître ce Philosophe , &
à mettre en état de juger qui sont les mieux
fondés , ou Newton dans son Syftême , ou ses
adversaires dans leurs Objections.
Le Systême de l'Attraction , qu'il faut fe
donner de garde de vouloir confiderer dans
un point Phyfique , eft , comme l'on sçait ,
le premier fujet de méditation qui fe présente
JUILLET. 1740. 1561
L
te dans cette Phyfique , par conséquent dans
fon Introduction. On renvoye à la lecture
de cet Ouvrage , fans en rien dire de plus ;
il eft des Sujets dont la fimple esquiffe ne
peut donner aucune idée. L'Ouvrage fera
continué par l'Académicien dans le même
goût.
Mémoire sur la Théorie des Cadrans Solaires
, & la pratique d'un Instrument inventé
par l'Académicien , pour tracer toutes sortes de
Cadrans , & trouver les hauteurs , avec une
aplication des Regles de la Gnomonique à la
position des diférens points de la Terre sur les
Cartes Géographiques.
Recherches sur la cause des Vents , leur nombre
, leurs avantages , les diférens Pays dans
chacun desquels un Vent particulier regne.
Il faut convenir que dans une partie de ce
Mémoire l'Observateur curieux goûte plus
de fatisfaction que le Philosophe . Ces Recherches
feront fuivies d'une Explication cu
rieuse des autres Météores ; nous attendons
auffi du même Académicien l'Hift, des Courans
, il ne sçauroit la refuser à nos fouhaits.
Petit Entretien sur les trois sortes de Beaume
'du Pérou , auquel est joint un Dessein crayonné
de l'Arbre qui le produit , &que les Indiens apel-
Lent Zilo , ou Gomorra Zilo. L'Académicien
a mis fous nos yeux un Coco plein de l'espece
de Beaume qu'on apelle Beaume Sec ,
& qui a diſtilé de l'Arbre.
1562 MERCURE DE FRANCE
Voila , Mfs , le détail des Ouvrages qui
nous ont occupés depuis cinq mois ; le fond
fur lequel nous travaillons eft inépuisable ,
& toujours également fecond ; aufi les fruits
qu'on en recucille bien differens des productions
de la Nature , dépendante de la vicissitude
des Saisons, s'offrent toujours avec une
égale abondance aux yeux d'un Sçavant . &
l'invitent à des Recherches plus profondes.
Cet attrait n'eft pas le feul qui nous guide
dans nos Etudes , nous les dirigeons vers un
objet plus réel & plus effectif , je veux dire
la perfection des Arts , pour la commodité
& l'avantage de la Societé ; c'eft pour cela
que , fuivant un Reglement établi parmi
nous , M. le Sécretaire eft engagé de procurer
la lecture des Ouvrages de l'Académie à
ceux qui fouhaitent de les voir ; fi ce foin eft
un affujettiffement, fon zéle pour tout ce qui
eft devoir Académique, ne lui permet pas de
s'en apercevoir.
Ensuite M. Albouy, fils , lûr une Differtation
, dans laquelle il a tâché d'établir , que
le Nitre qu'on apelle Aërien , étoit purement
imaginaire. Après une courte explication de
l'Analyse du Nitre , une connoiffance des
Lieux d'où on le tire , & de fes prétendus
effets , l'Académicien réunit toutes les preuves
, qui paroiffent concourir dans ce Syſtêdétruire
l'exiſtance d'un Nitre Aëme
, pour
rien;
JUILLET.
1740.
1563
rien ;il
employa à ce fujet pour
preuve la
diftillation de
l'esprit acide , &
foûtint dans
fon
Discours , que l'Air ni la Terre ne fe régéneroient
point en
nouveau
Nitre , & que
La
chaleur du feu
n'éxaltoit point les Sels .
M.
l'Abbé de la Croix lût auffi un Discours
fur les
Volcans. Il
s'attacha à discuter
les objets qui fuivent.
Quand eft- ce que le Mont
Vésuve a commencé
de
s'enflammer ?
Y a- t'il eû des
interruptions ? Et
pendant
les
interruptions le feu s'eft- il éteint ?
Le Mont
Vésuve n'a t'il
jamais
changé de
forme ?
De quelle nature eft la
matiere qu'il jette ?
Comment peut-elle
s'enflammer ? Comment
eft- elle lancée au- dehors ? Se
repoduitelle
?
Y a-t'il une
communication entre les Volcans
?
Le Feu central eft- il
néceffaire pour les
produire ?
Ces
diférentes
Recherches que la vûë des
Lieux
même a
inspirées à
l'Académicien, ont
donné lieu à un
Systême qu'il a
présenté ſur
les
Volcans, & qui paroît oposé à tous ceux
que les
Phyficiens ont
imaginés
jusqu'ici .
EPITRE
1564 MERCURE DE FRANCE
Précieux
EP ITR E.
A Mad. Riccoboni.
Récieux ornement des trésors d'Italie ,
Qu'admire incessament le François Spectateur ;
Eleve d'Erato , ( 1 ) Terpsicore , ( 1 ) & Thalie ; (3 )
Belle Riccoboni , dont le Jeu séducteur
A tous tes mouvemens tient mon ame asservic
Daigne lire les Vers d'un tendre Admirateur ,
Des merveilleux talens dont t'orna la Nature.
Tu n'y verras rien moins qu'un éloge flateur ,
Que l'aplication ternisse & défigure ;
C'est la voix du bon sens , c'est la vérité pure ;
Si je te loüe enfin , c'est du moins sans fadeur .
La louange n'est plus qu'un tribut légitime ,
Lorsqu'aux gens à talens elle peut se donner ;
Et la leur refuser , c'est se charger d'un crime
Que jamais le Public ne pourra pardonner,
Un Eloge fondé sur la base assurée
Des succès éclatans d'un excellent Acteur :
1
( 1) Erato.
(2 ) Terpsicore ,
(3 ) Thalie ,
doit se prendre ici
pour la Déesse
qui préside.
S
aux Roles
d'Amantes
.
à la Danse:
aux Rôles de
Suivantes.
De
JUILLET. 1565 1740.
De ces mêmes succès prolonge la durée ,
Est goûté du Public , honore son Auteur ,
Et flatant son Héros du plaisir enchanteur
De voir graver son nom au Temple de mémoire ,
Augmente ses efforts , ses talens & sa gloire.
Que dis-je , d'augmenter ta gloire & tes talens ?
Je n'ai pas ce dessein qui choque le bon sens.
Lelio , ce nom seul consacré dans l'Histoire ,
Qui des fameux Acteurs célebre la mémoire ,
Aprendra quelque jour à nos neveux surpris ,
Que les vrais Partisans du plus parfait Comique ,
Nouveaux Italiens au milieu de Paris ,
Admiroient un Héros du travail Dramatique , ( 1 )
Dont les yeux exerçant un pouvoir tyrannique ,
Sur l'esprit suspendu de tous ses Spectateurs ,
Les faisoient , à son gré , rire ou verser des pleurs .
Qu'enfin tranquille au Port , à l'abri des orages
D'une Mer pour lui seul exempte de naufrages ,
Il savoure à longs traits les douceurs du repos ,
A l'ombre des Lauriers acquis par ses travaux .
On dira de son fils célebrant la mémoire ,
Qu'il soûtint de son nom le mérite & la gloire.
Ce seul mot à jamais dans la suite des tems ,
Doit immortaliser sa gloire & ses talens .
( 1 ) M. Lelio , Pere , qui n'est pas moins connu par
ses Ouvrages que par les aplaudissemens qu'il a mérités
pendant un si long-tems sur le Théatre Italien.
ม
1566 MERCURE DE FRANCE
il nous fait admirer tout ce qu'il veut paroître ,
Et ses succès constans le font seuls reconnoître.
Unie à ce Héros par le plus doux lien ,
Quelque aplaudissement que son mérite obtienne ,
Vous vous suivez par tout, là ta gloire est la sienne,
Comme un instant après son triomphe est le tien.
Ainsi parmi des fleurs nouvellement écloses ,
On voit à chaque pas & les Lys & les Roses ,
L'un de l'autre , à l'envi , relever les couleurs.
Pour moi je suis Sterlin , tant que Sterlin t'adore ,
Mais le même devient un Monstre que j'abhorre
Aussi- tôt qu'il ressent une infidelle ardeur ,
Et soûtient sans changer tes soupirs & tes larmes .
Ah ! faut-il qu'un Amant qui causa tes allarmes ,
Ne doive qu'aux remords & ta main & ton coeur !
Et tantôt me livrant à l'amour qui me guide ,
Je suis ce tendre Amant dont le respect timide
A besoin d'un détour pour déclarer ses feux ;
Je jouis des douceurs de son destin propice ;
Ah ! se peut-il qu'un sort aussi rare qu'heureux
Naissant sur le Théatre , expire à la Coulisse ?
Mais juge du pouvoir que donne la justice
Au charme que ton Art répand dans tousles coeurs ;
Le Public adoptant un caprice coupable , ( 1 )
(1)
la Fille Arbitre Mad. Var-
Mad . Riccoles
Billets doux,
meton.
Dans
la Surprise de
boni joue le Clarice.
Rôle de
la haine,
Lucile.
De
JUILLET.
1740% 1567
De la haîne avec toi savoure les douceurs.
· Et pour lui , Lisidor est un Monstre effroyable ,
Dont il aime à causer l'amour & les malheurs ;
Mais ce qui va paroître encor plús incroyable ,.
J'ai desiré .... quels voeux hélas ! pour un Amant !
J'ai souhaité ta haîne en ce cruel moment ,
Pour repaître mon coeur de la charmante idée
D'avoir quelques instans regué dans ta pensée.
Si ton Art peut séduire un coeur vraiment épris ,
Jusqu'à lui faire aimer de mortelles alarmes ,
Quel effet doit- il faire aux yeux de tout Paris ?
Mais c'est trop peu pour toi du mérite & des charmes ,
Et ce sont , à ton gré , des apas peu Aateurs :
Tu veux devoir encor à de plus fortes armes
L'Empire'souverain des esprits & des coeurs ,
Et joindre à tant d'attraits des graces infinies ,
Un esprit dont ton Sexe est rarement orné”,
D'où les obscurités sont pour toujours bannies ,
Et d'autant plus charmant qu'il n'est jamais borné
Par l'obstacle honteux d'une triste ignorance ,
Que décore souvent une vaine assurance ,
Qui passe à la faveur des frivoles honneurs ,
Que l'homme croit devoir aux attraits séducteurs
De ces vaines Beautés qu'un Printemps a vû naître,
Qu'un Eté fait fleurir , qu'une Automne mûrit ,
Et dont après l'Hyver , qui les fait disparoître ,
Au retour du Printemps le nom même est détruit.
E Tel
1568 MERCURE DE FRANCE
Tel est le sort cruel que l'avenir prépare
A ces Divinités qu'on adore à Paris.
De vices , de vertus , assemblage bizarre ,
Leur conduite fait voir à leurs A mans surpris ,
Que ces apas sont vains , que leur esprit s'égare ;
S'ils leur offrent des coeurs sincerement épris ,
Qui des charmes réels devroient être le prix .
Une Beauté solide & toujours estimable ,
Ne connoît ces abus que pour les éviter ;
Elle charme toujours , sans vouloir être aimable ,
Et méprise des voeux qu'elle peut mériter.
C'est à tant de vertus que mon coeur rend les armes;
Et des titres si doux me semblent les seuls charmes,
Dignes de captiver un coeur dont le bon sens
Le goût , la probité , regle les mouvemens.
Je regardois les traits d'un mérite si rare ,
Comme le pur effet d'un caprice bizare.
J'esperois , en un mot , conserver ma froideur ,
A l'impossible même attachant mon bonheur.
Par mes seuls sentimens mon ame étoit guidée ;
Enyvré du plaisir de former mon vainqueur ,
Je crûs que cet objet de ma sincere ardeur
N'existeroit jamais que dans ma seule idée.
Mes yeux en te voyant d'accord avec mon coeur ,
M'ôtent jusqu'au plaisir d'une si douce erreur .
Je puis donc , sans éteindre un amour qui t'irrite ,
Je pais brûler pour toi d'un feu toujours nouveau ,
>
Et
JUILLET.
1569 1740.
Et n'adorer en toi que ce rare mérite ,
Dont j'avois , sans te voir , ébauché le Tableau .
Belle Riccoboni , permets que je te voye ,
C'est le sort du Public ; hélas ! pour un Amant ,
Quel état que celui d'un Monde indifferent ,
Qui vers toi n'est jamais conduit que par la joye ,
Et dont l'unique but est son amusement !
Mais si-tôt que je vois à la fin d'une Piéce ,
Que ta main est le prix d'une feinte tendresse ;
Le séduisant espoir dont tu viens m'enflâmer ,
Me fait sentir alors que sans cesser d'aimer ,
Le plus fidele Amant n'est pas toujours le même ,
Et sans changer d'objet , peut changer de systême.
Je ne suis plus enfin cet Amant malheureux ,
Qui craint qu'un seul regard ne trahisse sa flâme.
La douce illusion dont tu remplis mon ame ,
Veut que je sois plus tendre & moins respectueux.
C'en est fait & je vais te déclarer mes feux ....
Mais l'Amour arrêtant ce transport trop rapide ,
Vient m'accabler du poids d'un rigoureux devoir ,
Qui m'inspire une ardeur plus vive & plus timide ,
Et borne mes plaisirs à t'entendre & te voir.
R
MADRIGAL à la même.
Conseil.
Ecevez un avis & juste & salutaire
De la part d'un Amant , dont le sort seroit doux ,
Bij
1570 MERCURE DE FRANCE
Si, puisque votre Epoux a seul droit de vous plaire,
Vous ne plaisiez qu'à votre Epoux.
LETTRE de M. de Juvenel , à M. de
V*** .sur l'Essai d'Histoire des Sciences,
des Belles -Lettres & des Arts.
V
>
Ous desirez,Monsieur, que je vous trace
le Plan racourci de mon Effai d'Histoire
des Sciences , des Belles - Lettres & des
Arts , & que je vous expose la Méthode que
j'ai suivic dans la compofition de cet Ouvrage
. Je ne puis m'empêcher de faire ce
que vous fouhaitez ; mais il eſt à propos
avant que d'entamer l'analyse de cet Abregé,
de vous dire quel a été le but que je me fuis
proposé. Quoique les bornes étroites de
l'esprit humain ne permettent pas de s'apliquer
géneralement à toutes les Sciences , il
elt néanmoins très - utile d'en connoître l'Histoire
, qui consifte dans la recherche de leur
origine , de leur progrès & des Grands Hommes
qui ont parû. Cette Hiftoire eft d'une
étendue immense ; elle embraffe tous les fiécles
; elle s'étend fur tous les Peuples qui ont
sçû faire usage de leur raison. Et comme
tous les tems & toutes les Nations ont un
caractere qui leur eft propre , & qu'il fe ren-
>
contre
JUILLET. 17407 1577
contre dans les esprits une difference presque
infinie , cette varieté offre un Spectacle qui
plaît , qui intereffe , & qui donne même
des inftructions admirables à qui fçait en
profiter.
Mais l'Hiftoire Litteraire , riche en Mé
moires particuliers , n'a pas de Corps complet
des parties qui la compofent ; & c'eft
probablement à l'abondance des matieres
qu'elle renferme , qu'on doit attribuer son
extrême pauvreté. Il feroit à fouhaiter que
quelque Sçavant voulût bien remplir ce
vuide. Pour moi qui fens la néceffité de proportionner
mon travail à mes forces , je
me contente de donner au Public l'efquiffe
d'un Tableau , dont je laiffe l'execution à
une main plus habile ; trop heureux fi les
contours de cette ébauche font bien pronon
cés , toutes les parties bien deffinées , & qu'il
n'y manque que l'éclat des couleurs.
En effet un Abregé exact , fans être ennuyeux
, & concis fans être fuperficiel , a
fon agrément & fon utilité. Les jeunes Gens
qui ont reçû une bonne éducation s'y reconnoiffent
par tout. Ils retrouvent des
sciences & des fçavans dont les noms leur
font familiers, & ils aprennent à mettre toutes
ces chofes dans une fituation naturelle.
Ils voyent avec plaifir les differens caracteres
des Hommes illuftres , & dans le cours de
E iij leur
1572 MERCURE DE FRANCE
leur vie ils fçavent où raporter tout ce qu'ils
lifent , tout ce qu'ils entendent fur les Sciences
& fur les Arts. La peine eft plus grande
pour ceux qui n'ont point de Lettres
& qui n'ont pas fait les études ordinaires.
La plûpart fe plaignent de leur mémoire
; qu'il me foit permis de le dire , ils
devroient plûtôt fe plaindre de leur mauvaise
éducation.
D'ailleurs , quelque grande que puiffe être
l'utilité des Cartes particulieres , qui mettent
fous nos yeux tout le détail d'un Royaume
, ou d'une Province , on ne fçauroit nier
qu'une Carte univerfelle ne foit d'un grand
fecours pour aprendre à fituer dans leur tout
ces differentes parties de la Terre. Ainfi ceux
qui liront cet Abregé d'Hiftoire Litteraire,
verront avec quelque plaifir tous les siècles
précédens fe déveloper , & toutes les Nations
polies paffer , pour ainfi dire , en peu
d'heures devant eux . Mais , ce qui eft plus
important , & qui aide infiniment la mémoi
re , ils trouveront certains tems marqués par
quelque Evenement , auxquels ils pourront
ajufter tout le refte . C'est ce qui s'apelle
Epoque , & qui , dans l'Hiftoire des Sciences
, roule fur leur origine , leur progrès ,
leur perfection , leur décadence , & leur rétabliffement.
Tel eft le but que je me fuis proposé . Si
je
JUILLET. 1740. 1573
T'ai atteint , c'eſt au Public à en juger. Mais
pour vous mettre au fait de la méthode que
j'ai fuivie , & de la forme que j'ai donnée à
cet Effai , defcendons dans le détail .
J'ai crû que je devois me conformer au
cours d'Etudes qui se trouve établi dans les
Ecoles publiques. On y enfeigne premierement
la Grammaire , & tout de fuite la Poëtique
, la Rhétorique , la Philosophie & les
Mathématiques. A ces Etudes qui font com
munes à tous les jeunes Gens , fuccedent cçlles
qui font propres à chaque profeffion : la
Théologie , la Jurifprudence , la Médecine
la Peinture , la Sculpture , la Gravûre . Tel
eft à peu près l'ordre dans lequel j'ai mis les
Sciences , les Belles-Lettres & les Arts.
La connoiffance des Langues eft comme
l'inftrument de toutes les Sciences , & la
Grammaire facilite cette connoiffance. La
Langue Hébraïque eft conftamment la plus
ancienne. Je tâche d'en donner le Caractere .
Je diftingue les tems où elle a été la Langue
commune des Juifs , & ceux où elle n'a été
connue que des Sçavans : Je marqué les cau
fes du peu de progrès que cette Langue a
fait en Occident pendant une longue fuite
de siécles ; & je fixe l'Epoque du renouvellement
de cette Etude, ce qui me donne lieu
de parler des plus célebres Hébraïfans Allemands
& François , & des differentes Grammaires
Hébraïques.. E.iiij.
La
1574 MERCURE DE FRANCE
La Langue Grecque vient ensuite. On
voit ici son origine , ses Dialectes ; en quet
tems elle pénétra dans l'Italie ; par quels
degrés elle vint à dégénerer & à fe corrompre
; quelle fut la cause de son rétabiflement
dans les Païs Occidentaux où elle
avoit été fi long- tems ignorée ; enfin , la bizarrerie
de sa deftinée , qui la fit d'abord
respecter en France , & tomber ensuite dans
le mépris , felon qu'elle fut maniée , ou par
de beaux esprits , ou par des pedans.
"
La Langue Latine , groffiére dans fes commencemens
, s'enrichit des dépouilles de la
Langue Grecque , & arriva à sa perfection
du tems de Ciceron . On donne ici une notion
de ce qu'on apelle Urbanité Romaine ,
& l'on remarque les changemens que cette
Langue eut à effuïer après l'empire d'Augufte
. Ceux dont le goût n'étoit pas gâté ,
eftimoient le langage des Anciens ; & des
Savans s'attachoient à l'expliquer. C'eſt à
cette occafion que je passe en revûë les plus
fameux de ces Grammairiens. Cependant le
mal alla en empirant , & le Latin ceffa d'être
une Langue vulgaire. Alors on fe mit à
chercher divers moyens de l'enfeigner , &
d'éclaircir les Auteurs qui avoient écrit dans
des tems plus heureux. Vous fentez bien ,
M. que le Lecteur doit s'attendre à trouver
en cet endroit une Hiftoire abregée des
Méthodes
"
JUILLET. 1740 . 1575
Méthodes Latines , & des Commentaires .
Les Langues vivantes viennent à la fuite:
des Langues mortes , & la Langue Françoise
paroît la premiere. On la prend au
berceau. On la fuit dans fes differens âges ,
& on la conduit à sa perfection. C'eft à cette
époque que je mets l'établiſſement de l'Académie
Françoise . Je fais ensuite le parallele
de la Langue Italienne & de l'Eſpagnole, & je.
nomme les Auteurs chés lefquels il faut chercher
la premiere pureté de ces Langues. Enfin,,
après avoir obfervé que les Gens de qualité.
apprennent l'Allemand pour la commodité.
des voïages , & que les Sçavans s'apliquent à
Anglois, attirés par les excellens Livres qui
paroiffent en cette Langue , je paffe à celles:
des Turcs & des Chinois , que l'on étudie
depuis plus d'un fiécle, & qui font fort intéreffantes
parjraport à la propagation du Chri
ftianifme.
Voilà les matieres contenues dans le premier
Chapitre. Le fecond a pour objet la
Poëfie , Discours figuré & harmonieux , afe
fujetti ou aux regles du mêtre , ou à la con
trainte de la rime. La nature de la . Poëfie
fon origine , fa veritable deftination , & l'abus
qu'on en a fait , fourniffent des réfléxions
qui plairont peut - être aux. Lecteurs
judicieux. Il y a plufieurs fortes de Poëfies..
Je les parcours toutes en des Articles sépa
E V
rés
1
1576 MERCURE DE FRANCE
rés , & fais marcher à leur tête le Poëme
Lyrique. On doit , à mon avis , prendre l'idée
de fon antiquité & de fon excellence
dans les Oracles de Jacob , & dans les deux
Cantiques de Moïse . Cette Poëfie deſtinée à
loüer la Divinité , fut la feule qui fut à l'ufage
des anciens Grecs. Je paffe fous filence
Linus , Amphion & Orphée , dont les Hymnes
ont péri par l'injure des tems , & je
m'arrête à la Pleiade Grecque , fans negliger
quelques autres Lyriques. Les Romains
ne donnent qu'Horace ; & après la renaiffan--
ce des Arts , on ne voit exceller en ce genre-
là que Bucanan & Santeuil. Vida , Fabrice
& Torrentin firent de vains efforts
pour atteindre à la fublimité du Lyrique .
Tous ces Poëtes ont écrit en Latin : mais la
France a eu fa Pleiade , qui a été bien - tôt
éfacée par le grand éclat des Poëfies de Malherbe
& de Racan.
Le Poëme Epique qui fuivit le Lyrique
d'affés près , eut Homere pour pere , & fut
parfait dans fa naiffance . Virgile ne fe rendit
célébre qu'en imitant ce grand modele :
mais ceux qui fe font écartés de cet excellent
Original , comme Ovide , Lucain , l'Ariofte
, le Taffe , Lope de Vega , le Camoëns
, Chapelain , Desmarets & plufieurs
autres , anciens & modernes , dont on voit
ici les differens caracteres , font tombés ou
dans
JUILLET. 1740.
1577
dans l'enflure , ou dans le ftile froid & puéril.
L'Epopée inftruit par la narration , & le
Drame par l'action. L'action eft illuftre , ou
commune ; ce qui fait les deux genres du
Poëme Dramatique , la Tragédie & la Comédie
. Ces deux Poëmes nés dans la Grece
eurent la même époque pour le plus haut
point de leur perfection . D'un côté , Efchyle
, Euripide & Sophocle , & de l'autre
Eupolis , Cratinus & Ariftophane , fe firent
admirer par des qualités differentes , quelquefois
opofées , mais qui tendoient au but
qu'ils s'étoient propofé. Rome fut en ce
point moins heureufe qu'Athénes. Plaute &
Térence furent , à la vérité , de fort bons
Coniiques ; mais où trouvera - t'on un feul
Auteur que la Tragédie ait illuftré ? Les Italiens
& les Espagnols ont cultivé ces deux
genres de Poëfie , on verra avec quel fuccès.
Nous avons été en cela plus favori fés
que nos voifins, & même que les Romains ;
puifque le même fiécle a vû naître Corneille ,.
Moliére & Racine. L'Opera fait la conclufion
de cet Article . On y examine fa natu
re , fon origine & fes progrès.
L'Article fuivant contient le Poëme Bucolique
. Chés les Grecs , Théocrite , Bioni
& Mofchus ; chés les Romains , Virgile ,
Calphurnius & Nemefianus viennent fur les
E vi rangs
1
1578 MERCURE DE FRANCE
rangs . Quant aux Modernes , on voit en Ita
lie Petrarque , le Mantoüan , Bonarelli &
quelques autres ; en Efpagne , Gongora &
le Camoëns en France , Ronfard , Belleau ,
& dans le dernier fiécle M M. de Racan &
de Fontenelle .
.
&
A l'Eglogue fuccede la Satyre , Poëme ingénieux
que les Grecs n'ont jamais tenté ;
dont l'invention est dûe aux Romains
que les François , feuls entre les modernes
ont porté à une grande perfection . On
trouve ici , felon l'ordre des temps , les diférens
caracteres de Lucilius , d'Horace , de
Perfe , de Juvenal , de Reignier , & de M.
Defpréaux. On voit ensuite l'Apologue en
usage chés les Hébreux , les Egyptiens , les .
Grecs , les Romains & les François . Les
grands Poëmes finissent par l'Elegie , & les
petits ont à leur tête l'Epigramme & le
Madrigal , qui font fuivis du Sonnet & du
Rondeau. L'Art Poëtique termine ce Chapitre.
f
Je passerois les bornes d'une Lettre ,
j'entrois dans un pareil détail , en parcourant
les autres Chapitres. Il faut donc fe
refferrer. Après une idée générale de l'Eloquence
, j'observe qu'elle n'a regné que
chés les Peuples libres. Ainfi je cherche la
véritable Eloquence dans la Grece , avant
qu'elle fubît le joug des Descendans d'Alexandre
,
JUILLET.
1573 1740.
xandre , & dans la République Romaine ,
avant qu'elle fut foumise à la domination
des Céfars. Mais , quoique nous n'aïons pas
les occafions de parler qu'ont eû les Grecs
& les Romains , je remarque que notre
Barreau a une Eloquence qui lui est propre,
& des Avocats qui aprochent fort des Cicérons
& des Démofthenes. J'observe ensuite
que l'Eloquence fe dédommage fur la Chaire
des pertes qu'elle femble faire dans le
Barreau. En effet , les vérités qu'enfeignent
les Orateurs Chrétiens font fi fublimes , les
Myfteres qu'ils annoncent font fi auguftes ,
qu'on les reconnoit aisément pour les feuls
Dépofitaires de cette Eloquence maîtresse
des coeurs , & qui emploïe pour les toucher
les ressorts les plus puiffants , & les
figures les plus fortes . Je propose quelques
exemples de ces Orateurs ; & comme l'Art
Poëtique a dû être inséré après les diférenst
Poëmes , l'Art Oratoire , ou la Khétorique
trouve sa place après les divers genres d'Eloquence.
Avant que de quitter les Belles-
Lettres , pour venir aux Sciences , je parle
de l'Histoire ; & dans la vûe de faire connoître
fon origine , j'entre dans le détail des
Monumens Historiques , mais je passe rapidement
fur la fuire des Historiens , & je
renvoye mes Lecteurs à la troisiéme Partie
de mes Principes de l'Histoire: ( imprimés à
Paris
1580 MERCURE DE FRANCE
1
Paris en 1733. chés Alix , rua S. Jacques.)
>
Je mets la Philosophie à la tête des
Sciences. Elle en est le fondement le plus
folide : car la Logique conduit la raison , la
Métaphysique l'éleve aux premiers principes
, que la Morale aplique ensuite aux
devoirs de l'homme . De-là il est clair que
la vraie Philosophie est inséparable de la
vraie Religion , & qu'on doit chercher fon
origine dans la pofterité de Seth , & dans
celle d'Abraham . La Philosophie des Egyptiens
, bien inférieure à celle des Israëlites ,
fut néanmoins beaucoup plus pure que la
Philosophie des Grecs , laquelle fe partageant
en plusieurs Sectes , s'évapora , pour
ainfi dire , en une infinité d'opinions souvent
oposées. Je donne une idée Historique
de ces Sectes , qui dans des tems postérieurs
se répandirent dans l'Empire Romain
; & revenant fur mes pas , je parcours
en Historien les quatre Parties de la Philosophie.
J'entre dans un plus grand détail
par raport à la Physique , qui nous enseigne
les causes de tous les effets de la Nature.
Mais comme la connoissance des causes.
fuppose celle des effets qu'elles produisent ,
je dis un motde l'Histoire Naturelle , & je
passe, ensuite à l'Histoire de la Médecine ,
& des Sciences qui lui font fubordonnées ,
comme l'Anatomie , la Botanique , & la
Chymic. Les
2-
JUILLET. 1740. 1581
‹ و
la
Les Mathématiques viennent ensuite ; &
l'on voit fuccessivement l'Arithmétique , l'Algebre
, la Géométrie l'Astronomie
Géographie , la Navigation , l'Optique , les
Méchaniqnes , l'Hydroftatique , l'Architecture
Civile & Militaire , & la Musique .
Après l'Histoire des Mathématiques, on trouve
l'Histoire de la Jurisprudence & de la
Théologie .
"
,
La derniere Classe est celle des Arts , tels
que la Sculpture la Peinture , la Gravûre
, l'Imprimerie , l'Agriculture , le Jardinage
, la Chasse , la Pesche , l'Equitation,
ou l'art de monter à cheval , & la Gymnaftique
des Anciens ; enfin une courte notice.
de quelques Bibliographes , & des Auteurs
de l'Hiftoire Litteraire termine cet Ouvrage ..
Toutes ces matiéres font renfermées dans
un feul Livre in- 12 ainsi il ne faut pas
tendre à les voir traitées dans une grande
étendue. Il est fouvent plus difficile de fe
refferrer que de fe mettre au large . D'ail
leurs la brièveté ne fit jamais tort aux Livres.
s'at-
On croit quelquefois remédier à l'ennui
que cette brièveté peut causer , par un ſtyle
pompeux , ou fort orné : mais les gens fensés
ne fe païent ni de grandes phrafes , ni
de jeux d'esprit. Comme ce n'est qu'aux
personnes de ce caractere que je défire de
plaire ,
1582 MERCURE DE FRANCE
plaire , je me fuis attaché à la fimplicité & à
la pureté du ftile , perfuadé que pour fe.
faire entendre il faut être clair , & que la
clarté ne peut fe trouver que dans un ftile
fort fimple & fort pur. Tout Hiftorien doit.
être fidele & fincere : les citations que j'ai
miſes à la marge feront les garants de mon.
éxactitude à fuivre cette régle..
On me reprochera peut- être le filence.
que je garde fur l'état préfent de la Litterature
Françoife. Voici les raifons qui m'ont
déterminé à en ufer de la forte. Il eſt dangereux
de parler en bien ou en mal des Auteurs
vivans , ou de ceux dont la mémoire.
eft trop récente. La louange la mieux méritée
passe pour une pure flaterie ; la critique
la plus modefte eft fouvent regardée comme
une basse malignité ; & déflors vous
prenez parti , & vous vous rendez fuspect.
Si vous voulez éloigner de vous tout foupçon
d'amour & de haine , & paroître impartial
, attendez que les paffions foient éteintes
, & les préventions évanouies. Un bon.
Auteur croît de réputation à mesure qu'il
s'éloigne de fon fiècle. C'eft à la Poftérité
à donner un jugement décifif. Le Public
ce Juge fi infaillible , & fi ferme dans fes
décifions ; le Public , dis -je , a fouvent varié
fur les Auteurs vivans. Quinault l'a éprouvé
; mauvais Poëte pendant fa vie pour le
Lyrique
JUILLET. 1740. 1583
Lyrique du Théatre , excellent Poëte en ce
genre après fa mort. L'illuftre Racine l'a
éprouvé. Son Alexandre cut fes Cenfeurs ;
fon Andromaque eut fes Critiques . L'admirable
fimplicité de Berenice fut une affreufe
fterilité , & la beauté des caracteres de Bri
tannicus n'exempta pas cette Piece des traits
mordans de la Satyre. Je le dis hardiment ;
& je ne crains pas d'être défavoüé. Le Public
eft aujourd'hui décidé fur le mérité de
ce grand homme. Ses Tragédies font dans
les mains de tout le monde ; on les fçait de
mémoire. Nous pouvons efperer que quelques
Ouvrages de nos contemporains auront
une pareille deſtinée. Mais que tel Ouvrage
paffera à la pofterité , il y auroit , ce me
femble , un peu de vanité à tâcher de le
deviner , & beaucoup de temerité à le pro
noncer.
Les Differtations fur les Manufactures
& fur l'origine des Académies & de quelques
Arts méchaniques , ont déja été imprimées.
Elles parurent en 1738. dans le Mercure
de France. Plufieurs perfonnes aïant défiré
d'avoir enfemble ces trois Difcours
j'ai jugé à propos de les joindre à ces Effais
d'Hiftoire Litteraire avec l'agrément de
>
1
l'Auteur du Mercure. Peut- être trouvera - t'on
que les matieres de ce Suplément ne sont
pas tout- à- fait étrangeres à celles de mon
Ouvrage
1584 MERCURE DE FRANCE
Ouvrage , & qu'elles fervent quelquefois à
l'éclairer et à lui donner plus d'étenduë.
Les Tables des Titres & celles des Matiéres
font, d'un grand fecours aux Lecteurs ,
quand elles font exactes . Je n'ai pas négligé
de leur procurer ce double avantage.
Au refte , le Livre dont vous venez de lire
L'Extrait , & qui eft décoré de l'Aprobation
de M. de Fontenelle , fe trouve à Lyon chés
les Srs Duplain , pere & fils , rue Merciere
qui vont le mettre en vente , & qui ont
eû toute l'attention poffible pour qu'il fût
imprimé fur de bon papier , en beaux caracteres
.
>
Vous trouverez , fans doute , ma Lettre
trop longue. Ce qui me rassûre , c'est qu'on
ne court jamais rifque de vous ennuyer , lors
qu'on parle des Sciences & des Beaux Arts.
D'ailleurs il étoit difficile d'être plus laconique
& de vous mettre bien au fait , & en
peu de mots , de tout ce que vous fouhaitiez
de fçavoir. Je fuis &c.
,
A Pezenas , ce . 20. Avril 1740 .
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Juin , I.Vol. font la Cire d'Es
pagne, Gaultier & Tempeftas. On trouve dans le
premier Logogryphe , Tigre , Grive , Rit , Ri,
Valet , Ean , Ail , Val , Glu ; & dans le second
JUILLE T. 1740 . 1585
cond Tempe , Tapete , Tefta , Seta , Sepes, Pes;
&
Apes. C
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du second Volume par , Cloche ,
Chapeau , & Rameau . On trouve dans
le premier Logogryphe , Peau , Chape ,
Eau ; & dans le second , Mer , Ame , Eau,
Mare , Rame , & Arme."
its its
Comme
ENIGM E.
Omme un Trompeur doit être adroit ,
Plus je fuis beau , moins l'on me voit .
Les hommes m'ont formé de la même maniere
Dont Dieu du premier homme anima la matiere.
Je fuis incorruptible & puis durer mil áns.
Ce n'eft pas tout , Lecteur , j'ai bien d'autres talens
Je préfide aux effets magiques ,
Dont l'Art fçait faſciner tes yeux :
J'emprunte du flambeau des Cieux
Un feu dont je pourrois brûler des Républiques:
Je fuis pourtant chés toi d'ufage familier :
On me voit fur ton eſcalier ,
Dans ton apartement , à ta cave , à ta table s
Par tout je te fuis agreable ,
Pourvû que j'y fois tout entier.
Mais c'est en vain que je me vante ,
Er
1586 MERCURE DE FRANCE
Et mon deftin jamais ne peut être complet ,
Tant que tu garderas ton étourdi Valet >
Et ta maladroite Servante .
Flocard à Paris .
*************************
LOGOGRYPHE.
L Ecteur , je fuis tout à la fois
Un mot Latin , un mot François.
Un, deux ,trois , en Latin mon nom eft redoutable,
Un, deux, trois , en François mon fon eft agréable ;
Puis dans un autre fens je cauſe la douleur ;
Trois ; deux , & un , je fuis une maffe immuable ,
Deux , & trois ; je produis la peine & le bonheur
LOGOGRYPHUS.
Orporis humani pars fum notiffima , Lector
A me procedunt orbis miracula feptem.
Jupiter iratus per me fua fulmina vibrat.
Per me Rex hoftes fuperat ; difcordia ceffat.
Quinque pedes babeo, quos fi diviseris aptè ,.
Me cernes fubito in varias tranfire figuras ;
Namque caput tollas , fiet deformis image ;
Eripias ventrem , furget facri incola montis ;
Membra duo refeces , felis. tunc prada ſubibit.
A Joigny. J. B. Men .... :
NOW!
JUILLET. 1740. 1587
完完沫:
NOUVELLES LITTERAIRES
L
DES BEAUX ARTS , &c.
ARELIGION PROUVE'E PAR LES FAITS,
par M. l'Abbé d'Houteville, de l'Académie
Françoise . Ouvrage dédié au Duc d'Ocleans,
Nouvelle Edition, 1740. A Paris, chés
Gregoire du Puis , à la Couronne d'Or , près
la Fontaine S. Severin , in-4° . 3. Volumes ;
le prix en blanc eft de 24. liv.
CHRONOLOGIE DE L'HISTOIRE SAINTB
& des Hiftoires étrangeres qui la concernent,
depuis la Sortie d'Egypte jufqu'à la Captivité
de Babylone , par Alphonse Des Vignoles , à
Berlin , chés Ambroise Haude , 1738. 2. volumes
in-4°,
L'ABBE'REGULIER sacré Evêque in Par
tibus Infidelium , ou Traité dans lequel on
examine l'état d'un Abbé Régulier après sa
Consecration Episcopale , à Luxembourg ,
par le R. P. Albert Marion , Chanoine Regulier
de l'Ordre de Prémontré , Prieur de
Senzey, au Diocèse de Toulouse , in-4º.
PLAN DU SYSTEME SOLAIRE , avec des
Orbites des Planettes & des Cométes connues
1588 MERCURE DE FRANCE .
nuës , dreffé sur la Carte Angloise de M.
Wifton , et sur les Tables des Cométes de M.
Halley , suivant les Principes de M. Newton,
se trouve à Paris , chés Montalant, Libraire,
Quai des Auguftins,à la Ville de Montpellier.
LETTRES sur la maniere de Gouverner les
Maisons Religieuses , à Paris , chés Hyppo
lite-Louis Guerin , Libraire , rue Saint Jacques,
à S.Thomas d'Aquin , vol. in - 12 . 1740.
TRAITE' DES FINANCES & de la fauffe
Monnoye des Romains , auquel on a joint
une Differtation sur la maniere de discerner
les Médailles antiques d'avec les contrefaites
, à Paris , chés Briaffon , rue S. Jacques ,
મે
à la Science , in- 12 . de 345. pages , fans une
Préface Hiftorique , 1740 .
CAUSES CELEBRES & Intereffantes , avec
les Jugemens qui les ont décidées , recueillies
par M***. Avocat au Parlement , Tomes
XV. & XVI . Le premier de 607. pages,
fans l'Avertiffement , & le second de 549.1
in-12. 1740. A Paris , chés la Veuve De-
Laulne , rue S. Jacques , à l'Empereur ; Cavelier
, au Lys d'Or , même ruë ; Le Gras , à
I'L couronnée , & Nully , à l'Ecu de France,
au Palais.
ESSAI sur la Vente des Immeubles & des
OffiJUILLET
1740 1589
Offices par Decret , principalement ſuivant
l'usage du Duché de Bourgogne. Avec des
Observations sur les Ventes Judicielles , sur
les Decrets Volontaires & fur les Directions :
Et un Recueil d'Edits , Déclarations , Arrêts
de Reglement , Certificats d'usage & Formules
sur cette Matiere. Par M. Thibault ,
Procureur au Parlement. A Dijon , chés
Arnauld - Jean- Baptifte Augé , Imprimeur du
Roy & du Parlement , in-8 °. 1737. L'Ou-'
vrage eft dédié à M. de Barbisey , Premier
Préfident du Parlement de Bourgogne.
LES OEUVRES SPIRITUELLES du Pere
François Arias , de la Compagnie de Jesus,
traduites de l'Espagnol , à Lyon , chés la
Veuve de la Roche , &fils , ruë Merciere , à
POccafion , 2. Volumes in . 12. Le premier
de 362. pages , le second de 368. fans la
Preface.
TRAITE' de quelques Maladies de la Poitrine
, avec leur Diagnoftic , Pronoftic , &
Pansement , fondés fur les Observations &
les Préceptes des plus habiles Médecins ,
dont on raporte les Aphorifmes , par G. F.
Crendal , Médecin de l'Hôpital Royal de
Valenciennes. A Paris , chés Jacques Clou
fier , rue S. Jacques , aux Armes de France ,
1739. Volume in- 12 .
DIS1590
MERCURE DE FRANCE
DISSERTATIONS sur l'Hiftoire Eccléfiaftique
& Civile de Paris , suivies de plufieurs
éclairciffemens de l'Hiftoire de France. Ouvrage
enrichi de Figures en Taille douce.
Par M. l'Abbé Lebeuf, Chanoine & Sous-
Chantre de l'Eglise d'Auxerre . A Paris ,
chés Lambert & Durand , Libraires , ruë
S. Jacques. Volume in - 12 , de 512. pages ,
1739.
J
GRAMMAIRE ESPAGNOLE
ET FRANÇOISE
.
Par le Sr François Sobrino , corrigée & augmentée
confiderablement
, Cinquiéme
Edition
, à Paris , chés Pierre Witte , Libraire
rue S. Jacques , in- 12. 1740,
ruë
CARACTERES DE L'AMOUR ET DE L'AMITIE'
entre deux Personnes de different Sexe,
par M. M. ***. A Paris , chés Quillan , ruë
Galande , à l'Annonciation , 1740. Brochu
re in- 12 . de 48. pages.
FORTIFICATION NOUVELLE , ou Recueil
'de differentes manieres de fortifier en Europe
, par M. Peffinger , in- 8 ° . avec figures ,
1740. à la Haye.
OEUVRES DE MATHEMATIQUES , où l'on
trouvera les premiers Principes du Calcul
numérique & algébrique , la Géométrie ElémenJUILLET.
1740: 1591
mentaire des Anciens & des Modernes , par
M. Blaise. 1740. Vol. in - 12. avec 15. Planches
gravées. A Paris , chés Quillau , ruë
Galande , à l'Annonciation. Prix 4. liv.
NOUVELLE BIBLIOTHEQUE , Ou Hiſtoire
Litteraire des principaux Ecrits qui se publient.
Octobre, 1738. Tome premier , à la
Haye , chés Pierre Paupie. Petit in - 12 . de
I 20. pages.
. Cet Ouvrage nous paroît venir de trèsbonne
main , & écrit d'un style vif , pur &
agréable pour en donner une jufte idée
transcrivons ici le commencement de la Préface
: S'il eft un Emploi difficile à remplir dans
La République des Lettres , c'eft celui de Journaliste.
Un Hiftorien ne parle ordinairement
que des Perfonnes qui sont mortes. Rarement
écrit-on la vie d'un Prince pendant sa vie , on,
fi cela arrive , celui qui la compose , n'oublie
pas de donner à fon Heros les louanges les plus
séduisantes. Il espere que la récompense qu'il
en recevra , seraproportionnée à la grandeur
de ses Eloges. Les autres Ecrivains ont rarement
l'occafion de s'attirer des ennemis. Un
Poëte peutfaire d'excellens Vers sans médire.
Un Philosophe eft le maître de soûtenir son
Systême sans émouvoir la bile des autres.
Mais , unJournaliste , obligé de montrer également
les beautés & les défauts des Ouvrages
F court
>
1592 MERCURE DE FRANCE
court risque de se faire tous les jours de nonveaux
ennemis.
En louant également les bons & les mauvais
Livres , ce qui n'arrive que trop souvent , on
peut prévenir le mécontentement des plus mauvais
Auteurs. On tombe alors dans un inconvénient
plus facheux que le premier. On trompe
le Public ; on devient le fauteur de l'avidite
de certains Libraires , & le complice de tous
ceux qui préparent à leurs Lecteurs un mortel
ennui , augmenté ordinairement par le repentir.
d'avoir employé mal à propos de l'argent à la=
chat d'un Livre pitoyable.
On promet dans cette Préface beaucoup
d'égards pour les Auteurs des Ouvrages dont
on rendra compte , & une grande impartia
lité. Il cft affreux , ajoute-t'on , que l'on
» proftitue le plus bel apanage que le Ciel
» nous ait donné , & qu'on faffe fervir l'Esprit
à percer la Vertu des traits les plus em .
» poisonnés. Nous séparerons toujours les
» Auteurs de leurs Ouvrages , & nous dé-
» clarons ici , qu'en critiquant les fautes
» que nous croirons apercevoir dans leurs
» Ecrits , nous ne prétendons diminuer en
» rien leur mérite personnel , &c.
» En relevant les défauts , nous n'oublie
» rons pas les beautés que nous aperce
" vrons , &c.
» Quant aux bons Ouvrages , dont nous
par
JUILLET. 1740. 1593
parlerons , nous prions les Lecteurs de
" nous pardonner , s'il nous échape quelque
louange un peu trop forte. L'admiration
que causent les Ouvrages des Grands Hom-
» mes , fait naître une espece d'Entouſiaſme,
» contre lequel il eft bien difficile d'être tou
jours en garde. On peut blâmer avec beaucoup
de fang froid un mauvais Auteur,
" parce que l'ennui qu'il cause , affoupit les
fens , & rend plus flegmatique. Il eſt aisé
» alors de mesurer fes termes. Mais quand
» on lit les Ouvrages d'un Homme , tel que
» Locke , on eft saifi tout à la fois de respect
& d'admiration. On bénit le fiécle
qui a produit un Génie auffi profond, & c.
Voici quelques Articles des Livres , dont les
Extraits nous ont parû bien faits,
CONTINUATION DE L'HISTOIRE UNIVER
SELLE de Meffire Jean - Baptifte Boffuet ,
Evêque de Meaux , contenant ce qui s'eft
paffé de plus remarquable , depuis l'an 800 .
de N. S. jufqu'à l'an 1737. Tomes II . III. &
IV. A Amfterdam , chés François l'Honoré ,
& Fils , 1738.
COMMENTAIRE fur la Traduction en Vers
de M. l'Abbédu Resnel,de l'Effai de M. Pope
fur l'Homme, par M. de Crousa , Conseiller
des Ambaffades de S. M. le Roy de Suede ,
& Landgrave de Heffe - Caffel , ci - devant
Gouverneur de S. A. S. le Prince Frederic
Fij
de
3594 MERCURE DE FRANCE
de Heffe , & Membre des Académies Roya
les des Sciences de Paris & de Bourdeaux ,
A Geneve, chés Peliffary & Compagnie, 1738, 1
8. pag. 375.
DE'FENSE de la Religion , tant naturelle
que révélée contre les Infideles & les Incrédules
, extraite des Ecrits publiés pour la
Fondation de M. Boyle , par les plus habiles
Gens d'Angleterre , & traduite de l'Anglois
de M. Gilbert Burnet , Tome I. in- 8°. de
508. pages , à la Haye , chés Pierre Paupie.
DISSERTATION fur l'incertitude des cinq
premiers Siecles de l'Hiftoire Romaine , par
M. L. D. B. à Utrecht , chés Etienne Neaulme.,
1738. in- 8 ° . de 348. pages , fans la Préface
qui en a 12.
HISTOIRE DES RATS , pour fervir à l'His
toire Universelle. A Ratopolis. 1738. in- 8 ° .
de 140. pages. Quoique ce Livre ne soit
qu'un fimple Amusement , & donné pour
rel par fon Auteur , notre Journaliſte employe
dix pages entieres à le cenfurer sérieu
sement à quelques ironies un peu mordantes
près.
->
L'ARISTIPE MODERNE , ou Reflexions
fur les Moeurs du Siécle , à Amfterdam , chés
François l'Honoré , & Fils ; 1738. in- 12 . de
298. pages. Ce petit Volume eft terminé
par des Nouvelles Litteraires. Le fecond
Tome de cette Nouvelle Bibliothéqu:, qui
eft
JUILLET. 1740. 1595
eft le mois de Novembre , commence par
cet Article.
LETTRES fur la Religion Effentielle à
l'Homme , diftinguée de ce qui n'en eft que
l'Acceffoire. A Londres , chés Jean Nourse,
1738. in- 8 °. de 389. pages , fans l'Epitre Dédicatoire
, & quelques autres Piéces prélimi
naires , qui font 60. pages.
HISTOIRE DES REVOLUTIONS De France ,
où l'on voit comment cette Monarchie s'eft
formée , & les divers changemens qui y
font arrivés par raport à son Etendue & son
Gouvernement. On y a joint des Remarques,
& les Faftes des Rois de France , depuis
Clovis , jufqu'à la mort de Louis XIV. par
M. de la Hode , 4. Vol. in- 12. 1738. chés
Goffe & Moetjens. Le premier Tome de 383 .
pages , le fecond de 576. le troifiéme de 370.
& le quatrième de 5 20.
>
Dans les Nouvelles Litteraires , on aprend
* à l'Article de Marfeille , que M. de Boyer
d'Argens , Chevalier de Malthe , Lieutenant
de Galere , a été choifi par l'Académie de
cette Ville , pour composer le Tribut qu'elle
doit annuellement à l'Académie Françoise.
Le sujet de fon Difcours , eft , qu'on juge
mieux des Ouvrages de Poëfie & d'Eloquence
parfentiment , que par Discuffion. Cet Ouvrage
eft d'une demie- heure de lecture. Ify
a aparence qu'il fera reçû du Public avec
F iij aplau#
596 MERCURE DE FRANCE
aplaudiffement , puiſqu'il a mérité l'apròba
tion d'un des plus fçavans Hommes de l'Eu
rope. Voici la Lettre que M. l'Abbé du Bos ;
Sécretaire de l'Académie Françoiſe , a écrite
à M.de la Vifclede , qui remplit la même
Charge dans celle de Marfeille.
t
و ر
"
و د
.
PP
>
» Hier , Monfieur , je préfentai à l'Acadé-
» mie le Tribut que lui envoyoit fa Fille de
» Marfeille , & que vous m'avez fait l'hon-
" neur de m'adreſſer il fut lû fur le
champ , & je puis vous dire , fans alterer
» en rien la verité › que je n'ai vû , de-
» puis que je fuis dans la Compagnie , aucun
Ouvrage plaire davantage , ni mériter plus
» d'aplaudillemens. Enfin il réüffit fi bien ,
» qu'il me fut impoffible de cacher ce que je
fçavois de l'Auteur. L'Académie me char-
» ge de l'exhorter à continuer de travailler.
» Je dis à continuer. On n'eft pas auffi avan-
!» cé qu'il l'eft à fon âge , lorfqu'on n'a pas
» bien employé tout fon tems. Vous jugez
bien que nous nous emprefferons de lire
l'Ouvrage dont il s'agit , a notre premiere
» Affemblée publique. Il fera enfuite impri-
» é dans notre Recueil , tel qu'il eft , fans
» y changer un feul mot. L'Académie m'or-
» donne d'assûrer la vôtre des fentimens de
» l'Amitié la plus tendre ; en mon particu
»lier , foyez bien perfuadé de l'eftime & de
» la refpectueufe confideration &c. à Paris ce
"
» 16.
JUILLET. 1740. 1597
16. Août 1738. Signé , l'Abbé du Bos ,
Sécretaire perpetuel,
! "
M. le Chevalier d'Argens travaille aujourd'hui
, à ce qu'on dit , à perfectionner un
Ouvrage qu'il a écrit fur les Moyens d'exciter
La Terreur & la Pité dans la Tragédie . Ce
jeune Officier , qui donne à tous fes Camarades
un exemple fi loüable , & qui fe garde
bien de croire que l'amour des Sciences ne
peut s'accorder avec celui du Service , eit le
même Chevalier , à qui fon frere le Marquis
d'Argens a dédié la Philosophie du Ben Sens.
LES VIES des Hommes Illuftres de la France
6. Tome III. &c..
con- Ce Volume , de plus de soo. pages ,
tient dabord la Vie, on plûtôt l'Hiftoire fuivie
du Miniftere de MAXIMILIEN DE BETHU
NE
Baron de Rosni , Duc de Sulli , Maréehal
de France , Premier Miniftre fous Henri
IV. C'est peut - être l'Ouvrage le plus travaillé
, le mieux écrit , le plus inftructif & le
- plus digne d'être lû , de tous ceux qui compofent
le grand Recueil , dont nous continuons
de rendre compte. Nous avions d'abord
projetté de le placer en entier dans çe
Journal ; fa feule longueur , car il contient
lui feul les trois quarts de ce III. Tome, nous
en a empêchés ; mais le Public n'y perdra
rien , tout le monde étant à portée d'en faire
E iiij la
1598 MERCURE DE FRANCE
la lecture dans le Livre même , que le St
Le Gras , Libraire au Palais , continue de
vendre avec fuccès . Pour ne point exceder
nos bornes , & pour fuivre le Plan que nous
nous fommes faits , nous préfenterons à nos
Lecteurs la Vie illuftre de CHARLES D'ALBERT
Duc de Luynes , Pair, Connétable , &
Premier Miniftre fous Louis XIII. qu'on trouve
à la fin du même Tome.
Il naquit en 1578. d'Honoré d'Albert , Scigneur
de Luynes , de Brantes & de Cadenet
, & d'Anne Rodulf , alliée aux Maiſons
de Foix , de Parthenay , de Saluces , d'Oráifon
, d'Angennes , de Montmorency , & c.
Honoré d'Albert , Chevalier de l'Ordre du
Roy , defcendoit de Thomas Alberti , qui ,
lors de l'exil des Alberti de Florence , vint
s'établir au Pont- Saint- Efprit. Celui - ci füt
Pannetier du Roy, Bailli d'Epée de Vivarez ,
& de Valentinois , Viguier Royal du Pont-
Saint- Efprit , &c.
Honoré fut envelopé dans la Conjuration
formée par Coconas , & de la Molle , Officiers
du Duc d'Alençon , dont Honoré d'Albert
étoit Chambellan. I fe juftifia par un
combat en champ clos , en présence & par
la permiflion du Roy , contre le Capitaine
Panier , qu'il tua. Ce combat fut le dernier
que nos Rois ayent autorisé.
Honoré poffeda plufieurs Emplois à la
Cour ;
JUILLET. 1740 ... 1599
Cour ; il fut , comme on l'a vu plus haut
Chambellan du Duc d'Alençon , & Colonel
des Bandes Françoifes. Après la mort de ce
Prince , il fe retira pour quelque tems , & ne
revint à la Cour , que pour préfenter Charles
de Luynes , dont il s'agit dans cette Hiftoire
, à Henry IV, qui lui avoit fait l'honneur
d'en être le Parain , & que ce Prince retint
pour Page de fa Chambre. Dès-lors Luynés
eut le bonheur de plaire au Dauphin , & lui
fut toujours particulierement attaché. C'étoit
à lui que ce jeune Prince , devenu Roy , fe
confioit des chagrins que lui donnoit l'autorité
fans bornes du Maréchal d'Ancre , que
la prifon du Prince de Condé avoit achevé
de rendre odieux à toute la Nation. Tous
les Seigneurs mécontens du Gouvernement
de la Regence , fe joignirent au Favori du
Roy , & on fait quel en fur l'Evenement.
Luynes , que fon efprit & fon adreffe à tous
les Exercices , avoient rendu jufque- là néceffaire
au Roy , pour fes amufemens , lui
devint enfuite néceffaire pour fes affaires , par
la capacité qu'il y fit voir , & fut chargé de
l'adminiftration génerale de l'Etat.
Son premier foin fut de faire la paix avec
les Princes , & de rendre le repos au Royaume.
Le Duc de Mayenne par fon confeil ,
ayant envoyé au Roy les Clefs de la Ville de
Soiffons Sa Majefté reçût avec tant de
Fy bonté
"
1600 MERCURE DE FRANCE
bonté le Gentilhomme chargé de les lui
aporter , que le Duc de Nevers , celui de
tous,dont le Roy avoit le plus de sujet d'être
mécontent , inftruit de cet accueil , revint à
la Cour comme les autres , & y reçût les mêmes
honneurs qu'auparavant.
La Reine étoit alors éloignée de fon fils ;
Luynes étoit inftruit de fes plus secrets fentimens
, par le commerce de Lettres que cette
Princelle avoit avec Barbin. Cet homme,
qui de Procureur du Roy à Melun , étoit
parvenu à la place de Controlleur Général
des Finances , fut arrêté à la mort du Maréchal
d'Ancre , & conduit à la Baftille . On
lui parla d'abord de ce qu'il avoit à craindre
des recherches fouvent fondées & toujours
dangereufes pour ceux qui ont occupé de
pareilles places ; & on lui fit esperer en mê
me tems de l'en garentir , s'il travailloit à
calmer le reffentiment de la Reine. Pour y
parvenir , on lui permit d'écrire à cette Princeffe
, & d'en recevoir des réponfes , que
Pon ouvroit fans qu'il le fçût. Barbin moins
fidele à Luynes qu'à Marie de Medicis , ne
fe fervit de cette liberté que pour l'irriter da
vantage . Luynes alors crût qu'il étoit inutile
de fufpendre plus long tems le cours de la
Juftice , & il abandonna Barbin à toute la
rigueur des Loix. On fçait l'Evenement fingulier
qui arriva , lorfque les Juges alloient
aux
JUILLET. 1740. 1601
aux opinions. Un d'entre eux parût perdre
tout à coup les fens & la voix , & revenu de
*fon évanouiffemet , harangua fes Confreres ,
prêts alors , difoit- on , à condamner Barbin
à la mort , il leur dit qu'ils priffent garde de
condamner un innocent , & par des difcours
pathétiques , joints à la fingularité de cette
avanture , il les ramena à ne condamner
Barbin qu'au banniffement.
Luynes agiffoit cependant auprès de toutes
les perfonnes qui environnoient la Rẹine
; mais fon objet principal étoit de gagner
l'Evêque de Luçon , qui avoit le plus de crédit
fur fon efprit.
Richelieu n'ayant point répondu aux avances
de de Luynes , devint fufpect , & reçût
ordre de s'éloigner de la Reine. Cette Princeffe
fut extrémement fenfible à l'exil de
l'Evêque de Luçon ; elle tenta toutes fortes
de moyens pour le faire revenir ; mais Luynes
fur toujours inflexible , & ne lui accorda
enfin le retour de ce Prélat , que quand il
pût croire que le tems & les confeils des
perfonnes sages , qu'il avoit fçu gagner ,
avoient effacé du coeur de cette Princeffe
tout' defir de
gouverner.
Cependant M. le Prince reftoit toujours
enfermé dans la Baftille ; il y avoit alors une
trop grande fermentation dans les fprits ,
pour ne pas craindre les premiers reffentimens
Fyj
de vj }
18a2 MERCURE DE FRANCE
:
de ce Prince , quand il auroit recouvré fa
liber
& peut- être auffi que Luynes vouloit
fe donner le tems d'établir fon autorité ,
trop foible encore pour l'effayer contre le
premier Prince du Sang.
Il eſt vrai que , comme fa prifon avoit été
Pouvrage de la Régente , toute la haine en
devoit tomber fur elle , & que M. le Prince
délivré par les foins de de Luynes , devenoit
un nouvel apui à la Cour pour ce Favori . Les
Partifans de Marie de Medicis fentirent tout
Pavantage que Luynes en pouvoit tirer , &
infpirerent à la Reine , lors de l'accommodement
, qui commençoit à fe traiter entre le
Roy & Elle , de demander pour une des
conditions principales , la délivrance du
Prince de Condé. Par là , elle comptoit regagner
un fi puiffant ennemi , & fe faire
honneur de fa liberté , dans l'efprit des Peu--
ples , en même tems qu'elle en ôteroit tout
le mérite au premier Miniftre.
Tant d'interêts oposés , procurerent la liberté
au Prince & à la Princeffe de Condé ,
qui avoit fuivi fon mari dans fa prifon ."
Luynes alla à Vincennes , où ils avoient été
transferés , & d'où il les ramena à Chantilli
pour faluer le Roy. On rendit une Déclaration
, par laquelle la Reine étoit chargée
du reproche de tout ce que ce Prince avoit
fouffert ; & fur les plaintes qu'elle en fit , on
en
JUILLET. 1740. 1653
en rejetta la faute fur le Garde des Sceaux
du Vair , lequel avoit dreffé la Déclaration.
2-
Le Prince de Condé , rentré une fois dans
les bonnes graces du Roy , ne fe mit plus
au hasard de les perdre . La Cour ne vit ja
mais depuis un Courtifan plus dévoué ; & il
affecta un grand empreffement à accompagner
de Luynes au Parlement quand il y fut
reçû Duc & Pair , par l'Erection de la Terre
de Maillé en Duché.
་ ་
L'exil de la Reine duroit toujours , & l'envie
qu'exci oit la faveur de de Luynes , lui fit
craindre qu'on ne cherchât à reconcilier la
Reine avec fon Fils , aux dépens de fon autorité.
La Cour fembloit partagée entre Marie
de Medicis & le Duc de Luynes ; il falloit
voir , difoit le Maréchal de Bouillon
lequel , fans fe commettre , attendoit alors
à Sedan la fin de cette avanture , qui gouverneroit
fous le nom d'un Roy foible , ou
de la Mere , ou du Favori. Tant que la Reine
étoit éloignée , on étoit dans l'incertitude
de fçavoir fi , en revenant à la Cour , elle ne
reprendroit pas toute fon autorité. Et il n'y
avoit que fon retour fans crédit qui pût rendre
la fortune de de Luynes invariable . D'ail
leurs le Parti quel qu'il fût , auquel on
vouloit fe déterminer , ne fouffroit plus de
remife ; on fçait tout ce que le Duc d'Epernon
1604 MERCURE DE FRANCE.
non entreprit pour mettre la Reine en liberté
;
시
cette Princeffe , follicitée d'un autre côte
par
le Duc
de
Kohan
, Chef
du
Parti
Huguenot
, étoit
tentée
de s'y livrer
.
›
Le Duc de Mayenne , Maître de la Guyenne
, qui ne cherchoit qu'un nom & qu'un
prétexte pour remuer , rendoit ce Parti redoutable
, sans en être. Tout cela donnoit
de juftes allarmes au Roy , ou plûtôt à ſon
Miniftre. M. de Luynes crût dans ces circonftances
qu'il pouvoit se fier à l'Evêque
de Luçon ; il étoit de l'interêt de ce Prélat ,
qui vouloit gouverner Marie de Medicis ,
d'empêcher qu'elle ne fe mît dans la dépendance
de tant de Grands Seigneurs , & que
par là elle ne lui échapât. Son crédit für
cette Princeffe ne pouvoit jamais lui être
plus utile , qu'en se rendant néceffaire à la
Cour , & en mettant à prix la reconciliation
de la Reine avec fon Fils. Cetre conformité
d'interêts rendit la négociation facile entre de
Luynes & Richelieu ; la Reine revint enfin
à la Cour. On permit à l'Evêque de Luçon
de folliciter pour lui un Chapeau à Rome
& Mlle de
Niéce , époufa M. de Pont- Couslay fa
Combalet , Neveu de
M.de Luynes : c'eft elle qui fe nomma depuis
Madame d'Aiguillon. Ce Chapeau ne vint
pas fi - tôt de Luynes craignoit trop l'Evêque
de Luçon pour ajoûter cette grande Dignite
:
à
JUILLET. 1740. 1605
à des talens qui l'aprochoient déja de trop
près de la premiere Place . Il fit entendre au
Roy qu'il falloit que M. de la Valette , Archevêque
de Toulouze & fils de M. d'Eper
non , paffât le premier , & ce ne fut qu'après
la mort de Luynes que la promeffe du
Roy fut accomplie .
;
Jusque- là , les négociations avoient été le
principal objet du Miniftere de de Luynes.
Il étoit tems qu'il cherchât à en relever l'éclat
par quelque entreprise qui fût en même
tems utile à sa gloire & à la grandeur de son
Maître la Religion lui en fournit les
moyens. Le parti Proteftant étoit trop puissant
en France , pour qu'il ne fût pas de la
gloire & de la sûreté du Miniftre de chercher
à l'abattre ; les circonftances étoient
favorables ; les Calviniftes avoient bien perdu
de leurs avantages , non qu'ils euffent
encore pour Chefs des Hommes d'une haute
naiffance , & d'un grand courage , mais
ce n'étoient plus que des Particuliers ; le
Roy de Navarre les avoit soûtenus pendant
un tems ; les Princes de la Maison de
Condé avoient été leurs plus zelés défen
seurs mais tous ces interêts avoient changé
; l'avenement de Henri IV. à la Cou
ronne leur avoit fait perdre un fi puiffant
apui , & Henri II . Prince de Condé , étoit
forti Royalifte de fa prison. Luynes profita en
僮
homme
1606 MERCURE DE FRANCE
> homme habile de ces circonftances , &
commença ce grand ouvrage , que la mort
seule interrompit , & dont la consommation
étoit réfervée au Cardinal de Richelieu.
B
4
"
Avant que d'entreprendre cette guerre , de
Luynes avoit obtenu l'Epée de Connétable ;
cette affaire s'étoit conduite avec beaucoup
d'habileté. Le Maréchal de Lesdiguieres
étoit sans contredit , l'Homme du Royaume
le plus digne de cette haute Dignité ; c'étoit
d'ailleurs un Chef puiffant à enlever aux
Proteftans , & fon abjuration en devoit être
le prix. On détermina le Roy à faire revivre
en sa faveur la Charge de Connétable ,
vacante depuis la mort de Henri de Montmorency
, décedé en 1614. mais bien - tôt
après on se servit de la réputation même de
ce grand Capitaine , pour le rendre suspect.
La Charge une fois créée , il devenoit plus
facile à de Luynes de fe la faire donner. Et on
agit fi habilement auprès de Lesdiguieres ,
qu'il consentit à la voir conferer au Favori ;
se contenta de la Dignité de Maréchal
Géneral des Camps & Armées du Roy.
Cette Dignité de Maréchal Géneral avoit été
créée pour le Maréchal de Biron & avoit
ceffé avec lui.
i
Le Connétable ne fongea plus qu'à commencer
la guerre contre les Proteftans ; le
debut
JUILLET. 1740 , 1607
debut en fut brillant ; on s'empara de Saumur
par adreffe ; toutes les Villes des Réfor
més en Poitou , en Saintonge , en Angou
mois , en Normandie , en Bretagne , furent
soûmises , & on résolut enfin le Siége de
Montauban,
Ce Siége entrepris sans trop de précautions
, mal conduit par la jaloufie des Capitaines
, envieux de la Grandeur de Luynes
levé enfin au bout de trois mois de travaux
inutiles , auroit peut- être été le terme fatal
de la faveur du Connétable , fi bien- tôt
après il ne l'avoit pas été de sa vie.
Louis XIII. toujours jaloux de fon propre
ouvrage , dès qu'il croyoit l'avoir élevé trop
haut , regardoit déja le crédit de M. de
Luynes , & la foule des créatures qu'il s'étoit
faites comme une diminution de fon
autorité : il s'en ouvrit à M. de Puifieux , au
Pere Arnoux , son Confeffeur , & à Baffompierre
; & sans doute il étoit à craindre que
les Brigues ne prévalussent , & que le Connétable
n'eût survécû à sa fortune , fi une
mort prématurée ne l'avoit pas enlévé au
milieu de toutes fes Grandeurs.
>
Y
Le Siége de Montauban fut levé , comme
nous l'avons dit , dans le mois de Novembre
1621. De Luynes, mortifié de ce mauvais
succès , en rejetta la faute sur ceux qui y
avoient fervi, L'imprudente bravoure du Duc
de
1608 MERCURE DE FRANCE
de Mayenne , qui fit perdre beaucoup de
monde , la négligence du Duc d'Angoulême
, qui laiffa entrer dans la Ville le fecours
que le Duc de Rohan y envoya , la maladie
du Duc de Montmorency , qui caufa la défection
de 3000. hommes ; tout cela pouvoit
être une excufe pour de Luynes, dans le
tems de fa grande faveur ; mais il s'apperçut
bien-tôt que le Roy s'étoit laiffé prévenir ,
& pour pouvoir prendre fa revanche de l'échec
de Montauban , il crut devoir amèner
le Roy devant Monheur , petite Ville de la
baffe Guyenne , dont il l'engagea à faire le
fiége. Cette Ville réfifta près de trois ſemai-
& fut enfin faccagée par l'armée du
nes ,
Roy.
Ce fut à ce Siége que le Connetabic
de Luynes fut attaqué d'une fiévre qu'on
nomma fiévre pourprée ; il fut tranfporté à
Longueville , où il mourut en 1621 , non
fans foupçon de poiſon.
Le Connétable , après fa mort , éprouva
le fort de tous les Favoris , dont la mémoire
eft foûmife aux jugemens dictés par les différens
intérêts : il avoit trop haï les Protef
tans , pour que le Duc de Rohan ne fut pas
fufpect , en l'accufant de violence . Les Partifans
de Marie de Médicis ne devoient pas
lui pardonner d'avoir enlevé l'autorité à cette
Princeffe , quelque mauvais uſage qu'elle
on
JUILLET. - 1740 ; 1609
,
en eût fait. Ce que l'on peut recueillir de
tout ce qui nous refte de ce tems- là , c'eſt
que le Connétable devoit être né avec de
grands talens , pour s'être démêlé , comme
il fit , des intrigues d'une Cour , où tous les
Grands vouloient prendre part au Gouver
nement , & où l'agitation des guerres civiles
& des guerres de Religion , avoit laiffé
dans les efprits cette impreffion d'indépendance
, fi fatale au repos des peuples ; c'eſt
que l'on ne peut faire honneur au Cardinal
de Richelieu d'avoir rétabli l'Autorité
Royale , fans fe fouvenir que le Connétable
ofa le premier la reprendre des mains de
tous les Seigneurs qui l'avoient ufurpées
c'eft enfin qu'une entrepriſe fi difficile
qui devoit décourager l'efprit le plus hardi
fur exécutée par un efprit doux , fin , & délié
, qui n'employa que les négociations , les
entremifes , les promeffes , & jamais la force,
les ménaces , ni les violences , que lorsqu'il
n'auroit pu s'en difpenfer , fans manquer
effentiellement aux intérêts de l'Etat & de
la Religion.
&
Le Connétable de Luynes avoit épousé en
1617. Mademoiſelle de Montbazon , qui
devint fi célébre dans la fuite , fous le nom
de Madame de Chévreufe , après qu'elle eur
époufé en fecondes nôces le Duc de Chevreufe
, de la Maifon de Loraine. Il avoit
été
1610 MERCURE DE FRANCE
été queftion pour le Connétable du Mariage
de Mademoiſelle de Vendôme , Fille
de Henry IV. & de Gabrielle d'Etrée ; mais
dans la crainte qu'une fi grande alliance
ne l'exposât à l'envie , il la laiffa épouſer au
Duc d'Elbeuf.
,
--
Le Roy lui accorda, en faveur de fon Mariage
, la Lieutenance générale de Normandiequ'avoir
poff dé le Maréchal d'Ancre, avec la
confifcation de tous fes biens,& lui donna le
3.Août 1621. la Charge de Garde des Sceaux
de France , qu'il exerça jufqu'à fa mort. Il
avoit été fait Duc & Pair en 1619. & Chevalier
des Ordres du Roy la même année.
ainfi que fes deux Freres , Cadenet , dit le
Maréchal de Chaulnes , & Brantes , Duc de
Luxembourg, Le premier avoit épousé Claire-
Charlotte d'Ailly , Dame de Picquigny
& Comteffe de Chaulnes , qui avoit été élevée
à Bruxelles auprès d'Albert & d'Ifabelle
Archiducs des Pais - Bas, qui fe flaterent d'engager
de Luynes par ce mariage à proteger
I'Electeur Palatin dans la guerre de Bohême ;
mais l'amour de la Religion l'emporta dans
le coeur de de Luynes , fur la reconnoiffance.
La pofterité du Duc de Chaulnes a fini à
Charles Duc de Chaulnes , mort à Paris en
1698. M. de Chaulnes d'aujourd'hui ( 1739 )
defcend du Connétable , & il porte le nom
de Duc de Chaulnes , parce que fon pere le
Duc
JUILLET. 1745. 1611
Duc de Chevreufe , Petit- Fils du Connéta
table , avoit herité de Charles Duc de
Chaulnes .
Brantes avoit époufe Marguerite- Charlotte
Ducheffe de Luxembourg , qui le fit Duc de
Luxembourg. Il en eut un Fils & une Fille ;
fon Fils fut Duc de Luxembourg après lui ;
mais il fe fit Prêtre ; & fa Soeur s'étant faite
Religieufe , ( C'eft elle que l'on a connue à
la Cour fous le nom de la Princeffe de Tingry
, )il laiffa fon Duché à fa Mere , laquelle
époufa en fecondes nôces M. de Clermont-
Tonnerre , & en eut une Fille , qui reporta
le Duché de Luxembourg dans la Maiſon
de Montmorency, d'où defcendent les Ducs
de Montmorency d'aujourd'huy.
Le Connétable de Luynes laiffa un Fils &
une Fille , morte fans pofterité ; le Fils fut
Duc de Luynes , & marié trois fois ; fon Fils
du premier lit fut Duc de Chevreufe ; il eut
du fecond lit avec Anne de Rohan deux Fils,
Louis - Jofeph d'Albert , Prince de Grimberghen
, & Charles Hercules Chevalier de
Luynes , & cinq Filles , & du troifiéme lit il
n'eut point de pofterité. Le Duc de Chevreufe
eut deux Fils , le Duc de Montfort
& le Duc de Chaulnes ; le Duc de Montfor
, Pere du Duc de Luynes d'aujourd'huy.
( 1739.)
,
Les bonnes moeurs ainfi que la Religion,
n'eurent
4612 MERCURE DE FRANCE
n'eurent pas un Protecteur plus zelé que le
Connétable : ce fut par fes foins que les Jefuites
obtinrent la permiffion d'ouvrir leur Col
lege à Paris , & d'y profeffer publiquement ;
ennemi déclaré de la médifance & de la calomnic,
il tenta d'arrêter par la crainte des fu
plices, & par l'exemple des châtimens , la licen
ce de quelques Ecrivains infolens qui inondoient
chaque jour le Public de nouveaux
libelles ; les perfonnes les plus refpectables ,
le Miniftere , le Roy lui - même s'y trouvoient
fouvent attaqués ; de Luynes réfolut
d'en faire juſtice, Durand & Sily, réputés Au❤
teurs d'un de ces libelles , furent l'un & l'au
tre condamnés à être roüés & brûlés avec
leurs Ecrits en Place de Grève le Copifte'
du Manufcrit , frere d'un des Auteurs , fut
pendu ; toutes les perfonnes qui y avoient
eu part , fe virent enfermés , les uns à la
Baftille , les autres au Fort - l'Évêque ; ni la
qualité ni le fexe ne furent capables de garantir
aucun d'eux de ce malheur commun ;
fi une pareille licence ne fut
pas tout-à-fait
éteinte , au moins fut- elle fuspendue . Puiffe
une févérité fi utile , effrayer encore aujour
d'hui des Ecrivains fi pernicieux.
;
Il ne s'offrira peut - être jamais d'occafion
plus naturelle & plus favorable de placer ici
une Lettre originale , & toute ecrite de la
main de la Reine Marie de Medicis , au Duc
de Luynes ,
JUILLET. 1740 1613
Luynes , avant qu'il fût Connétable , laquelle
fe trouve dans nos Portefeuilles , concernant
l'Hiftoire & c. Tout le monde fçalt
combien ces fortes de Piéces fugitives font
précieufes , & qu'on ne fçauroit trop tôt les
tirer de l'obfcurité , où la viciffitude des
chofes humaines les réduit quelquefois. Voici
avec la derniere exactitude le contenu de
cette Lettre :
و ر
رو
Mon Coufin , j'ai vû les noms de ceux
» que vous me mandez avoir été retenus
" par le Roy Monfieur mon Fils , pour les
" faire Chevaliers de fon Ordre à ce premier
jour de l'an prochain. Attendant que je
» renvoye le Sr de Laró , qui m'en a apporté
la nouvelle , je vous fais ces lignes,
" pour vous dire que j'euffe été très - aife d'y
» voir deux Perfonnes de plus feulement ,
i le Comte de Montfereau , qui y eft nommé
il y a fort long- tems , & le Sr de Ma
» rillac pour qui je vous ai écrit depuis
» deux ou trois jours ; je ne vous prie que
» pour ces deux - là ; vous pouvez l'obtenir
» du Roy , fi vous voulez , & ne pouvez
» faire chofe qui m'oblige davantage à demeurer
toute ma vie , Mon Coufin , Vo
" tre bien bonne Coufine MARIE,
Angers , ce xj. Decembre 1619. :
au deffus eft écrit par un Secretaire
ainfi que la date , A mon Coufin le Duc de
Laynes , Pair de France. Nous
1614 MERCURE
DE FRANCE
- Nous pourrons
dans d'autres
occafions
donner une autre Lettre de la même Princeffe
, une du Pere Arnoux
, Jefuite , Confeffeur
du Roy , écrite au même M. de Luynes
une Lettre de ce Seigneur
à MM. les Ducs de Bellegarde
, Archevêque
de Sens , & Préfident
Jeannin , envoyés
par
le Roy auprès de la Reine fa Mere , pour un Sujet important
, & bien marqué
dans notre Hiftoire
; un Mémoire
enfin concernant
la faveur & le Miniftere
du Connétable
de
de Luynes &c. Toutes Pieces originales
qui font dans les mêmes Portefeuilles
, & trèspropres
à éclaircir
ou à rectifier
ce qui a été écrit & donné au Public fur ces matieres
.
On vient d'imprimer
un Livre qui a pour titre le Gouvernement
admirable , ou la République des Abeil- les , avec les moyens d'en tirer une grande utilité. Il
fe vend à Paris , ruë S. Jacques , chés Lambert &
Durand. L'Auteur
a fuivi exactement
le Plan qu'il s'eft proposé dans la Préface par une Méthode réguliere qu'il a observée dans le cours de cet Ouvrage , ou les Curieux trouveront
l'utile & l'agréable.
La façon de gouverner
& de foigner les Abeilles
,
que ce Livre renferme
,mérite la confiance
du Public,
qui n'en étoit point inftruit
fuffisamment
jusqu'à présent , puisqu'au
lieu de faire multiplier
les Abeilles
, on en détruit l'espece.
Les moyens
proposés
pour leur conserv
. ion
& pour leur multiplication
, au lieu de les étouf- fer avec le fouffre pour en tirer le miel & la cire ,
comme
JUILLET. 1740 161
*
comme cela fe pratique en plufieurs endroits ,
Bous paroiffent fi intereffans & fi faciles à pratiquer
, que nous avons crû devoir annoncer cet
Ouvrage fans perte de tems . Le Public doit fçavoir
bon gré a l'Auteur de lui avoir fait part de fes
Reflexions judicieuses dont l'expérien e l'a rendu .
capable & qui font à la portée de tout le monde.
qui eft en état de juger comme nous de leur bonté
& utilité , tant par la lecture de ce Livre , que par
l'usage qu'il en peut faire.
Les mêmes Libraires viennent de mettre en vénte
: Du Salut, fa néceffité , fes obftacles , fes moyens,
in- 12. par le Pere Pallu , de la Compagnie de Jesus .
Les Elemens Aftronomiques, & les Tables, in - 4°
2. vol. par M. Caffini..
IN ADVENTU Francisci III. Lotharingiæ ,
Barri , & Magni Etruriæ Ducis ad Florentinos Oratio
coram Zenobio de kicci Ordinis Hierosolymarii ·
Equite Commenatario , & ejus em Magni Ducis
à Cubiculo Principis mandato ac nomine Præfidente
habita . In Ede S. Joannis Evangeliſtæ VII . Kal.
Marias. Ab Hyeronymo Lagomarfino , è Soc. JESU
n-4° . Florentia , M. DCC . XXX x . Ex Typographia.
An onii Albizzinii . Prafidum permiju...
L'Avenement du Duc de. Loraine à la Souverai❤
neté du Grand- Duché de Toscane eft un de ces
Evenemens rares , qu'une Révolution de pufieurs
Siécles peut à peine fournir, ou pour mieux dire, que
la Providence Divine permet peu fouvent , & qu'el
de tire des trésors de fa Sageffe pour le plus grand
hien de quelque partie du Genre Humain.
En attendant que l'Hiftoire transmette à la Posité
les causes , la preparation & la consommation
un Fait fi mémorable , par une Narration digne
Ju Sujet , les Orateurs n'ont pas manqué de fa fir
celui1616
MERCURE DE FRANCE
celui - ci , comme parfaitement propre à mettre en
oeuvre les Traits brillans de l'Eloquence la plus fublime.
Entre tous ceux qui ont déja couru cette carriere,
on diſtingue , avec raison , le R. P. Lagomarfin , de
Ja Compagnie de Jesus , Auteur du Discours imprimé
, dont on vient de lire le Titre . Il a été prononcé
à Florence fur la fin du mois de Fevrier der
nier , devant une Affemblée des plus illuftres , en
présence du Commandeur de Ricci , de l'Ordre de
S. Jean de Jérusalem , Premier Gentilhomme de la
Chambre du nouveau Grand -Duc , qu'il avoit l'honneur
de représenter dans cette augufte Cérémonie.
Ce Discours adreffé à tous les bons & fideles
Sujets de l'Etat de Florence , An FLORENTINOS , a
de grandes beautés , & brille d'une éloquence peu
commume. L'Orateur infifte particulierement fur
Pheureuse fingularité de cet Evenement , qui s'eft
paffé non -feulement fans trouble & fans confufion ,
mais avec une fi profonde & fi parfaite tranquillité,
qu'elle n'auroit pas éte plus grande , fi le G. Duc
n'étoit pas mort fans laiffer de Pofterité. Certe ,
dit- il , fi non JoANNES GASTO fine liberis dececisset
, fi moriens , id quod tunc optabatis , filio alicui
Imperium arque opes fuas tradidiffet , non video qui
tranquillius id ac minore cum rerum veftrarum motu
tranfigi qui melius tum vobis, Florentini , Confuli
poffet.
Il peint encore avec de vives couleurs le mérite
de l'aimable Prince , déja tout formé , inftrui Vien
intentionné , que la Providence a ieur donné pou
Souverain. Talem repente Principem habuiftis , qualens
neque femper , é' non nifi fero, habere reliqua a
nes folent. Non qualis evasurus effet , umquam duo
tatis . Evaserat jam fummus , quum primum vobis et
datus.
JUILLET.
1740. 1617
Ce qu'il dit de l'amour du Prince pour les noueaux
Sujets & pour tout le Pays qui vient de lui
être foumis, eft encore bien pathétique.Voici les ter-
-mes. Omnes omnium charitates Patria charitas vincit.
-Sed hanc psam tamen rerum omnium charitatem
FRANCISCI TERTII inaudita erga vos atque incredibilis
charitas vincit . Statuit , hanc , que veftra Patria
eft , fibi non effe alienam , illam qua vestra non
effet , non duxit fuam : ac tamquam inter vos vobis
que unicè natus effet , vobis , inter vos , ac vobiscum
vivere , animum veftri amantiffimus Princeps induxit.
Nous fommes fâchés de ne pouvoir pas fuivre
POrateur dans tout ce qu'il dit de grand , de
souchant dans ce Discours , qu'il faudroit presque
copier , pour ne rien omettre de ce genre , ce
que nos bornes , trop étroites , ne sçauroient nous
permettre.
PROJET d'une Edition complette des PHILOSO
PHIQUES de Ciceron , par M. Durand.
C'eft le titre d'un Prospectus envoyé d'Angleterre ,
par lequel on donne d'abord avis au Public que les
Académiques de Ciceron qui n'avoient point encore
parû , que l'on fçache , ni en François ni en Anglcis,
font achevées d'imprimer & fur le point d'êe
publiées fous ce Titre .
ACADEMIQUES de Ciceron , avec le Texte Latin
de Edition de Cambridge , des Remarques non-
• velles , outre les Conjectures de Davifius de M.
Deley , & le Commentaire Philosophique de Pierre
es Valentia , Jurisconsulte Espagnol . Dédiées à la S.
Rebar M. DURAND , de la même Societé , en 2. vol.
- l'un pour le François & l'autre pour le Latin ,
chés Paul Vaillant , Libraire dans le Strand .
On avertit en même tems qu'on a auffi achevé
de traduire le refte des Ouvrages Philosophiques
Gij de
1618 MERCURE DE FRANCE
1
Ciceron , qui ne l'avoient pas encore été , entre
autres celui du Deftin , de Faro , qui n'eft qu'une
fuite de la Divination & de la Nature des Dieux
c. Comme la Traduction de toutes ces Piéces eft
finie , rien ne sçauroit retarder une Edition compleste
de ces Philosophiques en notre Langue , fur
tout en faveur de ceux qui n'entendent pas le Latin ,
& qui font pourtant bien aises desjuger par euxmêmes
des Raisonnemens de cet illuftre Auteur.
Enfin cette Edition fera complette & procurera
à peu de frais tout ce qui nous refte de ce grand
Homme en fait de Philosophie & de Morale.
Les Traductions font , pour la plupart , de main
de Maîtres , fçavoir , l'Abbé Regnier , Mrs Bouhier
d'Oliver , & M. Dubois , tous quatre de l'Académie
Françoise , & c .
Le tout fera précedé de la Vie de Ciceron par
Plutarque , de la Traduction de Mad. Dacier,
On a inseré dans le même Prospectus , la Préface
entiere , qui eft à la tête des Académiques,
CONDITIONS. +
L'Edition fera in - 4° . belle & exacte , beaux Caracteres
& bon papier. Au Frontispice fera la Tête
de CICERON, d'après Canini. Elle pourra contenir
120. feuilles. Le prix eft de 25. Shelings , dont on
payera une Guinée d'avance , & en fouscrivant on
recevra un Exemplaire cousu des Académiques
avec le Latin & le Commentaire de Valena
reconnoiffance de la Souscription.
2
3
сп
Ceux qui fouscriront pour fix Exemplaires , en
auront un feptiéme gratis , y compris les Académ
ques .
On tirera pour les Curieux so Exemplaires en gra
papier , dont le prix fera de deux Guinées , auque,
cas on payera une Guinée & demi d'avanec, y com-
. ا ل
pris
JUILLET. 1740 1619
pris les Académiques , qui ferviront de Reçû Les
Souscriptions feront réçues chés M. Vaillant , Li
braire dans le Strand & chés l'Editeur , en Threadneedle
Streed Hatton Court.
Quelques Libraires de Venise fe font affociés
pour exécuter un Projet bien loüable , & fur lequel
ils s'expliquent dans une Feuille volante qui nous
a été envoyée , & qui porte pour Titre BONARUM
LITTERARUM STUDIOSIS .. Ce Projet confifte à tirer
du Journal Latin de Leipfic , ACTA ERUDITORUM
dont tour le Monde fçavant connoît le mérite,
& d'imprimer dans un Corps d'Ouvrage , tout ce
que ce Journal , qui contient déja 70. Volumes
in-4. renferme de meilleur en Differtations particulieres
, en forme de Lettres ou autrement , fur
les Sujets les plus intereffans & les plus utiles . Ces
Differtations , disent les Libraires affociés , ne fe
trouvent plus , pour la plûpart , que dans le Journal
de Leipfic , où elles font imprimées en entier ,
tous les Gens de Lettres ne font pas à portée de
voir , encore moins d'acquerir ce Journal , fingulierement
en Italie. Ils esperent pouvoir donner
inceffamment au Public , au moins fix Volumes du
Recueil projetté. Ces Editeurs , au refte , ne demandent
point d'argent d'avance ceux qui voudront
les acquerir ils propofent une Souscription
toute nouvelle & fort commode , c'eft d'envoyer
d'abord leurs noms & leurs Soumiffions aux Editeurs
affociés , lesquels les enregiftreront & en fe
ront imprimer la Lifte ; & les Acquereurs ne payeront
aucun argent qu'en recevant les Livres. Alors
ceux de qui on fera affûré qu'ils prendront le Recueil
entier , payeront feulement vingt livres de
Venise de chaque Volume,
Gi
a620 MERCURE DE FRANCE
Il paroît depuis peu deux nouveaux Volumes' de..
la Suite de l'Hiftoire des Empires des Républiques
depuis le Déluge jusqu'à J. C. Par M. l'Abbé Guyon ;!
fçavoir , les Macédoniens , feconde Partie , Tome V.
qui comprend l'Hiftoire des Succeffeurs d'Alexandre
le Grand , volume in - 12 . de 662. pages ; & les
Ptolemées , Rois d'Egypte , Tome VI . vol . in - 12 . de .
488. pages , fans les Sommaires & les Tables des
Matiéres . Tous les Volumes de l'Hiftoire des Empires
au nombre du huit jusqu'à présent ; fçavoir,
les Egyptiens , Tome 1. les Affyriens & les Babylo
niens , Tome II. Les Perses , Tome III . Les Macé
doniens , premiere Partie , Tome IV. Les Macédoniens
, feconde Partie , Tome V. ou les Succeffeurs
d'Alexandre. Les Ptolemées, Rois d'Egypte, Tome VL,
Lacédémone , premiere Partie ; & Thebes & Athenes
, premiere Partie . Se vendent cinquante fols le
Volume relié ; il y en aura douze . L'Auteur les a
tous finis , & les Libraires ont actuellement fous
preffe les Sélentides , Rois de Syrie Tome VII Les
Parthes les Thraces , Tome VIII . après lesquels
ils donneront au Public les fecondes Parties de Lacedémone
, de Thebes d'Athenes. Cet Ouvrage .
s'imprime & fe vend à Paris , ruë S. Jacques , chés
Hipolyte-Louis Guerin , à S. Thomas d'Aquin ;
Jean Villette , vis- à-vis les Mathurins , & J B. Delespine
, Imprimeur-Libraire ordinaire du Roy.
Le Public eft averti que le Catalogue des Livres
de feu M. Bellanger , Trésorier Général du Sceau ,
eft imprimé. C'eft un volume in 8. qui fe vend
chés Gabriel & Claude Martin , Libraires , ruë
S. Jacques. On indiquera par des Affiches , le jour
que l'on commencera la Vente de cette Biblotheque
, & on diftribuera toutes les Semaines la Lifte
de ce que l'on vendra chaque jour.
OSSER
JUILLET. 1621
1740.
OSSERVATIONI di Ottavio Bocchi fopra un Anfico
Theatro coperto in Adria . Brochure in-4 . de
12 , pages , avec autant de Figures , imprimée à
Venise , 1739.
On a auffi découvert aux Environs de Rome
P'Inscription fuivante."
INVIDA SORS FATI RAPUISTI UTILEM
SANCTAM . PUELLAM . BIS QUINOS ANNOS
HPC . PATRIS . AC MATRIS . ES . MISERATA. PRECES
ACCEPTŤA . ET CARA . SUEIS . MORTUA . HIC SUA.SUM .
CUVIS SUM. CIVIS . TERRA . EST . TERRA DEA EST .
ERGO . EGO. MORTUA . NON SUM.
Nous avons annoncé dans le Mercure du mois
de Mai de cette année , une Carte qu'on devoir
mettre en vente dans le mois de Juin fuivant , dont
voci le Titre Plan du Systême Solaire , avec les Orbites
des Planettes des Cometes connues , dreffé fur
la Carte Angloise de M. Winter
des Cometes de M. Halley , fur les Principes de M.
Newton.
Wu ,
er for les Tables
714
Cette Carte, qu'on vend actuellement chés Montalan
, Libraire fur le Quai des Auguftins , eft traduite
, pour la plus grande partie , fur celle qui a
été imprimée en Anglois par M. Wiſton , mais on
a jugé à propos d'y faire plufieurs changemens &
additions confidérables. Le Cercle exterieur a 22 .
pouces de diametre , & les quatre angles qu'il laiffe
au papier, font remplis d'ornemens qui ont raport
au Sujet ; le tout fur une feuille du plus grand pa-
Pier Impérial ou grand Aigle ; on a collé à chaque
côté de la Carte , une bande de papier de la largeur
d'un in folio , où l'on trouve l'explication de
Ce qui eft représenté.
Giiij
ESTAM1622
MERCURE DE FRANCE
ESTAMPES
}
NOUVELLES.
Il paroît deux petits Morceaux en hauteur , qui
font autant d'honneur au fuave & gracieux Pinceau
du Peintre , qu'au tendre & intelligent Burin du
Graveur. Le premier représente une jeune Personne
des plus aimables , tenant un Perroquet fur fon
doigt , galamment habillée & coëffée en Espagnolette
, à la maniere de Rimbrant. Le fecond eft un
jeune Garçon en cheveux naiffans , qui joue de la
Flute ; il paroît debout , demi corps , comme le
premier , en camisole fans manche , la tête nuë ,
tout à - fait dans le goût du Fetti . Ces deux Eftampes
paroiffent fous le titre du Fluteur & de l'Espa
gnolette , d'après les Tableaux Originaux de Gri
moud , du Cabinet de M. Froment , gravées par M.
Lépicié, de l'Académie Royale de Peinture & Sculpture
. On les trouve , rue des Noyers , chés L. Surugue
, Graveur du Roy , 1740 .
Ti paroît aufli une Eftampe en large , fous le titre
de l'Arc en Ciel, ou feconde Vûë de Flandres , gravée
par M. le Bas , dont les talens font affés connus ,
d'après un Paysage de D. Teniers , du Cabinet du
Chevalier de la Roque ; il fait pendant à la premiere
Vûë de Flandres , annoncée dans le Mercure
d'Avril. Elles fe vendent rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , chés l'Auteur , Graveur du Roy .
Il vient de mettre en vente , LE CHATEAU DE
TENIERS , petit Paysage en large , très- bien gravé
d'après David Teniers , par le même le . Bas , & d'après
un Tableau du même Cabinet . C'eſt la vingtdeuxième
qu'il grave d'après cet illuftre Maître.
On lit ces Vers au bas.
Je chéris ce séjour de gothique structure ;
J'aime
JUILLET.
1740 1623
J'aime les bonnes gens leur rusticité
J'y trouve ce qui fait le prix de ma Peinture ;
Le vrai , le naturel , dans la simplicité.
La Suite des Portraits des Grands - Hommes &
des Personnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continue de paroître avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole:;
il vient de mettre en vente , toûjours de la même
grandeur celles de:
CHILPERIC IT. XIX. Roy de France , mort à
Noyon en 721. après 5. ans & demi de Regne ,
deffiné par A. Boizot , & gravé par J. G. Will.
CHARLES DUC DE BOURBON , Connétable de
France , né le 28. Fevrier 1489. tué au Siége de
Rome le 6. Mai 1527,
JACQUES AMYOT , Evêque d'Auxerre , Grand
Aumônier de France , né à Melun le 30. Octobre
2514. mort à Auxerre le 6. Fevrier 1493 .
Le Sr Huquier , Graveur & Marchand d'Eftampes,
rue S. Jacques , au coin de la rue des Mathurins
connú par la nombreuse Collection qu'il a fait de
Deffeins des plus excellens Maîtres , vient de donner
au Public un Livre de Principes pour Péducation
des jeunes gens qu'on voudra élever dans le
Deffein , il les a fait graver d'après les meilleurs
Maîtres de l'Académie Royale ; il n'a pû les refuser
aux preffantes follicitations de fes Amis , qui l'y
ont engagé Il paroît que le Public y donne fon
Aprobation par le débit continuel qu'il en fait..
Il a auffi donné plufieurs Livres de Figures d'Aca
démies de differentes grandeurs , gravés en partie
de la main des Profeffeurs de PAcadémie Royale.
On trouve auffi chés lui plufieurs autres Livres
de très-belles Têtes, & Figures entieres de differens .
GX Carac
4624 MERCURE DE FRANCE
Caracteres , Animaux , Paysages , Architecture , &
un nombre confidérable d'Ornemens d'un goût trèsnouveau
; le tout à l'usage des Artiftes & de ceux
qui aiment les Beaux - Arts .
Il vient auffi de mettre au jour un Livre de douze
feuilles de Paysages & Perspectives , qu'il a gravées
d'après J. de la Joue , Peintre du Roy , dont la ré
putation eft connuë.
Il fait imprimer actuellement quatre beaux
Morceaux d'Hiftoire , représentant les quatre Elemens,
qu'il a fait graver d'après les Defleins de
Ch. Natoire , Peintre du Roy.
Un Livre de fix feuilles , représentant les Cinq
Sens , par differens Amusemens Chinois , fur les
Deffeins de F. Boucher , Peintre du Roy ; d'après
qui il en a fait graver plufieurs Livres , qui ont été
reçûs du Public favorablement.
On trouve auffi chés le même , toute la belle
Collection Originale ,composant 30, Planches des
Etudes , qui ont été gravées d'après les Defleins du
célebre Antoine Watteau , Peintre du Roy.
Un Livre représentant les neuf Muses , par Edme
Bouchardon , Sculpteur du Roy.
Le Portrait de C Gillot , Peintre du Roy .
Le Portrait de C. Vischer, excellent Graveur.
Le Samedi 9. Juillet , M Bernard de Rieux , fils
de M. Bernard de Rieux , Premier Préfident de la
feconde Chambre des Enquêtes du Parlement de
Paris , fit au College de Louis le Grand un Exercice
de Belles Lettres , fur les Poëtes François &
Latins , devant une nombreuse Affemblée. Les
Caracteres des anciens Poëtes Latins ont été faits
par e Pere Rigord , dont on a fait autrefois l'Eloge
à ce fujet . Les Caracteres des Poëtes François ont
été composés par le Pere Lucas , qui a fait voir par
cet
JUILLET. 1625
1749.
1
cet ingénieux & intereffant Exercice , fon esprit &
fon goût pour les Belles - Lettres .
Le Pere Etienne Souciet , fi connu dans le Monde
Sçavant, ouvrit cet Exercice par un Compliment
également vrai & flateur. M. Titon du Tillet, Auteur
du Parnaffe François , le finit par un petit Discours
, où il donna de nouvelles preuves de fon
goût pour la Poëfie Latine & Françoise , & de fon zele
pour la gloire des Poëtes , nés dans le sein de la
France.
M. de Rieux exposa tout ce qui regarde la Vie ,
Jes Ouvrages , le tour d'esprit & le caractere de 86.
Poëtes François ; montra la difference de leurs génies,
par raport à la Poëfie , fit la Critique de toutes
leurs Piéces , en marqua les défauts & les beautés ,
& cita les plus beaux Endroits de leurs Poefjes ; il
parla pendant plufieurs heures avec autant d'intelligence
que de grace ; l'attention avec laquelle il fut
écouté , & les aplaudiffemens qu'on lui donna, font
l'éloge de fa maniere de dire , & des choses qu'il disoit
. L'esprit ornoit partout la vérité , & la vérité
foûtenoit toujours l'esprit . La varieté y étoit ménagée
avec goût , & plaisoit à l'esprit par des reflé
xions fpirituelles & vrayes , fans révolter le jugement
par des décifions fauffes , ou trop hardies ; les
brillantes couleurs qui étoient employées avec art
dans les Portraits , ne cachoient jamais le fond des
Caracteres qu'on traçoit . M. de Rieux relevoit tout
cela par une diction naturelle & apliquante , & on
peut dire qu'il s'eft fait autant d'honneur en débitant
un Exercice fi vafte , fi utile & fi nouveau , que
l'Auteur en le composant.
M. la Sale , Maître Chirurgien à la Rochelle
, donne avis au Public , qu'il guérit radicale.
mment toutes fortes de Loupes, fans fe fervir d'aucun
GvjIns
626 MERCURE DE FRANCE
Inftrument de Chirurgie, mais feulement par l'aplica
tion de quelques Topiques , ou Remedes exterieurs ,
qui n'empêchent pas de vaquer à fes affaires , ce
qu'il juftifie par plufieurs Certificats originaux & en
bonne forme , entre autres par ceux de M. l'Abbé
Bourot , Canoine de la Cathédrale & Adminiftrateur
de l'Hôpital Géneral de la même Ville , & de
M. Hulin , Commandant les Milices Bourgeoises
de Loix , en l'Isle de Rhé, &c.
CHANSON A BOIRE.
Q
Uoi ! toujours des Chansons !
Sans chanter ne peut - on boire ?
A rassembler des tons
Je ne mets point ma gloire
Vous me priez en vain ,
Jamais je ne fredonne
Quand il s'agit de vin ,
Avec plaisir j'entonne.
CHANSONETTE
Sortez Ortez de l'Isle de Cythere ,
Vénus est en courroux ,
L'Amour n'a des yeux que pour vous ,
11 ne reconnoît plus ni Psiché , ni sa Mere.
%3
Eloignez事
*
1
品
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN ROUNDATIONS.
JUILLET. 17468 1627
Eloignez - vous , charmante Flore ,
Climene est dans ces Lieux ;
L'éclat du plus brillant des Dieux
Disparoît à l'aspect de l'objet que j'adore.
*
Quel coeur peut résister aux flâmes
Qu'excitent vos attails ?
C'est de vous qu'emprunte ses Traits
Le dangereux Amour , quand il blesse nos ames,
*
Si ce Dieu se fait une gloire
De vaincre les Mortels ,
C'est à vous qu'il doit ses Autels ,
Puisque sans vos apas il perdroit la victoire..
*
Venez , Bergers de ce Village ;
Réunissons nos voix ;
Que la Musette & le Hautbois
Celebrent tour- à- tour la Beauté qui m'engage.
SPEC
1828 MERCURE DE FRANCE
*********************
SPECTACLES.
E 22. Juin , les Comédiens François
du Magnifique & de l'Oracle , chacune en
un Acte , après lesquelles les Acteurs de
l'Académie Royale de Mufique exécuterent
l'Acte de la Vie du Ballet des Sens.
Les Rolles de la premiere Piéce furent
joués par les Srs Dufresne , Duchemin , du
Breuil , la Thorilliere , & par les Dlles Quinault
& Gauffin , & les Intermedes composés
de differentes Nations , Ameriquains ,
Maures, Egyptiens & Grecs , furent executés
par les Danseurs de l'Académie Royale
de Mufique ; les Airs à chanter par la Dlle
Antier , en Maureffe , & par le Sr Jeliot , en
Indien. Les Perfonages Ameriquains dansant
, furent executés par les Srs Matignon ,
Dumay , & par les Diles S. Germain & le
Duc ; les Perfonages Maures , par les Srs
Malter , P. Hamoche , & par les Dlles le
Breton & Fremicourt ; les Perfonages Egyptiens
,, par la Dlle Barbarina seule , & par les
Srs D. Dumoulin, Malter 3. & par les Dlles
Mariette & Mimy ; les Perfonages Grecs, par
le Sr Dupré seul les Srs Javilliers l'aîné & 3 .
L'Orcheſtre joüa ensuite pour la Marche
des Indiens & des Maures , le premier Air
du
+
JUILLET 1740. 1629
du Morceau des Elemens , Symphonie de M.
Rebel , le pere , Le Ciel dans ces climats a
versé ses largeffes , &c. L'Air dont les paroles
sont de la Comédie du Magnifique , &
la Mufique de M. de Blamont , Sur- Inten
dant de la Mufique du Roy , fut chanté par
le Sr Jeliot. Deux Airs pour les Egyptiens ,
du second Acte de l'Opera de Tarfis
>
Zelie , Venez plaifirs , venez dans ces Retraites
&c. Cantatille du Prologue du
même Opera , chantée par le même. La Loure
, le Tambourin du Pas de trois , avec le
Menuet des Caracteres de la Danse , de M.
Rebel , le pere. L'Air pour les Grecs de la
Comédie du Magnifique , dont la Mufique
eft du Sr Quinault , de même que ces deux
Airs , Qu'un Empire a d'autorité , &c &
Beaux yeux dès que vous ordonnez , &c. fut
chanté par la Dlle Antier & le Sr Jelyot . Le
Vaudeville fut dansé ensuite & chanté par
les mêmes. Un Air du quatrième Acte de
l'Opera de Médée & Jason , fut joué pour
deux Grecs dansant , & la Cantatille du premier
Acte de l'Opera d'Ajax , fut chantée
par la Dlle Anticr. Pour raffembler ces differentes
Nations sur une seule Symphonie ,
on termina l'Intermede par la Chacone du
second Acte du Ballet de la Paix.
On représenta ensuite la Comédie de l'Oragle
, dont les Rolles furent joués par la
Dulc
1630 MERCURE DE FRANCE
Dile Quinault , qui représente la Fée , par le
Sr Grandval , qui joue le Rolle du fils de la
Fée , & par la Dlle Gauffin , qui rend avec une
grace infinie celui de Lucinde , dont le caractere
fimple & naïf, a été auffi aplaudi à la
Cour qu'à la Ville .
On avoit placé au fonds du Théatre sur
des Piédeftaux deux Statues , qui sont animées
par la Fée à la seconde Scéne de la
Piéce ; ces Figures étoient représentées dans
des attitudes convenables , par le Sr D. Dumoulin
& par la Dlle Sallé. Pour l'Entrée
qu'ils danserent , on avoit subftitué à la place
des Airs de Symphonie dansés à la Comédie
Françoise , deux Musettes de la Terpficore de
M. Rebel , le pere , & deux Tambourins du
Morceau des Elemens du même Auteur. La
Piéce fut terminée par un Divertiffement de
Jardiniers & de Jardinieres , dont voici la
dispofition .
Les Personages chantants étoient les Dlles
Romainville & Deschamps , de la Mufique
du Roy , en Jardinieres , & le Sr Jelyot , représentant
un Suivant de la Fée . Les Danses.
ont été exécutées par la Dile Mariette seule
& par les Diles Mimy , Fremicourt , S. Germain
, Courcelle , le Duc , le Breton , & par
les Srs Malter , l'Anglois , F. Dumoulin , P.
Dumoulin , Dangeville , Malter C, Malter L.
& Hamoche,
On
JUILLET. 1740. 1631
On joüa d'abord deux Rigaudons du pre
mier Acte des Indes Galantes , un Air du
troifiéme Acte des Amours de Prothée , un
morceau du premier Acte du Ballet des
Graces , chanté par le Sr Jelyot , & parodié
pour le rendre analogue à la Piece ; en voici
les paroles.
Jeune Beauté , regnez sur le plus insensible ,
De l'Amour dans vos yeux un sourd entend les loix;
Après un filence pénible ,
Charmant, pour vous répondre , a retrouvé la voix.
Content de votre victoire ,
Il vole fur vos pas ,
Que ne vous doit-il pas ?
Vous triomphez , il cede à vos apas ,
Tout aplaudit à votre gloire.
On joua après une Gavotte gracieuse du pre
mier Acte des Talens Lyriques , avec la parodie
, Un jour paffé dans les tourmens , &' c.
chantée par la Dlle Romainville. Deux Menuets
du second Acte du Ballet des Graces ;
& la parodie , Jeunes Beautés , quelle eft la
gloire, &c. fut chantée par la Dile Deschamps .
On exécuta ensuite deux Gavottes très vives
du même Opera , & la parodie de la premie
re Gavoite , L'Amour pour nous se déclare
c. fut chanté par la Dlle Romainville. Le
deuxième is ondeau & le Paffepied des Flûtes
de l'Acte de l'Ožie du Ballet des Sens ;
avec
162 MERCURE DE FRANCE
avec la parodie du Rondeau , De l'Amour
tout subit les loix, &c fut chanté par le Sr Je-
Lyot . Une Bourée du Prologue des Amours
de Venus , avec trois Couplets du Vaudeville
de l'Oracle , furent chantés par les Dlles Romainville
& Deschamps , & par le Sr Jelyot.
On executa pour finir,la Contre -Danse
du troifiéme Acté du Ballet de la Paix.
le
L'Acte de la Vie du Ballet des Sens , fur
représenté après ces deux Comédies ; les Personages
, qui sont l'Amour , Zéphire , Iris
& Aquilon , furent joués par les Dlles Lemaure
, Fel , Eremens , & par le Sr Chaffé ;
le premier Divertiffement fut dansé par
Sr Dumoulin , & par les Diles Sallé , Mariette
, Mimy & le Duc , & celui des Bergers
& des Bergeres , par les Srs I helfer ,
Hamoche , Malter L. , F. Dumoulin , & par
les Dlles Courcelle , Erny , Thiery & Fremicourt
. Tous ces differens Divertiffemens
furent terminés par une Danse Pantomime,
dansée par le Sr Riccoboni & par la Dlle
Barbarina.
:
Au reste ces trois differens Spectacles d'un
caractere ingenieux , furent exécutés d'une
maniere auffi précise que brillante , tant pour
le Chant que pour la Danse , & au gré de
toute la Cour. L'arrangement de tous les
Intermedes a été fait par M. Rebel , Sur-
Intendant de la Mufique du Roy , en sur-
Vivance
JUILLET. 17497 1639
vivance de M. Destouches , & il y a parfaitement
réuffi par le choix de differens Airs
qu'il a jugés les plus convenables pour entrer
dans ces Intermedes.
Les Danses ont été auffi géneralement
aplaudies par le different choix des caracte-.
res convenables ; les Pas sont de la compofition
de M. de Laval , Compofiteur des Bal
lets du Roy , & Maître à danser des Enfans
de France. Les Pas des Ballets qui avoient
servi aux Intermedes des Comédies de Ba
zile & Quitterie & du Roy de Cocagne , représentés
à la Cour au mois de Mars der
nier , étoient auffi de sa compofition.
Les Habits des Acteurs & des Danseurs
ont été trouvés d'un grand goût , & caracte
risés au mieux , pour les differentes Nations
qu'ils devoient représenter ; ces Habits ont
été travaillés sur les Deffeins de M. Perronet,
de l'Académie Royale de Mufique dont on
connoît le génie & l'intelligence pour ces
sortes d'ouvrages .
Le 12. le 15. & le 17. Juillet , l'Académic
Royale de Mufique donna les trois dernieres,
représentations du Ballet des Sens , dans le
quel trois nouvelles Actrices parûrent pour
$ la premiere fois ; la Dlle Bodot représenta le
Rôle de Venus dans le Prologue , la Dile
Larcher , qui a la voix très- belle , joia ce
S
Lui
1834 MERCURE DE FRANCE
>
་ ་
J
Tui de Clytie dans la premiere
Entrée de
l'Odorat , & la Dlle Dallemand
, la plus jeune
, qui a beaucoup
de talens pour le chant
& pour la déclamation
, représenta
avec
de grands aplaudiffemens
, le Rolle de la
Reine des Sirennes
, dans l'Acte de l'Onie
qu'elle chanta avec toute l'intelligence
& le
goût d'une Actrice 'consommée
: c'eft une
voix naturelle
& des sons filés , qui font un
extrême
plaifir ; & pour l'action & les graces
, les plus fins Connoisseurs
n'y trouvent
rien à defirer.
Le 19. on remit au Théatre le Ballet des
Fêtes Venitiennes , dont les paroles sont de
M. Danchet , de l'Académie Françoise , & la
Mufique de M. Campra , Maître de Mufique
de la Chapelle du Roy , dont les
Ouvrages , en tout genre , sont connus.
Çet ingenieux Ballet , composé de plufieurs
Entrées , n'avoit pas été repris depuis le 14.
Juin 1731. On joue aujourd'hui le Prologue
& trois Entrées, sçavoir ,les Devins de la Place
S. Marc, Amour Saltinbanque & le Bal. Les
deux principaux Rolles du Prologue , qui
sont le Carnaval & la Folie , qui avoient été
joués en 1731 par le Sr Dun & par la Dlle
Erremens , sont remplis par les mêmes Acteurs.
Les trois Rolles de la premiere Entrée
de Leandre , Cavalier François , de Zelie ,
jeune
JUILLET. 1740 1635
jeune Venitienne , & d'une Bohemienne ,
qui avoient été chantés par le Sr Chaffé , par
la Dlle Peliffier , & la Dlle Julie , sont remplacés
par le Sr le Page et par la Dlle Fel , la
Dlle Peliffier , ayant encore joüé son même
Rolle de Zelie .
Dans la deuxième Entrée , le Sr Dun chanta
le Rolle de Chefdes Saltinbanques à la
place du Sr Dubourg , celui d'Erafte , jeune
François , Amant de Leonore , fut chanté
par le Sr Jelyot , à la place du Sr Tribou , celui
de Leonore , par la Dlle Julie , que chantoit
la Dlle Lemaure , celui de la Surveillante
de Leonore , par le Sr Cuvillier , qui rempliffoit
le même Rolle en 1731. Celui de
Amour Saltinbanque , qu'avoit chanté la
Dile Petitpas , eft joué par la Dlle Lemaure ,
dont la grande voix se fait toujours admirer.
Le Rolle d'Alamir , Prince Polonois , de
la troifiéme Entrée , eft rempli par le Sr
Albert , à la place du St Chaffe . Le Sr Berard
joue celui du Gentilhomme du Prince , à la
place du Sr Dumas. Le Rolle d'Ipbise eft
rempli par la Dlle Erremens , à la place de la
Dlle Peliffier , et les deux Rolles singuliers
du Maître de Mufique et du Maître de Danse
, sont très bien remplis par le Sr Tribou
qui l'avoit déja joué, et par le Sr Javilliers Paî- ~
né , qui a remplacé le St Dupré dans ce rôle.
Од
1736 MERCURE DE FRANCE
On peut voir l'Extrait qu'on a donné de ce
Ballet dans le second Volume de Juin 1731,
page 1568.
Le 31. la même Académie , qui continue
toujours les représentations des Fêtes Venitiennes
, donna deux nouvelles Pantomimes,
dansées dans le Prologue , et à la fin de la
troifiéme Entrée du même Ballet ; elles sont
exécutées par le Sr Raynaldi- Fausan , qui
avoit parû fur le même Théatre au mois de
Septembre dernier , et par la Dlle son Epou
se , fille du Sr Conftantini, Arlequin Italien;
de l'Hôtel de Bourgogne. Ces deux nouveaux
Sujets sont fort aplaudis.
Le 2. Juillet , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragédie de Mithri
date , dans laquelle le Sr Rouffelet , nouvel
Acteur , joüa le premier Rolle avec aplaudisment.
Il a joué ensuite sur le même Théatre
, Burrhus , dans Britannicus ; Auguſte ,
dans Cinna , et Agamemnon, dans Iphigenie,
avec succès. C'eft un homme d'environ 33 ,
ans , d'une grande et belle représentation , à
qui l'on trouve de la voix , de la prononciation
, et beaucoup d'intelligence et de mémoire.
Il eft fort connu à Paris , où il a fair
ses Etudes au College de Louis le Grand .
Les mêmes Comédiens ont repris les représentations
de la petite Comédie de Pracle
,
JUILLET 1740. 17 .
de
racle , dans laquelle , au lieu d'une seule
Statue , on voit sur un Piédeſtal deux Figures
groupées , qui font un grand effet , et par
leur pofition élegante , et par leur dévelope .
ment , quand la Fée les anime d'un coup
sa Baguette ; elles s'avancent sur le Théatre
dont le Piédeftal vient chercher le niveau &
à pas mesurés , avec de grands mouvemens ,
de surprise et d'étonnement , elles s'animent
insenfiblement , et le Pas de Deux finit d'une
maniere très- vive , ce qui attire des aplau
dissemens bien mérités par les deux Danseurs
, qui sont la Dlle Dangeville , et le St
N. Dangeville , son frere.
Le 31. les mêmes Comédiens remirent au
Théatre la Comédie du Mariage fait
rompu , en Vers et en trois Actes , de feu
M. Du Freny. Cette Piéce fait toujours
beaucoup de plaifir par les caracteres neufs
et singuliers que l'Auteur a mis sur la Scéne,
Elle fut donnée dans sa nouveauté le 12.
Fevrier 1721. On en peut voir l'Extrait dans
le Mercure du même mois 1721. page 102..
Sur la fin de ce mois , les mêmes Comédiens
ont remis au Théatre la Comédie de
• Homme à bonnesfortunes , dont on assûre
que le veritable Auteur eft feu M. d'Alegre.
La Piéce eft très -bien representée . Le Sr
Grandval y joue le principal Rolle , parfaitement
au gré du Public,
LA
1638 MERCURE DE FRANCE
Le 3. les Comédiens Italiens remirent
au Théatre la Comédie de l'Embarras des
Richeffes , et celle des billets Doux , dans laquelle
le Sr Terodak , nouvel Acteur , qui
avoit déja debuté sur le même Théatre , au
mois de Septembre 1737. dans le Rolle
d'Arlequin , joua encore le même Rolle dans
ces deux Piéces , et dans d'autres qu'il a joués
depuis au gré du Public.
Le 16. on donna une Comédie nouvelle en
Prose, en un Acte, intitulée la Jalufie imprévûë
, de la compofition de M. Fagan. Cette
Piéce , qui a été reçûe favorablement, et dont
on parlera plus au long , fur précédée des
Amusemens à la Mode , Comédie remise au
Théatre , dont l'Extrait eft dans le Mercure
de Mai 1732. pag. 982 .; elle fut fuivie de
l'ingenieux Ballet Pantomime des Filets de
Vulcain , qui fit tant de plaifir au mois de
Mai 1738. dans sa nouveauté , et dont on
peut voir le sujet dans le Mercure du même
mois , pag. 989.
Le premier Juillet , le Lieutenant Géneral de
Police fit l'ouverture de la Foire S. Laurent avec
les ceremonies accoûtumées ; ce Magiftrat avoit
déja rendu fon Ordonnance concernant ce qui doit
être observé par les Marchands qui y sont établis , et
qui renouvelle la défense des Jeux de hazard &c.
Le même jour , l'Opera Comique fit aussi l'ouverture
de son Théatre par trois Piéces nouvelles
d'un
JUILLET. 1740. 1639
'd'un Acte chacune , intitulées Les Recrues de l'Opera
Comique , les Epoux , & les Jeunes Mariés.
Ces Piéces font ornées de trois Divertiffemens de
Chants & de Danses,fort variés & très - bien executés.
Le Sr Nivelon , nouveau Danseur , y danfe
deux Entrées en Payfan & en Pierrot avec aplau
diffement.
Le 30. on donna une Piéce nouvelle en trois
Actes en Vaudevilles , intitulée Le Comte de Belflor
, ornée de trois Divertiffemens de Chants & de
Danfes , & d'un Vaudeville qui terimine chacun
des trois differens Divertiffemens.
La Troupe des Comédiens du Roy qui étoient à
Compiegne l'année paffée , s'y rendirent au commencement
de ce mois , & firent l'ouverture de
leur Théatre le Dimanche 17. Juillet par les Comédies
des Comédiens Efclaves , d'Arcagambis , de
l'Occafion , & d'Arlequin toujours Arlequin , d'un
Acte chacune , avec des agrémens de Chants & de
Danfes. Ils ont continué tous les jours leurs Représentations
jufques & compris le 31. Juillet ,
par differentes Comédies du Théatre François , de
l'ancien & du nouveau Théatre Italien , & de celui
de l'Opera Comique , qu'ils ont représentées au
gré des Spectateurs. C'eft toujours les Srs Moulin
& Le Sage, qui font les Entrepreneurs de ce
Théatre,
H NOU
1640 MERCURE DE FRANCE
1
NOUVELLES ETRANGERES.
›
TURQUIE.
Ali Pacha , nommé Ambaffadeur Ex-
Gtraordinaire auprès de l'Empereur par le G. ,
Seigneur , en partant de Conftantinople pour se
rendre à la Cour Imperiale , étoit accompagné du
même Cortege avec lequel il doit faire fon Entrée
Publique à Vienne , et la marche s'est faite dans
l'ordre fuivant .
90. Guides , à cheval ; deux Dervis ; 40. Spahis ;
So. Chatirs ou Valets de pied , ayant à leur tête un
Ecuyer , deux Agas , portant chacun un Enſeigne
douze Pages de l'Ambafladeur ; fix Maréchaux des
Logis ; le Maître d'Hôtel et les Domestiques de la
Chambre de l'Ambaffadeur ; plufieurs Inftrumens
de Mufique guerriere , 24. Spahis ; 40. Chohodars,
efpece de Heyduques , avec de longs Sabres ; 40 .
Ichoglans ; le Hatznadar , ou Tréforier de l'Ambaffadeur
; fix de fes Agas ; fon Capigilar Agafi ou
Maître de Chambre ; fon Sarvatz Bachi ou Premier
Ecuyer ; 12. Chevaux de selle , conduits chacun par
un Palefrenier , deux Ecuyers ; le Kiaya on Intendant
de l'Ambaffadeur , precedé d'un grand nombre
de domeftiques à pied , douze Chiaoux du G.
Seigneur ; un Iman ou Aumônier ; deux Toufens
tchis Bachis ou Capitaines de Milice Turque ; le
Chancelier de l'Ambaffade entre le Secretaire
d'Ambaffade et le Mouchnidar ou Garde du Sceau ;
12. Spahis ; l'Officier qui commande le détachement
de Spahis , donnés à l'Ambaffadeur pour fa
garde ; fix Agas ; le Saam Agafi ou Maître des Cé-
Jémonies ; ua Capigi Bachi de Sa Hautefle , ayant
?
a fa
JUILLET. 1740 1641
afa droite et à fa gauche plufieurs Chiaoux ; trois
Agas portoient des Queues de cheval devant l'Am
baffadeur , qui étoit fur un très-beau cheval , dont
le Grand Seigneur lui a fait préfent . L'Ambaffadeur
étoit fuivi de fon Selictar Aga ou Porte Epée , et de
plufieurs Turcs de diftinction . La Musique de ce
Miniftre , composée de près de 40. perfonnes , venoit
enfuite , et la marche étoit fermée par 160
Janiffaires.
RUSSIE.
V
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Peters
bourg , par un Officier de la Czarine , sur
les Fêtes données à l'occafion du Mariage de
la Princeffe de Mekelbourg , & de la Publi
cation de la Paix avec la Porte.
T
Outes ces Fêtes ont été longues & brillantes
& ily en a eû de très- fingulieres . Telle fut
celle du Mariage d'un Fou , ou Plaiſant de la Cour,
avec une Femme de même caractere , célebrée fur
la fin du Carnaval dernier . On avoit conftruit fur
la Place Imperiale pour la cérémonie des Nôces
un Palais tout de glace ; les apartemens bien distribués
, étoient meublés de la même matiere , jusqu'au
lit & équipages de nuit des nouveaux mariés.
L'exterieur de ce Palais étoit orné de plufieurs
Statues & Figures symboliques , convenables au
sujer , & failant en particulier allufion au Festin de
la Nôce.
Outre les ornemens exterieurs de ce Palais glacé,
on admiroit encore avec autant d'étonnement qua
de surprise , les meubles & autres choses fingulieres
de la même matiere , qu'on voyoit dans l'interieur
du Palais , dont voici le détail.
Hij Us
1642 MERCURE DE FRANCE
Un bois de lit avec fa garniture complette , com
me couvertures , oreillers , mules pour homme &
pour femme , bonnets , garnitures , & c , enfin tout
tout ce dont on peut avoir besoin. Les nouveaux
Epoux glacés , coucherent la premiere nuit dans
leur lit de glace.
Une cheminée ornée de bas- reliefs , représentant.
toutes fortes d'animaux ,dans laquelle on brûloit , ay
lieu de bois , de la glace préparée avec de la Naphte ,
efpece de Bitume liquide ; on voyoit sur l'apui de
la cheminée une grande Thétiere , avec une quantité
convenable de Taffes & c.
Un Armoire ornée de sculpture , qui renfermoit
plufieurs petites figures , reprefentant differens animaux
singuliers et rares. Trois canapés ornés de
figures ; un grand Miroir de glace , à côté duquel
on voyoit une Toilette garnie de tout ce qui peut
convenir à une femme , avec fix flambeaux garnis
de bougies de glace , qui éclairoient , ayant été
préparées , comme on vient de le dire , avec de la
Naphte.
Il y avoit fur une table du même apartement ,
une Pendule figurée en glace , le cadran , les aiguilles
, les roues , & c. et à côté , une autre table
jouer , avec des cartes , fiches , jettous , & c .
On avoit placé auprès du Palais de glace , fix piéces
de groffe artillerie auffi de glace , montées sur
leurs affuts et roues , qui tirerent plufieurs fois
avec une charge de 4. onces de poudre , bourrée
dans un tuyau de fer blanc , qui occupoit le milieu
du canon.
1
On avoit conftruit auffi en glace trois gros Mortiers
à bombes ; on en tira plufieurs en prefence de
la Czarine . Pour la sûreté de l'artillerie , et crainte
de furprife, des fentinelles de même matiere , étoient
diftribués aux Poftes les plus importans .
On
JUILLET.
1643
1740
On avoit élevé aux deux côtés de ce Palais , deux
grandes Piramides creuses , et l'on voyoit entre les
croisées , des Horloges , fur le cadran defquels on
apercevait huit differentes figures qui tournoient
par le mouvement d'une perfonne cachée dans
les Piramides , qui étoient illuminées , ainfi que le
Palais...
Les Corniches et les Pilaftres du Palais , paroiffoient
être de marbre vert ; on avoit pratiqué une balustrade
qui regnoit dans tout le pourtour ; elle étoit
faite de baluftres de glace avec l'apui de même , et
foûtenuë par de gros piliers quarrés de diftance en
diftance ; à l'aplomb il y avoit des Colomnes de
glace , qui foûtenoient une Galerie , dont le frontifpice
et le pourtour des combles étoient terminés
dans les regles les plus précises de l'art , et qui produifoient
un très - grand effet.
On avoit pratiqué deux grandes Portes , fous le
ceintre defquelles on avoit placé de grands Pots de
fleurs et d'Orangers de glace , et fur les branches ,
des Oifeaux de glace de toute efpece . On avoit
conftruit des Bains à gauche de ce Palais , dans un
apartement où l'on trouvoit géneralement tout ce
qui étoit néceffaire pour se baigner. On voyoit au
-côté oposé un Eléphant de glace , creux en dedans ,
sur lequel étoit un fier Persan , armé d'une maffue ;
l'Eléphant , de grandeur naturelle , paroiffoit animé
, et jettoit par fa Trompe un volume confiderable
d'Eau à la hauteur de 24. pieds et en differentes
figures pendant le jour. L'Eau y avoit été conduite
des foffés de l'Amirauté par des tuyaux cachés ; et
à differentes reprifes pendant la nuit , on voyoit
fortir de la même Trompe , et avec la même vivacité
, un pareil volume de feu , composé de diverfes
matieres , préparées avec la Naphte , et par des
hommes cachés dans le corps de l'animal avec
Hiij
"
certains
1644 MERCURE DE FRANCE
*
ertains tuyaux et porte- voix , on imitoit fort bien
le cri naturel et effrayant d'un Elephant qui barrit .
Ce Palais de glace avoit 35. braffes de circonference
, compris la Cour et l'apartement des Bains ;
il étoit composé de deux chambres et d'une antichambre,
chaque chambre avoit quatre croisées , dont
les volets et les vitres étoient en glace. Il étoit illuminé
pendant la nuit par un nombre confiderable
de bougies , et furtout la nuit de la Nôce, dont on a
parlé. Le vif éclat des lumieres et des glaces , répandu
dans tout ce Palais , étoit fi étonnant et fi
admirable , qu'on avoit de la peine à en fuporter
la vûë.
Vers la fin du mois de Mars , le froid n'étant
plus fi exceffif, il y eut quelques Figures , Mortiers,
Canons , &c. qui commencerent à fondre et à tomber
en piéces ; le Palais même commença à menamacer
ruine , et à tomber tout-à-fait quelques jours
après. On en fit tranſporter les plus grolles piéces
aux Glacieres de la Czarine.
Le lendemain de la Nôce , il y eut une Maſca .
rade de foo. Perfonnes , qui marcherent par la
Ville , en un fort bel ordre. L'Epour repréſentoit
le Roy des Samoydes , porté avec la Reine , fa
Compagne fur le dos de l'Eléphant , dans une efpece
de Galerie , entourés de plufieurs Singes travestis
en Pages.
La Marche étoit précedée par un grand nombre
de Chars fort élevés , et tirés par des Chameaux ,
par des Dromadaires , et par des Ours . Les Chars
étoient remplis de Perfonnages repréſentant les
principales Divinités de la Fable. Les Nimphes marchoient
à l'entour des Chars , chantant , danſant
-et joliant de divers Inftrumens . Elles étoient fuivies
par les Prêtres et Prêtreffes de ces Divinités ,
en habits de leur caractere. Enfin les Peuples Samoydes
JUILLET. 1740. 1643
3
moydes terminoient cette première Marche . Its
étoient dans des Traîneaux , et dans d'autres Ma
chines à leur usage , traînés par des Renes , efpece
de Cerfs de leur Pays:
Les autres Nations de cet Empire , Tartares ,
Lapons &c , parurent enfuite à peu près dans le
même ordre et fur le même Modele , mais avec
une grande varieté pour les Habits , les Inftrumens
de Danse et de Mufique , les Attelages , &c . car on
avoit fait venir exprès des Gens et des Animaux de
tous ces differens Pays ; ainfi outre les Chars tirés
par des Chameaux et des Ours , qu'on a vûs tirés
par des Autruches , des Chiens , des Cochons , des
Chevres , &c. La marche de chaque Corps de Nation
étoit terminée par les domestiques du Prince
ou Chef de la Nation , portant chacun les Inftrumens
ou Symboles de fa fonction .
La derniere femaine du Carnaval fut encore plus
marquée par les Réjoüiffances , et par tout ce qui
s'eft paffé au fujet de la Paix conclué avec la Porte.
L'Imperatrice en avoit fait la Déclaration publique
dès le matin du Jeudi Gras . Elle alla à la Chapelle
pour en rendre de folemnelles Actions de graces.
Au retour , Elle diftribua aux Géneraux et aux
Miniftres qui ont été employés dans la derniére
Guerre , des Récompenfes dignes de fa grande génerofité
. Plufieurs ont été honorés de l'Ordre de
S. André , le premier de Ruffie ; d'autres , du Cordon
Rouge , Ordre de S. Alexandre , avec des gratifications
de plufieurs mille Roubles. ( Le Rouble
vaut cent fols , Monnoye de France . ) Le Feldt
Maréchal Comte de Munich en a eu une de quatrevingt
mille Roubles , & de plus il a été regalé d'une
riche Epée , et d'une Etoile de l'Ordre de Saint
André , garnie de Diamans d'un très grand prix .
On fit enfuite la lecture de la nouvelle Promotion
Hüiij des
1646 MERCURE DE FRANCE
des Officiers Géneraux , qui eft fort nombreuse ,
après laquelle tous ceux qui fe trouverent présens,
furent admis à baiser la main de S. M. I. On fait
monter toutes ces largeffes à plus de cinq millions
de livres de France, ce qui paroît furprenant, après
une guerre fi ruineuse , sans que d'ailleurs l'Etat ait
contracté aucune dette...
Le Dimanche fuivant , S. M. parut après fon dîné
à l'un des Balcons du Palais , et commença à
jetter , puis à faire jetter au Peuple par les Heraults
d'Armes , des Médailles d'or et d'argent , pour la
valeur de trente mille Roubles. Enfuite parût fur
un grand Théatre élevé au milieu de la Place
tout l'apareil d'un grand Feftin pour le Peuple . Les
viandes étoient entaffées en piramide , et le vin ne
ceffoit de couler de plufieurs Fontaines.
Le foir on fit jouer plufieurs Feux d'Artifice ; ( on
excelle ici fur cette matiere. ) Le principal de ces
Spectacles repréfentoit un grand Théatre , fur lequel
on voyoit plufieurs Figures tranſparentes , qui
étoient autant de Symboles de la Victoire , de la
Paix , &c. entourées de Fontaines de feu , dont les
Jets s'élevoient par deffus le Palais . Au bas du
Théatre , on voyoit des Allées de Palmiers & d'Oliviers
de la même compofition , avec une enceinte
de moindres Arbres en Eſpaliers , qui enfermoit le
tour. L'execution de tous ces Artifices fut admirable
et des plus heureuſes .
Les principales Perfonnes de la Cour fe font fort
diftinguées dans ces Réjouiffances , particulierement
par des Décorations fuperbes d'Architecture
au-devant de leurs Hôtels. Il y a eû à la Cour Bal
pendant deux jours et des Mafcarades fingulieres ,
fans parler des Feftins , & c.
ALLA
JUILLET. 1740. 1647
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne , que le repas que le
Primandede unes q donna paso, ce
mois , a été des plus magnifiques , & qu'outre la
principale Table qui étoit de 70. couverts , il y en
eut plufieurs autres qui furent fervies avec autant
de profufion que de délicateffe.
Ce Prince à fait prefent à l'Imperatrice Douairiere
de douze Statues d'Apôtres , chacune de trois
pieds de haut , et d'un pareil nombre de Chandeliers
, de Porcelaine de Saxe.
On a publié à Vienne une Relation des Céremo
nies obfervées à l'échange du Comte d'Uhlefeldt ,
Ambaffadeur de l'Empereur , et de Gianihi Ali Pacha
, Ambaffadeur de Sa Hauteffe ; cette Relation
contient le détail fuivant.
Le 10. de ce mois , jour fixé pour l'échange , le
Comte d'Uhlefeldt et Gianihi Ali Pacha étant partis
, l'un de Semlin et l'autre de Belgrade , et ces
deux Ambaffadeurs étant arrivés à quelque diftance
du Lieu où ils devoient être échangés , ils fe firent
complimenter réciproquement. Peu de tems après
le Géneral Schmettau et Ali Pacha , Seraskier de
Belgrade , lefquels avoient été nommés Commissaires
, le premier par l'Empereur et le second par ,
le G. Seigneur , pour faire l'échange des Ambaffadeurs
, fe rendirent chacun de leur côté fur un
Pont qui avoit été conftruit au milieu de la Save ,
et s'étant complimentés , ils envoyerent avertir les
Ambaffadeurs qu'on les attendoit. Ces Miniftres
s'embarquerent auffi - tôt , celui de l'Empereur fur
une Chaloupe et celui du Grand Seigneur for une
Saïque , et ils arriverent en même tems au Pont
étant précedés chacun de vingt Valets de pied et
fuivis de douze Cavaliers . Chacun des deux Com-
Hv mis1648
MERCURE DE FRANCE
miffaires alla prendre l'Ambaffadeur de fa Nation à
l'extrémité du Pont , et il le conduifit au milieu ,
où l'on avoit placé deux Fauteuils du côté des Imperiaux
, et un Sopha avec deux Couffins du côté
des Turcs. Les Ambaffadeurs et les Commiffaires
s'étant affis , on fervit des rafraichiffemens . Le
Comte d'Uhlefeldt fit enfuite au fujet de la Paix et
de la Commiffion dont il étoit chargé par l'Empereur,
un Difcours Latin , auquel Gianihi Ali Pacha
répondit en fa Langue . Lorfque ce dernier eut ceflé
de parler , les perfonnes de la Suite des deux Ambaffadeurs
commencerent à se rembarquer. Ces
Miniftres s'entretinrent encore pendant quelque
tems , et s'étant levés , ils embrafferent , l'un le
Géneral Schmettau et l'autre Ali Pacha , après
quoi le fit l'échange , le Commiffaire Turc donnant
la main droite au Comte d'Uhlefeldt , & le
Commiffaire de l'Empereur en ufant de même à
l'égard de Gianihi Ali Pacha. Les Ambaffadeurs
qui avoient été falués à leur arrivée ſur le Pont par
plufieurs décharges de douze canons , placés fur le
rivage , le furent en fe rembarquant , par une décharge
génerale de l'Artillerie des Bâtimens Imperiaux
et Turcs , et de la moufqueterie de 1500.
hommes des Troupes de l'Empereur , lefquels
étoient fur les Vaiffeaux de S. M. I. et de 1500.
hommes de la Garnifon de Belgrade , qui étoient
en Bataille fur le bord de la Save.
ITALI E.
Naprend de Rome que le Sacré College a
ordonné des Prieres publiques , pour obtenir
que les efprits fe réuniffent dans le Conclave , et
que l'Eglife ait bien-tôt un Chef digne de la gouverner.
Par
JUILLET. 1740. 1649
A
Par un Courrier arrivé de Madrid , on a apris que
le Cardinal Aquaviva et la Ducheffe de Colubrano
ont été nommés par L. M. C. pour tenir en leur
nom fur les Fonts de Baptême le Prince ou la Princeffe
dont accouchera la Reine des deux Siciles."
L
NAPLES.
E Traité de Commerce et de Navigation conclu
avec la Porte a été rendu Public , & entreautres
articles , les deux Puiffances font convenues
par ce Traité , que les Pilotes et autres perfonnes
experimentées dans l'Art de la Navigation , qui fe
trouveront dans les Ports refpectifs de l'une ou de
l'autre Puiffance fourniront tous les fecours necessaires
aux Bâtimens qui auront fouffert par la Tempête
, & que les effets qui feront naufrage , feront
remis aux Confuls des Villes les plus voifines , pour
être rendus aux Proprietaires ; que les Bâtimens
des Sujets d'une Puiffance ne pourront en aucun cas
être contraints par l'autre à tranfporter des troupes
ou de l'artillerie ; que lorfque les Vaiffeaux de
Guerre du Roy rencontreront ceux du Grand Seigneur
, ils deployeront leurs Pavillons & donneront
le Salut , qui leur fera rendu coup pour coup
par ceux de Sa Hauteffe ; que le Roy ne permettra
point que la navigatiou des Bâtimens Turcs foit
troublée par ceux des autres Nations à la vue des
Côtes du Royaume de Naples , et que les Bâtimens
Turcs ne pourront non plus à la vûë des mêmes
Côtes inquieter en aucune maniere ceux des Nations
alliées de S. M.; que les Esclaves , qui fe
trouveront de part & d'autre dans les Etats refpec
pectifs , feront échangés ou rachetés pour une fomme
modique , & qu'en attendant leur échange ou
leur rachat , on aura foin de les faire traiter avec
humanité par leurs Patrons. II
4
so MERCURE DE FRANCE
Il a été ftipulé par le même Traité , que s'il furvient
quelque conteftation entre les Confuls du
Roy & les Sujets du Grand Seigneur pour une
fomme qui aille juſqu'à 4000. aspres ou 200 liv.
l'affaire ne pourra être décidée que par le Divan ;
que les Sujets de S. M. feront traités par raport à
l'exercice de la Religion & aux Pelerinages dans les
Lieux Saints , de la même maniere que le font ceux
des autres Puiffaces amies de Sa Hauteffe ; que les
Officiers du Grand Seigneur ne pourront faire mettre
en prifon aucun des Sujets du Roy , & qu'ils
feront obligés de les remettre aux Confuls de la
Nation , pour que ceux-ci les faffent punir , s'ils
font reconnus coupables.
On affûre que le Roy eft dans le deffein d'établir
à Naples une Compagnie de Commerce fur let
modéle de celles qui font établies dans plufieurs
autres Etats de l'Europe , & qu'on a présenté à
S. M. Sic. un Projet , pour creufer depuis Gaëtte
jufqu'à Pefcara un Canal , par le moyen duquel on
puiffe paffer de la Mer de Tofcane à la Mer Adriatique
, fans être obligé de faire le tour des Royaumes
de Naples & de Siciles.
ISLE DE CORSE.
Es Bandits d'Ifolacci ont enfin demandé leur
LBs ont que le Marquis de
Maillebois leur avoit offertes , & ils ont prié feulement
qu'on leur donnât quelque tems pour pouvoir
mettre ordre à leurs affaires , avant que d'abandonner
la Corfe , ce qui leur a été accordé ,
avec la liberté de fe re retirer à Livourne ou en tel
autre endroit qu'ils jugeront à propos. Comme ils .
ont déja remis leurs armes , on compte qu'ils ne
carderont pas à fe rendre à la Baſtie.
En
JUILLET.
1651, "
1740.
En confideration de leur foumiffion , on a fait
grace au jeune homme de l'Ifolacci , qui avoit été
pris avec des armes à feu , & au nommé Angelo
Brando , qu'on avoit arrêté , parce qu'il leur avoit
fourni des vivres.
Le parti qu'ils ont pris doit beaucoup embaraffer
lé neveu de Théodore , & on a lieu de croire que ,'
s'il ne trouve pas le moyen de s'embarquer , il fera
contraint de fuivre leur exemple , n'y ayant nulle
aparence qu'il puiffe fe foûtenir davantage , à préfent
qu'on peut aller le chercher dans tous les
Lieux où il pouvoit fe retirer impunément, pendant
que les chemins n'étoient pas pratiquables .
Par les derniers avis reçûs , on eft informé qu'on
ne parle plus du' neveu du Baron de Neuhoff , &
l'on fupose qu'il eft forti de l'Ifle , ou qu'il fe tient
caché dans les Montagnes les plus éloignées.
Comme tour eft actuellement tranquille dans la
Corfe , il eft à préfumer que s'il y eft encore , il ne
tardera pas à tomber entre les mains des perfonnes
qui ont ordre de le chercher.
}
ESPAGNE.
Na reçu avisdes Indes Occidentalesdu commencement
du mois de Novembre dernier ,
qu'on avoit fait à Carthagene toutes les difpofitions
neceffaires pour mettre la Ville & les Forts
en état de défenfe , & pour fermer l'entrée du
Port ; & qu'on avoit apris qu'une Efcadre Angloise
s'étant présentée fur les Côtes de l'Ifle de Cuba ,
avoit tenté d'y faire une defcente , mais que la garnifon
du Fort de Coginar avoit fait un feu fi vif
fur les ennemis , qu'ils avoient été obligés de se retirer
, & d'abandonner 200. hommes qui étoient
déja debarqués , & qui furent faits prifonniers de
Guerre. Le
3
1652 MERCURE DE FRANCE
Le 3. de ce mois , le Vaiffeau le Biscayen , commandé
par le Capitaine Don Antoine la Farga , conduifit
à S. Sebaftien un Vaiffeau Anglois de 300, tonneaux,
qui retournoit de la Caroline en Angleterre &
qu'il a pris le 26.du mois dernier entre le 49. & le so.
degré de Latitude Septentrionale , après un combat
qui a duré quatre heures , & dans lequel les Efpagnols
n'ont eu que quatre Soldats de bleffes . Les
Anglois y ont perdu fix hommes , du nombre defquels
eft le Chevalier Braythwart , Commandant
d'un Fort de la Caroline , lequel paffoit en Angleterre
avec la femme & fes enfans. La charge du
Bâtiment ennemi confiftoit en Ris , en Eau de Vie,'
en Bois du Brefil & de Campêche , & en Bois de la
Jamaïque , propre à faire des meubles , & elle est
eftimée 40000. Piaftres.
Don Pedro Ignace de Goycochea , Commandant'
la Fregate la Notre- Dame du Mont Carmel , prit le
6. de ce mois vers le 49e . degré de Latitude Septentrionale
le Pacquetbot Anglois le Townshend, qui
portoit des Lettres de Lisbonne à Plymouth , "&"
fur lequel on a trouvé la valeur de 90000. Piaftres
en or.
Lorsque cette Fregate commença à donner la
chasse à ce Pacquetbot , les Anglois qui le mon
toient , déployerent leur Gaillardet , & tirerent
plufieurs coups de canon fans boulet , pour braver
les Efpagnols , qui s'en étant aprochés à la portée
du canon , firent un fi grand feu de leur Artillerie
que le Pacquetbot fut endommagé confiderablement
, furtout du côté de la Poupe. Les ennemis
continuant de fe défendre malgré le mauvais état
dans lequel étoit leur Bâtiment, & le Commandant
Espagnol craignant qu'ils ne s'échapassent à la faveur
de la nuit , se détermina à aller à l'abordage ,
& bientôt il se rendit maître du Vaisseau. Le Lieutenant
JUILLET. 1740. 1653
17401653
tenant du Pacquetbot & quatre Soldats Anglois
ont été tués dans le Combat , & il y en a eû cinq
autres de bleffés dangereusement.
On n'a pû recouvrer aucune des Lettres qui
étoient fur ce Bâtiment , parceque le Capitaine ,
dès qu'il s'eft vû dans la néceffité de se rendre
ordonné qu'on les jettât dans la Mer.
Cette même Fregate s'eft auffi emparé du Vaisseau
Anglois la Dorothée , qui revenoit , de l'Isle
d'Antigue , & dont la charge confiftant en 160.
Barriques de sucre , chacune de 15. 16. Quintaux;
en 19. Barriques d'Eau de Vie , & en bålles de Coton
eſt eſtimée 20000. Piaſtres .
à
L'Armateur Don Jean - Baptifte Solie a conduit à
Saint Sebaſtien deux autres Bâtimens Anglois , dont
P'un chargé de Thé alloit de Dunquerque à Lisbonne
, & l'autre portoit du charbon de terre de
Milfrond à Chefter.
Le Vaisseau la Marie , chargé d'Eau de Vie , a
été pris par un Brigantin Eſpagnol vers les 47e .
degré de Latitude Septentrionale Ces trois dernieres
prifes font peu confiderables , & leur valeur
ne monte qu'à 3000. Piaftres.
PORTUGAL.
E 26. du mois dernier , jour de l'Octave de la
LFête du 9. Sacrement , las Religieus du Tiers
Ordre de Notre-Dame de Jesus , firent à Lisbonne
avec beaucoup de folemnité leur Proceffion , à la
tête de laquelle étoient deux magnifiques Chars de
Triomphe , précedés d'une partie de la Bourgeoifie
à cheval .
HOL
1654 MERCURE DE FRANCE
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
Na apris de Caffel , que la premiere entrevûë
de la Princeffe Marie d'Angleterre & du Prince
Frederic de Heffe , s'étant faite le 26. de ce
mois à Amelienthal , cette Princeffe avoit fait le 27 .
fon Entrée publique à Caffel ; qu'à fon arrivée au
Château , elle avoit été conduite à la Chapelle , ou
fon Mariage avoit été célebré ; qu'après la Céremonie
, qui fut faite par un Miniftre de la Religion
Réformée , & pendant laquelle la Princeffe eut fur la
tête une Couronne , elle avoit foupé avec les Princes
& les Princeffes , que le Repas avoit été fuivi
´d'un Bal , dont la magnificence avoit répondu à l'éclat
de la Fête , & que le lendemain , les Seigneurs
& les Dames de la Cour avoient été admis à baiser
la main de la Princeffe .
GRANDE-BRETAGNE.
Es Lettres de l'Amiral Vernon , arrivées à Lon-
Ldres fe ,, de ce mois , portent que le 14. du
mois de Mars dernier , il avoit mouillé avec fon
Escadre devant Carthagene dans la Baye de Playa
Granda , & que le 16. ayant fait avancer fes Galiotes
à Bombes & ſes Brulots , il avoit bombardé cette
Place pendant quelques heures avec affés de fuccès ,
plufieurs Bombes étant tombées fur la principale
Eglise de la Ville , fur le College des Jésuites, & fur
le Bureau de la Doüanne ; d'autres ayani abatru
plufieurs Maifons , & une ayant fait ceffer le feu
d'une Batterie , placée ſur un Baſtion , ¡
Cet Amiral marque dans les mêmes Lettres , que
le 17. au matin , après avoir levé l'ancre , il avoit
rangé fes Vaiffeaux en ordre de Bataille , & qu'il
avoit cottoyé la Terre jusqu'à Bocachica , d'où on
lui
JUILLET. 1740 1655
lui avoit tiré plufieurs coups de canon , qui ne l'avoient
point atteint , qu'ensuite il avoit laiffé les
Vaiffeaux de Guerre , le Windzor & le Greenwich
pour croiser à la vûë du Port de Carthagene , & qu'il
avoit fait voile pour Porto - Bello , où il étoit arrivé
le 21. qué pendant qu'il y a fait réparer les dommages
que fes Galiotes à Bombes , fes Brulots &
quelques autres de fes petits Bâtimens avoient reçûs
dans le Bombardement , il avoit détaché de tems
en tems plufieurs Vaiffeaux pour croiser devant le
Fort de Chagre , & qu'ayant pris de l'eau fur fes
Vaiffeaux , il avoit remis à la voile le 29. & étoit
arrivé le même jour à la vue de ce Fort , qu'il a
bombardé fans interruption depuis le jour de fon
arrivée jusqu'à onze heures du matin du 31. que
les Espagnols arborerent le Drapeau blanc , pour
demander à capituler ; que le Capitaine Knowlles ,
que l'Amiral Vernon envoya fur le champ à terre
étoit revenu peu de tems après avec le Gouverneur
du Fort ; & qu'on avoit figné la Capitulation , par
laquelle on eft convenu que le Gouverneur , auffitôt
après la fignature , remettroit le Fort aux Troupes
du Roy , & qu'il fe retireroit avec fa Garnison
dans le Lieu qu'il lui plairoit de choisir , que les
Habitans du Village de Chagre y demeureroient s'ils
le jugeoient à propos , & que l'Amiral Vernon empêcheroit
qu'il ne leur fût causé aucun dommage ;
qu'on remettroit à cet Amiral les deux Vaiffeaux
Gardes Côtes qui étoient dans la Riviere , dans l'é
tat où ils fe trouveroient ; que le Clergé & les Egli
ses du Lieu feroient protegés , & qu'on leur conferveroit
leurs libertés & leurs privileges .
Les mêmes Lettres ajoûtent qu'il avoit nommé
pour Gouverneur du Fort le Capitaine Knowlles ,
qui y étoit entré le 31. à trois heures après midi .
avec cinq Officiers & 120. hommes ; que l'Amiral
s'y
1656 MERCURE DE FRANCE
s'y étoit rendu le premier du mois d'Avril , pour
donner les ordres néceffaires , & qu'ayant trouvé
dans le Bureau de la Douanne plufieurs Marchandi
ses deftinées pour les Galions , il es avoit fait
enlever ; que les deux Gardes Côtes , les feuls
Vaiffeaux qui fuffent alors dans la Riviere , avoient
été coulés à fond ; que le 4. on avoit mis le feu au
Bureau de la Douanne , qu'on avoit embarqué le s .
onze Canons de Bronze & onze Pierriers , qui
avoient été trouvés dans le Fort , que le même jour
on avoit fait fauter toutes les Fortifications , & que
l'Amiral Vernon avoit remis le lendemain à la voile
pour Porto Bello , d'où ii eft retourné à la Jamaïque ,
après avoir été rejoint par les Vaiffeaux le Windsor,
le Greenwich & le Burford.
Le Duc de Cumberland ayant obtenu du Roy la
permiffion de fervir en qualité de Volontaire dans
l'Expedition pour laquelle la Flotte de l'Amiral Norris
eft deftinée , ce Prince fe rendit du Camp de
Hownslow à Portsmouth le 16. de ce mois , & il
paffa fur une Chaloupe dans l'Isle de Wight, d'où il
alla joindre à Spihead le Vaiffeau la Victoire , fur
lequel il s'embarqua au bruit d'une falve generale
de l'Artillerie de ce Vaiffeau & de tous ceux qui
étoient dans le Port.
Le Vaiffeau la Victoire , fuivant une Description
qu'on en a publiée à l'occafion de l'embarquement
du Duc de Cumberland , eft plus grand de 200 .
tonneaux qu'aucun autre Vaiffeau du Roy , ayant
221. pieds , dix pouces de long , & pouvant contenir
1200. hommes , avec les provifions néceffaires
pour leur fufiftance.
Le 20. vers les deux heures après midi , l'Amiral
Norris fit voile de Spithead , avec la Flotte dont le
Roy lui a donné le Commandement , & le Chevalier
Chaloner Ogle , qui s'eft rendu dans le même
Port
JUILLET. 1740 1657
1
Port avec fon Escadre, composée de neuf Vaiffeaux
de Guerre , fe dispose à fuivre inceffamment cette
Flotte , fur laquelle on a fait embarquer le Régiment
du Brigadier Géneral Harrison & quelques
autres Troupes.
Le Lord Catheart, qui doit commander le Corps
de Troupes qu'on fe propose d'envoyer en Amerique
, aura fous les ordres M. Alexandre Spotswood ,
Major General ; Mrs Thomas Wentwort , Jean
Guise , & Guillaume Rusane , Majors de Brigade ;
M. François Spotswood , Quartier Maître Géneral ;
M. Edowouard Woolf , Adjudant Géneral ; un
Commiffaire des Guerres & un Commiffaire des
Vivres, Tous les Officiers des Régimens nommés
pour fervir fous ce Géneral , ont reçû ordre d'aller
joindre leurs Corps dans l'Isle de Wight avant le
22. de ce mois , fous peine d'être privés de leurs
Commiffions. On assûre que le Gouvernement fera
embarquer avec les autres Troupes qu'il donne au
Lord Catheart , un détachement des Gardes du
Corps & dix- huit hommes de chaque Compagnie
des trois Régimens des Gardes à pied ; que ces Troupes
à leur arrivée dans l'Amérique , feront jointes
par d'autres qu'on a levées dans diverses Colonies ,
& que les Vaiffeaux de Guerre , qui les escorteront
dans le paffage , font deftinés à renforcer l'Escadre
de l'Amiral Vernon. Le Lord Catheart a choifi Mrs
Charles Whiteford & Jean Stuart , pour Aides de
Camp. Le Colonel Spetwid aura le commandement
des Troupes qu'on a levées dans la Caroline
Septentrionale , & qui doivent être employées à
ane Expédition contre la Colonie que les Espagnols
ont dans le voifinage. Une Escadre de huit Vais
seaux , dont deux font de so . canons , deux de 40 .
& quatre de 20. fera voile inceffamment vers le Sud
Qüeft de l'Irlande , pour y croiser à la vue de diffe-
KA
reas
1858 MERCURE DE FRANCE
rens Ports , & on y envoyera toutes les fix femaines
une nouvelle Escadre d'un pareil nombre de Vaisseaux.
L'Amiral Cavendish doit commander une Escacadre
d'observation dans la Manche. Les Vaiſſeaux
le Šaint Albans , de 60. canons , & l'Alloüette, de
50. ferviront de Convoy aux Vaiffeaux Marchands
qui doivent mettre à la voile pour Conftantinople
pour Smirne , pour Alexandie , & pour les autres
Echelles du Levant.
Deux Armateurs Anglois fe font emparés de deux
Bâtimens Espagnols , dont l'un avoit à bord so.
Tonneaux de Poudre pour Carthagene.
Un Vaiffeau de 200. Tonneaux , qui revenoit de
la Virginie & qui alloit à Liverpool , a été pris par
les Espagnols à la hauteur de Saint Clair.
Le Vaiffeau le Snow Reggi , en allant de Philadelphie
à Lisbonne , eft tombé auffi entre les mains
des Espagnols.
La Flotte avec laquelle l'Amiral Norris fit voile de
Spithead le 26 de ce mois , eft composée des Vaisseaux
la Victoire , de 112. canons ; la Princeffe Caroline
, le Chichester , le Cambridge , le Schrewsbury ,
le Boyne, chacun de 80. l'Oxfard, le Lenox, le Kent,
& le Suffolk, de 70. & de plufieurs Frégates ,
Galiotes à Bombes & Brulots. Le Chevalier Chaloner
Ogle eft allé joindre cette Flotte avec les
Vaiffeaux l'Elizabeth , de 70. canons ; l'Augufte ,
le Superbe , le Pembrock , le Lyon , le Jersey de 60.
Le Litchfield & l'Affiftance , de so . & l'Amiral
Norris devoit prendre , en paffant à Plymouth ,
l'Escadre commandée par l'Amiral Belchen .
On a reçû avis de Charles Town , que le Vaiffeau
de Guerre l'Ecureuil , commandé par le Capitaine
Waren , y avoit conduit un Armateur Espagnol .
Cet Armateur & un autre de la même Nation ,
avoient attaqué ce Vaiffeau, & le Capitaine Waron,
après en avoir coulé un à fond; s'empara de l'autre.
1
JUILLET. 51740 . 1659
MORTS DES PAYS ETRANGERS,
E quatorziéme Mai Emmanuel Comte de
Charny Grand d'Espagne de la premiere
Claffe , Chevalier de l'Ordre de S. Janvier , Capitaine
General des Armes du Royaume de Naples
&c. mourut à Naples , âgé d'environ 60. ans. Ce
Seigneur étant encore fort jeune , fit fes premieres
Campagnes en Catalogne avant la Paix de Riswick .
Le Roy d'Espagne , qu'il a toujours fervi avec fuc-,
cès , le fit au mois de Mars 1703. Colonel du Régiment
d'Infanterie d'Eftramadure , & lui donna la
Clef de Gentilhomme de fa Chambre , au mois
d'Août 1707. Il s'étoit extrêmement diftingué le
25. Avril précedent à la Bataille d'Almanza dans le
Royaume de Valence. Il fut fair Maréchal de Camp
au mois de Décembre 1710. & il fervit en cette
qualité au Siége de Barcelone en 1714. Le Gouver
nement de Jaca , dans le Royaume d'Aragon , lui
fut donné au mois de Février 1719. & il fut fait
ensuite Lieutenant Géneral des Armées de S.M.Cath .
Il eut au mois de Juillet 1725. le Gouvernement
de la Fortereffe de Ceuta en Afrique , où s'étant
rendu ; il fit faire le 7. Avril 1726 une vigoureufe
fortie fur les Maures , qui affiégeoient cette Place,
& après avoir ruiné un de leurs Ouvrages , il fit
jouer une Mine, qui eut un tel fuccès qu'elle fit fau
ter en l'air un nombre confidérable de ces Barbares .
il continua à les fatiguer fi fort qu'ils prirent le par
ti de fe retirer à l'improvifte le 17. Mars 1727. de
devant cette Place , après un Siége de 34. ans. Le
Comte de Charny , fit ensuite ruiner entierement
leur Camp. Le Roy d'Espagne lui donna au mois
d'Août
1660 MERCURE DE FRANCE
d'Août 1728. la Commanderie d'Almorandiel, dans
l'Ordre de Calatravè , & le choifit au mois de Juil-I
let 1731. pour commander en chef les 6000. hommes
de Troupes Espagnoles deftinées à paſſer en
Italie avec D. Charles , Infant d'Eſpagne , aujour
d'hui Roy de Naples. Il a continué toujours depuis
àfervir ce Prince , qui le déclara Capitaine Géne
ral des Armes du Royaume de Naples le zo. Jan
vier 1736. & fon Conseiller d'Etat au mois de Fé
vrier. Il obtint au mois de Mai de la même année
une penfion de 3000. Ducats , avec le titre de Duc
de Caftelamare. Il étoit fils du Comte de Charny ,
Capitaine Géneral des Armes de la Côte de Grena
de , & Gouverneur de la Fortereffe de Ceuta en
Afrique , mort en 1692. Le Comte de Charny qui
vient de mourir , avoit été marié deux fois , fa premiere
femme , qui l'avoit fuivi en Italie , mourut à
Livourne en Toscane le 28. Août 1734. Il s'étoit
remarié le z. Février 1739. avec une fille du Prince
Della Scala , de la Maison Spinelli , du Royau
me de Naples.
Le 7. Juin, la Princeffe Marie- Elizabeth- Amelie-
Antoinette - Josephine - Gabrielle- Jeanne- Agathe ,
fille aînée du Grand Duc de Toscane , & de l'Ar-'
chiducheffe Marie- Therese , fon Epouse , mourut
au Château de Laxembourg , âgée de 3. ans , 4.
mois & 2. jours , étant née à Vienne le 3. Février
1737.
Le 9. Leandre Porzia , Cardinal , Prêtre , du Titre
de S. Calixte , Membre des Congrégations des
Evêques & Reguliers , de l'Examen des Evêques, de
la Vifite Apoftolique , de l'Index , des Rites , du
S Office , des Indulgences, & Reliques, de la Discipline
Réguliere , &c. Protecteur de la Congrégation
des Moines Guillelmites , de l'Ordre de S. Benoît
, & de l'Académie des Ecclefiaftiques Nobles
à
JUILLET . 1740; 1661
à Rome , mourut dans le Conclave , âgé de 67 .
ans , 5 , mois & ~ 8 . jours , étant né le 22. Décem→
bre 1673. au Lieu de Porzia , Fief de fa Famille ,
dans le Frioul . Il étoit Religieux de l'Ordre de S.
Benoît , de la Congrégation du Montcaffin , ayant
été élu en 1725. Abbe de l'Abbaye Réguliere de
S. Paul , hors les Murs à Rome. Il aſſiſta en cette
qualité au Concile Romain , qui fut tenu à S. Jean
de Latran , & il fut beni le 9. Juin de la même an
née 1725. dans fon Eglife Abbatiale par le Pape ,
affifté des Abbés du Mont Caffin , & de Cafamare.
Il fut nommé au mois de Janvier 1728. à l'Evêché
de Bergame , dans l'Etat de Venise, qui fut proposé
pour lui en Confiftoire , le 12. Avril ſuivant , après
avoir été dispensé de l'examen , pour avoir continuellement
donné des marques de fa profonde
doctrine , dans les differens Emplois qu'il avoit
exercés depuis 10. années qu'il réfidoit à Rome. Il
fut créé Cardinal le 30. du même mois d'Avril
1728. & reçut le même jour la Barette des mains
du Pape , qui fit la fonction de ie facrer le 2. Mai
dans l'Eglise des Religieuses de S. Ambroise , ayant
pour Affiftans l'Archevêque de Trajanople , & l'Evêque
de Cirene. Le 4. S. S. fit la Ceremonie de
lui donner le Chapeau , & le 10 celle de lui fermer
& ouvrir la bouche , ensuite de quoi elle lui affigna
le Titre Prespiteral de S. Jérôme des Esciavons ,
qu'il quitta peu de temps après , en optant le 20%
Septembre de la même année 1728. celui de S. Ca
Lixte. Il fut déclaré par le Pape Clement XII . au
mois d'avril 1731. Député de la Congrégation de
Propaganda fide. Il s'étoit démis dès le mois de Noyembre
1730. de l'Evêché de Bergame , en ſe réfervant
deflus une penfion de 2000 écus Romains.
Le 22. le nommé J rôme- Thomas de Casanova,
natif d'Orihuela , mourut à Grenade , âgé de 113.
ans
1662 MERCURE DE FRANCE
ans. Il n'en paroiffoit pas plus de 60. & il avoit
conservé dans les dernieres années de fa vie , nonfeulement
tout fon jugement , mais encore affés de
force , pour marcher fans baton .
Le 16. Juillet , la Reine Premiere Douairiere
d'Espagne, mourut à Guadalaxara , âgée de 72. ans,
8. mois & 18. jours, étant née le 8. Octobre 1667 .
Cette Princeffe , qui fe nommoit Marie -Anne de
Neubourg , étoit fille de Philipe- Guillaume , né le
5. Novembre 1615. Duc de Neubourg en 1653 .
lequel devint Electeur Palatin , au défaut de la Branche
Electorale de Simmern le 26. Mai 1685. & qui
mourut à Vienne le le 2. Septembre 1690 & d'Elizabeth-
Amélie de Heffe Darmstadt , née le 19 .
Mars 1635. morte le 4. Août 1709. Marie- Louise
d'Orleans , premiere femme du feu Roy Charles II.
étant morte le 12. Fevrier 1689. Charles II . fit demander
en mariage , la Princeffe Marie-Anne de
Neubourg , qui fut épousée à Neubourg , au nom
de ce Roy, le 28. Août de la même année, par Henri-
François, Comte de Mansfeld, Ambafladeur d'Espagne
, & dont les Nôces furent célebrées à Valladolid
le 4. Mai de l'année fuivante . Après la mort
du feu Roy , la Reine Premiere Douairiere , fe retira
à Rome , & ensuite à Bayonne , où elle a demeuré
jusqu'en 1738. que le Roy l'a engagée à retourner
dans le Royaume d'Espagne , & à établir
fa réfidence à Guadalaxara.
La Cour a pris le 20. le deüil pour la mort de
cette Princeffe , dont le Corps doit être porté au
Convent de Saint Laurent de l'Escurial , pour y être
inhumé dans le Tombeau des Princes & Princeffes
de la Maison Royale .
FRANCE
JUILLET. 1740 1663
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 7. de ce mois , le Prince de Campo
Florido , Ambaffadeur du Roy d'Espagne
, eut fa premiere audience particuliere
du Roy , à laquelle il fut conduit par le
Chevalier de Saintot , Introducteur des Ambassadeurs
, qui le conduifit ensuite à l'audience
de la Reine & à celles de Monseigneur
le Dauphin & de Mefdames.
Le Roy partit de Choify le 12. de ce mois,'
pour se rendre à Compiegne , où S. M. arriva
le même jour. Le Roy passa vers les quatre
heures après midi sur les remparts de
Paris , & S. M. s'y arrêta , pour voir les Ouvrages
que le Corps de Ville a fait faire , &
dont l'objet eft de rendre l'air plus sain dans
les Quartiers que le grand Egoût traverse ,'
faisant couler une assés grande quantité
d'Eau pour nettoyer cet Egoût , lequel
dans une longueur de 3600. toises est pavé
de dalies de pierre & revêtu de murs.
Le Roy ayant été reçû à la descente de son
carosse par les Prévôt des Marchands &
Echevins , vit le Reservoir & les differentes
I parties
1664 MERCURE DE FRANCE
parties de cet Ouvrage. S. M. alla ensuite
voir l'Eau du Reservoir entrer dans l'Egoût
& y couler avec une grande rapidité . S. M.
s'arrêta auffi à la Grille du Fauxbourg Saint
Martin , où Elle vit l'effet d'une des quatorze
Vannes , placées de distance en distance dans
Egoût , pour retenir l'Eau , & lui donner
une force capable d'assûrer le succès de cet
Ouvrage , commencé en 1737. & qui est entierement
fini . Le Roy en a parû très- content
, & S. M. a eû la bonté de le marquer
au Corps de Ville.
La Reine passa sur les mêmes remparts le
14. pour aller à Compiegne , & S. M. s'y arrêta
, pour voir ces mêmes Ouvrages.
Monſeigneur le Dauphin se rendit à Compiegne
le 16. de ce mois , & en passant sur
le rempart dont on vient de parler , ce Prince
vit les Ouvrages que le Corps de Ville a
fait faire pour le nettoyement du grand
Egoût.
>
Le 19. de ce mois , le Marquis de Camas,
Envoyé Extraordinaire du Roy de Prufſe
eut à Compiegne sa premiere audience publique
, & il y fut conduit par le Chevalier
de Saintot , Introducteur des Ambassadeurs,
qui étoit allé le prendre dans les carosses du
Roy & de la Reine. Il fut ensuite conduit
le même Introducteur à l'audience pu- par
>
blique
AJUILLET. 1740. 1665
blique de la Reine & à celle de Monseigneur
le Dauphin , & il fut reconduit chés lui dans
les carosses de L. M. avec les cérémonies accoûtumées.
Le 22. le Roy prit le deuil en Violet pour
la mort du Roy de Prusse , dont le Marquis
de Camas donna part au Roy dans l'audience
publique qu'il eût de S. M. le 19 .
S. M. a donné la Place de Conseiller d'Etat
d'Epée , vacante par la mort du Comte
du Luc , au Comte du Muy , l'un des deux
Sous-Gouverneurs de Monseigneur le Dau
phin .
Le Roy a nommé Intendant de la Géneralité
de Paris M. d'Argenson , Conseiller
d'Etat Ordinaire Chancelier de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , & Chancelier
du Duc d'Orleans.
,
Le 4. Juillet il y eut Concert chés la
-Reine ; M. de Blamont , Sur- Intendant de
la Mufique du Roy , fit chanter le Prologue
& le premier Acte de l'Opera de Thesée ;
qu'on continua le 6. & le 9. par les Actes
fuivans , dont les principaux rolles furent
remplis par les Dlles d'Aigremont , Romainville
, Antier , Abec , Godeneche , & Def-
Lij champs
1666 MERCURE DE FRANCE
champs, & par les Srs Godoneche ,du Bourg,
d'Aigremont , d'Angerville & Tribou .
Le 16. & le 18. la Cour étant à Compiegne
, la Reine entendit le Ballet des Fêtes
Venitiennes , dont les rolles furent chantés
par les mêmes Acteurs qu'on vient de nom
mer , par la Dlle Huguenot , & par le Srs
Benoît , Poirier & le Begue.
Le 20. & le 23. on exécuta les quatre Entrées
de l'Europe Galante ; les principaux
rolles furent joués par les mêmes Sujets ,
par la Dlle Mathieu.
+
&
Le 27. S. M, fouhaita d'entendre la secon
'de & la troifiéme Entrée du Ballet des Sens
dont l'exécution fit beaucoup de plaifir à
toute la Cour,
M. de Vendeuil , Ecuyer du Roy , tenant
une des Académies Royales , très - connûpar
les excellens hommes de cheval qu'il a
formés , a pour Patronne Sainte Anne , elle
fut célébrée le 27. de ce mois .
Le jour choifi , les Seigneurs & Dames qui
avoient été invités à la Fête fe rendirent à
l'Académie fur les dix heures du soir , on y
exécuta un Feu d'Artifice ; ce Feu fatisfit d'autant
plus , qu'il parút d'un goût nouveau, &
qu'il fut exécuté avec beaucoup d'expression,
par le Sr Lemarié , Artificier du Roy , & fur
aplaudi de toute la nombreuse Compagnie.
Après
JUILLET. 1740. 1667
Après le Feu , Mrs les Académistes donnerent
une Simphonie , qui fut exécutée par
les Muficiens du Prince de Carignan , qui fit
grand plaifir ; la Fête finit par un Bal , qui
dura jufqu'au lendemain , il fut distribué pendant
ce Bal beaucoup de rafraichissemens ;
tout parût digne de la jeune Noblesse qui
donnoit cette brillante Fête. Ce que l'on
admira le plus , fut la décence , la politesse ,
l'attention & la profufion , qui se soûtinrent´
également juſqu'à la fin .
*******************
L
MORTS & MARIAGES.
E 2. Juillet , Louis -François le Poupet , Ecuyer,
ancien Avocat au Parlement de Paris , immatriculé
le 27. Janvier 1689. & ancien Bâtonnier ,
qui avoit plaidé autrefois avec reputation au Châtelet
, où il s'étoit attaché , mourut à fa Maiſon de
campagne à Montihery , âgé d'environ 70. ans , ne
laissant qu'une fille , fa feule heritiere , qui fut
mariée au mois de Janvier 172 5. avec Etienne - Gafpard
Moreau de Breville , Auditeur en la Chambre
des Comptes de Paris. Le défunt étoit fils de feu
Antoine le Poupet , Sr de S. Aubin , Confeiller-
Secretaire du Roy , Avocat ès Confeils de S. M. &
de feue Jacqueline Arnoullet , morte le 9. Octobre
1722.
Le4. Jean-Baptifte de Bellon de Thurin , Marquis
du Bourg- S. Sepulchre , Comte Palatin du S. Empire
, apellé le Comte de Thurin , Gouverneur des
Ville & Château de Monluel , en Bresse , depuis le
I iij mois
668 MERCURE DE FRANCE
mois de Mars 1718. & Gouverneur & Grand Bailli
de Clermont , en Beauvoifis , depuis le mois de Fevrier
1720. & ci- devant fucceffivement Lieutenant
des Gardes , & Ecuyer de feu Louis-Henri Duc de
Bourbon , mourut à fon Château de Remi , près de
Compiegne , dans la 75. année de fon âge , étant
né le 24. Octobre 1665. Il étoit veufde Marie- Marguerite
des Essars , feconde fille de Charles des
Essars , Marquis de Meigneux , Comte de Berques,
Seigneur de Quimquempoix , de Brequefan , & c.
Gouverneur de Montreuil , mort le 4. Septembre
1691. & de D. Françoile - Geneviève Regnault , morte
le 22. Il laisse d'elle Jean Claude de Bellon de
Thurin , Comte Palatin du S. Empire , Chevalier de
l'Ordre de N. D du Montcarmel , & de S. Lazare
de Jerufalem , ci - devant Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment de Bourbon. Il y a un article
touchant cette Famille et fon origine , dans le Mercure
du mois de Fevrier 1720 p . 168.
Les. François Ollivier , Seigneur du Comté de
Senozan , & du Marquisat de Rosny , Baron de
' Honneur du Homet de la Riviere , Doyen de
l'Ordre de S. Michel , reçû en 170. Intendant Géneral
des Affaires temporelles du Clergé de France,
mourut à Paris dans la 63. année de fon âge , étant
né à Lyon le 6. Fevrier 1678. Il s'étoit démis quelques
jours auparavant , de la Commiffion d'Intendant
General du Clergé , qui a été donnée à François
David Bollioud de S. Julien , fon neveu ,
quel y a été reçû en qualité de Receveur General
du Clergé , le 30. Juin. Le défunt étoit fils de David
Ollivier , Seigneur du Comté de Senozan , &
Baron de la Salle & c & de Françoise Aufon , fon
époufe. Il avoit épousé le 29. Juin 1711. Dlle
Jeanne- Magdeleine de Grolée , fille de François-
Jofeph de Grolée , Comte de Viriville , Premier
le-
Baron
JUILLET. 1740 1669
Baron du Lyonnois , Seigneur de Taulignan , Gouverneur
de la Ville & Citadelle de Montelimart ,
ci- devant Capitaine Lieutenant des Gendarmes de
Berry, mort le 26. Septembre 1705. & de D. Magdeleine
Sabine de la Tour de Gouvernet , fa veuve .
>
M. de Senozan laisse trois enfans , fçavoir Jean-
Antoine Ollivier , Seigneur de Rosny & Magny,
&c. Préfident en la quatriéme Chambre des Enquêtes
du Parlement de Paris reçû à cette
Charge le 6 Avril 1737. & auparavant Confeiller
& Commissaire aux Requêtes du Palais , le
10. Juillet 1733. & marié au mois de Fevrier 1735 .
avec Marie-Louise de Lamoignon , née le 16. Juillet
1719. fille de Guillaume de Lamoignon de Blancmesnil
, Seigneur de Malesherbes , Preſident à Mortier
au Parlement de Paris , & de feue D. Anne-
Elizabeth Roujault fa feconde femme. Il a pour
fils unique Antoine- François Ollivier de Senozan ,
âgé de 3. ans.
>
M. de Senozan qui vient de mourir , laisse pour
fon fecond fils , Jean François - Ferdinand Ollivier de
Senozan de Tauiignan , âgé de huit ans , & pour
fille Anne- Sabine Ollivier de Senozan , mariée le 4 .
Octobre 1730. avec Charles-François - Chriftian de
Montmorency-Luxembourg , Prince de Tingry ,
Comte de Luxe , Colonel du Regiment de Touraine
, Brigadier des Armées du Roy , de la Promotion
du 15. Mars dernier ; il a pour fille Pauline - Anne
de Montmorency de Tingry , âgée de fix ans.
Le 6. D. Marie- Charlotte-Antoine de Gontaut de
Biron , épouse de Louis de Boufchet , Marquis de
Sourches & du Bellay ; Comte de Montsoreau , Seigneur
du Quefnel , Obry , &c. Prévôt de l'Hôtel
du Roy , & Grand Prévôt de France , Cornette de
la Compagnie des Chevau-Legers de la Garde ornaire
de S. M. & Brigadier de fes Armées , avec
I iiij lequel
1670 MERCURE DE FRANCE
·lequel elle avoit été mariée le 8 Fevrier 1730.
mourut au Château de Rambouillet , après être
accouchée le 26. Juin précedent avant terme , d'un
fils , qui mourut auffi - tôt après avoir été ondoyé.
Elle étoit âgée d'environ 28. ans , & la 6 fille maariée
de Charles - Armand de Gontaut, Duc de Biron ,
< Pair & Maréchal de France , Chevalier des Ordres du
Roy , Gouverneur de Landau , & de Marie - Antonine
Bautru de Nogent ; elle ne laiffe que cinq filles.
Le 9. fut inhumée à S. Euſtache la nommée Maric
le Tellier , veuve de Jean Combert , Porteur de
Grains , laquelle avoit 99. ans accomplis .
Le 11. Michel- Robert le Peletier des Forts , Comte
de S. Fargeau , Seigneur du Menil Montant , Gouverneur
de la Ville & Château , & Grand Bailli de
Gien , Miniftre d'Etat , mourut à Paris , dans la 66.
année de fon âge , étant né le 24. Avril 1675. Il
· avoit été reçû d'abord Conseiller au Parlement de
-Metz le 29. Avril 1695. puis en celui de Paris le 3 .
Fevrier 1696. & enfuite Maître des Requêtes de
P'Hôtel du Roy le 27. Fevrier 1698. Il fut fait Intendant
des Finances en futvivance de fon pere le
20. Decembre 1700. Il entra en exercice de cette
Charge par la démiſſion au mois de Juin 1701. &
réfigna sa Charge de Maître des Requêtes en 1702 .
Il fut fait Conseiller d'Etat au mois de Juin 1714. &
après la mort du Roy Louis XIV . les Charges d'Intendans
des Finances ayant été fuprimées , il fut retenu
Confeiller du Confeil des Finances , qui fut
établi au mois de Septembre 1715. Il fut fait en
1719. Confeiller au Confeil de Régence pour les
Finances , & le 7. Juin 1720. premier Commissaire
des Finances , pour faire la Charge de Controlleur
Géneral. Il fut déclaré Controlleur Géneral des
Finances le 14. Juin 1726. & prêta serment de fidelité
entre les mains du Roy pour cette Charge le
IS4
JUILLET.^ 1740. 1671
15. & à la Chambre des Comptes le 18. du même
mois. Il ne l'exerça que jufqu'au 19. Mirs 1730.
Il avoit été déclaré Miniftre d'Etat le 30. Decem
bre 1729.. & avoit obtenu au mois de Fevrier précedent
la Charge de Grand Bailli & le Gouvernement
de Gien . Il étoit fils de feu Michel le Peletier
, Seigneur de Sousy , & des Forts , Confeiller
d'Etat ordinaire , & au Conseil Royal , & Doyen
du Conseil , mort le 10. Decembre 1725. à l'âge
de 85. ans , & de Marie-Magdeleine Guerin , morte
le 20. Septembre 1691. & il avoit été marié le
12. Septembre 1706. avec Marie-Louise de Lamoignon
, fille de feu Nicolas de Lamoignon de Basville
, Comte de Launay-Courson , Conseiller d'Etat
ordinaire , & Intendant de la Province de Languedoc
, & d'Anne - Louiſe Bonnin de Chalucet . Il
en avoit eu un fils unique, dont on a raporté la mort
dans le Mercure du mois de Juillet 1739. p. 1672.
Le même jour Alexandre Chevard , Ecuyer , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , & Huiffier
des Ordres du S. Efprit & de S. Mishel , mourut à
Paris , âgé de 53. ans , 4 mois & 3. jours , étant né
le 8. Mars 1687. Il étoit fils de Germain Chevard ,
Trésorier Géneral des Fortifications de France , &
de Louise Thevenet , & n'avoit point été marié.
?
Le 13. François Magueux , ancien Avocat au Paglement
de Paris , immatriculé le 10. Juillet 1690.
Maître Particulier des Eaux & Forêts de S. Germain
en Laye , Inspecteur du Domaine du Roy , Conseiller
du Conseil de S. A. R. la Duchesse d'Orleans
, du Conseil Souverain de Dombes , &c. mourut
à Paris âgé d'environ 70 ans . Il étoit fils de feu
Etienne Magueux , Avocat en Parlement , ancien
Echevin de la Ville de Paris , & Intendant de la
Maifon de la Tiemoille, & de Sanguinieres,
& il avoit éte marié le 2. Août 1707. avec Məṛ-
Iv guerite
1672 MERCURE DE FRANCE
guerite Arrault, morte le 27. Janvier 1737. laquelle
étoit fille de feu Charles Arrault , ancien Avocat au
Parlement , Chef du Conseil du feu Comte de Toulouse
, & de Charlotte Marie de Vauconsaint. Il
laisse d'elle une fille unique qui a été mariée le 29 .
Avril 1739. avec Anne- Jean- Baptifte Goislard ,
Seigneur de Baillé , Conseiller au Parlement de Pa
ris à la quatriéme Chambre des Enquêtes.
Le même jour Louis Courcier , natif de Troyes,
Prêtre , Docteur en Théologie de la Faculté de Paris
, du 30. Octobre 1686. Senieur de la Maison &
Societé de Sorbonne , Chanoine honoraire , & ancien
Théologal de l'Eglise Métropolitaine de Paris,
mourut dans sa Maison Claustrale , âgé d'environ
82. ans. Il avoit été reçû Chanoine de l'Eglise de
Paris le 6. Août 1697. & ayant refigné fon Cano.
nicat , il fut reçû pour la seconde fois Chanoine-
Théologal par la refignation de Louis Courcier ,
son oncle, le 4. Août 1713. Il s'étoit démis dans sa
derniere maladie de son Canonicat entre les mains
de l'Archevêque de Paris , qui le confera sur le
champ à .... de Janson , neveu du défunt.
Le 15. D. Yvonne Silvie du Breil de Rais , riche
heritiere en Bretagne , & Epouse de Gui Augufte
de Rohan- Chabot , apellé le Comte de Chabot ,
Lieutenant Général des Armées du Roy , avec le
quel elle avoit été mariée le 8. Fevrier 1729. mou
rut à Paris , âgée de 28 ans , après être accouchée
le 9. précedente Charles Rosalie de Rohan- Chabot
, qui fut baptisé le même jour de sa naissance
& qui eut pour Parain & Maraine Charles- Auguſte
de Rochechouart , Dc de Mortemart , Pair de
France , Grand d'Espagne , Prince de Tonnay Charente
, Comte de Buzançois , Marquis de Berquen ,
Premier Gentilhomme de la hambre du Roy , Colonel
du Régiment de Mortemart , Infanterie , &
BrigaJUILLET.
1740.
1673
Brigadier des Armées de S. M. & D. Charlotte-
Rosalie de Chastillon , Epouse de Louis - Marie- Bretagne
Dominique de Rohan- Chabot , Duc de Rohan
, Pair de France , Prince de Leon , Comte de
Porrohet, Marquis de Blain , Vicomte de Faoucq.
1
Le 19. Charles- François de Vintimille, des Comtes
de Marseille , de Vins , d'Agoult , Marquis du Luc ,
de la Marthe , & de Vins , en Provence , & de Savigny-
sur- Orge , à quatre lieues de Paris , &c . Chevalier-
Commandeur des trois Ordres du Roy , Conseiller
d'Etat Ordinaire d'Epée, Lieutenant de Roy
au Gouvernement de Provence , Gouverneur des
Ifles de Porquerolles & de Lingouftier , mourut en
son Château de Savigny , dans la 87 année de son
âge , ayant été baptisé au Luc , Diocèse de Frejus ,
le 26. Octobre 1653. Il avoit été élevé Page du Roy
en fa grande Ecurie . Il alla ensuite servir en Sicile
en 1674. & 1675. & étant repaffé en France en
1676. il alla servir en Flandres dans la premiere
Compagnie des Mousquetaires du Roy , commandée
par le Bailli de Forbin son oncle. Il se trouva
aux Sieges de Condé , de Bouchain & d'Aire , & cu
1677. aux Sieges de Valenciennes & de Cambray
& le 11, Avril de la même année à la Bataille de
Cassel , où il reçut un coup de Mousquet au bras
droit , qu'il fallut lui couper. Cet accident lui fit
quitter le Service de terre , & étant entré dans la
Marine , il fut fait Capitaine de Galeres. 11 servit
depuis aux Bombardemens d'Alger & de Genes. Il
commanda à ce dernier les Troupes de débarquement
, de même qu'à Oneille , en Piémont , & à
Tingmouth , en Angleterre. Il fut encore employé
aux Sieges de Nice , de Roses , de Palamos , & de
Barcelonne , ayant à ce dernier sous ses ordres cinq
Bataillons des Galeres . Le Roy lui donna une Commanderie
dans l'Ordre de S. Lazare le 31. Decem-
I vj
bie
1674 MERCURE DE FRANCE
bre 1680. & une autre le 20. Decembre 1685. lui
ayant accordé une Penfion de 3000. liv. le 20. Fevrier
précedent ; il obtint l'Erection de sa Terre du
Luc en Titre de Marquisat , par Lettres du mois de
Decembre 1688. regiftrées le 20. Juin 1689. Ilfut
fait Commandeur du nouvel Ordre de S - Louis le 8.
Mai 1693. Il cut en 1701. le Commandement d'une
Escadre de Galeres pour la conduite de la Princesse
de Savoye , Reine d'Espagne . Il fut nommé
au mois d'Octobre 1708. Ambassadeur ordinaire
auprès des Cantons Suisses & Grisons , & de la République
de Valais. Pendant le cours de cette Ambassade
, il affifta au Congrès de Bade pour la Paix
entre la France & l'Empire , avec le caractere de
premier Ambassadeur & Plenipotentiaire pour le
Roy , & il en signa le Traité le 7. Septembre 1714%
Il fut déclaré Conseiller d'Etat ordinaire d'Epée au
mois de Decembre suivant ; & ayant été nommé
Ambassadeur Extraordinaire auprès de l'Empereur,
il se rendit à Vienne où il arriva le 4. Juillet 1715.
Il y fit son Entrée publique le 19. Avril 1716. & it
en partit le 15. Mars 1717. pour retourner en France
, après avoir eu son Audience de Congé le 12 .
Fevrier préce ent . Il fut proposé le 2. Fevrier 1724
pour être Chevalier de l'Ordre du S. Esprit , dont il
reçût la Croix & le Collier le 3. Juin suivant . It
étcit fils de feu François de Vintimille , des Comtes de
Marseille , Seigneur du Luc. Maréchal de Camp des
Armées du Roy , Frocureur joint à la Noblesse de
Provence , mort le z . Fevrier 1667. & d'Anne de
Forbin de la Marthe . sa seconde femme , & il avoit
été marié au mois de Juin 1674 avec Marie- Louise
Chalotte de Forbin , sa cousine germaine , morte
en 1700. fille de François de Forbin , Marquis de
la Maithe , & de Marguerite de Simiane de Gordes .
Il laisse d'elle Gaspard-Madelon Hubert de Vintr
mill
JUILLET. 1740:
7675
•
mille des Comtes de Marseille , Marquis du Luc
Lieutenant Géneral des Armées du Roy , du 24.
'Fevrier 1738. marié & ayant des enfans ; & Renée-
Charlotte - Felicité de Vintimille du Luc , mariée
avec Pierre de Coriolis , Marquis d'Espinouse , Préfident
du Parlement d'Aix , & ayant auffi des enfans.
Le 22. D. Françoise - Christine Nicolaï , épousé
de Michel de Forbin , Marquis de Janson , Baron
de Villelaure Seigneur de Manez , Gouverneur des
Iffe , Citadelle , Château & Forts d'Antibes, Grasse,
& leurs dépendances , Maréchal des Camps & Ar
mées du Roy , avec lequel elle avoit été mariée le
9 Juillet 1725. mourut à Paris , dans la 33. année
de son âge , étant née le 15. Fevrier 1708. elle ne
laisse qu'un fils . Cette Dame étoit seconde fille de
Jean Aimard Nicolai , Marquis de Goussainville ,
Premier Président de la Chambre des Comptes de
Paris , mort le 6. Octobre 1737. & de D. Françoise-
Elizabeth de Lamoignon , sa seconde femme , morte
le 27. Avril 1733 .
Le même jour , Louis - Gabriel Bazin , Marquis
de Besons , Gouverneur de la Ville & Citadelle de
Cambrai , et Pays Cambrefis , Maréchal des Camps
et Armées du Roy , mourut à Paris , dans la 41 .
année de son âge , étant né le premier Janvier
170c . Il a survécu de peu la Dame son épose, dont
on a raporté la mort dans le Mercure du mois de
Mai dernier , page 1040. il en laisse cinq enfans . Il
avoit été fait Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie , ci- cevant Livri , par Commiffion du 15.
Mais 1718. Depuis il eut le Reg ment Dauphin
Etranger , auffi de Cavalerie , le 29. Mai 1719. Il
succeda au feu Maréchal de Besons , son pere, mort
le 22. Mai 1733 dans le Gouvernement de Cambrai
, dont la survivance lui avoit été accordée dès
le
17867766 MERCURE DE FRANCE
le mois de Janvier 1721. Il fut fait Brigadier le 20,
Fevrier 1734. & enfin Maréchal de Camp le 24 .
Fevrier 1738.
> Charles- Michel- Anne d'Arcuffia , Chevalier .
Baron de Fos , &c. fils de Charles - Michel d'Arcussia
, Chevalier , Seigneur de Boisvert , &c. & de
Magdeleine de l'Isle , lequel en premieres Noces
avoit épousé D. Louise de Sabran , fille d'Honoré
de Sabran , Chambellan du feu Duc d'Or
leans , Régent , & de Louise Charlotte de Foix ,
épousa le 26. Mai dernier au Château de Villequoi ,
Terre de M. de Fontanieu , Intendant des Meubles
de la Couronne , & de la Province du Dauphiné ,
frere de la Marquise de Caftelmoron , D. Gabrielle
de Belsunce de Caſtelmoron , fille de feu Charles
Gabriel de Belsunce , Marquis de Caftelmoron , &
de Born , Baron de Gavaudun , Seigneur de Monpaon
, de Verteüil , de Scandi lac & de Vielleville ,
Lieutenant Géneral des Armées du Roy, Grand- Sénéchal
& Gouverneur des Pays d'Agenois & Con
domois ; et de Gecile-Geneviève de Fontanieu.
La nouvelle Mariée eft niece de M. l'Evêque de
Marseille , et de Mad . l'Abbeffe du Ronceray d'Angers
, et foeur du Comte de Belsunce , Grand - Louvetier
de France , Capitaine des Gendarmes Bourguignons
, Grand Sénéchal et Gouverneur des Pays
d'Agenos & Condomois , & c .
On n'entrera point dans le détail de ce qui regarde
la Maison de Belsunce , dont il a été fouvent
parlé dans ce Journal . On peut en voir la Généalogie
dans le Diarionaire Hiftorique. On dira feulement
ici qu'elle eft alliée aux Maisons de Foix ,
d'Albret , de Gummont , de Montmorency- Luxembourg
, de Gontaut- Biron , de la Force & de Lauzun.
La Marquise de Belsunce , Mere de l'Evêque
de
JUILLET. 1740. 1677
de Marseille , de l'Abbeffe du Ronceray et du Mar
quis de Caftelmoron , Peré de la nouvelle Comteffe
d'Arcuffia , étoit foeur du Duc de Latizun .
La Maison d'Arcuffia eft une des plus anciennes
de Provence , c'eft une des vingt-huit que le Roy
René d'Anjou , Comte de Provence ; défigna er
diftingua par des Sobriquets ; on disoit de celle- ci
"Gravité de Arcuffia . Au fentiment de Jules Cesar
Capacius . qui a écrit l'Hiftoire de Naples , elle descend
des Ducs d'Amalfis , et elle a poffedé ce Duché
en Souveraineté depuis l'an 8 30 jusqu'en 1086.
Cette Maison fubit le trifte fort de tant d'autres ,
lorsque Robert, fils de Tancrede le Normand , en
vahit la Pouille et la Calabre , et fon fils Roger le
Royaume de Naples .
>
Depuis cette révolution , on n'a plus d'autre connoiffance
de cette Maison que fous le Regne de
T'Empereur Frederic Barberouffe , qui fit Géneral
de fes Galeres Elisée d'Arcuffia , Seigneur de l'Isle
de Capro , &c. lequel en 191. maria fa fille Magdeleine
, à Chriftophe Conftantin , d'une des plus
nobles Familles d'Allemagne , et laiffa fon fils Panzelle
d'Arcuffia , héritier de fon Isle et de fes autres
Terres.
Panzelle eut un fils, nommé François , Sécretaire
d'Etat et Trésorier Géneral du Royaume de Naples,
lequel épousa Philipe Roffa, dont elle eut deux fils,
Jacques et Auguftin , et une fille , apellée Isabelle .
Isabelle fut mariée à Marin Squal eto , Gentilhomme
Néapolitain; uguftin ne laiffa point de pofterité.
Jacques d'Arcuffia , Comte de Minorbin , Seigneur
de Haute- Mure , de l'Isle de Capro , & c . Sécretaire
et Trésorier Géneral de la Reine Jeanne ,
fut très- confideré de cette Princeffe , elle le fit fon
Grand-Chambellan en 1375. et lui accorda le privilege
de faire battre Monnoye , où d'un côté
étoient
1678 MERCURE DE FRANCE
étoient les Armes de cette Princesse , et de l'autre
celles d'Arcuffia ; Elle lui donna cinquante Terres ,
Comtés , Baronnies et Fiefs dans le Royaume de
Naples , & plufieurs autres dans fa Comié de Provence
, fçavoir , la Vicomté du Martigues , ou l'Isle
de Saint Geniez , les Châteaux de Tourvés , de
Gueylet , de Seiffons , de Senas , &c . desquels il
rendit foi & hommage en 1385. It mourut dans
fon Isle de Capro le 23. Novembre 1386 , & fut
inhumé dans la Chartreuse , dont il étoit Fondateur,
comme on l'aprend de fon Epitaphe.
Clauditur hoc tumulo Magnificus Dominus Jacobus
Arcuffius de Capro, Regni Sicilia Magnus Camerarius;
Comesque Minorbini & Alta- Mune Dominus ,facri
bujus
Monafterii Fondator , Defunctus anno M. CCCLXXXVI.
Die xx111. Novembris , foeliciter . Amen.
L'Epouse de Jacques d'Arcuffia s'apelloit Morette
de Valva , Château dans la Province del Principatu,
elle étoit de l'illuftre Maison de Maramalde ; il en
eut deux fils , Jeannuccio ou Jean , & Francisquello
ou François , & une fille , nommée Catherine . Jean
fut marié par fon Pere le 15. Mai de l'an 1377 •
avec Laudune de Sabran , Comteffe d'Anglon , fille
& héritiere de Guillaume de Sabran ; & Catherine
épousa en 180. Elfias de Sabran , Comte d'Arian
& d'Apici , Grand - Sénéchal de Sicile.
Francisquello ou François, puîné de Jacques, s'établit
en Provence du vivant de fon Pere en 1370.
lequel prévoyant la révolution qui arriva dans le
Royaume de Naples , par le Schisme d'Urbain VI.
& de Clement VII. & par conféquent fa disgrace fusure
, parce qu'il avoit conseillé la Reine Janne de
favoriser
JUILLET . 1679
1740. 3
favoriser Clement VII . il la pria de confimer la donation
de fes biens de Provence à François , fon
fecond fils ; ce qu'elle fit , à condition que le fils
aîné de François s'apelleroit Louis . Les Lettres données
à ce sujet , furent enregistrées à Aix le 12. Octobre
1399. François s'attacha au ſervice de Charles
d'Anjou , qui ayant déclaré la guerre à Ladislas
de Duras , pour le recouvrement du Royaume de
Naples , donna le commandement de fon Armée
Navale à François . Il fit naufrage dans les Mers de
Naples en 1411. Il avoit épousé Cizula Artus , des
Comtes de Ste Agathe , de laquelle il eut Louis &
Jacques d'Arcuffia. Jacques fut élevé par Isabelle
d'Arcuffia , fa grande-Tante , de laquelle il hérita ,
& continua la pofterité des d'Arcuffia a Naples , ou
elle fubfiftoit encore au Siécle paffé .
"
Louis d'Arcuffia, Vicomte du Martigues , Seigneur
de Tourvés , & c. épousa Catherine de Caftelane . Il
mourut à Tourvés en 1463. il fubftitua les bieus
aux mâles par fon Teftament du 4. Novembre 1462.
reçu par Bertrand Arpille Notaire Royal de Sifteron.
Il laiffa trois fils , Honoré , François & Jacques.
Honoré , Chef de la Branche de Tourvés , épousa
l'an 1463. Françoise de Rodulphe , de la Maison des
Seigneurs de Limans , dont il eut deux fils , Isnard
& Michel. Isnard n'eut qu'une fille , mariée à Gaspard
de Vintimille , qui hérita des biens de cette
Branche . Michel & Jacques , entrerent dans l'Ordre
de S. Jean de Jérusalem ou de Malthe ; Michel
mourut Commandeur de Pimoiffon ; Louis fit l'échange
de Levi , Comté du Martigues , pour plu
fieurs Terres , avec la Maison de Luxembourg.
François d'Arcuffia , puîné de Louis , a commencé
la Branche d'Arcuffia d'Esparron , par le Mariage
qu'il fit avec Magdeleine d'Esclapon , Vicomteffe
d'Esparron en 1480. dont il eut un fils , apellé Jean,
&
4680 MERCURE DE FRANCE
& trois filles , Doulce , Louise & Margueritte.
mourut en isos . Louise fut mariée à Pierre de Fabre
,Seigneur de Fabregues , en 1502. Doulce , à
Jean de Vintimille , Seigneur de S. Laurens , en
1503. & Margueritte à Paschal de Vacheres , en
15.05.
Jean d'Arcuffia , Vicomte d'Esparron , & c. mort
en 1546. laiffe de Honorade de Seguiran , fon Epouse
, trois fils , Gaspard , Jean et Pierre , et deux filles
, Louise et Catherine. Jean fut Seigneur de Gardanne
, Pierre , Chevalier de Malthe ; Catherine
épousa en 129. Antoine de Caftelane , Seigneur de
Châteauvieu , et Louise , Pierre de Caftelane , en
1551.
Gaspard d'Arcuffia , Vicomte d'Esparron , &c .
épousa en 1546. Margueritte de Glandevés , dont
il eut un fils , nommé Charles , et deux filles , Margueritte
et Anne. Margueritte fut mariée en 1573,
à Jean de Raphaëlis , Seigneur de S. Martin , et Anne
à Philipe de Gerente de Marseille en 1978 .
Charles , en 1972. fut marié à Marguerite de
Fourbin, dont il eut François , Jean - Baptifte , Pierre,
Char es , Henri , et Marguerite et Diane . Pierre
Charles et Henri ont ét Chevaliers de Malthe ;
Marguerite épousa en 1596. Antoine de Caftelane ,
Seigneur de Jouques . François a continué la Branche
des Vicomtes d'Esparron , qui fubfifte encore
aujourd'hui.
"
Jean-Baptifte , d'abord Chevalier de Malthe, quitta
la Croix , et épousa Marie de Puget , de l'ancienne
Maison du Vice- Sénéchal de ce nom , connue
maintenant fous le nom de Barbentane , et commença
en 1623. la Branche de du Reveſt , d'où descend
en ligne directe Charles- Michel-Anne , qui
vient d'épouser Mlle de Caftelmoron . Il eut trois
fils , Charles , Melchior et Sextius , les deux preniers
JUILLET. 1681 1746
miers entrerent dans l'Ordre de S. Jean de Jérusa
lem , Sextius mourut Commandeur.
Charles II épousa Marthe d'Antoine de Mar
seille , en 1648. dont il eut quatre fils , Joseph ,
Charles, Jean Baptifte et Louis , et trois filles, Therese
, Anne et Gabrielle . Charles eft ancien Capitaine
des Galeres du Roy et Chevalier de S. Louis ,
Jean Baptifte et Louis font morts fans pofterité
Therese fut Abbeffe de Sion , Ordre de S. Bernard
à Marseille , Anne et Gabrielle font mortes Reli
gieuses de la Présentation .
Joseph fut marié en 1686. à Magdeleine Begon ,
fille de Michel Begon , Intendant des Galeres, Conseiller
d'Honneur au Parlement de Provence, puis Intendant
de Juſtice , Police et Finances du Pays d'Au.
nis et de la Marine à Rochefort. Joseph mourut jeune,
Officier des Galeres du Roy , lors du bombardement
d'Alicante , et laiffa deux enfans , Charles- Michel
et Joseph
Charles -Michel, Seigneur de Boisvert , &c . épousa
en 1709. Magdeleine de l'Isle , dont il y a actuel,
lement deux fils , Charles - Michel- Anne et Carles-
Jacques , et deux filles , Therese et Pauline. Charles
-Jacques eft Garde de l'Etendart ; Therese , Re
ligieuse de la Vifitation : Pauline n'eft pas encore
établie . Charles - Michel-Anne eft celui dont il eft
parlé au commencement de ce Memoire.
Arcuffia porte d'Or à la face dAzur , accompagnée
de trois Arcs de gueules , cordés de même & posés en
pal , deux é un ; pour fuporos deux Aigles.
Le s . Juillet , Ferdinand Spinola fils de Gherardi
Spinola, Marquis d'Arquata, et de D. Marie- Placide
Negrone , épousa au Château de Cazoulz , Diocèse
de Beziers , dans le bas Languedoc , D. Marie - Mar
guerite-Françoise de Carrion , veuve de Louis -Joseph
de Boyer , Marquis de Sorgues , Baron des
Etats
1682 MERCURE DE FRANCE
Etats Géneraux de la Province de Languedoc , et
fille de Henri de Carrion , Marquis de Nizas , et de
Marviel , Vicomte de Paulin , et de Cauffignogés
Seigneur de Cazoulz , d'Aumes , Sonmarte , Roquesels
, & c. et Lieutenant Géneral des Armées du
Roy , Lieutenant pour S. M. en la Province de
Languedoc , Baron des Etats Géneraux de cette
Province, Chevalier de l'Ordre Militaire de S.Louis,
et de D. Gabrielle de Murviel . Le Mémoire que
l'on a reçu à l'occafion de ce Mariage , porte que la
Maison de Spinola eft une des plus anciennes et des
plus illuftres Maisons d'Italie , qu'elle a donné à l'Eglise
des Evêques recommandables par leur Sciences
et par leur pieté , des Cardinaux au Sacré Colge
, et à differens Etats , des Géneraux célebres par
leur valeur , et des Sénateurs d'une prudence consommée
. C'eft ce que personne n'ignore , mais ce
qu'on avance touchant la Maison de Carrion n'eft
pas fi notoire. On la dit originaire d'Espagne , et
descendue des anciens Comtes de Carrion , qui
étoient iffus de Pélage , Petit-fils du Roy Froila ,
fecond du nom , et d'Alfonsa , Petite - fille du Roy
Veramond. Le Mémoire ajoûte que les Comtes de
Carrion , felon Mariana et les autres Hiftoriens
Espagnols , furent de fameux Géneraux d'Armée ,
qui acquirent beaucoup de gloire par leurs belles
Actions dans la guerre , et par leur fage conduite
dans la Paix .
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans
Trouvés, & Morts de la Ville & Faubourgs
de Paris pendant l'année 1739. sçavoir :
Baptêmes ,
Mariages ,
Enfans Trouvés ,
19781
4108
3289
Morts
JUILLET.
1740. 1881
Morts , 216407
21986
20
Maisons Religieuses , Hom, et Filles, 226
Au Cimetiere des Etrangers ,
Partant le nombre des Morts de l'année
1739 excede celui des Baptêmes de
Le nombre des Baptêmes de l'année 1739.
eft augmenté de celui de 1738 de
Celui des Mariages eft diminué de
Celui des Morts eft augmenté de
Selui des Enfans Trouvés eft augmenté de
POESIES DU TEM S
A Mad. de Ponil .. :
MADRIGAL . ,
L´Assésde se faire la guerre ,
L'Amour & la Vertu résolurent un jour
L'un de se fixer à Cythere ,
Et l'autre au céleſte Séjour ;
Mais leur projet fut inutile ,
Votre coeur & vos yeux leur servirent d'azile,
Big... deR...
AUTRE.
FIxer les yeux de celle qu'on adore ;
Les voir briller du feu qui la devore ,
Serrer sa main , tomber à ses genoux ;
Enyvrés d'un plaifir fi doux ,
2205
1164
139
2045
503
Se
1684 MERCURE DE FRANCE
Se troubler , soûpirer , ah ! tendre Eleonore ,
Quelscharmes ! que l'on perd,fi l'on devient Epourt
Par B.
IMPROMPTU LYRIQUE , adreſſé à une
Dlle qui faisoit chanter l'Auteur.
AMour , Mour , inspire-moi les sons les plus touchans
J'imite dans mes feux les plus tendres Amans ;
Un coeur qui vit sous ton Empire ,
S'eftime heureux quand il soûpire.
De mon ame allarmée
Exprime par ma voix les mouvemens divers ;
Que la Belle qui m'a charmée ,
Aprenne sans courroux que je fuis dans ses fers:
Dans l'ombre du secret d'un amoureux martyre ;
Je me sens consumer sans oser le lui dire ;
De ma flamme un soûpir eſt le seul confident ;
Fais qu'il paroisse , Amour , un soupir éloquent.
p ***
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier ,
le Mercure de France du mois de Juillet , & j'ai
crû qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Paris , le premier Août 1740 .
HARDION.
TABL E.
IECES FUGITIVES . Le Jour , Gantate, 1473
I 477
VI. Lettre fur les abus fur le Bureau Typogr . 1485
Epitre d'Horace , Imitation , 1492
Lettre , avec d'anciens Vers , qui contiennent la
Fondation de l'Abbaye de Chaalis , 1502
1513
Remarques fur une Inscription découverte à Lion
1516
1519
Description du Mausolée du Connétable Anne de
Sonnets en Bouts - Rimés ,
Vers à M. B. fur ſa ſanté ,
Montmorency , & c.
Le Berger Infortuné , &c. Elegie ,
établie à Lyon, & c.
A Mad. Riccoboni , Epitre ,
Affemblée publique de l'Académie des Beaux- Arts ,
Madrigal ,
1521
1548
1553
1564
1569
Lettre fur l'Effai d'Hiftoire des Scienccs , des Belles
-Lettres & des Arts ,
Enigme , Logogryphes , &c .
1570
1585
1587
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c.
Nouvelle Bibliotheque, ou Hiftoire Litteraire, 1591
Académie de Marseille , & c. 1595
1614
Les Vies des Hommes Illuftres de la France , 1597
Le Gouvernement admirable de la République des
Abeilles , &c.
L'Avenement du Duc de Loraine au Grand- Duché
de Toscane
Projet d'une Edition complette des Philosophiques
1615
de Ciceron , & des Académiques , & c. 1617
Autre Projet à Venise,fur le Journal de Leipfic, 1619
Hiftoire des Empires & des Républiques depuis le
Déluge , &c.
1620
Obser
Observations fur un Théatre antique , découvert
depuis peu ,
Carte ou Plan du Syftême Solaire , &c .
Eftampes nouvelles , & c.
Chanson notée ,
1621
ibid.
1622
1626
Spectacles. Comédies & Intermedes donnés à la
Cour ,
Les Fêtes Vénitiennes , Ballet ,
Théatre François & Italien ,
1628 .
1634
1635
1638
1640
L'Opera Comique , &c.
Nouvelles Etrangeres , Turquie ,
Ruffie , Fêtes données , Palais de Glace , &c. 1641
Allemagne , Italie , Naples & Isle de Corse , 1647
Espagne & Portugal ,
Hollande & Grande- Bretagne ,
Morts des Pays Etrangers ,
1651
1654
1659
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 1663
Morts & Mariages ,
Impromptu Lirique , & Madrigaux ,
Errata du second volume de Juin.
Page 1425. ligne derniere , eft , lisez , étoit,
P. 1433. 1. 7. Kzer , lisez , Kzerkaski.
P
Fantes à corriger dans ce Livre.
1667
1683
Age 1543. ligne 9. quarré long , lisez , quarré
long , contigu au.
P. 1595. 1. 12. & ſon , lisez , & à fon.
La Chanson notée doit regarder la paze
1624
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROr.
311 2347
e
AOUST .
1740 .
toM sta
ZAPOTS SA
URI
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
ha
Papillon
A
PARIS ,
GUILLAUME
CAVELIER ;
rue S.
Jacques.
La
Veuve
PISSOT, Quai de
Conty ,
à la
descente du Pont- Neuf.
JEAN DE
NULLY , au Palais.
M.
DCC.
XL.
Avec
Aprobation &
Privilege du Roy.
L
AVIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Gommis on
Mercure vis - à - vis la Comédie Fran
goife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
Vondront remettre leurs Paghins cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prié très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres on Pagnets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , où les Particuliers qui souhaite
rant avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , oe'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau »
qui aura foin de faire kurs Paqueis fans
peric de temps , & de los faits porter sur
l'heure à ta Pofte, on aux Meffugeries qu'on
lui indiqueră.
PRIX XXX. 56LS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
AOUST. 1740.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE TABA C ,
O D.E.
PAR M. DES FORGES - MAILLARD
DEEs ennuis accablans , de la morne tristesse ,
O Tabac , l'unique enchanteur !
Des plaisirs ingénus , de l'aimable allegresse ,
O Tabac la source & l'Auteur !
&
Sans toi , Tabạc chéri , mon esprit est sans joye ;
A ij
Dans
1688 MERCURE DE FRANCE
Dans les chagrins il est plongé ;
De leurs efforts fréquens il deviendroit la proye
S'il n'étoit par toi soulagé .
*
L'esprit , quand au travail sa force est languissante)
Par ta Poudre est ressuscité ;
Ton odeur évertue une ame croupissante
Dans une molle oisivete.
*
En diverses leçons on connoît ton mérite ;
Il est d'un prix toujours nouveau
Tu fais à flots aisés s'écouler la pituite ,
Et tu soulages le cerveau .
Le sang est étanché , la blessure est guérie ;
Quand on t'aplique sur le mal..
Dans leurs féconds climats le Pérou , l'Assiric
C
N'ont point au tien de Baume égal.
*
On voit presque toujours l'agréable à l'utile
S'unir dans les biens que tu fais ;
Mais tout cede au plaisir de dissiper sa bile
En fumant sur tour à longs traits.
Par toi seul dans un coeur la tempête est calmée ;
Une ame , avec ravissement
1
S'occupe
AOUST. 1745: 1689
S'occupe à voir sortir de la Pipe allumée
Un petit nuage fumant.
Dans la Thrace autrefois les chants du tendre Ofa
phée
N'ont jamas tant pû sur les sens ;
Pour endormir les maux , les pavots de Morphée
Ne furent jamais si puissans.
*
Cupidon , d'un Fumeur à ses chaînes honteuses!
N'attache guere le destin ;
Tu n'as , divin Tabac , dans tes Fêtes joyeuses
D'autre compagnon que le vin.
La mourante vieillesse est par toi rajeunie ,
Mieux que par les Médicamens ;
Ta vertu merveilleuse , en prolongeant la vie ,
Répare les tempéramens.
*
A ton propice aspect les vapeurs de la peste
Cessent d'infecter nos maison's ;
Ton odeur salutaire est une odeur funeste
A ses tristes exhalaisons.
*
Celui qui nous aprit le premier ton usage
t A j
Est
1690 MERCURE DE FRANCE
Est digne ou Nectar des Dieux ;
Transmis à nos Neveux , son bienfait d'âge en âge
Doit rendre son nom précieux.
SECONDE LETTRE de M. Nericault
Destouches , à M. Abbé D.
E fuis ravi , Monsieur , que vous penfiez
comme je pense , sur le mauvais usage
qu'on fait aujourd'hui de l'esprit. C'eſt un
abus qui produira de plus mauvaises fuites
qu'on ne fe l'imagine , & je ne vois point de
présage plus certain de la décadence du
bon goût.
Qu'est- ce que le bon goût , me demandera-
t'ona C'est l'amour du vrai , exprimé.noblement
ou naïvement , felon que le fujer
l'exige, C'est l'usage qu'on en fait dans la
Poëfie , dans l'Eloquence
, dans tous les Ouvrages
d'esprit. En quoi confifte le vrai ? Le
vrai eft une imitation fidelle de la Nature.
Tout ce qui eft vrai & naturel , eft beau &
touchant ; voilà le bon goût. Ce qui n'eſt ni
naturel ni vrai , n'a qu'un faux éclat , & ne
va point au coeur. C'eft de l'or faux , c'eſt
du clinquant ; voilà le mauvais goût.
Les pensées brillantes , mais déplacées ou
accumulées ; les faillies , les pointes , les jeux
de
AOUST 17407 1692
de mots , l'ambition continuelle de plaire
d'étonner , de se faire admirer à quelque
prix que ce foir , ce font là les effets de ce
mauvais goûr , qui fucceda fi rapidement au
goût du Siecle d'Augufte , & qui fir eclipser
Les Térences , les Catulles , les Virgiles , les
Horaces, & tant d'autres Génies, Partisans de
la Nature , pour enfanter les Seneques , les
Plines , les Lucains , les Staces , &c, grands
Hommes , à la vérité , mais qui voulant furpaffer
leurs Prédeceffeurs, abandonnerent ces
Modeles & ces Guides judicieux, pour fe livrer
fans réserve à leurs brillantes imaginations.
Et comme il eft bien plus facile de
franchir les bornes étroites du vrai que de
s'y renfermer exactement, ils produificent un
nombre infini d'imitateurs , qui ne les admirerent
& ne les fuivirent que dans leurs défauts
, & qui s'éloignant de plus en plus de
la fimple Nature , firent périr le bon goût ,
qu'elle avoit fait naître..
Il ne faut pas remonter bien haut pour remonter
jusqu'au Siecle de Louis XIV. Et
cependant , Monfieur , que font devenus les
Corneilles , les Racines , les Molieres , les
Despreaux , les la Fontaines ? J'avoue que
nous pouvons encore citer quelques- uns de
leurs fideles Disciples , qui , comme eux ,
constans Imitateurs des meilleurs Modeles, ne
veulent point s'écarter du vrai , pour ſe livrer
A iiij au
1692 MERCURE DE FRANCE
au goût dominant. Mais c'eft en vain qu'ils
s'oposent à ce torrent fougueux , qui bientôt
entraînera tout on les regarde comme des
gens de mauvaise humeur , comme des envieux
de la gloire de nos Coryphées , comme
des Vieillards ridicules qui pour décrier
le tems présent , fe font un point d'honneur
de louer le tems paffé . L'illufion gagne &
devient presque génerale.
"
Il faut convenir cependant , que ce n'eft
pas d'aujourd'hui qu elle a commencé. Croi
riez vous qu'il y a plus de trente cinq ans
que deux hommes , qui certainement n'étoient
pas des idiots oserent me foûtenir
que Moliere n'avoit point d'esprit ? C'étoient
donc des Iroquois qui foûtenoient cela , me
direz -vous ? Non , c'étoient deux Auteurs
Comiques, grands Partisans de l'esprit, dont
ils faisoient une ample profusion dans leurs
Ouvrages irréguliers .
Je vous laiffe à penser , Monfieur , fi je fus
indigné de leur insolence ; car quel autre
nom pourrois- je donner à un discouts fi dé
pourvû de raison ? Auffi la raison n'influoitelle
pas infiniment ni fur leurs Ouvrages , ni
fur leur conduite.
Je me fuis rapellé cent fois avec la même
indignation , le discours peu fensé qu'ils m'avoient
tenu sur le grand Homme , qu'ils ne
feignoient de mépriser , que parce qu'ils désesperoient
A O UST. 1740. 1693
sesperoient de pouvoir l'égaler , & cette indignation
, qui vous faifira , fans doute , fit
naître il y a quelque tems l'Epigramme que
vous allez lire.
EPIGRAMME.
FEu Dufresny disoit avec audace
Que Pocquelin avoit fort peu d'esprit ;
Et puis Dancourt , ce Fripier du Parnasse
A ce blaspheme a hautement souscrit.
Couple insensé ! qui jamais ne comprit ,
Que pour produire un excellent Ouvrage ;
Il ne faut point travailler au hazard ;
Que le bon goût est tout simple & sans fard ;
Qu'on n'a d'esprit qu'autant qu'on le ménage ,
Et que l'esprit doit se soumettre à l'Art . ·
Pour faire rougir , s'il m'eût été poffible
les deux Auteurs que je viens de vous nommer
, & pour les convaincre une bonne fois
que j'étois infiniment éloigné du jugement
qu'ils portoient de l'incomparable Moliere
voici l'Epigramme que je leur envoyai quelques
jours après notre dispute sur ce grand
Homme , pour qui mon admiration augmente
tous les jours.
EPIGRAMME.
Laute , vif & brillant , a la force Comique ;
Abondant , varié , mais souvent bas & plat ;
A Y Térance
1594 MERCURE DE FRANCE,
Térence , plein de graces a l'élegance attique ,
Toujours vrai , toujouts noble & toujours délicat ;
Mais sans nerf & sans force , il fournit sa carriere,
Nature qui laissa l'un & l'autre imparfait ,
Voulant les réunir dans un même sujet ,
Les refondit tous deux pour en faire un Moliere.
>
Si la maladie de l'esprit , ( j'apelle ainfi la
fureur d'en avoir mal-à -propos , ) n'eft pas
née depuis peu , vous voyez qu'elle fait tous
les jours de grands progrès. On peut l'apeller
hardiment une maladie épidémique. Car non
seulement la plupart de nos Auteurs en font
attaqués , mais elle paroît avoir gagné toute
la France , où tout le monde veut avoir de
l'esprit.
EPIGRAMME.
L'Esprit en France est une Marchandise
A grand marché. Pour s'en faire donner
Chacun en donne , & pour peu qu'on médise ,
Que sans raison l'on puisse raisonner ;
Que d'un air fat on sçache assaisonner
Cent jolis Riens qui charment le beau Monde ,
Tout aussi tôt l'esprit est votre Lot ;
Mais par l'abus que l'on fait de ce mot
J'ai découvert , moi qui creuse & qui sonde ,
Qu'Hamme d'esprit , veut presque dire un Sot.
En
AOUST. 1740. 1695
En effet , en quelque lieu que vous alliez
à présent , vous trouvez de l'esprit à chaque
pas . Qui eft cet homme- là , demandez - vous ?
Tout auffi -tôt on vous répond , c'est un homme
d'esprit ; & vous ferez bien heureux fi on
ne vous dit pas , c'eft un bel esprit . Car les
beaux esprits ont extrémement pullulé . Sçavez-
vous ce que c'eft que ces beaux esprits ?
Lisez.
•
EPIGRAMME.
L'A'uAuttrre jour d'Orivaux m'aprit
Ce que veut dire Bel Esprit ;
Car j'étois encore en balance
Sur le sens propre de ce mot
Signifiant par fois un sot ,
>
Qui dit des Riens avec aisance ;
Etre Bel esprit, proprement,
C'est avec beaucoup d'ignorance
Ecrire & parler joliment.
Etonnez- vous présentement fi le nombre
des Auteurs eft fi prodigieux , & fur tout des
Auteurs Dramatiques . Entre ces derniers ,
ceux qui foisonnent le plus , ce sont les Faiseurs
de Tragédies. Six Troupes de Comédiens
à Paris , suffiroient à peine, pour représenter
toutes. celles l'on voit éclore au- que
jourd'hui . Mais quels Ouvrages i D
A vj
La
1696 MERCURE DE FRANCE
La plupart de ces Tragédies,
Qu'on nous donne pour du nouveau
Ne sont que fades rapsodies ,
Ou des Héros sur un tréteau
Etalent leur folle figure ›
Sans être jamais au niveau
De la vraye & simple Nature
Enfans d'un bizarre cerveau
Qui la fuit , ou la défigure.
li
On ne peut pas dire que l'esprit y manque,
car jamais on en eût tant qu'aujourd'hui
, &
cependant
jamais on ne vit paroître fi peu
de bons Ouvrages
. Moron , eft celui de nos
Auteurs
vivans , qui a le plus contribué
à
corrompre
le goût . Je vais finir cette Lettre
par une Epigramme
que j'ai faite fur lui.
EPIGRAM ME.
M Oron , si fécond en Ouvrages ,
Y met de l'esprit tant & tant ,
Qu'il en fourre plus en six pages ,
Qu'un autre n'en mettroit en cent
En un mot , il en fait litiere ,
Et n'en trouve jamais le bout ;
Mais mettré tant d'esprit par tout,
Par ma foi , c'est n'en avoir guere.
Je suis, &c.
VIL
AOUST. 1740 1690
VII. LETTRE contenant la suite des abus;
des avis , & de differentes pensées fur la
Typographie & la Pédagogie.
82°.
U
N Enfant Typographe , Monsieur , est
mort pendant les années de Typographie.
Donc , dit- on , le Bureau tue les Enfans . Feu M.
G. n'étoit pas le seul qui raisonnoit ainsi ; il y a cu
un D. qui , dans sa Province , a fait le même raisonnement.
Que répondre aux Partisans du premier
Critique ? Que ce Critique est mort à Ch.
Que répondre aux Partisans du D. s'il en a ? Que
les Enfans d'un D. ayant passé du Bureau au College
, y sont morts , que l'on meurt par tout , &
que le chagrin & le dégoût de la Méthode vulgaire
est plus contraire à la santé des Enfans , que la joye
& les délices du Bureau Typographique.
83°. Des personnes fort riches , mais plus attachées
à l'argent, qu'à l'éducation de leurs Enfans , m'ont demandé
à quo pouvoit servir tout l'attirail typogra
phique, si l'Enfant ensuite ne vouloit pas suivre cette
Methode ou qu'il n'en eût plus besoin . Il faudroit
donc commencer par donner leçon aux Parens . A
quoi sert un étui de Mathématiques , si 'Enfant ne
veut plus s'en servir ? A quoi sert la Médecine ordonnée
, si l'Enfant ne veut plus la prendre ? A quo
sert la vieille robbe d'un Enfant , & même la neuve
, si un deuil ne permet pas de s'en servir ? On
est plus hardi dans l'emplette de cent inutilités .
84 Vous demandez à quoi sert l'attirail Typographique
, je réponds qu'il sert à insruire les
Entans les Maîtres et les Parens . même les Domestiques,
qu'il leur donne à tous une dose de rai
sonnement ,2
1698 MERCURE DE FRANCE
sonnement , qu'il sert à gagner les Enfans , à leur
donner du goût pour la Litterature , et à entretenir
la santé du corps , en cultivant l'esprit . Et à quoi
servent les Bibliotheques des hommes ? Pourquoi
l'Enfant ne pourra-t'il pas avoir la sienne en petit Car
une toise est peu pour la longueur d'une Bibliotheque.
N'est - ce pas un bonheur pour les Enfans ,
de les familiariser avec les Bibliotheques , quelques
petites qu'elles soient ?
3
que
85°. Les Voleurs de grands chemins sont coupa
pables des crimes qui les font condamner à niort ,
ils en conviennent et s'en repentent à la fin. Mais
les Zelateurs et les Fanatiques dans l'ignorance et
la prévention sont plus dangereux que les Cara
touchiens. Quel plaisir trouve- t'on donc à voir le
Peuple dans l'ignorance fanatique et capable de
dangereuse conduite ? M. le P.P. et M. le P. General
ayant ordonné l'essai et ensuite la pratique de la
nouvelle Méthode dans la Maison de la Pitié , M.
le Leu , un des Administrateurs , et Commissaire
des Ecoles , trouva un Maître revêche , qui
après cent mauvaises raisons pour ne pas suivre la
Méthode du Bureau, allegua celle de sa conscience,
qui ne lui permettoit pas d'instruire les Enfans par
la nouvelle et mauvaise Méthode. M. le Leu , sans
y être obligé , lui représenta avec douceur , que si
cette Méthode tendoit à faire des Juifs et des Mahométans
, il pourroit alleguer la conscience , mais
que les ordres supérieurs suffisoient pour l'obliger
en conscience à suivre la nouvelle Méthode, aprouvée
par M. le Grand- Chantre , et par le Public. Le
Maître mourut peu après , se repentant d'avoir eû
Ja lâcheté d'obéir et de simuler , il en a demandé
dit-on , pardon à Dieu et à quelques Confreres.
L'évenement a fait voir que les ordres de M. le
P. P. et de M. le P. Géneral , ont eu tout le succès
qu'on
A O UST. 1740. 1699
qu'on en pouvoit esperer , puisque l'Ecole de l'Enfant
Jesus fait à présent l'admiration du Public.
86. Grandeur est an Theme relatif. On apelle
grand , l'homme que la fortune a mis au- dessus
des autres dans les Places , dans les Charges , dans
Jes Dignités , l'homme , qui gouverne des Provinces
, qui négocie entre les Princes , qui est l'Arbitre
, le Juge des autres hommes , de leurs biens, de
leur honneur et de leur vie . Ne devroit - on pas
apeller Petit ce même homme s'il étoit incapable
de gouverner sa maison , sa femme et ses enfans 2
Incapable d'élever et de faire élever sa Famille ? Indifferent
sur la bonne ou sur la meilleure maniere
d'inftruire et d'élever ses Enfans ? & c. La Typographie
est quelquefois obligée de moraliser .
87°. Que doit -on penser d'un homme qui donne
tout son tems au Public, et qui ne trouve pas un moment
pour mettre la paix dans sa maison , pour y
établir et maintenir l'ordre d'un homme crû capapable
de tout , excepté de choisir et de donner un
bon Précepteur à ses Enfans ; qui sur l'article de
l'éducation , ne voit au hazard que par les yeux
d'autrui ? doit- on d'ailleurs prodiguer le nom de
Grand à certains hommes bornés , qui ne font presque
rien par eux mêmes , et qui , la plupart du
temps . n'ont besoin que de sçavoir signer ?
88. Chacun sçachant la Méthode vulgaire peut
faire travailler l'Enfant , au lieu que l'Enfant Typographe,
bien loin d'être aidé , est embrouillé par
SIS Parens , qui ne sçavent pas la nouvelle Méthode
. Il vaut donc mieux s'en tenir a l'ancienne Méthode?
Je réponds que l'Enfant Typographe n'a pas
besoin du secours des Parens , au contraire , il lui
est avantageux de n'avoir aucun mauvais Repétiteur.
Les Parens sont dispensés de ce soin , à moins
qu'ils n'ayent la patience d'aprendre la Méthode de
P'Enfant ,
T700 MERCURE DE FRANCE
l'Enfant , d'aprecier , de calculer , de comparer
tout pour le bien de l'éducation .
89. Un petit Enfant de 4. à s . ans n'est pas en
état de se servir des Dictionaires de la Méthode
vulgaire, au lieu qu'il peut très facilement faire usage
du Dictionaire en logettes . Dans l'un, il faut sçavoir
lire dans les Livres , et avoir la patience de chercher
un mot entre des milliers inconnus , pendant
que dans l'autre , sans sçavoir lire , que fort peu ,
l'Enfant trouve le mot cherché entre peu
de mots
"qu'il a déja vûs , et sur lesquels il a déja travaillé.
Le Dictionaire Typographique est divisé en cinq
rangs , ou en cinq Dictionaires sçavoir , un pour
les Verbes , un pour les Adjectifs , un pour les Substantifs
, un pour les quatre especes d'indéclinables ,
et un pour les noms propres . On y ajoûte ordinairement
un sixième rang pour le Dictionaire Universel,
ou le Magazin et le Suplément alphabetique.
90°. Pour avancer l'Enfant du Bureau dans la pratique
des Thêmes, on peut au commencement met
tre sur chaque mot les étiquettes qui indiquent
les logettes , où l'on trouvera ces mêmes mots
et leurs terminaisons , par exemple , dans la phrase
V. act . ind. pre . n. sub. usi . conj . p . il v . sub . n . adj.
Deum quia ille est bonus ,
&c. On peut faire la même chose pour le François à
Pégard des petites Dlles qui n'étudient pas le Latin.
amamus
91 °. Je crois qu'il seroit bon d'avoir copié ou fait
copier le Vocabulaire des mots qui se rencontrent
dans le Texte Elémentaire que l'on veut faire voir
à l'Enfant. Suposons que le Maître prenne les Fables
de Phédre , il faudroit avoir le Vocabulaire
complet de tous les mots qui sont dans le Phédre ,
& ce Vocabulaire peut être fait ou par ordre alphabetique,
ou dans l'ordre que les mots se présentent,
en llant de suite. Le double Vocabulaire n'en se
A O UST . 1740 1701
ト
Foit que mieux ; le seul Latin sans François exerceroit
aavec plus de profit la mémoire de l'Enfant.
92 °. Le Précepteur , après avoir donné un Thê
me sur une Carte , le fait lire à l'Enfant , et lui demande
quelquefois dans quelles Logettes il prendra
les mots , à quelles Logettes se raportent les
sujets , la matiere sur quoi roulent les Thêmes . Par
exemple , le mot Danse , peut se raporter à la Lo
gette des Arts , ou à celle de Poësie , Musique , &c.
Le mot Sabre, à la Logette Guerre, Militaire, Aca
démie , e. Le mot Poisson , à la Logette Hist. N.
Le mot Abadir , à la Logette Fable. Le mot Lac , à
la Logette Geograph , et ainsi de tous les mots du
Thême , que l'on donnera peu peu pour garnir
le Dicrionaire , & donner en même temps à l'Ecolier
des idées élementaires de tout ...
93. La honte de certains Maîtres , qui n'ont pa
saisir l'esprit systématique du Bureau , leur à fait
dire , que l'ouvrage étoit trop abstrait , écrit d'u
ne miniere trop seche , qu'il y avoit une tristesse
répandue dans tout le Livre , que cela seul étoit capable
de rebuter les Lecteurs les plus patiens. On
a répondu bien des fo's à cette objection , en disant
que l'Auteur étoit incapable de mieux faire , qu'il a
écrit en Artisan plein de sa matiere , et comptant
sur l'esprit , sur la sagacité des Lecteurs , mais principalement
sur le coeur des Parens dociles , non
prévenus & bien intentionnés pour leurs Enfans.
Dans la suite , que les hommes seront plus familiers
avec les idées Typographiques , il sera aisé de
réduire le Systême en peu de feuilles et de le mettre
à la portée de tout le monde. Quelque tristesse
que l'on trouve dans le Livre , les Enfans trouvent
a s'y réjouir , quand ils sont bien enseignés . Et il
est aussi difficile à dire pourquoi les Enfans , en- \
nemis de la tristesse , préferent la Méthode du Burean
1701 MERCURE DE FRANCE
seau à la Méthode vulgaire , qui est , pour aing
dire la tristesse même , & le vrai dégoût. La Bis
bliotheque des Enfans n'a jamais eû en vûë de simples
lectures d'Historiettes , de kománs et de Co.
médies , ce Livre n'est fait que pour instruire et
non pour amuser
94 Quantité de personnes , sans lire les Livres
de Typographie , sans aller voir aucun Bureau dans
une Ecole , ni dans une maison particuliere , ont été
chés l'Auteur pour être mis au fait de la Typogra
phie. C'est un Allemand , qui sans Livre et sane
Maître , veut qu'on lui aprenne les Mathématiques
, qu'on lui explique tous les Instrumens d'un
Etui , qu'on lui en fasse voir l'utilité & la nécessité.
Le plus court , souvent , c'est de dire au
François , vous n'êtes pas apellé à la Typographie,
et à l'Allemand vous n'êtes pas apellé à l'étude
des Mathématiques . La curiosité est loitable quand
elle est sincere , et qu'on ne va pas pout ne faire
que les difficultés du préjugé , et pour entreprendre
de justifier en tout la Méthode vulgaire.
959. Un Enfant qui possede bien son Bureau de
six rangs , n'est plus asservi à l'ordre des Logettes
et des Etiquettes , pourvû qu'il soit au dessus de cet
ordre , et qu'il n'en réponde pas moins bien ; l'Etiquette
est d'abord instructive , & l'Enfant ne fait
que lite cette Etiquette pour répondre à ce qu'on
lui demande ; par exemple , l'Enfant , qui dans le
mot Amavisti , voir deux Etiquettes, sçavoir , celle
de v. act. et p. parf. les répere sans les comprendre
, au lieu que plus avancé , il les sent ,
les comprend
et répond sans faire attention aux Etiquettes
qui sont au bs des Cartes. On voit par- là que
Enfant est plus fort , c'est pourquoi il n'est pas
juste de l'asservir à des notes dont il peut se passer
dans la composition de son Thême , en employant
in
dus T.
1749. I 1703
indifferemment par tout les terminaisons de Nom
ou de Verbe , & c.
96°. Quoique les Enfans du Bureau Typogra→
phique, aprennent à lire sans épeler, on est obligé de
leur faire nommer les Lettres et les sons de la Langue,
avant que de lire. Par exemple ils diront,ch am,
pe, i, gne , on , avant que de dire vite le mot Cham
pignon , et l'on a trouvé des gens qui craignoient
que les Enfans ne prissent la mauvaise habitude d'articuler
les sons séparément avant que de lire. Ces
personnes sont- elles plus rassurées , quand l'Enfant
dira , ce , ache ,, emme , pe , i , ge, enne , o , enne ,
champignon ? Les Enfans de la Méthode vulgaire
chantent et annoncent leurs syllabes , ils y ajoûtent
dés ain ain , pour remplir les intervalles de leur
ignorance. Dans la Musiqce on fait solfier avant
que de faire chanter les paroles , mais on exige de
solfier juste les intervalles. De même la nouvelle
Méthode exige qu'on donne une dénomination
vraye et la plus aprochante du son , que chaque
caractere simple ou composé doit produire dans la
véritable lecture . De plus on ne doit pas craindre
qu'un Enfant ignore la dénomination vulgaire et
d'usage , il ne l'aprend que trop vite. On ne sçauroit
trop reperer ces sortes d'avis .
J'ai l'honneur d'être , &c .
A
704 MERCURE DE FRANCE
出
A L'ORGUE I L.
OD E.
Monftre d'iniquité , Tiran inſatiable";
Orgueil Auteur fatal du crime des Mortels ,
Dans nos coeurs corrompus ton culte détestable
Aura t'il toujours des Autels ?
Enyvré du poison qu'enfante ton caprice ,
L'Homme oubliant son Etre , osera- t'il du Vice
Suivre le Torrent impofteur ?
De tes injuftes Loix volontaires Esclaves ,
Ne pourrons-nous briser les funeftes entraves
De ton Empire séducteur p
Elevé par son Dieu sur un Trône de Gloire
L'Ange que tu séduis ose se rébeller ;
Et son ambition , qui l'eût jamais pû croire
Au Très-Haut prétend l'égaler.
Il écoute ta voix tu lui dictes le crime ;
La foudre
›
vengeresse ouvre l'affreux abîme
Qui dans ses flancs va l'engloutir :
Et ce pervers , par toi conduit au précipice ,
Y subit à jamais l'équitable Juftice
D'un Dieu qu'il force à le punir.
Pa
AOUST. 1740. 1701
Par l'apas impofteur de tes folles chimeres
De deux coeurs fortunés tu troublas le repos ;
Ton souffle du devoir brisa les loix severes
Tu fus l'artisan de nos maux.
Fideles à leur Dieu , foûmis à fa défenſe ,
Les Habitans d'Eden , ( a ) d'une ſainte innocence
Goûtoient le calme & l'heureux fort .
Ils fuccombent : hélas ! leur pureté s'efface ,
Et leur chûte bien- tôt fur eux & fur leur Race
Attire le crime & la mort.
*
Une superbe Tour (6) affronte le Tonnerre ;
Qui peut donc élever ces murs audacieux ?
Préfomptueux Mortels , déclarez-vous la guerre
Au fouverain Maître des Cieux ?.
f
Insensés ! qu'ébloüiit une ardeur mensongere ,
Dieu vous voit ; il descend , & sa jufte colere
Bien-tôt va punir vos forfaits.
Un mêlange inconnu confond votre langage ;
La Discorde s'allume , & fait de votre ouvrage
Evanouir tous les projets
*
Roy d'Egypte , (c ) où cours-tu ? quelle rage homi
cide
(a) Adam & Eve. (b) La Tour de Babel.
Pharaon.
1706 MERCURE DE FRANCE
Arme contre Israël ton Peuple , tes Soldats ¿
Le Seigneur vainement a- t'il sur toi , perfide ,
Dix fois apefanti fon Bras ?
Il anéantira la force où tu te fondes ;
Il commande , à fa voix la Mer ſufpend ses ondosy -
Quel eft ce prodige nouveau ?
Dans fon lit deffeche l'Hébreu trouve un paffage ,
Ton orgueil endurci l'y poursuit avec rage ,
Et t'ouvre un´funefte tombeau.
*
Dans fes defirs toujours impie & témeraire ,
L'Orgueil ose braver le celefte pouvoir ;
Er d'un Dieu tout- puiffant mépriſant la colere,
En lui- même il met fon eſpoir.
Qu'il tremble , fon audace aprête sa ruine.
Je vois fondre far lui la vengeance divine ;
Le Crime cede à la Vertur.
Il aura le deſtin de ce Geant (d) ſuperbe ,
Qu'un Berger (e) fit tomber comme un Chêne ste
Pherbe
Par un coup de vent abbatu,
*
Conquerans affamés d'une gloire coupable ,
Vous , que le Monde entier ne fçauroit contenir ¿
D'une fauffe Grandeur , d'un Pouvoir formidable,
(d) Goliaths (e) David
Pourquoi
AOUST. 1745. 1707
Pourquoi tant vous enorgueillir
Fleaux de l'Univers , dans le fang , le carnage ,
Votre orgueil déguisé fous le nom de courage ,
Veut immortaliser vos jours :
Tandis qu'un seul moment éclipse & peut détruire
Ces frivoles honneurs qu'enfante un vain délire ,
Le seul objet de vos amours,
*
A travers les périls , dans le fein de la guerre ,
Vous acquerez des noms que l'on croit glorieux.
Vos succès devant vous font ils fléchir la Terres
On vous éleve au rang des Dieux,
Ces Titres si pompeux , cette fiere puissance ,
Dites-moi , que font- ils au poids de la Balante
Du Juge équitable & vengeur ?
Et ne craiguez-vous point le châtiment rapide
Qui fit périr jadis l'Aflyrien perfide (ƒ)
Sous le glaive extefminateur ?
*
Au milieu de f'éclat d'une Cour faftueule
UnMonarque superbe (g) éleve ainfi la voix .
Je fuis célus , dit il , dont l'Hiftoire fameuse
A retenti par mille Exploits .
» Sur món front redouté brille le Diademe ;
Tout cede à la fplendeur de mon pouvoir fuprême,
(F) Sennacherib. (g) Nabucodonosor, Roy de Babilone,
J'ai
1708 MERCURE DE FRANCE
» J'ai bâti ces murs , ces Palais.
Infecte , dont l'orgueil précipite la chûte
Va, cours au fond des Bois , rampant avec le
brute ,
Expier tes lâches forfaits.
*
Au faîte des Grandeurs élevé par le crime
Hérode fe compare à la Divinité.
Les Autels que lui dreffe un Peuple qu'il oprime ,
Contentent feuls fa vanité .
Qu'attens-tu ? jufte Ciel ! renverse fa Couronne ;
Arme-toi, prends la foudre, éclate, frape, tonne ,
Venge les droits de l'Immortel. t
Si ta Bonté longtems defarma ta Juſtice ,
C'en eft fait ; de ce Roy par un nouveau fuplice
Tu punis l'orgueil criminel,
*
Funefte Paffion , à tes loix,affervie
Notre ame s'abandonne à la haine , au mépris
Tu troubles , tu noircis le tiffu de la vie,
De ton poison l'Homme eft
épris.AG
A peine eft- il forti du fein de la pouffiere ,
Que guidé par l'éclat de ta fauffe lumiere,
Ilfuit tes détours empeftés.
son coeur que séduit l'eſperance flateuſe ,
ia'l
Tomber
AOUST.
1740 1709
Tombe , nage ; & fe perd dans la mer orageufe
De toutes les iniquités.
Par M. B **. d'Aix.
****************
QUESTIONS IMPORTANTES
1'.
Jugées au Parlement de Paris.
ST
I le Réfignataire qui a consenti la
réserve d'une Penfion sur le Bénéfice
qui lui a été réſigné, eft recevable a attaquer
ette réserve ?
2º. Si une Penſion sur un Bénéfice sujet à
fidence , eft incompatible avec un Bénéfice
ffi sujet à réfidence ?
FAIT.
Le Doyenné de S. Emilion , Diocèse de
Bordeaux , ayant vaqué en 17 28. le Chapitre
'affembla , & usant de son droit d'élection,
y nomma M. l'Abbé Boucher , Conseiller
en la Grand'- Chambre du Parlement de
Paris.
M. Caftaing se fit pourvoir en Cour de
Rome du même Bénéfice , sur le fondement
dne prétendue Réfignation du dernier Titulire
; cela donna lieu à une Demande en
Complainte , qui fut dabord portée devant
B lc
1710 MERCURE DE FRANCE
le Sénéchal de Libourne , & ensuite aux
Requêtes du Palais.
M. Caftaing ayant proposé un Accommodement
, & M. l'Abbé Boucher y ayant
consenti , le Procès fut terminé par un Concordat
du 27. Janyier 1730. par lequel M.
l'Abbé Boucher réfigna tous les droits qu'il
avoit sur le Doyenné de S. Emilion en faveur
de M. Caſtaing, à la charge d'une Penfion
annuelle de 2000. liv. qui étoit au dessous
du tiers du revenu , le Bénéfice raportant
près de 7000. liv, par an.
La Penfion fut homologuée en Cour de
Rome , & le Roy accorda à M. l'Abbé Boucher
des Lettres de dispense des 15. années
de service , que l'Edit de 1671. exige, pour
pouvoir poffeder une Penfion sur un Bénéfice
obligeant à réfidence. Le tout fut enregiftré
au Parlement de Bordeaux , dans le
reffort duquel le Doyenné de S. Emilion eft
fitué.
Il intervint auffi en 1733. une Sentence
qui ordonna l'execution du Concordat du
27. Janvier 1730. & dont il n'y eut point
d'apel.
Pendant plufieurs années M. Castaing
paya la Penfion ; mais M. l'Abbé Boucher
ayant été pourvû en 1737. de la Chants te
de S. Honoré de Paris , M. Caftaing crût
que c'étoit une occafion pour se liberer de
la
"A O UST. 1740. 1711
la Penfion. En effet après avoir laiffé écou
ler une année de paifible joüiffance , il fit
affigner M. l'Abbé Boucher , pour voir dire
que l'année qu'il avoit pour opter entre la
Dignité de Chantre de l'Eglise de S.Honoré,
& la Pension de 2000. liv . étant révoluë , il
seroit ordonné que cette Pension demeureroit
éteinte , & que M. l'Abbé Boucher seroit
condamné à restituer les arrerages par
lui reçûs depuis l'option qu'il auroit dû
faire.
La Cause ayant été plaidée pendant plusieurs
Audiences en la premiere Chambre
des Requêtes du Palais , Sentence y inter-
'vint sur Déliberé le 5. Septembre 1738,
qui débouta M. Castaing de sa demande
& le condamna aux dépens.
,
>
M. Castaing ayant interjetté apel de cette
Sentence , la Cause fut plaidée en la Grand'-
Chambre.
- On disoit de la part de M. Castaing , qu'il
n'est pas permis de cumuler les fruits de deux
Bénéfices ; que lorsqu'un Curé , un Chanoine
, où le Pourvû de quelque autre Bénéfice
sujet à résidence abandonne son Bénéfice ,
il ne lui est pas permis de conserver une partie
des revenus , & d'obtenir dans la suite
un énéfice incompatible ; outre que cette
section est contraire , disoit-on , à l'esprit
des Canons , elle se trouve prescrite par les
Reglemens.
Bij Par
1712 MERCURE DE FRANCE
Par un Arrêt du 14. Janvier 1661. qui est
raporté au second Tome du Journal des
Audiences , on jugea , disoit M. Castaing ,
contre M. Tubeuf, que la réserve qu'il avoit
faite d'une Penfion sur un Bénéfice à résidence
, avoit fait vaquer tous les autres Bénéfices
incompatibles qu'il avoit.
Par l'Arrêt de Reglement du 16. Juin
1664. la Cour fit défenses à tous Chanoines
& autres ayant Bénéfices incompatibles , de
retenir des Pensions.
La Déclaration du 7. Janvier 1681. porte
que lorsqu'une même personne sera pourvûë
de deux Cures , ou d'un Canonicat ou Dignité
, & d'une Cure , ou de deux autres
Bénéfices incompatibles , soit qu'il y ait Procès
ou qu'il les possede paisiblement , le
Pourvû ne jouira que des fruits du Bénéfice
auquel il réfidera actuellement & fera le Service
en personne , & les fruits de l'autre Bénéfice
, ou des deux , s'il n'a réfidé & fait le
Service en personne en aucun , seront employés
au payement du Vicaire , ou des Vicaires
qui auront fait le Service , aux réparations
, ornemens & profit de l'Eglise dudit
Bénéfice , par Ordonnance de l'Evêque Diocesain.
Cette Déclaration porte expressément que
deux Bénéfices obligeant à résidence ne seront
plus possedés par une même personne ,
d'où
A O UST. 1740.. . 1713
d'où il résulte nécessairement qu'on ne peut
posseder un Bénéfice de cette nature , aved
une Penfion sur un semblable Bénéfice , attendu
que c'est la même chose de posseder
un Bénéfice , ou de posseder une Pension ,
qui représente ce Bénéfice .
En effet , disoit M. Castaing , les Pensions
sont regardées du même ceil que les
Bénéfices ; elles tiennent lieu aux Gradués de
repletion : un Religieux à qui il est défendu
de posseder plusieurs Bénéfices , ne peut
conserver sans dispense un Bénéfice tel qu'il
soit , & une Penfion sur un autre Béné
fice.
Les Bénéfices , ajoûtoit M. Castaing ,
doivent être conferés sans aucun retranchement
des fruits , & si l'Edit de 1671. tolere
les Penſions , ce n'est que pour aider aux be
soins d'un ancien Titulaire , lequel étant
pourvû d'un autre Bénéfice , la premiere
Eglise demeure affranchie ; autrement un
jeune Eccléfiastique pourroit se ménager plufieurs
Penfions sur les Prébendes d'un même
Chapitre , en résignant successivement les
Bénéfices qu'il auroit eu le crédit d'obtenir .
En un mot le produit du Bénéfice apartient
en entier au Desservant , suivant cet axiome
, Beneficium propter officium d'où l'on
Concluoit qu'il étoit de l'interêt de l'Eglise
de suprimer les Pensions semblables à celles
de M. l'Abbé Boucher.
;
Bîij
Le
1714 MERCURE DE FRANCE
1
Le Défenseur, de M. l'Abbé Boucher di
visa sa défense en deux parties , les fins de
non recevoir , & les moyens du fond .
Il tira la premiere fin de non recevoir de
la qualité de M. Castaing , qui étoit Résignataire
de M. l'Abbé Boucher , & n'avoit
obtenu la pleine maintenue du Doyenné de
S. Emilion , qu'à la charge de cette résignation
faite sous la réserve de 2000. liv . de
Pension : il fit voir que cette réserve avoit
été une des clauses essentielles du Concordat
, sans laquelle M. l'Abbé Boucher n'auroit
point transmis son droit : qu'ainsi contester
la Pension , c'étoit attaquer la rési
gnation même , & qu'il n'y a pas de milieu ,
pour le Résignataire , qu'il faut qu'il acquitte
la Pension, ou qu'il renonce au Bénéfice, aus
cede aut solve.
Cette maxime n'a cessé d'avoir lieu , que
quand les Bénéficiers se sont plaints que les
Pensions qu'ils payoient étoient excessives.
Alors on a réduit ces Pensions au tiers du
revenu ; si quelquefois on les a retranchées
totalement , ce n'a été que quand le produit
des Bénéfices suffisoit à peine pour la subsistance
des Desservants . Ainsi la Pension de
M. l'Abbé Boucher n'excedant point les termes
de l'Edit de 1671. il n'y avoit aucune
raison pour ne pas l'acquitter.
La seconde fin de non recevoir fut tirée
du
AQUST. 1740. 1715
du Concordat de 1736. lequel n'étoit point
attaqué , & ne pouvoit l'être , l'Ordonnance
de 1560. ayant défendu de se pourvoir contre
une Transaction sur Procès .
Au fond , M. l'Abbé Boucher fit voir qu'un
Bénéfice & une Pension sont deux choses
absolument differentes , soit dans leurs principes
, soit dans leurs effets.
Les Pensions sur Bénéfices ont toujours
été regardées comme un usufruit profane ,
comme un droit purement temporel .
Suivant l'Article 50. de nos Libertés , les
Pensions peuvent être créées en plusieurs
cas , notamment pour pacifier des Bénéfices
litigieux.
Pour être pourvû d'un Bénéfice , il faut
être engagé dans l'Etat Ecclésiastique , on
ne peut en posseder aucun lorfque l'on est
marié ; les Bénéficiers sont tenus de réfider ,
de dire l'Office , ddee porter l'Habit Ecclé
siastique , ils sont chargés de réparer les
Bâtimens , ils peuvent réfigner ou permuter
& c.
›
Au contraire , on voit tous les jours des
Laïcs , tels que les Chevaliers de S. Lazare ,'
& même des personnes mariées avoir des
Pensions sur des Bénéfices ; ceux qui ont
ces Pensions ne sont astreints à aucune des
charges dont les Bénéficiers sont tenus ; ils
ne peuvent aussi ni résigner , ni permuter.
Bij Or
1716 MERCURE DE FRANCE
Or, si la Pension ne sçauroit être regardée
comme un Bénéfice , quel inconvenient y at'il
que celui qui est pourvû d'une Dignité
dans une Eglise Collegiale , possede une Pension
sur un Bénéfice qu'il a résigné ?
Ces principes nous sont attestés par les
plus sçavans Canonistes , Flaminius Parisio
Gomez , Gonzallez.
>
La Cour a confirmé de semblables Pensions
par differens Arrêts de 1659. du mois
de Juin 1682. & du 11. Mars 1733.
L'Arrêt du 14. Janvier 1661. ne déclara
vacans les Bénéfices de M. Tubeuf , qu'à
cause qu'il étoit nommé Evêque de S. Pons ,
& non à cause de la Pension qu'il avoit réservée.
Le Reglement du 16. Juin 1664. a eu pour
objet d'empêcher que l'on ne retint des Pensions
sur des Cures , à moins qu'on ne les
eût desservies pendant 10. ans, ce que l'Edit
de 1671. a ensuite fixé à 15. ans . Mais ces
Reglemens ne parlent que des Cures , & non
des autres Bénéfices , & il n'en résulte point
la Pension sur un Bénéfice puisse jamais
être comparée au Bénéfice même .
que
Suivant la Déclaration de 1681. pour être
dans le cas de l'incompatibilité , il faut que
Pon possede en même tems deux Béné
fices obligeant à résidence ; il n'y est point
parlé de l'Ecclésiastique , qui ayant résigné
un
A OUST. 1740; 1717
un Bénéfice sujet à résidence , acquiert, plusieurs
années après,un autre Bénéfice de cette
qualité. M. l'Abbé Boucher avoit renoncé au
Doyenné de S. Emilion , sept ans avant qu'il
fût pourvû de la Chantrerie de S. Honoré
ainsi la Déclaration de 1681. ne le concerne
point.
per
Une des causes de l'incompatibilité , est
aussi que le Pourvû de deux Bénéfices
çoit les fruits de l'un & de l'autre ; mais M.
I'Abbé Boucher n'a jamais touché que sa
Pension , & non les revenus du Doyenné de
S. Emilion.
D'ailleurs ce sont les Titres des deux Bénéfices
réunis dans la même personne , qui
obligent à faire l'option ; les revenus ne sont
à cet égard d'aucune considération : cela est
si vrai , qu'on peut posseder plusieurs Bénénéfices
simples , parce que les Titres n'en
sont point incompatibles. Or M. l'Abbé
Boucher n'a pas cumulé deux Titres , puisque
celui de S. Emilion ne lui apartient
point , & qu'une Pension n'est point un Titre
; par consequent il n'a pas été dans la
necessité d'opter.
La Déclaration de 1681. ne parle point
des Pensions & ne dit pas que celui qui a
résigné un Bénéfice, à charge d'une Pension
ne pourra dans la suite posseder cette Pension
avec un Bénéfice sujet à résidence . Em
By ma
1718 MERCURE DE FRANCE
•
matiere de Loix pénales , on n'argumente
jamais à simili , il ne faut donc. étendre
aux Pensions ce qui n'est dit que pour les
Bénéfices.
pas
S'il n'y avoit point de difference entre la
Pension & le Bénéfice , il s'ensuivroit que,
faute par M. l'Abbé Boucher d'avoir opté ,
on auroit pû jetter un dévolut sur sa Pension
pour cause d'incompatibilité , ce qui ne
seroit pas écouté.
La même Question s'étant présentée dans
les mêmes circonstances en la seconde Chambre
des Requêtes du Palais , entre M. Lorey
, Bénéficier de S. Jacques l'Hôpital , &
M. Rihoney Desnoyers , Curé de Crespieres
, Diocèse de Chartres , on soûtint que
les Pensions semblables à celle dont il s'agit,
devoient cesser d'avoir lieu , si -tôt que le
Pensionaire obtenoit un Bénéfice sujet à résidence
; mais la Sentence condamna le Résignataire
à payer les arrerages de la Pension ,
& à la continuer à l'avenir.
Par Arrêt du 20. Août 1739. rendu conformément
aux Conclusions de M. Gilbert
de Voifins , Avocat Géneral , la Sentence
rendue aux Requêtes du Palais , en faveur
de M. l'Abbé Boucher , fut confirmée , &
PApellant condamné en l'amende & aux
dépens .
LET:
AOUS T. 1740. 1719
LETTRE en Vers & en Prose , de M.....
écrite à un de ses Amis à la Campagne.
pour
les Amans l'abſence eft un tourment terrible
;
C'eft ce que tous les jours on lit dans les Romans ;
Je croyois de ce mal l'Amant feul fufceptible ;
Mais j'aprends aujourd'hui de mon coeur trop fenfible
,
Qu'il bleffe les Amis ainfi que les Amans.
Quel ennui , quel suplice extrême
D'être éloigné de ce qu'on aime
L'efpace d'un jour feulement !
Qui l'eût dit qu'à mon coeur trop tendre
Ton départ dût causer un fi cruel tourment à
Quand j'avois le plaifir de te voir , de t'entendre ,
Il eft vrai , mon bonheur étoit doux & charmant
Mais je n'euffe pas crû qu'à ce contentement
Nul autre ne fût comparable ;
Rien toutefois , hélas ! n'étoit plus véritable .
D'un bien que l'on poffede on ignore le prix ;
A force d'en jouir il devient moins aimable ;
Mais l'abſence foudain réveillant nos eſprits ,
Sçait bientôt nous punir de ce dégoût coupable.
Oui , Monsieur , il est vrai , en Prose com
me en Vers , que l'abfence d'un Ami tel que
B vj
Yous
1720 MERCURE DE FRANCE
vous , m'afflige extrêmement. Encore si
c'étoit là tout mon chagrin , l'esperance que
vous me donnez d'un prompt retour , pourroit
me consoler. Mais le Diable qui ne veut
pas que je sois malheureux à demi , vient
de me susciter un Procès dans lequel je pense
qu'il ne voit goute lui -même. Vous fçavez
quel Monftre c'cft qu'un Procès , & s'il
en faut deux pour faire perdre la tête à un
homme comme moi , qui ignore si Cujas eft
Allemand ou François.
Voir un avide Procureur
Solliciter vingt fois un Raporteur ,
Elever jufqu'au Ciel fon efprit , fes lumieres ,
Defcendre aux plus viles prieres ,
Pour faire mettre au néant un Apel ;
Oujir toujours citer le Code & le Digefte ,
Ç'eft , à mon fens , le fort le plus funefte
Que puiffe fur la Terre effuyer un Mortel,
Ajoûtez à mon malheur la bizarrerie de
ma Climene , qui souvent m'aime le matin ,
& me hait le soir , au point de ne pouvoir
souffrir ma présence.
Je croyois mettre la plume à la main
pour
ne m'occuper que de vous ; mai je n'ai pû
passer outre , sans me décharger de mon
chagrin , en vous l'aprenant. A présent que
que je pense avoir dit tout ce qui me concer
ne
A O UST. 1740 1721
,
ne , je vais tout de bon vous entretenir de ce
qui vous interesse . Je dis donc que la fucceffion
qui vous eft échûë..... Mais me voilà
déja arrêté au premier pas . Dois -je vous consoler
de la perte que vous venez de faire de
Monsieur ?... Dois- je me réjouir avec vous du
bien qu'il vous laisse par sa mort ? Je crois
en attendant votre décision , que les écus &
les belles Terres que vous laisse après 70. an
nées de jouissance , un parent que vous n'avez
jamais vû , auront plus de force dispour
siper votre inquietude , que toutes les belles
Sentences Grecques & Latines que je pourrois
vous citer fur la néceffité de la mort. Au
refte en fidele & veritable Ami , je veux
être de moitié avec vous ; & comme je partagerai
votre douleur au moindre figne que
vous me donnerez qu'il faudra pleurer ,
de même je prétens partager le trésor du
bon- homme , auffi- bien la bonne fortune
eft elle plus difficile à foûtenir que la mau
vaife . De plus , puifque tout doit être commun
entre nous , & que je m'offre fi génereusement
à vous décharger d'une partie de
vos biens , il eft jufte que vous preniez fur
votre compte une partie de mes maux. Vous
ne fçauriez refufer d'y confentir : c'est unc
Loi reçûë dans le Pays de l'amitié , Pays que
vous parcourez infatigablement , & où vous
avez planté des colomnes plus durables , que
celle
$
1722 MERCURE DE FRANCE
celles d'Hercules , je parle de votre attachement
pour vos Amis. Pays qui eft d'une trèspetite
étendue , & fort peu connu dans le
fiécle où nous fommes , quoique plufieurs
perfonnes prennent pour lui tout ce qui en
a l'aparence. Pays que le monde credule , qui
penfe y avoir fait de grandes découvertes
quoiqu'il n'y ait jamais abordé ,
Par une illusion fatale
Met sous la Zone glaciale .
Pays qui de l'Hiver ne connoît pas les Loix.
Pays dont le froid & la nége
Sort exilés dans tous les mois ,
L'Antipode de la Norvege .
Pays isolé , Pays chaud ,
Pays desert , Pays que brûle
Toujours l'ardente Canicule ;
Pays , pour finir en un mot ,
Que dans notre course rapide ;
Nous plaçons , vous & moi fous la Zone torride .
2
45
C'eft-à - dire , pour parler plus clairement ,
que les véritables Amis s'aiment d'un amour
mutuel , qu'ils embraffent avec chaleur les
interêts de leurs Amis. Mais je ne m'aperçois
pas , que quelque peu d'efpace qu'ait ce
Pays , je ne laiffe pas de m'y égarer . Je reviens
donc à cette Loi fondamentale qui y
eft
AOUST.
1740. 1723
le
,
eft en vigueur , de poffeder tout en commun;
& pour la mettre en pratique , je vais faire
partage de mes maux. Je vous cede pour
votre lot , les foins & les embarras de mon
Procès. Auffi - bien , grace au terroir Normand
, où vous avez fuçé la plus fine fleur
de la Chicane , vous êtes plus au fait de la
Procedure que moi , qui pariai l'autre jour
bonnement , qu'Ulpien avoit aidé Juftinien
dans fes Inftitutes . Pour moi , qui ai plus
de courage & de fermeté que vous , je continuerai
à me charger des rigueurs de la capricieuse
Climene .
Je fuis , &c.
**
IMITATION de la VII . Satyre du II ,
Livre d'Horace : Jamdudum aufculto &c.
* Cette Satyre eft un Dialogue entre Horace &
Davus , fon Efclave , qui lui reproche fes Vices , en
ufant du Privilege des Saturnales .
Davns.
Depuis longtems j'écoute ; & brûlant du defir
De vous dire deux mots , sous votre bon plaifir ,
J'ai peur .....
Horace.
Eft- ce Dayus
Davas
1724 MERCURE DE FRANCE
Davus.
Oui. C'eft Davus , lui- même ,
Votre Esclave fidele , Efclave qui vous aime ;
Honnête Homme de refte , & par vous réputé
Digne de vivre.
Horace.
Oh ! bien , prends donc la liberté
Que le mois de (4) Decembre offre à tous tes fem
b'ables ;
Puifqu'enfin , par des Loix qui font inviolables ,
Ainfi Pont établi nos anciens Romains.
Tu peux parler.
Davus.
Mon Maître , une part des Humains ,
Dans les Vices honteux qui fçavent trop lui plaire,
Jusqu'au dernier soupir conftamment perſevere.
Une autre ( & fon inftinct eft le pius géneral )
Tantôt fe porte au bien , tantôt ſe porte au mal.
Priscus , dont l'inconftance étoit démesurée
Souvent de trois Anneaux avoit la main parée
Et l'avoit quelquefois fans aucun ornement.
On le voyoit changer d'habits à tout moment ;
*
>
(a) C'étoit en ce Mois qu'on célebroit les Saturnales.
Les Efclaves joüifoient alors du Privilege de
parler librement à leurs Maitres , en mémoire de l'heureuse
égalité qui regnoit entre les Hommes pendant le
Siecle d'Or.
Se
A O UST. 8729 1740.
Se dérober ſoudain d'un Logis honorable ,
Pour aller fe cacher dans un Lieu miserable ;
D'où quelque Affranchi, même un peu civilisé,
Eût eû peine à sortir sans qu'on en eût causé.
Dans Athenes Sçavant , Adultere dans Rome ;
Ici , franc débauché ; là , prudent , honnête homme
De Vertumne il prenoit tous les differens traits .
Le Joueur Volanere , auffi fou que jamais ,
Quand la Goutte en ses mains , qu'elle avoit affai
lies ,
Eût juftement puni ses premieres folies •
Prit , à tant par journée, un Commis, à l'effet
De remettre pour lui les Dez dans le Cornet ;
D'autant moins malheureux , qu'ayant moins de
caprices ,
Il étoit plus conftant & plus ferme en fes Vices
Que Prifcus , qu'on a vû des deux côtés pancher ,
Tantôt ferrer la bride , & tantôt la lâcher.
Horace.
Ne parviendras-tu point au terme de me dire ,
Maraut , quel eft l'objet de ta fade Satyre?
Davus.
Vous , mon Maître .
Horace.
Moi ?
Davns.
Yous.
Horace
1726 MERCURE DE FRANCE
Horace.
Comment , double fripon ,
Que fais-je , qui t'oblige à parler fur ce ton ?
Davus.
Des anciens Romains, de leurs moeurs heroïques ,
Vous dites tous les jours des chofes magnifiques ;
Et puis, si quelque Dieu vous invitoit foudain
A prendre leur coûtume , il parleroit en vain.
Soit qu'au fond ce que dit votre bouche severe ,
Ne vous paroisse pas le mieux qu'on puisse faire ;
Soit qu'enfin vous manquiez de résolution ,
Pour ajoûter l'exemple à l'exhortation ,
Et que vous n'ayez point , jouet d'un charme
étrange ,
La force d'arracher votre pied de la fange.
A Rome , la Campagne eft l'objet de vos voeux.
Aux Champs , vous élevez la Ville juſqu'aux Cieux,
Vous louez , dans le tems qu'aucun ne vous régale,
Les tranquilles douceurs d'une Table frugale ;
Et comme si jamais, vrai Captif, enchaîné ;
Malgré vous aux feftins vous étiez entraîné ,
Vous vous tenez heureux plus qu'on ne fçauroit
croire ,
De ne point essuier la contrainte de boire.
Mais enfin , que , pressé du defir de vous voir ;
Mécene vous invite à fouper quelque foir ;
Yous voilà prêt d'aller ,fans que rien vous arrête ;
Et
1
A O UST. 1740. 1727
Et nous vous entendons crier à pleine tête :
Eh , de l'Huile. Un Flambeau. Vite... Eft-onfourd
ici ?
› Milvius ( b ) s'en retourne , & les Bouffons auffi ,
Confternés d'un départ , qui fouvent vous attire
Des imprécations que je ne veux pas dire.
On peut me reprocher quantité de défauts ;
Je l'avoue, Il eft vrai ; j'aime les bons morceaux
A l'odeur d'un ragoût j'ai le nez fort ſenſible.
Ennemi du Travail à ma fanté nuifible ;
Je suis un Paresseux , & des plus averés ;
Un yvrogne , un gourmand ; tout ce que vous vou
drez.
Et vous,qui tous les jours, avec vos airs de Maître,
Faites la même chose , & pis encor peut - être ,
Vous me donnez , à moi , mille noms odieux ,
Commesi dans le fond vous valiez beaucoup mieux,
Parce que vous fçavez fous de belles paroles
Cacher tous les excès de vos paffions folles !
Parce que vous fçavez vous déguiser ! .. Mais quoi !
Si je vous convainquois d'être plus fou que moi ,
Qui ne vous ai coûté qu'une ſomme affés vile …..?
Eh ! moderez un peu l'ardeur de votre bile .
Par un air menaçant ne m'épouvantez pas :
Calmez votre courroux : Retenez votre bras ,
Tandis qu'ingénûment vous ouvrant ma pensée
(b) Parafite.
Je
1728 MERCURE DE FRANCE
Je vais vous debiter la Morale sensée ,
Et les forts Argumens dont j'ai l'efprit tout plein ;
Grace aux doctes leçons du Portier de Crispin. (c)
(d) Oh ! moi , je ne fuis point , dite -vous, Adultere!... "
Ni moi Larron , non plus ; quand la peur falutaire
De fubir tôt ou tard un Deftin affligeant ,
M'empêche de voler quelque Vase d'argent.
Qu'on ôte le péril : la Nature fans bride ,
Ne gardera plus d'ordre en sa course rapide.
Qui ? vous mon Maître ? Vous ?... Osez-vous usurper
Ce titre spécieux , vous que l'on voit
ramper
Sous l'empire gênant de cent sortes d'affaires ,
Que votre ambition seule rend nécessaires ?
Vous , que tant de Mortels captivent fous leurs
loix ?
Vous, qui , quoique puni par trois ou quatre fois
Etes toujours en butte aux dangers, aux allarmes ,
Où de la Volupté vous jettent les faux charmes ?
Vous, qu'aveugle sans cesse un eſpoir décevant ? ...
Ajoûtez aux raisons déduites ci - devant ,
Une autre que je crois pour le moins auffi grave.
Car,foit qu'à ceux qu'on fait servir sous un Esclave,
(c) Stoïcien , qu'Horace tourne en ridicule dans
plus d'un endroit de fes Satyres.
(d) J'ai crû devoir fuivre ici le P. Jouvency , qui a
retranché 26. Vers du texte Latin , lefquels contien
ment une Defcription un peu trop Cinique des débanbes
d'Horace & de celles de fon Valet,
Yous
A O UST. 1729 1740
Vous donniez certain Nom , ( e) qui , par un franc
abus ,
De dépendance en eux marque un dégré de plus ;
Soit qu'en nous abftenant de farder le langage ,
Nous devions les nommer Compagnons d'esclavage,
Que suis-je à votre égard , & qu'êtes- vous au mien?
Vous me commandez : oui ; je l'éprouve trop bien;
Mais vous êtes forcé d'obéir à cent autres.
J'ai mon Maître , il e vrai , mais vous avez les
vôtres ;
Et , tel qu'une Machine , on vous voit aujourd'hui
Dans tous vos mouvemens agir au gré d'autrui .
Quel Homme eft libre donc ? C'eft , s'il faut vons
le dire ,
Le Sage , qui fur soi prend un fuprême empire ;
Qui ne craint point les Fers , la Mort, la Pauvreté ,
Qui vainc de ses defirs l'impetuosité ;
Qui pour les faux honneurs montre un mépris extrême
;
Qui, rond & ramassé tout entier en lui- même
Ne donne aucune prise au plus subtile effort
Que fait , pour l'arrêter , la malice du Sort.
Voilà ce qu'en effet l'Homme libre doit être,
Horace à ces traits là peut-il se reconnoître ?
Parlez de bonne foi ; vous ne le pouvez pas,
(e) Ce Nom étoit Vicarius , d'où vient le mot François
Vicaire , tropSacré pour pouvoir être employé dans
cette Traduction,
Unc
1730 MERCURE DE FRANCE
Une Femme vous met à haut prix ses apas ;
Exige cinq Talens ; vous querelle , vous gronde ,
Vous chasse , vous bannit , d'un sceau d'eau vous
inonde ,
Après qu'elle vous a fermé la porte au nez ;
Puis elle vous rapelle.... & puis vous retournez !
Quoi ! lâche , c'est ainsi que l'Amour vous fur
monte !
Eh ! fecoüez un joug qui vous couvre de honte !
Que ne répondez -vous d'un ton fier & hautain ;
C'en eft fait. Je fuis libre , on me rapelle en vain ?
Vous ne fçauriez . Un Maître ( ƒ) impérieux & rude
Vous aiguillonne au fort de votre lassitude ,
Vous presse de marcher, & malgré vos refus ,
Vous reconduit au Lieu d'où vous étiez exclus .
Que dis-je ? Il renforcit la chaîne qui vous lie.
Passons. Lorfqu'aveuglé par une autre folie ,
Vous vous extasiez à l'aspect d'un Tableau
Où jadis Pausias (g) exerça son pinceau ,
Péchez-vous moins que moi , vous , dont je fuis
l'exemple ,
Quand , le jarret tendu , j'admire , je contemple
Les Combats de Rutube ( k ) & de Placidejan , (a)
Qu'avec tant de bon goût , selon moi , l'Artisan
Moyennant le charbon ou l'ocre a fçû dépeindre ,
(f) L'Amour. (g) Peintre fameux. ( h i ) Gladia→
teurs.
Qu'il
A O UST. 1740.
1737
Qu'ils semblent en effet chercher à s'entre- attein
dre ,
L'un à l'autre porter plus d'un coup dangereux ,
Et du
coup ennemi se garder tous les deux ?
J'entends dire : Davus au moindre objet s'arrête.
Le Coquin a toujours la bagatelle en tête.
C'est un vrai Faineant . Mais vous , à ce qu'on dit,
Vous êtes un sublime & merveilleux Efprit ,
Dont les décisions sont toutes sans replique ,
Quand vous avez jugé de quelque Quvrage antique.
Moi jefuis un Vaulien , lorfque sans résister ,
Par un Gâteau fumant je me laisse tenter ;
Et vous quand yous feignez la moindre répugnance
D'aller à ces Repas où regne l'abondance ,
En Mérite , en Vertu vous n'avez point d'égal ,
Mon amour pour mon ventre , il eft vrai , m'eſt fatal .
Pourquoi ? Mon dos en souffre une trifte avanie.
Mais votre avidité réfte - t'elle impunie ,
Quand vous vous surchargez de Mers & de Ragou ,
Trop amples pour un Homme auffi petits que vous
; car tout cet amas de Viandes differentes
Non ;
S'aigrit
& forme en vous des humeurs mal-faisantes
;
Et vos pieds chancelant refusent desormais
De porter votre Corps usé par tant d'excès .
Eh ! de la couleur la plus noire on habille
L'action d'un Valet qui dérobe une Etrille ,
Qu'iltroque nuitamment contre un peu
ܕ
quol
de raisin ;
Et
732 MERCURE DE FRANCE
Et celui qui va vendre un Champ à son voisin ,
Pour subvenir aux frais d'un Feftin inutile ,
Ne fait rien cependant de bas , ni de servile ?
Ma foi , c'est se mocquer que de parler ainsi.
A vos défauts susdits j'ajoûterai ceux -ci.
Pour vous la Solitude est un suplice extrême ;
Et vous ne sçauriez être une heure avec vous -même.
Dès que vous êtes seul , l'ennui vient vous faifir.
Vous n'usez jamais bien des momens de loifir ,
Dont la bonté du Ciel vous fait fouvent largesse.
Errant & vagabond , vous vous fuyez fans ceffe.
Tantôt par le fommeil , & tantôt par le vin ,
Vous tâchez d'éluder le souci , mais en vain :
C'est un noir Compagnon , qui , malgré votre fuite,
Toujours pour vous gêner, se trouve à votre suite.
Horace.
Où prendrai-je nne Pierre ?...
Davus.
Oh ! oh ! qu'en ferez-vous ?
Horace.
Des Fleches , insolent ,
Davus.
Patience . Tout doux .
Ne vous échauffez point,mon Maître ; je vous prie ....
Cet Homme eft fou,fans doute,ou bien il verfifie.
Horace.
A O UST. 1740. 1733
Horace.
Ote -toi de mes yeux ,ou fais compte qu'aux Champs,
Fripon , je t'enverra : passer fort mal ton temps.
Là , du plus vil Emploi les fatigues immenses
Scauront bien me venger de tes impertinences .
F. M. F.
LETTRE écrite à M. le Chevalier de
p ******** , Capitaine de Vaisseaux
en datte du 22. Juin 1740. sur la décadance
qui arrive dans les Arts & dans les
Sciences.
Omme il eft effentiel , Monfieur , de
Cfeformer une jufte idée, des matieres
qu'on veut aprofondir, trouvez bon , je vous
prie, que je détermine le fens de la queſtion
que vous avez bien voulu porter à mon Tribunal
; or j'entens par ce mot ( Décadance )
certaine révolution qui arrive dans les Sciences
& qui fait qu'elles perdent peu à peu leur
ancienne fplendeur , au moment même de
leur plus haute perfection . Cela fuposé , je
remonte à l'origine des choses , & je prétens
que fi le peché du premier homme fut la
cause de nos tenebres & de notre ignorance ,
c'est encore aujourd'hui la corruption des
C moeurs,
1734 MERCURE DE FRANCE
moeurs , qui fait que les Sciences dégénerent
& s'anéantiffent
. En effet nous en trouvons
une preuve affés fenfible dans la deftruction
des Royaumes
& des Empires , qui dans tous les tems ont été plutôt fubjugués
par la
tyrannie des paffions , que par la force de
leurs ennemis. Il en eft de-inême à l'égard
des Sciences. Le vice eft un poison fubtil
qui infecte également
les coeurs & les esprits
; ainfi le luxe s'eft gliffé dans Rome &
dans Athenes. On n'y trouve plus ces hommes
fçavans & belliqueux
; au contraire , unique .
ment occupés d'eux -mêmes & de leurs plaifirs,
ils ont le travail en horreur , fe plongent
dans une molle indolence , & abandonnent
enfin la recherche
de la vérité.
Oserai-je esperer , Monfieur , que vous
aprouverez mes Refléxions ? Je ferois toutefois
bien flaté, fi je pouvois du moins vous
convaincre du fincere attachement avec lequel
j'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c.
L'Abbé de M******
LA
A O UST. 1740. 1739
LA LIBERTE'.
CANTATE à mettre en Musique.
R Evenez dans mon coeur , Evenez dans mon coeur , charmante Liberté ,
Reprenez sur mes sens votre premier empire ;
Dans quel aveuglement , dans quel affreux délire
L'Amour m'avoit précipité !
Je vous retrouve enfin , Dieux ! pourrai - je suffire
Aux aimables transports dont je suis agité ,
Vous qui m'avez causé le plus cruel martyre ,
Que je vais vous benir, douce infidelité !
Je brulois pour Philis de l'ardeur la plus belle
Mes feux étoient payés du plus tendre retour ,
Nous nous jurions sans cesse une amour mutuelle ,
Nos jours devoient finir plutôt que cette amour ;
Mais malgré ces sermens d'une flâme éternelle ,
A peine le Soleil eut vingt fois fait son tour ,
Philis cessa d'être fidelle ,
Que j'en souffris pour lors ! quel plaisir dans ce jour
Plus l'amour me causa d'allarmes ,
De soucis , de trouble & d'ennui ,
Plus mon état m'offre de charmes ,
Plus je le chéris aujourd'hui.
Cij Fuyor
#736 MERCURE DE FRANCE
F
Fuyez chagrin , inquiétude ,
Fuyez , enfant trop dangereux
Heureuse , aimable étude ,
Venez seule combler mes voeux .
Plus l'Amour me causa d'allarmes ,
De soucis , de trouble & d'ennui ,
Plus mon état m'offre de charmes ,
Plus je le chéris aujourd'hui .
D'ane tranquille indifference
Vous qui connoissez les douceurs ,
Vous qui méprisez la puissance
'Qu'Amour exerce sur les coeurs
Chantez , celebrez ma victoire ,
Instruisez en tout l'Univers .
?
De mon triomphe & de ma gloire
Faites retentir vos Concerts ;
Chantez , celebrez ma victoire
Instruisez-en tout l'Univers .
** de Bayonne le 17. Mai 17407
XE=
AOUST. 1740. 173
****************
REPLIQUE à la Réponse au Dialogue
inséré dans le Mercure de Décembre 1739.
1, Volume , sur la Question si les anciens
Gaulois parloient Grec.
E but de la Critique étant de découvrir
la vérité , je crois qu'on doit y proceder
fimplement & par de bonnes raisons ,
car de repeter dix fois qu'un Auteur prend le
change , & qu'il donne dans le travers , c'eft
y donner foi- même.
L'Ecrivain qui m'engage à cette Réplique
a prétendu , & qui pis eft , prétend encore
que la Langue Celtique , cette Langue ma
ternelle des Gaulois , n'étoit autre que le
Grecque. Il donne pour garants de ce Paradoxe
S. Jérôme , Strabon & Lucien. Voyons
ce qu'il leur fait dire dans fa Réponse insé
rée au Mercure d'Avril 1740 .
23
» Je foûtiens , dit- il, dans ma Lettre à l'Au-
» teur des Observations , que le Grec a été
Langue vulgaire à Tréves , car , ajoûte
» t'il , S. Jérôme dit qu'à Tréves on parloit
» la même Langue que dans la Galatie, l'Hel
»lespont , l'Oeolie & l'Ionic. Reste à sçavoir
qu'elle Langue on parloit dans ces
Contrées de l'Afie , fi c'étoit le Grec ;
Cij
queftion
738 MERCURE DE FRANCE:
queftion que je laiſſe à décider à notre Dia
»logifte.
"
Très- volontiers , prenons S. Jérôme pour
garant , mais je ne veux pas décider , ce fera
le Public. Heureusement nous ne vivons pas
parmi les Hurons ou les Iroquois , nous connoiffons
les Ouvrages de S. Jérôme , & nous
pouvons vérifier la Citation. L'Auteur du
Paradoxe cite d'un maniere vague, Hieronim.
in Epift. D. Pauli ad Galatas. Il entend parler
, sans doute , du Prologue de ce S. Docteur
, du fecond Livre de fon Commentaire
fur l'Epitre de S. Paul aux Galates. Voici
fes termes.
"
"
» Nous avons une chose à ajoûter , pour
remplir la promeffe que nous avons faite
» au commencement , que les Galates , ou-
» tre la Langue Grecque , dont fe fert tout
» l'Orient , ont un langage propre , presque
» femblable à celui des Trévirois , & que ce
qui peut s'en être alteré n'eſt pas confidé
» rable. Unum eft quod inferimus , & promis
sum in exordio reddimus , Galatas excepto sermone
Graco , quo omnis Oriens loquitur , propriam
Linguam eamdem penè habere quam
Treviros , nec referre si aliqua exinde corruperint.
Voilà le Paffage vis - à -vis de la Citation.
Je ne sçais trop comment l'Auteur du
Paradoxe foûtiendra ce parallele. Les Gaulois
d'Afie parloient Grec , parce que cette
Langue
A O UST. 1739 1740 .
Langue étoit ufitée dans tout l'Orient ;
mais ils avoient outre cela un langage propre,
propriam Linguam , & ce langage étoit le
même que celui des Trévirois , je laiffe la
conclufion au Lecteur.
Avant que de quitter S. Jérôme , raportons
encore ce qu'il dit touchant les Marseil-
» lois. Les Phocéens ont bâti Marseille , dont
» les Habitans font nommés Trilingues , par
» Varon , parce qu'ils parlent Grec , Latin &
» Gaulois. Massiliam Phocai condiderunt ;
quos ait Varo trilingues esse , quòd & Gracè
loquantur & Latinè & Gallicè. Etoit- ce donc
la même chose de parler Grec & Gaulois ?
Venons à Strabon. Cet Auteur en parlant
de la Gaule Narbonoise & de la Républi
que de Marseille , dit que les Marseillois ont
tellement inspiré le goût du Grec aux Gaulois,
qu'ils ont apris à dreffer des formules d'Actes
en Grec. Tantum Gracarum Litterarum
studium apud Gallos excitavit , ut contractuum
quoque formulas Græcè conscriberent . Strab .
Lib. 4.
Si les Marseillois avoient inspiré le goût
du Grec aux Gaulois , dont parle Strabon ,
c'eft-à-dire à ceux de la Gaule Narbonoise ,
la Langue naturelle de ces Peuples n'étoit
donc pas la Grecque ?
Après ces Citations , croira -t'on que Lucien
dans fon Hercules Gaulois ,ait affûré
C iiij
que
la
1740 MERCURE DE FRANCE
la Langue Grecque étoit naturelle auxGaulo
On va voir que ce n'ef que l'Auteur du Paradoxe
qui l'affûre. Voici les premiers mots de
Lucien. Herculem Galli Lingua gentis ver
nacula Ogmium vocant . Donc les Gaulois
avoient un langage propre , bien different du
Grec , dans lequel ce Dieu que les Gaulois
nomoient Ogmium , s'apelloit τiν Ηρακλέα ,
Je pourrois ajoûter ici & prouver que les
Gaulois nommoient Mercure Teutates , &
Mars Hesus.
>>
Enfin l'Auteur du Paradoxe voudroit tirer
parti du témoignage de Scipion Dupleix , &
par malheur cet Auteur va fe trouver encore
contre lui . Qu'on ouvre fes Mémoires de la
Guerre des Gaules, Livre premier , Chap. 19 .
on y verra fur l'opinion renouvellée par l'Auteur
que je combats , " que cette opinion e
» fort absurde , & n'eft fondée que fur deux
Paffages de César, mal entendus ..... Je
» veux raporter un autre paffage de César, qui
»fert grandement à ce propos , lorsqu'il ré-
" cite que Q. Ciceron , un de fes Lieutenans,'
» étant affiegé par les Gaulois , il lui écrivit
» une Lettre en Grec , afin ,
dit- il , G
» d'avanture elle étoit furprise par les Ennemis
, ils n'euffent pas moyen de découvrir
» fon avis. Que fi la Langue Grecque eût
» été tant foit peu familiere aux Gaulois , ce
» n'étoit pas -là un moyen affûré pour n'être
"pas découvert.
Voilà
que
A O UST. 1740. 1741
Voilà ce que j'ai à repliquer à l'Auteur du
Paradoxe , j'ai tâché de le fervir fuivant fon
goût , il a demandé qu'on l'attaquât de bonne
grace , qu'on en vint aux mains avec lui
qu'on le forçât dans fes retranchemens . Il
me femble que j'ai fait tout cela en peu de
mots. Il n'en feroit peut- être pas quitte à fi
bon marché avec fon autre Agreffeur , s'il
vouloit s'en donner la peine. Mais à propos
du mot d'Agreffeur , il eft ici très - déplacé ,
car tout Auteur qui veut dans un Ouvrage
changer , renverser les notions ordinaires .
& y fubftituer des préjugés qu'il veut qu'on
révere , eft proprement l'Agreffeur.
Depuis que je me fuis engagé dans cette
espece de combat Litteraire , j'ai reçû le premier
Tome de la Collection des Hiſtoriens
des Gaules & de la France ; il feroit à fouhaiter
que tous les Critiques imitaffent la fage
modération du fçavant Auteur de la Préface
de ce Recueil , D. Martin Bouquet. Il étois
de fon Sujet de traiter la même queſtion . J'avoie
que j'ai été flaté de le trouver de mon
fentiment , & je fuis de plus, persuadé comme
lui, que s'il refte quelques veftiges de la
Langue naturelle des Gaulois ou Celtes , c'eft
dans le Pays de Galles & chés nos Bas - Bretons
R D. R.
CX
A LA
.
"
1742 MERCURE DE FRANCE
AssetAst
A LA GLOIRE ,
ODE.
REine des Ames
magnanimes ,
Mere de l'Immortalité ,
Toi , qui de tes rayons sublimes
Couronnes sa Divinité ;
Gloire , du sort fatal d'Icare
Sauve un Emule de Pindare ;
Qui veut célebrer ta grandeur ;
Echauffe , remplis mon génie ,
Sois l'ame de mon harmonie ,
Et tout le prix de sa douceur.
*
De l'orgueuil , Fille ambitieuse ;
Vaine gloire fui loin de moi ,
Tu n'as qu'une beauté trompeuse ,
Mon encens n'est pas fait pour toi.
A toi seule , Gloire féconde ,
Invisible Soleil du Monde ,
Ma voix consacre ses accords ;
A toi , qui sçais de la Nature
1
Par ton ardeur & vive & pure
Faire éclore en nous les trésors .
Sut
AOUST. 1740. 1743
Sur tes pas , divine Athalante ,
Dont l'or ne triompha jamais ,
D'Amans une troupe brillante
Vole , éprise de tes attraits¡ ´
Leur Elite dans ta carriere
Joint déja ton Char de lumiere
Que son triomphe est précieux !
Elle fait l'éclat de la Terre ,
Comme le séjour du Tonnerre
Brille de la splendeur des Dieux.
*
Mais que de routes differentes
Sont ouvertes à leurs efforts !
Bellonne aux Enseignes sanglantes
Ici , fignalé ses transports ;
•
Je vois Fabius à sa suite ,
Vainqueur par sa sage conduite ,
Sauver & Rome & ses Guerriers ,
Et le Destructeur de Numance
De la vertu , de la vaillance ,
Cueillir les immortels Lauriers.
*
Là , l'illustre Codrus s'immole ,
Pour sa Patrie & ses Sujets.
Là , Titus monte au Capitole
Pour y répandre ses bienfaits ,
C vj Tel
1744 MERCURE DE FRANCE
Tel le Monarque de la France
A toute l'Europe dispense
L'Olive & la prospérité.
Rois , que ces augustes Modelea
Fassent de vos Peuples fideles
A jamais la félicité !
*
Un nouveau Spectacle m'attire.
Au sein de la Paix , des Vainqueurs
Dont les triomphes sont l'Empire
Qu'ils ont obtenu sur leurs coeurs .
Pour ennemis ils ont les vices ,
Les passions & les délices ,
Hidres qu'ils ne dompteroient pas ,
S'ils n'avoient auprès d'eux Minerve ,
Qui dans le combat les observe ,.
Et fait ce que fit Lolas.
*
Quels sont ces Bâtimens énormes
Qui s'élevent de toutes parts ?
Je tremble à l'aspect de leurs formes
Vauban dirige leurs ramparts :
En vain l'implacable Bellonne
Contre lui gronde , éclatte , tonne ,
Son Compas brave sa fureur ,
Là , n'ont plus le même avantage ,
AOUST.
1745 1740.
Ni la force , ni le courage
De l'Art l'Art seul est le vainqueur.
*
Neptune surpris sur ses Ondes
Voit floter des Châteaux aîlés ;
Il a séparé les deux Mondes ,.
Mais l'homme les a rassemblés ..
Tout ce qu'en un climat bizare
Refusoit la Nature avare
A ses Habitans malheureux,
Grace à l'intrepide Pilote ,
Arrive , paroît sur leur Côte ;
Tous les biens sont communs pour eux»,
*
Tout , jusqu'à la Voute étoilée ,:
Cede aux Mortels audacieux.
Le Telescope à Galilée
Vient de montrer de nouveaux Cieux.
Les plus beaux secrets se découvrent
De l'Univers les ressorts s'ouvrent.
Pour Descartes & pour Newton ;
Mais leur raport presque contraire
Laisse encor bien des pas à faire ,
Dans leur carriere , à la raison.
B
2
Démos
1
"
1746 MERCURE DE FRANCE
Démosthènes se fait entendre ,
Et les Grecs s'arment pour leurs Loix ¿
Il fait quitter , il fait reprendre
Les Armes , au gré de sa voix.
De Rome l'Orateur s'avance ,
Antoine tremble en sa présence ;
; Il parle , & César est vaincu
L'un , à Thémis sert de Tonnerre
L'autre , lui sert de Cimeterrè
Tous deux d'Egide à la Vertu.
*
•
Je vois le Temple de Mémoffe ;
Les Enfans du Dieu de Délos
L'ouvrent , & soudain la Victoire
Entre à la tête des Héros ;
De leurs vertus , de leur courage
Chacun leur présente une image ;
Quels traits ! Dieux ! quel charme inoiti !
Mais de leur peinture parlante
Rien ne me plaît , rien ne m'enchante ,
Comme Achille , Enée & Henri .
*
Muse , où suis-je ? quelle harmonie !
Quels tons ! quels accords ravissans !
Quel Dieu ? quel aimable génie
M'inspire tout ce que je sens ?
Ah
AOUST. 1740. 1747
Ah ! c'est vous Amphions , Orphées ,
Que de Trônes ! que de Trophées !
Vous vous élevez dans les coeurs ;
Votre Art enchanteur & sublime
Sans le secours des mots s'exprime ,
Et peint sans celui de couleurs,
*
Tous les Etres se multiplient ;
Quel est ce prodige nouveau ?
Les bruns avec les clairs s'allient ;
C'est un Portrait , c'est un Tableau .
Célebres Apelles , la Gloire
Par vous donne un corps à l'Histoire ;
Je vois Caton , Trajan , Burrhus ;
Et par cette aimable imposture ,
Elle console la Nature
Des grands Hommes qu'elle a perdus.
*
Ciseau , rival de Prométhée ,
Tu n'es conduit que par sa main
Ton adresse n'est point tentée
D'un vil & méprisable gain ;
Si de la Cour de l'Empirée
Par ton Art la Terre est parée ,
Si tu rends la vie aux Héros ,
Si le Marbre en cent lieux respire ,
C'est
748 MERCURE DE FRANCE
C'est
que tu veux que l'on t'admire ;
Voilà le but de tes travaux.
*
24
Mortels plongés dans la molesse
Vous , qui méprisez , son éclat ,
Aprenez qu'il fait la richesse
L'honneur , la force d'un Etat ,
Votre bonheur est faux , frivole ,
Cessez d'en faire votre Idole ,
La brute en jouit comme vous ;
Mais ce bien préférable au Trône;
Et que la vertu seule donne ,
Ne fut jamais fait que pour nous
።
Telle , qu'un habile Pilote ,
Qui jusqu'au bout de l'Univers
Conduit sans naufrage une Flote
A travers les périls des Mers ;
Telle , que l'Astre salutaire ,
Du Phénix aliment & pere:,
Par qui s'éternise son sort ;
La Gloire en miracles féconde ,
Nous sauve des écueils du Monde ,
Et nous fait vivre après la mort.
Bar M. de S. R. de Montpellier:
LA
A O UST. 1745. $749
LA FABLE DU COUCOU ;
tirée d'un très-ancien Livre , qu'on ne
croit pas avoir jamais été imprimé. Extrais
de Lettre.
L y a ,
I croit n'avoir été fabriqués , pour ainfi-
Monfieur , des Contes que l'on
dire , que de nos jours , lesquels font cepen
dant très anciens. De tout tems , on s'eft plû
à fe réjouir dans les Compagnies par le récit
de quelques Evenemens vrais où faux. De
tout tems auffi , on a vû des gens atentifs à
transmettre à la Pofterité tout ce qui a l'aparence
de bons mots. Je ne parle point des
Contes de Bebelises , qui sont peut - etre les
plus anciens depuis l'origine de l'Imprimeries
mais de tous ces Ana qui sont venus depuis
cent cinquante ans , si on examinoit de bien
près certaines de ces Collections , on verroie
quelquefois que les Auteurs n'ont fait que
tourner en style de Prose , ce qui étoit originairement
en Vers , & vicè Versâ , & que
ce sont les lectures de quelques vieux Bouquins
qui leur ont fourni certaines Hiſtoriet
tes , qu'on avoit crû être de leur invention.
Chacun a les oreilles rompues du Conte
que l'on fait de ces deux Voyageurs qui se
reposerent fous un Arbre , & qui entendant
1750 MERCURE DE FRANCE
le Coucou , dirent l'un à l'autre que c'étoit
pour lui que cet Oiseau avoit chanté. On en
tire même une excellente Morale contre les
biens en Litige , & on fait voir au doigt &
à l'oeil qu'il n'y a que les Gens de Juſtice
qui sçavent profiter des Procès que les Particuliers
intentent les uns contre les autres .
Or, ce Conte a été fait bien avant le tems de
nos Ayeuls , puisqu'on le trouve dans des
Livres du tems de Charles VI. Le voici tel
que je l'en ai extrait. Il y eft en Vers Latins,
qu'on apelloit Leonins , à cause de la Rime
qui eft à l'hémiftiche , & à la fin de chaque
Vers. La Latinité n'en eft pas fort élégante ,
ni la Poëfie fans faute de quantité ; mais les
pensées y font exprimées fort naturellement.
La Rime , à laquelle visoient les Poëtes des
bas siécles , les faisoit quelquefois tomber
dans des naïvetés réjoüiffantes . Vous fçavez
combien cela étoit commun il y a quatre ou
cinq cent ans dans les Epitaphes. Mettez la
Fable fuivante dans le rang de ces fortes de
Poësies,
Arripuere viam socii pariter duo quidam :
Tam processerunt , quòd pro requie jacuerunt
Arbore fub quadam , Cuculus veniendo super quam
Coucou cantavit , & eos fimul evigilavit.
Unus ait reliquo : Pro te cantum fore credo
Quem Cuculus cecinit ; negat alter , & retrovertit :
Ime
AOUST:
1757 1740:
Imo magis pro te credo Cuculum ceciniſſe.
Sic altercantes fuerunt fibi convitiantes ,
Quilibet uxorem vocat álterius meretricem ,
Affignans caufas plures modò non recitandas.
Talibus ex verbis lis maxima crefcit acerbis ,
Verùm per litem quærunt sub Judice finem :
Petunt judicium , producit quifque libellum
Et sumptus plures faciunt magnos & inanes ,
Inter eos nam lis duravit pluribus annis .
Quidam discretus & eorum fidus amicus
Litem perpendit , & eos multum reprehendit
Quod Populi risum paterentur & undique damnum,
Et quafi pro nihilo dicens : Ego confilium do
De quarendo virum juftum , de Jure peritumi ,
Qui fine lite brevem vobis poffit dare finem.
Ergo virum quærunt , & processus sibi tradunt
De quovis quinque florenos vult vir habere ,
Promittens manè jus ipfis reddere planè.
Proni folverunt , dictâque die redierunt :
Arbiter in medio sedit pro jure ferendo ,
Atque Crucis signum faciens sic dicit ad unum
Judico non pro te quondam Cuculum ceciniffe.
Dixit ad reliquum : Nec pro te judico cantum ;
Sed pro me cecinit cui lucrum tale paravit.
Cantavit Cuculus nec in unius vel alius
Ut puto defpectum fed ut afferret mihi lucrum :
Ambos absolvo ; mihi lucrum namque reservo ;
E
ˋˋ
$752 MERCURE DE FRANCE
1
Et sumptus litis compensando's fore fcitis.
Ambo fatis referunt grates , pariterque recedunt ;
Credit quisque bonum de lite referre triumphums
Sic sunt quamplures per lites se cruciantes.
Iftis consimiles modicum de fine ferentes :
Lites ergo cave , fuerit nisi quando necesse .
。
PROJET & Article pour le Dictionaire Historique
, que l'Auteur du Mercure eft prié
de proposer aux Sçavans.
ANECHE - MEND - KAN ,
Philosophe
DMogol , mérite que son nom soit
transmis à la Pofterité , & consacré dans les
Monumens les plus durables , par raport રે
l'opinion qu'il avoit sur l'existence des choses
; car on va voir qu'elle marque une vi
gueur de génie & de pénetration tout - à - fait
rare , & tout- à - fait dans le goût du caractere
d'Efprit des Orientaux . Le plus court eft de
copier ici mot à mot le Passage de M. Bernier
, qui nous a conservé la pensée de
Daneche- mend Kan , puisqu'il l'a exprimée
avec toute la netteté requise, & que son récit
contient les qualités de cet Homme rare , & je
crois , tout ce qu'on sçait de lui . » N'ajoûte-
»rons nous point à tout ceci, dit M. Bernier
Extrait de l'Abregé de ba Philosophie de
Gassendi
A O UST. 1740. 1755
Gassendi , Edit. de Paris , 1674. page 188. )
❤le raisonnement de D.. M.. K.. , un des plus
» sçavans Hommes de l'Asie , & des plus
grands Omrahs de la Cour du Grand Mogol
? S'il y a quelque chose qui doive faire
• l'étonnement d'un Philosophe , ce n'eſt
point tant de ce qu'il y a un Dieu
99
85
•
un
Etre Eternel , nécessaire & intelligent ,
que de ce qu'il y a quelque chose , ou quelque
Etre en nature ; car il semble , mê disoit
ce grand Homme , qu'il ne devroit
absolument rien y avoir hors du Néant
» ni Dieu , ni Atomes , ni Monde. Or puis
qu'il faut cependant de nécessité avoüer
"
و
» non seulement qu'il y a effectivement quelque
chose , mais encore qu'il y a quelque
cho e d'Eternel, d'incréé, de nécessaire, &
» d'indépendant , Dieu , ou les Atomes ; il
» semble qu'étant d'ailleurs inconcevable que
» l'ordre & la disposition génerale du Mon-
» de , la disposition particuliere des parties
» du corps des Animaux parfaits , & cette
» force de l'entendement humain , puissent
» être l'effet d'un concours fatal & aveugle
» des Atômes , qui ne sont que de petites
» substances très - imparfaites , solides , dures,
»-impénétrables , insensibles , errantes , si
vous voulez , çà & là à l'aventure , & indifferentes
de soi au mouvement & au re-
"pos , & à une telle ou à une telle figure,
"
و د ز ا
1754 MERCURE DE FRANCE
» il semble , dis- je , ajoûtoit -t'il , qu'il eft
» bien plus raisonnable d'admettre cet Etre
» Souverain qui soit le premier moteur des
"Atomes , le Formateur ou Déterminateur
de leurs innombrables figures differentes, la
»cause dispositrice des parties du Monde ,
de celles du corps des Animaux , & la
» source primitive de tout sens & intelli-
» gence , que d'attribuer tout cela au seul
mouvement , figure , concours & disposi-
» tion naturelle & particuliere des Atomes.
» Cela même , disoit- il encore , nous met
» en repos du côté de cet ordre admirable
des parties , tant du Monde que du corps
» des Animaux , qu'on ne sçauroit consideêtre
comme forcés en même tems
» de reconnoître quelque Ordonnateur très-
» sage, très- prudent ; & nous délivrer de ce
remords importun qui doit travailler sans
» cesse l'esprit d'un Athée , pour peu qu'il
» soit capable de réflexion .
و د
rer,sans
J'observe là- dessus trois choses. 1°. Que
j'ai oui-dire que M. Bernier ne fait mention
de ce trait-là , que dans le Volume cité cidessus
, & qu'il n'en parle point dans son
Livre du même Abregé en 7. Volumes in
12. que je n'ai point vûs . 2° . Qu'il eſt éton◄
nant que les Editeurs du Morery n'ayent
point formé un Article pour ce Personage ,
vû que depuis 1674. que l'Abregé de M.
Bernier
A O UST. 1740:- 1755
Bernier eft imprimé , ils ont fait paroître
tant d'Editions & de Suplémens de ce Dictionaire
Hiſtorique . Eft- ce manque de goût ?
Eft- ce manque d'attention ? Ce n'eft peutêtre
ni l'un ni l'autre ; c'eft plûtôt que pour
la composition , & pour l'exécution d'un
Ouvrage aussi immense il faudroit , je
crois , non un Particulier , mais une Compagnie
de Gens , qui , avec de la Science,
euffent un bon esprit , du goût , du discernement
, & une saine critique . 3 ° . Qu'il n'eft
peut-être pas moins fingulier que Bayle ,
n'ait , que je scache , raporté nulle
part , ni
fait aucun usage d'une pensée auffi extraordinaire
, & qui par- là étoit si fort de son
ressort. Jajoûte une quatrième Observation
, c'eft qu'on m'assûre que M. le Gendre
de S. Aubin ne raporte point cette idée de
notre Daneche-mend- Kan , dans son Traité
de l'Opinion.
EP ITR E.
A l'Ombre de Despreaux.
S Age Rival de Lucile & d'Horace ,
Toi , qui près d'eux affis sur le Parnasse ,
Sçavois peser dès ta jeune saison
Les
1756 MERCURE DE FRANCE
Les droits du Style & ceux de la Raison ;
Quand sous les loix d'une juste Harmonie
Asservissant ton austere génie ,
divers
Tu nous traçois dans tes propos
L'Art d'allier le Sens avec les Vers.
Chantre fameux ! digne des Tems antiques !
Né pour bannir des Côteaux Poëtiques
Tous Gens intrus , tous maigres Nourrissons !
Viens , Despreaux , par d'utiles Leçons
Venger encor la Raison offensée
Des attentats de la Mode insensée ;
Viens avilir ces Ecrits empoulés ,
Dont les Auteurs sur Chapelain moulés ,
Pleins du Démon qui dicta la Pucelle
Prennent pour guide une morne éteincelle ,
Un feu folet , le charme du Badaut ,
Et qui pourtant , d'un air sûr , d'un ton haut ,
A chaque Auteur assignant son partage ,
Osent s'asseoir au plus brillant étage.
O quel honneur ! si d'un Poste usurpé
Jamais Comptable au Public détrompé ,
Tout Charlatan , tout vendeur de fumée ,
Pouvoit mourir avant sa Renommée ;
Et , prévenant un burlesque destin ,
Se dérober aux malheurs de Cotin !
Mais qui diroit ce que depuis vingt Luftros ,
Sont devenus tant d'Avortons illuftres ›
Tant
A OUST .
1757 1740.
Tant de Rimeurs sur échasses montés ,
Tant d'Orateurs par l'exemple gâtés ;
Car il en eft , des Avortons en Prose
Ainfi qu'en Vers , Gens qui laissant la chose ,
Courent aux mots , insipides Khéteurs ,
Et de clinquant chétifs diſpenſateurs ?
Que plût aux Dieux Protecteurs de la France
Anéantir lafatale existence
Des Concetti , des traits sophistiqués ;
Des Riens pompeux ; des Drames efflanqués ;
Et dans ces Lieux que le charme fascine ,
Les immolant aux Mânes de Racine ,
De l'Art groffier qui plâtre tant d'Ecrits ,
Defabuser la Province & Paris !
Nous , cependant , sur les bords de Lainville
Du bon vieux tems suivons encor le Stile ,;
Et proscrivant le jargon précieux ,
Parlons , ainfi que parloient nos Ayeux.
A. A. D. S
ARS. ce 15. Juin 1740 .
D SE
1758 MERCURE DE FRANCE
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
Royale de Chirurgie , établie sous la Protection
du Roy , à laquelle présida M. de la
Peyronie , premier Chirurgien de S. M. le
14. Juin 1740.
Petit , Secretaire , déclara que l'Académie
Mn'avoit pas accordé le Prix proposé pour l'année
1740. dont le Sujet confifte , à déterminer les:
differentes efpeces de Répercuffifs , leurs manieres d'agir,
& l'usage qu'on en doit faire dans les Maladies
Chirurgicales. Ce n'eft pas que les Mémoires qui
ont concouru ne contiennent d'excellentes choses ;
mais l'Académie qui connoît combien il feroit utile
au Public que la matiere des Répercuffifs fût traitée
folidement , & que l'on fit fur ces Remedes tant
fimples que composés, toutes les recherches necessaires
, pour fatisfaire au Conditions portées par
Programme , a crû ne pouvoir fe difpenfer de propofer
ce même Sujet pour le Prix de l'année 1742.
ne doutant point que ceux qui ont déja travaillé
avec quelque fuccès, ne faffent de nouveaux efforts
pour répondre à fes vûës.
le
Celui qui , au jugement de l'Académie , aura le
mieux réuffi , remportera pour le Prix deux Médail
les au lieu d'une.
Depuis la derniere Affemblée publique , l'Aca
démie a choifi pour Affociés Correspondans Regnssoles
M. LE CAT , Chirurgien de Rouen , Membre de
la Societé Royale de Londres , & Correſpondant de
l'Académie Royale des Sciences de Paris.
M. MANNE , Chirurgien à Avignon.
AOUST :
1759 1740.
M. SOULIER , Chirurgien , & Démonftrateur
Royal à Montpellier.
M. DAVIEL ,Chirurgien , & Démonftrateur Royal
à Marſeille , Membre de l'Académie des Sciences
de Toulouse .
M. VOLPILIERE , Licencié en Médecine ,
rurgien à Beaucaire .
Chi
Elle s'eft aggregé pour Affociés Etrangers
M. AMYAND , Chirurgien du Roy d'Angleterre
& Membre de la Societé Royale de Londres.
M. VERMALE , premier Chirurgien de l'Electeur
Palatin .
L'Académie en nommant ces Illuftres Profeffeurs,
fait connoître en même tems le defir & l'efperance
qu'elle a de perfectionner de plus en plus par le
concours des lumieres , la pratique de l'Art dont
elle fait fon objet.
M. Morand , lut pour M. ** , une partie de la
Suite des Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des
Chirurgiens du XV. Siécle & du commencement
du XVI.
II y a des tems où la Nature femble faire des
efforts pour former de grands Hommes ou , pour
mieux dire , il y a des tems où les récompenses &
des Efprits finguliers , répandent par tout l'émulation
& les femences des Sciences ; alors des, Génies
qui auroient été étouffés , fortent de l'obscurité , &
prennent l'effor ; c'eſt ce que nous voyons dans ce
Période de la Chirurgie. La Protection accordée par
nos Rois au College de Saint Louis , attiroit de
toutes parts des Efprits curieux; ils fe raffembloient
dans nos Ecoles pour éclairer notre Art ; Ambroise
Paré & Pigray , trouverent bientôt des Emules
leur réputation & leurs Ecrits ne puient effacer
Jacques de Marque ; ces grands Hommes avoient ,
Pour ainsi dire , affervi le Public par leur habileté.
Dij Celui
1760 MERCURE DE FRANCE
Celui ci mérita comme eux l'eftime des Sçavans ;
c'étoit un Eſprit exact qui faififfoit les raports des
objets les plus composés , qui fçavoit leur marquer
leur place , les lier par leur effemblance , les exposer
au jour par leurs côtés les plus frapans , les
pénetrer pour y chercher leurs parties & leurs proprietés
cet Elprit fijufte étoit nourri de l'étude
des Anciens , & leurs idées lui étoient fi familieres,
qu'elles fe préfentoient à lui fur toutes fortes de
fujets ; par l'ordre qu'elles prenoient dans fon Efprit
, il fembloit qu'elles y étoient nées . Plufieurs
Articles de fes Ouvrages ne font qu'un tiflu de paroles
tirées de Platon , de Diogene Laërce , de Plutarque
, d'Ifocrate , de Salufte , & de Ciceron . Les
anciens Médecins & les anciens Chirurgiens parloient
par fa bouche ; leurs expreffions le préfentoient
à fa mémoire , quelque fujet qu'elle lui rapellât
; mais ces Auteurs ne trouvoient pas dans fon
Efprit , une admiration de préjugé ; ils y trouvoient
des corrections , des additions , des idées même
contraires à leurs préceptes . Ce profond fçavoir &
cette droiture d'efprit donnerent à de Marque des
idées exactes de fon Art ; il les foûmit d'abord à
l'épreuve de l'expérience , & il les donna enfuite au
Public ; dans ces Ouvrages , où il les dévelope , la
Chirurgie prit une nouvelle forme ; elle n'étoit
qu'un Art vague dans les Ouvrages des Anciens ;
les plus éclairés n'en avoient fuivi que les branches,
c'eft- à dire les parties séparées les unes des autres ;
ces parties n'étoient , pour ainfi dire , que des
membres épars ou raffemblés fans liaiſon , fans fuite
& fans choix ; ce fut dans cet amas confus de
travaux , que de Marque porta l'ordre & l'unité
en marchant fur les traces de Paré & de Pigray ; il
fuivit le fil des maladies , il les ramena toutes à
leur origine , il en chercha les liens dans leurs
ports
A O UST. 1761 1749.
ports , il en fit un affemblage tout géométrique.
Car, fur certaines verités , il jetta les fondemens de
fon Art , il en éleva toutes les parties & les apuya
fur ce fondement ; il les plaça dans un ordre qui
faifit l'imagination . Cet Ouvrage , où brillent
également l'induftrie & l'efprit , renferme deux
parties ; l'une eft une introduction à toutes les parties
de l'Art , c'eſt un effort de Logique, digne des
plus grands Dialecticiens ; des Tables railonnées y
précedent tous les Articles , elles précedent en abre- ..
gé l'étendue de chaque Maladie Chirurgique , elles
marquent leur place à tous les accidens ; enfin cette
Introduction eft pour la Chirurgie , ce que la
Logique eft pour les Sciences. Ceux qui voudront
s'inftruire , y trouveront deux avantages ; fçavoir ,
l'Exercice de l'Efprit , & les Principes de l'Art.
Ce premier Effai conduit à un Traité fur les
Bandages , c'eft , pour ainfi dire , l'aplication &
P'ulage de la Théorie ; un tel Ouvrage ne trouve
point de Modele parmi les Anciens ; c'étoit pourtant
le premier que la neceflité devoit produire .
Cette partie de l'Art n'eft pas la plus aisée , ni la
plus indifferente ; elle eft infiniment variée , elle
depend de la diverfité des Playes , des differentes
parties du Corps , d'une infinité de circonftances ;
elle eft la base des Operations , elle en prépare &
en affûre le fuccès , elle demande les teffources du
génie & de la main , l'efprit doit être guidé par
une Méchanique induſtrieuse ; fans elle il n'atteindra
jamais à l'Art des Bandages .. C'est cette Méchanique
qui eft dévelopée dans l'Ouvrage de de Mar
que , on ne fçauroit imaginer un Cas que P'Auteur
n'ait prévu , ou qui ne foit renfermé dans ceux
qu'il a examinés ; tous les inconveniens de certains
Bandages , font exposés dans ce Traité ; notre Auteur
ne refpecte ni les préjugés , ni l'usage qui les
D iij aR1762
MERCURE DE FRANCE
•
autorise : les noms des plus grands Maîtrès ne
fçauroient lui déguifer leurs fautes ; mais quand il
fuit quelques Guides , il encherit toujours fur eux ;
raportent - t'ils des Cas finguliers ? il y en joint qu
ne font pas moins extraordinaires ; mais ces Cat
font toujours hors des regles , c'eft pour cela qu'ils
ne l'occupent pas beaucoup ; il veut feulement nous
montrer l'étendue de fes préceptes , ils font comme
une fource féconde de lumieres qui se répand
sur toutes les parties de l'Art : enfin , fes Leçons
reffemblent aux Defcriptions les plus exactes des
Operations Chimiques ; les préparations , les fuites,
les circonftances des Pansemens font fcrupuleusement
détaillées dans fes Leçons , on n'a befoin ,
pour ainsi dire , que des yeux pour les lire & des
mains pour les exécuter , elles ne laiffent jamais
P'Efprit dans l'incertitude .
Guillemeau ne fut pas moins fameux que les
Chirurgiens dont on vient de parler ; il porta dans
l'étude de la Chirurgie un efprit cultivé par les
Belles Lettres ; les Langues fçavantes lui étoient
familieres , elles lui ouvrirent les Ouvrages fameux
de l'Antiquité ; & pour mieux les entendre , il prit
un Interprete , fans lequel toutes nos Etudes deviennent
inutiles je veux dire , qu'il s'attacha à
l'experience , qu'il y chercha les fondemens de
fon Art , & les éclairciffemens de fes préceptes ;
mais ce Maître fi vanté , a fes défauts ; ce n'eft qu'un
guide aveugle quand il eft feul , il ne décide rien
lui-même , il fe contente d'exposer le pour & le
contre dans les objets les plus fenfibles.
par
Si Guillemeau ne s'étoit livré qu'à ce Guide, quels
auroient été fes progrès ? its euffent pû fatisfaire
un Efprit vulgaire , peut être eût- il occupé de grand
des Places ; peut être lui auroit- on prodigué les
Titres de célebre , d'illuftre , mais l'aveuglement
ON
A O UST. 1740.
1763
3
›
ou le préjugé public auroit fait fa grandeur ; Guillemeau
fçût fe frayer un chemin à une gloire plus
folide. Il entra dans l'experience, avec les lumieres
de l'Anatomie & de la Théorie ; ſes premiers Effais
furent des témoignages de fa reconnoiffance . Il
traduifit en Latin les Ouvrages d'Ambroise Paré
fon Maître ; ce Grand Chirurgien fut charmé des
talens de fon Eleve , il condu fit ce Difciple dans
les routes les plus épineufes de la Chirurgie ; en le
voyant fur les traces , cet ancien Reftaurateur de
la Chirurgie , crût rajeunir . Il eut du moins le plaifir
de voir un autre lui même , heritier de fes connoiffances
, mais Guillemeau eût été indigne de ce
dépôt , s'il n'eût été que le fimple Echo de fon
Maître . Telles font les lumieres dans les efprits
élevés ; ou elles font imparfaites , ou elles fe multiplient
dans cette idée , Guillemeau apliqua fes
recherches aux Maladies les moins connues . L'Art
des Accouchemens offroit alors des difficultés ef
frayantes ; conduit par la ftructure des parties , notre
Auteur débrouilla cet Art informe , il chercha
avec fuccès la fource des accidens & leurs remedes ;
il réduifit à des principes la manoeuvre qui amene
des fituations favorables , qui corrige celles qui
s'opofent à la fortie de l'Enfant ; dans des Cas fingukers
, il s'éleve toujours au-deffus du travail des
mains les inteftins & la veffe n'étoient pas aux
yeux des autres une fource de difficultés , mais fa
fagacité lui fit découvrir dans ces parties de nouveaux
obſtacles , & il nous aprit à les diffiper par la
Sonde & par les Purgatifs , il fauva par ces fecours
des Femmes & des Efans dont la perte paroiffoit
inévitable avec le même fuccès & avec les mêmes
lumieres il combattit d'autres accidens , comme des
Convulfions & des Pertes , qui précedent quelquefois
les Accouchemens ; les réflexions de Guillemeau sur
D iiij ces
764 MERCURE DE FRANCE
ces préludes effrayans , font dignes de la Médecine
la plus éclairée ; dans de tels cas on prodigue les
Saignées ; mais on n'en peut attendre que peu
de fruit , c'est l'accouchement , felon ce Grand
Chirurgien , qui eft le remede le plus efficace .
L'Arrierefaix ne lui fournit pas des réflexions moins
utiles , moins neuves. Il fe détache quelquefois
tout entier avant l'accouchement ; il entraîne une
hémoragie , il fe préfente le premier , il fuffoque
l'Enfant ; le Chorion fort de même quelquefois ,
avant tout ce qui l'accompagne , il fe montre comme
une longue bourfe. Or tous ces accidens étoient
peu connus , leurs remedes étoient encore plus
ignorés . Guillemeau chercha des reffources nouvelles
dans la ſtructure des parties & dans l'obſervation
; ce font ces reflources qui ont fait avouer
aux Etrangers dans leurs Ecrits , que nos Chirurgiens
avoient porté au plus haut degré l'Art des
Accouchemens .
L'Ouvrage de notre Auteur eft donc bien different
de certains Livres fpeculatifs qui font toute la
réputation de quelques Auteurs , il n'eft pas produit
par le feu de l'imagination , au contraire il est né
dans la Pratique la plus féconde & la plus variée ;
mais ce Grand Homme n'étoit pas borné à une
feule partie de la Chirurgie , toutes lui étoient
également foumifes. Il avoit fuivi ſon Maître Am- .
broile Paré en diverses Guerres ; le Public donnoit
à Guillemeau, comme à ce Grand Maître , une
confiance fars bornes. Cette vafte experience lui
ouvrit toutes les richeffes de l'Art ; elles font répanduës
furtout dans le Traité des Opérations , lequel
eft écrit avec préciſion , & qu'on peut regar
un Suplément & une Correction des
Livres de Paré , ce qui eft échapé à ce Pere de la
Chirurgie , eft éclairci dans cet Ouvrage . Par exemder
comme
plea
A O UST. 1740. 1765
ple , Guillemeau détaille exactement des Opérations
enfevelies dans l'oubli , décrites groffierement
, entrepriſes rarement , tentées par des mains
timides , il autorise par fon expérience les Trépans
sur les Sutures & sur les Tempes : enfin , ce Grand
Chirurgien facilite l'Extraction des bales , soit qu'-
elles fuffent cachées dans les chairs , soit qu'elles
euffent pénétré dans la subftance des Os , ou qu'elles
fuffent dans l'interftice des jointures ; ses préceptes
fur tous ces cas , sont le fruit d'un nombre
prodigieux d'expériences, qui n'étoient connues que
de lui.
,
nous ;
Ces Ecrivains ne font pas les feuls qui ayent
éclairé notre Art , ils ont eu des Rivaux , qui ont
mérité des Eloges comme eux , mais une Hiftoire
exacte de tous nos Ecrivains n'eft pas l'objet de ces
Mémoires , & nous ne rendrons pas nommément à
plufieurs le tribut que nous leur devons , leurs Ouvrages
parlent affés
les recommanpour
eux
dons comme des fources de l'Art ; on y trouvera des
connoiffances échapées aux autres , ils font du
moins des Guides qui nous affermiffent dans les
anciennes routes & qui nous les aplaniffent . Parmi
ces Guides , nous pourrions placer Thevenin
fa précifion & fa netteté portent la lumiere pardans
toutes les parties de la Chirurgie , il a
laiffé des traces qu'on doit suivre : il a rendu plus
sûrs & plus familiers les Remedes des Yeux , il a
dévelopé la nature des Tumeurs les plus bizares , il
a décrit les Opérations , en homme capable de les
perfectionner . Enfin l'Opération de la Taille , lui
doit en partie ses progrès , elle a perdu entre fes
mains les horreurs de l'Apareil & le myftere qui la
voiloit. Parmi ces Lettres travaux , les Belles
ont occupé utilement Thevenin . En nous maniftant
les Ouvrages de la Nature , il nous a fait
tout ;
Dv
-
con766
MERCURE DE FRANCE
noître les Ouvrages des Anciens , il a eu affés de
patience & de zéle pour nous donner un Dictionaire
Grec ; & par ce travail , il a fixé la ſignification
des anciens termes de l'Art .
Bonnart , Habicot , & d'autres Ecrivains , ont eu
particulierement en vûë l'inftruction des Eleves.
Le premier a composé pour leur uſage un Traité
fur l'Oftéologie , un autre fur la Saignée & fur les
Médicamens tant fimples que composés. Les Travaux
du fecond fe font auffi étendus fur differens
Sujets. Un sçavant Chirurgien doit donner fur cet
Auteur & fur les Ouvrages des Remarques interessantes
. Habicot étoit très- versé dans l'Anatomie-
Pratique ; il a prévenu les Recherches d'un Anatomifte
Moderne fur des Muſcles . qui avoient écha
pé aux Recherches mêmes du Grand Vefale. Cette
découverte a mérité une place dans les Mémoires
de l'Académie Royale des Sciences. Enfin les Chirurgiens
ont étendu leurs Recherches fur la Médecine
; Le Breton a écrit de sçavantes Scholies fur
les Aphorifmes d'Hipocrate ; fon Manuſcrit a été
une fource d'Inftructions pour plufieurs Médecins :
il étoit dans la Bibliothèque de M. Chomel , qui
vient de mourir.
Tels ont été les Grands Chirurgiens du XV. Siécle
& du commencement du XVI . ; leurs Ouvrages
ont fixé leur réputation. Ces Ecrivains ont donc
également travaillé pour eux & pour nous ; mais
ils n'étoient pas les feuls Chirurgiens diftingués ,
beaucoup d'autres , qui n'ont pas écrit , partageoient
avec eux l'eftime du Public , en reconnoiffant qu'ils
avoient étendu notre Art par leurs Recherches :
mais parce qu'ils n'ont pas été les Hiftoriens de
leurs Découvertes , leurs Travaux & leurs Noms
ne font venus juſqu'à nous que par les Ouvrages
des Etrangers ; peut - être n'a-t'il manqué à leur
réputation
A O UST. 1743. 1767
réputation que du loifir pour écrire ; peut- être que
la modeftie ne leur a pas permis de s'ériger en
Maîtres , peut- être encore que le fort de quelques
Ecrivains les a effrayés ; il y a eu toujours des Hommes
extraordinairement hardis , qui fe font élevés
en féduifant le Public ; mais par leurs Ouvrages , le
Public équitable & éclairé les a placés au rang
qu'ils méritoient . Ces raifons , dont beaucoup d'Ecrivains
, trop empreffés de nous inftruire , n'ont
peut- être pas fenti la force , ont pû donner à de
Grands Maîtres , une défiance injufte d'eux- mêmes;
mais des raifons plus fecrettes en ont empêché plufeurs
de répandre leurs connoiffances . La Chirurgie
étoit en proye aux Barbiers , tous fe la partageojent
furtivement ; ils auroient fait des progrès
bien plus pernicieux , s'ils euffent pû colorer leur
hardieffe de quelque teinture de Science. Des Instructions
n'auroient produit en eux qu'un furcroît
`de témerité. Pour prévenir ce defordre , plufieurs
Chirurgiens voulurent que notre Art fût un Art fecret
; que les connoiffances fuffent réservées à ceux
qui les méritoient par leurs travaux ; en admirant
les Ouvrages de Paré & de Pigray , quelques uns
ont blâmé ces Grands Hommes d'avoir dévoilé les
myfteres de la Chirurgie ; mais les Chirurgiens qui
n'ont laiffé que leurs noms , n'ont pas été les moins
utiles à leurs Succeffeurs ; dans leur carriere , ils
ont ramaſſé les Secrets de notre Art , ils en ont
formé les Préceptes, qu'ils ont répandus parmi leurs
Contemporains ; leurs Exemples & leurs Recherches
, ont fervi de guide & d'apui à nos Ecrivains.
Ceux- ci nous ont quelquefois étalé dans leurs Ouvrages
des richeffes étrangeres , c'est- à - dire , qu'ils
n'ont pas tiré de leur propre fonds tout ce qu'ils
nous ont apris , & les Chirurgiens qui n'ont pas
écrit , font nos Maîtres , de même que ceux qui
nous inftruifent dans leurs Livres. M.
1768 MERCURE DE FRANCE
M. Hevin lut enfuite pour M. Petit un Mémoire
fur differens vices de conformation de l'Anus que
les Enfans aportent en naiffant . Il y a des Entans
qui viennent au monde fans ouverture à l'Anus , &
fans aucun veftige de cette ouverture . Il y en a auxquels
l'endroit de l'Anus eft marqué affés diftinctement
, quoiqu'il n'y ait . point d'ouverture ; dans
d'autres on trouve une ouverture , où l'on peut introduire
un Stilet jufqu'à la profondeur de trois ou
quatre lignes , & quelquefois beaucoup plus avant ;
à ceux-là l'Anus paroît très -bien formé , le vice de
conformation ſe trouve entierement caché dans
l'interieur. On en voit, où à l'endroit de l'Anus , il
fe préfente une Tumeur en forme de Hernie . M.
Pe it dit même qu'il a vû des Enfans , dont l'Anus
s'ouvroit aux uns dans la Veffie , & aux autres dans
la Vulve .
Ce Chirurgien raporte d'abord l'Hiftoire de deux
Enfans , dont l'Anus n'étoit ni ouvert , ni aparent
par aucune marque exterieure . Un de ces Enfans
fut aporté chés lui trois jours après fa naiffance , fon
yentre étoit dur & tendu , les efforts qu'il faifoit
inutilement pour évacuer fes excremens , étoient
accompagnés & fuivis de convulfions . M. Petit
entreprit de foulager par une Opération cet Enfant,
qui étoit prêt à mourir ; il fit une ouverture avec
ane Lancette,à peu près dans l'endroit où l'Anus devoit
être placé. Les tranchans de l'Inftrument étoient
tournés , l'un du côté du Coccyx, & l'autre du côté
du Raphé. M. Petit fentit en pouffant la Lancette
dans les chairs , une réfiftance qui lui faifoit connoître
qu'il n'avoit pas encore pénetré dans l'Inteftin
, il inclina d'avantage la pointe de la Larcente
vers le Coccyx , pour s'aprocher du Rectum
enfin il fentit moins de réfiftance , parce qu'il étoit
entré dans le Lieu où étoit la matiere fécale. Elle
;
fortit
AOUST. 1740. 1769
fortit en abondance , avec beaucoup de vents qui
s'échaperent d'abord . L'Enfant fut foulagé ; cependant
les Convulfions le reprirent & le firent périr ;
le lendemain , M. Petit découvrit par l'ouverture
du corps , la cause de la réfiftance qu'il avoit fentie
en faifant fon Opération : il remarqua que la
partie de l'Inteftin enfermée dans le Sphincter , ne
formoit avec ce Muſcle qu'un corps cilindrique ,
folide , long de 7. ou 8. lignes , où l'on n'apercevoit
aucun conduit : ce corps avoit été coupé irrégulierement
par la Lancette ; il y a aparence , comme
le remarque M. Petit , qu'avant l'évacuation
des matieres fécales , fa direction avoit été changée
par l'effort & le poids de ces matieres qui s'étoient
ramaffées au- deffus.
Un Chirurgien fut apellé pour foulager un autre
Enfant qui étoit dans le même cas que celui dont
on vient de parler . Ce Chirurgien fit entre le Coccyx
& le Raphé , une incifion cruciale à la peau , &
chercha inutilement avec fon doigt à travers les
graiffes le paffage naturel . Un autre , Chirurgien
qui vit cet Enfant trois heures après , trouva à l'endroit
de cette Opération , une Tumeur noire &
molle , de la groffeur d'une Prune de Damas ; elle
étoit formée dans une portion du Rectum , qui étoit
remplie de Meconium , & que les efforts de l'Enfant
avoient pouffé dehors . A la faveur de la Playe , ce
fecond Chirurgien ouvrit cette Tumeur , & donna
iffue aux matieres , l'Enfant fut foulagé , mais il
mourut fept jours après .
M. Petit , qui fit l'ouverture du Cadavre , remarqua
, 1 que la premiere ouverture avoit été faite
entre le Coccyx & l'endroit où auroit dû être l'Anus.
2 °. Que l'Inteftin avoit été entieremene détaché
de l'Os Sacrum . 3 ° . Que la Tumeur étoit une espece
de Hernie , faite par la partie pofterieure du
Rectum .
1770 MERCURE DE FRANCE
Rectum . 4° . Que la partie du Boyau ' , couverte du
Sphincter , ne faifoit avec ce Muscle , comme dans
le cas précedent , qu'un corps cilindrique , où il
n'y avoit aucune aparence de conduit .
De ces Faits M. Petit infere , 1 ° . que fi on juge
de la fituation de l'Anus par raport au Coccyx
dans les Enfans comme dans les Adultes , on peut
facilement fe tromper dans les Opérations dont il
s'agit,, parce que dans les Enfans une grande partie
du Coccyx n'eft pas encore offifiée ; ainfi dans
les Enfans l'Anus paroît plus éloigné de cet Os
que dans les Adultes. 2 °. Que l'Inteftin avoit été
détaché de l'Os Sacrum , par les tentatives que le
premier Chirurgien avoit faites avec fon doigt pour
trouver l'ouverture du Rectum. 3 ° . Qu'au lieu
d'ouvrir la portion de l'Inteftin qui formoit la Hernie
, on devoit la réduire , pour ouvrir enfuite le
Rectum , le plus près qu'il auroit été poffible de
l'extremité qui devoit former l'Anus . 4 ° . Il conclut
que dans les Enfans où il n'y a exterieurement aucune
marque de l'Anus , ce défaut eft irréparable ,
parce qu'il eft impoffible de former un conduit organique
dans cette partie du Rec'um , qui ne
fait
avec le Sphincter , qu'un corps long & compact ,
comme une corde . A la vérité l'Opération peut
fervir du moins à donner iffue aux matieres , & à
procurer un conduit fiftuleux , par lequel l'évacuation
peut continuer à fe faire , mais involontairement
, parce que dans les diffections que M. Petit
a faites de cette partie , il n'y a trouvé aucune aparence
de Sphincter.
O aporta à M. Petit il y a peu de tems , un Enfant,
qui comme les deux , dont on vient de parler,
n'avoient exterieurement aucune aparence d'Anus ;
un Chirurgien avoit fait une incifion qui n'intereffoit
que la peau & la graiffe ; ce Chirurgien avoit fait
elperer
A O UST. 1740: 1771
efperer aux Parens , qu'au moyen de cette Opération
, les matieres fe formeroient facilement une
iffuë ; mais les convulfions & les autres accidens qui
devinrent extrêmes , leur firent connoître l'inutilité
de cette incifion & les obligerent de recourir à M.
Petit , qui fit fon Opération felon les vûës que les
cas précedens lui avoient fuggerés . Il fe fervit d'un
Inftrument qui lui eft particulier , c'eft une espece
de Trocart plus court & beaucoup plus gros que
les Trocarts ordinaires ; la canule n'a que 12. ou
15. lignes de longueur , le pavillon a environ un
pouce de diametre , il a une fente qui s'étend diametralement
jusqu'à une ligne & demi près de la
circonférence , les côtés de la canule font pareillément
fendus jusqu'à deux lignes près de fon extremité.
Par le moyen de ces fentes , on peut introduire
une Lancette à abfcès dans la canule pour
agrandir l'ouverture qu'on fait avec ce Trocart, La
pointe de cet Inftrument eft plus longue , & par
conféquent plus aiguë & plus perçante que celle
du Trocart ordinaire .
M. Petit chercha , à la faveur de l'incifion que
l'on avoit faite , la corde que formoit l'extremité du
Rectum qu'il falloit percer , il l'affujettit avec
le doigt ; il plongea dans le centre de cette corde
le Trocart , en le dirigeant fuivant la pofition naturelle
de l'Inteftin . Lorfqu'il fut entré dans la cavité
de cette partie , il retira le poinçon de ce Troeart
& laiffa la canule , par laquelle s'échaperent
beaucoup de vents & de matieres fécales ; il agrandit
enfuite , avec une Lancette introduite dans cette
canule , l'ouverture , pour faire un paffage fuffifant
aux matieres féçales les plus épaiffes . Cette Opération
procura parfaitement l'évacuation pour laquelle
on l'avoit entrepriſe ; mais la mort de l'Enfant
, qui arriva le lendemain , ne nous a pas per
mis
1772 MERCURE DE FRANCE
mis d'en fçavoir davantage fur l'ufage & fur l'ac
tion qu'auroit pu avoir dans la fuite cet Anus factice .
Du refte M. Petit remarque que ce vice de conformation
eft celui auquel le Chirurgien remedie le
plus difficilement .
Il n'en est pas de même lorſqu'il y a quelque aparence
ou quelque forme exterieure d'Anus , car
quelque légere qu'elle foit , elle défigne du moins
l'endroit où l'on doit tenter la découverte de l'Instinct.
Il y a même des cas où l'Anus eft fi bien formé
exterieurement , que non - feulement le lieu de
l'Opération eft exactement déterminé , mais que
de plus on eft prefque affûré qu'il y a peu de chemin
à faire pour entrer dans l'Inteftin , & qu'on
peut remedier entierement au vice de conformation
. Mais fouvent ce vice ne paroît pas au - dehors,
& demande par conféquent plus d'attention pour
ne pas laiffer monrir les Enfans faute de l'apercevoir.
M. Petit fut apellé pour voir un Enfant né
depuis deux jours , qui avoit le ventre fort tendu &
fort douloureux , & qui paroiffoit fouffrir de violentes
tranchées. On avoit effayé de lui donner des
lavemens , mais la liqueur ne put entrer , cependant
on n'avoit point faifi la cauſe du mal . M. Petit
, inftruit de toutes ces circonftances , introduifit
une Sonde dans l'Anus de l'Enfant , elle entra facilement
jufqu'à la profondeur d'un pouce , mais il
ne put la pouffer plus avant, il gliffa fon petit doigt
à la faveur de cette Sonde , jufqu'à l'obſtacle , &
fentit une membrane affés mince , qui fermoir
entierement l'Inteftin . La profondeur du lieu
& la voye trop étroite , ne lui permirent pas de
conduire fur fon doigt un Biftouri , pour couper cette
membrane ; il penfa que le Pharingotome étoir
l'Inftrument qui pouvoit convenir le mieux pour cette
Opération ; il lui fervit du moins à couper la
mem
A O UST. 1773 1740:
*
membrane , affés pour y paffer fon doigt , avec lequel
il acheva l'Opération . L'Enfant perit au bout
de deux mois par une autre cauſe , mais M. Petit
ne fut point averti de fa mort , il auroit pû par la
diffection , s'inftruire plus exactement fur l'état de
la partie ou étoit le vice de conformation ; il a feulement
remarqué en mettant fon doigt dans l'Anus
en differens tems après l'Opération , que cette partie
paroiffoit jouir affés de fon mouvement organique
pour pouvoir tegler l'évacuation ,felon le befoin
& la volonte de l'Enfant , s'il avoit vécu .
M. Petit a fur ce vice de conformation beaucoup
d'Obfervations done il doit enrichir fon Art ; elles
feront extrêmement utiles , parce que les Praticiens
n'ont point encore entré dans le détail de tous ces ,
differens cas , ni cherché par conséquent les moyens
qu'on peut employer pour y remedier.
Après cette lecture , M. de Garengeot donna le
détail d'une Hernie de l'eftomach , accompagnée
d'accidens très-fâcheux. Le Malade , qui étoit un
Etudiant en Chirurgie , ne connoifloit pas fa maladie
, & tous ceux qu'il confulta ne la connurent pas
non plus . On lui prefcrivit pendant trois ans beaucoup
de Remedes differens , qui ne lui procurerent
aucun foulagement . Ce jeune Chirurgien , quoique
fort incommodé , fuivit exactement le cours d'Opérations
que M. de Garengeot fit l'hyver dernier
à S. Côme. Il fut affés heureux , dans une Leçon
que ce Démonftrateur fit fur les Hernies de l'eftomach
, d'y reconnoître fa maladie , & d'en trouver
le Remede. Il eut incontinent recours au Bandage
que M. de Garengeot avoit décrit , la Hernie a entierement
disparû & tous les accidens ont ceffé .
Le troifiéme Mémoire qui fut lû dans cette Assemblée
, fut de M Simon. Ce Chirurgien s'attache
prouver par des Obfervations bien atteftées &
par
1774 MERCURE DE FRANCE
par des raifons bien folites , que dans le cas de né
ceffité l'Opération Céfarienne peut être pratiquée
fur la femme.
que cette
Ce Mémoire eft divisé en deux Parties . Dans la
premiere , M. Simon raporte les fuccès
Opération a eû en differentes occafions, depuis Rousset
jufqu'à ce fiécle , & les conteftations que Rousset
a eû avec Ambroife Paré , Guillemeau & Marchand
, Chirurgiens Jurés de Paris .
Dans la feconde Partie , M. Simon réfute le ſentiment
de ceux qui ont condamné cette Opération,
& fait voir , par une Démonftration Anatomique ,
qu'elle eft pratiquable fans craindre pour la vie de la
Mere & de l'Enfant , avec cette diftinction , qu'on
ne doit la mettre en ufage que dans les cas, où il y a
impoffibilité abfolue d'accoucher la femme par les
voyes ordinaires.
Trois ou quatre jours avant la lecture de ce Mémoire
, M. Soumain fut apellé pour accoucher une
femme dans la ruë Guenegaud. Un vice de conformation
rendoit l'accouchement impoffible par les
voyes naturelles . M. Soumain affembla plufieurs de
fes Confreres pour déliberer fur l'Opération Céfarienne
, qui étoit le feul parti qu'on pouvoit prendre
pour fauver cette femme ; on s'y détermina .
M. Soumain fit auffi-tôt l'Opération , & tira l'enfant
vivant ; il n'eft furvenu aucun accident à la Mere ;
elle eft entierement guérie de la playe de cette
Opération , & joüit d'une parfaite fanté ; cet évenement
étoit trop favorable au fentiment de M. Simon
, pour qu'il n'en fit pas ufage. Un Fait & décifif,
& préfent aux yeux du tous les Chirurgiens
& de tous ceux qui fouhaitoient s'en convaincre
par eux- mêmes , confirma les Obfervations que
M. Simon avoit raportées , & ne permit pas de douter
de la poffibilité du fuccès de l'Opération Céfa-
Eienne . M
AOUST. 1740 3778
M. de la Faye, lût enfuite une Differtation fur
PAmputation à Lambeau . On pratique cette Opération
dans la continuité des os , & à l'articulation
du bras avec l'omoplatte . On l'apelle Amputation
Lambeau , parce que l'on conferve à un des côtés
de la partie une portion de chair & de peau pour en
recouvir le moignon. M. Delafaye , après avoir
raffemblé dans un feul point de vûë les differentes
idées de ceux qui ont inventé ou pratiqué cette Mé
thode , propofe quelques changemens dans la maniere
de la faire à l'articulation du bras , & fait la
defcription d'une Machine qu'il a inventée pour
maintenir le lambeau apliqué fur le moignon , &
qu'il croit plus utile que les moyens dont on s'eft
fervi jusqu'à préfent pour cet ufage . Quand on fait
Pamputation dans l'article , on lie les vaiffeaux avant
que de féparer le bras , & on forme deux lambeaux
de chair qu'on aplique fur la cavité , après avoir
séparé le bras & fait aux vaiffeaux une feconde ligature
, qui rend la premiere inutile . M. Delafaye
croit qu'on peut fe paffer de faire la premiere ligature,
qu'il fuffiroit de porter le Biftouri le plus près
de l'os qu'il eft poffible , pour dégager l'os d'avec
les chairs , & de faire enfuite une feule ligature
près de l'affelle avant que de féparer entierement
le bras. Il penfe auffi qu'un feul lambeau formé à
la partie fupérieure , rempliroit fuffifamment la cavité
de l'articulation , & que s'il n'y avoit point de
lambeau inférieur , la fupuration auroit une iffuë
plus libre .
Après avoir emporté la partie & apliqué le lambeau
fur le moignon , l'afage eft de garnir la playe
de veffe de loup & de charpie , d'enveloper tout le
moignon avec une veffie , fur laquelle on met une
compreffe & une plaque concave , & de foûtenir
Le tout par le moyen de deux courroyes , paffées
1776 MERCURE DE FRANCE
en fautoir fur le moignon & attachées à une large
bande de cuir , dont on a envelopé la partie avant
P'Opération . M. Delafaye dit que cet apareil eft
embaraffant , qu'on ne peut par fon moyen parvenir
au degré néceffaire de compreffion , & que d'ailleurs
il faut le lever à chaque panfement. Pour remédier
à ces inconvéniens , il a imaginé une Machine
, dont voici la defcription . Elle a trois Parties
. La premiere eft une Goutiere , garnie d'un
couffin & attachée par le moyen de trois bandes à
une ceinture de buffle qui entoure le corps ; fon ufage
eft de foûtenir la partie . La feconde eft compofée
d'une Plaque ronde & un peu concave , qui doit
s'apliquer fur la furface du moignon , & d'une autre
Plaque longue & platte , fur laquelle la partie posterieure
du moignon doit être apliquée ; ces deux
Plaques font auffi garnies de couffins . La troisiéme
eft une Vis , pofée dans un petit chaffis de cuivre ,
apliquée derriere la Plaque longue, & attachée à la
Plaque concave par une avance ou languette.Le chassis
eft de composé seux pièces , l'une fixe & l'autre
mobile. La piéce fixe eft jointe à la goutiere , par le
moyen d'une charniere , & la piéce mobile fuit le
mouvement de la vis , que l'on avance & que l'on
recule , à volonté , par le moyen d'une clef , dans
laquelle on fait entrer l'extrémité quarrée de la Vis .
La Machine s'aplique immédiatement après l'Opération
, & demande que l'on fe ferve du Tourniquet
de M. Petit & qu'on le laiffe fur la partie pendant
la Cure. On foûtient le lambeau apliqué fur le
moignon par deux bandes larges de deux travers de
doigt , & couvertes à leurs extrémités d'Emplâtres
aglatinatifs . Ces bandes fe croifent fur la furface du
moignon & leurs extrémités s'apliquent fur ses côtés.
Le principal avantage de cette Machine con-
Lifte dans la vis , par le moyen de laquelle on aplique
A O UST. 1740 .
AOUS
1779
que plus ou moins fortement fur le lambeau la Plaque
concave , & l'on fait par conféquent le degré
de compreffion que l'on juge néceffaire ; ce qui eft
d'une extrême importance. Car fi la compreffion
eft trop forte , elle peut occafionner la mortification
du lambeau ; fi elle eft trop foible , elle eft inutile .
Un autre avantage qui n'eft guére moins confidérable
, c'eft la facilité que l'on a de panſer la playe
fans lever l'apareil .
M. Puzos termina la Séance par un Mémoire fur
les convulfions qui furviennent aux femmes enceintes.
Ces convulfions , felon lui , ont une cauſe bien
differente de celles qui attaquent beaucoup de malades
ou de bleffés , & exigent par conféquent
un traitement fort different de celui qu'on pratique
dans ces derniers cas . M. Puzos donne enfuite les
raifons pour lefquelles les convulfions n'arrivent
point aux femmes dans le commencement de leur
groffeffe , mais depuis le fixiéme mois ou environ
jusqu'à la fin du terme . Il en trouve la cauſe
dans l'extenfion de la matrice , qui alors preffe les
troncs des vaiffeaux qui portent le fang aux parties
inférieures . Le fang fe porte néceffairement en plus
grande quantité fur les parties fupérieures ; ce
furcroît de liquide aporte dans le cerveau un dérangement
confidérable à la diſtribution des efprits
& occafionne par là des mouvemens irréguliers
ou convulfifs . Ce raifonnement eft prouvé
par le fuccès des faignées du bras & de la gorge
dans cette maladie. Ces faignées font beaucoup
plus efficaces , felon l'Auteur , que celles du pied
pour débaraffer la tête. Il explique pourquoi les
femmes vigoureuſes & fortes , qui font dans la
meilleure fanté , y font plus fujettes que les femmes
délicates , foibles ou malades . Il expofe les fignes
qui peuvent annoncer cette fâcheufe maladie
animaux ,
1
778 MERCURE DE FRANCE
& donner au Chirurgien le temps de la prévenir ,
avant qu'elle fe déclare. M. Puzos fait voir l'inuti
lité des vomitifs , des purgatifs , le danger des cordiaux
, quand les convulfions font déclarées ; il
préfere à tous ces Remedes une ample boiffon
d'eau chaude , & fe fonde pour cette pratique fur
des raisons décifives , foûtenuës par l'expérience .
EP ITR E.
A Mile Julie.
Dans l'ombre d'une vie obscure
Que vous cachez d'heureux talens !
Est-il une vertu plus pure ,
De plus génereux sentimens ?
Digne d'un sort plus favorable ,
L'infortune qui vous accable
Ne vous cause point mes mépris ;
Non , ne le craignez point , Julie ,
Mon ame en est plus attendrie ,
Et connoît toujours votre prix ;
Je vous trouverois moins aimable
Au sein de la prospérité ;
Peut- être qu'à cet air affable ¦¦
Se joindroit un peu de fierté ;
Ce coeur bon , cette ame accomplic ,
Ce caractere , ce génie
Que je trouve en vous si charmant ,'
Y
AOUST. 1740
1779
Y perdroient de leur agrément.
Ma Muse , de vous si connuë ,
Pourroit bien vous perdre de vûë ;
Occupée à des soins divers ,
Vous ne chanteriez plus mes Vers ;
Vous à qui je les vois aprendre ,
Voudriez-vous bien les entendre ?
Oui , sans doute , il est de grand air
Ou de trouver partout à reprendre ,
Ou dire , cela n'est pas clair.
Je vous serois peu nécessaire
Vous négligeriez de me plaire ;
Au lieu de vous parler d'amour ,
Triste & rêveur à votre porte ,
Au milieu des gens de ma sorte,
Je vous irois faire ma cour.
Restons tous deux comme nous sommes
Je suis le plus heureux des hommes.
Contente de les mériter ,
Laissez les biens à la Fortune ,
Et que sa grandeur importune
Ne puisse jamais vous flater.
Vos richesses sont en vous même ,
Votre coeur vaut le plus grand bien ,
Et le tendre Amant qui vous aime
Vous fait encor présent du sien.
Votre état n'est point un obstacle
A son amour le plus constant ,
·
Dis
780 MERCURE DE FRANCE
Dût-il
pour vous faire un miracle ,
Il sera plus que votre Amant.
Le tems peut changer toute chose
Sur l'épine il produit la rose ;
Zéphir remplace l'Aquilon ;
Le Printems la froide saison ;
Les bois reprennent leur verdure ,
Tout change ainsi dans la Nature ;
Il ne faut qu'un moment heureux
Pour couronner nos tendres feux.
A
P. M. L. G. D. L.
BILLET en Réponse.
S Eule Eule en ces aimables retraites ,
Je ne connois de Vers que ceux que vous me faites ¿
Je ne les aprends qu'à nos Bois ;
Et si je suis une indiscrete ,
Ne vous en prenez qu'à ma voix ,
Qui chaque jour sans cesse les répete.
Quelque fois redites les miennes ,
Puissent-ils supléer à nos doux entretiens ;
Je n'écris que pour vous , l'Amour seul est mex
Maître ,
Pardonnez -moi si je sçais peu rimer ,
Tout mon esprit s'occupe à vous connoître
Et tout mon coeur à yous aimer.
Julie.
LETA
OUST. 1740. 1781
>
LETTRE de M. Lebeuf, Capitaine de la
Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny
adressée à M. l'Archevêque de Sens , an
sujet d'un Manuscrit de Poësies sur les Archevêques
de cette Ville.
MONSEIGNEUR ,
Quand vous seriez moins curieux de l'Hist
toire Litteraire de votre Diocèse , je suis per
suadé que les Sujets qu'a traités au feizième
fiécle un Poëte de la Ville d'où j'ai l'honneur
de vous écrire , ne peuvent pas vous déplaire.
Comme les Amateurs de notre Langue
ne font pas moins attentifs à conserver dans
leurs Cabinets les anciennes Poëfies Françoises
, que les Romains l'étoient à conserver
ce qui avoit été écrit dans la leur , j'ai crû
M. que je pouvois prendre la liberté de vous
donner avis qu'il m'a paffé par les mains un
Recueil de Poëfies Françoises fur tous les
Saints principaux de l'ancien Calendrier Sénonois,
tel qu'il étoit fous M. le Cardinal du
Perron , lequel par conséquent intereffe l'Eglise
de Sens & fon Hiſtoire.
Je n'ai pas vû le Pantheon de Jean Bacho *,
Curé de Normant, dans votre Diocèse , qu'on
affûre être une Collection Latine in- 8°. de
E Poëfies,
1782 MERCURE DE FRANCE
Poëfies , composées en l'honneur de tous les
Saints de l'année , avec une Explication de
ces Poëfies. L'Ouvrage que j'ai l'honneur de
vous indiquer n'eft point imprimé comme
celui de Bachot , il n'eft que manuscrit , en
partie en caracteres gothiques , & il formé
un in-4°. affés conſidérable. Quand vous ne
vous interefferiez point , M. pour le culte de
quantité de Saints , dont la Vie y eft mise en
rimes , parce qu'ils ne font pas de votre Diocèse
, vous ne fçauriez être indifferent à l'égard
de plufieurs de vos faints Prédéceffeurs,
dont les éloges composent une bonne partie
de ce Volume.
>
Je ne vous tairai point, M. que ces Vers, où
plutôt ces pensées rimées , fe fentent du tems
auquel elles ont été écrites , & que la critique
n'en eft pas plus févere fur plufieurs points
qui concernent l'Hiftoire. Le Poëte, qui paroît
avoir écrit à Joigny fur le Territoire de
la Paroiffe de S. Thibaud , fe conformoit ,
quant aux faits, à ce qui fe lisoit alors dans le
Breviaire de Sens ; mais il a eû foin de ne s'en
pas tenir là , il a ajoûté les folemnités locales
d'autour de Joigny , telles que celles de S.
Sidroine , martyrisé à une lieuë d'ici , & qui'
ne paroît plus dans les Breviaires de Sens
quoique le titre de fon nom foit un des plus
anciens de tout votre Diocèse . Il a auifi orné
la Légende de plufieurs Saints Archevêques
de
A O UST. 1740. 1783
He Sens , de quelques circonstances qui regardent
l'Episcopat de leurs Succeffeurs .
A l'article de S. Wulfran , qu'il place au
20. Mars , il s'étend plus fur ce qu'il apelle
le Pardon de Sens , que fur ce Saint. Ses
rimes nous aprennent qu'en l'an 1292. fous
le Pontificat d'Etienne Bequart , le Pape Nicolas
III . accorda des Indulgences à ceux
qui vifiteroient le Monaftere de S. Pierre le
Vif. Il marque que dans les commencemens
la ferveur de la dévotion étoit très - grande ;
mais il ajoute que l'interêt s'étant mêlé dans
ce concours populaire , ce ne fut plus qu'une
espece de marche , où fe gliffa auffi le libertinage.
Je compte , M. que ce Poëte eft par
raport à Sens , ce que Vandelbert eft par raport
à l'Eglise entiere. Il commence souvent
par un diſtique Latin , à l'exemple de ce Poëte
du moyen âge , ce qu'il a à dire fur une Fê.
te , ensuite il s'étend en Poëfie Françoise pour
déveloper,fon Sujet. Si l'Abregé fur la Vie
des Archevêques de Sens , écrit par Jacques
Taveau , eft capable de fatisfaire ceux qui
contentent du langage Prosaïque , le même
Abregé mis en Vers & affaisonné de quelques
faillies affés naturelles , pourroit plaire aux
Amateurs de l'ancienne naïveté. Je foupçonne
, M. que Taveau , Avocat à Sens , a inspiré
le deffein de verfifier fur vos Prédecesseurs
à ce Poëte de Joigny , parce que j'ai
E ij des
$784 MERCURE DE FRANCE
des preuves qu'il y venoit quelquefois & qu'il
étoit Parent ou Allié à quelques Familles de
cette Ville .
Quant au rang qu'il conviendra de lui
donner parmi les Ecrivains Senonois ou
Champenois , on peut , ce femble , s'en raporter
à ceux qui donneront une feconde
Edition de la Bibliothéque Hiftorique de
France du Pere le Long.
J'ai l'honneur d'être avec un profond res
pect , M. & c.
A Joigny , le premier Mars 1740 .
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Juillet par , le Verre,
en géneral , Cor & Manus. On trouve dans
le premier Logogryphe Roc , Or ; & dans le
fecond , en ôtant l'M , on trouve Anus , en
ôtant l'N , Musa , & enfin en ôtant l'A &
I'N , on trouve Mus.
ENIGME.
VII rebut, vieux chiffon, rejetté dans un coin ,
Digne objet de mépris , on me fuit du plus loin ;
Mais changeant tout à coup de nom & de figure ,
Non sans avoir souffert mainte & mainte torture
je
XO UST. 1740. 1789
Je ne suis plus alors un objet de mépris ,
De mon utilité , Lecteur , connois le prix.
Je fais parler les morts , par ma sage industrie ;
Sans ame & sans esprit je leur donne la vie .
Je me tais , c'est assés , il faut être discret ,
Et peut-être déja tu connois mon secret .
L'Abbé de M. ******
*********************
LOGOGRYPHE ENIGMATIQUE.
J
E me chauffe de près dans toutes les saisons ;
Je construis avec art differentes maisons ,
Ou loge avec plaisir le plus grand Rey du Monde
J'en fais pour ses amis ; une ame vagabonde
Cherchant à transformer le fruit de son larcin ,
De son cours odieux trouve chés moi la fin.
Composé de sept caracteres ,
Mon nom lû & relû en diverses inanieres ,
Vous donne un vil métal , avec un Element ;
Un Saint , du Dauphiné , ancien ornement ;
Un Ouvrage d'esprit , sans suite & sans sciencea
Un Tribunal de conscience ,
Ou , si vous voulez , du Barreau
bien nouveau.
Un nom qui n'est pas
Une femme trop indiscrete ,
Aqui le Diable tête à tête ,
Zi ΕΓ
9786 MERCURE DE FRANCE
En revendit un jour pour notre grand malheur.
Un légume empâté , qui met de belle humeur ,
Et fait crier bien fort toute la Compagnie ,
En un jour dont le nom , qui se termine en nie
Est moins François que Grec .
Un petit ornement
Usité dans l'Architecture ,
Taillé d'une seule moulure ,
Et qui ressemble fort à certain aliment 、
Que l'Eglise permet ou défend en Carême.
Certain Etre brillant , & d'un poli extrême ;
Qui nous défend de l'air 'sans nous ôter le jour
Porte le feu sacré , sert Bacchus & l'Amour.
Un passage public , autrement une Plante ;
Chose qui vient de loin , & que la terre enfante
Qui peut se fondre & se filer ,
Se mettre en feuille , se coller ,
Et dont un Peuple entier ( vous l'allez bien cong
noître )
Dit un jour en dansant : voilà vraiment mon Maîtrel
Chose qui sert aux uns pour lever un fardeau ,
Aux autres quand ils ont de l'eau ,
Aux grands Seigneurs pour leur voiture !
Aux Criminels pour leur torture ,
Fixe ici , là mobile . Un réduit , où souvent
On fait plus que secher farine de froment,
Un Insecte , à qui Job , cette ame patiente,
Dise
AOUST. 1740: 1787
soit bien humblement : vous êtes ma parente...
Deux mots , dont l'un exprime un homme san
raison ,
L'autre signifioit jadis Proportion.
Un mot commun dans le langage ,
Quand on veut demander à quelque Voyageur
Le Lieu de son départ , celui de son passage ,
L'objet où le conduit son coeur .
Une des sept Notes du Chant .
Une Riviere enfin . Vous n'êtes pas content a
A qui sçait la Langue Latine ,
Et qui bien mes lettres combine ,
Quarante mots encor je fournis aisément,
C'en est, je pense, assés, Lecteur,pour votre argent
Par un Ch.
AUTRE.
LEcteur , six membres font mon tout
Mais pour le deviner poursuis jusques au bout
De te le désigner il n'est pas nécessaire ;
D'abord ma tête à bas , je suis l'objet des voeux
Du coupable & du malheureux ;
Transpose- moi ; Contrat passé devant Notaire
Retourne si tu veux en mille autres façons ,
J'offre à tes yeux maintes combinaisons .
Un terme de Mathématique ;
Ce qu'engendre un mélancolique ;
E US
1788 MERCURE DE FRANCE
Un légume , un Archevêché ,
Un beau Spectacle , une Cité ;
Chose nécessaire à la vie ,
Du Monde entier une partie ,
Vent nuisible aux gens délicats ,
Qui souffle en la saison des glaces , des frimats
Enfin un de ces sept Personnages de Grece ,
Si renommés pour leur haute sagesse.
งา
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
A
ou STRONOMIE PHYSIQUE , OU
Principes géneraux de la Nature, apliqués
au Méchanisme Aftronomique , &
comparés aux Principes de la Philosophie de
M. Newton, par M. de Gamaches, Chanoine
Régulier de Sainte Croix de la Bretonnerie ,
de l'Académie Royale des Sciences. A Paris,
chés C. A. Jombert , Libraire du Roy pour
l'Artillerie & pour le Génie , ruë faint Jacques
, 1740. in-4°. de 358. pages , avec pluj
fieurs Figures.
ACADEMIQUES DE CICERON, avec le Texte
Latin de l'Edition de Cambridge , & des
Remarques nouvelles, outre les Conjectures
do
A O UST. 1789
1740.
de Davies & de Bentley , & le Commentaire
Philosophique de Pierre Valentia , Jurisconsulte
Espagnol , par un des Membres de la
S. R. A Londres , chés Paul Vaillant , dans
le Strand , Vol. in- 12. de 475. pages , sans
une Préface , 1740.
OBSERVATIONS sur l'Art de faire la Guer
re , fuivant les Maximes des plus grands Géneraux
, en trois Parties , par M. Vautier ,
Lieutenant d'Artillerie. A Paris , chés la veuve
Delaulne , rue S. Jacques , 1740. in - 12 ,
326. pages , sans la Préface & la Table.
de
ABREGE' des Elémens de Mathématique .
Par M. Rivard , Profeffeur de Philosophic
en l'Univerfité . Cet Abregé eft composé sur
la derniere Edition de fon Ouvrage . Il fe
vend à Paris , chés Dessaint & Saillant , Libraires
, rue S. Jean de Beauvais .
HISTOIRE DE L'EGLISE GALLICANE , dédiée
à Noffeigneurs du Clergé, continuće par
le P. Pierre - Claude Fontenay, de laCompagnie
de Jesus. Tome X. depuis l'an 1176. jusqu'en
1226. A Paris ; chés François Montalant
, Quai des Auguftins , J. B. Coignard ;
H. L. Guerin , rue S. Jacques , & Jacques
Rollin, fils , Quai des Auguftins, 1739. in-4°.
COMMENTAIRE LITTERAL fur la fainte
E v Bible!
1790 MERCURE DE FRANCE
Bible , contenant l'Ancien & le Nouveat
Teftament , inseré dans la Traduction Françoise.
Par le R.P. de Carrieres, Prêtre de l'O
ratoire de Jesus . A Paris, chés Jean François
Moreau, rue Galande, à la Toison d'or, 1740
5. Volumes in-8 °.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC "
avec des Notes & des Piéces Juftificatives
composée sur les Auteurs & les Titres Originaux
, & enrichie de divers Monumens
par un Religieux Benedictin , de la Congré
gation de S. Maur. Tome III . A Paris ;
chés Jacques Vincent , ruë & vis- à- vis l'Egli,
se S. Severin , à l'Ange. in-folie. 1739 .
BIBLIOTHEQUE GENERALE des Auteurs
Sacrés & Ecclésiastiques , qui contient leur
Vie, le Catalogue, la Critique, le Jugement,
l'Analyse & le dénombrement des diférentes
Editions de leurs Ouvrages , ce qu'ils renferment
de plus intereffant fur le Dogme, fur la
Morale & fur laDiscipline de l'Eglise, l'Hiftoire
des Conciles , tant Géneraux que Particuliers,
& les Actes choiſis des Martyrs. Par le
R. P. Dom Remy Ceillier , Benedictin de la
Congrégation de S.Vanne & de S.Hydulphe,
Prieur Titulaire de Flavigny. Tome VIII.
in- 4°. de 764. pages. A Paris , chés Plus
Dumesnil, P. N. Lottin & D.A. Pierres, 1740,
HISAOUST.
1740. 1791-
HISTOIRE DES EMPIRES & des Républiques
depuis le déluge jusqu'à Jesus - Chrift
où l'on voit dans celle d'Egypte & d'Afie la
liaison de l'Hiftoire Sainte avec la Profane ;
& dans celle de la Grece , le raport de la Fable
avec l'Hiftoire . Par M. l'Abbé Guyon.
Tome V. & VI . Le cinquième pour l'His
toire des Macédoniens , & le fixième pour
les Ptolemées , in- 12 . 1740. A Paris , chés
H. L. Guerin, Jean Villette, & J. B. Delespise,
ruë S. Jacques.
y
JOURNAL DES AUDIENCES , & Arrêts du
Parlement de Bretagne, rendus fur les Questions
les plus importantes de Droit Civil , de
Coûtume , de Matieres Criminelles , Beneficiales
& de Droit Public. Tome II. contenant
les Arrêts rendus depuis la S. Martin
1735. jusqu'à Pâques 1738. & plufieurs Actes
de Notorieté , avec une Table des Matieres.
A Rennes chés Guillaume Vatar ;
Imprimeur ordinaire du Roy , du Parlement
& du Droit , au coin du Palais , à la Palme
d'or , in-4. 1740.
"
CHOIX DE POESIES Morales & Chrétien
nes des Poëtes de nos jours , dédié au Duc
d'Orleans , Premier Prince du Sang. Tome
III. A Paris , chés Briasson , rue S. Jacques ,
à la Science, 1740. in - 12 . de 329. pages, sans
en Avertiſſement & la Table.
E vj
USAGE
1792 MERCURE DE FRANCE
USAGE DE L'ANALYSE DE DEscartes
pour découvrir fans le fecours du Calcul dif
ferentiel , les proprietés ou affections princi
pales des Lignes Géométriques de tous les
Ordres , par M. l'Abbé de Gua de Malves ;
Trésorier du Chapitre de Menigoute , Académicien
de l'Académie Royale de Bor
deaux. A Paris , chés Debure , l'aîne , &
Piget , Quai des Auguftins , volume in-124
de 427. pages.
OEUVRES SPIRITUELLES de feu M.François
de Salignac de la Mothe Fenelon , Précepteur
de Messeigneurs les Enfans de France
& depuis Archevêque & Duc de Cambray
Prince du S. Empire , & c. Nouvelle Edition ,
revûë & confidérablement enrichie . A Paris,
chés Jean-Baptifte Coignard , rue S. Jacques,
4. volumes in - 12. 1740.
> JOURNAL DES MARCHES , Cam
pemens , Batailles , Siéges , &c. des Armées
du Roy , & de celles des Alliés , en
Flandres , depuis 1690. jusqu'en 1694. inclufivement
, par M. Vautier , Commiffaire
d'Artillerie troifiéme Edition. A Paris ;
chés la veuve Delaulne, rue Jacques, à l'Empereur
, 1740. volume de 376. pages, fans
compter la Préface & l'Epitre Dédi catoire.
و
TRAITE DES NOMS DIVINS, ou des Per •
fections
A UUS T. 1740. 1793
fections Divines , Ouvrage de S. Denis l'Aréopagite
, propre à donner des idées sublimes
de Dieu , & à faire naître de grands fentimens
de la Religion , traduit du Grec en
François , avec des Notes Critiques , Théologiques
& Dogmatiques , par le P. Pierre-
Joseph Cortasse , de la Compagnie de Jesus.
A Lyon , chés Deville , freres , 1739. in-4°.
de 315. pages , & de 44. pour la Préface , le
Plan de l'Ouvrage & les Sommaires.
INSTRUCTION d'un Pere à fon fils Aîné qui
prend le parti de la Guerre.Brochure in fol. də
8. pages,
où l'on trouve une très-bonne Morale
& quantité de folides Avis. A Nancy ,
de l'Imprimerie
de N. Charlot , proche la
Place.
METHODE pour aprendre la Langue &
POrtographe Françoise , à la portée de toutes
fortes de perfonnes de l'un & de l'autre Sexe.
Quatrième Edition , la mieux arrangée & la
plus correcte. Par M. Jacquier. Vol . in - 8 ° .
dont le prix eft de trois livres, reliée : à Paris,
chés le Clerc , rue de la vieille Bouclerie ruë
près le Pont S. Michel ; le Gras , Grand-
Salle du Palais à l'L couronnée ; la Veuve
Piffot , Quai de Conty , à la deſcente du
Pont Neuf , & Briaffon , rue S. Jacques , à
la Science .
•
>
2
Nous
1794 MERCURE DE FRANCE
Nous ne repeterons rien ici de ce que
nous avons dit ailleurs du mérite de cet Ou
vrage , dont on reconnoît tous les jours l'u
tilité . On fçait qu'il a eû dès le commencement
des Aprobateurs diftingués , tels que
le R. P. Tournemine , M. de Fontenelle ;
&c. Il y a tout lieu de croire que cette Edi
tion ne fera pas la derniere.
LA MEDECINE , la Chirurgie & la Pharmacie
des Pauvres , paroît en 3. Vol. in- 12.
chés la Veuve Alix , ruë S. Jacques , au
Griffon. 1740. C'eſt un Ouvrage Poſthume
de M. Hecquet.
HISTOIRE DE MARGUERITTE D'ANJOU
Reine d'Angleterre , par M. l'Abbé Prevost,
Aumônier du Prince de Conty. A Amſter4
dam , 1740. 2. Vol. in- 12 . partagés en qua
tre parties , & à Paris , chés Didot , Qua
des Auguftins.
LES MARBRES DE PESARO,avec des Eclair
eiffemens & des Explications. A Pesaro ,
1738. de l'Imprimerie de Nicolas Gavelli ,
Vol. in -fol. pag. 206. Cet Ouvrage eft en
Latin,
NOUVEAUX AMUSEMENS DU COEUR ET WE
2'ESPRIT , Nombres 9. 10. LI . 12. 13. &
14
AOUS T 3740% 1793
4. du Tome cinquième , fe vendent à Paris,
chés François MERIGOT , Quai des Augustins
, à la defcente du Pont Saint Michel ,
près la rue Gît- le- Coeur , à Saint Louis. Le
prix de chaque feüille eft de Quatre Sols.
Mad. L'E *** . attaquée dans une petite
Brochure intitulée L'Aftrologue dans le Puits,
écrit à M. P ***, & répond à trois ou quatre
Articles qui la concernent.Elle finit, en difant
parlant de fon courage, qu'il eft tel que fi toutes
Les femmes penfoient comme elle , le tems des
Amazones pourroit bien revenir , avec cette
difference que le Monde finiroit.
Elle ajoûte : Il me reste à protefter que je
» n'ai point aidé à compofer l'Apothéofe des
» Auteurs. Que m'importe qu'on les place
» parmi les Aftres , les Animaux , ou les
Plantes ? je ne fuis point Maîtreffe des céré-
» monies du Parnaffe , &c .
Les Playdoyers fur les differentes Educa
tions , confiftant en un Difcours du Juge
avant les Plaidoyers , quatre Difcours de
quatre Contendans qui plaident eux -mêmes ,
ou qui employent le miniftere d'un Avocat;
puis l'Arrêt du Juge après la Cause plaidée ,
mériteroient bien de notre part un long Extrait.
Les bornes que nous nous preſcrivons
séverement , nous ferviront d'excufe auprès
des Lecteurs , à qui il eft aisé d'acheter ces
Piéces séparées , & qui font bien dignes de
l'acq
796 MERCURE DE FRANCE
l'accueil honorable que le Public leur a
fait. Voici en abregé le plan de ces Plai
doyers.
30
De tous les biens que nous recevons de
» nos Peres , dit le Juge en commençant , il
» n'en eft point de plus précieux , après la
» vie , qu'une bonne éducation . Bienfait qui
égale en quelque forte le premier ; qui du
» moins le perfectionne , & qu'on peut regarder
comme une feconde vie. En vain
» la Nature vous aura - t'elle comblé de fes
» faveurs , fi l'éducation ne vous donne fes
» foins , & fi la liberalité de l'une n'eft secondée
par la fageffe de l'autre. Vous aurez
l'efprit naturellement folide ; mais s'il n'eſt
» cultivé , il fera comme un diamant brute
"
95
>>
qui n'a point d'éclat , & qu'on diftingue à
» peine d'une pierre commune. Vous aurez
» le coeur fenfible & généreux ; mais s'il
» n'eft fortifié par de bons principes , il fera ,
» pour ainfi dire , comme l'Aimant qui
» n'étant point armé , perd fa force , & fe
» trouve confondu avec la matiere la plus
» e rreftre .
›
» Un Pere feroit donc bien coupable , sisi ,
» d'ailleurs idolâtre de fes Enfans , & fe prê-
» tant avec joye à tous leurs autres befoins
» il négligeoit leur éducation , & laiffoit à
» la Nature le foin de les rendre vertue .
Pere aveugle , pourroit- on lui dire , avec »
» toute
AOUST. 1745. 1797
»
toute votre tendreffe , vous ne fçavez pas
aimer.
ود
Ctésiphon tomba dans cette erreur. La
Nature lui ayant donné quatre Enfans,deux
» garçons & deux filles, il crut faire affés pour
» les uns & pourles autres , fi par fon induſtrie
» & parfon épargne il leur amaffoit de grandes
» richeſſes . Il réuffit dans fon projet au - delà
» même de ſes eſperances. Après avoir enri-
» chi fes Infans , il fongea à les établir ; &
» comme l'argent a toujours été un fuplé
» ment au mérite , il trouva moyen de les
placer , & de les mettre dans une fituation
avantageufe. Il s'aperçut bientôt qu'en leur
» achetant des Charges , il ne leur avoit pas
» acheté des talens , & qu'en leur procurant
» des honneurs , il avoit illuftré des vices
» que le défaut de culture avoit produit , ou
و ر
qu'une heureufe éducation auroit pû dé-
" truire. Il auroit bien voulu remédier à des
» maux dont il s'imputoit la caufe , & dont
» il enviſageoit les conséquences . Mais com
» ment redreffer des arbres qui avoient déja
» jetté de profondes racines , & qui , malgré
» leur courbure , portoient la tête bien
haut ? Comment faire des remontrances à
» des perfonnes que leur élévation , encor
plus que âge , leur âge , fembloit mettre au
defus des avis ? Ctésiphon fe contenta de
voir, de gémir & de fouffrir. Pour répan
49
1798 MERCURE DE FRANCE
rer en quelque maniere fa négligence , dans
» la perfonne de fes petits - fils , qui au mo-
⚫ment de fa mort, fe trouvoient au nombre
de quatre , iffus de fes quatre Enfans , il
» voulut pourvoir à leur éducation. Dans cet
" te vûë , après avoir affigné la légitime à fes
" deux fils & à fes deux filles , il déclara
par
»fon teftament , qu'il laiffoit entre les mains
» de Dorophilax , homme de probité , la
somme de cent mille écus , pour être unjour
partagée à fes quatre petits fils , à raison de
l'éducation
plus ou moins avantageuse
qu'ils auroient
reçûs de leurs peres & de leurs meres.
" Par cette claufe, il témoignoit affés combien
il avoit à coeur leur inftruction , mais
» il ne la regloit pas. Auffi tous les quatre
furent-ils élevés d'une maniere dif
>> ferente. Ceux dont ils dépendoient , con-
» fulterent leur propre goût autant que les
» lumieres de la raifon , fans perdre néan-
» moins de vûë la récompenfe qui étoit pro
posée.
Meliffe , femme affés modefte dans la
» bonne fortune , & qui avoit toute la ten-
» dreffe , pour
pour ne pas dire toute la foibleffe
» d'une mere , voulut que fon fils Epheſtion
» fût inftruit dans fa maiſon & fous fes
"
yeux.
» Démocrates
, homme laborieux & vigilant
, mais qui fe voyoit partagé chre
les feins domeftiques & les affaires publi-
» ques
AOUST. 1740. 1799
1
ques , ne crût pas devoir fe furcharger par
>> l'inftruction de Taxile , fon fils , & il le mit
dans des Ecoles publiques.
وو
Eglé , mere un peu ambitieufe , qui ai-
» moit l'éclat & la grandeur , confia fon fils
» Bafilide à une amie qui vivoit à la Cour ,
afin qu'il devint Courtifan par étude, avant
» qu'il le fût par profeffion .
Néophile , grand Nouvellifte , qui s'oc
cupoit moins de fes propres interêts , fit
» voyager fon fils Odophile dans les Pays
étrangers , fous la conduite d'un Gouver 39
» neur.
ود
>
» Le tems de l'éducation étant fini , les
» quatre jeunes Eleves fe préfentent à notre
Tribunal , & viennent ſe diſputer la meil-
» leure portion de la fomme mife en dépôt
" par Сtéfiphon , leur grand- Pere. Nous
» croyons devoir leur permettre d'employer
» dans cette Cause le miniftere des Avocats,
» ou de parler pour eux-mêmes. C'est ce que
» nous laissons à leur choix . Commencez .
On trouve donc ici les quatre Difcours des
quatre Rivaux. Comme le Juge après la
Plaidoirie fait la fonction d'Avocat Géneral
& qu'il réfume les preuves plus ou moins fo
lides des Parties , avant que de donner fes cone
clufions & de juger définitivement , nous ne
pouvons mieux faire que d'expofer les mo
ifs de fon Arrêt.“
Page
oo MERCURE DE FRANCE
Page 308. » L'Homme peut s'inftruire par
tout , quand il a l'efprit attentif & le coeur
docile. C'eft ce qui réfulte des Difcours
» que nous venons d'entendre.
"L'Avocat d'Epheftion nous a exposé les
grands avantages d'une éducation particu
liere , les foins affidus d'un Maître , qui
» n'ayant qu'un Eleve , a fans ceffe les yeux
» ouverts fur fon avancement , proportionne
fes leçons à fa capacité, le cultive avec une
affection finguliere , écarte tout ce qui
pourroit altérer la fimplicité , la candeur &
» l'innocence de fes moeurs.
>>
و ر
"
» Taxile , en parlant pour lui- même , a fait
valoir l'éducation publique , par la régula-
» rité & l'émulation qui en font le caracte
re. Il a montré que la méthode , ou la
maniere d'enfeigner , n'étant point arbi-
» traire dans un College , comme dans les
» maiſons particulieres , elle doit être plus
fage & plus sûre : que n'étant point amol-
» lie par la tendreffe des parens , elle dois
» être plus sévere : que n'étant point décon-
» certée par les differens obftacles qui fe
"
rencontrent dans l'intérieur d'une famille
» elle doit être plus égale & plus foûtenuë :
» enfin , que le nombre des Difciples qui de-
» viennent Rivaux , que la nature des difpu
tes qui fe changent en combats , que la
multitude des récompenfes qui fuivent la
» Vic
A O UST. 1740. 1801
victoire , rendent l'inftruction plus vive &
>> plus animée.
•
pas
» Le défenfeur de Bafilide a découvért
» dans l'éducation de la Cour un fonds.
d'instructions que l'on n'y apercevoit
d'abord. Il à parcouru la plus gran
de partie des Sciences que l'on enfei
gne dans les Ecoles publiques ou particulieres
, & il a prétendu qu'elles s'apre-
❤ noient éminemment par la fréquentation
des Courtiſans, Ni les myfteres de la Phyfique
, ni les maximes de la Morale , ni les
» fubtilités de la Logique , ni les tours de la
Réthorique , n'ont rien , felon lui , qui furpaffe
ou même qui égale les connoiffances
» que l'on acquiert à la Cour ; & cela , fans
» Maîtres , fans Livre , & prefque fans étude.
Odophile s'eft attaché à nous prouver
qu'un Voyageur en parcourant divers
Pays, trouve une instruction plus variée &
plus pratiquée , plus agréable & plus utile :
» que les Villes , les Campagnes , les Mers,
" tous les Lieux par où il paffe , fe changent
» en autant d'Ecoles : que tous les Etran-
» gers , de quelque rang qu'ils soient , lui
» servent de Maîtres ; que les differens Climats
& les divers caracteres des Nations
qu'il trouve sur fa route , font autant de
»Livres qui fourniffent une ample matiere à
» ses réflexions que sans donner son tems
»
93
وو
"3
و د
» &
802 MERCURE DE FRANCE
» & son aplication à certaines Langues mor
» tes , qui ne sont d'usage que dans les Col-
» leges , & dont l'usage diminue tous les
» jours , il aprend les Langues vivantes ,
>
it
les parle avec les Etrangers , & par là de-
» vient le Concitoyen de tous les Peuples :
» qu'il remarque , en chemin faisant , certai-
» nes vertus propres de certaines Nations ;
» qu'il en raporte dans sa Patrie l'idée , le
» goût & le defir de les mettre en pratique.
» Suivant ces Exposés , nous ne pouvons
» douter qu'il n'y ait divers avantages dans
» les quatre diverses Educations , dont on
» vient de nous faire l'éloge. Mais ces avantages
font- ils purs & sans mélange ? Ne
» sont ils point alterés par des inconveniens ?
C'est ce que le Juge examine avec discernement
, en pesant les raisons de part &
d'autre. Il poursuit en ces termes .
>
»
"
Page 316. Il y a donc des inconveniens
ainsi que des avantages dans chaque édu-
» cation : mais fe trouvent- ils dans un égal
» nombre , ou dans un égal dégré ? Non ,
» Meffieurs ; & c'eft sur cette inégalité que
>> nous devons fonder l'inégalité des partages
» que nous allons affigner à chacun des
quatre Rivaux qui attendent notre déci
"
» sion.
» Toutes choses examinées avec soin &
» mûrement pesées , nous adjugeons la premiere
AOUST. 1740. 1805
»
miere portion du Legs de Ctésiphon à Ta-
» xile élevé dans les Ecoles publiques, C'eft
» dans ces Ecoles que se trouve le plus puis-
» sant moyen d'exciter la Jeuneffe à l'étude
>> des Sciences , je veux dire , l'émulation ;
» & il ne se trouve que dans ces sortes
» d'Ecoles . Il peut y avoir du péril pour
» les moeurs ; mais quelle Ecole , quelle
» Maison en eft exemte ? S'il y a plus de
» dangers dans les Ecoles publiques , disons-
» le hardiment , il y a auffi plus de Leçons
» de Vertu , plus d'exercices de pieté , plus
» d'avis , plus de conseils , plus de précau-
» tions , plus de réprimandes ; & , pour tout
>> dire en deux mots , plus de préservatifs &
» plus de remedes.....
L'éducation particuliere , quoique oposée
en aparence à l'éducation publique , a trop
» d'affinité avec elle pour que nous les sépa-
» rions. Elle a formé & peut former encore
» de Grands Hommes , en qui l'instinct pour
>> les Sciences tient lieu d'émulation. Mais
» ces exemples , qui sont au - dessus de la
» la regle , ne font pas une regle , & ne con-
» cluent pas en faveur de l'instruction do-
» mestique. Ils nous déterminent à lui don
» ner la seconde place , & nous la lui décer
» ns . .....
Page 320. A qui adjugerons- nous la troifiéme
part dans le Legs deCtésiphon ? Sera- ce
au
1804 MERCURE DE FRANCE
» au Courtisan ? Sera- ce au Voyageur ? L'A
>> vocat du Courtisan a fait paroître beau-
» coup de mépris pour des Sciences qu'il
» eftime d'ailleurs ....... Bafilide ne pouvoit
choifir un Avocat d'un esprit plus fin &
រា
plus délié ; mais il pouvoit recevoir une
» éducation beaucoup plus fructueuse. Ainfi
nous lui préférons l'éducation par voya-
» ges. Celle - ci paroît avoir acquis du crédie
» par le Livre fameux que les Muses & les
Graces ont dicté à un sçavant & ingénieux
» Prélat , qu'on peut apeller l'Homere de la
» France. Mais pour retirer du fruit des
» voyages , il faut avoir paffé par une éducation
litteraire . L'une ne doit être que la
» suite de l'autre .
>> Qu'Odophile ne songe plus aux Pays
étrangers. Qu'il travaille à se rendre utile
» à sa Patrie ....... Qu'il mette en usage le
» talent de la parole qu'il a reçû de la Nature;
» en un mot , qu'il se rende digne de ceux
qui lui ont donné le jour , &c .
"
Nous avons été très -contens des diverses
Poësies qui entrent dans ces Feuilles . Le
choix en eft bon . L'Epithalame suivante eft
d'une Dame eſtimable par la délicateffe de
son génie.
A
AOUS T. 1740. 1805
A Mlle d'Aligny , sur son Mariage avec M.
de Verton. Par Mad. Vatry.
C'eft au Temple du Goût qu'on célebre la Fête
Qi d'un couple parfait doit unir les deux coeurs :
L'Hymen , d'un air content , pour ce beau jous
s'aprête.
Les Graces , les Vertus en feront les honneurs ;
L'Amour, ce fils du Ciel , fans bandeau , fans allara
mes ,
De l'aimable Verton guide aujourd'hui l'ardeur :
La Vertu , dont le front inſpire la douceur ,
Préfente d'Aligny , belle & pleine de charmes,
Avec un tel cortége , allez , heureux Epoux ,
Allez unir des jours filés d'or & de foye.
La Raifon , le bon Goût , la veritable joye ,
Ne peuvent vous former que le fort le plys doux .
Voici un Madrigal modefte , d'un Auteur
chéri du Public , à Mlle Gauffin. Il eſt de
M. Fagan.
Ecartepour un tems la foule des Amours
Dont partout ta trace eft suivie :
Aime-moi seul pendant deuxjours ,
Je t'aimerai toute ma vie.
Le mois prochain on donnera l'Extrait
'des Feuilles qui achevent le cinquième Tome
de ces Amusemens. L'Auteur nous prie d'a-
E vertic
4806 MERCURE DE FRANCE
vertir ici que le sixième Tome est sous la
Presse , & qu'il sera en vente tout au plus
tard le premier Octobre prochain.
Comme cet Ouvrage périodique ne souffrira
aucune interruption , on aura tous les
trois mois , à ce qu'il nous assûre , un nouveau
Tome. Ainsi le premier Janvier 1741 .
le septième Tome sera en vente , & ainfi de
suite de trois mois en trois mois. Nous portons
ici la parole pour l'Auteur de ce Recueil,
qui nous la donne lui - même.
>
Pour avoir des Corps complets de cet Ouvrage
, il faut s'adresser directement aux
trois Libraires suivans. A la Veuve Pissot .
Quai de Conty , à la descente du Pont neuf;
au Sr Briasson , ruë S. Jacques , à la Science,
& au Sr Mérigot , Quai des Augustins, Le
prix des cinq volumes des Amusemens , reliés
très-proprement en veau fauve , ou autrement
, à la Grecque , &c. eft de seize livres
dix sols.
NOUVELLE BIBLIOTHEQUE , ou Hiſtoire
Litteraire des principaux Ecrits qui se publient.
Decembre 1738. A la Haye , chés
Pierre Paupie , 17.38 . in- 12 .
Nous allons prendre de cette Compilation
ce qui paroîtra propre à enrichir nos
Nouvelles Litteraires.
ANTIQUITE'S DE LA VILLE DE LYON , Ou
ExA
O UST. 1740: 1807
Explication de ses plus anciens Monumens ,
avec des Recherches sur les autres choses
remarquables , qui peuvent attirer l'attention
des Etrangers , in- 12 . 2. Vol. avec Figures ,
à Lyon , 1738.
RECHERCHES Sur ce qu'il faut entendre
par les Démoniaques , dont il eft parlé dans
Ie Nouveau Teftament , avec la Réponse de
M. Twels à ces Recherches , in - 8 ° . 1738. à
Leyde.
ÉLEMEMS DES MATHEMATIQUES , Contenant
les Elémens de Géometrie , d'Arithmetique
, d'Algebre & d'Analyse , par le P.
Duclos , in-8°. avec Figures , à Lyon , 1737.
TRAITE' de la Communication des Maladies
& des Paffions , avec un Essai pour servir
à l'Hiftoire Naturelle de l'Homme , par
M. ***. à la Haye , chés Jean Van Duren ,
1738. in- 12 . de 224. pages.
LE SENS LITTERAL DE L'ÉCRITURE STE
défendu contre les principales Objections des
Anti- Scripturaires & des Incredules modernes.
Traduit de l'Anglois de M. Stackhouse
avec une Differtation du Traducteur sur les
Démoniaques , dont il eft fait mention dans
l'Evangile , à la Haye , chés Henri Scheur-
Leer , 1738 , in- 8 ° . Trois Tomes , le premier,
de 403. pages ,
fans la Préface & un Avertissement
de 34. pages , le fecond de 488. &
le troifiéme de 176. à la suite duquel on
Fij trouve
1808 MER CURE DE FRANCE
trouve une Table Méthodique des Matieres,
fort ample & fort commode , & un Indice
exact des Auteurs,, dont on s'eft ſervi , de
même que de l'Edition qu'on a eûe en main,
Comme les Ouvrages , qui ont été composés
dans ces derniers tems en Angleterre
pour la défenfe du Chriftianifme , font en fi
grand nombre , qu'ils fuffiroient pour former
une Bibliotheque raifonnable , M. Stackhouse
a crû rendre fervice au Public de ra
maffer dans un seul Corps l'effentiel de ce
qu'on avoit dit fur la Matiere. Il propose
d'abord les Objections des Déistes , avec toute
la bonne foi poffible , & , autant qu'il
peut , dans les termes mêmes dont fes Adverfaires
fe font fervis . Il y répond enfuite
avec autant de folidité & d'ordre qu'on en
peut exiger. Il y regne de plus une politeffe
qu'on trouve rarement parmi les Controverfiftes
, & dont nous ne fçaurions affés recom-
'mander l'exemple à quiconque fe mêle de
controverfe.
NOUVELLE BIBLIOTHEQUE , &C. Suplément
aux mois d'Octobre , Novembre & Decembre
1738.
ENTRETIEN POLITIQUE entre quelques
Suiffes des Treize Cantons & des Pays Alliés,
fur l'Etat présent où fe trouve le Corps Helvetique
, avec une Carte curieufe & exacte
de toute la Suiffe , à Londres , chés Samuel
Harding ,
A O UST. 1740; 1809
Harding , 1738. de 464. pages , fans l'Aver
tiffement qui en a 4. & la Carte.
ME'DAILLES DES ROIS DE MACEDOINE
tant celles qui ont été publiées par les foins
des Sçavans Antiquaires Crophius , Lazius
Goltz , Patin , Spanheim , Hardouin , Beger
& c que celles qui jufqu'ici n'ont pas encore
été données au Public , ramaffées & mifes
dans leur ordre naturel par Jean - Jacques
Gessner , de Zurich , avec les Figures , l'Explication
& les Commentaires des Sçavans.
A Zurich , de l'Imprimerie d'Heidegger ,
1738. in fol. de 36. pages , fans les Planches ,
où font gravées les Médailles qui en font
VII.
REFLEXIONS HISTORIQUES ET POLITI
QUES , fur les Moyens dont les plus grands
Princes & habiles Miniftres fe font fervis pour
gouverner & augmenter leurs Etats ; avec les
qualités qu'un Miniftre doit avoir de quelque
Condition qu'il foit , & ce qu'un Prince
cft obligé d'obſerver envers lui , in - 8 °. chés
J. & H. Verbeer , Libraires à Leyde.
>
DE MORBIS VENEREIS , Libri novem in
quibus differitur tum de Origine , Propagatione
Contagione horumce affectuum in genere
tum de fingulorum Naturâ , Etiologia &
Therapeia , cum brevi Analyfi & Epicrifi
Operum plerorumque , que de eodem argu
Fiij mento
7810 MERCURE DE FRANCE
mento fcripta funt , Auctore Joanne Aftrue
Regi à Confiliis Medicis , &c. Editio Altera ,
auctior & emendatior , in quâ additæfunt duæ
Differtationes nova , in- 4° . Deux Volumes
18. livres. Lutetia Parifiorum , apud Guillelmum
Cavelier , viaJacobea , fub Signô Lilit
Aurei , 1740.
LETTRES PHILOSOPHIQUES fur la formation
des Sels & des Criftaux , & fur la génération
& le Méchanifme Organique des Plantes
& des Animaux , à l'occafion de la Pierre
Belemnite & de la Pierre Lenticulaire , avec
un Mémoire fur la Théorie de la Terre , par
M. Bourguet , 1739. in - 12. de 220. pages ,
fans la Préface . A Amfterdam , chés François
Honoré
MEMOIRE Concernant plufieurs nouvelles Décou
vertes fur la fcience des Forces mouvantes , en ce
qui regarde la perfection de l'Horlogerie , aprouvées
par Mrs de l'Académie Royale des Sciences
inventées & exécutées par le Sr Maffoteau de Saint-
Vincent , Ingénieur & Horloger du Roy. A Paris
rue S. Jacques , au College & Place de Cambray.
;
2
Le Sr de S. Vincent (a ) fait & vend , avec billet
de garantie : 1. Toutes fortes de Montres d'or ou
d'argent , foit à la Françoife , foit à l'Angloife , ou
à la Cavaliere , tant fimples qu'à Minutes , comme
auffi à Minutes & fecondes ; d'autres à Répétition,
(a) Voyez les Mémoires pour l'Hiftoire des Sciences
des Beaux Arts , mois de Mai 1737 · P• 943 •
d'aus
A UUS T. 17407
Pautres à Réveil , & d'autres qui vont huit jours ,
toutes lefquelles fuivent continuellement le Mouvement
vrai du Soleil ; enforte qu'on n'eft jimais
obligé de toucher aux aiguilles pour les remettre à
l'heure.
2º. Des Montres que l'on monte également ,
foit qu'on tourne la Clef à droite , foit qu'on la
tourne à gauche .
3º. Une Montre de nouvelle invention ( a ) qui'
va huit jours , & dans laquelle une feule & même
aiguille indique l'Heure , le quart , la demie , les .
trois quarts & en même tems la Minute , tandis
qu'une deuxième aiguille qui part du même Centre
que la précédente , indique les fecondes .
4. Toutes fortes de Pendules de formes agréa◄
bles , & riches par les ornemens , qui ont eu l'aprobation
des Gens de goût , & ont d'autant plus
fait de plaifir, qu'elles fuivent avec une extrême régularité
le Mouvement vrai du Soleil : perfection
dans l'Horlogerie que l'Art n'avoit point encore
atteinte , & que jufqu'à préfent l'on avoit crû impoffible.
5. Le même Sr de S. Vincent a trouvé le moyen
d'ajoûter aux Cadrans des Montres ordinaires à
Minutes , une aiguille ( 6 ) qui marque éxactement
les fecondes , fans augmenter le nombre des roues ,
puifqu'au contraire il peut en ôter deux qui font
fuperfues . Cette aiguille , qui eft placée au Centre
du Gadran , paffe entre l'aiguille des Heures &
celle des Minutes ; & faifant fa révolutión dans
(a) Voyez le Mercure de France , mois de Decembra
1733.p. 2881.
(b) Voyez les Mémoires pour l'Hiftoire des Sciences
& des Beaux Arts , & le Mercure de France , mois
d'Avril 1734. P. 754.
Fiiij l'espace
812 MERCURE DE FRANCE
l'efpace d'une Minute , contribue confidérablement
à la jufteffe des Montres.
6°. Quant aux Montres qui font usées , gâtées
ou abandonnées , quelques mauvaises , & de telle
nature qu'elles puiffent être , il fçait les racommoder
, & les garantit enfuite comme neuves , fans
même ajoûter aucune aiguille , fi on ne le ſouhaite.
Il ne doute pas que bien des gens ne foient
fort furpris de ce qu'il avance ici ; mais l'expérience
en a déja convaincu tous ceux qui ont eu recours à
lui.
7°. Il a encore porté bien plus loin la perfection
de fon Art , vu qu'il a trouvé un moyen sûr pour
remédier à l'irrégularité des Mouvemens qui provient
des differentes altérations de l'Air,dans lequel
les vibrations fe fort , & qui , de l'Aveu de tous les
Sçavans , eft un des plus grands obſtacles à la juſteffe
des Pendules ; comme auffi pour corriger l'inégalité
de ces mêmes vibrations , de quelque caufe
qu'elles proviennent , foit de ce qu'elles font plus
ou moins courtes , foit de ce que l'impulfion eft
plus ou moins forte , comme il arrive fouvent par
P'inégalité de force dans les Refforts , qui ne fçauroit
manquer de caufer la difference de leur élafticité
; à quoi il faut ajoûter qu'il a pareillement
trouvé le moyen de diminuer , & de rendre égaux
tous les frotemens des pivots tant il est vrai que
dans les Arts il y a divers degrés d'intelligence ,
enforte que l'on diftingue aisément un Ouvries
qui opere par pure routine , d'avec l'Artiſte qui pos
sede les principes de la Théorie , & dont la main
eft guidée par le génie.
8. Il a auffi inventé une Montre à Répétition
d'une nouvelle conftruction la plus fimple qu'on
puiffe imaginer , nullement fujette à fe détraquer ,
dans laquelle il fuprime le grand Reffort , & tout
AOUST. 1740. 1813
le Rouage ( a ) qu'on a coûtume d'y mettre , &
qui répete l'heure courante , & les quarts , autant
de fois qu'on le fouhaite , par le moyen d'un fimple
Marteau. Cette ingénieufe invention épargne
de la dépenfe , & a'd'autant plus d'utilité , qu'il
peut par fon moyen , mettre toutes les Montres
imples à Répétition , fans toucher aux roues , &
fans en ajoûter d'autres.
Ce qu'il y a même de plus admirable dans fon
travail , eft que dans les Montres où il fuprime
quatre pieces, fçavoir, deux roiies & deux pignons,
bien loin d'augmenter le nombre des dents de celles
qui restent , il en retranche au contraire la moitié
, & que néanmoins ces Montres vont auſſi long
tems qu'auparavant.
De plus , il a inventé une Pen lule Aftronomique
d'une conftruction finguliere , qui va d'ellemême
l'efpace d'un An par le feul enchaînement de
fes Roues , fait vibrer le Pendule fans le fecours
d'aucun Reffort , Poids , Contrepoids , ou aucun
autre Corps étranger , & dont le Mouvement ne
dépend en nulle maniere de l'action de l'air.
ioº. Enfin il a composé fur le Syftême de Copernic
une Sphere mouvante qui , par la revolution
de fes cercles , imite fenfiblement celle au Ciel ,
outre qu'il a fçû , par fa Méthode , donner aux
Roues le nombre de Dents qui leur font faire des
révolutions plus parfaites que toutes celles qu'on a
encore vûës ; la plupart formant une erreur qui
(a) Voyez le Mercure de France , mois de Decem
bre 1735. P. 2690. Les modeles , deffens & defcriptions
des Montres de cette invention , fo.it reftés entre
les mains du Tréforier perpetuel de l'Académie qui
en a donné fon Certificat à l'auteur du 25. Avril
2736.
pro
814 MERCURE DE FRANCE
procede de ce que le Mouvement du Soleil n'y eft
que de 365. jours , & qu'ainfi il manque près de
fix heures par An , ce qui fait une difference de fept
jours en trente Ans . Pareillement le mouvement
de la Lune n'y eft que de vingt - neuf jours & demi ,
ainfi il manque quarante quatre minutes par Lu
naifon , & en moins de trois Ans , ce mouvement
avance de plus d'un jour. On remarquera auffi que
dans cette excellente Piéce il a également perfectionné
les mouvemens des autres Planettes , en fe
conformant aux obſervations des plus habiles Aftronomes
de l'Europe.
Et comme il eft certain que la perfection des
Pendules & des Montres ne laifferoit pas de deve--
nir inutile à ceux qui n'en fçauroient pas
faire usage
, c'eft pour cela qu'il a fait imprimer une Instruction
néceffaire qu'il diftribue chés lui , contenant
la maniere de les bien regler , de telle nature
qu'elles foient , & la Méthode de tracer facilement
fur une fenêtre un bon Méridien , avec aprobation
de l'Académie des Sciences .
Au refte , il ofe affûrer que tout ce qu'il avance
dans ce Mémoire , eft le fruit d'une étude affiduë ,
dans laquelle il n'a épargné ni les foins qu'il étoit
néceffaire de fe donner , ni les recherches qu'il convenoit
de faire pour aprofondir cette matiere.
M. le Baron de Craffier , vient de faire imprimer
à Liege chés Heverard Kints , un Catalogue de toutes
les Pierres gravées qu'il a dans fon Cabinet ; on
a pen vû jufqu'ici d'Antiquaire qui eût en propre
une fi riche Collection . Ces Piéces font parmi des
Médailles , ce que font dans une Bibliothèques les
Manuscrits ; mais leur rareté , leur prix , fouvent
exceffif , l'adreffe de bien des gens pour les contrefaire
, & la charlatannerie de ceux qui en font
com
AOUST. 1740. 1815
Commerce , dégoûtent bien vite ceux qui entreprennent
d'en enrichir leurs Cabinets.
M. de Craffier a furmonté toutes ces difficultés.
Il a amaffé environ 270. Agates , Onix , Lapis ,
Saphirs , Amétiftes , Cornalines &c. de differentes
grandeurs , tant fculptées en plein , que gravées en
relief & en creux ; il y en a quelques Modernes
qui ne cedent aux Antiques ni pour la rareté , ni
pour la délicateffe du travail,
La plupart des Antiquaires regardent un Médailler
qu'ils ont formé , avec une complaiſance d'Ouvrier
pour fon propre ouvrage ; ils fe ctoyent mê .
me en droit d'exiger des Eloges : Quafi filentium
damnum pulchritudinis effet ; mais M. de Craffier eft
un Sçavant modefte , il parle de ce qu'il poffede
avec autant de defintereffement que s'il ne l'avoit
vû qu'en paſſant dans le Cabinet de quelque Etran.
ger;, dit - il dans fa Préface , In Gemmarum Defcriptione
aliquis forfan error irrepferit eum .. Genii
noftri capacitatis tenuitati tribuendum rogamus.
Tout l'Eloge qu'il fait des Pierres les plus précieufes
& les mieux travaillées , fe renferme dans les
mots , Gemma fplendida , Gemma elegans , c .
Il a envoyé fon Catalogue aux plus habiles Antiquaires
de Paris avec lefquels il eft en relation , &
l'Académie des Belles- Lettres a reçû avec plaifir
celui que le Pere de Montfaucon lui a présenté de la
part de l'AUTEUR .
On a apris de Lisbonne , que la Place de Garde
des Archives de la Couronne , vacante par la mort
du Pere Manuel dos Santos , a été donnée par le
Roy au Pere Manuel da Rocha , Profeffeur en Théologie
à Coimbre, Académicien de l'Académie Royale
de l'Hiftoire ci-devant Géneral de l'Ordre de
Saint Bernard dans le Royaume de Portugal , &
F vi conna
1816 MERCURE DE FRANCE
connu par plufieurs Ouvrages de Litterature , entre:
autres par le Li - resntitulé le Portugal renaiffant.
Ces Lettres ajoûtet , que les Ecoliers de Réthorique
du Colicge des lefuites à Evora , y out fait
pendant fept jours consécutifs des Exercices publics
, auxquels a préfidé le Pere Manuel de Azevedo
, un de leurs rotefleurs , & dans lesquels ils
ont examiné les beautés & les défauts des deux
Poëmes Epiques de Virgile & du Camoëns.
·
On écrit de Madrid , que le 11. de ce mois , les
Académiciers de l'Académie Royale Efpagnole
ayant à leur tête le Marquis de Villena , Directeur
de l'Académie , prefenterent au Roy le fixiéme &
dernier Tome de leur Dictionaire de la Langue
Caftillane , & qu'ils furent tous admis à baiſer la
main de S. M.
On aprend de Londres , qu'on a fait pour l'usage
des Troupes qui font campées, des Fours portatifs,
de cuivre d'une nouvelle invention , dont chacun
peut cuire tous les jours autant de pain qu'il en
faut pour la nourriture de cent hommes.
On mande de Berlin & l'on affûçe , que le Roy
de Pruffe a réfolu d'établir un Ordre de Chevalerie
pour les Sçavans & pour les Gens de Lettres.
ESTAMPES NOUVELLES.
La Defcente d'Enée aux Enfers ; grande , admi
rable & très- Poë ique Compofition , d'Antoine
Coypel , Premier Peintre du Roy C'eft un des principaux
Tableaux de la Galerie du Palais Royal ,
peinte par cet habile Maître & la quinziéme &
derniere Eftampe qui restoit à graver . On y voit
Ené
AOUST. 1748. 1817
Thée conduit dans les Champs Elisées par Deiphobe
, Sibille de Cumes ; il y trouve Anchife , fon
pere , qui l'ayant mené fur les bords du Lethé ,
lui fait voir les Princes qui doivent defcendre de
lui & regner en Italie. Eneide L VI . Le Sr L. Surugue
, qui a gravé cette Eftampe , Ya
a fort bien
réuffi . Elle fe vend chés lui , rue des Noyers , vis-àvis
S. Yves.
On trouve à la même adreſſe une autre Eftampe
nouvelle en large , très - bien gravée , & qui fait
un effet fort agreable , Sujet tiré du Roman Comique.
C'est le Deftin qui retire Ragotin du Rosier
où il s'était jetté en fuyant la Rancune qu'il croyoit
mort. La Compofition ' eft de J. B. Pater & le 16.
morceau , terminé au Burin par P. Surugue , fils.
ELEVATION DE LA DECORATION du Théatre
pour les Tragédies du College de Rennes , dédié
par les Peres Jefuites à MM . du Corps de Ville , Fondateurs
de ce College & des Prix de la Tragédie ;
Eftampe en large d'une riche , noble & ingénieufe
Compofition , gravée par le Sr Moreau d'après le
Tableau du Sr L'Hermitais . Elle fe vend à Paris ,
chés Blangy , rue Ste Marguerite , à l'Hôtel des Remains
, Fauxbourg S. Germain.
JESUS CHRIST élevé en Croix , belle Ordonnan
ee de Figures à pied & à cheval au bas , les Maries ,
S. Jean &c. et belles expreffions. Nouvelle Eftampe
en hauteur , d'après le Tableau original de Jacques
Parocel , dont la réputation eft affés connue , gravée
par Nicolas Tardieu Graveur du Roy , chés
lequel elle fe vend , rue S. Jacques , près la rue des
Noyers. On lit au bas ces Paroles .
>
J. C. aporté nos pechés en fon Corps fur la Croix ,
afin qu'étant morts auxpechés nous vivions à lajuſti-
CA
1818 MERCURE DE FRANCE
ce : c'est par les meurtriffures & par fes playes que
nous avons étéguéris. 1. Pierre 2. v . 24.
On trouve dans la même Boutique une fort belle
Eftampe en large d'une très - belle Compofition ,
fort heureufement gravée par J. Tardieu , le fils ,
d'après le grand Tableau qu'on voit dans le Choeur
de l'Eglife de S. Martin des Champs , peint par
M. J. Reftout. Il repréfente J. C. qui guérit près de
la Piſcine un Homme Paralitique qui y étoit ma
lade depuis 38. ans.
LA JEUNESSE , Eftampe en large , gravée par J.
Moyreau , chés lequel ellé fe vend , rue Galande ,
vis - à- vis S. Blaife . C'eſt la deuxième qu'il grave ,
& qui fait Pendant à l'ENFANCE , d'après les Tableaux
Originaux de J. Raoux , Peintre du Roy ,
qui font dans le Cabinet du Chevalier d'Orleans ,
Grand Prieur de France, & qui ont 4. pieds de large
fur 32. pouces de haut , & dont la Compofition eft
admirable . Elle eft heureufement exprimée par ces
Vers qu'on lit au bas de l'Eſtampe :
Le Printemps de nos jours , où l'ardente Jeuneſſe ,
Se laiffant emporter par une douce yvreffe
Nefuit que les Amours , les Plaisirs & les Jeux &
Seroit pour elle un âge utile & précieux ,
Si les defirs étoient reglés par la Sageffe.
On s'y prépareroit des fruits pour l'avenir ,
Que l'on retrouveroit aux jours où la Vielleffe
Ne laiffe des Plaisirs qu'un trifte ſouvenir.
LES FESTES DE PALE's , très - belle Eftampe en
large , gravée à l'Eau forte par C..... de la même
grandeur , du Deffein de M. Bouchardon , & termi→
née
AO UST. 1740 1817:
ée au Burin par M. Feffard , chés lequel on la
trouve , dans le Cloître S Germain l'Auxerrois.
La Suite des Portraits des Grands -Hommes &
des Personnes Illuftres dans les Arts & dans les
Sciences , continuë de paroftre avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Estampes , Quai de l'Ecole ,
il vient de mettre en vente , toûjours de la même
grandeur :
CHILDEBERT II . XVII . Roy de France , mort en
711. après 17. ans de Regne , deffiné par A. Boizot,
& gravé par Aveline , le jeune.
THIERRY II . XX . Roy de France , mort en 738 .
après 17. ans de Regne , deffiné par A. Beizot , &
gravé par J. G. Will.
CHARLES DE GUNTAUT , DUC DE BIRON ,
Maréchal de France , décapité à Paris le 31. Juillet
1602. âgé de
40. ans , fait Par Th. de Leu.
PIERRE DU TERRAIL , CHEVALIER BAYARD
mort dans le Milanez en Avril 1524. âgé de 48.
ans , peint par N. D. gravé par J. F.
CLOVIS II. XII . Roy de France , mort en 655%
après 17. ans de Regne , deffiné par A. Boizot , &
gravé par G. Duchange.
M. Campra , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roy , dont les grands talens font connus de tout
le monde , a fait graver fon dernier Ouvrage François
, intitulé , les Noces de Vénus , en trois Actes &
un Prologue ; qui fe vend à Paris , chés Mad. la
veuve Boivin , ruë S. Honoré , à la Regle d'or ,
le Sr le Clerc , rue du Roule à la Croix d'or.
&
Le Sr Durand Expert pour les Dents , donne
ici , à la follicitation de diverses Feisonnes de
Paris & de Province , le nombre & la vertu
de
2810 MERCURE DE FRANCE
de chacun de fes Remedes , foit pour en faire unG
jufte aplication , foit pour les diftinguer de ceux
qu'on foupçonne être contrefaits.
Son Opiate , dite des Sultanes , affermit les Dents
branlantes , anime & fait croître les Gencives rongées
, empêche qu'elles ne tombent en bourlet ,
blanchit parfaitement les Dents fans offenfer le lustre
de l'émail , les rend douces , diffout & liquifie le
fang groffier qui s'y accumule , calme les douleurs,
& empêhe qu'on ne fente de la bouche : c'eſt toujours
le Sr Durand qui parle .
L'Elixir , par la vertu , détruit toutes les corrup
tions qui minent les Dents , réfout les Tumeurs
quelles qu'elles foient ; mûrit les abfcès , guérit les
chancres qui viennent au Palais , à la langue , & aux
gencives,corrige les humeurs âcres qui tiennent de la
nature du fcorbut , arrête même le cours de la gan.
grenne , & c. & empêche les mauvaises impreffions de
l'air dans les Lieux mal fains & même où regne une
maladie contagieufe.
L'Eau d'Or de Grenade , diffipe ou diminuë en
peu de tems les fluxions les plus confidérables , en
exprimant les acrimonies tartareufes & glaireuſes ,
qui les produifent & les entretiennent ; détache les
limons , qui font les fuites des mauvaises digeſtions,
apaife les douleurs & procure à toutes les parties de
fa bouche , des avantages prompts , réels & permanents.
Le Sr Durand envoye lui - même ces Remedes
dans les Pays les plus éloignés , avec des Mémoires
inftructifs pour les employer
à propos Il avertit
qu'il n'a ni Correfpondant , ni Colporteur qui débi
tent fes Remedes pour lui ; ainfi fi on en vendoit ailleurs
qu'à la démeure , il les défavouë comme faux
& contrefaits. Pour en avoir de vrais , avec des
Inftructions pour s'en fervir , il faut lui écrire à Paris
1
AOUST. 1740. 1821
is , en afranchiffant les Lettres , il prendra alors
toutes les meſures les plus sûres pour les faire tenir
, par les voitures du Lieu , ou d'autres commodités
qu'on lui indiquera. I a foin de cacheter fes
Remedes avec la même Empreinte qui eft au deffus
des Imprimés qu'il donne en même - tems. Les Pots
d'Opiate font de de 2. 3. de 4. & de 6. livres. Les
Bouteilles d'Elixir font de 2. livres 10. fols , de 3. &
de 6. livres . Celles d'Eau d'Or , font de 3. & de s.
livres . Il va le matin où on le demande , & l'après
midi on le trouve chés lui. Sa demeure eft , avec
Tableau , rue S. Honoré , vis -à - vis la Fontaine de la
Croix du Trabair , entre la Coupe d'or & le Bas de
Chamois , au premier Apartement fur le devant.
Le Public eft averti que la Dile Guy , qui a le vé
ritable Secret du Suc de Regliffe & de Guimauve fans
fucre, continue à le faire & diftribuer feule en France
, pour toutes les Fluxions de poitrine , Chaleurs
de gorge , Rhumes , Afthmes & les Crachements de
fang , détache les flegmes de la poitrine , fait cra
cher & adoucit la pituite ; elle en fait un particulier
pour le Poulmon & les Aigreurs . Ces Remedes, après
avoir été aprouvés par la Faculté,& par le Premier
Médecin du Roy,Sa Majefté a accordé à la Dlle Guy
des Lettres Patentes pour faire & débiter fon Remede
exclufivement , & l'Arrêt du Parlement du
21. Mai 1740. qui entherine les Lettres Patentes
ordonne qu'il fera lû , publié & affiché .
Afin que le Public ne foit pas trompé par les Con
trefaifeurs , outre le Tableau d'enfeigne , qui eft
entre les deux croifées aux deuxième étage de la
Maiſon où demeure la Dlle Guy , ruë S. Honoré ,
vis- à - vis la ruë de l'Arbre Secq , chés un Limonadier
, elle a fait mettre une autre Enfeigne à la por
to de la Maiſon, де
CHANSON
1822 MER CURE DE FRANCE
CHANSON.
AVant que je fusse amoureux
Je ne connoissois point de plus brillante gloire
Que celle que Bacchus présentoit à mes voeux ;
Sans que l'Amour remporte la victoire ,
Maintenant jeles sers tous deux ,
Et l'on me voit aimer & boire.
L'Affichard.
CHANSONETTE.
QUe l'Amour présente de charmes
Aux Amans tendrement épris !
Il sçait récompenser les larines ,
Et le plaisir en est le prix.
*
Ne pleurons plus , aimable Ismene ;
Profitons de notre bonheur ;
Faisons succeder à la peine
Ce que la vie a de flateur .
*
Le plus charmant plaisir du monde
Est d'aimer qui nous aime bien ;
ard. Aoust1740.
THE NEW YOR
PUBLIC LIBRARY
AETOR . 1
AOUST. 1740. 1820
En vous tout mon espoir se fonde ,
Et votre amour fait tout mon bien .
*
Je ne crains que votre inconstance ,
Mais j'ai grand tort de m'allarmer ;
Pour que l'on eût la préference ,
Il faudroit sçavoir mieux aimer.
Epris d'une vive tendresse ,
Je ne soupire que pour vous ;
Si ma flâme est une foiblesse ,
Mon plaisir n'en est pas moins doux.
*
'Aimons-nous bien , belle Bergere ,
nous seuls ayons des yeux ;
Et pour
Le bonheur de sçavoir vous plaire
Me rend égal aux plus grands Dieux..
Par le même.
SPEC
424 MERCURE DE FRANCE!
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie nouvelle en Prose
& en un Acte , intitulée la Jalousie impré◄
vûë , représentée le 16. Juillet au Théatre
Italien.
ACTEURS.
M. Lisimon, bon Bourgeois , le Sr Romagnesi.
Mad. Lisimon , son Epouse , la Dlle Silvia.
Julie , fille de M. & de Mad . Lisimon ,
Lelio , Amant de Julie ,
Rosette , Suivante de Mad .
La Fleur , Valet de Lelio ,
C
la
. Dlle Biancollelli.
le Sr Riccoboni.
Lisimon, la Dlle
Riccoboni.
le Sr Deshayesa
Ette Piéce , dont M. Fagan eft l'Auteur
, n'a pas trompé l'attente du Pu
blic. Elle a été aplaudie des Connoiffeurs
dans les nombreuses Représentations qu'on
en a données ; en voici un Argument , qui
fuffira
pour mettre nos Lecteurs au fait.
M. & Mad . Lisimon , fuivis de Rosette , ou?
vrent la Scene; ils ne veulent plus que Lelio
à qui ils deftinoient Julie , leur fille , vienne
chés eux , fondés fur des raports désavanta
geux qu'on leur a faits de ce jeune Amant.
Rosette
AOUST. 1740 182
Rosette prend la défense & leur dit : Par ma
foi , voilà d'étranges choses . Quels sont donc ces
beaux raports que l'on vous a faits ? Lelio meme
une vie libre & agréable ; faut- il donc qu'à
son âge il se conduise comme un Caton ? il cours
après quatre ou cinqfemmes à la fois : eh bien !
il ne les atrape pas toutes aparemment, M. Lisimon
la traite d'impertinente & ne démord
point de ce qu'il a resolu ; Mad. Lifimon lui
impose filence , & dit à son Mari : Allez ,
Monsieur , je prendrai de si bonnes mesures ,
qu'il ne sera plus question ici de Lelio ; je ne
veux pas même que de sa part on reçoive le
moindre message ;& ssii jj''aapprreennddss .... c'est à
vous , plus qu'à personne , à qui je veux parler,
Mlle Rosette. M. & Mad. Lifimon s'étant retirés,
Rosette dit dans un court Monologue :
Je vous entends ; mais je ne vous promets pas de
vous obéir. N'est- ce pas une chose honteuse que
"sur des raports en l'air, on donne ainsi le congé
à l'Amant le plus tendre ? Il faut que Lelio air
quelques ennemis secrets ; il ne paroît pourtant
pas en mériter ; &je veux ...
Julie , qui arrive , l'empêche d'achever.
Elle aprend avec douleur , que son Mariage
avec son cher Lelio eft rompu ; & qu'on ne
veut plus qu'il la voye , ni même qu'il lui
écrive. Rosette , touchée de ses pleurs , lui
promet tous les fecours qui dépendront
d'elle .
Julie
826 MERCURE
DE FRANCE
Julie étant fortie , la Fleur , Valet de Lelio
arrive , fortant d'un cabaret , où il a mis fon
peu de raison en déroute. Il cherche longtems
dans fes poches une Lettre de fon Maître
à Julie. Il croit l'avoir oubliée ; Rosette
à beau le preffer de fortir de peur qu'ɔn ne le voye ; il s'obſtine à chercher fa Lettre ; il
la trouve enfin , mais par malheur Mad . Lifimon
eft présente quand il la donne à Rosette
; Mad . Lifimon , voyant que Rosette lui
obeït fi mal , lui demande ce que c'eſt que
cette Lettre ; Rosette ne fçachant comment
se tirer d'affaire , lui répond au hazard
que c'eft à elle-même que la Fleur lui a dit
de la remettre. M. Lifimon arrive inopinément
, en disant que les raports qu'on lui a
faits du dérangement
de fon prétendu Gendre
, viennent de lui être confirmez ; Mad ,
Lifimon lui dit : Si vous voulez mettre quel
que nouvel ordre dans votre Domestique , cɔm•
mencez , M. par renvoyer une coquine de Servante
, qui reçoit un Billet de Lelio pour ma
fille , & qui croit en être quitte en me disant
grossierement
qu'on le lui a donné pour moi. M.
Lifimon , étonné de l'effronterie
de Rosette,
dit en prenant la Lettre des mains de fa femme:
Voyons , voyons un peu le style de ce M.
Il lit tout haut la Lettre , qui eft conçûë en
CCs termes :
Seriez-vous complice du coup mortel que l'on
me
AOUST. 1740: 1827
ne porte aujourd'hui ? Et croiriez- vous ce que
l'on débite sur mon compte ? Non ; à votre âge
& de l'heureux naturel dont vous êtes , on a un
sentiment pur , qui ne sçait point juger faussement.
Songez qu'elle doit être ma douleur. Quel
moyen employerai-je à présent pour vous voir ?
Celui de qui vous dépendez a eû long- tems de
moi une opinion qui m'étoit bien favorable.
Faut-il que de malheureux discours m'ayent.
noirci ? Moi, aimer toutes les femmes ! toutes
me sont indifferentes , une seule m'est chere ;
mais si chere, que je mourrai plutôt que de l'oublier
; que je mériterai sa tendresse en dépis
des jaloux.
que • ...
Cette Lette , qui fait le noeud de la Piéce ,
produit un effet que Mad. Lifimon n'a cũ
garde de prévoir ; & c'eft aparamment ce
qui a autorisé l'Auteur à intituler fa Piéce ,
la Jalousie imprévûë. M. Liſimon fent à chaque
mot ce qu'il n'a jamais fenti : Mais, ditil
à Mad. Lifimon: Rosette vous a dit que c'est
à vous cette Lettre s'adresse De quel
coup suis-je frapé ? ... Plus je relis .... comment
diable ! .... il faut s'attendre à tout de
la part d'un libertin. Il repete tous les mots
équivoques de cette Lettre. Jaloux. Une seu-
Le m'est chere. Une femme. Une seule femme.
Jaloux. En dépit des jaloux. Je n'y vois plus de
doute; le sens est clair par tout , c'est à vous,
Madame.... Mad. Lifimon a beau lui dire
qu'il
828 MERCURE DE FRANCE
qu'il extravague ; fa jaloufie va toujours for
train ; il croit toujours voir de nouvelles
clartés dans les termes les moins fusceptibles
des aplications qu'il imagine . Il fe retire jaloux
à la rage. A peine eft- il forti , que Le
lio entre pour fe juftifier auprès de Mad. Lifimon.
Elle tremble que fon Mari ne prenne
de nouveaux foupçons , en la voyant auprès
de lui ; elle le conjure de fe retirer; il fe jette
afes pieds pour la prier de l'entendre , elle
s'enfuit en s'écriant : à mes genoux ! miseri-
Borde ! ~
Lelio, étrangement furpris de ce qu'il vient
de voir , fait connoître pourquoi il eft venu,
par ce Monologue :
Quelle est cette réception ? J'avois pris la résolution
de venir mejustifier; j'esperois que cette
femme , en quij'ai toujours connû de la raison ,
pourroit revenir des préjugés desavantageux
qu'on lui a inspirés contre mois elle fuit ; elle
craint de m'envisager ; elle me reçoit avec un
trouble dont il ne m'est pas possible de démêler
la cause.
Rosette vient , elle demande à Lelio d'où
peuvent venir ces beaux bruits qu'on répand
fur fon compte. Lelio lui aprend que c'eft
une de ses anciennes Maîtreffes , qui picquée
de fe voir préferer une Rivale , ne ceffe de le
noircir pour le faire congédier de tous les
endroits, où il pourroit porter fes voeux . Rosette
A OUS T. 1740. 1829
....
Fette lui aprend l'effet que fa Lettre a produit
, & la jaloufie imprévuë de M. Liſimon.
Rosette lui dit qu'elle vient d'être congediée
par Mad. Lifimon , mais qu'elle ne désespere
pas de fe faire rapeller par M. Lifimon ; elle
lui promet de le fervir ; & lui dit après avoir
un peu rêvé : Réduit comme vous l'êtes , à ne
plus voir Julie , ce que j'imagine pourroit ....
que sçait-on ? vous pourrie embarasser
ceux qui vousfont injustice d'unefaçon qui vous
seroit utile. Il faut chercher à les intimider ;
quand ce seroit même par des raisons plus spécieuses
que solides. M. Lifimon qui arrive bercé
de fon démon de jaloufie , empêche Rosette
d'achever de s'expliquer avec Lélio ;
elle le fait cacher , pour entendre ce qu'elle
va dire à fon jaloux. M. Lifimon interroge
Rosette fur le Billet qui a troublé ſa raison ;
il lui demande s'il est vrai qu'il s'adreſſoir à
fa femme ; Rosette lui répond : Je n'ai rien à
dire, dès que l'on me renvoye ; ce n'est plus mon
plaisir de rendre aucun compte. Après quoi
elle fe retire. Cette réponse équivoque de
Rosette, ne l'eft point du tout pour M. Lifimon;
il la prend pour un aveu très-concluant .
Mad. Lifimon vient , fon Mari lui fait fubir
un interrogatoire des plus comiques . Plus fa
femme fe juftifie & plus il la croit coupable.
Voyons , dit-il , tâchons de l'aider à m'éelaircir
la choses oh ! ça , ma femme , quand
G it
1830 MERCURE DE FRANCE
il venoit , par exemple , il vous faisoit des po
Litesses , & vous les receviez. Mad. Lifimon
lui répond de la meilleure foi du monde :
Je les recevois , parce que je n'imaginois pas
que je dusse faire autrement avec un homme
destiné à ma fille. Depuis votre soupçon j'en ai
agi differemment. Elle lui avoue qu'il eft revenu
& qu'elle lui a parlé ; cet aveu fincere
acheve de le confirmer dans fes foupçons
jaloux. Mais , dit- il , il faut que cet homme
la foit bien enragé , bien endiablé contre moi.
;
Toute réflexion faite , il croit qu'il y a des
mefures à prendre pour ne pas ébruiter une
rupture qui mettroit fon deshonneur en
évidence il ordonne à fa femme de revoir
Lelio , mais pour l'accabler de mé .
pris. La jaloufie du Pere paffe jufqu'au coeur
de la fille ; Julie vient demander à fa Mere
s'il eft vrai que Lelio foit aflés perfide pour
oser aimer fa Mere après lui avoir juré une
fidélité éternelle. Mad. Lisimon lui répond
avec beaucoup de modération : Mafille ,
quand on a eu le malheur d'écouter des imper.
tinences , il ne faut pas du moins être affes fotte
pour venir les raporter.
Nos Lecteurs voudront bien nous difpenfer
de mettre dans cet Extrait tous les jolis
détails dont cette ingénieuse Piéce eft ornée ,
L'Imbroglio eft pouffé fi loin , que Lelio , par
les confeils de Rosette , vient faire une efpece
de
i
A O UST. 1740.
1537
de déclaration d'amour à la Mere en présence
de la fille . On va voir quel a été le deffein
de Rosette quand elle a donné ce confeil à
Lelio. Rosette aprenant de M. Lisimon qu'il
a porté la chofe jufqu'à faire apeller fon
Rival en duel , après avoir ri d'un deffi ,
dont il commence à se repentir. Elle lui parle
ainfi : Je pense à une chose bienfimple , qui
d'abord nese présentoit pas à mon esprit . En
verité la tête tourne dans de pareilles occafions,
& à peine avons-nous eu le tems de nous reconnoître
, fi quelqu'un qui vous inquieteroit
devenoit votre gendre, aparemment vous cefferiez
d'en être jaloux ; Lelio ayant paru rendre
des devoirs à votre fille , malgré quelques soupçons
que vous avez fur fa conduite , que ne le
forcez vous de l'épouser ? M. Lifimon eft d'abord
bien éloigné de fuivre le confeil de
Rosette , ne fût- ce que par raport à sa fille
qui auroit beaucoup à fouffrir d'un mari , á
qui on la donneroit malgré l'amour qu'il
auroit pour une autre . Mais , poursuit - il ,
quand je voudrois l'y forcer , l'accepteroit- il ?
Vraiment tu ne sçais pas comme pense cette
espece de gens- là ; ils ne veulent rien d'honnête
ni de légitime.
Ce conseil de Lisette , quoique d'abord il
ait été mal reçu , ne laisse pas de faire le dénouement
de cette petite Comédie . M. Lifimon
aime mieux prendre ce parti- là , que
Gij
de
832 MERCURE DE FRANCE
de se faire tuer par un Rival plus vigoureux
que lui. Lelio inftruit Mad. Lifimon du deffi
que son mari lui a fait faire de fa part , &
par là il se reconcilie avec elle ; M. Lifimon
propose le mariage conseillé par Rosette :
après quelques feintes démonftrations de ne
vouloir point s'engager dans les noeuds du
mariage , Lelio veut bien y consentir pour le
bien de la paix , & la tendre Julie lit dans
ses yeux qu'il en fait fon plus grand bonheur
dans le fond de l'ame.
Au refte , cette Comédie eft très-bien représentée
; la Dlle Silvia & les Srs Romagnefi
& Riccoboni jouent les principaux
Rolles avec toute l'intelligence & la vivacité
convenables au sujet .
Le 4. Août , les mêmes Comédiens donnerent
une Piéce nouvelle Italienne en trois Actes , intitulée
les Mariages mal affortis , dans laquelle le
nouvel Arlequin , Pantalon , & Scapin ont tout le
jeu de la Piéce , qui eft dans le vrai goût Italien.
Le 14. ils remirent au Théatre la Parodie de
Zaïre , intitulée les Enfans Trouvés , ou le Sultan
poli par l'Amour , de la Compofition des Srs Dominique
, Romagnesi & Riccoboni , qu'on a revûë
avec plaifir ; on en peut voir le Sujet dans l'Extrait
qu'on en a donné dans le fecond Volume du Mer
Cure de Decembre 1732. page 2868 .
Le Sr Alexandre Ciavarelli , natif de Naples , âgé
de 33. ans , nouvel Acteur , qui avoit débuté avec
aplaudiffement au Théatre Italien au mois d'Août
1732
AOUST. 1746. 1833
1739. pour les Rolles de Scapin , ou Fourbe intri
guant , a été reçû dans la Troupe du Roy
Le 4. Août , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragédie de Zaïre , de M. de Voltaire.
Elle avoit été donnée pour la premiere fois
au mois d'Août 1732. avec un très -grand fuccès.
On peut voir l'Extrait qu'on en a donné dans le
Mercure de Janvier 1733. P. 133 .
Le 13. on représenta la même Piéce , dans la
quelle le nouvel Acteur joüa le rolle de Lufignan
avec aplaudiffement. Le Sr Rouffelet a auffi joué
avec fuccès trois rolles de Paysan , fçavoir , celui
de Talere dans la Comédie de Démocrite amoureux ;
dans la petite Comédie des Vendanges de Suresne
celui de Thibaut , & celui de Colas dans l'Usurier
Gentilhomme.
L'Académie Royale de Mufique continuë les repréſentations
du Ballet des Fêtes Venitiennes , qu'on
voit toujours avec le même plaifir . Le Sr Raynaldi-
Fauffani & la Dlle fon Epouse , dont on a déja parlé ,
continuent d'y danſer deux Entrées Pantomimes
avec un concours prodigieux , & le Public témoigne
tous les jours qu'on n'a peut- être encore rien vû ,
dans ce genre burlefque & pantomime , de fi fingulier.
Le 30. Août , l'Opera Comique donna deux
Piéces d'un Acte chacune , précédées d'un Prologue
, avec des Divertissemens ; la premiere a pour
titre la Comédie fans Hommes , laquelle avoit été
donnée dans fa nouveauté à la Foire S. Germain de
l'année 1735. fur le Théatre de l'Opera Comique ;
& la feconde eft intitulée les Fêtes Villageoises , Ambigu
Comique , avec des Intermedes , dans lesquels
Giij 電訊
1834
MERCURE DE FRANCE
en parodie les principales Scenes des trois Entrées
des Fêtes Fenitiennes . Le Sr Antonio Catolini , qui
avoit reparu fur le Théatre Italien au mois d'Octobre
dernier dans le rolle d'Arlequin , a débuté fur
celui de l'Opera Comique , dans la derniere Piéce
& a rempli les principaux rolles de la Parodie au gré
du Public.
La Troupe des Comédiens du Roy à Compiegne,
dont on parlé le mois dernier , y a continué fes
repréſentations depuis le premier Août , jufques &
compris le 21. jour de la Clôture du Théatre. Ils
ont donné tous les jours differentes Comédies des
Théatres François & Italiens , avec des Intermedes
convenables.
Le 12. le Roy honora cette Troupe de fa préfence
, à la
repréſentation des Comédies d'Arlequin
Valet Etourdi , & du Miroir fans fard , qui furent
fuivies d'une Pantomime Angloife très - bien exécu
tée & aplaudie .
L'AMOUR DESARM E ,
A Mlle B... qui a des Talens décidés
pour la
Déclamation & pour le Chant.
JA
' Ai vû l'Àmour s'envoler dans les airs
La larme à l'oeil il quittoit ce rivage .
Où courez- vous , Vainqueur de l'Univers ?
Ne fuïez pas nos plus tendres hommages.
Ah ! dit ce Dieu , j'ai perdu tous mes droits :
Pour les r'avoir ma plainte eft impuiſſante ;
Je
A O UST. 1740. 1835
Je badinois aux genoux de Canante ,
Elle m'a pris mon Arc & mon Carquois.
Que faire ici defarmé ? je m'envôle ;
Mieux que moi- même elle jouera mon rolle ;
Elle a mes traits , & je n'ai pas fa voix.
Par M. Le Franc .
VERS ,fervant de Prologue à la représentation
d'une Comédie , jouée en Societé d'Amis
à Lille , en Flandres , au mois de Juin
1740 .
L'Amour dans fes defirs
Ne trouve point de réſiſtance ;
Du fier Achille il endort la vaillance
Il fçait d'Alcide arracher des foûpirs ;
D'un Forgeron il fait un Peintre habile ;
En tout genre , il n'eft rien qui lui foit difficile,
II fit fouvent aux autres Dieux
Quitter les Cieux pour defcendre fur Terre ;
C'est par lui qu'Ixion meurt frapé du Tonnerre ;
Et c'est lui qui nous fait être Acteurs en ces Lieux
Gardez - vous d'en porter jugement téméraire ;
Ah ! je vous vois déja promener votre esprit
Sur les Compagnes de Thalie ,
Er vouloir démêler celle qui nous conduit
Pour vous donner la Comédie .
G iiij
Plus
83% MERCURE DE FRANCE
Plus d'une ici , fans doute , eût pu faire un Acteur,
Et celle qui d'Ariſte a fçû toucher le coeur
Mélitte , qui , de la Philoſophie
A fapé jufqu'aux fondemens ,
>
Peut bien plus aisément des Sages de ce tems
Changer la raifon en folie ,
Si c'en eft une , Amour , de chérir tes préfens.
" Ainfi que la GAUSSIN Mélitte a nos fuffrages ;
'Auffi tendre , auffi vive , elle joue auſſi bien
A tes plus tendres badinages
Pourquoi ne pas l'inftruire, Amour, à la ** ?
La Sageffe a voulu t'ôter les avantages
Que ton Empire eût pû tirer d'un tel foûtien.
Telle qu'on la dépeint , quatre fois la femaine
Nous pouvons & la voir, l'entendre & l'admirer ;
Mais il ne nous eft pas permis de pénetrer
Dans des Lieux où l'Amour forge plus d'une chaîne ,
Dont nous ferions honneur de nous parer .
Lille... je le vois bien, * contient plus d'une Belle,
Que nous ferions charmés d'admirer chaque jour,
Nous irions leur montrer nos refpects , notre zele,
S'il nous étoit permis d'y faire notre cour :
Mais , foit que le Pays preſcrive un autre uſage ,
Soit que le Militaire excite la fraïeur ,
Bien peu reçoivent notre hommage.
Que j'en vois ! .... oui j'en vois .... dont un regard
flateur
En regardant les Loges. Chan
AOUST. 1740
1837
Changeroit en defirs Bellonne & la terreur ,
Et conduiroit l'Amour au milieu du carnage.
D'un Militaire on vous fit un tableau
Qui n'y reffemble guere ,
Mais l'Amour va vous peindre un Mars près de fa
Mere.
Il fçait tout oublier dans un jour auſſi beau ;
Travaux , Lauriers , périls , victoire ;
Il ne parle que de la gloire
Qu'il trouve à lui jurer toujours un feu nouveau
Le Militaire enfin , j'entens tels que nous fommes ,
Et qu'il faut diftinguer de ces farouches hommes
Qui prétendent à des faveurs ,
Comme fur un pillage attendu des Vainqueurs
Qui , fans égard , fans politeffe ,
S'ils affiégent une maiſon ,
N'en laiffent point diftinguer la maîtreffe ,
Et le premier venu s'en croit être Patron .
Le Militaire donc , que je vous recommande
Partiſan des plaifirs , aime à les varier :
Il change en Mirthe un importun Laurier
Qu'il recueille à l'inftant que l'honneur lui com
mande
Et fa Maitrefle alors ne l'en aime que mieux .
*
Une Belle fait gloire
De triompher d'un Amant glorieux ;
L'Amour brille de nouveaux feux ,
GY Quand
1838 MERCURE DE FRANCE
Quand il enchaîne la Victoire.
Bacchus fçait quelquefois auffi le réveiller ;
Il ne fe livre au Jus que ce Dieu lui préſente ,
Qu'autant qu'il faut pour égayer l'efprit ;
It refpecte le Sexe , il l'aime , & ne lui dit
Jamais rien dont Pudeur puiffe prendre épouvante.
Convive gai , mais jamais indifcret ,
Prenant le tems comme le Ciel l'envoye ,
Jamais pour le paffé ne forme de regret ,
Dans le présent trouve toute la joye ,
Pour l'avenir ne fait point de projet.
L'Honneur eft le Dieu qu'il encenfe
Il eft fuivi par les Plaifirs ,
Et du premier , où tendent fes defirs ,
Les autres font la récompenſe.
A recevoir tels gens craint- on des repentirs
Dédaignez - vous une telle peinture ?
Ils parlent tous par ma bouche , je jure :
C'eft le defir de vous le confirmer
Qui nous a fait ici nous transformer
En Acteurs , qui peut être ont abusé , Mesdames ,
D'un tems mieux employé qu'à nous venir fiffler.
Si nous vous déplaiſons plus que par tous les bl
Le
mes ,
regret de ne plus ici vous rapeller
Nous punit , fans pourtant nous en voir accabler ,
Car vous voir eft un avantage,
Que
AOUST. 1839
1740.
Qu'il faut payer par des foûpirs ;
N'importe, c'est vous voir, & fouvent le plus fage,
Sans trop prévoir les repentirs ,
Ne pense qu'au bonheur d'en pouvoir faire ufage
C'eft en dépit de l'une des neuf Soeurs
Que pour vous voir l'Amour nous fit Acteurs ;
La curiofité , qu'on affûre femelle ,
Servira , dîmes-nous , à bien remplir nos Jeux ;
Et nous avons ce qui nous tenoit en cervelle.
Oui , Mesdames , c'étoit un regard de vos yeux
Polimnie (a) en ce jour partage notre zele ,
Elle veut employer fon art à vos plaifirs ,
Et par des fons , qu'envîroit Philomele ,
Une Syrene (6) ici va combler nos defirs .
Terpficore , à ſon tour , dans fa danse légere
Vous offrira nouvel amuſement :
Ses pas feront un nouveau fentiment ,
Nouveau defir encore de vous plaire.
Sexe charmant , nos coeurs vous font foûmis :
maître
Qui ne fe fait honneur de vous avoir pour
Soyez content , faites - nous le connoître ,
Et notre zele emporte tout fon prix.
(a) La Muse de la Mufique.
(b) Mlle Gautier .
Gvj
ADRESSE
1840 MERCURE DE FRANCE
ADRESSE A. M.L. P.D. M.
ALexandre nouveau , fubjuguez l'Univers ;
Il en dût la Conquête au feul bruit de ſes armes ;
Les Peuples effraïés lui demandoient des fers ,
Et tous les coeurs foûmis fe rendront à vos charmes
Ne faites que paroître , & sûre du fuccès ,
Ne craignez point de vous mettre en voyage ;
Vos yeux , du Dieu d'Amour affûrent les projets
La ſageſſe ſçaura vous fauver du naufrage ,
Vous avez fçû les réunir tous deux.
Vous nous forcez à rendre un double hommage
Au Dieu d'Amour , en regardant vos yeux
A la Sageffe , en vous voyant fi fage.
NOUVELLES ETRANGERES.
MEMOIRES sur les Révolutions de Perse
& du Mogol , tirés de diverses Relations &
Lettres écrites de Bengale , &c.
'Hiftoire ne préfente point d'exemple d'une Ré
Lvolution auffi étonnante &auffi fubite que celle
de la conquête de l'Indoftan par Schah Nadir
Roy de Ferfe , connu auparavant fous le nom de
Thamas Kouli- Kan.
Le mauvais Gouvernement de cet Empire fem-.
1
bloir
AOUST. 1749 . 1847
bloit préparer à ce grand Evenement . Les Peuples
-étoient écrasés par les véxations des Grands . Mametshah
, Empereur des Mogols , Prince d'un esprit
foible , jusqu'à l'imbecilité , uniquement occu
pé de fes plaifirs , laiffoit le foin de fon Royaume à
Candoram & à Camordikam , fes deux principaux
Miniftres ; ces deux Miniftres , que l'ambition &
l'interêt divifoient , ne fongeoient qu'à accumuler
des richeffes ; l'Etat étoit fans Troupes les Omrats,
( Géneraux d'Armées , Gouverneurs des Provinces
premier Titre dans cet Empire) & les Mausebdeces )
( Titre qu'on donne à ceux qui commandent depuis
soo. chevaux jufqu'à 10000. ) chargés d'en entretenir
un certain nombre , en recevoient la paye, fans
en avoir d'effectifs fur pied .
*
Ce Grand Empire étoit agité depuis long- tems
par diverses Rébellions. Les Marettes , Peuples du
Decan, qui n'eft pas une feule Province , ni un feul
Canton , mais qui comprend tout ce qui eft fitué
entre les deux Côtes Malabares & de Coromandel ;
il eft apellé Décan par les Arabes , autrefois Tributaires
du Mogol , dont ils avoient fecoué le joug;
avoient méme eû la hardieffe de pénetrer en
Corps d'Armée d'un bout à l'autre de l'Indoftan &
d'y faire de grands ravages ; le peu de réſiſtance
qu'ils avoient trouvé , annonçoit la facilité qu'il y
auroit à envahir cet Empire.
-Schah Nadır , né Guerrier & ambitieux , inftruit
de toutes ces choses , engagé peut- être par quelques
Grands de l'Empire , conçût le deffein d'en faire la
conquête. Sa grande autorité reconnue dans toute
la Perse, dont il avoit usurpé la Couronne fur Schah
Thamas , & la Paix qu'il avoit faite avec les Turcs
& les Moscovites le laiffoit le maître de disposer de
toutes les forces ; il s'avança d'abord du côté de la
Fortereffe de Candahar , Frontiere des deux Empires
1842 MERCURE DE FRANCE
res , tantôt poffedée par les Persans & tantôt par
les Mogols . Il s'en empara après un Siége affés
long on croit même qu'il ne le pouffa point avec
toute la vigueur qu'il auroit pû , par de certaines
vûës particulieres pour le donner le tems de fe
mettre en état d'entrer dans les Indes .
1
Après la prise de Candahar, & pour ne point laisser
d'ennemis derriere lui , qui puffent lui fermer
les chemins à fon retour des Indes , il fit un Traité
avec la plus grande partie des Patannes ouAghouans,
qui habitent les Terres de Caboul & de Genelabat,
Province dépendante des Mogols , à l'Oüeft de
Indus.
Il s'avança ensuite avec fou Armée du côte de
Caboul ; M. Voulton , François , attaché à l'Empereur
Mogol , en qualité de Chirurgien , marque
dans fa Lettre du 24.Septembre 1738. que le refte
des Patannes que le Prince Persan avoit négligé
de s'attacher à lui , avoient voulu s'oposer à la
marche , qu'il s'étoit donné plufieurs combats, que
dans les deux premiers Schah Nadir avoit été repouffé
, mais que dans le troifiéme il avoit rempor
té une victoire complette ; la même Lettre ajoûte
que Nazer Kam , Gouverneur de Caboul & de fes
dépendances , avoit trahi fon Maître , qu'il avoit li
vré la Ville à Schah Nadir , & s'étoit joint à lui
avec cent mille Cavaliers.
Les Nouvelles écrites en Persan du 13. Janvier
1739 traitent cette affaire d'une façon un peu diférente.
Elles portent que Nizer Kam , en conséquence
des ordres du Mogol , avoit affemblé une
Armée de Patannes , avec laquelle , quoiqu'il n'eût
point reçû les fecours qu'il avoit demandés, & qu'il
atendoit de Dely , il n'avoit pas laiffé de fe préfenter
devant Schah Nadir , qu'il s'étoit donné un
Combat entre les deux Armées , dont l'avantage
avoit
A O UST. 1843 1740
avoit été indécis , qu'en uite le Gemidar de Caboul
( qualité que les Maures don est aux Rajats , Tributaires
dont le Diftrict n'eft point etendu , ) & les
Patannes attachés à chah Nadir avoient conduit ce
Prince par u autre chemin à Pechoart , Fortereffe
fituée à l'Oueft de l'Indus , à une diftance de 18. à
20. lieuës , do t il s'étoit empa é ; que Nazer Kim
en ayant été informé , avoit pris la fuite , mais qu'il
avoit eté poursuivi & arrêté , & que , pour prix de
fa rançon , il avoit livré Caboul .
Pechoart & Caboul foûmis au pouvoir du Conquérant
, il paffa la Riviere d'Atak ou l'Indus , &
s'avança vers Lahors , Ville Capitale de la Province
01 Royaume de Pingal.
Zigria Kam , beau frere de Camordi Kam Grand
Vizir pourvû de ce Gouvernement , fortit de la
Ville avec 70000. hommes , pour aller au -devant
de l'Ennemi , mais étant informé de la prise d'un
Endroit fort & confilérable , nommé Emmenabat ,
à s . à 6. lieues au Nord de Lahors , après un Combat
affés opiniatié, dans lequel Calamder Kam , qui
en étoit Foffedar Titre qui défigne un Gouverneur
d'une Ville ou d'un District dépendant d'un Gouverneur
Géneral ) avoit été tué , il rentra dans la
Ville qui ne réfifta pas long - tems à Schah Nadir ,
lequel y trouva beaucoup de munitions de guerre ,
dont il s'empara , & qui lui furent d'un grand fecours
pour le refte de fes Conquêtes.
Schah Nadir traitoit avec beaucoup de douceur
ceux qui fe foûmettoient à lui , mais il étoit d'une
févérité extrême pour ceux qui lui réfiftoient. Cette
Politique , jointe au découragement & au mécontentement
des Peuples , groffiffoit tous les jours
fon Armée , & lui levoit bien des obſtacles qui l'auroient
empêché de s'avancer du côté de Dely avec
autant de rapidité qu'il a fait, Dely ou Gehenabar
eft
1844 MERCURE DE FRANCE
eft une Ville fituée fur le Gencena , Riviere qui fe
décharge dans le Gange à Wabes , Capitale de tout
l'Empire Mogol , fondée par Schah Gean , Pere
d'Aurengzeb , Empereur .
Pendant que Schah Nadir étendoit fes Conquêtes
dans les Indes , Mametcha paroiffoit être à Dely
dans une pleine ſecurité , foit par le peu de connoissance
qu'on lui donnoit des affaires , foit que la fauffe
idée de fa puiffance lui fit regarder le Roy de Perse
comme un ennemi peu à craindre. La nouvelle de
la prise de Lahors le réveilla de fa létargie , & jetta
la Cour & le Peuple de Dely dans le dernier abattement.
On fe disposa cependant à oposer à Schal
Nadir , qui s'avançoit à grands pas vers cette Ville,
une des plus puiffantes Armées , dont on ait jamais
oui parler dans le Mogol .
Le 13. Décembre 1738. fuivant la Lettre de Ma
Voulton du 27. du même mois , Nazelnelmoulouk , -
Gouverneur du Decan & General de Mametchah,
fortit de Dely avec Camordi Kam & Caudoram
pour fe mettre à la tête des Troupes ; Mametchab
auroit bien voulu garder auprès de lui Candoram ,
mais les deux premiers refuserent de partir fans lui
Ils camperent à fix lieues de Dely , pour attendre
le refte des Troupes qui venoient à grands pas de
toutes parts .
Le 26. Decembre , Mametchah envoya ordre à
Nazelnelmoulouk de décamper , mais cet Officier
lui fit réponse qu'il étoit à propos que S. M. fortît
de Dely , pour encourager fes Troupes ; que celles
qu'on attendoit auroient plus d'empreffement à
joindre le refte de l'Armée , quand elles fçauroient
leur Souverain dans le Camp ; ce Prince n'ayant
point goûté cette propofition , l'Amée continua fa
marche , pour aller au- devant de Schah Nadir ; les
Troupes de Sadatkam , Gouverneur de Bennaress ,
apellé
A O UST. 1745 1849
apellée par les Gentils , Caify , Ville fameuse par
fen ancienne & célebre Académie , fituée fur le Gange,
celles de la Cletroff & celles des Rajats , Prin
ces Gentils , que l'on attendoit , fe joignirent en
chemin.
Mametchab fe détermina cependant à quitter
Dely ; il en fortit le 11. Janvier 1739. & alla cam
per à un Jardin , qui en eft éloigné de fept lieuës ,
nommé Sehelamar , où il avoit envoyé fon fils devant
; ils en partirent enfuite pour joindre l'Armée .
à
Schah Nadir avançant du côté de Dely , & Mametchah
allant au -devant de lui , les deux Armées
ſe rencontrerent enfin fur le chemin de Lahors ,
un Lieu nommé Carval , diſtant de Dely d'environ
60. lieuës.
elle
Celle de Mametchah , fuivant les premieres Lettres
de M.Voulton , & felon les Nouvelles Perfiennes,
qui font presque conformes , étoit de deux cent mille
Cavaliers , & de cinq cent mille Pions ou Fantassins,
outre sooo . Elephans armés en guerre; l'Artil
lerie répondoit à la grandeur de cette Armée ;
étoit de 7000. piéces de canon ou fauconneaux; mais
fi on s'en raporte à la derniere Lettre de M. Voulton ,
cette Armée étoit encore bien plus forte , il la fait
monter à quatre cent mille chevaux , à huit cent
mille Pions , 10000.piéces de canon, 2000. Elephans
armés en guerre , & 30000. Chameaux, fur les bats
desquels on place une espece de fauconneau .
L'Armée de Schah Nadir n'étoit que de 80000
Cavaliers , partie Caselbatches & Géorgiens , noms
que l'on donne aux Cavaliers Persans , comme celui
de Spahis aux Cavaliers Turcs ; de 20000. hom
mes d'Infanterie , 250. pieces de canons de Campagne
, & 12. piéces de groffe Artillerie , mais ces
Troupes étoient disciplinées , aguerries & conduites
par un Chef qui fçavoit leur donner les mouvemens
convenables . Celle
1846 MERCURE DE FRANCE
Celle de Mametchah , au contraire , n'avoit point
de Chef , les Géneraux étoient divisés entre eux
les Soldats ramaffés à la hâte , fans discipline , &
découragés à un point , qu'un feul Lourchis ou Cavalier
de l'Armée de Schah Nadir , faisoit trembler
1000. Cavaliers de Mametchah , qui d'ailleurs ne
pouvoient s'accoûtumer à l'habillement bizarre de
ces Loutchis. Ils ont une espece de Bonnet quarré
d'un pied & demi de hauteur , Couvert d'une peau
de Mouton , ils ont un habit de Drap à la Heyduque
, une Culotte courte , des Bottines de cuir , &
ils font armés d'un Sabre , d'un Fufil à meche &
d'une Hache.
L'Armée de Schah Nadir avoit en abondance des
vivres & des munitions de guerre ; celle de Mametchah
manquoit au contraire de tout ; on
ne connoît point dans les indes les précautions
qu'on prend en Europe , d'avoir des Magafins établis
& des Munitionaires; le Cavalier, comme le Fantaffin
, eft obligé fur fa paye de fe fournir de vivres,
de poudre & de plomb ; ils fe chargent le moins
qu'ils peuvent de balles ; un Fantaffin paffe pour
être bien armé lorsqu'il a trois coups à tirer , d'où
il arrive que fouvent après la premiere décharge il
n'eft plus en état de combattre ; il eft vrai que presque
la feule Cavalerie combat dans ces Pays , &
que l'Infanterie ne fert pas beaucoup . Ces chofes
bien connuës , rendent plus croyable la rapidité
des Conquêtes de Schah Nadir.
Les deux Armées furent quelques jours en préfence
, pendant lesquels il n'y eut que des escarmouches
, mais le 21. ou le 22. Fevrier 1739. ( car
la date n'eft pas bien conftatée ) il fe donna une Ba .
taille qui coûta la vie à 10000. hommes des Troupes
de Mametchah , & dans laquelle périrent un
grand nombre d'Omrats , & Candoram avec toute
la
AOUST. 1740. * 1847
Famille de Mametchah , à l'exception d'un de
s fils . Salalkam mourut huit jours après des bles
es qu'il y avoit reçûës .
La perte de cette Bataille jetta le reste de l'Armée
ans le dernier découragement , décida du fort de
Mamerchah , & affûra l'Empire du Mogol à
Schah Nadir.
Le 16. de la Lane de Fevrier , les Troupes du
Vainqueur ferrerent de fi près le Camp des Enneis
, que les fourages n'y pouvoient plus arriver ,
que la disette y fut excellive.
Le 18. Schah Nadir envoya apeller Nazelnelmou
' ouk , un des Géneraux de Mametchah , pour lui
faire part de fes prétentions , mais ce Géneral Mogol
, apréhendant , comme le bruit en couroit , que
'Armée ne fe débandât s'il s'absentoit , fit affembler
Camordikam & plufieurs autres Viſirs , & leur
proposa de fortir le lendemain des retranchemens
& de tomber avec toute l'Armée ſur Schah Nadir ,
& leur dit qu'il fe mettroit à la tête. L'Empereur
Mogol y donna les mains , mais il changea d'avis
pendant la nuit , le lendemain personne ne fut du
fentiment de Nazelnelmoulouk , & Mametchah &
fes Conseillers , auffi peu guerriers que lui , opine
rent de décamper.
Nazelnelmoulouk voyant la famine augmenter
dans le Camp , prit le parti , pour fauver un nombre
infini de monde qu'il apréhendoit que Schak
Nadir ne fit tailler en piéces , d'aller le trouver
avec 10. perfonnes , dont M. Voulton marque
avoir été du nombre.
On eft obligé de s'en raporter pour cette Conférence
& pour les autres détails , à la Relation de
M. Voulton , quelque informe & exagerée qu'elle
paroiffe , parce que les Nouvelles écrites en Persan
n'en parlent point.
Nazel1848
MERCURE DE FRANCE
Nazelnelmoulouk ft fort bien reçû de Schal
Nadir , & ce Prince , après l'avoir fait affeoir , eus
avec lui l'entretien qui fuit , felon les mêmes Let◄
tres de M. Voulton.
Depuis quatre ans j'ai envoyé mes Ambaffa
deurs à votre Empereur , pour lui demander le
payement de ce qu'il doit à la Couronne de Perse
, pourquoi retient- il mes gens ? pourquoi ne
répond-il pas à mes Lettres & enfin pourquoi
» m'a- t'il donné la peine de venir de fi loin ?
Ce Géneral lui répondit : » J'ai toujours été dans le
» Decan; j'étois venu l'année derniere à Dely, dans
le deffein de terminer cette affaire , mais l'Em-
» pire n'étoit point en état de faire ce que vous demandiez
; il ajoûta , l'empreffement que nous
» avions de vous voir nous a tout fait négliger
pour avoir , à quelque prix que ce fût, l'honneur
de vous baiser les pieds.
>
Schah Nadit fourit à cette expreffion , & lui fir
voir ensuite les Memoires contenant fes prétentions .
D'abord pour le prix d'un Trône Royal , qui coûtoit
neuf Courons de Roupies , ( le Couron vaut dix
millions , ) ainfi ce Trône valoit quatre-ving dix
millions de Roupies , ( la Roupie évaluée 40. fols, )
Ou 225. millions de livres de France , fomme immenfe
, mais fur quoi on ne peut affeoir aucun jugement
, ne fçachant point de quelle matiere étoit
ce Trône (a) ni les richeffes qui y étoient em
(a) Les choses les plus magnifiques & les plus fuperbes
, n'ont eû que de foibles commencemens. Parmi
les Puiffances de l'Orient , les Rois n'ont pas tou
jours eu des Trônes ; les Hiftoriens Persans ( Bibliotheque
Orientale , page 847. ) écrivent que Caïoumarrat
, Premier Roy de Perse , eft le premier qui
fe foit fervi d'un Trône , encore de Siége Royal , dont
ployées,
AOUST. 17407 1847
50
ployées. Il lui dit ensuite : Eft- il naturel que
Thamour , Roy de Perfe , l'ait fait transporter à
Dely? Et eft il jufte que votre Empereur fe l'aproprie?
Nazelnelmoulouk convint là - deffus de la
juftice des prétentions de Schah Nadir.
Le Grand- Pere de Mametchah , oncle de Gean
» ghir , continua Schah Nadir , avoit prié la Perse
de le fecourir de 10000. hommes, pour l'aider à
monter fur le Trône , la Perse les lui envoya , &
as fit toutes les dépenses néceffaires , à condition
» qu'il les rembourseroit ; cela n'a point encor été
fait , ce Remboursement eft- il juſte ? Qüi ,
ré-
» pondit Nazelnelmoulouk .
Par l'Alliance contractée entre les deux Empi-
» res , ajoûta Schah Nadir , on devoit fe fecourir
so réciproquement ; la Perse a effuyé une guerre
cruelle qui l'a ruinée , on vous a demandé les mêmes
fecours que l'on vous avoit ci - devant don
nés , vous ne nous avez fait aucune réponse ; j'ai
emprunté des fommes confiderables, dont je paye
les interêts , pour me mettre en état de reprendre
fur les Turcs les Provinces de Perse, dont ils
20
on ne dit pas la matiere , n'étoit- il que doré. Dans la
fuite plufieurs Princes en firent faire d'or massif. Mais
rien n'egala peut - être jamais la richesse de celui dont
il eft ici queftion , la description exacte& détaillée de
toute fa compofition feroit curieuse.
Serir Aldheheb , ou le Trône d'or , eſt le nom d'u
ne grande Province , qui s'étend entre le Pont Euxin
La Mer Caspienne , Nouschirvan Kisra , Roy de
Perse , en donna le Gouvernement à un Seigneur de
grande confiance , auquel il accorda le Privilege de
saffeoirfur un Trône d'or , en confidération de l'im
portance du Pays qu'il gardoit , lequel en a retenu le
nom qu'on vient de dire. ( Bibl. Qrient. p . 807. )
P s'étoient
1850 MERCURE DE FRANCE
s'étoient emparés ; l'Empire de Perse eft ruiné
par votre faute , & par le peu d'affiftance que
» vous lui avez donné, qui me remboursera de toutes
ces dépenses ?
» Permettez-moi , répliqua Nezelnelmoulouk ,
d'en écrire à mon Maître , & pardonnez ce qui
» eft paffé , je laiffe ma tête entre vos mains , faites
de moi ce qu'il vous plaira , je me foûmets
» à vos ordres.
Schah Nadir lui dit ensuite : » je fuis touché de
ce que vous me dites ; je fais grace à votre Empereur
& à fes Troupes , que j'avois deffein de
faire paffer au fil de l'Epée ; je vous ordonne de
» lui aller dire de ma part qu'il vienne me joindre
» entre les deux Armées , & nous ferons la Paix ,
» comme je le jugerai à propos.
Nazelnelmoulouk de retour dans le Camp , rendit
compte à Mametchah de cette Conference.
Le lendemain Schah Nadir & Mametchah fe trouverent
au rendez - vous donné , comme on en étoit
convenu , & ils s'embrafferent. Ce dernier offrit fon
Empire à Schah Nadir , qui lui répondit , » je ſa-
» lue votre Tack , c'eſt - à- dire votre Trône & votre
Empire , il eft à moi , mais je vous le rends ; faites
juftice à la Perse fur fes prétentions légitimes .
Il fut arrêté que Nazelnelmoulouk regleroit tout;
les deux Monarques demeurerent ensemble pendant
fix heures , & convinrent que
Mametchah reviendroit
le furlendemain , pour être régalé par
Schah Nadir , & que le jour fuivant Schah Nadir
viendroit chés Mametchah .
Ce Prince fe rendit au jour affigné au Camp de
Schah Nadir , la Fête qu'on lui donna , coûta trois
Sacs de Roupies , c'eft - à - dire, 300000. Roupies , &
ils ne fe quitterent que fur les huit heures du foir.
Mametchah , en fe retirant, fit préfent à Schah Nadir
AOUST . 1740. 1851
dir de fix chevaux , d'un Elephant chargé de Joyaux,
& d'un autre Elephant , chargé de trois Sacs de
Roupies.
Le lendemain Nazelnelmoulouk retourna chés
Schah Nadir , pour terminer toutes choses à l'amia-
-ble , il avoit fait mener avec lui 20. Chariots , chargés
de trois Courons de Roupies , qui font trente
millions , pour les donner à compte ; Schah Nadir
faisoit monter fes prétentions à 40. Courons , c'eſtà-
dire à quatre cent milions de Roupies, tant pour
les frais de la guerre contre les Turcs , que pour
les dépenses qu'il avoit faites depuis qu'il étoit ſorti
d'Ispaham pour fe rendre dans les Indes , & pour
celles qu'il feroit obligé de faire pour fon retour.
Nazelnelmoulouk , après bien des représentations
, le fit consentir à fe contenter de i2. Courons
de Roupies , qui font cent-vingt millions , qui
devoient être payés en quatre ans ; de cinq Courons
de Joyaux , & du Tack ou Trône de Thamour,
dont on a parlé ci - devant , de neuf Courons.
Il fut convenu ensuite que deux jours après la
Ratification du Traité par Mametchah , les deux
Armées le fépareroient , & que Schah Nadir laifferoit
librement paffer les fourages & les vivres dans
le Camp , où la famine étoit fi grande , que plus de
50000. hommes y étoient morts de faim ; 300000
qui s'en étoient fauvés , pour éviter un pareil fort,
avoient été maffacrés par les Payfans qu'on apelle
Zates & Bertouches.
Lorsque Nazelnelmoulouk présenta à Mametchah
l'accord qu'il avoit fait , ce Prince lui répondit qu'il
n'avoit point affés d'argent pour payer actuellement
une telle fomme , qu'il aimoit mieux tout abandonner
, & paffer dans le Bengale , que de fouscri
re à de pareilles conditions.
Nazcinelmoulouk lui représenta que l'impofition
852 MERCURE DE FRANCE
tion de l'ancien Tribut fur les Gentils, ou Idolatres,
qui étoit de fept Roupies par tête d'hommes mariés
, lui procureroit le double de ce qu'il avoit
consenti de payer à Schah Nadir , & qu'il devoit
rendre graces au Ciel d'un Traité qui lui affûroit
l'Empire & la vie .
Ce Prince remit l'affaire au lendemain , mais ses
infideles ou peu éclairés Conseillers , dont il avoit
toujours écouté les avis , le détournerent de figner
ce Traité.
Nazelnelmoulouk s'étant rendu le lendemain au
près de Mametchah , ce Prince lui répeta qu'il ne
vouloit point du tout confentir àl'accord qu'il avoit
fait. Ce Géneral lui répondit : » vous avez donné
votre parole à Schah Nadir , c'eſt en conséquence
de vos ordres que j'ai fait ce Traité , fi vous
ne voulez point le ratifier , déclarez lui donc de
nouveau la guerre .
Son Maître ne lui fit aucune réponse , & fit apeller
Camordikam & les autres Omrats , pour les
confulter ; les avis tumultueux & differens de ce
Confeil ne permirent pas de rien décider.
Nazelnelmoulouk , dans la derniere confterna→
tion de l'indécifion de fon Maître , prit le parti de
retourner feul vers Schah Nadir , pour remplir la
parole qu'il lui avoit donnée. Il lui dit , en l'abordant
, je vous avois engagé ma parole , mais mon
» Empereur ne veut point executer le Traité , voilà
» ma tête , faites de moi ce que vous jugerez à
» propos.
39
Schah Nadir lui répondit , » j'ai tenu ma parole ;
>> vous autres Mogols vous n'en avez point , je vous
» ferai tous mourir de faim , &je ferai couper la
a tête à votre Empereur & à fes Géneraux ; il le fit
enfuite arrêter , & envoya dire à Mametchah
» qu'il le feroit mourir avec toute la Géneration .
แ
AOUST. 1740 *
1853
Il ordonna enfuite qu'on refferrât de plus près le
Camp du Mogol . & que fon Armée fe tint prête le
lendemain , pour tomber fur celle de Mametchah ,
& de n'épargner ni l'Empereur ni l'Impératrice, &c. .
Sur le minuit, Mametchah fe repentit de n'avoir
pas fuivi les confeils de Nazelnelmoulouk , mais il
n'étoit plus tems , & ce Prince qui n'avoit eû ni assés
de coeur pour combattre , ni affés de jugement
pour accepter un Traité qui lui confervoit l'Empire,
prit la réfolution de s'empoisonner avec toute fa
famille.
Les chofes étant prêtes pour executer les ordres
de Schah Nadir , Nazelnelmoulouk , toujours prifonnier
auprès de lui , le pria fi inſtamment d'accorder
un delai , qn'il y confentit , mais à condition
que Mamerchah viendroit fe rendre fon prifonnier
le même jour , & qu'il le mettroit à fa discrétion .
Ce Géneral fit fçavoir cette condition à Mametchah
, qui fut obligé d'y fouscrite ; ce malheureux
Prince vint fe mettre à la discrétion de fon vainqueur
, qui le fi: fon prifonnier , & envoya fur le
champ 10000. hommes de fes Troupes , pour s'emparer
de toute l'Artillerie , & faire tous les Omrats
prifonniers à plufieurs defquels il fit couper la têtes
il ordonna ensuite aux deux Arméés de fe joindre ,
& de continuer leur marche vers Dely.
Il fit fon Entrée dans cette Ville le 7. de la
Lune de Mars , avec autant de tranquillité , que
S'il en avoit été le légitime Souverain . Toutes
les Publications fe firent dans la Ville en fon nom
comme Roy des Indes ; il fit fraper les Roupies à
fon Coin ; les Nouvelles Perfiennes portent , que
ces Roupies étoient du poids de douze Maffes , ou
de vingt grains plus pesantes que celles du Mametchah.
C'eft de ces nouvelles Roupies qu'il a payé
fon Armée , la Légende étoit en ces termes. Il eft
H né
1854 MERCURE DE FRANCE
népour être le Roy du Monde, Qui eft le Roy des Rois?
SCHAM NADIR.
Ce Prince prit fon logement dans la Fortereffe ;
qui eft la demeure ordinaire des Empereurs , & il y
denna un apartement à Mametchah , mais toujours
avec une garde.
L'incertitude où l'on étoit dans le Pays de Bengale
sur ce qui fe paffoit à Dely , donna lieu aux
Nouvelles les plus extravagantes, foit fur le compte
de Mametchah , foit fur celui de Schah Nadir ; on
prétendoit que ce dernier Prince avoit fait présenter
au premier un Plat d'or , rempli de Perles & de
Pierreries , fans lui faire donner autre chofe à manger
, & fur ce que ce Prince s'étoit plaint qu'il n'é-
Loit pas poffible de manger de pareilles choses , il
lui avoit été répondu , que ces mets étoient cause
de.fa misere , que s'il eût employé l'argent qu'il
avoit dépensé à les acquerir , à bien faire fortifier
fes Places , il feroit encore le maître de manger
fon aise tout ce qu'il voudroit ; on ajoûtoit que lors
que ce malheureux Prince vint le rendre à la discrétion
de Schah Nadir , il avoit été mis dans une
Cage de fer fur un Elephant , les mains liées avec
une chaîne d'or , & que dans cet état humiliant il
avoit accompagné le Conquerant dans fon Entrée
à Dely ; mais toutes ces Nouvelles fe font trouvées
fauffes , M. Voulton , ni les Nouvelles en Persan
n'en disent rien , elles font , au contraire , preffentir
qu'à la garde près , Mamerchah avoit été traité
en Roy.
Le 28. Mars 1739. Sayer Nyatzkam , parent de
Camordikam , Sayer Navaskam & Rayeman , Capitaines
des Choupdars de Mametchah , qui font des
Officiers ayant un Bâton d'argent ou d'or, Porteurs
des ordres de leurs Maîtres & l'accompagnant partout
, ces Capitaines , dis -je , ayant fait la débauche
AOUST. 1749: 7855
pes
hommes .
s.
the,firent courir le bruit que Schah Nadir avoie
été tué par Mametchah dans l'interieur de la Fortetereffe
, ce bruit s'étant répandu dans la Ville de
Dely, la Populace fe fouleva & tomba fur les Tronde
Schah Nadir , dont il fut tué à 60001
Schah Nadir en ayant étéinformé , entra en fureur
, fit fermer la Fortereffe , & en fit tirer le cànon
fur la Ville jusqu'à minuit. Le lendemain , il
ordonna à fes Troupes de mettre la Ville à feu & à
fang ; il fortit même de la Fortereffe , & alla s'asscoir
dans la Mosquée de Rocheudoula , au Champ
de Nichoque , où étoient les Boutiques des Mar
chands & Banquiers de Dely. Ses ordres furent
executés avec ponctualité , le feu fut mis aux qua
tre coins de la Ville , le viol , le pillage & le carna
ge durerent jusqu'à midi , plus de 100000. person
nes , y compris les femmes & les enfans , furent
maffacrés , & les trois quarts de Dely furent brulés.
Nazelnelmoulouk , pénetré de l'état affreux où
fe trouvoit cette Capitale , le fauva de fa maison &
fe rendit auprés de Schah Nadir , qu'il trouva mangeant
des Confitures , ce Prince lui en présenta fur
une affiette , il les refusa & lui dit : Seigneur ,,
je ne fuis pas venu pour manger , mais pour
» mourir de votre propre main , puisque vous faites
ôter la vie à tant de personnes , fans vous
informer de la cause du désordre , ne craignez-
» vous point que Dieu ne faffe tomber cette Mosquée
fur votre tête , pour vous punir du maffa
» cre que vous faites faire pour une faute que qua
tre Particuliers ont feuls commise ? .
Schah Nadir , touché de fes représentations , envoya
ordre fur le midi , de faire ceffer le pillage &
le carnage , mais il ne ceffa que fur les neuf heures
du foir. Dely fuma pendant plus de huit jours de
cer Incendie. Hij Le
856 MERCURE DE FRANCE
1
Le Prince victorieux ayant fait chercher les trois
Omrats , auteurs de l'Emeute , il leur fit couper la
tête.
Les Nouvelles en Persan portent , que Camordi
kam accompagnoit Nazelnelmolouk , & qu'ils fe
présenterent devant Schah Nadir la tête nue & les
mains liées , c'eft la maniere la plus humiliante &
la plus touchante de demander grace en ce Pays.
La Ville de Dely étant devenue tranquille , ce
Prince continua à en faire ramafler toutes les richeffes
; il fit mettre une contribution fur chaque
Maison , & taxa tous les Omrats , ies Sécretaires &
autres Officiers de Mametchah à des fommes conidérables
, plufieurs d'entre eux, hors d'état de payer
leur Taxe, ayant été dépouillés de tous leurs biens ,
s'empoisonnerent ou s'ouvrirent le ven.re , pour ne
point furvivre à leur misere ; il s'empara auffi de
toutes les richeffes de Mamerchah , & fit enlever
jusques aux Plaques d'argent , dont la Sale Royale,
ainfi que les Lits & les gros Meubles , étoient
revétus : il fit encore publier une défense à tout
Cavalier & Fantaſfin de fon Armée , de garder plus
de cent Roupies , fous peine contre les contrevemans
, d'avoir le ventre ouvert.arki
ger
On creusa la terre dans les Marsons , pour voir
s'il n'y avoit point d'argent caché , & pour obliles
Habitans à découvrir leurs richeffes , on les
attachoit , & deux Cavaliers avec une Hache à la
Heyduque , leur en donnoient tant de coups fur les
mains & fur le dos , qu'ils étoient obligés de tout
déclarer. P
L'Armée de Schah Nadir environnoit Dely , & il
n'étoit permis à personne de fortir de la Ville ,
mais comme on n'y aportoit point de vivres , la disette
y fut exceffive , le Ris fin y a valu une Roupie,
& le reste à proportion
À O UST. 1748. 1857
La rapidité des Conquêtes de Schah Nadit avoit
répandu une fi grande terreur dans le reste de l'Empire,
qu'il fe feroit entierement foûmis feroit de fimples
ordres. Cette terreur paſſa jusqu'à Moxondabat,
féjour du Nabal , ou Gouverneur Géneral dua
Royaume de Bengale , éloigné de Dely de plus de
300, lieuës , & quoique le Vainqueur n'eût envoyé
aucunes Troupes dans ce Royaume , que les ordres
n'y euffent pas même péneité , fon autorité y fut
reconnue , auffi - tôt que l'on y fut informé qu'il
étoit maître de Dely , Safraskam , Nabal ou Viceroy
, le fit proclamer Roy des Indes à Moxondabat.
Le 4. Avril , les Prieres furent faites en fon nom
dans les Mosquées , & les Roupies furent frapées à
fon Coin ; les Hollandois en reçûrent même à la
Monnoye toocoo frapées à ce même Coin
Il est vrai qu'on le repentit bien tôt à Moxondabat
d'avoir pris ce parti ; on parla même pendant
quelque tems de tirer de la Fortereffe , pour le mettre
fur le Troue , un Prince du Sang Royal , nommé
Carimchal , qui y étoit prisonnier & qui avoit toujours
paffé pour être aveugle pendant le Regne de
Mametchal. Losqu'un Prince du Sang Royal fait
ombrage au Mogol Regnant , l'usage eft de lui
paffer devant les yeux un fer chaud , pour Faveugler
, & le mettre hors d'état de pouvoir jamais
être à la tête d'aucun parti . On disoit alors que
Carimchah voyoit très- clair , mais ce Prince refu
sa , dit-on , la propofition qu'on lui fit , ce qu'il y
a de sûr , c'eft que cette levée de Bouclier n'a eu
aucune fuite.
Le s . ou le 6. d'Avril , Schǝh Nadir maria un de
fes fils avec la petite -fille de Cambarch , niece de
Mametchan , à laquelle il donna 40. Sacs de Rou
pies en Dot , qui font quatre millions.
Ce Prince , maître de Dely , & à qui il n'auroit
Hii
failu
1858 MERCURE DE FRANCE
fallu que fes fimples ordres pour faire reconnoître
fon autorité dans le refte de l'Empire , prit , lors
qu'on s'y attendoit le moins , le parti de rétablis
Mametchah & de retourner en Perse .
Plus de 1000. Charpentiers , felon M. Voulton ,
travailloient nuit & jour à conftruire & à préparer
tout ce qui étoit néceffaire pour mettre en fûreté
toutes les richeffes que Schah Nadir devoit emporter
des Indes ; la Monnoye de Dely fut occupée
nuit & jour pendant un mois à fondre en Lingots
toute l'argenterie & ies Roupies; on faisoit un trou
à ces Lingots , pour y paffer une corde , afin d'en
charger un de chaque côté fur les Chameaux & fur
les Mulets.
M. Voulton ne parle que de Montagnes d'or &
d'argent en Lingots entaffés, ainfi que des Roupies,
& d'une Montagne de Joyaux. Il fait monter toutes
ces richeffes à 300. Courons , qui font trois
millions de Roupies , ou fept Milliars cinq cent
millions de livres , les Relations les plus modeftes
& qui font les plus uniformes , ne les font monter
qu'à trois Courons , qui font un milliar cent dix
millions de Roupies , ou deux milliars fept cent
foixante quinze millions de livres , felon le Mé
moire qui fuit.
>
Etat des Richesses que Schab Nadir a enlevées
de l'Inde..
Pour les Elephans , Chameaux , Artillerie , Tentes
& autres Munitions de Guerre , que Schah Nadir
a pris à Mamerchah & à fes Omrats ,après la perte
de la Bataille 5. Courons.
En Roupies d'or & d'argent forties du
Trésor Royal ,
En Joyaux ,
En un Lit fuperbement enrichi ,
15.
8.
7.
Pour
A O UST. 7899 1740.
Pour le Tack ou le Trône en queftion , 9. Courons
En Baffins , Cataris , Caujars & autres
Effets garnis de Pierreries
En argent comptant & Joyaux apartenans
aux femmes & aux Enfans de
Mametchah
Pour le produit du pillage de la Ville
de Dely ,
11 .
37
10.
Pour celui de la Taxe fur les Habitans , Io.
Pour ce qu'il a exigé des Onquils , &
Serviteurs des Rajats , Nabals &
Omrats ,
Pour ce qu'il a retiré de Camerdikam
,
Idem
, de Caudoram
, Mouzafarcam
,
Alyamedkam
& Sadaskam
, après
leur
mort Y
Total
10
16.
III. Courons.
Cette fomme, toute modérée qu'elle eft , par raport
au Calcul de M. Voulton , revient cependant
en Monnoye de France à deux milliars fept cent foixante- quinze millions de livres , richeffes d'autant
plus immenses , qu'elles paroiffent n'avoir été tirées que de la feule Ville de Dely, & que l'on au➡
roit de la peine à le croire , fi celles de l'Indoftan n'étoient pas connûës , & qu'on ne fût point que
fes Manufactures
& fes Denrées lui attirent chaque
année une grande partie de l'argent de l'Afie & de
l'Europe , où il ne retourne plus , lorsqu'il y eft une fois entré .
Le 9. ou le ro. Mai , après une Conférence particuliere
que Schah Nadir eut avec Mametchah , il
lui remit la Couronne fur la tête , & lui dit : » Si on
manque à l'obéiffance qu'on vous doir, avertiffezmoi
, je viendrai fur le champ châtier ceux qui
Hiiij » auront
#860 MERCURE DE FRANCE
» auront osé vous désobéir ; de votre côté , Prince,
gouvernez votre Royaume , comme un Roy doit
» le faire ; il fit ensuite apeller Nazenelmoulouk
Camordikam & les autres Omrats , & leur dir :
Voilà votre Roy , ne vous écartez point de l'o
» beiflance que vous lui devez , & foyez d'une
union parfaite pour l'exécution de fes ordres.
Cette Cérémonie finit par plufieurs Serpos , qu'il fit
diftribuer , mais dont il n'y avoit que trois de riches.
Ce Serpo étoit composé d'un Courti ou Veste
à la Perfienne , d'un Sabre & d'un poignard.
C'eft ce que les Turcs apellent Calaat , & qui coutient
ordinairement de quoi le faire un habillement
entier à l'Arabesque.
On dit que Mamerchaħ avoit précedemment fait
un Traité avec Schah Nadir , par lequel il lui cédoit
tout le Pays qui eft depuis Candahar jusqu'à
PIndus , le voici tel qu'il a été répandu dans le
Public.
Mametchah traite d'abord Schah Nadir de Roy
des Rois , de Roy du Tems , de Refuge des Mahometans
, d'un fecond Alexandre, &c . et dit ensuite :
» Vous m'aviez envoyé un Ambaſſadeur pour trai
ter de quelques affaires , j'ai fait tout ce que j'ai
"pû pour l'expédier au plutôt , & vous n'auriez pas
» été obligé de me renvoyer Mahametkamtourkam,
fans la négligence de mes Miniftres , qui ont
» toujours differé de faire réponse , & ont fait tar
» der l'Ambaſſadeur , aimant mieux nous broüiller
" et jetter de la discorde entre nos deux Etats , que de
"faire ce que je leur ordonnois , c'est ce qui a été
" la cause , que las de ne point voir de retour vos
» Ambaffadeurs, vous avez pris le parti de venir dans
" mes Etats ; nous nous fommes battus , la victoire
" a panché de votre côté , et la fortune vous a fa-
» vorisé jusqu'au point de vous tendre maître de
» mon
;
A O UST. 1740 1861
mon Empire ; vous êtes entré dans Dely , vous
vous en êtes rendu maître , vous vous êtes affûré
de ma Personne ; vous avez pris tous mes Joyaux
et mes Pierreries , et encore vous avez exigé de
➜ moi de vous remettre l'état de tous mes Revenus,
mais puisque vous me promettez de me remettre
fur le Trône, je vous fais et déclare légitime
et fouverain maî re des Terres fiuées du côté
" d'Oüeft ou Pays Nonahbek , de la Mer de Snide,
" de la Riviere de Sangara , de Chanar , du côté de
" Cabou!, des Montagnes de Pattan et de jat , de
la Fortereffe de Yexel , de Condabat , et de
tout ce qui dépend de Patta et de Tatta , me ré--
» fervant pour moi tout l'indouſtan.
Suivant M. Vouiton . Schah Nadir , outre cette
Ceffion de l'ays , a encore imposé fur ce Royaume
un Tribut annuel de trois Courons , faisant 750.
millions , Monnoye de France.
Le lendemain du jour que Schah Nadir eut réta
bli Mametchah , ce premier Prince , auffi tranquille
que s'il eût été à Ispaham , fit une partie de Chaffe
de l'autre côté de la Riviere de Sanna , qui coule
auprès de la Ville de Dely.
Le 13. Mai , il fortit de Dely au bruit de tout
le canon & de la Mousqueterie de la Ville , & alla
camper à Chesamar , Mamerchah & Nazeinelmou--
louk , l'accompagnerent jusque - là.
Il fit êfendre , avant que de quitter Dely , aux
Habitans de receler aucuns Soldats de ses Troupes,
Tous peine d'avoir le ventre ouvert.
Ce Prince partit le 5. de Chesamar , pour retourner
en Perse , où l'on presume qu'il doit être
à présent arrivé, il avoit fait partir auparavant 2000
Chameaux chargés des richeffes qu'il a en evées ,
fous l'escorte de 100co. Caselba ches ..
M. de Beaumont , chargé des affaires de la Coma-
Hv pagnie
1862 MERCURE DE FRANCE
pagnie Françoise des Indes à Benderabaffy , dans fa
Lettre du mois de Juillet 1739. marque qu'il a envoyé
en Perse une Exemption pour
trois ans de toute
Taxe extraordinaire .
*´Son départ a causé une joye infinie , il avoit couru
divers bruits que les Rajats vouloient s'oposer à
fon retour , qu'il avoit été arrêté au paffage d'une
Riviere par les Patannes , avec lesquels il s'étoit
vû forcé d'entrer en compofition , & qu'il leur avoit
donné la moitié de fes richeffes pour qu'ils lui
laiffaffent le paffage libre , mais tous ces bruits ont
éré vérifiés faux.
On penfe que ce Conquerant a d'autant moins
craint de s'éloigner des Terres du Mogol , qu'il a
rendu Tributaire , qu'il compte d'y rentrer avec la
même facilité qu'il a eû à le conquérir , s'il prenoit
envie aux Mogols de fecouer le joug qu'il leur a
imposé.
On peut cependant lui apliquer plus véritableiment
qu'à Alexandre . ce fameux mot , qu'il étoit
venu plutôt voyager dans les Indes , que les conquerir."
En rétabliffant Mametchah fur le Trône , on
peut dire qu'il a éû pitié de ſa Perfonne & de la
foibleffe de fon esprit ; il a chargé Nazelnelmoulouk
du foin de l'Empire , & a fixé à cinq Courons
de Roupies l'entretien de la Cour de Mametchah ;
ce Prince ne vouloit point reprendre la Couronne
à de pareilles conditions , mais il y a été forcé.
•
Les Roupies au Coin de Schah Nadir n'ont plus .
de cours dans le Commerce , & ont été refondues
, pour la plupart . L'Inde auroit beſoin d'un
long Gouvernement doux & moderé , pour fe remettre
d'une auffi violente fecouffe , mais l'avidité
des Grands ne leur permet point de rien diminuer
de leurs anciennes vexations.
On dit que Schah Nadir eft d'une haute ftature ,
&
AOUST. 1740. 1863
d'une mémoire prodigieuse , il ne fçait ni lire
ni écrire ; il vit durement , & n'eſt pas beaucoup
diftingué de fes Soldats par fes habits. Il eft d'une
justice exacte & très-févere , il eft enfin craint &
respecté de fon Armée , qu'il récompense & punit
à propos.
Bien des gens ont crû que c'eft Nazelnelmoulouk,
qui animé contre Candoram , a engagé ce Prince
à venir dans les Indes .
TURQUIE.
Na reçû avis de Conftantinople , que le
GrandSeigneur avoit accordé des avantages
confiderables aux François qui commercent dans
fes Etats.
: Les Lettres reçûes depuis de la même Ville ,
confirment que le Peuple s'y étant affemblé tumul
tueusement le 23. du mois de Juin dernier , pour
demander la dépofition du Grand Vifir Hadgy
Mehemet , le Grand Seigneur , pour prévenir les
fuites de la sédition ,avoit été obligé d'ôter les Sceaux
de l'Empire à ce Miniftre .
On prétend que ce n'eft point la conclufion du
Traité de Paix entre le Grand Seigneur & l'Empe→
reur , qui a causé la difgrace d'Hadgy Mehemet
& que c'est la derniere disette qu'on a foufferte à
Conftantinople , qui a irrité le Peuple contre lui. H
a été fait Pacha de Gedda , fur la Côte de la Mer
Rouge , & Achmet Pacha , Kaimakan de Conftan◄
tinople , lui fuccede dans la Dignité de Grand Vilize
Hvi EX
1864 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Conftamiz
nople le 5. Juillet 1740. au sujet des derniers ·
Troubles de cette Ville , fuivis de la déposi◄
tion du Grand Fifir.
L
A Crimée & les Provinces voifines de Conftantinople
, fe trouvant dépourvues de grains ; de
denrées & de troupeaux , par le séjour des Armées
Ortomanes , & de celles des Puiffances alliées , &
par le dégât qu'elles y ont fait , les Miniftres de la
Porte , malgré toute leur attention à tâcher de
procurer l'abondance dans cette Capitale , n'ont pu
empêcher que la plupart des denrées n'y foient
montées à des prix exceffifs , & cette cherté de
denrées , dont la Populace murmuroit , faifoit depuis
quelque tems aprehender une rebellion . L'ancien
Muphti Dumazadé , qui depuis la dépofition
étoit retiré dans une Maifon de Campagne fur le
Canal de la Mer noire, y fut attaqué dans la nuit ik
y a près d'un mois , par une trentaine de perfonnes.
qui y mirent le feu. On assûre aujourd'hui que ces
Incendiaires étoient des éditieux , qui tramant une
rébellion , vouloient y être autorisés par un Fetfa
ou Décifion du Muphti , & que c'eft fur le refus
qu'il fit de leur donner ce Fetfa , qu'ils mirent le
feu à fa maifon.
Le 13. Juin , une douzaine de perſonnes qui entroient
dans le Projet , & qui s'étoient chargés d'en .
être les premiers Acteurs , vinrent dans le Bezestin
de la Friperie , ayant un ( a) Emir , ou Defcendant-
(a) de Mahomet à leur tête ; & fur le prétexte d'ad
(a ) Ces Emirs , qu'on nomme ailleurs Cherifs , ou:
Nobles par excellence , font censés être de la Race de
Mahomet, par fa fille Fatime , Epouse d'Ali , &c. Ils
portentfeuls le Turban vert , c.
chetez
A OU ST. 1740. 18654
cheter des Sabres , ils fe les diftribuerent , fans en
payer le prix , & l'Emir ayant tiré de fon féin un
Etandart vect , il le mit au bout d'une baguette ,
criant que tout Mutulman fe rangeât fous cet Eten.
dart & eût à le fuivre , la confternation fe répan
dit fur le champ dans tous les Quartiers de Constantinople
, par l'empreflèment des Marchands du
Bezestin (a ) à fermer leurs boutiques. Les Rebelles.
s'étant avancés, dans l'efperance que leur Troupe .
groffiroit en chemin is renverferent la premiere-
Garde qui s'oposa à leur paffage , mais le Tchorbadge
ou le Chef d'une feconde Garde , les aries
ta , en affomant leur Chef avec fon Topcuz ou Mas❤
se d'armes , tous les autres furent envelopes &
· arrêtés ,
Les Miniftres de la Porte étoient la plupart dans
leurs Maitons de campagne , parce c'étoit une efpece
de jo ur de congé pour eux , mais le Nichangi
Pa ha , ci- devant Kaimakan , en retournant à Constantinople,
ayant trouvé quelques perfonnes attroupées
, hit main-b ffe fur cette canaille , & en tua
quelques uns de la propre main ; le G. Vifir , revenant
auffi de la campagne , & de concert avec l'Aga
des Janiflaires , le donna de grands mouvemens
pour rechercher ceux qui pouvoient avoir eû
cett Sédition ; il en fit , dit-on , arrêter un grand
nombre , qui étoient affèmblés dans des Bains.
part
La Sédition ayant été étouffée dans fon principe,
le G Seigneur retourna ce jour- là même du Serrail
de Scutary à celui de Conftantinople ; il a affecté
depuis de fe montrer en public plus qu'à l'ordinaire ,
& ayant reçû le 15. la nouvelle de l'évacuation de
lgrade, il fit tirer à cette occafipa le canon du Ser
(a ) Espece d'Enclos où font les Boutiques de tout ce
qu'on vend de plus précieux à Conftantinople.
sail
J
1866 MERCURE DE FRANCE
nail , pour présenter au Peuple un sujet agreable , &
capable de diminuer fon mécontentement.
*
Les jours fuivans furent employés à prendre des
mefures pour prévenir les fuites de ce commencement
de rébellion ; on exigea un nouveau Serment
de fidelité des Janiflaires , à qui on ordonna de fe
rendre chacun à fon pofte , fous les yeux de leurs
Officiers , on obligeà tous ceux qui depuis quatre
ans étoient venus à Conftantinople , fans y être
mariés , d'en fortir pour retourner dans leur Pays ,
ce qui fut fi rigoureufement executé , que plufieurs
milliers de gens inutiles & fans aveu , furent tranfportés
en Afie , avec défenſe , fous peine de mort
de retourner dans la Ville ; enfin , on défendit aux
Marchands de fermer leurs Boutiques au cas qu'il
furvint quelque nouvelle émeute , & on leur permit
& ordonna même de courir fur les Rebelles, & de les
affommer , fans aucune diſtinction de Nation ni de
Religion , avec promeffe autentique de n'être point
recherchés. Pour ce qui eft de la perquifition fecrette
des complices de la rébellion ,on dit que dans la crain
te que les Inftigateurs , fur l'indication defquels on
faifoit la recherche , n'en impofaffent à la Porte , le
Janifaire Aga envoya quelques- uns de fes domeſtiques
déguisés , liés & garotés , comme des Rebelles
qu'on auroit pris pour les confronter à ces Dénonciateurs
, dont la calomnie fut découverte par les
Contradictions & les abfurdités manifeftes où ils
tomberent , en voulant foûtenir que les domeftiques
du Janiffaire- Aga étoient du nombre des Rebelles
;
& depuis ce tems- là on prit le parti de mettre
les perfonnes fufpectes entre les mains de leurs
Officiers , qui en examinerent mûrement la conduite.
Le 24. le Stambol- Effendi , dont la Charge ré
pond à celle de Lieutenant Géneral de Police , fur
dé
AOUST. 1740 1867
·
déposé , non qu'on le crût complice de la rébellion
, mais parce qu'il pouvoit y avoir de fa faute
dans la cherté des vivres , qui faifoit murmurer le
Peuple.
Le 22 il y eut une feconde Emeure aux Bézestins,
excitée , fuivant quelques - uns , par des Janiffaires ,
qui fe plaignoient, parce qu'on avoit arrêté de leurs
camarades , & , felon d'autres des › par Gens fans
aveu , qui vinrent une feconde fois s'armer aux Bézestins
; ce mouvement fut d'abord apaisé , parce que·
les Marchands en conformité de l'ordre du G. Seigneur
, au lieu de fermer leurs boutiques , tomberent
fur les Rebelles , & en affommerent deux à
coups de barres , les autres furent arrêtés .
Le G. Vifir qui tenoit alors le Divan , averti de
ce defordre , crut devoir le méprifer pour ne pas
l'augmenter , & affecta de rendre la Justice plus
longtems qu'à l'ordinaire ; on dit qu'on lui a fait
un crime de cette inaction ; il arriva d'ailleurs
le même jour des Députés de la Ville de Nicomédie
, qui vinrent fe plaindre des defordres que:
les Gens fans aveu , exilés dans leur Territoire
commençoient d'y commettre , & qu'ils continue
roient infailliblement , n'ayant aucune reffource
pour vivre.
la
Toutes ces circonftances ont engagé leŝ Ulamas
où Gens de Loi , de s'adreffer directement au G.
Seigneur , avec lequel ils eurent le 23. Juin une
Conference dans un Kiosk , ou Pavillon , qui eft à la
pointe du Serrail ; & ils lui firent connoître que
dépofition du G. V. étoit une démarche néceffaire:
pour le rétablissement de la tranquillité publique.
Le G. V. fut arrêté en consequence entre les deux
Portes du Serrail le même jour à deux heures après
midi ; il a été enfuite embarqué fur une Galere qui
doit le conduire à. Smirne , d'où il fe rendra à.
Geddar
2868 MERCURE DE FRANCE
Gedda dont on prétend qu'on lui a donné la
Gouvernement.
Le Nichangi-Pacha fut d'abord nommé (a) Kaïmakan
, & le lendemain 24. il a été déclaré Grand
Viur , & a reçû la Pelisse ou Vefte d'honneur du-
Grand Seigneur , en cette qualité , & a fait diftribuer
, fuivant Pufage , des Caftans , ou Surtouts de
Cérémonie à fes Officiers . Le Chaoux-Bachi , & lé
Mubur-Aga ont été déposés.
Le nouveau G. Vifir s'apelle Achmet ; c'eſt le même
qui a diffipé dans l'Afie , la faction du Rebelle
Sary Beigh- Oghlon , & qui a exercé dèux fois la
Charge de Kaimakan.
Le G. Vifir déposé , nommé Pacha de Gedda, doir
partir fur un Vaisseau Alexandrin pour ſe rendre en
Egipte ; il a eu la liberté d'y faire embarquer les
Domeftiques & fes Effets qu'on lui a laissés en entier
, le Tefterdard on Grand Treforier ayant eu
ordre de lever le Scelle qu'il avoit commencé de
mettre fur ces Effets. Bekir Pacha , Gouverneur de
Gedda , (b) aura le Pachalik ou Gouvernement
d'Aydim. Le nouveau G. V. eft fils de la Soeur de
ce dernier , & a été fon Kiaïa ou Lieutenant , tang
à Gedda , qu'au Caire , avant que d'avoir été fait
Chaoux - Bachi , & enfuite Kaimakan.
Le Kiaja , du G. V. déposé a été confirmé par le
G. Seigneur , qui lui a envoyé une Pelisse , en le
déclarant Kiaïa de l'Empire.
Le Chaoux - Bachi qui a été déposé , doit aller à
Bagdad au devant de l'Ambassadeur de Thamas-
(a) Gouverneur de Conftantinople & Lieutenant
#G . V.
db) Villefur la Côte de la Mer Rouge ; le Port de
Mecque , qui n'eft environ qu'à 15 , on 20. lienës ,
de difiance.
Koali
AOUST. 1740. 1889
Kouli-Kan. Le Jafidgi- Effendi , ou Sécretaire du
Kislar- Agha , ou Chef des Eunuques Noirs , a été
remercié.
Le 27. Juin , l'Ambassadeur de France a renda
vifite au G. V. pour le féliciter for fa nouvelle Dignité
; les autres Miniftres Etrangers vont fucceffivement
le vifiter.
Tout paroît tranquille aujourd'hui à Conftanti
nople ; on tâche de prendre des mesures pour diminuer
le prix des denrées , & on continuë de faire
passer en Afie les perfonnes inutiles , qui depuis
quelque tems étoient venus s'établir dans cette Capitale.
O
RUSSIE.
Na apris de Petersbourg , que le Jugement
par lequel le Comte Wolinsky a été condamné
à avoir la langue arrachée & la main coupée ,
& à être rompu vif , tui fut prononcée le 8. du
mois paffé , & qu'on lui fit fçavoir après la lecture
de ce Jugement , que la Czarine avoit adouci fon
genre de mort , en ordonnant qu'il auroit la tête
tranchée. L'exécution fe fit le même jour à fept
heures du matin fur le bord de la Néva derriere la
Citadelle , un Bataillon du Régiment des Gardes
Preobrazinsky étant fous les armes autour de l'échaffaut
, & plufieurs détachemens tant d'Infan
terie que de Cavalerie ayant été poftés dans les
environs.
3
Le Comte Wolinsky s'étoit proposé de faire un
Discours au Peuple , mais on a jugé à propos de
l'en empêcher Ce Miniftre , en allant à l'échaffaut,
falua toutes les perfonnes de connoiffance qu'il
trouva fur fon chemin , & ayant aperçû le Général
Ufchakoff , il lui recommanda fa Famil e.
M. Jerepkin , Directeur Général des Bâtimens ,
1876 MERCURE DE FRANCE
& M. Cruskoff , Confeiller de l'Amirauté , ont
auffi eû la tête tranchée . La Czarine a fait grace
de la vie à M. Simonoff , Vice- Préfident du College
de l'Amirauté , & à M. Eichler , Sécretaire du Cabinet
, qui avoient été condamnés à mort , & ils
ont reçû , le premier 27. coups de Knour , & le
fecond 17. M. de la Soud , Sécretaire du Sénat , a
été fuftigé , & il eft relegué pour le refte de fes
jours en Siberie , ainfi que Mrs Simonoff &
Eichler.
Après l'exécution , les corps de ceux qui ont été
décapités , furent mis fur un Chariot couvert d'une
Natte , & on les conduifit hors de la Ville dans un
Champ , où ils ont été enterrés.
Le jugement du Comte Wolinsky porte qu'il
s'eft rendu coupable de mort , pour avoir manqué
de fidelité à la Czarine ; pour avoir trahi les interêts
de l'Etat , pour avoir voulu exciter une révolte
, & pour avoir détourné à fon profit des fommes
très-confiderables, entre- autres 700000. Rou
bles , qui étoient deſtinés à l'entretien des Haras.
Il eft marqué au bas de ce Jugement , que les crimes
des coupables feront rendus publics , après
que le Comte Platon Jean Mufin Puskin , Sénateur
& Préfident du Confeil de Comnierce , aura été
jugé avec les autres complices . Ce Sénateur a dứ
Pêtre fur la fin du mois dernier , & l'on croyoit
que la Czarine lui accorderoit fa grace , mais que
les richeffes immenfes qu'il a acquifes , feroient
confifquées.
Quoique tous les biens de ceux qui font punis de
mort pour des crimes capitaux , apartiennent de
droit au Fisc , S. M. Cz. a laiffé aux heritiers du
Comte Wolinsky les Terres & les autres Effets qui
compofoient le Patrimoine de ce Miniftre , & Elle
a donné ordre de pourvoir convenablement à l'entretien
AÓ US T. 1740; 1875
retien des enfans de Mrs Jerepkin & Cruskoff.
On affûre que la Czarine s'eft déterminée avec
beaucoup de peine à figner la condamnation de ces
Brois prifonniers , & qu'elle étoit difposée à user de
clemence à leur égard , mais que les Juges lui ont
représenté que l'interêt de l'Etat demandoit la mort
des coupables.
Le Comte Platon Jean Mufin Puskin , Préfident
du Confeil de Commerce , a été condamné à un
banniffement perpetuel par les mêmes Commiffaires
qui ont jugé le Comte Wolinsky , & fes biens
ont été confifqués.
On a fait partir pour la Siberie ' Mrs Simonoff ,
Eichler & de la Soud , à chacun defquels la Czarine
n'a affigné que trois fois par jour pour leur fubfiftance.
Les Chefs d'accusation , fur lesquels le Comte
Wolinsky a été condamné à mort , font contenus
dans une Déclaration que la Czarine a fait publier
au fujet du Jugement prononcé contre ce Miniftre
.
Cette Déclaration porte,que le Comte Wolinsky
a imposé , de fon propre mouvement & fans la
connoiffance de la Czarine , plufieurs Taxes dans
differentes Provinces ; qu'il a caché plufieurs dénonciations
importantes , dont quelques - unes ont
été retrouvées parmi fes papiers ; qu'il a excité malignement
des gens du commun , à accuser plu-
Leurs des fideles Sujets de S. M. Cz . lefquels ont
été exposés par-là à des préjudices confiderables
que fans autre motif que fa propre animofité , il a
fait punir avec autant de rigueur que d'injuſtice un
grand nombre de perfonnes ; qu'oubliant le refpect
qu'il devoit au Palais de la Souveraine , il a maltraité
de coups un de fes Sécretaires jufque
dans l'apartement de S. M. Cz. qu'il a trouvé fous
differens
;
872 MERCURE DE FRANCE
differens prétextes le moyen de s'aproprier des
fommes confiderables des revenus de l'Etat ; que le
defir d'acquerir des richeffes l'a porté plufieurs fois
à vendre des Emplois , qui n'étoient dûs qu'au mérite
; que pour fatisfaire fon avarice , il a donné
part dans l'adminiftration des affaires publiques à
des perfonnes qui en étoient tout- à - fait indignes
que, foit en faifant efperer fa protection à ceux qui
s'adreffoient à lui , foit en les menaçant de fon ref
fentiment , il a tiré de l'argent des perfonnes meme
qui ne recevoient de lui aucune grace ; qu'il a
diffipé une partie du Tréfor en des dé enfes inutiles
, pour lesquelles il n'avoit reçû aucun ordre
que quoiqu'il fût d'une naiffance peu illuftre , il a
porté la vanité jusqu'au point de prendre les Armes
de la Maifon de la Czarine , & de vouloir fe faire
paffer pour allié de cette Princeffe ; que non feulement
il s'eft vanté de cette alliance en plufieurs
occafions , mais encore qu'il avoit deffein de faire
publier dans les Pays Etrangers une Généalogie
dans laquelle les armes de les ancêtres auroient été
jointes à celles de la Maiſon regnante ; qu'il a engagé
à fon fervice des Soldats qui n'étoient deſtinés
que pour celui de S. M. Cz. & qu'il les a payés de
Fargent du Tréfor ; que loin d'aporter l'attention
convenable aux affaires dont le foin lui étoit confié,
Ha causé à l'Etat des préjudices très grands par
fon extrême negligence qu'il a hafardé des juge
mens indécens , & tenu des difcours injurieux au
fujet des deux premiers articles de l'Ordonnance ,
donnce en 1730 ; qu'il a cherché par des infinua
tions artificieufes , & en femant de faux bruits
aliener de S. M. Cz . les coeurs de fes Sujets ; qu'il
avoit formé avec fes complices un projet , qui rendoit
à renverfer les Loix & les Conftitutions de l'Esat
, & qui n'étoit pas moins contraire au Bien Pu
blic
AOUST. 1749. 1873
blic , qu'à l'Autorité Souveraine. La Déclaration
n'explique point quel étoit ce projet , mais on ſoupçonne
qu'il regardoit la Succeffion au Trône.
Les biens que la premiere femme du Comte Pla
ton Jean Mufin Puskin lui a aportés en mariage
demeurent aux enfans qu'il en a eus , & la Czarine
n'a confifqué que les biens qu'il a acquis dans l'exercice
de fes Emplois.
Le fils du Comte Wolinsky a été envoyé en exil,
POLOGNE.
Na reçu avis de Kaminieck , que le nouvel
Hofpodar de Valachie & de Moldavie ayant
obtenu que le Grand Seigneur lui cédât Choczin &
le Territoire qui en dépend , moyennant une redevance
qu'il s'eft engagé de payer à Sa Hautefle , il
avoit pris poffeffion non feulement de cette Place
, mais encore de près de 140. Villages voisins.
Le Grand Seigneur continuera de tenir une Garnifon
dans la Citadelle de Choczin , mais cette Gar❤
nifon fera payée par le Hofpodar .
>
Au commencement de ce mois , les Commissai
res nommés par le Roy , pour faire obſerver une
Police plus exacte à Warfovie , & pour y entretenir
Pabondance , s'assemblerent chés le Vice- Chancelier
, & ils manderent les Magiftrats , auxquels ils
donnerent divers ordres, tant pour faire nettoyer les
rues & pour les faire éclairer pendant la nuit , que
pour obliger les habitans riches d'avoir toujours
chés eux une certaine quantité de grains.
ALLEMAGNE,
Es Lettres de Vienne marquent , qu'outre les
Préfens dont le Comte d'Uhlefeldt eft chargé
Pour
874 MERCURE DE FRANCE
pour le G. Seigneur & pour les principaux Ministres
de Sa Hauteffe , l'Empereur a fait remettre à
cet Ambaffadeur plufieurs Bijoux , pour les diftribuer
aux Pachas des principales Villes où il pas
sera.
Le Comte d'Uhlefeldt , après fon échange aves
Gianihi Ali Pacha , Ambaffadeur du G. Seigneur ,
a été conduit à Belgrade par Ali Pacha , Seraskier
de la Ville , auquel il rendit vifite le 13. du mois
paffé , l'ordre fuivant ayant été obfervé dans la
marche.
1
Un Interprete ; huit Trompettes & un Timba
lier ; un Ecuyer ; huit chevaux de felle , avec des
caparaçons de velours jaune , brodés d'argent , la
livrée de l'Ambaffadeur ; plufieurs de fes Gentilshommes
, les Enfans de Langue ; fix Gentilshom-'
mes de l'Ambaffadeur ; les Heyduques ; le Maréchal
de l'Ambaffade , fuivi d'un grand nombre de
domeftiques ; les Pages de l'Ambaffadeur ; deux
Ecuyers ; le Capigi Bachi , qui eft chargé de conduire
l'Ambaffadeur à Conftantinople ; le Comte
d'Uhlefeldt , fuivi des Seigneurs Allemands qui
l'accompagnent dans.fon Ambaffade , & du détachement
de Grenadiers que l'Empereur lui a dou❤
nés pour fa garde.
Lorfque l'Ambaffadeur arriva aux Casernes Alexandrines
ou Ali Pacha demeure , il fut reçû au bas,
de l'Escalier par le Kiaïa du Seraskier , & à la porte
de la Salle d'audience par le Seraskier , qui lui
donnant la droite le conduifit à un Sopha fur lequel
ils fe placerent l'un & l'autre. On fervit des rafrai
chiffemens au Comte d'Uhlefeldt & aux perfonnes
de fa fui e , & on leur diftribua des Caftans , après
quoi l'Ambaſſadeur retourna chés lui avec le même
Correge.
Le 14. M. de Montmartz , Premier Interprete
de
AOUST. 1740 1875
de l'Empereur pour les Langues Orientales , porta
Ali Pacha les Préfens de l'Ambafladeur , lefquels
confiftoient en trois Pendules ; un grand Baffin &
une Eguerre de vermeil ; une Corbeille d'argent ;
deux Pots avec leurs couvercles & deux Cafétieres,
de même Métal ; deux Vafes de Porcelaine de Saxe
, montés en or , & fix Gobelets d'argent , dorés
en dedans. Ces Préfens étoient efcortés par douze
Grenadiers de la Garde du Comte d'Uhlefeldt.
Ali Pacha alla le même jour chés l'Ambaffadeur,
qui lui rendit les mêmes honneurs qu'il avoit reçûs
chés le Seraskier.
Le même Ali Pacha arriva le 25. Juillet à Schoe
chat , Bourg à deux lieues de Vicone . Sa Suite eft
composée de 900. perfonnes , & il a amené avec
lui 893. Chevaux , 130. Chameaux , & plus de
160. autres Bêtes de charge. M. de Vebern , Confeiller
Aulique & Référendaire , ſe tendit le 29. à
Schwechat avec un Sécretaire du Confeil de Guerre
, pour complimenter l'Ambaffadeur de la part de
ce Confeil , & pour regler le Cérémonial qui s'ob➡
fervera à la reception de ce Miniftre.
Dans les Conférences qu'on a eû avec lui , il a
prétendu que le Prince d'Aversperg & le Comte de
Wurmbrand , nommés par l'Empereur pour l'accompagner
à fon Entrée , ne devoient point - marcher
en cette occafion fur la même ligne que
lui
& qu'il n'étoit point obligé de les reconduire hors
de la chambre , lorfqu'il feroit arrivé dans l'Hôtel
qui lui avoit été préparé . Il vouloit auffi exiger que
les principales perfonnes de fa Suite marchaffent
entremêlées avec les Officiers de la Maifon de
Empereur , qui iroient le prendre par ordre de
S. M. I. & que les Spahis & les Janiffaires , qui
compofent la garde , portaffent les armes hautes,
lorfqu'il pafferoit devant le Palais de la Favorite.
Aucune
876 MERCURE DE FRANCE
Aucune de ces demandes ne lui a été accordée , &
Le Confeil Aulique de Guerre lui a fait déclarer
qu'on ne changeroit rien au Cérémonial qui
avoit été obferve dans les Entrées & les Audiences
des autres Ambaffadeurs que Sa Hauteffe avoit envoyés
à la Cour de Vienne .
La réponſe de cet Ambaffadeur avoit fait croire
qu'il confentoit à fe conformer aux propofitions qui
lui avoient été faites , & fon Entrée ayant été fixce
an 4. de ce mois , le Prince d'Aversperg & le Comte
de Wurmbrand fe rendirent ce jour-là , vers les
dix heures du matin à Simmeringen avec les Offi
ciers de la Maifon de l'Empereur & les autres perfonnes
qui avoient reçû ordre d'aller au- devant de
PAmbafladeur. Auffi - tôt après qu'ils y furent arrivés
, ils envoyerent complimenter l'Ambaffadeur
qui fe mit en marche pour aller les joindre , mais à
une lieue en- deçà de Schwechat , il fe plaignit qu'il
reffentoit des douleurs fi violentes , qu'il ne pouvoit
aller plus avant , & il manda au Prince d'Aversperg
& au Comte de Wurmbrand , qu'il étoit
obligé de remettre à un autre jour fon Entrée.
O
PRUSSE.
N écrit de Berlin , que les vivres étant encore .
fort chers dans cet Etat , le Roy a fait diſtri
buer une fomme confiderable aux Pauvres , & que
S. M. a ordonné qu'on employât à leur foulagement
les revenus deſtinés à l'entretien de la Ménagerie
de Konigsberg.
On aprend par les Lettres de Konigsberg . que
le Roy y étant arrivé le 16. Juillet à fept heures du
foir , S. M. reçût le même jour les complimens des
Miniftres & des Géneraux , & qu'elle foupa enfuite
à une Table de 28, couverts,
LI
AOUST. 1740% 1877
Le 17. le Roy , après avoir entendu dans la Chapelle
du Château le Sermon du Docteur Quand ,
fit la revue du Régiment de Flantz. S. M. alla l'après
midi à la Fortereffe , & elle fit remettre en
Liberté tous les prifonniers qui y étoient détenus , à
l'exception de trois , auxquels Elle ne jugea pas à
propos d'accorder cette grace. Elle fit le 18. la revûë
du Régiment de Holſtein , & Elle dîna chés le
Duc de ce nom.
Le foir , les Etudians de l'Univerfité de Konigs
berg, au nombre de 800. divisés en cinq Quadrilles
,fe rendirent au Palais de ce Prince. L'Uniforme
de chaque Quadrille étoit different , & quatre d'entre
elles avoient à leur tête des Timbales , des
Trompettes & des Hautbois. Celle du milieu étoit
précédée de Violons , de Violoncelles , de Baffes de
Viole , de Flutes traverfieres & de Baffons. La
marche étoit éclairée par 1300. Flambeaux de
Cire blanche , portés par des Artiſans & des Domeftiques
, qui formoient des deux côtés une double
haye. Après que les Etudians eurent fait exécu
ter plufieurs Suites de Symphonie devant les Fenêtres
de la Sale où le Roy étoit , ils préſenterent à
S. M. une Ode à fa loüange.
Le 20 , jour que le Roy avoit fixé pour recevoir
Phommage des Etats du Royaume de Pruffe , cette
Cérémonie fe fit dans la grande Place qui eft visà-
vis le Château . Le Roy étoit debout fur fon
Trône , ayant derriere lui un Fauteuil & à fes côtés
les Miniftres & les Géneraux. Avant que les Députés
des Etats prêtaffent le Serment de fidelité , le
Comte de Schlieben , Grand Chancelier du Royaume
,fit un Difcours dans lequel il les affûra de la
bienveillance & de la protection de S. M. M. de
Groben , Premier Député des Etats , répondit en
leur nom, & il remercia le Roy de toutes les graces
que
1878 •
MERCURE DE FRANCE
que S. M. leur avoit accordées , en particulier de la
bonté qu'Elle avoit eû d'établir un Confeil , pour
remédier aux abus qui fe font introduits dans la
perception des Droits. Il ajoûta que par la ceffation
de ces abus les fideles Sujets du Roy feroient
plus en état de prouver leur zele à S. M.
Lorſque la Cérémonie fut finie , le Roy fit jetter
an Peuple une grande quantité de Médailles d'or &
d'argent . Le repas qui fuivit fut des plus magnifiques.
Le Roy dîna dans une Sale voifine de celle
où mangeoient les Députés , & S. M. leur envoya
dire par un Page , qu'Elle bûvoit à leur fanté.
Le 2. de ce mois , le Roy reçût à Berlin , l'Hommage
& le Serment de fidelité des Etats de la Marche
de Brandebourg , & S. M. fit diftribuer à l'occafion
de cette Cérémonie qui s'eſt faite au Palais,
une grande quantité de Médailles d'or & d'argent
fur le revers defquelles : font repréſentées la Verité
& la Juftice. Les Députés des Etats furent traités
enfuite à dîner par les Officiers du Roy. On a publié
à Berlin une Relation des Cérémonies obfervées
dans cette occaſion .
t
Les Deputés de la Nobleffe ont prêté le leur dans
une Sale du Château , laquelle avoit été préparée
pour cet effet , & au fond de laquelle on avoit placé
un Trône. S. M. qui étoit debout , avoit à fes
côtés les Princes fes freres & les autres Princes du
Sang. Les Grands Officiers de la Couronne & les
Géneraux étoient derriere les Princes. M. de Gorne
, Préfident de la Chambre de Juftice du Brandebourg
, harangua le Roy au nom de la Nobleffe ,
& M. d'Arnheim , Miniftre d'Etat , répondit à cette
Harangue au nom de S. M. Après que le Roy eut
reçû l'Hommage de la Nobleffe , S. M. fe rendit
au Balcon qui donne fur la grande Place où les
Députés des Villes , lefquels y étoient aflemblés ,
lui prêteren: Serment de fidelité.
H
AOUST . 1740 1879
Il s'eft trouvé 100. perfonnes au repas que le
Roy a donné aux Deputés des Etats , & la magnificence
avec laquelle toutes les tables ont été fervies
, a répondu dignement à la grandeur de la
Cérémonie.
Le même jour que les Deputés es Etats de la
Marche de Brandebourg rendirent houimage au
Roy les Deputés des Etats de la Pincipauté de
Magdebourg prêterent Sermont d fideite à S M.
entre les mains du Baron de bolenthal Confeiller
Privé & de M de Dach.rode , Péfiaent du Confeil
de R gence de la Principauté , lesques avoient
été nommés Commiffaires par le Roy , pour recevoir
l'homage des Etats du Pays.
a eu à
L'Abbé Langlois , que le Roy de Pologne , Duc de
Loraine & de Bar , a envoyé pour complimenter le
Roy fur fon avenement à la Couronne
Rheinfberg une audience de S. Mi aquelle y a
auffi donné audience au Baron de Zulich & au
Baron d'Adelips , qui font venus la complimenter
de la part du Roy de Suede & de l'Electeur de Baviere.
S M. a donné à la Reine le Château de Schonnausen
, pour lui fervir de Maifon de Plaifance..
On a apris en même tems qu'il n'y a que 480.
grands Grenadiers qui n'ayent pas demandé leur
Congé.
ITALI E.
Es Nouvelles de Rome de la fin du mois der-
Lnier , marquent qu'il y a dans le Conclave un
parti confiderable pour le Cardinal Aldovrandi , &
que toutes les Puiffances concourent à l'Election
de ce Cardinal , qui a eu conftamment depuis quelque
tems trente & trente- un Suffrages dans tous
les Scrutins du matin & de l'après midi.
I ij
Les
1380 MERCURE DE FRANCE,
I
Les Cardinaux Chefs d'Ordre ayant apris que }
malgré les défenfes , plufieurs perlonnes faifoient
des amas de grains , & empêchoient par-là que
Fabondance ne regnât comme à l'ordinaire dans
Rome , ils ont fait publier un Decret , par lequel
ils ordonnent à tous les habitans de la Campagne
de cette Ville , de quelque Etat & Condition qu'ils
foient , de faire porter dans les Marchés de Rome
les grains qui font chés eux . Le même Decret porte
qu'aucun particulier n'en pourra garder chés lui
que la quantité qui lui fera accordée par les Magistrats
pour l'enfemencement de fes terres ; que ceux
qui contreviendront à ce Reglement , feront condamnés
à une amende de 200. Ecus Romains , &
leurs grains feront confifqués .
que
Lvoix
ELECTION DU PAPI.
E Cardinal Aldrovandi avoit eu juſqu'à 33 .
voix dans plusieurs Scrutins consécutifs , & il
ne lui en manquoit qu'une pour être élû Pape , mais
plufieurs Cardinaux continuant de s'oposer à fon
élection , ce Cardinal a prié lui -même ceux qui lui
avoient donné leurs fuffrages , de proposer un autre
Sujet , & les Cardinaux ont élû le 17. Aoust au
matin le Cardinal Profper Lambertini , Cardinal
Prêtre , du Titre de Sainte Croix de Jerufalem , Archevêque
de Bologne , Promoteur de la Foi & Député
de la Congrégation du S. Qffice , né à Bologne
le 31. Mars 1675. Son Election a été d'autant
plus géneralement aprouvée , qu'il étoit depuis
longtems auffi eftimé pour fes grandes qualités
que recommandable par fa profonde érudition . Il
eft neveu du feu Cardinal Jean -Antoine Davia , &
fa Famille eft une des plus confiderables du Bolopois.
C'est le cinquiéme Pape que cette Province
air
A O UST. 1740. 1880
ait donné à l'Eglise. Benoît XIII. l'avoit nommé
Cardinal dès le 9. du mois de Decembre
1726. mais il l'avoit réservé in petto , & il ne le
déclara que le 30. Avril 1728. Ce Pape lui donna
le même jour la Barette , & le 4. du mois fuivant
le Chapeau. L'Archevêché de Bologne étant devenu
vacant par la mort du Cardinal Buoncompa
gno , Clement XII . proposa cet Archevêché pour
le Cardinal Lambertini dans le Confiftoire du 30.
Avril 1731. & quelque tems après il lui accorda
une Place dans la Congrégation du S. Office. Lors
que le Cardinal Lambertini obrint l'Archevêché
de Bologne , il étoit Evêque d'Ancone , ayant été
nommé à cet Évêché le 20. Janvier 1726. après la
mort du Cardinal Buffi . Benoît XIII . lui avoit accordé
trois ans auparavant le Titre d'Archevêque
de Theodosie , il l'avoit sacré le 16. Juillet 1724.
& le is . du mois d'Aouft fuivant, il l'avoit déclaré
Evêque Affiftant du Trône. Sous les deux Pontificats
précedens , le Cardinal Lambertini avoit obte
nu fucceffivement un Canonicat de la Bafilique de
S. Pierre , une Place de Confulteur du S. Office , la
Charge de Votant de la Signature de Grace & celle
d'Avocat Confiftorial , & il a conservé son Canonicat
& les deux premiers de ces emplois , juſqu'à
la nomination au Cardinalat.
९ Il a composé plufieurs Ouvrages , dont la plûpare
ont été recueillis dans deux Volumes in-folio , &
P'on imprime actuellement ceux qui n'ont pas encore
parû.
Auflitot après que tous les Suffrages le furent
réunis en faveur du nouveau Pape , qui a pris le
nom de Benoît XIV. le Cardinal Marini , Chef de
Ordre des Cardinaux Diacres , se rendit à la Loge
de la Bénédiction , & au bruit de l'Artillerie du
Château S. Ange & des Cloches de toutes les Egli
£ iij ... sex
1882 MERCURE DE FRANCE
ses de la Ville il annonça la nouvelle de l'Election
au Peuple , qui témoigna fa joye par des acclamations
réitérées. Les Cardinaux accompagnerent
enfuite le Pape à la Cellule du Cardinal Corfini
chés lequel il dîna . '
L'après midi , Sa Sainteté revêtue de fes habits
Pontificaux fut portée fur l'Autel de la Chapelle de
Sixte , où se fit , selon la coûtume , la Cérémonie
de l'Adoration . La même Cérémonie se fit dans la
Bafilique de S. Pierre , ' où le Pape fut placé fur le
principal Autel , & Sa Sainteté après avoir donné
la Bénédiction au Peuple , fut reconduite à son
apartement ayant reçû à son paffage dans la Sale
d'audience les complimens de félicitation de l'Am -`
bassadeur du Roy de France , de celui de la République
de Venife , & de celui de la Religion de
Malthe. L'Ambaffadeur de l'Empereur n'arriva pas
affes tôt , pour complimenter le Pape. Le foir il
y eut des illuminations & des feux dans toute la
Ville & les réiniiffances oubliver one duré mois-
7
པ༡ པས་ བསས་ བ ལས viནུས་ ༠' པས ༔ སམཅ i ཨ
jours consécutifs.
Le bruit court que Sa Sainteté , à l'exemple du
Pape Benoît XIII qui a gardé l'Archevêché de
Benevent après fon Exaltation au Pontificat , ne fe
démettra point de l'Archevêché de Bologne .
;
...Le Pape a déclaré le Cardinal Corfini , Archiprê
tre de S. Jean de Latran ; le Cardinal Aldóvrandi
Dataire , le Cardinal Valenti Gonzaga , Sécretaire
d'Etat , le Cardinal Ruffo . Chancelier de la
Sainte Egli e le Cardinal Querini , Préfet de la
Congrégation de l'Index : M. Levizani , Sécretaire
des Mémoriaux , l'Abbé Rota , Sécretaire dés Chif
fres ; M de Santo Buono , Président de la Chambre
Apoftolique ; M. Spanocchi , Sous Dataire par
interim , & M. Biancini , Coadjuteur per obitum . Sa
Sainteté a difposé de la Charge de Camerier d'hon<
·neur
AO US T. 1745: 1883
neu en faveur de M. Picolomini , & de celles de
Maître de sa Chambre & de Maître de sa Garderobe
en faveur de Mrs Colonne Carbognano &
Coftanzi. La Place d'Aumônier de la Chapelle
particuliere du Pape , a été donnée à M. Boccapaduli
, & Mrs Bollari , Giacomelli & Bouget , ont
obtenu celles de Chapelains fecrets . Le Pape a accordé
celle de Clerc de la Chambre à M. Chigi.
M. Limi doit exercer les fonctions de la Charge
d'Auditeur de Sa Sainteté jufqu'à l'arrivée du Vicaire
Géneral de l'Archevêché de Bologne , qui en
a été pourvû. Les Ducs Corfini & Strozzi , Capitaines
des deux Compagnies de Chevau Legers de
la Garde du Pape , ont été conservés dans leurs
emplois , ainfi que le Marquis Astalli , & M. Virgitio
Cenci , Camériers secrets participans ; le Pape
en a nommé un troifiéme , qui eft l'Abbé de Belmonte.
Sa Sainteté a laiffé à M. Leprofti la Plaçe
de Premier Médecin , & à M. Grillo celle de Médecin
de sa Maison .
Le Cardinal Colcia vient d'être rétabli dans tous
fes honneurs , & le Pape a renvoyé à une Congré
gation qui doit le tenir en la préfence , la révilion
de l'affaire de ce Cardinal , qui n'eft forti du Conclave
que le 18. au matin , & qui eft allé loger au
petit Palais Farnese à la Longara. On ne doute
prefque point que Sa Sainteté ne lui rende l'Archerêché
de Benevent.
VENISE..
Ette République , defirant de conclure la Paix
Cavec les Régences de Túnis , d'Alger & de
Tripoly , a engagé le G. Seigneur d'employer fes
bons offices pour cet effet auprés de ces Régences.
I iiij
Ол
1884 MERCURE DE FRANCE
On a apris d'Afrique , que le Dey d'Alger , ayant
convoqué le Divan pour déliberer fur les Lettres
par lefquelles le G. Seigneur l'a invité d'acceder
au Traité conclu entre le Roy des Deux Siciles &
Sa Hauteffe , plufieurs Confeillers avoient repréfenté
que fi la Régence s'accommodoit avec S. M.
Sic. , les autres Paiffances d'Italie voudroient peutêtre
auffi entrer en Négociation , & que la Régence
étant en paix avec la plupart des Souverains de
P'Europe , les Corfaires n'auroient plus d'occafion
de faire des prifes ; qu'ainfi ils croyoient qu'on n'e
devoit point faire de paix avec le Roy des Deux
Siciles , qu'à des conditions qui dédommageaffent
la Régence de ce qu'elle perdroit en empêchant fes
Vaiffeaux de commettre des actes d'hoftilité contre
Jes Napolitains & les Siciliens.
Les mêmes avis portent que d'autres Confeillers
du Divan avoient infifté , non feulement pour
qu'on ne conclût aucun nouveau Traité avec les
Puiffances Chrétiennes , mais même pour qu'on
tompît ceux qui fubfiftoient . On affûre que , malgré
l'opofition de ces Confeillers , le Dey & la
Régence ont réfolu d'entrer en Négociation avec
S. M. Sic.
NAPLES.
Projeuponatparlequel on puiffe paffer de
E projet pour creufer depuis Gaëtte jufqu'
la Mer de Tofcane à la Mer Adriatique , a été
aprouvé par le Confeil de Commerce , qui a chargé
un Ingénieur de vérifier les nivellements pris par
'Auteur du Projet.
La Compagnie de Commerce que le Roy a ré
folu d'établir fur le modéle de celles qui font établies
dans d'autres Etats de l'Europe , doit jouir de
plufieurs Privileges confiderables , & elle fera exclu
A O UST. 1749 1885
efufivement le Commerce de certaines Marchandifes.
Cette Compagnie fera régie par douze Directeurs
, qui ne rendront compte de leur adminiftration
qu'à des Commiffaires nommés par le Confeil
de Commerce.
Le Roy a auffi réfolu de lever un nouveau Régiment,
qui portera le nom de Royal- Corfe, & S. M. en
a déja nommé les Officiers, lefquels ont été tous choi
fis , parmi les principaux Corfes qui fe font retirés à
Naples,depuis la pacification des troubles de leur Isle
Le Marquis de Montalegre , Secretaire d'Etat ,
a envoyé ordre au Corps de Ville de préparer les
Langes pour le Prince où la Princeffe dont la Reine
doit accoucher.
Le Marquis de l'Hofpital , Ambaffadeur Extraor
dinaire du Roy de France auprès de S. M. arriva à
Naples le 7. du mois paffé.
La ratification du nouveau Traité entre le Roy
& le Grand Seigneur , fignée par Sa Hauteffe , a
été aportée à Naples par un Capigi Bachi , qui a
remis au Marquis de Salas une Lettre du Grand
Vifit. Ce Capigi Bachi fera défrayé aux dépens de
S. M. pendant tout le tems qu'il demeurera en cette
Ville, & le Grand Ecuyer a reçû ordre de lui fournir
des équipages & des chevaux des Ecuries Royalės.
On a publié un Reglement par lequel le Roy
preferit aux Négocians du Royaume de Naples &
de celui de Sicile la conduite qu'ils doivent tenir
dans leur commerce avec les Sujets du G. Seigeur.
Le 18. Juillet , le Marquis de l'Hofpital , Ambassadeur
du Roy de France , alla voir le Vaiffeau de
Guerre qui doit transporter à Conftantinople le
Prince de Francavilla Imperiali , Ambaffadeur de
S. M. Sic . à la Porte.
Un Armateur Catalan a pris depuis peu dans les
Mers du Royaume de Naples un Bâtiment Anglois
1886 MERCURE DE FRANCE
A
de 22 canons , dont la charge eft eftimée 30000.
Ducats.
15
GENES ET ISLE DE CORSE.
E bruit qui s'étoit répandu que l'Empereur devoit
envoyer des Troupes dans l'Isie de Corse ,
s'eft renouvellé depuis l'arrivée d'un Courier qui
eft arivé de Vienne , & dont les dépêches ont don
né lieu à plufieurs Conseils ."
* On a apris que 17. ou 18. des Rebelles qui ont été
bannis , & dont la plupart s'etoient retirés à Livourne
, étoient retournés fecretement en Corse.
Il est à présent certain que le Neveu du Baron
de Neuhoff , don on n'avoit point de nouvelles depuis
long tems , n'eft point forti de l'Isle , & qu'il
s'eft retiré avec quelques Vagabonds dans les Montagnes,
les plus inacceffibles.
Selon les avis reçûs du Milanez au commencement
de ce mois , quelques Troupes Impériales s'y
font rendues de la Carniole & de la Stirie , & l'ón
prétend qu'elles font deftinées à paffer dans l'Isle
de Corse , quoique jusqu'à présent ce bruit parois
se n'avoir aucun fondement.
ESPAGNE.
Es Religieux de S François ont tenu leur Cha
pitre Général à Valladolid , le 4 Juin dernier ,
& ils ont élû pour leur Géneral le Pere Gaëtan a
Lorino , Napolitain , lequel s'étant rendu à la Cour
de Madrid le 7. Juillet fuivant , eut l'honneur de
fe couvrir devant Sa Majefté Catholique en qualité.
de Grand d'Espagne de la premiere Claffe , ayant
eu pour Paran dans cette Céremonie le Marquis
de Villa- Franca . Le Pere Zacharie Gilbert de Pontchateau
, qui avoit été élû Procureur General du
même
A O UST. 1740. 1857
même Ordre au Chapitre de Milan , en 1729. & le
P. Louis Roger , ci - devant Sécretaire Géneral , one
auffi été élus Definiteurs Géneraux pour le Droit
des Cordeliers de France .
S. M. C. a apris par des Lettres du Préſident de
PAudience de Saint Dominique , datées du 2. du
mois de Mai dernier , que l'Amiral Vernon s'étant
présenté devant Carthagene avec fept Vaiffeaux de
Guerre , deux Galiottes à bombes & deux Brulots ,
il avoit bombardé pendant quelque tems la Vile ,
& qu'après y avoir jetté environ 300 bombes , qui
n'y avoient causé aucun dommage confidérable , il
avoit remis à la voile pour les Isles S. Bernard , afin
d'y faire radouber fes Vaiffeaux , dont quelques - uns
ont été fort maltraités par l'Artillerie de la Place.
Le Gouvernement ayant découvert qu'un Médecin
de la Ville du Ferol entretenoit des intelligences
criminelles avec les ennemis , on a fait le procès
à ce traître , qui a été condamné , ainfi que les
complices , à être pendu .
Le 14 de ce mois , jour de l'Anniversaire de la
Naiffance de Madame Louise - Elizabeth de France,
Epouse de l'Infant Don Philipe laquelle eft entrée
dans la quatorziéme année de fon âge , Leurs Ma
jeftés reçurent , ainfi que cette Princeffe , les complimens
des Min ftres & des Grands.
On a apris par des Let res de Sardaigne du rz.
du mois dernier , que le Pinque la Notre-Dame
des Anges , commandé par le Capitaine Jean Cas
tells , Catalan , étant forti du Port de Cagliari le
22. du mois précedent , pour aller croiser fur la
Côte d'Afrique , il avoit rencontré à ving milles du
Cap de Paffaro la Frégate Angloise la Sara , de zz.
canons , qui retournoit de Gallipoli à Londres , &
que l'ayant attaqué , il s'en étoit emparé après an
combat qui avoit duré plufieurs heures , & dans le→
I vi qual
1888 MERCURE DE FRANCE
quel les Anglois avoient eu neuf hommes de tués
& huit de bleffés .
Les dernieres nouvelles de Saint Sébaſtien por◄
tent le
que du mois paffé , l'Armateur Don Sé→
baftien Ramela avoit pris à trois lieues de Ply
mouth un Vaiffeau Anglois , nommé le Lavely Tudith
, du port de 110. tonneaux , lequel étoit chargé
de vin de Madere , de Thé & de Poudre à ca◄
non, & qu'il avoit conduit à S. Sébaſtien cette prise
avec une autre moins confidérable , qu'il avoit
faite en fortant de la Manche.
L
GRANDE BRETAGNE
Es derniers avis reçûs de Boſton , dans la Nou
velle Angleterre , portent qu'on avoit pris tou
tes les précautions néceffaires pour mettre l'Isle de
Rhode Island à l'abri des entreprises des Espagnols
que le Fort S. Georges étoit entierement réparé
& abondamment pourvû de Munitions , & que le
Colonel Cramton , qui y commande , avoit fait
équiper un Bâtiment de 24. canons , pour croiser
dans les environs de l'Isle .
La Frégate la Bonite , commandée par le Capitai
ne Young , ayant rencontré l'Armateur Espagnol
Don Pedre Ignace Goycoechea , qui prit il y a quel
que tems le Paquetbot le Townshend , & le Vaiffeau
la Dorothée , elle l'a attaqué , & le Bâtiment de cet
Armateur a été fi endommagé par le grand feu
'Artillerie des Anglois qu'on doute qu'il ait pu re
gagner la terre.
Le tillac du Vaiffeau le Sarah , qui revenoit de
Gallipoli , ayant ſauté , & ce Bâtiment ayant rencontré
dans cette circonftance un Armateur Espagnol
, il a été obligé de fe rendre.
On a apris depuis de la Nouvelle Angleterre, que
AOUST. 1740 1889
Le Chef d'Escadre Browon avec quatre Vaiffeaux de
Guerre a pris & détruit la petite Ville de Leguira
, fur la Côte des Caraques.
Les Lettres de la Caroline Méridionale , marquent
que le Géneral Oglethorpe depuis la prise du
Fort S. Diegue s'étoit encore emparé de deux autres
Forts dans les environs de la Ville de S. Auguftin,
qu'il avoit fait 80. prisonniers , & qu'il avoit
enlevé aux Espagnols un grand nombre de Beftiaux.
1 Un Armateur Espagnol s'étoit emparé du Vais
seau le Winter Galley , mais il n'a pu conserver
cette prise , ayant été obligé le lendemain de fe
xendre lui-même à un Vaiffeau du Roy.
Le Vaiffeau du Capitaine Perencher a été pris à
La hauteur de l'isle d'Alh par an Armateur de la
même Nation , qui l'a conduit à S. Domingue,
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &C
L
E Koy a accordé la Place de Conseiller d'Etat,
vacante par la mort de M. Herault , à M. de
Fontan:eu , Maître des Requêtes , Intendant du
Dauphiné.
Le 16. Juillet , le Roy alla à la Chaffe du Cerf,
qui fut remarquable par un évenement fingulier.
Le Cerf s'étant trouvé preffé , fauta fur le toît d'u
ne Chaumiere ou Ferme , fituée au pied d'une Montagne
, & affés baffe de ce côté- là , mais beaucoup
plus haute du côté oposé ; ensorte que le Cerf pour-
Luix
1890 MERCURE DE FRANCE
fuivi par la Chaffe , n'osa pas fauter de fi haut . Uš
Piqueur , qui étoit grimpé fur le toît , lui coupa le
jaret d'un coup de fon couteau de Chaffe , & ils
roulerent ensemble , le Cerf tomba à terre , & le
Piqueur fe retint fur le bord du toît , en offrant un
Tableau fort fingulier aux Spectateurs . Cet évene⇒
ment divertit beaucoup toute ia Chaffe.
Le s . Juillet , Monseigneur le Dauphin jota à la
Paulme , & après fa partie , ce Prince en vit jouer
une autre , où la fille du fieur Goffeaume , Maître
Paulmier , & le fieur de la Taille , Maître Paulmier
du Roy , jouerent contre le fils de la Taille & un
autre Joueur , ce qui divertit beaucoup ce Prince ,
qui paroît goûter cet exercice ; on voit très -fouvent
de femblables parties entre les Seigneurs de la Cour,
& il y a toute aparence que ce beau jeu reviendra
dans peu auffi à la mode qu'il l'étoit du tems du feu
Roy.Pour la Dile Goffeaume, qui n'eft âgée que d'environ
20.ans, elle joue avec une Raquette ordinaire &
avec toute la grace , la décence & la dexterité imaginable
; fur tout elle juge la balle avec tant de justesse
& de précifion , qu'elle ne s'agite & ne fe fatigue
guéres ; il semble que la balle vient toujours la
chercher. Quantité de Dames & de Seigneurs fe
font un plaifir de l'aller voir jouer à Paris , au Jen
de Paulme de la rue Mazarine.
Le Roy a donné au Comte de la Mark , fon Ambassadeur
Extraordinaire auprès du Roy d'Espagne,
le Gouvernement de la Ville de Cambray & du
Cambrefis. Celui de Landrecy , qu'avoit le Comte
de la Mark , a été accordé par S. M. au Duc de
Biron , Maréchal de Camp , & Colonel-Lieutenant
du Régiment du Roi , Infanterie.
.....
Le
AOUST. 1746: 1891
Le 2. Aoûr, le Roy fit à Compiegne une fort belle
Chasse avec les petits Chiens , au Pont la Reine ,
S. M. força un Cerf, qui alla tomber devant la Calêche
de la Reine , S. M. s'étant trouvée à , cette
Chasse, accompagnée de plufieurs Seigneurs & Dames
de la Cour.
Le 6. Août , il fit ici un Orage fi violent , que
plufieurs gros Arbres furent renversés par le vent
dans le Jardin de l'Abbaye de Ste Genevieve , &
dans celui des Petites Maisons. Un grand Orme qui
étoit dans une des Cours de l'Arcenal , fut abatu
de même par le vent , une partie tomba fur l'Impériale
d'un Crosse , qu'il écrasa ; il tomba pendant
cet Orage une pluye fi abondante , que plufieurs
caves en furent inondées ; un Savetier de la ruë du
Four , qui étoit descendu dans la fienne pour en
-boucher le foupirail & pour retirer les Cuirs , y fu
trouvé noyé .
Le Deuil que le Roy avoit pris le 22. du mois
dernier , pour la mort du Roy de Prusse , ayant fini
le onze de ce mois , S. M. le reprit le lendemain
pour la mort de la Reine Premiere Douairiere d'Espagne.
La Reine partit de Compiegne le 22. & S. M. arriva
le même jour à Versailles , où Monseigneur le
Dauphin étoit revenu le zo .
Le Roy , qui étoit parti de Compiegne le 23. arriva
à Versailles le 27. au foir.
Le 11. de ce mois , les Députés des Etats de la
Province de Languedoc , eurent audience du Roy ,
étant présentés à S. M. par le Prince de Dombes
Gouverneur de la Province , & par le Comte de
Saint Florentin , Sécretaire d'Etat , & conduits en la
maniere
1892 MERCURE DE FRANCE
maniere accoûtumée , par le Marquis de Brezé
Grand Maître des Céremonies. La Députation éton
composée pour le Clergé, de l'Archevêque de Nar
bonne, qui porta la parole , et qui parla avec autant
de dignité que d'éloquence ; du Comte de Lordat ,
pour la Noblesse ; de Mrs Chrétien et de Roque
brune, Députés du Tiers Etat, de M. Joubert , Syn
dic Géneneral de la Province, & de M.de Mariotte,
Greffier.
Le Marquis de Bauveau , Inspecteur de Cavalerie
, et Meftre de Camp Lieutenant du Régiment de
Ja Reine , a été nommé par le Roy , pour aller au
nom de S. M. faire un compliment au Roi de Pruffe
fur la mort dú Roy , fon Pere.
Le 15. Août, Fête de l'Assomption de la Vierge,
on chanta un Motet à grand Choeur , de la compofition
de M. de Villeneuve , lequel fur fuivi de differens
Concerto exécutés par les ficurs Guignon &
Blavet , & d'un petit Moter à voix feule du feur
Cirdeler. Ce Concert fut terminé par le Te Deum
de M. de la Lande , dont l'exécution fit beaucoup
de plaifir
Le même jour , la Proceffion folemnelle qui fe fait
tous les ans à pareil jour en exécution du Vou de
Louis XIII. fe fit avec les Cérémonies ordinaires .
L'Abbé d'Harcourt , Doyen de l'Eglife Métropoli.
taine , y officia . Le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes , & le Corps de Ville
y affifterent .
Le 16.dans l'Assemblée générale du Corps de V
le , M. de Vatan fut élû Prévôt des Marchands , &
Mrs. Lagneau & Daflu furent élûs Echevins.
AOUST. 1740 1893
Le même jour , le Prince de Lichtenftein , Ambassadeur
de l'Empereur , eut une Audience particuliere
du Roi , dans laquelle il prit congé de S. M.
Il eut enfuite Audience de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin, & il fut conduit à ces Audiences
par le Chevalier de Saintot , Introducteur des Ambas
sadeurs. Le même Ambassadeur cut fon Audience
de congé de Mesdames de France le 30, étant cons
duit par le même Introducteur.
L'Affemblée Générale du Clergé ayant fini fes
Séances , les Prélats & autres Députés qui la compofent,
fe rendirent à Compiegne le 18. de ce mois,
& its curent Audience du Roi , avec les honneurs
qu'on rend au Clergé , quand il eſt en Corps , &
avec les Cérémonies obfervées , lorfque les mêmes
Députés rendirent leurs refpects au Roi le 7. du
mois de Juin dernier. L'Archevêque de Paris , Préfi
dent de l'Affemblée , étoit à la tête des Députés
l'Evêque de Lefcar porta la parole.
Le 19, le Corps de Ville fe rendit à Compiegne ,
& le Duc de Gêvres Gouverneur de Paris étant à la
tête , il eut Audience du Roi , avec les Cérémonies
accoûtumées . Il fut présenté à S. M. par le Comte
de Maurepas, Miniftre & Sécrétaire d'Etat, & conduit
par le Marquis de Brezé , Grand Maître des
Cérémonies . M. de Vatan , nouveau Prévôt des
Marchands , & les deux nouveaux Echevins , prêterent
entre les mains du Roi le Serment de fidelité ,
dont le Comte de Maurepas fit la lecture , ainfi que
du Scrutin , qui avoit été préfenté par M. d'Aligre
de Boiflandry , Confeiller au Parlement , lequel fit
un difcours très- éloquent.
Le même jour le Corps de Ville eut l'honneur de
rendre fes refpects à la Reine & à Monſeigneur le
Dauphin.
1894 MERCURE DE FRANCE
Le
25. Fête
de
S
Louis
, la
Proceffion
des
Carmes
du
grand
Convent
à laquelle
le
Corps
de
Ville
affifta
alla
, fuivant
la
coûtume
, à la
Chapelle
du
Palais
des
Tuilleries
, où
les
Réligieux
célebrerent
la
Messe
.
* L'Académie Françoife célebra le même jour cette
Fête dans la Chapel e du Louvre. Pendant la Messe
qui fut célebrée par 1 Archevêque de Sens , l'un des
quarante de cette Académie , on chanta un Pfeaume
en mufique , & l'Abbé Leonard prononça le Pane
gyrique du Saint.
L'Académie Royale des Infcriptions & belles Let
tres , & celle des Sciences , célebrerent cette Fête le
même jour , dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire ,
où le Panegyrique du Saint fut prononcé par l'Ab
bé le Couturier,
Le 30 , M. Crefcenzi , Archevêque de Naziance,
& Nonce Ordinaire du Pape eut une Audience particuliere
du Roi , dans laquelle , après avoir donné
part à S. M. de l'Exaltation au Pontificat du Cardinal
Profper Lambertini , qui a pris le nom de
Benoit XIV, il lui préfenta une Lettre de la main
du Pape. Il fut conduit à cette Audience par le Chevalier
de Saintot , Introducteur des Ambassadeurs.
}
La place de Dame du Palais de la Reine , vacante
par la mort de la Duchesse de Gontaut , a été
donnée par le Roy à la Duchesse de Fleury, qui en
faifoit les fonctions depuis le mois de Septembre
dernier , en vertu d'un Brevet particulier de S. M.
Le Roi a donné le Gouvernement de Villefranche,
en Rouffillon au Marquis de Montal , Lieutenant
Général des Armées de S. M.
RE
AOUST. 1895
1740%
RECEPTION de M. l'Intendant de
Limoges . Extrait d'une Lettre écrite de
cette Ville le 12. Août 1740.
MR.
R de Tourny , notre Intendant, arriva ici hier
au foir . Il y étoit attendu avec d'autant plusd'impatience
, que la crainte qu'on a eu de le perdre
a jetté une confternation générale dans le Limofin
, toutes les fois qu'il y a eu du mouvement dans
les Intendances. Ce digne Magiftrat a pourvû fi
efficacement , l'année derniere , aux befoins de cette
Province , qui étoit dénuée de toutes espéces de
grains, en en faifant venir deBretagne, qu'elle doit
à fes foins vigilans la confervation de la plupart de
fes Habitans . Non content d'aflûrer , dans ce tems
de difette , la fubſiſtance aux pauvres de la Ville &
de la Campagne , par une fage oeconomie , il a
fait des dépenfes confidérables de fon chef, foit en
-uhlimas or particulieres Coir en travaux,
aumoney pau - qICo པ་ Pབབ་སསབ་པ དུ ་ ཁས་ ཅམ པས་ ས “ མ
qui fervent à l'embelliſſement de notre Ville, & l'y
rendront à jamais recommandable. Nos Citoyens.
pénétrés , comme ils le doivent , de la plus vive
reconnoiffance , fe font empreffés à l'envi de lui témoigner
leur joye de fon retour inefperé.
Près de 200. jeunes gens bien montés & fort proprement
habillés , font allés audevant de lui à deux
lieuës de laVille , & l'ont conduit comme en triomphe
jufqu'à fon Hôtel . Les Confuls & tout le Corps
de Ville étoient à la tête de cette Jeuneſſe , ainfi
que
le Lieutenant de la Maréchauffée avec faTroupe.Les
Tambours, les Hautbois & Violons de la Ville pré
cédoient la marche . Toutes les maifons étoient illuminées
. Plus de 6000. perfonnes de tout fexe , de
tout âge & de toute condition , qui étoient forties
de la Ville , ont groffi le Cortége. M. l'Intendant
897 MERCURE DE FRANCE
a fait fon Entrée au bruit du canon & aux acclama
tions les plus flateufes & les plus méritées. Il a
reçû aujourd'hui les complimens de tous les Corps
& Communautés ; & la façon gratieu fe dont il a repondu
, a redoublé le refpect & l'attachement que
nous avons tous pour lui.
>
Le 22. Août , le Prévôt des Marchans , accom
pagné des Echevins & du Corps de Ville , s'étant
rendu à la Grand Chambre du Parlement repréfenta
à la Cour , les Gens du Roi préfens , qu'i
étoit à propos de donner un Arrêt pour la Découverte
de la Chaffe de Sainte Géneviève , par raport
aux biens de la Terre.
Le même jour l'Archevêque de Paris fit publier
un Mandement , dont voici la téneur.
Charles Gafpard - Guillaume de Vintimille des
Comtes de Marſeille dur Luc r par la Miféricorde
Divine , & par la grace du Saint Siége Apoſtolique ;
Archevêque de Paris , & c .
La part que la charité doit nous faire prendre à
Fintérêt des Pauvres , nous porta , il y a quelques
mois , à ordonner des Prieres publiques pour la
confervation des fruits de la Terre , qu'un tems fâcheux
, fuite d'un hiver long & rigoureux , mettoit
en quelque péril ; & nous éprouvâmes avec confo
lation , que , comme l'affure le Prophête , le Setgneur
est toujours près de ceux qui l'invoquent dans la
fincérité de leur coeur . Pl. 144. V. 18.
Aujourd'hui, des pluyes trop fréquentes , qui re
tardent , & peuvent endommager la récolte , que
les peuples attendent avec empreffement , renouvellent
nos allarmes , & nous engagent à recourir
aux mêmes moyens que nous avons déja employés
avec fuccès , pour détourner les fléaux qui nous ménaçoient
, & pour attirer fur nos Campagnes les
bénédictions du Ciel.
Prion
AOUST. 1897 1740.
Prions donc celui , qui , felon l'expreffion du Lire
de Job , ch. 28. v . 8. lie les eaux dans les nuées,
afin qu'elles nefondent pas tout à coupsur la terre , de
faire fuccéder aux pluyes & aux orages ,
dont nous
redoutons les effets, un tems ferein , propre à meu
rir les grains qui font encore fur la terre , & de nous
rendre la joye & la fécurité que les preuves trop
fenfibles de fa jufte indignation nous ont fait perdre.
Les ménaces qu'il femble nous faire , en nous :
montrant les châtimens que fa juftice nous prépare,.
loin de nous décourager , doivent exciter notre con
fiance : il veut , par cette conduite , nous obliger
à prendre de juftes mefures , pour obtenir de la miféricorde
le pardon de nos crimes : c'eſt un ſignal,
par lequel il avertit ceux qui le craignent , de fe
mettre à l'abri des traits vengeurs , qu'il eft fur le
point de lancer contre- eux .
Mais , inftruits comme nous le fommes ,, que le
plus für , & même l'unique moyen d'apaifer la colére
, c'eft de recourir à la pénitence , non-feu
lement ceffons de l'offenſer , tâchons encore d'expier
nos fautes paffées par nos larmes , nos gémiffemens
& nos regrets : joignons aux fentimens d'un
coeur contrit & humilié , les oeuvres extérieures de
la mortification chrétienne , mettons fur tout en
pratique ce que l'Apôtre nous recommande par ces
paroles Souvenez- vous d'exercer la charité , & de
faire part aux autres des biens dont vous joüiffez ; car,
c'eft par defemblables Hofties qu'on fe rend Dieu fa
vorable. Ep. aux Hebr. ch. 13. v. 16.
A ces caules , ayant égard aux repréſentations des
Magiftrats , après en avoir conféré avec nos véné,
rables Freres les Doyen , Chanoines & Chapitre de
notre Eglife Métropolitaine , Nous ordonnons
qu'on continuera de réciter à la Meffe la Collecte
intitulée
1898 MERCURE DE FRANCE
intitulée , ad poftulandam aëris ferenitatem , juſqu'au
quinze du mois prochain inclufivement ; & que ,
pendant neufjours , à compter , pour la Ville de
Paris , du jour de Mercredi prochain , vingt- quatie
du préfent mois , & pour le efte du Diocéfe , du
jour qui fuivra immédiatement la réception de notre
préfentMandem.ent, on récitera dans toutes lesEgli-
Tes, après la principale Meffe , le Pfeaume Miferere,
avec l'Oraife , pro fructibus terra , & qu'à l'iffuë des
Vêpres , on fera la Proceffion au- dedans , ou au
tour defdites Eglifes , en chantant les Litanies des
Saints , & on dira au retour le Trait , Domine , non
fecundùm peccata noftra , avec le Verfer Oftende nobis
, &c. & l'Oraifon ci- deffus prefcrite pour la
Meffe , & enfuite l'Antienne de la Sainte Vierge,
Sub tuum prafidium , fuivie du Verfet , Ora pro nobis
, & de l'Oraifon , Omnipotens , & c. Nous exhortons
les Clergé des Eglifes Séculieres & Régulieres
de cette Ville , de vifiter proceffionnellement
pendant ledit tems, l'Eglife de Notre- Dame , oùla
Chaffe de S. Marcel fera découverte , & le Chefde
S. Denis expofé ; de vifiter pareillement l'Eglife de
Ste Genevieve, où la Chaffe de cette Sainte fera auſſi
découverte . Nous exhortons en même tems les Fideles
de fe joindre au Clergé , ou de vifiter en particulier
lefdites Eglifes , pour demander à Dieu par
P'interceffion des faints Patrons & Protecteurs de
cette Capitale , un tems favorable à la Moiffon. Et,
quant aux Paroiffes de la Campagne , les Curés au
ront foin d'y faire les Prieres ordonnées ci - deſſus ,
de la maniere la plus convenable aux circonftances
de la Saifon , & aux occupations préſentes de leurs
Paroiffiens.
Il y eut auffi un Mandement ce même jour , publié
par le Révérendiffime Pere , Abbé de l'Abbaye
Royale de Sainte Genevieve , qui s'exprimoit en
ces termes.
A O UST. 1740 1899
François Patot , Abbé de l'Abbaye Royale de
Sainte Genevieve au Mont de Paris , dépendante
immédiatement du Saint Siége , & Supérieur Gé
néral des Chanoines Réguliers de la Congrégation
de France , aux Chanoines Réguliers de notredite
Abbaye , & à toutes autres p ríonues dépendantes
de notre Jurifdiction Abbatiale , salut.
Le Ciel fenfible à nos voeux , nous avoit fait
concevoir , malgré la rigueur d'un long Hiver ,
la douce efpérance d'une abondante reco te ; déja
on fe préparoit à receuillir les Fruits qu'une Providence
attentive à nos befoins , avoit conduits
jufqu'à leur maturité , lorsque les Créatures armées
contre nous , femblent demander vengeance
à l'Auteur de tout bien , du mauvais ufage que
l'Homme fait des faveurs qu'il lui accorde . Les
Campagnes inondées n'offrent de toutes parts
qu'un trifte & affreux fpectacle, & nous annoncent
des malheurs plus grands encore que ceux que
nous avions apréhendés. Tous les efforts humains
feront incapables de nous en mettre à couvert
, fi une main miféricordieufe ne les détourne
de deffus nos têtes : Nous ne méritons point'
qu'elle nous protége ; mais quelque irrité que foit
le Seigneur , ne donnons point de bornes à ses
bontés ; recourons à lui , pleurons , gémiffons fur
nos péchés , qui font la caufe de tous nos maux ; il
ne nous rejettera point ; il nous écouterà dans les
jours de notre affliction , il fe laiffera fléchir Notre
Sainte Patrone , cette nouvelle Efther , zélée pour
fon Peuple , trouvera grace auprès de Dieu , contre
lequel nous nous fommes élevés , & nous
affranchira de tous les malheurs dont nous fommes
menacés. Adreffons-nous à elle avec une fainte
confiance , & efpérons tout de fa puiffante protection
auprès de celui dont nous réclamons les miféricordes.
900 MERCURE DE FRANCE
À ce cauſes , Nous ordonnons , conformément
à l'Arrêt du Parlement de ce jour , rendu à la Réquifition
de Meffieurs les Prévôt des Marchands &
Echevins de cette Ville , que la Chaffe de Sainte
Geneviève , Patrone de Paris & du Royaume , fera
entiérement découverte cejourd'hui , dont la Ville
fera avertie par le fon de toutes les Cloches de
notre Abbaye ; Que le même jour on commencera
les Prieres publiques par un Salut qui fe fera après
Complies , & demain Mardi par une Meffe Solemnelle
que Nous célébrerons pontificalement à neuf
heures du matin ; Que pendant le tems que la
Chaffe demeurera découverte , on dira au Grand
Autel des Meffes , depuis cinq heures du matin juſqu'à
midi ; & que tous les foirs après Complies
fera fait un Salut qui commencera par une Procef
fon dans l'Eglife , à laquelle on chantera , 19. Les
Litanies , Aufer à nobis , ¿c. 2°. L'Antienne de
Sainte Généviéve , O Felix Ancilla , &c. Le Trait,
Domine , non fecundùm . L'Antienne de la Vierge ,
Sub tuum prafidium , & Domine , falvum fac Regem
, &l'Antienne Da pacem ; le y. Liga aquas in
nubibus tuis . Et terminum circumda eis , Les
Oraifons , la premiere Ad obtinendam nimia pluvių
remiffionem. Deus qui recordatus Noë , & cunctorum
qui cum eo erant in Arca , prohibuifti pluvian
de Coelo , reddidifti Terra foecunditatem , coerc
noxiam frugibus noftris aquarum pluviam , &lar
gum in nos Benedictionum tuarum imbrem placatu
infunde ; Per Dominum noftrum . La feconde , de l
Vierge , Concede nos , &c. La troifiéme , de Sainte
Généviéve , Prafta , quafumus . La quatrième , pou
le Roi , Quafumus , omnipotens Deus . La cinquième
pour la Paix , Deus , à quo fanita defideria.
Nous ordonnons de plus , que pendant que la
Chaffe demeurera expofée à la Dévotion des Fide
1 AOUST
. 1740. 1901
mees , tous les Prêtres qui célébreront la Meffe dans
Re notre Eglife , continueront de dire la Collecte intitulée
dans le Miffel , Ad poftulandam aëris fereniint
tatem , avec la Secrette & Poftcommunion propre :
fer Et enjoignons à tous les Chanoines Réguliers de
lecette Abbaye , de faire en leur particulier des Priederes
pour obtenir de Dieu qu'il exauce ſon Peuple ,
er & accorde un tems favorable .
res Donné à Paris en notre Abbaye Royale de Sainte
Généviéve , le vingt- deuxième d'Août mil fept
eaf cent quarante . Signe , Fr. Franços Patot , Abbé
la de Sainte Généviéve : Et plus bas . Par mon Révéand
rendiffime Abbé , Fr. Regnier , Sécrétaire .
of-
Ties
Le 24. le Grand Prieur de l'Abbaye Royale de
Saint Germain des Prez , denna auffi fon Mande-
Les ment fur le même fujet : en voici les termes toudchaus
& p thétiques.
ai
Jean Baptifte Floyrac , Grand Prieur de l'Abbaye
ge Royale de S. Germain des Prez , immédiate au Saint
R Siege , & Grand -Vicaire de S. A S. Monfeigneur
le Comte de Clermont , Prince du Sang , Abbé
Le Commandataire de ladite Abbaye : A tous les Fidéles
de notre Jurifdiction , Salut , en notre Seigneur.
e .
de
1 .
Les Aleaux qui fe fuccedent les uns aux autres, ſont
des préludes de la vengeance dont Dieu nous menace
depuis long tems. Le Fils de l'omme doit
venir un jour fur les nuées pour écraser les pécheurs.
N'eft ce pas lui , qui déja aflis fur la nuë
qui nous menace , défole nos Campagnes & qui
la fiulx tranchante à la main, moiffonne les Grains
que nous étions prêts de ferrer ? Apoc. c . 14. v. 14.
Mais non , inftruits par notre propre experience
que Dieu le laiffe fléchir par les Prieres que nous
lui adreffons avec confiance , plus nos beſoins aug-
K mentent
1902 MERCURE DE FRANCE
mentent , plus nous devons redoubler nos voeur
pour obtenir de fa bonté qu'il conferve & conduife
à maturité les Fruits de la terre , qui déja fort endommagés
par un hyver très- rigoureux , font à la
veille d'être ſubmergés par les pluyes continuelles .
Puiffions-nous par nos gémissemens arrêter la
faulx que l'Ange du Seigneur tient fufpendue pour
perdre la moisson , vendanger nos Vignes , & jet.
ter les raifins dans la grande Cuve de la colere de-
Dieu ? Apoc. 8. 14. v . 19. Profternés aux pieds de nos
Autels , offrons à Dieu le facrifice d'un coeur contrit
& humilié ; il n'en a jamais méprifé de femblables.
Unis par l'efprit de la charité , faiſons une
fainte violence à fa bonté ; il ſe laiffe toujours fléchir
par ces fortes de Prieres; fecourons les Pauvres
par des aumônes à préſent fi néceffaires . Il nous
tiendra fa parole : Donnez , & il vous fera donné ,
date & dabitur vobis.
+ A ces caufes , Nous ordonnons qu'outre la Collecte
ad poftulandam aëris ferenitatem , que nous
avons déja prefcrite à tous les Prêtres qui célebreront
la Meffe dans notre Eglife , on chantera à genoux
pendant neuf jours après la grande Mcffe le
Trait Domine , non fecundum peccata noftra , ¿c.
Après Complies , on fera la Proceffion autour de
PEglife , en chantant les Litanies des Saints ; &
pour rendre nos Prieres plus efficaces , on découvrira
la Chaffe de notre glorieux Patron Saint Germain
, dont on a fi fouvent éprouvé la puiffante
protection auprès de Dieu , & on chantera à fon
honneur un Répons qu'on joindra à l'Antienne Sub
tuum prafidium , après quoi l'on dira les Oraiſons
de la Sainte Vierge , de Saint Germain , celle qui
eft marquée ad poftulandam aëris ferenitatem, & celle
du Roi. Nous exhortons de plus les Fideles de
joindre leurs ferventes Prieres à celles que l'Eglife
fait pour leurs preffans beſoins,
A O UST. 1740. 1903
Donné en l'Abbaye Royale de Saint Germain des
Prez , le 24. Août 1740. Signé Fr. Jean- Baptiste
Floyrac , Grand Prieur , & Vicaire Général de S.
A. S. Par Commandement du R. P. Grand Prieur ¿s
Vicaire Général de S. A. S. Fr. Jean- François de
Brefillac.
Le 30. Juillet , il y eut Concert chés la Reine ;
la Cour étant à Compiegne , M. de Blamont , Sur-
Intendant de la Mufique du Roy , fit chanter le
Prologue & la premiere Entrée du Ballet des Sens .
Le 3. Aouft , on concerta la quatrième Entrée
du même Ballet , qui fut fuivie du Prologue des
Amours des Dieux.
Le 6. & le ic. on exécuta les quatre Entrées de
ce dernier Ballet .
Le 17. & le 20. la Reine entendit le Prologue &
les trois Entrées du Ballet des Amours de Prothée ;
les principaux rolles de ces trois differens Bailets
furent chantés par les Diles Mathieu , Huguenot ,
Romainville , Defchamps , Abec , d'Egremont , &
Godeneche , de la Mufique du Roy , & par les Srs
Du Bourg , Benoît , Godeneche , Poirier , Filleul &
Jelyot.
********************
A LA REINE.
BOUQUET pour l'Assomption de la Vierge,
jour de sa Fête.
UN LIS.
REine,dans ce Bouquet vous verriez plus de Aeurs ,
Que les pleurs féconds de l'Aurore
Kij Dans
1904 MERCURE DE FRANCE
Dans un beau jour n'en font éclore ,
Si chacune , à l'envi , me vantant fes couleurs ,
Et voulant près de vous avoir tous les honneurs ,
Pour les faire paffer entre vos mains royales ,
J'avois pû réünir mois ſeul tant de rivales .
Jufqu'au frêle Muguet , à la gloire du choix
Il n'en eft point qui ne veuille prétendre ;.
Dans ce concours , ne fçachant quelles prendre ,
Ni faire un feul Bouquet de toutes à la fois ,
Je les fomme tout haut de m'exposer leurs droits
Rofe , Jaſmin , Eillet , chacune affûre
Qu'elle a du fien contribué le plus ,
Pour peindre en vous ces charmes ingénus ,
Dont la vertu formeroit fa parure ,
Si des Humains elle avoit la figure .
Je répandis fur fon front la pudeur ,
Soûtient l'OEillet ; elle eut pårt , dit la Rose ,
A ma douceur ; mais c'eſt bien autre chose ,
Dit le Jafmin que d'avoir ma candeur .
Ainfi chacune alloit plaider fa cause ,
Lorfque cédant à fon tranfport jaloux ,
Tout beau , mes Soeurs ! replique l'Immortelle
Amarillis * il eſt vrai , tient de vous
Tous ces préfens ; mais ce n'eft que de nous
Qu'elle a reçû l'Art qui les renouvelle ,
L'Art qui mettant tous ces dons à l'abri
* Marie. Des
A O UST. 1905 1740 .
Des coups du tems , par qui tout eft flétri ,
Fera briller leur éclat après elle ,
Et la rendra , comme nous, immortelle.
Quoi qu'après tout l'Immortelle eût raiſon ;
Je ne me fuis déclaré pour aucune .
Je veux pourtant vous en présenter une ,
Qui fut toujours chere au Sang de Bourbon ,
Et de nos Aeurs la fleur la moins commune.
La voilà ; c'eſt un Lys : le Lys croît ſous vos toîts.
Né pour la Royauté , fon Parterre eft le Trône ;
Déja de trois Etats ** il orne la Couronne ;
Et pour juftifier en peu de mots mon choix ,
Comme le Roy des Fleurs, il eft la Fleur des Rois.
Papillon volage ,
Symbole des Ris ,
Tu viens au paffage
Careffer mon Lys.
L'Abeille plus fage
En fille du Ciel ,
Aura l'avantage
D'y puiser son miel.
Par l'Abbé Du Verdier.
** Les Fleurs de Lys en France , en Espagne , dani
deux Siciles.
K iij MORTS
1906 MERCURE DE FRANCE
MORTS & MARIAGE.
LE24 .
E 24. Juillet Damoiselle Michelle Soullet , fille
mourut à Paris , âgée de 93. ans ; elle étoit coufine
germaine de feu Nicolas Soullet , Confeiller
Secretaire du Roi , mort âgé de 80 ans , les Fevrier
1720. lequel étoit pere de Nicolas Soullet ,
mort Confeiller en la Grand'Chambre duParlement
de Paris , le 2. Novembre 1736.
Le 31. Nicolas Blancbard , Prêtre , Docteur du
5. Juin 1685. & fous Doien de la Faculté de Théologie
de Paris , Archidiacre de Langres , mourut à
Paris, dans un age fort avancé.
Le même jour mourut à Paris Jean- Claude Profper
Héron de Villefoffe , Receveur général des Finances
de Champagne , & Secretaire des Commandemens
de S. A. S. Mademoiſelle de Clermont
Places dans lesquelles il avoit fuccedé à Jean -Louis
Héron fon frere , mort le 16. Octobre 1733. Celui
qui vient de mourir, étoit veufde Marie Charlotte
le Texier, morte âgée de 27. ans & demi , le 8. Fevrier
1737.
Le premier Août , Joſeph du Bois , Secretaire dela
Chambre & du Cabinet du Roy , & ci- devant Directeur
général des Ponts & Chauffées de France ,
mourut à Paris dans la 90. année de fon âge . IE
étoit frere aîné de feu Guillaume du Bois , Cardinal
, Archevêque de Cambray , Principal & Premier
Il a été Miniftre du Roy , mort le 10. Août 1723 .
inhumé auprès de lui dans une Chapelle de l'Eglife
Collégiale de S. Honoré.
Le 2. Dame Marie - Elizabeth - Sophie de Loraine
, Epouſe de Louis - François Armand de Vignerot
du Plefis , Duc de Richelieu & de Fronfac,
Pair
AOUST. 1740 1907
Pair de France , Marquis du Pont - Courlay , Comte
de Cofnac , Prince de Mortagne , & c . Chevalier des
Ordres du Roy , Maréchal de fes Camps & Armées,
Gouverneur de Coignac , Lieutenant Général , &
Commandant en chef dans la Province de Languedoc
, &c. avec lequel elle avoit été mariée le 7 .
Avril 1734. mourut à Paris , après une longue maladie
, dans la 30. année de fon âge , laiſſant us
fils apellé le Duc de Fronfac , té le 5. Août 1736 .
& une fille née en Languedoc . La Ducheffe de Richelieu
, étoit feconde fille d'Anne - Marie- Jofephde
Loraine, Prince & Comte de Guife ,fur Mozelle,
Comte d'Harcourt , de Montlaur , & de S. Romaife
, Marquis de Maubec , &c . mort le 29. Avril
1739. & de Marie- Loüife- Chriftine Jeannin de
Caftille . Marquife de Montjeu , morte le 11. Janvier
1736.
Le même jour , René Hérault , Seigneur de Fon--
taine-l'Abbé , Diocèfe d'Evreux, & de Vaucreffon ,
près de Versailles , Confeiller d'Etat , & Intendant
de la Généralité de Paris , mourut à Paris après une
longue maladie de langueur , dans la 50 année de
fon âge , étant né au mois d'Avril 1691. Il avoit
été d'abord Avocat du Roy au Châtelet en 1712 ,
& après avoir exercé cette Charge pendant fix ans
avec fuccès , il obtint l'agrément de la Charge de
Procureur Général au Grand Confeil , en laquelle
il fut reçû le 16. Fevrier 1718. Il eut auffi des Lettres
de compatibilité pour être en même tems Maître
des Requêtes Ordinaire de l'Hôtel du Roy , et
il prit Séance au Confeil en cette qualité le 14.
Novembre 1719. Il fut nommé au mois de Mars
1722. Iatendant de la Généralité de Tours , et s'étant
alors démis de la Charge de Procureur Général
du Grand Confeil , le Roy lui accorda des Lettres
de Confeiller d'Honneur dans ce Tribunal. Il fut
choif
1908
MERCURE DE FRANCE
choifi le 24. Août 1725. pour remplir la Charge de
Lieutenant Général de Police de la Ville et Prévôté
de Paris, dans laquelle il fut inftalé le premier
Septembre fuivant . Il fut fait Confeiller d'Etat le
24. Juin 1730. et enfin . Intendant de la Généralité
de Paris, le 27: Décembre de l'année derniere
1739. Il étoit fils aîné de feu Louis Hérault , Seigneur
d'Epone et Mazieres , Receveur Général des
Domaines et Bois de la Généralité de Rouen ,
fut maintenu dans fa Nobleffe par Jugement des
qui
Commiffaires Généraux du Confeil , du 24. Juillet
1704. & de Dame Jeanne- Charlotte Guillard de la
Vacherie , fa feconde femme actuellement vivante ;
& il avoit été marié, 1 ° . le 9. Août 1720. avec Marie
Marguerite Durey , morte à l'âge de 25. ans , le
premier Mars 1729. laquelle étoit fille de Jean - Baptifte
Durey de Vieuxcourt, Préfident Honoraire du
Grand Confeil , & de Loüife le Gendre ; & 2 ° . le
30. Décembre 1732. avec Marie - Hélene Moreau ,
fille aînée de Jean Moreau , Seigneur de Séchelles ,
Maître des Requêtes , Intendant du Haynault, & de
Marie- Anne - Catherine Damorefan de Précigny. Il
laiffe de cette derviere trois garçons , & de la premiere
deux filles , dont l'aînée a été mariée le 23.
Juillet 1738. avec Claude- Henri Feydeau , Seigneur
de Marville , Maître des Requêtes Ordinaire ,
de l'Hôtel du Roy , & Préfident au Grand Confeil,
& aujourd'hui Lieutenant Général de Police de la
Ville & Prévôté de Paris.
Le 16. Août , Joseph Bonnier , Baron de la Mosson
, Conseiller- Secretaire du Roy , Maison , Couronne
de France et de fes Finances , Trésorier Géneral
des Etats de la Province de Languedoc , Bailly
et Capitaine des Chaffes de la Varenne des Tuilleries
, cy devan : Maréchal Géneral des Logis des
Camps et Armées du Roy , et Meftie de Camp da
RégiA
O UST. 1740: 1909
,
Régiment Dauphin de Dragons, fils de Joseph Bonnier
, auffi Baron de la Moflon , Conseiller - Sécretaire
du Roy , Maison , Couronne de France et de
fes Finances , et Tréforier Géneral des Etats de
Languedoc , mort le 15. Novembre 1726. à l'âge
de 1. ans , 6. mois , et Dlle Anne Melon ,
morte le 1. Août 1727. âgée de 42. ans , épousa
au Château de Vaudreuil, en Normandie , chés le
Préfident Portail , Dile Gabrielle- Magdeleine- Constance
du Moucel de Louraille , feconde fille de Jacques-
Alexandre- Henri du Moucel , Seigneur de
Louraille , Seigneur , Patron & Haut Jufticier de
Breteville , Quilly, Saint aux Conicourt , Seigneur
& Patron de Tonneville , Antigny , &c . Préfident
au Mortier du Parlement de Normandie, et de D.
Marie- Françoise Maignart de Bernieres. Le Marié eft.
frere de la Ducheffe de Picquigny , dont on a annoncé
le Mariage dens le Mercure de Mars 1734.
page 619. La Mariée a une foeur aînée restée veuve
en 1728. à l'âge de 13. ans , de Claude de Becdelievre
, Marquis de Quevilly , Préfident au Mortier
du Parlement de Normandie.
9
Il s'eft gliffé une erreur dans le Mercure du mois
de Septembre 1739. page 2090. en raportant la
mort de François de Landes , Seigneur d'Houville.
On a avancé qu'il étoit le dernier mâle de fa Famille
, établie à Paris fous le Regne du Roy Jean
dans le 14. Siécle . On a été informé du contraire
par une Lettre datée d'Epernay la premier Juillet *
1740. et fignée le Préfident Bertin du Rocheret ,
par laquelle on marque que Jean de Landes , Seigneur
de Boutancourt , Primas , Guainville , Grenelles,
et de la Chauffée d'Ivry , dans le Pays Chartrain
, Lieutenant de Roy de Charleville , puis d'Ayesnes,
jen Flandres , oncle de M. d'Houville , dont
1910 MERCURE DE FRANCE
on a annoncé la mort , a laiffé .... de Landes de
Boutancourt , Sr de Primas , à présent âgé de 45
ans, qui a deux fils et une fille de fa feconde femme.
ARRESTS , &c.
ENTENCE DE POLICE du 22. Juillet ,
Squi condamne le nommé Fiffe , Laboureur , en
deux mille livres d'amende , pour avoir tenu dans
le Marché de Gonneffe des discours tendans à allarmer
le Public , et à faire augmenter le prix des
Grains , &c.
AUTRE du 16. Août , qui renouvelle les défenses
aux Boulangers de vendre leur pain ,™
dans leurs Boutiques , à leurs Places dans les Halles
et Marches , et dans les Maisons où ils font porter,
au - deffus du prix commun du Marché, et condamne
plufieurs Boulangers en l'amende , pour y avoir
contrevenu; fçavoir , les nommés Coufin et la fem
me , en 400 livres d'amende envers le Roy ; et les
Femmes Gu-chou , Chevreau et Ferret , et leurs Ma-'
ris , chacun en 200. livres auffi d'amende , &c .
TABL E.
PIECES FUGITIM. Destouches à M. l'Abbé
IECES FUGITIVES. Le Tabac , Ode . 1687
D.
Epigrammes , & c.
1690
1693
VI . Lettre fur les abus fur le Bureau Typogr. 1697
L'Orgueil , Ode ,
1704
Questions importantes , jugées au Parlement , 1705
Lettre en Vers et en Prose , &c.
Imitation de la VII. Satyre d'Horace , &c.
1719 .
1723
Lettre
1
1735
Lettre fur la décadence des Atts & des Sciences, 1733
La Liberté , Cantate , &c.
Réplique fur la Queſtion , fi les anciens Gaulois
parloient Grec ,
Ode à la Gloire ,
1737
1742
La Fable du Coucou , tirée d'un ancien Livre, 1749
Projet d'Article pour le Diction. Hiftorique , 1752
Epitre à l'Ombre de Despreaux , 1755
Séance publique de l'Acad . Royale deChirurgie , 1758
Epitre à Julie , et Réponse , 1778
Lettre au fujet d'un Manuscrit de Poëfie fur les Ar
chevêques de Sens ,
Enigme , Logogryphes , &c .
1781
1784
1788
NOUVELLES LITTERAIRES DIS BEAUX - ARTS ,
&c.
1793
1806
Méthode pour aprendre la Langue et l'Orthographe
Françoise , & c.
Nouveaux Amusemens du Coeur et de l'Esprit, 1794
Plaidoyers fur les differentes Educations , 1795
Nouvelle Bibliotheque Hiftorique , & c.
Sens litteral de l'Ecriture Sainte défendu, &c. 1807
Nouvelles Découvertes fur l'Horlogerie , & c. 1810
Catalogue des Pierres gravées du Cabinet du Baron
de Craffier , &c 1814
Eftampes nouv. Descente d'Enée aux Enfers , 1816
Suite des Portraits des Grands Hommes , 1819
Chanson notée , & Chansonette , 1822
Spectacles. La Jalousie imprevûë , Extrait •
1824
L'Amour désarmé à Mlle Bourbonnois , 1834
Vers qui ont fervi de Prologue , &c.
1835
Nouvelles Etrangeres , Memoires sur les Révolu
tions de Perse et du Mogol , & c. 1840
Etat des Richeffes de Schah Nadir , 1858
Turquie , Extrait d'une Lettre du Juillet , 1863
Ruffie , Pologne et Allemagne ,
1869
Prufle et Italie ,
1876
Election du Pape , & c .
1880
Yenise
Venise , Naples , Genes , et Isle de Corse ; 1883
Espagne & Grande - Bretagne ,
1886
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 1889
Réception de M. l'Intendant de Limoges , 1895
La Chaffe de Ste Geneviève découverte et Mandemens
, & c.
Bouquet à la Reine ,
Morts , Mariage ,
Arrêts ,
P
Errata du second volume de Juin.
1.896
1905
1906
1910
Age 1349. ligne 14. que nous fait tout , lisez
que tout nous fait . P. 1404. 1. 12. Bauveau, li
sez partout Beauvau.
PA
Errata de Juillet.
Age 1616. ligne 31. , à leur , lise , leur a P
1676. 1. 3. du bas , Gammont , 1. Grammont.
Fautes à corriger dans ce Livre.
,
Page 1758. ligne 17. au, lisez aux. P. 177.6 . 1. 21. de composé , l. composé de . P. 1779.
1. 9..ou , ôtez ce mot. P. 1780. l. 19. miennes , l
miens. 1781. 1. pénultieme , Normant 1. Mormant.
P. 1809. l. 6. Goltz , I. Goltzius . P. 1811. 1. 21.
atteinte , l. atteint . P. 1829. l . 12. ce seroit même,
4. ce ne feroit même que. P. 1834. 1. 9. parlé ,
Z parla. P. 1842.1. 5. fe donner , L. avoir. P. 1857,
1.3 . feroit , l. fur . P. 1892. l. 13. un, ôtez ce mot.
La Chanson notée doit regarder la page
1822
Qualité de la reconnaissance optique de caractères